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Full text of "Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique"

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ihRouqh the qeneROSity 



of 



Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 





I 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 witli funding from 

University of Ottawa 



littp://www.arcliive.org/details/manuelpourservirOOdottuoft 



LA BRETAGNE ET LES PAYS CELTIQUES 



I''» série. Beaux volumes in-12 : 

— I. Le Goffic (Ch.) — L'Ame bretonne, l'^« série, illustrée. 3 fr. 50 

— II. Le Braz (A.). — Vieilles histoires du Pays breton. 3 fr. 50 

— III. TiERCEuw (L.). — Bretons de lettres .... 3 fr. 50 

— IV. DoTTiN (G.). — Manuel pour servir à l'étude de l'anti- 
quité celtique 6 fr. »» 

— V. Le Goffic. — L'Ame bretonne, 2» série, illustrée. 3 fr. 50 

— VI. Le Braz (A.) — Àu pays d'exil de Chateaubriand. 3fr. 50 

— VU. DuBREuiL (L.). — La Révolution dans le département 
des Côtes-du-Nord 3 fr. 50 

— VIII. Le Goffic. — L'Ame bretonne, 3* série. . . 3 fr. 50 

— IX. Erhault. — Tj'ancif>n vers breton. Exposé sommaire avec 
exemples et pièces en vers bretons anciens et modernes. 2 fr. »>» 

— X. GÉiNiaux (Ch.). — La Breiagne vivante ... 3 fr. 50 

— XI et XII. DoTTiN (G ). — Manuel d'irlandais moyen. 1914, 2 
volumes 12 fr. »» 

Ile série. Beaux volumes in-8 raisin : 

— I. F. Le Lay, docteur ès-lettres. — Histoire de la ville et 
communauté de Pontivy au XVKIe siècle. (Essai sur l'or- 
ganisation municipale en Bretagne). 1911, 396 pages . 7 fr. 50 

— H JjOui« Eunius ou le purgatoire de Saint-Patrice. Mys- 
tère breton en deux journées, publié avec introduction, traduction 
et notes par G. Uottiw, 1911, 4U8 pages el planche . . 7 fr. 50 

— III. QuEssETTE. — L'administration finanoière des États de 
Bretagne de 1689 à 1715. 1911, 251 pages. ... 6 fr. »» 

— IV. DuBUEuiL (Léonj. La veuie des bi ns nationaux dans le 
dei»a -tetnent des Côf^^-d'i-Nord (1790-1'^30; Fort volume de 
xvui-707 pages autiraenté d'une carte de département, de la liste 
des administrateurs el des prétels de 1790 à 1848, de divers appen- 
dices et d'un index alphabétique renvoyant aux pages du livre et 
comprenant plus de 2.300 noms de personnes. ... 15 fr. »» 

— V f « r«rime rè>'olnt;onnair*» dans le district de Dinan 
Î2.T nivôse an H-3o floréal an III. Publication de textes avec une 
carie du district de Dinan, une introduction, des notns et un index 
alphabétique des noms propres. Fort volume de cxxiii-186 p 5 fr- 

— VI Canal ^S.). — «.es origine" de l'Intendance de Bretagne. 
Essai snr les relations de la Breiagne avec le pouvoir central. 
244 pages 5 fr. »» 

— Vil. Benaebts (Louis). — ' e régime consulaire en Bretagne- 
Le département d'IUe-et-Vilaine durant le Consulat (1799-1804). 
Avec une carte et un portrait, ln-8. {Sous pressei. 

— VllI. DuiNB (F.). — Origines bretonnes. Études sur les sources. 
Questions d'hagiographie et vie de saint Samson. 3 fr. >* 



La Bretagne et les Pays Celtiques. — IV 

MANUEL 

POUR SERVIR A L'ÉTUDE 

DE 

L'AMOUITË CELTIOUE 

PAR 

Georges DOTTIN 

PROFESSEUR A l'uNIVERSITÉ DE RENNES 

2'"« édition revue et augmentée 




PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION 

EDOUARD CHAMPION 

5, QUAI MALAQUAIS 

1915 
Tous droits réservés 



à 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 

En vente à la même Librairie 



Manuel d'irlandais moyen. Tome I. Gramn3aire. — Tome II. 
Textes et glossaires. Ensemble 2 vol. in-16 .... 12 tr. »» 

Louis Eunius ou le purgatoire de St Patrice. In-8. 7 fr. 50 

Contes et Légendes d'Irlande, ln-8 3 fr. 50 

Glossaire du Parler de Pléchatel (en collaboration avec J. 
Langouët). In-8 10 fr. »» 



PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION 



C'est do 1858 à 1868 que Roget de Belloguet a pu- 
blié, sous h titre d^Ethnogénie gauloise (1), un ouvrage 
en trois volumes où il étudiait la langue, le type phy- 
sique, les facultés intellectuelles, les mœurs, les 
croyances religieuses, les institutions civiles, poli- 
tiques et militaires, l'industrie et le commerce des 
anciens Celtes. Ces livres ont rendu et rendront encore 
beaucoup de services ; il n'est guère d'hypothèses 
intéressantes ni d'explications ingénieuses qui ne s'y 
trouvent et je serais bien ingrat si je ne disais ici tout 
le profit que j'en ai tiré. Mais ils n'ont point laisse de 
vieillir dans quelques-unes de leurs parties. Le volume 
consacré à la langue n'est plus au courant de la science. 
Déjà, en 1872, en rendant compte du Glossaire gau- 
lois^ H. d'Arbois de Jubainville (2) y relevait des 

(1) Roget de Belloguet, né en 1796, est mort en 1872. Une 
seconde édition du Glossairç gaulois (t. I de VEthnogénie), a 
paru en 1872 ; et une seconde édition des Types gaulois et ceho- 
bretons (t. II, de VEthnogénie), en 1875. Voici les dates de pu- 
blication des volumes de la 1^^ édition, t. I en 1858 ; t. II, en 
1861 ; t. III, en 1868. Le tome IV o été publié par les soins de 
A. Maury et H. Gaidoz, en 1873. 

(2) Revue celtique, t. I, p. 457-459. 



VIII PREFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION 

inexactitudes de détail. L'anthropologie des Celtes, 
pour laquelle les documents sûrs nous font défaut, 
occupe chez Roget de Belloguet une place dispropor- 
tionnée à son importance. La part de l'archéologie, 
au contraire, me semlile avoir été trop réduite. Enfin, 
en lisant ces treize cents pages, le lecteur peut avoir 
l'illusion que nous ne manquons pas de renseignements 
sur les anciens Celtes, et la richesse des commentaires 
lui dissimule la pauvreté des textes. 

Depuis l'apparition de VEthno génie gauloise, des 
travaux importants ont en partie renouvelé l'ancienne 
histoire des Celtes. La fondation de la Revue celtique, 
en 1870, par H. Gaidoz, a permis aux savants de coor- 
donner leurs efforts. Deux autres revues, la Revue ar- 
chéologique, et, tout récemment, la Revue des études 
anciennes (1) font une part importante à l'étude des 
antiquités celtiques et gallo-romaines. H. d'Arbois de 
Jubainville a tenté, avec succès, de compléter les 
rares renseignements que les écrivains grecs et ro- 
mains nous fournissent sur les origines celtiques par 
l'étude des noms de lieux et par la comparaison de 
l'état social des Celtes du continent avec la civilisation 

(1) Revue archéologique, depuis 1844. Revue des Etudes an- 
ciennes (nouvelle série des Annales de lu Faculté des lettres de 
Bordeaux et des Universités du midi), depuis 1899. De 1865 à 
1888, ont paru sous le titre de Matériaux pour Vhistoire de 
Vhomme des bulletins des travaux et découvertes concernant 
l'anthropologie et les temps antéhistoriques. On peut y trouver 
de nombreux articles sur l'archéologie celtique. Depuis 1906, 
M. C. Jullian donne dans la Revue des Etudes anciennes une 
chronique gallo-romaine où sont signalées toutes les publica- 
tions relatives à l'histoire des anciens Celtes. 



PREFACE DE LA PREMIERE EDITION IX 

irlandaise antérieure au christianisme (1). M. H. Gai- 
doz a commenté, à l'aide des traditions populaires, la 
religion des Celtes (2). A. Bertrand et M. S. Reinach 
ont clairement exposé et ingénieusement résolu un 
grand nombre de problèmes que pose l'archéologie (3). 
Ils ont fourni aux érudits, par le classement scienti- 
fique des collections du musée de Saint-Germain, des 
matériaux d'étude d'une inappréciable valeur (4). 
Dans La Gaule romaine (5), Fustel de Coulanges a 

(1) Cours de littérature celtique, Paris, 1883-1902 ; 12 vol. in- 
8° ; — Les premiers habitants de V Europe diaprés les écrivains de 
V antiquité et les travaux des linguistes, l''® éd., Paris, 1877 ; 
2 6 éd., Paris, 1889-1892 ; — Recherches sur V origine de la pro- 
priété foncière et des noms de lieux habités en France, Paris, 1891. 
Nombreux articles dans la Revue celtique, la Revue archéolo- 
gique. 

(2) Article Gaulois dans V Encyclopédie des Sciences religieuses 
de F. LiCHTENBERGER, t. V, p. 428-441. Articles dans la Revue 
celtique, la Revue archéologique, Mélusine. 

(3) A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées 
du Pô et du Danube, Paris, 1894. — A. Bertrand, Archéologie 
celtique et gauloise, 2« éd., Paris, 1889. A. Bertrand, La reli- 
gion des Gaulois, Paris, 1897. — S. Reinach, Bronzes figurés 
de la Gaule Romaine (Description raisonnée du musée de Saint- 
Germain, t. II). La plupart des importants travaux de M. S. 
Reinach ne sont publiés que dans des revues, surtout la Revue 
archéologique, la Revue celtique, V Anthropologie. Plusieurs de 
ces articles sont réunis dans Cultes, mythes et religions, Pa- 
ris, 1905. 

(4) Voir le Catalogue sommaire du musée des antiquités natio- 
nales au château de Saint- Germain en Laye, 3^ éd., Paris, 1898. 

(5) Paris, 1875. Troisième édition, revue et complétée sur le 
manuscrit et d'après les notes de l'auteur par G. Jullian, Paris, 
1891. 



X PREFACE DE LA PREMIERE EDITION 

consacré à la Gaule avant la conquête quelques page- 
lumineuses. M. C. JuUian, qui s'est fait une spécialiti 
de l'étude de la Gaule romaine, a donné sur diverses 
questions relatives aux anciens Celtes des articles 
d'une érudition élégante et solide (i). M. J. Déche- 
lette a exposé avec précision les derniers résultats de 
l'archéologie celtique et fourni aux travailleurs une 
précieuse bibliographie (2). Enfin, le vaste répertoire 
où A. Holder (3) a réuni, avec les mots supposés col- 
tiques, tous les passages où ces mots apparaissent a 
singulièrement facilité des recherches jadis pénibles 
et mis en lumière dos textes qui s'éclairent par le 
simple rapprochement. On peut donc penser que le 
domaine de l'histoire, de la niythologie, de l'archéolo- 
gie Qt de la linguistique s'e^t, en ce qui cpppepnf les 
Celtes (4), notablement accru depuis 1872. 

Ces raisons m'ont conduit à reprendre en quatre 
cents pages le sujet si magistralement traité par Roget 
de Bellpguet. Je me suis surtout, préoccupé 4e fojiirnir 

(1) Recherclies sur la religion gauloise, Bordeaux, 190-4 (ex- 
trait de la Revue des études anciennes). Divers aPticles dans cette 
revue, la Rei^ue historique, la Revue critique, la Revue archéolo- 
gique. M. Jullian a bien voulu lire mon livre on épreuves et je 
tiens à lui témoigner ici ma l'cconnaissîince pour les précieuses 
indications qu'il m'a communiquées. 

(2) Revue de synthèse historique, t. m, j). 30-59. Pour les tra- 
vaux antérieurs à 1870, consulter Ruelle, Bibliographie géné- 
rale des Gaules, Paris, 1880. 

(3) Altceltischer Sprachschatz, Leipzig. 1891-1911. 

(4) On s'en convaincra facilement en lisant les excellents 
chapitres consacrés aux Celtes et à la Gaule indépendante, par 
G. Bloch dans VHistoire de France, de E. Lavisse. t. i, 2. 2 



PREFACE DE LA PREMIERE EDîTïON XI 

aux érudits un répertoire classé des divers renseigne- 
ments que l'on a pu recueillir sur les plus anciens 
Celtes. Les faits y tiennent une plus grande place que 
les hypothèses, quelque intéressantes que soient celles- 
ci. La période étudiée s'étend du vi^ siècle avant notre 
ère à la conquête romaine. Quelques détails de cou- 
tumes, de mœurs ou d'institutions sont empruntés à 
des époques postérieures, sans que j'aie pu en dater 
l'origine. Je me suis volontairement abstenu de toute 
restitution et restauration des fragments d'histoire 
qui nous sont parvenus. En lisant les pages qui 
suivent, le lecteur aura sans doute l'impression qu'il 
traverse rapidement un musée où aucun des objets 
exposés n'est intact. Mais les restaurations, quelque 
ingénieuses qu'elles soient, sont-elles jamais con- 
formes à la réalité et n'a-t-on pas, depuis quelque 
temps déjà, renoncé, dans les musées, à rendre aux 
monuments antiques les parties que le temps leur a 
enlevées ? Il y a deux méthodes pour faire connaître 
le passé : l'une consiste à h faire revivre sous nos yeux 
en suppléant par les analogies que fournit la science 
ou les visions que crée l'imagination au manque de 
documents ; l'autre expose le plus exactement pos- 
sible ce que l'on sait, en se gardant de trop ajouter 
aux témoignages des hommes et à la description des 
choses. C'est la seconde méthode que je me suis efforcé 
de mettre en pratique dans ce manuel (1). 

(1 ) Comme ce livre est surtout un livre cie vulgarisation, j'ai 
pris soin que les références données en note ne se rapportassent, 
autant que possible, qu'à des ouvrages qu'on peut facilement 
se procurer ou qui figurent dans la plupart des bibliothèques 



XII PREFACE DE LA PREMIERE EDITION 

publiques. Mais presque tous les livres cités sont de première 
main et fournissent les éléments nécessaires pour étudier les 
questions proposées. 

Les citations des auteurs anciens, à moins d'avis contraire, 
comprennent, en chiffres romains, l'indication du livre ; eu 
chiffres arabes, l'indication du chapitre. Quand deux chiffres 
arabes consécutifs sont séparés par une virgule, le premier in- 
dique le chapitre, le second le paragraphe. Si deux chiffres 
arabes consécutifs sont séparés par un point et virgule, tous 
doux indiquent soit des chapitres, soit des paragraphes. 

Pline l'Ancien est cité avec la division en paragraphes de 
l'édition L. Jan (Leipzig, Teubner). 



AVERTISSEMENT DE LA SECONDE ÉDITION 



La méthode et le plan suivis dans la première édi- 
tion n'ont subi aucune modification. Les détails ont 
été souvent remaniés à la suite d'une révision atten- 
tive des textes utilisés. L'index a été augmenté. De- 
puis 1906, il a paru sur l'Antiquité celtique d'impor- 
tants travaux : les deux premiers volumes de V His- 
toire de la Gaule, de M. C. Jullian (1908) et le tome II 
du Manuel (V archéologie préhistorique, celtique et gallo- 
romaine de M. J. Déchelette (1) (1913-1914). Le Re- 
cueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine de 
E. Espérandieu (1907-1914) et le Répertoire de reliefs 
grecs et romains de M. S. Reinacli (1910), ont singuliè- 
rement facilité la connaissance des monuments figu- 
rés. Ces livres ont été largement mis à profit pour tenir 
ce Manuel au courant de la science. En terminant le 
travail pénible et fastidieux qu'est une réédition, je 
n'ai qu'un regret : c'est que le maître qui l'avait ins- 
piré et dont le nom est cité presque à chaque feuillet 
ne soit plus là pour en recevoir l'hommage. 

Saint-Briac, le 28 juillet 1914. 

(1) Avec la plus gracieuse obligeance, M. J. Déchelette a 
bien voulu me communiquer les bonnes feuilles de son livre. 



ABRÉVIATIONS 



ace. accusatif, 
ail. allemand, 
angl. anglais, 
att. dialecte attique. 
bret. breton. 

britt. brittonique, ensemble linguistique formé du ^'allois, du 
breton et du comique. 

C. I. L. Corpus inscriptionui/t latinarum . 

corn, comique. 

coït, correction de manuscrit. 

d. nom de divinité. 

éol. dialecte éolien. 

f. nom de femme. 

F. H. (j- Fragmenta hutoricoriitn yrœcoruin , éd. Didot. 

fr. français. 

g., gén. génitif. 

gall. gallois. 

got. gotique. 

gr. grec attique. 

h. nom d'homme. 

irl. irlandais. 

1. nom de lieu. 

lat. latin 

lit. lituanien. * 

m h. a. moyen haut allemand. 

ms. manuscrit. 

ogham. oghamique. 

p. nom de peuple. 

pi. pluriel, 

prov. provençal 



XVI ABREVIATIONS 

r. nom de cours d'eau. 

Rev. Et. gr. Revue des Etudes grecques. 

sg. singulier. 

skr. sauskrit. 

V. voir. 

var. variante. 

V. br. vieux-breton. 

V. gall. vieux-gallois. 

V. h a vieux-haut-alleuiand. 

V. irl. vieil-irlaudais. 

V. prussien, vieux-prussien. 

V. si vieux slave. 



MANUEL 

t'OUR SERVIR A L'ÉTUDE DÉ 

L'ANTIQUITÉ CELTIQUE 



CHAPITRE PREMIER 



LES SOURCES ET LA MÉTHODE 

Diverses définitions des Celtes. — La littérature et les annales 
des Gaëls et des Bretons. — Les écrivains grecs et latins. — 
Noms des Celtes en général : Celtse, Galli, Galatse ; Belgse 
Brittani. — Les îles Cassitérides ; les Hyperboréens ; les Cim- 
mériens, les Cinibres et les Kymry ; les Ombriens et les In- 
subres ; les Lestrygons. — Noms des peuplades celtiques. — 
La notion de race celtique chez les anciens. — L'archéologie 
celtique : Hallstatt et la Tène. — Les Celtes sur les monu- 
ments figurés. — Les Celtes d'après l'anthropologie. — Les 
Celtes d'après la linguistique. 

Pour les historiens et les géographes, les Celtes sont les 
peuples établis au centre et à l'ouest de l'Europe que les 
écrivains de l'Antiquité désignaient sous les noms de Celtes 
(KeXTot, Celtae)^ de Galls (Galli), ou de Galates (raXâxai) 
Galatae). Pour les anthropologues, les Celtes et les Galls 
sont des peuples européens qui offrent deux ensembles de 
caractères physiques bien déterminés : un groupe brachy- 
céphale, de taille peu élevée et aux cheveux châtains ; un 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 1 



L CELTES MODERNES 

groupe dolichocéphale, de haute stature, au teint blanc 
et aux cheveux blonds. Les archéologues considèrent 
comme Celtes les peuples qui ont propagé dans l'Europe 
centrale et occidentale la civilisation des époques d'Halls- 
tatt et de la Tène, c'est-à-dire du premier et du second 
âge du fer. Pour les linguistes, les Celtes sont les peuples 
qui parlent une langue indo-européenne caractérisée en 
particulier par la chute du p et par les modifications que 
peut subir dans la phrase la consonne initiale des mots va- 
riables . 

Si l'on veut se faire des anciens Celtes une idée précise, 
il importe de commencer par passer en revue ces concep- 
tions diverses. 



I 



Il semble naturel, pour se renseigner sur les Celtes, de 
s'adresser tout d'abord aux Celtes eux-mêmes, aux Gaëls 
d'Irlande et d'Ecosse, aux Bretons du pays de Galles et de 
l'Armorique. 

Les Celtes insulaires pourront-ils nous instruire de l'an- 
cienne histoire non seulement des Iles Britanniques, mais 
encore de la Celtique continentale ? Deux ordres de do- 
cuments, s'offrent à nous : les annales et les légendes 
épiques (1). 

En Irlande, les plus anciennes annales, mélangées de latin 



(1) Sur la littérature des Celtes insulaires, voir Bévue de syn- 
thèse historique, t. m, p, 60-97 ; t. vi, p. 317-362 ; t. viii, p. 78- 
104. — J.-J. DuNN, The Gaelic literature of Irelaud, Washington, 
1906. 



LES SOURCES ET F.A METHODE 3 

et de gaélique, ont été composées au xi* siècle. Pour les 
époques les plus anciennes, elles semblent contenir plus de 
mythologie que d'histoire. La critique n'en a point été 
faite. L'épopée irlandaise a sans doute été rédigée entre le 
vu*" et le IX' siècle ; le plus ancien manuscrit est du xii* siè- 
cle. FJle comprend trois cycles. Le premier, qui met en 
scène les plus anciens habitants de l'Irlande, ne nous est 
connu que par des résumés du xvi'' siècle. L'Irlande où ha- 
bitaient les Fomoré aurait été successivement envahie par 
Partholon, qui venait de Grèce ; par les fils de Nemed, qui 
venaient de Scythie ; par les Fir Bolg, qui venaient de 
Grèce ; par les Tuatha Dô Danann, peuple surnaturel 
tombé du ciel ; par les fils de Mile, qui venaient d'Espagne, 
mais étaient originaires de Scythie ; par les Gruithnech. 
qui venaient de Thrace et qui passèrent d'Irlande en Grande- 
Bretagne. On n'a pas encore démêlé dans ces traditions 
confuses les éléments historiques qu'elles peuvent enfer- 
mer (1). Les deux autres cycles retracent la légende d'Uls- 
ter aux environs de l'ère chrétienne, du temps du roi Gon- 
chobhar et du héros Cûchulainn, et la légende de Find et 
d'Oïsin aux n^ et m' siècles de notre ère. Le cycle d'Ulster 
nous dépeint assez fidèlement l'état de la société irlandaise 
antérieurement au christianisme et fournit la matière de 
rapprochements curieux avec l'ancienne civilisation cel- 
tique (2). 

Au Pays de Galles, les plus anciennes chroniques sont en 

(1) H. d'Arbois de JuBAiNviLLE, Le cycle mythologique ir- 
landais et la mythologie celtique (Cours de littérature celtique, t. ii) 
considère ces traditions comme purement mythiques. 

(2) Die Altirischen Heldensage Tàin B6 Cualnge, herausge- 
geben von E. Windisch, Leipzig, 1905, introduction, p. xi- 

XXXIX. 



4 - CELTES MODERNES 

partie traduites de Geoffroi de Monmouth (xii* siècle) et 
n'ont, en général, guère de valeur historique. L'épopée ap- 
paraît scindée en deux genres distincts : le roman de che- 
valerie en prose, et l'ode. Les plus anciennes odes sont 
l'œuvre de bardes du xi® siècle. Les plus anciens romans, 
connus sous le nom de Mabinogion, ne sont pas antérieurs 
au commencement du xu' siècle. Il est rarement question, 
dans les odes ou dans les romans, des origines historiques 
de la Grande Bretagne, et la société qui y est décrite est le 
plus souvent la féodalité du moyen-âge. Cependant, au 
moins quatre romans offrent des restes de traditions anté- 
rieures au christianisme(l). L'obscurité de la poésie galloise 
ne permet pas de tirer grand profit des rapprochements 
que les odes pourraient suggérer (2). 

Quant aux Bretons d'Armorique, on sait qu'ils sont venus 
de la Grande-Bretagne au vi^ siècle, fuyant devant l'inva- 
sion saxonne, et que les plus vieux monuments de leur lit- 
térature, presque exclusivement religieuse, datent du 
XV* siècle. 

Si des littératures en langue celtique nous passons à la 
littérature latine des Celtes insulaires, nous n'y trouvons, 
outre de sèches annales (3), que des traditions fabuleuses 
sur l'ancienne histoire bretonne (4) ; les vies de saints, 



(1) Les Mahinogion traduits en entier pour la première fois 
en français avec un commentaire explicatif et des notes cri- 
tiques, par J. LoTH, Paris, 1889, p. 9-12 ; nouvelle édition, 1913, 
p. 42-43. 

(2) J. LoTH, Revue celtique, t. xxt, p. £8-58. 

(3) Les Annales Cambrise, terminées entre 954 et 955 sont 
jmbliées par E. Phillimore, 1' Cjjmmrodor, t. ix, p. 152-169 ; 
J. LoTH, Les Mahinogion, t. ii, p. 345-357. 

(4) Par exemple, chez Gildas, De cxcidio Briiannise, et chez 
Nennius, Historia Britonum. 



LES SOURCES ET LA METHODE O 

quand on arrive à déterminer l'âge des documents sur les- 
quels elles reposent, peuvent donner matière à quelques 
rapprocliementsd'institutions, de mœurs ou de croyance (1). 

Les peuples celtiques qui ont subsisté jusqu'à nos jours 
dans l'ouest de l'Europe ne nous apportent donc, en l'état 
actuel de la science, aucune indication certaine sur leurs 
origines et ne pourront fournir que des éléments de compa- 
raison. Les Celtes établis sur le continent avant l'ère chré- 
tienne ne nous ont point laissé d'annales manuscrites ou 
gravées sur pierre. Des Celtes de l'Antiquité, nous savons 
donc seulement ce que les Grecs ou les Romains nous ont 
raconté (2), en des temps oii les moyens d'information 
étaient rares et la tritique historique rudimentaire. 

Peu d'écrivains anciens ont été en rapport avec les 
Celtes. Au temps d'Alexandre le Grand (336-323), un Mar- 
si illais, Pythéas, fut le premier Grec qui visita les côtes oc- 
cdentales de l'Europe. Il longea l'Espagne, atteignit l'Ar- 
morique, et de là gagna la Grande-Bretagne, puis il re- 
monta au nord jusqu'à Thulé et termina son voyage parles 
cùlcs méridionales de la mer du Nord (3). Polybe, au mi- 
lieu du second siècle avant notre ère, accompagna Scipion 
Eiailien en Espagne (134) et fut en relation, non seulement 



(1) Sur la valeur de ces sources, voir J. Lotii, L'émigration 
bretonne en Armorique, Rennes, 1883, p. 26-46. 
• (2) Voir H. d'Arbois de Jubainville, Principaux auteur!^ 
de V antiquité à consulter sur l'histoire des Celtes depuis les iemp-i 
les plus anciens jusqu'au rè^ne de Théodose I^^, Paris, 1902 
(t. XII du Cours de littérature celtique). 

(3) Sur Pythéas, voir Hergt, Die JSordlundjahrt des Pytheas, 
Halle, 1893 ; F. Mathias, Pytiteas ro?i Rlassilia und die àltestm 
NachricJiten i'on den Germanen, Berlin, 1901 ; J. Lubbock, 
L'homme préhistorique, Paris, 1888, 1. i, p. 62 ; C. Jult.jan, 
Histoire de la Gaule, t. i, p. 415-425. 



6 ÉCRIVAINS ANCIENS 

avec les Celtes d'Espagne, mais aussi avec les Celtes du sud 
de la Gaule. Au commencement du i'''" siècle avant 
notre ère, le pliilosophe stoïcien Poseidônios (1), auteur de 
plusieurs traités de géograpiiie, entreprit de nombreux 
voyages : il séjourna dans des villes du littoral, telles que 
Cadix où il resta trente jours ; il pénétra en Gaule et fit des 
observations personnelles sur les mœurs des Gaulois. César, 
pendant les neuf années qu'il passa en Gaule (58-50), fut 
en contact constant avec les habitants du pays»; mais, pres- 
que exclusivement préoccupé par les affaires militaires, il 
ne semble pas avoir beaucoup observé par lui-même les 
mœurs et les institutions des Gaulois. 

Virgile est né à Andes près de Mantoue, en Gaule Ci- 
salpine, et son nom semble d'origine celtique. Trogue 
Pompée est un Gaulois de la tribu des Voconces (2), mais 
il appartient à une famille romanisée depuis trois généra- 
tions et on ne sait s'il avait recueilli auprès de ses compa- 
triotes certains éléments de ses Histoires. 

Nous ne connaissons l'histoire de Trogue Pompée, com- 
posée en 9 après J.-C, que par un abrégé fait au second 
siècle de notre ère par Justin. Les Commentaires de César 
et les œuvres de Virgile nous ont été conservés. Mais la 
plus grande partie do l'teuvre de Polybe est perdue ; sur 
les quarante livres (ju'elle comprenait nous n'avons plus 
quo les cinq premiers ; des trente-cinq autres, il ne nous 
reste que des fragments, d'ailleurs assez considérables, que 
nous ont transmis un manuscrit d'Urbino et le recueil 



(1) Sur Poseidônios, voir Sciieppig, De Posidonio Apamensi 
rerum genliiim terrarum srriptore, Berlin, 1870 ; Miilenuoik, 
Deutsche Altertiimskiiiidc, '2'' éd., licilin, 1S',)0, I. ii, p. l'i.'). 

(2) Justin, xliii, 5. 



LES SOUnCES ET LA METHODE 7 

d'extraits de Constantin Porpliyrogennète. Quant aux //t'ç- 
toires de Poseidônios, qui faisaient suite à celles de Polybe 
et qui comprenaient cinquante-deux livres, elles sont 
presque entièrement perdues ; en ce qui concerne les Celtes 
un fragment nous en est rapporté par Strabon (1) ; quatre 
autres par Athénée (2) ; il est probable, sans qu'on puisse 
toujours le démontrer, que Diodore, Strabon, peut-être 
aussi César dans son livre VI, ont fait de nombreux em- 
prunts à Poseidônios. L'ouvrage de Pythéas, dont le titre 
paraît avoir été riEp-. 'ii-/.t^ ■'>'> ne nous est guère connu que 
par les critiques qu'en font Polybe (3j et Strabon (4) qui 
traitent Pythéas d'impudent menteur. 

La plupart des écrivains de l'Antiquité qui nous parlent 
des Celtes ne travaillent donc que de seconde main. Nous 
le regretterions moins s'ils prenaient soin d'indiquer exac- 
tement les sources auxquelles ils ont puisé, mais, le plus 
souvent, les éléments essentiels de la critique historique 
nous font défaut. Nous sommes parfois exposés à prendre 
pour l'expression des observations personnelles d'un écri- 
vain des renseignements qu'il a copiés chez un de ses loin- 
tains prédécesseurs. Quand les sources sont indiquées, 
nous ne pouvons déterminer dans quelle mesure et avec 
quelle probité l'écrivain s'en est servi ; les citations sont- 
clles faites de mémoire ou exactement transcrites ? De pré- 
cieux documents peuvent nous avoir été conservés par des 



(i) Géographie, iv, 4, 5.' 

(2) Athénée, iv, p. 154 a ; ix, 151e-152/ ; vi, 246cd ; 233d. 
Fragmenta historicorum grsecorum, éd. C. Miillcr, t. m, p. 245. 

(3) Chez Strabon, ii, 4, 1-2 ; iv, 2, 1. 

(4) Géographie, i, 4, 3 ; 5 ; m, 2, 11 ; iv, 5, 5 ; vu, 3, 1. 
Pline, Histoire naturelle, iv, 27, 95 ; xxxvii, 11, 35. 



8 ÉCR1VA1>S ANCIENS 

écrivains de basse époque, sans que nous puissions distin- 
guer les parties anciennes des rajeunissements postérieurs, 
et riiistoire, de la légende. Quelle est la valeur exacte des 
voyages de circumnavigation, des périples, qui nous sont 
parvenus? Sont-ce les prodigieux monuments de la crédu- 
lité des Grecs, ou, au contraire, des œuvres d'une grande 
valeur scientifique? Il est probable que la vérité est entre 
ces deux extrêmes et qu'ils mélangent à doses à peu près 
égales les observations exactes et les conjecturesimaginaires. 
Quelle méthode critique faut-il appliquer à VOra mari- 
tiina de Rufius Festus Aviénus (i), proconsul d'Afrique en 
366 de notre ère? Nous avons conservé de ce poème un 
fragment de 713 vers ; on y lit une singulière description 
des côtes de l'Océan depuis le détroit de Gibraltar jusqu'aux 
îles Britanniques. Sur les côtes d'Espagne, on trouve les 
Cynètes, les Cempses, les Saeîes, mais ni Celtes, ni Gelti- 
bères ; séparées du continent par le sinus Œstrymnicus, 
sont les îles Œstrymtiides^ riches en étain et en plomb ; du 
cap de VŒstrymnis on atteint en deux jours l'île des 
Hierni; à côté est l'île des Albioiies. Au nord, on rencontre 
un pays d'où les Ligures ont été chassés par les Celtes. La 
source principale d'Aviénus semble avoir été un arrange- 
ment grec, aujourd'hui perdu, d'un périple phénicien dû à 
Himilcon dont le nom est cité dans VOra maritima, et qui 
avait été envoyé explorer l'ouest de lEurope ^2), à une 



(1) Une étude complète de ce texte se trouve chez Mullenhokk, 
Deutsche Aller lumskunde, 2^ éd., t. i, p. 73-210. Un fac-similé 
de la partie concernant la Gaule dans l'édition princcps a été 
publié dans la Revue des éludes anciennes, t. viii (1906), pi. vu, 

VIII, IX, X. 

(2) Pline, Histoire naturelle, ii, 67, 169. Cf. C. Jullian, 
Himilcon et Pythéas, Journal des Savants, t. m (1905), p. 95-98. 



LES SOURCES ET LA METHODE 9 

époque que l'on ne peut déterminer exactement, mais qui 
n'est pas postérieure au v'' siècle. Si l'Ora maritima est 
une reproduction fidèle des principaux traits du périple 
phénicien, elle constitue un document pour l'étude de la 
géographie ethnique de l'ouest de l'Europe vers l'an 500 
avant J.-G. Mais comment déterminer les déformations 
qu'a dû subir l'ouvrage d'Himilcon dans l'arrangement en 
vers latins qu'en a fait Aviénus, neuf siècles après sa pu- 
blication ? 

Nous trouvons ainsi, sans qu'il soit toujours facile de 
déterminer la valeur des sources, des renseignements sur 
1 histoire, les institutions, les mœurs, la langue, le pays 
des Celtes chez la plupart des auteurs grecs et latins. 

Parmi les Grecs on peut citer : Hérodote (48i-425), 
Xénophon (434-359), Aristote (384-322), l'auteur du pé- 
riple dit de Scylax (vers 335), Ephore (vers 340), Théo- 
pompe (375-306), Ptolémée, fils de Lagos (367-283), Calli- 
maque(névers 300). Timée (352-256). Eratosthène (275- 
195), ApoUonios de Rhodes {m" siècle), Phylarque 
(ni* siècle), Fabius Pictor (né vers 254), Artémidore 
d'Ephèse (i" siècle avant Jésus-Christ), Diodore de Sicile 
(i^"" siècle avant Jésus-Christ), Timagène (1), (i" siècle avant 
Jésus-Christ) traduit par Ammien Marcellin, Alexandre 
Polyhistor (vers 85 avant J.-C), Denys d'Halicarnasse 
(vers 30 avant Jésus- Christ), Nicolas de Damas (né vers 
74 avant Jésus-Christ), Strabon (né vers 63 avant J.C.), 
Philon le Juif (vers 30 avant Jésus-Christ), Dioscoride 



(1) D'après A. Klotz, C sesarsiudien , nebst einer Analyse der 
Strabonischen Beschreibung von Gallien und Britannien, Leipzig 
1910, Strabon n'a utilisé Poseidônios, Arténaidore et César que 
par l'intermédiaire de Timagène. 



iO ÉCRIVAINS A>fCIE>S 

(i" siècle de notre ère), Josèphe (37-100), Plutarque (50- 
120;, Dion Ghrysostome (i^"" siècle), Favorinus (mort vers 
1:^5), Denys le Périégète (u^ siècle après Jésus-Christ), 
Ptolémée (u** siècle), Appien (ii" siècle), Arrien (93-175), 
Piiusanias (vers 174), Polyen (ii^ siècle). Galien (131-200). 
Lucien (125-200), Athénée (ii' siècle), les Oppien (n' siècle), 
Dion Gassius (150-2.(5), les Philostrate (m" siècle'. Diogène 
Laërce (vers 190), Elien (ni* siècle), Hérodien (ni* siècle), 
Porphyre de Tyr (233-304j, Julien (331-363), Laurentius 
Lydus v''-vi'' siècles) (1), 

Parmi les Latins : Gaton l'Ancien (234-149), Sempronius 
Asellio. trihun militaire en 134, Q. Glaudius Quadrigarius, 
Valerius Antias, Gornelius Sisenna ^vers 78), Gicéron (2) 
(100-43), Varron (110-27), Gornchus Nepos (99-2i\ Vir- 
gile (70-19), Properce ^49-13), Vitruve (f siècle avant 
Jésus-Ghrist), Horace (05-8), Titc-Livo (59 avant, — 17 
a[)iès\ (Iraltius Faliscus (r"" siècle), Pompeius Fcstus (peut 
être au i" siècle), Gornelius Celsus (r' siècle), Yelleius Pa- 
tcrculus (vers 30), Valère Maxime (i"" siècle), Goluinelle, 
Pomponius Mêla (i" siècle), Lucaiii i39-0."S), Pline l'Ancieii 
(23-70). Silius Italicus (25-10!). Frontin (40-103), Martial 
(40-102), Tacite (55-120 , Florus (peut-être u^ siècle), Sué- 
tone 1^69-141), Juvénal (OO-l-iOi et ses glossateurs, Aulu- 
Gelle (125-175 , Tertullicn (lC.0-245), Ulpien (mort en 228), 
Solin (vers 230), Némésien (m" siècle), l'auteur de la liste 



(1) Les textes des auteurs grecs relatifs aux Celtes ont été 
publiés avec une traduclion française par Edm. Cougnv et 
II. Lebègue, Extraits des auteurs grecs concernant la géographie 
et l'histoire des Ciaules (Soelélé de l'Histoire de France, Paris, 
1878-1892, 6 vol. in-8o). 

(2) Cf. 11. DE L.\ Ville de Mirmont, Cicàron et les (iauhis. 
Revue celtique, t. xxv, p. 11)3-180. 



LES SOURCES ET LA AfETHODE ii 

des provinces romaines (297), les auteurs de l'iiisloire Au- 
guste 284 337), des panégyriques (284 389;, de lltincraire 
d'Antonin (iv" siècle), de Fltinéraire de Bordeaux à Jérusa- 
lem (333), Aurelius Victor (iv^ siècle), Eutrope (iv'*' siècle), 
Riifius Festus (iv' siècle), Ammien Marcellin (330-400), 
Ausone (3! 0-395). Marcellus Empiricus de Bordeaux (i) 
(fin du iv^ siècle), Sulpice Sévère (363-425^, l'auteur de la 
Nolitia dignilatiwi (vers 410) (2). 

Celte longue liste ne doit pas faire illusion ; car la plu- 
part des écrivains que nous venons d'énumérer ne contri- 
buent que par quelques mots ou quelques phrases à enri- 
chir le fonds de nos connaissances sur les Celtes. Les com- 
pilateurs comme Diodore de Sicile, qui avait compulsé à 
Rome les bibliothèques et les archives et passé trente ans 
à écrire son grand ouvrage, sont particulièrement précieux. 
Pausanias utilise soit l'histoire des successeurs d'.Alexandre 
par lliéronymo de Gardie (272 avant Jésus-Chiist), soii 
Timée (mort vers 'ii)(\), soit Ménodote de Pérlnthe (vers 
217). soit Timagène ou Agatharchide de Cnide (né vers 
250) (3). Les anciens écrivains dont les livres sont perdus 
ont donc ainsi été souvent mis à [)rofit et il est possible 



(1) Voir, sur cet auteur, J.-A. Guillaud, Revue des études 
anciennes, t. xii, p. 183. 

(2i Les textes latins relatifs aux Gaulois se trouvent, avec 
les textes grecs, chez D. Bouquet, Berum gallicarum et franci- 
carum scriptores, t. i, Paris, 1738, p. 1-821. Les textes relatifs 
aux Bretons ont été publiés dans les Monumenta Jiistorica 
Britannica, de Henry Pétrie et Thomas Duffus Hardy, 
London, 1848, p. I-CV, sous le titre de Ex scriptoribus grœcis 
atque latin is excerpta de Brilannia. On trouvera encore les plus 
anciens textes relatifs aux Celtes dans l'article Celtes (dû à 
M. G. Lagneau) du Dictionnaire enciiclopédique des sciences 
médicales sous la direction de A. IJeclianibre, t. xiii. 

(3) Cf. C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, p. 301, n. 6, 



i'I NOMS DES CELTES 

que le meilleur de leur œuvre ait passé dans les ouvrages 
qui nous sont parvenus. 



II 



Il n'y a pas qu'une seule dénomination pour désigner 
l'ensemble des tribus celtiques du continent. Chez les 
Grecs (1), le mot généralement en usage est KïXto! (2). On 
le trouve pour la première fois chez Hérodote (3), et il est 
le seul employé jusqu'au ni* siècle avant notre ère. 
C'est, d'après César (4) et Pausanias (5), l'ancien nom 
par lequel ils se désignaient eux-mêmes (6). Dès le ni« siècle 
avant notre ère, un second mot, Valizrt^, apparaît 
chez Callimaque(7), comme synonyme de KeXtô; ; Vali-.T^<: 
est aussi employé chez Eratosthène (8) et dans deux épi- 
taphes : l'une est celle d'un jeune Athénien (9) tué à la ba- 
taille des Thermopylcs en 279 ; l'antre, celle de trois jeunes 



(1) Cf. H. n'Annois de Jubainvii.t.t;, Les premiers hcthilanls 
de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 393-'i09. 

(2) On trouve la variante liîXTa' chez Stuabon, iv, 1, 1 ; 
14 ; Cellœ, chez Cksar, i, 1. 

(3) Histoire, ii, 33 ; iv, 49. 

(4) Guerre de Gaule, i, 1. 

(5) Description de la Grèce, i, 3, fi. 

(6) On a souvent tonte de pénétrer le sens de ce nom ethnique ; 
H. d'Arbois de Jidiainvillc l'explique par « celui qui prend du 
butin ». Cf. irl. ar-ccllim « j'enlève », to-chell « victoire ». (Les 
premiers habitants de l'Europe, t. ii, p. 396). Ruys (Celiic Bri- 
tain, 2^ éd., p. 2), par « guerrier », cf. v. h. a. hillja « combat » ; 
Gliick le rapproche du latin celsus, lit. keltas « élevé ». 

(7) Hymne à Dêmêtêr, v, 184. 

(8) Strabon, II, 4, 4. 

(9) Pausanias, x, 21, 5, 



LES SOURCES ET LA METHODE 13 

filles de Milet (1) qui se tuèrent pour échapper aux bar- 
bares ; et dans cette épitaphe les barbares sont désignés 
successivement par les deux synonymes Ktl-zo'. et raXixat. 
Chez Polybe (2), les Gaulois qui ravagent le Latin m au 
IV* siècle et les Gaesatae sont appelés tantôt KeXxof, tantôt 
raXàiat, selon, sans doute, qu'il utilise des documents grecs 
ou des documents romains. Il en est de même chez Plu- 
tarque (3) et chez Pausanias. Dans le grec des administra- 
teurs romains (4), les Celtes sont désignés sous le nom de 

TaXâtai ^o). 

Malheureusement, une fois en possession de deux termes 
pour désigner le même ensemble de peuples, certains au- 
teurs grecs décidèrent de les répartir en des emplois diffé- 
rents. Diodore de Sicile (6) désigne les Celtes sous le nom 
de KeXtoî, mais se sert du mot raXâ-a'. pour dénommer les 
peuples transrhénans. Dion Cassius, au contraire, place les 
Celtes sur la rive droite du Rhin et les Galates sur la rive 
gauche (7) ; mais, dans le récit des événements qui pré- 
cèdent le i" siècle avant notre ère, c'est-à-dire avant 
que Ton eût distingué clairement les Gaulois des Germains, 
il emploie indifféremment KtXxoî ou TaXàiai pour désigner 



(1) Anthologie palatine^ vu, 492. Cf. Saint Jérôme. Contre 
Jovinien, i, 41. Ad. Reinacm, Bei'ue celtique, t. xxx, p. 71, n. 2. 

(2) Histoires, ii, 18, 6 et 8 ; 23, 1 et 5 ; 22, 1 ; 2 ; 26, 4 ; 5 ; 
31, 1 ; 2. 

(3) Par exemple, Camille, 18 ; 20. Cf. Diodore, xxv, 13 ; 
Pausanias, Description de la Grèce, 1, 4, 1 ; Appien, Ibériques, 1. 

(4) Par exemple dans le testament d'Auguste, vi, 20 ; xxv, 
4 ; XV, 19. 

(5) D'après H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers 
habitants de l'Europe, t. ii, p. 409, ce nom signifierait en cel- 
tique " brave guerrier », irl. galach. 

(6) Bibliothèque, v, 32 ; i ; 25, 4. 

(7) Histoire romaine, xxxix, 49, 1. 



44 



.NOMS DES CELTES 



les uns ou les autres (1). Strabon pensait que le nom de 
Celte avait été étendu par les Grecs, des peuples de la Ntir- 
bonnaise qu'il désignait primitivement, aux habitants du 
reste de la Gaule (2) mais il confond Ktl-.^y. et V'Ai-.-x:. 

Chez les Romains, les Celtes du continent ont été unifor- 
mément désignés par le nom de GuUi, qu'il s'agisse des 
Celtes de l'Europe centrale, deThrace ou d'Asie Mineure (3). 
GaUia apparaît pour la première fois dans les Origines de 
Caton (4) vers 168 av. J.-C. Le terme Galatae ne s'ap- 
plique qu'aux Celtes d'Asie Mineure. Ces deux mots n'ont 
aucun rapport avec le nom de Ga'd que nous donnons 
maintenant aux peuples celtiques d'Irlande et d'Ecosse. 
Gaël a en effet en irlandais ancien la forme Gàidel, Gôklel, 
essentiellement différente de Galli, Galatae. 

La confusion de ces anciennes dénominations, résultat 
de l'ignorance des uns et du manque de précision des 
autres, n'a pas paru absolument irrémédiable aux érudits 
modernes qui ont tenté de trouver des traces d'une distinc- 
tion ancienne entre les Celtes et les Gala tes. Alexandre 
Bertrand a essayé de démontrer que pour Polybe les Celles 
sont les antiques populations sédentaires de l'Italie du nord, 
tandis que les Galates sont des tribus d'origine plus récente 
dont le trait principal est d'avoir pris Rome avec l'aide des 



(1) Histoire romaine. Fragments 25, 31, 34. Cf. Ahhie.n, Ana- 
base, I, 3, 1. 

(2) Géographie, iv, 1, 14. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 410-420. Gallm, d'après Wh. Stokes, 
signifierait « étranger >\ irl. gall. 

(4) Origines, II, fragm. 34, chez Charisius, Grammatici latini, 
éd. Keil, t. i, p. 202. H. Peter, Historicorum romanorum frag- 
menta, p. 48. 



LES SOURCRS ET LA METHODE 15 

Celtes (1). M. G. Jullinn pense que l'ancienne dénomina- 
tion est Kil-oi et que raXàia-. désignait primitivement les 
Belges et s'applique au second ban des envahisseurs de la 
Gaule (2). 

Les archéologues distinguent encore souvent par les 
noms de Celtes et de Gaulois deux grou])e8 de populations 
qui ont habité la Gaule ; ils appellent ère celtique celle qui 
est caractérisée par l'apparition des métaux, la prédomi- 
nance des armes en bronze et l'introduction du rite de l'in- 
cinération dans le sud-est et le sud ; et ère gauloise, celle 
qui est caractérisée par la prédominance des armes en fer 
et la substitution de l'inhumation sous lumiili ou en pleine 
terre à l'inhumation dans les monuments mégalithiques et 
à l'incinération (3. Mais, du point de vue historique, une 
pareille distinction ne peut s'appuyer sur aucun fait. . 

Indépendamment de ces termes généraux, d'autres mots 
composés ou dérivés de KeXtôî ou GaUus, raXâxr;!; servent 
à dénommer des peuples celtiques (4). 

Les KeXti/.oi (var. Kil-.rJ.) Celiici, sont les Celtes établis 
au Dord-ouest de l'Espagne, au sud de la Lusitanie et en 
Bétiquc (oj. 



(1) Revue archéologique, t. xxxi (1876), p. 1-16, 73-90. On 
trouvera p. 17-24, 91-98, 153-161 les textes anciens relatifs à 
la question. A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, 
p. 371-419. 

(2) Histoire de la Gaule, t. i, p. 317-319, 

(3) S. Reinach, Catalogue sommaire du inusée des antiquités 
nationales au château de Saint- Germain-en-Laye, 3^ éd., Paris 
1898, p. 147. 

(4) On trouvera ces noms avec tous les textes où on les a re- 
levés dans le Altceltischer Sprachschatz, von Alfred Holder 
Leipzig, 1891. 

(5j Strabon, III, 1, 6 ; 3, 5. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. I, p. 307. 



16 NOMS DES CÊLTE^ 

Les KtXxloript; Celtiberi, sont les Celtes, mélangés aux 
Ibères, qui peuplaient l'Espagne, des sources du Guadiana 
à celles du Guadalquivir (1). 

Pour désigner les Celtes d'Espagne, les mots Celte, Ga- 
late, Gallus sont très rares (2). Un peuple établi sur la rive 
droite de la Bétis s'appelle d'après Pline Celli (3). 

Les KeXxoYaÀdc-ca'. sont les habitants de la Gaule (4). 

Les KeXxoXÎYUEç sont les Celtes mélangés aux Ligures dans 
les environs de Marseille (5). 

Les KeX-roj/.ôOa; sont les Celtes voisins des Scythes (6). 

Quant aux KtX-ôp'.o'. établis entre les Pyrénées et les 
Alpes, leur nom ne se trouve que chez Plutarque (7) et ré- 
sulte peut-être d'une mauvaise lecture. 

Gallograeci, raXÀoYpaixo'., 'EXArjvoYaÀâxai désigne les 
Celtes établis en Asie Mineure (8). C'est un synonyme de 
Galatae. 

Souvent aussi, on ajoute à Galli ou à Keàxoî une déter- 
mination géographique : 

Gain Transalpini, Kil-o\ (jiztpil-:zno'., désigne les Celtes 
de Gaule (9). 



(1) DioDORE, V, 33. Strabon, ni, 2, 11 ; 15 ; 3, 3 ; 4 ; 4, 5 ; 
12-13 ; cf. I, 2, 27. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes en Espagne, 
Revue celtique, t. xiv, p. 361-365. 

(3) Pline, Histoire naturelle, ni, 3, 11. Voir ci-dessus, 1. 2. 

(4) Etienne de Byzance au mot *aj3îo. Cf. Ptolémée, xi, 7, 1. 

(5) Strabon, iv, 6, 3. Pseudo-ARiSTOTE, Des singularités 
merveilleuses, 85. 

(6) Strabon, xi, 6, 2 ; cf. I, 2, 27. Plutarque, Alarius, II. 

(7) Camille, 15, 1. 

(8) TiTE LivE, XXXVIII, 17 ; Strabon, ii, 5, 31 ; Diodore, v, 
32, 5. 

(9) Tite LivE, XXXIX, 22 ; Polybe, ii, 15 ; Strabon, iv, 6, 3. 



LES SOURCES ET LA METHODE ]7 

Gain Cisalpini désigne les Celtes du nord de l'Italie (1). 

D'autres noms, qui ne se rattachent ni à KeXtôc ni à Gal- 
lus, ont servi à désigner des ensembles de peuples que les 
auteurs de l'Antiquité considèrent comme celtiques. 

Tels sont les, Belgae BiXyat, qui, au temps de César, habi- 
taient la partie de la Gaule comprise entre le Rhin, la 
Marne et l'Océan (2). Strabon comprend les Armoricains 
parmi les Belges (3). Les /iewi apprirent à César que la plu- 
part des Belgae étaient issus des Germains. Les Belgae dif- 
féraient des Celtae ou Galli et des Aquitains par la langue, 
les institutions, les lois (4). Pour Strabon, ils ne diffèrent 
pas des Gaulois par l'aspect physique ; ils parlent la même 
langue, sauf quelques particularités dialectales ; leurs ins- 
titutions et leur genre de vie ne diffèrent (ju'un peu de ceux 
des Gaulois (5). César donne expressément le nom de Ger- 
mains à quelques peuples belges : Condrusos, Ebiirones, 
Caerosos, Paemanos qui uno nomine Germani appellantur ; 
Segni Condrusique ex gente et numéro Germanorum (6) . 
Mais Ambiorix, roi des Ehuro?ies, appelle Galli ses compa- 
triotes (7), Strabon (8) qaa\iiielesNerç>ii, Nepoûtoi, peuple 
belge, de Germains yepjjLavixov à'Bvoc. Tacite (9) rapporte que 
les Treviri et les Nerçii prétendaient être d'origine germa- 
nique, et en tiraient vanité. Les Treviri, d'après Hirtius , 
ne différaient guère des Germains par le genre de vie et la 

(1) TiTE LiVE, XXVII, 38. 

(2) Guerre de Gaule, i, 1 ; Plutarque, César, 20, 3. 

(3) Géographie, iv, 4, 1. 

(4) Guerre de Gaule, ii, 4, 1 ; i, 1, 2. 

(5) Géographie, iv, 1, 1. 

(6) Guerre de Gaule, ii, 4 ; vi, 32. 

(7) Guerre de Gaule, v, 27, 6. Cf. xi, 4, 7. 

(8) Géographie, iv, 3, 4. 

(9) Germanie, 28. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'anliquité cJtique. 2 



18 



BELGES, BRETONS 



barbarie (1). Ces témoignages ne laissent pas d'être un peu 
contradictoires : on ne peut guère les concilier qu'en ad- 
mettant que les Belges étaient une population celtique mé- 
langée d'éléments germaniques A moins que l'on ne pense, 
avec H. d'Arbois de Jubainville, que l'origine germanique 
des Belges ne doit être entendue que du point de vue géo- 
graphique, et qu'il s'agit d'un peuple celtique venu de 
Germanie. Peut-on môme aller plus loin et soutenir que la 
tradition de l'origine gcrmani(|ue des Belges ne repose que 
sur l'ancienne confusion des Celtes et des Germains, con- 
fusion que l'on trouve encore chez Gicéron (2) où les 
Cimbres et les Teutons, peuple germanique, sont qualifiés 
do Galli ? 

liGS Celtes des Iles Britanniques, (jui se rapprochent des 
G((lli à la fois |)ar la langue, la religion et la' bravoure et! 
qui sont en relation avec les peuples de la presqu'île armo- 
ricaine (3), ne sont jamais désignés par les noms de KilxrA 
ou de Galli. Le plus ancien nom de ces peuples est 
il-^£XTavo', celui de leur pays iipEXTav !•/./, leçon de plusieurs 
manuscrits de Strabon confirmée par Etienne de Byzance 
qui attribucà Marcien et à Ptolémée l'orthographe ripExavîoi; 
pour le nom d'îles situées dans l'Océan, et qui nomme 
UpiT'jiJi/Ji l'île semblable à un continent qui se trouve auprès 
de la Celtique f4). Ce dernier nom est apparenté à l'irlan- 
dais Craithnech qui désigne les Pietés, et le gallois Pry- 
dain, « Grande-Bretagne » , comme l'irlandais Cruùhne 
<( pays des Pietés », représentent une ancienne forme Pre- 



(1) Guerre de Gaule, viii, 25. 

(2) Des provinces consulaires, 32. 

. (3) César, Guerre de Gaule, m, 9 ; iv, 21. 
(4) Strabon, h, 5, 12 ; iv, 5, 4 ; iv, 5, 1. Cf. Diodore, v, 21, 2. 



LES SOUftCRS ET LA METHODE 19 

îania (1). Mais les formes les plus employées du nom des 
Celtes des Iles Britanniques commencent par B. Ce sont 
H-.ET-avof, Briitani, Bpe-avot, Briiani, Brilanni, Brittones 
liilentique au gallois BrythonBvetons), Britones. Il n'y a chez 
les auteurs anciens guère de traces d'une distinction qui 
permette de retrouver chez les Britanni non seulement les 
ancêtres des Bretons du Pays de Galles, mais aussi ceux 
desGaëls d'Irlande et d'Ecosse. Pour César (2), l'intérieur 
du pays est occupé par une population que la tradition con- 
sidère comme indigène ; les côtes sont habitées par des 
Belges attirés hors de Gaule par la guerre ou l'appât du 
butin. 

Les Celtes de l'Ecosse semblent avoir été désignés, à 
partir du moins de l'expédition d'Agricola, sous le nom 
général de Caledonii ou Caledones qui plus anciennement 
dénommait seulement une peuplade du nord de la Grande- 
Bretagne. On ne trouve pas avant Ammien Marcellin (3) les 
deux noms de Picti et de 6'co/ii appliqués à deux peuples 
de Grande-Bretagne. Les Picti qu'Eumène (4) regarde 
comme identiques au Caledonii étaient, autant qu'on en 
peut juger par les noms de personnes et de lieux qui nous 
sont parvenus, un peuple parlant une langue celtique du 
rameau breton (o). Les Scotti sont, au contraire, des Celtes 
du rameau gaélique venus d'Irlande. 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, L'île Prétanique, Revue 
celtique, t. xin, p. 398-403. 

(2) Guerre de Gaule, v, 12 ; cf. ii, 4. Cf. Tacite, Agricola, ii. 

(3) Histoire romaine, xx, 1. 

(4) Panégyrique de Constance, 11. 

(5) J. LoTH, Les Pietés d'après des travaux récents. Annales 
de Bretagne, t. vi, p. 111-116. Chez J. Rhys and D. Brynmor 
Jones, The Welsh people, 3^ éd., London, 1902 ; et surtout 
chez E. W. B. Nicholson, Keliic researches, London, 1904, la 
question picte est traitée avec une hardiesse trop aventureuse. 



20 ILES CASSITÉRIDES 

La plupart des auteurs de l'Antiquité distinguent des Iles 
Britanniques les lies Cassitérides, Kacrj-TEofoe; v;;70'.,d'où 
l'on tirait l'étain, /.aa^i-Epo; et qui sont en pays celtique (1). 
Hérodote dit qu'il ne les connaît pas (2). L'étain est appelé 
par le Pseudo-Aristote (3) xxaaîxEpov lov xcX-ctxôv. D'après 
Strabon(4), en face des Pyrénées, au nord, est située l'île 
Prettanique, et les îles Cassitérides font face au pays des 
Ariabri, peuple celtique de la Lusitanie ; elles sont au 
nombre de dix, proches les unes des autres. Diodore (t), 
sans doute d'après Poséidon ios, place les îles Cassitérides 
au-dessus de la Lusitanie. Pline 6) les situe de même en 
face de la Celtibérie. On peut s'étouner que les anciens se 
soient représenté la Grande-Bretagne comme faisant face à 
l'Espagne. En 98 de notre ère, Tacite écrivait encore que 
l'Espagne était en face du pays des Silures, posita contra 
Hispania (7). Cette erreur était entretenue par la disposi- 
tion singulière des cartes anciennes qui, comme la Table 
dePeutinger, se développaient en longueur au détriment de 
la hauteur (8). 

Oua souvent identifié les îles Cassitérides au.v Sorlingues 
ou Scilly qui sont au nombre d'une centaine, dont si.v seu- 



il) ïn Celticis. Mél.\, iii, 6, 47. Cf. Pline, Histoire naturelle, 
VII, 57, 197. 

(2) Histoire, m, 115. 

(3) Des singularités merveilleuses, 50. 

(4) Géographie, u, 5, 15 ; 30 ; m, 5, 11. 

(5) Bibliothèque, v, 38, 4. 

(6) Histoire naturelle, iv, 36, 119. Cf. Solin, 23, 10. 

(7) Agricola, 11. Cf. Pline, Histoire naturelle, iv, 30, 102. C'est 
l'origine d'erreurs qui ont influé sur toute la géographie de la 
Gaule. J. LoTH, L'émigration bretonne en Armorique, p. 53-55. 

(8) E. Desjardins, La Table de Peutinger, Paris, 1869-1876. 
Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. xii, p. 254-257. 



LES SOURCES ET LA METHODE 21 

lement ont quelque importance. Mais ces iles ne contien- 
nent pas de mines d'étain et les principales mines d'étain 
dans le Nord-Ouest de l'Europe sont celles de la Cor- 
nouaille anglaise . Il est probable que les écrivains anciens 
se sont contentés de rapporter, sans essayer de les concilier, 
des renseignements venant, les uns de voyageurs bien infor- 
més, et les autres de gens qui ne connaissaient les îles Gassité- 
rides que par des on-dit. Peut-être ont-ils confondu trois 
groupes d'îles qui servaient de dépôts d'étain, les Scilly pour 
la Grande-Bretagne, les îles de la Galice (1) pour le pays des 
Artabri et les îlesdeTArmorique, — la Gornouaille anglaise, 
la Galice et l'Armorique contenant des gisements stanni- 
fères (2). 

M. S. Reiuach (3) pense que /.aad'Tspo; est un mot celti- 
tique et que le nom des îles, au lieu d'èlce dérivé de 
•/coiu!j;x£po;, lui était identique. Ce seraient les Grecs qui au- 
raient ajouté la désinence -(oïî. Il ne manque pas d'exemples 
analogues pour les noms de métaux (4). Le nom de l'étain, 
y.aj(j;xïpo;, se trouvant déjà dans neuf passages de V Iliade, 
il en résulterait, si ce nom est celtique, qu'il y avait déjà 
des Celtes dans les îles Britanniques vers le ix* siècle avant 
notre ère. 

Avant que le nom de Celtes fût connu des Grecs, les 



(1) Je dois cette observation à M. C. Jullian. 

(2) L. SiRET, Les Cassitérides et l'empire colonial des Phéni- 
ciens, L'Anthropologie, t. xix, p. 129-165 ; t. xx, p. 129, 283 ; 
t. XXI, p. 281. 

(3) L'Anthropologie, t. m (1892), p. 275-281 ; t. x (1899), 
p. 397-409. 

(4) Cuivre (K'Jirpoc) ; bronze (Brundisium] ; /iXui^, acier 
(XàÀ-i3£;a.8f,po-:/.tovE;). Berthelot, /?erue archéologique, t. xvii 
(1891), p. 49-51. 



22 HYPERBORÉENS 

peuples celtiques ont dû être compris sous des dénomina- 
tions plus générales (1). 

11 est possible que le nom d'IIyperboréens. 'v■^Ep3'5p^ol, 
qui a désigné une race mythologique, peuple de l'âge d'or 
habitant un paya fertile et chez lesquels réside Apollon, ait 
été aussi une expression géographique (2). Poseidônios, au 
i" siècle avant notre ère, donne les Alpes comme rési- 
dence aux Hyperboréens (3). Héraclide de Pont, à la fin du 
iv" siècle avant notre ère, avait écrit que, d'après une nou- 
velle qui venait do l'Ouest, Rome avait été prise par une 
armée venant de chez les Hyperboréens (4). A la même 
époque, Hécatée d'Abdère plaçait, en face de la Celtique, le 
long de l'Océan, une île aussi grande que la Sicile, (jui 
s'étendait vers le nord et était habitée par les Hyper- 
boréens (5). Dans ces textes, le mot Hyperboréens semble 
synonyme de Celtes. Faut-il y joindreles textes où il est dit 
que ristros prend sa source dans les monts llhipées, 
'Pir,oc\oLopT,, chez les Hyperboréens, et que Rhipées est l'an- 
cien nom des Alpes (6) ? En dépit du scepticisme d'Héro- 



(1) pELLOUTiEn (Histoire des Celtes et parliculièremenl des 
Gaulois et des Germains, depuis les temps fabuleux jusqu'à la 
prise de Rome par les Gaulois, nouv. éd., Paris, 1771), partant 
de cette idée, en arrive à rattacher à la race celtique à peu près 
tous les peuples de l'Europe ancienne. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers liabilants de 
l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 232-240. S. Reinacu, Les Hyperboréens, 
Revue celtique, t. xii, p. 163-166. 

(3) ScnoLiASTE d'Apollonios de Rhodes, ii, 677. Fragmenta 
historicorum grœcorum, éd. Didot, t. lu, p. 290. Cf. Protarque 
DE Tralles chez Etienne de Byzancc, P^ragmenta historicorum 
grœcorum, t. iv, p. 485. 

{'i). Plutarque, Camille, 22, 2. 

(5) ScHOLiASTE d'Apollonios de Rhodes, ii, 675 ; Diodore, 
II, 47. Fragmenta historicorum grœcorum, éd. Didot, t. ii, p. 386. 

(6) Eschyle chez le vScholiaste d'ApoLLOMos de Rhodes, iv, 



LES SOUUCES ET LA METHODE 23 

dote (1) et de Strabon (2), il est probable que les anciennes 
populations celtiques du centre de l'Europe et de la 
Grande-Bretagne ont été désignées jadis par le nom vague 
d'Hyperboréens (3). 

Une théorie qui a eu, au siècle dernier, un grand succès 
auprès des historiens de la Gaule consistait à rattacher à 
la race celtique (4) les Cimmériens, K'.[jL[jL;pio'., descen- 
dants, d'après Josèphe, de Gonier, fils de Japhet. Dans 
l'Odyssée (o), les Cimmériens sont enveloppés de nuages et 
de brouillards ; jamais le soleil brillant ne les regarde de 
ses rayons, ni lorsqu'il va vers le ciel éloilé, ni lorsqu'il 
retourne du ciel sur la terre; mais une nuit pernicieuse 
s'étend sur les malheureux mortels. Hérodote (6) dit 
(jue la Scythie de son temps est l'ancienne Cimmérie et 
(|ue c'est chassés par les Scythes que les Cimmériens 
ont quitté l'Europe pour aller ravager l'Asie Mineure. 
C'est Poseidônios (7) qui le premier conjectura que 



■JS'i ; PiNDARE, Olympiques, m, 14 ; IG. H. d'Arbois de Ju- 
liAiNviLLE, Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 233- 

(1) Histoire, iv, 32 ; 36. 

(2) Géographie, vu, 3, 1. 

(•':!) Le Pseudo-ScYMNus de Chio (v. 184) raconte que les 
(illes sont très amis des Grecs, È'/ovte; o'./.ïioTzxa irpo; t/jV 
l./.Xioof. Diodore emploie presque les mêmes expressions en par- 
iant des IIyperboréens:o"y.î'.OT7ia o:7.-/.z'.-:()y.'. "po; ':oùî"t]X).ï,v7^ 
/libliolhèque, ii, 47, 4). Cf. aussi chez Hérodote, iv, 33, les 
1 raditions qui attestent les rapports qu'eurent les Déliens avec 
l'ï llyperboréens. 

|4) On trouve cette théorie chez P. Pezron, Antiquités de 
ht nation et de la langue des Celtes autrement appelez Gaulois, 
Paris, 1703, p. 8-9. 

(.")) Odyssée, xi, 14-19. 

(6) Histoire, iv, 11, 1 : 12. 

(7) Strabon, vu, 2, 2. 



24 CIMMÉRIENS, CIMBR-ES 

Ki|jL|jiép'.o'. était la forme grecque du nom des Gimbres. 
Cette conjecture fut adoptée par Strabon, Diodore (1) 
et par Plutarque (2). Fût-elle exacte, qu'elle serait loin 
de nous conduire à regarder les Cimmériens comme 
les ancêtres des Celtes, car les Cimbres. Kifi^poi, son' 
sans doute des Germains. César (3), le Testament d'Au- 
guste (4), Strabon (5;, Tacite {&), Pline l'Ancien (7) 
nous le disent plus ou moins expressément. A ces témoi- 
gnages on ne pourrait guère opposer que l'opinion de Ci • 
céron (8) et de Salluste (9). reproduite apparemment par 
Diodore (10) et Appien (11). 

En tout cas, il n'y a aucun rapport entre le nom des 
Cimbres et celui des Gallois modernes Cymry (12). Au 
temps des Romains, ce dernier nom aurait été Com- 
hroges (13) et non Cimbri, et d'ailleurs tout nom com- 
mençant par un C dans les langues celtiques ne peut cor- 
respondre qu'à un mot germanique commençant par //. 



(1) Bibliothèque, v, 32, 4. 

(2) Marins, IL 9. 

(3) Guerre de Gaule, i, 40. 

(4) Corpus inscriptionum latinarum, t. m, p. 782, 1. 16-18. 

(5) Géographie, vu, 1, 3. 

(6) Germanie, 37. Histoires, iv, 73. 

(7) Histoire naturelle, iv, 28, 99. 

(8) De l'orateur, ii, 66, 266. 

(9) Jugurtha, 114. Cf. Florus, m, 3 (i, 38). 
(Kl) Bibliothèque, v, 32, 5. 

(11) Illyrique, 4. Guerres civiles, i, 29. 

(12) H. d'Arbois DE JuBAiNviLLE, Lcs premiers habitants de 
l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 257-258. M. Ridge%\ay, dans une com- 
munication à la Cambridge Philological Society (20 févr. 1908) 
rapproche cymry, Cumber-land, de Cimbri et K'.iJ.uÉp'.&'. Mais la 
phonétique s'oppose à cette comparaison. J. Loth, Revue cel- 
tique, t. XXX, p. 384-391. 

(13) Zeuss, Grammatica celtica, 2^ éd., p. 207. 



LES SOURCES ET LA METHODE 25 

C'est la loi de phonétique germanique bien connue sous 
le nom de loi de Grimm ou première Lautverschiebung. 

Quant aux Teutons qui furent les compagnons des 
Cimbres lors de l'invasion de 102 avant J.-C, ils appar- 
tiennent aussi, d'après César et Pline, à la race germanique. 
Le nom qu'ils portent chez les auteurs latins est, il est vrai, 
antérieur à la première Lautverschiebung, qui a changé 
le t en //i, et leur nom germanique serait dès 102 av. 
J. C. Theudanâs. Aussi G. Kossinna a-t-il soutenu que 
Teutoni était un nom celtique (1). Mais H. d'Arbois de 
Jubainville pense que c'est l'aneien nom germanique cris- 
talUsé en quelque sorte dans la prononciation gau- 
loise (2). 

Pour des raisons linguistiques, il convient, de même, 
d'écarter la thèse d'après laquelle les Ombriens seraient un 
peuple celtique. Cette thèse apparaît au ni^ siècle de notre 
ère chez Solin (3), qui rapporte que d'après Bocchus, his- 
torien du i" siècle de notre ère, les Ombriens étaient 
un vieux rameau des Gaulois. Servius (4) donne la 
même tradition, mais en l'attribuant à M. Antonius, sans 
doute M. Antonius Gnipho, écrivain du i""" siècle avant 
notre ère. Ou la trouve aussi chez Isidore (5). Dos 
écrivains modernes (6) ont cru fortifier cette alléga- 
tion en comparant au nom des Ombriens, Umbri, 



(1) Westdeutsche Zeitschrift fur Geschichte und Kunst, t. ix, 
p. 199-216. 

(2) Revue celtique, t. xii, p. 16-18. Cf. t. xxix, p. 217-218. 

(3) Collectanea leruni memorabilium, ii, 11. 
i'i) Enéide, xii, 753. 

(5) Origines; ix, 2, 87. 

(6) Par exemple, A. Thierry, Histoire desGaulois, t. i, p. xliij. 



^6 OMBRIENS, LESTRVeoNS 

en grec 'OuSiiT, une variante du nom des Insubres, 
peuple celtique de la Gaule cisalpine, établi sur la rive 
gauche du Pô ; cette variante "ijo^'ipn; pourrait, en 
effet, prêter à un rapprochement d'ailleurs peu étroit avec 
"0[jippot ; mais nous n'avons aucune raison de la préférer à 
la leçon "ivjoppEç, Insubres. Si les Ombriens étaient une 
branche de la famille celtique, leur langue serait plus pro- 
chement apparentée au celtique que celui-ci ne l'est nu 
latin ou au grec Or il n'en est rien ; l'ombrien se distingue 
nettement du celtique et les ressemblances grammaticales 
que présentent les deux langues leur sont communes avec 
le latin qui n'a jamais été regardé comme une langue cel- 
ti(jue. Tout au plus, pourrait-on remarquer que le celtique, 
l'ombrien et le latin ont en commun certaines formations 
grammaticales (1) et que cette parenté du langage ne peut 
guère s'expliquer que par des relations intimes et pro- 
longées entre les Celtes et les Italiotes. Si les OmbricMis 
sont d'origine celtique, il faudrait qu'ils eussent renoncé à 
leur langue pour adopter une langue italique (2). 

Faut-il chercher à retrouver les Celtes de Grande-Bre- 
tagne dans les Lestrygons anthropophages de la légende 
homérique ? Les Lestrygons habitent un pays où un berger 
ramenant son troupeau appelle un autre berger qui sort à 
son tour ; là un homme qui ne dormirait pas gagnerait 
deux salaires, l'un à garder les b(pufs, l'aulre à faire paître 
les moutons blancs, car les chemins du jour sont proches 

(1) Voir ci-dessous, ch. ii. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers liabita?ifs de 
l'Europe, t. ii, p. 242-251. Bréal, Les Tables Euguhines (Paris, 
1875), p. xxvii. On trouvera les principaux textes relatifs aux 
Ombriens chez Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les 
vallées du Pô et du Danube, p. 73-7G. 



LES SOURC.KS ET LA METHODE 



^7 



(?es chemins de la nuit (1). Or on peut rapprocher ce texte 
(le remarques de PHne et de Tacite. En Grande-Bretagne, 
d'après Pline (2), il y a en été des journées de dix-sept 
heures et môme des nuits claires, tandis que les plus longs 
jours en Italie ne durent pas plus de quinze heures. Ta- 
cite (3) dit que dans le nord de la Grande-Bretagne, certains 
jours, la nuit est si claire qu'il n'y a que très peu de diffé- 
rence entre le commencement et la fin de la journée. Cé- 
sar (4) rapporte que, d'après quelques écrivains, il y avait 
trente jours de nuit continue en hiver dans les îles Britan- 
niques ; il n'avait pas entendu parler de ce fait, mais il 
avait seulement remarqué que mesurées à la clepsydre les 
nuits étaient sûrement plus courtes que sur le continent. 
D'autre part, on pourrait comparer aux Lestrygons man- 
geurs d'hommes les Irlandais que Strabon (5j, sans témoi- 
gnages sûrs, nous rei)résGnte comme de voraces anthropo- 
})hages qui croyaient faire bien en mangeant les cadavres 
lie leurs pères, et les Aiticoii de Grande-Bretagne qui, 
(1 après saint Jérôme (6), se repaissaient avec délices de cer- 
taines parties du corps des* bergers et des femmes. Au 
t inps de César (7) , l'Arverne Gritognatus rappelait en- 
core que les ancêtres des Gaulois, enfermés dans leurs 
[•laces fortes lors de l'invasion des Cimbres et des JTeutons, 
et pressés par la faim, avaient soutenu leur existence grâce 
aux corps de ceux d'entre eux que leur âge rendait inutiles à 



(1) Odyssée, x, 82-86. 

(2) Histoire naturelle, ii, 77, 136. Cf. Juvénal, Satires, u, 161. 
(:{) Agricola, 12. 

j'i) Guerre de Gaule, v, 13. 

.")) Géographie, iv, 5, 4. Cf. Diodore, v, 32, 3. 

<)) Contre Jorinien, ii, 7. 

7) Guerre de Gaule, vu, 77. Cf. Strabon, iv, 5, 4. 



28 PEUPLES CELTIQUES 

la guerre. Des Celtes qui envahirent l'Etolie buvaient, 
d'après Pausanias(l), le sang des petits enfants et goûtaient 
à leur cliair. Toutes ces vagues coïncidences sont loin de 
permettre une assimilation des Lestrygons (2j aux Celtes. 

Des noms généraux des Celtes, passons aux désignations 
particulières. 

Les noms des peuplades celtiques qui nous ont été trans-^ 
mis par les anciens sont très nombreux. On en compte plus 
de cent cinquante. Une énumération complète (3) n'offrirait 
que peu d'intérêt. Aussi ne mentionnerons-nous ici qu( 
quelques noms curieux à divers titres, et, en premier lieu,j 
ceux qui servent à désigner à la fois plusieurs peuplades e\ 
qui témoignent soit de migrations diverses, soit de l'unité 
de la langue des anciens Celtes au point de vue des déno- 
minations ethnographiques. 

Parmi ces noms, quelques-uns s'appliquent à plusieurs^ 
tribus qui sont distinguées chacune par un nom parti 
cuîier. 

Les Volcac sont partagés en deux branches : les Areco-i 
mici établis entre le Rhône et la Garonne ; les Teclosagt 
dans la région de la haute Garonne. Le nom des Volcae es! 
devenu chez les Allemands Walah, puis Walch, d'où est 



(1) Description de la Grèce, x, 22, 3. 

(2) D'après Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, t. II, p. 250J 
le pays des Lestrygons serait situé en Sardaigne. 

(3) Cf. FoRBiGER, Handbuch der alten Géographie aus dei 
Quellen bearbeitet, 2^ éd., Hanihurg, 1877, t. m. E. Desjar- 
dins, Géographie historique et administratire de la Gaule Ro- 
maine, Paris, 1878, t. ii. Longnon, Atlas historique de la France,\ 
l""® livraison, Paris, 1885. 

Pour les peuplades citées, je donne l'indication du plus an- 
cien texte où apparaît leur nom. On trouvera les autres réfé-J 
renées chez Holder, Altceltischer Sprachschatz. 



LES SOURCES ET LA METHODE 29 

dérivé Welsch qui désigne les peuples de langue romane, 
Italiens et Français ; chez les Anglo-Saxons, Wealh, d'où 
le dérivé Wehh qui désigne les Gallois (1). 

Les Bituriges Cubi au centre de la Gaule ; les Bituriges 
Vwisci, sur la rive gauche près de l'embouchure de la Ga- 
ronne (2). 

Les .4w/erci se divisent en quatre tribus : les Eburovices, 
dans le pays d'Evreux ; les Cenomanni, sur les rives de la 
Sarthe et de la Mayenne; les Diablintes, sur la rive gauche 
de la Mayenne; les Branriovices entre la Saune et la Loire (3) . 

D'autres peuples ont des établissements en des régions 
différentes du monde celtique, sans que leurs diverses frac- 
tions soient distinguées par des noms différents. 

Il y a des Tectosages au sud de la Gaule ; eu Germanie 
près de la forêt Hercynienne ; et d'autres Tectosages en Asie 
Mineure (4). 

Les Menapii de Gaule sur les bords de la Meuse sont 
peut-être le même peuple que les Manapii d'Irlande (5). Il 
est singulier que les voisins des Menapii soient des Chauci 
et les voisins des Manapii, des Cauci. 

On trouve des Parisii en Gaule et des nâpiaoi en Grande- 
Bretagne (6). 



(1) Guerre de Gaule, vu, 7, 4 ; Strabon, iv, 1, 12. Cf. G. Pa- 
ris, Romania, t. i, p. 5. H. d'Arbois de Jubainville, Les pre- 
miers habitants de l'Europe, 2^ éd., t.. ii, p. 420. 

(2) Strabon, iv, 2, 1 ; 2. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 75, 2 ; 3 ; Ptolémée, ii, 8, 7 ; 8. 9. 

(4) César, Guerre de Gaule, vi, 24, 2 ; Strabon, iv, 1, 12. Cf. 
Justin, xxxii, 3. 

(5) César, Guerre de Gaule, iv, 4, 2 ; Ptolémée, ii, 9, 5 ; ii, 
2, 8. 

(6) César, Guerre de Gaule, vi, 3, 3 ; 4 ; Ptolémée, ii, 8, 10 ; 
II, 3, 10. 



30 PEUPLES CELTIQUES 

Des BriganLes en Grande Bretagne et en Irlande (1) ; cf. 
les Brigantii de Rhétie (2). 

Des Caturiges dans les Alpes Gottiennes (3) ; en Gaule 
Belgique (4) ; au temps de Pline (3), des Caliirigcs jadis 
établis près de Milan avaient disparu. 

Des Belgae en Gaule entre le Rliin, la Marne, la Seine 
et l'Océan ; des Belgae en Grande-Bretagne vers Bath et 
Winchester (d). 

Des Atrebates en (Jaule et en Grande-Bretagne (7). 

Des Senories en Gaule et des Senones eu Italie entre Ari- 
minum et Ancône (8). 

Des Lingones en Gaule et des Lingones en Italie vers le 
delta du Pô (9). 

Des Boii en Pannonie et en Bohème ; dans l'Italie du 
nord au pied de l'Apennin ; en Gaule Aquitaine dans le 
pays de Buch ; en Gaule celtique (10). 

Des Insubres en Italie auprès de Milan, des Iiisubres en 
Gaule dans m\ pugus ù&9, Aedui (11). 

Des Cenoniani ou Cenomanni en Italie, à l'Est au delà 
du Pô ; sur les rives de la Sarthc et de la Mayenne (12). 



(1) Tacite, Annales, xii, 32 ; Ptolémée, ii, 2, 6. 

(2) Strabon, IV, 6, 8. 

(3) Strabon, iv, 6, 5. 

(4) Itinéraire d'Antonin, 265, 2. 

(5) Histoire naturelle, m, 21, 125. 

(6) César, Guerre de Gaule, i, 1, 1 ; v, 12. Ptolémée, h, 3, 13. 

(7) César, ibid., ii, 16, 2 ; Ptolémée, ii, 9, 4 ; ii, 3, 12 ; 13. 

(8) PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., u, 2, 3. 
(V') PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., iv, 10, 1- 

(10) PoLYBE, II, 17, 7 ; César, ibid., i, 5, 4 ;Strabon, iv, 6, 
8; VII, 2, 2. 

(11). PoLYBE, II. 17, 4 ; Tite LivE, V, 34, , 9. 

(12)^César, ibid., vu, 75, 3 ; Polybe, ii, 17, 4; Pline, Histoire 
naturelle, iv, 32, 107. 



LES SOURCES ET LA METHODE 31 

Des Meduli en Gaule, à l'embouchure de la Garonne ; 
lies MeduUi (var. Meduli) dans les Alpes, vallée de 
l'Arc (1). 

Des Caiuellauni (Calavellauni) en Grande-Bretagne et 
des CatueUauni en Gaule sur la Marne (2). 

Des Cornavii en Grande-Bretagne, à l'extrême nord de 
l'Ecosse et à l'Est du Pays de Galles (3). 

Si l'on s'en rapporte à Pline, il y aurait eu, outre les 
r>rilanni de Grande-Bretagne, des Britanni à l'embou- 
chure de la Somme (4). 

Aux Velio-casses, Bodio-casses, Vidu-casses de Gaule, 
on peut comparer les Cassi de Grande-Bretagne (o i. 

La similitude de deux noms de peuples peut n'être qu'ap- 
parente. Le nom des Veneti de Gaule, établis dans le Van- 
netais, fait songer aux Veneti d'Italie dont le pays est situé 
au nord de l'Adriatique. Strabon (6) pense que les Vénètes 
de Gaule ont établi une colonie dans l'Italie du nord, 
comme l'ont fait les Boii et les Senones ; il ne l'affirme 
pas, tenant la vraisemblance comme suffisante en pareille 
matière. L'opinion de Strabon est en contradiction avec un 
texte d'Hérodote (7) qui nous apprend que les Vénètes, 
iv/^To! étaient un peuple illyrien. D après Polybe (8), les 
Vénètes se distinguent peu des Celtes sous le rapport des 



(1) Pline, Histoire naturelle, xxxii, 21, 62 ; Strabon, iv, 1, 
11. 

(2) Ptolémée, II, 3, 11 ; Corpus inscriptionum latinarum, vu, 
363 ; Notitia Galliarum, 6, 3. 

(3) Ptolémée, ii, 3, 8 ; 11. 

(4) Histoire naturelle, iv, 31, 106. 

(5) Guerre de Gaule, v, 21, 1. 

(6) Géographie, iv, 4, 1 ; v, 1, 4. 
(i) Histoire, i, 196, 1. 

(8) Histoires, ii, 17, 5. 



32 PEUPLES CELTIQUES 

coutumes et du vAtement, mais les deux langues sont diffé- 
rentes. Depuis, on a trouvé uue vingtaine d'inscriptions 
vénètes et il a été facile de constater que le vénète n'est pas 
un dialecte celtique (1). Il est donc impossible que les Vé- 
nètes d'Italie, peuple illyrien, établi au fond de l'Adriatique 
dès le temps d'Hérodote, c'est-à-dire dès le v° siècle, 
soient une tribu détachée des Vénètes de Gaule, peuple 
celtique. Que les Vénètes d'Italie se rattachent ou non 
aux 'Evexoi de Paphlagonie qui, dans la légende homé- 
rique, prennent part à la guerre de Troie (2), ils n'en sont 
pas moins illyriens de nation et de langue, comme d'ailleurs 
les Aapoàvio'. dont le nom évoque, lui aussi, le souvenir de 
la Troade (3). 

De même, il serait imprudent de confondre les Tanrisci 
avec les Taiirini. Les deux peuples sont établis dans deux 
régions différentes : les Taurisci^ entre le Birnbaumerwald 
et la Save, les Taurini, autour de Turin. Et tandis que les 
Taurisci sont expressément qualifiés de Celtes par Stra- 
bon (4), les Taurini sont pour le même Strabon (5; une 
nation ligure. Les auteurs anciens confondent souvent ces 
deux peuples (6). 

Certaines peuplades celtiques sont isolées au milieu de 



(1) C. Paum, Die Veneter und ihre Schrifidenkmaeler, Leipzig, 
1891 (Alliialische Studien, t. m). Cf. un suggestif compte rendu 
par L. DuvAu, Rei>iie celtique, t. xiii, p. 511-516. 

(2) Iliade, ii, 852. 

(3) Géographie, vu, 5, 6. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, 
Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 301-302. 

(4) Géographie, vu, 2, 2, ; 5, 2. 

(5) Géographie, iv ; 6, 6 ; xxi, 38, 5. Cf. Garofalo et II. 
d'Akbois DE Jubainville, iiev'ue celtique, t. xxvii, p. 155-1 G2. 

(6) Etienne de Bvzance les identifie. 



I 



LES SOURCES ET LA METHOnE 33 

populations de race et de langue différentes et il importe 
de les signaler. Tels sont : 

Les Gotini (var. Cotini) tributaires à la fois des Quadi 
et des Sarmates et qui parlaient gaulois au temps de Ta- 
cite (1) ; ils étaient établis sur la rive gauche de la haute 
Vistule, 

Les Celtes du Danube, mélangés aux lUyriens et aux 
Tiiraces et parmi lesquels il faut citer : 

Les Scordisci que Strabon, d'après Poseidônios, qualifie 
de l'a/âxat (2) et qui habitaient entre la Save, la Drave et 
le Danube. 

Les lapodes, peuple illyrien, mélangés de Celtes (3). 

Les Bastarnae qui avaient une langue et des coutumes 
qui ne s'écartaient pas de celles des Scordisci (4). Ils oc- 
cupaient le bas Danube. 

Un grand nombre de noms de peuples celtiques sont spé- 
cialement intéressants pour nous parce qu'ils ont subsisté 
jusqu'à nos jours, soit comme noms de pays ou dans des 
noms de pays (5) : 

6'(//7u' de Pannonie (d'où Garniole), ra^/ma du No rique 
(Tauern, nom allemand d'un massif des Alpes Noriques) ; 
Vcîiocasses (d'où Veliocassinus Vexin), Ccdeti (pays de 
Caux), Viromandiii (d'où Viromandiietisis Vermandois), 



(1) Germanie, 43. 

(2) Géographie, vu, 2, 2. Cf. vii, 1, 1 ; Athénée, vi, 25 ; 
Justin, xxxii, 3. Cf. P. Perdrizet, Bulletin de correspondance 
hellénique, t. xx, p. 485 et suiv. 

!.'^) Strabon, iv, 6, 10. 

l'i) Tite Live, XL, 57, 6. Cf. Jullian, Revue des éludes an- 
ciennes, t. viii, p. 263-264. 

(5) Voir F. Bourquelot, Mémoires de la Société nationale des 
anliciuaires de France, t. xxiii, p. 387-436. 

G. Dottin. — Manuel de l'antiquité celtique. 3 



34 PEIPLES CELTIQUES 

Andeccwi (Anjou), Petnicorii (d'où PetrocoricumPéngord), 
Riiteni [d'où RiUeniciim,B.ouevgue), Vellavi (d'où Vellai'i- 
cum Yelay, Vellavum Goëllo) Meduli (d'où Meduliciim 
Médoc), Santones (d'où Santonicnm Saintooge), Pidavi 
(Poitou), Arverni (d'où Arverniciim (1) Auvergne), Verla- 
cornacori (Vercors), Cantii (Kent en Grande-Bretagne), 
Durotriges (Dorset), Durnnonii (Devon), Demetae (Dyvet, 
forme ancienne du nom gallois du pays situé entre la Teivi 
et la Tywy) ; Boii (d'où Boiohaemûm Bohême) ; 

soit comme noms de villes : 

Amhiani (Amiens), Beïïovaci (Beauvais),6'ae55io/<es (Sois- 
sons), Rémi (Reims), Atrebates (Arras , Tricasses {Troye&), 
Senones (Sens), Parisii (Paris), Meldi (Meaux), Eburovices 
(Evreux), Duroaisses (Dreux), Diablintes (Jublains, 
Mayenne), Cenomanni (Le Mans), 6'e(/f»n' (Sion en Suisse), 
Lingones (Langres), Catuellauni (Chàlons-sur-Marne) , 
Treviri (Trêves), CarniUes (Chartres), Tiirones (Tours), 
Namneîes (Nantes), Veneti (Vannes), Ciiriosoliles (Gor- 
seult, Côtes-du-Nord) , Redones (Rennes), Abrincatui 
(Avranches), Baiocasses (Bayeux), Vidiicasses (Vieux, Cal- 
vados), Lea;o^à' (Lisieux), Cadiirci (Gahors), 6'a^a/i (Javols, 
Lozère), Santones (Saintes), Lemouices (Limoges), Bitu- 
riges (Bourges), Caturiges (Chorges, Hautes- Alpes), Silva- 
nectes (Senhs). 

On connaît donc assez bien les noms des peuples cel- 
tiques mais on peut se demander si la quahté celtique d'un 
nom de peuplade est suffisamment établie par le témoi- 
gnage des anciens. 

(1) A. Thomas, Journal des Sai>ants, 1901, p. 368 ; Revue 
critique, t. lx, (1905), p. 37. 

(2) Cf. R. Haberl, Zur Kenntnis des Gallischen, /eitschrifi 
jiXr Celtische Philologie, t. vin, p. 89-90. 



K 



. LES SOURCES ET LA METHODE 35 

Quelles raisons conduisaient un auteur grec ou latin à 
reconnaître pour celtiques un peuple ou une tribu i* A quels 
caractères distinguait-il un Celte? Quand il s'agit de na- 
tions modernes, c'est l'unité politique qui, plus forte que 
la langue, plus forte que les coutumes, plus forte que la 
race constitue le peuple. On ne constate point de lien sem- 
blable chez les Celtes qui occupaient le centre et l'ouest de 
l'Europe. Tribus éparses sur de vastes territoires, [»lus 
souvent en guerre les unes contre les autres que réunies 
contre un ennemi commun, quels motifs avait un géogra[>he 
ou un historien pour les comprendre sous une dénomina- 
tion commune ? Les différences linguistiques, qui nous 
semblent les plus précises et les plus faciles à apprécier, 
ne semblent pas avoir été seules à préoccuper les écrivains 
de l'Antiquité. Polybe (1) remarque que les VénèLes 
avaient avec les Gaulois quelque ressemblance pour les vê- 
tements et les mœurs, mais aucune pour le langage. Puur 
César (2), les Belges, les Aquitains, les Celtes diffèrent les 
uns des autres par la langue, les institutions, les lois. Pour 
Strabon (3), les Aquitains se distinguent non seulement [lar 
la langue, mais encore par Leur type physique. Quant aux 
Germains, César ne les oppose aux Gaulois qu'au point de 
vue des usages (4). Strabon (5) au contraire les trouva 
plus sauvages, plus grands, plus blonds que les Gaulois, 
mais déclare qu'ils ont le même caractère et le même 

(1) Histoires, ii, 17. 

(2) Guerre de Gaule, i, 1,2. 

(3) Géographie, iv, 1, 1. 

(4) Guerre de Gaule, vi, 21. Voir toutefois i, .39 ; ci-dessous, 
ch. m. 

(5) Géographie, vu, 1, 2. D'après Strabon, le caractère des 
peuples dépend non seulement du climat et du sol, mais aussi 
de l'habitude et de l'exercice. Géographie, ii, 3, 7. 



36 CARACTÉRISTIQUES DES CELTES 

genre de vie que les Celtes. Tacite semble déterminer la 
nationalité tantôt par la langue seule, tantôt par les cou- 
tumes, tantôt par l'aspect physique. La preuve pour lui que 
les Gotini ne sont pas Germains, c'est la langue qu'ils 
parlent (1). D'autre part, Tacite (2) se demande s'il doit 
ranger les Veneili de Germanie parmi les Germains ou 
parmi les Sarmates, et trouve qu'ils se rapprochent plutôt 
des Germains parce qu'ils bâtissent des maisons, portent 
des boucliers et aiment à aller à pied. Les Aestii ont les 
mœurs et l'extérieur des Suèves, mais leur langue se rap- 
proche de celle des Bretons (3). Les Irlandais diffèrent peu 
des Bretons pour le caractère et la civilisation (4). La pa- 
renté des habitants du sud de la Grande-Bretagne avec les 
Gaulois s'établit par le type physique, par les pratiques re- 
ligieuses, par la langue, par l'audace qui cherche les dan- 
gers, et la crainte qui les évite. Quant aux Calédoniens, 
c'est à cause de leurs cheveux roux et de leur grande taille 
que Tacite leur attribue une origine germanique o"*. Sué- 
tone (6) rapporte que Caligula, voulant que l'on crût que 
des prisonniers germains figuraient dans son triomphe et 
n'ayant sous la main que des Gaulois, leur fit apprendre 
la langue germanique et changer la coupe et la couleur de 
leur cheveux. C'étaient donc là pour lui les deux caracté- 
ristiques des Germains 

Une fois la conquête romaine effectuée, il est probable 
que la géographie administrative des Romains remplaça les 

(1) Germanie, 43. 

(2) Germanie, 46. 

(3) Germanie, 45. 

(4) Agricola, 24. 

(5) Agricola, 11. 

(6) Caligula, 47. 



LES SOURCES ET LA METHODE 37 

notions ethnographiques plus ou moins conluses que les 
anciens avaient conservées des Celtes, et que les historiens 
et les géographes romains appliquèrent aux Celtes et à la 
Celtique de César des renseignements qui leur étaient par- 
venus sur d'autres Celtes et d'autres Celtiques. Ainsi nous 
ne pouvons être assuré que la dénomination commune de 
Celtes n'ait été réservée qu'à des peuples de même langue, 
et que des ressemblanceg, pour nous superficielles, de vê- 
tements ou de coutumes n'aient pas suffi à faire rattacher 
aux Celtes des tribus parlant une langue non celtique, ou 
n'ayant jamais constitué avec les Celtes un ensemble poli- 
tique. 



III 



L'archéologie celtique offre des difficultés que ne présen- 
tent point au même degré l'archéologie grecque et l'archéo- 
logie romaine. C'est qu'elle est tout entière anépigraphe. 
Aucune inscription importante en langue celtique n'est 
gravée, semble-t-il, sur les* monuments ou sur les objets 
que nous sommes tentés d'attribuer à l'art des Celtes. On 
est donc réduit, pour résoudre les problèmes que pose 
l'archéologie celtique, à des méthodes d'investigation qui 
font une grande part à l'hypothèse. Ou peut chercher à 
dater les restes que les peuples passés ont laissés sur le sol, 
et, si la date restituée coïncide avec l'occupation du sol en 
question par les Celtes, attribuer à la civilisation celtique 
les objets ou les monuments découverts. L'hypothèse serait 
fortifiée si les mêmes objets se retrouvaient exclusivement 
dans les pays occupés par les Celtes. Mais une telle dé- 



38 



ARCHEOLOGIE 



inonstration est à peu près impossible, la date restant tou- 
jours discutable et les fouilles et les découvertes étant, 
malgré l'activité des archéologues, limitées à des étendues 
restreintes. De plus, comme l'a remarqué H. d'Arbois de 
Jnbainville, on ne peut pas établir de rapport certain entre 
la langue d'un peuple et la forme des armes ou des outils 
dont ce peuple se sert. « On peut changer d'armement 
sans changer de langue; la Frïmce n'a pas abandonné 
l'iisiige du français quand elle a adopté la poudre de guerre 
et les armes à feu (1) ». « Quelle preuve avons-nous que 
la circonscription géographique dans laquelle le commerce 
a répandu un objet artistique ou industriel quelconque à 
une date reculée ait été, à cette date, occupée par des 
peuples qui parlaient la même langue ou qui formaient le 
même groupe politique (2) ? » Enfin des peuplades géogra- 
phiquement isolées ou peu douées de qualités d'assimila- 
tion pouvaient être, à un certain moment, dans un état de 
civilisation très difrérent de celui d'autres peuples de même 
race et de môme langue qu'eux. L'unité de civilisation 
n'implique ni la parenté de race, ni l'identité de langue et 
ce que l'on serait tenté d'attribuer à la différence des temps 
peut tenir souvent à la différence des lieux. 

La distinction des peuples par les modes de sépulture ne 
donne guère de résultats plus précis que la distinction par 
los objets. A la période la pins ancienne de leur histoire, 
les Romains inhumaient leurs morts (3) ; vers le temps de 
Servius ïuUius, mort en 334 avant J.-C, l'inhumation est 
remplacée par l'usage de brûler les morts ; et. à l'époqne 

(1) Revue celtique, t. xx, p. 391. 

(2) Revue celtique, t. xviii, p. 126. 

(3) CicÉRON, De legibus, u, 22. Pline, 54, 187. 



LES SOURCES ET LA METHODE 39 

chrétienne, l'inhumation redevient en usuge. On ne peut 
prétendre que les Celtes n'ont pas, de même, passé par des 
usages différents ou employé simultanément les divers 
modes de sépulture. Sur le sol de la Gaule, on trouve une 
population qui inhumait ses morts sous les dolmens ; une 
population qui incinérait les défunts, mettait leurs cendres 
dans des urnes et enfouissaient ces urnes sous des tom- 
belles ; puis une troisième population qui inhumait les 
morts. On hésite à donner à ces populations trois noms 
différents et à attacher exclusivement à l'une d'elles le nom 
des Celtes. Mais on a remarqué avec raison que, si en un 
siècle la fabrication des armes, des outils ou des parures 
peut subir dans un même pays des transformations consi- 
dérables, les changements dans les croyances religieuses ou 
les rites funéraires sont en général insignifiants et inappré- 
ciables (1). 

L'archéologie doit seulement nous apprendre à quelles 
civilisations on peut rattacher les Celtes, sans qu'il soit 
possible de déterminer à quel peuple ces civilisations ont 
originairement appartenu. Nous avons de l'état industriel et 
social des habitants du centre et de l'ouest de l'Europe des 
indices qui sont bien antérieurs aux premiers témoignages 
historiques un peu détaillés qui nous aient été conservés 
sur les Celtes. 

G'est^ en effet, dans la période comprenant les huit der- 
niers siècles avant notre ère que l'on peut rechercher les 
traces archéologiques de l'ancienne civilisation celtique. 

On ne peut la jalonner de quelques dates qu'à l'aide des 



(1) Ch. ReiNEL, Les religions de la Gaule ai^atii le christianisme, 
Paris, 1906, p. 113-114. 



40 HALLSTATT 

monnaies que contiennent les tombes, et, quand les mon- 
naies manquent, à l'aide des objets, mieux datés, des civi- 
lisations historiques grecque ou italique. Mais ces objets 
peuvent avoir été transportés dans le pays longtemps avant 
l'époque oii on les a enterrés dans le sol. (1) 

Cette période se divise en deux époques. 

La première, qui s'étend de l'apparition du fer en Eu- 
rope (vers l'an 900) jusqu'aux environs de l'an 500, s'ap- 
pelle civilisation hallslattienne, du nom d'une nécropole 
célèbre, llallstatt, située dans l'ancien Norique, actuelle- 
ment en Haute-Autriche. 

On distingue deux phases de cette civilisation ; une pre- 
mière phase (900-700) où le mobilier des sépultures est 
assez pauvre et qui semble contemporaine des vases 
grecs de style géométrique (xr-vni'' siècles) ; une seconde 
phase (700-500) riche en objets de parure et pendant la- 
quelle ont été importés des vases de style ionien et des 
vases attiques du vi^ siècle (2). 

La seconde est l'époque de la Tène, ainsi nommée d'une 
sorte de blockhaus sur le lac de Neufchàtel ; c'est le second 
âge du fer où les progrès de la métallurgie développent à la 
fois l'industrie et le commerce extérieur et qui s'étend de 



(1) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 163. 

(2) Sur la civilisation de Hallstatt, consulter : Ed. von Sac- 
Ken, Dos Grabjeld von Hallstatt, Vienne, 1868 ; IIoernes, Revue 
d'anthropologie, t. iv (1889), p. 328-336 ; Archiv fiir Anthropo- 
logie, t. XXXI (1905), p. 233 et suiv. ; Urgeschichte der bildenden 
Kiinst, liv. V et VI ; A. Bertrand, Archéologie celtique et gau- 
loise, 2^ éd., p. 269-325 ; A. Bertrand et S. Reinach, Les 
Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, 1894, p. 49-181 ; 
S. Reinach, Catalogue du musée de Saint-Germain (salle VI), 
3^ éd., p. 156-157 ; J. Déchelette, Manuel d'archéologie pré- 
historique, celtique et gallo-romaine, t. ii, 2^ partie, Paris, 1913. 



J 



LES SOURCES ET LA METHODE 41 

500 au début du i"^ siècle de notre ère. La monnaie appa- 
raît. Oq construit des o/^pic?a. C'est à cette époque que se 
rattache la civilisation décrite dans les é[)opées irlandaises 
du cycle d'Ulster (1). 

La civilisation de la Tène présente une unité que n'offre 
point l'époque de Hallstatt. On divise d'ordinaire l'époque 
de la Tène en trois phases (2) : 

La Tène 1 (500-300) ; la Tène II (300-100) ; la Tène III 
(i" siècle avant J.-C.) ; que l'on détermine par les importa- 
tions grecques et italiques. 

La nécropole de Hallstatt où l'on a trouvé environ 1.800 
tombes a fourni plus de 6.000 objets. Les tombes sont soit 
à inhumation, soit à incinération ; ces dernières offrent un 
matériel plus riche. Les armes offensives y sont en grand 
nombre ; la plupart, épées, poignards, coutelas, lances, 
flèches, haches sont en fer ; sur 28 épées, trois sont en fer 
et en bronze, 6 seulement en bronze ; on a trouvé peu 
d'armes défensives. Les ornements, ceintures, bracelets, 
fibules sont en bronze. Près de 200 vases sont en bronze, 
un très grand nombre en argile. Les couteaux sont en fer ; 
les épingles, les mors de chevaux sont en fer ou en bronze. 
Les outils sont des limes, enclumes, tenailles, aiguilles, 
poinçons, clous. 

(1) W. RiDGEWAY, On ihe date of the jirst shaping of tlie Cu- 
chulainn Saga (Proceedings of the Bvitish Acadenuf, vol. II). 

(2) Cette division est due à Tisculer, Ueber die prsehistori- 
chen Arbeiten, Konigsberg, 1884. Sur la civilisation de la Tène, 
consulter : E. Vouga, Les HeU'ètes à la Tène, Neufchàtel, 1885 
(pi.) ; V. Gross, La Tène, un oppidum heWète, Paris, 1886 (pi.) ; 
Revue d'anthropologie, t. m (1888), p. 732-735 ; IIoernes, Die 
Urgeschichte des hienschen. Vienne, 1892, p. 629 et suiv. ; 
O. MoNTELius, L'Anthropologie, t. xii (1901), p. 609-623 ; 
J. Déchelette, L'archéologie celtique en Europe [Revue de syn- 
thèse historique, t. m, p. 30-59 ; Manuel d'archéologie préhisto- 
rique, celtique et gallo-romaine, t. ii, 3^ partie, Paris, 1914. 



42 



LA TE.NE 



Comme on n'a trouvé à Hallstatt ni pièces de monnaies, 
ni objets en argent, il est probable qu'on n'enterrait plus à 
Hallstatt à l'époque où commence l'exploitation des mines 
d'argent de la Macédoine sous Philippe II, à la fin du 
iv* siècle avant notre ère (1). 

La civilisation de Hallstatt à sa première phase apparaît 
en Gaule dans les provinces de l'est et du centre : Bour- 
gogne, Berry, Lorraine, nord de la Franche-Comté. A sa 
seconde phase, elle est représentée sur une grande partie 
de la Gaule, le nord-ouest excepté (2). Les objets qui la ca- 
ractérisent se trouvent dans des sépultures et dans des en- 
ceintes. 

La station de la Tène, située entre la baie de Préfargier 
et la baie d'Espagnier à l'extrémité Est dulacdeNeufchâtel, a 
été abandonnée ou détruite un peu avant le commencement 
de notre ère ; les monnaies qu'on y trouve ne sont pas pos- 
térieures à la seconde moitié du i" siècle avant notre ère. 
Les ustensiles de ménage et les objets agricoles y sont ex- 
cessivement rares ; les armes (épées et fers de lance) en fer 
remarquablement bien conservé, y sont très nombreuses, 
ainsi que les fibules. Les outils et ustensiles sont des haches, 
de grandes faux, des rasoirs, des couteaux, des ciseaux à 
froid, des ciseaux à tondre, des lianieçons, des chaudrons, 
des marteaux, des meules de moulin. 

La civilisation de la Tène est représentée en Gaule dans 
des tombes et dans des oppida. Les tombes les plus nom- 
breuses sont en Champagne ; il y a dans le seul départe - 

(1) J. FouRNET, Du mineur, son rôle et son influence sur les 
progrès de la civilisation d'après les données actuelles de l'archéo- 
logie et de la géologie, Lyon, 1862, p. 276. 

(2) Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, t. ii, 
p. 4-5, 



LES SOURCES ET LA METHODE 43 

ment de la Marne 191 cimetières de l'époque de la Tène ; 
certains comptent jusqu'à 500 tombes. Parmi les sépultures 
les plus intéressantes, il faut citer celles de Somme-Tourbe, 
Somme Bionne, Berru. Dans l'Aisne, les deux arrondisse- 
ments de Soissons et de Château-Thierry renferment 22 ci- 
metières. Dans le Sud-ouest, les monuments de la Tène I et 
II font défaut (l). 

Voppidiim de Bibracte (2) (le Mont-Beuvray, Saône-et- 
Loire) semble avoir été abandonné peu de temps après la 
conquête romaine. La plupart des monnaies qu'on y a re- 
cueillies sont gauloises ; des monnaies romaines aucune 
n'est postérieure à l'an 5 avant J.-C. V oppidum de Stra- 
donitz en Bohême qui, d'après M. J. Déchelette(3), était oc- 
cupé par les Celtes au i"" siècle avant notre ère appartient à 
une civilisation presqueidentique à celle qui est représentée 
à Bibracte. Sur l'emplacement d'Alesia, à Alise Sainte- 
Reine (4) (Gùte-d'Or), on a trouve un assez grand nombre 
d'objets, surtout des armes, qui datent du siège de celle 
ville par les Romains en 52 avant notre ère ; aucune des 
monnaies romaines qu'on y a recueillies n'est postérieure à 
52. L'oppidum de Pommiers (5) (Aisne), qui paraît être 
Vwac\QTiNo(^ioduinwi des Siiessiojies, contenait 25. 000 mon- 



(1) DÉCHELETTE, MaHucl d'archéologie, t. ii, p. 1032-1054 ; 
carte, p. 1018 ; L'Anthropologie, t. xiii (1902), p. 77-83. 

(2) BuLLioT, Fouilles du Mont-Beuvray, Autun, 1899 ; Revue 
archéologique, 1870 et 1872 ; Déchelette, L'oppidum de Bi- 
bracte, Paris, 1903. 

(3) Le hradischt de Stradonic (Congrès archéologique, 1899). 

(4) Revue archéologique, t. iv (1861), p. 66 ; pi. xiii ; t. x 
(1864), p. 337, pi. XXII. Journal des savants, 1880, p. 558, 622. 
Une revue spéciale, Pro Alesia, paraît depuis juillet 1906. 

(5) Vauvillé, iSlémoires de la Société des Antiquaires de 
France, t. lxv (1904), p. 79. 



44 OPPIDA 

naies ; les monnaies romaines les plus récentes sont de ol 
avant J. -G. A Gergovie (1) (La Roche-Blanche, Puy-de- 
Dôme) on a trouvé des monnaies gauloises et des débris de 
poteries semblables à celles de Bibracte. 

Les principaux oppida de construction gauloise sont, 
outre ceux que nous venons de citer : Le Mont Ghàtel 
(Meuse), Avesnelles (Nord), Le Ghàtelet en Montigny l'En- 
grain (Aisne), Vertault (Côte d'Or), Le Grêt-Ghàtelard en 
Saint-Marcel de Félines, Essalois enChambles, LeGhàtelard 
de Chazi en Saint-Georges de Baroilles (Loire), La Ségource 
en Fief-Sauvin (Maine-et-Loire), Vue (Loire-Inférieure), 
Luzech, Murcens (Lot), Goulounieix (Dordogne) (2). 

Dans les Iles Britanniques, on trouve à l'époque de la 
Tène, outredes oppida et des casteUa, des villages lacustres 
{crannog) établis sur des îlots artificiels. Celui de Glaston- 
bury, Sommerset), d'une étendue de plus d'un hectare, con- 
tenait une soixantaine de huttes circulaires ou ovales, en 
matériaux légers. On y a trouvé des poteries à décor incisé, 
des fibules, des peignes de tisserands, des creusets, des 
perles de verre et d'ambre, de la vaisselle de bois, un très 
petit nombre d'armes (3). 

La sculpture romaine et grecque nous fournit des repré- 
sentations de barbares dont un grand nombre doivent être 
des Celtes. Malheureusement, la plupart des monuments 
de ce genre ne portent point d'inscription qui nous atteste 



(1) Napoléon III, Histoire de Jules César, t. II, 18GG, p. 270 ; 
C. JuLLiAN, Vercingétorix, p. 365-.378. 

(2) DÉGHELETTE, Alanucl d' (irchéologie , t. ii, p. 986-996 (fiir.)- 
Cf. A. Bertrand, La ieli'4ou des Gaulois, Paris, 1897, p. 245- 
251 (carte). 

(3) BuLLEiD, Gray and Munro, The Glastonhurii lake village, 
1910. DÉGHELETTE, Munuel d'archéologie, t. ii, p. 973-977. 



LES SOURCES ET LA METHODE 45 

que ce sont bien îles Celtes que le sculpteur a figurés De 
plus, on peut se demander si l'artiste ne reproduisait pas 
UQ type de convention, assez différent, pour l'apparence 
physique, les vêtements et les armes, de la réalité. M. S. 
Reiaacli a remarqué pourtant que, dès le m" siècle, les ar- 
tistes de Pergame ont eu le souci de l'exactitude ethnogra- 
phique, et que l'art romain, bien que s'inspirant des mo- 
dèles grecs, a été plus loin qu'eux dans la voie du réa- 
lisme (1). 

Les œuvres d'art gréco-romaines où sont représentés des 
Celtes (2) sont assez nombreuses. Une première série est 
constituée par les statues'qui proviennent vraisemblablement 
des monuments destinés par Attale P' , roi de Pergauie 
(241-197), à perpétuer le souvenir de ses victoires sur les 
Galates. On a découvert à Pergame, autour du temple 
d'Athêna Nikêphore, une série de bases qui ont dû sup- 
porter des statues. Pline (3) nous apprend que plusieurs ar- 
tistes avaient représenté les victoires d'Attale I*'" et d'Ru- 
mène II (197-159) sur les Galates; et nous lisons chez Pau- 
sauias(4) qu'Attale I" avait dédié sur l'Acropole d'Athènes, 
du côté du mur situé au'sud, des groupes hauts de deux 
coudées représentant, entre autres batailles, la défaite des 
Galates en Mysie. 

Les statues de Pergame, en bronze et de grandes dimen- 
sions, semblent avoir été souvent reproduites dans l'Anti- 



(1) S. Reinach, Les Gaulois dans l'art antique et le sarco- 
phage de la vigne Arnmendola, Revue archéologique, t. xii (1888) 
p. 273. 

(2) BiENKOwsKi, Die Darstellungen der Gallier in der hellenis- 
iischen Kunst, Wien, 1908. 

(3) Histoire naturelle, xxxiv, 24, 84. 

(4) Description de la Grèce, i, 25, 2. 



4IÎ STATUAIRE ANTIQUE 

quité ; certaines statues en marbre qui nous sont parve- 
nues sont, croit-on, des copies anciennes de ces statues en 
bronze. Ce serait le cas du Gaulois mouranl du Capitole, 
eu qui on a vu longtemps un gladiateur, et du groupe de 
la villa Ludovisi à Rome (représentant un Gaulois se tuant 
après avoir tué sa femme), dans lequel on croyait autrefois 
reconnaître Arria et Paetus. Les statues figurant des Gâ- 
tâtes, qui se rapportent sans doute àl'ex-voto de l'Acropole, 
sont au nombre de six ; toutes représentent des blessés ou 
des morts (1). 

Une autre série comprend des sarcopliages ornés de bas- 
reliefs représentant des batailles contre les Gaulois. Le 
plus important de ces sarcophages est celui qui a été dé- 
couvert en 1830 sur la voie Appienne dans la vigne do 
Santé Ammendola. La partie supérieure des bas-reliefs 
représente des groupes de captifs et de captives avec leurs 
enfants, des armes et deux morts. Aux angles sont fignrées 
des têtes de Barbares. Le reste des bas-reliefs est occupé 
par une scène de combat (2). 

Parmi les monuments qui représentent vraiaemblahh' 
ment des Gaulois, on peut encore citer : la statue trouvée 
à Montdragon (Vaucluse) et conservée au Musée Calvel à 



(1) Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 11-13, Bulletin de 
correspondance hellénique, t. xiii (1889), p, 123 ,pl. I. Baumeis- 
TER, Denkmàler des klassischen Alterlums, fig. 1411 et suiv. 
Œuvres de A. de. Longpérier, réunies par G. Sciilumbehger, 
Paris, 1883, t. ii, p. 374-380, pi. VII. Dans un article de la 
Revue celtique, (t xxx. p. 67-72), M. Ad. Reinach étudie oL 
compare aux trophées de Pergame les trophées de la frise du 
bouleuterion de Milet élevé par le roi de Svrie Antiochus iv 
( 175-1 r.4). 

(2) Voir l'excellente reproduction donnée dans la Revue ar- 
chéologique, t. XII (1888), pi. xxn-xxiii. 



LES SOURCES ET LA METHODE 47 

Avignon, précieuse pour l'étude de l'armement celtique (1) ; 
l'arc d'Orange qui daterait du i" siècle avant J.-C, sur 
lequel sont sculptés des combats entre Romains et Barbares 
et des trophées d'armes (2) ; le tombeau des Jule?. à vSaint- 
Rémy (Bouches-du-Rhône), dont une face représente un 
combat de cavalerie (3); le pilier d'Entremont (Bouches 
du-Rliône) où sont figurés des cavaliers barbares, et (jui 
semble dater do la fin du ii* siècle avant J,G. (4) ; le mo- 
nument de Biot (Alpes-Maritimes), où l'on a retrouvé les 
restes d'un trophée d'armes gauloises (o), les autels des 
Nauiae Parisiaci au musée de Gluny qui représentent, 
outre des divinités celtiques, deux groupes de personnages 
armés, au dessus deux inscriptions portent : lune Evrises, 
l'autre Sbnani vseilo .. (6) ; le portifjue d'Athéna à 



(1) Revue archéologique, t. xvi (1867), pi. xiii, p. 69. Diction~ 
nuire archéologique de la Gaule, t. i, planches. Espérandieu, 
Recueil gêné al, .t. i, p. 210. D'après J. Formigé [Revue ar- 
chéologique, t. XVI (1910), p. 24.3), cette statue proviendrait 
de la décoration de l'arc d'Orange. 

(2) A. DE Laborde, Monuments de la France, pi. xlviii-xi.ix. 
Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule 
romaine, t. m, pi. xii et xiii ; Courbaud, Le bas-relief romain à 
représentations historiques, Paris, 1899, p. 330-334; Es: éran- 
dieu, Recueil général, t. i, p. 188-205. 

(3) A. de Laborde, Monuments de la France, pi. lxxxiii- 
Lxxxv ; RiTscHL, Opuscula philologica, t. iv, p. 557 et suiv. ; 
Courbaud, Le bas-relief romain, p. 328-330 ; Espérandieu, 
Recueil général, t. i, p. 92-98. 

('i) E. Desjardins, Géographie Iiistorique et administrative de 
la Gaule romaine, t. ii, p. 112, pi. 1 ; Espérandieu, Recueil 
général, t. i, p. 83-85. 

(5) R. Laurent et Ch. Dugas, Le monument romain de Biot, 
Revue des études anciennes, t. ix, p. 48-68 ,pl. ii-vi ; Espéran- 
dieu, Recueil général, t. i, p, 29-31. 

(6) E. Desjardins, Géographie historique et administrative 
de la Gaule romaine, t. iii, p. 261-263 ; A. T. Vercoutre, Re- 
vue archéologique, t. ix (1907), p. 31-37 (fig.) ; Espérandieu, 



48 MONNAIES 

Pergame, décoré de trophées d'armes (1) ; un vase de 
bronze provenant de Pompéi et orné de deux hommes 
barbus (2) ; deux statuettes de la nécropole de Myrina (3). 
Le chaudron en argent, de Gundestrup, découvert dans 
une tourbière du Jutland, est décoré de bas-reliefs oii sont 
figurées, croit-on, les divinités les plus singulières de la 
mythologie celtique (4), 

Il est probable que la plupart des représentations an- 
ciennes de Celtes proviennent de modèles antérieurs et 
qu'elles ne sont pas directement inspirées de la nature. 
M. S. Reinach pense qu'elles dérivent de deux sources 
principales, l'une pergaménienne que nous connaissons en 
partie, l'autre delphique, issue des expéditions gauloises 
en Grèce (280-279), et dont nous ne savons presque rien. 
Dans ce cas, les monuments gréco-romains ne nous ren- 
seigneraient que sur les Gaulois d'Orient du iiT siècle avant 
notre ère. 

Les principales monnaies où l'on peut trouver des types 
ou des armes celtiques sont des monnaies romaines : les 
deniers des familles Claudia et Gornelia, d'IIostilius Saserna, 



Recueil général, t. iv, p. 208-214 ; Revue des études anciennes, 
t. IX, pi. xi-xiv. 

(1) Revue archéologique, t. xiii (1889), pi. ix. 

(2) A. DE LoNGPÉRiER, Œuvrcs, t. II, p. 379 ; Quiciierat, 
Histoire du costume en France, p. 8. 

(3) Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 197. 

(4) Voir la reproduction et le coninientaire donnés chez 
A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 363-380 ; et par 
M. C. JuLLiAN [Revue des études anciennes, t. x (1908), p. 71-75, 
pi. i-x) qui croit le vase d'origine cimbrc et le compare au vase 
aux sept dieux du Cabinet des médailles. Cf. J. Déchelette, 
Revue de synthèse historique, t. m, p. 54. Sur les monuments non 
cités ici, consulter S. Reinach, Les Gaulois dans l'art antique 
Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 187-203, 317-352. 



LES SOURCES ET LA METHODE 49 

des familles Aurélia, Cosconia, Domitia, Licinia, Pom[)o- 
nia, Porcia, Sergia (1). Les monnaies autonomes de la 
Gaule, sauf quelques exceptions (2), offrent non des por- 
traits, mais des reproductions grossières d'effigies grecques. 
Il est fort possible que le graveur ait parfois emprunté 
quelque détail à la civilisation gauloise, mais, d'après A. de 
Barthélémy (3), ce serait exceptionnel. « Le plus sage est 
de chercher si telle figure, bizarre à première vue, ne 
s'explique pas naturellement par la loi de dégénérescence. » 
D'autre part, les détails de la gravure sont rarement assez 
nets pour que l'on puisse décrire avec précision les objets 
représentés. Les monnaies les plus anciennes sont généra- 
lement dépourvues d'inscriptions; puis, apparaissent des 

(1) Blanchet, Les Gaulois et les Germains sur les monnaies 
romaines, Congrès international de numismatique, Bruxelles, 1891. 
On trouvera des reproductions des monnaies gauloises dans le 
Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. i et ii ; dans l'Atlas de 
monnaies gauloises (2.000 reproductions), publié par M. de la 
Tour, Paris, 1892 ; cf. le Catalogue des monnaies gauloises de la 
Bibliothèque nationale, par MM. Muret et Chabouillet, Paris, 
1889 ; dans la Revue archéologique, t. xii (1866), pi. x et xi ; 
t. XIV (1867), pi. III ; t. xLi (1881), pi. v, vi, vu ; t. vu (1886), 
pi. m ; dans la Revue numismatique, t. i (1883), p. 1-19 (pi.) ; 
t. II (1884), p. 1-2 ; t. III (1585), p. 137-156 (pi.) ; t. iv (1886), 
p. 193-202 (pi.) ; t. xi (1893), p. 305-326 (pi.) ; t. xii (1894), 
p. 12-46 (pi.) ; t. m (1899), p. 129-172 (monnaies du Mont-Beu- 
vray) ; p. 258-273 (pi.) ; t. viii (1904), (p. 23-32 ; 297-316 ; chez 
M. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, Paris, 1905 (pi.), 
qui tient compte de toutes les publications antérieures et con- 
tient 620 reprodvictions de monnaies. M. Blanchet publie dans 
la Revue celtique, depuis 1910, une chronique de numismatique. 

(2) Voir surtout F. de Saulcy, Numismatique des chefs gau- 
lois mentionnés dans les Commentaires de Jules César, Paris, 
1867 ; Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 153-157. 
M. Babelon a recherché (Revue numismatique, t. vi (1902), 
p. 3-35), l'effigie de Vercingétorix sur les monnaies gauloises et 
romaines. Jullian, Vercingétorix, p. 353-357. 

(3) Ra ue celtique, t. xi, p. 77. Cf. Revue ceUique, t. i, p. 292. 
Cf. A. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 179-225. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 4 



50 A^JTHUOPOLOr.lE 

lettres isolées ; puis, deux lettres réunies ou disposées en 
niunogramines, enfin, des légendes, abrégées ou non, écrites 
en caractères grecs ou romains. En haute Italie, on trouve 
aussi employé l'alphabet étrusque, et en Narbonnaise l'al- 
phabet celtibérien (1 . Les monnaies ont, au point de vue 
archéologique, outre les représentations qu'elles peuvent 
nous fournir, une grande importance, car elles permettent 
souvent, lors(|u'ou est sûr qu'elles ont été enfouies en 
même temps que les objets avec lesquels on les trouve, 
de déterminer la date de ces objets. Malheureusement, 
pour la période ((ui nous occupe, de telles déterminations 
sont rarement (lossibles. 



IV 



La certitude dans l'identification des Celles que l'histoire 
et l'archéologie ne nous donnent pas existe à un bien 
moindre degré encore dans l'anthropologie (2j. Pour déter- 
miner le type des anciens Celtes, nous pouvons utiliser 
seulement les S(iuelettes trouvés dans des nécropoles que 
pour des raisons archéologiques nous regardons comme 
celtiques. D'autre part, la forme des crânes et les dimen- 
sions des os ne peuvent suffire à caractériser une race. 

Il n'y a pas de travail d'ensemble sur l'anthropologie 
d'Hallstatt et de la Bavière. Mais les osspments enfermés dans 



11) On trouve cet alphabet employé concurrement avec 
l'alphabet grec sur des monnaies des Longostalètes. La tour, 
Atlas de monnaies gauloises, n"^ 2350-2399. 

(2) On trouvera la bibliographie de l'anthropologie celtique 
chez W. Z. RiPLEY, The races of Europe, a sociological study, 
London, 1900, p. 140-141. 



LÉS SOLRCeS ET LA METHODE 51 

les liimnli de Bourgogne et de Franche -Comté ont été étu- 
diés (1). Les cimetières delà Marne ont fourni de nombreux 
crânes, dispersés aujourd'hui. On a trouvé à la Tène une dou- 
zaine de crânes et les restes d'une trentaine de squelettes (2). 

On possède peu de crânes celtibères. Dans les Iles Bri- 
tanniques, on a retrouvé peu de crânes antérieurs à la do- 
mination romaine (3). On ne connaît aucun crâne de 
Gaulois d'Asie (4). Il est inutile de chercher, au xx"" siècle 
de notre ère, en déterminantl'indice céphalique des peuples 
de langue celtique, à en conclure la forme du crâne des 
Celtes du iv'' siècle avant notre ère. Les mélanges entre 
peuples, les différences dans les conditions matérielles de 
la vie et dans la situation géographique ont dû nécessaire- 
ment modifier le squelette. En tout cas, actuellement.au 
point de vue anthropologique, les Bretons sont aussi loin 
des Gallois que, à certains égards, les Gallois des Ecos- 
sais (5), si l'on s'en rapporte à des statistiques dont de 
nouvelles recherches pourront modifier les conclusions (6). 

Les œuvres d'art antique représentant des Gaulois ne 
peuvent guère, étant donné qu'elles reproduisent sans 
doute un type conventionnel, nous fournir des documents 
anthropologiques (7). 

(1) E. T. Hamy, Les premiers Gaulois. L'AnUiropologie, 
t. XVII, p. 1-25, 127-139. 

(2) Gross, La Tène p. 50-52. 

(3) Greenwell, British harrows, Oxford, 1877, p. 129. 

(4) G. Vacher de Lapouge, L'Aryen, son rôle historique, 
p. 305-310. 

(5) RiPLEY, The races of Europe, p. 127. 

(6) Voir sur l'incertitude de ces données J. Loth, Annales 
de Bretagne, t. xxii, p. 152-155. 

(7) A. Bertrand et S. Reinacii, Les Celtes dans les vallées 
du Pô et du Danube, p. 39. 



52 LINGUISTIQUE 



Les hypothèses initiales que nécessitent les démonstra- 
tions de l'archéologie et de l'anthropologie ne sont pas né- 
cessaires à la linguistique. Cette science se propose de re- 
chercher les traces qu'a laissées la langue des anciens 
Celtes, et de reconstituer ainsi une partie de leur civilisa- 
tion et de leur histoire. Tout objet portant un nom celtique 
a évidemment été en usage chez les Celtes. Toute idée dont 
l'expression celtique a subsisté appartenait sûrement au 
fonds intellectuel des Celtes. Tout peuple dont le nom est 
formé de mots celtiques est vraisemblablement celte. Tout 
lieu dont le nom s'explique par les langues celtiques a été 
nécessairement occupé par les Celtes qui l'ont dénommé. 
Cette méthode précise ne pourra donner des résultats com- 
plets. Les Celtes ont pu emprunter à d'autres langues des 
noms d'objets et d'idées ; ils ont pu adopter, pour dénom- 
mer leurs tribus, des noms que des étrangers leur appli- 
quaient ; ils ont pu occuper des villes sans en changer le 
nom ancien. 

Nous connaissons directement les anciennes langues cel- 
tiques par les quelques citations qu'en donnent les écri- 
vains grecs et romains ; ce sont pour la plupart, si l'on 
excepte les noms de personnes et de lieux, des termes 
techniques pour désigner des objets d'invention celtique 
ou des noms de plantes cultivées en Gaule (1). 

Le plus souvent, les écrivains qui nous les ont conservés 

(1) Ces termes nous ont été conservés surtout par Pline, Dios- 
coride, Apulée et MarccUus de Bordeaux, 



LES SOURCES ET LA METHODE 53 

et qui nous renseignent sur leur origine les ont empruntés 
à des auteurs plus anciens. On peut, dans certains cas, 
douter de l'exactitude de la transcription. Peu d'auteurs de 
l'Antiquité ont été, nous l'avons dit, en rapport direct 
avec des Celtes, et il est improbable que les mots qui nous 
sont parvenus aient été recueillis verbalement par ceux 
qui nous les ont transmis (1). La provenance est souvent 
suspecte. Chez les Gr«cs, KeXxo- et PaÀiTat ne sont pas 
toujours synonymes ; nous avons vu que pour Dion Cas- 
sius, par exemple, Talixa'. désigne les Gaulois, et KeXto! 
les Germains. De bonne heure, Gaîlia, Galli ont été des 
expressions géographiques plutôt qu'ethnographiques et 
ont désigné le pays situé entre l'Atlantique, le Rhin, les 
Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, et les habitants de 
ce pays. Dans un grand nombre de cas, nous ne pouvons 
déterminer que par conjecture l'extension de ces termes. 
Quand donc un écrivain grec ou latin nous dit qu'un mot 
est gaulois ou celtique, nous ne savons pas toujours ce 
qu'il veut dire par là. Le terme en question est-il em- 
prunté à une des langues qui représentent l'état ancien des 
langues celtiques actuelles, ou à un des dialectes parlés par 
les peuples non-celtiques établis dans les territoires désignés 
sous le nom géographique de Celtique '^ Si l'origine du 
terme est souvent douteuse, la forme et le sens en sont 
aussi sujets à caution, toutes les fois que nous ne pouvons 
savoir comment l'auteur grec ou latin a pu le connaître et 

(1) Ainsi, un scholiaste des Géorgiques (ii, 88) à propos du 
mot volema qui désigne une espèce de poires, écrit : volema 
Gallica lingua bona et grandia dicunlw. Or, on ne trouve aucun 
mot semblable dans les langues celtiques, tandis que valaernon, 
en osque, signifie i très bon ». Il est donc probable que le scho- 
liaste a confondu le gaulois et l'osque. 



54 LI.NfillFSTIOCE 

qui lui en a fourni la traduction. Quant aux mots que les 
écrivains du moyen-âge nous donnent comme gaulois, ils 
appartiennent, évidemment, à la langue vulgaire parlée en 
Gaule, langue qui n'était point, à cette époque, un dialecte 
celtique, et Torigine celtique de ces mots ne peut être 
prouvée que par la linguistique. 

Les mots celtiques que nous offrent les inscriptions 
grecques ou latines sont presque tous des noms propres. 
Tandis que, chez les écrivains, le contexte i^ermet de dé- 
terminer la nationalité, celtique ou non, d'un personnage, 
il arrive souvent que, dans les inscriptions, la nationalité 
n'est pas indiquée. Dans ce cas, les noms barbares ne peu- 
vent être attribués aux Celtes qu'à la suite d'une minu- 
tieuse comparaison linguistique, la provenance géogra- 
phique d'un nom ne pouvant, à elle seule déterminer ni la 
race, ni la nationalité, ni, à plus forte raison, la langue. 

Mais, parmi les inscriptions découvertes dans les pays 
(jui portent dans l'Antiquité le nom de ccltit/aes, il en est 
(juelques-unes qui sont rédigées en une langue qui n'est ni 
le grec ni le latin. Tant qu'on no les aura pas expliquées 
d'un bout à l'autre à l'aide des formes anciennes des 
langues celtiques actuelles, il serait téméraire de leur don- 
ner le nom d'inscriptions celtiques. Du fait qu'on y trouve 
des noms propres celtiques, on ne saurait rien conclure, 
comble nous venons de le faire remarquer. Si même on 
découvre dans une inscription quelques mots qui, expli- 
qués à l'aide des langues celtiques, auraient un sens vrai- 
semblable, il est peu scientifique d'en tirer une conclusion 
sur la langue de l'ensemble de l'inscription, les langues 
l)arlées en Gaule ayant sans doute emprunté quelques 
mots au celtique, et, d'ailleurs, les co'iucidences fortuites 



LES SOURCES ET LA METHODE 55 

entre des mots appartenant à des familles de langues 
différentes n'étant pas rares (1). 

Le moyen le plus sûr pour connaître les anciens dialectes 
celtiques est de les chercher dans les langues celtiques en- 
core vivantes, dont nous avons des textes qui remontent au 
inoins au ix" siècle. Ces langues se divisent en deux 
,i;roupes:le gaélique, parlé en Irlande et en Ecosse ; le 
i)reton, conservé dans le pava de Galles et importé dans la 
Hretagne française au vi* siècle de notre ère ; au xviii^ siècle, 
on parlait encore un dialecte breton dans la Cornouaillc an- 

(1) Le premier recueil scientifique des mots celtiques que l'on 
peut relever chez les auteurs de l'Anticpiité est dû à Diefenbach 
Cellica, I. Stuttgart, 1839. Mais l'étude du vocabulaire, d'après 
la méthode com})arative historique, a été faite pour la première 
fois par le fondateur de la philologie celtique, I. G. Zeuss, dans 
sa célèbre Graintndtica cellica, dont la première édition parut à 
Leipzig en 1853. Après lui, Gliick a étudié spécialement les noms 
celtiques que l'on trouve chez Ct:sAR [Die bel Caius Julius Ciesar 
vorkommendcn keliischen Naiiien, Munich, 1857 ); J. Becker, 
dans les Beitrœgede Kuun et Schleicher (t. m et iv) ; Pictet, 
dans la Rente archéologique (1864, 1865, 1867) ; Ebel, dans la 
seconde édition de la Grainmatica cellica (1871), ont renouvelé 
en partie l'étude de la grammaire et de la lexicographie celtique. 
A une époque plus rapprochée de nous, Wu. Stokes (surtout 
dans Celtic declension, Bezzenberger's Beilrdge, t. xi, p. 64-175) ; 
IL d'Arbois de JuBAiNvitLE (cu parliculicr dans Les mots 
gaulois chez César et Hirtius, De bello gallico, Paris, 1891) ; 
E. Ernault (Dictionnaire étymologique du breton moyen, Nantes, 
1888 ; Glossaire moyen-breton, Paris, 1895-1896), ont montré 
autant d'ingéniosité que de science soit en proposant des expli- 
cations nouvelles de mots déjà interprétés, soit en essayant de 
déterminer le sens de mots obscurs. R. Tiiurneysen (Kcltoro- 
manisches, Halle, 1884) ; W. Mever-Luebke [Einfuhrung in 
das Studium der Rowcinischen Sprach<>visse7ischaft, Heidelberg, 
1901), ont étudié les éléments celtiques qui persistent dans les 
langues romanes. Un bon précis de nos connaissances sur le cel- 
tique continental et le vieux celtique de Grande-Bretagne est 
contenu dans la Chrestomathie bretonne de J. Loth (Paris, 1890). 
Voir aussi Windiscu, dans le Grundriss der Romanischen Phi- 
lologie de Grœber, t. I, p. 283. 



56 LINGUISTIQUE 

glaise. La comparaison de ces deux groupes permet de dé- 
terminer les éléments qui leur sont communs et qui for- 
maient les caractéristiques de la langue commune des Celtes 
ou Gaulois à l'époque lointaine où elle ne s'était pas sé- 
parée en deux rameaux distincts. On peut même remonter 
plus loin en comparant la langue celtique ainsi restituée 
aux autres langues indo-européennes, rétablies, elles aussi, 
sous leur forme la plus ancienne. Pour donner un exemple 
de cette méthode, considérons quelques désinences de la 
déclinaison en-o. En gaélique comme en breton, lés voyelles 
brèves en syllabe finale sont tombées, en sorte que le mot 
qui correspond au latin equos, grec "ttuo;, est en gaélique 
ech, en breton * eb. Mais, en gaélique, les consonnes ont 
deux sons : un son vélaire, quand elles sont suivies de a, o, 
Il ; un son palatal, quand elles sont suivies de e, i. Or, le 
eh de ech a maintenant encore le son vélaire. Il était donc 
suivi primitivement d'une des voyelles a, o, u. La compa- 
raison avec le grec et le latin nous montre que cette voyelle 
était un o. Au génitif, on a eich avec un ch palatal ; donc 
la voyelle tombée était un e ou un i ; le latin eqiil nous a|)- 
prend que cette voyelle était /. Au vocatif, ech, axecch pa- 
latal, était jadis terminé par c, comme le montre le lai in 
eqiie. L'ancien celtique avait donc au nominatif, vocatif et 
génitif de la déclinaison en o les mômes désinences que le 
latin. Il n'y aura aucune témérité à restituer aux formes an- 
ciennes des dialectes celtiques ces désinences perdues. De 
même, on pourra rétablir, au commencement ou à l'inté- 
rieur des mots, les voyelles ou les consonnes dont la com- 
paraison des langues celtiques entre elles, d'abord, puis la 
comparaison avec les autres langues indo-européennes, en- 
suite, permettra d'établir la présence ancienne. Ainsi, si 



LES SOURCES ET LA METHODE 57 

l'on compare l'irlandais sét a chemin » au breton lient qui 
a le même sens, on remarque qu'à l\s^ irlandais répond un 
h en bretjpn, et que nt breton est représenté en irlandais 
par t, avec allongement compensatif de la voyelle précé- 
dente. Ces phénomènes ne sont pas propres au seul mot 
sét-hent. On a de même pour s ^^ h : irl. sen « vieux », 
bret. hen ; irl. samail « semblable )s bret. hével; irl. sa- 
lann « sel », gall. halen ; irl. sir « long », bret. hir, gall. 
hir \ et pour /= nt: cet «cent», gall. cant; \x\.dtt 
« dent », gall. dant, bret. dant. On sera donc fondé à res- 
tituer * senlo comme la forme celtique antérieure à sét et à 
hent. C'est sans doute ce mot qui a formé la seconde partie 
de Gabro-sentum, nom d'une ville de Grande-Bretagne. 
Les restitutions de ce genre nous donneront des formes cel- 
tiques antérieures môme aux plus anciens exemples que 
nous puissions recueillir de la langue des Celtes. On a pu 
dresser le vocabulaire vieux-celtique que la méthode com- 
parative permet d'établir (1). Ce vocabulaire compte en- 
viron 2.250 mots. Outre l'intérêt de curiosité qu'il présente, 
il est indispensable pour déterminer l'origine et l'étymo- 
logie des mots qui nous sont donnés comme celtiques par 
les écrivains anciens, ou que l'on suppose tels dans les 
livres ou les inscriptions. Mais il ne faut pas dissimuler que 
ce vocabulaire est loin de contenir tous les mots du vieux 
celtique, et qu'on ne saurait conclure à la non-celticité d'un 
mot du fait qu'il ne coïncide avec aucun mot du vocabu- 
laire vieux-celtique restitué. D'autre part, les seules langues 
celtiques qui aient persisté jusqu'à nos jours sont les 

(1) Urkeltischer Sprachschatz, von Wh. Stokes und Ad. Bez- 
zenbergeu (Fick, Vergleichendes Wôrterbuch der Indogerma- 
nischen Sprachen, 'i^ éd., t. n), Gôttingen, 1894, 



58 LINGUISTIQUE 

langues des îles Britanniques, et elles ne nous fournissent 
aucun renseignement direct surl'étatdu celtiquecontinental. 

L'emploi de la méthode linguistique permettra, par 
l'étude des noms de lieux et de personnes, de trouver les 
traces d»'s Celtes là où Ihistoire ne les avait guère signa^. 
lées. Il serait d'ailleurs téméraire de demander à cette mé- 
thode plus quelle ne peut nous donner. D'abord les noms 
propres sont souvent altérés et on ne saurait être trop pru- 
dent quand on essaie den restituer la forme primitive. 
Puis, les noms propres que pour des raisons de linguistique 
nous regardons comme celtiques ne le sont pas tous à un 
égal degré de vraisemblance. L'identité de forme d'un nom 
propre ou d'un terme de nom propre avec un mot du vieux 
celtique insulaire, quand d'autre part el'e entraine une 
explication raisonnable du nom propre, nous amène très 
près de la certitude scientifique. Lorsqu'il n'y a plus iden- 
tité, mais seulement parenté de forme, ou lorscjue le sens 
du mot celtique nous semble par trop éloigné du sens pos- 
sible du nom propre, le rapprochement peut être dû au 
hasard, lùifin, lorsque l'on sera arrivé à fixer, avec la plus 
grande somme possible de vraisemblance, la qualité cel- 
tique d'un nom de lieu, il restera encore à déterminera 
f|uelle époque le lieu a été ainsi dénommé et quel rapport 
cet établissement a avec l'histoire des anciens Celtes. 
L'étude critique des noms de personnes présumés celtiques 
présentera des difficultés analogues et plus grandes encore. 

Quoi qu'il en soit, la méthode linguistique nous appor 
tera, pour résoudre les problèmes que pose à chaque ins- 
tant l'ancienne histoire des Celtes, une aide efficace, et 
dresser l'inventaire des ressources qu'elle nous offre devra 
être notre [iremier soin. 



LES SOURCES ET LA METHODE 59 

L'histoire, la linguistique, l'archéologie, l'anthropologie 
nous renseigneront ainsi, à des degrés divers, sur les an- 
ciens Celtes. Mais tandis que l'anthropologie nous fait con- 
naître des types de la race humaine, l'archéologie des ci- 
vilisations, la linguistique des langues, l'histoire seule nous 
met en contact avec des peuples. Que la notion de peuple 
ait été dans l'Antiquité plus confuse qu'aujourd'hui, il n'en 
subsiste pas moins que les historiens et les géographes 
grecs et romains ont eu l'idée d'un peuple celte, comme ils 
avaient l'idée d'un peuple scythe on d'un peuple carthagi- 
nois. Quelque inexacte dans le détail que soit cette idée, 
nous n'avons en tout cas rien de plus solide où nous 
prendre quand nous cherchons, presque à tâtons, les an- 
ciens Celtes. Ce sont donc les témoignages des anciens qui 
constituent le fonds même de notre science. La linguistique 
se tient sur un terrain moins large et plus sur ; mais nous 
avons à déterminer qu'un mot est celtique par une mé- 
thode qui, quelque minutieuse qu'elle soit, n'apporte pas 
une certitude absolue Attribuer aux Celtes un objet, un 
monument, ou un type déterminé ne sera possible que si 
les textes nous en ont laissé une description qui réponde 
assez exactement à la réalité. Si nous ne voulons pas ris- 
quer d'errer au hasard, il faudra nous résoudre à ne nous 
servir de la linguistique, de l'archéologie et de l'anthropo- 
logie que comme de sciences auxiliaires de l'histoire et à ne 
faire intervenir les renseignements qu'elles nous four- 
nissent que pour commenter et vivifier les textes histo- 
riques. 



CHAPITRE II 



LA LANGUE (1) 

Les noms communs conservés par les écrivains Grecs et Latins. 
— ■ Les inscriptions gauloises en caractères nord-étrusques, en 
caractères grecs, en caractères latins. — Les inscriptions la- 
tines et grecques. — Les noms propres de personnes et de 
lieux ; sens des éléments qui entrent dans la composition des 
noms propres. — Les mots restitués par la linguistique. — 
Caractéristiques du vieux celtique. — Histoire du celtique 
continental ; sa disparition. — Les celtomanes ; le breton, 
ancêtre du français. 

Si l'on en juge par l'étendue des répertoires où les re 
liques linguistiques des anciens Celtes nous ont été conser- 
vées, il semljle que nous puissions nous faire du vieux cel- 
tique une idée exacte et précise. Le Dictionnaire ginilois de 
Roget de Belloguet (2) ne contient guère que 500 mots. 
Mais le Alt-celfischcr Sprachs(/i(itz,d'A\lved Holder, encore 
inachevé, en compte déjà plus de 30.000. A ne considérer 
que ce total, on connaîtrait donc près de dix fois plus de 
mots celtiques que de mots gothiques (3). 11 s'en faut pour- 
tant, et de beaucoup, que l'on soit aussi bien rensei- 
gné sur la langue des anciens Celtes que sur celle dos 

(1) Cf. JuLLiAN, Histoire de ta Gaule, t. ii, p. 360-379. 

(2) Ethnogénie gauloise, t. i. 

(r() Le texte d'Ulfilas ne contient guère plus de 3,000 mots 
(Jifférents , 



LA LANGUE 61 

Gots. Si l'on étudie les éléments dont se composent les 
vocabulaires du vieux celtique, on remarque d'abord 
que les noms propres y entrent dans une énorme pro- 
portion ; les noms communs n'y figurent guère que dans 
la mesure de 4 0; la plupart de ces mots sont isolés; 
quelques-uns seulement font partie de courtes phrases ; à 
peine peut-on soupçonner l'existence de quelques formes 
verbales. De plus, ce qui est pire, nous ignorons la signi- 
fication de presque tous les mots donnés comme celtiques ; 
les auteurs de l'Antiquité nous en ont traduit environ 250 ; 
la comparaison avec les dialectes celtiques modernes per- 
met en outre d'en expliquer environ loO, dont un grand 
nombre de noms propres. Enfin, il ne faut pas dissimuler 
qu'on fait figurer dans les vocabulaires celtiques non seu- 
lement les mots des divers dialectes celtiques de Grande- 
Bretagne, de Gaule, de l'Europe centrale, d'Espagne, d'Ita- 
lie et de Galatie, mais encore tous les mots qui, transmis par 
les auteurs de l'Antiquité, ne sont ni grecs ni latins. Ils 
peuvent être, aussi bien que celtiques, ligures, ibères, ger- 
maniques. Il n'est possible de faire le triage qu'en essayant 
d'identifier les mots barbare^ avec les mots conservés dans 
les dialectes celtiques modernes, après avoir toutefois res- 
titué à ceux-ci la forme qu'ils avaient aux environs de l'ère 
chrétienne. 

Dresser en quelque sorte le bilan du vieux celtique en 
classant à part les mots qui peuvent sans trop de difficulté 
s'expliquer par les langues celtiques et ceux qui attendent 
encore de cette méthode une explication raisonnable, tel 
sera l'objet de ce chapitre (1). Le plan suivi dans l'exposé 

(1) A la suite de chaque mot, nous indiquons le texte ancien 
où il est donné comme celtique. 



62 



.NOMS COMML'NS 



est emprunté au Glossaire gaulois de Roget de Belloguet. A 
son exemple, je traiterai successivement : i" des mots cel- 
tiques chez les écrivains de l'Antiquité : ceux qui sont 
donnés expressément comme celtiques, ceux qui sont 
vraisemblablement donnés comme celtiques, ceux qui ne 
sont pas donnés comme celtiques, mais que nous avons 
des raisons de croire tels ; 2" des inscriptions gauloises ; 
3° des noms propres celtiques. J'ajouterai une courte 
étude sur les mots du vieux celtique continental que l'on 
n'a pu relever nulle part, mais dont l'existence est attestée 
par l'accord des langues celtiques modernes et des langues 
romanes. 

1. Mots celtiques chez les écrivains db l'antiquité 

1° Mots donnés' expressément connue celtiques. 

Parmi les mots donnés expressément comme celtiques 
par les écrivains de l'Anliquité, voici ceux qui correspon- 
dent à des mots conservés parles langues celtiques (1). 

xôpjjLa (Poseidônios, chez Athénée, IV, 36, p. 132'^), 
•M'jpii: (Dioscoride, II, 110). C'est l'irlandais co/rm,, en vieux 
gallois kuref, c^vrf « bière », gall. mod. c^vnv ; cf. cen'esia 
ci-après, p. 83. 

pâpoot (Poseidônios, chez Athénée, VI, 49, p. 246"'') ; 
hardus « gallice » cantor qui virorum fortium laudes canit 
Paul Diacre, extrait de Festus, p. 34; en irlandais bard, on 

(1) Je n'ai pas donné tous les mots qui, dans les langues néo- 
celtiques sont identiques ou apparentés à leurs ancêtres vieux- 
ccltiqucs ; mais seulement ceux dont la parenté était visible, 
même à des personnes n'ayant aucune préparation linguistique. 



LA LANGUE 63 

gsWois banld « poète» (1). Cf. le nom de lieu Bardo-magos. 
ambactus « servus » (Eonius ; César, IV, 15,2; Paul 
Diacre, extrait de Festus, p. 4) ; en gallois aniaeth, « la- 
boureur ». 

bulga « petit sac de cuir » (Paul Diacre, extrait de Fes- 
tus, p. 3o) ; en irlandais boig, gallois boly « sac, panse » ; 
c'est le vieux français bouge « sac ». 

SputSai (Pseudo-Aristote, p. 1479 a), opouîoai (Diodore, 
V, 31, 4); druides {Céssiv, De bell. gaîl., VI, 14, 1), rf/-«ù/ae 
(Gicéron, De DU'.. I, 41, 90), drasidae, dryaridae (Tiraa- 
gène, chez Ainmien Marcellin, XV, 9, 4 ; 8) ; en irlandais 
drui, pluriel druid. 

arepennis, mesure de surface (Colu nielle, /^e re rust., 
V, 1, 6), semble identiqueà l'irlandais a wc/im/i = a/'epewni. 
C'est le français arpent. 

sasia (ms. a^ia) a seigle » chez les Taurini (Pline, Nat. 
hist., XVIII, 40, 141) correspond au gallois haidd, bret. 
heiz « orge ». Ce serait un mot gaulois emprunté par les 
Ligures. 

b ra ce &CC. braccfn « farine de choix » (Pline, .V«/. hist., 
XVIII, II, 62) dont on fait la cervoise (Glose chez Ducange) ; 
en irlandais braich k malt », gallois brag ; c'est le vieux 
français brais « orge broyée pour préparer la bière ». 

rëda, nom d'une voilure gauloise à quatre roues ( Quinii- 
lien, I, 5, 57 ; Uidore, Origi?ies^ xx, 2, 1) ; en irlandais, dé- 
riad glose bigae ; riad signifie : « course, transport » ; 
mais en gallois fJuvydd signllie : « aisé, libre », bret. roue:. 

reno « vestis de pellibus » (Salluste, Hist., III, fragm. 

(1) Stokes, {Urkeltischer Sprachschatz) rapproche ce mot du 
V. prussien gerdaut « parler ». 



64 



NOMS COMMU.NS 



104 ; Varroa,i)e li)ig. Int., V, 35). Il y a en irlandais un 
mot rôin, gallois rhawn,\(im signifie : « longs poils rudes », 
« crinière de cheval », et qui suppose un vieux celtique : 
rdni-, râno. 

benna « genus vehiculi » (Paul Diacre, extrait de Festus, 
p. 32) ; en gallois henn « chariot » ; fr. banne L'extrait de 
Festus cite aussi le composé com-bennônes « in eadem 
benna sedentes. » 

[air/.a (ace. i^ip>'-2'''), noui du cheval chez les Celtes (Pau- 
sanias, X, 19, 11) ; en gallois mardi, breton marc h. 

gacsa (YaTja) « javelots » (var. cesa, caesa) mot gaulois 
d'aprèsServius(.4c^ Aen. VIII, 660). adopté par les Romains 
(César, B. G. 111,4,1), mais apparenté à l'irlandais gfh', gde, 
gallois gwaew. Polybe(II, 22) rattachant sans doute ce mot au 
grec -(iz,% « trésor » traduit raïaà-ratpar «mercenaires » (1). 

•/.àpvov « corne, trompette » chez les Galates (Hésychius), 
cf. /.ipvj; « trompette » des Celtes (Eustathe ad Jîiad. 
^'Ài9), est sans doute le gallois et breton car/i «corne, 
sabot de cheval » ; v. gallois carn « corne à boire ». 

chrotta (var. roita) « harpe « des Bretons (Fortunat, VII, 
8, 64) ; en irlandais crot, en gallois croth. crwth ; mais le 
vieux français a rote. 

ovriQ'i « TÔTTov èEé)(^ovTa )) (CUtophon, chez le Pseudo-Plu- 
tarque,i)e5 fleuves, W, 4) « dunum enim montem » [Glos- 
saire d'Endlicher) (2) ; « gallica lingua montem vocari dunum 

(1) Cf. l'étymologie de VEtymologicon Magnum : o't tt.v TV 
^ïlxo'JVTs; qui est un véritable calembour. 

(2) Ainsi nommé du philologue qui le découvrit dans un ma- 
nuscrit du ix^ siècle conservé à la bibliothèque de la cour de 
Vienne. Il a été publié avec toutes les variantes, par H. Zimmer, 



à 



LA LANGUE 65 

studiosis non est incognituin (Sigebert, Vita Deoderici, 
ch. 17). C'est l'irlandais dûn « forteresse >, gallois din. 

TiitxTtéSooAat (var. TroiJLTrafoouXa, pompedulon) chez Diosco- 
ride (IV, 42) et Apulée {De herb., 2) « quintefeuille » « po- 
tentille ». C'est le breton pempdelyen, qui, d'ailleurs, ne 
remonte vraisemblablement pas au vieux-celtique, mais a 
été calqué sur le mot français. Le second terme du mot 
composé est mieux conservé dans l'irlandais c^M//e=*c?aiZw. 

(j)co6i/5v < sureau » (Dioscoride, IV, 171) doit être iden- 
tique au gallois ysgaw, breton scao. 

ratis « fougère » (Marcellus, De medic, XXV, 37) ; en 
irlandais raith, en breton raden, gallois rhedyn. 

[pj renne « arborem grandem » (Endlicher) ; en breton 
et gallois prenn « bois », irlandais crann. 

avallo « poma » (Endlicher) : en breton ai^al « pomme » ; 
gallois afall, irlandais ahall ; cf. le nom de lieu Aballo 
« Avallon » . 

trinanto a très valles », nanto « valle » (Endlicher) ; en 
gallois nant « vallée » ; Trineint, « Trois Vallées », nom 
gallois de Turnant. 

lauiro « balneo » (glossaire d'Endlicher), apparenté à l'ir- 
landais loathar « bassin >, lôthur « canal » ; en breton loiiazr 
« auge ». 

camhiare « rem pro re dare » (Endlicher) ; en breton 
kemma. Camhiare a passé par l'intermédiaire du latin dans 
les langues romanes, fr. changer. 



Zeitschrift fiir vergleichende Sprachforschung, t. xxxii, p. 230- 
240. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 5 



66 



NOMS COMMUNS 



bessus « habitude w (Virgile le Grammairien, 14) ; ap- 
parenté à l'irlandais bés, breton boas « coutume ». 

D'autres mots, qui n'ont pas de correspondants exacts 
dans les langues celtiques, peuvent néanmoins être inter- 
prétés en tout ou en partie à l'aide de ces langues : 

vergobretus, magistrat suprême des Aedui (César, De 
bello gallicOyl, 16, 5) ; mot composé dé (^ergo-,v. bret, guerg 
« efficace, qui accomplit » et de breto-, irlandais breth 
« jugement ». 

petorritum (Varron, chez Aulu-Gelle, XV, 30,7), char 
gaulois à quatre roues (Festus, extrait, p. 207) ; mot formé 
de petor-, en gallois m. pedwar^ i. pedair, « quatre », 
cf. le nom de ville de Grande-Bretagne ii£xouap(a ; irlandais 
cethir « quatre » ; et de ritum, cf. irlandais roth « roue >\, 
ou rith (( course », breton redek, gallois rhedeg « courir ». 
Petora signifie « quatre » aussi en osque. 

candetum, mesure de surface valant cent pieds (Colu- 
melle. De re riist., V, i, 6 ; cf. Isidore, Orig.^ XV, 15, 6), 
est sans doute dérivé du mot signifiant « cent », gallois 
cant. 

covinnus, char de guerre des Bretons (Mêla, III, 6, 52) et 
des Belges iLucain, I, 426), peut être rapproché du gallois 
cywein {=*co-vegno-) « voiturer » ; cf. aussi l'irlandais 
fén = *vegnos « chariot ». Ce mot a donné le dérivé laliu 
covinnarius. 

eporedias Galli bonos equorum domitores vocant (Pline, 
Nat. hist. ^111,21, 123), sans doute composé deepo-,y. 
gallois ep, irlandais ech « cheval », et d'un mot de la même 
racine qaereda (ci-dessus, p. 63), en gallois eb-rwydd c( vif, 
rapide ». 



LA LANGUE 17 

acaunu-marga « marne pierreuse » (Pline, Nat. hist.^ 
XVII, 4, 44) est formé des deux mots celtiques acaunum et 
marga {voir p. 71). 

glisso-margau marne blanche» (Pline, Nat. hist., XVll, 
4, 46) a sans doute pour premier terme un mot apparenté 
à l'irlandais glés « éclat », gallois ghvys » pur ». Chez les 
Aestii, l'ambre s'appelle glesiim (Tacite, Germ. 45, cf. 
Pline, Nat. hist., XXXVII, 11,42. 

rufius, sorte de lynx (Pline, Nat. hist., VIII. 28, 70), 
pourrait avoir quelque rapport avec l'irlandais rob « qua- 
drupède. » 

oùipTpaYoi, chiens rapides (TïoSwxetç) dans la langue des 
Celtes (Arrien, Cyneg., 3,6 ; cf. Grattius Faliscus, Cyn. 
203-206), semble composé de i>er-, irl. for-, particule in- 
tensive, et trago-, cf. irl. traig « pied » ; en v. fr. 

veltre. 

Tpi(j.«pxi<iîa, ensemble de trois cavaliers (Pausanias, X, 
19,11) ; composé de tri-, irl. tri u trois », et marcisia, dé- 
rivé de marca, gall. march a cheval ». 

^er/îeiM5, plante herbacée (Marcellus, Demedic, IX, 181), 
est sans doute dérivé de *vern-, en irlandais jern, en gallois 
gwern « aulne ». Cf. le nom de lieu Vernetum. On trouve 
venia « aulne » {Corpus gloss. lut. lu, 596,35). 

baditis, nom gaulois du nénuphar (Marcellus, De medic, 
XXXIII, 63) est sans doute parent de l'irlandais bàdud 
'< plonger », gall. boddi. 

calliomarcus « pas-d'âne, tussilage » (Marcellus, i)e medic. , 
XVI, 101). Le second terme du mot est *marcos « cheval», 
gallois march : le premier termo pourrait être l'irlandais 



68 >OMS COMMU>S 

caill « sentier » (Glossaire de Cor mac). Cf. le nom de lieu 
Calle-marcium. 

visumarus « trèfle » (Marcellus, De medic, III, 9), dont 
le second terme est marus, irl. mâr « grand ». 

8poûYY<>; S^ p.jxTii^p e'touv p'jyx.°^ xaÀETTat en Galatie (Saint 
Épiphane. Ad haer., II, 1, 14). Ce mot est sans doute ap- 
parenté au gallois trwyn t nez « ; pour t = d, cf. irl. druim 
« dos », gall. tram. 

dusii : demones quos dusios Galli nuncupant (Saint Au- 
gustin, Deciv. Dei, XV, 23), peut s'expliquer par l'irlan- 
dais duis (Glossaire d'O'Davoren) (1) « noble »>. Les déno- 
minations honorifiques de ce genre pour les génies et les 
fées ne sont pas rares (2). 

vernenietis quod quasi « fanum ingens » Gallica lingua 
refert (Fortunat, Cann., I, 9) ; composé de ver, qui sem- 
ble une particule intensive, irl. jor, v. bret. wor, et de ne- 
metis, irl. nemcd « sacellum ». Gf. Ver-nemetum en 
Grande-Bretagne et le nom de personne gallois Gor-nivet. 

bagaudae, révoltés gaulois (Aurélius Victor, De Ca&s-., 
XXXIX, 17), cf. irl. bâg « combat ». 

aremorici « antemarini quia are « ante » , mare a mare »? , 
morici « marini » (Endlicher) s'explique par are, irlandais 
air « sur » ; gallois et breton mor « mer », irlandais muir 

(1) Wh. Stokes, Three Irish Glossaries : Cormac's Glossary 
O'Davorens Glossary and a Glossary to the Calendar of Oengus 
the Culdee, with a préface and index, London, 1862. 

(2) On a rapproché ce mot du v. si. diicfiû « souffle » diisa 
« âme », lit. d^vnsè « souffle », dùsas « exhalaison », m. h. a. get- 
was > spectre » lat. lertdis. O. Schrader, Realle.ricon der In do- 
germanischen Altertumskunde , Grundziige einer Kultur- itnd 
Vôlkergeschichte Alteuropus, Strasbourg, 1901, p. 28. 



LA LANGUE 



69 



= *mori. César (VII, 75, 4) semble traduire aremoricae p&T 
" quse Oceanum attingunt ». 

arevermis « ante obsta » ? (Endlicher) contient aussi 
are-. 

caio « breialo sive bigardio « (Endlicher), irl. câi « mai- 
son t, V. br. cai « haie » gallois cae =''cagio- ; fr. chai ; 
quai. 

liigdunum : lugduno « desiderato monte » (Endlicher) ; 
(f lucidus mons » {Vit. S. Germ. Aiitess. IV, 2, 2) ; le se- 
cond terme de ce mot est connu dans les langues celtiques : 
irl. dûn, gall. din « forteresse », en français dune. 

treicle « pede » (Endlicher ; ms. ireide), à rapprocher de 
l'irlandais traig, gallois troed. 

ysarnodori... Gallica lingua... ferrei ostii [Acia Sanct.f 
Ijun. I, p. 50). Ce mot peut, en effet, s'expliquer par wamo-, 
en irlandais iani = *isarno- « fer » et doro-, en breton dor 
« porte » ; doro « ostio « (Endlicher). 

allobrogae : ideo dicti quoniam brogae Galli agrum di- 
cunt, alla autem aliud, dicti autem Allobroges quia ex alio 
loco fuerant translati (Schol. Juvénal, VIII, 234) ; alla- est 
le vieil irlandais ail « autre » ; brog- est le vieil irlandais 
briiig « pays », cf. le gallois all-fro « exilé )).Broga a sub- 
sisté dans divers dialectes de la langue d'oc avec le sens de 
« bord, haie » (1). 

Il y a des mots qui ne semblent pas avoir été conservés 
par les langues celtiques, mais qui, empruntés par le latin, 
se retrouvent souvent dans les langues romanes, où ils 

(1) A. Thomas, Revue Celtique, t. xv, p. 216-219. 



70 NOMS COMMUNS 

peuvent provenir soit du latin, soit du vieux celtique. 
Quelques-uns de ces mots ont passé du latin ou du français 
dans une ou plusieurs langues celtiques (1). 

omasum « triperie » (Naevius, chez Nonius, p. 151, 1). 
mot latin donné comme d'origine gauloise par un gram- 
mairien {Corpus glossarioriini latinoru?n, II, p. 138, 29). 

sagiis (Ennius, chez Nonius, p. 223. 30). Ce mot peut 
être d'origine celtique (cf. Isidore, Orig., XIX, 24, 13), 
mais il a été latinisé, et c'est du mot roman saga, fr. saie, 
que vient l'irlandais sâi <s tunique » ; le breton sae « robe » 
est emprunté au français. 

caterva « troupe » (Plante, Cist. 510) formation straté- 
gique des Gaulois d'après Végèce {Epit.,rei mi7.II, 2); 
mot gaulois d'après Isidore {Orig., IX, 3). 

braca (Lucilius, 11, fragm. 303 ; Diodore, V, 30), âpx/s;, 
Ppà/.xa. (Hésychius) peut être d'origine celtique (cf. Hésy- 
chius), mais appartient, en tout cas, à un dialecte très 
différent de celui qui a donné le gallois gnregys par gn' et 
non par b ; il s'est répandu sous la lovmebraga dans toutes 
les langues romanes, par exemple, fr. braie, et a été em- 
prunté par les Bretons Armoricains : bragou « culotte », et 
par les Gaëls : broc « chaussure ». 

essedum, voiture des Gaulois, Belges et Bretons (Gicé- 
ron, Ad Trebat. epist., VII, 7, 1 ; César, De bello galL, IV, 
32, o ; Virgile, Georg.,llk, 204; cf. Servius, /. c, qui en 
attribue l'usage aux Belges) ; cf, Mandu-essedum, Turv- 



(1) Sur ces emprunts, voir J. Loth, Les mots latins dans les 
langues brittoniques, Paris, 1892 ; J. Vendryès, De hibernicis 
^ocabulis qux a latina lingua originem duxerunt, Lutetiae, 1902, 



LA Langue 



74 



cssediim; essedarius » Conducteur d'esseda ». Ce mot a été 
emprunté par le latin. 

mannus^ petit clieval do trait (Lucrèce, III, 1063) des 
Gaulois (cf. Consentius, éd. Keil, t. V, p. 364, 1. 9). 
Est-ce le premier terme du nom de ville de Grande-Bre- 
tagne Mandii-essediim ? 

lancea « javelot », mot emprunté par les Romains aux 
Hispani, d'après Varron (Aulu-Gelle, XV, 30, 6. Cf. Dîo- 
dore, V, 30). 

laena, laina, vêtement de dessus fabriqué en Gaule (Stra- 
bon, IV, 4, H ; cf. Isidore, Orig., XIX, 23, 1) ; c'est peut- 
être le grec yXatva. 

marga « marne " fPline, Nat. hist., XVII, 4, 42); le mot 
français vient du diminutif margula, v. fr. marie ; le breton 
marg doit être emprunté à quelque dialecte français. 

haliis « symphytum » (Pline, Nat. hist., XXVI, 42, Sq; 
XXVIT, 26, 41) n'est donné expressément comme gaulois 
que par Marcellus (De medic, XXXI, 29). Le texte des 
manuscrits de Pline porte : (« halus autem quam Galli sic 
(corr. sil) vocant > ; sil est d'origine obscure. 

sâpo, teinture employée par les Gaulois pour rougir 
leurs cheveux (Pline, Nat. hist., XXVIII, 51, 191). Ce mot 
a pénétré dans les langues romanes, par exemple, fr. savon, 
qui, par contamination avec bret. soaff < sébum », a donné 
le breton soavcn, saon. 

çettonica (var. bettonica) « bétoine » (Pline, Nat. hist., 
XXV, 46, 84 ; Celse, V, 27, 10) n'est conservé que dans 
les langues romanes. Cf. Vettones, nom d'un peuple d'Es- 
pagne. 



72 



IVOMS COMMUNS 



alaiida « alouette », mot gaulois d'après Suétone, 
{Caes. 4, cf. Pline, Nat. hist.,Xl, 44, 121) n'est conservé que 
dans les langues romanes, par exemple : v. fr. aloue. 

viriolae « bracelet » en celtique ; viriae en celtibère 
(Pline, Nat. hist., XXXin. 12, 40) ; fr. i>irole. 

candosoccus, mss. candosoccos, var. ando occos a marcotte 
de vigne » (Columelle, De re rust., V, 5, 16) semble avoir 
pour second terme le mot roman qui, sous sa forme fémi- 
nine, a donné le français « souche >> ; l'irlandais soc, gal- 
lois swch, signifie « soc de charrue ». 

bascauda (var. mascauda), vase breton (Martial, XIV, 

89) ; v. fr. baschoe. 

larix, nom du mélèze dans la Gaule subalpine (Diosco- 
ride, I, 92), est conservé en italien et rétoroman. Est-co 
une transcription latine d'un mot celtique correspondant à 
l'irlandais dair, gén. darach « chêne »"/ 

menia « menthe k, mot d'origine gauloise d'après Apulée 
{De herb., 91), a passé en latin, et de là, par emprunt sa- 
vant, dans les langues celtiques : gaélique nieannd, breton 
metit, irlandais miontas. 

baccar, « asaret », nom gaulois d'après Dioscoride (1, 9), 
passé en latin (Virgile, Bac. IV, 18) ; le gaélique bachar, di- 
gitale, est d'origine savante. Le nom supposé gaulois est 
plutôt grec ou sémitique (1). 

salianca, nom du nard chez les peuples des Alpes, var. 
aa/.iojYxa, àXtou-j-Y^»» àÀiojàjy.a (Dioscoride, I, 7, 9, cf. Vir- 



il) J. ZwicKER, De i'ocabidis et rébus gallicis sive tratispadanis 
apud Veri^iliiim, Lipsiœ, 1905, p. 51-54. 



LA LANGUE 73 

gile, Bue. V, 17), a passé en latin. Cf. SaXiô^xavoc XtjjLVjv en 
Gaule (Ptolémée, II, 6, 52). Ge mot peut être ligure (1). 

leiiga (var. leuca^ leiiva), mesure gauloise (Itiner. Ant. ; 
Saint Jérôme, in loel, 3, 17 ; Ammien Marcellin, XV, 11, 
17), conservé dans les langues romanes, fr, lieue, a passé 
du français en breton : léo. 

gigarus « serpentaire » (Marcellus, De medic, X, 58) est 
conservé dans l'italien gicaro « pied-de-veau », Arum. 

cavannus « chat huant », mot gaulois d'après le scholiaste 
de Berne (Ad Virg., Bue. VIII, 55). Le moyen breton eouan 
est emprunté au français. Le gallois euan est peut-être 
d'origine celtique, si eavannus n'est pas d'origine latine 

gnatus « filius », lingua gallica {Corpus gloss. lat., V, 
p. 635, 3). L'irlandais g/^rf///, gallois gnawd « accoutumé >, 
semble être un mot différent. Gf nate, p. 80. 

Mais le plus grand nombre des mots donnés comme cel- 
tiques par les auteurs de l'Antiquité ne peuvent s'expliquer 
par les langues celtiques et ne sont pas conservés par les 
langues romanes. Tels sont : 

padi « sapins », donné comme gaulois chez Métrodore de 
Scepsis (Pline, Nat. hist., III, 2u, 122). 

taxea « lard » (Afranius, fragm, 284), domné comme 
gaulois par Isidore {Origines^ XX, 2, 24). 

urus « bœuf sauvage » (Gésar, VI, 28) donné comme 
gaulois par Gaecina chez Macrobe {Sat. VI. 4, 23). Gf. le 
nom de lieu Uro-magus. 



(1) Cf. .T. -A. GuiLLAUD et A. Cuny, Revue des études anciennes, 
t. XI, p. 246-252 ; 364-365 ; xii, 183-185. 



74r NOMS COMMUNS 

Cimhri lingua gallica latrones dicuntur (Paul Diacre, 
extrait de Festus, p. 43). Mais Plutarqae {Marins, \\) 
donne le mot comme germanique. 

ceva (var. geua), espèce de vache de la Gaule cisalpine 
(Columelle, VI, 24, 5). 

marcus ou emarcus « vigne médiocre », mot employé en 
Gaule (Columelle, III, 2, 55). 

casnar (var. casamo) « affectator » ou « assec(âtôf » 
(Quintilien, Institui., I, 5, 8). 

Xoùyoc « corbeau » (Clitophon, chez lePseudo-Phitarque, 
Des fleuves, VI, 4). Ce serait, d'après Clitophon, le premier 
terme de Lugdunum (1). 

£[ji7:ov:?,v... « k),).r,v'.(Txl 'T,ptut8a )i (Plutarque, Erot., 25). 
C'est le nom ou le surnom delà femme de Sabinus, ailleurs 
appelée Epponina (Tacite, Histoires, IV, 67), n£7:ov;XXa 
(Dion Cassîus, LXVI, 16). 

exactim, espèce de centaurée (Pline, Xat. hist., XXV, 31, 
68) ; il est douteux que ce mot soit, comme le suppose 
M. Ernault, apparenté au breton eaiig « roui », car Pline 
explique ce mot par « qui fait évacuer ». 

glastiiDi, pastel (Plhic, ?\at. hist., XXII, 2, 2), a peut- 
être quelque rapport avec l'irlandais glas « vert, gris » et 
le breton glas « vert, bien ». 

passernices, pierres à aiguiser, dans la Gaule transalpine 
(Pline, Nat. hist., XXXVI, 47, 165). 

limeiim « cervarium », herbe fournissant un poison dans 

(1) Voir A. HoLDER, Le mot soi-cUsant gaulois }.o~jyoç, Revue 
celtique, t. xxvi, p. 129. 



ÎA LANGUE 75 

lequel les Gaulois trempent leurs flèches (Pline, Nat. hist., 
XXVII, 76, 101), ellébore. 

plaumoraii, corrigé en ploum Raeti, charrue à deux 
roues des Rètes (Pline, Nat. hist., XVIII, 48, 172). 

rodarum, nom gaulois de la Spiraea ulmaria (Pline, 
Nat. hist., XXIV, 112, 172). 

samolum (var. samosum, famosum), nom gaulois du sé- 
neçon (Pline, Nat. hist., XXIV, 63, 104). 

cela, sorte de céréale semblable à la sésame, en grec 
ip'j(jt|jtov (Pline, Nat. hist., XXII, 75, 1S8). 

cruppellarii « gladiateurs gaulois cuirassés » (Tacite, 
iA?inales, III, 43) ; il semble difficile de rattacher ce mot au 
gallois crwb a bosse ». 

galba « praepinguis » (Suétone, Galba, 3). 

Tiéxpivo;, Ç'jvYjfJia, xoXoûtSYov (var. axoXojxEyov) façons de 

lancer le javelot chez les Celtes (Arrien, Tact., XXXVII, 4; 
XLII, 4 ; XLIIl, 2). 

^EXiou/.âvoa;, nom gauloisde ïAchillea millejolium (Dios- 
coride, IV, 113), beUocandium (Apulée, De /lerè., 89). Peut- 
être le second terme serait-il le celtique ca^ic^o-, bret. cann 
« blanc ». 

betilolen, nom gaulois de la bardane (Apulée, De herb., 

36). 

^iXivouvxîa (Dioscoride, IV, 69), bellimintia (Apulée, De 
herb., 4), « jusquiame »,tire peut-être son nom de Belenus, 
lom d Apollon en celtique ; cf. Apollinaris, nom de la 
nème plante en latin. 



7B 



iNOMS COMMUNS 



holusseron (var. holus serron, -sellon), nom gaulois du 
lierre noir (Apulée, De herb., 99). 

haematites {Apulée, De herb.^ 49) « héliotrope » semble 
un mot grec. 

oualidia « camomille » (Apulée, De herb., 23). 

oùaoup(|ji « lauréole » (Dioscoride, IV, 147), usuben, var. 
eugubim (Apulée, De herb., 28). 

Ttovép. (( armoise » (Dioscoride, III, 117). 

titumen « armoise » (Apulée, De herb., 10). 

lira a satyrion orchidée » (Apulée, De herb., 16) semble 
être le grec oùpâ. 

Tap§T,Xo8â9iov var. xapPrjXoOàSiov « plantain » (Dioscoride, 
II, 152). Une très ingénieuse correction de Zeu8s(l) a trans- 
formé ce mot en Tapootaoàtiov, qui pourrait s'expliquer par 
le gallois tarw « taureau > et tafod « langue » . 

vigentiana « millefeuille » (Apulée, De herb., 89) semble 
un mot latin. Dioscoride (UI, 138) dit oJîyvTjTa. 

àvEij/â, li.'^vio^ « hellébore blanc » (Dioscoride, IV, 145), 
laginen (ace.) chez Pline [Aat. hist., XXIV, 89, 139). 

aXêoXov « Galeopsis» (Dioscoride, III, 33) semble le latin 
albulum. 

(TXTrâva (var. xépxEp) « mourou des champs > (Dioscoride, 
II, 209). 

x(ipva « aigremoine » (Dioscoride, II, 208). 

•yeXaaovÉv « cotonuière » (Dioscoride, III, 122). 

îoo;jL6apoJ|jt « hellébore noir » (Dioscoride, IV, 16). 

(1) Grammatica celtica, 2^ éd., p. 77. 



LA LANGUE 77 

'ouTCt/iXXoujov « genévrier » (Dioscoride, I, 103), semble 
une corruption du latin juniperus. * 

[jtEoiaeijjiôp'.ov « mélisse » (Dioscoride, III, 108) n'a sans 
doute aucun rapport avec l'irlandais semar « trèfle ». 

TîïTTêpà/.ioujji « iris des marais » (^Dioscoride, I, 2), pipe- 
rapium (var. piperatium) chez Apulée {De herb., 6) 
semble latin. 

axouêoûXoufx « morelle noire » (Dioscoride, IV, 71). 

c7ou6''tt)i; var. ao'jtj3(xr,; « lierre » (Dioscoride, II, 210) me 
semble difficile à rapprocher de l'irlandais suibh « fraise >, 
gallois syfi « fraises » . 

laupojy. « glaïeul » (Dioscoride, IV, 99). 

Oéttjjiov «clématite » (Dioscoride, III, 6). 

9û)va « grande chélidoine » (Dioscoride, II, 211). 

Sojxwvé « hièble » (Dioscoride, IV, 172), ducone (Apulée, 
De herb., 92). Cf. odocos, ci-après. 

Taaxô; uap' aùxoT; (en Galatie) iriaaaXo; « pieU » /.aXeïxat 

(Saint Épiphane, Adhaer., II, i, 14). 

blutthagio, nom gaulois d'une plante marécageuse (Mar- 
cellus. De medic.y IX, 132). 

bricumum, nom gaulois de l'armoise (Marcellus, De 
med., XXVI, 41). Cf. ponem (p. 76). 

calocatanos « coquelicot » (Marcellus, De medic, XX, 
68) semble un mot grec. 

gilarus « serpolet » (Marcellus, De medic, XI, 5), 



/O NOMS COMMUAS 

odocos (1) « hièble » (Marcellus, De medic, Yll, 13). 

laurio « pervenche » (Pline Valérien. De re med., I, 33) 
est, sans doute, d'origine latine comme le mot savant 
gallois llawrig « pervenche ». 

picatus, ace. pi. picaîos (var. pecatos, pictas), sorte de 
bateau chez les Bretons (Végèce, Epit. rei mil., IV, 37). 

\jç « chêne à kermès » chez les Galates (Pausanias, X, 
36, I). 

'Avopâatr, (var. àSpàaTT;, àvSâxrJ, nom de la Victoire chez 
les Bretons (Dion Cassius, LXII, 6, 7) est, peut-être, un 
nom grec traduisant un mot celtique inconnu. 

àyaajaToî, chien de chasse breton (Oppien, Cyneget., I, 
470;. 

volema Gallica lingua bona et grandia dicuntur (Servius 
Ad Georg. II, 88). Voir ci-dessus, p. 53. 

cecos ac césar (var. caesar) quod Gallorum lingua « di- 
mitte » significat (Servius, Ad Aen., XI, 743). 

i>irga « pourpre » en langue gauloise (Servius. Ad Aen. 
VIII, 660). 

Alpes, quae Gallorum lingua « alti montes » vocantur 
(Servius, Ad Aen., IV, 442) ; omnes altitudines montium 
HcetaGallisAlpesvocentur(.4(/.4(';/.. X, 13). Festus d'après 
Paul Diacre (p. 4) explique ce mot par le sabin nlpus, 
latin albus. Alpes ne semble pas être un mot gaulois (2). 



(1) Sur ce mot et surSouxtuvè qui en est sans doute une défor- 
mation, voir A. CuNY, Mémoires de la Société de linguistique de 
Paris, t. XVI, p. 327. 

( ) A moins que Alpes ne soit pour Albes. J. Loth, Annales 
de Bretagne, t. xxii, p. 157. 



LA LAiNGUE 79 

âépàvac (corr. àêâvaç), nom du singe chez les Celtes 
(Hésychius). Peut-être ce mot est-il emprunté au germa- 
nique *apan, ail. Affe. 

}v£;o'jcj|jiaxa t] Xsyojafjiaxa, sorte de cuirasse chez les Ga 
lates (Hésychius). 

sjjiSpexTÔv, sorte de soupe chez les Galates (Hésychius) 
semble un mot grec ; cf. l^èpix^:^ « tremper ». 

xupxtà; : KeXtoî làn; àaTitSaç (Hésychius), cf. caetra. 

xapTafiépa, vulgairement xaprâXafiov, nom de l'ensemble 
du ceinturon chez les Gaulois (Laurentius Lydus, Des ma- 
gistratures, n, 13). 

xXonla;. var. /.ÀtuTit'a; (poisson de la Saône, sans doute 
lotte (Laurentius Lydus, De Vannée et des mois, S, cf. 
Boissonade, Anecdota grœca, t. I, p. 417). Le Pseudo-Plu- 
tarque, Des fleuves, 2, 2, écrit jxo)-Ô7i'.5o<; qui est un mot 
grec. 

pâppojv (= Varro) « courageux », en langue celtique 
(Laurentius Lydus, Desmag., I, 12 ; 23 ; citant Hérennius). 

cisium, voiture gauloise à.deux roues (Schol. Gronov. 
ad Cic. Rose. Am., VH, 19). 

tuceta (var. tuccefa] « porc farci », en Cisalpine (scho- 
liaste de Perse, II, 42). On a rapproché de ce mot l'ombrien 
toco (1). 

hrodanus : roîh « violentum », dan et in gallico et in 
hebraeo judicem (Endlicher). 

brio « ponte » (Endlicher), cf. Brii>a Isarae « Pontoise » 
it Samaro-briva. 

(1) BnÉAL, Les Tables Eugubines, p. 259. 



80 NOMS COMMUNS 

amhe ■> rivo j- ; inter ambes » in ter ri vos » (Endlicher). 

arîam « paludem » (Endlicher). 

onno « f lumen » (Endlicher). 

nate « fili » (Endlicher). C'est le mot latin ; à moins 
qu'il ne s'agisse de filiim, « fil », irl. snâth. Voir ci-dessus, 
p. 73, gnatus. 

mastruga lingua Gallica dicitur vestis ex pellibus fera- 
rum facta (God. Bern. 386, f. 18 a). 

(igaiinum, interpretatione Gallici sermonis « sa.xum » 
dicunt(-4d. Sand., 22 sept. VI, 2i^)\agaunus vester 
Gallico... sermone... petra (.4c/. Sanct.,%% febr., Ill, 741 

a) ; cf. acaunumarga. 

Les auteurs anciens ne nous ont pas donné le sens des 
mots suivants : 

Tau gallicum (Virgile, d'après Quintilien, VIII, 3, 28), 
sans doute, la lettre T, dont la forme est celle d'un gibet. 
Il semble bien que, comme le remarque Rogetde Belloguet, 
le thau de Grégoire de Tours {Hist. Franc, IV, 5), signe 
qui apparut sur les murs des maisons préservées de la 
peste, soit la lettre hébraïque, par allusion au passage de 
la Bible (Ezéchiel, IX, 4, 6). 

.4/ Geltarum (Ausone, Technopaegn., XIII, 5) : Die quid 
significent Catalepta Maronis ? In his al Geltarum posuit, 
sequitur non lucidius tau. Nous n'en savons pas plus 
qu'Ausone. 

2° Mots vraisemblablement donnés comme celtiques. 

Quelques-uns de ces mots existent dans les langues cel- 
tiques : 



LA LANGUE 81 

|jiavLâ/,T)<;, collier gaulois (Polybe, II, 29,8 ; 31, 5), en ir- 
laudais muiiice = *monikia ; en vieux gallois minci. 

esox a saumon » (Pline, Nat. hist., IX, 17, 44), en 
moyen breton ehoc, gallois eog, irlandais eo = *esocs-s. 

coccum a Galatiae rubens granum » (Pline, Nat. hisL, 
IX, 65, 141), gall. coch « rouge », à moins que ce dernier 
ne soit emprunté au latin. 

becco « bec de poule » à Toulouse (Suétone, VitelL, 18) ; 
ce mot est conservé par quelques langues romanes. Le 
breton bec est emprunté au français ; le gaélique beic est 
peut-être emprunté à l'anglais. 

Cimenice [regio], adjectif dérivé de KÉ|a[a£vov, Gebenna, 
Cevenna « Cévenue », signifie, d'après Aviénus(Or. marii., 
622) : « mons dorsa celsus ». Cebenno — , cemeno — cor- 
respond au V. gallois cemn, gall. mod. cejn a dos ». 

liiDia, sorte de manteau (Isidore, Orig., XIX, 23,3), en 
irlandais lenn, gallois et breton lenn « saie, couverture ». 

giilbia (var. gubia, giilvia) « bec » (Végèce, Mulomed., 
I, 26, 2; Isidore. Orig., XIX, 19, 15), en irlandais gulba 
4 bec », cf. gallois gylfin, breton golvan « passereau » ; en 
français gouge. 

nimidae : de sacris silvarum quas nimidas vocant {In- 
dic. super stit. et pagan.{\)\ en irlandais nemed « sanc- 
tuaire », qui est sans doute aussi le second terme de 
Ôpj-vi(jiexov (Strabon, XII, 5, i) lieu de réunion du conseil 
des Galates ; cf. ver-nemetis, Dru -talus. 



(1) BoRETius, Capitula ria reu,Hm Francorum, p. 223, 1. G ; 
cf. p. 69, 1. 39-42. 

G. DoTïi.N. — Manuel de V antiquité celtique. b 



82 NOMS COMMUNS 

tunnel, tonna {Ada san do mm, Febr. I, p. 202 c) sorte de 
récipient ; irl. tond, « peau », gall. ton ; en provençal tona. 

vidiibiiini : marrae vulgo vidubia dicuntur (scholiaste 
de Juvénal, III, 311); glosé par ?fy.£À>.or « hoyau » (Corpus 
glossarioruin latinorum, III, p. 368, 64) ; v. irl. fidba « fal- 
castrum », gall. gwyddif « serpe « ; fr. voiigc. 

taratrwn « tarière » (Isidore, Orig., XIX, 19, 15), en ir- 
landais tarathar, en gallois taradr, breton moyen tarazr. 

D'autres mots peuvent s'expliquer par les langues cel- 
tiques : 

medio-lannni « vocatuin ab eo quod ibi suo « aiedio 
ianea » perhibetur inventa » (Isidore, Orig., XV, i, îi7) ; le 
premier terme de ce mot peut être celtique ; irlandais Mide, 
nom de la province centrale de l'Irlande. Pour Sidoine 
Apollinaire [Epist., VII, 17, 2, 20) l'explication de ce mot 
est tout autre : ;< quae lanigero de sue nomen habent ». 

gutnater, espèce de prêtre {De bello gallico, VIII, 38 ; cf. 
Revue épi graphique, t. II et VI) a vraisemblablement pour 
premier terme un mot identique à l'irlandais guth « voix », 
cf. guide « prière » ; le second terme est comparable h -<itr 
qui entre dans la formation d'un grand nombre de noms 
propres bretons et qui peut correspondre à l'irlandais af/iir 
« père» (1). 

D'autres mots n'ont subsisté que dans les langues ro- 
manes. Tels sont : 

pontones « genus naviutn gallicarum » (César, De hell. 
cii>., III, 29), en français ponton. Est-ce un mol latin'? 

(1) J. LoTH, Revue celtique, t. xv, p. 224-227, t. xxviii, 
p. 119-121. 



LA LANGUE 83 

materis {\SiV. fnataris), sorte de javelot (Sisenna, chez 
Nonius, p. 556), v. fr. mettras. 

betulla « bouleau.) (Pline, TVa/. Jiist., XVI, 30, 74); 
conservé dans les langues romanes, fr. boule. Le gallois 
bedw, breton bézô semblé dérivé de la même racine. 

cervesia « bière » (Pline, Nat. hist., XXII, 82, 164), 
conservé dans les langues romanes, ff . cervoise. Voir ci- 
dessus /.6p[JLa, p. 62. 

ciicullus (var. cuculla « capuchon ^ (Columelle, I, 8, 9 ; 
Santonico cucullo, Juvénal, VIII, 145), mot adopté parle 
latin, qui dii latin a passé dans les langues romanes, fr. 
coule, et dans les langues celtiques : irl. cocull, bret. 
cougoul. 

bardo-cucullus , capuchon de barde en Gaule (Martial, I, 
53, 5), a pour premier terme un mot celtique (v. p. 62). 

sparus « lance » (Lucilius d'après Festus, p. 330), mot 
passé en latin et en germanique, et de Là en gallois : ysbar. 

balma « grotte »^ Gallico ut reor sermone sic vocatam 
{Act. Sanct., 28 febr. IIJ, p. 746 a), conservé dans les 
langues romanes ; v. fr. balme. 

tarinca (var. taringa) instrument de supplice {Ad. 
Sanct. 31 oct. XIII, p. 783 a), fr. taranche (1). 

mercasius : loco qui prisco vocabulo propter genuinum 
lacunar gemellus mercasius nuncupabatur (Act. sanct. 
30 Aug. VI, p. o82 d). v. fr. marchois « marais ». 

olca, champ fertile, en Champagne (Grégoire de Tours, 
In glor. conf., 78) ; fr. ouche. 

(1) A. Thomas, Mélanges d'élyniologie française, Paris, 1902, 
p. 149. 



84 NOMS COMMUNS 

brogiliis (( bois » en langue vulgaire (Capitiilare de i'illis^ 
ch. 46) ; c'est le mot roman bien connu représenté en fran- 
çais par breuil et sans doute apparenté au celtique *brogi 
(V. p. 69). 

camisia, vêtement des soldats et des prêtres (Saint Jé- 
rôme, Epist. LXIV, II) mot de provenance germanique em- 
prunté par le celtique et le latin et passé du latin dans les 
langues celtiques [iTi. caimse, gall. Ae/i/^) et dans les langues 
romanes, fr. chemise. 

D'autres mots, enfin, n'existent pas en celtique et n'ont 
pas subsisté dans les langues romanes : 

aÀxY], alce (var. altes), élan (César, DcBell. galL, VI, 27 ; 
Pausanias, V, 12, 1) C'est sans doute le germanique alcis. 

amellus « plante » (Virgile, Georg., IV, 271 ; cf. Ser- 
vius). 

pilefUum, sorte de voiture (Virgile, .£'//., VIII, 665 ; Ho 
race, Epist., II, i, 192) ; chez Isidore, ce mot est donné 
comme synonyme de petorriiiim {Or., XX, 12, 4), 

atinia, espèce d'orme en Gaule (C^lumelle, De re riist., 
V, 6, 2). 

rumpotinui', arbre servait à soutenir la vigne (CoIh- 
melle, De re riist., V, 7, 1). 

arinca, sorte d'épeautre en Gaule (Pline, Nat. hisL, 
XVIII, 19, 81). 

colisatum, espèce de voiture (Pline, Nat. hist., XXXIV, 
48, 163). 

caeira (var. cetra), bouclier (Varron chez Nonius, p. 82, 
12) espagnol (Tite Live, XXI, 27, 5) et breton (Tacite, Agr., 
36) ; y.aÎTpïa;, bouclier ibère chez Ilésychius. 



LA LANGUE 85 

ploxenum « coffre de voiture » en Gaule cisalpine (Quin- 
tilien, Inst. or., I, 5, 8). 

murmillo (var. myrmillo, mirmillo), sorte de gladiateur 
armé à la gauloise (Festus, p. 285 ; Scholiaste de Ju vé- 
nal, VIII, 200). Mais ce mot semble venir du grec ;rjpa'.5tov. 

euhages (var. eubages), sorte de prêtre gaulois (Ammien 
Marcellin, XY, 9) ; c'est sans doute le grec îj^yt^c, de même 
que olitf.i (Strabon, IV, 4, 4) est vraisemblablement le 
latin çates, bien que ce dernier mot ait pu être emprunté 
par les Latins aux Celtes ; cf. irl. fâith = çâlis (1). Win- 
disch (2) regarde euhages comme une mauvaise lecture de 

caracalla, vêtement (Aurélius Victor, Epit. XXI, 2). 

cateia, arme de jet germaine et gauloise (Seryius, Ad 
Aen., VII, 741 , que, d'après Isidore ((9 ngr. XVIII, 7, 7), les 
Gaulois et les Espagnols appelaient teuiona. Le gallois 
ratai « hache, massue » est sans doute un mot emprunté. 

3° Mots qui ne sont^pas donnés comme celtiques. 

Quelques mots dont aucun écrivain de l'Antiquité n'in- 
dique la provenance s'expliquent assez facilement par les 
langues celtiques. Ce sont : 

caballus « cheval » (Lucilius, Sat. III, 70), irl. capall,, 
v. gall. bret. caçall. 

gabalus « gibet » (V^arron, Sat. Men., p. 165, 24), irl. 



(1) J. ZwicKER, De i'ocahulis et rébus Gallicia sive transpa- 
danis apud Vei gilium, p. 50. 

(2) Tûin Bô Cu(ilns;e, p. xli. 



86 



NOMS COMMUNS 



gabul, gall. gafl, bret. gavl « fourche » ; sans cloute les 
mots français javelle, javelot sont apparentés à ce mot. 

carpentum « char », mot latin sans doute emprunté aux 
Gaulois (cf. Arrien, Tact., 33), en tout identique à l'irlan- 
dais carbat ; cf. fr. charpente, gall. carfan, bret. carcan 
« cadre ». On le trouve dans Carhanto-rate, var. Carpento- 
rate et dans Kap^avxô-p'.Yov. 

carras (1) a char » (César, De hello Gallico, \, 24 ; Tite 
Live, X, 28, 9 , en irlandais et en breton carr, français 
char ; on ne peut décider si ce mot n'est pas venu au cel- 
tique moderne par le latin. Il en est de même de carruca 
« voiture à quatre roues » d'où fr. charrue. 

cantiis, <( cercle de fer de la roue (Quintilien, Inst., 1, 5, 
8j, en breton kanl « cercle », gallois cani « bord d'un 
cercle », prête à la même observation. 

"opxo; « chèvre sauvage » (OppieniCî/«.II,296) en gallois 
iwrch, bret. ioiircli « chevreuil ». 

naiisiim, sorte de navire (Ausone, Episl., XXIT, i) peut 
être comparé à l'irlandais naii a navire ». 

cattiis u chat » (Martial, XIII, 69, 1), nom propre gau- 
lois Cattos, en irlandais cat, gallois cath f., breton caz, mais 
existait aussi dans les langues romanes et n'est pas néces- 
sairement d'origine celtique. 

beber « castor » (Priscien, V, 14), gaélique beabhar, cor- 
nique befer ; en français bièvre. Cf. Bebriaciim (2) « locus 

(1) M. A. Meillet me fait remarquer que ce mot existe aussi 
en arménien : karkh. 

(2) L. Herr, Betriacum-Bebriacum, Res'ue de philologie, 
t. XVII (1893), p. 208-212. Cf. H. d'Arbois dk JunAiNvii.i.E, 
Re\>ue celtique, t. xxvii, p. 340-342, 



LA LA.NGUE 



87 



castorura » (Tacite, Hist. II, 24 ; Juvénal, II, i06, Scbol. 
ad II, 106 ; cf. Schol. ad XII, 34; Eutrope, VII, 17). 

paraveredus « cheval de trait » (Cod. Justinien, XII, 
50, 2), conservé dans les langues romanes, fr. palefroi, 
prov. palafre, est un mot hybride, dont la seconde partie 
cerediis, qui existe aussi à l'état indépendant (Festus, p. 372), 
correspond au gallois go-rwydd « coursier ». 

iannare « tanner » {Corpus gloss. lut., II, p. 566, 14) est 
peut-être apparenté au breton tann « chêne ». 

capanna « cabane » (Isidore, Orig.^ XV, 12, 2) ; le gallois 
cahan « hutte » est emprunté au français par l'intermé- 
diaire de l'anglais. 

curnba « locus imus navis » (Isidore, Orig., XIX, 2, 1), 
ga.\\. cwrti « vallée », fr. combe. Cf. Ciimba, nom de lieu. 

drungos : drungos hoc est « globos » (Végèce, Epit. rei 
mil., III, 16) ; irl. drong n troupe », v. br. drogn. 

beriila « cresson », donné comme latin par Marcellus 
{De Medic. XXXVI. 51) répond à l'irlandais hinir, bilar ; 
gall, berwr, bret. bêler ; Tv. berle. 

darsiis « Oard » poisson chez Smaragdus, en breton dars 
qui est sans doute emprunté au vieux français (1). 

D'autres mots ne sont conservés que par les langues 
romanes, et on ne peut donner aucune preuve de leur ori- 
gine celtique, 

alausa « alose » (Ausone, iMos., 127). 

ti}ica (' tanche » (Ausone, Mos., 125). 

(1) A. Thomas, Romania, t. xxxvi, p, 91-90. 



88 NOMS COMMUNS 

gambn « jambe » (Végèce, Mulomed., II, 28, 38), est 
sans doute apparent au celtique camho-, gall. cam, irl. 
CiiDim « courbe », de même que camhiitta « bâton pasto- 
ral » {Monument a Germaniaehistorica, Scriptores rerum 
Merovingicarum, t. iv, p. 251, 39). 

gnnna « robe » (Anthol. lat., 209, 4), v, fr. gonne, d'où 
le gallois gwn par l'intermédiaire de l'anglais gown. 

Une classification des mots celtiques que nous venons 
d'énumérer peut offrir quelque intérêt. 

Le plus grand nombre de ces mots proviennent du Pseu- 
do-Apulée et de Marcellus de Bordeaux et désignent des 
végétaux employés dans la pharmacopée antique. Presque 
toutes les familles y sont représentées, autant du )noin8 
qu'on admet les identifications qu'en ont données les bota- 
nistes modernes : amentinées {vernetus^ hetulla), urticinées 
{atinia), lauracées (usubim), rosinées {rodarum), légumi- 
neuses (oisumariis), nym^héinécs {baditis), crucifères (glas- 
tum^ beriila), papavéracées (/Aona, c«/oro/a/?o,ç), renoncula- 
cées {boliisseron, subites, theximon), borraginacées (hae- 
matites), solanacées (biîinuntio, scubulum), labiées (//?er?/a, 
gilarus), primulacées {sapana, cercer), caprifoliacées {sco- 
bien, ducône, odocos), composées {beliucanUas, ualidia, 
ponem, bricumum), graminées (sasia, coccum, arinca), 
aroïdées (gigarus), iridacées {peperacium), gymnospermes 
{larix, padi, jnpicelluson), cryptogames {raiis). 

Les noms d'animaux sont moins nombreux ; ce sont des 
noms d'animaux domestiques : chiens : vertragus, agas- 
saios ; chevaux : marca, mannus, caballus, parai'eredus ; 
chat : cciUus: bêtes à cornes : ceca ; ou d'animaux sau- 
vages : mammifères : ruftus, urus, alcr, abranas, beber ; 



LA LANGUE 89 

oiseaux : alauda, lugos; poissons : clopia^, esox, alausa, 
tinca, darsiis. 

On trouve aussi quelques noms de parties du corps : 
drnngos, treide, gamba, becco, giilbia et des adjectifs de 
qualités physiques : galba, varrôn. 

Les noms qui nous intéressent le plus sont ceux qui se 
rapportent à la civilisation : 

habitation : lautro, caio, capanna. 

alimentation : corma, brace, cervesia, omasum, Uixea, 
luceta, arùica, coccum, sasia, cela. 

vêtement et toilette : sagas, braca, laena, linna, cii- 
ndliis, bardocnmlliis, caracalla, gunna, sapo, viriolae, 
maniaces, bulga. 

outils : passernices, plaumorati, vidubium, taratrum, 

ti!scos,tarînca, gabalus. 

vases : hascaiida, tunna. 

voitures : reda, henna, petorritum, covinnus, essedum, ci- 
sium,, pilentiwi, colisatum, carpentum, carrus, cantus, 
ploxenum. 

navigation : picatiis, pontones, nausiim., cumba. 

mesures de longueur et de surface : arepennis, candetum 

If II g a. 

société : bardiis, ambactus, druidae, euhages, vergobre- 
tns, casiiar. 

famille : gnatiis^ nate. 

guerre : formations stratégiques : trimarcisia, caterva, 
rnleia, drungos ; armes offensives : gaesa, lancea, petrinos, 
xi/nêma, tolutegon, materis, spams, cateia ; armes défen- 



yU INSCRIPTIONS GAULOISES 

sives ; njrlids, ccietra, cnrtamera, cnippeJlarii ; forteresse : 
diino?}. 

musique : camon, chrotta. 

agriculture : les noms d'animaux domestiques ci-dessus; 
les mots relatifs à l'alimentation, au vêtement, aux outils ; 
aux mesures ; aux engrais : acauniimarga, glissomarga ; aux 
diverses espèces de terrains : nanto, anibe, o?ino, anam, 
agaiinum, balrna, mercasius^ olca, hrogilus, herula. 

commerce et industrie : cambiare, tannare. 

religion : diisii, Adrastè, nimidae, giituater, druidae, 
euhages. 



II. Mots celtiques dans lbs inscriptions 



Les inscriptions gauloises qui sont au nombre d'une cin- 
quantaine (1), constitueraient le fond de connaissances le 
plus solide que nous puissions atteindre pour le vieux cel- 
tique, si l'interprétation en était claire. Ces inscriptions se 
répartissent en trois groupes, d'après l'alphabet avec lequel 
oUos sont écrites : le nord-otrusque, le grec et le latin. 



(1) .1. RiiYS, The Celtic inscriptiotis of France and Italy (Pro- 
ceedings of ihe British Academy, vol. II). The Celtic inscriptions 
of Gaul, additions and corrections [Proc. of the Br. Ac, vol. V); 
Stokes, Celtic Declension {Bczzenberger's Beitràge, t. xi, p. 128- 
141. Enumération bibliographique chez Espérandieu, Epigra- 
phie romaine du Poitou et de la Saintonge, Paris, 1888, p. 116-118. 
On tronvora quelques reproductions dans le Dictionnaire ar- 
chéologique de la (kiule, t. i et ii, planches. 



LA LANGUE 91 

1° Inscriptions en caractères nord-étrusques (1). 

Il est a priori peu vraisemblable que ces in8criptions 
soient celtiques. Elles semblent dater de la seconde moitié 
du n" siècle avant notre ère. Plusieurs sont d'une lecture 
difficile. 

La première, qui est maintenant au musée du Vatican, a 
été trouvée à Todi, en 1839 ; elle est bilingne. Les pre- 
mières lignes sont en grande partie effacées, ainsi que le 
commencement de cbaque ligne de la première face. On a 
ainsi restitué la première face : 

Ategnato Drutei urnum Coisis Drutei f frater eins mi- 
u nimus locauitet statuit. 

Ateknati Trutikni karnitu artuas Koisis Truiiknos. 

Voici la restitution de la seconde face : 

Ategnato Drutei urnum Coisis Druti / frater eius mini- 
mus locauit et statuit qui. 

Ateknati Trutikni karnitu lokan Koisis Trutiknos 
(C. /. L., I, n° 1408). 

Si l'on retranche les noms propres qui se correspondent 
dans les deux textes, il reste dans le texte latin : urnum... 
frater eius minimus locauit et statuit, et dans le texte dit 
celtique : karnitu artuas d'une part, karnitu lokan de 
l'autre. La comparaison des deux textes nous montre qu'ils 



(1) On trouvera ces inscriptions chez Pauli, Die Inschrijten 
nord-etruskischen Alphabets [Italische Foischungeji. t. i). La der- 
nière édition est celle de Riiys, Tlie Celtic inscri plions of Cisal- 
pine Gaul (Proc. of the Br. Ac., vol. VI). 



92 1NSCRIPTI0>S GAULOISES 

ne se correspondent pas exactement, et, de plue, que si le 
texte latin de deux faces est identique, le texte celtique est ,j 
différent. On ne peut donc tirer grand secours du texte la- 
tin, qui d'ailleurs est obscur. 

Les langues celtiques ne nous fournissent rien de satis- 
faisant pour l'interprétation de l'inscription. On a rappro- 
ché lokan de lo « tombe » ? mot d'une inscription ogamique 
de Grande-Bretagne, artuas de l'irlandais art « pierre », et 
karnitu de l'irlandais carn « amas de pierre ». 

Une seconde inscription, trouvée à Briona, dans le pays i 
de Novare, en 1864, et conservée dans le cloître de la ca- ' 
thédrale de Novare, a été lue ainsi : 

Kui(n)tes asoioikeni Tanotaliknoi Kiii(n)tos Lekatos li 
Anokopokios Setupokios Esanekoti Anareuiseos Tanotalos 
karnitiis. Tekos toutious (C. I. L., V, p. 719). 

Il semble qu'elle soit composée surtout de noms propres ; 
nous y relevons la terminaison-Av^oi, qui indique la filia- 
tion (cf., dans la première inscription, Koisis Trutiknos = 
Coisis Druti filius); et karnitus{cl. karnitu de la première 
inscription et /.otpvtToj dans une inscription d'Apt {C.I.L., 
t. XII, p. 822). 

Kui?ites!, kuinfos (quintus), lekatos (legatus) sont sans 
doute latins. 

La troisième inscription, découverte près de Limone, sur 
la rive occidentale du lac de Garde et conservée au musée 
de Brescia, est, s'il se peut, encore plus «bscure que les 
deux premières. En voici la transcription : 

Tetumus Sexidiigiana sasadis toine ccaai nhaa anatina 
(C./.L. V, n''488). 



Là langue 



93 



A l'exception de Sexti et de decuvi = dicavii ('?) qui sem- 
blent latins, l'inscription n'offre rien qui puisse être expli- 
qué (1). 

11 existe encore d'autres inscriptions plus courtes ou plus 
obscures que les précédentes ; parmi celles qui se réduisant 
à un ou deux mots on trouve quelques noms d'apparence 
celtique : Alkovinos, Atepu, Ritukalos, Namu Esopnio, 
Athiti, Latumarui. 

2" Inscriptions en caractères grecs. 

Ces inscriptions proviennent toutes de la Narbonnaise. 
Elles datent, comme les inscriptions en caractères latins, 
du temps de l'empire romain. 

1. Inscription de Vaison, au musée Calvet d'Avignon (2) : 

I.i'^(j\io.^o<^ OuiÀXov£o; Toouxious Na[ji.au!Taxi(; îtwpo'j lJï)XrjCjajji'. 

70T..V V£(JLr,TOV (C.I.L., XII, p. 162). 

Le mot^^R'^f^^ cf. l'irlandais nemed (( sanctuaire «, sem- 
ble celtique. 

2. Inscriptions de Nîmes : 

a) KapTapoç iXXavoutaxo; ^i^z [jiaTpeêo vaixauaixaêo P'.axo'jSE 

[C. I. L., XII, p. 383. Dict. arch. n° 1). 

b) KajaixaXoi; O'jepaixvo; oeoe PpaTouoe xavceva Xa|jit sivoui 

:C./. L., XII,p. 383). 

^1) L'inscription de Vérone (Stokes, u° 4) et l'inscription 
i'Este (Stokes, n° 5) ne sont vraisemblablement pas celtiques. 
Cf. Rhys, The Celtic inscriptions, m, p. 1. Sur l'inscription de 
Vérone, voir M. Olsen, Zeilschrifi fur Celtisdie Philologie, t. iv, 
[). 23-30 ; Rhys, The Cellic inscriptions, vi. 

(i!) Cf. la nouvelle inscription celtique d'Alise chez Espé- 
iiANDiEu, Pro Alesia, t. i, p. 43-45. 



94 INSCIUI'TIO.'NS (JAULOISES 

c) ETMr{opv/^ KovoiÀ/.ço,' {C. I. L., XII, p. 383). 

3. Inscription d'Orgon, près d'Arles, au musée Calvet 
d'Avignon : 

c) OuT,6po'j[jiCi(po; Oeoe Tapavoo'j ^pa-rouSe xavcêii. {C . I. L., 

XII, p. 820). 

Des inscriptions analogues (1) à ces trois dernières, 
mais incomplètes, ont été étudiées par H. d'Arbois de Ju- 
bainville et M. Vacher de Lapouge (2). 

M. Bréal et H. d'Arbois de Jubainville ont fait re- 
marquer (3) que l'inscription «) ne pouvait être celtique et 
s'expliquait par un dialecte italique. Il en est de même des 
inscriptions b) et c), dont les éléments principaux, oioi et 
Ppaxouoe, leur sont communs avec l'inscription a). Parmi les 
noms propres contenus dans ces inscriptions, SEYouapoc, 



(1) Inscriplion de Saint Saturnin d'Apt au musée Calvet 
(Stokes, rO 9, note ; Rnvs, n° 8 ; C /. L., xii, p. 137) ; ins- 
cription de Gargas au musée Calvet (Stokes, n° 9, note ; Ruys, 
n° 9 ; C. I. L., xii, p. 137) ; inscription de l'Isle-sur-Sor^ue, au 
musée Calvet, C. I. L., xii, p. 822 ; Riivs, n° 10 ; inscription 
d'Apt au musée Calvet, Rhys, n° il, C. I. J ., xii, p. 822; 
inscription de Notre-Dame de Groseau, près Malauccne (Ruys, 
n° 13 ; C. I. L., xii, p. 824) ; inscription de l'église de Saignon 
(Rhys, n" 14 ; C. I. L., xii, p. 824 ; deux inscriptions de Saint-Rc- 
my, au musée de cette ville(RHYs, n°^ 15, 16 ; Stokes, n°^ 10, 11 ; 
C. I. L., XII, p. 127) ; inscription de Nîmes (Stokès, n° 9, note ; 
RiiYS, 11° 19 ; C. I. L., XII, p. 833) ; inscriplion de Saint-Côme, 
au musée de Nîmes (Rhy'S, n° 22 ; C. I. L., xii, p. 833) ; ins- 
cription de Notre-Dame de Laval, près CoUias, au musée do 
Nîmes (Rhys, n» 24 ; Stokes, 11° 13 ; C. I. L., xii, 5887 ; ins- 
cription d'Alise (Rhys, p, 100). On trouvera dans The Celte 
inscriptions of Gaul, additions and corrections, par Rhys, quelques 
autres inscriptions. Voir aussi C. I. L., t. xii, p. 127, 183. 

(2) Reçue Celtique, t. xviii, p. 318-324. Bulletin historique et 
philologique, 1898, p. 328-349. 

(3) M. Bréal, Re\^ue archéologique, t. xxxi (1897), p. 104-108 ; 
H. d'Arbois de Jubainville, Eléments de la grammaire Cel- 
tique, p. 173-177. 



LA LANGUE 93 

K7.77'.--:aXo<;, O'jr,6pou-[io!po<;, Tapo.Kjoj sont sûrement cel- 
tiques. L'inscription de Vaison n'est sans doute pas rédigée 
dans le même dialecte que les trois autres inscriptions et 
contient deux mots, s'wpou et ao^tv, que l'on trouve dans les 
inscriptions en caractères latins sous la forme ieuni et 
sosin. 

Ces inscriptions en caractères grecs, lesquels on retrouve 
aussi sur les monnaies, nous rappellent le texte de César oii 
il est dit que les druides, dans les comptes publics et privés, 
se servent de lettres grecques, litteris graecis (1), Les Ro- 
mains trouvèrent dans le camp des Hehetiiàes registres en 
lettres grecques, litteris graecis, où étaient relevés les noms 
de tous les émigrés, le nombre des hommes en état de por- 
teries armes et, séparément, celui des vieillards, des enfants 
et des femmes (2). D'autre part, lorsque dans le [)ays des 
Nen>iiGéssLT eut à faire parvenir une lettre à son lieutenant 
Gicéron, il l'écrivit litteris graecis, pour que l'ennemi, s'il 
arrivait à l'intercepter, ne pût connaître son dessein (3). 
Pour expliquer ce second texte, il faut admettre ou bien 
f! que litteris graecis y a un autre sens que dans le premier 
et signifie «en langue grecque « (4), ou bien que la connais- 
sance de l'alphabet grec ne s'était pas répandue dans toutes 
les parties de la Gaule. Tacite rapporte l'opinion d'après la- 
quelle il y avait sur les confins de la Rhétie et de la Ger- 
manie des monuments et des iJima/i portant des inscriptions 



(1) De bello gallicco, vi, 14. 

(2) De bello gallico, i, 29. 

(3) De bello gallico, v, 48. 

(4) C'est ainsi que l'entend Dion Cassius qui dit ÈÀXr,'. 

(xL, 9). Cf. POLYEN, VIII, 23, 6. 



96 LNSCUIPTIONS GAULOISES 

en caractères grecs (1). Les plus anciennes monnaies gau- 
loises portent des caractères grecs (2). 

3° Inscriptions en caractères latins. 



Les inscriptions eu caractères latins présentent dans 
quelques mots deux signes qui leur sont particuliers : le d 
noté e sur les légendes de quelques monnaies gauloises, et 
le X (3). 

Le premier, b, est souvent remplacé par s. Abbedoma- 
Ros sur une monnaie de Grande-Bretagne, Assedomari en 
Norique ; Garabbovna à Metz et Garassovnvs à Vichy, 
Tebbi à Vienne et Tessi à Saint-Gliristol ; Mkbbillvs à 
Lezoux et Medsillvs à Gallarate près Milan, cf. MBeniL- 
Los à Nîmes ; VEi.iOKAei sur une monnaie, reconnu [)ai' 
F. de Sauliy pour le nom de peuple bien connu Velio- 
casses ; bironae à Trêves et Sirokab à Luxeuil. Le b est 
donc vraisemblablement une spirante dentale analogue 
as. 

Le second, x, s'échange avec le c devant un t : Lvxtupios 
sur une monnaie, Lvcterii à Pern (Lot) ; Divixta à Scarpone, 
DiviCTA à Ghianocco ; Atextorigi à Néris-les-Bains, Atecto- 
rix sur des monnaies ; c'était sans doute une spirante 
gutturale analogue au ch irlandais. 

Parmi les inscriptions en caractères latins, la plus consi- 
dérable est la table de Goligny, découverte en 1897 (4). 

(1) Germanie, 3. Il s'agit peut-être de l'écriture runique. 

(2) Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 92, 274-278. 

(3) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Eludes grammaticales 
sur les langues celtiques, p. 27-40. 

( '■■ ) Voir les noies de MAL Dissard et Thiers dans les Comptes 
rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. xxv 



LA LANGUE 97 

Très intéressante de divers points de vue, cette inscription 
est, du point de vue linguistique, d'une importance mé- 
diocre ; aliène contient qu'une phrase ; la plupartdesmots 
y sont sans doute notés en abrégé. Nous ne pouvons songer 
à la reproduire ici; elle a été publiée plusieurs fois (1). 
C'est, sans aucun doute, un calendrier. Elle contient treize 
noms, que l'on regarde comme des noms de mois ; trente 
autres mots ou fragments de mots, et un fragment de phrase 
qui a été transcrit ainsi : 

mb rixtio cob... cariedit ox... aniia pogdedortonin qiiimon. 

Oq n'a encore pu reconnaître dans cette phrase aucun 
mot appartenant à une langue connue. Quant aux quarante- 
trois mots ou fragments de mots isolés, quelques-uns peu- 
vent s'expliquer par les langues celtiques. Ce sont : 

cantlos : en irlandais cétal « chaut », en gallois cathl. 

cingos dans sowio-cingos, irl. cingim « je marche ». 

giamon : en vieux gallois gflem = *giamo « hiver », irl. 
gem-red. Cf. les noms de personne Giamillus, Giamilos, Gia- 
millo. 

lagit : en irlandais laigiu « plus petit >, en gallois liai. 

lot : en irlandais laithe c jour ». 

loudin : en irlandais im-luadi, « il remue ». 

mid : en irlandais mi « mois », gallois mis. 



1 



(1897), p. 703, 730 ; t. xxvi (1898), p. 163-180. Bulletin de la 
Société nationale des Antiquaires de France, 1897, p. 411-414. 

(1) Revue celtique, t. xix, p. 212-223 (cf. t. xxi, p. 10-27). 
On en retrouvera deux reproductions en fac-similé dans la même 
revue : la première due à M. Dissard, t. xix, après la page 212 ; 
la seconde due à M. Espérandieu, t. xxi, après la page 428. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 7 



98 INSCRIPTIONS GALLOISES 

ogron : en irlandais iiar = *ogro « froid», gallois oer. 

prinni : en gallois et en breton prenn « bois » . 

samon : en vieil irlandais sam a été », gallois haf = 
*hamo-. 

Enfin, d peut être l'abréviation d'un mot analogue à l'ir- 
landais die a jour », gallois dydd, et n peut être l'abrévia- 
tion d'un mot analogue à l'irlandais nocht « nuit », gallois 
nos (1). 

Mais toutes ces comparaisons, exactes ou à peu près 
exactes quant à la phonétique, sont évidemment subor- 
données à l'interprétation générale du calendrier, laquelle 
n'est point définitive. 

Les inscriptions en caractères latins que l'on a attribuées 
au celtique sont au nombre de quinze (2). Les plus intéres- 
santes sont celles qui semblent contenir un verbe. Les 
voici : 

1. Inscription de Vieux-Poitiers {C. I. L., XIIÏ, tl71) : 

Ratin hriuatiom Frontii Tarheisonios ienru. 



(1) J. LoTH, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, t. xxvi, 1898, p. 17.5 ; Nicholson, Celtic resear- 
ches ; Rhys, Celtse and Galli, p. 1-37 ; Rhys, The Celtic ins- 
criptions of France and Italy, p. 82-94 ; Seymour de Ricci, 
Revue celtique, t. xix, p. 213-223 ; R. Thurneysen, Zeit^chrijl 
fur Cdtischc Pliilolo'^ic, t. ii, p. 523-54'i; Rhys, Notes on the 
Coligny Calendar, Proceedings of the British Academy, t. iv, 
London, 1910. On trouvera dans la Revue celtique, t. xxi, p. 
10-27, un article de S. de Ricci donnant l'indication des princi- 
paux travaux relatifs à l'inscription de Coligny. 

(2) On en trouvera quelques-unes avec bibliographie et com- 
mentaire chez P. Lejay, Inscriptions antiques de la Côte-d'Or, 
Paris, 1889 (Bibliothèque de l'Ecole pratique des Hautes-Eludis, 
80), et chez E. Espébandieu, Epigraphie romaine du Poitou 
et de la Saintonge, Paris, 1888, p. 107-116. 



LA LANGUE 99 

2. Inscriplîon d'Auxey, dite de Volnay {C. I. L., XIII, 
2638, Bict. arch. n° 4), au musée de Beaune. 

Iccaiios Oppianicnos ieiirii Brigindoni cantalon. 

3. Inscription d'Autun [C, I.L., XIII, 2733, I>id. arch. 
n^S). 

...licnos Contextos ieiirii Anualonnacu canecosedlon. 

4. Inscription de Nevers (C. /. L., XIII, 2821) : 

Andecamulos Toutissicnos ieiirn. 

8. Inscription de Couchey, au musée de Dijon {C. I. L., 
XIII, Dict. arch., n°' 6, 6 bis), gravée au pointillé sur le 
manche d'une patère en bronze : 

Doiros Segomari ieurii Alisanu. 

6. Inscription d'Alise-Sainte- Reine (C. / L., XIII, 2880, 
Dict. arch. n°7), sur un cartouche avec moulures et queues 
d'aronde. 

Martialis Dannotali ieuru uciiete sosin celicnon (1) etic 
gobedbi dugiiontiio uciietin Alisiia. 

7. Inscription de Sazeirat près Marsac (Creuse), au musée 
de Guéret [C. I. L., XIII, 1452) : 

Sacer Peroco ieuru duorico u. s. L m, 

8. Inscription trilingue de Genouilly (Cher) au musée de 
Bourges (C. /. L., XIII, 1326) : 

Le texte latin et le texte grec sont incomplets. 



(1) On a rapproché ce mot du gothique kêlikn « tour ». Bei- 
tràge de Kuhn, t. n, p. 108. Sur le sens de l'inscription, voir 
R. Thurneysen, Zeitschrift fur Celtische Philologie, t. vi, p. 558. 
On trouvera une photogravure de cette inscription dans Pro 
Alesia, t. i, p. 77. 



lOO INSCRIPTIONS GAULOISES 

Eliiontiu ieuru. uAneuno Oclicno Lugiiri Aneunicno, 

9. Inscription de Lezoux (Puy-de-Dôme) au musée de 
Saint-Germain (Rhys, p. 56) : 

Apronios ieuru. sosi... esu... 

Si l'on compare entre elles ces inscriptions, on peut 
douter que le mot qu'elles ont en commun, ieuru (voir 
plus haut £'-(>j?ou) soit un verbe. S'il était tel. on ne trouve- 
rait sans doute pas dans l'inscription 7 v{otum) s{olvii) 
l{ibens)m{erito), et, dans l'inscription 8, ieuru ne serait pas 
mis en parallèle avec les noms propres Oclicno et Aneunicno. 
D'ailleurs, malgré les efforts desceltistes, on n'avait jamais 
pu déterminer quelle flexion verbale pouvait re[)résenter 
ieuru (1). Il est vraisemblable que c'est un nom propre au 
datif. Le seul mot que l'on puisse expliquer dans ces ins- 
criptions à l'aide des langues celtiques est : ratin ; cf. ir- 
landais raith, fort entouré de remparts en terre. 

On trouve sur l'arc de triomphe d'Orange, sur des mon- 
naies et des terres cuites, divers noms propres gaulois : 
Rextugenos, Aucirix, Sacrillos, suivis de auot, auuot, 
auotis, auoti qui pourrait être un verbe ou un nom gaulois, 
mais qui peut aussi s'expliquer simplement par le latin a 
votis, comme l'a fait remarquer R. Thurneysen. 

10. Inscription de Néris les-Bains (Allier) actuellement à 
Paris au musée de Cluny {C. I. L., XIII, 1388) : 

Bratronos N antonicn{os) epad Atextorigi leucullosu 
iorebe locitok (ou locitoe...) 

Aucun mot de cette inscription, sauf epad (cf. epo-, 

(1) Cf. Revue celtique, t. vi, p. 94 ; 191 ; t. vin, p. 237 ; Revue 
critique d'histoire et de littérature, t. xliv (189;), p. 149. 



I 



LA LANGUE 101 

« cheval ») qui signifie sans doute « cava4ier », ne s'ex- 
plique sûrement par les langues celtiques ; iorebe est peut- 
être apparenté à ieuru ; est-ce un verbe, ou un datif plu- 
riel? 

11. Inscription de Séraucourt près Bourges, au musée de 
Saint- Germain, sur un vase {Revue archéologique, t. VI 
(1849), p. 555) : 

Buscilla sosio legasit in Alixie Magalu. 

Legasit semble un verbe à la troisième personne du sin- 
gulier. Cf. le latin legavit. 

On a découvert quelques autres inscriptions d'un moindre 
intérêt, et qui ne s'interprètent pas plus facilement par les 
langues celtiques (1), bien qu'on y reconnaisse quelques 
noms d'apparence celtique (2). 

L'inscription gravée sur une plaque d'argent trouvée à 
Poitiers et conservée au musée de Saint-Germain doit être 
une formule médicale mélangée de grec et de latin : 

Bis gontaurion analabis, bis gontaurion ce analabis bis 
gontaurios catalages s'explique sans doute par bis 

xtvTaûpetov xal (8') àva).à6r|Ç bis xtvTaupsiov xaxaXXayfiî, et 

n'offre, en tout cas, aucun mot celtique (3). 



(1) Inscription d'Evreux (Stokes, dP 21 ; Rhys, n° 1 ; 
C. I. L., XIII, 3204) ; inscription de Beaumont conservée à Ma- 
laucène, Vaucluse (Stokes, n° 24 ; Rhys, n° 12 ; C. I. L., 
XII, 1351) ; inscription de Bavai, Nord (Stokes, n° 22 ; Rhys, 
nO 336 ; C. I. L., xiii, 1010, 2097) ; inscription de Thiaucourt 
Meurthe-et-Moselle (Stokes, n^ 27 ; Rhys, n° 33c). 

(2) Stokes, Celtic declension, Bezzenberger's Beitràge, t. xi, 
p. 128-141. 

[?>) H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. i, p. 499 ; 
Ricochon, La tablette de Poitiers, Vienne et Paris, 1901. De 
même, on ne songe plus guère depuis Zeuss [Grammatica Cel- 



102 1NSCR1PT10?(S LATIÎSES 

Rien n'autoriBe non plus à regarder comme celtiques les 
formules magiques sur plaques de plomb trouvées à Rom 
(Deux-Sèvres) (1). On lit sur la tablette de Rom Cialli qui 
est à rapprocher de Ciallos (calendrier de Goligny). 



4° Inscriptions en langue latine. 

Ces inscriptions, comme les inscriptions grecques, ne 
comprennent guère, en fait de celtique, que des noms 
propres. Mais quelquefois on y peut découvrir des mots 
latinisés d'origine celtique. Tel serait le peirudecameto 
d'une inscription de Gélignieu^C /. L., XIII, 2494)qui est 
phonétiquement identique au breton pei'arzekved « quator- 
zième » , et qui pourrait s'expliquer par « le quatorzième 
jour », Sans doute aussi, dans la même inscription. Tri- 
contis, comme l'a supposéH.d'Arboisde Jubainville (2), cor- 



tica, 1'^ éd., p. XLviii) à interpréter par le celtique les formules 
médicales de Marcellus de Bordeaux, pas plus que les mots 
rares du giamniairien Virgile et les gloses malbergiques. 

(1) C. JuLLiAN, Bei'ue celtique, t. xix, p. 168-170 ; Re^'iie des 
éludes anciennes, t. ii, p. 47-55, 136-141. Cf. Nicholson, Keltic 
researches, p. 132, 154 ; Rhys, The Celtic inscriptions of France 
and Ilaly, p. 94-98 ; Celtse and Galli, p. 37. 

(2) Revue celtique, t. xxv, p. 361. Voici le texte complet de 
l'iiiscripliou : Memoriœ aeternai. M. Rufius Catullus curatot 
n(autarum) R(hodanicorum) vivus sibi et R(ufio) Rufiano f(ilio) 
Ruf(iie) Pupœ fil(iae) saciratœ fil(ia)) defunctae aniiorum XXII 
œdiclam cum vinea et mûris ad opus consummandum et tute- 
lam eius et ad cenam omnibus tricontis ponendam denariorum 
Liaorum in perpetuum sic ut petFudecameto consumatur. Hoc 
opus sub ascia est ; hœc o(pera) s(ive) l(ocus) hc^redem n{on) 
s(t'quetur). Voir J. Loth, Comptes rendus des séances de 
l'Aradéniie des Inscriptions et Belles- Le tires, 1909, p. 10-28. 
Jin.i.iAN, lles'ue des études anciennes, 1. xiii, p. 351, 



LA LANGUE 103 



reâpond au breton tregont « trente », et désignerait, d'après 
J. Loth, les mois de trente jours. 



III. LbS iVOMS PROPRES CBLTIQUBS 

Les noms propres en vieux celtique se forment comme 
dans les autres langues indo-européennes (1). Ils sont le 
plus souvent composés de deux termes ; les noms dérivés 
semblent être des formes abrégées des noms composés : 

sanskrit Açva-pati ; grec "luTr-ap/oç, 'ircnfac ; gaulois 
Epo-redios, Epona ; irlandais Ech-cenn, Echach. 

skr. Upari-cara ; gr. 'VTttp-àviup ; gaul. Ver cingetorix; 
gallois Gur-nerth. 

skr. Tri-bhânu ; gr. rpi-ôira^ ; gaul. Tri-casses, 

vieux haut allemand Hadu-bald ; gaul. Catu-rix, Caiiis. 

gr. Neo-xX^î ; V. h. ail. Niwi-rât ; gaul. Novio-dunum, 
Novios. 

skr. Çruta-karman : gr. KX'jTo-aOévr,; ; v. h. a. Hliid- 
berht, gaul. Clutamus. 

La comparaison des noms anciens supposés celtiques 
avec les noms propres conservés dans les dialectes celtiques 
modernes donne des résultats satisfaisants. On peut iden- 
tifier un assez grand nombre de ces noms en restituant 
toutefois aux noms modernes la forme archaïque que la 
phonétique historique permet de reconstituer. Ainsi l'iden 

(1) FicK, Die griechischen Personennamen, Gôttingen, 1874, 

p. LXVI-XCI. 



104 NOMS PROPRES 

tité du nom de lieu gaulois Vindoniagos et de l'irlandais 
Find-mag n'apparaît nettement que si l'on se rappelle que 
/initial irlandais répond à v (cf., par exemple, les mots 
empruntés par l'irlandais au latin : jerh --= verbum, fin = 
vinum, focul = vocula), et que les voyelles désinencielles 
ont disparu en irlandais ; de même, le nom d'homme gau- 
lois Seno-carus et le vieux breton H en-car ne deviennent 
identiques que si, outre les voyelles tombées, on restitue à 
H en-car Vs initial dont h a pris la place (voir p. 48). S'il 
est relativement rare qu'on puisse identifier en entier un 
nom vieux celtique avec un nom celtique moderne, on 
trouve fréquemment les mêmes éléments employés soit 
comme premier terme, soit comme second terme du nom 
composé. Voici les mots communs au vieux-celtique et au 
celtique moyen (1), qui entrent le plus fréquemment dans 
la composition des noms d'hommes ou de lieux : 

Agro- : Ver-agri p. ; v. bret. Aer-uuiu. 

Argento- : Argento-magos 1., Argento-rate 1. ; irl. Airget- 
mar ; gall. Argant-bad, Argant-hell. 

Avi- : Avi-cantos d. ; bret. Eu-cant, Eu-hocar. 
Arto- : Arto-briga 1. ; irl. Art-bran, Art-gai ; gall. Arth- 
gen, Arth-mail. 

(1) On trouvera les noms vieux-bretons chez J. Loth, Chres- 
iomathie bretonne ; les noms vieux-celtiques, dans le Altceltis- 
cher Sprachschatz de A. Holder ; dans la Revue celtique, t. m, 
p. 153, 297 ; t. vin, p. 378 ; t. xii, p. 131, 254, 354 ; t. xiii, 
p. 301-333 ; t. xiv, p. 163-187 ; et spécialement les légendes 
monétaires dans la Revue celtique, t. ix, p. 26 et chez A. Blan- 
CHET, Traité des monnaies gauloises, t. i, p. 95-150. 

Je distingue les diverses sortes de noms propres par les abré- 
viations suivantes : 1. (nom de lieu), r. (nom de cours d'eau), 
p. (nom de peuple), h. (nom d'homme), d. (nom de dieu ou df 
déesse), f. (nom de femme], 



LA LANGUE 105 

Anai-'o- : Anavos h. ; gall. Anau-gen ; bret. Anau- 
guistl. 

Bôdio- : Sego bodiom 1. ; gall. Bud gualan, Cat-bud ; 
bret. Bud-guoret. 

Boduo- : Teuto-boduosh. ; v. bret. Tri bodu, Arth-bodu ; 
gall. Gur-bodu. 

Bruno- : Brano-dunom 1. ; irl. Bran-dubh, Art-bran ; v. 
bret. Bran-hucar. 

Brlgo- : Brigo-banne l.,Nitio-brigesp. ; v. bret. Cat-wo- 
brl, Hael -wo-bri, Bri-wal. 

Brocco- : Bro(e)co-magos 1. ; v. bret. Broho-magli, gall. 
Broch-mail. 

-broges : Allo-broges p. ; gall. Cymry =* Com-broges. 

Cambo- : Cambo-dunom 1. ; gall. Gam-dubr. 

Camulo- : Gamulo-gnata f., Gamulo-rix h., Gamulos d. 
h. : irl. Gumal. 

Canto- : Ganto-senos h., Medio-cantos 1. : v. bret. Hin- 
cant, Hael-cant. , 

Caranto- : Garanto-magos 1. ; v. bret. Garant-car. 

Catu- : Gatu-maros h., Duno-catus h. ; irl. Dûn-chadh, 
Cath-buadach, Im-chath ; gall. Gad-bud ; bret. Gat-ne- 
met. 

Cintu- : Gintu-maros h. ; gaél. Ken-tegern ; gall. Gyn- 
deyrn ; bret. Kint uuallon. 

Cobro- : Gobro-mara f. ; irl. Gon-chobar. 

Cuno- : Guno pennos h. ; irl, Gune-dag ; gall. Mail-cun. 
Çon raor. 



106 NOMS PROPRES 

Dago- : Dago-dubnos, h., Bitu-daga f. ; irl. Dag-dé ; v 
gall. Cune-dag. 

Diimno-, Diihno- : Dumno-rix h., Dubno-rix h., Dago- 
dubnos h. ; irl. Domn-al ; gall. Domn-guaret, Dyfn-wal. 

Diibro- : Dubro-dunom 1., Verno-dubrom r.; bret. Dubr- 
ien ; gall. Cain-dubr. 

Epo- : Epo-redia 1. ; irl. Each-marcach, Ech-tigern. 

-genos : Camulo-genos h. ; Esu-genos h., Rectu-genos 
h. ; V. gall. Arth-gen ; v. bret. Hoiarn-gen, Rit-gen. 

Isarno- : Isarnos, Isarninos li. ; v. bret. Hoiarn-scoet, 
Gathoiarn. 

-magos : Roto-magos 1. : irl. Dairmagh, Fern-mag, 
Find-inag ; gall. G\vyn-fa. 

Marco- : Marco-magos 1. ; gall. March-vid, Cad-farch ; 
bret. Guion-varch. 

Maro- : Ad-maros h. ; v. bret. Er-mor. 

Matu- : Matu -genos b. ; gall. Mat-gueith. 

Mari-: Mori-dunom 1. ; gall. Mor-bran, Mor-gan ; irl. 
Muir-chad ; v. celt. Are-inoricus, bret. Arvor; gall. arfor- 
dir. 

Nemeto- : Nemeto-briga 1., Ver-nemeton 1. ; v. gall. Gor- 
nivet, V. bret. Gat-nemet; irl. Nemed. 

Rigo ; rix : Rigo-inagos 1., Gatu-rix d. h.; irl. Rig- 
bardan ; gall. Ri owen , bret. Ri-uuallon ; v. celt. Catu- 
rigia, irl. Cothraige. 

Ritu- : Ritu-magos 1. ; v. bret. Rit hergabail ; gall. 
Rhyd-ychen. 



À 



LA LANGUE 107 

Ro- : Ro-smerta d., Ro-talos h. ; v. bret. Ro-hoiarn, Ro- 
mael. 

Seno- : Seno caros, v. bret. Hen-car. 

Su- : Su-caros, v. bret. Eu-ho-car. 

Talo- : Dumno-talos h. ; y. bret. Tal-houarn. 

Vasso- : Vasso-rix h., Dago-vassosh. ; v. bret. Cun-uuas, 
Pen-uuas. 

Vellauno- : Vellauno-dunom 1., Cassi-vellaunos h. ; v. 
bret. Cat-uuallon, Dre-uuallon. 

Ver- : Ver-cingetorix h., Yer-cassi-vellaunos h. ; gall. 
Gur-cant, Guor-tigirn. 

Verno- : Verno-sole 1. ; irl. Fera-mag. 

Vesii- : Bello-vesus h. ; v. bret. Uuiu-cant, 

Vindo- : Vindo-magos 1. ; irl. Find-mag, gall. Gwyn-fa. 

Si l'on essaie de déterminer le sens de ces noms propres, 
on ne peut guère se flatter d'aboutir à autre chose quà 
d'ingénieuses liypotlièses. La coïncidence entre un élément 
d'un nom propre vieux- celtique et un mot conservé dans 
les langues celtiques peut être purement fortuite. 

Le rapport entre les deux éléments du nom composé 
pourra parfois conduire à des explications analogiques ; par 
exemple Tri-contii comparé au breton tre-gont « trente » 
nou8 amènera à chercher dans Vo-coiitii (cf. les vigintiviri 
des Voconces) un composé analogue qui peut être identique 
au breton ugeni « vingt » (1). Mais comme, d'autre part, 
les termes d'un nom propre indo européen ne sont pas 

(1) Be^'ue des études anciennes, t. viii, p. 172-174» 



108 NOMS PROPRES 

toujours combinés pour donner un sens logique, et comme 
ils avaient déjà, pour la plupart, la valeur abstraite qui de 
bonne heure s'attache aux noms propres, quelque signifi- 
catifs qu'ils aient été à l'origine, on ne saurait prendre 
comme preuve de la vraisemblance d'une explication le 
sens raisonnable et logique qu'elle attribuerait au nom 
propre. Les combinaisons d'idées les plus incohérentes 
peuvent être conformes à la réalité. Il est donc probable 
que, quelque précision phonétique que l'on mette à ces éty- 
moiogies, un grand nombre d'entre elles sont fausses. 11 
n'en subsiste pas moins que le système onomastique du 
vieux celtique est conforme au système onomastique du 
gaélique et du breton, et que, dans l'ensemble, les noms 
vieux-celtiques s'expliquent aisément par des mots appar- 
tenant au celtique moderne. Voici les termes dont l'identi- 
fication est phonétiquement exacte 1) et dont la traduc- 
tion évoque des idées analogues à celles que les autres 
peuples indo-européens ont introduites dans leurs noms 
propres : 

aballo- : Aballo 1. ; v. irl. aball, v. gall. ahall 
« pomme ». 

aidu- : Aedui p. ; v. irl. aed « feu », Aed nom propre. 

-agro- : Ver-agri p., cf. Su-agriosh. ; irl. àr « carnage », 
gall. aer. 

albio- : Albio-rix d. h. ; gall. elfydd « monde ». 

ambi- : Ambi-barii p., Ambi-gatos h., Ambi-dravi p.; 
V. irl. imb ; gall. amm- « autour de ». 

(1) Dans la transcription des noms celtiques, pour faciliter la 
comparaison, nous avons remplacé u latin par o partout où Vu 
n'est pas étymologique en celtique. 



LA LANGUli 109 

anavo- : Anavos h. ; gall. anau « harmonie, poésie ». 

ande- : Ande-matunnom !.. Ande ritoml. ; v. irl. ind ; 
bret. an- (intensif). 

arduo- : Arduenna 1. ; irl. ard « grand » ; gall. ardd. 

are- : Are-morical.,(l), Are-dunoml., V. ivl.air- «sur»; 
gall. ar-. 

arganto-, argento- : Argento-magos 1., Argento-rate 1., 
Argento-coxosh. ;irl. argat, arget ; bret. arc haut « argent ». 
Cf. bret. cann « blanc », gall. ar-gan « très brillant ». 

-arto- : Arto-briga 1., And-arta d., Artos h. ; gall. arth 
« ours » ; irl. art « pierre >) . 

ate- : Ate-boduos h., Ate-cingos h., Ate-gnata f., At-epo 
h., Ate-spatos h. ; v. irl. aith- ; gall. at- « re- » (intensif). 

-bena : Sacro-bena f., Vitu-bena f. ; v. irl. ben « femme ». 

-benno- : Canto-bennom 1. ; y. irl. benn « corne », gallois 
ban?i a pic », cf. prov. bana. 

-bilo-, bili- : Mandu-bilos h., Bili-catus h. ; irl. bil 

« bon » . 

« 

-bitu- ; Bitu-rix p. h., Bitu-daga f., Dago-bitus h. ; v. 

irl. bith ; v. gall. bit « monde ». 

blato- : Blato-magos 1., Blato-bulgios 1.; v. irl. blàth 
« fleur ». 

-bodio- : Bodio- casses p., Bodiontici p., Touto-bodiaod 
p. ; V. irl. buaid « victoire »> ; gall. budd « profit ». 



(1) Sur ce mot, voir J. Loth, De vocis aremoricae usque ad 
sexlum post Christum natum sseculum forma atque significatione, 
Rennes, 1883. 



Ho 



NOMS PROÎ>BES 



-bodiio- : Boduo-gnatos h., Boduo-genos h. ; v. irl. bodb 
« corneille » ; nom d'une fée guerrière. 

boudo- : Boudo-briga 1., Boudicca f. ; v. irl. biiaid « vic- 
toire ». 

brano- : Brano-dunom 1. ; irl. bran « corbeau ». 

bratu- : Bratu-spantium 1. ; irl. Jirntli « jugement », cl. 
ppaxo'jSî des inscriptions gauloises. 

•briga : Deobriga 1. ; v. irl. bri, gall. bret. bre « mont ». 

-brlgo^ : Brigo-banne 1., Nitio-briges p., Brigia r. ; irl. 
brig « force % gall. bri « dignité ». 

-brogi- : Allo-broges (1) p., Ande-brogi-rix f., Brogi- 
maros h. ; v. irl. bruig ; gall. bro « pays ». 

brocco- : Broc[c]o-magos 1. ; irl. broc; gall. broch ; bret. 
broc' h « blaireau ». 

-cadro- : Belatu-cadros d. ; v. bret. cadr « beau ». 

-caleto- : Caleti p., Yassocaletos d. ; bret. calet « dur ». 

cambo- : Cambo-dunom 1., Cambo-ritom 1. ; v. irl. 
camm ; gall. canmi < courbe » . 

-canto- : Canto-rix h., Canto-senos h., Viro-cantos h.; 
gall. cant « brillant » . 

-ccfjD/o- : Moeni-captos h. ; irl. cacht « esclave », gall. caeth, 

caranto- : Caranto-magos 1., Carantos h. ; irl. cara, gén. 
carat « parent », gall. carant. 

-cassi- : Cassi-gnatos h., Velio-casses p., Ver-cassi-vel- 



( 1 ) Brogae Galli « agrum » dicuut ; alla autem « aliud ». Schol, I , 
de JuvÉNAL, VIII, 234. Brogilo- « breuil » est dérivé de brogi-. 



La Langue Hl 

launos h., Duro -casses p.. Cassi-vellaunos h. ; irl. cais 
«joli ». Cf. xajjt'xEio; u étain ». On trouve sur des mon- 
naies la variante -ca^i. 

cata- : Cata-mantaloedis h. ; v. irl. cet-, v. gall. cant- 
« contre, avec ». 

-catu- : Catu-maros h., Catu-rix h. d., Catu-sualis h., 
Catu-volcos h., Duno catus h., Divi-catus h.; irl. cath l 
gall. cat « combat ». 

-ceto- ; Gelo-briga 1., Uto-cetom 1. ; v. gall. coit ; bret. 
coet « bois n. 

-cingo- : Ate-ciugos h., Ex-cingosh., Ex-cingo-magosl. ; 
irl. cingim « je marche « ; gall. rhy-gyngua aller l'amble ». 

-cingeto- : Ver-cingeto-rix h., (1) Gingeto-rixh., Ginge- 
tios h. ; ir. cing, gén. cinged « guerrier ». 

cintu : Gintu-gnatos h , Gintu-genos h., Cintu marcs h.; 
irl. cet « premier > ; gall. cynt, bret. Kent, 
cob- : Gob-nertos h., Goblanuo f. ; irl. cob « victoire ». 

co-, -com-, con- : Gom-boio-maros h., Ver-com-bogios 
h., Gon-victo-litavis h., Gon-date l.,Go-viros h., Go-matu- 
maros h. ; irl. cofn- « com-, con- ». 

-co?i- : Viroconiom 1., Ari-coniom 1. ; irl. a'', gén. con 
« chien » ; cf. le nom d'homme irlandais Fer chu, g. Fcr- 
chon. 

-corio- : Petru-corii p., Tri-corii p. ; v. irl. cuire « ar- 
mée ». 



(1) « Nomine etiam quasi ad terrorem composito Vercinge- 
torix ». Florus, i, 45, 21. 



142 NOMS PROPRES 

-covero- : Dumno-coverosh. ; gall. cywir « juste, vrai ». 

-coxo- : Argento-coxos h. ; v. irl. coss « pied » gall. coes 
« jambe ». 

crixo- : Grixos h. ; v. gall. crych « crépu ». 
•cuno-: 'Ap-y.jv.a opr, 1., cl. V. bret. Guno-pennos ; gall. 
cynu « élever ». 

-dago- : Dago-bitu8 h., Bitu-daga f. ; v. irl. dag- ; gall. da 
« bon *. 

-derco- : Derceia 1., Con-dercos h., Derco-iedus h. ; irl. 
derc « œil » . 

-dervo-: Dervones d., Dervoniaf., Dervos 1., gall. derw : 
bret, deri) « chêne ». 

déw-, divo-: Devo-gnataf., Divo-dnroiu I., Divonar. (1) ; 
irl. dia, g. dé a dieu ». 

-donna- : Donno-tauros h., Mati-donnos h., Seno-donna 
I. ; Donnes h. ; irl. donn, gall. dwnn « brun » : irl. donn 
« noble, roi ». 

-dummo-, dubno- : Gongonneto-dubnos h., Dago-dubnos 
h., Dubno-rix h., Dumno-rix h., Vero-dumna f. ; v. irl. 
domun « monde, profond» ; gall., domain, dwfn « pro- 
fond M, 

-dubro- : Verno-dubrom r.. Dubro-dunom 1., Dubral., 
V. irl. dobor; gall. d^vfr ; bret. dour « eau ». 

-diino- : Lugu-dunom 1 , Vellauno-dunom 1., Duno-ma- 
ro8 h. ; irl. dùn « forteresse » ; gall. din. 



(1) « Divona Celtorum liiigua îons addite Divis. » Ausone, 
Des villes illustres, 14. 



LA LANGUE 113 

durno- : Durno-magos 1., Dago-durnos h., Durnacos h. ; 
irl. dorn ; gall. d^rn « poing ». 

eburo- : Eburo-brigal., Ebufo-vicesp., Eburacusl., Ebu- 
rones p.. Eburos h. ; irl. ibar « if ; bret. eçor « bour- 
daine ». 

eli'o- : Elvo-rix h. ; gall. elw « gain ». 

-epo- : At-epo-maros h., At-epo-rix h., Epo-manduo-du- 
rom ]., Epo-meduos h., Epo-sterovidus h., Epona d. ; 
bret. ep dans ken-ep « jument pleine » ; irl. ech « cheval ». 

ex- : Ex-cingos h., Ex-ciogo-maros h. ; irl. ess- « ex- », 
gall. bret. es- devant consonnes. 

gabro-: Gabro-magos 1., Gabro-sentom 1, ; v. irl. ga- 
bor ; V. gall. gabr « chèvre » bret. gcwr, gaor. 

-geistlo- : Gon-geistlos h. ; gall. cyn-gwystl « gage mu- 
tuel », irl. giallu otage». 

genava : Genava 1. ; v. gall. genou, mod.genau, « bouche » , 
cf. lat. Ostia. 

-genos : Cintu-genos h.,*Esu-genosh., ïotati-genos h. ; 
gall. geni « naître » ; irl. gein. 

glano- : Glana r., Glanon 1., irl. gall. glan « pur ». 

•gnato- : Gatu-gnatos h. ; Epo-so-gnatos h. ; irl. gnàth 
« accoutumé » , gall. gnawt. 

gobann- : Gobanni-cnos h. (corr.), Gobannitio h.,Goban- 
nio 1. ; irl. goba, gén. gobann, « forgeron » ; gall. gofaint 
« forgerons ». 

-iantu- : lantu-maros, lentu-maros h., Ad-ianto h. ; irl, 
étmar '< zélé » et t zèle » ; gall. add-iant « désir ». 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 8 



114 NOMS PROPRES 

isarno- : Isarnos h., Isarninos h , Ysarnodori 1. (1) ; irl. 
iarn, gall. haiarn a fer ». 

-iugo- : Ver-iugo-dumnosd., Ver iugosh..Rigo-ver-iugos 
h., gall. iau, bret. ieo « joug ». 

lindo- : Lindca 1. ; irl. lind « eau. étaog » ; gall. lyji, 

litano- : Litano-briga 1., Smertu-litanos h., Litania 
silva (2) ; irl. lelhaii « large » ; v. gall. ///(//.•. 

liiu- : Litu-maros h., Litu-genos h. ; irl. lith « fête >' ; 
bret. lid. 

loucetio- leucetio : Leucetiosd., Loucetios d. ; irl. loche, 
gén. lôchet « éclair » ; gall. lliiched, bret. liiked {= * loue- 
seto-). 

loverno- : Luernios li., Lovernucos h ; v. bret. louuern 
« renard ». 

-rnagos : Rigo-magos 1., Gaturigo-magos 1., Condato- 
magos 1., ilitu-magos 1. ; v. irl ?nag. u cliauip » ; gall. 
mues. 

-magu-: Ivo-magush., >Iagu-rix h., Magula f. ;ir\.?nug, 
corn, rnmv (.. serviteur p. 

marco- : Marco-durom 1., Marco-magos 1. ; irl. marc ; 
gall. mardi ^^ cheval ». 

-wa/o-: Gatu-maros 1., Excingo-uiaroSjh.,Cobro-mara f., 
Maro-boduos h. ; irl. mâr « grand » ; v. gall. maur. 

mati- : Mati-donnos h. ; irl. maith « bon ». 



(1) Gallica lingua Ysarnodori id est ferrei ostii. Acta sanclo- 
rum, janv, I, p. 50. 

i2) Silva oral vasta, Litanam Galli vocahant. Tite Live, 
xXTii, 24, 7. 



LA LANGUE 115 

-matu- : Matu-genos h., Teuto-raatus h. ; irl. math 
« ours ». 

medio- : Medio-lanom I., Medio-matrici p. ; irl. mide, 
mid- « milieu » . 

medu- : Medu-genos h., Medu-briga 1., Meduli p. ; irl. 
mid, gall. medd^ hydromel », moy. bret. mez. 

mori- : Mori-dunom 1. Mori tasgos h. d. ; irl. muir 
« mer », bret. mor. Cf. monmariisatu id est mortuum 
mare, qui serait d'après Philemon (1) un mot de la langue 
des Cimbres. 

-nantu- : Nantu-ates p. ; Nantus 1.'; gall. nant « vallée ». 

nemeto- : Ver-nemetom 1. (2), Nemeto-briga 1., Nenieto- 
gena f., Nemetona d. ; irl. nemed « sanctuaire ». 

-nerto- : Nerto-briga 1. ; Nerto-maros h., Esu-nertos h. ; 
V. irl. nert ; v. gall. nerth « force ». 

nitio-'. Nitio-broges p., Nitio-genna f. ; irl. nith n com- 
bat ». 

nouio-,nei>io- :Novio-dunoml , Nevio-dunom, Novio-ma- 
gos 1. ; V. irl. nue = * novio, gall. newydd. 

-obno-, omno- : Ex-obnos h. Ex-omnos h. ; v. irl. ornun 
« crainte » ; gall. ofn ; irl. es-omun, gall. eh-ofn « sans 
«rainte ». 

octo- : Octo-duros 1., Octo gesa 1. : cf. irl. ochte «an- 
goisse >. 



(1) Pline, Histoire naturelle, iv, 27, 94. 

(2) « Vernemetis... quod quasi fanum ingens gallica lingua 
refert. » Fortunat, Carmina, i, 9, 9. 



116 NOMS PROPRES 

ollo- : Ollo dagos h., OUo-gnatos h., OUo-totae d. ; irl. 
oll « grand ». 

orgeto- : Orgeto-rix h., Orgetia f. ; cf. v. bret. orgiat, 
irl. orgim « je tue ». 

penno- : Penno-vindos h. (1), Penno-lucos 1., Pennos 
h. ; gall. penn ; irl. cenn « tête ». 

petru- : Petru-corii p. ; gall. pedry- « quatre ». 

rectu- : Rectu-genos h ; irl. recht « droit, juste ». bret. 
reiz. 

-redo- : Epo-redo-rix h., Redones, cf. ve-redus, para-ve- 
redus : irl. riad « course » . 

rêno- : Renos r. h., Ambi-renos h. ; irl. rian « mer ». 

rigo-, rig- {rrg-,reig-) :Rigo-dulom 1., Garbanto-rigon 1., 
Gatu-rix h. d. ; Ambio-rix, h. ; Boio-rixh., Dubnoreix,-rex 
h., irl. V. bret. ri « roi ». 

-ritu- : Ritu-magos l., Loco-ritum 1., Ande-ritum 1.; v. 
gall, rit « gué ». 

ro-: Ro-smerta d., Ro-talos h. ; irl. ro-, particule in- 
tensive. 

roto-: Roto-magos 1. ; irl. roth « roue ». 

rondo- : Ande-roudos b.. Roudios h. ; irl. riiad ; gall. 
rudd « rouge ». 

sego- : Sego-briga 1., Sego-dunom 1., Sego-marosh. ; 
Sego-vellauni p. ; irl. seg « force ». 

-selva- : Lugu-selva f. ; irl. selh ; gall. helw « possession ». 

(1) Sur ce mot et ses transformations modernes, voir A. Lon- 
GNON, Revue celtique, t. xxv, p. 17, 



LA LAISGUË 117 

-seno- : Seno-gnatos h., Seno-rix h., Seno-condos h,, 
Seno-magos 1., Canto-senos h.; v.irl. sen '< vieux » ; v. 
bret. hen. 

slôgo-, slougo- ; Gatu-slugi p. ; irl. slôg, slûagi<. armée », 
gall. llu. 

su- : Su-anetes p., Sucariosh. ; irl. su- ; v. bret. hu- 
« bien ». 

-talo- : Argio-talos h., Cassi-talos h., Dubno-talos h. ; 
Vepo-talosh. ; gall. tal « front ». 

taxi- : Taxi-magulos h. ; irl. tais « doux ». 

teuto-, touto- , tôto- : Touto matus h. , Touto-bodiaci p. , Ten- 
tâtes d., Toutatis d., Totati-genos h., Toutio-rix d. ; irl. 
tuath « peuple » ; gall. bret. tud. 

togi- : Togi-rix h., Togi-sonos r,, Togios h. ; irl. toig 
« aimable ». 

tri- : tri-garanus : TarvosTrigaranus d. ; irl. iarbh « tau- 
reau » ; tria trois » ; gall. garan « grue» ; v. celt. Tri-boci 
p., Tri-cassini, Tri-ulatti/Tri-casees p. 

trôgO' : Trogos h. ; irl. truag « malheureux », gall. tru. 
On rattache à cette racine le français truand. 

uxello- : Uxello-dunom 1., Uxellos d. 1. cf. Uxi-sama 1. ; 
uasal ; gall. uchel « élevé ». 

■vasso- : Dago-vassosh., Vasso rix h., Vassoh. ; irl. jos ; 
gall. gwas « serviteur » : cf. fr. vass al 

vecti- : Vecti-marosh., Vecti-rix h. ; irl. jecht «combat ». 
ver-: Ver-agri p., Ver-cobius h., Ver-iugo-dumnos d. ; 



H8 NOMS PROPRES 

Ver-cassi-vellaunosh., Ver-lucio 1., Ver-condari-dubnos h. 
irl. jor- ; gall. gwr- (intensif), bret. gour-. 

verno- : Verno-dubrom r., Verno-sole 1. ; irl. fern 
« aulne » ; gall. bret. gwern « aulnes », « marais ». 

-vesu- {visu-]: Bello-vesush.. Sigo-vesus h., Visu-rix 
h. ; irl. iiu ; gall. gwiw o digne ». 

vidu- : Vidu-cassesp., Viducosh. ; irl. fid ; v. gall. guid 
« arbre, bois ». 

-vindo-: Vindo-bona 1. Vindo-mora 1., Vindo-magos 1. 
(gall. Gwynfa) ; Vinda f., Penno-vindos h. ; irl. jind : gall. 
gwynn « blanc ». 

•PîVo- : Viro-manduos h. p., Sacro-viros h., Seno-viros 
h. ; irl. fir ; gall. gwr « homme », m. bret. gour. 

-vlro-, -vrro- : Co-viros h. ; gall. ajwir « juste » ; Dumno- 
coveros h. 

co- : Vo-bergensis 1., Yo-segus d. ; irl. fo ; gall. guo- 
(( sous ». 

Du point de vue du sens, les noms de lieux en vieux- 
celtique peuvent se classer en cinq catégories : 

1° Les noms religieux : Divo-durom « ville des dieux. 
Camulo-dunom » « forteresse de Camulos », Lugu-dnnom 
« forteresse de Lug ». 

2° Les noms géographiques : Briva-Isarae « Pont de 
l'Oise », Moso-magos « champ de la Meuse », Coudato- 
magos «champ du confluent», Acaunum uxoch&c ^-i [i), 

(1) « Agaunum incolae interpretatione Gallici sermonis saxum 
diciint )> [Acta Sanci., sept., vi, 345D. 



LA LANGUE 119 

Avaricom dérivé de Avara Yèvre, Autricom dérivé de ^4»- 
turaEviXQ, Genava « embouchure ». 

4° Les noms relatifs à la faune ou à la flore : Bibracle 
« lieu des castors », Uro-magus « champ de l'urus », 
Gahro-sentom « chemin de chèvre », Matu-caiom « bois 
Ag% oViV?, 's>^ Brocco-magos a champ du blaireau», Aballo 
« pommeraie », Dcrventio « chênaie », Ciilaro « ville des 
concombres », Limonotn « ville des ormes » (1). 

4° Les noms relatifs à l'industrie : Gohanniom « forge », 
Carbanio-raie « fabrique (?) de chars ». 

5° Les noms de terres dont le premier terme est un nom 
d'homme : Novio-dunom «forteresse de Novios ». Uxello- 
dunom « forteresse d'Uxellos » , Cambo-dunom « forteresse 
de Cambos », Scno-mngos « champ de Senos ». Quelques- 
uns de ces mots peuvent s'expHquer comme des noms géo- 
graphiques : « forteresse neuve, haute, courbe ; vieux 
champ 1). 

Les noms dérivés en -acos n'apparaissent que sous l'em- 
pire romain. A l'origine, ces noms s'employaient sans 
doute comme des formes abrégées des noms composés. La 
ville d'Arras, appelée Nemeto-cenna chez Hirtius (2), le 
continuateur de César, est désignée dans l'Itinéraire d'An- 
tonin sous le nom de Nemetacum (3). Il est possible que de 
même Eburacns réponde à Eburodunom, Noviacus à No- 
viodunom, Turnaciis à Tiirnodurom (4). A l'époque gallo- 

(1) Cf. J. Vendryès, Mémoires de la Société de linguistique 
de Paris, t. xiii, p. 387-389. 

(2) De belle gallico, viii, 46 ; 52, 

(H) P. 377, 8 ; 378, 10 ; 379, 2. Cf. Ptolémée, ii, 9, 4 ; Table 
de Peutinger : MUliaire de Tongres. 

[\] H. d'Arbois de Jubainville, Mémoires de la Société de 
linguistique de Paris, t. ix, p. 190. Recherches sur l'origine de la 



120 



NOMS PROPRES 



romaine, cette formation a pris un développement considé- 
rable. Le suffixe- r/cti^ s'est ajouté aux gentilices romains 
pour désigner des jundi (1). Mais on ne le trouve qu'en 
pays celtique. 

Le sens des noms de tribus et de peuple^ est le plus sou- 
vent obscur ; la plupart semblent des surnoms honorables : 
Cnta-riges « les rois du combat », Bitu-riges » les rois du 
monde » ; d'autres font allusion à des totems : Branno- 
çices i les guerriers du Corbeau » ; d'autres à des divisions 
de la peuplade : Tri-corii « les trois armées », Petru-corii 
« les quatre armées ». 

Les noms de personnes en vieux celtique (2) se divisent, 
autant toutefois qu'on en peut pénétrer le sens, en : 

1" Noms exprimant une filiation divine : Dico-genus, 
« fils de dieu», au féminin Divo-gena << fille de dieu », 
Camulo-genos u fils de Gamulos », Esa-genos « fils d'Esus », 
Esu-n-^rtos « force d'Esus », Totati-genos « fils de Totatis », 
Eni-geiws « fils de l'Inn », Moeni-caplos « esclave du 
Main ». 

Peut-être a-ton raison de rattacher à ces noms ceux 
dont le premier terme est un nom d'animal ou de plante 
et qui rappelleraient ainsi d'anciens totems des tribus cel- 
tiques : Uro-geiio-?iertos « qui a la force du fils de l'urus » ; 
Matii genos « fils de l'ours ». 

2° Noms exprimant des particularités physiques ou mo- 



propriété foncière et des noms de lieux habités en France (période 
celtique et période romaine), p. 151-155. 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 156-162. 

(2) H. d'Arbois de Jubainvit.t.e, Les noms gaulois chez César 
et Hirtius, De bello gallico ; Cours de littérature celtique, t. vi, 
p, 172-177. Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 398. 



LA LANGUE 



d21 



raies : Diibno-talos « qui a le front profond », Dago-diib- 
nos « à la profonde bonté » Seno-viros « vieil homme », 
Seno-hena « vieille femme y. 

3" Noms guerriers : Ver-cingeto-rix « grand roi des 
guerriers », Catu-gnatos « habitué au combat », Catu-ma- 
ros « grand dans le combat », Catu-rix « roi du combat », 
Orgeto-rix « roi des tueurs », Eporedo-rix « roi des cava- 
liers » . 

Les noms hypocoristiques se forment, soit en ajoutant 
un suffixe au premier terme du composé : Dumnacos, de 
Dumno-rix, Diimno-talos ; Catiienos, de Catu-rix, Catii- 
vellaunos ; Nertacos, de Nerto-maros ; Teutalos, de Teuto- 
matos ; Senacos de Seno-rix ; — soit en déclinant le pre- 
mier terme : Bitus, de Bitii-rix ; Caius, de Catu-rix ; Nertos, 
de Nerto-maros; Senos^ de Seno-rix. 

Les noms propres celtiques sont particulièrement appa- 
rentés aux noms propres germaniques, soit pour les termes 
des composés, soit pour l'ensemble même de la formation : 





Geltiqce 


Germaniquk 


boduo- 


: Maro-boduos 


bathu- : Mara-bathu8 


catu- 


. Catu-maros, Catu-rix 


hadu- : Hadu-mâr, Hadu-rich 


cuno- 


: Cuno-maros 


hun- : Hun-màr 


oluto- 


: Cluto-rix 


filud- : Hlud-rîch 


nitio- 


: Nitio-genna 


7iid- : Nîd-bald 


rigo- : 


Rigo-maros 


rie- : Ric-mâr 


rectu- 


: Rectu-genos 


recht- : Reht-hart 


sego- : 


Sego-maros 


sigu- : Sigu-mâr 


teuto- 


: Teuto-matos 


diet- : Diet-mâr 



422 MOTS RESTITUÉS 



IV. Mors DU VIEUX CBLTIQUR RBSIITUéS PAR LA LiriGU'STIQUB 

Parmi ces mots, les plus intéressants pour nous sont 
ceux que l'on peut attribuer au celtique continental. Les 
seuls mots celtiques dont l'existence sur le continent puisse 
être démontrée sont ceux qui ont persisté à la fois dans les 
langues celtiques et dans celles des langues romanes qui 
sont parlées dans des pays jadis occupés par les Celtes. 
Nous nous bornerons ici à relever les mots qui existent à 
la fois dans les langues celtiques et en français ot dont une 
liste dressée avec soin figure dans le Dictionnaire général 
de la langue française de Darmesteter. Hatzfeld et A. Tho- 
mas (1). L'étude des mots français présente une difficulté 
particulière parce qu'une langue celtique, le breton, est 
encore parlée en France et que le breton a emprunté an 
français un grand nombre de mots, tandis que le français 
lui même empruntait quelques mots au breton. Lorsqu'un 
mot existe à la fois on français et en breton, il est donc- 
possible que ce soit un mot d'emprunt dans l'une ou l'autre 
langue ; la phonétique historique permettra le plus souvent 
de résoudre la question (2). La présence du mot en question 
en gallois peut, dans une certaine mesure, démontrer l'ori 
gine celtique ; il est toutefois possible que le mot gallois 
soit un terme anglo -normand emprunté à l'anglais. L'hypo- 
llièse d'un tel emprunt sera moins vraisemblable en irlan- 

(1) Traité de la formation de la lans.ue française, p. 11-12. 

(2) Pour l'étude des mots bretons, consulter V. Henky, 
Lexique étymologique des termes les plus usuels du breton mo- 
derne, Rennes, 1900. 



LA LANGUE 123 

dais. La plus grande somme de probabilité en faveur de 
l'origine celtique sera donc réalisée seulement quand un 
mot sera conservé à la fois en gaélique, en brittonique et en 
français. Voici les principaux mots vieux-celtiques que l'ac- 
cord du français et des langues celtiques permet de resti- 
tuer (1) : 

* harga- : irl. barc « barque » ; fr. barge. 

* barica- : fr. berge ; en gallois on a bargod =* baricât 
« bord j>. 

* bilio- : irl. bile « tronc d'arbre » ; fr. bille. 

* branno- : gall. brann ; bret. brenna son » ; fr. bran. 

* bris- : irl. brissim ; fr. briser. 

* brozdo- : irl. brot « pointe, aiguillon » ; bret. broz 
« jupe » ; fr. broder. 

* clëta- : irl. cliath : gall. dwyd « claie » ; d'où le bas- 
latin clêta, fr. claie. 

* cambita- : br. c.amhet ; fr. jante. Voir cambo- (p. 110). 

* camino- : n'est conservé que dans les langues ro- 
manes : fr. chemin ; mais est certainement apparenté à 
lirl. céimm ; bret. kamm a pas ». 

* derveità : br. derçoed dartres ; fr. dertre, dartre. 

' drillo- : gall. dryll « morceau » ; fr. drille « lambeau 
d'étoffe » ; cf. bret. draill, corn. dral. 

* dlnto- : irl. dlnth « épais » ; fr. dru. 



(1) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Eevue celtique, t. xviii, 
p. 103-107. W. Meyer-Lubke, Romanis'^hes etijmologisches Wôr- 
terbuch, Hcidclbcrg:, 19!!-l9l4. 



124 MOTS RESTITUÉS 

* garri- : irl. gairri a mollets » ; bret. garr « jambe » ; 
gall. garr « jarret » ; d'où le dérivé fr. jarret. 

* gatali- : bret. gadal « débauché », v. fr. jaal, jaelise ; 
prov. gazai. 

* gobo- : irl. gob « bec, » d'où en français gober, gohet. 

* gravo- : gall. bret. gro « sable, » d'où la forme fémi- 
nine fr. grève. 

* grenna- : irl. grenn « barbe », bret. grann. « sourcil, 
cil », prov. gren, y. fr. grenon. 

* ivo- : irl. eo ; gall. yw ; fr. if. 

* landa- : irl. land, gall. llun « parvis » ; fr. lande. 

* mesga- : irl. medg « petit lait » ; gall. maidd ; fr. 
mègue. 

* mue- : irl. mi'/chaini « je cache » ; v. fr. inucicr. 

* pario- : gall. pair « chaudron » ; prov. pairol. 

* rica- : irl. rech, gall. rhycJi « sillon » ; fr. raie. 

* rocca : bret. rocli ; fr. roche. 

" riisca : v. irl. ruse « écorce » ; fr. ruche ; le breton 
riisk « écorce, ruche » a subi l'influence du mot français, 
car à II irlandais répond i breton, et la forme galloise est 

rh isg . 

* sesca- : irl. seisc, gall. hesg « laîche » ; v. fr. sesche. 

* socco- : V. irl. socc ; bret. soc'h ; fr. soc. 

* verno- : irl. fern « aulne » ; gall. gwern ; fr. i>erne. Cf. 
les noms gaulois en Verno-. 

Outre les ressources qu'ils fournissent pour l'étude du 
vocabulaire vieux celtique, les mots restitués par la lin- 



LA LA>GUE 125 

guistique permettent d'étudier à fond les sons et les formes 
grammaticales. Les mots transmis par les anciens ont été 
latinisés ou grécisés, et ne peuvent servir à déterminer que 
des lois très générales de phonétique ou de morphologie. 

La parenté du vocabulaire vieux-celtique avec celui des 
autres langues indo-européennes (1), hors de doute lors- 
qu'on prend comme éléments de comparaison le vieil ir- 
landais et le vieux breton, serait facile à démontrer même 
si l'on n'avait que les mots transmis par les auteurs de 
l'antiquité. 

pempe- « cinq », [bret. pemp, irl. côic] ; lat. qiiinque. 
gr. TTÉvxe, éol. TÉfjLTTc, gkr. pdnca. 

(1) Sur cette question consulter : Brugmann, Grundriss der 
vergleichenden Grammatik der Indogermanischen Sprachen, 
Strassburg, 1886-1893. H. d'Arbois de Jubainville, Etudes 
grammaticales sur les langues celtiques, Paris, 1881, p. 83-103 ; 
Eléments de la grammaire celtique, déclinaison, conjugaison, Pa- 
ris, 1903 ; A. Meillet, Introduction à l'étude comparative des 
langues indo-européennes, Paris, 1903 ; Pedersen, Verglei- 
chende Grammatik der keltischen Sprachen, Gottingen, 1909- 
1913. 

Voici quelques détails précis sur la parenté du vocabulaire 
des langues celtiques avec le vocabulaire des autres langues 
indo-européennes, telle que nous pouvons l'établir à l'aide des 
éléments dont r\pus disposons. Sur un millier de mots relevés 
dans le Urkeltischer Sprachschatz, 418 sont communs au celtique 
et aux autres langues du rameau asiatique (sanskrit, zend, ar- 
ménien) et du rameau européen (slave, grec, italique, germa- 
nique) ; 143 sont communs seulement au celtique et au germa- 
nique ; 106 au celtique et à l'italique ; 74 au celtique et au grec ; 
68 au celtique et au letto-slave ; 39 au celtique, à l'italique et au 
F germanique ; 34 au celtique, au grec et à l'italique ; 34 au cel- 
tique, au slave et au germanique ; 22 au celtique, au grec, à 
l'italique et au germanique ; 18 au celtique, au grec, à l'italique 
tt au slave ; 17 au celtique, à l'italique et au slave ; 16 au cel- 
tique, au grec et au germanique ; 15 au celtique, au grec, à 
l'italique, au germanique et au slave ; 12 au celtique, à l'ita- 
lique, au germanique et au slave ; 7 au celtique, au grec, au 
germanique et au slave. 



426 MOTS RESTITUÉS 

petor- « quatre », [v. gall. petguar, irl. cethir], lat. qua- 
tuor, gr. att. -î-:xap£;, éol. Ti'.aupt;. 

ver go- « efficace », [v. gall. guerg], anglo-saxon work, 
ail. werk^ gr. Fspyov. 

c/oro « porte », [v. bret. dor, irl. doras], lat. /or^s, got. 
daur, V. si. dvorïi, gr. O^pa. 

epo- « cheval », [v. irl. ecli, gall. c/j-o/] lat. cqvos, gr. 
'(ttho;, skr. âçvas, got. aUiwa, lit. aszva. 

tri- « trois », [v. irl. i/'/, gall. //•/]. lat. Irrs, gr. 'p^^î, 
angl. i/iree, v. si. ^ri/>. 

Mais ce n'est pas à l'aide du vocabulaire que l'on établit 
le mieux la parenté des langues celtiques avec les autres 
langues indo-européennes, car les mots peuvent avoir été 
empruntés par une langue? à une autre. Ce sont les concor- 
dances de certains détails de phonétique et de morphologie 
qui prouvent l'intime parenté des langues itaUques et des 
langues celtiques (1). Par exemple : l'identité de la con- 
sonne initiale des deux syllabes dans lat. quinque, irl. cûic, 
gall. pimp en regard de itîvtc ; le génitif en 1 des thèmes 
en : lat. viri, irl. ogam. maqi ; le superlatif : lat. 
maximus, osq. nessimas, v. irl. nessam ; le passif en -r : 
lat. canitur, v. irl. canir, bret. caner ; le déponent en -/■ : 
lat. sequor, v. irl. sechur; le subjonctif en à : lat. ferain, 
V. irl. bera; le subjonctif en -s : lat. faxô, v. irl. tiasu ; le 
futur en -b : lat. atnâbo, v. irl. carub ; le suffixe nominal 
i&t. -tiô, -tiôn-, V. irl.-tiu, -ten;lea prépositions et pré- 
fixes lat. dé, V. irl. di, hritt. di; lat. curïi v. irl. com. 



(1) Voir A. Meillet, Les dialectes indo-européens, Paris, 1908, 
p. 33-39. 



LA LANGUE 127 

Ces coïncidences, particulières aux langues celtiques et 
italiques à l'exclusion des autres, permettent de supposer 
que l'italique et le celtique formaient un dialecte indo- 
européen. 

Voici les principaux traits caractéristiques de la gram- 
maire des langues celtiques : 

Le vocalisme celtique ne diffère guère du vocalisme des 
autres langues indo-européenne. Il a comme particularité 
principale le changement de ê en l (i) : irl. sî-l. « se 
mence », lat. së-men, got. -seths\ irl. ri « roi », lat. rêx, 
gaul. -rix ; irl. ///• « vrai », v. bret. giiir, lat. vèrus. 

Les voyelles brèves a o ii c i sont en général conservées : 
V. irl. alim, «j'élève ■>, lat. ulo ; gall. inri- «autour», 
gttul. ambi-, gr. àjAtpi ; v. irl. ocht « huit », lat. odo ; v. irl. 
rolk « roue », lat. rola ; v. irl. cluiiint a j'entends », gr. ''■ÀJ'» ; 
V. irl. calJi « combat », gaul. catu-, v. h. a. hadu ; irl. fiel 
« bois », gaul. vidii-, v. h. a. witii ; irl. beriiti « je porte ", 
lat. /e/'o, skr. bharûmi, got. baira. 

Les diphtongues tendent à se réduire à des voyelles 
longues : irl. -têaid « vou^ irez *, gr. aTeîçE-cô, cf. got. 
sleiga ; v. irl. Dia, gén. Dé « Dieu », gaul. dëvo-, dh'o-, 
gall. Z)vV2/, bret. Doué, lat. divos ; irl. 6 « oreille », lat. 
auris ; irl. ùg « intact », lat. aug-, got. âuk- augmenter. 

Le consonantisme est plus original. Le p initial a disparu 
dans toutes les langues celtiques : irl. athir « père », 
gr. T^ax/p ; V. gall. rit « gué », gaul. -ritum, lat. portas, 
V. h. a. fart ; irl. orc « porc », lat. porciia. 

Le groupe pt est devenu -cht, puis le ch s'est vocalisé : 

(1) Au temps de Consentius, on reconnaissait les Gaulois à 
leur prononciation de \'i, qui était intermédiaire entre i et e, 
|Keii., Grammalici latini, t. v, p. 394), 



i 28 PHONÉTIQUE 

irl. secht « sept », gall. seith, lat. septem ; irl. necht 
« nièce ». lat. neptis. 

Ce ^ et le Â; sont conservés : irl. tuath « peuple », bret. 
tud, gaul. Teiito-, got. thiiida ; irl. cet « cent », gall. cant, 
lat. centiim ; le k vélaire conservé en gaélique s'altère en p 
en breton et en gaulois : v. irl. cruim « ver », gall. pryf ; 
V. irl. cethir « quatre », v. gall. petguar, gaul. petor-, lat. 
quatuor. 

Les anciennes aspirées bh, dh, gh sont devenues des oc- 
clusives sonores : irl. biu «t je suis », gall. bydd-, cf. lat. 
iio, gr. çjw ; irl. ruad « rouge », gall. rudd, gaul. -roudos, 
gr. È-po0p6<;, got. ràuths ; irl. gaw « hiver », v. gall. 
gaem, gr. x^'K^^"'- 

Les explosives sonores persistent, sauf g vélaire qui tend 
à devenir b : v. irl. iblrn « je bois », cf. corn, evaf, lat. 
bibo ; V. irl. derc « œil », cf. gr. oipv.oixa-. ; irl. gein « nais- 
sance », gall. geni ; cf. lat. getius, gr. yâvo; ; irl. bo « vache », 
gall. buwch, gr. poOc, skr. gâus. 

La fricative 5 à l'initiale est conservée en gaélique ; mais 
devient h en breton : v. irl. su- « bien », gall. Jnj-, gaul su- ; 
V. irl. snàini « je nage », skr. siiàini; v. irl. 6m/' « sœur », 
gall. cliwaer, lat. soror, skr. 5U'a5ar-. 

Des semi-consonnes,/ initial a disparu en gaélique : gall. 
ieuanc « jeune », v. irl. ôac, cf. gaul. lovinc-illus, lat. 
juveticus ; — v subsiste sous diverses formes : / en gaé- 
lique, gw en breton : v. irl. fiss « savoir », gall. gwydd, cf. 
lat. video, skr. çêda, gr. FoïSa. 

Les liquides et les nasales ne subissent guère de change- 
ment : V. irl. fer « homme », gall. gar, lat. vir, got. vair ; 
V. irl. lOthur « canal », gaul. lautro, gr. XojTpôv ; v. irl. 
mâthir « mère », lat. mater, v. h. ail. imwter ; v. irl. wa-, 



I 



LA LANGUE 129 

gr. vJ « maintenant » ; en gaélique Ji tombe devant les 
sourdes : v. irl. cet k cent », gall. bret. cant, gaul. canto-, 
lat. centum. 

En résumé, le gaulois a en commun avec le breton le 
traitement du A; vélaire et de n devant les sourdes ; il se 
rapproche du gaélique pour le traitement de s initial. 

Ce qui caractérise particulièremenl les langues celtiques 
modernes, bien qu'on ait relevé des faits analogues dans le 
dialecte sarde de Logudoro (1), c'est la modification des 
consonnes initiales après les mots qui se lient étroitement 
an mot suivant : l'article, les adjectifs possessifs, certaines 
prépositions et particules verbales. 

Cette modification ou mutation des initiales se fait dans 
plusieurs directions. Les seuls ordres de mutation com- 
muns aux deux familles de langues celtiques sont : 

1° La mutation des occlusives sonores en fricatives : b 
>» f , d > 0» g >• Y qui tombe en gallois : gall dy fiuvch 
« ta vache », dy ddant « ta dent », dy afr « ta chèvr" », i»rl. 
do bhô. do dhét, do ghabhar. 

2° La mutation des occlusives sonores en nasales : b >> 
m, d'^ n. g ^ ng : gall. fy mmvch « ma vache », vy nant 
« ma dent », vy ngafr « ma chèvre » ; irl. ar mbô « notre 
vache », ar ndét « notre dent », ar ngabhar « notre chèvre » . 

Bien que ces mutations soient rarement notées par l'écri- 
ture dans les plus anciens textes gaéliques et bretons, ©n 
ne peut guère douter de leur antiquité. 

La déclinaison et la conjugaison du celtique sont plus 



I 



(1) ScHUCHARDT, Les modifications syntactiques de la consonne 
initiale dans les dialectes de la Sardaigne, du centre et du sud de 
l'Italie, Romania, t. m, p. 1-30. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 9 



130 MOUPHOLOGIE 

difficiles à restituer par l'accord du gaélique et du ])reton, 
car les dialectes bretons n'ont gardé que des traces de l'an- 
cienne flexion. C'est surtout en gaélique que l'on trouve un 
état de la langue comparable à celui du grec, du latin, ou 
du gotique. 

C'est ainsi que l'on peut constater que le celtique offre 
les mêmes thèmes de déclinaison et les mêmes désinences 
nominales que les autres langues indo-européennes. 

Ou trouve en irlandais des thèmes en à- : tuath 
« peuple », got. thiuda ; des thèmes en î- : si « elle », v.h. a. 
si ; des thèmes eno : gaul. tarvos, v. xvX.tarbh u taureau », 
lat. tauras ; en io- : v. irl. «/7e « autre », lat. alius ; des 
thèmes en i-: v. irl. fâith < poète », lat. i^ates; des thèmes 
en u- : V. irl. fui » bois ", v. h. ail. witii ; des thèmes 
consonantiques : v. irl, air-rnitia « honneur », lat. mentio ; 
c)' « chien », gr. x^wv ; v. irl. màlhir « mère », lat. mater \ 
V. irl. mao « plus graml », lat. major ; v. irl. ôiliii < jeu- 
nesse », lat. jiwenius; ; irl. tech « maison )),gr. uteyo; ; irl. ht'i 
(( vache », lat. bOs. Mais les cas ne sont plus qu'au nombre 
de cinq : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif. Le 
duel n'est conservé qu'avec le nom de nombre deux : du 
tharbh « deux taureaux ». Le neutre subsiste dans les 
thèmes en o-, en io-, en v , en u-, en n-. en s-- 

Les pronoms personnels ont, en brittonique comme en 
gaélique, trois formes*; la forme absolue quand ils sont su- 
jets ou compléments directs; la forme infixe, quand ils sont 
compléments directs ou indirects d'un verbe composé ; la 
forme suffixe après les pré[iositions. 

Les noms de nombre irlandais de 1 à 4 se déclinent ot 
ontdes formes spéciales a chaque genre. La numération est 
décimale et vigésimale ; ou dit en irlandais ceiiir ficliit, en 



LA LANfillE i31 

moyen breton pecflr»gc;??comme en français i( quatre-vingts». 
Les formations verbales n'ont aucune particularité 
propre à l'irlandais ; elles sont peu variées ; on n'y retrouve 
pas la richesse de suffixes que l'on constate en grec et en 
sanskrit. Gomme verbes à suffixes, on ne peut guère citer 
que lïe^ verbes en -«- et des dénominatifs en -a- et en -i-. 
Il n'y a que trois modes personnels : l'indicatif, l'impératif 
el le subjonctif Les caractéristiques de temps et de modes 
se rapprochent surtout de celles du latin : on trouve en 
gaélique et en brittonique le subjonctif en à, P ; le passif 
et le déponent en r ; mais aussi le futur et le prétérit en s ; 
en vieil-irlandais le futur en -b -/. Le parfait à redouble- 
ment ou à voyelle radicale longue est conserv'é. Les verbes 
simples ont un futur à redoublement ou à vo\elle radi- 
cale longue. La formation du présent en t est devenue un 
prétérit. La particularité la plus intéressante que [)résente 
la conjugaison irlandaise est la double série de désinences 
que prennent les verbes au présent, selon qu'ils sont simples 
ou composés. Au présent, le verbe simple, qu'il soit primi- 
tif ou dérivé, prend les désinences de la conjugaison en h', 
et le verbe composé prend les désinences de la conjugaison 
en ; ainsi le verbe simple à la première personne du sin- 
gulier se termine en -im : herini =* beronii « je [)orte » ; 
le verbe composé se terminait, avant la chute des voyelles 
finales, en ô : dobiur = doberô a je donne ». Une autre ca- 
ractéristique curieuse des verbes composés est la tmèse. 
c'est-à-dire l'intercalation des pronoms compléments après 
le premier élément de composition : ni-chnra-t « ils n'aiment 
pas » ni m-charat « ils ne m'aiment pas ", ud-ci « il voit », 
al ob-ci « il vous voit », ro-chluinethar < il a entendu », 
ro-d' chliiinethar « qui l'a entendu i. 



132 ACCENT 

L'accent du vieux celtique nous est connu à la fois par 
les mots transrais par les anciens et par les langues cel- 
tiques des Iles Britanniques. Un assez grand nombre de 
noms de lieux celtiques ont, comme nous l'avons vu, per- 
sisté jusqu'à nos jours et il est facile de déterminer quelle 
était dans ces noms la place de l'accent. Dans un certain 
nombre de ces mots, les lois de l'accentuation latine ne sont 
pas observées (1). On a, par exemple, les composés : Ebii- 
rùvices, Evreux ; Vidûcasses, Vieux ; Durôcasses, Dreux ; 
Tricasses, Troyes ; Bodiôcasses, Baveux ; Bitùriges, 
Bourges ; Catûriges, Ghorges ; Autessiôdunim, Auxerre ; 
Epomanduôdnrnm, Mandeure ; les dérivés : Némausum, 
Nîmes ; Arelate, Arles ; Brimte, Brioude ; Côndate, Candos. 

Au contraire, les lois de l'accent celtique concordent avec 
les lois de l'accent latin dans : 

Lugiidûniun, Lyon ; Carohriças, Ghabris ; Medioléniim, 
Milan ; Vernodnbrum, Vernoubre ; Atrebdtes, Arras ; Cam- 
bârilum, Ghambord ; Rotômagus, Rouen; Diirocôregnm, 
Donqueur ; et dans : Nemours, Arlet, Brivé, Gondé, dou- 
blets de Nimes, Arles, Brioude et Gandes ; peut-être aussi 
dans Berry, Ghéry doublets de Bourges, Gborges, s'ils ne 
dérivent pas des adjectifs Bituriciim, Caturicuni. 

L'accent de l'initiale, qui apparaît comme accent prin- 
cipal en vieil irlandais et qui était sans doute aussi à l'oii- 
gine l'accent du vieux celtique, semble avoir coexisté avec 
un accent qui ne dépassait pas l'antépénultième, et qui 

(1) H. d'Arbois de JuBAiNviLLE, Mémoires de la Société de 
linguistique de Paris, t. ii, p. 278 ; t. vi, p. 337. W. Meyer- 
LùHKE, Si(zui}gsberichte der kais. Akademie der Wissenschaften 
in Wien, Philosophisch-historisohe Classe, t. cxi,ni (1901) ; 
R. Haberl, Die Betojiung im Gallischen, Zeitsclirift (iir Celtische 
Philologie, t. viii, p. 95-101. 



LA LANGUE 133 

dans les composés en -casses, -riges, -rituni, -magiis, -re- 
guni et peut-être dans quelques composés en -(/wz-um portait 
sur la voyelle finale du premier terme. 

L'histoire intérieure du vieux-celtique est assez mal 
connue. On doit se contenter des rares renseignements 
transmis par les anciens, que les langues des barbares n'in- 
téressaient guère. Diodore écrit que les sons du gaulois 
étaient rudes (1). La comparaison des mots du celtique de 
Grande-Bretagne avec les mots provenant du celtique 
continental ne permet pas de relever des différences im- 
portantes entre les deux dialectes. La réduction des 
diphtongues à des voyelles longues que l'on a notée en 
Grande-Bretagne peut tenir à ce que les inscriptions des 
îles sont postérieures à celles du continent (2). Commius, 
roi des Morini, envoyé par César en Grande-Bretagne, n'a 
pas, semble-t-il, besoin d'interprète pour se faire entendre 
des Bretons (3). La langue des Bretons est, d'après Ta- 
cite (4), peu différente de celle des Gaulois. Les dialectes 
celte et belge ne différaient que légèrement l'un de 
l'autre (5). Les trois jjcuplades galates des Trocmi, Tolis- 
tohogii et Tectosages parlaient la même langue (6). Les as- 
semblées générales des peuples gaulois n'étaient possibles 
qu'entre peuples de même langue. 

La domination romaine en Grande-Bretagne, qui dura 
quatre siècles, n'ent pas pour conséquence le remplacement 



(1) Bibliothèque, v, 31, 1. 

(2) J. LoTii, Chrentoniathie bretonne, p. 32. 

(3) Guerre de Gaule, iv, 27. Cf. i, 19, 3 ; v, 36, 1. 

(4) Agricola, 11. 

(.j) Strabon, IV, 1,1. 

(b) Strabon, xii, 5, 1. 



134 ÎIISTdlUK IX (.1:1. TIQUE 

du celtique par le latin. Les Romains eurent beau ouvrir 
(les écoles (1), leur langue ne laissa que quelques mots 
dans les dialectes bretons (2). 

Le celtique continental a disparu, senible-t-il. de bonne 
heure, en ne laissant que quelques traces dans les langues 
romanes et les laneues germaniques. A quelle date a-t- il 
disparu ? Dès le temps de Strabon, la plupart des Cavari 
avaient appris le latin (3). Lucien parle d'un sorcier de Paph^ 
lagonie qui pouvait répondre en celtique, KsXxtaTÎ, sans 
que nous puissions savoir s'il s'agit du celtique des Iles, du 
continent ou de l'Asie .Mineure (4). Ulpien, mort en 228, 
déclare que les fidéicommis peuvent être rédigés en langue 
gauloise: gallicanu. Lampride \^o) raconte qu'une dry us 
prédit en gaulois, gallico ser/nune, à Alexandre Sévère sa 
fin prochaine. Sulpice Sévère 6), au commencement du 
Y* siècle, met en scène dans un de ses dialogues un Gaulois 
qui s'excuse de son langage et auquel son interlocuteur ré- 
[)ond : Parle- nous celtique (ccUicc), ou, si tu i)réfère8. 
gaulois (^'«//m) (7). Saint Jérôme (8), 341-420, qui avait 
séjourné à Trêves et à Ancyre, écrit que les Galates se 
servent de la langue grecque, mais que, de plus, ils ont 
un idiome qui leur appartient en propre et qui est à peu 

(1) Tacite, Agricola, 21. 

(2) Voiï J. LoTH, Les mois latins dans les langues hriltoniques, 
p. 17-22. 

(3) Strabon, iv, 1, 12. 

(4) Alexandros, 51. 

(5) Sévère, 60, 6. 

(6) Dialogues, 1, 27, 4. 

(7) Cf. E. Ch. Babut, Revue historique, t. civ, p. 287-292. 
Toutes les inscriptions galates ou relatives aux Galates sont eu 
grec. C. JuLLiAN, Ilisloire de ta Gaule, t. i, p. 367. 

(s) Commentaire de l'EpHre aux Galates, ii, chez Migne, Pa- 
trologia latina, t. xxvi, col. 382. 



L.\ LAN(;UK 135 

près le môme que celui que parlent les Trévlres. 11 est, à 
la rigueur, possible que saint Jérôme ait -reproduit, d'après 
un autre, un renseignement qui aurait été exact trois ou 
(juatre siècles plus tôt. H est probable que le dialecte bar- 
bare que saint I renée, évêque de Lyon au n^ siècle, se dé- 
clarait occupé à étudier (1) était le celtique. 

Des surnoms donnés à l'Empereur Galba (68-69) et à 
Autonius Primus i/iO-IOO) s'expliquent par les langues cel- 
tiques (2) et étaient compris au i" siècle de notre ère. Du 
IV* au vi" siècle, Ausone, Forlunat, Grégoire de Tours 
citent des mots gauloÏH. Marcellus de Bordeaux donne en 
gaulois les noms de certaines plantes. Rien ne prouve qu'il 
s'agisse d'autre chose que de survivances d'une langue à 
peu près disparue. Et nous avons vu (3) que la plupart des 
mots transmis par îMarcellus ne s'expliquent pas par les 
langues celtiques. Enfin, dans quelques cas. il peut être 
question, non d'une langue celtique, mais de la langue ro- 
mane de Gaule (4). Nous n'avons donc aucun témoignage 
clair sur l'usage et la disparition du celtique continental. 
Il est probable qu'il étaif tout à fait oublié en Gaule au 
VI» siècle (dj. La disparition en fut sans doute aussi com- 
plète dans la péninsule armoricaine que dans le reste de notre 



(1) Contra hsereses, I, pref., Migne, Patrologia grœca, t. vii, 
col. 444. 

(2) Voir ci-dessus, p. 75, 81. 

(3) Ci-dessus, p. 77-78. 

(4) Par exemple le tripetias « tripodas » cité par Sulpice Sé- 
vère (Dialogues, ii, 1), semble appartenir au latin vulgaire. 

(5) F. Brunot, Origines de la langue française (Petit de 
Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, 
t. I, p. xix-xLii) ; F. G. MoHL, Introduction à la chronologie du 
latin vulgaire, Paris, 1899, p. 65. 



136 



CELTOMANES 



pays (1). Ce ne fut qu'au vi* siècle que des Celtes chassés 
de Grande-Bretagne par rinvasii»n saxonne débarquèrent 
en Armorique par petites troupes et y apportèrent leur 
langue et leur civilisation. Rien n'autorise à #roire qu'ils 
trouvèrent, dans la langue des Gallo-Rouiains auxquels ils 
se mélangèrent, quelques restes du celtique de Gaule. 

Aussi ne conroit-on guère l'erreur fondamentale des cel- 
tomanes français du xvin® siècle qui prirent le breton de leur 
temps comme type de vieux celtique, sans se préoccuper 
des modifications qu'il avairt pu subir dans le cours de dix- 
huit siècles. Ils ne s'en tinrent mal'ieureusement pas là. Ils 
prétendirent expliquer, non seulement le français, mais en- 
core toutes les langues par le breton (2). Pour démontrer 
l'origine bretonne de la langue Irançaise, il leur suffit de 
renverser l'ordre historique des rapports pour les doublets 
formés par les mots bretons identiques à des mots français; 
ces mots ont été empruntés soit au latin (3), soit au français 
par le breton, depuis l'époque des premières relations avec 
llome, puis avec la Fiance, jusqu'en notre temps ; on s'en 
servit pour prouver que le français avait tiré du breton 
plusieurs milliers de mots. Ainsi par exemple, d'après La 
Tour d'Auvergne (1743-1800; le français air viendrait du 
bictoné/- {i), chambre du hveton cainbr, dent du breton 

(1) J. LoTH, L'Emii^ration bretonne en Armorique, p. 82-84. 
Les liavaux ingénieux de A. Travers (Rei^ue de Bretagne, 
t. XI, et à part, Rennes, 1906, 1907), n'ont pas réussi à dé- 
montrer la persistance du celtique en Armorique. 

,2) Sur les théories sur la langue des Celtes, voir V. Tour- 
neur, Esquisse d'une histoire des études celtiques, Liège, 1905, 
p. 188-206. 

(3) Voir J. LoTH, Les mots latins dans les latigues briitoniques, 
Paris, 1892. 

(4) La Tour d'Auvergne-Corret, Origines gauloises ou 



LA LAÎSGUE 137 

datil, haleine du breton halan, chaîne du breton chaden, 
nialin du breton minlin, prix du breton pris (1). 

Quant au rapport du breton avec d'autres langues, on ne 
put l'établir que par des coïncidences dues au hasard, ou de 
véritables calembours. Le breton dour « eau » aurait 
donné le grec jowp ; de tan « feu » et de ti « maison » s'est 
formé le grec Tfxav ; de hara < pain « vient l'hébreu barach ; 
de ran « grenouille », l'hébreu ranach « il a crié » ; Noé est 
l'homme « nu » bret. noeth ; Mercure « l'homme des 
femmes » bret., merc'h-wr ; Adam et Eve tirent leur nom des 
premières expressions qui sortent de la bouche des enfants 
bretons pour demander à boire et à manger ; Carolus ?,\gm- 
fie <( ami du soleil », car-eol en breton; Paris signifie 
« l'égale dis » par-ls \2). Taudis que Le Brigant (1720- 
1804) expliquait parle basbrelou le ta'itien, le caraïbe, le 
chinois et le sanskrit (3j, une autre langue celtique, l'irlan- 
dais moderne, était donnée par Vallancey (1721-1812) 
comme interprétant les racines primitives du punique et de 
l'algonquin (4). 

Les couclusions de l'étud'e qui précède ressortent, il me 
semble, assez clairement du simple exposé des faits pour 
qu'il ne soit pas nécessaire de les développer longuement 
ici. 

recherches sur la langue, l'origine et les antiquités des Celto- 
Bretons de l'Arniorique, pour servir à l'histoire ancienne et 
moderne de ce peuple et à celle des Français, 3® éd., Hambourg, 
1801, p. 179. 

(1) Cf. MicHELET, Histoire de France, t. i (1833), p. 142, note. 

(2) La Tour d'Auvergne, Ihid., p. 178, 99, 102, 136, 104. 
Cambry, Alonunieiits celtiques, p. 355, 361. 

(3) Observations fondamentales sur les langues anciennes et 
modernes, Paris, 1787. 

(4) An essajj on the antiquitij oj tite Irisk language, Dublin, 
1772. 



138 



CONCLUSION 



L'identification et la traduction des noms propres, pure- 
ment hypothétiques f|uand ces noms ne coïncident pas en 
tout ou en partie avec des noms communs connus par 
ailleurs, ne peuvent donner aucun renseignement certain 
sur le vocabulaire du vieux celtique. Or, c'est l'onomas- 
tique qui nous offre la matière la plus riche, tant dans les 
inscriptions que chez les auteurs de l'Antiquité. 

Quant aux quelques noms communs conservés par les 
auteurs anciens, un petit nombre seulement ont pu être 
identifiés à des mots celtiques ; pour les noms dont les an- 
ciens ne nous ont pas donné le sens, cette identification est 
nécessairement problématique. Il est encore plus hasardeux 
de chercher à retrouver les siihsirata romans des restes de 
vieux celtique. 

Les inscriptions trouvées en Gaule et que l'on attribue 
d'ordinaire à la langue celtique semblent se partager en deux 
groupes : dans l'un, la langue est sans aucun doute proclie- 
ment apparentée à l'italique ; dans l'autre, à peine çà et là 
un mot peut-il s'expliquer avec quelque vraisemblance par 
les langues celtiques, le reste appartient à une langue en- 
core indéterminée (1). Les inscriptions de la Gaule Cisal 
pine offrent encore moins d'éléments celtiques que celles 
de la Gaule Transalpine. 

La linguistique peut nous faire connaître scientifiquement 



(1) Il est possible que la plupart des mots que l'on n'interprète 
pas par les langues celliqiu^s appartiennent au ligure. Mais on 
ne peut le démontrer, puisque le ligure n'a pas, comme le vieux- 
celtique, donné naissance à des langues que l'on puisse étudier. 
Sur le ligure, voir H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers 
habitatits de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 47-70, 8G-205 ; Jullian, 
Histoire de la Gaule, t. i, p. 123-125 ; t. ii, p. 367. 



LA LAiSGÛE 139 

l'état ancien des dialectes celtiques pariés dans les Iles 
Britanniques et restituer un vocabulaire qui ne doit s'écar- 
ter que sur quelques points de détail de la réalité, mais 
l'étude des restes du celtique continental ne nous révèle 
que de misérables débris. 



CHAPITRE III 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES (1) 



Portrait physique des Celtes par les anciens. — ■ Portrait moral 
et intellectuel. — L'habitation. — La nourriture. — Le 
vêtement. — La parure. — Les femmes : Chiomara, Gamma, 
Gyptis ou Petta. — Les pères et les enfants. — La nais- 
sance et la mort ; inhumation, incinération. — L'agriculture. 
— La chasse. — L'industrie et l'art ; les mines ; le corail ; 
l'éinail ; l'étamiage ; la plastique ; les monnaies. — Le com- 
merce ; les voies de communication. — La marine. 



Si nous voulions entreprendre de restituer la vie privée 
des anciens Celles, les éléments nous feraient défaut. Stra- 
bon et Diodore, peut-être même César, ne font guère que 
reproduire les quelques observations que nous devons à 
Poseidônios. Dans quelle mesure pouvons-nous utiliser les 
renseignements qui nous sont parvenus sur les Celtes au 
temps de la domination romaine pour compléter ce que 
nous savons sur leurs ancêtres ? Les objets que l'on a 
trouvés dans des tombes de guerriers celtes ne sont pas 
très variés , le mobilier funéraire se compose surtout de 
vases, d'armes de toute espèce et de bijoux. Les représen- 
tations figurées d'ustensiles et de meubles, assez rares 

(1) Voir G. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. l, p. 833-347 ; 
p. 415-436,t. II, 400-414, 260-355, 222-259. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 144 

d'ailleurs, ne datent que de l'époque gallo-romaine. Pour 
étudier la vie journalière des Celtes, nous sommes donc le 
plus souvent privés du commentaire qu'ajoutent à la con- 
cision ou à l'ambiguïté des textes les inscriptions, les 
dessins des objets ou les objets eux-mêmes. Tout ce que 
l'on peut extraire des auteurs anciens n'est guère qu'une 
série de notes avec lesquelles il est difficile de composer un 
ensemble harmonieux. 



Du point de vue physique, les Celtes sont caractérisés 
par une taille élevée (1) et par des cheveux blonds ou 
roux (2) ; leurs corps blancs (3) sont mous et résistent mal 
à la fatigue et à la chaleur (4) ; pleins d'impétuosité dans 
l'attaque, ils se lassent vile (5j. Ce type est attribué par les 



(1) PoLYBE, II, 15, 7 ; 30, .3 ; 29 ; Timagène chez Ammien 
Marcellin, XV, 12, 1 ; Tite Live, v, 44 ; Diodore, v, 28 ; 
Florus, I, 7, 13 (Senons) ; ii, 4 (Insubres) ; Denys (I'Halicar- 
NASSE, XIV, 9, 13. Appien, IV, 3 ; Pausanias x, 20, 7. Cf. au 
contraire Pausanias, i, 35, 5 (Celtes de Cavaros ?) 

(2) Timagène chez Ammien Marcellin, xv, 12, 1 ; Tite Live 
XXXVIII. 17, 3 (Galates) ; Diodore.v, 28, 1 ; cf. 32, 2 ; Virgile, 
Enéide ,viii, 659, où aurea semble désigner plutôt le métal du 
bouclier d'Enée que la couleur des cheveux ; Tibulle, i, 7, 12 
(Carnutes) ; Lucain^ i, 402 (Rutènes) ; Silius Italicus, iv, 200 
(Cisalpins) ; Claudien, xxii, 2, 240-241 (Gaule personnifiée) ; 
Contre Rufin, 2, 110 (Gaulois). Scriplores physiognomici Grseci 
éd. R. Fœrster, t. i, p. 393, 1. 5, 12 ; t. ii, p. 306, 1. 1. 

(3) Timagène chez Ammien Marcellin, xv, 12, 1 ; Diodore, 
V, 28 ; Virgile, Enéide, viii. 660 ; Silius Italicus, iv, 154 ; Ga- 
LiEN, De la santé, i, 5 ; Des tempéraments, ii, 6 ; Florus, ii, 202. 

(4) PoLYBE, m, 79, 4. Tite Live, v, 44, 4 ; x, 28 ; xxii, 2, 
6 ; xxxiv, 47, 5 ; xxxv, 5, 7 ; xxxviii, 17 (Galates) ; Plutarque, 
Crassus, 25, 10 ; Appien, iv, 7 ; Florus, ii, 4. 

(5) PoLYBE, II, 33 ; III, 79 ; Tite Live, v, 44 ; vu, 12 ; x, 28 ; 



142 PORTRAIT PHYSIQUE 

anciens aux Celtes qui j3rirent Rome comme à ceux qui 
ravagèrent la Grèce, aux Gaulois de la Cisalpine et c)e la 
Transalpine, ainsi qu'aux Galates d'Asie Mineure. Il fut 
bientôt appliqué indistinctement à tous les barbares du 
Nord-Ouest de l'Europe (1 - Strabon constate que les Bre- 
tons sont plus grands, moins blonds et plus mous que les 
Gaulois, mais assez mal bâtis (2), et que les Germains sont 
plus grands et plus blonds que les Gaulois (3). D'ailleurs, 
les Gaulois et les marchands vantaient aux soldats romains 
la haute stature des Germains et déclaraient n'avoir pu 
soutenir l'éclat de leurs yeux (4). Lorsque Caligula voulut 
joindre des Gaulois, en les faisant passer pour des Ger- 
mains, au petit nombre de ses captifs, il choisit les hommes 
les plus grands qu'il força de laisser croître et de rougir 
leur chevelure (5). Il semble donc que les Gaulois aient été 
de taille assez élevée, supérieure à celle des soldats ro- 
mains (6), mais inférieure à celle des Germains ; et qu'il y 
ait eu, au moins chez les peuplades gauloises a[»parcntées 
aux Germains, une prépondérance de chevelures blondes. 
Ouant aux yeux bleus, caractéristiques des Germains (7U 
on ne peut démontrer qu'ils aient appartenu au type cel- 
tique. Timagène, d'après Ammien Marcellin, ne parle que 

Strabon, iv, 4, 5 ; Florus, ii, 4 ; Denys, xiv, 8 ; Silius Itah- 
cus, XV, 716-718 ; cf. iv, 311-312. 

(1) Cimbres : Plutarque, Marias, 25-20 ; Germains : Tacite, 
Germanie, 4 ; Suèves : Appien, iv, 1, 3. 

('!) Géographie, iv, 5, 2 ; cf. Lucain, m, 77 ; Jordanès, 
Histoire dea Golhs, 9. 

(3) Géographie, vu, 1, 2 ; cf. Manilius, Astronomiques, iv, 
713-714. 

(4) César, Guerre de Gaule, i, 39. 

(5) Suétone, Caligula, 47. 

(6) Guerre de Gaule, ii, 30 ; vi, 24. 

(7) Tacite, Germanie, 4. Plutarque, Alarius, 11. Juvénal, 
XIII, 164. 



LES PERSONNES ET LES COUTl'MES 143 

des yeux torves des Gaulois (1). Il est d'ailleurs vraisem- 
blable que, même dès l'époque la plus ancienne à laquelle 
nous puissions remonter, les Celtes présentèrent divers 
types physiques. Tacite distingue en Grande-Bretagne trois 
races : les Caledonii, les Silures- et les habitants de la côte 
méridionale. Les Caledonii ont des cheveux roux et de 
grands membres comme les Germains ; les Silures ont le 
visage coloré et les cheveux frisés comme les Ibères ; les 
habitants de la côte méridionale ressemblent aux Gau- 
lois (2). Dans la plus ancienne épopée irlandaise (3), les 
blonds ou roux sont aux bruns dans la proportion 
de l i à 6. 

Les squelettes trouvés dans les tombes de la Marne ne 
sont pas d'uue taille très haute. Ils mesurent en moyenne 
1 m. 6(j. En Vindélicie, on a une moyenne plus élevée : 
1 m. 70 (4). Quant à l'indice céphalique, les crânes des 
sépultures hallstattiennes comme des sépultures de laTène 
sont en général dolichocéphales. Dans les tumulus halls- 
tattiens de la Gaule orientale (o), les dolichocéphales sont 
mélangés avec les brachycéphales de la fin de ré[)oque 
néolithique. Sur vingt-huit crânes des sépultures de la 
Marne, les deux tiers étaient dolichocéphales ou sous- 
dolichocéphales (6). A. la Tène, la plupart des crânes ont 

(1) Histoire romaine, xv, 12, 1. Cf. Diodore, v, 31, 1 ; Denys, 
XIV, 9, 15. 

(2) Agricola, M. Cf. Jordanès, Histoire des Goths, 2. 

(3) Tain Bô Cualnge, éd. Wiiulisch, introduction, p. xvi. 

(4) Vacher de Lapouge, L'Aryen, p. 306, 310. 

(5) T. HvMY, Les premiers Gaulois, L' Anthropologie, t. xvi 
1906) p. 1 ; t. XVII (1907), p. 127 et suiv. 

(6) Raymond, Les caractères physiques des Gaulois, Rei'ue 
préhistorique (1907), p. 15. 



144 PORTRAIT MORAL 

un indice céphalique moyen (1). Les crânes découverts en 
Grande-Bretagne dans les barrows ou tertres funéraires 
sont surtout dolichocéphales, tandis que les sépultures 
plus anciennes contiennent un plus grand nombre de bra- 
chycéphales (2). 

Gomme il est probable que les guerriers dont on a trouvé 
la dépouille étaient des chefs, on peut se demander si les 
observations que l'on a faites ont quelque valeur pour 
déterminer les caractères physiques de la population en gé- 
néral, et si elles ne se rapportent pas presque exclusive- 
ment à l'élite de la nation. Les Gaulois du Capitoie et de 
la villa Ludovisi ont les traits rudes, le front bas, le nez 
court, le menton développé, la mâchoire puissante, le cou 
épais ; ils sont nettement brachycéphales ; ils ont des 
membres vigoureux, plus massifs qu'élégants (3). 

La précision, que nous ne pouvons mettre dans la des- 
cription i)hysique des Celtes, nous manque plus complè- 
tement encore lorsqu'il s'agit de tracer leur portrait moral 
et intellectuel. Les qualités et les défauts des Celtes n'ont 
guère été rapportés que par leurs ennemis. Il n'y a pas 
lieu d'attacher une importance exagérée à des généralisa- 
tions naïves, fondées sur des observations superficielles. 
Les opinions dos anciens sont d'ailleurs loin de concorder 
exactement (4) 



(1) Gross, La Tène, p. 50-52. 

(2) Greenwell, British barrows, p. 129, 212. Davis and 
Thurnam, Crania hritannica, London, 1865, p. 226-232- 

(3) CouRB.\uD, Le bas-relief romain à représentations histo- 
riques, p. 257-258. 

(4) RoGET DE Belloguet, Ethnooénie canloise, t. m, p.4- 
55. 



LES PERSONNES ET LÉS COUTUMES 145 

Tandis que Tite-Live (1) considère, après César (2), la 
religiosité comme un trait distinctif du caractère gaulois, 
Cicéron (3) leur refuse tout sentiment de piété et de jus- 
tice. Aristote (4) et, après lui, Diodore (5) et Athénée (G) 
ont accusé les Celtes de pédérastie ; mais les écrivains ru- 
mains ne leur attribuent pas ce vice. 

Leur perfidie est notée par Polybe (7) ; Brennos est 
habile aux ruses de guerre (8) ; mais Slrabon (9) et l'au- 
teur du De bello Africano ^^10) leur reconnaissent une nature 
simple et pas méchante, un caractère ouvert et très peu 
insidieux ; ce sont, disent-ils, des hommes qui ont l'habi- 
tude de lutter avec le courage et non avec la ruse (11). 

Tous les anciens s'accordent à les taxer d'inconstance et 
de mobilité d'esprit ainsi que d'irréflexion (12). Chez les 
Gaulois, dit Polybe, c'est la passion bien plus que le calcul 
et la raison qui règle tout en souverain arbitre (13). César 
connaissait leur caractère léger, mobile, avide de nou- 
veauté (14) ; il avait remarqué qu'ils décidaient souvent les 

(i) V, 46, 3. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 1»6. 

(3) Pour Fonteius, 12 ; 13. 

(4) Politiques, ii, 6, 6. 

(5y) Bibliothèque, v, 32. Cf. Strabon, iv, 4, 6. 

(6) XIII, 8. 79. Cf. H. d'ÂRBOis de Jubaiisville, La famille 
celtique, Paris, 1905, p. 187. 

(7) Histoires, ii, 7. 

(8) Pausamas, X, 20, 7. 

(9) Géographie, iv, 4, 2. Cf. Diodore, v, 21, 5 (Bretons). 

(10) Guerre d'Afrique, 73. 

(11) Voir toutefois la ruse de guerre racontée par Théopompe, 
ci-dessous, ch. vu. 

(12) Polybe, ii, 32 ; m, 70 ; 78 ; Tite Live, xxii, i ; Guerre 
de Gaule iv, 5 : Strabon, iv, 4, 2 ; 5; Silius Italicus, viii, 
16-17. 

(Iri) Histoires, ii, 35. 

(14) Cf. Horace, Epodes, xvi, 6. A. Jacob, Revue de philologie, 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 10 



146 POUTItAir MllKAL 

affaires les plus importantes sur des bruits et des rapports 
qu'ils ne prenaient point la peine de contrôler, et qu'ils 
ne tardaient pas à se repentir d'avoir agi d'a[)rès des nou- 
velles incertaines et la plupart du temps inventées pour 
leur plaire (1). 

La bravoure des Celtes est bien connue (2). Ils étaient 
belliqueux, vifs, [)rompts à se battre et toujours prêts à 
répondre aux provocations qu'on leur adressait (3). Jadis 
supérieurs aux Germains par le courage, les Gaulois 
s'étaient peu à peu accoutumés à se laisser battre par 
eux (4) Au temps de César, les Belges étaient les plus 
braves des peuples de la Gaule et les Helvetii l'empor 
talent en courage sur les autres Gaulois. Les Bellovaci 
sur()assaient en gloire militaire tous les Gaulois et les 
Belges (5). Mais siles Gaulois étaient [)rom[)ts à prendre les 
armes ils manquaient de fermeté pour supporter les dé- 
faites (6). 

Leur cruauté à la guerre avait terrifié les Grecs et les 
Romains (7). Les Celtes qui envahirent la Grèce immolaient 



t. XXXVI (1912) lit tp'.XôvcO'. au lieu de tpiXô.eixo'. chez Stua 
BON, IV, 4, 3. 

(1) Guerre de Gaule, iv, 5. Cf. m, 10 ; vi, 20, 2; nata in vaiws 
tumultus gens : Tite Live, v, 37,8. 

(2) PoLYBE, II, 14, 30. Tite Live, v, 44 ; Strabon, iv, ^.2; 
Florus, II, 4 ; Elien, Histoire variée, xii, 23 ; Ammien Mar- 
cellin, xv, 12, 3. 

(3) Strabon, iv, 4, 2. 

(4) Guerre de 'Gaule, vi, 24. 

(5) Strabon, iv, 4,3. Guerre de Gaule, I, 1. Cf. Plutarque, 
César, 20, 4. 

(6) Guerre de Gaule, m, 19. 

(7) Justin, xxiv, 4 ; Silius Italicus, viii, 18-19. Cf. CicÉ- 
ron, Des provinces consulaires, 33 ; Lettres, i, 1 -, Justin, xxxii, 
3 {Scordisci) ; Orose, v, 23, 17 [Scordisci], 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 147 

les captifs (1), achevaient les blessés (2), massacraient les 
vieillards et les petits enfants, violaient les femmes (3). 
Les Bretons étaient aussi sanguinaires que les lUyriens (4) 
pourtant réputés pour leur barbarie. Les Gaulois cisalpins 
et transalpins coupaient les têtes des ennemis tués et les 
rapportaient suspendues au cou de leurs chevaux ou fixées 
au bout de leurs lances (5) pour les clouer comme autant 
de trophées devant leurs maisons , Poseidônios en avait vu 
souvent ; il avait été long à pe faire à ce spectacle ; toutefois 
l'habitude avait fini par le rendre insensible. Les têtes des 
chefs ou personnages illustres étaient conservées dans 
l'huile de cèdre, en un coffre, et ils les montraient avec 
orgueil aux étrangers, refusant de les vendre, même quand 
on voulait les leur acheter au poids de l'or (6). En 216 
avant Jésus-Christ, les Boii, après avoir tué dans la ba- 
taille le consul désigné Postumius, lui coupèrent la tête et 
la portèrent en triomphe dans leur temple le plus vénéré ; 
là, suivant la coutume, ils la nettoyèrent et l'ornèrent d'or 
pour qu'elle servît aux libations dans les fêtes religieuses i^ 7). 
Les Scordisci buvaient le sang des ennemis dans des 
crânes (8). 

Sur l'arc de triomphe d'Orange figurent des lêtes cou 

(1) DioDORE, V, 32. Pausanias, X, 22, 3. Cf. Sopatros chez 
Athénée, iv, 51. 

(2) Pausanias, x, 23, 6. 

(3) Pausanias, x, 22, 3-4 ; Diodore, xxxi, 13. Cf. Parthé- 

NIOS, 8. 

(4) HÉRODiEN, III, 7, 2 ; 14, 8. 

(5) TiTE LivE, x, 26, 11. Diodore, v, 29 ; xiv, 115. Strabv)n, 
IV, 4, 5 ; Justin, xxiv, 5 ; Silius Italicus, ïv, 213-215 ; Polven, 
Stratagèmes, viii, 7. 2. 

(6) Strabon, IV, 4, 5. Cf. Diodore, v, 29. 

(7) Tite LiiiE, XXIII, 24. Cf. Silius Italicus, xni, 482. La 
mèmecoutunic est attribuée par Solin, (15, 13) aux Essedones. 

(Sy Ammien Marcellin, xxvii, 4, 4. 



148 PORTRAIT MOHaL 

pées. On en trouve aussi sur le trophée d'Entremont au 
cou d'un cheval (i). Sur une monnaie, un guerrier tient à 
la main une tête ; et ce sont peut-être des têtes coupées 
qui figurent sur des monnaies de tribus de l'ouest de la 
Gaule (2). 

L'épopée irlandaise nous fournit plusieurs exemples de 
cette coutume. Lugaid coupe la tête de Guchulaian ; Gouall 
Cernach coupe la tête de Lugaid ; dans une salle du palais 
des rois d'Ulster, on conservait les têtes des ennemis 
illustres qu'on avait lues (.'i; D'après Solin, les Irlandais 
se barbouillaient le visage du sang de leurs ennemis 
morts 4). 

Dans la bataille, les Celtes avaient des accès de fureur 
sauvage (5; ; ils étaient honteux de périr des suites de 
légères blessures ; ils élargissaient leurs blessures pour 
qu'elles fussent plus apparentes 6) ; vaincus, ils tournaient 
leurs armes contre eux-mêmes après avoir tué leurs 
femmes et leurs enfants (7). Les Celtibères jugeaient impie 



(1) S. Beinacii, Catalogue sommaire du musée des antiquités 
nationales, p. 40. Matériaux pour l'histoire de l'iiontme, t. iv, 
(1868), p. 381-382. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs 
de la Gaule romaine, t. I, p. 83, 197. 

(2) Blanciikt, Traité des monnaies gauloises, p. 302, 308, 341. 
P. Ch. Robert, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et 
belles-lettres, 1885, p. 272-278. C. Jullian Histoire de la Gaule, 
t. II, p. 202, 351. 

(3) Cours de littérature celtique, t. v, p. ii, 347, 352, 353. Cath 
Finntràga, ediled by Kuno Meycr [Anccdota Oxoniensia, mcdiae- 
val and modem séries, i, 4) Oxford, 1885, p. 79. 

(4) Collectanea rerum mirabilium, 22, 2. 

S (5) Denys d'HALiCARNAssE, XIV, 10, 17 ; Florus, II, 4 ; Pau- 
SANIAS, X, 21, 3. 

(()) TiTE LivE, XXXVIII, 21 (Galates). 

(7) PoLYBE, II, 31, 2.APPIEN, IV (Séiions) 11. 90^97 (Celtibères) 
DioDORE, XXII, 9. Strabon, III, 4, 17 ; Pausania», x, 23, 8 ; 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 149 

de survivre dans la bataille à celui auquel ils avaient voué 
leur vie(l). Le groupe de la villa Ludovisi représente un 
Gaulois se tuant, après avoir tué sa femme, sans doute 
pour échapper à l'esclavage. 

Les Celtes étaient arrogants et querelleurs (2). 

Ils allaient en armes à la rencontre des vagues qui 
envahissaient leurs rivages (3) ; ils bravaient les incen- 
dies (4) ; ils se seraient crus déshonorés s'ils avaient évité 
la chute d'un mur ou d'une maison (5). Leur vanité s'expri- 
mait en fanfaronnades (6) et l'Antiquité prêtait à des Gau- 
lois plusieurs réponses fameuses (7). . 

Les Celtes étaient très avides. C'était par cupidité, pré- 
tendent les anciens, qu'ils s'engageaient en de lointaines 
expéditions pour se livrer au pillage, et vendaient leurs 
corps et leur bravoure à qui voulait les acheter (8). Pourtant 
Appien rapporte qu'ils refusèrent l'argent que le sénat ro- 
main leur offrait s'ils consentaient à lui laisser les Fabius, 



Justin, xxiv, 8. Orose, v, 14, 5-6.Florus, ii, ii, 6, (Galates) ; 
II, 18,15 (Celtibères). 

(1) Valère Maximb, II, 6, 11. 

(2) Timagène chez Ammien Marcellin,xv, 12, i ; Strabon, iv 
4, 6. 

(3) Morale à Eiidème, ni, 1 ; Aristote, Morale à Nicomaque, 
m, 7, 7. 

(4) Elien, Histoire variée, xii, 23. 

(5) Nicolas de Damas, chez Stobée, Anthologie, xliv, 41. 

(6) Strabon, iv, 4, 5 ; Diodore, v, 29 ; Arrien, Anabase, i, 
4, 8 ; Denys, xiv, 9, 15. 

(7) Ptolémée Lagos, chez Strabon, vu, 3, 8 ; Arrien, Ana- 
base, i, 4, 7 ; TiTE Live, v, 36 ; 48 ; Plutarque, Camille, 17; 
28. Justin, xxiv, 5, 6. Cf. Valère Maxime i, 1, ext. 9, Diodore, 
XXII, 9, 4. 

(8) PoLYBE, II, 22 ; TiTE Live, xxi, 20 ; xxxviii, 27 (Galates) ; 
Appien, iv, 11 ; Diodore, v, 27 ; Justin, xxv, 1 ; 2. Plutarque 
Pyrrhus, 26, 10. 



150 PORTRAIT MORAL 

coupables d'avoir violé le droit des gens (1). Les Scordisci 
n'introduisaient pas d'or dans leur pays (2). 

L'inlempérance des Celtes élait célèbre (3). L'aniuur du 
vin, disait-on, les avait attirés en Italie (4) Ils rogardaient 
le mélange d'eau et de vin comme un poison, disait Cicé- 
roi! (5), et, à en croire Ammien Marceilin (G), des gens de 
la basse classe tombaient, à force de boire, dans une sorte 
(lo folie. 

Los Celtes étaient fort hospitaliers. Ils ne fermaient ja- 
mais les portes de leurs maisons (7). Le passant qui entrait 
partageait leur repas et après dîner seulement, les Gaulois 
demandent à leurs hôtes qui ils sont et de quoi ils ont be- 
soin (8). Quand des étrangers voyageaient chez les Celti- 
bères, tout le monde voulait les recevoir : on regardait 
comme aimés des dieux ceux qui étaient en compagnie 
d'étrangers (9). Faut-il dès lors attribuer aux Celtes la 
coutume de mettre à mort les étrangers qu'Héraklès, selon 
Diodore, abolit dans la Celtique '^ (10). Les habitants de la 

(i) Histoire romaine, iv, 3. 

(2) Athénée, vi, 25. 

(3) Platon, Lois, i, p. 637 d. ; Appien, iv, 7. Cf. Polybe, xi, 
3, 1 ; Plutarque, Camille, 30 ; Polyen, Stratagèmes, viii, 
25, 1. 

(4) Pi.iNE, xn, 2, 5. Cf. JUSTIN, xxiv, 7. 

(5) Pour Fonleius, d'après Ammien Marcellin, xv, 12. 

(6) Histoire romaine, xv, 12 ; cf. Diodore, v, 26 ; Arrien, 
Entretiens d'Epictète, ii, 20, 17. 

(7) Nicolas de Damas, fr. 105 (Stobée, Anthologie, xliv, 41). 
M. Pf.hdizet (Rei^ue des études anciennes, t. vu, p. 30-32) pense 
que c'était pour permettre aux âmes des morts d'entrer dans 
leurs anciennes demeures et rapproche diverses croyances ana- 
logues chez les peuples celtiques. Voir A. Le Braz, La légende de 
la mort, 3^ éd., t. i, p xlix. 

(8) Diodore, v, 28. 

(9) Diodore, Bibliothèque, v, 34. 

(10) Bihliothèque, iv, 19. Cf. v, 24. 



LES PKRSONNES ET LES COUTUMES 151 

Grande-Bretagne sont, d'après Horace il), cruels pour les 
étrangers. 

Quelles que soient les contradictions qu'il présente, ce 
portrait moral n'est en général pas flatteur pour les Celtes. 
Les Celtes qui sont mentionnés individuellement chez les 
écrivains grecs et latins sont dépeints sous des traits plus 
agréables. Gicéron était devenu l'ami du druide gaulois 
Diviciacns (2), et se porte garant de la douceur et de la 
probité du roi galate Déjotarus (3). Les deux fils du roi 
galate Adiatorix luttent de générosité pour décider lequel 
d'entre eux mourra avec leur père 4). Glondicus, roi des 
Gaulois, renvoie sain et sauf Antigone qui s'était chargé 
de porter à l'armée gauloise les propositions perfides du 
roi de Macédoine Persée (3). Même, certains peuples cel- 
tiques sont re[)iésenté-î comme doués de sérieuses (jualités. 
Les Allobroges refusèrent (6) de livrer aux Romains les 
princes des Saliji qui s'étaient réfugiés chez eux. César (7) 
reconnaît que les Volques Tectosages ont une grande répu- 
tation de justice. 

Sur la valeur intellectuelle des Celtes, les anciens ne 
s'accordent guère mieux 'que sur leur nature morale. Ca- 
toM, dans une phrase célèbre, nous apprend que les Gau- 
lois cisalpins cultivent avec un grand talent deux arts : 
l'ait de la guerre et l'art de [)arler avec habileté (8). Po- 
il) Odes, m, 4, 33. 

(2) De la Divination, i, 41. Cf. Guerre de Gaule, i, 19. 

(3) Ibid., Il, 37 ; Pour Déjotarus, (", 1G ; De la réponse des arus- 
pices, 13. 

(4) Strabon, XII, 3, 35. 

(5) TiTE LiVE, XLI, 26. 

(6) Appien, Histoire romaine, iv, 12. 

(7) Guerre de Gaule, vi, 2^, 3. 

(8) Origines, ii, fr. 3, chez Charisius ; Keit., Grammaiiri latini, 



152 PORTRAIT INTELLËCTDEL 

lybe, contemporain de Gaton, dit que les Cisalpins étaient 
étrangers à tout ce qui n était pas guerre ou agriculture; 
toute autre science, tout autre art leur était inconnu (1). 
César leur reconnaît surtout l'esprit d'imitation (2). Dio- 
dore représente les Gaulois transalpins comme des hommes 
qui parlent peu en conversation, qui s'expriment par 
énigmes et affectent de laisser deviner la plupart des 
choses. Ils emploient beaucoup l'hyperbole, pour se vanter 
eux-mêmes et pour abaisser les autres. Dans leurs dis- 
cours, ils sont menaçants, hautains, et portés au tragique ; 
ils sont cependant intelligents et capables de s'instruire (3). 
Les mêmes Transalpins, d'après Strabon, ont l'esprit 
simple (i-Xoôv) et peu sensé (ivô/Tov) ; on était parvenu à 
leur faire goûter l'étude des lettres (4) Les Romains d'Agri- 
cola, pour déterminer les habitants de la Bretagneà adopter 
la civilisation romaine, disaient préférer les dispositions 
naturelles des Bretons à l'instruction des Gaulois et avaient 
obtenu ce résultat, que les Bretons, qui peu auparavant 
refusaient d'apprendre la langue latine, désiraient dès lors 
se former à l'éloquence (o). Juvénal [G) regarde la Gaule 
comme la maîtresse d'éloquence des Bretons. 

t. I, p. 202, 1. 20. Cf. MÉL.\, m, 2, 18 : habent tamen et lacundiam 
siiani. 

(1) Histoires, ii. 17. Chez Caton argute loqui serait-il une cor- 
ruption de agriculturam ? Voir Philologie et lin gui tique, mélanges 
olferts à Louis Hapet, Paris, 1909, p. 119-128. La conjecture avait 
déjà été émise en 1886 par W. Soltau, Wochenschrift fur klas- 
sische Philologie, herausgegebcn vou M. Hirschfelder, t. m, 
p. 890. 

(2) Guerre de Gaule, vu, 22, 1. 

(3) Bibliothèque, v, 31. Cf. ingenio fluxi... vaniloquom genus. 
Silius Italicus, viii, 16-17. 

(4) Géographie, iv, 4, 2 ; 5. 

(5) Agricola, 21. 

(6) XV, III. Cf. VII, 148. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 153 

Il n'y a pas grand'chose à ret^^nir de ce portrait phy- 
sique, moral et intellectuel des Celtes. Il ne diffère guère 
de celui que les Grecs et les Romains ont tracé des autres 
barbares. Fùt-il exact eu tout point, qu'on ne pourrait en 
conclure que les Celtes fussent dissemblables des peuples 
arrivés au même degré de civilisation. 



II 



L'habitation, la nourriture, le vêtement et la parure des 
Celtes ont fourni aux anciens des sujets d'observation plus 
précise. 

Les peuples gaulois qui s'établirent en Cisalpine étaient, 
nous dit Polybe (1), dispersés dans des villages sans mu- 
railles. Ces villages étaient sans doute analogues aux vici 
que Tite-Live mentionne en Cisalpine (2) et que César 
trouva en Gaulé et qui se composaient de maisons bâties 
en bois, qu'il est facile de détruire et de brîiler (3). La ville 
telle que nous la concevons maintenant n'apparaît qu'après 
la couquète romaine (4). Octodurus était un viens assez 
grand pour loger huit cohortes (5). Ce mot désigne aussi 
les constructions des vici et des oppida (6), quelquefois 
appelées teda {!). Les habitations isolées sont appelées 

(1) Histoires, ii, 17. Cf. Strabon, v, i, 6. 

(2) XXXII, 31 ; XXXIII, 22. 

(3) II. d'ARBOis DE JuBAiNviLLE, Reclierckes sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 77-79. 

(4) Guerre de Gaule, m, i. 

(5) BuLLiOT et RoiDOT, La cité gauloise selon l'histoire et les 
traditions, Autun, 1879, p. 34-46. 

(6) Ibid., VI, 30 ; H. d'Arbois de Jubainville, Recherches 
sur l'origine de la propriété foncière, p. 90-94. 

(7) Guerre de Gaule, vin, 5. 



154 HABITATION 

par César aedificia ; ce sont soit des maisons sans doute 
considérables, entourées de bois, soit des bâtiments d'ex- 
pioUalion où logent les cultivateurs, les bestiaux et les ré- 
coltes (1). Les maisons des Gaulois étaient d'ordinaire cou- 
vertes de paille (2) ; balles en planches et en claies d'osier, 
spacieuses, elles avaient la forme de coupoles (3). Certaines 
étaient revêtues d'un enduit de boue ; d'autres couvertes 
de bardeaux de chêne ou déterre pétrie avec de la paille (4) 
Les maisons des Rretons étaient presque semblables à 
celles des Gaulois (o) ; l'île étant extrêmement peuplée. 
elles étaient très nombreuses ; on les bâtissait en roseaux 
ou en bois (6) ; les Bretons partageaient avec leurs trou- 
peaux leurs cabanes d'osier (7). Les Cahdonii n'avaient 
encore ni murailles, ni villes, ni terres labourées (8) à la 
fin du second siècle après notre ère 

Les maisons et les palais des Irlandais de l'épopée sem- 
blent avoir été circulaires comme les rotondes gauloises 
dont parle Strabon. Elles étaient construites généralement 
en bois et en osier, couvertes en chaume et en osier, avec 
un trou au centre pour laisser ccluipper la fumée ; le sol 
était jonché de roseaux. Le feu était placé au milieu. Il n'y 
avait qu'une porte. Les couches étaient tout à l'entour de 
la chambre, dun côté de la porte à l'autre. Le siège royal 
était deri ière le feu et en face de la porte. Les principaux 

(1) Guerre de Gaule, vu, 6, 6 ; viii, 5. 

(2) Guerre de Gaule, v, 43. 

(3) Strabon, iv, 4, 3. Cf. Matériaux pour l'histoire de l'homme, 
1. XI (1876), p. 349-352. 

(4) VlTRUVE, II, I, 5. 

(5) Guerre de Gaule, v, 12. 

(6) DioDORE, V, 21. Cf. Pliîse, Histoire naturelle, xvi, 04, 156. 

(7) JoRDANÈs, Histoire des Goths, 2. 

(8) Dion Cassius, lxxvi, 12. 



LES PERSO>NRS ET LES COUTUMES 155 

chefs s'asseyaient de chaque côté du roi, contre le mur (1). 
En temps de guerre, les Gaulois se réfugiaient dans des 
lieux fortifiés (2) appelés par César oppida Les oppida das 
Bretons ne sont que des sortes de camps retranchés situés 
au milieu de forêts et de marais et défendus par un fossé 
et une levée de terre garnie de palissades ; ils y élèvent 
temporairement des cabanes pour eux-mêmes à côté des 
élables de leurs troupeaux (3). Les peuples belges qui ha- 
bitent la forêt d'Ardenne, en temps de guerre et d'inva- 
sion, entrelacent les branches d'arbut^les épineux et ram- 
pants comme des ronces pour que i ennemi trouve tous les 
passages obstrués ; dans certains endroits, ils enfoncent en 
tLi'.e de gros pieux. Ils vont se cacher eux et leurs familles 
au plus profond des bois dans les petites îles de leurs ma- 
rais (4). Les oppida de Gaule sont des forts où l'on ras- 
semble des approvisionnements et qui peuvent offrir un 
abri aux habitants du voisinage, à leurs troupeaux et leurs 
meubles, mais qui eu outre ont une population permanente, 
parmi laquelle on compte des marchands (^5). Les oppida 
sont bien moins nombreux en Gaule que les pj'a (6). Les 

(1) Joyce, A social history of ancient Ireland, London, 1903, 
t. II, p. 20 ; Arthur C. L. Brown, The Round Table before Wace ; 
Studies and notes in philology and litefature, Boston, 1900, t. vu, 
p. 196 note. 

(2) Guerre de Gaule, \ï-, 4 ; vin, 3 ; Strabon dit opoûpiov (iv, 
3, 2). 

(3) Guerre de Gaule, v, 21 ; Strabon, iv, 5, 2. 

(4) Strabon, iv, 3, 5. Cf. Guerre de Gaule, ii, 17 ; Plutarque, 
César, 20, 4. 

(5) Guerre de Gaule,iv,5 ; cf.i,38 ; ni, 9 ; vu, 3 ; 5 ; 32 ; 42 ; 
.54 ; VIII, 5, 2. Le mot urbs est chez César un synonyme d'oppi- 
dum. Cf. Guerre de Gaule, vu, 15 ; 36 ; 47 ; 68 ; 69. 

( ) On trouve des oppida chez les Aduatuci, Aedui, Ambarri, 
Arverni, Aulerci Eburovices, Bellovaci, Biluriges, Boii, Cadurci, 
Carnutes, Curiosolites, Eburones, Esubii, Helvelii, Leçpoi'i, Man- 



156 



OPPIDA 



Helvetii ont douze oppida et quatre cents vici (1). Les 
Suessiones ont douze oppida {2). Dans l'oppidum de Bm- 
tuspanlium, les Bellovaci avaient pu se renfermer avec 
leurs femmes, leurs enfants et tous leurs biens ('6). Or les 
bellovaci promettent, lors de l'insurrection de la Gaule, 
une armée de dix mille hommes ; et ils pouvaient, disait- 
on, mettre sur pied cent mille hommes (4j. V oppidum des 
Adiiatici pouvait renfermer plus de 53.000 personnes (5). 
^fa/-icam renfermait environ quarante mille personnes (6). 
Les oppida de Gaule que les arcliéologues ont explorés 
occupaient des étendues de terrain assez considérables : 
Murcens, 150 hectares; Besançon, 150; Bibracte, 135; 
Alise, 97 ; Gcrgovie, 70 (7). Les castella que César men- 
tionne à côté des oppida éi?i.\Qni sans doute de petites places 
fortes Aduatuca, ville des Eburones, est qualifiée de cas- 
tellnm (8). Les AUobroges n'avaient point d'oppida et leur 
métropole elle-même, Vienne, n'était autrefois qu'un vil- 
lage (9). 

Les murailles des fortifications gauloises ont été minu- 
tieusement décrites par César (10). Pour les construire, les 
Gaulois disposent par terre des poutres d'une seule pièce, 

dubii, Nen'ii, Parisii, Piclones, Raurici, Rémi, Senones, Seqiiuni, 
Suessiones, Veneti. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches 
sur l'origine de la propriété foncière, p. 81-90. 

(1) Guerre de Gaule, i, 5 ; Plutarque, César, 18. 

(2) Guerre de Gaule, ii, 4, 6-7. 

(3) Guerre de Gaule, ii, 13. Cf. Réunie des études anciennes, 
t. VIII, p. 172, 269. 

( i) Ibid., VII, 75 ; ii, 4. 

(5) Guerre de Gaule, ii, 33. 

(6) Ibid., vu, 28. 

(7) RuLLioT, Fouilles du Mont Beuvray, t. i, p. m. 

(8) Ibid., VI, 32 ; cf. ii, 29 ; m, 1. 

(9) Strabon, IV, 1, 11. 

(10) Guerre de Gaule, vu, 23. Cf. ii, 29. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 157 

à la distance de deux pieds les unes des autres ; elles sont 
liées à l'intérieur par des traverses et l'intervalle est rempli 
de terre. Sur le devant, l'intervalle est revêtu de grosses 
pierres. A ce premier rang ainsi formé on en ajoute un 
autre, eu gardant toujours les mêmes distances, de ma- 
nière que les poutres ne se touchent point et quelles soient 
supportées par les pierres placées entre chaque rang. L'ou- 
vrage est ainsi continué jusqu'à ce que le mur ait atteint 
la hauteur voulue. Ces rangs entremêlés de pierres et de 
poutres, assez agréables à l'œil, ont en outre de grands 
avantages pour la défense des places, car la pierre les dé- 
fend contre le feu, et le bois contre les ravages du bélier. 
Les poutres ont souvent quarante pieds de long. 

On a trouvé sur le Mont Beuvray des chevilles et de 
grands clous provenant des murs de l'ancienne Bibractei^l). 
On a pu observer dans les ruines de Voppidum de Murcens 
(Lot) l'association des pierres et des poutres en bois (2). 
A rimpernal, les poutres dépassaient de 0,15 à 0,20 la 
face du mur et les bouts en étaient arrondis. Les pou- 
tres transversales étaient reliées par de grandes che- 
villes en fer (3) aux poutres perpendiculaires à la muraille. 
Les Gaulois ne creusaient pas de fondations ; ils n'em- 
ployaient ni ciment, ni mortier ; ils ne taillaient pas la 
pierre (4;. Quant aux maisons découvertes dans Voppidum 

(1) Revue archéologique, t. xxi (1870), pi. VII ; t. xxii (1870), 
pi. XIX. BuLLiOT, Fouilles du Monl-Beuvray, t. i, p. 23, 2.5, 34. 

(2) Re'.tie archéologique, t. xvii (1868), p. 249-253, pi. VIII; 
1. XVIII, p. 73 ; Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. r, 
jijaiiches. Desjardins, Géographie historique et administrative 
de la Gaule romaine, t. ii, p. 119. 

(3) Sur la métallurgie de ces clous ou chevilles, voir M. Caille- 
TET, Revue archéologique, t. i (1883), p. 73. 

(4) BuLLioT et RoiDOT, La cité gauloise selon l'histoire et les 
traditions, p. 103. 



)8 



HirfTES 



de Bibracte et qui peuvent, comme dous l'avons dit, être 
antérieures à la conquête romaine, elles étaient construites 
sur un pian rectangulaire, la plupart en maçonnerie d'ar- 
gile, sans chaux ; un assez grand nombre, en pisé et en 
bois. Elles sont le plus souvent à demi souterraines ; on y 
descend par un escalier intérieur de plusieurs marches. Le 
sol est en terre battue. La toiture était sans doute en 
paille (1). On a trouvé à Alesia (2) et sur d'autres point? 
de la Gaule des vestiges de huttes gauloises. Dans le pays 
messin, ce sont maintenant des trous circulaires de 10 a 
40 mètres de diamètre et profonds de 2 à 10 mètres, que 
Ton désigne d'ordinaire sous le nom de « margelles » ou 
de « mardelles ». On y a découvert des troncs d'arbres qui 
formaient autrefois avec de menues branches et de l'argile 
une sorte de toiture conique au dessus du sol. Dans b s 
plus grandes huttes, la toiture était soutenue [fdv des pi- 
liers. Dos clayonnoges consliluaient la porte. Il est possib e 
(piun bas-relief du i"" siècle de notre ère, conservé au 
Musée du Louvre, représente au second [)lan une hutte 
gauloise. C'est une cabane ronde recouverte d'un (oit co- 
nique dont le milieu semble à ciel ouvert ; elle est tapissée, 
à l'extéi'ieur, de roseaux ; une ouverture rectangulaiic 
forme la porte (3). Les emplacements de maisons à xMur- 



(1) Déciielette, Note sur l'oppidum de Bibracte, L' Anthropo- 
logie, l. xiii (1902), p. 74-78. Les Fouilles du Mont-Beuvray (' 
1897 à 1904, Paris, 1904, p. 5-59 (avec planches). 

(2) Cf. Pro Alesia, 1. i, p. 160 : t. ii, p. 377-.'^80 ; Revue archco 
logique, t. viii (1906), p. 3.0 ; t. ix (1907), p. 178. 

(3) A. Grenier, Habitations gauloises et villas latines dans la 
cité des l\lédiomatrices, p. 25-43. M. Grenier pense que rsanto- 
suelta tient à la n^ain une réduction d'une Jiutte de ce srenrc. 
que d'autres prennent pour une cassolette à encens. Voir ci-des- 
sous ch. V. 



LES PERSONNES ET LES COLTUMES 159 

ceiis ont soit la forme circulaire, soit la forme elliptique (1). 
Les maisons de Bibracte sont munies de cheminées. De- 
vant le foyer étaient placés des chenets à tête de bélier, en 
argile recouvert de poussière de mica (2) On ne rencontre 
guère qu'à l'époque de la Tène les chenets (en fer ou en 
argile), les broches à rôtir (en bronze ou en fer) et les cré- 
maillères (en fer). 

Les vastes enceintes désignées en Irlande sous le nom 
de dûn et dont le dûn Aengiis en Aranmore dans la baie 
de Galway offre l'un des exemples les plus intéiessants 
sont construites en pierres sèches. Les murs du Dun Aen- 
giis se développent en trois cercles irréguliers, au sommet 
d'une falaise de 90 mètres. Leur épaisseur est de 6 mètres ; 
leur hauteur de 6 à lo mètres (3). Mais outre les forteresses 
en pierre, les Irlandais se servaient aussi comme lieux de 
défense et de refuge, d'enceintes en terre nommées 
rath (4). 

Les Gaulois que nous décrit Polybe (5) ignoraient l'usage 
des meubles et ne connaissaient d'autre lit que le gazon. 
Les Boii de Cisalpine, d'après Tite Live, avaient des vases 
d'airain, vasa aenea Gallidi, assez artistement travaillés, 



(1) Castagne, Mémoire sur les ouvrages de fortification des 
oppidum gaulois, Tours, 1875, p. 103-110. 

(2) J. DÉCHELETTE, Le bélier consacré aux divinités domestiques 
sur les chenets gaulois. Revue archéologique, t. xxxiii (1898), 
p. 63-81, 245-262 ; Bulliot, Fouilles du Mont-Beuvraij, t. i, 
p. 207 ; Vauvillé, Congrès archéologique, LIV^ session, Soissoxis, 
1888, p. 178. 

(3) Archaeologia Cambrensis, t. iv (1835), p. 297 ; t. iv (1858), 
p. 100 ; Joyce, .1 social history of ancient Jreland, t. ii, p. 57-58. 

(4) On trouvera le plan du rath d'Emain Mâcha, capitale de 
rUlster, chez H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, 
t. XVI, p. 1-7 (fig.). 

(5) Histoires, ii, 17. 



160 MEUBLES 

qui figurèrent en 191 au triomphe de P. Cornélius Scipio ; 
mais ces vases appartenaient sans doute, comme les sta- 
tues. .Hgna, et les lingots d'argent dont il est question dans 
le même texte, au mobilier dun temple (1). Poseidùnios, 
cité par Athénée (2), rapporte que les Celtes, pour prendre 
leurs repas, s'asseyaient sur du foin autour de tables en 
bois rondes et peu élevées au-dessus de terre Ils n'avaient 
ni cuillers ni fourchettes ; ils prenaient à deux mains les 
morceaux de viande et les déchiraient, comme des lions. 
S'ils ti cuvaient quelque chose de difficile à séparer, ils Je 
découpaient avec un petit coutelas (.aa/aipiov), pendu dans 
une gaine particulière à côté des fourreaux (3). Les plais 
étaient de cuivre, d'argent ou de terre; on les rem[)la(;ait 
quelquefois par des corbeilles de bois et d'osier. Les 
coupes (4), semblables aux vases grecs appelés àu[i.xoi, 
étaient de terre ou d'argent. Des cornes d'urus, cerclées 
d'argent sur les bords, servaient de coupes dans les grands 
festins (5). Nous avons parlé [)lus haut des coupes faites de 
crânes humains. Les cribles étaient en crins de cheval (6) 
Diodore (7) nous montre les Gaulois couchés sur des peaux 
de bêtes sauvages et accroupis pendant leurs repas sur des 
peaux de loups ou de chiens, pendant qu'à côté d'eux sont 

(1) TiTE LiVE, XXXVI, 40. 

(2) IV, 36. 

(3) Cf. A. Blanciiet, Revue des éludes anciennes, t. ix (1907), 
p. 181-183. 

('^) Cf. Plutarque, César, 27. 

(5) CÉSAR, Guerre de Caule, vi, 28 ; Cf. Pline, xi, 45, 126 ; 
Corpus inscriptiojium latinarum, t. xiii, n° 5708, 1. 28, où l'on 
trouve le testament d'un Lingon qui énumère un grand nombre 
d'objets mobiliers. 

(6) Pline, Histoire naturelle, xviii, 28, 108. 

(7) Bibliothèque, v, 28. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, 
Cours de littérature celtique, t. v, p. G7. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 161 

des foyers flamboyants avec des chaudières et des broches 
garnies de quartiers entiers de viande. Strabon (1) dit que 
presque tous les Celtes couchent sur la terre et prennent 
leurs repas assis sur des lits de paille, d'herbe ou de 
feuillage 11 parlait sans doute de l'opoque où Poseidonios 
visita la Gaule, car Pline l'Ancien nous apprend que les 
matelas et les lits rembourrés étaient une invention gau- 
loise (2). 

Les Celtes de Cisalpine élevaient, pour se nourrir de 
leur chair, un grand nombre de porcs, que les porchers 
ralliaient du pâturage en sonnant de la trompe (3) Posei- 
donios nous apprend que les Gaulois mangeaient beau- 
coup de viande rôtie, bouilUe ou grillée et peu de pain [4). 
Le pain de froment était, d'après Pline (5 , très léger. On a 
trouvé, à la station de la Tène et à Murcens ainsi que dans 
d'autres oppida, des fragments de meules circulaires à bras 
plus ou moins semblables à celles des moulins rotatifs des 
Romains (6). Yarron avait vu, en Gaule Transalpine, près 
du Rhin, des contrées dont les habitants, n'ayant pas de 
sel marin ou fossile, se servaient des charbons salés de cer- 
tains bois (7 . Les Gaulois ert particulièrement les Seqiiani 
faisaient, au temps de Strabon, un grand commerce de sa- 
laisons (8), non seulement avec Rome, mais avec la plu- 

(1) Géographie, iv, 4, 3. Cf. m, 4, 16. 

(2) Histoire naturelle, viii, 73, 192 ; xix, 2, 13. 

(3) polybe, xii, 4. 

(4) Athénée, iv, 36. 

(5) Histoire naturelle, xviii, 12, 68. Sur le pain galatc, voir 
A. J. Reinach, Revue celtique, t. xxviii, p. 225. Sur le pain d'orge 
ou de millet, voir Pliise, xviii, 11, 62 ; 25, 101. 

(•') Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1386-1390. 

(7) De l'agriculture, 1, 7. Cf. Pline, Histoire naturelle, ^x^i, 
;!!>, 82. 

(8) Strabon, iv, 4, 3 ; cf. iv, 3, 2 ; Martial, xiii, 54. 

G Dot in. — Manuel de l'antiquité celtique. 11 



162 



NOLiRUITURE 



part des autres marchés de l'Italie. Les jambons et la char- 
cuterie des Gaules étaient renommés au f siècle avant 
notre ère (1). La graisse de porc tenait lieu dhuile (2). 
Les Marseillais connaissaient la bouillie d'orge, la farine 
de millet (3j. Le laitage était un des principaux aliments des 
Gaulois (4). On a trouvé au Mont Beuvray des débris de 
grands égouttoirs pour le fromage, Les habitants des côtes 
de la Méditerranée et de l'Océan se nourrissaient de pois- 
son, qu'ils assaisonnaient avec du vinaigre, du sel et du 
cumin (b). Les Caledonii et les Maeatae, au contraire, ne 
tiraient pour leur nourriture aucun parti des poissons qui 
pullulaient chez eux et vivaient du proiluit de leurs trou- 
peaux et de leur chasse et des fruits des arbres (6). J^es 
Bretons de l'intérieur de l'île ignoraient, au temps de 
César (71, l'agriculture et se nourrissaient de lait et de 
viande. D'autres, chaque jour, pour vivre, égrenaient les 
plus anciens des épis conservés dans des granges (8). Cer- 
taines de leurs tribus étaient si peu industrieuses que, 
bien qu'elles eussent du lait en abondance, elles n'en fai- 
saient pas du fromage (9). D'autres vivaient d'écorces et de 
racines, et préparaient un aliment tel qu'il suffisait d'en 
manger la grosseur d'une fève pour n'avoir plus ni faim, 
ni soif (10). 

(1) Varron, De l'agriculture, ii, 4 ; Athénée, xiv, 75. 

(2) Denys d'Halicarnasse, XIII, 16. 

(3) César, Guerre civile, ii, 22. 

(4) Strabon, IV, 4, 3. Cf. A. Jacob, Revue de philologie, 
t. XXXVI (1912), p. 162-163. 

(5) Athénée, iv, 36 ; cf. César, Guerre de Gaule, iv, 10. 

(6) Dion Cassius, lxxvi, 12. 

(7) Guerre de Gaule, v, 14. 

(8) DiODORE, V, 21. 

(9) Strabon, iv, 5, 2. 

(10) Dion Cassius, lxxvi, 12. 



LES PERSONNES ET LES COOTIMES 163 

La boisson ordinaire des Gaulois, au temps de Poseidô- 
nios, était une bière (1) faite de froment avec ou sans 
miel ; on l'appelait corma ; on y mettait aussi du cumin. 
Tous les convives buvaient dans la même coupe ; le servi- 
teur la faisait circuler à droite et à gauche ; chacun n'ava- 
lait guère plus d'un cyathe (0 1 045), mais on y revenait. 
Diodore distingue deux sortes de boissons gauloises : une 
bière d'orge et de l'hydromel (2). La bière n'était, d'après 
Denys, qu'un jus fétide d'orge pourrie (3). Dioscoride dé- 
clare qu'elle donnait des maux de tète et qu'elle était nui- 
sible aux nerfs (4). Aussi les Gaulois préféraient-ils le vin 
que leur apportaient les marchands d'Italie. C'était, déjà 
au 1-"^ siècle avant notre ère, la boisson des gens 
riches ; ils échangeaient volontiers un tonneau de vin 
contre un jeune garçon, et buvaient le vin sans mélange 
jusqu'à l'ivresse (o). Il y en avait qui, pour de l'argent ou 
un certain nombre de cruches de vin, s'étendaient sur leurs 
boucliers et se laissaient couper la gorge à condition que 
l'argent ou le vin fût donné à leurs parents après leur 
mort (6). Mais, au temps de César (7), les Nervii interdi- 
saient qu'on introduisit chez eux du vin, ainsi que tous les 
objets de luxe. Les Celtibères buvaient du vin mélangé de 



(1) Poseidônios chez Athénée, iv, 36. Cf. Dioscoride, ii, 
110 ; Pline, xxii, 82, 164. 

(2) DioDOKE, V, 26. 

(3) Denys d'Halicarnasse, xiii, 16. 

(4) Sur la matière médicale, ii, 110. 

(5) Diodore, y, 26 ; Athénée, iv, 36 \ Ammien Marccllin 
(d'après Cicéron), xv, 12, 4. 

(6) Poseidônios, chez Athénée, iv, 40. 

(7) Guerre de Gaule, ii, 15. 

(8) Diodore, v, 34. 



1H4 BOISSON 

miel (8). Les Irlandais de l'épopée buvaient de la bière 
(cuirni) et de rbydromel (tnid) (1). 

Nous connaissons par Poseidônios {2) l'ordonnance des 
grands repas des Celtes. Les convives s'asseyaient en 
cercle (3) ; au milieu, comme un maître de chœur, est 
celui qui l'emporte sur les autres par la gloire militaire, 
la naissance ou la richesse. Le maître de la maison se 
place à côté de celui-là, les autres se mettent de chaque 
côté SL-lon leur rang. Les porteurs de boucliers se rangent 
derrière, et les porteurs de lances, assis en cercle au bout 
o[)posé, mangent ensemble servis comme les maîtres. Les 
meilleurs morceaux étaient offerts aux hommes les plus 
braves, d'où des disputes et des combats souvent mor- 
tels (4). D'ailleurs, à la fin des repas, les convives aimaient 
à lutter sans se prendre à bras le corps ; quelquefois même, 
ils allaient jusqu'à se blesser et se seraient tués si les assis- 
tants ne les avaient séparés (5). Daprès Phylarque, chez 
les Gaiates. on disposait pèle-mèle sur la table des mor- 
ceaux de pain et des viandes tirées des chaudières , mais 
personne n'y goûtait avant qu'on n'eût vu le roi toucher à 
l'un quelconque des mets servis (6). 

Dans l'ancienne Irlande, rien n'était plus fréquent que 
les querelles et les combats qui s'engageaient entre les 
guerriers pour décider à qui reviendrait le « mor- 



(1) Cf. medu-, ci-dessus, p. 115. Tàin Bô Cualnge, éd. Win- 
disch, p. XXV. 

(2) Poseidônios chez Athénée, iv, 36. 

(.3) Arthur C. L. Brown, The round table hefore Wacc, p. 195- 
196. 

( ) Diodore, V, 28 ; cf. Athénée, iv, 40. 

(5) Athénée, iv, 40. 

(6) Phylarque chez Athénée, iv, o4. 



LES PEKSO.NNES ET LES COLTUMES lG5 

ceau du héros (curalhmîr) cl l'honneur de faire les parts (!). 
Certains repas celtiques étaient restés célèbres Luernios, 
père de Bituitos le roi des Arverni qui fut vaincu par les 
Romains en 121 avant Jésus-Christ, avait fait faire une 
enceinte carrée de douze stades oij l'on avait placé des 
cuves pleines d'excellente boisson et une si grande quantité 
de choses à manger que pendant nombre de jours ceux qui 
voulurent y entrer eurent la liberté de se rassasier de ces 
aliments et furent servis sans interruption '2). Ariamnès, 
riche Galate d'Asie, avait publié qu'il traiterait tous les 
Galates pendant un an. Il s'y prit ainsi. Sur les routes du 
pays, il fit établir, aux endroits les mieux placés, des 
tentes faites de pieux, de roseaux et d'osier, pouvant 
abriter chacune quatre cents hommes et même davantage. 
Il y fit disposer de grands chaudrons, remplis de toute 
sorte de viande, et qu'il avait fait faire à l'avance. Tous les 
jours, on tuait un grand nombre de victimes, taureaux, 
porcs, moutons. On avait préparé des tonneaux (rîOoj;) de 
vin et une quantité de farines. Et non seulement les Ga- 
lates venus des champs et ^es villes pouvaient y goûter, 
mais les serviteurs ne laissaient pas même les étrangers 
de passage s'éloigner avant qu'ils n'eussent pris leur part 
des mets servis (3). A peu près de même, dans l'épopée 
irlandaise, Mac Dâlhô traitait ses hôtes : l'hôtel avait sept 
portes ; à chacune aboutissait un chemin. Il y avait aussi 
sept foyers et sept chaudrons, un bœuf et un cochon dans 
chacun d'eux. Chaque passant plongeait une fourclretle 
dans le chaudron ; si du premier coup il atteignait un mor- 

(1) Cours de littérature celtique, t. v, p. 72, 86. 

(2) Poseidônios chez Athénée, iv, 37. 
(.3) Phylarque chez Athénée, iv, 34. 



16H 



VETEMENTS 



ceau il le mangeait ; s'il ne réussissait pas la première fois, 
il ne pouvait recommencer (1), 

Sur le vêtement des Celtes, les témoignages des anciens 
et l'archéologie nous renseignent suffisamment. A la ba- 
taille de Télamon livrée par les Gaulois cisalpins aux Ro- 
mains en 225 avant J.-C, tandis que les Gaesati com- 
battaient nus et parés de colliers et de bracelets d'or, les 
Insabres et les Boii étaient vêtus de braies et de saies 
légères. Mais le nom gaulois des braies n'est pas donné par 
Polybe qui emploie le nom grec du pantalon persan : 
à'-itijs'os; (2). Diodore nous donne une description complète 
du costume des Gaulois. Ceux-ci portent des tuniques bi- 
garrées de diverses couleurs, des i)antalons qu'ils appellent 
Pp-ixat ; avec des agrafes, ils attachent à leurs épaules des 
saies rayées, d'une étoffe à petits carreaux multicolores, 
épaisse en hiver et légère en été (3). Les braies étaient 
quelquefois en peau de chèvre (4 . 

Les braies sont rarement figurées sur les statues et les 
bas-reliefs, qui d'ordinaire représentent les Gaulois entiè- 
rement nus. Sur l'arc d'Orange, quehiues Gaulois sont 
viHus de braie.s Un vase de bronze provenant de Pompéi 
porte deux hommes barbus vêtus de braies, ayant au cou 
le lorques et au bras gauche un long bouclier hexagonal. 
Un des guerriers du sarcophage de la Vigne Amniendola 
porte des braies étroites, ainsi que les prisonniers figurés à 



(1) H. d'Arbois de JuBAi.NviLLE, Couis de littérature celtique, 
t. V, p. 67. 

(2) Histoires, ii, 28, 7. 

(3) Bibliothèque, v, 30. Cf. Cicéron, Pour Fontéius, 23 ; 
Strabon, IV, 4,3 ; Virgile, isnéirfp, vin, 657-660 : Properce, v, 
10, 39-45 ; Pline, viii, 73, 191. 

(4) riÉsYv.Hius, au mot iJpix/cai, 



LES PEKSO.NNES ET LES COUTUMES 167 

la partie supérieure du bas-relief (1). Ces pantalons des- 
cendaient jusqu'à la cheville et étaient parfois attacliés à la 
chaussure C^). 

Le pantalon ne semble pas d'origine celtique; il est 
inconnu aux habitants de la (îaule Belgique (3) comme 
aux anciens Gaëls d'Irlande et d'Ecosse : la Narbonnaise 
seule porte le nom de Gallia brarata (4) ; le mot braca 
parait se rattacher à la même racine que le mot latin siif- 
frago jarret ; s'il en est ainsi, le mot braca a été emprunté 
I>ar les Celtes aux Germains, les langues germaniques 
changeant le g en k, tandis que le celtique conserve 
le g (5). 

Le sagum ou saguliim (6) est, en même temps que le man- 
teau gaulois, le manteau des Ligures, des Germains, des 
Lusitains et des soldats romains 7'. 11 était en laine de 
mouton. Les saies en laine très rude, mais longue de poil, 
s'appelaient lainai (8). La laina était vraisemblablement 
différente de la linyia tissée en Gaule d'après Piaule (9); la 
liiina était une saie carrée et souple. Le sagum des Celti- 

(1) S. Reinach, /îet^ae «/Trtéo/ogiçMe, t. XIII, 1889, p. 195-19G, 
337. 

(2) S. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 138. 
Cf. les Gaulois d'Alesia, Pro Alesia, t. i, p. 73-75 (pi.), 113-114 
(pi.). 

(3) F. Hettner, Zur Kultur i^on Geimainen und Galha Be'- 
^ica, We'tdeutsche Zeilschri l jùr Gcschiclite un l Kunst, t. ii, 
(18b3), p. 11. 

(4) Mêla, ii, 5, 74 ; Pline, Histoire naturelle, m, 5, 31. 

(5) H. d'Arbois de Jubaiinville, Le pantalon gaulois, Revue 
archéologique, t. i (1903), p. 337-342. Dans l'Antiquité, le panta- 
lon était en usage chez les Perses et les Scythes. 

(')) Guerre de Gaule, v, 42, 3. 

(7) RoGET de Belloguet, Ethnogénie gauloise, t. m, p. 74. 

(8) Strabo.x, IV, 4, 3. 

(•j) Isidore, Origines, xix, 23, 3, 



168 VÊTEMENTS 

bères était, d'après Appieu [i), une sorte de luauteau 
double et épais attaciié par uue fibule ; il était fait d'une 
laine noire hérissée qui ressemblait au poil de chèvre (2,. 

Sur l'arc de triomphe d'Orange, des Gaulois sont figurés 
nus avec un sagiim sur les épaules. Ce sagum s'attachait 
par une fibule sur l'épaule droite au-dessus de la tunique, 
comme on le voit à la statue de Montdragon. Le sagum 
est encore représenté sur la statue du Gaulois de la 
villa Ludovisi et sur le sarcophage de la vigne Ammeu- 
(lola. 

On a trouvé, en grand nombre, les fibules (broches ou 
épingles de sûreté) qui servaient à attacher le sagum. 
Elles sont en forme d'arc ; l'épingle s'attache à l'arc soit 
directement, soit au moyen d'anneaux ou de boutons ; il y 
en a un grand nombre de variétés quelquefois en fer, plus 
souvent en bronze, rarement en argent ou en or. A 
Hallstatt, où elles remplacent l'épingle vers 700 av. J.-C, 
on trouve des fibules demi-circulaires, naviformes, serpen- 
tiformes, deini-luiiaires, à double disque, à timbale, en 
forme de T ou d'arbalète ; on en trouve même d'historiées, 
avec des chaînettes terminées par des disques (3) ; les unes 
sont munies d'un ressort unilatéral, d'autres d'un ressort 
bilatéral, quelques-unes n'ont pas de ressort. A la période 
de la Tène appartiennent des fibules dont le pied figurant 
un S avec l'arc remonte vers celui-ci et le rejoint en for- 
mant un onllet ou en se terminant par un bouton ; les 
modèles compliqués sont ( nrichis démaux ou de corail ; 

(1) Histoire romaine, vi, 42. 

(2) DioDORE, V, 33, 2. 

(3) Matériaux pour l'iiistoire de l'homme, t. xx (1886), p. 54 
(fig-)- 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 169 

les fibules en fer sont quelquefois ornées de perles de 
verre ou de bronze (1). On trouve une représentation nette 
d'une fibule sur les statères de Cricirn (2). 

La tunique des Gaulois différait de celle des Grecs et des 
Romains en ce qu'elle avait des manches ; elle ne dépassait 
pas le haut des cuisses et le bas du dos (3j. Le guerrier de 
Montdragon porte une tunique très longue. Le barbare qui, 
sur le sarcophage delà vigne Ammendola, semble se donner 
la mort, est vêtu d'une tunique serrée descendant à mi- 
cuisses. Sur la tunique, les Gaulois ceignaient des ceintures 
dorées ou argentées (4). Ces ceintures étaient sans doute en 
métal, comme celle que le jeune Gaulois mort de Venise 
porte directement sur la peau. A la seconde période hallstat- 
tienne, la parure féminine est caractérisée par une large 
ceinture de cuir revêtue d'une ou de plusieurs feuilles de 
bronze battu, à ornements géométriques, ou simplement 
ornée de rangs serrés de boutons. Les agrafes de ceintu- 
rons sont en tôle de bronze et se terminent par une pointe 
triangulaire, dont le crochet s'engage dans une boucle. Cer- 
tains objets de bronze, composés d'un système de cercles 
plats, concentriques et mobiles, semblent avoir constitué 
une parure abdominale (5). 

A l'époque de La Tène II, les ceintures féminines que 
l'on trouve passées autour des os du bassin sont formées 



(1) S. Reinach, article fibula dans le Dictionnaire des anti- 
quités de Saclio. Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. i, 
planches ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 845-856, 1245-126:'. 

(2) Blanciiet, Traité des monnaies gauloises, p. 376 (fig. 373). 

(3) Strabon, IV, 4, 3. S. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule 
romaine, p. 137-185. 

(4) DiODORE, V, 30. 

(5) DÉCHELETTE, Muiiuel, l. II, p. 856-867. 



170 



VETEMENTS 



de chaînettes en bronze composées d'anneaux alternant ou 
non avec de petits bâtonnets (1). 

D'après Dion Cassius (2), la caracalla, manteau en forme 
de |jtavojr, composé de plusieurs morceaux et que l'empe- 
reur M. Aurelius AntoninusBassianus fit allonger jusqu'aux 
talons, est d'origine gauloise. Le reno est un manteau de 
fourrure à longs poils qui couvrait les épaules et la poitrine 
jusqu'au nombril. Varron lattribuo aux Gaulois (3). Au 
I '■ siècle de notre ère, Martial (4) cite une épaisse couver- 
liire tissée chez les Sequani et qu'il appelle d'un nom grec: 
endromis. Il n'est point question du cucuUus avant Colu- 
nielle (5). Le cucullus était un capuchon qui s'adaptait soit 
au sagum, soit à la lacerna (6). Le bardo-cucullus était 
sans doutelec'»cM//M.9 porté parles bardes; on le fabriquait, 
au temps de Martial (7), à Langros et à Saintes. Les habi- 
tants des îles Cassitérides portaient, d'après Strabon (8), des 
manteaux noirs, des tuniques qui tombaient jusqu'aux pieds 
et étaient attachées par une ceinture à la poitrine. Mais les 
habitants de l'intérieur de la Grande-Bretagne étaient, au 
temps de César, vêtus de peaux (9). 

Les Celtes aimaient les vêtements de couleurs éclatantes : 
les chefs portaient des vêtements teints et brochés d'or (10) ; 



(1) DÉCHELETTE, Mauucl, t. II, p. 1230-1235. 

(2) Histoire romaine, lxxviii, 3, 3. 

(3) De la langue latine, v, 35 ; Isidore, Origines, xix, 23, 4. 

(4) Epigrammes, iv, 19. 

(5) I, 8, 9. 

(6) Martial, xiv, 139. 

(7) Epigrammes. i, 53 ; 4 ; xiv, 128, 1. 

(8) Geo^Trtp/îie, III, 5, 11. Peut-être s'agit-il des îles de Galice. 

(9) Guerre de Gaule, \, 14. 

(10) DioDORE, V, 30, 1 ; Strabon, iv, 4, 5 ; Tite Live, vu, 10 : 
VlRGii-E, Enéide, viii, 600 ; Properce, iv, 10, 43; SiLirs Ita- 



LES l'ERSONiXES ET LES COUTUMES ' 171 

leurs habits brodés (1), à raies, avaient attiré l'attention 
des anciens. D'après Pline, les Gaulois étaient les inventeurs 
des étoffes à carreaux (2). Ils avaient su extraire de l'ai- 
relle une couleur pourpre, de l'hyacinthe une écarlate et 
tiraient des planles toutes les autres couleurs (3). 

Les chaussures d'origine gauloise que les Romains appe- 
laient gallicae et dont l'usage se répandit en Italie peu de 
temps avant l'époque de Gicéron étaient des sortes de san- 
dales assez semblables aux solme, qui .laissaient à décou- 
vert en grande partie le dessus du pied; ou les attachait 
avec des cordons ou des lacets de cuir (4). La plupart des 
guerriers représentés sur le sarcophagede la Vigne Aramen- 
dola sont nu-pieds. Seuls le chef et quelques captifs portent 
une chaussure à semelle épaisse découpée sur l'em- 
peigne (5). 

Le capuchon, qui faisait souvent partie de la saie, servait 
de coiffure ; mais les naulae Parisiaci portent une sorte de 
bonnet à deux étages (6), et les déesses-mères des chapeaux 
à larges bords (7 ) : il est possible que certaines calottes sphé- 
riques que nous prenons pour des casques soient simple- 
ment des chapeaux (8). 



Licus, IV, 155 ; 268 ; Pxutarque, Marcellus, 7 ; Pline, xxii, 2, 
3, écrit que dans la Gaule transalpine on teint en pourpre et en 
diverses couleurs. 

(1) Pline, viii, 73, 191. 

(2) Histoire naturelle, viii, 74, 196. 

(3) Ihid., XXI, 97, 170 ; xvi, 33, 77. 

(4) Aulu-Gelle, xxii, 21 ; Lafaye, article Gallicae dans le 
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Saglio. 

( ) S. Reinagh, Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 142, 
144, 146, 152, 153. 

(6) EspÉRANDiEu, Recueil général, n° 3132. 

(7) Ihm, Bonner Jahrhiichcr, t. lxxxiii, p. 38, 44-47 (pi.). 

(8) C. Jvi.i^iAis, Histoire de la Gaule, t. n, p. 197, n, 4; 297. 



172 VÊTEMENTS 

Quant au vêtement des femmes, nous n'avons guère 
d'autre document que le portrait de Boudicca chez Dion 
Cassius : elle étaitgrande, avait l'aspect effrayant, le regard 
perçant, la voix rude ; sa clievelure épaisse et très blonde 
lui tombait jusqu'au bas des reins ; elle portait un grand 
collier en torsade d'or ; elle était revêtue d'une tunique 
plissée couverte de broderies, sur laquelle s'agrafait un 
épais manteau (1). D'après les bas-reliefs des déesses-mères, 
on peut conjecturer que les femmes gauloises ont porté une 
tunique descendant aux talons et un manteau attaché sur le 
devant par un uceud, un bouton ou une fibule (2). 

On a trouvé quelques débris d'étoffes, tantôt grossières, 
tantôt fines et légères, qui enveloppaient des offrandes funé- 
raires de l'époque de llallstatt (3). 

L'usage des vêtements semble avoir été inconnu à cer- 
taines peuplades celtiques. Les habitants du nord de la Bre- 
tagne étaient, au II'' siècle après Jésus -Christ, complètement 
nus et restaient des jours entiers plongés dans leurs ma- 
rais (4). D'après Aristote(5), les Celtes se couvraient peu. 
Les Caulois figurés sur les monuments antiques sont en gé- 
néral représentés nus. On sait que quelques peuples gauluis 
avaient l'habitude de quitter leurs vêtements pour com- 
battre (6). 



(1) Histoire romaine, lxii, 2. 

(2) Ihm, l. c. p. 38 (pi.). 

(3) Perron, Matériaux pour l'histoire de l'homme, t. xv (1880) , 
pi. XII-XIV, p. 355. 

(4) Dion Cassius, lxxvi, 12, 4. Cf. Hérodien, m, 14, 7 ; 
EuMÈNE, Panégyrique de Constance, 11. 

(5) Politiques, vu, 2, 17. 

(6) PoLYBE, II, 28, 8 ; 29, 7 ; 30, 2-3 ; m, 114, 4 ; Tite Live, 
XXII, 46, 6 ; XXXVIII, 21, 9 (Galites) ; Denys d'Halicarnasse, 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 173 

Le goût des Celtes pour la parure avait frappé les an- 
ciens (1). Comme il y avait beaucoup d'or natif en Gaule, 
les habitants le recueillaient pour s'en parer (2) ; non seu- 
lement les femmes, mais aussi les hommes (3) portaient 
des anneaux d'or aux poignets et aux bras, de gros colliers 
tout en or au cou, de belles bagues aux doigts et, de plus, des 
cuirasses d'or i^v Certains colliers d'or atteignaient un 
poids considérable. Le sénat romain donna en 170 à deux 
petits rois transalpins deux colliers pesant cinq livres (o)^ 
Un autre collier donné aussi! à un petit roi transalpin en 
169 pesait deux livres (6). Avec les colliers des Cisalpins, 
C. Flaminius put ériger un trophée d'or à Jupiter (7). On 
fit faire en 196 avec les colliers d'or des Boii un grand 
torques qu'on déposa dans le temple de Jupiter Capitolin. 
P. Cornélius Scipio en 191 emporta à la suite de sa victoire 
sur \QS,Boii 1471 colliers d'or (8). I^es Gaulois firent don à 
Auguste d'un collier du poids de cent livres (9 1. Les Bretons 
portaient des ornements de fer autour du cou et sur les 
flancs (10 1. 

Les Gaulois sont souvent figurés avec des colliers et des 



XIV, 13 ; DiODORE, V, 29. Cf. S. Reinach, Revue archéologique, 
t. XIII (1889), p. 333, 335, 337. 
• (1) Strabon, IV, 4, 5. 

(2) Cf. E. Cartailhac, L'or gaulois, Revue d'anthropologie, 
t. IV, p. 272-292. 

(3) Cf. Reloue celtique, t. vu, p, 390. Revue critique d'histoire et 
de littérature, t. xxii (1886), p. 275. Revue archéologique, t. xi 
(1888), p. 19-20. 

(4) DioDORE, V, 27 ; Strabon, iv, 4, 5. 

(5) TiTE LiVE, XLIII, 5. 

(6) TiTE LiVE, XLIV, 14. 

(7) Florus, II, 4. 

(8) TiTE LivE, XXXIII, 36 ; xxxvi, 40. 

(9) QUINTILIEN, VI, 3, 79. 

. (10) Hérodien, III, 14, 7. 



\7\ 



PAKUKE 



bracelets. Le Gaulois mourant du Capltole porte un torques 
au cou ; six guerriers gaulois du sarcophage de la Vigne 
Ammendola présentent aussi cet ornement Le Gaulois de 
Montdragon a un anneau passé au bras. Le torques est sou- 
vent représenté sur lesmonnaiesgauloises (1). On le trouve 
aussi sur le monument de Biot ''2i. 

On a trouvé de nombreux colliers en Gaule surtout à par- 
tir de l'époque à laquelle appartiennent les tombes de la 
Champagne; dans le territoire des Renii le torques était 
porté plus souvent parles femmes et les enfants que par les 
guerriers (3). Ce sont des colliers faits de tiges de métal lisses 
ou torses. 

Très rare à l'époque de Hallstatt, le torques^ est, à l'époque 
de LaTène I, presque exclusivement porté parles femmes ; 
il disparaît presque entièrement des sépultures à partir de 
La Tène 11. C'est sans doute vers 300 qu'il devient l'insigne 
des chefs celtes. Les torques des femmes étaient en bronze 
ou en or, très rarement en fer, décorés quelquefois d'orne- 
ments en relief, de corail, d'émail onde disques ajourés (4). 

Les bracelets et les anneaux des jambes, qui ne diffèrent 
souvent que par leurs dimensions, sont nombreux et varies 
à la seconde phase hallstattienne ; ils sont en bronze, ornés 



(1) Blanchet, Traité des monnaies gauloises, t. i, p. 162. 

(2) Laurent et Dugas, Revue des éludes anciennes^ t. ix, p. 64 ; 
EspÉRANDiEU, Recueil général, t. i, p. 31. 

(3) J. DE Baye, Rulletin archéologique du Comité des travaux 
historiques, 1885, p. 208-213. Cf. Revue celtique, t. vu, p. 390 ; 
Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches ; Bertrand, 
Archéologie celtique et gauloise, p. 265 ; A. Nicaise, Le port fé- 
minin du torques chez certaines tribus de l'Est de la Gaule, Chà- 
lons, 1886. Ci'. Matériaux pour l'histoire de l'homme, t. xx (1886), 
p. 308. 

(4) DÉCHELETTE, Alaiiuel d'urchéologie, t. ii, p. 1211-1217 (£ig.) 



LES PErsS<»>>ES ET LES COUTUMES \'U 

de godrons, de côtes, de traits parallèles ; en fer ; en lignite. 
Les modèles en sont très variés ; creux ou pleins, ouverts 
ou fermés ; cylindriques, en forme de turban ou de ton- 
nelet, de sphéroïde aplati (!). 

A l'époque de la Tène, le bracelet est un des éléments 
les plus communs de la parure féminine; il est souvent 
placé au-dessus du coude; il est généralement eu bronze, 
quelquefois eu fer, en lignite, en verre, en ambre, très ra- 
rement en or ou en argent (2). 

On a trouvé dans des tumulus de l'époque de Hallstatt 
des anneaux et des petits manches d'instruments de toilette 
en ivoire tourné (3), ainsi que des trousses de toilette 
comprenant d'ordinaire une pince, un cureoieille et un 
grattoir passés dans un anneau (4). Ces trousses, en bronze 
ou en fer, subsistent à l'époque de la Tène ; elles com- 
prennent souvent de petites cuillères perforées (o). 

Les épingles employées comme parure de tète à l'époque 
de Hallstatt se terminaient soit en cou de cygne, soit 
par plusieurs sphéroïdes superposés ; elles comportaient le 
« protège-pointe » (G). 

Les perles de verre servant de grains de colliers sont 
rares à l'époque de Hallstatt ; elles sont bleues avec une 
zone blanche en zigzag, ou jaune orange avec des yeux 
formés de zones bleues et blanches concentriques. A l'époque 
de la Tène I domine la perle en verre bleu avec des yeux 



(1) DÉCHELETTE, Monuel, t. II, p. 832-843 (H^.). 

(2) DÉCHELETTE, Muiiuel, t. II, p, 1218-1230 (fig.) 

(3) DÉCHELETTE, Maiiuel, t. II, p. 875 (fig.). 

(4) DÉCHELETTE, Mcmucl, t. II, p. 879-883 (fig.). 

(5) DÉCHELETTE, Maiiuel, t. H, p. 1271-1278 (fig.). 

(6) DÉCHELETTE, Muiiuel, t. II, p. 843-845 (fig.). 



176 fARURË 

blancs et bleus ; à l'époque de la Tène II, l'œil est remplacé 
par une spirale (1). 

A l'époque de Hallstatt, les pendants d'oreilles en bronze 
sont ou de petits croissants creux, ou de petits rubans 
fermés par un crochet ; on trouve aussi des pendeloques 
coniques que l'on passait sans doute dans les boucles 
d'oreilles (2). 

A l'époque de la Tène I, les pendants d'oreilles ont une 
forme dérivée du croissant ; on en trouve quelques-uns en 
or (3). 

Les bagues, très rares à l'époque de Hallstatt, sont fré- 
quentes aux diverses périodes de la Tène ; elles sont le plus 
souvent en bronze, rarement en fer, en or ou en argent. 
Les femmes les portaient à la main droite ou aux deux 
mains. 

Les Celtes portaient les cheveux longs ^4). La Gaule tran-j 
salpine a été surnommée par les Romains Gallia Co- 
mata (o). 

Les Gaulois lavaient fréquemment leurs cheveux avec une! 
lessive de chaux, et les relevaient (6) du front vers le som-l 
met de la tête et la nuque, en sorte qu'ils ressemblaient àj 
des Satyres ou à des Pans. Leurs cheveux devenaient sij 
rudes qu'ils ne différaient en rien des crins de chevaux. 
Quelques-uns se rasaient la barbe et d'autres la laissaient^ 

(1) DÉcHELETTE, Manucl, t. II, p. 870-872 (fig.) ; 1314-1322.' 

(2) DÉCHELETTE, Manuel, l. ii, p. 841-843 (fig.)- 

(3) DÉCHELETTE, Maiiuel, t. II, p. 1263-1264 (fig.). 

(4) Strabon, IV, 4, 3 ; Denys d'Halicarnasse, xiv, 9, 15 ; 
LucAiN, i, 442. 

(5) CicÉRON, Philippiques, viii, 9, 27 ; Pline, Histoire natu- 
relle, IV, 31, 105. 

(6) Appien, Histoire romaine, iv, 8. * 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 477 

croître modérément, mais les nobles se rasaient les joues et 
laissaient pousser leurs moustaches en sorte qu'elles leur 
couvraient la bouche ; quand ils mangeaient, la nourriture 
s'y embarrassait et quand ils buvaient, la boisson y passait 
comme à travers un crible (1). Sur les monuments, les 
Gaulois sont caractérisés par une chevelure épaisse et rude. 
Les trois angles supérieurs du sarcophage de la Vigne 
Animendola se terminent par deux têtes d'hommes et une 
tête de femme ; les cheveux sont très longs et partagés en 
touffes épaisses. Les guerriers figurés sur le bas-relief ont 
de longs cheveux flottants ; comme les têtes d'hommes qui 
ornent les angles, ils portent une longue moustache, mais 
tandis que celles-ci ont à peine une courte barbiche au men- 
ton, ils ont des barbes assez longues et incultes. Le Gaulois 
du Capitule et celui de la villa Ludovisi portent seulement 
la moustache. Le Gaulois de 'V^enise est barbu. Les mon- 
naies portent, de même, tantôt des têtes à longue barbe et 
à longs cheveux, comme le chef gaulois du denier de 
L. Hostilius Saserna, tantôt des têtes ayant seulement la 
moustache, comme sur des monnaies frappées par les 
Senonesk Rimini (2). Le jeune Gaulois mort de Venise est 
imberbe. On trouve à l'époque de Hallstatt des lames de 
bronze en forme de demi-lune et tranchantes à l'extérieur, 
munies ou non de pédoncules, lesquelles semblent avoir été 
des rasoirs (3). Ces lames sont en fer à l'époque de la 
Tène (4). C'est à cette époque aussi que l'on trouve des ci- 

(1) DioDORE, V, 28. Cf. Pline, xxviii, 51, 191. 

(2) Reinach, Les Gaulois dans l'art antique, Revue archéolo- 
gique, t. XII (1888), p. 273, 284 ; t. xiii (1889), p. 11, 323 note, 
o33. 

(3) A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, 2" éd., 
p. 292-300, 440-447 ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 878 (fig.). 

(i) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1278-1280 (fig.). 

G. DoTTiN. - Manuel de l'antiquité c4tique. 12 



178 PARURE 

seaux formés de deux lames de fer réunies par un res- 
sort (1). 

I.es soins de propreté chez les anciens Celtes n'étaient sans 
doute pas très minutieux. Ammien Marcellin (2) nous dit 
que les Gaulois de son temps étaient très propres. Le savon 
fabriqué d'abord avec du suif et des cendres était, d'après 
Pline (3), une invention gauloise. Pour entretenir la fraî- 
cheur de leur teint^ les femmes celtes se servaient de mousse 
de bière (4). Pour se laver, et pour se nettoyer les dents, 
les Geltibères employaient de l'urine vieillie dans des réser- 
voirs (5"!. La Valeriana cellica servait à préparer un parfum 
connu sous le nom de nard gaulois (6). 

Aux bijoux de fer, les Bretons ajoutaient des totouages. 
Tous les Bretons, dit César (7), se teignent le corps avec du 
pastel, ce qui leur donne une couleur azurée (8) et rend leur 
aspect horrible dans les combats. Ils laissent croître leurs 
cheveux et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre 
sui)érieure. Les femmes et les filles des Bretons, d"aj>rès 
Pline (9), se teignent le corps avec du pastel et ainsi, noires 
comme des Ethiopiennes, elles figurent nues dans certaines 



(1) DÉCHELETTE, Mauiiel, t. II, p. 1280-1284. 

(2) XV, 12. 

(3) Histoire naturelle, xxviii, 51, 191 ; Reynier, De l'écono- 
mie publique et rurale des Celtes, Genève, 1818, p. 327. 

(4) Ibid., XXII, 82, 

(5) DioDORE, V, 33 ; Strabon, m, 4, 16 ; Catulle, xxxix, 
17-19 ; cf. XXXVII, 20. 

(6) Pline, Histoire naturelle, xii, 26, 45. 

(7) Guerre de Gaule, v, 14 ; Cf. Properce, ii, 14, 26 ; Mêla, 
III, 6, 51 ; JoRDANÈs, Histoire des Goths, 2. 

(S) Cf. Caervileos cute Bripjantas (ms. scuta) (Sénèque, Apoko- 
loki/ntose, 193) ; caeruleis Britannis (Martial, xi, 53, 1). 

(9) Histoirelnaturelle, xxii, 2, 2. Cf. Vendryès, Res>ue cel- 
tique, t. XXXII, ip. 235. 



LES PI£RS0?<>CS liT LES COUTUMES 179 

cérémonies religieuses. Ce n'est que chez Hérodien (1) et 
Solin (2) que l'on voit que les tatouages des Bretons re- 
présentaient toutes sortes d'animaux. 

On a souvent dit que la richesse relative des parures 
celtiques prouvait un état avancé de civilisation qui con- 
trastait étrangement avec ce que nous rapportent les an- 
ciens de la pauvreté des habitations et de la grossièreté des 
repas, et on a parfois tenté de récuser les témoignages 
grecs ou romains. Mais rien ne prouve que le rapport 
qu'on établit de nos jours entre les diverses conditions de 
la vie fiât le même chez les anciens Celtes que chez les na- 
tions modernes. Et il semble que l'aspect de la Gaule et de 
ses habitants ait bien été, à cette époque lointaine, telle que 
se le figurait Cicéron (3) : « Pourquoi », disait-il, « César 
veut-il rentrer dans sa province, sinon pour achever son 
œuvre ? Faut-il croire que le charme du pays, la beauté 
des villes, la civilisation et l'élégance des habitants le re- 
tiennent *? Qu'y a-t-il de plus rude que cette terre, de plus 
grossier que ses oppida, de plus sauvage que ses habi- 
tants? >' 



m 



La vie des Celtes nous est peu connue. A l'exception de 
César, qui l'a d'ailleurs peu observée, les anciens ne nous 
ont guère laissé que des anecdotes destinées à orner les 



(1) Histoires, in, 14, 7. 

( ') Collectanea, xxii, 20. Peut-être des tatouages sont-ils 
représentés sur les effigies de certaines monnaies. Blanchet, 
Traité des monnaies gauloises, p. 158. 

(.3) Des provinces consulaires, 12, 



180 



FEMMES 



recueils de morale enseignée par l'exemple. L'archéologie, 
en l'absence de tout monument épigraphique, ne nous fait 
connaître que les coutumes de l'inhumation ou de la cré- 
mation. 

Voici ce que l'on a de plus sûr sur la condition des 
femmes et des enfants et sur les usages relatifs à la nais- 
sance et à la mort. 

La femme apporte une dot, mais le mari y joint une va- 
leur égale prise sur ses biens. Celui des deux époux qui 
survit reçoit les deux parts avec les fruits des années anté- 
rieures (1) Le maria sur sa femme le droit de vie et de 
mort. Quand un père de famille de haute naissance vient à 
mourir, ses proches s'assemblent et si l'on a quelque soup- 
çon au sujet de sa mort, ils mettent les femmes à la ques- 
tion comme des esclaves ; si leur mauvaise conduite est dé- 
montrée, ils les font périr par le feu et dans toute sorte de 
supplices (2). Au siège de Gergovie, les mères de famille 
jetaient du haut des murailles des vêtements et de l'argent 
et, les seins nus, les bras étendus, suppliaient les Romains 
de les épargner ; quelques-unes se laissaient tomber à la 
force des bras et se livraient aux soldats (3). Quant à la 
polygamie en Gaule, on ne pourrait invoquer d'autre texte 
que celui cité plus haut et où le pluriel uxoribus s'oppose 



(1) César, Guerre de Gaule, vi, 19. Cf. Justinien, Novelles, 
97. La dot était en espèces d'après C. Jullian qui remarque que 
pecunias n'a chez César que le sens de « valeur monnayée » (His- 
toire de la Gaule, t. n, p. 408). Cf. H. d'Arbois de Jubain ville, 
Cours de littérature celtique, t. vu, p. 231-240. P. Collinet, Revue 
celtique, t. xvii, p. 321-333 ; Lefort, Revue générale du droit, 
t. IV (1880), p. 503-504. 

(2) /6id., VI, 19. 

(3) Ibid., vu, 47. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Cours de 
littérature celtique, t. vi, p. 321. 



LES PERSONNES Et LES COUTUMES 184 

au singulier paferfamilias (1). Chez les Bretons, les femmes 
appartiennent en commun à dix ou douze hommes, surtout 
à des frères, à des pères et à leurs fils ; mais les enfants qui 
naissent de ces unions appartiennent à celui qui a eu la 
femme vierge (2). En Irlaf de, on trouve tout naturel que 
(les hommes aient des rapports avec les femmes des autres, 
avec leurs mères ou leurs sœurs (3). La communauté des 
femmes existe en Calédonie (4j. Les Gaulois (raHta-.), rap- 
porte un auteur anonyme, lorsqu'il se produit une disette 
ou une épidémie, châtient leurs femmes comme étant la 
cause de ces maux ; ils décident, sur leur conseil, de la 
paix ou de la guerre ; mais s'ils sont vaincus, ils coupent 
les têtes de leurs femmes et les jettent hors de leur terri- 
toire (5). 

La littérature épique et les lois de l'Irlande nous font 
connaître un état social à peu près semblable ; le mariage 
irlandais est une vente par laquelle le père, ou le parent 
qui remplace le père défunt, cède à l'époux ses droits sur 
la femme ; la valeur d'une femme est évaluée à trois bêtes à 
cornes, plus le prix de l'honneur qui varie selon la condi- 
tion sociale ; à côté de la femme légitime, le mari peut en- 
tretenir au domicile conjugal une ou plusieurs concubines. 



(1) De bello gallico, vi, 19. Cf. au contraire vu, 66 • sanclissimo 
jurejurando confirmari oportere, ne lecto reclpiatur, ne ad liberos, 
ne ad parentes, ne ad uxorem adiUim habeat... 

(2) Ihid., V, 14. 

(3) Strabon, IV, 5, 4. Cf. Saint Jérôme, Contre Jovinien, ii, 
7 ; MiGNE, t. xxui, col. 335. 

(A) Dion Cassius, lxxvi, 12. Cf. ce que dit la femme du ca- 
lédonien Argentocoxos, lxxvi, 16 ; et lxii, 6. 

(5) Paradoxographus Vaticanus Rohdii, 25, 416, dans les 
Rerum naturalium scriptores graeci minores de O. Keller, Lip- 
siae, 1877, p. 109, 



182 FEMMES 

Lugaid, roi suprême d'Irlande, épouse sa mère. Un roi de 
Leinster a pour femmes les deux sœurs. Diarmait mac 
Fergusa, roi suprême d'Irlande, avait quatre femmes dont 
deux avaient le rang de reines. La coutume de la dot et du 
douaire est commune à l'ancienne Irlande et au pays de 
Galles (1). 

La condition des femmes chez les anciens Celtes paraît 
donc avoir été assez misérable. La domination des femmes, 
qui est très fréquente chez les peuples belliqueux, nous dit 
Aristote, est inconnue chez les Celtes 2). Cependant, au 
milieu du i" siècle après notre ère, en Grande-Bretagne, 
les Brigantes sont gouvernés par une femme, Cartisnian- 
dua (3). Plus tard, en l'an 62 de notre ère, Prasutagus, roi 
des Iccni, avait désigné ses deux filles comme héritières de 
son royaume (4). En 61 après Jésus-Christ, Boudicca, 
femme de race royale, commande l'armée des Bretons (3\ 
D'après une tradition recueillie par un compilateur grec 
anonyme, c^était une femme, Onomaris, qui avait guidé les 
Galates lorsqu'ils franchirent l'Istros, et qui était devenue 
leur reine dans le pays qu'ils conquirent (6). Mais on ne 
trouve aucun autre fait semblable sur le continent et à des 
époques anciennes. On voit seulement que le mariage était 
un moyen souvent employé pour s'assurer une alliance po- 
litique ; ainsi Orgétorix donne sa fille à Dumnorix ; celui- 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. VII, p. 210-241. 

(2) Politiques, ii, 6, 6, 

(3) Tacite, Annales, xii, .36. 

(4) Ibid., XIV, 31. 

(5) Tacite, Agricola, 16 ; 31 ; Annales, xiv, 35 ; Dion Cas- 
sius, abrégé par Xiphilin, lxii, 2. 

(6) Revue des éludes anciennes, l. viii, p. 123. 



i 

LES PERSO.N.NES ET LES r.OUTL'MES J 83 

ci fait épouser à sa mère un noble Biturige, et marie sa 
sœur et ses parentes dans d'autres cités (1). Il est donc 
probable que les femmes n'étaient pas dénuées de toute in- 
fluence. Nous verrons plus loin qu'on les prenait comme 
arbitres. 

La fidélité des femmes celtiques était célèbre chez les 
anciens, et l'histoire et la légende oni recueilli quelques ré- 
cits dont elles sont les héroïnes (2). L'historien Polybe (3) 
avait eu occasion, à Sardes, de parler à une femme galate 
célèbre pour sa sagesse et sa grandeur d'âme. C'était Chio- 
inara, femme d'Ortiagon, roi des Tolistobogii. Elle avait été 
faite prisonnière dans la guerre contre les Romains, en 
l'an 189 avant Jésus-Chris! . Un centurion s'empara d'elle 
et lui fit violence. C'était un homme aussi cupide que dé- 
bauché. On lui promit une grosse somme pour la rançon de 
la captive. Il la conduisit à l'endroit désigné. Mais, à peine 
les Gaulois avaient-ils remis au centurion l'or convenu et 
reçu Ghiomara, qu'elle fit signe à l'un de ses compatriotes 
de frapper le Romain au moment oii elle lui dirait adieu. 
Le Gaulois obéit et coupa la tète du centurion, qu'elle saisit 
et emporta dans les plis de sa robe. Arrivée auprès de son 
mari, elle jeta la tête à ses pieds. Ortiagon étonné lui dit : 
« Femme, la fidélité est une belle chose. » — « Oui », ré- 
pondit-elle, « mais il y a quelque chose de plus beau en- 
core : c'est qu'il n'y ait à vivre qu'un seul homme à qui 



(1) Guerre de Gaule, i, 3 ; 18. 

(2) H. d'Arbois de Jub.\inville. La légende et les femmes dans 
la plUs ancienne histoire des Celtes et de la Gaule, Revue celtique, 
t. VII, p. 129-144. 

(;>) Histoires, xxii, 21. CI. Tite Live, xxxviii, 24 ; Plu- 
TARQUE, Des vertus des femmes, 22 ; Valère Maxime, vi, 1, 
ext. 2. 



184 FEMMES 

j'aie appartenu ! » Dans l'épopée irlandaise, la douce Der- 
driu se tue lorsque le roi d'Ulster, après un an passé avec 
lui, la livre au meurtrier de son mari (1). Gomme Chio- 
mara, elle n'admettait pas qu'une femmS eut à la fois deux 
époux vivants. 

Le dévoûment héroïque de la Gauloise Eponine (ou Em- 
ponê) à son mari Sabinus (2) est d'une époque où les Celtes 
avaient été pénétrés par la civilisation romaine. 

Les malheurs et l'héroïsme d'une autre Galate, Gamma, 
prêtresse d'Artémis et femme du tétrarque Sinatos, ra- 
contés par Plutarque (3i, appartiennent-ils à l'histoire ou à 
la légende ? Il est impossible de le décider. Un des parents 
de son mari, Sinorix, devint amoureux d'elle et voyant 
qu'il ne pourrait triompher de su vertu et de sa fidélité, 
tua Sinatos par trahison. Il lui parla de sa passion, de sa 
puissance, de ses richesses et finit par lui avouer que, par 
amour pour elle, il avait assassiné son mari. Gamma 
d'abord le repoussa avec horreur, puis sembla s'adoucir et 
consentit enfin à s'unir à lui. Au jour fixé, dans le temple 
d'Artémis, suivant le rite traditionnel, elle lui présenta une 
coupe d'hydromel, en versa quelques gouttes par terre, en 
but une partie et invita Sinorix à boire le reste. Celui-ci 
aciieva la coupe. Avant l'arrivée des invités, Gamma avait 
mélangé à l'hydromel un poison mortel. Et elle eut la sa- 
tisfaction, en mourant, d'avoir vengé son mnri par la mort 
de celui qui l'avait tué. 

La femme celtique apparaît encore dans le récit de la 

(1) H. d'Arbois de Juba inville. Cours de littérature celtique 
t. V, p. 236. 

(2) Tacite, Histoires, iv, G7 ; Plutauque, De l'amour, 25 ; 
Dion Cassius, lxvi, 3, 2 ; IG, 2. 

(3) Des vertus des femmes, 20 ; De l'amour, 22. 



LES PERSO.NMES ET LES COUTUMES 



185 



fondation de Marseille (Ij. Bien qu'accueilli par Aristote(2) 
et Trogue Pompée (3), ce récit semble être une fable gé- 
néalogique imaginée pour donner une origine illustre à la 
famille marseillaise des Prôtiades. Gomme Nannos, roi des 
Segobrigii, préparait les noces de sa fille Gyptis (ou Petta), 
deux Phocéens, Simos et Prùtis (ou Euxenos), abordèrent en 
terre celtique et vinrent demander au roi son amitié et le 
terrain nécessaire pour établir une ville. Gelui-ci les invita 
au repas de fiançailles. Quand la réunion fut complète, la 
jeune fille entra et son père lui ordonna d'offrir une coupe 
d'eau et de vin à celui qu'elle choisissait pour mari. Gyptis 
se tourna vers les Grecs et présenta la coupe à Prùtis. Cet 
usage était-il celtique ou ligure? On ne peut le déterminer ; 
car, si le nom de Segobrigii est celtique, les environs de 
Marseille étaient alors occupés par les Ligures. 

Les anciens, d'après ces exemples, semblent avoir parlé 
avec plus d'indulgence des femmes celtes que de leurs 
maris. Ce n'est qu'au iv" siècle après notre ère qu'on trouve 
rapportée une coutume celtique d'où l'on pourrait conclure 
que les femmes de l'Est de la Gaule étaient légères et co- 
quettes. L'empereur Julien raconte que les Celtes prenaient 
le Rhin comme juge de la fidélité de leurs femmes (4). 



(1) J'admets ici cette histoire ((juoiqu'il s'agisse probablement 
de Ligures), à cause du nom des Sego-brigii, qui paraît celtique ; 
cf. Sego-briga, Sego-dunum, Sego-marus, Sego-vellauni ; Nitio-hri- 
ges, Brigo-magus. La légende peut d'ailleurs être en partie de 
provenance celtique. L'étude en a été faite par C. Julhan, His- 
toire de la Gaule, t. i, p. 201-208. 

(î) Athénée, xiii, 36. 

(3) Justin, xliii, 3, 8-11. 

('ij Discours, II. Cf. Lettre à Maxime, 16 ; Anthologie palatine, 
IX, 125 ; EusTATHE, Hijsmine et Hysminias, viii, 7 (Erotici scrip- 
tores graeci, éd. Didot, p. 570). 



186 FKMMES 

Lorsqu'un enfant naissait, le père le mettait sur un bouclier, 
et le déposait sur le fleuve. Si l'enfant était légitime, il res- 
tait h la surface; sinon, les flots Ipiigloutissaient. Mais 
s'agit-il vraiment des Celtes et non des Germains? Chez 
Julien, CeJtis désigne la Germanie par opposition à Galatia, 
Gaule Transalpine (1). 

Outre la fidélité conjugale, les femmes gauloises avaient 
d'autres qualités. Elles étaient grandes, fortes, belles (2), 
fécondes (3), bonnes nourrices et élevaient bien leurs en- 
fants (4). Sur les occupations des femmes gauloises, r ous 
devons nous contenter du texte obscur de Strabon (o) où 
il est dit que les travaux des deux sexes sont répartis chez 
les Gaulois juste à l'inverse de ce qu'ils sont chez les Grecs, 
mais que c'es^ là une particularité qui leur est commune 
avec mainte autre nation barbare. 

Nous savons par ailleurs que les femmes des Celtes 
accompagnaient leurs maris à la guerre 16). Les femmes et 
les enfants des Helvètes défendaient des retranchemeiiis 
contre les Romains (7). Les femmes des Bretons les exci- 
taient au combat (8). Au siège de Gergovie, les femmes 
gauloises, pour encourager leurs maris, leur montraient 
leur chevelure éparse à la manière gauloise et amenaient 



(1) Discours, m, '124 a ; cf. 279 c. 

(2) Athénée, xiii, 79 ; Diodore, v, 32. 

(3) L'accroissement de population est donne par les anciens 
comme la cause des émigrations gauloises, Jtllian, Histoire de 
la Gaule, t. i, p. 283, n. 2. 

(4) Strabon, iv, i, 2 ; 4, 3. 

(5) Géographie, iv, 4, 3. 

(C.) PoLYBE, V, 78. 1. Cf. 77 ; 111 ; Tite Live, xxxviii, 23; 
(Galales) ; Tacite, Annales, xiii, 34 (Bretons). 

(7) Plutarque, César, 18. 

(8) Tacite, Annales, xiv, 34 ; 3G. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 



187 



en leur présence leurs enfants (1). L'épopée irlandaise fait 
souvent mention de fées et de femmes guerrières {"i). 
Ammien Marcellin (n) nous fait un pittoresque tableau de 
la femme gauloise venant en aide h son mari engagé dans 
une querelle: il la montre plus forte que son mari, ver- 
dàtre, le cou gonflé, frémissante, balançant ses bras blancs 
énormes, jouant des pieds et lançant ses poings comme des 
:atapultes chassées par la corde enroulée. 

Avant le passage des Alpes et la conquête de la Cisalpine 
par les Gaulois, il y eut chez eux une terrible guerre civile. 
Les femmes s'avancèrent au milieu des armées, et, prenant 
le rôle d'arbitres, réconcilièrent les partis en présence. De- 
puis lors, ajoute Plutarque, les Celtes n'ont pas cessé, quand 
ils délibèrent sur la paix et la guerre, d'admettre leurs 
femmes au conseil et de faire régler par leur arbitrage les 
coulestations qu'ils ont avec leurs alliés. Entre Annibal et 
les Celtes, il avait été convenu que si les Celtes avaient à se 
plaindre des Carthaginois, les généraux carthaginois les ju- 
geraient, et que si les Carthaginois avaient à se plaindre 
des Celtes, le différend serait jugé par les femmes des 
Celtes (4). 

Quant aux rapports du père avec ses enfants, César nous 
apprend qu'en Gaule le père avait droit de vie et de mort 
sur ses enfants (5), et Gaius remarque que les Galates 



\l) Guerre de Gaule, vu, 48. 

■J) Cath Finntrâgo edited by Kuno Meyer (Anecdota Oxo- 
iiii iisia, nied. séries, i, 4), p. 76-77. 

i Histoire romaine, xv, 12. Cf. Diodore, v, 32, 2. 
i) Des vertus des femmes, 6. Cf. Polyen, vu, 50. Paradoxo- 
Lji.iphus Vaticanus Rohdii, 46 [Rerum naturalium scriptores 
-i-"ri'i tniiiores, p. 112). 

Guerre de Gaule, vi, 19. 



188 ENFANTS 

comme les Romains croient que les enfants sont sous le 
pouvoir, in potestate, de leurs parents (i). Il en est de 
même chez les anciens Irlandais et les anciens Bretons (2). 
Mais César nous fait connaître aussi une coutume singu- 
lière. « Les Gaulois, nous dit-il, diffèrent des autres peuples 
en ce qu'ils ne permettent pas à leurs enfants de les aborder 
en public avant qu'ils n'aient atteint l'âge où ils sont ca- 
pables du service militaire ; ils regardent comme une honte 
qu'un fils à l'âge d'enfant paraisse en public en présence de 
son père (3). » Ce texte est difficile à interpréter. Signifie- 
t il que les fils restaient aux mains des femmes jusqu'à 
l'âge de porter les armes, ou doit-il s'expliquer par l'usage 
irlandais de faire élever les enfants des nobles hors de la 
maison de leur père (4) ? M. S. Reinach pense qu'il s'agit 
d'un tabou guerrier (5). 

Au temps de César, il n'\ a que quelques traces de la vie 
de clans (6) : les tribunaux de famille (7), la prépondérance 
que donnait l'ancienneté ou le nombre des parents (8). Mais 
les luttes ne sont pas rares à l'intérieur d'une même famille, 
et les familles ne sont pas responsables des crimes de leurs 
membres (9), au contraire de ce qui se passe en Irlande. 

(1) Institutions, i, 51, 52, 55 ; J. Havet, Revue celtique, 
t. XXVIII, p. 113-116. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Eludes sur le droit celtique 
(Cours de littérature celtique, t. vu), p. 242-253. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 18. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. VII, p. 112-116. 

(5) Mélanges offerts à M. d'Arbois de Jubainville, Paris, 1906, 
p. 271-277. 

(6) JuLLiA^;, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 401. 

(7) César, Guerre des Gaules, vi, 19, 3. 

(8) Ibid., VII, 32, 4. 

(9) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 403. 



LES PERSONNES ET LES COUTLMES 189 

Si les coutumes celtiques relatives à la naissance, à l'ex- 
ception de riiabitude, que cite Ari>tote (1;, de plonger les 
nouveau-nés dans l'eau froide d'un fleuve, et du singulier 
usage rapporté par Julien (2), n'ont pas été relevées par les 
anciens, les coutumes funéraires nous sont mieux connues. 
Les Gaulois qui prirent Roma inhumaient d'ordinaire leurs 
morts ; ce n'est qu'à la suite d'une épidémie qu'ils amon- 
cèlent les cadavres pour les brûler (3). Les Gaulois qui en- 
vahirent la Grèce (4), les Celtibères abandonnaient leurs 
morts aux vautours et aux bêtes carnassières (o) ; Plu- 
tarque (6) et Pausanias (7) remarquent que les Gaulois 
n'ont point coutume de pleurer les morts. Les Gaulois de 
Pyrrhus violaient des tombes (8). 

Les funérailles des Gaulois, étant donné leur degré de 
civilisation, sont magnifiques et somptueuses. Tout ce qu'on 
croit avoir été cher aux vivants, on le porte dans le feu, 
même les animaux (9) ; il y a peu de temps, dit César, on 
brûlait ensemble, pour que les funérailles fussent réguhères, 
les esclaves et les clients que les morts avaient aimés (lOj. 



(1) Politiques, vu, 15, 2. Cf. Galien, De la santé, 1,10. 

(2) Voir ci-dessus, p. 186. 

(3) TiTE LivE, V, 48. • 

(4) Pausanias, x, 21, 9. 

(5) SiLius Italicus, III, 340-343. 

(6) Consolation à Apollônios, 22. 

(7) Description de la (irèce, x, 21', 7. 

(8) DiODORE, XXII, 12 ; Plutarque, Pyrrhus, 26. 

(9) On a trouvé des chevaux enterrés avec le mort à Nanterre 
et dans le comté d'York ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1025 ; 
Hubert, Comptes rendus du Congrès international d'Anthropo- 
logie, t. XII (1900), p. 410. 

(10) Guerre de Gaule, vi, 19. Cf. Mêla, m, 2, 19; J. Naue, 
Revue archéologique, t. xxvii (1895), p. 40-77, signale dans des 
sépultures du Haut-Palatinat des indices de sacrifices humains. 



190 .MOKT 

Pendant les funérailles, on jetait dans le bûcher des lettres 
adressées à des parents défunts comme s'ils ])ouvaient les 
lire (1). En même temps que l'incinération, Mêla mentionne 
1 inhumation (2). 

A l'époque où le bronze prédomine dans la fabrication 
des armes, l'incinération est dusage en Gaule sur quelques 
points, notamment au sud-est et au sud. 

La nécropole de Hallstatt offre un mélange de sépultures 
à inhumation (525) et de sépultures à incinération (4oo) 
confondues pèle-mèle. Ce sont les tombes <les incinérés qui 
contiennent presque tous les objets de luxe que l'on a 
trouvés. Les inhumés semblent avoir été plus pauvres. 
Mais les deux séries de tombes sont sans doute contempo- 
raines (3). Les morts étaient ensevelis vêtus et parés ; les 
ossements briilés sont réunis en un tas; des vases sont 
placés autour ou auprès des squelettes ou des morts inci- 
nérés. D'une manière générale, c'est ]eturnulu.<; soit à sépul- 
ture centrale non excavée, soit à sépulture excavée, formé 
d'un amoncellement de pierres ou de sable, recouvrant 
souvent des cordons circulaires de blocs plantés dans le sol, 
qui caractérise la civilisation hallstattienne (4). 

Pendant la première et la seconde phase de la civilisation 

En Irlande, aux funérailles d'un chef, on immolait sur la toml)c 
ses animaux. Une fois, on enterra vivants des prisonniers de 
guerre avec le chef irlandais que leurs compagnons d'armes 
avaient tué. Joyce, .4 social history of ancient Ireland, t. ii, p 
5'i.'ï. F. N. Robinson, Anniversary papers by coUeai^ues and pu- 
pih of G. L. Kittredge, Boston, im3, p. 1S5-197. 

(1) DiODORE, V, 28. 

(2) Chorographia, m, 2, 19. 

('■]) Re^fue d'Anthropologie, t. iv (1889), p. 330 ; A. Bertrand 
et S. RrAisi\cH,~Les'!Celte'^''dans les vallées du Pô et du Dannhe, 
p. 122-129. 

(4) Déchelette, Manuel d'arcliéologie, t. ii, p. 630-635. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 191 

(le La Tène. ce sont les sépultures plates par inhumation 
qui dominent en territoire celtique. Au début de La Tène III, 
l'usage de l'incinération, caractéristique du territoire ger- 
manique, se répand dans la Gaule du Nord (1). La trans- 
formation du tuinulus en tombe plate n'a eu lieu que pro- 
gressivement (2). Dans les plus riches sépultures de la 
Marne, les chefs sont inhumés revêtus de leur costume et 
de leur équipement guerrier, couchés sur leur char ; des 
provisions étaient contenues dans des vases de formes di- 
verses ; ce sont des morceaux de bœuf, de porc, de sanglier, 
de volaille et de gibier (3). 

Là oîi il n'y a pas de char, on trouve dans les tombes 
d'hommes des armes : épée, javelot, umbo de bouclier. Les 
femmes sont inhumées avec leurs parures : torques de 
bronze, anneaux de poignets ou de chevilles, pendeloques 
d'ambre, de corail, de verroterie. Les fosses rectangulaires 
sont creusées dans la craie à une profondeur variant de 
m. 00 à 1 m. 50, mais qui va jusqu'à 2 m. 65 pour les 
sépultures à char. Dans la plupart des cimetières de la 
Marne, on trouve des sépultures doubles, contenant le plus 
souvent un homme et une femme. Les sépultures à inciné- 
ration sont dans la Marne très pauvres en mobilier (4). 
Dans les Iles Britanniques, les tombes du comté d'York 
rap[)ellent celles de la Marne par l'abondance des chars ; 
mais les tombes sont sous tu/nulus, les corps sont repliés et 

(1) BuLLioT, Fouilles du Mont-Beuvray, t. i, p. 73-76 ; Déche- 
LETTE, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1013-1014. 

(2) S. Reinach, Guide illustré du musée national de Saint- Ger- 
main, p. 36-38 (fig.) ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1014-1015. 

(3) H. Mazard, Essai sur les cliars gaulois de la Marne. Cf. Dé- 
chelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1022-1027. 

(4) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1030-1037, 



192 AGRICULTURE 

les armes sont très rares, tandis que dans la Marne les 
tombes sont plates, les corps allongés et les armes nom- 
breuses (1). 

Dans l'Irlande de l'épopée, les funérailles des nobles 
étaient célébrées par des jeux. Quelquefois on sacrifiait des 
animaux ; les plus anciens textes ne contiennent que 
quelques allusions à la crémation ; l'inhumation est de 
règle '2}. 

En résumé, sur le mariage et la condition des femmes et 
des enfants le témoignage des anciens manque de précision. 
Quant aux coutumes funéraires, elles paraissent avoir varié 
chez les Celtes selon les temps. 



IV 



L'agriculture, le commerce et l'industrie chez les Celles 
ne nous sont guère connus qu'à partir de la conquùte ro- 
maine, et les renseignements que l'on peut recueillir con- 
cernent presque exclusivement la Gaule. 

C'est d'agriculture que le peuple s'occupait surtout (3). 
De ce point de vue, il y avait une grande différence entre 
les Germains et les Gaulois ; car les Germains ne consom- 
maient pas beaucoup de blé et vivaient principalement du 
lait et de la chair de leurs bestiaux 4). Le bétail était nom- 
breux en Gaule ; il n'y a guère d'expéditi;ui de César qui ne 



(1) Déchelette, Ibid., t. ii, p. tlO''t. R. Allen, Notes onlate 
Celtic art, Archaeologia Camhrensis, t. xiii (1896), p. 220-227. 

(2) A social history of ancienl Ireland, t. ii, p. 548-5.^. 

(3) Cf. Guerre de Gaule, m, 17 ; Reynier, De l'économie pu- 
blique et rurale des Celtes, Paris, 1818. 

(4) Ibid., IV, 1 ; vi,;_22. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 193 

donne lieu à une capture de bestiaux ; les Germains 
viennent en Gaule s'emparer des troupeaux des Ebii- 
roncs (1). Mais la culture du blé était très répandue chez 
les Gaulois transalpins et, dans toutes ses campagnes, César 
peut se ravitailler facilement en céréales. Il obtient du blé 
chez les Aedui, Sequani^ Lmgones, Esubii, Curiosolites , 
Veneti, Leiici, Rémi, Ambiant (2). Dans la région autour 
d'Avaricum, on trouvait en abondance le froment et le 
fourrage. En prévision de la guerre, les Venètes font des 
réserves de froment dans les oppida (3). A Alesia, on avait 
amassé de quoi nourrir quatre-vingt mille personnes pen- 
dant un mois (4), Les Helvetii, avant de partir pour s'éta- 
blir en Gaule, font les semailles les plus considérables 
qu'ils peuvent pour se procurer le blé dont ils auront be- 
soin pendant leur expédition ; et lorsqu'ils sont contraints 
de rentrer dans leur pays, comme ils avaient briàlé le blé 
qu'ils ne pouvaient emporter, ce sont les AUobroges qui 
leur fournissent le blé nécessaire à leur consommation (5). 
Les espèces de blé cultivées en Gaule au temps de Pline (6) 
étaient : le siligo, gros blé blanc, qui ne réussissait que 
chez les, AUobroges et les Memini ; le blé de trois mois, 
cultivé dans le nord ; Varinca, qui est peut-être une sorte 
d'épeautre (7). 



(1) Ibid., VI, 6 ; 35, 6. 

(2) Guerre de Gaule, i, 40 ; Strabon, iv, 1, 2 ; Appien, iv, 7 ; 
Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la 
propriété foncière, p. 72-74. 

(3) Guerre de Gaule, m, 9. 

(4) Ihid., VII, 71. 

(5) Ihid., I, 3 ; 5 ; 28. 

(G) Histoire naturelle, xviii, 19, 81 ; 20, 85. 

(7) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. h, p. 267. 

C. DoTTiN. — ■ Mar^uel de l'antiquité celtique, 13 



11)4 AGRICULTURE 

Outre lé froment, que cultivaient les Gaulois dans les 
champs fertiles dont il est question dans les Commen- 
taires (1) ? Nous savons par Pline (2) que le panic {holciis 
sorgiim) était cultivé surtout en Aquitaine. Lorge à deux 
rangs surnommée galaticum par Goliimelle (3) est sans doute 
d'origine gauloise. En Belgique, on trouvait des pommes 
sans pépins que l'on appelait spadonUi (4). La culture de la 
vigne no se développa guère en Gaule qu'après la conquête 
romaine (5). La nourriture (6) d'hiver des bestiaux consistait 
pour une grande part eu raves. Au temps de Pline, la 
culture du lin avait fort bien réussi en Gaule et les Ca- 
diirci, les Ruteiii, les Bitariges, les Caleti et les Morini 
produisaient des toiles très estimées (^7). On appelait cadur- 
cum chez les Romains une couverture de toile ^8). Hiéron 
de Syracuse faisait venir du chanvre de la vallée du 
Rhône (9). Parmi les légumes, on ne trouve cités que les 
oignons (10), le fenouil (11;. le panais (12) ; parmi les 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 15-17. 

(2) Histoire naturelle, xviii, 25, 101. Cf. Strabon, iv, 1, 2. 

(3) De l'agriculture, ii, 9, 16. 

(4) Pline, Histoire naturelle, xv, 15, 51. 

(5) Varron, De l'agriculture, 7 ; Diodore, v, 26, 2-3 ; Stra- 
bon, IV, 1, 2 ; E. DESJARDiNb, Géographie historique et adtninis- 
iralive de la Gaule romaine, t. i, p. 442-448 ; S. Reinach, Revue 
archéologique, t. xxx (1901), p. 368. 

(6) COLUMICLLE, II, 10, 22. 

(7) Jlifiloire naturelle, xix, 2, 8 ; Strabon, iv, 2,2, 

(8) JuvÉNAL, VI, 537 ; vu, 221. 
(fj) Athénée, v, 40. 

(10) Pline, xix, 32, 105. 

(11) Pline, xxi, 50, 86. 

(12) Pline, xix, 27, 89. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 195 

plantes industrielles : la jacinthe (1), le myrtille (2), le 
pastel (3). 

La Grande-Bretagne était fertile en productions plus 
propres à la nourriture des troupeaux qu'à celle des 
hommes (4). 

Plusieurs noms de mesures agraires conservés par les 
Romains sont d'origine celtique et témoignent de l'im- 
portance des questions d'arpentage chez les Gaulois. Le 
candetum rural était un carré de cent coudées ou cent cin- 
quante pieds romains (0,296) de côté (5) ; il valait envi- 
ron vingt ares. Le candetum urhain avait pour côté exac- 
tement cent pieds romains. L'arpent, arepennis, est un 
demi-jugerum de cent vingt pieds de long et cent dix de 
large valant 12 ares et demi (6). La leiiga, mesure de 
longueur adoptée par les Romains, est aussi une mesure 
gauloise. Elle valait 2.220 mètres (7) environ. 

Ainsi donc, à l'époque de la conquête romaine, la Gaule 
est fertile et bien cultivée (8). Mais au temps dePomponius 
Mêla, la Narbonaise était mieux cultivée, plus productive 



(1) Pline, xxi, 97, 170. 

(2) Pline, xvi, 31, 77. 

(3) Pline, xxii, 1, 2. 'Voir C. Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. Il, p. 271. 

(4) Mêla, m, 6, 50 ; Cf. César, Guerre de Gaule, v, 12, 3. 

(5) Columelle, De l'agriculture, v, 1, G ; Isidore, xv, 6. Cf* 
H. d'Arbois de Jubainville, Le candetum gaulois, Bévue cel- 
tique, t. XXIV, p. 317-318 ; F. P. Garofai.o, Bolletlino di jilologia 
classica, 1903, p. 268. 

(6) Columelle, v, 1, 6. Cf. une ancienne glose à Gains chea 
HoLDER, Allceltischer Sprachschatz, t. i, col. 205). 

(7) C. Jullian, Revue des études anciennes, t. ix, p. 189 ; His- 
toire de la Gaule, t. ii, p. 395. 

(8) Guerre de Gaule, i, 28 ; 31 ; ii, 4 ; Strabon, iv, 1, 2. Cf. 
JosÈPHE, Guerre des Juifs, u, 10,4 ; SonN,Co/ieftawea,21 ; Pom- 
PONius Mêla, m, 2, 16. 



196 AGRICULTURE 

et plus riche que la Celtique (1). Les Gaulois transalpins ne 
le cédaient point comme agriculteurs aux Cisalpins dont 
au II* siècle avant Jésus-Christ la principale richesse était 
constituée par les troupeaux et qui cultivaient la terre (2). 
Les expressions manquent, écrivait Polybe, pour dire la 
fertilité de ce pays. L'abondance du blé y est telle que Ion 
a vu plus d'une fois le médimne sicilien (52 1.) de froment 
ne valoir que quatre oboles (0 fr. GO), celui d'orge, deux 
(0 fr. 30) et le métrète de vin (39 1.) ne pas coûter plus 
qu'une mesure d'orge. Le millet et le panic y poussent à 
foison ; les chênes fournissent tant de glands que la plupart 
des porcs consommés en Italie ont été nourris en Cisalpine. 
Les voyageurs qui s'arrêtent dans les auberges ne con- 
viennent pas du prix de chaque objet séparément, mais ils 
demandent combien on prend par tête : le plus souvent, 
l'hôte s'engage à fournir tout ce qui est nécessaire pour un 
quart d'obole (0 fr. 04) et le prix est rarement dépassé (3). 
On ne saurait dès lors ai)pliquer aux Gaulois ce que Cicéron 
nous dit eu général des peuples de cette race, à savoir 
qu'ils considèrent comme déshonorant de produire le blé 
par le travail des mains, et qu'en conséquence ils s'en vont 
en armes moissonner les champs des autres (4). Après 
Cicéron, Strabon répète qu'autrefois les Gaulois étaient 
guerriers plutôt que laboureurs ; mais qu'en son temps 
(18 après Jésus-Christ) ils sont forcés de cultiver la terre 
parce qu'ils ont déposé les armes (5). Or Tite-Live (6) parle 

(1) Choro graphie, ii, 5. 

(2) Polybe, ii, 17, 10. 

(3) Polybe, ii, 14. 

(4) République, m, 9, 15 ; Tacite, Germanie, 14, dit à peu 
près la même chose des Germains. 

(5) Géographie, iv, i, 2. Cf. 1, 5 ; 1, 12. 

(6) V, 34. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 197 

de la fertilité de la Gaule lors de l'expédition de Bellovèse 
et de Sigovèse dès le iv^ siècle. Annibal, en 218, pouvait se 
procurer chez les Allobroges du blé pour plusieurs jours (1). 
Les Belges qui conquirent la partie maritime de la Grande- 
Bretagne y introduisirent, d'après César (2), l'agriculture. 
La plupart des habitants de l'intérieur de l'Ile ne semaient 
pas de froment. « Ce que nos pères nous ont enseigné », 
disait Boudicca aux Bretons, « ce n'est point la science de 
l'agriculture, mais la façon de faire la guerre; l'herbe suffit 
à notre nourriture, l'eau à notre boisson, l'arbre à notre 
toit (3). » Les Gaulois mêlés aux lUyriens étaient d'actifs 
cultivateurs (4). 

Les agronomes latins nous ont laissé quelques ren- 
seignements sur les procédés agricoles des Gaulois ; ils 
usaient d'engrais variés : la craie blanche près du Rhin (5;; 
la chaux chez les Aedui et les Pidones', la marne, dont 
Pline mentionne plusieurs espèces (6), chez les Gaulois et 
les Bretons. Les Cisalpins au nord du Pô préféraient pour 
certaines terres les cendres au fumier (7). Les Salassi, au 
pied des Alpes, découvrirent, en labourant du fianic et du 
millet, et en faisant leurs semailles sur ce labour, un nou- 
veau procédé de fumure (8). 

C'est en Rétie gauloise que l'on avait inventé d'ajouter 
deux petites roues à la charrue (9). Dans les grands do- 

(1) PoLYBE, III, 49 ; 51. 

(2) Guerre de Gaule, v, 12 ; cf. 14. 

(3) Dion Cassius, lxii, 5, 5. 

(4) TiTE LivE, xLv, 30, 5. 

(5) Varron, De l'agriculture, i, 7, 8. 

(6) Histoire naturelle, xvii, 4, 43 ; 74. 

(7) Ibid., XVII, 5, 49. 

(8) Ibid., XVIII, 49, 182. 

(9) Ibid., XVIII, 48, 172. Sur les Rhètes, voir A. Bertrand et 



198 



FORETS 



maines de la Gaule, en terrain plat, on se servait, pour 
moissonner, d'une sorte de tombereau à deux roues dont 
le bord antérieur était armé de dents qui arrachaient les 
épis : les épis tombaient alors dans le tombereau (1). Pour 
recueillir le millet et le panic, on employait un peigne (2). 
Pour faucher les prés, il y avait des faux qui coupaient 
l'herbe haute sans toucher à l'herbe courte (3) ; on affilait 
les faux avec des pierres à aiguiser provenant de la Gaule 
Transalpine et que l'on nommait passernices{A). 

Dans la Gaule Belgique, on trouvait des forêts considé- 
rables : la forêt d'Ardenne (5) ; les forêts des Ebnrones, des 
Menapii, des Morini et des Nervii. En Celtique, César 
mentionne les forêts des Bitnriges, des Carmites, et des 
Seqnani (6). Mais, chez les Gaulois, les forêts semblent avoir 
été considérées comme dépourvues de valeur ; ce sont les 
champs et non les bois que les peuples dévastent et se dis- 
putent entre eux ; ce sont les champs que les Germains 
aiment et dont ils cherchent à s'emparer (7). Les forêts 
sombres et mystérieuses, peuplées d'êtres fantastiques, 



S. Reinach, Les Celles dans les vallées du Pô et du Danube, p. G3- 
80. Oii trouvera des représentations de charrues gauloises chez 
EspÉRANDiEu, Recueil général, n^ 102, 464, 1682. 

(1) Ibid., XVIII, 72, 296 ; Varron, De l'agriculture, i, 52 ; 
Palladius, De l'agriculture, vu, 2. 

(2) Ibid., XVIII, 72, 297. 

(3) Ibid., XVIII, 67, 261 ; Décuelette, Manuel, t. ii, p. 1381. 

(4) Ibid., XXXVI, 47, 165. 

(5) Guerre de Gaule, v, 3 ; vi, 29 ; Strabon, iv, 3, 5 ; Tacite, 
Annales, m, 42. 

(6) Eburones, vi, 34 ; 37 ; Mcnapii, m, 28 ; 29 ; iv, 38 ; vi, 5 ; 
Morini, m, 28 ; 29 ; (cf. Dion Cassius, xxxix, 44) ; Nervii, ii, 
18 ; 19 ; v, 52 ; Bituriges, vu, 16 ; 18 ; Carnutes, viii, 5 ; Se- 
quani, i, 12 ; 39. 

(7) Guerre de Gaule, i, 11 ; H. d'Arbois de Jubainville, 
Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 74-75. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 199 

étaient pour les Gaulois des lieux sacrés (1). Au temps de 
Pline (2), un des arbres les plus utiles était le bouleau, qui 
servait à faire des cercles, des corbeilles, les insignes des 
magistrats et dont on extrayait une sorte de résine. On 
trouvait aussi en Gaule le chêne, qui était abondant chez 
les Vénètes, le hêtre, l'orme, le saule, le buis. César cite 
l'if comme très commun dans les forêts gauloises. Gatu- 
volcus, roi des Eburones, s'empoisonna avec le poison tiré 
de cet arbre et Pline raconte que les barils en bois d'if 
fabriqués en Gaule pour contenir le vin pouvaient causer la 
mort (3). En Grande-Bretagne. comme en Gaule il croit des 
arbres de toute espèce, à l'exception du hêtre et du sapin (4). 
Nous avons conservé les noms celtiques du sureau, scobien, 
de la fougère, raiis, de la pomme, aballo, d'une espèce de 
sapins, padi, du bouleau, betulla, d'une espèce d'orme, 
atinia, et de diverses plantes. 

Les animaux domestiques élevés dans l'ancienne Gaule (5) 
étaient sans doute à peu près les mêmes qu'aujourd'hui. Les 
races de bœufs cisalpins étaient très estimées pour le tra- 
vail (6). César mentionne des troupeau .\ nombreux chez les 
Nervii (7), les Menapii (8), les Eburones (9), mais il en 

(1) LucAiN, Pharsale, uh 390-425. 

(2) Histoire naturelle, xvi, 30, 75. Sur les autres arbres des fo- 
rêts gauloises, cf. ibid., xvi ; A. Maury, Les forêts de la Gaule 
et de l'ancienne France, Paris, 1867, p. 82-85. Sur la bibliographie 
des forêts depuis 1867, voir C. Jullian, Revue des études an- 
ciennes, t. IX, p. 89-90, 369. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 31 ; Strabon, iv, 4, 1 ; Pline, His- 
toire naturelle, xvi, 20, 50. 

(4) Ihid., V, 12. 

(5) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 278-283. 

(6) Varron, De l'agriculture, ii, 5. 

(7) Guerre de Gaule, vi, 3, 2. 

(8) Ihid., VI, G, 1. 

(9) Ihid., VI, 35, 6. 



200 ANIMAUX DOMESTIQUES 

trouve aussi beaucoup dans le Centre 1). Annibal avait trouvé 
un grand nombre de bestiaux et de bêtes de somme dans 
la Maurienne (2). Les fromages des vaches des Alpes et 
des Gévennes étaient très renommés ; on faisait aussi du 
fromage de lait de chèvre (3), Il y avait en Gaule de nom- 
breux troupeaux de moutons ; la valeur de leur laine va- 
riait beaucoup avec les races (4) ; avec cette laine on fournis- 
sait de saies Rome et la plus grande partie de l'Italie. Ces 
moutons transhumaient des plaines à la montagne comme 
de nos jours (3). Les porcs étaient si grands, si vigoureux, 
si rapides qu'ils étaient dangereux pour les hommes qu'ils 
ne connaissaient pas ; ils fournissaient d'excellentes salai- 
sons (6). On menait les oies de la Morinie jusqu'à Rome (7); 
pour les faire marcher, on mettait les plus fatiguées devant 
les autres. 

Les Celtes de Gaule recherchaient fort les chevaux étran- 
gers et les payaient très cher (8). En 52, il y avait assez de 
chevaux en Gaule pour monter une cavalerie de quinze 
mille hommes (9). 

Les armées de Claude II avaient ramené à Rome un 
grand nombre de juments celtiques. Ces juments étaient 
très renommées (10). Les chevaux bretons étaient de petite 

(1) Ibid., VII, 56, 5 ; vu, 71, 7. 

(2) TiTE LivE, XXI, 33, 11 ; Polybe, m, 51, 12. 

(3) Pline, xi, 97, 240. Cf. viii, 70, 179. 

(''ij Guerre de Gaule, m, 29 ; vi, 3 ; 6 ; 35 ; viii, 24 ; vu, 17 ; 
56 ; 71 ; Strabon, iv, 4, 3 ; Columelle, vu, 2 ; Horace, Odes, 
m, 16 ; Pline, vin, 73, 192 ; Martial, xiv, 159. 

(5) Pline, Histoire tiaturelle, xxi, 31, 57. 

(6) Strabon, iv, 4, 3. Cf. iv, 3, 2 ; ni, 4, 11 ; Martial, xiii, 
54 ; Caton chez Varron, De l'agriculture, ii, 4. 

(7) Pline, x, 27, 53. 

(8) César, Guerre de Gaule, iv, 2. Cf. Tite Live, xhv, 6, 8. 

(9) Ibid., vii, 64, i. Cf. Strabon, m, 4, 15 ; iv, 6, 10. 

(10) Histoire Auguste, Trebellius PollioNj Claude, 9, 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 201 

taille, mais rapides (1). Les chevaux des Geltibères étaient 
supérieurs aux autres pour la vitesse (2). 

On a trouvé à La Tène des restes de chevaux dont les 
mesures coïncident avec celles des chevaux actuels de la 
Camargue; ces mesures sont aussi celles d'un cheval trouvé 
dans un tiimiiliis près de Loughrea en Irlande (3). 

Les mules de Gaule ou de Galatie sont mentionnées par 
Plutarque (4): Arrien cite les freins celtiques (5). 

Les housses en cuir s'appelaient en latin scordisca, du 
nom du peuple celtique, les Scordisci qui les avait in- 
ventées (6), On trouve des objets de harnachement figurés 
sur Tare d'Orange. 

Les chiens celtes étaient très réputés, surtout ceux des 
Morins, des Bretons, des Belges (7). Les segusii avaient 
l'odorat très développé, l'apparence de bêtes sauvages ; ils 
tiraient leur nom du peuple gaulois des Segusiavi ; on les 
comparait en Gaule à des mendiants, car leur aboiement 
ressemblait à une voix plaintive et pleurarde. Les vertragi, 
lévriers de couleur tachetée ou unie, étaient très rapides à 
la course {H). Les p et ronii découvraient facilement le gibier, 
mais ne l'approchaient pas en silence (9). Les agassaei bre- 

(1) Arrien, Tactique, IQ, 3 ; Dion Cassius, lxxvi, 12, 3. 

(2) Poseidônios chez Strabon, m, 4, 15. 

(3) RiDGEWAY, Origin and influence of the thorou ghbred 
horse, p. 321, 399. 

(4) De l'amour des richesses, 2. 

(5) Indica, xvi, 10 ; cf. Horace, Odes, i, 8, 6. 

(6) Végèce, Le vétérinaire, ii, 60, 1. Corpus glossariorum 
latinorum, t. ii, p. 180, 20. 

(7) Grattius Faliscus, Cynégétiques, 156, 174, 203 (Poetae 
latini minores, éd. Baehrens, t. i) ; Silius Italicus, x, 77. Cf. 
Ovide, Métamorphoses, i, 533-538 ; Némésien, Cyn., 125 ; 
TiiÉMisTius, Discours, xxii et xxvii. 

(8) Arrien, Cynégétique, 3, 4 ; Martial, xiv, 200. 

(9) Grattius Faliscus, 201, 206. 



202 



CHASSE 



tons étaient une race de petits chiens vigoureux et sui- 
vant bien une piste (1). Pline assure que les Gaulois fai- 
saient couvrir leurs chiennes par des loups et que chaque 
meute avait pour guide un chien auquel les autres obéis- 
saient (2). Les chiens bretons, comme ceux de leur 
pays, étaient utilisés pour la guerre par les Celtes du con- 
tinent (3). Le roi arverne Bituitos avait une garde com- 
posée de chiens qui ne devaient faire qu'une bouchée de 
l'armée romaine (4). Ainsi, dans l'Irlande de l'épopée, le 
chien Ailbe suffisait à garder à lui seul le royaume de 
Laighen (5). 

La chasse était, avec la guerre, la principale occupation 
des Celtes. Ils y étaient fort habiles. Ceux qui considé- 
raient la chasse, non comme un moyen d'alimentation, 
mais comme une distraction, ne se servaient point defilets. 
Les Celtes riches envoyaient dès l'aurore explorer les lieux 
où ils soupçonnaient la présence d'un lièvre au repos. 
Quand on leur avait rendu compte, ils se rendaient au lieu 
indiqué et lançaient leurs chiens après avoir fait lever la 
bête. Ils employaient deux espèces de chiens : les uns 
cherchaient la piste, les autres étaient tenus à l'endroit où 
il était vraisemblable que le lièvre dirigeât sa course, pour 
se lancer sur lui à son passage. A chaque animal au'ils 
avaient pris, des Celtes mettaient de cùlé une petite somme 

(1) Oppien, Cynégétique^ i, 467-4G8. 

(2) Histoire naturelle, viii, 61, 148. 

(3) Strabon, IV, 5, 2. Cf. Pline, Histoire naturelle, vin, 61, 
142. 

(4) Appien, IV, 12 l'OnosE, Histoires, v, 14. 

(5) II. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. V, p. 66. Cf. Tàin Bô Cùalnge, 1. 1003, 1007, 1008, 1019, 
1025, 1028, 1037, 1935, 2612, 3977 ; J. Loth, Revue celtique, 
t. xxvii, p. 163-165. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 203 

d'argent : deux oboles pour un lièvre, une drachme pour 
un renard ; quatre drachmes pour un chevreuil. Au bout 
d'un an, au jour de la naissance d'Artémis, on ouvrait le 
trésor ainsi constitué, et on l'employait à faire les frais 
d'un sacrifice à la déesse où Ton immolait des brebis, des 
chèvres ou des veaux, et d'un banquet où les chiens parais- 
saient couronnés de fleurs (1). Parmi les animaux sauvages 
propres à la forêt Hercynienne, César cite un bœuf ayant 
la forme d'un cerf ; ïalce ou élan, et Viirus, sorte de bœuf 
sauvage. Comme les élans se reposent en s'appuyant contre 
les arbres, et ne se couchent pas pour dormir, car il leur 
est impossible de se relever, le chasseur déracine les 
arbres dans les heux où ils fréquentent, ou les scie de 
façon à ce qu'ils puissent encore tenir debout. Les animaux 
venant s'y appuyer selon leur coutume les font fléchir et 
tombent avec eux. On capture l'urus, qui a une force et 
une vitesse prodigieuse, dans des fosses disposées avec 
soin (2). Nous connaissons le nom gaulois du lynx : nifius. 
Les Celtes atteignaient les oiseaux avec un dard en bois 
lancé à la main (3 . Ils empoisonnaient les flèches destinées 
à la chasse avec le suc des fruits d'un arbre assez semblable 
à un figuier ; ces fruits ont à peu près la forme d'un cha- 
piteau corinthien (4). Pline (5) rapporte que ce poison pro- 



(1) Arrien, Cynégétique, 19 ; 21 ; 33. Cf. Varron, De re rus- 
iica, III, 12, 2 ; 5 ; 6 ; C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, 
p. 284-289. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 26-28. 

(3) Strabon, IV, 4, 3. 

(4) Pseudo-Aristote, Singularités merveilleuses, 86 ; Arté- 
midore chez Strabox, iv, 4, 6. Cf. A. J.Reinacii, L'Anthropolo- 
gie, t. XX, p. 189-206. 

(5) Pline, xxv, 25, 61 ; xxviii, 76, 101. 



204 CHASSE 

venait de l'ellébore blanc. Les animaux ainsi tués étaient, 
raconte Aulu-Gelle (1), plus tendres à manger ; mais il 
fallait enlever toutes les parties qui entouraient les bles- 
sures. Le limeum servait à composer un poison que l'on 
appelait cervarium et dont on enduisait les flèches de 
chasse (2). D'après Gelse, les poisons de chasse des Gau- 
lois ressemblaient au venin du serpent ; ils étaient dange- 
reux dans les blessures, mais inoffensifs dans la bouche si 
celle-ci ne contenait pas d'ulcération (3). Dans le testa- 
ment d'un Lingon sont mentionnées toutes sortes d'armes 
de chasse : lances, glaives, couteaux, deux sortes de filets, 
lacs, épouvantails (4). 

Il y avait en Gaule des renards, des chevreuils, des cha- 
mois (o). Au temps de Pline, les Alpes, le Midi et les bords 
du Rhin sont les contrées de Gaule où l'on rencontre le plus 
curieux gibier à plume (6). 

La pèche ne tenait sans doute pas dans les divertisse- 
ments des Celtes la même place que la chasse. Nous avons 
vu que certaines peuplades bretonnes ne profitaient pas des 
poissons qui pullulaient sur leurs côtes (7). Les huîtres de 
Bretagne sont citées par Pline (8). A la pêche, des habi- 

(1) Nuits uniques, xvii, 15, 7. Cf. Pline, xxv, 25, 61. 

(2) Pline, Histoire naturelle, xxvii, 76, 101. 

(3) Celse, V, 27, 3. Cf. Lagneau, Remarques toxicologiques 
sur certaines substances employées par les anciens peuples de 
l'Europe pour empoisonner leurs flèches et autres armes de jet, 
Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, t. xiv, 1877, 
p. 789-874. 

(4) Corpus inscriptionum latinarum, l. xiii, 11° 5708. Voir des 
scènes de chasse chez Espérandieu, Recueil général, n° 168, 175, 
534, 1560, 1648, 1704, 3179. . 

(5) Arrien, Cynégétique, 34, 1 ; Grattius Faliscus, 200 ; 
Arrien, 34, 1 ; Pline, viii, 79, 214. 

(6) Pline, x, 29, 56 ; 57, 116 ; 66, 131 ; 68, 133 ; 68, 134. 

(7) Voir ci-dessus, p. 162. 

(8) Histoire naturelle, xxxii, 21, 62. 



LKS PERSOMXES ET l.ES COUTUMES 205 

tants des rivages de la Méditerranée employaient, prétend 
Pline (1), des dauphins dressés auxquels ils abandonnaient 
une part du butin et auxquels ils donnaient, en plus, du 
pain trempé dans du vin. Les anciens nous ont conservé 
quelques noms celtiques de poissons : esox, saumon ; clopias, 
lotte; ce poisson se trouvait dans la Saône ; alausa, alose ; 
tinca, tanche. Le thon et le muge sont cités par Strabon, 
Pline et Martial [2). 

L'industrie gauloise trouvait de précieuses ressources 
dans le sol même du pays (3). Il y avait en Gaule beaucoup 
d'or natif (4). Les fleuves charriaient des fragments de roche 
remplis de sable d'or ; on brisait les roches, on enlevait la 
partie terreuse par des lavages et on faisait fondre le résidu 
dans des fourneaux (3). Les Salassi, peuple des Alpes, se 
livraient au lavage de l'or dans les eaux du Durias (6). Le 
pays des Volcae Tedosages était riche en or (7). Chez les 
Cisalpins, l'or, avec les troupeaux, constituaient la ri- 
chesse (8). Nous avons vu que les colliers et les bracelets 
d'or sont la parure caractéristique des guerriers celtes (9). 



(1) Histoire naturelle, lx, 9, 29 ; 32. 

(2) Strabon, iv, 1, 6. Cft Athénée, vin, 4 ; Mêla, ii, 83 ; 
Pline, ix, 26, 59 ; Martial, xiii, 103 ; Cf. Elien, Histoire des 
animaux, xiii, 16. 

(3) A. Daubrée, Exploitation des métaux dans la Gaule, Rei>ue 
archéologique, t. xvii (1868), p. 298-313 ; t. xl (1881), p. 201- 
221, 261-284, 327-353. 

(4) Suétone, César, 54 ; Tacite, Annales, xi, 24. Sur l'or 
gaulois, voir E. Cartailhac, Revue d'anthropologie, t. iv (1889), 
p. 272-292. 

(5) DioDORE, V, 27. 

(6) Strabon, iv, 6, 7. 

(7) Strabon, iv, i, 13 ; cf. m, 2, 8 ; iv, 2, 1. 

(8) POLYBE, II, 19. 

(9) Voir ci-dessus, p. 173. 



206 MINES 

Strabon signale de l'or en Grande-Bretagne (1). En Irlande, 
on a trouvé dans des tourbières, dans des champs, et sous 
des rochers un nombre considérable d'objets en or. Les plus 
anciens seraient, d'après M. S. Reinach, contemporains de 
la première période de l'âge du bronze (i). Les parures en 
or sont plus rares et plus légères à l'époque de Hallstatt 
qu'à l'âge du bronze. A l'époque de la Tène on en trouve 
en Gaule surtout sur les bords du Rhin, et dans le haut 
bassin de la Garonne (3). 

Les mines d'argent se trouvaient en Gaule surtout dans 
les Pyrénées et dans le pays des Gahali et des Rutetii (4). 
Elles étaient nombreuses en Espagne (5). Il y en avait en 
Grande-Bretagne (G). Dès l'époque du bronze on trouve de 
l'argent à Garnoet en Moelan (Finistère) et près de Bor- 
deaux (7). 

Mais, en général, les parures en argent sont très rares 
aux époques de Hallstatt et de la Tène, sauf dans les pays 
de minerais argentifères comme la Hongrie, la Bosnie et 
quelques cantons des Alpes (8). 

Les mines de fer étaient en grand nombre en Gaule et le 
travail en était très familier aux Gaulois, Strabon cite celles 
des Peinicorii et des Bituriges Cubi (9). Elles étaient en 



(1) Géographie, iv, 5, 2. Cf. Tacite, Agricola, 12. 

(2) 'làpvïj TtoXiivpudo;, Re^ue celtique, t. xxi, p. 75-97 ; 166- 
175. 

(3) DÉCHELETTE, Manuel, t. Il, p. 867-870, 1332-1347. 

(4) Strabon, iv, 2, 2. Corpus inscriptionum latinarum, t. xiii, 
nO 1550. 

(5) DioDORE, V, 35. 

(6) Tacite, Agricola, 12. 

(7) DÉCHELETTE, Moiiuel, t. II, p. 3G6. 

(8) DÉCHELETTE, Manuel, t. ii, p. 1347-1351, 

(9) Guerre de Gaule, vu, 22 ; Strabon, iv, 2, 2. 



LES PERSOINiNES ET LES COUTUMES 207 

petite quantité en Grande-Bretagne et les Bretons en guise 
de monnaies se servaient de cuivre ou d'anneaux de fer 
d'un poids déterminé (1). Les Caledonii portaient autour 
du cou et au-dessus du ventre des ornements en fer qui 
étaient pour eux des signes de richesse (2). Les Nervii, au 
temps de César, manquaient des instruments en fer néces- 
saires pour construire des retranchements (3). Les Geltibé- 
riens donnaient au fer sa finesse et sa solidité en l'enfouis- 
sant en terre (4). Les outils en fer, à l'exception des cou- 
teaux, sont rares dans les sépultures hallstattiennes. Ce 
n'est guère qu'à l'époque de la Tène 111 que s'introduit 
l'usage de déposer des instruments et outils de fer dans les 
tombes ; on en trouve aussi dans les oppida. 

Ce sont des haches, des couteaux, des ciseaux, tranchets, 
planes de tonnelier, poinçons, gouges, marteaux, enclumes, 
scies à main, limes ; on a trouvé peu d'instruments agri- 
coles : socs de charrues, faux et faucilles, serpes ; quelques 
instruments de pêche : hameçons et tridents (5). 

On trouvait du cuivre en Aquitaine et chez les Ceutrones, 
mais les Gaulois ne savaient pas bien le traiter (6). En 
Grande-Bretagne, on se servait de cuivre importé (7). Le 
plomb était répandu dans toute la Gaule et en Grande- 
Bretagne (8). 

L'étain se rencontrait surtout dans les Iles Britanniques ; 



(1) Guerre de Gaule, v, 12. 

(2) Hérodien, III, 4, 7. Voir ci-dessus, p. 173. 

(3) Guerre de Gaule, v, 42. 

(4) Plutarque, Du bavardage, 17. 

(5) DÉCHELETTE, Maiiuel, t. II, p. 793-796, 1352-1386 (fig,). 

(6) Pline, xxxiv, 2, 3 ; 20, 96. Cf. Guerre de Gaule, m, 21. 

(7) Guerre de Gaule, v, 12. 

(8) Pline, Histoire naturelle^ xxxiv, 49, 1«64, 



208 MINES 

on le préparait aux environs du cap Belerion en faisant 
fondre et en épurant les veines de métal qui se trouvaient 
dans les roches du promontoire ; puis on le transportait 
sur des chariots, à marée basse, dans l'île d'Iclis (Wight). 
Là les marchands venaient l'acheter (1) On a signalé en 
Gaule des traces d'exploitation de filons stannitères qui 
peuvent remonter à l'époque gauloise (2). 

L'industrie gauloise utilisait comme décoration le corail 
et l'émail. Le corail le plus estimé était péché sur la côte 
méridionale de la Gaule (3). Les Gaulois en ornaient leurs 
glaives, leurs boucliers et leurs casques i4). L'usage du co- 
rail dans l'Antiquité a été constaté presque exclusivement 
dans les pays celtiques ou soumis à l'influence des Celtes. 
Il apparaît seulement vers la fin de l'époque de Hallstatt (o). 
On le trouve surtout en Gaule et particulièrement dans le 
pays des Rémi, dans les sépultures à inhumation, en com- 
pagnie de perles d'ambre, de verroterie, de bijoux d'or, 
jamais avec des monnaies. Il sert surtout à décorer des 
objets de bronze, fibules, boutons, harnais, fourreaux, 
casques, bracelets, chaînettes, tètes d'épingles ; dans des 
colliers, il est employé comme pendeloques (6). D'après 
Pline, le corail passait pour avoir diverses vertus curatives 



(1) PoLYBE, m, 57 ; Timi'e chez Pline, iv, 30, 104 ; César, 
Guerre de Gaule, v, 12, 4 ; Diodore, v, 22 ; 38 ; cf. Poseidônios 
chez Strabon, m, 2, 9 ; Rice Holmes, Ancient Dritain, ch. v. 

(2) A. Daubrée, Revue archéologique, t. xvii (18G8), p. 306 ; 
Blanciiet, Traité des monnaies gauloises, t. i, p. 35. 

(3) Pline, Histoire naturelle, xxxii, ii, 21. 

(4) Ibid., XXXII, 11, 23. 

(5) DÉciiELETTE, Mauuel, t. II, p. 875. 

(6) Cf. S. Reinacii, Le corail dans l'industrie celtique, Revue 
celtique, t. xx, p. 13-29, 117-131 ; Déciielette, Manuel, t. ii, 
p. 1330-1332. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 209 

et une branche de corail pendue au cou d'un enfant le 
mettait, croyait-on, en sûreté (1). Les objets ornés de corail 
appartiennent sans doute à la fin de l'époque de Hallstatt et 
à la première partie de l'époque de la Tène (2). Le carail 
semble avoir été remplacé par l'émail vers l'an 200 avant 
J.-G. (3). 

Philostrate (4) raconte que les barbares voisins de l'Océan 
savent verser les couleurs blanche, noire, jaune, rouge, sur 
du cuivre incandescent où elles se fixent ensemble, prennent 
la consistance de la pierre et conservent les ligures qu'on y 
a dessinées II v.ut parler probablement des Celtes et cer- 
tainement d'un procédé d'émaillage. Cet art, presque com- 
plètement ignoré des Grecs et des Romains, était pratiqué 
chez les Aediii. On a trouvé dans les ruines de Bibracte de 
l'émail rouge sous diverses formes : lingots, déchets, ba- 
vures ; tout un quartier de la ville semble avoir été occupé 
par des ateliers d'émailleurs. Les objets sur lesquels on 
appliquait l'émail sont des rouelles, des boutons, des fi- 
bules, des têtes de clous (5). 

Le commerce de l'ambre est très développé au premier 
âge du fer. A Hallstatt, plus de trois cents sépultures, parmi 
lesquelles quelques-unes à mobilier pauvre, contenaient 
plusieurs milliers de perles d'ambres ; les fils portant les 
grains ou les bâtonnets d'ambre sont disposés en rangées 
parallèles et traversent de petites plaquettes qui leur servent 

(1) Histoire naturelle, xxxii, 11, 24. 

(2) S. Reinach, Revue celtique, t. xx, p. 118. 

(3) S. Reinach, Revue archéologique, t. vi (1905), p. 309. 

(4) Tableaux, i, 27, 3. 

(5) BuLLiOT, Fouilles du Mont-Beuvray, t. i, p. 129-146. Mé- 
moires de la Société nationale des antiquaires de France, t. 
xxxn, p. 71-105. DÉCHELETTE, Manuel, t. ii, p. 1547-1557, 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 14 



210 ÉMAIL 

de support et d'où ils pendent (1). La voie commerciale de 
l'ambre aboutissait d'après Pline (2) au nord de l'Adriatique, 
en passant par la Pannonie. Il venait d'abord du Jutland, 
puis de la Prusse orientale. On a trouvé une grande quan- 
tité de perles d'ambre dans les nécropoles de la Yénétie, 
en particulier à Santa Lucia, et à l'époque de la Tène c'est 
surtout dans le voisinage de l'Italie du nord qu'on trouve 
des colliers d'ambre (3). 

Le verre, formé d'une pâte bleue, blanche, verte ou noire, 
servait h fabriquer des bracelets d'une seule pièce ou des 
colliers composés de boules ou de pendeloques (4). 

L'étamage du cuivre par l'étain était, d'après Pline (5), 
une invention gauloise. L'étamage par l'argent fut appliqué 
dans la ville d'Alise d'abord aux harnais des chevaux et 
des bêtes de somme. Par la suite, le renom passa aux Bitii- 
riges qui se mirent à orner ainsi esseda et petorrila. Le char 
du roi des Arvernes Bituitos était argenté (6). 

On peut juger de l'industrie gauloise en étudiant les 
nombreux objets recueillis dans les tombes. Mais dans les 
tumuli de la Bourgogne, dans les cimetières à inhumation 
de la Marne, sur l'emplacement de Bibracte et d'Alesia, on 
a trouvé, à côté des produits d'un art assez primitif, des 
objets d'un art parfait qui, s'ils ne proviennent pas de la 



(1) DÉcHELETTE, Monuel, t. Il, p. 872-875 (fig.). 

(2) Histoire naturelle, , xxxvii, 11, 43; Diodobe, y, 23, 1. 
Cf. DÉCHELETTE, Mauucl, t. I, p. 623-627. 

(3) DÉCHELETTE, Maiiuel, t. II, p. 873, 1329. 

(4) S. Reinach, Catalogue sommaire du musée des Antiquités 
nalioiiales, p. 145, 157, 165. 

(5) Histoire naturelle, xxxiv, 48, 162 ; G. Bapst, L'étain, Paris, 
1884. Cf. R. Durand dans Pro Alesia, t. ii, p. 320-322. 

(6) Florus, m, 2. 



LES PERSON.NES ET LES COUTUMES 211 

Grèce, procèdent, en tout cas, de l'art gréco -étrusque, et 
l'on a pu constater, surtout à l'époque de la Tène, l'in- 
fluence hellénique sur les œuvres des artistes et des arti- 
sans indigènes. Il est probable que les modèles ont été 
apportés en Gaule soit par des marchands, soit par des 
soldats revenus d'expéditions fructueuses aux vallées du 
Pô, du Tessin et du Rhin avant la conquête romaine, à 
la vallée du Rhône après la conquête (1). Les objets dont 
on peut attribuer la fabrication aux Celtes se rapportent 
presque tous à l'art industriel. 

A l'époque de llallstatt, les formes des vases en bronze 
sont très variées ; ce sont des situles coniques de grande di- 
mension à anses, des cistes cylindriques à côtes horizon- 
tales ou cordons, des écuelles, des plats, des coupes, des 
cuvettes et des chaudrons en feuilles de bronze rivées avec 
beaucoup d'art. La décoration des vases est le plus souvent 
géométrique dans les sépultures de l'époque hallsttatienne ; 
seules^ des situles en bronze sont ornées au repoussé de 
scènes diverses, de style gréco-oriental, où figurent des 
hommes et des animaux. Les ornements incisés ou impri- 
més sur les vases en argile sont des triangles avec lignes 
parallèles, de petits cercles avec point central, de petits 
triangles opposés par le sommet et disposés en bandes ou 
simplement des lignes brisées et des bandes ; les vases en 
argile sont frottés de plombagine ou peints en rouge et en 



(1) Cette idée a été émise d'abord par Iloernes et par Rei- 
necke. Voir aussi S. Reinach, Catalogue sommaire du musée des 
antiquités nationales, p. 148 ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 514- 
515, 1429-1454 ; L. Joulin, Les «ges protohistoriques dans le sud 
de la France et dans la péninsule hispanique. Revue archéologique, 
t. XVI (1910), p. 1-29 ; 193-235 ; t. xvii (1911), p. 15-40 ; t. xix 
(1912), p. 1-59 ; 235-254. 



212 VASES 

noir sur un fond jaune clair (1). Le tour n'est pas encore 
en usage. On a trouvé quelques coupes de verre apparte- 
nant à la seconde phase de Hallstatt [2). 

A l'époque de la Tène, on trouve des vases où les orne- 
ments font saillie ; des décorations en rouge et en noir 
appliquées soit avant soit après la cuisson. On remarque 
une grande richesse d'imagination dans les motifs de déco- 
ration géométrique : des ornements coudés, des cercles, 
des doubles courbes en S, des carrés, des croix asso- 
ciées à des cercles et des triangles, des échiquiers ; des 
croix gammées en noir sur des vases jaune clair. Les vases 
à décor géométrique curviligne sont soit peints, soit inci- 
sés. Certaines poteries du Mont-Beuvray sont ornées d'ins- 
criptions en lettres grecques (3). En général, la poterie 
gauloise est assez grossière (4). Chez les Rcmi, on trouve 
pourtant de belles urnes à ornements géométriques (5) ; 
en Armorique, des vases analogues avec des dessins à spi- 



(1) Rei'ue d'anthropologie, t. iv (1889), p. 332-333. On trouvera 
une étude des seaux liisloriés chez A. Bertiiand et S. Reinacu, 
Les Celtes datis les vallées du Pô et du Danube, p. 94-122 ; et une 
étude des seaux à cordon, ibid., p. 213-217. Cf. Archéologie cel- 
tique et gauloise, 2^ éd., p. 302-212; Déchelette, Manuel d'ar- 
chéologie préhistorique, t. II, p. 809-830 qui rattache (p. 426-444) 
au cuUe du soleil les situles ornées d'une roue portée sur une 
barque dont l'avant est orné de deux cygnes. 

(2) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 789. 

(3) Revue archéologique, t. xvii (1868), pi. m ; J. Déchelette, 
Poteries de la Tène à décoration géométrique incisée. Revue archéo- 
logique, t. xxxix (1901), p. 51 ; Cf. t. xxvi (1895), p. 196-212 ; 
S. Reinach. Catalogue somnujire du musée des antiquités natio- 
nales, p. 105 ; Déchelette, I\Ianuel, t. ii, p. 1458-1506. 

(4) C. Jui.LiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 317. 

(5) DÉCHELETTE, Vases céramiques, t. i, p. 4. 



J 



LES PERSO.NNES ET LES COUTUMES 



213 



raies (1) et fleurons compliqués (2). 11 est rare de trouver 
(le la céramique polychrome qui remonte vraisemblable- 
ment à l'époque gauloise (3). 

Les œuvres de la plastique sont rares (4). A Hallstatt, 
ce sont tantôt des figures grossières d'hommes, les bras 
coudés, ou représentés à mi-corps ; tantôt des chevaux 
posés sur des douilles de haches, ou figurés au repoussé 
sur des vases de bronze ; des oiseaux en relief sur une 
coupe ; une vache suivie de son veau, groupe formant le 
couronnement d'un vase en métal ; une tête de vache en 
bronze avec une incrustation triangulaire au milieu du 
front. Une hache en bronze est surmontée d'un homme 
chevauchant un animal bizarre. Quelques poteries hallstat- 
tiennes sont ornées de figures humaines ou animales 
(cygne, cheval, bovidé, bélier) exécutées soit en gravure, 
soit en ronde bosse (5). Des fourreaux en bronze d'épées 
de la Tène portent des animaux dont les jambes de der- 
rière et la queue se terminent en fleurons, des fleurons 

(1) Du Chatellier, La poterie aux époques préhistorique et 
gauloise en Armorique, 1897, p. 53 ; C. Jullian, Histoire de la 
Gaule, t. II, p. 318. 

(2) Ces décors à spirales sont particulièrement fréquents chez 
les Belges, les Bretons et les Irlandais. Romilly Allen, Celtic 
art in pagan and Christian tintes, p. 50, 154, 169 ; Jullian, His- 
toire de la Gaule, t. ii, p. 386. 

(3) Voir toutefois les vases en couleur : violet, rose, jaune et 
noire, trouvés à Cavaillon ; Mazauric, Revue des études anciennes 
t. XIII (1911), p. 82. 

(4) On les trouvera chez S. Reinach, La sculpture en Europe 
avant les influences gréco-romaines (avec 442 figures), L'Anthro- 
pologie, t. V, p. 15-34, 173-186, 288-305 ; t. vi, p. 18-39, 293-311, 
549-563, 062-674 ; t. vu, p. 168-194. (Index alphabétique des 
provenances à la page 192). Cf. Hoernes, Urgeschichte der bil- 
denden Kunst in Europa, Vienne, 1898. Sophus Mûller, Urges- 
chichte Europas, Strasbourg, 1905. 

(5) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 825-830. 



214 l'art 

transformés en lignes sinueuses géométriques. Un petit 
bronze de la même provenance représente sans doute un 
chien. On peut encore citer les poignards ou épées anthro- 
poïdes de la Tène III dont le manche représente grossière- 
ment un homme. On trouve à la même époque des figurines 
ou des pendeloques de bronze qui servaient sans doute 
d'amulettes et qui représentent des êtres humains ou des 
animaux divers, sangliers, chevaux, béliers, taureaux (1). 
Mais de bonne heure, les produits de l'art étrusque et de 
l'art grec pénétrèrent en Gaule et, se trouvant dans les 
tombes gauloises, sont quelquefois attribués à tort à l'art in- 
digène (2). Les chenets à tête de bélier semblent originaires 
de Gaule (3). Plusieurs torques découverts dans les cime- 
tières de la Marne sont ornés de têtes humaines en relief 
ou indiquées au burin (4). Un te- son de poterie jaunâtre 
teintée de brun foncé à la surface, que l'on a trouvé à Am- 
plepuis (Rhône), porte un dessin au pointillé représentant 
grossièrement deuxchevaux ("i). Des vases peints du musée 
de Genève sont ornés d'oiseaux et de losanges (6). 

Il est difficile de caractériser l'art gaulois, puisque nous 
jgnorons le plus souvent l'origine des objets d'art trouvés 

(!) JuLLiAN-, Revue des études anciennes, 1. vi (1904), p. GO, 
n. 1 ; Cf. p. 47 ; Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1137-1143 (fig. ), 
1300-1311 (fig.). 

(2) C. JuLLiA.N, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 331, n. 3. 

(3) J. Déchelette, Revue archéologique, t. xxxiii (1898), 
p. 250-251. Voir ci-dessus, p. 159. 

(^) J. DE Baye, Sujets décoratifs empruntés au règne animal 
dans l'industrie gauloise, Mémoires de la Société nationale des 
antiquaires de France, t. xliv, p. 124-132; t. xlvi (1885), p. 112- 
121. 

(f) J. DÉCHELETTE, Rcvus archéologique^ t. xxix (1896), 
p. 172-176. 

(6) A. Cartier, Revue des études anciennes, L. x, p. 257-2C1 
(pi.). 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 215 

en Gaule, et que nous ne connaissons pas les modèles, le 
plus souvent grecs, qui ont inspiré les artistes indigènes. 
M. S. Reinach (1) considère que les divers styles gaulois 
ont eu en commun la simplicité et la clarté et que l'esprit 
géométrique y domine. Vers 800 avant J.-C, se manifeste 
le goût des Celtes pour les ornements de métal ajourés ; 
vers 300, apparaît la polychromie dont l'élément principal 
est d'abord le corail, puis l'émail. Les statues des dieux (2) 
sont caractérisées par la raideur hiératique de l'attitude et 
par la gravité maussade de la physionomie. Comme les Gau- 
lois, les Irlandais semblent avoir eu de l'aversion pour la 
représentation des êtres animés ; ils n'ont tiré aucun élément 
de décoration du règne végétal et se sont limités à la com- 
plication savante et puérile des ornements géométriques (3). 
Avec les métaux précieux qu'ils trouvaient dans leur 
pays les Gaulois fabriquèrent des monnaies aussitôt que 
les commerçants grecs leur firent connaître ce moyen 
d'échange. Luernios, père du roi Bituitos (121 avant J.-C.) 
parcourait la plaine sur un char d'où il semait de la mon- 
naie dor et d'argent, que son cortège ramassait (4). Nous 
avons conservé des milliers de monnaies gauloises dont les 
variétés sont presque aussi nombreuses que les pièces 
mêmes. A. de Barthélémy a essayé d'en établir le classe- 
ment chronologique. Les plus anciennes sont celles de 
Marseille (5) ; elles ne peuvent guère être antérieures au 

(1) Idées générales sur l'art de la Gaule (Rei>iie archéologique, 
t. VI (1905), p. 308-313). Bronzes figurés de la Gaule romaine, 
p. 1 et suiv. Cf. Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1507-1527. 

(2) Voir ci-après, ch. v. 

(3) L. GouGAUD, L'art celtique (Réunie de l'art chrétien, mars- 
avril 1911, p. 89-108). 

(4) Strabon, IV, 2, 3. 

(5) Cf. Strabon, iv, 1, 5. 



21 G 



M0>>A1RS 



y" siècle avant notre ère, époque où furent conclus entre 
diverses villes grecques, parmi lesquelles Phocée, des 
traités monétaires. Un autre groupe de monnaies sont 
imitées de celles de Rhoda, et d'Emporium (Ampurias), 
colonie de Marseille, deux ports situés au nord-est de l'Es- 
pagne ; les monnaies de ces deux villes et certaines mon- 
naies marseillaises ont une grande analogie avec les mon- 
naieo frappées en Sicile dès la fin du V siècle, elles peuvent 
avoir été introduites en Gaule dès le iv* siècle. Les mon- 
naies de Marseille, d'Emporium et de Rhoda sont en ar- 
gent. Les premières monnaies de bronze semblent avoir été 
fabriquées entre les Pyrénées et l'Hérault vers la fin du 
ni'= siècle ; elles se rapprochent singulièrement des pièces 
de Phintiasd'Agrigente (287-279), et de Hiéron II de Syra- 
cuse (275-215). Quant au numéraire d'or, on n'en a pas 
constaté l'usage dans le sud ni dans le sud-ouest de la 
Gaule. Il se répandit en Gaule peut-être dès la première 
moitié du uf siècle. Il procède des statères de Philippe II, 
roi de Macédoine (3G0-336 avant J.-C), représentant sur 
un cùté une tête d'Apollon de profil, et sur l'autre un char 
à deux chevaux ; ou des statères de Tarente portant sur la 
face une tête d'Amphitrite, et sur le revers les Dioscures à 
cheval. Les premières imitations furent assez exactes, mais 
peu à peu les graveurs altérèrent leurs modèles au point 
qu'il est impossible de saisir le rapport qui unit les phi- 
lippes aux pièces gauloises si l'on n'a pas toute la série des 
pièces progressivement défigurées. Ces imitations parais- 
sent avoir cessé en Gaule lors de la conquête romaine. Les 
derniers statères portent les noms de Yercingétorix [i) et 

(1) Voir C. JuLLiAN, Vercingétorix, Paris, 1903, p. 353-357. 



LES PERSOX.N'ES ET LES COUTUMES 217 

de quelques autres chefs. Dès l'époque de rétablissement 
des Romains dans la Province (118 avant J.-C), les de- 
niers de la République servirent de modèles, même pour 
des monnaies en bronze. Après la conquête de la Gaule, 
les villes libres et alliées eurent le droit de battre mon- 
naie (1). 

En Grande-Bretagne, au temps de César, on se servait, 
comme nous l'avons vu, de monnaies de cuivre ou de fer 
en forme d'anneaux d'un poids déterminé (2). Les habi- 
tants de l'île Silure, en face des Dumnonii, ne se servaient 
pas de monnaies, d'après Solin (3), et ne connaissaient que 
l'échange des marchandises. Les plus anciennes monnaies 
recueillies en Grande-Bretagne dérivent des monnaies de 
la Gaule continentale; les graveurs se sont efforcés de 
transformer les types monétaires en figures symétriques 
d'exécution facile (4). Dans les oppida et les crannogs de 
Grande-Bretagne on a trouvé des barres de fer qui semblent 
bien être les instruments d'échange dont parle César (o). 

Le monnayage de l'Europe centrale est très barbare. 

(i) A. DE Barthélémy, Essai de classification chronologique 
de différents groupes de monnaies gauloises, Revue celtique, t. xi, 
p. 173-179. Cf. t. XII, p. 309-316 ; Comptes rendus de l'Académie 
des inscriptions et belles-lettres, 1892, p. 251 et suiv. ; Blanchet, 
Traité des monnaies gauloises, p. 177-178 ; Cii. Robert, Dissémi- 
nation et centralisation alternative de la fabrication monétaire de- 
puis les Gaulois jusqu'au commencement de la domination caro- 
lingienne. Revue archéologique, t. vi (1885), p. 324-330 ; A. Blan- 
chet, L'influence de l'art grec dans le nord de la Gaule Belgique, 
Revue numismatique, t. vu (1903), p. 100-117 ; E. Hucher, L'art 
gaulois ou les Gaulois d'après leurs médailles, 1868-1874 ; Déche- 
lette. Manuel, t. ii, p. 1559-1573. 

(2) Ci-dessus, p. '207. 

(3) Recueil de choses merveilleuses, 22, 8. 

(4) J. Evans, The Coins of the ancient Britons, Loivdon, 1864- 
1890 (pi.). 

(5) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 978, 1558. 



218 MONNAIES 

M. A. Blanchet a signalé la dissémination des monnaies 
gauloises, ainsi que les rapports que présentent des pièces 
de la vallée du Danube avec celles de la vallée du Rhin et 
de la Gaule. 11 y aurait donc eu entre les diverses tribus 
celtiques du centre et de l'ouest de l'Europe des relations 
commerciales assez étendues, dans la période comprise 
entre le iii'^ et le i" siècle avant notre ère. Après les 
monnaies d'or imitées des monnaies grecques, on trouve 
vers l'an 100 des statères ornés de motifs indigènes : co- 
quille, tète d'oiseau, serpent, et de grosses pièces d'ar- 
gent à légendes (1). l.e titre des monnaies d'or et d'argent 
varie avec les temps et les lieux. Les monnaies d'or con- 
tiennent de 7 à 37 0/0 d'argent et de 19 à 13 0/0 de cuivre, 
avec souvent des traces détain. Les monnaies d'argent 
contiennent de 22 à 85 0^0 de cuivre et quelquefois de 8 à 
16 0/0 d'étain, de 7 à 30 0/0 d'or. Les monnaies de bronze 
allient au cuivre de 12 à 280/0 d'étain, de 1 à 80,0 de 
plomb, quelquefois jusquà lGO/0 de zinc. On appelle po- 
tin un alliagede cuivre (68 à 82 0/0) et d'étain (17 à 31 0/0), 
avec des traces d'argent et de plomb. 

Les divisions monétaires sont imitées des pièces grecques : 
en or : le slalère (environ 8 gr. 6), le demi statère, le tiers 
de statère, le quart do statère, le sixième de statère, et le 
huitième de statère ; en argent : le tétradrachme, la 
drachme (environ 4 gr. 31 1, l'obole (0 gr. 72), la demi- 
obole, le quart d'obole (2). 



(1) Recherches sur les monnaies celtiques de l'Europe centrale, 
Revue numismatique, t. vi (1902), p. 36-51, 157-173. Traité des 
monnaies gauloises, t. ii, p, ^i't3-'ill ; G. Jullian, Histoire de la 
Gaule, t. I, p. 375, n. 6. 

(2) Blanchet, Traité des monnaies gauloises, t. i, p. 36-74, 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 219 

Le droit de battre monnaie appartenait aux cités. Les 
noms d'hommes, qui sont les plus nombreux dans les ins- 
criptions des monnaies gauloises, appartiennent sans doute 
à des chefs ou à des magistrats monétaires (1). 

Il est possible qu'antérieurement à l'introduction en 
Gaule des monnaies grecques, les Gaulois aient utilisé 
comme monnaies des fragments de haches de bronze et de 
bijoux, des lingots marqués, «les anneaux et des rouelles (2). 
En 191, P. Cornélius Scipion avait rapporté de ses vic- 
toires sur les Boii 2.340 livres de lingots d'argent (3). 

Hormis les renseignements que fournit l'archéologie, 
nous savons peu de choses sur le commerce des Gaules (4), 
les exportations et les importations. Cicéron semble re- 
garder comme synonymes les deux mots Insuber et merca- 
tor (5). Au temps de César, la proximité de la Province 
romaine et le commerce d'outre-mer fournissait aux Gau- 
lois d'abondantes ressources. César parle des marchands 
autour desquels les Gaulois se rassemblaient pour apprendre 
les nouvelles (6). Varrou, citant Caton (7), mentionne la 
quantité énorme de salaisons que les Romains faisaient 
venir des deux Gaules cisalpine et transalpine. Mais à 
quelle époque ce commerce, ainsi que celui des fromages 
et des laines, s'est-il surtout développé '? N'est-ce pas sous 



(1) Blanchet, ibid., p. 81 ; Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. II, p. 341-344. 

(2) Blanchet, ibid., p. 21-29. 

(3) TiTE LivE, XXXVI, 40, 12. 

(4) Voir BuLLiOT et Roidot, La cité gauloise selon l'histoire 
et les traditions, p. 118-147 ; E. de Fréville, Mémoires de la 
Société des antiquaires de France, t. xxii, p. 87-149. 

(5) Contre Pison, fragm. 7. 

{Cl) Guerre de Gaule, iv, 5 ; vi, 24. 

(7) De l'agriculture, u, 4. Cf. Strabon, iv, 4, 3. 



220 COMMERCE 

l'influence de la civilisation romaine ? Les marchands qui 
commerçaient en Gaule étaient pour la plupart des Ro- 
mains. D'après Gicéron, la Gaule était remplie de négo- 
ciants romains ; aucun Gaulois ne faisait d'affaires sans 
eux ; il ne circulait pas en Gaule une seule pièce d'argent 
qui ne fût portée sur les livres des Romains (1). Au temps 
de la conquête, des citoyens romains qui s'étaient fixés à 
Cenabum pour faire du commerce, y sont massacrés par 
les Carnutes. Des marchands et des voyageurs romains 
sont tués à Noviodunum par des Atdiii (2). Le vin est 
transporté d'Italie en Gaule au moyen de bateaux sur les 
fleuves, et de chariots dans les plaines (3V. D'autre part, les 
Vénètes commercent avec les Bretons, et, sur les bords du 
Rhin, les marchands romains viennent souvent chez les 
Ubii (i). Les habitants du promontoire Belerion.au sud 
de la Grande-Bretagne, devaient d'être hospitaliers et civi- 
lisés aux rapports continuels qu'il avaient avec les mar- 
chands étrangers (S). Les cotes elles ports d'Irlande étaient 
bien connus des marchands qui y commerçaient (6). 

Les trouvailles archéologiques permettent de déterminer 
les routes préhistoriques qu'elles jalonnent. Certains types 
de sépultures mégalithiques, ainsi qu'une divinité féminine 
souvent associée à la hache, marquent la route maritime 
que suivaient les marchands à partir des colonnes d'Her- 
cule, lelong des côtes occidentales del'Ibérie et de la Gaule. 

(1) CicÉRON, Pour Fontéius, 2, 4. 

(2) César, Guerre de Gaule, vu, 3 ; cf. 42 ; 44 ; 55. 

(3) DioDORE, V, 26, 4. 

(4) Guerre de Gaule, m, 8 ; iv, 320. 

(5) DioDORE, V, 22, 1 ; Zimmer, Ueber dirckte Handelsrerbin- 
dungen Weslgalliens mit Irlnul. Siizuiigsberichte der hœniglich 
Preussischen Akadeinie der Wissenschaften, t. xiv{1909), p. 363. 

(6) Agricola, 24. 



LES PERSON.NES ET LES COUTUMES 221 

vers la Gornouaille, pays de l'étain, l'Irlande pays de l'or, 
les côtes de la mer du Nord, pays de l'ambre. La spirale 
du second âge du bronze et l'ambre marquent la route 
continentale allant du Nord de l'Adriatique à la Scandina- 
vie par le Norique, les vallées de la Moldau et de l'Elbe, et 
traversant la vallée du Danube qui la mettait en commu- 
nication avec la mer Noire et la vallée du Rhin ; c'est par 
cette route que se répandit le fer du Norique. Enfin, les 
civilisations de Hallstatt et de la Tcne ont eu pour dé- 
bouché la route fluviale, de l'Adriatique aux hautes vallées 
du Rhône et du Rhin, par le Pô, le Tessin et 'es lacs 
suisses (1). 

Les voies de communication ne manquaient point en 
Gaule. Les fleuves sont si heureusement distribués entre 
eux, remarque Strabon (2), qu'on peut faire passer aisé- 
ment les marchandises d'une mer à l'autre, en empruntant 
pour une très petite partie du trajet la voie de terre ; mais 
ces charrois n'offrent point de difficultés, parce qu'ils peu- 
vent se faire facilement en plaine. 

Les chemins étaient suffisamment nombreux en Gaule 
pour permettre à César les évolutions rapides de ses troupes ; 
mais ils étaient difficiles (3). Il y avait des ponts à Gena- 
bum (Orléans), Metlosedum (Melun), Lutetia (Paris), Ge- 
nava (Genève) (4). Deux grandes routes commerciales re- 
liaient Marseille au nord de la Gaule. La première suivait 



(1) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 562-563 ; 
C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 377, n. 7. 

(2) Géographie, iv, 1, 2. 

(3) Guerre de Gaule, viii, 4 ; Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. II, p. 229. 

(4) Guerre de Gaule, i, 6 ; vu, 11 ; 58. Cf. vu, 53 ; viii, 26. 



222 ■ COMMEKCE 

le Rhône, la Saône qui au temps de César servait au trans- 
port des blés (1), empruntait la voie de terre pour gagner 
ja Seine, puis descendait ce fleuve pour arriver au littoral. 
La seconde était la voie de terre jusqu'au pays des Ar- 
vernes et là on empruntait le cours de la Loire. Vers le 
ni'' siècle avant notre ère, il y avait, à l'embouchure de la 
Loire, un port très important, que Pythéas nomme Gor- 
bilon (2). 

La Grande-Bretagne exportait du blé, du bétail, de l'or, 
de l'argent, du fer, des peaux, des esclaves et des chiens de 
chasse (3). Les perles que l'on trouvait sur les côtes étaient 
petites et ternes (4). Le commerce avec la Gaule se fai- 
sait par l'intermédiaire des Venètes (5). On transportait 
l'étain de Grande-Bretagne en Gaule, puis on le chargeait 
sur des chevaux et les marchands traversaient à pied la 
Gaule en trente jours pour aboutir à l'embouchure du 
Rhône (6). Les Bretons importaient de Gaule des freins 
d'ivoire, des colliers, de l'ambre fossile, des vases en verre 
et de menues marchandises (7). 

Les transports sur terre se faisaient à dos de bête de 
somme ou au moyen de chariots. Nous avous conservé 
quelques noms celtiques de véhicules variés qui témoignent 

(1) Ibid., I, 16. 

(2) Strabon, IV, 1, 14 ; 2, 1. Cf. L. Maître, Annales de Bre- 
tagne, t. IV, p. 420-541 ; A. de La Borderie, Histoire de Bre- 
tagne, t. I, p. 91. 

(3) Strabon, IV, 5, 2. Cf. Tacite, Agricola, 12. César avait 
trouvé du blé dans le sud de la Grande-Bretagne (Guerre de 
Gaule, IV, 32). 

(4) Pline, Histoire naturelle, ix, 57, 116. Cf. Suétone, César, 
47 ; MÊLA, m, 6, 51 ; Solin, 53, 28. 

(5) Guerre de Gaule, m, 8 ; cf. iv, 20 ; 21. 

(6) Diodore, V, 22 ; 38. 

(7) Strabon, iv, 5, 3. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 223 

de l'importance du charronnage gaulois : Vessediim, char 
de guerre chez les Celtes, sorte de cabriolet chez les Ro- 
mains ; le coçinnas^chdiT de guerre chez les Bretons, char 
de voyage chez les Romains ; la benna, chariot, sans doute 
en osier ; le cisiiim, sorte de cabriolet ; le colisatnm, le car- 
pentiim, char à deux roues ; le carras, sorte de tombereau ; 
la reda, le petorritum, la carruca, voitures à quatre roues (1). 
Pour les transports par eau, on utilisait diverses sortes 
de barques. Les navires des Vénètes et de leurs alliés les 
Pidones et les Santones sont minutieusement décrits par 
César (2). Ils ont la carène plus plate que les navires des 
Romains, les proues sont très hautes ; les poupes cons- 
truites de façon à résister aux vagues et aux tempêtes ; les 
bancs sont faits de poutres d'un pied d'épaisseur et sont 
attachés par des clous en fer de la grosseur d'un pouce; les 
interstices des planches sont calfatés avec des algues ; les 
ancres sont retenues par des chaînes de fer ; les voiles sont 
des peaux molles et cousues au petit point. Tout est com- 
biné pour que ces navires puissent lutter contre des mers 
orageuses, mais l'agilité et la vitesse laissent à désirer. Les 
Vénètes, qui surpassaient les autres Gaulois par leur 
science et leur pratique de la navigation, avaient un 
grand nombre de ces navires qui leur servaient à commu- 
niquer avec la Grande-Bretagne. César trouva chez les 
Morini quatre-vingts vaisseaux de charge (3). 

(1) Voir ci-dessus, p. 55, 57, 58, 61, 72, 7.3, 74. Cf. Saglio, 
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, et Espérandieu, 
Recueil général, n°^ 4, 293, 811, 3245, 3175, 3232,3521-3523. 
Déchelette, Manuel d'Archéologie, t. ii, p. 1197-1198. 

(2) Guerre de Gaule, m, 8 ; 13. Cf. Strabon, iv, 4, 1. ; Dion 
Cassius, XXXIX, 4, 1 ; Serre, Les marines de guerre de l'Anti- 
quité, Paris, 1891, p. 313. 

(3) Guerre de Gaule, iv, 22, 4. 



224 NAVIGATIO.N 

Les peuples qui habilaientsur les rives du Rhône avaient 
un grand nombre débarques d'une seule pièce et de canots 
qui leur servaient au commerce maritime, et qu'Anuibal 
utilisa pour franchir le fleuve (1). Quelques-unes de ces 
barques fabriquées à la hâte n'étaient que des troncs 
d'arbres creusés (2). Pour traverser le Rhône et la Saône, 
les Helvetii utilisent des bateaux attachés ensemble, et des 
radeaux (3). Il est aussi question, dans les Commentaires, 
de bateaux sur la Loire et sur la Seine, à Noviodunum, et 
à Metlodunum, où Labiénus forme un radeau avec une 
cinquantaine de barques (4). On a découvert, dans les tra- 
vaux du canal de la Marne au Rhin, une pirogue en chêne 
oii l'on avait enseveli à l'époque gauloise un guerrier armé 
d'une épée de fer dans son fourreau (3). Les barques des 
Bretons étaient en osier couvert de cuir, comme le currach 
des Irlandais modernes (6). 

Des Cisalpins fabriquaient les voiles de leurs bateaux 
avec des joncs des marais du Pô (7). Les Belges em- 
ployaient les panicules des roseaux à faire des étoupes pour 
calfater leurs navires (8). 



(1) POLYBE, III, 42, 2-8. 

(2) TiTE LivE, XXI, 26, 8. 

(3) Guerre de Gaule, i, 8 ; cf. i, 12. 

(4) Ihid., VII, 55 ; 58 ; GO. 

(5) S. Reinach, Catalogue sommaire du musée des antiquités 
nationales, p. 21, 109. 

(6) AviÉNUs, Ora maritima, v, 105-107 ; Timce, chez Pline, 
IV, 30, 104. 

(7) Pline, xvi, 70, 178. 

(8) Pline, xvi, 64, 158. On trouvera des représentations de 
barques chez Espérandieu, Recueil général, n°^ 683, 685, 686, 
687, 690. 



LES PERSONNES ET LES COUTUMES 225 

Quels que soient à l'époque de la conquête romaine l'in- 
dustrie, le commerce et l'agriculture en Gaule, on n'en 
saurait conclure qu'en général les Celtes fussent de remar- 
marquables agriculteurs, des commerçants habiles et des 
industriels hors ligne. Les Gaulois, d'après César (I), 
étaient remarquablement doués pour imiter et reproduire 
ce qu'on leur apprenait. Ils avaient sans doute plus de qua- 
lités d'assimilation que de création et ils ne les dévelop- 
pèrent qu'au contact de la civilisation romaine. Les condi- 
tions de leur vie pratique n'avaient, en tout cas, guère bé- 
néficié, si nous nous en rapportons aux témoignages des 
anciens, de leurs aptitudes au travail soit de la terre, soit 
des niatériaux, ou à l'échange des produits. Le manque de 
sécurité qui résultait de la faiblesse de l'Etat et des guerres 
continuelles ne constituait pas une situation favorable au 
développement agricole, industriel et commercial. 

(1) Guerre de Gaule, vu, 22. 



G. DoTTiN, — Manuel de l'antiquité celtique, 15 



CHAPITRE IV 



L'ETAT (1) 

Les rois. — Los magistrats. — Les principes et les équités. — Los 
sénats.— Les assemblées. — La plèbe, les ambacti, les clientes ; 
les esclaves ; les prisonniers de guerre. — Les cités, les peuples 
clients, les pagi. — La propriété. — La justice ; le serment ; 
le combat judiciaire ; la composition pour meurtre; la procé- 
dure. — Les mercenaires celtes. — Le pouvoir militaire. — 
La cavalerie. — • Les chars de guerre. — La tactique guerrière ; 
les combats singuliers ; le siège des places fortes. — Les armes 
offensives et défensives. 

H. d'Arbois de Jabainville (2) a fait ressortir les diffé- 
rences qui séparent l'ancienne conception de l'Etat de 
l'idée que s'en font les peuples modernes. Au i" siècle 
avant notre ère, les Gaulois n'attribuaient an gouverne- 
ment central, quand il en existait un, d'autre fonction que 
de maintenir l'indépendance de la cité et l'intégrité des 
biens de la nation contre les agressions de l'étranger. 
Tout ce qui concerne les particuliers, même le vol et le 
meurtre, ne peut être puni que par les personnes lésées ou 



(1) Voir C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 360-365, 
t. II, p. 37-83, 182-221, 437-448. 

(2) Etudes sur le droit celtique (Cours de littérature celtique, 
t. vu), p. 1-13. 



l'état 2*27 

leur famille. Celles-ci ont recours, soit à l'arbitrage, soit à 
la force. De même, aucune autorité n'est chargée de régler 
les contestations entre peuples. A l'intérieur de chaque 
cité, il n'y a rien qui ressemble aux partis politiques des 
nations modernes ; les petits et les faibles sont clients des 
grands seigneurs et ne peuvent constituer un parti démo- 
cratique. L'autorité publique, qu'elle soit aux mains des 
rois, des magistrats, des principaux citoyens, des sénats, 
est très faible et ne peut s'opposer aux entreprises des 
nobles riches et possédant une nombreuse clientèle (1). 
Elle devient plus forte en temps de guerre, lorsque tous les 
citoyens, réunis contre un ennemi commun, reconnaissent 
la nécessité d'obéir à un chef choisi par eux. 



Chez les peuplades celtiques, la forme du gouvernement 
est ou monarchique, ou oligarchique. 

Pour la Gaule cisalpine, Polybe mentionne en 223 les 
rois des Boii Atis et Galatos et ceux des Gaesalae Gonco- 
litanos et Anêroestos, qui venaient d'au delà des Alpes. Un 
roi gaulois Magilos, qui venait des plaines qu'arrose le Pô, 
s'oppose à Annibal lors du passage du Rhône (2). 

En Gaule transalpine, à la fin du iV siècle avant 
notre ère, le chef de la coalition contre les Marseillais est 
le petit roi gaulois Catumandus (3). Les Salyi avaient 

(1) FusTEL DE CouLANGEs, La Guule romaine, 3^ éd., p. 35-44. 

(2) TiTE LivE, epitome lxi. 

(3) Justin, xliii, 5. 



228 ROIS 

pour roi Teutomalius vers 122. Annibal trouve chez 
les Allobroges deux frères qui se disputaient la royauté et 
prête le secours de ses armes à l'aîné, Brancus (1). En 121, 
les Arvernes sont gouvernés par le roi Bituitos (2), que 
Q. Fabius Maximus défait en 12i. 

A l'époque où César fit la conquête de la Gaule, il n'y a 
plus de rois en Celtique que chez les Niiiohroges (3) et 
chez les Senones {i). Ce sont Teutomatus et Moritasgus. 
Mais déjà, malgré la protection de César, Gavarinus, qui 
demandait la succession de Moritasgus, ne peut l'obtenir 
et il est condamné à mort par une assemblée publique (3). 
Chez d'autres peuples, les rois qui exerçaient le pouvoir 
avant l'arrivée de César n'ont pas été remplacés. Chez les 
Arvenii, Celtillus, accusé de prétendre à la royauté, a été 
mis à mort (6) ; chez les //e/tv^///, Orgétorix, objet d'une 
accusation semblable, est soustrait à la sentence qui l'au- 
rait atteint par une mort subite et sans doute volon- 
taire (7). Tasgetius, auquel César fait rendre la royauté 
de ses pères chez les Carnutes, est tué publiquement par 
ses ennemis après deux ans de règne (8). L'Eduen Dum- 
norix espère obtenir de César la dignité royale, mais il 
mécontente ses concitoyens en s'en vantant dans l'assem- 
blée publique et César le fait tuer (9). Quant à Casticus, il 



(1) POLYBE, III, 49 ; TiTE LiVE, XXI, 31, 6. 

(2) TiTE LivE, epitome lxi. Valère Maxime, ix, 6, 3 ; Orose, 
V, 14, 1 ; Strabon, iv, 2, 3. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 31 ; 46. 

(4) Ihid., V, 54. 

(5) Ihid., V, 54. 

(6) Ihid., VII, 4. 

(7) Ihid., I, 4. 

(8) Ihid., V, 25. 

(9) Ihid., V, 6 ; 7. 



l'état 229 

essaie vainement d'obtenir la royauté que son père Cata- 
mantaloedis avait exercée chez les Sequani (i). La royauté 
de Vercingétorix ne fut qu'éphémère, et à peine avait-il 
été nommé par les siens chef snprême de la Gaule que 
déjà on l'accusait de trahison (2). La royauté semble donc 
être devenue impopulaire en Gaule Celtique. 

En Belgique, si la royauté est moins impopulaire et 
plus respectée, elle semble encore exceptionnelle. Le roi 
des Saessiones s'appelle Galba (3). Les Ehurones sont 
gouvernés par deux rois qui régnent chacun sur une moi- 
tié du pays (4). L'Atrébate Commius, roi des Morini, qui 
tenait son pouvoir de César, est accepté sans difficulté par 
ses sujets (5). 

Les Bretons étaient gouvernés par des rois et chefs qui 
la plupart du temps vivaient en paix entre eux (6). César 
cite les noms de plusieurs rois : Cassivellaunus, Cingetorix, 
Carvilius, Taximagulus, Segovax (7). Chez les Caledonii, le 
gouvernement était le plus souvent démocratique (8). Au 
temps dAgricola, le gouvernement était aux mains des 
principes (9). 

Mais, pour la Gaule comme pour la Grande-Bretagne, 
nous ignorons quelles étjaient les attributions de la royauté 
et quel régime politique était désigné sous ce nom. Il est 
probable que le pouvoir des rois n'était pas très étendu ; 



(9 



Guerre de Gaule, i, 3. 
Ibid., VII, 4 ; 20. 
Ibid., II, 4. 
Ibid., V, 24 ; vi, 31. 
Ibid., IV, 21 ; vu, 75 ; 76 ; 79 ; viii, G ; 7 ; 10. 

DiODORE, V, 21. Cf. POMPONIUS MÊLA, III, 6, 51. 

Guerre de Gaule, v, 20 ; 22. 

Dion Cassius, lxxxvi, 12. 

Agricola, 12. Cf. Guerre de Gaule, v, 28 ; 60. 



230 MAGISÎRATS 

ils étaient sans doute choisis par le peuple qui pouvait les 
renversera sa guise (1). C'étaient d'ordinaire les plus puis- 
sants et ceux qui avaient des richesses suffisantes pour 
soudo} er des hommes, qui arrivaient à la royauté (2). Il 
ne semble pas que les rois aient été hiérarchisés comme ils 
le furent en Irlande (3). 

Chez la plupart des peuples de Gaule, le gouvernement 
est oligarchique et aristocratique (4). 

Pour désigner ceux qui détiennent le pouvoir, César se 
sert du terme vague de magistratiis. Chez les H elvetii, ce 
sont les magistrats qui réunissent les cultivateurs pour 
défendre par les armes contre Orgétorix les droits de la 
cité (5). Il semble que chez quelques peuples il y ait eu 
un magistrat suprême, siimmus magisiratus (6). Cliez les 
Aedui il n'est pas permis d'élever à Cftte dignité deux 
membres de la môme famille (7) ; le magistrat suprême 
s'appelait vergobrelos ; il avait le droit de vie et de mort; 
il n'était nommé que pour un an ; il ne pouvait sortir du 
territoire de la cité ; son élection était faite par les prêtres 
avec l'intervention des magistrats et selon des formes 
légales [)our le temps et le lieu (8). Il y avait une magistra- 
ture du même nom chez les Lexovii et peut-être chez les 
Santones (9). Dans les cités bien administrées, il est or- 

(1) FusTEL DE CouLANGES, La Gttule romaine, p. 13. 

(2) Guerre de Gaule, ii, 1, 4 ; cf. i, 3. 

(3) Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 41. 

(4) Strabon, IV, 4, 3. 

(5) Guerre de Gaule, i, 4. 

(6) Ibid., I, 16 ; VII, 33. 

(7) Ibid., VII, 33. 

(8) Ibid., I, 16 ; vu, 33 ; cf. 32. 

(9) I\IowAT, Le duel dans la déclinaison gauloise, Revue cel- 
tique, t. V, p. 122. Mémoires de la Société de linguistique, t. vi, 
p. 158. 



l'état 231 

donné par les lois que toute nouvelle qui intéresse l'Etat 
aoit aussitôt connue, transmise aux magistrats. Ceux-ci 
cachent ce qu'il leur paraît bon de dissimuler et ne fout 
connaître à la multitude que ce qu'ils croient utile de lui 
dire (1). Quand il se produit quelque événement impor- 
tant, on l'annonce par les champs et les pays au moyen de 
cris qui se transmettent de proche en proche (2), 

Quelle était la fonction que César désigne sous le nom 
de /?rmcipfl^u5? C'est probablement la primauté parmi les 
principes. On voit chez les Treveri Indutiomarus et Cingé- 
torix se disputer le principalus (3) ; et, après la mort d"In- 
dutiomarus, le pouvoir (4) qu'il exerçait est transféré à ses 
proches ; chez les Aediii il en est de même d'Eporédorix et 
Viridomarus (5) ; Dumnorix chez les Aediii (6), Adbucillus 
chez les Allobrogea {!) occupait le principatiis. Celtillus 
avait occupé le principal de toute la Gaule (8). En tout cas, 
ce n'est pas une fonction annuelle ; on peut l'occuper pen- 
dant plusieurs années ; il est probable qu'elle est attribuée 
au personnage le plus influent de l'Etat. Quant aux prin- 
cipes dont César parle souvent, ils ne semblent pas consti- 
tuer un corps de fonctionnaires ; on les envoie en am- 
bassade, on les prend comme otages ; on les convoque 
pour débattre avec eux les questions qui intéressent leurs 
concitoyens (9). César les désigne sous le nom de nobi- 

(1) Guerre de Gaule, vi, 20. 

(2) Ihid., VII, 3. 

(3) Ihid., y, 3. 

(4) Imperium. Ihid., vi, 2. 

(5) Ihid., vu, 39. 

(6) Ihid., I, 3. 

(7) Guerre civile, m, 59. 

(8) Guerre de Gaule, vu, 4. 

(9) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foricière, p. 46-49. 



232 PRINCES 

litas (1). Ce sont sans doute les personnages les plus 
nobles, les plus riches, et ceux qui ont la plus nombreuse 
clientèle. Il est dailleurs vraisemblable que la situation 
représentée par le mot de principatus n'était pas la même 
chez tous les peuples celtiques. Les Cenomani de Cisalpine 
avaient des principes (2). Un synonyme de principes est 
primi ciniatis que César emploie en parlant des Rémi et 
des Siiessiones (3). 

L'influence des magistrats et des principes était souvent 
combattue par des hommes qui profitaient de leur haute 
situation et de leur fortune pour s'attacher les gens du 
peuple. C'est ainsi qu'Orgétorix peut se soustraire au 
jugement prononcé contre lui, grâce au secours de ses 
clients (4). De même, Dumnorix avait chez les Aedui une 
telle autorité que personne navait osé enchérir sur lui 
lorsqu'il avait demandé la perception des péages et des 
autres impôts ; il était toujours entouré d'une cavalerie 
nombreuse qu'il entretenait à ses frais, il avait une in- 
fluence supérieure à celle des magistrats (5). Etait-ce par 
ses distributions d'argent que Lueruios sétait attiré la 
faveur du peuple et était sans doute parvenu à la 
royauté (6) ? Il y a en Gaule une noblesse de naissance, 
nobilit^s, dans laquelle César distingue des degrés : natus 
ex humili locojionesto loco, illuslriore loco , summo loco (7). 



(1) Comparez, vu, 38, 2 : omnis noster equitatus, omnis nobi- 
litas interiit ; vu, 38, 10 : de caede equiium et principum. 

(2) TiTE LivE, XXXII, 30. 

(3) Guerre de Gaule, ii, 3, 2 ; ii, 13, 1. 

(4) Guerre de Gaule, i, 4. 

(5) Ibid., I, 18 ; cf. I, 17, 1. 

(6) Poseidônios chez Atuénée, iv, 37 ; Strabon, iv, 2, 3. 

(7) Guerre de Gaule, vu, 39, 1 ; v, 45, 2 ; vi, 19, 3 ; vu, 39, 1. 



l'état 233 

L'antiquité de la famille conférait la plus haute noblesse (1),. 
ainsi que les hauts faits des ancêtres (2), l'étendue de la 
parenté (3), et, sans doute aussi, la richesse (4). 

A côté de la puissance de l'Etat, personnifiée par les 
rois ou les magistrats, il y a donc en Gaule une sorte d'or- 
ganisation féodale. Dans la Gaule, nous dit César, chaque 
cité, chaque pagus, chaque localité et presque chaque 
maison se divise en partis ; à la tête de ces partis sont les 
citoyens qui jouissent du plus grand crédit; la plupart des 
affaires et des résolutions sont soumises à leur jugement. 
La raison de cet antique usage semble être de protéger le 
peuple contre les grands. Personne ne souffre qu'on op- 
prime ou qu'on tourmente ses clients ; celui qui agirait 
autrement n'aurait plus d'autorité parmi les siens (oj. La 
puissance féodale est fondée sur le nombre des clients. 
Celui qui se fait le plus craindre, écrit Polybe, et celui qui 
est le plus puissant est celui qui semble avoir le plus grand 
nombre de serviteurs et de compagnons (G). 

Chez quelques-uns des peuples gaulois, le pouvoir est 
exercé, à côté du magistrat ou du roi, par une assemblée 
que César appelle senatus et qui constitue une institution 
commune à la Celtique et à la Belgique (7). Les sénateurs 



(1) Ihid., VII, 32, 4 ; cf. vu, 67, 7. 

(2) Tacite, Annales, m, 40. 

(3) César, Guerre de Gaule, vu, 32, 4. 

(4) Ihid., IV, 55 ; I, 2 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, 
p. 70-71. 

(5) Guerre de Gaule, vi, 11. 

(6) Polybe, n, 17, 12. Cf. Guerre de Gaule, vi, 15, 2. 

(7) Dans les Commentaires de César, des sénats sont men- 
tionnés chez les Aedui (vu, 32) Aulerci Ehurovices et Lexovii 
(m, 17), Senones (v, 54), Veneti (m, 16), en Celtique ; chez les 
Bellovaci (viii, 21), Nervii (ii, 28), Rémi (ii, 5), en Belgique. 



'234 SÉNAT 

étaient souvent fort nombreux. Chez les Nervii,\\ y en 
avait six cents (1). Les lois des Aedui interdisaient à deux 
membres de la même famille de faire partie du sénat (2). 
Sur la question des attributions du sénat, nous sommes 
assez mal renseignés. Le sénat des Aedui nommait, 
semble-t-il, le vergobrdos (3). Lorsqu'il s'agit de décider 
s'il faut ou non prendre parti contre les Romains, c'est le 
sénat qui décide la question. C'est sans doute le sénat des 
Feneii qui dirige l'insurrection des cités armoricaines (4). 
Le sénat des Aulerci Ebnrovices et des Lexovii ne veut pas 
décider la guerre contre les Romains (5). Les magistrats 
et le sénat appliquent le droit et les lois traditionnelles de 
l'Etat (6). 

D'après César, il n'y a à compter et à être honorées en 
Gaule que deux classes d'hommes, les druides et les 
équités (7). C'était sans doute parmi les équités que se re- 
crutaient les sénateurs et les principes, du moins ceux 
d'entre eux qui prennent part à la guerre (8). Car si les 
druides sont dispensés du service militaire, les équités, au 
contraire, prennent tous les armes en cas de guerre offen- 
sive ou défensive (9). Avec les druides ils sont évidemment 
maîtres de toute la richesse du pays. Les plus nobles et les 

H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la pro- 
priété foncière, p. 50-52. 

(1) Guerre de Gaule, ii, 28. 

(2) Ihid., VII, 33. 

(3) Ihid., VII, 32 ; 33. 

(4) Guerre de Gaule, m, 8 ; 16. 

(5) Ihid. m, 17. 

(6) Lege.'i est remplacé par nntiquilus (vu, 32, 3); cf. xo TtaXoitôv 
(Stuabon, IV, 4, 3). 

(7) Ihid., VI, 13. 

(8) Ihid., VI, 14. 

(9) Ihid., VI, 15. 



l'état 235 

plus riches d'entre eux sont entourés d'un très grand 
nombre d'ambadiei de clients (1) qui constituent la marque 
de leur puissance. Y avait-il parmi les équités une hié- 
rarchie à laquelle César ferait allusion dans la phrase oii il 
dit que dans leurs luttes contre les Germains les Aedui 
ont perdu toute la noblesse, tout le sénat, toute la cheva- 
lerie, omnem nobilitatem, omncm senatum, omnem equi- 
taium (2) ? 

Il est quelquefois question chez César de l'assemblée gé- 
nérale des Gaulois, sans que nous ayons des renseigne- 
ments bien précis sur la composition de cette assemblée (3). 
Une assemblée se réunit pour décider de demander à César 
son secours contre les Germains (4). Dans une assemblée 
de toute la Gaule à Bibracte, la multitude confirme par ses 
suffrages unanimes le choix de Vercingétorix (5j comme 
chef suprême. Dans une assemblée des principes de la 
Gaule, on décide de convoquer tous les hommes en état de 
porter les armes (6). 

Nous n'avons pas de renseignements clairs sur les as- 
semblées particulières de chaque cité. Il n'était permis de 
parler des affaires publiques qu'en assemblée générale (7). 
C'était la multitude qui anciennement élisait dans chaque 
cité le chef de l'armée (8). Chez les Bellovaci, la multitude 



(1) Ihid., VI, 15, 2. 

(2) Ibid., I, 31. Cf. nohilissimos civilatis, i,31, 7 ; omnis noster 
equilatus, omnis nohilitas interiit, vu, 38. 

(3) E. Desjardins, Géographie historique et administrative de 
la Gaule romaine, t. ii, p. 540-544. 

(4) Guerre de Gaule, i, 30. 

(5) Guerre de Gaule, vu, 63. 

(6) Ihid., VII, 75. Cf. VII, 1. 

(7) Ibid., VII, 43 ; cf. VI, 20, 3. 

(8) Strabon, IV, 4, 3. 



236 ASSEMBLÉES 

prend des décisions de concert avec les chefs (1). Ciiez les 
Senones, c'est par une assemblée publique, publico concilio, 
que le roi Gavarinos, imposé par César, est condamné à 
mort (2). Ambiorix, roi des Eburones, déclare que la puis- 
sance de la multitude est égale à la sienne (3). Du vivant de 
Correus, le sénat des Belloçaci n'avait pas tant de pouvoir 
dans l'Etat que la plèbe ignorante (4). Les Belges avaient 
leur assemblée particulière (o) où l'on déterminait le con- 
tingent militaire que chaque peuple devait fournir. 

Au commencement de chaque guerre, l'usage des Gau- 
lois était de convoquer une assemblée en armes (6). Là, en 
vertu d'une loi, tous les jeunes gens adultes se rendent 
armés : celui qui arrive le dernier est torturé et niis à mort 
à la vue de la foule. Ce fut une assemblée de ce genre qui 
déclara Cingétorix ennemi public. Mais même pour traiter 
des affaires publiques, les Celtes du ni^ siècle avant notre 
ère se réunissent en armes (7). 

Dans les assemblées politiques, il y avait, nous dit Stra- 
bon (8), un usage particulier. Si l'un des assistants inter- 
rompt bruyamment l'orateur ou cause quelque désordre, 
l'appariteur {'j-nr^piz-r,^) s'avance l'épée nue à la main, et lui 



(1) Guerre de Gaule, viii, 7 ;21. 

(2) Ihid., V, 54, 2. 
(,';) Ihid., V, 27. 
('.) Ihid., viii, 21. 

(5) Ihid., II, fi. 

(6) Ihid., V, 56. On peut remarquer que l'assemblée se lient 
en armes parce que, en fait, il n'y a que les hommes qui ont des 
armes, à y prendre part. 

(7) Nicolas de Damas chez Stobée, xliv, 41. Cf. Tite Live, 
XXI, 20. D'après Thucydide, i, 6, les barbares ont pour caracté- 
ristique de porter sur eux des armes dans toutes les circons- 
tances de la vie. 

(8) Géographie, iv, 4, 3. 



l'état 237 

impose silence d'un air menaçant ; s'il continue, l'appari- 
teur répète deux ou trois fois son ordre et finit par couper 
au perturbateur un pan de sa saie, assez large pour que le 
reste ne puisse plus servir. Pour applaudir, les assistants 
faisaient entendre le cliquetis des armes (1). 

Toutes les assemblées, soit du peuple de chaque cité, 
soit de plusieurs ou de toutes les cités ne se réunissent, 
semble-t-il, que dans des circonstances graves, pour déci- 
der une action commune. Rien ne nous atteste l'existence 
d'assemblées régulières à époques fixes et à attributions 
déterminées (2). 

La plèbe de Gaule, nous dit César (3), était dans un état 
voisin de l'esclavage. Elle n'osait rien par elle-même et 
n'était jamais consultée (4). Sa dépendance à l'égard des 
équités et des sénateurs était complète. Mais il semble y 
avoir eu plusieurs degrés de dépendance. Lorsque Orgé- 
torix fut appelé au tribunal pour se justifier de l'accusa- 
tion de haute trahison qu'on avait portée contre lui, il se 
présenta avec toute sa familia qui comptait environ dix 
mille personnes, et il amena aussi ses clients et ses débi- 
teurs qui étaient en grand nombre (5). Nous avons là l'in- 
dication d'au moins trois classes sociales : les esclaves, qui 
formaient la plus grande partie de la familia entendue au 
sens large du mot, les clients et les débiteurs. La clientèle 
des chefs gaulois était souvent fort nombreuse. Lucterius 
avait eu dans sa clientèle la ville d'Uxellodunum (6). 

(1) Guerre de Gaule, vu, 21. 

(2) FusTEL DE CouLANGEs, La Gaulc romaine, 2^ éd., p. 1-8. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(4) Voir cependant ci-dessus, p. 236. 

(5) Guerre de Gaule, i, 4. Cf. vi, 13 ; vu, 32. 

(6) Ihid., VIII, 32, 



238 CLIENTS 

Faut-il regarder comme identiques aux clients les arn- 
bacti dont s'entouraient les nobles et les riches ? Bien que 
Festus (1), dans une citation d'Ennius, traduise ambactus 
par serviis et que César lui-même semble employer ambacti 
comme synonyme de ser^-i (2), il est probable que les am^ 
bacti étaient dans une situation supérieure à celle des scrçi 
chez les Romains. Le lexique latin-grec dit de Pliiloxène 
traduit ambactus par SojXoç jjl'.jQwtoi; « esclaveà gages» (3). 
Polybe semble traduire ambacti par cruuT:£p'.'4;£'vfj[jLEvot. 

Les clientes étaient sans doute les compagnons de guerre 
du chef, ces serviteurs de condition libre choisis parmi les 
pauvres, qui lui servaient de cochers et de porte-boucliers 
dans les combats (4j. Les liens qui unissent le chef à ses 
compagnons sont qualifiés par Polybe de àtaipet'a, camara- 
derie (5). Les cavaliers d'Ambiorix sont ses compagnons et 
ses familiers (6). C'est à ses clients, d'abord, que Vercingé- 
torix communique ses projets d'affranchissement de la 
Gaule (7-8). 

Selon les mœurs gauloises, c'était pour les clients un 
crime d'abandonner leurs patrons même dans le dernier 
péril (9). Salluste fait allusion à la môme coutume et 

(1) Paul Diacre, p. 4. 

(:') Guerre de Gaule, vi, 19 ; Cf. vi, 15. 

(3) Corpus glossariorum lalinorum, t. ii, p. 16. 

(4) DioDORE, V, 29. 

(5) Polybe, ii, 17. 

(6) Guerre de Gaule, vi, 30. 

(7) Ibid., VII, 4. 

(8) En Aquitaine, AdialunnuS; chef des S oli tates a.y Rit autour 
de lui six cents hommes dévoués qu'on appelait soldurii. Ces 
hommes partagent la bonne comme la mauvaise fortune de ceux 
auxquels ils se sont donnés, et, si le chef meurt, ils ne lui sur- 
vivent pas. Ibid., m, 22. Cf. Nicolas de Damas chez Athénée, 
VI, 45, qui les appelle dtXooojvoj; ou TiXooojpou;. 

(9) César, Guerre de Gaule, vu, 40, 7. 



l'état 239 

l'attribue aux Geltibères (1). Les causes qui amènent les 
gens de la plèbe à se mettre sous le pouvoir des grands 
sont les dettes, la grandeur des impôts ou les injustices des 
puissants. 

En Irlande comme en Gaule, il y a deux catégories de 
vassaux : les vassaux libres, soer-chéli, et les vassaux non- 
libres, doer-chéli, et le nom qui désigne le vassal, cèle, si- 
gnifie en même temps camarade. Ces vassaux sont unis au 
seigneur par le contrat de cheptel. Les classes sociales sont 
au nombre de cinq ; rois, nobles, hommes libres proprié- 
taires, hommes libres sans propriété, hommes non-libres (2). 

César emploie le moi serviis pour désigner l'esclave gau- 
lois. Aux funérailles, on brûlait jadis les esclaves et les 
clients que le défunt avait aimés pendant sa vie, servi et 
clientes (3) ; dans ce passage de César, clientes est uni à 
servi comme dans un passage précédent il est uni à am- 
hacti : anibacios clientesque (4). Pendant le siège que Q. Gi- 
céron soutint dans sou camp, un noble Nervien, Vertisco, 
décida un de ses esclaves par l'espoir de la liberté et de 
grands présents à porter une lettre à César (o), Hirtius rap- 
porte que dans l'insurrection de o2 avant J.-C, Drappès, 
chef des Senons, avait appelé les esclaves à prendre les 
armes en leur promettant la liberté (6). PUne (7) nous ap- 

(1) Servius, ad Georgica, iv, 218. Cf. Valère Maxime, ii, 6, 
11 ; Plutarque, Sertoriiis, 14, 4 ; Dion Cassius, lui, 20 ; Stra- 
BON, III, 4, 18 ; Orose, v, 14. 

(2) H. d'Arbois de Jub.\inville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 62-67 ; Joyce, A social history of ancient 
Ireland, t. i, p. 155-156. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 19. 

(4) Ibid., VI, 15. 

(5) Ibid., V, 45 ; 49. 

(6) Guerre de Gaule, vin, 30. 

(7) Histoire naturelle, xvi, 31, 77. 



240 ESCLAVES 

prend que l'airelle {"accinium myrtilns) sert en Gaule à 
teindre les vêtements des esclaves. Les deux serviteurs qui 
accompagnaient, lors de l'expédition en Grèce, chaque ca- 
valier gaulois sont appelés par Pausanias (1) tantôt o'/irai, 
tantôt ooùXoi. Mais les Celtes ne pouvaient guère recruter 
d'esclaves à l'époque oi!i ils avaient coutume de massacrer 
les prisonniers de guerre. 

Il est probable que le jeune garçon que les Gaulois 
échangeaient contre une mesure de vin était un esclave (2), 
ainsi que les enfants de l'un et l'autre sexe qui servaient à 
table dans les festins (3). Les Helvetii en guerre contre les 
Sequani emmènent les enfants des 6'egwa/zi en esclavage (4). 
Il n'est pas douteux que les Celtes n'eussent ramené de 
leurs expéditions de nombreuses esclaves (5). Parthénios (6), 
a raconte l'histoire d'une Milésienne, Hêrippè, emmenée 
comme esclave en Gaule et que son mari Xanthos alla ra- 
cheter. Le Celte qu'Aristodènie nomme Cavaras, fut hospi- 
talier et généreux et ne voulut accepter qu'une rançon mo- 
dique. La femme fit avouer à son mari qu'il avait apporté 
beaucoup plus d'argent qu'il n'en avait offert à Cavaras et 
conseilla à ce dernier de tuer Xanthos que, disait-elle, elle 
détestait, pour s'emparer de sa fortune. Lorsque Xanthos, 
après avoir payé la rançon, partit avec Hèrippê, Cavaras 
l'accompagna ; mais, le moment de la séparation venu, 
sous prétexte d'offrir un sacrifice, il fit tenir la victime par 



(1) Description de la Grèce, x, 19, 9 ; 10. 

(2) DioDORE, V, 26. 

(3) DioDORE, V, 28. 

(4) Guerre de Gaule, i, 11. 

(5) Cf. Pausanias, x, 22, 4. 

(6) Parthénios, Erotiques, 8. Fragmenta historicorum grœ- 
corum, t. III, p. 307. 



l'état 241 

Hêrippê et, au lieu de décapiter la victime, ce fut à la 
femme qu'il coupa la tête. Puis il raconta au mari la per- 
fidie d'Hèrippè et lui restitua la rançon. 

Si l'on veut résumer en quelques lignes ce que nous sa- 
vons de la société gauloise, on peut s'en tenir à l'idée gé- 
nérale qu'en donne Fustel de Goulanges : beaucoup de 
paysans et très peu de classe urbaine, beaucoup d'hommes 
attachés au sol et très peu de propriétaires ; beaucoup de 
serviteurs et peu de maîtres ; une plèbe qui ne compte pas, 
des druides très vénérés, une aristocratie guerrière très 
puissante (1). 

II 

11 est difficile d'évaluer la population de la Gaule. Le 
anciens affirment que le pays d'où partirent les Celtes était 
très peuplé. César (2), Tite-Live (3), Justin (4) résumant 
Trogue Pompée, Appien (3), Plutarque (6), sans doute 
d'après une source commune, prétendent même que l'excès 
de population est la cause des migrations gauloises. Il n'est 
guère de déplacement de peuplade gauloise qui, d'après les 
écrivains, ne soit dû à ce motif (7). C'est une des raisons 
auxquelles César attribue .l'émigration des Helvetii (8). La 
Cisalpine nourrissait une immense population (9). 

(1) La Gaule romaine, p. 34. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 24. 

(3) V, 34, 2. 

(4) Histoires philippiques, xxiv, 4 ; cf. xxv, 2. 

(5) Celtica, 2, 2. 

(6) Camille, 15. 

(7) Strabon, IV, 1, 13 ; Memnon, 14 ; Scriplores rerum mi- 
rabilium grœci, p. 218. 

(8) Guerre de Gaule, i, 2. 

(9) POLYBE, II, 14. 

G. DoTTiN, — Manuel de l'antiquité celtique. 16 



24*2 CITÉS 

En tout cas, la population de la Gaule transalpine était 
très diversement répartie entre les différentes civitatcs. 
Diodore (1) remarque l'inégalité des cités gauloises ; d'après 
lui, les plus fortes sont d'environ ^îJOO.OOO hommes et les 
plus faibles de 50.000. Les Helvei.ii étaient au nombre de 
263.000, les TuUngi 36.000, les Boii 32.000, les Raiiraci 
23.000, les Lalobrigi 14.000 (2). Le nombre des hommes 
en état de porter les armes était dans l'armée helvète envi- 
ron le quart du chiffre total (3). En raisonnant d'après cela, 
les Bellovaci (4) qui pouvaient mettre en ligne une armée 
de 100.000 hommes auraient été en tout au nombre de 
400.000. Mais comme l'a remarqué M. F. P. Garofalo (5). 
les chiffres donnés par César sont plus ou moins suspects. 
Le dénombrement des Helvètes ne peut conduire à aucune 
conclusion raisonnable sur lu densité de la population du 
reste de la Gaule. Les chiffres donnés à propos des contin- 
gents des peuples belges (6) sont probablement exagérés. Il 
est difficile de déterminer dans l'évaluation des forces de 
l'armée fédérale (7) en 52 d'abord le rapport du contingent 
à l'armée entière de chaque cité, puis le rapport de l'armée 
à la population totale, ce rapport n'étant certainement pas 
fixe pour toute la Gaule (8^. 

Les Etats, civitates, dont nous parle César sont au 

(1) Bibliothèque, v, 25. 

(2) Guerre de Gaule i, 29. 

(3) Ibid., I, 29. 

(4) Ibid., II, 4. 

(5) Revue celtique, t. xxii, p. 227-236. 

(6) Guerre de Gaule, ii, 4. Cf. Strabon, iv, 4, 3. 

(7) Ibid., VII, 75. 

(8) Sur celle question, voir J. Beloch, Rheinisches Muséum 
fiir Philologie, t. liv (1899), p. 414 et suiv. Die Bevôlkcrung der 
griechischeii-rômischen Welt, Leipzig, 1886, p. 460 ; C. Jullian, 
Histoire de la Gaule, t. ii, p. 3-8. 



l'état 243 

nombre d'une cinqunntaine (1). Mais d'autres peuples gau- 
lois qui n'ont point rang de CH'itatei apparaissent aussi dans 
les Commentaires, et l'historien Josèphe nous^apprend qu'en 
Gaule les peuples étaient au nombre de trois cent cinq (2) ; 
Plutarque dit trois cents (3) et Appien quatre c^nts (4). On 
peut supposer que César ne nous a pas cité toutes les 
civitales et admettre que le nombre de ces civitates appro- 
chait du nombre de celles qui existaient en Gaule au com- 
mencement de l'empire romain, soit soixante ou soixante- 
cinq (5). Si l'on retranche de trois cents, d'abord cinquante 
ch'itales, puis les peuples de l'Aquitaine dont Pline nous 
donne la liste et qui sont au nombre de trente (6), on voit 
qu'il !y avait en Gaule plus de deux cents peuples qui 
n'avaient pas rang de cù'ilates. 

Ces peuples, pour être protégés contre leurs ennemis, se 
mettent sous la dépendance des cités puissantes. Ainsi les 
Arverni ont sous leur commandement, siib imper io, les 
Eleiiteti, les Gabali, les Vellavi (7). Les Aedui ont pour 
clients, clientes, les Segusiavi, les Ambibareti, et les Au- 
lerci Brannovices (8). Les Nervii ont sous leur commande- 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 39. 

(2) Guerre des Juifs, ii, 16, 4. 

(3) César, 15, où Plutarque dit au&ei que César soumit 
800 villes. 

(4) Histoire romaine, iv, 2r. Cf. toutefois Guerres civiles, n, 73, 
où les peuples Ibères et les Bretons sont compris dans le nombre 
de quatre cents. 

(5) H. d'Arbois de Jubainville, RecfiercJies sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 39. Longnon, Atlas historique, p. 4-7. 

(6) Histoire naturelle, iv, 33, 108. 

(7) Guerre de Gaule vu, 75, 

(8) Ihid., VII, 75. 



244 CITÉS 

ment les Ctulrones, Gradii, Levaci, Pleumoxii, Gei- 
diimni (1). 

Même des riVz7rt/e5 se mettent dans la dépendance d'autres 
civilates plus puissantes. Les Bituriges, les Senones, les 
Bellovaci, sont sous la protection, in fide, des Aediii (2) ; 
les Boii ont reçu des Aedui des champs sur .leur territoire ; 
il semble qu'ils leur paient tribut (3). Les Arçerni avaient 
sous leur commandement les Caciwrci (4). Les Siiesdones 
dépendaient depuis 57 des Rémi ; ils avaient les mêmes 
lois, le même chef militaire, le même magistrat (oj. Les 
Eburones?,ovi\.Q\iQn\.'&,clietites, des Treveri{'o). LesCarnutes 
sont après 57, clients des Rémi (7). César met les Morini 
sous la dépendance de Commius (8). 

Certaines cités étaient étroitement unies : les Parisii an- 
ciennement s'étaient joints aux Senones {9) ; les cités armo- 
ricaines formaient une sorte de confédération ayant un 
contingent et des envoyés communs et qui comprenait les 
Curiosolites, Redones, Ambibarii, Culcti, Osismi, Lemo- 
viccs {ïQ),Veneti, Unelli (11). Avant de quitter leur pays, 
les Helvetii confirment les traités de paix et d'alliance avec 



(1) Guerre de Gaule, v, 39. 

(2) Ibid., VII, 5 ; vi, 4 ; ii, 14. 

(3) Ihid., I, 28 ; vu, 10. 

(4) Ihid., vu, 75. 

(5) Ibid., VIII, 6 ; ii, 3. 

(6) Ibid., IV, 6. 

(7) Ibid., VI, 4. 

(8) Ibid., VII, 76. 

(9) Ibid., VI, 3. 

(lO)Svir ces Lemovices, voir M. Deloche, Mémoires de la so- 
ciété nationale des Antiquaires de France, t. xxiii, p. 46-108. 

(l\)Ibid., V, 53 ; vu, 75 ; Cf. m, 8 ; viii, 31 ; J. Loth, De vocis 
Aremoricae usque ad sextum post Cliristum nalum sœculum forma 
atque significatione, 1883, p. 18-33. 



l'état 245 

leurs voisins (1). En temps de guerre, des liens d'alliance 
se nouaient entre les diverses cités ; elles se donnaient des 
otages (2) comme garanties du traité ; mais l'engagement le 
plus solennel et le plus sacré se contractait en jurant de- 
vant les enseignes militaires réunies (3).Ghez les Bretons, la 
conspiration des cités coalisées est sanctionnée par des sa- 
crifices et des assemblées (4) Un roi pouvait être uni à une 
cité par des liens d'hospitalité (5) ; tel était Ambiorix, roi 
des Ebnrones, à l'égard des Menapii. 

Les cwitates qui ont un grand nombre de clients arrivent, 
à certaines époques, à dominer la plus grande partie de 
la Gaule. Les Aedui, au temps de César, prétendaient avoir 
eu la primauté, principatum,suT toute la Gaule (6). Ils dis- 
putaient cette primauté aux Arverni et aux Sequani qui 
avaient appelé les Germains (7). Après la défaite des Ger- 
mains par César, les Rémi prirent la place des Sequani (8). 
Vers 121 avant notre ère, les Arverni étaient maîtres du 
territoire qui s'étend entre Marseille, Narbonne, les Pyré- 
nées, l'Océan et le Rhin. L'armée de Bituitus comptait, di- 
sait-on, cent quatre vingt mille hommes (0). Vercingétorix 
avait proposé aux Allobroges la primauté sur la province 
romaine (10). Nous ne savons pas exactement en quoi con- 



(1) Guerre de Gaule, i, 3. 

(2) Ibid., I, 14 ; 19 ; 31 ; vi, 2. 

(3) Ihid., VII, 2. 

(4) Tacite, Agricola, 27. 

(5) Guerre de Gaule, vi, 5. 

(6) Ibid., I, 43. 

(7) Ibid., I, 31. 

(8) Ibid., I, 12. 

(9) Strabon, IV, 2, 3, sans doute d'après Poseidônios ; Orose, 
V, 14, 4. 

(10) Guerre de Gaule, vu, G4, 8. 



246 PAGi 

sistait cette primante. Elle nous apparaît dans les Commen- 
taires comme une suprématie militaire. Les tronpes des 
peuples^clients ne sont pas distinctes des troupes de la mé- 
tropole. Les clients ne reçoivent pas d'ordres directs du 
conseil des principes de la Gaule (1). 

Rien n'indique que les Etats fussent formés de tribus 
ou de clans comme chez les Celtes des Iles Britanniques, 
L^&civitates se divisent en circonscriptions que César appelle 
pagi- La cité des Helvètes comprenait quatre pagi : lun 
s'appelait Tigurinus ; un autre, Verbigeniis, peut-être un 
troisième Toygenus (2). Selon Tite-l.ive, les Insuhres sont 
un pagiis des Aediii. Selon Pline, Novarefut fondée par un 
pagus des Vocontii, les Veriacomacori. Il seml}le d'après 
cela qu'à l'origine le pagus fut non pas un canton territo- 
rial, mais un groupe d'hommes (3). César mentionne les 
pagi des Morini et des Ari>erni (4). 

On ne trouve chez César que quehiues mots sur les res- 
sources financières des Etats de la Caule. Il est question 
d'impôts de toute sorto; tributa, sans doute les impôts 
directs (5); reliqua omnia vectigalia, impôts indirects que 
l'on affermait, ainsi que les péages (portoria) (6). Les mar- 
chands payaient des droits de passage onéreux dans les 



^ (1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 33-34. 

(2) Guerre de Gaule, i, 12 ; 21 ; Cf. iv, 22 ; vi, 11 ; vu, 64 ; 
Strabon, Géographie, iv, 1, 8; vu, 2,2; CI. L., vu, 1072. 
Strabon parle de trois cpjXa des Helvètes (iv, 3, 3). Sur les pagi 
gaulois, voir C. Jullian, Rame des éludes anciennes, t. m, p. 77- 
97. Histoire de la Gaule, t. ii, p. 8, n. 3. 

(3) TiTE LivE, V, 34 ; Pline, Histoire naturelle, m, 21, 124. 

(4) Guerre de Gaule, iv, 22 ; vu, 64. 

(5) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(6) Ibid., I, 18. Cf. Strabon, iv, 3, 3. 



L ETAT 



247 



montagnes du Valais (1). Les navigateurs étrangers payaient 
tribut pour entrer dans les ports des Veneii (2). Certains 
impôts se payaient en nature ; c'était surtout des fourni- 
tures de blé que César imposait aux peuples gaulois (3) 
Les impôts directs étaient fort lourds (4). 

Les civitates possédaient de grandes propriétés territo- 
riales, si étendues qu'elles pouvaient accueillir sur leur do- 
maine un peuple entier (5). D'après Nicolas de Damas, on 
honorait surtout ceux qui accroissaient le domaine pu- 
blic (6). 

La féodalité celtique diffère de la féodalité française en 
ce qu'elle ne semble pas exclusivement fondée comme celle- 
ci sur la propriété immobilière. Chez les Gaulois d'Italie, 
au iv*" siècle avant notre ère, la fortune consistait en trou- 
peaux et en or, parce que ces objet? seuls peuvent facile- 
ment, quand les circonstances l'exigent, être emmenés par- 
tout et changés de place à volonté. Chez les Vaccaei, voi- 
sins des Geltibères, chaque année, on partageait le pays 
pour le cultiver : à la récolte on mettait en commun les 
fruits et ou distribuait à chacun sa part ; celui qui essayait 
d'en mettre de côté une portion était condamné à mort ^7). 

En Gaule transalpine, l'émigration des Helvetii, décidée 
par une loi (8) et effectuée en l'an o8 avant notre ère, ne 
peut guère s'accorder avec la propriété individuelle du sol ; 

(1) Guerre de Gaule, m, 1. 

(2) Ihid., III, 8. 

(3) Ibid., I, 16 ; 17. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Re- 
cherches, p. 72-74. 

(4) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(5) Voir ci-dessus, p. 244. 

(6) Stobée, Anthologie, xliv, 41. 

(7) DioDORE, V, 34. 

• (8) Guerre de Gaule, i, 3. 



248 PROPRIÉTÉ 

on ne conçoit guère que les deux cent soixante-trois mille 
Helvetii se soient décidés à renoncer à leurs propriétés. De 
même, l'établissement des B^ii sur une partie du territoire 
des ^edwt moyennant une redevance annuelle, stipendium, 
semble prouver que le sol des -4é'f/u/ appartenait à l'Etat 
comme ager publicus et non comme ensemble de pro- 
priétés privées. D'autre part, il n'apparaît pas que les Boii 
soient ni les esclaves, ni les domestiques, ni les fermiers 
d'aucun particulier. Le régime des biens entre époux ne 
s'explique guère si l'on ne suppose pas que les biens con- 
sistaient en troupeaux ; César nous fait connaître qu'à la 
mort d'un des deux époux le survivant reçoit non seule- 
ment son apport, et l'apport fait à la communauté par son 
conjoint, mais aussi les fruits produits antérieurement, su- 
periorum tcmponim ; comment pourrait-on conserver les 
fruits si ces fruits ne sont pas le croît des troupeaux "l 

A cette théorie de H. d'Arbois de Jubainville (1), Fustel 
de Coulanges (2) a opposé le texte de César où il est ques- 
tion do procès sur l'héritage ou sur les limites, fines, et qui 
prouverait que les Gaulois connaissaient la propriété héré- 
ditaire du sol. Mais le contexte montre qu'il peut être ques- 
tion de contestations entre peuples {fines chez César a le 
plus Bouvent le iens de territoire), aussi bien qu'entre par- 
ticuliers et l'hérédité n'a pas nécessairement pour objet la 
propriété immobilière. Il est, d'autre part, singulier que 
César n'ait pas expressément signalé la communauté du sol 
chez les Gaulois, alors qu'il remarque que les Germains ne 

(1) II. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de 
la propriété foncière, p. 99-121 ; Cf. p. xxiii-xxxi. 

(2) Revue des questions historiques, t. xlv (1889), p. 427-437, 
Voir aussi F. P. Garofalo, Questioni di diritto celtico, Res'ue cel- 
tique, t. XXIV, p. 417-422. 



l'état 249 

connaissent pas la propriété privée (1). M. Lécrivain (2) 
ajoute aux arguments de Fustel de Coulanges des observa- 
tions intéressantes. L'impôt que César appelle trihiitum ne 
peut guère être qu'un impôt foncier ; la redevance due pour 
l'exploitation de Yager piibliciis sappeUe plutôt vectigùlia\ 
or il n'y a guère que les propriétaires de plein droit qui 
paient l'impôt foncier. Quand Critognatus reproche aux 
Romains de vouloir s'établir dans les terres, a gris y des 
nobles et des puissants. (3) il semble bien qu'il parie de 
propriétés privées. Lorsque le premier terme des noms de 
lieux celtiques en -masus « champ >> est un nom de per- 
sonne (4 , il est évident que ces noms désignent des pro- 
priétés privées. Si l'on n'admet pas la propriété indivi- 
duelle chez les Gaulois, on ne peut expliquer les ventes et 
confiscations de biens (5). ni même les impôts et les 
dettes (6), ni les réquisitions de blé aux particuliers (7 . ni 
la puissance des grands (8). 

Les textes nous manquent pour que nous puissions don- 
ner une solution exacte du problème de la propriété chez 
los Gaulois. En Irlande, la terre appartenait en principe à 
la tribu ; une portion était assignée au roi, qui pouvait la 
partager à ses officiers ou la faire exploiter par ses fermiers ; 
le reste était occupé par les hommes de la tribu, soit en 
commun, soit à titre individuel précaire (9). 

(1) Guerre de Gaule, vi, 22. 

(2) La propriété foncière chez les Gaulois, Annales de la Fa- 
culté des lettres de Bordeaux, 1889, p. 182-194. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 77, 15. 

(4) Voir ci-dessus, p. 119. 

(5) Guerre de Gaule, v, 56, 3 ; vu. 43, 2. 

(6) Ihid., VI, 13, 2. 

(7) Ihid., I, 17, 2. 

(8) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 73-74. 

(9) Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 186-187. 



250 UNITÉ NATIONALE 

Le manque de sens politique et un particularisme om- 
brageux sont, en général, la caractéristique do ces tribus 
gauloises. Les Cenomani d'Italie s'allient aux Romains 
contre leurs congénères les Boii et les Insiibres (1). Les 
Arvenii et les Sequani appellent Arioviste en Gaule (2). 
Les Rémi aident César à vaincre la coalition des Belges 
après l'avoir dénoncée (3). Les Lingones et les Rémi re- 
fusent de prendre part à l'insurrection générale de la Gaule 
et fournissent des troupes à César (4). Dans ses campagnes 
en Gaule, César avait des auxiliaires gaulois (5). 

Et pourtant, d'autres faits prouvent que les Celtes ont 
eu, de bonne beure, conscience de l'unité de leur race. En 
3G1, les Cisalpins, pour éviter une guerre avec les Transal- 
pins, invoquent leur parenté (6). En 225 avant notre ère, 
les Insiibres et les Boii d'Italie pour décider les Gaulois 
transalpins à se joindre à eux leur rappelèrent les hauts 
faits de leurs ancêtres (7). La tradition du royaume d'Am- 
bigatus, si elle n'a point de réalité historique, symbolisait 
la croyance à l'origine commune de tous les Celtes (8). 
L'unité de la Gaule fut réalisée autour des Arvernes par 
Celtillus, puis par Vercingétorix. Une sorte d'unité reli- 
gieuse était constituée par le druidisme et l'assemblée an- 
nuelle dans le pays des Carnutes, centre de toute la 



(1) TiTE LivE, XXXII, 30 ; Strabon, v, 1, 9. 

(2) Guerre de Gaule, 1, 31. 

(3) Ibid., II, 5. 

(4) Ibid., VII, 63 ; viir, 11. 

(5) Ibid., I, 7, 8 ; 23, ; ii, 17 ; m, 18 ; vu, 34 ; 45 ; viii, 10. 

(6) POLYBE, II, 19. 

(7) PoLYBE, II, 22. 

(8) TiTE LivE, V, 34. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Les 
premiers habitants de l'Europe, 2^ édit., t. ii, p. 387-393. Voir ci- 
dessoiis, chap. vu, p. 460. 



l'état 251 

Gaule (1). La ville d'Alésia était honorée comme étant le 
foyer et la métropole de toute la Celtique (2;. Les druides 
racontaient que les Gaulofs étaient tous nés du Dieu que les 
Romains appelaient .0^5 pater (3). Des faits historiques dé- 
montrent que les divers peuples celtiques avaient gardé vi- 
vante la notion de leur antique parenté. Les Bellovaci (4), 
peuple belge, avaient été de tout temps les alliés et les amis 
&Çi?,Aedui. Le roi des Suessiones, Diviciacus, occupait aussi 
le trône de Grande-Bretagne (3). Les Armoricains demandent 
des secours à la Grande-Bretagne (6). C'est en Grande-Bre- 
tagne que se réfugient les principes des Bellovaci lorsqu'ils 
ont compris à quels malheurs ils ont livré leur patrie (7). 
Dans presque toutes les guerres, les Bretons, d'après César, 
avaient envoyé des secours aux Gaulois (8). Les Ambarri 
sont parents consanguins des Aedui (9). Les Rémi sont 
frères consanguins des Suessions, et proches parents des 
Belges (10). Ces exemples, auxquels il faut ajouter la coali- 
tion de la Gaule (11) contre les Romains en 52, autorisent ils 
à prononcer avec M. C. JuUian (12) le mot de patriotisme 
saulois '^ 



(1) Guerre de Gaule, vi, 13, 10. 

(2) DiODORE, Bibliothèque, iv, 19, 2. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 18, 1. 

(4) Ibid., II, 14. 

(5) Ibid., II, 4. 

(6) Ibid., III, 9. 

(7) Ibid., II, 14. 

(8) Ibid., IV, 20. 

(9) Ibid., I, 11. 

(10) Ibid., 11,3. 

(H) Ibid., VII, 29, 6 ; 77, 7. 

(12) JuLLiAN, Le patriotisme gaulois, Reme celtique, t.xxiii, 

373-394. 



252 SERMENT 



III 



Sur les coutumes judiciaires des Celtes, nous sommes 
mal renseignés. Les cas d'intervention des pouvoirs publics 
étant rares, la plupart des procès se règlent entre particu- 
liers. A peine pouvons-nous recueillir quelques notes sur le 
serment qui consacre les conventions, le duel qui décide 
des querelles, la procédure et les sanctions pénales. 

Nous ne connaissons pas la formule exacte du serment 
solennel que Vercingétorix imposa aux chefs de sa cava- 
lerie et par lequel chacun s'engage à ne pas revenir dans 
sa maison, à ne pas aborder ses enfants, ses parents, sa 
femme, avant d'avoir traversé deux fois à cheval les lignes 
ennemies (1). H. d'Arbois de Jubainville a cru retrouver 
une formule de serment dans la réponse célèbre des 
Celtes de l'Adriatique auxquels Alexandre avait de- 
mandé ce qu'ils craignaient le plus : « Nous ne craignons 
qu'une chose, c'est que le ciel ne nous tombe sur la 
tcte » (2). L'hypothèse de la chute du ciel est fréquente 
dans les serments de l'épopée irlandaise (3). 

Le duel décidait chez les peuples celtiques de certaines 
questions litigieuses. Poseidônios (4) entendit raconter en 

(1) Guerre de Gaule, vu, G6. 

(2) Arrien, Anabase, i, 4, 7-8 ; Ptolémée chez Strabon, vu, 
3, 8. Cf. Aristote, Morale à Nicomaque, m, 7, 6. Cf. Tite Live, 
XL, 58, 6 ; JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. viii, 1906, 
p. 259. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de litléralure cel- 
tique, VII, p. 19-25. Cf. WiNDiscii, Tàin Bô Cualnge, introduc- 
tion, p. XXX. 

(4) Athénée, iv, 40. 



l'état 253 

Gaule que dans les festins, anciennement, lorsqu'on ser- 
vait des jambons, le plus fort se saisissait de la cuisse 
et si quelqu'un la lui disputait, ils se levaient ensemble 
pour se battre à mort. L'usage de réserver au plus brave 
le meilleur morceau se retrouve dans la légende irlandaise 
où le morceau du liéros est le sujet d'une des épopées les 
plus vivantes et les plus dramatiques du cycle d'Ulster : 
« Le porc de Mac-Dàthô », et constitue d'importants épi- 
sodes du « Festin de Bricriu » (1). Il est possible que dans 
quelques cas, il s'agisse d'une sorte de duel judiciaire ; mais 
souvent il n'y avait là qu'un passe-temps (2). 

Chez les Cellibères, à Carthagène, lorsque P. Cornélius 
Scipio Africanus voulut, en 206 avant J.-C, pour honorer 
la mémoire de son père et de son oncle, donner des com- 
bats de gladiateurs, il trouva autant de guerriers qu'il en 
voulut pour s'entre-tuer volontairement et gratuitement. 
Parmi ces guerriers, il y en avait qui, n'ayant pu résoudre 
des différends par la discussion et n'ayant pas voulu 
s'accorder, avaient décidé de s'en remettre au sort des 
armes (3). Dans le droit irlandais, le duel est un des moyens 
par lequel deux parties conviennent de donner une solu- 
tion à un procès pendant. 41 ne donne pas lieu à indemnité 
pour meurtre quand il a été précédé d'un contrat fait avec 
le consentement de la famille du vaincu et quand il a pour 
cause le refus par le demandeur de laisser procéder contre 
lui à une saisie régulière (4). 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. V, p. 71-78 ; 86-146 ; t. vi, 35-47. 

(2) Athénée, iv, 40. Ci-dessus, p. 164. 

(3) TiTE LivE, XXVIII, 21. Cf. Valère Maxime, ix, 11 ; Silius 
Italicus, XVI, 56. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Etudes sur le droit celtique 
Cours de littérature celtique, t, vu, p. 44-48. 



254 PÉNALITÉS 

Sur la composition pour meurtre chez les Gaulois, it n'y 
a qu'une phrase chez César : dans le cas de crime ou de 
meurtre, ce sont les druides qui décident et qui déter- 
minent les amendes et les châtiments, preemia pœ- 
nasque (1). L'interprétation de ces deux mots ne laisse pas 
d'être difficile. Pœnas peut désigner soit la somme que 
paiera le défendeur ou, s'il est insolvable, sa famille ; soit 
le supplice qu'il subira en cas d'insolvabilité de lui même 
et de sa famille ; prœrnUt serait, à un autre point de vue, le 
gain, la somme que se partagera la famille du m.ort ou 
celle que recevra le demandeur s'il na été que blessé ou 
injurié. Une autre explication est possible. En droit irlan- 
dais, on distingue dans la composition le prix du corps qui 
est le même pour tous les hommes libres, et le prix de 
l'honneur qui s'ajoute au prix du corps et dont le montant 
dépend du rang social de celui qui a été injurié, blessé ou 
tué. Peut-être pœruis est-il le prix du corps, prœmia le 
prix de l'honneur (2). 

Chez les Celtes, nous rapporte Nicolas de Damas (3), la 
pénalité est plus forte pour le meurtre d'un étranger que 
pour celui d'un citoyen ; dans le premier cas, c'est la mort; 
dans le second, l'exil. L'exil était sans doute la ressource 
de ceux qui ne pouvaient pas payer la composition. L'exilé 
était seulement, semble- t-il, banni du territoire de la cité, 
mais non du territoire de la Gaule. Car, lors des insurrec- 
lions contre les Romains, les condamnés à l'exil four- 



(1) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(2) II. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. vu, p. 80-83. 

(3) Stobée, Anthologie, xliv, 41. Cf. Pseudo-Aristote, Sifi- 
gulariUs mer\'eiUeuses, 85. 



l'état 255 

Dirent des contingents au Trévire Indutiomarus (1) et au 
Senon Drappes (2). 

La procédure judiciaire des anciens Celtes nous est à 
peu près inconnue. Nous avons vu que les femmes pou- 
vaient être mises à la question et condamnées à périr par 
le feu ou par d'autres supplices. De même, la peine du feu 
était appliquée dans l'Irlande de l'épopée aux femmes adul- 
tères (3). Orgétorix est enchaîné pour répondre à l'accusa- 
tion portée contre lui . et le châtiment de son crime devait 
être le feu (4). Ceux qui sont convaincus de vol, de brigan- 
dage ou de quelque autre crime sont aussi brûlés vifs (5). 
En temps de guerre, les peines qu'infligeait Vercingétorix 
à ses soldats pour des fautes graves étaient le feu et toute 
sorte de tourments ; pour des fautes légères il faisait crever 
les yeux ou couper les oreilles (6). Lorsqu'un Gaulois dé- 
tourne ou cache une partie du butin de guerre, ou ravit 
quelque objet des dépôts établis dans les lieux consacrés, 
il est mis à mort avec de cruelles tortures (7). D'après 
Diodore, on garde les malfaiteurs pendant cinq ans avant 
de les empaler et de les brûler sur d'énormes bûchers (8). 
Ces divers supplices peuvent être aussi bien des sacrifices 
religieux que des sanctions judiciaires (9). 

La peine prononcée ordinairement pour crime politique 



(1) Guerre de Gaule, v, 55. 

(2) Ibid., VIII, 30. 

(3) Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 212. 

(4) Guerre de Gaule, i, 4. Cf. ci-dessus, p. 180. 

(5) Ibid., VI, 16 ; Strabon, iv, 4, 5 ; Diodore, v, 31. 

(6) Ibid., VII, 4 ; cf. 71. 

(7) Ibid., VI, 17. 

(8) Bibliothèque, v, 32, 6. 

(9) Voir toutefois S. Reinach, Rei^ue archéologique, t. xxii 
;i913) p. 101. 



256 PÉNALITÉS 

est la confiscation des biens. Dans une assemblée, Indu- 
tioinarus déclare ennemi public son gendre Cingétorix, 
chef du parti adverse, et confisque ses biens (1). Celui qui 
tue un de ses concitoyens est condamné à l'exil ,2). Les 
druides prononçaient l'excommunication contre ceux qui ne 
se soumettaient pas à leurs sentences (3). Etait-ce l'amende 
ou quelque autre peine légère que l'on prononçait contre 
les jeunes gens obèses dont le ventre était trop proémi- 
nent et dont le tour de taille dépassait une certaine me- 
sure ? Strabon citant Ephore se sert du mot vague 

Çr,ij.'.o0cr6a'. (4). 

Sauf dans le cas d'Orgétorix où il semble bien que l'ac- 
cusé comparaît devant un tribunal d'Etat, il n'est point 
question de l'intervention de l'Etat dans les crimes ou les 
procès. A côté de la juridiction arbitrale et facultative des 
druides (5), y avait-il en Gaule une justice publique bien ou 
mal organisée ? Aucun texte ne l'établit clairement. 

Il semble que ce soit l'assemblée du peuple qui juge les 
crimes contre l'Etat ; chez les Aediii, le vergobret a droit de 
vie et de mort ; le père de famille a un pouvoir analogue 
sur les siens ; les chefs de faction jugent les différends de 
leurs clients (6). En cas de rébellion, les magistrats font 
appel aux citoyens armés pour assurer l'exécution du ju- 
gement (7). 

(1) Guerre de Gaule, v, 56. 

(2) Cf. p. 254. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(4) Géographie, iv, 4, 6. 

(5) Voir plus loin chap. vi. p. 380. 

(6) Lefort, Les institutions et la législation des Gaulois, Revue 
générale du droit, t. iv, 1880, p. 396. 

(7) Guerre de Gaule, i, 4. 



l'état 257 



IV 



C'est dans les questions militaires qu'apparaît le mieux 
le pouvoir de l'Etat celtique. 

Les anciens nous représentent les Celtes comme sans 
cesse occupés à la guerre. Avant l'arrivée de César en 
Gaule, il y avait presque chaque année des guerres pour 
faire du tort ou le repousser (1). Les Bretons se faisaient 
souvent la guerre, soit par ambition de commander, soit 
pour accroître ce qu'ils possédaient (2). Quand les Celtes 
ne pouvaient se battre pour leur propre compte entre eux 
ou contre leurs voisins, ils offraient leur service à prix 
d'argent à des rois étrangers. Il n'est guère de pays que 
n'aient parcouru des mercenaires celtes et de luttes aux- 
quelles ils n'aient pris part (3). Déjà, en 368 avant J.-C, 
une armée envoyée par Denys l'Ancien à Gorinthe au se- 
cours des Spartiates était en partie formée de fantassins 
celtes (4). Vers 343, Carthage employait des mercenaires 
celtes à la guerre de Sicile contre Timoléon (5). En 274, 
Pyrrhus, roi d'Epire, et Antigone Gonatas, roi de Macé- 
doine, en guerre l'un contre l'autre, avaientr chacun des 

(1) Guerre de Gaule, vi, 15 ; cf. Strabon, iv, 4, 2; TacitEj 
Histoires, i, 74. 

(2) JoRDANÈs, Histoire des Goths, 2. 

(3) Voir aussi ci-dessus, p. 64, l'étymologie donnée par Polybe 
du nom des Gaesalae. Justin, xxv, 2. Cf. d'Arbois de Jubain- 
VILLE, La civilisation des Celtes et celle de l'épopée homérique. 
Cours de littérature celtique, t. vi, p. 116-123 ; C. Jullian, His- 
toire de la Gaule, t. i, p. 324-328. 

(4) DiODORE, Bibliothèque, xvi, 73, 3. 

(5) Xénophon, Helléniques, vu, 1, 20 ; 31 ; Diodore, xv, 70. 
Cf. Justin, xx, 5. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique- 17 



258 MEIICEIN AIRES 

Celtes dans leur armée (1). Parmi les mercenaires, dont la 
révolte, en 238 avant J.-C, mit Garthage si près de sa 
perte, se trouvent des Gaulois dont le chef est Auta- 
ritos (2). Dès 262, les Carthaginois avaient recruté des 
Celtes pour leur armée de Sicile (3) et pendant les deux 
premières guerres puniques (264-241 ; 219-202), les Gau- 
lois fournissent un contingent important aux armées car- 
thaginoises (4). Mille Galates figurent dans l'armée d'An- 
tigone. roi de Macédoine, en 224 (o) ; des cavaliers galates 
font partie de l'armée d'un autre roi de Macédoine, Phi- 
lippe V, en 218 (6). Nicomède, roi de Bithynie, les appelle 
en Asie comme auxiliaires en 278 (7). Lors de la guerre 
entre Autiochus le Grand, roi de Syrie, et Molon, satrape 
de Médie vers 220, il y avait des Galates mercenaires des 
deux côtés (8). Eumcnc II, roi de Pergame. avait à son 
service en 168 des cavaliers gaulois qui, embarqués sur 
des hippagoges, ne pouvaient pas supporter la mer (9), 
Ptolémée Philadelphe (285-247) avait des Gaulois dans 
ses armées ; il en fit tuer quatre mille qui s'étaient révoltés 
contre son autorité (10). La garde de Gléopàtre comprenait 
des Gaulois (11). 

(1) Plutarque, Pyrrhus, 26, 8 ; 9 ; Pausanias, i, 13, 2. 

(2) PoLYBE, I, 80-87. Cf. DiODORE, XXV, 2, 9 ; Appien, viii, 5. 

(3) PoLYBE, I, 17, 4 ; II, 7, 7 ; Fro.ntin, Stratagèmes, m, 16, 3. 

(4) PoLYBE, I, 43, 4 ; II, 7, 8 ; Frontin, m, 16, 2 ; Dion Cas- 
sius, XII, 43. 

(5) POLYBE, II, 65, 2. 

(6) PoLYBE, V, 3, 2. 

(7) Memnon, Sur Héraclée, 22 ; Fragmenta historicorum grae- 
corum, t. III, p. 537. 

(8) PoLYBE, V, 53, 3 ; 8. 

(9) TiTE LivE, XLiv, 28. Sur les Galates, mercenaires des rois 
de Pergame, voir A. J. Reinacii, Rei^'ue arcliéologique, L. xiii, 
p. 102-'l08. 

(10) Pausanias, i, 7 ; Scholiaste de Callimaque, iv, 185-188. 
{lljJosÈPHE, Antiquités judaïques, xv, 7, 3. Guerre des Juifs, 



l'état 259 

En 168, sur le Danube, les mercenaires celtes recevaient 
10 statères d'or par cavalier, o par fantassin, 1.000 pour le 
chef (1). 

En Gaule, à l'exception des druides, tous les hommes 
libres étaient astreints au service militaire (2). Nous avons 
déjà vu qu'au commencement de chaque guerre on convo- 
quait tous les hommes en état de porter les armes (3). Les 
vieillards ne prétextaient pas leur âge pour se dispenser 
de combattre (4). 

Le commandement militaire semble avoir été souvent 
distinct du i)ouvo r civil. Anciennement, nous dit Strabon, 
on choisissait un chef pour un an et de même, pour une 
guerre, un seul général était élu par la multitude (5). On 
voit chez César le commandement de l'armée des Lemo- 
vices exercé par Sedulius qui est qualifié en même temps 
de princeps (6). Chez les Rémi, Vertiscus, princeps civita- 
tis, n'a le commandement que de la cavalerie (7). De trois 
Aedui de la plus haute noblesse amenés prisonniers à Cé- 
sar, l'un, Gottus, était chef de la cavalerie; un autre, Ca- 
variilus, avait commandé l'infanterie; le troisième, Epore- 
dorix, avait commandé les Aedui dans la guerre contre 
les Sequani (8). Chez les Treveri, César rend à Cingétorix 

I, 20, 3. Cf. Horace, Epodes, 9, 18 ; A. J. Reinach, Les Gaulois 
en Egypte, Revue des études anciennes, t. xiii, p. 33-74. 

(1) TiTE LivE, xLiv, 26, 4. Voir Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. I, p. 324-328. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 56, 2 ; cf. 14, 1 ; 15, 1. 

(3) Ci-dessus, p. 236. 

(4) Guerre de Gaule, vin, 12 ; cf. vu, 57, 3. 

(5) Géographie, iv, 4, 3. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, 
Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 44, note 4. 

(G) Guerre de Gaule, vu, 88. 

(7) Ibid., vin, 12. 

(8) Ibid., VII, 67. 



260 CHEFS 

le principafus et Yimperiiim, sans cloute le pouvoir civil et 
le pouvoir militaire (1). Le conseil de guerre de Yercingé- 
torix est formé des principes de plusieurs cités (2). L'armée 
envoyée par les principes de la Gaule au secours de Alésia 
était commandée par quatre chefs : l'Atrébate Gommius, 
les Acchii Viridomarus et Eporedorix, l'Arverne Vercassi- 
veliaunus, assistés d'un conseil d'hommes choisis dans les 
diverses cités (3). 

Souvent un seul chef commandait les forces de plusieurs 
peuples.^ Galba, roi des Suessiones, commande les Belges 
coalisés (4). Cassivellaunus est choisi comme commandant 
en chef par des peuples du sud de la Grande-Bretagne, 
avec lesquels il avait eu autrefois des guerres conti- 
nuelles (o). Ambiorix, Camulogenus commandent des coa- 
litions de peuples gaulois (6). 

En 61, Boudicca, qui commande l'armée bretonne, rap- 
pelle que les Bretons ont coutume d'aller à la guerre con- 
duits par des femmes (7). En Irlande, il semble résulter de 
(juelques textes de lois que la fille, qui, à défaut de fils, hé- 
ritait des biens maternels, est obligée au service militaire. 
Cette obligation fut abolie, grâce à l'intervention d'Adam- 
nan, au vu'' siècle (8). 

Du point de vue militaire, les équités, classe sociale, sont 
les cavaliers. Leur nombre s'élève, lors de la dernière 

(1) Guerre de Gaule, vi, 8. 

(2) Ibid., VII, 36. 

(3) Ibid., vn, 76. 

(4) Ibid., II, 4, 7. 

(5) Ihid., V, 11. 

(6) Guerre de Gaule, v, 38 ; 39 ; vu, 57. 

(7) Tacite, Annales, xiv, 35. Cf. ci-dessus, p. 182, 186. 

(8) H. d'Arbois de JuBAi.NViLLE, Lu famille celtique, Paris, 
1905, p. 81-83. 



L ETAT 



261 



lutte où la Gaule tout entière (moins les Rémi, les Lin- 
gones et les Treveri) se souleva contre les Romains, à 
quinze mille (1). Les Aediii mettaient leur principal espoir 
dans leur cavalerie (2). Mais les Nervii, qui avaient six 
cents sénateurs, avaient très peu ou pas de cavalerie (8) ; 
il est donc probable que chez eux la classe sociale qui cor- 
respondait aux équités des autres peuples fournissait à leur 
armée des fantassins. D'autre part, il y avait des cavaliers 
qui n'avaient pas le rang social des équités ; tels les nom- 
breux cavaliers, magnum numenim equitatus, que Dum- 
norix entretenait à ses frais (4) et qui n'étaient sans doute 
que des ambacii ou des clientes. César mentionne les prae- 
fecti equitum (5). D'après Strabon, les Celtes combattaient 
mieux à cheval qu'à pied (6). C'était sur leur cavalerie que 
les Gaesatae et les Insubres comptaient surtout, dans leur 
lutte contre les Romains (7). La cavalerie gauloise était, 
en général, supérieure à la cavalerie romaine, mais infé- 
rieure à la cavalerie germaine (8). La cavalerie des Treveri 
était renommée (9). Au contraire, toute la force des Bre- 
tons était dans leur infanterie (10). Les Celtibères étaient à 
la fois bons cavaliers et solides fantassins (H). La cavalerie 



(1) Guerre de Gaule, vu, 64. Cf. Cicéron, Pour Fonléius 
fr. 12. 

(2) Guerre de Gaule, vu, 68, 2. 

(3) Ibid., II, 17, 4. 

(4) Ihid., I, 18, 5. 

(5) Ihid., VII, 66, 3. 

(6) Géograpliie, iv, 4, 2. Cf. Cicéron, Pour Fontéius, 4 ; Plu- 
TARQUE, Marcellus, 6. 

(7) Plutarque, Marcellus, 6. 

(8) Jui.LiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 209, n. 3. 

(9) Guerre de Gaule, v, 3, 1. 

(10) Tacite, Agricola, 12. 

(11) DiODORE, V, 33. 



262 



CAVALERIE 



des Celtibères avait une manœuvre qui lui était propre. 
Lorsqu'ils voyaient l'infanterie pressée par les ennemis, 
les cavaliers descendaient de leurs chevaux et les laissaient 
rangés en ligne ; à l'extrémité des rênes ils avaient attaché 
de petits bâtons qu'ils fichaient en terre ; leurs chevaux 
étaient dressés à demeurer tranquilles jusqu'à ce qu'ils 
vinssent les détacher (1). Puis les cavaliers prenaient leur 
rang comme fantassins (2). 

Chez les Celtes qui envahirent la Grèce, chaque cavalier 
était accompagné de deux serviteurs à cheval. Pendant la 
bataille, ceux-ci se tiennent en arrière ; si le maître suc- 
combe, l'un ou l'autre le remplace ; s'il est blessé, l'un 
d'entre eux l'emmène au camp, tandis que l'autre prend 
sa place ; s'il est démonté, l'un ou l'autre lui amène son 
cheval. Cet ensemble se nommait xp'.iJiap/.iTfa (3). Les Gau- 
lois d'Illyrie avaient une organisation analogue ; à chaque 
cavalier était attaché un fantassin qui remplaçait dans la 
bataille le guerrier tombé de cheval (4). 

A l'époque la plus ancienne à laquelle nous puissions 
remonter, les Gaulois d'Italie ont non seulement une ca- 
valerie, mais aussi des guerriers montés sur des chars. A 
la bataille de Sentiuum, 295 avant J.-C, il y avait, dit-on, 
un millier de ces chars (5). A la bataille de Télamon, en 
223, il y avait vingt mille guerriers tant à cheval qu'en 

(1) Polybe, chez Suidas, au mot 'oiov. 

(2) DiODORE, V, 33. 

(3) Pausanias, X, 19, 9:12. 

(4) TiTE LivE, xLiv, 2G ; Plutarque, Paul-Emile, 12. 

César attribue aux Germains d'Arioviste une tactique sem- 
blable ; ces fantassins étaient si agiles qu'en se tenant à la cri- 
nière des chevaux ils les suivaient à la course. Guerre de Gaule, 
I, 48. 

(5) TiTE LivE, X, 28 ; 30. 



l'état 263 

char (1). A la bataille de Clastidium, en 222, le roi Yirdo- 
marus est monté sur un char doii il lance ses javelots sur 
les ennemis (2). Les Gaulois d'Italie paraissent avoir re- 
noncé de bonne heure à l'usage des chars de guerre. Déjà, 
à la bataille de Télamon, ils ne s'en étaient servis que 
pour protéger les deux ailes de leur armée (3). 

En Gaule, en 121, le roi des Arvernes, Bituitos, au con- 
fluent de l'Isère et du Rhône, combattait du haut d'un 
char argenté (4), A l'arrivée de César, il semble qu'il n'y 
ait plus de char de guerre dans les armées gauloises. Dio- 
dore de Sicile copie un auteur plus ancien, sans doute Po- 
seidônios, lorsqu'il nous dit que dans les combats les Gau- 
lois se servent de chars à deux chevaux portant un con- 
ducteur et un guerrier. Les guerriers montés sur les chars 
dirigent leurs attaques contre les cavaliers. Ils lancent le 
javelot ((Tauvii^oua-.), puls descendent pour combattre l'en- 
nemi à l'épée (o). Strabon dit que quelques-uns des Celtes 
ont des chars de guerre (6). Lucain parle du Belge conduc- 
teur de covinïius (7). 

Mais César trouve pour la première fois (8) des chars de 
guerre à deux roues en Grande-Bretagne. Le roi Cassivel- 
launus, en 54, avait à la fois des cavaliers et quatre mille 



(1) POLYBE, II, 23. 

(2) Properce, iv, 10, .39-44 ; Plutarque, Marcelliis, 6, 5 ; 
7, 4, n'en parle pas. 

(3) PoLYBE, II, 28. Cf. JuLLiAN, Histoùe de la Gaule, t. i, 
p. 348. 

(4) Florus, III, 2. 

(5) Bibliothèque, v, 29. 

(6) Géographie, iv, 5, 2. 

(7) Pharsale, i, 42G. 

(8) Les carri dont il est question en Gaule, par exemple à pro- 
pos des Helvetii (i, 24 ; 26) sont des chariots de bagages. 



264 CHARS DE GUERRE 

essedarii. Ceux-ci faisaient d'abord courir leurs chars dans 
tous les sens, en lançant des traits ; puis ils se faufilaient 
entre les cavaliers ennemis et sautaient à bas de leur char 
pour combattre à pied ; pendant ce temps, les conducteurs 
ramenaient les chars hors de la mêlée et les plaçaient de 
façon à ce que les guerriers, s'ils étaient accablés par le 
nombre, pussent y trouver un refuge (1). Au temps d'Agri- 
cola, 78-84, le char de guerre était encore employé chez 
quelques peuples bretons (2). Strabon (3), Arrien (4) et 
Dion Gassius (5) parlent des chars des Bretons. Ces |chars 
étaient peints (6) ; ils étaient propres à évoluer sur toute 
espèce de terrain et traînes par des petits chevaux rapides 
et durs à la fatigue. D'après Tacite, chez les Bretons, le 
conducteur était, au contraire de ce qui se passait chez les 
Grecs, d'une condition plus élevée que le combattant (7). 

Rien ne prouve que les deux mille chars, â;jiot;a'., que les 
Gaulois de Brennos emmenaient dans leur expédition 
contre Delphes aient été montés par des guerriers ; il est 
probable que c'était des chariots destinés au transport des 
femmes, des enfants et des bagages (8). Car les Gaulois 
avaient l'habitude, même quand ils étaient armés à la lé- 
gère, de se faire suivre d'une multitude de chariots (9). 

(1) Guerre de Gaule, iv, 33 ; Cf. iv, 24 ; 32 ; v, 9 ; 15 ; 16 ; 19. 

Cf. DiODORE, V, 21, 5. 

(2) Tacite, Agricola, 12 ; 35 ; 36. 

(3) Géograpliie, iv, 5, 2. 

(4) Tactique, 19, 2-3. 

(5) Histoire romaine, lxxvi, 12. 

(6) Properce, v, 3, 9. 

(7) Agricola, 12. H. d'Arbois de Jubainville, Le cliar de 
guerre des Celtes dans quelques textes historiques, Revue celtique, 
t. IX, p. 387-393. 

(8) DiODORE, XXII, 9. Cf. Guerre de Gaule, viii, 14, 

(9) Guerre de Gaule, viii, 14, 2 ; Guerre civile, i, 51, 1. 



L ETAT 



265 



Les chars de guerre étaient-ils armés de faux 1 Lucien (1), 
racontant la bataille gagnée par Antiochus Sôter sur les 
Galates, vers 2~r2 avant J.-C, dit que sur le front de l'ar- 
mée galate il y avait, prêts à s'élancer, quatre-vingts chars 
porte-faux (àpaaTa opEzavr^oôpa) et deux fois autant de 
chars ordinaires (auvwpto£;).Mais la source de Lucien paraît 
être un poème épique de Simonide de Magnésie et tous les 
détails qu'il nous donne sur le nombre et l'armement des 
Gaulois n'ont aucune valeur historique. Que valent par 
ailleurs les témoignages de Frontin (2) parlant des quadriges 
gaulois armés de faux que César arrêta au moyen de pieux 
fichés en terre ; de Pomponius Mêla (3) citant les covinni 
bretons, équipés à la façon gauloise et dont les essieux se 
terminent par des faux ; du poète Silius Italiens (4) mem- 
tionnant dans une comparaison le covinniis falcifer des 
habitants de Thulé, et de Jordanès (5) signalant chez les 
Bretons les chars à deux chevaux et les chars armés de 
faux vulgairement appelés essedae 1 Quelle autorité ont ces 
textes en regard du silence unanime des historiens tels que 
Polybe, César, Tite-Live, Tacite qui parlent plusieurs fois 
des chars de guerre des Celtes, mais ne les représentent 
jamais comme armés de faux, alors qu'ils connaissent les 
chars porte-faux d'Antiochus le Grand et dePharnace? On 
est bien tenté d'adopter sur cette question la conclusion de 
létude de M. Théodore Reinach sur les chars à faux des 
Gaulois (6) et qui est qu'il n'y en avait point, à moins tou- 

(1) Anliochos, 8. 

(2) Stratagèmes, u, 3, 18. 

(3) III, 6, 52. Cf. SCHOLIASTE à JUVÉNAL, IV, 12G. 

(4) Puniques, xvii, 417. 

(5) Histoire des Goths, 2. 

(6) Rei'ue celtique, t. x, p. 122-133. Cf. Windiscii, Tain bô 
Cualnge, p. xiv. 



266 CHARS DE GUERRE 

tefois que, les chars armés de faux n'ayant été qu'une ex- 
ception, les historiens ne les aient considérés comme quan- 
tité négligeable et n'en aient point parlé pour cette -seule 
raison. 

Les chars de guerre, qui semblent avoir été empruntés 
par les Celtes aux Italiotes, sont peu nombreux dans les 
tombes à l'époque de Hallstatt. Quelques-uns sont à quatre 
roues ; ils portent des revêtements métalliques sur les 
moyeux et les rayons des roues (1). Ceux de l'époque de la 
Tène, particulièrement nombreux dans les tombes de la 
Champagne, sont montés sur deux roues très légères dont 
on retrouve les bandes en fer et les essieux en bronze. 
Les roues semblent avoir eu de 0,80 à 8,95 de diamètre. 
Les frettes des moyeux ont 0,lo de diamètre. On a recueilli 
aussi diverses parties du char dont on ne peut préciser 
l'emploi : des tiges inégales réunies par un anneau, articu- 
lées, ou isolées ; des garnitures en fer repliées sur elles- 
mêmes et ayant 0,07 d'ouverture. Des ornements en bronze 
découpé semblent avoir appartenu aux harnais. Les mors 
enbronze, puis en fer, d'ordinaire au nombre de deux, sont 
brisés et terminés par des anneaux ou dos montants laté- 
raux munis d'ouvertures. Certaines pièces du joug et la 
clavette étaient parfois émaillées 12). A Somme-Tourbe, on 
a trouvé des pièces de bronze qui, d'après M. Flouest, étaient 
fixées à l'extrémité du timon. Ce sont deux plaques trian- 



(1) Déchelette, JMajiuel, t. ii, p. 749. 

(2) H. A. Mazard, Essai sur les chars gaulois de la Marne, 
Revue archéologique, t. xxxiii (1877), p. 154-172, pi. vu et fig. ; 
p. 217-229. Bullclin de la Société nationale des Antiquaires de 
France, année 1877, p. 45-47 ; H. Hubert, Sépulture à char de 
Nanterre, L'Anthropologie, t. xiii, 1902, p. 66-73. Cf. Rei'ue cel- 
tique, t. IX, p. 423-424. 



l'état 2H7 

guîaires ajourées de façon à ce que les parties pleines 
figurent des S alternativement adossés ou affrontes; les 
deux plaques étaient réunies bout à bout et appliquées à 
laide d'un clou à tête de corail. L'armure pleine de l'extré- 
mité du timon était ornée d'un tieuron, de pointillés et de 
cercles tracés^au burin (1. D'après des traces de char gravées 
dans une couche de calcaire compact, à Trosly-Loire 'Aisne) 
récartemenf des roues n'aurait été que de l''\0'6 (2). D'après 
d'autres observations, il aurait atteint 1"\.30 environ La 
longueur du timon, fourche comprise, aurait été de plus 
de 2 mètres (3). Des jougs en bois de chêne, trouvés à la 
station de la Tène et longs de 1™,16, appartenaient à un 
attelage de bœufs (4). On ne trouve plus guère de char 
de guerre après l'époque de la Tène II (o). 

A l'époque de la Tène III, quandle char de guerre n'est 
plus en U6age et que les guerriers gaulois combattent à 
cheval, on a trouvé divers modèles d'éperon ; il semble 
que les cavaliers ne l'attachaient qu'à un seul pied. L'étrier 
est inconnu (6). 

Un denier des Rémi et un denier de Jules César portent 
un esseduni breton, très rudimentaire, composé d'une plate- 
forme et dont les côtés sont munis de deux ridelles circu- 
laires (7), Au revers d'un denier de L. Hostilius Saserna est 



(1) E. Flouest, Le char de la sépulture gauloise de la Bouvan- 
dau, Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, 
t. XLvi, (1885), p. 99. 

(2) Matériaux pour l'histoire de l'homme, t. iv (1868), p. 277. 

(3) Déchelette, Alanuel d'archéologie, t. ii, p. 1186. 

(4) Déchelette, Ibid., t. ii, p. 1195. 

(5) Déchelette, Manuel d'archéologie, t, ii, p. 1181-1182. 

(6) DÉCHELETTE, Ibid., t. II, p. 1203-1204. 

(7) Babelon, Description historique et chronologique des mon- 
naies de la république romaine, Paris, 1885-1887, t. ii, p. 12. 



268 TACTIQUE 

représenté un guerrier combattantsur un char de guerre (1) ; 
et un guerrier debout sur un char à deux roues, quelque- 
fois casqué, lançant un javelot et tenant le carnyx, figure 
sur des monnaies de plusieurs familles romaines (2). Sur les 
trophées de Pergame, on remarque des roues de char de 
guerre (3). 

La littérature |épique de l'Irlande nous atteste que les 
Irlandais combattaient encore en char aux premiers siècles 
après l'ère chrétienne. L'équitation est exceptionnelle dans 
les textes les plus anciens du cycle d'Ulster ; le combat à 
cheval remplace le combat en char dans le cycle de Leins- 
ter. Le char de guerre irlandais était à deux places : celle 
de gauche est occupée par le guerrier ; celle de droite par le 
cocher; c'est un char à deux roues traîné par deux chevaux. 
Une seule fois il est question d'un char armé de faux; c'est 
le calh-charpat senla du héros d'Ulster, Gûchulainn ; il 
était garni de pointes de fer, de tranchants minces, de crocs, 
et avait les essieux hérissés de pointes (4). 

Le chef irlandais Cobthach, voulant se faire passer pour 
mort, est]étendu sur son char de guerre, comme les guer- 
riers des tombes de la Marne (o . 

Les Celtes allaient au combat couronnés de fleurs, 
comme à une fête (G) ; ils se précipitaient à l'ennemi en 



(1) Reproduit chez II. d'Arbois de Jubai.nyille, Cours de 
littérature celtique, t. vi, p. 330. 

(2) Reproduction dans la Revue archéologique, t. x (1887), 
p. 135, pi. XIV. 

(3) S. Reinach, Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 199. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. VI, p. 332-333, 340. 

(5) Miss M. Dobbs, Zeitschrift fiir Celtische Philologie, t. viii, 
(1911), p. 278-284. Voir ci-dessus, p. 191. 

(6) Elien, Histoire variée, xii, 23. 



l'ktat 269 

entonnant un chant de guerre (1), en poussant d'affreux 
hurlements, en frappant leurs boucliers, en secouant leurs 
longues épées, et leurs chevelures flottantes (2). Leur façon 
de combattre avait quelque chose de désordonné et d'étran- 
ger à la science des armes. Tantôt, élevant haut leurs 
sabres, ils frappaient d'une façon sauvage, avec un mouve- 
ment de tout leur corps, comme des bûcherons ou des ter- 
rassiers ; tantôt ils portaient de côté leurs coups, sans viser, 
comme s'ils allaient entailler leurs adversaires, corps et 
armes défensives tout à la fois ; puis ils retournaient dans 
l'autre sens la pointe de leur fer. Renversés à terre, ils ru- 
gissaient, mordaient les boucliers et poussaient comme des 
bêtes sauvages des cris semblables à des hurlements (3). 
Certaines monnaies gauloises semblent représenter des 
danses guerrières (4). 

Les Helvetii se forment en bataillon serré comme la pha- 
lange ; puis, battant en retraite devant les Romains, ils se 
font un rempart de leurs chariots et lancent de là des 
traits (o). Les Gaulois qui allaient au secours d'Alesia 
avaient disposé des archers et des soldats armés à la légère 
entre leurs cavaliers (6j. A Avaricum, l'infanterie gauloise 
avait pris la formation en coin, cuneatim (7). D'après Vé- 
gèce, les formations des Gaulois et des Geltibères étaient 



(1) PoLYBE, II, 29, 6 ; TiTE LivE, V, 37,8 ; 38, 6 ; 39, 5 ; vu, 
23. 6; X, 36, 11; XXI, 28, 1 ; xxxvii, 17,4. Cf. Dion Cassius, 
Lxii, 12 (iSretons). 

(2) Appien, IV, 8. Cf. Denys cI'Halicarnasse, xxv, 9, 15. 

(3) Denys cI'Halicarnasse, Antiquités romaines, xiv, 10. 

(4) JuLLiAN, Revue des éludes anciennes^ t. vi, p. 54. Cf. la 
danse de l'épée chez les Germains (Tacite, Gei^anie, 24). 

(5) Guerre de Gaule, i, 24, 25 ; 20. 

(6) Ibid., vil, 80. 

(7) Ihid., VII, 28. 



'270 r.OMIlATS SINCtM.lKliS 

des ailcrvdc tlo six mille lioniincs {\). Dans le récil de 
Tile Livo, les Ciunlois qui priionl Uomo montent vers la 
citiulello en formant la torlnc(2). 

L'histoire romaine nous a conservé le souvenir do plu- 
sieurs combats singuliers livrés en présence de deux armées 
par lies (laulois anonymes à dos Uomains de marque. Le 
plus ancien (3(')7 avanl Jésus-Christ) est celui dt; T. Man- 
lius surnomme aiircs sa victoire Torquatus. C'est peut-être 
une léi^onde ; car l*olyi)C n'en parle point {'.\) et Tile Live 
se contredit en essayant ilon déterminer la-dale (4). L'ad- 
versaire de T. Manlius est un Gaulois armé d'un bou- 
clier et de deux épées, comi)lètemcnt nu, et paré d'un 
collier et de bracelets ; il s'avance au milieu des combat- 
tauls et, levant la main, fait signe aux deux partis darré- 
\cv le combat. Puis, au milieu du sileiu'C, il crie d'une voix 
très forte que celui (pii voudrait combattre avec lui sorte 
des rangs. Comme personne n'osait répoudre, le Gaulois 
se mit à se motiuor des Romains et à leur tirer la langue; 
sa longue épée Iranchanle, mais sans pointe, ne put 
riposter avec succès h la pointe aiguë do l'épée espagnole de 
'r. Manlius (">. Vax l'an 'M\) avant .lésus-Christ, les histo- 
riens (G) ont placé un autre duel entre Romain et Gaulois. 
Un Gaulois de grande taille, aux armes d'or, demande le 
silence en frap[)ant son bouclier de sa lance et provoque 



(I) De l'art niilitairr, ii, 2. 

{■:) TiTK LivE, V, ft3 ; of. x, 2\), \2. 

(:\) nisfmrcs, n. 18. 

('■) Tni- T-ivF, VII, 9-10. Cf. vi, 'i2. IT. iI'Aruois do Ji ivin- 
vum-. Cours (/<• littnatiirc ct'lfiqih', t. vi, p. 0-10. 

('■>) (".liUi(litisT)ua«lriii;uiiischo/, Ai'lu-Gelle, ix, 13 

((>) TiTK LivE, VU. 'Jl) ; Denvs d'HAi haunassi:, Anli(itnlés 
roiiuiiiu\s, XV, 1 ; Avlu-Gelle, ix, ii. 



l'ktat 27i 

par inlur[)rèLc un llotnaiu pour croiser le fer avec lui. Le 
tribun M. V^alerius accepte le dél'i. On sait qu'un corbeau 
vint se i)erclier sur le casque du lioinain et attaquant le 
(jiiulois à coui)S de bec et de griffes assura la victoire à 
M. Valerius qui reçut alors le surnom de Gorvus. Gicé- 
ron (1), qui parle do M. Valerius Gorvus,3ne fait aucune 
allusion à ce combat. D'autres récits de combats analogues 
nous ont été conservés sans ([ue nous ayons des raisons 
sérieuses de suspecter leur authenticité. L'un est le duel de 
M. Glaiidius Marcellus avec le roi des Gésales Viridomaros 
(ou iiritomartos), eu l'an 2i2, avant Jésus-Gbrist. L'allu- 
sion qu'y fait le poète Properce est pleine de détails inté- 
ressants: « Glaudius écarta les ennemis (jui avaient passé 
l'jMidan et ap[)orta le bouclier belge de V'irdomarus (2) au 
grand cori)S. Il se vantait de sa noblesse et la faisait remon- 
ter an llliin lui même ; du haut de son char il lançait des 
javelots (gat'6rt). Son collier arrondi tombe de sa tète tran- 
chée; son sang tache ses braies rayées » (3). En liî8 avant 
Jésus-Ghrist, Scipion Emilien luttant contre les Geltibères 
vainquit en combat singulier un barbare d'Inlercatia armé 
de biilles armes et qui s'avançait en prenant des poses de 
danseur entre les deux armées (4). Diodore mentionne 
tl'une manière générale ces combats singuliers : lorsque les 
deux armées sont rangées en bataille, des Gaulois 
s'avancent et provoquent les plus braves de leurs adver- 



(1) De la viciUrsse, 17. 

(2) Auso>,'E {Technopaegnion, 9, 15) lo dit armofîcain. Pi,u- 
TAnQUE, (Hornulus, IG, Marcellus, G-8) rcrit f3p'.TÔ[j.«pxoi;. 

(.'{) l>uoi'i;uf;i;, iv, 10, .'J9-43. Cf. l^i.JrAnouE, Marcellus, 7. 
Kaj)[)io(;hi;rlc poiLraJl, du du:!" boien Cri-xus ctn-z Silius Italicus 
Puni(]ues, iv, 154-1.jG. 

Cl) Apimen, VI, 53. 



272 FORTERESSES 

saires en agitant leurs armes. Si quelqu'un accepte le com- 
bat, ils célèbrent la bravoure de leurs ancêtres, vantant 
leur propre courage, injurient et rabaissent leur adversaire 
et s'efforcent de lui enlever toute confiance par leurs dis- 
cours f I ) . 

Dans la littérature épique de l'Irlande, il y a quelques 
exemples de combats singuliers eu bataille rangée. Le plus 
célèbre est contenu dans l'épopée intitulée L'enlè- 
cemenl des vaches de Cuanlgé. Pendant que les guerriers de 
rUlster sont réduits à l'impuissance par l'effet d'une malé- 
diction qu'ils ont encourue, Gùcliulainn est seul à soutenir 
le choc de l'armée de Gonnachtqui a envahi l'Ulster. On lui 
propose un arrangement ; chaque matin on enverra un 
guerrier se battre en duel avec lui, et pendant ce temps 
l'armée de Gonnacht restera sans poursuivre sa marche en 
avant. Gùcliulainn lutte ainsi contre onze guerriers ; après 
le scptit lac, il prend trois jours et trois nuits de repos et le 
onzième combat dure trois jours entiers (2). 

Les forteresses gauloises étaient établies dans des lieux 
naturellement fortifiés ; tantôt entourées de rivières et 
d'un marais, comme Avaricum (}\), tantôt situées sur une 
montagne comme Gergovieou Alise (4). Les oppic^a des Ve- 
nètcs étaient situés à l'extrémité de pointes et de promon- 
toires et n'offraient point d'accès à la marée haute (Î3). 

(1) Bibliothèque, v, 29, 3. Le Icxtc d'IIiRTius Guerre de 
Gaule, VIII, 15, d'après lequel les Gaulois auraient eu l'habitude 
en bataille rangée de s'asseoir sur des fagots, semble corrrompu 
ou interpolé. Cf. les éditions de Nipperdcy et de llolder. 

(2) IL il'AuBOis de Jubaipsyille, Cours de Uuéniture celtiqu . 
I. VI, p. 27-34. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 15. 

('i) Guerre de Gaule, vu, 36 ; 69. 

(5) Ibid., III, 12. Cf. A. Lallemand, Campagne de César dans 
la Vénélie armoricaine. Vannes, 1800, p. 42. 



l'état 273 

Voppidum de Vesontio (Besançon) était presque entière- 
ment entouré par le Doubs : l'intervalle que ne protégeait 
pas la rivière était occupé par une haute montagne entou- 
rée d'un mur qui la joignait à l'oppidum (1). Le mieux 
iovlUié iesoppida des Aduatuci éiâit environné de toute 
part par des rochers escarpés et des précipices ; il n'avait 
d'autre côté accessible qu'une pente douce large d'environ 
deux cents pieds. Les Adiiatiici avaient fortifié cet endroit 
par un double mur très élevé et avaient placé dans le 
mur des rocs d'un grand poids et des poutres aigui- 
sées (2). Toutes les parties de Voppidum d'UxeWodnnum 
étaient fortifiées par des rochers escarpés (3). Les murs, 
construits à la mode gauloise (4), étaient, àNovioduuum, 
précédés d'un large fossé (5j. Sur les murs, on avait dressé 
à Avaricum des tours en bois recouvert de cuir (6). 

L'épaisseur des murs est de 4"\80 à 7", 30 àBibracte, de 
5 à 10 mètres à Murcens (7), de 13 à 14 mètres à Boviolles (8) 
La hauteur est très variable. César parle parfois d'un mur 
élevé (9). Des murailles d' Avaricum, les Gaulois lançaient 
divers projectiles sur une terrasse élevée par les Romains 
et haute de quatre-vingts pieds (10). A. Gergovie, il suffit 
d'une courte échelle de trois hommes pour atteindre le 



(1) Guerre de Gaule, i, 38. 

(2) Ibid., II, 29. 

(3) Ibid., VIII, 33. 

(4) Voir ci-dessus, p. 156. 

(5) Guerre de Gaule, ii, 12. 

(6) Ibid, VII, 22 ; 24 ; 25. 

(7) Castagne, Mémoire sur les ouvrages de jortification des 
oppidum gaulois. Tours, 1876, p. 484. 

(8) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 219, n. 4. 

(9) Guerre de Gaule, 11, 29, 3 ; 11, 12, 2. 

(10) Ibid., VII, 24. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 18 



274 SIÈGES 

sommet du mur (1). A Murcens, les murs ont de 4 à 5 mè- 
tres en moyenne ; plus de 10 mètres sur les points faibles ; 
il n'y a qu'un simple amoncellement de terre sur les points 
d'accès difficile (2). 

Les Gaulois assiégés se portaient sur les tours et les rem- 
parts et de là lançaient sur les travaux d'approche des en- 
nemis du bois sec, des torches allumées, de la poix, du 
suif et d'autres matières inflammables (3). A Avaricum ils 
saisissaient avec des nœuds coulants (laquei) les faux des- 
tinées à détruire les remparts. Ils crensaientdes tnines pour 
détruire les terrasses des Romains (4). A Gergovio et à Alise, 
ils avaient construit au milieu du coteau au sommet duquel 
était située la forteresse un mur de fortes pierres, haut de 
six pieds, pour briser l'éJan des l^omains (5). 

Pour assiéger une place, les Gaulois, comme les Belges, 
commencent par l'investir avec toutes leurs troupes ; de 
toute part, ils lancent des pierres et des traits sur le rem- 
part ; quand les ennemis l'ont abandonné, ils s'avancent 
jusqu'aux portes en formant la tortue et sapent la mu- 
raille (6). Ils ignoraient d'abord les divers appareils de siège, 
les mantelets, les tours, les terrasses (7) et s'en moquèrent, 
les premières fois qu'ils virent les Romains les employer 
contre eux (8). Mais ils ne tardèrent pas à les emprunter à 
leurs ennemis (9). 

(1) Guerre de Gaule, vu, 47, 7. 

(2) Revue archéologique, t. xvii (1868), p. 251. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 24 ; 25 ; viii, 42. 

(4) Ihid., vu, 22. 

(5) Ihid., VII, 4G ; 69. 

(6) Ihid., H, 6. 

(7) Ihid., II, 12. Cf. VII, 29. Tite Live, xxi, 25, 6 (Gaulois 
d'Italie). 

(8) Ihid., II, 30. 

(9) Ihid., Vj 42 ; 52 ; vu, 84. Sur les fortifications gauloises 



I 



l'état 275 

Après la bataille, les Celtes avaient l'habitude de couper 
les têtes des ennemis morts et de les attacher autour du 
cou de leurs chevaux, mais ils abandonnaient à leurs servi- 
teurs les dépouilles et n'emportaient comme butin que les 
têtes ensanglantées, en chantant leur triomphe et un hymne 
de victoire (1). 

Les armes des Gaulois frappèrent d'étonnement les habi- 
tants de Clusium qui n'en avaient jamais vu de sembla- 
bles (2). C'était d'ailleurs, comme chez les autres peuples, 
des armes de jet, des épées, des boucliers, des casques 
et des cuirasses (3). Les armes de jet étaient très va- 
riées. Les Aduatuci avaient des réserves considérables (4). 
Au temps de César il y avait des fabriques d'armes chez les 
Aedni (5) Annibal avait pu renouveler son armement chez 
les Allobroges (6). 

Le gaesurn (^a^jov) est proprement le javelot de peuples cel- 
tiques habitant les Alpes (7) et surnommés gaesati « armés 
du gaesum ». Bien que le nom celtique de cette arme soit 
connu de César (8), de Virgile (9), de Tite Live (10), Pro- 
perce (II), et qu'il se trouve souvent chez d'autres auteurs 

voir G. DE LA NOE, Principes de la fortification antique, Parisi 
1890. 

(1) DioDORE, V, 29, 4 ; Tite Live, x, 26, 11. Cf. ci-dessus, p. 
147. Ad. Reinach, Revue celtique, t. xxxiv, p. 38-60, 253-286. 

(2) Tite Live, v, 35. Cf. Florus, i, 7, 13. 

(3) On trouvera des représentations de guerriers gaulois chez 
Espérandieu, Recueil général, n°^ 35, 114, 271, 427 (v^ siècle 
av. J.C. (?) 2372. 

(4) Guerre de Gaule, ii, 32. 

(5) Panegyrici latini, éd. Baehrens, 8, § 3. 

(6) PoLYBE, m, 49, 11. 

(7) PoLYBE, II, 22. 

(8) Guerre de Gaule, m, 4, 1. 

(9) Enéide, viii, 661-662. 

(10) VIII, 8, 5. 

(11) IV, 10,'^41. 



270 AUIIES DR JET 

latins et grecs (l),nous ne savons pas exactement quelle en 
était la matière et la forme. D'ordinaire, le guerrier arrivant 
sur le champ^de bataille en portait deux à la main (2). Pol- 
lux qualifie^le gaes-um de lance tout en fer, oôpu 6Xoj£or,pov (3) 
et on tfouve chez Hésychius (4) le même renseignement, 
mais cette épithète convient mieux à certains javelots 
des Celtibères, qu'à ceux des Celtes (o). Il n'est pas sûr 
que chez Virgile dao alpina gaesa doive s'expliquer par : 
gaesa dont le bois a été fourni par les arbres des Aljjes ; 
il est plus probable qu'il y a là une allusion aux 
peuples des Alpes armés du gaesiim. M. A. Blanchet (6) a 
pensé qu'un guerrier, représenté sur des monnaies portant 
le nom du censeur Gn.Domitius Ahenobarbus qui vainquit 
à Vindalium le roi arvernc Bituitos et les Allobroges en 
121 avant J. -G., lançait un gaesam ; les autres détails de la 
monnaie, le carnyx et le bouclier allongé, sont aussi des 
objets propres aux Gaulois. D'après cette représentation, le 
gaesum se terminerait par une pointe large ressemblant à 
une feuille. Sur la plaque de ceinturon de Watsch (Garniole). 
on voit des guerriers armés d'un javelot à large pointe (7) 
et on a trouvé à la Tène un fer de cette forme qui est con- 
serv^é maintenant au musée de Bienne. Dans quelques 



(1) Voir HoLDER, AUccUischer Sprachschatz, t. i, col. 1517- 
1520. 

(2) Varron chez Nonius, 19, p. 155, 1. 12 ; Virgile, Enéide, 
VIII, G61-G62 ; Tite Live, ix, 36, 6 ; Claudien, Sur le consulat 
de Slilichon, ii, 242. 

(3) Onomasticon, vu, 33, 156. 

(4) Lexicon, au mot y^-'^^î- 

(5) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1150-1153. 

(6) Revue celtique, t. xxv, p. 229-231. 

(7) A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées d 
Pô et du Danube, p. 107, (fig). 



l'état 277 

tombes de Hallstatt, les javelots ensevelis avec le guerrier 
sont au nombre de deux; dans une tombe même, ces deux 
javelots sont placés des deux côtés de la main gauche du 
squelette (1). A l'époque de la Tène, ces fers de lance ou de 
javelot sont au nombre de deux ou trois et sont de dimen- 
sions inégales (2). 

Le javelot irlandais, nommé dans l'épopée gai,gae, porte 
un nom identique à gaesum (3). Le guerrier gaël a souvent 
deux javelots à la main. Il semble qu'anciennement telle 
était aussi la coutume chez les Gallois (4). 

La caleia attribuée par Virgile (o) aux Teutons est d'après 
Servius (0) el Isidore (7) une arme commune aux Celtes et 
aux Germains. C'est une arme de jet, en bois très flexible ; 
à cause de sa pesanteur on doit la lancer de près, mais elle 
brise avec une très grande force le but qu'elle atteint. Si 
elle est lancée par un homme habile, elle revient à celui 
qui l'a envoyée. Ce dernier détail fait penser au houmerang 
africain et australien. Mais M. Salomon Reinach (8) a fait 
remarquer que, dans !a mythologie germanique, le marteau 
lancé par le dieu Thor revient se placer après chaque coup 
dans la main du dieu ; le renseignement donné par Isidore 
pourrait donc n'être que' l'écho d'une légende. La cateia 
est vraisemblablement une hache de jet comparable à la 



(1) E. von Sacken, Das Grabfeld von Hallstatt, p. 36-37. 

(2) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1144. 

(3) H. d'ARBOis de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. VI, p. 365. 

(4) J. LoTH, Revue celtique, t. xxviii, p. 67, 342. 

(5) Enéide, vu, 741. 

(6) Ad Aeneida, vu, 741. Servius parle de lanières qui servent 
à la ramener. 

(7) Origines, xviii, 7, 7. 

(8) Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 191-199. 



278 ARMES DE JET 

francisque des Germains. l.aLcateia serait représentée sur la 
plaque de ceinturon de Watsch (i). 

Parmi les armes de jet des Celtes, on peut encore citer : 

1° La, matara, mater is ou [jià^ap'.;, sorte de trait dont nous 
ne connaissons que le nom (2). 

2° Les javelots désignés sous le nom grec de aajv.ov ; ils 
avaient, d'après Diodore (3). la pointe plus grande que les 
épées ; les uns étaient droits, d'autres recourbés, en sorte 
que non seulement ils coupent, mais encore déchirent les 
chairs et qu'en retirant le javelot on agrandit la plaie. 
Dans un autre passage de Diodore (4), on voit que le 
saiinion, comme le gaesnm, est lancé du haut du char de 
guerre. 

3° Un javelot en bois (fjXov), semblable à celui des vé- 
lites romains (ypocicpo;), qu'ils lancent, sans arnentum ou 
courroie et rien qu'avec la main, plus loin qu'une flèche ; 
aussi s'en servent-ils de préférence pour chasser à l'oi- 
seau (5). De même, on voit, dans l'épopée irlandaise intitu- 
lée : « La maladie de Giichulainn «, le héros d'Ulster at- 
teindre un oiseau dun coup de javelot (G). 

4° Une sorte de trait employé dans la mêlée et que César 
appelle i>erutiun (7). 

(1) Revue archéologique, t. m (1884), pi. m. On trouve la hache 
figurée sur les monnaies gauloises dites à la croix. Blanchet, 
Traité des monnaies gauloises, p. 160. 

(2) Sisenna chez Nonius Marcellus, xviii, 26, p. 556.STnABON 
IV, i, 3. Césah, Guerre de Gaule i, 20, 3. IIesvcuios, au 
mot [jiaoàps'.ç. 

(3) Bibliothèque, v, 30. 

(4) Ibid., v, 29. Voir ci-dessus, p. 2G3. 

(5) Strabon, IV, 4, 3. 

(G) H. d'ÀRBOis de Jubainville, L'épopée celtique en Irlande, 
Cours de littérature celtique, t. v, p. 178. 
(7) Guerre de Gaule, v, 44, " ; 10. 



L ETAT 



279 



0° Un \aye\ot {ira giila) muni d'une courroie (1). 

On appelait en langue celtique peirinos une façon parti- 
culière de lancer le javelot ; un autre coup s'appelait xy- 
néma ; un autre tolutegon ou stolutegon {"2). 

Outre les armes de jet, les Celtes connaissent aussi les 
piques qu'ils appellent lanciae ; le fer a une coudée (0, 44) 
de longueur et un peu moins de deux palmes (0, 074 X 2 
= 0,148) de largeur ; le fût a plus d'une coudée de long (3). 
Au temps de l'empereur Septime Sévère, en 208, chez les 
Caledonii, la pique, oôpo, est courte; elle se termine à l'ex- 
trémité inférieure par une pomme d'airain qui fait, quand 
on l'agite, un bruit effrayant pour les ennemis. Les Ca- 
ledonii ont aussi des poignards (ÈY/eiptota) (4). Il ne 
semble pas que les diverses sortes de poignards que l'on 
peut attribuer aux Celtes leur aient servi d'armes de 
guerre (3). 

Les fers de lance et de javelot, de forme très variée, se 
trouvent fréquemment dans les tombes de Hallstatt et les 
tumulus de la Bavière (6)* Certaines lances de l'époque du 
bronze se terminaient par un talon sphérique formé de 
sphères creuses emmanchées au moyen d'une douille. Ce 
sont sans doute les pomm'es d'airain dont parle Dion Cas- 
sius (7). 



(1) Guerre de Gaule, i, 26 ; v, 35 ; 48. 

(2) Arrien, Tactique, 37 ; 42 ; 43. 

(3) DioDORE, V, 30. Cf. TiTE LivE, X, 26, 11 ; xxii, 6, 4. Guerre 
de Gaule, viii, 48. Sisenna (voir ci-dessus, note). Denys cI'Ha- 

LICARNASSE, XIV, 9, 12. 

(4) Dion Gassius, ftcxvi, 12. 

(5) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 194. 

(6) DÉCI1ELETTE, Munucl, t. II, p, 746 (îig.). 

7) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 216, (fig). Re<>>ue des études 
anciennes t. xiv, p. 282. 



200 FLÈCHES 

Les javelots de la Tène sont à douille et à arête mé- 
diane, en forme de feuilles de saule ; quelques-uns pré- 
sentent des découpures en forme de croissant ; ce sont 
peut-être les craj-na de Diodore de Sicile (l).On trouve 
aussi des fers à larges ailerons dont les bords sont réguliè- 
rement ondules. La longueur des fers de lance et de javelot 
variede0'",10,à0'°,50. Une lance trouvée à L'Epine (Marne), 
et dont le fer avait 0™,oO de long, mesurait en tout 1™,G0 ; 
une autre, trouvée à La Tène, mesurait 2"", 50 (2). 

Les Celtes employaient à la guerre, comme à la chasse, 
les arcs et les frondes. La profession d'archer était très ré- 
pandue en Gaule (3) ; mais les Venètes ne se servaient point 
de flèches pour combattre (4). Des carquois remplis de 
flèches sont figurés sur le sarcophage de la Vigne Ammen- 
dola (5). Les pointes de flèche sont très rares à l'époque 
de Hallstatt ainsi qu'à l'époque de La Tène ; elles sont d'or- 
dinaire barbelées et plus souvent à douille qu'à soie (6). 
Les Veragri jetaient dans le camp de Galba des gaesa et 
des pierres (7). Dans la bataille livrée par Ambiorix à 
Sabinus, L. Cotta, légat, fut blessé au visage d'un coup 
de fronde (8). Des balles de fronde en argile rougies 
au feu sont jetées par les Gaulois sur les huttes cou- 



(1) Revue d'anthropologie, t. m (1888), p. 734 ; Gross, La Tène, 
p. 24-25, pi. V, VI. 

(2) DÉCHELETTE, Maiiuel d'archéologie, t. ii, p. 1143-1150. 

(3) César, vu, 31, 4 ; 36, 4 ; 41, 3, 80, 3 ; 80, 7 ; 81,2. Strabon, 
IV, 4, 3. 

(4) Dion Cassius, xxxix, 43. Sur la flèche en Gaule, voir 
A. J. Reinach, L'anthropologie, t. xx, f>. 51-80. 

(5) S. Reinach, Rc%>uc archéologique, t. xiii, (1889), p. 330. 

(6) DÉCHELETTE, t. II, p. 747 (flg), 1153-1154 (fig). 

(7) Guerre de Gaule, m, 4. 

(8) Guerre de Gaule, v, 35. 



l'état 281 

vertes en paille où logeaient les soldats de Gicérou et y 
mettent le feu (1). 

Eu Irlande et en Galles, l'emploi des flèches est d'impor- 
tation germanique ou latine (2). Mais la fronde est une des 
armes favorites des guerriers du cycle mythologique et du 
cycle d'Ulster. Cûchulainn se servait d'une fronde, non seu- 
lement pour chasser les oiseaux, mais aussi pour tuer les 
hommes à la guerre. A la bataille de Moytura, Lug, le hé- 
ros aux mille métiers, d'un coup de fronde, crève à Balor 
son mouvais œil qui ne s'ouvrait que sur un champ de ba- 
taille et dont la paupière ne se soulevait que sous les efforts 
de quatre hommes. Gonchobhar, le roi d'Ulster, avait reçu 
dans la tête une balle de fronde fabriquée avec un mélange 
de terre et de cervelle humaine (3). 

L'épée des Cisalpins qui luttèrent contre les Romains, en 
223, était sans pointe; elle ne'pouvait frapper que de taille, 
et un seul coup ; au second coup, elle était émoussée et elle 
pliait tellement en long et en large que, si on ne laissait pas 
au soldat le temps de la redresser avec son pied contre 
erre, l'atteinte en était dès lors impuissante (4). D'après 
Diodore, les Gaulois ont des épées (TTriOai) longues, sus- 
pendues au côté droit par des chaînes de fer ou d'airain, 
sortes de glaives (V'fi) qui ne sont guère moins grands que 
le javelot des autres nations (3). Strabon parle d'un long 
sabre ou coutelas (ijià/a'.px) pendu au côté droit (6). A la 

(1) Guerre de Gaule, v, 43, Cf. vu, 81. 

(2) J. LoTH, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 161. 

(3) H. d'ARBOis de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. VI, p. 353-355. 

(4) PoLYBE, II, 33. Cf. Plutarque, Camille, 40 ; 41 ; Polyen, 
Stratagèmes, viii, 7, 2. 

(5) Bibliothèque, v, 30. Cf. Appien, iv, 8 ; Tite Live, xxxviii, 
17 (Galates) ; Végèce, ii, 15. 

(6) Géographie, iv, 4, 3. 



282 ÉpÉEs 

bataille de Cannes (216), les Gaulois, qui avaient des bou- 
cliers presque semblables à ceux des Hispani, se distin- 
guaient de ceux-ci par la forme de leurs épées (1). Celles 
des Gaulois étaient très longues et sans pointe ; celles des 
Hispani, faciles à manier à cause de leur petitesse et mu- 
nies de pointes. Les Bretons aussi avaient de longs glaives 
sans pointe (2). Les Galates, en 189, avaient de très longs 
glaives (3). 

Les épées des Cdliberi étaient renommées dans l'Anti- 
quité : elles avaient une pointe fort solide et frappaient 
également bien d'estoc et de taille. Les Romains, à partir 
de leurs guerres contre Annibal, abandonnèrent les épées 
jusqu'alors en usage cliez eux pour prendre celle des His- 
pani (4). Outre une épée d'excellent fer forgé à deux tran- 
cbants, les Celtibères portaient encore un poignard long 
d'un spithame (0,222) dont ils se servaient dans la mê- 
lée (5). 

Dans la première phase de Ilallstatt, l'épée de fer est une 
grande épée, d'un mètre de long, à deux tranchants, élar- 
gie au milieu, à pointe mousse, à soie plato, à longue poi- 
gnée, qui semble une variante agrandie de l'épée de bronze 
la plus répandue en Allemagne et dans l'Est de la Gaule. 
Cette épée servait à frapper de taille et non d'estoc. On la 
trouve à Ilallstatt, surtout dans les tombes à incinération, 
quelquefois en Allemagne, plus fréquemment dans l'Est de 
la Gaule. On serait tenté de l'identifier à l'épée attribuée 
pnr Polybe aux Gaulois Cisalpins si on l'avait trouvée dans 

(1) TiTE LiVE, XXII, 46. 

(2) Tacite, ylgrico/a, 36. 

(3) TiTE Ln^E, XXXVIII, 17. 

(4) Suidas, au mot ijiàya'.pa, donne comme source Polybe. 

(5) DiODORE, V, 3S. Cf. Pline, xxxiv, 41, 144. 



L ETAT 



283 



ritalie du Nord. Sous l'influence des Grecs et des Italiotcs, 
un glaive court et pointu, à fourreau de bronze battu et 
dont le pommeau est surmonté d'antennes, apparaît dans 
la seconde phase de Hallstatt (1). 

L'épée que l'on trouve dans les sépultures gauloises de la 
Cisalpine est l'épée de laTène (2), de 0,80 à 0,95 de long, à 
tige terminée par un bouton au lieu de soie, à lame large 
au sommet, puis rétrécie eu forme de feuille d'olivier. On 
distingue de cette épée trois types : effilée à l'époque de la 
Tène I, elle est obtuse à l'époque de la Tène II, et 'arron- 
die à l'époque de la Tène III (3). 

On a trouvé dans des tombes en Normandie, en Cham- 
pagne, dans les vallées du Rhône et du Rhin, en Suisse, 
dans l'Italie du Nord, en Hongrie, quelquefois à l'époque de 
Hallstatt, plus souvent à l'époque de la Tène, des épées tor- 
dues, repliées en deux, en trois et même en quatre. M. S. 
Reinach pense qu'au moins pour les épées repliées, il s'agit 
d'un rite celtique rentrant dans la catégorie de ce que les 
ethnographes appellent les brisures intentionnelles ; Polybe 
aurait connu des groupes de tombes celtiques contenant 

(1) A JîERTRAND ct S. Reinach, Lcs Celtes dans les i^allées du 
Pô et du Danube, p. 125 (fig). l'<5-157. Cf. S. Reinach, 
Guide illustré du musée de Saint- Germain.,]). 33 (fig.). cf. p. 41. 
C JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 372, n. 4. Déciie- 
LETTE, Manuel, t. ii, p. 717-744. On trouve chez Déchelette, 
Manuel, t. ii, appendice m, un inventaire des épées et poignards 
de fer de l'époque de Hallstatt découverts en France, et p. 1121 
un inventaire semblable pour l'époque de la Tène. 

(2) A. Bertrand et S. Reinach, ibid., p. 172-179 ; Cf. p. 87, 
88 (fig). 

(3) Cf. Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches. 
Gross, La Tène, p. 21-23, pi. i-iv-vii ; Déchelette, A/a- 
nuel d'archéologie, t. ii, p. 1106-1128. Revue archéologique, t. 
IV, (1861), p. 66, 141, pi. XIII et xiv ; t. x,(1864), p. 337, pi. xxii ; 
t. XI, (1865), p. 82. pi. m. 



284 ÉpÉEs 

des épées repliées et aurait cru que ces épées avaient été 
faussées dans le combat (1). La remarque de Polybe sur la 
mauvaise qualité des épées gauloises serait donc le résultat 
d'une généralisation et d'une interprétation erronées (2). 
On a depuis longtemps remarqué qu'il était inconcevable 
qu'une nation qui avait toujours le fer à la main n'en eût 
connu ni la qualité ni la trempe et qu'avec de telles armes 
elle eût gagné des batailles (3). Une épée ondulée, sorte de 
yatagan qui est peut-être la p-i/a'-pa de Strabon, et qui 
apparaît en Espagne dans les stationset dans les sépultures 
des v'-iv*' siècles, semble d'origine grecque (4), 

Le fourreau de l'épée de fer est en bois, en bronze ou en 
fer ; il est quelquefois orné de gravures représentant la 
volute en S ou le triscèle, rarement des sujets figurés. Des 
bouterolles ou bases de fourreau, en bronze, à ailettes, ont 
été trouvées auprès de plusieurs épées hallstattiennes en 
fer (5). D'abord semi-circulaires ou eu forme de trèfle, à 
l'époque de la Tène, les bouterolles sont devenues déforme 
étranglée, puis rectangulaire (6). Dans les Iles Britanniques, 
les bouterolles ont une terminaison bifide et les fourreaux 
sont plus richement gravés (7). 

A côté de chaque épée, on trouve souvent dans les tom- 

(1) S. Reinach, Rei>ue celtique, t. xx, p. 120-121. Verchère 
de Reffye, Revue archéologique, t. x, (1864), p. 347. 

(2) S. Reinach, L'épée de Brennus, L' Anthropologie, t. xvii 
(1906), p. 343-358 ; D. Viollier, Revue archéologique, t. xvii 
(1911), p. 130-134. 

(3) De SiGRAis, Considérations sur l'esprit militaire des Gau- 
lois, Paris, 1774, p. 26. 

(4) Déchelette, IManuel d'archéologie, t. ii, p. 1134. 

(5) A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans la vallée du Pô 
et du Danube, p. 154-156. Cf. p. 100. 

(6) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 1120. 

(7) Déchelette, ibid., t. ii, p. 1123 (fig.). 



l'état 285 

beaux une courte chaîne de plusieurs anneaux, en fil de fer 
tordu. Ce sont sans doute les chaînes dont parle Diodore et 
qui attachaient l'épée au côté droit du ceinturon (1). On a 
trouvé aussi à Hallstatt et à Alaise des plaques de ceinture 
gravées ou repoussées (2). 

Le guerrier de Montdragon porte une épée suspendue au 
côté droit par un ceinturon. 

On trouve sur les monnaies le poignard et l'épée à an- 
tennes (3) . 

La pièce la plus caractéristique de l'armement gaulois 
était le bouclier. C'est à la forme du bouclier que les Gau- 
lois de Brennos pouvaient se reconnaître (4). 

Les boucliers que les Aduatuci se fabriquent à la hâte, 
sont en écorces ou en osier recouvert de peaux (o). Les bou- 
cliers des HeU'eLii étaient transpercés et cloués ensemble 
par les javelots romains (6). D'après Diodore (7), les bou- 
cliers gaulois sont aussi hauts qu'un homme, et chacun les 
orne à sa manière. Quelques-uns portent des figures d'ai- 
rain en bosse représentant des animaux et travaillées avec 
beaucoup d'art. D'autres sont peints de diverses couleurs 
ou ornés de ciselures d'or ou d'argent (8). Les boucliers des 



(1) J. de Baye, Revue archéologique, t. xxxiv, (1877), p. 43. 
Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches. Déche- 
LETTE, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1115. 

(2) Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. ii, planches. 

(3) Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 161, 

(4) Pausanias, X, 23, 8. 

(5) César, Guerre de Gaule, ii, 33. 

(6) Ihid., I, 25. Cf. Plutarque, Camille, 41, 5. 

(7) Bibliothèque, v, 30. 

(8) Diodore, v, 30 ; Cf. Tite Live, 10 ; Florus, m, 2 ; Plu- 
tarque, César, 27 ; Lucain, i, 398. Les boucliers des Germains 
étaient peints de couleurs choisies. Tacite, Germanie, 6. Voir 

i-dessus, p. 270, 451 ; Sinus Italicus, iv, 153. 



Cl 



286 BOUCLIERS 

Cisalpins ne couvraient pas suffisamment les soldats, re- 
marque Polybe (1), et plus ceux-ci étaient grands, plus ils 
étaient exposés aux traits. Les ijoucliers des soldats de 
Brennos pouvaient leur servir ce radeaux pour traverser un 
fleuve; ils ressemblaient beaucoup aux viopa; des Perses (2). 
Le bouclier (caetra) des Bretons était petit (3). Les Gelti- 
bères portaient soit des boucliers gaulois, soit des boucliers 
(x'jpxia) ronds (4). 

Les boucliers figurés sur les statues représentant des 
Gaulois sont de forme oblongue, mais non de la liauteur 
d'unhomme. Tels sont les boucliers du Gaulois mourant du 
Capitole, du groupe de la villa Ludovisi, du jeune Gaulois 
mort de Venise (o). Sur la statue trouvée à Montdragon le 
long bouclier (1°,33 x O^^jôo) présente des stries au moyen 
desquels le s-cnlpteur semble avoir voulu indiquer que le 
bouclier était on bois (6). On le trouve aussi sur le chau- 
dron de Gundestrup, sur une situle de la Gertosa et sur 
un fourreau d'épée de Ilallstatt. Sur l'autel des nanuie 
Parisiaci, trois hommes coiffés d'un bonnet portent des 
boucliers ovales ; trois autres hommes portent des bou- 
cliers hexagonaux. Sur l'arc de triomphe d'Orange sont 
figurés :ies boucliers gaulois, très grands et de forme 

(1) Histoires, ii, 30. Titf. Live, xxxviii, 21, 4, dit la même 
chose des Galates. Virgile, Enéide, viii, 002, dit seulcmenl : 
scuiis prolecti corpora longis. Cf. longis Suessioncs in armi>, 
LucAiN, I, 423. 

(2) Pausanias, X, 20, 8 ; x, 19, 4. Cf. viii, 50, 1. 

(3) Tacite, Agricola, 36. Hérodien, m, 14, 8. 

(4) DioDORE, V, 33. 

(5) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, 
t. i, p. 530, 498, 531. 

(6) S. Reinach, Catalogue sommaire du musée des antiquités 
nationales, p. 167, note. Répertoire de la statuaire grecque et ro- 
maine, t. Il, p. 196. 



l'état 287 

ol)longuc ou hexagonale avec une bordure et une large 
bosse ou iimbo reliée à une armature en forme de croix à 
branches contournées; quelques-uns de ces boucliers sont 
décorés de grues, de croissants, d'étoiles, d'anneaux et 
portent des noms d'hommes (1). Les monnaies gauloises 
offrent des boucliers en losange ou en hexagone avec ou 
sans iimbo (2). 

A l'époque de Hallstatt, on ne trouve pas de bouclier en 
métal; on a découvert en Bavière les restes d'uu bouclier 
rectangulaire en bois, de 0,90 de haut sur 0,jo de large, 
muni d'un cadre de fer et portant au centre deux grands 
umbo géminés à sommet conique (3). Un bouclier en bois 
découvert à la station de la Tène mesure dans son état ac- 
tuel 1",04 de long sur 0"\28 de large (4). A partir de la 
Tène II on rencontre fréquemment des umbo de boucliers, 
en bronze ou en fc^r, dont la partie centrale est tantôt semi- 
cylindrique, tantôt ellipsoïdale, puis conique ou hémisphé- 
rique. Deux boucliers de bronze, richement décorés de co- 
rail et d'émail, ont été découverts en Grande-Bretagne (5). 

On a recueilli diverses garnitures de bouclier en fer et 
en bronze (6). Les poignéps sont en forme de demi-brace- 
lets. 

Les Irlandais de l'ancienne épopée portent des boucliers 



(1) F. de Saulcy, Journal des savants, 1880 p. 77. 

(2) Laurent et Dugas, Revue des études anciennes, t. ix, p. 64, 
note 5. Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 161. 

(3) DÉCHELETTE, Muiiuel d'urcliéologie, t. ii, p. 719. 

(4) DÉCHELETTE, ibid., p. 1170-1171 (fig). 

(5) Briiisli Muséum, Guide io the earbj iron âge, p. 93. Dé- 
ciiELETTE, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1174-1176 (l'ig). 

(6) Revue archéologique, t. xvi, (1867), p. 71 ; t. xxxviii (1879), 
p. 217-218. Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. i, planches. 
Gross, La Tène, p. 27, pi. vu. 



288 CUIRASSES 

ovales en osier recouvert de peau, souvent de la taille d'un 
homme (1). 

Diodore nous dit que chez les Gaulois, les uns portent 
des cottes de mailles de fer et que d'autres, contents de 
leurs avantages naturels, combattent nus (2). D'après Var- 
ron, la cotte de mailles en fer, sorte de tunique formée 
d'anneaux, est d'origine gauloise (3). A la Tiefenau, en 
Suisse, on a trouvé des restes d'une cotte de mailles de ce 
genre (4). 

Le chef gaulois de Vachères (Basses-Alpes) porte une 
sorte de haubert en mailles de fer (o). Sur les trophées de 
Pergame est figurée une cotte de mailles ainsi qu'une cui- 
rasse ornée de croix gammées et de signes en S (6). Le 
guerrier de Grézan, qui peut être un Celto-grec, porte une 
cuirasse ornée de dessins géométriques (7). Les Celtes qui 
combattirent Antlochus Sôter portaient des cuirasses de 
bronze (8). 

On trouve, h l'époque de Hallstatt, quelques cuirasses 
en bronze de type grec archaïque (9). 

Le roi des Gaesaii tué par Marcellus avait une armure 
(TiavoTrÀîa) ornée d'or, d'argent, de broderies et de vives 

(1) Joyce, A social hislory of ancient Ireland, t. i, p. 125. 

(2) Bibliothèque, v, 30, 3 ; cf. 29, 2 ; Tite Live, xxxviii, 21, 9 
(Gaulois d'Attale). 

(3) Delà langue latine, v, 24, 116. Cf. au contraire Polybe, vr, 
23, 15. Mais chez les Aedui, il y avait des gladiateurs couverts 
d'armures en fer {cruppcllarii). Tacite, Annales, ni, 43. 

(4) Gross, La Tène, p. 26. 

5) Revue archéologique, t. xsiu (1893), p. 270, pi. xix ; S. Rei- 
NACH, Répertoire de la statuaire ii, p. 196. 

(G) S. Reinach, Revue archéologique, t. xiii (1889), p. 199. 

(;) EspÉRANDiEC", RecucH clcs bas-rcUefs de la Gaule romaine, 
t. I, p. 295. 

(8) Lucien, Antiochos, 8. Cf. Appien, Syriaques, 32, 

(9) Déchelette, Manuel, t. 11, p. 719. 



I 



L ETAT 



289 



couleurs (1). Le chef boïen Crixus, lue en 218, portait, 
d'après Silius Italicus, une cuirasse de cuir recouvert de 
liu plissé (2). Mais les Celtes qui envahirent la Grèce et 
ceux qui prirent Rome n'avaient pas d'autre arme défen- 
sive que le bouclier (3). Les Gaulois d'Annibal étaient nus 
jusqu'au nombril (4). 

Les casques sont en airain, garnis de grandes saillies, et 
donnent à ceux qui les portent un aspect tout fantastique. 
A quelques-uns de ces casques sont fixés des cornes ; à 
d'autres, des figures d'oiseaux ou de quadrupèdes en re- 
lief (S). Ceux des Celtibères portaient une aigrette de 
pourpre (6). On voit des casques à cornes, quelquefois 
munis de joues (7), sur l'arc de triomphe d'Orange, sur le 
monument de Biot, sur le monument des Jules à Saint-Remy, 
sur le vase d'argent de Gundestrup, sur des monnaies ro- 
maines représentant des Gaulois (8) ; mais, sur des mon- 
naies gauloises, le casque est une simple calotte sphé- 



(1) Plutarque, Marcellus, 7 ; 8 ; cf. César, 27. 

(2) Puniques, iv, 290. 

(3) Pausanias, X, 21, 2 ;'Denys (I'Halicarnasse, xiv, 9, 
13 (Discours de Camille) 

(4) TiTE LivE, XXII, 46. 

(5) DioDORE, V, 30. Cf. Revue archéologique, t. xxix, (1875), 
r. 244, pi. IX ; t. ii, (1883), p. 273, (fig.) ; t, xiii (1889), p. 199. 
Les cîsques des Cisalpins sont mentionnés par Silius Italicus, 
I, 624 iv 213 ; mais les casques coniques sont attribués aux 
LigureSj i, 627. Le texte de Diodore a été rapproché par Ber- 
trand (Rei^ue archéologique, t. xxiv (1894), p. 167), d'un texte 
de Plutarque (Marius, 26) sur les casques des Cimbres, qui se 
terminaient par des mufles de bêtes sauvages. 

(6) Diodore, v, 33. 

(7) Rei^nie des études ancienues, t. iK,-pl.v. Espérandieu, iîecueiZ 
général, n°^ 24, 114. 

(8) Revue archéologique, t. xxiv (1894), p. 162. 

G, DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 19 



290 CASQUES 

rique (1). Les casques des trophées de Pergatne sont 
terminés par une pointe. Le casque de Grézan a une cri- 
nière. En général, les guerriers gaulois représentes sur les 
monuments figurés ont la tête nue. On ne trouve pas de 
casque en métal de l'époque de Hallstatt en pays cel- 
tique (2). Les casques, assez rares, de l'époque de la Tène 
sont en forme d'ogive à crête avec ou sans pointe ou bien 
en forme de cônes (casques d'Amfreville, de Berru et de la 
Gorge Meillet) (3). Un casque en bronze découvert dans la 
Tamise porte deux cornes droites très [divergentes (4)- 
Le casque de Breuvannes est orné de cornes d'urus (5). 

Lors de la guerre des Romains contre Caratacus, les 
Bretons n'avaient ni casques ni cuirasses (6). Il en est de 
même des soldats de Boudicca [1), des Bretons que combat 
Septime Sévère (8) et des Irlandais de l'ancienne épopée (9). 
Les Geltibères se préservaient les jambes au moyen de 
jambières faites de crin ou de poil (10). 

César mentionne seulement les enseignes de guerre des 
Gaulois, militaria signa, sans nous les décrire (11). Nous 



(1) H. de La Tour, Atlas de monnaies gauloises, pi. xii, n° 
3775. 

(2) Déchelette, Manuel, t. ii, p. 719. 

(3) S. Reinach, article Galea dans le Dictionnaire des anti- 
quités grecques et romaines de Saglio ; Esquisses archéologiques, 
p. 61-63. 

(4) Read and Smitii, British Muséum, Guide ta the early 
iron âge, p. 88 (fig). 

(5) E. Flouest, Mémoires de la Société des antiquaires de 
France, t. xliii, p. 69. 

(6) Tacite, Annales, xii, 35. 

(7) Dion Cassius, lxii, 12. 

(8) IIÉRODIEN, III, 14, 8. 

(9) Tâin Bô Cualnge, éd. Windisch, introduction, p. xviii. 

(10) DiODORE, V, 33. 

(11) Guerre de Gaule, vu, 2. 



l'état 291 

savons par ailleurs que ces enseignes étaient plantées en 
terre lorsque l'armée s'arrêtait et qu'on les arrachait avant 
de partir (1), qu'elles étaient fort nombreuses, puisque les 
Romains, dans les batailles où ils vainquirent les Gaulois, 
purent s'emparer quelquefois de plusieurs centaines d'en- 
seignes (2). A Alésia, on apporta à César soixante-quatorze 
enseignes gauloises (^3). Chez les Insubres, il y avait des 
enseignes en or dites immobiles (à/v/^^oj; Ityoïx^/a.:;) que 
l'on gardait dans un temple d'Athênà (4). Nous ne savons 
si les Coralli de Thrace, qui avaient pour enseignes des 
roues et des sangliers, sont des Celtes (5). 

Sur l'arc de triomphe d'Orange et la cuirasse de la statue 
d'Auguste sont figurées des enseignes gauloises. Ce sont 
des perches surmontées d'un sanglier. On retrouve ces en- 
seignes sur les monnaies de divers peuples gaulois (les Aii- 
lerci Ebiirovices, les Caleti, les Veliocasses, les Leiici, les 
Aediii) et bretons, ainsi que sur quelques monnaies ro- 
maines représentant des Gaulois (6). Un assez grand nombre 
de sangliers -enseignes en bronze ont été découverts en 
Gaule (7). 



(1) TiTE LivE, V, 37; cf. 39. 

(2) TiTE LivE, XXXI, 21 ; xxxiii, 23 ; 36 ; xxxv, 5. César, 
Guerre de Gaule, vu, 88, 4. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 88. 

(4) PoLYBE, II, 32. Cf. les enseignes des Germains conservées 
dans les bois sacrés. Tacite, Germanie, 7. 

(5) Valerius Flaccus, Argonautiques, vi, 88. S. Reinach, 
Revue celtique, t. xx, p. 127. 

(6) S. Reinach, Description raisonnée du musée de Saint- 
Germain-en Laye, t. ii, p. 255. Laurent et Dugas, Revue des 
études anciennes, t. ix, p. 64. 

(7) S. Reinach, ihid., t. ii, p. 268-270. Espérandieu, Recueil 
général, n°^ 24, 260, 695, 737. Cf. les enseignes des Germains qui 
représentaient des bêtes sauvages. Tacite, Hisi,oires, iv, 22. 



292 TROMPETTES 

La trompette gauloise, xâp vjï, rendait un son rauque ou 
aigu ; elle n'était pas très grande ; le pavillon était en 
forme d'animal, le tube en plomb ; on la fabriquait en mé- 
tal fondu (1). Les Cisalpins avaient une quantité considé- 
rable de buccins et de trompettes {'^■s/.x^rr-ùyi ■/.■x\ iolI-'.-c/.-.ùj-j) 
dont le bruit, s'ajoutant aux cris de guerre de toute l'armée, 
était répercuté par les alentours (2). Vercingétorix fait 
donner par la trompette le signal du combat (3). C'est au 
son de la trompette que l'assemblée des Bellovaci se réu- 
nit (4). La trompette gauloise est souvent représentée sur 
les monuments figurés ; on la trouve à côté du Gaulois 
mourant du musée Capitolin ; sur des monnaies gauloises 
et sur le chaudron de Gundestrup ; sur les soubassements 
de la colonne Trajane ; sur le monument de Biot; dans les 
trophées de l'arc de triomphe d'Orange ; sur une peinture de 
Pompéi, dans les mains d'une Victoire ailée. Sur la cuirasse 
de la statue d'Auguste de la villa de Livie, une femme 
qui paraît symboliser la Gaule tient à la main une trompette 
à tête de dragon analogue à celles que portent des monnaies 
romaines représentant des Gaulois (5). On a trouvé en 
Irlande des trompettes de bronze qui rappellent celle du 
Gaulois mourant (6). 

(1) DioDORE, V, 30. EusTATHE, ttil lUdda, s 219. Cf. Lucain, 
431-432. 

(2) POLYBE, II, 29. 

(3) Guerre de Gaule, vu, 81, 3. 

(4) Guerre de Gaule, viii, 20. 

(5) S. Reinach, Revue archéologique, t. xiii, (1889), p. 230. 
Rayet, Monuments de l'arl antique, t. ii, pi. 71. Bertrand, La 
religion des Gaulois, p. 376, pi. xxxi. Revue des études anciennes, 
t. IX, pi. VI. Froehner, La colonne Trajane, t. i, pi. 7, 8, 11, 12, 
17, 21, 22, 23. Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et ro- . 
maines, article carnyx. Voir ci-dessus, p. 268. 

(6) Journal o{ the royal, historical and archaeological asso- 
ciation of Ireland. (1875), p. 422. 



L ETAT 



293 



L'cpée, le javelot, la lance, le torques, le cornyx, l'en- 
seigne et le cheval figurent comme emblèmes guerriers sur 
des monnaies gauloises (l). 

Certains cris de guerre avaient une signification particu- 
lière. Outre le cri que les Gaulois poussaient en abordant 
l'ennemi, il y avait encore le cri de victoire, et le cri pour 
demander à parlementer (2). En signe de paix, pour se faire 
connaître d'alliés, les soldats se découvraient l'épaule 
droite (3). 

Tous les détails que l'on peut recueillir sur les coutumes 
militaires des Celtes nous montrent l'Etat celtique organisé 
en vue de la guerre : guerres d'invasion et de conquête, 
guerres de défense contre l'envahisseur. C'est presque uni- 
quement là qu'apparaît le pouvoir collectif des citoyens, 
qui, pas plus qu'il ne règle les rapports entre les particu- 
liers, ne s'occupe, semble-t-il, des croyances et des institu- 
tions religieuses. 

(1) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 350. 

(2) Guerre de Gaule, v, 37 ; 26. 

(3) Ibid., VII, 50. 



CHAPITRE V 



LA RELIGION (1) 

Difficultés de cette étude. — Les diviuités assimilées chez les 
écrivains de l'Antiquité et dans les inscriptions gallo-romaines. 

— Les divinités à nom celtique : Taranis, Tentâtes, Esus, 
Ogmios, les Mères. — Les monuments figurés, le Taureau, le 
Bûcheron, les dieux cornus, l'Anguipède ; le dieu au maillet, 
le dieu à la roue ; Epona ; les divinités des eaux ; les villes di- 
vinisées ; les dieux et leurs parèdres. — Signes symboliques. 

— La divination. — Restes du culte des animaux et des 
plantes. — Les enceintes sacrées et les temples. — Les sta- 
tues. — Los offrandes. — Les prières. — Les libations. — Les 
sacrifices. — La croyance à l'immortalité de l'âme. 



I 



Les notions que nous pouvons glaner chez les auteurs de 
l'Antiquité sur la religion des Celtes se répartissent sur 

(1) Sur la religion des Celtes, voir la bibliographie donnée par 
J. Déchelette, Renie de synthèse historique, t. m, p. 50-53, et 
quelques ouvrages généraux : H. Gaidoz, article Gaulois dans 
l'Encyclopédie des sciences religieuses de F. Licutenberger, 
t. V, p. 428-441, Paris, 1879 ; A. Bertrand, La religion des 
Gaulois, les druides et le druidisme, Paris, 1897 ; C. Jui.lian, 
Recherches sur la religion gauloise, Bordeaux, 1903 (extrait de la 
Rame des éludes anciennes, t. iv-vi) ; Histoire de la Gaule, t. i, 
p. 356-359 ; t. ii, p. 113-181 (bibliographie, p. 113) ; E. Anwyl, 
Ancient Ccltic goddesscs [The Celtic Review, t. m, p. 26, 51) ; 
Ch. Renel, Les religions de la Gaule aidant le christianisme, 
Paris, 1907. 



LA RELIGION 295 

plusieurs siècles et s'étendent à toutes les contrées où les 
Celtes ont séjourné. Nul n'oserait affirmer que du ni" siècle 
avant J.-C, où vivait Timée, au temps d'Ammien Mar- 
cellin (iv- siècle après J.-C), les pratiques religieuses des 
Gaulois fussent demeurées immuables. On ne pourrait avec 
plus de raison soutenir que les Galates d'Asie Mineure, les 
Celtibères d'Espagne, les Gaulois de la Cisalpine, les Celtes 
qui pillèrent Delphes et ceux qui prirent Rome, les Gaulois 
transalpins et les Celtes de Grande-Bretagne eussent pro- 
fessé les mêmes doctrines et adoré les mêmes dieux, sans 
que le contact avec des nations étrangères eût en rien altéré 
les vieilles croyances de la race. Les témoignages des an- 
ciens sur la religion des Celtes ne peuvent donc être 
utilisés qu'avec prudence ; dispersés dans l'espace et dans 
le temps, de valeur et d'importance variable, ils se prêtent 
malaisément à une construction d'ensemble. A peine a-t-on 
quelques preuves de l'identité de certaines croyances ou 
coutumes religieuses chez les divers peuples celtiques. 
Tacite a signalé les rapports que présentaient les insti- 
tutions religieuses des Bretons avec celles des Gaulois (1). 
Certaines divinités se rencontrent sur divers points du 
monde celtique (2). 

Les inscriptions trouvées en pays celtique et contenant 
des dédicaces à des dieux se rencontrent en France, en 
Allemagne, dan^ les Pays-Bas, en Grande-Bretagne. Mais 
on ne peut être sûr d'avoir affaire à des divinités celtiques 
si l'on n'a d'autre raison de le supposer que la provenance 
de l'inscription. On peut fort bien rencontrer en pays cel- 
tique une dédicace à une divinité étrangère ou vice versa. 

(1) Agiicola, 11. Le texte semble d'ailleurs corrompu. 

(2) Ci-après, p. 305, 314. 



296 



METHODE 



La grammaire comparée seule permet de résoudre la ques- 
tion. Il faut que le nom de la divinité s'explique par les 
langues celtiques, ou soit apparenté à des noms dont la 
provenance celtique n'est pas douteuse, pour que ce nora 
ait droit de figurer dans une histoire de la religion des 
Celtes. Quant aux divinités dont le nom n'est pas celtique, 
en l'absence de textes historiques, il est impossible de dé- 
cider si elles ont été ou non adorées par les peuples celtiques. 

En dehors des textes et des inscriptions, nous n'avons 
plus de documents qui nous permettent d'étudier directe- 
ment la religion des Celtes. Gomment déterminer l'origine 
des dieux anonymes dont on a trouvé de nombreuses et 
caractéristiques représentations figurées? Un très petit 
nombre de ces monuments sont antérieurs à la conquête 
romaine. Sont ils des vestiges des cultes locaux antérieurs 
à l'invasion des Celtes en Gaule, ou des survivances de la 
religion des Celtes, ou ont-ils été introduits en Gaule par 
les marchands et les légionnaires romains ? Rien ne nous 
permet de le déterminer. Les statues gallo-romaines qui 
nous semblent représenter des dieux gaulois pourraient 
être des déformations successives de statues grecques, 
comme les monnaies gauloises sont des dégénérescences de 
monnaies grecques. Il faut prendre garde, aussi, que des 
statuettes artistiques peuvent ne pas avoir la signification 
religieuse que nous leur prêtons. 

Les monnaies ou les médailles gauloises, quand elles ne 
sont pas imitées des monnaies grecques, peuvent offrir des 
représentations de dieux ou de symboles religieux sans 
qu'il soit toujours possible d'attribuer avec sûreté ces re- 
présentations à la religion des Celtes (1). 

(1) Voir des articles de A. de Barthélémy dans la Renie 






LA RELIGION 297 

On peut rechercher dans quelques noms de lieux les 
noms des divinités celtiques sous la protection desquelles on 
aurait mis une demeure nouvellement fondée. Mais, comme 
les noms divins ont été de bonne heure employés pour dé- 
signer des hommes, on a souvent à se demander si au lieu 
d'un dieu ce n'est pas plutôt d'un homme à nom divin que 
tel ou tel lieu tire son nom. On se tromperait beaucoup si 
l'on croyait que tous les anciens Mercuriacus de France, 
devenus aujourd'hui Mercuray, Mercurey, Mercoirey, Mer- 
cury sont dérivés du nom de dieu Mercurius. Ils pro- 
viennent plus vraisemblablement du gentilice romain Mer- 
curius, assez fréquent dans les inscriptions, et au lieu de 
désigner l'emplacement de temples de Mercure, dénomment 
simplement le fandiis, la propriété d'un Gallo-Romain 
du nom de Mercurius. 11 en est de même de Martiacns (1), 

Enfin, on s'est demandé si l'on ne pouvait trouver dans 
l'ancienne littérature des Irlandais et des Gallois des traces 
de la mythologie celtique (2). Cette littérature ne nous a 
conservé rien de semblable aux Eddas Scandinaves ou aux 
Védas indous. L'épopée irlandaise a été remaniée sous 
l'influence des idées chrétiennes, et on n'y trouve guère de 
traces d'offrandes ou de prières à des divinités (3). Les élé- 



numismatique, 1884, p. 179-202, et dans la Revue celtique, t. i, 
p. 291-298 ; t. ix, p. 26-35 ; t. xii, p. 309-316 ; A. Bertrand, 
La religion des Gaulois, p. 228-244 ; Blanchet, Traité des mon- 
naies gauloises, p. 152 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 347. 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine 
de la propriété foncière, p. 270-275, 447-448. 

(2) Voir ci-dessus, p. 2-4. 

(3) Les formules de serments, seules, font mention de dieux. 
Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 250. Cf. Revue 
archéologique, t. xi (1908), p. 8. Dans les documents relatifs à 
la vie de saint Patrice, il est quelquefois question des idoles 



298 IRLANDE ET GALLES 

ments merveilleux qui y abondent sont des faits de magie 
et de sorcellerie, ainsi que les prodiges variés que l'on ren- 
contre dans les contes populaires. Essayer de déterminer à 
l'aide des épisodes de la vie d'un héros irlandais les attri- 
buts primitifs de la divinité dont il peut être une transfor- 
mation évhémériste demande beaucoup d'ingéniosité et 
d'érudition ; il est douteux que les résultats acquis à la 
science soient jamais équivalents aux efforts dépensés à ces 
recherches curieuses (1). La comparaison de l'épopée irlan- 
daise avec les textes grecs et latins et les monuments de 
l'épigraphie gallo-romaine ne peut nous donner que des 
rapprochements de coutumes ou de noms propres; cou- 
tumes signalées comme particulières aux Celtes et conser- 
vées ou modifiées dans quelque mesure par les Gaëls d'Ir- 
lande ; noms ou épithètes de dieux gallo-romains servant 
on Irlande à désigner des guerriers ou des artisans fameux. 
Mais il est invraisemblable que les idées religieuses des 
Celtes de l'île d'Erin telles qu'elles nous apparaissent dans 
des poèmes épiques rédigés sans doute au vn^ siècle ne 
soient pas très différentes des conceptions théologiques des 
Gaulois du temps de César, et il serait sans doute imprudent 
de restituer à laide de l'épopée irlandaise le vieux Pan- 
théon celtique. La littérature du Pays de Galles ne nous 
offre pas plus de ressources pour l'étude de la mythologie 

qu'adoraient les Scots [The Tripartite life of Patrick, éd. Slokes 
(Rolls séries), London, 1887, p. 369, 1. 20) ; et la Confessio do 
saint Patrice iéd. White, § 19i mentionne l'offrande de miel sau- 
vage en sacrifice. 

(1) H. d'Arbois de Jub.\inville, Le cycle nujlhologique ir- 
landais et la mythologie celtique (Cours de littérature celtique, t. ii), 
Paris, 1884 ; J. Ruys, Lectures on the origin and growth of reli- 
gion as illustrated by Celtic heathendom, London, 1888 (The Hib- 
bert lectures, 1886). 



LA RELIGION 299 

celtique. On y peut trouver quelques éléments des mythes 
familiers aux Celtes des Iles Britanniques sans que Ton 
puisse déterminer si ces mythes ont été connus des Celtes 
du continent (1). 

Les sources de l'histoire religieuse des Celtes, mani- 
festement insuffisantes, ne pourront fournir les éléments 
d'un exposé suivi, qu'à condition que l'on comble par l'in- 
terprétation et l'hypothèse les lacunes considérables 
qu'elles laissent dans nos connaissances. Tous les efforts 
du critique devront tendre à ne pas franchir la limite qui 
sépare une hypothèse scientifique d'une pure conception de 
l'esprit. 

I 

Le texte le plus expUcite que nous ayons sur les dieux 
gaulois se trouve chez César (2). Il semble bien que César 
rapporte, non le résultat de ses observations personnelles, 
mais l'opinion d'écrivains antérieurs à lui. S'il eût étudié 
lui-même la religion gauloise, il est probable qu'il aurait 
été à la fois moins précis et plus exact. D'après César, le 
dieu que les Gaulois honorent le plus est Mercure ; ils le 
regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le 

(1) Sur ce sujet, outre les ouvrages de H. d'Arbois de Ju- 
bainville et J. Rhys, il faut encore citer les nombreux ouvrages 
de A. Nutt et particulièrement Stiidies on the legend of the hohj 
Grail with especial références to the hypothesis of its Celtic origin, 
London, 1888, et un article intitulé Celtic mijth and saga dans 
The folklore journal, t. ii, p. 234 et suiv. Les différences entre la 
religion des Celtes continentaux et celle des Celtes insulaires 
ont été notées par H. d'Arbois de Jubaiisville, Les Celtes de- 
puis les temps les plus anciens jusqu'en l'an 100 avant notre ère, 
Paris, 1904, p. 31-67. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 17. 



300 DIEUX 

guide des routes et des voyages et comme très puissant pour 
toute sorte de gains et de commerce (1). Après lui, ils adorent 
Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités 
à peu près la même idée que les autres nations : Apollon 
guérit les maladies (2) ; Minerve enseigne les éléments de 
l'industrie et des métiers (3) ; Jupiter tient l'empire du ciel; 
Mars, celui de la guerre ; c'est à lui, lorsqu'ils ont résolu de 
combattre, qu'ils font vœu, d'ordinaire, de consacrer les dé- 
pouilles de l'ennemi. 

Ce passage ne laisse pas de prêter à la critique. Est-il 
possible que les peuples gaulois, que César nous représente 
comme différant entre eux par la langue, les mœurs et les 
• lois (4), aient eu les mêmes cinq divinités ? Quels étaient les 
noms de ces dieux et de cette déesse dans la langue des 
Celtes 1 Une assimilation aussi complète entre ces cinq di- 
vinités romaines est-elle vraisemblable "? On est tenté de 
rappeler l'opinion d'Asinius Pollion qui pensait que les 
Cominenlaircs de César étaient composés avec pou de soin 
et d'exactitude (5). Mais César lui-même prend soin de 
nous avertir que ces assimilations ne sont que des h peu 
près : de Iiis eandem Icvcquaffi reliquœ gentes hahent opi- 
nioiiem ; et il assimile les attributs des dieux celtiques non 



(1) Cf. Mercurio Veatori (Corpus inscriptionum latinarum, 
t. XII, n» 1084) ; Deo Mercurio Cultori (t. xiii, n» 6594). Les 
déesses des routes, matres biviae, triviœ, quadriviae, sont fré- 
quentes en Gaule. 

(2) Cf. « Apollini Mapono, pro sainte d. n. [C. I. L., t. vu, 
11° 218). 

(3) Cf. « Minervas dolubrarii, Minervaî seneatores (Corpus 
i?iscriptio?ium rhenanarum, n^^ 677, 1738). 

(4) Guerre de Gaule, i, 1. 
(.5) Suétone, César, 56. 



LA RELIGION 301 

pas tant à ceux des dieux romains qu'à ceux des dieux des 
autres nations. 

Quoi qu'il en soit, César ne nous donne des dieux gau- 
lois qu'une pliysionomie incomplète, sinon inexacte. La 
plupart des auteurs de l'Antiquité ne font pas preuve d'un 
sens critique plus affiné. Au temps des migrations des 
Celtes, leur plus grand dieu semble Arès-Mars (1). Chez 
les Insubres, il y a un temple d'Athènà où l'on abrite les 
enseignes de guerre (2). La déesse des Bretons est, d'après 
Solin, une Minerve dans le temple de laquelle brûle un feu 
perpétuel (3). La principale divinité des Galates était Ar- 
témis (4). En 223, des Celtes vouent à Vulcain les armes ro- 
maines (5). Varron prétend que c'était à Saturne que les 
Gaulois immolaient des hommes (6). 

Les Celtes riverains de l'Océan ont une vénération parti- 
culière pour les Dioscures et, selon une tradition qui re- 
monte chez eux aux temps anciens, ces dieux arrivèrent 
par l'Océan (7). 

Enfin la légende d'Héraklès a été mise en relation avec 
Tancienne histoire de la Gaule. Diodore rapporte qu'Hé- 
raklès, ayant rassemblé s^es troupes, s'avança jusqu'à la 

(1) Callimaque, IV, 173 ; Florus, ii, 4 ; Silius Italicus, 
IV, 200-202 ; Ammien Marcellin, xxvii, 4, 4. 

(2) PoLYBE, II, 32, 6. Cf. Justin, xliii, 5, 5. 

(3) Collection de choses nien>eilleiises, 22, 10. 

(4) De la vertu des jemmes, 20 ; De l'amour, 22. Cf. Usener, 
Rheinisches Muséum, t. l (1895), p. 147 ; S. Reinach, Cultes, 
mythes et religions, t. i, p. 272-278. 

(5) Florus, ii, 4. 

(6) Saint Augustin, De lu cité de Dieu, vu, 19. Cf. Denys 
d'Halicarnasse, i, 38, 2 ; Tertullien, Apologétique, 9, qui 
dit Mercure au lieu de Saturne. 

(7) Diodore, iv, 56, 4. Cf. Revue archéologique, t. xxxix 
(1901), p. 35 ; D'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les 
temps les plus anciens, p. 57-67. Voi* ci-après, p. 318. 



302 HÉRAKLÈS ^ 

Celtique, la parcourut tout entière, abolissant les coutumes ^ 
contraires au droit, comme celle du meurtre des étrangers. 
Une multitude d'hommes de toutes les nations étant venus 
se joindre volontairement à son armée, il fonda une ville 
très grande, celle qui en raison de sa course errante (aXr,i;) 
s'appela Alesia. Il mélangea aux premiers habitants un 
grand nombre d'indigènes ; comme ceux-ci étaient plus 
nombreux que les autres, il arriva que toute la population 
devint barbare. Cette ville est en honneur parmi les Celtes 
qui la regardent comme le foyer et la métropole de toute la 
Celtique. Elle est demeurée libre et imprenable depuis 
Héraklès jusqu'à Jules César. Passant de la Celtique en 
Italie, Héraklès traversa les Alpes. Il rendit la route, de 
rude et difficile qu'elle était, accessible à une armée avec 
tous ses bagages. Les Barbares qui habitaient cette région 
montagneuse avaient coutume de piller et de massacrer 
dans les passages difficiles les troupes qui les traversaient. 
Héraklès les soumit tous, et après avoir puni les chefs des 
brigands il assura pour l'avenir la sécurité de ces pas- 
sages (1). 

Pour aller d'Italie en Celtique et chez les Celto-ligures et 
les Ibères, il y a une route que l'on appelle route d'Héra- 
klès ; l'étranger qui y passe est sous la protection des habi- 
tants et s'il lui était fait quelque injustice^ ceux chez qui 
l'injustice aurait lieu devraient la réparer (2). 

Une autre légende fait d'Hercule l'exterminateur de deux 
cruels tyrans, Géryon et Tauriscus, dont l'un dévastait les 

(1) DiODORE, Bibliothèque, iv, 19. C. Jullian, Pro Alesia, 
t. I, p. 145-146. Cf. Hérodote, v, 8-10, qui place le voyage 
d'Héraklè» on Scylhie. 

(2) Pseudo-Aristote, Des singularités merveilleuses, 85, 



LA nELIGION 303 

Espagnes et l'autre les Gaules ; et de son commerce avec 
diverses Gauloises de noble famille, Hercule eut un grand 
nombre d'enfants qui donnèrent leur nom aux pays qu'ils 
gouvernaient (1). La fille du roi de la Celtique lui donna 
un fils nommé Galatès (2). 

D'après d'autres, d'Héraklès et de l'Atlantide Astéropê 
naquirent deux fils, Ibéros et Keltos (3). Parthénios raconte 
que Keltos est né de l'union d'Héraklès avec Keltinê, fille 
de Bretannos (4), chez lequel était arrivé Héraklès après 
avoir erré dans le pays des Celtes. 

Peut-être aussi faut-il compter au nombre des dieux gau- 
lois le Dispater dont les Gaulois se prétendaient tous issus ; 
l'usage de compter le temps par nuits et non par jours se 
rattachait à cette croyance (5). Dis^ Ditis pourrait être la 
forme latinisée d'un nom celtique conservé en irlandais 
sous la iormedilh, « mort, destruction ». 

D'autre part, il faut rappeler que le nom qui désigne la 
divinité chez les peuples indo-européens, *deivos, existe 
dans toutes les langues celtiques : irl. dia, gall. c?u'y,»bret. 
doué. La racine de ce mot, div, deiv signifie « briller » ; 
'deivos est donc vraisemblablement la lumière du jour di- 
vinisée (6). A quelle époque fut elle remplacée chez les 
Celtes par le dieu de la nuit ? 

(1) Timagène, chez Ammien Marcellin, xv, 9. 

(2) DiODORE, V, 24. Voir L. Berthoud, Pro Alesia, t. i, 
p. 154-156 ; A. T. Vercoutre, ibid., t. ii, p. 193-194 ; C. Jul- 
LiAN, ibid., p. 241-242. 

(3) Denys d'Halicarnasse, XIV, 1, 3. 

(4) Erotiques, 30. D'après Appien, Illyriques, 2, Keltos est 
fils de Polyphème et de Galatée. 

(5) Guerre de Gaule, vi, 18. Diespiter chez Sénèque, Apoko- 
lokyniose, 9 ; H. Gaidoz, Dispater etAerecura, Revue archéolo- 
gique, t. XX (1892), p. 198. 

(6) Rhys, Hibbert lectures, p. 116-118. 



304 SURNOMS UES DIEUX 

Si des écrivains nous passons aux inscriptions latines en 
pays celtiques, nous y retrouvons les noms des cinq grandes 
divinités romaines, avec des épithètes variées. 

Mercure : Alaunius (1), Arcecius, Artaius, Arvernorix, 
Arvernus, Adsmerius, Biausius, Canetonessis, Cimiacinus 
Cissonius, Clavariatis, Dumiatis, Magniacus (Macniacus . 
Moccus, Naissatis, Vassocaletis (2), Vellaunus (Veilaunus), 
Visucius (3). 

Apollon : Amarcolitanus, Anextiomarus, Atepomarus (4), 
Belenus, Borvo, Gobledulitavus, Grannus, Livic(us), Ma- 
ponus, Mogounus, Moritasgus (o), Siannus, Toutiorix, Vi- 
rotutis, Vindonnus. 

Mars: Albiorix (6), Barrex, Beladonnls, Belatucadrus, 
Bolvinnus, Braciaca, Britovius, Budeuicus, Buxenus, Ga- 
mulus, Cariociecus, Garru?, Gaturix (7), Gemenelus, Ci- 
cinus. Cicolluis, Gnabetius, Gocidius, Condatis, Corotiacus, 
Cososus, Dinomogetimarus, Divanno, Dunatis, Giarinus, 
Ilarmogius, Lacavus, Latobius, Lenus, Leucetius (Louce- 
tius),»Leucimalacus, Leusdrinus, Medocius, Mogetius, Mo- 
gienius, Mullo, Nabelcus, Ocelus, OUoudius (Olludius), 
Randosatis, Riga, Rigieamus, Rudianus, Segomo, Sinatis, 



(1) Cf. Alaunos, nom de rivière ; alauna, nom de rivière et 
de lieu ; Alaunœ, Alounœ, nom de divinités. 

(2) Grégoire de Tours, Historia Francorum, i, 32 ; R. Mo- 
AVAT, Revue archéologique, t. xxx (1875), p. 359-372 ; cf. t. xxxix 
p. 175, 325-329. 

(3) Cf. Visuciœ dece à Trêves. 

(4) J. A. HiLD, Renie celtique, t. xvii, p. 34-40. 

(5) EspÉRANDiEu, Revue des études ancietines, t. xii, p. 285- 
286. 

(6) Cf. Alhiorice (datif) dans une inscription de Sablet, près 
Vaison (Vaucluse). 

(7) Mars Caturix semble propre aux Helvètes. Jullian, .Re- 
vue des études anciennes, t. xiii, p. 467. 



LA RELIGION 



305 



Smertatius, Toutatis (Totatis, Tutatis), Tritullns, Yin- 
tius (1), Voroclus. 

Jupiter : Accio, Baginatis (2), Bussumarus, Poeninus (3), 
Tanarus '4), Taranucus, Uxellimus. 

Minerve : Belisama(o), Sulis, peut-être Sulevia (6), Iden- 
nica. 

D'autres dieux romains apparaissent en pays celtique 
avec des épithètes qui ne semblent pas toutes d'origine la- 
tine : 

Hercule : Deusoniensis, Magusanus, Saegon. 

SiLVAiN, dont le culte est assez répandu en Gaule et en 
Grande-Bretagne (7) : Cocidius, Sinquatis. 

La plupart de ces épithètes se trouvent sur le continent, 
quelques-unes, surtout des épithètes de Mars, en Grande- 
Bretagne (8). 

Un certain nombre de ces épithètes s'expliquent dans les 
langues celtiques. Parmi les épithètes de Mars, on peut 
citer Albion' X, en gallois elfydd u monde », en gaulois rix 



(1) Vintius est, dans deux inscriptions, une cpithète de Pol- 
lux (C. I. L., VI, 2561, 2562). 

(2) Cf. Bagino et Baginahabus dans une inscription de Belle- 
comlie (Drônie). 

(3) TiTE LivE, XXI, 38, 6. 

(4) Cf. le germanique Thunar. 

(5) H. d'Arbois de Jubainville, Le dieu gaulois Belenus, 
la déesse gauloise Belisama, Revue archéologique, t. xxv (1873), 
p. 197-206. 

(6) Le plus souvent, on trouve ce nom applique à des Maires ; 
une inscription porte : Sulevis Junonibus. 

(7) H. d'Arbois de Jubainville [Revue celtique, t. xxvi, 
p. 282) suppose que le nom celtique de ce dieu était Selvanos, 
cf. irl. sealbhan « troupeau ». 

(8) A, Bertrand, La religion des Gaulois, p. 325, 326, 327, 
329-330, 331 ; Roscher, Ausfïilirliches Lexikon der griechischen 
und rômischen Mythologie, t. ii, col. 2828-2830 ; 2398-2399 ; 



G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 



20 



300 SURNOMS DES DIEUX 

« roi », irlandais ri ; Belatucadrus dout le second terme se 
retrouve dans le vieux-breton cadr « beau » ; Briiovius 
dont le radical est sans doute le même que celui de Brit- 
iones, Bretons ; Camuliis qui ressemble au nom de 
Ciunal (1), père du héros irlandais Find, et qui se retrouve 
dans le premier terme du nom d'homme gaulois Camiilo- 
geniis ; Catu-rix « roi du combat », cf. le gallois cad et 
l'irlandais cath « bataille » ; Braciaca peut être dérivé de 
brace « sorte de farine » ; Leiicetiiis ou Loiicetiiis semble dé- 
rivé du mot celtique qui est devenu en gallois Uuched 
a éclairs » ; Segomo semble une forme abrégée du nom 
d'homme gRulois S egomaros, cf. S ego fnonas dans nn ogham 
irlandais (2) ; Toutatis (3) est un dérivé du mot qui est 
devenu en irlandais tuath c peuple », en breton tud 
« gens » : Sinatis est à comparer au nom d'homme gaulois 
Sinorix ; Bela-donnis ùoni le premier terme se trouve dans 
Bello-vesus (cf. pour 1 = U le doublet BelatiiUa, Bella- 
tulliis) ; Condatis dérivé du nom de lieu Condate, Condé, 
qui signifie confluent (4) ; Rigi-samus dont le second 
terme entre dans Samo-rix ; Diin-atis, cf. dunum ; « for- 
teresse ». 

Parmi les épithètes de Mercure (5) : Arverno-rix signifie 

Allmer, Revue épigraphique du midi de la France, années 1894 
el suiv. ; Renel, Les religions de la Gaule, p. 391-406. 

(1) A moins que ce nom ne doive être lu Umal. K. Meyer, 
Revue celtique, t. xxxii, p. 390. 

(2) Sur les inscriptions oghamiques, voir MACALisTER,5<udies 
in Irish epigraphy, London, 1897-1907. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Teutatès, Revue celtique, 
t. I, p. 451. 

(A) Zeuss, Grammatica Cellica, 2^ éd., p. 998, note 7. Ce mot, 
très fréquenl comme nom de lieu en France, se trouve aussi en 
Grande-Bretagne [Itin. Ant., 469, 1 ; 482, 3). 

(5) Sur le culte de Mercure en Gaule, cf. P. Monceaux, Le 



LA RELIGION 307 

roi des Arvernes ; Ad-smeriiis est un nom dont on re- 
trouve le premier terme dans les noms gaulois Ad-bogiiis, 
Ad-ua/iniôi et le second terme dans Smerlii-litaniis, Ro- 
smerla, Canti-smeria ; Diimiatis est sans doute apparenté 
à l'irlandais duma « tertre » ; Moccus est la forme ancienne 
du breton moc'h « cochon » ; à Artaius on peut comparer 
le gallois arth « ours » ; Vasso-caletis est formé de deux 
mots celtiques : vassos, actuellement en breton gwaz 
« garçon » et caletiis, cf. le breton calet « dur » et le nom 
de peuple Caleti ; Vellannus est conservé comme second 
terme dans le nom propre breton Cat-wallaun qui signifie 
<; brave au combat » , 

Parmi les surnoms d'Apollon : Anextio-mariis, Atepo- 
marus qui ont pour second terme l'adjectif maros, en 
breton ?neur « grand » ; dans Cobledu-litavus, le second 
terme est apparenté à -/i7anw5 de Stnertii-litaniis ; Maponus 
est sans doute le gallois mahon « jeune homme (1) » ; Mo- 
goiuuis est apparenté au nom gaulois Mogetilla et au Deo 
Mogonti honoré en Grande-Bretagne ; Viro-iutis (2) à 
Virodunum ; Vindonnus, dont le premier terme se trouve 
dans le nom de ville celtique Vindo-bona et est conservé 
en irlandais sous la forme find, en breton sous la forme 

grand temple du Puy-de-Dôme, le Mercure gaulois et l'histoire des 
Ars'ernes, Revue historique, t. xxxv (1887), p. 232-262 ; t. xxxvi 
(1888), p. 1-28, 241-278. Sur les montagnes des /Edui où l'on a 
trouvé des dédicaces à Mercure, voir C. Jullian, Histoire de la 
Gaule, t. II, p. 136. 

(1) Cf. « Deus bonus puer Apollo » (Corpus inscriptionum 
latinarum, t. m, n^^ 1130, 1132) ; et l'enfant placé à droite de 
Vcsta sur l'autel de Mavilly (Côte-d'Or) et qui semble bien être 
un Apollon. S. Reinach, Revue archéologique, t. xvii, (1891), 
p. 1-6 (pL). - 

(2) Sur le second terme, voir J. Loth, Revue celtique, t. xxxiii, 
p. 258, qui traduit Viro-tulis par « qui guérit les hommes ». 



308 SURNOMS DES DIEUX 

guetin a blanc « ; les deux termes de Toiitio-rix « roi du 
peuple » sont celtiques ; Belenus est à comparer à l'irlan- 
dais Bel-tene (1), « feu de Bel », fête du i.-'' mai ; Borvo a 
été rapproché du gallois berw « ébullition » ; à Mori- 
iasgiis on a comparé Tasgetius et le premier terme a été 
identifié à mori « mer ». 

Plusieurs surnoms de Jupiter s'expliquent dans les 
langues celtiques : Taranucus [cl. les dieux Taraniicnos, 
Tarants et le breton taran « tonnerre ») Uxellimus « sum- 
mus », superlatif latinisé de iixellos, bret. iihel « haut » ; 
Bussii-manis, cf. irl. màr « grand ». Parmi les autres sur- 
noms, on peut expliquer Beli-sama (qui est aussi le nom 
de l'embouchure de la Mersey en Grande-Bretagne), que 
l'on compare pour le second terme à Rigi-samus ; et 
Siilis, en irlandais siiil « œil », cf. breton Aéo/ « soleil », 
gall. haul. 

Ces exemples démontrent que de nombreux surnoms, ap- 
pliqués en pays celtiques aux dieux romains, s'expliquent 
par le celtique. On peut se demander quelle est la A-aleur 
de ces surnoms. Cette valeur est évidemment variable. Cer- 
tains de ces surnoms sont employés tantôt comme épi- 
thctes, tantôt seuls. Tels sont par exemple : Atesmerius 
(Adsmerius), Borvo, Grannus (2), Belenus (3), Maponus. 
Siannus, Scgomo, Camulus, Belatucadrus, Latobius, Co- 
cidius, Sulevia, Sulis (4). Dans ce cas, il est probable que 

(1) Cormac's Glossary, éd. Stokes, Revue celtique, t. xi, 
p. 443. Joyce, A social hislory of ancient Ireland, t. i, p. 290- 
293. 

(2) Dion C.vssius, t.xxvii, 15, 6. 

(3) Tertui.lien, Apologétique, 24 ; IIérodien, viii, 3, 8 ; 
AusoxE, Projcssorcs, 5, 7 ; 11, 22 ; Jxjlius Capitolinus, Maxi- 
min, 22. 

(4) Le texte de Solin, xxii, 10 est : preesul est Minen>x nu- 



LA RELIGION 309 

ces surnoms sont les noms mêmes des divinités indi- 
gènes (1). Quelquefois le surnom a une signification locale : 
Arvernus Arverne, Condatis de Condé, Pœninus des Alpes 
Pennines, Diimialis du Puy-de-Dôme, Alaunius, Caneton- 
nessis, Braciaca (cf. le nom de lieu Braciacus), Budenicus 
{d'où Budenicenses), CetJienelus {à' on CemeneleJisis), Ocelus, 
Rafidosatis, Vinliiis, Vorociiis^ Borço, Baginatis ; il est 
alors vraisemblable que nous avons affaire à une divinité 
romaine, objet d'un culte local. Restent les surnoms qui 
n'ont pas un sens local et qui ne s'emploient que comme 
épithètes. Un certain nombre d'entre eux peuvent désigner 
des divinités gauloises que l'on a assimilées à celles des di- 
vinités romaines qui avaient des attributs analogues. 

L'étude des inscriptions gallo-romaines complète donc et 
rectifie le texte de César. Les dieux romains auxquels les 
dieux gaulois out été assimilés sont bien Mercure, Mars, 
Apollon, Jupiter et Minerve. Il faudrait y ajouter peut- 
être Hercule et SU vain. Le nom de Mercure est bien moins 
fréquent dans les inscriptions de Grande-Bretagne que celui 
de Mars ; c'est le contraire en Gaule transalpine. Peut-on 
en conclure qu'à l'époque gallo-romaine le grand dieu des 
Celtes était, comme à 'l'époque des invasions, un Mars 
plutôt qu'un Mercure? Ou bien, pour adopter la sédui- 
sante hypotbèse de M. JuUian (2), Mars et Mercure ne se- 
raient-ils que deux aspects différents du même dieu qui 
présidait à la fois aux travaux de la guerre et à ceux de la 
paix? 

men et non prœest Sul Minervse numen. Corpus inscriptionum 
lalinarum, t. xiii, no 6266 ; vu, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 53. 

(1) Voir ci-après, p. 314. 

(2) Rei^ue des études anciennes, t. iv, p. 109. 



310 TEUTATÈS 

A côté des dieux qui ne nous sont connus que sons des 
noms latins accompagnés ou non d'épithètes celtiques, on 
trouve, tant chez les écrivains que dans les inscriptions, les 
noms celtiques de quelques divinités. C'est d'abord chez 
Lucain les vers célèbres oii il énumère trois divinités cel- 
tiques : Taranis dont lautel n'est pas plus doux que celui 
de la Diane scythique, le cruel Tentâtes que l'on a[)aisse 
par un sang affreux, et l'horrible Hésus aux sauvages au- 
tels (I). Taranis (2) est à comparer au Deo Taranucno « fils 
de Taranus » de deux inscriptions (3j et s'ex[!lique sans 
doute par le gallois laran « tonnerre «.Nous avons déjà 
trouvé, comme épithète de Mars, Toulates qui est une va- 
riante de Teutatès (4). Nous parlerons plus loin de l'Esas 
de l'autel de Paris dont le nom forme le premier terme des 
noms gaulois Esu-geniis, Esii-nerius, Esiibii. Peut-être 
Lucain nous donne-t-il ainsi les noms celtiques des dieux 
assimilés aux grands dieux des Romains. Taranis serait un 
Jujjiter ; Teutatès un Mars ; les scholiastes de Lucain iden- 
tifient Teutatès à Mars et plus souvent à Mercure ' 3) ; Hésus 
à Mercure et à Mars, Taranis à Dispater et à Jupiter ; pour 
apaiser Teutatès, on étouffait la victime en la plongeant la 
tête la première dans une cuve d'eau ; pour Hésus, on 
suspendait à un arbre jusqu'à ce que les membres fussent 
disloqués ; pour Taranis, on brûlait des hommes (6). Le 



(1) Pharsale, i, 444-446. Cf. Plutarque, De la. superstition, 13. 

(2) J. F. Cerquand, Revue celtique, t. v, p. 381. 

(3) Corpus iuscripiionum latinarum, t. xiii, n"® 6094, 6478. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xiv, 
p. 249-253. 

(5) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 118, n. 2. 

(6) Usener, Commenta Bernensia, Lipsiœ, 1869, p. 32 ; cf. 
TouRHEURj Le Musée belge (1902), p. 77-81 ; Jullian, Revue 



LA RELIGION 311 

culte d'Esiis, Taranis, et Teutatès semble être localisé 
chez quelques peuplades gauloises (1). 

Lucien nous apprend que les Celtes donnent à Héraklès 
le nom d'Ogmios : « Ils le représentent sous la forme d'un 
vieillard très âgé, chauve sur le sommet de la tête ; le peu de 
cheveux qui lui restent sont entièrement blancs. Il a la peau 
ridée et brûlée par le soleil au point d'être noire. Il est re- 
vêtu de la peau de lion ; il tient la massue dans sa main 
droite ; de la gauche il présente un arc tendu : un carquois 
est suspendu à son épaule. Cet Héraklès vieillard attire à 
lui une multitude considérable qu'il tient attachée par les 
oreilles ; les liens dont il se sert sont de petites chaînes 
d'or et d'ambre, d'un travail délicat et semblables à des 
colliers de la plus grande beauté. Malgré la faiblesse de leurs 
chaînes, ces captifs ne cherchent point la fuite, quoiqu'ils le 
puissent aisément, et loin de faire aucune résistance, de 
roidir les pieds, de se renverser en arrière, ils suivent avec 
joie celui qui les guide ; ils le comblent d'éloges ; ils s'em- 
pressent de l'atteindre ; ils voudraient même le devancer et 
par cette ardeur ils relâchent leur chaîne ; on dirait qu'ils 
seraient fâchés de recouvrer leur liberté. Ce qu'il y a de 
plus bizarre dans cette peinture, c'est que l'artiste, ne sa- 
chant où attacher le bout des chaînes, car la main droite 
du héros tient une massue, la gauche un arC; a imaginé de 



des études anciennes, t. iv, p. 113 et suiv. ; voir ci-dessus p. £01, 
n. 6. 

On a depuis longtemps comparé Esus au sanskrit asus 
« souffle, vie ». O. Schrader, Reallexicon der indogermanisclien 
Altertumskunde, p. 682, le rapproche du got. anses que Jordanès 
traduit par « semideos ». 

(1) S. Reinach, Revue celtique, t. xviii, p. 137-149. Cultes, 
t. I, p. 204-216. 



312 



OGMIOS 



percer l'extrémité de la langue du dieu et de faire attirer 
par elle tous ces hommes qui le suivent. Ileraklès, le visage 
tourné vers eux, les conduit avec un gracieux sourire (1). » 
L'explication de ce symbole est mise par Lucien dans la 
bouche d'un Celte instruit, parlant grec, et renseigné sur 
choses de son pays ; les Celtes représentent léloquence 
par Héraklès, parce qu'il est plus fort qu'Hermès ; c'est un 
vieillard, parce que c'est pendant la vieillesse que l'éloquence 
est à son plus haut point ; le rapport de la langue et des 
oreilles est marqué par les liens ; les flèches sont pointues et 
ailées comme les discours (2). Nous retrouvons le dieu Og- 
mios dans la littérature épique de l'Irlande, en la personne 
d'Ogmé, un des champions des Tuatha De Danaun, dont 
l'épithète ordinaire est grianainech, « à la face du soleil », 
le soi disant inventeur de l'écriture oghamique (3). Le 
texte de Lucien nous offre peut-être un exemple de la mé- 
thode suivie dans l'assimilation des dieux celtiques aux 
dieux étrangers. Ces assimilations sont, semble-t-il, en- 
core plus superficielles qu'on ne le pouvait supposer. Un 
dieu grec s'appelle Héraklès ; c'est le dieu de la force vi- 
rile ; on le représente d'ordinaire sous la forme d'un 

(1) Héraklès, 1-3. Certains détails semblent d'origine greeque ; 
cf. D. Martin, La religion des Gaulois tirée des plus pures 
sources de l'antiquité, Paris, 1727, t. i, p. 307. M. Th. Reinach a 
cru retrouver dans une inscription de Salins aujourd'hui perdue, 
la dédicace Herculei Ogmio (Re<,'ue celtique, t. xxiii, p. 53-56). 
Sur Ogmios, cf. Rhys, Hibbert Lectures, p. 13-20 ; Roscher, 
Ausfulirliches Lexikon der Griechischen wid Rômischen Mytho- 
logie, Leipzig, 1897, p. 682 ; \Yindisch, Das keltische Brillan- 
nien bis zu Kaiser Arthur, Leipzig, 1912, p. 98. 

(2) Héraklès, 4-5. 

(3) Zeuss, Grammatica celtica, 2^ éd., p. 1 note ; H. d'Ar- 
Bois DE JuBAiNviLLE, Coviptes rcndus de l'Académie des Ins- 
criptions et Belles-Lettres, t. ix (1881), p. 20-26. 



LA ÏIELIGION 313 

homme fort, barbu ou imberbe, tantôt assis avec une ex- 
pression de lassitude ou de courage satisfait, tantôt debout, 
animé d'un mouvement impétueux, appuyé sur la massue, 
la peau de lion drapée sur le bras gauche. Un dieu des 
Celtes s'appelle Ogmios ; c'est le dieu de l'éloquence ; on le 
représente sous la forme d'un vieillard armé d'un arc, con- 
duisant avec sa langue les hommes enchaînés par les 
oreilles. Il a suffi qu'un peintre, voulant manifester aux 
yeux la force de l'éloquence, eût ajouté à Ogmios la massue 
et la peau de lion d'Héraklès, pour qu'on regardât Ogmios 
comme l'Héraklès gaulois et qu'on établit entre les deux 
divinités un rapport fondé uniquement sur un attribut sym- 
bolique. C'est à tort qu'on a cru trouver sur les monnaies 
gauloises des représentations de l'Ogmios de Lucien (1). 
Mais on a rapproché d'Ogmios le personnage noir du Tain 
Bô Ciiaîngé qui porte au cou sept chaînes, au bout de 
chacune desquelles sont attachés sept hommes (2). 

Dion Gassius (3) signale le culte, chez les Bretons de 
Boudicca, d'une déesse de la Victoire, Andatê_ou Andrastô, 
à laquelle on offrait des sacrifices humains. Le nom de 
cette déesse semble une mauvaise leçon du nom grec 
'ASpxa-r, « l'Inévitable », traduction ou défiguration d'un 
nom celtique. Toutefois une déesse des Voconces s'appelle 
Andarta, et la plupart des autels de la Victoire découverts 
dans la Gaule méridionale appartiennent au pays des Vo- 
conces (4). Andarla pourrait s'expliquer par le vieux-cel- 

(1) E. HucHER, Art gaulois, t. i, p. 10. Cf. Ch. Robert, 
Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 
t. XIII (1885), p. 268-272. 

(2) Tàin bô Cualnge, éd. Windisch, p. 797, 1. 5524. 
(;:;) Histoire romaine, lxii, 6, 7. 

(4) JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. i, p. 47-50. 



314 



DIRUX 



tique anâe, v. irl. ma, br. r/;?-,préfixe intensif et artn cr. 
gall. arth « ours ». 

Les inscriptions latines nous font connaître encore les 
noms de divinités celtiques qui n'ont point été complète- 
ment assimilées à des divinités romaines Nous avons déjà 
parlé de : 

Belenus, Borç'o, Grannus, Maponus, Moritasgns, Sian- 
?ins, quelquefois assimilés à Apollon ; 

De Belatiicadrus, Camiilus, Cocidius, Latohius, Rndia- 
nus, Segomo, Viniius, quelquefois assimilés à Mars ; 

De Atesmerius, Cissonius, Visucius, quelquefois assi- 
milés à Mercure ; 

De Belisama, Sulis, quelquefois assimilées à Minerve ; 

De Pœninus, quelquefois assimilé à Jupiter. 

On trouve, en outre, en s'en tenant aux noms pré- 
cédés de deus ou de dea, les dieux suivants : 

Abianiiis, Abinius, à Cimiez et dans le Vaucluse. 

Alisanus, dans la Côfe-d'Or. 

Anmliis, àAutun. 

Baco (i), à Chalon-sur-Saône. 

Bemiluciovis, dans la Gôte-d'Or. 

Brixantus, dans la Nièvre. 

Gisacns, à Evreux. 

laloniis, à Lancastre. 

Ibosus, à Néris. 

Matimiis, en Grande-Bretagne. 

Mogons (2), en Grande-Bretagne; Dco Mounti, Dis 
Moiiniibus n'en est sans doute qu'une variante. 

(1) Cf. Acla Sanciomm, 4 sept., ii, p. 200D. 

(2) Mogontiacum « Mayence » semble dérivé de Mogons, dat. 
Mogonli. 



I 



LA RELIGIOIV 315 

Moltiniis, h Le Puy. 

Nemaiisiis, à Nîmes. C'est sans doute la « Fontaine » 
divinisée. 

Nerius, à Néris. 

Nodons (Nudens, Nodens), en Grande-Bretagne ; iden- 
tique au héros. Niiadu des Irlandais et apparenté au 
Niidd des Gallois (1). 

Ouniorix, en Champagne. 

Ratamatus, à Mâcon, 

Taraniicnus, en Bavière rhénane et en Wurtemberg. 

Uciietis, à Alise (2). 

Uxellus, à Hyères. 

Parmi les déesses on peut citer : 

Ancasta et Latis, en Grande-Bretagne. 

Bergusia, à Alise. 

Brigaiitia (Nympha ou Victoria), en Grande-Bretagne, 
Ce nom est identique à celui de Brigit, la fée du Moyen 
Age irlandais, qu'un texte appelle « mère des dieux » (3). 

Burorina, à Domburg. 

Camuloriga, à Soissons. 

Camiorica, à Soissons. ' 

Dexsiça, dans le Vaucluse, 

Icaunis, à Auxerre. 

Icovellauna, sur les bords du Rhin. 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, 
t. II, p. 155 ; J. LoTH, Les Mabinogion, t. i, p. 252 ; J. Rhys, 
The Hibbert lectures, p. 119-133. 

(2) K Deo Ucueti et Bergusiœ ». Morillot, Deux inscriptions 
d'Alésia, Dijon, 1909. 

(3) Revue celtique, t. vu, p. 398. Cf. Rhys, Hibbert Lectures, 
p. 74-76, 



316 



DIEUX 



Mogontia, à Metz. 

Noreia, dans l'ancien Norique. 

Rosmerta, dans la Gote-d'Or. 

Segeta, dans la Loire. 

Soio, à Soyons (Ardèche). 

Suniixsalis, sur les bords du Rhin. 

Temusio, Saint-^Iarcel-lès-Chalon (Saûne-et-Loire). 

Virodactis, à Mayence. 

Une dédicace votive de Savoie porte un nom auquel 
manque peut-être une letttre initiale : athuboduœ ; on a 
restitué un c initial et comparé [C]athuboduœ à Bodb, fée 
guerrière de l'épopée irlandaise (1). 

Les déesses-mères, Maires ou Matronœ, auxquelles sont 
adressées en Gaule de nombreuses dédicaces, sont des divi- 
nités répandues surtout chez les Geltes (2) et les Germains. 
Elles sont souvent groupées par deux ou trois (3). Les 
matronœ Dervonnœ ou falœ Dcrvones portent un nom qui 
s'explique par le nom celtique du chêne (4). Les Ambio- 
marcœ, les Uro-brocœ, les Nemetiales, les Ollo-totse 
semblent aussi porter un nom celtique. Nous ne savons 

(1) Corpus inscripiionum lalinarum, t. xii, n° 2571 W.M.Hen- 
NESSY et C. LoTTNER, Revuc celtique, t. i, p. 32-57. Cf. Rnvs, 
Hibbei't Lectures, p. 43. 

(2) Gallis Matronis. Corpus inscripiionum latinarum, t. vu, 
p. 5. 

(3) F. Vallentin, Renie celtique, t. iv, p. 27-36 ; J. A. Hild, 
article Maires dans le Dictionnaire des antiquités grecques et ro- 
maines de Saglio ; Ihm, chez Koscher, Ausjuhrliches Lexikon ; 
Gassies, Revue des études anciennes, t. viii, p. 55-58 ; Frie- 
DERiciis, Mutronarum monumenta, Bonn, 1886 ; Renel, Les 
religions de la Gaule, p. 274-286 (carte). On trouvera de 
nombreuses représentations de déesses-mères chez Espéran- 
dieu, Recueil général, t. i. Cf. C. Jullian, Histoire de la Gaule, 
t. II, p. 131. 

(4) Voir ci-dessus, p. 112. 



LA RELIGION 317 

I ien des dii Casses dont le nom est comparable au premier 
terme des noms gaulois : Cassi-gnaius, Cassi-mara, Cassi- 
taliis, Cassi-vellaimiis et auxquels ont été faites des dédi- 
caces sur les bords du Rhin (Y). 

On pourra^it accroître de beaucoup la liste des divinités 
gallo-romaines en relevant tous les noms qui ne sont pas 
précédés de deiis ou de dea, mais qui sont suivis d'une 
formule dédicatoire, par exemple Veriugodum?ius uni à la 
Victoire d'Auguste et à Apollon dans une inscription votive 
de Saint-Acheul-lez-Amiens. 

Dans les inscriptions gauloises, on peut trouver des 
noms de divinités : Brigindo, cf. la déesse Brigantia ; An- 
valonnacos, cf. le dieu Anvalos ; Alisanos que Ion trouve 
aussi dans une inscription latine (2); Ucuetis, cf. le dieu 
Uciieiis ; Taranous, cf. le dieu Tarants ; Bélésamis, cf. 
Minen>8e Belisamœ. 

Les inscriptions les plus intéressantes sont celles qui 
sont jointes à des monuments figurés; mais ces monu- 
ments ne sont pas antérieurs à l'époque romaine. Les plus 
curieux sont les deux autels trouvés à Paris en 1710, et 
conservés au musée de Cluny. Une face du premier autel 
représente un bûcheron abattant un arbre et porte le nom 
d'Esus. Une autre face est ornée d'un taureau sur lequel 
sont perchés trois oiseaux ressemblant à des grues, deux 
sur le dos, un sur la tète du taureau : le fond du bas-rehef 
est constitué par des feuillages ; l'inscription porte : tarvos 
TRiGARANcs (.3,1, qui s'cxpliquc facilement par l'irlandais 

(1) H. d'Arbois de .Jutîainville, Les noms gaulois chez 
César, p. 187 et suiv. 

(2) MoRiLLOT, Deux inscriptions d'Alésia, Dijon, 1909, 

(3) S. Reinach, Cultes, t. i, p. 2.33-246. 



3i0 MONUMENTS FIGURES 

tarbJi, le bretoD tarv « taureau » ; l'irlandais et le breton 
tri «trois » ; le breton et gallois garan « grue », et signifie 
le « Taureau aux trois grues (i) ». Sur les deux autres 
faces sont figurés Jupiter (lovis) et Volcanus, deux dieux 
spécialement honorés par les Celtes (2). Une face du second 
autel représente un dieu à tète humaine ornée de deux 
cornes dans chacune desquelles est passé un torques ; le 
nom gravé au-dessus de la sculpture est Cerntjnnos. Sur 
une autre face est figuré un homme barbu armé d'une 
massue dont il menace un serpent. On y lit le nom gaulois 
Smer^tull^os (3). Les autres faces portent les Dioscures, 
Castor, Pollux, avec leurs chevaux (4). 

On a rapproché les diverses figures de ce monument des 
représentations analogues. L'autel de Reims nous offre un 
dieu assis, les jambes croisées, pressant de la main droite 
un sac d'où s'échappent des graines que mangent un cerf 
et un taureau figurés à la partie inférieure du bas-relief ; ce 
dieu a sur la tête des bois de cerf (5) ; à sa droite est un 

(1) M. J. Vendryès, Revue celtique, t. xxviii, p. 123-127, 
rapproche le xpuY^pavoç que, d'après une comédie de Philé- 
mon, citée par Athénée (xiii, 57, p. 590A), les Athéniens vou- 
laient envoyer à Seleucus. 

(2) Voir ci-dessus, p. 300-301. D'après César (vi, 21) Vulcain 
est un dieu des Germains. 

(3) II. d'Arbois de Jubai.nville, Revue archéologique, 
l. XXXVI (1900), p. 66-74. Revue celtique, t. xx, p. 369. On trouve 
des reproductions de ces autels dans la Revue celtique, t. xviii, 
p. 254. (Cf. Corpus inscriptionum latinarum, t. xiii, n° 3026) ; 
et chez Espérandieu, Recueil général, n° 3133. 

(4) Cf. plus haut, p. 301, le texte de Diodore (iv, 56) sur le 
culte des Dioscures chez les Celtes, et dans une inscription de 
Seyssel (Ain) : Deo Vintio Polluci. On trouvera dci repré- 
sentations de Castor et Pollux, chez Espérandieu, l'ecueil 
zcnérnl, n*» 16, 169, 340, 2351, 2751. C. Juli.tan, Histoire de 
la Gaule, t. ii, p. 125, n. 4. 

(5) Sur les dieux cornus, cf. S. Reixach, Répertoire de la sta- 



LA RELIGION 319 

Apollon : à gauche un INIercure. L'autel de Vendœuvres 
(Indre) représente un dieu à ramure de cerf, à attUude 
bouddhique; il presse une outre entre ses mains ; à sa droite 
et à sa gauche sont deux personnages qui lui saisissent les 
cornes et ont les pieds sur des dragons et dont l'un tient à 
la main un collier. Sur un des côtés de l'autel est figuré un 
Apollon tenant la lyre (1). Le groupe de Saintes représente 
sur l'une de ses faces un dieu cornu, assis, les jambes 
croisées, sur un siège que décorent ou supportent deux 
tètes de taureaux ; il tient d'une main une bourse, de 
l'autre un objet indéterminé. A sa droite une femme 
drapée, à sa gauche un homme nu, tenant l'un et l'autre de 
la main gauche un objet rond (vase ou fruit) ; l'homme 
appuie sa main droite sur une massue (2). Ce dieu à carac- 
tère semi-humain semi-bestial se retrouve avec le dieu à 
la roue et le sanglier sur le chaudron de Gundestrup où il 
porte deux torques, l'un au cou et l'autre à la main. On 
peut lui comparer : la déesse cornue qu'on peut considérer 
comme son doublet féminin (3), peut-être assimilée à la 
Terre-Mère ; les dieux à cornes de ruminants (4) ; le dragon 
à tête de bélier qui orne des autels tricéphales, la face laté- 
rale de la niche d'un Hermès, le chaudron de Gundes- 
trup {i)), et qui est figuré sur les genoux d'un dieu barbu ; 

luaire grecque et romaine, t. ii, p. 24-25 (fig.). Bronzes figurés de 
la Gaule romaine, p. 193-195, pi. 211. Cf. Gassies, Revue des 
études anciennes, t. vu (1905), p. 372 (fig.). 

(1) A. Bertrand, Revue archéologique, t. xliii (1882), p. 321- 
323, pi. IX. 

(2) Voir EspÉRANDiEu, Recueil général, n^ 1319, 

(3) G. Gassies, Revue des études anciennes, t. viii, p. 55 '. 
t.. l'x, p. 184 (fig.), 364. Sur le culte de Dêmêtêr en Gaule, voir 
Strabon, IV, 4, 6. 

(4) Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n° 3015. 

(5) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 315-317, 368, 



320 



MONUMENTS FIGURES 



le géant anguiiiède foulé aux pieds du cheval par un cavalier 
porteur d'une roue 1 1 ; l'homme tenant une grande corne 
d'abondance remplie de fruits, aux pieds duquel est figurée 
une tète de cerf dont la bouche laisse échapper un flot d'ob- 
jets ronds qui se répandent dans une caisse (bas-relief de 
Differdauge) (2) ; et peut-être dans l'histoire mythique de 
l'Irlande, les Fomoré, antagonistes des Tuatha De Danann 
et peuple envahisseur, qui portent lepithète de gobor- 
chind « à tète de chèvre » et les génies à visage de bouc 
(bocc ai/iich) (3). 

La ressemblance que certaines représentations du Mer- 
cure gallo-romain ont avec le tricéphale du Musée Carna- 
valet indique que le dieu cornu a été assimilé à Mer- 
cure (4). 

L'autel de Trêves représente un bûcheron abattant un 
arbre. Sur les branches de cet arbre sont perchées trois 
grues et on aperc^oit daus le feuillage une tête de taureau. 
C'est évidemment une reproduction abrégée du mythe re- 

planchc xxx ; S. Reinacii, Bronzes figurés de la Gaule romaine, 
p. 195-198 ; Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1899, 
p. 'i55. Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n°^ 2067, 2072, 1572. 

(1) A. Prost, Revue archéologique, t. xxxvii (1879), p. 2-20 ; 
65-83 ; F. Voulût, Revue archéologique, t. xl (1880), p. 112-116, 
291-298 ; t. xli (1881), p. 104-112 ; G. Gassies, Revue des 
éludes anciennes, t. iv, p. 287-297. 

On trouvera des représentations du cavalier et de l'anguipède 
chez EsrÉRANDiEu, Recueil général, 2293, 3036, 3037,3039, 3207^ 
de l'anguipède luttant avec Jupiter (?), 2856 (t. iv, p. 56), 3166* 
M. Albert Fuchs regarde l'anguipède comme le talisman pro- 
tecteur des maisons et des cours de maisons (Re\'ue des éludes 
anciennes, t. xv (1913), p. 83. 

(2) G. Welter, Rei'ue archéologique, t. xvii (1911), p. 63-66. 

(3) H. d'Arbois de Jubatnville, Cours de littérature cel- 
tique, t. II, p. 95 ; Revue archéologique, t. xi (1908), p. 4-7. 

(4| S. Reinacii, Rerue de l'histoire des religions, t. lvi, p. 60 ; 
Esperandieu, Recueil général, n" 3143. 



LA RELIGION 321 

présenté sur deux faces de l'autel de Paris. M. S. Reinach 
a comparé les deux autels et démontré que Tarvos Triga- 
ranus et Esus appartenaient à la môme scène (1). L'inter- 
prétation de cette scène présente de grandes difficultés. 
H. d'Arbois de Jubainville (2) a eu l'ingénieuse idée d'en 
chercher la survivance dans deux épisodes de la principale 
épopée du cycle d'Ulster, l'Enlèvement des vaches de 
Cualngé. Dans l'un de ces épisodes, Gûchulainn, le cham- 
pion d'Ulster, abat des arbres pour retarder la marche de 
l'armée ennemie. Dans un autre épisode, la fée Morrigu, 
soQS la forme d'un oiseau, conseille la fuite au taureau 
Donn.Il y aurait là la mise en action d'une ancienne tradi- 
tion celtique dont l'écho serait venu jusqu'en Irlande. Le 
nom d'homme gaulois Donno-taurus qui semble bien 
signifier « taureau Donn » serait encore une preuve de la 
communauté des légendes entre les Gaulois et les Irlan- 
dais. Mais la légende irlandaise ne saurait nous renseigner 
sur la signification primitive du mythe du bûcheron et du 
taureau aux trois grues. 

Sur un des autels de Sarrebourg, étudiés par M. Salo- 
mon Reinach (3), est figuré un personnage debout, vêtu 
d'une tunique, tenant de la main gauche un maillet à 
longue hampe et de la main droite un vase. A sa droite est 
une femme de même grandeur, complètement drapée, 
tenant de la main gauche levée une longue hampe sur- 
montée d'une espèce d'édicule et abaissant la main droite, 



(1) Revue celtique, t. xviii, p. 253-266 (avec figures. Cf.) 
ti XXVIII, p. 41-42 (pi.) ; Revue de l'histoire des religions, t. lvi 
(1907), p. 71-79. Cf. JwLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 147. 

(2) Revue celtique, t. xix, p. 245-250. 

(3) Revue celtique, t. xvii, p. 45 et suiv. Cultes, t. i, p. 217-232, 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique, 21 



322 MONUMENTS FIGURES 

qui tient une patère, vers un autel. Une inscription placée 
au-dessus du bas-relief nous apprend que le dieu s'appelle 
Sucellos et sa parèdre Nantosuelta. Si le second nom est 
assez obscur, quoiqu'on puisse rapprocher Nanio - de 
l'Irlandais 'Nêl, guerrier de l'épopée irlandaise, Sucellos 
est évidemment celtique ; le premier terme se retrouve 
dans les noms gaulois Sii-carus, Su-essiones, et le sens du 
mot semble être « qui frappe bien » ou « qui a un bon 
marteau » (1). 

Sur un second autel est figuré une femme ailée tenant de 
la main droite la hampe surmontée de l'édicule et de la 
main gauche abaissée, une cassolette à encens (2). 

Le dieu au maillet est une divinité dont l'on a trouvé 
d'autres représentations (3), en pierre ou en bronze, qui le 
plus souvent ne diffère guère du Sucellos de Sarrebourg. 
La plus singulière représente un dieu barbu revêtu d'une 
peau de lion, s'appuyant de la main gauche sur une hampe 
et tenant de la main droite un vase ; derrière lui se dresse 
au-dessus de sa tête un énorme maillet dans lequel sont 
fiches cinq maillets plus petits rangés en demi-cercle. 
M. de Barthélémy pense que ce dieu est le Dispater légen- 
daire des Gaulois (4). 

(2) V. Henry, Revue celtique, t. xvii, p. 66. Dans une ins- 
cription de Mayence [C. I. L., xii, 6730, Sucsslo semble être une 
épithùtc de Jupiter. 

(2) Voir le détail des figures dans la Revue des études anciennes, 
t. VII, p. 240-247. 

(3) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romain, 
t. II, p. 21-24 ; 780 ; Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 137- 
185 (fig.) ; Revue celtique, t. xxii, p. 159-164 ; Cultes, t. i, 
p. 264-271 ; Revue archéologique, t. iv (1884), pi. vin ; Ed. 
Flouest et H. Gaidoz, Revue archéologique t. xv (1890), 
p. 153-17G (fig.). 

(4) Revue celtique, t. i, p. 1-8 ; cf. t. xxii, p. 159-164, Cette 



LA RELIGION 323 

Quant au dieu figuré aveu une roue sur l'épaule, à la 
main ou à ses pieds (1), M. H. Gaidoz le regarde comme le 
dieu gaulois du Soleil ; mais une statuette trouvée à Lan- 
douzy- la-Ville semble l'identifier à Jupiter (2). Il nous est 
impossible de savoir si cette divinité portait un nom cel- 
tique ou non. 

L'origine celtique ne peut pas non plus être démontrée 
pour les divinités tricéphales de Reims, de Dennevy, de 
Beaune, de Gondet, de Langres, de Paris (3), la singu- 

idée a été émise pour la première fois par Grivaud de la Vin- 
celle (1762-1819). A. Michaelis (Jahrbuch der Gesellschajl fur 
loUiringische Geschichte, t. vu (1895), p. 128-163) le rapproche de 
Silvain. Renel, Les religions de la Gaule, p. 253-256. Les plis 
du capuchon ont été pris pour une cravate. Dangibeaud, 
Revue des études anciennes, t. x (1908), p. 76-78. On trouvera 
des représentations du dieu avec le vase et le maillet chez 
EspÉRANDiEU, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule ro- 
maine, n03 436, 437 ; cf. 434, 435, 53, 276 ; n^^ 1733-1735, 1839, 
2028, 2034 ; 206G, 2348, 3441 (à côté d'une femme tenant un 
vase de la main droite et une corne d'abondance de la main 
gauche) ; 2134, 2208, 2216, 2750 ; — du maillet, ibid., n°^ 284 
(Silvano), 440, 511 ; nos 1736, 2645, 2699, 3385, 3633 ; 1691 
(avec la roue) ; — du vase et du maillet, ibid., t. i, n° 497 
(Deo Silvano) ; 1736. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, 
p. 121, n. 3. 

(1) Cf. S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et ro- 
maine, t. II, p. 17 (fig.) ; Héron de Villefosse, Re^'ue archéo- 
logique, t. xLi (1881), p. 1-13 ; pi. I ; t. IV (1884), pi. i ; C. de 
Mensignac, Revue des études anciennes, t. vu, p. 156-157 (fig.). 
On trouvera des représentations du dieu à la roue chez Espé- 
RANDiEu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 
nos 299, 303 ; de la roue ,ibid., nos 421, 428, 430, 517, 524 (Jovi 
et Augusto), 2650 (Jovi), 2681 (Jovi), 3048 (Augusto deo Jovi). 
Cf. la divination par la roue chez les druides irlandais. Joyce, 
A social history of ancient Ireland, t. i, p. 231. 

(2) S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, 
t. II, p. 17 ; 

(3) Voir EspÉRANDiEu, Recueil général, n°^ 2083 (trois divi- 
nités), 2131 (trois divinités), 2668 (deux faces barbues, une 
imberbe), 3137 (t. iv, p. 220), 3287 (trois faces barbues, uae 
surmontée de cornes en spirales ; cf. 1316. 



324 MONUMENTS FIGURES 

lière statuette d'Aulua (représentant un personnage barbu 
et cornu, les jambes croisées sur un coussin, portant entre 
ses genoux deux serpents à tête de bélier et un torques (1), 
et les statuettes analogues. Est-ce un dieu celtique qui est 
figuré sur la stèle de laraire de Vignory (Haute- Marne) (2)? 

Certaines monnaies gauloises portent des monstres di- 
vers : gnomes, chevaux à tête humaine ou à tête d'oiseau, 
oiseaux à figure de femmes, hommes à queue de serpent, 
qui peuvent être des divinités secondaires des Celtes (3). 

Le menhir sculpté de Kernuz (Finistère) porte sur ses 
quatre faces des figures en relief, de 1",30 de haut. L'une 
représenterait Mercure accompagné d'un enfant, une autre 
Hercule, une troisième Mars, et la quatrième Sucellos et 
Nantosuelta(4). D'après H. d'Arbois de Jnbainville, le Mer- 
cure, tenant un caducée et accompagné d'un enfant, ne se- 
rait autre que l'Irlandais Lug avec son fils Setanta sur- 
nommé Cûchulainn (5). 

Un monument qui, par certains côtés, se rapproche du 
Mercure de Kernuz, avait été découvert à Melun en 1812 et 
détruit depuis. Il représentait un personnage nu, avec des 

(1) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 316, 317, 318 et 
planches xxvii, xxviii ; S. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule 
romaine, p. 185-193 ; Revue de l'histoire des religions, t. lvi, 
p. 00-71. L'étude des tricéphales a été faite par M. S. Reinach, 
Cultes, mythes et religions, 2^ éd., t. m, p. 160-185 ; Renel, les 
religions de la Gaule, p. 264, 268-269. Cf. une monnaie des Rémi 
chez Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 152 ; Espé- 
randieu, Recueil, n° 1316. 

(2) E. Flouest, Deux stèles de laraire, Revue archéologique, 
t. IV (1884), p. 285-298, pi. vu. 

(3) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 142-143. 

(4) P. DU Ciiatellier, Revue archéologique, t. xxxvii (1879), 
p. 104-110, 129-135 (pi.) ; G. Guénin, Annales de Bretagne, 
t. XXV, p. 438. 

(5) Revue celtique, t. xxvii, p. 313-323 (pi.). 



LA RELIGION 3'25 

ailes aux chevilles, une bourse au côté et les débris d'un 
caducée près du bras. Derrière lui se trouvait un enfant 
vêtu d'une tunique sans manches, liée par une ceinture, et 
qui porte une chaussure fermée ; il supporte ou touche la 
bourse de Mercure. Entre ces deux personnages ou aper- 
çoit les vestiges d'une tête. Ce serait, d'après H. d'Arbois 
de Jubainville, celle d'un des trois fils de Necht que tua 
Setanta, alors âgé de sept ans (1). 

La déesse romaine Epona, figurée souvent sous la forme 
d'une femme assise sur un cheval et dont le culte était 
officiellement célébré en Cisalpine, est sans doute une divi- 
nité d'origine celtique (2) ; son nom semble dérivé du vieux 
celtique *epo- « cheval » ; cf. le mot gaulois epo-redias 
« conducteurs de chevaux » (3). 

On a reconstitué à Berne un groupe formé d'une déesse 
assise portant une patère et des fruits, d'une ourse et d'un 
arbre, portés sur un piédestal oîi on lit la dédicace : Deae 
Artioni (4) ; arlh est en gallois le nom de l'ours ; on peut 
comparer au nom de cette déesse ceux de la dea Andarta 
des Vocontii et du Mercurius Artuius de Beaucroissant 
(Isère). 

Un bas-relief trouvé près deHaguenau représente un per- 



(1) Revue celtique, t. xxviii, p. 223 (pi.). 

(2) Corpus inscriptionum latinarum, t. i, n^ 1 ; S. Reinacii, 
Epona, Revue archéologique, t. xxvi, 1895, p. 163-195, 309-335 ; 
t. XXXIII, p. 187-200 ; t. xxxv, p. 61-72 ; t. xl (1902), p. 231- 
238 ; Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, 
1899, p. 241-245 ; Keuxe dans la Realencyklopsedie de Wissowa ; 
Ch. Dangibeaud, Revue des études anciennes, t. vu, p. 234-238 ; 
EspÉRANDiEU, Pro Alcsia, t. ii, p. 257-258 (pi.) ; Jullian, His- 
toire de la Gaule, t. ii, p. 124, n. 4. 

(3) Ci-dessus, p. 66. 

(4) S. ReinacHj Revue celtique^ t. xxi, p. 288-289. 



326 MO>UME?(TS FIGURÉS 

sonnage tenant de la main gauche une lance et s'appuyant 
de la main droite sur la tête d'un taureau (1). La dédicace 
porte D. MEDRu. S'agit-il d'un dieu dont le nom serait appa- 
renté à celui de Mider, héros de la légende irlandaise ? 

Un autre bas-relief, découvert à Brumath, porte au- 
dessous d'un personnage barbu complètement nu, le mot 
Erumo. Est-ce, comme l'a pensé M. S. Reinach (2), un dieu 
celtique'? 

Nous avons quelques représentations des divinités des 
eaux : un fragment d'une statue de la déesse Sequana ; un 
buste d'une divinité appelée Sirona ou Dirona (par un d 
barré). 

Mais parmi toutes les nymphes des eaux auxquelles des 
ex-voto ont été offerts en Gaule : Acionna, Aventia, Gar- 
punda, Clutoida, Divona, Ura, Urnia, Vesunna, il en est 
peu dont les noms soient celtiques. Les cours d'eau divi- 
nisés Icaunis, Sequana, Matrona, portent des noms qui 
peuvent être antérieurs à l'occupation de la Gaule par les 
Celtes, et qui en tout cas ne s'expliquent pas facilement 
par les langues celtiques. 

Le Rhin, dont Virdomarusse vantait d'être issu (3), a-t- 
il été dénommé par les Celtes, et le culte dont il était 
l'objet a-t-il été inauguré ou continué par les Celtes ? Nous 
ne pouvons répondre à cette question. L'irlandais rian = 
*reno signifie « mer ». Nous avons vu que les Celtes pre- 
naient le Rhin comme arbitre de la fidélité de leurs 
femmes. 

Des Celtes, daprès ApoUonios de Rhodes, disaient que 

(1) Fr, Cumont, Rei>ue celtique, t. xxv, p. 47-50. 

(2) Rei>ue celtique, t. xvi, p. 369-373 ; Cultes, t. i, p. 247-252, 

(3) Properce, iv, 10, 41. 



LA RELIGION 327 

les eaux de l'Eridan étaient les larmes sans nombre qu'avait 
versées Apollon lorsque, chassé du ciel, il se dirigeait vers 
le peuple sacré des Hyperboréens (1). 

Les diisii, démons incubes auxquels croyait saint Au- 
gustin (2), étaient, d'après H. d'Arbois de Jubainville, des 
cours d'eau divinisés (Cf. Dhuys, nom de rivière) (3). Il y 
avait à Toulouse des lacs sacrés oii les habitants du pays 
jetaient des lingots d'or, des masses d'argent battu en forme 
de meules (4). 

Faut-il regarder comme celtiques les noms des divinités 
des montagnes : Vosegiis, dieu des Vosges ; Ardiiifina, 
déesse de la forêt des Ardennes, figurée en Diane ; Abnoba, 
déesse de la Forêt Noire, identifiée à Diane ? 

Quelques noms de dieux et de déesses sont identiques à 
des noms de villes et peuvent désigner des villes divinisées 
ou des divinités éponymes de villes ou de peuples; par 
exemple, Bibracte, la métropole des Eduens (5). La dea 
Aventia est sans doute la protectrice d'Aventicum, et la 
dea Mogontia la déesse de Mogoniiacum. D'après H. d'Ar- 
bois de Jubainville (6), le nom de Lyon, Lugudunum (7), 
dont le second terme est le nom celtique bien connu dunos, 
en irlandais dûn « forteresse », aurait pour premier terme 



(1) Argonautiques, iv, 609-616. 

(2) De civitate Dei, xv, 23. Cf. Isidore, Origines, viii, 11, 103. 

(3) Cours de littérature celtique, t. vi, p. 165, 180-184. Cf. ci- 
dessus, p. 68. 

(4) Strabon, IV, 1, 13. Cf. Justin, xxxii, 3. 

(5) J. A. BuLLioT, Revue celtique, t. i, p. 306-319 ; Fouilles 
du Mont-Beuvray, t. ii, p. 205-228. 

(6) Revue celtique, t. vu, p. 396-400 ; t. viii, p. 169 ; t. x, 
p. 238. 

(7) Cf. Lugu-balia pour Lugu-valia chez Bède, Histoire ec- 
clésiastique, IV, 29 ; Luguvallum (Itin. Ant.) 



328 DIEUX LOCAUX 

le nom d'un dieu gaulois Lugus. 11 y au moins une coïnci- 
dence curieuse dans le fait que depuis Fan 10 av. J.-C, la 
fête d'Auguste se célébrait à Lyon le 1*' août et que le 
1" août est dénommé en vieil-irlandais Lug-nasad, c'est-à- 
dire « fête de Lug » (1). On aurait choisi pour célébrer la 
fête de l'empereur le jour où l'on fêtait jadis le dieu épo- 
nyme de la ville. On a trouvé dans deux inscriptions le 
nom de génies Lugoves (2), qui est le pluriel eu celtique de 
Lugus. Dans l'épopée irlandaise, Lug, le bon ouvrier ca- 
pable d'exécuter tout ouvrage qu'on lui confie, a gardé 
peut-être quelques traits de son ancêtre supposé Lugus, 
sans qu'il soit possible de restituer avec quelque précision 
la physionomie de celui-ci. 

Dexiva est la déesse des Dexivates qui habitaient les 
bords de laDurance; Tricoria (3), la déesse des Tricorii, 
peuple de la vallée du Drac. 

Le vent du nord-ouest, appelé Circius en Narbonnaise, 
était honoré par les habitants parce que, bien qu'il renver- 
sât leurs maisons, il contribuait à la salubrité du climat. 
Auguste, pendant son séjour en Gaule, lui dédia un 
temple (4). 

Les divinités celtiques sont souvent, dans les dédicaces, 
groupées deux à deux, un dieu et une déesse. Nous avons 

(1) Suétone, Claude, 2 ; Corpus inscriptlonum latinarum, 
t. I, n° 398 ; H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature 
celtique, t. vu, p. 305-317 ; Les Celtes depuis les temps les plus 
anciens, p. 39-45 ; Rhys, Hibbert lectures, p. 410 ; O. Hirsch- 
FELD, Westdeutsche Zeitschrift fiir Geschichte und Kunst, 1904, 

t, XXIII. 

(2) Revue celtique, t. vi, p. 488-487 ; Cf. Cours de littérature 
celtique, t. ii, p. 178. 

(3) Voir EspÉRANDiEU, Recueil général, n° 539. 

(4) Sénèque, Questions naturelles, v, 17, 5 ; cf. Aulu-Gelle, 
II, 22, 20. 



LA RELIGION 



329 



déjà cité Sucellos et Nantosuelta. On trouve de plus dans 
les inscriptions gallo-romaines : Mercure associé à Ros- 
merta (1), déesse dont le nom est certainement celtique, 
(cf. Smertorix) ;Borvo (var. Bormo), le dieu de Bourbonne- 
les-Bains, de Bourbon-Lancy et d'Aix-ies-Bains, associé à 
Damona ; Bormanus et Bormana, Albius et Damona, Luxo- 
vius et Brixia ; Apollon (2), associé à Sirona, la nymphe des 
eaux ; Mars Loucetios associé à Nemetona (dont le nom 
rappelle celui de Nemon, fée guerrière de l'épopée irlan- 
daise) et à Epona (3) ; Telo associé à Stannachez les Peiru- 
corii ; Mars Cicolluis associé à Litavis, laquelle dans une 
inscription est remplacée par Bellona (4). On trouve quel- 
quefois deux dieux associés dans la même formule : Di- 
vaiuioni, Dinomogeiimaro Martibus. 

Ce dualisme n'a rien de particulier aux Celtes. On le 
trouve souvent ailleurs. Le groupement des divinités en 
triades n'est pas non plus spécialement celtique, bien qu'il 
soit fréquent en Gaule (5). Nous avons parlé plus haut de 
l'autel de Reims, oii un dieu cornu figure avec Apollon et 
Mercure ; on peut citer encore l'autel de Beaune et l'autel 
de Dennevy ; dans chacun de ces autels figurent trois per- 
sonnages dont un tricéphale. La tête du personnage princi- 
pal manque dans l'autel de Saintes (6). Le dieu tricéphale 

(1) Revue celtique, t. xviij, p. 143, 256. 

(2) Cf. EuMÈNE, Panégyrique de Conslanlin, 21. 

(3) H. Gaidoz, Religion des Gaulois [Encyclopédie des sciences 
religieuses, t. v, p. 432). 

(4) Cf. Mars et Bellone des Scordisci. Ammien, xxvii, 4, 4, 

(5) On la trouve encore chez les Grecs, les Macédoniens, les 
Thraces, les Phrygiens, les Italiotes, les Germains, les Hindous 
et les Sémites. Usener, Rheinisches Muséum, t. lviii (1903), 
p. 24-34. 

(6) A, Bertrand, L'autel de Saintes et les triades gauloises^ 



330 SIGNES SYMBOLIQUES 

lui-même semble une représentation réduite de la triade. 
On a souvent remarqué que Tentâtes, Esus et Taranis, les 
trois divinités sanguinaires citées par Lucain, pouvaient 
constituer une triade. On peut encore citer le Taureau aux 
trois grues et le Taureau à trois cornes (1). La triade est, 
dans la littérature irlandaise (2) et surtout dans la littéra- 
ture des Bretons du Pays de Galles, un genre de composi- 
tion qui a eu un grand succès et qui a été appliqué au droit, 
à la littérature, à l'histoire (3) . Mais la plus ancienne triade 
galloise provient d'un manuscrit du xii* siècle et la plus an- 
cienne triade irlandaise provient d'un manuscrit du 
VIII® siècle. Saurons-nous jamais si quelque lien relie la 
triade religieuse des Gallo-Romains au genre littéraire si 
en honneur chez les Bretons d'Outre-Manche et les Gaëls ? 
En tout cas, la pièce du gallo-romain Ausone sur le nombre 
trois ne semble pas fondée sur des triades celtiques (4). 
Mais Diogène Laerce nous a conservé une maxime drui- 
dique sous forme de triade (o). 

Pour terminer ce qui a trait aux divinités celtiques et à 
leur représentation, il faut dire quelques mots de certains 
signes symboliques que l'on trouve sur divers monuments. 
On a depuis longtemps renoncé à voir dans les monuments 
mégalithiques (6) l'œuvre d'un peuple celtique et les cu- 

Revue archéologique, t. xxxix (1880), p. 337-347, pi. ix et x ; 
t. XL (1880), p. 1-18, pi. XI, XII, xii bis ; p. 70-84 (fig.) ; Gassies, 
Revue des études anciennes, t. ix, p. 364-368. 

(1) S. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule romaine, p. 282. 

(2) KuNO Meyer, The triads of Ireland (Todd lecture séries, 
xiii), Dublin, 1906. 

(3) Cf. J. LoTH, Annales de Bretagne, t. v, p. 500, 692. 

(4) Idylles, xi (xvi). 

(5) Voir ci-après, chap. vi. p. 374. 

(6) Sur ces monuments, voir C. Jullian, Histoire de la Gaule, U 



LA RELIGION 331 

pules creusées dans ces monuments et environnées d'un 
nombre plus ou moins grand de lignes circulaires (1) ne 
sauraient appartenir à notre sujet. Mais il est possible que 
les Celtes aient, comme d'autres peuples, anciennement 
attaché une idée religieuse au svastika ou croix gammée (2) 
ainsi appelée parce qu'elle constitue une croix dont les 
quatre branches égales sont recourbées à angle droit à leurs 
extrémités et qu'elle paraît formée de quatre gammas grecs 
mis bout à boni deux par deux et tournés en sens inverse 
les uns des autres ; ce signe est souvent associé à la 
roue ou rouelle formée d'un cercle et d'un nombre variable 
de rayons, que l'on trouve aussi employée seule sur des 
monuments et des monnaies (3). On a signalé la croix 
gammée sur diverses monnaies gauloises (4) ; et aussi sur 
des cippes sans inscriptions de la région pyrénéenne, et des 
stèles irlandaises du vu* siècle (5). On sait que la croix 
gammée s 3 trouve sur les vêtements de plusieurs person- 
nages représentés sur des peintures des catacombes, où 
elle semble bien n'avoir qu'une valeur ornementale. Dans 



t. II, p. 147-167 ; S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. m, 
p. 434-448 ; Déchelette, Manuel, t. i, p. 373-447. 

(1) A. DE MoRTiLLET, Revue de l'Ecole d'anthropologie de 
Paris, 1894, p. 273 ; G. de*Closmadeuc, Soc. d'anthr. de Paris, 
1893, A. Bertrand, Archéologie celtiqui' et gauloise, 2^ éd., 
p. 100-159. 

(2) Voir EspÉRANDiEu, Recueil général, n° 10, 1691. 

(3) Par exemple sur des autels conservés au musée de Nîmes, 
Renel, Les religions de la Gaule, p. 259 ; Déchelette, Manuel 
d'archéologie préhistorique, t. ii, 453-463, 885-892 ; Revue ar- 
chéologique, t. XIV (1909), p. 117. Voir ci-dessus, p. 323, note 
1, II. DE La Tour, Atlas, pi. v, n" 2173^ 

(4) E. HucHER, L'art gaulois, t. ii, p. 105, 106, 134. 

(5) A. Bertrand, La religion des Gaulois, pi. xiii ; Espé- 
RANDiEu, Recueil général, n°^ 863 (avec roue) ; 854 ; 861, 865 
(avec un arbre). 



332 AMULETTES 

de nombreuses enceintes gauloises, on a trouvé en abon- 
dance des rouelles, en or, en argent, en bronze, en plomb, 
qui servaient sans doute d'amulettes et étaient peut-être, 
comme l'a pensé M. H. Gaidoz, un symbole du culte du 
Soleil (1). Rien ne nous prouve expressément que les Celtes 
l'aient ainsi interprété. On trouve figuré sur quelques autels 
en pierre un maillet, seul ou avec un vase ; ce sont évidem- 
ment les attributs symboliques du dieu au maillet (2), Un 
ornement en forme d'S est fréquent chez les Belges et les 
Bretons (3). 

Il est possible que des symboles religieux et divers 
objets servant au culte soient représentés sur les monnaies 
gauloises (4). 

Il est difficile de déterminer quels étaient les objets qui 
servaient aux Celtes de fétiches et d'amulettes. Sans doute 
on peut mettre dans cette catégorie : les têtes coupées que 
les chefs gaulois conservaient précieusement (8) ; la rouelle, 
le signe en S, le svastika, la hache qui semblent être sou- 



(1) H. Gaidoz, Etudes sur la mythologie gauloise. Le dieu 
gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue, Revue archéologique, 
t. IV, 1884, p. 7-37, 136-149, t. v, 1885, p. 179-203 ; 364-371 ; 
t. VI, p. 16-27, 17-191, 319-320 (avec figures). Déchelette, 
Manuel d'archéologie préhistorique, t. ii, p. 413-417. D'après la 
Confessio de saint Patrice, éd. White, § 60, il semble que les 
Irlandais adoraient le Soleil. 

(2) Renel, Les religions de la Gaule, p. 254 note ; C. Jullian, 
Histoire de la Gaule, t. ii, p. 140, n. 6. Cf. le tau gallicum, ci- 
dessus, p. 80. 

(3) RoMiLLY Allen, Celtic art, p. 151-153 ; Espérandieu, 
Recueil général, n°^ 326, 1525, 3278 ; de la Tour, Atlas des 
monnaies gauloises, p. 302. 

(4) C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 347. 

(5) Voir ci-dessus, p. 147. Cf. Ad. Reinach, Revue de l'his- 
toire des religions, t. lxvii, p. 41-48;/îe^'ue celtique, t. xxxiv, p.284- 
286. 



LA RELIGION 333 

vent, à l'époque de Hallstatt et à l'époque de la Tène, des 
bijoux talismans destinés à protéger contre le mauvais sort 
et le mauvais œil. 

Ainsi donc, divinités à noms et à attributs romains, di- 
vinités gallo-romaines à noms celtiques, monstres entière- 
ment ou à demi animalisés, triade de Lucain, Ogmios de 
Lucien, symboles dont nous ne pouvons pénétrer que par 
conjecture la signification, voilà les éléments dont se com- 
pose le panthéon celtique. Si nous essayons de restituer la 
physionomie de ces divinités mystérieuses, il faut nous les 
figurer, non pas semblables aux mythiques habitants de 
l'Olympe grec dont chacun représente une idée distincte, 
force de la nature, ou conception de l'esprit, mais plutôt 
apparentés aux dieux rustiques et guerriers du Latium, 
dont les aspects sont multiples et les pouvoirs variés. A 
l'époque des grandes invasions, les dieux des diverses 
tribus gauloises étaient sans doute presque exclusivement 
des dieux guerriers. Lorsque les Celtes s'établirent à de- 
meure dans les pays qu'ils avaient conquis, ces mêmes 
dieux eurent à protéger les villes fortes et les maisons de 
culture répandues sur le territoire, à distribuer la pluie et 
le soleil aux champs fertiles, ainsi qu'aux forêts immenses, 
et ténébreuses ; dans la Cisalpine et dans la province ro- 
maine, de bonne heure ils présidèrent aux transactions et 
aux échanges que faisaient les Gaulois avec les marchands 
romains et les négociants grecs de Marseille ; enfin, de 
temps à autre, leur vertu guerrière se réveillait lorsqu'il 
fallait défendre l'indépendance du pays, ou tenter de se- 
couer le joug des vainqueurs. Et l'on conçoit que les Ro- 
mains, étonnés de la multiplicité des attributs de ces divi 
nités complexes, ne surent s'ils devaient les appeler Mars 



334 B*TOJlTK)»5 

cm Mgxaatr •<» Japiter,oa Apolkn, cm Mili e u e, rt essayè- 
leat de nttadier a> bohi dTna £ea on d'âne déesse dn pan- 
théon befléoiqaeeliQaaiaeiiagpea^cct^fféieDt des di- 
viaités eeifiqaei. 

n 

Les éenrains de F Antiquité s'aecordent à reooniiaitre la 
rdigioâté des Ganlois. An ténKMgnage bien omna de Cessa 
qn dit qve les Gaulois sont on peuple très adonné aux 
pratiqiies nli^evses (1 ), il fant ajonter ceox de Tîte-Lire (2 , 
de Denji d'Hafieaniaise ^3] et d'Arrien (4). L'Ednen 
Dofluiorlx, poor ne pas acc omp agner César en Grande- 
Brefs^ne, allégnait des sonpoks leligirax fo). Les rois 
des Tectosagea. ponrne pas se rendre an reodez-vons qnHa 
araicsit donné à Cn. Manlins, pr^eztent des moUts rell- 
fpeox (6), L«s Cadurcir rédirîts par César à la dernière ex- 
trémité, s'abandonnent an rainqneor, pensant que ce qni 
leur arrife est rena non des dessôns des hommes, mais de 
ht rotonlé des dienx fT). 

Coonne les Romains, les Celtes cherchent à connaître 
l'avenir par les entrailles des victimes ''8) ; ils ajoutent foi 
aox indications données par les songes (9). D'après Nicandre 



ft)( Guerre de Gaule, ri, 16, 1. La piété était, d'après Strabo» 
{ru, 3, Z), la camclérirtiqu* dea Thraco-Celtes. 
(2) Livrft V, cb- xxxxvi, 3. 
1"^ ' 'é-i romaines, tii, 70. 

f V • fi>xe, Z'*. 

\'ti •! j^rrf- de Gaule, V, 6. 
(G) Tn-e. Live, xxxviii, 25. 
(7^ Guerre de Gaule, tiii, 43, 5. 
(8) Ji;»Tf?», XXVI, 2 ; DiObORE, v, 31. 

(9)1 JUSTIJI, XLIH, 5. 



/ 



LA RELIGION 335 

de Colophon cité par Tertullien (1), les Celtes passaient la 
nuit auprès des tombeaux {busia) des hommes braves pour 
recueillir des oracles. Certains phénomènes physiques les 
pénétraient de crainte. En 218, les Galates alliés d'Altale 
effrayés par une éclipse de lune, refusèrent d'aller plus 
loin (2). A Delphes, les grondements du tonnerre les frap- 
paient d'épouvante (3). Les présages sinistres que les Bre- 
tons du l" siècle remarquaient étaient très variés : c'étaient 
des bruits à l'extérieur de la curie ; des hurlements dans le 
théâtre ; l'apparence d'une ville engloutie à l'estuaire de la 
Tamise ; l'Océan semblant ensanglanté ; des formes hu- 
maines laissées par le reflux sur le rivage (4). Seuls les 
Celtes de Brennos, à ce que raconte Pausauias, ne consul- 
taient pas les devins (5). 

Les Celtes étaient plus habiles que les autres peuples en 
science augurale (6) ; Déjotarus passait pour un augure re- 
marquable (7). La divination s'exerçait par divers oiseaux, 
le corbeau (8), l'aigle, même, chez les Bretons, par la 
course d'un quadrupède, le lièvre (9). Des oiseaux indiquent 
à des armées la direction qu'elles doivent suivre (10) ; averti 
par le vol d'un aigle, Déjotarus revient sur ses pas (11). 
D'après Artémidore (i'"'" siècle avant Jésus-Christ), dans un 
port sur la côte de l'Océan, il y avait deux corbeaux à l'aile 

(1) De l'âme, 57. 

(2) POLYBE, V, 78. 

(i) Pausanias, X, 23, 2. 

(4) Tacite, Annales, xiv, 32. 

(5) Pausanias, x, 21, 1. 

(6) Justin, xxiv, 4, 4. 

(7) CicÉRox, De divinatione, i, 15, 26-27. 

(8) Artémidore, chez Strabon, iv, 4, 6» 

(9) Dion Cassius, lxii, 6. 

(10) Justin, xxiv, 4, 3. 

(11) De divinatione, i, 15, 26. 



336 ANIMAUX SACRÉS 

droite blanchâtre ; les gens qui avaient entre eux quelque 
contestation mettaient sur une planche des gâteaux, cha- 
cun disposant les siens de manière à ce qu'on ne pût les 
confondre. Les corbeaux s'abattaient sur les gâteaux, man- 
geaient les uns, dispersaient les autres, et celle des deux 
parties dont les gâteaux avaient été dispersés l'empor- 
tait (1). 

Il reste encore, à l'époque la plus ancienne, des souve- 
nirs du culte que l'on rendait à certains animaux (2). Le 
corbeau, qui est le symbole de Lugiidiinum (Lyon), sur 
plusieurs monuments gallo-romains, avait, dit-on, donné 
son nom à cette ville (3). Chez les Bretons, l'oie, la poule et 
le lièvre sont tabous (4). Les Galates de Pessinunte ne 
mangent pas de porc (3). Nous avons cité plus haut les sur- 
noms de Mercurius : Mocciis «cochon «et Artaius i ours » 
(cf. la Dea Artio). Onsait que le cochon sauvage, le sanglier, 
était l'insigne guerrier des Celtes, et qu'il figure comme tel 
sur l'arc de triomphe d'Orange. D'après Tacite (6), les 
Aestii qui ont l'aspect et les mœurs des Suèves, mais dont 
la langue est assez proche du breton, portent comme talis- 
mans des figures de sangliers. Nenniusnous parle d'un ani- 
mal merveilleux, porciis iroit, poursuivi par le roi Arthur 



(1) Strabon, IV, 4, 6. 

(2) Voir S. Reinach, Revixe celtique, t. xxi, p. 269-306 ; 
Cultes, t. I, p. 30-78. 

(3) Allmeu et DissARD, Inscriptions antiques de Lyon, 1889, 
t. II, p. 148 et suiv. Voir ci-dessus, p. 74. 

(4) Guerre de Gaule, v, 12. 

(5) Pausamas, VII, 17, 10. M. S. Reînach pense que si Ver- 
cingétorix a renvoyé sa cavalerie d'Alésia. c'est parce que les 
Gaulois ne mangeaient pas de viande de cheval. Revue cel- 
tique, t. XXVI I, p. 1-15. 

^6) Germanie, 45. 



LA RELIGION 337 

dans une chasse fantastique (1) ; c'est le Uvrch trwijth du 
roman gallois intitulé Kulhwdi et Ohven (2) et ce porc ou 
ce sanglier fameux est sans doute dans la légende celtique 
un souvenir du temps où le porc était le symbole et le 
totem (3) d'une tribu gauloise. Sur les monnaies gauloises, 
les emblèmes que l'on trouve le plus fréquemment sont le 
cheval, le sanglier, l'aigle et le serpent ; on ne sait si le 
cheval androcéphale des monnaies de l'Ouest de la Gaule 
est un symbole religieux (4). Sur le fronton de l'autel de 
Reims est sculpté un rat. Le petit autel tricéphale trouvé 
dans la même ville est surmonté d'une tête de bélier. A la 
partie inférieure de l'autel de Sarrebourg est figuré un 
oiseau (o). Le dieu au maillet est quelquefois représenté avec 
un chien ou un loup (6), une fois avec un coq, une fois avec 
un serpent s'enroulant autour de la hampe du maillet, une 
autre fois avec deux oiseaux au-dessus de sa tête (7). Les 
carnassiers androphages ne sont pas rares dans l'art gallo- 



(1) MoMMSEN,- Chroiiica minora, t. m, p. 217, 1. 18. (Monu- 
menta Germanise historica, auctoritm antiquissimorum, t. xiii). 

(2) J. LoTH, Les Mabinogion, t. i, p. 252-281. Cf. Rhys, Cel- 
tic folklore, Oxford, 1901, p. 498-555. 

(3) Sur le tolémisme chez les Celtes, voir S. Reinach, Cultes, 
mythes et religions, t. i, p. i^O-78. 

(4) Revue numismatique, 1840, p. 247 ; 1903, p. 1. Sur la 
diffusion du sanglier-enseigne, cf. S. Reinach, Description rai- 
sonnée du musée de Saint-Germain, t. ii, p. 255-256, note. 
Revue celtique, t. xxii, p. 153-159 ; Blanchet, Traité des mon- 
naies gauloises, p. 164-168. 

(5) Pour les détails de cet autel, voir C. Jullian, Revue des 
études anciennes, t. vu, p. 246-247. 

(6) Cf. le loup androphage d'Oxford et d'Angoulême. S. Rei- 
nach, Revue celtique, t. xxv, p. 209 (fig.) ; G. Welter, Revue 
archéologique, t. xvii (1911), p. 55-61, en rapproche la louve 
d'Arlon. 

(7) Renel, Les religions de la Gaule, p. 255 note ; Jullian, 
Histoire de la Gaule, t. ii, p. 139. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 22 



338 ANIMAUX SACRÉS 

romain. Nous avons déjà parlé [du taureau aux trois 
grues (i), et des dieux à cornes de bélier et de cerf qui ne 
rappellent plus que par un détail le culte primitif des ani- 
maux sacrés (2). 

Le serpent cornu (3) s'enroule sur les bras d'un homme 
barbu qui tient ses bras levés, la paume de la main à lex- 
térieur, dans le bas-relief d'Arlon ; on le trouve à la main 
d'un des deux personnages de la slèle de Nancy, ainsi que 
sur les stèles de Vignory et de Xertigny (4). Il figure sur 
l'autel de ^lavilly, au milieu des douze grands dieux ro- 
mains ; à la gauche du Mercure de Néris et sur l'autel de 
Beauvais (5). 

Les animaux qui figurent, peut-être à titre d'emblèmes 
religieux, sur les monnaies gauloises sont ; le cheval, le 
chamois, le loup, le sanglier, l'aigle, le serpent, le renard, 
l'ours (G). 

Outre certains monuments figurés qui peuvent nous 
attester le culte des arbres (7), on peut regarder comme 



(1) Sur la diffusion de ce type, cf. S. Reinach, Description, 
p. 121 note. 

(2) Cf. H. d'Arboïs de Jubainvili-e, Les Celtes depjiis les 
temps les plus anciens, p. 47-50. Les druides et les dieux celtiques 
à forme d'animaux, Paris, 1906, p. 150-163. 

(3) Sur le serpent cornu, voir S. Reinach, Cultes, mythes et 
religions, t. ii, p. 63. 

(4) A. J. Reinach, Revue archéologique, t. xvii (1911), 
p. 221-256 (pi.) ; Revue des éludes anciennes, t. xiii, p. 348-349. 

(.-.) S. Reinach, Cultes, mythes et religions, t. i, p. 63, 75 ; 
t. II, p. 64, 191 ; t. III, p. 166 ; Windisch, Das keltische Brittan- 
nien, p. 83-84. 

(6) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 348. Le coq est 
rare et peut venir d'une imitation de monnaie étrangère. 

(;) Cf. Sexarbori Deo à Arbas. Corpus inscriptionum lati- 
nariim, t. xiii, n^ 132. Voir Espérandieu, Recueil général des 
has-reliefs de la Gaule romaine, t. i, n°^ 243, 32 (laurier avec 



LA RELIGION 339 

tels les deux faces de l'autel de Paris et l'autel de Trêves 
où sont figurés soit un arbre, soit des feuillages. Mais nous 
savons par Pline que le chêne rouvre est chez les Gaulois 
l'arbre des bois sacrés (1) et qu'on n'accomplit aucune céré- 
monie sans son feuillage. Maxime de Tyr (2) nous apprend 
qu'un chêne élevé est la représentation (â'YaXfxa) celtique de 
Zeus. Nous trouvons dans un passage de Pline que leselago 
était en Gaule un préservatif contre les accidents et que la 
fumée en était utile pour toutes les maladies d'yeux. On 
devait cueillir cette plante sans se servir de fer, avec la 
main droite passée par l'ouverture gauche de la tunique, 
comme pour un vol ; il fallait être couvert d'un vêtement 
blanc et avoir préalablement sacrifié avec du pain et du 
vin (3). Le gui, que Ton appelait d'un nom qui signifie re- 
mède universel, était un remède contre les poisons et 
donnait la fécondité à tout animal stérile. Le gui venant 
sur le rouvre est extrêmement rare ; aussi le regardait-on 
comme envoyé du ciel. La cueillette du gui, nous dit Pline, 
se fait le sixième jour de la lune. Après avoir préparé selon 
les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, on fait 
approcher des taureaux de couleur blanche dont les cornes 

deux oiseaux perchés dan? ses branches, dédicace : Deo Rudiano. 
On trouve aussi la dédicace : Fago Deo près des Pyrénées. 

(1) Cf. Deo Robori, Corpus inscriptionum latinarum, t. xiii, 
nO 1112. 

(2) Dissertations, viii, 8. Peut-être KeXxo'! dans ce passage 
signifie-t-il Germains. Sur le culte des arbres chez les Gaëls, 
voir H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes depuis les temps 
les plus anciens, p. 51-52. 

(3) Histoire naturelle, xxiv, 62, 103. On a identifié le selago 
soit au Lycopodium selago, soit au Sedum telephium. (L. Er- 
NAULT, Des idées et con?iaissances médicales chez les Celtes, Bulle- 
tin de la Société archéologique d' I Ile-et-Vilaine, t. xvi (1883), 
p. 121) ; soit à la rue des champs ou millepertuis. Béjottes, Le 
livre sacré d'Hermès Trismégiste, Bordeaux, 1911, p. 47. 



340 ENCEINTES SACREES 

sont attachées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu 
de blanc, monte sur l'arbre et coupe le gui avec une serpe 
d'or ; on le reçoit sur une saie blanche ; puis on immole 
les victimes en priant que le dieu rende le don, qu'il a fait, 
propice à ceux auxquels il l'accorde (1). A ces plantes à 
vertus merveilleuses il faut encore ajouter le Samolns, re- 
mède contre la maladie des bœufs et des porcs, dont la 
cueillette donne lieu à des procédés magiques : il faut que 
celui qui le cueille soit à jeun, l'arrache de la main gauche, 
ne le regarde pas et ne le mette pas ailleurs que dans 
l'auge oii on le broie (2). La verveine sert aux Gaulois pour 
tirer les sorts et prédire l'avenir (3). La divination par les 
morceaux de bois marqués que Tacite signale chez les 
Germains (4) était connue des Gaëls et des Bretons (5). Des 
pratiques superstitieuses identiques ou an;dogues sont en- 
core en usage daos certaines de nos campagnes. 

Les b lis sacrés des Gaulois dont, au temps de Pliue, le 
chêne rouvre était le principal élément, sont mentionnés 
par les auteurs de l'Antiquité (6). Les Galates d'Asie Mi- 
neure avaient un conseil composé des douze tétrarques qui 
se réunissait, pour juger les affaires de meurtre, dans un en- 
droit appelé Apj-vÉjiî-ov ; or, le second terme de ce mot si- 

(1) Histoire luiturelle, xvi, 95, 249 ; xxiv, 62, 103. Cf. H. Gai- 
Doz, Revue de l'histoire des religions, t. ii, p. 68-82. 

(2) Pline, xxiv, 63, 104. On l'identifie soit au Samolns Va- 
lerandi, soit à V Anémone piilsatilla , soit à la ^'eronica beccabunga, 
soit à la Barharea vulgaris (L. Ernault, Bulletin de la Société 
archéologique d' Ille-ct-V Haine, t. xvi, p. 121), soit au millepertuis 
androsseme (Béjottes, Le livre sacré d'Hermès Trismégiste, p. 48). 

(3) Pline, xxv, 59, 106. Cf. Servius, Enéide, m, 57. 

(4) Germanie, 10. 

(5) J. LoTH, Revue celtique, t. xvi, p. 313-314. Cf. Annales de 
Bretagne, t. xx, p. 350. 

(6) PoMPONius Mêla, m, 2, 17 ; Lucain, m, 399-425. 



LA RELIGION 341 

gnifie en celtique bois sacré (1). Ces bois sacrés tenaient-ils 
lieu de temples aux Gaulois transalpins ? On serait tenté 
de le croire, car César ne parle que de l'endroit consacré, 
loco consecrato, oii,surle territoire des Carnutes, les druides 
s'assembilaient cha jue année à époque fixe pour rendre la 
justice (2). Le bois sacré situé près de Marseille et décrit 
par Lucain contenait les autels servant aux sacrifices hu- 
mains (3). Il n'y a rien à conclure pour l'époque gauloise 
de l'existence de nombreux temples en Gaule au temps des 
Gallo-Romains (4). Tout au plus, peut-on remarquer qu'un 
grand nombre de ces temples sont consacrés à Mercure, 
quelques-uns à Apollon, à Jupiter et à Mars (5), et qu'il y 
a là une confirmation du texte de César : Deum maximum 
Mercurium colunt. Tite Live nous rapporte qu'en 216 avant 
J.-C. les dépouilles et la tête du consul désigné Posturaius 
furent portées par les Boii de Cisalpine dans le temple 
(templum) le plus respecté de leur nation (6). Il y avait 
chez les Insubres un temple (Upôv) d'Athènâ (7). Les Bre- 
tons de Boudicca ont des lieux consacrés (lecâ) ; ils offrent 
des sacrifices humains dans le bois sacré (àXiro;) de la déesse 
Adrastê (8). En 61 avant J.-C, Suetonius Paulinus fait 
couper les bois de Mona consacrés à de sauvages supersti- 
tions (9). Les mots vaôc, aedes ne sont pas employés chez 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature ceU 
tique, t. I, p. 114. Voir ci-dessus, p. 81. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 13 ; cf. 17, 

(3) Pharsale, ni, 404. 

(4) Renel, Les religions de la Gaule, p. 349-350. 

(5) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 323-325, 328, 
331. 

(6) Tite Live, xxiii, 24. 

(7) POLYBE, II, 32. 

(8) Xiphilin, abrégé de Dion Cassius, lxii, 7, 

(9) Tacite, Annales, xiv, 30, 



342 STATUES 

les écrivains grecs ou latins pour désigner les temples des 
Celtes (1). Nous n'avons aucune description des autels gau- 
lois pour lesquels les Latins emploient les mots arae (2), 
altaria (3), 

Les temples étaient-ils ornés, comme chez les Romains, 
de statues de dieux auquels ou rendait un culte ? Sur ce 
point, les témoignages des anciens sont contradictoires. 
Les Galates, au dire de Strabon, avaient à Tavium une 
statue colossale de Zeus en airain et une enceinte sacrée 
(t£[jievo;) qui servait de lieu d'asile (4). Zénodore avait fait 
pour la cité gauloise des Arvernes, en dix ans, au prix de 
400.000 sesterces, une statue colossale de Mercure qui sur- 
passait par ses dimensions toutes les statues du temps de 
Pline (o). D'autre part, Diodore nous rapporte que Brennos 
étant entré dans un temple grec n'y vit aucune offrande 
d'or ou d'argent, mais seulement des statues, et rit beau- 
coup de ce que les Grecs, croyant à des dieux antliropo- 
morphes, les eussent représentés en bois et en pierre (6). 
Les mots employés pour désigner des représentations des 
divinités sont souvent très vagues. Lucain décrit dans le 
bois sacré situé près de Marseille des troncs d'arbre gros- 
sièrement sculptés pour représenter les dieux : simulacra 



(1) Outre locus consecratus, on trouve hpôv (Diodore, v, 
27 ; Strabon, iv, 4, 5 ; Plutarque, César, 26 ; Dion Cassius, 
Lxii, 7 ; xxvii, 90) ; templum (ïite Live, xxiii, 24, 11 ; Sué- 
tone, César, 54) ; xâjjiEvo; (Strabon, xii, 5, 2 ; Diodore, v, 27, 
4) ; (TTjxôî (Strabon, iv, 1, 13) ; fanitm (Suétone, César, 54). 

(2) CicÉRON, Pour Fonteius, x, 21 ; Lucain, i, 446 ; m, 404 ; 
Tacite, Annales, xiv, 20. 

(3) Lucain, m, 404 ; Mêla, m, 2. 

(4) Strabon, xii, 5, 2. 

(5) Pline, Histoire naturelle, xxxiv, 18, 45. 

(6) Bibliothèque, xxii, 9. 4, 



LA HELIGION 



343 



mspsta deorum (1). Enfin César nous fait connaître qu'il y 
a en -Gaule d'assez nombreuses représentations de Mercure : 
cuj'us surit plura simulacra (t) . Comme Tont fait remarquer 
Fustel de Coulanges (3) et M. Salomon Reinach, il n'est 
pas sûr que sùnulacra signifie statues : simulacra a le 
sens vague d'image, d'indication symbolique. S'il y avait 
eu des statues de dieux gaulois avant la conquête romaine, 
il serait inadmissible qu'on n'en eût pas découvert quel- 
ques-unes à Bibracte ou à Alésia. Or, on n'a point trouvé 
en Gaule de représentations figurées appartenant à la pé- 
riode qui s'étend entre l'époque du renne et l'époque ro- 
maine. Les simulacra de César étaient-ils, comme le sug- 
gère M. S. Reinach, les accumulations de pierres, menhirs, 
galgals que l'on a trouvés sur tous les points du territoire 
de l'ancienne Gaule (4)'^ Gela est possible, sans qu'on puisse 
le démontrer. Dans la Vie de saint Samson, écrite au com- 
mencement du vu* siècle, il est question d'une pierre levée, 
simulacnun qbominahile (5), sur laquelle le saint grava le 
signe de la croix et qui était placée sur une montagne dans le 
pagus Tricorius en Domnonée insulaire. Dans l'ancienne 
Irlande, on trouve des traces nombreuses du culte des 
pierres. Une pierre nommée Cer?nand Cestach portait les 
traces des attaches qui servaient à y fixer, au temps du 



(1) Pharsale, m, 412. Valerius Flaccus, vi, 91. Cf. S. Rei- 
nach, Rei'ue celtique, t. xiii, p. 191-192. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 17. 

(3) Rc'ue celtique, t. iv, p. 49, note 4. 

(4) Revue celtique, t. xi, p. 224. Cf. t. xxvii, p. 313 ; Revue 
archéologique, t. xxi (1893), p. 195-226, 329-367. 

(5) Mabillon, Acta sanclorum ordinis S. Benedicli, Lutetiaj, 
1668, t. I, p. 177-178. Cf. Revue celtique, t. xxvii, p. 314. 



344 



STATUES 



paganisme, des ornements d'or et d'argent (1). Une pierre 
servant de limite aux terres s'appelle lia adrada (2) 
« pierre d"adoration » ; la pierre parlante, clocli labhrais, 
donnait des réponses comme la lech lavar des Gallois ; 
la pierre du roi, lia fail, rugissait quand un roi de la 
vraie race milésienne s'asseyait dessus (3). 

A l'époque gallo-romaine, les identiîications de divinités 
gréco-romaines avec les divinités celtiques peuvent tenir, 
pour une bonne part, à ce qu'on acceptait comme re- 
présentation d'une divinité celtique un des types de statues 
romaines que l'on trouvait le plus facilement dans le 
commerce. 

Il n'y a évidemment aucune conclusion à tirer, pour 
l'époque ancienne, des statues et des statuettes que l'on a 
*de l'époque gallo-romaine. Il faut remarquer, toutefois, que 
les statues et les statuettes en bronze sont en général 
rares, à l'exception cependant de celles qui représentent 
Mercure ; il y a au Musée de Saint-Germain trente et une 
de ces statuettes de Mercure, quarante et une à Lyon (4). 

Peut-être est-il permis de chercher dans les statues 
gallo-romaines les caractères d'originalité qu'elles pré- 
sentent et que l'on peut imputer à l'art celtique. L'Apollon 

(1) Félire Oenguso, éd. Wh. Stokes, Dublin, 1880, p. 186, 187, 
378. Revue celtique, t. xxvii, p. 316. 

(2) Ancient laws of Ireland, London, 1865, t. iv, p. 142, 1. 16. 

(3) Joyce, A social history of ancient Ireland, t. i, p. 277-280. 
Le culte des pierres, des arbres ou des fontaines est condamné 
en Gaule par divers canons et capitulaires ; Bruns, Canones 
apostolorum et conciliorum sœculorum iv, v, vi, vu, 2^ partie, 
p. 133 ; Maasen, Concilia sei^i merovingici, p. 133 ; Boretius, 
Capitularia regum Fraiicorum, t. i, p. 59. Cf. S. Reinach, Rei'ue 
archéologique, ^t. xxi (1893), p. 333. 

(4) A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 323. Voir Renel, 
Les religions de la Gaule, p. 304-307. 



« 



LA RELIGION 345 

en bronze de Vaupoisson (au musée de Troyes) offre 
quelques traces d'hiératisme dans son attitude et sa phy- 
sionomie. Le dieu de Lezoux (au musée de Saint-Germain) 
a, comme le Mercure romain, des ailerons, un pétase, un 
caducée; il est, de même, accompagné d'un bélier et d'un 
coq, mais au lieu du jeune homme imberbe, élégant et 
souple qu'ont conçu les artistes grecs et romains, c'est un 
vieillard barbu, rébarbatif et d'une raideur hiératique que 
les Arvernes ont (vers oO avant J.-G.) consacré à Mercure 
et à Auguste. Le dieu au maillet de Beaune est inspiré du 
Sérapis de l'Egypte grecque, mais il est revêtu de la saie 
gauloise serrée à la taille par une ceinture (1 . 

Dans les temples et les enceintes sacrées, h toT; kpoTc xal 
T£[j.iv£a'.-<, les Celtes du nord entassent une grande quantité 
d'or qu'ils offrent aux dieux, et quoique tous les Celtes 
aiment l'argent, pas un d'eux n'ose y toucher (2). Les 
Arvernes avaient suspendu à un temple, Trpô; Upù), la 
petite épée que César avait laissée entre leurs mains et le 
conquérant des Gaules, qui la revit plus tard à cette place 
refusa de la reprendre, disant qu'il fallait respecter un 
objet consacré aux dieux (3). Les dépouilles des ennemis 
devaient pour une grande partie constituer les trésors des 
temples (4). 

Avant la bataille, les Gaulois consacrent à Mars les dé- 



(1) S. Reinach, Idées générales sw l'art de la Gaule [Revue 
archéologique, t. vi (1905), p. 310-312). On trouvera les statues 
et les bas-reliefs représentant les dieux, chez S. Reinach, 
Bronzes figurés de la Gaule romaine, et chez Espérandieu, Re- 
cueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine. 

(2) DioDORE, V, 27. Cf. Suétone, César, 54. 

(3) Plutarque, César, 26. 

(4) Cf. JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. iv, p. 281. 



34<) PRIÈRES 

pouilles des ennemis ; après la victoire, ils immolent les 
êtres animés qu'ils ont pris ; le reste est rassemblé en un 
seul endroit ; et dans beaucoup de cités on peut voir dans 
les lieux consacrés des monceaux de butin pris à la 
guerre (1). Pendant la guerre de 218, un Gaulois avait 
voué sa chevelure à Mars (2). Catumandus avait offert à 
Minerve un collier d'or (3). Les Insubres avaient voué un 
collier à Mars (4). Les Tectosages avaient rassemblée Tou- 
louse, dans les enceintes et les lacs sacrés, des lingots d'or 
et d'argent pour une valeur d'environ la. 000 talents 
(88.350.000 francs). D'après Trogue Pompée, un lac de 
Toulouse contenait un million de livres d'argent et cinq 
millions de livres d'or. Orose dit seulement cent mille 
livres d'or (o). 

Le culte comportait des prières, peut-être des danses, des 
libations et des sacrifices. La reine bretonne Boudicca (6) 
invoque Adrastê en levant une main vers le ciel. Les 
druides de l'île de Mona (7; prient en levant les bras au 
ciel et en lançant contre les ennemis d'affreuses impréca- 
tions, sans doute même des incantations. Chez ks Galates 
d'Orient, d'après Eudoxe (m* siècle avant Jésus-Christ) 
quand les sauterelles envahissaient le pays, on faisait cer- 



(1) Guerre de Gaule, vi, 17. Cf. Tite-Live, v, 39, 1 ; Diodore, 
\, 32, 6. Pour le sens de animalia, cf. Tacite, Annales, xiii, 57. 

(2) SiLius Italicus, IV, 200-201. 

(3) JUSTIIS', XLIII, 5. 

(4) Florus, II, 4. 

(5) Poscidônios chez Straiîon, iv, 1, 13 ; Justin, xxxii, 3, 
10 ; G. Bloch, Revue des études anciennes, t. xv (1913), p. 278, 
essaie de concilier ces indications diverses. La leçon d'Orose est 
plus vraisemblable. 

(6) Dion Cassius, lxii, 6. 

(7) Tacite, Annales, xiv, 30. 



LA RELIGIOM 



347 



taines prières et on accomplissait certaines cérémonies qui 
avaient la vertu d'appeler les oiseaux, el ceux-ci obéissaient 
et venaient détruire les sauterelles (1). Dans l'adoration, 
les Gaulois se tournaient vers la droite (2). Chez les Irlan- 
dais du Moyen Age, le tour à droite assurait une heureuse 
chance (3). Etait-ce à cette croyance qu'obéissait Vercingé- 
torix lorsqu'il fit tourner son cheval autour de César (4) ? 

Dans une des îles situées sur les côtes de la Grande-Bre- 
tagne, on célébrait, d'après Artémidore, des cérémonies 
religieuses rappelant tout à fait les rites du culte de Dê- 
mêtêr et de Corê dans l'île de Samothrace (5). Dans cer- 
taines cérémonies religieuses, les femmes et les filles des 
Bretons figuraient nues après s'être teint le corps avec du 
pastel (6). 

C'est par des danses que pendant la nuit, à la pleine 
lune, les Celtibères célébraient devant leurs portes le culte 
d'un dieu dont nous ignorons le nom (7). 

Nous ne savons à quel temps remontent en Gaule les 
cérémonies (sacra), réservées aux 'plus chastes, que Pes- 
cennius Niger fit célébrer, et nous ignorons en quoi elles 
consistaient (8). 

Les Boii de la Gaule oisalpine se servirent du crâne du 



(1) Elien, Histoire naturelle, xvii, 19. 

(2) Poseidônios, chez Athénée, iv, 36. Cf. Pline, xxviii, 5, 
25, qui dit le contraire. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, La civilisation des Celtes et 
celle de l'épopée homérique, p. 143, 255. 

(4) Plutarque, César, 27 ; H. d'Arbois de Jubainville, 
Cours de littérature celtique, t. xii, p. 302. 

(5) Strabon, IV, 4, 6. 

(6) Pline, xxii, 2, 2. 

(7) Strabon, Géographie, m, 4, 16 

(8) Spartien, Pescennius Niger, 6. 



348 



SACRIFICES HUMAINS 



consul Postumius, orné de ciselures d'or, comme d'un vase 
sacré pour offrir des libations dans les fêtes (1). Avant de 
cueillir le selago, on faisait des libations de pain et de 
vin (2). 

Les sacrifices étaient souvent des sacrifices humains, sa- 
crifices en l'honneur des dieux ou pour obtenir de bonnes 
récoltes (3) ou pour racheter la vie dun homme. Cicéron, 
en l'an 75 avant J.-C, parle de la coutume atroce et bar- 
bare qu'ont les Gaulois de sacrifier des hommes (4). Ceux 
des Gaulois, nous dit César, qui sont atteints de maladies 
assez graves et ceux qui vivent au milieu des dangers de 
la guerre immolent des victimes humaines ou font vœu 
d'en immoler, et emploient les druides comme ministres 
de ces sacrifices. Ils croient que la vie d'un homme est 
nécessaire pour racheter la vie d'un autre homme, et qu'on 
no peut apaiser autrement les dieux immortels. Chez cer- 
tains peuples, les sacrifices de ce genre font même partie 
des institutions de l'Etat. D'autres ont d'immenses manne- 
quins (simulacra) aux membres d'osier tressé, qu'ils rem- 
plissent d'hommes vivants ; ils y mettent le feu et ces 
hommes périssent enveloppés par les flammes. Ils croient 
que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de 
brigandage ou de quelque autre crime est celui qui plaît 
le plus aux dieux immortels ; mais quand ces sortes de vic- 



(1) TiTE LivE, XXIII, 24. Cf. Ad. Reinach, Revue celtique, 
t. XXXIV, p. 281. 

(2) Pline, Histoire naturelle, xxiv, 62, 103. 

(3) Strabon, IV, 4, 4. Voir ci-dessous, p. 380. 

(4) Pour Fonteius, 10, 14, 21 ; République, m, 9. 15. Cf. So- 
LiN, 21, 1 ; Tertullien, Apologétique, 9, nomme Mercure le 
dieu auquel on offrait ces sacrifices. Cf. Saint Augustin, De la 
Cité de Dieu, vu, 19. 



LA RELIGION 349 

times ne sont point assez nombreuses, ils y suppléent en 
sacrifiant des innocents (1). Antérieurement à César, on 
brûlait les clients et les esclaves aux funérailles des 
grands (2). D'après Strabon (3), qui utilise sans doute la 
même source que César, les sacrifices et les pratiques 
divinatoires des Gaulois s'opposaient à ceux des Romains ; 
la victime recevait un coup de sabre dans le dos ; puis 
l'on prédisait l'avenir d'après la nature de ses convul- 
sions ; d'autres fois, la victime était tuée à coups de flèches, 
ou crucifiée dans les temples ; ou bien on construisait un 
mannequin colossal avec du bois et du foin ; on y faisait 
entrer des bestiaux et des animaux de toute sorte pêle-mêle 
avec des hommes, puis on y mettait le feu. Diodore de 
Sicile (4) rapporte que les Gaulois gardent les malfaiteurs 
pendant cinq ans, puis, en l'honneur des dieux, ils les 
empalent et les brûlent avec beaucoup d'autres offrandes 
sur d'énormes bûchers. Il est possible que cet usage de 
brûler des êtres vivants se rattache au culte du feu (5), 
Avant et après César, il est aussi question de sacrifices 
humains à la guerre, avant ou après la bataille. Dans la 
première moitié du ni^ siècle avant J.-C, Sopatros, cité 
par Athénée, dit que les ^Gaulois sacrifiaient les prisonniers 
de guerre (6). En 167 avant J.-C, la même coutume 

(1) Ce détail, qui ne se trouve que chez César, paraît invrai- 
semblable à M. S. Reinach, Revue archéologique, t. xxii 
(1913), p. 101. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 16. Cf. Strabon, iv, 4, 4 ; Diodore, 
V, 32, 6. Voir ci-dessus, p. 189, 310. 

(3) Géographie, iv, 4, 5. Cf. Diodore, v, 31. 

(4) Bibliothèque, v, 32 ; cf. César, Guerre de Gaule, vï, 17. 

(5) II. d'Arbois de Jub AIN ville, Cours de littérature cel- 
tique, t. VI, p. 2i2. 

(6) Athénée, iv, 51. Cf. H. d'Arbois de Jubain ville, Cours 
de littérature celtique, t. xii, p. 297. 



350 SACRIFICES HLMAI.NS 

subsistait cliez les Gaulois d'Asie (l). Diodore (2) dit 
expressément que les Gaulois et les Galates immo'aient 
les prisonniers en l'honneur des dieux et tuaient avec les 
hommes les animaux pris à la guerre. Les Scordisci immo- 
laient à Bellone et à Mars les ennemis captils (3). Dion 
Cassius (4) nous rapporte que les Bretons de Boudlcca 
massacrèrent avec des raffinements de cruauté les femmes 
captives, en l'honneur de la déesse Adrastê. Justin nous 
apprend que les Gallo-Grecs font des sacrifices avant de 
livrer bataille ; un jour que les présages étaient funestes, 
ils égorgèrent même leurs femmes et leurs enfants pour 
apaiser la colère divine (3). Tacite nous parle de l'horrible 
superstition des habitants de INIona qui regardaient comme 
un acte religieux d'arroser les autels du sang des captifs et 
de consulter les dieux dans les entrailles humaines (6). 

Dès l'an 97 avant J. -G., un sénatus-consulte prohibait 
les sacrifices humains. Denys d'Halicarnasse, qui termina 
ses Antiquités romaines vers Tan 8 avant J.-C., constate 
que les sacrifices humains sont encore en usage dans la 
Gaule de son temps (7). Lorsque Lucain (39-65) nous 
parle des horribles sacrifices offerts à Esus, Taranis et Ten- 
tâtes (8), il est probable qu'il faisait allusion à des cou- 
tumes disparues, au moins dans les pays soumis à la domi- 
nation romaine. Eu 77, il semble [^) que les sacrifices 

(1) TiTE LivE, xxxviii, 47, 12. 

(2) Bibliothèque, v, 32 ; xxxi, 13. 

(3) Ammien Marcellin, xxvii, 4, 4. 

(4) Histoire romaine, lxii, 7. 

(5) Histoires, xxvi, 2. 

(6) Annales, xiv, 30. 

(7) Antiquités romaines, i, 38. 

(8) Pharsale, i, 444-446. Usener, Commenta Bernensia, p. 32. 

(9) Pline, Histoire naturelle, xxx, 4, 13. Cf. vu, 2, 9, où Pline 



LA RELIGION 351 

humains subsistaient encore dans les parties de la Grande- 
Bretagne restées indépendantes ; mais en Gaule, vers 40 
après J.-C., les druides attiraient à leurs autels des hommes 
liés par des vœux et leur faisaient couler un peu de sang, 
sans les mettre à mort (1). L'ancienne barbarie n'était plus 
alors qu'un souvenir (2). Les druides [mugi) de Grande- 
Bretagne, au milieu du v^ siècle, apprennent au roi Yorti« 
gern qu'avant de commencer la construction d'une forte- 
resse, il faut arroser le sol avec le sang d'un enfant (3). En 
Irlande, une Vie de saint Patrice mentionne encore une 
idole appelée Cenn Cruaich, qui était couverte d'or et d'ar- 
gent et entourée de douze autres idoles et à laquelle on 
immolait des enfants (4). Ce nom est identique à celui de 
Pennocriiciiim, station romaine chez les Cornavii (5). 

Parmi les croyances religieuses, une de celles qui ont le 
plus étonné les anciens est la croyance à l'immortalité de 
l'âme. « Je traiterais les Celtes d'insensés », écrit Valère 
Maxime, « si l'opinion de ces gens à braies n'était celle de 



nous apprend que chez les Transalpins celte coutume vient de 
disparaître [nuperrime] . 

(1) M. S. Reinach [Revue archéologique, t. xxii (1913),, 
pense que ce rite n'a rien à voir avec les sacrifices humains. 

(2) PoMPONius Mêla, m, 2, 18. 

(3) Nennius, Historia Britlonum, 40 ; Mommsen, Chronica 
minora, t. m, p. 182 et suiv. (M. G. IL, A. A., t. xiii). Cf. 
J. H. ToDD, The Irish version oj the Historia Brittonum of Nen- 
nius, p. 90. F.* Robinson a réuni et discuté les textes relatifs 
aux sacrifices humains en Irlande dans Anniversary Papers by 
colleague> and pupils of G. L. Kittredge, Boston, 1913, p. 185- 
197. 

(4) The tripartite life of Patrick, t. i, p. 90, 92. Cf. Revue cel- 
tique, t. XVI, p. 35 ; Joyce, A social history of ancienl Ireland, 
t. I, p. 275-276, 281. 

(5) Itinéraire d'Antonin, 470, 1. Cf. Ruvs, Hibbert Lectures, 
p. 203. 



352 IMMORTALITÉ UE l'aME 

Pythagore vêtu du pallium ». D'après d'autres écrivains, 
cette doctrine était venue aux Celtes par les druides (1). 
Toujours est-il qu'elle était très répandue et très populaire. 
De là l'ancien usage de se prêter entre eux des sommes 
remboursables dans l'autre monde (2), de fixer les enfers 
comme lieu de règlement de leurs affaires commerciales, 
de brûler et d'enterrer avec les morts ce qui sert aux vi- 
vants (3), de jeter dans le bûcher des lettres adressées aux 
morts (4). On a même vu, dit PomponiusMéla, des parents 
se jeter volontairement dans le bûcher de leurs proches 
dans l'espoir d'aller vivre avec eux (5). Les Celtes préten- 
dent ne craindre ni les tremblements de terre ni les inon- 
dations ; ils s'avancent tout armés au devant des flots (6). 
C'est que la foi en une autre vie est éminemment propre à 
exalter le courage (7) ; elle était sans doute aussi la cause 
de ces suicides d'un caractère rehgieux que l'on a signalés 
chez les Celtes (8) ; elle peut, de même, dans certains cas, 
rendre compte des sacrifices humains, dont nous venons 
de parler. La substitution de l'incinération à l'inhumation (9) 
est peut-être aussi en rapport avec l'idée de survivance des 
âmes. 

Il ne semble pas, bien que les textes soient obscurs et 



(1) Guerre de Gaule, vi, 14. Timagène, chez Ammien Mar- 

CELLIN, XV, 9, 8. Cf. StRAUON, IV, 4, 4. 

(2) Valère Maxime, ii, 6, 10. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 19, 4. Cf. Mêla, m, 2, 19. 

(4) DioDORE, V, 28. 

(5) Chorographie, m, 2, 19. 

(6) Aristote, Ethique à Nicomaque, m, 7, 7 ; Morale à Eu- 
dème, ii, 1, 25. 

(7) Guerre de Gaule, vi, 14. Cf. Lucain, i, 459-462. 

(8) Nicolas de Damas, chez Stobée, vu, 40. 

(9) Voir ci-dessus, p. 189-191. 



LA RELIGION 353 

contradictoires (1), que cette immortalité ait consisté en 
une seconde vie sur la terre dans un corps nouveau. Ce 
n'est pas la doctrine pythagoricienne, d'après laquelle 
l'âme des méchants revenait en ce monde habiter un autre 
corps, tandis que l'âme des justes menait dans les espaces 
aériens une vie purement spirituelle. Ce n'est pas non plus 
les demeures silencieuses de l'Erèbe, ni les profondeurs du 
pâle royaume de Dis que gagnent les âmes. Le même souffle 
anime leurs membres dans un autre monde, la mort est le 
milieu d'une longue vie (2). La situation de cet autre 
monde (3) varie suivant la position géographique des di- 
vers peuples celtiques. Comme Ta fait remarquer M. A. Le 
Braz (4), les gens du continent le plaçaient volontiers dans 
les îles. Une tradition fixée par écrit au vi° siècle par Pro- 
cope (5) rapporte que les habitants du pays situé en face 
de la Grande-Bretagne avaient pour charge de conduire 
les âmes des morts du continent dans l'ile. Au milieu de 
la nuit, ils entendent frapper à leur porte, et une voix les 
appelle tout bas. Alors ils se rendent au rivage sans savoir 

(1) César, vi, 14 : « non interire animas, sed ab aliis post 
mortem transire ad alios. Lucain, i, 454-458 : « UmbrcC non... 
Erebi sedes... petunt ; régit idem spiritus artus orbe alio ; 
longse... vitse mors média est. » Mêla, m, 2, 19 : « tieternas esse 
animas vitamque alteram ad Mânes ». Diodore, v, 28, 6 : 
lài; d/o^à;... aOavaTO'j;; e.Tva'.... xa! ùi' ettov â)p'.a[i.=vwv 7:dtXi.v 
S'.oyv, eÎç EtEpo»; (itû[Jia if^z (|;uyY;î E'.JO'JOjjiivr,?. 

(2) hvcAïîi , ,Pharsale, i, 454-458. 

(3) M. S. Reinach a démontré [Revue celtique, t. xxii, p. 447- 
457 ; Cultes, t. i, p. 184-194), que par les mots orbis alius, Lu- 
cain voulait désigner une autre région de la terre et non une 
autre planète ou un astre. 

(4) La légende de la mort chez les Bretons armoricains, 2^ éd., 

p. XII. 

(5) Guerre des Goths, iv, 20 ; Tzetzès, Scholies à Hésiode, 
Les travaux et les jours, v 169. Cf. Claudien, Contre Ruffin, i, 
124 ; A. Le Braz, La légende de la mort chez les Bretons armori- 
cains, 2^ éd., p. xii-xiii. 

G. DoTTiN, — Manuel de l'antiquité celtique. 23 



354 ELYSÉE CELTIQUE 

quelle force les y entraîne. Ils y trouvent des barques qui 
semblent vides, mais qui sont tellement chargées des âmes 
des morts que leur bordage s'élève à peine au-dessus des 
flots. En moins d'une heure, ils sont arrivés au terme de 
leur voyage, alors que d'ordinaire il leur faut une journée 
pour s'y rendre. Là, dans l'île des Bretons, ils ne voient 
personne, mais ils entendent une voix qui dénombre les 
passagers en les appelant chacun par leur nom. Une tra- 
dition aussi étrange est rapportée par Plutarque. Dans une 
île voisine de hi Bretagne habitaient des hommes que les 
Bretons considéraient comme sacrés et inviolables. A peine 
Demetrius (1) y avait-il abordé qu'ils se produisit un grand 
trouble dans l'atmosphère; des souffles firent rage; des 
trombes de feu s'abattirent. Les habitants de l'île lui dirent 
que c'était quelqu'un des meilleurs qui venait de trépas- 
ser (2). Enfin c'est aussi du côté de la Grande-Bretagne, à 
cinq jours de navigation, que Plutarque situe l'île de Sa- 
turne où les hommes conversent avec des génies (3). 

Ce n'est que d'après la littérature épique de l'Irlande 
que l'on peut se faire une idée de l'Elysée rêvé par les 
Gaëls, pays merveilleux que l'on atteignait en s'embar- 
quant sur une barque de verre (4) ; au delà de la mer, on 
apercevait une grande tour transparente aux contours in- 
décis ; dans les ouvertures des créneaux apparaissaient des 
formes qui ressemblaient à des hommes. Quiconque essayait 
d'aborder au pied de la tour était emporté par les flots de 



(1) Personnage du dialogue de Plutarque, inconnu d'ailleurs. 

(2) Des oracles qui ont cessé, 18. 

(3) De la face de la lune, 26. 

(4) Voir surtout VEchtra Condla Caim, H. d'Arbois de Ju- 
BAiNviLLE, Cours de littérature celtique, t. v, p. 385-390. 



LA RELIGION 355 

la mer. Au delà de la tour s'étendaient des plaines fertiles 
plantées d'arbres étranges. Quelques-uns avaient des 
branches d'argent auxquelles pendaient des pommes 
d'or (1). Quand on heurtait ces pommes les unes contre 
les autres, elles produisaient un son si harmonieux qu'on 
ne pouvait l'entendre sans oublier tous ses maux. Au pied 
des arbres coulaient des ruisseaux de vin et d'hydromel. 
La pluie qui rafraîchissait la terre était de bière. Les porcs 
qui paissaient dans la plaine renaissaient, une fois mangés, 
pour de nouveaux festins. Partout une agréable musique 
flattait l'oreille et ravissait l'âme par ses douces mélodies. 
C'était bien la vie que le Gaël avait pu rêver ici-bas. Tou- 
jours jeune, toujours beau, couronné de fleurs, il passait 
ses jours dans de longs festins où la bière ne cessait de 
couler et où la viande de porc ne manquait pas. Jamais il 
ne s'élevait de contestations pour savoir à qui devait re- 
venir le meilleur morceau. Les combats étaient au nombre 
des plaisirs du peuple des morts ; les guerriers étaient armés 
d'armes éclatantes ; ils brillaient de l'éclat de la jeunesse ; 
les batailles étaient plus acharnées et plus terribles que 
chez les vivants et des fleuves de sang coulaient dans la 
Grande Plaine. Ainsi le Gaël retrouvait dans l'autre vie 
tout ce qu'il avait aimé sur la terre, la musique, la bonne 
chère et la guerre (2). 
En résumé, parmi les croyances et les pratiques reli- 

(1) M. Jullian me fait remarquer qu'Apollodore (ii, 5, 11) 
place les pommes des Hespérides dans le pays des Hyperbo- 
réens. Nous avons vu (p. 22) que les Celtes sont parfois confon- 
dus avec les Hyperboréens. 

(2) Revue de l'histoire des religions, t. xiv, p. 53-66. A. Nutt, 
Essay on the Irish Vision of Ihe happy Otherworld , and the Celtic 
doctrine ofrebirth, dans The Voyage of Bran, son of Febal, to the 
Landof the Living, éd. Kuno Meyer, London, 1895-1897 ; ii, 
p. 133-218. 



356 CONCLUSION 

gieuses des Celtes, un grand nombre n'ont rien qui puisse 
attirer notre attention. La divination par le vol des oi- 
seaux, par les entrailles des victimes, par les songes, la 
croyance aux vertus magiques des plantes, l'usage des li- 
bations et des sacrifices sont bien connus dans l'Antiquité ; 
on peut même se demander si certains auteurs latins ou 
grecs n'ont pas attribué aux Celtes ces îornies de culte 
parce qu'ils les trouvaient chez eux-mêmes, et sans être 
autrement documentés sur les usages rituels des peuples 
celtiques. Nous devons attribuer plus d'autorité aux textes 
qui nous font connaître des pratiques tombées en désuétude 
à Rome (4) ou en Grèce (2), comme les sacrifices humains. 
Quant à la croyance à la survivance des âmes, que les an- 
ciens ont signalée avec curiosité et intérêt, mais sans pré- 
cision ni clarté, nous ne pouvons l'interpréter qu'eu la 
rattachant à la tradition conservée dans l'ancienne littéra- 
ture de l'Irlande. Loin d'être le résultat des méditations 
des philosophes de Grande-Bretagne, cette doctrine est 
indo-européenne ; on la trouve déjà dans les Yédas (3) ; 
Hérodote l'a signalée chez les Egyptiens (4) et les Gètes(5). 
Les Perses étalent convaincus de leur résurrection (6). 
Elle ne constitue donc pas une croyance religieuse propre 
aux Celtes (7). 



(1) En 216 avant J.-C, on enterra vivants dans le forum boa- 
riuni un Gaulois et une Gauloise. 

(2) Pausanias, Description de la Grèce, viii, 2, 3 ; 6. 

(3) Bergaigne, La religion i^édique d'après les hymnes du 
Rig-Vcda, t. I, p. 191-198. 

(4) Histoire, ii, 123. 

(5) Histoire, iv, 93-94. 

(6) Thcopompe chez Diogène Laerce, pref. 9. 

(7) Cf. Strabon, IV, 4,4 : àaOâpToo; oï Xîyojji y.xl oixo- xaî 
aX ). '. xà; <!fi^-/i^. 



CHAPITRE VI 



LES BARDES, LES VATÈS, LES DRUIDES (1) 



Les bardes. — Les vatès, les devins, les euhages. — Les druides. 

— Les prêtres gaulois. ^ — ■ Attributions religieuses des druides ; 
la magie. — Leur enseignement ; la cosmogonie ; le calen- 
drier ; les druides et Pythagore. — Leur rôle judiciaire en 
Gaule. - — ■ Leur rôle politique. — Les druidesses ; les prê- 
tresses de Sein. — Les collèges de druides.- — Le néodruidisme, 

— Originalité du druidisme. 



D'après Strabon (2), chez tous les peuples celtiques sans 
exception, se trouvent trois classes d'hommes qui sont 
l'objet d'honneurs extraordinaires, à savoir : les bardes 
px'pooi, les vatès oùixen; et les druides opjîSai. Diodore (3) 
nous apprend que les'Gaulois ont des poètes lyriques qu'ils 
appellent bardes ; qu'ils ont aussi des philosophes et des 
théologiens très honorés qu'ils appellent druides et des de- 
vins (fjiâvT£i;) qui sont en grande vénération. Ammien Mar- 
cellin (4), citant sans doute Timagène, rapporte que les 

(1) Voir C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 84-112, 383- 
385. 

(2) Géographie, iv, 4, 5. 

(3) Bibliothèque, v, 31. 

(4) Histoire romaine, xv, 9. 



358 



BARDES 



Gaulois ont été civilisés par les bardes, les euhages (1) et 
les druides. César ne mentionne que les druides (2) ; il est 
probable qu'il comprenait sous ce terme général les druides, 
au sens propre, les devins et peut-être aussi les bardes ; le 
nom de druides aurait donc désigné à peu près tous les 
bommes à carrière libérale. 

L'ancienne Irlande connaissait de même trois ordres de 
lettrés : les bardes, bard ; les druides drui, druad, et les 
filé. De très bonne heure les bardes sont remplacés, comme 
poètes panégyristes ou satiriques, par les filé qui rem- 
plissent en même temps les fonctions de devins et de juges 
et qui sont répartis en plusieurs classes d'après le nombre 
d'histoires épiques qu'ils peuvent raconter. La durée régu- 
lière de leurs études était de douze ans. Au Pays de Galles, 
le barde est le huitième des fonctionnaires de la cour du 
roi (3). 

I 

Les bardes gaulois chantent la louange ou le blâme en 
s'accompagnant sur des instruments semblables aux lyres 4). 
Les Celtes, nous dit Poseidonios dans le vingt-troisième 
livre de ses Histoires, mènent avec eux, même à la guerre, 
des compagnons qu'ils appellent commensaux. Ceux-ci dé- 
bitent des éloges de leurs patrons devant de nombreuses 
assemblées, et aussi en particulier devant quiconque les 

(1) Voir ci-dessus, p. 85. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(3) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude 
de la littérature celtique (Cours de littérature celtique, t. i), p. 64. 
Revue archéologique, t. xliv, (1882), p. 225-242. 

(4) DiODORE, V, 31, 2. Cf. Strabon, iv, 4, 4. 



LES BARDES 



359 



écoute (1). Ce sont des poètes et c'est en chantant (2) 
qu'ils débitent leurs éloges. Le sujet de leurs chants était 
aussi le récit des hauts faits des hommes illustres ; ils con- 
servaient par leurs poèmes pendant de longs siècles la mé- 
moire des braves, tombés dans les combats. Les bardes, 
comme les druides, avaient autant d'influence en temps de 
guerre qu'en temps de paix. Souvent, quand les armées 
étaient rangées en bataille l'une en face de l'autre, épées 
tirées et lances en arrêt, ils s'avançaient au milieu et les 
apaisaient, comme des bêtes sauvages, par le charme de 
leurs chants. Ainsi, ajoute Diodore, même chez les Bar- 
bares les plus grossiers, la vaillance cède à la sagesse et Ares 
respecte les Muses (3). Nous n'avons aucun renseigne- 
ment direct sur les poèmes des bardes celtiques, analogues 
sans doute aux compositions poétiques des anciens bardes 
irlandais et gallois (4). Tite Live (3) et Justin (6) nous con- 
servent vraisemblablement, dans les récits plus ou moins 
légendaires qu'ils nous ont faits des conquêtes des Celtes, 
la trace d'anciennes épopées. Les traditions relatives à la 
fondation de Lyon (7) et à celle d'Alesia (8j avaient sans 



(1) Athénée, vi, 4y. 

(2) Cf. PsEUDO-ScYMNus, V, 186. Geographi grseci minores, 
éd. Didot, t. I, p. 202. 

(3) Diodore de Sicile, v, 31, 2. Cf. Ammien Marcellin, xv, 
9, 8 ; LucAiN, Pharsale, i, 447-449 ; Elien, Histoire variée, xii, 
23. 

(4) C. JuLLiAN, De la littérature poétique des Gaulois, Revue 
archéologique, t. xl (1902), p. 304-327, a recueilli et discuté tous 
les textes des anciens qui peuvent s'y rapporter. Cf. Histoire de 
la Gaule, t. u, p. 379-382. 

(5) V, 34, 1-5. 

(6) Histoires Philippiques, xxiv, 4, 1. 

(7) Pseudo-Plutarque, Des fleuves, 6. Voir ci-dessus, p. 74. 

(8) Diodore, iv, 19. Voir ci-dessus, p. 302. 



360 BARDES 

doute donné lieu chiez les Gaulois à des poèmes compa- 
rables aux Ktite'.; des Grecs. Comme les bardes de l'Irlande 
et du Pays de Galles, les bardes gaulois composaient, outre 
des panégyriques, des poésies satiriques (1). Il est possible 
que leur satire ait eu, comme celle des bardes irlandais, la 
réputation de causer la destruction ou la mort (2). 

Les bardes gaulois que nous représentent Poseidônios et 
Appien sont des sortes de griots qui vivent aux dépens des 
grands. Un jour que le ricbe Arverne Luernios avait donné 
un festiu, un poète qui comptait y assister arriva trop tard. 
Le poète se mit à cbanter la grandeur du roi et à se la- 
menter d'être arrivé en retard. Lnernios, charmé, demanda 
un petit sac d'or et le jeta au poète qui courait à côté de 
lui. Celui-ci le ramassa et de nouveau se mit à cbanter, 
disant que les traces laissées sur terre par son char pro- 
duisaient aux hommes de l'or et des bienfaits i3). Un autre 
barde est rattaché à la légende de Bituitos, fils de Luernios 
et roi des Arvernes. C'était au moment où Cn. Domitius, 
en 122 avant Jésus-Christ, conduisant une expédition contre 
les Allobroges, quittait le territoire des Salyi, peuple gau- 
lois établi autour d'Aixet d'Arles (4). Un envoyé de Bituitos 
vint à sa rencontre. Il était suivi d'un poète qui dans une 
poésie barbare célébrait le roi Bituitos, puis les Allobroges, 
puis l'envoyé lui-même, pour leur naissance et leur cou- 
rage et leur puissance (5). C'est pour cela surtout, ajoute 

(1) DiODORE, V, 31. 

(2) Cf. F. N. RoBiNsoN, Satirisls and enchanters in early Irish 
Uteralure (Studies in the hisiory of religions, New- York, 1912, 
p. 95-130,1. 

(3) Athénée, iv, 37. Cf. Stradon, iv, 2, 3. 

(4) Sur ce peuple, voir C. Jullian, Mélanges H. d'Arhois de 
Jubainville, p. 97-109. 

(5) Appien, Histoire romaine, iv, 12. 



LES BARDES 361 

malicieusement Appien, que les envoyés illustres emmènent 
avec eux ces sortes de gens. 

La lyre des bardes était sans doute l'instrument que For- 
tunat appelle chrotta et qu'il attribue aux Bretons (1). On 
trouve représentée sur les monnaies des A edu i, des A r- 
verni et des Aremorici une lyre à quatre ou cinq cordes (2). 
Le nom de la chrotta est identique à celui de la harpe des 
anciens bardes irlandais, cniilh, et des bardes gallois 
crwlli. C'était en Irlande un instrument de O'",7o de hau- 
teur en moyenne (3). 

Il semble que le nom de barde ait été employé dans di- 
verses parties du monde celtique. Dans l'Italie septentrio- 
nale, on trouve près de Milan une localité appelée Bardo- 
magiis « champ du barde » (4). Un Helvète a porté le nom 
de Bardus ; on trouve le même nom en Carinthie, à Vienne, 
en Styrie, à Misène (Italie) (5). 

Le nom de barde avait pénétré en Germanie où le mot 
harditiis désignait, d'après Tacite (6), le genre de chant par 
lequel les Germains enflammaient les âmes des guerriers 
avant de commencer la bataille. 



II 



Les oCpâxEtc; de Strabon sont-ils identiques aux fj^àv-cet; de 
Dioilore de Sicile? C'est assez vraisemblable, oùâtsi!; n'étant 

(1) Odes, VII, 8, 66. 

(2) Muret et Chabouillet, Catalogue, p. 291 ; Blanchet, 
Traité des monnaies gauloises, p. 163. 

(3) Joyce, A social hislory of ancient Ireland, t. i, p. 576. 

(4) Corpus inscriptionum latinaruin, vi, 5872. 

(5) HoLDER, Altceltischer Sprachschatz, t. i, coi. 348. 

(6) Germanie, 3. On a proposé de corriger barditus en harritus. 



362 VATÈS 

autre chose que la transcription grecque du latin uates. Il 
n'y a aucune raison de transcrire oùâTet;; par ovates comme 
l'ont fait les érudits du siècle dernier. 

Les devins prédisaient l'avenir par le vol des oiseaux et 
par l'inspection des entrailles des victimes ; on leur accor- 
dait une grande autorité. Lorsqu'on les consulte sur une 
affaire importante, ils immolent un homme en le frappant 
d'un coup d'épée au-dessus du diaphragme et déterminent 
l'avenir d'après sa chute, les convulsions de ses membres 
et l'écoulement de son sang, confiants dans des observa- 
tions anciennes et continues (1). Les çates sont ceux qui 
s'occupent des sacrifices et étudient la nature (2). Les ha- 
ruspices des Tectosages de Toulouse leur prescrivent, pour 
les délivrer d'une épidémie pestilentielle, de jeter dans le 
lac de Toulouse l'or et l'argent qu'ils ont rapportés de l'ex- 
pédition de Brennus (3). Tacite appelle druides les pro- 
phètes gaulois qui en 69 prédisaient la fin de l'empire 
romain et la domination de Rome par les races transal- 
pines (4). Dans l'île Silure, d'après Solin i5), les hommes 
et les femmes se flattent de connaître l'avenir. 

Les euhages d'Ammien Marcellin (6) s'efforcent d'expli- 
quer l'enchaînement elles merveilles sublimes de la nature. 
Ils sont sans doute identiques aux oja-ce-.; de Strabon et aux 
|jiâvxet; de Diodore de Sicile. 



(i) Diodore, v, 31, 3. 

(2) Strabon, Géographie, iv, 4, 4. 

(3) Justin, xxxii, 3, 10. 

(4) Histoires, iv, 54. 

(5) Collections de choses merveilleuses, 22, 7. 

(G) Histoire romaine, xv, 9, 8. Cf. Scidas, Lexique. Voir ci- 
dessus, p. 85. 



LES DRUIDES 363 



III 



La plus ancienne mention du nom des druides (1) se trouve 
chez Diogène Laerce dans ses Vies des philosophes. Celui-ci 
dit que la philosophie a commencé chez les barbares, que 
les premiers philosophes ont été chez les Perses les Mages, 
à Babylone et en Assyrie les Chaldéens, dans l'Inde les 
Gymnosophites, chez les Celtes et les Galates les druides 
ou semnothées. ôpjîoac i] ffE|i.vo6iou; et il cite comme auto- 
rités un traité apocryphe d'Aristote, MaYixd;, ainsi que So- 
tion le péripatéticien (190 avant J.-C), au vingt-troisième 
livre de l'ouvrage intitulé Aiaoo/ji iwv c^iXocrôtpojv (2). 

Le nom de druide n'a pas trouvé une explication satisfai- 
sante dans les langues celtiques (3). Il est probable que 
les auteurs grecs qui écrivent opoutoat ont transcrit le nom 
latin druides. L'étymologie par le grec opù; « chêne », qui 
faisait des druides « les hommes des chênes », a tenté bien 
des écrivains depuis Pline l'ancien (4). On pourrait songer 
à une traduction ou une étymologie populaire grecque d'un 

(1) Sur les druides en général, voir outre les ouvrages de 
H. d'Arbois de Jubainville cités ci-après et l'Histoire de la Gaule, 
de G. JuLLiAN, t. II, p. 84-112, l'article de Ihm dans la Real- 
Ëncyclopxdie. 

(2) Vies des philosophes, i, préf., 1. Suidas, Lexique au mot 
opufoai. Cf. RoDiER, Revue des études anciennes, t. iv (1902), 
p. 231, n. sur l'attribution et l'authenticité. 

(3) Voir toutefois une étymologie de R. Thurneysen, qui 
explique ce mot par *dru-vids « très savant » ; cf. l'irlandais 
sui = *su-vids « sage », et le mot cf/iXôjocpo; par lequel Dio- 
bORE (v, 31) désigne les druides. H. d'Arbois de Jubain- 
ViLLE, \Les druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, 
p. 85. 

(4) Histoire naturelle, xvi, 95, 249. 



364 >'0M DES DUUIDES 

nom celtique ignoré si le mot driii (au génitif driiad) n'ap- 
paraissait pas dans les textes les plus anciens de la littéra- 
ture irlandaise. Il est probable que ledratis, drasidse, drya- 
ridae d'Ammien Marcellin, comme le Sapwvîoot; (1), Zapo- 
•jîôa; des manuscrits de Diodore, repose sur une mauvaise 
lecture ou est la traduction d'une étymologie populaire. 
Pour les copistes de Lucain et des historiens de Y Histoire 
Auguste, l'étymologie grecque de druide est si bien passée 
dans le domaine public que les druides et les druidesses 
sont devenus des dryades, driadae, dryadae (2). 

« Dans toute la Gaule, nous dit César (3), il y a deux 
classes d'hommes à compter et à être honorées : l'une, celle 
des druides, l'autre, celle des chevaliers. » Tandis que les 
chevaliers constituent l'élite de l'armée gauloise, les druides 
ne vont pas à la guerre et sont exempts de tout service mi- 
litaire. Ils ne paient pas les impôts avec les autres (4). Ils 
prennent part à l'exercice du pouvoir public aussi bien que 
les chevaliers ; ainsi, Diviciacus qui, à ce que Cicéron nous 
apprend, était un druide, mène une vie assez peu différente 
de celle de son frère Dumnorix qui n'était pas druide, et 
est très mêlé aux affaires politiques de son temps (5). 11 ne 
s'agit donc pas d'une classe sacerdotale ; à plus forte raison 
comme on l'a dit, d'un clergé gaulois. César parle une fois 
des sacerdotes (6), qui peuvent être différents des druides, 

(1) Cf. le grec « japojvîj vieux chêne pourri ». 

(2) Voir ci-après, p. 384. 

(3) Guerre de Gaule, vi, 13 ; 14. 

(4) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 55, n. 1. Le texte 
des manuscrits n'est pas sûr. 

(5) CicÉRO.N, De la divination, i, 41, 90 ; César, Guerre de 
Gaule, 1, 31, 9 ; vi, 12, 5 ; Panegyrici veteres, 8, 3 ; C. Jullian, 
Revue des études anciennes, t. m, p. 205-210. 

(6) Guerre de Gaule, vu, 33. 



LES DRUIDES 365 

et rien ne nous indique que les prêtres des Boii de Cisal- 
pine sacer dotes, aniistites, que mentionne Tite-Live, fussent 
des druides, ni le sacerdos de la forêt sacrée chantée par Lu- 
cain (1). 

Pour désigner, à l'époque gallo-romaine, les prêtres affec- 
tés aux cultes locaux, il y avait un mot qui est sans doute 
celtique (2), gutuater. Les inscriptions nous apprennent qu'il 
y avait à Màcon un gutuater de Mars (3) et à Autun des 
gutuatri qui font des dédicaces au dieu AnvaIos(4). Lacon. 
fusion du gutuaier et du druide n'est faite que chez Ausone, 
qui d'ailleurs se sert dans un autre passage, pour désigner 
un prêtre de Belenus, de l'expression Beleni seditaus (3). 

L'institution druidique n'était pas originaire de Gaule. 
On ne l'a constatée ni chez les Celtes d'Italie, ni chez les 
Celtibères d'Espagne, ni chez les Galates de Thrace et 
d'Asie Mineure, ni chez les 'Celtes du Danube. Nous igno- 
rons même si elle avait pénétré dans toute la Gaule, bien 
qu'il semble que Strabon atteste l'existence de druides, 
bardes et vates chez tous les peuples gaulois (6). Elle 
avait été, pensait-on, créée en Grande-Bretagne et de là 
avait été transportée en Gaule. Les Gaulois qui voulaient 
la connaître plus à fond s^ rendaient le plus souvent de 
l'autre côté de la Manche (7). Nous n'avons aucun rensei- 

(1) TiTE-LivE, XXIII, 24, 12 ; Lucain, m, 424. 

(2) Voir ci-dessus, p. 82. H. d'Arbois de Jubainville, Les 
druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, p. 2-5. Cf. 
J. LoTH, Annales de Bretagne, t. xx, p. 550. 

(3) Corpus inscriptionum latinarum, t. xiii, n° 2585. Cf. 1577. 

(4) Re^'ue épigraphique, 1900, p. 132-133. Cf. Revue celtique, 
t. XIV, p. 355. 

(5) Professeurs, v, 7 ; xi, 24. 

(6) Géographie, iv, 4, 4. 

(7) Guerre de Gaule, vi, 13. 



366 PRÊTRES 

gnement ancien sur le druidismc de Grande-Bretagne. Le 
druidisme irlandais seul peut donner matière à des rappro- 
chements avec les notions que nous fournissent les écrivains 
de l'antiquité sur les druides de la Gaule. 

D'après César, qui semble parler des druides en général 
plutôt que des druides de son temps, les druides rem- 
plissent des fonctions religieuses, éducatives, judiciaires, 
politiques. Nous allons les étudier successivement sous ces 
divers aspects. 

Les fonctions religieuses des druides consistaient, d'après 
César, surtout à assister aux cérémonies et à s'occuper des 
sacrifices publics et privés (1). Il semble, d'autre part, que 
ce soit pour se rendre au désir du peuple qu'ils assistent 
aux sacrifices, et qu'ils ne jouent pas dans les cérémonies un 
rôle prépondérant. Strabon et Diodore sont d'accord sur ce 
point. Strabon écrit que les Celtes sacrifiaient avec l'assis- 
tance des druides (2); Diodore, que la coutume était que 
personne ne fît de sacrifice sans un philosophe, car on 
croyait devoir user de l'intermédiaire de ces hommes, qui 
connaissent la nature des dieux et parlent la même langue 
qu'eux, pour leur offrir des sacrifices d'actions de grâce 
et implorer leurs bienfaits (3). 

La divination était au nombre des sciences qu'ils prati- 
quaient. Diviciacus annonçait l'avenir tant par l'observation 
des oiseaux que par conjecture (4). D'après César, les druides 
interprètent la volonté des dieux (3). Au temps de Tacite, 

(1) Guerre de Gaule, vi, 13 ; 16, 2. 

(2) Géographie, iv, 4, 5. 

(3) Bibliothèque, v, 31, 4. S. Reinach, Revue archéologique , 
t. XXII (1913), p. 105. 

(4) CicÉRON, De la divination, i, 41, 90. 

(5) Guerre de Gaule, vi, 13. 



LES DRUIDES 367 

des druides gaulois annonçaient que l'incendie du Capitole 
présageait la clmte prochaine de l'empire romain et la 
domination du monde par les Transalpins (1). Les druides 
prédisaient l'avenir par les nombres et les cailloux à la 
manière pythagoricienne (2). Ils prédisaient après avoir 
mangé des glands, disait-on (3). 

A l'époque de Pline, la magie est en grande faveur en 
Gaule et en Grande-Bretagne (4) et les druides, dont il in- 
terprète le nom par fiiagi (o), sont pour lui des sortes de 
sorciers et de féticheurs dépositaires de secrets magiques et 
de receties médicales. Ce sont les druides gaulois qui pré- 
tendent que leselago préserve des accidents et que la fumée 
en est utile pour toutes les maladies des yeux. Ce sont eux 
qui regardent le gui du rouvre comme sacré, et comme en- 
voyé du ciel. Enfin, ils ont indiqué les prescriptions à rem- 
plir pour s'emparer de l'œuf de serpent (oursin fossile). II 
faut le recevoir sur une saie avant que, lancé en l'air par les 
serpents, il ait touché à terre ; s'enfuir à cheval, car les 
serpents poursuivent jusqu'à ce qu'ils rencontrent un cours 
d'eau. Tout cela doit être fait à une certaine époque de la 
lune. Cet œuf est un talisman qui fait gagner les procès et 
donne accès auprès des souverains. Toutefois Pline rapporte 
qu'un chevalier du pays cfes Voconces qui en portait un 
dans sa tunique fut, sans motif, mis à mort par l'empereur 
Claude (6). 

(1) Histoires, iv, 54. 

(2) HippoLYTE, Philosophumena, 25, 2. 

(3) UsENER, Commenta Bernensia, p. 33. 

(4) Histoire naturelle, xxx, 4, 13. 

(5) C'est aussi inagus qui est l'équivalent de l'irlandais drui 
chez les écrivains latins de l'Irlande. 

(6) Histoire naturelle, xxiv, 62, 103 ; xvi, 95, 249-251 ; 



368 MÉDECINS 

Peut-être faut-il rattacher à la médecine druidique les 
remèdes populaires usités en Gaule d'après Pline, Apulée 
etMarcellus : le gui,fécondant et antidote, quiguérittout (1) ; 
le trèfle {visumarus) qui est bon contre le vertige (2) ; la 
jusquiame {Belinuniia) qui guérit les maux de laine et du 
pied (3) ; la verveine qui est un remède contre l'ophthal- 
raie (4) ; la bétoine {vettonica)(\VL\ sert à faire un vinaigre 
bon pour les maux d'yeux et d'estomac (3) et guérit les 
morsures de serpents ; lerodarum dont on fait un onguent 
contre les tumeurs et les abcès, à condition ,que l'arbuste 
n'ait pas été touché par le fer et que le patient, après l'onc- 
tion, crache trois fois à droite ; l'onguent est encore plus 
efficace si la friction est faite de la main droite par trois 
hommes de nation différente (6) ; l'herbe aux corbeaux qui 
sert d'antidote (7) ; la pierre de la source de la Saône qui 
est un fébrifuge (8). Certaines herbes magiques, mises en 
rapport avec les decans des signes du Zodiaque, avaient 
sans doute dans l'opinion des Gaulois des vertus curatives(9). 
Il est probable que les chapelets d'ambre, les grains de 
jaspe, d'agathe, de cristal, les perles de verre, les annelets 



XXIX, 12, 52 ; cf. ci-dessus, p. 337. Ciiauvet, Bévue archéolo- 
gique, t. XXXVI (1900), p. 281-285 ; S. Reinach, Cultes, mythes 
et religions, t. ii, p. 63-65. 

(1) Vi-iisE, Histoire naturelle, y.\i, 95, 250-251. Ci-dessus, p. 339. 

(2) Marcellus, Des médicaments, m, 9. Ci-dessus, p. 68. 

(3) Apulée, Des herbes, 4. 

(4) Marcellus, Des médicaments, viii, 28 ; Pline, Histoire 
naturelle, xxv, 59, 106. 

(5) Pline, Histoire naturelle, xxv, 46, 84 ; cf. 55, 101. 

(6) Pline, Histoire naturelle, xxiv, 112, 172, 

(7) Singularités merveilleuses, 86. 

(8) Pseudo-Plutarque, Des fleuves, 6, 3. 

(9) Cf. Béjottes, Le livre sacré d'Hermès Trismégiste et ses 
trente-six herbes magiques, Bordeaux, 1911. 



I 



LES DRUIDES 369 

de bronze, les dents d'animaux divers trouvés dans les 
tombes ne sont 'pas exclusivement des ornements et que 
quelques-uns de ces objets constituent des amulettes thé- 
rapeutiques (1). 

Si les sacrifices et la divination sont dans l'Antiquité deux 
pratiques religieuses importantes, les secrets magiques, 
dont au temps de Pline les druides sont les dépositaires, 
étaient laissés à des sorciers peu estimés. Gomment conci- 
lier l'idée que les druides étaient des philosophes à la fois 
physiciens et moralistes avec le rôle assez méprisable que 
leur fait jouer Pline le naturaliste V On peut sans doute 
s'expliquer cette contradiction en tenant compte de la diffé- 
rence des dates. Entre l'époque de César et celle de Pline se 
placent le règne de Tibère et le règne de Claude. Tibère 
supprima les druides et cette espèce de devins et de méde- 
cins (2) ; Claude abolit complètement cette religion des 
druides, si effroyablement cruelle, qui sous Auguste n'avait 
été qu'interdite aux citoyens romains (3). 

Au temps dé Pomponius Mêla, les druides donnent leur 
enseignement soit dans un antre, soit dans des clairières 
cachées (4). La persécution n'aurait donc pas été favorable 
au maintien des traditiçns morales qui avaient fait des 
druides les premiers personnages de la Gaule et les plus 
justes des hommes. Ou bien faut-il croire que, de tout 

(1) Cf. P. Pansier, La médecine des Gaulois au temps des 
druides, Janus, Archives inlernationales pour l'histoire de la 
médecine et la géographie médicales, t. xii, (1907). 

(2) « Tiberii Csesarîs principatus sustulit druidas et hoc ge- 
nus vatum medicorumque », Histoire naturelle, xxx, 4, 13. 

(3) SuKTONE, Claude, 25. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, 
Cours de littérature celtique, t. vu, p. 172-177 ; Duruy, Revue 
archéologique, t. xxxix (1880), p. 347-352. Voir ci-après, p. 379, 

(4) Chorographie, m, 2, 19. Cf. Lucain, i, 453-454. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 24 



370 MAGICIENS 

temps, les druides avaient cherché à assurer leur pouvoir 
non seulement par leur science, mais par des pratiques 
magiques, dont ils étaient les premiers à connaître l'inanité 
et que, lorsque la domination romaine leur eut supprimé 
toute actionjudiciaire et politique, il ne leur resta plus que 
l'exercice misérable d'un charlatanisme grossier ? 

Les druides d'Irlande nous apparaissent surtout comme 
des magiciens et des prophètes. Ils prédisent l'avenir par 
j'observation des nuages, par les baguettes d'if, par la roue, 
par le chant des oiseaux. Ils interprètent les volontés se- 
crètes des fées, ils jettent des sorts. A l'aide de formules et 
d'incantations, ils peuvent trouver l'endroit oîj se cache une 
personne, accabler un ennemi de toute sorte de maux, faire 
lever entre deux armées un brouillard épais, faire tomber 
delà neige, changer le jour en nuit, produire la folie, rendre 
grosse une femme stérile (1). Ils connaissent les breuvages 
qui font oublier. Ils ont le pouvoir d'imposer des obligations, 
geis, dont il est impossible de s'écarter, et de rendre tabous 
certains objets Ces geis sont très divers : tantôt c'est un guer- 
rier qui reçoit la défense de dire son nom à un adversaire ; 
Mael Duin ne peut emmener trois compagnons en sus d'un 
nombre déterminé par un druide ; il était interdit à Noïse 
de venir en Irlande en temps de paix sauf avec trois 
hommes : Gûchulainn, Gonall etFergus. Fergus avait reçu 
pour loi de ne jamais refuser une invitation et de ne pas 
quitter un festin avant qu'il ne fût terminé ; Cùchulainn 
était obligé de ne jamais passer près d'un foyer sans s'y 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Coufs de littérature cel- 
tique, t. I, p. 136-139. Les druides et les dieux celtiques à forme 
d'animaux, p. 93-94 ; Joyce, A social history of ancient Ireland, 
t. I, p. 223-228. 



LES DRUIDES 371 

arrêter et y accepter à manger ; il lui était interdit de man- 
ger du chien. A la Fête du taureau, on mettait à mort un 
taureau blanc ; un homme se rassasiait de la chair et du 
bouillon du taureau : puis l'homme dormait tant qu'il vou- 
lait et quatre druides chantaient sur lui un chant de justice. 
L'homme voyait dans une vision celui qui devait être roi, 
sa figure, sa réputation et ce qu'il faisait. Lorsque l'homme 
se réveillait, il racontait son rêve aux rois (1). Les prédic- 
tions des druides ont pour objet tantôt la naissance, la 
gloire ou les malheurs futurs d'un enfant ; l'effet meurtrier 
d'une arme ; une vengeance dont un vaincu menace son 
vainqueur. 

11 est rarement question de sacrifices en Irlande ; toutes 
les mentions d'offrandes aux dieux ont été, semble-t-il, 
supprimées des textes irlandais ; mais on trouve dans les 
gloses le mot gaélique qui signifie victime et sacrifice. Les 
druides irlandais faisaient des offrandes aux sources (2). 
Dans une Vie latine de saint Patrice, il est dit qu'à la Fes 
Temrach ou « Festin de Tara » non seulement les princes 
de tout le royaume, les grands et les chefs de provinces, 
mais aussi les maîtres des druides, dniidum magistri, s'as- 
semblaient pour immoler des victimes aux idoles (3). Aux 
funérailles d'un chef, on tue sur la tombe ses animaux. 
Mais quel rapport offrent les prodiges de contes popu- 
laires que nous venons de rapporter avec l'ancienne reli- 
gion des Celtes '? Les druides irlandais se meuvent, tantôt 



(1) Revue celtique, t. vu, p. 280. 

^2) The Tripartite Life of Patrick, éd. Stokes, p. 122 ; Ti- 
RECHAN, 39, ibid., p. 323. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. I, p. 155, 157. Voir ci-dessus, p. 189, 297. 



372 ÉDUCATEURS 

dans un monde de féerie où l'imagination du conteur crée 
les prodiges les plus incroyables ; tantôt dans une société 
peu civilisée oii les pratiques de sorcellerie semblent tenir 
lieu de toute croyance religieuse. Le fétichisme n'y occupe 
guère de place, sans doute parce que les rédacteurs chré- 
tiens des épopées irlandaises en ont fait disparaître tout ce 
qui pouvait rappeler l'idolâtrie. Peut-être la religion des 
Gallo Romains a-t-elle quelques traits communs avec cet 
ensemble de superstitions qu'avaient conservé les Irlandais 
des premiers siècles de notre ère. Il est peu probable que les 
druides du tein^js do César n'aient été comme leurs confrères 
d'Irlande que des sorciers et des faiseurs de prestiges. Le 
druide Diviciacus, en tout cas, ne différait guère, semble- 
t-il, des Romains instruits de sou temps (1). 

Les druides étaient les éducateurs de la jeunesse gau- 
loise (2). Attirés par leurs privilèges, dont le principal étai^ 
l'exemption des impôts et du service militaire, beaucoup 
déjeunes gens allaient s'instruire auprès d'eux ou y étaient 
envoyés par leurs parents et leurs proches. On disait que 
ces jeunes gens avaient à retenir de mémoire un grand 
nombre de vers. Aussi quelques-uns restaient-ils une ving- 
taine d'années à s'instruire. Les druides pensaient que les 
matières de leur enseignement ne devaient pas être confiées 
à lécrilure alors que, dans presque toutes les affaires pu- 
bliques et les comptes particuliers, ils se servaient de lettres 
grecques. Ils ne voulaient pas, pense César, queleurscience 



(1) Cf. C. JuLLiAN, Revue des études anciennes, t. m, p. 20"5- 
210. 

(2) C. JuLLiAN, [Histoire de la Gaule, t. ii, p. 105, n. G), com- 
pare les devins étrusques auxquels on confiait les fils des grands 
de l'Etrurie. Cicéro.n, De la divination, i, 41, 92. 



375 

LES DRUIDES 

se répandît dans le vulgaire (1), ni que leurs disciples) &■„ 
fiant à l'écriture, négligeassent leur mémoire. Ce qu'ils vou- 
laient surtout persuader, c'était que l'âme ne périt pas et 
qu'après la mort, au bout d'un cycle d'années, elle passe d'un 
corps dans un autre (2). Une foule de questions sur les 
astreset leurs mouvements (3), sur la grandeur du monde 
et de la terre, sur les lois de la nature, sur l'action et la 
puissance des dieux immortels faisaient partie de leurs doc- 
trines et de leur enseignement (4). Il faut ajouter à 
la physiologie ou philosophie naturelle (o), l'éthique 
ou philosophie morale. Tout en affirmant que les 
âmes et le monde sont immortels, les druides prétendent 
qu'un jour prévaudront le feu et l'eau (6) ; c'est sans 
doute la doctrine stoïcienne que Poséidônios, hanté, 
comme la plupart des doxographes, par l'idée de re- 
trouver chez les peuples les plus divers les théories 
grecques (7), prête, peut-être sur des analogies superfi- 
cielles, aux druides gaulois. Les Gaulois disaient tenir des 
druides une tradition d'après laquelle ils étaient tous issus 
de Dispater (8). Pomponius Mêla, confirmant les renseigne- 
ments donnés par César sur les sujets et la durée de l'en- 
seignement des druides, affirme que leur enseignement était 

(1) Cf. LucAiN, Pharsale, i, 452-453, 

(2) Voir ci-dessus, p. 252. 

(3) Sur l'astrologie chez les Gallo-Romains, voir H. de La 
Ville de Mirmont, Revue des études anciennes, t. iv, v, viii, 

IX, XI. 

(4) Guerre de Gaule, vi, 14. 

(5) CicÉRON, De la divination, i, 41, 90. 

(6) Strabon, IV, 4, 4. 

(7) Cf. A. RivAUD, Le problème du devenir dans la science et 
la philosophie grecques, Alcan, 1906, p. 68, 77. C'est le Aluspilli 
germanique. 

(8) Guerre de Gaule, vi, 17. 



374 



GALENDIUER 



secret et que le seul point de leur doctrine qui eût pénétré 
dans le public était l'éternité des âmes et l'existence d'une 
autre vie après la mort (1). Diogène Laërcenous a conservé 
en grec une maxime sous forme de triade qu'il attribue aux 
Druides : honorer les dieux, ne faire aucun mal, pratiquer 

la bravoure, aÉêstv ÔeoÙî xaî jjtr,0£v xa/ov ^pàv xal àvêpEiav 

àcT/CcTv (2). Rien ne nous permet de supposer que la philo- 
sophie et la science druidiques puissent être comparées à la 
philosophie et à la science grecque. 

Nous ne savons si les druides, comme les pontifes ro- 
mains, étaient chargés de rédiger le calendrier. Bien qu'on 
ait découvert récemment à Coligny un calendrier, que l'on 
a de bonnes raisons de croire celtique, ce n'est guère que 
par les textes irlandais et gallois que l'on peut connaître 
l'année celtique (3). 

L'année était lunaire chez les Celtes comme chez les 
autres Indo-Européens. Le nom du mois se confond sou- 
vent avec celui de la lune. En sanskrit mc75 signifie « lune » 
et « mois » ; le gotique môna signifie « lune » ; le 
vieux-haut-allemand mono signifie «lune» et «mois». 
Les mois et les années des Celtes commençaient avec le 
sixième jour de la lune (4). L'âge do la lune servait 



(1) Chorographie, m, 2, 19. ' " . 

(2) Vies des philosophes, préface, 6. Cf. H. d'Arbois de Ju- 
liAiNviLLE, Cours de littérature celtique, t.- vi, p. loO-l.");}. 

(.3) J. LoTH, L'année celtique d'après les testes irlatidais, gal- 
lois, bretons et le calendrier de Coligny [Revue celtique, t. xxv, 
p. 113-162). Voir aussi S. de Ricci, Revue celtique, t. xxv, p. 10- 
27 ; TiiiERs, Comptes rendus de l'Académie des inscrijitions, 1898, 
p. 167, 612 ; J. Rhys, Notes on ihe Coligny Calendar together 
witli an édition of the reconstructed Calendar. Proceedings of the 
British Academy, iv, London, 1910. 

(4) Pline, Histoire naturelle, xvi, 95, 250. 



LES DRUIDES 375 

aux druides irlandais pour calculer les jours néfastes (1). 

Les Celtes ont pour habitude de compter par nuits ; 
César nous le dit formellement (2) et, dans l'ancienne litté- 
rature irlandaise comme dans l'ancienne littérature galloise 
oa date souvent par nuits ; en gallois semaine se dit 
ççythnos, « huit nuits » ; quinzaine, pythejnos « quinze 
nuits » ; en irlandais oidhche Samhain « nuit de Samhain » 
(1" novembre) désigne la nuit qui précède et non celle qui 
suit le 1" novembre. La coutume de compter par nuits et 
d'une nuit à l'autre n'est c^'ailleurs pas spéciale aux 
Celtes (3). 

On ne pait rien dé bien précis sur la durée de l'année 
celtique. Le calendrier de Goligny oifrait un mois interca- 
laire de 30 jours destiné sans doute à établir tous les deux 
ans et demi l'accord entre l'ann e solaire et l'année lunaire, 
laquelle aurait compté 354 ou 355 jours. Un des nombres 
consacrés de l'épopée irlandaise est de 350 nuits. En Bre- 
tagne armoricaine comme au pays de Galles, il y a des 
jours complémentaires, appelés en breton gourdeziou, en 
gallois dyddiau dyddon. Ces jours auxquels sont attachées 
diverses superstitions populaires, auraient été ajoutés 
lorsque l'on convertit l'année lunaire en année solaire. Il 
est intéressant de remarquer que chaque jour du mois com- 

(1) Joyce, /i social history of ancient Irehmd, t. i, p. 233. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 18. 

(3) On la trouve chez les. Athéniens (Pline, ii, 79, 88) ; 
chez les Germains (Tacite, Germanie, 11) ; chez les Numides 
(Nicolas de Damas, Fragmenta historicorum grsecorum, t. m, 
p. 463, fr. 139). Est-ce cette coutume qui explique la ridicule 
anecdote d'Eudoxe de Rhodes d'après laquelle il y aurait vers 
la Celtique un peuple qui voit la nuit (Fragm. hist. grxc,, t. iv, 
p. 407). Etienne de Byzance, donne, d'après le Pseudo-Aristote, 
•nepl ôo'jijiaaîojv, le nom de ce peuple: répjjiapa. 



376 



CALEM)RIER 



plémentaire du caleadrier de Goligny porte le nom d'un 
des trente mois qui suivaient, tandis qu'en Bretagne, la 
tradition attribue aux douze jours complémentaires la 
vertu des douze mois correspondants (1). 

L'année se divisait d'abord en deux moitiés. Il est sou- 
vent question de demi-année dans les textes irlandais et 
gallois, et on trouve aussi cette division dans le calendrier 
de Goligny. Mais la division la plus commune est celle de 
l'année en quatre séries de trois mois. On la rencontre dans 
les lois irlandaises comme dans les lois galloises. 

Les noms des mois du calendrier de Goligny sont : 
Samonios, Anagantios, Giamonios, Simivisonnios,Equos (cf. 
le grec "Itttt'.oç), Elembivios (cf. le mois grec 'EXaœr^poXttôv), 
Edrinios, Rivros, Gantlos, Dumannios, Ogronios, Gutios, 
Giallos (mois intercalaire). 

Quant aux subdivisions du mois, elles sont indiquées par 
les mots gallois pijthefnos, irlandais coicthiges « quinzaine » ; 
la wylhnos galloise dont nous avons parlé plus haut est 
une subdivision, en chiffres ronds, de la quinzaine (2). La 
période de trois jours et trois nuits que Ton rencontre sou- 
vent dans les anciens textes gallois ou irlandais est sans 
doute une ancienne subdivision du mois lunaire de 
29 jours 12. 

Le calendrier de Goligny comprendrait un cycle de deux 
ans et demi. On ne trouve rien de semblable chez les Ir- 
landais et chez les Gallois, chez lesquels les périodes en 

(1) Seymour de Ricci, Revue celtique, t. xxiv (1903), p. 313- 
316. 

(2) Les noms des jours de la semaine ont été empruntés par 
les Celtes aux Romains. Cf. Tiiurneysen, Die yamen der ^Vo- 
chentage in der keltischen Dialekten, Zeitschrilt jur deutsche 
Wortforschung, t. i (1900), p. 1.86 sq. 



J 



LES DRUIDES 377 

usage sont respectivement de 3 et de 7 ans. D'après 
Pline (1), le cycle des anciens Celtes était de trente 
ans. 

Certaines périodes ou certains jours étaient plus favo- 
rables à certains actes ; à midi et à minuit le prêtre craint 
de rencontrer le dieu (2). Les animaux, et même l'homme, 
sur les bords de la mer de Gaule, ne meurent qu'au 
jusant (3). 

Les anciens avaient été frappés des analogies que présen- 
tait la doctrine des Celtes sur l'immortalité de l'âme avec 
l'enseignement de Pythagore. La plupart d'entre eux ne 
disent pas que les druides aient eu des rapports avec Py- 
thagore ou ses disciples. Diodore de Sicile emploie les ex- 
pressions hr.'jyyz: uxp' «j-roT; 6 QjOaYopoj Xoyo;, « chez euX, 
[chez les Celtes] prévaut l'opinion de Pythagore, d'après 
laquelle les âmes des hommes sont immortelles et, après 
un nombre déterminé d'années, recommencent à vivre en 
pénétrant dans un autre corps (4) ». Valère Maxime établit 
seulement un rapprochement entre les deux doctrines (5). 
Le texte d'Amraien Marcellin, qui a sans doute pour source 
Timagène, est moins clair : « Parmi eux les druides, plus 
hauts dans leurs conceptions, comme l'établit l'autorité de 
Pythagore, liés par des associations collégiales, s'élevèrent 
aux questions cachées et profondes et, méprisant les choses 
humaines, proclamèrent les âmes immortelles » (6). La 

(1) Histoire naturelle, xvi, 95, 250. 

(2) LucAiN, Pharsale, m, 423-425. 

(3) Aristote chez Pline, ii, 101, 220. Cf. Le Braz, La légende 
de la mort, 2^ éd., t. i, p. 76. Pour d'autres jours fastes ou né- 
fastes, voir ci-dessus, p. 339. 

(4) Bibliothèque, v, 28, 6. 

(5) Faits et dits mémorables, ii, 6, 10. 

(6) « Inter eos druidee ingeniis celsiores, ut auctoritas Pytha- 



378 PYTHACORE 

phrase ut audoritas Pythagorx decrevit, d'après l'usage or- 
dinaire des Latins, se rapporte à ce qui suit : elle peut si- 
gnifier simplement que les sodalicia consoriia des druides 
étaient une organisation semblable à celle qu'avait établie 
Pythagore ; il n'est pas certain qu'elle détermine Ten- 
semble de la phrase. C'est seulement Alexandre Polyhistor 
qui veut que Pythagore ait suivi les leçons des Gaulois et 
des Brachmanes (1). 

Sur l'origine de la doctrine druidique, nous devons 
donc nous en tenir à l'opinion rapportée par César et 
d'après laquelle l'enseignement des druides venait de 
Grande-Bretagne (2). Il aurait été apporté sur le continent 
par les Celtes d'outre-mer qui, d'après une tradition drui- 
dique rapportée par Ammien Marcellin citant Timagène, 
constituaient une partie importante de la population de la 
Gaule : les druides rapportent qu'en réalité une partie du 
peuple est indigène, mais qu'il s'y est ajouté d'autres élé- 
ments provenant des Iles extrêmes et des contrées au delà 
du Rhin (3). 

L'enseignement druidique, qui fut en grande faveur tant 
que la Gaule resta indépendante, ne survécut pas long- 
temps à la conquête (4). Un sénatus-consulte, sous le règne 



gorîB decrevit, sodalicîis adstricti consortiis, qu.i^stionîbus occul-» 
tarum rcruni aUarumque erecti sunt et despectantcs humana 
pronuntiarunt animas imniortalcs. » Histoire romaine, xv, 9, 8. 

(1) CLÉMErs'T d'Alexandrie, Siromates, i, 15 (Fragmenta 
historicorum Grsecorum, éd. Didot, t. m, p. 239. Cf. le texte 
mutilé de Jamblique, Vie de Pythagore, xxviii, 151. 

(2) Guerre de Gaule, vi, 13, 11. Cf. Pokorny, The Celtic Re^ 
View, t. V (1908), p. 1-20. 

(3) Histoire romaine, xv, 9, 4. 

('*) FusTEL DE CouLANGES, Rcvue celtique, t. IV, p. 37 ; 
H. d'Arbois de Jubai.nville, ibid., t. xii, p. 316. 



LES DRUIDES 



379 



de Tibère, supprima les druides (1). Officiellement 
supprimés, les druides pendant quelque temps continuèrent 
à enseigner dans les forêts (2). Ji'ouverture des écoles ro- 
maines dont la plus ancienne est celle d'Autun (3), leur 
enleva la clientèle des jeunes nobles gaulois. Du temps 
d'Ausone, il y avait à Bordeaux des gens qui se disaient 
descendants des druides (4). Cela ne prouve pas qu'il y eût 
encore des druides en Gaule au iv^ siècle. 

Chez les Irlandais, les druides sont entourés de nom- 
breux disciples. Cathbad avait auprès de lui cent hommes 
qui, sous sa direction, apprenaient le druidisme, druidecht. 
Dans une des légendes hagiographiques rattachées à la 
vie de saint Patrice, deux druides sont chargés de l'éduca- 
cation des deux filles du roi Loégaire. En quoi consistait 
l'enseignement druidique*? Une glose du Senchus Mor, 
recueil de jurisprudence irlandaise, nous apprend que les 
druides irlandais disaient que c'étaient eux qui avaient fait 
le ciel, la terre, la mer, le soleil, la lune, etc., et il est pos- 
sible que ce soit là le dernier mot de cette cosmogonie drui- 
dique dont, sans la connaître, on s'est plu à vanter la pro- 
fondeur scientifique. De plus, les druides enseignaient la 
magie, et les seuls écrits qufe la légende leur attribue sont 
des caractères oghamiques (5) gravés sur quatre baguettes 
d'if qui servaient à des pratiques de divination. Quant à la 
doctrine de l'immortalité de l'âme, qui était généralement 

(1) Pline, Histoire naturelle, xxx, 4, 13. 

(2) Voir ci-dessus, p. 369. 

(3) Tacite, Annales, m, 43. Cf. Suétone, Des grammairiens 
illustres, 3. 

(4) Professeurs, v, 7 ; xi, 27. 

(5) Sur l'alphabet oghamique, voir H. d'Arbois de Jubain- 
viLLE, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, t. IX (1881), p. 20-26. Revue celtique, t. xxvii, p. 109, 



380 JUGES 

admise en Irlande avant le christianisme, il ne semble pas 
qu'elle fût spécialement enseignée par les druides irlan- 
dais (1). 

Les druides de Gaule sont réputés les plus justes des 
hommes (2). Aussi les fait-on Juges des contestations pu- 
bliques et privées. S'il y a eu un crime de commis, si un 
meurtre a eu lieu, si Ton se dispute à propos d'héritage ou 
de limites, ce sont eux qui décident, et qui déterminent les 
amendes et les châtiments. Si un particuher ou un homme 
public ne veut pas s'en tenir à leur sentence, ils lui inter- 
disent les sacrifices. C'est là le châtiment le plus grave 
chez eux ; ceux auxquels a été faite cette interdiction sont 
mis au nombre des impies et des criminels ; tout le monde 
s'écarte d'eux, on fuit leur approche et leur conversation 
pour ne pas recevoir quelque dommage de leur contact ; 
s'ils déposent une plainte, on ne leur rend pas la justice et 
ils n'ont part à aucune dignité. A une époque déterminée 
de Tannée, les druides se réunissent sur le territoire des 
Carnutes, qui est regardé comme le centre de la Gaule (3), 
dans un endroit consacré. Là, de toute part s'assemblent 
tous ceux qui ont des procès, et ils obéissent à leurs juge- 
ments et à leurs décrets (4). Strabon ajoute que les druides 
sont surtout chargés de juger les procès pour cause d% 
meurtre et que, lorsqu'il y a abondance de ces procès, on 
pense qu'il y aura aussi abondance des biens de la terre. 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. I, p. 165-189. 

(2) Strabon, iv, 4, 4. 

(3) Cf. Mide, nom de la province centrale de l'Irlande, qui 
s'explique par medio-, lat. médius. 

('i) CÉSAB, Guerre de Gaule, vi, 13. Cf. Diodore, v, 31, 5, et 
Strabon, iv, 4, 4. Voir ci-dessus, p. 254. 



LES DRUIDES 



381 



H. d'Arbois de Jubainville (1) a fait remarquer qu'il était 
naturellement impossible que les druides connussent de 
toutes les contestations publiques ou privées qui s'élevaient 
on Gaule. De plus, aucune des contestations entre Gaulois 
qui sont mentionnées dans les Commentaires n'est soumise 
au jugement des druides et il ne semble pas que les druides 
aient empêché les guerres civiles qui désolaient la Gaule 
avant la conquête romaine. Il est probable que César, re- 
produisant des textes plus anciens, parle ainsi d'un état 
social qui n'existait déjà plus à l'époque de la conquête des 
Gaules. On peut d'ailleurs faire remarquer que la juridic- 
tion des druides n'était pas obligatoire et qu'il n'y avait 
sans doute à se rendre une fois l'an à l'assemblée tenue sur 
le territoire des Carnutes que les plaideurs qui n'avaient 
pu s'accorder par aucun autre moyen. Toujours est-il que 
rien de semblable n'a été signalé en Irlande, et que là ce 
sont les filé et non les druides qui interviennent dans les 
causes judiciaires. 

Le rôle politique des druides dans l'ancienne Gaule, si 
l'on excepte toutefois la vie publique de Diviciacus, nous 
est peu connu ; c'est seulement chez Dion Chrysostome, au 
premier sièclç de notre ère,' que nous lisons que les rois ne 
peuveut rien décider sans les druides, qui sont vertes dans 
la divination et les autres sciences, et qu'il serait juste de 
dire que ce sont eux qui commandent et que ces rois assis 
sur des trônes d'or, habitant de magnifiques demeures, 
sont leurs ministres et les serviteurs de leur pensée (2). 
Est-ce d'une élection par les druides qu'il s'agit dans le 



(1) Revue celtique, t. viii, p. 519-525. 

(2) Discours, xlix. 



382 ROLE POLITIQUE 

passage où César nous parle de raccession au pouvoir de 
Convictolitavis, nommé selon l'usage de la cité par les 
prêtres, per sacerdotes more civitatis {i)''l N'est-ce pas à 
leur pouvoir moral plutôt qu'à leur pouvoir politique que 
les druides doivent d'avoir une grande autorité dans les 
affaires de la paix, aussi bien que dans celles de la guerre, 
et de pouvoir apaiser deux armées sur le point d'en venir 
aux mains en se jetant au milieu des combattants (2) ^Rien 
ne vient confirmer pour l'époque ancienne l'assertion de 
Dion Clirysostome. Si les druides avaient une influence 
politique, elle était sans doute due à leur situation person- 
nelle et ne constituait pas un privilège de leurs fonctions. 
Diviciacus, dans les nombreux incidents de sa carrière po- 
litique, use si peu de sa qualité de druide qu'il semble que 
César ait ignoré qu'il l'était (3). 

Le meilleur commentaire du texte de Dion Chrysostome 
se trouve dans une épopée irlandaise intitulée V Enlèvement 
des vaches de Cuabigé. Cûchulainn, le liéros dUlster, après 
avoir essayé de repousser à lui tout seul l'invasion des 
hommes de Connacbt, est grièvement blessé; il se voit 
alors forcé d'envoyer prévenir le roi Conchobar et l'armée 
des Ulates du danger qui les menace. Le messager arrive 
en vue de la forteresse et s'écrie : « On tue les hommes, 
on enlève les femmes, on emmène les vaches, ô habitants 
d'Ulster » ! Mais il n'obtient pas de réponse. 11 va sous les 
murs de la forteresse et renouvelle son appel : « On tue 
les hommes, on enlève les femmes, on emmène les vaches, 
ô habitants d Ulster ! » Et personne ne lui répond. Alors il 

(1) Guerre de Gaule, vu, 33. 

(2) DioDORE ÔE Sicile, v, 31, 5. Cf. Str.vbon, iv, 4, 4. 

(3) Guerre de Gaule, i, 20-21. 



LES DRUIDES 383 

s'avance encore ; il s'arrête sur la pierre des hôtes dans la 
forteresse et il répète : « On tue les hommes, on enlève 
les femmes, on emmène les vaches ». Et c'est alors seule- 
ment que le druide Gathbad ouvre la bouche : « Qui donc 
tue les hommes, qui enlève les femmes, qui emmène les 
vaches ? » Car, explique le narrateur, telle était la règle en 
Ulster : défense aux Ulates de parler avant le roi, défense 
au roi de parler avant son druide (1). 

Un des sujets qui ont le plus passionné les écrivains qui, 
en l'absence de renseignements suffisants, essayaient de 
restituer le druidisme à l'aide des seules ressources de leur 
imagination, est celui des druidesses (2). Velléda, qui a 
donné son nom à une des figures les plus dramatiques des 
Martyrs de Chateaubriand, est une prophétesse de Germa- 
nie (3). Mais le géographe romain Pomponius Mêla (4) 
nous parle des prêtresses de l'île de Sein, dans la mer de 
Bretagne, en face des rivages des Osisnti. Elles ont fait 
vœu de virginité perpétuelle ; elles sont au nombre de 
neuf. On les appelle Gallizenae (5) ; on les croit douées de 
talents singuliers ; elles excitent par leurs chants la mer et 
les vagues ; elles se changent en animal à leur volonté ; 
elles guérissent des maux qui sont inguérissables chez 
d'autres ; elles connaissent l'avenir et le prédisent aux na- 
vigateurs lorsqu'ils viennent les consulter. 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Introduction à l'élude de la 
littérature celtique, t. i, p. 190 et suiv, 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, ibid., p. 109-110 ; Toutain, 
Mélanges Boissier, Paris, 1903, p. 439-442. 

(3) Tacite, Histoires, iv, 61 ; 65 ; v, 22 ; 24. On a expliqué 
ce nom par le mot irlandais file, gén. filed « poète ». 

(4) Clioro graphie, m, 6, 48. Cf. éd. Tzschucke, t. ii, 3, p. 159. 

(5) Mss. Gallizenas, Gallicenas, Galligenas. Rhys, Lectures 
on Welsh philology, p. 196, lit : Galli Senas. Cf. les Gallicands 
dryadas de Vopiscus. 



384 



DRUIDESSES 



Il semble bien que cette histoire ne soit qu'un résumé 
de quelque récit fabuleux comprenant beaucoup d'élé- 
ments empruntés à l'histoire de Circé (1). Remarquons de 
plus que le nom de druidesse n'y est pas prononcé. Si 
nous n'acceptons qu'avec réserve le témoignage de Mêla sur 
les vierges de Sein, nous ne trouvons qu'au m* siècle en 
Gaule des prophétesses appelées dryades. L'une aurait 
prédit en gaulois à Alexandre Sévère (208-235) sa fin pro- 
chaine (2). L'empereur Aurélien (270-273) avait consulté 
dos prophétesses gauloises, GaUicanos drijadas, sur l'ave- 
nir de sa postérité (3). Une de ces femmes aurait promis 
l'empire à Dioctétien (284-303) (4). Cette dernière était une 
aubergiste de Tongres. Les druidesses gauloises, si tant est 
qu'il y en ait eu , n'étaient plus à cette époque que de 
simples diseuses de bonne aventure. L'inscription de Metz 
où on lit Arête druis antistita est fausse (5), comme sans 
doute aussi l'inscription de Killeen Cormac près de Dunla- 
vin (Kildare) en Irlande (6j, qui porte ivvere drvvidbs. 

Rien ne permet de qualifier de druidesses les femmes 
des Namnètes (7) que Poseidônios représente vivant dans 
une lie de peu d'étendue en face de l'embouchure de la 
Loire et s'adonnant au culte bachique. Aucun homme n'y 

(1) S. Reinach, Revue celtique, t. xviii, p. 1-8 ; Cultes, t. i, 
p. 195-203. Au contraire, C. Jullian, Revue des études anciennes, 
t. VI, admet l'existence de ces prêtresses. 

(2) Lampkide, Alexandre Sévère, 60. 

(3) Vopiscus, Aurélien, 44. 

(4) Vopiscus, Niimérien, 14. 

(5) Ch. Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, p. 89. 
et suiv. 

(6) Gaidoz, Revue celtique, t. m, p. 453 ; Rhys, Proceedings 
of the Brilish Academy, t. i, p. 4 (pi.), n'a pas le même sccpti 
cisme et traduit par « druide d'Irlande ». 

(7) Les manuscrits de Strabon portent ^a|jtv'.xwv, corrigé en 
Nafxvtxwv par Tyrhwitt, 



LES DRUIDES 385 

avait accès, mais elles allaient par mer rejoindre leurs 
maris et revenaient ensuite dans l'île. Elles avaient cou- 
tume, une fois l'an, d'enlever la toiture du temple de leur 
dieu et de le recouvrir dans la même journée. Si l'une 
d'elle laissait tomber sa charge de matériaux, elle était 
aussitôt mise en pièces par ses frénétiques compagnes (1). 
En 61 après J.-C, chez les Bretons, des femmes trans- 
portées par un délire prophétique annonçaient la ruine de 
la domination romaine. Tacite les dépeint dans l'île de 
Mona semblables à des furies, courant au milieu des sol- 
dats, en vêtements funèbres, les cheveux épars, des torches 
dans les mains (2). 

Chez les Irlandais, il est quelquefois question de drui- 
desses, ban-dnii, et plus souvent de bafi-filé qui, comme 
les filé, étaient à la fois devineresses et poétesses (3). 

Une question importante est l'organisation du corps 
druidique. César nous dit seulement que les druides ont un 
chef qui a sur eux l'autorité suprême (4). Ce chef, à sa 
mort, est remplacé par le plus digne, et si plusieurs com- 
pétiteurs ont des titres égaux, le successeur est élu par les 
suffrages des druides. Quelquefois même, on se dispute les 
armes à la main cette dignité suprême. Le texte d'Ammien 
Marcellin cité plus haut (p. 377) parle incidemment des 
associations corporatives des druides analogues aux asso- 
ciations pythagoriciennes (5). 

(1) Strabon, IV, 4, 6. Cf. Denys le Périégète, v, .570-574. 

(2) Tacite, Annales, xiv, 32. Cf. 30. 

(3) Dinnsenchus de Rennes, 83 ; Revue celtique, t. xvi, p. 34, 
277 ; H. d'Arbois de Jubai.nville, Cours de littérature celtique, 
t. VI, p. 92-93 ; Tàin hô Cûalnge, éd. Windisch, p. 331, note 1. 

(4) Guerre de Gaule, vi, 13. 

(5) Histoire romaine, xv, 9, 8. 

G, DoTTiN. — Manuel de V antiquité celtique. 25 



386 HIÉRARCHIE 

En Irlande, il n'est question expressément ni d'un chef 
suprême (1), ni d'une hiérarchie, ni de corporations drui- 
diques. Les druides agissent isolément ou par deux ou 
trois. Ils sont mariés et vivent en famille chacun dans leur 
maison. Dans une Vie de saint Patrice on lit qu'un jour 
dix druides {tiiagi), vêtus de blanc, se réunirent contre 
l'apôtre de l'Irlande ; rien n'indique que ces druides consti- 
tuassent une association (2). 

Les collèges de druides, plus ou moins analogues aux 
collèges sacerdotaux des Romains, ne ressemblaient sans 
doute ni aux lamaseries du Thibet ni aux communautés 
cénobitiques des moines chrétiens. Le druide Diviciacus 
était marié, avait des enfants et prenait part non seulement 
aux affaires politiques, mais même aux expéditions guer- 
rières. Aucun texte ne justifie les théories ingénieuses, 
mais contestables, de A. Bertrand sur les communautés 
druidiques (3). 

Le peu que nous savons des druides n'a pas suffi aux 
érudits modernes (4). Dès la fin du xvn" siècle, les monu- 
ments mégalithiques de Stonehenge (Salisbury, 'Wills) et 
d'Avebury ou Abury (Wilts) furent attribués aux druides. 
Les alignements de pierre furent, au xvni® siècle, expliques 

(1) Dans les noies de Tirechan sur saint Patrice il est toute- 
fois question d'un primus magus nommé Recrad. Wn. Sto,:es, 
The tripartite life of Patrick, t. ii, p. 325. Cf. aussi ci-dessus 
druidum magistri, p. 371. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les druides et les dieux 
celtiques à forme d'animaux, p. 111-115 ; Wh. Stokes, T//." tri- 
partite life of Patrick, t. ii, p. 325-326. 

(3) La religion des Gaulois, p. 297-312, Cf. Rei'ue de l'histoire 
des religions, t. xxxviii, p. 149-152 ; Revue celtique, t. xix, p. 72- 
73. 

(4) Voir lu bibliographie dressée par C. Jullian, Histoire de 
la Gaule, t. ii, p. 84, n. 1 ; p. 86, n. 2. 



LES DRUIDES 387 

par le serpent cosmique dont ils reproduisaient, pensait-on, 
les replis tortueux ; ce serpent serait le symbole de l'Etre 
infini et les druides en auraient emprunté l'idée aux my- 
tliologies orientales. Ces rêveries archéologiques dues à 
l'érudit anglais Stukeley (1687-1763) (1) ne tardèrent pas à 
pénétrer en France (2). 

En ISOo, Cambry exposa dans les Monuments cel- 
tiques (3) une nouvelle explication druidique des monu- 
ments mégalithiques (4). Les dolmens seraient le signe des 
traités passés entre les peuples, l'emblème de l'union, de la 
stabilité, de l'immutabilité. Les positions respectives des 
astres et leur correspondance avec telle ou telle partie de 
la terre seraient figurées par des pierres disposées de ma- 
nière à donner 1 idée de ces positions dans le ciel, et on ne 
peut douter que ces monuments symboliques n'aient été les 
premiers temples. Tous les peuples auraient imité les mo- 
numents druidiques à des époques variées. L'historien 
Henri Martin adopta avec plus d'enthousiasme que de cri- 
tique les théories aventureuses des savants anglais (5). 
Divers numismates prétendirent expliquer par le symbo- 
lisme druidique les détails des monnaies gauloises (6). 

Les dolmens et les druides ne furent pas mis en rapport 
seulement à cause de la signification symbolique que l'on 
attribuait aux monuments mégalithiques. « C'est sur de 

(1) Stonehenge, a temple restored to the British Druicls, London, 
1740 ; Abury, a temple of the British druids, London, 1743. 

(2) De Penhouet, De l'ophiolatrie, Nantes, 1833. 

(3) Alonumenl.s celtiques ou recherches sur le culte des pierres, 
précédées d'une notice sur les Celtes et sur les Druides et suivies 
d'Etymologies celtiques, Paris, 1805, p. 271-289. 

(4) Voir ci-dessus, p. S30. 

(5) Etudes d'archéologie celtique, Paris, 1872, p. 31, 85, 171. 

(6) Voir Blanchet, Traité des monnaies gauloises, p. 14-19. 



388 NÉO-DRÙIDISMÈ 

tels autels », écrit La Tour d'Auvergne, « que les Gaulois, 
au rapport de Diodore de Sicile, juraient leurs traités et 
que les druides, leurs prêtres, sacrifiaient à la divinité, 
choisissant le plus souvent des hommes pour victimes (1) ». 
Rien ne permet d'affirmer que les dolmens aient eu à 
l'époque celtique un tel usage. On ne sait même pas si les 
tables des dolmens étaient, au temps des druides, visibles 
et utilisables (2). 

Ce ne furent pas que les archéologues qui contribuèrent 
à créer ainsi un druidisme de fantaisie. Un érudit gallois du 
xvni" siècle, Edward Williams, dout le nom bardique était 
lolo Morganwg (1740-1820) (3) et, après lui, Edward Da- 
vies (1750-1831) (4) ont essayé de démontrer que les 
bardes gallois étaient restés dépositaires des secrets des an- 
ciens druides de l'île de Bretagne et qu'ils avaient continué 
à pratiquer en secret, depuis l'introduction du christia- 
nisme, la religion druidique. Ces deux ingénieux savants, 
si l'on met à part les textes, manifestement créés au 
xvn" siècle, du Mystère des bardes de l'île de Bretagne 
{Cyfrinach beirdcl ynys Prydain) (5), n'ont pu fonder leur 



(1) Origines gauloises, 3^ éd., p. 22. Cf. Dépic, Histoire ecclé- 
siastique de Bretagne, Rennes, 1847, t. ii, p. 207. 

(2) Cf. Fr. Delage, Dolmens et druides {Bulletin de la Société 
archéologique du Limousin, t. lviii. 

(3) lolo manuscripts, a sélection of ancient Welsh mss., in 
prose and verse ; from the collection made by the laie Edward 
Williams, editcd with translations and notes by his son Taliesin 
Williams, Llandovery, 1848 ; Livcrpool, 1888. 

(4) The mythology oj the British druids, ascertained by national 
documents and compared with the traditions and customs of the 
Hcathenism, London, 1809. 

(5) On en trouve un résumé dans la Revue archéologique, 
t. xviii (1868), p. 329-344, 431-439 ; t. xix (1869), p. 27-41. 
Cf. Sh. Turner, Vindication of the genuiness of the ancient Bri- 



LES DRUIDES 389 

doctrine que ur un roman merveilleux du commencement 
du xvii'^ siècle, l'Histoire de Taliessin, qui reproduit quelques 
pièces attribuées à tort au célèbre barde du vi* siècle, et sur 
une collection d'écrits plus ou moins authentiques réunis 
par Llywelyn Siou de Llangewydd qui vivait au xvi* siècle. 
Cela n'empêcha pas A. Pictet, J. Reynaud et Henri Mar- 
tin (1) d'y découvrir une doctrine originale, remontant aux 
traditions les plus anciennes de la race celtique ("J,). 

Pour retrouver dans ces textes et dans d'autres plus ar- 
chaïques des traces de mythologie cosmique, Edward 
WiUiams et Edward Davies avaient dû expliquer par des 
symboles les phrases les plus simples, à la manière de 
H. de la Villemarqué qui publia dans le Barzaz-Breiz 
comme poète druidique une formulette bretonne destinée à 
apprendre à compter aux petits enfants et connue sous le 
nom de Vêpres des grenouilles (3). 

Le druidisme est-il dans l'Antiquité une institution isolée 
dont l'analogue n'existe point (4j'? 11 semble bien que chez 
les Gètes il ait existé quelque chose de semblable. Jordanès, 



tish Poems of Aneurin, Taliesin, Llywarch H en and Merdhin, 
London, 1803. 

(1) Bibliothèque de Genève, t. xxiv,1853; L'Esprit de la Gaule, 
1864, Histoire de France, Paris, 1855, t. i, p. 74 ; Etudes d'ar- 
chéologie celtique, p. 286-397. 

(2) L'histoire de cette question est résumée chez Skene, The 
four ancient books of Wales, t. i, p. 6-16, 29-32. Voir aussi S. Rei- 
NACH, Esquisse d'une histoire de l'archéologie gauloise. Revue 
celtique, t. xix, p. 111-116 ; J. Leflocq, Etudes de mythologie 
celtique, Orléans, 1869 ; Ch. Picquenard, Le néo-druidisme. 
Revue de Bretagne, t. xli (1909), p. 113-125, 196-215. 

(3) Barzaz-Breiz, 6^ éd., Paris, 1867, p. 1-18. Cf. Luzel, An- 
nales de Bretagne, t. v, p. 284-292 ; Revue celtique, t. vi, p. 500- 
505. 

(4) SciiRADER, Reallexicon der indogermanischen Altertums- 
kunde, Strasbourg, 1901, p. 643. 



390 



ORIGl.NE DU DRUIDISME 



citant les Géliques attribuées à Dion Gassius, nous dit que 
Philippe de Macédoine ayant envahi la Mésie, quelques 
prêtres, de ceux que les Gètes nomment pii, vêtus de robes 
blanches, des harpes à la main, s'avancèrent à la ren- 
contre de Tennemi, en chantant d'une voix suppliante des 
hymnes en l'honneur des divinités protectrices de la na- 
tion. Et les Macédoniens, troublés par l'apparition de ces 
homoies sans armes, firent la paix et retournèrent chez 
eux (1). Cette intervention des prêtres gètiques rappelle le 
texte de Diodore qui nous montre les bardes ou les druides 
apaisant deux armées en présence et se jetant au milieu des 
épées tirées et des lances en arrêt (2). 

Strabon nous apprend qu'un ancien esclave de Pytha- 
gore, un Gète nommé Zamolxis, revenu chez ses compa- 
triotes, y attira l'attention des chefs par les prédictions 
qu'il savait tirer des phénomènes célestes et finit par per- 
suader à un roi de l'associer à son pouvoir. Un des succes- 
seurs de Zamolxis, Dicaineos, enseigna aux Gètes l'éthique 
et la logique ; il leur apprit les noms et la marche des 
astres, les propriétés des herbes, et par sa science leur 
inspira une telle admiration qu'il commandait non seule- 
ment aux hommes d'un rang modeste, mais aux rois eux- 
mêmes. En effet, choisissant dans les familles royales des 
hommes à l'àme noble et à l'esprit sage, il leur persuada 
de se vouer au culte de certaines divinités et d'en honorer 
les sanctuaires (3). 

(1) Histoire des Goths, 10 ; A. Bertrand, La religion des Gau- 
lois, p. 293-294. 

(2) Bihliolhèque, v, 31. Cf. Strabon, iv, 4, 4. Les Celtes et les 
Gètes ont été en guerre les uns avec les autres, d'après Lucien, 
De la manière d'écrire l'histoire, 5. 

(3) Strabon, vu, 3, 5 ; Jordanès, Histoire des Goths, 11 ; 



LES DRUIDES 



391 



La corporation religieuse établie chez les Gètes par Di- 
caineos, l'enseignement qu'il donnait, la mission civilisa- 
trice qu'il remplit, tous ces faits sont-ils comparables aux 
collèges druidiques, à leur doctrine philosophique, à leur 
rôle social ? Nous ne pouvons l'affirmer. Origène, pourtant, 
citant Celse, dit que les peuples les plus sages sont les Ga- 
lactophages d'Homère, les druides des Gaulois (raXa-uwv) et 
les Gètos (1). Comme le druidisme, la doctrine de Zamolxis 
a été rattachée par les anciens à l'influence de Pythagore. 
Y aurait-il eu diffusion, chez les peuples les plus divers, 
des doctrines pythagoriciennes, ou la doctrine de Pytha- 
gore ne serait- elle qu'un aspect particulier d'un grand 
mouvement d'idées qui aurait pénétré le monde civilisé six 
siècles avant l'ère chrétienne ? 

Que la doctrine des druides fût ou non d'origine étran- 
gère, elle était distincte, semble-t-il, des pratiques reli- 
gieuses fort nombreuses auxquelles s'adonnaient les Gau- 
lois, gens admodiim dedita religionibus. En tous cas, ces 
pratiques religieuses n'avaient pas été apportées par les 
druides qui se bornaient à les interpréter, à leur trouver 
sans doute un sens symbolique. Les doctrines druidiques 
venues de la Grande-Bretagne étaient-elles en Gaule d'in- 
troduction récente au moment de la conquête romaine, et, 
réservées à un petit nombre de privilégiés, s'étaient-elles 
juxtaposées à l'ancienne religion de la Gaule sans la mo- 
difier essentiellement ? La religion répandue en Gaule dans 
le peuple était-elle la religion de ceux qui habitaient notre 



A. Bertrand, La religion des Gaulois, p. 292-295 ; Hippolyte, 
Philosophumena, 2, 17, cf. 27, 7, dit que Zamolxis enseigna aux 
druides la philosophie de Pythagore. 
(1) Contre Celse, i, 16. 



392 CONCLUSION 

pays antérieurement à l'invasion celtique et qui auraient 
donné à leurs vainqueurs leurs croyances religieuses "? Si 
la plebs dont parle César est formée des anciens vaincus, 
tandis que les équités et les druides seuls sont de race cel- 
tique, et s'il est vrai que la plupart des enfants des équités 
fussent élevés dans le druidisme, quels étaient alors les 
adorateurs de ces divinités celtiques que les Grecs et les 
Romains ont assimilées à leurs dieux ? Autant de pro- 
blèmes que le manque de textes historiques empêche de 
résoudre. 



CHAPITRE VII 



L'EMPIRE CELTIQUE (I) 



Témoignages des anciens sur les pays occupés par les Celtes. — 
Extension des civilisations auxquelles appartiennent les 
Celtes. — Les noms de villes fondées par les Celtes : -diinum, 
-durum, -nemetum, -magus, -briga, -rilum, -bona, mediolanurn, 
icoranda. -acus. — • Pays où l'on a trouvé des noms celtiques 
de personnes. — Rapports des Celtes et des Germains. — 
Origine des Celtes ; l'ancienne Celtique ; les Celtes dans l'Alle- 
magne centrale. — Les migrations ; l'empire d'Ambigatus ; 
décadence de la puissance celtique. 



L'histoire des Celtes ne commence guère qu'avec leurs 
premières relations avec les Grecs et les Romains. Tant 
que les Celtes n'eurent pas pris contact avec le monde ci- 
vilisé, ils restèrent confondus dans la masse des barbares 
qui habitaient l'Europe occidentale (2). A peine quelque té- 
moignage de navigateur carthaginois ou grec, bien ou mal 
renseigné, nous fournit-il sur les côtes occupées par les 
Celtes antérieurement à l'invasion celtique en Italie, quel- 

(1) Voir C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. i, p. 227-254, 
281-332 ; Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 558-587. 

(2) Strabon, Géographie, i, 2, 27. 



394 l'bmpire celtique 

que brève indication, qu'il nous est impossible de con- 
trôler (1). Lorsque les anciens emploient le nom de Celte, 
nous ne savons s'ils lui donnent la valeur qui lui fut attri- 
buée dans la suite ; lorsqu'ils nomment des peuplades sans 
déterminer à quel groupe ethnographique on doit les rat- 
tacher, comment, même si la linguistique leur reconnaît 
une physionomie celtique, peut on avec sûreté les attribuer 
aux Celtes ? Le récit des premières invasions nous apprend 
surtout comment et par qui les Celtes furent repoussés, 
sans que nous puissions savoir exactement le lieu d'oîi ils 
venaient et les causes de leur émigration. On conçoit faci- 
lement qu'en face du danger les Grecs et les Romains 
ne se soient préoccupés que de la défense commune et que 
l'histoire intérieure de ces barbares venus on ne savait d'oii 
ait eu pour eux peu d'intérêt. Les fragments que l'histoire, 
la linguistique et l'archéologie peuvent à grand peine ras- 
sembler permettent-ils une reconstruction partielle de l'em- 
pire celtique ? Pour que le lecteur puisse se prononcer en 
connaissance de cause, il hnporte de lui mettre sous les 
yeux, d'abord, les principaux textes, rangés, autant que 
possible, par ordre de date, qui se rapportent à la ques- 
tion (2). 



(1) Cf. BuLLiOT et RoiDOT, La cité gauloise selon l'histoire et 
les traditions, p. 1-4. 

(2) Sur les textes les plus anciens relatifs ux Celtes, cf. 
A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô 
et du Danube, p. 7-35 ; H. d'Arbois de Jubainville, Cours de 
littérature celtique, t. xii. 



l'empire celtique 395 



On ne trouve aucune mention de pays occupés par les 
Celtes avant la fin du vi^ siècle avant notre ère. Deux frag- 
ments de la « Description de la Terre » par Hécatée de 
Milet ^o40-47o), conservés par Etienne de Byzance (I), qui 
rédigea à la fin du v^ siècle de notre ère un dictionnaire 
géographique, (abrégé au siècle suivantpar le byzantin Her- 
molaos), contiennent le nom de Celtique, Kslziy.ri (2). Le 
premier fragment nomme Massalia, ville de la Ligystique, 
près de la Celtique. Le second nomme Nyrax, ville cel- 
tique. La situation de Nyrax est inconnue. Les Ligures, au 
VI' siècle, occupaient en Gaule les côtes de la Méditerranée 
entre les Alpes et Tembouchure du Rhône (3). 

Eschyle (325-456) dit que l'Eridan est en Ibérie et qu'on 
l'appelle aussi Rhodanos (4). 

Hérodote (5), dans deux passages écrits entre 445 et 432, 
nous apprend que l'Istros (Danube) est un fleuve dont les 
sources se trouvent chez les Celtes, près de la ville de 



(1) Etienne de Byzance, aux mots Massalia et Nyrax. Un 
troisième fragment, sur Narbôn, place de commerce et ville cel- 
tique, attribué par erreur à Hécatée dans l'édition MûUer, pro- 
vient en réalité du quatrième livre de Strabon (i, 12). 

(2) Le nom de KEÀxtx/^. qui semble désigner d'abord tout l'ouest 
de l'Europe au nord des Pyrénées, depuis l'Elbe et les Alpes, 
a chez Apollodore (fr. 60, 62), le sens de Gaule ; mais la Gaule est 
désignée par Polybe (m, 59, 7), sous le nom de FaXaiia. Au 
temps de Cicéron apparaît le nom de Gallia. 

(3) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 271 ; cf. 376, notes 2, 3 ; t. ii, p. 36-37. 

(4) Pline, Histoire naturelle, xxxvii, 11, 32. 

(5) II, 33, 2 et 3 ; iv, 49, 3. 



396 HIMILCO.V, HÉRODOTE 

Pyrène ; les Celtes habitent au delà des colonnes d'Hercule 
et sont voisins des Cynesii {C>/netes), le dernier peuple 
d'Europe du côté du couchant. Le pays des Cynetes était 
situé au sud du Portugal. Il semble d'abord que pour Hé- 
rodote le domaine des Celtes s'étende sur une partie de la 
péninsule ibérique, que la ville de Pyrène désigne ou non 
les Pyrénées, où d'anciens géographes ont placé la source 
du Danube. Mais si, comme le pense M. Jullian (1). le nom 
des Cynètes, qui est avec celui des Celtes le seul nom que 
mentionne Hérodote à l'occident de l'Europe, est pris au sens 
large et désigne vaguement les peuples de»la péninsule 
ibérique, les Celtes, qui sont au nord et à l'est des Cynètes, 
peuvent habiter au nord des Pyrénées. Hérodote n'admet 
pas un fleuve appelé Eridan par les barbares et se jetant 
dans la mer boréale, d'où vient, dit-on, l'ambre, et il ne 
connaît pas l'existence des îles Cassitérides d'où l'étain 
vient aux Grecs ; mais c'est bien des extrémités de l'Eu- 
rope que viennent l'étain et l'ambre (2). 

Le périple du Carthaginois Ilimilcon, tel que Festus 
Aviénus nous le fait connaître, ne mentionne les Celtes qu'à 
propos d'un pays inhabité situé au nord des îles CEstrym- 
nides et d'où les Ligures ont été chassés par les Celtes (3). 
11 nomme l'île sacrée, .sacra i/isnla, habitée par les Hierni 
et, à côté, l'île des Albiones. Il est facile de reconnaître en 
ces îles les îles Britanniques, lipt'.Trr./.y.] v^jo-., que le 

(1) Revue des études anciennes, t. vu, p. 367-372 ; Histoire de 
la Gaule, t. i, p. 308. 

(2) m, 115. 

(3) Ora marilima, 130-135. Voir ci-dessus, p. 8-9. Ce périple 
semble antérieur à Hérodote et peut-être même à Hécatée. 
M. Jullian, Revue des études anciennes, t. vii, p. 232, compare 
Théopompe, chez Etienne de Byzance, 'l'M/.oupot. Cf. Histoire 
de la Gaule, t. i, p. 228, n. 244. 



l 



l'empire celtique 397 

Pseudo-Aristote appelle 'Upvr; et 'AÀ^tcov (1). Quant aux îles 
(Estrymnides, riches en étain et en plomb, séparées du con- 
tinent par le sinus Oestrynifiicus, et où se rendent les Tor- 
tessii et les Carthaginois pour faire le commerce, ce sont 
sans doute les îles que les Grecs appellent KajTi-Epîoî;. Hi- 
milcon affirmait qu'il fallait au moins quatre mois pour 
faire la traversée (2). 

Au temps de Xénophon, d'après Arrien (3), on ne con- 
naissait pas les peuples de l'Europe occidentale. Mais Xé- 
nophon mentionne les mercenaires celtes envoyés comme 
renfort par Denys de Syracuse aux Lacédémoniens (4). 

Aristute place la montagne de Pyrène d'où descendent 
ristros et le Tartessos, vers le couchant équinoxial, dans 
la Celtique (o) ; il parle aus>i du climat froid du pays des 
Celtes, au-dessus de l'Ibérie (6), et où l'âne ne peut pas 
vivre. Il met la perte du Rhône, qui se trouve au-dessus 
de Bellegarde, dans la Ligystique (7). Il connaît la prise de 
Rome par les Celtes (8). Il dit que les Celtes ne craignent 
ni les tremblements de terre ni les inondations (9). 

Théopompe, vers 350, cite la ville des Celtes la plus 

(1) Ora maritima, 108-112 ; Du monde, 3. 'iî,:vr, = IFIovt) 
répond assez exactement à l'irlandais Eriu, gén. Erenn ; cf. le 
gallois Iwerddon. La forme latine Hihernia a subi l'influence 
d'une étymologie populaire [hibernus); de même li:'>r, a été 
rapproché de ';£ooî « sacré ». Cf. Strabon, iv, 5, 4. Diodore, v, 
32, 3, donne le nom d Is; c. 

(2) Ora maritima, 113-119. Voir ci-dessus, p. 20. 

(3) Cynégétique, 2. 

(4) Voir ci-dessus, p. 257. 

(5) Météorologiques, i, 13, 19 et 20. 

(6) De la génération des animaux, ii, 8. Cf. Guerre de Gaule, 
I, 16 ; VIII, 4 ; TiTE Live, v, 48 ; Piodore, v, 26. 

(7) Météorologiques, i, 13, 30. 

(8) Plutarque, Camille, 22, 4. 

(9) Morale à Nicomaque, m, 7j 7. 



398 THÉOPOMPE, SCYLAX, ÉPHORE 

éloignée : Drilônios ; nous ne savons où la situer (1). Il 
nous montre les Celtes en guerre avec les Vardii, peuple 
illyrien. Connaissant l'intempérance des lUy riens, les 
Celtes firent dresser dans leur camp des tables chargées de 
mets dans lesquels ils répandirent une herbe vénéneuse 
qui produit un effet violent sur les entrailles. Grâce à cette 
crise, les Illyriens furent les uns surpris et tues par les 
Celtes, les autres se jetèrent dans les rivières voisines, par- 
ce qu'ils ne pouvaient supporter les coliques dont ils étaient 
atteints (2). Théopompe mentionne la prise de Rome par 
les Celtes (3). 

Le périple dit de Scylax [de Caryanda, dont la rédaction 
se placerait vers 335, ne cite comme habitants des côtes de 
la Méditerranée entre les Pyrénées et l'Italie que les Li- 
gures et les colons grecs. Les Celtes, restes de lexpédition, 
occupent après les Tyrrhènes une bande étroite de terrain 
sur la côte orientale de l'Italie jusqu'à Adria. Après les 
Celtes, viennent les Vcnètes chez lesquels coulerEridan(4), 

Ephore, qui, à peu près à la môme époque, avait com- 
posé des '1(^:0,: 'a:'., ne nous est connu que par Strabon et 
Cosmas Indicopleustes (vi*^ siècle après J.-C). Pour lui, les 
Celtes étaient un des peuples occupant les extrémités du 
monde ; leur pays situé à l'ouest et qui s'étend du cou- 
chant d'été au couchant d'hiver est, de même que celui des 



(1) Etienne de Byzance, au mot Drilônios. Fragm. hist. 
grœc, t. I, p. 316, fr. 223. 

(2) Athénée, x, 60 ; Fragm. hist. grsec, t. i, p. 284-285, 
fr. 41. Cf. PoLYEN, Stratagèmes, vu, 42 ; Justin, kxiv, 4, 3. 

(3) Pline, Histoire naturelle, ni, 9,51. F. H. G. p. 303, fr. 144. 

(4) § 3 ; 4 ; 18 ; 19. Geographi grœci minores, t. i, fr. 25. Cf. 
Justin, xx, 5. 



l'empire celtique 399 

Indiens qui lui fait vis-à-vis (1), moins grand que le pays 
des Ethiopiens et que celui des Scythes (2). Les eaux leur 
font éprouver plus de pertes que la guerre ; ils laissent les 
flots submergei: leurs maisons ; puis ils les rebâtissent (3). 
Les Celtes possédaient la plus grande partie de la péninsule 
ibérique jusqu'à Gadeira (Cadix), mais Ephore était si mal 
renseigné sur les Ibères qu'il croyait que ceux-ci étaient 
une ville (4). Les Celtes étaient amis des Grecs (5). 

Ces notions vagues sur les régions occupées par les Celtes 
seraient sans doute plus précises si nous avions conservé le 
récit du voyage d'exploration que Pythéas fit dans l'Ouest 
de l'Europe, vers 320-310. Malheureusement, les quelques 
fragments, relatifs aux pays occupés par les Celtes, que 
nous en a transmis Strabon ajoutent peu à nos connais- 
sances. D'après Pythéas, le Cantion (pays de Kent en 
Grande-Bretagne) est à quelques jours de navigation de la 
Celtique (6). 

Ptolémée, fils de Lagos, un des lieutenants d'Alexandre, 
avait rapporté l'entrevue fameuse d'Alexandre avec les 
Celtes de l'Adriatique, en 335 avant notre ère, et la ré- 
ponse qu'ils lui firent loFsqu'il leur demanda ce qu'ils re- 
doutaient le plus au monde : « Nous ne craignons qu'une 
chose, c'est que le ciel ne tombe sur nous, mais nous 



(1) Poseidônios chez Solin, 52, 1. 

(2) Cosmas Indicopleustès, Topographie chrétienne ; Frag- 
menta historicorum grsecorum, t. i, p. 243, 244, fragment 38. 
Cf. Pseudo-Hésiode, Catalogues, chez Strabon, vu, 3, 7 et 

PSEUDO-SCYMMUS DE ChIO, V, 170-182. 

(3) Strabon, vu, 2, 1. Cf. ci-dessus, p. I'i9, note 2. 

(4) JosÈPHE, Contre Apion, i, 12. 

(5) Strabon, iv, 4, 6. Cf. Scymnus de Ciiio, v. 183-185. 

(6) Strabon, i, 4, 3. 



400 



TIMEE 



mettons au-dessus de tout l'amitié d'un homme tel que 
toi (1). » 

Hiéronyme de Cardia, continuateur ^ de l'histoire 
d'Alexandre par Ptolémée, avait raconté l'invasion celtique 
en Grèce et son ouvrage est sans doute sur ce point la 
source de Diodore et de Pausanias. 

L'historien Timée !3o2-2o6) connaît les Celte:^ voisins de 
l'Océan, et explique le flux et le reflux de la mer par l'ac- 
tion des fleuves qui descendent de la partie montagneuse 
de la Celtique dans l'Atlantique (2). Timée est sans doute, 
pour la question qui nous intéresse, la source d'Apollonios 
de Rhodes et du traité Des singularités îJier veilleuse s attri- 
bué à Aristote. Dans ce traité on lit qu'il y a une route 
dite d'IIéraklès qui d'Italie conduit jusqu'en Celtique, jus- 
que chez les Colto-ligures et chez les Ibères (3). D'après 
Ad. Schmidt (4), Timée serait aussi la source principale de 
Justin, Pausanias et Diodore pour le récit des invasions cel- 
tiques. 

Callimaque, bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée II 
(283-24f7), rappelle dans une hymne l'invasion de la Grèce 



(1) Strabon, vu, 3, 8. Justin (xii, 13) ; Diodore (xvii, 
113), et Arrien (vu, 15, 4), inentionncnl vaguement une se- 
conde ambassade des Gaulois à Alexandre en 323, l'anuée de sa 
mort à Babylone. 

(2) Plutarque, Des opinions des philosophes, m, 17, 4. Sur 
l'œuvre de Timée, cf. J. Geffcken, Timaios' Géographie des 
Wcstens, 1892, dans les Philologische Untersuchungen de Kiess- 
ling et lie v. Wilamowitz-MoUcndorf, xiii. 

(3) Des singularités mcrv-eilleuses, 85. Voir plus haut, p. 302. 

(4) De jontibus retcruni auctorum in enarrandis expeditionibus 
a Gallis susceptis, 1834. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, 
p. 301, n. 6. 



l'empire celtique 401 

par ]es Celtes, derniers nés des Titans, venus des extrémi- 
tés de rOccident (1). 

Eratosthène, qui fut bibliothécaire d'Alexandrie sous 
Ptolémée III (2'i7-222), place des Galates dans la partie 
occidentale de l'Europe jusqu'auprès de Gadeira, sans 
doute d'après Ephore; mais dans sa description de l'Ibérie, 
il ne fait plus nulle part mention des Galates (2). 

Dans les Argonaiitiques d' A^ollonïos de Rhodes (ni'^siècle 
avant notre ère), on voit les Argonautes remonter le Rhône 
et de ce fleuve passer dans les lacs orageux qui s'étendent à 
l'infini dans le pays des Celtes ; puis, revenir en arrière, et 
après être parvenus au rivage de la mer, traverser les 
nombreuses tribus des Celtes et dés Ligyes (3). 

Le premier historien romain, Q. Fabius Pictor, né en 2o4 
avant Jésus-Christ, avait raconté la guerre des Romains 
avec les Gaesati, peuple venu de Gaule (4). 

Ainsi, au u'' siècle avant Jésus-Christ, à l'époque où un 
historien bien renseigné et digne de foi, Polybe, va nous 
faire connaître les plus anciennes relations des Celtes avec 
les Romains, les renseignements que nous avons pu glaner 
chez les anciens historiens et géographes sur les pays occu- 
pés par les Celtes se réduisent à peu de chose. Nous savons 
que les Celtes sont établis près des Ligures ; de Rimini à 
Ancône, sur les côtes de l'Adriatique ; en Illyrie, sur les 
bords du Danube ; auprès des lacs de la Suisse et des 

(1) Pour Délos, 173-175. 

(2) Strabon, II, 4, 4. D'après Strabon, Eratosthène ignorait 
complètement la géographie de la Celtique et de la Bretagne 
(II, 1, 41). 

(3) Argonautiques, iv, 627-647. Cf. Apollodore, Biblio- 
thèque, I, 9, 24, 5. 

(4) Orose, Histoires, iv, 13. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 26 



402 



POLYBE 



sources du îlliône, du Pô et du Danube ; sur les côtes de 
TEspagne. 

Polybe connut surtout les Celtes d'Italie. Il nous raconte 
que, séduits par la beauté et la fertilité de la plaine du Pô 
les Celtes voisins des Tyrrhènes (Etrusques) envahirent 
sous quelque léger prétexte le pays que ceux-ci occupaient 
et les en chassèrent. Il nous donne le nom de peuples gau- 
lois qui s'établirent alors en Cisalpine. Ce sont les Lai 
{Laepi), \es Lebecii, les Isombres (Insubres), les Gonomani 
{Ccnomani), \q% Ananes [Anares ou Anamares), les Boii, 
les Lingones, les Sènonesii). Après la prise de Rome (390;, 
les Celtes furent contraints à traiter avec ies Romains à la 
suite d'une invasion des Venètes dans leur pays (2). Ils re- 
parurent encore deux fois dans le Latium, en 361 et en 349, 
mais s'en retournèrent sans avoir livré bataille et le traité 
do paix fut renouvelé en 328 (3). 

Quant aux Gaulois transalpins, qui sont de la même race 
que les Cisalpins, ils occupent, d'après Polybe, la partie 
des Alpes qui regarde le Rhône, et le nord. Entre les Alpes 
et le Rhône, habitent les Galates surnommés Gaesati (4). 
D'autre part, Annibal, se [rendant d'Espagne en Italie, ren- 
contre des Celtes entre les montagnes des Pyrénées et le 
Rhône, puis au delà du Rhône (3). La partie septentrionale 
de la vallée du Rhône est occupée par les Celtes Ardijes 
[Aedui ?) (G). Depuis le Narbon (l'Aude) et les campagnes 

(1) Histoires, ii, 17. 

(2) Histoires, ii, 18. 

(3) Histoires, n, 18, 6 ; 7-8 ; 9 ; 19, 1. 

(4) Histoires, ii, 15 ; 22. 

(5) Histoires, m, 40 ; 41 ; 43. Cf. Dion Cassius, fr. 54, 10, 
qui écrit que les peuples au travers desquels Annibal se fraya 
passage lui étaient inconnus. 

(6) Histoires, ni, 47, 3. 



l'empire celtique 403 

voisines jusqu'aux Pyrénées, on ne rencontre que des 
Celtes (1). 

Les pays situés sur le grand Océan sont, nous dit Polybe, 
récemment découverts et n'ont pas encore de dénomination 
commune : « Ils sont habités j)ardes peuplades nombreuses 
et barbares dont nous aurons plus tard à parler en détail... 
Tout l'espace qui s'étend entre le Narbon et le Tanaïs (Don) 
nous est complètement inconnu. Peut-être d'activés re- 
cherches pourront-elles nous en apprendre quelque chose, 
mais quant à ceux qui parlent de ces régions ou en écrivent, 
nous déclarons hautement qu'ils n'en savent pas plus que 
nous même et qu'ils ne font que débiter des fables » (2). 
Polybe tient pour nuls et non avenus les renseignements 
fournis par les récits de voyage de Pythéas. Les chapitres 
qu'il annonçait sur les barbares de l'Océan sont malheu- 
reusement perdus. 

En Espagne, Polybe connaît quelques peuples celtiques. 
Il nomme les Celtici voisins des Tardeiani (3), et raconte 
les guerres des Celtibères avec les Romains (4) . Le terri- 
toire des Celtibères s'étendait de Sagonte (Murviedro) aux 
source del'Anas (Guadiarîa) et du Baetis (Guadalquivir) (5) ; 
il était occupé par les Vaccaei dans le bassin du Duero, les 
Aravacae [Arevaci) chez lesquels était située Numance, les 
Belli et les Tiiii (6). 

A peine Polybe fait-il quelques allusions aux établisse- 



Histoires, m, 37, 9. 

(2) Histoires, m, 37 ; 38. 

(3) Histoires, xxxiv, 9, 3. Strabon, m, 2, 5. 

(4) Histoires, m, 59, 7 ; xxvi, 2. Cf. Valerius Anlias chez Tite 
LlVE, xxxiv, 10. 

(5) Histoires, m, 17, 2 ; xxxiv, 9, 12 ; 13. 

(6) Histoires, xxxv, 2, 3, 4. 



404 



POLYBE 



ments des Celtes dans la péninsule des Balkans. Il men- 
tionne la défaite infligée en 281, à Ptolémée Keraunos, roi 
de Macédoine, par les Galates (1), la résistance des Etoliens 
aux Galates commandés par Brennos en 279 (2), et la des- 
truction d'une partie de l'armée galatique lors de l'expédi- 
tion contre Delphes ;3). Après ce désastre, les Galates se 
dispersèrent. Les uns, nous dit Polybe (4), allèrent fonder 
en Thrace un Etat, dont la capitale était Tylé, et dont les 
Grecs de Byzance étaient tributaires. Le premier roi de cet 
Etat fut Comontorios, et. le dernier, Cavaros (5). LesThraces 
détruisirent ce royaume gaulois vers le troisième siècle av. 
J.-C. Un autre débris de l'armée galatique alla s'établir en 
Asie-Mineure (6) ; ce furent les Tolistohogii, les Teclosages 
et les Troani (7). D'autres peuples gaulois furent appelés en 
Asie Mineure comme mercenaires. Des Tedtîi'age^ servaient, 
en 220 av. J.-G. , dans l'armée d'Antiochus III, roi de 
Syrie (8). Des Aïgosages appelés par Attale I", roi de Per- 
game, en 218 après l'avoir quitté, fondèrent en Troade, sur 
l'Hellespont, un Etat indépendant qui fut détruit en 21G par 
Prusias, roi de Bithynie (9). 

Les Chroniques d'ApoUodore (n*" siècle avant Jésus- 



(1) Histoires, iv, 35, 4. 

(2) Histoires, ix, 30, 3. 

(3) Histoires, i, 6, 5 ; ii, 20, 6 ; 35, 7. 

(4) Histoires, iv, 45, 10 ; 46, i ; cf. 48 ; 52 ; viii, 24. Cf. Jus- 
tin, XXXII, 3, 6. 

(5) On trouve le nom de ce roi sur des monnaies. Blanchet, 
Traité des monnaies gauloises, p. 466. Cf. Jullian, Histoire de 
la Gaule, t. i, p. 303. 

(6) Histoires, i, 6, 5. Cf. Tite-Live, xxxviii, 16 ; Memnon, 19. 

(7) Histoires, xxn, 20 ; 22, 2 ; xxxi, 13, 2. 

(8) Histoires, x, 53, 3. Les manuscrits portent 'FiYOGavs;. 

(9) Histoires, v, 77 ; 78 ; 111. 



, 



L EMPIRE CELTIQUE 



405 



Christ), dans trois fragments conservés par Etienne de 
Bysance, nomment la ville celtique d'Aeria, les Aidusii, 
A'ôcjcrto'. {Acdui?) alliés des Romains près de la Gaule cel- 
tique et les Arçerni, le peuple le plus belliqueux des Ga- 
lates de Celtique (1). 

Les citations de Poseidôuios qui nous sont parvenues ne 
nous apprennent rien sur les pays occupés parles Celtes. 

Dans le périple attribué à Scymnus de Chio, on lit 
qu'après la ville de Tartesse on trouve jusqu'à la mer de 
Sardaigne le pays des Celtes, la plus grande nation de l'Oc- 
cident. Les plus éloignés des Celtes habitent auprès de la 
colonne boréale ("'r'M, pôpi'.o;) ainsi que les Enètes et les 
Istres de l'Adriatique (2). 

Artémidore d'Ephèse avait composé, au commencement 
du I*""" siècle avant notre ère, une géographie en onze livres 
qui est une source importante de Strabon (3). Etienne de 
Byzance nous en a conservé des fragments où il nomme les 
Agnôtes, peuple celtique sur l'Océan ; Mastramélè, ville et 
lac de la Celtique. 

On ne trouve guère de renseignements chez les premiers 
historiens latins. Caton l'Ancien nous apprend que les Le- 
pontii (près de Domo d'Ossola) et les Salassi (près d'Aoste) 
sont de nation taurisque (4) ; que les Cenomani de Cisal- 
pine (entre Bergame et Trente) avaient habité chez les 
Volcae près de Marseille, et que les Boii étaient divisés en 

(1) Apollodore, chez Etienne de Byzance, Fragmenta his' 
toricorum ^rsecorum, t. i, p. 437, fr. 59, 60, 62. Cf. Strabon, 4, 
1, 11 ; Pli^ne, III, 5, 36. 

(2) V. 165-170, 191-194. Geo gr aphi grxci minores, t. i, p. 200- 
203 ; Pline, iv, 35, 118. Cf. Aviénus, Ora maritima,&9i. 

(3) Voir ci-dessus, p. 335. 

(4) Voir ci-dessus, p. 32. 



406 CICÉRON 

cent douze tribus (1). Sempronius Asellio place en Gaule 
la ville de Noreia, aujourd'hui Neumarkt en Styrie (2). 

Varron est sans doute la source de Pline lorsque celui-ci 
nous raconte que les Gaulois franchirent la barrière insur- 
montable des Alpes parce que HéUco, citoyen Helvète, qui 
avait séjourné à Rome en qualité d'artisan, avait rapporté 
dans son pays des figues sèches, du raisin, des échan- 
tillons d'huile et de vin (3). 

Il faut arriver à Jules César pour avoir sur les Celtes de 
Gaule et de Grande-Bretagne des renseignements quelque 
peu dévelopi)ées. Aussi Gicéron, bien qu'il nous fasse con- 
naître qnelques noms de peuples gaulois, ^//oÔAoge^, Volcac^ 
Ruteni(i), Aediii, Helvetii, Sequani{p), peut-il dire : « Des 
contrées et des nations qu'aucune histoire, aucun récit, 
aucun bruit public ne nous avaient encore fait connaître, 
notre général, nos troupes, nos armes les ont parcourues. 
Nous n'occupions auparavant qu'un sentier dans la Gaule : 
le reste était aux mains de nations ou ennemies de cet 
empire, ou peu sûres, ou inconnues, on du moins féroces, 
barbares et belliqueuses » (6). En 54 avant Jésus-Christ 
Gicéron écrivait à son frère Qnintus : Où habitent ces 
Nervii ? Est-ce loin ? Je l'ignore » (7). 

Les campagnes de César nous font connaître successive- 

(1) Pline, m, 24, 134 ; 23, 130 ; 20, 116. 

(2) ScHOLiASTE DE ViRGiLË, Géorgiques, III, 474. 

(H) Histoire naturelle, xii, 2, 5. Bertrand et Reinach, Les 
Celles dans les vallées du Pô et du Danube, p. 212 Cf. Jullian, 
Revue des études anciennes, t. viii (1906), p. 122 ; Bertrand et 
S. Reinach, Les Celles dans les vallées du Pô et du Danube, p. 2\2. 

(4) Dans le discours pour Fontcius, écrit en 69 av. J.-C. 

(5) Lettres à Atticus. 1. 19 (écrite en 59 av. J.-C). Pour Balbus. 
14, 32. 

(6) Des provinces consulaires 13, 33. 

(7) Lettres à Quintus, m, 8. 



l'empire celtique 407 

ment toutes les parties de la Gaule, l'Est où demeurent les 
Aediii, le Nord-Est occupé par les peuples belges, le Nord- 
Ouest où s'est formée la confédération armoricaine, le 
centre où se livre la lutte suprême engagée par Verciugé- 
torix pour l'indépeadance de la Gaule. Pour la première 
fois, une armée romaine pénètre dans la Grande-Bretagne 
dont l'existence était à peine connue. Une partie considé- 
rable du monde celtique fut ainsi, en quelques années, ré- 
vélée aux Romains. D'autre part, les expéditions de César 
au delà du Rhin ne l'avaient mis en présence que de 
peuples germaniques et il ne faut pas s'étonner si désormais 
la Gaule est considérée comme le centre de la puissance 
celtique et le berceau de la race. « Il fut un temps, nous dit 
César, où les Gaulois, surpassant les Germains en valeur, 
portaient la guerre chez eux et envoyaient au delà du Rhin 
des colonies parce qu'ils avaient trop de population et 
manquaient de terres pour la nourrir. C'est ainsi que les 
Volcae Tectosages s'étaient emparés des contrées les plus 
fertiles de la Germanie près de la forêt Hercynienne. Cette 
nation s'y est maintenue jusqu'à ce jour et jouit d'une 
grande réputation de justice et de valeur « (1). L'intérieur 
de la Grande-Bretagne est habité par des peuples que la 
tradition représente comme indigènes ; la partie maritime, 
par des peuples attirés de Belgique par la guerre ou le désir 
du butin ; ceux-ci ont conservé presque tous les noms des 
cités dont ils étaient originaires, et après la guerre ils sont 
restés là et se sont mis à cultiver les champs (2). 

Les auteurs postérieurs à César, lorsqu'ils se contentent 



(1) Guerre de Gaule, vi, 24. 

(2) Guerre de Gaule v, 12. Cf. Tacite,. Agricola, 11, 



408 



TITE LIVE 



de reproduire des témoignages anciens, peuvent nous avoir 
laissé des renseignements précieux sur l'étendue de l'an- 
cien empire celtique. Le plus intéressant à ce point de vue 
est l'historien Tite Live. Avant d'exposer la défaite des 
Romains par les Gaulois, Tite Live raconte ce qu'il sait de 
l'immigration des Gaulois en Italie. A ll'époque oii Tarquin 
l'Ancien régnait à Rome, chez les Celtes, qui occupent la 
troisième partie de la Gaule, c'étaient les Bituriges qui 
avaient le souverain pouvoir ; c'étaient eux qui donnaient 
un roi à la Celtique. Celui-ci fut Ambigatus (1), tout puis- 
sant par sa vertu et la prospérité tant de lui-même que de 
son peuple : car sous son empire, la Gaule (2) était si fer- 
tile en fruits delà terre et en hommes qu'il était difficile à 
un roi de gouverner une si nombreuse multitude. Déjà âgé 
et voulant débarrasser son royaume de cette foule qui le 
surchargeait, il exposa qu'il allait envoyer Bellovesus et 
Sigovesus, fils de sa sœur, jeunes gens actifs, dans le sé- 
jour que les dieux leur indiqueraient par des présages ; 
qu'ils levassent autant d'hommes qu'ils voudraient de façon 
à ce qu'aucune nation ne pût repousser les nouveaux venus. 
Le sort donna à Sigovesus la forêt Hercynienne ; à Bello- 
vesus, les dieux donnaient un chemin bien plus beau, celui 
de l'Italie. Celui-ci leva, du milieu de ses surabondantes 
populations, des Bituriges, Arverniy Senones, Aecliii, Am- 

(1) Wii. Stokes, On the linguistic value of the Irish annals, 
Beiiràge de Bezzenbcrger, t. xvm, p. 97, propose de corriger 
Ambigatus en Ambicatus qui signifierait en celtique « grand 
batailleur », cf. irl. Immchalh. 

(2) Sur les conclusions étranges auxquelles conduirait ce 
récit si l'on admet qu'il s'agit de la Gaule dans le sens où l'en- 
tendaient les Romains après la conquête de César, voir A. Ber- 
trand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du 
Danube, p. 20-27. 



l'empire celtique 409 

harri, Carnutes, Aulerci. Parti avec de nombreuses troupes 
à pied à clieval, il arriva chez les Tricasiini. Plus loin, les 
Gaulois aidèrent les Phocéens à s'établir dans le pays de 
Marseille. Puis ils franchirent les Alpes par le pays des 
Taurini et les Alpes Juliennes et, après avoir mis en dé- 
route les Tiisci près du Tessin, s'établirent dans le pays 
que l'onappelait Insubrieu, nom qui était celui d'un pagus 
des Aediii ; obéissant à ce présage, ils fondèrent là une ville 
qu'ils appelèrent J/ec?wZa/u'a/«. Peu après, une autre troupe 
de Ccnomanl, sous la conduite d'Elitovius, suivit les traces 
des premiers envahisseurs, passa les Alpes par le même 
défilé avec l'aide de Bellovèse et s'établit aux lieux alors 
occupés par les Libiii et où sont maintenant les villes de 
Brescia et de Vérone. Après ceux-là, vinrent les ^alliivii (1) 
à côté de l'antique nation des Ligures Laevi qui habitent 
autour du fleuve du Tessin. Puis les^oa'et Lingones, ayant 
franchi les Alpes Pennines et trouvant tout le pays occupé 
entre les Alpes et le Pô, traversent le Pô sur des radeaux et 
chassent de leur territoire non seulement les Etrusques, mais 
même les Ombriens : toutefois ils se tinrent en deçà de 
l'Apennin. Alors les Senones, les derniers venus, eurent 
leur territoire depuis le fleuve Utens jusqu'à l'Aesis. Ce fut 
cette nation qui, d'après les renseignements recueiUis par 
Tite Live, vint à Clusium et à Rome ; mais ou ne savait si 
c'était seule ou soutenue par tous les peuples gaulois de la 
Cisalpine (2). 

D'après ce récit, la première invasion des Celtes en Italie 
serait contemporaine de Tarquin l'Ancien (616-578 avant 



L 



(1) Cf. Corpus inscriptionum latinarum, i, t. p. 460. 

(2) Tite Live, v, 34-35. 



410 



TITE LIVE 



J.-G ) et de la fondation de Marseille (600 avant J.-G.) 
Tite Live n'en rapporte pas moins une autre tradition, 
déjà mentionnée, d'après laquelle les Gaulois auraient été 
appelés en Italie par l'Etrusque Arruns de Glusium qui au- 
rait transporté du vin dans la Gaule pour les attirer, et se 
venger ainsi du ravisseur de sa femme, Lucumon (dont il 
avait été le tuteur), riche et puissant jeune homme qu'il ne 
pouvait punir quà l'aide d'un secours étranger (1). Et 
lorsque Tite Live raconte [la rencontre des Romains et des 
Gaulois au siège de Glusium, il semble bien qu'à cette date, 
390 avant notre ère, c'était la première fois que les Bar- 
bares apparaissaient en Italie et qu'ils y rencontraient les 
Romains (2). Il y a donc contradiction entre' les deux textes. 
Par ailleurs, Polybe nous dit que les Tyrrhènes (Etrusques) 
étaient maîtres de la plaine du Pô à l'époque où ils ré- 
gnaient sur les champs voisins de Noie et de Gapoue (3). 
Or c'est seulement sous le consulat de M, Genucius et 
G. Gurtius, en 44o avant J.-G., que les Campant se soule- 
vèrent et c'est en 424 qu'ils enlevèrent aux Etrusques la 
ville de Gapoue (4). D'après le même Polybe, c'est di.x-nouf 
ans après la bataille d'Aïgos Potamos (405), seize ans avant 
la bataille de Leuctrcs (371), au temps où les Lacédérao- 
niens conclurent avec le Grand Roi le traité d'Antalcidas 
(387-380) et où Denys, vainqueur, sur les bords de l'EUé- 



(1) Voir ci-dessus, p. 406. 

(2) « Gentem iiwisitatam, novos accolas », v, 17. « Clusini 
novo belle cxterriti, cum multitudincra, cum formas hominum 
iiuisiiatas cernèrent », v, 35, 4 ; « etsi novum notnen audiant 
Ronianorum », v, 36, 2. « Invisitato atque inaudito hoste ab 
Oceano terrarumque ultimis oris bcllum cientc », v, 37, 2. 

(3) Histoires, ii, 17. 

(4) Tite Live, iv, 1 ; 37. 



L EMPlllE CELTIQUE 



414 



pore, des Grecs d'Italie, avait mis le siège sous les murs de 
Rhégium, que les Gaulois venaient de s'emparer de Rome 
et l'occupaient tout entière à l'exception du Capitole (1). 
Le synchronisme de ces quatre dates nous donne pour la 
prise de Rome l'année 387-386. La chronologie romaine 
fixe en 390 avant J.-C. la magistrature des tribuns mili- 
taires au temps desquels fut livrée la bataille de l'Allia. La 
prise de Rome par les Gaulois eut donc lieu environ trois 
ans après Tinvasion celtique en Italie, si l'on s'en rapporte 
àPolybe et à un des textes de Tite Live, et près de deux 
cents ans après, si l'on admet la véracité du premier texte de 
Tite Live (2). IN^ous verrons plus loin qu'Appien donne la 
97<= olympiade (392-389), comme date de l'invasion gauloise 
en Italie. 

Une autre question, d'ordre géographique celle-là, est 
soulevée par le récit de l'invasion de Rellovesus. Cette in- 
vasion se fit, nous dit Tite Live, per Taurinos salUisqne 
Juliae Alpis (3). Or, les Taiirini étaient établis aux envi- 
rons de Turin, au nord-ouest de l'Italie, et la Julia Alpis 
s'appelle aujourd'hui 1& Birnbaumerwald, montagne au 
nord-est de l'Italie. Il est difficile d'admettre que les Celtes 
aient pénétré en Cisalpine par les deux extrémités des 
Alpes. Mais les manuscrits s'accordent à donner la leçon 
iuliae. à l'exception du Harleianus I où l'on lit iiiriae. Et 
c'est en vain que divers éditeurs, émus de cette contradic- 
tion, ont essayé de corriger iuliae en Ligiiriae, en Diiriae, 



(1) PoLYBE, I, 6. Cf. Justin, vi, 9. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel- 
tique, t. XII, p. 117-121. 

(3) V, 34, 8. 



412 



DIODORE 



en iniiias ou imiios (1), puisqu'ils n'ont pu démontrer 
d'une manière satisfaisante pourquoi une leçon aussi claire 
et simple que iniiias, iniiios, Ligiiriae, Diiriae aurait pu 
s'altérer en iuriae qui n'est pas latin, et d'autre part pour- 
quoi la plupart des manuscrits auraient remplacé la bonne 
leçon par iuliae. 

On peut d'abord se demander si, la leçon des manus- 
crits étant considérée comme authentique. Tite Live n'au- 
rait pas réuni deux traditions différentes, l'une qui faisait 
venir les Gaulois par le nord-ouest, l'autre par le nord- 
est de l'Italie (2). Quelles étaient sur ce point les sources de 
Tile-Live ? Sans doute le traité de géographie et la chro- 
nique en trois livres de Cornélius Nepos et peut-être le 
TTîpi pajiXétuv du grec Timagène (commencement du i^"" siècle 
avant notre ère) (3). Malheureusement, nous ne connais- 
sons ces deux ouvrages que par de rares citations dont au- 
cune n'a trait à la question qui nous occupe. 

Mais il serait beaucoup plus simple d'admettre une con- 
fusion, due soit à un historien, soit à un copiste, des Taa- 
riiii avec les Taurisci (4), les Taurisci étant établis préci- 
sément auprès de la Jiilia Alpis. 

Diodore de Sicile raconte que la Grande-Bretagne, avant 
César, n'avait jamais été envahie par des forces étran- 
gères (o). Quant à la Gaule, elle fut visitée par Héraklès 

(1) Voir les notes critiques de l'édition Weissenborn (Teub- 
ner). 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature cel' 
tique, t. XII, p. 240-246. 

(3) S. Reinach, Le récit de Tite-Live sur la migration gau- 
loise (Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, p. 205-212). 

(4) M- C. JuUian m'a fait remarquer que chez Polybe (par 
ex. II, 15, 8 ; 28, 4), Taupîa/.ot désigne les Taurini. 

(5) Bibliothèque, v, 21. 



i 



l'empire celtique 413 

qui eut de la fille d'un roi du pays un fils appelé Galatès (1). 
Les Ibères et les Celtes se firent longtemps la guerre pour 
la possession de l'Espagne, puis finirent par se mélanger (2). 
Au temps oii Denys l'Ancien faisait le siège de Rhegiura 
(388-ô'87), les Celtes habitant au delà des Alpes traver- 
sèrent ces montagnes et occupèrent avec de grandes forces 
le pays situé entre l'Apennin et les Alpes, après en avoir 
chassé les Tyrrtiènes qui l'habitaient (3). Dès la plus haute 
antiquité ou trouve les Gaulois adonnés au brigandage, en- 
vahissant les terres étrangères et méprisant toutes les lois 
humaines. Ce sont ceux qui ont pris Rome, saccagé le 
temple de Delphes, rendu tributaires une grande partie de 
l'Europe et plusieurs contrées de l'Asie et qui se sont 
établis sur le territoire des peuples qu'ils avaient vaincus (4). 
La Grande-Bretagne était, dit-on, habitée par des races 
autochthones (5). Diodore dénombre l'armée de Brennos 
pénétrant en Macédoine avec cent cinquante mille por- 
teurs de boucliers, dix mille cavaliers, toute une foule de 
marchands de gros et de détail et deux mille chars (6). 

Le résumé de Timagène par Ammien Marcellin contient 
quelques détails curieux sur l'ancienne histoire des Celtes. 
Les Celtes sont aborigènes en Gaule d'après certaines tra- 
ditions, et leur nom est celui d'un roi de leur pays, tandis 
que le mot Galates vient du nom de la mère de ce roi ; mais. 



(1) Bibliothèque, v, 24. Voir ci-dessus, p. 303. 

(2) Bibliothèque, v, 33. 

(3) Bibliothèque, xiv, 113. 

(4) Bibliothèque, v, 32, 4-5. 

(5) Bibliothèque, v, 21, 5. 

(G) Diodore, xxii, 9. Cf. Pausanias, x, 19, 9, qui dit 
152.000 fantassins et 20.400 cavaliers (ou, en comptant les 
écuyers, 61.200). 



414 DENYS d'hALICARNASSE 

d'après les druides, à la population primitive (1) s'ajou- 
tèrent aussi des tribus venues des îles les plus reculées et 
des contrées transrhénanes et qui avaient été chassées de 
leur pays par la fréquence des guerres et les inondations 
de la mer. Selon d'autres, les lieux qui confinent à l'Océan 
furent habités par des Doriens qui avaient suivi Hé- 
raklès i2). 

D'après Cornélius Nepos, la ville étrusque de 3Ielpum 
fut détruite par les Boii, les Insubres et les Senones, le 
jour où Camille prit Véies sur les Etrusques, c'est-à-dire en 
395 (3). 

Denys d'Halicarnasse nous décrit ainsi la Celtique : a La 
Celtique est située dans la partie occidentale de l'Europe, 
entra le pôle boréal et le couchant d'équinoxe. Elle est en 
forme de tétragone ; elle touche au levant les Alpes, qui 
sont les montagnes les plus hautes de l'Europe ; au midi 
et là où souffle le vent du sud est, elle atteint les Pyré- 
nées ; au couchant, elle a pour limite la mer qui est au 
delà des colonnes d'Hercule ; les races scythique et 
thrace la bornent au nord et là où coule le Danube, qui 
prend sa source dans les Alpes, qui est le plus grand des 
fleuves de la région et qui, après avoir traversé tout le con- 
tinent septentrional, se jette dans le Pont-Euxin. La Celtique 
est assez grande pour qu'on puisse dire qu'elle comprend 
presque le quart de l'Europe. C'est un pays arrosé de nom- 
breuses rivières ; il est fertile, les récoltes y sont abon- 
dantes, et les pâturages nourrissent de nombreux trou- 



(1) Cf. LucAiN, I, 443-444, qui semble indiquer que les Li- 
gures ont été maîtres de la Gaule chevelue tout entière. 

(2) Ammien Marcellin, xv, 9. 

(3) Pline, Histoire naturelle, m, 21, 125. 



l'empire celtique 415 

peaux. Il est divisé en deux parties égales par le Rhin qui, 
après le Danube, paraît être le plus grand des fleuves 
d'Europe. La partie de ce côté-ci du Rhin, qui touche aux 
Scythes et aux Thraces, s'appelle Germanie ; elle s'étend 
jusqu'à la forêt Hercynie et jusqu'aux monts Rhipées ; 
l'autre, du côté qui regarde au midi jusqu'aux Pyrénées 
et qui entoure le golfe Galatique, s'appelle, du nom de 
la mer, Galatie. Chez les Grecs, le nom de l'ensemble du 
pays est Celtique (1). » 

On voit que Denys réunissait sous le nom de Celtique la 
Gaule et la Germanie. D'après lui, l'invasion celtique en 
Italie fut causée par un Etrusque, Arruns, lequel, pour se 
venger de Lucumon qui avait séduit sa femme, engagea les 
Gaulois d'au delà des Alpes à venir s'installer en Italie. Il 
conduisit chez les Gaulois des chariots chargés de vin, 
d'huile et de figues. Ceux-ci prirent tant de goût à ces 
bonnes choses qu'ils n'eurent bientôt plus qu'un désir, 
celui de pénétrer au plus tôt dans le pays où on les récol- 
tait (2). L'expédition des Gaulois qui prirent la ville de 
Rome eut lieu sous l'arphontat de Pyrgion, la première 
année de la quatre-vingt-dix-huitième olympiade (3). 

Trogue Pompée, abrégé par Justin, raconte ainsi les in- 
vasions gauloises : « Les Gaulois, dont la population était 
si nombreuse que leur territoire natal ne pouvait plus les 
nourrir, avaient envoyé trois cent mille d'entre eux cher- 
cher des habitations nouvelles dans des pays étrangers. 
Les uns s'arrêtèrent en Italie, prirent Rome et l'incen- 



(1) Antiquités romaines, xiv, 1. Cf. Plutarque, Marins, 11. 

(2) Antiquités romaines, xiii, 10-11 (14-17). Cf. Plutarque, 
Camille, 17. 

(3) Antiquités romaines, i, 74. C'est-à-dire en 388 av. J.-C. 



416 TROGUE POMPÉE 

dièreut : d'autres, guidés par le vol des oiseaux, péné- 
trèrent en Illyrie et, après avoir massacré les barbares, 
s'établirent en Pannonie. Ce peuple rude, audacieux et 
guerrier, franchit, le premier après Hercule, les sommets 
invincibles des Alpes et les lieux que le froid rendait ina- 
bordables. Là, vainqueurs des Pannoniens, pendant de 
nombreuses années ils furent en guerre avec leurs voisins. 
Encouragés par le succès, ils se divisèrent en deux armées 
et gagnèrent les uns la Grèce, les autres la Macédoine, dé- 
truisant tout par le fer» (1). Dans un autre texte, Justin 
attribue l'invasion des Gaulois en Italie à des discordes 
intestines, à une anarchie perpétuelle, et constate que le 
résultat de cette invasion fut l'expulsion des Etrusques (2). 
La mention de l'invasion gauloise en Italie coïncide si exac- 
tement dans les idées et les termes avec le texte de Tite 
Live qu'elle a sans doute la même source (3). C'est lorsque 
la paix eut succédé à de nombreuses guerres des Grecs de 
Marseille contre les Ligures et les Gaulois que les envoyés 
marseillais, revenant de Delphes où ils avaient porté des 
présents à Apollon, apprirent la prise et l'incendie de 
Rome par les Gaulois (4). 

Après l'expédition contre Delphes et la mort deBrennus, 
une partie des Gaulois se réfugia en Asie ; d'autres gagnè- 
rent la Thrace, d'où ils se dirigèrent vers leur patrie par le 
chemin qu'ils avaient suivi pour venir en Grèce. Quelques- 
uns s'arrêtèrent au confluent du Danube et de la Save, et se 



(1) Justin, xxiv, 4. Cf. xxiv, 5-8 : xxxii, 3. 

(2) Justin, xx, 5. 

(3) S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, 
p. 209. 

(4) Justin, xliii, 5, 8. Cf. Pausanias, x, 18, 7. 



l'empire celtique 417 

firent appeler Scordisci. Un grand nombre de Tectosages 
pénétrèrent en Ulyrie et, après avoir pillé ce pays, s'établi- 
rent en Pannonie (1). 

Pour Strabon, les Celtes d'Italie sont sortis du pays d'au 
delà des Alpes (2). Des éléments celtiques sont mêlés aux 
populations germaniques, illyriques et thraces d'en deçà 
ristros (3). Les Autariatae, qui étaient le peuple le plus 
nombreux et le plus vaillant de l'illyrie, furent soumis 
d'abord par les Scordisci, peuple celtique, et plus lard par 
les Romains, sous les attaques desquels les Scordisci, 
longtemps puissants, tombèrent à leur tour (4). Les Ga- 
lates ont occupé l'Asie-Mineure après avoir longtemps erré 
et fait des incursions dans les pays soumis aux rois de Per- 
game et de Bithynie (5). La facilité des migrations gauloises 
s'explique par leur caractère. Dans leurs expéditions, ils 
marchaient tous à la fois, ou plutôt, se transportaientailleurs 
avec leurs familles toutes les fois qu'ils étaient chassés par 
des ennemis supérieurs en force (6). 

Plutarque donne pour causes de l'invasion des Gaulois 
en Italie l'excès de populjition et le manque de ressources 
de leur pays. Au nombre de plusieurs myriades d'hommes 
jeunes et braves, avec beaucoup de femmes et d'enfants, 
ils se divisèrent en deux troupes. Les uns franchirent les 
monts Rhipées, se répandirent vers l'Océan boréal et occu- 
pèrent les extrémités de l'Europe ; les autres, s'étant éta- 
blis entre les monts Pyrénées et les Alpes, habitèrent 

(1) Justin, xxxii, 3. 

(2) Géographie, iv, 4, 1. 

(3) Géographie, vu, 1, 1 ; 3, 2. 

(4) Géographie, vu, 5, 11. Cf. Tite Live, Epit., lxiii. 

(5) Géographie, xii, 5, 1. 

(6) Géographie, iv, 4, 2. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 27 



418 APPIRN 

longtemps près des Senones et des Celtorii. Ce fut plus 
tard, qu'après avoir goûté du vin d'Italie, ils envahirent le 
pays qui produisait un tel breuvage (1). 

D'après Florus, c'est des derniers rivages de la terre et 
de l'Océan qui entoure tout (2) que partirent en grande 
foule les Senons ; et, après avoir ravagé les pays situés sur 
leur passage, ils s'établirent entre les Alpes et le Pô et de 
là se répandirentdans toute l'Italie (3). Les Gallo-grecs (Ga- 
lates d'Asie) sont les restes des Gaulois qui sous la conduite 
de Brennus avaient dévasté la Grèce (4). 

Denys le Périégète place les Celtes après les Ibères et les 
Pyrénées, près des sources del'Eridan aux belles eaux. Les 
enfants des Celtes, assis sous les peupliers, sur les bords de 
ce fleuve, recueillent les larmes de l'ambre (o). 

Dans les livres IV et VI de l'histoire romaine d'Appien, 
il est question des premières migrations des Celtes. Entre 
392 et 389 avant Jésus Christ, une bonne partie des Celtes 
qui habitaient auprès du Rhin se mirent à la recherche 
d'un autre pays, leur terre ne suffisant pas à leur multi- 
tude ; ils franchirent les Alpes et attaquèrent les habitants 
de Clusium (5). Appien pense que les Celtes ont jadis passé 
les Pyrénées et ont habité avec les premiers occupants de 
la péninsule; de là est venu le nom des Celtibères (7). 



(1) Camille, 15. Cf. Pli>;e, Histoire naturelle, xii, 2, 5. ; 
C. JuLLiAN regarde ce récit de Plutarque comme la narration, 
intervertie chronologiquement, de la migration des Belges, His- 
toire de la Gaule, t. i, p. 287, note. 

(2) Cf. TiTE LivE, V, 37, 2. Juvénal, xi, 113. 

(3) Histoire romaine, i, 13. 

(4) Histoire romaine, ii, 11. 

(5) V. 288-293. Geographi grœci minores, t. ii, p. 117, 

(6) Histoire romaine, iv, 2. 

(7) Histoire romaine, vi, 2, 



l'empire celtique 419 

Pausanias nous rapporte les invasions celtiques en 
Grèce (1). Il distingue trois grandes expéditions. La pre- 
mière, sous la conduite de Gambaulos, fut une sorte de 
razzia en Thrace ; les Celtes, peu nombreux, n'osèrent pas 
aller plus loin parce qu'ils reconnurent qu'ils n'étaient pas 
de force à lutter contre les Grecs. La seconde fut une inva- 
sion simultanée de la Thrace par Kéréthrios, de la Péonie 
par Brennos et Atichôrios, de la Macédoine et de l'IUyrie par 
Bolgios (Belgios). Après avoir défait les Macédoniens, les 
Celtes retournèrent dans leur pays. La troisième, com- 
mandée par Brennos, commença par l'envahissement de la 
Macédoine; de Macédoine, les Celtes se dirigèrent parla 
Thessalie vers la Grèce centrale. Après avoir vainement 
essayé de pénétrer en Grèce par le Sperchios et par l'Oeta, 
ils se divisèrent en deux corps. L'un remonta vers le nord, 
envahit l'Etolie et fut repoussé par les Etoliens. L'autre 
contourna les Thermopyles et arriva devant Delphes, où 
les Grecs coalisés lui causèrent de grandes pertes. Les 
Celtes battirent en retraite V3rs le Sperchios, mais ils 
furent assailhs par les Tbessaliens et pas un seul d'entre 
eux ne retourna sain et sauf dans leur pays. Du pays d'oii 
partirent les Celtes, Pausanias ne nous dit rien ; il les dé- 
signe seulement dans un passage par la périphrase « les 
barbares de l'Océan (2) » to'j; i-zb-zoZ 'iiy.savovi pappâpcjç, et 
ailleurs il nous dit que les Gaulois (raÀâTat) habitent aux 
extrémités de l'Europe, près d'une vaste mer dont les na- 



(1) Description de la Grèce, x, 19-23. Cf. Justin, xxiv, 4-8 ; 
DioDORE, XXII, 9, 1. ; F. P. Garofalo, Revue des études grec- 
ques, t. XIII, p. 456. 

(%) Description ^e la Grèce^ x, 20, 3, Voir plus haut, p. 418, 
notes 2 et 3. 



420 PAUSANIAS 

vires ne peuvent atteindre les limites ; elle présente un reflux, 
des brisants et des monstres qui ne ressemblent en rien à 
ceux qu'on voit dans les autres mers ; à travers leur pays 
coule l'Eridan près duquel on croit que les filles du Soleil 
gémissent sur le malheur de Phaéthon, leur frère (i). 

Que retenir de ces nombreux, et souvent peu précis té- 
moignages des écrivains grecs et latins sur les anciens 
Celtes 1 Surtout l'idée que la domination celtique n'est pas 
limitée à la Gaule transalpine et cisalpine et à la Celtibérie, 
mais que les Celtes ont été établis aussi au nord-ouest et 
au centre de l'Europe. De plus, les historiens anciens nous 
ont conservé le souvenir de migrations des Celtes en Es- 
pagne, en Italie, en Germanie, en Grande-Bretagne, en 
Thrace et en Asie-Mineure. Il importe d'examiner mainte- 
nant si les notions fournies par l'archéologie et la linguis- 
tique s'accordent avec ces données historiques. 



II 



Dans tous les pays où ils se sont établis à demeure, les 
Celtes ont laissé des traces : les unes anonymes, comme 
les objets que l'on retrouve dans les sépultures de l'Autriche 
et de la France orientale ; les autres, que la linguistique 
peut reconnaître, comme les noms de lieux et de personnes 
conservés dans les textes ou les inscriptions. 

La civilisation de Ilallstatt comprendrait, d'après 
MM. Iloernes (2) et Déchclette (3), quatre groupes distin- 

(1) Description de la Grèce, i, 3, G. Cf. Horace, Odes, iv, 14, 
47-48. 

(2) Die Hallstatt période, Archii' jûr Anthropologie, 1905j 
p. 278 ; Kultur der Urzeit, m ; Eisenzeit, 1912, p. 54. 

(3) Manuel d'archéo]ogie, t. ii, p. 549, 589. 



4 

1 



l'empire celthjue 421 

gués par la céramique et les fibules : un groupe adria- 
tique (1) ou illyrien comprenant la Carniole, la Slyrie 
méridionale, la Carinthie méridionale, la Bosnie-Herzégo- 
vine, la Croatie et une partie du littoral ; un groupe danu- 
bien (2) comprenant la Carintbie et la Styrie septentrionale, 
la Hongrie occidentale, la Basse et la Haute Autriche, la 
Bohème et la Moravie méridionales ; un groupe de l'Elbe- 
Oder (3), ou germanique, comprenant le Haut Palatinat, la 
Bohême et la Moravie septentrionales, la Silésie et Posen ; 
un groupe rhéno-rhodanien 4), Allemagne du Sud et de 

(1) S. Reinach, Fouilles dans les nécropoles de Watsch et 
Sanct Margarethen en Carniole, Esquisses archéologiques, p. 52- 
71. Revue archéologique, t. ii (1883), p. 265 ; F. von Hochs- 
TETTER, Die neuesten Gràberfunde von Watsch und St. Marga- 
rethen und der Culturkreis der Rallstatter-Periode, Wien, 1883, 
Cf. Matériaux pour l'histoire de l'homme, t. xviii (1884), p. 167- 
172 (fig.) ; Marcuesetti, La nécropole préhistorique de Santa- 
Lucia (La Nature, 1907, ii, p. 395). 

(.') F. DE PuLszKY, Monumer.ts de la dorvinaticn celtique en 
Hongrie, Revue archéologique, t. xxxviii (1879), p. 158-172, 
211-222, 265-275 (fig.) ; Hoernes, La paléoethnologie en Au- 
triche-Hongrie, Revue cl' anthropologie, t. m (1888), p. 333-347. 

(3) M. ZiMMER, Die bemalten thongefàsse Schlesiens. Cf. Dé- 
CHELETTE, Manucl d'archéologie, t. ii, p. 821. 
' (4) J. Naue, L'époque de Hallstatl en Bavière, Revue archéolo- 
gique, t. XXVII (1895), p. 40-77 ; Nouvelles trouvailles préhistori- 
ques dans la Haute-Bavière, L'Anthropologie, t. viii (1897), p. 641 ; 
M. PiRouTET, Contribution à l'étude du premier âge du jer dans 
les départements du Jura et du Doubs, L'Anthropologie, t. xi 
(1900), p. 369-400 ; cf. t. xiv, p. 692-698 ; A. Castan, Les tombelles 
celtiques du massif d'Alaise, Revue archéologique, t. xv (1858), 
p. 298-313 ; 589-612 (pi. 337, 338, 348, 349) ; t. i (1860), p. 325- 
336 (pi. xii, xiii) ; Dictionnaire archéologique de la Gaule, p. 370 ; 
ViOLLiER, Essai sur les rites funéraires de la Suisse, Bibliothèque 
de l'Ecole des Hautes-Etudes, Sciences religieuses, t. xxiv, 1911 ; 
CoMHAiRE, Les premiers âges du métal dans les bassins de la 
Meuse et de l'Escaut, Bulletin de la Société d'anthropologie de 
Bruxelles, t. xiii, 1894-1895 ; J. Déchelette, Essai sur la 
chronologie préhistorique de la péninsule ibérique, Revue archéolo- 
gique, t. XII (1908), p. 219, 390 ; t. xiii (1909), p. 15, 



422 



HALLSTATT 



rOuest, Suisse du Nord, France orientale et méridionale, 
Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine, Savoie, Dauphiné, 
Provence, Espagne occidentale. Elle n'apparaît qu'à peine 
dans l'Italie du nord (1) ; le nord et l'ouest de la France (2) ; 
les Iles Britanniques, la Scandinavieet l'Allemagne du Nord, 
où l'âge du bronze a duré jusque vers 500 av. J.-G. (3). 
A sa phase la plus ancienne, elle s'est développée surtout 
chez les peuples illyriens. 

Bien que la civilisation de La Tène présente, en son en- 
semble, plus d'unité que la civilisation, assez disparate, de 
Hallstatt, on peut, après M. Déchelette, y distinguer trois 
provinces géographiques, caractérisées surtout par la forme 
des épées. La première comprendrait la Gaule (4), lAUe- 
magne du Sud (5). la Bohême, la Moravie, la Hongrie (6), 

(1) MoNTELius, La cii'ilisation primitive en Italie, Italie sep- 
tentrionale, 1895 ; Chantre, Etudes sur quelques nécropoles 
hallstattiennes de l'Autriche et de l'Italie, Matériaux pour l'his- 
toire de l'homme, t. xviii (1883), l. i, p. 127 ; 120-140 ; 305-318. 

(2) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 552. 

(3) DÉCHELETTE, Mttnuel d'archéologie, t. ii, p. 588. Cf. 556. 

(4) On trouvera une carte des nécropoles de la Marne chez 
DÉCHELETTE, Manucl d'orchéologie, t. n, p. 1018, et un inven- 
taire, t. II, appendices v et vi ; voir Revue archéologique, t. xiv 
(1866), p. 22-34 (pi.) ; t. xxxiv (1877), p. 40-46 (pi.) ; 212-216 ; 
t. VI (1885), p. 70-78; le Dictionnaire archéologique de la Gaule, 
époque celtique, planches ; L. Morel, La Champagne souter- 
raine, Reims, 1898 ; Revue archéologique, t. xiv, (1866), p. 23- 
34 (pi.). Sur l'âge de la Tène en Franche-Comté, voir M. Pi- 
ROUTET, L'Anthropologie, t. xiv (1903), p. 698-701 ; Déche- 
lette, Manuel d'archéologie, t. n, p. 1082-1086. Voir aussi 
Matériaux pour l'histoire de l'homme, t. vi (1870), p. 269-279 ; 
t. VIII (1873), p. 30-37 ; t. xv (1880), p. 191-201 (fig.) ; t. xix 
(1885), p. 521-523. 

(5) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1071-1075. 
(b) HoERNEs, L'époque de la Tène en Bosnie, Paris, 1900; 

F. DE PuLszKY, Monuments de la domination celtique en Hongrie, 
Revue archéologique, t. xxxviii (1879), p. 158 ; Déchelette, 
Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1098-1100. 



i 



L EMPIRE CELTIQUE 



423 



l'italie du Nord (1) et lEspagne du Nord (2) ; les trois 
phases de la civilisation de La Tène y sont intégralement 
représentées. La seconde, qui ne se manifeste guère qu'à la 
fin ce La Tène I et qui a son complet développement à 
l'époque de La Tène III, comprendrait les Iles Britan- 
niques (3). La troisième, qui commence à La Tène II, com- 
prendrait l'Allemagne du Nord (4), le Danemark et la 
Suède '5). Elle semble d'abord s'être implantée en Europe 
partout où les Celtes ont porté leurs armes, puis, à partir 
du m® s-ècle, s'être répandue de proche en proche chez les 
Germains du Nord-Est de lAUemagne et de la Scandina- 
vie (6). 

Les oppida et les castella de La Tène III, dont on peut 
comparer la civilisation à ceux de Gaule sont, outre celui 
de Strad^nitz en Bohême, Manching près Ingolstadt et 
Karlstein près Reichenliall en Haute Bavière, Velem St. 
Veit en Steinamanger (Hongrie), Gerichstetten (Bade), 
Gurina (Carinthie). La construction en pierres et en bois 

(1) ]MoNTELius, La civilisation primitive en Italie, t. i, pi. 112 ; 
A. J3ertrand, Archéologie celtique et gauloise, p. 359 ; G. de 
McRTiLLET, Revue archéologique, t. xxii (1871), p. 288 ; Déche- 
LEiTE, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1087-1097. 

(2) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1100-1102. 

(3) RoMiLLV Allen, Notes on late Celtic art, geographical 
distribution of the finds of ohjects of the late Celtic period, Archseo- 
logia Cambrensis, t. xiii (1896), p. 220, 325 ; Wood-Martin, 
Pagan Ireland, London, 1895 ; Munro, Prehistoric Scotland and 
ils place in European civilisation, Edinburgh, 1899 ; R. Allen, 
Celtic Art in pagan and Christian times, London, 1905 ; Déche- 
lette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 1102-1105 ; Read and 
Smith, Guide to British Muséum, Early iron âge ; Greewell, 
British Barrows. 

(4) Déchelette, Manuel d'archéologie, p. 1076 (fig.). 

(5) Déchelette, Ihid., p. 1077 (fig.) ; Montelius et S. Rei- 
NACH, Les temps préhistoriques en Suède, Paris, 1895. 

(6) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 921-928. 



424 LA TÈNE 

caractéristique des oppida gaulois se trouve à HastedJn 
(Namur), Altkônig (Nassau), Zarten près Fribourg-en-B*is- 
gau, Burghead et Abernethy (Ecosse) (1). 

Aucune de ces deux civilisations n'est exclusivenent 
limitée aux pays reconnus comme celtiques par les iisto- 
riens. D'ailleurs, les deux aires ne coïncident pas ecacte- 
ment. Si nous comparons leur extension dans ui pays 
incontestablement celtique, la Gaule, nous pouvonn même 
remarquer quelles sont juxtaposées plutôt que méjugées. 
Ainsi on a constaté la civilisation hallstattienne surtout en 
Bourgogne, en Franche-Comté, en Savoie, en Dauphiné, 
dans la région pyrénéenne et le Tarn, dans le Beiry ; — et 
la civilisation de la Tène, surtout en Champagne^ dans le 
Bas-Daupliiné, dans le Forez et l'Ardèche, dans les oppida 
de Bibracte, Alesia, Murcens (Lot), et d'autres moins im- 
portants (Voir p. 43-44). 

Si l'on compare les résultats de l'histoire aux données 
de l'archéologie, on remarque qu'ils ne concordent pas 
complètement. La civilisation de Hallstatt semble anté- 
rieure à l'époque où nous avons sur les migrations des 
Celtes des témoignages précis et détaillés (2). Les périoles 
de la civilisation de la Tène comprennent trois siècles de 
l'histoire des Celtes, depuis la prise de Rome jusqu'à k 
conquête de la Gaule par César. Mais, dans le détail, les 
données de l'archéologie ne s'appliquent pas toujours à ce 
que nous savons des Celtes de l'histoire. 



(1) Déchelette, Manuel d'archéologie, t. ii, p. 969, 992. 

(2) M. C. Jullian attribue la civilisation de Hallstatt aux 
Sigynnes dont l'empire aurait été renversé par les Celtes. Revue 
des études anciennes, t. viii, p. 119-122 ; Histoire de la Gaule, 
1. 1, p. 370 n. 



l'empire celtique 425 

La première période de la Tène, du iv" au ni" siècle, est 
celle à laquelle appartiennent les cimetières de la Cham- 
pagne ; or les hommes dont les restes ont été inhumés dans 
ces cimetières ne sont pas les Belges tels que l'histoire 
nous les fait connaître; ils inhument leurs morts ; ils ont 
des chars de guerre; ils ne connaissent pas les monnaies ; 
ils emploient le corail ; leurs épées de fer sont d'un type 
plus ancien que les épées gauloises que l'on a découvertes 
à Alesia (1). Les Belges de César n'ont laissé que de pauvres 
sépultures à incinération de l'époque de la Tène III. 

La deuxième période, du ni'' à la fin du ii° siècle, à la- 
quelle appartient la station même de la Tène, se rapporte- 
rait à une époque où les Helvètes n'étaient peut-être pas en- 
core venus dans le pays qu'ils occupaient à l'arrivée de Cé- 
sar. 

La troisième période, qui comprend le premier siècle et 
qui est représentée par les oppida de la Gaule, est la seule 
pour laquelle on peut faire coïncider les résultats de l'ar- 
chéologie et ceux de l'histoire. 

Nous pouvons retenir des indications de l'archéologie 
deux importantes hypothèses : des deux civilisations aux- 
quelles on rattache les Celtes, Tune semble avoir eu pour 
point de départ l'Europe Centrale, d'où elle aurait rayonné 
à quelque distance à l'Est et à l'Ouest ; l'autre aurait peut- 
être eu pour foyer le Nord-Est de la Gaule d'où elle se se- 
rait répandue sur toute l'Europe occidentale, orientale et 
septentrionale. 

(1) S. Reinacii, Catalogue sommaire du musée des antiquités 
nationales, 3*^ éd., p. 162-163 ; Déchelette, Manuel d'archéo- 
logie, t. II, p. 578 ; C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 171, 
n. 2, ne considère pas ces arguments comme probants. 



426 



■DUNUM 



III 



La linguistique ne permet pas de distinguer plusieur 
couches successives de traces des Celtes. Les noms de lieux 
que l'on regarde comme celtiques sont des noms composés 
dont le second terme e&t-(lunum,-nemetum, -magus, -briga, 
-ritum, -darum. Ils ne sont pas tous celtiques au même de- 
gré de vraisemblance. Mais aucun indice linguistique ne 
nous conduit aies classer chronologiquement 1;, bien que, 
vraisemblablement, les fondations des villes celtiques ne 
soient pas contemporaines. 

-dunum 

Le second terme de noms de lieux le plus incontestable- 
ment celtique, puisque non-seulement il s'explique par les 
langues celtiques modernes, mais encore nous a été trans- 
mis et traduit par les anciens, est -dunum. 

On trouve des noms en -dunum dans l'Europe centrale, 
la Gaule, la péninsule ibérique, l'Italie du nord, ia Grande- 
Bretagne et l'Irlande. 

Certains noms se trouvent à la fois dans plusieurs pays : 

Cambo-dunum est l'ancien nom de Slack. comté d'York 



(1) Sur ces noms consulter H. d'Arbois de Jubain ville, 
Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 256-270 ; 
E. Des JARDINS, Géographie historique et administrative de la 
Gaule romaine, t. ii et iv ; Longnon, Atlas historique de la 
France ; Géographie de la Gaule au IV'^ siècle, Paris, 1878 ; 
Thomas ^VHIGIIT, The Celt, the Roman and the Saxon, 4^ éd., 
London, 1885. Nous les donnons sous leur forme latinisée. 



l'empire celtique 427 

en Angleterre {Itinéraire d'Antoni?i, 468, 6 ; Ptolémée, II, 
3, 10 écrit KajjiouXôSojvov) et de Kempten en Bavière (Stra- 
bon, IV, 6, 8). 

Carro-dunmn désigne Karnberg en Bavière (Ptol. II, 12, 
4) ; — Krappvitz en Silésie (Ptot. II, 11, 14) ; — Pitoraaza 
en Croatie (Ptol. II, 14, 4) ; — une ville dont l'emplacement 
exact n'a pas été retrouvé, mais qui devait être située près 
du Dniester et des côtes de la mer Noire (Ptol. III, 5, 
15). 

Ebiiro-dummi, Embrun (Strabon. IV, i, 3), en France ; 
— Yverdun, Vaud, Suisse (Table de Peutinger); — Briinn, 
Moravie, Autriche (Ptol. II, 11, 14). 

Sego-dunum, Rodez en France (Ptol. II, 7, 12) ; — Burg- 
sinn en Bavière (Ptol. II, 11, 14), est sans doute le même 
nom que Sege-dunum Walls-end, comté de Northumber- 
land, Angleterre [Noiitia dignitatum occ, 40, 33), et Seo- 
dunum, Suin, Saôue-et-Loire, nom conservé dans des textes 
du moyen-âge. 

Viro-dunum est commun à Verdun, France (Itin. Ant. 
364, 3) ; — Verduno en Piémont (charte de 1014) ; — Cf. 
Verdunum, Verdù en Catalogiie ; Berdun en Aragon (di- 
plômes de 1183, 1258) ; et se trouve comme premier terme 
dans Wirtin-berg, ancien nom du Wurtemberg. 

Uxello-dunum près de Cahors, France (Hirtius, VIII, 32; 
40 ; 43) ; Eltenborough, Gumberland, Angleterre {Corpus 
inscriptionum latinarum, t. VII, n" 1291, p. 84, 85). 

Cala-dimum, Gala, province de Tras-os-montes en Por- 
tugal (Ptol. II, 6, 38), est peut-être aussi le nom ancien 
de Ghàlons, Mayenne, écrit dans les chartes du moyen-àge 
Caladunniim, Caladon. 

Liigii-dunum, Lug-diinum, Lyon, Rhône (Strab. IV, 1, 1. 



428 -DUNUM 

Dion Cassius, XL VI, 50, 5; CI. L. X, 6087) ; — Saint- 
Bertrand de Comminges, Haute-Garonne, en France (Strab. 
IV, 2, 1) ; — Lug-diinnin, Leyde dans les Pays-Bas (Ptol. 
II, 9, 1) ; — Lugi-diwum, Liegnitz dans la Silésie prus- 
sienne (Ptol II, 11, 13). On peut y ajouter Laon (Aisne) et 
Loudon en Parigné l'Evêque (Sarttie) que des textes du 
moyen-âge nomment Lugdimum, Lucdunum. 

Taro-diiniim, Zarten, Bade (Ptol. II, 11, 15) est peut-être 
le même nom que Tauro-danum (Grégoire de Tours, His- 
toria Frnncorum, IV, 24) dans le canton de Vaud, Suisse. 

Novio-dunum, ville des Suessiones (César, II, 12, 2) ; 
des Bituriges Cubi César, Vil, 12, 2) ; Xevers (VII, 55, 1) ; 
Jublains, Mayenne Ptol. Il, 8, 7) ; — Isaktcha, Roumanie 
(Ptol. III, 10, 2) ; — Nycn, Suisse (JSotitia Galliarum, 
IX, 2) : — pagus de Placentia, Italie du Nord (C. I.L., XI, 
1147, 5, 72) ; c"est peut-être le même nom que N evio-diinum 
Dernovo, Carniole, Autriche {C. I. L. III, 3919, 3921 ; 
Ptol. Il, 14, 4). 

Brano-diimim peut-être Brancaster, Norfolk, Angleterre 
[Notitia dignilaium, occ. 28, 16) ; — Brandon, Saôneet- 
Loire, France, est appelé Brandono dans une charte du 
moyen-âge. 

Mori-dumim peut-être Sea ton, Angleterre (Géographe de 
Ravenne, V, 31) ; — Murten (1), Fribourg, Suisse. 

Bigo-dimnm. en Lancastershire, Angleterre (Ptol. II, 3, 
10) ; Begadomim, ville située près de la Moselle (dans une 
charte du moyen-âge). 

Bisul-dunum, Besalù en Catalogne, Espagne (diplôme de 



(1) Cf. II. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xxvi, 
p. 383. 



l'empire celtique 429 

834) ; — Besal-dinmm, Bézaudun, Alpes-Maritimes ; Be- 
zaudun, Drôme, France. 

D'autres noms ne se rencontrent que dans un pays : 

En France : 

Acito-dunum, Aliun^ Creuse {Table de Peiitinger). 

Metlo-dunum, Melun (1), Seine-et-Marne (César, VII, 
58, 2). 

Vellauno-dunum, ville des Senons (Ces. VII, 11 ; 14). 

En Suisse : 

Minno-duîium, Moudon, Vaud {Itin. Ant. 332, 3). 

En Allemagne : 

Lupo-dunum, Lopo-diinum, Ladenburg, Bade (Ausone, 
Moselle, 423). 

En Serbie : 

Singi-dunum, Belgrade (Ptol. III, 9, 3). 

En Grande-Bretagne : 

Camulo-dunujn, Colchester, Essex (Pline, Histoire nata- 
relie, II, 77, 187 ; Tacite, Annales , XII, 32). Voir ci-dessus, 
p. 321, I. 19. 

Margi-dimum, Bridgeford, Nottingham {Itiii. Ant., 
477, 6). 

Sorvio-dunum, Sorbio-dunum, Old Sarum, Wilts {Itin. 
Ant., 483, 4; 486, 23). 

Peut-être en Irlande : 

*Seno-du?ium, irl. Sen-dun, Shandon. Cf. Aoùvov, nom 
d'une ville d'Irlande chez Ptolémée (II, 2, 9.) 

En Espagne : 

Esttle-dunum, Estola, Andalousie (Cf. C. I. L. II, 1601). 



(1) Cf. J. Vendryès, Le nom de la ville de Melun, Mémoires 
de la Société de linguistique de Paris, t. xiii, p. 225-230. 



i 



9 



430 -DL'ÎN'CM 

Seben-dunum en Catalogne (Ptol. II, 6, 70). 

Tous ces noms, bien qu'ils ne nous soient le plus sou- 
vent connus que par des documents du temps de l'empire 
romain ou même du haut moyen-âge peuvent désigner des 
fondations dues aux Celtes ; leur premier terme, s'il ne 
peut pas toujours s'expliquer par les langues celtiques, 
n'est en tout cas ni grec, ni latin. Il n'en est pas de même 
des noms suivants qui ont été formés, à l'imitation des 
noms celtiques en -dunum, avec des premiers termes la- '*'- 
tins : 

Caesaro-dumim, Tours, France (Ptol. II, 8, 11). 

Au gusto 'dunum, Autun, France (Pomponius Mêla, III, 
2, 20. 

Duro-, -dunim. 

Duro-, -durum n'a pas d'équivalent exact dans les 
langues celtiques; car l'irlandais dur « dur », le gallois 
dur, breton dir « acier », gallois dir « force », semblent 
empruntés au latin, et le breton dor, irlandais dor-us 
« porte » ont un vocalisme légèrement différent (1). Mais 
on ne peut douter que -durum ne soit celtique. Il est en 
effet facile de dresser une liste de sortes de doublets en 
-dunum, -magus, -briga d'une part, en -durum d'autre 
part, dont les premiers termes sont identiques. 

(1) J. LoTH, Les mots latins dans les langues brittoniques, Paris, 
1892, p. 162. Re<.'ue celtique, t. xviii, p. 98 ; J. VENDRYÈs.De hiber- 
nicis i'ocabulis qusea Latinalingua originem duxerunt, Lutctiae, 
1912, p. 137. C'est M. Meycr-Lùbke qui a proposé d'expliquer 
durum parle vieux-celtique doro « porte » (Siztungsberichte der 
kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien, philoso- 
chisch-historische^Classe, t. cxliii). Voir E. Philïpon, Revue 
celtique, t. xxx, p. 73-77. Cf. p. 120, 



L EMPinE CELTIQUE 



431 



^Melo-dunum 
Rigo-dunum 
Sorvio-dunum 
Augusto-dunum 
Icio-magus 

*Lindo-magus 
Marco -ma giis 
Rigo-magiis 

*Salo-magus 
Turno-magus 
Augusto-magus 
Nemeto-briga 

* Volo-hriga 

*Salo-briga 
Augusto-briga 



Melo-durum 

Rigo-durum 

Sorvio-diirum 

Aiigasto-diirum 

Icio-durum 

Lindo'diirum 

Marco-durum 

Rigo-durum 

Salo-durum 

Turno-durum 

Augusto-durum 

Nemeto-durum 

Volo-durum 

Salo-durum 

Augusto-durum 



En France on trouve : 

Autessio-durum, Anxerre (Yonne) {Itin. Anl. 361, 1 : 
Table Peut.) 

Brei'io-durum, Brionne (Eure) (Rin. Ant. 385. 2). 

Brivo-durum, Briare (Loiret) [Table Peut.) ; sans doute 
aussi BrieuUes (Meuse), dont le nom est écrit au Moyen 
Age Briodorum. 

Epomanduo-durum, Mandeure (Doubs) (Itin. Ant. 386, 
4). 

Erno-durum, Saint-Ambroix (Cher) {Rin. Ant. 460, 3). 

Iblio-durum, près de Rezonville (Meurthe-et-Moselle) 
{Rin. Ant. 364, o). 

Iccio-durum, Icio-durum, Yzeures (Indre-et-Loire) (Grég. 
de Tours, Hist. Franc. X, 31) ; Issoire (Puy-de-Dôme) (Grég. 
de Tours, In glor. conf. 29). 



432 



■DURUM 



* Isarno-durum, Izernore (Ain) {Acta Sand., Jan. I, 
p. 50). 

* Nemeto-durum, Nanterre (Vita S. Genovejae, 1), cf. 
Nemthur, ancien nom gaélique de Dunbarton, Ecosse. 

* Tiirno-durum, Tonnerre (Yonne) (Fortunat, Vit. S. 
Germant, XXXV, 102). 

Velaiu-durum, Vellerot-lès-Belvoir (Doubs) [Itin. Ant. 
349, 1). 

Aux Pays-Bas : 

Baiavo-durum, Valkhof près Nimègue (Tacite, Hist. 
V, 20). 

En Grande-Bretagne : 

Lado-duruin (ms. Lactodoro) Towcester, Northampton- 
shire {Itin. Ant. 476, 11). 

En Allemagne : 

Boio-dunim, Innstadt près Passau (Ptol. II, 12, 4). 

Divo-diinim, Metz (Tac. Hist. I, 63). 

Marco-diirwn, Dùren , Prusse Rhénane {Ta.c. Hist. IV, 28). 

Sorvio-darum, en Rhétie (Taft/e Peut.) 

Venaxamo-diirum , en Rhétie, {Notitia Dign. occ. 33). 

Rigo-dûlam, Riol, Prusse rhénane (Tac. Hist. IV, 71), 
est sans doute pour Rigo-dunim, par suite de la dissimila- 
tion de r (1). 

En Suisse : 

Ebo-duruni,\'àx. Ebradiirum, Yvorne, Vaud (Ptol. II' 
12, 3). 

Octo-durum, près de Martigny, Valais (César, III, i). 

Salo-dunim (ms. Gano-diirum), Soleure (Ptol. II, 9, 
10). 

(1) J. Vendryès, Mémoires de la Société de linguistique de 
Paris, t. XIII, p. 389. 



l'empire celtique 433 

Vitu-durum, (Ober- Winterthûr, canton de Zurich {Itin. 
Ant. 251, 5). 

On trouve diiro- employé aussi comme premier terme de 
nom de lieu : 

En France : 

Duro-corlorum, Reims (César. VI, 44, i). 

Duro-cat[u]ellaiini, Châlons-sur-Marne (/^m. Afit. 361, 
o). 

En Grande-Bretagne : 

Buro-briçae, Csi&tor, comté de Northampton {liùi. Ant. 
475, 1) 

Diiro-brivae (1), Rochester, Kent {Itin. Ant. 472, 
3). 

Duro-cobrivae, ville de Grande Bretagne {Itin. Ant. 471, 
2). 

Diiro-cornovium, Girencester, Gloucester [Itin. /ln^,585, 
5). 

Duro-levum, Davington, Kent {Table Peut.) 

Duro-vernum, Ganterbury, Kent(/im. Ant. 472, 5). 

D uro-vigùtum {Geogr. Rav. V, 31). 

Daro-litum (Itin. Ant. 480, 7). 

En Bulgarie, si toutefois ce n'est pas un nom thrace : 

Duro-storum, Duro-stoluni, S'ûislrie (Ptol. III, 10, 5). 

A l'époque romaine on a créé : 

Albio-diinim, Angers, Seine-et-Marne (Frédégaire, 
Chron. IV, 83). 

Augiisto-durum, Bayeux, France {Table de Peutin- 
ger. 

(1) -hriva, hrivo- semble être la forme archaïque de hrio 
« pont » [Glossaire (I'Endlicher), ci-dessus, p. 79. 

G. DoTTiiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 28 



434 -NEMETUM 



■nemetum 



-nemetum,(\\n. est conservé dans les langues celtiques mo- 
dernes avec le sens d' « enceinte sacrée » (1), mais dont le 
sens ne nous est donné que dans un texte latin du VP siè- 
cle, n'a formé qu'un petit nombre de noms de lieux : 

*Ar-nemetum d'où Arnemetici chez les Volcae Arecomici 
[C. I. L. XII, 2820). 

Tasi-nemetum, près de Klagenfurt en Carinti)ie (Table de • 
Peutingcr). 

Fer-7îe/rte/?fm, lieu situé soit dans le diocèse de Bordeaux, ^l 
soit dans celui d'Agen (Fortunat, I, 9, 9, 10) ; ville de £ 
Grande-Bretagne (/^m. .4«i., 479,2). 1 

Medio-fiemetum, Kirkintilloch en Ecosse (Géographe de 
Ravenne, V, 31). 

Ce dernier nom a peut être un premier terme latin ; l'ori- 
gine latine du suivant est certaine : 

Aiigiisio-nemetum, Clermont-Ferrand (Ptol. II. 7, 12). 

Quelques noms ont pour premier terme JSemeto, qui est 
sans doute un nom d'homme de la même racine que ne- % 
meioii : 

Nemeto-diirum, ms. Ncmptudoro (Grégoire de Tours, 
Hist. Franc. X, 28) ; Nemeto-briga (Ptol . II, 6, 36) ; NemetO' if' 
iaciuni (Géogr. de Rav. V, 31). 

■magiis 

i 

Le second terme de noms de lieux -inagiis ne nous esf*. 

pas donné comme celtique par les auteurs anciens ; mais 
(1) Voir plus haut, p. 68, 81. / 



l'empire celtique 435 

il s'explique facilement par les langues celtiques modernes. 
Il est identique à l'irlandais mag, en gallois ma « champ » 
et entre, sous la forme -mag, dans la composition de noms 
de lieux anciens en Irlande, par exemple Find-mag = Vin- 
do-magus. Tandis que les noms en -dunum désignent des 
forteresses de guerre, les noms en magus s'appliquent, 
semble-t-il, à des fondations agricoles dans des pays pacifiés, 
Peut-être magus était-il équivalent pour le sens au latin 
forum (1). 

N oç>io- fnagus {var. Noiomagus), nom de huit Ailles de 
France : Noyon, Oise {Itin. Ant. 362, 3) ; Nijon, Haute- 
Marne {Table Peut.) ; chez les Vadicasii (Ptol. II, 8, 11) ; 
Nyon, Drôme (Ptol. II, 10. 7) ; les Tourettes près Lisieux, 
Calvados (Ptol. II, 8, 2 ; Itin. Ant. 385, 3) ; Saint-Loup. 
Ardennes (Taô/e PewL); peut-être la ville de Brion, Gi 
ronde (Ptol. Il, 7, 7) ; Noyon sur Sarthe (monnaies méro- 
vingiennes ; — Hollywood hill près Bromley, Kent (Ptol. 
1, 15, 7) en Angleterre ; — Nimèguc, Pays-Bas {Table Peut.). 
— Neumagen, Prusse Rhénane {Table Peut.) ; Spire, Pala- 
tinat (Ptol. II, 9, 9), en Allemagne. 

Rigo-magus, vallée de Golmars, Basses- Alpes {Not. Gall. 
XVII. 3) ; Riom, Puy-de-Dôme (dans les textes du moyen- 
âge), en France; — Remagen, en Prusse rhénane {Table 
Peut.) ; — près de Trino-Vecchio, en Piémont {Itin. Ant. 
350, 5), Italie. 

Excingo-magus (var. Scingo-magus) Exilles, Piémont 



(1) C. JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 238, n. 8, com- 
pare Julio-magus (Angers), Forum Julii (Fréjus), et Julio-bona 
(Lilleboniie). Cf. Augusto-magus (Senlis) et Augusio-bona 
(Troyes), Vindo-magus (Ville vieille, Gard) et Vindo-hona 
(Vienne). 



436 



•MAGUS 



(Strab. IV, l, 3); Scingo-magus en Asie-Mineure (Rev. 
Et. Gr. t. 1904. p. 331). 
En Grande-Bretagne : 

Sito-magus, Duuwich, Suffolk {Itin. Ant. 480, i). 
Maro-magiis (Géogr. Rav. V, 31). 
En France : 

Caranto-magus, LeCranton, Compolibat, AyeyTon[Table 
Peut.) ; sans doute aussi Gharenton-sur-Cher, Cher, et 
Carentau, Manche, appelés Carentomiun dans des textes du 
moyen âge. 

Cassino-magus, Ghassenon, Charente; près de Gimont, 
Gers {Table Peut.). 

Caturigo-magus, Ghorges, Hautes- Alpes (Table Peut. ; 
C. I.L. 3281). 

Ciso-magus, Giran, Indre-et-Loire (Gf. Grég. de Tours, 
Hist. Fr., X, 31). 
Condato-magus, Milhau, Aveyron (Table Peut.). 
Eburo-magus, Bram, Aude (Table Peut.). 
Icio-magus, Usson, Loire (Table Peut.). 
Linto-magus, Brimeux, Pas-de-Galais Table Peut.). 
*Nerio-magus, Néris, Allier, d'où N eriomagienses (C. I, 
L. XIII, 1374). 

Ratu-magus, Pa-.rj.<j.7.yo; (var. Rotomagus) Rouen, Seine- 
Inférieure (Ptol. II, 8, 7) ; Le Mont de Gésar, Oise (Ptol. II, 
9, 6) ; Rodomagus, Pont-de-Ruan, Indre-et-Loire (Grég. de 
Tours, Hist. Franc. X, 31, 4). 
Ritu-màgus, Radepont, Eure(7'aZ'/e Peut.). 
Seno-magus, près de Saint-Paul - Trois -GhâteauXjDrôme, 
{Table Peut.). 

Sosto-?nagus, Castelnaudary, Aude (Itinéraire de Bor- 
deaux, 551, 6). 



l'empire celtique 437 

* Turno-magiis, Toiirnon- Saint-Pierre, Indre-et Loire. 
(Grég. de Tours, Hist. Franc. X, 31, 3). 

* V enetoni-magus , Vieu, Ain, d'oii Venetonimagenses, 
{C. I. L. Xm, 1341). 

Vindo-jnagus, Villevieille, Gard (Ptol. ÏI 10, 6). 

En Suisse : 

JJro-magus (var. Bro-magus) Oronle-Châtel, canton de 
Vaud {Itin. ^??^,3o2, 2). Cf. Viro-magus {Table Peut.) 

En Allemagne : 

^roco-magM5',Brumath. Alsace-Lorraine [Itin.Ant.'^o^, 1) 
(var. Breuco-, Ptol. IL 9, 9). 

Durno-magus, Dormagen, Prusse Rhénane {Itin. Ant., 
4,3). 

M arco-magu s, MaTmagen, Prusse Rhénane {Table Peut.). 

Borbeto-magus , Worms, Hesse Rhénane (Ptol. ITI 9, 
9). 

Gabro-magus , Windischgarsten, Haute Autriche {Tabl. 
Peut.). 

En Italie : 

Bardo-magus, près de Milan, Lombardie {C. I. L. V, 
5872, 5878). 

Camelio-magus, Broni, près de Stradella, Lombardie 
{Tabl. Peut.). 

Bodinco-magus, près de Monteu da Pô, Piémont (Plin. 
III, 20, 122). 

Sur le modèle des noms celtiques on a créé : 

Caesaro-magus, Beauvais, France (Ptol. II, 9, 4) ; — 
Ghelmsford, Grande-Bretagne {Itin. Ant. 474. 3). 

Augusto-magus, Sentis, FranceJ(/im. Ant. 380, 3). 

Julio-magus, Angers, capitale des Andecavi (Ptol. II, 8, 
8) ; — Schleitheim, Suisse {Table Peut.). 



438 -BRIGA 

Quelques premiers termes peuvent appartenir à une 
langue autre que le celtique. Ainsi Bodincus est d'après 
Pline (III, 20, 122), le nom ligure du Pô. 

-briga (1) 

briga trouve son équivalent exact dans les langues cel- 
tiques modernes, l'irlandais bri « hauteur », le gallois bre 
« pic » qui perdent régulièrement le g intervocaîique et les 
voyelles brèves finales. C'est donc presqu'un synonyme de 
dunum. Mais il est dun emploi bien plus restreint que 
diiniim. Sa variante brica est apparentée au gallois brig 
« sommet » (2). 

En France : 

Eburo-briga, AvroUes, Yonne {Itin. Ant. 331, 2). 

Litano-brigUy à côté de Creil, Oise (Itin. Ant. 380, 4). 

Seuls, quelques manuscrits dePtolémée nomment Ea[xa- 
pô3ptYa, II, 9, 4, la ville appelée dans les autres textes ^par 
ex. Ces. V, 24) Samaro-brwa, Amiens. 

Si l'on admet, avec M. d'Arbois de Jubainville, que 
obriga, devenu au moyen-âge -obria, a donné en français 
-euvre (3), on peut accroître cette liste des noms suivants : 



(1) Sur ces noms, voir C. Jullian, Revue des éludes anciennes, 
t. VIII, p. 47-51 ; cf. t. IX, p. 175-180 ; H. d'Arbois de Jubain- 
ville, Revue celtique, t. xxvii, p. 192-196 ; J. Loth, Revue cel- 
tique, t. XXVIII, p. 337-339. 

(2) A propos d'un nom de ville d'Espagne (écrit sur une 
monnaie Brutohrica), Etienne de Byzance,qui l'écrit pooutoSpt'a 
traduit ^oia. par tiôX'c. Mais, d'après Strabon, vu, 6, 1, c'est 
en langue thrace que le mot pp!a signiiie « ville ». On trouve 
dans la région thraco-dace ^r^\-j]j.^p'.a, Sicamhrta. 

(3) Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. vu, 



l'empire celtique • 439 

* Donno-bris.a, Deneuvre, Meurthe-et-Moselle ; * Sodo- 
briga, Suevres, Loir-et-Cher ; * Vindo-briga, Vandeuvre, 
Meurthe-et-Moselle ; Vendeuvre, Aube ; Vandœuvres, 
canton de Genève, Suisse ; * Volo-briga, Voleuvre, Saône- 
et-Loire ; cf. Volii-briga en Portugal. 

En Allemagne : 

Admageto-briga ou Mageio-briga, peut-être Moyeu vre, 
Alsace-Lorraine (César, I, 31, 12). 

Boudo-briga,Bo])paTt, Prusse Rhénane (Itin.A ni. 374, 2). 

Arto-briga près de Laufen, Bavière (Ptol. II, 12, 4) 

En Espagne : 

N emetO'briga peut-être Puente de Navéa (Ptol. Il, 6, 
36). 

CottaiO'briga, ville des Vettones (Ptol. II, 5, 7). 

Deo-briga, ville des Vettones (Ptol. II, 5, 7) ; Miranda 
de Ebro (Ptol. II, 6, 32). Dfp-i/'i^w/a, ville des Turmogi 
(Ptol. II, 6, 51). 

Miro-briga,OàT^\\\i!i en Estramadure (Plin. Hist. nat. III, 
3, 14) ; Ciudad-Rodrigo (C. /. L. II, 857 ; Mero-brica 
Plin. Hist. nat. IV, 35, 118). 

Laco-briga, var. Lac'co-briga Lobera, Palencia (Ptol. II, 
6, 49 ; cf. Lacobrigefises, Plin. III, 4, 26j. 

Desso-briga, peut-être Melgar de Yuso {Ilin. Ant. 
449, 4). 

Nerio-briga, Valera la Vieja, Estramadure (Plin. Hist. 
nat. TII, 3, 14); ville près de Bilbilis {hin. Ant. 439, 2) ; 
La Almunia de Doua Godina (Florus, II, 17, 10). C'est 
sans doute le NspxôjJp'.xa, 'Es-/.ôpp-.xa dePolybe,XXXV,2,2). 



p. 2-4. Certains de ces -bria peuvent représenter anncien -brU'a 
« pont ». Voir ci-dessus, p. 79, 433 n. 



440 



-BRiGA 



Sego-briga, Segorbe, Valence (Strabon, ITI, 4, 13). 

Tunio-hriga (corr. Tongo-) Brozas, près d'Alcantara 
(Ptol. II, 6,38). 

Turo-briga peut-être près d'Aroche, en Andalousie (Plin. 
Hist.nat., III, 3, 14). 

CaZw-^Wga peut-être près de Compostelle {C. I. L. II, 
2610). 

Cento-briga (var. -brica) chez les Celtibères (Valère Max. 
V, 1.5). 

Arco-briga chez les Celtibères (Pfcol. II, 6, o7, Cf. Arco- 
brigenses Pline, III, 4, 24) ; Ferrol (Ptol. II, 5, 5). 

En Portugal : 

Volii-brigaoM sud de Braga (Ptol. II, 6, 40). 

Lango-briga au sud d'Oporto {Itin, Ant. 421, 7). 

Tala-briga, Souza, Estramadure (Appien, VI. 73 ; var. 
brica, Plin. Ilist. nat. IV, 35, 113). 

Conem-briga, Condeixa a velha(/^m. Ant. 421, 4; Ci- 
niim-brica, Plin. IV, 35, 113, Conimbrica C. I. L., t. II, 
Q° 391, 13). 

Medo-hriga ou M edii-hriga près de la Serra da Estrella 
{Bell. Alex. 48, 2 ; C. /. L. 11,458, 760; cf. Plin. Hist. Nat. 
IV, 35, 118). 

Ara-briga, Alemquer (Ptol. II, 5, 6 ; C. /. L. II, 760, 
14). 

Mere-briga, var. Meribriga, Santiago de Caçém, Estra- 
madure (Ptol. II, 5, 5). 

Mo?ito-biiga peut-être PoTtalegre {Itin. Ant. 420, 4). 

Lacco-briga, Lagos, Algarve (Mêla, III, 1, 7). 

Caeilio-briga, Calabre, Aldea Nova (C. L L. II, 416 ; 
Ptol. II, 6. 41). 

En Asie-Mineure : 



l'empire celtique 441 

Ecco-briga, ville de Galatie [Table Peut.) 

Peut-être aussi * Peto-briga (ms. Petobrogen) Kalé en 
Galatie {Itin. Burd. 574, 11). 

D'après ces noms les Romains ont créé : 

Caesaro-briga, Talavera delà Reina, Espagne (C. /. L. II 
896, Caesarobricences, Pline, Hist.nat. IV, 33, 118) 

Augusto-briga, Talavera la vieja, Espagne (Ptol. II, 5, 7, 
Augustobriceiises, Pline, Hlsi. nat., IV, 35, 118) ; Aldea 
del Muro. Espagne (Ptol. II, 6, 53). 

Julio-briga, Retortillo, Santander, Espagne (Pline, Hist, 
nat. m, 4, 27). 

Un certain nombre de cas noms présentant la variante 
-brica au lieu de -briga, il est probable que les noms pour 
lesquels on ne trouve que -brica ont été originairement ter- 
minés en -briga. C'est le cas de ; Adro-brica en Espagne 
(Mêla, III, 1, 13) ; Amallo-brica sur le Duero (Itin. Ant. 
435, \) ; Abo-brica chez les Cileni(Plin. Hist. nat. IV, 34, 
11:2) ; Teno-brica (Géogr. Rav. IV 43). Valabricensis (C. 
I. L, II, 5561) cf. Volu-briga ; Ceto-bricca (Géogr. Rav. 
4, 43 ; KaiTÔJîo'.ï (Ptol. 2, 5, 2, KanTo^^fï Marcianos d'Héra- 
clée, II, 13) ville des Tûrdetani. 

La plupart des premiers termes des noms en -briga de la 
péninsule ibérique ne semblent pas celtiques. Ce seraient 
donc des formations postérieures à la domination des 
Celtes. 

-ritum 

Le second terme -ritum ne nous a pas été expliqué par 
les auteurs anciens, mais il est conservé en vieux-gallois : 
rit « gué », gallois moderne rhyd. On ivovxwQ -ritum : 



442 -RITUM 

En France : 

Ande-riium, Javols (Lozère) (Table Peut., Ptol. II, 7, 
11). 

Band-ritiim, Bassou, (Yonne) {Table Peut.). 

Dario-ritum (var. Dariorigum, Dartoritum^ Vannes 
(Ptol. 8. 6). 

Vago-ritum, chez les Arvii (Ptol. II, 8, 7). 

Ritu- est premier [terme dans Ritu-magus Radepont, 
Eure (Table Peut.) 

En Grande-Bretagne : 

Cambo-ritum, Icklingham ? (/iw. Ant. 474, 7), cf. Catn- 
bortus, Chambord (Loir-et-Cher), qui peut représenter un 
ancien * Cambo-ritum. 

En Allemagne : 

Loco-ritum, Lohr am Main, Bavière (Ptol. Il, 11, 14). 

De l'époque romaine date : 

Augusto-rituni, Limoges (Ptol. II, 7, 9). 

-bona (1) 

Ce mot, dont on n'a pas une explication satisfaisante par 
les langues celtiques, se trouve dans : 

Equa-bona en Espagne (Itin. Ant. 416, 5). 

Vindo-bona, Y'ienne, Autriche (T'a è/c Peut.). 

Peut-être : Ralis-bona var. Radaspona, Ratisbonne 
(Pertz, Thésaurus anecdotorum, 1, 3, p. 220). 

Arra-bona en Pannonie [Itin. Ant. 246, 3). 

De l'époque romaine datent : 

Augusio-bona, Troyes (Ptolémée, II, 8, 10). 

(1) Voir ci-dessus, p. 435 noie. 



l'empire celtique 443 

Jiilio-hona Lillebonne, Seine-Inférieure (Ptolémée, II. 

8,5.) 

Mediolaniim 

Medio-lanum ou Medio-lanium (Milan) a été fondé par 
les Gaulois (1). Nous ne pouvons donc guère douter que 
ce mot appartienne à une langue celtique, bien qu'il soit 
difficile à expliquer (2). C'est un nom de lieu extrêmement 
répandu tant en France que hors de France et qui semble 
désigner des villes situées à peu près à égale distance des 
points extrêmes de leur cité (3). 

Chez les auteurs de l'Antiquité, on trouve neuf Medio- 
laniim ou Mediolanium. 

En Gaule transalpine ; 

Mediolanum ou MsStoXâvtov, Saintes (Strabon, IV, 2, 1). 

Mediolanum, Châteaumeillant (Cher), [Table Peut.). 

Mediolanum, ou MEO'.oÀâviov, Evreux (Ptol. II, 8, 9). 

Mediolanum, Le Miolau, Pontcharra (Rhône), [Table 
Peut.). 

Mediolanum. chez les Treveri (Fortunat, 111, 9). 

En Gaule Cisalpine : 

Mediolanum, Mediolanium, Milan (Polybe, II, 34). 

En Germanie : 

Mediolanium, Metelen, Westphalie (Ptol. Il, 11, 13). 

Mediolanium, Wolkersdorf, Autriche (Ptol. II, 11, 15). 

En Grande-Bretagne : 

Mediolanium, Clav^'ddcoch, Shropshire (Ptol. Il, 3, 11). 



(1) TiTE LivE, V, 34, 8. 

(2) Voir ci-dessus, p. 82, 115. 

(3) JuLLiAN, Histoire de la Gaule, t. ii, p. 59-60. 



444 



-ACUS 



Mais si l'on ajoute aux cinq Mediolanum de la Gaule 
transalpine tous les noms de lieux de France dont la forme 
moderne peut s'expliquer par Mediolanum ou Medio-la- 
nium on arrive au chiffre de trente-sept exemples de ce 
nom pour la France (1). 

Icoranda 

Les lieux situés à la frontière de deux cités gauloises 
portent souvent le nom &' Icoranda (2) qui semble celtique 
et dont le second terme s'explique peut-être par l'irlandais 
rand, rann, bret. ranji « partie ». 

-a eus 

On pourrait encore songer à déterminer les établisse- 
ments des Celtes au moyen des noms en -acus. Ces noms 
sont en France au nombre de plusieurs milliers (3); on en 
trouve dans l'Italie du Nord plus de quatre cents (4) ; ils 
sont plus rares en Espagne, en Grande-Bretagne, et dans 
l'Europe centrale. Mais, comme nous l'avons déjà dit (5), 
ces noms ne sont généralement pas antérieurs à l'empire, 
et la plupart sont formés avec des gentilices romains. Ils 



(1) Cf. LoNGNON, Mediolanium (Rei^ue celtique, t. viii, p. 374- 
378 ; Ant. Thomas, Meilhan (Revue celtique, t. xx, p. 443). 

(2) Formes modernes : Ingrandes, Ingrannes, Aigurande, 
Eygurande, Aigurande, Egarande, Iguerande ; J. Havet, Revue 
archéologique, t. xx (1892), p. 170. 

(3) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine 
de la propriété foncière et des noms de lieux en France, p. 125- 
343 ; 453-462 ; 467-499. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Les Gaulois et les popula- 
tions qui les ont précédés dans l'Italie du nord, Revue celtique, t. xi, 
p. 152-172. 

(5) Ci-dessus, p. 119, 



L EMPIRE CELTIQUE 



445 



n'offrent donc que des traces très effacées de l'occupation 
celtique ; ce sont, en général, des formations nouvelles sur 
des modèles anciens. Parmi ceux dont le premier terme 
semble celtique, on peut citer : Amhactiams, Argentacus, 
Becciacus, Beliniacus, Benacus, Brennacus, Britinniacus, 
Cainhiacus, Carantiacus, Catuiaciis, Eburacus, Epiacus, 
Epponiacus, Gabriacus, Iciacus, Mogontiacus, Nantiacus, 
Nemetacus, Nerciacus, Noviacus, Sedegenacus, Segontia- 
eus, Solimariacus, Trociacus, Uriacus, Vassiaciis,. Ver- 
niacus, Vindiacus. 

D'après les noms de lieux dont nous avons étudié la ré- 
partition sur le sol, les établissements celtiques s'étendent 
sur un domaine considérable : 



Désignation 


s 

s 
z 

o 
a 

26 
2 

13 
6 

10 


a 

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-< 

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3 

5 
1 
2 

1 


#■ 

France, Suisse, Belgique, Hol- 
lande, Provinces Rhénanes . . 
Italie du Nord 


Europe centrale et. orientale . . . 
Espagne et Portugal 


Iles Urilanniques (1) 

Asie Mineure 







(1) On trouve une carte des noms de lieux celtiques dans les 
Iles Britanniques chez W. Z. Ripley, The races of Europe, 
p. 312, et une carte de la répartition de ces noms de lieux pour 
l'Europe, par M. Pic, Starozitnosti, ii, 1, carte C. 



446 NOMS DE PERSONNES 

Ces nombres pourraient être de beaucoup augmentés si 
l'on ajoutait tous les noms de lieux dont la forme moderne 
suppose un élément -duniuii, -nemctum, -magiis, -briga, 
-ritiuii, -durum (1). Il est remarquable que les noms de 
forteresses en -duniim et -briga soient employés à l'exclu- 
sion des autres dans la péninsule ibérique et qu'au contraire 
les noms en -magus soient les plus nombreux dans l'Italie 
du Nord. Toutes les formations se trouvent dans l'Europe 
centrale et dans lancienne Gaule. 

Malheureusement, la plupart de ces noms n'apparaissent 
pour la première fois que dans des documents de basse 
époque par rapport à la période que nous étudions. Ainsi, 
sur 173 noms, 52 noms sont signalés par Ptolémée (n'' siècle), 
33 par \ Itinéraire d'Anionin (iv' siècle), 32 par la Table 
de Peutinger (iv^ siècle). A quelle époque remonte la fon- 
dation de ces établissements celtiques ? Rien n'autorise à 
les attribuer à une date très reculée. 11 serait également 
peu sensé de vouloir les dater du plus ancien texte où ils 
apparaissent. Le problème restera donc sans solution dans 
la plupart des cas. 

Noms de personnes. 

On peut encore rechercher quels ont été les lieux occu- 
pés par les Celtes en relevant dans les inscriptions grecques 
et latines la provenance des noms de personnes qui sont le 
plus vraisemblablement celtiques. Ces inscriptions datent, 
pour la plupart, du temps de l'empire romain et ne nous 

(1) Voir sur ce sujet les articles de M. Antoine Thomas, 
Revue celtique, t. xx, p. 1-0, -'i.SS-^'i'- ; t. xxii, p. 216-226, et Irs 
ouvrages déjà cités de H. d'Arbois de Jubainville. 



l'empire celtique 447 

donnent guère la répartition des personnes à nom celtique 
antérieurement à l'ère chrétienne. L'endroit où l'on a 
trouvé l'inscription n'est pas toujours le lieu d'origine du 
Celte dont le nom est mentionné. Quelquefois le lieu d'ori- 
gine est indiqué. Mais le plus souvent l'indication du lieu 
d'origine manque. Toutes les inscriptions n'ont pas la 
même valeur pour un relevé de ce genre. Les noms de fa- 
bricants, en particulier les noms de potiers, ne doivent pas 
entrer en compte ; la même marque apparaît sur un grand 
nombre de points de l'ancien territoire celtique sans qu'il 
soit possible de déterminer où était situé l'atelier de pro- 
duction. Les soldats sont rarement originaires du pays où 
ils tiennent garnison. 

Quoi qu'il en soit, la répartition des noms celtiques de 
personnes que l'on trouve dans les inscriptions coïncide 
à peu près avec la répartition des noms celtiques de lieux. 

C'est dans l'ancienne Gaule qu'on en trouve le plus 
grand nombre. Sur 614 noms de personnes, dont l'origine 
celtique paraît à peu près incontestable, 500 proviennent 
de Gaule ; 398 sont situés sur le territoire de la France ac- 
tuelle, 23 en Suisse, 3 en Hollande, 1 en Belgique et 75 en 
Allemagne, sur les bords du Rhin. Ces noms sont inégale- 
ment disséminés en Gaule. Ils ont été conservés surtout, 
comme on devait s'y attendre, dans les régions, riches en 
monuments, où étaient situées les grandes villes gallo-ro- 
maines ; 71 dans le pays de Nîmes; 56 à Bordeaux, 24 à 
Lyon, 24 à Dijon et dans la Gôte-d'Or, 46 dans le pays 
d'Avignon, 14 à Langres, 12 à Narbonne, 11 à Saintes, 9 à 
Vienne. 

En dehors de la Gaule transalpine, le pays où l'on eu 
rencontre le plus grand nombre est l'Italie du Nord, l'an- 



448 



NOMS DE PERSONISES 



cienne Gaule cisalpine, où j'en ai relevé 43 exemples. 

La péninsule ibérique en compte 28. 

La Rhétie, la Vindélicie, le Norique, la Pannonie, l'Illy- 
rie, la Dalmatie en comptent ensemble 27 ; on en a relevé 
un dans la Dobrutscha. 

La Grande-Bretagne en a H. 

On en relève enfin 2 en Asie-Mineure, 1 en Syrie, 1 en 
Egypte. 

Si l'on considère l'extension soit de chaque espèce de 
noms, soit de chacun de ces noms en particulier, on peut 
constater de même que leur domaine correspond à celui 
des noms de lieux. Un groupe considérable est formé par 
les noms dont le second terme est -maros « grand » (1). 
On en trouve : 

5 dans l'Italie du nord. 

22 dans la Gaule transalpine. 

1 en Grande-Bretagne. 

1 eu Espagne. 
18 en Norique. 
20 en Pannonie. 

2 en Germanie occidentale. 

3 en Asie-Mineure. 

Certains de ces noms ont été trouvés sur divers points 
du domaine celtique ; par exemple : 

Iblio-marus à Magyar-Peterd (Hongrie) et à Lyon. 

Nertomarus à Wiener-Neustadt (Basse- Autriche), Celov- 
nik (Styrie), Cilli (Styrie), Autun (Saône-et-Loire), Ver- 
tault (Côte-d'Or), Zinsweiler (Alsace). 



(1) H. d'Arbois de JuBAiNviLLE, Etudcs grammaticales sur 
les langues celtiques, p. 5*-12*. 



l'empire celtique 449 

Sego-marus à Brescia (Italie), Yaison (Vaucluse), Mont- 
Beuvray (Saône -et-Loire, Gouchey (Côte-d'Or), Dijon, Les 
Baux (Bouches-du-Rhône). 

Soli-marus à Cilli (Styrie), Sziszek (Croatie), Gherchell 
(Algérie), Martigues (Bouches-du-Rhône), Brignon (Gard), 
Narbonne, Bordeaux, Mayence, Heddernheim (Prusse) (1). 

Dans les pays qu'ils occupèrent, les Geltes furent en 
contact avec des peuples indo-européens ou non, les 
Thraces, les lUyriens, les Ligures, les Ibères, les Etrus- 
ques, dont nous connaissons mal la langue et il est impos- 
sible de déterminer, faute de documents suffisants, quels 
échanges de mots et, par suite, d'idées et d'objets les Geltes 
firent avec ces peuples. Mais ils rencontrèrent aussi en 
Europe des Indo-Européens mieux connus, les Slaves, les 
Grecs, les Germains, les Italiotes, et si Ton pouvait déter- 
miner exactement quels furent dans le vieux celtique resti- 
tué les emprunts aux autres langues indo européennes, on 
éclairerait d'autant les rapports des Celtes avec les peuples 
voisins. Mais il est le plus souvent difficile de décider si un 
mot commun aux Geltes et à un autre peuple appartient 
au fonds général des Indo-Européens et a persisté indépen- 
damment chez les deux peuples, ou si ce mot a été em- 
prunté par l'un des deux peuples à l'autre. Cette étude a 
été faite pour le germanique par H. d'Arbois de Jubain- 
ville (2). Les termes que les langues celtiques et germa- 

(1) HoLDER, Altceltischer Sprachschatz, t. ii, col. 9, 15, 725, 
1447, 1605. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 330-367. Cf. H. Paul, Grundriss der 
germanischen Philologie, V^ éd., t. i, p. 303-305 ; H. Hirt, Die 
Indogermanen, ihre Verbreitung, ihreUrheimat und ihre Kullur, 
Strassburg, 1907, t. ii, p. 614. 

G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 29 



450 



CELTES ET GERMAINS 



niques possèdent en commun concernent pour la plupart 
les institutions politiques et sociales et la guerre. Pour 
quelques-uns (1), • — comme ambactos « serviteur w, en 
gallois atnaeth, vieux-liaut-allemand ambaht « service », 
— on peut démontrer qu'ils ont été empruntés par les Ger- 
mains aux Celtes. 

D'autre part, les noms de personnes, comme les noms 
de lieux, nous attestent l'établissement des Celtes, non 
seulement dans la Gaule transalpine, dans la Gaule cisal- 
pine (2), en Espagne, dans la Grande-Bretagne et dans 
l'Asie-Mineure, pays pour lesquels les textes historiques 
nous instruisent suffisamment, mais encore en ISorique, en 
Pannonie et en Germanie, pays dont l'ancienne histoire 
nous est assez mal connue. Enfin, les renseignements re- 
cueillis sur l'ère d'extension des civilisations de Hallstatt 
et de la Tène ne sont pas contradictoires aux données de 
l'onomastique. Nous sommes donc amenés à rechercher le 
lieu d'origine des anciens Celtes dans la Gaule et l'Europe 
centrale, à proximité des Germains. 

Les rapports étroits qui unissaient les Celtes à leurs voi- 
sins les Germains ont été remarqués par les anciens. Dio- 
dore confond ces deux peuples (3). Strabon, après avoir dit 
que, pour la figure, les mœurs et la manière de vivre, les 
Germains se rapprochent des Celtes, tandis qu'ils en 
diffèrent un peu par leur nature qui est plus sauvage, leur 
taille plus grande et leur chevelure plus blonde, ajoute que 

(1) Voir ci-dessus, p. 167. 

(2) Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Les Gaulois et les po- 
pulations qui les ont précédés dans l'Italie du Nord, Revue cel- 
tique, t. XI, p. 152-172. 

(3) Voir ci-dessus, p. 13 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, 
p. 231, n. 1. 



l'empire celtique 451 

c'est pour exprimer cette parenté que les Romains leur ont 
donné le nom de Germant, qui signifie frères en latin (1). 
Sans donner à cette étymologie populaire plus d'impor- 
tance qu'elle n'en mérite, il convient de remarquer qu'elle 
répond bien à l'idée que se faisaient les Grecs et les Ro- 
mains des relations intimes des Celtes et des Germains. 
Beaucoup de particularités de mœurs et d'usages ou bien 
sont communes aux deux peuples, ou ont été attribuées 
tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Mercure est, d'après Tacite, 
le dieu qu'honoraient le plus les Germains ; ils regardaient 
comme plus conforme à la grandeur céleste de ne pas en- 
fermer les dieux dans des murailles et de ne pas les figurer 
à l'image de l'homme, et le lieu consacré au culte est une 
portion de bois (2). Les Semnons, peuple suève, faisaient 
des sacrifices humains (3). Les Germains se prétendaient 
issus d'un dieu (4). Les cadavres des nobles Germains 
étaient brûlés sur des bûchers formés de certaines espèces 
de bois (5). Les nobles germains sont entourés de comités 
analogues aux amhacti des Gaulois (6). Les Germains ne 
traitent aucune affaire publique ou privée, qu'en armes (7). 
Ils comptent par nuits et non par jours (8), ils sont très 
lîOspitaUers i9). Leurs boucliers sont peints des couleurs les 

(1) Géographie, iv, 4, 2 ; vu, 1, 2. Cf. Eustathe, Commentaire 
de Denys le Périégète, v. 285 ; Jullian, Histoire de la Gaule, t. i, 
p. 231, n., croit que l'identité des Celtes et des Germains fut 
acceptée jusqu'au temps de Poseidônios. 

(2) Germanie, 9. Cf. ci-dessus, p. 299, 341, S45. 

(3) Germanie, 39. Cf. 9 et ci-dessus, p. 348. 

(4) Germanie, 2. Cf. ci-dessus, p. 303. 

(5) Germanie, 27. Cf. ci-dessus, p. 189. 

(6) Germanie, 14. Cf. ci-dessus, p. 258. 
(/) Germanie, 13. Cf. ci-dessus, p. 236. 

(8) Germanie, 11. Cf. ci-dessus, p. 375. 

(9) Guerre de Gaule, vi, 23, 9 ; cf. ci-dessus, p. 150. 



452 CELTES ET GERMAINS 

plus belles (1). Philon rapporte que les Germains osent 
prendre les armes contre les éléments et vont au devant de 
la mer comme à la rencontre d'une bande d'ennemis (2). 
En(in, comme nous l'avons déjà remarqué (p. 12), les 
noms KsXto! et raXâxai désignent tantôt les Germains, 
tantôt les Gaulois (3). Nous avons déjà signalé p. 121 la 
parenté des noms d'hommes germains et gaulois. ^ 

Môme, quelques noms de peuplades données comme ger- l 
maniques sont celtiques, ou du moins s'expliquent facile- ! 
ment par les langues celtiques. Tels sont les Nemetes ou 
Nemetae, cf. nemeton « endroit consacré » ; les Triboci, cf. i 
le nom carnute Toiito-hocios et les noms bien connus Tri- ■ 
casses, Tri-uocanles ;\es Marco-manni,'cî. Marco-magus, à 
Marco-diirum, Ceno-maïuii. 1 

Ces rapports sont d'autant plus curieux que les anciens H 
ont plus d'une fois signalé les différences qui séparaient la ij 
langue des Gaulois de celle des Germains. Le gaulois étai- ; 
pour Arioviste une langue étrangère qu'il avait apprise à la i 
suite des rapports continuels qu'il avait avec les Gau- | 
lois (4). Tacite distingue à l'aide de la langue certaines peu- 
plades celtiques établies en Germanie (5). Les prisonniers 
gaulois que Caligula veut faire passer pour Germains 
doivent apprendre la langue germanique (6). 

Quoi qu'il en soit, si l'on ne peut douter que les rapports 



(1) Tacite, Germanie, 6. Cf. ci-dessus, p. 285. 

(2) Des songes, p. 1124. Cf. ci-dessus, p. 149. 

(3) Sur l'état social des Germains comparé à celui des Gau- 
lois, voir L. DE Valroger, Les Celtes cl la Gaule celtique, Paris, 
1879, p. 86-185. 

(4) Guerre de Gaule, i, 47. 

(5) Germanie, 43. 

(6) Suétone, Caligula, 47. 



l'empire^celtique 453 

entre Celtes et Germains aient été singulièrement étroits, 
les seules preuves linguistiques que nous possédons ne 
peuvent suffire à démontrer que les Celtes et les Germains 
aient constitué un même tout politique et, à plus forte 
raison, que les Germains aient été sous la domination cel- 
tique. 

IV 

L'opinion commune, tant des anciens que des modernes, 
place l'établissement primitif des Celtes en Gaule. La plus 
ancienne population de la Gaule que la science puisse 
atteindre serait la population celtique. C'est de Gaule que 
les hordes celtiques qui envahirent l'Espagne, l'Italie, la 
péninsule Balkanique, l' Asie-Mineure et la Grande-Bretagne 
seraient parties. 

A' cette opinion des objections d'ordre linguistique ont 
été faites. Si les Celtes étaient les plus anciens habitants 
de la Gaule, il est vraisemblable que leur langue aurait 
laissé dans notre nomenclature géographique plus de 
traces que nous n'en coHslatons, et surtout que les déno- 
minations celtiques s'appliqueraient aussi bien aux mon- 
tagnes et aux cours d'eaux qu'aux noms de lieux habités. 
Or si les noms de lieux habités qui peuvent s'interpréter 
par le celtique sont assez nombreux en Gaule, les noms 
appartenant à l'orographie ou à l'hydrographie, à l'excep- 
tion de Cebennon, Cévennes, de Vernodubrum « rivière des 
Aulnes », en français Verdouble, peut-être de Renus, 
Rhin, Diibis <i (rivière) noire», Vidubia i\ Vouge >/, Vici- 
nonia « Vilaine » (cf. Marti Vicinno) (1) semblent étran- 

(1) J. LoTii, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 163. 



454 ORIGINE DES CELTES 

gers aux langues celtiques. Tels sont : Rhodanus et Rho- 
taniis, Sequana ; Isara, Oscara, Avara, Savara, Jura, 
Sara, Autura, Thara, Lesiira ; Drueniia. Cantia, As- 
mantia ; Vimina, Sumina, Ganimna, Irumna, Olomna, 
Vultumna; Oltis; Aliso ; Dornonia, Matrona. D'après 
H. d'Arbois de Jubainville (1), ces noms seraient ligures. 
Les Celtes n'auraient donc dénommé en Gaule que les for- 
teresses qu'ils avaient fondées, et les noms proprement 
géographiques seraient dûs aux populations qui les ont pré- 
cédés sur le sol de notre pays. Ces populations constitue- 
raient pour une bonne partie la plebs, réduite presque à 
l'état d'esclavage, que dominait l'aristocratie celtique des 
druides et des cqnites. Cette aristocratie celtique, peu nom- 
breuse, mais fortement organisée et bien armée, serait 
arrivée en Gaule à une époque historique et il faudrait 
chercher au delà du Rhin le lieu d'origine des anciens 
Celtes. C'est ce qu'aurait indiqué Marcellin lorsqu'il rap- 
porte que, d'après les druides, à la population primitive de 
la Gaule s'ajoutèrent des tribus venues des contrées trans- 
rhénanes et des îles les plus reculées (2 . 

D'autre part, si l'on fait partir les Celtes de l'Europe cen- 
trale, on s'explique mieux et la présence dans l'Europe 
centrale de nombreux noms de lieux témoignant d'établis- 
sements à demeure des Celtes, et leurs invasions au sud- 
est de l'Europe, plus difficiles à concevoir s'ils avaient eu 
à traverser les forêts de la Germanie. L'émigration d'un 
peuple vers des pays plus fertiles est assez naturelle ; le 

(1) Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 124-195, 
Sur la langue des Ligures, voir C. Jullian, Histoire de la Gaule. 
t. I, p. 110-125. 

(2) Ci-dessus, p. 414. 



L EMPIRE CELTIQUE 



455 



départ des Celtes d'un pays fertile comme la Gaule pour 
un pays moins fertile comme la Germanie serait fort in- 
vraisemblable. Enfin, les écrivains anciens eux-mêmes, 
bien qu'ils semblent avoir traduit le plus souvent le mot 
KîXTr/.ôv, qui désigne le peuple ou le pays des Celtes en gé- 
néral, par Gallia (1), qui dénomme à l'époque romaine la 
Gaule habitée par les Celtes lors de la conquête romaine, 
n'ont-ils pas, peut-être à leur insu, laissé subsister dans 
leur texte quelques traces de l'ancienne géographie poli- 
tique de l'Europe *? Je ne crois guère que l'on puisse fonder 
une thèse scientifique sur la description naïve d'Ephore qui 
place aux quatre extrémités de la terre les Celtes, les In- 
diens, les Ethiopiens et les Scythes (2). Faut-il attacher 
plus d'importance au texte de Denys d'Halicarnasse qui 
nous dit que la Celtique est un grand pays qui occupe 
presque le quart de l'Europe, qu'elle est bornée par les 
Pyrénées, l'Océan, les Scythes, les Thraces et le Danube. 
Ce texte est, en tout cas, le développement de celuj 
d'Ephore, et le fait que Denys ajoute que la Celtique est 
partagée en deux par le Rhin prouve qu'il confondait les 
Celtes et les Germains. Mais on doit remarquer que Tite 
Live, dans son récit de l'invasion celtique en Italie, emploie 
pour désigner le pays des Galli le mot Celiicum : ii regem 
Geltico (3) dabant (mot que l'on ne retrouve nulle part 
ailleurs employé comme substantif, et qui n'est sans doute 
que la transcription du grec ivcÀt-.y.ôv), et qu'il fait passer 



(1) Voir ci-dessus, p. 406. 

(2) Strabon (iv, 4, 6), trouvait qu'Ephore avait singulière- 
ment exagéré l'étendue de la Celtique. 

(3) Cf. to 'E).Xr|V'./.ôv « les Grecs », zh S/uOt/.ôv « les Scythes », 
10 Deoo-i/.ôv '< les Perses ». 



456 



ORIGINE DES CELTES 



les Celtes, de leur pays en Italie, par VAlpis Julia. Si les 
Celtes étaient établis dans l'AlIemagno du sud, ïAlpis 
Julia était le chemin le plus direct. Or, dans le bassin du 
haut Danube, on trouve non-seulement des noms cel- 
tiques de villes comme Segodunum Wiirzburg, Devona 
Bamberg, Locoritum Lohr, mais aussi des noms celtiques 
de rivières : Diihra Taubei', affluent du Main ; Labara 
Laber, nom de quatre affluents du Danube (cf. le gallois 
llajar résonnant) ; LiUra d^où Lauter, nom d'affluents du 
Danube et du Rhin ; et un nom celtique de montagne : 
Arciinia, nom de l'Erzgebirge (1). De plus, les auteurs an- 
ciens qui nous parlent des invasions celtiques en Italie 
nous disent que les Celtes traversèrent les Alpes, sans que 
nous puissions déterminer s'il s'agit des Alpes occidentales, 
centrales ou orientales ; il nous est donc permis de préciser 
à notre guise les notions vagues qu'ils nous ont données. 

Les plus anciens écrivains, du vi* au iv* siècle, a re- ff 
marqué M. Jullian (2), semblent placer les Celtes sur les f 
côtes de la mer du Nord, dans les plaines basses et souvent £ 
envahies par la mer du nord-ouest de la Germanie. Dans 
le périple traduit par Aviénus, les Celtes sont les peuples 
que l'on trouve en quittant les Iles Britanniques et en 
allant vers le Nord. Leur pays était inondé par l'Océan, 
nous apprennent Timagène (rapportant une tradition drui- 
dique), Aristote et Ephore. Les anciens allaient chercher 
l'ambre sur les côtes méridionales de la mer du Nord , dans 



(1) H. d'Arbois de Judainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2e éd., t. ii, p. 278-282. Voir ci-dessus, p. 64, G5, 112, 
11 G. 

(2) L' Anthropologie, t. xiv (1903), p. 251. Histoire de la Gaule, 
t. I, p. 229 et suiv. 



L EMPIRE CELTIQUE 



457 



un pays d'abord occupé par les Ligures, puis par les 
Celtes (1). Diodore place les Galates, qu'il distingue à tort 
des Celtes, dans les régions situées au-dessus de la Cel- 
tique, le long de l'Océan (2). Ce sont ces Galates, ajoute-t- 
11. qui prirent R,onie, qui pillèrent le temple de Delphes, 
qui rendirent leur tributaire une grande partie de l'Eu- 
rope et une partie importante de l'Asie, et qui s'établirent 
dans les pays occupés par les peuples qu'ils avaient 
vaincus. Il fut donc un temps où les Celtes habitaient au 
nord-ouest de la région oîi nous les trouvons étabHs vers 
le IV"' siècle. 

Si l'on admet comme vraisemblable que le domaine des 
Celtes, le plus ancien que nous puissions déterminer, était 
l'Europe centrale, dans quel ordre se classent les établis- 
sements celtiques (3) dans le reste de l'Europe ? 

La première invasion des Celtes aurait eu lieu dans les 
Iles Britanniques vers l'an 800 avant notre ère, d'après 
H. d'Arbois de Jubainville (4) et il est vraisemblable qu'il 
faut encore reculer cette date (5). Mais aucun témoignage 
historique ne nous l'atteste. On ne peut en fixer la date 
que si le mot /.aajÎTspoç, qui désigne l'étain dans Y Iliade, 
est un mot celtique. D'autre part, les différences profondes 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2^ éd., t. i, p. 342-343. 

(2) Bibliothèque, v, 32. Cf. Pausanias, i, 4 ; Tite-Live, v, 
27,2. 

(3) Voir H. d'Arbois de Jubainville, Les Celles depuis les 
temps les plus anciens, p. 17-26, 79-204. On trouvera un exposé 
chronologique de l'histoire des Celtes jusqu'en 324 av. J.-C. 
chez Dom Martin, Eclaircissemens historiques sur les origines 
celtiques et gauloises, avec les quatre premiers siècles des annales 
des Gaules, Paris, 1744, p. 207-288. 

(4) Les premiers habitants de l'Europe, 2^ éd., t. ii, p. 282-283. 
(.5) J. LoTH, Annales de Bretagne, t. xxii, p. 165. 



458 



MIGRATIONS 



qui séparent le gaélique des dialectes bretons ne peuvent 
s'expliquer que si les deux rameaux actuels de la race 
celtique, les Gaëls et les Bretons, ont été séparés pendant 
des siècles, et s'il y a eu deux invasions celtiques, à des 
époques éloignées l'une de l'autre, dans les îles Britan- 
niques. L'invasion des Celtes de Belgique dans le sud de la 
Grande-Bretagne pouvant être datée du ni^ siècle (1), on 
est donc fondé à reporter à quelques siècles en arrière la 3 
première invasion. l 

Ce serait entre 700 et oOO que les Celtes auraient pour la 
première fois pénétré dans le nord et l'est de notre pays. 
Car au vii^ siècle, on ne mentionne que les Ligures (2), 
tandis que Festus Aviénus, reproduisant sans doute le pé- 
riple dHimilcon (v* siècle), parle d'une région jadis habitée 
par les Ligures, mais alors occupée par les Celtes. D'autre 
part, Festus Aviénus ne cite pas les Celtes parmi les habi- 
tants de l'Espagne (3), tandis qu'Hérodote au milieu du 
V® siècle, Ephore au milieu du iv" siècle, Eratosthène 
à la fin du ni^ les y montrent établis. Or les Celtes 
n'ont dû pénétrer en Espagne qu'après avoir soumis la 
Gaule (4). 

L'établissement des Celtes en Espagne daterait, d'après 
ce qui précède, du v'' siècle. Les noms de lieux celtiques que 



(1) Ci-dessous, p. 461. Romilly Allen (Celtic Art in pagan 
and Christian times, p. 21 ; 61) suppose que l'âge de fer dans la 
Grande-Bretagne commence à l'invasion des Belges. 

(2) PsEUDO-HÉsioDE, Calulogues, fr. 132, chez Strabon, vu, 
3, 7. 

(3) A moins qu'ils ne se dissimulent, comme le pense M. L. Si- 
ret, sous le nom des Cempsi. Revue archéologique, t. x (1907), 
p. 385-386. 

(4) H. d'Arbois de Jubainville, Renie celtique, t. xxiv, 
p. 162-169. 



l'empire celtique 459 

l'on relève dans la péninsule ibérique pourraient donc re- 
monter à cette époque (1). 

C'est peut-être aussi lorsqu'ils développaient leur puis- 
sance à l'ouest et au sud, que les Celtes envahirent au 
sud-est la Vindélicie et chassèrent les Illyriens du Norique 
et de la Pannonie (2). Cette hypothèse, outre qu'elle ren- 
drait compte de la présence de noms celtiques tant de 
personnes que de lieux dans ces pays, expliquerait pour- 
quoi, au i^"" siècle avant notre ère, l'historien Sempronius 
Asellio, reproduisant sans doute un auteur plus ancien, 
écrivait que la ville de Noreia (aujourd'hui Neumarkt en 
Styrie) était située in Gallia, c'est-à-dire en pays cel- 
tique (3). 

Pour Trogue Pompée, la conquête de la Pannonie par les 
Gaulois est contemporaine de leur invasion en Italie. 

Nous avons vu d'ailleurs que les Taurisci du Norique, 
les Boii, les Scordisci de Pannonie, les lapodes d'dlyrie 
sont des peuples celtiques. Les guerres des Celtes avec les 
Autariates et les Venètes, peuples illyriens qui étaient 
maîtres de la Pannonie, ^d'une partie de la Thrace et des 
bords de l'Adriatique, leur alliance en 336 avec Alexandre 
le Grand contre les Triballes, peuple de Thrace, les luttes 



(1) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celles en Espagne. 
Revue celtique, t. xiv, p. 357-395 ; t. xv, p. 1-61, 160-173, 
J. Leite de Vasconcellos, Les Celtes de la Lusitanie portu- 
gaise. Revue celtique, t. xxiii, p. 74-82. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de 
l'Europe, 2® éd., t. i, p. 304-305. Voir ci-dessus, p. 416. 

(3) Cf. Velleius Paterculus (ii, 12, 2), qui place in Galliis 
la défaite de Carbon à Noreia par les Cimbres et les Teutons ; 
et Florus, m, 3, 1, qui fait venir les Cimbres et les Teutons des 
extrémités de la Gaule. H. d'Arbois de Jubainville, Revue 
celtique, t. xii, p. 18-19. 



460 



AMBIGATUS 



i^ 



des Boii avec les Daces, sont attestées par les historiens 'i. 
de l'Antiquité (l). 

Y eut-il, à cette époque, une solide unité politique chez 
les Celtes, et le roi Ambigatus fut-il une sorte de Gharle- 
magne qui aurait réuni sous son empire tous les pays 
conquis par les Celtes (2)*? Rien n'autorise à l'affirmer, et 
le texte concis de Tite Live ne peut guère fournir une 
matière suffisante à de telles déductions. Au lieu d'être un 
Charleinagne historique, Ambigatus est-il seulement un 
Cbarlemagne de légende ? cela même, nous ne pouvons 
guère le dire. Est-ce Ambigatus qui provoqua l'invasion 
celtique en Italie? Il y a contradiction, comme nous l'avons 
vu, entre Polybe qui nous montre les Gaulois s'emparant 
de Rome vers 38G et Tite Live qui donne deux dates diffi- 
cilement conciliables, 600 (3) et 390 (4). Si Polybe a raison 
l'invasion des Gaulois en Italie et la i)rise de Rome ne 
peuvent être contemporains d'Ambigatus qui vivait au 
temps de Tarquin l'Ancien. Pline, Diodore de Sicile et 
Appien s'accordent à placer vers 396 les luttes des Gau- 
lois avec les Etrusques ou Tyrrliènes et fortifient ainsi le 
témoignage de Polybe. Il n'est donc guère probable qu'il 
y ait eu deux invasions celtiques en Italie, à trois siècles 
de distance (5). 

(1) Voir ci-dessus, p. 30, ?,2, 33, 405, 417. Polybe, ii, 18 ; 
Strabon, V, 1, 6. 

(2) H. d'Arbois de Jubainville, ibid., t. ii, p. 297-304. 

(3) V, 33, 5 ; 34, 1. Cf. Plutarque, Camille, 16 ; Romulus, 
17, 12. 

(4) V, 33, 2. Cf. Diodore, xiv, 113, 1 ; Appien, Celtiques, 2, 
1 ; Plutarque, Camille, 22. 

(5) H. Hubert, Revue celtique, t. xxxiv, p. 426 ; Niese, 
Real-Encijclopœdie de Pauly-Wissowa, t. vu, col. 613-617. 
Voir toutefois A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans les 
vallées du Pô et du Danube, p. 27-32 ; 43-45. 



l'empire celtique 461 

Quoi qu'il en soit, d'après le récit même de Tite Live, 
tandis qu'une fraction de l'armée celtique pénétrait en 
Italie, sans doute par la vallée du Danube et la voie du No- 
rique (1), un autre corps de troupes remontait au nord, 
vers la forêt Hercynienne. Il dut se trouver en contact avec 
les Germains. Les Celtes soumirent- ils les Germains ? On ne 
peut l'affirmer (2) ; mais, plusieurs siècles plus tard, on 
trouvait encore au centre de l'Europe des peuples celtiques, 
par exemple les Voîcae Tedosages, près de la forêt Hercy- 
nienne (3j, les Gotini, au sud-est de la Germanie (4), les 
Boii, en Bohême (o), et on se souvenait encore que les Hel- 
vetii étaient jadis établis entre la forêt Hercynie, le Rhin et 
le Main (6). 

A quelle date les Belges, peuple celtique mélangé d'élé- 
ments germaniques, franchirent-ils le Rhin pour s'établir 
au nord de la Gaule '? Probablement au temps oii d'autres 
Celtes, venus sans doute aussi de Germanie, s'établissaient 
dans la Aallée du Rhône. Or, entre les Pyrénées et le 
Rhône, le Pseudo-Scylax (milieu du iv'' siècle) ne men- 
tionne que des Ibéro-Li^ures, et entre le Rhône et les Alpes 
que des Ligures. La perte du Rhône, d'après Aristote, est 
située en Ligurie. Il n'en était plus de même en 218. An- 
nibal, traversant la Gaule méridionale, ne trouva sur son 



(1) DÉCHELETTE, Muiiuel d'arcliéologie, t. ii, p. 577. 

(2) H. d'Arbois de Jubainvii-le, Les premiers habitants de 
l'Europe, t. ii, p. 32.5-329, a essayé de démontrer cette thèse que 
combat E. Windisch, Beridite ïihcr die Verhandliingen der kôni- 
glich sàchsischen Gesellschajl der Wissenschaften :u Leipzig, 
1897, p. 101-126. 

(3) César, Guerre de Gaule, vi, 24. 

(4) Tacite, Germanie, 43. 

(5) Tacite, Germanie, 28 ; 42. 

(6) Tacite, Germanie, 28. 



462 



BELGES 



passage que des Gaulois. D'autre part, Tite Live mentionne 
l'arrivée des Gaulois eu Provence en même temps que leur 
première descente en Italie, et Justin place les guerres des 
Grecs de Marseille contre les Gaulois et les Ligures avant 
la prise de Rome par les Gaulois. L'invasion des Belges se 
placerait donc au ni'^ siècle. Elle est sans doute contempo- 
raine de l'invasion celtique en Grèce (1). 

L'établissement des Belges en Gaule est sans doute un 
peu antérieur à leur passage en Grande-Bretagne, oii ils se 
trouvèrent en contact avec les Gaëls arrivés depuis plu- 
sieurs siècles, et où ils substituèrent le breton au gaé- 
lique, (2). Le gaélique ne se maintint qu'en Irlande, oîi les 
établissements des Belges furent peu nombreux. Le roi Di- 
viciacus, peu avant la conquête de la Gaule, avait régné non 
seulement sur une grande partie de la Belgique, mais en- 
core sur la Grande-Bretagne (3). 

Les autres invasions des Celtes nous sont mieux connues. 
Nous savons que c'est en 279 qu'eut lieu l'expédition de 
Brennos en Grèce et que, peu après cette date, les Celtes 
fondèrent en Thrace un royaume, et s'établirent au centre 
de r Asie-Mineure, en Galatie (278). Mais, presque au mo- 
ment oii des Celtes pénétraient dans la péninsule des Bal- 
kans, d'autres Celtes, passant les Alpes, descendaient en 
Italie (29s) et faisaient alliance avec les Gaulois cisalpins (i) 

(1) H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. xxiv, 
p. 162, 169. Recherches sur l'origine de la propriété foncière, 
p. 119 ; Les premiers habitants de l'Europe, 2« éd., t. I, p. 377- 
378. 

(2) D'après H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, 
t. xxvin, p. 32-40, ces Belges sont sans doute les Galiàin dont 
l'épopée irlandaise raconte l'arrivée en Irlande vers 216 av. J.-C. 

(3) Guerre de Gaule, ii, 4. Cf. v, 12. 

('ij PoLYBE, II, 19. D'après Diodore, xiv, 117, 7, les Celtes 
pénétrèrent jusqu'en lapygie au sud de l'Italie. 



l'empire celtique 463 

qui occupaient le pays depuis un siècle. En 236, 22o, 222, 
des Transalpins sont appelés en Italie par les Cisalpins (1). 
En 186, des Celtes encore allaient bâtir une ville au nord 
de l'Adriatique (2). Enfin, en 179, trois mille Gaulois tran- 
salpins venaient en Italie demander des terres au peuple 
romain (3). 

Tels auraient été, autant qu'on peut le déduire des rares 
données de l'histoire et de la linguistique, les développe- 
ments successifs et intermittents de la puissance celtique. 
Cette puissance fut éphémère. 

Dès le ni® siècle 238-219), les Carthaginois s'emparaient 
de l'Espagne ; les Romains les y remplaçaient en 201. 
Puis les Romains conquéraient successivement la Gaule 
Cisalpine (283-192), la Galatie (189-25), la Gaule Nar- 
bonnaise (154-118), l'IUyrie (129), la Gaule Celtique et Bel- 
gique (58-50) (4), la Rhétie, la Vindélicie, le Norique (16-9 
av. J.-C.). Enfin, la Grande-Bretagne, dont la conquête 
avait été commencée en 55 av. J.-C, est soumise jus- 
qu'aux montagnes de l'Ecosse (78-85 après J.-C). 

Seule, à l'extrême ouest de l'Europe, l'Irlande restera 
celtique jusqu'à la conquête momentanée des Scandinaves 
et la conquête définitive, semble-t-il, des Anglo Saxons. 



(1) PoLYBE, II, 21 ; 22 ; 23 ; 34. Cf. Mommsen, Die gallische 
Katastrophe, Rômische Forschungen, Berlin, 1879, t. ii, p. 297- 
381. 

(2) TiTE LivE, XXXIX, 22 ; 54. 

(3) TiTE LxvE, XL, 53, 5-6. 

(4) Voir sur la date de l'annexion C. Jullian, Revue archéolo- 
gique, t. XV (1910), p. 104-136, en réponse à une hypothèse do 
G. Ferrero, ibid., p. 93-103. 



ROYAL DUBLIN SOCIETY 

SPRiV&WoW 



May 5, 6, 7, 8 & 9, 1953 



CONCLUSION 



L'inventaire, que nous venons de dresser, de tous les 
renseignements que l'on peut recueillir sur les plus anciens 
Celtes donne, il faut l'avouer, des résultats médiocres. Les 
Celtes insulaires ne nous ont laissé aucun document qui 
soit antérieur au viii^ siècle, et les plus anciennes légendes 
irlandaises, si l'on admet qu'elles soient fondées sur des 
faits historiques, n'ont trait qu'à une partie peu étendue du 
monde celtique. Les Celtes du continent ne nous sont 
connus que par le portrait qu'en firent les Grecs et les Ro- 
mains ; mais, par une malice du sort, les textes les plus in- 
téressants pour l'histoire des Celtes occidentaux antérieu- 
rement à la conquête romaine ne nous sont point parve- 
nus ; nous n'en trouvons que des fragments dans des com- 
pilations de valeur discutable ; nous risquons de considérer 
comme des phases successives de l'existence des peuples 
celtiques les notions qu'en acquirent progressivement au 
cours des siècles les écrivains de l'Antiquité. A peine sa- 
vons-nous quelle signification attribuer aux mots par les- 
quels les anciens désignaient les Celtes ; car, le plus sou- 
vent, ils confondaient les Celtes et les Germains. De la 

G, DoTTiN, — Manuel de l'antiquité celtique- 30 



1 

466 CONCLUSION y-, 



langue nous ne connaissons, sauf les noms propres, que 
quelques termes et nous ne pouvons la restituer dans ses 
éléments essentiels qu'à l'aide des dialectes celtiques des 
lies Britanniques. 

La vie privée et la vie publique ne nous sont guère con- 
nues (si l'on meta part les monuments et les objets qui, étanj 
tous sans inscriptions, ne peuvent être avec une certitude 
absolue attribués aux Celtes), qu'à l'époque de la conquête 
romaine et par des écrivains que leur patriotisme étroit 
rendait peu curieux et peu clairvoyants. La religion nous 
apparaît tout obscurcie par des assimilations, sans doute 
superficielles, avec la mythologie gréco-romaine. Et la 
superposition des images que nous fournissent l'histoire, la 
linguistique et l'archéologie ne laisse des Celtes qu'un por- 
trait confus. 

Ils nous apparaissent, perdus dans les brouillards glacés, 
dans les sombres forêts et les déserts incultes du centre et 
du nord-ouest de l'Europe, instinctivement attirés vers les 
pays du soleil. L'Espagne, l'Italie, la Grèce voient passer 
leurs hordes sauvages, guerriers à demi-nus ornés de colliers 
et de bracelets d'or, lourds chariots portant des femmes et 
des enfants. F.orsqu'après des combats sans merci ils ont 
conquis un coin de terre, ils s'y établissent et construisent 
des enceintes aux murs solides oiî ils puissent se réfugier en 
cas de guerre. Mais, quand ils n'ont plus d'ennemis à com- 
battre, ils se divisent entre eux et, à la faveur de leurs dis- 
sensions, les peuples qu'ils ont soumis ou de nouveaux 
conquérants les obligent à quitter le sol qu'ils ont acquis 
par la force de leurs armes. Alors ils reprennent leur 
course vagabonde vers les extrémités de l'Europe, harcelés 
par les tribus dont ils traversent le territoire. Ils arrivent 



A' 



CONCLUSION 467 

sur les bords de rOcéan, et parviennent jusqu'à l'Helles- 
pont ; rien ne les arrête : ils passent dans les îles extrêmes 
de l'Ouest; ils pénètrent jusqu'au centre de l'Asie-Mineure. 
Les routes qu'ils suivirent sont sans doute celles où huit 
siècles plus tard défilèrent dans le même désordre les 
Goths, les Huns, les Vandales, les Gépides, les Lombards 
et les Burgondes, et à défaut de description des migrations 
gauloises, nous pourrions lire chez les écrivains du Moyen 
Age ie récit des invasions barbares. 

Les Celtes du m® siècle avant notre ère ne tardèrent pas 
à se civiliser au contact des populations voisines qu'ils 
avaient soumises ou quijles subjuguèrent, Les Galates d'Asie- 
Mineure furent rapidement grécisés. Les Gaulois adoptèrent 
avec empressement la civilisation romaine et oublièrent 
leur langue pour parler latin. Lorsqu'ils eurent renoncé 
aux expéditions lointaines et aux guerres civiles, la vie pas- 
torale, qu'ils menaient dans leur pays d'origine, les reprit 
tout entiers. En Gaule Cisalpine comme en Gaule Transal- 
pine, ils se livrent à l'élevage du bétail et à la culture des 
céréales. Ils font preuve de bonne heure de dispositions heu- 
reuses pour l'industrie et s'appliquent à décorer leurs 
armes par de nouveaux procédés. 

Il est difficile de les distinguer des peuples arrivés à un 
état de civilisation analogue ; la commune dénomination de 
barbares dans laquelle les Grecs et, après eux, les Romains 
comprenaient toutes les nations qui n'étaient ni grecques 
ni romaines, nous apparaît ainsi, avec le recul des siècles, 
comme l'expression d'une vérité ethnographique. Quels 
détails de mœurs ou d'institutions, quelle communauté de 
souvenirs historiques constituaient la caractéristique des 
Celtes par opposition aux Germains, aux Ligures, aux 



468 CONCLUSION § 

Ibères, aux Ulyriens, aux Thraces et aux Scythes? Nous ne 
pouvons le dire d'après les vagues notions, dispersées dans 
l'espace et dans le temps, que les anciens nous ont laissées. 
Les hommes d'imagination que hante l'idée d'une race 
celtique ne sauraient trouver chez les Celtes de l'Antiquité 
une matière suffisante à leurs délicates recherches. Peuvent- 
ils essayer de dégager ce qui appartiendrait au fonds cel- 
tique dans l'ensemble des caractères propres aux peuples 
modernes qui habitent aujourd'hui les pays jadis occupés 
par les Celtes 1 II leur faudrait alors étudier à ce point île 
vue non seulement les Français, mais encore les Allemands 
du sud et les Autrichiens, les Itahens du bassin du Pô et 
même les Espagnols. Il est évident que les caractéristiques 
de ces peuples tiennent plus à la terre qu'ils habitent et 
aux groupements politiques dont ils font partie qu'aux sur- 
vivances hypothétiques d'un état antérieur que nous ne 
connaissons guère. A-t-ou [)lus de chances de retrouver les 
Celtes primitifs chez les peuples celtiques qui habitent en- 
core aujourd'hui les Iles Britanniques? Peut-être. Mais la 
situation géograpbique des Celtes insulaires n'en a-t-elle 
pas fuit une race à part qui, dès l'Antiquité, se distinguait 
nettement des Celtes du continent? Peut-on d'ailleurs faire 
abstraction des conditions historiques dans lesquelles ils se 
sontdéveloppés ? Le Gallois, l'Irlandais et le Breton sont-ils 
donc si semblables '? Il est probable que les Celtes de notre 
temps n'ont de commun avec ceux de l'Antiquité que les 
formes de pensée créées parl'emploidu même langage en ses 
traits essentiels ; et que, si l'on fait abstraction de ce qu'ils 
doivent à leur sol et aux influences extérieures, ils n'ont 
guère recueilU d'autre héritage de leurs ancêtres que cette 
angue celtique qu'ils tiennent à faire revivre. 



CONCLISION 



469 



Il y a quelque tristesse à montrer ainsi les bornes de la 
science de l'antiquité celtique, bornes provisoires, il est 
vrai, qu a l'avenir peut-être des chercheurs pourront recu- 
ler encore ; bornes nécessaires pour arrêter l'élan des im- 
prudents lancés à toute vitesse sur la route de l'hypothèse 
et de la chimère ; et l'on se sent quelque regret de toute la 
peine dépensée, lorsqu'on songe qu'il ne manque pas de 
sources d'étude plus fécondes que celles de ce passé loin- 
tain, et lorsque l'on craint que les restes exhumés des an- 
ciennes civilisations ne gardent à jamais leur secret. Mais il 
y a aussi quelque douceur à évoquer, comme jadis Odys- 
seus, les fantômes vagues et muets des Cimmériens de la 
lécende. 



I 



INDEX DES AUTEURS 



(Les chiffres indiquent les pages de ce manuel. Pour les auteurs 
modernes, on trouve le lieu et la date de publication à la première 
référence. 



A 



Acta Sanctorum. 69, 80, 82, 83, 
114, 118, 314, 343, 432. 

Afranius, 73. 

Agatharchide de Cnide, 11. 

Alexandre Polvhistor, 9, 378. 

Allen (Romilly), 192, 423, 458. 

Allmer. Voir : Revue épigra- 
phique. 

Ammien Marcellin, 19, 63. 73, 85, 
141, 143, 146, 147, 149, 150, 
163, 187, 301, 350, 352, 357, 
359, 362, 364, 377, 378, 385, 
413. 

Ancient laws of Ireland, 344. , 

Annales Carnbriae, 4. 

Annales de Bretagne. 19. 78, 222, 
324, 330, 34o, 365, 389, 453. 

Annales de la Faculté des lettres 
de Bordeaux, 249. 

Anthologie latine, 88. 

Anthologie palatine. 13. 185. 

Anthropologie (L'). 21. 41, 43, 51, 
143, 212. 266, 284, 421, 456. 

Antias. Voir : Valerius. 

Antiquaires de France. Voir Mé- 
moires, Bulletin. 

Anwyl (E.), 294. 

Apolïodore, 355, 395, 401, 404. 

Apollonios de Rhodes, 326, 401. 

Appien, 13, 24, 141, 142, 148, 151, 
168, 176, 193, 202, 241, 243, 
258, 269, 271, 281, 288, 360, 
418, 440, 460. 



Apulée, 65, 72, 76, «77. 

Arbois de Jubainville (H.d'), VI, 
VII, 3. 5, 12, 13, 14, 16, 19, 20, 
22, 23, 24. 26. 29, 32, 55, 86, 
94. 96. 101. 119, 120, 123, 125, 
132, 138. 153, 156, 159, 160, 
166, 167, 180, 182, 183, 184, 
188, 193, 194, 195, 198, 202, 
226, 231, 234, 239, 243, 246, 
247, 248, 250, 252, 253, 254, 
257, 259, 260, 264, 268, 270, 
272, 277. 278, 281, 297, 298, 
299, 301, 305, 306. 310, 312, 
315, 317, 318, 320, 321, 327, 
328, 338, 339, 341, 345, 347, 
349, 358, 363, 365, 369, 370, 
371, 374, 378, 379, 380, 383, 
385, 386, 394, 395, 411, 412, 
426, 428, 438, 444, 446, 448, 
449, 450, 454, 456, 457, 458, 
459, 460, 461, 462. 

Archaeologia Cambrensis, 159, 
192, 423. 

Archiv fur Anthropologie, 40. 

Aristodème, 240. 

Aristote, 145, 149, 172, 189, 377, 
397, 456, 461. 

Arrien, 10, 14, 67, 75, 86, 149, 
201, 203, 204. 252, 264. 279, 

334, 397, 400. 
Artémidore d'Ephèse, 9, 203, 

335, 405. 
Asinius PoUion, 300. 
Athénée, 7, 33, 62, 145, 147, 160, 

161, 162, 163, 164, 165, 185, 



472 



INDEX DES AUTEURS 



186, 238, 253, 318, 347, 349, 

359, 360, 398. 
Auguste, 13. 

Augustin (saint), 68, 301, 327. 
Aulu-Gelle, 66, 71, 171, 204, 270. 
Aurelius Victor, 68, 85. 
Ausone, 80, 86, 87, 112, 135, 271, 

308, 330, 365, 379, 429. 
Aviénus (Festus), 8, 81, 224, 396, 

405, 456, 458. 



B 



Babelon, 49, 267. 

Babut (Ch.), 134. 

Barthélémy (A. de), 49, 215, 216, 
296. 

Barzaz Breiz, 389. 

Baumeister, 46. 

Baye (J. de), 174, 214, 285. 

Becker (J.), 55. 

Beilriige zur Kunde der indoger- 
manischen Sprachen, 55, 57, 
90, 101, 408. 

Bcitriige zur verglcichendcn Spra- 
chforschung, 55, 99. 

Béjottes, 339, 340, -368. 

Beloch (J.), 242. 

Bérard (A.), 28. 

Bergaigne (A.), 356. 

Berichte ûber die Verhandlungcn 
der kôniglich suchsischen Ge- 
sellschaft der IVissenschaften 
zii Leipzig, 461. 

Bertrand (Alexandre), VII, 14, 
26, 40, 44, 48, 51, 174, 177, 197, 
212, 276, 283, 284, 289, 292, 
294, 297, 305, 319, 324, 331, 
341, 344, 386, 390, 391, 394, 
408, 423, 460. 

Bezzenberger. Voir : Beilriige zur 
Kunde... 

Bienkowski, 44. 

Blanchet (A.), 49, 96, 104, 148, 
160, 179, 217, 218, 276, 278, 
285, 287, 297, 324, 387, 404. 

Bloch (G.), VIII, 346. 

Boissonade, 79. 

Boretius, 81, 344. 

Bouquet (Dom), 11. 

Bourquelot (F.), 33. 

Bréal (Michel), 26, 79, 94. 
British Museurn, 287. 



Brown (A. G. L.), 155, 164. 

Brugmann (K.), 125. 

Brunot (F.), 135. 

Bruns, 344. 

BuUeid, 44. 

Bulletin archéologique du Comité 

des travaux historiques, 174. 
Bulletin de correspondance hellé- 
nique, 46. 
Bulletin historique et philologique 

94. 
Bulletin de la Société archéologique 

d'Ille-et-Vilaine, 339, 340. 
Bulletin de la Société archéologique 

du Limousin, 388. 
Bulletin de la Société nationale des 

Antiquaires de France, 97, 266. 
Bulliot (J.-G.), 43, 153, 157, 158, 

191, 219, 327, 394. 



Caecina, 73. 

Cailletet, 157. 

Callimaque, 157, 12, 301, 400. 

Cambry, 137, 387. 

Capitulare de villis, 84. 

Cartailhac, 173, 205. 

Castagne, 273. 

Gastan (A.), 421. 

Cath Finntriiga, 148, 187. 

Caton l'Ancien, 14, 151, 219, 405. 

Catulle, 71, 204,391. 

Celse, 71, 204, 391. 

Celtic Beview (The), 294, 378. 

Cerquand (J.-F.), 310. 

César et Ilirtius, 6, 9, 12, 17, 18, 
19, 24, 27, 29, 30, 31, 35, 63, 
64, 66, 69, 70, 73, 82, 86, 95, 
119, 133, 142, 145, 146, 151, 
152, 153, 154, 155. 156, 160, 
162, 163, 167, 170, 178, 180, 
181, 183, 187, 188, 189, 193, 
194, 195, 197, 198, 199, 200, 
203, 206, 207, 208, 217, 219, 
220, 221, 222, 223, 224, 225, 
228, 229, 230, 231, 232, 233, 
234, 235, 236, 237, 238, 239, 
240, 241, 242, 243, 244, 245, 
246, 247. 249, 250, 251, 252, 
254, 255, 256, 257, 259, 260, 
261, 263, 264, 269, 272, 273, 
274, 275, 278, 279, 280, 281, 



•^: 



INDEX DES AUTEURS 



473 



285, 290, 291, 292, 293, 299, 
300, 303, 334, 336, 341, 343, 
346, 349, 352, 353, 358, 364, 
365, 366, 373, 375, 378, 380, 
382, 385, 407, 427, 428, 429, 
433, 439, 452, 461, 462. 

Ghabouillet (A.), 49. 

Chantre (E.), 422. 

Charisius, 14, 151. 

Chateaubriand, 383. 

Chatellier (P. du), 213, 324. 

Cicéron, 18, 24, 38, 63, 70, 145, 
146, 150, 151, 166, 176, 179, 
196, 219, 220, 261, 271, 335, 
348, 364, 366, 372, 373, 406. 

Claudien, 141, 276, 353. 

Clément d'Alexandrie, 378. 

Clitophon, 64, 74. 

Closmadeuc (G. de), 331. 

Collinet (P.), 180. 

Columelle, 10, 63, 66, 72, 74, 83, 
84,170,194,195,200. 

Comhaire (Ch.), 421. 

Comptes rendus de V Académie 
des Inscriptions et Belles-lettres, 
90, 98, 217, 313, 320, 374, 379. 

Confessio S. Patricii, éd. White, 
298,332. 

Congrès archéologique de France, 
158. 

Congrès international d'anthropo- 
logie, 189. 

Congrès international de numisma- 
tique, 49. , 

Consentius, 71, 127. 

Cormac (Glossaire de), 68, 308. 

Cornélius Nepos, 412, 414. 

Corpus glossariorum latinorum, 
67, 70, 73, 82, 87, 238. 

Corpus inscriptionum latinarum, 
24, 31, 92, 93, 94, 98, 99, 100, 
101, 102, 160, 204, 300, 305, 
309, 310, 316, 318, 328, 338, 
339, 361, 365, 409, 427, 428, 
429, 434, 436, 437, 439, 440, 
441. 

Cosmas Indicopleustes, 399. 

Cougny (Edm.), 10. 

Courbaud, 47, 144. 

Cumont (Fr.), 326. 

Cuny (A.), 73, 78. 
Cymmrodor (Y), 4. 



Daremberg. Voir Saglio. 

Darmesteter (A.), 122. 

Daubrée, 205, 208. 

Davies (Edw.), 388. 

Davis, 144. 

De Bello Africano, 145. 

De Bello Alexandrino, 449. 

Dechambre (A.), 11. 

Déchelette (J.), VIII, 40, 41, 42, 
43, 44, 158, 161, 169, 170, 174, 
175, 176, 177, 178, 190, 191, 
192, 198, 206, 207, 208, 210, 
211, 212, 213, 214, 217, 220, 
223, 260, 267, 276, 277, 279, 
280, 283, 284, 285, 287, 288, 
290, 294, 393, 420, 421, 422, 
423, 424, 425. 

Delage (Fr.), 388. 

Deloche (M.), 244. 

Denys d'Halicarnasse, 141, 143, 
162, 163, 172, 176, 269, 270, 
289, 334, 350, 415, 455. 

Denys le Périégète, 385, 418. 

Desjardins (Ernest), 20, 28, 47, 
157, 194, 235, 426. 

Diacre (Paul), 63, 64, 74, 78, 238. 

Dictionnaire archéologique de la 
Gaule, 47, 90, 157, 169, 283, 
287. 

Dictionnaire des antiquités 
grecques et romaines. Voir Sa- 
glio. 

Diefenbach, 55. 

Digeste. Voir : Ulpien. 

Dinn-Senchus, 385. 

Diodore de Sicile, 13, 16, 18, 20, 
22, 23, 24, 27, 63, 70, 71, 133, 
141, 143, 145, 147, 149, 150, 
152, 154, 160, 162, 163, 164, 
166, 168, 169, 170, 173, 177, 
178, 186, 187, 190, 194, 205, 
206, 208, 220, 222, 229, 238, 
240, 242, 247, 251, 255, 257, 
258, 262, 263, 264, 271, 272, 
275, 278, 279, 281, 282, 285, 
286, 288, 289, 290, 292, 301, 
302, 303, 334, 345, 346, 349, 
352, 357, 358, 359, 360, 362, 
366, 377, 382, 390, 397, 400, 
412, 413, 457, 460, 462. 



474 



INDEX DES AUTEURS 



Diogène Laërce, 330, 363, 374, 

Dion Cassius et Xiphilin, 13, 74, 
78, 95, 154, 162, 170, 172, 181, 
182, 184, 198, 224, 229, 239, 
264, 269, 279, 290, 308, 313, 
335, 342, 346, 350, 402, 428. 

Dion Chrysostome, 381. 

Dioscoride, 65, 72, 75, 76, 77, 
163. 

Dissard, 96, 97, 336. 

Ducange, 63. 

Dugas{Ch.),47, 174, 287, 291. 

Dunn (J.), 2. 

Duruy, 369. 

Duvau (L.), 32. 



E 



Ebel, 55. 

Elien, 146, 149, 268, 347, 359. 

Encyclopédie des sciences reli- 
gieuses, 218, 243. 

Endlicher, 65, 68, 69, 79, 80. 

Ennius, 70. 

Ephore, 398, 401, 455, 458. 

Epiphane (saint), 77, 68. 

Eratosthène, 401, 458. 

Ernault (E.), 55, 74. 

Ernault (L.), 339, 340. 

Eschyle, 22, 395. 

Espérandieu, 47, 90, 93, 97, 98, 
148, 171, 174, 198, 204, 223, 
275, 288, 289, 304, 316, 318, 
319, 320, 323, 325, 328, 331, 
338, 345. 

Etienne de Byzance, 16. 22, 375, 
395, 396. 

Etymologicon magnum, 64. 

Eudème, 149, 352. 

Eudoxe, 346, 375. 

Eumène, 19, 172, 329. 

Eustathe, 64, 185, 292, 451. 

Eutrope, 87. 

Evans (J.), 217. 

Ezéchiel, 80. 



Fabius Pictor, 401. 

Felire Oenguso, 344. 

Ferrero (G.), 463. 

Festus Aviénus. Voir : Aviénus. 



Festus (Pompeius) et Paul Diacre 

63, 64, 66, 74, 78, 83, 85, 87, 

141, 238. 
Fick (A.), 103. 
Florus, 24, 111, 141, 142, 146, 

149, 173, 210, 263, 275, 285, 

301, 346, 418, 439, 459. 
Flouest (E.), 267, 324. 
Fœrster, 141. 
Forbiger, 28. 
Formigé, 47. 
Fortunat, 64, 68, 115, 135, 361, 

434, 443. 
Fournet, 42. 
Fragmenta historicorum graeco- 

rum, 7, 22. 240, 258, 375, 378, 

398, 399, 405. 
Friederichs, 316. 
Froehner, 292. 
Frontin. 258, 265. 
Fustel de Coulanges, VII, 227, 

230, 237, 241, 249, 378. ■ 



a 



Gaidoz (H.), V.VI.VII, 294,303, 

322, 329, 332, 340, 384. 
Gains, 188, 195. 
Galien. 141, 188. 
Garofalo (F.-P.), 32, 195, 248, 

419. 
Gassies (G.), 319, 320. 
Geffoken (J.), 400. 
Geoffroi de Monmouth, 4. 
Géographe de Ravenne, 428, 433, 

434, 436, 441. 
Geographi graeci minores, 359. 

398, 405, 418. 
Gildas, 4. 

Gloses malbergiques, 102. 
Glûck (W.). 12, 55. 
Gougaud (L.), 215. 
Grammalici Intini, éd. Keil, 14, 

71, 127, 151. 
Grattius Faliscus, 67, 201, 202. 
Gray, 44. 

Greenwell, 51, 144,423. 
Grégoire de Tours, 80, 83, 135, 

304, 428, 431, 434, 436. 
Grivaud de la Vincelle, 323. 
Grœber, 55. 
Oross (V.), 41, 51, 144, 280. 283, 

287. 



INDEX DES AUTEURS 



475 



Grundriss der Germaniachen Phi- 
lologie, 449. 

Grundriss der Romanischen Phi- 
lologie, 55. 

Guénin (G.), 324. 

Ouillaud (J.-A.), 11, 73. 



Haberl (R.), 34, 132. 
Hamy (E.-T.), 51, 148, 144. 

Hardv (Thomas Duffus), 11. 

Hatzfeld, 122. 

Havet (Julien), 188, 444. 

Hécatée d'Abdère, 22. 

Hécatée de Milet, 395. 

Hennessy (W. M.), 316. 

Henry (Victor), 122, 322. 

Héraclide de Pont, 22. 

Hergt, 5. 

Hermolaos, 395. 

Hérodien, 147, 172, 179, 207, 
286, 290, 308. 

Hérodote, 12, 20, 23, 31, 356, 
395, 395. 

Héron de Villefosse, 323. 

Herr (L.), 86. 

Hésiode, 353. — Voir pseudo- 
Hésiode. 

Hésychius, 64, 70, 79, 276, 278. 

Kettner (F.), 167. 

Hiéronyme de Cardia, 400. 

Himilcon, 9, 396. Voir : Aviénus. 

Hippolvte, 367. 391. 

Hirscliield (O.), 328. 

Hirt (H.), 449. 

Hirtius. Voir : César, 120. 

Histoire Auguste, 364. 

Hochstetter (F. von), 421. 

Hoernes (M.), 40, 421, 422. 

Holder (A.), VIII, 15, 28,74,104, 
195, 276, 361, 449. 

Horace, IV, 84, 145, 200, 259, 
420. 

Hubert (H.), 189, 266, 460. 

Hucher (E.), 217, 313, 331. 



Ihm, 316, 363. 

Iliade, 32, 457. 

Indiculus supcrstitionum, 81. 

Jolo ntanuscripts, 388. 



Irénée (saint), 135. 

Isidore, 25, 63, 66, 70, 81, 82, 85, 
87, 168, 170, 277, 327. 

Itinéraire d'Antonin, 30, 73, 119, 
306, 351, 427, 429, 431, 432, 
433, 434, 435, 436, 437, 438, 
439, 440, 441, 442, 454. 

Itinéraire de Bordeaux à Jérusa- 
lem, 436. 



Jacob (A.), 145, 162. 

Jamblique, 280. 

Jan, VI. 

Janus, 369. 

Jérôme (saint), 13, 27, 73, 84, 
134, 181. 

Jones (Brynmor), 19. 

Jordanès (Jornandês), 143, 154, 
178, 257, 265, 389, 390. 

Josèphe,23, 193, 195, 243, 258, 
399. 

Journal des Savants, 8, 34, 43. 

Jovce (P. W.), 155, 159, 190, 192, 
230, 239, 249, 255. 288, 297, 
308, 323, 344, 355, 361, 370, 
375. 

Julien (l'empereur), 185. 

Julius Capitolinus, 308. 

Jullian (C), 5, 8, 11, 15, 21, 33, 
40, 44, 48, 49, 60, 102, 134, 138, 
140, 148, 171, 185, 186, 188, 
189, 194, 195, 199, 203, 213, 
214, 215, 217, 218, 219, 220, 
221, 226, 233, 246, 251, 252, 
257, 261, 263, 269, 273, 279, 
283, 293, 294, 297, 302, 304, 
307, 309, 310, 313, 316, 318, 
324, 325, 330, 332, 337, 338, 
345, 355, 357, 359, 360, 463, 
364, 372, 393, 396, 400, 404, 
406, 412, 418, 424, 425, 435, 
438, 443, 450, 451, 454, 463. 

Justin, 6, 29, 33, 146, 147, 149, 
150, 185, 227, 241, 257, 301, 
327, 334, 335, 346, 350, 359, 
362, 398, 400, 404, 411, 416, 
417, 419. 
Justinien, 87. 
Juvénal, 27, 83, 87, 142, 418. 



476 



INDEX DES AUTEURS 



Keil. Voir Grammatici latini. 
Kiessling, 400. 
Klotz (A.), 9. 
Kossinna (G.), 25. 
Kuhn, 55. 



Laborde (A. de), 47. 

LaBorderie (A. de), 222. 

Lagneau (G.), 11, 204. 

Lallemand (A.), 272. 

Lampride, 272, 134, 384. 

La Tour (H. de), 49, 50. 

La Tour d'Auvergne, 136, 137, 

388. 
Laurent (R.), 47, 174, 287. 294. 
Laurentius Lydus, 10, 79. 
La Ville de Mirmont (H. de), 10. 
Lavisse (E.), VIIL 
Lebègue (H.), 10. 
Le Braz (Anatole), 150, 353, 377. 
Le Brigant, 137. 
Lécrivain, 249. 
Leflocq (J.), 389. 
Lefort (J.), 180, 256. 
Leite de Vasconcellos, 459. 
Lejay (P.), 98. 
Lichtenberger (F.), VII, 294. 
Longnon (A.), 28, 116, 243, 420 

444. 
Longpérier (A. de), 46, 48. 
Loth (J.), 4, 19, 20, 51, 55, 70, 

78, 82, 98, 102, 104, 109, 134 

136, 244, 277, 307, 330, 340, 

365, 374, 430, 438, 453, 457. 
Lottner (C), 316. 
Lubbock (J.), 5. 
Lucain, 66, 141, 176, 199, 263 

285, 292, 310, 340, 343, 352! 

353, 359, 365, 369, 373, 377, 

414. 
Lucien, 134, 265, 288, 311, 390. 
Lucilius, 70, 83, 85. 
Lucrèce, 71. 
Luzel (F. M.), 389. 

M 

Maasen, 344. 
Mabilion, 343. 
Mabinogion, 4, 337. 



Macalister, 306. 

Macrobe, 73. 

Maître (L.), 222. 

Manilius, 142. 

Marcellus Empiricus, 65, 67, 68, 
73, 77, 78, 87, 102, 135, 368. 

Marchesetti, 421. 

Marcianus d'Héraclée, 441. 

Martial, 72, 83, 86, 161, 170, 178, 
200. 

Martin (Dom), 312, 457. 

Martin (Henri), 389. 

Matériaux pour l'hixtoire de 
l'homme, 148, 154, 169 172, 
267, 421, 422. 

Matthias (F.), 5. 

Maury (A.), V, 199. 

Maxime de Tyr, 339. 

Mazard (H. A.), 266. 

Meillet (A.), 86, 125, 126. 

Mêla (Pomponius), 20, 66, 152, 
167, 178, 189, 190, 194, 205, 
222, 229, 265, 340, 351, 352, 
353, 369, 374, 383, 430, 440. 

Mélanges H. d Arbois de Jubain- 
i'ille, 189, 360. 

Mélanges Boissier, 383. 

Mélanges L. Hacet, 152. 

Memnon, 241, 258, 404. 

Mémoires de la Société de linguis- 
tique de Paris, 78, 119, 132, 
230, 429, 432, 438. 

Mémoires de la Société nationale 
des Antiquaires de France, 33, 
43, 209, 214, 219, 244, 266, 
290. 

Ménodote de Périnthe, 11. 

mercasius, 83. 

IMétrodore de Scepsis, 73. 

Meyer (Kuno), 148, 187, 330. 

Mever-Lubke (W.), 55, 132, 430. 

Michelet, 137. 

Mignc, 134. 

Miliaire de Tongres, 119. 

Mohl (F. -G.), 135. 

Monimsen, 337, 463. 

Monceaux (P.), 306. 

Montelius (O.), 41, 422, 423. 

Monumenta Germaniae histo- 
rina, 337, 351. 

Morale à Eudème. Voir: Eudème. 

Morel (L.), 422. 

Mortillet (A. de), 331. 



I 



INDEX DES AUTEURS 



477 



Mortillet (G. de), 423. 
MoAvat (R.), 230. 
Mûllenhoff (K.), 6, 8. 
Munro (R.), 44, 423. 
Muret (E.), 49. 

N 

Naevius, 70. 
Napoléon III, 44. 
Naturalium rerum Scriptores 

graeci minores, éd. Keller, 181, 

187. 
Naue (J.), 189, 421. 
Némésien, 201. 
Nennius, 4, 336, 351. 
Nicaise (A.), 174. 
Nicandre de Colophon, 334. 
Nicholson (E. W. B.), 19, 98, 102. 
Nicolas de Damas, 150, 236, 238, 

254, 352, 375. 
Xiese, 460. 
Xoë (G. de la), 275. 
Nonius, 70, 83, 84, 276, 278. 
Xotitia Dignitatum, 427, 428, 

432. 
.\otitia Galliarum, 31, 428, 435. 
Nuit (Alfred), 299, 355. 



Davoren, 68. 

Odyssée, 23, 27. 

Olsen, 93. 

Oppien, 78, 86, 202. 

Orifrène, 391. 

Orose, 146, 202, 228, 401. 

Ovide, 201. 



Palladius, 198. 

Panegi/rici ceteres, éd. Baehrens, 

275, 364. 
Pansier. 369. 
ParadoxQf^raphe du Vatican, 181, 

185. 
Paris (Gaston), 29. 
Parthénios, 147, 240, 303. 
Patrice (Saint), 297, 298. 
Paul (H.), 449. 
Pauli (G.), 32, 91. 
Pauly-Wissowa, 363, 400. 
Pausanias, 12, 13, 28, 45, 64, 67, 



78, 84, 141, 145, 147, 148, 189, 
240, 258, 262, 285, 286, 289, 
336, 413, 416, 419, 420. 
Pedersen, 125. 
Pelloutier, 22. 
Penhouët (de), 387. 
Perdrizet (P.), 33, 150. 
Perron, 172. 
Peter (H.), 14. 
Petit de Julle\i]le, 135. 
Pétrie (Henry), 11. 
Pezron, 23. 
Philémon, 318. 
Philipon (E.), 430. 
Phillimore (E.), 4. 
Philon, 452. 
Philostrate, 209. 
Philoxène, 238. 
Phylarque, 164, 165. 
Pic 445. 
Pictet, 55, 389. 
Pindare, 23. 
Piroutet (M.), 421, 422. 
Platon, 150. 
Plaute, 70. 

Pline l'Ancien, X, 7, 8, 16, 20, 

24, 27, 30, 31, 38, 45, 63, 66, 

67, 71, 72, 74, 75, 81, 83, 84, 

115,150, 154,160, 161,166, 167, 

171,176, 177, 178, 194,195,197, 

199, 200, 202, 203, 204, 207, 

208, 209, 210, 222, 224, 246, 

282, 339, 340, 342, 347, 348, 

350, 371, 367, 368, 374, 377, 

379, 395, 398, 405, 406, 414, 

418, 429, 437, 439, 440, 441. 

Pline Valérien, 78. 

Plutarque, 13, 16, 17, 22, 24, 74, 

141, 142, 149, 150, 155, 160, 

171, 183, 184, 186, 189, 201, 

207, 239, 243, 258, 261, 262, 

263, 271, 281, 285, 289, 347, 

354, 397, 400, 415, 418, 460. 

Poetae latini minores, 152. 

Pollux, 275. 

Polybe, 13, 16, 30, 31, 64, 81, 
141, 142, 145, 150, 152, 153, 
161, 166, 172, 183, 186, 196, 
197, 200, 205, 224, 228, 233, 
238, 241, 250, 258, 262, 263, 
269, 275, 281, 282, 288, 291, 
292, 301, 335, 341, 395, 402, 
404, 411, 443, 460, 463. 



478 



INDEX DES AUTEURS 



Polyen, 95, 147, 187, 281, 398. 
Pomponius. Voir : Mêla. 
Poseidônio.s, 6, 9, 20, 22, 160, 

163, 164, 208, 347, 373, 384, 

399, 405. 
Priscien, 86. 

Pro Alesia, 43, 93, 99, 158, 210. 
Proceedings o1 the British Aca- 

demy, 41, 90, 91, 98. 
Procope, 353. 
Properce, 166, 170, 178, 263, 264, 

271, 275, 326. 
Prost (A.), 236. 
Protarque de Tralles. 22. 
Pseudo-Aristote, 16, 20, 63, 203, 

254, 302, 363, 397, 400. 
Pseudo- Hésiode, 399, 459. 
Pseudo-Plutarque, 64, 74, 79, 

368. 
Pseudo-Scylax, 398, 461. 
Pseudo-Scymnus, 23, 359, 399, 

405. 
Ptolémée, 29, 30, 31, 73, 119, 

427, 428, 429, 430, 432, 433, 

434, 435, 436, 437, 439, 440, 

441, 442, 443. 
Ptolémée, fils de Lagos, 149, 252, 

399. 
Pulszky (F. de), 421, 422. 
Pythéas, 5, 222, 399. 



Q 



Quadrigarius (Claudiu.s), 270. 

Quicherat, 48. 

Quintilien, 74, 80, 85, 86, 173. 



B 



Rayet, 292. 

Raymond, 144. 

Read (Ch.), 423. 

Reinarh (.\d.), 13, 46, 161, 203, 
258, 259. 275, 280, 332, 338. 

Reinach (Saiomon), VII, 15,22, 
26, 40, 45, 48, 51, 148, 167, 
169, 171, 173, 174, 175, 176, 
177, 188, 190, 194, 208, 209, 
211, 212, 215, 224, 255, 268, 
273, 276, 280, 283, 284, 286, 
288, 290, 291. 292, 307, 311, 
317, 318, 320, 321, 322, 323, 
324, 325, 326, 330, 331, 336, 



337, 338, 343, 345, 349, 351, 
353, 366, 368, 384, 389, 394, 
406, 408, 412, 416, 421, 425, 
460. 

Reinach (Théodore), 265, 312. 

René) (Ch.), 39, 190, 294, 306, 
316, 323, 324, 331, 332, 337, 
341, 344. 

Revue d^ anthropologie, 40, 41, 

173, 212, 421. 

Revue archéologique, 15, 21, 40, 
41, 43, 45, 46, 47, 48, 49, 55, 
94, 157, 158, 167, 173, 177, 
189, 194, 205, 208, 209, 211, 
212, 214, 217, 258, 266, 268, 
274, 280. 283, 284, 287, 288, 
289, 292, 297, 301, 304, 305, 
307, 319, 322, 323, 324, 325, 
330, 331, 332, 337, 338, 345, 
349, 351, 358, 359, 366, 368, 
369, 388, 421, 422, 423. 

Rci'ue de l'art chrétien, 215. 

Hernie celtique, VI, 10, 16, 19, 22, 
24, 25, 32, 38, 46, 69, 74, 82, 
86. 94, 97, 98, 100, 101, 102, 
lO'i, 116, 123, 159, 161. 183, 
195, 202, 206, 208, 209, 217, 
230, 242, 248, 251, 264, 265, 
266, 275, 276, 277, 284, 297, 
304, 305, 306, 307, 308, 310, 
311, 312, 315, 316, 318, 321, 
322, 324, 325, 326, 327, 328, 
329, 332, 336, 337, 340, 343, 
344, 353, 365, 371, 374, 376, 
378, 379, 381, 384, 385, 386, 
389, 430, 438, 444, 446, 450, 
458, 462. 

Revue critique d'histoire et de lit- 
térature, 100, 173. 

Revue de l'Ecole d'anthropologie 
de Paris, 331. 

Revue épigraphique du midi de la 
France, 82. 306, 365. 

Revue des études anciennes, VI, 8, 
11, 47, 48, 102, 150, 156, 160, 

174, 182, 195, 199, 212, 213, 
214, 246, 252, 259, 269, 279, 
287, 289, 292, 316, 319, 320, 
322, 323, 325, 337, 338, 346, 
364, 372, 

Revuedes éludesgr.''cques,k\ 9,436. 
Revue de l'histoire des religions, 
340, 355, 386. 



INDEX DES AUTEURS 



479 



Reçue historique, 307. 

Revue numismatique, 49, 218, 337. 

Revue de philologie, 86, 145. 

Revue préhistorique, 144. 

Revue des questions historiques, 
248. 

Revuede synthèse historipuc, VIII, 
2, 41, 48, 294. 

Reynaud (J.), 389. 

Reynier, 193. 

Rheinisches Muséum fiir Philo- 
logie, 242. 

Rhys (J.), 12, 19, 90, 91, 93, 94, 
98, 101, 102, 298, 299, 303, 
312, 315, 316, 328, 337, 351, 
374, 384. 

Ricci (S. de). Voir Seymour. 

Ricochon (J.), 101. 

Ridgeway, 24, 41, 201. 

Ripley (W.-Z.), 50, 445. 

Ritsciil, 47. 

Rivaud (A.), 373. 

Robert (Ch.), 148, 217, 313, 384. 

Robinson (F.-N.), 360. 

Roget de Belloguet, V, VI, 60, 
80, 145, 167. 

Roidot, 153, 157, 219, 394. 

Remania, 29, 87. 

Roscher, 305, 312. 

Ruelle, VIII. 

Rufius Festus. Voir Aviénus. 



Sacken (E. von), 40, 277. 
Saglio, 169, 171, 223, 290, 29'.', 

316. 
Salluste, 24, 63. 
Saulcy (F. de), 49. 
Scheppig, 6. 
Schleicher, 55. 
Schlumberger, 46. 
Scholiaste d'Apollonios de 

Rhodes, 22. 
Scholiaste de Gallimaque, 258. 
Scholiaste de Cicéron, 79. 
Scholiaste de Juvénal, 69, 82. 

85, S7, 110, 265. 
Scholiaste de Perse, 79. 
Scholiaste de Virgile, 53, 73, 406. 
Schrader (0.). 68, 311, 389. 
Schuchardt, 129. 
Scriptores rerum mirabilium 



Graeci, (Paradoxographi), éd. 

Westermann, 241. 
Sempronius Asellio, 406, 459. 
Sénèque, 178, 328. 
Serre, 224. 
Servius, 25, 64, 70, 78, 84, 85, 

239, 277. 
Seymour de Ricci, 98, 374, 376. 
Sidoine Apollinaire, 82. 
Sigebert, 65. 
Sigrais (de), 284. 
Silius Italicus, 141, 142, 145, 146, 

152, 170, 189, 201, 265, 271, 
285, 289, 346. 

Simonide de Magnésie, 265. 
Siret (L.), 21. 
Sisenna, 83, 279. 
Sitzungsberichte der kaiserlichen 

Akademie der W issenschaften 

in Wien, 132, 430. 
Skene, 389. 
Smith (R.-A.), 423. 
Société de l'histoire de France. 10. 
Solin, 20, 25, 147, 148, 179, 217, 

222, 301, 308, 362, 399. 
Soltau (W.), 152. 
Sopatros de Paphos, 147. 
Sotion d'Alexandrie, 363. 
Spartien, 347. 

Stobée, 149, 150, 236, 247, 254. 
Stokes (Wh.), 14, 55, 57, 63, 68' 

90, 93, 94, 101, 298. 308, 344, 

371, 385, 386. 408. 
Strabon, 7, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 

19, 23, 24, 27, 29, 30, 31, 32, 

33, 35, 71, 81, 85. 133, 134, 142, 

145, 146, 148, 149, 151, 152, 

153, 154, 155, 156, 161, 162, 
166, 167. 169, 170, 173, 176, 
178, 181, 186, 193, 194, 195, 
196,- 199, 200, 201, 202, 203, 
205, 206, 208, 215, 219, 221, 
222, 223, 230, 232, 234. 235, 
236, 239, 241. 242, 245, 246, 
250, 255, 256, 257, 259, 261, 
263, 264, 278, 280, 281, 327, 
334, 135, 336, 342, 346, 347, 
348, 349, 356, 357, 358, 360, 
362, 365, 366, 373, 380, 382, 
385, 390, 393, 399, 401, 403, 
427,428,440,443,451,455, 460. 

Studies and notes in philology and 
literature, 155. 



480 



INDEX DES AUTEURS 



Stukeley, 387. 

Suétone, 36, 72, 758, 142, 222, 

300, 328, 342, 345, 369, 379, 

452. 
Suidas, 282, 362. 
Sulpice Sévère, 134, 135. 



Table de Peutinger, 20, 119, 427, 
429, 431, 432, 433, 434, 435, 
437,441,442,443. 

Tacite, 17, 19, 20, 24, 27, 30, 33, 
36, 74, 75, 87, 96, 134, 142, 
143, 152, 182, 184, 186, 196, 
198, 205, 221, 229, 245, 257, 
261, 264, 282, 285, 286, 288, 
295, 335, 340, 341, 346, 350, 
362, 3G6, 375, 379, 383, 385, 
407, 432, 451, 452, 461. 

Tain B6 Cualnge, 3, 85, 143, 164, 
252, 265,272,290,313,321,385. 

Taliesin, 389. 

Tertullien, 301, 308, 335, 348. 

Testament d'Auguste, 13. 

Thémistius, 201. 

Théopoinpe, 145, 356, 396, 397. 

Thierry (A.), 25. 

Thiers (F. -P.), 96, 374. 

Thomas (Ant.), 33, 69, 83, 87, 
122, 444. 

Thurnam, 144. 

Thucydide, 236. 

Thurneysen (R.), 55. 98, 99, 363, 
376. 

Tibulle, 141. 

Timagène, 9, 11. Voir Ammien 
Marcellin. 

Tiniée, 11, 208, 224, 400. 

Tirechan, 371. 

Tischler, 41. 

Tite Live, 16, 17, 33, 84, 86, 114, 
141, 142, 145, 146, 147, 148, 
149, 151, 153, 160, 170, 172, 
173, 183, 186, 189, 196, 197, 
200, 219, 224, 227, 228, 232, 
236, 241, 246, 250, 252, 253, 
258, 262, 269, 270, 274, 275, 
276, 279, 281, 282, 285, 286, 
288, 289, 291, 305, 334, 341, 
342, 346, 348, 350, 359, 365, 
397, 404, 408-412, 418, 443, 
457, 460, 463. 



Todd (J.H.), 351. 
Tourneur (V.), 136, 310. 
Toutain, 383. 
Travers (A.), 136. 
Trebellius Pollion, 201. 
Tripartite life of Patrick, 298,351, 

371, 386. 
Trogue Pompée. Voir Justin. 
Turner (Sh.), 388. 
Tzetzès, 353. 



Ulfilas, 60. 
Ulpien, 134. 
Usener, 310. 



Vacher de Lapouge, 51, 94, 143. 
Valère Maxime, 149, 183, 228, 

239, 253, 352, 377, 440. 
Valerius Antias, 403. 
Vaierius Flaccus, 291, 343. 
Vallancey, 137. 
Valientin (FI.), 316. 
Valroger (L. de), 452. 
Varron, 66, 84, 85, 162, 170, 194, 

197, 198, 199, 200, 203, 219, 

288 
Vauviilé (0.), 43, 158. 
Védas, 356. 

Végèce, 70, 78, 81, 201, 269, 281. 
Velleius Paterculus, 459. 
Vendryès (J.), 70, 110, 178, 318, 

429, 430, 432. 
Verchôre de Reffve, 284. 
Vercoutre (A. T.)', 47. 
Vie de sainte Geneviève, 69, 432. 
Vie de saint Germain, 69, 432. 
Vie de saint Patrice, 2%%, 'àSi,^!!, 

386. 
Vie de saint Samson, 343. 
Villemarqué (H. de la), 389. 
Viollier (D.), 284, 421. 
Virgile, 6, 70, 72, 73, 80, 84, 141, 

166, 170, 275, 277, 286. 
Virgile le Grammairien, 66, 102. 
Vitruve, 154. 
Vopiscus, 384. 
Vouga (E.), 41. 
Voulot (F.), 320. 



lî^DEX DES AUTEURS 



481 



w 



Weissenborn, 412. 

Welter (G.), 320. 

Westdeutsche Zeitschrift fur Ges- 
chichte und Kunst, 25,167,327. 

Wilamowitz-Môllendorff (von), 
400. 

Williams (Edw.), 388. 

Windisch (E.), 3, 55, 85,252, 461. 

Wochenschrift fur klassische Phi- 
lologie, 152. 

Wood-Martin (W. G.), 423. 

Wright (Thomas), 426. 



Zeitschrift fur deutsche Wortfors- 

chung, 376. 
Zeitschrift fur vergleichende Spra- 

chforschung, 65. 
Zeitschrift fur Celtische Philologie, 

34 93 132 
Zeuss (I.'-C.),'24, 55, 76, 104, 306, 

312. 
Zimmer(H.), 64, 220. 
Zimmer (M.), 421. 
Zwicker (J.), 72, 85. 



Xénophon, 257, 397. 
Xiphilin.Voir Dion Cassius. 



G. DoTTiN. — Manuel del'antiquité celtique. 



31 



«£ 

A 



INDEX GÉNÉRAL 



Les chiffres indiquent les pages. Les mots en italique sont 
étudiés pour leur forme. 



aballo-, 108. 

Aballo, 65, 108, 119. 

Abernethy, 424. 

Abianius, Abinius, 314. 

Abnoba, 327. 

Abo-brica, 441. 

abondance (année d'), 380. 

abranas, 79. 

Abrincatui, 34. 

acaunum, 118. 

acaunu-marga, 67. 

accent, 132. 

Accio, 305. ♦ 

acier, 21. 

Acionna, 326. 

Acito-dunum, 429. 

-acos, -acus, 119, 444. 

Acropole, 45, 46. 

Adam, 137. 

Adamnan, 260. 

Ad-ianto, 113. 

Adiatorix, 151. 

Adiatunnus, 238. 

Admageto-briga, 439. 

Ad-marus, 106. 

adoration (signe d'), 347. 

Adrastê, 78, 313, 341, 346, 350. 

Adria, 398. 

Adriatique, 221, 252, 399, 401, 

405, 459, 463. 
Adro-brica, 441. 
Adsmerius, 304, 307. Cf. Ate- 



Aduatuca, 156. 

Aduatuci, 155, 156, 273, 275, 285. 

aedificia, 154. 

Aedui (Eduens), 66, 108, 155, 
193, 197, 209, 228, 230, 231, 
232, 233, 234, 243, 244, 245, 
246, 251, 256, 259. 261, 275, 
291, 361, 405, 406, 408. 

Aeria, 405. 

Aestii, 36, 67, 336. 

agassaios, 78, 201. 

agathe, 368. 

agaunum, 80, 118. Cf. acaunum. 

ager publicus, 248. 

Agnôtes, 405. 

agrafes, 166, 172. Voir : fibules. 

Agricola, 152, 229. 

agriculture, 90, 152, 192-198. 

Agrigente, 216. 

-agro-, 104, 108. 

aidu-, 108. 

Aidusii, 405. Cf. Aedui. 

aigle, 335, 337, 338. 

Aigosages, 404. 

Aigos potamos, 410. 

Ailbe, 202. 

airain, 159, 285, 289. Voir :' 
bronze, cuivre. 

airelle, 171, 240; 

Aisne, 43. 

Aix, 360. 

al, 80. 

Alaise (Doubs), 285* 



4B4 



INDEX GENERAL 



alauda, 72. 

Alaunius, 304, 309. 

alausa, 87, 205. 

Albio-, 108. 

Alhion, 397. 

Albio-rix, 108, 304, 305. 

Albius, 329. 

albolon, 76. 

alcc, 84, 203. 

Alesia (Alise), 43, 156, 158, 210, 

272, 274, 302, 359, 424, 425. 
Alexandre-le-Grand, 5, 252, 399, 

459. 
Alexandre Sévère, 134, 384. 
algues, 223. 
alimentation, 89. 
Alisanos, 99, 314, 317. 
Alise-Sainte-Reine, 93, 94, 99. 

Voir Alesia. 
Aliso, 454. 
Alixie, 101. 
Alkooinos, 93. 
Allemagne, 282, 295, 421, 422, 

423, 429, 432, 437, 439, 442. 

Vo.r : Germanie, Bavière, Pa- 
latin at. 
Allia, 411. 
alliances, 247. 
Allobrogae, Allobroges, 69, 105, 

110, 151, 156, 193, 197, 228, 

275, 276, 360, 406. 
Alpes, 22, 78, 200, 206, 302, 395, 

402, 409, 414, 415, 416, 418. 
alphabet, 95, 379. 
altes, 84. 
Altkônig, 424. 
Amallo-brica, 441. 
Amarco-litanus, 304. 
Ambactiacus, 445. 
ambactus, 63, 235, 238, 239, 261, 

450. 
Ambarri, 155, 251, 309. 
ambe, 80. 
ambi-, 108, 127. 
Ambiani, 34, 193. 
Ambibareti, 243. 
Ambi-barii, 108, 244. 
ambici, 160. 
Ambi-dravi, 108. 
Ambi-gatus, 108, 250, 408, 460, 
Ambio-niarcae, 316. 
Ambiorix, 17, 116, 236, 238, 245, 

260, 280. 



Ambi-renos, 116. 

ambre, 44, 175, 191, 208^ 209, 
221, 222, 368, 396, 418, 456. 

âme, 351-353, 373. 

amellus, 84. 

amendes, 254, 380. 

Amfreville, 290. 

Ammendola (vigne), 46, 169, 171. 
174, 177, 280. 

Amphitrile, 216. 

Amplepuis, 214. 

Ampurias, 216. 

amulettes, 209, 332, 369. 

anam, 80. 

Anamares, Anares, 402. 

Anas (Guadiana), 403. 

anai'o-, 105, 109. 

Anavos, 105, 109. 

Ancasta, 315. 

ancêtres, 27, 272. Voir : famille, 

Ancône, 401. 

Ancyre, 134. 

And-arta, 109, 313, 325. 

Andatê, 78, 313. Voir : Adrastê. 

ande-, 109. 

Ande-brogi-rix, 110. 

Ande-camulos, 99. 

Andecavi, 34. 

Ande-matunnuia, 109. 

Ande-ritum, 109, 116, 442, 

Ande-roudus, 116. 

Andrastê, 78, 313. 

androcéphale, 324, 337. 

anepsa, 76. 

Aneroestos, 227. 

Aneuni-cnos, 100. 

Aneunos, 100. 

Anextio-marus, 304. 

Angleterre, 435. Voir : Grande- 
Bretagne. 

anguipède, 320. 

animaux domestiques, 88, 189, 
199-202, 349, 350. Voir : marca, 
mannus, ceva, cattus, paravere- 
dus, vertragi, agassaios, cheval, 
chien, bétail, oie, mouton, 
chèvre, bélier, porc, bœufs, 
vaches. 

animaux représentés, 213-214, 
287, 289, 292, 294, 336-338. 

animaux sacrés, 336. 

animaux sauvages, 88. Voir : 
uruSf abranas, alce, beber, ru- 



INDEX GENERAL 



485 



iius, blaireau, ours, chevreuil, 
lièvre, loup, sanglier, 
annales irlandaises, 2. Voir chro- 
niques, 
anneaux, 174, 191, 194, 207, 217, 

287, 368. 
année, 374. 
Annibal, 187, 197, 200, 224, 227, 

282, 402, 461. 
Antalcidas, 410. 
antennes, 283. 
•nthropologie, 2, 50-51. 
mthropomorphisme, 342. 
nthropophagie, 26, 27. 
ntidote, 368. Voir poison. 
.ntigone Gonatas, 258. 
Antiochus I«^^ Sôter, 265, 288. 
Antiochus III le Grand, 258, 265, 

404. 
Antiochus IV, 46. 
Antonius Primus, 135. 
Anvalonnacos, 99, 317. 
Anvalos, 314, 317, 365. 
Apennin, 409, 

\pollon, 22, 216, 299, 304, 307, 
309, 314, 317, 319, 327, 329, 
341, 345. 
appariteur, 236. 
Appienne (voie), 46. 
applaudissement, 237. 
Apt, 94. 

Aquitains, 35, 238, 243. 
Ara-briga, 440 

Aranmore, 159. » 

Aravacae (Arevaci),'403. 
arbitrage, 187, 380. 
arbres, 198-199, 317, 320, 325, 
339, 342. Voir : aballo, rumpo- 
tinus, verno- , vilu-, scobiên 
renne, derco-,marcus, larix,padi, 
iupicelluson, hys, betulla, bro- 
gilus, atinia, bouleau, if, chêne. 
Arcecius, 304. 
archéologie, 3, 15, 37-50, 420- 

425. 
archers, 269, 280. 
Arco-briga, 440. 
Ar-cynia, 112, 456. Voir : Hei- 

cynie. 
Ardèche, 424. 
Ardenne, 155, 198. Voir : Ar- 

duinna. 
Arduenna, 109. 



Arduinna, 327. 
arduo-, 109. 
Ardyes, 402. 
are-, 68, 109. 
Arecomici, 28. 
Are-dunum, 109. 
Arelate, 132. 
Are-morica, 109. 
are-morici, 68. 
are-pennis, 63, 195. 
Ares. Voir : Mars. 
are-vernus, 69. 
arganto-, 109. 

argent, 42, 48, 160, 168, 175, 176, 
206, 210,215, 218,222, 285, 288, 
327, 332,346. Voir : arganto-. 
Argentacus, 445. 
argento-, 104, 109. 
Argento-coxos, 109. 
Argento-magus, 104, 109. 
Argento-rate, 104, 109. 
argenture, 120. 
argile, 160, 211. 
Argio-talus, 117. 
Argonautes, 401. 
Ariamnès, 165. 
Ari-conium, 111. 
arinca, 84, 193. 
Arioviste, 250, 262, 452. 
Arles, 360. 
armée. Voir : guerre, 
arménien, 86. 

armes défensives, 41, 43, 89, 191, 
285-290. Voir : leiusmata, cur- 
tia, cartamera, caetra ; bouclier, 
ceinture, cuirasse, jambières, 
casque, 
armes offensives, 41, 42, 43, 44, 
89, 191, 275-285. Voir : gaesa, 
lancea, pétrinos, xymêna, to- 
lutegon, niateris, spams, cateia ; 
épée, javelot, archer, fronde. 
Armoricains, 17, 244, 251, 361. 
Armorique, 2, 4, 5, 21, 136, 234. 

Voir : Bretagne. 
Ar-nemetici, 434. 
arpent, 195. 
Arra-bona, 442. 
Arria et Paetus, 46. 
arrogance, 149. 
Arruns, 410, 415. 
art décoratif, 208, 214, 285. Voir : 
ornements. 



486 



INDEX GENERAL 



Artabri, 20, 21. 
Artaius, 304, 307, 325, 336. 
Artémis, 184, 203, 301, 
Artio, 325, 336. 
-arto-, 104, 109. 
Arto-briga, 104, 109, 439. 
Artos, 109. 
artuas, 92. 

Aruns. Voir : Arruns. 
Arverni (Arvernes), 27, 34, 155, 
222, 228, 243, 245, 250, 263, 
276, 342, 360, 405, 408. 
Arverno-rix, 304, 306. 
Arvernus, 304, 309. 
Arvii, 442. 
asia, 63. 

Asie-Mineure, 23, 404, 416, 417, 
436, 440, 448, 450, 457, 462. 
Voir : Galatie. 
asile, 342. 
Asmantia, 454. 
assaisonnement, 162. 

Assedo-marus, 96. 
assemblées, 133, 235-237, 245, 
250, 256. 

associations, 386. 

Asteropè, 303. 

astrologie, astronomie, 373. 
Atbiti, 93. 

aie-, 109. 

Ate-boduos, 109, 307 
Ate-cingos, 109, 111. 

Ate-gnata, 109. 

Ate-gnatus, 91. 

At-epo, 109. 

Aîepo-marus, 113, 304, 307. 

Atepu, 93. 

At-epo-rix, 113. 

Atesmerius, 314. Cf. Adsmerius. 

Ate-spatus, 109, 307. 

Atexto-rix, 96, 100. 

Athênâ, 45, 48, 291, 301, 341. 
Voir Minerve. 

Athéniens, 375. 

Atichôrios, 419, 

atinia, 84. 

Atis, 227. 

Atlantique, 400. 

Atrebates, 30, 34, 132, 229, 
260. 

Attale I", 45, 335, 404. 

Atticoti, 27. 

auberges, 148, 384. 



Auci-rix, 100. 

augures, 335, 362, 416. 

Auguste, 291, 292, 328, 

Augusto-bona, 442. 

Augusto-briga, 441. 

Augusio-dunum, 430. 

Augusto-durum, 433. 

Augusto-magus, 435, 437. 

Augusto-nemelum, 434. 

Augusio-ritiun, 442. 

Aulerci, 29, 155, 233,409. Voir: 
Eburovices. 

aulne. — Voir; verno-, 

auot, auotis, 100. 

Aurélien, 384. 

Autariatae (Autariates), 417, 
459. 

Autaritos, 258. 

autels, 341, 342. 

Aulessio-durum, 132, 431. 

autorité publique, 227. 

Autriche, 40, 421, 422. 

Autriciun, 119. 

Autun, 324, 365, 379. 

Autura, 119, 454. 

auuot, 100. 

Auxey 99. 

auxiliaires, 250. Voir : merce- 
naires. 

avallo, 65. 

Avara, 119, 454. 

avarice, 149. 

Avaricum, 119, 193, 269, 273. 

Avebury, 386. 

Aventia, 326, 237. 

Aventicum, 327. 

Avesnelles, 44. 

avi-, 104. 

Avi-cantus, 104. 

avidité, 149. 

Aviénus, 8. 

Avignon, 47. Voir : Calvet. 

avot, 100. 



B 

baccar, 72, 

Baco, 314. 

baditis, 67. 

Baetis (Guadalquivir), 403. 

bagaudae, 68. 

Baginatis, 305, 309. 



I 



INDEX GENERAI. 



487 



bagues, 176. 

Baiocasses, 34. Voir : Bodiocasses. 

Balkans, 404. 

balma, 83. 

Balor, 281. 

Band-ritum, 442, 

bannis, 254. 

banquet, 203, 

barbe, 177. 

barde, 358-361. 

barditus, 361. 

bardo-cucullus, 83, 170. 

Bardo-magus, 361, 437. 

bardus, 62, 361. 

""oarga, 123. 

*barica, 123. 

barils, 199. 

barques, 223. Voir : navires, ba- 
teaux. 

Barrex, 304. 

barrôn, 79. 

barrows, 144. 

bascauda, 72. 

bas-reliefs, 46. 

Bastarnes, 33. 

bataille, 283. Voir : combat, 
guerre. 

Batavo-durum, 432. 

bateaux, 220, 223-224. 

Bath, 30. 

Bavai, 101. 

Bavière, 279. 

Beaumont, 101. 

Beaucroissant, 325. 

Beaune, 323, 345. 

beber, 86. 

Bebriacum, 86. 

Becciacus, 445. 

becco, 81. 

Beladonnis, 304, 306. 

Belatu-cadrus, 110, 304, 306, 
314. 

Belatulla, 306. 

Belenus, 304, 308, 314, 365. 

Belerion ,208, 220. 

Bêlêsamis,93, 305. 317. Cf. Beli- 
sama. 

Belges, 15, 19, 30, 35, 70, 146, 
155, 197, 201, 224, 236, 251, 
263, 274, 418, 425, 458, 462. 

Belgique, 167, 229, 233, 407, 462. 

bélier, 159, 213, 3^9, 329, 337, 

Beliniacus, 445. 



Belisama, 305, 308, 314, 317 ; cf. 

Bêlêsamis. 
beliucandas, 75. 
Bellatullus, 306. 
Bellegarde, 397. 
Belli, 403. 
Bellone, 329, 350. 
Bellovaci, 34, 146, 155, 233, 236, 

242 244 251 292. 
Bello-'vesus, 107, 118, 197, 306, 

409. 
Beltene, 308. 
Bemiluciovis, 314. 
-bena, 109. 
Benacus, 445. 
beniia, 64, 223. 
-benno-, 109. 
Bergusia, 315. 
Berne, 325. 
Berru, 43, 290. 
Berry, 42, 424. 
berula, 87. 
Besal-dunum, 429. 
Besançon, 156, 273. 
bessus, 66. 

bétail, 192, 199, 222, 340. 
beiilolen, 75. 

bettonica (bétoine), 71, 368. 
betulla, 83. 
Biausius, 304. 
Bibracte, 43, 119, 156, 157, 158, 

209, 210, 235, 273, 327, 424. 

Voir : Mont-Beuvray. 
Bienne, 207. 
bière, 163, 178, 355. 
bijoux, 41, 173-176, 208. 
Bilicalus, 109. 
bilinuntia, 75, 272. 
bilio-, 123. 
bilo-, 109. 
Biot, 47. 

Bisul-dunum, 428. 
Bithynie, 258, 404, 417. 
-bitu-, 109. 

Bitu-daga, 106, 109, 112. 
Bituitos, 165, 202, 210, 228, 263, 

276, 360. 
Bituriges, 29, 34, 120. 132, 155, 

194, 198, 210, 244, 408. 
Bitu-rix, 109. 
Bitus, 121. 

lilaireau, 119. Voir : brocco-. 
blanc (vêtement), 340. 



488 



INDEX GENERAL 



blato-, 109. 

Blato-bulgios, 109. 

Blato-magiis, 109. 

blé, 162, 192-193,'222, 247. Voir: 

épis. ■ -«*; 
blonds, 141, 172. 
blutthagio, 77. 
Bodb, 316. 
Bodinco-magus, 437. 
Bodincus, 438. 
-bôdio-, 105, 109. 
Bodiocasses, 31, 109, 132. 
Bodiontici, 109. 
-boduo-, 105, 110. 
Boduo-genus, 110. 
Boduo- gnatus, 110. 
bœufs, 191, 199, 213, 340. 
Bohême, 29, 43, 421, 422. 
Boii (Boiens), 30, 31, 147, 155, 

159, 166, 173, 219, 227, 244, 

248, 341, 347, 365, 402, 406, 

409, 414, 460, 461. 
Boio-durum, 432. 
Boio-rix, 116. 

bois (divination par le), 340, 379. 
bois, 155, 199. Voir : forêts, 
bois sacrés, 199, 339, 340, 342, 

365. 
boisson, 163, 165, 177. Voir : 

corma, cervesia. 
Bolgios, 419. 
bolusseron, 75. 
Bolvinnus, 304. 
-bona, 442. 

bonnets, 171. Voir : chapeaux. 
Borbeto-magus, 437. 
Bordeaux, 379. 
Bormana, Bormanus, 329. 
Bormo, 329. 

Borvo, 304, 308, 314, 329. 
Bosnie, 206, 421. 
boucles d'oreille, 176. 
boucliers, 163, 164, 166, 208, 

271, 285-288. Voir caetra, cur- 

tia. 
Boudicca, 110, 172,182, 260, 290, 

313, 341, 346, 350. 
bouda-, 110. 
Boudo-briga, 110, 439. 
bouillie, 162. 
bouleau, 199. 
Bourges, 101. 
Bourgogne, 42, 51, 210, 424. 



bouteroUes, 284. 

boutons, 172. 208, 209. 

Boviolles, 273. 

braca, 70, 167. 

brace, 63. 

bracelets, 41, 166, 174-175, 208. 
Voir : viriolae, viriae. 

brachycéphales, 2, 143, 

Braciaca, 304, 309. 

brahmanes, 378. 

braies, 70, 166-167, 271. 

branno-, 123. 

Brancus, 228. 

Branno-vices, 120, 243. 

brano-, 105, 110. 

Brano-dunum, 105, 110, 428. 

Bratronos, 100. 

bratu-, 110. 

bratude, 94, 110. 

Bratuspantium, 110, 156. 

bravoure, 146, 335. 

Brennacus, 445. 

Brennos, Brennus, 145, 264, 285, 
286, 335, 342, 404, 416, 418, 
462. 

Brescia, 409. 

Bretagne, 55. Voir : Armorique. 

Bretannos, 303. 

breton, 55, 62-69, 80-82, 86-87, 
107, 109-118, 123-219, 136- 
137, 303, 306-308, 318. 

Bretons (d' Armorique), 51, 251. 

Bretons (de Grande-Bretagne), 
18, 36, 142, 147, 152, 154, 173, 
178, 181, 186, 188, 197, 201, 
202, 207, 223, 229, 245, 251, 
257, 260, 261, 264, 265, 282, 
286, 290, 295, 313, 340, 341, 
350, 354, 458. 

Brevio-durum, 431. 

-bria, 438. 

Bricriu, 253. 

bricumum, 77. 

-briga, 110. 

brigandage, 255, 348, 413. 

Brigantes, 30, 182. 

Brigantia, 315. 

Brigantii, 30. 

Brigia, 110. 

Brigindo, 99, 317. 

Brigit, 315. 

brigo-, 105, 110. 

Brigo-magus, 110. 



INDEX GENERAL 



489 



brio. Voir : briva. 
Briona, 92. 
* bris-, 123. 

brisures intentionnelles, 283. 
Britanni, 19. 31. Voir : Brittones. 
Britanniques (îles), 44, 58, 191, 
207, 396, 422, 423, 456. Voir 
Grande-Bretagne, Irlande. 
Britomartos, 271. 
Britovius, 304, 306. 
Brittones, 19, 306. 
hriva, 439. Voir : brio. 
Briva- Isarae, 79. 
Brivate, 132. 
brivatiom, 98. 
Brivo-durum, 431. 
Brixantus, 314. 
Brixia, 329. 
brocco-, 105, 110. 
Brocco-magus, 110. 
broches (de cuisine), 159, 161 ; 

(bijoux), 168. Voir : fibules. 
Broco-magus, 110, 119, 437. 
broderie, 170, 172, 298. 
-brogi-, 105, 110. 
brogilus, 84, 110. 
Brogi-marus, 110. 
bronze, 41, 159, 168, 174, 175, 
176, 190, 191, 211, 213, 214, 
217, 218, 221, 266, 282, 283, 
284, 287, 288, 290, 291, 292, 
322, 332, 345. Voir : airain. 
*brozdo-, 123. 
brûler vif, 180, 255, 348. 
Brumath, 326. 
Brundisium, 21. 
Brython, 19. 
bûchers, 255, 348, 352. 
bûcheron, 317, 320. 
Budenicus, 304, 309. 
buis, 199. 
bulga, 63. 
Bulgarie, 423. 
Burghead, 424. 
burin, 214. 
Burorina, 315. 
Buscilla, 101. 
Bussu-marus, 303. 
butin de guerre, 255, 275, 346. 
Buxenus, 304. 
Byzance, 404. 



caballus, 85. 

cabanes, 154, 158. 

Cadix (Gadeira), 6, 399. 

-cadra-, 110. 

Cadurci, 34, 155, 194, 334. 

Caeilio-briga, 440. 

Caerosi, 17. 

Caesaro-briga, 441. 

Caesaro-dunurn 430. 

Caesaro-magus, 437. 

caetra, 84. 

cailloux, 367. 

caio, 69. 

Cala-dunum, 427. 

calcul, 145. 

Caledonii, 19, 36, 143, 154, 181. 

207, 229, 279. 
calendrier, 97, 374-377. 
Caleti, 33, 110, 194, 244, 291, 307. 
-caleto-, 110. 
Galigula, 142. 
Calleniarcium, 68. 
calliornarcus, 68. 
calocatanos, 77. 
Calu-briga, 440. 
Camargue, 201. 
Calvet (musée), 46, 93, 94. 
Cambaulos, 419. 
cambiare, 65. 
*cambita-, 123. 
cambo-, 105, 110. 
Cambo-dunum, 105, 110, 119, 

426. 
Cambo-rilum, 110, 132, 442. 
cambutta, 88. 
Camelio-magus, 437. 
Camille, 414. 
*camino-, 123. 
Camiorica, 315. 
camisia, 84. 
Gamma, 184. 
Campani, 410. 
Camulo-, 105. 

Camulo-dunum, 118, 427, 429. 
Camulo- genus, 106, 120, 260, 306. 
Camuloriga, 315. 
Camulo-gnata, 105. 
Camulo-rix, 105. 
Camulus, 105, 306, 308, 314. 
Voir: Camulodunum. 



490 



INDEX GENERAL 



candetum, 66, 195. 

candosoccus, 72. 

caneco-sedlon, 99. 

Canetonessis, 304, 309. 

Cannes, 282. 

canots, 224. Voir : jjarques. 

Cantia, 454. 

Cantii, 34. 

cantlos, 97. 

-canto-, 105, 110, 129. 

Canto-bennum, 109. 

Canto-rix, 110. 

Canto-senus, 105, 110, 117. 

cantus, 86. 

capanna, 87. 

Capitule, 144, 174 177, 286, 367, 

411. 
Capoue, 410. 

captifs, 46. Voir : prisonniers. 
-capto-, 110. 

capuchon, 170. Voir: cucullus. 
caracalla, 85, 170. 
caractère, 145. 

caractéristique de peuples, 35-37. 
Carantiacus, 445. 
cnranto-, 105, 110. 
Caranto-magus, 105, 110, 436. 
Carantus, 110. 
Carassounus, 96. 
Caratacus, 290. 
Carbanto-rate, 86, 119. 
Carbanto-rigum, 86, 116. 
Carinthie, 361, 421, 423. 
Cariociecus, 304. 
Carni, 33. 
Carniole, 421. 
carnon, 64, 
Carnutes, 34, 141, 155, 198, 220, 

244, 250, 341, 380, 409. 
carnyx, 268, 276, 292. 
Carpento-rate, 86. 
Caro-brivas, 132. 
carpentum, 86, 223. 
Carpunda. 326. 
carquois, 280. 
carreaux, 171. 
Carrodunum. 437. 
carruca, 86, 223. 
Carrus, 304. 
carrMj?, 86, 223, 263, 
cartamera, 79. 
Carthage, 257, 258. 
Carthaffène, 253. 



Carthaginois, 187, 258, 463. 

Cartismandua, 182. 

Carvilius, 229. 

casamo, 74. 

casnar, 74. 

casques, 171, 208, 289-290. 

Casses, 317. 

Cassi, 31. 

-cassi-, 110. 

Cassi-gnatus, 110, 317. 

Cassi-mara, 317, 

Cassino-magus, 436. 

Cassi-talus, 93, 117, 317. 

Cassitérides (îles) 20-21,170,397. 

cassiteros, 111, 457. 

Cassi-vellaunus, 111, 229, 260, 
317. 

castella, 156. 

Casticus, 228. 

castor, 86, 119. 

Castor, 318. 

cata-, 1 11. 

Cata-mantaloedis, 111, 229. 

cateia, 85, 277-278. 

caterva. 70, 270. 

Cathbad, 379, 383. 

Cathubodua, 316. 

Cattus, 86. 

cattus, 86. 

-catu-, 105, 111, 127. 

Catuellauni, 31, 34. 

Catuenus, 121. 

Catu-gnatus, 113, 121. 

Catuiaciis , 445. 

Catumandus, 227. 

Catu-marus. 105, 111, 114, 211. 

Catu-riges, 30, 34, 120, 132. 

Caturigo-magus, 114, 436. 

Catu-rix, 106, 111. 116, 121, 304. 

Catus, 121. 

Catii-slogi, 117. 

Catu-sualis, 111. 

Catu-vellaunus, 111, 121. 

Catu-volcus, 111, 199. 

Cauci, 29. 

cavalerie, 47, 200, 258, 261-262, 
269. Voir : trimarcisia^ cheva- 
liers, équités, 

cavannus, 73. 

Cavaras, 240. 

Cavari, 134. 

Cavarillus, 259. 

Cavarinus, 236. 



INDEX GENERAL 



491 



Cavaros, 404. 

Cebennon, 81, 453. 

cecos ac césar, 78. 

cèdre (huile de), 147. 

ceintures, 41, 170, 256, 285. Voir : 

cartamera. 
celicnon, 99. 
Celta, 12. 
ccltibèrG 72. 
Celtibères, 16, 51, 148, 150, 163, 

178, 201, 207, 239, 253, 262, 

276, 282, 286, 298, 365, 418. 
celtibérien (alphabet), 50. 
Celtici, 15, 403. 
Celticum, 455. 
Celtillus, 228. 
Celtinê, 303. 
Celtique, 22, 228, 233, 302, 395, 

397, 405, 414, 455. 
Celtis, 186. 
Celto-galates, 16. 
Gelto-ligures, 16, 302, 400. 
celtomanes, 136-137, 387. 
Celtorii 16, 418. 
Celtos, 303. 
Celtoscythes, 16. 
Cemenelus, 304, 309. 
Cemmenon, 81. 
Cempses, 8. 
Cenabum, 221. 
cendres, 197. 
Cenn Cruaich, 351. 
Cenomani, Cenomanni (Gaule 

transalpine), 30, 34, 452 ; 

(Gaule cisalpine),30, 23/, 250, 

303, 309, 402, 405. 
Cento-briga, 440. 
centre de la Gaule, 380. 
céramique, 421. Voir: poterie. 
cercer, 76. 
cercles, 199. 
céréales, 192-194. Voir : sasia, 

brace, arinca, coccum, vêla. 
cérémonies, 179, 366. 
Céréthrios, 419. 
cerf, 319, 320. Voir : élan, 
Cernunnos, 318. 
Certosa (La), 286. 
cervarium, 204. 
cervoise, 63. 
cenesia, 83, 
César, 6. 
.ceto-, 111. 



Ceto-briga, 111. 

cetra, 84. 

Ceutrones, 207, 244. 

ceva, 74. 

Cévennes, 200. 

chaînes, chaînettes, 170, 208, 
281, 285. 

Chaldéens, 363. 

Chalybes, 21. 

chamois, 204, 338. 

Champagne, 42, 174, 260, 283, 
424. Voir: Marne. 

champs, 198. Voir : olca, magus. 

chants, 275, 359-360, 383. 

chapeaux, 171. 

chanvre, 194. 

charbons, 161. 

charcuterie, 162. 

chariots, 208, 222, 264, 269. 

charrue, 197. Voif : plaumorati 
soc. 

chars, 191, 210, 262-268, 425. 

chasse, 162, 202-204, 278, 280. 

chasteté, 347, 

chat, 86. 

Château-Thierrv, 43. 

Châtelard (Le) ,"44. 

Châtelet (La), 44. 

châtiments, 254, 380. Voir : pé- 
nalités. 

Chauci, 29. 

chaudières, 161, 165, 211. 

chaume, 154. 

chaussures, 171. 

chaux, 176, 197. 

chef militaire, 235, 244, 259. 

cheminées, 159. 

chemins, 221. Voir : routes. 

chêne, 196, 199, 224, 339, 340. 

chenets, 159. 

chevaliers, 364. Voir équités. 

chevaux, 147, 189, 200, 324, 337, 
338. Voir : marca, mannus, 
eporedias, cpo-, cavalerie, 

cheveux, 36, 141, 142, 176, 177, 
186, 269, 346. 

chevilles, 157. 

chèvres, 166, 200. Voir : gabro-. 

chevreuil, 203, 204. Voir: iorcos 

chiens, 160, 201-203, 222, 337, 

Chiomara, 183. 

Chorges, 33. 

chroniques galloises, 3. 



492 



INDEX GENERAL 



chrotta, 64, 361. 

Chypre, 21. 

Cicéron (Q. Tullius), 95. 

Cicinus, 304. 

Cicoll'iis, 304, 329. 

ciel, 252, 300, 346, 379, 399. 

Cimbres, 24, 27, 115, 142, 289. 

Cimbri, 74. 

Cimenice, 81. 

Cimiacinus, 304. 

Cimmériens, 23, 24. 

Cingetius, 111. 

-cingeto-, 111. 

Cingeto-ri.r, 111, 229, 231, 236, 
256, 259. 

-cingos, 97. 

cintU', 105, 111. 

Cintu-genus, 111, 113. 

Cintu-gnatus, 111. 

Cintu-marus, 105, 111. 

Circé, 384. 

circius, 328. 

Cisalpine, 91, 153, 161, 187, 196, 
227, 232, 241, 283, 325, 361, 
365, 402, 411, 443, 448, 463. 
Voir : Italie. 
Cisalpins, 141, 147, 151, 159, 
196, 197, 224, 247, 250, 263, 
281, 28G, 289, 341, 346, 365, 
402, 410, 462. 
ciseau.t, 178. 
ciselures, 285. 
cisium, 79, 223, add. 
Ciso-magus, 436. 
Cissonius, 304, 314. 
cistes. Voir : seaux, 
civitates (cités), 242-247, 260. 
claies, 154. 
clans, 188, 246. 
Clastidium, 263. 
Claude, 367. 
Claude II, 200. 
Clavariatis, 304. 
Cléopâtre, 258. 
*clêta, 123. 

clients, 189, 233, 235, 238-256, 
261, 349 ; peuples clients, 243, 
244, 245. 
climat, 397. 
Clondicus, 151. 
clopias, 79, 205. 
clous, 209, 223. 
Cluny (musée de), 317. 



Clusium, 409, 410, 418. 

Cluto-rix, 121. 

Clutoida, 326. 

co-, 111. 

coh-, 111. 

Cob-lanuo, 111. 

Cobledu-litavus, 304, 307. . 

Cob-nertus, 111. 

Cobra-, 105. 

Cobro-mara, 105. 

coccum, 81. 

cochers, 238, 268. Voir : conduc- 
teurs. 

Cocidius, 304, 305, 308, 314. 

coffre, 147. 

Coligny (inscription de), 96-98, 
374-377. 

colisatum, 84, 223. 

collèges, 386. 

Collias, 94. 

collier, 166, 172, 173, 174, 191, 
208, 214, 271, 319, 324, 346. 
Voir : maniacês. 

-corn-, 111. 

Co-matu-marus, 111. 

combat, 46, 268, 270-272, 355, 
382. Voir bataille. 

combennoncs , 64. 

Comboio-marus, 111. 

commandement militaire, 259. 

commerce, 90, 219-221, 300. 
Voir : marchands. 

Commius, 133, 229, 244, 260. 

communauté des biens, 247 ; des 
femmes, 181 ; religieuse, 386. 

communications, 221. 

Comontorios, 404. 
■ composition pour meurtre, 254. 

comptes, 372. 

con-, 111. 

Conall, 148, 370. 

Conchobbar, 3, 281, 382. 

Concolitanos, 227. 

Cond, 143. 

Condate, 111, 132, 306. 

Condatis, 304, 306, 309. 

Condaio-magus, 114, 118, 436. 

Condet, 323. 

Con-dercus, 112. 

Condrusi, 17. 

conducteurs, 263, 264. Voir : co- 
chers. 

Conem-briga, 440. 



INDEX GENERAL 



493 



confédération, 244. 
confiscation, 256. 
Conim-briga, 440. 
Con-geistlos, 113. 
Con-gonneto-dubnos, 112. 
conjugaison, 131. 
Connaclit (Connaught), 272. 
conseil, 260,340. Voi.- : assemblées, 

sénat, 
construction, 351. 
contestations, 380. 
contingent, 244. 
Con-victo-litavis, 111, 382. 
corail, 191, 208-209, 267, 425. 
coq, 337. 
coquille, 218. 
Coralli, 291. 
corbeau, 335, 336. Voir : lugos, 

boduo-, brano-. 
corbeilles, 160, 199. 
Corbilon, 222. 
'corio-, 111. 
corma, 62, 163. 
corna, 76. 
Cornavii, 31, 351. 
cornes, 160, 289, 318. 319, 320, 

338, 339. 
Cornouaille anglaise, 21, 55, 221. 
Corotiacus, 304. 
corporations, 385. 
Correus, 236. 
cosmogonie, 373, 379. 
Cososus, 304. 

Cotini, 33. » 

Cotta, 280. 
Cottaio-briga, 439. 
cottes de maille, 288. 
Cottus, 259. 
Couchey, 99. 
couleurs, 170, 171, 209, 212, 214, 

289 
coupes, 160, 163, 184, 185, 212. 
courage, 146. 
couronnes, 268. 
couteaux, 207. 
coutelas, 41, 160, 281. 
-covero-, 112. 
covinnus, 66, 223, 263. 
coxo-, 112. 
craie, 197. 
crânes, 147, 160. 
crannog, 44, 217. 
crémaillères, 159. 



crémation. Voir : incinération. 

Crêt-Châtelard, 44. 

creusets, 44. 

cribles, 160. 

Criciru, 169. 

crins, 160, 290. 

cristal, 368. 

crimes, 254, 256, 380. 

cris de guerre, 293. 

Critognatus, 27. 

crixo-, 112. 

Crixos, 112, 271. 

croissants, 176, 287. Voir : lune. 

croix gammée, 212, 288, 331. 

cruauté, 146, 151. 

crucifier, 349. 

Cruithne, 18. 

Cruithnech, 18. 

cruppellarii, 75. 

Cualngé, 3, 272, 321, 362. 

Cûchulainn, 3, 148, 268, 272, 

278, 281, 321, 324, 370. 
cucullus, 83, 170. 
cuillères, 175. 

cuir, 201, 224. Voir : peaux, 
cuirasse, 288-289. Voir : leiusmata 
cuivre, 21, 160, 207, 209, 217. 
Cularo, 119. 
culte, 346. 
Cumal, 306. 
cumba, 87. 
cumin, 162. 
-cuno-, 105, 112. 
Cuno-marus, 121. 
Cuno-pennus, 105, 112. 
cupidité, 149. 
cupules, 331. 

Curiosolites, 34, 155, 193, 244. 
curmi, 62. 
currach, 224. 
Curtius (C), 410. 
cuves, 165, 310. 
cuvettes, 211. 
cycles, 376, 377. 
cygnes, 213. 
Cymry, 24. 
Cynètes, 8, 396. 
Gypre, 21. 
cyrtias, 79. 



D barré, 96. 
Daces, 460. 



494 



INDEX GENERAL 



dago-. 106, 112. 

Dago-bitus, 106, 112. 

Dago-dubnus, 106, 112, 121, 

Dago-durnus, 113. 

Dago-vassus, 117. 

Dalmatie, 448. 

Damona, 329. 

dan, 69. 

Danno-talos, 99. Cf. Tanotaliknoi. 

danses, 269, 271, 346, 347. 

Danube (Istros), 22, 33, 182, 221, 

259, 395, 397, 401, 402, 414, 

416, 417. 
Dardani, 32. 

dards, 203. Voir : javelot. 
Dario-ritum, 442. 
darsus, 87. 
Dauphiné, 424. 
dauphins, 205. 
dates, 39-40. 
Davies (Edward), 389. 
débiteurs, 239. 
déclinaison, 130. 
décoration, 215. Voir : ornements. 
dede, 93, 94. 
dédicaces, 365. 
déesse cornue, 319. 
Dejotarus, 151. 

Delphes, 335, 404, 416, 419, 457. 
Demetae, 34. 
Dêmêtêr, 347. 
Demetrius, 354. 
démocratie, 229. 
Dennevy, 323. 
dents, 369. 
Denvs l'Ancien, 257, 397, 410, 

413. 
Deo-briga, 110, 439. 
Deo-brigula, 439. 
dépouilles. Voir : butin. 
Derceia, 112. 
derco-, 112. 
Derco-iedus, 112. 
Derdriu, 18 i. 
Dervaci, 112. 
*derveita, 123. 
Derventio, 119. 
derco-, 112. 
Dervones, 112, 316. ' 
Dervos, 112. 
Desso-briga, 4.')'.i. 
dettes, 237, 239, 249, 352. 
Deusoniensis, 305. 



devins, 334, 362. Voir : divina- 
tion. 

dêvo-, 112, 127. 

Dei>o-gnata, 112. 

Devon, 34. 

Devona, 456. 

Dexiva, 315, 328. 

Dexivates, 328. 

Diablintes, 34. 

Diarmait mac Fergusa, 182. 

Dicaineos, 390. 

dieux, 299-334, 348, 408. Voir : 
Divo-durum. 

Dieu à la roue, 319, 323. 

Dieu au maillet, 322, 332,337,345. 

Dieu cornu, 318, 330, 338. 

Dieu tricéphale, 323. 

Differdange, 320. 

Dijon, 99. 

dîner, 150. Voir : repas. 

Dinomogetimarus, 304, 829. 

Dioclétien, 384. 

Diodore de Sicile, 11, 400. 

Dioscure.s,216,301,318. 

Dirona, 326. 

discours, 152, 272. Voir : élo- 
quence. 

disette, 181. 

dislocation, 316. 

Dispater, 251, 303, 310, 322, 353, 
373. 

disputes, 164. 

disques, 168. 

distractions, 202-205. 

Divanno, 304, 329. 

Divi-catus, 111. 

Diviciacus (Eduen),151, 364, 372, 
381. 

Diviciacus (Suession), 251, 462. 

divination, 334, 335, 340, 349, 
362, 366, 379, 383. Voir : pré- 
sages. 

Divixia, 96. 

divo-, 112. 

Divo-durum, 112, 118, 432. 

Divo-gena, 120. 

Divo-genua, I2i1. 

Divona, 112, 326. 

*dl',!o-, 123. 

Do iras, 99. 

dolichocéphales, 2, 143. 

dolmens, 39, 387. Voir: menhirs. 

domaine publie, 248. 



INDEX GENERAL 



495 



domination univefselîe, 367. 

Domitius AhenohafbUs, 276, 360. 

Domnonée, 343. Voir : Dumnonîi. 

Don (Tanaïs), 403. 

iDonû, 321. 

-donna-, 112. 

Donnas, 112. 

Donno-taurus, 112, 321. 

Doriens, 414. 

Dornonia, 454. 

dora, 69, 126, 430. 

Dorset, 34. 

dot, 180. 

douaire, 182. 

Doubs, 273. 

dragon, 292, 312. Voir : serpent. 

Drappès, 255. 

drasidae, 364. 

Drave, 33. 

*drillo-, 123. 

Drilônios, 398. 

droit irlandais, 254. 

droit de vie ou de mort, 180, 187, 

230, 256. 
droite, 347. 
Druentia, 454. 

druidae, druides, 63, 234, 251, 
254, 256, 259, 341, 348, 351, 
357, 358, 363-392, 414. 

druidesses, 383-385. 

druidisme, 250, 388. 

dru-nemetan, 81, 340. 

* drungas, 68, 87. 

Drutalus, 81. 

Dubis, 453. 

dubno-, 106, 112. 

Dubno-rix, 106, 112. 

Dubno-talus, 117, 121. 

Dubra, 112, 456. 

-dubro-, 106, 110. 

Dubro-dunum, 106, llO. 

ducône, 77. 

duel, 252-253, 270-272. 

dugiiontiio, 99. 

Dumiatis, 304, 309. 

Dumnacus, 121. 

dunino-, 106, 112. 

Dumno-coveros, 112. 

Dumnonii, 34, 217. 

Dumna^rix, 106, 112, 182, 228, 

231, 261, 364. 
Dunvno-talus, 107. 
dûn, 159. 



Dun Aengus, 159. 
Dunatis, 304, 306. 
-duno-, 112. 
Duna-catus, 105, 111. 
Duna-marus, 112. 
Dunon, 429. 

dunum, 64, 306, 426-430. 
Durnacus, 113. 
-durno-, 113. 
Durna-magus, 113, 437. 
-dura-, 430. 
Duro-brivae, 433. 
Dura-casses, 34, 111, 132. 
Duro-catuellauni, 433. 
Dura-cobrivae, 433. 
Duro-coregum, 132. 
Duro-cornovium, 433. 
Duro-cortarum, 433. 
Dura-levum, 433. 
Duro-liUmi, 433. 
Duro-storum, 433. 
Durotriges, 34. 
Dura-vernum, 433. 
Duro-vigutum, 433. 
dusii, 68, 327. 
dvorico, 99. 
Dyvet, 34. 



eau, 185, 373. 

eaux (culte dès), 326. 

Eba-durum, 432. 

Eburacus, 113, 119, 445. 

ebura-, 113. 

Eburo-briga, 113, 438. 

EbuTo-dunum, 427. 

Eburo-niagus, 436. 

Eburone^ (Eburons), 17, 113, 

155, 156, 193, 198, 199, 236, 

244, 245. 
Eburos, 113. 
Ebura-viccs, 34, 113, 132, 155, 

233, 234, 291. 
écarlato, 171. 
Ecco-b,-.:;a, 441. 
éclipse, o35. 
écoles, 379. 
écorces, 162, 285. 
Ecossais, 51. 
Ecosse, 19, 55, 463. 
écriture, 95, 372. 



496 



INDEX GENERAL 



écrivains de l'Antiquité, 12, 62- 

88. 
écuelles, 211. 
éducation, 186, 372-374. 
Eduens. Voir : Aedui. 
égouttoirs, 162. 
Egypte, Egyptiens, 356, 448. 
eiôru, 93, 100. Cf. ieuru. 
élan, 203. 
Elbe, 395. 

élection, 230, 371, 381, 385. 
Eleuteti, 243. 
Elitovius, 409. 
ellébore, 204. 
EUépore, 410. 

éloquence, 151, 152, 272, 312. 
Elvontiu, 100. 
Elvo-rix, 113. 
Elysée gaélique, 354-355. 
émail, 208-209, 266. 
Emain Mâcha, 159. 
emarcus, 74. 
embrecton, 79. 
émigration bretonne, 136. 
empaler, 349. 
emporté, 74, 184. 
Emporium, 216. 
enclumes, 207. 
Enétes, 405. 
enfants, 174, 181, 186, 187, 350, 

351, 418. 
engrais, 90, 197. Voir : marga, 

acaunumarga, glissomarga. 
Eni-genos, 120. 
énigme, 152. 
enseignement, 372. 
enseignes, 245, 294, 336. 
entrailles des victimes, 334, 350, 

362. 
Entremont (trophée d'), 47, 148. 
epad, 100. 
épées, 41, 42, 191, 224, 263, 260. 

281-285, 345, 425. 
éperon, 267. 

épidémie.lSl, 362. Voir : maladies 
épingles, 41, 175, 208. 
Epire, 257. 
épis, 162. Voir : blé. 
■epo-, 106, 113, 126. 
Epo-manduo-durum,\ 13,132, 431. 
Epo-meduos, 113. 
Epona, 113, 325, 329. 
Eponine, 64, 184, 



épopée irlandaise, 3, 143, 297, 

382. Voir : Cualngé. 
eporedias, 66, 325. 
Epo-redia, 106. 

Epu-redo-nx, 116, 121, 231, 259. 
Epo-stero-vidus, 113. 
époux, 248. Voir : mariage. 
Epponiacus, 445. 
Epponina, 74. 
Equa-hona. 442. 
équités, 234, 237, 260, 392, 

454. 
Eratosthène, 401. 
Erèbe, 353. 
Eridan. Voir : Pô. 
Erno-durum, 431. 
Erumo, 326. 
esclaves, 189, 222, 288, 239-240, 

349. Voir ambactus, capto-. 
Esopnio, 93. 
esox, 81, 205. 

Espagne (Ibérie), 3, 5, 20, 206, 
216, 221, 303, 402, 413, 429, 
430, 439-441, 442, 450, 458, 
463. Voir : Portugal, Ibères, 
esprit, 152. 

Essalois, 44. 

Essedones, 147. 

essedum, 70, 210, 223, 265, 267. 

essieux, 266. 

Este, 93. 

Esttle-dunum, 429. 

Esubii (Esuvii). 155, 193, 310. 

Esu-genu3, 106, 113, 120, 310. 

Esu-nertus, 115, 120, 310. 

Esus, 310, 317, 321. 

Esuvii. Voir . Esubii. 

étain, 21, 207-208, 218, 221, 222, 
396, 457. Voir : cassiteros. 

étamage, 210. 

éternité, 373. 

Ethiopiens, 399. 

éthique, 373. 

ctic, 99. 

étoffes, 172. 

étoiles, 287. 

Etolie, Etoliens, 404, 419. 

étoupes, 294. 

étrangers, 150, 254, 302. 

étrusque (alphabet), 50, 91. 

Etrusques. 372, 409, 410, 414, 
415, 416, 449. Voir : Tyr- 
rhènes. Tusci. 



INDEX GENERAL 



497 



cubages, euhages, 85, 362. 
Eumène II, 45, 258. 
eurises, 47. 

Europe centrale, 217, 446. 
Euxenos, 185. 
Eve, 137. 
Evreux, 101. 
exacum, 74. 

Excingo-magus, 111, 435. 
Ex-cingo-marus, 113, 114. 
Ex-cingus, 111, 113. 
excommunication, 380. 
exil, 254, 256. 
Ex-obnus, 115. 
Ex-omnus, 115. 



Fabius (les), 149. 

Fabius Maximus (Q.), 228. 

fagots, 272. 

familia, 237. 

famille, 89, 233. 

fanfaronnades, 149. 

farine, 163, 165. Voir : brace. 

fatalisme, 334. 

faux, 198, 207, 265, 268. 

fébrifuge, 368. 

femmes, 147, 156, 172, 178, 180- 

187, 260, 350, 362, 417. 
féodalité, 247. 
fer, 40, 41, 42. 159, 168, 173, 175, 

178, 206, 207, 217, 221, 222, 

266, 284, 287, 339. 
Fergus, 370. 

fertilité, 194, 195, 196, 408, 414. 
Fes Temrach, 371. 
festins, 160, 164, 165, 240, 253. 
fêtes, 147, 348. 
fétiches, 369. 
feu, 255, 349, 373. Voir : brûler, 

incinération, 
fiançailles, 185. 
fibules, 42, 44, 168-169, 172, 208, 

209, 421. 
fidélité, 183-184. 
figues, 415. 
filé, 358, 381. 
filets, 202. 
finances, 246. 
Find (Fingal), 3, 306. 
Findmag, 104. 
Fir Bolg, 3. 



flèches, 41, 203, 204, 349. 
fleuves, 189, 205, 220, 414, 453. 

Voir : ritu-. 
flux et reflux, 400. 
Fomoré, 320. 
forêt, 155, 198-199, 327, 369. 

Voir : brogilus, celo-, Litana, 

bois, 
forge, 119. Voir : goban-. 
fortifications, 155-157, 272-274. 

Voir : dunum, castellum, op- 

pida. 
fosses, 191. Voir : sépultures, 
fougère, 199. 
fourrage, 193. 

fourreaux, 160, 208, 213, 224. 
fourrure, 170. 
foyers, 161. 
français, 82-84, 87-88. 
Franche-Comté, 42, 51, 422. 
freins, 201, 222. Voir : mors, 
froid, 397. 

fromage, 162, 200, 219. 
froment, 163. Voir : blé. 
frondes, 280. 
Frontu, 98. 
fruits, 162. 
fumée, 339. 
fumier, 197. 

funérailles, 189-192, 239, 371. 
Voir incinération, inhumation. 



Gabali, 34, 206, 243. 

gabalus, 85. 

Gabriacus, 445. 

gabro-, 113. 

Gabro-magus, 113, 437. 

Gabro-sentum, 57, 113, 119. 

Gadeira. Voir : Cadix. 

gaélique, 55, 462. Voir : irlandais. 

Gaëls, 2, 14, 340, 354-355, 458, 
462. Voir : Irlandais. 

gaesa, 64, 271, 275-277, 278. 

Gaesatae, Gaesati, 13, 64, 166, 
227, 261, 288, 401, 402. 

Galata, 12, 13. 

Galates (Galatae), 13, 14, 45, 51, 
78, 79, 133, 141, 142, 151, 165, 
184, 187, 258, 282, 335, 340, 
342, 346, 350, 365, 418. 

Galatès, 303, 413. 



G. DoTTiN. — Manuel de l'antiquité celtique. 



32 



498 



INDEX GENERAL 



Galatie, 77, 186, 201, 462. Voir : 

Asie-Mineure. 
Galatos, 227. 
galba, 75. 

Galba (Servius), 280. 
Galija (empereur), 135. 
Galba (roi), 229, 260. 
galbais, 343. 
Galiâin, 462. 
Galice, 21, 170. 
Galles (Pays de), 2, 3, 55. 182, 

281, 298, 358, 360. 
Galli, 13. 
gallicae, 171. 
Gallizenae, 383. 
Gallo-grecs, 16, 350, 418. Voir : 

Gai a tes. 
gallois, 4, 55, 62-69, 72-73, 75, 

81-88, 104, 105, 106. 107, 108- 

118, 123-124, 126-130, 305- 

308, 310, 318, 325, 361, 375, 

397, 430, 435, 438, 441, 450. 
Gallois, 51, 297, 344. 
Gallus, 14. 
gamba, 88. 
Garde (lac de), 92. 
Gargas, 94. 
Garonne, 206. 
*garri, 124. 
Garumna, 454. 
*gatali-, 124. 
gâteaux, 336. 
gauche, 340. 
Gaule, 6, 53, 422, 424, 425, 443, 

450, 461, 462, 463. Voir : 

Celtique, 
gaulois, 60-136, 384, 452. 
Gaulois mourant, 46, 144, 286, 

292. 
Geidumni, 244. 
geis, 370. Voir : tabou. 
geisilo-, 113. 
gelasonen, 76. 
Gélignieu, 102. 
genava, 113. 

Gennva (Genève), 113, 119, 221. 
général. Voir : chef. 
-genos, 106. 113. 
Genouilly, 99. 
Genuciu.s (M.), 410. 
Geol'froi de Monmouth, 4. 
Gergovie, 44, 156, 180, 186, 273, 



Germains, 18, 24, 35-36, 142, 143, 
146, 167, 186, 192, 235, 245, 
262, 277, 291, 339, 340, 361, 
375, 449, 450, 451, 452, 453, 
461. 

Germanie, 29, 383, 415, 443, 450, 
452, 461. 

germanique, 36, 61, 74, 79, 83, 
121, 125, 440, 452. 

Géryon, 302. 

Gètes, 356, 339, 390. 

geva, 74. 

Giamilos, Giamillus, Giamillo, 
97. 

giainon, 97. 

Giarinus, 304. 

gibier, 191, 201, 204. Voir : chasse 

gigarus, 73. 

gilarus, 78. 

Gisacus, 314. 

gladiateurs, 253. Voir : cruppel- 
larii, murmillo. 

glaives, 208. 

glana, 113. 

glands, 196, 367. 

glano-, 113. 

Glastonbury, 44. 

glastum, 74. 

glesuni, 74. 

glisso-marga, 67. 

-gnato-, 113. 

gnatus, 73. 

gnomes, 324. 

gobann-, 113. 

Gobanni-cnos, 113. 

Gobannio, 113. 

Gobannium, 119. 

Gobannitio. 113. 

gobedbi, 99. 

*gobo, 124. 

Goëllo, 33. 

Goidel, 14. 

Gomer, 23. 

Gorge-Meillet (La), 290. 

Gotini, 33, 36, 461. 

gotique, 60, 126-128. 

gouges, 207. 

graisse, 162. 

Grande-Bretagne, 3, 4, 5, 23, 26, 
29-31, 36, 133, 170, 172, 183, 
195, 197, 206, 207, 217, 222, 
223, 251, 260, 287, 295, 354, 
365, 378, 399, 406, 407, 412, 



INDEX GENERAL 



499 



413, 429, 432, 433, 436, 442, 

443, 448, 450, 458, 462, 463. 

Voir : Angleterre, Ecosse, Iles 

Britanniques, 
granges, 162. 
Grannus, 304, 314,. 
' gravo-, 124. 
gravure, 49. 
grec, 71, 72, 76, 77, 79, 85. 95, 

103, 125-130, 362. 
Grèce, 3, 146, 289, 400, 418, 419, 

462. 
grecques (lettres), 95, 372. 
Grecs,. 8, 9, 404, 419. 
*grenna, 124. 
Grézan, 288. 
Grimm (loi de), 25. 
Grudii, 244. 

grues, 287, 317-318, 320, 338. 
guhia, 81. 

guérison. Voir : maladie, 
gué. Voir : -ritum. 
guerre, 89, 145, 187, 257-293,381, 
382. Voir : bodio-, catu-, cingeto-, 
cob-, corio-, orgeto-, slogo-. 
guerrières, 182, 186-187. 
gui, 339, 368. 
gulbia, 81. 
gunna, 88. 
Gundestrup (chaudron de), 48, 

286, 289, 292, 319. 
gutuater, 82, 365. 
gymnosophistes, 363. 
Gyptis, 185. 



H 



habitation, 89, 153-161. 

habits, 166-172. 

haches, 41, 207, 213, 220 277 
332. 

haematites, 76. 

Haguenau, 325. 

Hallstatt, 2, 40-42, 50, 143, 168 
169, 172, 174, 175, 176 177 
189, 190, 206, 207, 208 209 
211, 213, 221, 266, 277 279 
282, 284, 285, 286, 287, 288' 
290, 420, 424, 450. 

halus, 71. 

hameçons, 207. 

Harmogius, 204. 



harnais, 201, 208, 210. 

harpe, 361. 

haruspicine, 362. 

Hastedon, 424. 

hébreu, 79, 80, 137. 

Helico, 406. 

Hellénogalates, 16. 

Hellespont, 404. 

Helvètes, Helvetii, 95, 146, 155 
193, 224, 228, 230, 240, 24l' 
242, 244, 246, 247, 269, 285, 

406, 461. 

Héraklès (Hercule), 150, 302, 
305, 309, 311-313, 400, 412 
414, 416. 

Hérault, 216. 

herbe, 197, 198. 

herbe aux corbeaux, 368. 

Hercynie, Hercynienne (forêt), 

407, 408, 415, 461. 
Voir : Arcunia. 

Herco-brica, 439. 

Hêrippê, 240. 

héritage, 248, 260, 380. 

Hermès, 312, 319. Voir : Mercure. 

Hespérides, 355. 

Hesus, 310. Voir : Esus. 

hêtre, 199. 

Hibernia, 397. 

hiérarchie druidique, 386. 

Hierni, 396. 

Hiéron, 216. 

Hiéronyme de Cardie, 11, 400. 

Himilcon, 8, 9. 

Hispani, 282. Voir : Espagne. 

Hongrie, 206, 283, 421, 422. 

hospitalité, 150, 220, 245. 

Hostilius Saserna, 177, 267. 

hôtes, 150. 

housses, 201. 

huile, 162, 415. 

huîtres, 204. 

huttes, 44, 158. Voir : cabanes. 

hyacinthe, 171. 

hydromel, 163, 184. Voir : medu- 

hyperbole, 152. 

Hyperboréens, 22, 327, 355. 

kys, 78. 



lalonus, 314. 
iantu-, 113. 



500 



INDEX GENERAL 



lantu-marus, 113. 

lapodes, 33, 459. 

Ibères, 143, 302, 399, 413, 418, 
449. 

Ibérie, 397. Voir : Espagne. 

Ibéro-Ligures, 461. 

Ibéros, 303. 
Iblio-durum, 431. 
Iblio-marus, 448. 

Ibosus, 314. 

Icaunis, 315, 326. 

Iccavos, 99. 

Iccio-dururn, Icio-durum, 431. 

Iciacus, 445. 

Iceni, 182. 

Ico-randa, 444. 

Icio-magus, 436. 

Ico-vellauna, 315. 

Ictis, 208. 

Idennica, 305. 

lentu-marus, 113. 

lerne, 397. 

leusdrinus. Voir: Leusdrinus. 

icuru, 100. Voir : eiôru. 

if, 122, 370, 379. Voir : eburo-, 

Illyrie", Illyriens, 31, 32, 33, 147, 
197, 262, 398, 401, 417, 419, 
421, 448, 449, 459, 463. 

imitation, 152. 

immortalité, 351-354, 373, 377. 
imperium, 260. 

Impernal (L'),en Luzech 44, 157. 

impiété, 145. 

impôts. 232, 239, 246, 249, 364, 
372. ■ 

incantations, 346, 370. 

incendies, 149. 

inceste, 181. 

incinération, 15, 39, 189-192, 
282, 352, 451. Voir : bûchers. 

inconstance, 145. 

indice céphalique, 51, 143. 

Indiens, 309, 455. 

industrie, 90, 119, 205-219. Voir : 
émail, étain, jannare. 

Indutiomarus, 231, 255. 

infanterie, 269. 

infanterie montée, 262. 

inhumation, 15, 39, 189-191, 208, 
352, 425. 

injustices, 239, 302. 

inondations,149, 352,399,414,456. 



inscriptions gallo-romaines, 296, 

304-330, 314. 
inscriptions gauloises, 37, 54, 91- 

103. 
inscriptions grecques et latines, 

102-103, 446. 
instruments. Voir : outils. 
Insubres, (Isombres), 26, 30, 141, 
166, 219, 246, 250, 261, 291, 
301, 341, 346, 402, 414. 
intelligence, 151-152. 
intempérance, 150. 
Intercatia, 271. 
interdire, 380. 
iorcos, 86. 
iorebe, 100, 101. 
lovincillus, 128. 
Iris, 397. 

irlandais, 62-69, 81-82, 86-87, 92, 
103, 104-107, 108-118, 123- 
124, 125-131, 137, 303, 306- 
308, 316, 318, 326, 361, 375, 
397, 430, 435. 
Irlandais, 27, 36, 148, 164, 188, 

222, 297, 321, 379. 
Irlande, 2, 55, 165, 181, 192, 206, 
220, 221, 230, 239, 249, 260, 
268, 272, 281, 320, 343, 351, 
358, 360, 361, 370, 381, 386, 
397, 429, 462. 
irréflexion, 145. 
Irumna, 454. 
Is, 137. 
Isara, 454. 
Isarninus, 106, 114. 
Isarno-, 106, 114. 
Jsarno-durum, 432. 
Isarniis, 106, 114. 
Isle-sur-Sorgue (L'), 94. 
Istros. Voir : Danube. 
IstrGS 40o 

Italie,' 283, 398, 402, 408, 410, 
415, 417, 418, 437, 448, 462. 
Voir : Cisalpine. 
iugo-, 114. 
iumbarum, 76. 
iupicelluson, 77. 
*tVo-, 124. 
ivoire, 175, 222. 
Ivo-magus, 114. 
ivrognerie, 150. 



INDEX GENERAL 



501 



jacinthe, 195. 

jambières, 290. 

jambon, 162, 253. 

Japhet, 23. 

jaspe, 368. 

javelot, 191, 263, 268, 275-280. 

Voir : gaesum. 
Jérôme (saint), 13-'!. 
Jérôme de Carclie. Voir : Iliéro- 

nyme. 
joncs, 224. 
joug, "67. 
jours complémentaires, 375 ; 

néfastes, 375. 
Jules (tombeau des), 47, 289. 
Juliennes (Alpes), 411, 412, 456. 
Julio-hona, 435, 443. 
Julio-briga, 441. 
Julio-magus, 435, 437. 
juments, 200. 
Junon, 305. 
Jupiter (Zeus), 300, 305, 308, 

309, 314, 318, 322, 323, 339, 

341, 342. 
Jura, 454. 
jusquiame, 368. 
justice, 252-256, 341, 380-381. 
Jutland, 48. 



karnitu, 92. 

Kent (Cantion), 34, 399. 

Kernuz, 324. 

Killeen Cormac, 384. 

-knos, 92, 93. 



Labara, 456. 
Labiénus, 224. 
Lacavus, 304. 
Lacco-briga, 440. 
Lacédémoniens, 397. 
lacets, 171, 204, 274. 
Laco-briga, 439. 
lacs, 327, 436. 
Lacto-durum, 432. 
lacustres (villages), 44. 
aena, 71, 167. 



Laevi, 402. 

laginon, 76. 

lagit, 97. 

laine, 167, 200. 

Laighen (Leinster), 202. 

lait, laitage, 162. Voir : vaches. 

lamaseries, 386. 

lance, 41, 147, 164, 279. 

lancea, 71, 279. 

*landa-, 124. 

Landouzy-la-Ville, 323. 

Lango-briga, 440. 

Langres, 170, 323. 

langue celtique, 35, 52-139. Voir: 

phonétique, morphologie, 
laraire, 324. 

lard, 73. Voir : salaisons. 
larix, 72. 
lat, 97. 

La Tène. Voir : Tène. 
latin, 70-73, 76, 78, 82, 83, 93, 

125-129, 130-131. 
Latins. Voir : Romains. 
Latis, 315. 

Latobius, 304, 308, 314. 
Latobrigi, 242. 
Latumarui, 93. 
laurio, 78. 
lautro, 65. 
Lebecii, 402. 
legasit, 101. 
légèreté, 145. 
légumes, 194. 
leiusmata, 79. 
Lemovices, 34, 244. 
Lenus, 304. 
Lepontii, 405. 
Lestrygons, 26. 
Lesura, 454. 
lettres, 95, 96, 190, 372. 
leuca, 73. 
leucetio-, 114. 
Leucetius, 114, 304, 306. 
Leuci, 193, 291. 
Leucimalacus, 304. 
Leuctres, 410. 
Leucullosu, 100. 
leuga 73 195. 
Leusdrinus 304. 
Levaci 244. 

Lexovii, 34, 155, 230, 233, 234. 
Lezoux, 100, 345. 
libations, 147, 184, 348. 



502 



INDEX GENERAL 



Libui, 409. 

lieue, 195. 

lieux (noms de), 103, 107, 108, 
118-120, 297, 426-446. 

lièvre, 202, 203, 336. 

lignite, 175. 

ligure, 61, 73, 188, 438. 454. 

Lisfures (Ligyes), 63, 167, 185, 
396, 398, 401, 409, 414, 416, 
440, 454, 457, 458, 461, 462. 
Voir : Celto-ligures, Ibéro-li- 
gures. 

Ligystique, 395, 397. 

limes, 207. 

limeum, 74, 204. 

Limone, 92. 

Limonum, 119. 

lin, 194. 

lindo-, 114. 

Lindon, 114. 

Lingones (Lingons), 30, 34, 160, 
193, 204, 250, 261, 402, 409. 

lingots, 346. 

linguistique, 52-58. 

linna, 81, 167. 

Linlo-magus, 436. 

Litana, 114. 

lilano-, 114. 

Litano-briga, 114, 438. 

Litavis, 329. 

lits, 159, 160, 161. 

littérature des Gaëls, 2 ; des Bre- 
tons, 3 ; des Gaulois, 359. 

Util-, 114. 

lituanien, 126. 

Litu-genus, 114. 

Litu-marus, 114. 

Livicus, 304. 

Livie (villa de), 292. 

locitoe, 100. 

Loco-ritum, 442, 456. 

Loégairé, 372. 

Loire, 222, 224. 

lois, 35, 231, 234, 236, 244. 

lokan, 92. 

Lopo-dunum, 429. 

Lorraine, 42. 

loucetio-, 114. 

Loucelius, 114, 304, 306, 329. 

loudin, 97. 

Loughrea, 201. 

Loceniacus, 114. 

loverno-, 114. 



loups, 160, 202, 237. 

Lucterius, 237. 

Lucumon, 415. 

Ludovisi (villa), 46, 144, 149, 
168, 177, 286. 

Luernios, 114, 165, 215, 232, 360. 

Lug, 281, 324, 328. 

Lugaid, 148, 182. 

lug-dunum, 69, 

Lugnasad, 328. 

lugos, 74. 

Lugoves, 328. 

Lugu-balia, 327. 

Lugu-dunum, 112, 118, 132, 327, 
336, 427. 

Luguris, 100. 

Lugu-selva, 116. 

Lugu-oallum, 327. 

lune, 335, 339, 374-375. 

Lupo-dunum, 429. 

Lusitanie, 20. Voir : Portugal. 

Lutetia (Paris), 221. 

luttes, 164. 

Luxovius, 329. 

Luxterius, 96. 

Lycopodium selago, 339. 

lynx, 203. 

Lyon, 135, 344, 359. Voir: Lugu- 
dunum. 

lyres, 358, 361. Voir : chrotta. 

M 

Mabinogion, 4. 

Mac Dâthô, 165, 253. 

Macédoine, 42, 258, 390, 404, 
419. 

Macédoniens, 390. 

Mâcon, 365. 

Mael Duin, 370. 

Ma gain, 101. 

mages, 363, 367. 

Mageto-briga, 439. 

magiciens, 370. 

magie, 367, 370, 379. Voir : talis- 
man. 

Magilos, 227. 

magistrats, 230, 232, 244, 256. 

Magniacus, 304. 

-magos, 106, 114, 434. 

-magu-, 114. 

Magula, 114. 

magus (mage), 367. 



IKDEX GENERAL 



503 



Magu-rix, 114. 

Magusanus. 305. 

maillet, 322, 332, 337. 

maisons, 153-154, 158. Voir : 

huttes, cabanes, 
maladie, 300, 339, 348,362,367, 

383. 
Malaucène, 94, 101. 
malfaiteurs, 349. 
Manapii, 29. 
Manduhii, 155-156. 
Mandu-bilos, 109. 
Mandu-essedum, 70, 71. 
maniacês, 81. 
Manlius Torquatus, 270. 
mannequins, 348-349. 
mannus, 71. 
manteau, 170, 172. 
Maponus, 304, 307, 308, 314. 
marais, 155. 
niarca, 64, 67. 

Marcellus (Claudius), 271, 288. 
marchands, 155, 219, 220, 222, 

246, 413. Voir : commerce. 
marco-, 106, 114. 
Marco-durum, 114, 432, 452. 
Marco-magus, 106, 114, 437, 452. 
Marco-manni, 452. 
marcus, 74. 
warga." 71. 
margelles, 158. 
Margi-dunum, 429. 
mari, 180. 
mariage, 180-182, 183-185,-385, 

386. 
marine, 223. 
marne, 197. 
Marne, 43, 51, 143, 191, 214, 

280. 
-maro-, 106, 114. 
Maro-boduos, 114, 121. 
Maro-magus, 436. 
Mars (Ares), 300, 301, 304, 305, 

309, 310, 314, 324, 329, 341, 

346, 350, 365. 
Marsac, 99. 
Marseille (Ma.ssalia), 185, 215, 

216, 245, 341, 395, 406, 409, 

410, 416. 
marteaux, 207. 
Martiacus, 297. 
Martin (Henri), 389. 
mascauda, 72. 



Mastramélê, 405. 

mastruga, 80. 

matelas, 161. 

materis, 83, 278. 

mati-, 114. 

Mati-donnus, 112, 114. 

Matres, Matronae, 172, 305, 316. 

Matrona, 326. 

-matu-, 106, 115. 

Matu-caiuin, 119. 

Matu-genus, 106, 115, 120. 

Matunus, 314. 

Maurienne, 200. 

Mavilly, 307, 338. 

médecine, 367-369. 

Médie, 258. 

niedio-, 115. 

Medio-cantus, 105. 

Mediolanium, Medio-lanum, 82, 
115, 132, 409, 443. 

Medio-matrici, 115. 

Medio-nemeium, 434. 

Medo-briga, 440. 

Medocius, 304. 

Medru, 326. 

Medsillus, 96. 

medu-, 115. 

Medu-briga, 115, 440. 

Medu-genus, 115. 

Meduli, 31, 34, 115. 

mégalithiques (monuments), 220, 
330, 343, 386-387. 

Meldi, 34. 

Melpum, 414. 

Melun. Voir : Metlodunum. 

Memini, 193. 

Menapii, 29, 198, 199, 245. 

menhirs, 343. Voir : mégali- 
thiques. 

inenta, 72. 

mer, 258, 385, 399, 420, 452. 
Voir : navigation, mori-, rêno-, 
inondation. 

mercenaires, 149, 257-259, 397, 
404. 

Mercure, 297, 299, 301, 304, 306, 
309, 310. 314, 319, 324, 325, 
329, 341, 343, 344, 345, 451. 

Mercuriacus, 297. 

Mere-briga, 440. 

Mères. Voir : Matres. 

meriseimorion, 11. 

Mero-brica, 439. 



504 



INDEX GENERAL 



Mersey, 308. 

*mesga-, 124. 

Mésiè, 390. 

mesures d'étendue, 89, 193. Voir : 

candetinn, arepennis, leuga. 
métamorphose, 383. 
mélempsychose, 353. 
métiers, 300. 
Metlo-duniwi, Metlo-sedum (Me- 

lun), 221, 224, 428. 
métrologie, 195. 
Metz, 384. 
meubles, 160. 
meule, 161, 327. 
meurtre, 254, 302, 340, 380. 
inid, 97. 
Mider, 326. 
miel, 164. 
migrations, 28, 241, 408, 415, 

417, 418, 419, 457-463. 
Mile, 3. 
Milet, 13, 240. 

millet, 162, 196, 198. Voir : panic. 
Minerve, 300, 301, 305, 309, 346. 

Voir : Athénâ. 
mines, 206,208, 274. 
Minno-dunum, 429. 
Miro-briga, 439. 
Misène, 361. 
mobilité, 145. 
Moccus, 304, 307. 
Moelan, 206. 
Moeni-captus, 110, 119. 
Mogetilla, 307. 
Mogetius, 304. 
Mogienius, 227. 
Mogoiis, 307, 314. 
Mogontia, 316, 327. 
Mogontiacus, 327, 445. 
Mogounus, 304, 307. 
moissonneuse, 198. 
mollesse, 141. 
l\Ioltinus, 315. 
Mona (Anglesey), 341, 346. 
monarchie, 227-230. 
monastères, 386. 
monnaies gauloises, 42, 43, 49- 

50, 100, 148, 174, 177, 215- 

219, 269, 276, 285, 287, 291, 

292, 293, 296, 313, 324^ 337, 

3'38, 425. 
monnaies romaines, 43, 48, 267, 

276, 289, 292. 



Mont-Beuvray, 43, 157, 212. 

Mont-Ghâtel, 44. 

Montdragon, 46, 168, 169, 174, 

285, 286. 
Monto-briga, 440. 
monuments figurés, 44, 317. 
morale, 373. 
Moravie, 421. 
morceau (meilleur), 164. 
Morganwg (lolo), 388. 
mori-, 106, 115. 
morici, 68. 

Mori-dunum, 106, 115, 428. 
Mori-marusam, 115. 
Morins (Morini), 133, 194, 198, 

201, 229, 244. 
Mori-tnsgus, 115, 228, 234. 
morphologie, 130-131. 
Morrigu, 321. 
mors, 41, 266. 
mort (peine de), 228, 255. 
morts (âmes des), 150, 260. 
Moso-magus, 118. 
mousse de bière, 178. 
moutons, 165, 167, 200. 
Moytura, 281. 
*muc-, 124. 
muge, 205. 
mules, 201. 
Mullo, 304. 
multitude, 231, 235, 236, 408, 

424. Voir : peuple, 
murailles, 156-157, 273, 274. 
Murcens, 44, 156, 157, 161, 273. 
musique, 90. 
murmillo, 85. 
myrtille, 195. 
Myrina, 48. 
Mysie, 45. 

N 

Nabelcus, 304. 

naissance, 186, 189. 

Naissatis, 304. 

Namu, 93. 

Namnetes, 34. 

Nannos, 185. 

Nanterre, 189. 

Nantiacus, 445. 

nanlo-, 65. 

Nantoni-cnos, 100. 

Nanto-suelta, 322, 324, 329. 



I 



INDEX GENERAL 



505 



-nantu-, 115. 

Nantuates, 115. 

Narbôn, 395, 402, 403. 

Narbonnaise, 14, 93, 167, 195. 

Narbonne, 245, 395. 

nard, 178. 

note, 80. 

nausum, 86. 

Nautae Parisiaci, 47, 171, 286. 

navigation, 89. 

navires, 223-224. Voir : picatus, 
pontones, nausum, cuniba, ra- 
deaux. 

Necht, 325. 

néfastes (jours), 375, 377. 

Nemausus, 132, 315. 

Nemed, 3. 

Nemetacum, 119, 445. 

Nemetes, 452. 

Nemetiales, 316. 

nemeto-, 106, 115. 

Nemeto-briga, 106, 115, 434, 439. 

Nemeto- cenna, 119. 

Nemeto-durum, 432, 434. 

Nemeto- gêna, 115. 

nemeton, 81, 93, 452. 

Nemetona, 115, 329. 

Nemeto-tacium, 434. 

Nemon, 329. 

néo-druidisme, 388. 

Nerco-brica, 439. 

Nerio-magienses, 436. 

Néris-les-Bains, 100. 

Nerius, 315. 

Nertacus, 121. 

-nerto-, 115. 

Nerto-briga, 115, 439. 

Nerto-marus, 115, 121, 448. 

Nertus, 121. 

Nervii, 17, 95, 156, 163, 199, 207, 
233, 234, 239, 243, 261, 406. 

Net, 322. 

neuf, 383. 

Neufchâtel, 42. 

Nevers, 99. 

Nevio-dunum, 428. 

Nicomède, 258. 

Nîmes, 93, 94. 

nimidac, 81. 

Nitio-briges, 105, 110. 

Nitio-broges, 115, 228. 

Nitio-genna, 115, 121. 

nobles, 177. 



noblesse, 232, 235. 

nocher. Voir : passeur. 

Nodons, 315. 

Noé, 137. 

nœud, 172. 

Noïse, 370. 

Noie, 410. 

nombres, 367. 

nombril, 170. 

noms communs celtiques, 62-88, 

122-124 ; noms propres, 28-34, 

103-121, 426-449, 453-454. 
Nord (mer du), 221. 
nord-étrusque (alphabet), 91. 
Noreia (Dea), 316. 
Noreia (Neumarkt), 406, 459. 
Norique, 40, 22, 448, 450, 459, 

461, 463. 
Normandie, 283. 
nourrices, 186. 
nourriture, 160-166, 202. Voir : 

sasia, brace, omasûm, taxea, 

embrecton, tuceta. 
Novare, 921, 246. 
Noviacus, 119, 445. 
novio-, 115. 
Novio-dunum, 43, 115, 119, 220, 

224, 273, 428. 
Novio-magus, 115, 435. 
Nuadu, 315. 
Nudd, 315. 

nudité, 166, 172, 178, 347. 
nuit, 303, 375. 
Numance, 403. 
Numides, 375. 
nyctalopes, 375. 
Nyrax, 341. 



obligations magiques, 370. 

-obno-, 18. 

Océan, 209, 245, 301, 400, 403, 

414, 418, 419, 456. 
Ocelus, 304, 309. 
Ocli-cnos, 100. 
octo-, 115. 

Octo-durus, Octo-durum, 115, 432, 
Octo-gesa, 115. 
odocos, 78. 
Odyssée, 23. 

Œstrymnides (îles), 8, 396-397. 
Oestrymnis, 8. 



506 



INDEX GENERAL 



œuf de serpent, 367. 

offrandes, 297, 346. 

ogham, 312, 379. 

Ogmé, 312. 

Ogmios, 311-313. 

ogron, 98. 

oies, 200, 336. 

oignons, 194. 

oiseaux, 203, 218, 278, 324, 335, 
347, 362, 366, 416. Voir : 
alauda, becco, gulbia, lugos, 
oie, poule, corbeau, grue. 

Oisin (Ossian), 3. 

olca, 83. 

oligarchie, 230. 

*ollo-, 116. 

Olloudius, 304. 

Ollo-tolae, 316. 

Olornna, 454. 

Oltis, 454. 

omasum, 70. 

ombrien, 79. 

Ombriens, 25-26, 409. 

-omno-, 115. 

onno, 80. 

Onomaris, 182. 

onomastique. Voir : noms. 

Oppiani-cnos, 99. 

oppida, 43-44, 155-157, 193, 217, 
272-274. 425. 

or, 147, 168, 172, 173, 175, 205- 
206, 208, 215, 216, 288, 327, 
332, 340, 346, 348, 360. 

oracles, 335. 

Orange (arc d'), 47, 100, 147, 
166, 201, 286, 289, 292. 

oreilles, 255. 

orge, 162, 163, 194. 

Orgetia, 116. 

' orgeto- , 116. 

Orseto-rix, 116, 121, 182, 228, 
230, 232, 237, 255. 

Orgon, 94. 

orgueil, 149. 

orme, 199. 

ornements, 41, 173, 209. 

Ortiagon, 183. 

Oscara, 454. 

osier, 154, 155, 223, 224, 285, 
348. 

Osismi, 244, 383. 

osque, 53, 66. 

ossements, 190. 



Ossian (Oisin), 3. 

otages, 245. 

oualidia, 76. 

ours, 115, 119, 120, 325, 338. 

Voir : arto-,matu-. 
Ouniorix, 315. 
outils, 41. 42, 89, 207. Voir : gul- 

hia, hache, taratrum. 
ovates, 362. 



padi, 73. 

Paemani, 17. 

Paetus, 46. 

pagi, 233, 246. 

paille, 154. 

pain, 161, 205, 339, 348. 

paix, 359, 382. 

Palatinat, 189, 421. 

panais, 194. 

panégyriques, 360. 

panic,''l94, 196, 198. 

Pannonie, Pannoniens, 33, 417, 

448, 450, 459. 
pantalon, 166-167. 
Paphlagonie, 32, 134. 
paraveredus. 87. 
parèdres, 322, 329. 
parfum, 178. 
*pario, 124. 
Paris, 310, 317-318, 321, 323, 

339. 
Paris, 137. 
Parisii, 29, 34, 156. Voir : nau- 

tae. 
part du plus brave, 165, 253. 
Partholon, 3. 
parure, 40, 173, 191, 206. 
passernices, 74, 198. 
passeurs des morts, 353. 
passion, 145. 
pastel, 178, 195. 
palère, 322, 325. 
Patrice (saint), 371, 379, 386. 
patriotisme, 251. 
Pauillac, 206. 
Pausanias, 400. 
Pavs-Bas. 295. 432. 
péages, 232, 246. 
peaux, 160, 222, 223, 285. Voir : 

cuir, 
pêche, 204, 207. 



I^'DEX GENERAL 



507 



pédérastie, 145. 

Iii'igne, 44, 198. 

iirinture, 211, 264, 285. 

i" inpe-dula, 65, 125. 

iH'nalités, 254-256. 

[ifiidaison, 310. 

]i'^ndants d'oreille, 176. 

lendeloques, 176, 191, 208. 

penno-, 116. 

Penno-cruciutn, 351. 

Penno-lucos, 116. 

Penno-i'indos, 116, 118. 

Pennus, 116. 

Péonie, 419. 

peperacium, 77. 

Peponilla, 74. 

pères, 188, 256. 

perfidie, 145. 

Pergame, 45, 46, 48, 268, 290, 

404, 417. 
perles, 175, 208, 222. 
Persée, 151. 

Perses, 167, 286, 356, 366. 
Pescennius Niger, 347. 
Pessinunte, 336. 
Peto-briga, 441. 
petor-, 126, 128.' 
petor-ritum, 66, 210, 223. 
petrinos, 75, 279. 
petronii, 201. 
petru-, 116. 
Pet ru-cor a, 34, 111, 116, 120, 

329. 
petrudecameto, 102. , 

Petta, 185. 
Petuaria, 66. 
peuples, 28. 35, 242-246. 
peupliers, 418. 
Phaéthon, 420. 
Pharnace, 265.' 
philhellènes. 23, 399. 
Philippe II, 42, 216, 690. 
Philippe V, 258. 
Phintias, 216. 
Phocéens, 185, 216. 
phonétique celtique, 125-129. 
physiologie, 373. 
picatus, 78. 
Pictavi, 34. 
Pietés, 18, 19. 
Pictet. 389. 

Pictones, 156, 197, 223. 
pierres (culte des), 343. 



pierres à aiguiser, 198. 

piété, 334. 

pieux, 155. 

pilentum, 84. 

piques, 279. 

pirogue, 224. 

planes, 207. 

plantes, 63, 65, 67, 68, 71, 72, 

73, 74, 75, 76, 77, 78, 84, 87, 

88, 340. Voir : céréales, arbres, 
plastique, 213. 
plats, 160, 211. 
plaiimorati, 75. 
plèbe, 237, 392, 454. 
Pleumoxii, 244, 
pleurer les morts, 189. 
plomb, 8, 207, 218, 292, 332. 
plombagine, 211. 
ploxenutn, 85. 
Pô (Eridan), 221, 224, 227, 271, 

327, 395, 396, 398, 402, 409, 

410, 418. 
poèmes, 359. 
Poeninus, 305, 309. 
poignards, 214, 279, 285. Voir : 

coutelas, 
poinçons, 207. 
poison, 199, 203, 339, 398. 

Voir : antidote, 
poissons, 89, 162, 204. Voir : 

alausn, tinca, esox. 
Poitiers, 101. 
poix, 274. 
Pollux, 305, 318. 
polyandrie, 181. 
Polybe, 5. 
polygamie, 180. 
pommes, 65, 194, 199, 355. 
Pommiers, 43. 
pompedulon, 65. 
Pompéi, 48, 166, 292. 
ponem, 72. 
pontones, 82. 
ponts, 221. 
population, 241, 408, 415, 417, 

418. 
porc, 161, 165, 191, 200, 336, 

337, 340. 
portes, 150. Voir : doro, ysarno- 

d.ori. 
porte-boucliers, 164, 238, 413. 
portrait physique,141-144 ; moral 

144-151 ; intellectuel, 151-152, 



508 



INDEX GENERAL 



Portugal (Lusitanie), 396, 440. 
Poseidônios, 6, 147. 
Postumius, 147, 314, 348. 
poterie, 44,100, 211-213. Voir ; 

vases, céramique, 
potin, 218. 
poule', 336. 
pourpre, 171. 
poutres, 156, 273. 
Prasufa<,nis, 182. 
pratiques superstitieuses, 340. 
prédictions, 362, 367, 383, 384. 
prés, 198. 

présages, 335, 350, 362, 367, 408. 
prêtres, 340, 365, 382. Voir : 

druidae, gutuater. 
prêtresses, 184, 383-385. 
prêts, 352. 
Prettani, 18. 
prières, 297, 340, 346. 
princes (principes), 229, 231-232, 

234, 235,246, 251, 259. 
principat, 231-232,245. 
prinni, 98. 

prisonniers, 46, 147, 349. 
procédure, 255. 
procès, 252, 367, 380-381. 
prophètes, 362, 370, 383, 385. 

Voir : devins, 
propriété, 247-249. 
Prôtis, 185. 
Prusias, 404. 
Prydain, 18. 
Ptolémée 11, Pliiladelphe, 258, 

400. 
Ptolémée II, 401. 
Ptolémée Keraunos, 404. 
puissance paternelle, 187, 256. 
Pyrène, 396. 
Pvrénées, 206, 216, 245, 395, 396, 

398, 402, 403, 414, 415, 417, 

418, 424. 
Pyrrhus, 189, 257. 
Pvthagore, 352, 353,367, 377,378, 

391. 
Pythéas, 5, 399, 403. 

Q 

Quades, 33. 

qualités. Voir : portrait, 
querelles, 149. 

question, 180, 255. Voir : sup- 
plices. 



B 



race (idée de), 30, 468. 

racines, 162. 

radeaux, 224, 286, 409. 

railleries, 272. 

rançon, 183, 240. 

-randa, 444. 

Randosatis, 304, 309. 

rasoirs, 177. 

Ratamatus, 315. 

rat, 337. 

■rate, 86, 104, 109, 119. 

rath, 159. 

ratin, 98, 100. 

ratis, 65. 

Ratis-bona, 442. 

Ralu-inagus, 436. 

Rauraci, Raurici, 156, 242. 

raves, 194. 

rayures, 171. 

reconnaissance (signes de), 293. 

rectu-, 116. 

Reclu-genus, 116, 121. 

rêda, 63, 223. 

-redo-, 116. 

Redones, 34, 116, 244. 

Regadonurn, 428. 

Reims (autel de), 318, 323, 

337. 
relief, 213. 
religiosité, 145, 334. 
religion, 90, 294-356. 
remèdes, 339, 340, 367, 368. 
Rémi, 17, 34, 156, 174, 193, 208, 

212, 232, 233, 245, 250, 251, 

259, 261. 
renard, 203, 204, 338. 
renne, 65. 

rêno-, 116, 326. Voir : Rhin. 
reno, 63, 173. 
Renos, 116. 

repas, 160-166, 253, 339. 
repoussé, 211. 
retranchements, 155, 273. 
rêves. Voir : songes. 
Rextu-genos, 100. Voir : Reclii- 

genus. 
Rhégium, 411, 413. 
Rhétie, 30, 95, 197, 448, 463. 
Rhin, 185, 206, 218, 221, 245, 

283, 317, 326, 378, 415, 418, 

461. Voir : Renos. 



INDEX GENERAL 



509 



Rhipées (monts), 22, 415, 417. 

Rhoda, 216. 

Rhodanus, Rhotanus, Rhône, 
221, 222, 224, 227, 283, 395, 
397,401,402,454. 

rie-, rix, 106, 116. 

*rico-, 124. 

Riga, 304. 

Rigi-samus, 304, 30G, 308. 

-rigo-, 106, 116. 

Rigo-dulum, 116, 432. 

Rigo-dunum, 428. 

Rigo-durum, 431, 432. 

Rigo-magus, 106, 114, 435. 

Rigo-marus, 121. 

Rigo-ver-iugos, 114. 

Rimini, 177, 401. 

-ritu-, 106, 116, 127. 

Ritukalos, 93. 

Ritu-magus, 106, 116, 436, 442. 

rivure, 211. 

ro-, 107, 116. 

Robur, 339. 

* rocca-, 124. 

Rodanus, 79, 395. Voir: Rhoda- 
nus. 
rodarum, 75. 368. 
rois, 164, 165, 227-229, 381, 408. 
Romains, 10, 407, 408, 410, 417, 

463. 
romans gallois, 4, 382. 
Rome, 22, 161, 200, 398, 411, 

415, 416. 
roseaux, 158, 165, 224. 
Rosmerta, 107, 116, 307, 316, 329. 
roto-, 116. 
Ro-talus, 107. 
Roto-magus, 116, 132. 
Roudius, 116, 128. 
-roudo-. 116. 

roues, 266, 291, 320, 323, 370. 
rouelles, 209, 332. 
Rouergue, 33. 
routes, 221, 300, 302. 
roux, 141-143. 
royauté, 227-229. 
Rudianus, 304, 314, 339. 
rufius, 67. 
rumpotinus, 84. 
runes, 96. 
*rusca, 124. 
Ruteni, 33, 141, 194, 206, 406. 



S 



S. Voir : signes. 

Sabinus (Julius), 184. 

Sabinus (Titurius), 280. 

sabre, 269, 281. Voir : épée. 

sacrifices, 203, 240, 245, 310, 
339, 346-351, 362, 366, 371, 
380. Voir : nimidas. 

Sacro-vir, 118. 

Saefes, 8. 

Saegon, 305. 

Sagonte, 403. 

sagus, 70. 

saie, 167,200, 340, 367. Voir : sa- 
gus. 

Saignon, 94. 

Saint-Côme, 94. 

Saintes, 170, 319. 

Saint-Germain (musée de), 344. 

Saint-Remy, 47, 94, 289. 

Saint-Saturnin d'Apt, 94. 

saisie, 253. 

salaisons, 161, 200, 219. Voir : 

taxea, tuceta. 
Salassi, 197, 205, 405. 
Salioncanos, 73. 
saliunca, 73. 

Sailuvii, 409. Voir : Salyi. 
Salo-duruni, 432. 
Salyi, 151, 360. 
Samaro-briva, 79, 438. 
samolus, 75, 340. 
samon, 98. 
Samo-rix, 306. 
Samothrace, 347. 
sang, 148, 351, 362. 
sanglier, 191, 291, 319, 337, 338. 
sanskrit, 103, 125-129, 311. 
Santones, 34, 223, 230. 
Saône, 222, 224, 368. 
sapana, 76. 
sapin, 199. 
sapo, 71. 
Sara, 454. 
Sardaigne, 405. 
Sardes, 183. 
Sarmates, 33, 36. 
Saronides, 364. 

Sarrebourg (autel de), 321, 337. 
sasia, 63. 
satires, 360. 
Saturne, 301, 354. 



510 



INDEX GENERAL 



saule, 199. 

sauterelles, 346. 

Savara, 454. 

Save, 33, 416. 

savon, 71, 178. 

Sazeirat, 99. 

Scandinavie, 422, 423. 

scies, 207. 

Scilly (îles), 20. 

Scingo-niagus, 436. 

Scipion l'Africain, 219, 253. 

Scipion Emilien, 271. 

scobicn, 65 . 

scordisca, 201. 

Scordisques (Scordisci), 33, 147, 

150, 201, 350, 416, 417, 459. 
Scots, 19. 

scrupules religieux, 334. 
scubulum, 77. 

sculpture gréco-romaine, 44. 
Scythes, 167, 399, 415. 
Scythie, 3, 23. 
seaux, 211. 
Seben-dunum, 430. 
Sedum telephium, 339. 

Sedulius, 259. 

Seduni, 34. 

Segeta, 316. 

Segni, 17. 
se go-, 117. 

Sego-bodiuin, 105. 

Sego-briga, 116, 440. 

Segobrigii, 185. 

Sego-dunum, 116, 247, 456. 

Sego-marus, 93, 99, 116, 121, 306, 
449. 

Segomo, 304, 306, 308, 314. 

Segomonas, 306. 

Scgontiacus, 445. 

Ségource (La), 44. 

Segovax, 229. 

Sego-vellauni, 116. 

Segusiavi, 201, 243. 

Segusii, 201. 

Sein (île de), 383. 

Seine, 222, 224. 

sel, 161, 162. Voir : salaisons. 

Selago, 339, 348. 

Séleucus, 318. 

-selva-, 116. 

Sémitique, 72. Voir : hébreu. 

Semnons, 451. 

Semnothées, 363. 



Senacus, 121. 

sénats, 233-234, 236, 237. Voir : 

assemblée. 
Sen-dun, 429. 
Senlis, 33. 
-seno-, 107, 117. 
Seno-bena, 121. 
Seno-carus, 107. 
Seno-condos, 117. 
Seno-donna, 112. 
Seno-gnatus, 117. 
Seno-magus, 117, 436. 
Senones, 30, 34, 141, 156, 228, 

233, 236, 239, 244, 255. 
Senones (de Cisalpine), 402, 409, 

414, 418. 
Seno-rix, 117, 121. 
Senos, 121. 
Seno-viros, 118, 121. 
Sentinum, 262. 

sépultures, 38, 39, 190. Voir : 
inhumation. 

Sequana, 326, 454. 

Sequani, 156, 161, 170, 193, 198, 
229, 240,245,250,259. 

Séraucourt, 101. 

Serbie, 429. 

serment, 245, 252, 297. 

serpe, 207, 340. 

serpent, 218, 291, 318, 324, 337, 
367, 387. Voir : dragon. 

service militaire, 252, 260. 

serviteurs, 164, 165, 240, 262. 
Voir : magu-, esclaves, vasso-. 

Servius Tullius, 38. 

*sesca-, 124. 

Setanta, 324, 325. 

Siannus, 304, 308, 314. 

Sicile, 216, 258. 

siège des places fortes, 274. 

sièges, 160, 272. 

signes en S, 212, 284, 288, 332. 

Sigo-i'esus, 118, 197, 408. 

Sigynnes, 424. 

Siligo» 193. 

Silures, 20, 143, 217. 

Silure (île), 362. 

Silvain, 305, 309, 323. 

Sihanecles, 33. 

Simos, 185. 

simplicité, 152. 
Sinatis, 304, 306. 
Sinalos, 184. 



INDEX GENERAL 



511 



Singi-dunum, 429. 

Sino-rix, 184, 306. 

Sinquatis, 305. 

Sirona, 96, 326, 329. 

Sito-magus, 436. 

situles. Voir : seaux. 

slave, 126. 

-slogo-, 117. 

Smertatius, 305. 

Smertorix, 329. 

Smertu-litanus, 114, 307. 

Smertullos, 318. 

*socco-, 124. 

socs, 207. 

société, 89. 

Soio, 316. 

Soissons, 43. 

solde, 259. 

soldurii, 238. 

soleil, 308, 332, 420. 

Solimariacus, 445. 

Somme-Bionne, Somme-Tourbe, 

43. 
SoU-marus, 449. 
songes, 334, 371. 
sonno-cingos, 97. 
sorciers, 367. 
Sorlingues, 20. 
sorts, 340, 370. 
Sorvio-dunum, 429. 
Sorvio-durum, 432. 
sosin, 99. 
sosio, 101. 
Sosto-magus, 436. 
Sotiates, 238. 
.sources, 326, 371. 
Spartiates, 257. 
s parus, 83. 
spirale, 221. 
squelettes, 143. 191. 
Stanna, 329. 
statères, 216. 
statues, 44, 160,^343-344. 
stolutegon, 75. 
Stonehenge, 386. 
Stradonitz, 43, 423. 
Styrie, 361, 421, 459. 
su-, 107, 117, 128. 
Su-agrios, 108. 
Su-anetes, 117. 
subites, 77. 
|f Su-carius, 117. 
Su-carus, 107, 322. 



SuceUos, 322, 329. 

Suessiones, 34, 156, 229, 232, 

251, 260, 322. 
Suetonius Paulinus, 341. 
Suèves, 36, 142, 451. 
suicide, 148, 352. 
suif, 274. 

Suisse, 283, 401, 432, 437. 
Sulevia, 305. 
Sulis, 305, 308, 314. 
Sumina, 454. 
Sunuxsalis, 316. 
supplices, 180, 255. Voir : ta- 

ringa, gabalus, tau. 
sureau, 199. 

surnoms des dieux, 304-308. 
svastika, 331, 332. 
symboles, 232. 
Syracuse, 216. 
Syrie, 258, 448. 



tables, 160. 

tabou, 188, 336, 370. 

tactique, 268-274. 

taille, 141-143. 

Tala-briga, 440. 

Taliessin, 389. 

talisman, 209, 336, 367, 369. 

Voir : amulettes. 
-talo-, 107, 117. 
Tamise. 335. 
Tanaïs ;Don), 403. 
Tanarus, 305. 
tannare, 87. 
Tanotali-knoi, 92. 
Tanotalos, 92. 
Taranis, 308, 310. 
Taranous, 94, 317. 
Taranucnos, 308, 310, 315. 
Taranucus, 305. 
taratrum, 82. 
Tarbeisonios, 98. 
tarbêlodathion, 76. 
taringa, 83. 
Tarn, 424. 
Taro-dunum, 428. 
Tarquin l'Ancien. 408, 409. 
Tartessii (Tarlesse), 397, 405. 
Tarv-essedum, 70. 
tan'os, 117, 130. 
Tarvos Trigaranus, 117, 317, 321. 



512 



INDEX GENERAL 



tascos, 77. 
Tasgetius, 228. 
Tasi-nemetum, 434. 
tatouages, 178, 179. 
tau, 80, 232. 

taureau, 165, 317, 318, 319, 320, 
321, 326, 330, 338, 371. Voir : 
tarvos. 
Taurini, 32, 63, 411, 412. 
Taurisci, 32, 302, 405, 412, 459. 
Tauriscus, 302. 
Tauro-dunum, 428. 
tauruc, 77. 
Tavium, 342. 
taxea, 73. 
taxi-, 117. 

Taxi-magulus, 117, 229. 
Tectosages, 29, 133, 151, 346, 

362, 404, 407,417, 461. 
teinture, 171, 240. 
Telamon, 263. 
Telo, 329. 
temples, 160, 342-346, 349, 385. 

Voir : vernemetis, nemeto-. 
Temusio, 316. 

Tène (La), 41, 42, 51, 143, 161, 
168, 169, 174, 175, 176, 177, 
190, 201, 206, 207, 209, 210, 
212, 221, 266, 267, 276, 277, 
280, 283, 284, 287, 290, 422, 
423, 424, 425, 450. 
Teno-brica, 441. 
terrains. 90. 
Terre-Mère, 319. 
Tessin 409. 
tête coupée, 147, 181, 183, 241, 

275, 332. 
tétrarque, 340. 
Teutalus, 121. 
Teutates, 117, 310. 
teuto-, 117. 
Teuto-bodiaci, 117. 
Teuto-boduos, 105. 
Teuto-malius, 228. 
Teuto-matus, 115, 117, 121. 
teutona, 85. 
Teutons, 25, 27. 
Thara, 454. 
Thermopyles, 419. 
Thessalie, 419. 
theximon, 77. 
Thiaucourt, 101. 
Thibet, 386. 



thon, 205. 

thôna, 77. 

Thor, 277. 

Thrace, Thraces, 3, 33, 291, 404, 
415, 416, 417, 419, 449, 459, 
462. 

thrace, 438. 

Thule, 5, 265. 

Thunar, 305. 

Tibère, 369. 

Tiefenau (La), 288. 

Tigurinus pagus, 246. 

tinca, 87, 205. 

tisserands, 44. 

Titans, 401. 

titre des monnaies, 218. 

Titti, 403. 

titumen, 76. 

Todi, 91. 

togi-, 117. 

T agios, 117. 

Togi-rix, 117. • 

Togi-sonus, 117. 

toilette, 89, 175. 

toit, 154, 158. 

Tolistobogii, 183, 404. 

tolutegon, 75, 279. 

tombelles, 39. Voir : inhumation, 
tumulus. 

Tongo-briga, 440. 
tonneaux, 165. Voir : barils, 
tonnerre, 335. Voir : Taranis. 
torches, 385. 
torques. Voir : colliers, 
torsades, 172, 174. 
tortue, 270, 274. 
Totati-genus, 113, 117. 
totem, 120, 337. 
Toulouse, 327, 346, 362. 
tour à droite, 347. 
tours, 273. 

Toutalis, 117, 305, 306, 310. 
Toutio-rix, 117, 304, 308. 
toutious, 92, 93. 
Toutissi-cnos, 99. 
Touto-bocios, 452. 
Toygenus pagus, 246. 
traités, 245. 
Trajane (colonne), 292. 
tranchets, 207. 

Transalpine, Transalpins, 16, 147, 
152, 196, 198, 250, 351, 367, 
402. 



i 



INDEX GENERAL 



513 



transports, 219-220. 

traversée de la Gaule, 222. 

trèfle, 368. 

treicle, treide, 69. 

tremblements de terre, 352. 

trésors, 327, 346. 

Treveri (Trévires), 17, 34, 135, 

244, 255, 259, 261. 
Trêves, 134, 320, 339. 
tri-, 117, 126. 
triades, 317, 329, 374. 
Triballes, 459. 
Tri-boci, 117, 452. 
tribus (phylai), 246, 406. 
tributs, 246, 249. 
Tri-casses, 34, 103, 117, 132, 

452. 
Tri-cassini, 117. 
Tricastini, 409. 
tricéphales, 323, 329, 337. 
tricontii, 102, 107. 
Tricoria, 328. 
Tri-corii, 111, 120. 
Tricorius pagus, 343. 
.tridents, 207. 
tri- garanus , 117. 
tri-marcisia, 67, 262. 
tri-nanto, 65. 
Trinovantes, 452. 
tripetias, 135. 
triscèle, 284. 
Tritullus, 305. 
Tri-ulatti, 117. 
Troade, 32, 404. 
Trociacus, 445. 
Trocmi, 133, 404. 
trogo-, 117. 
Trogos, 117. 
Trogue Pompée, 6. 
trois. Voir : triades, 
trompe, 161. 
trompette, 292. Voir : carnon, 

carnyx. 
trophées, 47. 
Trosly-Loire, 267. 
troupeaux, 154, 161, 194, 199, 

247, 248, 414. Voir : bestiaux, 
trousses de toilette, 475. 
trygeranos, 318. 
Tuatha De Danann, 3, 312, 320. 
tuceta, 79. 
Tulingi, 242. 
tumulus, 15, 190, 191, 192. 



tunique, 169, 172. 

tunna, 82. 

Tunto-briga, 440. 

Turdetani, 403. 

Turnacus, 119. 

Turno-durum, 119, 432. 

Turno-magus, 437. 

Turo-briga, 440. 

Turones, 34. 

Tusci (Etrusques), 409. Voir : 

Tyrrhènes. 
Twrch Trwyth, 337. 
Tylé, 404. 
Tyrrhènes (Etrusques), 398, 402, 

410, 413, 460. 



Ubii, 220. 

Ueuetis, 99, 315, 317. 

Ulster (Ulaid), 3, 41, 148, 253 

268, 272, 278, 281, 321, 383. 
umbo, 191, 287. 
Unelli, 244. 
unité de langue,|28. 
Ura, 326. 
ura, 76. i*,; 

Uriacus, 445. '^■•^ * ' 
urine, 178. g^ f'\ 
urnes, 212. ^' p 
Urnia, 326. 'tij.wfi 
Uro-brocae, 316.f7i 
Uro-geno-nertus, 120. 
Uro-magus, 73, 119, 437. 
urus, 73, 160, 203. 
usubim, 76. 
uto-cetuni, 111. 
Uxellimus, 305, 308. 
uxello-, 117. 

Uxello-dunuin, 237, 273, 427. 
Uxellos, 117, 315. 
Uxi-aama, 117. 



Vaccaei, 247, 403. 

Vachères, 288. 

vaches, 200. 

Vago-ritum, 442. 

Vaison, 93, 304. 

vaisselle, 44, 160. Voir : vases< 

Vala-brica, 441. 

valaemon, 53. 



G. DoTTiN. Manuel de l'antiquité celtique. 



3S 



514 



INDEX GENERAL 



Valerius Corvus, 271. 
vanité, 149, 152, 272. 
Vardii, 398. 

vases, 40-41, 89, 159, 160, 190, 
191, 211-214, 222, 348. Voir : 
hascauda. 
vassaux, 239. 
Vasso, 117. 
-vasso-, 107, 117. 
Vasso-caletis, 110, 304, 307. 
Vasso-rix, 107, 117. 
vates, 85, 362. 
Vaupoisson, 345. 
vautours, 189. 
Vebrumarus, 94. 
Vecti-marus, 117. 
Vecti-rix, 93. 
Védas, 356. 
végétaux, 88. 
Véies, 414. i 
vêla, 75. 

Velatu-durum, 432 
Velay, 33. 

Veliocasses, 31, 110, 294. 
vellauno-, 107. 
Vellauno-dunum, 107, 112. 
Vellaunus, 304, 307. 
VeUavi, 33, 243. 
Velléda, 383. 

Venaxamo-durum, 432. 
Vendœuvres, 319. 
Venedi, 36. 

Veneti (Venètes), 32, 34, 35, 156, 
193, 220, 222, 223, 233, 234, 
244, 247, 272, 398, 402. 
Vénètes d'Italie, 32, 459. 

V enetoni-magus , 437. 
Venise, 169, 177, 286. 

Vepo-talus, 117. 

ver-, 107, 117. 

Ver-agri, 104, 108, 117, 280. 
Verbigenus (pagus), 246. 

Ver-cassi-vellaunus, 107, 110, 118, 
260. 

Ver-cingeto-rix, 49, 107, 111, 
121, 216, 229, 235, 238, 245, 
250, 255, 260, 347. 

Ver-cobius,lil. 

Ver-com-bogius, 111. 

Ver-condari-dubnus, 118. 

veredus, 87, 116. 

vergo-bretus, 66, 126, 230, 234. 

Ver-iugus, 114. 



Ver-iugo-dumnus, 114, 117. 

Ver-lucio, 118. 

verna, 67. 

ver-nemetis, 68, 81, 115. 

Ver-nemetum, 68, 434. 

vernetus, 67. 

Verniacus, 445. 

*verno-, 107, 118, 124. 

Verno-dubrum, 106, 112, 118, 132 
453. 

Verno-sole, 107, 118. 

Vero-dumna, 112. 

Vérone, 93, 409. 

Verotutis, 304, 307. 

verre, verroterie, 156, 163, 175, 
191, 210, 368. 

vers, 372. 

Vertacomacori, 34, 246. 

Vertault, 44. 

Vertisco, 239. 

ver-tragi, 67, 201. 

verveine, 340, 368. 

Vesontio. Voir : Besançon. >. 

Vesta, 307. 

-vesu-, 107, 118. 

Vesunna, 326. 

vêtement, 35, 89, 166-172, 340, 
386. Voir : reno, sagus, braca, 
laena, linna, cucullus, bardocu- 
cullus, caracalla, gunna. 

Vettones, 71. 

veltonica, 71, 368. 

viande, 160-162, 164, 165. 

vici, 153, 156. 

Vicinnus, 453. 

Vicinonia, 453. 

victimes. Voir : sacrifices. 

Victoire, 78, 292, 313, 315. 

vidu-, 118, 127. 

Vidubia, 453. 

vidubium, 82. 

Vidu-casses, 31, 34, 118, 132. 

Viducus, 118. 

vieillards, 259. 

Vienne, 156, 361. 

vieux haut-allemand, 103, 127, 
450. 

Vieux-Poitiers, 98. 
vieux-prussien, 63. 
vigentiana, 76. 
vigne, 194. 
vignêta, 76. 
Vignory, 324. 



I 



INDEX GENERAL 



515 



villages, 153, 156. 

ville engloutie, 335. 

villes, 154. 

Vimina, 454. 

vin, 150, 163, 165, 185, 220, 

240, 339,348,410, 415. Voir: 

vigne, 
vinaigre, 162. 
Vinda, 118. 
Vindalium, 276. 
Vindélicie, 143, 448, 459, 463. 
Vindiacus, 445. 
vindo-, 107, 118. 
Vindo-bona, 118, 307, 442. 
Vindo-magus, 104, 107, 118, 435, 

437. 
Vindo-mora, 118. 
Vindonnus, 304, 307. 
Vintius, 305, 308, 309, 314. 
virga, 78. 
Virgile, 6. 
virginité, 383. 
viriae, viriolae, 72. 
Viridomarus, 260, 271, 326. 
-viro-, 118. 
Viro-cantus, 110. 
Viro-conium, 111. 
Virodactis, 316. 
Viro-dunum, 307, 427. 
Viro-magus, 437. 
V iro-manduos , 118. 
Viro-mandui, 33. 
visions, 371. Voir : songes. 
Vistule, 33. 
Visucius, 304, 314. 
visu-marus, 68, 368. 
Visu-rix, 118. 
Vitu-durum, 433. 
vo-, 118. 

Vo-bergensis, 118. 
vocabulaire, 52-126. 
Vocontii (Voconces), 6, 107,246, 
313, 367. 



voiles, 223. 

voitures, 89, 223. Voyez : reda, 
benna, petorritum, covinnus, 
essedum, cisium, pilentum, co- 
lisatum, carpentum, carrus, car- 
ruca, cantus, ploxenum. 

vol, 255, 348. 

volaille, 191. 

volema, 53, 78. 

Volnay, 99. 

Volques (Volcae), 28, 151, 205, 
406, 407, 461. 

Volu-briga, 439, 440. 

Vortigern, 351. 

Vorocius, 305, 309. 

Vosegus, 327. 

voyageurs, 299. 

Vue, 44. 

Vulcain, 301, 318. 

Vultumna, 454. 

W 

Watsch, 276, 278, 421. 
Wight, 208. 

Williams (Edward), 388. 
Winchester, 30. 



X devant T, 96. 
xynêma, 75, 279. 



yeux, 142, 172, 255, 339, 368. 
York, 189, 191. 
Ysarno-dori, 69, 114. 



Zamolxis, 390. 

Zarten, 424. 

Zénodore, 342. 

Zeus, 339, 342. Voir : Jupiter. 



1 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



p. 5, 1. 3, au lieu de : croyance, lire : croyances. 

P. 19, dernière ligne, ajouter : Le plus ancien nom des habitants 

de rirland-e semble avoir été Ivemi, transcrit en grec 'lojspvot, 

en latin Hiberni, d'où la forme composite 'loijjîepvot. 
P. 41, n 2, lire : Kônigsberg. 

P. 45, n. 2, ajouter : Décielettk, Manuel, t. ii, p. 1580-1590. 
P. 47, n. 4, 1. 5, ajouter : Ad. Rbinach, Bévue archéologique, t. xx, 

(1912), p. 216-235. 
P. 48, n 4, 1. 5, ajouter : Ci. S. Rbihach, Répertoire de reliefs grect 

et romains, t i, p. 148150. 
P. 49, n. 1, ajouter : Revue numismatique, t. x (1^06), p. 117-131, 

381-411, 412-424; t. xi (1907), p. 170 183, 324-336, 461-475; t. xii 

(1908), p. 455-489; t. xiv (1910), p 461-476. 
P. 49, n. 2, ajouter : DÉcHELBriB, Manuel, t. ii, p. 1592-1593. 
P. 63, 1. 6, lire : Irlandais bolg a gac », gallois boly i panse ». 
P. 65, 1. 23, ajouter : doro « ostio » lEndlicher) ; en breton et gallois 

dnr « porte i, irl. dorus, 
P 66, 1. 9, ajouter : Cf. le nom propre dérivé Vergilius. 
P. 79, 1. 19, ajouter : var. cissutn, que M. Vbndbtès (Mémoires de 

la Société de linguistique de Paris, t. xix, p. 60-62) rapproche 

de l'irlandais cixs a panier ». 
P. 99, n. 1, ajouter : Cf. G. Poisson, Bulletin rie la Société de géo- 
graphie de Rocbefort, 1908. 
P. 99, 1. 17, au lieu de : ucuetin Alisiia, lire : uouetin in Ali- 

siia. 
P 109, 1. 15, au lieu de : Canto-bennom, lire ; Canto-bennlcus 

mons. 
P. 112, 1. 18, au lieu de : -dummo-, lire : -du^nno: 
P. 112, n. 1, au lieu de : Celtorum, lire : Celtarum. 



518 ADDITIONS ET CORRECTIONS 

P. H3, 1. 25, ajouter : -ialo- : Maro ialos 1., Naiito ialos I., Rigo- 
ialos 1. ; V. irl. idl « espace découvert ». 

P. 121, 1. 13, 28, au lieu de : Teuio-matos, lire : Teuto-matus. 

P. 126, 1. 3, au lieu de : anglo saxon, lire : anglais. 

P. 126, 1. 26, au lieu de : -tio, tion-, lire : -tiô, -tiûn-. 

P. 127, 1. 8, au lieu de : indo-européenne, lire : indo européennes. 

P. 134, n. 7, les lignes 2 et 3 de cette note appartiennent à la n. 8. 

P. 150, n. 7, 1 2, au lieu de Perdizet, lire : Perdkizbt. 

P. 150, n. 7, ajouter : On a trouvé quelques clefs de l'époque de la 
Tène III. 

P. 156, 1. 8, au lieu de : Aduatici, lire : Aduatuci. 

P. 159, 1 4, au lieu de : recouvert, lire : recouverte. 

P. 159, 1 5, au lieu de : chenets, lire : chenets. 

P. 159, 1. 6, ajouter : les fourchettes et les tisonniers. Dkchblktte, 
Manuel, p. 1412-1428. 

P. 159, n. 1,1 3, ajouter : Déchelbttb, Manuel, t. ii, p. 1399-1410. 

P. 179, 1. 13, au lieu de : telle, lire : tel. 

P. 184, 1. 4, au lieu de : eut, lire : eût. 

P. 199, 1. 12, au lieu de : à l'exception, lire : mais à l'exception. 

P. 208, 1. 7, ajouter : On a trouvé à l'époque de la Tène des ves- 
tiges de forges gauloises, fours à minerai, pinces, creusets, 
moules. Décuelette, Manuel, t. ii, p. 1539-1547. 

P. 211, n 1, ajouter : La liste des objets de fabrique grecque, ita- 
logrecque ou étrusque appartenant aux époques de Hallstatt et 
de la Tène I, et trouvés au nord des Alpes a été dressée par 
M Dkchelette, Manuel, t. ii, p. 1595-1608. 

P. 213, 1. 3, ajouter : Mais la céramique, développée par l'emploi 
du tour et influencée par de bons modèles, a réalisé un grand 
progrès. D'autre part, outre de nombreux et variés vases en 
bronze de fabrication grecque ou italiote, on trouve même un 
petit nombre de va^'es en bronze que l'on peut attribuer à l'in- 
dustrie des Celtes. Déchelettb, Manuel, t. n, p. 1454-1456. 

P. 221, n. 1, 1. 1, ajouter : Cf. p. 91-98, 616. 

P. 285, n. 1, 1. 3, ajouter : cf. p. 1235-1245. 

P. 287, 1. 5, ajouter ; Le bouclier oblong se trouve aussi sur le mo- 
nument des Jules. 

P. 304, 1. 11, à Mogounus mettre en note : Cf. Dec Mouno, C. I. L., 
vu, 997. 

P. 315, n. 2, aiouter : Cf. Rhys, The Celtic inscriptions of Gaul, 
additions, p. 34. 

P. 328, 1. 23, ajouter en note : Cf. Foucher, Revue archéologique, 
t. XX (1912). p. 341-349. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 519 

P. 329, n. 5, 1. 4 : Sur la croyance à la vertu magique du nombre 
trois, qui a produit la triple répétition du même motif, le tris- 
kèle, les trois S, la palraette trèflée, voir Déchelette, Manuel, 
t. II, p. 1527-1530. 

P. 333, 1. 3, ajouter : L'ornementation des armes peut avoir quel- 
quefois un caractère phylactérique. Déchelette, Manuel, t. ii, 
p 1311-1314. 

P. 355, 1. 24, ajouter : La littérature irlandaise offre quelques 
exemples de métempsychose ; ainsi Find était ressuscité trois 
cents ans après sa mort en la personne de Mongàn ; Tuan mac 
Cairill fut successivement homme, cerf, sanglier, faucon, sau- 
mon, homme. H. d'ARBOis de Jdbainville, Cours de littérature 
celtique, t. ii, p. 43-63, 336-343 : I,es druides et les dieux celtiques 
à forme d'animaux, p. 136 142. J. Hastings, Encyclopaedia of 
religion and ethics (art. nietempsychôsis). 

P. 355, n. 2, ajouter : p. 285-292. 

P. 432, 1. 10, ajouter : « oppidum Batavorum » (Tacite, Hist v, 19). 

P. 444, 1. 10, ajouter : Le même mot se trouvait comme premier 
terme dans Rando-satis (ci-dessus, p. 304). 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface vu 

Avertissement de la seconde édition xiii 

Abréviations xv 

CHAPITRE PREMIER. — Les sources et la mé- 
thode 1 

Diverses définitions des Celtes, p. 1. — La littérature et 
les Annales des Gaels et des Bretons, p. 2. — Les écri- 
vains grecs et latins, p. 5. — Noms des Celtes en gé- 
néral : Celtae, Galli, Galatae ■,Belgae; Brittani, p. 12. 
— Les îles Cassitérides; les Hyperboréens ; les Cimmé- 
riens, les Cimbres et les Kymry ; les Ombriens et les 
Insubres ; les Lestrygons, p. 20. — Noms des peu- 
plades celtiques, p. 28. — La notion de race celtique 
chez les anciens, p. 35. — L'archéologie celtique : 
Hallstatt et La Tène.p. 37. — Les Celtes sur les monu- 
ments figurés, p. 44. — Les Celtes d'après l'anthropo- 
logie, p. 50. — Les Celtes d'après la linguistique, p. 52. 

CHAPITRE IL — La langue 60 

Les noms communs conservés par les écrivains grecs et 
latins, p. 62. — Les inscriptions gauloises en carac- 
tères nord-étrusques, en caractères grecs, en carac- 
tères latins, p. 91. — Les inscriptions latines et grec- 
ques, p. 102. — Les noms propres de personnes et de 



522 TABLE DES MATIÈRES 

lieux ; sens des éléments qui entrent dans la composi- 
tion des noms propres,p.l03. — Les mots restitués par 
la linguistique, p. 122. — Caractéristiques du vieux- 
celtique, p. 125. — Histoire du celtique continen- 
tal, p. 133. — Les celtomanes ; le breton ancêtre du 
français, p. 136. 

CHAPITRE III. — Les personnes et les cou- 
tumes 

Portrait physique des Celtes par les anciens, p. 141. — 
Portrait moral et intellectuel, p. 144. — L'habita- 
tion, p. 153. — La nourriture, p. 160. — Le vête- 
ment, p. 166. — La parure, p. 173. — Les femmes : 
Chiomara, Camma, Gyptis ou Petta, p. 180. — Les 
pères et les enfants, p. 187. — La naissance et la mort; 
inhumation, incinération, p. 189. — L'agricul- 
ture, p. 192. — La chasse, p. 201. — L'industrie et 
l'art ; les mines ; le corail ; l'émail ; l'étamage ; la 
plastique ; les monnaies, p. 205. — Le commerce, les 
voies de communication, p. 219. — La marine, p. 223. 

CHAPITRE IV. — L'ÉTAT. 226 

Les rois, p. 227. — Les magistrats, p. 230. — Les prin- 
cipes et les équités, p. 231. — Les sénats, p. 233. — 
Les assemblées, p. 235. — La plèbe, les ambacti, les 
clientes ; les esclaves, les prisonniers de guerre, p. 237. 
Les cités, les peuples clients, les pagi, p. 242. — La 
propriété, p. 247. — La justice,le serment, le combat 
judiciaire ; la composition pour meurtre ; la procé- 
dure, p. 252. — Les mercenaires celtes, p. 257. — 
Le pouvoir militaire, p. 259. — La cavalerie, p. 260. 
— Les chars de guerre, p. 262. — La tactique guer- 
rière, les combats singuliers ; le siège des places 
fortes, p. 268. — Les armes offensives et défensives, 
p. 275. 



TABLE DBS MATIÈRES 523 

CHAPITRE V. — La religion 294 

Difficultés de cette étude, p. 294. — Les divinités assi- 
milées chez les écrivains de l'Antiquité et dans les ins- 
criptions gallo-romaines, p. 299. — Les divinités à 
nom celtique : Taranis, Tentâtes, Esus, Ogmios ; les 
Mères, p. 310. — Les monuments figurés, le Taureau, 
le Bûcheron, les dieux cornus ; le dieu au maillet ; le 
dieu à la roue ; Epona ; les divinités des eaux ; les 
villes divinisées ; les dieux et leurs parèdres, p. 317. — 
Signes symboliques, p. 330. — La divination, p. 334. 

— Restes du culte des animaux et des plantes, p. 336. 

— Les enceintes sacrées et les temples, p. 340. — Les 
statues, p. 342. — Les offrandes, p. 345. — Les 
prières, p. 346. — Les libations, p. 348. — Les sacri- 
fices, p. 348. — La croyance à l'immortalité de 
l'âme, p. 351. 

CHAPITRE VI. — Les Bardes, les Vatès, les 

DRUIDES 357 

Les bardes, p. 358. — Les vatès, les devins, les euh- 
ages, p. 361. — Les druides, p. 363. — Les prêtres 
gaulois, p. 364. — Attributions religieuses des 
druides; la magie, p. 366. — Leur enseignement; la 
cosmogonie ; le calendrier ; les druides et Pytha- 
gore, p. 372. — Leur rôle judiciaire en Gaule, p. 380. 

— Leur rôle politique, p. 381. — Les druid esses, les 
prêtresses de Sein, p. 383. — Les collèges de 
druides, p. 385. — Le néodruidisme, p. 386. — Origi- 
nalité du druidisme, p. 389. 

CHAPITRE VII. — L'Empire celtique 393 

Témoignages des anciens sur les pays occupés par les 
Celtes, p. 395. — Extension des civilisations aux- 
quelles appartiennent les Celtes, p. 420. — Les noms 
de villes fondées par les Celtes ; -dunum, durum, -ne- 
metum, -magus, -briga, -ritum, Medio-lanum, Ico- 



524 TABLE DES MATIÈRES 

randa, -acus, p. 426. — Pays où l'on a trouvé des, 
noms celtiques de personnes, p. 446. — Rapports des 
Celtes et des Germains, p. 449. — Origine des Celtes, 
l'ancienne Celtique, les Celtes dans l'Allemagne cen- 
trale, p. 453. — Les migrations, l'empire d'Ambiga- 
tus ; décadence de la puissance celtique, p. 457. 

CONCLUSION 465 

Index des auteurs, p. 471. — Index général, p. 483. 
Additions et corrections, p. 517. 



Saint- Amand (Cher). — Imprimerie Bussisae. 



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