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Full text of "Memoires de l'Academie des Sciences (Agriculture, Commerce), Belles-Lettres et des Arts d'Amiens"

5. S/6. A 



MEMOfRES 



I)R 



L'ACADEMIE 

des Ncieuces* Agriculture, Commerce* 
Belles-Ijettres et Arts 

DU DEPARTEMENT DE LA SOMME. 




WUtMTS 



AMIENS , 

IvpniMFBiF de Duval kt Hermknt , Imp. de l'Academie 

PLACE PER1GORD, N.° \. 



- 



MDCCCXLI1I. 



MEMOIRES 



DE 



L'ACADEMIE 

DU DEPARTEMENT DE LA SOMME. 






6, 



MEMOLRES 



DE 



L'ACADEMIE 

des Sciences* Agriculture, Commerce* 
Belles-Ijettres et Arts 

Dl) DEPARTEMENT DE LA SOMME. 




AMIENS , 

I.UPR1MERIE BK DlVAL KT HeRMKNT , IMP UK I'ACADKSIIE, 
PLACE PKRIGORft , N. u 1 . 



H .\ 



tf-Si> 






V 



DISCOURS 



PRONONCE 



A LA SEANCE PUBLIQUE D'AOUT 1841 
Par M. QUENOBLE , 

PRESIDENT DE l'aCADEMIE. 



Messieurs , 

11 existe un agent puissant de tout perfectionnement 
huraain, c'est le mouvement social lui-meme. C'est lui 
qui, obeissant au principe d'une admirable providence, 
fait decouler sans-cesse l'ordre et le bien general du 
developpement et de ('extension des facultes de tous. 
C'est lui qui , deconcertant cliaque jour nos timides 
previsions, accomplit ce que l'homme ne pouvait ob- 
tenir de ses efforts precipites ; qui eutraine dans sa 
m arch e necessaire , irresistible , des obstacles crus in • 
vincibles, et ne retrogradant jamais , prepare les peuples 
a de nouvelles et plus heureuses destinees. 

Mais tout en applaudissant a cette progression spon- 
tanee de la perfectibilite humaine , gardons-nous d'en 
rester spectateurs oisifs et d'attendre tout du temps 
et des revolutions de choses et d'idees quil amene. 

Le mouvement social doit finir , sans doute , par 
fonder partout des institutions et des mceurs qui re- 



— (•) — 

pondent au.v besoins moraux de llioiimie civilise. Mais 
si Ion n'aide pas a sa marche , chacun sera respon- 
sable de tout le raal qui se sera prolonge et de tout 
le bien qui ne se sera pas accompli. 

D'affreux interregnes du droit et de la raison sont 
deja loin de nous. Les souvenirs et les passions qui 
naissent des interets blesses se melent raoins aux 
questions de principes ; on commence a savoir differer 
de sentiments sans se hair, a sentir tout ce qu'une 
conviction a d'honorable et de sacre ; et Ton ne sera 
bientot plus a douter que sous des bannieres opposees, 
on puisse avoir cgalement l'interet du pays pour devise 
et pour mobile. 

Hatons done le moment ou les raceurs nouvelles re- 
cevront plus completement encore le droit de cite 
parmi nous, et n'oublions pas que e'est a la jeunesse, 
etrangere aux anciennes luttes , sans souvenir comme 
sans regret du passe, qu'est reserve le privilege de 
s'avancer, unanime et compacte, vers l'avenir, d'ac- 
cord sur les principaux objets d'utilite et de conscience 
publique. 

De cet accord naitra necessairement l'esprit public; 
non pas ce patriotisme austere des premiers ages qui 
s'enfermait dans letroite circonscription d'une cite , 
pour n'en sortir quhostile a tous les autres ; qui im- 
posait trop souvent une vie de haines, d'inquietudes et 
de combats ; mais , au point de vue de la civilisation 
raoderne, cet attachement aux lois , aux principes con- 
servateurs des libertes publiques , aux elements de 
Teconomie politique et de la richesse nationale. 

Mais pour repandre utilement les germes de l'esprit 
public , il faut impregner les jeunes generations qui 



sont destinees ou qui aspirent a se niettre a la tele de 
la societe, des lumieres pures et des sentiments ge- 
nereux qui font lessence de l'esprit public. II faut les 
initier a l'etude de la societe , des droits et des devoirs 
publics: « l'education dans cliaque etat, dit Montesquieu, 
» doit etre le developpement du principe essentiel de son 
» gouvernement » il faut d'abord regarder en bas, comrae 
rhomme religieux , parce que la sont les plus grandes 
plaies , les plus dangereuses maladies physiques et mo- 
rales de I'humanite. 

Pendant que les etats s'eclairent, se policent , s'en- 
richissent, comrae par enehantement , nous trouvons au 
sein meme de ces etats de nombreuses generations que 
la civilisation effleure a peine , qu'elle oublie, qu'elle 
semble dedaigner , et qui , tandis que tout change et 
se perfectionne au-dessus d'elles ; languissent, comme 
par le passe , dans l'ignorance et dans la misere. Sans 
doute, ce serait folie que de reclamer pour tous les 
hommes une somme parfaitement egale de richesses , 
de bonheur. Nous ne demandons pas aux classes supe- 
rieures de ralenlir leur marche , pour que le reste ait 
le temps de grandir et de les atteindre. Mais pourquoi 
ce raouvement si vif , si puissant dans les premiers 
rangs , devient-il presque insensible dans les derniers ? 
II y a dans cette partialite de la Providence bien des 
perils, non seulement pour ceux qu'elle favorise , mais 
pour la cause de la civilisation elle-meme. 

Ne nous rejouissons done pas trop de toutes ces 
brillantes decouvertes , de tous ces prodiges de l'indus- 
trie qui nous rendent la vie de plus en plus douce , 
de plus en plus precieuse, si une grande partie de 
nos semblables demeure dans I'indigence. 



— 8 -r- 

Le danger dont je parle n'est pas une vaine hypo- 
these. II en est un exemple frappant , bien pres de 
nous : l'Angleterre, au milieu de sa prosperite , jette 
un regard inquiet sur sa population toujours croissante 
et toujours plus miserable; en vain attire- t-elle dans 
ses ports, en echange de ses produils industriels, Tor 
de toutes les nations; cet or se distribue chaque jour, 
en portions plus petites, aux mains de ceux qui 1'ont 
gagne; la detresse et l'abondance sont egalement en 
progres et semblent croitre a l'envi. 

Voila pourquoi , en Angleterre , il n'est pas de ques- 
tions qui preoccupent plus fortement les esprits que 
celles qui se rapportent a la condition des classes infe- 
rieures. 

Si la misere a fait , dans les etats britanniques , de 
si effrayants progres, ce n'est pas qu'elle y ait rencon- 
tre chez les classes ricbes des cceurs moins genereux 
que dans d'autres pays ; au contraire , la charite n'a 
cesse d'y etre comme un attribut necessaire de la ri- 
chesse ; l'Etat leve d'enormes impots au profit des in- 
digens et les aumones les plus abondantes leur sont 
garanties par la loi. 

Mais ce sont peut elre la les remedes qui ont aggrave 
le mal. Leconomie politique ninterdit pas la charite; 
elle ne defend pas aux ricbes de partager leurs ri- 
chesses avec le malheur ; elle leur conseille de ne les 
repandre qu'avec discernement ; elle leur apprend a 
etre vraiment cbaritables, a detruire la misere, au lieu 
de l'encourager , elle laisse a la charite tous ses droits ; 
c'est toujours a elle qu'appartient la mission divine de 
reparer l'injustice du sort ; mais elle la sollicite et la 
presse de se soumettre aux lumieres de la raison , d'etre 



— 9 — 

prudente et raisonnee au lieu d'agir par instinct et par 
sentiment 

En France, ou la revolution de 89 a permis aux 
classes inferieares de devenir proprietaires et d'acquerir 
ainsi des idees deconomie et d'iudependance , le mal 
est moins grave , les motifs d'etudier les lois de la 
charite moins exigeants. Cependant s'il est vrai que 
notre population ouvriere manque de bien-etre et que 
son etat moral est loin d'etre satisfaisant , il importe 
de naturaliser parmi nous toutes les doctrines qui 
tendent a prevenir l'accroissement de la misere. 

Parmi les causes si diverses de la misere, on peut 
signaler principalement l'oisivete et l'imprevoyance. II 
faut aussi faire la part des accidents que l'intelligence 
ne peut prevoir , que la prudence ne peut eviter. 

Or, quels sont les moyens de combattre ces causes? 
la prevoyance et le travail , la bienfaisance. 

« Qui ne veut pas travailler, ne merite pas de 
vivre » , a dit l'apotre : et sa parole est aujourd'hui 
celle de toutes les nations. Le citoyen des Etats--Unis 
s'estimerait mal fame , s'il n'employait sa vie qu'a 
vivre. II travaille , il feconde l'avenir , il place ses espe- 
rances a long terme , il tire sa force de lui-meme, 
parce qu'il sait que ce qui fait actuellement la princi- 
pale difference entre les homines , c'est le travail , c'est 
l'intelligence , l'ordre et l'economie. Viennent des cala- 
raites qu'il est impossible de prevoir, alors commence 
la mission de la charite privee , si les ressources de la 
charite legale sont insuffisantes. — La charite privee 
( dit un savant economiste ) doit agir a la maniere de 
la providence; soudaine et inattendue, elle tend la 
main a rhomme tombc dans l'abyme ; mais elle ne 



— 10 — 

s'engage pas envers lui a l'en tirer de nouveau , s'il 
s'expose a une nouvelle chute. Le bien accompli, elle 
disparait et abandonne I'homme a ses propres forces. 

Tel se croit peut-etre cliaritable qui , pour obeir a un 
mouveroent de pitie ego'iste, pour se delivrer d'une 
impression penible , a jete en passant, quelque argent 
a l'indigence ; offrande trop mesquine , si le mal est 
vrai, trop genereuse, si c'est la debauche qui doit en 
profiler. Ce qui est utile, necessaire, c'est une aumone 
de devouement et de sympathie. C'est la visile fre- 
quente de la maison du pauvre. C'est une enquete 
bienveillante des causes de sa detresse. C'est le soin 
qu'on prend de son intelligence et de sa raison. Ce 
sont les conseils , les habitudes de prevoyance et d'e- 
conomie qu'on repand autour de lui. 

De toutes les charites voila celle qui porte les fruits 
les plus reels et les plus durables. 

Et puis la charite intelligente, pour obeir a ses ine- 
puisables preoccupations , cherchera a creer entre le 
maitre et l'ouvrier un lien salutaire, affligee de voir 
que linteret seul les rapproche et les separe ; quils 
se voient a la fabrique et ne se connaissent pas ail— 
leurs ; que le manufacturier ne demande a l'ouvrier que 
son travail ; que celui - ci n'attend du manufacturier 
que son salaire. Elle veillera a ce que I'homme ne se 
degrade pas a mesure que l'ouvrier se perfectionne. 
Profondement persuadee qu'il ne peut exister dans le 
corps social ni un vice , ni une misere qui ne reagisse 
sur l'ensemble , que l'humanite est une et que nulle 
partie n'en peut etre negligee , sans que l'humanite tout 
enticre ne souffre et ne languisse , elle repondra a 
l'appel de l'auteur des meditations et s'attachcra a de- 



— 11 — 

terminer les causes qui rendent les populations manu- 
facturieres generalement moins heureuses et moins mo- 
rales que les populations agricoles. 

A un autre degre de lechelle sociale, la direction 
a imprimer a la jeunesse , surtout a celle qui aspire 
a se mettre a la tete de la societe, n'exige pas moins 
de vigilance et de soins. 

Lorsque la societe rnarchait par classes absolument 
distinctes , ces classes se partageaient l'empire et etaient 
solidaires pour s'en assurer ('exploitation. L'eglise re- 
glait les convictions. La noblesse maniait Tepee ou 
exercait l'autorite civile. Le tiers etat exploitait le tra- 
vail dans un esprit de monopole non moins exclusif. 
Dans une societe ainsi faite , le sentier etait trace , la 
vie ecrite pour ainsi dire d'avance. L'individu succedait 
non -seulement au patrimoine, mais encore aux con- 
victions, aux habitudes morales, aux pratiques civiles , 
aux privileges du pere qui les empruntait a son tour 
a la classe dont il relevait. 

Mais lorsque l'ordre ancien n'a plus de place que 
dans l'liistoire ; lorsqu'une immense concurrence est 
ouverte a tons ; lorsqu'on rencontre dans toutes les con- 
sciences des sentiments et des instincts nouveaux et 
puissants , instincts jaloux et soupconneux , comme Test 
une force nouvelle , fiers et exigeants, parce qu'ils 
sont jeunes et inexperimentes , c'est par des ressorts 
nouveaux qu'il faut agir sur les mceurs , sur les con- 
victions et les lumieres. Aux hommes d'experieuce, de 
savoir, aux gouvernants surtout, le devoir de repandre 
les moyens les plus abondants et les plus judicieux de 
developpement moral et intellectuel. 

II est necessaire sans doute de tenir la Societe bien 



— 12 — 

affermie sur les bases de la propriete et de 1 interet ; 
il ne l'est pas moins de l'asseoir sur des bases morales 
et de dcnner aux individualites, recemment emanci- 
pees , les moeurs de leur nouvelle fortune , les prin- 
cipes propres a conduire leur jeune independance. II 
faut done enseigner obaque jour , pratiquement , que 
la ricbesse , la consideration, le bonheur , sont le prix 
du travail ; que les grands succes sont places au bout 
des longs desirs. II faut que lentree de toutes les car 
rieres exige de penibles efforts ; rnais que ces efforts 
trouvent a tous les degres d'equitables et d'intelligents 
appreciateurs ; que le mouvement ascensionnel soit re- 
gie et legal , sans que le caprice et la faveur n'en 
puissent jamais ecarter le merite eprouve et modeste 
qui est fier par cela meme. C'est a ce prix qu'il est 
possible de rassembler toutes les intelligences , et que 
tous ces fiers courages , ces esprits indomptes s'attache- 
ront a la chose publique et lui apporteront le puissant 
secours de leurs lumieres et de leur enthousiasme. 

Alors nous n'entendrons plus dire a des esprits cha- 
grins, clairvoyants peut-etre , que c'est, non plus de 
vivre que Thornine civilise s inquiete , mais de vivre 
avec fortune , avec rang et consideration acquis sans 
efforts ; — que chacun semble s etre persuade qu'il nest 
entre dans la Societe que pour y chercher son bien- 
etre , repousser tout ce qui est penible , fuir tout ce 
qui est dangereux ; que c'est le produit des fonctions 
publiques que Ton envisage et que chacun calcule sa 
capacite a les remplir , sur les benefices qu'il en tire, 
sans se preoccuper des qualites qu'elles exigent, des 
devoirs qu'elles imposent . de la responsabilite qui s'y 
attache. 



— 13 — 

Alors se taira cctte passion etroite appelee l'ambi- 
tion qui fait le vide aiitour d'elle , qui nourrit an 
coeur de l'homme un desir incessant de s'attirer et de 
fixer sur lui les regards, dobtenir les eloges populai- 
res , sauf a etre condamne plus tard a les meriter, et 
qui ne connait pas de plus cuisantes douleurs que Tin 
difference ou la disgrace. 

Alors enfin le regne de 1'esprit public , parce que 
le courage civil aura pris place dans nos moeurs. 

Cette vertu sociale a pour base une ame pure et 
ferme qui a le sentiment de sa dignite et de ses 
droits ; aussi lorsqu'elle a penelre dans les mceurs d'un 
peuple ( croyons-le bien ) , la moderation est dans lc 
pouvoir, la dignite dans lobeissance , le juste dans 
tous les rapports, futile dans toutes les determina- 
tions ; chacun s'affermit dans les principes d'ordre et 
de liberte. 

Que si de pernicieuses sentences , restees ou jetees 
dans quelques esprits , entrainent sur la scene politi- 
que quelques genies dangereux , on voit bientot, dans 
toutes les classes de citoyens , le sentiment du devoir- 
former une force compacte contre laquelle la fougue 
des passions a bientot epuise ses vains efforts. 

S'il est vrai que nul peuple ne puisse esperer d'ar- 
river a ce point precis , le devoir et I'interet de cha- 
que peuple est d'y tendre de toutes ses forces. Le 
devoir des hommes eclaires, amis sinceres de leur 
pays, est de propager la morale et les saines doctrines, 
de diriger la jeunesse dans les voies de son developpe- 
ment , de mettre daccord les mceurs et les lois , les 
droits et les sympathies , et d'assurer ainsi le progres 
paisible el normal de la civilisation nouvelle. 



COMPTE RENDU 



DES 



TRAVAUX DE L'ACADEMIE, 

PENDANT LANNEE 1840— 1S41 , 
Par le Secretaire -Perpetuel. 



«9&*^e< 



Messieurs , 

Un siecle se sera bientdt ecoule depuis que Tun des 
plus aimables poeles dont s'honore la France , notre 
immortel Gresset , fonda l'academie d'Aruiens. C'etait a 
l'epoque oii les lettres brillaient du plus vif eclat , el. 
regnaient sans partage ; ou les homraes semblaient n'ha- 
biter que les spheres etherees , ne vivre que de la 
vie intellectuelle , ne se nourrir enfin que darabroisie. 
Au milieu des raffinements de l'esprit , le moyen de se 
rappeler quon avait un corps ! Aussi quel academicien 
se fut montre alors assez temeraire pour prononcer les 
mots si grossiers de bestiaux et d'engrais? Mais que 
les temps sont changes. La societe se remue et s'a~ 
gite , elle s'est mise avec ardeur a la poursuite d'inte- 
rets materiels sans cesse renaissants. Longtemps negli- 
ges, ceux-ci ont vu leur importance se reveler et 
s'accroitre : enfin its ont tente de se substituer entiere- 



— 16 — 

ment aux plaisirs de (imagination. Quand c'est le 
bien-etre que chacun clierche pour soi , c'est a aug- 
menter le bien-etre de tous que les esprits genereux 
doivent employer leurs facultes. Ainsi , lacademie , 
toute litteraire a son origine, a du se transformer peu- 
a-peu en societe scientifique , sans toutefois abandon- 
ner la gloire quelle tient de l'eloquence et de la 
poesie. Ces nobles sceurs ont du sinon abdiquer , du 
moins associer a leur empire, les sciences, ('agricul- 
ture , le commerce et l'industrie. Cette heureuse al- 
liance est desormais formee et vous n'avez qua vous 
en feliciter. 

Messieurs , votre reglement impose au depositaire de 
vos arcbives , l'obligation de les exposer au grand jour, 
dans cette circonstance solennelle. C'est ce devoir que 
je vais tacher de remplir , en conciliant autant que 
possible , les developpements a donner, avec le temps 
qu'il m'est permis d'y consacrer. 

M. Pollet , dans un memoire sur la mesure des tem- 
peratures, vous a expose les motifs qui, pour la cons- 
truction des tbermometres , ont fait rejeter les corps 
solides comme se dilatant fort peu , les gaz , parce 
qu'ils sont sounds a une force expansive telle quils 
exigeraient des appareils trop grands et trop incom- 
modes , et ont fait adopter le mercure qui ne se con- 
gele et n'entre en ebullition qu'a des temperatures fort 
eloignees. Toutefois, M. Pollet vous a prouve que 
c'etait tondjer dans un cercle vicieux , que d'admettre 
a priori 1'uniformite des dilatations du mercure , puis- 
que Ton mesure la dilatation du mercure comparative- 
merit a cette dilatation eile-meme. Par cette pretendue 
uniformite , on entend que les augmentalinns de volume 



— 17 — 

du niercure sont proportionnelles aux quantites de 
chaleur qu'il recoit; itiais cettc proportionnalite est au 
moins douteuse , et rien n'autorise a la poser en axiome. 
II suit dela que les evaluations des temperatures au 
moyen du thermometre a mercure ne peuvent etre con- 
siderees que corame purement hypothetiques. Pour de- 
oouvrir les lois simples et naturelles des phenomenes 
physiques , il faut rapporter leur developpement a l'ex- 
pansion reguliere et continue d'une masse gazeuse , 
plutot qua la dilatation variable d'un liquide. C'est 
pourquoi dans les travaux de recherches scientifiques 
qui exigent une extreme precision, on a donne la pre- 
ference au thermometre a air. Mais pour obtenir la 
regularite qui rend ce dernier superieur a tous les 
instruments thermometriques , son emploi a besoin d'un 
double calcul destine a corriger ses indications. C'est 
en comparant ensemble les temperatures respectives 
donnees par un thermometre a mercure et par un 
thermometre a air, que M. Pollet est arrive a decou- 
vrir une formule preferable a plusieurs egards , a 
toutes celles dont on s'est servi jusqu'a present. 

M. Bor vous a entretenus de l'iode et de quelques- 
uns de ses composes. Ce corps elementaire qui n'a servi 
jusqu'ici que comme reactif dans les laboratoires , ou 
comme remede dans les maladies scrophuleuses, est 
susceptible d'etre employe dans la teinture. Toutefois 
les etoffes de coton sont les seules que M. Bor ait 
reussi a teindre; les essais qu'il a tentes sur celles de 
soie et de laine ne lui ont pas donne de resultats sa- 
tisfaisants. II vous a presente avec detail les operations 
qui l'ont conduit a imprimer des velours de coton a 
I'iodure rouge de mercure. La couleur rouge orange 

2. 



— 18 — 

de ocs etoffes est assez solide pour resistor aux eaux 
acidulees, aux bains alcalins carbonates, enfin a Tac- 
tion tres-destructive , pour une nuance aussi delicate, 
des rayons solaires du mois d'aout. Un bain d'iodure 
de plomb a donne au velours qu'il y a plonge une 
couleur d'un jaune tres-beau et tres-eclatant ; mais 
cette couleur a si peu de stabilite que c'est a peine 
si elle a resiste aux lavages ordinaires. 

Dans une seconde notice, M. Bor vous a fait part 
de ses essais sur une substance qu'il croit propre a 
remplacer la colle de poisson dans la clarification de 
la biere. II admet avec M. Payen que Taction de la 
colle de poisson sur les liquides a clarifier est toute 
mecanique ; que composee de fibres susceptibles de se 
ramollir, d'augmenter de volume et de se diviser a 
l'infini , elle forme une sorte de reseau qui entraine 
en se precipitant, les corpuscules qui troublent leur 
transparence. La substance nouvelle que M. Bor nomme 
Geline et qu'il propose de substituer a l'ichtyocolle est 
extraite des cornillons de la corne de bccuf debarasses 
par Tacide hydrocholorique des sels de cbaux qu'ils 
contiennent. II resulte des experiences de M. Bor qu'un 
kilogramme de geline suffit a la clarification de cinq 
hectolitres de biere. 

Enfin M. Bor vous a presente une substance qui a 
ete trouvee adherente aux parois d'un compteur a gaz 
hydrogene carbone et qu'il a analysee. Cette matiere 
a l'apparence de l'amadou ; elle laisse degager une 
odeur tres-prononcee quelle perd par la dessication ; 
vue a la loupe , on reconnait qu elle est formee de 
molecules jointes et superposees semblables a celles de 
la pate dont on fait le carton. Soumise a Taction de 



— 19 — 

divers reactifs, elle se presente comme formee , en grande 
partie , de goudron , dune huilc essentielle et de souffre. 
Quant a sa formation dans le compteur, elle s'explique 
facilement lorsquon se rappelle que le gaz provenant 
de la houille , peut contenir quelques parcelles de tous 
ces corps , et que force de traverser la couche d'eau 
mise dans le compteur, il y depose petit a petit ces 
memes corps qui finissent par tapisser les parois de 
^instrument. 

M. Pauquv vous a expose ses vues sur l'introduction 
en chimie , de la methode naturelle si heureusement 
appliquee aux corps vegetaux. II entend par methode 
naturelle chimique, celle qui aurait pour objet de re- 
unir les elements par groupes , en se fondant sur I'en- 
semble de leurs caracteres etudies tout a la fois dans 
les corps simples et dans les corps composes. Ainsi , 
M. Pauquy distribue les cinquante-deux elements connus 
en dix-sept families , en placant toutefois l'oxigene et 
I'azote dans des groupes differents. L'oxigene etant de 
tous les corps celui dont Taction est le mieux connue , 
les groupes out ete partages selon que l'union de cha- 
cun des corps avec l'oxigene pouvait donner lieu soit 
a un acide , soit a un oxide , soit a un compose in- 
termediate jouissant plus ou moins, dans des circons- 
tances donnees, des proprietes de l'un ou de laulre. 
De la , une division des groupes en cinq sections ren- 
fermant les corps acidifiables , oxidables et faux oxi- 
dables. Mais parmi les acides , les oxides et les faux 
oxides , il en est que le chlore peut decomposer a 
l'aide de la chaleur ; il en est d'autres au contraire , 
qui resistent a cet agent. Cela donne lieu a une di- 
vision plus generate en deux classes , la premiere con- 

2.* 



— 20 — 

tenant les corps oxigenes alterables par le chlore , 
lesquels se partagent en acidifiables basiques , en faux 
oxidables et en oxidables proprement dits. La seconde 
classe , renfermant les composes oxigenes inalterables 
par le chlore se subdivise en faux oxidables et en aci- 
difiables non basiques. 

M. Pauquy vous a egalement lu un memoire sur les 
herbiers en general, et en particulier sur celui dont 
il a dote le cabinet dhistoire naturelle dAmiens. II y 
fait ressortir les nombreux avantages que presentent 
les collections de plantes. II indique les conditions ne- 
cessaires pour les augmenter et les conserver. La des- 
cription la plus rainutieuse d'une plante , accompagnee 
des figures les plus parfaites , laisse toujours quelque 
chose a desirer a celui qui veut la connaitre complete- 
ment. Cest lopinion de Linnee et de M. de Candolle. 
M. Pauquy raconte que Linnee (ombe en enfance , par 
suite de ses immenses travaux , sortait de son anean- 
tissement et renaissait a la vie intellectuelle , lorsqu'on 
placait sous ses yeux quelques cahiers de son herbier, 
tant etait puissante la reaction qu'operait en lui le vif 
amour de la science a laquelle il doit toute sa gloire. 

M. Andrieu vous a parle du strabisme , de sa na- 
ture , de ses causes et de ses effets. II distingue trois 
especes de strabisme ; a la premiere appartiennent les cas 
ou existe une paralysie du nerf optique , de la retine , de 
Fun des muscles de l'ceil etc. ; a la seconde , ceux ou 
le strabisme est la suite de la portee inegale des yeux. 
Enfin dans la troisieme viennent se ranger les devia- 
tions produites par la contraction musculairc anormale 
de ces trois classes de maladies. La premiere echappe 
au pouvoir de Toperateur , il remedie souvent a la 



— 21 — 

secoude , son succes est infaillible et instantane dans la 
troisieme. En examinant les divers efFets de la contraction 
des muscles de l'ceil , M. Andrieu est conduit a attribuer, 
dans bien des cas , les accidents de la myopie , aux tiraille- 
ments que cette contraction exerce sur le globe de 
loeil dont elle affecte plus ou moins la forme. La sec- 
tion des muscles serait done aussi , selon lui , un moyen 
de guerir la myopie. Apres quelques details sur les 
precautions qu'il a prises pour assurer le succes de 
ses nombreuses operations , M. Andrieu termine en 
faisant remarquer qu'il n'y a pas seulement luxe , 
mais avantage reel dans la guerison du strabisme ; l'oeil 
devie finit par perdi-e la faculte de voir, e'est done 
surtout pour conserver cette faculte qu'il faut recourir 
au nouveau inoyen offert par la science. 

M. Spineux , dans uu memoire que vous avez cru 
devoir adresser a la chambre des deputes et au ministre 
de I'agriculture et du commerce, a traite limportante 
question de I'introduction en France des betes a cornes 
etrangeres. L'abaissement du prix de la viande doit etre 
la consequence du progres de notre agriculture , et non 
pas provenir de la brusque irruption des bestiaux etran- 
gers; autrement ce serait favoriser quelques localites 
dans la consoramation de leur viande , et faire enche- 
rir le prix du pain pour tout le monde. M. Spineux , 
ne vent pas de probibition , mais il pense que les 
droits de 50 fr. par boeuf de 350 kilog. et de 25 l'r. 
par vacbe de 225 kilog. ne sont pas exorbitants et 
n'ont rien qui justifie les clameurs dont ce tarif est 
l'objet. La France possede peu de vallees propres aux 
paturages ; elle doit forcement recourir aux prairies ar- 
tificielles a l'aide desquelles les animaux engraisses a 



— 22 — 

l'etable coutent plus cher que ceux qu'on engraisse 
aux paturages. Dun autre cote nos cultivateurs raan- 
quent de fumier , et l'engrais des bestiaux a l'etable peut 
seul leur en procurer. Si done ce dernier engrais n'est 
pas encourage par un droit un peu eleve , les agri- 
culteurs cesseront de se livrer a l'engrais , ou du inoins 
le reduiront considerablement. II en resultera necessai- 
rement une diminution notable de fumier , reduction 
dans les recoltes , et par suite rencherissement des 
grains. Le raisonnement par lequel M. Spineux combat 
l'entree en francbise , et meme avec diminution du 
tarif, des bestiaux gras qui sont consommes quinze ou 
vingt jours apres leur introduction , et n'ont contribue 
en rien a I'avantage de l'agriculture a laquelle ils n'ont 
pas fourni de fumier , il l'applique avec le meme suc- 
ces a l'entree des bestiaux maigres , bien que ceux-ci 
ne soient abattus qu'apres quatie a cinq mois de se- 
jour; ces quatie a cinq mois ne representent que la 
dixieme et la douzieme partie du temps pendant lequel 
les bestiaux indigenes auraient fait profiter l'agriculture 
de leurs fumiers. M. Spineux pense qu'autant il im- 
porte d'empecher Tintroduction d'un trop grand nombre 
d'animaux gras ou maigres , autant il est convenable 
de favoriser l'entree des jeunes bestiaux au-dessous de 
dix-huit mois. D'abord , ils ne pourront qu'etre bien 
constitues pour supporter les fatigues d'un voyage , et 
puis il secoulera au moins quatre ans avant qu'ils ne 
soient livres a la consommation. Leur admission aug- 
mentera la production du fumier , par suite amenera 
la suppression des jacheres , et la creation de prairies 
artificielles , d'ou resulteront indispensablemenl une plus 
grandc abondance de produits agricoles , et une baisse 



— 23 — 

dans le prix de la viande , sans accroissement du prix 
du pain. En resume, M. Spineux conclut au maintien 
du tariff actuel , quant aux bestiaux etrangers gras et 
maigres , et a ce qu'on favorise l'entree des veaux, ge- 
nisses etc , ages de moins de dix-huit mois. 

M. Riquier , sous le titre de manuel d'education de 
vers-a-soie vous a presente le traite le plus complet 
qui ait ete redige sur celte matiere. Dans le premier 
chapitre il indique avec un soin minutieux depuis l'e- 
closion des vers-a-soie jusqu'a l'etouffement des cocons 
et leur devidage, loutes les precautions a prendre pour 
les faire arriver lieureusement au terme de leur vingt- 
sept a trente jours d'existence, sous une temperature 
uniforme de 18 degres centigrades. II demontre que le 
succes et les produits dune education de vers-a-soie 
dependent du choix de la graine , de la simultaneity 
dans 1'eclosion , d'une bonne nouriture , de la regula- 
rite dans les repas , de la surveillance a maintenir 
Tair toujours pur et dune grande et constante pro- 
prete. 

Le second chapitre traite de l'education hative ; celle- 
ci difFere de l'education ordinaire par une temperature 
plus elevee de 3 a 4 degres , par une humidite plus 
grande, par une alimentation plus frequente et par une 
duree moindre de quatre jours environ ; elle exige des 
frais detablissement plus considerables , elle a besoin 
de calorifere , de frigorifere , de ventilateurs etc. Mais 
les avances sont bientot couvertes tant par des produits 
plus abondants , que par la facilite qu'elle donne de 
faire une seconde education dans le meme atelier , si 
Ton a des feuilles a sa disposition. M. Riquier ne doutc 
pas que Tcducation ordinaire ne soit completement 



- '24 — 

abandonnee , lorsque les avantages de l'education lialive 
seront plus connus et mieux apprecies. 

Dans lc dernier chapitrc , M. Riquier passe en revue 
les divers procedes qu'on emploie pour faire de la 
graine ; il termine son travail , en declarant qu il ne 
l'a entrepris que pour eclairer et guider ceux qui ele- 
ven} , pour la premiere fois , des vers-a-soie. II desire 
que son livre puisse contribuer a propager dans notre 
departement l'industrie sericicole , et a enricbir bientot 
nos marches dune maticre premiere, indispensable a 
nos fabriques. 

Non content de tracer des regies, M. Riquier veut 
joindre l'exemple au precepte. Dans Tune de vos der- 
nieres seances, vous l'avez entendu vous annoncer 
que, jaloux de mettre a fin une ceuvre qu'il poursuit 
avec taut de perseverance depuis plus de sept ans , 
que , tenant a honneur de doter le departement et 
principalement Amiens, dune industrie si ricbe d'ave- 
nir, il etait resolu de faire chez lui , a ses frais et 
risques , les constructions necessaires pour clever 6 a 
8 onces de graine , c'est-a-dire de 250 a 300 mille 
vers-a-soie , qu'il s'etait associe pour cet objet un jeune 
et intelligent collaborateur , et qu'il avait la pleine con- 
fiance d'atteindre avant peu d'annees le but qu'il s'est 
toujours propose. 

M. Dubois vous a entretenus des ravages que la 
morve exerce dans notre departement , et des dangers 
quelle peut faire naitre pour les homines eux-memes , 
en contact avec les animaux affectes : il considere l'ac- 
croissement quelle a pris dans les derniers mois de 
1840 , comma le resultat du systeme adopte par les 
non-contagionistes. Les experiences faites , les accidents 



— 25 — 

constates, donnent la demonstration la plus complete 
que non seulement la morve se communique par le 
contact, ou la respiration d'animal a animal, mais de 
cheval a homme et reciproquement. Le principe de la 
contagion , une fois reconnu , M. Dubois indique comme 
mesures de precaution : 1.° des visites frequenles chez 
les personnes qui recoivent des chevaux etrangers ou 
de passage ; 2.° la defense denvoyer en cantonnement 
des chevaux de garnison qui n'auraient point ete visi- 
tes prealablement par les veterinaires de la ville, de 
concert avec ceux des regiments ; 3.° la prohibition de la 
vente des chevaux de reforme sans visite prealaMe ; 
4.° la defense expresse de faire coucher des homines 
dans les ecnries ou se trouvent des chevaux infectes ; 
5.° enfin la necessite d'etablir des rapports frequents 
et de sentendre avec les prefets des departements voi- 
sins , pour rendre communes les mesures proposees , 
et prevenir les invasions reciproques. 

M. Dubois vous a rendu compte dune visite qu'il 
a faite dans l'etablissement agricole de Roville; apres 
de curieux details sur la nature du sol, sur le mode 
de culture, il a fait l'eloge le plus flatteur du fonda- 
teur de retablissement; c'est un vieillard moins acca- 
ble par les annees que par les soufFrances , retenu 
souvent dans sa chambre pendant une semaine , qui 
sait jour par jour, heure par heure, tout ce que Ion 
a fait, tout ce que Ion doit faire, par qui, en com- 
bien de temps, par combien de chevaux : dont la puis- 
sante volonte , plus forte que la maladie , embrasse et 
dirige rimmense travail dune vaste exploitation. Les 
eleves, au nombre d'une trentaine , suivent des cours 
d'agriculture , de medccine veterinaire , de botanique, 



— 26 — 

d'arpentage et de comptabilite agricole. L instruction 
est aussi pratique que theorique, c'est la son plus grand 
merile et c'est la ce qui la rend precieusc pour les 
eleves. Aussi presque tous travaillent avec zele, et 
tous, sans exception, meme ceux qui profitent le moins 
des lecons qui leur sont offertes , ne parlent de M. 
de DomLasle qu'avec veneration. M. Dubois voudrait 
voir se multiplier des etablissements agricoles ou des 
jeunes-gens apprendraient tout ce qu'il faut pour bien 
conduire une ferme , de6 ecoles simples , peu dispen- 
dieuses , presqu'entierement pratiques. Ce serait le moyeu 
le plus efficace pour retenir dans les campagnes une 
foule de jeunes-gens trop faibles pour ne pas etre en- 
traines par la corruption des villes. 

Dans un troisieme memoire , M. Dubois vous a trace 
le tableau du mal cause a l'agriculture , par la pro- 
pagation incessante des insectes les plus nuisibles. La 
legislation actuelle est impuissante a y porter remede. 
Les illustres professeurs du jardin des plantes ne pour- 
raient-ils laisser de cote les classifications , les descrip- 
tions techniques pour s'occuper , dans l'interet de l'a- 
griculture , de] la vie et des mceurs des ditferents genres 
d'animauv , pour nous apprendre quels sont ceux qui sont 
nuisibles, comment ils le sont, et ce qu'il faut faire 
pour eviter leurs ravages ? M. Dubois designe le 
hanneton comme l'insecte le plus destructeur et ce- 
lui qu'on doit poursuivre tout d'abord. II en fait la 
biographie complete , et le represente comme plus re- 
doutable a l'etat de larve, qui dure 3 ou 4 ans , qu'a 
celui d'insecte parfait. Si, comme hanneton, il ronge 
les feuilles des arbres , les depouille quelqucfois tout a- 
fait , larve , clle so nourril de 1'ecorce qui revet les 



— 27 — 

racines des arbres et les racines entieres des pinnies 
legumineuses. M. Dubois cite le ohiffre prodigieux de 
274 millions de hannetons detruits dans une seule 
cnmpngne, dans le departement de la Sarthe, et payes 
17 mille fr. a raison de 3 fr. 1'hectolitre , contenant 
48 mille insectes ; il cite egalement ce fait observe 
cette annee dune zone de bannetons morts tout le 
long de la dune, entre Cayeux et Dieppe. Cette zone, 
d'environ 10 lieues de longueur, avait un metre de 
largeur , sur une profondeur de 3 a 16 centimetres. 
M. Dubois attribue en grande partie la multiplication 
des insectes a la destruction desastreuse des oiseaux 
qui maintiennent leur developpement dans de justes 
bornes. II emet le voeu que la loi qui ordonnera la 
destruction des aniinaux nuisibles a Tagriculture , mette 
en meme temps un terme a rextermination des oi- 
seaux. 

M. Obry vous a lu la premiere partie du travail 
qu'il a entrepris sur le deluge: les decouvertes de la 
geologie attestent que la surface de la terre a ete bou- 
leversee par 1 action combinee du feu central et de 
l'Ocean , que le noyau terrestre a ete reconvert de 
diverses coucbes durant de longues series de siecles et 
a de grands intervalles. Au-dessus des terrains primi- 
tifs , qui ne presentent aucune trace de debris orga- 
niques s'echeloune avec plus ou moins de regularite , 
d'abord les terrains de transition , ou Ton ne remarque 
que des zoophytes, des mollusques, des crustaces et 
des poissons ; puis les terrains secondaires , tertiaires et 
quaternaires, riches de depouilles d'animaux alternati- 
vement terrestres et marins. Sans compter l'epoque ac- 
tuelle , il y a eu au moins sept cpoques successives , 



— 28 — 

sept populations animates distinctes , quatre marines et 
trois terrestres. La premiere et la derniere des popu- 
lations eteintes sont des populations marines; la mer 
est le premier berceau des etres , la terre n 1 en est que 
le second , et meme elle doit sa vertu fecondante a 
Ihumidite marine, qui la penctre autaut qu'a la lu- 
miere solaire qui rechauffe. M. Obry en conclut que 
les anciens avaient rencontre juste lorsqu'ils faisaient 
sortir I'univers du limon, celui-ci de l'eau primordiale, 
et celle-ci enfin du chaos. Les plus anciens peuples de 
l'Asie ont tous conserve la memoire d'un grand cata- 
clysme ; M. Obry se propose de comparer les recits 
des Hindous , des Chaldeens et des Hebreux; et de de- 
montrer que les trois deluges qu'ils racontent ne for- 
ment qu'un seul et meme evenement. Maintenant , le 
deluge de riiistoire se confond-il avec le dernier des 
cataclysmes geologiques , c'est-a-dire avec celai qui, 
par un double mouvement , a inonde , et ensuite re- 
mis a sec nos continents actuels, M. Obry repond que 
la famille bumaine , sauvee du deluge, pcut tres-bien 
s'etre retrouvee , apres ce terrible evenement , dans la 
contree qu'elle habitait auparavant , et que l'absence de 
l'homme fossile ne suffit pas pour decider que l'espece 
bumaine n'existait pas avant la derniere catastrophe 
geologique. 

M. Garnier vous a communique le resultat de sea 
recherches sur leglise de Namps-au-Val , comniune de 
120 feux , a 20 kilometres d'Amiens. Cette eglise , 
d'une physionomie originale , est d'autant plus inte- 
ressante a etudier que les diverses parties qui la 
composent appartiennent evidemment a diffcrents ages , 
tous anterieurs au xm. mc siecle. Cost un des rares 



— 29 — 

exemples des melanges qui se sont operes a l'epoque 
de la transition du style roman au style ogival. 

M. Gamier fait la description la plus detaillee de 
lexterieur et de 1 interieur de l'eglise, dans le but de 
decouvrir la date de sa construction ; e'est ainsi , selon 
lui, qu'on analyse les organes d'un insecte ou dun 
vegetal pour reconnaitre a quelle famille, a quel genre 
il appartient. Apres un minutieux detail de toutes les 
parties de l'edifice, M. Gamier ne croit pas trop s'e- 
loigner de la verite en disant que l'eglise de Namps-au- 
Val fut cominencee a la fin du x. me siecle, et aclie- 
vee dans les premieres annees du xui. me II cite quelques 
documents historiques qui viennent confirmer les don- 
nees de la science archeologique , quand celle-ci place 
les modifications subies par cette eglise dans 1 inter- 
valle d'un siecle et demi environ. 

M. Hardouin vous a presente en plusieurs seances 
1 examen du dernier ouvrage de M. Augustin Tbierry , 
intitule : Recits des temps Merovingiens. II l'a fait pre- 
ceder dune analyse des systemes bisloriques qui lour a 
tour ont domine en France. Ce nest que du xvi. c siecle 
que datent les premieres rechercbes sur l'elat politique 
de la Gaule franque , et e'est un jurisconsulte celebie, 
Francois Hotman , qui le premier composa un traite 
sur le gouvernement des rois et le droit de succes- 
sion. Hotman parle avec enthousiasme du gouvernement 
par assemblies , du pouvoir saint et sacre du grand 
conseil national qui jugeait les rois, et en deposa 
plusieurs des deux premieres races. Selon lui, les popu- 
lations gauloises qui avaient cbercbe un refuge en 
Germanie , ont fait alliance avec les tribus franques , et 
1'invasion de la Gaule qui en fut la suite , n'a eu pour 



— 30 — 

but que la restauration de 1'antique liberie du pays. 
Dans le siecle suivant , Valois a voulu demontrer I'ori- 
gine toute gauloise des Francs ; ceux-ci n'etaient plus 
les liberateurs des Gaulois , mais leurs freres ; les Sueves, 
les Gotbs , les Vandales, les Huns, furent admis a 
Ihonneur de fraterniser avee nos ancetres ; mais les 
peoples d'outre-Rbin repudierent notre alliance histo- 
nque et revendiquerent au nom de la Germanic la 
distinction dorigine. Plus tard Freret posa des principes 
qui sont devenus des axiomes bistoriques. Les Francs 
sont une ligue formee au m. e siecle entre plusieurs 
peuples de la basse Germanie , et non point une race 
distincte des Germains, le nom de Franc ne veut pas 
dire libre. Ainsi tombaient les systemes qui cbercbaient 
le berceau d'une nation franque , soit en Gaule , soit 
en Germanie , et celui qui erigeait les Francs en 
homines libres par excellence. Un champion de la feo- 
dalite , Boulainvilliers, dans un manifeste en faveur de 
la noblesse , vit dans les nobles les rejetons des Francs, 
et dans le peuple la descendance des Gaulois, esclaves 
de leurs vainqueurs. Lauteur anonyme des lettres d'un 
conseiller du parlement de Rouen, indigne de voir 
avilir la majorite de la nation pour rehausser l'etat et 
la gloire de quelques milliers d'individus , fit descendre 
les nobles au niveau des citoyens des villes, et leur 
donna des freres au lieu d'esclaves. G'est avec douleur, 
dit-il , qu'il pense a ce deluge de barbares francs qui 
inonda la malheureuse Gaule, qui rernplaca les lois 
romaines, si sages, si humaines , par lignorance , l'ava- 
rice et la cruaute, et substitua, pour exercer la justice, 
un caporal barbare a un decurion romain. 

C'tst la poesie , vous dit M. Galoppe , lors de sa re- 



— 31 — 

ception , qui lui a valu lhonneur de sieger au milieu 
de vous , c'est linfluence du sentiment poetique qu'il 
prendra pour texte de son discours. La poesie dut naitre 
a I'instant ou Thomme jetant ses premiers regards sur 
les splendeurs de la nature, sentit deborder de son 
ame des dots de reconnaissance et d'amour. Orphee , 
Amphyon , Mo'ise , ces homines dont la voix entrainait 
les peuples a leur suite et les guidait aux grandes 
choses , cetait la traduction des sublimes mysteres , des 
bautes verites jusqu'alors incomprises , c'etait Dieu se 
nianifestant a la crealure. Quelle n'est pas 1 influence 
de la poesie ! Elle cree de grands peuples comme elle 
fait de grands homines. C'est a elle que Rome dut 
toutes ses gloires et meme son principe. L'ode repu- 
blicaine embrasait denthousiasme nos cohortes belli- 
queuses , l'Europe tremblait au seul nom du poete dont 
la voix lui criait les stances brulantes de la Marseillaise. 
Nos soldats victorieux voyaient leurs noms immortalises 
par la poesie; meme en succombant, ils savaient que, 
sentinelle vigilante, elle redirait leur gloire a la pos- 
terite. Si la poesie a des chants pour les victoires , 
elle en a aussi pour les revers , elle fait palpiter le 
cocur au recit des actions sublimes , ou fait oublier a 
tout un peuple les amertumes de I'exil. Telles sont, 
dit M. Galoppe, les hautes prerogatives de la poesie; 
elle est de tous les temps et de tous les ages : comme 
Dieu elle est partout et commande a tout. 

M. Galoppe vous a egalement lu une notice histo- 
rique sur Raoul de Crespy, qui vivait vers le milieu 
du xi. e siecle. Ce chevalier , vrai type de la race an- 
tique des pourfendeurs de geants et de tours , s'empara 
du comte de Montdidier et fixa sa residence dans cette 



— 32 — 

ville , comptee alors parmi les places les phis fortes du 
royaumc. Raoul , doue d'une bravoure qui n'avait 
degale que son ambition , persuade que le plus noble 
etait celui qui, a la tete de plus de vassaux, sou- 
niettait et ravageait le plus de pays , s'empara de Pe- 
ronne, des comtes du Vexin et de Bar-sur-Aube , et 
se revolta contre le roi lui-meme , et, apres ['avoir 
dcpouille d'une partie de ses etats , epousa sa veuve , 
quoique sa premiere femme vecut encore. Cette union 
sacrilege le fit excommunier , ce qui n'empecha pas 
qu'il nc fut inhume dans la cbapelle des moines de 
labbave de Montdidicr , qu'il avait combles de ses lar- 
gesses et charges de racheter ses crimes par leurs 
prieres. Son fils , force de restituer les domaines usurpes 
par son devancier et de se retirer a Grespy , ne quitta 
Montdidier qu'apres avoir emporte les restes de son 
pere. Le tombeau , reste vide jusqu'a la demolition de 
la cbapelle , en 1793 , fut enfin , apres plusieurs de- 
placements, depose par les soins de M. Cbandon , pres 
de la porte principale de l'eglise de St.-Pierre. Ce 
monument, dont la conservation est parfaite , est re- 
marquable par un dessin correct , une grande purete 
de travail , et doit etre regardc comnic louvrage d'un 
des plus babiles sculpteurs du xi. e siecle. 

M. Galoppe vous a egalement rendu compte de 
lexamen qu'il a fait dun recueil de poesies, intitule 
guerrieres et sentimentales , dont M me Fanny Denoix 
a fait hommage a I'academie. Le ohoix du titre a 
donner a un ouvrage est une cbose souvent si diffi- 
cile, que les grands maitres de nos jours n'ont pas 
toujours cvile lecueil. Quant a M me Derloix, ellc a tenu 
fidelement ce que prometlait son titre. Son livre offre 



— 33 — 

tout a la fois de plaintives elegies et des chants guer- 
riers ; des vers tout de sentiment , adresses a ses 
amis a Adolphe Nourrit , a M me Tastu ; de nobles et pa- 
triotiques strophes a Napoleon, aux heros de Mazagran , 
etc. M. me Denoix a voulu consacrer son ouvrage au 
soulagement des victimes des terribles inondations qui 
ont ravage le midi de la France , coinme pour con- 
stater qu'une belle oeuvre pouvait devenir une bonne 
ceuvre. A beaucoup d encens , M. Galoppe ose meler 
un leger grain de critique ; au sujet de quelques rares 
repetitions de i'auteur , il rappelle que ce n'est qu'aux 
femmes peu elegantes qu'on permet de se representer 
au bal avec la meme toilette, quelque brillante que 
celle-ci ail ete trouvee la premiere fois. 

M. Boistel , I un de vos associes correspondants , a 
profite de son sejour parmi vous , pour venir vous com- 
muniquer ses reflexions et ses idees sur les embel- 
lissements dont Amiens lui parait susceptible. II emet 
le voeu que I'Academie, qu'il qualifie de conseil d etat 
de la commune , soit consulte sur tout projet d'ame- 
lioration. A I'Academie, dit-il, la question d'art, l'examen 
sous le double point de vue de ] 'utile et du beau; 
au Conseil municipal , la question d'opportunite , celle des 
voies et moyens. Ce seraient ainsi des lumieres ajoutees a 
d'autres lumieres, et la chose publique ne pourrait que 
gagner a cette communaute. M. Boistel regrette qu'on ait 
husse s'egarer entre le jardin des plantes et la citadelle un 
canal qu'il espere bien un jour voir ramener au sein 
de la ville. II demande qu'au moins , par compensation , 
on s'occupe de creer de veritables places publiques. II de- 
sire qu'on conserve a la place Perigord sa forme elliptique , 
et qu'on ouvre enfin la rue qui doit etablir une com- 



- 34 — 

niunication entre cette place et la rue des Cordeliers. 
II voudrait que la place St. -Denis recut des construc- 
tions uniformes sur ses trois cotes non batis , de ma- 
niere a lui donner une forme rectangulaire , qu'on 
elevat a ses deux extremites des galeries d'une sim- 
plicity elegante; il voudrait enfin qu'a deux pas de son 
immortel monument du xin. e siecle , Amiens put aussi 
s'enorgueillir de sa place monumentale. 

M. Anselin vous a lu un fragment d'un essai ayant 
pour titre , notions elementaires sur la peinture a l'huile 
restreinte au paysage. II ne s'adresse , dit-il , ni aux 
artistes , ni aux organisations privilegiees qui devinent 
les regies et souvent les transgressent avec lascendant 
du genie , mais a cette classe nombreuse placee entre 
la foule qui regarde et ne voit pas , et les artistes qui 
creent , a celle des amateurs qu'un gout dominant en- 
traine vers le culte des beaux-arts. M. Anselin fait res- 
sortir l'erreur de ceux qui n'attribuent a la peinture 
du paysage qu'un rang tres secondaire , et veulent la 
presenter comme un genre facile. II indique les diffi- 
cultes nombreuses , quelquefois insurmontables qu'on 
rencontre a chaque pas. Ainsi clans le paysage , ce 
n'est pas seulement la lumiere reflechie par les corps 
colores, c'est la lumiere elle-meme qu il faut peindre, 
et corabien les moyens sont bomcs pour rendre le plus 
insaisissable des phenomenes de la nature. M. Anselin 
regarde comme une chose tout-a-la-fois curieuse et 
desesperante Tetude et la comparaison des ecoles. De 
l'examen des ceuvres quelles produisent resulte la con- 
viction que Tart d'imitation par excellence nest presque 
qu'un art de convention. La difference entre les ecoles 
cousiste principalement dans le coloris et dans la ma- 



— 35 — 

niere de poser les tons. C'est surtout le colons qui est 
Tobjet des plus grandes dissidences et d'ardentes contro- 
verses. II semble qu'il ne puisse y avoir qu'une ma- 
niere dexprimer la couleur ct pourtant rien nest plus 
variable que sa traduction en peinture. M. Anselin 
entre dans de longs details sur Tart de rendre la cou- 
leur et celui de poser les tons. II traite ensuite des 
eaux qui , en peinture , comme dans la realite, sont 
une partie essentielle du paysage , et les considere 6ous 
quatre points de vue principaux ; reflexion de la lu- 
miere celeste, reflexion des objets environnants ; trans- 
parence sur les terrains , coloration et ombres dont elles 
sont susceptibles. 

M. DecaIeu vous a expose que, par des procedes qui 
lui sont propres, il a professe, pendant plusieurs mois, 
un cours de lecture musicale suivi avec un zele sou- 
tenu par un grand noiubre de jeunes gens. Les resultats 
qu'il a obtenus l'ayant confirme dans l'opinion qu'il 
avait concue des avantages de sa methode , il a desire 
la placer sous le patronage de l'Academie : pour eviter 
toutefois que celle-ci ne sengage trop legerenient dans 
cette voie d'iunovation , il a demande qu'une commis- 
sion speciale fut chargee dexaminer si la methode doit 
produire les bons effets qu'il en attend, et si elle offre 
reellement toutes les conditions d'avenir qui puissent 
justifier rintervention de l'Academie. 

Organe de cette commission, M. Machart fils, vous 
a dit que si le but de toute ecriture est de peindre la 
pensee , I'ecriture musicale doit rappeler , non les sons 
en eux-meraes , inais les rapports des sons ; qu'elle doit 
representer, non des notes, mais des iutervalles. Dans la 
notation musicale ordinaire , les signes qu'elle emploie 

3.* 



— 36 — 

correspondent aux touches du clavier, c'est-a-dire qu'ils 
representent des sens fixes , mais puisque ces sons chan- 
gent de valeur dans chaque air , suivant leur rapport 
avec le son fundamental qui en forme la base, il devient 
impossible que les signes qui les representent reveillent 
l'idee de limpression musicale qu'ils sont destines a 
produire. 

L'idee mere de la nouvelle methode consiste a rame- 
ner la notation musicale a la simplicite de son prin- 
cipe naturel. Quel que soit le son adopte arbitrairement 
pour base, dans chaque cas particulier , elle lui donne 
toujours le meme nom , et designe aussi dune maniere 
toujours uniforme les sons qui conservent avec le pre- 
mier les memes rapports : elle retablit ainsi laccord 
qui doit regner entre le nom , le signe et l'idee. 

Apres avoir rappele que l'experience avait confirme 
les previsions qu'avaient fait naitre les premiers essais, 
M. Machart fils a reclame en faveur du cours nouveau 
le double appui de l'Academie , appui moral contre les 
preventions que pourraient rencontrer une methode 
nouvelle , appui materiel par le vote d'une legere sub- 
vention destinee aux frais de premier etablissement. 

Ce n'est pas , Messieurs , aux seuls memoires dont 
je viens d'essayer xle tracer Tanalyse , ce n'est pas 
aux vingt autres rapports qui ont rendu vos seances 
si pleines d'interet, que se sont bornes vos travaux 
pendant l'annee qui vient de finir; plusieurs d'entre 
vous se sont efforces de justifier ailleurs par des ser- 
vices plus directs, la noble confiance dont le Conseil 
general n'a jamais cesse d'honorer 1'academie. Ainsi, MM. 
L. Roussel et Hardouin , ont continue avec le meme 
succes le cours de droit commercial qu'ils ont fonde 



— 37 — 

depuis trois ans ; M. Andrieu a ouvert gratuitement au 
jardin de6 plantes, un cours de zoologie ; M. Decaieu 
a consaore ses loisirs a rendre populaire, par un ensei- 
gnement public , l'art musical dont les abords semblaient 
entoures de tant de difficultes. M. Riquier s'est occupe 
avec la meme perseverance a propager la culture du 
murier , et a demontrer la possibility de produire la 
soie dans notre departement. 

Telle est, Messieurs, l'enumeration des nouveaux 
titres que vous pouvez presenter a lappreciation de 
vos concitoyens. Us diront si vous avez dignement rem- 
pli le but de votre institution. Vos devanciers avaient 
inscrit sur leur drapeau , ces mots: bien dire; vous, 
sans repudier ce noble heritage, les discours qui vont 
suivre en feront foi , vous avez ajoute a cette meme 
inscription , ces autres mots . bien faire ; avez-vous 
quelque chose a envier a vos aines P 




NOTE 



SUR LA. 



MESURE DES TEMPERATURES , 

Par M. POLLET. 



Messieurs , 

Chacun sait que la chaleur, en s accumulant dans 
les corps, y produit deux effets inseparables; elle mo- 
difie leurs dimensions et eleve leur temperature. La 
simultaneity de ces phenomenes a fait choisir Tun deux 
pour mesure de l'autre. Mais , comme tous les corps 
ne se dilatent pas egalement , on a du recourir a ceux 
qui reunissent a plus de commodite pour la construc- 
tion des thermometres , les circonstances les plus favo- 
rables pour revaluation exacte de leur volume. On a 
rejete les corps solides qui se dilatent fort peu : ce- 
pendant Breguet a , par une ingenieuse combinaison , 
amplifie les effets de la chaleur sur deux metaux , et 
construit , avec l'argent et le platine , un thermometre 
tres-sensible. Les gaz presentent rinconvenient oppose. 
En passant de la glace fondante a l'eau bouillante , ils 
se dilatent des 3/8 de leur volume primitif, en sorte 



— 40 — 

qu'ils exigeraient ties appareils trop grands. Cos appa— 
reils , deja fort incommodes a cause de leur elendue , 
le deviendraient plus encore par les calculs qu'ils ren- 
draient indispensables. Un fluide elastique est doue 
dune force expansive , en vertu de laquelle il tend 
sans cesse a se repandre dans un espace plus conside- 
rable : il occupe done , a la meme temperature , un 
volume d'autant moindre que la pression atmospberique , 
a laquelle il est sounds , oppose plus de resistance a 
son expansion. Les liquides restent seuls , et Ton n'a 
j)lus a discuter que les a vantages des corps ranges dans 
cette classe. 

L'eau qui nous rend , dans beaucoup d'autrcs cir- 
constances , de si nombreux services , ne saurait eon- 
venir ici , parce qu'elle eprouve un maximum de den- 
site. Lorsqu'on la voit, a partir de ce terme, se dila- 
ter un peu , on ne pent decider s'il y a eu abaissemeut 
ou elevation de temperature. II est absolument neces- 
saire de prendre un liquide qui ne s'echauffe jamais 
sans se dilater , et qui revienne toujours a son pre- 
mier etat , lorsque la chaleur l'abandonne. II faut en- 
core que ce liquide ne se congele et ne bouille qu'a 
des temperatures tres-eloignees. II est bon enfin qu'il 
ne mouille pas ie verre ; ear il serait impossible de 
calculer le volume de la coucbe infiniment mince qui, 
pendant les contractions, demeurerait adherente aux 
parois internes de la colonne. Ces conditions n'exisfent 
que dans le mercure : par consequent, il n'y a de 
bons thermometres que ceux qui sont construils avec 
ce metal. 

Dans 1 'expose soinmaire des motifs qui lui donnent 
la preeminence , j'ai oinis a dessein 1'uniforniite de sea 



— M — 

dilatations qui , dans le plus grand nombre des ou- 
vrages de physique , est citee conime Tun de 8es pre- 
miers avantages. Le lui accorder a priori, c'est, a 
mes yeux , toniber dans un cercle vicieux ou enoncer 
une chose insignifiante. Si j'ouvre un traite , j'y trouve 
que la dilatation d'un corps est dite uniforme , lors- 
qu'elle est la meme pour chaque degre du thermome- 
tre. II en resulte que cette qualitc , regardce conime 
si precieuse dans le mercure , n'existe reellement que 
parce qu'on mesure la dilatation du mercure compara- 
tivement a cette dilatation elle-meme. L'uniformite qu'on 
lui attribue cesserait d'exister, si Ton faisait choix d'uu 
autre liquide pour la construction des thermometres , 
et , si elle etait le motif unique qui militat en faveur 
de ce metal, autant vaudrait adopter l'eau , dont les di- 
latations , tout irregulieres qu'elles sont , deviendraient 
uniformes par rapport au thermometre a colonne deau. 
Lorsque Ion s'appuie sur cette pretendue uniforniite, 
il nc pent s'agir dune dilatation comparee a celle d'un 
thermometre quelconque , puisque , ainsi que je viens 
de le montrer, la preference n'aurait alors aucun fon- 
deraent. On entend done que les augmentations de 
volume du mercure sont proportionnelles aux quantites 
de chaleur qu'il recoit. Mais cette proportionnalite est 
au moins douteuse , et rien n'autorise a la poser en 
axiome. Ce nest quapres avoir etudie la marche des 
dilatations de toutes les substances , et celles des autres 
effets que la chaleur produit , que Ion peut reconnaitre 
s'il existe un genre d'instrument dont les indications 
croissent en realite connne l'energie de l'agent calori- 
fique. Jusque la , les evaluations des temperatures au 
moyen du thermometre a mercure doivent etre consi- 



— 42 — 

derces corame purement bypotbetiques. 11 a ete choisi, 
a cause tie la plus grande precision que Ton peut ap- 
portcr dans sa construction , et de la plus grande faci- 
lite qu'il offre pour obtenir des resultats constans ; mais 
les lois pourraient bien neanmoins etre exprimees , au 
moyen des mesures conventionnelles qu'il etablit, dune 
maniere beaucoup plus complexe que si Ton employait 
u autre appareil moins maniable ou d'une execution 
inoi-.s facile. 

Parmi les fails qui peuvent jeter quelque lumiere 
sur cette question iraportante , ceux qui paraissent les 
plus propres a dissiper tous les doutes sont consignes 
dans le travail de MM. Dulong et Petit sur le refroi- 
dissement. Uniformc depuis 30' jusqu'a 100 , la dilata- 
tion des gaz devient decroissante depuis 100° jusqu'a 
360. Mais l'irregularite peut resulter de deux causes 
bien differentes. Elle peut etre dans le gaz , qui ccde- 
rait effectivement avec moins de facilite a 1'influence 
du calorique , lorsqu'il en serait deja penetre ; elle peut 
etre aussi dans le mercure employe pour revaluation 
des degres tberinometriques : on concoit , en effet , 
que le gaz paraitrait prendre des accroissements de 
volume de plus en plus petits sous 1'influence d'ac- 
croissements egaux de temperature , si ces derniers 
etaient evalues a l'aide d'un liquide dont les dilatations 
seraient devenues croissantes. Ainsi , on est oblige 
d'opter entre le mercure et l'air , et pour l'un ou 
pour 1'autre, il faut adraettre que les dilatations ne 
sont point proportionnelles aux quantites de cbalcur. 

Le choix ne saurait etre embarrassant. Tous les gaz 
suivent les menies lois , quelle que soit d'ailleurs leur 
nature et leur origine , en sorte que la force repidsive 



— 4.'} — 

du calorique nest contrariee , dans ces corps, par au- 
cune action moleculaire dependant de la forme , de la 
composition ou de l'arrangement des atomes. Dans les 
liquides, au contraire , la cohesion lutte incessammcnt 
avec la puissance dilatante : eprouvant un decroissement 
rapide a mesure qu'elle s'exerce a une distance plus 
grande , elle oppose a l'augmentation de volume une 
resistance d'autant moindre que la temperature est deja 
plus elevee ; d'ou il resulte que les dilatations doivent 
etre de plus en plus croissantes , sous l'influence d'im- 
pulsions calorifiques egales. En outre , l'etat gazeux a 
quelque chose de plus essentiel et de plus permanent 
que l'etat liquide, qui n'est qu'un etat passager. Ar- 
rive au terme de son ebullition , le liquide absorbe et 
dissimule toute la chaleur qu'il recoil. Est-il probable 
que cette dissimulation, qui est alors si complete, ne 
commence qua lepoque meme ou elle se fait d'une 
maniere absolue ? N'est-il pas vraisemblable , au con- 
traire , que la masse fluide s'assimile , long-temps a 
l'avance , une partie du calorique , pour predisposer ses 
molecules a la transformation qui s'operera quand ces 
assimilations successives auront suffisamment modifie les 
lois de leur equilibre ? Ces presomptions sont autorisees 
par ce resultat general de la marche comparative des 
dilatations des liquides, qu'elles sont d'autant plus irre- 
gulieres qu'on les envisage a des temperatures plus 
rapprochees des points de fusion et des points d'cbul- 
lition. II n'y a done pas de doute que , pour decouvrir 
les lois simples et naturelles des phenomenes physiques, 
il faut rapporter leur developpement a lexpansion re- 
guliere et continue d'une masse gazeuse , plutot qua 
la dilatation variable dun liquide. 



— 44 - 

D'apres ces considerations , on adopte , dans les tra- 
vaux de recherches scientifiques , le thermometre a air. 
Toutefois, ce thermometre etant d'un eniploi peu com- 
mode, il importerait d'eviter autant que possible les 
inconveniens qu'il presente. J'ai deja rappele, d'ailleurs, 
qu'il necessite un calcul destine a corriger ses indi- 
cations des influences variables de la pression de l'at- 
mosphere. J'ajouterai qu'un autre genre de corrections 
devient indispensable, si Ton veut obtenir de lins- 
trument la regularite qui le rend superieur aux autres 
inoyens thermometriques. 

Ce que Ton cbercbe a realiser , oest un appareil 
dont les indications soient proportionnelles a l'energie 
de la chaleur. En admettant que les dilatations de l'air 
satisfassent a cette condition , on recounait que les 
degres d'un thermometre , dans lequel une masse ga- 
zeuse est entouree d'une enveloppe solide , ne jouiront 
plus de la merae propriete ; car ils ne mesurent que 
les dilatations apparentes du fluide , et ces dilatations 
ne sont elles-memes que les excess des dilatations regu- 
lieres du gaz snr les dilatations variables de l'enveloppe. 

Le double calcul par lequel on tiendrait compte de 
ces deux causes derreur n'a theoriquement aucune 
difficulte , mais il conduit a une formule compliquee , 
dont Temploi serait tres-penible dans la pratique. MM. 
Dulong et Petit nous ont laisse , dans leur meiuoire , 
les moyens de l'eviter , et meme d'arriver , sans re- 
noncer au thermometre a mercure , a des resultats non 
moins precis que si nous acceptions exclusivement le 
thermometre a air. Ces physiciens ont observe direc- 
teinent les indications de ce dernier thermometre pour 
des temperatures distantes de 50 degres sur le prcjnier, 



- 45 — 

el de ces indications, corrigees comnie jc 1'ai dit pins 
haut , ils ont forme le tableau suivant : 



TEMPERATURES 
indiquees par le 

THERMOMETRE A MERCURE. 


TEMPERATURES 
indiquees par le 

THERMOMETRE A AIR, CORRIGEES. 


100° 


100°. 


450 ... . 


. 148,70. 


200 


497,05. 


250 


245,05. 


300 


292,70. 







On a plusieurs fois tire parti de ces donnees pour 
former une formule empirique , donnant la temperature 
du thermometre a air, en fonction de celle du tber- 
mometre a mercure. J'ai obtenu , il y a dix-huit mois 
environ , une formule differente de celles qui avaient 
ete publiees jusque-la , et qui me parait meriler la 
preference a plusieurs egards. Si Tacademie veut bien 
men accorder la permission , j'aurai 1'honneor de lui 
soumettre la roarche que j'ai suivie. 

Les nombres inseres dans la premiere colonne etant 
en progression arithmetique, il est naturel d'examiner 
s'il en est de meme dcs nombres de la seconde. Or , 
en prenant la difference de chacun d'eux au suivant , 
on trouve : 

48,70; 48,35, 48,00; 47,05. 

Ces differences ne sont point egales , mais il est vi- 



— 46 - 

sible qu'elles fornient elles- memes une progression aritb- 
mctique decroissante , dont la raison est 0,35. 

D'apres cela , la temperature de la premiere colonne 
etant 100 -»- 1.50, celle de la seconde est 100 plus le 
premier terme de cette progression ; la premiere deve- 
nant 100 -+- 2.50, celle de la seconde est 100 plus les 
deux premiers termes de la progression , et ainsi de 
suite. Generalement , si Ton denote par T la tempera- 
ture du thermomctre a mercure ., par A celle du ther- 
mometre a air , et que Ton pose T = 100 -+- m. 50 , A 
sera egale a 100 plus les m premiers termes de la 
progression ; ce qui donne : 

A = 100 -+- m. 48,70 - m ( ™~ 1} X 0,35. 

L 'elimination de m entre ces deux egalites est fa- 

T-100 
<*ile. De la premiere, on tire m= ^ > et cette va- 

leur , portee dans la seconde relation, conduit a: 

A = 1,55-+- 0,9915T — 0,00007 T B . 

Sans doute , cette formule ne s'applique rigourense- 
ment que pour les valeurs entieres de in, on , en 
d'autres termes , pour les nombres consignes dans le 
tableau dont on l'a deduite , mais il en est ainsi de 
toutes les formules empiriques. Celle - ci du moins 
reproduit les observations avec l'exactitude la plus 
parfaite, et c est ce qui me parait la rendre supe- 
rieure a toute aulre obtenue par un moyen different 
d'interpolation : car, a moins de multiplier les termes 
outre mesure , on n'aurait, par les procedes ordinaires, 
que trois coefficiens indetermines pour une forme ega- 
lement simple; par consequent, on n'assujettirait I'e- 
quation qu'a reproduire trois donnees, an lieu cinq. 



— 47 — 



NOTE DE I/AUTEUR. 



Depuis que la note qui precede a ete lue a 1'Aca- 
demie , les lois trouvees par M. Gay-Lu«sac , et con- 
firmees par MM. Dulong et Petit, sont devenues fort 
douteuses. M. Regnault, d'une part, et M. Magnus, 
de lautre, se sont livres sur ce sujet a des recherches 
nouvelles. Ces deux physiciens trouvent la dilatation 
des gaz un peu moindre qu'on ne l'avait pense : ils 
attribuent , dailleurs , a chaque fluide un coefficient 
particulier. Suivant M. Regnault , la dilatation de l'air 
serait uniforme jusqu'a 250", et , meme a 360 J , elle 
n'aurait eprouve encore que de faibles irregularites. 
M. Magnus ne partage point cette opinion : ses expe- 
riences l'ont conduit, a peu pres exactement, aux irre- 
gularites signalees par MM. Dulong et Petit. Cet etat 
d'incertitude diminue sans doute 1 importance de la for- 
mule consignee ci-dessus , mais peut-etre n'aura-t-elle 
a subir que de legers changements , lorsque la question 
aura enfin ete decidee par des observations inatta- 
quables. 




1)E ( V )UEL( V )UES 

COMPOSES IOD.ES 



ET DE LEUR 



EMPLOI DANS LES ARTS 

Par M. BOR , Pharmacien. 



Mlssjeurs , 

La decouverte de l'iode remonte a une epoque deja 
ancienne, quelques chimistes ont prevu qu'un jour il 
serait employe dans les arts, l'industrie peut nous le 
fournir en quantite et a bas prix, et sa corabinaison 
avec certains raetaux fournit des couleurs tres-vives. 
Ce corps n'a pour ainsi dire, jusqu'a ce jour, ete em- 
ploye qu'en medecine. 

De VIode. 

L'iode a ete d^couvert, en 1813, par M. Courtois, 
salpetrier de Paris; mais c'est a M. Gay-Lussac que 
nous sommes redevables de la connaissance de ses prin- 
cipales proprietes. Ce corps a ete place par ce chimiste 
au rang des corps simples. 

4. 



— 50 — 

L'iode ne se rencontre pas pur dans la nature. De- 
couvert d'abord dans le plus grand nombre des fuous 
qui croissent sur le bord de la raer , il a ete trouve 
depuis dans les eponges , dans quelques eaux salines , 
dans des minerals argentiferes, etc. 

On extrait l'iode des eaux meres de la soude Varech ; 
il y existe a l'etat d'iodure et combine au potassium. 
Le proccde pour l'obtenir est simple : verser de l'acide 
sulfurique sur ces eaux pour decomposer le sulfure et 
les chlorures qu'elles contiennent , chauffer ce melange 
pour expulser I'hydrogene sulfure et le cldore ; ajouter 
ensuite au liquide une certaine quantite de peroxide 
de manganese et d'acide sulfurique concentre ; enfin 
soumetlre le tout a la distillation ; l'iode qu'on ob- 
tient par ce precede doit etre distille une seconde 
fois avant d'arriver a l'etat de purete. Pour le livrer 
au commerce, on le seche entre des feuilles de papier 
sans colle. 

L'iode est solide a la temperature ordinaire; sa forme 
est lamelleuse, son eclat metnllique , sa couleur bleue 
orisatre, son odeur forte et analogue a celle du chlore, 
sa saveur tres-acre , sa pesenteur specifique cinq fois 
environ plus grande que celle c!e l'eau. II forme sur 
la peau des taches d'un jaune brunatre qui ne tar- 
dent point a disparaitre, projete sur des cbarbons ar- 
dents, il repand des vapeurs violettes. L'iode, presque 
pas soluble dans l'eau , se dissout facilement dans l'al- 
cool et Tether i il a de laffinite pour l'hydrogene, le 
carbonne, le phosphore , le souffre , le cldore, le 
brome, l'azote et presque tons les metaux. 

On l'emploie dans les laboratoires eomnie reactif, 
dans la medeciue contrc les maladies scrophuleuses , 



— al- 
ios goitres et a la preparation de quelques iodures 
dont nous parlerons. 

Le commerce fournit parfois de l'iode melange d eau 
et de houille. Cette fraude est facile a reconnaitre par 
la dessication et la sublimation. 

Les composes qui nous paraissent pouvoir etre em- 
ployes avantageusement dans les arts , sont les iodures 
de mereure et de plumb. Leur nuance est tres-belle et 
la solidite du premier incontestable. Frappes depuis 
longtemps des proprietes Ires-reraarquables de ces deux 
composes et n'ignorant pas que le chromate de plomb , 
le prussiate de fer, qui sont des composes mineraux 
qu'on peut placer dans la categorie , sous le double 
rapport de l'emploi et de la coloration, etaient jour- 
nellement employes dans la teinture et Tiinpression sur 
les etofFes, nous avons cru pouvoir etre utile a Tin- 
dustrie en chercbant le moyen de les employer aux 
memes usages. 

L'affinite de certains corps les uns pour les autres 
a pu porter a croire que ceux qui donnent naissance 
a liodure rouge de mereure et a liodure jaune de 
plomb pouvaient servir a la teinture et a 1 impression , 
par l'emploi dun procede pareil a celui usite pour 
fixer sur les tissus le vert de scheelle , le bleu de 
prusse , le chromate de plomb; quelques essais suffisent 
pour se convaincre de l'impossibilile de conclure ainsi, 
mais e'est a cette cause quit faut surtout altribuer le 
defaut d'eni[)loi dans les arts de ces deux iodures. 
Nous n'entendons pas parler de l'impression sur etoflFe, 
car Thillaye (manuel du fabricant des indiennes) donne 
une formule pour impression sur tissus de coton par 
le bi-iodure de mereure , formule qui nous parait mo- 

4.* 



- 62 — 

tiver quelqucs observations : pour teindre du velours 
dc cotOD an bi-iodure de mercure, on aurait recours 
a I'lin des procedes suivants : 

1.° Le mordancer avec le bi-chlorurc de mercure ou 
quelqu autre sel du menie metal bi-oxide; le faire se- 
cher et le passer ensuite dans un bain plus ou moins 
concentre diodure de potassium ; 

2." Operer en sens contraire du procede qui precede, 
c'est-a-dire mordancer le velours avec l'iodurc et le 
passer ensuite dans le chlorure. 

Dans 1 un et l'autre cas le succes est imparfait. Le 
procede de Thillaye pour impression serait-il plus satis - 
faisant? INbus pensons qu'il offre aussi des imperfec- 
tions. 

Le bi-iodure de mercure est done reste sans emploi 
en teinture; quand a 1 iodure de plomb qui, a beau- 
coup pres , n'a pas la solidite du premier, nous sommes 
portes a croire que des raisons analogues a celles que 
nous avons exposees en ont empeche I'emploi. 

II nous a semble que le but que nous nous sommes 
proposes, celui de teindre et d'imprimer des velours 
de colon aux iodures de mercure et de plomb , ne 
pouvait ctre alteint que par 1 indication de procedes 
simples, faciles et surs : voici ceux que nous proposons. 

Procedes pour teindre et imprimer les etoffes de coton 
aux iodures rouge de mercure et jaune de plomb. 

Pour arriver a ce resultat , plusieurs composes nous 
sont necessaires: 

L'iodure de potassium, L'acitale neutre de plomb, 

Le bi-iodui e dc mercure , Le sous-carbonate de soude , 



— 63 — 

L'acide iohydrique, L'acide chlorhydrique, 

Le bi chlorure de mercure , L'acide acetique. 

Ces composes sont hop connus pour que nous ne 
soyons pas dispenses de parler de leur preparation qui, 
dailleurs , est formulee dans lous les ouvrages de 
chiinie. 

Procede pour teindre et imprinter les etoffes de coton 
a Viodure rouge de mercure. 

Trois procedes peuvent etre employes , le premier est 
base sur la propriete qu'a une etoffe de coton mordan- 
cee avec le bi-chlorure de mercure de pouvoir etre 
leinte ou imprimee , avec toute garantie de reussite , 
dans un bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure 
de mercure ; le second sur ce que la mthne etoffe 
mordancee avec le bi-cblorure de mercure , avant d'etre 
mise en contact avec le bain colorant ci-dessus , ma is 
acidule avec l'acide chlorhydrique, doit etre passee pre- 
alablement dans une solution de sous-carbonate de 
soude afin de convertir le bi-chlorure de mercure en 
bi-oxide; enfin le troisieme sur ce que cette meme 
etoffe , d'abord mordancee avec le bi-chlorure de mer- 
cure , ensuite passee dans une solution de sous-carbo- 
nate de soude , prend parfaitement cette belle couleur 
rouge-orange , qui est nropre au bi-iodure de mer- 
cure, en la trempant dans un bain faible dacide iohy- 
drique legeiement acidule d'acide chlorydrique. On don - 
nera probablement la preference au premier procede 
pour teindre et aux seconds pour imprimer, surtout ;i 
plusieurs mains. 

A van I de revenii sur chaciin de ces trois procedes 



— 54 — 

en particulier, il est indispensable que nous disions 
comment etaient composes les bains dont nous nous 
sommes servis, et d'observer qu'ils devront etre modi- 
fies selon les teintes a obtenir. 

Bain de bi-chlorure de mercure. 

Bi-chlorure de mercure 1 kilogramme 

Eau 20 litres. 

On fait dissoudre le chlorure de mercure dans l'eati 
a l'aide de la chaleur , on laisse refroidir et reposer 
la dissolution, enfin on la decante avant de s'en servir. 

Bain d'iodure de potassium simple. 

Iodure de potassium 1 kilogramme. 

Eau 40 litres . 

Si l'iodure est pur, il peut etre dissous dans 1'eau 
froide et employe de suite. 

Bain d'iodure de potassium acidu/e. 

Bain d'iodure de potassium ci-dessus . q : v : 
Acide chlorhydrique q : s : 

Pour que ce bain soit rendu legerement acide. 

Bain d'iodure de potassium et de bi iodure de 
mercure simple. 

Bain d'iodure de potassium simple . . q : v : 

Bi-iodure de mercure q : s : 

Pour que la saturation soit complete. 



— 66 — 

Bain d iodure de potassium et de bi-iodure de 
mercure acidule. 

Bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure 

de mercure simple q : v : 

Aeide chlorhydrique q : s : 

Pour l'aciduler Idgerernent. 

Bain d'acide iohydrique acidule. 

Acide iohydrique q : 8 : 

Eau q : s : 

Acide chlorydrique q : 8 : 

Le bain d'iodure de potassium acidule peut renipla- 
cer parfaitement celui-ci. II est done presumable que 
la preference lui sera donnee a cause du prix eleve 
de I'acide iohydrique. 

Bain alcalin. 

Solution de sous-carbonate de soude a 2 ou 3° q : s : 
Notre procede pour teinture ou impression d'etoft'e 
de coton au bi-iodure de mercure est fort simple; 
raordancer ou imprimer un velours blanchi, par exem- 
ple, avec la solution de bi chlorure de mercure, le 
laisser secher , le passer dans le bain d iodure de po- 
tassium sature de bi-iodure de mercure tiede et rincer. 
Ce bain de bi chlorure de mercure est assez con- 
centre pour donner une teinture rouge-orange passable. 
Pour impression , on eraploiera avec avantage une 
solution de bi-chlorure plus concentre. 



- 56 — 

La teinte rouge - orange peut etre augmentee (»u 
reduite, en donnant plus ou nioins de force au mor- 
dant. 

Quoique nous disions plus haut que pour teinture 
ou impression dun velours de coton au bi-iodure de 
mercure , la preference doive etre donnee au premier 
procede, parce qu'il est le plus simple, cependant 
nous sommes certains qu'on peut egalement teindre 
bien uni en se servant des deux derniers. 

Le bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure de 
mercure se troublant , se decomposant si Ton veut , 
des qu'on commence a y passer le velours mordance , 
une partie du bi-iodure de mercure , qui entre dans la 
composition de ce bain , et qui augmente progressive- 
ment en continuant le mouillage , se depose sur cette 
etoffe sans former corps avec ces parties ; nous desire- 
rions que cette portion de bi-iodure ne fut pas per- 
due pour etre utilisee dans une autre operation. Ce 
resultat s'obtient en commencant par laver les pieces 
sortant du bain colorant dans des bacs remplis d'eau et 
en les rincant ensuite a la riviere. 

Le bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure 
de mercure, lorsqu'il a servi a teindre une piece ou , 
ce qui revient au meme , lorsqu'il a ete trouble par 
cette operation , peut etre retabli dans son etat pri- 
mitif en saturant l'exces de bi-iodure de mercure, tenu 
en suspension dans ce liquide, avec une quantite suffi- 
sante d'iodure de potassium. 

Si ce bain d'iodure de potassium sature de bi-io- 
dure de mercure, qui est destine a teindre une piece, 
peut, sans inconvenient, tenir en suspension un exces 
d'iodure de mercure, il est essentiel qu'il n'en con- 



— 57 — 

tienne pas lorsqu il doit servir a imprinter une piece 
a fond blanc. 

Pour finir ce chapitre , nous ajouterons quelqucs mots 
au sujet des deux derniers procedes qui peuvent aussi 
servir a teindre un velours de coton en rouge-orange 
ou a ('impression de la meme etoffe. 

Le mordancage se fait de meme que si Ton voulait 
suivre le premier procede ; raais une fois que les 
pieces ont cte bien sechees sur mordant, au lieu de 
les mettre en contact avec le bain colorant , on les 
passe dans un bain alcalin chauffe a une trentaine de 
degres , on les y laisse sojourner pendant une demi- 
heure afin que le bi-chlorure ait le temps de se de- 
composer, on les porte a la riviere pour les rincer , 
on les passe dans le bain d'iodure de potassium sa- 
ture de bi-iodure de mercure acidule ou dans celui 
d'acide iohydrique ehauffes a 30' environ , et on fmit 
par les bien rincer et par les faire secher. 

Pour teindre une piece bien unie ou pour riniprimer 
bien regulierement , les deux derniers procedes , quoi- 
que un peu plus compliques , l'emportent probablement 
sur le premier. lis offrent cependant un inconvenient ; 
pour obtenir la meme intensite de teinte, on est oblige 
d'employer des mordants plus concentres , parce qu'il 
s'en perd une portion dans le bain alcalin. 

Avant d'en venir a Tiodure de plomb , disons encore 
un mot sur les etoffes de coton teintes ou imprimees au 
bi-iodure de mercure. Nous ne parlons que des etoffes 
de coton , parce que les essais faits sur celles de soie 
et de laine ont ete pour nous sans resultats satisfaisants. 

La couleur rouge-orange de ces etoffes peut efcre 
consideree com me asscz solide, puisqu'elle rcsiste atix 



— 58 — 

lavages parfaits, a I'eau ordinaire, aux bains alealins 
carbonates, aux eaux acidulees , enfin a l'action tres 
destructive , pour une nuance si delicate , des rayons 
solaires du mois d'aout. Thillaye pretend cependant que 
cette couleur se ternit nil soleil ; ainsi, en admettant 
que nous ne nous soyons trompes ni Fun ni 1 autre , 
i! faudrait admettre aussi que le procede que nous 
donnons pour iraprimer sur velours de coton au bi- 
iodure de niercure est preferable au sien. 

Procede pour teindre el imprinter les e'toffes de colon 
a fiodnre jaune de plomb. 

De nieme que pour la couleur rouge-orange , trois 
precedes peuvent etre rais en pratique pour teinturc 
et impression sur coton a l'iodure de plomb. Le pre- 
mier 'consiste a mordancer cette etoffe avec l'acetate 
neutre de plomb , a la faire seclier et la passer en- 
suite dans uii bain colorant d'iodure de potassium 
additionne d acide acetique. Quant au second et troi- 
sieme procede , voici en quoi il differe du premier. 
Quand l'etoffe a etc mordancee et sechee , on la passe 
dans un bain alcalin pour convertir l'acetate de plomb 
en carbonate de la meme base , ensuite dans le bain 
d'iodure de potassium ou dans celui d'acide iohydrique 
acidules. 

Un velours de coton teint ou imprime a l'iodure de 
plomb est dun jaune tres-beau et tres-eclatant , mais 
malheureusement cette couleur a si peu de stabilite 
que c'est a peine si elle resiste aux lavages a l'eau 
ordinaire. Aussi, si nous en fesons niention , c'est pour 



— 59 - 

renclre notre travail sur 1'iodure de mercure le plus 
complet possible. 

Quatre bains sont utiles pour teindre ou imprimer a 
I iodure de plomb. Voici comment ils ont etc composes : 

Bain & acetate de plomb. 

Acetate de plomb 1 kilog. 

Eau 30 litres. 

On fait dissoudre a l'aide de la chaleur l'acetate de 
plomb dans I'eau , on laisse refroidir et reposer cette 
dissolution et on la decante avant de l'employer. 

Bain d'iodure de potassium acidule. 

Iodure de potassium 1 kilog. 

Eau 40 litres 

Acide acetique q : s : 

On fait dissoudre Tiodure dans I'eau froide et on 
acidule legerement le melange. 

Bain d'acide iohydrique acidule. 

Acide iohydrique q : s : 

Eau q : s : 

Acide acetique q : s : 

Melez. 

Bain alcalin. 

Solution de sous-carbonate de soude a 2 ou 3° q. s. 
La teinture et I'impression a l'iodure de plomb mo- 



— 60 — 

liverait plusieurs observations relatives a ['execution du 
procede. Nous les passerons sous silence pour ne pas 
nous repeter. Les details dans lesquels nous enmities 
entres au sujet des teintures et impressions au bi- 
iodure de roerenrc nous en dispensent suffisainment. 



CONCLUSIONS. 

Des essais qui precedent , il resulte : 

\.° Que I'iodure de niercure peut etre employe a la 
teinture et a l'impressioii des etofFes de coton , peut- 
etre meme a eelles de tin , et que sous le double rapport 
de la vivacite et de la solidite , cc compose laisse 
peu de chose a desirer; 

2.° Que I'iodure de plomb , quoique moins solide, 

peut servir aux memes usages. 



%$&&& 






 



NOTICE 

SUR L'EMPLOI DUNE SUBSTANCE 

PROPRE A REMPLACER 

L'ICHTHYOCOLLE OU COLLE f)E POISSON 

DANS LA CLARIFICATION DE LA BIERE, 

Par M. BOR, Pharmacjfn. 



messieurs, 

La colle de poisson se prepare, surtout en Russie, 
avec les visicules aeriennes de plusieurs especes de 
poissons , particulierement avec cellos du grand estur- 
geon qui est tres-commun dans le volga et dans les 
autres fleuves qui se juttent dans la mer Noire et la 
mer Gaspienne. Ces visicules sont mises dans 1'eau 
froide pour etre ramollies , puis on les nettoie et on 
en detache les membranes exterieures ; Tinterieure est 
ensuite roulee sur elle-meme , blanchie a lacide sulfu- 
reux et sechee ; vers la fin de la dedication, on leur 
donne la forme de lyre , de cceur ou de livret. 



— 62 — 

La colle de poisson doit etre blanche , demi-trans- 
parente, sans odeur, soluble dans 1'eau bouillante pres- 
que sans residu et lui coumiuniqant , par le refroi- 
dissement , une forte consistance de gelee. Elle est 
composee de beaucoup de gelatine et d'une petite quan- 
tite de sous-phosphate et sous-carbonate de cbaux. 

Le commerce nous fouruit plusieurs especes de colle 
de poisson qui ne different entre elles que par leur 
plus ou moins grande solubilite. 

La colle de poisson strt a plusieurs usages , surtout 
a la clarification de la biere. 

Cette substance nous venant de l'etranger et etant , 
en outre, a un prix passablement eleve , nous avons 
pense etre utiles a l'incluslrie en la remplacant par 
une autre substance qu'on put se procurer en quan- 
tite suffisante pour les besoins du commerce et dont le 
prix fut bien inferieur. 

Nous savions , avant d'cntreprendrc ce travail, que 
depuis long-temps on cherchait le inoyen de remplacer 
la colle de poisson , surtout pour la clarification de la 
biere, par une substance moins rare et a bas prix; 
que des societes savantes en France , en Angleterre , 
en Allemagne, avaient propose des prix pour la solu- 
tion de ce probleme qui nest pas encore resolu; que 
la colle de poisson possede une propriete clarifiante beau- 
coup plus grande qu'aucune gelatine obtenue par de- 
coction de diverses matieres animales, meme de la 
colle de poisson elle-meme dissoute dans l'eau bouil- 
lante et convertie en gelatine par ce moyen ; qri'en 
consequence son action etant mecanique , ainsi que I'a 
demontre M. Payen , il f'allait necessairement la re[>or- 



— 63 — 

ter a sa contexture qui est effectivement formee de 
fibres qui jouissent , mises en contact avec un liquide, 
chaud surtout , de la propriete de se ramollir , daug- 
menter de volume , de se diviser a 1 infini , de donner 
de la consistance a la partie gelatinouse , et par suite 
de former , dans les liqueurs a clarifier , une sorte de 
reseau qui jouit lui-meme de la propriete de se resser- 
rer , de se contracter sur lui-meme, probablement a 
cause du principe astringent ou fermentessible qu'ils 
contiennent , et dentrainer d;ms sa precipitation tous 
les corpuscules qui troublaient leur transparence. 

La geline est la substance que nous proposons pour 
remplacer la colle de poisson dans la clarification de 
la biere. M. Dambresville , fahricant a Amiens, est le 
premier qui Fait conseillee a des brasseurs qui I'em- 
ploient avec succes depuis plus de six annees. 

Nous extrayons la geline des cornillons de la corne 
de boeuf debarrasses , par l'acide muriatique , du sous- 
phospbate et sous-carbonate de chaux qu'ils contiennent. 

La corne de boeuf est formee de deux substances bien 
distinctes et qu'on peut facilement separer Tune de 
l'autre ; I'exterieure , qui est dure, luisante, transpa- 
rente lorsquelle est reduite en lames minces , cornee , 
inattaquable par les acides et composee, entr'autres 
corps, d'une matiere analogue au.v ongles , sert jour- 
nellement a faire des peignes et autres objets de ta- 
bletterie ; 1'interieure, appelee cornillon , qui est moins 
dure que la premiere , opaque , attaquable par les acides 
et formee d'un tissu gelatineux dont les cellules fila- 
mentenses sont remplies en graude partie de sous-phos- 
pbate et de sous-carbonate de calcaire , nous sert a 
faire la geline. 



- 04 — 

['reparation de la geline. 

Cornillons de corne de baeuf 100 kilogrammes . 

Kau 300 id. 

Acide muriatique a 2V 50 id. 

Faites le melange de 1'eau et de l'acide dans nn 
bac en bois, mettez-y les cornillons, laissez reagir 
pendant hu.it jours et remuez au moins une fois cliaque 
vingt-quatre heures ; decantez ensuite le liquide et 
remplaeez-le par le suivant. 

Eau .... 200 kilogrammes . 

Acide muriatique a 21° . 50 id. 

Melez. Laissez encore reagir cette eau acidulee sur les 
cornillons pendant huit autres jours , en ayant le soin 
de reinuer corape il est dit ci-dessus; ensuite decantez 
de nouveau , remplacez ce liquide par de 1'eau ordi- 
naire, laissez macerer pendant vingt-quatre heures, 
renouvelez cette eau une seconde et une troisieme fois, 
decantez, laissez egouter, faites secher et divisez par 
morceaux. 

L'experience nous a appris que cetle operation devait 
etre faite sous un hangard et a Tombre parce que les 
rayons solaires nuisaient a la bonne confection de cette 
substance. 

La reaction de l'acide muriatique sur les cornillons 
etant plus lente en hiver qu'en etc, il faut, dans le 
premier cas , prolonger les macerations de trois a quatre 
jours. 

Emploi de la geline. 
On la laisse ramollir pendant quelques heures dans 



— 65 — 

une suffisante quantite d'eau froide. Un kilogramme de 
geline est plus que suffisant. pour la clarification de 
cinq hectolitres de biere. On ne lajoute au brassin que 
lorsque le houblon a ete assez penetre par le bouillon 
et qu'il commence a se precipiter. Une demi-hcure 
d'ebullition est plus que suffisante pour la dissoudre. 

Nous ne nous arreterons pas a disserter sur la ma- 
niere dagir de la geline lorsqu'elle est employee a la 
clarification de la biere. Nous laisserons ce soin aux 
savants qui voudront se donner la peine de repeter 
nos essais. Nous osons cependant avancer que si Tac- 
tion de cette substance , dans les liqueurs a clarifier , 
n'est pas en tout semblable a celle de la colle de pois- 
son , elle produit du moins le merae resultat. Quant a 
son prix de revient , nous somraes convaincus , sans 
entrer dans des details de chiffres , qu'il est de beau- 
coup inferieur a celui de la colle de poisson. 



5. 



ANALYSE 

D'UNE SUBSTANCE 

trouvee dans l'interieur 
d'dn 

COMPTEUR A G/VZ PUOPRE A LECLAMAGE , 

Par M. BOR , Pharmacien. 



►frfli ) h m 



Messieurs , 

II nons a ete remis , pour etre sounris a l'analyse 
chimique , une substance qui a ete trouvee par M. 
Ferot , directeur de la f'abrique a gaz de notre ville , 
dans l'interieur de quelques compteurs. 

Cette substance a une odeur de gaz tres prononcee, 
quelle perd cependant par la dessication. On ne sau- 
rait mieux la comparer qu'a l'amadou. Son organisation 
est pourtant hien differente ; car, en l'examinant a la 
loupe, on ne tarde point a s'apercevoir qu'elle est 
foriuee de molecules superposees et jointes comme 
celles de la pate a papier. 

Cette substance etant tres adherante aux parois du 
compteur , d'oii il a fallu larracber, et nu Ton pre- 
sume qu'elle a pris naissance , on est peu surpris d'y 
apercevoir quelques fragments de soudure. 

5.* 



— 68 — 

Mise sur ties charbons ardents, elle se carbonise et 
repand une odeur resineuse. 

Bouillie pendant quinze a vingt minutes dans quel- 
ques grammes d'eau distillee , elle laisse degager une 
odeur de gaz melee de goudron ; mais elle ne parait 
pas changer de nature par cette ebullition. Une solution 
bouillante de sous-carbonate de soude ne parait pas 
avoir plus daction sur elle. II n'en est pas de meme 
d une autre solution , meme peu concentree , de potasse 
caustique; celle-ci la dissout au contraire entierement, 
surtout par une ebullition un peu prolongec. Cetle 
dissolution , qui est passablement coloree , precipite en 
blanc jaunatre par les acides et degage de l'hydrogene 
sulfure ; la presence du soufre a ete reconnue dans 
ce precipite. 

Cette substance dessechee par la cbaleur , si on la 
met en contact avec l'aeide sulfurique concentre et 
froid , elle ne tarde pas a noircir et a etre desorga- 
nisee ; en etendant ce melange acide d'une certaine 
quantite d'eau, une matiere brune se precipite. Cette 
matiire, lavee avec soin et sechee , si on Texpose a 
une temperature un peu elevee , elle fond, et, par le 
refroidissement , se fige comme le goudron. Projelee sur 
dcs charbons ardents , elle repand une odeur analogue 
a cette derniere substance. 

Traitee a deux ou trois reprises par 1 alcool bouillant, 
cette substance communique a ce liquide un aspect 
opalin et une odeur de vernis. En laissant evaporer 
cet alcool a la temperature ordinaire , il se depose sur 
les parois du vase qui le contient une matiere pois- 
seuse et odorante qui rappelle l'odeur primitive. 



— 69 — 

Cette raerae substance apres avoir ete traitee par 
1'alcool bouillant, conserve encore sa structure quoi- 
qu'elle ait fourni quelques principes a ce liquide. Elle 
doit done etre formee d'huile empyreumatique et de 
quelques huiles essentielles qui accompagnent ordinai- 
rement le goudron. 

Traitee, en derniere analyse, par l'acide azotique pur 
et bouillant , elle commence a jaunir et ne tarde point 
a se dissoudre en entier. En evaporant cette dissolution 
a siccite et en traitant ce residu par l'eau distillee 
bouillante , une matiere jouissant de toutes les pro- 
prietes du goudron vient nager a la surface de ce li- 
quide. Cette matiere projetee sur des charbons ardens 
repand une odeur sui generis. Quant a l'eau employee 
a la separer de sa dissolution , elle precipite en blanc 
par les sels de baryte ; cette dissolution renfermait 
done de l'acide sulfurique qui provient sans doute de 
la reaction de l'acide azotique sur le soufre que con- 
tient cette substance. 

Cette substance trouvee dans les compteurs , differe 
done de I'amadou avec lequel on pourrait , au premier 
aspect , la confondre ; ensuite , puisqu'elle est forinee 
de goudron , de soufre , d'huile empyreumatique , de 
quelques huiles essentielles qui accompagnent toujours 
le goudron , et probablement de plusieurs autres corps 
echappee «^- 



Chacun de vous , Messieurs , a entendu parler de 
Roville et de l'institut agricole qu'y a fonde M. Mn- 
thieu de Dombasle : ayant visite deux fois cet etablis- 
sement daus les mois de juillet et aout derniers , j'ai 
pense que vous acceuilleriez avec plaisir quelques de- 
tails sur ce que j'ai pu observer. Deux ans auparavant, 
j'avais visite l'institut de Grignon , et j'avais ete peu 
flatte de ce que j'avais trouve ; je craignais d'eprou- 
ver encore un desappointenient a Roville, raon attente 
a ete heureusement trompee. 

A Grignon , tout semblait iudiquer l'intention de ne 
faire que de l'agriculture en grand : tout ce qui s'y 
faisait ne paraissait pouvoir convenir qu'aux grands pro- 
prietaires , a ceux qui disposaient d'une ferine et de 
fonds considerables : a Roville , tout est sur une echelle 



— 72 — 

 

modeste , il n est pas de petit cultivateur qui ne puisse 
imiter et s'approprier toutes les pratiques qu'y a eta- 
blies son directeur. 

Les batiments de la ferme n'ont rien de remarqua- 
ble , ou plutot il n'y a point de ferme : tous les ba- 
timents sont isoles dans le village ; d'un cote les ecu- 
ries , de l'autre les ateliers de construction ; la, le lieu 
de travail pour les eleves, ailleurs les hangards , les 
pares de moutons ; dans la ferme on ne trouve reel- 
lement qu'une bouverie , une bergerie pour 500 betes, 
et une habitation plus que modeste pour le directeur 
et sa famille. On concoit deja tout ce qu'a de mau- 
vais un tel etat de choses : une surveillance plus dif- 
ficile , une perte de temps considerable : enfin Toeil du 
maitre qui ne peut etre partout en meme temps. 

J'ai ete bien plus surpris encore en parcourant les 
terres en culture. Roville est situe au pied d'un co- 
teau escarpe , formant la limite du bassin de la Mo- 
selle, qui coule ordinairement a 15 bectometres du 
village : mais lors de ses debordements qui sont fre- 
quents, elle s'approche jusqu'a 7 ou 8 hectometres, 
en ratissant les terres cultivees , et en les couvrant de 
debris de roches , entrainees du haut des Vosges. 

Les terres de l'etablissement sont situees pour uu tiers 
sur le coteau ; pour les deux autres tiers dans la vallee 
de la Moselle. 

Les terres du coteau sont formees dune argile com- 
pacte. Avant larrivee de M. de Dombasle , on les lais- 
sait en friche : les charrues du pays ne pouvaient les 
diviser, et la rapidite de la pente rendait le labour 
trop penible et la recolte trop difficile. Griice aux nou- 
veaux instruments, le labour s'y opere tres bien, avec 



— 73 — 

deux chevaux par charrue seulemenl : mais il n'est 
pas rare que les voitures soient culbutees , avec leur 
charge, au moment de la recolte. — Cette annee , tou- 
tes les terres du coteau etaient occupees par du ble 
et des prairies artificielles ; celles-ci n'ont presque rien 
donne en fourage , la faux trouvait difficilement a 
mordre : les moutons y etaient conduits au paturage. 

Quant au ble , il etait admirable : nombre de ger- 
bes considerable , epis longs , gros et bien fournis , 
grain gros et lourd ; M. De Dombasle , apres de n'om- 
breux essais , s'est arrete a une variete de ble du 
pays : il l'a perfectionne par sa culture , par le choix 
de la semence : toute sa recolte se vend dans le pays , 
plusieurs francs de plus a l'hectolitre , pour les se- 
mailles. 

Une partie des terres du coteau est consacree a une 
houblonniere etablie sur deux systemes difFerents : dans 
Tun le boublon grimpe contre des perches de 4 a 5 
metres delevation ; dans Tautre ces perches n'on'c (pue 
1 metre 50 centimetres de hauteur, et se relient en- 
tr'elles par des fds de fer sur lesquels courent les sar- 
ments. M. De Dombasle s'applaudit de ce nouveau 
svsteme, dans lequel la recolte, aussi abondante que 
dans l'ancien systeme, s'opere plus facilement , et qui 
presente le grand avantage d'oiFrir moins de prise aux 
coups de vent, toujours si redoutables pour nos hou- 
blonnieres : je crois que cette methode de culture de 
houblon serait bonne a propager. 

Les terres de la plaine contre le village sont bonnes 
et fertiles, blanches et assez compactes, elles ressem- 
blent a ce que les cultivateurs anglais ont appele Loam; 
malheureusement beaucoup de places sont infertiles , 



- 74 — 

par la presence du sous-sol sableux et caillouteuv qui 
se fait jour a la surface : en vain M. I)e Donibasle 
a fait couvrir ces places de niarne , de chaux et 
d'engrais de tout genre : 1 aridile du sous-sol a tou- 
jours predomine. Telle est son influence que la meme 
ou il est suffisamnient recouvert , il faut des etes bu- 
mides pour que les reeolles soient avantageuses. A nic- 
sure que Ton descend vers la Moselle, les places in- 
fertile^ sont plus nombreuses, les oailloux et le sable 
augmentent, et bientot on arrive a une zone ou Ion 
ne peut obtenir , meme dans les annees les plus favo- 
rables, que des moissons cbetives , peu en rapport avec 
les travaux et les frais qu'elles exigent. 

Cette annee les fourrages d'biver out succoiube aux 
gelees de prin temps. — L'avoine n'offrait pas 45 cen- 
timetres dans les points les plus eleves ; dans beau- 
coup d'endroits , elle n'avait pas 20 centimetres, — 
le millet avait manque, le ma'is seul etait assez beau; 
— M. De Donibasle le fesait hacher par morceaux et 
donner a ses cbevaux , mele avec de la luzerne ha- 
cbee. Contrairement aux assertions de plusieurs culti- 
vateurs, j'ai remarque que les cbevaux n'etaient pas 
fort avides de cette nourriture : ils mangeaient la lu- 
zerne et laissaient le mais : le chef d'attelage disait 
menie qu'ils avaient maigri depuis qu'on les avait sou- 
mis a ce regime ; — les terres d'en bas avaient encore 
quelques cbamps de lin fort mediocre , de Madia-Sa- 
tiva peu remarquable . de pavots dune variele par- 
ticuliere et une grande quantite de betteraves. 

Pendant plusieurs annees, M. De Donibasle s'occu- 
pait beaucoup de la culture du lin , — il y a renonce 
parce que cette culture etait Imp cbanceuse dans des 



— 75 — 

terres aussi arides. Le Madia n'offrait pas plus de "20 
centimetres d'elevalion : toutes ses branches laterales 
etaient presque avortees ; on ne pouvait avoir de la 
plante qu'une idee fort incomplete : au surplus M. 
De Dombasle n'en avait seme que pour la montrer aux 
eleves, et sans le projet de la faire entrer dans sa 
culture. 

Quant, aux pavots , la variete cultivce a Roville m'a 
paru interessante, en ce que, sous le plateau supe- 
rieur , il n'y a point d'opercules ; — il en resulte que 
la plante peul etre battue par le vent, et rentree dans 
la grange a I'etat de siccite sans craindre de perdre la 
graine. A la verite cette disposition offre plus de difficul- 
ty pour la recolter, il faut forcement avoir recours au 
fleau , mais cet inconvenient n'est-il pas compense par 
la facilite de ne recolter la graine que pendant l'hiver, 
quand tous les travaux sont termines, et surtout par 
la certitude de la recolter toute entiere , sans craindre 
les ouragans et bien plus encore les voleurs? 

M. De Dombasle cultive en grand la betterave : il la 
seme en place , mais surtout il la repique : j'ai pu voir 
les deux systemes a cote Tun de I'autre ; l'avantage 
etait pour les betteraves repiquees. — Ceci est con- 
traire aux idees recues chez nous : M. De Dombasle a 
pour lui une pratique heureuse de 20 annees. J'ai vu 
repiquer chez lui des betteraves par un temps tres- 
sec , qui a persiste plus de huit jt,urs apres cette ope- 
ration, et le champ n'en a pas moins ete tres-bien 
fourni. Les places vides etaient dues aux ravages dun 
ver gris, semblable a la larve du hanneton, mais beau- 
coup plus petite. II serait important de savoir a quel 



— 76 - 

insecte appartient cette larve : je ne pense pas que 
jusqu'a present nos cultivateurs se soient. plaint de sa 
presence ; mais a Roville les desastres qu'elle cause sont 
souvent fort etendus. 

M. De Dombasle emploie la betterave a nourrir ses 
moutons et a faire du sucre. II trouve la betterave 
bien preferable a la pomme de terre conime nourri- 
ture des betes ovines ; quant au sucre , sil en ex- 
trait , c'est seulenient pour l'instruction des eleves : il 
1 exlrait par un procede a lui, dit par maceration. 
J'ai vu ses appareils , ils sont tres -simples , et je ne 
doute pas que , quand une loi meilleure permettra de 
vivre a une industrie toute indigene , le procede de 
M. De Dombasle ne soit appele a de grandes desti- 
nees. 

J'ai dit plus haut que j'avais ete surpris en voyant 
les terres de Roville : c'est en efFet que, selon moi , 
M. De Dombasle a mal cboisi lemplacement oil il vou- 
lait elever son institut agricole : je concois tres-bien 
que son but ait ete de montrer tout ce que pouvaient 
la patience, l'ordre, la bonne direction des travaux , 
le choix des instruments , les procedes de bonne cul- 
ture : mais si, pour demontrer cela , il etait bon de 
ne point se poser dans des conditions trop favorables , 
quant au terrein , il fallait aussi ne pas choisir un sol 
a peine ameliorable , un sol oii les travaux les mieux 
suivis , les frais les plus considerables ne pouvaient 
avoir de resultats avantageux quant au fermier : aussi 
le but de M. De Dombasle a ete manque dans le pays ; 
il n'a pu meme faire abandonner le labour en sillons 
Ires-bombes , labour si funeste dans un sol deja fort 
aride. 



— 77 — 

A propos de ces sillons bombes , je me hate de con- 
signer une observation que j'ai faite sur la maniere 
dont M. de Dombasle cultive la pomine de terre. II 
n'a point I'habitude de la butter, et il pretend que le 
buttage est nuisible, en ce qu'il fait pousser trop de 
tiges, au detriment des racines. M. De Dombasle peut 
avoir raison quand la pomme de terre est placee dans 
une terre sablonneuse et legere ; mais, dans un sol 
bas et humide ou trop compact, je pense que le but- 
tage sera toujours preferable. 

M. De Dombasle cultive avec des chevaux , non pas 
qu'il blame l'emploi des boeufs , au contraire , mais parce 
qu'avec les terres de Roville le cbeval lui parait pre- 
ferable. Dix-sept ohevaux lui suffisent pour faire va- 
loir 240 hectares. Ce resultat extraordinaire est du a 
son mode d'assolement, et snrtout a l'ordre miracu- 
leux qui regne dans lemploi du temps, soit pour les 
homines , soit pour les animaux. Pendant l'hiver , on 
achete 25 ou 30 boeufs que Ion nourrit avec la pulpo 
des betteraves : apres l'hiver , on les engraisse au 
grain, et ils sont vendus sur-le-champ. — Les mou- 
tons sont de race commune , mais de choix , leur laine 
s'est vendue lavee a dos 4 fr. 60 c. le kilog. M. De 
Dombasle ne fait point parquer les inoutons dans les 
champs ; au milieu du jour et au soir ils sont rame- 
nes, soit a la bergerie , soit sous des hangards ou- 
verts de toutes parts : M. De Dombasle pretend obtenir 
ainsi un engrais plus considerable , et surtout plus 
durable : je crois aussi que dans les terres compactes 
du coteau il vaut mieux fumer que parquer. Dans les 
terres d'en bas, le parcage aurait certainement un ef- 
fet trop fugace. 



— 7S — 

Tous les instruments de culture employes par M. De 
Dombasle sont aujourd'hui connus des cultivateurs : ses 
charrues, avec ou sans avant-train, simples ou dou- 
bles; l'exlirpateur , le scarificateur , le rouleau sque- 
lette , si utile dans les terres compactes , les semoirs 
a eheval ou a brouette sont decrits partout ; et ce- 
pendant tous les jours M. de Dombasle etudie leur 
emploi, modifie, corrige : tant il est convaincu que 
lemploi des bons instruments est pour beaucoup dans 
le succes du cultivateur ! Les fourages sont donnes , cou- 
pes par un hache-paille d'une construction fort simple. 
Les pommes de terre et les betteraves sont coupees 
par tranche par un coupe-racine ; l'avoine elle- mcrae 
est non pas moulue , mais ecrasee par un double cy- 
lindre , et par la rendue plus accessible a Taction des 
sues digestifs. M. De Dombasle evalue a un quart la 
difference que produit cette simple operation sur l'a- 
voine. Je n'ai point vu agir la machine a battre : elle 
est decrite dans les annales de Roville. Quant aux 
fanners, il est inutile de dire qu'ils ne sont pas epars 
dans les cours, mais qu eleves en tas , ils sont sou- 
vent arroscs avec le purin qui s'ecoule , et quelque fois 
reconverts de terre , pour empecher l'evaporation des 
gaz , qui forment peut-etre la partie la plus utile des 
fumiers. 

Je crains , Messieurs , d abuser de votre patience , 
en entrant dans tous ces details, qui n'ont guere d'at- 
traits que pour les cultivateurs , aussi ai-je voulu les 
exposer avant de parler de rhomme remarquable qui 
a cree cet etablissement. A voir lordre et I'activite 
qui regnent de toutes parts, vous croiriez peut-etre 
que celui qui dirige ces mouvements avec tant de pre 1 - 



— 79 - 

cision , est un jeune-homnie plein do vie et tie saute , 
pouvant tout voir, tout surveiller par lui-meme : de- 
trompez-vous , M. De Dombasle est un vieillard moins 
aeeable par les annees que par les souffrance9 ; quel- 
que fois ne sortant point de sa chambre pendant unc 
semaine entiere , et cependant il sait tout ee que Ton 
a fait, tout ce qu'on doit faire. Rien ne lui eehappe ; 
il sait jour par jour, beure par heure , ee que Ton 
a fait a tel endroit , par qui, en conibien de temps , 
avec eombien de cbevaux. Sa puissante volonte, [Aits 
forte que sa maladie , embrasse et dirige tout cet im- 
mense travail de details minutieux : lui seul soutient 
cet etablissemonf qui retombera dans le neant aussitot 
que s'en eloignera son admirable createur. Souvent , 
quand on approche ces homines dont la reputation est 
si grande , on eprouve un desappointement penible en 
les trouvant au-dessous de cette reputation; M. De Dom- 
basle est digne de la sienne , et a lestime qu'il ins- 
]>ire s ajoule bientot un sentiment de veneration , quand 
on le voit si bon au milieu de ses douleurs , si com- 
plaisant a mettre a voire portee tous les tresors de sa 
longue experience. M. De Dombasle nest pas seule- 
ment un cultivateur distingue , c'est encore un de nos 
premiers economistes , et il serait a souhaiter que les 
legislateurs , qui tranchent si facilement les questions 
dimpot et de douane, pussent entendre comment il 
prouve quels coups funestes sont portes a notre agricul- 
ture et a notre induslrie par des mesures qui paraissenl 
toutes simples et sans portee aucune. 

M. De Dombasle na lien gagne dans sa culture : 
le mauvais choix du terrein , les frais enormes qu'il a 
fallu faire pour en obtenir des recoltes meme medio- 



— 80 — 

cres, les experiences nombreuses auxquelles ii s'est li- 
vre dans I'interet des eleves, expliquent l'absence des 
benefices : sans la fabriquc d'instruments, sans la le- 
gere retribution des eleves, M. De Dombasle n'aurait 
pu se soutenir. Son bail expire dans deux ans, et les 
dcrnieres annees d'une vie de souffrances et de travail 
seront consacrees a rediger un ouvrage general d'agri- 
culture qu'il appelle son testament! 

La fabrique d'instruments est toujours tres-active : 
des envois nombreux se font au loin , et propagent ainsi 
les moyens de inieux preparer la terre, en meme 
temps que l'ecole forme des jeunes-gens qui sauront 
employer de meilleurs procedes de culture. 

L'ecole est composee d'une trentaine de jeunes-gens 
venant de tous les points de la France. — Malbeu- 
reusement le local ne permet pas de les loger et de 
les avoir ainsi sous la main des maitres : ils sont lo- 
ges dans le village ; mais a quelques exceptions pres , 
cette liberte ne leur est point nnisible. Ils ont la con- 
viction que tout ce qu'ils peuvent dire ou faire est su 
bientot de M. De Dombasle , et cette conviction les 
preserve du danger d'une liberte toujours si dange- 
reuse a cet age. Tous les jours a hiiit heures du 
matin , ils vont en compagnie de M. De Dombasle visi- 
ter les travaux faits la veille , et ee qu'on doit faire 
dans le jour : pendant cette promenade , des questions 
arretees et discutees d'avance entre les eleves sont po- 
sees au directeur qui les resout , et ces solutions sont 
transcrites sur un registre ad hoc. Des Cours d'agricul- 
ture, de medecine veterinaire , de botanique, d'arpen- 
tage et surtout de comptabilite agricole ont lieu pen- 
dant toute l'annee et aux epoques les plus favorables 



— 81 — 

pour ees cours : un jardin botanique , un jardin po- 
tager , sont a la disposition des eleves; chaque jour 
plusieurs d'entr'eux, sous la direction d'un maitre , la- 
bourent et nianient tous les instruments dont ou leur 
explique tout le mecanisme; d'autres sont charges de 
surveiller les travaux des champs ou de la fernie ; la 
bergerie , la bouverie , l'ecurie ont aussi leurs surveil- 
lants : le soir , a huitheures, ils vont a lordre. A ce mo- 
ment M. De Dombasle reunit tous les chefs de service ; tout 
ce qui a ete fait dans la journee est transcrit sur des 
registres divers : le nombre de journaliers , de chevaux 
employes, la quantite de terre labouree , de fumier 
extrait des etables ou porte dans les champs , les pro- 
duits rentres dans la ferine ou sortis soit pour la 
vente , soit pour la consommation , tout est inscrit 
avec soin : puis les ordres sont donnes pour les tra- 
vaux du lendemain : ce moment est un de8 plus pre- 
cieux pour les eleves, aussi tous sont-ils fort exacts a 
s'y rendre. 

Comme vous le voyez , Messieurs , l'instruction est 
autant pratique que theorique , c'est la son grand 
merite , et ce qui la rend precieuse pour les eleves : 
aussi presque tous travaillent avec zele, et tous, sans 
exception, meme ceux qui negligent les sources d ins- 
truction qui leur sont offertes, ne parlent de M. De 
Dombasle qu'avec veneration , j'allais dire avec amour. 
Nous ne pouvons esperer voir beaucoup de directeurs 
comrae cet homme remarquable , mais il scrait bien a 
souhaiter de voir se multiplier ces etablissements agri- 
coles ou des jeunes-gens apprendraient tout ce qu'il faut 
savoir pour bien conduire une ferine. Jusqu'a present, 
et dans notre pays surtout, on a pense qu'on en sa- 



— 82 — 

vail loujours assez pour etre culiivatenr, et cela est 
vrai quand on ne veut que suivre la routine de son 
perc ; inais esperons qu il n'en sera pas toujours ainsi , 
que I art le plus utile, puisqu'il nourrit les homines, 
et fournit a notre industrie tous les materiaux quelle 
emploie si hien , finira par etre apprecie a sa juste 
valeur. Lc gouvernement alors etablira des ecoles d'a- 
griculture , simples, peu dispendieuses, presquentiere- 
ment pratiques. — C'est aux academies, cest aux co- 
rnices agricoles a rcclamer celte mesure Lmportante, 
qui aurait de plus lavantage de retenir dans nos cam- 
pagnes une f'oule de jeunes-gens trop faibles pour ne 
pas etre entraines par les vices ct par la corruption 
des villes. 



(4) Depuis 1838 , lout a ele change a Gvigiion , mode d'ensei- 
gnement et professeuvs : l'inslruction des eleves est devenue plus 
pratique, et an champ d'experience leur a etc exclusivement con- 
sacre. A. D. 1843. 




MEMOIRE 



SUR 



^INTRODUCTION, EN FRANCE. 



PES 



BETES A CORNES ETRANGERES, 

Par M. SPINEUX. 



-p>+?jf> ^ » 



Depuis quelques annees , Paris et Lyon ne cessent 
de deraander une forte reduction de droits sur l'entree 
des bestiaux gras , et la libre entree des bestiaux niai- 
gres etrangers. 

Pour justifier cette demande , ces villes font valoir 
le haut prix de la viande de boucherie, et le temps 
d'arret que senible eprouver cbez elles la consom- 
mation. 

Les charabres n'ont point jusqu'ici accueilli cette de- 
mande , mais si Van en croit certains bruits , de 
nouvelles petitions se preparent, et il est a craindre 
que cette persistance a demander une mesure funeste 
a l'agriculture, ne finisse par obtenir du succes. Ce 
sont ces craintes qui nous engagent aujourd'hui a vous 
faire part de quelques reflexions. 

6.* 



— 84 - 

II conviendrait peut-etre d'exaruiner avant tout, si 
le mode de perception par tete , de preference au 
poids , si la quotite du droit d'octroi n'ont pas nui a 
la consomination , si le salaire des ouvriers tendant 
constamment a descendre, n'y est pas pour quelque 
chose. II conviendrait encore de se demander si la 
cocote , celte epizootic qui depuis deux ans est venue 
frapper nos vaches et les rendre steriles ; si le manque 
de fourrages de trois annees consecutives , n'ont pas 
du fortement influer sur le prix de la viande. En tout 
cas , l'agriculture ne peut rien sur les deux premieres 
causes; elle n'a qu'a s'en plaindre. Quant aux der- 
nieres , e'est un accident, ct dans l'interet coramun , 
elle est la premiere a desirer qu il ne se produise plus. 

Cependant , nous nous contenterons de traiter la 
question des droits d'entree, comme sage protection de 
douanes et comme interessant parliculierement nos pro- 
ductions agricoles. C'est sous ce seul point de vue que 
nous vous prions de vouloir bien nous preter quelque 
attention. 

La franchise des droits d'entree sur les bestiaux 
maigres , et la reduction de ces droits sur les bestiaux 
gras etrangers est une question complexe beaucoup 
plus serieuse qu'on ne le croirait d'abord. Ne la con- 
siderer que par rapport a lliygiene de quelques grands 
centres de population, c'est lui faire perdre la plus 
grande partie de son importance ;* c'est cesser , qu'on 
nous permette de le dire, de la voir sous le point de 
vue general. 

Sans doute , il serait bien desirable que le prix de 
la viande permit a toutes les classes laborieuses du 
pays, d'en consoramer davantage; c'est surlout pour 



— 85 — 

nos ouvriers des campagnes , chez qui l'usage de la 
viande de boucherie est presque inconnu , que cela se- 
rait desirable ; mais l'abaissement du prix de la viande 
n'esl pas ce qui les preoccupe. Ce qui les preoccupe , 
c'est un travail plus suivi , c'est un salaire quelconque 
pendant l'hiver , alors que les travaux des cbamps ont 
cesse , et que leurs besoins ont grandi. 

L'abaissement du prix de la viande suivant nous , 
doit etre une consequence toute naturelle de 1 amelio- 
ration de notre agriculture. C'est par la suppression 
des jacheres , par l'intercallation des prairies artificielles, 
des plantes sarclees , des racines dans nos assolements 
que nous devons l'obtenir. Le demander a l'irruption 
brusque des bestiaux etrangers , e est aller contre le 
but qu'on doit se proposer , c'est agir contre tout 
progres agricole ; c'est s'exposer enfin , pour favoriser 
les interets de quelques localites dans la consommation 
de leur viande , a faire encherir le prix du pain pour 
tout le monde. 

Au fond, de quoi se plaint-on? de payer la cbair 
de boeuf un peu cber, den manger moins qu'on ne 
voudrait. C'est un malheur sans doute, mais ce mal- 
beur nous semble plus supportable que celui de n'en 
point pouvoir manger du tout. C'est pourtant ce qui 
arrive aux neuf dixiemes de la population agricole de 
la France, dont le salaire ne suffit pas toujours a lui 
procurer du pain. 

Vous comprenez deja , Messieurs, de quelle importance 
peut etre une demande simple en apparence , si les 
consequences doivent influer aussi malbeureusement que 
nous le pretendons sur les produits de notre agricul- 
ture, sur les cereales , et par contre, sur le bicn- 



— S6 — 

etre de ceux-Ia meme , en favour de qui on sollicite 
une mesure peu reflechie. 

Dans la demande de faciliter l'entree des bestiaux 
etrangers, nous trouvons trois questions bien distinctes. 
Celle des bestiaux gras , celle des besthux raaigres , 
celle des jeunes bestiaux. La premiere, l'entree des 
bestiaux gras , ne doit pas etre probibee sans doute , 
parce que les prohibitions absolues donnent generale- 
ment lieu aux monopoles , et ce n'est pas ce que nous 
demandons. Mais I entree doit etre permise dans de 
justes liinites , et le tarif actuel suffit an but qu'on 
a voulu et qu'on doit toujours desirer atteindre , celui 
d'ameliorer l'agriculture , la premiere des industries de 
notre pays. 

Cinquante francs pour un boeuf gras du poids moyen 
de 350 livres; vingt-cinq francs pour une vache grasse 
du poids moyen de 225 livres, ne sont pas des droits 
exorbitants , c'est environ dix centimes par kilogramme, 
ou le dixieme du prix de la viande chez le marchand. 
Nous ne voyons rien la d'exagere , ni qui justifie les 
clameurs qu'on fait entendre. Non , le mal n'est pas 
tel , qu'il faille y porter remede aux depens de notre 
industrie agricole. Entrons maintenant au cceur de la 
question. 

La France possede peu de vallees , peu de basses 
plaines propres aux paturages. Mais elle a beaucoup 
de ploincs hautes, ou la culture des prairies artificielles , 
celle des fourrages , des racines , n'est pas encore ar- 
rivee a ce qu'elle doit etre un jour. 

C'est done a l'etable que nos cultivateurs doivent, 
et devront probablement toujours engraisser une grande 
partie des animaux necessaires a la consommation. Or, 



— 87 — 

lea auimaux engraisses a l'etable coiitent plus chcr que 
ceux engraisses aux paturages. Mais le premier genre 
d engrais , procure d'abondants et d'excellents fumiers 
qui servent a fertiliser tous les champs mis en culture, 
tandis que Tengrais aux paturages , ne profile qu'aux 
prairies sur lesquelles les bestiaux sont nourris. Les 
terres arables n'ont aucune part aux dejections de ces 
animaux , ou du moins n'y out qu'une bien faible 
part. 

C'est pour cela que, dans l'iiiteret bien entendu 
de l'agriculture , nous voyons nos meilleurs agronomes 
conseiller la stabulation. De tout ceci que resulte t-il ? 
c'est que les cultivateurs qui engraissent a l'etable , ne 
peuvent soutenir la concurrence des herbagers , qu'en 
presentant leurs bestiaux a la vente lorsque les patu- 
rages ne permettent plus d'engraisser. Que serait-ce 
maintenant, si la concurrence des herbagers etrangers, 
venait se joindre a celle des herbagers du pays ? 11 
deviendrait impossible a nos cultivateurs d engraisser 
desormais a l'etable, et I'engrais des betes a cornes 
diminuerait en France de la presque totalite des bes- 
tiaux etrangers dont on aurait facilile l'entree. 

Nos herbagers aussi , auraient peine a soulenir la 
concurrence , ce serait une branche d industrie en souf- 
france sans doute, mais les consequences pour l'agri- 
eulture proprement dite, scraient bien autrement graves. 

Nos cultivateurs manquent dengrais, et surtout de 
fumier, c'est un fait reconnu. Le fumier des bestiaux 
gras est d'une qualite superieure a celui des betes 
maigres, c'est encore un fait avere. Eh bien! si nous 
cessons d'encourager a l'aide d'un droit un peu tMeve 
I'engrais a I'rtable , puisque re genre d'engrais est plus 



— S8 — 

dispeudieux que tout autre, nos cultivateurs cesseront 
d'engraisser, on ds reduiront du moins considerable- 
nient lcur engrais. Le resullat sera unc diminution 
notable de fumier, alors qu'il est reconnu que nous 
en manquons deja, par suite, reduction et faiblesse 
des recoltes , et finalcment rencberissement des grains. 

On peut n'etre pas frappe comme nous de ces con- 
sequences, on pourrait meme les nier, si nous n'avions 
pour les prouver, le calcul bien simple que voici. 

Depuis leur entree a la frontiere jusqu'aux lieux ou 
les anima