5. S/6. A
MEMOfRES
I)R
L'ACADEMIE
des Ncieuces* Agriculture, Commerce*
Belles-Ijettres et Arts
DU DEPARTEMENT DE LA SOMME.
WUtMTS
AMIENS ,
IvpniMFBiF de Duval kt Hermknt , Imp. de l'Academie
PLACE PER1GORD, N.° \.
-
MDCCCXLI1I.
MEMOIRES
DE
L'ACADEMIE
DU DEPARTEMENT DE LA SOMME.
6,
MEMOLRES
DE
L'ACADEMIE
des Sciences* Agriculture, Commerce*
Belles-Ijettres et Arts
Dl) DEPARTEMENT DE LA SOMME.
AMIENS ,
I.UPR1MERIE BK DlVAL KT HeRMKNT , IMP UK I'ACADKSIIE,
PLACE PKRIGORft , N. u 1 .
H .\
tf-Si>
V
DISCOURS
PRONONCE
A LA SEANCE PUBLIQUE D'AOUT 1841
Par M. QUENOBLE ,
PRESIDENT DE l'aCADEMIE.
Messieurs ,
11 existe un agent puissant de tout perfectionnement
huraain, c'est le mouvement social lui-meme. C'est lui
qui, obeissant au principe d'une admirable providence,
fait decouler sans-cesse l'ordre et le bien general du
developpement et de ('extension des facultes de tous.
C'est lui qui , deconcertant cliaque jour nos timides
previsions, accomplit ce que l'homme ne pouvait ob-
tenir de ses efforts precipites ; qui eutraine dans sa
m arch e necessaire , irresistible , des obstacles crus in •
vincibles, et ne retrogradant jamais , prepare les peuples
a de nouvelles et plus heureuses destinees.
Mais tout en applaudissant a cette progression spon-
tanee de la perfectibilite humaine , gardons-nous d'en
rester spectateurs oisifs et d'attendre tout du temps
et des revolutions de choses et d'idees quil amene.
Le mouvement social doit finir , sans doute , par
fonder partout des institutions et des mceurs qui re-
— (•) —
pondent au.v besoins moraux de llioiimie civilise. Mais
si Ion n'aide pas a sa marche , chacun sera respon-
sable de tout le raal qui se sera prolonge et de tout
le bien qui ne se sera pas accompli.
D'affreux interregnes du droit et de la raison sont
deja loin de nous. Les souvenirs et les passions qui
naissent des interets blesses se melent raoins aux
questions de principes ; on commence a savoir differer
de sentiments sans se hair, a sentir tout ce qu'une
conviction a d'honorable et de sacre ; et Ton ne sera
bientot plus a douter que sous des bannieres opposees,
on puisse avoir cgalement l'interet du pays pour devise
et pour mobile.
Hatons done le moment ou les raceurs nouvelles re-
cevront plus completement encore le droit de cite
parmi nous, et n'oublions pas que e'est a la jeunesse,
etrangere aux anciennes luttes , sans souvenir comme
sans regret du passe, qu'est reserve le privilege de
s'avancer, unanime et compacte, vers l'avenir, d'ac-
cord sur les principaux objets d'utilite et de conscience
publique.
De cet accord naitra necessairement l'esprit public;
non pas ce patriotisme austere des premiers ages qui
s'enfermait dans letroite circonscription d'une cite ,
pour n'en sortir quhostile a tous les autres ; qui im-
posait trop souvent une vie de haines, d'inquietudes et
de combats ; mais , au point de vue de la civilisation
raoderne, cet attachement aux lois , aux principes con-
servateurs des libertes publiques , aux elements de
Teconomie politique et de la richesse nationale.
Mais pour repandre utilement les germes de l'esprit
public , il faut impregner les jeunes generations qui
sont destinees ou qui aspirent a se niettre a la tele de
la societe, des lumieres pures et des sentiments ge-
nereux qui font lessence de l'esprit public. II faut les
initier a l'etude de la societe , des droits et des devoirs
publics: « l'education dans cliaque etat, dit Montesquieu,
» doit etre le developpement du principe essentiel de son
» gouvernement » il faut d'abord regarder en bas, comrae
rhomme religieux , parce que la sont les plus grandes
plaies , les plus dangereuses maladies physiques et mo-
rales de I'humanite.
Pendant que les etats s'eclairent, se policent , s'en-
richissent, comrae par enehantement , nous trouvons au
sein meme de ces etats de nombreuses generations que
la civilisation effleure a peine , qu'elle oublie, qu'elle
semble dedaigner , et qui , tandis que tout change et
se perfectionne au-dessus d'elles ; languissent, comme
par le passe , dans l'ignorance et dans la misere. Sans
doute, ce serait folie que de reclamer pour tous les
hommes une somme parfaitement egale de richesses ,
de bonheur. Nous ne demandons pas aux classes supe-
rieures de ralenlir leur marche , pour que le reste ait
le temps de grandir et de les atteindre. Mais pourquoi
ce raouvement si vif , si puissant dans les premiers
rangs , devient-il presque insensible dans les derniers ?
II y a dans cette partialite de la Providence bien des
perils, non seulement pour ceux qu'elle favorise , mais
pour la cause de la civilisation elle-meme.
Ne nous rejouissons done pas trop de toutes ces
brillantes decouvertes , de tous ces prodiges de l'indus-
trie qui nous rendent la vie de plus en plus douce ,
de plus en plus precieuse, si une grande partie de
nos semblables demeure dans I'indigence.
— 8 -r-
Le danger dont je parle n'est pas une vaine hypo-
these. II en est un exemple frappant , bien pres de
nous : l'Angleterre, au milieu de sa prosperite , jette
un regard inquiet sur sa population toujours croissante
et toujours plus miserable; en vain attire- t-elle dans
ses ports, en echange de ses produils industriels, Tor
de toutes les nations; cet or se distribue chaque jour,
en portions plus petites, aux mains de ceux qui 1'ont
gagne; la detresse et l'abondance sont egalement en
progres et semblent croitre a l'envi.
Voila pourquoi , en Angleterre , il n'est pas de ques-
tions qui preoccupent plus fortement les esprits que
celles qui se rapportent a la condition des classes infe-
rieures.
Si la misere a fait , dans les etats britanniques , de
si effrayants progres, ce n'est pas qu'elle y ait rencon-
tre chez les classes ricbes des cceurs moins genereux
que dans d'autres pays ; au contraire , la charite n'a
cesse d'y etre comme un attribut necessaire de la ri-
chesse ; l'Etat leve d'enormes impots au profit des in-
digens et les aumones les plus abondantes leur sont
garanties par la loi.
Mais ce sont peut elre la les remedes qui ont aggrave
le mal. Leconomie politique ninterdit pas la charite;
elle ne defend pas aux ricbes de partager leurs ri-
chesses avec le malheur ; elle leur conseille de ne les
repandre qu'avec discernement ; elle leur apprend a
etre vraiment cbaritables, a detruire la misere, au lieu
de l'encourager , elle laisse a la charite tous ses droits ;
c'est toujours a elle qu'appartient la mission divine de
reparer l'injustice du sort ; mais elle la sollicite et la
presse de se soumettre aux lumieres de la raison , d'etre
— 9 —
prudente et raisonnee au lieu d'agir par instinct et par
sentiment
En France, ou la revolution de 89 a permis aux
classes inferieares de devenir proprietaires et d'acquerir
ainsi des idees deconomie et d'iudependance , le mal
est moins grave , les motifs d'etudier les lois de la
charite moins exigeants. Cependant s'il est vrai que
notre population ouvriere manque de bien-etre et que
son etat moral est loin d'etre satisfaisant , il importe
de naturaliser parmi nous toutes les doctrines qui
tendent a prevenir l'accroissement de la misere.
Parmi les causes si diverses de la misere, on peut
signaler principalement l'oisivete et l'imprevoyance. II
faut aussi faire la part des accidents que l'intelligence
ne peut prevoir , que la prudence ne peut eviter.
Or, quels sont les moyens de combattre ces causes?
la prevoyance et le travail , la bienfaisance.
« Qui ne veut pas travailler, ne merite pas de
vivre » , a dit l'apotre : et sa parole est aujourd'hui
celle de toutes les nations. Le citoyen des Etats--Unis
s'estimerait mal fame , s'il n'employait sa vie qu'a
vivre. II travaille , il feconde l'avenir , il place ses espe-
rances a long terme , il tire sa force de lui-meme,
parce qu'il sait que ce qui fait actuellement la princi-
pale difference entre les homines , c'est le travail , c'est
l'intelligence , l'ordre et l'economie. Viennent des cala-
raites qu'il est impossible de prevoir, alors commence
la mission de la charite privee , si les ressources de la
charite legale sont insuffisantes. — La charite privee
( dit un savant economiste ) doit agir a la maniere de
la providence; soudaine et inattendue, elle tend la
main a rhomme tombc dans l'abyme ; mais elle ne
— 10 —
s'engage pas envers lui a l'en tirer de nouveau , s'il
s'expose a une nouvelle chute. Le bien accompli, elle
disparait et abandonne I'homme a ses propres forces.
Tel se croit peut-etre cliaritable qui , pour obeir a un
mouveroent de pitie ego'iste, pour se delivrer d'une
impression penible , a jete en passant, quelque argent
a l'indigence ; offrande trop mesquine , si le mal est
vrai, trop genereuse, si c'est la debauche qui doit en
profiler. Ce qui est utile, necessaire, c'est une aumone
de devouement et de sympathie. C'est la visile fre-
quente de la maison du pauvre. C'est une enquete
bienveillante des causes de sa detresse. C'est le soin
qu'on prend de son intelligence et de sa raison. Ce
sont les conseils , les habitudes de prevoyance et d'e-
conomie qu'on repand autour de lui.
De toutes les charites voila celle qui porte les fruits
les plus reels et les plus durables.
Et puis la charite intelligente, pour obeir a ses ine-
puisables preoccupations , cherchera a creer entre le
maitre et l'ouvrier un lien salutaire, affligee de voir
que linteret seul les rapproche et les separe ; quils
se voient a la fabrique et ne se connaissent pas ail—
leurs ; que le manufacturier ne demande a l'ouvrier que
son travail ; que celui - ci n'attend du manufacturier
que son salaire. Elle veillera a ce que I'homme ne se
degrade pas a mesure que l'ouvrier se perfectionne.
Profondement persuadee qu'il ne peut exister dans le
corps social ni un vice , ni une misere qui ne reagisse
sur l'ensemble , que l'humanite est une et que nulle
partie n'en peut etre negligee , sans que l'humanite tout
enticre ne souffre et ne languisse , elle repondra a
l'appel de l'auteur des meditations et s'attachcra a de-
— 11 —
terminer les causes qui rendent les populations manu-
facturieres generalement moins heureuses et moins mo-
rales que les populations agricoles.
A un autre degre de lechelle sociale, la direction
a imprimer a la jeunesse , surtout a celle qui aspire
a se mettre a la tete de la societe, n'exige pas moins
de vigilance et de soins.
Lorsque la societe rnarchait par classes absolument
distinctes , ces classes se partageaient l'empire et etaient
solidaires pour s'en assurer ('exploitation. L'eglise re-
glait les convictions. La noblesse maniait Tepee ou
exercait l'autorite civile. Le tiers etat exploitait le tra-
vail dans un esprit de monopole non moins exclusif.
Dans une societe ainsi faite , le sentier etait trace , la
vie ecrite pour ainsi dire d'avance. L'individu succedait
non -seulement au patrimoine, mais encore aux con-
victions, aux habitudes morales, aux pratiques civiles ,
aux privileges du pere qui les empruntait a son tour
a la classe dont il relevait.
Mais lorsque l'ordre ancien n'a plus de place que
dans l'liistoire ; lorsqu'une immense concurrence est
ouverte a tons ; lorsqu'on rencontre dans toutes les con-
sciences des sentiments et des instincts nouveaux et
puissants , instincts jaloux et soupconneux , comme Test
une force nouvelle , fiers et exigeants, parce qu'ils
sont jeunes et inexperimentes , c'est par des ressorts
nouveaux qu'il faut agir sur les mceurs , sur les con-
victions et les lumieres. Aux hommes d'experieuce, de
savoir, aux gouvernants surtout, le devoir de repandre
les moyens les plus abondants et les plus judicieux de
developpement moral et intellectuel.
II est necessaire sans doute de tenir la Societe bien
— 12 —
affermie sur les bases de la propriete et de 1 interet ;
il ne l'est pas moins de l'asseoir sur des bases morales
et de dcnner aux individualites, recemment emanci-
pees , les moeurs de leur nouvelle fortune , les prin-
cipes propres a conduire leur jeune independance. II
faut done enseigner obaque jour , pratiquement , que
la ricbesse , la consideration, le bonheur , sont le prix
du travail ; que les grands succes sont places au bout
des longs desirs. II faut que lentree de toutes les car
rieres exige de penibles efforts ; rnais que ces efforts
trouvent a tous les degres d'equitables et d'intelligents
appreciateurs ; que le mouvement ascensionnel soit re-
gie et legal , sans que le caprice et la faveur n'en
puissent jamais ecarter le merite eprouve et modeste
qui est fier par cela meme. C'est a ce prix qu'il est
possible de rassembler toutes les intelligences , et que
tous ces fiers courages , ces esprits indomptes s'attache-
ront a la chose publique et lui apporteront le puissant
secours de leurs lumieres et de leur enthousiasme.
Alors nous n'entendrons plus dire a des esprits cha-
grins, clairvoyants peut-etre , que c'est, non plus de
vivre que Thornine civilise s inquiete , mais de vivre
avec fortune , avec rang et consideration acquis sans
efforts ; — que chacun semble s etre persuade qu'il nest
entre dans la Societe que pour y chercher son bien-
etre , repousser tout ce qui est penible , fuir tout ce
qui est dangereux ; que c'est le produit des fonctions
publiques que Ton envisage et que chacun calcule sa
capacite a les remplir , sur les benefices qu'il en tire,
sans se preoccuper des qualites qu'elles exigent, des
devoirs qu'elles imposent . de la responsabilite qui s'y
attache.
— 13 —
Alors se taira cctte passion etroite appelee l'ambi-
tion qui fait le vide aiitour d'elle , qui nourrit an
coeur de l'homme un desir incessant de s'attirer et de
fixer sur lui les regards, dobtenir les eloges populai-
res , sauf a etre condamne plus tard a les meriter, et
qui ne connait pas de plus cuisantes douleurs que Tin
difference ou la disgrace.
Alors enfin le regne de 1'esprit public , parce que
le courage civil aura pris place dans nos moeurs.
Cette vertu sociale a pour base une ame pure et
ferme qui a le sentiment de sa dignite et de ses
droits ; aussi lorsqu'elle a penelre dans les mceurs d'un
peuple ( croyons-le bien ) , la moderation est dans lc
pouvoir, la dignite dans lobeissance , le juste dans
tous les rapports, futile dans toutes les determina-
tions ; chacun s'affermit dans les principes d'ordre et
de liberte.
Que si de pernicieuses sentences , restees ou jetees
dans quelques esprits , entrainent sur la scene politi-
que quelques genies dangereux , on voit bientot, dans
toutes les classes de citoyens , le sentiment du devoir-
former une force compacte contre laquelle la fougue
des passions a bientot epuise ses vains efforts.
S'il est vrai que nul peuple ne puisse esperer d'ar-
river a ce point precis , le devoir et I'interet de cha-
que peuple est d'y tendre de toutes ses forces. Le
devoir des hommes eclaires, amis sinceres de leur
pays, est de propager la morale et les saines doctrines,
de diriger la jeunesse dans les voies de son developpe-
ment , de mettre daccord les mceurs et les lois , les
droits et les sympathies , et d'assurer ainsi le progres
paisible el normal de la civilisation nouvelle.
COMPTE RENDU
DES
TRAVAUX DE L'ACADEMIE,
PENDANT LANNEE 1840— 1S41 ,
Par le Secretaire -Perpetuel.
«9&*^e<
Messieurs ,
Un siecle se sera bientdt ecoule depuis que Tun des
plus aimables poeles dont s'honore la France , notre
immortel Gresset , fonda l'academie d'Aruiens. C'etait a
l'epoque oii les lettres brillaient du plus vif eclat , el.
regnaient sans partage ; ou les homraes semblaient n'ha-
biter que les spheres etherees , ne vivre que de la
vie intellectuelle , ne se nourrir enfin que darabroisie.
Au milieu des raffinements de l'esprit , le moyen de se
rappeler quon avait un corps ! Aussi quel academicien
se fut montre alors assez temeraire pour prononcer les
mots si grossiers de bestiaux et d'engrais? Mais que
les temps sont changes. La societe se remue et s'a~
gite , elle s'est mise avec ardeur a la poursuite d'inte-
rets materiels sans cesse renaissants. Longtemps negli-
ges, ceux-ci ont vu leur importance se reveler et
s'accroitre : enfin its ont tente de se substituer entiere-
— 16 —
ment aux plaisirs de (imagination. Quand c'est le
bien-etre que chacun clierche pour soi , c'est a aug-
menter le bien-etre de tous que les esprits genereux
doivent employer leurs facultes. Ainsi , lacademie ,
toute litteraire a son origine, a du se transformer peu-
a-peu en societe scientifique , sans toutefois abandon-
ner la gloire quelle tient de l'eloquence et de la
poesie. Ces nobles sceurs ont du sinon abdiquer , du
moins associer a leur empire, les sciences, ('agricul-
ture , le commerce et l'industrie. Cette heureuse al-
liance est desormais formee et vous n'avez qua vous
en feliciter.
Messieurs , votre reglement impose au depositaire de
vos arcbives , l'obligation de les exposer au grand jour,
dans cette circonstance solennelle. C'est ce devoir que
je vais tacher de remplir , en conciliant autant que
possible , les developpements a donner, avec le temps
qu'il m'est permis d'y consacrer.
M. Pollet , dans un memoire sur la mesure des tem-
peratures, vous a expose les motifs qui, pour la cons-
truction des tbermometres , ont fait rejeter les corps
solides comme se dilatant fort peu , les gaz , parce
qu'ils sont sounds a une force expansive telle quils
exigeraient des appareils trop grands et trop incom-
modes , et ont fait adopter le mercure qui ne se con-
gele et n'entre en ebullition qu'a des temperatures fort
eloignees. Toutefois, M. Pollet vous a prouve que
c'etait tondjer dans un cercle vicieux , que d'admettre
a priori 1'uniformite des dilatations du mercure , puis-
que Ton mesure la dilatation du mercure comparative-
merit a cette dilatation eile-meme. Par cette pretendue
uniformite , on entend que les augmentalinns de volume
— 17 —
du niercure sont proportionnelles aux quantites de
chaleur qu'il recoit; itiais cettc proportionnalite est au
moins douteuse , et rien n'autorise a la poser en axiome.
II suit dela que les evaluations des temperatures au
moyen du thermometre a mercure ne peuvent etre con-
siderees que corame purement hypothetiques. Pour de-
oouvrir les lois simples et naturelles des phenomenes
physiques , il faut rapporter leur developpement a l'ex-
pansion reguliere et continue d'une masse gazeuse ,
plutot qua la dilatation variable d'un liquide. C'est
pourquoi dans les travaux de recherches scientifiques
qui exigent une extreme precision, on a donne la pre-
ference au thermometre a air. Mais pour obtenir la
regularite qui rend ce dernier superieur a tous les
instruments thermometriques , son emploi a besoin d'un
double calcul destine a corriger ses indications. C'est
en comparant ensemble les temperatures respectives
donnees par un thermometre a mercure et par un
thermometre a air, que M. Pollet est arrive a decou-
vrir une formule preferable a plusieurs egards , a
toutes celles dont on s'est servi jusqu'a present.
M. Bor vous a entretenus de l'iode et de quelques-
uns de ses composes. Ce corps elementaire qui n'a servi
jusqu'ici que comme reactif dans les laboratoires , ou
comme remede dans les maladies scrophuleuses, est
susceptible d'etre employe dans la teinture. Toutefois
les etoffes de coton sont les seules que M. Bor ait
reussi a teindre; les essais qu'il a tentes sur celles de
soie et de laine ne lui ont pas donne de resultats sa-
tisfaisants. II vous a presente avec detail les operations
qui l'ont conduit a imprimer des velours de coton a
I'iodure rouge de mercure. La couleur rouge orange
2.
— 18 —
de ocs etoffes est assez solide pour resistor aux eaux
acidulees, aux bains alcalins carbonates, enfin a Tac-
tion tres-destructive , pour une nuance aussi delicate,
des rayons solaires du mois d'aout. Un bain d'iodure
de plomb a donne au velours qu'il y a plonge une
couleur d'un jaune tres-beau et tres-eclatant ; mais
cette couleur a si peu de stabilite que c'est a peine
si elle a resiste aux lavages ordinaires.
Dans une seconde notice, M. Bor vous a fait part
de ses essais sur une substance qu'il croit propre a
remplacer la colle de poisson dans la clarification de
la biere. II admet avec M. Payen que Taction de la
colle de poisson sur les liquides a clarifier est toute
mecanique ; que composee de fibres susceptibles de se
ramollir, d'augmenter de volume et de se diviser a
l'infini , elle forme une sorte de reseau qui entraine
en se precipitant, les corpuscules qui troublent leur
transparence. La substance nouvelle que M. Bor nomme
Geline et qu'il propose de substituer a l'ichtyocolle est
extraite des cornillons de la corne de bccuf debarasses
par Tacide hydrocholorique des sels de cbaux qu'ils
contiennent. II resulte des experiences de M. Bor qu'un
kilogramme de geline suffit a la clarification de cinq
hectolitres de biere.
Enfin M. Bor vous a presente une substance qui a
ete trouvee adherente aux parois d'un compteur a gaz
hydrogene carbone et qu'il a analysee. Cette matiere
a l'apparence de l'amadou ; elle laisse degager une
odeur tres-prononcee quelle perd par la dessication ;
vue a la loupe , on reconnait qu elle est formee de
molecules jointes et superposees semblables a celles de
la pate dont on fait le carton. Soumise a Taction de
— 19 —
divers reactifs, elle se presente comme formee , en grande
partie , de goudron , dune huilc essentielle et de souffre.
Quant a sa formation dans le compteur, elle s'explique
facilement lorsquon se rappelle que le gaz provenant
de la houille , peut contenir quelques parcelles de tous
ces corps , et que force de traverser la couche d'eau
mise dans le compteur, il y depose petit a petit ces
memes corps qui finissent par tapisser les parois de
^instrument.
M. Pauquv vous a expose ses vues sur l'introduction
en chimie , de la methode naturelle si heureusement
appliquee aux corps vegetaux. II entend par methode
naturelle chimique, celle qui aurait pour objet de re-
unir les elements par groupes , en se fondant sur I'en-
semble de leurs caracteres etudies tout a la fois dans
les corps simples et dans les corps composes. Ainsi ,
M. Pauquy distribue les cinquante-deux elements connus
en dix-sept families , en placant toutefois l'oxigene et
I'azote dans des groupes differents. L'oxigene etant de
tous les corps celui dont Taction est le mieux connue ,
les groupes out ete partages selon que l'union de cha-
cun des corps avec l'oxigene pouvait donner lieu soit
a un acide , soit a un oxide , soit a un compose in-
termediate jouissant plus ou moins, dans des circons-
tances donnees, des proprietes de l'un ou de laulre.
De la , une division des groupes en cinq sections ren-
fermant les corps acidifiables , oxidables et faux oxi-
dables. Mais parmi les acides , les oxides et les faux
oxides , il en est que le chlore peut decomposer a
l'aide de la chaleur ; il en est d'autres au contraire ,
qui resistent a cet agent. Cela donne lieu a une di-
vision plus generate en deux classes , la premiere con-
2.*
— 20 —
tenant les corps oxigenes alterables par le chlore ,
lesquels se partagent en acidifiables basiques , en faux
oxidables et en oxidables proprement dits. La seconde
classe , renfermant les composes oxigenes inalterables
par le chlore se subdivise en faux oxidables et en aci-
difiables non basiques.
M. Pauquy vous a egalement lu un memoire sur les
herbiers en general, et en particulier sur celui dont
il a dote le cabinet dhistoire naturelle dAmiens. II y
fait ressortir les nombreux avantages que presentent
les collections de plantes. II indique les conditions ne-
cessaires pour les augmenter et les conserver. La des-
cription la plus rainutieuse d'une plante , accompagnee
des figures les plus parfaites , laisse toujours quelque
chose a desirer a celui qui veut la connaitre complete-
ment. Cest lopinion de Linnee et de M. de Candolle.
M. Pauquy raconte que Linnee (ombe en enfance , par
suite de ses immenses travaux , sortait de son anean-
tissement et renaissait a la vie intellectuelle , lorsqu'on
placait sous ses yeux quelques cahiers de son herbier,
tant etait puissante la reaction qu'operait en lui le vif
amour de la science a laquelle il doit toute sa gloire.
M. Andrieu vous a parle du strabisme , de sa na-
ture , de ses causes et de ses effets. II distingue trois
especes de strabisme ; a la premiere appartiennent les cas
ou existe une paralysie du nerf optique , de la retine , de
Fun des muscles de l'ceil etc. ; a la seconde , ceux ou
le strabisme est la suite de la portee inegale des yeux.
Enfin dans la troisieme viennent se ranger les devia-
tions produites par la contraction musculairc anormale
de ces trois classes de maladies. La premiere echappe
au pouvoir de Toperateur , il remedie souvent a la
— 21 —
secoude , son succes est infaillible et instantane dans la
troisieme. En examinant les divers efFets de la contraction
des muscles de l'ceil , M. Andrieu est conduit a attribuer,
dans bien des cas , les accidents de la myopie , aux tiraille-
ments que cette contraction exerce sur le globe de
loeil dont elle affecte plus ou moins la forme. La sec-
tion des muscles serait done aussi , selon lui , un moyen
de guerir la myopie. Apres quelques details sur les
precautions qu'il a prises pour assurer le succes de
ses nombreuses operations , M. Andrieu termine en
faisant remarquer qu'il n'y a pas seulement luxe ,
mais avantage reel dans la guerison du strabisme ; l'oeil
devie finit par perdi-e la faculte de voir, e'est done
surtout pour conserver cette faculte qu'il faut recourir
au nouveau inoyen offert par la science.
M. Spineux , dans uu memoire que vous avez cru
devoir adresser a la chambre des deputes et au ministre
de I'agriculture et du commerce, a traite limportante
question de I'introduction en France des betes a cornes
etrangeres. L'abaissement du prix de la viande doit etre
la consequence du progres de notre agriculture , et non
pas provenir de la brusque irruption des bestiaux etran-
gers; autrement ce serait favoriser quelques localites
dans la consoramation de leur viande , et faire enche-
rir le prix du pain pour tout le monde. M. Spineux ,
ne vent pas de probibition , mais il pense que les
droits de 50 fr. par boeuf de 350 kilog. et de 25 l'r.
par vacbe de 225 kilog. ne sont pas exorbitants et
n'ont rien qui justifie les clameurs dont ce tarif est
l'objet. La France possede peu de vallees propres aux
paturages ; elle doit forcement recourir aux prairies ar-
tificielles a l'aide desquelles les animaux engraisses a
— 22 —
l'etable coutent plus cher que ceux qu'on engraisse
aux paturages. Dun autre cote nos cultivateurs raan-
quent de fumier , et l'engrais des bestiaux a l'etable peut
seul leur en procurer. Si done ce dernier engrais n'est
pas encourage par un droit un peu eleve , les agri-
culteurs cesseront de se livrer a l'engrais , ou du inoins
le reduiront considerablement. II en resultera necessai-
rement une diminution notable de fumier , reduction
dans les recoltes , et par suite rencherissement des
grains. Le raisonnement par lequel M. Spineux combat
l'entree en francbise , et meme avec diminution du
tarif, des bestiaux gras qui sont consommes quinze ou
vingt jours apres leur introduction , et n'ont contribue
en rien a I'avantage de l'agriculture a laquelle ils n'ont
pas fourni de fumier , il l'applique avec le meme suc-
ces a l'entree des bestiaux maigres , bien que ceux-ci
ne soient abattus qu'apres quatie a cinq mois de se-
jour; ces quatie a cinq mois ne representent que la
dixieme et la douzieme partie du temps pendant lequel
les bestiaux indigenes auraient fait profiter l'agriculture
de leurs fumiers. M. Spineux pense qu'autant il im-
porte d'empecher Tintroduction d'un trop grand nombre
d'animaux gras ou maigres , autant il est convenable
de favoriser l'entree des jeunes bestiaux au-dessous de
dix-huit mois. D'abord , ils ne pourront qu'etre bien
constitues pour supporter les fatigues d'un voyage , et
puis il secoulera au moins quatre ans avant qu'ils ne
soient livres a la consommation. Leur admission aug-
mentera la production du fumier , par suite amenera
la suppression des jacheres , et la creation de prairies
artificielles , d'ou resulteront indispensablemenl une plus
grandc abondance de produits agricoles , et une baisse
— 23 —
dans le prix de la viande , sans accroissement du prix
du pain. En resume, M. Spineux conclut au maintien
du tariff actuel , quant aux bestiaux etrangers gras et
maigres , et a ce qu'on favorise l'entree des veaux, ge-
nisses etc , ages de moins de dix-huit mois.
M. Riquier , sous le titre de manuel d'education de
vers-a-soie vous a presente le traite le plus complet
qui ait ete redige sur celte matiere. Dans le premier
chapitre il indique avec un soin minutieux depuis l'e-
closion des vers-a-soie jusqu'a l'etouffement des cocons
et leur devidage, loutes les precautions a prendre pour
les faire arriver lieureusement au terme de leur vingt-
sept a trente jours d'existence, sous une temperature
uniforme de 18 degres centigrades. II demontre que le
succes et les produits dune education de vers-a-soie
dependent du choix de la graine , de la simultaneity
dans 1'eclosion , d'une bonne nouriture , de la regula-
rite dans les repas , de la surveillance a maintenir
Tair toujours pur et dune grande et constante pro-
prete.
Le second chapitre traite de l'education hative ; celle-
ci difFere de l'education ordinaire par une temperature
plus elevee de 3 a 4 degres , par une humidite plus
grande, par une alimentation plus frequente et par une
duree moindre de quatre jours environ ; elle exige des
frais detablissement plus considerables , elle a besoin
de calorifere , de frigorifere , de ventilateurs etc. Mais
les avances sont bientot couvertes tant par des produits
plus abondants , que par la facilite qu'elle donne de
faire une seconde education dans le meme atelier , si
Ton a des feuilles a sa disposition. M. Riquier ne doutc
pas que Tcducation ordinaire ne soit completement
- '24 —
abandonnee , lorsque les avantages de l'education lialive
seront plus connus et mieux apprecies.
Dans lc dernier chapitrc , M. Riquier passe en revue
les divers procedes qu'on emploie pour faire de la
graine ; il termine son travail , en declarant qu il ne
l'a entrepris que pour eclairer et guider ceux qui ele-
ven} , pour la premiere fois , des vers-a-soie. II desire
que son livre puisse contribuer a propager dans notre
departement l'industrie sericicole , et a enricbir bientot
nos marches dune maticre premiere, indispensable a
nos fabriques.
Non content de tracer des regies, M. Riquier veut
joindre l'exemple au precepte. Dans Tune de vos der-
nieres seances, vous l'avez entendu vous annoncer
que, jaloux de mettre a fin une ceuvre qu'il poursuit
avec taut de perseverance depuis plus de sept ans ,
que , tenant a honneur de doter le departement et
principalement Amiens, dune industrie si ricbe d'ave-
nir, il etait resolu de faire chez lui , a ses frais et
risques , les constructions necessaires pour clever 6 a
8 onces de graine , c'est-a-dire de 250 a 300 mille
vers-a-soie , qu'il s'etait associe pour cet objet un jeune
et intelligent collaborateur , et qu'il avait la pleine con-
fiance d'atteindre avant peu d'annees le but qu'il s'est
toujours propose.
M. Dubois vous a entretenus des ravages que la
morve exerce dans notre departement , et des dangers
quelle peut faire naitre pour les homines eux-memes ,
en contact avec les animaux affectes : il considere l'ac-
croissement quelle a pris dans les derniers mois de
1840 , comma le resultat du systeme adopte par les
non-contagionistes. Les experiences faites , les accidents
— 25 —
constates, donnent la demonstration la plus complete
que non seulement la morve se communique par le
contact, ou la respiration d'animal a animal, mais de
cheval a homme et reciproquement. Le principe de la
contagion , une fois reconnu , M. Dubois indique comme
mesures de precaution : 1.° des visites frequenles chez
les personnes qui recoivent des chevaux etrangers ou
de passage ; 2.° la defense denvoyer en cantonnement
des chevaux de garnison qui n'auraient point ete visi-
tes prealablement par les veterinaires de la ville, de
concert avec ceux des regiments ; 3.° la prohibition de la
vente des chevaux de reforme sans visite prealaMe ;
4.° la defense expresse de faire coucher des homines
dans les ecnries ou se trouvent des chevaux infectes ;
5.° enfin la necessite d'etablir des rapports frequents
et de sentendre avec les prefets des departements voi-
sins , pour rendre communes les mesures proposees ,
et prevenir les invasions reciproques.
M. Dubois vous a rendu compte dune visite qu'il
a faite dans l'etablissement agricole de Roville; apres
de curieux details sur la nature du sol, sur le mode
de culture, il a fait l'eloge le plus flatteur du fonda-
teur de retablissement; c'est un vieillard moins acca-
ble par les annees que par les soufFrances , retenu
souvent dans sa chambre pendant une semaine , qui
sait jour par jour, heure par heure, tout ce que Ion
a fait, tout ce que Ion doit faire, par qui, en com-
bien de temps, par combien de chevaux : dont la puis-
sante volonte , plus forte que la maladie , embrasse et
dirige rimmense travail dune vaste exploitation. Les
eleves, au nombre d'une trentaine , suivent des cours
d'agriculture , de medccine veterinaire , de botanique,
— 26 —
d'arpentage et de comptabilite agricole. L instruction
est aussi pratique que theorique, c'est la son plus grand
merile et c'est la ce qui la rend precieusc pour les
eleves. Aussi presque tous travaillent avec zele, et
tous, sans exception, meme ceux qui profitent le moins
des lecons qui leur sont offertes , ne parlent de M.
de DomLasle qu'avec veneration. M. Dubois voudrait
voir se multiplier des etablissements agricoles ou des
jeunes-gens apprendraient tout ce qu'il faut pour bien
conduire une ferme , de6 ecoles simples , peu dispen-
dieuses , presqu'entierement pratiques. Ce serait le moyeu
le plus efficace pour retenir dans les campagnes une
foule de jeunes-gens trop faibles pour ne pas etre en-
traines par la corruption des villes.
Dans un troisieme memoire , M. Dubois vous a trace
le tableau du mal cause a l'agriculture , par la pro-
pagation incessante des insectes les plus nuisibles. La
legislation actuelle est impuissante a y porter remede.
Les illustres professeurs du jardin des plantes ne pour-
raient-ils laisser de cote les classifications , les descrip-
tions techniques pour s'occuper , dans l'interet de l'a-
griculture , de] la vie et des mceurs des ditferents genres
d'animauv , pour nous apprendre quels sont ceux qui sont
nuisibles, comment ils le sont, et ce qu'il faut faire
pour eviter leurs ravages ? M. Dubois designe le
hanneton comme l'insecte le plus destructeur et ce-
lui qu'on doit poursuivre tout d'abord. II en fait la
biographie complete , et le represente comme plus re-
doutable a l'etat de larve, qui dure 3 ou 4 ans , qu'a
celui d'insecte parfait. Si, comme hanneton, il ronge
les feuilles des arbres , les depouille quelqucfois tout a-
fait , larve , clle so nourril de 1'ecorce qui revet les
— 27 —
racines des arbres et les racines entieres des pinnies
legumineuses. M. Dubois cite le ohiffre prodigieux de
274 millions de hannetons detruits dans une seule
cnmpngne, dans le departement de la Sarthe, et payes
17 mille fr. a raison de 3 fr. 1'hectolitre , contenant
48 mille insectes ; il cite egalement ce fait observe
cette annee dune zone de bannetons morts tout le
long de la dune, entre Cayeux et Dieppe. Cette zone,
d'environ 10 lieues de longueur, avait un metre de
largeur , sur une profondeur de 3 a 16 centimetres.
M. Dubois attribue en grande partie la multiplication
des insectes a la destruction desastreuse des oiseaux
qui maintiennent leur developpement dans de justes
bornes. II emet le voeu que la loi qui ordonnera la
destruction des aniinaux nuisibles a Tagriculture , mette
en meme temps un terme a rextermination des oi-
seaux.
M. Obry vous a lu la premiere partie du travail
qu'il a entrepris sur le deluge: les decouvertes de la
geologie attestent que la surface de la terre a ete bou-
leversee par 1 action combinee du feu central et de
l'Ocean , que le noyau terrestre a ete reconvert de
diverses coucbes durant de longues series de siecles et
a de grands intervalles. Au-dessus des terrains primi-
tifs , qui ne presentent aucune trace de debris orga-
niques s'echeloune avec plus ou moins de regularite ,
d'abord les terrains de transition , ou Ton ne remarque
que des zoophytes, des mollusques, des crustaces et
des poissons ; puis les terrains secondaires , tertiaires et
quaternaires, riches de depouilles d'animaux alternati-
vement terrestres et marins. Sans compter l'epoque ac-
tuelle , il y a eu au moins sept cpoques successives ,
— 28 —
sept populations animates distinctes , quatre marines et
trois terrestres. La premiere et la derniere des popu-
lations eteintes sont des populations marines; la mer
est le premier berceau des etres , la terre n 1 en est que
le second , et meme elle doit sa vertu fecondante a
Ihumidite marine, qui la penctre autaut qu'a la lu-
miere solaire qui rechauffe. M. Obry en conclut que
les anciens avaient rencontre juste lorsqu'ils faisaient
sortir I'univers du limon, celui-ci de l'eau primordiale,
et celle-ci enfin du chaos. Les plus anciens peuples de
l'Asie ont tous conserve la memoire d'un grand cata-
clysme ; M. Obry se propose de comparer les recits
des Hindous , des Chaldeens et des Hebreux; et de de-
montrer que les trois deluges qu'ils racontent ne for-
ment qu'un seul et meme evenement. Maintenant , le
deluge de riiistoire se confond-il avec le dernier des
cataclysmes geologiques , c'est-a-dire avec celai qui,
par un double mouvement , a inonde , et ensuite re-
mis a sec nos continents actuels, M. Obry repond que
la famille bumaine , sauvee du deluge, pcut tres-bien
s'etre retrouvee , apres ce terrible evenement , dans la
contree qu'elle habitait auparavant , et que l'absence de
l'homme fossile ne suffit pas pour decider que l'espece
bumaine n'existait pas avant la derniere catastrophe
geologique.
M. Garnier vous a communique le resultat de sea
recherches sur leglise de Namps-au-Val , comniune de
120 feux , a 20 kilometres d'Amiens. Cette eglise ,
d'une physionomie originale , est d'autant plus inte-
ressante a etudier que les diverses parties qui la
composent appartiennent evidemment a diffcrents ages ,
tous anterieurs au xm. mc siecle. Cost un des rares
— 29 —
exemples des melanges qui se sont operes a l'epoque
de la transition du style roman au style ogival.
M. Gamier fait la description la plus detaillee de
lexterieur et de 1 interieur de l'eglise, dans le but de
decouvrir la date de sa construction ; e'est ainsi , selon
lui, qu'on analyse les organes d'un insecte ou dun
vegetal pour reconnaitre a quelle famille, a quel genre
il appartient. Apres un minutieux detail de toutes les
parties de l'edifice, M. Gamier ne croit pas trop s'e-
loigner de la verite en disant que l'eglise de Namps-au-
Val fut cominencee a la fin du x. me siecle, et aclie-
vee dans les premieres annees du xui. me II cite quelques
documents historiques qui viennent confirmer les don-
nees de la science archeologique , quand celle-ci place
les modifications subies par cette eglise dans 1 inter-
valle d'un siecle et demi environ.
M. Hardouin vous a presente en plusieurs seances
1 examen du dernier ouvrage de M. Augustin Tbierry ,
intitule : Recits des temps Merovingiens. II l'a fait pre-
ceder dune analyse des systemes bisloriques qui lour a
tour ont domine en France. Ce nest que du xvi. c siecle
que datent les premieres rechercbes sur l'elat politique
de la Gaule franque , et e'est un jurisconsulte celebie,
Francois Hotman , qui le premier composa un traite
sur le gouvernement des rois et le droit de succes-
sion. Hotman parle avec enthousiasme du gouvernement
par assemblies , du pouvoir saint et sacre du grand
conseil national qui jugeait les rois, et en deposa
plusieurs des deux premieres races. Selon lui, les popu-
lations gauloises qui avaient cbercbe un refuge en
Germanie , ont fait alliance avec les tribus franques , et
1'invasion de la Gaule qui en fut la suite , n'a eu pour
— 30 —
but que la restauration de 1'antique liberie du pays.
Dans le siecle suivant , Valois a voulu demontrer I'ori-
gine toute gauloise des Francs ; ceux-ci n'etaient plus
les liberateurs des Gaulois , mais leurs freres ; les Sueves,
les Gotbs , les Vandales, les Huns, furent admis a
Ihonneur de fraterniser avee nos ancetres ; mais les
peoples d'outre-Rbin repudierent notre alliance histo-
nque et revendiquerent au nom de la Germanic la
distinction dorigine. Plus tard Freret posa des principes
qui sont devenus des axiomes bistoriques. Les Francs
sont une ligue formee au m. e siecle entre plusieurs
peuples de la basse Germanie , et non point une race
distincte des Germains, le nom de Franc ne veut pas
dire libre. Ainsi tombaient les systemes qui cbercbaient
le berceau d'une nation franque , soit en Gaule , soit
en Germanie , et celui qui erigeait les Francs en
homines libres par excellence. Un champion de la feo-
dalite , Boulainvilliers, dans un manifeste en faveur de
la noblesse , vit dans les nobles les rejetons des Francs,
et dans le peuple la descendance des Gaulois, esclaves
de leurs vainqueurs. Lauteur anonyme des lettres d'un
conseiller du parlement de Rouen, indigne de voir
avilir la majorite de la nation pour rehausser l'etat et
la gloire de quelques milliers d'individus , fit descendre
les nobles au niveau des citoyens des villes, et leur
donna des freres au lieu d'esclaves. G'est avec douleur,
dit-il , qu'il pense a ce deluge de barbares francs qui
inonda la malheureuse Gaule, qui rernplaca les lois
romaines, si sages, si humaines , par lignorance , l'ava-
rice et la cruaute, et substitua, pour exercer la justice,
un caporal barbare a un decurion romain.
C'tst la poesie , vous dit M. Galoppe , lors de sa re-
— 31 —
ception , qui lui a valu lhonneur de sieger au milieu
de vous , c'est linfluence du sentiment poetique qu'il
prendra pour texte de son discours. La poesie dut naitre
a I'instant ou Thomme jetant ses premiers regards sur
les splendeurs de la nature, sentit deborder de son
ame des dots de reconnaissance et d'amour. Orphee ,
Amphyon , Mo'ise , ces homines dont la voix entrainait
les peuples a leur suite et les guidait aux grandes
choses , cetait la traduction des sublimes mysteres , des
bautes verites jusqu'alors incomprises , c'etait Dieu se
nianifestant a la crealure. Quelle n'est pas 1 influence
de la poesie ! Elle cree de grands peuples comme elle
fait de grands homines. C'est a elle que Rome dut
toutes ses gloires et meme son principe. L'ode repu-
blicaine embrasait denthousiasme nos cohortes belli-
queuses , l'Europe tremblait au seul nom du poete dont
la voix lui criait les stances brulantes de la Marseillaise.
Nos soldats victorieux voyaient leurs noms immortalises
par la poesie; meme en succombant, ils savaient que,
sentinelle vigilante, elle redirait leur gloire a la pos-
terite. Si la poesie a des chants pour les victoires ,
elle en a aussi pour les revers , elle fait palpiter le
cocur au recit des actions sublimes , ou fait oublier a
tout un peuple les amertumes de I'exil. Telles sont,
dit M. Galoppe, les hautes prerogatives de la poesie;
elle est de tous les temps et de tous les ages : comme
Dieu elle est partout et commande a tout.
M. Galoppe vous a egalement lu une notice histo-
rique sur Raoul de Crespy, qui vivait vers le milieu
du xi. e siecle. Ce chevalier , vrai type de la race an-
tique des pourfendeurs de geants et de tours , s'empara
du comte de Montdidier et fixa sa residence dans cette
— 32 —
ville , comptee alors parmi les places les phis fortes du
royaumc. Raoul , doue d'une bravoure qui n'avait
degale que son ambition , persuade que le plus noble
etait celui qui, a la tete de plus de vassaux, sou-
niettait et ravageait le plus de pays , s'empara de Pe-
ronne, des comtes du Vexin et de Bar-sur-Aube , et
se revolta contre le roi lui-meme , et, apres ['avoir
dcpouille d'une partie de ses etats , epousa sa veuve ,
quoique sa premiere femme vecut encore. Cette union
sacrilege le fit excommunier , ce qui n'empecha pas
qu'il nc fut inhume dans la cbapelle des moines de
labbave de Montdidicr , qu'il avait combles de ses lar-
gesses et charges de racheter ses crimes par leurs
prieres. Son fils , force de restituer les domaines usurpes
par son devancier et de se retirer a Grespy , ne quitta
Montdidier qu'apres avoir emporte les restes de son
pere. Le tombeau , reste vide jusqu'a la demolition de
la cbapelle , en 1793 , fut enfin , apres plusieurs de-
placements, depose par les soins de M. Cbandon , pres
de la porte principale de l'eglise de St.-Pierre. Ce
monument, dont la conservation est parfaite , est re-
marquable par un dessin correct , une grande purete
de travail , et doit etre regardc comnic louvrage d'un
des plus babiles sculpteurs du xi. e siecle.
M. Galoppe vous a egalement rendu compte de
lexamen qu'il a fait dun recueil de poesies, intitule
guerrieres et sentimentales , dont M me Fanny Denoix
a fait hommage a I'academie. Le ohoix du titre a
donner a un ouvrage est une cbose souvent si diffi-
cile, que les grands maitres de nos jours n'ont pas
toujours cvile lecueil. Quant a M me Derloix, ellc a tenu
fidelement ce que prometlait son titre. Son livre offre
— 33 —
tout a la fois de plaintives elegies et des chants guer-
riers ; des vers tout de sentiment , adresses a ses
amis a Adolphe Nourrit , a M me Tastu ; de nobles et pa-
triotiques strophes a Napoleon, aux heros de Mazagran ,
etc. M. me Denoix a voulu consacrer son ouvrage au
soulagement des victimes des terribles inondations qui
ont ravage le midi de la France , coinme pour con-
stater qu'une belle oeuvre pouvait devenir une bonne
ceuvre. A beaucoup d encens , M. Galoppe ose meler
un leger grain de critique ; au sujet de quelques rares
repetitions de i'auteur , il rappelle que ce n'est qu'aux
femmes peu elegantes qu'on permet de se representer
au bal avec la meme toilette, quelque brillante que
celle-ci ail ete trouvee la premiere fois.
M. Boistel , I un de vos associes correspondants , a
profite de son sejour parmi vous , pour venir vous com-
muniquer ses reflexions et ses idees sur les embel-
lissements dont Amiens lui parait susceptible. II emet
le voeu que I'Academie, qu'il qualifie de conseil d etat
de la commune , soit consulte sur tout projet d'ame-
lioration. A I'Academie, dit-il, la question d'art, l'examen
sous le double point de vue de ] 'utile et du beau;
au Conseil municipal , la question d'opportunite , celle des
voies et moyens. Ce seraient ainsi des lumieres ajoutees a
d'autres lumieres, et la chose publique ne pourrait que
gagner a cette communaute. M. Boistel regrette qu'on ait
husse s'egarer entre le jardin des plantes et la citadelle un
canal qu'il espere bien un jour voir ramener au sein
de la ville. II demande qu'au moins , par compensation ,
on s'occupe de creer de veritables places publiques. II de-
sire qu'on conserve a la place Perigord sa forme elliptique ,
et qu'on ouvre enfin la rue qui doit etablir une com-
- 34 —
niunication entre cette place et la rue des Cordeliers.
II voudrait que la place St. -Denis recut des construc-
tions uniformes sur ses trois cotes non batis , de ma-
niere a lui donner une forme rectangulaire , qu'on
elevat a ses deux extremites des galeries d'une sim-
plicity elegante; il voudrait enfin qu'a deux pas de son
immortel monument du xin. e siecle , Amiens put aussi
s'enorgueillir de sa place monumentale.
M. Anselin vous a lu un fragment d'un essai ayant
pour titre , notions elementaires sur la peinture a l'huile
restreinte au paysage. II ne s'adresse , dit-il , ni aux
artistes , ni aux organisations privilegiees qui devinent
les regies et souvent les transgressent avec lascendant
du genie , mais a cette classe nombreuse placee entre
la foule qui regarde et ne voit pas , et les artistes qui
creent , a celle des amateurs qu'un gout dominant en-
traine vers le culte des beaux-arts. M. Anselin fait res-
sortir l'erreur de ceux qui n'attribuent a la peinture
du paysage qu'un rang tres secondaire , et veulent la
presenter comme un genre facile. II indique les diffi-
cultes nombreuses , quelquefois insurmontables qu'on
rencontre a chaque pas. Ainsi clans le paysage , ce
n'est pas seulement la lumiere reflechie par les corps
colores, c'est la lumiere elle-meme qu il faut peindre,
et corabien les moyens sont bomcs pour rendre le plus
insaisissable des phenomenes de la nature. M. Anselin
regarde comme une chose tout-a-la-fois curieuse et
desesperante Tetude et la comparaison des ecoles. De
l'examen des ceuvres quelles produisent resulte la con-
viction que Tart d'imitation par excellence nest presque
qu'un art de convention. La difference entre les ecoles
cousiste principalement dans le coloris et dans la ma-
— 35 —
niere de poser les tons. C'est surtout le colons qui est
Tobjet des plus grandes dissidences et d'ardentes contro-
verses. II semble qu'il ne puisse y avoir qu'une ma-
niere dexprimer la couleur ct pourtant rien nest plus
variable que sa traduction en peinture. M. Anselin
entre dans de longs details sur Tart de rendre la cou-
leur et celui de poser les tons. II traite ensuite des
eaux qui , en peinture , comme dans la realite, sont
une partie essentielle du paysage , et les considere 6ous
quatre points de vue principaux ; reflexion de la lu-
miere celeste, reflexion des objets environnants ; trans-
parence sur les terrains , coloration et ombres dont elles
sont susceptibles.
M. DecaIeu vous a expose que, par des procedes qui
lui sont propres, il a professe, pendant plusieurs mois,
un cours de lecture musicale suivi avec un zele sou-
tenu par un grand noiubre de jeunes gens. Les resultats
qu'il a obtenus l'ayant confirme dans l'opinion qu'il
avait concue des avantages de sa methode , il a desire
la placer sous le patronage de l'Academie : pour eviter
toutefois que celle-ci ne sengage trop legerenient dans
cette voie d'iunovation , il a demande qu'une commis-
sion speciale fut chargee dexaminer si la methode doit
produire les bons effets qu'il en attend, et si elle offre
reellement toutes les conditions d'avenir qui puissent
justifier rintervention de l'Academie.
Organe de cette commission, M. Machart fils, vous
a dit que si le but de toute ecriture est de peindre la
pensee , I'ecriture musicale doit rappeler , non les sons
en eux-meraes , inais les rapports des sons ; qu'elle doit
representer, non des notes, mais des iutervalles. Dans la
notation musicale ordinaire , les signes qu'elle emploie
3.*
— 36 —
correspondent aux touches du clavier, c'est-a-dire qu'ils
representent des sens fixes , mais puisque ces sons chan-
gent de valeur dans chaque air , suivant leur rapport
avec le son fundamental qui en forme la base, il devient
impossible que les signes qui les representent reveillent
l'idee de limpression musicale qu'ils sont destines a
produire.
L'idee mere de la nouvelle methode consiste a rame-
ner la notation musicale a la simplicite de son prin-
cipe naturel. Quel que soit le son adopte arbitrairement
pour base, dans chaque cas particulier , elle lui donne
toujours le meme nom , et designe aussi dune maniere
toujours uniforme les sons qui conservent avec le pre-
mier les memes rapports : elle retablit ainsi laccord
qui doit regner entre le nom , le signe et l'idee.
Apres avoir rappele que l'experience avait confirme
les previsions qu'avaient fait naitre les premiers essais,
M. Machart fils a reclame en faveur du cours nouveau
le double appui de l'Academie , appui moral contre les
preventions que pourraient rencontrer une methode
nouvelle , appui materiel par le vote d'une legere sub-
vention destinee aux frais de premier etablissement.
Ce n'est pas , Messieurs , aux seuls memoires dont
je viens d'essayer xle tracer Tanalyse , ce n'est pas
aux vingt autres rapports qui ont rendu vos seances
si pleines d'interet, que se sont bornes vos travaux
pendant l'annee qui vient de finir; plusieurs d'entre
vous se sont efforces de justifier ailleurs par des ser-
vices plus directs, la noble confiance dont le Conseil
general n'a jamais cesse d'honorer 1'academie. Ainsi, MM.
L. Roussel et Hardouin , ont continue avec le meme
succes le cours de droit commercial qu'ils ont fonde
— 37 —
depuis trois ans ; M. Andrieu a ouvert gratuitement au
jardin de6 plantes, un cours de zoologie ; M. Decaieu
a consaore ses loisirs a rendre populaire, par un ensei-
gnement public , l'art musical dont les abords semblaient
entoures de tant de difficultes. M. Riquier s'est occupe
avec la meme perseverance a propager la culture du
murier , et a demontrer la possibility de produire la
soie dans notre departement.
Telle est, Messieurs, l'enumeration des nouveaux
titres que vous pouvez presenter a lappreciation de
vos concitoyens. Us diront si vous avez dignement rem-
pli le but de votre institution. Vos devanciers avaient
inscrit sur leur drapeau , ces mots: bien dire; vous,
sans repudier ce noble heritage, les discours qui vont
suivre en feront foi , vous avez ajoute a cette meme
inscription , ces autres mots . bien faire ; avez-vous
quelque chose a envier a vos aines P
NOTE
SUR LA.
MESURE DES TEMPERATURES ,
Par M. POLLET.
Messieurs ,
Chacun sait que la chaleur, en s accumulant dans
les corps, y produit deux effets inseparables; elle mo-
difie leurs dimensions et eleve leur temperature. La
simultaneity de ces phenomenes a fait choisir Tun deux
pour mesure de l'autre. Mais , comme tous les corps
ne se dilatent pas egalement , on a du recourir a ceux
qui reunissent a plus de commodite pour la construc-
tion des thermometres , les circonstances les plus favo-
rables pour revaluation exacte de leur volume. On a
rejete les corps solides qui se dilatent fort peu : ce-
pendant Breguet a , par une ingenieuse combinaison ,
amplifie les effets de la chaleur sur deux metaux , et
construit , avec l'argent et le platine , un thermometre
tres-sensible. Les gaz presentent rinconvenient oppose.
En passant de la glace fondante a l'eau bouillante , ils
se dilatent des 3/8 de leur volume primitif, en sorte
— 40 —
qu'ils exigeraient ties appareils trop grands. Cos appa—
reils , deja fort incommodes a cause de leur elendue ,
le deviendraient plus encore par les calculs qu'ils ren-
draient indispensables. Un fluide elastique est doue
dune force expansive , en vertu de laquelle il tend
sans cesse a se repandre dans un espace plus conside-
rable : il occupe done , a la meme temperature , un
volume d'autant moindre que la pression atmospberique ,
a laquelle il est sounds , oppose plus de resistance a
son expansion. Les liquides restent seuls , et Ton n'a
j)lus a discuter que les a vantages des corps ranges dans
cette classe.
L'eau qui nous rend , dans beaucoup d'autrcs cir-
constances , de si nombreux services , ne saurait eon-
venir ici , parce qu'elle eprouve un maximum de den-
site. Lorsqu'on la voit, a partir de ce terme, se dila-
ter un peu , on ne pent decider s'il y a eu abaissemeut
ou elevation de temperature. II est absolument neces-
saire de prendre un liquide qui ne s'echauffe jamais
sans se dilater , et qui revienne toujours a son pre-
mier etat , lorsque la chaleur l'abandonne. II faut en-
core que ce liquide ne se congele et ne bouille qu'a
des temperatures tres-eloignees. II est bon enfin qu'il
ne mouille pas ie verre ; ear il serait impossible de
calculer le volume de la coucbe infiniment mince qui,
pendant les contractions, demeurerait adherente aux
parois internes de la colonne. Ces conditions n'exisfent
que dans le mercure : par consequent, il n'y a de
bons thermometres que ceux qui sont construils avec
ce metal.
Dans 1 'expose soinmaire des motifs qui lui donnent
la preeminence , j'ai oinis a dessein 1'uniforniite de sea
— M —
dilatations qui , dans le plus grand nombre des ou-
vrages de physique , est citee conime Tun de 8es pre-
miers avantages. Le lui accorder a priori, c'est, a
mes yeux , toniber dans un cercle vicieux ou enoncer
une chose insignifiante. Si j'ouvre un traite , j'y trouve
que la dilatation d'un corps est dite uniforme , lors-
qu'elle est la meme pour chaque degre du thermome-
tre. II en resulte que cette qualitc , regardce conime
si precieuse dans le mercure , n'existe reellement que
parce qu'on mesure la dilatation du mercure compara-
tivement a cette dilatation elle-meme. L'uniformite qu'on
lui attribue cesserait d'exister, si Ton faisait choix d'uu
autre liquide pour la construction des thermometres ,
et , si elle etait le motif unique qui militat en faveur
de ce metal, autant vaudrait adopter l'eau , dont les di-
latations , tout irregulieres qu'elles sont , deviendraient
uniformes par rapport au thermometre a colonne deau.
Lorsque Ion s'appuie sur cette pretendue uniforniite,
il nc pent s'agir dune dilatation comparee a celle d'un
thermometre quelconque , puisque , ainsi que je viens
de le montrer, la preference n'aurait alors aucun fon-
deraent. On entend done que les augmentations de
volume du mercure sont proportionnelles aux quantites
de chaleur qu'il recoit. Mais cette proportionnalite est
au moins douteuse , et rien n'autorise a la poser en
axiome. Ce nest quapres avoir etudie la marche des
dilatations de toutes les substances , et celles des autres
effets que la chaleur produit , que Ion peut reconnaitre
s'il existe un genre d'instrument dont les indications
croissent en realite connne l'energie de l'agent calori-
fique. Jusque la , les evaluations des temperatures au
moyen du thermometre a mercure doivent etre consi-
— 42 —
derces corame purement bypotbetiques. 11 a ete choisi,
a cause tie la plus grande precision que Ton peut ap-
portcr dans sa construction , et de la plus grande faci-
lite qu'il offre pour obtenir des resultats constans ; mais
les lois pourraient bien neanmoins etre exprimees , au
moyen des mesures conventionnelles qu'il etablit, dune
maniere beaucoup plus complexe que si Ton employait
u autre appareil moins maniable ou d'une execution
inoi-.s facile.
Parmi les fails qui peuvent jeter quelque lumiere
sur cette question iraportante , ceux qui paraissent les
plus propres a dissiper tous les doutes sont consignes
dans le travail de MM. Dulong et Petit sur le refroi-
dissement. Uniformc depuis 30' jusqu'a 100 , la dilata-
tion des gaz devient decroissante depuis 100° jusqu'a
360. Mais l'irregularite peut resulter de deux causes
bien differentes. Elle peut etre dans le gaz , qui ccde-
rait effectivement avec moins de facilite a 1'influence
du calorique , lorsqu'il en serait deja penetre ; elle peut
etre aussi dans le mercure employe pour revaluation
des degres tberinometriques : on concoit , en effet ,
que le gaz paraitrait prendre des accroissements de
volume de plus en plus petits sous 1'influence d'ac-
croissements egaux de temperature , si ces derniers
etaient evalues a l'aide d'un liquide dont les dilatations
seraient devenues croissantes. Ainsi , on est oblige
d'opter entre le mercure et l'air , et pour l'un ou
pour 1'autre, il faut adraettre que les dilatations ne
sont point proportionnelles aux quantites de cbalcur.
Le choix ne saurait etre embarrassant. Tous les gaz
suivent les menies lois , quelle que soit d'ailleurs leur
nature et leur origine , en sorte que la force repidsive
— 4.'} —
du calorique nest contrariee , dans ces corps, par au-
cune action moleculaire dependant de la forme , de la
composition ou de l'arrangement des atomes. Dans les
liquides, au contraire , la cohesion lutte incessammcnt
avec la puissance dilatante : eprouvant un decroissement
rapide a mesure qu'elle s'exerce a une distance plus
grande , elle oppose a l'augmentation de volume une
resistance d'autant moindre que la temperature est deja
plus elevee ; d'ou il resulte que les dilatations doivent
etre de plus en plus croissantes , sous l'influence d'im-
pulsions calorifiques egales. En outre , l'etat gazeux a
quelque chose de plus essentiel et de plus permanent
que l'etat liquide, qui n'est qu'un etat passager. Ar-
rive au terme de son ebullition , le liquide absorbe et
dissimule toute la chaleur qu'il recoil. Est-il probable
que cette dissimulation, qui est alors si complete, ne
commence qua lepoque meme ou elle se fait d'une
maniere absolue ? N'est-il pas vraisemblable , au con-
traire , que la masse fluide s'assimile , long-temps a
l'avance , une partie du calorique , pour predisposer ses
molecules a la transformation qui s'operera quand ces
assimilations successives auront suffisamment modifie les
lois de leur equilibre ? Ces presomptions sont autorisees
par ce resultat general de la marche comparative des
dilatations des liquides, qu'elles sont d'autant plus irre-
gulieres qu'on les envisage a des temperatures plus
rapprochees des points de fusion et des points d'cbul-
lition. II n'y a done pas de doute que , pour decouvrir
les lois simples et naturelles des phenomenes physiques,
il faut rapporter leur developpement a lexpansion re-
guliere et continue d'une masse gazeuse , plutot qua
la dilatation variable dun liquide.
— 44 -
D'apres ces considerations , on adopte , dans les tra-
vaux de recherches scientifiques , le thermometre a air.
Toutefois, ce thermometre etant d'un eniploi peu com-
mode, il importerait d'eviter autant que possible les
inconveniens qu'il presente. J'ai deja rappele, d'ailleurs,
qu'il necessite un calcul destine a corriger ses indi-
cations des influences variables de la pression de l'at-
mosphere. J'ajouterai qu'un autre genre de corrections
devient indispensable, si Ton veut obtenir de lins-
trument la regularite qui le rend superieur aux autres
inoyens thermometriques.
Ce que Ton cbercbe a realiser , oest un appareil
dont les indications soient proportionnelles a l'energie
de la chaleur. En admettant que les dilatations de l'air
satisfassent a cette condition , on recounait que les
degres d'un thermometre , dans lequel une masse ga-
zeuse est entouree d'une enveloppe solide , ne jouiront
plus de la merae propriete ; car ils ne mesurent que
les dilatations apparentes du fluide , et ces dilatations
ne sont elles-memes que les excess des dilatations regu-
lieres du gaz snr les dilatations variables de l'enveloppe.
Le double calcul par lequel on tiendrait compte de
ces deux causes derreur n'a theoriquement aucune
difficulte , mais il conduit a une formule compliquee ,
dont Temploi serait tres-penible dans la pratique. MM.
Dulong et Petit nous ont laisse , dans leur meiuoire ,
les moyens de l'eviter , et meme d'arriver , sans re-
noncer au thermometre a mercure , a des resultats non
moins precis que si nous acceptions exclusivement le
thermometre a air. Ces physiciens ont observe direc-
teinent les indications de ce dernier thermometre pour
des temperatures distantes de 50 degres sur le prcjnier,
- 45 —
el de ces indications, corrigees comnie jc 1'ai dit pins
haut , ils ont forme le tableau suivant :
TEMPERATURES
indiquees par le
THERMOMETRE A MERCURE.
TEMPERATURES
indiquees par le
THERMOMETRE A AIR, CORRIGEES.
100°
100°.
450 ... .
. 148,70.
200
497,05.
250
245,05.
300
292,70.
On a plusieurs fois tire parti de ces donnees pour
former une formule empirique , donnant la temperature
du thermometre a air, en fonction de celle du tber-
mometre a mercure. J'ai obtenu , il y a dix-huit mois
environ , une formule differente de celles qui avaient
ete publiees jusque-la , et qui me parait meriler la
preference a plusieurs egards. Si Tacademie veut bien
men accorder la permission , j'aurai 1'honneor de lui
soumettre la roarche que j'ai suivie.
Les nombres inseres dans la premiere colonne etant
en progression arithmetique, il est naturel d'examiner
s'il en est de meme dcs nombres de la seconde. Or ,
en prenant la difference de chacun d'eux au suivant ,
on trouve :
48,70; 48,35, 48,00; 47,05.
Ces differences ne sont point egales , mais il est vi-
— 46 -
sible qu'elles fornient elles- memes une progression aritb-
mctique decroissante , dont la raison est 0,35.
D'apres cela , la temperature de la premiere colonne
etant 100 -»- 1.50, celle de la seconde est 100 plus le
premier terme de cette progression ; la premiere deve-
nant 100 -+- 2.50, celle de la seconde est 100 plus les
deux premiers termes de la progression , et ainsi de
suite. Generalement , si Ton denote par T la tempera-
ture du thermomctre a mercure ., par A celle du ther-
mometre a air , et que Ton pose T = 100 -+- m. 50 , A
sera egale a 100 plus les m premiers termes de la
progression ; ce qui donne :
A = 100 -+- m. 48,70 - m ( ™~ 1} X 0,35.
L 'elimination de m entre ces deux egalites est fa-
T-100
<*ile. De la premiere, on tire m= ^ > et cette va-
leur , portee dans la seconde relation, conduit a:
A = 1,55-+- 0,9915T — 0,00007 T B .
Sans doute , cette formule ne s'applique rigourense-
ment que pour les valeurs entieres de in, on , en
d'autres termes , pour les nombres consignes dans le
tableau dont on l'a deduite , mais il en est ainsi de
toutes les formules empiriques. Celle - ci du moins
reproduit les observations avec l'exactitude la plus
parfaite, et c est ce qui me parait la rendre supe-
rieure a toute aulre obtenue par un moyen different
d'interpolation : car, a moins de multiplier les termes
outre mesure , on n'aurait, par les procedes ordinaires,
que trois coefficiens indetermines pour une forme ega-
lement simple; par consequent, on n'assujettirait I'e-
quation qu'a reproduire trois donnees, an lieu cinq.
— 47 —
NOTE DE I/AUTEUR.
Depuis que la note qui precede a ete lue a 1'Aca-
demie , les lois trouvees par M. Gay-Lu«sac , et con-
firmees par MM. Dulong et Petit, sont devenues fort
douteuses. M. Regnault, d'une part, et M. Magnus,
de lautre, se sont livres sur ce sujet a des recherches
nouvelles. Ces deux physiciens trouvent la dilatation
des gaz un peu moindre qu'on ne l'avait pense : ils
attribuent , dailleurs , a chaque fluide un coefficient
particulier. Suivant M. Regnault , la dilatation de l'air
serait uniforme jusqu'a 250", et , meme a 360 J , elle
n'aurait eprouve encore que de faibles irregularites.
M. Magnus ne partage point cette opinion : ses expe-
riences l'ont conduit, a peu pres exactement, aux irre-
gularites signalees par MM. Dulong et Petit. Cet etat
d'incertitude diminue sans doute 1 importance de la for-
mule consignee ci-dessus , mais peut-etre n'aura-t-elle
a subir que de legers changements , lorsque la question
aura enfin ete decidee par des observations inatta-
quables.
1)E ( V )UEL( V )UES
COMPOSES IOD.ES
ET DE LEUR
EMPLOI DANS LES ARTS
Par M. BOR , Pharmacien.
Mlssjeurs ,
La decouverte de l'iode remonte a une epoque deja
ancienne, quelques chimistes ont prevu qu'un jour il
serait employe dans les arts, l'industrie peut nous le
fournir en quantite et a bas prix, et sa corabinaison
avec certains raetaux fournit des couleurs tres-vives.
Ce corps n'a pour ainsi dire, jusqu'a ce jour, ete em-
ploye qu'en medecine.
De VIode.
L'iode a ete d^couvert, en 1813, par M. Courtois,
salpetrier de Paris; mais c'est a M. Gay-Lussac que
nous sommes redevables de la connaissance de ses prin-
cipales proprietes. Ce corps a ete place par ce chimiste
au rang des corps simples.
4.
— 50 —
L'iode ne se rencontre pas pur dans la nature. De-
couvert d'abord dans le plus grand nombre des fuous
qui croissent sur le bord de la raer , il a ete trouve
depuis dans les eponges , dans quelques eaux salines ,
dans des minerals argentiferes, etc.
On extrait l'iode des eaux meres de la soude Varech ;
il y existe a l'etat d'iodure et combine au potassium.
Le proccde pour l'obtenir est simple : verser de l'acide
sulfurique sur ces eaux pour decomposer le sulfure et
les chlorures qu'elles contiennent , chauffer ce melange
pour expulser I'hydrogene sulfure et le cldore ; ajouter
ensuite au liquide une certaine quantite de peroxide
de manganese et d'acide sulfurique concentre ; enfin
soumetlre le tout a la distillation ; l'iode qu'on ob-
tient par ce precede doit etre distille une seconde
fois avant d'arriver a l'etat de purete. Pour le livrer
au commerce, on le seche entre des feuilles de papier
sans colle.
L'iode est solide a la temperature ordinaire; sa forme
est lamelleuse, son eclat metnllique , sa couleur bleue
orisatre, son odeur forte et analogue a celle du chlore,
sa saveur tres-acre , sa pesenteur specifique cinq fois
environ plus grande que celle c!e l'eau. II forme sur
la peau des taches d'un jaune brunatre qui ne tar-
dent point a disparaitre, projete sur des cbarbons ar-
dents, il repand des vapeurs violettes. L'iode, presque
pas soluble dans l'eau , se dissout facilement dans l'al-
cool et Tether i il a de laffinite pour l'hydrogene, le
carbonne, le phosphore , le souffre , le cldore, le
brome, l'azote et presque tons les metaux.
On l'emploie dans les laboratoires eomnie reactif,
dans la medeciue contrc les maladies scrophuleuses ,
— al-
ios goitres et a la preparation de quelques iodures
dont nous parlerons.
Le commerce fournit parfois de l'iode melange d eau
et de houille. Cette fraude est facile a reconnaitre par
la dessication et la sublimation.
Les composes qui nous paraissent pouvoir etre em-
ployes avantageusement dans les arts , sont les iodures
de mereure et de plumb. Leur nuance est tres-belle et
la solidite du premier incontestable. Frappes depuis
longtemps des proprietes Ires-reraarquables de ces deux
composes et n'ignorant pas que le chromate de plomb ,
le prussiate de fer, qui sont des composes mineraux
qu'on peut placer dans la categorie , sous le double
rapport de l'emploi et de la coloration, etaient jour-
nellement employes dans la teinture et Tiinpression sur
les etofFes, nous avons cru pouvoir etre utile a Tin-
dustrie en chercbant le moyen de les employer aux
memes usages.
L'affinite de certains corps les uns pour les autres
a pu porter a croire que ceux qui donnent naissance
a liodure rouge de mereure et a liodure jaune de
plomb pouvaient servir a la teinture et a 1 impression ,
par l'emploi dun procede pareil a celui usite pour
fixer sur les tissus le vert de scheelle , le bleu de
prusse , le chromate de plomb; quelques essais suffisent
pour se convaincre de l'impossibilile de conclure ainsi,
mais e'est a cette cause quit faut surtout altribuer le
defaut d'eni[)loi dans les arts de ces deux iodures.
Nous n'entendons pas parler de l'impression sur etoflFe,
car Thillaye (manuel du fabricant des indiennes) donne
une formule pour impression sur tissus de coton par
le bi-iodure de mereure , formule qui nous parait mo-
4.*
- 62 —
tiver quelqucs observations : pour teindre du velours
dc cotOD an bi-iodure de mercure, on aurait recours
a I'lin des procedes suivants :
1.° Le mordancer avec le bi-chlorurc de mercure ou
quelqu autre sel du menie metal bi-oxide; le faire se-
cher et le passer ensuite dans un bain plus ou moins
concentre diodure de potassium ;
2." Operer en sens contraire du procede qui precede,
c'est-a-dire mordancer le velours avec l'iodurc et le
passer ensuite dans le chlorure.
Dans 1 un et l'autre cas le succes est imparfait. Le
procede de Thillaye pour impression serait-il plus satis -
faisant? INbus pensons qu'il offre aussi des imperfec-
tions.
Le bi-iodure de mercure est done reste sans emploi
en teinture; quand a 1 iodure de plomb qui, a beau-
coup pres , n'a pas la solidite du premier, nous sommes
portes a croire que des raisons analogues a celles que
nous avons exposees en ont empeche I'emploi.
II nous a semble que le but que nous nous sommes
proposes, celui de teindre et d'imprimer des velours
de colon aux iodures de mercure et de plomb , ne
pouvait ctre alteint que par 1 indication de procedes
simples, faciles et surs : voici ceux que nous proposons.
Procedes pour teindre et imprimer les etoffes de coton
aux iodures rouge de mercure et jaune de plomb.
Pour arriver a ce resultat , plusieurs composes nous
sont necessaires:
L'iodure de potassium, L'acitale neutre de plomb,
Le bi-iodui e dc mercure , Le sous-carbonate de soude ,
— 63 —
L'acide iohydrique, L'acide chlorhydrique,
Le bi chlorure de mercure , L'acide acetique.
Ces composes sont hop connus pour que nous ne
soyons pas dispenses de parler de leur preparation qui,
dailleurs , est formulee dans lous les ouvrages de
chiinie.
Procede pour teindre et imprinter les etoffes de coton
a Viodure rouge de mercure.
Trois procedes peuvent etre employes , le premier est
base sur la propriete qu'a une etoffe de coton mordan-
cee avec le bi-chlorure de mercure de pouvoir etre
leinte ou imprimee , avec toute garantie de reussite ,
dans un bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure
de mercure ; le second sur ce que la mthne etoffe
mordancee avec le bi-cblorure de mercure , avant d'etre
mise en contact avec le bain colorant ci-dessus , ma is
acidule avec l'acide chlorhydrique, doit etre passee pre-
alablement dans une solution de sous-carbonate de
soude afin de convertir le bi-chlorure de mercure en
bi-oxide; enfin le troisieme sur ce que cette meme
etoffe , d'abord mordancee avec le bi-chlorure de mer-
cure , ensuite passee dans une solution de sous-carbo-
nate de soude , prend parfaitement cette belle couleur
rouge-orange , qui est nropre au bi-iodure de mer-
cure, en la trempant dans un bain faible dacide iohy-
drique legeiement acidule d'acide chlorydrique. On don -
nera probablement la preference au premier procede
pour teindre et aux seconds pour imprimer, surtout ;i
plusieurs mains.
A van I de revenii sur chaciin de ces trois procedes
— 54 —
en particulier, il est indispensable que nous disions
comment etaient composes les bains dont nous nous
sommes servis, et d'observer qu'ils devront etre modi-
fies selon les teintes a obtenir.
Bain de bi-chlorure de mercure.
Bi-chlorure de mercure 1 kilogramme
Eau 20 litres.
On fait dissoudre le chlorure de mercure dans l'eati
a l'aide de la chaleur , on laisse refroidir et reposer
la dissolution, enfin on la decante avant de s'en servir.
Bain d'iodure de potassium simple.
Iodure de potassium 1 kilogramme.
Eau 40 litres .
Si l'iodure est pur, il peut etre dissous dans 1'eau
froide et employe de suite.
Bain d'iodure de potassium acidu/e.
Bain d'iodure de potassium ci-dessus . q : v :
Acide chlorhydrique q : s :
Pour que ce bain soit rendu legerement acide.
Bain d'iodure de potassium et de bi iodure de
mercure simple.
Bain d'iodure de potassium simple . . q : v :
Bi-iodure de mercure q : s :
Pour que la saturation soit complete.
— 66 —
Bain d iodure de potassium et de bi-iodure de
mercure acidule.
Bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure
de mercure simple q : v :
Aeide chlorhydrique q : s :
Pour l'aciduler Idgerernent.
Bain d'acide iohydrique acidule.
Acide iohydrique q : 8 :
Eau q : s :
Acide chlorydrique q : 8 :
Le bain d'iodure de potassium acidule peut renipla-
cer parfaitement celui-ci. II est done presumable que
la preference lui sera donnee a cause du prix eleve
de I'acide iohydrique.
Bain alcalin.
Solution de sous-carbonate de soude a 2 ou 3° q : s :
Notre procede pour teinture ou impression d'etoft'e
de coton au bi-iodure de mercure est fort simple;
raordancer ou imprimer un velours blanchi, par exem-
ple, avec la solution de bi chlorure de mercure, le
laisser secher , le passer dans le bain d iodure de po-
tassium sature de bi-iodure de mercure tiede et rincer.
Ce bain de bi chlorure de mercure est assez con-
centre pour donner une teinture rouge-orange passable.
Pour impression , on eraploiera avec avantage une
solution de bi-chlorure plus concentre.
- 56 —
La teinte rouge - orange peut etre augmentee (»u
reduite, en donnant plus ou nioins de force au mor-
dant.
Quoique nous disions plus haut que pour teinture
ou impression dun velours de coton au bi-iodure de
mercure , la preference doive etre donnee au premier
procede, parce qu'il est le plus simple, cependant
nous sommes certains qu'on peut egalement teindre
bien uni en se servant des deux derniers.
Le bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure de
mercure se troublant , se decomposant si Ton veut ,
des qu'on commence a y passer le velours mordance ,
une partie du bi-iodure de mercure , qui entre dans la
composition de ce bain , et qui augmente progressive-
ment en continuant le mouillage , se depose sur cette
etoffe sans former corps avec ces parties ; nous desire-
rions que cette portion de bi-iodure ne fut pas per-
due pour etre utilisee dans une autre operation. Ce
resultat s'obtient en commencant par laver les pieces
sortant du bain colorant dans des bacs remplis d'eau et
en les rincant ensuite a la riviere.
Le bain d'iodure de potassium sature de bi-iodure
de mercure, lorsqu'il a servi a teindre une piece ou ,
ce qui revient au meme , lorsqu'il a ete trouble par
cette operation , peut etre retabli dans son etat pri-
mitif en saturant l'exces de bi-iodure de mercure, tenu
en suspension dans ce liquide, avec une quantite suffi-
sante d'iodure de potassium.
Si ce bain d'iodure de potassium sature de bi-io-
dure de mercure, qui est destine a teindre une piece,
peut, sans inconvenient, tenir en suspension un exces
d'iodure de mercure, il est essentiel qu'il n'en con-
— 57 —
tienne pas lorsqu il doit servir a imprinter une piece
a fond blanc.
Pour finir ce chapitre , nous ajouterons quelqucs mots
au sujet des deux derniers procedes qui peuvent aussi
servir a teindre un velours de coton en rouge-orange
ou a ('impression de la meme etoffe.
Le mordancage se fait de meme que si Ton voulait
suivre le premier procede ; raais une fois que les
pieces ont cte bien sechees sur mordant, au lieu de
les mettre en contact avec le bain colorant , on les
passe dans un bain alcalin chauffe a une trentaine de
degres , on les y laisse sojourner pendant une demi-
heure afin que le bi-chlorure ait le temps de se de-
composer, on les porte a la riviere pour les rincer ,
on les passe dans le bain d'iodure de potassium sa-
ture de bi-iodure de mercure acidule ou dans celui
d'acide iohydrique ehauffes a 30' environ , et on fmit
par les bien rincer et par les faire secher.
Pour teindre une piece bien unie ou pour riniprimer
bien regulierement , les deux derniers procedes , quoi-
que un peu plus compliques , l'emportent probablement
sur le premier. lis offrent cependant un inconvenient ;
pour obtenir la meme intensite de teinte, on est oblige
d'employer des mordants plus concentres , parce qu'il
s'en perd une portion dans le bain alcalin.
Avant d'en venir a Tiodure de plomb , disons encore
un mot sur les etoffes de coton teintes ou imprimees au
bi-iodure de mercure. Nous ne parlons que des etoffes
de coton , parce que les essais faits sur celles de soie
et de laine ont ete pour nous sans resultats satisfaisants.
La couleur rouge-orange de ces etoffes peut efcre
consideree com me asscz solide, puisqu'elle rcsiste atix
— 58 —
lavages parfaits, a I'eau ordinaire, aux bains alealins
carbonates, aux eaux acidulees , enfin a l'action tres
destructive , pour une nuance si delicate , des rayons
solaires du mois d'aout. Thillaye pretend cependant que
cette couleur se ternit nil soleil ; ainsi, en admettant
que nous ne nous soyons trompes ni Fun ni 1 autre ,
i! faudrait admettre aussi que le procede que nous
donnons pour iraprimer sur velours de coton au bi-
iodure de niercure est preferable au sien.
Procede pour teindre el imprinter les e'toffes de colon
a fiodnre jaune de plomb.
De nieme que pour la couleur rouge-orange , trois
precedes peuvent etre rais en pratique pour teinturc
et impression sur coton a l'iodure de plomb. Le pre-
mier 'consiste a mordancer cette etoffe avec l'acetate
neutre de plomb , a la faire seclier et la passer en-
suite dans uii bain colorant d'iodure de potassium
additionne d acide acetique. Quant au second et troi-
sieme procede , voici en quoi il differe du premier.
Quand l'etoffe a etc mordancee et sechee , on la passe
dans un bain alcalin pour convertir l'acetate de plomb
en carbonate de la meme base , ensuite dans le bain
d'iodure de potassium ou dans celui d'acide iohydrique
acidules.
Un velours de coton teint ou imprime a l'iodure de
plomb est dun jaune tres-beau et tres-eclatant , mais
malheureusement cette couleur a si peu de stabilite
que c'est a peine si elle resiste aux lavages a l'eau
ordinaire. Aussi, si nous en fesons niention , c'est pour
— 59 -
renclre notre travail sur 1'iodure de mercure le plus
complet possible.
Quatre bains sont utiles pour teindre ou imprimer a
I iodure de plomb. Voici comment ils ont etc composes :
Bain & acetate de plomb.
Acetate de plomb 1 kilog.
Eau 30 litres.
On fait dissoudre a l'aide de la chaleur l'acetate de
plomb dans I'eau , on laisse refroidir et reposer cette
dissolution et on la decante avant de l'employer.
Bain d'iodure de potassium acidule.
Iodure de potassium 1 kilog.
Eau 40 litres
Acide acetique q : s :
On fait dissoudre Tiodure dans I'eau froide et on
acidule legerement le melange.
Bain d'acide iohydrique acidule.
Acide iohydrique q : s :
Eau q : s :
Acide acetique q : s :
Melez.
Bain alcalin.
Solution de sous-carbonate de soude a 2 ou 3° q. s.
La teinture et I'impression a l'iodure de plomb mo-
— 60 —
liverait plusieurs observations relatives a ['execution du
procede. Nous les passerons sous silence pour ne pas
nous repeter. Les details dans lesquels nous enmities
entres au sujet des teintures et impressions au bi-
iodure de roerenrc nous en dispensent suffisainment.
CONCLUSIONS.
Des essais qui precedent , il resulte :
\.° Que I'iodure de niercure peut etre employe a la
teinture et a l'impressioii des etofFes de coton , peut-
etre meme a eelles de tin , et que sous le double rapport
de la vivacite et de la solidite , cc compose laisse
peu de chose a desirer;
2.° Que I'iodure de plomb , quoique moins solide,
peut servir aux memes usages.
%$&&&
NOTICE
SUR L'EMPLOI DUNE SUBSTANCE
PROPRE A REMPLACER
L'ICHTHYOCOLLE OU COLLE f)E POISSON
DANS LA CLARIFICATION DE LA BIERE,
Par M. BOR, Pharmacjfn.
messieurs,
La colle de poisson se prepare, surtout en Russie,
avec les visicules aeriennes de plusieurs especes de
poissons , particulierement avec cellos du grand estur-
geon qui est tres-commun dans le volga et dans les
autres fleuves qui se juttent dans la mer Noire et la
mer Gaspienne. Ces visicules sont mises dans 1'eau
froide pour etre ramollies , puis on les nettoie et on
en detache les membranes exterieures ; Tinterieure est
ensuite roulee sur elle-meme , blanchie a lacide sulfu-
reux et sechee ; vers la fin de la dedication, on leur
donne la forme de lyre , de cceur ou de livret.
— 62 —
La colle de poisson doit etre blanche , demi-trans-
parente, sans odeur, soluble dans 1'eau bouillante pres-
que sans residu et lui coumiuniqant , par le refroi-
dissement , une forte consistance de gelee. Elle est
composee de beaucoup de gelatine et d'une petite quan-
tite de sous-phosphate et sous-carbonate de cbaux.
Le commerce nous fouruit plusieurs especes de colle
de poisson qui ne different entre elles que par leur
plus ou moins grande solubilite.
La colle de poisson strt a plusieurs usages , surtout
a la clarification de la biere.
Cette substance nous venant de l'etranger et etant ,
en outre, a un prix passablement eleve , nous avons
pense etre utiles a l'incluslrie en la remplacant par
une autre substance qu'on put se procurer en quan-
tite suffisante pour les besoins du commerce et dont le
prix fut bien inferieur.
Nous savions , avant d'cntreprendrc ce travail, que
depuis long-temps on cherchait le inoyen de remplacer
la colle de poisson , surtout pour la clarification de la
biere, par une substance moins rare et a bas prix;
que des societes savantes en France , en Angleterre ,
en Allemagne, avaient propose des prix pour la solu-
tion de ce probleme qui nest pas encore resolu; que
la colle de poisson possede une propriete clarifiante beau-
coup plus grande qu'aucune gelatine obtenue par de-
coction de diverses matieres animales, meme de la
colle de poisson elle-meme dissoute dans l'eau bouil-
lante et convertie en gelatine par ce moyen ; qri'en
consequence son action etant mecanique , ainsi que I'a
demontre M. Payen , il f'allait necessairement la re[>or-
— 63 —
ter a sa contexture qui est effectivement formee de
fibres qui jouissent , mises en contact avec un liquide,
chaud surtout , de la propriete de se ramollir , daug-
menter de volume , de se diviser a 1 infini , de donner
de la consistance a la partie gelatinouse , et par suite
de former , dans les liqueurs a clarifier , une sorte de
reseau qui jouit lui-meme de la propriete de se resser-
rer , de se contracter sur lui-meme, probablement a
cause du principe astringent ou fermentessible qu'ils
contiennent , et dentrainer d;ms sa precipitation tous
les corpuscules qui troublaient leur transparence.
La geline est la substance que nous proposons pour
remplacer la colle de poisson dans la clarification de
la biere. M. Dambresville , fahricant a Amiens, est le
premier qui Fait conseillee a des brasseurs qui I'em-
ploient avec succes depuis plus de six annees.
Nous extrayons la geline des cornillons de la corne
de boeuf debarrasses , par l'acide muriatique , du sous-
phospbate et sous-carbonate de chaux qu'ils contiennent.
La corne de boeuf est formee de deux substances bien
distinctes et qu'on peut facilement separer Tune de
l'autre ; I'exterieure , qui est dure, luisante, transpa-
rente lorsquelle est reduite en lames minces , cornee ,
inattaquable par les acides et composee, entr'autres
corps, d'une matiere analogue au.v ongles , sert jour-
nellement a faire des peignes et autres objets de ta-
bletterie ; 1'interieure, appelee cornillon , qui est moins
dure que la premiere , opaque , attaquable par les acides
et formee d'un tissu gelatineux dont les cellules fila-
mentenses sont remplies en graude partie de sous-phos-
pbate et de sous-carbonate de calcaire , nous sert a
faire la geline.
- 04 —
['reparation de la geline.
Cornillons de corne de baeuf 100 kilogrammes .
Kau 300 id.
Acide muriatique a 2V 50 id.
Faites le melange de 1'eau et de l'acide dans nn
bac en bois, mettez-y les cornillons, laissez reagir
pendant hu.it jours et remuez au moins une fois cliaque
vingt-quatre heures ; decantez ensuite le liquide et
remplaeez-le par le suivant.
Eau .... 200 kilogrammes .
Acide muriatique a 21° . 50 id.
Melez. Laissez encore reagir cette eau acidulee sur les
cornillons pendant huit autres jours , en ayant le soin
de reinuer corape il est dit ci-dessus; ensuite decantez
de nouveau , remplacez ce liquide par de 1'eau ordi-
naire, laissez macerer pendant vingt-quatre heures,
renouvelez cette eau une seconde et une troisieme fois,
decantez, laissez egouter, faites secher et divisez par
morceaux.
L'experience nous a appris que cetle operation devait
etre faite sous un hangard et a Tombre parce que les
rayons solaires nuisaient a la bonne confection de cette
substance.
La reaction de l'acide muriatique sur les cornillons
etant plus lente en hiver qu'en etc, il faut, dans le
premier cas , prolonger les macerations de trois a quatre
jours.
Emploi de la geline.
On la laisse ramollir pendant quelques heures dans
— 65 —
une suffisante quantite d'eau froide. Un kilogramme de
geline est plus que suffisant. pour la clarification de
cinq hectolitres de biere. On ne lajoute au brassin que
lorsque le houblon a ete assez penetre par le bouillon
et qu'il commence a se precipiter. Une demi-hcure
d'ebullition est plus que suffisante pour la dissoudre.
Nous ne nous arreterons pas a disserter sur la ma-
niere dagir de la geline lorsqu'elle est employee a la
clarification de la biere. Nous laisserons ce soin aux
savants qui voudront se donner la peine de repeter
nos essais. Nous osons cependant avancer que si Tac-
tion de cette substance , dans les liqueurs a clarifier ,
n'est pas en tout semblable a celle de la colle de pois-
son , elle produit du moins le merae resultat. Quant a
son prix de revient , nous somraes convaincus , sans
entrer dans des details de chiffres , qu'il est de beau-
coup inferieur a celui de la colle de poisson.
5.
ANALYSE
D'UNE SUBSTANCE
trouvee dans l'interieur
d'dn
COMPTEUR A G/VZ PUOPRE A LECLAMAGE ,
Par M. BOR , Pharmacien.
►frfli ) h m
Messieurs ,
II nons a ete remis , pour etre sounris a l'analyse
chimique , une substance qui a ete trouvee par M.
Ferot , directeur de la f'abrique a gaz de notre ville ,
dans l'interieur de quelques compteurs.
Cette substance a une odeur de gaz tres prononcee,
quelle perd cependant par la dessication. On ne sau-
rait mieux la comparer qu'a l'amadou. Son organisation
est pourtant hien differente ; car, en l'examinant a la
loupe, on ne tarde point a s'apercevoir qu'elle est
foriuee de molecules superposees et jointes comme
celles de la pate a papier.
Cette substance etant tres adherante aux parois du
compteur , d'oii il a fallu larracber, et nu Ton pre-
sume qu'elle a pris naissance , on est peu surpris d'y
apercevoir quelques fragments de soudure.
5.*
— 68 —
Mise sur ties charbons ardents, elle se carbonise et
repand une odeur resineuse.
Bouillie pendant quinze a vingt minutes dans quel-
ques grammes d'eau distillee , elle laisse degager une
odeur de gaz melee de goudron ; mais elle ne parait
pas changer de nature par cette ebullition. Une solution
bouillante de sous-carbonate de soude ne parait pas
avoir plus daction sur elle. II n'en est pas de meme
d une autre solution , meme peu concentree , de potasse
caustique; celle-ci la dissout au contraire entierement,
surtout par une ebullition un peu prolongec. Cetle
dissolution , qui est passablement coloree , precipite en
blanc jaunatre par les acides et degage de l'hydrogene
sulfure ; la presence du soufre a ete reconnue dans
ce precipite.
Cette substance dessechee par la cbaleur , si on la
met en contact avec l'aeide sulfurique concentre et
froid , elle ne tarde pas a noircir et a etre desorga-
nisee ; en etendant ce melange acide d'une certaine
quantite d'eau, une matiere brune se precipite. Cette
matiire, lavee avec soin et sechee , si on Texpose a
une temperature un peu elevee , elle fond, et, par le
refroidissement , se fige comme le goudron. Projelee sur
dcs charbons ardents , elle repand une odeur analogue
a cette derniere substance.
Traitee a deux ou trois reprises par 1 alcool bouillant,
cette substance communique a ce liquide un aspect
opalin et une odeur de vernis. En laissant evaporer
cet alcool a la temperature ordinaire , il se depose sur
les parois du vase qui le contient une matiere pois-
seuse et odorante qui rappelle l'odeur primitive.
— 69 —
Cette raerae substance apres avoir ete traitee par
1'alcool bouillant, conserve encore sa structure quoi-
qu'elle ait fourni quelques principes a ce liquide. Elle
doit done etre formee d'huile empyreumatique et de
quelques huiles essentielles qui accompagnent ordinai-
rement le goudron.
Traitee, en derniere analyse, par l'acide azotique pur
et bouillant , elle commence a jaunir et ne tarde point
a se dissoudre en entier. En evaporant cette dissolution
a siccite et en traitant ce residu par l'eau distillee
bouillante , une matiere jouissant de toutes les pro-
prietes du goudron vient nager a la surface de ce li-
quide. Cette matiere projetee sur des charbons ardens
repand une odeur sui generis. Quant a l'eau employee
a la separer de sa dissolution , elle precipite en blanc
par les sels de baryte ; cette dissolution renfermait
done de l'acide sulfurique qui provient sans doute de
la reaction de l'acide azotique sur le soufre que con-
tient cette substance.
Cette substance trouvee dans les compteurs , differe
done de I'amadou avec lequel on pourrait , au premier
aspect , la confondre ; ensuite , puisqu'elle est forinee
de goudron , de soufre , d'huile empyreumatique , de
quelques huiles essentielles qui accompagnent toujours
le goudron , et probablement de plusieurs autres corps
echappee «^-
Chacun de vous , Messieurs , a entendu parler de
Roville et de l'institut agricole qu'y a fonde M. Mn-
thieu de Dombasle : ayant visite deux fois cet etablis-
sement daus les mois de juillet et aout derniers , j'ai
pense que vous acceuilleriez avec plaisir quelques de-
tails sur ce que j'ai pu observer. Deux ans auparavant,
j'avais visite l'institut de Grignon , et j'avais ete peu
flatte de ce que j'avais trouve ; je craignais d'eprou-
ver encore un desappointenient a Roville, raon attente
a ete heureusement trompee.
A Grignon , tout semblait iudiquer l'intention de ne
faire que de l'agriculture en grand : tout ce qui s'y
faisait ne paraissait pouvoir convenir qu'aux grands pro-
prietaires , a ceux qui disposaient d'une ferine et de
fonds considerables : a Roville , tout est sur une echelle
— 72 —
modeste , il n est pas de petit cultivateur qui ne puisse
imiter et s'approprier toutes les pratiques qu'y a eta-
blies son directeur.
Les batiments de la ferme n'ont rien de remarqua-
ble , ou plutot il n'y a point de ferme : tous les ba-
timents sont isoles dans le village ; d'un cote les ecu-
ries , de l'autre les ateliers de construction ; la, le lieu
de travail pour les eleves, ailleurs les hangards , les
pares de moutons ; dans la ferme on ne trouve reel-
lement qu'une bouverie , une bergerie pour 500 betes,
et une habitation plus que modeste pour le directeur
et sa famille. On concoit deja tout ce qu'a de mau-
vais un tel etat de choses : une surveillance plus dif-
ficile , une perte de temps considerable : enfin Toeil du
maitre qui ne peut etre partout en meme temps.
J'ai ete bien plus surpris encore en parcourant les
terres en culture. Roville est situe au pied d'un co-
teau escarpe , formant la limite du bassin de la Mo-
selle, qui coule ordinairement a 15 bectometres du
village : mais lors de ses debordements qui sont fre-
quents, elle s'approche jusqu'a 7 ou 8 hectometres,
en ratissant les terres cultivees , et en les couvrant de
debris de roches , entrainees du haut des Vosges.
Les terres de l'etablissement sont situees pour uu tiers
sur le coteau ; pour les deux autres tiers dans la vallee
de la Moselle.
Les terres du coteau sont formees dune argile com-
pacte. Avant larrivee de M. de Dombasle , on les lais-
sait en friche : les charrues du pays ne pouvaient les
diviser, et la rapidite de la pente rendait le labour
trop penible et la recolte trop difficile. Griice aux nou-
veaux instruments, le labour s'y opere tres bien, avec
— 73 —
deux chevaux par charrue seulemenl : mais il n'est
pas rare que les voitures soient culbutees , avec leur
charge, au moment de la recolte. — Cette annee , tou-
tes les terres du coteau etaient occupees par du ble
et des prairies artificielles ; celles-ci n'ont presque rien
donne en fourage , la faux trouvait difficilement a
mordre : les moutons y etaient conduits au paturage.
Quant au ble , il etait admirable : nombre de ger-
bes considerable , epis longs , gros et bien fournis ,
grain gros et lourd ; M. De Dombasle , apres de n'om-
breux essais , s'est arrete a une variete de ble du
pays : il l'a perfectionne par sa culture , par le choix
de la semence : toute sa recolte se vend dans le pays ,
plusieurs francs de plus a l'hectolitre , pour les se-
mailles.
Une partie des terres du coteau est consacree a une
houblonniere etablie sur deux systemes difFerents : dans
Tun le boublon grimpe contre des perches de 4 a 5
metres delevation ; dans Tautre ces perches n'on'c (pue
1 metre 50 centimetres de hauteur, et se relient en-
tr'elles par des fds de fer sur lesquels courent les sar-
ments. M. De Dombasle s'applaudit de ce nouveau
svsteme, dans lequel la recolte, aussi abondante que
dans l'ancien systeme, s'opere plus facilement , et qui
presente le grand avantage d'oiFrir moins de prise aux
coups de vent, toujours si redoutables pour nos hou-
blonnieres : je crois que cette methode de culture de
houblon serait bonne a propager.
Les terres de la plaine contre le village sont bonnes
et fertiles, blanches et assez compactes, elles ressem-
blent a ce que les cultivateurs anglais ont appele Loam;
malheureusement beaucoup de places sont infertiles ,
- 74 —
par la presence du sous-sol sableux et caillouteuv qui
se fait jour a la surface : en vain M. I)e Donibasle
a fait couvrir ces places de niarne , de chaux et
d'engrais de tout genre : 1 aridile du sous-sol a tou-
jours predomine. Telle est son influence que la meme
ou il est suffisamnient recouvert , il faut des etes bu-
mides pour que les reeolles soient avantageuses. A nic-
sure que Ton descend vers la Moselle, les places in-
fertile^ sont plus nombreuses, les oailloux et le sable
augmentent, et bientot on arrive a une zone ou Ion
ne peut obtenir , meme dans les annees les plus favo-
rables, que des moissons cbetives , peu en rapport avec
les travaux et les frais qu'elles exigent.
Cette annee les fourrages d'biver out succoiube aux
gelees de prin temps. — L'avoine n'offrait pas 45 cen-
timetres dans les points les plus eleves ; dans beau-
coup d'endroits , elle n'avait pas 20 centimetres, —
le millet avait manque, le ma'is seul etait assez beau;
— M. De Donibasle le fesait hacher par morceaux et
donner a ses cbevaux , mele avec de la luzerne ha-
cbee. Contrairement aux assertions de plusieurs culti-
vateurs, j'ai remarque que les cbevaux n'etaient pas
fort avides de cette nourriture : ils mangeaient la lu-
zerne et laissaient le mais : le chef d'attelage disait
menie qu'ils avaient maigri depuis qu'on les avait sou-
mis a ce regime ; — les terres d'en bas avaient encore
quelques cbamps de lin fort mediocre , de Madia-Sa-
tiva peu remarquable . de pavots dune variele par-
ticuliere et une grande quantite de betteraves.
Pendant plusieurs annees, M. De Donibasle s'occu-
pait beaucoup de la culture du lin , — il y a renonce
parce que cette culture etait Imp cbanceuse dans des
— 75 —
terres aussi arides. Le Madia n'offrait pas plus de "20
centimetres d'elevalion : toutes ses branches laterales
etaient presque avortees ; on ne pouvait avoir de la
plante qu'une idee fort incomplete : au surplus M.
De Dombasle n'en avait seme que pour la montrer aux
eleves, et sans le projet de la faire entrer dans sa
culture.
Quant, aux pavots , la variete cultivce a Roville m'a
paru interessante, en ce que, sous le plateau supe-
rieur , il n'y a point d'opercules ; — il en resulte que
la plante peul etre battue par le vent, et rentree dans
la grange a I'etat de siccite sans craindre de perdre la
graine. A la verite cette disposition offre plus de difficul-
ty pour la recolter, il faut forcement avoir recours au
fleau , mais cet inconvenient n'est-il pas compense par
la facilite de ne recolter la graine que pendant l'hiver,
quand tous les travaux sont termines, et surtout par
la certitude de la recolter toute entiere , sans craindre
les ouragans et bien plus encore les voleurs?
M. De Dombasle cultive en grand la betterave : il la
seme en place , mais surtout il la repique : j'ai pu voir
les deux systemes a cote Tun de I'autre ; l'avantage
etait pour les betteraves repiquees. — Ceci est con-
traire aux idees recues chez nous : M. De Dombasle a
pour lui une pratique heureuse de 20 annees. J'ai vu
repiquer chez lui des betteraves par un temps tres-
sec , qui a persiste plus de huit jt,urs apres cette ope-
ration, et le champ n'en a pas moins ete tres-bien
fourni. Les places vides etaient dues aux ravages dun
ver gris, semblable a la larve du hanneton, mais beau-
coup plus petite. II serait important de savoir a quel
— 76 -
insecte appartient cette larve : je ne pense pas que
jusqu'a present nos cultivateurs se soient. plaint de sa
presence ; mais a Roville les desastres qu'elle cause sont
souvent fort etendus.
M. De Dombasle emploie la betterave a nourrir ses
moutons et a faire du sucre. II trouve la betterave
bien preferable a la pomme de terre conime nourri-
ture des betes ovines ; quant au sucre , sil en ex-
trait , c'est seulenient pour l'instruction des eleves : il
1 exlrait par un procede a lui, dit par maceration.
J'ai vu ses appareils , ils sont tres -simples , et je ne
doute pas que , quand une loi meilleure permettra de
vivre a une industrie toute indigene , le procede de
M. De Dombasle ne soit appele a de grandes desti-
nees.
J'ai dit plus haut que j'avais ete surpris en voyant
les terres de Roville : c'est en efFet que, selon moi ,
M. De Dombasle a mal cboisi lemplacement oil il vou-
lait elever son institut agricole : je concois tres-bien
que son but ait ete de montrer tout ce que pouvaient
la patience, l'ordre, la bonne direction des travaux ,
le choix des instruments , les procedes de bonne cul-
ture : mais si, pour demontrer cela , il etait bon de
ne point se poser dans des conditions trop favorables ,
quant au terrein , il fallait aussi ne pas choisir un sol
a peine ameliorable , un sol oii les travaux les mieux
suivis , les frais les plus considerables ne pouvaient
avoir de resultats avantageux quant au fermier : aussi
le but de M. De Dombasle a ete manque dans le pays ;
il n'a pu meme faire abandonner le labour en sillons
Ires-bombes , labour si funeste dans un sol deja fort
aride.
— 77 —
A propos de ces sillons bombes , je me hate de con-
signer une observation que j'ai faite sur la maniere
dont M. de Dombasle cultive la pomine de terre. II
n'a point I'habitude de la butter, et il pretend que le
buttage est nuisible, en ce qu'il fait pousser trop de
tiges, au detriment des racines. M. De Dombasle peut
avoir raison quand la pomme de terre est placee dans
une terre sablonneuse et legere ; mais, dans un sol
bas et humide ou trop compact, je pense que le but-
tage sera toujours preferable.
M. De Dombasle cultive avec des chevaux , non pas
qu'il blame l'emploi des boeufs , au contraire , mais parce
qu'avec les terres de Roville le cbeval lui parait pre-
ferable. Dix-sept ohevaux lui suffisent pour faire va-
loir 240 hectares. Ce resultat extraordinaire est du a
son mode d'assolement, et snrtout a l'ordre miracu-
leux qui regne dans lemploi du temps, soit pour les
homines , soit pour les animaux. Pendant l'hiver , on
achete 25 ou 30 boeufs que Ion nourrit avec la pulpo
des betteraves : apres l'hiver , on les engraisse au
grain, et ils sont vendus sur-le-champ. — Les mou-
tons sont de race commune , mais de choix , leur laine
s'est vendue lavee a dos 4 fr. 60 c. le kilog. M. De
Dombasle ne fait point parquer les inoutons dans les
champs ; au milieu du jour et au soir ils sont rame-
nes, soit a la bergerie , soit sous des hangards ou-
verts de toutes parts : M. De Dombasle pretend obtenir
ainsi un engrais plus considerable , et surtout plus
durable : je crois aussi que dans les terres compactes
du coteau il vaut mieux fumer que parquer. Dans les
terres d'en bas, le parcage aurait certainement un ef-
fet trop fugace.
— 7S —
Tous les instruments de culture employes par M. De
Dombasle sont aujourd'hui connus des cultivateurs : ses
charrues, avec ou sans avant-train, simples ou dou-
bles; l'exlirpateur , le scarificateur , le rouleau sque-
lette , si utile dans les terres compactes , les semoirs
a eheval ou a brouette sont decrits partout ; et ce-
pendant tous les jours M. de Dombasle etudie leur
emploi, modifie, corrige : tant il est convaincu que
lemploi des bons instruments est pour beaucoup dans
le succes du cultivateur ! Les fourages sont donnes , cou-
pes par un hache-paille d'une construction fort simple.
Les pommes de terre et les betteraves sont coupees
par tranche par un coupe-racine ; l'avoine elle- mcrae
est non pas moulue , mais ecrasee par un double cy-
lindre , et par la rendue plus accessible a Taction des
sues digestifs. M. De Dombasle evalue a un quart la
difference que produit cette simple operation sur l'a-
voine. Je n'ai point vu agir la machine a battre : elle
est decrite dans les annales de Roville. Quant aux
fanners, il est inutile de dire qu'ils ne sont pas epars
dans les cours, mais qu eleves en tas , ils sont sou-
vent arroscs avec le purin qui s'ecoule , et quelque fois
reconverts de terre , pour empecher l'evaporation des
gaz , qui forment peut-etre la partie la plus utile des
fumiers.
Je crains , Messieurs , d abuser de votre patience ,
en entrant dans tous ces details, qui n'ont guere d'at-
traits que pour les cultivateurs , aussi ai-je voulu les
exposer avant de parler de rhomme remarquable qui
a cree cet etablissement. A voir lordre et I'activite
qui regnent de toutes parts, vous croiriez peut-etre
que celui qui dirige ces mouvements avec tant de pre 1 -
— 79 -
cision , est un jeune-homnie plein do vie et tie saute ,
pouvant tout voir, tout surveiller par lui-meme : de-
trompez-vous , M. De Dombasle est un vieillard moins
aeeable par les annees que par les souffrance9 ; quel-
que fois ne sortant point de sa chambre pendant unc
semaine entiere , et cependant il sait tout ee que Ton
a fait, tout ce qu'on doit faire. Rien ne lui eehappe ;
il sait jour par jour, beure par heure , ee que Ton
a fait a tel endroit , par qui, en conibien de temps ,
avec eombien de cbevaux. Sa puissante volonte, [Aits
forte que sa maladie , embrasse et dirige tout cet im-
mense travail de details minutieux : lui seul soutient
cet etablissemonf qui retombera dans le neant aussitot
que s'en eloignera son admirable createur. Souvent ,
quand on approche ces homines dont la reputation est
si grande , on eprouve un desappointement penible en
les trouvant au-dessous de cette reputation; M. De Dom-
basle est digne de la sienne , et a lestime qu'il ins-
]>ire s ajoule bientot un sentiment de veneration , quand
on le voit si bon au milieu de ses douleurs , si com-
plaisant a mettre a voire portee tous les tresors de sa
longue experience. M. De Dombasle nest pas seule-
ment un cultivateur distingue , c'est encore un de nos
premiers economistes , et il serait a souhaiter que les
legislateurs , qui tranchent si facilement les questions
dimpot et de douane, pussent entendre comment il
prouve quels coups funestes sont portes a notre agricul-
ture et a notre induslrie par des mesures qui paraissenl
toutes simples et sans portee aucune.
M. De Dombasle na lien gagne dans sa culture :
le mauvais choix du terrein , les frais enormes qu'il a
fallu faire pour en obtenir des recoltes meme medio-
— 80 —
cres, les experiences nombreuses auxquelles ii s'est li-
vre dans I'interet des eleves, expliquent l'absence des
benefices : sans la fabriquc d'instruments, sans la le-
gere retribution des eleves, M. De Dombasle n'aurait
pu se soutenir. Son bail expire dans deux ans, et les
dcrnieres annees d'une vie de souffrances et de travail
seront consacrees a rediger un ouvrage general d'agri-
culture qu'il appelle son testament!
La fabrique d'instruments est toujours tres-active :
des envois nombreux se font au loin , et propagent ainsi
les moyens de inieux preparer la terre, en meme
temps que l'ecole forme des jeunes-gens qui sauront
employer de meilleurs procedes de culture.
L'ecole est composee d'une trentaine de jeunes-gens
venant de tous les points de la France. — Malbeu-
reusement le local ne permet pas de les loger et de
les avoir ainsi sous la main des maitres : ils sont lo-
ges dans le village ; mais a quelques exceptions pres ,
cette liberte ne leur est point nnisible. Ils ont la con-
viction que tout ce qu'ils peuvent dire ou faire est su
bientot de M. De Dombasle , et cette conviction les
preserve du danger d'une liberte toujours si dange-
reuse a cet age. Tous les jours a hiiit heures du
matin , ils vont en compagnie de M. De Dombasle visi-
ter les travaux faits la veille , et ee qu'on doit faire
dans le jour : pendant cette promenade , des questions
arretees et discutees d'avance entre les eleves sont po-
sees au directeur qui les resout , et ces solutions sont
transcrites sur un registre ad hoc. Des Cours d'agricul-
ture, de medecine veterinaire , de botanique, d'arpen-
tage et surtout de comptabilite agricole ont lieu pen-
dant toute l'annee et aux epoques les plus favorables
— 81 —
pour ees cours : un jardin botanique , un jardin po-
tager , sont a la disposition des eleves; chaque jour
plusieurs d'entr'eux, sous la direction d'un maitre , la-
bourent et nianient tous les instruments dont ou leur
explique tout le mecanisme; d'autres sont charges de
surveiller les travaux des champs ou de la fernie ; la
bergerie , la bouverie , l'ecurie ont aussi leurs surveil-
lants : le soir , a huitheures, ils vont a lordre. A ce mo-
ment M. De Dombasle reunit tous les chefs de service ; tout
ce qui a ete fait dans la journee est transcrit sur des
registres divers : le nombre de journaliers , de chevaux
employes, la quantite de terre labouree , de fumier
extrait des etables ou porte dans les champs , les pro-
duits rentres dans la ferine ou sortis soit pour la
vente , soit pour la consommation , tout est inscrit
avec soin : puis les ordres sont donnes pour les tra-
vaux du lendemain : ce moment est un de8 plus pre-
cieux pour les eleves, aussi tous sont-ils fort exacts a
s'y rendre.
Comme vous le voyez , Messieurs , l'instruction est
autant pratique que theorique , c'est la son grand
merite , et ce qui la rend precieuse pour les eleves :
aussi presque tous travaillent avec zele, et tous, sans
exception, meme ceux qui negligent les sources d ins-
truction qui leur sont offertes, ne parlent de M. De
Dombasle qu'avec veneration , j'allais dire avec amour.
Nous ne pouvons esperer voir beaucoup de directeurs
comrae cet homme remarquable , mais il scrait bien a
souhaiter de voir se multiplier ces etablissements agri-
coles ou des jeunes-gens apprendraient tout ce qu'il faut
savoir pour bien conduire une ferine. Jusqu'a present,
et dans notre pays surtout, on a pense qu'on en sa-
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vail loujours assez pour etre culiivatenr, et cela est
vrai quand on ne veut que suivre la routine de son
perc ; inais esperons qu il n'en sera pas toujours ainsi ,
que I art le plus utile, puisqu'il nourrit les homines,
et fournit a notre industrie tous les materiaux quelle
emploie si hien , finira par etre apprecie a sa juste
valeur. Lc gouvernement alors etablira des ecoles d'a-
griculture , simples, peu dispendieuses, presquentiere-
ment pratiques. — C'est aux academies, cest aux co-
rnices agricoles a rcclamer celte mesure Lmportante,
qui aurait de plus lavantage de retenir dans nos cam-
pagnes une f'oule de jeunes-gens trop faibles pour ne
pas etre entraines par les vices ct par la corruption
des villes.
(4) Depuis 1838 , lout a ele change a Gvigiion , mode d'ensei-
gnement et professeuvs : l'inslruction des eleves est devenue plus
pratique, et an champ d'experience leur a etc exclusivement con-
sacre. A. D. 1843.
MEMOIRE
SUR
^INTRODUCTION, EN FRANCE.
PES
BETES A CORNES ETRANGERES,
Par M. SPINEUX.
-p>+?jf> ^ »
Depuis quelques annees , Paris et Lyon ne cessent
de deraander une forte reduction de droits sur l'entree
des bestiaux gras , et la libre entree des bestiaux niai-
gres etrangers.
Pour justifier cette demande , ces villes font valoir
le haut prix de la viande de boucherie, et le temps
d'arret que senible eprouver cbez elles la consom-
mation.
Les charabres n'ont point jusqu'ici accueilli cette de-
mande , mais si Van en croit certains bruits , de
nouvelles petitions se preparent, et il est a craindre
que cette persistance a demander une mesure funeste
a l'agriculture, ne finisse par obtenir du succes. Ce
sont ces craintes qui nous engagent aujourd'hui a vous
faire part de quelques reflexions.
6.*
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II conviendrait peut-etre d'exaruiner avant tout, si
le mode de perception par tete , de preference au
poids , si la quotite du droit d'octroi n'ont pas nui a
la consomination , si le salaire des ouvriers tendant
constamment a descendre, n'y est pas pour quelque
chose. II conviendrait encore de se demander si la
cocote , celte epizootic qui depuis deux ans est venue
frapper nos vaches et les rendre steriles ; si le manque
de fourrages de trois annees consecutives , n'ont pas
du fortement influer sur le prix de la viande. En tout
cas , l'agriculture ne peut rien sur les deux premieres
causes; elle n'a qu'a s'en plaindre. Quant aux der-
nieres , e'est un accident, ct dans l'interet coramun ,
elle est la premiere a desirer qu il ne se produise plus.
Cependant , nous nous contenterons de traiter la
question des droits d'entree, comme sage protection de
douanes et comme interessant parliculierement nos pro-
ductions agricoles. C'est sous ce seul point de vue que
nous vous prions de vouloir bien nous preter quelque
attention.
La franchise des droits d'entree sur les bestiaux
maigres , et la reduction de ces droits sur les bestiaux
gras etrangers est une question complexe beaucoup
plus serieuse qu'on ne le croirait d'abord. Ne la con-
siderer que par rapport a lliygiene de quelques grands
centres de population, c'est lui faire perdre la plus
grande partie de son importance ;* c'est cesser , qu'on
nous permette de le dire, de la voir sous le point de
vue general.
Sans doute , il serait bien desirable que le prix de
la viande permit a toutes les classes laborieuses du
pays, d'en consoramer davantage; c'est surlout pour
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nos ouvriers des campagnes , chez qui l'usage de la
viande de boucherie est presque inconnu , que cela se-
rait desirable ; mais l'abaissement du prix de la viande
n'esl pas ce qui les preoccupe. Ce qui les preoccupe ,
c'est un travail plus suivi , c'est un salaire quelconque
pendant l'hiver , alors que les travaux des cbamps ont
cesse , et que leurs besoins ont grandi.
L'abaissement du prix de la viande suivant nous ,
doit etre une consequence toute naturelle de 1 amelio-
ration de notre agriculture. C'est par la suppression
des jacheres , par l'intercallation des prairies artificielles,
des plantes sarclees , des racines dans nos assolements
que nous devons l'obtenir. Le demander a l'irruption
brusque des bestiaux etrangers , e est aller contre le
but qu'on doit se proposer , c'est agir contre tout
progres agricole ; c'est s'exposer enfin , pour favoriser
les interets de quelques localites dans la consommation
de leur viande , a faire encherir le prix du pain pour
tout le monde.
Au fond, de quoi se plaint-on? de payer la cbair
de boeuf un peu cber, den manger moins qu'on ne
voudrait. C'est un malheur sans doute, mais ce mal-
beur nous semble plus supportable que celui de n'en
point pouvoir manger du tout. C'est pourtant ce qui
arrive aux neuf dixiemes de la population agricole de
la France, dont le salaire ne suffit pas toujours a lui
procurer du pain.
Vous comprenez deja , Messieurs, de quelle importance
peut etre une demande simple en apparence , si les
consequences doivent influer aussi malbeureusement que
nous le pretendons sur les produits de notre agricul-
ture, sur les cereales , et par contre, sur le bicn-
— S6 —
etre de ceux-Ia meme , en favour de qui on sollicite
une mesure peu reflechie.
Dans la demande de faciliter l'entree des bestiaux
etrangers, nous trouvons trois questions bien distinctes.
Celle des bestiaux gras , celle des besthux raaigres ,
celle des jeunes bestiaux. La premiere, l'entree des
bestiaux gras , ne doit pas etre probibee sans doute ,
parce que les prohibitions absolues donnent generale-
ment lieu aux monopoles , et ce n'est pas ce que nous
demandons. Mais I entree doit etre permise dans de
justes liinites , et le tarif actuel suffit an but qu'on
a voulu et qu'on doit toujours desirer atteindre , celui
d'ameliorer l'agriculture , la premiere des industries de
notre pays.
Cinquante francs pour un boeuf gras du poids moyen
de 350 livres; vingt-cinq francs pour une vache grasse
du poids moyen de 225 livres, ne sont pas des droits
exorbitants , c'est environ dix centimes par kilogramme,
ou le dixieme du prix de la viande chez le marchand.
Nous ne voyons rien la d'exagere , ni qui justifie les
clameurs qu'on fait entendre. Non , le mal n'est pas
tel , qu'il faille y porter remede aux depens de notre
industrie agricole. Entrons maintenant au cceur de la
question.
La France possede peu de vallees , peu de basses
plaines propres aux paturages. Mais elle a beaucoup
de ploincs hautes, ou la culture des prairies artificielles ,
celle des fourrages , des racines , n'est pas encore ar-
rivee a ce qu'elle doit etre un jour.
C'est done a l'etable que nos cultivateurs doivent,
et devront probablement toujours engraisser une grande
partie des animaux necessaires a la consommation. Or,
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lea auimaux engraisses a l'etable coiitent plus chcr que
ceux engraisses aux paturages. Mais le premier genre
d engrais , procure d'abondants et d'excellents fumiers
qui servent a fertiliser tous les champs mis en culture,
tandis que Tengrais aux paturages , ne profile qu'aux
prairies sur lesquelles les bestiaux sont nourris. Les
terres arables n'ont aucune part aux dejections de ces
animaux , ou du moins n'y out qu'une bien faible
part.
C'est pour cela que, dans l'iiiteret bien entendu
de l'agriculture , nous voyons nos meilleurs agronomes
conseiller la stabulation. De tout ceci que resulte t-il ?
c'est que les cultivateurs qui engraissent a l'etable , ne
peuvent soutenir la concurrence des herbagers , qu'en
presentant leurs bestiaux a la vente lorsque les patu-
rages ne permettent plus d'engraisser. Que serait-ce
maintenant, si la concurrence des herbagers etrangers,
venait se joindre a celle des herbagers du pays ? 11
deviendrait impossible a nos cultivateurs d engraisser
desormais a l'etable, et I'engrais des betes a cornes
diminuerait en France de la presque totalite des bes-
tiaux etrangers dont on aurait facilile l'entree.
Nos herbagers aussi , auraient peine a soulenir la
concurrence , ce serait une branche d industrie en souf-
france sans doute, mais les consequences pour l'agri-
eulture proprement dite, scraient bien autrement graves.
Nos cultivateurs manquent dengrais, et surtout de
fumier, c'est un fait reconnu. Le fumier des bestiaux
gras est d'une qualite superieure a celui des betes
maigres, c'est encore un fait avere. Eh bien! si nous
cessons d'encourager a l'aide d'un droit un peu tMeve
I'engrais a I'rtable , puisque re genre d'engrais est plus
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dispeudieux que tout autre, nos cultivateurs cesseront
d'engraisser, on ds reduiront du moins considerable-
nient lcur engrais. Le resullat sera unc diminution
notable de fumier, alors qu'il est reconnu que nous
en manquons deja, par suite, reduction et faiblesse
des recoltes , et finalcment rencberissement des grains.
On peut n'etre pas frappe comme nous de ces con-
sequences, on pourrait meme les nier, si nous n'avions
pour les prouver, le calcul bien simple que voici.
Depuis leur entree a la frontiere jusqu'aux lieux ou
les anima