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Full text of "Memoires de la cour d'Espagne"

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E p I r R e: ^ 

forte de pUifira connoitre 
une Cour ajfez^ inconnùey 
& dont la Souveraine qui 
a beaucoup de part dans 
mon Ouvrage , étoit de 
l'jiugufie Sang de France, 
Si je puis mériter l'Appro- 
bation de V, A, S. je fuis 
sure de celle du Publtc, 
Perfinne n ignore , MA- 
DAME y avec quelle 
jufiejfe voHi jugez* de 
toui , & que vopu avez» 
une pénétration naturelle 
(f une delicatejjè d'e/prit 
qui contribue à former ce 



MEMOIRES 

DE L' A 

GOUR D'ESPAGNE. 
Prtmitn Punie. 




I A PARÎS, 

Chez Claudi Barbin,! 

Palais , fur le Second Perron 

de la Sainte Chapelle. 

M:~D"cr"xc: 



THE NEW YORK 

PUBLIC LIBRARY 



l 



ASIOl<, L.rN<^X AND 

TILÛEN KOUN DATIONS 

H 1^31 lé 




A SON ALTESSE 

SERENISSIME 
MADAME 

|la princesse 
i DE CONTY. 



rje^ 



ADAME, 



j La PreteHion Cfue VA- 
[''TRE Altesse Serenis- 
^piME * eue la bonté di dort- 



u 



EP I T R E. 

mr à l'Hifioire du Comte 
de Duglas , me fait efperer 
an Elle ne fera pa4 moins 
favorable aux Mémoires 
que je prens la liberté de 
luy offrir. S'ils ont le dé- 
faut d'être écrits avtcfim- 
plicitè ^ fans ornement y 
ils ont au moins tous les 
a'vantages de la Vérité i 
Et s' il nefi pas permis aux 
Verfonnes de vore Rang 
(^ de votre Caraâere 
particulier de rien ignorer^ 
fofi me promettre que 
tiOH4 prendrezj quelque 



epitre: ^ 

forte de pUifirà connottre 
une Cour a£ez, inconnue, 
& dont la Souveraine qui 
a beaucoup de part dans 
mon Ouvrage , étoit de 
^^ugufte Sang de France, 
Si je puis mériter r Appro- 
bation de V,A. S,jeftiis 
sitre de celle du Publtc, 
Perfbnne n ignore , MA- 
^AME , avec quelle 
juftejfe voué jugez* de 
tout' , c^ que voue avez, 
unt pénétration naturelle 
^ une delicatejfe d'ejprit 
qui contribue à former ce 



^ EPI T RE. 

gOHt merveitteux qui vont 
fait ^ connoitre & 4imer 
Us plM belles chofes, Telle 
doit être , & tellt efi en ef- 
fct U ftlle deLOVlS LE 
O RA N Dételle doit efire 
une Princejfe qui fait l'ad- 
miration de toute la Fran- 
ce y dt la France Triom- 
phante foHS le Rerne U 
pitié beau , le plus iUufire , 
& le plus heureuH j fous 
le Roy le plw Augufie , le 
plus S âge y (^ le meilleur 
que. le Ciel & la Terre 
ayentjamaii vus, La mep 



EPITHE. ' 

tfie Renommée qui fait re- 
tentir dans tOHtl'Vnivers 
les Aéiions Heroiques de 
notre Invincihle Monar- 
que , a fuhliè les loUan» 
gesdeV.A.S. Pourmoy^ 
MADAAâE , fay eu 
le ^laifir d'être témoin 
que l*on rend autant de 
justice à vos admirables 
Qualitezi & à votre rare 
JHerite , dans les autres 
Cours que dans la notre, 
taj trouvé le Portrait de 
V. A. S. chez, quelques" 

ans des plue fuijfans Roy s 



VI 



E FIT RE. 

dé l'Europe y qui avaient 
kefoin du témoi^age dt 
ceux qui ont eu l'honneur 
de vous voir, MA DA^ 
ME, pour croire que les 
charmes Je *vofire Per/on- 
ne ,:& ceux de vofire EJ^ 
frit, quay que/urprenans, 
ne font feint comparables 
a la candeur de voflre 
nAme ^ de vojhre 'Pieté, 
fèmbiable en ce point au 
.Magnanime R OT dont 
Vous teneZi le lour. Vous 
renoncez» comme luy à 
'vofite propre Elévation , 



lEPITRE. ^ 

■four tiopu Accommader 

.aiéx Vetfonms ^ui vaut, 
éuffrochcnt. If fç^j far 
ma propre expérience , ce 
-qne Von eft cdpMe de 
penfer & de fintir lorp 
que Von a cet honneur, 
Heureufès , & mille fois 
beureufes celles qui L'ont 
fbwvent , ^ qut rendent 

.À'V. e/rf. S, des devoirs 
afidus & accables, A 

.mon égard, M AD A MEy 
jf.mr puis rien dans ma 
Solitude y que Vous con" 

ifacrer mes petits Ouvra" 



vuv 



E P I T R E. 

gts î Ce font de foibles //- 
moifftages de mon z^file ,' 
qui ne fçauroient njoui 
marquer toute la fapon 
rejpeâtueufe avec laquelle 
je fuis y 

MADAME, 



DlVoTHB AlTBSSB SSRINZISXME/ 

La Cf es-humble » cres-obeïdancc ^ 
& cr es- obligée Servante» 



MEMOIRES 

DE LA 

COUR D'ESPAGNE. 



Pkemier.ePaii.tie. 

MgffilE n'dt pas dans l'Hif^ 
BCa'^"''^^ générale, que l'on 
^^gggl apprend de certaines 
particularitcz qui plaifent or- 
dinairement plus que l'Hiftoi- * 
re même. Quand on les fçaic 
une fois , on s'en Ibuvîcnc tou- 
jours avec plaifir } & cette rai- 
fon m'a perfuadé que je pou- 
Tois écrireavcc quelque fucccz, 
«lufteurs chofes fecrettcs qui fç 
J. Partie, A 



s M E M. DE LA Cou ÎL 

font payées à Madrid depuis 
Tannée 167 0. jufqacn i68i. 
jSuii^ ii mé lemble que pour me 
rendre plus intelligible >&: faire 
inieux connoître le génie de la 
Cour d'Efpagne , je dois com- 
mencer ^ces Mémoires dés le 
temps-de Philippe I V, 

£lizàbeth de France fa femme 
étant 1 morte., ilépoufa Marie 
Anned'Auftriche fille deTEm^ 
pereur Ferdinand III. TSf fœur 
de celuy qui règne à prefent. 
Elle ekoit jeune , 'blaùche & 
blonde 5 (on humeur eltoit afTez 
enjouée, elle avoit de lagré- 
ment&derefpric. 

Elle partit de Vienne pour 
aller en Efpagne en i éi^^. Elle 
aimoit fort l'Archiduc fon frère; 
Zc comme ils pleuroient Tun Si 
l'autre en fe quittant, elle luy 
demanda cequ ellepoiurroicfai« 



tt à Madrid pour ion fervicc. 
Vous pouvez. » luy die • il , ma 
chère Sœur > y faire une Infante 

2ue TOUS me donnerez pour 
smme^Chore d^'auunc plus fm« 
gulîerre^qa'ayanc alors un freitt 
aîné qui eft more Roy des.Ra# 
mains, & qu étant deuiné àrE- 
«a0 Ëcclefiaftique I ilyayfoijrpea 
d*appaiience qu'il deût parrenir 
i l'Empire» & épou&ri^comme 
îLdt arrivé depuis, lafiUe aînée 
de la ftey ne (a focur» 

Entre piuûcurs perfonnes que 
l-'Ënipereur donnai à la Reine (à 
fille pour l'accompagnerai choi-i*' 
&c le Père Jean Evrard Ni tard» 
Jei'uitc AJlemand,.pour être fod 
Confcfleun Sa naiflance étoic 
ebCburci & (on efpric fervicpref- 
que feul à ravamcement de (k 
ft>rtune { ill'avoic (buple & conu 
BlaiCmc-i iiécudioic Iccaraderc 

Aij 



.4 Mem. de la Cour 

de ceux dont il a voit befoin > & 
ai ne s'cloignoit jamais de leurs 
fencimens. Il fît fes études dans 
le Collège des Jefuitcsde.Vien-. 

ne 5 il y prit T Habit de leur Or-i 
dre>& ils renvoyèrent, enfuitc 
dans quelques -. unes de . leura 
Maifons , qu'il TOuverna . fort 
bien, Lorfqu il njt de retour à 
^Vienne , il commença de s y fai- 
re connoître>&.. beaucoup de 
Dames de la Cour .le prirent 
pour leur Direfteurj elles n'o- 
mirent rien pour luy rendre de 
bons ofGces auprès de TE mpe* 
reur > & elles luy en parlèrent fi 
avantageufcment , qu'il voulue 
bien que la Keyne Temmenâc 
avec elle. 

Cette PrincefTe demeura fur- 
prife de toutes les coutumes £f- 
pagnolles,que ceux qui 1 ctoient 
ycnu qucrijc de la parc du Roy > 



D*Esp agne: 'f 

lày faifoicnt obfcrvcr des lc« 
premiers jours de fon Voyage i 
On m'a dit qu'étant arrivée ^ 
dans une Ville de lobeiflancc 
duRoyd'EfpagnCjOÙ Ton tra» 
vailloit fort bien en Juppes) en 
Garni folles , Ôcen Bas de lbye)On 
}uy en ofFric une grande quanta 
té dediâerentes couleurs : mais 
fon Mayordomo Mayor , qui 
gardoit exaftement la gravité 
Efpagnole, fe fâcha de ce pre- 
fent 5 il choifit tous les Paquets 
de Bas de foye,&les jettant au 
nez des Députez de la Ville i 

jfveù de/ahr^lcur dit-il , ^ue \ 
léû Ktynas de Effana n$ ticntn ^ 
fUrnas ; c'eft à dire : 
- Apprenez, ^ue les RejnesdE/pa-^ 
gne n0nt point de Umbes^ voulant 
dire qu'elles font fi élevées par 
leur rang, qu'elles n'ont point 
de pieds pour toucher la terre > 

A iij 



4 Me M. CE LA Cour 

W comme les aufres fqmmcs.Quojr 
^u*il en foit, Ja jeune Rcyne qui 
ne fçavoit pas encore coûte la 
^lelicatefle de la Langue Ëfpa** 
gnoUc, expliqua cecy à la lettre, 
& fe prît à pleurqr > difant^ 

t » Qu xUe vouloit a hfoluiint nt re- 
,> tournera Vioane 545c que (i el- 
y,lc eut fçcu avant ibjQ dépare 
^ïcdçSjc'm que Ton avok de luy 
„ couper les Jambes , elle aurok 
^, mieux aimé mourir que de fc 
j9 mettre en chemin. 

Il ne fut pas difficile de la raA 
furer > 6c elle cooiDiniaia (o^ 
Voyage. 

Loriqu'elk fut à iM*.iïfi4 > W 
'' raconta au Roy cctce jiaiVis;t^ d« 
la Reyiic 3 & il la ^urouva fi plai- 
iànte ) qu'il en foarit un peu^ 
-V-C'ctoit la ,chofe du roonde la 
plus extraordinaice pour lijy : 
i;a<r ibit qu il l!affcdâ(t> ou v^ue 



dTsfagkc» 7- 

ce fut un effet de (on xcoaçe^ 
ranuncnt 9 on a remarque qu'il 
na pas ly trois £ob en loutc ia 
¥ic.. 

Le Rof ainxm fort le Feic 
Niurii 4 parce qu il dtoic le 
Confefleur de la K ey ne 9 & qu'* 
die a vok une par£aiteconfiancc 
eo lu]r : mais quelque envie qu'« 
elle eut de l'avancer , il le laîflbit 
tranquillement dans (on pofte» 
iâns Miy donner d'autres Digoi^ 
tez: &il feroit demeuré eocose 
loBg-iiems dans le mraïc état« , 
£»ttf la mort du Ikoj. . 

LorJquc ce Prince Çc vit dan^ 
gereufement malade^ U qu^il ne 
pouvoit fe repofer du loin de 
r£ut fur le Cardinal Sandoval j 
pour lequel il avoit une entière 
confiance j parce qu'il étoit auffi 
à rextremité { & en e&t,il mou« 
rut vingt heures après luy i il fit 

A iiij 



8 Mem. delaCouk 

fon Tcftamcnc , par lequel il or- 
donna que la Rey ne Ion Epoiifc 
feroit Régente du Royaume & 
Tutrice du petit Prince, qui 
n'ctoit alors âgé que de quatre 
ans & demy. ^ Il nomma le Car- 
dinal d'Arragon Archevêque 
de Tolède & Inquifîteur Gene- 
ral y le Comte de Caftrillo Pre» 
fident de Caftille 5 le Comte de 
Penaranda j Dom Criftoval 
Crefpi Chancellierd'Arragon, 
& le Marquis d'Aytona , afin 
quecesfîx Minières affîitaiTenc 
la Rey ne dclcursconfeils, &lc 
Roy mourut au mois de Septem- 
bre 1665. ^ 

« Depuis Dom Louys de Haro , le Royd'Efpagnt 
n'eue plus de Privado , ou premier Minidre -, le Duc de 
Médina de Us Torres cravailloic aux Affaires du Nord 9 
êc le Comte de CaflrlUo aux autres. 

L Les lix Minières qui compofoient la Juntcétoiene 
ceux qui écoient ou feroienc Archevêque de Tolède , 
Prelîdenc de Caftille , ViceXhancellier d' Arragon , dc 
Inquifîteur General. Et outre cela un Grand d'ËlpagaSa 
j^ HA Concilier d'fiuc, 



d'E s p a g N E. 9 

LaRcync rcflcntic vivement 
la perte qu'elle venoit de faire: 
mais elle y auroit encore été 
bien plus ienfible^fi elle s'étoit 
vue dans Tohligation où fe trou^ 
vent toutes les Reyncs d'Ef# 
pagne d'entrer dans un Con- 
vent , lorfqu'elles font veuves j 
à moins que le Roy n ordon- 
ne le contraire avant fa mort. ^ 
Elle ne fut pas non plus infen^ 
iîble à la douceur du Gouver- 
nement. Le premier ulage 
qu'elle fit de fon autorité , de«* 
vint utile au Père Nitard ,: : 
Car Dom Pafcal d' Arragon 
ayant été fait Archevêque de 
Tolède & Grand Inquifiteur 
à, la place du Cardinal Sando* 
val , la: Reync l'envoya qué- 
rir 9 èc par des prières preuân- - 
tes elle l'engagea de renon- 
cer à la dernière de ces deux ^ 

A v 



ip Mem, de X a C^uk 

Pignkcz. * Uuy-coûfetttitpas 
fans peine, J&: il aimoic pre%uc 
9ucanc êtce IoL(|ui£icejar^i)çraJi 
«ju Archevêque <ic Tolc^Çj 
bien que cet Archeviê^hi içôi: 
ée^66 mille écus de j:i3£i»s. 

Mais il ne pût refuser à la lU^*^ 
lie ce qu'elk fouhaicoii 5 & 4p9 
qu'elle fe vit en pouvoir de dilr 
pofer de cette Charge > elle jU 
4onna ifon ConfeiTeur. 

Commeelie l'en revêjtit 4e Coo 
çrc^e mouv^mentjans confuJ- 
^cr que le defir qu'lcllc avpicjdç 
ie voir au delTus écs autres Mir- 
niftres > elle £c difpenfa de \mx 
^n parler , & ils comiziejiQereRf 
4 en murmurer.emre^(^x. 

Ils lifoient le Teftamont id^ 
^u Roy ; ils trouvoieint q^çlifi 

^ Le Cardinjil d' Arra^on étant Grand Inquifiteur » 
$C ayant été nommé à V ANhev^ché de Tuleie, quitta 
ie poile de Grand Inqui^tcur^^itfne DointofiçyBir 
itiii places d«a$ UJui^Cj " r - 



DfEs PAGNE. Il 

nt devoit rien faire fans pren-r 
4rclcur confcil,& mal-gré (es 
dcrjjiercs voloptez iU vpyoieni 
avec chagrin quelle vcnpk dç 
difpofer^rans leurp;irticipation« 
dune Charge . cres-imporcaocç 
^en faveur dgn Etranger >&: 
qui éçoi( né & avoit été nourry 
jilfqu'à . l'âge de quatorze ^p; 
dans la Religion Lutérienne. 3f ^ 
Le defîr qu'ils avôiein de con^ 
içryer leur autorité ,& la jalou- 

(ifi qui eft naturçllç contre u» ; 
f avof y ,lf j^obligM de pMcf afr- 
C» haut : mai^ h Reyne infort- 
m^ de leur chagrin , prit d^ 
mcfk^ç$ pour les appaifer, Le^ 
manières kofmêt'ps qu'elle çnp 
» vcç eux, §ç]iiÇschQfcs obligeant* - 
jfis qu'çlte Imr dit fin p^rticu»- 
lier , firent aisément cciTer Icur^ 

)^ Biep qu'il foie vray qu'il eue été tutétieo.hc c^u'on \ 
U luyobjeâât ,ille nioit forcement , parce que cek .i - 
iWuuoit uuias de cette iCh^f ge* '' 

A vj ^ ' 



V 



Il Mem. delaCouk 

murmures , & ils accordèrent 
des Lettres de Naturalitc au 
Confeflèur , fans lefquellcs il 
lî'auroit pu poffcder la Charge 
que la Reync venoit de luy 
donner. 

Bien que toutes les difEcultez 
qui avoient paru d'abord dans 
rélcvation du Père Ni tard, euf- 
fcnt été levées fans beaucoup de 
peines, il ne laiflbit pas d'avoir 
pluficurs ennemis fecrets qui 
cnvioient fa fortune naifTantc, 
Ils ne voyoient qu'avec peine 
l'extrême confiance que la Rei- 
ne luy témoignoir j Elle ne dé- 
cidoit rien que par fon Avis, & 
il avoittantde crédit qu'if pou- 
voit refoudre les chofcs les plus 
importantes fans en parler à la 
Reyné. 

Don Juan ctoit un de ceux 
qui fouffroit Ipplus impaticm- 



d'Espagne. 13 

meut la faveur du Père Nitard : 
11 s'appercevoic qu'on I eloi- 
gnoic peu à peu i enfin il céda la 
place toute entière au Père Con- 
fefleur , que la Rey ne a voit fait 
Confeiller d'Etat 5 il fe retira à 
Confuegra Refidence ordinai- 
re du Grand Prieur de Caflille , 
de rOrdre de Malte , & il die 
hautement , Qu'après s'être i> 
vu Chef du Confeil fecret du „ 
Roy fon Père, il ne pouvoit 9, 
fupponer un Compagnon qui » 
luyétoit fi inférieur. Mais la ,» 
Rey ne qui n*ctoit occupée que 
de l'avancement de fon premier 
Miniftre> ne s'inquietoit pas des 
fentimens que l'on avoit pour 
luy : de manière que fans vou- 
loir prendre aucune connoiflan^ 
ce particulière des chagrins de 
Don Juan , elle le laiilapanir> 
& il demeura long«te(x;s (ans 



14 M £ M. P £ L A C O U R 

yeniriU Cour*juf<:ju'à ce qu^ 
U Hicjfîcluy manda 4 Afai3Juést> 
pjijl 5'êtQif aili (divçttii-,4c fc 
j-fiod^ -i Madrid pour des Af^ 
fjkires iiçppf ta/Kcs qu'elle vou- 
Ipip lay xomTOuoiquer. -, 

llJikpij; FiUnafuïel du Hoy 
Pfeilippç J V> ^ duaç Coniç.- 
«liçnpç rnoflwjitép M^m C^làcr 
j:ps»a. On l'élfçya iccrcîemcnp à 

QçsM f foclîç-.dç Mîidfid i & 
4e jîjltffi€u« vppfafls »»aturcl,5 
quçîçitpy gviçtk, ji ne reçjosnuic 
que Mij j f<;>iî qu'il s^imh plu? 
ICfldfç^ejat fe MiCJfC , qu'il n'ju 
W9k%mi IVsaujtrçj MiSiîitreires j 
( jS^fiiie^çit, ç'éjtpit l$piju$ beljç 

4^ Û plus fçng^gwmce pçrfon«ç 

du ^monde ) Coif que J^ Comcp 
Oiolivarez Premier M iMi^trcIuy 
pfpçMfiât cç bon-feewr : fUr ça 
^xç$md qu'il ^vQÎf un &U jioqv- 



on 

ils 



Touloif rcconwQÎ wç , & -qu'il m^ 
l'acircilè de pcrijuadier an Roy 
dç csosuneocer par JDoiji Juaii > 
%fifi àc £mvtfi rpn exemple. 

Q^y qtj'il cp fo*c, Pl>ilip|)ç 
akita c)?iCf^açm ce Pf irice > i>i«9 
\ç Yqu CQupçpnoIx qja'il fîut lie 

Is du Duc de Me4iQ^ d§ ki 
Tprie$ de la MjtiCm de -G^r- 
mafi> qtû avpk eftc êp^rduise^e 
»9io.ureux de la j-eune Caldefo. 
«ta ,& qui cjcoi$ Le |>lu$ beau ^1^ 
Plus parfait Cavalier de jcow? 
î'EiÎPagne , & Doo Igao luy rçt- 
&œbl^ beaucoup, J^ais 4 
i}ii«lquesi>uQs ont .eu ce(ce qpi^ 
xùoa t les aufres.Konc perdue <n 
arjoyaoc lesboote^ &i'am9ur Pan 
temcl que le Rjoy aypit Vf)m 
luf «Aufli biea.que ]«$ qualffi% 
dcifoa Ame qui le reudoisiK di« 

œ d'éore le fils d'un fi ^ftp4 
. Uicoic i2iiayc.juiba'ài'iji(! 




i6 Mem.delaCour 

trcpidîté, galand, agréable, &r 
bien fait de fa pcrfonne > obli- 
geant, libéral, honnête hommei 
ilavoitdeTefprit, avec un génie 
univerfel pour toutes les Scien- 
ces & pour tous les Arts. Com- 
me il n'y a point de Cour en Eu- ' 
rope , où les Fils naturels foient 
traitez avec des diftindions G, 
avantageufçs qu'en Efpagne 5 
cJeluy-cy ne s*apperçût guère 
que le défaut de fa Naiflancc 
prcjudiciât à fon Elévation 3 & 
il elt vray auffi que Ion voit dans 
ce Païsles Enfans légitimes éle- 
vez avec ceux qui ne le font 
})oint, dansla Maifon paternel- 
e , fans aucune différence des 
tans d'avec les autres. Mais cela 
n'cit pas tout à fait de même à 
l'égard des Fils naturels des 
Roys d'Efpagnc : par exemple, 
en ne leur donne point le. nom 



b*ESPAGNE. 17 

ai Infant \ & Dom Juan,qui vou- 
loit l'avoir, remua Ciel & Terre 
pour fe le faire donner, fans y 
pouvoir rcuffir. 

His Tannée iéî^3 Je R-oyl^^y 
avoit donne les Gouvernemens 
''des Païs-Bas , * de Bourgogne , 
& de dharolois 3 & il en joiiic 
toujours , excepte le cems que 
TArchiduc Leopold y com^ 
manda. 

Don Juan contribua beaucoup 
à foiimctcre le Royaume de Na- 
plesà lobeiflancc EfpagnoUe: 
il avoit pris Piombino & Porto- 
longone,& dans toutes Tes Cam* 
pagnes il fit plufîeurs grandes 
acbions de valeur & de pru-^ 
dence. 

Le Roy fon Père ayant conçu 
autant d^eltime pour luy que de 
tcndrefle , luy faifoit part des 

^ Il Avoicei propre le GouTcraemenc des Païs-Bai 



:i^ Mem. Di X aCouX' 

affaires les plus importâmes dé? 
r£tac,^U ile rJboiific même pouc 
ÇJbcf xl'ione Aâemblee dos Vxc^- 
niiers Miniitresdu R4)yaume. 

Il Ituii^einearrivé d Madrid^ 
qioe ï on tint GottCciU &: ii apprit 
cifie Je K^s de Frâ^nce touIoîc : 
Kwcenir Icsiixcereft^ delà Reine ; 
ion EpQufe , i UqueUe le £ca« 
bant &. quelques ambres Etus. 
du^Païs^^bas écoieni:/ écbûs pa^r 
droit de dévolution à caule de 
la mort de TlnEaut Don Salta» 
2ar fon frprc 5 que le Ray T rcs* - 
CJxrétioD avoic fait u-q Mani« 
fbfle-qui pirouvoit fes Dj;oit$ } ^ : 
^e ne voulant pas s'arrêter à 
des conteftations qm confu.» 
ment le tems, il avoit tourné £es 
armes de ce côcë-là > qu ilavidic 
marché avec une diligence in«- 
croyable» &c que Ton avoit appris 
ù;s Conquêtes auili-tôt; que Ton 



Départ. Apres avoir examina 
Ictat-preicot desAffaircsjde la 
Monarchie > on convint^ qu'M 
écoic impoifiblç de fouccnir en 
même ccms la Guerre contre les 
Fjrançois &f ontrclcs Portugais!: 
nui^ ^u'îl falloit proâcer d'une 
toonjonâure qui paroiûbit fa vo^ 
rabk > jque Dotn Alphonfc Kof 
de Portugal venoît d'être dé^ 
pofledé du Gouvernement>quc 
la mauvaife conduite a voit éloi-i^ 
gné ks Peuples de Tamour Scde 
r.obeïilance qu'ils luy dévoient; 
Guc rinfagot D.ob) Pedro ipo 
ttprp l^wok h Jlegence d» 
Ki>y^mx» s qnie tanf de .cbofe; 
if^porca^cfss ne pou voient Ai:rJU 
ver ny ^k Tans q^ncLques icrou^ 
fajle$>duraQt l^fquels ils auro^epj; 
^e^in dis lisiirs Troupe; > &u\viç 
iîonile jugpoit A[propos,pn pneu- 
4rpit fipKç PQaiiiofl ppw &ÂCÇ 



lO M E M. D E LA C O U K 

des propofitions de Paix. 

Apres que chacun eut dit fon 
fcntiment, la Rcyne en revint 
à celuy-là. On écrivit au Mar- 
quis de Liche qui étoit pour lors 
PrifonnierJe Guerrcà Lîfbon- 
ne 3 on luy donna toutes Icsinf^ 
trudionsncccfTaires j il n'en ne-' 
gligea aucunes 5 le Régent 
Dom Pedro Tccouta favorable* 
ment , Se le Traite de Paix fc 
conclut le 13. Janvier x6Ô8. 

On- en reçût la nouvelle à 
Madrid avec beaucoup de fa-- 
tisfacbion y parce que les afFai-. 
res de Flandres empiroicnt tous^ 
les jours, & qu'il y falloir don- 
ner ordre , ou les abandonner 
abfblument. On ordonna des le- 
vées de Soldats dans la Galice & 
ailleurs , & la Reyne jetta les 
yeux fur Don Juan pour l'en- 
voyer commander les Troupes. 



D'E STAGNA. ri 

Outre que perfbnne n'en école 
plus capable que luy , elleavoic 
remarqué dans le féjour qu'il a- 
voie fait à Madrid,que Ton a ver« 
fîon pour le Père Ni tard étoic 
encore augmentée , & cette feu- 
le raifon étoit fuili faute pour To* 
bligerde réloigner.EUenepou- 
voit fouflFrir de certaines raille- 
ries piquantes qu'il fai(bit très* 
fouvent au Père Confefleur. 
Une fois entre-autres , fur ce 
que les Minières demandoienc 
à ce Prince qui l'on devoit en- 
voyer contre le Roy de France : 
Je conclus > dit-il, qu'on en- y^ 
voye le Père Ni tard, c'eft un ,, 
Saint auquel le Ciel ne refufe- » 
ra rien j le poile où nous le >> 
voyons eft déjà une preuve,, 
des miracles qu'il fçait faire. „ 
Le Confefleur luy répliqua 
d'un air chagrin j Qu'il étoit „ 



^S^MeM-. DE LA Cou K 

,# d'une Trofcffion àdcvx^ix tXMit) 
>»e{per^r de là Mi&ricordc de 
nDieu j. mais qu'il xi'éroit pa^ 
» d'une Profcffion à étrcGcne- 
M r^ d! Armée. O mon Père, le- 
irparcic Dom juan^ nous vou» 
9) voyons faire tous les jours des 
jrchofes plus eloij;nées de vôcr^ 
„ Profcffion; 

On rcrolucjxommc jeray déjà 
^t ,. que ce Prince meneroic le 
fircours en f landres avec neuf 
cens mille écus,qu onluy don-, 
ncroit de l'argent que les QaU 
lions venoient d'apporxer. 

On envcrya les ordres ncceC 
iaires à CadiXr& huit VaiiTeauXf 
avec l'AmiraU qui étoit chargé 
•de cette fomnie , en parcirenc 
pendant que Don Juan sache- 
minoit vers la Corogneoù étoic 
ilc iicndez-vous^ 

X.a^£lûce dcjr rance ciX)ifouiur 



les côtes de Galice ^ die écoir 
composée de trente- fîx Vaif- 
féaux & de (îx Brûlots > Don 
Juan trouvant Tes forces bien 
inférieures 9 ne voulut pas s ex-» 
po(erà un Combat qui n'auroit 
tourne qu*â fa perte« 

Il aima mieux envoyer (es Sok 
dats par petites troupes en Flan^ 
dres > éc ils y arrivèrent ainfi 
£tns péril. 

La puifiance du Roy Tres« 
'Chrétien n aliarma pas feule* 
ment les Efpagnols . mais les 
Anglois &leS'Hjllandois, qui 
.fe fiaifoient la. Guerre, firent la 
PaixiBredaen 1667. & ayant 
^ceùc entre eux les aclcs d'hodi» 
Ircé » ils s'unirent au commence-- 
ment de 16 ^2. pour obliger le 
Koy d'£fpagne à accepter Tune 
des deux alternatives propo* 
secs par le Jloy de Bnnccp 



'^ 



14 M E M. DE LA COUK 

qui pcrfîlloit dans fcs offres. 

A leur exemple!' Archevêque 
de Trêves, le Duc de Bavière^ 
TEledeur Palatin , & le ^Duc 
Ernell Augulte deBrunfVvicïc 
Evêque d'OiiiabrucK , voulu- 
rent agir de concert pour la feu^ 
retc commune 3 &: ils firent une 
Ligue enfemble , par laquelle 
ils convinrent de travaillera ré- 
gler les differens de la France & 
de rEfpagne,ou de fe déclarer 
contre celle des deux Couron- 
nes qui refuferoit leur Média- 
tion, & qui contreviendroit au 
Traité, Le Pape s'y entremit 
auflî,&laPaix fut faite à Aix- 
la-Chapelle. 

Mais ces chofcs ncs'avance- 
rentpas fi vite qu'il ne s'enpaf- 
sât d'autres de confequencc à 
iMadrid &: ailleurs,qui agitoienc 
ctrangement ceux qui s'y trou- 

voient 



D^ESPACNE. 15 

voient intCTcflcx. Don Juan, 
«comme je l'ai die , écoit à la Co- 
rogne fur le point de s'cn}bar«> 
c}uer I lorfqu il reçût avis de la 
mort de Jo(eph Malladas Gcn^ 
tilhommc Ârragonois > ii Tai* 
moit^&c il apprit avec la dernière 
Airprile » qu on Tavoit arrêté 
iêcrcxcemcnt à Madrid i onze 
kcures du ioir i &c que iUr ua 
ordre écrit & fignc de la main 
de la Rey ne 9 on Ta voit étranglé 
deux heures après. Les ibins que 
Ton prie pour empêcher q ue cet-» 
ce exécution ne fut fçeiië > ne 
fervirent qu'à la découvrir plus 
promptement 9 & l'on ne douta 
point que la Rcyne n'eut facri^ 
fié ce Gentilhomme à la iéureté 
de ibn Confcflèur. 
- Domjuan fenfiblc à la mort 
tragique d'une perfonne qu'il 
aimoit > &encore plus ienfible à 
I. Partie. B 



\ 



%6 Mem. de la Cour. 

i outrage qu'il croyoit avoir re- 
çu dircAemenc du Perc Ni- 
tard, refolut de ne point paflcr 
}> en Flandres. On ne voudroit 
^m'expofer à la puiflànce du 
« Roy Tres-Chrcticn ( difoit il 
à DonDiego de Velafco qu il ai- 
9) moi t beau coup) que pour m'en 
M laifler accabler.i on me.dénic- 
9» roit tous les recours dont j au* 
99 roisindifpenrablementbefoin; 
9, Se quelque bonne conduite 
99 que j'eufle , on ne fongeroic 
99 qu'à me rendre refponfable 
9, des mauvais Tuccez de la 
99 Guerre, Vous voyez que je 
99 fiiisencoreauPort9&queron 
9, fait déjà mourir un nomme 
9, qui n a. point commis d'autre 
99 crime que d'avoir eu de Tatta- 
99chement pour moy.. Que fe- 
„ roit-ce fi j'eftois en Flandres i 
9> tous mes amis fe trouveroicnc 






d'Espagne. 17 

cxpofez à la haine ic aux ca- 
prices du favory. 

II chercha le prétexte le plus 
plaulible qu'il put trouyerpour 
ne point aller en Flandres 5 il 
feignit pendant quelques jours 
d'être nialade^il écrivit à la Rei- 
ne qu'il luy tomboit une fluxion 
(lir la poitrine 3 que les Méde- 
cins luy en failoient appréhen- 
der les fuites s'il entreprenoit un 
fi long voyage, & qu'il la fup- 
plioit de l'en dilpenfer.Un chan« 
gemenc fi peu attendu fît grand 
bruit à la Cour>&: ne chagrina 
pas médiocrement Sa Majelté 
& le Pcre Ni tard. Ils en péné- 
trèrent alTez la cau(e3& s'ils euG- 
fcnt pensé que le Prince ne fc 
fut point éloigne , ils n auroient 
peut«être pas fait mourir Mal- 
ladas.La Rey ne ordonna à Don 

Tuan de céder Ion Employ.au 

B ij 



a8 Me M. de la Cou k 

Connétable de Caft il le, lequel 
iroic remplir fa place- en Flah^ 
dres , & que pour luy il eut à fe 
rendre inccflamment à Confue- 
gra>fans approcher de Madrid 
plus prés de vingt lieucsiil obéît 
aulH-côt* Mais Ton obeïffancc 
o'étoit pas capable d'appaifer la 
Reyne, elle avoir Telprit fi irri- 
te , qu'au mois d'Aoult i66^. el^ 
le apporta elle-même dans le 
Confeil un Décret contre ce 
Prince, par lequel elle reprefcn- 
toit la def-obeïflance qu'il avoit 
eue dans un temps fi preiTant, 6c 
les raifons qui auroient dû le 
9, faire partir 5 quand bien la ma- 
>«ladie qu'il alleguoicauroit été 
» véritable, que le mcnfon^e du* 
^ Sujet au Souverain étoit toû- 
3, jours digne de punition : mais 
)) particulièrement dans une 
ceocoiitre fi importante. 






d'Espagne. 19 

Don Jpan fut avcrty de tout 
ce que le Décret contenoit con- 
tre kiy 3 & il en eut undéplaifîr 
d'autant plus fenfible , qu'il 
croyoit prendre beaucoup fur (a 
njoderation de ne fe pas plain- 
dre hautement de la mort de 
Malladas. . 
Ge qui acheva d'altérer les ef^ 
• grits 1 ec fut an Capitaine nom- 
mé Don Pedro de Pinilla, qui 
ayant: demandé à parler à la 
Reyne fc jctta à Ces pieds , fen— 
tretinc une heure en particulier, ^ 
fici^squeroQ fçût ce qu'il luy 
avoir dit. On ne douta point par 
U fuite>qti'il n'eut déclaré quel- 
que: chofe. d'important contre 
Don Bemardo Patigno frercdu 
premier Secrétaire de Don Juarr^, 
parce qu'on l'arrêta le Icndc- 
maiaavec deux de fes Domefti- 
ques. On tint les Informations fi 

B iij 



30 Me M. DE LA Cour. 

fecrcttcs,queperfonnc ne fçût 
ce quelles contenoienc : le 
Marquis de Salinas Capitaine 
de la Garde EfpagnoUe, reçût 
ordre de la Reine de partir avec 
cinquante Officiers reformer, 
pour aller arrêter le Prince à 
Confuegra : mais bien qu'il fit la 
dernière diligençe,il ne Vy trou- 
va plus. Ce ne fut pas un mal- 
heur pour luy y Don Juan avoit 
alors un grand nombre d*amis & 
de domeltiques , qui auroient 
tous hazardc leur vie pour le ga- 
rantir d'être pris. Il évita par fa 
prudence d en expofer aucun: 
car ayant été avcrty de ce qui fc 
pafToit , il partit , & laiffa feule- 
ment une Lettre pour la R eync , 
dattée du 2 t. Oûobrc, par la- 
quelle il luy parloit avec plus de 
liberté qu'il n'avait encore fait, 
i> Il luy mandoit > qu'il vouloic 



D*E s P A G N E. 31 

bien luy avouer qu'il feroit 1, 
pafsé en Flandres fans la more » 
furprenante & tragique de )> 
Maliadas 5 qu'il n'avoit pas )> 
lieu de douter , que le Fcre » 
Nitard n'en fut l'Auteur 5 qu'- ,, 
une telle injuttice crioit ven- » 
geance contre celuy qui l'a-i, 
voit commife , qu*il s'ctoit }> 
fenty infpiré d'un preflant de- n 
fir ae contribuer à l'éloigné- » 
ment d'un fi méchant hommei ,> 
qu'il la fupplioit d'y confcntir >> 
pour le bien du Royaume en i> 
général, & pour la gloire de » 
Sa Majellé > qu'il fouhaicoit 1, 
<lc n'être pas contraint de re- ,, 
courir à a autres voyes qu'a 9» 
celles de la prierepourlecnaf-,! 
fer d'un lieu, où fa prefence „ 
étoit odieufe à tout le monde i „ 
•qu'il fc trouvoit oblige d'aller „ 
chercher un azile contre les ,> 

B iiij 



/ 



32 Mem.de laCour 

> violences de cet Etranger: 
>que cctoit une ncccflîtébien 
, cruelle pour unhocnn^e de Ton 
,rang : quil efpcroit que Sa 
jMajcdc auroic agréable d'y. 
> faire de ferieufes réflexions, & 
y d'y apporter les remèdes ncj- 
Dceflaires, 

La ledure de cette Lettre ré- 
veilla toute l'averfion que la 
Reync a voit naturellement 
pour Don Juan > elle fe mit dans 
la dernière colère contre luy , ôc 
elle 1 auroit fait éclater d'une 
manière terrible, fi les Grands 
& le Peuple avoient témoigné 
moins d'amitié pour luy. Cétoine 
pour elle &pour le PercNitarçl 
un nouveau fujet de déplaifir 
d'apprendre que tout le monde 
fe déchaînoit contre ce.MiniC^ 
tre i qu'on l'accufoit ouverte- 
in^nt de la mortde Malladas , & 



D*ESPAGNE. 35 

de la prifbn de Pacigno. 

Cela engagea la Rcy ne à don-* 
ner une Déclaration > par la« 
quelle elle afleuroic que ces 
deux hommes n'écoienc venus à 
Madrid que pour exécuter les 
mauvais deUeins de Don Juan i 
qu elle en avoir été pleinement 
informée par leur propre con- 
feflîon , 6c qu'elle ne fe (croit pas 
portée à faire mourir Malladas 
iî:elle n'a voit été aflêuree de ion 
crime. . 

Dans le même tems,le PereNi* 
tard fit imprimer & courir dans 
le monde une efpece d'Âpolo-» 
gie»dans laquelle il accufbitDon . 
Jyan de Pavoir voulu faire aâa(^ 
finer plufieurs foi^. Il parloit de 
atf deflein comme d'une choie 
cverée» & proteftoit de fon in*, 
noccnceà regard de la mort de 
MaUadas» &de Pemprifonne^- 

B v 



v^ 



34 Me M. DE LA Cour 

ment de Patigno. Il pretcndoîj 
en donner une preuve incontef^ 
table, alléguant que lorfqiic Ton 
étrangla le premier , il difoit fon 
Bréviaire chez luy avec le Frcre 
Buitos i & que quand on arrêta 
le fécond, il arrangeoicdes pa- 
piers dans (on Cabinet. Du ref- 
tc, il s'ctendoit fort fur la no- 
blelTede fa Naiflance , & furies 
fer vices que fes Anceftres a- 
voient rendus aux Empereurs: 
Cet article ne fervit qu'à faire 
étudier davantage Tobfcurité 
de fa Race. II adreflbit cet Ecrit 
à la Rey ne, ocelle n'oublia rien 
pour que Ton y ajoutât une en- 
tierefoy. 

Quelque tems après , elle pre- 
fenta au Confeil une féconde 
plainte contre le Prince , Taccu- 
lant d'avoir fait tirer en Flan- 
dres un horofcope^où l'on re- 






d'Espagnï. 35 

connoiilbic les hautes efpcran- 
ces ) donc il repailToit fon ambi- 
tion >qu une telle curioficé a- ^^ 
voie été de tout tenis punie » 
comme un crime deleze-Ma- ^ 
jefléi qu il ne falloit pas leule- >» 
ment examiner la faute» mais » 
encore quel écoitceluy qui la 
commet toit 3 qu'il s*agiflbit 
d'un homme d-erprit> qui ne ,» 
pechoic point par ignorance > ,, 
& d'un Sujet ingrat &: rebelle 
comblé de biens ôc des faveurs 
de U Couronne s qu'il falioit ^ 
abfolument le châtier, de peur j > 
que la tolérance n'autorisât Tes ^ 
mauvais defleins , & ne ierTÎt i» 
aies faire réuâir. „ 

. Le Prince avoit trop d'amis, 
pour n'en pas trouver quelques- 
uns qui fefîûent unplaifirde le 
défendre. On ne voyoit plus 
d)A$ toutes Ica Compagnies que 

li V j ' 






^6 M E M. DE LA Cour. 

des écrits , dont l'aigreur ne fer-» 
voie qu'à animer les parties in-* 
tercfsécs. 

Ceux qui étoient pour Don 
j^ Jua^n foûtenoient, qu'il étoit 
9> incapable de former un Def^ 
y y fein anfli lâche que celuy de 
>, faire afTa dîner le Père NitanU 
,) que (i cela luy fut entré dans 
jj Tefprit, l'exécution ne luy en 
)) auroit pas été ditBcile ; qu'il 
„ ne s'agiflbit que d'un Reli- 
„ gieux Etranger fans amis & 
,, fans parens , foûtena d'une 
^) Reyne qui auroit abandonné 
,> fa vengeance dés qu'on Tau-». 
,, roit bien informée de (a mau- 
,) vaife conduite y que la meiU 
5, leurc preuve que Ton pouvoir 
„ donner que le Prince ne l'avoir 
5, pas voulu foire , c'eit qu'effec^ 
»tivementilneravoit pas fait; 
,} que loin .d'agrr ea traître j il 



D*ESP AGNE. 

demandoic ouvertcmcnc que,» 
Ton chafsâc ce Miniltre > &>, . 
que pour obtenir Ton éloigne- ^ . 
mcnc y il s expofoic à toute la ^, , 
colère de la Reyne : au'au^, 
fondSi le Perc Nitard ne leroit „ . 
pas trop à plaindre, de rereti-9> , 
rer avec foixante mille écus de ^^ 
penfion,dont il joûiûbitdéja,, . 
fans les autres bieiis£atits qui >> , 
ne paroiflbient point } qu'un ,y 
revenu fi confiderable étoitj, 
fu^faot pour comencer Tacn-,» . 
bitioo d'un fimple Religieux: n 
mais qu'il étoit luy-ménie fi^ 
vindicatif» qu'il avoit voulu/» 
faircaiTafiinerle Prince i Bar- ^ 
celone &à Confuegra 3 que ce ^ 
n'étoic point par un e^ec de,> 
reflentiment , que Don Juan y» 
prcflbîc la Rcyne de le ren« ^ 
voycrcQf Ton Paï^^ étant aiTczy, 
gçaeranpoiiir oablieriiinfcof- i^ 



^ MeMi de la.Couh 

j^fcnfc particulière; mais qiùl 
„ étoit trop bon Sujet pour fouf- 
»frir un homme donc les videns 
>,*confeils pou voient caulerune 
9, révolution geueralle dans le 
>> Royaume d*£(pagne. Ils ajoû- 
toient à cela pluHeurs autres 
chofesque jepane fous filence. 

La Cour S: la V ille fe partagè- 
rent là-defTus» chacun s'intec- 
reâbic dans cette affaire dtrec* 
cernent ou par rapport à Tes amis; 
Les Dames dulalais entrèrent 
même dans la querelle; &pour 
marquer le party qu'elles cm- 
braâoient) les unes fe difôient 
Affftrienmsy & les autres i\r//jr* 
dinesk 

. Voila ccwqui fe pafibit àMa« 
drid pendant que^Dom Juan 
s'en éloigooit pour s'approcher 
de Barcelone. LaReyne igno- 
jTott la route qu-U avok puic ^ 



D*Es PAGNE. 3^ 

& Ton inquiétude -rcdoLibloit 
quand elle fongcoic aux fuites 
dangereufesque pourroit avoir 
une affaire qui comiiieriçoit a- 
vec tant de chaleur. Lorfqu'il 
fut arrivé, il (écrivit à la Reyne 
une Lettre tres-refpeûucufe , 
mais qui ne démentoit point la 
refolution qu'il avoit prife de 
luy demander condamment Vé^ 
loignement de fon Confeflcur. 
Il luy en mandoit des raifons 
tres-fortes , qui ne fcrvirenc 
qu*à rirriter davantage contre 
luy, & il ne luy tomboit pas dans 
Tefprit qu elle dût fe pri ver d'u n 
homme en qui elle avoit tant de 
confiance , àc pour qui elle avoit 
tantd'afFe&ion. £lle trou voit», 
que Don Juan fe méloit d'une „ 
chofe qui n*écoit point de fa >, 
competance i qijie puifque le,» 
.Comeil que le feu Roy luy,, 



4a M E M. DE L A C O U R 

>^avoit donne ne crouvoit rien i 
9^ redire à la conduite de cePere» 
„selle. ne dévoie pas s arrêter à. 
^ravcrfion que le Prince avoir . 
,„con^ûë mal. à propos contre. 
„,luy 5 qu'ilyalloic de fa glpirç 
„,de. témoigner de. la fermeté. 
9, dans cette rencontre i que (t ^ 
,>^elle abandonnoit : fes Servi* 
^.teurs à la première, fantaifîç * 
,,.que Ion auroic.contre^eux , il 
,^{croit dangereux de s attacher 
„ à elle. .Entin Icnvie qu'elle a- 
voie de garder le. PereNitardi 
luy fourniâbit des raifons C\ fpe^ 
cieufes) que perfonne n ofoit le^ 
combacre. . 

Ce Pcrc de.foQ côté > ne fça-r 
voit à quoy fc déterminer 5 il 
luy étoic bien doux de fe voir 
aimé de protégé d'une fi grande 
Reyne > & d*être auprès d'elle 
:fvec: un pouvoir abiolu. Jvlaiis 



D*ESFAONE. 41 

d'ailleurs il n écoic pas fans in- 
quiétude y lorfqu il penfoic à 
lennemy qu'il avoic en ccne. Il 
craignoic rafTaffinac ou le poi- 
{on i & quoy que le Confeil 
n eue point encore parlé contre 
luy 9 il n'ignoroir pas néanmoins 
qu'il n ëcoit pas aimé de tous les 
Afiniftres, de que fi une fois il 
Ycnoic àeltre chafsé» la plufparc 
des Grands loiieroient par tout 
le courage & la confiance de 
Don Juan. Ces reâcxions re£- 
froyoient fi fort » qu'il alloîc 
Guelquefois fe jetrer aux pieds 
de la Key ne^avec les larmes aux 
yeuXfpour la fupplier deluy pet-' 
mettre de £e retirer. Mais elle le 
railèuroit toujours > & luy d6- 
fendoit de parler jamais d'une 
chofe qui luy faifoit unt de 
peine. 
Le Prince ne £e contenta pas 



41 Mem.de LA Cour 

d'écrire à la Rcyne y il écrivit 
aufli aux Miniitres en des ter- 
mes (î forts , qu'ils faifaicxit aflfez 
connoître ce qu'il fouhaicoit à 
l'égard du Fere Gonfefleur, & 
qu'il ne fedéparciroic jamais de 
ces fentimens : qu'il les prioit de 
le féconder auprès de Sa Ma- 
jefté , & de luy reprefcntcr de 
quelle confequence il étoit pour 
l'Etatjde renvoyer cétEtrangcr. 
Ces Lettres augmentèrent les 
chagrins du Père Nitard 5 (es 
"amis craignirent que Don Juan 
ne fe portât à des rcfolutions 
violentes , & fes ennemis eurent 
la fatisfadion de penfer que le 
Prince mettroit tout en ufage 
pourlechaflerd'Efpagne. Mais 
ceux qui agifibient fanspaflîon , 
jugeoient que la refîftance de la 
Reync & l'opiniâtreté de Don 
Juanatcireroient de très-grands 



D*ESPAGNE. 43 

defordresjoii tout fcroir égale- 
ment confondu. La Reyneavv ic 
le dernier déplaifir de tout ce 
que Ton difoic 3 & comme elle 
ne (e trou voie pas d'ailleurs en 
feureté >elle fît venir de la Ca- 
vallerieau Pardo , qui eil une 
Maifbn Royalle à deux lieues 
de Madrid. 

Il elt bien certain que fi elle 
eût eu moins d'apprehenfion > 
cUeauroit déclaré Don Juan re« 
belle. Elle communiqua même 
ce defTein au Père ConfeiTeur, 
qui approuva fort cette fone de 
procedurç ; mais les autres à qui 
elle en parla, s'y oppoferent de 
tout leur pouvoir. Ils luy re-„ 
prefenterent que le Prince ne,, 
garderoit plus de mefures avec „ 
ellej que le peu de ménage-,, 
ment que Ton auroic pour luy „ 
le pouUeroit à bout 3 qu'il n at- „ 



4^4 ^^ M- ^^ L ^ Cour: 
^, tendoit peuc-ctrc qa un prc^ 
j> texte pour fe déclarer i qu*il 
„étoit brave de fa perfonncj, 
3,qu'il avoit des amis, outre la. 
^ partialité du peuple ,. qui le: 
>»)Cheriflbit 5 que de moindres > 
,9 Sujets avoient donné lieii^à dc: 
,, grandes révolutions) qu'il fal- 
,, loit toujours le mettre dans . 
jjfon tort, &qu'jl n yavoitquc 
,, les VQyes dc douceur qui pûC* 
nfent le. fa ire rentrer dans (on. 
« devoir > ou tout, a.» moins le: 
>;i convaincre: que Ton n'avoie 
^jrien négligé pour f empêcher 
,»4'cn ibrtir. Bien que ces xvis-* 
là, fuffent affez oppofcî au rcf- 
femiment de la Rey ne, & qu- 
elle eût bienvx>ulu ne rien mé-^ 
nager avec un Prince dont elle 
fe croyoit offensée , elle fui vie 
les bons confeils qu on luy don- 
noit. .Elle luy écrivit une Lettre.: 



5 P A C N £. 4'5 

:rrcs-obligcantc,par où clleluy 
mandoic de retourner à Con- 
.fuegra> &ellc luyengageoic (a 
parolle Royalle pour la icuretc 
MC fa perfonne. 

Don Juan fît d'abord quelque 
^liificulcé d'obeïr -, foie qu'il ap- 
:i>rehendac comme il t'écrivic à 
4a Reynede fe mettra entre lc« 
mains du Père Nltard dont il 
venoit de s echaper > ou qu'il 
^ût d'autres raifons que L'on n'a 
ipzs pénétrées : mai5 le Due 
d'Oflbne, qui étoit à Barcelone» 
luy parla avec tant de zèle , & le 
follicita û fortement d'obeïr aux 
ordres de Sa Majellé , qu'il fe 
rendit à Tes remontrances > Se il 
partit avec trois Compagnies de 
Cavallerie que leDucluy don» 
nsL pour Ton efcorte. 

La Rey ne en ayant receu l'a- 
vis» foogea à luy donner quet- 



^6 M E M. DELA Cour 

que dcplaifir fur fa route. JEllc 
l^avoit qu'il devoir paflcr par 
TArragon j elle écrivit aux 
Etats de ce Royaume, qu elle 
vouloit que i on ne fit aucun 
honneur à Don Juan,& que Ton 
cherchât même les occaiîons de 
le chagriner i en quoy elle fut 
mal obeïe. Les Etats Juy man- 
dèrent qu'ils ne pouvoient fe 
V difpenfer de rendre ati Fils du 
feu Roy,& au frère de leur Mo- 
narque, les devoirs qui étoienc 
dûsàfon rang & à Ion mérite. 
En efFet , ils s'en acqu itèrent 
avec le dernier emprcfl'cmcnt 5 
&quand il approcha deSarra- 
goflcvtousles Habita ns allèrent 
plus de deux lieuës au devant 
de luy i la foule étoit fi grande, 
qu'à peine pouvoit-ilpajUer. Us 
crioient tous d'une voix : 
Fivc le R^ &le Sti^neur Dûm 



d'Espagne. 47 

Ima» s ijiéil remporte toujours la 
F/ifûirc fur fts cnntmis , d* »*^/- 
heur au Itfuite qui Itfcrfecutt. 

Chacun luy jet toi c des fleurs 
celles que la laifon pouvoic les 
fournir, & des eaux de lenteur j 
lesf Dames plus parées qu'aux 
jours les plus folennels , for- 
moienc dans leurs Carofles une, 
double haye fur fon pafTagei 
Tair ne rctcntiffbit que des be- 
ncdidions & des louanges qu'on 
luy donnoit : en un mot , la joyc 
ëtoit univerfelle dans cette 
grande Ville. 

La Reyne & le Perc Confef- 
feurqui en reçurent une fidelle 
Relation 1 fcntirent vivement, 
Tune le mépris que Ion a voie 
fait de fcs Ordres, & l'autre la 
haine que le Peuplca voit témoi- 
gné en parlant de luy. 

Le bruit de la réception faite. 



48 M E M. D E X A C O tl IL 

à Don Juan fe répandit à Ma- 
drid 3 & parmy plulieurs pcr- 
-fonncsqui en rcflèncircnt de la 
joye, il y en eut beaucoup qui 
appréhendèrent quelque dcfot- 
^drc du retour de ce Prince. 

Pour cfl'ayer de prévenir les' 
maux dont on fe crdyoit mena», 
ce , les Regidors & les Uiitrcs 
^Magiftrats de la Villes'aflcm- 
blerent le premier Février. -Ils 
envoyèrent quatre perfonncs 
de leur Corps -au Prelîdcnc de 
„ Caltille , pour lity reprefenter 
„les mal-heurs que pou voit 
„caufer la venue de Don Juan 
„avec des Troupes , dans un 
„ tems où la Cour ctoit fi foiblc , 
„ & le Peuple (î infolent & fi di t 
„po$éàla révolte 5 qu'encore 
,,'què le Prince fut remply de 
„ bonne volonté, il ne pourroit 
>y empêcher les fuites fâcheuses 

que 



^ue Ton a voit lieu de craî nd re. ,> 
Le Prclident fe rendit chez la 
Reync , le Confeil s'aflcmbja , 
& l on fut d'avis dcdcpêchcr un 
Courier à Don Juan, avec or- 
dre de Sa Majellc de renvoyer 
inccflàmment fon efcortc. 

/Il reçût r Ordre , il hâta fa 
marche, fe fit fuivrc deux jours 

{)ar le Courrier, & le troificme il 
uy donna un reçu del'Ordre, fie 
le renvoya {ans réponfe. 

Mais pendant qu'il cardoit i 
revenir, on s'aïlarmoit à la Cour 
du fuccez de fon Voyage i & 
Tinquietude augmenta dans le 
Palais,quand on vit qu'il n'etoic 
charge d'aucune Lettre. Quel- 

?[ues Seigneurs allèrent là-cïcf- 
us trouver le Ptefident , pour le 
prier de dire à la Reyne qu'ils 
ctoient difpofez à toitt «itre- 
prendre pour fon fcrvice. Qn 
L Part. C 



O M E M. DE LA C O U R 

liTcmbla de la CavalJerie ^ ^ 
i on fcpreparoit à Madrid corn* 
ine pour foûcenir un Siege> dont 
l'évencmenc paroifToic douteux^ 
^uoy qu'il ne s'agit que d'un 
Prince cfcortc de 300 Che- 
^Vaux. 

C'écoic en effet cette efcorte 
qui caufoit le plus d'inquietudé$ 
la Reyne ordonna au Marquis 
de Peiialva de ramafler les Offi* 
ciers reformez avec tous ceux 
qui fe prefentoient , àc d'aller 
déclarer au Prince que Sa Ma-- 
jellé luy ordonnoit de renvoyer 
les trois Compagnies de CavaU 
leries qu'il avoit amenées. 

Le Marquis de Peiialva étoit 
dirposéàobeïr) niais il deman- 
da un Ordre du Confeil Royal t 
& le Secrétaire d'£tat refufa de 
l'expédier , alléguant que la 
Reyne nepouvoit rien refou- 



tire (ans le Ccmfcîlda Gouver- 
nement» auquel elle n'en a voie 
pas même parlé. La Reyne irri- 
cée, envoya dire au Secrétaire 
^mil ftmsMt firicmfement iU dif- 
f€mlté ^m'H féifêit naître mal À 
ffêf^s. Le Cardinal d'Arragon» 
le Comte de Penaranda > & le 
Vice-Chancellier, vinrent trou- 
ver Sa Maj eftê)ils luy reprefen- 
€4vent que le Secrétaire avoic 
HCU raifon » & ils firent une repri- 
^nande au Prefident de Caftille 
4*avoîr donné lieu par les con- 
cis â un Ordre qui pouvait a- 
voir de ^ mauvaises fuites. 

On Tefbluc donc qu on ne 
frendroit point les armes 5 A: 
pour 4iffipQr ia crainte ou 1 on 
^toit a Madrid, on paUia que 
Oon Juan avoit renvoyé fon ef.- 
corte i $c que s*il ne Tavoit pas 
jmcorçiEitit yii la mivoyeroic ia«- 
ceflainment; C ij 



51 M EM. D E L A C OUIL 

La Rey ne ayant perdu TeCpc^ 
Tance ^c fe faire obeïr par la 
force, employa les voyes de dou- 
ceur qui pouvoienc engager 
Don Juan à renvoyer fcs gens 
de Guerre 5 elle luy écrivit par 
Don Diego de Velafco qui^toic 
à luy , & la Lettre étoit tres- 
obligeantc. 

LePrineCrquî étoit venu fe- 
xrretement à Madrid pour re- 
<:onnoître l'état des chofes, les 
difpofîtions de Tes amis , & ce 
qu'il pou voit entreprendre, ré- 
pondit à la Lettre de la Reyne 
avec .fermeté , qu'il ne dévoie 
pas s'expofcràla vengeance du 
PereNitard, &4^u'il demandoit 
pofitivement qu'il for^iit du 
R oyaume 5 qu'après cela , il fe- 
ïoit celay de tous fes Sujets le 
.plus fournis à fcs Ordres. 

C'çtoit exiger une chofe de la 



d'E s P AGN E. 53- 

RCyne qu'elle ji*avoic aucune 
envie d accorder 5 le Nonce ap-- 
pelle Borromée, le Confeil d'E- 
tat , & les Grands , travaillèrent 
inutilement à l'y rcfoudrc : ce- 
pendant le Prince paroiflbit fi 
ferme dans fa refolution > que 
tout le monde jugea que le Con- 
feflcurlcroit même heureux de 
fe pouvoir recirer en feureté. Il 
eu demeura fi perfuadé luy-mê- 
me, &il connut fi bien le danger 
où il étoit) qu'il redoubla fes in- 
ftances auprès de laReyne,pour 
qu'elle luy permit de partir 5 elle 
ne luy répondit que par des lar- 
mes &.par des foûpirs, de forte 
qu'il aima mieux expofcr fa vie 
que de luy déplaire en la quit- 
tant. 

On apprit que le Prince ve- 
noit avec des Troupes à Tore- 
jon-dardos , qui n'elt qu'à qua- 

C iij 



54 M E M'. DELA C O U R; 

tre lieues de Madrid.. L'inquic* 
tudc redoubla parmy ceux qui 
fuivoient le party de la Reyne,, 
Se elle son afHigeoic plus que 
perfonne.. On Tentendit repeter 
plusieurs fois ces paroles 5 Af m* 
Dieu ! mon Dieu ! ce bpn fertferêt 
te premier facrifii. 

Lc Confeil du Gouvernement:: 
s'aflcmbla 5 on priale Nonce dci 
porter à Don Juan la Lettre qua 
le Pape luy écri voit,pour le con-^ 
jiirer d'avoir pour la Reync Ics- 
fentimens de foûrniHion qaun 
Sujet doit à fa Souveraine;. 

Le Nonce alk le trouver , il 
revint au milieu de la nuit.. Per-^ 
fonne prefque ne s'étoit couché 
dans cette grande Ville 3 on at- 
tendoit fon retour avec impa- 
tience : car on fçavoit le fujet de 
fon voyage , & le peuple alloic 
par troupes dans les rues de« 



d'Espagne. 55 

mandant déjà qui vive. Les 
nouvelles que le Nonce raporta 
ne plurent point à la Rcyne, il 
dit qu'il avoit prie inftammcnt 
lePrince d'aller à Guadalajara , 
ou tout au moins d'accorder 
quelques jours de delay pour 
prendre des mefures afin de le 
contenter : mais qu'il luy avoit 
refusé l'un & l'autre 5 & que (î le 
Lundy fui vant le Confcfleur ne 
fortoit pas par la porte, il forti^ 
roit par la fenêtre -. que Don 
Juan entreroic dans Madrid 
pour faire cette exécution : on a 
içeii depuis, que la Négociation 
5'étoit pafsée d'une autre ma- 
nière, que le Prince avoit con- 
fenty de laiflcr le Père Nitard 
auprès de la Rey ne, pourvu qu'- 
elle luy accordât de certains a- 
yantages qu'il fouhaitoit j mais 
que le Nonce qui n'aimoit pas 

C iiJj 



j (5 Me M..D E L A C O U R 

V ce Père luy avqit joùë la piecç 
toute coniplecte,en ne declaraiu: 
point lcsfavorablcsdifpufiuon$ 
de Don Juan^ 

Le Père Nitard. apprit- ce qui 
fc paflbit 5 il confcfla la Rcyiie 
le lendemain matin , & fe jetra 
cnfuiteà fes pieds, la fuppliant 
de ne le pas expofer aux outra- 
ges, cjiie luy pourroit faire un 
Prim:e irrite > qu'il y alloit de fa 
vie , & qu'il ne voyait aucun 
moyen de la garantir , qu'en ce?- 
dant à la neceflîté prefente. La 
Reynç luy répondit avec une 
grande abondance de larmes > 
[u'cUe ne pou voit confentir.à 
t)n éloignement i qu'il ne s'-in- 
quietat pas, ôc qu'elle mettroit 
ordre à tout. 

Iletoit bien perfuadé qu'elle 
en avoit une entière volonté, 
mais queXon pouvoir n'y rcponr 



?c 



dTspagKe. 57 

doic pas; néanmoins il TafTeura 
que quand bien le peuple de* 
vroit le déchirer en pièces , il ne 
fortiroit de Madrid que par Ion 
ordre. 

Il fe retira chez luy , avec tou- 
te la crainte dont un homme 
menacé du dernier péril peut 
être capable. 

Les chofes en vinrent à une 
telle extrémité , que le Lundy 
2 5. Février, la grande Court du 
Palais fe trouva pleine d'une 
fsule de gens de toute qualité» 
qui demandoient hautement, &: 
avec une véhémence difficile à 
réprimer, que fans différer,, 
davantage on fît partir le Con- „ 
feifeur 5 que pcrfonne n'igno- „ 
roit ce que Don Juan avoit dit „ 
au Nonce , que la Ville alloit ,, 
êtic exposée au pillage & à la „ 
4efolacion pouf un Jefuitd 

C v 



58 MeM. D E L A Co LIR 

„ Etranger , qui n'avoit aucun 
yy merice que celuy de plaire à la. 
j, Reyne. 

Le Duc de rinfantado & le 
Marquis de Liche voyant tant 
de monde affemblé , coururent 
à rAppartemenc de la Reyne-,. 
quictoit encore au lit: elle n'a- 
voit point fermé les yeux dc^ 
toute la nuit, & elle ne dormoit. 
pas alors fçachantune partie de 
ce qui fe pairoit..Une de (es fem- 
mes nommée Dona Eugenia,. 
ctoit à genoux auprès d'elle qui : 
la conloloit. 

Hd4^ / luy difoit la Reyne,.. 
iequoymtftYt toute ma Grande ur- 
(^ ces Titres fàfliéeux que l'on rnt 
donne ^pui/ifiàe Nnm'âteU liheu 
te de garder auprès de rhoy un hom* 
me de bien qui fait tonte ma confom 
lationNl n^y afointde fimfletié^ 

me in ^ffàgne fui n'ait un chafoi^ 



d'E s p a g n e. 5^ 

lâin ; on nj trouve f as à redire. le 
fmis U feule fer/ecutie dans ce 
Moyâume , & U feule k qui ton 
veut oterfon Conftjfeur f 

Le Confcil s'aiTembla prom* 
ptemenc > parce que le defordre 
augmentoicdansla Ville>& qu'il 
ccoic à craindre qu'il n'augmen- 
tât encore davantage. 

Il y eut des Miniltres, qui par 
attachement pour la Reyneef- 
fayerent de trouver quelque 
temperamment pour éluder le 
4épart du PereNitard : mais les 
autres allèrent à la caufedu mal> 
& dirent que fî on difFeroit de 
renvoyer tout ctoit perdu 5 que 
Don Juan entreroit .dans Ma« 
drid , & que tout ferait confon- 
du ) amis & ennemis 5 qu'il n'ë* 
toit queftion que d'un Reli- 
gieux que le peuple haïflbitjuf- 
quiia fureur > &: q^ue perionne 

9 ^i 



èO M FM. DE LA COLlfl 

, r 

ne parloit de luy q^Lie pour le- 
charger de ma:^ediâions, quoy 
que dans le fond il ne les eût 
pas méritées, & q^u'ilfût hom- 
me de bien.. 

Comme Sa Majertc étoit en- 
core au lie quand le Duc de rin- 
fantado & je JMarquis de Liche 
demandèrent à luy parler 5 ils ne . 
purent la voir , parce que ce 
n'eit pas la coutume, en Efpagne 
que les hommes entrent jamais 
dans la Chambre de la Reyne, 
lorfqu'elle efl couchée. Ainfi ils 
allèrent à la. Cavachuela : ç'cll 
un lieu foûterrain dans lePalais, 
où font les Secrétaires d'Etat, 5f . 
ils parlèrent à Don Blafco de. 
Loyola,& luy voulurent donner 
un Mémoire pour Sa Majefté: 
mais la précipitation avec la- 

» Que Ton appelle en Efpagnol Secrétaire dd .Pcfpa- 
«%*.Q!Çiiver(al. „ 



' d'Espagne. ^: 

quelle ils étoient montez à T Ap*. 
partemenc.de la JEley ne:,. celle 
avec laquelle Hs en dccendi- 
rènt i- &^ r^mpTciTcmcnt qu'ils 
eurent de fe roidre avec Don 
Blafco au Gonfeii du Gouver^ 
.nement , obligea plufieurs per- 
foniies qui les rencontrèrent, de 
les fuivre: de manière qu'en en- 
trant dans, la Chambre où les 
JMiniftres . étoient aflemblez 
pour y fçavoir ce qui s'y paf- 
-foit, )f il fe trouva une grande 
.foule de gens qui y entrèrent 
avec eux , ôc fe mirent à crier 
tous enfemble 3 ^j^on nousdtli- 
^v^e du le fui te , qu^on lefaffi far tir. 
. Les Miniitres demeurèrent 
furpris , & s^entreregardoient 
tous interdits. Cette troupe re-^ 
nouvellaies in(i:ances> en ajoû«- 

. "» Ces deux Seigneurs n* étoient point 4e UJ^uit^ ^^ 
Gouvetnemenu^ 



6Cl\ M E M. D E L A G O U R 

tant même quelques menaces 
contre ceux qui rcjLiendroienc 
le PereConfeflcur. 

Sans différer davantage la re- 
folution fut prife i & ils envoyé^ 
rent Don filafco de Loyola trou- 
ver la Reyne avec un Décret, 
dont on le chargea. . Il porcoic 
que le Gonfeil avoit conclu que 
lePcre NitardfortiroitdeMar- 
\^ driddans trois iieurcs de tems. . 
L'Ordre ca étoit tour drefsé 5 la 
Reyne ne fit point p^roître d'é- 
motion en lelifant , elle le ligna 
avec beaucoup de fermeté > & 
fans jetter une larme 5 & comme 
elle vouloit que. cet éloigne- 
ment ne parût pas forcé > Se 
qu'il y eût quelque chofe d'ho- 
jaorable , elle fit drefièr un autre 
Adede fon Congés en ces teu 
mes: 



d'Espagne. tfj- 

de la Compagnie de le fus ^ mPH 
C ênfeffjeuTj KMimftre d'Btat & In-^ 
^mifiteuf Gêner al , ma fuff liée di 
Uy fermettre d^ fe retirer de ces 
Royaumes ^ & bien qne je fiis anp 
j^faihfÀite efuùn le fuijfe jamais^ 
être , mên ftuUmtnt de fa vérin , , 
iS^ de fcs-autres honnes qnélitets\ 
mais encehte du xAk & de l'apfti^ 
eaiiûU aije^ laéfueSé il a ffavaillé: 
four le ferwee de cetH Couronneî ; 
$iieanmùins ayant . eu égard à fie 
infantes prière s , é' peur d autres * 
ji/Jlesraifins^fdy bien vpulu luy h^ 
eèrJter la permi/Tfèn fu* il demande^ 
four -aller au il luj plaira : Et com^ 
eut )e fouhâite que ctUfifàjfien * 
U manière que fa dignité & fis 
mérites Je demandent , f^yt^g^^ 
ftêpps qu'il prit i feu CMin U^ 
qualité d^Ambajfadeuf éxtraordim 
thUre en Allemagne ou à Rome ^ 
^nféienunUoe^Hs/es Charges avH 



4 Mem. b EL a Gour 

Ut^s Its Avantages ^ui y font av 
tachez,. Fait à Madrid le vingt'' 
tin^ Février 1669. - 
t- . Auflî - tôt - que Dom Blafco 
iiit retiré, la Reine ne fc faifant 
plus de violence pour fe con- 
traindre, & pour retenir fes lar- 
iHes,en verfa beaucoup,& fc jet. 
ta furfô lit avec touceladouleur 
•ppfBble,difant de tems en tenisj 
^ Mêlas ! helas ! dequoyme fcrt d'i- 
tre Reine & Rtgente! D'un autre 
>5Ôtç le Confeii chargea le Car- 
dinal d' A rragon & leComte de 
Pciiar.anda daller apprendre au 
-Pcre Nitard l'Ordre que là Ma- 
jette avoit iîgnéi IL n'eut pas 
lieu d'en être furpris par tout 
ce qui avoit précédé cette nou- 
: yelle , & par les inftances que 
yé Nonce luy avoit faites pour 
L'empêcher d'aller auv Confeil 

•jGQUme il caavQic. ledeûein.^ 



dTspagne. 6) 

Idy difanc que le peuple écoic 
Ci irrité , qu'il apprehendoit 
ques'il femoncroiton nelemic 
en pièces. 

Les Supérieurs des Jcfuites 
étoient vcnule voir pour le pré- 
parer à ce coup , TAmirantc 
de Caitille y vint auiïî , & il luy 
dit avec cette liberté que don- 
ne une. naifTaixcediltinguée, & 
beaucoup d*èfprit , qu'il s'ctoit 
attiré tous ces malheurs par plu- 
sieurs raifons qu'il luy particu* 
larifa.Le Père qui n'éioit point 
encore accoutumé à des répri- 
mandes, fe fâcha de celles-^cy» 
ô( luy dit que de relsdifcours 
ne dévoient pas fe tenir à un 
Inquifîteur Général devant 
tout le monde. 

Lorfque le Cardinal d'Ar- 
ragon arriva , il le trouva fort 
affligé} cette necefficé de partir 



66 Me M. DE LA Cour 

fnr le champ fans prendre mâ^ 
me congé de la Reine fabien*» 
fai Aricc > le couchort fenfiblc^ 
ment: le Cardinal neputrece^ 
nir fcs larmes en le voyant, foie 
par la confîderacion deschofes 
de cette vie & du peu de fond 
que Ton y doit faire , ou par 
1 eftime particulière qu'il avoir 
pour luy. Il luy offrit mille pif* 
tôles pour fon voyage , & le 
Comte de Penaranda une lettré 
de cbajQge de trente mille du^ 
catsi il ne voulut pas les pren*. 
dre y difant que comme il étoit 
yenu pauvre Religieux , il fçau* 
toit bien s'en retourner pauvre 
Religieux.. 

Le Cardinal le confola autant 
qu'il put, & luy dit qu'il l'ac- 
compagneroit jufqu'à Fuenca- 
nal,enfuite ilfc retira pour lelaif* 
fer en liberté de mettre ordre 



D*Es*AGNE. 6j 

à fés affaires , & fur le foir il vînc 
le prendre dans Ton CarroiTe 
bien accompagné^ il luy deman^ 
da d'abord fî Tes bardes étoiene 
prêtes : mais il répondit qu il 
n'avoit point d'autres bardes 
^ûe fbn babit & (on bréviaire» 
âinfî ils partirent efcortez de 
touslesOniciersderixiquifition: 
des que le peuple vit lePereNi- 
tard, il fe mit à crier contre luy 
& à luy jettcr des pierres , le 
chargeant d'injures & de malé- 
4liâ:ions 3 il avoit bdbrn d*êtr» 
avec un homme de cette Digni» 
té pour ne fc pas trouver expofé, 
à la fureur publique 5 1^ dou-^ 
leur qu'il eut d'un traitemene 
fi rude , l'obligea de dire plu- 
fieurs fois les larmes aux yeux, 
que Dieu l'cprouvoit en le met- 
tant dans la fournaife des tri- 
bulations y ^: qu'il feroit biea^ 



^8 MjE^M. DE LA Cou K 

heureux d'étape trouve de bbtf- 
aloy. / 

En paflant dans les rues , il di^ 
l^ foie à ceux qui l'accabloient 
d'injures: Adieu mes cnfans>. 
adieu jem'en vais. 

Il ne voulut point accepter. 
rAmbaffade de Rome,quoyquc 
la^ Reine luy écrivit tres-obli- 
geanamentà Fucncaralpourluy^ 
en réitérer ToiFre. Elle luy en- 
voya deux mille piitoles pour 
fon voyage de Rome, quelques 
Pierreries & une augmentation 
de deux mille éeus depenfionj 
fes Gens, trouvèrent quand il 
fut parti un cilice & des dis- 
ciplines dans Ion Cabinet. 

Lors qu on ne craignit plus 
de déplaire au Pcre Confefleur> 
en rendant {es devoirs à Don 
Juan , chacun le fut voir à 
Confuegra,ôc luy témoigna fon 



d'Espagne. 4y 

Mlci il ccrivicà la Reine pour 
la remercier d avoir -éloigne 
fon ennemy , &i:eluy dcrEtac, 
&il Ta prioit d'agréer qu'il vint 
à la Cour pour falùer le Roy 
& luy baifer les mains. :Mais 
au lieu de luy permettre , elle 
iuy ordonna de fe retirer â dou- 
ze lieues de Madrid, il en fut 
touchc,&. s"en plaignit comme 
d*un exil 5 cela ne Tempécha 
pas de demander par fcs Let- 
tres j tant à la Reine^^qu'au Con- 
feil,que Ion travaillât au fou- 
lagemcnt du peuple , & qucl'on 
remplit les Charges dont le Pc-^ 
re Nitardétoit revêtu, de quel- 
ques perfonnes capables de les 
bien exercer : Il reprefentoîc 
que ces Dignitez luy dévoient 
être ôtées, puisqu'il ctoit aufli 
important de Tempccher de re- 
venir dans le Royaume , qu'il 



70 M EM, B E L A C O a R 

avoitcté neceûaire<ie fcnfai^ 
1^ fortir. 

11 dcmandoic aiiilî que Ion 
ôtâc la charge de Prefident de 
Caftillc à FEvêque de Placen- 
cia , parce que <:'ctoit luy qui 
avoic drefle le Décret fur lequel 
Malladas fut étrangla > &c que 
le Marquis d'Aycone fon en^ 
nemy ca^piral n eut plus la li« 
ibercé d opiner fur les afl^ires 
qui le concernoient. 

La Reine mécontente de la 
manière dont le Prince luy é- 
crivoit,& encore plus mécôtçn- 
te de tout ce qui s'^toit pafle» 
luy fit une ré^onfe peu obli- 
geante , & luy ordonna de fe 
défaire inçeflament de fon ef- 
<:orte comme il s'y étoit engagé. 

11 s'en plaignit au Cardinal 
4'Arra:gon & au Nonce imar* 
^uant à la Reine auifi bien qu'à 



d'Espagne. 71 

CCS Prclats,qu il ne pouvoir rcn* 
voïcr ceux qui i'accompagnoiec 
qu'il n'eût appris auparavant 

2UC le Pcrc Nitard ctoit hors 
tt R.oyaume> parce qu'il avoit 
encore tout à craindre de Ton 
côte. 

^ Le Confeil s'afTembla là-de& 
(us >& l'on trouva à propos que 
.k Cardinal fut à Guadalajara» 
pour engager le Prince à faire 
ce que la Reine vouloic 5 il y 
confentit enfin, & Telcortepar- 
tit après que le Cardinal eut 
ménagé une espèce de Traité 
entre cette Princefle & Don 
Juan, par lequel elle luy con- 
lirffloit le Gouvernement des 
Fais bas> ftcluy donnoit parole 
que le Père ConfeflcjOTie de. 
ixiettroit de fesChargesiquéle 
Prefident de Cailille ôc le Maf^ 

• 

iquk d'Âytone n'entreroicnt 



7^ M E M. D E LA Cour 

point en connoiiTance des cho- 
ies où il avoic parti qu il pour- 
roit s'établir où il le jugeroit 
àproposiquel'on penfcroitaux 
moyens de foulager lepeuple^ 
que perfonnene leroit admis à 
pas un des Ordres Militaires 
de Caftille,qu il n*eut fervy dix 
ans fur terre ou fur mer > que 
le Pape feroit Dcpofitairedela 
parole de la Reine pour la feu- 
retc du Prince. Il y avoic en- 
core plufieurs autres articles 
moins eflcntiels que ceux-cy,ôc 
qui alloient tous à la fatisfac- 
tion de Don Juan, ou au fbu- 
lagcment du peuple. 

Il cciTii alors de faire Tes re- 
montrances ordinaires jufqu*au 
mois de May, qu il apprit que la 
Reine mcttoic fur pied un Ré- 
giment pour la garde du Roy, 
' £c quelle en avoit fak Colonel 

le 



D*E SP AGN E. 73 

le Marquis d' A vtonc. 

il en écrivit fortement a cet- 
te Princeflc, l'uy reprefentanc 
que celaetoit contre la Coûtu- 
ire des Rois d'Efpagne » qui 
n'avoient jamais voulu d'autres 
gardes que leshabitansdeMa- 
déïd , & que ce Kegimentafta- 
Dieroit la Ville » & (eroit caufe 
de beaucoup de malheur$> donc 
il luy faifoit une longue déduc- 
tion. 

Je ne puis m empêcher de 
marquer qu il ie piaignoitauiii 
par cette Lettre , que la Keync 
ne luy avoit pas fait reponfc 
de (a main , & qu'elle (é fut 
fervie de celle du Cardinal 
d'Arragon fous le prétexte d'u- 
ne migraine, difant en propres 
termes y iju'un homme de /on i^ng 
ffetoUfâskléfUuve d'un telmé* 
fris. 

\. Part. D 



74 Mem. DfB. LA Cour 

Ce qui fert à faire connoîcrc 
fur quel pied font les Enfans 
naturels des Kois d'Efpagne. 

Tous les Tribunaux , ^tant 
Souverains quefubalternesi le 
Corps de Ville , & le Peuple, fi- 
rent de tres-longues& cres-inu- 
tiles remontrances à la Reync, 
pour Tempêchcr de mettre ce 
Kegiment dans Madrid. 

On Ten importunoît .fi fou- 
vent qu elle fîgnaun Ordre, par 
lequel elle défendoit qu onluy 
en parlât davantage, & fans di« 
fercr elle leva le Régiment. 

Elle ordonna enfuite à Don 
Juan fous des peines fort rigou- 
reufes,dc s'éloigner de Guada- 
lajara: Il obéît avec beaucoup 
de refped,quoy qu'il fut en état 
parles amis qui luy étoient ve- 
nus d'ArragoD & d'ailleurs, de 
ne faire que ce qu'il auroit vou* 



lu ; le bruit couroit même qu'il 
Revoit venir dans peu à Ma- 
drid, & plusieurs pcrfonncs en 
«voient une inquiétude mor- 
telle. 

Pour calmer les cfprits , Iz 
Rcyne luy écrivit qu'elfe fbu- 
faaitoit qu'il allât en Ar- 
ragon en qualité de Vice-Roy, 
èc de Vicaire General des 
Royaumes qtii en dépendent. 
Cet Ordre luy donna une fen- 
fiblc joye , & il la témoigna par 
\às rcmerctcmensqu'il en fit i la 
Rcyne, à laquelle il écrivit une 
grande Lettre , pour la fupplier 
de fonger ferieufcment à i édu- 
cation du Roy. Il luy en rcpre- 
femoît les confcqucnces, en 
homme qui avoit de rcfprît & 
de rhomieur 5 II écrivit auffi au 
Pape le 7. Juin,pour le conjurer 
d obliger k PcreNitard à le dé- 

Dij 



7i^MEM. delaCour 

mettre de fcs Charges. 

Cependant, les ennemis de la 
Reyne firent courir un Décret 
fupposé 3 par lequel elle ordon- 
noit au Confeilque Ton fit in- 
ccflammentdefarmerle Peuple, 
& que Ton emportât les armes à 
l'Hôtel-de- Ville. Il fut aise de 
perfuader dans le monde que 
c'ctoit fon intention , & cette 
nouveauté altéra fi fort les ef- 
p'ritSjqueTon étoit fur le point 
île fe foûlever. 

Cette raifon jointe audefor- 
dre effroyable que commettoit 
le Régiment des Scham vergues 
(c'eit ainfi quon le nommoit, 
parce qu'ils ctoient habillez à la 
Françoife , & que les Efpagnols 
ont pris cette mode de M. de 
Schomberg : ) cette raifon , dis- 
je, obligea le Confeil Royal de 
faire encore une remontrance 



d'Espagne. 77 

à la Rcync, pour l'engager d'en- 
voyer les nouveaux Soldats fur 
les frontières : mais elle ne ré- 
pondit point à la prière des Mi- 
nières , parce qu'elle croyoit 
que ces gens de Guerre fervi- 
roienc à tenir toujours la Ville 
danslerefpea. 

Don Juan étoit à Sarragoffc 
aimé de la Nobleflc, & chcry du 
Peuple : la Reyne ne pouvoïc 
luy pardonner le dcplaiiir qu'il 
luy avoit donne de faire éloi- 
gner fon ConfelTeur , qui faifoit 
à Rome un trille perfonnage > 
de manière que l'on difoit aûTez 
plaifamment , ^e U Rcync avoit 
une fi grande évcrjion fourlcsE/pâ^ 
gnols^ilucOc n'avait ccnfcnty i U 
fuïnc du P.Nitard^quc de fui s qnil 
s était fait naturalifcr E/pagnal. 

Mais elle confervoit tapt d'el- 
time & d'afiFedion pour luy ,qu'« 

D iij 



j2 M £ M. DE L A C O 11 R 

elle cravailloit puiilaii^aieiK ^ 
luy procurer le Chapeau de 
Cardinal. Elle donna U-deiûlis 
des Ordres fecrets au Marquis 
de S. Romain> fon AnibaiTadeuj:' 
ordinaire à Ronie. On le Tçut à 
Madridj&ccccenou vellcy cauld 
beaucoup d'allari>Re> chacun ap« 
prehendantque fi le Pcre Con- 
feffeur devenoit Cardinal , il ne 
revint fur [es pas 3 &l Ton fe pcr- 
fuadaque laReyne nemainte- 
noic le Régiment des Schêm- 
i^rgf 3 <]uc pour faYorifcr ce 
dencin. 

Le Confeil en ayant une ve- 
ritable crainte , fongca auK 
moyens de traverier le Père Ni- 
taxddans fa prétention, &: pour 
cet eiFct on dépêcha un Cour- 
rier au Marquis de S. Romain ,. 
pour propofcr au Pape d autres 
Sujets dignes de la Pourpre 5 la 



d'Espagne. 7^ 

Rcync feignit d'y coofencir» 
pendant que fous main elle lu y 
renouvel loit Tes Ordres : mais 
FAmbailadeur qui n étoit pas 
des amis des Jefuites^ccnduifit 
lachofedemaniere^que SaSain^ 
«été donna l'exclufion au Père 
Nitard , & lobiigea de (c dé- 
pouiller de Tes Charges. 

Le General de ion Ordre qu'il 
avoit néglige, & qui luy en vxui- 
loit beaucoup de mal, profitant 
éc ce revers de fortune , Ten^ 
voya au/fi'tot dans une de leurs 
Mailbns proche de Rome. . 

U s'y retira avec un ef prit de 
modération tres^exemplaire^ & 
de tout (on train il ne garda au* 
prés de luy que le frère Buttos 
ion Compagnon. Voila bien des 
coups de foudre les uns fur les 
autres : celuy^cy parut fi terri** 
hleâlaRcyne^ellequi nedou**' 

Diiij 



8o Me M. delaCour» 

toit point du bon fiiccez de fa 
Négociation, qu'elle en tomba 
malade d'une fîévre tierce qui 
lu y dura long-tems. 

Il eft aise de croire par tout ce 
que je viens de rapporter, que 
fon reflcntiment devint plus fou 
que jamais contre Don Juan. 
Elle avoit des difpofîtions natu- 
relles à le rendre refponfable de 
toutes les chofesqui la chagri- 
noient i & comme elle vit arri- 
ver en même tems à Madrid les 
Bulles de la Charge d'Inquifî- 
teur General,elle ne douta point 
que ce ne fut l'ouvrage du Prin- 
ce : de forte que cette Place qu'* 
elle trouvoit fî dignement rem- 
plie par le Père Nitard , le fut 
alors par Don Antonio Ballado- 
res Prcfident de CalHlle 5 &: le 
Perc Nitard de fon côté étoic 
toujours proche de Rome fou* 



D*Es PAGNE. 8l 

mis à tous les mauvais traice- 
mens > que le General de Ton 
Ordre vouloit luy faire efluyer. 

La R ey ne ne p ju vanc fouflFrir 
qu'un homme, qui avoic tant de 
part à fa confiance & à Ton ami- 
tié, &quiavoit gouverne fi ab- 
(olument toute la Monarchie 
d'£ (pagne, demeurât exposé au 
caprice & au reilentiment de 
fon General , employa tout le 
creditqu elle avoit à Rome pour 
mettre le Père Nitard dans un * 
autre état. 

Clément I X. étant mort au 
mois de Décembre i é^^.le Car- 
dinal Âltierl fut élu Pape , & il 
prit le nom de Clément X. La 
Reyne qui ne douta point que 
ce Pontife ne luy accordât le 
Chapeau pour Ton Confeâeur, 
nomma ce Père pour être A m- 
baflàdeur extraordinaire d'Lf* - 

D V, 



8l M KM. DELA Cou K 

pagne auprès de Sa Saiutctc, 
jbmploy t]u*cllcluy avo)it oiïcn 
quand il partie de Madrid ^ &L 
qu'il n'avoit pas voulu acccp- 
ter i lillc luy procura Ion rc- 
tour à Kon>c,cllc travailla au- 
près de Sa Sainteté (I heurcuic- 
ment, cjue le l^erc Ni tard fut 
créé Archevêque d'tldcflc. lil- 
le continua de (bliciter (à pro- 
motion avec beaucoup de cha- 
leur. Lcl'ape étant ainfîprcflc 
le fit Cardinal Prêtre au mois 
d'Avril \6jiM illuy donnaau 
mois d*Aoult fuivant,le tîtrc de 
S.Balthclemy d'iibla, & place 
dans quatre Congrégations. 

Cette nouvelle caulà une <en- 
fible joyeà la Rcync, & toutes 
les peribnncs qui écoicnt atta- 
chées à elle luy en tirent leurs 
complimens. Le .nouveau Car* 
dinal écrivit à Don juan'unc 



d'Espagne, 83 

Lettre fort civile, dans la pen- 
fée que cette honcteté luy en 
attireroit une autre de la part de 
ce Prince, & que trouvant par- 
là le moyen de fe reconcilier a- 
vec luy,il canfenciroit à fon re- 
tour enEfpagneimais ilfe trom* 
pa dans fon projet,&: Don Juan 
ne luy fit pas même dercpon- 
feiie Cardinal Nitard voyant 
l'cloignement que ce Prince 
continuoit d'avoir pour luy , ne 
fongea plus à faire le voyage 
de Madrid , que dans le tems 
que l'on couronneroit le Roy, . 

Mais comme ceque j'ay écrit 
au Cardinal Nitard m'a con* 
dmt infenfiblcment jufques 
au tems de Doxi Fernand de 
Vaienzuela ^ il me femble que : 
je doi« auffi parler de luy. 

U ctoit de la Ville de Rôn- 
4a. aa J^oyaume de Grenade : : 



\ 



84 Me M. DE laCour. 

on le croioit Hidalgo , c'cft-à- 
dirc Gentilhomme^ non point 
CavalUfo: Car on fait cettedif* 
fercnce en Efpagne entre un 
' Cavalier & un Gentilhomme, 
que le premier dccend d'une 
Camille ancienne, ou du moins 
eii allié de quelque MaifoniU 
luftre , qu'il ne paye ny taille, 
ny tribut , & que lautre n'eil 
exempt de rien , & peut avoir 

."~- acquis fa qualité de Gentil- 

•^'^ homme. 

. Valenzuela vint fort jeune 
à Madrid , où le Duc de Tin- 
faiitado le prit pour fon Page, 
allant Ambafladeur à Rome i 
il étoit bienfait de fa perfonne, 
d'une Phifîonomie agréable 5 il 
avoit beaucoup d cfprit , il ai- 
moitTétude, il étoit naturelle- 
ment Pocte,le caraûere defcs 
vers étoit tendre & pailîonnci 






d'Espagne, 85 

on en a vu plufîcurs de fa fa- 
çon > & encr'autres des Conu 
medies qu'il fîcrepreCèncerpouf 
di verciria R ey ne Mere,dans le 
tems où il commençoic d'entrer 
dans l'honneur de Ces bonnes 
grâces. 

LeDucderinfantado étant 
de retour d'Iulie , fît recevoir 
Don Fernand Chevalier de 
Santiago : c'eft ordinairement 
par4àqueles grands Seigneurs 
commencent à récompenfer 
ceux de leurs domeiliques qu'ils 
coniîderent le plus^mais il n eût 
que ce titre pour plusieurs an» 
nccs de fervice qu'il a voit ren« 
du à ion Maitre > parce que 
ce Duc mourut avant que de 
luy avoir fait aucun autre bien. 

Il fe trouva donc tout d'un 
coup (ans Protédeur > & ii 
pauvre^ qu'il fut obligé de dc« 



tS Mem..de L A Cour 

ycnk PaJ/eante en Cûrtty ce qui 
veut dire homme vivant d*in- 
duflric. A la vcri té il avoit des 
talents heureux , qui le niet- 
toient alâcz en état deréuflîr das 
coûtes les chdfes qu'il entreprc- 
noit 5 de forte qu'après avoir 
examiné la médiocrité de fa 
fortune , il jugea que le meil- 
leur moyen de le paufler,étoit de 
Êtîreconnoiâanceavecquelques 
\y^erfo!nnes qui- fuflènt particu- 
Lercment attachées aux inte-^ 
lèts de la Reyne , & il en cher* 
cha les moyens avec tant d-ap- 
plication, qu'il eut aoceiz. auprès 
dii Père Nitard ,• il le choiiît 
auiS-tôt pour fon Patron , & il 
ne pouvoit mieux choifir 3 de 
manière qu'il s'attacha à luy 
avec une foumiffion & undé- 
Toùcment extraordinaire. Ce 
P exe ayant cecouau qu'il a^oic 



D^Ea PAGNE. ^87- 

de refpric & de l'adrefle , 6: 
^u'iLetodcxiapable d'un feci^ti 
iuy ût paxc des ûcns^ &. dans 
la fuicc il hiy confia ceux.de la 
Keync, j& luy expliqua des cha- 
grins qu'elle avoic contre Don. 
j^an 4' Autriche. Il fçût profi- 
ter des lumières qu'on luy don- 
'Boit y. ÔL des diipoficions £avo- 
rablcs du Père Confeflcor 5 il 
commença à feindre fi necei^ 
(aire auprès de luy 9 qu'il ne 
pouvoicprefque pluss'en paiïbr . 
Cela l'obligea de luy donner 
entrée auPalais^ afin qu'il y vint 
luy rendre compte des affaires 
dont il le chargeoit. 

Dés que Valenzuela fut iu<- 
troduit dansle Palais, iln y per- 
dit pas de tems , il ^n {çavoit 
déjà la Carte, &il ni enoroit pas 
Gu'cnt-rc toutes les fcmm« qui 
mivoienc 4a R-cy-ne, il y aYoic 



w 



$8 Me M. DE L A C O U R 

une Allemande nommée Dona 
Eugcnia qui pofledoit la con- 
fiance de Sa MaîtrefTe. Il cher- 
cha les moyens de la voir 5 il 
s'arrêta fouvenc fous les fenê- 
tres de fa chambre 3 & comme 
il êcoic bien fait > elle ne tarda 
pas à le remarquer. 

Enfin ils fe parlèrent, il luy 
plût pour le moins autant qu'el- 
le luy plaifoit,& elle luy permit 
de la Gala»uar:ceiï le terme ufi- 
té, lors que Ton s'attache à fer- 
vir une Dame du Palais 3 & 
c!eft: une chofe fi commune» 
qu'encore qu'un homme foit 
marié > il nelaifle pas de rendre 

f)ubliquement à fa Maîtrefle 
es mêmes foins que Ton rend 
à celle dont on veut faire fa 
fe mme, . 

Dona Saigeniane receûtpas 
avec indifercnce les témoigna- 



d'Espagne. 857 

gcs que le jeune Valcnzuclaluy 
donnoic de fa pafllon 5 & il la 
preflà tant de confentir à 1 e- 
poufer , qu elle en parla à la 
Reyne. 

Elle Tavoit déjà remarqué , 
6C il ne luy avoic point déplu: 
de forte qu elle fut bien aile de 
rattacher à elle en confencanc 
au mariage de fa Favorite 5 elle 
accorda même à Dona Eugenia 
pour fon nouvel Epoux , une 
charge d'Ecuyer ordinaire à 
l'Ecurie : dans ce tems-là les 
différends de la Reyne & de 
Don Juan augmentèrent 5 & 
comme Don Fcrnand avoit ea 
radreflcdes'y intriguer,il n'ob-» 
mettoit rien pour rendre queU 
ques fervices utiles à la Reyne: 
Elle reconnoiflbit fon xele avec 
plaifir , & die luy en fçavoic 
tant de gré , qu'elle augmen- 



^0 MeM. DELaC OilK 

toit diaqu-e jour les itémoigaai- 
ges de fa confiance,. 

JLc Père Nuaxd met toit couu 
fur fon compte ^ & il contri- 
buoit volontiers à Tavan ocfinicnt 
de ValenZruela y parce qu'il le 
rcgardoit comme la Créature 3 
ainfi fa (fortune prenoitpeu-à- 
peudesforoesimaiselle fe décla- 
ra abfolument pour luy,lors que 
Don juan revint d'Arragonen 
Caitillc, & qu'il fit chafler d'£f- 
pagne le Père Confcflcur. 

Valcnzuela demeura fcul au- 
près de la Keyne fans aucua 
furveillant car \c Prince re- 
tourna à Sar^agoâTe «en q^uaidfté 
de Vicaire General du Royau- 
me d'Arragon. 

U^fprit de la Reync avoit été 
d'abord fi accable de l'éloigné- 
ment du Père N itard , & fes en- 
acmrs en prenoient fi bien leur 



D 'E s P A C N E. 51 

avantage , qu elle fuc quelque 
tems à le remettre d'un coup fi 
jHide : mais ayant coniideré le 
beibin qu elle avoit d'une per- 
Xonneà qui elle pût confier Tes 
aJffaires les plus fecretes» elle jet- 
ta ks yeux fur ValenEuela, qui 
étoit demeuré de Ton côté, fort 
étourdy de l'avanture du Père 
Nitard. 

Un jour la Rey ne dit à Dona 
£ugenia de iuy amener fon 
Mary fecretement le foir ,pour 
qu elle pût Iuy parler fans té* 
moins. Dona Éijtgenia ne man* 
quoits ni d'e(brit>ni d ambition, 
elle fut traafportée de joye^ de 
peniier que Valenzuela alloit 
avoir des cpnverfations fi parti- 
culiere^ avec la Reyne, &c elle 
obéît ttes^exadement aux Or- 
dres qu'elle avoit reçus, 

La première fois qu'il entra 



t.- 



l^ 



51 M E M. DELA Go U R 

dans la Chambre de la Reync, 
il ctoitafTeztard 5 ilVctoitarmé 
d'un Broquel , qui clt un cfpcce 
de Bouclier , & que 1 on porte 
ordinairement en Efpagne lors- 
que Ton va en quelque lieu où 
iî.pcut y avoir du péril i fes che- 
veux , qu'il avoit fort beaux> 
étoient attachez d'un, grand 
noeud de ruban 5 il n avoit point 
deGolille, car on la quitte dés 
qu il eft nuit 5 il n'a voit rien ou- 
blie de tout ce qui pouvoic le 
rendreagreableàlaReyne. Elle 
parut dans un def-habillé qui 
luy fîéoit mieux que l'habit de 
veuve qu elle jportoit tous \Qf% 
jours, & qui reflemble beaucoup 
à celuy d'une Religieufe. 

Valenzuelafe jetta d'abord à 
fcs pieds i & après luy avoir rcn- 
du de tres-humbles adions de 
grâce pour l'honneur qu'elle luy 



d'E s p a g n e. 5^3 

faîfoic dans ce moment, il Taf^ 
feura que fon fang, fa vie , en un 
mot tout ce qui étoic en (on pou- 
voir luy étoit fi parfaitement 
dévoué, qu'il ofoit croire qu'au- 
cun de Tes Sujets n'écoit à elle 
de la manière qu'il y étoit. La 
Reyne ajouta foy à Tes paroles, 
& depuis cette nuit il ne s'en 
pafla guère quelle ne le fit ve- 
nir fans bruit dans fon Appar- 
tement. 

Sa femme l'y conduifoit , & 
la Reyne luy ordonna d'y de- 
meurer toujours , pour que la 
bien- séance ne fut choquée en 
rien. C'étoit là qu'il luy rendoit 
compte de tout ce qu'il appre- 
noit,& qu'il l'informoit des cho- 
fcs les plus fecrettesqui fepafl 
foient à la Cour & à la Ville > des 
deileins de Don Juan , de ceux 
des Seigneurs qui étoienc dans 



\^ 



54 M E M. D E L A Co U R. 

les interclts de ce FVincc , & des 
mcfurcs que 1 on prenok contre- 
eJte y de manière qu eHe fçavoic 
t;our,fans qu'il parût qu'elle par- 
fât à perfonne : & l'on difbic 
communément à la Cour qu'il y 
zyoMxxnDutnde dans le Palais, 
c'eftàdire un Efprit folet, qui 
avertiflbit la Reyne de toutes les 
nouvelles & de toutes les affai- 
res les plus feerettes : mais au 
bout de quelque temsjon recon* 
nue que Valenzuela étoit l'Ef- 
prit folet, & depuis on le nomma 
tl Dutndt de U Reina. 

L'affccVion qu elle avoit pour 
luy augmenta à tel point , que 
tout le monde en Rit informé, 
& les Cou rti fans s'attachèrent 
à plaire au nouveau Fayory. 

On n'obtenoit plus de grâces 
que par fon canal 3 le crédit des 
Mmillres étoit fi xlimiattc> 



bT s PAG NE. 55 

qu on ne les comptoir déjà plus 
pour rien , & ils commencèrent 
d en murmurer entre - euic 
^^tfi^ce éftft cecy , di (oient-ils , i 
^ine a^t'-ên cbàfé It fiu Niiard^ 
que vùicy un nou*ueau Fêvfty qui 
frend fà flace^avec flus âtautêtiié 
que r autre n'en airûit. 

Le bon- heur de Valenzuela 
faîfoit mille envieux 5 onparloic 
de la Reync avec la dernière li- 
berté I les Grands & le Peuple 
di(bient tout d'une voix qu'un 
iiomme de rien » qu'un jeune 
ignorant gouvemoit TEfpagne, 
& qu'il y avoit de la honte & de 
la foibkiTe à le fouflPrin 

La Reyne fçachant ce qui (e 
pailbitireiblut de faire prompte- 
ment la fortune de Valenzuela y 
afin qu'il refTentit les effets de (k 
proteâion avant qu'on pût luy 
nuire r dans cette vue > die lu]f 



c)(î Mem.de laColir 

donna la Charge de premier 
Ecuyer , fans avoir égard à la 
coutume , qui vouloir qu elle en 
parlât aux Miniltrcs » comme 
c'elt Tufage en Efpagne , lorf- 
qu'il s'agit de ces fortes de po{- 
tej : mais elle auroit appréhendé 
qu'ils ne s'y fuiTent oppofez 5 de 
forte que fans faire aucune con- 
fulte ( c'eft le terme ufité en E f- 
pagne ) elle voulut qu'on luy en 
expédiât les Provi fions. 

Le Marquis de Caltel-Rodri- 
go , qui étoit pour lors Grand 
Ecuyer, s'y oppofa de tout fon 
pouvoir , &: refufa de le laiffer 
entrer dans cette Charge, allé- 
guant beaucoup de raifonsdef- 
obligeantes pour Don Fernand, 
& entre-autres qu'il n'avoitau^ 
cun titre qui pût luy faire efpc- 
rer un tel honneur. La R eync 
leva promptcment cette diffi- 
culté 5 



D*ES PAGNE. 5?7 

culte 3 elle le fit Marquis de 
Sanbortolome delos Pinares. 

Quand on vit un changement 
fi avantageux dans la 'fortune 
de Valenzuela, on ne douta plus 
qu'il ne fut Valido y c'eit-à-dire 
\c Favory ; le bruit s'en ré- 
pandit dans toute r£fpagne> 
avec des circonltances tres- 
deiagrcables pour Sa JMajef- 
té {ans qu'elle y voulut fai- 
re attention , foit qu'elle mé- 
prifât ceux qui étoient aflez 
hardis pour parler d'elle , ou 
qu'elle eut des raifons particu- 
lières pour ne pas changer de 
conduitte. 

Au bout de quelque tems , 
le Marquis de Cartel Rodrigo, 
Grand Ecuyer,vint à mourir, 
ôc la Reyne donna fa charge i 
Valenzuela. Si les Grands a- 
voient déjà murmuré lors qu'il 
I- Part. E 



^5 Mem« ot LA Cour 
cintra dans un einplay moins 
confiderable» il cil aijfé de s% 
maginer l'cxccz de leur cha- 
grin , & celuy de leur déchaî- 
nement^quand ils le virent dans 
un pofte qu'ils en violent cous» 
&dontils le trouvoient fans c6- 
paraifon plus dignes que lu y : 
Mais ils ceilèrent de taire du 
bruit fur cette Charge , parce 
qu'ils eurent un autre fu j et de 
parler bien plus étonnant. Sa 
Majedé fît Valenzuela Grand 
d'Efpagne delà première Claf- 
fe, avec laClef dorée double. A 
cette nouvelle tout le monde 
s'entre - regardoit , & demea-»» 
roit mû€t , ne pouvant affez ex- 
primer la furprife où l'onétoit. 
Les Seigneurs qui fc rencon- 
croient ne difoient autre chofe 
finon : VaUnz^ucU es grande O 

tcmfofd > mms f £ nfin la Key»* 



D*E s P A G N E. 99 

»c le déclara Favory j dé forte 
qu'il dannok tous les Ordres 
^nftc cHc comnjc Premier Mi- 
ni Itre, on pour mieux dire coni- 
hc Maître abfola Perfbnne ne 
fç récria furie nouvel honneur 
qui venoit <ie luy arriver 5 car 
on ne doutoit pas que de tels 
commencemens ne fuflenc 
rpouflèz jufquesau Minilterc. 

Etant élevé à un poftc fi c- 
minent , il neiuy manquoit que 
<ies amis pour aider à le fôiite- 
îîir , fi fa fortune venoit à faire 
un faux pas. 

Il^nVût aucune peine à s'en 
faire dans unefituationfiavan- 
eageufc > que toutes les grâces, 
tout Targcnt, toutes les Char^ 
ges & tous jes Bénéfices étoicnc 
en fa diipofition : mais auili- 
tèt qii*il procuroit du bien à 
i}ucl(|u'ui) des Grands, il y ea 

Eij 



L^ 



517445A 



Me M. DE LA Cour ioo 

avoit vingt autres qui dçve- 
noient fcs ennemis, & qui luy 
vouloient du mal de ne les a- 
voir pas préférez i*de manière 
qu'il fe plaignoit fouvent de ne 
pouvoir fatisfaire tout le mon- 
de : & comme le nombre de 
fes amis ctoit inférieur à celuy 
de fes ennemis, ccux-cy com- 
mencèrent à cabaler cnfcmble 
pour trouver les moïen^de fai- 
re revenir Don Juan d'Autri- 
clie,dans la pcnfée que c'étoit 
le moïen le plus sûr pour chaf- 
fer Valenzucla. 

La cabale des mccontens aug- 
mentoit fi fort , que l'on ne 
voyoit plus que des Pafquina- 
des & des Satires en profe & 
en vers contre la Reyne , & 
contre luy. On prétendoit mê- 
me qu'il empêchoit Sa Ma^ 
jefté de rccompenfer les fer- 



d'Espagne. lot 

vices de plu (icurs perfonnes qui 
dévoient avoir de gr;^nds Em- 
plois , & Ton eût Tinfolencc 
d'actacher une nuit proche du 
Palais un portrait de la Reync 
avec Vaienzula : il avoit à (es 
pieds toutes les marques qui 
reprefentent les Charges , une 
Epée pour le Connétable, une 
Ancre pour l'Amiral ,une Clef 
tlorce pour un Gentilhomme 
de la Chambre , un Collier de 
la Toifon pour les Chevaliers 
de cet Ordre, &c ainfî du reitcj 
il luy moBtroit toutes ceS' 
chofes d'une main > &: il avoic 
^cric y 

cela (e vend : 

Et la Reyne appuyant la iîen- 
ne fur Ton cœur, il y avoit en- 
core écrit. 

- r îHâfiià : c cft à-dire, & cel- 

£• • • 
ijj 



ior Me M. DE LA Cour 

lie-cy fe danne. Le bruk coUr 
roit fore qu'il vendoit biei»cher 
toutes les Charges & les Di« 
gnitez I à quoy les per(bnnes de 
la première Qualité fe trou- 
voienttrcs-interreflees, & ioa 
avarice luy atciroit beaucoup 
d'ennemis. 

Mais ce qui efl de finguHer > 
c'elî que tous les bruits qui 
couroient, ne faifoient aucune 
impreffion furl'efprit de la Rei- 
M ne i elle difoit toujours que 
j> fon Rang Ta mettoit au def- 
>»fus de ces forces de médifanw 
ai ces i qu'elle fe reprocheroie à 
5> elle-même d'être capabledefç 
^ fâcher contre des miièrables fî 
„ indignes de fa colère 3 que le 
^ moyen le plus fur de les pu- 
^ nirde leurs foctif€s> c'ctoit de 
9>ne faire pas femblant de les 
^apperccvoir j qu'on ne pwr 



loit du Marquis de Vaienzuc* ») 
la que par envie , & qu'elle „ 
ne vouloir pas abandonnerod $, 
des meilleurs Sujets du Roy,, 
ion Fils ) à caufe de la mau-» 
vaifc humeur de quelques,, 
brouillons j de manière que ce 
qu'on faifoit pour détruire lé 
Favory , ne iervoit qu'à l'af- 
fermir davantage dans refpric 
& dans les bonnes grâces de la 
Reyne. 

Il chercboit cependant tous 
fos moyens poflîblcs d'acqué- 
rir Taffedion^ du peuple 3 il fai- 
£>it en forte que Madrid étoic 
toujours abondamment, fourny 
des chofes uéceflàires à la vief, 
&ilaimoit mieux qu'il luy en 
coûtât Ton argent fans qu'on le 
fçeut, & que les denrées fuf^ 
fcnf à bon marché. Il faiibic 
fatrciôu vent des Fêtes deTau^ 

Ulj 



'^^ 



\ 



Ï04 Me M» DE j: A Cour 

reaux, oixil paroîflbic prcfquc 
toujours vêtu d'un habit noir 
brodé d'argent avec àiÇ,% plu- 
înes blanches & noires ,. comme 
étant en petit deuil > à caufe 
que la Reyne ctoit veuve : mais 
auffi-tôt qu'il entroit dans la- 
place , & qu'il venoit , félon la 
Coutume de ceux qui veulent 
combattre les Taureaux > fous 
le balcon de la Reyne, luy fai- 
re une profonde révérence, & 
luy demander pcrmiffion de 
Taurear y elle luy envoioit def- 
fendre de s'expofer. On remar- 
qua à une de ces Cources , qu'il 
portoit uneécharpe de taffetas 
noir, brodée d or avec unedcr 
vife, qui avoit pour corps un 
Soleil qu'un Aigle regardoit fi- 
xement, &pour ame ces paroles. 
Tcngo folo itctntÎA , qui veu- 
lent dire, // n'ejtfcrmis quÀ wqL 



I>'Es PAGNE. . 105 

Quelques jours après il parut 
à un jeu de Canas, portant 
peint fur fon Bouclier ( car on 
en pone à cette forte de Cour- 
ce, qui eft un ancien divertif- 
fement des Mores ) un Aigle 
armé du foudre de Jupiter avec 
la même ame : lln^efi permis qui 
mcy. Comme il n'y avoit poinc 
de rifque à courre dans cecce 
rcjouiflance , la Reyne voulut 
bien que Valenzuelay fit voir 
fon adreffe , & il remporta le 
prix fur un grand nombre de 
jeunesSeigneursqui leluydif- 
putoient: Ilreceutdesmainsdc 
kt Reyne une Epée garnie de 
Piamants.. On parla fore à la 
Cour des deux devi fes du Fa- 
vory , & chacun les expliqua 
felonfon génie. Il ficreprefcn- 
ter des Comédies qu'il avoit- 
£iomjfàStes^ & toutle monde eut: 



toé Me M. DE LA Cour 

[a liberté de les voir fans rien 
payer i rien n étoit plus capa- 
ble de iuy gagner k cœur des 
Efpagiiols , car ils aiment paf- 
fioncmcnt les fpeâacles , juf- 
qaes à garder Targenc qu iUone 
pour nourrir toute leur pauvre 
famille > afin de louer une 
U place bien chère aux Fê- 
tes de Taureaux : Valcnzuela^ 
ne fe contenta pas de cultiver 
TafFeftion du peuple par ces 
ïiioïcns-là : il en chercha en- 
core d autres : Il fit travailler à 
plufieurs Edifices > on rebâtit la 
Kàça Mayor > dont la meilleure 
partie avoit été confumee par le 
feu, & particulièrement la Mai- 
fon où leurs Majeltés alloienc 
pour voir les Cources des Tau- 
reaux & de Caiias > il fit conf- 
truireun Pont à la porte deTo- 
lede fur le Mançanares, ; qui 



n*EspAcNi. 107 

coûta un million de Ducats 1 & 
un autre fur la même rivière au 
Pardo , qui elt une des Maifoos 
de Plaifance du Roy. On per- 
fedionna par fon ordre leFron- 
tifpice & la Place du Palais , SC 
Ion éleva la Tour de TAppar- 
temenc de la Reyne. 

Il continuoit avec des foins 
âffidusde contribuer aux diver- 
tiffemens de la Reyne , & du 
Roy fon Fils 5 ce jeune Prince 
commençoit d'aller aux parties 
de plaifir qui fe faifoient à, 
Aranjues , à TEfcurial , & dans 
tes autres Mai fonsRoy ail es Urr 
jour que le Marquis de Valen- 
2is^la avoit pris les Ordres du^ 
Roy. pour une Ghaflfe fort 
àrgféable dans letcms que toû- 
te la Cour ctoit à TEfcurial; le 
Roy Voulant tirer fur un Cerf, 
msLht le Favory & le hlcSk' 



io8 Me M. DE LA Cour 

V à la cuifTe 3 la Rcy ne cfFray éç > 
poufla un cry douloureux , & Te 
iaiffa tomber évanouie entre les 
bras de fes Femmes > cet acci^ 
dent donna lieu à tout le mon* 
de de prédire la chute prochai- 

. ne de Valenzuela , dont cette 
aventure (embloit être un pré-» 
fage. 

Le tems étant venu de faire 
la Maifon du Roy, le Marquis 
eu ehoifit tous les Officiers : il 
fit le Duc d'Alburquerque 
Mayor-Dome Mayor > l'Ami-, 
rante de Caftille Cavalleriza 
Mayor , & le Duc de Médina-. 
Celi Sumiller de Corps^ C clt 
comme le Qrand Chambellan >. 
&celuy qui met laChemife au, 
Roy : &; ce nom qui' elt touc 
François , vient des Ducs de. 
Bourgogne , dont la Maifon 
4' Autriche dt f Héritière.. U 



ctonna de même les autres 
Charges. 

£c comme il y avoit beaucoup 
plus de precendans que de place 
à remplir , il s'artira encore dans 
cette rencontre un nombre con- 
£derable d'ennemis^qui ne pou- 
voient digérer de n'avoir rien :- 
de forte qu'ils ctoient bien 
moins dirpofezàluy pardonner 
ce qui les. regardoit direde- 
ment 9 que s'il n avoit été ques- 
tion que des interêtsde l'Etat* 

Ils fongerent alors plûsforte^ 
ment que jamais à Don Juan ,. 
ciperant qu'il viendroit les van-^ 
gerdcyalcnzucla,& ilstravaiU 
loient fecrettement à convainc 
cre le Roy de la. neceifîté qu il y 
avoit de rappdler ce Prince au-« 
prés de luy. 

LaUeyne étant informée de 
4ceqtti ictramoit contre Ton fer*^ 



M.O M E M. D E L A G U R 

vice rpai&it detrifles jours & 
de plus cri fies nuîcS) bien qu'elle 
eût de coûtinuelks conférences 
stvec le: Marquis* : mais, elle ne 
pouvoir penicr qu'oo le traite- 
xoit peut être au lE^indigjicment 
que l'on â voie traiicé leFéreNi-.* 
tard > fans fondre en larmes & 
fans en reâcntir une yer^table 
douleur y elle fçavodc que les- 
Grands s'aâembioient 5> qu'ils, 
parloient avec la derniereliber^ 
té du Gouvernement > que les- 
Vers & les> Pafquinades que Ton 
a voit eu l'infolence de Éairecou-: 
j?ir camre-ellc > trouvoicnt des»^ 
Auteurs qui ne les defavouoienu 
plus yii elle ctoit obligée de 
feindre de ne les point comaoî-^ 
ti'e>. parce qu'elle ne pouvoit pas. 
les punir. 

Valeniuela n^ctoit pas de foa 
$âté> iansdcs inquietudcsniaiir 



d'Espagne, m 

telles i Televacionde fa fortune 
ne fcrvoic qu'à luy faire voir dci 
précipices ouverts , dont il ap- 
prchendoic de ne fe pouvoir ga-^. 
rantir. 

Cependant > Don Juan qui 
étoit toûjoursàSarragoiles'ea^ 
Buyoit de Ton exil, quelque ho-* 
norable qu il parût i il fuffifoit 
qu'il ne fut pas volontaire vpouir 
luy faire de la peine, la Reync 
&luy étoient demeurez dans un 
éloignement mutuel Tun pour 
Fautre > & malgré la tranquil^ 
lité apparente de ce Prince , il 
ne laiilbit pas de travailler fous 
main avec fesamis , pour fe fairo 
déclarer Infant de Caftilk: ai^ 
moins, tout le monde enaparlé 
de cette manière* 

Il cil vray qu'il n'y pût réuf- 
firr mais on prétend qu'il n'en 
perdît pas abfolumcnc Tefpe^ 
rancc. 



ri2 MeM, ITE LA COUR.^ 

Quoy qu il en foit, il fit une 
fi forte brigue , par le moyen de 
plufieurs perfonnes confidera- 
blcs qui approchoient le Koy, 
que Ton ménagea fon recour 
auprès de luy , Se Tes amis luy 
écrivirent que le Roy le fouhai- 
toit i que tout étoit difposé pour 
le recevoir, & que le crédit de 
la Reync ne prévaudroit plus 
fur le fien* 

Ces bonnes nouvelles lobli- 
gèrent de quitter TArragon, & 
de fe rendre en diligence au 
Jâuen-Retiro en 1 6 77, 

Pour réùffir dans cette affaire^ 
on avoit fait comprendre au: 
5,Roy , qu'il nétoit pas leule-^ 
,, ment fous la tutelle de la Rey^ 
)>ne fa Mère , mais qu'il étoio 
j^auffi fous* celle de Valenzuela^ 
„ On luy dépeignit enfuice la: 
3>x«onu:ainte o\x l'on le. tenoic > 



d'E sp agne^ 113 

,>avec des couleurs fi vi ves,qu il 
„ proteftaqu il forcirait bicn-tôt 
„ de cette gelne : Et bien que la 
Reyne le gardoit à veuë dans 
l'apprehenfion qu'on ne luy 
donnât des mauvais confeils ^& 
qu il ne prît des mefures con- 
traires à Tes vc^ontez , il ne laifla 
pas de fe dérober une nuit du 
Palais , avec un feul Gentil- 
homme de la Chambre qui cou- 
choit dans la fienne^ &: il fut à 
pied caché dans fon Manteau 
jufquau Retiro , qui cil: afïèz 
loin. Il envoya de là un Ordre 
fur îe champ à la Reyne de ne 
point fortir du Palais. 

Ileft aisé de s'imaginer ce qu'- 
elle devint à des nouvelles fi fâ- 
chcufes, &refFetque ce revers 
pût faire fur une Princefle ac- 
coutumée à régner. 

Elle employa le relie de la nuit 



u 



1(4 Me M. D'E LA COUK 

à écrrre au Roy , pour le C€m\tim 
reravec les termes les pi-us cen* 
cires, de luy permettre de le voir 
& de Tentretenir; mais^il: le lu^ 
lefufa toujours. 

Dés que le £Loy fe fat rendu 
au Kctkoj coût le monde ayanr 
été iafotmà de fes* intentionsi 
courut le faliier & k retoimoî^ 
tre. Il n'y eue aiucun des Sei-- 
gneursde la Cour qui ne luy fit 
des prefens £ confiderables > 
qu'il yen avoitquiivaloienc ju£» 
qu'à cent mille écus>roit en ar-> 
gent > vaifTelle , tapiâeries » ou 
«amans, La joye étoit urnivei;^ 
felie dans Madrid > & deux rain- 
ions la caufoienc également : la 
première, ell l'amour extrême 
quelesEfpagnols ont pour leur 
Prince : l'autre > c'eit que la Rei- 
ne n'étoit poiiat aimée , &c que le 
Fcupic aamt pas encore ou- 



D*ESFAGN1. 115 

blié les parolles qu elle die une 
fois , ^mtlU ne fifêit fêim CM^ 
tente jmfqu'k ceqnelU Usenttom 
tednits a être vitm J^Efieroi ( c'eii: 
une efpjcce de natte de jonc fort 
grofle qui leur fert de oucelas & 
de lit. ) 

Le lendemain au ùàt de la re^ 
traite du R oy » on fit des Illumr«* 
nations par toutes les rues. 

Âuf&-tôt que Don Juan fut 
arrivé i il obligea le Koy d'éloi- 
gner la Reyne» On l'envoya i 
Tolède > avec ordre de n'en 

Eirnt partir. L'infortuné Va<% 
noLuela prie congé d'elle» avçç 
tous le& témoignages de recon^ 
noiâance & de douleur qu il 
pou voit luy donner dans un 
tems a court > & il (e retira par 
(ba ordre à l'ËfcuriaK 

Ainii > les afiàires ayant pris 
une noavdle ÎÀfiç > il n'y avoit 



U6 M K M.. D E L A C O 11 R, 

perfonnc qui ne fît fa cour à 
Don Juan 3 le Roy luy marquoic 

{)ar des carcflcs extraordinaires^ 
a joye qu'il avoit de le revoirs il 
luy commanda de prendre foin 
de toutes les Affaires j &: il s'ea 
rendit 11 abfolument le Maître, 
que fon autorité devint beau- 
coup plus grande que navoic 
été celle de la Reyne ai de Ces 
deux premiers Miniltrcs. 

Don Juan fouhaitoit d'avoir 
la perfonne de Valenzuela en 
fonpouvoir j il ne fçavoit oix il 
5'étoit retiré : mais ayant appris 
qu il le trouverait à TEfcurial , il 
en témoigna beaucoup de joye : 
c'elt une des Maifons dukoy, 
qui cil d'une fi grande étcnduci 
qu'en comprenant les Bâtimens, 
les Jardins , le Parc , & un Con* 
vent de R eligicux leronimites> 
qui cit contenu dans fon en* 



* 

d'Espaone; 117 

ceinte ; on tient qu elle a plu* 
fleurs lieues de tour ,& le louc 
cft fermé de murailles. 

Le Roy commanda à Don 
Antonio de Tolède , fils du Duc 
d*Albe , d'y aller, pour arrêter 
Valenzuela. Il partit auflî-tôc 
arec le Duc de Médina Sido« 
nia , le Marquis de Valparayfof 
Don Fernand de Tolède, plu- 
fieurs autres Seigneurs , 8c deux 
cens Chevaux. Le Marquis fc 
promenoit triftementdans la 
foreil voifine : mais ayant en* 
tendu le grand bruit que tout le 
monde faifoit, Screceu en mè-* 
me tems avis de ce qui fè pafToit, 
par un Courrier que quelques- 
uns de fes amis luy a voient en-> 
voyé à toute bride , il retourna 
promptement à TEfcurial , &: 
fut trouver le Prieur du Con- 
vent des IcroaimitC6>qui étoit 



v^' 



1.18 M E M, DE LA Cô U R 

un fort honétc faommc, & par- 
ticulicrcmcnt touche des mal- 
heurs de ce Favory, Illuydkeii 
peu de mots le danger où il 
étoit y & les ratfens qu'il avoicde 
eraindre pour fa vie s'iL^toic 
pris i il le prSi avec inftance de 
le mettre en qtidque endroit de 
ieuret^. 

Le Prieur fit auffi-tôt prati- 
quer une cache dans la Cellule 
d'iin Religieux, dont il ctoitafl 
fcuré 3 cette Cellule étoit toute 
lambrifsée i on en leva un des 
paneaux 5 on ménagea dans Té* 
paifleur du mur une cfpece de 
niche > où l'on mit des matelas > 
& Je pauvre Marquis s'y ren-* 
ferma. 

Comme l'on fçavoit qu'il s'é- 
tait retire dans le Convent , il 
n'y eut point d'endroit exempt 
delairecherckc4eDon Antonio 



b*EsPACKE. irj 

de ToledO) 6c de ceux qui Tac- 
çoropagnoienc : ils eurent m^nie 
il peu de refpeâ; pour les lieux 
les plus faims, qu'ils renveric- 
cent prefque tout daiu rEglife. 

Mais leur perqu^ioa devc« {, 
fioit inutile , & Doo Âmooio rre 
Içavoit à quoy fe rcibudre. Il 
¥oyoit qu'il ayoit déjà pafsé plu- 
sieurs jours fans trouver Valen^ 
zuela , & il commençoit à croire 
qu'il avoit eu fans doute les 
moyens de fe (àuver^lorfque le 
Marquis n'ayant prefque point i 
d'air dans le trou où îlëtoit , & 1 
£e fentant accablé de fes déplai- ) 
iirs , tomba fi dangereufemenc 
malade, xju'il n'y avoit plus d'ef- 
perance pour luy. Se trouvant 
dans une fi grande extrémité , il 
luyfembla qu'il n'avoit plus rien 
à ménager : de forte que le Père 
Prieur ay^nt tiré parollc du 



I20 Me M, delaCouk 

Chirurgien du Convcnt , qu il 
garderoit un fccret inviolable» 
il le mena au Marquis pour le 
làigner : mais un quart-d'heurc 
après , ce traître le décela à Don 
Antonio, qui entra dans le Con- 
ventjil fut dans la Cellule où 
étQitValénzuela^parçe que cha- 
que jour il recommençoit à fai* 
rechercher par tout. Don An- 
tonio fit ôter tout d'un coup le 
paneau qui couvroit leMarquis> 
il Tapperçût dormant, & qui pà- 
roifloit fort abbatu 3 il avoit des 
armes auprès de luy , ôc s'il eut 
été éveillé, il fe feroit aflfeuré- 
ment defFendu en homme de 
cœur : Car qu'avoit-il à ména- 
ger dans un état fi déplorable i 

On le conduifit au Château 
de Confuegra, qui eft du Grand 
Prieuré de Caltille de l'Ordre 
de Malte j Don Juan Tavoit 

voulu 



d'Espagne. m 

voiila de cette manière , parce 
«que ce Château dcpendoit de 
lu y. Valenzuelayfutdangereu- 
fement malade , & il difoit fans 
-ccfle à fes Gardes : lion Dieté^ tiy 
â-t^il foint quelque effetânct que 
lie meure bien- tôt ; devrai s -je v/- 
^inre encore après tant de mal- heurs. 

Des <\u\\ fut un peu mieux i 
on le transfera au Château de 
los PuntalesdeCadiZ)OÙ il de- 
meura dans une étroite prifonf 
il témoigna toujours beaucoup 
de fermeté dans la fuite de fes 
difg races. 

Hntin-, on fembarqua pour 
l'envoyer à Chilé aux Filippi- 
nes. Ce fontdesiflesà lextre- 
mité des Indes proche de la 
Chine j il faut un tcms très- 
confidcrable pour y aller, & l'on 
y mené ordinairement les cri- 
minels ^que l'on fait^travai lier à 
L Part. F 



Ul M E M. D E LA C O tt R 

tirer le vif-argcnc: ils n'y {bat 
pas deux ans fans mourir , ou 
tout au moins fansêcreaccaquez 
d'un tremblement gênerai dans 
tous leurs membres , qui les fait 
plus foufFrir que la mort même. 

On dit à Valenzuela avant 
fon départ > qu'on Tavoit dégra- 
dé de tous fcs honneurs , ÔC que 
le Royluy avoit ôcc toutes fcs 
£!harges,luy laiiTant Amplement 
fon nom. le vpy donc iien , dit-il 
froidement , 'que je fuis beaucouf 
flus mal- heureux que lorfque je 
n;ms à la Cour ^& que le Duc de l'In^ 
fantado me frit four fin Page. 

Il ne pût même fçavoir la dcf- 
tinée de la Reyne, ni ce que fa 
femme & fes enfans ëtoient de- 
venus. On avoit enfermé celle- 
cy avec eux à Talavera de la 
Reinadans un Couvent, ôcTon 
avoit défendu à TAbb^fTe de 



d'Espacne. 113 

î'en laiflcr fortir, ni parler à pcr- 
fonne. 

On raconte, que dans le rems 
qu'il cftoit fur le Port de Cadiz 
prêt à s'embarquer , une femme 
d'une grandeur extraordinaire 
fore bien habillée, & couverte 
de fa Mante, comme c'eil la mo- 
de enEfpagne ,fe gliflà parmy 
fcs Gardes jufqu'auprcs de luy : 
Prens courage , Valenz»»eU , luy . 
dit-elle, ton Ennemj mourrd^S' \ 
tfà Ytverras encore tEffàgne. 

Ceux qui l'entendirent parler i 
ainfi, la voulurent arrêter : mais \ 
elle trouva le moyen de fe fau- ^ 
ver , & l'on a vu en effet dans la 
fuite du tems , que Don Juan elt 
mort, ôc qu'une des premières 
grâces que laReine-Mere de- 
manda au Roy à fonjretour à 
Madrid, ce fut de faire revenir 
Vdenzuela: âe forte qu'on luy 

Fij 



fç^%ii4- Me M. DE LA CaxtA; 

■^ ^nvoyaun VaiiïcauauxFilippî- 
j^nes pour le ramener: mais il fe 
^>?V^ trouva néanmoins que d'Eguya 
^ Q , empêcha qu'il ne revint, quoy 
s ^TT? que la Reine le fouhaitât. 
^^ Le Pape ayant fçû ce qui s'c- 
toit pafsé , tant dans TEglife que 
dans le Convent , lorfque Ton 
prit Valenzuela à TEfcurial, ex- 
communia tous ceux qui y a- 
voient été : 4^ manière que tous 
ces Seigneurs furent obligez 
pour fe faire relever des Ceofu- 
res qu'ils avoient encourues, 
d aller la corde au col & en che- 
mife au Collège Impérial, où le 
Cardinal Mellini , qui pour lors 
étoit Nonce à Madrid , leur 
donna I à chacun des coups de 
difcipline. 

Tout^le Royaume témoigna' 
une fatisfadion extraordinaire 
de voir entrer Don Juan dans. le 



d'Espagne. 115 

Gouvernement , & Ton peut di- 
re auffi qu'il faifoit lefperancc 
de l'Efpagne. 

Comme il avoit beaucoup 
d'efprit > il ctoit naturel de croi- 
re, que les difFerentes occupa-^ 
tJons de fa vie , foit pendant la 
Paix >foit durant la Guerre, Ta- 
voient rendu capable de rep.ircr 
les mal-heurs de TEfat , fans 
compter que le Peuple Tavoit 
fbuhaitc avec cet empreflcment,* \^ 
qu'il a d'abord pour toutes les 
chofes qu'il fe croit utiles. Plu- 
sieurs d'entre les Grands a voient 
iïgné une efpece de Ligue pour 
fbn retouriils faifoient de cruel- 
les reflexions fur le Gouverne- 
ment pafsé , ils n'y trouvoient 
que de la foiblefTe & des brigues 
def-avantageufes au bien pu- 
blic. / 

Une Reine Allemande , un ' 

F iij 



ii6 Me M. DELA Cour 

Roy enfant, un Etranger Pre- 
mier Miniitre & ConfeiTeur ^ 
Valcnzuela devenu Favory & 
Miniitre , fans naiflànce & fans 
capacité, élevé tout d'un coup 
comme par un caprice de la for-- 
tune,& retombé dans Ton néant. 
Enfin ilsn'efperoientqu'enDon 
Juan, U il avoit été attendu avec 
mille impatiences : mais lorfqu'* 
il fut arrivé Oc qu on le vit de 
plus prés, il fembla que les gran- 
des Idcesqueronavoitconçcs 
de luy , s évanouirent comme 
un fonge. 

C'eit afl'cz la dcrtincc d'un 
premier Miniitre y le rang qu'il 
tient le livre à Icnvic de fes 
inférieurs , chacun de ceux qui 
ont travaillé pour luy , croient 
avoir travaillé pour un ingratj 
s'il manque à répandre fur eux 
toutes les grâces , ils luy font 



d'Espagne. 117: 

moins de quartier qu'à un au- 
tre 5 de la faveur à la haine pu- 
blique il n'y a qu'un pas. 

Cette règle qui elt prefque 
toujours générale, ne fe démen- 
tit point en la perfonne du 
Prince. 

On vit avec peine la dureté 
qu'il a voit fait paroître à l'égard 
delà Reine, n ayant pas même 
voulu entrer à Madrid qu'elle 
n'en fut fortie pour aller à To- 
lède. . 

Il ajouta à cette première dé- 
marche une afFedation dure à 
la choquer, jufques dans l'exa- 
men de fa conduite pafsée , dont 
les particularitez n'avoient au- 
cun rapport avec l'état prefent 
des affaires , & qui ne tendoit 
auin qu'à la def-honorer. 

Cette Princefle foufFroitavec 

une extrême douleur un traite^ 

F» • • • 



1x8 Mem.de LA Cour 

ment (i indigne de Ion rang, & 
fiofFençant pour rarcpiitation,^ 
Toutes les voyes de s'en rçilcn- 
tirluy étoient fermées 5 ainiî fa 
patience & fa vertu avoient de- 
quoy s'exercer. 

Mais les perfonnes de Qiialité 
quiluy ctoient encore atta- 
chées, foit par affection, ou par 
rcconnoiflance , ne pouvoient 
voir fans beaucoup de peine 
loppreffion où elle etoit. 

On en parla avec chaleur, & 
Ton faiioit courre le bruit qu'- 
encore que Don Juan ne fut pas 
Prince légitime, ilfcflatoit de fc 
rendre un jour le Maître de la 
Monarchie. , 

Bien des gens foûtenoicnt 
le contraire , alléguant qu'il n'a- 
voit jamais eu ce deflèin 5 & que 
s'il avoit été capable de le con- 
cevoir, ilauroic pu le faire rcùf- 



b'Espagne. 115^ 

lîr par le grand nombre de fcs 
,Partifans , & par le pouvoir dont 
il jouiflbit 5 que le Roy n'étoic 
âgé que de quinze ans, & que 
Texpericnce & la force luy man- 
quoient également. 

Ce qui donna lieu au foupçon, 
c'ell qu'il établit chez luy des 
iiou veautez, qui n'a voient point 
encore été pratiquées par aucun 
autre Miniltre. Une de celles 
qjui firent le plus d'éclat , fut lors 
qu'il ne voulut pas donner dans 
faChambre d'Audience,la main 
ni le Siège aux Ambaflàdeurss 
ils en curent d'abord de la pei- 
ne.-mais enfîn,leNonce & les au- 
tres Miniftres Etrangers fubiret 
cette regle,& le virent fans diffi. 
culte. Les créatures delà Reine 
firent là-dcflusplus debruitque 
les Ambaflàdcurs même que la 
cJiofe rcgardoit j 8c foit qu'ils ea 

E V 



13oMem. delaCour 

parlaflent avec trop de liberté, 
ou fculcmct que Don Juan foup- 
çonnât leurs fentimens,, il y en 
eut pluficursci cxilez,& encr au^ 
très TAmirante de Caitille , le 
Duc d'Oflbne , le Prince de Stil- 
lano , le Marquis de Manfera, le 
Comte d'Humanez, le Comic 
d*Aquilar>& leMarquisdeMon- 
dejar. On accufoit ce dernier 
d'avoir fait les Vers fuivans : 
inaisonfe.mcpritàrAuteur,car 
ils font de TAmirante, lequel a 
beaucoup d'efprit^ 

Vn frdjlej una Côfona 
Vn Duquej un Céirtelifis.- 
jin duhteron en U Itfia 
De U belU Céirderona 
Bttjloj a/^uno bUjona 
Que de quant os han entrai a 
hn la dan^a ha a'veriguado 
Qujen Uevo el fre^ del bajle r 
J'erojo at^ngome al frajle , 
1[ ^uiero prder Mlado , 



D*ESP AGNE, 131 



VoicY les mêmes Vers en 
François , il ell vray qu'ils 
n'ont pas tant de force qu'en 
Efpagnol. . 



La belle Aâricc Calderone 

Mit au nombre nie Tes galants 

Bien plus d'une forte de gfns 

£c plus d'une téce à Courone : 

Roys & Moynes, Ducs Ôc Farceurs, 

Avec elle ont joiié leur rôle , 

£c ce que j'y trouve de drôle. 

Et ce qu'ont dit de bons auteurs, 
C'eft qu'elle fçût prouver , plus heerejfe que ù^c , 

<^i dans c« grand nombre d'AÛcurs 

A voit mieux fait fon pcrfonnag; i 
Qu^nt à moy fans f^avoir ni poirquoi , ni comme;it» 
le gage poir le Mo/ne, dç gage doublecncac. 



I3X Mem. i>£laCour 

J>e témfmtéi CêmfrM^U 
frûc dfû um bijûféHéd 
T toco éU méu fnnciféU 
\ji femp9» de U o^a fU. 
Clétro efiÀ a^sH Us dieréi 
Zo ^ue quifiejle/iâ Mndrt 
UtrQ no hdura à ^mien ne quddre 
Vna réizjin t^ue fi tffrece : 
h/lirefi ^uten farece 
Port^ a^mel J^r^ fr Péidre. 

Sole ùene una Sendl 
Z)< nuejirc Rey Soberétno , 
Que en nada fone U mdna 
Hue n9 lejuceda^ mal, 
jl cà ferdiOk a Portugal ^ 
Zn las Dunéss fu ^roganàa 
Dêo tantos triunfos à TrAncta,. 
Que es cofa de admiracion 
Que ddr teinta ferdictùn 
tn un hijQ de gAttancia t 

Mande fues fiarlos fecunde 
^er Ji U hwvo fin recela 
tl Rey ^ue 'vtve en el CielO' 
De unà muger del mundo i 
£n mifieriù tan frofundo. 
Sûlû fuedà defirjo 
Que for/ujo le )ufg9 
hàas fi cêhSodo es efirMne- 
^ojea el fnmer emg^Hê' 
4/ire Mtfefndtaè^ 



d'Espagne. 133 

De cc:rc Czinsc Cjofrïric 

11 viac un BnCaot bien-beareuz , 
%,'. comme de raSToo as principal i'emr'eiJX 

Echu: de pi>eT l'oeuvre pie: 

Par mille difcoars fuperfiis 

La Dame â Ces Amans f^ùz dé%n€n l'affusie , 

Mais d'en croire à nos yeux nous (bmmesreibln* 
Qdî doace qie l'£ nUm. n'aie cduy-la pour Pezc , 

Auquel il leilaDbir le fkn. 



De nôtre glorirai Monarque 
le ne loy trouve enfin que cetce feule marqoe : 
C'eft qu'auili bien que iuf par on Deftin facal 
Tout ce qu'il entreprend hif réiiific oes-nuK 
On le voie d'un côx^ perdre, le Portug^ , 
£c de l'auoe i Danquerque on vit ton arrogance 
Ponner une davantage & de gloire à la France , 

A nous tant de maavais fiiccez : 

<^ l'aventure eft peu commune 
De poofler le mal-beur lufqu'i de tels excez^ 

Quand on eft £n£ant de Csctooe. 



^e Charles en voyraa Ciel , & (ans ancre façoa 

Qie le Kay défunt lu/ réponde 
Si Don luan eft Ton Fils , U s'il l'eut fans CcMf^ont. 

De la femme de to'JC le mo.ode. 
Sur un pareil m/ftere on eft fort retenu 
Le reftc du fecrct eft couvert d'une lape : 
Si Philippe après tout , t'étotc mépris au choix» 

Scrotr«ce la première fois 

Qu'il auroic été pris pour 4ope ? 



d'Es paon £• 13 J. 

PAr fa conduite li e(l vilîble 

Qmc du Sceptre il veut s'emparer: 
Aux gtiis nais comme lu^ ce crime e(l impotTible» 
£c s'il connoît fa Mère y peuc-il afpirer ? 
Il e(l 'bien vra/ qu'Henry « fut de même nai(tance-9 

Mais chacun fçaic aulli 

Quje bien que jufqu'â ce iour-c/ 

L'Ëfpagne^idmire fa vaillance; 
Pour un Koy légitime elle a tant de confiance» 

Qi'etle regrette encor , rare fidélité • 

Pierre b malgré fa cruauté. 

a Mnry lé 'Bâtérd 7(oy dt CéifUU, 
h Utrr» U Crut!, l{oy de CaJl'Ult , di'pOuiUi féf 
HêHrjilt'Birûrdtnii66,^ 1^67, 



Grand Royt*étonne».tuquc ton Peuple foûpire 
Sous le terrible poids dont il eft accablé i 
le prétexte du bruit, puifqu*il faut te le dite» 
Eft tout autre qu'H n'a femblé 
Dans l'excez du mal qui nous touche 1 
Koftre refpeâ pour toy ne fe peut démentir , 
St. ce a*e(l au'un foâpir qui fait de nôtre bouche , 
Qujp la douleur étou£fe en le faifanc forttr.. 



13^ Mem; D £ LA CdUK 

Don Juan trouva ces Vers fur 
fa -coillecce Se en plufieurs ait* 
très endroits de Iz Chambre > 
il en eut plus de chagrin qu'il 
ne le de voit , car enfin il ne pou- 
voit pas efperer d^être égale- 
ment agréable à tout le monde. 
Ce chagrin luy ayant aigry Tef- 
prit, il remarqua que la con- 
verfation du Comte de Mon^ 
terey di vertiflbit le Koy 3 il n en 
falût pas davantage pour le 
luy rendre fufpcfk ; & bien que 
ce Seigneur le fut misa latête 
du parti que fonavoit fait pour 
le retour du Prince, il oublia ce 
bon office, & un certain fcnti- 
nient de jaloude dont on n'ell 
pas toujours le maître, Tobligca 
de renvoyer commander en Ca* 
taloirnc. 

11 icxila enluitc» &: Ht même 
commencer Ion piocc^ lur Tof- 



d'Espagne. 137 

faire de Puïcerda. Ainfî il fc 
vie éloigné touc d'un coup de 
la Cour dans le cems ou il fe 
flattoit d'être le mieux auprès 
du Roy & du Princes mais le 
Monarque écoit jeune, ilavoic 
eu peu déducacion , il man- 
quoic d'expérience > & lors 
qu'un Minière ne regarde les 
chofes que par raporc à luy-mê- 
me> il ne veut pas donner des 
lumières qui lerviroienc avec 
le tems à faire découvrir fà con- 
duite. Don Juan connoiiToic 
toute la force de cette Maxi- 
me y il ié gardoit bien d'éclair^ 
cir le Roy fur les afiFaires de 
l'Etat : au contraire , pour luy 
être toujours utile, il ne le for- 
moit point dans l'Art de ré- 
gner y il fe contentoit de luy 
fournir des petits amufemens, 
qui emrctenoicnc fa Jeunefle' 



138 Me M. DE LA GOUR. 

dans une oifivecépcrillcufc,at 
il ne permcttoitpas qu'il (brtit 
une feule fois duPalais fajgis iuy>,. 
\ Le Peuple , qui n'efl fcnfi- 
\ ble aux évenemens qu'aucanc 
j qu'il en rcflcnt le contrecoup» 
' auroit regarde d'un œil indif<^ 
férent l'exil des Seigneurs, & la 
captivité du Souverain , s'il n'a- 
voit point foufFert d'ailleurs: 
Mais la chereté des vivres qui. 
augmenta > la Juitice qui n'é- 
toit pas rétablie , 6: les Finan- 
ces qui étoient mal adminif^ 
trées & dans un defordre ex- 
trême, firent reflentir à chaque 
particulier, que le changement 
de Maître n'étoit pas toujours 
un bien : & comme on paûe ai- 
fément d'une extrémité à une 
autre, & que les juiles bornes 
dans lefquclles on doit renfer* 
mer fes intérêts , font connues 






d'E s p a g k é. 15^ 

de peu de pcrfonnes , Ton en \^ 
vint à regreter la Régence , & 
à témoigner un chagrin qui au* 
ix>ic écéjui'ques àremportement, 
fans que la colère du Peuple en 
Efpaene i cil ipoxir l'ordinaire 
impuilTante. Ce n'eit pas dans 
ces feujs rencontres que la flér* 
té aparence de cette Nation > 
fe dément : il cil vray aufFi que 
le Peuple fe contcntoit de mur- 
murer) fi£ que s'il yavoicqueU 
auc chofe à craindre , c'étoic 
du côté des Grands, qui mal- 
gré leur exil , avoient encore 
à la Cour des Parens & des A- 
mis: ccux-cy étant touchez de 
voir leurs proches éloignez , cô- 
mencerent à fe lier fecrétemenc 
de mêmes intérêts; ils confère-* 
renc fouvent enfemblcj ils al- 
lèrent jufqucs à faire dire à la 
Reyneque Ton fouhaitoit paf- 



»4o Me M. DE LA Cour 

iîonnément fon retour 5 qu'il 
falloir qu clic agit de fon cô- 
té pendant qu'ils «agiroient du 
leur: & en effet, ils prirent 
leur tems pour parler au Roy. 

Ils luy rirent voir qu'il ctoit 
dans une dépendance honteu- 
fe, & ils fortifièrent les difpofi-. 
tions naturelles qu'il avoitpouri 
gouverner luy-niême fon Etat. 

Il goûta aflèzles ouvertures 
qu'on luy fit , &: la Reyne re- 
çût avec plaifir les avis qu'on. 
luy donnoit : mais il ne fuffifoic 

{)as de vouloir, ilfalloit agir; 
e Roy étoit bien jeune,il falloir 
TaiderSc chacun laiffoit ce foinà 
un autre. Les divertiflemens de 
la Cour, & la parefTe naturelle 
aux Efpagnols , étoicnt caufc 
qu'on avançoit fî lentement i 
que Don Juan avoit tout loifir 
de détruire en un jour, ce que 



d'Espagne. 141 
Ton ne faifoit qu'en plufieurs 
fcniaincs. LaReynede fon cô- 
té écoic dans un exil qui Ja 
tcnoit comme lice, parce qu'el- 
le ne pouvoir guère agir fans 
être découverte 5 elle apprc- 
hendoit même de trouver des 
Traîtres dans le nombre de fes 
Serviteurs , & de s'attirer de 
nouvelles difgraces en voulant 
fbrtir de celles où elle étoit > le 
pafle l'inllruifoit en quelque 
manière de ce qu'elle dévoie 
craindre de l'avenir. 

Elleeil naturellement un peu 
lente , & après de longues re- 
flexions, il luy fembloit qu'elle 
ne devoit pas hazarder des dé- 
marches, d'où dépendoit le réf. 
tedefon repos. 

Don Juan de fon côte nelaif-r 
(bit pas d'être dans une conti* 
nueile inquiétude i il a voit tant 



142^ M EU. p E X A C O U K 

d'E (pions, qu'il étoic.plus inf- 
truie qu'il ne Tauroit voulu , des 
chofcs qui fc paflbienc contre 
Juy. Malgré le pouvoir , dont 
il étoic revêtu , il nelaifibit pas 
de craindre les efFccs de Ta ver- 
fîon que Ion commençoit dé 
faire éclater contre luy. 

^l étoit comme refponfable 
de tous les bons & de tous les 
mauvais fuccez de l'Etat 5 le 
poids d'une fi grande Monar- 
chie luy devenoit pefant. Il 
regretoit quelquefois la tran- 
quillité dont il avoit joùy en 
Flandres & en Arragon 5 en>. 
fin fon cfprit n'étoit pas dans 
une affiette naturelle, & l'on 
peut dire qu'il achetoit bien 
cher le plaifir de joiier un grand 
rôle fur le Théâtre duMonde, 

La Guerre s'étant allumée 
en 1671, entre la France & kt 



d'Espagne. f45 

,Hollâdc,clleintereffa plufieurs 
Souverains, Icfqucls y prirent 
parcy félon leurs inclinations, 
ou félon les engagemens qu'ils 
avoicnt avec les Puiûances qui 
^giiïoient î chacune fe don noie 
beaucoup de mouvement j l'Ef- 
pagne infcparablc des interccs 
de l'Empereur n'cpargnoit ^i 
fon argent , ni Cis Forces ea 
cette occafîoni lorfqueles HoU 
iandois firent les premiers la 
Paix avec la France en 1678. 
l'Empereurôcquelques^unsdes 
Princes de l'Empire , fui virent 
leur Exemple 5 l'Efpagne nç 
put fedeâPendre de les imiter. 
Le Roy de Danemarc & l Ele- 
âeur de Brandebourg , qui 
avoient encore les armes à \% 
main, les quittèrent auffi 5 la 
paix fe traitai Nimegue, Se 
rendit Ciifin le repos à toute 
i'Europe. 



144 Me M, DE LA Cour 

Cependant, le Roy d'Elpa- 
gne avoit été fur ic pomt de 
le marier avccrArchiduchcflfe 
.fille de TEmpercuriles chofcs 
a voient été tellement avan- 
cées, que Ion avoit réglé ïcê 
Articles & figné le Contrat. 
Cet Himen étoit louvrage de 
la Reyne j elle en fouhaitoit 
i accompliflcment avecpaffion: 
mais Don Juan, à ronretour^ 
rompit cette affaire , ne vou- 
lant pas fortifier le party de 
fon ennemie, qui Tauroit fans 
doute été par cette jeune Priii- 
ceffe de même nom, de même 
païs qu'elle, fa petite Fille & fa 
Nièce 5 il en craignit trop les 
fuites pour y donner les mains. 
La fanté du Roy qui com- 
mençoità s'affermir dans fa rj. 
année, promettoit des Succef- 
icurs à la Couronne. Le jeune 

Monar- 



D*EsPAONE. 145 

«Monarque fouhakoic d'être 
iTiarié 5 il confideroit que de 
la Maifon d'Auftrichc, il ctoit 
le feul qui ctoit de la bran- 
che Efpagnollc , & que tout 
ion Royaume avoit un égal 
intérêt à luy voir des enfans. 
Les circoniiances de la FaiX) 
qui venoit d'être conclue à 
Nimegue > luy firent jetter les 
yeux fur Mademoirelle> tille 
ainée de Monfieur> Frère uni^ 
que du Roy. Elle ctoit preC- 

Îue de (on âge, aimable, bien 
aite, douce , fprituellc 5 tou- 
tes les inclinations étoient no- 
bles & vertueufes, le Roy prie 
pour elle un actachemcnt tres^ 
fort, & fi extraordinaire par 
rapport à ton humeur, que tous 
fesCourtiianscn étoicntfurpris. 
Il avoit vu quelques-uns des 
Portraits de cette I rinccflc 5 
Liait. G 



ï4(îMeM, DELA COUK 

plufieurs Seigneurs EfpagnoIs> 
qui a voient pallc à la Cour de 
France, luy a voient parlé d'el- 
le comme d'une merveille 5 des 
témoignages û avantageux le 
touchèrent fcnfîblement-.il ne 
dormoit plus , il portoit fon Por- 
trait fur Ion coeur, &faifoitde 
longues Con ver fat ions avec luy 
comme s'il eût pu l'entendre. Ex 
ce qui elt encore vray , c'efl: 
qu'auparavant qu'il fût amou* 
reux , il ne pouvoir foujBFrir 
qu'aucune femme l'abordât j 
mais ces difpofîtions change* 
xent bien là-defTus , & il ne les 
regardoit plus avec averfîoq. 

Tout le monde fût ravy que 
le Roy fouhaitât d'épouferMa- 
demoifelb. La Mémoire de la 
RcineElizabeth deFrance,prc- 
miere Femme de Philippe IV. 
cil demeurée il ayant dans le 



d'Espagne. 147 

cœurs de tous les Efpagnols, 
qu'ils dcfîroicnt d'en voir une 
de même Sang furie Trône. 

Don Juan entra dans Tincli-* 
nation du Roy , & dans celle 
de tout 4e monde en faveur de 
cette Princcfle 5 il envoya or- 
dre en Flandre au Marquis de 
los Balbazez , lequel arrivoic 
de Nimégue, où H avoit ailii^ 
té au Traite de Paix , d'aller 
demander Mademoifelle pour 
le Roy fon Maître. 

L'on fut furprisquecePrin* 
ce eût donné les mains à cette 
affaire. La Politique vouloit 
qu'il éloignât un Mariage^ 
qui donnant une Femme au 
Roy, donneroit peut-être une 
Ennemie au Favory. 

On en revenoit encore aux 
premières idées de l'ambition 
aont il étoit fupconné ; & c'é* 

Gij 



;ï4'8 Mem.de la 'Cou II 

toit abandonner tout-à-fait le 
dcilcin de fe faire déclarer In- 
fant, pour régner après le R.oy 
en cas qu'il n'eût point d'En^- 
£ans. Bien des gens précen« 
dent auiG , que malgré Ja 
démarche publique qu'il vç- 
Boit de faire, ii n'avoit qu'une 
médiocre envie de voir réûflîr 
le Mariage. Ils alleguoient pour 
raifon,qu'îl auroit dû préve- 
nir une ÂmbafTade fî éclatan- 
te, par des démarches fecreites 
qui enflent aflurc abfolument 
le fucccz de la Négociation -, 
avant que de l'entreprendrcî 
mais que dans le fonds , mal- 
gré tout ce qu'il difoit,&:ce qu'il 
faifoitiil ne le fouhartoit pa^i 
qu'il appréhendoit qu'uneRci- 
-ne Françoifc, appuyée de l'au^ 
torité du plus grand Roy du 
aïondc > n'apportât pas un cf«^ 



i>'E s PAGN b; 149 

prît afTczfbùmis pour luy; qu'il 
étoit le Maître, & qu'il ne de- 
yicndroic dans la fuice tout au 
. plus que le Compagnon : jes au-^ 
très difoientau contraire , qu'il 
étoit en .état de fc faire unmé- 
rice auprès de Mademoifeile, 
d'avoir rompu le Mariage de 
rArchiduche{Ic>& d'avoir fait 
tomber fur elle la préférence. 
Ces différentes confidératijns 
embarraiîbientDon Jqanàtel 
point , qui! ne fçavoit à quoy 
fc déterminer j & même dans 
letems que ie Marquis de los 
Balbazez demandoit la Prin« 
ccffc en France, il faifoit voir 
adroitement au Roy à Madrid 
le Portrait de l'Infante de Por- 
tugal , dont la beauté eit très- 
parfàitei il luy vantoit fes cha^r- 
mes 5 & ne fçachant pas enco- 

' re que ion Mariage étoit arre- 

y-> • • • 

Giij 



150 Mem. delaCouic 

té avec le Duc de Savoyc , il ik 
propofer fous main de la donner 
au Roy: mais il ctoittrop tou- 
chéjpour fc réfoudre à changer. 
La demande que fît Balbazéz 
fut agréable au Roy tres-Chrc- 
tien 3 & Don Juan , qui en re- 
lent Tavis , ne douta point du 
luccés 5 il chercha pour lors à 
jfe prévaloir des difpofitions fa- 
vorablcs de la Cour de France, 
foit en prenant Tes avantages, 
ou bien en les demandant fi 
grands, qu'on put le rcfufer, & 
rompre là - defliis. En effet , il 
prétendit que MademoifelIc> 
n étant pas Fille du Roy , 1 on 
devoit par cette raifon du cô^ 
lé de la Cour entrer dans des 
confidérations particulières j &c 
rendre à l'ETpagne quelques- 
unes des Places qui étoient ref^ 
tées à la France par le dernier 



d'Espagne. 151 

Traité de Nimcguc. 

Il tint pour cela un Confeil, 
où il voulut infînucr ibn fenti- 
menti mais il ne trouva pas les 
cfprits difpofez à l'en croire. 
Chacun dit que Ton ne dévoie 
avoir en veuë que la fatisfattion 
du Roy > que Ton ctoic aflez 
heureux de luy trouver untf 
Princeflc bien faite , & capa- 
ble de leur donner un Souve- 
rain 5 qu'il ne devoit pas tra- 
vailler à détruire une chofe que 
tout le monde fouhaitoit avec 
cant de pafTion. 

La Reyne qui étoit toujours 
i Tolède dans une grande fo- 
litude , & que l'on ne confuK 
toit fur rien , écri vit au Roy 
ou elle avoit appris qu'il vouloir 
fe marier, & que tout s'y dif- 
pofoit> qu'elle luy conleilloit 
en attendant que cette aliaire 

G inj 



151 Me M. DE LA Cous. 

fe fît , d'aller en Arragon & en 
Catalogne , confirmer les an- 
ciens Privilèges de ces Peu-» 
pies i le Roy liiy manda fimple-t 
ment qu'il le feroit, fans s'ex- 
pliquer pins ouvertement fur 
fbn Mariage. 

,. Cependant, des le 24. de Jan- 
vier 1675?. le Roy avoit nom-^ 
me ceux qui dévoient rempli r 
les Charges de la Maifon de la 
nouvelle Reine. La Ducheflc 

,, Terranova,fut nommée Cama- 
rera Major, qui veut dire Pre- 
mière Dame d'honneuri & mê- 
me le pouvoir en eft plus étendu 
que ccliiy de Dame d'honneur i 
car elle eft auffi Maîcrelîe de 
toutes lesFemmes qui fervent la 
Reyne dans le Palais, hlleelt 
veuve du Duc de Terranova de 
laMaîibndei''i;î:naccili &:Graad 
d'Llpagnc i elle a hérité des 



d'EsP AGNI. 15} 

grands biens de Fernand Cor- ^-^ 
tCL y fa Mère portoic le nom 
de ce fameux Capitaine y qui 
luy a laifle un petit Royaume 
dansles Indes Occidentales; & 
il auroit pu luy ea laifler mê- 
me un plus conHdérable dans 
cette partie du monde > où ii fie 
tant de progrez. . 

Elle eii defcenduë d'une 
branche de la Maifon d'Ârra- 
gon y qui s'établit en Sicile il 
y a long-tems : Elle ell puif^ 
lamment riche, Ton humeur eft 
fiére & impericufe avec les 
perfonnes qui font au deilus 
d'elle , infupportable avec fes 
égales , douce & bonne avec 
fes inférieures 1 elle a de YeÇ- 
prjt , de la fermeté >. & de la 
pénétration 5 elle cU froide & 
îericufe , gardant la gravité 
Eipagnolle ians faire un pas 

G V 



( 



154 Mem. delaG aiT r. 
ni une démarche qui ne foit 
compaffée j elle parle peu > & 
dit un ^ le le veux , ou Je ne le 
veux pas i à faire trembler. 

C'eft une femme maigre & 
pâle 3 elle a le vifage long &: 
ride , les yeux petits & rudes ,. 
& clleell une fort dangereufe^ 
ennemie. Don Carlos d'Arra- 
gon fon Coufin Germain, fùc 
aflaffinépar des Bandits quelle: 
fit venir exprés de Valence, 
parce qu'il luy demandoit la 
reltitucion duDuché deTerra- 
Nova qui luy appartenoit > & 
dont elle joûiflbit. 

L'Eclat que cette affaire fit 
dans le monde , l'obligea de fc 
retirer en Arragon > où Don 
Juan ctoit pour lors aflez en- 
nuyé de fes malheurs. 

Et comme ils croyoientrun & 
l^kutre avoir lieu de fc plaior 



d'Espagne. 15^ 

dre de leur forcune> il fe fie une 
certaine liaifon encre-eux , qui 
fe fait d'ordinaire volontiers 
entre des gens qui fouârenc 
de leur £ltat i éi dans les 
converfations qu'ils eurent cn- 
femble , le Prince pénétra une 
partie de l'humeur de la Dit- 
cheilè i il connut fon ambition : 
mais comme les mauvailes qua* 
litcz de Ton efprit étoient pa- 
rées de tous les dehors rai- 
tueux d'une dévotion apparen- 
te, il ne comprit pas qu'elle 
fut auilî maline qu'elle l'ctoit. 
Il jetta donc les yeux fur elle 
pour en faire la Camarera Ma- 
jor delà jeune Reine. 

Le Marquis d'Aflorgas fut 

nommé eii même tem s Grand 

.Maître de fa Maifon. Don 

}uan avoit df abord eu quelque 

dcâcia de4onner cette Char-* 

G vj 



ï5«Mem. de laCour 

ge àDon Vinccntc-Gonzaga de 
laMaifon dcMancouci &pour 
la venir remplir, il luy fît quit- 
ter la Vicc-Royautc de Sicile, 
que celuy-cy laifla volontiers 
pour la Place qu on luy pro- 
pofoit : mais Ton cfperance Ce 
trouva décheuëicarleMarquis 
d'Altorgas, qui avoit rapporté 
des fommes immences de fa 
Vice-lioyauté de Naples , en 
ayant fait offre à Dom Juan > 
ui apparammcnt en avoit be- 
bin, puifqu il accepta cette of- 
fre, fc fît préférer àDon Vin- 
ccnte , lequel entra dans le 
Confeil d'État, oùtres-afTurc- 
ment fa capacité ne demeura 
pas inutile. 

Bien que le Duc Dofïbnefat 
encore exile , Don Juan ne 
laifTa pas de le faire nommer 
Grand Ecuycr de la Reyne. 



î 



D*E STAGNE. 157 

lî ncluy fit donner cette Char- 
ge, que pour lu y ôter celle de 
Prefidenc desOrdres>où fa con- 
duite ne luy étoic point agréa- 
ble 5 il aâèdoic même de cer-* 
uins airs de dévotion, qui ne 
laiilbient pas d'être incommo- 
des, parce qu'il y entroit trop de 
bigoteriei&c'étoic fi bien bigo* 
terie, que le bon Duc fit atta- 
quer un (bir dans la rue le Com- 
te d'Humanez, par des hom- . 
mes de Valence, qui ne vien- j 
nent guère à Madrid que pour ^ 
commettre des ailaffinats , & 
d'autres crimes de cette natu- 
re. Le fujet de la querelle en- 
tre le Duc & le Comte , vint 
de ce que le premier êtoit fore 
amoureux d'une Damcjauprés 
de qui il avoir découvert que 
le Comte étoit plus heureux 
qncluy. Cependant ^ le Comte 



t^2 Me M. BE LA Couii 

êchapa ce danger. Cette affaire 
fît grand bruit 5 Don Juan> qui 
avoit quelque fujet particulier 
de fe plaindre du Duc profita 
de cette conjondure pour Tc- 
loigner de la Cour 5 mais dans 
la luite il luy procura un Pof- 
te fî confîdcrable pour s acqué- 
rir un homme d'une telle im* 
portance, outre Tinierêt qu'il 
avoit, que les premières Char- 
ges de ta Malfon de la Reyne 
fc trouvaient remplies par des 
perfonncs qui fuITcnt à fa dé- 
votion, pour prcvei^ir de bon- 
ne heure refprit de cette jeune 
PrincelTc en ià faveur. Les au- 
tres Officiers de fa Maiibn fu- 
rent aufli nommez au commen- 
cement du mois de Mars. 

On taxa dans ce même tems le 
Marquis deManfera,Mayordo- 
me delaKcy ne Mqre^àrent n^^e 



dT s PAGNE. 155 

éciis, qu'il paya fur le champ. 
Le Roy punie ainfi quelque- 
fois les fautes que les Grands 
commeccent contre luy. Auffi- 
tôc on l'envoya en exil au CM- 
i;eau de Cocchia> & l'on donna 
fa Charge au Comte deChin- 
chon. Mais la Reine irritée» 
déclara qu'elle ne le fouffriroit 
jamais , & qi^ ce n'étoit pas 
d'une manière fi indigne que 
Ton dévoie traiter la veuve de 
Philippe IV. & la Mère de 
Chaiies Second. De fone que 
l'on ne paâa pas plus. avant 
dan$ cette affaire. 

Il en arriva une autre peu 
après > qui fit aûez d'éclat. Don 
Francifco de Toledo, Second 
fils da Duc d'Âlbe , le Comte 
de Mirandc Grand d'Efpagne > 
Le Marquis de Valero Fils du 
Duc de Bejar> & le Fils aîné 



Hà Mem; d e la Cour 

du Duc de Sefla, firent fauyei^ 
un homme accufé de grands 
crimes. Voicy .comme ils s'y 
prirent 3 Ils envoyèrent une 
femme chargée de PoiiTon afiez 
proche de la Prifon 5 en ce lieu 
elle le. vendoit à fî bon marché» 
qu'un Homme apollé l'ayant 
dit au GeoJier & au5C^ Guiche- 
tiers > \h allèrent auifî chercher 
du Poiilbn 5 la. femme leur fit 
exprés des contes . pour les amu- 
fer;&clley rcùffit,pcndantquc 
les Seigneurs que je. viens de 
nommer, enfonçoient les por- 
tes de la PriCon. 

Le Roy les fit tous arrêter: 
mais cette affaire, non plus quc^ 
laplupart de celles qui arrivent 
à Madrid, n'eût point de mau- 
vaifc fuite pour eux. 

Cependant , le Roy faifoit 
accommoder avec le dernier 



d'Espagnï. i6ï 

«mprcflcmcnc le quartier de 
la jeune Reyne dans le Palais: 
il dévoie aller à Ton ordinaire 
le mois d'Avril à Aranjucs f 
Don Juan Ten empêcha > par- 
ce que ce lieu ctoic trop pro- 
che de Tolède , & le Roy fut 
au Buen-Retiro. La Reyqc 
Mère lu y écrivit- là, pour qu'il 
voulut bien la voir 5 & quoy 
qu'elle l'eu prcflat avec beau- 
coup de tendrefle & d'inftan^ 
ce, elle ne le piit obcenir. 

Il écoit tous les jours à la 
Comédie & à la ChalTe , au 
Pardo , & à la Zarzuela , qui 
font deux de Tes Mai Ions de 
Plaif.iace. Ou joiia devant 
luy rOpcrad'AIcincqui coiU 
toit aflc^, d'argent , Ôl qui fut 
pitoyablement exécuté. 

Il y eut aujîi une Fefte de 
Taureauxjou deux jeunes Cai> 



if% MEM.D £ L A Cour 

yaliers périrent très- malhcu» 
reufemcnt.. Les jours fuivans». 
on fît des Cources de Ga- 
gnas. 

Le Prince de Ligne arriva 
en ce temps4à > &. peu de 
jours après avoir £aliié le Roy*, 
il prit place dans le- Conieil 
d'Etat. Le Père François de 
RéluxDominiquain» vint aufii 
de Salamanque , où il enfeio 
gnoit la Théologie > Don Juaa 
Tavoit choifi pour élire Con» 
fcflèur du Roy. LeDiicd'Albe 
s'écoit rendu Caution de Tes 
difpofitions, pour fuivre les 
volontez de Don Juan , qui 
Tavoit accepté fur fa parole. 
On vit dans le même te'ms le 
Cardinal Portacarero Arche- 
vêque de Tolède, de retour de 
Rome. La Cour dcvenoit fort 
grofle à Madrid, 



d'Espagne. 163 

Le Roy de France avoic 
nommé le zo. de Janvier le 
Marquis de Vilars à TAmbaC- 
fade dTfpagne 5 il étoit poux 
lors en la même fondion en 
Savoye. Il écoic connu à la 
Cour d'£rpagne> parce qu'il 
y avoit été en 1(^73. en qua- 
lité d'Ambaâadeur j il arriva 
à Madrid le 17. Juin 5 & 
ceux qui étoient informez des 
diipoiitions de Don Juan> dou« 
terent qu il eut à la Cour tous 
les agrémens qu'il pouyoitrai- 
ibnnablement s'y promettre. 
On comprenoit afiez que la 
fierté iiaturelle de Don Juan,ne 
s'accommoderoit point des in^ 
llruâbns de ceMiniftre rqu'il 
n'iroit pas chez ce Prince à 
moins d'eflrc afluré des Hon- 
neurs du Pas ) de la Main > Se 
du Siège 5 que Don Juan en- 



cendroic la feule propofîcion 
avec peine 5 qu'il n*y conrenti- 
roic point du tout , parce qu'il 
dcrcgcroitparlà au droit qail 
s'^toit acquis fur les autres Ani- 
bafladcurs 5 & que ce feroit 
quelque chofed'incômodcpour 
celuy de France > de ne^pastraû 
ter dirc^ement avec le premier 
M iniltre: ce que Ton avoit jma- 
giné là-deflu2> arriva 5 lel rin.- 
ce ne voulut rien céder , & le 
Marquis de. Vilars s'en, tint à 
fcsinîtruftions. Ils furentdonc 
d'abord en froideur > mais ce- 
la n'empêcha pas qu'il tint le 
8. Juillet une Audiance parti- 
culière du Roy 5 & peu après, 
il en eût une puMique fur la 
conclu fion de fon Mariage avec 
Madcmoifclle. 

Don Juan avoit eu trois ac- 
cci de fièvre tierce vers le 



Ï>'E s P A G N E. 1^5 

commenccmcQC du mois de 
Juillet î le 13 le Secrétaire du 
^darquis de los Balbazez arri- 
vai Ion apprit par luy que le 
Roy avoit accordé Mademoî- 
felle au Roy d*Elpagne : rien 
nciï égal à la joye qu'il en té- 
moigna , car il attendoit cette 
nouvelle avec la dernière im- 
patience 5 il fit auifi chanter le 
Te DeumiNoite-Dsimc d'Ato- 
cha 5 toutes les maifons furent 
'icclairées le foir avec des Flam- 
beaux de cire blanche 5 on vie 
des Feux de joye par toutes les 
riiës. 150 Cavaliers des meil- 
leures Maifonfda Royaume fi- 
èrent une Mafcarade à cheval» 
^ui confiitoir à quelque brode- 
rie, delà gaze d'argent , des 
rubans & des plumes : car ils 
croient habillez de noir à lor- 
4linaire > 5c nétoient point maf- 



t66 Me M. DE LA Cour 

qucz. Ils coururent ainfi toute 
la nuit I chacun un flambeau à 
la main : tous ces divertifle- 
mens durèrent trois jours , & 
trois nuits. Un Courrier arriva 
peu après 5 il apportoit le Con- 
trat de Mariage du Roy : on en 
fît part à la Reyne-Mere , qui 
en témoigna beaucoup de joy e j 
on renvoya promptement la 
Ratification, & Ion fit des feux 
comme on a voit déjà fait. 

Pendant que tout le monde 
cherchoit à témoigner fonzelc 
au Roy, les Serviteurs de la 
Rcync Merc ctoient occupez à 
trouver les moyens de procurer 
fon retour ; & le refus que le 
Marquis de Vilars avoit fait de 
lliivrcl exemple des autres Anv 
qailadcurs > dans la conduite 
qu il5tcnoicnt àxcc Donjuan) 
iurle^scoûtuoics qu ils luyavoiët 



D*Es PAGNE. 1^7 

laifle établir chez luy , fuc une 
occafîon de perfuader aux en« 
iiemis de ce Prmce > que Mon- 
teur de Vilarsayoic des inftru- 
âions peu favorables pour luy. 
Ils feflaterent auffi-tôc de le fai- 
re entrer dans leurparty 5 ils a- 
voiemlieudecroire que s'ils en 
venoientàbout, ceparty feroit 
bien fortifié. Dans cette vue 1 la 
plupart des gens de la Cour ap« 
plaudirent à la fermeté qu'il a- 
voittémoignée,& luy tiret beau- 
coup d'accueil II étoit confide- 
ré à Madrid > il y retrouva des 
amis, & la Reyne-Mere a voie 
confervé des égards particuliers 
pour luy. £Ue luy en donna une 
preuve cres-obligeance,lors qu'il 
fîic la faliter à Tolède : car après 
l'Audiance publique , elle vou- 
lut l'entretenir en particulier de 
£cs Âffiiiresi& cUe luy témoigna 



6i8 Me M, D£ LA Cour 

delà confiance: mais maigre les 
propoiicions qu'on lu y fie de 
prendre part y contre le Prince 9 
^maigre les difpofitions natu- 
relles oui lauroicnt porte à fou*- 
tenir des personnes qui ctoient 
oppofeesà un Miniitrc duquel 
ilnavoitpasfieudc (c louer, U 
crût que dans la conjoncture 
prefente il Revoit demeurer 
neutre. 

Il envifageoit encore , que 
le mariage du Roy d'Efpagnc 
avec Mademoi(elle) ailoitlui at- 
tirer des agrcmens qu'il ne de* 
voit point efpcrer avant Tarri^ 
vccdc cette Irinceflc y que ce* 
toit le moyen fur d oppofor 
une puiflànce à une aucrepuif* 
iancc 3 que cette jeune 1 rincef- 
fc ne fouifriroit pas que le Mi- 
niltre du Roy de i rancc fut 
choqué dans uioe Cour donc cl- 
ic 



d'Espagne. tg^ 

le alloit devenir la Maîcrcflc > & 
dont elle feroit les délices i qu'il 
étoic indubitable qu'elle fe lie- 
roic d'intereft avec la Reyne- 
MerejquelaReyneTres-Chrê» 
tiennei qui les aimoit chèrement 
Tune & l'autre, luy donneroit 
là-deflus avant fon déparc > des 
confeils donc elle ne s'éloigne^ 
roic pas 5 que leur credic étant 
uni enfemble » & fécondé de 
tous ceux qui fouhaitoieiic un 
autre Gouvernement, il eltoit 
fans doute que Don Juan fe 
trouveroic obligé de céder. Il 
n'y avokgttére de perfonnes qui 
ne filent les mêmes raifonne^. 
mens, & qui ne s'encourageaf^ 
fent à cenir ferme contre le Fa- 
Yory. On commençoic à dire 
court haut ce que l'on n'avoicofé 
dire jufques-là que fore bas,ron 
fe plaignoit > Ton imponunoit le 
LParc H 



fiyo Mem. ]^E LA'CouH 

Roypour rappeler icscxûcZyVon 
parloit ouvertement du retour 
<Ie la Reyne-Mejcc, Don/Juaa 
6*cn inquictoit plus qu'il n*avok 
encore. fait; la feule apparence 
ide fa chute éloignoit deluydes 
pcrfonncs qui dévoient être fcs 
x:reatures, &. celles qui luyrcf- 
toient n'avoient ni aûez d'au- 
torité ni allez de mérite pour 
fortifier fon party . Il ne fe pou- 
rvoit plus guère confoler qu'a- 
vec luy-même: mai^ dans ces . 
fortes d'occafions > nous ne nous 
ibmmes pas d'un fecours infail- 
lible 3 le filence, la retraite, les 
réflexions fervent plus à nous 
accabler qu'à nous foùtenir. Il 
eut encore le chagrin de voir 
entrer quelques-uns de fes amis, 
ou du moins qu'il croyoit telsj 
dans les interécs qui :luy étoienc 
oppofez i & il S<^ût qu'on agii^ 



Î>*E$PAGNÎ. Î71 

folc auprès du Roy par le moyea 
de Ion Confoûeur. 

J ay déjà dk que c^ctoit Doa 
Juan qui ravoic fait venir de Sa^ 
lamanque, & il penfoic qu'ayant 
procuré fa fonune il feroicab- 
lolumenti fa dévotion» Cepen- 
dant» foit qu'il n*eut rien promis 
ou qu'il manquât à fa parole > il 
quitta le party daPrince&fe jet^ 
ta dans celuy de les ennemis^On 
vouloic que ce tut par principe 
de confcience, mais it^lt impof- 
fible queringraticude puiâè ja- 
mais avoir de bons principes» 
- Quoiqu'il en^bâc>il ht obtenir 
à la Princefle de Stillano, fille 
du Duc Dalbe^ le retour de Cou 
époux. Don Juan l'avoitabfo* 
himentTefufe^ & il (ê trouva fi 
peu de credic dans cotte occa-» 
iion qu il en fut (enfiblemenc 
tcviché : caria chofe alla mè» 

Hii 



gyi Mem^'DE LA Cour. 

me il loin 5: que le Roy dï^ 
par une pure . complaifance 
pour Ton ConfeiTeur: // ft^im-^ 
fûru 4jHe Don Iman s'y ^fpo^ 
fi% H/féffitéjH€J€ leveuïtte. Ce 
peu de mots ajouta beaucoup 
aux peinçs que le Prince avoic 
dëjai il eue encore une autre 
mortification au fujet du Duc 
DoiTone» lequel eitoit du nom-^ 
bre des exilez* Le Prince luyr 
a voit fait témoigner > par quel.* 
qu'un de Tes amis, qu'il loblige-.» 
roit de fe défaire de la Charge 
deGrand £(cuyer de la nouvel* 
le Reync, dont il étoit revêtu 
depuis peu > il rejetta cette ^to^ 
pofition avec la dernière fierté* 
Don Juan demeura fort irrité ; 
il voulut l'exiler plus loin qu'il 
n'étoit pour luy faire reflcntir 
fon pouvoir,&: le tort qu'il avois 
eu de s oppofer à fes intentions ; 



mais bien loin de réuflir dans 
fbn projet > il vit que le Duc de 
Medina-'Celi , qui jufques^li 
a voit gardé de grandes mefures 
avec luy , s'étoit prévalu de linr 
dination que le koy luy témoi> 

gioit pour obtenir le retour du 
ucDoiTone^ Le fils du Duc de 
JVIedina-Celi avoit époufé la fit. 
le du Duc DofTone i cela faifoic 
beaucoup de liaifon cntr'eux. 
Le prétexte fut qu'il eftoit ne^ 
ceUaire qu'il allât au devant dc^ 
laKeynei Se le Ducde Médina- 
Celii ayant tix>Mvé un moment 
£ilvorable > dit au Roy qu^il 
étoitbien chagrinant pour un 
homme de la qualité du Duc 
Doffone , & qui avoit Thonneur 
de poflèder une des premières 
Chareeç de laMaifon delaRey^ 
ne, d être éloigné de la Cour» 
pendant que tous ceux qui de-- 

H iij 



174 MeM. DE L A Coitlt 

voient la fcrvir, ie préparoîciit 
pour aller au devant d'elle^ L6 
Roy cohfcntità fon retour & à 
celuydu Comte de Monterey> 
à condition qu ils ne feroient 
aucune vifîte>&: qu'ils n'en re^ 
cevroient point a Madrid. . 

La coutume générale ne (e 
dément guéreen faveur de per- 
fonnej &il ièmbleq'uelorsque 
ion commence d^avoir un dé- 
plaiiir> ceft une confequencc 
pour en attendre un autre. Doa 
Juan> pcrfuadéqu ilnctoit pas 
affez heureux pour être excepté 
de cette fâcheufe règle , voulut 
fortifier fon party de l'autorité 
du Connectable deCaftilIermais 
ce fut là un fujct de chagriçi 
tres-fenfible pour luy: car ayant 
cngagéleDucDalbeàluy pro- 
pofcr un accommodement , le 
Connêtjtble qui fe fouvenoi; 



dTspagne; 175 

de la hauteur avec laquelle Don 
Jjian Ta voit traite, & qu'il ne çc- 
gardoit plus ce Prince comm« 
un ennemy redoutable, rcpon* 
dit fechement qu'il n'étoit plus 
tcms. Pour furcroît de chagrin, 
il vit peu après tous les Exilez 
en faveur; on avoit ménagé leur 
recour dans le peu detems qu''il 
avoit été malade 5 fes ennemis 
profitèrent de cetteconjondura 
pour faire leur briguej ilsavoicc 
même conduit les chofes fi aé- 
rant, oue le Roy étoit abfolu- 
mène déterminé de rappeler la 
Reyne-Mere. Comme on dcli- 
beroic fur la conduite que l'on 
«endroit , le Roy eut une lon- 
gue converfation avec l'InquU 
fiteur General 5 il envoya enfui- 
te fon Confefleur dire au Duc 
de Medina-Celi de la Maifon 
de la Cerda, £c au Comte d'O-. 

Hiiij 



./«' 



ij6 Mem. de la Gouii 

topeza de la Maifon de Bjra« 
gapce , de fe trouver à une 
certaine heure chez Tlnqui* 
iîteur. Lors qu'ils y furent, le 
Roy leur manda par le même 
Père Relux , qu'ils- avifaflcnt 
aux moyens d'éloigner Don 
Juan, & de faire revenir la Rey- 
nc-Mere. Ils paflcrent le jour 
en conférence , & tombèrent 
d'accord que le Roy fortiroic 
du Palais comme pour aller à la 
chalFe , &c qu'auparavant Ton re<* 
tour on cnvoyeroitdireau Prin* 
ce de fe retirer fur le champ. Ce 
projet n'eut point de fuite , le 
Frince n'en fçeut rien , & ce qui 
en empêcha Icxécution, cefuc 
le défaut de courage. 

Il y eut le i6. de Juin une 
Cource de Taureaux que l'on 
ttouva tres-bellej le Marquis 
de la Fuentes obtint dans le mè^ 



d'Espagne. 177 

me tcms une Charge de Con- 
feiller d'Etat d'Epce, & le Roy 
ordonna à tous lesGencils-hom- 
mes de fa Chambre , qui dé- 
voient l'accompagner pour aller 
au devant de la Keyne,de le faU 
xe faire chacun trois habi ts>donç 
il y en eue deux à la Fran«- 
çoife. . 

Nôtre Ambafladèur. fit fon 
Entrée le y. d'Aoult 3 nous ne 
manquâmes p^as d'aller che2. une 
•de nos amies pour le voir paf- 
fcr. C elt Tufagc, que le Roy en- 
. Yoye à r Ambafladèur un cer- 
tain nombre de chevaux de fon - 
.£^curie pour Iuy& pour les fiens, 
: Cfir le$ AmlxiUadeurs font leur 
Ëntrçcà Cheval 3 le Mayordo- 
me.de femaine) leCondudeur 
des Ambafladèur^ % & fon Lieu- 

• • • • « 

tenant} raccompagnereptdepuis 
,fgiq^j3i^iafQu'aa Palais. Dans 

H V. 



178 Mem. de la CduK 

TÂudiance publique qu'il eufc 
4u Roy, il parla toujours en 
3Françoi« ; la Marche de Ton £]> 
trce fut long*tems interrottii. 
puë par ropiniâtrcté de TAmw 
bafladeur de Malte , qui pré*- 
tendoit que ton Carofle mar*-^ 
chat immédiatemenc après ce- 
luy de r AmbalTadcur de Venife, 
dernier Ambafladeur de Cha- 
pelle , de forte qu'il avok pré- 
cédé les féconds Carofles du 
Marquis de Vilars: niais pour 
terminer le diflfcrent , on en- 
voya le Condufteur des Am- 
bauadcurs au Palais 3 on y régla 
tout à l'avantage de l'Anibafla^ 
deur de France, trouvant que. 
la prétention de ccluy de MaU 
le , qui étoit Don Diego de 
Bracanionte, ctoit mal fondée, 
atteiSKiu que les Anibaflàdeurs 

des Têtes Couipnaees ne iuy 



b 'Espagne. i7> 

dontioienc pas même la main 
chez eux. Apres quelques inf- 
tances de fa parc , Ton Carofle 
fe retira: ilelt le premier Am- 
bafladeur de Malte qui s'étoît 
mis dans l'efprit de vouloir céc 
Jbonneur. 

Don Rodrigo de Silva dô 
Mendoza, Duc de Paflrane Se 
derinfantado, ayant été nom- 
mépar le Roy pour aller Am- 
bàfladeur extraordinaire en 
France , & pour porter à Made- 
moifelle les prélens de Maria- 
ge, fut auffi-tôt à Tolède re- 
cevoir les ordres de la Reyne- 
Mère/ & étaiit de retour à Ma- 
drid, il en^ partit avec douze Pod 
tiHoiîs & fix Trompettes vêtus 
de Veloursverr en broderie d or; 
il avoir auffi des Gentilhommes 
i£ des Pages, & Tes frères Don 
Jpfeph & Don Gafpar de Silv^i 

H V j 



iSo M£M. DE LA COUK 

étoicnt du voyage. Dona Ca- 
tarinadeMendoza fa mère luy 
donna vingt mille piltoUes ^ éç 
cinq mille à chacun de Tes fre«- 
re$. Il vient de père en fils de 
^uy Gomes Prince d'Eboly,qui 
fut fait Duc de Paflrane par le 
RoyPtilippe II. auprès de qui 
il tcnoit le rang de Prlvadû 5 c*elt 
à dire, de principal Favory ; ôc 
fa femme, dont la beauté a tanc 
fait de bruit , celuy de Maître^- 
fe. Le Koy nomma pour Da- 
me d'Honneur de la Reync> 
la Marquife de Monare , la 
Marquife dcl Frefno, la Com- 
tcfle de Santorcas, laComteflc 
Dayala , & la Marquife de CaC. 
trafortCj & pour Filles d'Hon- 
neur > les filles des Duchcfles 
de Sefla & de Frias, celles de 
la Marquife d'Alcaniza, de la 
Çomteue de YiUambrofa , de la 



d'Espagne. - i8t 

Marquife de Villa-Franca>, de 
la Marquile de Caraccaa , de 
la Marquife de Villa -Manri- 
quezj celles des ûuc^ d'Hijac 
&ûaibe, des Comtes de Pare* 
des & d'Ârcos i les fœurs da 
Duc de Veraguas & du. Max* 
quisdeGodar, les filles du Ouç 
d'Hijar & de Paltrane dévoient, 
être Menines ou petites Filles 
d'Honneur: elles n'ont pas dix 
ans> & ce font les plu&i^elles fiU 
les que j'aye veuëseaEfpagne. 
Dona Laura de Alarçon fut 
nommée pour Gouvernante des 
ipilles d'Honneur y les fils da 
JMarquis de ViUa* Manriqucz 
& du Comte de Saint Eltienne 
pour être Menins de la Kejr^jae > 
le Marquis d'Àftorgas Mayor-^ ' 
dôme MayoF y la DucheUe de 
Terra-Nova Camarera Mayot 
ëcUjeuneKeyne. Toutes ce» 



lîi Mem. de la Couft 

Dames allèrent à Tolède prcni» 
dre congé de la Reyne-Merc, 
& à leur retour elles defcèndi- 
rent droit au Palais & elles fe 
mirent en pofTeffion des Cham« 
bres qui leur étoient delfcinëcs. 
Le Rov fit prcfent à chacune 
dtfs Filles d'Honneur de mille ' 
piitoUes pou rieur voyage, avee 
une penfion de mille ducats. 
Il donna le titre de Grand à 
Don François Marie Spino-^ 
la, Gentilliomme Génois» Duo 
de S.Pierre, &^cndre du Mar- 
quis de los Balbazcz : c'eit ui> 
jeune Seigneur très-bien- fait* 
Dans le même tems le Comte de 
Talara apporta au Roy la dc- 
miffion de fa Charge de premier 
Ecuyer, Taverfionqui ell en- 
tre TAmirame deCattille & luy 
Tcmpêchant de vouloir fervir 

f<ms^ ies ordres i Se comme il Iq 



dTspagnb. l^ 

vie rappelé de Ton exil > il aima 
mieux quitter la Cour. 

On y reçût un Courier de 
Cadiz le zi. d'Aouit^qui apor«- 
coit la nouvelle de l'arrivée des 
Galions 9 riches de trente mil*- 
Ëons : mais il y çn. avoit plus 
de la moitié qui appartenoic 
aux Marchands^ On avoit gran- 
de envie de prendre tout pour 
fûbvenir aux frais du Maria- 
ge , & à bien d'autres dépeivfes: 
cependant après de longues ré* 
flexions 9 le Confeil ayant con-^ 
fidéré que cette démarche ruî- 
neroit le Commerce > l'on ne 
^aflà pas plus outre; 

Les Miniibes &: les Grandis 
allèrent compiknenter le Roy 
)c jour de (aint Louis ^ parce 
que c'étoit la Fése de la^ jeune 
Reyne : il les reçût avec un air 
plufi'rkm qu^ ibaordinaircj^ 



284 M EM. D E L A Co U R 

premières Chartres de la Cou- 
ronne ; ils ctoient Conf'cillcrs 
d'htat, Sclciirnieritclcsdiftin- 
îiiioic cîialement : mais rien n'é- 
toit plus oppofé que ces deux 
Seigneurs le Tétoientrun Tau- 
tre 5 un mouvement de haine^ 
cju'ilsn a voient pu reprimer, 8c 
qu'ils avoicnt témoigne en mil- 
le rencontres, augmcntoit leur 
commune émulations leurs liu- 
meurs fie leurs manières ctoient 
aufli contraires que la nuit ïcll 
au jour. Mufieurs de leurs amis 
communs avoient eflâyc de les 
réunir, &. leurs loins s'etoient 
toujours' trouve/ inutils 3 ils 
coiivenoicnt eux -mêmes que 
s'ils avoient agi de concert, ils 
fefcroient rendus de bons offi- 
ces réciproques , qui auroienc 
poud'é plus loin leur fortune. 
C'ctoit aulli une des rai ions que 



d'Esï^agni. 185 

nouveaucé nacommodoic guc« 
re de gens : mais les Ducs de 
Medina.Celi,d'Oflrone. &d'Al- 
be, le Nonce duFape ScTAm- 
balTadeurde Venife Tayancécé 
voir, ils acceptèrent le règle* 
xnenc qu'il venoit d'établir i 
ce que firent aufli quelques au- 
tres 4 leur exemple. 

L'on fçavoit a Madrid que 
nôtre Roy devoit jurer la Faix 
à Fontainebleau le dernier jour 
d'Aouft: aind le Roy d'Efpa* 
gne Te rendit le même jour lur 
les quatre heures après midy 
dans leQrand Salon doré duPa- 
laiS) pour faire de (on côté cette 
' Cérémonie. Le Marquis de Vi» 
lars vint au Palais , où il fut 
reçu par le Condudeur des 
AmbaiTadeurs > le Conuétable 
de Caltille fuivy de tous les 
Mayorfdomes le re^eut a la 



tZâ M £ M. D E L A C Ô U R' 

porte de la première Salle i iE 
encra ver fa plufieurS) toutes plus^ 
magnifiques les unes que les 
autres,&: tendues des plus belles 
Tapifl'eries du monde jl y avoit 
au bouc du Salon une Eftrade . 
couverte d'un tapis de Ferpeit 
fonds d'or : on y montoît par 
trois degrex 5 le Trône du Royî^. 
ctoic pofé defilis , tour brodé 
de grofles Perles & de 'Frerjrc- 
rics d'un éclat & d'une beau j 
té admirable. Le Cardinal Por* 
tocarero étoit afiis dans un Fau- 
teuil, le Connétable deCaltiU 
le fur un Tabourets nôtre Am- 
bafTadèur fé plaça fur un Banc> 
les Grands ctoienc fur un au« 
tre Banc ; le Patriarche des 
Indes demeura debout 3 - le 
Roy arriva fui vy des Grands j 
il s'aflit > Se ceux qui durent 
s'aiTeoir & fe couvrir , le fircar^ 



Dom Pedro Coloma, Secrétaire 
d'£cat>lûc tout haut le pouvoir 
que nôtre Roy avoic envoyé 
au Marquis de Vilars pour zC- 
ûiïcr de fa part à cette Céré^ 
xnonic : On apporta devant le 
Roy une petite table d'Argent^ 
fur laquelle on pofa le Cruci- 
fix ) & le Livre des Evangiles : 
Le Roy fe mit à genoux » & 
avança la main droite fur le 
Livre pendant que le Cardinal 
lifoit tout haut le Serment que 
le Roy faifoit de garder la Paix 
avec la France. Des que cela 
futfiny» TAmbaffadeur s'ap«. 
procha > & fît un compliment 
au Roy > qui y répondit rue»* 
cintement, (elon fa coutume, Se 
rentra afTcz v2te dans Ton Ap-* 
partemenr. 

Toute la Cour ctoit remplie 
de joye : on fît une Maicar^de 



i88 Mjem. DE LA Coun 

à cheval dans la grande Place 
du Palais 5 elle écoic divifcccn 
deux quadrilles pour courre 
Tune contre Taucre. LeTrincc 
Alexandre Farnaifc, Frcrcdu 
Duc de Parme , en conduifbic 
une , Se le Duc de Médina de 
ias Torres conduifoic l'autre: 
le Roy nomma le Connétable 
de Cailille & le Duc de Me- 
dina^-Celi pour Juges de la 
Cource. 

Le Marquis Défiât écoit ar^^ 
rivé à Madrid de la parc 
de Monfkur > pour faire des 
Complimcns au Koy d'Ëipa-* 
gne. Il en fut reçu tres-agrea*^ 
felement i & en nomme de Ion 
mérite : il alla falûerlaReyne* 
Alereà Toledc&rcpartitauffi- 
tôt. Dés Icj. Aouft ilétoitar- 
rivé un Courrier du Marquis 
de loz-Balbazeï > qui avoic ap« 



d'Espagne^ 189 

porté la nouvelle que le Ma* 
riage du Roy avec Mademoi- 
felle s*écoic fait à Fontaine^ 
bleau : c eit ce qui donna lieu 
aux Courcesde Mafques que 
i'on fie y & aux feux que Ton 
alluma pendant trois jours* 

L'allegrefle puplique ne pou* 
voit diminuer dans le cœur 
de Don Juan les fujets de dé- 

filaifir qui Taccabloicnt ; c'eii: 
a vérité que 1 abatemenc de fou 
efprit altéra beaucoup fa fan té. 
Il ne fçavoit quel party pren-* 
dre > il avoic trop décourage 
pour céder à ics ennemis > & 
Ton crédit étoit devenu trop 
foible pour leur réfîlier. Dani 
cet état violent) il comprit bien 
qu'il n auroic pas la force de fi>Û4 
tenir tout le poids de fes affilé 
£bionS) & qu'enfin il lu y encoû* 
teroit la vie : mais les grands 



TJO M E M. D E L A C O U IL 

Hommes ne la regrettent guère 
quand ils font devenus Je jouer 
de la fortune 3 ainfî il attendait 
ce jour là avec une fermeté he* 
roïcjuei la fièvre tierce luy avoit 
repris i &le 7. Septembre il fe 
trouva il mal, que les Médecins 
furent dire au Koy qu'il n'y a- 
voit guère d'efperance. A cette 
nouvelle Sa M ajeltè pleura y & 
témoigna une fenfible douleur. 
Elle chargea le Cardinal Porto- 
carero de luy aller apprendre 
Vcxtremité où il étoit 5 il en pa- 
rut peu émù,& fc prépara à la 
mort en bon Ghrccien , & en 
Fhilofophe. C*etoit luy qui con- 
foloit tous {es Amis avec une 
prcfcnce d'clprit merveilleufe^ 
L'pn a toujours àjfz» vécu^ leur 
difoit-il> lors que Ion mturt fani 
4Voir rien à fi ref rocher , /r dis dm 
(£0$é de rMonmur: cardeceluj de 



V 



d'£ s p a C N £• I^ 

-mpn devoir a l gard de Dieu y jt 
n^y que trop mamjui, (jt le $€ms 
-de md pePfHence ne pourroii iirt 
Ajflx, long. 11 reçût le V laciquc» 
j& le Koy encroic à cous mo-. ^ 
-mens dans fa chambre bi luy ce- 
fnoignoic beaucoup d amiii^; , fe 
^l^ignanc cendreaienc de ce 
^qu'il le vouloic abandonner dâs 
: un cems où Tes foins luy écoienc 
il neccilaires. Il fie Ton Telta- 
xnenC) par lequel il faifoit le 
Koy Ton hericier> &: laiiTjic pred 
que toutes iesPierrcries à la jeu« 
4ie Keyneôcala Kcyne-^Mcrej 
il nommor pour Exécuteurs cef' 
tamencaires le Cardinal Porto* 
xarero, le Duc de Medina-Celi, 
Je Ouc Dalbc &le Prefident de 
rCaltiUe. Il donna ordre auilî ., 
oue des qu'il leroit mort> on pa£ 
./ia.c un Cabinet reinpli de Pa- 
piers qui ctoient de cres-^^rande 



IJX MeM. D E L A OOUH 

imporrance, de (on App^ncmêt 
dans ccluy du Roy. Ùa^trem'u 
té de ce Prince empécba qu« 
Ton ne fît les réjoui âànces pu* 
bliques qui avoient ctc rcfo- 
lucS) & particulièrement une 
Fête de Taureaux : mais cJIc 
n empêcha pas que Ion ne fift 
de fort beaux Feux d'Artifices 
dans la Coure du Pala>s:ii iefou- 
haita luy-même, bien quilcûï 
un furieux mai de tête, qui pour 
voie bien augmenter par le bruit 
des Boettes & des Fufces. Ce* 
pendant les Médecins, qui ne 
connoifI(>ient rien à la profonde 
mélancolie dont il ctoit accablé> 
traitoient fon corps d'une mala«- 
die qui ctoit dans fon efprit , & 
ils luy firent foufFrirune efpecc 
de martyre par les divers tour* 
mens qu'il endura. Enfin , ce 
pauvre Prince mourut le 17. 

Septembre 



Septembre 167^. à pareil jour ] 
que Ihilippe I V. fon père. Il 
êcoic né en 161^. & doué de 
mille belles quaUtez. Peu de 
tems après fa naiflance > fa mère 
leçùt l'habic de Rdigieufe des 
mains du Pape Innocent X. qui 
étoic alors Nonce du Pape au* 
près du Roy Philippe IV. L'ac* 
tion qu'elle fie en le retirant da 
Monde > la joftifia fort de plu^ 
fieurs foupçons que ion avott 
formé contre (a conduite. Le 
Roy ne le reconnût qu'en 1 é 42. 
U eut le Grand Prieuré de Caf. 
^ tUlc de Malte > il fut envoyé 
^^ contre les Portugais avec le 1 i- 
^ tre de Generaliflime des Ar- 
mées de Terre & de Mer 5 il 
^ fournit enfuite la Ville deNa- 
^ * pies , & (c rendit en f'iandres 
^ pour commander les Troupes. II 
etoit Gouverneur des Pais* 
1. Part. 1 



154 Me M. DE LABOUR. 

fias , de Bourgogne > & du Cha^ 
rolois s mais il revint dé là pour 
marcher encore concre les Por-- 
tugais. Apres la mort du Roy 
ion Père > il paiTa du cems > com« 
me je lay déjà die , à Confue^ 
gra, féjour ordinaire du Grand 
Prieur de Caltille i & le Roy 
écâcMajeur,il le rappella auprès 
deluy.OnportafonCorps le lo. 
àrEfcurial: ily fut mis proche 
du Pantheon>c'eitainn que l'on 
nomme le lieu où Ton met les 
Corps des Roys d'Efpagnc 5 & 
ceux des Princes & Princcfles 
de la Maifon Royale, font pla- 
ccz dans une Cave qui n'en eil 
pas éloignée: car on ne met pas 
même les Corps des Rcyncs 
d'ETpagnedansle Panthéon, a 
moins qu elles n'aycnt eu des 
enfans.Ilavoitune fîlleadmira- 
blement bdle > qu'il avoit eue 



d'une perfonne de grande qua- 
lité: elle ell Keligicufc aux Car- 
mclitesde^adrid, que Ton ap^ 
pelle Us Defcalfas Medles. 

La première démarche que 
fit le Roy , après la mort de Doh 
Juan , ce fut d'aller trouver la 
Kcyne fa mère. Il partit le mê- 
me jour de Madrid 3 il coucha 
en chemin à Aranjues , & fe 
rendit le lendemain à Tolède, 
La fileyne le reçût avec de 
grands témoignages de tendref^ 
fei ils mclercfit leurs larmes en 
s'embraffant plu fleurs fois 5 ils 
dînèrent enlcmble & s'entretin* 
rent alïez long -temps en parti- 
culier. Ceux qui avoient ac- 
compagné le Roy,baiferent tous 
la main de la Rey ne. Il la quit- 
ta enfuite après être convenus 
du jour qu'elle reviendroit à 
Madrid. Il eil aifé de croire 



15^ M £ M. DE LA C O U K 

qu elle employa peu de ceoù 
pour fe préparer à un voyage 
qui luy écoit fi agréable. Le 
Roy partit de Madrid le 27. il 
fut encore coucher à Aranjue$» 
& le lendemain il s'avança au 
devant de la Reyne fur le çhon 
min de Tolède 5 lors qu'il l'eut 

{'ointe, il la pria de monter feu-^ 
e dans Ton CaroiTe pour l'entre- 
tenir fans témoins > & il la mena 
au Buen*RetirO) c'efl: une Mai* 
fon Royalle fituée à l'extrémité 
de la Ville. Elle y re(la quelque 
tems, parce qu'on luy accom« 
modoitlamaifonduDucDuze- 
da, qu'elle a voit choifie pour fa 
demeure ; car le Palais n'étoic 
pasaûTez fpacieux pour loger les 
deux.Reynes. 11 l'eroit difficile 
dédire le nombre de Pcrfonnes 
de Qo^alité , & la quantité de 
Peuple qui accompagnèrent 



»*E s ï A G N E. ipy 

leurs Majcftez à leur arrivée: 
maisauflî le changement de for- 
tune étoit grand pour la Reyne^ 
Mcrc. La joyc paroifibic uni- 
verfellemenc répandue dans 
cette même Ville, où deux ans 
aupîtravant on avoit vu cntref 
Don Juan comme le Libérateur 
delaiatrie, & la Rey ne en for- 
tir comme une Fugitive char- 
gée de la haine publique. Le 
Roy y demeura jufqu'au foir > 
iinefepaflaguére de jours juf- 
qu'àceluy de fon départ^ pour 
aller au devant de la Reyne » 
qu il ne mangeât avec elle > & 
qu il n^ parsât^uo-tres. long- 
tcms. ' 

Toute la Maifon de la nou- 
velle R eyne étoit fur le point de 
{>aftir pour aller au devant d'el- 
c 5 la Ducheflc de Terra-Now 
va faifoit de grands aprêts : S& 

1 in 



1^8 Me M. DE LA COUK 

comme chacun la regardoit 2^ 
vec quelque force d envie dans 
un Polte fi avantageux > &: que 
Don Juan, qui étoicfon Protcc* 
teur , venoic de mourir > on crtkc 
qu elle n'auroic pas la force de 
s'y foûcenir touce feule. Mai& 
elle y avoic prévu , en prenanc 
pofie filon de J' Appartement da 
Palais, dont il n'étoic pas fi aifé 
de la chafièr,qu'il Teûc été avanc 
qu elle y fût venu demeurer^ 
Elle partit le z6. Septembre avec 
le Marquis d'Aftorgas, & toute 
krMailon de la Rcyne , excepté 
le Duc Doflbne, dont l'Equipa- 
ge n avoic p,a «re. ptot à caufe 
qu'il y avoic peu qu il ctoic re- 
venu de fon exil. 

Maisavancque de continuer 
ces Mémoires , il ne me fcmblc 
pas hors de propos de dire quel- 
que chofe d'une partie des Sci- 



D*ES PAGNE, J^p 

gncurs qui compofoient la Cour 
dans le temps que j'y étois. Je 
m'arréteray particulièrement à 
ceux qui entroient dans le Coti- 
feil d'Etat : on fera bien aifede 
connoitre des Perfonnes donc 
on verra fouvent le nom. Je ne 
parleray pas icy ni du Duc de 
Mcdina^Ccli , ni du Connêtar- 
ble de Caitille, ayant occafîoii 
d'en parler ailleurs: je ne pré- 
tend pas même nommer dans 
-leur ordre & félon leur rang 
ceux-cy> je les mettray félon 
qu'ils viendront les premiers 
à ma mémoire , & je commence- 
ray par 

Le Duc Dalve ou Dalbe de 
la Maifon de Tolède 5 il avoic 
de grandes Terres & beaucoup 
de revenu , fans être aifé dans 
fes affaires j il jouïfToit de grof- 
fcs penfîons & de plufieurs 

I iijj 



%oo Mxm./de la Cour 

biens-faics de la Cour. Il étoit 
homme d'efprit, fon civil &fon 
obligeant î il avoit tcmoigné 
peu d'accachement poiîr la Rey«t 
nc-Merç i il ctoit âge de 67 
ans. 

Don Pcdrod'Arcagon). avoi^ 
ccé connu, autrefois fous. le nom 
de Marquis de Pobar; étant Ge- 
iiieral de la Cavalerie , il tachlsi 
de recourir Perpignan : mais ii 
fut pris, &; reita prifonnier ea- 
tre les mains des François. A 
fon retour à Madrid , le Roy le 
fit Gouverneur du Prince Don 
BahazarfonfUs, lequel mourut 
pour s'être trop cchaufFc & afc- 
voir été enfuite faigné mal à 

{propos > le Roy outré de doa- 
eur s'en prit à Don Pedro d' Ar:* 
ragon,Sc il l'exila. Lors que ie 
Roy fut mort, la Reyne Regeii- 
tç le rappelât > &c elle l'envoya 



?. 



d'Espagne* loi 

AmbaflTadeur à Rotncj il eue 
après la Vice- Royauté de Na- 
ples 9 ou félon la coutume» il 
amaila decres-grands biens i ce 
ui eft furprenanc» c'eil qu'il 
es fçuc garder : car ce n'eft 
point le génie de la Nation > il 
avoityyans. 

UAmirante de Caftillede la 
Maifon d'Henriquer, (ortie Bâ- 
tarde des Kois de Caftille, étoic 
un grand Seigneur» & Thomme 
le mieux fait que Ton vit à cette 
Cour) fa taille étoit haute & 
bienpriie» fon air grand & no* 
ble» il avoit de lefprit infini^» 
ment $ toutes les manières ga* 
lantes & ailées j il étoit incon- 
folable d'avoir déjà 5 8 ans. U 
faifbic avec facilité de tref- 
beaux Vers» & il s!en occupoit 
plus que de fes affaires domef* 
wuçà i il. étoic néiibertin & v<h 



*Ot M E J!^, D E L A C OU R 

Ibntaire, & vivoit ce qui, s'ap-. 
pelle pour Itiy , ne pouvant s at- 
tacher à faire régulièrement fa 
Cour , ni au Roy , ni au premier 
•Miniltrei il écoicperfuadc que 
tout ce qui contraint ne peut 
être côpcnfè par les plus grands 
biens de la fortune. Il fe com- 
muniquoitàpeu de pcrfonnes, 
foit qu'il eut le goût trop bon 
pour s'accommoder de tout le 
monde, ou qu'il aimât la folitu- 
de que luy fourniflbit le plus dé- 
licieux Jardin & la plus belle 
Maifon de Madrid. Il avoit tou- 
jours avec luyquelqucsMaîtreC- 
fes, pour lefquelles il fc ruïnoit f, 
il ctoit Grand Efcuyer du Roy. 
Le Marquis d'Altorgas de la 
Maifon ci'Ozorioj avoit été un. 
des hommes du monde le plus 
galant , & malgré 68 ans qui 
raccabloient , il l'ctoit cncofC*. 



d'Espagne. 10^3 

Son efprit étoit tres-rcjouïffànt, 
il parloir fort bien & fort jultc 
de toutes c ho fcs. Il ctoit Grand- 
Maîtredela Maifon delà jeune 
Rcyne) fa femme ayant pris une 
implacable jaloufie contre une 
fille admirablement belle qu'^1 
aimoit , elle fut chez elle bien 
accompagnée, elle la tua» elle 
luy arracha le cœur, & le fit ac*- 
commoder en ragoût 5 lors oue 
fon Mary en eut mangc,elle luy 
demanda fi cela luy fcmbloit 
bon , il dit qu oiiy. je n'en fuis 
pas furprife, dit -elle , c'efl le 
fcœurdc la Maîtreffe que tu a$ 
tant aimé, & aufii-côt elle tira 
fa tête toute fanglante qu'elle 
avoir cachée fous fon Garde-' 
kifant, & elle la roula fur la ta- 
ble où il edoir affis avec plu- 
iiours de fes amis : il cil aiié 
de^jugei: de ce qull devine k 

I vj 



1P^4 MeM. DJE LA CdliR 

cecce funcftc yûë> elle i'cfauy^ 
va dans un Convcnc où die 
devint foUç.dc rage & de. jaloi»^ 
fie, &dle n'en forcit plus, L'a& 
fliaiondu Marquis ftjtfîgran^. 
dc> qu il pcnfa tomber dan^rê 
dçfcfpoir^ Il ctoitpuii&jiï/nçn* 
riche. 

Le Prince de Stillano-de la 
Maifon deGurman)Due de Me« 
dina de las-Torres , avoit dei 
Tefprit) & s'il avoit eu plus d*cx? ; 
periencç, il n'auroit auùrément 
pas manqué de capacité ; mais il . 
n'ctoit jamais, forti deMadrid>. 
& il y menoijt cettç vie molle 
&oifive qui ne. conduit àjien^. 
& quidctournç de.bçaucoup;dQ 
bonne chofes.. Il dçmeyroit à 
la f loride aux portes de Madridj^ 
où il y a des Jardins charAians.i 
Il épit là dans une fî grande iQ«. 
dolcAce^ q^u 'il ne. youloit ai rc-;. 



€€voir ni rendre des Vifitcsj il 
pienfait peu à fe ménager des 
a^taiiC^ges dit: côté de la Cour. 
H avoic de trcstgrands biens , U 
iU^e laifloic pas d'être fore in- 
éoitimbdé » parce qu'il n'y mec* 
coif 'aucun ordre. Quand il fc 
XBariaàiafilleduDucDalbe,. il 
fijrfaireà fa f«mme une Chaife à 
porteurs. toute jcouvcrcc delà- 
xâes d'or Se garnie de Corail i 
nuis lors qa'ellc. fut achevée^ 
peribrïne ne fe trouva a0e2 fort 
pour la porter. Il ctoit âgé de 
4^ .aMis-jjl avoit un grand atta-* 
càement.pQur la Reyne-Mere. 
r Le Duc Dpflbne.de U Mai-> 
fbtt de Girony avoit de bonnes 
&<lc méchantes qualitez; qui le 
diiÏLii:iguaieQt égalemeot. Il aU 
moicfes amis avec paflîon > il les 
ier^^oiè Vblontior^de fon crédit 
& ct& £i boojrfe j il étoit fort U« 



ao^ Mem.pe LAConit 

beral; iladoroit les Dames, âL 
il n'cpargnoit rien pour leur 
plaire i il étoiç irréconciliable: 
eonemy, & il avoit avec cela une 
prévention pour luy^mêmc, 
une fier ce , ^èi une hauteur in-» 
fupportable à tout le monde^ 
Sonefprit ne laiiToit pas d'être 
fortdiveniflànt , lors qu'il quit* 
toit (es airs de Grandeur & dç 
Rodôaiontade. 11 avoit de la. 
fermeté > & toujours quelque 
querelle, foit à la Cour, foie à 
la Ville. Ilétoitun des plus ri- 
ches Seigneurs d'Elpagne. Il 
pouvoJt avoir 45? ans. 11 avoit 
été Vice- Koy de Catalogne , 
Gouverneur de Milan , Prefi- 
dent des Ordres $ & il étoit 
Grand £cuyer de la jeune 
Reyne. 

Le Comte de Chinchon s*ap- 
pcUo'c autrefois Marquis, dd 



D*Es PAGNE. îX^y- 

Bayonna 5 il avoit été General 
des Galères d'Efpagnc: cctoit 
un fort brave homme 5 il n'ecoic 
pas riche, & ne fefbucioic point 
dcTctre II avoit éo ans. 

Don Vincente Gonzaga Prin- 
ce de Guaitaila , n'étoit point 
marié 5 il avoit beaucoup d cC 
prit & de politeflc. Il fut amené 
tres-jeune à la Cour d'Efpagne : 
il s etoît vu dans les plus beaux 
Poltes y & s'en étoit toujours 
bien acquitté > il avoit eu les 
Vices-Roy autez de Catalogne 
£^de Sicile 5 & comme il étoic 
homme de bien > Don Juan le fit 
revenir à Madrid pour luy don- 
ner place dans le Confeii. Il 
avoit 74 ans. 

Don Louis Portocarcro, Car- 
dinal & A rchevcqiie de Tolè- 
de, pofledoi tics plus grandsBe^ 
iicâccs d'Ëfpagiie : auffi étoit^ 



iqS Me M; de LAiC^aH 

il puiflamenc ricke» &roaÂi^ 
cliévêché feul lay valoir trois 
cens foixante mille.écusde ren-t 
ce. Il faifoicduhieaà beaucoup 
de monde i il écoit obligeant t 
civil ).d'im efpric aifé , & fore 
honête homme>.il paavoic avois 
5* ans. . 

Le Marquis de Liche»^ qui 
pource le nom de Haro-Gurman^ 
a voie deuxQqalitezaiTezoppa* 
fées > il écoit libéral & avare i 
il portdic la. Magnificence juf- 
ques àTexcez pour tout ce qui 
paroi flbit, & pour fes Maîcref- 
les. Cependant il ménageoic 
quelquefois fort mal à propos » 
& fur des chofes qui luy fai«» 
foient tort. Il avoit la mine baf- 
fe ^:& îl étoit laid : mais ilavoic 
tout l'elpric, toute la pénétra- 
tion > & la vivacité poiSble. U 
étoic un très-grand Sisigneur^ 



plein d'ambition » & (i naturcL- 
îemcnc entreprenant» qu on le 
craignoit i la Cour > & qu'on 
le tenoit toiijours éloigné > il 
étoit Âmbaiudeur à Rome; 
ig^de4i.an5. 

Lé Comte de Monterey étoile 
£rere du Marquis de Liche > 
plus engageant dans toutes Tes 
manières & pas moins ambi- 
tieux ; mais plus^fage y. & plus 
modéré) ^dant» libéral , fpiri- 
tnd i il a?oic de rexperiencc> 
& 1 on étoit content de. fa con- 
duite dans i'qn ticmverncmenc 
de Flandres. il-fi'avcHt pas 40 
ans. On remarquoit qu'il étott 
bien fait » 8c que fa Femmp 
éxoit tres-laidci que le Mar- 
quis de Liche étoit fon Uid;^ 
& fa Femme trcs-hdïc. 

I^c Marquis de los. Balbazei 
Génois } de la Maifoa Spinok» 



tiO M £ M. DE L A C O U R; 

«oie extrêmement riche j on 
Juy reprochoit avec jutticc de 
tomber dans l'excez de L'œcoi- 
nomie. Il avoit éppufé la fceur 
du Connétable Colonna : la 
groflcur &c la figure de cette 
Dame écoit fînguliere. On ne 
pouvoit dirGonvenir,qu il n'eût 
de la capacité & du zèle pour 
le fervice de. ion Maître : il a- 
voit été Gouverneur de Milan» 
& enfui teÂmba&deur à Viea- 
ne ôcen France, & Plénipoten- 
tiaire àNimcgue,il avoit 5oans. 
Don Diego Sarmicnto, ctoit 
de Galice 5 fa naifTance n ëtoit 
pas illuitre. La Reyne-Merelc 
protegoiti elle luy procura une 
Place de Confeiiler d'Etat, 
parce qu'il étoit tout à elle 5 il 
avoit de la capacité > & beau- 
coup de prudcncc:on luy don- 
jnoic.58.ans. . 



D*E s PAGNE. ^ llf 

LeDucdc Villa-Hermofa, de 
la Maifon de Borgia, avoic aug^-- 
mente fon Bien pendant (on fé- 
jourcn Flandres ^ dont ilavoit 
été Gouverneurj il pafToit pour 
ayoirdelaBravoure^ le carac* 
cere de refprit doux> & pleia 
de bonté i il n'écoit pas fort rU 
ehe, & pouvoit avoir 50 ans. 

Don Melchior Navarra,de« 
Yoic (on élévation à fa bonne 
Fortune , & à la &ey ne-Mere > 
û avoic efEcdivemencdu méri- 
te & du fçavoir > il étoit dti 
Confeîl Royal : il partit ctk 
lé 80.^ pour la Vice- Royauté du 
Pérou , on luy donnoit 50 ans. 

Le Marquis de los Vclcz, 
étoit Fils de la MLarquife de los 
yclcz,qui avoit été Gouver- 
nante du Roy : il avoit époufé 
une Sœur de la Duchefit de 
Mcdina-Celi i il étoit Yice-^ 



2IZ Mem^ de l a Gouh 

Roy de Naplcs,ils'y faifoitaî-* 
mer par (es bonnes Qualicez ; il 
ctoic fort riche, 8c encore plus^ 
galant , il n'a^voit que trente 
ans.. 

Le Comte Doropefa, qui por- 
te le nom de Tolède conjoint' 
tement avec celuy de Portugal ,- 
étoir jeune ^ n'ayant que 30- 
ans I d'unetaille un peu au de{^ 
fous de la médiocre > d'ailleurs, 
bien fait de fa perfonne , & d'un 
vifage riant & agréable , Tair 
doux 9 la converfation infi- 
nuante.i ouvert en apparence» 
mais en efièt tres-fecret & ca^^ 
ché, ne difant jamais les cho^ 
fes comme il les penfe , ne fon- 
geant ordinairement qu'à trô- 
per , & à amufcr. Il faignoic 
d'être dévot i .& fous les appa- 
rences d'un grand dcfinterref- 
femcnt > il cachoit une grande 



.îD*E s PAG NI. 213 

ambition , à quoy auffi il pou- 
voie être excite par ùl haute 
NaifTances il.etoit de la Mai- 
fon de Portugal, & héritier pré- 
ibmptif de ce Royaume-là , fi 
le R.oy n'avoit point eu d'en- 
fant. Le Roy d'Efpagne l'ai- 
moit déjà beaucoup i 8c cette a- 
mitié s'étant augmentée avec 
le cems, il eft devenu Favory & 
premier Miniftre. 

Le Marquis de Manfera eût 
l-AmbafTade d'Allemagne 5 on 
l'envoya enfuite Vice-Roy de 
la nouvelle Eipagnes il s y enri- 
chit & revint à Madrid. Sa fan* 
té étoit fi mauvaife » qu'il ne 
pouvoit remplir les Premières 
PJacçs dans le Gouvernemens» 
dont il étoit d'ailleurs fort ca- 
pable par fi>n expérience &par 
fon elprit 3 il a voit 59 ans. 
LeDucDalburquerque étoic. 



*14MeM. DE LA<^OUR ^ 

General de la Mer: ilétoitbra-> 
ve>& il ne œanquoic pas d'ef- 
pric 5 il avoit époufé la Fille 
de Ion frère Aînp pour confer^- 
Ter le nom de fa Mairon^qui 
écoit de la Cueva>& cres^ao» 
cicnnei il pouvoic avoir quaraa^ 
huit ans. 

Don Juan Geronimo d'E- 
guya> étoit né à Gefne : mais 
là iramille écoic de Navarre i 
fon Père avoic été Gentilhom- 
me du Duc de Turcis, Le jeu* 
ne d'Eguya étoic bien fait & 
agréable,' il avoit de 1 cfprit 3 il 
entra en qualité de Page chex 
Don Pedroternandez delCam- 
po, Secrétaire d'Etat: Ion Maî- 
tre rain]oit,&:ille fît fon pre- 
mier Commis 3 il monta enfui- 
te à un Secrétariat 3 &c enfin 
Don Pedro dcl Campo n'étant 
pas agréable à Valenzuela> 



d'Eguya fuc choifi pour exercer 
fa Charge par Commiflîon: mats 
au bouc de quelque tems > il 
eût le bonheur d'en être pour- 
vu en cicre , parce que celuy à 
qui eUe ecoit > mourut de cha- 
grin de ne l'exercer plus. Le 
Roy raimoicfort^&ilfecondui- 
foit auprès de luy avec la der- 
nière adreâbj (on Bureau ëcoic 
au defibus de l'Âppartemenc du 
Roy : on le nommoit Secrecai- 
re d'Etat, & del Dtffâcho Vni^ 
^irfâly'iX n avoir point d entrée 
dans leConfeil : laCharge l'at- 
tachoitdiredement à ial erfon- 
du Roy & du Premiqr Mini* 
ftre y il gardoit te Bâl/lU , fans 
être oUigé d en rendre com- 
pte : ce font dzs amandes qui 
reviennent auRoy,tant del'Éf- 
pagne , que des Indes ; elles 
montent à de très-grandes fom- 



srtf M £ M. D £ L A C O U H 

mci^y & elles font employêcsi 
des cbofes fecretes 9 foie en prG« "] 
fen5> ou en penfions. 

Toutes les perfonnes > dont je 
viens de parler9 étoient fort dif«> 
tinguces » & pofTedoient les 
premières Charges > Scies plus, 
grands Emplois. 

Il y avoic une autre Claflc 
de CourtifanS) qui n étoit com«f 
pofée que de jeunes Seigneurs 
que l'on nommoitCua^Sy com- 
me nous appelions en France 
les petits Maîtres. On compcoit 
encre ceux-là> pour les plus fpi- 
rituels Se les mieux faitsj le Duc 
Duzcda ,1e Marquis de Peria- 
randa^le Comte Daltamire,lc 
Fils du Duc deCefl'a,le Prin- 
ce de Montoleon, Don Anto- 
nio, &: Don Franciico de To^ 
ledc , lils du Duc Dalbe, & 
Don Fernand de Tolède foa 

Neveu» 



D^E^ PAGNE. iiy 

Neveu , les deux Silva Frères 
du Du€<ic Paltranc , le Mar- 
quis de Ley va,le Duc de Medi- 
xiâ-Sidonia,IeMarquisdeQuin- 
tana^&leFils du Duc de Mé- 
dina -Celî. Bien que le plus 
vieux de ces Seigneurs n'eût 
pas 25 ans > il y en avoir trcs- 
peu qui ne fufïenc mariez: car 
on les engage dans THimen 
de tres-bonnc heure. 

A 1 égard des Dames, je di- 
ray en général qu'il n*yapoint 
dç lieu au monde où elles aycnc 
plus d'efprit, de vivacité, &:de 
talent pour plaire, qu en Efpa- 
gnes entre celles- là, fans com- 
pter les Filles d'honneur des 
deux Reynes , on remarquoic 
pour Tefprit, les Duchefles Dal- 
biilquerque, de Terra Nova, 
Doflbncde Frias, deMcdina. 
Gcli, d^Hijar, de Paftranc,&: les 
I. Part. K 



&i8 Mem. D £ L A Cour 

Comteffes de Montcrcy & de 
Villambrofa 5 pour la beauté ,1a 
Marquife deLiche,laPriûccfle 
de Monceleon , la Marquife de 
laRofe,la Comtefle dePeiiaran^ 
da, la Princeflede Stillano,Ia 
Ducheflè d'Ofleda , la femme 
de Don Pedro d'Arragon, celle 
de Don Henrique Henriquesy 
& la Marquife de la Pue- 
bla 5 la contrainte où elles vi- 
vent , le climat du Païs , & leur 
propre temperamment les por* 
tent aJÛTez volontiers à la galan- 
terie: elles font prefque toutes 
petites , extrêmement maigres 
& menues 3 elles ont la peau 
^oire , douce , & fardée 5 les 
traits réguliers, les yeux pleins 
de feux, les cheveux noirs fie 
en quantité , les mains jolies » 
& les pieds d'une pctiteJÛTe fur- 
prenante. Leur habit leur fied 



d'E s PAO ne, 1]"9 

fî mal, qu'à moins d'y être fore 
accoutumé , on ne les fçauroit 
fouflFrir. Les hommes ne font 
pas vêtus moins defavantageu- 
îement : ils vont toujours à la 
Cour en manteau noir , en go- 
lille, en manches pendantes5 & 
<quoy cju'ii yen ait de très-bien 
faits,dont la tctefoit belle &: le 
vifage agrêable,leur manière de 
fe mettre, de (cparer leurs che- 
veux fur le côté de la tête , & 
de lés paflcr derrière leurs oreil- 
les, les défigure abfolument. 

Cette difgreffion m'a fait in- 
terrompre la fuite de ces Mé- 
moires 5 pour la reprendre , je 
diray que Tintelligencequipa- 
rdifloit entre le Roy & la Rey- 
«e-Merc, attira une groiGTe Cour 
à cette dernière 5 On la regar- 
doit comme une Princeflè qui 
alloit reprendre l'autorité qu'cU 

Kij 



;ilO Me M. DE LA'COUK 

Je avoit déjà eue» parce que le 
Roy étoit encore icune 3 qu'il 
avoic bcfoin d'un xx>n Conleil « 
& que fa Mère, accoutumée à 
la Régence, é toi c par toutes 
fortes de raifons plus capable 
que perfonne de le bien con- 
duire : on croyoit même quel- 
le n'auroit point été fâchée 
de reprendre de Gouverne- 
ment ; ainfi les uns par in- 
clination, & les autres parpo- 
jitique,eârcyoient defe la ren* 
dre favorable, afin d'entrer de 
quelque chofedans le nouveau 
Miniitcre qui s'alloit former, 
tant par fon retour , que par 
l'arrivée de la jeune Reynç. 

On penfoit avec jultice, que 
les affaires alloient abfolumenc 
changer de face 3 chacun fon- 
geoit à foy dans la conjondu- 
re prefente. Ce n eit pas que 



d'E s p a g h E. Ht 

bien des perfonncs habiles dans 
la fine politique, ne jugeaflent 
que la Reyne-Mere ne vou- 
droit peuc-ccrc pas tenir lcs<* 
rênes de TEtac 5 il^ difoient«< 
quec'ctoit toujours uncChar- ««' 
ge pefantej qu'elle s' étoitac-w 
Goûtumée au repos 3 qu'elle"' 
avoit éprouvé tous les capri-*** 
GC d'une fortune bizarres*^ 
qu'elle apprehendoit de s'y« 
voir cxpofce une féconde fois 3 «« 
qu'à la vérité il y avoit de Tef- « 
perance qu'elle dctourneroit" 
le Roy de prendre un pre-«f 
mier Miniftre 3 qu'il luy fe- « 
roit aifc de luy en faire con-« 
cevoir de l'averfîon ; qu'elle « 
n'auroit qu'à luy faire con- « 
fidérer le trifte perfonnage^^ 
qu'on luy faifoit faire dans le « 
tems que Don Juan avoît« 
de l'autorité fur luy , & ««^ 

Kiij 






ail Me M. DE rA Cour 

,^ qu'enfin elle travailleroic k 

» former une Junte qu'elle rem* 

jipliroic de Ces Créatures. Que 

j^ ce feratt le moyen de régner, 

3, fans fe rendre refponfable 

>, d'aucun évenencmenc j que 

fes Ordres feroient pontluel- 

lemenc exécutez, & qu'il ne 

jt, paroi t roi t pas même qu'elle y 

„ eut part. Je dois -dire que la 

Junia e(l un Confeil d'Etat ex- 

traordinaire,queleRoy d'Efpa- 

gnc crée pour remédier aux 

befoins preflants de fon Etat: 

par exemple Philippe IV. créa 

par fon Tcltament une Jùnta 

pour fervir deConfeilàlaRci* 

ne, pendant la minorité du Roy 

fon Fils. 

On cherchoii; , Se Ton trou- 
voit ailementles Seigneurs qui 
dévoient entrer dans cette Jun^ 
te i la haine ou l'amitié des,gensi 



d'Espagne. 223 

qui faifoicnt des reflexions fur 
les affaires du tems , enrichif- 
foienc ou àppauvrifloient ceux 
qu'ils vouloient 5 ils dônnoienc 
des Charges 5 ils en ôtoient 3 ils 
faifoienc des voeux inutilesiils 
avoientdes craintes efFcdivesi 
en un mot, tous les efprits c- 
toient partagez, & les plus tran- 
quilles fentoienc quelque émo- 
tion pour Tavenir. MaislaRei- 
ne-Merc ne marquoit aucun 
cmpreflcmentjilparoiflbit qu'el- 
le n'étoic occupée que du foin 
de rentrer aux bonnes grâces 
duRoy lbnFils,&qu elle ne fon- 
geoitauffiqu'àfe les conferver^ 
Ce jeune Monarque étoitpaf' 
fîonément amoureux rjlreflcn- 
toit tout le plaifîr qui accom* 
pagne des Idées agréables > & 
il le flatoit de voir bien-tôt fes 
cfberances remplies ; Ton Ma* 

Kiiij 



Xl4 M E M. D E LA- G OU R. 

riagc 5 la pofleflîon d'une Pritv. 
ceue qui luy écoic déjà fi che« 
rc , occupoit fi fort Ion coeur > 
qu il ne pouvoir penfcr à autre 
chofe ; il preflbit le tems de fon 
départ pour être plutôt auprès 
d'elle. 

L'on attendoit avec une ex- 
trême impatienceleCourier qui 
apportoit les nouvelles que la 
Reync s'avançoit vers la Fron- 
tière : Le Marquis de los Bal- 
bazez écrivit exadement le 
jour qu'elle devoit arriver â 
Irun 3 & tant qu'elle fut furies 
terres de France, la Maifondu 
Roy la fervit : le Prince d'Har- 
court l'accompagna en qualité 
d'Ambaflkdeur extraordinaire: 
la Princefl'e fa femme fit aufl[i 
le voyage 5 la Maréchalle de 
Clerambaut,qui étoit fa Gou- 
vernante , luy fcrvoit dç Da.- 



d'Espagne. 215 

me d'honneur 5 Madcmoifcllc 
de Grancc de Dame d'Atour, 
& cette Charge luy alaiflc le 
nom de Madame, au lieu de ce- 
luy de Mademoifelle. L'onob- 
mit rien dans toutes les Villes 
où fa Majelté paflajpour l'y re- 
cevoir avec tout le refpcd qui 
luy étoit dû 3 & l'on peut di- 
re qu'elle ajoûtoit tant décho- 
ies à la Grandeur de fonRang 
par fa bonté naturelle, parles 
manières engageantes & civi- 
Ies,quc tous les François étoienc 
touchez jufques au fond du 
cœur de^ voir quelle alloit s'é- 
loigner pour toujours. 

Une des premières perfônnes^ 
qui s'émancipa de parler à la 
Rey ne,& de luydonner des con- 
feils, ce fut un Religieux Thea» 
tfn appelle le Père Vîntimiglia. 
li étoit né Ctt Sicile d'une illuf- 

K V 



zi6 Me M. DE LA Cour 

CrcMaîlbn, & frère du Comte 
de l^rade, Gouverneur de Pa- 
ïenne , lors que cette V illc Te ré- 
volta dans les derniers trou- 
blés: il fut arrête, &: Ion penfa 
luy trancher la tête : il obtint 
d*çtre amené à Madrid pourfe 
juitifier, fonfrerele Theatiny 
vint avec luy pour Taider de ion 
crédit. C'etoic un homme har- 
dy, entreprenant, qui s'était 
tout dévoué à Don Juan 5 & loit 
Zcle pour ce Prince le mena (I 
loin ,. qu'il fît des Sermons ou il 
parla de la Kcyne-Mere avec 
très peu de re/'ped. Ce Père 
étoit parti de Madrid avec le. 
Duc D(^flbnc:&: bien qu'il n'eut 
plus i'cfperance d^ètre Confcf- 
fcurdela Reyne, cojnmeil Ta- 
yoiteuë avant la mort de Don. 
Juan ,*il ne laifla pas de s avan- 
cer j.ufqu a JJayonne pour la la- 



d'Espagne. 117 

liieri fcs manières, fa naillan- 
ce , & la Langue Françoifc qu'il 
parloit bien , parce qu'il avoic 
ccc long-tcms à Paris > luy pro- 
, curèrent aflcz d'accez auprès de 
cette jeune Princeflè, pour être 
en état de jetter dans Ion cfpric 
des foupçons 5c des ombrages 
contre la Keyne fa Bclle-Mei;c>, 
& contre TAmbafladeur de 
France. Iln'avoitpas feulement 
par cette conduite , envi^ de 
nuire à ceux qui avoient été 
ennemis de Don Juan 3 il avoit 
un but particulier qui le rcgar- 
doit perfonnellement , & dans 
lequel fon ambition agifïbic 
beaucoup plus que fa prudence , 
c'étoit de perfuader à laReyne 
dctravailler à former une Junte 
qui dépendît d'elle.. Il luy dit 
qu'il falloit pour cela qu'elle y 
mît leDucDoIToiiC, parce qu'il 
• k vj 



2i8 Mem. de la Cour 

avoit une capacité côlommëc>& 
beaucoup de zèle pour elle i il fe 
conipcoiCjbien aum danslenôbre 
des Mini(tres> Se il ne put s'em- 
pêcher d'écrire un Plan deGou- 
vernemenc>donc il donna le Mc« 
moire au Prince d*Harcour, afin 
qu'il le prcfentàt à la Reync : 
mais il y a quelque apparcn». 
ce qu'il ne le fit pas voir à SaMai. ■ 
jelté. 

La Rcyne s*ctoic avancée 
jufqu à Saine Jean-de-Luz , & 
clic en partit à une heure après 
midy le 3. de Novembre, efcor-. 
tcepar les Gardes du Corps du 
Roy. Elle arriva à une maifon 
dci3ois que Ion avoit préparée 
exprès > elle écoit peinte & do- 
rée par dedans &: par dehors i il 
y avoit une Salle, une Chambre 
& un Cabinet meublé de Damas 
Cramoify, avec des Galgns & 



d'Espag^ne. 115? 

une Crépine d or 6c d'argcnr. 
Cette Maifonécoic (ur le bord 
de la Rivière de fiidaflba> qui 
. fepare la France de l'Efpagae. 
Dcsquela Reyney fut arrivée, 
elle s habilla magnifîquementi 
elle vint enfuite dans la Salle , & 
mangea un peu d'une fuperbe 
Collation^Elle s'y arrêta peu , & 
elle rentra dans fa Chambre f 
elle monta fur r£ftrade& s'aille 
dans (on Fauteuil fous un Dais. 
lE lie avoit dans ce moment^U un 
air de mélancolie , qui marquoic 
affezfon regret d'être £ proche 
de quitter la France > le Prince 
d'Harcour fe mit à fa droite , la 
Princelle d'Harcour à fa gau« 
che, la Marëchalle de Cleram- 
baut & Madame dcGrancé der- 
rière fa Çhaife. Monfieuc de 
Saintoc fut avertir le Marquis / 
d'Altorgas , Mayordome de la 



230 Me M. DE laCook 

Reyne: ilécpitdansun Bateau 
fur la Rivière proche d*unc pe- 
tite Ifle, que le Traité des Pi- 
renées a rendue célèbre : elle 
étoit attachée à la Maifbndela 
Reyne par un Pont de commu- 
nication. Les Gardes du Corps 
formoient en ce lieu plufieurs^ 
Elcadrons , &:le Marquis d'Af- 
torgas attendoit les Ordres dans 
le même Bateau qui étoit fort 
magnifique,&qui dcvoit fervir â 
porter SaMajelté à l'autre bord,. 
Dés qu'il eut appris qu'elle 
l'attendoit , il mit pied à terre : 
quatre-vingt perlonncs, Gcn- 
tihhommesjFages ou Valets-de- 
pied marchoient devant luy.. 
Il lé jctta d'abord aux pieds de 
la Reyne , luy bail'a la main , luy 
fit un Compliment, le releva & 
fc couvrit, fans attendre que la 
Reyne le luy dîu Le Irioec; 



dT s FACN E. lit 

d'Hircotir fe couvntauifidans 
le même cem$« Le Marquis luy 
parla coiiljours en Efpagnol^ U 
préfenca à Sa Ma jeite deuxLec^ 
très de la parc du Roy & de la 
Keynefamere: mais avant que 
de les donner ) il les fii coucher 
à (on fronc , à Tes yeux , à fa bou* 
che ôcâ Ton cœur» comme c'effc 
Tufage. La Reyne luy die qu'- 
elle ccoic bien-aife que le Roy 
fon Seigneur, reùc chargé du 
foin de la conduire. Le vieux 
Marquis le courna enfuice vers 
le Prince d'Harcour, & luy fit 
un Compliment, auquel celuy'^ 
cy répondit qu'il avoîc ordre du' 
Roy de remettre la Reyne à'EÙ 
pagne entre Tes mains, Mon- 
iieur de Château- neuf, Con« 
feiller au Parlement de Paris $ 
lut en F ançoîs TAAe de Déli- 
vrance ^ &DonAlonçoCarxie^ 



t^ 



IJX M FM. DE LaCoUR 

ro>Secrctairc d*Etat,lùc enEfpâ- 
gnol TAdle de Rcccptioii. Le 
Marquis prcfcnta' à SaMajclté 
pluficurs Pcrfonncs de Qualité, 
qui luy baifcrent la main en 
mettant un genoux en terre. 
\ L'E vêque de Pampcluiîe qui lar 
kiy bailà auffi , nelemit point à 
genoux. La Rcyne ne le pref- 
K>it pas de partir: mais le Mar- 
quis lavertit qu'il étoit tems de 
marcher. Elle fe leva auflî- 
toc> il (e mit à fa droite, un 
Menin d'Honneur à fa gau- 
che , fur répaule duquel elle 
s'appuypit , car c'étoit un jeune 
enfant: & elle s'avança ainft 
vers le Pont. La DuchcflTe de 
Terranova vint au devant d*eK 
le jufqu'au milieu, & luybaifa 
la main , avec les Dames du Pa-* 
lais qui la fuivoient , & qui fe* 
jettercnt .toutes à fes pieds^ 



v. 



dT s p a g n e. 1:3.3 

Après que laDuchcffc eut fait 
fon Complimenc, elleprcfenta 
à la Reyncplufîeurs Dames Ef- 
pagnolles. Monfîeur du Repai- 
re > Lieutenant des Gardes du 
Corps du Ray, qui portok faRcv 
be , la donna à la Ducheâe, La 
Rcyne entra avec elle dans fon / 
Bateau 3 fa Chambre ctoit vi^ | 
trée tout. autour: ainfi feule a^ 
vcc cette vieille Dame,elie tour»- 
noic fans cefTe les yeux du coté 
du Royaume quelle quittoit, 
& fon air de langueur marquoic 
aiTez les mouvemens dont elle 
cxoit agitée. Vingt-quatre Ma- 
telots placez dans dcuxBarques, 
tiroient le Bateau 5 & les Cava- 
liers Efpagnols firent une dé^ 
charge de leurs Moufquctons & 
de leurs Pillolets , auffi-tôt. qu il 
commença de voguer î^TAr- 
tilleric de Fontarabic y répoa* 



\.. 



234 Mem. delaCouh 

dit par un grand Feu. Le Prin- 
ce , la Princcflc d*Harcour , les 
autres Dames , bc toute la fuite 
delaReyne pailèrent dans des 
Sateauxquiavoient été prépa- 
rez exprès. La Rey ne ayant mis 
pied à terre fur le foir, trouva 
fon Caroflc du Corps, fa Litière 
& une Chaife, avec beaucoup 
de Gens de Livrée: elle le mk 
dans (a Chaife, & trente Va- 
lets de pied cclairoientavecdc 
longs flambeaux de cire blan- 
che: dés quelle futàlrun^ on 
Chanta le Te Deum^ & fon lou- 
per pour la première fois, fut 
fervi à TLfpagnoUe : le repas 
étoit fi petit & fi mal apprêté , 
qu'elle en demeura dans la der- 
nière furprife, & à peine man- 
gea- t-ellc. 

Hclas» que tous cesmomens 
étoicnt trilles pour une jeune 



d'Espagne. 235 . 

Princcflc , élevée dans la plus ^' 
belle Cour àc la plus polie de 
rUnivcrs 1 Elle avoit toujours 
eu la liberté de manger en pu* j^ 
blic : on ne la luy avoit point 
ôtée pendant Ton Voyage i elle 
dançoit , elle montoit à Che- 
val, elle connoiflbit, elle con- 
fidcroit ceux qui l'avoienc ac- 
compagnée, & ils ladoroient 
( fi 1 on peut fe fervir de ce ter- 
me-la. ) Elle fetrouva tout d'un 
coup avec des perfonnes qu clic 
ne connoiilbit point > &C qui ne 
pou voient pas luy paroître aflcx 
aimables pour prévenir agréa- 
blement fonefp ri t. Elle fçavoit 
fi peu leur Langue, qu elle ne les 
entendoit , & qu'elle ne leur ré- / 
pondoit qu'avec peine. Il faut 
ajouter à cela, que la manière 
dont on la fervoit avoit fi peu \ 
4e rapport avec celle de France» 



1^6 Mfm.de laCouiî^ 

qu elle en foufFroit beaucoup t 
tout ctoit cérémonie, tout ctoit 
contrainte 5 des le premier jour, 
les Efpagnols vouloient qu'elle 
fçût & qu elle fît, ce que les Ef- 
pagnoUes apprennent pendant 
toute leur vie, 11^ n entroienc 
point dâs la différence des deux 
Nations, qui font (i oppofécsen 
tout 5 & comme ils croyoîent? 
qu'il falloit de bonne heure mec* 
tre SaMajeité furlepiedoùils 
vouloient la tenir toute fa vie, 
ils nefe relâchoient fur rien 3 & 
dés ce tems-là elle éprouva ua 
cfclavage, auquel Thumeur ri- 
gide de la Camarera Mayor 
ajoûtoit beaucoup ; mais la dou- 
ceur naturelle de la Rcync, Sc 
fa raifon , luy firent recevoir de 
bonne graceleschofes qui natu- 
rellement la fatiguoient & luy 
déplaifoient davantage. 



Il fembloit néanmoins que par 
polJcique,la Duchcfle de Tcrra.- 
Nova dent ménager refprit & 
les boncczde la Reyne 3 quand 
elle ne lauroic pas fait par atta*- 
chemenc^ fa Perfonne , elle dé- 
voie le faire pour s attirer Thon- 
neur de fa Protedion , car clic 
avoit un nombre confiderablc 
d'Ennemis; & la plus grande 
partie des Femmes de la Cour 
en vioient fa Place. Le Prince, 
quiryavoitclevéc, nctoitplus 
au monde; toutes les apparen- 
ces prcdifoient fa chute, ocelle 
l!appreliendoit auffi extrême- 
ment : mais elle prit une route 
toute oppofce à celle que Ton 
croyoit quelle deùt tenir, ccft 
à dire , que bien éloigné d avoir 
de lacomplaifance pour fa jeu^ 
ne Maîtrefle, ellcdcvint fon EC- 
pion aân de s'en faire un mérite 



238 Mem. de la CouiL 

auprès du Roy. Elle étudioic 
toutes Tes inclinations & Ton hiu 
nicur 3 cUeentrecenoit ôl tailbit 
entretenir fou vent les Femmes 
Françoi fes qui la fui voient à 
Madrid 5 elle tiroit des coure* 
quences des plus légères baga* 
telles , & tout dcvcnoit poiibh 
entre Ces mains, EUfc {c drefla 
ainfî un Flan de conduite, qui 
eflFedivcment l'empêcha d'être 
ôtée defonpofle. 

Elle ne fe contenta pas de 
prendre des mcfures éloignées 
du côté du Roy 3 elle comprit 
encore, que pour fes feuls in te- 
rêts>elle devoit empêcher que la 
Rey ne ne fe liât d'amitié avec la 
Rcyne-Mere, ôcneluy donnât 
fa confiance3 parce que fon par- 
ty ayant étéabfolumentoppofc 
àceluy de Don Juan, il etoit na- 
turel de croire que le premier 



d'Espagne. 139 

Sacrifice qu elle demandcroit à 
la Reyne fa Bcllc-Fillc, fcroit 
réloigncmenc de la Camarera , 
qui écoit Créature de fon enne- 
my. D'ailleurs > elle ne pouvoir 
fc flatter, que la jeune Reyne 
refufât deluy dôner cette preu- 
ve de fa complaifance, dans une 
conjoncture qui la dclivreroit 
d'une efpece de Gouvernante, 
qu'elle n'a voit aucun fujet d'ai- 
mer 5 ainfiellé n'imagina point 
de meilleur moyen pour fe ga- 
rantir, qu'en infpirant à la Rey- 
ne qu'elle avoit une ennemie fc- 
crette enlaperfonnedelaRey- 
nc-Merei qu'elle luy feroit 
contraire en tout 5 qu'elle ne 
pourroit jamais oublier qu'elle 
ctoit en partie caufe que le 
Mariagedel'Archiducheflefa 
Petite Fille ne s'étoit pas ache. 
\é avec le Roy fon Filsi quel- 



J 



a'4o Mem. DE LA COUK 
vi Icauroit toujours dcrinquitr 
>^ tude, quelle ne fi4t trop bien 
i^ dans le cœur du Koy j qu'il 
>^ étoit des degrez de faveur que 
,v Ton ne pardonnoit à perfbnnç, 
,> quand on étoit accoutumée à 
,, les poflèder foy-méme, & que 
,V l'on avoit pas encore perdu 
,> l'envie de régner j qu elles al- 
p loient ctreR i valles dePuiiïafl^ 
,y ces i que la Reync-Merc étoit 
,^ refoluc de la tenir dans un ajt 
,> fujettiflement plus convena- 
„ blcàunepetitc fille, qu'à TE- 
5, poufc d'un Grand Roy. 

Elle avoit inftruit là-dejGTus 
quelques perfbnnes qui appror 
choient de la Rcyne, & qui 
joiioientfort bien leurPerlonna- 
ge 5 lors qu'elles prenoient la 
liberté de luy parler en ces ter^ 
mes, elles paroiflbient luy être 
toutes dévouées > & les larmes 

feintes 



d''Esi?agne. i4t 

feintes, fccondoient leur zclc 
Apparent. Que vous avez per- u 
du , Madame , luy difoienu h. 
elles, quelquefois d un air trif- «c 
te î que vous avez perdu en la <c 
PerfonneduPrkiceDonJuatt! << 
Que n'aurok-il pas fart pour « 
vous plaire ? Il avoit déjà ou- u 
blic fcs propres intérêts afin •< 
de vous ménageria Couronne <t 
d'Efpagne. Sans luy, le Roy u 
auroit époufé TA rchiduchei- h 
fe i & la ruptuirede cette afiài* h 
re luy a attiré des Ennemis te 
mortels. Que fi vous pouviez ^ 
vous promettre queTAmbaC- u 
fedeur de France vous fiât fir ce 
dele> vous trouveriez en luy ce 
quelque confolation , vous <c 
prendriez lès avis^ vousprofi- <c 
ceriez de Ces lumières j mais «< 
dan^les difpofitions où il eft , (c 
le Ciel vous préferve , Mada- ^ 
L Partie. L 



Ï4^t M EM. K £ LA Go un 

• 

n tnc y de vous fervir de Tes Çoum 

1, feiU ) il ne selï brou ïUé avec 
p Don Juan qu'à çaufe de la 
1% Rcyne-Mcre 3 il s'ctoic ab(b^ • 
lument déclaré pour elle dé^; 
» £à première AmbaiTàde ; elle 
I) luy a voit donné toute fa con^ 

2, fiance: ainiî Vôtre Majeilé ne 

^ fepeuttropéloignerd un Mi«- 
>i niitre, qui n'ira Jamais droit; 
,) avec elle 1 & qui ne voudra pe« 
») netrer Tes fcntimens que pour 
»> en faire un mayais uiage. La 
Reyne avoit Tefprit extrême- 
ment agité de toutes les chofes 
qu'on luy difoit, &elle nefça- 
Yoitprcfque àquoy fc détermi- 
ner, étant fi jeune, & n'ayant 
point d'expérience dans un nou- 
yeaumondeoù elle ne connoif- 
foit encore perfonne. 

Ellepartit d'Irun,& vint cou-, 
xher à Hernani ^ le lendemain 



d'Espagke. 145 

-elle monta à Cheval fui vie de la 
Ducheffe de Terra-Nova, qui 
faiibit une méchante figure fur 
fa Mule i Madame de Gran- 
ce Taccompagnoic. Le Marquis 
d'Altcrgas Se le Duc DoC- 
Ibne, avec chacun une paire de 
Lunettes fur le nez, comme c*eft 
la mode parmy les Grands » f 
étoient auffi de la Cavalcade; * 
LeMarquis fe mit le plus proche 
de Sa Majeité , comme <tanc 
chargé de fa conduite , jufqu'â 
ce qu elle eût vûlc Roy : mais le 
Duc vouloft da même Ilacc 
<:omme Grand Ecuyer, & la prit 
par force , en menaçant le Mar- 
quis avec beaucoup de hauteur r 
cette DifputC obligea la Kcync 
de 'remonter en Carofle. Elle 
coucha cette nuit à Tolofettc 5 
comme elle y arrivoit, le Duc 
Doûone fit arrêter un Garde ^ 

Lij 



144 Me M. DE laCouk 
qui avoic makraicié Ton Cochér# 
parce qu il ne vouloic pas hiScx 
paûer le CzroSe du Marquis 
d'Aftorgas. Le démêlé fe re* 
nouvella furlafondiondeleurs 
Charges i le Marquis pâréten- 
doit que tous les Honneurs de 
laR ccepcion delà Rcync luy ap- 
partenoient i le Duc foûtenoits 

3u*ctanc fonjGrand Ecuycr, il 
evoit avoir toutes les Prccmî- 
nencesdans (a Maifon. Il fallut 
en écrire au Roy , qui décida en 
faveur du Marquis^ Le Duc ne 
fc tint pas pour bien jugé, il con^ 
tinua Tes conteitations , & cela 
luy attira un Ordre de retour- 
ner à Madrid avec defFenfç de 
paflcr à liureos, où le Roy s c- 
toit déjà rcndjLi. 

En effet , iJ etoit party de Ma- 
drid le iK OtVobre, peuaccom* 
pagne. Le Duc de Médina» 



d'Estaghe» 145 

Ccli , Sommelier du Corps, le 
Conné cable & Dom Jofeph de 
Silva dtoient cous trois dans 
ion Carofle j pour TAmirance 
de Caltille» il ne fut point du 
Voyage , il s'en excula fur le 
manque d'argent qui Fa voit 
mis hors d'état de faire {on 
Train j cette raifbn y nouvoit 
avoir quelque part) mais il cil 
certain que fa pareflc naturelle 
y en a voit encore davantage* Il 
aimeleplaifir» il fuît la peine, 
iï évite avec foin tout ce qui 
peut lu y en donner, & par cette 
feule raifon , il ne fut au devant 
du Roy & delà Reyne,ûu â une 
journée de Madrid. Le Roy 
fejourna 1 5 jours à Burgos , par- 
ce qu'il étoit fort enrumé 5 ce- 
pendant la Rcyne s'avançoità 
petites journées:Elleluy écrivit 

la plufieursfois, & il luyfitrc* 

Liij 



%4'6 Me M. DE LA Cour 

ponfc. Sa Majeité fut obligée ^ 
de lu y envoyer demander laper- 
miflion de manger en public» & 
de monter quelquefois à Che- 
val ; car ces deux terribles gens > . 
^1 le Marquis d' Adorgas Ôc la Ca-> 
( marera Mayor> ne voulurent ja- 
mais y conientir qu'ils n'en cxxC- 
fent reçu un Ordre exprés. IL 
Taccoraa fort volôtiers à la Key« 
ne , & elle luy envo/a en ce lieu 
une Montre de Diamans> & une 
Cravactc avec un Nœud cou- 
leur dcFcu.Ilmit d abordlaCra* 
vatte , 6c Ht donner cinq cens 
Piitollcs au Gentilhomme qui 
luy avoit apporte ce Prefcnt. 

Le Comte d*Alcamirc,Grand 
d*Elpagnc , vint A Ognatc, faire 
un (Jompliment d la Reync de 
la part du lloy > fie luy prcfcntcr 
un Dracclct de Diamans &: de 
llubis. idllc arriva le 1 1. à Vie-. 



D^ESPAGNE. 247 

torîa, oîi Ton avoir prépare une 
affezmauvaife Comédie pour la 
régaler > elle s'y habilla à TEf- 
pagnollc pour la première fois, 
Scelle n'y écoic pas afTàrémenc 
moins belle > que dans Tes habits 
à la Françoife. Elle fut ainfi à 
la Grande Eglife, oà Ttvêquc 
de Calahorra la reçût à la porte, 
& luy préfenta le Dais. Elle fc 
irendic enfuitedans la Grande 
Place } elle y vit une Fête de 
Taureaux > qui n'a voit rien de 
magnifique, parce que c'ctoic 
feulement les Bourgeois qui U 
faiibient. Elle reçût en ce liea 
des Pendans-d'oreilles, avec des 
Perles en Poires : ce Pre(cnt 
luy vint de la part de la Reyne* 
Mère : il valoit bien quatre cens 
mille livres. 

Moniteur rAmbafladeur de 
France vint faliier laReyne i 

La • • • 
lllj 



\^ 



a4S Mbm. i>£ la Goitr 

Bribiefca 5 & bien qu'il démet» 
râc peu auprès d'elle >. & que 
leurCoQverfacion fut fort cour- 
te» il ne laifTapasde remarquer 
qu elle a voit u ne inquiétude ge^ 
neralle I & une dénance parti- 
culière pour Lay . Il n'en pcnc- 
f ra point la.raiibn : mais il jugea 
aifement que ces dirpofitions-là 
ncluy écoient point naturelles^ 
Il luy dit des chofes qui pou^. 
voient luy être fort utilcs> il luy 
côfeiUadenefepointarrêteraux 
difFeremes im^preHions-quecha^ 
cune eflàycroit de luy donner ; 
qu'elle dcvoit confîdérer, que U 
plupart desperfonnesqui-étoiét 
auprès d'elle , n agiflbicnt que 
par rapport à leurs propres inté- 
rêts; que le plus fur pour elle, 
c étoit d aimer le Roy de toiu 
foncœur, &de s en faire aimer 
de même^ de s unir a^vec la Rey- 



d'Espagne. 14,9 

ne-Merc , & d'agir de concert 
cnfeniblci qu'elle dévoie être 
perfuadée que cette PrincefS: 
avoit pour elle beaucoup d'ami- 
nié y Se que (î elle y vouloit ré« 
pondre de Ton côté> elle trou-^ 
y croit dans fou coeur les fenti- 
mens d'une propre Mère. La 
jeune Reyne s'attendoit bien 
qu'il luy parleroit de cette ma- 
nière» & particulièrement à l'é- 
gard de la Reyne- Mere^ on n'a^ 
voit pas manqué de la prévenir 
là*defïus. : mais iî elle eût exa* 
miné ce qa il luydifoit^elleau-- 
roitbien vû> ayant autant d'ef^ 
prit que perfonnedu monde,qae 
^Ambafladeur agiiToit de bonne 
^5y : caries autres gens qui luy 

Krloient, netravailloientqu'à 
loigner de ion véritable repos. 
Upritcongé d'elle pour revenir 
à Buj:gos trouver le Roy^ $c dans 



ft^p M £ M. DE LACouiÎ 

\ le peu qu'il eût Thonncur d'être 
i auprès d'elle > elle luy parla tou-« 
jours avec aflcz dcrelcrvc & de 
froideur. 

* Le Prince d'Harcour s'étoic 
avancé jufqu'àBurgos pour fa- 
liicr le Roy j & comme la Rcy- 
Bc devoit arriver à Quintaiia-. 
palla , qui en eft à trois lieuës,on . 
croyoit qu'elle y vicndroit cou- 
cher le 15^.. de Novembre, & que 
la Cérémonie du Mariage s'y 
feroit : mais le Marquis de Vil- 
lars ayant rencontré, en reve- 
nant, le Patriarche des Indes > 
quialloit au devant de la Rey-. 
iie> il luy vint dans refprit que 
peutrêtre le Mariage s'achevc^^g 
roit , fans qu'il en fût averti/ 
Cette penfée l'obligea d'en dc-. 
jnander des nouvelles à Don 
(jeronimo d'Eguia, Secrétaire 

d^.Ecat. Il luy dit quç l'ott at- 



d'Espagne. 151 

tcndoit la Reyne à Burgos le 
lendemain. Cette réponlc am- 
biguë) quin'avoic riendepofi'- 
ti^ engagea nôtre Ambafladeur 
à s'informer encore plus parti- 
culièrement 5 & il fçût fans en 
pouvoir douter , que le Roy de- 
voit aller le lendemain à Quin- 
tanapalla pour faire le Mariage. 
Cette certitude l'obligea d'en 
donner avis au Prince d'Har- 
cour, & ils partirent enfemble 
d'aflez bonne heure pour arri- 
ver auprès de la Reyne avant 
que le Roy s'y fût rendu« 

Lors qu'ils furent arrivez , \ïk 
n'eurent pas de peine à démêler^ 
que l'on avoit envie de faire le 
Mariage fansçuK. La Camarcra 
Mayorqui étoii toute dans cet 
efprit > & à laquelle ils parlèrent 
avec beaucoup d'honnêteté » 
leur dit j^khe^eAt qu'ils n'y af ^ ^ 

Lvj 



25X Mem. de la Coub: 

lifteraient poiot, & que le Ray 
ne vouloic pasqueperfbnne en- 
crât , excepte ceux qui ëtoienc 
indirpenfablement neceUaires 
pour la Cérémonie ». comme les 
Premiers Officiers &c quelques 
Gentilshommes de la.Chambre^ 
Le prince d'Harcour & le Mar^- 
quisde Villars.repartirent>que 
le Koy leur Maître leur avoit 
donné Ordre d y être prefens* 
Elle répliqua fièrement, que le 
Roy leur Maître n'a voit rien à 
commander en.Efpagne. Mon- 
ficur de Villari; iuy dit, que 
le Roy Ion Maître comman- 
doit à tes AmbalTadeurs, & que 
fcs Ambaflàdeurs Iuy obeïC- 
foicnt par tout 5 que fi le Roy ne 
vouloic pas qu'ils alliltallcnt à 
(on Mariagc> il dcvoit leur don- 
ner par ccric ua Ordre de ue s*y 
pas irouvcr. La Camarcra ra- 



d'Espagne. 253 

vie d'avoir une occafîon de faire 
paroi crc ion zelc pour le Roy 
d'Efpagnc, quoy que ce fux fort 
à contre-tenos^ s'emporta fur ce- 
la ) & die pluûeurs chofes fipeu 
fui vies Se (iaigres>qjLie Me(Ecurs 
les Ambaflàdeucsla quitcerenc 
pour s'addreflèr au Marquis 
d'Aflorgas. Celuy-cy les écou- 
ta, & leur répondit honnête- 
ment q.u'il alloit envoyer un 
Gentilhomme au deva^nt du 
Roy , pour fçavoir plus préci- 
fément fa volonté. Ge GentiU 
homme le trouva en chemin^, 
& il confentit que MefEeur^ 
d'Harcour & de Villars affiltaf- 
£ent à la Cérémonie. £n effet, 
c'étoit par les foins de qjuelques 
perfonnes , qui n'avoient pas 
d'inclination pour les Franc is, 
que l'on avoit infmué cette 
penicc au Roy i ils croyoient 



x«4 ^^^' delaCouh 

• 

même qu un Mariage (î Auguf^ 
tc,n auroit point dû être célé- 
bré dans un pauvre village où 
il n*y avoir pas une douzaine 
de maifons , &. la vanité £i'pa-> 
gnoUe s'en trouvoit allez cho- 
quée pour . fouhaiter que les 
Ambafladeurs d'un . fi grand 
Roy ne fufient point témoins 
de cette négligence > pour ne 
pas dire .mifere.. Ils faifoient. 
entendre, pour Texcu fer, que 
le Roy étoit jeune & amou- 
reux 5 que towtcequi lui a van- 
çoitlcplaifirdevoîr Ion Epoufe 
letouchoitfi fenfiblemcnt, qu*il 
en oublioit julqu'à la magnifi- 
cence > & à la grandeur de fon 
Rang 5 que Tamour feul falfoit 
les honneurs de cette Fête, & 
que cela luffifoit au Roy. La. 
jeune KeyneavoitpafTé la nuit 
à Quintanapalla > fur les dix: 



d'£ s p a g h £. t^ 5 

heures du matin on luy ditque 
le Roy arrivoit, & ccuc nou- 
velle luy donna une petite é- 
motion j & répandit fur Ton vil- 
lage une couleur qui la rendit 
encore plus belle 5 elle alla le 
recevoir vêtue â r£(pagnollef 
& rayant trouvé qui entroic 
dans ion Antichambre , elle 
voulut pluûeurs fois fe jetter i 
£cs pieds '& luy baifer la main : 
mais il Teaempecha toujours > 
&lalâlûaâ la manière d'£(ba- 
gne> iâns la baiiêr^en luf fer- 
rant les bras avec fes deux 
mains > & la nommant fouvent} i 
Mireins ^ MireiMS : ils ie parlè- 
rent aflcz long'tems fans s'en- 
tendre : c'étoit une véritable 
peine pour eux. Monfieur de 
VillaiSf qui s'en] af^^erçût^ s'a.- 
vança pour leur (erviralnter- 
jgxctte i s'il ne dit pas tout ce 



1 



2^6 M £ M. DE LA-COUK 

qu'ils dirent > il ell au moins 
bien fur qu'il ne gâta rien dans 
la converlations) & qu-il y.mé.i- 
la beaucoup de tendrefle & 
d'honnêteté. Le Roy ctoitvé- 
tu à la SchombergMt > qui tiï pro- 
prement à la Fr^mçoife, &c tous 
ceux de fa fuixe étoientdcmê^ 
me: car les habits de campa-^ 
gne des Efpagnols approchem 
un peu des nôtres. 

Le Marquis de Villafs ayant 
remarqué que les Grands d'Ef- 
pagne prenoient la droite > il 
en parla au Roy, & luy rcpre- 
fenta le Rang que le Marquis 
de los Balbazez avoit eu à Foui- 
tainebleau lors que la Reync 
y fut cpoufée : cette raifon pré- 
valut > & le Koy ordonna que 
les Amuailadeurs de France fe- 
loieiit traitez, de mêjine ma- 
nicre. Le Coiinecabic ue Caf^ 



lillc ne laifla pas d'avoir de la 
peine a céder (à place 3 il y eût 
quelque légère comeftacioo 
la-dcflus qui dura peu, cotte 
r Amfaaflàdciir &luy , & la CU 
vilicé fut toujours gardée de 
parc Se d autre i le réfte dci 
Grands iè rangea derrière le 
Roy. D6n Antonio deBenavi- 
dez y fiazan > Patrarclie des 
Indes & Grand Auoiônier» 
leur donna la (econde Bené- 
dîâion i la Cérémonie fe fit iiv* 
£êgBii0 daas rAntichambrc de 
la Rcyne : Si TArchevêque de 
Burgos n a voit pas été malade 
ilauroit fait cette fonâion joa 
mit pendant la Meile autour 
du Roy& de la Rey ne un Ru- 
ban de taflfêtas blanc, noué en 
lacs d'amour, & une gaze blan- 
che avec uue frange d'argent 
ibrles. épaules du Roy > 8c fut 



la tête de la Keyne j La Du- 
cheife de T^fî'^^^va portoit &l 
Robe: Dés que la Cérémonie 
fut achevée^le Roy^la Rey- 
me entrèrent feuls dans une 
Chambre > où ils demeurèrent, 
deux heures : ils dînèrent en- 
fuite en public>& partirent pour 
aller coucher à Burgos} il n*y 
ayoit perfonne avec eux dans . 
le Carofïe j .& comme ils s'en* 
cendoient peu > on ne comprend 
guère ce. qu ils pou voient dire:- 
mais le Roy paroiflbit fort a* 
moureux & fort empreflc. Plu- 
ficurs Grands d'Efpagne allè- 
rent audevant de leurs Majes- 
tés avec des I livrées fort ma- 
gnifiques 5 & les accompagnè- 
rent au'Palais, où Ton joua une 
Comédie , & l'on tira un feu 
d'Artifice. 

LaReyne fut. le lendemain 



d'Esfagme» 15^1 

aune riche Abbaye de Filles» 
ojppcllécsLdJ Hmfigasyqm elfc un ^ 
peu plus loin que le Fauxbourg 
de Burgos|: elle y dîtUy & fur 
les crois heures die tic fou bâ- 
frée i Cheval , vécue à rEfpa.- 
gnoUe 5 fi belle,. & fi dttmuiw. 
te 9 que Ion écoîc ravi de la 
voir. Trois Grands marchoient 
devanc elle $ le Marquis d'AC- 
forgasia fiiivoici on ponoic 
un Dais fur la céce de la Rey- 
ne }la vidlle Ducfaeflc de Ter* 
canova écoic montée fur (a Mu»- • 
le, & Tes Filles d'honneur Tao- 
compagnoiencà Cheval. Le tt. 
Novembre le Prince d'Harcour 
fie {on £ntrée,& il eue Audien* 
cedu&oy &dela Reineiily eue 
raprefdiné an Combac deTau- 
reaux qui plue fore a U Rey be , 
parce que les Cavaliers y fi* 
fiene voir beaucoup d'adrcflc>. 



Z6a M £ M. DE LA GOUR 

& de courage i il y eût le jout 
d'après des Parejas : c eft à dïk 
re une Cource de chevauX} qui 
n'elt belle qu autant que les 
deux hommes qui partent en* 
femble courent également fans 
fe précéder d'un pas > quoy« 
qu ilis aillent à toute bride : éQ 
Gentilshommes vêtus de Broi- 
card d argent , coururent ainfk 
Après avoir employé trois 
purs à ces difFcrencs plaifîrs > 
il fallut partir pour Madrid 3U 
plupart des François & des 
Dames qui avoicnt fuivi la 
Reync prirent congé d'elle en 
ce lieu 3 de manière que la plus 
grande partie de l'a Maiibii re*- 
vint en France 3 ce ne fut pas 
fans bien répandre des larmes: 
la.Reinccut la liberté de garder 
fcs dcuxNouriccs> deux tem- 
mes de Çhambre,quelqucs.Vai- 



D^E STAGNE. l^t 

Icts de Chambre^ un Gentil- 
homme pour avoir (bin de 
cinq ou hx Chevaux Anglois 
qu'elle avoic faic amener , 8t 
d'autres Officiers pour fa Ta- 
ble i elle regala le Prince & la 
Princcfle d'JHarcour , ia Ma- 
rêchalle de Clérambauc > Se 
Madame dé Grancé > de Ton 
Portrait enrichy de Diamants 
de difFerens prix* félon le rang 
des perfonnes i qui elle les 
donnoic: £c la manière obli- 
geante dont elle fçavoic accom« 
pagner fes libêralitez , enaug. 
jpencoit beaucoup le prix. Oa 
prétend que le p relent que lé 
Koy fie au Prince d'Harcourt 
yalloit ving-cinq mille ccus, 
mais il s en fallo^it bien; la Rey- 
ne obcint une peniiun de deux 
mille écus pour Madame de 
Grjince > qui devoit lu y être 



2^A M £ M. D 2 L A t3 O un 

payée par tout où elle feroir, 

La 1 rinceilè d-Harcour s *&; 
les autres Dames qui avoienc 
fuivy la Reyiie* revinrent ea 
France pendant qu'elle prenoic 
avec le Roy le chemin de Ma* 
drid,cous deux feuls dans ït 
fonds duCaroilèi plufîeurs Of» 
fîciers de leur M ai ion s'en al% 
lerent devant » ou marchèrent 
par des routes différentes pour 
éviter rembarras 5 les Comtes 
d* Arcos & de Taiara , Don Jo- 
feph de Silva, & le Ducd'Hi- 
jar Gentilshommes de laCham* 
bre, furent nommez par le Pvoy 
pour laccôpagner dans le voya- 
ge 3 il reprit le même chemin 
qu'il a voit tenu en allant à Bur- 
gosjil coucha à Lerma>àÂranda> 
à faint Eltevan de Gormas, & 
à Guadalajara : Le Nonce, Se 
TAmbaiTadeur de Yenife y vin- 



d'E s p a g k è. -itf j 

rcnt faire leurs coinplimer.s à 
la Reync : le lendemain leurs 
^Majeitezlc rendirent âTorre« 
jon y qui n ecoic qu à crois Ueucs 
de Madrid. 

Fendant le voyage de laG>ui> 
depuis Burgos jul'ques-- là » la 
Camarera Mayor entretint plu« 
fîeurs fois le Roy en particu- 
lier. Elle n eût pas de peine 4 
iniînuer dans (on efprît des {en« 
t rimens qui font aflez naturels 
aux Efpagnols » & il avoic été 
nourry dans les préventions 
d'unPays»oii Ion ne compte fur 
la vertu des femmes qd*autan€ 
qu on leur ôte la commodité << 
de faillir > elle luy fitenvifa- << 
ger les confequences delali-«< 
berté que les Dames ont en<< 
France > qu'il falloit que lao 
'Reyne vécut abfolument fe- « 
lonla retiaite que les femmes « 



1^4 Mem. de la Couk 

n obfervent à Madrid > qu'elle 
n écoic jeune > vive , d'un efprit 
» brillant) accoutumée aux ma- 
nniéres trançoifes ; que ce qui 
„eit innocent dans un endroit^ 
^ peut devenir criminel dans 
3) un autre : mais qtie s'il vouloir 
,1 s'en repofer fur elle > Tes foins 
i> préviendroient tout. Le Roy 
„ loua fon zcle ) & luy donnai 
beaucoup de témoignage de fa 
confiance. 

La Reyne-Mere étoit arri-^ 
vée à Torrcjon avant le Royj 
elle forcit dcTon Appartement 
pouj: aller audevant de leurs 
Majcftés 5 dés que le Roy la 
vit , il courut à elle , & Teni- 
braifa fort tendrement; la jeu- 
ne Reync s'avança en même 
tems pour luy baifer la main, 
mais la Reyne-Mere ne le vou- 
lut pas fbuiFrir>elle la prit en- 
tre 



tfc (ci bras, & l'cmbrafTa j.iu- 
iicjjrs fois avec de grands te- 
ny>ignagesd'amitic . la traitant 
cependant de Majcfté : Jtiais 
la jeune Reyne luy dit qirelJc 
U i'upplioic deTappclIcr la I il- 
je , de l'aimer de même, & d^c-* 
trc perruadéc qu'elle a voit pour 
clic tous les fentimens qui pou^ 
voient la rendre digne de cet 
Ivirjneun Le Roy luy donna 
h main d'un c6té , &i la Reyne*- 
Wcrc de l'autre ; ainfi elle en- 
tra au milieu d'eux dans le Pa- 
lai, qui ctoit préparc pour les 
recevoir. LaP*cync- Mcre ayant 
vcù que la Reine n avoit point 
de Manchon, luy donna le ficn , 
ou il y avoit un grand nœud 
de Dianuns : enitiite elle luy 
prit un ruban qui actachoit 
caciques unes de l'es nuttcs , Se 
Cil échange elle luy padàdans 
}. Part. M 



i66 Me M. DE laCour 

v le bras un brafTclct de trois mil- 
le piitoUes : en un mot > elle 
tcmoignoic à la Reyne des 
dilpolitions de tendreflè donc 
elle devoit fe promettre d*heit- 
reiifes fuites. Elle demeura a- 
vec leurs Majettcs le plus long- 
tems qu'elle pût 3 mais elle re- 
vint le loir chez elle , carc é* 
toit un endroit fort incommo- 
de pour y coucher. Le lende- 
main qui ctoit le deux de Dé- 
cembre, le Roy &la Reinear- 
rivcrent à Madrid, dans un Ca- 
roffc dont ils avoient ouvert 
les rideaux pour fe faire voir 
au peuple) ils allèrent defcendre 
à Nôtrc-DameDatocha,où 1 on 
chanta le Te Deumy & le ibir ils 
furent coucher au Bucn-Ke- 
tiro 5 il y eût le lendemain Co- 
médie: & les Muficiens Fran- 
çois qui avoient fuivy la Rci- 



d'E s pagn e. 267 

ne , préparèrent quelques O- 
pera. 

La DuchefTc de Terranova ^^ 
ayant entrepris d'ôtcr entière- 
ment à la Reine le peu de li- 
berté qui luy reftoit , & vou- . 
lant demeurer feule Maîtreflc \ 
des volontez de Sa Majelté; 
déclara dés qu'elle fût arrivée 
au Buen-Ketiro > que qui que 
ce Ibit ne la verroit qu'après 
qu'elle auroit fait fon Entrée 
publique s c étoit un état bien 
trilte & bien contraignant 
pour cette jeune Reine, de fc 
trouver ainfi éloignée tout d'un 
coup des perfonnes qui au* 
roient pu luy donner de la 
confolation, du plaifir^Ôc mê- 
me des confeils utiles > elle la 
tCiioit enfermée au Retiro fans 
la laiflcr même fortir de fon 
Appartement 5 elle n'avoit pour 

M Jj 



( 



2.68 M E M. DE L A C O un 

tout régal que de longues & 
ennuïeufes Comédies £fpa- 
gnolles > dont elle n entendoit 
prefque rien 3 & fans ceiTe la re- 
doutable Gamarcra étoit de- 
vaiu fes ^cux avec un air fc- 
vére & rcfroigné , qui ne rioic 
jamais & qui trouvoit à redjrc 
\ à tout 3 elle étoit l'ennemie dc- 
\ clarce des plaifîrs, & elle trai- 
/ toit fa MaîtrefTe avec autant 
I d'autorité qu'une Gouvernan- 
te en a fur une petite fille. 

Le Marquis de Villars fça- 
voit ce qui le paiïbit , ôc il en 
Ibuffroit beaucoup : mais iln'c- 
toit pas tems d'en parler. Il fie 
demander à la Ducheflè de 
Terranova s'il pourroit faliier 
Ja Reine 3 elle répondit com- 
me elle avoit fait à tout le 
monde^qu'on nelaverroit'poinc 
iqu'apr es fon Entrée. Cette ré- 



I 



ponfeluy parût ripofitive,que 
ne voulant pas s'cxpofcr à un 
fccond refus, il ne fe prcfenta 
point pour voir la Reine .-mais 
comme elle fut informée de ce 
qui fc paflbit par quelques-u- 
nes des Françoifes qui etoienc 
reitces auprès d'elle , elle ne 
pût s'empêcher d'en parler au 
Koy , & elle obtint qu elle ver- 
loic nôtre Âmbaflàdeur de Sr^ 
Cf€t0 y c'eft à dire comme une 
perfbnne particulière. Elle l'en 
fit promptement avertir 5 & la 
Marquife de Villars eroyant 
qu'elle pouvoir ufer du même 
privilège, envoya chez la Ca^» 
mareraMayor,pour fçavoirfi el- 
le ne faliieroit point auili laRei* 
ne 5 mais elle reçût une rcponfc 
femblable à celle qu elle avoir 
déjà faite àMonfieurFAmbaf- 
fadeur, difant en deux mot^i» 

Miij 



270 Me M, DE laCouk 

qu'elle n'a voie pas ordre de la 
faire entrer. Le Gentilhomme, 
qui luy parloit , inlîfla pour 
qu elle en dit quelque chofe à 
la Reine, elle le retufa féchc- 
ment, ajoutant qu'elle ne fouf- 
friroit jamais que l'on introduis 
lit des coutumes nouvelles. 
'w^ SaMajelté ne Içachant pas ce 
qui s'ctoit paiFc entre la Cama- 
rera & l'Ambafladricc , char- 
gea fonConfeflcur deluy dire, 
qu'elle fouhaitoit delà voir, & 
qu'elle luy feroit plaifîr deve- 
nir. Elle ne pût obcyr en cela 
aux ordres qu'elle reccvoit ,& 
le mcme Contciîcur informe 
des obitacles qu'il y a voit à voir 
la Reine, luy en rendit compte 
cxadement. Elle eût une Icn- 
iîble peine de toutes les pièces 
que la Duchcffe luy faifoit 5 & 
Ton peut juger par ces en- 



d'Espagne. 271 

droits -là, du pouvoir que cette 
Dame avoit pris dans laMailon, 
& fur la Pcrfonnc de la Rei- 
ne. La Reine-Mere,qui alloic 
tous les jours au Retiro , re- 
marqua fur le vifage de cette 
jeune Princcffe un air de mé- 
lancolie , qui tcmoignoit allez 
fonchagriniellecôprcnoitdeja 
bien qu une perlonne de ion 
âgc> pouvoir aifement le fati- 
guer de la fcvcritc de la Ca- 
marera > elle fe crue obligée 
d'en avertir le Roy , & de luy 
faire prendre des manières plus 
relâchées î elle y réiiffit, &: el- 
le procura à la Marquife de 
Villars l'honneur de îalùer la 
Reine; elle fut introduite dans 
fon Appartement par celuy de 
la Duchefle de Terranova, qui 
luy lémbla moins fauvage , Se 
un peu plus honête , qu'elle 

M iiij 



L- 



1 






i 



272 M E M. D E LA C OU H 

n'avoit accoutume de rêtrc. Le 
Roy,relon la coutume d'Eipa- 
gne , ccoic ailis dans un Fau- 
teuil ) & les deux Reines fur 
des CareauK > on lu y en don- 
na un aufn 3 & peu après la 
Reine- Mère écanc forcic avec 
le Roy , elle demeura feule a- 
vec la Reine, qui fe trouvant 
dans rentière liberté de par« 
1er , ne pût s'empêcher de ré- 
pandre des larmes en luy ra- 
contant la trille vie qu'elle me- 
noit. Apres qu'elle eut foulage 
fon cœur , en luy difant les cho- 
fcs qui luy faifoiciit de la pei- 
ne 5 rAmbalïadricc ne man- 
qua pas de luy repondre dans 
^Icfprit qu'elle dcvoit. Elle 
„ luy fit voir , que cette vie II 
,, contrainte , & pour laquelle 
„ elle avoit tant de rcpugnan- 
9>cc,çtoit la même que toutes 



D*E SP ACNE. 275 

les Reines , & les Infantes" 
d'Efpagnc, avoient toujours « 
menée 3 qu'il n'y avoit rien « 
en cela de particulier, & par« 
confequent de dcfobligeant^c 
pour elle 3 quelle dcvoit c(-<< 

f^ércr , que lors que le Roy c< 
a connoîtroit parfaitement, « 
&: qu'il fcroit perfuadc dc« 
la polFeAionde (on coeur , il<< 
fc relâchcroit à des complai-<c 
fances , que jufqucs icy fcs« 
Prcdecefleurs n'a voient point<c 
€ucs,aue puifque la ReiiTe-« 
Mère l'aimoit , & faifoit lcsi< 
intérêts des fiens , elle ne pou- ^^ 
voit trop ménager desdifpo- « 
pofitions qui luy feroicntné^ << 
ccflàircs éc utiles 5 quedans " 
les chofcs de la vie, les plus«« 
grands biens étoient toû.<< 
jours mêlez 5 qu'elle fc voyoit" 
dans une clovation iuprémcif <^ 

Mv 



2^74 Me M. DE LA Cour 

,quc Dieu luy vouloic faire 
) acheter cette Grandeur par 
, cjuelc^ues petites contrarictez: 
, mais c^uc la coiiipiaifance pour 
, le Rov fie pour la K eine-Merc 
,ren lireroient bien - tôt. Elle 
luy tic encore voir , dans la con- 
duite qu'elle devoit tenir a- 
vcc le relte de la Cour , plu- 
fîeurs choies qui pou voient lai- 
dcr à fupporter ces commcn- 
cemens , & luy en rendre les 
fuites agréables. 

Comme Madame de Villars 
parloit avec ze e de la Reinc- 
Mere , & que la Reine n'é- 
toit pas encore defabufee des 
fentimens qu'on luy avoit inf- 
pire là- delîus, elle trouvoit 
fon difcours l'ufped ; & quoi- 
qu'elle dut bien (entir que dans 
ce que luydilbitrAmbailadrice> 
cUç ne pouvoit avoir d'autre 



d'Espagne. 275 

veuë , que celle de Ces vérita- 
bles inîcrêts , ces paroles ne fi- 
rent pas alors toute l'impref- 
fîon qu'il auroit été à fouhai- 
ter pour fon bien. Ses préven- 
tions contre la Reine- Mère, 
qu'on luy renouvelloit fans cef- 
fe, balançoient fa confiance 
pour Madame de Villars 3 & 
fpn cfpric accoutumé feule- 
ment aux chofes agréables qui 
occupent les pcrfonnes de ion 
âge , fa jeunefTe , fon humeur 
naturellement enjouée, la di/fi- 
poicntde l'application qu'il luy 
auroit fallu donner pour dé- 
mêler les bons Confeils d'avec 
les mauvais. Elle en Tçavoitaf- 
fez pour s'embaraflcr ,& fe fai- 
re des fujets d'inquietudej ma is 
elle n'en fça voit pas affczpour 
s'en tirer, & pour s'affranchir 
par une rcibîution ferme des 

Mvj 



ij6 Me M. DE laCouil 

chagrins qu elle avoir; elle crou^ 
voit trop de fatigues a dcm ê- 
1er tant de contrajriétez : Elle 
demeurait donc dans cet etiiba* 
ras fans pouvoir fe donner la 
force d en forcir , &: peuc-ctrc 
que ces difpofîtions lu y firent 
perdre la conjondurc qu elle 
avoit alors de fe délivrer de 
rafllijettiflcment où la Duchef- 
fe Ta tint depuis. L'Ambafla- 
deur de France la vit quelque- 
fois pendant fon féjour au Ré- 
tiro , mais c'ctoit devant tant 
de monde, & letems qu'on luy 
niarquoit pour être avec elle 
ctoit fi court , qu'ils ne pou- 
voient rien dire de particulier 
dans CCS vifites générales. 

La Reine- Mcre continuoît 
d'aller très- fouvent chez h Rei- 
ne 3 elle la pria de s'habiller à 
la Françoife , parce qu elle ne 



d'Espagne^ 277 

l'avoic point veuc de cette ma- 
nière 3 elle le fit, &L la Reine— 
Mère la trouva très - bien : lors 
qu elle fut retournée à Ion Pa- 
lais, qui eft la MaifonduDuc 
d'Uzccia,une des plus belle^e 
Madrid , la jeune Reine luy en- 
voya deux Caflettcs pleines de 
bijoux i en échange ,- elk luy 
procura le plaifir d aller à la. 
chaflc au Parda 5 elle n a voit: 
point monté à Cheval depuis, 
quelle étoitau Retiro: le R.oy 
tua devant elle un grand San- 
glier ; & depuis ce jour-là, ils, 
retournèrent fouvenr à laChaC- 
fe enfemble. 

Les Confcils derinqui(îtion>>. 
de Caftille, d'Italie , de Flan- 
dres , des Indes , d'Arragoa> 
de Guerre, de Finance, de U 
Crulada, & des Ordres, allè- 
rent le jour de TÂn fouhaito; 



z7* Me M. DE LA Coun 

les bonnes Fêtes à leurs Ma- 
jeitez : ccii la coutume en Ef- 
pagne. 

LeMarquisSera,Gcnoîs,ofiTit 
de mettre à quatorze Galères 
TEfcadrede Naples , qui n'a ja- 
mais été qu'à iept, fans qu'il en 
coûtât d'avantage au Roy , pou r- 
vû qu'on luy fît le même party, 
queronfaiioitàGenesau Duc' 
de Turfis. Il avoit fait cette 
propofition à Donjuan quelque 
tems avant fa mort , il la trou voit 
fortavantagculcj cependant les 
reiolutions font fi longues à 
prendre en Lipagne , &. ils (c 
ibucient fi peu des nou veautez> 
quelques utiles qu'elles foient, 
qu'il eit comme impofliblc d'y 
en introduire aucune , &. cette 
alFairc fut de ce noinbre-la. 

Le Marquis delos-Balbazez, 
prêta le Serment de iideiicc 



d'Espagne. 27 <^ 

pour la Charge de Confcillcr 
d*Etat, & Don Manuel de Lira 
en fît autant pour celle de Se- 
crétaire d*Etat d'Italie. Le Duc 
Doflbneattendoit toujours que 
Ton regleroit fon démêlé avec 
le Marquis d'Aftorgasi mais 
voyant qu'on ne luy difoit rien , 
il prit le party de ne plus aller au 
Palais, & de le faire voir tous les 
jours danslaVille avec un grand 
Equipage. Ce font aflcz-là les 
manières de ce Pays. 

Comme il y a des gens plus 
difficiles à rebuter les uns que 
les autres, bien que le Père V in- 
timiglia n eût point eu de rc- 
ponfe fur le Mémoire qu il a voit 
donné à Bayonne au Prince 
d'Harcour, pour le jprefenterà 
la Reine , il ne laiila pas d'en 
drelFer un fécond, dans lequel 
il rcgloit toute la Moxurchic > il 



2.8o Mb M. DE LA Cour 

en chargea un Gentilhomme 
François.quiluypromitxicchen 
chéries moyens de le faire voir 
à la Reine 5 mais quelque ufagc 
qu'il en fît , foit qu'il reûc mon- 
tré, ou qu'il ne Icùt point mon- 
tré, il elt certain que Vintimi- 
glia reçût un Ordre du Roy,qui 
le bannilfoit de tous Tes États. 
Il s'en prit à l'Ambaflàdeur de 
France, ôc cela n'eut point d'au- 
tre fuite. 

On s'attcndoit qu'inconti- 
nent après le Retour du Roy, 
onvcrroit établir quelque Ibrrc 
de Gouvernement^qui pût don- 
ner cours auxaffiiires entière- 
ment lufpcndiies depuis la hiort 
de Don Juan. Quand cette mort 
arriva on croit prct de partir 
pour le Voyage, dont toute la 
Cour> & leRoy plus que perfon- 
Ae çtoit trcS'OCcupé^lonMaria. 



d'Espagne. 281 

ge avoic bien pii le dctourner de 
Tapplication qu*il dévoie au 
choix d'un Miniltrc, ôcTon n'c* 
toit point furpris, que dans le 
tems où il et )it tout reniply de. 
fa paffionpourlaReine,& d'une 
affaire fî agréable, il oubliât un* 
peu celles duRoyaume en gene^ 
rai; mais on étoit dans une gran- 
de impatience deluy voir pren. 
dre une refolution fixe. La Rei^ 
ne-Merc ne faifoit que de reve- 
nir de (on exil , elle n'étoit pas. 
aflTez abfolument affermie pour 
pcnfer à rien qu'à le conferver 
dans la fituationoùelielctrou*- 
voit ; perfonnc n'étoit encore 
d'une manière avec le Roy>pour 
pouvoir prétendre au Minilte- 
re: ainfi tout le Gouvernement , 
le trouvoit entre les mains d'un ! 
Monarque de 17 ans, qui n'a- ! 
voit j^tmais entendu parler de la 



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282 Me M. DE LA Cour 

moindre choie qui pîit luy don- 
ner quelque connoiilhnce des 
grandes affaires. 

Le feul homme qui dccidoit 
avecluydu fort de la Monarchie, 
ctoitDon Geronimo d'Jbguya, 
Secrétaire d'ttat depuis quatre 
ans , où il etoit parvenu de fim- 
p'e Commis, Son adrelTc & là 
bonne fortune lavoicnt rendu 
agréable au Roy, & il nauroic 
pris que Ion Confeil , fans que 
d'Eguya, qui apprchendoitd'cn 
donner quelque fois , dont le 
fucces ne fut point favorable, 
luy faifoit trouver bon que Ton 
parlât de certaines affaires au 
Connççable de Caltiile , & au 
Duc de Medina-Celi , parce 
qu'il n'en vouloit pas repondre 
tout fcul. Il clt vray que pen- 
dant;le Voyage on ne relblut 
rien d'important , on ne travail- 



d'Espagne. 283 

la qu'au Voyage même, & aux 
Ordres qu'il falloit nccciraire- 
ment y donner. 

La Cour écoic fort grofle, le 
Mariage du Roy &. le retour de 
la Rcine-Mere avoient raflem- 
blé a Madrid les plus confîdcra- 
blcs Pcr(bnnes deTEtat. Cha- 
que Famille fe confultoit furies 
moyensde fer vir aflez utilement 
un homme particulier, pour le 
faire Premier Miniftre 5 les uns 
y fouhaitoient leurs parens, les 
autres y deiîroient leurs amis > 
beaucoup auroient voulu lede- 
vcnireux mêmes; & l'on corn- 
ptoit entre ceux qui avoient les 
plus juftes prétentions, IcCon* 
nêtablcde Ca(tille& le Duc de 
Médina -Celi : ils avoient de 
grandes QualitezPerfonnelles, 
une Naiflànce élevée & beau- 
coup de bien i ils pofledoient les 



z84 Mem. DE.LA Cauic 

premières Charges de la Cou- 
ronne j ils ctoient Confcillicrs 
d'Etat, & leur mérite les diftîn- 
guoit également : mais rien n'c- 
toit plus oppofé que ces deux 
Seigneurs le l'étoientrun Tau- 
tre 3 un mouvement de haine, 
qu ils navoient pu reprimer 5 & 
qu'ils avoicnt témoigne en mil- 
le rencontres, augmentoit leur 
commune émulation s leurs hu^ 
meurs & leurs manières ctoient 
auffi contraires que la nuit ïcll 
au jour, Plufieurs de leurs amis 
communs avoient cflàyé de les 
réunir, & leurs foins s'étoient 
toujours trouvez inutils 3 ils 
convenoient eux -mômes que 
s'ils avoient agi de concert, ils 
feferôient rendus de bons offi- 
ces réciproques , qui auroienc 
poufle plus loin leur fortune. 
C'ctoit aufE uae des raifons que 



d'Espacne. 1^^ 

J on cmployoit pour les raccom- 
moder : mais il clt quelquefois 
dcsavcrfîonsinfurmontaDles, 8c 
celles donc je parle ccoienc da 
nombre. 

Le DucdeMcdina-Celiavoic 
45 ans, fon humeur ctoit dou- 
ce & honnccc, trop lente & trop 
mole dans les grandes affaires, 
d'un efprit agreable&infiniiant. 
Il eft defccndu des IllultresMai. 
fons de Caitille & de Foix : il eft 
fept fois Grand d'Efpagne : Sa 
Femme e(l héritière delà Mai- 
fon d* A rragon deCardonnej clic 
efl: fort riche de fon côté , auffi- 
bien qu'il Tell du ficn. Il ctoit 
Préfident du Confeil des Indes, 
& Sommelier du Corps, cclt à 
dire , Grand Chambellan; il fai- 
foit régulièrement fa Cour j il a 
toujours marque un zèle parti- 
culier pour la Pcrfonne du Koy; 



i26 Me M. DE LA Cour 

& comme il ne s'eit jamais dé- 
menty fur cet article, Sa Ma- 
jcllé luy témoignoit une cer- 
taine bienveillance , qu'on ne 
luy remarquoitpas pour les au- 
tres, C'efl ce qui aidoit à perfua- 
der qu'il a voit plus de part dans 
lesEl'perances du Minilterc,quc 
tous les Compétiteurs. 

Le Connétable de Caftille, 
de la Maifon de Velafco, étoic 
âgé de 57 ans, il pofledoit des 
Terres confidérables : cepen- 
dant il ne vivoit pas dans une 
opulence aifce 3 il ell le dixiè- 
me Connétable héréditaire de 
Cailillc, Doyen du Gonfeil d'E- 
tat, & Grand Maître de la Mal- 
ien du Roy. Son génie elt vafte, 
il a delà capacité , il (çaic , & il 
a toujours pofledé des Emplois 
dans Icfqucls il a acquis de Tex- 
pericnce.Le dernier de lesGou- 



d'Espagne. 187 

vernemensaetecduy de Flan- 
dres 3 & bien que ces fortes de 
Poltes euITent du le rendre fo- 
ciable& familier, il a confervé 
une feverite (î auftere , qu'elle 
vajufquà le rendre dur&cer^ 
riblei fon abord eit difficile, & 
fon humeur (î naturellement 
jmperieufe, qu'il ne veut jamais 
plier, ccltcequi Ta voit fi fort 
brouillé avec Don Juan, &qui 
l'avoit même empêche d'être 
fenfible àplufîeurs honnêtetez 
que ce Prince lu y a voit faîtes 
pour fe l'acquérir 5 il eft vray 
qu'il s'étoit fort déclaré pour le 
party de la Rcyne-Mere, & que 
c'étoit une dçs principales rai- 
fous qui Ta voient éloigne de ce- 
luv de Don îuan 5 on ne doutoic 
point que le Roy ne déférât 
beaucoup à ce que luy infpire- 
roi t la Reine fa Mère ; &: l'on 



1-88 M F. K. D E L A Co U IL 

croie perluadé qu'entre ceux 
dont elle luy recommanderok 
le mérite, le Connétable fcroit 
le premier, qui fe troliVcroic 
appuyé de tout le party que 
Don Juan avoit maltraité, &de 
tout ce qui avoit confervc de 
l'attachement pour la Reinc- 
Mere. Elle devoit procurer les 
bonnes grâces du Roy, & la pla- 
ce du Favory au Connétable 
pDur fes propres intérêts ^ mais 
dans des apparences lîflateu fes, 
il ne fai foi t paraître que despré- 
tentions modérées, loit que le 
mauvais état des affaires, & la 
jeuneiïe du Roy luy fiffent ap- 
p.chcderles rifqucs du premier 
Porte 5 ou que ne fe voyant pas 
en état d'y entrer de plein-pied, 
il voulut fc faire desdegrez pour 
y monter. Il paroifToit fouhai- 
ter une Junte pour le gouver- 
nement 



d'Espagne. it9 

ncmcnt dans laquelle il auroit 
été avec linquilîteur Gene- 
ral, & le Marquis de Manie|[^5 
il difoit quelquefois à (es amis 
que le poids des grandes affaires 
l'etonnoiti qu'il trouyoicplus de 
difficulté à les foixtcnir, que les 
perfonnes qui les regardent 
d'une diitance plus éloignée ne 
le peuvent comprendre, &que 
toute fa paiEon étoit de contri- 
bueràlajunte. 

La Reine- Merc ne s'éloi- 
gnoit pas de ce projet, parce que 
c'ctoit le moyen d'avoir Tentic- 
rc autorité entre fes mains: car 
le Confeil étant corr pofe de Ces 
Créatures , toutes les apparen- 
ces auroient voulu qu elles ne 
s'cloignaflcnt point de (es vo- 
lontez 5 le Connétable de foa 
coté fcpromettoitfecrectcinent 
que par fonefprit&ia conduite, 
I. Part. N 



a^o M£M. DE LA Cour.' 
il (croit toujours au defTus des 
deux autres, &qu'ainfi iln'au- 
roit des Compagnons que pour 
lify aider à porter l'a verilon pu- 
blique ) n quelque chofe vcnoic 
àrcuflirmal. 

Mais cette ]unte qui mettoii: 
toute Tautorité entre les mains 
de trois perfonnes feules > dé- 
truifoit en même tcms re{pc« 
rance de toutes celles 4c ce par- 
ty qui la fouhaitoient plus par« 
tagce , par raport à leurs pro- 

fncs inccrcts. llsauroienc voulu 
avoirauin nombrcufc que du- 
rant la llcgcnce» & ils lacom- 
polbient du Cardinal Portoca- 
rcro, Archevêque de Tolède, 
de Don Melchior Navarra qui 
avoic ctc autrefois Vicc-Chan- 
cclicr d'Arragon , du Duc de 
JMcdinvi-Ccli ,&: des trois dont 
je viens de parler. 



d/E s p a g N F. ttfl 

On fut fi perfuadc qu'après 
tant de divers projets, la Junte 
ne feroit remplie que des Créa- 
turcs de la Reine- Mère y que 
Talarme devint generalle parmy 
celles qui avoientété dévouées 
à Don Juan, qui craignoient le 
creditdelaKeyne-Mere, &rc- 
Icvation du Connétable/ plu- 
fieurs s'aflcmblerent là-deffus, 
ilsenvifagerent leur perte dans 
Tavancement du party contrai- 
re; ils fe ralierent au Duc de 
Mcdina-Celi pour y trouver de 
la proteâion , dans Telperarice 
de le voir premier Miniltre j ils 
trouvoient qu'il leur étoit plus 
utile qu'un feul fut heureux , & 
qu'il leur voulut du bien, que 
d'en voir trois heureux depen- 
dans d'une feule qui avoit de 
juitesraifqpsdelcur vouloir du 
mal 

Nij 



1^1 Mem. delaCouic 

Le Duc de Medina-Celi avoit 
une conduite égale & paifiblc, 
qui Tavoic rendu agréable au 
Roy; cet agrément que Tonne 
voyoit que pour luy , lefaifbit 
regarder par la plupart des 
Courtifans, comme celuy qui 
devoit lèplus prétendre à la fa- 
veur,dans une Cour où la Gran- 
deur du Rang &: de la Naiflancc 
cftune des plus effèntiellequa* 
litez pour devenir Premier Mi- 
niitre 3 ceux qui pcnetroient 
les véritables difpofîtions du 
Roy , voyoient bien qu'au mi- 
lieu de ces difFerenspartys, il ne 
laiflbitpas de s'avancer à la fa- 
veur ; mais foit par un effet de 
prudence ôcdemodération, ou 
peut-être par les difpofîtions de 
ceux qui étoient' dans des inté- 
rêts contraires , il ne s'élevoic 

que lentcment^il fembloit même 



dT s ? a g N E. 253 

que la plus grande partie de fon 
ambition venoic de fes Amis, & 
qu'il fuivoit moins Ces propres 
mou vemens,que ceux qu'ils s'at- 
tachoient de luy donner. Je<« 
veux ce que vous voulez, leur ^« 
difoit-il:maisen veritc,le repos " 
que Ton abandonne pour fe li- « 
vrer à tous les murmures du *« 
peuple, & à toutes les inquie-<« 
tudes publiques, modère bien « 
le plaifir qui elt inféparable «« 
d'un fi grand Polie 3 & fans le <« 
fcrvice que l'on y peut rendre «^ 
à fon Maître , je ne fçaurois <« 
croire que le cœur foit agréa- « 
blement remply d'une chofc^c 
^ui traîne tant de varietez<c 
après elle. «^ 

L'on n étoit occupé que des 
deux difFerentes brigues qui fc 
formoient par le Connétable , 
appuyé de la Reine-Mcre , ôc 

Niij 



15)4 Me M. DE laCoufl 
par le Duc de Mcdina-Celi, 
Iccondé de tx>utcs les Créatures 
de Don Juans mais pendant que 
ces Rivaux Te diiputoient ou- 
vertement la faveur, & que tou- 
te la Cour paroillbit partagée 
cncre-eux > chacun embraflanc 
différemment leur party, Don 
Geronimod'Eguya en rormoit 
un troificme prefque luy feul i il 
fe vit tout d*un coup Secrétaire. 
d'Etat, lors que le Marquis de 
Valenzuela devenu Favory de 
la Reine-Mere , après Teloignc- 
ment du Père Ni tard , ôta cette 
Charge à Don Pedro Fernan- 
dezdclCampo, qui n'ëtoit pas 
aflczfoLimis &: aflcz Toupie au- 
près dcUiy, de manière que l'on 
peut dire que Tes Hauteurs cau- 
lerent la chiue 5 ValenzueJa 
n'ayant pas lieu d'être content 
de luy, l'obligea de quitter la 



d'Espagne. 15^5 

Charge , & la fît exercer par 
d'Eguya. 

Celuy-cy avoir un exemple 
trop ïécent devant lesyeux,pour 
tomber dans la même faute 5 & 
comme il étoit adroit, complai- 
fant & diffimulé , qu'il fui voit la 
faveur pied à pied, qu'il fça voit 
s'éloigner à propos des édifices 
prêts à tomber, & s'approcher 
toujours de ceux que Ion élc- 
voit , il ne négligea rien pour 
plaire à Valenzuela tant qu'il 
fut fur le bon pied : mais quand 
il vit fa fortune chancelante > 6c 
que la Cour fe tournoit du côté 
de Don Juan , il prît avec luy 
des mefures par avance , & {c 
conferva durant fon Minilterc 
par une extrême foûmiflîon : il 
n'avoit pas été un des derniers à 
fe jetter dans fon party, il fut 
auflî un des premiers à l'aban- 

"K T • • • • 

N iiij 



a^6 Me M. de la Cquk' 

donner des qu'il connut que le 
crédit de ce Prince étoit fur fon 
déclin ; quelque tems même 
avant la fin de Don Juan^ il fc 
conduifit comme avant celle de 
Valenzuela j il entra en com- 
merce avec la Reine- Merc ; il 
luy fit témoigner qu'il ne vou- 
loit dépendre qued elle i & foit 
qu'il l'en eût perfuadée^ou qu- 
elle n'eût pas trouvé encore roc- 
cafion de le faire ôter de fon 
Polfcc, il y étoit maintenu fort 
agréablement. 

Dans tousceschangemens, il 
n'avoit (a Charge que par Com- 
miffion ; mais comme elle luy 
donnoit lieu de voir inceflam* 
ment le Roy, & de traiter fcul 
avec luy de toutes les affaires , il 
en profita pour luy inipirer de 
la défiance contre tous ceux qui 
pouvoient avec jullicc préten- 



d'E's pagne; 25*7 

drc à la favcur> & contre les per- 
fonnes les plus confidcrables j 
de manière que n'étant qu'un 
fimple Secrétaire d'Etat par 
Commiflion , d'un génie en ap- 
parence affez borné & peu ex- 
périmenté, il fe vit en pouvoir 
de balancer pendant un tems 
deux puiflans Partis , fans que 
ni l'un ni l'autre pût devenir 
maître des afFairesjtant qù*il s'y 
oppofa. 

Quelque penchant qu'eût le 
Roy pour le Duc de Medinà- 
Celi , Don Geronimo l'arrctoit 
tout court , en luy renouvellant 
l'idée du N^iiniitere deDonJuanj 
TEfclavage où il l'avoit tenu , « 
les perfecutions faites à la Rei- « 
ne fa JMere , tant de Perfonnes ^^ 
de Qualité maltraitées fans fu- <« 
jet , les miferes du peuple j & « 
plufieurs autres deibrdres in-^<* 

N Y 



7y 

9y 



3> 

5> 



l'C) 8 M Ë M. D E L A C O U R 

^, évitablcs> quand on abandon- 
ne leGouvernemcnc au capri- 
ce d'un feuli & d'autre part j 
5> ii luy repréfentoit la Junte 
3, comme une troupe deMinif- 
5, très, qui tous voudroient com- 
mander, Scquiembaraflcroiét 
toujours les affaires par leurs 
5, jaloulîes &:leurs contrarietezi 
,,* quelle luy Teroit autant à 
y, charge qu'inutile à TEtati que 
„ les Juntes pou voient être bon- 
yi nés pendant les minoritéz i 
„ mais que Sa Majelté n'étoic 
„ plusenàgc de fc donner des 
>, Gouverneurs 3 quepreluppo- 
„ fe qu'il luy plut d en conipo- 
„ (èr une, Tobligacion ou il fe- 

„ roi t d'y faire encrer le Connê- 
5, table, le [etceroit dans de nou- 

5, veaux embarrasjque Ton génie 
„ étoicaltier & impérieux dans 
„ fautorité iqu il avoitdcgran* 



D 'E s P A G N E. 1^5 

des liaifons avec laRcine-Me-<* 
rci :]u'elle ctoit accoutumée à <^ 
gouverner 5 qu elle revien- «* 
droit aifément Maîtreflc par<^ 
une Junte qui feroic toute à <* 
elle i que puis qu'il étoit ma- <^ 
rie, &^u'ilavoit la prudence <^ 
& rcfpric neceflaire, il de voit «* 
fe conduire par luy- même 5 *^ 
que s'il en ufoit autrement, il «* 
fetrouveroit peu à peu réduit '^ 
aux loufFrances > dont il ne vc- «^ 
noit que de s'afFranchir. <> 

Il eil naturel à un jeune Roy 
de vouloir ferrer de Tindepen- 
dancc 5 & comme il demeuroit 
ainfi en fufpens, d'Eguyareiloit 
feulavcc luy Maître des aflPai- 
resj le Conteffeurinfpiroitaflez 
au Roy les mêmes vues , de n'a- 
voir point de Premier Miniltre 
dont il pût dépendre , & la Du- 
chcfle de Terra-Nova fe trou*- 

■ N vj 



c 



300 Me M. Df laCoui. 

voit dans un pareil intérêt d'é- 
loigner la Reine-Mere, la Jun- 
te, & un Favory: pendant cet 
Interrègne, elle gagnoit le tems 
de s'afFermir dans refprit du 
Roy j elle ne doutoit point que 
fila Reine- Mère devenoit une 
fois Maîtfefle , par elle ou par 
{es Créatures, elle commence- 
roit par Télôigner du Palais ,. ce- 
la lobligeoit de parler tres-fou- 
vent au R oy , & fon unique foin 
ctoitde luy perfuader qu'il de- 
voit tout appréhender de la part 
de la Reine fa Mère 5 elle luy 
infpiroit de feaiblables défian- 
ces pour la Reyne, dont la jeu* 
neflé & la facilité luy laiiloient 
toutes les mefures libresjelle luy 
difoit fans cefTe des chofesdef- 
agreables, propres à le chagri- 
ner: mais il aimoit tant la Reine, 
qu'encore qu'il crut les conte^ 



d'Espagne. 501 

que cccte méchante vieille luy ^ 
faiibic, il n'en a voit pas moins 
de tendrefle. 

La Cour étoit toujours au 
Buen-Retiro, c'cft à dire hors 
de Madrid 5 en attendant que 
la Reine pût faire fon Entrée 
pour aller enfuîte loger au Pa- 
lais, les préparatifs de cette En- 
trée furent longs 5 on crût mê- 
me pendant quelque tems , que 
la Reine étant groflèi mais cet- 
te efperance étant perdue au 
commencement de Janvier mil 
fix cens quatre- vingt , elle fie 
fon Entrée le ij.du même mois j 
la Reine- Mère alla dés le ma- 
tin au Buen-Retiro , d'où elle 
fortit quelque tems après avec 
leRoy,- ils furent enfemble voir 
toutes les rues par où laRei-- 
ne devoit paffer , & fe rendi- 
rent enfuite chez U Comceûb 



302 Me M. DE LA Cour 

Dognate dans un Balcon fait 
exprès, tout doré, avec des ja- 
loufies 3 on ferma les ave- 
nues qui conduifent au Re^ 
tiro, & Ton fit défenfe qu'au- 
cun Caroflèy paflat: la Reine 
monta à Cheva là onze heures; 
ceux qui dévoient aller devant 
elle fe mirent en marche , & 
fortirent par la porte de marbre 
que Ton a voit faite de puis peu 3 
les Timballiers & les Trom- 
pettes de la Ville avec leurs ha- 
bits de Cérémonie, étoient à la 
têce de tout 3 après eux les Al- 
caldes de Cour , les Titres , les 
Chevaliers des trois Ordres mi- 
litaires , les Gentilshommes de 
laMailbn du Roy, les Mayor- 
domcsdelaReincôclesGrands 
d'Fipagne , fuivis d'un grand 
nombre de Pages&ide Laquai.^> 
dont les différentes livrées de 



d'E s pagn e. 303 

brocard & de galons or & ar- ^^ 
gcnt , mêlez de couleur , fai- 
foient une agréable diverfitéî 
les Ecuyers de la Reine mar-»- 
choient à pied immediacemenc 
devant elleileComce de Villa- 
Mayana étoit à fadroiteic'ctoit 
fon premier Ecuyer 5 elle etoit 
entourée de Tes Meains ou Ëa« 
fans d'honneur ( quand eileaU 
loit à pied 5 elle s'appuyoic fur 
eux ); laDuchcffc de Terrano- 
va la fui voit , &: Dona Laura de 
Alargon Gouvernante desFilles 
d'honneur toutes deux montées 
furdesMules,&enhabitde veu- 
ve, qui reflcmblc à celuy des 
Pveligieuies, excepté que quand 
elles vont à Cheval , elles ont 
de grands chapeaux fur leur 
tête, qui ne font pas moins de 
peur que le relie de leur figu- 
re : mais pn voyoit enfuitc 



^•^T 



Z04 Mem. de la Cour 

avec beaucoup depkifîrDona; 
rTcrela de Tolède, Donà Fran- 
cifca Henriquez , Dona Maria 
de Gufman , Jofcph de Figuc- 
roa,& Dona JManuela deVelaC- 
co 5 Filles d'honneur de la Rei- 
ne , toutes fort jolies & fort 
magnifiques 3 elles ctoient à 
Cheval accompagnées chacune 
de leurs parens,au milieu def^ 
quels elles marchoient j il y a- 
voit plufieurs Chevaux de main 
admirablement beaux , menez 
par des Palfreniers vécus deri- 
ches livrées , & la marche étoit 
fermée par la Garde de laLan- 
cillajon voyoit dans le Prado, 
qui eil une des plus agréables 
promenades de Madrid, à cau- 
fede plufieurs Fontaines jaillif- 
fantes quiTarrofent, une gale- 
rie ouverte de chaque côte par 
vingt&une arcadeiil y avoitdes 



d'Espagne. 305 

cnfoncemens dans lefqucls é- 
toienc les Armes des divers 
Royaumes de la Domination 
d'Efpagne, attachées à des co- 
lonnes qui foûtenoient des Sta- 
tues dorées, lefquellesprefen- 
toient des Devifes à l'honneur 
de la R eine, des Couronnes , & 
des Infcriptions qui fc rappor- 
toient à ces Royaumesi la Rei- 
ne trouva au bout de la Gale- 
rie un Arc de triomphe très- 
bienentenduôcfort beau,pa[r le- 
quel elle entra dans la Villcj le 
Corrigidor & les Régidors ha* 
billez de brocard d or , rouge 
cramoify , avec des bonnets 
Se des chauffes comme les por- 
toicntles anciens Caftillans>luy 
prefenterent les Clefs de la Vil- 
le, & un Dais qu ils portèrent 
toujours fur Elle pendant tou- 
te la marche : les rues étoient 



30(? Mem. de la Cour 

tapiûTecs des plus belles Ta- 
\ pifleriesdu monde; on cltinioit 
1 à onze millions les Pierreries 
l qui parurenc dans la rue des 
Orphevres: il faudroit s'arrê- 
ter trop pour décrire toutes les 
Magnificences de ce jour-là , 
je me contenteray feulement de 
dire que la Reine ctoit montée 
s/ fur un beau Cheval d'Anda- 
louzie ,qui, à fa démarche no- 
ble, paroifloit tout fier de por- 
ter une fi belle & fi grande 
Princcllci fon habit ctoit li cou- 
vert de broderie, quel on n'en 
voyoit point TétofFe 3 clic avoit 
un Chapeau avec des plumes 
blanches, mêlces d'incarnacySc 
la perle appcllce Peregrina^ qui 
eft auflî groflè qu'une petite 
poire de rouflèlet,&: d'une va- 
leur ineltimablc,pcndoit au def- 
fous d'une agraphe de Dia- 



dTspagne. 307 

mans , dont le Chapeau étoic 
recrouffé j elle a voie auilî au 
doigt IcgrandDiamantduRoy, 
que Ton prétend furpafTcr en 
beauté tous ceux dont on peut 
faire une Bague 3 mais la bon- 
ne grâce de la Reine , dans tou. 
tes fes actions, & particulière- 
ment à manier fon Cheval, Se ^ 
les charmes de faPerfonne,bril- 
loient bien davantage que les 
Pierreries qui la paroient, quoy 
qu'il foit vray que les yeux 
n'en foûtenoientréclat qu'avec 
peine 3 elle s'arrêta devant le 
Balcon de la ComtefleDogna- 
te pour faliier le Roy & la Rei- 
ne-Mereiils entrouvrirent la ja- 
loufie environ de quatre doigts 
pour la voir , & le Roy pre- ^- 
nant fon mouchoir dans fa main 
le porta plu fleurs fois à fa bou- 
che, à fcs yeux, ôc à fonxœuri 



3o8 Me M. DE LA COUK 

ce qui cft une fort grande ga- 
lanterie en Efpagneielle conti- 
nua fa marche, & le Roy avec 
la Reine - Mère la receurenc 
dans la Court du Palais, ce pre- 
mier luy aida à defcendre de 
Cheval , & l'autre la prenant 
par la main,laconduifit à fon 
Appartement > où elle Tem- 
brafla plufieurs fois , répétant 
qu'elle ctoit trop heureufe d'a- 
voir une belle-Fille il aimable. 
Il y eut le foir des feux d'Ar- 
tifices, & des illuminations du- 
rant trois nuits j le Roy tint le 
lendemain Chapelle au Palais 5 
laReines'y rendit dans fa Tri- 
bune i les Ambaflàdeurs & les 
Grands s'y trouvèrent félon 
la coutume 3 on y chanta le Te 
Deumy & Taprés dîné le Roy ôc 
la Reine fortirent enfemble en 
public pour la première fois j 



D*E s P A G N I. 305 

ils étoîcnc dans un Chariot 
fait comme un Char de Triom- 
phe l'ans Impcrialle, & ouvert 
de tous les côccz pour fe faire 
voir au Peuple. Ils traverfc- 
rcnt la granclc Place du Palais, 
& paflercnt par plufieurs rues 
dont les balcons ctoient pleins 
de Dames , qui méloient leurs 
acclamations avec celles dupeo. 
pies 5 lesGrands fuivoient leurs 
Majellez dans des Caroflcs 
magnifiques avec un grand 
nombre de gens de livrées^ 
il y eût plufieurs de ces Sci* 
gneurs , qui neuf jours du- ( 
rant curent neuf différentes 
livrées , plus belle Tune que 
Tautre ; ils furent ainfi â Nô* 
tre - Dame Datocha ; & lors 
quils retournèrent au Palais, 
comme il étoit déjà nuit. Ton 
avoit allumé à toutes les fcnô* 



310 Me M. DE LA Cour. 
trcsdcsFlambeaux de cire blan- 
che > de manière que les rues 
ctoient fi agréablement éclai- 
rées , que Ion voyoit prcfquc 
d'un bouc de la Ville à l'autre i 
le plus bel efFct de ces lumières , 
ctoit réfervé pour la Plaça 
Mayor, qui ell tres-grandc, & 
quarrée,& a toutes fesmaifons 
bâties avec cinq rangs de bal- 
cons les uns fur les autres, où 
Ton avoit attaché plus de trois 
mille flambeaux : quand le Roy 
& la Reine y furent arrivez, 
on cira un feu d'Artifice que Ion 
y avoit préparé 3 il y eut pen- 
dant plufieurs jours de fuite 
d'autres divertiiïèmens 5 tan- 
tôt leurs Majeltez alloientàla 
Chafl'e , d'autre fois à la Co- 
médie ou à la promenade i tan- 
tôt elles alloientfoûper chez la 
Reine-Mere)Oula Rcine-Me- 



d'Espagne. 301 

rc venoit manger au Palais j tou- 
tes les Dames eurent l'honneur 
de bai fer la main de la Reine> 
les Confeils & les Grands la 
complimentèrent auffi. 

Quelques jours après fon En- 
trée,on vit i Madrid une Fê- 
te de Taureaux la plus magni- 
fique qui s'y fut faite depuis 
long-tems; le Roy & la Reine 
fe rendirent dans la grandePla- 
ce à une heure après midy 3 il 
entra enfuite le Duc de Mé- 
dina Sidonia, &: le Marquis de 
Camaraza , Grands d'EfpagnCf 
Don Félix de Cordoua , fécond 
FilsduDucdeScfla,DonFran- 
cifco Mofcofo, & Don Fernan* 
do de Lea , Gentilhomme de 
Cordouc , fuivis chacun de cent ' 
Laquais , les uns habillez â la 
Turque , les autres à la Gre- 
que> & de cette manière ïïrrc^ 



311 Me M. DE LA Cour 

prefentoient plulîeurs Nacionss 
ils combatirciit avec beaucoup 
d'adrefle & de courage ; le Fils 
du Duc CeiTa eût deux Che- 
vaux tuez fous luyi ce Speda- 
cle cil un reftc des Mores , donc 
le génie &les manières ne font 
pas cntiéremcnc fortis d'Efpa- 
gne , lors qu'ils en ont été chaf- 
fez;lesEfpagnols femblent tenir 
encore quelque chofedes Bar- 
bares, quand on les voit s'ex- 
pofer pour divertir le Public à 
combatre des Taureaux fauva- 
ges 3 & qu'il y a peu de Fêtes , 
qu'il n'en coûte la vie à des 
hommes : maislareprefentation 
en cft grande : les Combatans 
y paroiflent fur les plus nobles 
Chevaux du monde, & rien ne 
fait une plus belle veuë , que 
la Place du Combat extrême- 
ment vallc , environnée de cinq 

rangs 



d'Espagne. 513 

rangs de Balcons tous égaux y 
autant parez de riches étofFcs, 
que remplis d'un nombrepref- 
<jue infini de Spcélateurs. 

Le Roy nomma le 18. de Jan- 
vier le Marquis Doflcra pour 
aller Vicç-Roy par intérim en 
Sardagne, parce que le Comte 
d'Egmon n'ctoit pas encore en 
état de s'y rendre i il nomma le 
îîiêîiîe jour le Marquis de Fufcn- 
tesjFils de celuy quiavoit été 
AnibafTadeur en France, pour y 
aller avec cettequalité à la pla- 
ce du Duc de Giovenazzo, qui 
d'Envoyé à la Cour deSavoye, 
avoit été nommé à celle de 
France : mais il fut deltine pour 
retourner â Turin. 

Cependant leMarquis deVil- 

lamayna , Premier Ecuycr de 

la Reine, faifoit la Charge de 

Grand Ecuyer â la place du 

L Part. O 



Xr4 M E M. D E LA C OU R. 

Duc Doflbnc , qui sctoit atti- 
re par fa conduite une defFen- 
fe de venir au Palais : le Mar- 
^ quis d'Aftorgas profitoit de (on 
abfencepour faire fa Cour > & 
bien qu'il eût été malade , & 
qu'il le fut encore, il alloittous 
les jours avec cinq Carofïès 
d'une fort grande beauté & 
une nombreufe livrée chez le 
Roy. Le Duc Doflbne en étant 
informé , refolut de le rencon- 
trer Se de luy faire quelque cha- 
grin i en ettct il prit beaucoup 
de monde avec luy , & fça- 
chant par oîi le Marquis de- 
voit pafler, il commandai foa 
Cocher d'aller à toute bride, 
d'acrocher le Carofle du Mar- 
quis , & de le renverfcr en cas 
qu'il fut dedans } il eft vray 
que ce jour-là il alloit en chaife, 
& que fcs Caroflesle fuivoient^ 



d'Espagne. 515 

îe Cocher du DucDoflbne,ne 
iaiffa pas de s'y prendre fi a- 
droitement , qu'il en jet ta ua 
dans le ruiffeauî cette rencon- 
tre fit grand bruit , & n'accom% 
nioda point les affaires du Duc, 
qui n étoient pas déjà en trop 
•bon état> 

Madame la Connétable Co- 
lonna qui ctoit fortie du Con- 
vent où elle demeuroit, pour 
voir l'Entrée de la Reine, reC- 
la chez la MarquifedelosBal- 
bazez jufques au cinquicmcde 
Février, qu'an l'amena par or- 
ilre du Roy dans un Convent 
à quelques lieues de Madrid. 

C'eft la coutume en Efpagnc 
que dans les grandes occafions, 
foitdejoyeoudc trilteflc, tous 
les Royaumes & toutes IcsPrin- 
cipautez qui dépendent du Roy, 
luy envoyent des Députez pour 



3l6 MeM. DELA COUR^ 

luy faire Compliment ; ainfi 
Don Pedro de Salinas-y-Unda 
vint au Nom de la Principauté 
Dalava , accompagné du Duc 
de Pailrane ) & de Don Jofeph 
de Silva fon frère , bailcr les 
mains du Roy, & luy faire Com- 
pliment fur ion Mariage. Les 
Royaumes de Naples , de Na- 
varre, d'Ârragon, Grenade> Ô( 
bien d'autres endroits y envoyè- 
rent auffi. Apres que le Roy 
leur eut donné Audience , il fut 
avec la Reine à une grande 
Chafle de Sanglier, où Ton en 
tua beaucoup. Le Duc de PaC 
trane qui excrçoit la Charge 
de Grand Veneur en l'abfence 
du Marquis de Liche, conduifîc 
la Reyne dans un endroit de la 
Forêt extrêmement agréable; 
plufîeursRuiiTeaux de fontaines 
couloiçnten ce lieu; Se fous de 



d'Es?agne. 317 

grands Arbres fort hauts , on 
avoit tendu un Pavillon de Bro- 
card d or, garny de Franges de 
même: tous les Arbres étoient 
couverts de petits Singes, d'E- 
cureiiils > de Perroquets , & de 
mille fonesd'Oi féaux, que Ton 
y avoit attachez 3 de jeunes en-^ 
tans habillez en Faunes , en SiU 
vains, en Satires ; des Filles vê^ 
tues en Driades,en Nimphes, & 
cnBergcresifervirenc une gran- 
de Collation à Sa Majefl:é,qui 
en témoigna d'abord de la joy c ; 
mais fans que Ion ait fçû quel- 
les pcn fées luy vinrent, elle pa- 
rut fort trille tout le relie du 
jour. 

A la Fête de la Purification , 
il fe fit après la Mefle une Pro-^ 
ceflîon dans les Galeries du Pa- 
lais i les Religieux des Ordres 
Mandians, & tous les Eccleiia^ 

Oiij 



■; 

\ 



'3i8 Mbm. delaCouk. 

iliques de la Chapelle àlloiem 
devant les Pages du Roy , & 
ceux de la Reine fui voient. Les 
Grands d*Efpagne marchoienc 
de V âcleursM aj ellés,laD uchcfle 
de Terra-Nova portoitla Robe 
delà Reine, fes Filles d'honneur 
venoient après elle, &iln'ypa- 
roiffoit que ce petit nombre de 
Dames qui coniîfte en dix-huit 
ou vingt. Ce n'efl pas comme 
dans les autres Païs , où elles 
vont toutes àla fuite de leur Sou- 
veraine. 
y^ La jeune Reine en changeant 
de demeure,n avoic point chan- 
ge cette vie folitaire & defagrca^ 
blequellemcnoit auBuen-Re- 
tiro,fous la garde de la DuchcfTe 
de Terra-Nova. Ellelagouver- 
noit comme un enfant , & elle 
continua de la traiter encore 
plus mal, il ce n eft qu elle re- 



d'E s ^ a g n^ e/ 315 

çùc les vifites de quelques Da- 
mes, qui fouvent rennuyoienc 
plus que la folitude même ; ce 
n écoitpas qu'elles manqualTenc 
d cfprit , on ne peut leur repro- 
cher ce défauc : mais la Reine 
les cntendoit peu , &: elle n'a voie 
point pour elles cette confiance, 
qui donne de la liberté , & qui 
fait la joye , tout ctoit compaflc, ; 
Révérences , Grandeur , & Ce- \ 
remonie. J'eus l'honneur de 
luy aller bai fer les mains dans 
ce tems-là, &: clleneput s'em- 
pêcher de ioûrire lors qu'elle 
me vit habillée à rEfpagnollej 
car excepté elle feule, je n'ay ja- ^ 
mais vu d'Etrangère qui fuâènc 
bien dans cet habit. Après avoir 
travcrfé des Appartemens , donc 
il ell vray que l'on peut parler 
comme d'une fort belle chofe , je 
la trouvaydans unCabinet peint 

O iijj 



v^ 



320 Me M, DELA Cou R 

&doré;frcmply de grandes Gla- 
ces de Miroirs attachées dans le 
Lambry s elle étoit fur un Car*^ 
reau proche de la Fenêtre, qui 
faifoic un ou vrage de La flîs d or* 
mêle de foye blcuë , fes cheveux 
^toient feparez fur le milieu 
de la tête qu'elle avoit noë i 
ils luy faifoient feulement une 
Natte qui étoit cordonnée. dç 
groffcs Perles , & s'attachoit i 
la Ceinture 3 elle portoit un ha- 
bit de Velour couleur de Rofc 
brodé d'argent , & des Pendans- 
d'oreilles qui luy tomboient juf- 
ques fur la Gorge , Ci pefans > 
qu'elle prit Ja peine d en ôter 
uujpourque j'en jugeaiTcSc j'en 
demeuray furprilci elle nie par- 
la peu en François , afFedwinc de 
fe fervir de la LangucE fpagnol- 
le devant la Cainarera Mayorj 
elle m'ordonna de luy envoyer 



toutes les Lettres qiî^c recc- 
vrois deFranceoù il y auroit des 
Nouvelles; & fur cequejeluy 
dis, que les Nouvelles que Ton 
m'écrivoit, n étoient pas dignes 
de rattention d'une fi grande 
Reyne; Ha, mon Dieu» reprit- \^ 
elle enlevant les yeux d*un air 
charmant, je ne regarderay ja- 
mais avec indifférence tout ce 
qui peut venir d'un Païs qui 
m'eft ficher. Cette afFedion,. 
luy dis-je , que vôtre Majeftc 
conferve pour nôtre Patrie, me 
fait tout efperer , Madame , 
puis que j'ay le bonheur d'en 
être,&: que j'ay toutes les incli- 
nations d'une bonne Françoifi: 5 
elle me repondit à cela avec fa 
bonté ordinaire, & elle me dit 
en François aflcz bas : J'aurois 
mieux aime vous voir habillée à 
la mode de France qu'à celle 

Ov 



3ti ^ ii^* belaGouk. 
d'Efpagnc; Mais, Madame, luy 
dis- je , c cft un facrifîce que j'ay 
fait au RcfpeA que j ay pour 
.Vôtre Majefté. Dites plutôt,, 
continua-t-clle ciifoûriant, que 
la Rigidité delà DuchcfTe vous. 
acfFrayéei elle me parut fi bien. 
ce jour-là , que je ne poevois- 
cefrcP' de Tadmirer : car malgré- 
fes chagrins, elle étoit engraif- 
fée, & cet embonpoint contri- 
buoit encore à la rendre plus 
belle & plus charmante. 

Loi's que je fus de retour chez 
moy , je trouvay mes Lettres de 
France arrivées 5 il y en avoit 
une entre-autres que je jugeay 
bien qui feroit du plaifir à la 
Reyne , & je m'en ferois fait 
un fort grand de la luy porter: 
mais la Camarera n'auroit pas 
voulu foufFrir que j'eufle eu 
l'honneur de voir Sa Majcflé 



D*ESPAGKB. 3x3 

deux jours de fuite, a^ipfî je me 
contentay d'écrire à cette Du- 
cheflc, que je la priois de pré- 
fenter cette Lettre à laReyncj 
voicy ce qu elle contenoit. 

// me femble , Madame , i]nt 
je ne fuis aujourd'huy "vous man* 
der une nouvelle flus agréable* 
que VHimen de Madcmei/elle y 
de Blois avec^Monfieur le Prince 
de Conty. Le ContraCt de Maria-^ 
^e fut Jîgni le is. de ce Mois 
dans la c hambre du Roy 5 // Ji 
rendit a/ept heures du foir dans 
eeUe de la Reine , ^ fajja en fuite 
dans lafienne avec toute la Mai- 
fin Royalle. Le Prince de Conty 
donnoit la main i MademoiftUe. 
de Blois j elle if oit parie des plus 
telles Piererief du monde , qui 
toutes en femble brill oient moins 
que fis jeuK , & n* avaient pas 

Ovj 



M BtMi & >|.-a: C, o u h 

tâ»t êtieU» quî :lté hy». & U^ 
Hùfès de f0i$, ieivt: y t0ut€ I4 
CêUffi'uçfiâ l$rs at^f&e fêfâi^ 
dr U Méjeft de fi TaiUi iêêU 
éugmentée fét unt, Uànfi d^ 
€inq àulnes de lù»g que Uade^ 
mêifeUe de Nénte fêttoh* Le Roy 
s\Affrech4 dune Table qtn itHe 
€0nire U mutdiUe'} U Rewe, iuiA 
)i /a gâMcbey & enfuiu Mi»/H^ 
gneiut^ lionfieuf^ htadâme^ M^hr 
demâi/eSe d OrUan^, Madame I4 
Grande Duchefe de lofiane , Ma^ 
dame dé Gutfe , Monfieut U 
V rince ^ Monfieur le T>uc^ &M4': 
dame la. Duché fe^ le Prince dei 
la Roche^fur-Tûpy ItadempifeUt, 
de Bourben , la Prince^fe de Cari^ 
gnàn^ le Comte de Fermandois, 
ie-Due du (Maine , MademoifèUc 
de Nante , & MademoiJeUe dei 
Tours 3 tous rangez, en demy Cer-r 
de autour de U Table. Le Irincc 



d'Espagne. 315 

de Conty^&miademoi/èUe deBlois^ 
fe mirent auprès l'un de t autre 
en dedans du demy Cercle vis- à 
vis de la Table / le Marquis d^ 
Seignelay s* approcha du Roy , d! 
lut tout haut le commencement 
du Contrat > mais à peine eut-il 
lu les éjualitez, ^ que le Roy dit 
que cela, fuffifoit , & figna le 
Contrat. Lors que toute la Mai*, 
/on Roy aile t'eut Jtgne , le car^ 
dinal de Boiiillon entra ^ dr sa^ 
n;ança jufqu'au milieu de la 
Chambrf 5 le Prince df Conty 
& Mademoi/elle de S lois s^ap^ 
procherent de luj > & il fit enfuie 
te la Cérémonie ordinaire desi 
Tianfailles. La Princeffi , com^, 
me vous /f avez, , /i nomme Anna 
Marie , & le Prince LoUss Ar^ 
mand. La Cérémonie achevée^ 
le Roy & toute la Cour furent 4 
/'Opéra» J^e lendemain^ le Carri 



V 



ix6 M BM. D £ L A.Cott K 

(fliffdl de JûHiUûn maria Ar 
jiMt f rince & la Mie Ftineeffk 
dans la chapelle dn Vièax Cka^ 
teaM , en ftefime du Mey i de 
la Reyne , & de rente la Canr i 
ie Jiey dina avec tonte la Maifin 
Meyalle : le/eir il y eut Ceme'^ 
die i t^ afrés la Cemedie nngirand 
Senpé ^ ehjans cempter les frin^ 
ees & Prineeffeidu Sang^ ilj^ene 
ainquante Dames ^ni mangèrent 
i nne Table qnifnffirvie atreia 
Services y de deux cens Plats 
ebacun . Le Cardinal de BoniU 
Ion fit la benediâfion du Lit s le 
JRey donna U Chemife au Prince 
de Conty , & la Reine i laPrin^ 
ceffe. Le lendemain , leurs Ma^ 
jefiet» allèrent la voir à fin 
appartement au Chaftean Neuf. 
Le Roy luy a denni h Duché de 
Vautour > un million d'Argent 
tomptant^ cent mille livret dot 



d'Espagne. 317 

fenjion , ç^ beatécouf de Pierre^ 
ries s atê Prince de Conty cin^ 
quânte mille Ecus £ argent corn- 
ftant , & une Penfion de 'vingt 
tniUe AU Prince de U Roche-fur- 
Ion. 

A Saint Germain ce dix- 
huit Janvier ié 80. 

La Reine^Mere> auroic été 
d'un fecours extrême à la Reine 
d'Efpagne , pour laflFranchir 
d'une partie defes peines , fi elle, 
avoit pu fc guérir des fbupçons 
qu'on luy avoit infpirez contre 
elle : mais comme elle croyoic 
toujours qu'elle regrctoit l'Ar- 
chiducheilè, & qu'elle auroic 
voulu la voir à fa place,cette opi« 
nion refSerroit toute fa confîan* 
cei &laReine-Merequi ne luy 
trouvoit point d'ouvenurc de 



V 



p« Mem. delaCour 

cœur , ni une certaine liberté 
qu'elle luy fouhaitoit, en fouf- 
rroit à fon tour : car en effet , el- 
le Taimoit tendrement, & elle 
avoit de grandes difpofitionsà 
luy en donner des marques. 

UAmbaflTadeur de France > 
FAmbaffadrice & le ConfcfTcur, 

{)arloient fouventà laReinc de 
a conduite qu'elle devoit tenir 
pour fe procurer un repos folide: 
5, ils luy diloient qu'il falloit fc 
3, donner toute entière à la Rei- 
3, ne fa Bellc-Mcre , par devoir , 
., parreconnoliFancede lamitié 
„ qu'elle luy tcmoignoit, &par 
„ ménagement pour fes propres 
yy intérêts: on luy reprc(cntoit 
„ que la Rei.nc-Merc ne devoit 
5, pas luy être llifpede, &i qu cn- 
5, core que l'Archiduciieflc fut 
„ fa Petite-Fille, elleavoitreçu 
,> fi peu de témoignage d'amitié 



de la part de TEmpcrcur pen^ 
dant fa difgrace , qu'elle s'y 
trouvoittrop fcnfible pour l'a- 
voir oublié 5 queTonavoiccu 
une conduite bien oppofec du 
côté de la France 5 qu'on l'a- 
voir plainte & obligée i que la 
Reine Tres-Chrétienneavoit 
toujours confcrvé un com- 
merce & une liaifbn étroite 
avec elle > & que la Reine* 
Merc fçavoit bien qu'elle ne 
pou voit rien faire à fon tour 
qui touchât davantage la Rei- 
ne de France, qu'en donnanç 
toute fa tcndrcfle à la jeune 
Reine d'Efpagnci qu'elle luy 
trouvoit tous les agremensqui 
peuvent engagerlecŒuri que 
d'ailleurs elle efperoit de luy 
voir bieiVtôt un Héritier de 
la Couronne j que c'étoit un 
bien nçceûàire à l'Efpagne ; 



3fa Me M. de la Cour: 

» que les chagrins au fquels elle 
» s'abandofînoitpourroicnt luy 
3^ ôter ce plaifir > qu'il falloit 
n qu'elles agifTent enfemble de 
» concertjpourpoflTcdcrlesbon- 
» nés grâces & l'efprit du Roy-ij 
» qu'il étoic bien plus naturel 
5> qu'il partageât fa puiflànce en- 
» tre fa Mère & fa Femme > qu - 
,> avec un Favory qui ne ion- 
»geroit à le fervir qu'autant 
3j que fa Famille s'en rcflcnti- 
5> tiroit 3 que l'ame des Souve- 
^y rains ayant quelque chofc de 
5j plus Grand & de plus Noble 
5, que celles des particuliers, les 
3> fentimcns d'intérêts , n'agi- 
j) roient point fur les deux Rci- 
» nes> comme ils feroient fur un 
3, Premier Miniflre 5 que rien 
)> ne devoit être féparé entre- 
„ elles , mais qu'il falloit com- 
„ mencer par l'union de leurs 
^ coeurs. 



d'Espagne. 331 

La Reine goûtoit fcs raifonsj 
elle y trou voit de la vraye fcm- 
biance, & de la banne foy 5 elle 
vouloit même s'en fervir pour 
perfuader Ton efpric : mais maL 
gré cela y elle recomboic touc 
d'un coup dans la défiance, où 
la jectoic de nouveau les dif- 
férentes chofes qu'on luy avoic 
dites ; outre que le procédé de 
la Duchefle de Terranova luy 
caufbit les derniers chagrins;, 
elle la trouva fi abfoluë, qu el- 
le en avoit contraâé une ef^ 
pece de crainte » à laquelle fa 
grande jeuneflTe , fon peu d'ex- 
périence & fa douceur naturel- 
le Ib joignoient encore; de telles 
di fpofitions rcpcchoiet de s*ou- 
vrir à laReine-Mere quand elle 
vcnoit tout d'un coup à penfer» 
que fi ejBFeclivement elle ne l'ai- 
zuoit pas, & qu'elle voulut cm- 



i. 



331 Mem. DE laCour 

poifonncrcc qu'elle luy diroît, 
ce (croit fc jcttcr dans de nou- 
veaux inconveniens; de maniè- 
re que malgré le dclîr qu'elle 
avoit de luy parler, elle gardoit 
toujours le filcnce avec elle j la 
Reine. Mcre s'en appercevoit 
aflcziellecontinuoic néanmoins 
de Tallcr voir prefque tous les 

{'ours , & de tems en tems elle 
uy envoyoit des prefens. 
JEniîn la jeune Reine vaincue 
par toutes les démonftrations 
d'amitié qu'elle luy faifoit, vou- 
lut fe conduire par fesavis,-clies 
curent une longue conférence 
cnfemblejoù elles prircclesme- 
iures qu'elles crurêc néceflaires 
pour leur commune latifadion: 
La Reine-Mere parla enfuitc 
au Roy : mais elle le trouva 
dansun efprit froid & referréj 
qui avoit de Téloignemempour 
cllej elle ne luy en témoigna 



*E s f A G N E. 333; 

xieiVj & clic prit le party de fc 
retirer , pcnfant que Ton Fils 
fcroit obligé de revenir à cllcj 
&pour quelon remarqua moins 
ce changement dans le mondc> 
elle ficparoître qu'elle cher- 
choit du repos , & qu'elle le 
prcfcroit à toutes chofes 5 elle 
en parloit même en ces termes- 
là aux perfonnes à qui elle té-« 
moignoit le plus de confiance > 
bien que dans le fond elle eue 
d'autres fentimens. 

Le Connétable s'apperçut le 
premier de ce changement > ôc 
il fut un de ceux qui s'en in-- 
quiéta tdavantage. Il comprit 
que la R eine-Mere alloit aban« 
donner le foin de l'avancer; & 
comme il avoit fon but, il cher- 
cha d'autres moyens d'y par- 
venir : de manière qu'il fe lia 
d'intérêts avec la Camarera 



534 Mb M. DE LA CouK 
Mayor Don Gcronimo d'H- 
guya , & le Confeflcur du 
Koy , fcqiicl fit entrer le Duc 
Dalbe dans cette nouvelle con- 
fédération ; le dcflein de ces 
trois derniers, ctoit d'oppofer le 
Connétable auDucMedinaceli> 
qu'ils croyoient s'avancer dans 
rcfprit du Roy, & dont la fa- 
veur continuoit de leur faire 
ombrage. Le Connétable de 
ion côte cherchoit à gagner 
par eux , tout ce qu'ils feroienc 
perdre auDuc de Medina-Celi. 
Ses EmifTaires commençoient à 
travailler avec des apparences 
aflcz favorables, lors qu'ils s'en 
dégoûtèrent parla côfideratioa 
de l'humeurimperieufe duCon- 
„nêtable.Ile(t li fier,difoient-ils, 
„ qu'il aimeroit mieux nous per- 
5, dre , que de convenir qu'il 
:,nous clt obligé de fon éleva- 



d'E s p agni. ' ^55 

•i, tion i l>: K'ck^ucMiniflrcquc 
i> nous avu.is eu l.ipLue, 1 îc- 
„ ra moins redoutable qucliiy. 
Don Geronimo d'JEguya, qui 
ne pcnlbic qu'à balancer le crc- 
dic de ces deux Seigneurs Tun 
par lautrc > ne negligeoit pas 
leurs réflexions 3 il les mettoic 
dans tout leur jour, & leur don* 
noie lieu autant qu'illuy étoit 
poffîblcd'cn faire de plusfortes. 
11 trouvoit plus de douceur à 
rcfter fcul dans les affaires, qu à 
fc voir affujetty à une dcpen-* 
dance nouvelle 3 & cette rai- 
son l'obligea de réveiller dans 
Icfprit du Roy , la crainte & 
Taverfîon qu ii avoit pour le 
Connétable : de forte qu'au 
lieu de k fervir comme il sy 
létoit engage , il ne parloit, & 
il ne travailloit que pour luy 
rendre fous main > de mauvais 
office*. 



336 Mem. de la Cour 

Quand il s'agit de nos pro-^ 
près intérêts > & particulière-» 
ment de fatisfaire nôtre am« 
bition 1 nous fommes fi clairs* 
voyans > qu'il cil difficile de 
nous tromper long-tems > nous 

{)énetrons jufques aux penfées 
es plus fecrettes de celuy qui 
fe dit nôtre amy , . & nous dé- 
mêlons parfaitement fi Ton nous 
fert bien , ou fi l'on nous fert 
mal. Selon cette regle,leConnê- 
table démêla bien julte & bien 
vite la conduite que Fon tenoic 
avec luy , & les veucs que cha- 
cun avoit en particulier. 11 cft 
aifé de comprendre de Thu- 
meur dont je lay reprefenté, 
ce qui fe pafla dans fon efprit : 
mais le chagrin qu ilen reflcn- 
tit, fut d'autant plus vif, qu'il 
l'empêcha d'éclater pendant 
quelque tetps. 

Don 



d'Espagne. 337 

Don Gcronimo d'Eguyàfut 
îc premier qu'il attaqua, ayant 
rcprefenté un jour en piein 
Confeii , & avec la dernière ai- 
grcur,que les Affaires alloient 
de mal en pis ; qu'il n y avoit pas 
lieu de s'en étonner j qued*E- 
guya 5 qui (èmcloit de les con- 
duire , n'avoit ni cfprit , ni ex- 
périence , ni capacité ; qu on 
devroit luy prdonner de rem- 
plir feulement les devoirs de 
ih Charge , fans entrer dans 
des chofcs qui le paflbient 
de (î loin. Comme il achevoîc 
fondifcours, Don Manuel de 
Lira , Secrétaire d'Etat du 
Confeii d'Italie, qui étoitd in- 
telligence avec luy , prefenta 
en mêmc-tems un, grand Mé- 
morial , par lequel il faifoic 
voir clairement le préjudice 
.que la mauvaife conduite de 
I. Part. P 



338 Me M. DELA C0U!L 

d'Eguya apportoit aux Affaires: 
chacun auroit été bien aife que 
toutes ces plaintes euflenc obli« 
gc le Roy de l'éloigner. 

Don Manuel de Lira n'agiG 
£)it pas feulement par comptai* 
fance pour le Connétable : il 
avoit encore Tes veucs parcicu«> 
liéres ; il penfoic qu'en chaA 
Tant d'Eguya de fon poftc , il 
pourroit le remplir i& rien n'a- 
x^ime davantage le zèle d'un 
particulier, que la part qu'il cf- 
pcre dans une affaire impor- 
tante : celle-cy n'eût pas tout 
IcfFct que le Connétable &luy 
s'en promettoient ; cela fîc fai-. 
rede longues reflexions au prc-. 
niier , & lobligca de revenir à 
la Reine- Mcre , & de la pref- 
jjfer d'agir en fa faveur i il luy 
,5 reprenfénta , que fî leMiniflrc 

,, n'étoit pas tout à elle j fon rç- 



Î)os ne pourroit pas être de « 
ongue durée j <jue le Duc « 
dcMedina-Celis'avançoitiôc « 
bien que ce fût inipercepti- « 
blemcnt > qu'il fe trouveroic <* 
tout d'un coup dans unepla- « 
ce > d'où il pourroit faire con- « 
noître & rciïcntir (es mau- «< 
vaifcs intentions à ceux qui « 
n'étoient pas fcs amis ; que « 
malgré la Politique dont il « 
faifoit alors profeffion , il ne ce 
laiflbit pas de foûtenir con- «< 
tre elle le Prcfident de Caf- <c 
tille, Créature de Don Juan, <c 
&: dévoue à tous les reflcnti- << 
mens qui Tavoient animé pen- (^ 
dant (a vie; que leDucétoit <« 
le même qui avoit ofé autre- <c 
fois luy porter Tordre de fon <« 
exil ,• qu'il fembloit dés cc« 
tems-là, qu'il triomphoit des <« 
malheurs dont elle étoit. ac- <^ 



340 Me M. D E LA Cou II 

,,cablccj que s'il étoit une fois 
,>Favory , elle le trouv croit 
„ peut-être en fon chemin , ôc 
„quc ce peut-être ctoit une 
^ chofe certaine & affurée, puîf* 
j, quil ctoit encore revêtu des 
,> paffions de Don Juan* 

La Reine -Mère touchée de 
toutes les choies que le Con- 
nétable venoit de luy rcprefen- 
ter, luy donna fa parole d'agir 
puiflamment pour luy : mais le 
Duc de Médina- Ceii en ayant 
été averty , voulut parer ce 
coup , & il ne jugea point de 
meilleur moyen pour ramener 
Tefprit de laReinc-Mere, que 
de kiy témoigner une profonde 
„ foûmiffion. Il la vint trouver 
„ dans le même tcms ; il luy dit 
„ qu'une fortune, qu'il ne tien- 
>, drciit pas de fa main , ne pour- 
» roit jamais le toucher ^ qu'il 



vouloit luy dire redevable <« 
des bontez du Roy & dépen* «« 
drc d'elle par reconnoiflancc, «< 
auffi bien qu'il en dépendoit « 
par devoir & par inclina- <« 
tion^ qu'il la fupplioit deluy « 
rendre juftice, Se de croire <« 
que fon cœur, fanaiflance, &" 
fa fortune, ctoienc trop c- << 
levées pour qu'il eût pûdeve-<f 
nir créature de Don Juan ; " 
Qu'il ne le feroit jamais que de « 
ton Maître, & qu'il falloitpor- << 
ter une Couronne pour corn- « 
mander au Duc de Médina. « 
Celi i qu'encore qu'il fe fut « 
déclaré pour le Préfident de ^< 
Caftille, ce n'a voit point été«^ 
à la confîderacion de Don« 
Juan : mais feulement en veuc « 
du fervice du Roy/quil<< 
c(toit prêt d'abandonner le« 
Préfident, avec qui il nâvoit<^ 

P IJj 



34^ Me M. DE LA CoirR - 

j, aucune liaifon d amiticj & que . 
>, s'il agifibic dans cette affaire, 
»ce n ctoit que pour deffcndrc 
5, rautorité du Roy ^ que le 
M Nonce avoic voulu attaquer 
»dans la conduite qu'il avoit 
,, tenue avec le Préfident. La 
Reine-Mereluy répondit,qu'el- 
le auroit une véritable fatisfac- 
tion de pouvoir croire ce qu'il 
luydifoit; qu'elle l'cilimoit, & 
qu'il ne ticndroit pas à elle de 
luy endonner des marques. 

Le Connétable averti à fon 
tour que la Reine-Mcre avoit 
trcs-bien receû les fourni flîons 
du Duc, (bit pvir un efprit de 
bontéjfoit par indifFerencc pour 
le choix que le Roy pourroit 
faire d'un Premier Mmiltre^de- 
fefpera enfin de voir réùflîr au- 
cuns de fes projets, tant pour 
la junteoiiilprétendoit entrer, 



d'Espagne. 343 

fi l'on en formoic une , que pour 
la Place de Favory qu'il auroic 
mieux aimé remplir tout feul. 
Il rcfolut de fe faire au moinj 
un mérite auprès du Duc de 
Mcdina-Ccli , en luy cédant de 
bonne grâce un porte qu'il 
pouvoit encore luy difputer. 
En effet , il faifît la première 
occafîon qu'il trouva de dire au 
Roy , que perfonne n'étoit plus 
capable que le Duc de le bien 
fervir, & de le foulager dans 
le Gouvernement de ion Etar^ 
Il ajouta de grandes louanges 
fur la bonne conduite qu il 
a voit toujours tenue 3 Se Ton- 
demeura furpris de la manière 
naturelle dont il parloit, en fc 
faifant intérieurement une vio- 
lence capable de le faire mou- 
rir: mais on jugea qu'il vouloit 
devenir agréable au Roy , e» 

P lUJ 



344 Me M. DE LA Cour. 
louant cxtraordinaircment un 
homme pour lequel il tcmoi- 
gnoic de rindination. Aprés- 
tout, il faifoit voir une gcne- 
rofité peu commune, lors qu'il 
tenoit cette' conduite avec fon 
Ennemy. . 

Il feroit difficile d'imaginer, 
combien la brigue des Cour- 
cifans > & Tirrefolutioa du 
Roy, pourprendreou ne pren- 
dre pas un premier Minillrc> 
firent de tort aux afFaircs. Rien 
ne fe concluoit , rien ne s'exc- 
cutoit 3 tout ctoic dans une 
cfpece de rétargiequiajoûtoit 
un nouveau mai à ccluy dont 
le Royaume ëtoit déjà atteint > 
chacun languilToit après le fuc- 
cez des moindres affaires 3 ccl^ 
les qui ctoient portées dans 
les Confeils y deiiieuroient des 
années , £c celles qui alloient 



D^Esp A G ne; 345 

diredcment entre les mains du 
Roy n'en fortoienc plus> Ainfi 
Ton ncfçavoit quel party pren- 
dre , ni à qui Ton devoit s'a- 
drcffer. 

Nôtre Ambafladeur qui 
s'étoit promis un changement 
agréable dans la conduite que 
Ton avoit tenue avec luy, & 
qu'il avoir diffimulée attendant 
Farrivée de la Reine , ne voyoit 
pas que rien prit un autre tour 
plus pour luy que pour le relie 
deceuxquile plaignoient. Il y 
avoit déjà cinq mois qu'il de- 
mandoit jufticc fur quelques 
infraclions qui avoient été fai- 
tes, tant par les Gouverneurs 
des Provinces^ que par la prife 
de plufieurs de nos Vaiffeaux, 
& l'incendie de quelques au- - 
très. Mais dans le xetns qu'il : 
prefibit une répoûfe pofitive là- - 

Pv. 



34^ Mem.d E L A Cour' 

dcflus , il rcccuc un nouveau 
chagrin par l*infolencc d'un 
AlcaldCi» &:dcpluficursAlgua- 
fils h qui pafflbrcnt devant fon 
Hôtel j ce qui ne le fait jamais 
à Madrid dans le quartier des 
Ambailadeurs. 11 en demeura: 
fort furpris : il s'en plaignit > ôc 
bien éloigné de luy donner la 
fatisfadion qui luy ctoic deuc > 
on luy dit que le Roy ne pré- 
tendoic plus que fon quartier 
fut franc. Cette réfolution étoit 
d'autant plus oftbnçante,qu'ellc 
n avoit été prife que pour luy 
feul, & que tous les autres Am- 
bailadeurs joùiflbient a l'ordi- 
naire de leurs Privilèges. Ce 
neltpas qu'ils n'eullent chacua 
en particulier des fujets deplain- 
tes ; par exemple, l'Envoyé de 



M C'cfl une cfpccc de Prévôt, 

k Ce font des Sergens tç des Kçcaxs^ 



D*£5P ACME, 347 

rEl&5teur de Brandcboui^ fsi- 
ioîc grand bruic, fur ce qu'on 
l'amufoit depuis très- long.cems 
par des parotes qui n'avoicnc 
aiicuncftet. On dévoie de groC 
Ces Sommes i (on Mahre : it 
en dcmandoitlc payement j on 
Icremctcoic fans ceÔét &; enfin 
il connut bien que l'on n eioic 
ni en ctac ni en dirpo/ttion 
de le farisfaire. Le Nonce ne 
paroiflbit pas de Ton côte plus 
content , à caufc qu'il voyoic 
toujours le Prcfidcnt de Caitjl- 
Ic dans fa Charge & dans la 
faveur» bien que le lapclcùc 
déclaré fuCpcnds , &i qu'il agit- 
contre luy pour en avoir julticc. 
L'on chcrchoicdansicmcmc 
tcms de l'argent pour lever 
quatre Rcgimcnrs i:(pagn;>ls ,. 
que l'on vouloit envoyer a Mi- 
Un , parce oii'on crajgnoit f juel- 
i'vj 



54? Mem.delaCouk 

que mouvement du côté de. 
France. Mais il ctoit prcfquc 
impoffible de trouver des fonds>. 
& largent de la Flotte des In- 
des avoit été employé fî prom- 
ptement & avec fi peu d ordre, 
que 1 on ne fçavoit encore ce 
qu il étoit devenu : de forte que 
c étoit une chofe tres-difEcilc 
de faire aucune remife en 
Flandres , ni dans les autres 
endroits , où il en falloit. Ceux 
qui avançoient d'ordinaire 
dans ces fortes doccafions> ne 
pouvoient plus le faire > ils é- 
loient épuifez ; & la neceffité 
étoit généralement fi grande ,. 
que 1 on ne fçavoit même où 
prendre de l'argent pour la dé- 
pence journalière des Maifons 
du Roy &: de la Reine. Cela 
provint en partie du defordrc 
de la Monnoye : la PiftoUc ,. 



^ 



d'Espagne. 345?' 

qui ne doit valoir que 48 
Reaux de VcUon^ étoic montée 
jufquà 1105 &les Patagons, qui 
ne vallent que u Reaux^ allè- 
rent jufqu à 30. Cela vint de 
ce que la plus grande partie 
des Reaux de Vellany qui font 
de cuivre , étoient faux ,. & 
que Tufage navoic pas laifsë 
dautorifer de les faire paflcr 
dans le Commerce , comme s'ils 
a voient été bons.. Mais enfin 
ils furent abolis tout d'un coup , 
par le prix exceffif où la piftoilC'^ 
monta , & l'on ne peut dire^ 
l'embarras ni les maux qui: 
fiii virent ce premier dérègle- 
ment. L'on crut dans le mois 
de Février 1^80. que c'étoic 
une néceffité d'y trouver ua 

Î)rompt remède: de manière que 
'on remit la PiftoUe de iio 
JLt4Hx. à 48 j les Patagons i i2>. 



jyO' M E M. D B L A C O U R 

& les autres Mon noyés con- 
fondue les uncsavec les autres > 
furent réduites au huitième de 
kur valeur ordinaire. II n'y. 
eut prefque perfonnequi iie rel- 
fentit avcG beaucoup de perte. 
lefFet de ce nouveau règlement;. 
& ce qui valoit avant le rabais, 
des Monnoycs quarante J?r^«x,. 
qui font 4 livres de nôtre Mon- 
Doye de France, depuis le rabais» 
valoit lïo RcAux ; & c'étoit. 
onze livres de nôtre argent : 
demanicre que ee que Ton avoit 
acheté le Lundy cinquante fois, 
fut payé le Mnrdy plus du tiers 
davantage 3 &: le Débiteur , qui. 
devoir le Samedy vingt mille: 
JHeaux d€V(llcnyC\\\\ ne lai (oient, 
que roc FiiloUe^, trou va avec 
unextremcchagrin qu'il dévoie 
le lendemain prés de 500 Pif- 
toUes : Tout cecy ruina un. 



d'Espagne. j^r 

çrand nombre de Familles, Se 
cauia beaucoup d'alceracionr 
dans les efprits 3 car toutes les 
chofes- qui s'acheptcnc , font 
plus chères à Madrid qu ail- 
leurs, parce que Ton ell oblige- 
de les faire venir de fore loin^ 
& qu'il n y a que peu ou point: 
de Manufactures en ce Pays^ 
Et il arriva» même une efpece 
de fedition à Tolède , à caufc: 
que dans le rabais de la Mon-, 
noyé Ton avoir négligé de ré- 
gler le prix des. danrées > &.. 
qu elles fe trouvèrent d'un prix 
cxceflîf. Il faut encore remar- 
quer, que la Police eitexcercée- 
en Efpagne d'une manière di- 
gne de pitié , & que l'humeur 
lente & parefleufe de ceux qui 
pourroient corriger la mauvai- 
fc conduite des autres ajoute. 
bcaucoup aux maux publics^, 



3yi M E M. DE L A C o n K 

Tous ces defordres &: les 
plaintes continuelles qui écla^ 
toient de tous cotez , commen- 
cèrent à ébranler Don Geroni- 
mod'Eguya. Il connoiflbit bien 
que le polie qu'il rcmpliflbit 
ctoit délicat, &: que lors qu'il 
s'agit de chagriner toude mon- 
de, &: de ne remédier à rien, 
les malediâ:ions. &c la haine 
publique tombent fur le Favo- 
ry.> On attribuoit à fa mauvai- 
fe conduite, Tctat prcfcnt des 
Affaires 5 il luy parut qu'il 
ne pouvoit trop tôt fc mettre 
àl'abryde la fureur populaire, 
ôcil réfolut de ne rien oublier 
pour porter le Roy àchoifir un 
Premier Miniltre. La veuc de 
fcs propres intérêts le firent 
agir puiflàmment en faveur du 
Duc de Medina-Ccliiilfçavoit 
que k Roy avoit une partica- 



d'Espagne. 355- 

llcre inclination pour luy j il 
eiloic perfuadé d'ailleurs que 
s'il écoic informé des bons bîti- 
ces qu'il luy auroic rendus, il 
le maintiendroic dans Ton pof- 
te> autant par reconnoiflance 
que par l'utilité dont il luy 
pouyoit être fur les Affaires » 
parce qu'il les conduifoit de- 

{^uis aflèz long-tems, & que cela 
e mettoit en état de luy don-^ 
ner des lumières d'autant plus 
néceflaires,que lors qu'on entre 
dans le Gouvernement > Ton 
y eft toujours très-neuf. Il con- 
noiflbit de plus, que le Duc. 
avoit un fonds de bonté natu^ 
relie, qui neluypermettoit pas 
de l'ôter de fon porte ; & il 
ctoit bien feur que tant qu'il 
yferoit,il feménageroit les bon- 
nes <ïraces du Rov,les fonctions 
de la Charge luy donnant lieu 



554 Me M. DE LA Cour 

d'approcher très- fou vent de fi 
Perfonne. 

La Camarera Mayor & le 
Confefleur du Roy avoient cha- 
cun des vcucs particulières , qui 
D avoient rien d'opposé a rëlc- 
vation duDuc>de forte que toup 
le monde concourant aux dif- 
pofîtions favorables que le Roy 
avoit pour luy , il donna un 
Décret ( c'efl le terme ufité y 
par lequel il déclaroit le Duc 
de Mcdina-Celi, Premier Mi- 
niftre, il chargea fur le champ 
le PereRelux de le luy porter. 
Il fut chez fuy à dix heures du 
foir le zi. Février léSo, &: il 
luy apprit cette bonne nouvelle, 

Perfonne n'eût lieu d'être 
furpris de lelcvation du Ducl 
il fe la promettoic bien depuis 
quelque temps y (bit que le Roy 
kiy en eut donnéfaparollc,oa 



d'Espagne. 355 

que les apparences l'en afluraf- 

ienc 

Quoy qu'il en foie, on convint 
a la Cour,que le Roy ne pouvoir 
faire un* meilleur choix. C'é- 
toic un homme dans lequel on 
trouvoic de fort bonnes quali- 
tés, delà douceur» un carade* 
rc obligeantjde Tagrémenc dans 
refpric, des manières nobles & 
aisées i&: Ton étoit feulement 
étonné > qu'étant un H grand 
Seigneur>ilcat voulu troubler 
tout fon repos, en fe chargeant 
de la conduite des Aflfaires, quî 
étoient alors dans un pitoya- 
ble ccat. On ne comprenoic 
guère, ( & il ne le comprenoit 
peut-être pas luy •même ) com- 
ment il pourroit remédier à dej 
maux d'un li long cours j il (cm^ 
bloit qu'il falloit fiiirc un entier 
dungemeiit dans l'ordre de la 



35^ Mem.delaCouk 

Monarchie, & que cccoit un 
deflcindontrcxecution paroifv 
foie impoffibte. . 

Auffi-tôt que l'on fçûc le 
choix que le Roy venoic de 
faire en faveur du Duc>pcr- 
fonne dans Madrid , de tous 
ceux qui fom diiliriguez, nefc 
diipenfade luy aller faire com- 
pliment , tant les Miniflrcs 
des Princes eftrangers que les 
Grands d'Efpagne 3 II fut le 
lendemain , accompagné de fes 
parens &. de Ces amis , baifer 
lés mains au Roy , 6c le remer- 
cier très - humblement. Il re- 
çût les jours Tuivans Ces vi- 
fîtes fur fon lit, feignant une 
légère indifpofition , pour s'e- 
xempter de la fitigue des Céré- 
monies. Son Appartement & {es 
Meubles étoient de la dernière 
magnificence 5 mais c eil quel- 



d'E s pagn e. 35^7 

-que chofe à voir qu'un Efpa- 
gnol dans Ion Lit de Parade > 
car ils ne fe fervent point de 
Robe de Chambre ; ils ont 
leur Goliltc & leur Manteau 
noir , avec leur Chapeau, ou 
la tête nuë, parce que les hom- 
mes aulîî bien que les femmes 
ne portent point de bonnetj il 
...poffedoit depuis ^ long tems 
la Charge de Sommelier du 
i.Corps, &: en cette Qualité il 
ctoit le feul qui commandoic 
dans la Chambre du Roy > 6c 
qui y couchoit. 

11 ne tarda guère à donner 
Audience publique dans la Sal- 
le, que Ion appelle du Rubisj 
celt où le Gonfeil d'Etat saf- 
femble: elle eit (bus l'Apparte- 
ment du Roy: le Duc y reçût 
la Vifite du Nonce, & de 
rAmbafl'adcur de Vcnile ; ils 



358 Me M. DE LA COUK 

ne parurent pas concens de la 
manière donc les Fauteuils ë- 
toient difpofez, parce qu'on 
ne pouvoit point abfolurnient 
déterminer , qui d'eux -, ou de 
luy , a voit la Place d'honneur; 
d ailleurs, il ne les reconduifîc 
que jufques à la moitié de la 
Salle même de l'Audience : ils 
en parlèrent au Marquis de 
Villars, qui leur dit, qu'il a- 
voit compte de faire cette vî- 
lîte avec eux , & que d'ordi- 
naire les AmbaffadeursdcCha. 
pelle s'acquitcnt tous enfcm- 
ble de ces fortes de devoirs 5 
niais qu'il n'en écoic pas fâche 
à prefenc , parce qu'il profite- 
roit de la faute qu'ils avoicnt 
commife , & qu'il ne néglige- 
roit pas comme eux de pren- 
dre toutes les précautions né- 
çeflaires iur le Pas , la Place, 



D*ESPAGNE. 55Jr 

& le Rang; & que pourluy» 
il s aflèuroit de Tun & de 
Tâucrc. En effet, il envoya de- 
mander au Duc s'il ne vouloic 
pas en ufer avec luy ,^commc 
Don Loiiis de Haro faifoic 
avecles Ambafladcursde Fran-i 
ce 5 il en convint auili^tôt , de 
manière que pour ne point er« 
rer fur rien , les Places furent 
marquées, & l*on demeura d'ac- 
cord de tout avant le jour de 
FA udiencc. Les autres Ambafla- 
deurs eurent grand dépit de 
leurs fautes, & réglèrent fur la 
vifite de nôtre Ambaffadeur, 
celles quîls continuèrent de 
rendre au Premier Miniflre. 

Le Comte de Monterey baifi 
la main du Roy & de la Reine» 
il leur fît des complimens delà 
part de la Ville de S. Jacques 
de Compoileile. Lç Marquisj 



^6o Me M. DELA Co U IL 

-d'Aaitorgas fit la même chofc 
pour la Ville d'Avila. 

Dans ce tems-là Don FraïK. 
cifco d'Agourto , fut nommé 
par 4e Roy Mcilrc de Camp 
General de la Cavalerie. L'En-» 
voyé Extraordinaire d'Angle- 
terre furprit toute la Cour , par 
lexaéte dcfence qu'il fit à ics 
gens , de ne laiflcr entrer chez 
luy aucun Ecclefialtique , ni 
aucun Religieux. 
• La jeune Reine n eût guère 
lieu par les plaifirs qu'on luy 
procura pendant le Carnaval, 
de s'appercevoir qu'elle ëtoit 
dans un tcms de réjouiilàncci 
les meilleurs jours étoient 
d'aller à la Chaffe avec le Roy; 
& les trois derniers du Carna- 
val, on joiia fur le Théâtre du 
Buen-Retiro , lequel cit fort 
beau , une Gon^die que Ton 

prcparoic 




préparoic depuis long^ccms. Le 
Roy & la Reine la virent le 
Dimanche 5 on la ioûa le Ten- 
demain pour cous les Confeils» 
&c le Mardy pour les Officiers 
de la Ville. La Reine ayant 
fçeu que la Duchefle deBejar,. 
&: la Marquifc de Caftel-Ro^ 
drigo , qui n'ayoient pas encore 
eu d'enfans > écoienc accou- 
chées chacune d'uA Fils , de- 
manda permiflîon au Roy de 
leur envoyer témoigner qu el- 
le en avoit de la joye: Je n'y ^^ 
confensidic le Roy en riant ><« 
qu'à condition t que dans << 
neuf mois elles viendront à <c 
leur tour vous faire le même <( 
compliment. 

Toute TEfpagne attendoît a- 
vec une impatience extrême,! es 
Remèdes que le nouveau Mi- 
mitre apporteroit auxdefordres 
L Part. (^ 



\ 



3^2 Mem. de la CauiL 

xjui s'étoient enracinez depuis 
long^tems dans la Monarchie 
mais quelques- bonnes inten- 
tions qu'il eût , il ne luy étoit 
pas aifc de les exécuter > l'Ê-. 
pargne du Roy fe trou voit épui- 
fée, les Particuliers ruinez, le 
prix de toutes les Marchand!- 
£cs exceflîf , les embarras aug- 
mentez par la tolérance dpsMa- 
giftrats & par la longueur du 
tems; Ton n avoit mis ordre à 
rien pendant le Miniflere de 
Don Juan , &: depuis fa more 
il fembloit que Ton eût afFcdé 
d'abandonner les AfFaircs. 

Ajoutons à cela, que le Duc 
de Medina-Celi n'avoit point 
encore eu d'employ , qui pût 
luy donner rexpcricnce nécef- 
faire dans le Gouvernement. 
Il étoit né & nourry dans le 
Gcnie de Madrid » qui eit iî 



yarcflcux, & fî indolent, qu'on 
n'y termine prcfque jamais rien, 
11 avoit même laiiTcle Confeil 
Maître de délibérer fur les Af- 
faires publiques , comme il le 
faifoit avant fon Minifterei ôc 
il s afllijettiffoit à prendre fa 
Confulte i il forma auffi des 
Juntes pour les chofes quil 
croyoît difficiles. 

Il en compofa une entre-au- 
très où il fit entrer le Conné- 
table , rAmirante , & le Mar- 
quis d'Aftorgas , <j.ui étoient 
tous trois Confeilîers d'Etat. 
On y mit encore trois Théo- 
logiens , dont le Confelfeur 
du Roy en ctoit un , & trois 
Confeilîers du Confeil du 
Roy, pour examiner avec lu y 
l'Affaire du Prefident de Caf- 
cille, fur laquelle le Nonce fai- 
foit grand bruit > le fujei en 



3^4 M&xf. DE LA CouiL 
vint fur ce qucMonlîeurMcL 
Uni Nonce > vouloir prcfîdcr à 
un Chapitre de Religieux ap* 
peliez Clmcos Minores » qui aL. 
loient élire un Provincial . Le 
Prefident foufaaitoit^ qu'un de 
ks amis fût nommé î il fçavoit 
que le Nonce en favorifoîc un 
autre i il prit le chemin le plus 
coure > & par un Décret qu'il 
obtint du Roy # il iuy envoyât 
faire defFerife de préfider dans 
cette Aflcmblce : fur ce qu'il 
n obéît pas exactement,il le con.* 
damna à mille écus d'amende. 

Le Nonce fouflFrit avec beau- 
coup de reffcntiment un trai- 
tement j(ï extraordinairci il s'en 
plaignit au Pape , Sa Sainteté 
en écrivit au Roy 3 Don Juan 
promit la révocation de ramcn*. 
dcj mais pluficurs embarras qui 
farcnt fuivis de fa mort, ca 



cmpêcherçnc Tcffcr. Le Roy 
croyoit que cette Affaire étoit 
aflbupic > parce qu*il avoit ccric 
au Pape une Lettre tres-fou* 
miTe : malgré cela , le Nonce 
qui ne pouvoit êtreappaife par 
une fimple Lettre j renouvella 
cette querelle après la mort du 
Prince y il voyoit que le Roy 
n'avoit point encore de pre- 
mier Miniltre ; il jugeoit que 
le Prélîdcnt de CalTille n'en 
feroit pas fi bien (outenu, il lu y 
connoifibit plu fieurs ennemis } 
ôiiquela Reine-Mere entre-au- 
tres ctoit la plus animée. Tou- 
tes ces côfîderationsluypcrfua- 

derent, qu'il en obtiendroit fans 
peine une entière fatisfadion. 

Il prétendit donc > qu'il de- 
voit perdre fa Charge, &qu'il 
falloit qu'il allât à Rome fe fai- 
re relever de la fufpenfion qu'il 



3^^ M £ M^ D £ L A (^ O U K 

a voit encourue en l'aniiéei 6jp^ 
On refufa du côté de la Cour 
deluy accorder ce qu'il deman- 
doit 5 & là'deâus il fe plaignit 
fortement du Roy, difant, qu'rl 
exécutoit mal ce qu'il avoic 
promis au Pape par fa Lettre^ 
Le Duc de Médina- Cdi (e 
trouvant dans le Mîniftere» 
voulut faire examiner les rai- 
fons du Nonce , & celles du 
Prefîdent, par une Junte,* Ton 
alleguoit en faveur de ce der- 
nier, qu'étant né EfpagnoUlc 
Roy ne pouvoit l'abandonner 
au rcflentimcnt du Pape , fi 
dans le fonds il ne l'avoit pas 
mérité ; qu'il étoit bien vray 
qu'il avoit eu en diverfcs occa- 
fions une conduite affez irrc- 
guliérci mais auffi que fa Char- 
ge étoit, de celles que Ion ne 
perd pas fans des raifons de la 



dEsfagni. 5^7 

cfernîére importance : le Pre- 
mier Miniilre déclara , qu'il 
garderoic fa Charge de Préfî- 
denc du Confeil des Indes , &c 
queDon VincenteGonzaga en 
feroic toutes les fon£fcions 5 il 
reçeut avec beaucoup d'hon- 
nêteté i'ofFre que l'A mirante 
de Callille luy fit de la Char-- 
ge de Grand Écuyer , qui eit 
ordinairement pofTedée par le 
Pavory , il ne voulut pas l'ac- 
cepter. 

H donna ordre à Don Ga:- 
briël Qniiiones, Secrétaire du 
Confeil de Guerre, derendr« 
fes comptes , dans Tefperancc 
d'en retirer quelque argent, 
car Ton en avoit jamais eu tant 
de befôin 3 depuis que Ton eut 
publié la Déclaration dU Roy 
pour le rabais des Monnoyes > 
Je Commerce cefla entièrement 

Q^iij 



3éS Mem. D£laCour 

les boutiques demeurèrent fer- 
mées i & le peuple était dans 
la dernière fouftranceslc Duc 
faifbit tout ce qu itpouvoît pour 
remédier à des maux fi pre(^ 
fans i il vouloit faire batre de. 
nouvelle Monnoy.e > & dinii* 
minuer le prix de toutes les 
Marchandiies : mais VcSct de 
ces bonnes intentions > étoit 
d'une longue attente > Se la mi- 
fcre publiqœ augmentoit tous. 
les jours. 

Là-dcflus un Homme d'Af- 
faire, nommé Marcos Dias , 
prefcnu un Mémoire au Duc, 
par lequel il propofoit un moîen 
fur d'augmenter les revenus du 
Roy en foulagcant le peuple > 
âl offrit de prouver que les E- 
chevins de la Ville de.Madrid, 
fous prétexte de fe remboiir- 
fer de ce qu'ils avoient prête 



d'Espagne. 3:^9 

au feu Roy , avoienc levé de^ 
fommes trcs-confiderables don^ 
ils n,'avoicnt jamais rendu com-. 
pce 5 il propofoit, qu'on leur fie 
rendre ce furplus , afin d'en 
profiter, & d'éviter même à Ta* 
venir de femblables exactions, 
LeDuc i'écoûta , & luy dit que 
foa avis étoît bon 5 auflî-tôc 
Marcos Dias luy prefenta un 
autre Mémoire , par lequel il 
cxpofoic , que les Droits du 
Roy ccoient confiderablement 
diminuez, qu'il ofFroit de payer 
autant qu'il en rccevoit parle 
dernier éail j de faire une a-- 
vancc de deux cens mille écus > 
un Prcfentde cent mille écus 
au Roy, &dcdimîîiuer l'impo- 
fîtion des Droits de la moitié de 
ce qu'ils montoient en l'année 
16^4. où ils étoienc moindres 
d'un tiers quç Tannée prefen- 



37Û Mem. de la Cour. 
te 3 il demandoit pour cela que 
les Rentes de THôtcl de Ville 
de Madrid, dont le payement 
ëtoit affignéfur ce fonds, fuf- 
fent réduites à cinq pour cent, 
au lieu qu elles montoienc à 
huit: mais il ofFroit encore de 
rembourfcr ceux qui ne vou- 
droient pas porter cette dimi- 
nution. 

Il elt naturel de croire, qu'il 
fçavoitaflcz bien loncôpte pour 
nepashazarderde perdre dans 
fon marché; &il n'y auroit pas 
perdu auflî : car les defordres 
& les voleries étoient alors fi 
grandes,qu'il n'entroit pas dans 
les Coffres du Roy la neuviè- 
me partie du Revenu de Ces 
Droits, Le Duc voyant oixcela 
pou voit aller, confeilla à Mar- 
cos Dias de ne point fortir du 
Palais i mais il voulut aller à 






d'Espagne. 371 

Alcala, &:ilcn revint avec des 
vomiÛcnicns de fang & des 
conviiltions , qui firent croire 
qu'il avoit été cmpoifonné : car 
cette ouverture d'accommode- 
ment pour les AflFaires publi- 
quesychagrina quelques Partie 
cuiiers de confideration , qui 
faiibient leur profit aux dépens 
du Souverain &du Peuplcjces 
perfonnes-là pour détourner le 
coup, avoient écrit à Dias> Se 
lavoient menace, que s'il con^ 
tinuoit Tes propofitions , on le 
poignarderoit indubitablemcc ( 
11 demeura fort effrayé du pe« 
ril qu'il couroit , & d'ailleurs 
les Échevins ofFroient de faire 
au Roy le même party : mais 
le Duc irouvoit qu'il y avoit 
de la juUice de le prefereri de 
manière qu'il refuia les autres, 
c'étoit iur toutes ces difte»- 

Qvj 



37^ Me M. D£ LA Cour 

rentes chofes , qu'il luy avoit 
dit de prendre garde à luy juf- 
ques à ce que le Traité fut 
conclu. L'avis étoit falutaire s'il 
en eût profite r mais comme il 
revenoit d'AIcala à Madrid , il 
rencontra des gens mafquez , 
qui luy donnèrent plufîeurs 
coups avec des petits facs pleins 
de fable > ce qui luy fit jettcr 
beaucoup de fang par la bou- 
che 5 &: la Fièvre chaude 
layant pris, il mourut le pre- 
mier jour d'Avril > le Cor- 
regidor 6c quelques autres Of- 
ficiers de Ville , étoient ceux, 
qui s'écoientleplusanimez con- 
tre luy , parce qu'il les avoit é- 
elairez de prés 5 ils voulurent 
cependant faire paroître quel- 
ques changemsns avantageux 
(jans les AtEiires , & ilsredui- 
fjrent les Rentes dcrHôicldc 



D*Es PAGNE. 37J 

Ville de huit à cinq pour cent. 

11 y eut encore quclqu'autrcper 
lit Règlement de Police: mais 
le Duc ne laiffa pas d'être fort 
touché d'avoir perdu , par la 
mort de Dias, loccafion de fer- 
vir utilement le Roy , & de fou- 
lager le Public. 

Cependant le Peuple, qui s'é- 
toit flaté avec raifon que fi la 
propofîtion de Dias avoit lieu, 
îabondance reviendroit à la 
place de la mifere , ayant fçeu fa 
maladie , s'aflembla autour de fa 
maifon , & fe mit à crier qu'on 
la voit empoifonnc j qu'il falloic 
éclaire] r cette Aflfairc , parce 
qu'il ne foutFroitqu'à caufc de 
la bonne volonté qu'il a voie 
pour eux. Ils ajoutèrent degran« 
des menaces contre ceux qui 
s'oppofoicnt à TcfFct de ces avis 
il falutaires j Se comme par ha« 



574 Me M. DE LA Cour 
zard le Roy vint à pafler dans 
fon Carroflc, une grande Trou- 
pe fe décacha de la foule , & fe 
mit à l'environner fie à le Ibivrc, 
en criant 5 

Fiva il Rtj y muera el mal Go* 
'vierno : 

Qui veut dire 3 Vive le Roy et 
meure le mauvais Gouvernement. 

On eut une peine extrême à 
modérer les premiers mouve- 
• mens de la fureur populaire, & 
elle augmenta beaucoup le jour 
que Dias mourut. Us s'aflcmblc- 
rcnt plus de fix mille , 6c couru- 
rent chez luy , fe plaignant & 
pleurant amèrement. Chacun 
d'eux dilbit qu'on leur avoit tué 
le iéul homme qui leurvouloic 
du bien. Ils acconipagnerent 
fon corps lorfqu'on le porta en 
terre; de forte que les rues ctoiet 
Il pleines de monde ; que le Roy 



d'E s p a gn e. 375 

n'ofa fortir, bien qu'il deût aller 
à une grande Fêce qui fe cele- 
broic aux Jefuitesj&oiiil avoic 
fort envie de fe rendre. Il de- 
meura au Palais inquiet & cha- 
grin i ilcatendoitmêmedetous 
cotez le murmure , qui étoit tel, . 
& qui continua fi fort pendant 
plufîeurs jours , que Ton crai* 
gnoit une fedition. Il n'y a guè- 
re d'apparence qu'on l'eut évi- 
tée ailleurs: mais, par bon-heur> 
ce n étoit que des gens peu refo- 
lus & déjà matez par la miferc 
dont ils fe plaignoient. Tout fc 
pafla en vaines menaces & en 
injures contre plufieurs pcrfon- 
nes de confideration. Ces me- 
naces ne firent point changer 
l'état des chofes. 

On déclara dans ce tems-là au 
Nonce, par ordre de la Cour^ 
qu'on ne le laiflcroit joiiir que 



37^ Mem. D E X A Cour- 

des mêmes Franchifes dont 
r Ambafladear d'Efpagnc joîiif. 
foîtà Rome. Ce fut encore un 
furcroît de chagrin pour luy: 
mais Taclion fut générale , & 
Ion fit fçavoir aux autres Mi- 
niitres Etrangers, qu on ne leur 
accordéroit à Tavciiir q.ue les 
Privilèges que leurs Princes ac- 
cordoient aux Ambaffadeurs de 
Sa Majeftc Catholique: de ma- 
nière qu'il n eût à fe plaindre 
que d'être traité comme tous les 
autres. Cette rcfolution fe prit, 
fur ce que fix Algué^z^ils de Corte^ 
paflant devant*^ la Maifon de 
TAmbaffadeur de Vcnife, trois 
de Tes Eftafficrs les reconnu- 
rent, & leur demandcrcntpour- 
quoy ils ofoient pafler dans leur 
Qu artien hz^ AiguàZails leur ré- 
pondirent àzs jnfolcnccs i \zs 
Edaffiers mirent Tépce à la 



d'Es?agne, 377 

main 3 les Alguazils firent une 
décharge fur eux , & les tuèrent 
fur la place. L'AmbafTadeur en 
fit de grandes plaintes ,• on luy 
promit une entière fatisfaftion; 
mais* pour éviter de la faire, on 
trouva plus à propos de révo^ 
qucr toutes les Franchifcs. 

Le Roy reçût des Lettres da 
Viccjroy de Naplcs> & témoigna 
beaucoup de joye caapprenant 
qu'il avoit trouve le moyen 
d'emprunter à des Marchands 
Génois trois cens mille Ecus 
pour la levée des quatre mille 
hommes que l'on vouloit en- 
voyer dans IcMilanoisrmaison 
demeura perfuadé à la Cour, 
qu'ils ne feroicnt pas de long- 
temsen état de s'y rendre » par- 
ce qu'il demandoit un fecours 
d'argent du côté de Madrid, & 
t'onenmanquoit fans exception 



378 Mem.de la Couk 

pour toutes chofes. Cela n'cm- 

Fêcha pas que loa ne fit tout 
ejSFortimaginablç pour contri- 
buer à la levée de ces 4000 
hommes j parce que Ton étoit 
fort inquiet duTraité de Cazal> 
que Ton prétendoit que nôtre 
Royavoit achevé avec le Duc 
de Mantouë 5 Tonapprehendoit 
qu'il ne fe fut ouvert un chemin 

{)our fe rendre Maître de Tlta^ 
ie quand il levoudroit^&ron 
étoit même perfuadé qu'il y 
avoit déjà envoyé une Armée. 

Les Génois Icuravoient infpi- 
ré cette frayeur , & elle avoit 
pafsé chez les Vénitiens. Ccux- 
cy tirèrent des Garnifons de 
Dalniatie, des Soldats pour les 
mettre dans leurs 1 laces de 
Lombardici ils y tirent rétablir 
quelques Fortifications : TEm- 
percur de fon côté ne toit pas. 



bTs PAGNE. 37^' 

plus tranquille que les autres : il 
envoya des Troupes vers le M i- 
lanois pour le mettre à couvert, 
& pluneurs Princes d'Italie fe 
donnoient beaucoup de mouve- 
ment y dans l'apprehenfion d'u- 
ne rupture. Mais s'il y a voit lieu 
d'en craindre quelqu'une, c'é- 
toit du côté de la Bifcaye, où les* 
Peuples de cePaïs-là,qui font 
de robeïflance d'Efpagne , ont 
prcfque toujours des difFerens 
avec ceux de l'obeïflance de 
France, tantôt fur la pefcliejtauî- 
tôt fur d'autres démêlez : cha^ 
cun s'approprie la Rivière de 
Bidaflba, & ils vivent rarement 
en paix: de manière qu'ils ve- 
noient tout nouvellement de 
brûler des Barques & de faire 
des Prifonniers fur les François. 
Nôtre Ambàffadeur fut chargé 
d'^n demander Jullicex.& il cjx 



380 Me M. DE LA Cour: 

parla fouvént aux Miniftrcs qui 
étoicnt fourds , parce qu'ils le 
vouloicnt être j ris le furent lî 
fort en cccteoccafion, qu'il dé- 
clara enfin à Don Vinccte Gon* 
zaga>quele Roy Ton Maître fai- 
foie marcher des Troupes vers 
cette Frontière > avec lefqucUes 
flîluy feroit plus aise de tirer rai- 
fon de rinfolcnce des Bifcaycns, 
que du Confeil d'Efpagnei qu'il 
s'agiffoic du repos de les Sujets, 
& qu'il alloit faire en fone de 
le leur procurcr.Gonzaga écou- 
ta pailîblemcnt Monficur de 
Viliars, Se il luy dit enfui te qu'il 
étoit furpris qu'il s'adrcfsât à 
luY> parce qu'il avoit ccfscd'c- 
trc fbn Commiflaire 3 que le 
Marquis de los Balbazcz étoit 
nommé à fa Place depuis un 
nioisi TAmbaflàdcur témoigna 
que d'ordinaire ces fortes de 



J>'ES PAGNE. }8£ 

changemens ne fc faifoienc 
point fans en avertir ceux qui 
s'y trouvoientintcrcflez, & qu'il 
n'en avoit pas même entendu 
parler. Don Vincenteluy répli- 
qua que Don Pedro Coloma 
avoit jcté chargé de l'en infor- 
mer ; mais qu à la vérité, il avoit 
un fonds de négligence qui ne 
Ce remarquoit pas feulement 
dans cette occaiîon. Il ajouta là- 
delTus quelques particularitez 
qui n écoient pas obligeantes 
pour ce nouvçau Secrétaire 
d'E.tat. 

Don Pedro Fcrnandez del 
Campo > Marquis de Mejorada, 
qui avoix été Secrétaire d'Etat, 
A: que le Marquis de Valenzuc- 
la, Favory , prit une averfion, 
parce qu'il ne luy obeïlïbît pas 
aifez aveuglément, mountt du 
fcnliblc chagrin qu'il rcflcntoir 



381 Me M. DE LA Cour 

•de n'êcre pas dans lexercice de 
fa Charge, Se de la voir toujours 
j)ofleder par Don Gcronimo 
d'Eguya. 

On augmenta dans le même 
tems le nombre des Filles de la 
Reine 3 le Roy y fit entirer la 
Fille de laPrincefle Pio, celles 
<ie la ComtefTede Villambrofa, 
du Marquis de Pouar » du Duc 
d'Hijar , Dona Eleonor de la 
^aifbn de Zapata,laNiécede 
la DuchefTe de Terra^Nova > & 
Mademoifelle de Lalain qui 
étoit Flamande, Mais encore 
que ce fut là un témoignage dç 
confîderation particulière que 
le Roy donnoit à la jeune Rei- 
ne, parce qu'ordinairement ceP 
les d'Efpagne n'en ont pas tant , 
cela n'empêchoit point que les 
peines de fon efprit & les vérita- 
bles chagrins , que la CamercM 



continuoic de luy donner , ne 
fuflent tres-fenfible. DonMçl- 
chior Navarra , qui avoir été 
autrefois Vice - Chanceliicr 
d'Arragon , & que Don Juan 
exila à Cicnpu2uelos,fut rap- 
pelle à rinllance de la Rcine- 
Mcrei oncroyoir même que le 
Roy lay vouloit donner la 
Charge dePrefidenc dèCaltiU 
Je , en cas qu'on 1 ocât à celuy 
qui étoit brouillé avec leNonce. 

Le Roy & la Reine fe firent ^ 
un plaifir daller entendre aux 
Jefuites une Mefic célébrée ea 
Langue Caldéenne, par un Prê- 
tre de Ja ville deMuzal,qui étoic 
autrefois Ninive. Après qu'elle 
fut achevée, la Reine qui fou- 
haitoit toujours d'apprendre 
des chofcs curieufes,le fit yenir> 
& par le moyen d'un truche- 
niCQt>drk luydemanda plufieurs 



\ 



384 M EM. D £ LA C O U K 

^ parclcularitcr, & cutrc-autrcs fi 
les femmes écoiencaufli fcverc^ 
ment gardées à Muzal qu'à Ma- 
drid. Ccccc queflion,qui n'avoir 
rien de criminel, fut îî mal ex- 
pliquée au Roy par la Duchcflc 
de Tçrra'>Nova, qu'il en mar- 
qua de la froideur à la Reine 
i pendant plufieurs jours. Cela 
n'cmpccha pas que la Rcinc- 
Mere ne la vint voir , & luy té^ 
moigna avec beaucoup de ten- 
drcllc la parc qu elle prcnoic aux 
mauvais offices qu'on luy avoir 
rendus , &L elles allèrent enfcm- 
blcnc à Sainte Marie la Koyalle, 
où Ion cclcbroit la Beatitication 
de Torribio Alfonfo Mogrobe- 
jo, fécond Archevêque de Li- 
ma : laMufiquedc la Chapelle 
s'y trouva ; leurs- Majellez ap-» 
prirent à leur retour , que le 
Grand Archidiacre de Madrid 

étoic 



è'EsPAONZ. 385 

ctoit mort; la Rcine-Mcre té- 
moigna qu elle fouhaitoic que 
cette Dignité fut remplie par 
une de Tes Creaturesr&la jeune 
Reine propofa d^cnvoyer au 
Cardinal Portocarcro pour la lui 
demander. Mais il n'étoit déjà 
plus tems > le Cardinal pour pré- 
venir toutes les foUicitations là«. 
defTus, Vétoit hâté d'en gratifier 
Don Pedro Porcocarero fon 
Neveu. 

Pendant que ces petites cho- 
Tes fe paûbient) on apprit qu une 
Ëfcadre deVaiflèaux de France 
que fe Marquis de Valbellc 
commandoit > étoitallée devant 
rifle de Maillorque pour de- 
mander ^u Vice- Roy des Na- 
vires Marchands que les Corfai- 
-res Maillorquains avoientenle* 
vez depuis la Paix 1 & Monf. de 
Valbelle avoit en main un Or- 
I.Part. ' R 



^26 Hem. DE LA CouBL 

drc du Roy d'Efpagnc pour cet* 
te reftitution. Le ViccRoy ne 
voulut point rendre ces prifcs j 
» il allégua que les Particuliers 
iy qui les avôient faites , les a-- 
)> voient auffii-tôt partagées ^ 
>, qu'ils n'étoient pas tous Mail* 
.3,lorquaiDs i que les Efiêts ne 
S) fubiîfloient plus $ & qu'à fbn 
0} tour, il deûiandôit des dédom'* 
^, magemens pour certaines hoC 
oy tilitez qu'il prctendoit que ces 
j,Corraires avoient fouiftertes. 
;Valbclle fît encore quelques in» 
ilances : mais comme elles n'eu<» 
py rent point d'eflfet , il déclara 
,>qu*il n'oublieroît rien pour 
,> ufcr du droit de Rcprefailles; 
„ que les Sujets du Roy d'Efpa^ 
„gne, qu'il trouveroit en Mer^ 
$y pourroient s'en apperccveir j 
>, qu auffi bien le Rov fon Mai- 

f, me avoit lieu de le pUiadrc 



d'Espagne. 387 

du procédé que Ton tenoic<« 
avec luy ^ que plufîeurs Gou- ^ 
vcrncurs & Vicc-Roys de la << 
dépendance du Roy d'Efpa- <^ 
gne s'énsancipoienc à commet- <^ 
tre des injuitices contre ies«^ 
François $ que c'écoic prefaue ^ 
toujours inutilement que Von^€ 
en demandoit Rai (on 9 fbk à << 
eux ou à Madrid joue les Con* << 
fcHs étoient remplis de gens > << 
^uiavoîcnt tenu la même con- << 
duite Igrfqu'ils aroient occupé << 
de. femUables poftes } qu'ils << 
n'ofoient condamner & punir « 
dans les autres les fautes qu'ils << 
avoient commijfes cux«memes>f^ 
qu'ils étoient aiTeurez que ce* « 
la caufoit l'impunité & les mal- << 
yerfations qui s'exercoient : <^ 
en un mot, que l'on alloit pren- << 
dre les voyes de Fait. ^ 

De il redouubles menace» 

Kl) 



^^ M BIf. DE t A C« int 

lÊcoienti bkn prapres4 allarmof 

ceux à qui, on ïes(ziù>it: mais 

on a cette maxime etiEipagne;^ 

que pourvu. qu on voye le mal 

'.encore un pcur^loigné > on ne le 

craint point I ibit |)ar ihfbténce 

.ou par trâierité i:& ikaimenc 

mieuX' foufirir les deforâres qui 

arrivent par les Executions mi« 

iitaire$9,que d'avoir ia^einede 

xehdre promptementjufticc Gxt 

i lès plaintes qu on teur fait. 

Avant que de finir cette pre* 
xnierc Partie des Mémoires que 
j'écris>jecroy qu'il ne fera pas 
jpial de parler des ConfcUs i voi^ 
Koy ce que j'en ai appris. 







..• ». 



d'E s p a g k I. 385 

CONSEIL D*ETAT. 

LE nombre de ces ConfeiU 
Icrs n cft pas fixe , il n y a 
point de droit d'Ancienneté 
encre eux ; ils prennent leur 
Scéance félon qu'ils arrivent 
dans la Chambre 3 ils prêtent 
le Serment entre les mains dti 
Royj ilsiônt affisavec les Se- 
crétaires d'Etat fur un banc a 
dos ; ils ont chacun un careau > 
les Confeillers (ont au milieu 
proche de la Table , les Secré- 
taires d'Etat aux deux bouts. 

Quand le Roy y affifte , il a 
fa Table au deflus de ceHe des 
Confeillers, qui pour lors n'ont 
que des placets , & les Secré- 
taires d'Etat font debout. 

Le Confeil fe tient le Same- 

Riij 



5^0 M £ M. D E LA C ou R. 

dy deux fois , le Mardy & le 
Lundy feulement une fois j Ton 
y appelle cous les Coofeillcrs > 
& on y délibère des Affaires 
de la plu$ graâdc importance > 
comme font celles de la Paix 
& de la Guerre» des Ligues Si 
des Treycs > on y traite du Ma- 
riage des Rois & des Princes 
de la Maifon Royalle } on y 
diftribuë les Vice -Roy auccz^ 
& tous l^s Qouvernemens des 
Provinces foûmifcs à i'ObéïC- 
fance du Roy d'Efpagne : 6C 
bien que les autres Affaires 
foient examinées en dautres 
Confeils , les Confeillers d'E- 
tat ne laiffent pas d'en dire 
leur avis au Roy. 

Voicy ceux qui compofent à 
prefent ce Confeil. 
Le Connétable de Caflille, qui 
en ell le Doyen. 



d'Espagne. 35^1 

Le Duc d'Albe. 

Don Pedro d'Arragon. 

L'Amirance de Caltille. 

Ix Marquis d'AftorgaiL 

Le Duc d'Oflone.. 

Le Prince de Scillano. 

Don Vincente Gon2aga>Prin« 

ce de Guaitallo^ 
Don Loiiis Porcocarero» Cardi-- 

jnal U Archevêque de To- 

lede« 
Le Marquis de Liche« 
Le Marquis de los Baibazez« 
Don Diego Sarmienco. 
Le Prince de Ligne. 
Le Duc de Vilia-Hermofa. 
Don Melchior Navarra. 
hc Ma rquis de loi Vêlez. r/^ 
Le Comte d'Oropefa. 
Le Marquis de Manfera^ 
£cle Ducd'Alburquerque. 



m] 



j^l MX I^.^ BELA Ço a *r^ 



• •• 



m -* 

• f ... 

Ce Confeil eft le premier de 
tous ; & pour le diftijDg^ier par 
un titre d'honneur, le Roy l'ap- 
pelle Nôtre Confeil : il fut éta-. 
bly par ûiint Ferdinand III. du 
nom en rannée 1146. Il y a 
dans ce Confeil un P.réfîdenc> 
feize Confeillers > un Fifcal ^ (îx 
Rapponeurs, £x Secrétaires » 
un. ércfEcr , & un Garde des 
Kegiftres 5 un Receveur dds A- 
niendes dcucs au Confeil 5 un 
vautre pour ïzs Amendes adju- 
gées aux particuliers , un Tre- 
Ibricr, un Lieutenant, &dou- 
%c Portiers \ le Confeil s'affem- 
blc au Palais tous les Vcndre- 
dis> fur le foir leRoy s'y trouve, 
l^cs Rois Don Ferdinand IV. 
^on Alon^o dernier du nom> 



d'Espagne. 35)3 

ont ctably cette Coutume 5 ce 
Conleil elt partagé en quatre 
Chambres , dans Icfquclles on 
diftribuc les Affaires de fon reC- 
fort, qui font dans la Caflille. 
L'on en diilingueune parle 
nom de Chambre des quinze 
cens PiftoUes , parce qu'on y 
confignç cette Somme lors que 
Ton veut faire revoir des Pro- 
€cz que Ton prétend mal jugez 
auxParlemensdeVaillad61ide6c 
de Grenade, qui font les deux ^ 
Parlemcns de Caftille. 

Lors que le Préfident de 
Caftille , fort du Confeil , les 
Confeillcrs le fuivent jufques 
à ùi Chaire ; il ne fait jamais 
de vifitcs , & il ne donne la 
main à perfonne chez luy 5 >L 
va rendre compte au Roy des ' 
Affaires les plus importantes > 
qui (efont palTccs dans le Coa-* - 



5M M^^. dsjlaCouil 

j^ où Ton iioamie cl Cttefi> 

inaineun ConTdllcr pour la 

faDporccr. 

. Lors que ïc Roy y «ntre» ^ 

£c d^ou?nstf & ic. mettctic i 

genoiuc I cnfuite ils fe^oo vrent 

.& s'aflcoycQC. 

Quand l'AudicnGe efl finict 
le Roy fe redre dans.ioâ Ca»- 
. binet avec le Preiident^ ^uîiiiy 
parle des ckifes les pl^s iau- 

Î sortantes à fou Ser Tf ce , fur 
efqucllcs le Roy donncicsOr- 
dres i & cela ne rocoarne :poinc 
à la Chambre , pour que les 
Confcillcrs en délibèrent. 

£n l'année mil iîx cens neuf, 
on partagea toute la Caftillc en 
<inq Départemens » oc chaque 
Département cil ibus un Cou* 
feiller du Confeil Royal > lefl 
quels prennent connoifTancede 
la conduitedes Juges. I des Sei* 



VEsïa'gkï; 355 

gneurs , des Ecciefiaftîqacs & 
autres perfonnes Séculières* II 
y a déplus un Confeil Parti- 
culier, que Ton nomme le Con- 
feil de la Chambre de Caftille; 
le Préiident eft le premier » & 
le Roy nomme un certain nom^» 
bre de Confeillers du Confeil 
Royal , foit trois , foit quatre 
qui le compofent. C'eit là que 
s'expédient tous les fiénéft-- 
ces à la Nomination du Roy s 
les Titres , & les Provifions des 
Charges les plus cônfiderables» 
les Lettres de Katuralité , de 
Légitimation des Ordres pour 
arrêter les Grands d'Bpagne f 
les Grâces & les3ienfaitsque 
Sa Majedé accorde* 

Il luy revient bcaucoupd'ar- 
gent des Charges qui fe ven-* 
dent par l'en tremife decesCon- 
ieiilcrs } il donne auffî les Pro«- 

R V) 



39^ Mem. db laCouk 

viiions & les Brevets de pla«* 
iieurs Charges de] uftice;& Ton 
prétend que dans les deux Caf* 
tiUes » le Royaume de Léon» 
le Guipufcoa » la fiifcajre > Iz 
Province de Hana & la Na- 
Tarre > il y a plus de 72 mille 
Ciurges ae Judicacure. 

Sicrtuire à" Etat , tt iilDtffé^ > 
€hê Vmivetfâl. 

C £ Secrétaire efl; en état de 
fcrvir ou de nuire comme il 
veut à bien des Gens i parce 
que toutes les Requêtes , &Cies 
Placées y que Ton nomme icy 
jMémoriaux , & que Ton pre* 
fente au Roy , ou au premier 
Miniitre> reviennent entre Tes 
mains i c'eftluy qui les envoyé 
aux Confeiliers qui en doivent 
donner leur Avis> après quelap 



D*ESP AGNE. * 35>7 

Confulte cft faite ( c eft ainfi 
qu'ils rappellent en Efpagnc 3 ) 
CCS Placées font remis encore au 
Secrétaire d'Etat ; & lorfquil 
les Rapporte au Roy , Sa Ma- 
jelté en ordonne ce qu il luy 
plaifl , & cela s'appelle Décret. ., 

Ce Décret eft expédié par les 
perfonnes proposées pour cette 
fondion 5 de manière qiic lorf-r 
qu'on apporte les Requêtes au 
Roy, on dit Mémorial monté 3 
lorsqu'elles font répondues , on 
dit Nlemorial bai fsé; oii la Con« 
fulte montée & le Décret dé- 
cendu. - 

Sans compter le Secrétaire 
d'Etat, dont je viens de parler, 
il y en a deux qui entrent dans 
le Confeii , dont l'un expédie les 
Affaires d'Arragqn , d! Italie, & 
de Sicile , & l'autrç celles de$^ 

deux Caftillçs & duNorc. 



398 Mem. delaCour 

L'un s'appelle Don Maniicl 
de Lira,cydcvûnt Introditclcur 
des Ambairadcurs , & Envoyé 
cxtraordinairccn Hollande: on 
la fait à Ion retour Secrétaire 
d'Etat : rautrc s'appelle Oon 
Pedro Coloma i il cit de bonne 
Maifon, & ceux de fa Famille 
ont toujours ctédans les gran- 
des Charges. Ils peuvent don- 
ner leurs Avis par écrit dans les 
choies de conlequcnce. 

C'clt à eux que le Roy rcn- 
Toye les Décrets , par lefquels 
lesAf&KesvdncauConreil d'E- 
tat ; ils les y rapportent fie re- 
cueillent les voix j ils en r«ndcnc 
compte à Sa Majclté,qui ordon- 
ne enfuitccc qui luy plaift jils 
ont lepouvoif de faire aflcmbler 
le Confeil lorCqu ils te trouvent 
â propos , outre les jours mar- 
quez ; quand Ic-Koy vcuc-auffî 



&*£$? AGNE.' 3^y 

qu'il s'aflemblc ciuraordiaaire- 
ment j c cfl: eux qui en envoycot 
Tordre aux Conlcilicrs. 

Chaque Secrétaire <l'£tat a 
un premier Conrmis , que Ton 
appelle Ofiicial Mayor,& qiû 
«xcrce la Charge de fon Maître 
Jorfqu'ileitabfent, Le Secrétai- 
re d'£tat d'Italie , a auiB huit 
Commis avec celuy-U qui dlle 
-principal } le Roy les paye : Se le 
Secrétaire d'Etat duNorten % 
fept fous luy : c*cft eux qui les 
cHoillilcnt , & le Roy les agrée : 
on leur expédie des Profvifions, 
& d'ordinaire ceux qui entrent 
xians ces Emplois pouSent Icui 
fortune bien loin. 

Ctsfeil de Gutm* 

Celuycy commença auflî- 
«6t que les Royaumes de CaltîL 






'400 MlM^DS LÀ COQR 

k & det cony ibttsle Roy PcFage 

. Il s'aiTcmble les Lundis > Mۉ% 
credis» &: Vendredis : pour ce 
qui concerne leGouvernemem: 
le Roy en eu;, coèjours le Prc 
denfi j les Confeillérs font d-£. 
pée. U faucqu iisayent de Tex* - 
iperiencc&du fervice/le nonii- 
bre n en eft. pas iîxe , il dépend . 
du R oy i^raugmenter ou de le * 
diminuer. Leurs Places ne fbnc 
point réglées dans le ConfeiU ^ 
ils les prennent à mefurc qu'ils y 
entrent i il eltvrayquc lorfquc 
les Confeillcr^d'Etat y font ap- 
peliez, ils ont le haut bout > & 
ils n'y viennent que dans le tems 
que l'on tient un plein Confeil 
de Gucwe. H y a deux Secrétai- 
res , qui ont îbus eux chacun. . 
huit Commis 3 Tun cil pour 

ks Affaires de Terre ^ U l'aui^ < 




crc pour celles de Mon 

Quand il s agit des ÂfFaires de 
Jufticc , c cft un Aflcflcur du 
Confeil Royal qui ca fait le 
Rapport: il a auffi le Privilège 
d'opiner avant le Doyen du 
Confeil : le Roy s'y trouve pref- 

^ue toujours j il y a de plus des 
)hambres qui dépendent de ce 
Confeil > comme celles des Flot-r 
tes ) des Galleres > & des Garnie 
fons. Le Roy nomme des Offi-- 
ciers pour ces Chambres-là : les 
Confeillers font les mêmes que 
ceux du Confeil de Guerre, & 
c*eft le Premier Miniilre ou le 
Prefîdent de Callille qui y pre-r 
fide. 

Alcâldes dt Coiêf. 

L E mot d'Alcaldcfignîfic Ju- 
ge du lieu. C'cit un Tribunal 



401 Me M. DE LA Cour 

auffi ancien que le Confêil 
Royal i ce qui s^y juge au Çri- 
Siineleit fans appel» & s'exécute 
furie champ. On le nomme par 
cette raifon Quinta^Sala > qui 
veut dire Cinquième Salle. On 
y jugeoit le Civil & le Crimindr 
mais lorfque Ton établit dei 
Confeils en Caftille , les Juges 
de celuy*cy furent réduits àqua^ 
treAlcaldes j on les a au^œen- 
tez , & il y en a j^rcfcntcment 
neuf>deux Rapporteurs>6( qua- 
tre Greffiers j leur jurîdidion 
fe parcage en deux > Tune cft , 
comme je 1 ai dit, pour le Cri- 
minel j & Taucre déjuges ordi- 
naires, pour inflruire les Inftan* 
ces des Affaires ci villes. 

Confeilfu frime de t Inquijition. 
Ç0IL Confcil fut érigé en 1 4. S 3» 



d^E s p ac n e. 40J 

par Don Fcrnand & Dofia Ifa- 
DelicRoys de CaiUlle> pour dé« 
fendre &con fer ver la Religion 
Catholique, bien que dés lan^ 
née 147 8. l'on eut étably le Tri- 
bunal de rinquifîtion : le Prefî-- 
dent de ceConfeil fe nomme In* 
ouificeur General 5 & les Con« 
iellleri , Inquifîteurs Âpoftoli- 
ques. Ils font nommez par le 
Pape j il y a en Efpagne plus de 
\ingc mille Familiaires de la 
Sainte Inquifition » & ce fonc 
eux qui prennent les criminels. 
Chaque Confeil a fix Inquifi- 
teurs,qui reutdireEnquêteuxsi 
un Fifcal ( c'elt TAccufateur, ) 
deux Secrétaires , un Alguazil 
principal, deux Rapporteurs,ua 
Receveur des Amandes , quatre 
Portiers,& un Solliciteur. L'In- 
quifition tient {es Tribunaux à 
Madrid , à Tolède > à Orenadc; 



à S^ville , à CordouS, àMurçie^ 
i.Cuença,d LQgrono> àLleMo 
», en Galice, & i \ra^adoUd. 



C-êMfèU dis Ordrktj^. 

Veft i prefcmle Duc de SçS^< 
de la rMaiibû de C(xr4one qtxi 
en Cift PrefideM j . il y a. deux : 
'lonfeilLers de l'Ordre de 5. Jâ^- 
lies > deux de Calatrava > deux : 
rAIcaïuara^unFifcal &:un Se«* 
crecairci qui font aui& Cheva^ - 
l^rs.. 

Le ifeoy cft Grand-Maître 4e : 
CCS trois Ordres, & s'en nomme 
rAdniiniftrateur perpctueL 

Gc Confcil connoit du Gcti<« 
rerncmcnt temporel & fpirituel, 
& de la Juitice Civile & Crimi^ 
Aiclie de ces Ordres. . 

Il y a aujQi des Religieux .& . 



b'E s TA'XS N S. 4o| 

^Relîgieufes qui fonc leurs prcu- 
vcs,&quiportcntU marque de 
l'Ordre, C'eft avec ce Confcil 
que le Roy examine les Sujets 
capables de remplir les Béné- 
fices & les Gouvernemencs ra- 
geants qui dépendent del'Ordre. 

■Confeil R9ydl Sacré &/»frtime 5 
-dArtÂgM, 

LsK-oy Don Ferdinand l'é».^ 
blit à Madriden 1494. Charle- 
Quinc le- confirma en i pi, & il 
y ht de nouveaux Réglcmens, 
en 1543. lors qu'il pafla par la 
■Catalogne pour aller en Italie. 

Le Chef de ce Confcils'ap- 
fcUe Vice -Chancelier : Don 
Pedro d'A rragon-l'elt à prefenc» 
le Prince de Stillano en eft Tré- 
.forierGéncral.CctteChargeeft 
héréditaire dans la Maifon du 



^o6 M £ H* ?^ ^ ^ A Co a n 

Duc de Medine » de VAttortcs^ 
^ceDuceueft Vzîn^, ^y^i 
Coûfeiliers origiiuires de Va^ 
i^ncçt 5 d' Arr^gon ,icydc Cz^ 
laiogûe ; un Piotonpoixe y ué 
Bfcal» 4 Secrétaires» 4£crir 
vains» un Procareur GeneraJ ^: 
ff Commis pou r les grands Re- 
giftTÇs,5 pout^qi pçtitsi m poqr 
lesLectres>4 Portiers»un Alguak 
ïiij les Ides de Maiïlorques» M i- 
«orques , Sardaigne & I&icit 
fonc roùmiiès à ce Confeil j il 
encre enconnoiflance de roue ce 
ui (e paiTe dans Tétenduë de 
n rcflbrt , & confère avec le 
Roy des affaires Ecclefiaftiques 
& Militaires» des Vice-Royau- 
cez;. des £ vécheZi des Finances^ 
&de la Police, 



s 



• » •. I . * 



Q 



d'Espagne; 407 
Ctiijêil Rayai dit Indes. 

Les EfpagDols ayant trouvé 
letnoyend'alîerdaas cette par. 
tiedu monde* qui nous écoit In- 
connue) &dc la foûmcttreiU 
domination d'Efpagnc. 

Le Roy Catholique établît i, 
Madrid eu 1511. un Conreil des 
Indes] CTharlc-Quint cm 5 1 4. y 
ajouta quelque chofe pour la 
confervation de la Religion j Se 
il ordonna qu'il feroit ccKQpofé 
d'un grand Chancdier > d'ua 
Prefident , de huit Confcilicrs 
de Robe, & de 4d'Epcc , avec 
un Lieutenant du Chancelier» 
un Fi&aUun TrËforier, 4 Con- 
tadores > un Alguazil Mayor % 
Secrétaires > qui ont chacun 
douze Commis,! Agensdu Fif- 
cal,5 Raponeur5> unHiftorio- 



F 

I 



'408MEKÏ. DE LA COUiC 
graphe ,*i'Lin Géographe, un 
-Chapelain, un Sacriitain , un 
•Avocat , 5c un Procureur des 
Pauvres. loPorticrs, un Ecri- 
vain,& un Confcillcrde la Con- 
tractationde Sevillcjce dernier 
cft chargé de ramaffcr & de 
garder les Ordonnances fie los 
Loix des Indes i il a un premier 
& fécond Commis , & 4 autres 
cncores fousluy:ceConfeil con- 
noît avec le Roy, de tout ce qui 
regarde les Royaumes & les 
Provinces des Indes, les Navi- 
gations, la Guerre, k Paix , les 
Affaires Civiles & Criminelles. 
Philippe IV. créa uuc Chamtwe 
des Indes en 1^44. AA^nt que 
le Duc de Medioa-Ccli fucprc- 
auerMinUlrc , il étoit Prefîdcnt 
de ce Confeiltilenaretenu le-s 
gagesavec le titre imaisilamis 
.Au place par couunilHon Don 
V inccntc 



S'ËT ASGNS. 409 

~,Vinccnte Gonzaga Confciller 
d'Eue > il s'appelle Gouverneur 
du ConTcil des Indes. 

Charlc-Quint l'^rigca en 
I55y. & Philippe II. en 1175. 
luy donna une nouvelle forme. 
Il cil compofé de fîx Coureil- 
lers &d'un PreAdenci le Duc 
d'Albcdela Maifon de Tolède 
l'cit à prefcnt % l'on appelle les 
Confeilicrs Rcgencs ; il y en a 
t pour les AtUîrcs de Milan» 
1 pour celles de Sictles, ipour 
celles de Naplcsidcce nombre, 
il y en 3 Elpagnols & 3 Iia- 
' liens. 

Ces derniers font des lieux 
même de Icjrï Départe ncns^ 
untircal,uh Sccrcraire, iKa- 
pgrtcur, 6:4 Portiers. 
J Parcic. S, 



^> 



^la M E M; D E x:a C Q u n 

-, Le Prefîdcjqic n'a. point? de 
voix dans les Affiiues de >Ju^ 
^tice; il fe loéliede propo(çr.lGs> 
Snjcts au Roy pour les Emplois 
»Milicaire$% X«C vCo^fcil prend 
connoifiànce des matières d'£* 
V tac y de5 Grâce & derjuillce qtd 
. iqncdans l!é.i;enduë deibn:R:e£<* 
fûjrc^&de ce <)uicQcerncleiîxc; 
. ILcon fuite au^Roy Les E^&chsz^ . 
* l0S:Chaxgescan£de Jiiftkejquc ' 
<ie Finance.^ deiPoUce^ tons 
les Gouvernemens de Placer 
excepte quelques-uns qui font 
attribuez au Confeil d'Etat i 
cntr autres le; Cliatcau dcNa- 
plcs; il délibère avec le Gou« 
vernçment duMilanez,&: Na- 
pies de Sicile. 

Cènfèilde Finances n$mmê d€ 
Hazienda. 

Philippe Ill.r^tabliten i^aa; 




d'Espagne. 411 
il confîftc en 4 Tribunaux^ 
Don Carlos Ramirez de Ard. 
lano en cil Prefîdcnt , -8 Con- 
fcillcrs d'Epcc & le Frelîdchc 
compoiênt ce Con(èil ; JU- tra- 
vaillent au recouvrement^ ad- 
miniltration des Finances, à 
la création 6c augmentation des 
Rentes , des Grâces , Privilèges 
& Conccflîonsdu Roy i iJsronc 
les Traitez pour la dcpenfe de 
£1 Maifon &c de Tes Armécsi lors 
qu'il faut des avances , c elt eux 
qui-ctierchent les Traicans , le - 
rreiîdent ûgneioutreuIlesEx- 
peditionsaprés avoir reçu l'Or- 
dre du Roy & la Conlultc du. 
CorifciUpour toutes lesGratifi- 
cations , Appointcmcns , AïH- 
gnations, Gages, Penfions,Or- 
donnances, & les avances des 
Gens d'Affaires. 
L'on fait les Expéditions 



'41^ Mem. DB laCouk 

dans deux Bureaux» en chaccrtf 
ëefqueis il y a un Premier Com^ 
mis» deux Seconds > & deux que 
Ton nomme Entretenus^ 

Il y a onze Cê»iêd$r€S » oui 
tiennent les Kegiifcres &: les 
Comptes de ces Confeils. 
^ Le dernier Contador s'ap« 
pelle Ecrivain Mayor» qui veut 
dircGrcffier dcsKencesduRoy: 
ils voM tous au,ConreiLdcs Fi- 
nances) où ils ie cicnnenc de- 
bout : mais ils le couvrent après 
y avoir été uu certain cems. 

On leur fait fignc de Ibrtir, 
lorfc^uc les Sccrccaires y veu- 
lent entrer. Â l'égard des Af- 
faires &:dcs Procès du Tribu- 
nal des Ojd^us & du Conieil 
des Finances , il y a un très- 
grand nombrede bas Officicrs^^ 
dont les Charges fe vendent, 
& 4 Raporteurs que le Confeii 
^xommc^ 



.ri 



r 

Confiil ât UCfêifââc. 

Le PapcJulcH. accorda en 
J509. le Droit de la Cruzada 
aux Rois d*£fpagnc, pour faire 
la guerre auxlnfîdeless le reve^ 
nu en« eft (î confiderable , que 
Ton en recire plufieus millions; 
^dans la même année la Reine 
Dona Juana & le Roy fonPe- 
fequigouvcrnoit en fon nom i. 
formejKrnt le Confeil delà Cru«^ 
zada. 

' Le Prefident porte le Titre: 
de CoromiflàireGeneralj ceft 
Don HenriquezdeBenavides- 
y«Bazan> Patriarche des Indes» 
qui 1 eft à prefent.Il yeotre deux 
Conreillers du Confeilde Caf^ 
eillC) & deux Regens i l'un du 
Confeil d' Arragon , & l'autre 
deccluy des Indesi un FifcaU 

Riii 



414 M E M.. DE LA Cour. 
deux Trcforiers , un Rappor- 
tcur,cicux Grcfticrs,& trois Sol- 
liciteurs 5 Ce Confeil donne la 
f>ermiflîondc publier les. Jubi- 
cz, & d'Imprimer des Livres : 
tous les Etats de Sa Majcltc Ca- 
tholique luy font fournis ,. cxcc^ 
:ptc ceux de Flandres^ de Milan 
&deNaples 9 qui nonc point 
voulu admettre fon Droit j ik 
jugent fans appeL 

Confeil de FUndrey., 

Philippe IV. en nomma le 
Prefident & les Confeillers en 
161%. Ce Confeil cil Supérieur 
à tons ceux qui font établis en 
Flandres; le Prince de Stillano 
en étoit le Prefident 5 mais le 
Comte de Monterey luy a été 
préféré 5 il n'y entre que trois 
Confeillers. 



d'Espagnï. 4315 

Confcil dApùfirfPû. 

Gomme le premier Eta^c 
que Ton^Icvc à toutes les Ma4- 
-fons qui font bâties à Madrid 
appartient au Roy , & qu'il peut 
le louer ou le vendre à moins 
que le Propriétaire ne le ra- 
chète. Don Alonlb onzième du 
Nom forma'eni34i. unejuntc 
d'un Prefident,qui fe. nomme 
ApofentadorMayoTjde fixApo- 
•fentadores d'exercice , parce 
qu'il y en a quelques autres qui 
y peuvent entrer s'ils font Vété- 
rans; d'un Fi {cal , d'un Secre- 
taireid'un Receveur, d'un Ecri- 
vain, d'un Alguazil Se d'un Por- 
tier : & cette Junte conferve les 
Droits de SaMajeftéî elle a foin, 
aufli déloger les Officiers de la 
Maifon du Roy. 

S iuy 



[41^ Mil M. DELA C o u k 

Confiil dt U chambre dt^ CaJUlU^ 

L> Reine Dcna Juana & 
Charlc-Quint fan Fils,Grccrcftc 
ce Conicil en 151S. Le Frcfi- 
dcnt de Caftille y préfidc> avec 
cuatre Confeillcrs du même 
Confeil > trois Secrétaires &: un 
Rapporteur. Us s'aflemblcnc \c 
Lundy & le Mcrcredy au fbir 
de chaque ScniainCjchez le Prc- 
fidcnt> & loy rendent compte 
de tous les 1 oîics cju i lônt à rem- 
plir dans les deux CaitilJes. 

Ils expédient les Rcmiilîons> 
&delivrcntles Titres de Ducs, 
Warcjuis, Comtes , & Titulos 
de Villes : ils confukent aulfi 
tous les Bénéfices qui font à la 
preicntation du Ruy,par CoOi- 
cciLbOii Apoitoiique.. 



d'Espagne. 417 

Junte de B0f^nis RiêUs. 

CHARLE-Quim rétablit en 
2545. n y ^ deux Confeillers > 
un Âlcalde y un Fifcal . & un 
Secrétaire : elle pourvoit à la 
confervacion des Palais & des 
Maifons Koyallcs, tant en Ville 
qii''à la Campagne , ÔC elle a 
ioin des Bois de Sa Majelté. 

Junta de Milliûns. 

PHiLirPi IV. voyant qac 
le Confeil de Hazienda ctoit 
trop chargé d'AfFaircs, Torma 
en 1^53. une Chambre compo- 
fée d'un Prefidcnt, quatre Con- 
feillers des Finances y quatre 
Commiflaires Députez des 
Etats, un Fifcal, & deux Procu- 
reurs de Cour, & cette Cham- 



4i8 Mem. de la Cour, &c. 
brc s'appelle Tribunal des 
Millions , parce que cclUlà 
qu on reçoit ce qui vient des 
Impôts mis Cur la Viande, 
rHuillc.le Vin & le Vinai. 
gre i cela monte à des Sommes 
immenfes. 

J?in de U Prtmien PAriiCp 



Extrait dté Privilège du Roj. 

PAr Grâce 8c Privilège du Roy, 
donné à Ver failles le ii. Sep- 
tembre 1690, Signé, Par le Roy 
en fon Confeil , H ii p t : Il ell 
permis ï Madame B.*^^^ D. "^^ de 
faire imprimer , vendre & débiter 
par tel Imprimeur ou Libraire qu'- 



\ 



clic voudra choifir , Lis Mémoire de 
la CçHrd'Efpagne y ptndznt le temps 
Se efpacede huit Années , 6c deffenief 
font faites à cous autres de l'imprimer 
ou faire imprimer pendant ledit 
temps^à peinede deux mille livres d'a- 
niende^confifcation desExemplaires, 
Se de tous dépens, dommages. Se in« 
terefts, comme il eft plus au long p 
téparlcfdits Lettres de Privilège. . 

Fegifhi fur le Livre de la C 
nju/jantidesImptimeHrs & Libraires d» 
P^rit, ce 9. jour de Novembre iC^o* 
fmvant lArrtfl dn farlement du 4, 
qyivril 1^55. celHydnCcnfeil Privé du 
Xùj du 17. Février 166^. & fEdit de 
Sa Aï a je/té donne s f^erfailles an mois 
d:j4oHfti6%6. 

Signe , P. AuBoiiiN , Syndic. 

Ladite Dame B.*'^^* D.** acedé 
fon Privilège à Claude Barbin, 
Marchand Libraire à Paris, fuivant 
l'accord fait entr'eux. 

jichtvéd imprimer four la première 
fois le 9 . jowr de Novembre 1690.