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Full text of "Memoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers"

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MÉMOIRES 


DE 


© LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, 


————— 


DEUXIÈME SÉRIE. 


3e Volume. — 1'e Livraison. 


| 
SCIENCES ET ARTS D’ANGERS. 


ANGERS. | 
IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÈSE. | 


1852. ç & 


SOCIÉTÉ NATIONALE 
D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 


D’'ANGERS. 


MÉMOIRES 


DE LA 


SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGRICULTURE 


SCIENCES ET ARTS 


D’ANGERS. 


DEUXIÈME SÉRIE. 


3° vOLUME. 


ANGERS, 
IMPRIMERIE COSNIER & LACHÈSE. 


1852. 


Lara 1 af 


DISCOURS 


DE 


M. LE PRÉSIDENT DE BEAUREGARD, 


CONTENANT 


Une Notice historique sur l’ancienne Académie 
d'Angers. 


JANVIER 1852. 


—" 00 — 


En reprenant, avec le renouvellement de l’année, 
le cours de nos travaux, j'éprouve le besoin de vous 
exprimer combien je suis profondément sensible à 
l'honneur que vous m'avez fait en me continuant dans 
des fonctions que je croirais au-dessus de mes forces, 
si je n'étais soutenu par votre bienveillance dont vous 
m'avez donné des preuves si reitérées. Je comprends 
l'étendue de la dette qu'elle m'impose. C'est par mon 
zèle, par mon dévouement, seuls titres que je puis 
présenter, que je chercherai à m’en acquitter. 

Heureux et fier d’être appelé, par votre honorable 
suffrage, à présider à vos travaux, je dois vous rendre 
compte de ceux que vous avez accomplis pendant 
l’année qui vient de finir. Votre comité d’horticulture 

continue de recueillir les meilleures espèces d’arbres 
fruitiers et s'occupe d’en fixer la synonimie. Il a en- 
trepris un ouvrage d’une haute importance, la Pomone 
de Maine et Loire avec figures coloriées ; déjà plusieurs 
livraisons ont paru, Un cours de taille auquel sont 


(6) 


jointes des nolions de physiologie végétale, contribue 
puissamment au succès de l’industrie horticole qui, 
depuis plusieurs années, a pris un grand développe- 
ment dans notre département. 

Votre comité d'archéologie, par ses recherches in- 
cessantes , découvre et décrit des monuments qui 
viennent éclairer l’histoire du pays. 

Le cours de géologie a été suspendu pendant deux 
années, mais il reparaît avec un nouvel éclat grâce à 
la complaisance du jeune et savant ingénieur , notre 
collègue, qui a bien voulu s’en charger. Nous n’en- 
. treprendrons pas d’en faire éloge; il a déjà été pro- 
clamé par l’affluence des auditeurs qui, avides de l’en- 
tendre, se pressent à ses leçons. 

Les arts ont dû aussi fixer votre attention; vous 
avez arrêté qu’une exposition de peinture et de sculp- 
ture aurait lieu dans le cours de cette année. Un 
programme, qui en règle les conditions, vous sera 
présenté. 

L'année qui vient de s’écouler a été marquée par 
un événement heureux pour l'histoire littéraire de 
notre pays et particulièrement pour notre Société ; je 
veux parler de la découverte du registre des procès- 
verbaux des séances de l’ancienne Académie d’An- 
gers, depuis son origine jusqu'au moment où ses 
membres ont cessé de se réunir ; il embrasse l'espace 
de plus d’un siècle. Cet in-folio se trouvait dans la 
riche collection de M. Grille; il a été acheté par la 
ville d'Angers , et est déposé dans la bibliothèque pu- 
blique. Comme notre Société est la continuation de 
cette ancienne Académie, qu'elle en est la reproduc- 
tion, la fille, ce registre a pour nous l'intérêt de pa- 


(2) 
piers de famille où nous cherchons l’histoire de nos 
ancêtres : je l'ai parcouru avec avidilé; permettez que 
je vous en rapporte quelques passages. 

Sur les premières pages sont inscrites les lettres 
patentes qui constituent ce corps savant. Ces lettres 
signées par le roi le 10 juin 1685, furent enregistrées 
au parlement le 9 septembre suivant. 

La nouvelle Académie, composée de trente mem- 
bres, était administrée par un directeur, un chance- 
lier et deux secrétaires perpétuels. La ville d'Angers 
lui donna un logement dans l’hôtel-de-ville et la dota 
d'une rente annuelle de 40 livres tournois, pour faire 
face à ses dépenses. Le sceau qu'elle adopta d'abord 
portait pour emblème une pendule avec cette devise : 
travail au-dedans, utilité au dehors ; mais ce signe ne 
lui paraissant pas assez pompeux, elle le remplaça 
par un autre représentant le Mont-Parnasse surmonté 
d’un laurier. En 1760 cette compagnie obtint que le 
nombre de ses membres fut porté à 40, à l’imitation 
de l’Académie française ; elle prit alors le titre d’Aca- 
démie royale des sciences , belles-lettres et arts. 

Une ville comme Angers, riche de grands corps de 
magistrature , d'un clergé nombreux et éclairé, devait 
facilement trouver des hommes dignes de siéger sur 
les fauteuils de son Académie ; nous y voyons figurer 
le docte Ménage, Pocquet de Livonnière, savant com- 
mentateur de la coutume d'Anjou; l’abbé Grandet, 
connu par de bons mémoires historiques; La Sauvagère, 
colonel du génie qui, ayant quitté la carrière militaire, 
consacra la fin de sa vie à étudier et à décrire les an- 
tiquités du pays; l'abbé Rangeard, qui a laissé d’ex- 
cellents mémoires sur l’Anjou ; l'abbé Louet, qui se 


(8) 
fit remarquer par.de brillantes poésies ; l’avocat du roi 
Prévot, qui s'était placé haut dans l'opinion publique 
comme magistrat, par son profond savoir et comme 
orateur, par l'éclat de ses discours, dont plusieurs 
nous sont restés. 

Le renom que l’Académie d'Angers s'était acquis la 
fit rechercher par des hommes célèbres dans les scien- 
ces et dans les lettres, qui tinrent à honneur de 
compter parmi ses associés. Dans le nombre on peut 
citer Réaumur, Sigaut-Lafont, Louis Racine, Fréron, 
Florian, Marmontel ; à la tête de ces célébrités il faut 
placer Voltaire. Quoique son esprit satyrique, qui n'’é- 
pargnait rien, se fût permis quelques épigrammes 
contre une compagnie qui l'avait reçu dans son sein, 
il ne négligea pas cependani de lui donner des témoi- 
gnages de sa considération. Ayant fait hommage à 
l'Académie d'Angers de Sémiramis , l'une de ses plus 
belles tragédies, il répondit par la lettre suivante, 
aux remerciements qu'il en reçut : « Paris, 30 mars 
» 1750. Ma vie, Messieurs, est celle d’un malade con- 
» damné par la nature à souffrir; mais elle me laisse 
» autant de sensibilité pour les bontés dont des corps 
» tels que votre Académie et des hommes tels que 
» vous m'honorent, qu’elle m’a donné de goût pour 
» les lettres : voila mes consolations. C’en est une 
» grande pour moi de saisir cetteoccasion de vous as- 
» surer à quel point j'ai l’honneur d’être votre très 
» obéissant serviteur. Signé de Voltaire, gentilhomme 
» ordinaire du roi, de l'Académie d'Angers. » 

Le registre de cette compagnie constate que ses 
séances étaient souvent remplies par la lecture de 
mémoires d'un haut intérêt tant sur les sciences que 


(9) 

sur les lettres ; mais réduite à la subvention de 40 li- 
vres que lui accordait la ville d'Angers, elle ne se 
chargeait pas de faire imprimer à ses frais et de former 
un recueil pour conserver ses uliles travaux. Quel- 
ques fragments ont trouvé place dans le Mercure de 
France, journal littéraire qui se publiait alors sous la 
direction de Marmontel. Les morceaux que nous y 
rencontrons font vivement regrelter ceux que l’on a 
perdus. 

Un corps aussi studieux et aussi savant que l’Aca- 
démie d'Angers devait fixer l'attention du duc d’Anjou, 
ce prince éclairé, ami des sciences et des lettres, qui 
depuis régna sous le nom de Louis XVIII. L'Académie 
lui ayant offert le titre de protecteur qu'il accepta, il 
adressa au président la letire suivante : « Compiègne, 
» 29 juillet 1770. La célébrité que votre compagnie 
» s'est acquise dans la république des lettres, la dis- 
» tinction et;le mérite des membres qui la composent 
» en lui méritant mon estime assurent, en même 
» temps, à chacun de vous en particulier le plaisir 
» que j'aurai à vous donner des preuves de mon 
» affection. » 

En l’année 1784, il accorda à cette compagnie un 
témoignage spécial de sa protection en fondant un 
prix qui serait décerné tous les deux ans , au meilleur 
mémoire sur une question d'intérêt public. 

Son ordonnance est ainsi conçue : « Voulant donner 
» une marque particulière de la protection et de la 
» bienveillance que nous accordons à l’Académie 
» d'Angers, établissement si utile et si honorable 
» pour la ville capitale de notre apanage, avons ordonné 
» et ordonnons ce qui suit : 


(10) 

» ARTICLE PREMIER. A l'avenir, à compter de l’année 
» 1785, il sera fait un fond dans les états du duché 
» d'Anjou, pour les années impaires, de la somme 
» écessaire pour le prix d’une médaille d'or du poids 
» de irois onces et demie, frappée à la monnaie des 
» médailles de Paris. 

» ARTICLE 2. Cette médaille représentera d’un côté 
» l'effigie de Monsieur, duc d'Anjou; de l’autre sera 
» gravé le sceau de l’Académie d'Angers. 

» ARTICLE 3. La médaille sera décernée tous les 
» deux ans à l’auteur du mémoire jugé meilleur par 
» ladite Académie, sur une question uniquement 
» relative à des objets de bienfaisance et particulière- 
» ment d'utilité publique, comme l'agriculture, la 
» navigation intérieure, le commerce, les arts et les 
» manufactures. 

» Donné à Versailles. le 28 février 1784. » 


La première question proposée fut celle-ci : 

« Quels sont les moyens les plus simples et les moins 
» dispendieux, d'empêcher les débordements de l'Au- 
» thion et la stagnation de ses eaux, même de rendre 
» cette rivière navigable dans une parlie de son 
» COUTS ? » 


Le mémoire qui obtint le prix fut celui de M. Moret, 
ingénieur-géographe , attaché aux ponts-et-chaussées 
à Poitiers. Nous devons regretter que ce travail qui 
devait contenir des documents utiles, n'ait pas été 
conservé dans les archives de l’Académie. 

La question proposée pour l’année suivante fut 
celle-ci : 

« Quels sont les origines, les progrès et les change- 


(11) 
» ments des levées qui bordent la Loire, des chaussées 
» et portes marinières que coupent les rivières y 
» affluant et les moyens de les réparer ? » 

Le prix devait être décerné en l’année 1788, mais 
la fermentation politique qui agitait déjà les esprits 
détournait l'attention des froides questions d'intérêt 
local ; aucun mémoire ue fut présenté. 

La dernière séance de l’Académie date de l’année 
1789. 

Les orages qui éclatèrent alors dispersèrent ses 
membres, il se séparèrent en attendant des jours 
meilleurs pour se réunir. Cette compagnie ne fut point 
abolie; elle ne cessa pas d’être, son existence fut seule- 
ment suspendue. Ce n'est qu’en l’année 1828 que 
quelques personnes studieuses se réunirent pour la 
rappeler à la vie et la reconstituer. Une Société d’agri- 
culture fondée en 1761, avait également cessé de fonc- 
tionner lors de la tourmente politique. Ces deux 
associations furent réunies sous le titre de Société 
d'agriculture, sciences et arts d'Angers. En l’année 
1834, le gouvernement lui donna un témoignage de 
satisfaction en lui conférant le titre de Société royale 
eten lareconnaissant établissement d'utilité publique. 

Près d'un quart de siècle s'est déjà écoulé depuis 
que notre nouvelle Société, formée de la réunion des 
deux anciennes, a été constituée. Le temps éclaircit 
incessamment les rangs de ses honorables fondateurs; 
l’un d'eux, M. de Senonnes, s’est éteint avec l’année 
qui vient de s’écouler. Ami des lettres et des arts qu'il 
cultivait avec succès, il a enrichi nos publications de 
notices intéressantes sur nos expositions de peinture. 
Vous lui avez donné un témoignage de votre estime 


(12) 


particulière en l’appelant aux fonctions de vice- 
président. 

Une perte non moins affligeante est celle de M. Dali- 
gny. conseiller à la Cour d'appel, il composa dans sa 
jeunesse un traité des lois civiles Anglaises. Il publia 
postérieurement des considérations politiques et mo- 
rales, où l’on reconnait l’œuvre d'un homme de bien 
et d’un littérateur distingué. 

Si quelque chose peut adoucir nos regrets, c'est 
l’heureuse acquisition que nous avons faite de nou- 
veaux collègues qui sont venus remplir les vides que 
la mort avait faits parmi nous. Précédés d’une réputa- 
tion méritée, ils ont été accueillis par l'unanimité de 
vossuffrages. Ils nous prêterontleur précieux concours 
pour maintenir notre Société au rang qu'elle s’est 
acquis et pour qu'elle ne cesse de se montrer la digne 
héritière des Sociétés savantes dont elle est la conti- 
nuaiion. 


(13) 


NOTICE 


SUR 


LES IRRIGATIONS DES VOSGES. 


——s 0 — 


Le mot français irrigation vient comme on sait du 
mot latin irrigare, qui signifie arroser en faisant 
couler l’eau. Les irrigations n’ont effectivement été 
en général chez tous les peuples que l’art de conduire 
l’eau sur les prés ou dans les terres, afin de leur 
procurer un degré d'humidité nécessaire à la végé- 
tation. 

L'irrigation considérée à ce point de vue, a été con- 
nue de toute antiquité et il devait en être ainsi, aus- 
sitôt que les hommes eurent reconnus dans l’eau un 
des agents nécessaires à la croissance de toutes les 
plantes. Rien donc de plus simple, que l’idée de 
creuser des canaux pour porter l'eau partout où il 
serait nécessaire de mouiller le terrain , et rien par 
conséquent de plus naturel encore que le soin apporté 
à disposer ces canaux de manière à ce qu'il soit tou- 
jours loisible à l’agriculteur, de donner l’eau ou bien 
de la retirer à volonté. 

Virgile nous montre éffectivement dans ses admi- 
rables vers, que ce jeu des canaux était déjà pratiqué 
de son temps; car il dit figurativement à la fin de la 


(14) 


troisième églogue pour arrêter le combat lyrique entre 
Menalque et Dametas : Claudite jam rivos , pueri, sat 
prata biberunt. Enfants, fermez les canaux, les près ont 
assez bu, et je prie de remarquer ce mot biberunt, 
comme il indique bien que l’idée agricole de ce Lemps, 
se bornaït à étancher la soif d’un terrain trop desséché. 
Si je constate ce fait, c’est que l'irrigation dont nous 
allons vous entretenir, se propose un but tout diffé- 
rent et qu'il est nécessaire pour devenir bon irriga- 
teur selon la nouvelle méthode, de comprendre que 
son but n’est pas seulement de mouiller le terrain 
mais encore de produire une véritable couche allu- 
viale à la surface des prés, en y faisant déposer le li- 
mon dont les eaux sont chargées, quand elles descen- 
dent des hauteurs. 

Jene veux point ici nier l'importance de l'irrigation 
qui se borne à mouiller le terrain, bien heureux sont 
ceux qui peuvent en jouir pendant l'été. Mais comme la 
majorité des prés n’a point un cours d’eau constant à 
sa disposition, la méthode nouvelle a dû surtout s’oc- 
cuper des propriétaires qui n’ont pour toute ressource 
que les eaux pluviales de l'hiver. 

Le but de l'irrigation alluvionante (qu’on me passe 
ce mot) étant de faire déposer à la surface des prés, 
le limon qui se trouve charroyé par les eaux, il est 
clair que tout l’art de l’irrigateur consistera à faire dé- 
poser le plus possible de ce limon, à le répartir sur le 
terrain de la manière la plus égale, à faire faire ce dé- 
pôt aux époques les plus favorables et à le supprimer 
aussitôt qu'il deviendrait nuisible. Pour atteindre ce 
but, il est nécessaire de s'occuper successivement de 
différentes prescriptions toutes plus ou moins utiles 


(15) 
pour obtenir un bon résultat. Ainsi nous traiterons à 
cet effet : 

4° Des canaux irrigateurs; — de leur dimension ; 
— de leur forme ; — de leur disposition pour répandre 
l'eau sur les prés; — de leur tracé; — de leur con- 
fection ; — de leur entretien; — des instruments né- 
cessaires à l'irrigateur. 

2 De l'irrigation ; de la manière de conduire les 
eaux; — du barrage et de la visite des canaux pendant 
l'irrigation ; — des soins et des qualités d’un bon ir- 
rigateur ; — des époques favorables pour mettre ou 
ôter les eaux: — du repos dans l'irrigation et de sa 
clôture définitive; — de l'enrichissement des eaux 
des fossés, etc. 

3° De l'assainissement des prés; — des canaux de 
desséchement ; — des eaux stagnantes dont le niveau 
est supérieur à celui des prés ; — des barrages et des 
vannes. 


CHAPITRE Ier. 


Des canaux irrigateurs; — de leur dimension; — de leur forme; 
— de leur disposition pour répandre l’eau sur les prés de leur 
tracé; — de leur confection; — de leur entretien; — des ins- 
truments nécessaires à l'irrigation. 


Les canaux irrigateurs n'ayant pas d’autre but que 
de conduire l’eau pour la faire monter sur les prés 
doivent être aussi peu profonds que possible, 7 à 8 
centimètres par exemple; leur largeur ordinaire va- 
riera de 20 à 30 centimètres, leur longueur ne doit 


(16) 

jamais dépasser 100 mètres, ils doivent être droits ou 
composés de lignes droites, jamais courbes, et doivent 
être de quelques centimètres plus étroits à leur queue 
qu’à leur tête. Ainsi si un canal de 100 mètres de 
long, a reçu à son origine 25 centimètres de largeur, 
il ne faudra pas lui donner plus de 21 centimètres à 
l’autre extrémité. Les bords des canaux doivent être 
coupés à la hache de pré, bien d’aplomb, de manière 
que l'ouverture du canal ne soit pas plus large que le 
fond ; le fond doit être aussi uni que possible, et la 
terre doit en être coupée et aplanie avec un instru- 
ment nommé fossoir qui est une espèce de houe plate 
et tranchante. 

Pour confectionner les canaux on se sert : 

1° D’un niveau d'eau avec sa mire pour en déter- 
miner la direction. 

2° D'un cordeau à piquet tournant, pour tracer les 
bords des canaux. 

3° D'une hache de pré, pour couper le gazon en sui- 
vant le cordeau. 

4° D'un fossoir pour vider les canaux. 

5° De trois mires graduées pour dresser le bord des 
canaux. 

Voici le prix ordinaire de tous ces objets : 


Un niveau d’eau avec son pied. . . 12fr. 
La mire du niveau d'eau graduée. 
Un cordeau à piquet tournant en fer. 
Une hache de pré, : 

Un petit et un grand fossoir. 

Trois mires pour dresser les canaux. 50 


Tolal:us fun. 00% + 442 250 


ENG oo mn 


(17) 


L'établissement des canaux d'irrigation d’un pré se 
compose de deux parties l’une que j'appelerai théo- 
rique, c'est celle qui s'occupe de déterminer la direc- 
tion à donner aux canaux, l’autre purement pratique 
qui consiste à tendre le cordeau dans la direction 
voulue, à couper les bords des canaux avec la hache 
el à les vider avec le fossoir. 

Il n’est pas besoin de dire que l’emménagement 
des canaux, c’est-à-dire la direction et la disposition 
qu'ils doivent avoir, est la partie la plus difficile de 
l'art de l'irrigateur, tandis que la confection matérielle 
des canaux, tout en demandant une véritable adresse 
et une grande habitude, n’est plus que la partie secon- 
daire de cet art. 

L’ingénieur agricole capable d’emménager les ca- 
naux d’un pré, doit gagner de 5 à 6 francs par jour 
suivant son habileté; l’ouvrier chargé de les couper et 
de les vider, doit gagner de 2 fr. 50 €. à 3 fr. par jour 
suivant également sa force et son adresse. 

Dire comment on doit disposer les canaux d’irriga- 
tion dans un pré serait chose impossible; les vieux 
terrains présentent tant de pentes différentes, qui 
forcent à varier sans cesse les combinaisons, qu'il 
faut laisser cela à la science de l’irrigateur et voir la 
chose exécutée pour s’en faire une idée. Disons toute- 
fois qu’ordinairement on trace ce qu’on nomme les 
têtes d'eau, c’est-à-dire les canaux mères d’où doivent 
partir tous les canaux irrigateurs , qui forment alors 
une espèce de feuille de fougère avec eux. 

Les têtes d’eau suivent ordinairement la plus grande 
pente des prés; une fois ces tètes d’eau établies, 
on trace au moyen d'un niveau d’eau les canaux 

2 


(18) 
irrigateurs proprement dils à la pente qu'on veut. 

Il faut que la pente des canaux soit au moins desix 
millimètres par mètre, et faire en sorte autant que 
possible de les tracer en travers de la plus grande 
pente des prés. Du reste comme je l'ai dit il est 
impossible de donner ici une règle unique, parce 
qu’ilse rencontre une multitude d'accidents de terrain 
qui forcentà varier sans cesse la disposition descanaux. 
Il est des cas où les têtes d'eau ne suivent pas la plus 
grande pente , des cas où elles servent elles-mêmes de 
canaux irrigateurs , des cas enfin où il n’est pas néces- 
saire d’en faire aucune. 

J'ai dit qu'il fallait donner au moins six millimètres 
par mètre de pente aux canaux irrigateurs, parceque 
dans ces canaux il faut concilier deux choses : ne pas 
donner trop de pente pour porter l'irrigation le plus 
haut possible et en donner assez pour que l’eau coure 
assez vite, afin de charroyer suffisamment de limon 
pour engraisser le pré: Je sais bien qu'on est très sou- 
vent commandé par la disposition du terrain et qu'on 
est souvent forcé de donner plus de pente que cela 
aux canaux; mais dans ce cas là on se conforme à 
l'exigence des localités. 

J'ai dit plus haut qu'il ne fallait pas qu’un canal 
d'irrigation eût plus de 100 mètres de longueur, en 
voici la raison, c’est que quand on sera rendu à arroser 
le pré au moyen de la partie inférieure de ce canal, 
l'eau aura à parcourir une longueur énorme avant de 
monter sur le pré et qu’alors si le canal est trop long 
elle sera susceptible de trouver des obstacles, tels que 
des feuilles et des morceaux de bois mort qui pour- 
raient l'arrêter ou l’entraver dans sa course et lui faire 


ZE 


(19) 
déposer une partie de son limon, ce qu'il faut éviter 
à tout prix. On l’évitera donc en ne donnant pas aux 
canaux d'irrigation une longueur démesurée et voilà 
ce qui fait qu'on s’est arrêté à 100 mètres. Dans le cas 
où le pré aurait plus de 100 mètres de long, on dispo- 
serait les têtes d’eau de manière à en faire partir de 
nouveaux canaux, qui eux à leur tour peuvent avoir 
également 100 mètres de longueur et ainsi de suite. 

La largeur des têtes d’eau est toujours plus considé- 
rable que celle des canaux d'irrigation proprement 
dits, par cette raison qu'elles sont obligées de fournir 
de l’eau à tous ces derniers. Mais elles vont comme 
eux en se rétrécissant et dans la même proportion, 
par cette raison qu'à mesure qu’on avance vers l’ex- 
trémité de la tête d’eau, le nombre des canaux à ali- 
menter est toujours de moins en moins grand. 

La largeur des têtes d’eau n’a rien de fixe, car dans 
certains cas elles peuvent être de vrais ruisseaux, 
mais enfin dans les cas les plus communs on leur 
donne de 30 à 45 centimètres de large. 

Nous avons parlé de la dimension des canaux, il est 
nécessaire de poser quelques principes au sujet de leur 
espacement et de leur inclinaison sur les têtes d'eau. 

Si les canaux irrigateurs sont tracés en travers de 
la plus grande pente du pré et que cette pente soit 
rapide, on pourra laisser 40 mètres entre deux canaux 
parceque l’eau en partant du canal supérieur n'aura 
que les dix mètres à parcourir pour retomber dans 
l'inférieur, et que l'expérience montre que quand il 
y a une grande pente le limon n’est entièrement dé- 
posé qu'après 10 mètres de parcours. Si au contraire 
la pente est faible il ne faudra pas laisser plus de 8 


ar" 


(20) 
mètres entre deux canaux, par cette raison que l'eau 
courant moins vite sur cette pente , le dépôt sera fait 
au bout d’un moindre espace. 
18iles canaux irrigateurs ne sont point tracés en 
travers de le plus grande pente du pré, alors l’irriga- 
tion'Se fait en écharpe, c’est-à-dire que l’eau en sor- 
tant du canal pour monter sur le pré ne parcourt pas 
la perpendiculaire au canal, mais bien une ligne plus 
où moins ‘oblique à lui. Dans ce cas là les canaux 
doivent. être plus rapprochés que dans le cas précé- 
dent ‘puisque la ligne oblique que parcourt l’eau ne 
peul avoir que 10 mètres pour les grandes pentes et 
8 pour les petites. Les canaux sur lesquels devront 
s’appuyer lesextrémités de ces obliques, devront donc 
être plus près que 10 mètres et que 8 mètres, c’est là 
que tout doit être laissé à l’appréciation de l’irrigateur. 

‘L'espace compris entre pis canaux RS se 
nomme une planche. 

Quant à l'inclinaison des RARES sur les 
têtes d’eau , cette inclinaison ne doit jamais être plus 
petite qu'un angle-droit, en suivant le fd de l’eau, et 
il'est facile de comprendre que nee l'angle sera obtus 
etmieux cela vaudra. 

Dans un:autre chapitre il sera parlé des époques 
auxquelles Virrigation doit être faite, mais il appar- 
tient à celui-ci d'y parler de la disposition que doit 
avoir l’ensemble des canaux d'irrigation d’un pré 
pour le débarrasser de ses eaux aussitôt qu’elles ont 
servi àsa fertilisation. Qu'on se rappelle bien que l’eau 
dans cette circonstance n’est que le véhicule, que 
c'est le dépôt alluvial qu'on recherche et que par 
conséquent sitôt que ce dépôt est fait, les eaux devien- 


(21) 


nent inutiles sinon nuisibles ; il doit donc toujours y 
avoir dans la partie la plus profonde du pré; un.canal 
chargé de rassembler les eaux de toutes-les-pentes 
irriguées et de les porter au dehors. De plus, l'irriga- 
teur doit s'arranger de manière à ce queles têtes d’eau 
communiquent directement avec le canal.de fond, à 
moins que par des écluses ou des pétites vannes; on 
ne soit à même de détourner l’eau avant qu'elle n'entre 
dans le pré. Car il y a des moments où l’eau est bonne, 
mais il y en a d’autres aussi où elle,est mauvaise. Il 
faut donc être à même ou de te admetire ou de la 
retirer. idæbe oi 
Pour rendre ce petit exposé aussi ipuitigies que 
possible , il convient de parler ici plus en détail, de la 
manière de se servir du niveau) d'eau ,.de.la mire et 
des autres instruments dans latconfection des canaux. 
Tout le monde connait le niveau d'eau , il est. donc 
inutile d’en faire ici la description. Supposons.tout 
de suite qu'il s'agisse de tracer, un canal irrigateur 
partant d’un point donné et ayant 6. millimètres, par 
mètre de pente. Voilà ce que vous devrez faire. 1. 
Fixez d’abord, à l'œil, la direction :approximative 
que devra avoir le canal, le point d’où il devra:partir 
et le point, à peu près, où il devra s'arrêter. Mesurez 
alors le nombre de mètres qu'il devra.avoir en lon- 
gueur, supposons qu'il doive avoir.trente mètres, 
alors vous direz : puisque la pente doit être de 6 milli- 
mètres par mètre et qu’il y.a 30 mètres; la pente 
totale du canal ou la différence de niveau qu'il devra 
y avoir entre sa tête et sa queue, devra donc être; de 
30 fois 6 millimètres, ou 180 millimètres, c’est-à-dire 
18 centimètres. Placez donc votre niveau d’eau sur 


(2) 


un point du pré qui soit en dehors de la tête et de la 
queue du canal, placez la mire à sa tête d'abord, fai- 
tes descendre le viseur jusqu'à ce qu'il soit de niveau 
avec l’eau des bouteilles, puis, haussez-le de 18 cen- 
timètres et portez la mire alors sur la partie du pré 
où/doit aboutir votre canal, faites marcher le pied de 
la mire tantôt plus haut, tantôt plus bas, sans tou- 
cher au viseur, jusqu’à ce que le haut du viseur soit 
de nouveau de niveau avec l’eau des bouteilles; de 
cette manière , vous serez sûr que le pied de la mire 
est à 18 centimètres plus bas que le point de la pre- 
mière station. Prenez alors le piquet tournant, plan- 
tez le petit piquet à un bout, puis allez vous en vers 
l’autre'en laissant se dévider le cordeau ; une fois que 
vous y serez, plantez le piquet tournant, et après 
avoir enroulé sur le dévidoir ce qu'il y aurait eu de 
cordeau de trop de dévidé, faites enrouler ce cordeau 
autour de l'axe du piquet, mais au-dessous du dévi- 
doir, faites alors tourner celui-ci avec les deux mains 
et de cette manière vous tendrez le cordeau aussi 
raide que vous voudrez. Prenez alors la hache de pré 
et commencez à tailler le canal en suivant le cordeau 
tendu. 

Pour bien se servir de la hache il faut que la main 
la plus en avant tienne le manche très bas, de manière 
à ce que le corps soit très courbé. Aussi l'opération 
de tailler les canaux est-elle la plus fatigante de toutes; 
c'est aussi celle qui demande le plus d'adresse , car il 
faut que la hache taille le gazon à toucher le cordeau 
sans le couper, et que chaque coup de hache soit exac- 
tement le prolongement du précédent et en ligne 
droite, sans quoi le bord du canal serait mal fait. Une 


(23 ) 


fois cebord taillé, on porte les deux piquets à la dis- 
tance fixée pour la longueur du canal, l’on recom- 
mence à tendre le cordeau et à tailler de nouveau à 
la hache. 

… Une fois les deux bords du canal taillés on enlève les 
piquets et alors, avec la hache, on coupe par tronçons 
de 20 centimètres de long la bande de gazon qu'il faut 
enlever pour vider le canal. Bien entendu que cette 
bande se coupe en tronçons au simple coup-d’'œil. 
Une fois ces tronçons faits, ou prend le fossoir qui 
convient, le grand ou le petit suivant la largeur du 
canal et l’on commence à les enlever en coupant la: 
terre au-dessous et bien horizontalement. Toutes ces 
plisses de gazon sont momentanément déposées sur 
le bord du canal et serviront plus tard à combler les 
inégalités ou les parties les plus profondes du pré. 
Toutefois on laisse dans les canaux un certain nombre 
de ces plisses de gazon, une par exemple tous les 4 
mètres pour servir à barrer le cours de l’eau lorsqu'elle 
coulera et la faire monter sur le pré. 

J'ai dit que toutes ces plisses de gazon , retirées en 
vidant les canaux, serviraient plus tard à combler les 
mauvais creux du pré, et à ce sujet je dois ajouter 
que pour cela faire il suffit de remettre ces plisses les 
unes à côté des autres dans l'endroit que l’on veut 
eombler, tout simplement sur l'herbe, sans autre 
précaution que de les battre avec le dos du fossoir. 
Un mois après toutes ces plisses seront reprises, en 
supposant que l'opération se fasse au mois d'octobre 
ou de novembre, dans le moment où la terre est 
humide et où les gelées ne sont pas encore venues. 
Mais revenons au vidage. Une fois les plisses enlevées 


(24) 


avec le fossoir, le même instrument servira à parfai- 
tement dresser les fonds des canaux en ayant soin de 
toujours s’en servir en coupant et jamais en grattant ; 
la lame de cet instrument qui est en acicr doit tou- 
jours être conduite horizontalement et jamais aban- 
donnée à son propre poids , elle ne doit couper que 
par la force que les bras lui impriment. 

Une fois le canal confectionné , il reste une opéra- 
tion importante à lui faire subir, celle de dresser ses 
bords.On comprend effectivement que sans cette pré- 
caution, il ne sera pas possible de faire monter l’eau 
où l’on voudra sur le:pré, car elle sortira toujours par 
les endroits les plus bas des bords du canal. 

Pour dresser ces bords, on a trois mires ayant un 
viseur mobile sur un glissoir gradué. Ces trois mires 
sont absolument égales en grandeur et en dimen- 
sions. Elles ont à peu près 4 pieds de haut. Pour 
dresser les bords d’un canal, il faut être trois per- 
sonnes, deux se placent à ses extrémités, et la troi- 
sième , qu'on appelle le coureur, est:mobile sur toute 
sa longueur. Üne des personnes des extrémités , qui 
sera l’irrigateur, vise de manière à faire passer son 
rayon visuel par le haut des deux viseurs extrêmes ; 
quant au coureur, il transporte successivement sur 
tous les points du canal la mire qu’il tient à la main 
et il hausse ou baisse son viseur suivant que l'indique 
l'irrigateur. Quand celui-ci crie stop, le viseur inter- 
médiaire s’arrête et le coureur qui le fait mouvoir lit 
sur la graduation de combien il faut élever ou baisser 
le point sur lequel on agit en ce moment. Pour le 
consigner sur la place même, le coureur porte avec 
lui de petits morceaux de bois gros comme le pouce, 


(25) 

pointus , et il en enfonce un au bord du canal, de 
manière à ne laisser dehors que la quantité dont il 
faut hausser le bord en cet endroit, ou autrement, 
de manière qu’en posant la mire intermédiaire sur sa 
tête , les trois viseurs entièrement abaïissés, soient 
parfaitement en ligne droite. Je dis en ligne droite et 
non pas de niveau, car dans aucun cas un canal d’ir- 
rigation n’est de niveau. 

Quand après avoir beaucoup marqué de canaux au 
moyen des petits piquets dont nous parlions ci-dessus, 
on veut les achever, on prend des plisses de gazon et 
l’on en reborde les canaux à affleurer partout la tête 
des petits piquets. Ces plisses sont bientôt reprises et 
l'on a alors des canaux qui feront monter l’eau par- 
tout où l'on voudra. 

Après s'être longtemps servi des outils, la hache de 
pré et les fossoirs finissent par ne plus couper. Dans 
ce cas là, on aiguise la hache sur la meule et les fos- 
soirs au moyen d’une pierre de grès. * 

Quand on taillera les canaux, on évitera autant que 
possible de rencontrer des pierres avec la hache, car 
étant d’une trempe très dure, elle pourrait s'ébrécher 
profondément , et ce serait une avarie bien difficile à 
réparer. 


ENTRETIEN DES CANAUX. 


Quel que soit le soin que l’on ait pris des canaux 
pendant la saison de l'irrigation, il s’y fait toujours 
quelques brèches sur les bords, quelques creux dans 
les fonds, quelqu'accumulation de sable ou de limon. 
D'un autre côté, l’herbe y pousse pendant le prin- 


( 26 ) 


temps, et l'été, après la faulx, les animaux en pâ- 
ture y font des dégâts avec leurs pieds, une visite et 
une réparation annuelle de ces canaux sont donc d’une 
absolue nécessité. C’est au mois de septembre ou d’oc- 
tobre que cette visite, cet entretien doit se faire, un 
peu plus tôt, un peu plus tard, suivant que les pluies 
auront été hâtives ou tardives ; on comprend effecti- 
vement qu'on ne peut pas commencer à travailler la 
terre des prés tant qu’elle est sèche et dure , il faut 
attendre que le terrain soit ramolli. Mais il est impor- 
tant de ne pas se laisser attarder pour l’entretien des 
canaux , Car on pourrait se trouver surpris par les 
eaux et alors on ne ferait plus que de mauvais travail. 

Pour bien faire l'entretien des canaux, on doit com- 
mencer par retailler les bords. Cette opération ne 
doit jamais se faire au coup-d’œil, mais toujours au 
cordeau ; on doit le tendre successivement sur les 
deux bords de chaque canal, de manière qu’il soient 
exactement au-dessus de ses bords primitifs; alors en 
suivant le cordeau on coupe avec la hache tous les 
paquets d'herbe ou irrégularités qui dépasseraient. 

Si l’on faisait cette opération sans cordeau, les bords 
des canaux présenteraient bientôt les plus grandes 
irrégularités et les anfractuosités les plus capables 
d'arrêter le limon. Je le répète, la retaille des bords 
doit toujours se faire au cordeau invariablement. 

Si à la longue les bords d’un canal se trouvaient 
trop aplatis , trop déformés, on ouvrirait un anal 
neuf à côté de celui là , de même largeur que lui et, 
avec les plisses qui en sortiraient, on comblerait le 
vieux canal hors de service et l'année suivante on 
n'en apercevrait plus les traces. 


(27) 

Une fois les bords d’un canal retaillés on en refait le 
fond avec le fossoir , c’est-à-dire qu'avec cet instru- 
ment on coupe les touffes d'herbes qui y auraient 
poussé, on enlève tous les amas de sable qui s’y se- 
raient formés, en un mot on le remet à neuf. Il faut 
surtout bien faire attention en se servant du fossoir 
dans ce cas de ne pas recreuser le canal, car moins il 
est profond et mieux il vaut. 

D'après ce qui a été dit antérieurement on com- 
prendra facilement combien cet entretien des canaux 
est nécessaire puisque plus leur intérieur sera propre, 
plus leurs bords seront coupés droits, plus leur fond 
sera aplani, plus l’eau circulera librement et plus 
elle se répandra rapidement sur le pré; il ne faut donc 
jamais manquer cet entretien, il est de la plus absolue 
nécessité. 

Nous ne terminerons point ce chapitre sans dire un 
mot des fossés qui amènent l’eau dans les prés. Ces 
fossés doivent effectivement être entretenus dans un 
grand degré de propreté , il ne faut rien laisser croître 
au fond ou sur les bords, il n’y faut souffrir aucune 
pierre, aucune racine, aucune inégalité quelle qu’elle 
soit. Faute de prendre cette importante précaution on 
verrait le limon se déposer partout où le libre cours 
des eaux se trouverait entravé et l'eau n'arriverait 
plus aux prés qu’appauvrie de la majeure partie de sa 
substance fertilisante. Ajoutons qu’on devra débarras- 
ser la gueule des fossés des épines qui pourraient l’en- 
combrer etempêcher d'en voir le fond, afin de pouvoir 
surveiller le cours des eaux pendant tout le temps que 
l'irrigation se fait. 


mn. 
1© 


8) 


CHAPITRE IL 


De l'irrigation ; — de l'époque à laquelle il faut la faire, et 
quand il faut la cesser; — des précautions, qu’il faut prendre 
pour qu ’elle soit utile; — des gelées pendent l'irrigation; — 
des qualités et des soins d’un bon Arrigateur ; — des bonnes 
et des mauvaises eaux; — de l'assainissement des prés; — 
de l'enrichissement des eaux ; — de leur conduite; — des 
vannes. 


L'irrigation pluviale ne commence guère dans no- 
tre pays d'Anjou, que dans le courant de novembre, 
jusque là les eaux du ciel sont absorbées par les terres 
desséchées et ne couleront à leur surface qu'après 
leur complète imbibition. 

C'est'au premier départ des eaux que l’irrigateur 
doit être le plus attentif; ces eaux sont effectivement 
les plus riches de toutes celles qui baigneroni les prés, 
par cette raison qu'étant les premières à traverser le 
sol, elles arriveront chargées de solutions de différentes 
nature, mais toutes plus ou moins alcalines ou azotées 
et par conséquent toutes très susceptibles d'activer la 
végétation. Tous les canaux doivent donc être prêts et 
bien nettoyés pour cette époque , et l’irrigateur doit 
avoir disposé ses barrages de manière à ce qu’en cas 
de surprise, les eaux se rendent directement dans la 
partie la plus souffrante ou la moins riche du pré. Ces 
premières eaux ont surtout une grande importance si 
provenant de cours ou d’étables, elles sont chargées du 
jus des fumiers. Dans ce cas il faut n’en pas per- 


(29) 


dre une goutte et surtout n’en pas abuser. Quaire 
heures suffisent souvent avec de telles eaux, pour 
changer complétement la nature de l'herbe quien est 
baignée ; il faut dans ce cas, faire souvent marcher 
les barrages afin que l’eau vienne successivement 
mouiller les diverses parties du pré; c'est à l’irrigateur 
à juger de la richesse des eaux, pour se fixer sur le 
temps qu’il doit les laisser à la même place. 

Si nous rentrons dans le cas ordinaire , c’est-à-dire 
des eaux simplement chargées d’alluvion, il faut ordi- 
nairement les laisser couler sept à huit jours au même 
endroit et alors on les change et on laisse respirer la 
partie qui vient d'être irrigée. 

- Tant que les eaux coulent en petite quantité, la 
besogne de l’irrigateur est assez simple, mais aussitôt 
qu'elles deviennent abondantes il ne doit plus avoir 
un instant de repos; qu'il pleuve, qu’il vente ou qu'il 
tonne, sans cesse occupé à distribuer les eaux dans 
tous les canaux et dans plusieurs endroits d’un même 
canal, c’est à peine s’il a le temps d’aller prendre ses 
repas. Son fossoir sur l'épaule il doit sans cesse par- 
courir ses prés, visiter chaque canal en particulier, 
s'assurer que les barrages ne sont point encombrés de 
feuilles ou de bois mort et que. des dépôts ne se sont 
pas faits ; dans le cas où il y en auraït, les prendre et 
les jeter sur le pré ou bien les brouiller dans l’eau 
afin de les faire monter sur l'herbe. S'il voit que les 
eauxsont trop abondantes dans tel endroit, il doit fer- 
mer les vannes afin d’en modérer le cours. Si la des- 
cente des eaux dans les têtes d’eau est trop rapide, il 
doit l’entraver par des barrages ou des demi-barrages 
rapprochés les uns des autres. Si telle partie a reçu 


( 30 ) 


l’eau assez longtemps, il doit reculer les barrages pour 
la faire monter dans la partie la plus voisine. Si un 
endroit d’un canal n’a pas été bien dressé et laisse 
échapper l’eau, il prend une petite plisse et bouche le 
trou en la fixant au moyen d’un petit piquet. Si enfin 
il existe dans le pré une fosse à engrais, il doit y placer 
un homme qui s’y tienne constamment afin d'y enri- 
chir les eaux. En un mot l’irrigateur appréciateur de 
ceite précieuse industrie s’y donne entièrement et 
suit avec amour le travail d’alluvionage et d'engrais 
qui s'opère sous ses yeux, travail dont il est l’auteur 
et le modérateur. 

Dans tous les cas, mais principalement quand un 
pré reçoit peu d’eau, il faut tâcher d'enrichir cette der- 
nière de manière à compenser par là sa rareté natu- 
relle et le peu d’alluvion qu'elle déposera. Pour cela 
faire, à l'endroit où les eaux entrent dans le pré on 
creuse une fosse de 4 mètres carrés plus ou moins sur 
cinquante centimètres de profondeur et l’on y dépose 
l’engrais dont on veut se servir. Cet engrais peut être 
de différentes natures, mais il n'y en a pas de meilleur 
que le purin c’est-à-dire le jus des étables ou du fumier; 
ce jus recueilli et mis en barriques peut être conduit 
dans le pré roulé jusqu'à la fosse et versé dedans au 
moment où les eaux coulent. 

A défaut de purin il faut ramasser la fieñte des bœufs 
ou des vaches et la conduire dans la fosse à mesure 
qu’elle se produit, la laissant là ou dans un endroit 
voisin jusqu’au moment où les eaux arriveront. Parmi 
les engrais les plus riches, je citerai encore les détritus 
bumains , le guano et la colombine ; toutes ces subs- 
tances se dissolvent très bien dans l’eau et sont facile- 
ment charroyées par elles. 


(31) 

Comme les fermes ne sont en général guères à même 
d’avoir autre chose que du purin et de la fiente, je 
ferai observer qu’il faut que celte dernière soit recueillie 
sans paille sans quoi les eaux ne s’enrichiraient pas, 
la paille empêchant les parties les plus riches de s’en 
aller au courant. C’est donc la fiente pure qu'il faut 
ramasser, celte fiente peut être même réduite en 
poudrette et par là même rendue plus facile à trans- 
porter au lieu de l'irrigation. 

Quant à la manière dont les canaux aboutissent à 
la fosse, nous ferons remarquer qu'en général cette 
dernière se trouvant la plus profonde, le niveau des 
canaux ne viendra qu'à moitié de sa hauteur, en 
d’autres termes, il faudra que la fosse soit à moitié 
remplie pour que l’eau commence à entrer dans les 
canaux. 

Cette disposition présente du reste un avantage , 
attendu qu'elle permet. de brasser avec un ringard 
l’engrais dans l’eau courante et de le mettre ainsi en 
dissolution ou en suspension. 

J'ai dit que l’irrigateur devait sans cesse visiter les 
canaux , mais il ne doit point oublier dans sa sollici- 
tude tous les fossés afférents ; la propreté de leur fond 
et de leurs bords est une chose indispensable, sous 
peine de les voir se remplir de toute l’alluvion que 
charroyent les eaux ; c’est un point bien essentiel et 
sur lequel on ne peut trop insister. 

Dans certains cas, les fossés voisins des prés peuvent 
servir de fosses pour l'enrichissement des caux , mais 
en général, les fosses sont préférables par cette rai- 
son que leur profondeur est petite, et que leurs bords 
sont d'ordinaire bien plus accessibles. Je conseille 
donc toujours les fosses. 


(32) 


Après les eaux de novembre, ce sont celles de fé- 
vrier qu’on préfère; on a remarqué effectivement que 
si celles de novembre enrichissent les prés et rechaus- 
sent l'herbe, celles de février donne le branle à la 
végétation. Ces eaux sont en général écumeuses , 
sans doute par suite de la grande quantité de chaux 
ou d’alumine qui s’y trouve en dissolution et qui 
leur donne probablement un petit caractère saponi- 
forme. Toutefois, ces eaux ne doivent être admises 
que s’il ne gèle pas, à ce sujet voici la règle. 

Tant qu'il ne gèle point de manière à durcir la 
terre, on peut continuer l'irrigation ; mais sitôt que 
la terre gèle , il y aurait à craindre que l’eau aussi ne 
gelât la racine de l’herbe et ne la fit périr. Il faut donc 
couper les eaux le soir si l’on craint qu'il ne gèle 
dans la nuit assez fort pour durcir la terre. Si ce ne 
sont que des gelées blanches, il n’y a pas de risques 
à courir en général, et l’on peut laisser couler les 
eaux. Je n’ai pas besoin d'ajouter que tant que la 
terre est gelée , il ne faut jamais mettre l’eau dessus, 
mais ce qu'il est utile de dire, c’est que quand même 
il dégèle , il ne faut pas se hâter de reprendre l’irriga- 
tion , il faut attendre pour cela que la terre soit en- 
tièrement dégelée, ce qui n’a lieu, comme on sait, 
qu’au bout de plusieurs jours ; sans cette précaution 
l'eau en arrivant à la couche inférieure encore gelée, 
s’y gélerait aussi par le contact et ferait geler la racine. 

Il faut donc attendre, pour reprendre l'irrigation 
après une gelée , que le dégel soit complet. 

Si j'ai signalé le moyen d'enrichir les eaux, je dois 
signaler aussi ce qui peut les rendre’ pernicieuses à 
la végétation. 


(3) 


On a remarqué que les eaux qui ont traversé des 
forêts de chênes font dépérir l'herbe. Ces eaux con- 
tractent à ce qu’il parait, par le contact de ces ar- 
bres, une qualité qui les rend nuisibles. Serait-ce à 
la présence du tannin qu'elles doivent cette propriété 
délétère? Je ne saurais l'affirmer, mais je crois pou- 
voir assurer que le fait est réel, l'ayant éprouvé dans 
une circonstance qui m'a semblé concluante. Ce que 
j'assure encore, c’est que la tradition des irrigateurs 
est de se défier du chêne ct de sa feuille. Si donc il 
tombe de ces feuilles dans un pré, il faut avoir soin 
de le faire ratisser ou balayer avant l'époque de l’irri- 
gation, d'abord par la raison que nous venons de dire 
et, en second lieu, parce qu'elles apportent un grand 
obstacle au libre cours des eaux en encombrant les 
canaux. 

J'ai dit que l'irrigation commençait environ au mois 
de novembre, et en cela j'ai voulu parler de celle qui 
dure tout l'hiver, mais il vient parfois en été des 
orages tels, que les eaux courent à plein fossés, et 
il faut alors ne pas manquer d’en profiter. 

Quant à l’époque où se termine l’irrigalion , c’est 
à peu près celle à laquelle fleurit le prunier; ce qui 
reporte au commencement d'avril. 

En général , aussitôt que l'herbe a atteint un de- 
cimètre ou 15 centimères de hauteur, il ne faut plus 
guère mettre les caux dedans, elles ne feraient plus 
que la salir et la faire pourrir par le pied. Sil'irrigation 
a été bien faite l'hiver, l'herbe n'aura plus besoin de 
ces dernières eaux pour pousser vigoureusement. 

Il ÿ a une autre raison à cela, on dit en général que 
les eaux d'avril sont froides et l’on a raison en ce sens 


3 


(34) 


qu'ayant traversé une couche de terrain non encore 
échauffée par le soleil du printemps, elles viennent 
plutôt refroidir le pied de l'herbe et entraver le mou- 
vement de la sève qu'elles ne le favorisent, arrivant 
sur une surface plus échauffée qu’elles. Il faut donc 
supprimer les eaux de bonne heure. 

Il existe encore un autre cas où l’on doit arrêter 
l'irrigation d’un pré, et celui là j'en ai vu plusieurs 
exemples, c'est celui où le dépôt alluvial est assez 
considérable pour faire craindre de voir périr l'herbe 
si l'on continuait plus longtemps à le faire opérer. En 
général quand le dépôt est tel qu'on voit disparaitre 
le cœur de l'herbe, il faut arrêter et ne plus remettre 
les eaux sur cette partie de toute la saison. 

L'eau courant d'autant mieux sur un pré que sa 
surface est plus unie, il faut éviter tout ce qui pour- 
rait y créer des cavités, et par conséquent entraver le 
cours de l'irrigation, aussi doit on cesser de mettre les 
animaux dans les prés et doit-on s’abstenir d'y faire 
entrer des charrettes aussitôt qu’ils sont ramollis. Rien 
en effet de plus mauvais, de plus contraire à la bonne 
irrigation, que cette multitude de creux et bosses 
qu'on voit dans nombre de prés et qui ne sont que le 
fait du piétinement des animaux ou du passage des 
charrettes. 

Il faudra donc comme règle, établir qu’à partir de 
la Toussaint on ne mettra plus les animaux dans les 
prés ; il peut y avoir des exceplions mais elles sont 
assez rares. 

Certains irrigateurs des Vosges ne mettent jamais 
les bestiaux dans les prés; ils prétendent qu’en laissant 
acquérir à l'herbe une cerlaine longueur avant l'hiver, 


(35) 
clle se présente au printemps avec une puissance 
végétative capable de compenser et au-delà, en foin, 
le regain que les animaux auraient pu couper, bien 
entendu dans le cas seulement où ce regain ne serait 
point considérable par sa longueur. 

Indépendamment des inégalités que nous venons de 
signaler et qui proviennent du piétinement des ani- 
maux, il peut se rencontrer dans les prés des buttes 
sur lesquelles il soit impossible de faire monter l’eau, 
dans ce cas il faudrait les faire disparaitre. Pour cela 
on attend que la terre soit humectée (vers le mois d'oc- 
tobre), l’on coupe alors le gazon de la butte en mor- 
ceaux de 25 centimètres carrés, au moyen de la hache 
et du cordeau , on léve toutes les plisses de gazon au 
moyen du fossoir, on les met de côté, on enlève en- 
suite toute la terre de la butte, qu'on fait servir à 
combler des creux là où il y en a, puis on repose tous 
les gazons auprès les uns des autres de manière à les 
raccorder de niveau avec le pré et tous ces gazons un 
mois après sont repris. Rien de plus facile et de plus 
admirable que cette planification des prés. Si la butte 
occupait une trop grande surface, l'usage de la charrue 
pourrait devenir nécessaire. 

Dans le cas où il existerait dans un pré une grande 
quantité de petites inégalités de terrain provenant du 
piétinement des animaux, il faudrait pour les faire 
disparaître attendre que les prés soient bien ramollis 
et prendre alors une espéce de mariée comme celle 
qui sert à enfoncer les pavés (mais moins lourde), 
et frapper sur la tête des éminences qui, se trouvant 
refoulées, comblent les creux et rétablissent la surface 
du pré dans un état bien suffisant pour que les eaux 
y courent. 


( 36 ) 

Il peut se faire qu'un pré soit trop baigné par les 

eaux, que ses parties les plus basses étant peu incli- 
nées, elles y séjournent trop longtemps, que par suite 
de ce défaut les plantes aquatiques s’y soient dévelop- 
pées et aient réduit cette partie du pré à un véritable 
marais. Dans ce cas là il n’y a pas à balancer, il faut 
ouvrir un canal d'assainissement qui débarrasse le pré 
de ces eaux stagnanties. 
* Ce canal devra naturellement occuper la partie la 
plus basse du pré, être en ligne droite ou composé 
de lignes droites et à l'inverse des canaux d'irrigation, 
être plus étroit à sa tête qu'à sa queue, par cette raison 
que plus il va plus il reçoit d’eau, tandis que le canal 
d'irrigation , plus il va moins il a d’eau à porter. 

L'effet immédiat de ce canal d'assainissement sera 
de faire disparaître les mauvaises herbes qui, ne trou- 
vant plus leur fraîcheur accoutumée, dépériront à 
vue d'œil, et si l'irrigation y est bien conduite , on 
verra naître en place de jonc de l'herbe de la meil- 
leure qualité. Qu'on me permette à ce sujet de racon. 
ter une anecdote qui pourra mettre en relief ce que 
je viens d'avancer. 

M. Buffet, père de l’ancien ministre, un des grands 
propriétaires et irrigateurs du département des Vos- 
ges, fut un jour visiter le pré d’un de ses amis, pré 
que les eaux stagnantes avaient réduit à un état dé- 
plorable : — « Voilà un pré bien malade, » dit M. Buf- 
fet.— Hélas ! oui, reprit le propriétaire, son ami, et je 
voudrais bien savoir ce qu'il faudrait pour le guérir. — 
Ce qui lui faut , dit alors M. Buffet , c’est de l’eau. — 
Comment de l’eau? il en a déjà trop.—Oui, ilena trop, 
mais il n’en a pas assez.—Enfin, pour faire cesser ce 


(37) 


jeu de mots et prouver qu'il avait raison, M. Buffet 
fit ouvrir une saignée dans le fond du pré, le débar- 
rassa ainsi de ses eaux stagnantes, fit établir dans 
toute la partie supérieure un système de canaux irri- 
gateurs capables de répandre le bienfaisant limon sur 
cette terre désolée par le jonc et la ganche, et quel- 
ques années après, le pré débarrassé de tous ses pa- 
rasites , donnait du foin de première qualité. 

Ainsi donc, voici la règle en bonne irrigation : 
1° Que jamais les eaux ne séjournent ; 

2% Qu'elles ne passent point trop vite sur le pré parce 
qu'alors, au lieu de déposer du limon, elles dé- 
chausseraient l'herbe ; 

3° Que les eaux coulent doucement et qu'aussitôt 
qu'elles auront déposé leur limon, elles soient ex- 
pulsées hors du pré par des canaux disposés à cet . 
effet. Avec ces conditions l’on ne peut manquer 
d'obtenir d'excellents résultats. 

J'ai déjà parlé de la nécessité d'entretenir les fossés 
qui portent les eaux dans un grand état de propreté, 
j'ajouterai qu'il sera de toute nécessité d'y établir 
quelques vannes qui permettent de modérer la quan- 
tité d’eau admise sur les prés, de l’augmenter ou de 
la supprimer tout-à fait pour en faire profiter un autre 
pré. 

Ces vannes peuvent s'établir à peu de frais. On 
plante dans les talus du fossé deux forts pieux de 5 à 
6 pouces de diamètre, et de 5 pieds de longueur 
environ ; on a eu soin, avant de les enfoncer, d'y faire 
une rainure, c'est dans cette rainure que glisse la 
vanne. Celle-ci porte à sa partie supérieure une. tête 
percée de plusieurs trous dans lesquels se place une 


(38 ) 


cheville qui, reposant sur une traverse, tient la vanne 
soulevée à la hauteur qu’on veut. On a soin de garnir 
avec des plisses d’herbe la partie laissée vide par les 
pieux entre eux et le talus du fossé. 

Ces vannes qu'on peut établir avec les ressources 
de la campagne, durent encore plusieurs années 
avant d’avoir besoin de réparations. 

Un soin qu'il faut avoir en établissant l'irrigation 
d'un pré, c’est de disposer les fossés qui le dominent 
de manière à ce que les eaux n’y séjournent pas quand 
l'irrigation sera finie. Faute de se conformer à cette 
prescription , on voit le jonc naître et s’entretenir dans 
les parties du pré plus basses que le fond de ces fossés. 
Cela vient de ce qu’il se fait une infiltration lente de 
ces eaux, qui entretient fraiche la racine des joncs 
et leur donne toute la vigueur nécessaire pour se 
développer. 

Certains cultivateurs croient faire une bonne spé- 
culation en laissant ainsi séjourner de l’eau dans les 
parties supérieures du pré, ils disent que cela tient 
le terrain frais, ils ont raison, mais de cette fraicheur 
c’est le jonc qui profite. 

La seule chose qu'on puisse et qu’on doive faire au 
moment où l’on supprime les eaux définitivement, 
c’est de remplir les canaux d'irrigation et de les laisser 
ainsi pleins, entretenir Ia fraicheur autour d'eux. 
L'eau qui s’y trouve sera bientôt dissipée soit par 
l'évaporation, soit par l’infiltration, et l'herbe seule 
en aura profité sans donner le temps aux jones d'y 
trouver un aliment de propagation. 

Je terminerai cette notice, incomplète sans doute, 
sur l'irrigation des Vosges, en déclarant que l'ayant 


(39) 


mise à exécution sur ma propriété de la Meignanne, 
j'en ai recueilli des résultats si avantageux qu’aujour- 
d'hui, après trois ans de soins, j'ai vu quelques uns 
de mes prés presque doubler de valeur et tous très 
notablement améliorés. Je sais que plusieurs autres 
propriétaires de l’Anjou, ont fait également irriguer 
leurs prairies, et je ne doute pas qu'avec de la persé- 
vérance on ne parvienne à vulgariser une industrie 
si facile à pratiquer et surlout si profitable. 

M. Pineau, ingénieur agricole et expert de notre 
ville, vient d’être chargé par la Société industrielle, 
de faire un rapport sur l’état des irrigations dans notre 
département, et je pense que le résultat de ses 
recherches ne fera que corroborer la confiance où je 
suis et justifier le sentiment qui m'a fait entreprendre 
cette petite notice. 1 


DE JoANNis. 


—— ss» 0 00 s— 


( 40 ) 


A M. BERAUD,. 


Conseiller à la Cour d’appel et Secrétaire-général de la Société d’agriculture, 
sciences et arts d'Angers, membre de la Légion-d’Honneur. 


AGATHOCLES. 


—,—— 


Entre le temps où vivait Dumnacus (48 ans avant 
Jésus-Christ) et le milieu du IV: siècle de notre ère, 
c'est-à-dire dans ce que nous appelons la période 
gallo-romaine, l’histoire proprement dite ne nous a 
conservé pour l’Anjou, je ne dirai pas aucun souvenir 
d'homme célèbre, mais même aucun nom; aussi, 
afin d’en ressusciter plusieurs, sommes-nous obligés 
d’avoir recours aux monuments lapidaires rencontrés 
le plus souvent dans les fondations de l’enceinte im- 
briquée qui environne ce que npus nommons à Angers 
la Cité; encore ces monumenis sont-ils fort rares 
et très mutilés; ils accusent une haute antiquité, 
puisqu'il est généralement reçu qu'ils appartiennent 
à ces sortes d’enfouissements qui ont été pratiqués 
sous les murailles des anciennes villes gauloises de la 
fin du IIIe siècle au commencement du Ve. Beaucoup 
de ces monuments, trouvés ainsi dans les Gaules, sont 


( 4m) 

des tombeaux, des stèles, des cippes autrefois placés 
sur des fosses cinéraires, le long de certaines voies 
publiques, et plus ordinairement au milieu des cime- 
tières primitifs : et par exemple il n’est plus douteux 
pour nous que la plupart des épitaphes dont nous 
allons vous entretenir ne provinssent avant leur en- 
fouissement sous les murs de la Cité, du cimetière 
gallo-romain qu’en 1848 et 1849 les travaux de la gare 
du chemin de fer ont fait découvrir à Angers. 

Quoiqu'il en soit, il est incontestable qu'un certain 
nombre d'étrangers d’origine romaine et même grec- 
que, ont habité notre ville durant les quatre pre- 
miers siècles. 

Agathoclés et Epicarpia sont bien assurément des 
noms grecs, et nous les lisons sur une pierre tombale 
en tuf aujourd’hui déposée au musée Toussaint. Nous 
ne répéterons pas ce qui a été écrit sur cette épitaphe 
dans l’Anjou et ses Monuments, tome I:', page 106, 
mais nous rectifierons l'interprétation que nous en 
avions donnée alors. Toutefois auparavant nous de- 
vons tracer ici les caractères romains tels qu’on peut 
les voir encore très-bien sur le monument même : 


D M 
AE :IAE EPICARPTAL 
: ON : VG : 
BEN: L.E SE MERITAE 
À : : : HOCLES 
AVG DISP. 


Donc, après avoir retourné cette inscription en tout 


(#2) 
sens , je me suis arrêté à la rétablir de la sorte : 


DIIS MANIBVS 
AELIAE EPICARPIAE 
CONJVGI 
BENE DE SE MERITAE 
AGATHOCLES 
AVGVSTI DISPENSATOR. 


Il suffit d'ouvrir Gruter pour savoir en effet, que 
les lettres D. M. signifient Dis manibus. 

Quant au nom d’œlia on le retrouve fréquemment 
dans les épitaphes romaines recueillies par le même 
auteur ; le mot de conjugi va tout seul, et pour ce qui 
est de la quatrième ligne, c’est une formule que l’on 
rencontre encore dans Gruter, et notamment à la 
page 596 : épitaphe de Julia pelagia. 

Agathoclès ne présente aucune difficulté, et il en 
est de même d’Augusti dispensator. En effet, nous 
trouvons toujours dans Gruter, sous le titre : Officiorum 
domus Augustæ et privatorum, beaucoup d'inscrip- 
tions, pages 596 et 597, portant les mots de Augusti 
dispensator. C'était une charge dans la maison de 
l’empereur, correspondant à celle d’intendant, d’éco- 
nome, de trésorier ou de maître-d'hôtel. 

Ainsi donc on pourra traduire l’épitaphe en ques- 
ion ainsi qu'il suit : 

Aux dieux manes 
Agathoclès 
intendant d'Auguste, 

à Ælia Epicarpia , 
son épouse, 
qui a bien mérité de lui. 


(43) 


À ces noms d'origine romaine et grecque Ælia Epi- 
carpia, il faut joindre celui de Titus Flavius Asiaticus , 
affranchi d’Auguste, que nous lisons sur un granit 
déposé au jardin des plantes. 

Nous ne devons pas oublier non plus le nom de 
Martius Augustal, en l'honneur de qui, selon Bodin, 
la cité des Andes se serait imposée une contribution 
pour lui élever un monument dont nous avons la base 
au musée Toussaint. 

Sur d’autres épitaphes, depuis longtemps perdues 
ou égarées, mais dont la teneur a été recueillie par 
MM. Bodin , Berthe et Bellouard, on lisait les noms de 
Duronius Pilagus, de Dianta, de Ceionus Rufius, de 
Nervinus Centurio. 

La plupart de ces personnages avaient des fonc- 
tions : l’un était intendant d’Auguste, comme nous 
l'avons dit; l’autre, Titus Flavius, affranchi de Ves- 
pasien , de Tite ou de Domitien, avait fait la guerre 
en Asie (Asiaticus). 

Un troisième, Martius, était Augustale, c’est-à-dire 
officier chargé de combattre à la tête des contin- 
gents fournis par les provinces , ou prêtre ayant mis- 
sion d'honorer Auguste (1). 

Un quatrième, Nervinus, remplissait les fonctions 
de centurion (capitaine de cent hommes). 

Tous ces personnages, sans nul doute, ont habité 


(1) M. de Longperrier, directeur du musée du Louvre, dans sa 
visite à Angers, en avril 1852, nous déclara qu’il ne partageait 
pas l'avis de Bodin sur Martius; il prétend que l'inscription 
porte Marti, c’est-à-dire autel consacré à Mars; il prétend aussi 
que toutes ces inscriptions sont de la belle époque d’Auguste. 


(44) 
notre ville, et s'ils sont peu nombreux, ils suffisent 
du moins pour démontrer sans réplique , sa haute 
antiquité. Ils ont rempli une mission civilisatrice en 
nos murs, puisque l’un d’eux, Ceionius Rufius, y fit 
construire un cirque, comme le prouve l'inscription : 


C RVFIO CIRCV MI TV EXTR..... 


que l’on a traduit de la sorte : Circus Minerve tribuna 
urbano Ceionio (1) Rufio extructus; c’est-à-dire cirque 
de Minerve construit, Ceionius Rufius étant tribun de 
la ville. 

Où était ce cirque? Nous l’ignorons, car il ne faut 
pas confondre cetle espèce de monument avec les 
amphithéâtres en général, et notamment avec celui 
de Grohan. 

Par ces divers molifs nous ne devions, nous ne 
pouvions passer sous silence tous ces noms, d’une 
période peu connue, et néanmoins si pleine d'intérêt. 


V. GODARD-FAULTRIER. 


(1) Pour ce mot, voir Gruter , page 28, Evéché cc-2-26. 


(45) 


CONSIDÉRATIONS 


SUR 


L'ANTIQUE ORIGINE DU SYSTÈME HEBDOMADAIRE 


et sur la période Septenaire en général. 


La division du temps en espace de sept jours qui 
recommencent successivement, doit son origine, sui- 
vant toute probabilité, à la tradition précieuse de la 
création du monde telle qu’elle est relatéc dans les 
livres saints. Cette manière de compter est venue des 
Hébreux, auxquels il faut toujours remonter lorsqu'on 
veut avoir la vraie raison des choses instituées aux 
premiers âges de l'humanité. Les Hébreux ne don- 
naient pas de nom particulier aux six premiers jours 
de la semaine, mais au septième jour ils célébraient 
fidèlement le sabbat, c’est-à-dire le jour du repos (1), 
en mémoire de ce que Dicu avait cessé ce jour là 
l'œuvre admirable de la création. C'était ainsi un 
solennel et religieux hommage rendu au commande- 
ment divin qui s'était transmis successivement depuis 
Adam jusqu'à Moïse. Il est apparent que cet usage 


(1) On a reconnu que le mot Sabbat, er langue hébraïque, 
renferme les éléments graphiques et combinés des significations : 
Repos, Sept, et Célébration par des hommages. 


(46) 
consacré chez le peuple de Dieu, se répandit par son 
entremise providentielle chez tous les peuples primi- 
üfs. Mais ceux-ci s'étant éloignés peu à peu des tradi- 
tions sacrées, ne conservèrent que le fond primordial 
des idées religieuses et en altérèrent insensiblement 
toutes les formes. 

Nous avons été amené par nos recherches à remar- 
quer entre toutes les primitives Théogonies, de tels 
rapports et des analogies si intimes , qu’elles semblent 
dériver chacune d’une commune origine. Nous ajou- 
tons que, selon notre conviction, elles ne nous pa- 
raissent être toutes absolument que des déviations de 
la première révélation et de la seule vraie religion. IL 
est facile, en effet, de reconnaître qu'une image vague 
et altérée de la tradition sacrée, se retrouve dans les 
cosmogonies des divers peuples, on voit dans toutes 
se représenter à peu près les mêmes faits et en quelque 
sorte les mêmes divinités sous des noms différents ; 
Aussi presque toujours on distingue encore sous ces 
erreurs et ces abus multiples l'empreinte auguste des 
vérités primordiales. Cependant au milieu de toutes les 
aberrations qui, à l’appel des passions et des préjugés, 
surgirent de cette déviation de la source originelle et 
après cet oubli général de la révélation divine qui 
suivit l'accroissement et la dispersion des familles 
humaines, la tradition hébraïque seule se conserva 
pure, seule elle concorda et elle n’a cessé de concorder 
avec les circonstances phénoménales du monde phy- 
sique et avec les destinées promises à l'humanité. 
Car l’œuvre de Moïse est et demeurera toujours au 
sommet de toutes les traditions antiques, par la raison 
qu'elle est la seule d'institution divine et que son droit 


(47) 
d’ainesse vient d'origine céleste. Aussi lorsqu'à une 
époque de dissolution morale universelle , le Rédemp- 
teur parut pour régénérer le monde, sa venue coïncida 
avec toules les prophélies qui l'avaient annoncé dans 
les saintes écritures et même dans les croyances de la 
Gentilité (1), son passage sur la terre fut signalé par 


(1) Nous croyons pouvoir citer parmi ces prophéties chez les 
paiëns, celle que Virgile rappelle dans ces vers si connus et si 
célèbres : 


Jam nova progenies cœlo dimittitur alto. 
Ultima Cumæt venit jam carmintis ætas. 
Jam redit et virgo redeunt saturnia regna, ctc., ctc. 


Un rejeton nouveau nous est envoyé du haut des cieux; il 
» arrive maintenant ce dernier âge prédit, par la sibylle de 
» Cumes, maintenant reparaît avec la vierge le règne fortuné 
» de Saturne. » 


IL est évident par ce passage que du temps de Virgile les 
païens croyaient à l'avènement d’un roi sauveur, d’un roi tout 
puissant, régénérateur de l’humanité, et que cette croyance 
était appuyée sur les oracles de la sybille de Cumes. Selon notre 
conviction , les sybilles avaient chez les Gentils, par un dessein 
providentiel, une mission analogue et parallèle à celle des pro- 
phètes chez les Juifs. Aussi tous les anciens pères, reconnaissant 
Vinspiration des livres sybillins, en ont pris acte contre les 
païens eux-mêmes, et leur ont prouvé que la venue du Rédemp- 
teur avait été annoncée par ces oracles, ce qui avait sa juste 
raison: d'être, puisque Jésus-Christ arrivait pour accomplir la 
rédemption du monde entier. — Eusèbe nous apprend que les 
vers de Virgile ainsi que l’oracle de Ja sybille de Cumes furent 
lus solennellement au concile de Nicée. Cette sybille avait écrit : 
« Humble en tout le fils de Dieu choisira pour mère une vierge 
» chaste. » L'église, conformément à ces précédents, norme 
les sybilles dans ses chants et a permis que leurs images fussent 
reproduites dans ses temples et jusque dans l'intérieur du Va- 
tican: On les voit aussi représentées dans les sculptures admi- 
rables qui forment l’ornement extérieur de la chapelle de Notre- 
Dame de Lorette. 


2 


(48) 


des bienfaits et par des miracles sans exemple , sa 
mort et sa résurrection furent accompagnées et suivies 
de prodiges inouïs (1). 

(1) Personne n’ignore qu’à l'époque de la venue du Messie, les 
prophélies avaient cessé chez les Juifs depuis plusieurs siècles. 
On avait aussi remarqué dans la Gentilité, que vers le temps 
d'Auguste, les oracles avaient terminé leur ministère. En effet, 
au moment où le Verbe lui-même venait se manifester sur la 
terre et donner en personne la bonne nouvelle, il était juste et 
convenable que toute autre voix prophétique se tût. Lorsque 
l’œuvre du seigneur fut accomplie et que l’auguste sacrifice fut 
consommé, plusieurs miracles,onlesait, accompagnèrent ce grand 
acte qui fut aussi suivi de divers prodiges. Plutarque, dans son 
traité du silence des oracles, rapporte à ce sujet une histoire si 
remarquable, qu’elle peut naturellement trouver ici sa place. 

« Un pilote d’Ecypte, nommé Thamus, nous dit-il, setrouvant 

» un Soir avec son vaisseau, près de l’île de Paxos, dans la mer 
» Egée, le vent cessa tout à fait. Les gens du vaisseau étaient 
» très éveillés et passaient même le temps à se divertir, lorsque 
» tout à coup on entendit une voix qui appelait Thamus. Celui- 
» ci ne répondit pas, il se tut encore au second appel; mais au 
» troisième enfin , il demanda ce qu’on voulait de lui: c’est, ré- 
» pliqua la voix, d'annoncer aux habitants des Palodes, lorsque 
» vous y arriverez, que le grand Pan est mort. Le vaisseau étant 
» parvenu au lieu indiqué , Thamus se mit à crier de toute sa 
» force : le grand Pan est mort, Magnus Pan est mortuus. À 
» peine avait-il cessé qu'on entendit parmi les habitants et de 
» tous côtés, des gémissements et des lamentations, comme 
» provenant de personnes grandement surprises et affligées de 
» cette nouvelle. 
» Thamus, arrivé en Italie, raconta son histoire; le bruit de 
celte aventure se répandit à Rome et excita la curiosité de Ti- 
» bère. Cet empereur manda chez lui Thamus et quelques gens 
» de'son équipage : après s'être bien assuré du fair, il assembla 
» des, savants pour! apprendre qui était le .grand Pan dont on 
» annonçait si mystérieusement la mort. Ce conseil prononça que 
» c'était Pan, fils de Mercure et de Pénélope. » ( Plutarque de 
defectu oraculorum ). 

Le récit de ces navigateurs, qui a été consigné comme un füit 


» 


ÿ 


(49) 


Cette heure de rénovation et d'épuration fut donc 
entendue et comprise de tous les esprits qui avaient 
élé préparés par la foi primitive à la sublimité de la 
morale nouvelle et des dogmes ineffables qui venaient 
compléter le code divin. 

Toutefois si multipliées que fussent les altérations, 
qui avaient défiguré les doctrines primitives lors de la 
séparalion et de la dispersion des premières familles, 
le cadre hebdomadaire persista et servit à renfermer le 
tableau représentatif des grandes institutions sociales. 
Soulevons un peu le voile sous lequel les siècles le 
dérobent à nos yeux, car ce n'est souvent qu'à travers 
ce voile assez épais que nous apercevons la raison 
des noms imposés aux objets dès la plus haute anti- 
quité. Néanmoins si on examine les choses à l’aide 
d’une investigation opiniâtre et détaillée, on arrive à 


authentiqne dans les annales de l’empire romain, peut être le 
sujet de sérieuses méditations. Il offre à l'esprit investigateur 
une voie de corrélation évidente entre les desseins providentiels 
suivis parallèlement d'une part. envers les Israélites et de l’autre 
envers les Gentils, car tout était coordonné et conduit vers le 
même but par la main de Dieu. 

Eusèbe et plusieurs autres éminents docteurs ont accueilli le 
récit de Thamus en témoignage que la mort de notre seigneur 
Jésus-Christ avait été annoncée dans certaines contrées comme 
étant la mort du Grand Tout ou du Grand Pan, et ils pensent 
que’ces prodiges sont arrivés sous le règne de Tibère, expressé- 
ment pour accompagner, honorer et illustrer la mort du Sei- 
gueur qui était pour le monde entier le signal d'une ère nouvelle. 
Il est opportun de rappeler! ici qu’à cette époque , dans la 
croyance commune des païens, Pan représentait un Dieu su- 
prême, Créateur ct Roi du monde, identique à l’universalité des 
Etres. En un mot, le culte du dieu Pan n’était autre que le Culte 
du Grand Tout. 


4 


(55) 


découvrir dans leur dénomination même, l'explication 
de leur essence primilive , parce que c’est ordinaire- 
menti la propriété des mots qui caractérisent les défini- 
tions; ainsi dans la question actuelle, les philologues 
et les linguistes qui ont dirigé leurs recherches sur 
la variété des idiomes qui succédèrent à la rupture 
soudaine de l'unité du langage primitif, après la dis- 
persion générale des hommes sur la surface du globe, 
ont retrouvé le sens précis de l’idée -figurée par la dé- 
nomination des jours de la semaine, dans les racines 
et l'anatomie de ces idiomes légataires immédiats de 
la langue mère et parmi lesquels on peut classer en 
première ligne , l’'Hébreu , le Sanscrit , le Celtique, le 
Teuton, et l’ancien Grec (1). Il faut remarquer ici que 
la semaine, chez un grand nombre de ces anciens 
peuples, commençait le samedi et finissait le ven- 
dredi (2). Cet ordre, du reste, est encore en usage 
chez divers peuples de l'Orient. Maintenant si nous 
voulons remonter à l’origine des noms appliqués aux 
jours de la semaine, nous devons nécessairement 


(1) L’affinité de la langue Celtique avec le sanscrit a été prou- 
vée de la manière la plus évidente dans un savant mémoire de 
M. Piclet, couronné, il y a peu, par l’Académie des inscriptions. 
Le Celtique offre aussi une analogie remarquable avec l'Hébreu, le 
Grec et le Latin. 

(2) Bailly (Astronomie ancienne, p. 409,) eite un bronze, pour 
constater que les Égyptiens commençaient leur semaine par le 
samedi. « Les Egyptiens, y dit-il, commençaient donc la semaine 
» lesamedi, au contraire des Hébreux qui la finissaient par ce 
» jour-là. » 

Rudbeck fait remarquer aussi que les Scythes, les Celles, et 
conséquemment nos aïeux, commençaient de même leur semaine 
par le samedi. 


(51) 


recourir à la signification littérale, au sens précis du 
nom que chacun de ces jours a primitivement reçu. 
Il ne faut point oublier, nous le répétons, que dans la 
haute antiquité le nom avait toujours un rapport direct, 
une sorte d’adhérence similaire ou représentative 
avec la chose désignée. Ainsi l’on a reconnu, par l’ana- 
lyse du nom primitif, que le premier jour, samedi, 
dans la langue de ces peuples, signifiait expressément 
jour de semailles, c’est-à-dire, en d’autres termes, 
que ce jour était consacré à l’agricullure, qui est la 
principale base de toute société et en même temps la 
source intarissable qui fournit aux premiers besoins 
de l’homme. C’est pourquoi plus tard les Latins, en 
adoptant la signification du mot et l'emploi du jour, 
le désignèrent sous le nom de jour de Saturne, Dies 
Saturni. On sait que Saturne était pour eux le Dieu 
de l’agriculture. 

Avant de poursuivre le rapport de l’attribut des jours 
suivants avec leur dénomination figurée, il nous 
semble opportun de faire observer ici, que, dans chaque 
nom des sept jours de la semaine, la syllabe di se 
retrouve à la fin des six premiers et au commence- 
ment du septième, cette syllabe di est la contrac- 
üon (1), l'abréviation du mot latin Dies. Aïnsi par 


(1) Nous avons un autre exemple de cette dénomination con- 
tractive dans le mot latin cadaver qui dérive de caro data ver- 
mibus, chair abandonnée aux vers. La même application peut 
être faite à oratio, formé de os et de ratio, bouche et raison, 
c’est-à-dire raison parlée. — On trouve dans la langue française 
une multitude d'exemples de ces mots composés qui portent en 
eux leur extrait de naïssance. Mais plus on remonte vers cestemps 
primitifs qui virent la formation des langues, plus on trouve 


(52) 


exemple l'on prononce lundi, lunæ dies, jour de la 
lune, etc., etc. Dans la langue d’oc on énonce, au 
contraire, ces mêmes jours avec la syllabe di au com- 
mencement, c'est-à-dire que l'on prononce dilun, 
dimars, dimercre, dijov, divendre, dissate, diminché, 
pour lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, 
dimanche ; ce qui conserve plus régulièrement et 
sans inversion la construction de la racine étymolo- 
gique. à 

Nous venons de voir que le premier jour, samedi, 
était, chez les peuples primitifs, consacré à l’agricul- 
ture, en poursuivant l'ordre qui présidait à la création 
de ces dénominations typiques appropriées à l’objet 
désigné, nous trouvons le deuxième jour. aujourd’hui 
dimanche, consacré au soleil qui fait naître tous les 
fruits et qui est d’un secours indispensable à toutes 
les conditions de l’agricullure. Plus tard aussi, par 
une même conséquence, les Latins l’appelèrent Dies 
Solis, Jour du Soleil. Saint Justin qui vivait au 
Ile siècle de l’ère chétienne disait encore dans sa 
première apologie : « Le jour du Soleil, tous ceux qui 
» demeurent à la ville comme à la campagne s’as- 
» semblent en un même lieu. On lit les saintes écri- 


d'énergie intrinsèque dans la construction des mots qui étaient 
alors, comme nous l'avons remarqué, non seulement le signe de 
l’idée, mais pour ainsi dire l'idée elle-même ; on y sentait encore 
le souffle du principe générateur. 

Platon avait déjà fait entrevoir ce privilége des peuples primi- 
tifs sans pouvoir pourtant en déterminer la cause. « Tout homme 
» intelligent, dit-il, doit de grandes louanges à l’antiquité pour 
» le grand nombre de mots heureux et naturels qu’elle a impo- 
» sés aux choses. » (Platon, de Lez. VI.) 


(53). 


» tures; un ancien (un prêtre) exhorte ensuite le 
» peuple à imiter, de si beaux exemples; puis nous 
» nous levons tous, nous prions de nouveau . . , .. 
Dre «(5 à Si nous nous réunissons ainsi le jour du 
» Soleil, c’est que Dieu commença la création du 
» monde ce jour-là, et que son fils ressuscita à pareil 
» jour pour confirmer à ses disciples la doctrine que 
» NOUS VOUS avons exposée. » 

Suivant le même ordre d'idées, le troisième jour fut 
consacré à la lune, qui influe aussi sur la végétation 
et dont les agriculteurs ne manquent pas de consulter 
les phases pour les différents genres de culture. L’ex- 
trême importance que l’on attribuait à l’agriculture, 
dans les premiers âges du monde, doit faire comprendre 
avec quel soin on la mettait en correspondance inces- 
sante avec les deux astres lutélaires qui la favorisent. 
Les Latins firent de ce jour leur Dies Lune, jour de la 
Lune. 

Le quatrième jour, mardi, était consacré à la Justice. 
Le nom qu'il reçut signifiait littéralement jour de 
plaids. Il fallait, en effet, que la protection des lois 
vint en aide à l’action fécondante du ciel, en mettant 
à l'abri de toule violence ou rapacité les fruits que les 
labeurs de l’homme avaient préparés. C’est conformé- 
ment à ces principes que les Latins , ultérieurement, 
en firent le jour de Mars, qui dès l’origine était l’em- 
blême de l'administration de la Justice, comme il 
ressort du mot grec Arès, nom qui était donné à 
Mars et qui servit à désigner le tribunal le plus célèbre, 
l’Aréopage, mot formé de Arès, Mars, et de Pagos, 
champ ou colline, et qui signifie ainsi littéralement 
champ ou colline de Mars. D'où il suit que l’Aréopage 


(54) 


étant ainsi mis sous le patronage de Mars: il est clair 
que dans le principe, Mars a été considéré comme la 
divinité tutélaire de la Justice. On sait, en outre, que 
Mars a été invoqué aussi comme le Dieu de la guerre ; 
toutefois, la guerre entre les nations ne diffère des 
procès entre particuliers que parce que la querelle 
est plus solennelle et plus intéressante, mais celui 
que l’on faisait présider à ces grands démélés na- 
tionaux , devait à plus forte raison être considéré 
comme l'arbitre des dissentions privées. Ce fut à ce 
point de vue que les Latins trouvant dans la dénomi- 
nation généalogique du mot les attributs de la Justice, 
consacrèrent ce jour à Mars et en firent leur Dies 
Martis. 

Mais tous les besoins de l’homme ne sont pas com- 
plétement satisfaits par les produits de l’agriculture ; 
c’est à l’aide des arts et du commerce qu'il parvient 
à pourvoir à ce surcroît de nécessités matérielles 
recherchées en tout temps, et dont une civilisation 
avancée multiplie les objets et recule les bornes (1). 
C’est pour cette raison que dans l’ordre des institutions 
primitives, le cinquième jour, mercredi, reçut d’abord 
un nom typique représentant les bienfaits du com- 
merce et des arts. Les Latins aussi, en continuant à 


(1) Timagène nous dit qu’il s’opéra, il y a déjà trois mille cinq 
cents ans, un mouvement d’Asie sur toutes les côtes de la Médi- 
terranée jusqu’à Gadès (Cadix). Le besoin commercial mit cette 
population asiatique à la recherche de nouvelles contrées pour y 
trafiquer de résine, de poudre d’or, de fer et d’argent, dont les 
Pyrénées étaient si riches. Alors aussi les Vénètes faisaient un 
commerce de perles, d’étain et de plomb, qu’ils transportaient en 
traversant toute la Celtique et les Alpes, jusqu’en Italie. 


(55) 


se conformer à ce système primordial, nommèrent 
ce jour Dies Mercurü, jour de Mercure, qui était chez 
eux le Dieu du commerce et des arts. 

Après avoir ainsi solennisé l’agriculture el ses tuté- 
laires agents célestes, le commerce et les arts qui 
fournissent aux besoins généraux des hommes; après 
avoir célébré la Justice qui est la puissante égide éta- 
blie pour maintenir l’ordre et la paix publique, et pour 
garantir la société de l'effet des mauvaises passions 
et des instincts brutaux, il fallait aviser à fortifier et 
à cimenter les bienfaits de ces institutions par un 
principe supérieur. Il était alors tout naturel de cou- 
ronner cette sorte de code hebdomadaire en s’adres- 
sant à la Providence, pour lui rendre le culte qui lui 
est dû et pour soumettre tout à ses lois et à sa volonté 
souveraine: c'est le but qu'on voulut atteindre en 
formulant le nom du sixième jour en type religieux. 
Les Latins retrouvant dans le nom appellatif de ce 
jour ce type caractéristique, n’eurent pas de meilleur 
moyen de le solenniser qu’en le consacrant à Jupiter 
et en lui donnant le nom de Dies Jovis. 

- Nous devons faire remarquer ici que primitivement 
on disait Jov, qu'on joignait à un autre nom; ainsi 
on disait Jov Ammon, Dieu Ammon; puis Jov Piter , 
Dieu père; puis Jupiter, Jovis; Jupiter, en un mot, 
n'est qu'un dérivé de Jehova; cette opinion généalo- 
gique, sur la dénomination mythologique, est aujour- 
d'hui généralement reconnue et adoptée. 

* Dans la pensée des peuples primitifs , les noms des 
cinq premiers jours ayant porté en eux-mêmes la 
formule expressive et représentative des travaux agri- 
coles , des soins et des devoirs d'obligation civile et le 


(56 ) 

nom du sixième renfermant dans les monosyllables 
qui le composent un sens de culte religieux; il restait 
à doter le septième, ce septième jour fut déclaré jour 
libre, c'est là la qualité distinctive et littérale du nom 
par lequel ce jour fut d’abord désigné. Toutes ces in- 
terprétations fondées sur la racine des premiers noms 
qui répondaient exactement à la signification des 
choses, sont conformes à l'opinion des linguistes qui 
ont fouillé dans les mystérieux langes des idiomes 
primitifs, successeurs immédiats de cette langue mère 
dont le berceau fut sarts nul doute dans la contrée que 
la Genèse indique avoir été habitée la première. C’est, 
pour le dire en passant, le profond sentiment de cette 
conviction qui a porté l’un des éloquents publicistes 
de notre époque à proférer celte assertion d’une noble 
et saisissante simplicité : « Les langues de l'Orient et 
» de l'Occident viennent de Dieu, les langues du Sud 
» et du Septenirion viennent de Dieu. » 

- Selon la loi des premiers instituteurs des peuples en 
rapport avec la prescription divine, ce septième jour de- 
vrait donc être universellement libre et observé comme 
tel par les esclaves comme par les maîtres. C'était 
en sanctionnant cette sage disposition que la religion, 
souveraine législative, venait alors, comme toujours, 
au secours de la classe infortunée, elle protégeait les 
esclaves contre le despotisme des maîtres ; elle allé- 
geait ainsi le poids des misères humaines et adoucis- 
sait le frottement des inégalités sociales. Ces inéga- 
lités ont eu, de tout temps, leur raison d’être et leur 
secret dans la loi providentielle qui les régit et quiles 
a ordonnées dans des vues d'ordre actuel qui sont évi- 
dentes et avec des prévisions d'avenir qui nous sont 


(57) 

inconnues et cachées à cette heure, mais dont le voile 
sera levé. lorsque nous serons entrés dans de nouvelles 
conditions d'existence. 
. Cependant la corruption progressive des temps qui 
ne cesse d’envahir les choses les plus respectables 
porta bientôt atteinte à ces prudentes institutions qui 
par leur haut enseignement moral paraissaient s'être 
ressenties des émanations primordiales, mais qui 
bientôt durent subir les effets inévitables de la déché- 
ance. Ainsi le vendredi, qui dans le principe avait été 
consacré à un repos commémoralif et qui était à la 
fois un jour destiné à l'hommage religieux et à un 
honnête délassement, dégénéra peu à peu en jour de 
licence et de dissolution ; des orgies et des bacchanales 
prirent la place de ces fêtes fraternelles, humanitaires 
et religieuses. Ce fut aussi avec juste raison que les 
Latins nommèrent dies Veneris, jour de Vénus, ce jour 
qui avait été transformé de libre en licencieux. Le dé- 
sordre fut porté à un tel point que la nouvelle loi, en 
conservant l'institution divine de la semaine, a dû, à 
la fois dans un intérêt public et à un point de vue mo- 
ral et religieux faciles à comprendre, changer l’ordre 
des jours et déplacer le jour de repos en le consacrant 
au Seigneur comme il l’est de prescription céleste. 

Les Latins, d’où viennent les noms indicatifs que 
nous tenons d’eux et que nous avons conservés aux 
jours de la semaine, avaient donc tout simplement 
substitué au sens littéral de la dénomination première 
l'emblème mythologique, tel qu’il est encore exprimé 
de nos jours, bien que par l'idéal du sentiment nous 
puissions remonter , d’après les données précises 
fournies par l'anatomie de langage que je viens d’es- 


( 58 ) 


quisser, au vrai sens littéral primitif qui s’attachait à 
l'essence même des choses utiles, salutaires et reli- 
gieuses en elles-mêmes, mais qui furent ensuite per- 
sonnifiées et divinisées lorsque les traditions primor- 
diales qui reconnaissaient l’unité de Dieu s'altérèrent 
et s'éteignirent enfin dans les ténèbres du Poly- 
théisme. 

En terminant cette partie qui se rapporte à l’origine 
de la dénomination des jours de la semaine, nous de- 
vons faire remarquer ici qu'une opinion très répandue 
et professée surtout par les astronomes fait dériver des 
anciennes planètes la nomenclature des jours hebdo- 
madaires. Mais si nous voulons remarquer ce qui s’est 
passé dans les temps modernes où de nouvelles pla- 
nèles ont été successivément découvertes telles que 
Vesla, Junon, Cérès, Pallas , etc., etc., désignées sous 
le nom général de planètes astéroïdes ou télescopiques, 
nous pourrons avec juste raison en inférer par ana- 
logie que les anciennes planètes ne furent reconnues, 
observées et classées que l’une après l’autre et à des 
intervalles qu’on ne saurait évaluer positivement. 
Toujours est-il que les noms qui leur furent donnés 
appartiennent à la période Grecque et Romaine Le 
nom de planète lui-même vient d'un mot grec qui si- 
gnifie Errants. Or, est-il présumable que les hommes 
aient attendu ces observations astronomiques succes- 
sives et les noms qu’elles reçurent pour les appliquer 
aux jours de la semaine qui du reste ne sont point 
disposés selon l’ordre des anciennes planètes? Nous 
ne le pensons pas, et sans vouloir infirmer ou re- 
pousser d’une manière absolue cette opinion que nous 
tenons pour très douteuse et très contraire à l’ordre 


(59) 


naturel des choses, nous avons une inclinalion for- 
mellement prononcée à nous ranger à celle des phi- 
lologues et des linguistes dont les laborieuses re- 
cherches ont trouvé intrinsèquement dans la racine 
graphique et originelle du nom primitif des jours ; 
l'attribut moral et religieux de chacun d'eux qui fut 
ultérieurement transformé en un emblême mytho- 
logique correspondant au titre propre ou intrinsèque. 
Nous croyons aussi que, par une combinaison favo- 
rable, on fit une même application de cet emblême 
aux planètes découvertes, en reportant alors sur elles 
le nom mythologique assigné aux jours de la semaine. 
Il nous paraît donc que les planètes ne furent aïnsi di- 
vinisées qu'après que les jours l’eurent été en quelque 
sorte par le titre qui leur fut appliqué, et cela par la 
raison que les hommes durent s'occuper d’abord de 
ce qui les touchait davantage, de ce qui avait une né- 
cessité d'actualité, d'ordre et d'ensemble, que ne devait 
pas présenter de prime abord le systême planétaire 
qui n’a pu être observé, établi et classé que successi- 
vement et après un grand nombre de siècles (1). Ainsi 


(1) Nous croyons devoir faire remarquer ici que par une mé- 
thode analogue, ces douze signes du zodiaque , ont reçu chacun 
leur dénomination d’une image propre à avertir l’homme de ses 
devoirs périodiques dans chaque portion mensuelle ou trimes- 
trielle de l’année. Tous ces noms de signes sont montés de la 
terre au ciel par l'impulsion d’une astronomie pastorale qui écri- 
vait ses fastes annuels dans le firmament. Ces signes sont con- 
signés dans ces deux vers latins : 


Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo, Virgo, 
Libraque, Scorpius, Arcitenens, Caper, Amphora, Pisces. 


Le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, J’Écrevisse, le Lion, la 


(60) 


l’on sait que malgré tous les progrès de la science as- 
tronomique depuis ces temps reculés, on est encore 
en ce moment même en quête de découvertes nou- 
velles. En outre, comme nous l’avons déjà remarqué, 
on n'a nullement suivi dans la nomenclature des jours 
l’ordre planétaire , puisque le premier jour portait le 
nom deSaturne, le second celui du Soleil, le troisième 
celui de la Luncet cen'est pasainsi que les planètes sont 


Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le 
Verseau et les Poissons. Y 

11 est tout naturel de penser que chacun de ces noms avait un 
sens allégorique et une raison significative indépendante de J’ar- 
bitraire. Ils-avaient été dictés par la situation fondamentale des 
choses et par la série des instilutions sociales et agricoles qui 
rêgissaient les familles humaines primitives, dont les observations 
avaient cru reconnaître dans le zodiaque fondé sur la course 
annuelle du soleil le premier ministre du globe terrestre. "Ainsi 
par exemple, le solstice d'été était symbolisé par le Lion, emblême 
puissant qui représente l’époque ou la végétation est dans toute 
sa force. Dans l’antiquité on célébrait les solstices par de grands 
feux autour desquels on dansait. Nos aïeux onL maintenu long- 
temps cet usage et aujourd'hui même en beaucoup de provinces 
(principalement la Provence, la Bretagne), on fait des feux de 
réjouissance au solstice d’été 25 juin, et au 25 décembre, à la 
nuit-mère, on se réunit en famille autour du foyer où brüle le 
tison , dit de Noëi. Dans la Bretagne on se réconcilie et on passe 
des marchés inviolables devant ces feux, dont le retour annuel 
équivaut, dans ces derniers cas, à un acte notarié. 

La Balance symbolisait l'équinoxe d'automne et la mesure 
exacte qui existe entre le jour et la nuit. Les Gémeaux symboli- 
saient l’équinoxe du printemps et l'égalité des jours et des nuïts, 
ils représentaient ce commencement de l’année agricole qui 
donne naissance aux premières germinations de la terre. Au- 
jourd’hui le point équinoxial du printemps est dans les poissons. 
Le systême primitif applicable au mois de l’année a été dérangé 
par la précession des équinoxes. 


(61) 


classées dans le ciel. Cette circonstance seule devrait 
singulièrement affaiblir la croyance de ceux qui at- 
tribuent aux planètes la dénomination des jours. Le 
système hypothétique indiqué par Dion-Cassius, et 
cité par M. Arago, dans sa remarquable notice scien- 
tifique sur le calendrier, à l'annuaire du bureau des 
longitudes de 1851, exige une série de combinaisons 
trop compliquées , trop torturées pour satisfaire l’es- 
prit. Qu'il nous soit permis de dire que ce systême ne 
nous paraît point admissible ; nous persistons à croire 
qu'il faut envisager et examiner la question plutôt 
d’après les principes de la science philologique, que 
suivant les données astronomiques. En définitive, 
nous nous résumons , en répétant que si dans l'état 
primitif des choses, les anciennes planètes n’ont 
pas donné leurs noms aux jours, il est bien probable 
qne ceux-ci ont donné le leur aux planètes. Selon nos 
convictions, cette marche nous semble la plus natu- 
relle et partant la plus logique. 

Nous avons lu quelque part que Théon d'Alexandrie, 
auteur d'ouvrages très estimés sur l’astronomie, fit en- 
trer dans un seul vers tous les dieux qui donnent leur 
nom aux jours de la semaine. D’un autre côté nous 
voyons un auteur chronologiste du VIII siècle, George 
le Syncelle , soutenir que les semaines ont précédé 
toutes les autres divisions du temps. « Avant que les 
» astronomes, dit-il, eussent découvert la manière de 
» compter par les mois et par les années, très an- 
» ciennement on comptait seulement par les semaines. 
» — Priusquam ratio computandi per menses et annos 
» ab astrologis inventa fuisset, veteres illos patres spatia 
» distinrisse tantum per hebdomadas. » 


(62) 


On ne peut trop y insister, est-il supposable que les 
hommes aient pu compter aiusi seulement par se- 
maines, avant l'application des connaissances as- 
tronomiques , sans assigner un nom aux jours de 
la semaine ? N’est-on pas, au contraire, porté à se 
confirmer de plus en plus dans la pensée que les noms 
hebdomadaires précédèrent les noms appliqués aux 
planètes? Il y a donc touie sûreté de toucher à mieux 
l’état vrai de la question, si nous nous rangeons à l’opi- 
nion de ceux qui, en se reportant à l’origine des so- 
ciétés, attribuent la nomenclature des jours à de hautes 
raisonsmoralesreligieusementimprimées danslecœur 
des peuples, ainsi qu’à des coutumes agronomiques 
et législatrices observées dans les âges primitifs, et 
dont plus tard les Latins reconnurent implicitement 
le sens littéral en consacrant aux dieux du Paganisme 
les jours dont ils représentaient virtuellement les 
idées morales et civilisatrices. Ainsi l'opinion qui at- 
tribue aux planètes la nomenclature des jours de la se- 
maine ne doit pas, selon nous, prévaloir sur celle-ci qui 
nous paraît la plus vraie quoique la moins commune. 
Il est toujours temps de rejeter une erreur, quelque 
soit le crédit qu’elle a obtenu dans les esprits, lorsque 
des motifs valables et des considérations d’un grand 
poids, se réunissent pour donner une vraisemblance 
plus décisive à l'aspect d’une question et pour démon- 
trer la réalité des conséquences qui en sont déduites. 
N'a-t-on pas cru longtemps, et affirmé surtout à la fin du 
XVIIL siècle, que l’homme s'était élevé de l’état sau- 
vage à la vie sociale, qu’il était parti du gloussement 
de l’onomatopée ou du bégaiement de la monosyllabe 
pour parvenir à expliquer par la parole, les pensées 


(63) 

les plus subtiles et les sentiments les plus délicats? 
N'a-t-on pas nié aussi longtemps l'unité d'espèce du 
genre humain ? On cherchait ainsi à ravir à Dieu l’ori- 
gine du langage et celle de la société humaine; toutes 
ces opinions erronées, présentées avec cette orgueil- 
leuse assurance qu'’affectait le philosophisme dans ses 
plus déplorables écarts ont été renversées au souffle 
d'une saine et judicieuse critique et à la faveur des 
lumières certaines dont on a été éclairé par l’ethno- 
graphie et la linguistique. La science consciencieu- 
sement interrogée, et envisagée sous son véritable 
jour , est venue confirmer d’une manière puissante 
ce que la révélation nous apprend. C’est là ce qui 
résultera toujours d’une investigation exacte et pré- 
cise, puisqu'il est certain que la vérité scientifique 
se trouvera toujours en accord parfait avec la vérité 
religieuse d’où elle procède. Nous avons cru pouvoir 
dire en passant notre sentiment sur ce point. Mainte- 
nant, tout en reconnaissant que l’origine des noms 
imposés à la semaine est dans un autre ordre d'idées, il 
nous semble cependant que l’ethnographie et la lin- 
guistique qui ont si puissamment contribué à faire 
triompher la vérité sur l’origine du langage et sur 
l’unité de l'espèce humaine sont appelées aussi à con- 
firmer les données de l'opinion que nous partageons 
au sujet de la nomenclature hebdomadaire. Nous 
soinmes dans la croyance que le moment viendra où 
il sera reconnu généralement que les langues primi- 
tives nous ont légué dans leurs lettres, dans leurs 
monosyllabes, dans leurs mots et dans leurs noms, 
une preuve démonstrative et testimoniale de leurs 
rapports intimes et directs avec les objets présentés 
dans toutes les choses de la création. 


(64) 

Il w’est peut-être pas superflu de remarquer encore 
que les noms qui avaient été donnés aux mois dans 
cette haute antiquité, désignaient littéralement aussi 
les révolutions des saisons ou des habitudes cham- 
pêtres. Ainsi janvier était le mois des loups, mars le 
flux de lumière, mai les trois mamelles, juillet les 
grandes herbes, août les blés, novembre les vents, 
décembre les glaces. Chacun sait que Charlemagne 
avait voulu introduire une nomenclature analogue, et 
désigner les mois de l’année par des circonstances 
extérieures prises dans la nature ou dans la culture 
de la terre, ou même dans les solennités de la religion. 
Mais ce projet n’aboutit pas plus que celui qui a été 
tenté dans nos temps modernes, et les noms latins 
ont persisté dans l’usage habituel et ont été conservés 
aux mois de l’année comme aux jours de la semaine. 

Nous ne voudrions pas exagérer l'importance et le 
résultat des procédés éiymologiques dont il est bon 
de s'aider et de s’éclairer sans abuser de leur emploi: 
mais après les observations qui précèdent et qui res- 
sortent d’une série de recherches philologiques beau- 
coup moins hypothétiques que rationnelles et fondées 
sur l'observation de la génération des mots par leur 
analyse, ainsi que sur l'essence significative des noms 
primitifs appliqués à chaque jour de la semaine; 
après avoir examiné avec attention cette relation 
intime qui existait en principe entre l’énonciation du 
mot et la représentation de l’objet, nous croyons être 
parvenus à nous assurer par l'appréciation de cette 
sorte d'opération chimique ‘exercée sur les premiers 
linéaments du langage, que le paganisme n'a fait ab- 
solument qu'appliquer le nom d’une divinité fabuleuse 


(65) 


à l'idée morale, qui avait présidé à la primitive déno- 
mination des jours. Aussi nous pensons que la phase 
païenne ne doit être considérée que comme un point 
de repère, propre à nous faire remonter à la vraie ori- 
gine et à la formation première des noms hebdoma- 
daires , dans lesquels nous découvrons alors la repré- 
sentalion réelle des choses. Ce n'est aussi qu'à ces 
conditions que l’on peut s'expliquer la persistance et 
la valeur originelle des dénominations actuelles. Cela 
posé, il nous semble démontré que la création du 
système hebdomadaire qui présente un tableau suc- 
cessif du monde moral, avait pour type la création du 
monde physique. Ce n’est pas ici le lieu de faire inter- 
venir les diverses exégèses sur la création des six jours, 
nous rappellerons seulement qu'on s'accorde assez gé- 
néralement à reconnaître aujourd’hui que Moïse, dans 
son sublime récit , n'entend point parler de jours so- 
laires (1); on a compris qu'il veut apparemment indi- 
quer six époques dont on ne peut préciser l'étendue, 
mais qui sans nul doute concorderont toujours avec 


(1) La division della création par époques n'est point en oppo- 
silion avec le texte biblique. Le mot hébreu Yon, qui a été tra- 
duit par jour signifie aussi un espace de temps indéterminé.. Ce 
qui semble indiquer que Moïse n’a pas voulu parler d’un jour pro- 
prement dit, c’est qu’il se sert. de lamême expression pour dé- 
signer lesépoques antérieures à la création du soleil dont,.le 
cours seul règle le mouvement diurne. Cette interprétation qui 
met en parfait accord la Genèse avec les découvertes géologiques 
avait été déjà formulée par saint Augustin, qui, dans sa Cité de 
Dieu, dit , livre xx, chap. 11: « Pour peu qu'on séit versé dans 
» l'étude de l'Écriture, on sait qne:c'est sa coutume de se servir 
» du mot jour pour celui de temps: — Telle.était aussi l'opinion 
de saint Athanase et d’Origène, elle a été professée plus tard par 
Bossuet, ct elle est généralement adoptée aujourd'hui. 


5 


(66) 


toutes les investigations diverses et successives de la 
science moderne, durant ce période ou ce septième 
jour qui continue, que nous parcourons (1) et que 
Dieu a livré aux disputes des hommes et à la diversité 
si mobile de leurs opinions. 

L'on peut toujours affirmer, à cette heure, que 
c’est dans l’étude analytique des mots, dans une ob- 
servation exacte de leurs métamorphoses et de leurs 
affinités, que l’on acquiert les lumières d’où émane 
la précision des jugements. Nous avons cherché à 
établir que dans le principe les noms donnés aux 
‘choses avaient un sens désignatif qui formait en 
quelque sorte un langage figuratif, tangible, visuel. 
Que cette langue en action et en images ait eu pour 
première racine les mois et les noms articulés par le 
premier homme , sous le souffle du Créateur ; que ces 
mots et ces noms aient été les premières assises du 
langage humaïn, c’est là ce dont nous ne doutons pas 


(1) C’est en suivant l'opinion de saint Augustin et en nous con- 
formant à la haute autorité de sa doctrine, que nous présentons 
l'époque actuelle comme faisant partie et continuant le septième 
jour du Seigneur. Nous adoptons:trèsvolontiers cette pensée de 
saint Augustin, exprimée aux chapitres 36-37 du livre 13 devses 
Confessions: Nous remarquons en effet que pour ce septième jour 
Moïse ne tient plus le même langage qu'aux six premiers, carlau 
lieu de dire comme précédemment : et du soir et matin-se fit le 
P-Lia . jour, il ne pose plus aucune limite; il est certain que cette 
différence d’exposition a une cause, parce que tout est pesé dans 
les termes de l’Écriture sainte. Maintenant quelle est cette cause? 
H semble que la plus naturelle et la plus satisfaisante à l'esprit 
est celle qui porte à inférer quece jour n’est pas terminé, qu'il 
se poursuit encore en ce moment, et qu’il comprend l’histoire de 
l'humanité depuis son origine jusqu’à la phase actuelle de son 
existence. 


(67) 

un seul instant. Que par suite de la dispersion des 
races de Sem, de Japhet et de Cham , les éléments de 
ce langage octroyé, où chaque signe avait sa valeur 
précise, aient été plus particulièrement conservés et 
propagés par la branche sémitique ou japhétique, par 
les idiomes indiens, caucasiens, sanscrits ou cel- 
tiques, c’est ce que nous ne saurions décider. Toujours 
est-il que les premières recherches philologiques des 
temps modernes, ont projeté de grandes lueurs sur 
ces questions, qui attendent une élucidation plus 
complète et une confirmation plus ample, après les 
premières données qui ont jailli de l’analyse anato- 
mique de ces mots-témoins , que nous avons invoqués. 
Il est très désirable que les décisions étymologiques 
qui pourront survenir, touchant le plan primitif du 
système hebdomadaire, acquièrent un degré de fixité 
et de certitude incontestable. La question est certes 
assez intéressante, c’est là une sorte d'élaboration 
chimique exercée sur les agents primitifs etprincipaux 
de la pensée; cette opération nous paraît bien digne 
de captiver l'attention des philologues et deslinguistes. 
Lorsqu'on se livre avec une si louable ardeur, comme 
on le fait aujourd’hui, aux découvertes archéologiques 
et à ces labeurs géologiques, qui consistent à exhumer 
quelques traces élémentaires de l’histoire naturelle ou 
monumentale, n'est-il pas d’un intérêt non moins 
important de s’adonner à toutes les curieuses et 
aitrayanies recherches, qui peuvent faire revivre et 
reconstituer les premiers éléments de l’histoire intel- 
lectuelle, morale et religieuse des peuples. 

Actuellement si nous considérons avec attention 
les salutaires effets de cette haute inspiration, qui a 


(68) 


présidé à l'établissement du système hebdomadaire, 
et à cette paternelle sollicitude pour les besoins et la 
félicité de l'homme qui prescrit le jour du repos, nous 
comprendrons aisément que cette institution soit 
passée des Hébreux chez tous les peuples de la terre, et 
qu'elle ait été accueillie en tous lieux avec cette res- 
pectueuse déférence et avec cette reconnaissance ab- 
solue que l’on doit à toutes les lois divines. L'adoption 
générale de la division hebdomadaire d’après l'antique 
usage , est un témoignage continuel et irréfragable de 
la notoriété universelle qu’eut parmi les descendants 
de Noé, le système de cosmogonie, qui porte lui seul 
tous les caractères de la suprême vérité, puisqu'il vient 
du Créateur lui-même. Flavius Josèphe, qui a écrit 
sous Titus et Vespasien, assure que de son temps, le 
septième jour de la semaine était partout respecté et 
observé comme un jour de sabbat. Philon qui vivait 
au Ier siècle de l'ère chrétienne, tient le même langage, 
et ajoute que ce septième jour était considéré comme 
devant rappeler la naissance du monde, la fête de 
l'univers. Hésiode et Homère appellent ce jour : jour 
Saint. Callimaque donne la raison de cette dénomi- 
nation, en disant que ce fut en ce jour que se termina 
Fœuvre de la création. Le savant orientaliste Hyde, 
dans son histoire de la religion des Perses, où il éta- 
blit que ce peuple a toujours conservé la notion d'un 
Dieu unique et a constamment observé la fête septe- 
naire, s'exprime ainsi : « Le Créateur du monde a 
» partagé son ouvrage en six jours et s’est reposé le 
» septième, pour manifester aux hommes par son 
» exemple, que sa volonté divine était que ce jour là 
» fût sanctifié. Dieu, ajoute-t-il, a commandé stricte- 


( 69 ) 


» ment cette observance et a menacé d’en punir la 
» transgression par des peines sévères. » 

Goguet se rallie complétement aux opinions de 
Philon, de Josèphe, de saint Clément d'Alexandrie, 
sur l’antique usage de la période septenaire. Idelèr 
considère le repos, septenaire comme une institution 
commune à tous les peuples sémitiques. Cet auteur 
pense que la division hebdomadaire appartient à l'O- 
rient, d’où elle aurait passé ensuite en Occident. 

D'un autre côté Scaliger, Selden et Pluche, recon- 
naissent que la semaine était établie chez les Assy- 
riens , les Germains, les Gaulois et les Bretons. 

Dom Calmet, dans son commentaire sur la Genèse, 
liv. 11, vient joindre l'autorité de son suffrage à toutes 
les opinions favorables au jour du repos. 

« La division du temps en semaines de sept jours, 
» écrit un des plus savants prélats des temps mo- 
» dernes (1), a été connue de tous les peuples de la 
» terre. À quelque haute antiquité que l’on remonte, 
» on la voit toujours établie. On la retrouve de même 
» dans quelque pays que l’on parcoure, parmi les 
» nations civilisées, comme parmi les hordes de sau- 
» vages, dans les régions qui n’ont entre elles aucune 
» communication, qui diffèrent de religion, de mœurs, 
» de préjugés ct de langage. » 

Voici sur le même sujet, ce que dit Laplace, dans 
son Système du monde : « La semaine, depuis la plus 
» haute antiquité dans laquelle se perd son origine, 
» circule sans interruption à travers les siècles, en 
» se mêlant aux calendriers successifs des différents 


(1) Le cardinal dela Euzerne. 


(70) 


» peuples. Il est très remarquable qu’elle se trouve:la 
» même par toutelaterre. C’est peut-être le monument 
» le plus ancien et le plus incontestable des connais- 
» Sances humaines. Il paraît indiquer une source 
» commune d’où elles se sont répandues. » Lalande 
et Delambre tiennent un langage analogue. 

On le voit donc, partout les six jours de la créa- 
tion ont servi de type pour la division du temps chez 
tous les peuples du monde. C'était en effet un hom- 
mage universel qui était bien légitimement dû à une 
œuvre si magnifique, qui, dans tous les âges, a fait 
l'admiration des hommes les plus élevés en sagesse, 
en vertus et en génie. 

La circonstance importante et caractéristique du 
repos religieux au septième jour vient confirmer la 
haute source d’où émanaient l'institution et l’univer- 
salité de la période hebdomadaire. En visitant tous 
les peuples divers qui occupent la terre, noustrouvons 
partout un septième jour consacré au repos et à la 
prière. Ainsi un jour de fête septenaire est continuel- 
lement célébré chez les Chaldéens, les Syriens, les 
Egyptiens, les Arabes, les anciens Chinois (1), les 
Celtes , les Goths, les Indiens (2), tous les peuples de 


(1j On trouve dans l’Y-King, tivre sacré, antérieur à Confucius, 
qui vivait 550 ans avant la venue de Jésus-Christ, cette loi : 
« Vous viendrez de sept jours.en sept jours honorer le Tien. » — 
Un passage de Chou-King, rapporté par Court de Gebelin, atteste 
que tous les anciens empereurs, au 7° jour, appelé le Grand- 
Jour, faisaient fermer les pertes des maisons, que ce jour-là on 
ne faisait aucun commerce et que les magistrats ne jugeaient 
aucune affaire. 

(2) Un usage assez singulier de mariage indien veut que ce ne 
soit ni l'eau versée dans les mains, ni la promesse verbale, qui 


(71) 
l'Amérique, les Abyssins, les nègres de la Guinée et 
de Côte-d'Or. Enfin, personne n’ignore que les Maho- 
métants fêtent le vendredi, les Juifs le samedi et les 
Chrétiens le dimanche. 

C’est assurément à la commémoration de la création 
du monde en six jours ou époques, et du repos du 
Créateur au septième jour, que le monde entier doit 
à la fois l'emploi de la semaine et l’usage du repos 
hebdomadaire. Dieu l’a prescrit ainsi dans sa haute 
sagesse et a bien voulu nous l’enseigner par son su- 
blime exemple. Ecoutons un instant ici un docte 
professeur de la Sorbonne (1), qui s'exprime à ce 
sujet en ces termes : « Moïse, en disant que Dieu dans 
» la création a travaillé pendant six jours et s’est 
» reposé le septième, n’a pas prétendu le confondre 
» avec un ouvrier ordinaire, qui a besoin d’uf certain 
» temps pour accomplir son ouvrage et de repos après 
» son travail; mais c'est Dieu lui-même qui a voulu 
» agir pendant six jours et se reposer le septième, 
» afin que son opération fût le modèle du travail de 
» l'homme, qui, après avoir travaillé six jours, devait 
» lui consacrer le septième. Dieu, il est vrai, pouvait 
» donner à l'univers toute sa perfection dans un seul 
» moment; et s'il y a employé six jours, c'est qu'il 
» voulait instruire plutôt qu'étonner. Il nous apprend, 
» en effet, par cette longue suite d'œuvres admirables, 
» de quel trésor et de quelle fécondité elles partent. 
» En interrompant le cours de ses productions, il 


fasse d'un homme l’époux d'une jeune fille ; il faut que, la for- 
mule prononcée, le couple marche, la main dans la main, et le 
mariage est irrévocable an 7e pas. 

(1; M. l'abbé Glaire. 


(72) 
» montre à quel point il est libre de Île continuer. ou 
» de le finir; et en s’avançant par degrés, il nous fait 
» entrer dans les profondeurs de sa sagesse, sans nous 
» accabler par un spectacle trop subit. » 

Saint Augustin (1) abordant ce: même sujet nous 
dit : « Lorsqu'au septième jour qu'il sanctifie. Dieu 
» se repose de ses œuvres, faut-il puérilement lui at- 
» tribuer une fatigue de manœuvre, à lui qui a, parlé, 
» et dont la parole intelligible et éternelle, sans suc- 
» cession de temps et de syllahes, a fait toutes choses? 
» Non, le repos de Dieu, c’est le repos de ceux qui se 
» reposent.en Dieu... C’est donc avec une parfaite 
» convenance que le texte sacré nous représente dans 
» le repos de Dieu, le repos de tous ceux qui se repo- 
» sent en lui, et dont il fait lui-même le repos, et c’est 
» aussi pour les hommes en faveur desquels ce livre 
» prophétique est diclé, la promesse du repos éternel 
» en Dieu ; repos qui les attend après les bonnes œu- 
» vres que Dieu opère en eux et par eux, si, dès ici bas, 
» ils s’approchent de lui par la foi. Repos figuré par 
» celui du sabbat que la loi imposait à l'antique peuple 
» de Dieu... Le septième jour proclame donc le 
» repos de Dieu, et c'est la première fois que la sanc- 
» Lification est annoncée. Ainsi Dieu n’a pas voulu 
» sanclifier ce jour par une œuvre, mais par son repos 
» qui n'a pas de soir. » 

Ce fut dans le désert où le peuple d'Israël erra pen- 
dant quarante ans qu’il reçut de Dieu par l'entremise 
de Moïse le Décalogue ou la loi qui devait servir de 
base à sa régénération. Cette loi renferme en dix ar- 


(1) La Cité de Dieu, \iv. xt, chap. vtr, xxxE. 


(73) 


ticles les préceptes fondamentaux de la religion et de 
la morale humaine que l’église catholique enseigne 
sous le titre de Commandements de Dieu. 

Voici en quels termes est conçu le passage du 
commandement divin qui se rapporte à notre sujet : 
« Souviens toi de sanctifier le jour du sabbat ; tu tra- 
» Yailleras six jours et feras tout ce que tu dois faire ; 
» mais le septième jour tu ne feras aucune œuvre ser- 
» vile, ni toi, ni ton fils , ni ta fille, ni ton serviteur, 
» ni ta servante, ni tes bêtes de somme, ni l'étranger 
» qui est dans ton intérieur, car le Seigneur a fait en 
» six jours le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils ren- 
» ferment , et il se reposa le septième jour, c’est pour- 
» quoi le Seigneur a béni et sanciifié le jour du 
» repos. » 

Voilà bien la loi divine dans sa première et pure ex- 
pression. Après tout ce que nous avons remarqué, il 
est impossible de méconnaître qu’elle n'ait exercé 
son influence salutaire et bienfaisante en tout temps. 
Chacun sait aujourd’hui que le Pentateuque est l'œu- 
yre intellectuelle la plus anciennement connue. IL 
n'est pas douteux que la tradition répandit parmi les 
autres peuples la plupart des prescriptions de cette lé- 
gislation divine et particulièrement les dix articles du 
Décalogue. C’est pourquoi nous rencontrons dans 
presque tous les systèmes religieux anciens et mo- 
dernes établis de main d'homme, des préceptes de 
haute moralité qui ne sont que des fragments et des 
réminiscences des révélations célestes, ou de simples 
ruisseaux dérivés de la vraie et inépuisable source qui 
fournit seule cette eau vive qui étanche toutes les soifs. 
En un mot tout alleste qu'il a existé pour l'homme 


(74) 


des lois antérieures à toute institution humaine , que 
ces lois émanent directement de la souveraine intelli- 
gence qui a créé l'univers, qui le conserve et le gou- 
verne, et enfin que l'Écriture sainte est l'expression 
fidèle du code divin. 

Que sont devenues les attaques amoncelées par 
l’orgueilleux philosophisme du siècle dernier contre 
le récit de Moïse? Où ont abouti ces menaçantes dé- 
couvertes modernes avec lesquelles on prétendait fou- 
droyer l’œuvre génésiaque ? Elles ont eu le sort des 
Titans : tout a été abattu, tout est roulé et tombé en 
poussière. Ainsi se sont évanouies au flambeau d’une 
saine critique, ces audacieuses et mensongères coali= 
tions contre la vérité à laquelle toutes les sciences 
viennent, à l'heure qu’il est, apporter le tribut de leurs 
hommages. On ne finirait pas de recueillir tous les 
puissants témoignages scientifiques, qui se coordon- 
nent à chaque moment en faveur de la narration mo- 
saique. Nous nous bornerons à deux citations pour ne 
pas multiplier l'énumération des preuves qui abondent 
et qui sont actuellement à la disposition de chacun. 

« S'ilest aujourd'hui une vérité généralement sentie, 
» dit le savant M. de Ferussac, c’est que le progrès des 
» connaissances positives a tout à fait éloigné de nous 
» cet esprit prétendu philosophique dont on fait encore 
» en certainslieux, tant d'état. Quel est maintenant le 
» géologue qui ne sourirait de pitié aux argumenta- 
» tions de Voltaire contre la Genèse ? Voit-on , de nos 
» jours, paraître une seule dissertation composée dans 
».cet esprit par un écrivain jouissant du moindre 
» crédit parmi les savants? » 

L’illustre géographe statisticien Balbi, dont j'écris 


(75) 


ici le nom avec le plus grand plaisir , par un souve- 
nir plein de gratitude envers son digne fils, s'exprime 
en ces termes , dans son Atlas ethnographique du 
Globe : « Aucun monument soit historique , soit as- 
» tronomique, n’a pu prouver que les livres de Moïse 
» fussent faux ; mais au contraire, ils sont d’accord de 
» la manière la plus remarquable avec les résultats 
» obtenus par les plus savants philologues et les plus 
» profonds géomètres. » | 

En continuant de constater les augustes titres du 
jour du repos, nous ferons observer que la prescription 
de ce culte ne s’appliquait pas immuablement à un 
jour désigné autrement que par jour de sabbat, c’est- 
à-dire à un retour diurne septenaire; il est évident dès 
lors que la fixation de ce culte appartient à un règle- 
ment religieux disciplinaire; c'est là une condition 
accessoire et cérémonielle qui a pu changer. Ainsi à 
l’aurore de l'ère chrétienne qui vint retremper le 
monde , le régénérer et compléter la loi; le jour du 
soleil resplendit d’un plus vif éclat et fut consacré au 
Seigneur, c’est pourquoi il reçut seul une nouvelle 
dénomination, il fut nommé dimanche, Dies Domini. 
« La loi ecclésiastique qui fixe au dimanche le jour 
» commémoratif du repos du Seigneur , nous dit un 
» auteur contemporain , a toujours été protégée par 
» les législateurs qui ont su comprendre que la viola- 
» tion du repos dominical est aussi anti-sociale qu’anti- 
» religieuse. Constantin ordonna que le dimanche fût 
» célébré dans tout son empire. L'empereur Léon in- 
» terdit ce jour là, les plaidoyers et les jeux féériques; 
» les empereurs Théodose , Valentinien et Anthemius 
» confirmèrent ces ordonnances. Les lois ‘des Lom- 


(76) 


» bards, des Francs, des Anglo-Saxons , prenaient le 
» dimanche sous leur protection; Edouardleconfesseur 
» et Guillaume de Normandie , défendaient d'arrêter 
» les débiteurs insolvables depuis trois heures du sa- 
» medi jusqu’au lundi matin. Les lois des Bourgui- 
» gnons, des Germains, des Goths, des Bavarois , dé- 
» fendaient le travail dominical. En Angleterre, d'après 
» les ordonnances d’Alfred le Grand, ce travail faisait 
» passer l’homme libre à la condition d'esclave. En 
» France Childebert Il, Pepin-le-Bref et Charlemagne 
» condamnèrent à l'amende par leurs édits ceux qui 
» profanaient le repos du dimanche. Ils ont compris 
» tous que la loi humaine devait avoir une sanction 
» religieuse et que sans la religion il est impossible de 
» gouverner les hommes. » RAM 

Les anciennes annales nous apprennent que les 
premiers chrétiens accueillirent volontiers cette di- 
vision hebdomadaire qu’ils considéraient commeayant 
été établie par ordre divin, puisqu'il est écrit dans la 
Genèse que Dieu bénit le seplième jour et le sanctifia. 
Le jour du repos fut remis au dimanche en mémoire 
de la résurrection de Jésus Christ; en effet si l’on avait 
célébré sous l’ancienne loi le jour où le Créateur avait 
achevé son œuvre admirable, il convenait sous. la loi 
nouvelle de solenniser le jour où le monde avait été 
régénéré par la résurrection glorieuse de son Sauveur, 
car c’est par ce sublime mystère qu'a été consommée 
la Rédemption des hommes. La célébration du di- 
manche a été généralement regardée comme d'inslti- 
lution, apostolique. IL paraît tout naturel que les 
apôtres aient voulu rendre au souverain maitre ce 
pieux hommage et en aient consacrél'inslitution, ainsi 


KP) 


qu'il paraît témoigné dans les Actes des apôtres XX— 
7.— 1" épître aux Corinthiens XVI — 2. et enfin l'A- 
pocalypse 1. — 10 où se trouve littéralement employée 
l'expression Dies Dominica, jour du Seigneur ou di- 
manche. Aussi toutes les églises du monde chrétien, 
dès leur origine , ont constamment et fidèlement con- 
sacré ce jour aux prières solennelles et aux exercices 
religieux. En transférant au dimanche ou jour du Sei- 
gneur, qui commence et termine la semaine, les at- 
tributions du jour du repos ainsi que les augustes et 
solennels hommages rendus au Tout-Puissant chacun 
sentit que c'était se conformer à la fois au comman- 
dement divin qui prescrit un jour de repos seplenaire 
et obéir à l'inspiration divine qui désignait le jour de 
la résurrection comme celui qui devait êlre solennisé 
sous la loi de grâce. 

En présence de tous ces témoignages importants ct 
authentiques, qui sont fournis par l’universalité des 
peuples anciens et modernes, malgré la différence 
des coutumes et des croyances, il semble que les 
préceptes de la doctrine révélée ne devraient inspirer 
qu'un sentiment unanime de respect el de soumis- 
sion ; cependant malgré toute l'autorité de ces hauts 
précédents, nous avons pu voir que les hommes des 
temps modernes ont eu quelquefois un vif penchant 
à changer ce que l’ordre de Dieu a prescrit et ce que 
la sagesse des siècles avait consacré. Il a fallu 
subir, par exemple, des époques néfastes où, à 
l’aide des dénominations les plus ridicules et les 
plus absurdes, on a décrété, sous les peines les plus 
sévères, de pousser jusqu'au dixième jour, sans 
intermission, le travail assidu de l'homme et de la 


( 78) 


bête de somme (1). L'homme courbé sous le grossier 
despotisme de celte tyrannie qui s'était affublée 
du nom de liberté se tut, malgré toute l'impuissance 
de ses forces, mais la bête moins tolérante réclama, 
car le repos du septième jour est une loi de la 
nature autant qu'une loi e la religion, puisque 
Dieu l’a réglé de cette manière. Aussi durant l’ins- 
litution des décades en France, les laboureurs di- 
saient partout : « On a beau faire, nos bœufs con- 
» naissent le dimanche et ne veulent pas travailler ce 
» jour-là. » Ne semble-t-il pas, en vérité, que ces re- 
connaissanis quadrupèdes auraient dû être remplacés 
à la crèche et au joug par ceux qui méconnaissaient la 
loi devant laquelle ces ruminants s'’inclinaient! Du 
reste, cette tentative inconsidérée qui visait à dé- 
créditer et à abolir le vrai culte religieux, eut le sort 
de toutes celles analogues qui jaillirent de la même 
fange , elle s’'évanouit et elle fut broyée sous le mépris 
public, malgré les efforts multipliés de la tourbe des 
impies , toujours prêts à se coaliser pour faire triom- 
pher toutes les innovations favorables à l'erreur, au 
mensonge et à la démolition des choses sacrées. 
Tout concourt à pénétrer l'esprit, que, le repos du 
septième jour étant l'hommage prescrit par le Créateur 


(1) Un arrêté du 13 germinal an vr (3 avril 1798), dit expressé- 
ment que : « L'observation du Calendrier français est une des 
» des institutions les plus propres à faire oublier le régime sa- 
» cerdotal. » 

Un message du 18 germinal an vx (8 avril 1799) ajoute : « Que 
» le Calendrier français a pour objet de déraciner du eœur du 
» peuple Ja superstition, en généralisant dans toutes les com- 
» munes les fêtes décadaires. » 


(79) 
à l'homme qui ne subsiste que par lui, il est naturel 
que l'humanité entière offre au Seigneur ce témoi- 
gnage général et solennel de son entière dépendance, 
de sa gratitude et de son religieux amour. Néanmoins, 
malgré le consentement unanime de celte série de 
siècles qui date de l’origine des choses, on rencontre 
encore, comme nous venons de le dire, un certain 
nombre d'hommes qui veulent à toute force réformer 
ce que Dieu a établi: on devine assez le nom que 
mérite une pareille témérité. Ces hommes prétendent 
être supérieurs au vulgaire, à la hauteur duquel ils 
sont pourtant loin d'atteindre , lorsque ce vulgaire est 
animé du vrai sentiment religieux dont ils paraissent 
dépourvus, et sous le banal prétexte que nous vi- 
vons dans un siècle de lumières, ils s’évertuent à les 
éteindre de toute la puissance de leurs poumons. Dans 
leurs rêves orguecilleux, ils tiennent pour vrai lout ce 
qui est faux et pour faux tout ce qui est vrai. Cette 
sorte de cécité morale les porte à ne reconnaître digne 
de leurs égards et de leur attention que ce qui flatte 
et.caresse leurs passions et leurs préjugés. Ils ferment 
les yeux à tous les enseignements de l'histoire, ils 
prennent en dédain toutes les traditions sacrées, et 
oublient enfin que ce ne sont pas seulement les Chry- 
sostome , les Ambroise , les Grégoire , les Augus- 
tin, etc., etc., elc., qui se sont respectueusement in- 
clinés devant les augustes et saintes prescriptions du 
Créateur, mais aussi Descartes, Newton, Leibnitz, 
Pascal, Euler, mais encore Bacon, Deluc, Cuvier et 
tout ce que le monde a possédé de plus grand en génie 
et en vertus. Il vaudrait la peine, ce nous semble, de 
s'appliquer à se mettre en harmonie avec ces intelli- 


( 30 ) 


gences d'élite. Demandez cependant à ces contemp- 
teurs de toutes les institution divines, ce que c’est 
que la célébration du dimanche, le plus grand nombre 
sera dans l'impossibilité de répondre. Etrange incon- 
séquence de l'esprit humain qui pourtant n’est pas 
rare ! on juge ce que l’on ne connaît pas, on prend en 
dédain ce que l’on ignore, on médit surtout de ce qui 
gêne. Les choses se passent ainsi chaque jour dans le 
monde. Railler, décrier, critiquer, condamner sans 
savoir ce que l’on juge, tel est l'étrange et pitoyable 
usage que cerlaines gens font de leur prétendue supé- 
riorité d'intelligence. 

La formule est commode et facile, il faut le recon- 
naître, mais elle est contraire à tous les principes du 
bon esprit et à toutes les lois de la raison. Toutefois, 
dans les conditions intellectuelles et morales de la 
société moderne, le bourdonnement incessant et délé- 
tère de cette turbulente tourbe de frélons est assez 
dangereux, et beaucoup d'hommes ont la faiblesse de 
se tenir en indifférence religieuse, parce que Dieu est 
mal vu de celte sorte de gens dont l'opinion en ce 
sujet devrait au moins être parfaitement nulle, sinon 
tout à fait méprisable. On ne saurait trop énergique- 
ment résister aux railleuses influences et aux hosti- 
lités calomnieuses d’une froide, stérile et ignorante 
incrédulité ; il faut avoir le courage de s'affranchir 
d’un pareil joug , qu'il serait trop honteux de porter, 
ce n’est pas celui que doivent accepter les nobles 
cœurs chrétiens. Ainsi dans l’état actuel de la question 
et sur un fait social aussi important que l'observation 
du jour du repos, commençons par apprendre d’abord 
ce que c’est que l'institution du dimanche, quels sont 


(81) 
ses étroits rapports avec toutes les lois de l'hygiène 
publique et privée (1) , avec celles de l’économie poli- 
tique et de la morale; examinons ensuite avec une 
soigneuse -attention les bienfaits innombrables qui 
découlent de cette fête hebdomadaire pour les douces 
et intimes joies de la famille et pour les avantages 
mutuels de la société entière. Donnons enfin pour 
auréole à tous ces légitimes et principaux intérêts du 
temps, cetie expansion religieuse du cœur bien plus 
essentielle et bien autrement intéressante, qui dans 


(1) Un célèbre médecin protestant, le docteur Farr, dans un 
rapport adressé au Parlement anglais, s’exprime en ces termes : 
« L'observation du dimanche doit être comptée, non-seulement 
» parmi les devoirs religieux, mais parmi les devoirs naturels, 
» si la conservation de la vie est un devoir, ét si l’on est coupable 
» de suicide en Ia détruisant prématurément. Je ne parle ici que 
» comme médecin et sans m'occuper d'aucune manière de la 
» question théologique. Mais si J’on envisage de plus l'effet du 
» vrai christianisme , c’est-à-dire la paix de l’âme , la confiance 
» en Dieu, les sentiments intérieurs de bienveillance, on ne tar- 
» dera pas à se convaincre que c’est là une nouvelle source de 
» vigueur pour l'esprit, et par l'intermédiaire de l'esprit un moyen 
» d'augmentation de forces pour le corps. Le saint repos du di- 
» manche met dans l’homme un nouveau principe de vie. » 

Nous aimons que l'impulsion de la vérité fasse parler ainsi, et 
nous applaudissons volontiers à la noble franchise du docteur 
anglais. Il serait bien à désirer que certaines notabilités doctorales 
voulussent faire preuve, dans l’occasion, de cette même sincérité 
de langage, au lieu d’affecter , sous les fastueuses apparences 
d’une magistrale érudition, cet aride et glacial scepticisme, que 
Von prétend faire admettre comme échantillon d’une supériorité 
scientifique et qui n’est ordinairement que le cachet d’une 
grandestérilité de cœur et d’un vicieux abus de l'intelligence. Il est 
pourtant un fait qui devrait dessiller les yeux des présomptueux 
sceptiques, c’est que tous les grands maîtres de l’art en tous les 
genres ont été des hommes de foi religieuse. 


6 


(82) 

l'observation fidèle des devoirs de ce septième jour, 
tend à nous relier avec le divin législateur, avec le 
Tout-Puissant qui régit souverainement et éternelle- 
ment hommes et choses, lorsque nous lui adressons 
de concert et comme d’un seul cœur et d’une seule 
respiration tous les hommages qui lui sont dûüs. Alors 
nous apprécierons complètement tous les avantages 
et toutes les vertus du repos septenaire , nous recon- 
naïtrons la tutélaire et divine puissance qui l’a éta- 
bli en le sanctifiant, et nous mettrons à l’honorer et à 
le solenniser toute la bonne volonté du cœur et toutes 
les religieuses facultés de l’âme. 

Après avoir rappelé, autant que nous l’a permis la 
faible mesure de nos forces, les antiques et suprêmes 
droits que la sanctification du septième jour a sur le 
respect des individus et des peuples, ce sera en peu 
de mots et à titre de complément que nous jeterons 
un rapide regard sur les attributions générales du 
nombre sept. Ce nombre était essentiellement sacré 
chez les Hébreux qui, outre le septième jour de chaque 
semaine, célébraient aussi la septième année et Ia 
cinquantième , dont le retour périodique arrivait après 
sept semaines d'années ; ces époques s’appelaient tour- 
à-tour le sabbat, l’année sabbatique et le jubilé (1) 
ou l’année jubilaire. Ce nombre sept, comme symbole 
sacré, apparaît encore dans les sept jours à pleurer la 
mort de Jacob, dans les sept tours de Josué autour de 
Jéricho, les sept sons de trompette qui font crouler 


(1) On fait provenir le nom de Jubilé du mot hébreu Jobel, 
corne de bouc, parce qu'on se servait de cette corne comme 
trompette pour annoncer au peuple le retour de l’année de Jubilé. 


(83) 


les murs de Jéricho, les sept jours de la fête de Pâques, 
les sept jours de la fête des Moissons, les sept jours 
de la fête du Tabernacle, les sept enceintes du temple 
de Salomon, les sept branches du chandelier; le Christ 
est annoncé par Daniel comme devant venir après 
septanie semaines , elc., etc. 

Ce qui est assez remarquable, c’est que le nombre 
septenaire fut également symbolique chez les paiens 
qui le considéraient comme l'expression de la perfec- 
tion. Cicéron dit, dans le Songe de Scipion, qu’il n’est 
presque aucune chose dont le nombre septenaire ne 
soit le nœud. Suivant le Timée de Platon, l’origine du 
monde est renfermée dans ce nombre ; enfin Aristote, 
Plutarque, Diogène-Laerce, Proclus professent une 
grande admiration pour ce nombre que les anciens 
Grecs appelaient vénérable. 

D'un autre côté Saint-Augustin, dans la Cité de 
Dieu , livre xt, chap. 31, proclame aussi la perfection 
et la sainteté du nombre septenaire ; il fait remarquer 
que le premier nombre tout impair est trois et le pre- 
mier nombre tout pair quatre, la somme des deux 
forme le nombre sept; c’est pourquoi, dit-il, ce der- 
nier est souvent pris pour la généralité des nombres. 
IL ajoute que le texte sacré prend , dans une foule de 
rencontres, ce nombre pour une généralité indéfinie, 
et que ce même nombre désigne souvent le Saint- 
Esprit, dont le Seigneur a dit : « Il vous enseignera 
» toute vérité. » 

Les annales du paganisme renferment une rémi- 
niscence sacrée du nombre seplenaire dans les sept 
Titans, les sept tuyaux de la flûte de Pan, dans les 
sept cordes de la lyre d’Apollon, dans les sept portes 


(84) 


du temple d'Héliopolis. La même influence d’un vague 
souvenir sacré se fait remarquer dans les sept dieux 
planétaires des Indiens, dans leurs sept Richis , dans 
les sept anneaux des Brahmes, dans les sept esprits 
célestes des Japonais, dans les sept catégories d’anges 
des Siamois, dans les sept Amschaspands de Mythra, 
dans les sept villes du paradis scandinave, dans les 
sept cieux des Madécasses. 

Ainsi, nous le voyons, dans toutes les parties du 
monde, le nombre sept est honoré; chez toutes les 
nations , à quelque croyance religieuse qu’elles appar- 
tiennent, ce nombre se maintient en cet état de glori- 
fication qu'il a plu à l'Eternel de lui assigner en le 
consacrant de son Verbe. 

Pour couronner les preuves de cette propriété nu- 
mérique, nous croyons devoir insister ici sur les prin- 
cipales attributions de ce nombre mystérieux depuis 
l'ère chrétienne. Aïnsi Jésus-Christ a institué sept 
sacrements, et les dons que l'Esprit-Saint répand dans 
les âmes sont au nombre de sept. C’est à ce même 
nombre que s'élèvent les demandes renfermées dans 
l'Oraison Dominicale, et chose enfin singulièrement 
admirable, ce fut précisément à un nombre semblable 
que s’élevèrent les paroles de Jésus-Christ sur la Croix, 
les plaies qu’il y souffrit et les heures qu'il y passa. 
Après ces témoignages il n'y a plus rien à ajouter pour 
faire apprécier cette mystérieuse vertu inhérente au 
nombre sept. 

Maintenant si nous passons de ces majestueuses et 
graves traditions de l’antiquité et de ces sublimes té- 
moignages de l'ère chrétienne à l'observation attentive 
de l’homme lui-même, cet ouvrage accompli de la 


(85) 


main du Créateur, nous verrons que l’examen de son 
organisation sanctionné par l'expérience des siècles, 
a démontré que l’homme se développe par périodes 
septenaires, et qu’à chaque période il acquiert de nou- 
velles aptitudes morales, physiques et intellectuelles, 
qui continuent durant toute la période. Cette impor- 
tante loi physiologique était bien connue des anciens, 
et en voici une manifestation positive d’un célèbre lé- 
gislateur de l'antiquité; Solon, que je veux désigner, 
nous dit dans un de ses écrits : 

4. — « Pendant les sept premières années, la bouche 
de l’enfant encore impubère et délicate s’arme d’une 
cloison de dents. 

2. — « Mais quand la divinité a ramené pour lui sept 
autres années, alors se déclarent les signes de la pu- 
berté naissante. 

3. —.« À la troisième période septenaire ses mem- 
bres se fortifient, son menton se couvre d’un léger 
duvet et ses traits n’ont plus la fraicheur des roses du 
printemps. 

4. — « À la quatrième chaque homme est dans sa 
pleine vigneur et fait des preuves de courage. 

5.— « À la cinquième l’homme déjà mûr doitsonger 
à l’hyménée afin de laisser après lui des enfants qui 
perpétuent sa race. 

6. — « À la sixième l'esprit de l’homme acquiert 
son entier développement et n'aime plus comme au- 
trefois de pénibles ouvrages. 

7. — « À la septième il brille par la sagesse et par 
l’éloquence. 

8.— « Pendant la huitième il conserve ces qualités 
et les possède l’espace de quatorze ans. 


( 36 ) 


9. — « À Ia neuvième il n'est pas impuissant, mais 
sa sagesse et son éloquence ont perdu de leur énergie 
et ne sont plus propres aux grands effets du courage. 

10. — « A la dixième enfin, si quelqu'un parvient 
à ce terme, il peut mourir, sa mort ne sera pas pré- 
maturée. » 

Nous voyons par cette exposition précise des judi- 
cieuses observations de Solon de quelles idées étaient 
pénétrés les anciens, relativement aux périodes septe- 
naires de la vie humaine. Saint Bazile, saint Grégoire 
de Nysse et saint Augustin ont formulé la même opi- 
nion dans le recueil de leurs œuvres ; le premier dit 
même textuellement dans ses homélies : « Ce n’est 
» pas seulement dans la première semaine de notre 
» âge, que le mode d'éducation nous prépare à être 
» Saisis dans la seconde par un changement d'apti- 
» tude ; toute notre vie nous devons nous développer 
» d'âge en âge selon les périodes septenaires. » 

Saint Augustin, dans son traité de la véritable reli- 
gion, chapitre 26, parcourt et décrit aussi les divers 
âges temporels du vieil homme selon les périodes sep- 
tenaires. Par un développement, qui est au moins 
aussi curieux et d'une importance bien supérieure, il 
accompagne cette description de celle des divers âges 
spirituels de l’homme nouveau ou régénéré. Ce dernier 
tableau est d’un très haut intérêt, mais le calcul n’é- 
tant pas établi sur le nombre des années il n'appartient 
pas au sujet actuel. 

Dans des temps beaucoup plus rapprochés de nous 
(XVI: siècle) le célèbre médecin Stahl, a écrit sa 
théorie véritable de la médecine expressément pour 
expliquer les périodes septenaires et pour déterminer 
le caractère spécial de chacune d'elles. 


(87) 


De nos jours enfin les auteurs modernes qui ont 
écrit sur l'éducation, parmi lesquels je citerai Pesta- 
lozzietlesphysiologistes contemporains, entre lesquels 
je mentionnerai Hallé, ont tous exprimé l'opinion , 
au moins implicitement, que le développement de 
l'homme est en effet signalé par des périodes septe- 
naires allant de 7 à 14, 21, 928, 35, 42, 49, 56, 63, 
etc., etc. Je dois ajouter que Cabanis a exprimé une 
opinion parfaitement analogue aux observations qui 
précèdent, et est venu les fortifier de l’autorité de son 
adhésion. Cette théorie professée par des praticiens 
illustres et profonds et appuyée sur une longue suite 
d'expériences, successivement couronnées d'un Com- 
plet résultat, mérite d’être méditée par les hommes 
qui ont le désir de s'initier à tous les intimes détails 
de l'éducation humaine et de rechercher les agents 
les plus influents sur le perfectionnement physique, 
intellectuel et moral; on pourra se convaincre ainsi 
que, conformément à cette loi physiologique, les ap- 
titudes naturelles de l’homme suivent des périodes 
très distinctes du berceau jusqu'à la tombe. En par- 
courant rapidement par la pensée, ces périodes suc- 
cessives, on remarquera que le premier septenaire est 
spécialement consacré à l'éducation physique et à la 
vie passive, bien que déjà l’on puisse voir poindre les 
dispositions intellectuelles et morales qu'il est, dès ce 
moment même, très important de diriger avec une 
soigneuse attention. 

Dans la deuxième période de sept à quatorze ansles 
aptitudes revêtent un caractère plus tranché; l’âge de 
raison se prononce , le développement physique se 
produit avec énergie et s’harmonise avec celui de l'in- 


(88) 


telligence. L'enfant conçoit et saisit aisément les 
choses et se les assimile par les sens, en attendant le 
moment où le raisonnement viendra les établir , les 
différencier et les classer dans l'esprit. Cette période 
est la plus essentielle pour l'instruction élémentaire 
de la jeunesse. 

À la troisième période de quatorze à vingt-un ans 
qui est l’époque de l’adolescence, la puberté se mani- 
feste, c'est une révolution physique extrêmement 
critique qui, par ses chances diverses et assez dange- 
reuses, peut avoir la plus grande influence sur les 
phases suivantes de la vie. L'’aptitude intellectuelle 
acquiert d’ailleurs à cette époque une plus grande fer- 
meté et commence à envisager les objets dans leurs 
principes et dans leurs rapports. Le jugement s'exerce 
par la réflexion et se forme par les comparaisons, il 
se fortifie en proportion directe de l'extension du cercle 
des études. 

La quatrième période de vingt-un à vingt-huit ans 
est l’âge de la verte jeunesse. Cette époque signale une 
autre évolniion intellectuelle et morale. Le jeune 
homme s'enrichit de nouvelles connaissances, que 
ses méditations travaillent à mürir, il s'élève avec 
énergie du connu à l'inconnu, il commence à sentir 
le besoin d’unir l’analyse à la synthèse, alors il s’ap- 
plique à abstraire, à généraliser et à remonter aux 
causes. Cette disposion le porte à se mettre en rapport 
par les facultés de son âme avec les sublimes attributs 
du Créateur. C’est le moment où prenant l'empire de 
soi-même, il règle ses mœurs, sa conduite et son plan 
d'existence en conformité des hauts enseignements 
dont il a reconnu la justesse et des premiers principes 


(892) 


dont ila apprécié toute la valeur. C’est en effet du bon 
emploi actuel des facultés morales , que jaillira la 
source fécondante des nobles impulsions de toute 
l'existence future. 

L'époque de la virilité est de vingt-huit à trente- 
cinq ans, c’est celle où l’homme sent l’impérieuse né- 
cessité de résumer, de condenser en quelque sorte ses 
acquisitions intellectuelles et de composer de cette 
agrégation spirituelle, un corps de doctrine à son 
usage particulier. Alors, s’il a su bien appliquer les 
études, l'expérience et le labeur des âges précédents, 
l’homme, abstraction faite même du développement 
plus ou moins actif des talents naturels ou acquis, doit 
se trouver en pleine possession d’une âme à la fois 
morale et religieuse et c’est à ces seules conditions 
qu'il a droit au titre d'homme complet. 

La sixième période de trente-cinq à quarante-deux 

ans, en augmentant le faisceau des richesses intellec- 
tuelles de l'homme, le conduit à faire une application 
heureuse de ses principes et de ses aptitudes dans les 
diverses catégories des connaissances humaines, c'est- 
à-dire dans les branches multiples de la science et des 
arts. 
* La septième époque qui s'étend jusqu’à cinquante 
ans est celle où l’homme mûrit et façonne au creuset 
de ses hautes méditations, les fruits nombreux qu’il 
a pu recueillir. Ses connaissances et ses qualités per- 
sonnelles acquièrent ce perfectionnement et ce poli 
que donnent une raison exercée, une prudence con- 
sommée et une sage expérience des choses de la vie. 
Il complète dans cette période les applications com- 
mencées dans l’âge précédent. 


( 90 ) 


Le huitième septenaire détermine et marque l’é- 
poque où l’homme atteint la possession intégrale de 
toute sa perfection relative. Ses facultés ont touché à 
leur apogée, il peut les exercer dans toute leur ma- 
Jestueuse étendue. Aussi éprouve-t-il ordinairement 
alors une forte inclination expansive, et il réunit en 
même temps les aptitudes essentielles et favorables 
à ce besoin de communication. Ce penchant expansif 
s'accroît de plus en plus dans les périodes septenaires 
suivantes et en forme presque toujours le caractère 
prédominant. C’est pourquoi les vieillards trouvent 
une douceur infinie et un charme irrésistible à com- 
muniquer leurs pensées et l'exposé de leurs observa- 
tions successives. Lorsque leur vie a été utilement 
employée à rechercher la vérité, à étudier le beau et 
à pratiquer le bien, c’est alors assurément pour les 
jeunes gens une bonne fortune inappréciable que de 
pouvoir écouter la voix de ces témoins éclairés des 
temps passés. La jeunesse peut obtenir de cet heureux 
contact, la première de toutes les sciences : la science 
de Dieu, de soi-même et de la vertu, trésor précieux 
qui est le legs des belles âmes. « Aimez à interroger, 
» nous dit l'Imitation de Jésus-Christ (1) si féconde 
» en lumineux préceptes, écoutez en silence les paroles 
» de ceux qui vivent saintement, et ne méprisez point 
» les sentences des vieillards, car elles ne sont pas 
» proférées en vain. » C’est effectivement en cette 
vénérable vieillesse exempte de caducité et douée 
d'une sève immortelle, parce qu’elle s’est nourrie as- 
sidûment de la manne céleste , que se trouvent toutes 


(1) Liv. 1, chap. v. 


(91) 
les bonnes traditions de la sagesse et une instruction 
solide et parfaite, puisqu'elles émanent ensemble de 
la vérité immuable qui est toujours jeune, toujours 
belle, toujours puissante. (1). 

Tout physiologiste et même tout homme qui a le 
moindre esprit d'observation, s’il examine bien sa vie, 
s'ilréfléchit sur les changements divers qu’ilaéprouvés 
ne peut manquer de distinguer en lui-même, à des 
degrés relatifs, les mutations successives que nous 
venons d’'énumérer. Ainsi, par une loi providentielle 
que l’on ne saurait méconnaître et que l’esprit de cri- 
tique ne peut sérieusement contester, la vie humaine 
dans ses évolutions temporelles est exposée, à chaque 
retour septenaire, à une crise climatérique qui la 
soumet à telles perturbations , à telles métastases du 
principe vital et enfin à tels tributs périodiques dont le 
résultat inconnu, est toujours d’un très important inté- 
rêt. C'estprincipalement à cesépoques précises et quel- 
quefois formidables, que l'homme est appelé à sentir 
plus profondément sa dépendance entière du Créateur 
qui tient à toute heure en ses mains la destinée des 
individus comme celle des empires. 

Il n’a été possible ici que d’ébaucher ce dernier 
sujet qui est en une sorte de connexité et d'affinité 
avec celui que nous avons premièrement parcouru 
dans une proportion un peu moins restreinte. Ces 
attributs analogiques dans les deux sujets émanent 


(2) Il est nécessaire de faire observer que les femmes, dans leur 
développement, parcourent des mutations analogues; mais chez 
elles les phénomènes sont plus hâtifs et à des termes plus rap- 
prochés. C’est pourquoi l’on dit avec juste raison, que les femmes 
sont plus précoces que les hommes. 


(92) 

d'une dispositon céleste qui nous inspire à la fois une 
profonde admiration et une respectueuse reconnai- 
sance. Nous avons recueilli sur ces questions d’un 
haut intérêt une partie des enseignements et des doc- 
trines que l'antiquité nous a transmis comme un pré- 
cieux héritage, et que les siècles suivants jusqu’à nos 
jours ont ratifié de leur assentiment. 

Nous devons répéter, en terminant, que dans la pre- 
mière partie de ces considérations nous n'avons pas 
eu l'intention d'attribuer aux conclusions étymolo- 
giques, une importance exagérée, et de pousser les 
convictions à cet égard au-delà d’une juste limite, 
Nous avons interrogé les siècles, les croyances, les 
fables, les traditions; nous avons tâché de présenter 
dans un exposé sommaire et fidèle , la relation des 
faïts et leur enchaînement , nous en avons déduit les 
conséquences, et en ce qui ressortait de notre sujet 
nous nous sommes attaché, autant qu'il a été en no- 
tre pouvoir, à distinguer la vérité de l'erreur au mi- 
lieu des diverses évolutions palingénésiques de l'hu- 
manité. Nous ajoutons volontiers que pour nous 
éclairer dans cette consciencieuse exploration quinous 
a fait remonter souvent à la première origine des choses 
et à leur sublime auteur, nous n'avons pas man- 
qué d’implorer à plusieurs reprises le secours de quel- 
ques rayons à cette lampe de l'Évangile qui répand sa 
douce ei puissante lumière sur toute la terre. 


M. TEexTorrs. 


(93) 


NOTE. 


(A) « On cherchait ainsi à ravir à Dieu l’origine du langage et 
» celle de la société humaine. » (Page 63). 

Voici ce que nous dit à ce sujet le piquant et érudit auteur de 
solution de grands problêmes, qui me prête ici une page impor- 
tante par elle-même et par les autorités éminentes qu’elle in- 
dique. 

« L'unité de la race humaine qui, selon Voltaire, ne pouvait 
être admise que par des aveugles, n’est plus révoquée en doute 
aujourd'hui que par quelques aveugles admirateurs de cet 
homme, dont l’ignorance égale l’impiété. Forte du témoignage 
des plus grands naturalistes modernes, Buffon, Cuvier, Lacépède, 
Blumenbach, l'évidence de cette unité trouve une nouvelle con- 
firmation dans l’'Ethnographie.... (Voir Guillaume et Alexandre 
de Humbold, Abel de Rémusat , etc., etc.) 

» Ce que Moïse nous dit, au xr° chapitre de la Genèse, que 
avant la séparation des enfants de Noé, la Terre avait une seule 
langue et un méme discours, et que cette unité de langage fut 
brusquement détruite par un acte de la puissance divine , l'étude 
composée des langues le confirme. Examinées de près, toutes les 
langues connues: viennent se grouper autour de trois langues 
primordiales; celles-ci à leur tour indiquent par leurs nombreux 
rapports et une origine commune et une séparation qui ne peut 
être l’œuvre lente et graduelle des siècles. ( Voir Wiseman, 
2° Discours). 

» Si l’on remonte ensuite la ligne qu'ont suivie dans leur 
marche divergente, les différents idiomes et les peuples qui les 
ont parlés, on arrive précisément à cette partie de l’ancien 
monde où l'écrivain sacré place la souche commune des familles 
humaines. (V. Adrien Balbi, Atlas ethnographique du globe). 

» La confrontation des différentes écritures et des chiffres en 
usage chez les peuples anciens et modernes conduit exactement 
au même résultat. ( V. Essais sur l’origine unique et hiérogly- 
phique des chiffres et des lettres de tous les peuples, par M. de 
Paravey ). 

» Mais en consultant les monuments historiques el littéraires 


(94) 


des peupies, on a interrogé leurs croyances, et il s’est trouvé 
que leurs traditions religieuses vont toutes se confondre dans 
une tradition primitive dont elles ne sont qu’une corruption 
plus ou moins grande. L'unité de Dieu, la création du ciel et de 
la terre, l’existence de bons et mauvais esprits, la félicité dont 
jouirent les premiers humains, le crime qui les en fit déchoir, 
leur longévité, l'attente du libérateur, la croyance à un avenir 
de récompenses et de peines, la prière, le sacrifice, le souvenir 
d’un déluge universel, etc., elc., se trouvent plus ou moins char- 
gés de détails fabuleux au fond des croyances de tous Iles peuples. 
Le genre humaïn n’a, comme la nature, qu’une voix, et cette voix 
est chrétienne. » 


Les témoignages éclairés et concluants qui s’unissent dans 
un imposant accord pour rendre hommage au récit biblique 
abondent aujourd’hui de toutes parts. Aïnsi s’évanouissent 
sous les pas de la véritable science et à son éclatante lumière, 
toutes les difficultés mensongères et prétendues scientifiques, 
que des penseurs superbes avaient soulevées comme des 
machines destructives de la foi religieuse et qui, à la honte 
de leur orgueilleuse incroyance , viennent se briser successi- 
vement au premier choc de la vérité. M. TEXTORIS. 


ss Ç 09 n—— 


(95) 


A M, L'APBÉ JOUBERT, 


CUSTODE PE LA CATHÉDRALE. 


EXTRAIT 
D'UN 
INVENTAIRE DES SAINTES RELIQUES 
Conservées dans le Trésor de l'Église d'Angers. 


—200— 


L'acte duquel nous extrayons ce qui suit, est un 
écrit sur huit feuilles de parchemin, en caractères du 
XVIIT: siècle. J’ai eu l'honneur d'envoyer le double de 
cet extrait à M. le ministre de l'instruction publique 
qui recommande à ses correspondants de ne point né- 
gliger ces sortes de renseignements. Cela étant, j'ai 
pensé que vous ne manqueriez pas de les agréer avec 
un égal empressement; ils sont d’ailleurs comme le 
complément indispensable d’une notice sur le même 
sujet, imprimée page 66 de vos Mémoires, 2° série, 
2e vol., 1° livraison. 

L'inventaire dont il s’agit, comprend 49 numéros. 

I. 


Sans intérêt. 
il. 
« Une exposition de vermeil avec la croix et le so- 
» leil d’or. Il y a dans la croix un morceau de lavraie 
» croix donné par G. de Beaumont, évêque d'Angers. 


(96) 
II. 


» Une image d’argent représentant la sainte Vierge, 
» avec un cristal au bas duquel on lit : de capillis 
» beatæ Mariæ virginis. 
IV. 
« Figure d'or et d'argent, de saint Maurice, renfer- 
» mant un os de son bras. 
Y. 
» Un buste de vermeil de saint Maurille, renfermant 
» son chef. 
VI. 
» Figure de vermeil représentant saint Martin, te- 
» nant une phiole de crystal dans laquelle est ren- 
» fermé du sang de saint Maurice et de ses compa- 
» gnons. Amaury Deniau, chanoïne d'Angers, donna 
» ce reliquaire l’an 1486. 


VIT. 


» Une châsse carrée en vermeil, au-dessus de la- 
» quelle il y a une croix en vermeil, fleurdelysée et 
» ornée de pierreries. Le jour de saint Sébastien , au 
» lieu de cette croix on pose sur cette châsse la reli- 
» que de ce saint pour être portée en procession aux 
» Cordeliers. 
VIII. 


» Une figure d’argent représentant saint Louis, dans 
» laquelle il y à de ses reliques. 
IX. 
Sans intérêt. 
cs 


» Une croix double d’argent doré. couverte de fili- 


(97) 


» granes d'or et de pierreries , dans laquelle il y a de 
» la vraie croix, de la ceinture et de la robe de la sainte 
» Vierge. 
XI. 
» Une petit croix d’or, contenant de la vraie Croix, 
» qui sert à l’adoration du vendredi saint. 


XII. 


» Une grande croix couverte de feuilles d'argent 
» doré et les cristaux taillés en forme de pierreries; 
».elle est portée aux processions du dimanche des 
» Rameaux, Rogations et del’Ascension de Notre Sei- 
» gneur. 
XII. 


» Un reliquaire d'argent doré, au haut duquel il y 
» à une croix double en or, garnie de pierreries; ce 
» reliquaire renferme un morceau de la robe de Notre 
» Seigneur. 
XIV. 


» Un petit reliquaire d'argent doré, en forme de 
» chapelle, ouvrant à deux battanis, qui renferme de 
» la robe de la sainte Vierge. 


XV. 


» Un chef d'argent renfermant le chef de saint In- 
» nocent compagnon de saint Maurice. 


XVI. 


» Deux figures d’argent dont l’une représente saint 

» Victor martyr, compagnon de saint Maurice. Ces 

» figures ont été données l’an 1685, par M. Arthaud 

» archidiacre d’outre Loire, (auteur de quelques ma- 

» nuscrits relatifs à l’histoire d'Anjou restés inédits.) 
7 


(98) 
XVI. 


» Un bras couvert de feuilles d’or et garni de fili- 
» granes d’or et pierres précieuses sur lequel on lit 
» Brachium sti Andreæ. 


XVIII. 


» Un bras d'argent doré, filigranes et pierreries : 
» on y lit: Brachium sti Juliani martyris. 


XIX. 


» Un bras d’argent doré, filigranes et pierreries; on 
» y lit : Brachium sti Vincentii martyris. 


XX. 


» Un reliquaire d’argent en forme de bras tenant à 
» la main une petite boîte d'argent, dans lequel sont 
» des reliques de sainte Madelaine avec ces inscrip- 
» tions : hic est dens beatæ Mariæ Magdalenæ et hic est 
» de ossibus brachii beatæ Mariæ Magdalenæ. 


XXI. 


» Dosme d'argent doré au haut duquel il y a un 
» cristal taillé en forme de carreau et au milieu une 
» vitre, au travers de laquelle on voit une petite croix 
» d’or dans laquelle il y a de la vraie croix; il y a 
» aussi dans ce reliquaire des reliques de saint Pierre 
» et de saint Mathieu apôtres, et une petit boite d’ar- 
» gent dans laquelle il y a du suaire de Notre Sei- 
» gneur. 

XXII. 


» Figure d'argent de saint Sébastien martyr. qu'on 
» porte en procession à sa fête, aux Cordeliers. 


(99) 
XXII. 


» Figure d'argent de saint Jean-Baptiste, tenant dans 
» sa main gauche un petit vase en forme ronde dans 
» lequel il y a de ses reliques. 


XXIV. 


» Figure d’argent de saint Étienne, premier martyr, 
» tenant dans ses mains un petit vase de cristal dans 
» lequel il y a de ses reliques. 


XXV. 


» Figure d'argent doré de saint Nicolas évêque, avec 
» de ses reliques. 


XXVI. 


» Figure d'argent de saint Maur, portant un petit 
» vase dans lequel il y a de ses reliques et de celles de 
» saint Fiacre. 
XXVII. 


» Un reliquaire d'argent doré, orné de trois cristaux 
» dont celui du haut renferme des reliques de saint 
» Blaise, celui du milieu une dent de saint Laurent, 
» une autre de sainte Agathe et celui du bas contient 
» des reliques de saint Germain évêque. 


XXVIII. 


» Un reliquaire d’argent doré en forme de plaque, 
» dans lequel il y a des reliques de saint René évé- 
» que d'Angers. 
XXIX. 


» Un reliquaire d'argent en forme de clocher dans 
» lequel il y a des reliques de saint Apothême évêque 


( 100 ) 


» d'Angers , lequel reliquaire a été donné en 1661, 
» par M. Syette chantre. 


XXX. 
» Reliques de saint Julien évêque du Mans. 


XXXI. 


-.» Reliquaire d'argent en forme de côte, avec cette 
» inscription : costa sanctæ Annœæ matris virginis Mariæ. 


XXXII. 


» Reliquaire d'argent doré en forme de côte garni 
» de filigranes et de pierreries dans lequel est une côte 
» de saint Hilaire évêque de Poitiers. 


XXXIII. 
» Reliques de saint Yves. 


XXXIV. 
» Reliques de saint Hubert. 
XXXV. 


» Un texte précieux autrefois donné par un chantre 
» de l'église d'Angers, un des côtés duquel est couvert 
» d'or parsemé de filigranes et de pierres précieuses, 
» l’autre est d’argent doré; il s'appelle vulgairement 
» la Jurande, parce qu'on le présentait aux roys de 
» France, lorsqu'ils faisaient leur entrée dans l’église 
» d'Angers, et qu'ils prononçaient la formule du ser- 
» ment de conserver à cetle église les priviléges ac- 
» cordés par leurs prédécesseurs , formule qui y est 
» écrite. Cette jurande sert présentement à la récep- 
» tion des évêques qui prononcent le serment qui y 
» est écrit. 


( 101 ) 
XXXVI. 


» Reliques des trois sœurs vierges : saintes Foy, 
» Espérance et Charité. 
XXXVII. 


» Reliques de sainte Tanche. 
XXXVII (BIS.) 


» Une chapelle ou dôme de cristal de roche monté 
» en argent doré et émaillé qui est un bijou donné par 
» un duc d'Anjou. 
XXXVIII. 


» Une châsse en pierre d'ambre, avec huit glaces 
» donnée par Michel Babin maître école et chanoine 
» en 1725, auteur de dix-huit volumes des célèbres 
» conférences d'Angers. 
XXXIX. 
Sans intérêt. 
XXXX. 
« Deux crosses, l’une d’argent donnée par M. de Bueil 
» évêque d'Angers , et une autre de cuivre. 


XXXXI. 


« Un cor, de matière d'ivoire, dont, selon la tradi- 
» tion, saint Lezin s'était servi avant d’être évêque 
» d'Angers ; on le conserve en mémoire de ce saint. » 


C’est sans doute, Messieurs, cet oliphant magni- 
fique orné de sculptures orientales, que le musée des 
antiquités possède. D’après le P. Arthur Martin, ce 
pourrait être un travail du XI ou XII siècle; M. Car- 
rand Je croit originaire de Damas. Ces oliphants que 
l'on ne rencontrait guères que dans les anciennes 
cathédrales, servaient en manière de crécelle dans ces 


(102) 


jours de l’église, durant lesquels on s’abstient de son- 
ner les cloches. 
XXXXII. 
« Deux cœurs d’argent aux armes de M. de Bon- 
» champ, chanoine. | 
XXXXIII. 


» Une plaque de pierre sanguine, autour de laquelle 
» il y a de petites bandes d'argent. » 


Je suis porté à croire que cette pierre est du 
nombre de celles auxquelles l’on attribuaït des vertus 
spéciales ; on peut consulter sur ces pierres l’ouvrage 
d’un angevin célèbre; j'entends parler de Marbode, 
évêque de Rennes, qui nous a laissé un curieux traité 
des pierres précieuses et de leurs vertus symboliques. 

XXXXIV. 

« Dans le chœur, la grande châsse de vermeil et 

» d’or, qui renferme le corps de Saint-Maurille. 
XXXXV. 

» Un autre châsse, au pilier près l’autel, dans 
» laquelle sont les reliques de saint Serené et de saint 
» Serenic son frère. Argent doré. 

XXXXVI. 


» Châsse de bois, le devant d'argent doré, dans la- 
» quelle il ÿ a des reliques de saint René. évêque 
» d'Angers. 
XXXX VII. 
» Dans une fenêtre près la sacristie est renfermée 
» une des cruches dans lesquelles N. S. changea l’eau 
» en vin aux noces de Cana. » 


C’est, Messieurs, celle en porphyre que le musée 


( 103 ) 


possède et qui vient d’être publiée d’après les dessins 
de M. Dainville fils, notre collègue et ami, dans les 
annales de M. Didron. Comme cette gravure est ac- 
compagnée d'une notice très détaillée sur ce vase, 
nous nous abstiendrons d'en rien dire davantage. Ce- 
pendant malgré cette réserve nous croyons devoir 
reproduire ici les lignes de notre inventaire à ce sujet. 

« Le deuxième dimanche après l'Epiphanie, y est il 
» écrit, le garde reliques doit dès le matin bien retirer 
» l'hydrie et la faire placer sur une credence couverte 
» de nappe, près le pilier qui est à côté de l’autel de 
» Saint-Louis , y mettre ensuite une cruche pleine de 
» vin qui doit être béni pendant tierces par un mair- 
» chapelain et après la bénédiction faite, le garde 
» reliques met du vin béni dans une grande burette 
» que lui donne le sacristain et le donne au mair-cha- 
» pelain, pour le porter en station étant couvert d’une 
» écharpe blanche, précédé de deux chapelains portant 
» des torches allumées, avec des chappes blanches, 
» auxquels chapelains le garde reliques doit donner 
» un sol à chacun. Il a soin de mettre des couronnes 
» sur la tête du mair-chapelain et des deux chapelains. 
» La distribution du vin béni se fait au public après 
» sexte, par le garde reliques. Le bourcier des anni- 
» versaires doit payer aux garde reliques 4 livres pour 
» la dépense du vin et 2 sols pour le deuxième dimanche 
» d’après l'Épiphanie. » 

Je dois ajouter ici, que MM. Lenormand et Merimée, 
membres de l'Institut, ont vu cette hydrie et l'ont 
trouvée d’un beau travail oriental Greco-Egyptien. Les 
deux mascarons, d’après M. Lenormand, sont ceux 
de Bacchus de Mitylène. 


(104) 
XXXXVIII. 


«Il y à en outre dans le grand reliquaire, deux œufs 
» d'autruche soutenus par des chaînes d'argent. » 

J'ignore ce que peuvent signifier ces œufs d'autruche, 
à l’occasion desquels Urbain Renard, l’un des auteurs 
de la grande bible des Noëls Angevins, s'exprime ainsi, 
P. 28, édit. de 1780, dans son cantique sur la cathé- 
drale d'Angers : 

» La joie est Angélique, 

» À Pâques, d’ouir 

» Cloches, orgues, musique, 

» ‘Les maries venir 

» Chercher dans le sépulchre 

» Jésus qui n’est plus là : 

» Puis portant œufs d’autruche, 
» On chante alleluia, 

Je ferai seulement observer, qu’en regard de la 
célèbre Vierge de Monplacet, commune de Jarzé, ar- 
rondissement de Baugé, nous avons vu un œuf d’au- 
truche suspendu. Il y a très certainement un sens 
symbolique là-dessous que nous ne désespérons pas 
de découvrir un jour (1). 


XXXXIX. 
« Un reliquaire d'argent doré au haut duquel est 
» renfermée une des épines de la couronne de N. S., 
» dans une petite châsse ouvrant et fermant à deux 
» battants, enrichie de pierreries et de perles. » 


V. GODARD-FAULTRIER. 


(1) On peut voir à ce sujet une dissertation de M. Didron, 
dans l’un des récents numéros de ses Annales. Les œufs d’autru- 
che, les œufs de Pâques et les œufs à la Tanaisie que l’on servait. 
également à Pâques dans l’abbaye de Saint-Aubin d'Angers, sont 
des emblêmes de la résurrection. 


Rectification bibliographique, par M. Lambert, de Saumur. 


UNE LETTRE DE BODIN. 


QE 


Messieurs , 


Dans une de ces petites courses qu'il y a tant de 
charme à renouveler depuis Angers jusqu’à Saumur, 
sur nos rives de la Loire, j'eus l'avantage en cette der- 
nière ville de faire l’heureuse rencontre d’un biblio- 
phile aimable autant qu'instruit, qui s’ingénia de 
toute façon à nous être agréable en nous priant d'une 
soirée que le choix des invités rendait on-ne peut pas 
plus charmante. Vous n’en serez point surpris, Mes- 
sieurs, quand vous saurez que nous étions en regard 
de Louis, de Mathieu, d'Abraham , de Gilles, d'Isaac, 
de Bonaventure, de Jacob, Elzevir, que sais-je? J'en 
passe et des meilleurs. M. Lambert. l'intelligent pos- 
sesseur de ces précieux bouquins nous les faisait sor- 
tir comme par enchantement du fond de ses élégants 
bahuts et de ses jolis dressoirs. 

Ces livres pour la plupart étaient même dans leur 
vieille reliure d’une fraicheur incomparable et d’un 
aspect que j'oserais dire appetissant ; l'eau nous en ve- 
naît à la bouche, pardon de l'expression! mais vous 
savez qu'il y à dans le monde plus d’une sorie d 
gourmets. | 


(106 ) 


Notre appétit fut vivement surexcité par un volume 
in-8° avec frontispice gravé, il s'agissait d’une édition 
de Sénèque le tragique, que Brunet dans son Manuel, 
indique sans nom de lieu ni d'imprimeur et que 
M. Lambert a très bien su restituer aux Elzevirs, 
Cette petite conquête bibliographique n'était pas sans 
intérêt et méritait assurément de vous être signalée ; 
je priai notre jeune bibliophile saumurois, d’avoir l’o- 
bligeance d'en dresser une note que voici. 

« Il me reste, nous écrit-il en date du 30 juin 1851, à 
» vous donner quelques détails sur une erreur biblio- 
» graphique que j'ai eu occasion de vous signaler der- 
» nièrement en visitant ensemble ma bibliothèque. I 
» s’agit, vous le savez, d'une édition de Sénèque le 
» tragique, elzevier. (L. Annœi Senecæ tragædiæ. V. F. 
» Gronovius recensuit accessit ejusd et variorum notæ. 
» Lugduni Batav ex officina Elzeviriana. An. 1661.) 
» 4 v.in-8° frontispice gravé. Brunet, dans son Manuel 
» indique cette édition sans nom de lieu, ni d’impri- 
» Meur, 

» Fournier, dans son dictionnaire, cite cette édition 
» sous la rubrique d'Amsterdam 1662. 

» Enfin , le bibliophile Jacob , dans le catalogue de 
» la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, tome 
» Jr, page 23, indique aussi celte édition sous la date 
» de 1662, Amstelodami apud Ludoc Pluymer. Aucun 
» catalogue , aucun manuel ne classe cette édition 
» de Sénèque, parmi celles dues aux presses des El- 
» Zevirs; voici d'où vient l'erreur , une petite bande de 
» papier, porlant le nom de Pluymer, Amstelod 1662, 
» a été appliquée très ingénieusement au frontispice 
» de tous les exemplaires avant qu'ils fussent livrés au 


( 107 ) 


» commerce. Le nom de Pluymer a été ainsi subs- 
» titué à celui des Elzevirs. Cette petite bande de pa- 
» pier peut facilement s’enlever en l’imprégnant d'hu- 
» midité; on retrouve ainsi la date certaine du livre 
» et notre répertoire bibliographique s'enrichit d'un 
» Elzévier de plus. » 

Cette rectification inédite, Messieurs, ne peut man- 
quer de trouver place dans vos bulletins que vous 
aimez toujours à enrichir de faits et de documents 
originaux. À ce titre, en même temps qu'à bien d’au- 
tres, vos mémoires recevront la lettre suivante de 
Bodin, à l’adresse de M. l'abbé Denais, son ancien pro- 
fesseur au collége de Beaupreau et son ami. 


Paris, 10 juin 1825. 


« Monsieur et bon ami, 


» Je ne puis vous exprimer avec quel plaisir j'ai reçu 
» votre letire du 9 mai, le porteur en a été témoin et 
» il vous dira, sans doute, que notre premier entretien 
» a roulé sur vous. Je l’accablais de questions aux- 
» quelles il ne pouvait répondre, je tenais votre lettre 
» et tardais de l’ouvrir dans la crainte d’y trouver quel- 
» que sujet de mécontentement contre moi; enfin 
» je l’ai lue et j’ai éprouvé une nouvelle satisfaction 
» en voyant que votre amitié pour moi était toujours 
» la même. 

» Je ne vous dissimulerai pas que j'ai été vivement 
» affecté de votre silence, j'en cherchais la cause et 
» ne pouvais la trouver; cependant à force de récapi- 


(108) 


» tuler ce que j'avais écris, je m'’arrêétai à croire que 
» Vous aviez pris en mauvaise part la réflexion qui 
» termine le chapitre 26 du 1°" vol. J'en étais d’au- 
» tant mieux persuadé, qu’en l’écrivant c'était à vous 
» ef au porteur de votre lettre que je pensais ; car vous 
» êtes mes seuls amis qui ne partagez pas mes opinions 
» politiques, et encore je vois qu’elles diffèrent de 
» si peu de chose, que cela ne vaut pas la peine d'en 
» parler. 

» Vous croyez, Monsieur et bon ami, que j'ai fixé 
» définitivement mon domicile à Paris, vous êtes 
» dans l’erreur ; l'expérience m'a prouvé que je ne 
» pouvais jouir d'un jour de santé à la campagne pen- 
» dant les trois mois de printemps, ce que j'attribue 
» au voisinage d’un marais. Je me suis donc vu dans 
» la nécessité d'ajouter ces trois mois aux trois mois 
» d'hiver que j'avais l'intention de passer tous les ans 
» à Paris. Aïnsi je passe mon temps en allant d’une 
» solitude à l’autre, car Paris est pour moi une solitude 
» bien plus profonde que celle de Launay. lei je ne 
» vais que chez mon fils, je ne fais ni ne rend de visite 
» à personne et cependant je n’éprouve pas un seul 
» moment d'ennui ; la lecture et la promenade occu- 
» pent iout mon temps. Les sociétés liltéraires, aux- 
» quelles j'ai l'honneur d’appartenir, me procurent 
» tous les livres dont j'ai besoin, j'en achéte aussi 
» quelques uns à chaque voyage pour augmenter la 
» bibliothèque de Launay. 

» Vous pensez bien que je ne néglige pas l'étude 
» des beaux aris; je me suis donné la charge d’ins- 
» pecteur des travaux publics, afin de donner un but 
» d'utilité à mes promenades. Je loue, je critique, 


( 109 } 


» suivant l’occasion; plusieurs jugements sur ces 
» matières ont été approuvés par des artistes dis- 
» tingués. 

» À propos de critiques , cela me rappelle que j'en 
» ai lue hier, une bien violente contre une personne 
» qui me touche de près, vous l’avez peut être lue 
» aussi, si vous voyez l'Étoile, c'est ce qui m'engage à 
» vous envoyer la défense de cette personne ; qu'on 
» juge mal, en feignant de ne pas la comprendre dans 
» Ses raisons. 

» C’est à la fin de ce mois ou au commencement 
» de juillet que j'espère retourner en Anjou, revoir 
» les belles rives de la Loire, les champs que j'ai défri- 
» chés, les arbres que j'ai plantés. Vous ne sauriez 
» croire quel plaisir j'éprouve lorsque la diligence, 
» qui me transporte , passe de la Touraine en Anjou 
» et que je sens que je respire l’air natal. Ce sont les 
» mêmes sensations quej'éprouvais dans mon enfance, 
» lorsqu’en revenant de Beaupreau , j'apercevais les 
» clochers de Saint-Maurice, le mot patrie ne se pré- 
» sentait pas à mon esprit, je ne le connaissais mê- 
» me pas, mais la vue de ces belles flèches m’an- 
» nonçait que je serais bientôt dans les bras de ma 
» mère et mon cœur battait d'espérance et de joie. 

» C’est ainsi qu’en vieillissant, je regarde en arriè- 
» re, et, quoiqu'à Paris je suis presque toujours en 
» Anjou par mes souvenirs , non ceux qui pourraient 
» me rappeler l’âge mur, mais bien ceux qui me 
» reportent à l'enfance et à la jeunesse. Dans toutes 
» ces rêveries qui amusent mon imagination je me 
» retrouve souvent en présence des personnes qui 
» comme vous ont eu des bontés pour moi, je bénis 


(110 ) 


» leur mémoire et tâche de me rendre digne d’avoir 
» en quelque part dans leur estime. 


» Adieu, Monsieur et respectable ami, je vous 
» embrasse de tout cœur. 


» M. BoDIn. » 


Celle lettre, Messieurs, pleine de la douce transpa- 
rence des sentiments les plus exquis, les plus tendres 
et les plus délicats de l’auteur , à l'endroit de sa mère, 
de son pays, et de son précepteur bien aimé fut reli- 
gieusement recueillie par celui-ci et placée aux pre- 
mières feuilles d'un magnifique exemplaire des Re- 
cherches Historiques. Cet exemplaire dont M. Lambert 
est aujourd'hui l’heureux possesseur portait cette 
dédicace belle par son affectueuse simplicité. 


« À M. l'abbé Denais chanoine de l'église d'Angers, 
» ancien préfet du collége de Beaupreau. de la part de 
» l’un de ses élèves, son ami, signé : Bodin, 1812. » 


Dans cette petite course d'Angers à Saumur, que 
j'eus le plaisir de faire avec M. Dainville fils, je ren- 
contrai également M. Joly, notre correspondant, qui, 
par l'entremise de M. le Préfet, a bien voulu nous 
envoyer il y a deux jours, le dessin colorié d’une 
rosace en mosaique à carreaux vernissés de la fin du XIT° 
siècle trouvée dans la chapelle absidale de Cunaul ; 
comme nous comptons plus lard entrer dans quelques 
détails sur cet objet nous nous bornons présentement 
à vous le mentionner. 


V. GODARD-F AULTRIER. 


(111) 


Æ, 


A M. TEXTORIS, 


vice-président de la Société d’agriculture, sciences et arts d'Angers, 
membre de la Légion-d’Honneur, 


DEFENSOR. 


—— 8-0 00 —— 


D’après la table chronologique dressée à la fin des 
Statuts du diocèse d'Angers, imprimés sous Henry Ar- 
nauld, dans ladite ville, chez Olivier Avril, en 1680; 
d’après cette table, disons-nous, Defensor, suivant 
l'opinion commune, notre premier évêque, aurait 
gouverné le diocèse durant 22 ans, c’est-à dire de 
l'an 350 à 372 de J. C., du temps des empereurs Cons- 
tance IT, Julien l’apostat et Valentinien Ier. Il avait été 
envoyé à Angers par Lidorius évêque de Tours, afin 
de prêcher la foi en Anjou. 

D'après le témoignage de Sulpice Sévère , qui vivait 
à la fin du IV: siècle, Defensor fut présent à l'élection 
de Saint-Martin de Tours, vers 370. Il s’y distingua 
par son opposition contre celui-ci; voici ce que nous 
en apprend Sulpice, au chap. 7 de la vie de saint 
Martin (tome 7 bibliotheca patrum, évêché A. — 
ES 

« Un petit nombre de prêtres, dit-il, et quelques 
» uns des évêques qui furent appelés à l'élection, ne 
» voulaient pas de Martin sur le siége de Tours; pré- 
» tendant avec impiété, qu'il n'était pas digne de 
» l’épiscopat en raison du peu de soin de sa toilette, 


(112) 


» de la négligence de sa chevelure et du désagrément 
» de son visage (Vultu despicabilem, veste sordidum , 
» crine deformem ). 

» . « e . ° . . . . ° . . . , . . . 
» Parmi ces évêques, on assure que celui qui fit le 
» plus de résistance, fut un nommé Defensor, d’où 
» suit qu'il s’attira une grande animadversion excitée 
» d’ailleurs par cette lecture prophétique. 
» . . ° . ° . . . . . . . . . . . . . 
» tirée fortuitement d’un psautier : Ex ore infantium 
» et lactensium perfecisti laudem propter inimicos tuos 
» ut destruas inimicum et defensorem. 

» À cause de tes ennemis tu as pris ta louange de la 
» bouche des enfants et des petits à la mamelle pour mieux 
» détruire l'ennemi et son défenseur. 

» Le peuple après cette lecture poussa un grand 
» cri, et il fut généralement recu que ce psaume 
» arrivait là par volonté divine, afin que Defensor 
» entendit la condamnation de sa conduite. » 

Fortunat qui vivait au Ve siècle, confirme le récit 
de Sulpice, par ces paroles : œmulus erat Defensor 
episcopus obstans , ce qui laisserait croire que l'oppo- 
sition de cet évêque était loin d’être désintéressée. 

On ne saït rien de plus sur son épiscopat. Les chré- 
tiens l’inhumèrent en un lieu où depuis fut bâtie 
l'église Saint-Maurille , dans leur cimetière situé alors 
où nous voyons aujourd'hui la place du Ralliement. 
Ce cimetière avait succédé vers le milieu du IVe siècle 
à celui de nos Angevins Gallo-Romaïns, trouvé vers 
1848 et 1849, dans les champs de la Visitation ou 
plutôt dans la gare du chemin de fer. 

Et maintenant ne peut-on pas se demander si, rela- 


(113) 


tivement à notre premier évêque , le nom de Defensor 
n’a point été autant un nom de charge qu’un nom 
propre. 

Si nous parvenons à établir qu’il fut un nom de 
charge , il en résultera que Defensor aurait été investi 
d'une magistrature civile, soitavant de porter la crosse, 
soit en même temps. 


Quelques mots donc sur cette institution. Le nom 
de Defensor s’appliquait aux défenseurs des parties ou 
avocats, aux défenseurs des églises, et mais surtout au 
defenseur d'une cité. Les attributions de ce dernier 
tenaient beaucoup de celles de nos juges de paix, de 
nos vérificateurs de poids et mesures, de nos no- 
taires. 

En outre, cette institution, suivant Raynouard, 
assurait aux citoyens et aux habitants une protection 
tribunitienne. 

Le défenseur de la cité avait une demeure publique 
pour le dépôt des archives et un préposé pour les rédi- 
ger et garder ( amanuensis ).! 

Le défenseur était le chef de la curie publique ou 
corps municipal de la cité. 


Sous l’empereur Justinien ( VIe siècle), sa nomina- 
tion n’appartenait plus qu’au clergé. « Par grâce, dit 
» Poncelet, on admit à l'élection quelques membres 
» de la curie, la plupart du temps c'était un évêque 
» qui était le defensor, il en était ainsi dans toutes les 
» villes qui avaient un évêque. » 

Il n’est pas douteux qu’Angers ait eu son défenseur, 
puisque dans nos formules angevines du V[: siècle il 
en est fait une meniion toute spéciale, de même que 

8 


(114) 


du forum, du curator, du magister militum., de la 
curie publique (1). et de l’amanuensis. 

En 409, le code, au titre De defensoribus civitatum, 
nous apprend que les défenseurs des cités devaient 
être formellement choisis et institués par les vénérables 
évêques, les clercs, les notables, les propriétaires et 
les curiales. 

Toujours en remontant les siècles, nous trouvons 
au même code , en 365, sous les empereurs Valens et 
Valentinien Ie, trace légale des défenseurs des cités; 
mais il n’est pas supposable que cette charge n'ait 
point préexisté en fait bien auparavant, cette institu- 
tion, par sa nécessité, étant du nombre de celles quine 
se créent guères à priori. D'ailleurs, la date de 365 
précitée, coïncide parfaitement avec l’époque durant 
laquelle vivait notre premier évêque d'Angers; nous 
sommes donc très disposés à croire que son nom de 
Defensor lui vint de la charge de défenseur; de la cité 
d'Angers, charge qu’il dut avoir avant et non pendant 
son épiscopat, parce qu'il ne paraît pas qu’antérieu- 
rement à Justinien (VI: siècle) les deux charges 
d’évèque et de défenseur aient pu se cumuler. 


V. GODARD-FAULTRIER. 


(1) Voir formule F°, Analectes de Mabillon, p. 234, t. 4. 
P 


( 115) 


NOTE 


SUR LES PROPRIÉTÉS DU SCHISTE ARDOISIER DANGERS 


et son application à la couverture des édifices. 


MESSIEURS, 


Une idée essentiellement française vient de recevoir 
il y a peu de temps son application en Angleterre, 
et lui a procuré richesse et gloire ; je veux parler de 
l'exposition des produits de l’industrie de toutes les 
nations à Londres. Cette exposition présentait un grand 
spectacle à l'humanité accourant en foule pour con- 
templer avec admiration la richesse, l’infinie variété 
des produits de son intelligence et de son travail: 
mais elle fournissait surtout une source féconde d’en- 
seignements et d'exemples aux industriels, aux ma- 
nufacturiers justement avides de progrès et de per- 
fectionnements : car le progrès est la loi évidente et 
incontestable de la marche de l'esprit humain. 

L'industrie ardoisière importante dans le dépar- 
tement de Maine et Loire, où elle occupe des milliers 
de bras, va, je l'espère , largement profiter du bienfait 
de cette idée française si heureusement appliquée à 
Londres. 

L'habile représentant de cette industrie angevine, 
vient , en effet, de puiser à l'exposition universelle, 


(116) 


l’idée d’une nouvelle fabrication, dont les produits 
me paraissent destinés à provoquer une révolution 
importante dans le mode de couverture à employer 
pour les édifices. 

L'examen de ces produits, qu’on a bien voulu me 
confier, m’a conduit à entreprendre une série d’ex- 
périences sur les propriétés du schiste ardoisier 
d'Angers. 

Exposer le résultat de ces expériences qui me per- 
mettent de détruire plusieurs préjugés consignés dans 
l’intéressant mémoire publié en 1833, dans le Mémo- 
rial du génie, par M. Belmas, officier de cet arme 
(ce mémoire est le seul travail un peu complet qui ait 
été fait jusqu'ici sur les avantages respectifs des diffé- 
rents modes de couvertures pour les combles) : indi- 
quer ensuite les avantages importants que doit pré- 
senter l'emploi des produits de la nouvelle fabrication 
imtroduite à Angers : tel est, Messieurs, le but de cette 
note que j'ai désiré vous lire à cause de l’intérêt natu- 
rel que vous portez à toutes les branches de l’industrie 
du département de Maine et Loire. 

Un des plus graves défauts que l’on reproche à l’ar- 
doise en général et à celle d'Angers en particulier, 
est celui que je trouve signalé dans cette phrase du 
mémoire du capitaine Belmas. 

« L’ardoise par sa nature est molle et spongieuse, 
» elle absorbe beaucoup d’eau et se décompose promp- 
» tement, si elle ne peut s’égoutter. » 

J'ai voulu me rendre compte d'une façon précise, 
de la valeur de cette assertion à l'appui de laquelle, 
du reste, aucun résultat d'expérience n’est indiqué. 

Mes essais m'ont conduit à une conclusion entière- 


(417) 


ment opposée; on en peut juger par les chiffres sui- 
vants : 

J'ai laissé pendant 48 heures complètement immer- 
gés dans l’eau, 3 fragments de schiste ardoisier des 
environs d'Angers, ayant chacun un décimètre carré 
de surface et 

le 4er, 1 millimètre d'épaisseur ;. 

le 2e, 2 millimètres id. 

le 3,4 id. id. 
Ayant retiré de l’eau et agité à l'air pendant 5 minutes 
ces trois fragments, toute trace d'humidité a disparu 
à leur surface ; j'ai constaté au moyen d’une balance 
de précision que : 
l’ardoise de1 /m d’ép. avait aug. de0,00007 deson poids; 

celle de2 id. id. de 0,0005 id. 

celle de4 id. id. de 0,0014 id. 

Ces nombres qui représentent le rapport de la quan- 
tité d’eau absorbée au poids du schiste absorbant, 
croissent avec l'épaisseur des ardoises, d’où il faut 
conclure que l’eau n’a pas pénétré dans toute l’épais- 
seur des fragments soumis à l'expérience ; car l’agita- 
tion à l’air pendant 5 minutes n’a pu évidemment 
produire l’évaporation de l’eau qu’à l'extrême surface ; 
mais elle a laissé subsister une humidité très sensible 
sur la tranche de ces fragments et c'est en observant 
ce fait que je me suis facilement rendu compte de la 
progression croissante des chiffres ci-dessus mention- 
nés : en effet, celte tranche est d'autant plus irrégu- 
lière et schisteuse que l'épaisseur du feuillet est plus 
considérable et par suite la quantité d’eau ainsi retenue 
doit augmenter dans une proportion rapide avec 
Pépaisseur. 


(118) 


Une expérience faite sur un fragment d’ardoise An- 
glaise de 1 décimètre carré de surface , et 3 millimètres 
d'épaisseur a complètement confirmé cette explica- 
tion. J'ai trouvé que, placée dans les mêmes conditions 
que l'ardoise d'Angers, elle n’augmentait que de 
0,0002 de son poids, c’est-à-dire beaucoup moins que 
celle d'Angers, sous l'épaisseur de 2 millimètres ; c'est 
qu'en effet l’ardoise Anglaise est moins schisteuse 
que l’ardoise des environs d'Angers ; sa cassure plus 
nette doit retenir une moindre quantité d’eau. 

Ainsi il résulte des expériences ci-dessus mention- 
nées , que l’ardoise d'Angers n’est pas un corps poreux 
qui absorbe beaucoup d’eau, puisque dans des condi- 
tions très défavorables et bien différentes de celles 
qui se présentent dans la pratique sous l'influence des 
agents atmosphériques , elle absorbe une quantité 
d’eau moindre que les 0,00007 de son poids; car dans 
ce nombre doit entrer pour une fraction considérable; 
la proportion d’eau retenue par la tranche de l’ardoise 
ayant 1 décimètre carré de surface et 1 millimètre 
d'épaisseur , sur laquelle j'ai opéré. 

Une dernière expérience prouve d’une façon plus 
frappante encore que les précédentes, combien le 
capitaine Belmas est dans l’erreur en appelant l’ardoise 
un corps Spongieux par sa nature. 

J'ai formé avec une ardoise de 25 centimètres carrés 
de surface et ayant à peine 1 millimètre d'épaisseur, 
le fond d’une cuve en bois que j'ai remplie d’eau 
jusqu’à la hauteur de 10 centimètres : depuis un mois 
que dure l'expérience , je n’ai pas encore vu apparaître 
traces d'humiditésur la face extérieure de cette ardoise. 

Cette épreuve me semble décisive et démontrer bien 


(119) 


nettement que l’ardoise n’est pas un corps poreux, 
mais sera-t-on en droit de dire , encore avec le capi- 
taine Belmas, qu’elle se décompose promptement à 
l'air , si elle ne peut pas s’égoutter ? 

Pour étudier la valeur de cette seconde assertion, 
aussi dénuée de preuves que la première, j’ai du recher- 
cher dans quelle proportion se trouvait la pyrite , élé- 
ment de décomposition sous l'influence des agents 
atmosphériques, que peut renfermer le schiste ardoi- 
sier d'Angers et qu'il renferme indubitablement, 
comme le prouve la présence d’une quantité notable 
d'acide sulfurique dans les eaux séjournant au contact 
des débris qui proviennent de l’exploitation des car- 
rières. Pour cela j'ai fait piler une quantité considé- 
rable de fragments d’ardoises non triées, et opérant 
sur 20 grammes du produit de cette porphirisation, 
j'ai trouvé dans une analyse chimique faite avec soin 
que 1,000 parties de schiste en renfermaient 2,80 de 
pyrite (j'adopte Fe? S? pour formule de cette pyrite). 
Cette petite proportion de pyrite que renferme incon- 
testablement l’ardoise d'Angers ne peut pas contribuer 
d'une façon notable à sa destruction ; car il est facile 
de s'assurer qu'elle n'existe pas à l’état d’élément 
disséminé dans la pâte du schiste, mais qu'elle cons- 
titue des lamelles excessivement tenues, que les ou- 
vriers appellent les fleurs de l’ardoise. Ces lamelles se 
rencontrent surtout à la surface des ardoises parce- 
qu'elles sont en général parallèles aux feuillets schis- 
teux et déterminent les plans de plus grande fissilité, 
qui par suite servent aux ouvriers fendeurs pour la 
division des blocs. Dans ces conditions, la décomposi- 
tion, sous l'influence des agents atmosphériques de 


(120 ) 


la pyrite que renferme l’ardoise d'Angers, ne peut 
que faiblement altérer ses propriétés résistantes : ilme 
se forme pas là, comme pour une barre de fer aban- 
donnée à l’air humide, une oxidation gagnant de la 
superficie au centre par une action continue et des- 
tructive : la pyrite est en réalité étrangère à la nature 
intime du schiste et peut être décomposée sans que 
l’ardoise soit sensiblement altérée. 

Il résulte de ce qui précède que pour moi, et cette 
opinion me semble convenablement motivée, l’ar- 
doise est un des matériaux de construction qui pré- 
sente les conditions les plus précieuses de durée : résis- 
tance à l’action mécanique des agents atmosphériques 
par sa compacité et sa dureié, résistance à leur action 
chimique de décomposition par sa nature. 

Ces conclusions se trouvent confirmées par les faits ; 
car j'ai entre les mains des ardoises provenant de la 
toiture d’une vieille église d'Angers, dont l’origine 
remonte à une haute antiquité, qui ont sans aucun 
doute éprouvé dans leurs propriétés physiques , des 
altérations importantes, mais après avoir résisté pen- 
dant des siècles. 

Elles présentent des épaisseurs variables depuis 5 jus- 
qu’à 10 et 12 millimètres. En étudiantavecattention les 
parties altérées, on voit qu’elles constituent une zone 
qui suit le bord de chaque feuillet schisteux, plus dé- 
veloppée dans la partie recouverte que dans celle quise 
trouvait exposée à l'air ; dans cette zone l’ardoise n’a 
pas été décomposée mais elle a augmenté d'épaisseur, 
est devenue feuilletée, a perdu sa sonorité et sa résis- 
tance. La partie centrale de ces ardoises est au con- 
traire généralement intacte et parfaitement con- 


(121) 


sérvée, sauf pour celles qui peu inclinées sur les 
combles, ont été recouvertes d’une puissante végéta- 
tion parasite. 

L'introduction de l’eau par la tranche des feuillets 

schisteux, et l’action répétée de la gelée pendant l’hiver 
rendent facilement compte des effets observés. La non 
porosité de l’ardoise est victorieusement démontrée 
par la parfaite conservation de la partie centrale après 
une durée de plusieurs siècles. Cependant je ne pré- 
tends pas contester absolument la limite de durée 
fixée dans le mémoire déjà cité pour les couvertures 
en ardoises telles qu'elles existent aujourd'hui; cette 
limite est de 25 ans, ce qui attribue à l’ardoise une 
existence presque éphémère comparativement à celle 
des autres matériaux de construction. 
- Il semble que je sois ainsi en contradiction avec 
moi-même, mais soyez assez bons, Messieurs, pour me 
prêter encore quelque temps votre bienveillante at- 
tention et vous allez comprendre comment, ce qu'on: 
attribue à tort à la nature de l’ardoise, est en réalité 
le fait de son application vicieuse dans la couverture 
des combles. 

Vous savez tous, que sur la charpente d'un comble 
s'établit un système de voliges horizontales, c’est-à- 
dire de lattes en bois faiblement espacées, formant une 
espèce de claire-voie sur laquelle se clouent Îes ardoi- 
ses, suivant une de leurs arètes seulement, de façon à 
ce qu’elles se recouvrent successivement sur une cer- 
taine hauteur ; ainsi dans ce système universellement 
adopté jusqu'ici, il n’y a pas à proprement parler de 
couvre-joints. Entre les ardoises s'appuyant l’une sur 
l’autre existent des vides plus ou moins capillaires et 


( 122 ) 


ces ardoises ne peuvent être fixées que par leur arète 
horizontale supérieure. Là, résident les véritables 
causes de la rapide destruction des couvertures en 
ardoises sous l’action mécanique des agents atmosphé- 
riques; moins le comble est incliné, plus le vent s’in- 
troduit avec facilité entre les ardoises superposées, 
tend à les soulever et à produire un mouvement d’os- 
cillation qui augmente continuellement sa puissance 
d'action. De là destruction de l’ardoise aux points où 
elle est fixée par des clous sur les voliges; de là, 
par suite, ces chutes nombreuses d’ardoises pendant 
les jours de tempête. Mais outre cette action méca- 
nique du vent, incontestablement la plus destructive 
de toutes, il en est une autre dont on n’a pas encore 
tenu compte et qui vraisemblablement a donné lieu 
à ces appréciations erronées sur la porosité et la facile 
décomposition des ardoises. 

Dans l’espace capillaire qui existe entre deux ar- 
doises superposées se forme par un temps de pluie où 
de brouillard, un petit réservoir d’eau qui, sollicitée 
par l’action de la pésanteur s’égoutte très lentement ; 
de là une humidité presque permanente, pendant les 
mois du printemps généralement assez pluvieux en 
France, sur tous les joints horizontaux des ardoises; 
que pendant l'été il s’y accumule un peu de poussière 
et toutes les conditions se trouvent réunies pour la 
production de ces plantes parasites, telles que la 
mousse, dont on peut facilement constater le dévelop- 
pement dans les conditions que je viens d'indiquer 
sur tous les combles peu inclinés. Ces végétaux, à 
la longue, poussent leurs racines jusque dans le schiste 
ardoisier, dont ils décomposent la pâte, car elle ren- 


(123) 


ferme les éléments indispensables à la végétation. 


Ces inconvénients sont en partie évités par la forte 
inclinaison qu'on est dans l'habitude de donner aux 
combles recouverts en ardoise; mais de cette incli- 
naison , résulte une grande augmentation dans la 
quantité de bois et d’ardoise à employer par mètre 
carré de surface horizontale à recouvrir : de là en un 
mot un prix de revient considérable pour ce mode de 
couverture. 

Les nouvelles ardoises que l’on entreprend de fa- 
briquer d’après les modèles anglais sont destinés à 
annihiler complétement ces causes de destruction, 
qui entre les mains des ennemis de l’ardoise, sont des 
arguments redoutables pour conclure à son exclu- 
sion. 

Ces nouvelles ardoises doivent avoir les dimensions 
et les poids suivants : 

Nes 1. — 64 c. sur 36 c. épaiss. 0,005; poids 3 kil. 879 
2. — 60 c. sur 36c. id. id. id. 3 637 
3. — 60 c. sur 31 c. id. ad:oc.c1d: Va 132 
4. — 54 c. sur 31 c. id. ie) 102 819 
D. — 54 c. sur 27 c. id, id. 10.1 © 455 
6. — 46c.sur 27 c. id. idiad.,2. 1001 
7.—46,C, sur 21 €, id. 1 PORN 626 

Dans l’ancienne fabrication la première carrée 
grand modèle n'avait que : 

32 c. sur 22 c. épaisseur 0,0025 poids 0 kil. 500 

J'ai fait sur les propriétés résistantes du schiste ar- 
doiïsier d'Angers employé dans différentes conditions 


d’étendue et d'épaisseur des expériences nombreuses 
donc voici les résultats. 


(124) 
4° Des ardoises de 0,25 sur 0,25, chargées directe- 
ment sur une surface égale à un décimètre carré et 
reposant par leur quatre côtés sur un cadre bien dressé, 
ont supporté : 
Avec 1 millimètre d'épaisseur. 8 kil, 


2 id. id. 39: 
3 id. id:! 81504 
4 id. id. 90: 
> id. id. 120. 
6 id. id. 150 
7 id. id. 170 


Ces chiffres sont des moyennes provenant d’un grand 
nombre d'expériences. De ce tableau résulte, que les 
charges supportées croissent rapidement avec l’épais- 
seur des ardoises. Superposant ensuite deux ardoises 
des mêmes dimensions (25 centimètres sur 25 centi- 
mètres) ayant 1 millimètre d'épaisseur chacune, elles 
n'ont supporté qu'une charge de 30 kil., moindre, 
comme il était facile de le prévoir, que la charge sup- 
portée par une seule ardoise de 2 millimètres d’épais- 
seur. 


Cette loi est évidemment générale, en sorte que, 
toutes choses égales d’ailleurs, il y aura pour la résis- 
tance à la charge grand avantage à employer une 
ardoise unique ayant 6 millimètres d'épaisseur au lieu 
de 3 ardoises superposées ayant chacune 2 millimètres; 
Surtout si on observe que, dans les couvertures en 
ardoises , celles-ci sont loin d'être appliquées exacte- 
ment les unes sur les autres, mais présentent dans 
leur disposition normale des porte à-faux inévitables. 


2° Ayant chargé encore directement des ardoises 


( 125) 


de même épaisseur et de dimensions variables, je suis 
arrivé aux résultats suivants : 


l’ardoise de 20 c. carrés et 3 "/m d'ép. a supporté 60k. 


id. de 25 id. 3 id. id. 50 
id. de 30 id. 3 id. id. 45 
id. de 35 id. 31/2id. id. 57 
id. de 40 id. 4 id. id. 65 


Ainsi une faible augmentation d'épaisseur fait plus 
que compenser une différence considérable dans la 
surface des ardoises pour la résistance à la charge. 


4° Opérant sur de grandes ardoises de 60 centimètres 
sur 36 centimètres, appuyées par leurs quatre côtés 
sur un cadre bien dressé, j'ai trouvé que l’ardoise 
de 6 “/A d'épaisseur supporte une charge de 130 kil. 
de 7 id. 150 


4 Opérant encore sur de grandes ardoises faites 
d’après les modèles Anglais et ayant 5 millimètres 
d'épaisseur , j'ai produit une charge uniforme de 190 
kil. au moyen d’une colonne d’eau, avant d’atteindre 
la limite de résistance. 


5° J’ai ensuite cherché la résistance à l’arrachement 
que présente une ardoise, quand elle est fixée par deux 
clous sur les combles; cette résistance est énorme ; 
une ardoise de 66 centimètres sur 36 centimètres 
ayant 4 millimètres d'épaisseur, après avoir été percée 
de deux trous placés à deux centimètres seulement 
de chacune des arètes et fixée par deux clous introduits 
dans ces trous a résisté à l’arrachement produit par 
un poids de 100 kil. 


Les résultats de ces expériences sont donc, en résu- 


( 126 ) 


mé , très favorables à l'emploi des ardoises de grandes 
dimensions et d'épaisseur considérable , sous le rap- 
port de la résistance à la charge; mais devra-t-on les 
employer de la même façon que les produits de la fa- 
brication actuelle, c’est-à-dire avec recouvrements 
et en ne les fixant que suivant une de leurs arètes ! 
Tel est le mode proposé par Monsieur le gérant de la 
commission des ardoisières. 

J'y vois des inconvénients assez graves pour que 
dans ces conditions, les produits de la nouvelle fabri- 
cation ne puissent peut-être pas recevoir une applica- 
tion générale; en effet, si l’action du vent se trouve 
diminuée parcequ'il a à agir sur des éléments dont le 
poids est plus considérable, il s’introduit plus facile- 
ment entre les ardoises superposées; car à cause de 
leur plus grande épaisseur, le vide laissé entre elles 
est moins capillaire. D'autre part le réservoir d’eau 
et d'humidité subsiste toujours et par conséquent, on 
ne détruit pas dans ce système, le principe de la crois- 
sance et du développement des végétaux parasites sur 
les combles. 

Une couverture exécutée dans ces conditions, dont 
un modèle vient d’être déposé à la préfecture par les 
soins du gérant de la commission des ardoiïsières, aura 
une durée infiniment plus grande que toutes celles 
faites jusqu'ici avec des ardoises auxquelles on donnait 
à peine 2 millimètres d'épaisseur. Mais à côté de cet 
avantage , il faut mentionner l’augmentation du poids 
de la couverture, et celle plus importante du prix de 
premier établissement. 

Dans les couvertures actuelles, en effet, le poids 
des ardoises par mètre carré de surface varie de 18 à 


(127) 


27 kilog. ; il s'élève dans le nouveau système jusqu'à 
43 kilogrammes. 

En admettant les prix de 160 fr. pour le mille d’ar- 
doises du plus grand modèle Anglais, et de 20 fr. pour 
le mille de la première qualité de l’ancienne fabrica- 
tion (la 1re forte carrée), la dépense en ardoises s'élève 
dans le système nouveau, à 1 fr. 60 c. par mètre carré, 
tandis qu'elle n’était que de 0,76 dans l’ancien ; car il 
faut pour couvrir cette surface 10 ardoises grand mo- 
dèle et 38 fortes carrées. 

Par les observations qui précèdent, je ne prétends 
pas metire en doute , que le mode nouvellement pro- 
posé constitue un progrès très réel pour l'emploi du 
schiste ardoisier dans la couverture des combles : mais 
ce n’est point, je crois, le dernier pas fait dans la voie 
si large du progrès et si vous le permettez, Messieurs, 
je vais vous proposer un système auquel j'attache 
un grand prix, parcequ'’il découle d’une idée neuve 
et que je crois féconde. 

Voici l’idée simple qui a frappé mon esprit à la vue 
de ces grandes et épaisses ardoises qui, appuyées sur 
leurs quatre côtés seulement, peuvent supporter des 
charges si considérables (130 et 150 kil. ). 

Les juxta-poser de façon à former sur les combles à 
recouvrir, un véritable dallage ; les fixer alors sur les 
quatre côtés et pour rendre les joints parfaitement 
étanches, y introduire une substance impénétrable 
par l'eau, indestructible sous l’action des agents atmos- 
phériques et d’un prix peu élevé ; un mastic bitumeux 
satisfait à toutes ces conditions. 

Avant d'entrer dans les détails de l'application pra- 
tique de cette idée, il me sera facile d’en faire en 
quelques mots ressortir les avantages immenses. 


(128) 


Dans une couverture faite d’après ces principes, 
plus d’action destructive du vent; car il n’a aucune 
prise sur une surface parfaitement plane ; 

Plus de réservoirs d’eau et séchage immédiat des 
ardoises, quand à la pluie succéderont quelques heures 
de beau temps; 

Possibilité d'adopter les inclinaïsons, les pentes les 
plus faibles, car il n’y a plus là de recouvrements 
dans lesquels le vent puisse chasser l’eau qui inonde 
les combles; 

Par suite réduction, dans la quantité de bois à em- 
ployer par mètre carré de surface horizontale à recou- 
vrir, dans la quantité d’ardoises qui, à pente égale, 
entreront en nombre plus de moitié moindre que. 
celui nécessaire dans le système proposé par le gérant 
de la commission des ardoisières d'Angers. 

L'application pratique de cette idée est d’ailleurs 
des plus faciles : 

Sur les chevrons, il suffira en effet de plaise des 
voliges en bois, ayant 3 ou 4 centimètres d'épaisseur 
et 6 de largeur, dont le plan extérieur soit le même 
que celui des chevrons, de telle sorte que chevrons 
et voliges forment une série de cadres sur lesquels 
devront reposer, par leurs quaire cotés, les ardoises 
du plus grand modèle Anglais (64 sur 36, et 6 milli- 
mètres ou même 7 millimètres d'épaisseur ). 

Quand les ardoises auront été ajustées de façon à 
ce qu’elles laissent entre elles des joints à peine sen- 
sibles, ce à quoi un couvreur habile parviendra facile- 
ment, il suffira de couler sur les cadres une petite 
couche de bitume liquide, d'appliquer aussitôt l’ardoise 
correspondante en la pressant fortement, et de la fixer 


(129) 


invariablement par quatre vis en cuivre de 15 à 20 
millimètres de longueur, qu'on devra prendre soin de 
tremper, au préalable, dans le bain de bitume, afin 
d'empêcher toute infiltration d’eau par les trous prati- 
qués dans l’ardoise pour le passage de la vis. Ces quatre 
vis devront être placées au milieu de chacun des côtés 
de l’ardoise à deux centimètres de l’arète. 

J'ai fait expérimenter ce mode de couverture avec 
des ardoises du second modèle anglais (60 cent. sur 36 
cent. et 5 millim. d'épaisseur), sur un cadre ayant 2 
mètres 40 cent. de long et 4 mètre 80 cent. de large, 
renfermant six chevrons espacés d’axe en axe de 60 
cent., et 5 voliges distantes de 36 cent. d’axe en axe, 
de façon à former vingt cadres. Le résultat de cette 
expérience est entièrement satisfaisant. 

La solidité est extrême; car j'ai marché sans 
précaution, sur celte couverture d'essai placée hori- 
zontalement, et j'ai produit la rupture d’une seule 
ardoise, qui avait à peine 4 millimètres d'épaisseur , 
tandis qu’elles doivent avoir 6 ou 7 millimètres. 

Deux points à signaler encore dans ce simple aperçu 
sont : d'une part, la rapidité d'exécution possible pour 
une pareille couverture ; d'autre part, la facilité des 
réparations. 

Pour compléter cette description, dans laquelle, 
Messieurs, quoiqu'il puisse paraître , je n'ai exagéré 
aucun des avantages du systême de couverture que 
je propose, il me reste à traiter la question essentielle 
du prix de revient. Or voici celui du cadre que j'ai 
recouvert pour essai, représentant par suite un maxi- 
mum très élevé, mais d’où il est facile de déduire 
approximativement des chiffres pratiques. 


(130) 


Par mètre carré de surface recouverte : 


1° Ardoises (de 64 centimètres sur 36 et 6 
millimètres d'épaisseur), 4,40 à 150 fr. le 
141 1/7 xous it Lo atREs ESS ES UE * à 2 SCU U ) ESS 0,66 c. 
2° Bitume (fourni par M. Vedie Mathagon, 
de Tours, sous le nom de bitume pur des 
mines de Lechalassière à Barthène), 200 


grammes , à 40 fr. les 100 kilog. . . . . . .. 0,08 
3° Vis de 25 millimètres, 18, à 3 fr. la 
SrOSSE (24): PULL, CORSA € 0,38 


4° Main-d’'œuvre. 

Un couvreur et son aide peuvent facilement en 9 
heures de travail, couvrir 25 mètres carrés de surface ; 
en donnant 4 fr. à l’un, 3 fr. à l’autre, la main-d'œuvre 
par mètre carré s'élève à 0 fr. 28 c. 

Soit en tout 1 fr. 40 c. 


Chiffre qui en grand, dans la pratique, pourra évi-. 
demment être réduit à 1 fr. 10 c. Si maintenant on 
observe que l’on peut dans ce système, mieux encore 
qu'avec le zinc, adopter pour les combles à recouvrir 
les pentes les plus faibles ; que la dépense pour l’ins- 
tallation des cadres nécessaires , ne sera pas plus con- 
sidérable que celle des voliges dans l’ancien système, 
car si la main-d'œuvre est plus élevée, la quantité de 
bois nécessaire est moindre; que l’espacement des 
chevrons est porté à 64 centimètres , d’axe en axe ; 

Que la durée d’une pareille couverture doit être, 
par les raisons que j'ai exposées, au moins aussi 
grande que celle d’aucun autre système de couver- 
ture; 

Que les frais d'entretien se réduiront au renouvel- 


(434) 


lement du bitume tous les 10 ans au plus, ce qui 
représente un chiffre insignifiant ; 

On accordera facilement que j'étais en droit de dire, 
qu'un pareil systême est destiné à produire une révo- 
lution importante dans le mode à adopter pour la 
couverture des édifices; révolution entièrement à 
l'avantage de l’industrie ardoisière du département de 
Maine et Loire. Car j'autorise les représentants de 
cette industrie, s’ils le jugent convenable, à se réser- 
ver par un brevet d'invention le monopole de l’exploi- 
tation de l’idée fondamentale, dont cette note, Mes- 
sieurs, vous à retracé rapidement le développement. 

Une seule objection a été faite contre ce système 
par les hommes les plus compétents; c’est la crainte 
que, par les mouvements qui se produisent assez 
Souvent dans les charpentes, les joints ne s'ouvrent 
de façon à présenter un libre passage à l’eau pluviale. 
Il me parait évident d’abord que ce système doit avoir 
pour résultat immédiat de rendre ces mouvements 
de charpente beaucoup moins sensibles. En effet, les 
ardoises fixées invariablement sur deux chevrons et 
qui résistent à l’arrachement avec une puissance con- 
sidérable , devront maintenir le parallélisme exact de 
ces deux pièces de bois. Peut être celles-ci s’infléchi- 
ront-elles dans le sens longitudinal, mais de façon à 
présenter la concavité de leur courbure à l'extérieur ; 
auquel cas tous les joints seront resserrés, ce que 
permettra l’élasticité du bitume. 

D'ailleurs en admettant même que dans ces condi- 
tions les joints fussent ouverts, il suffira d'y introduire 
une nouvelle quantité de bitume, réparation facile et 
peu dispendieuse. 


(1525 


Peut-être pourrait-on remplacer avec avantage pour 
les joints, le mastic bitumineux, par une bande très 
mince de caoutchouc volcanisé, qui remplirait toujours 
exactement, grâce à son élasticité, le vide existant 
entre deux ardoises juxtà posées. Le prix de revient du 
mètre carré de couverture, se trouverait un peu aug- 
menté dans ce nouveau système; mais l'emploi du 
caoutchouc serait beaucoup plus facile que celui du 
bitume. 

Permettez moi, Messieurs, en terminant, de vous 
exposer le résultat de quelques recherches, relatives 
à l'influence de la nature des substances employées 
pour la couverture des combles, quant à la tempéra- 
ture qui doit se produire dans ces espaces clos, sous 
l'action des rayons solaires. Cette question ne manque 
pas d'importance, si l’on fait attention que les greniers 
servent souvent pour l’'emmagasinage des fourrages, 
des blés et autres matières que peut détériorer lafermen- 
tation, résultant quelquefois d’une température élevée. 

Je considère d’abord la question théoriquement et 
je suppose deux combles des mêmes dimensions, 
recouverts celui-ci avec des feuilles de zinc soudées, 
celui-là avec des ardoises juxtà posées et mastiquées 
de facon que dans l’un et l’autre cas, il y ait ferme- 
ture hermétique et absence complète de communica- 
tion entre l’air intérieur et l’air ambiant. Je suppose 
en outre que les planchers de ces combles soient de 
même nature, en substance très peu conductrice de 
la chaleur, en forts madriers de bois par exemple, de 
telle sorte qu’on puisse considérer le flux de chaleur 
par cette surface, comme nul, ou tout au moins in- 
sensible. 


(1586) 


Dans ces conditions une même source de chaleur, 
le soleil par exemple, envoyant pendant un temps 
supposé indéfini, une quantité de chaleur constante 
sur chaque mètre carré de la face des deux combles, 
qui lui est opposée, il tendra à se produire dans l’in- 
tlérieur de chacun d'eux une température fixe que je 
me propose de déterminer d'après les lois physi- 
ques. 

Or ce point d'équilibre, cette température fixe sera 
évidemment atteinte, lorsque la quantité de chaleur 
reçue par la face des combles exposée au soleil, 
sera égale à celle perdue par la face opposée : alors l’air 
intérieur ne retenant aucune partie du calorique, 
pourra être considéré comme servant seulement à le 
transmettre d’une face du comble à l’autre; ainsi sa 
température sera précisément celle qu'aurait en son 
milieu une plaque de zinc ou d'ardoise d'épaisseur 
double de celle des feuillets employés, si elle se trou- 
vait avoir ses deux surfaces extrêmes placées dans les 
mêmes condilions que celles des combles. 

Le probléme dont je cherche la solution revient 
donc à celui-ci : étant donnée une plaque de zinc ou 
d’ardoise de faible épaisseur et dont les autres dimen- 
sions sont supposées indéfinies, qui sur une deses faces 
recoit du soleil une quantité de chaleur constante, et 
qui se refroidit par l’air ambiant, déterminer après 
l'établissement de l'équilibre des températures, celle 
qui existe dans la surface médiane ? 

Or dans des conditions aussi simples, c’est un théo- 
rême de physique bien connu, qn’entre les deux faces 
extrêmes de cette plaque, la variation des températures 
se fait suivant une progression arithmétique dont la 


(134) 


raison est fonction du pouvoir conducteur de la subs- 
tance employée. 

Par suite la température de la surface médiane sera 
précisément la moyenne des températures des sur- 
faces extrêmes. | 

Ceci posé, il est facile de déterminer la somme de 
cestempératures extrêmes, en établissant la condition 
nécessaire pour l'équilibre des températures dans la 
plaque, c’est-à-dire en égalant la recette de chaleur 
sur l’une des faces à la dépense sur l’autre face. 

Soit Q la quantité de chaleur émise par le soleil sur 
chaque mètre carré de surface; une partie de cette 
quantité de chaleur sera perdue par réflexion ; cette 
première partie sera représentée par Q € en appelant € 
le coefficient de réflexion du zinc : une autre partie 
sera perdue par rayonnement de la surface extrême 
du zinc, dans l’atmosphère plus froide. D’après la loi 
de Newton, si je désigne par T la température de cette 
surface extrême exposée au soleil, par t la tempéra- 
ture de l’air ambiant, facile à déterminer au moyen 
d’un thermomètre, et ; le coefficient de rayonnement 
du zinc; cette quantité de chaleur perdue par rayon- 
nement sera représentée par & (T —t). 

Enfin une troisième partie sera enlevée par le con- 
{act de l'air proportionnellement à la différence des 
températures, T—t, et à un certain coefticient @ in- 
dépendant de la nature de la surface. 

Soit donc &B(T—t) cette nouvelle quantité de cha- 
leur perdue. 

En sorte que la recette de chaleur sur la face exposée 
au soleil sera en réalité, 


Q—Qe—a(T—t)—L(T—1t). 


( 135 ) 


La dépense, c’est-à-dire la quantité de chaleur qui 
sort par la face opposée, se calcule par les mêmes 
principes et se compose évidemment de deux termes ; 
le premier relatif à la déperdition par rayonnement, 
le second à la perte par le contact de l'air ambiant; 
elle sera donc : 

AT OR ET- 0) 
en appelant T° la température de la surface extrême 
et supposant l'air ambiant à la même température 
devant et derrière la plaque soumise à l’expériente. 

Il doit y avoir dans l’état d'équilibre des tempéra- 
tures, égalité entre la dépense et la recette, d’où 
l'équation 
(1)Q—QE—2(T—1)—8(T—1)=a(T —1)+B(T —t1) 
Un calcul et des raisonnements identiques conduisent 
à l'équation analogue pour la plaque d’ardoise : 
(2)Q— Qeu—e (Ta—t) = B(Ta tt) = 2 (Ta + B(T'i—t). 

Dans laquelle la quantité de chaleur Q, la tempéra- 
ture de l’air ambiant £, le coefficient {3 sont les mêmes 
que pour l'équation (1), et les quantités différentes, 
quoique de même nature, ont été distinguées par un 
indice. 

Si maintenant, j'observe que les coefficients de 
réflexion et d'émission sont compléments l’un del’autre 
c’est-à-dire que 1 —e — a; 1— 6, -= à, je puis faci- 
lement obtenir la température de la surface médiane de 
ces plaques, ou celle de l’air renfermé dans les deux 
combles, d’après ce que j'ai démontré en commençant. 
—Soientretzx, cestempér.rt,jedéduisde l'équation (1) 


( 136) 


et de l'équation (2) 
— PET 2: —= Q CA 
La —= 3 = t + SG TE E 


De ces deux valeurs je conclus d’abord, ce qui était 
évident à priori, que sous chacun des deux combles 
la température sera supérieure à celle de l'air ambiant, 
mais le point essentiel à considérer, c’est la différence 
de ces températures. 


Q Lam 
Ora—a (pre) LA BD) 

Le dénominateur de cette fraction étant essentielle- 
ment positif, on voit que la température sous un 
comble dans les conditions théoriques où je me suis 
placé, sera d’autant plus élevée que ce comble sera 
recouvert avec une substance dont le pouvoir émissif 
sera plus considérable : ainsi dans le cas particulier 
qui m'occupe, elle sera plus élevée sous l’ardoise que 
sous le zinc. 

Mais il est important de faire observer que cette 
conclusion s'applique au cas d’une source de chaleur 
ayani uneintensité indéfiniment constante : car autre- 
ment il faut tenir compte d’un élément essentiel, le 
temps; et d'une propriété spéciale des corps pour la 
chaleur, la conductibilité, qui dans la pratique doit 
faire varier notablement les résultats que je viens de 
trouver. 

En effet dans les conditions réelles de l’'échauffement 
solaire, l'intensité des rayons calorifiques varie d’une 
façon continue et n’est constante qu’un instant à son 
point maximum. 

Or le zinc comme tous les métaux est un corps bon 


CE) 


conducteur de la chaleur , et par suite l'équilibre de 
température que j'ai admis dans les calculs qui pré- 
cèdent se produira au bout d’un temps très court, 
surtout avec la faible épaisseur qu’on donne aux 
feuille de zinc employées pour la couverture des 
combles. 

Il n’en sera pas de même pour l’ardoise, corps mau- 
vais conducteur et employé avec des épaisseurs beau- 
coup plus grandes. 

Par suite, dans des combles construils suivant les 
données théoriques que j'ai admises, sous l'influence 
des mêmes rayons solaires , les variations de la tem- 
pérature seront plus lentes avec l’ardoise qu'avec le 
zinc et d'autant plus lentes sous l’ardoise qu'elle sera 
employée en feuillets plus épais. 

Ces conclusions ont élé complétement confirmées 
par l'expérience et se trouvent implicitement renfer- 
mées dans les résultats numériquesobtenus au moyen 
des appareils suivants. 

J'ai fait construire avec le plus grand soin deux 
combles identiques, de petites dimensions. fermés 
hermétiquement à la base et sur les faces latérales par 
de fortes planches en bois ; sur chacune de ces faces 
j'ai réservé une fente longitudinale vitrée, permettant 
d'observer deux thermomètres placés dans chacun des 
appareils. 

Dans ces conditions expérimentales j'ai obtenu les 
résullats suivants : 


25 novembre 1851. 


Les combles placés à l'ombre présentent à l'in- 


( 138 ) 
iérieur des températures à peu près idendiques. 
Sous le zinc Sous lardoise 


7° centigrades. 6° centigrades. 
Ils sont transportés au soleil à midi. 


Midi et demi. 


Air ambiant. 


LE id. 8 18° id. 
| 4 heure; le temps se couvre. 
15e id. 16 id. 
1 heure 1/2. 
die id, 420 id. 


La pluie interrompt les observations. 
27 novembre. 
Midi, température à l'ombre. 


4° centigrades. 40 id. 
Midi et demi, au soleil. 
479 7%id, 140 id. 
À heure. 
240 id. 230 id. 


1 heure 1/2. 
Air ambiant. 
280 id. 80 270 id. 
2 heures ; le temps se couvre un peu. 
17° centigrades. 25° centigrades. 
2 heure 1/2. 
15° id. î 19° id. 
3 heures. 
13° id. 45° id. 


( 139 ) 
3 heures 1/2. 
9 centigrades 10° centigrades. 
4 heures. 
5e id. po id. 
Brouillard. 
28 novembre. 
Le ciel est constamment chargé de nuages. 


10 heures du matin. 


3° centigrades. 3° centigrades. 
1 heure. 

Go id. 6° id. 
4 heures. 

5° id. 59 id. 


Ces expériences répétées plusieurs jours de suite 
ont constamment donné des résultats analogues à 
ceux que je viens de reproduire. 

Ainsi le maximum de température atteint sous le 
comble recouvert en ardoises a toujours été inférieur 
à celui obtenu sous le zinc. 

Ce maximum a été très élevé comparativement à 
la température de l'air ambiant. 

Enfin par les temps de brouillard et de pluie la tem- 
pérature a été sensiblement la même à l'extérieur qu’à 
l'intérieur des deux combles. 

Si je cherche maintenant la limite du refroidisse- 
ment pendant la nuit, c’est un fait incontestable qu'en 
vertu de leur plus grande conductibilité pour la cha- 
leur, les surfaces métalliques se refroidissent par le 


( 140 ) 


rayonnement nocturne beaucoup plus que les roches, 
Corps mauvais conducteurs. 

Le dépôt abondant de la rosée sur ces surfaces mé- 
lalliques le prouve manifestement. 

Or dans les combles théoriquement construits dont 
je m'occupe, l'air intérieur devra céder une partie de 
sa chaleur à la substance recouvrante, proportionnel- 
lement au refroidissement de celte substance, puis- 
qu'il n'y a pas de communication entre elle et le 
grand réservoir de chaleur, la terre. Il est donc évi- 
dent à priori, sans qu'il soit besoin de calcul ou d’ex- 
 périences, que le minimum de température pendant 
la nuit, sera plus élevé dans le comble recouvert en 
Zinc que dans celui recouvert en ardoise, toutes choses 
égales d’ailleurs. 

Ainsi, en résumé, dans les conditions théoriques 
que j'ai réalisées pour les expériences ci-dessus men- 
üionnées, il y aura de plus grandes et de plus brusques 
variations de température sous le zinc que sous l’ar- 
doise ; le maximum sera sensiblement le même, le 
minimum sera plus élevé. 

Si maintenant je considère les combles tels qu'ils 
sont en réalité, c’est-à-dire recouverts avec des ar- 
doises superposées, entre lesquelles existent nécessai- 
rement des ouvertures plus ou moins capillaires, qui 
établissent une communication directe entre l’air in- 
térieur et l'air ambiant, ou recouverts en feuilles de 
zinc avec les joints généralement adoptés aujourd’hui, 
l'introduction de l'air extérieur sous le comble dans 
le premier système se faisant avec beaucoup plus de 
facilité que dans le second, le refroidissement dû à 
celte cause pendant la chaleur solaire, et l'échauffe- 


(141) 


ment pendant la nuit seront plus sensibles sous l’ar- 
doise que sous le zinc. Par suite les limites extrêmes 
detempérature se trouveront encore plus rapprochées. 
Donc au point de vue spécial que je viens d’exami- 
ner, il vaut mieux pour la couverture des édifices 
employer l’ardoise que le zinc, les variations de tem- 
pérature se feront notablement moins sentir dans 
l’intérieur des combles recouverts en ardoises. 


Angers, le 10 mars 1852. 


L'ingénieur des mines, 


À. BLAVIER. 


hi Q © © ——— — 


(142) 


RAPPORT 


SUR 
LE CONCOURS RÉGIONAL D’ANGERS 
pour les Animaux reproducteurs, 


LES INSTRUMENTS ET LES PRODUITS AGRICOLES. 


—— 0 0 0 — 


MESSIEURS , 


De tous les moyens auxquels l'Etat peut recourir 
pour déterminer l'entrée de l’agriculture dans les voies 
du progrès, il n’en est pas peut-être de plus puissant 
pour activer sa marche, de plus fécond en ces ensei- 
gnements utiles qui naissent de l’examen et de la 
comparaison , que les concours agricoles. 

Dispersés çà et là qu'ils furent d’abord, selon que 
les caprices du hasard leur avait fait surgir des fonda- 
teurs, sans lien commun qui coordonnât leurs efforts, 
bornés souvent à des circonscriptions restreintes et 
limités aux étroites proportions dans lesquelles se 
peuvent mouvoir les comices cantonaux, on avait 
pu néanmoins apprécier en tous lieux leur heureuse 
influence. 

Ainsi s'explique comment le gouvernement en pré- 
sence de pareils résultats, crut devoir établir sur les 
bases les plus larges, dans le but de la régulariser et 


(143 ) 


de lui venir en aide, une institution déjà justifiée par 
ses bienfaits, et qui avait avec la sanction du succès, 
tous les vœux des hommes de la science : Il fonda les 
concours nalionaux. 

Toutefois on ne pouvait tarder à reconnaître que 
cette action bienfaisante, par cela qu'on en avait trop 
étendu le cercle, et ce cercle c'était la France qu'il 
embrassait ! devait perdre en intensité, et aussi sans 
doute qu’un jury unique et central ne pouvait, quels 
que fussent d’ailleurs les éléments qui le composaient, 
se rendre un comptesuffisamment éclairé desexigences 
si variées que présente dans des conditions si diverses 
l’agriculture de la France. 

En effet, tant que les concours restent circonscrils 
dans un territoire peu étendu et comprennent par 
conséquent des animaux, instruments et produits en 
relation plus ou moins intime avec une agriculture 
soumise à des conditinns similaires ou au moins ana- 
logues de sol et de climat, l'on conçoit que les juges 
du concours puissent discerner avec sureté le but le 
plus utile que doit se proposer l’agriculture locale, et 
distinguer mieux que tous autres le mérite spécial à 
rechercher dans le producteur on celui qui doit faire 
préférertel instrnment, tenter ouadmettre telle récolte. 

Mais en pourrait-il être de même dans les concours 
nationaux ? Comment comprendre d’abord que ce jury 
suprême puisse avoir à juger autre chose qu’un en- 
semble d'animaux de luxe, appartenant à de riches 
propriétaires qui ne voient dans ces tournois pacifiques 
quedesluttes où l’amour-propre trouve desjouissances, 
et qui ne reculent pas devant les dépenses des trans- 
ports et des voyages lointains ? Comment espérer que 


(144) 


l’agriculteur des plaines herbeuses du Nord, puisse 
bien juger de l’aptitude nécessaire aux animaux de 
labours des âpres collines du centre et du sud-ouest? 
Que celui pour qui le bœuf n’est qu’une bête de bou 
cherie, saura distinguer et récompenser les qualités 
essentielles de la bête de travail? Comment enfin avec 
la meilleure volonté d’être justes et vrais , des jurés 
imbus d'idées préconçues sur ce qui doit constituer 
la perfection d’une race ou d’un instrument qui leur 
est familier dès l'enfance, pourraient-ils apprécier 
sainement des qualités qui par elles-mêmes n’ont rien 
d’absolu et ne sont que relatives aux diverses destina- 
tions des animaux, aux conditions dans lesquelles ils 
sont destinés à vivre et qu’il n’est pas souvent permis 
à l’homme de changer, aux services souvent très 
opposés qu’en peut attendre l’agriculture ? N’est-il pas 
évident que ce qui sera ici une qualité méritoire, là 
deviendra un défaut à proscrire? 

Ce fut donc à la fois un acheminement rationnel 
vers des décisions plus judicieuses et partant plus 
salutaires, et un moyen d'écarter les chances d’er- 
reurs qui pouvaient naître de l’antagonisme des besoins 
et des exigences d’une agriculture aussi variée que 
l’est celle de la France, que de placer comme inter- 
médiaires, comme points de relation , entre le grand 
concours national et les concours locaux, les con- 
cours régionaux. Grâces en soient rendues au gou- 
vernementi. 

Mais ces régions agricoles si naturellement dessinées 
qu'ellespussent être, présentent nécessairement encore 
des oppositions bien distinctes, dans leurs méthodes 
culturales, dans leur sol et leurs conditions végéta- 


( 145 ) 

dives, ét par suite, il devait s’y trouver réparties des 
races d'animaux domestiques souvent très tranchées. 
Aussi le ministre a-t-il sagement distingué dans les 
concours régionaux plusieurs catégories pour les 
espèces où viennent se classer les races principales:et 
en quelque sorte iypiques des contrées qu'ils ren- 
ferment. 

Devons-nous nous arrêter pour faire observer que 
ces distinctions des races sont surtout sensibles dans 
l'espèce bovine, bien que l’on ne puisse douter qu'elles 
dérivent toutes d’une race unique, indigène ; mais 
peut-être que plus anciennement, plus intimement 
soumise à l’action de l’homme elle se sera modifiée 
plus profondément sous l'influence du mode de nour- 
riture et d'éducation qu'il lui a imposé et qu’alors elle 
aura revêtu une physionomie différente selon le milieu 
où elle aura vécu, selon le peuple dont elle sera 
devenue l’esclave. Et, je ne puis m'empêcher d’indi- 
quer ici en passant, comme quoi ces grandes fractions 
de l’espèce bovine, paraissent sensiblement réparties 
selon les grandes fractions des anciens peuples des 
Gaules et, pour ne constater que ce qui existe dans notre 
région agricole, autant l’homme des champs du Poi- 
tou, celui de la Bretagne, et celui de la partie du Maine 
qui confine à la Normandie, peuvent encore de nos 
jours se distinguer par la stature, les traits, la couleur 
des cheveux, les mœurs, le langage, les méthodes 
culturales, le mode d’attelage. la forme des instruments 
aratoires, autant sont tranchées les races bovines Par- 
thenaise , Bretonne et Mancelle. 

Aussi je ne sache rien qui dût être plus intéressant 
que d’étudier sous ce point de vue que je crois entiè- 

10 


( 146 ) 


rement nouveau, les origines des peuples regardés 
comme autochtones des Gaules! Combien serait-il 
curieux que la technologie agricole vint ainsi en aide 
à l'historien pour l'aider à reconstituer ces vieilles na- 
tonalités des Gaules, qui à travers leur décrépitude, 
ont encore conservé quelques-uns des traits les plus 
saillants de leur physionomie originelle et semblent 
vouloir survivre à tant de causes de perturbation, à 
tant de mélanges hétérogènes! Combien surtout pour 
nous Angevins ce serait un spectacle curieux, que 
celui de ces hordes Pictaves, Bretonnes et Cénomanes, 
s’avançant vers la Loire et la Maine pour s'arrêter 
comme à un contact commun, les unes au sud, les 
autres à l’ouest, les autres au nord du petit pays des 
Andécaves et y demeurer ainsi campées en quelque 
sorte jusqu'à notre époque avec leurs races bovines 
Parthenaise, Bretonne et Mancelle. 

Mais j'oublie, Messieurs , que nous ne sommes pas 
à une séance de notre commission archéologique et 
qu'il s’agit de recueillir mes souvenirs de l'exposition 
régionale. Je n'espère pas malheureusement le pouvoir 
faire d’une façon digne de vous : le temps m'a manqué 
pour élucider de graves questions qui surgissent au 
spectacle du jeu de cette institution nouvelle, mais 
j'ai dû au lieu de consulter mes forces céder en en- 
treprenant ce compte-rendu, aux pressantes instances 
de collègues, MM. Cosnier et Louis Tavernier, dont les 
conseils me sont précieux. Dussé-je échouer, ce me 
sera encore, un souvenir flatteur que de penser qu'ils 
ont crû devoir faire cet appel à mon zèle. On pouvait 
aisément parmi vous trouver un plus habile; mais je 
m'acauilterai du moins de ma tâche avec une com- 


( 147 ) 
‘plète indépendance et avec une réserve qui n’excluera 
jamais la sincérité de l'appréciation, dussé-je me 
heurter contre des opinions soutenues avec chaleur. 

Ayant d'examiner en détail les objets que compren- 
nent les séries composant le concours, jettons um 
coup d'œil rapide sur son ensemble. 

Une chose frappe d’abord, c’est le classement mé- 
thodique de tant d'objets divers, permettant à chacun 
de pouvoir sans hésitation et sans perte de temps 
trouver immédiatement ce qui pour lui est un sujet 
de curiosité ou d'étude et la facilité de pouvoir les ob- 
server à loisir et commodémenti. Il est vrai aussi que 
nulle autre part peut-être il ne se rencontre d’empla- 
cement aussi vaste, aussi naturellement approprié 
pour chaque partie de ce genre d'exposition que le 
local du dépôt d’étalons , tellement qu'il n’a fallu que 
de minimes dépenses pour placer convenablement le 
trop plein de ce qu'elle possédait. 

Les grandes écuries, vides alors de leurs hôtes ha- 
bituels avaient reçu dans leurs deux rangées de stalles 
d’un côté les étalons, de l’autre les taureaux Par- 
thenais, Choletais et Manceaux. Les Bretons étaient 
sous un hangard à droite de la porte d'entrée de la 
cour de service; les races Durham et diverses sous un 
long appentis construit en planches d’une extrémité . 
à d'autre du mur de cloture, du côté de la rue du 
Haras et appuyé contre ce mur ; à leur suite dans des 
boxes couvertes étaient les espèces ovines et por- 
cines, 

Sous l'espèce de remise ouverte où l’on enregistre 
ordinairement les juments poulinières avaient été dis- 
posés sur des gradins les produits agricoles; au devant 


(148) 


étaient des barattes mécaniques et la rüche perfec- 
tionnée de M. Debeauvoys, 

Cette intéressante exhibition qu'ornaient des vases 
de fleurs se complétait par deux massifs d’arbres verts 
en pots choisis parmi les conifères exotiques les plus 
rares que M. A. Leroy , notre confrère , ait introduits 
en France et dont quelques-unes ont déjà doté nos 
cultures de pleine-terre d’arbres précieux, soit à rai- 
son de leur élégance, soit à raison de formes qui for- 
meront des contrastes qu’un homme de goût ne man- 
quera pas d'utiliser dans les tableaux dendrologiques 
qu'il aura à dessiner sur le terrain. 

Venaient ensuite des deux côtés de l'immense cour 
d'honneur de l'établissement dont le milieu avec ses 
vastes pelouses verdoyantes et ses massifs de géra- 
niums, de roses etc. , était demeuré libre, tous les 
instruments essentiellement agricoles s'étendant sur 
deux longues lignes parallèles, d’un côté les charrues, 
herses, scarificateurs , elc., de l’autre les tarares, les 
coupe-paille, coupes-racines, égreneurs , semoirs, etc. 

En traversant ensuite un massif de grands arbres 
on arrivait au champ de manège, dont la pelouse ovale, 
était couverte sur ses bords de grands appareils mus 
par des chevaux ou à la vapeur. Des machines à battre, 
à brayer le chanvre et le lin, à égrener le trèfle, des 
pressoirs se succédaient le long de l'allée où circulaïit 
le public. 

Tout ainsi se trouvait donc largement établi et c'était 
un spectacle à la fois intéressant et pittoresque dans 
son animation que de voir cette foule énorme de gens 
‘de tout rang, habitants de cette ville et villageois en 
habits de fête, qui roulait sans cesse agitée par la 


(149) 


curiosité mais Sans confusion dans ce vaste local. 

Essayons maintenant de mettre quelque ordre dans 
nos observations. Pour y parvenir plus surement nous 
ne pensons pas pouvoir mieux faire que de suivre la 
division générale adoptée par le programme minis- 
tériel. 


ANIMAUX REPRODUCTEURS. 


Ils constituent quatre classes : espèce chevaline, bovine, 
ovine el porcine. 


ESPÈCE CHEVALINE. 


Ainsi que l’a fait observer dans le journal de Maine 
et Loire un de nos confrères qui nous fournit, chaque 
fois qu'il prend la plume, une occasion nouvelle de 
reconnaître comment en toutes choses une aspiration 
sincère vers le progrès, peut s’allier à la sagesse pru- 
dente d’un esprit éminemment conservateur , cette 
partie du programme, n'avait pas un but bien précisé, 
les principes à appliquer n'étaient pas suffisamment 
déterminés. 

Chacun en effet pouvait se demander ce qu'il fallait 
entendre surtout en l’appliquant à des reproducteurs 
par cette expression : chevaux employés aux travaux 
agricoles. Est-ce donc que tous les chevaux , même 
ceux dits de luxe et des plus fins ne peuvent pas selon 
l'occurence y être employés de même que les plus vi- 
goureux, les plus rustiques, les plus vulgaires? Est-ce 
que le poney lilliputien ne pourrait pas au besoin rem- 
placer devant son araire primitif, le baudet dégénéré 
qui raie d’étroits sillons la plaine calcaire. du haut 
Poitou? Est-ce que dans les terres fortes de Normandie, 


K “à 


(15®) 


les carrossiers de prix autant pour les sauvegarder: 
contre les dangers d'une turbulence juvénile que par 
raison d'économie ne sont pas attelés dans leur jeu- 
nesse à la charrue? Est-ce que pour en finir le cheval 
commun employé au labour, à des qualités qui lui 
soient exclusives et qui ne se retrouvent pasau même 
degré dans toute race de trait mieux conformée ? 

Cette équivoque, cette incertitude sur le sens à 
donner à la désignation adoptée par le programme, 
n'a pu manquer de réagir d’une façon fâcheuse sur 
cette partie du concours. Beaucoup d’éleveurs ne sa- 
chant s'ils pouvaient satisfaire à la condition imposée 
ont dû s’abstenir , et par suite ceux qui se sont pré- 
sentés ont dû amener un mélange bizarre d'animaux 
de toutes races et de toutes classes, depuis le gros éta- 
Ton breton et percheron, jusqu’au demi sang arabe et 
anglais, au 3/4 sang et même au plus pur sang, depuis 
le cheval de trait le plus massif jusqu'au cheval de 
course le plus aérien, et dans cette variété de formes. 
et de races, on ne comptait cependant que dix-sept 
individus. 

Le défaut de précision dans le but des encourage- 
ments cornpris dans cette partie du programme ne. 
pouvait manquer d’avoir son contre-coup dans le rap- 
port et les décisions du jury. 

Le rapport s’est résumé dans des conseils et une 
arguméntation dont le résultat seraït de porter les 
éleveurs Bretons et Percherons à introduire le pur 
sang Anglais dans leurs races sous prétexte de leur 
donner plus de légèreté, de rapidité et de feu, en subs- 
tituant, dit le rapporteur, l'élément sanguin à l'élément 
lymphatique. 


(151) 


Mais déjà on en à fait la remarque ailleurs, tandis 
que le rapporteur s’exprimait ainsi , il annonçait que 
le jury refusait une prime à un pur sang Anglais dont 
il reconnaissait la supériorité et cela, disait-il, par ce 
motif que la commission avait admis en principe que 
le pur sang Anglais ne pouvant être employé aux tra- 
vaux agricoles ne serait pas primé. De sorte que lors- 
que l’on proclamait d’une part la nécessité de recourir 
à l'introduction du sang Anglais pour satisfaire à des 
conditions nouvelles de locomotion, qu’on la consi- 
dérait comme nécessaire, on répudiait le type amélio- 
rateur. On aurait d'autant plus de peine à justifier 
cette contracdiction entre les principes et les récom- 
penses, que si l’on proscrivait le pur sang , on décer- 
nait deux prix à des demi-sang , et que l’on ne voit 
pas trop comment ceux-ci qui, dans le système 
d'amélioration préconisé dans le rapport seraient né- 
cessairement placés à un degré inférieur de l'échelle 
des croisements , auraient seulement trouvé grâce de- 
van le jury en ce qu'ils auraient été jugés aptes à être 
employés aux travaux agricoles. 

Au reste, nous ne craindrons pas de le dire, ce 
conseil donné aux éleveurs d’une manière officielle, 
d'introduire indistinctement le pur sang, dans nos 
races françaises, nous parætrait éminemment dange- 
reux si l'on devait en faire une application générale, 
et surtout si l'application devait particulièrement en 
être faile aux races Bretonne et Percheronne. Ces 
deux races sont en effet du très petit nombre de celles 
qui ont des qualités spéciales, des caractères consti- 
tutifs bien déterminés, et que l’on doit par conséquent 
tendre à conserver et à développer au lieu de les at- 


( 152 ) 

térer par des croisements en dehors. Pour toutes deux 
ces qualités sont la solidité et la vigueur, jointes pour 
la Percheronne à une certaine élégance et à une taille 
élevée qui la rend éminemment propre au service de 
la grosse cavalerie. Quant à la Bretonne, tout est dit 
sur son excellence quand on a fait remarquer que 
c’est la. seule de nos races que l’Angleterre nousenvie, 
Sobriété, solidité à toute épreuve, longne haleine , vi- 
gueur des membres, agilité, cette race dans ses beaux 
types est presque sans égale pour le service de l’artil- 
lerie légère, des postes, des diligences, pour tous ceux 
enfin qui demandent beaucoup de force pour tirer et 
pour retenir dans les montées, avec une rapidité sou- 
tenue qui s’allie bien rarement à autant d’ampleur de 
l'appareil musculaire. Aussi l’avouerai-je, je ne conçois 
guères comment l’on a pu signaler cette race pleine 
de feu, d'ardeur et de fond, dont les membres aux 
tendons détachés et vigoureux, sont sillonnés par les 
saillies de ses larges veines, commeétant atteinte d’une 
constitution lymphatique qu’il y a lieu de combattre 
par l’infusion du sang Anglais. Le tempérament san- 
guin s'allie cependant le plus souvent dans l’animal 
avec le développement de l'appareil musculaire et le 
cheval breton.est certainement un exemple des plus 
frappants de cette alliances. 

Ainsi donc, contrairement à l’opinion émise dans 
le rapport du jury, nous penserions que la seule amé- 
lioration qui doive être recherchée dans ces deux races, 
c’est celle in and in, en prenant cette expression dans 
sa large acception, d’elles-mêmes par elles-mêmes, 
c’est-à-dire, par un choix intelligent des meilleurs 
étalons qui s’y produisent ; amélioration d'autant plus 


(153) 


facile à atteindre qu’on opérera sur des races plus an- 
ciennes, mieux caractérisées, plus homogènes, plus 
aptes par conséquent à être ramenées et maintenues 
dans leur pureté primitive, tout en développant leurs 
qualités originaires. 

Ce que nous venons de dire, impliquerait-il que 
nous répugnons généralement à l’intromission du pur 
sang dans les races de notre région? Nullement; 
nous prétendons seulement qu'il y a sagesse et pru- 
dence à conserver pures de toute mélange adultère 
deux races qui ont une spécialité de destination ef 
des raisons d’être suffisantes. Mais quant aux autres 
races de notre région (tout en nous gardant encore de 
généraliser), nous croyons utile, nécessaire , même 
dans l'intérêt de l’État et des services privés, de leur 
en substituer en quelque sorte de nouvelles, qui leur 
soient supérieures , et à ce point de vue les conseils 
émanant du rapporteur du jury, loin de les.plus con- 
sidérer comme dangereux et imprudents, nous en 
voudrions voir au contraire l'adoption la plus radicale 
partout où il n’existe pas de race à caractère arrêté, à 
qualités spéciales. Ainsi nous nous réunissons à lui 
pour recommander aux éleveurs de l’Anjou, de la 
Vendée, du Poitou, du sud de la Bretagne et du Maine 
de recourir au sang Anglais. La race chevaline ré- 
pandue sur la plus grande partie de la surface de ces 
anciennes provinces y est en effet en beaucoup d’en- 
droits sans qualités réelles. On serait embarrassé dans 
Ja sorte de dégénérescence où elle est tombée, pour la 
ramener à un type quelconque connu par de hautes 
qualités ; il y aurait donc folie à prétendre l’améliorer 
par elle-même. Les quelques animaux qui s'y distin- 


& 


(154) 


guent de loin en loin proviennent tous d’ailleurs de 
croisements antérieurs, et, si elle tend à se relever en 
quelques parties, c’est que déjà la présence des étalons 
du gouvernement s’y est fait sentir. Cette race sans 
nom doit donc être métamorphosée, en quelque sorte, 
et l'impuissance évidente où elle est de progresser par 
elle-même doit déterminer à employer tous les eroi- 
sements possibles pour changer sa nature commune 
et insuffisante. 

Cependant, même en entrant dans cette voie, il im- 
porte de ne pas perdre de vue certaines considérations. 
Par exemple , l’on peut observer que les défauts prin- 
cipaux de cette race abatardie, sont le peu d'ouverture 
du poitrail et un développement insuffisant des ca- 
vités thoraciques et abdominales, défauts d'autant 
plus fâcheux dans les poulinières que le pur sang 
anglais choisi le plus souvent parmi le cheval de course 
tend à un resserrement des épaules et des cavités. 
Aussi ce qu'il faut surtout aux étalons anglais de cette 
race pour en obtenir des chevaux de bons service 
pour la selle, ce sont plutôt des juments à large poi- 
trail et dont les larges flancs puissent contenir à l’aise 
le poulain, auquel le mâle imprime surtout le cachet 
de sa race dans le volume et la forme de la tête et dans 
les membres. Aussi nous semble-t-il que l’on doit 
recommander à nos cultivateurs qui veulent élever, 
l’une ou l’autre de ces deux choses : ou chercher à 
donner plus d'ampleur à la race du pays par des éta- 
lons qui, quelle que soit leur origine ou leur degré 
de sang, se recommandent par la largeur du poitrail 
et du bassin, sans être de grande taille; et cela, afin 
de se préparer des élèves de poulinières convenables ; 


(155) 


ou, s'ils veulent profiter immédiatement des bénéfices 
de l'élevage, acheter des juments bretonnes larges et 
rablées et leur donner les plus fins étalons, les plus 
pur sang des haras. 

C’est parce que des éleveurs angevins ont choisi la 
dernière voie que nous venons d'indiquer , et qui d’ail- 
leurs leur est sans cesse enseignée par les excellents 
avis des chefs de notre dépôt d’étalons , ainsi que par 
les conseils de l’habile et zélé vétérinaire que nous nous 
félicitons de compter parmi nos membres titulaires , 
que nous avons pu voir en quelques années le départe- 
ment de Maine et Loire se classer et rester au premier 
rang de ceux qui fournissent la remonte de la cavalerie 
légère. Et nous saisirons encore cette occasion d’ap- 
puyer sur la nécessité de maintenir sous ce rapport 
dans sa pureté originaire la race bretonne, puisque, 
outre ses qualités pour des services spéciaux, c'est 
avec les bêtes de cette race que dans nos contrées, 
jusqu'ici deshéritées de bons chevaux, l’on a pu si ra- 
pidement arriver à obtenir des produits recomman- 
dables. 

Que conclure de tout ceci, si ce n’est qu'aucune des 
primes à distribuer aux animaux de l'espèce chevaline 
n'eut dû sortir du domaine de l’administration des 
baras. N’agit-elle pas déjà par ses étalons, par ses 
achats, par ses prix donnés aux poulinières, aux 
poulains et pouliches? n'’a-t-elle pas déjà dans ses 
attributions les étalons autorisés? Elever à côté d'elle, 
en dehors de son action et des principes d’hippia- 
trique qui la dirigent, la distribution d’autres primes, 
n'est-ce pas, sans nécessité et sans profit pour per- 
sonne, créer des chances d’antagonisme, enlever à 


( 156 ) 

l’action salutaire de l'administration, en lui faisant 
perdre son unité, une partie de sa puissance sur l’es- 
prit des éleveurs, et jeter l'incertitude sur la meilleure 
direction qu'ils doivent donner à leur industrie. 

Nous terminerons donc cette partie de notre revue 
en émettant le vœu que désormais les animaux repro- 
ducteurs de la race chevaline ne soient plus compris 
dans les concours régionaux. 


ESPÈCE BOVINE. 


Les diverses races de l’espèce bovine ont été répar- 
lies d’après le programme ministériel en quatre caté- 
gories. 


le CATÉGORIE. — Races Choletaise, Parthenaise, 
Nantaïse et analogues. 


Peut-être les races comprises dans cette section ne 
constituent-elles pas une famille qui doive être phy- 
siologiquement séparée de la vieille race bretonne.et 
ne sont elles que des rameaux d'une même, souche 
qui, par d’autres conditions d'existence, ont acquis . 
plus de taille. Il est du moins certain que toutes ont 
un certain nombre de caractères communs avec elle, 
tels que la présence plus ou moins constante de poils 
noirs autour du nez, des oreilles, aux joues, aux 
jambes, etc. , la coloration brune du mufle, l’unifor- 
mité ordinaire du pelage plus ou moins fauve et 
charbonné, le cornage très développé en longueur 
relativement à la taille de l’animal, la finesse générale 
des extrémités et leur longueur relative etc. Mais 
hâtons-nous aussi d'ajouter que les deux points ex- 
trèmes de cette 1"° catégorie et celle de la race bretonne 


( 157 ) 
paraissent parfaitement tranchés, si l’on compare en: 
semble les grands bœufs fauve-pâle du Marais et les 
petits bœufs pie-noirs des Côtes-du-Nord. 

Quoiqu'il en soit de ces rapports ou de ces diffé- 
rences, la première catégorie comprend des races 
douées de hautes qualités comme bêtes de travail et 
d'engrais. C'est avec ces races que l’engraisseur ven- 
déen a commencé sa réputation, et qu'il est arrivé à 
porter l’art de l’engrais de poûture au plus haut degré 
de perfection qu'il ait encore atteint en France. Ce 
sont elles qui font le fond de ses étables et auxquelles 
il donne toujours la préférence pour ses premiers 
achats de chaque année. Sa taille dégagée, sa démarche 
facile la lui rendent précieuse pour le travail auquel 
il la soumet régulièrement avant de la mettre défini- 
tivement à l’engrais. Calculateur intelligent, il a com- 
pris qu'il avait plus d'avantage à employer ses four- 
rages pour la nourriture d'animaux de travail tout en 
les préparant pour l’engraissement, qu’à faire des 
élèves qui pendant 2 à 3 ans consommeraient sans 
produire , et que ce travail économique dont la valeur 
se traduit en riches récoltes, est à défalquer du prix 
de revient du bœuf que quelques mois plus tard il 
mettra à l’engrais. 

Les animaux présentés ne s’élevaient qu'à douze, 
généralement jeunes et par conséquent d'assez petite 
taille, car celle-ci se développe ordinairement assez 
tard dans les grandes races. 

Le jury a pensé judicieusement qu'il fallait encou- 
rager l'élevage de races si recommandables, qui ont 
le mérite de pouvoir prospérer sur tous les sols, même 
les plus secs, de la région, et qui toutes se distinguent 


(158) 


par une sobriété remarquable et telle qu'elles se con- 
servent là où d’autres bêtes de même taille auraient 
peut-être peine à vivre. 

C’est ici, au reste, le lieu de faire remarquer que de 
toutes les races de la région, la Parthenaise et la 
Choletaise se montrent les plus rebelles à l’assimilation 
avec les Durham. Les croisements ne produisent 
guères au premier degré que des animaux encore très 
dissemblables au type anglais. Il faut recourir à plu- 
sieurs croisements postérieurs pour que le type étran- 
ger devienne prépondérant chez les métis. Ceux du 
premier degré ne sont encore que des Parthenais ou 
des Choletais moins bien conformés, sans avoir acquis 
les formes extérieures recherchées comme indices de 
qualités spéciales dans les courtes cornes. 

Du reste nous ne partageons pas l'opinion du rappor- 
teur du jury du concours, qui conseille aux pays où 
s'élève la race Parthenaise de l'améliorer par le sang 
Durham, sous ce prétexte que la France possède assez 
d'animaux de travail et qu'il faut créer des bêtes d’en- 
graissement précoce. Si l’on veut se rendre bien 
compte des besoins de l’agriculture des céréales, qui, 
il faut cependant bien le reconnaître, a encore le pas 
sur l'alimentation par la viande, l’on se convaincra 
qu'il est impossible de trouver une race mieux appro- 
priée à ses exigences dans le Bas-Poitou, une partie 
du Bocage et de la Saintonge, que cetie race haute 
sur jambes, légère, débitant largement ses labours, et 
que ce serait une calamité pour la production écono- 
mique des blés que de vouloir en faire par le sang 
Durhamune race basse, molle, et faible pour le travail. 
Ainsi, si la constitution physiologique de cette race, 


( 159) 


si merveilleusement appropriée aux besoins du pays 
où elle est assise, répugne à son mélange avec les 
courtes-cornes , les grands intérêls de la culture des 
terres’ à blé, doivent également Contribuer à éloigner 
les agriculteurs de tenter ces mélanges. 


Île CATÉGORIE : Races dites du Léon et congénérés, 
ouraces Bretonnes. 


Les animaux présentés étaient au nombre de trois 
etencvure le jury n’en a-t-il admis qu’un comme étant 
pur de tout croisement. Deux autres animaux qu'à 
leur pelage pie-noir et à l'élégance de leur forme réu- 
nis à une petite taille , l'on pouvait reconnaître pour 
appartenir aux Côtes-du-Nord, n'avaient pu, par 
l’inobservation de quelques formalités être reçus à 
concourir. 

Toutes les nuances assez variées qu'offre cette race 
qui vit généralement par le pâturage et jusque dans 
les parties les plus pauvres, les plus arides de la Bre- 
tagne , ont de commun une aptitude très développée 
à la production du lait et de la partie butireuse de cette 
sécrétion. C'est elle qui donne la plupart des vaches 
laitières qui remplissent les étables des petites fermes 
qui approvisionnent de ces produits , les villes de 
l'Ouest. C'est elle qui peuplait à peu-près exclusive- 
ment il y a à peine trente ans, le sud-ouest de notre 
département et qui est refoulée progressivement vers 
la Bretagne à mesure que le défrichement des landes, 
l’extension donnée à la culture du trêfle et des choux 
permet l'introduction de la race mancelle, qui, moins 
sobre sans doute, mais aussi propre au travail, vien 


( 160 ) 
s’y substituer avec un avantage marqué sous d’autres 
rapports pour l’éleveur. 

Ses qualités laitières en font néanmoins toujours 
admettre çà et là quelques individus dans les métairies 
où les vaches portières de grande race, nourrissant 
leurs veaux pendant 4 et 6 mois tout en recommen- 
çant une nouvelle gestation, peuvent quelquefois 
suffire à peine à la consommation de la ferme. 

C’est elle encore qui devient la ressource du pauvre 
journalier et qui, en échange de la maigre pitance 
qu'elle recueille le long du chemin communal, donne 
le laitage nécessaire à sa famille et le fûmier pour son 
jardin et pour les pommes de terre qu'il est admis à 
semer à moitié dans la métairie voisine. 

L'on conçoit parfaitement que cette race, surtout 
lorsque l’appauvrissement de sa taille la rend moins 
propre au travail, ne puisse que gagner considérable- 
ment en valeur par le croisement à l’aide des taureaux 
Durham, et nous n’avons pas dû nous étonner d’en- 
tendre l'agronome distingué que le jury avait choisi 
pour son organe, recommander ce croisement et en 
proclamer les excellents résultats. Toutefois quant à 
la persistance de cette amélioration, à son avenir, peut- 
être ne pourra-t-on espérer de la voir se maintenir 
qu’en recourant fréquemment à l'intervention du sang 
anglais. Si l’on considère que la maigreur de cette race, 
sa petite taille et même ses qualités lactifères et buti- 
reuses sont des conséquences de sa vie pastorale, il est 
difficile de croire qu’à moins de changer les conditions 
d'existence, sous l'influence continue desquelles:elle 
s’est développée, l’infusion du sang anglais puisse chan- 
ger sa constitution de manière à produire des effets 
durables. 


(161 ) 

S'il nous était permis d'émettre à cet égard une 
opinion, uniquement basée d'ailleurs sur des considéra- 
tions physiologiques, peut-être pour atteindre une amé- 
lioration qui développât surtout ses dispositions lactifè- 
res, faudrait-il préférablement en opérer le croisement 
par la petite race du Devon, qui doit se contenter d’a- 
liments moins succulents et surtout moins abon- 
dants que ceux nécessaires à la race Durham. 


IIIe CATÉGORIE. — Race Mancelle. 


Quelques personnes ont paru s'étonner du moindre 
nombre de prix affectés à cette race, deux au lieu de 
quatre attribués aux trois autres catégories ! Cette res- 
triction dans les récompenses provient sans doute de 
cequedanslarégionagricoleellen’occupe pasuneaussi 
grande étendue de territoire, que les races contenues 
dans chacune des autres catégories, oun'est pas répan- 
due indifféremment, sur toute la surface de la région 
comme la race Durham. Néanmoins si l’on eût voulu 
tenir compte de l'énorme quantité d'animaux qui la re- 
présente dans des parties dela région livrée essentielle- 
ment à l'élevage et dans lesquelles d'immenses progrès 
dans la culture des récoltes fourragères favorisent sa 
multiplication ; si l’on considère que vu sa taille et sa 
conformation , un nombre donné de têtes de bétail de 
cette race l'emporte quant au poids de viande nette sur 
unmêmenombre d'animaux delarace Bretonne etégale 
au moins le produit de la plupart de ceux des races de la 
première catégorie; qu’enfin presque à l'exclusion de 
toute autre, c’est elle qui de mars en juin va peupler 
les herbages de la haute-Normandie, l’on pourrait pré- 

11 


(162) 


tendre qu'elle méritait par son importance que l’on 
se montrât moins parcimonieux envers elle. Du reste, 
ce qui s’expliquerait moins facilement peut-être que 
la suppression d’un prix en sa faveur , c'est que ceux 
qui lui sont accordés ne dépassent pas 200, 300 et 
400 fr., tandis que dans les première et quatrième 
catégories ils sont de 200, 400, 500 et 600 fr. 

Si cependant, et l’on ne peut en douter d’après le 
rapport du jury, on veut arriver à l'introduction par 
voie de croisement, du sang Anglais dans le nord- 
ouest delarégion, il n’en est pas de mieux préparée que 
la race Mancelle pour le recevoir par sa disposition 
naturelle à prendre précocement la chair et la graisse. 
Il y a d’ailleurs, on peut le reconnaître pour peu que 
l’on prenne pour points de comparaison un Durham 
élevé dans les conditions ordinaires de nos fermes et 
un Manceau du même âge, de telles affinités entre 
ces deux races, que l’on serait naturellemeut porté à 
admettre qu’elles dérivent d’une souche commune qui 
aurait pour caractères typiques la couleur de chair 
du mufle, l'absence des poils noirs sur les extrémités, 
un cornage court et verdâtre, un pelage normalement 
rouge pie. 

A l'égard de ce dernier caractère, on peut remar- 
quer que ce n’est que par exception que l’on rencontre 
dans cette race des animaux pie-noirs, etque dans ceux- 
ci la couleur de la chair des naseaux (que je considère 
comme un des signes distinctifs de cette race) est 
toujours alors plus ou moins altérée. Je serais donc 
porté à penser que cette robe noire est due à des croi- 
sements déjà fort anciens avec le sang Suisse, qui fut 
importé il y a plus de 80 ans par M. le comte de 


(163) 


Marmiers sur sa terre de la Lorie, près Segré, et qui 
y a été longtemps représenté par des taureaux pie- 
noirs. Ce sont eux qui, par les nombreux métis qu'ils 
avaient produits, avaient contribué à améliorer la race 
du Lion qui avait déjà antérieurement de la taille, et 
qui en avaient fait une race distinguée, lorsque la 
Mancelle est venue s’y mêler d’abord, et la supplanter 
ensuite. Cette substitution se fit sous l'influence de 
quelques gros propriétaires et surtout par l'exemple 
de M. du Mas père qui l’imposa à ses fermiers et par- 
vint à la mettre à la mode, sous prétexte qu'elle se 
nourrissait plus aisément que les grandes bêtes de la 
race du Lion. Les Manceaux ainsi transplantés dans 
un pays plus herbeux, nourris de fourrages plus tendres 
et abondanis, en éprouvèrent bientôt les effets, et 
ceux mêmes qui se sont conservés les plus purs de 
sang étranger, n’ont pas tardé, dans une période de 
vingt années à peine, à gagner considérablement sous 
le rapport de la taille et de la précocité de la chair, 
ce qui permet à beaucoup de petits métayers de les 
vendre aux engraisseurs normands dans leur qua- 
trième année. 

Cette consanguinité apparente des races Mancelle et 
Durham est telle que j'ai vu, à une époque où certai- 
nement aucun taureau Durham n'avait paru dans 
l’ouest du département, M. Corroy , cet habile vétéri- 
naire dont on connait l’œil exercé et sûr, prendre 
dans mes étables une vache et des bœufs Manceaux 
du Lion pour des sujets issus de Durham. Au reste ces 
rapports s’expliqueraient facilement si l’on admettait 
que le Manceau du Lion eût été imprégné du 
sang Suisse , car le Durham lui-même a reçu de ce 


(164) 


sang. Devons-nous ajouter que, dans l'examen des 
taureaux Manceaux, le jury lui-même a paru hésiter 
sur la pureté de la race pour quelques sujets. et a re- 
jelé comme métis des taureaux dont l’origine Mancelle 
paraissait cependant incontestable pour ceux qui 
depuis plusieurs générations connaissaient les ani- 
maux dont ces reproducteurs étaient issus. 

On a pu d’ailleurs voir au concours de beaux indi- 
vidus de celte race et apprécier à la fois ; sa force pour 
le travail, l'avantage de sa taille et sa disposition na- 
turelle à se maintenir en bon état, par l'examen de 
quelques animaux élevés sans plus de soins que ceux 
que l’on donne aux autres bêtes de même âge. Les 
plus remarquables de 22 à 26 mois venaient des 
cantons du Lion-d’Angers et de Champigné. 

Cette race paraît appelée à se répandre de plus en 
plus. Déjà depuis trois ans les Vendéens qui avaient 
contre elle des préventions fondées, chose singulière ! 
sur sa couleur pie, apprécient sa disposition à 
prendre la graisse , et viennent faire concurrence pour 
les plus grosses bêtes aux Normands. Voici en outre 
un débouché inattendu qui s'ouvre pour elle: Aux 
dernières grandes foires du Lion et de Segré, des 
acheteurs Flamands ou Belges sont venus enlever 
quelques centaines de bœufs Manceaux, et, si l’on 
s’en rapporte à ce qu'ils disaient, l'épreuve qu'ils au- 
raient faite sur quelques animaux dès l’année précé- 
dente , devrait ia leur faire préférer aux bœufs Francs- 
Comtois. Un traité spécial avec le chemin de fer leur 
permettrait de composer le chargement des wagons 
sans considération de nombre des têtes, et par suite 
dans leurs achats ils donnaient la préférence aux bêtes 


(165) 


jeunes ou de taille moyenne. Nous avons pensé que 
ces renseignements pourraient être mis à profit par nos 
agriculteurs et les diriger utilement dans leur élevage, 
en leur faisant entrevoir la possibilité d’écouler avec 
plus de facilité les bœufs de taille moyenne, et surtout 
les jeunes bêtes de 4ans, qu'ils peuvent ordinairement, 
à raison du peu d’étendue de certaines fermes, avoir 
plus d'intérêt à produire, que les vieilles et fortes 
bêtes de 5 et 6 ans, ou à vendre certaines fois pour 
pouvoir conduire une ou deux années de plus et 
jusqu’à leur plus fort développement leurs gros bœufs 
de timon. 

Ainsi que nous l’avons dit ailleurs, et prouvé par 
des exemples récents, une des qualités inhérentes à 
cette race, est d’être disposée à un engraissement 
précoce, sans cesser pour cela d'être excellente pour 
le travail. Son aptitude sous ce dernier rapport est si 
grande que là où elle existe on voit toutes les closeries, 
c'est-à-dire les petites fermes de 12 à 15 hectares, 
exploitées uniquement avec des vaches, qui, lors- 
qu'elles sont attelées, rivalisent pour la taille et la 
vigueur avec les meilleurs attelages de bœufs, et exé- 
cutent des labours aussi parfaits. Bien que liées de 150 
à 200 jours par an, elles n’en donnent pas moins, 
presque chaque année , des veaux, qui, dans nos pays 
d'élève se vendent à trois semaines de 25 à 90 francs 
et même au-dessus, et produisent le laït et le beurre 
qui se consomment dans la ferme, où l’on élève toujours 
quelques pores pour la vente. 

Nos petits cultivateurs mettent ainsi en action par 
les seules traditions reçues de leurs pères, les conseils 
de TJ. Bénoît , pour lequel Mathieu de Dombasle s'était 


(166) 


cru réduit à aller chercher des exemples dans le Pala- 
tinat et en Allemagne. | 

Du reste, faisons remarquer quant à la production 
du laït, qu’elle est profondément altérée dans cette 
race par les conditions dans lesquelles on la fait vivre. 
Dans les petites fermes dont nous venons de parler, 
la vache est avant tout un instrument de travail; dans 
les grandes on n’en possède que le nombre indispen- 
sable pour obtenir des veaux d'élève, et on les leur 
laisse nourrir de 4 à 5 mois en les soumettant presque 
aussitôt après le part à une nouvelle gestation. Aussi 
si l’on change dès le jeune âge ces conditions défavo- 
rables à une sécrétion abondante du lait, elle s'en 
augmente considérablement , ainsi que l’on peut s’en 
assurer dans beaucoup de lieux ; au voisinage des gros 
bourgs et des villes, où l’on veut les utiliser seulement 
comme vaches laitières. 

Quinze animaux avaient été inscrits dans cette sec- 
tion. On n’a décerné que deux prix de 400 et 300 francs, 
et cette décision a paru d'autant plus sévère que les 
suffrages paraissaient incertains entre cinq à six ani- 
maux de choix. 


IV® CATÉGORIE. — Races diverses, pures ou croisées, 
françaises ou étrangères. 


Nous terminerons notre revue des races bovines par 
la plus nombreuse catégorie. Elle ne comprenait pas 
moins en effet de trente-un animaux, répartis comme 
suil : 

DachAT PURE Lee HA Ti 50 6 
7/8 sang Durham-Manceau . . . . .. 2 


A reporter. . . .. 8 


( 167 ) 


Report. . . .. 8 
3/4 sang Durham-Manceau . . . . .. 6 
1/2 sang diet hou, 2% di 04 6 
1/4 sang 7 AS PONT COTE CALE LUCE 2 
1/2 sang Durham-Cotentin. . . . . .. 2 
1/2 sang Durham-Poitevin. . . . . .. 1 
7/8 sang Durham-Cotentin. . . . . .. 1 
Goientinii 4H. AUR OPEN 3 
Sales tous QE EU UNE Qt 1 
Switz-Angevin. . ......:.... 1 
31 
Sur ce nombre Maine et Loire avait fourni : 

DATI DATE AIN ETRER SIMEN 4 
Durbam-Manceau . . . .. . . . ... 9 
Durham-Poitevin. . . ......... 1 
Durham-Cotentin. . . . . . . . . . .. 2 
CRUE RER EIRE, 1 
La ES toi Po IR A dé D, 0 fau à LL 1 
SWIZ ANSEVIN Se NEA REUTS 1 
19 

La Mayenne : Durham . ....... 2 
id. Durham-Manceau. . . 6 10 

id. Durham-Switz. . . ,. 2 
La Sarthe : Cotentin . . ....... 1 4 
La Loire-Inférieure : Cotentin . . . . 1 1 
ToPéEA". 31 


La foule s’arrêtait devant les taureaux Cotentin que 
leur robe diaprée de longues et étroites bandes noirâtres 
et leur énorme stature distinguaient de tous les autres. 


(168 ) 


Le jury n'a cru devoir leur accorder aucun des quatre 
prix et des quatre mentions honorables affectés à 
cetle section, et nous n'avons pu qu'approuver la 
sagesse de cette décision. Pour que les récompenses 
soient utilement décernées, il faut qu’elles aient pour 
but le perfectionnement d'une race ancienne ou la 
propagation d’une race nouvelle dans une large pro- 
portion ; or, dans aucune partie de notre région la 
race Coientine ne rencontrerait de conditions assez 
analogues à celles sous l'influence desquelles elle s'est 
formée, pour qu’on doive penser qu'elle s’y puisse im- 
planter. Il nous faut des races robustes sans doute pour 
le travail, mais plus légères de membres, plus rustiques 
et surtout plus sobres. Il suffirait dans certaines an- 
nées, comme celle-ci, où la sécheresse peut diminuer 
notablement les moyens d'alimentation, de quelques 
bœufs de cette race pour affamer les étables d’une 
métairie : elle n’a chez nous aucun avenir. 

Nous n’en dirions pas autant de la belle race des 
Salers. Celle-ci a toutes les qualités des races Nantaise 
et Choletaise, et les possède même à un plus haut 
degré, sans s’en éloigner autant par l’ensemble des 
formes que d’autres types améliorateurs. Il nous pa- 
raitrait doncrationnel d'y recouriren certaineslocalités 
pour relever ces races précieuses sans les altérer dans 
leur conformation, et sans troubler le juste équilibre 
entre des qualités qui les rendent aussi propres au 
travail que bonnes pour la boucherie. L'on n'aurait 
pas sans doute à craindre qu'’où elle serait tentée, cette 
amélioration de la taille fût passagère. L'agriculture 
a fait assez de progrès dans certains cantons de la 
région - où existent les races Cholelaise, Nantaise et 


(169) 


les grosses Bretonnes, pour que l'augmentation de la 
masse des fourrages puisse la rendre durable. 

Quoiqu'il en soit de cette réflexion , qui devait natu- 
rellement trouver place ici, on s'explique aisément 
comment le jury, auquel l’on ne présentait qu'un 
seul taureau de cette race, ait cru devoir réserver ses 
encouragements pour les Durham qui, purs ou croisés, 
s’élevaient au chiffre de 26, et qui tous étaient dans 
un état d’'embonpoint remarquable. 

Le plus grandnombre des métis provenaient, comme 
on a pu le remarquer par le relevé que nous en avons 
fait en tête de cet article, de croisements avec la race 
Mancelle, et l'incertitude que les connaisseurs éprou- 
yaient pour en déterminer le degré eût suffi pour 
prouver les rapports de consanguinité des deux races- 
Les points de contact qui existent entre elles sont 
nombreux en effet, et consistent surtout dans des 
cornes plus ou moins courtes et verdâtres; un pelage 
le plus souvent rouge vif et pie, surtout à la tête; 
dans l’absence complète de poils noirs autour du mufle, 
des joues, des yeux, des oreilles, sur les extrémi- 
tés, etc., et surtout dans la couleur de chair desnaseaux. 
À quoi l’on pourrait ajouter, quant au tempérament 
une disposition précoce pour la Mancelle à prendre 
la graisse, lorsqu’en la dispensant de travail, on la veut 
seulement nourrir pour la boucherie , ainsi que nous 
en avons signalé un exemple récent et singulièrement 
remarquable, dans notre travail sur les races indigènes 
de l'Anjou. 

Ceux qui veulent remplacer nos bêtes de travail par 
des sujets exclusivement propres à la bouchérie, et 
qui ne reculent pas pour cela devant la transformation 


( 470 ) 


de la majeure partie des terres à blé en prairies artifi- 
cielles, ont vivement applaudi à cette exhibition. Les 
types exposés étaient déjà d’une obésité très marquée 
à un âge qui est encore celui de la croissance. Ces 
modèles du genre, aux minces vertèbres cervicales, 
au corps épais et cylindrique soutenu par des jambes 
courtes et flueites, et dans lesquels les caractères de 
la race dominaient en excès, répondaient bien certai- 
nement au beau idéal d’un animal condamné à vivre 
et se développer dans un repos absolu, pour porter le 
plus prématurément possible une chair molle, insipide 
et lymphatique à l’étal du boucher. 

IL faut bien que nous constations ici que si nous 
avons entendu quelques personnes, qui font une agri- 
culture de luxe ou de caprice, discuter avec toute la 
complaisance et toute la chaleur qu'elles eussent 
mises à apprécier sur le turf les hautes qualités d’un 
noble cheval de course, la valeur des formes dans ces 
jeunes taureaux, par contre leur examen, pour beau- 
coup d'agriculteurs pratiques , n’a nullement été favo- 
. rable à l'introduction de cette race dite améliorée. 
Geux-ci sont demeurés de plus en plus convaincus 
de l'impossibilité absolue de demander du travail à 
des animaux ainsi construits, et ont reconnu d’ailleurs, 
que, parvini-on à en obtenir quelque service, ils ne 
tarderaient pas à perdre les qualités qui les font recher- 
cher de nos agriculteurs-amateurs. Nos laboureurs 
savent tous en effet qu'il suffit de soumettre à un 
travail qui n’est pas en rapport avec leurs forces, les 
bêtes jeunes ou celles qui sont faibles, pour influer 
d’une façon fâcheuse sur leur développement et surtout 
sur celui du système musculaire. 


(171) 


Nous croyons donc que vainement on distribuera 
des prix nombreux qui, par la force des choses d'ail- 
leurs vont se concentrer exclusivement dans les mains 
des suzerains de notre agriculture, le bon sens de 
nos fermiers qui leur a fait comprendre depuis long- 
temps ce que Mathieu de Dombasle a démontré avec 
une rigueur arithmétique, à savoir : que le travail le 
plus cher est celui des chevaux, se refusera longtemps 
encore à la substitution de cette race à nos races indi- 
gènes, substitution qui entraîne nécessairement l’in- 
troduction dispendieuse des chevaux pour les travaux 
de la ferme et des changements considérables dans le 
mode d'exploitation. Nous croyons inutile de repro- 
duire ici des calculs qui pourraient convaincre combien 
toute ferme qui produit du blé en même temps que 
des bêtes à cornes, et qui est arrivée à une production 
fixe de fourrage , éprouverait par l'introduction simul- 
tanée des chevaux et des Durham, une perte notable 
sur son revenu net. 1l suffira de faire observer que le 
nombre des bêtes à cornes devra diminuer d'autant que 
l'on aura introduit plus de chevaux , et que si, à raison 
de la précocité de la race, on pouvait néanmoins 
vendre autant de Durham de 2 et 3 ans que l’on ven- 
drait de bœufs de 4 et 5 ans, il faudrait encore pour 
n'être pas en perte que le surplus de valeur des Durham 
atteignit un chiffre égal à celui de la différence de 
valeur de travail entre les chevaux et les bœufs, ou, 
en d’autres termes, que cet excédant couvrit l'intérêt 
du prix d'achat des chevaux, le prix des pertes auci- 
dentelles auxquelles ils sont exposés, le prix d’entre- 
tien des harnais, celui de la ferrure, celui de l'a- 
voine, etc., autrement la perte serait évidente. 


(172) 


En présence des difficultés qui peuvent naïtre de 
changements si profonds dans le mode d'exploitation 
usité dans nos contrées, et qui, comme l’a fort bien 
dit M. le rapporteur de cette partie du concours , peut 
avoir ses raisons d’être, ce savant agronome paraît se 
rallier à l’idée de se borner à modifier nos races par 
des croisements avecies Durham, dans le but d'obtenir 
une production plus abondante et plus précoce de la 
chair et de la graisse. Mais cette voie, bien qu’elle 
n’agisse pas d’une manière aussi radicale, est néan- 
moins encore pleine de dangers. Le croisement peut 
encore diminuer considérablement les qualités de la 
bête de travail, bien qu’en développant très imparfai- 
tement celles de la bête d'engrais, et ces résultats sont 
encore plus à craindre si l’on continue d'opérer ces 
croisements en se servant de femelles du pays et de 
mâles Durham. L'influence du mâle, ainsi que l'ont 
reconnu tous les zoologistes et que les physiologistes 
l'ont plus ou moius ingénieusement expliqué , se ma- 
nifeste surtout dans la ressemblance des formes et l’on 
pourrait dire du volume des extrémités, à savoir dans 
la tête et la partie de la colonne vertébrale qui la sou- 
tient, et dans les jambes. Le mâle Durham imprimera 
donc au métis la sorte d’atrophie qu'ont subie la tête, 
la colonne vertébrale et les extrémités thoraciques 
et abdominales; et si dans les dernières résident les 
moyens de locomotion et de propulsion, dans la race 
bovine, ainsi que l'ont démontré les beaux travaux 
du docteur Bailly , c'est dans la tête et surtout dans le 
vertex et ses puissantes attaches qu'est le siége de la 
force de traction. Il est donc rationnel de prédire que 
par le mode de croisement que l’on suit on peut arri- 


(173) 


ver très prochainement à une destruction plus où 
moins complète de nos races de travail. Peut-être 
serait-il moins dangereux de suivre le système inverse, 
et de recourir pour ces croisements à des vaches 
Durham et des taureaux Manceaux, choisis parmi 
ceux de petite taille. Peut-être parviendrait-on ainsi 
à créer à la seconde ou à la troisième génération, en 
retrempant toujours les métis femelles avec le sang 
manceau, à constituer une race de Manceaux amélio- 
rée, qui aurait moins perdu vraisemblablement de 
son aptitude au travail, tout en gagnant plus de dis- 
position à se maintenir en bon état, et serait devenue 
selon le langage consacré, plus tendre d'engrais. Nous 
ne faisons qu'indiquer cette nouvelle voie, qui, nous le 
croyons du moins, n’a pas encore été tentée, mais 
toutefois sans perdre de vue ces sages paroles d’un 
auteur célèbre parmi les éleveurs anglais : un croise- 
ment commencé sur de bons principes peut être suivi de 
mauvais Succès... 


ESPÈCE OVINE. 


Le concours présentait un assez grand nombre de 
béliers (14), appartenant tous aux races anglaises 
Dishley et New-Kent. L'absence de nos races indigènes 
était d'autant plus regrettable que nous en possédons 
de remarquables à divers titres, et qu'il y eût eu un 
grand intérêt à étudier dans leurs animaux d'élite les : 
rapports plus ou moins prochains qu'elles peuvent 
avoir avec les races perfectionnées de l'Angleterre et 
rechercher, par des analogies de forme ou des con- 
trasies de leur constitution physique, celles dans 


(174) 


lesquelles, par un choix éclairé de reproducteurs étran- 
gers, l’on pourrait tenter avec le plus de chances de 
succès l'amélioration de la laine ou de la production 
de la viande. 

Il faut de nouveau constater ici que notre région 
agricole est encore une des mieux dotées sous le rap- 
port de la variété de race des bêles ovines , et que plu- 
sieurs d'elles se distinguent par des mérites particuliers 
depuis les grandes races du Bocage, jusqu'aux petites 
races des landes bretonnes et des bords de l'Océan. 
Il y a certainement en cette partie de grandes amélio- 
rations à poursuivre pour lesquelles du moins l’on 
n'ira pas se heurter contre la difficulté de concilier, 
comme pour les races bovines, des éléments aussi 
antipathiques dans leurs points extrêmes que le ira- 
vail et la production précoce de la graisse. Les bêtes 
ovines en effet dans nos contrées, où l’on ne tire, sauf 
dans quelques parties très bornées, nul parti de leur 
lait, sont élevées exclusivement pour la production 
de la viande et de la laine , et l’on peut affirmer, sans 
crainte de démenti, que, sous ce double rapport, les 
races anglaises l’emportent même sur nos meilleures 
races. Les New-Kent ont une toison plus pesante, une 
laine plus longue, à ondulations plus nombreuses et 
plus fine, conséquemment , que nos grandes races, 
tandis que la chair s’y rencontre dans une proportion 
supérieure. L'expérience heureuse qu’en a faite depuis 
longtemps l’un de nos compatriotes (M. Mercier La- 
monneraye, de St-Clément-de-la-Place), sur un sol 
qui n'offre pas cette végétation tendre que l'on pouvait 
supposer leur être particulièrement favorable, prouve 
la facilité qu'ils auraient à s’acclimater chez nous. 


(175) 


Nous avons également vu le Dishley prospérer sans 
autres soins que ceux donnés à la race du pays, aux 
environs du Lion-d'Angers et y donner des produits 
d'un embonpoint inconnu jusque-là parmi les bêtes 
les mieux nourries. 

La possibilité de l'introduction de ces deux races dans 
certaines parties delarégion est donc un fait désormais 
acquis. Il ne reste plus qu’à savoir si le consommateur 
français approuvera la substitution de la viande grais- 
seuse du Dishley à la fibre ferme et farineuse de nos 
moutons dont j'ai vu les Anglais apprécier mieux que 
personnelasaveur distinguée, et c’est ce quel’usageseul 
peut apprendre. Il est probable d’ailleurs que le Dishley 
transporté sous un climat plus sec, une température 
plus élevée, nourri d'aliments moins aqueux pourra 
perdre de l’excès de sa propension à la graisse et que 
sa chair en acquerra des qualités culinaires plus dis- 
tinguées. 

L’acclimatation de ce grandes races étrangères ne 
peut d’ailleurs s’opérer avec succès que dans les con- 
trées où nos races occidentales ont naturellement de la 
taille. Là seulement en effet on peut penser qu'elles y 
trouveront par le pâturage une nourriture abondante 
et d'autant plus nécessaire dans nos pays, qu'elle n’a 
pas comme en Angleterre pour complément la nour- 
riture à l’étable ou la consommation sur place des ré- 
coltes racines. Cette considération est si importante 
pour les races ovines surtout dont le pâturage forme 
le fond de la nourriture, qu’un auteur anglais dit : 
qu'il y aurait folie à vouloir importer les brebis du 
Lanscashire dans le pays de Galles où la race est natu- 
rellement petite , par ce principe qu’il énonce en un 


( 176 ) 


autre endroit de son livre, que le développement de 
la taille est toujours proportionné aux moyens de 
subsistance , et sans doute aussi parce que, où une 
petite race peut subsister, une grande ne peut vivre 
dans des conditions semblables. 

Ceci nous conduit naturellement à combattre une 
opinion qui pourrait égarer bien des personnes dans 
des essais de perfectionnement des races quant à la 
taille , opinion qui consiste à croire qu’où deux ani- 
maux de petite taille peuvent vivre un grand doit ai- 
sément prospérer; cela pourrait être vrai pour des 
animaux nourris à l’étable avec des fourrages et ré- 
coltes sarclées dont on aurait une quantité déterminée; 
ce pourrait être vrai encore du pâturage dans de grasses 
prairies, mais ce ne l’est plus dans les pays maigres, 
à herbe courte et rare, parce que là il est physique- 
ment impossible que la grande bête puisse brouter une 
nourriture suffisante dans le même espace de temps 
où une petite trouvera tout juste ce qu'il lui faut pour se 
nourrir. Ainsi partout où la vie pastorale n’a produit 
que de petites races ce serait tenter l'impossible, en la 
voulant assujétir au même régime, que d'y introduire 
celle des Dishleys. 


ESPÈCE PORCINE. 


Il n’en est pas tout à fait de cette dernière catégorie 
comme de la précédente, l’on y trouve sur huit bêtes 
anglaises six bêtes de l’Anjou. Les premières se sont 
naturellement classées dans la section des petites 
races, les autres ont composé celle des grandes races. 


({ 177) 

Nous avouerons que sous ce rapport nos porcheries 
n'ont pas été aussi bien représentées que l’on devait 
s’y attendre, et que nos comices cantonaux exhibent 
chaque année des types généralement mieux con- 
formés et de plus belle stature, quoiqu'il y eût quelques 
verrais de la race Craonnaise, si facile à distinguer 
par sa courte et large tête, ses jambes courtes, la 
longueur et la largeur du dos. Nous eussions encore 
désiré de voir figurer ici quelques autres races de 
notre région, parmi lesquelles nous nous bornerons 
à citer la petite espèce noire et blanche du littoral Ven- 
déen, qui se recommande par une chair tendre et 
d’un goût exquis. 

L'intérêt du concours se trouve donc à peu près 
concentré dans l'examen de ces races Anglaises re- 
présentées par des New-Leicester , un Rendall, un 
Hamsphire, un Anglo-Chinois, etc. La plupart de 
ces animaux, surtout les New-Leicester, sont de véri- 
tables masses d’un lard blanc-rosé chargées d'une 
épiderme farineuse parsemée de quelques poils rares ; 
l’on dirait une pelote de graisse roulée dans la farine. 
Cet embompoint est si étrange , et si peu en rapport 
avec des animaux classés sous le nom de reproduc- 
teurs, que l’on pourrait douter qu'il fût le résultat d'un 
régime ordinaire. Quoi qu'il en soit, si l’on examine la 
conformalion de ces New-Leicester, on se convainc 
bientôt qu'ils sont doués d’une disposition toute spé- 
ciale et vraiment extraordinaire à prendre le gras, et 
qu'il doit y avoir pour la production du gras de lard 
et du sain un immense avantage à les substituer à nos 
races communes, dans beaucoup de circonstances, 
et notamment si l’on élève pour la charcuterie. L'on 

12 


{ 178 ) 
pourra alors lui livrer des animaux plus tendres et à 
tel degré d'embonpoint qu’elle l’exigera. 

Quant à substituer partout cette petite race à nos 
grandes races du pays, je ne sais s’il n’y aurait pas 
encore là des inconvénients et surtout pour l'hygiène 
de la population de nos campagnes. La chair du porc 
est à peu près la seule viande dont elle fait usage, et 
en voyant combien elle nous donne derobustessoldats, 
l'on doit penser que cette nourriture, dans ses condi- 
tions actuelles, est essentiellement saine. Ces fibres 
dures et compactes, riches en osmazôme et en géla- 
tine, conviennent à des estomacs énergiques, que dé- 
biliterait une viande molle et tout imprégnée de graisse 
lorsque encore ce ne serait pas le tissu adypeux qui 
seul formerait le chétif morceau de viande que pen- 
dant cinq jours de la semaine le laboureur, et non pas 
même à chaque repas, peut placer sur son pain? Ce 
changement de nature dans la viande qui compose 
toute la nourriture animale du paysan de l'Ouest serait- 
il sans danger surtout dans notre climat ? Si j'indique 
cette restriction, c’est que l’on sait que plus on s'é- 
loigne des pays froids, moins les substances animales 
grasses sont une nourriture salubre pour l’homme , 
tandis que leur usage se développe graduellement à 
mesure qu'on se dirige vers le pôle, de telle sorte que 
les peuples qui en sont les plus voisins peuvent im- 
punément se nourrir et presque exclusivement du lard 
et de l'huile des cétacés. 

Nous terminerons ici la partie de notre compte-rendu 
qui a trait aux animaux, et l’on aura pu remarquer 
combien nous sommes généralement portés à conser- 
ver nos races indigènes, sauf à les améliorer , selon 


(179 ) 


ies exigences que l'on peut avoir à satisfaire, soit par 
la propagation en dedans, soit même selon les espèces, 
par des croisements judicieux avec les races étrangères 
perfectionnées et douées de qualités qui manquent 
aux nôtres, ou ne se sont pas développées à un assez 
haut degré. Peut-être ne sera-t-il pas inutile pour 
nous justifier de l'extrême réserve que nous avons 
apportée, dans des questions dont une solution incon- 
sidérée pourrait amener des perturbations incalcu- 
lables dans notre agriculture, de faire observer qu’en 
cela nous avons agi sous l'inspiration des principes 
qui ont servi de guide aux éleveurs les plus célèbres 
de l'Angleterre, à ceux-là même à qui l’on doit d’avoir 
porté à leur maximum les qualités spéciales dont sont 
dotées certaines races. L'importance de ce sujet nous 
engage à rappeler ici le plus laconiquement possible 
les principes admis par ces savants et illustres agro- 
nomes, en ce qui touche le perfectionnement et le 
maintien des races. Nous les extrairons d'Henri Cline, 
chirurgien et physiologiste distingué, qui a longtemps 
expérimenté par lui-même en grand et a publié dans 
le London’ s Encyclopedia of agriculture, un mémoire 
qui est un résumé complet de ses observations person- 
nelles et des opinions mises en pratique par les éleveurs 
les plus célèbres, tels que Backewell , Culley, Sommer- 
ville, Parry etc., et soutenues par la plupart des théo- 
riciens Anglais. 

1° Les formes extérieures ne sont qu'une indication 
des qualités internes. 

2° C’est des poumons que dépendent la santé et la 
force, car la faculté d’assimiler la nourriture est pro- 
portionnelle à leur volume ; 


( 180) 


3° Leur capacité est indiquée par celle du thorax 
en hauteur et en largeur (1); 

4 L'animal de travail doit avoir les muscles et les 
tendons gros, car ce sont eux qui donnent la force 
d'action et la résistance à la fatigue , et non les os; 

5° Les gros os ne font qu'absorber inutilement une 
portion de la nourriture ; 

6° L'amélioration repose sur ce principe que la fa- 
culté de fournir la nourriture au fœtus est proportion- 
nelle à la taille de la femelle ; 

7° La cavité pelvienne doit être large dans la femelle; 

8° La meilleure méthode pour améliorer les formes, 
consiste donc à choisir une femelle bien faite, à large 
bassin , plus forte que le mâle; 

9e Si le père est plus grand que la femelle, le fœtus 
mal nourri et à l’étroit manque de proportions ; 

10° Pour qu’un animal soit parfait, il est en outre 
indispensable qu'il ait une nourriture abondante depuis 
sa naissance jusqu'à son entier développement ; 

11° Le croisement des races est la méthode la plus 
prompte pour obtenir des animaux ayant de forts pou- 
mons, et pour cela il suffit de choisir de grandes 
femelles et des mâles bien faits et de petite taille; 


(1) Notre savant confrère, M. le docteur Ouvrard, en appliquant 
ces principes à la propagation en dedans est parvenue à obtenir 
des animaux très parfaits de formes. Lorqu’il choisit un veau 
d’élève il en mesure la poitrine avec un cordon, de manière à en 
emprasser toute la circonférence en arrière des aiselles, puis il 
applique sur le dos de l'animal cette mesure, qui doit donner 
la distance des épaules à la racine de la queue. Il exige en outre 
que le thorax se rapproche le plus possible de la forme cylin- 
drique et que la distance entre la dernière côte mobile et los du 
bassin soit presque nulle. 


(181) 


12 Les poitrails immensément développés sont le 
produit de ce genre de croisement ; 

13° Les races améliorées des chevaux et des pores 
anglais sont dues uniquement à ce mode de croise- 
mentquis’opéraorigairementavec des Barbesou Arabes 
et avec le petit verrat de la Chine; 

44 C'est de l'importation des grandes juments de 
Flandres que datent les bonnes races de chevaux de 
trait anglais ; 

45° Par contre, lorsque les grands carrossiers bais 
devinrent à la mode à Londres, les fermiers du Yorks- 
hire, ayant fait choix d’étalons plus grands que leurs 
juments, n’obtinrent que des poulains ayant de gros 
us, montés sur de grandes jambes, avec des poitrails 
étroits et sans valeur ; 

Les mêmes résultats se manifestèrent en Normandie 
quand on voulut augmenter la taille par des étalons 
du Holstein ; 

Les nourrisseurs de l’île Sheppy voulurent améliorer 
leurs moutons avec les grands béliers du Lincolnshire, 
et leurs troupeaux perdirent considérablement sous 
le double rapport des formes et de la qualité de la laine, 

16° Là, où la nourriture est abondante et riche, 
les races indigènes sont naturellement de forte taille ; 

Là où elle est chétive, les animaux sont petits ; 

Le degré d’alimentation est donc le point de départ 
de toute tentative d'amélioration par croisement ou 
d'introduction d’une race nouvelle; 

17° De la théorie, de la pratique et d’après une 
longue expérience , dit Price, il est permis de conclure 
qu'il est imprudent d'augmenter la taille d’une race 
indigène, parce que plus les élèves seront grands plus 


(182) 


ls perdront sous le rapport de la forme, de la force et 
de la santé; 

18° L'amélioration, qui est un produit artificiel (en 
ce qu'elle tend à faire prédominer une qualité au dé- 
triment des autres), ne peut se maintenir que par des 
moyens analogues à ceux qui l’ont créée. Backewell et 
Culley, ayant adopté la maxime : tel père, tel fils, 
prétendent la pouvoir maintenir en faisant choix des 
individus les plus parfaits de la race améliorée , mais 
sir J. S. Sebright pense que la propagation en dedans 
ne peut toujours suffire et qu’il faut parfois recourir, 
pour corriger des défauts, au croisement en dehors. 

19° Enfin le même J. S. Sebright dit : que la loi des 
croisements consiste surtout à choisir les mâles et les 
femelles eu égard à leurs qualités et imperfections 
respectives , afin de les corriger ou balancer les unes 
par les autres. 

Nous bornons ici cette analyse très succincte sans 
doute des principes disséminés dans le mémoire de 
Price, mais qui suffira néanmoins pour indiquer 
aux éleveurs la voie à suivre et les principaux écueils 
à éviter. 


INSTRUMENTS, MACHINES, ETC. 


Nous ne nous appésantirons pas sur l’examen des 
instruments et machines, et notamment sur celui des 
charrues dont on pouvait voir de nombreux modèles 
exécutés avec cette perfection que l’on est habitué de 
rencontrer dans tout ce qui sort des ateliers de l'Ecole 
des arts, et de ceux de M. Bodin et du Grandjouan. 
Nous ne nous permettrons qu’une observation, c'est 


( 183 ) 

que généralement dans la construction de ces instru- 
ments, il nous semble que l’on oublie trop qu'il faut 
tendre le plus possible à diminuer la force du tirage, 
et que, pour que la charrue trouve moins de résistance 
à son action, il faut que cette action se rapproche le 
plus possible aussi de celle du coin, c’est-à-dire, de 
la puissance du plan incliné. C’est ainsi qu'agil le soe, 
c'est à lui qu'est dévolu le rôle d'ouvrir par sa pointe 
la terre pour la séparer ensuite sans nul effort par la 
continuité des lignes divergentes du prisme que forme 
son ensemble et celui du versoir. Il nous semble donc 
que si le coutre doit intervenir, ce n’est que pour 
achever la séparation de la partie supérieure de la 
motte de terre commencée par le soc et la partie du 
versoir qui lui est contiguë. Plus donc le coutre se 
trouvera en arrière, moins son aclion, sans cesser 
d’être utile, fera obstacle. Or, peut-il en être de même 
lorsqu'il est placé comme en beaucoup de ces charrues 
dans la perpendiculaire de la pointe du soc, agissant 
ainsi simultanément avec celle-ci, contre des terres 
encore non divisées ? n’augmente-t-il pas alors consi- 
dérablement la force de tirage. 

Nous avons été portés d’autant plus aisément à con- 
signer cette observation, que nous possédons une 
charrue dont il nous a été jusqu'ici impossible de 
constater l’origine, mais qu’on nous a dit être en usage 
dans quelques fermes du Craonnais, laquelle n’a pas 
de coutre, et dont l’arête supérieure du versoir se 
recourbe en s’arrondissant légèrement sur le côté 
opposé à l'aile du versoir et se prolonge jusqu’à la 
perche. Un garçon de charrue qui a longtemps manié 
les instruments perfectionnés , et même l’araire , nous 


(184) 


a maintes fois affirmé qu'il n'avait jamais rencontré 
une charrue qui coulât plus facilement, et se réglât 
mieux, à tel point qu'il n’était besoin de toucher aux 
mancherons que pour se tenir prêt au cas ou un 
obstacle imprévu pourrait contrarier sa marche. Mon 
métayer estime , que relativement à des charrues per- 
fectionnées dont il avait l'habitude et qui ont été fabri- 
quées à Grandjouan, celle-ci économise une force 
équivalente à deux bœufs de petite taille. 

Je m'arrêterai encore pour signaler un instrument 
que je considère depuis longtemps comme étant indis- 
pensable dans les fonds argileux tenaces si communs 
dans les pays schisteux de l'Ouest, et qui dans les 
années sèches résistent à tout ameublissement par 
les seconds labours d'été, surtout si l’on a été forcé 
de les ouvrir au printemps lorsqu'ils n'étaient pas 
encore suffisamment ressuyés. Dans ces circonstan- 
ces les labours d'été sont à la fois insuffisants et la 
ruine des attelages : leurs mottes énormes ne peu- 
vent être entamées par les herses les plus énergiques; 
cet instrument, c’est le rouleau en bois pour la pré- 
paration des terres, exposé sous le numéro 10, par 
notre honorable confrère M. de Joannis. Voilà un 
bon, un excellent instrument. Il n’attirera pas sans 
doute les regards de ceux qui font l’agriculture de 
luxe : un tronc de frêne ou de tout auire bois pe- 
sant, pris dans une grosse souche, mal blanchi et 
recouvert de madriers grossiers et mal joints pour 
augmenter son volume, enchâssé dans le cadre d'un 
rouleau à battre, tout cela n’a rien de brillant et d’at- 
trayant. Et cependant cet instrument de si mince 
valeur vénale, de construction si simple que le premier 


( 185 ) 


venu peut le fabriquer , peut épargner dans une ferme 
des centaines de francs de journées, ménager les 
attelages au moment où la chaleur rend le travail 
pénible, et donner à la terre un ameublissement qui 
pourra seul dans les années sèches, permettre de 
semer en saison convenable, de manière à assurer 
ainsi par fois la réussite d’une récolte qui représente 
le fermage de la terre. Voilà, ce nous semble, de ces 
iustruments pour la propagation desquels une société 
comme la nôtre ne saurait faire trop d'efforts dans le 
but d’épargner à l’homme des champs ses sueurs et 
son argent. 

Nous ne vous dirons rien des nombreux coupe-paille, 
coupe-racines, tarare, etc. Nous n’y avons pas remar- 
qué de modifications nouvelles qui en abaissent les 
prix et en facilitent l'usage pour nos pelits cultivateurs, 
auxquels ils seraient si précieux cependant par l'éco- 
nomie de la main-d'œuvre qui est le véritable capital 
de ces braves gens. Nous nous bornerons à noter 
comme moins connu un égrénoir pour le raisin, n° 63, 
de MM. Lotz et Renaud de Nantes, instrument expé- 
ditif qui devrait être adopté partout pour les vins rouges, 
et pour les vins blancs dans les celliers où l’on pratique 
encore le foulage. L'emploi de cet instrument assure 
la propreté du moût et facilite d'autant les opérations 
subséquentes du soutirage. 

Quant aux pressoirs, chacun a pu remarquer les 
divers mécanismes aussi puissan{s qu'ingénieux com- 
binés pour obtenir des pressoirs à vis unique verticale, 
une pression suffisamment énergique. La multiplica- 
tion de la force par un système d’engrenage est devenue 
une nécessité par l'adoption généralement admise 


( 186 ) 


maintenant d’une vis unique exerçant ainsi directe- 
ment son action sur la force de résistance, et par 
l'abandon qu’on a ainsi fait de la force propre au lévier 
que representaient les fûts anciens. On nous permettra 
d'ajouter que nous avons vu concilier avec un avantage 
évident, ces deux actions, ces deux puissances, dans 
un pressoir à deux vis en fer, dont voici une courte 
description : 

Uu fût de 60 centimètres de diamètre excédant seu- 
lement la maie de 50 centimètres est percé aux deux 
extrémités pour recevoir une vis en fer de 10 centi- 
mêtres environ de diamètre , dans laquelle est engagé 
un écrou en cuivre à tête carrée qui reçoit un lévier 
double en fer dont les bras ont environ 4 mêtre 33 
centimètres de longueur. — Cet ensemble est donc 
celui du système de la presse à relieur. — Quatre 
hommes, deux sur chaque vis, couchent d’abord le 
pressoir et suffisent, ainsi placés, pour la première 
abaisse. Lorsque la force de résistance augmente, ils 
agissent alors réunis, sur une seule vis, et en se por- 
tant alternativement sur les deux extrémités du fût, 
celui-ci participe alors des propriétés du lévier ordi- 
naire. Un pressoir à double vis construit avec cette 
simplicité, qui en fait une machine économique et 
d'un maniement facile en ce qu’elle n’exige ni mou- 
linet, ni cordages , ni engrenages quelconques, fonc- 
tionne sans accident depuis plus de 50 ans et a toujours 
produit une pression supérieure. 

Au surplus, pour être en mesure d'apprécier convé-: 
nablement le mérite des pressoirs exposés, il faudrait 
nécessairement les avoir vus à l’œuvre. La pression 
d'un sac de vendange, qui contient des substances 


( 187 ) 


plus ou moins élastiques, n’a pas la même sorte de résis- 
tance passive que les madriers de sapins que l’on faisait 
écraser par les pressoirs exposés. Depuis trente années 
surtout on a préconisé successivement tant d'espèces 
depressoirs de toutes formeset tous systèmes, à vis ho- 
rizontale ou verticale, à rouages, à moulinet, à volants, 
à coffre, à claie, etc., qu'il devient de plus en plus dif- 
ficile de décider de la préférence qu'ils méritent. L'a- 
mour-propre trouve d’ailleurs encore le moyen d’in- 
tervenir pour embrouiller la question, car il est rare 
que celui qui a fait pour un long temps une dépense 
souvent considérable afin de se donner un pressoir 
nouveau, Se résigne à en avouer les imperfections et 
l'insuffisance. 

Les machines à battre le blé étaient au voisinage des 
pressoirs. Plusieurs ont été éprouvées lors de la der- 
nière récolte et sont sorties victorieuses de ces essais. 
Le blé acquiert une propreté plus grande et les grains 
carriés (fouèdre) étant chassés sans être écrasés, le 
bon grain prend un plus bel œil et devient plus sain. 
La différence dans la qualité, est surtout sensible dans 
les pays où l’on n’emploie pas pour battre le rouleau 
de granite conduit lentement par des bœufs, etoùl'on 
n’enduit pasles aires batteresses d’une couche de fiente 
de vache délayée qui empêche la terre de se réduire 
en poussière. Quant à l'économie du temps, elle est 
moindre qu'on ne le pourrait supposer. Un rouleau de 
granite de bonne dimension conduit par quatre bœufs 
et un cheval peut, avec l’aide de quatre hommes et 
d'une femme ou d’un enfant, expédier par jour, si 
l'aire est suffisamment grande, 50 à 60 nombres de 
gerbes (soit 600 à 700 gerbes), tandis que la plupart 


LE 


( 188 ) 


des machines à battre avec un manège, desservi par 
des relais qui demandent quatre chevaux , et avec le 
concours de quatorze à seize personnes n’en bat guère 
plus du double. Une ferme de 4,000 gerbes fera donc 
son travail dans 8 à 10 jours avec le rouleau, ses bœufs 
et son personnel habituel, et pour gagner 4 à 5 jours 
seulement elle serait obligée de louer des chevaux et 
des bras étrangers, 

A côté de ces machines étaient des mécaniques à 
broyer le chanvre et le lin que nous avons vu fonc- 
tionner avec beaucoup d'intérêt. Les résultats obtenus 
Sous nos yeux ont dépassé ce que nous croyons qu'on 
en pouvait attendre, pour la rapidité de l’épuration 
complète des filaments et l'absence presque absolue 
de déchet. Elles offrent d'immenses avantages pour la 
qualité des filaments qui ne sont pas autant fatigués 
par la pression, et dont les fibres ne perdent rien de 
leur tenacité en ce que l’on n’est pas obligé de les 
soumettre préablement à la chaleur du four comme 
pour le broyage ordinaire. L'on ne peut douter que 
nos vallées à chanvre de la Loire et de la Sarthe ne 
gagnent considérablement à adopter ces machines qui 
assureront à leurs produits une qualité supérieure. 

Nous terminons ici, Messieurs , la tâche que vous 
nous aviez imposée; mais elle demeurerait incomplète 
si nous n’exprimions pas un vœu qui a été formé 
parmi vous, celui de voir notre ville, centre géogra- 
phique vers lequel convergent les voies de communi- 
cations principales de la région, assise pour ainsi dire 
au point d'intersection des divers systèmes agricoles 
qui se partagent l'Ouest de la France et aux confins 
des pays où existent les races les plus homogènes, les 


( 189 ) 


plus distinctes des animaux domestiques, de la voir, 
disons-nous, recevoir de nouveau l’assemblée de notre 
concours régional. Où pourrait-on, comme nous le 
disions au début de ce rapport, rencontrer des locaux 
plus vastes et mieux appropriés ? Où pourrait-on aussi 
peut-être se trouver en présence d’un public plus in- 
telligent, plus empressé aux choses de l’agriculture, 
mieux préparé pour recevoir avec profit les enseigne- 
ments qui sont apportés par les hommes spéciaux et 
éminents délégués pour présider à ces solennités qui 
pourraient être si fécondes pour l’agriculture! Un dé- 
partement enfin où l’on retrouve comme dans Maine 
et Loire pratiquées , depuis un temps immémorial , 
toutes les méthodes de culture enseignées par les 
agronomes modernes, tous les modes d'assolements, 
tous les systèmes d'éducation des races d'animaux em- 
ployées par l’agriculture? C’est donc, Messieurs , avec 
autant d'espoir que d’orgueil, qu’en jetant les yeux 
autour de nous, sur ces campagnes peuplées de culti- 
vateurs qui unissent l'amour du progrès à l'intelli- 
gence et à l'expérience qui savent en discuter les con- 
ditions, que nous répétons le vœu : que la ville d'Angers 
. soit désignée désormais comme le siége habituel des 
réunions du jury régional de l'Ouest. 


Angers, mai 1852. 


T.-C. BERAUD. 


…t 


{ 190 } 


=— = = ——_———— = 


RÉGLEMENT DU COMICE AGRICOLE 


DE LA 


Société nationale d'agriculture , sciences et arts 
D'ANGERS. 


= S——— 


ARTICLE PREMIER. La section d'agriculture de la 
Société prendra le titre de Comice agricole de la Société 
nationale d'agriculture, sciences et arts d Angers pour les 
cantons d'Angers N.-0., Briollay, Saint-Georges et 
Chalonnes, du département de Maïne-et-Loire. 

Elle recevra une organisation, poursuivra un but et 
jouira de droits électoraux analogues à ceux des as- 
sociations reconnues par la loi du 20 mars 1851, 
auxquelles elle est assimilée. 

ART.2. Le personnel du comice est formé : 1° de tous 
les membres titulaires et payants de la Société, faisant 
partie de la section d'agriculture; 

2 De membres associés, comprenant les citoyens 
qui, aux termes de l’article 2 de la loi précitée, ont le 
droit de faire partie. d’un comice et qui déclareront 
vouloir se soumettre aux conditions du présent rè- 
glement. 

ART. 3. Pour être admis comme membre-associé , il 
faudra réunir les conditions exigées par ledit article, 
$ 1°, être présenté par deux membres du comice , et 
obtenir au scrutin la majorité des suffrages. 

Le comice pourra en outre admettre, par des déli- 
bérations spéciales, prises à la majorité des deux tiers 


(191) 


des votants et par scrutin distinct, les personnes qui 
ne rempliraient pas les conditions prescrites par le $ 
1e dudit article , et ce, jusqu’à concurrence du di- 
xième du nombre total de ses membres. 

ART. 4. Le comice aura pour bureau celui de la So- 
ciété, et tiendra ses séances dans la salle des réunions 
de celle-ci, qui mettra en outre à sa disposition le 
mobilier nécessaire. 

Les membres-associés auront droit de prendre sous 
récépissé communication des ouvrages composant la 
bibliothèque de la Société. 

ART. 5. Le comice se réunira au moins quatre fois 
par an, et particulièrement à la Saint-Martin et à la 
Fête-Dieu. 

Il pourra en outre avoir des séances extraordi- 
naires, quand les besoins du service l'exigeront, et 
notamment lorsque plus de deux candidats seront 
incrits pour être soumis à l'élection. 

Il ne pourra s'occuper que de questions qui se rat- 
tachent directement à l’agriculture. 

ART. 6. Les mémoires qui seront lus dans les assem- 
blées du Comice, pourront, soit sur la demande de l’au- 
teur, soit d'office par le Comice, être renvoyés devant 
la Société-mère, qui, après une nouvelle lecture, 
pourra, s’il y a lieu, en ordonner l'impression dans 
le Recueil de ses mémoires ; auquel cas il en sera tiré 
à part un nombre d'exemplaires suffisant pour qu'ils 
soient distribués gratuitement à tous les membres du 
Comice et aux présidents des autres Comices du dé- 
partement. 

ART. 7. Le Comice travaille aux progrès de l’agricul- 
ture en publiant les nouveaux procédés ou les décou- 


(192) 


vertes utiles à cette branche d'industrie. Il l’encourage 
par des concours et en décernant des primes et récom- 
penses. 

ART. 8. Les membres du Comice, autres que ceux 
faisant partie des membres titulaires payants dela So- 
ciété mère, paient une cotisation annuelle de 10 francs, 
dont le montant est acquis au Comice à partir du 1° 
jauvier de chaque année, même à l'égard des membres 
reçus au cours de l'année. 

Tout membre qui n’acquitterait pas son annuité 
dans le courant de l’année, après deux réquisitions 
du trésorier, sera considéré comme démissionnaire, 
sans que le Comice perde ses droits pour l’année 
échue. 

Celui qui ne donnerait pas sa démission avant le 
4® janvier sera redevable de l’année courante. 

ART. 9. Les fonds formeront, avec ceux provenant 
des allocations et subventions que pourra obtenir le 
Comice, une caisse particulière affectée exclusivement 
aux dépenses du Comice. 

Cette caisse sera gérée à part par un trésorier élu 
par le Comice , auquel il en sera rendu compte chaque 
année, devant une commission composée du bureau 
et de quatre membres élus par le Comice. 

ART. 10. Le Comice, ainsi constitué, se soumet à 
toutes les prescriptions de la loi pour ses fonctions 
électorales ; le tout sans apporter aucune modification 
aux statuts de la Société-mère qui n’y sont pas con- 
traires. 

Il se renfermera dans la circonscription que lui aura 
désignée le Conseil général. 


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PAGES. 


Discours de M. le président de Beauregard, contenant - 


une notice historique sur l’ancienne Académie d'Angers: 
Novice sur les irrigations des Vosgesÿ par M. de 


AGATEOCLÈS, par M. Godard-Faultrier.......... . 


Cons:DÉRATIONS sur l’antique origine du système E 


doinadaire et sur la période Septenaire en général, par 
ETC <ÉONB Le see Seb ee lee ee Pre 


EXTRAIT d'uu inventaire des saintes reliques conservées 


dans le Trésor de l'Église d'Angers, par M. Godard- 
Faultrier 


ann mm ns sms een mms n ses euse 


RECTIFICATION bibliographique. — . Une lettre de Bodin, 


par M. Godard-Faultrier.........................:. 
DErENSOR, par M. Godard-Faultrier................ 


INoTE sur les propriétés du schiste ardoisier d'Angers et 
son application à la couverture des édifices , par M. A. 
FBlavier........ Re En D Ne va 


animaux reproducteurs, les instruments et les produits 


agricoles, par M. Beraud........ RPM OT 0 
RÈGLEMENT du Comice agricole de la Société nationale 
d'agriculture, sciences et arts d'Angers... ...... 


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RaPPoRT sur le Concours régional d'Angers, pour les 


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MÉMOIRES 


à | LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, 
5e SCIENCES ET ARTS D'ANGERS. 


—_—————— 


DEUXIÈME SÉRIE. 


3me Wolume. — 2e Livraison. 


ANGERS , 


__ XMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÈSE. 


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( 193) 


RABELAIS BOTANISTE. 


Rabelais a été l’objet de plus d’un panégyrique ; et 
cependant il est un point de vue sous lequel les vastes 
connaissances de ce sceptique railleur , semblent 
n'avoir pas été suffisamment mises en relief. On a 
loué en lui le philosophe, le littérateur, l’érudit; An- 
toine Leroy (1) s’est même efforcé de prouver qu’il 
avait été bon chrétien et bon prêtre, mais personne, 
que je sache, n’a cherché encore à l’apprécier comme 
botaniste (2). Pour l'honneur de la science, c’est ce 
que je veux essayer de faire aujourd’hui et j'ose croire 
qu'il me suffira d'interroger la satire, ou si l’on veut 
le roman de Gargantua et de Pantagruel, pour que 
chacun soit convaincu comme moi , que le premier, 
en France, Rabelais a été digne de ce nom de bota- 
niste. 

Mais avant d'ouvrir le livre si curieux, à tant de 
titres de maistre Alcofribas Nasier, (3) je dois dire en 


(1) Elogia Rabelæsiana. Manuscrit conservé à la bibliothèque 
nationale n° 8704. 

_ (2) Sous le titre de Za Botanique de Rabelais, M. Germain, 
dans son Guide du Botaniste (1851. p. 150), s’est borné à repro- 
duire la description de l'herbe Pantagruélion (Cannabis sativa. L), 
en disant que Rabelais n’avait pas oublié de faire tigurer dans 
son livre, la science botanique de son temps. 

(3) Anagramme du nom de François Rabelais, qui publia ses 
premiers essais sous ce pseudonyme. 


13 


(194) 


peu de mots quel était, à l’époque de sa publication, 
l'état de la botanique en Europe, et donner en même 
temps sur Rabelais, les quelques détails biographiques 
qui se rattachent plus particulièrement à l’objet de 
cette courte notice. 

On sait que les deux premiers livres de Pantagrue! 
parurent en 1535, le troisième en 1546, le quatrième, 
six ans plus tard, c’est-à-dire en 1552, et qu'enfin le 
dernier ne vit le jour qu’en 1564, onze ans après la 
mort de l'auteur. 

Or, l'ouvrage de l'allemand Brunfels (Herbarum vivæ 
eicones), imprimé de 1532 à 1536, et ceux de ses com- 
pairiotes Tragus, Fuchsius et Gessner, édités en 1541 
et 1542, étaient les seuls livres modernes où la bota- 
nique commençât à être étudiée à titre de science (1). 
Jusque là les plantes étaient restées dans le domaine 
exclusif de la médecine, parce qu’elles semblaient au- 
paravant n’offrir de véritable intérêt que sous ce seul 
rapport. Du reste, les savants que je viens de nommer 
ne connaissaient , ainsi que les naturalistes Grecs et 
Romains, qu'un très petit nombre de végétaux, cinq 
à six cents à peine. Les travaux de deux autres bota-- 
nistes allemands, Lonicer et Dodoens, publiés en 1551 
et en 1552, restèrent sans doute inconnus à Rabelais, 
mort vers 1553; quant au premier ouvrage écrit par 
un français, je veux parler de celui de Lobel, ilne vit 
le jour qu'en 1570, dix-sept ans après la mort du 
joyeux curé de Meudon. Lobel était né en 1538 ; mais 


{1) De 1483 à 1530, il y eut plusieurs éditions d’un traité de 
l'italien Dondi (de vértutibus plantarum). Le commentaire de 
Matthiole sur Dioscoride, fut imprimé en 1554. 


( 195 ) 


dès 1530, François Rabelais prouvait à Montpellier, 
comme on le verra bientôt, qu'il s'était sérieusement 
appliqué à l'étude des plantes ; on peut donc regarder 
comme certain qu'il avait fait lui-même, ou pent s’en 
faut, son éducation botanique. 

La plupart des biographes font connaître que son 
père tenait une hôtellerie ;quelques-uns cependant pré- 
tendent qu’il était apothicaire et la prédilection que Ra- 
belais montra de bonne heure pour l'histoire naturelle, 
pourrait être invoquée à l’appui de cette dernière opi- 
nion. Quoiqu'il en soit, notre botaniste, né à Chinon, 
vers 1483, commença ses études dans une abbaye voi- 
sine, celle de Seuilly ; mais bientôt après il vint les 
continuer au couvent des Recollets de la Baumette, 
situé à peu de distance d'Angers. Ce couvent fondé 
par René d'Anjou, était bâti sur un coteau, baigné par 
la Maine (1) et tout indique que c’est dans ce lieu si 
heureusement situé pour la recherche des végétaux (2) 
que Rabelais dut faire ses premières herborisations. 
Aussi ne perdit-il jamais le souvenir de son séjour en 
Anjou. — C’estx à Angiers, ville de France limitrophe 
de Bretaigne » que fut placée de par notre auteur, une 
des quatre grosses chaînes que Gargantua avait fait 
faire pour lier Pantagruel (3). — C’est « à Angiers, 


(1) Une grotte se trouve au bas du rocher sur lequel était cons- 
truit le couvent. 

(2) De rares ét curieuses espèces ont été observées dans cette 
localité. (Voir la Flore de Maine et Loire de M. Guépin, et la 
Flore du centre de M. Boreau.) — Æpilobium roseum. Schreb. 
Gagea Bohemica. Schult. y ont été signalés par Bastard, et /’zola 
suavis. Bieb., Opuntia vulgaris. Mill., Muscarr Lelievrii. Bor. etc., 
par M. Beraud, conseiller à la cour d’appel d'Angers. 

(3) Œuvres de Rabelais, — édition Charpentier, 1842, — p, 110 
et 320. 


(1%) 


qu'en son jeune eage , Pantagruel vint à trois pas et 
un sault, ou il se trouvoyt fort bien et y eut demouré 
quelque espace, n’eust été que la peste l’en chassa (1). » 
— Sans Rabelais, qui se souviendrait de « Pied-de- 
Boys , médecin d’Angiers, dont le nez sembloit la 
fleute d’ung alambic, tout diapré, tout estincelé de 
bubelettes, pullulant, purpuré, à pompettes, tout es- 
maillé et brodé de gueulles » (2). — C’est encore à un 
souvenir de son séjour dans cette ville, que nous de- 
vons la plaisante histoire du geai surnommé « Goitrou 
le borgne » appartenant à « ce vieulx oncle, seigneur 
de Sainct-Georges, nommé Frappin, qui pour lors en 
Angjiers estoit..…. sur le Tartre Saint-Laurent. » (3) 
Enfin et surtout, Rabelais n’oublia jamais « ces vins 
blancs d'Anjou, qui font la jambette, collet à collet, à 
la mode de Bretaigne (4). » 

* Franciscain à Fontenay-le-Comte, bénédictin à 
Maillezais, malgré son double caractère de religieux 
et de prêtre, Rabelais n’en continua pas moins de se 
livrer à des études profanes et, en 1530, à l’âge de 47 
ans, il vint s'asseoir sur les bancs de l'école de mé- 
decine à Montpellier. Mais dès cette époque, ainsi que 
je l'ai annoncé , son éducation botanique était faite. 
« On raconte, dit Paul Lacroix (5), que le jour même 


(1) Œuvres de Rabelais, p. 113. — Rabelais a peut-être rap- 
pelé dans ce passage uv souvenir personnel. 

(2) Zbid., p. 104. — Gueules, terme de blason qui indique la 
couleur rouge. 

(3) Ibid. p. 320. 

{4) Tbid., p. 137. 

(5) Notice sur Rabelais, en tête de ses OEuvres. Edition Char- 
pentier, p. XIT. 


(197) 


de son arrivée, il suivit la foule qui se portait à la fa- 
culté de médecine, pour entendre une thèse publique, 
Comme la discussion s’engageait sur la vertu des 
plantes, il prêta l'oreille et manifesta bientôt son mé- 
contentement par une pantomine étrange qui attira 
l'attention de toute l'assemblée : il branlaït la tête, 
haussait les épaules, roulait des yeux ardents, grinçait 
des dents, rongeait ses ongles, se frappait la poitrine. 
Le doyen lui envoya un appariteur qui le pria d'entrer 
dans l’enceinte réservée, et de prendre part à la discus- 
sion. Rabelais, …. s’excusa d'émettre son avis, en pré- 
sence de tant d’illustres professeurs, lui qui n’était pas 
même bachelier en médecine. Après cet exorde plein 
de convenance et de modestie, il entra de plein pied 
dans la discussion et abordant une à une, toutes les 
questions de botanique médicale qui avaient été 
posées, il les traita si éloquemment, si profondément, 
si ingénieusement, que la surprise et l'admiration des 
assistants éclatèrent avec transport...» 

A Montpellier, il se lia bientôt avec Guillaume 
Rondelet, comme lui passionné pour l’histoire natu- 
relle (1), et par suite de cette intimité, Rabelais n’hé- 
sita pas à lui faire jouer un rôle dans son livre. « Mon- 
sieur nostre maistre Rondibilis » ne devint rien moins 
que le médecin de Pantagruel (2). 

En 1534, Rabelais fit un premier voyage à Rome. 
Un homme tel que lui, devait saisir avec enthousiasme 
l’occasion de parcourir l'Italie, où il avait tant d’ob- 
servations à recueillir, même sous le rapport bota- 


{1) 1! est connu surtout par un ouvrage sur les poissons. 
(2) OEuvres de Rabelais, pages 265-267. 


(198) 


nique. Mais pendant cette première excursion, qui ne 
dura que quelques mois, le temps lui manqua sans 
doute pour s'occuper d'histoire naturelle, car je ne 
puis admettre avec un de ses biographes (1), qu'il ne 
trouva en Iialie « ni plantes, ni animaux qu'il n’eut 
déjà rencontrés en France. » et, en effet, lorsqu'il y 
retourna deux ans après, il s’empressa d'envoyer à 
Geoffroi d’Estissac, évêque de Maillezais, des graines 
qu'il lui avait demandées, en ayant soin d'y joindre 
desinsiructions surlessoins queréclamaitleur culture. 

Geoffroi d'Estissac, ancien condisciple de Rabelais, 
à la Baumette, l’avait plus d’une fois aidé de sa bourse; 
il était naturel qu’en retour, celui-ci adressât à son 
bienfaiteur les graines les plus rares qu’il pouvait se 
procurer à Naples et à Rome et qui étaient destinées 
à orner le château de Ligugé où le prélat avait créé 
de vastes et magnifiques jardins. Notre botaniste ac- 
quittait ainsi la dette de la reconnaissance et, grâce à 
lui, des fleurs , des légumes , jusque-là particuliers à 
Flialie, furent également cultivés en France. On lui 
attribue l'introduction de la laitue romaine. Il est cer- 
tain du moins, que les graines qu’il envoya à Ligugé 
étaient « des meilleures de Naples et de celles que le 
sainct-père faisoit semer en son jardin secret du Bel- 
védère » et que parmi ces graines figuraient quelques 
espèces de salades, les plus estimées sans contredit, 
puisque Rabelais, en les transmettant, ajoutait ce qui 
suit : « D’autres sortes de salades n’ont-ils pas de ça, 
fors de nasitord, et d’arrouse, mais celles de Legugé 
me semblent bien aussi bonnes et quelque peu plus 


(t} Notice citée, p. xxvr, 


( 199) 


douces et amiables à l'estomach , mêmement de vosire 
personne, car celles de Naples , me semblent trop ar- 
dentes et trop dures... (1). » 

Rabelais, on le voit, était heureux de tout ce qui 
leramenait à l'étude des plantes, étude toujours sédui- 
sante, et qui, après avoir utilement occupé les loisirs 
de la jeunesse, peut charmer encore les préoccupations 
de l’âge mur. 

J'ai dit qu’ilme suffirait d'ouvrir le livre que Rabelais 
appelait gaiment son évangile, pour y trouver la 
preuve qu'il y avait en lui toute la ferveur du bota- 
niste : Voyez, en effet, quelle importance il attache à 
l'étude de l'histoire naturelle en général, et en parti- 
culier à celle de la botanique. Il s’agit de l'éducation 
de Pantagruel et voici dans quel style, plein d'éléva- 
tion, Gargantua écrit à son fils : « et quant à la cong- 
noissance des faictz de nature, je veulx que tu t'y 
adonnes curieusement ; qu’il n’y ait mer, rivière, ny 
fontaine dont tu ne congnoisses les poissons : tous les 
oyseaulx de l’aer, tous les arbres, arbustes et frutices 
des foretz, toutes les herbes de la terre ; tous les mé- 
taulz cachez au ventre des abysmes, les pierreries de 
tout orient et midy; rien ne te soit incogneu. » (2). 

Que serait la botanique sans l'étude des auteurs et 
surtout sans les herborisations ? Rabelais le savait par 
expérience et c’est encore par l'intermédiaire de Gar- 
gantua, assisté de son précepteur, qu'il nous en fait 
confidence : « Passans par quelques prez, ou aultres 


(1) Epistres de maistre Françoys Rabelais, docteur en méde- 
cine, escriptes pendant son voyage en Italie. — Paris, 1651. 
Bruxelles, 1710. In-8». 

(2) OEuvres de Rhbelaïis, p. 124. 


( 200 ) 


lieux herbus, visitoyent les arbres et plantes, les con- 
férant avec les livres des anciens qui en ont escript 
comme Théophrastes, Dioscorides, Marinus, Pline, 
Nicander, Macer et Galen; et en emportoyent leurs 
pleines mains au logis, desquelles avoit la charge 
ung jeune paige, nommé Rhizotome (ramasseur de 
plantes, ou plutôt coupeur de racines) ensemble des 
marrochons (houes), pioches, cerfouettes, bèches, 
tranches et aultres instrumens requis à bien arborizer. 
Eulx arrivés au logis, cependant qu'on aprestoit le 
soupper répétoyent quelques passaiges de ce quiavoit 
esté leu... (1). » 

N’avait-il pas compris les phénomènes de lorgano- 
graphie et de la physiologie végétale celui qui recon- 
naissait « qu’en plusieurs plantes sont deux sexes, 
masle et femelle... (2) » et qui s’exprimait ainsi pour 
justifier un facétieux paradoxe : « Voyés comment 
nature, voulant les plantes, arbres, arbrisseaulx, 
herbes et zoophytes, une fois par elle créez, perpétuer, 
durer en toute succession de temps, sans jamais dépé- 
rir les espéces, encores que les individus périssent, 
curieusement arma leurs germes et semences esquelles 
consiste icelle perpétuité et les ha muniz et couverts 
par admirable industrie, de gousses, vagines, testz, 
noyaulx, calicules, cocques, espicz, pappes, escorces, 
eschines-poignans.……. L'exemple y est manifeste en 
pois, febves, faseolz, noix, alberges, cotion, colo- 


(1) Œuvres de Rabelaïs, p. 44. 

(2) Œuvres de Rabelais, page 305.— Toutefois, comme le fait 
observer M. Germain (loco crtato), à l’époque où écrivait Rabe- 
lais, le phénomène de la fécondation des plantes n’élait pas en- 
sare connu. * 


( 201 ) 


cynthes, bled, pavots, citrons, chastaignes, toutes 
plantes généralement esquelles voyons apertement le 
germe et la semence plus estre couverte, munie et 
armée, qu’aultre partie d’icelle..…… » (1). 

Rabelais savait apprécier les conséquences qui 
doivent résulter des différences de température, et il 
était bien près de faire de la géographie botanique, 
quand, envoyant à l’évêque de Maillezais des graines 
récoltées en Italie, il lui recommandait de ne pas les 
faire semer « du tout si tost comme on le fait de par 
deça , car le climat n’y est pas tant avancé en chaleur 
comme icy..….; (2). » 

Quant aux noms imposés aux plantes, il en explique 
l'origine d’une manière souvent ingénieuse. « Je 
treuve, dit-il, que les plantes sont nommées en diverses 
manières. Les unes ont prins le nom de celluy qui le 
premier les inventa, congneut , monstra, culiiva , ap- 
privoisa et appropria, comme Mercuriale de Mercure. 
Armoise de Artemis qui est Diane, etc. » Il prouve 
ensuite combien « ha esté jadis estimée, cette préro- 
gative — qu'on apprécie encore de nos jours , — d'im- 
poser son nom aux herbes inventées…. Les aulires ont 
retenu le nom des régions desquelles furent ailleurs 
transportées. » — J'omets les exemples, pour abré- 
ger. — « Les aultres ont leur nom par antiphrase et 
contrariété, comme Absinthe au contraire de pinthe, 
car il est fascheux à boire ; Holosteon, c’est tout de 
os; au contraire, car herbe n’est en nature, plus fragile 
et plus tendre qu'il est. Aultres sont nommées par leurs 


(1) OEuvres de Rabelaïs, p. 214. 
(2) Epistres de Rabelaïs, citées plus haut, 


(202) 

vertus et opérations... Lichen qui guarit les maladies 
de son nom; Malve qui mollifie, etc. Les aultres par les 
admirables qualitez qu’on a veu en elles, comme Hé- 
liotrope, c'est Soulcy, qui suit le soleil ; car le soleil 
levant, il s’espanouit, montant il monte, déclinant il 
décline , soy cachant, il se cloust.…… Aultres par mé- 
tamorphose d'hommes et de femmes de nom semblable, 
comme Daphné, c’est Laurier... Cynara, c'est Arti- 
chault Aultres par similitude , comme Hippuris 
(c'est Presle), car elle ressemble à queue de cheval... 
Psyllion qui semble a la pulce..….. Iris à l'arc en ciel, 
en ses fleurs; Myosota à l’aureille de souris... etc. 
— Par réciproque dénomination sont dictz les Fabies, 
des fèves ; les Pisons, des pois; les Lentules, des len- 
tilles ; les Cicerons, des pois chiches; comme encores 
par plus haulte ressemblance est dict..…. les cheveulx 
de Vénus, la barbe de Jupiter etc. — Enfin les aultres 
de leurs formes, comme Trefeuil, qui a trois feuilles, 
Serpoulet qui herpe (rampe contre terre), etc. (4). » 

S'agit-il maintenant de descriptions? Rabelais, en 
s’occupant d'une herbe bien connue et « des admirables 
vertus d’icelle, » nous donne une preuve irrécusable de 
plus, et de son aptitude , et de ses connaissances bota- 
niques. Voici en effet les caractères particuliers qu'il 
assigne à cette plante, baptisée par lui Pantagruelion, 
et qui n’est autre chose que le chanvre (Cannabis 
sativa. L.). Ici encore, je transcris textuellement, en 
omettant seulement quelques détails qui peuvent, sans 
aucun inconvénient, être laissés à l'écart (2). 


(1) Epistres de Rabelais, pages 306, 307 et 398. 
(2) Ibid., p, 304 ef 305, 


( 203 ) 


Racine. — « Petite, durette, rondelette, finante en 
poincite obtuse, blanche, à peu de filaments et n’est 
profonde en terre plus d’une coubdée. » 

Tige. — « Unicque, rond, férulacé, verd au dehors, 
blanchissant au dedans, concave, ligneux, droict, 
friable , crénelé, quelque peu en forme de colonne lé- 
gièrement striée, plein de fibres esquelles consiste 
toute la dignité de l'herbe... La haulteur d’icelluy 
communément est de cinq à six piedz. » 

Feuilles. — « Les ha longues troys foys plus que 
larges, verdes tousiours, asprettes.….. durettes, incisées 
autour comme une faucille..…. finissantes en poinctes 


desarice (lance) macédonicque..…... par rancs en équale 
distance esparses autour du tige, par nombre en 
chacun ordre de cinq ou de sept... (1). » 


Fleurs.— Individu « masle.. abunde en semence .… 
femelle, foisonne en petites fleurs, blanchastres, inu- 
tiles. » — Ici Rabelais reproduit l'opinion vulgaire, 
suivie de son temps, et intervertit Fordre des sexes. 

Fruits. — « La semence provient vers le chef du 
tige et peu au dessoubz. Elle est numéreuse.… sphé- 
ricque, oblongue, rhomboïde, noire, claire et comme 
tannée, durette, et couverte de robe fragile... » 

Certes, cent ans après Rabelais, les maitres de la 
science n'auraient pas, j'en suis certain, désavoué 
cette description. Mais c’est surtout quand il s’agit 


(1) De Candolle (fl. fr. n° 2137) dit que toutes les folioles sont 
dentées dans l'individu femelle, et que dans l'individu mâle les 
deux folioles extérieures sont quelquefois très entières. — Rabe- 
lais constate aussi une différence dans les feuilles suivant le sexe 
de la plante. « Femelle (mâle) feuille plus large et moins dure 
que le masle (femelle) et ne croit en pareille haulteur,,. » 


(204 ) 


d'indiquer la préparation et les usages « du célèbre 
Pantagruélion » que Rabelais se livre à la fois, à sa 
verve mordante, à son inépuisable gaîté et à son im- 
mense érudition. Il serait trop long, je le sens, de repro- 
duire ici deux chapitres entiers, écrits sur ce sujet, 
mais qu’il me soit permis de montrer, par quelques 
citations, quelle forme attrayante il savait donner aux 
détails les plus arides. Vous voulez connaïtre les pro- 
priétés du chanvre; ouvrez la Flore française et de Can- 
dolle vous dira avec toute la gravité professorale : 
« Cette plante (annuelle) est étrangère, mais on la 
cultive beaucoup à raison de sa grande utilité. — Toute 
la plante est très odorante; elle est narcotique, adou- 
cissante, apéritive et résolutive, ses semences four- 
nissent, par l'expression, une huile bonne à bruler 
et résolutive, son usage pour les toiles et cordages est 
suffisamment connu. » — Cela est exact, mais cela 
est froid et laconique. Ecoutez maintenant Rabelais : 
« Où sème, dit-il, cestuy Pantagruélion , à la nouvelle 
venue des harondelles; on le tire de terre lorsque les 
cigalles commencent à s’enrouer..…. L’odeur d’icelle 
herbe est fort et peu playsant aux nez délicats... La 
semence est délicieuse à tous oïseaulx canores, comme 
linotes, chardriers, allouettes, serains, tarins et 
aultres..…… Elle est de difficile concoction , offense 
l’estomach, engendre maulvais sang et par son exces- 
sifve chaleur, férit le cerveau et remplit la teste de 
fascheuses et douloureuses vapeurs ;..…… La racine 
d’icelle, cuicte en eaue, remollit les nerfs retirez, les 
joinctures contractées et les podagres schirroticques. 
La partie ligneuse est inutille, fors qu'à faire flambe 
lumineuse, allumer le feu et pour l’esbat des pelitz 


( 205 ) 


enfans, enfler les vessies. D’elle usent aulcunes foys 
les friands, à cachette, comme de siphons, pour sugcer 
et avec l’halaine, attirer le vin nouveau par le bon- 
don... » Quant à la partie fibreuse, « esquelle con- 
siste tout son prix et valeur, » ses vertus et mérites 
sont exaltés par Rabelais : « sans elle, s’écrie-t-il, com- 
ment seroient portez les plaidoyers des advocatz à l’au- 


ditoire ?...… Comment seroit tirée l’eaue des puilz? 
que feroyent les tabellions, les copistes, les secrep- 
taires et les escripvains ?..…. Comment sonneroit-on 


les cloches? Ne périroient les pantarques (registres) 
et papiers rentiers..……. Ne périroit le noble art d’im- 
primerie !..….. — Est dicte herbe Pantagruélion, car 
Pantagruel fut d’icelle inventeur, je ne dis pas quant 
à la plante, mais quant à ung certain usaige, lequel 
plus est abhorré et hay des larrons, plus leur est con- 
traire et ennemy, que n’est la teigne et la cuscute au 
lin, que le rouseau à la fougère, que le prêsle aux 
faulcheurs..…. etc. » (1). 

Le nombre des plantes nommées par Rabelais dans 
Pantagruel et Gargantua, dépasse le chiffre de 200, 
chiffre relativement considérable, si l’on réfléchit que 
ces indications multipliées n'apparaissent que fort in- 
cidemment dans le livre de notre auteur. J'aurais 
voulu rappeler ici tout le personnel de la Flore Rabelai- 
sienne, mais celte énumération serait trop longue; 
puis le nom de certaines espèces est accompagné 
parfois de commentaires qui, sans vouloir faire de la 
pruderie, ne sauraient décemment trouver place dans 
celte notice. Je ne puis cependant résister au désir de 


(1) Epistres de Rabelais, p. 308 à 310. 


( 206 ) 


faire encore les quelques citations suivantes : celles-ci 
du moins ne pourront blesser les oreilles par un lan- 
gage oudes pensées obscènes. 

Rabelais parle du Suzeau, c'est-à-dire du Sureau; 
« il croisi, dit-il, plus canore et plus apte au jeu des 
fleustes en pays auquel le chant des cocqz ne sera 
ouy, ainsi qu'en ont escript les anciens saiges, selon 
le rapport de Théophrastes, comme si le chant des 
cocqs hébétast, amollit et estonnât la matièreet le boys 
du Suzeau.…. » Rabelais reproduit alors les interpréta- 
tions diverses données à cette «sentence allégoricque ; » 
quant à la sienne la voici : « cette sentence nous en- 
seigne que les gens saiges et studieux ne se doyvent 
adonner à la musicque triviale et vulgaire, mais à la 
céleste divine, angélicque, plus absconse et de plus 
loing apportée, sçavoir est d’une région en laquelle 
n’est ouy des cocqz le chant... (1) » 

À propos de fèves, voici une maxime et une compa- 
raison : une maxime. — « Estant l’homme en son 
privé, on ne sçayt pour certain quel il est non plus que 
d’une febvre en gousse... » (2) une comparaison. — 
«Le monde ne craindra plus la fleur des febves en 
la primevère.… ung tas de livres qui sembloyent flo- 
rides, florulens, floriz comme beaulx papillons, mais 
au vray estoient ennuyeux, fascheux, dangereux, es- 
pineux et ténébreux,.…. au lieu d’'iceulx ont succédé 
les febves en gousse , ce sont les joyeulx et fructueux 
livres de pantagruélisme , lesquelz sont pour ce 
jourdhuy en bruit de bonne vente... (3) » 


(1) Epistres de Rabelais, p. 413-444. 
(2) Ibid., p. 236. 
(3) Ibid., p. 456. — Prologue du dernier livre de Pantagruel. 


( 207 ) 


Une fleur vient à l'appui d'une étymologie qu'il 
propose : « Galli (ce sont, dit-il, les Françoys) ainsi ap- 
pelez parce que blanez sont naturellement comme le 
laict que les Grecs nomme gala. Voulontiers portent 
plumes blanches sur leurs bonnetz, car par nature 
ils sont joyeulx, candides, gracieux et bien esmez, et 
pour leur symbole et enseigne , ont la fleur plus que 
nulle aultre blanche, c’est le lys. (1) » 

Enfin il n’est pas jusqu'au chou, ce légume vulgaire, 
qui ne lui arrache une philosophique exclamation 
mise dans la bouche de Panurge , en danger de faire 
naufrage. « O0 que troys et quatre foys heureux sont 
ceulx qui plantent choulx !.…..0 que petit est le nombre 
de ceulx à qui Jupiter a telle faveur porté! dispute 
de félicité et de bien souverain qui vouldra mais qui- 
concque plante choulx, est présentement, par mon 
décret, déclairé bienheureux.... (2) » 

Je borne ici ces citations; aussi bien la démonstra- 
tion que j'avais annoncée me parait faite : je ne crois 
pas, je l'avoue, avoir soutenu un paradoxe , en disant 
que Rabelais, illustre à d’autres titres, a été le premier 
français digne du nom de botaniste, et, en cherchant à 
le prouver, J'ai ajouté, peut-être une page à l’histoire 
de la Botanique en Anjou, puisque tout concourt à 
établir, je le répéte en terminant, que c’est aux portes 
même d'Angers, que ce génie supérieur s'était initié 
à l'étude des plantes. 


LÉON FAYE. 
Angers, 8 mars 1852. 


(1) Epistres de Rabelaïs , p. 20. 
(2) Zbid.,.p. 368. 


( 208 ) 


ER ———— 


NOTICE 


SUR 


LES PEINTURES MURALES 


et les Arts et Métiers des Egyptiens. 


MESSIEURS, 


C’est un merveilleux instinct que celui qui a poussé 
tous les peuples de l’antiquité à laisser sur la terre des 
traces indélébiles de leur passage. On dirait que par 
ces jallons successifs Dieu ait voulu nous montrer la 
longueur du chemin que parcourt l'humanité, et que 
par les bouleversements successifs auxquels elle a été 
en proie il ait aussi voulu nous faire voir la verge de 
la justice qui jamais ne l’abandonne. 

Parmi tous ces peuples il n’en est certainement au- 
cun qui puisse le disputer au peuple Egyptien, pour la 
grandeur des restes qu'il nous a légués, aussi bien que 
par l'intérêt qui s'attache à l'étude des monuments 
qui couvrent encore les bords du Nil. 

Les Égyptiens effectivement en écrivant leur his- 
toire sur leurs murs ont écrit une partie de celle des 
peuples contemporains et nous éprouvons, nous autres 
chrétiens, une bien légitime satisfactionen retrouvant 
sur les propilées et dans les tombeaux de vieux té- 


( 209 ) 


méins qui viennent nous dire combien nos livres saints 
sont de la plus minutieuse exactitude. 

Les peintures murales qui représentent les arts et 
métiers ne sont certainement pas la partie la moins 
intéressante du sujet qui nous occupe. Il est effecti- 
vement d'un intérêt saisissant, de pouvoir faire un 
bond de trente siècles en arrière et de venir avec les 
arts de cette époque , interroger ceux que nous pos- 
sédons aujourd’hui. Toutefois ,: Messieurs , avant 
d’enirer dans les détails des divers arts dont les des- 
sins sont représentés dans les hypogées, permettez- 
moi de vous donner quelques détails e visu sur la 
disposition de ces peintures aussi bien que sur la 
manière dont elles sont exécutées. 

: De même que dans le tombeau d’un roi on trouve 
reproduites là description et la représentation de toutes 
les batailles qui ont eu lieu sous son règne, ainsi que 
la longue sequelle des prisonniers liés deux à deux 
faits par ce roi sur les divers peuples ennemis, de même 
dans le tombeau de l'artisan on retrouve des scènes 
plus humbles, maïs qui, selon moi, nous initient bien 
mieux aux mœurs de cette époque. Au lieu de ba- 
tailles ce sont des ouvriers travaillant qu’on y retrouve; 
les personnages sont ordinairement de 60 à 80 centi- 
mètres de hauteur, et de différentes couleurs suivant 
la nation à laquelle ils appartiennent. Les Égyptiens 
qui sont naturellement les plus communs sont peints 
en couleur rouge foncée avec les cheveux noirs. Les 
Juifs, si reconnaissables à leur profil, sont en jaune 
pâle, les cheveux bleus ou la tête rasée, symbole de 
leur esclavage. Les Éthyopiens sont en noir, les Perses 
en rouge clair, etc. ; tous sont nus à l'exception de la 
14 


( 210 ) 


partie inférieure du corps recouverte d'un linge blanc 
qui entoure les reins et tombe à peu près jusqu’à la 
moitié des cuisses. Il n’y a d’entièrementvêtu que 
certains hommes dépositaires de quelque autorité et 
qu’on distingue ordinairement des autres, en ce qu'ils 
portent à la main un bâton d’une longueur plus ou 
moins considérable, 

La peinture de ces sortes de tableaux est appliquée, 
paraît-il, sur le mur sans huile ni colle ; on ignore 
encore de quel mordant les Égyptiens se servaient 
pour fixer leur peinture et l’on est resté persuadé 
jusqu'à présent qu'ils n’usaient pas de nos procédés. 

La manière dont ces tableaux sont composés est ce 
qu'il y a de plus original. Toujours le peintre procède 
du simple au complexe, et il dispose ses acteurs à 
la suite les uns des autres sur une même bande ho- 
rizontale de manière à ce qu'à l'extrémité de la ligne 
se trouvent les artistes les plus habiles. Prenons un 
exemple. 

Dans l’art du maçon, je vois à gauche un quarré 
rempli de zigzags bleus, indiquant un étang entouré 
d'arbres, un homme y est plongé jusqu’à la ceinture ; 
il porte un vase sur l'épaule, près de là un autre 
homme incliné remplit un autre vase avec la main ; 
le premier de ces hommes est un porteur d’eau, l’autre 
. charge son vase de limon de l'étang ; près de là un 
autre homme avec une espèce de bèche remue ce li- 
mon et cette eau avec dela paille hachée, au-dessus de 
lui un quatrième fait des briques, plus loin encore 
plusieurs hommes portent les uns du limon, les autres 
des boîtes pleines de briques, puis enfin viennent les 
maçons qui construisent une maison dont les murs 


(211) 


commencent déjà à s'élever. Vous le voyez, c’est l'art 
commençant à la fabrication de la brique et finissant 
par la construction d’un édifice. Vous savez du reste, 
Messieurs , qu’à part les palais des rois, tous les mo- 
numents égyptiens étaient construits en briques crues, 
c'est-à-dire séchées au soleil, et composées de limon 
du Nil et de paille hachée. Dans l’art des fondeurs , il 
en est de même ; des ouvriers apportent le minerai, 
d'autres font l’approvisionnement de charbon, d’autres 
soufflent le feu, d’autres enfin tiennent les creusets, 
d’autres coulent et enfin plus loin le maître présente 
un grand bassin, produit de son atelier. Au sujet de 
ces fondeurs, permettez-moi de vous donner une idée 
des soufflets employés à cette époque. Un homme con- 
duisait deux soufflets sur lesquels il était monté, 
ayant un pied sur chaque; ces soufflets avaient la 
forme de ces grosses lanternes cylindriques en papier 
replié circulairement, dites lanternes chinoises. Les 
flancs du soufflet étaient en cuir et le dessus en bois 
était muni d’une corde centrale que le souffleur tenait 
à la main. Pendant qu'il laissait porter le poids du 
corps d'un seul côté, il relevait le soufflet du côté 
opposé, pour bientôt laisser porter tout le poids du 
corps sur celui-ci, et ainsi de suite. Des tuyères par- 
tant de ces soufflets allaient se rendre dans le foyer, 
où se trouvaient le métal et le charbon. 

En Égypte, l’art du sculpteur de pierre avait atteint 
un grand développement; on voit effectivement dans 
plusieurs hypogées des hommes occupés à sculpter 
des colosses de granit. Le colosse est entouré d'écha- 
faudages que les ouvriers occupent, les uns sculptent 
avec un marteau et une aiguille de métal, tandis que 


(212 ) 


les autres polissent avec üne pierre qu'ils poussent 
des deux mains. On sait de quelle énorme diménsion 
sont les colosses égyptiens , et il est assez intéressant 
de retrouver la manière dont on traînait ces masses 
prodigieuses. Un tableau nous montre qu’on attachaïit 
à la base de la statue un grand nombre de cordes sur 
lesquelles on mettait des hommes accouplés deux à 
deux. Chaque corde était tirée par deux ou trois cents 
hommes. La masse glissait tout simplement sur la 
terre qu'un homme avaït soin de mouiller en avant 
de la surface glissante. Le limon du Nil mouillé devient 
si gras, et ce même limon désséché devient si dur, 
qu’il paraît que le simple moyen de l'eau mouillant la 
couche superficielle du terrain suffisait pour faciliter 
ce glissement sans que son poids pût le faire enfoncer. 
Plusieurs des colosses dont nous venons de parler 
pèsent jusqu’à 600 à 800 mille kilogrammes; ils étaient 
monolythes et toujours représentant un homme assis, 
les mains appliquées à plat sur les cuisses, comme 
l'exigeait le rite égyptien. Ces colosses en granit 
étaient tirés des carrières de la première cataracte, à 
60 lieues plus haut que Thèbes. Pour les amener de 
là, on traînaït le colosse au rivage sur un énorme ra- 
deau pendant les basses eaux du Nil, et lorsque la crue 
arrivait elle soulevait et le radeau et le colosse. Dès 
lors avec un grand nombre d’embarcations on dirigeait 
sur le fleuve cette masse flottante; on la conduisait 
ensuite à la faveur des hautes eaux aussi avant que 
possible dans les terres et sur le lieu dé sä destination, 
puis on achevait là mise en place par le moyen de 
traction que nous avons indiqué plus haut. Ces co- 
losses sont toujours des figures de rois. du 


( 213) 
Voici une liste approximative des arts mécaniques 
dont on retrouve les tableaux dans les hypogées : 
Les maçons et faiseurs de briques. 
Les fondeurs. 
Les cordonniers faiseurs de sandales. 
Les chapeletiers, faiseurs de colliers. 
Les sculpteurs de pierres , tailleurs de statues, co- 
lonnes, vases, etc. 
Les menuisiers et ébénistes. 
Les fabricants d'indigo. 
Les peseurs publics. 
Les bateleurs montreurs d'animaux. 
Les fabricants d'armes, arcs et lances. 
Les musiciens et chanteuses. 
Les carrossiers. 
Les sculpteurs de boîtes de momies et amulettes. 
Les fabricants d’anneaux d’or. 
Les fabricants d’essences précieuses. 
Les potiers en vases élégants et variés. 
Les potiers au tour, vases communs et usuels. 
Les peintres. ? 
Les sculpteurs en meubles et statues de bois. 
Les pêcheurs à la ligne. 
Les pêcheurs d'oiseaux au filet. 
Les filateurs (où beaucoup de femmes figurent). 
Les charpentiers en bateaux. 
Les cordiers en cordes de cuir. 
Les bouchers. 
Les pâtissiers. 
Les tisserands. 
Les jardiniers. 
Les préparateurs de poissons secs. 


(214 } 


Les préparateurs d’oies confites. 

Les émailleurs. 

Les barbiers. 

Les tailleurs de pierre proprement dits. 

Les navigateurs en bateaux. 

Les vétérinaires. 

Les éleveurs d’oies et de cigognes. 

Puis de grands tableaux représentent : 

Le labourage et l’ensemencement des terres. 

Les vendanges et la fabrication du vin: 

La récolte du blé et son emmagasinement dans des 
greniers d'abondance. 

Le payement de l'impôt du blé. 

Le tribut en denrées diverses. 

(On sait qu’en Egypte les impôts se payaient en 
nature). 

La récolte du doura (gros millet). 

La récolte du lin, son arrachage, son égrainage et 
sa mise en bottes. 

La récolte du lotus, etc. , etc. 

Ce qu'il y a de remarquable chez tous ces genres 
d'ouvriers, c’est la simplicité et le petit nombre de 
leurs outils. 

Les cordonniers ont une espèce de couteau à lame 
semi-circulaire et un petit chevalet incliné pour dé- 
couper le cuir , une aleine droïte , une espèce de corne 
pointue et recourbée, un petit ciseau, un polissoir, 
un chevalet vertical à trois pieds pour courber le cuir, 
un espèce de peigne probablement destiné à faire 
quelques ornements aux sandales et un pot à colle. 

Les chapeletiers ont pour forer leurs perles un petit 
trépied ei un foret triple à archet, de telle sorte que 


( 215) 


d’un seul coup d’archet l'ouvrier forait trois perles. 

Il a de plus une scie à refendre pour dégrossir sa 
matière. 

Les statuaires n’ont rien qu'un marteau à manche 
court et une aiguille ou un ciseau. 

Les menuisiers et ébénistes n'ont point d’établi, ils 
travaillent le bois en l'air, ou debout posé sur le sol, 
ou attaché à un poteau, ou enfin appuyé par une de 
ses extrémités sur le pied de l’ouvrier. C’est de cette 
dernière méthode qu'ils se servent pour raboter. — 
Leurs instruments sont le rabot ou la varlope, le mar- 
teau de bois, une petite herminette à main, composée 
d’une lame de métal plate et fixée par une corde forte- 
ment serrée sur un manche recourbé, un équerre, 
un foret à archet composé d'une mèche emmanchée 
dans un manche rond plus mince au milieu qu'aux 
extrémités , afin que la corde de l’archet ne descende 
ni ne monte, un ciseau, et un petit hachereau tout 
en métal qui coupait des deux côtés. 

Les musiciennes jouent d’une demi-douzaine d’ins- 
truments, dont l’un a beaucoup de rapport avec la 
harpe, l’autre avec la guitare, l’autre la lyre tenue 
horizontalement, l’autre est une espèce de tétracorde 
dont la caisse se porte sur l'épaule, puis un tambour 
de basque carré, puis une petite flûte double. — Ces 
musiciennes étaient en même temps des chanteuses 
et l’on en voit dans le nombre qui ne font que battre 
des mains, comme elles le font encore aujourd'hui; 
on ne comprendrait pas comment parmi ces musi- 
ciennes il s’en trouve de si indécentes, si l’on ne sup- 
posait pas que comme aujourd’hui encore elles ne sont 
composées que de prostituées. 


.: 


(216) 


Les carrossiers présentent une particularité dans 1 
confection de leurs roues. Au lieu d’en former ce tour 
par des jantes réunies, ils composaient la roue propre- 
ment dite, d’un seul morceau de bois. courhé à force 
entre deux poteaux très solidement fixés en terre. 

On peut assurer, je crois, à l'avance que ce procédé 
ne pourrait guères servir que pour des roues légères. 

Les potiers ne semblaient pas connaître la méthode 
de faire marcher leur tour avec le pied. Seulement ce 
tour a un plus grand diamètre, forme volant et par 
suite conserve assez longtemps la vitesse qu’on lui a 
imprimée ; il suffisait de temps en temps de lui redon- 
ner un peu de vitesse et le mouvement s’entretenait. 

La filature se faisait au fuseau ; le fuseau était long, 

portait une queue au moyen de laquelle on imprimait 
le mouvement de rotation en le faisant rouler sur la 
cuisse avec la paume de la main. 

Les regingleites des preneurs d'oiseaux sont circu- 
laires, mais il ne serait pas facile de dire de quelle 
manière la détente se faisait, le dessin étant trop petit 
et pas assez détaillé. 

Le pêcheur laisse'bien voir par la briéveté du fil qui 
pend au manche de sa ligne, qu’il a affaire à une race 
de poissons vivant pendant une grande partie de l’an- 
née dans de l’eau trouble, et qui se tient presque tou- 
jours à la surface du fleuve. 

Les charpentiers ont la hache comme la nôtre, le 
ciseau , le maillet et la scie. 

Le cordier à cordes en cuir, présente un moyen de 
commettage assez singulier. 

Un ‘homme tient à la main tous les cuirs qui doivent 
former la corde ; l’autre, qui est le maitre ouvrier, a 


(217) 


autour du corps une ceinture sur le devant de laquelle 
estune bobine où s’accrocheni les cuirs que le premier 
homnge tient à la main; en arrière de cette bobine se 
trouve une espèce de massue dont le pied est fiché 
dans la bobine, de sorte qu’en faisant tourner cette 
massue autour de son pied on imprime un mouvement 
de rotation à la bobine quialors opère la torsion. C'est 
le cas de dire que c’est l'enfance de l’art. 

Les préparateurs d’oies confites, avant de les faire 
cuire et de les mettre en potines, procèdent à la chasse 
de ces oiseaux. Cette chasse se fait au filet. Deux grandes 
nappes mobiles autour d’une corde centrale sont ou- 
vertes et tendues dans les eaux d’un étang entouré de 
lotus et de plantes de plusieurs genres. — Deux forts 
piquets sont fichés en terre dans la direction de la 
corde centrale ; et servent à la tendre; des bâtons qui 
prennent les quatre coins du filet ont leur autre bout 
attaché à la corde centrale, une seconde corde centrale 
aussi mais plus haute que la première, envoie de petits 
bras aux extrémités des bâtons, de telle sorte qu’en 
tirant sur cette seconde corde centrale, les deux nappes 
du filet se ferment, et tout ce qui est.dedans se trouve 
pris. Ce qu'il y a de fort curieux, c’est que ce procédé 
est encore en usage en Egypte pour la pêche d'hiver, 
qui se fait dans les marais; c’est le mêmefilet. et la 
même manière de faire jouer ses nappes.  :: 

. Le métier du tisserand semble encore dans son, 1, éfat 
primitif. Ce sont de longs bâtons sur lesquels est atta- 
chée la chaîne, bâtons qu’un homme fait mouvoir pour 
pouvoir croiser les fils et passer la trame. On ne pou- 
vait évidemment faire par ce moyen que des pièces 
d’étoffe d’une longueur très bornée. 


(218) 


Les émailleurs travaillent au chalumeau, ils ont 
une petite brasque dans laquelle brûle une matière 
combustible préparée ad hoc, et c’est la flamme de ce 
foyer qui sert à l’'émailleur pour faire son jet de flamme 
et fondre ses émaux. : 

Le tableau qui représente des hommes conduisant 
des troupes d’oies et de cigognes, prouve que ce der- 
nier oiseau vivait à l’état de domesticité chez les Egyp- 
tiens. 

Enfin, Messieurs, et c’est par là que je terminerai 
cette notice bien abrégée, l’agriculture se ressentait 
en Egypte de la merveilleuse fertilité du sol, et de la 
facilité qu’il présente pour la culture. 

On trouve dans les hypogées trois espèces de char- 
rues, aucune n’a de versoir, une seule a deux man- 
cherons avec un age et un soc métallique ; une autre 
n’a qu’un mancheron et un soc en bois avec un age; 
une troisième qui semblerait être une sarcleuse est 
tirée à bras d'hommes, un homme en outre tient le 
mancheron et un autre pèse sur l’age. 

Les animaux de trait sont le bœuf et un autre ani- 
mal à queue courte et à cornes droites et très ouvertes, 
qu'on considère comme une espèce perdue ou du moins 
fort mal représentée. 

Tantôt la charrue est traînée par un seul animal, 
tantôt elle l’est par deux. 

Les semeurs sèment à la volée et par dessus leur 
tête. 

La récolte du blé se fait avec une espèce de petite 
faux qui à du rapport avec notre serpe. 

Le vin se faisait au moyen d'hommes qui se suspen- 
daient à des cordes fixées à une traverse au-dessus du 


(249) 


pressoir, et qui foulaient la vendange avec leurs pieds. 
Nulle part on ne trouve trace d’un pressoir. 


Telles sont, Messieurs, les petites particularités que 
présentent ces singuliers tableaux, particularités qu'on 
pourrait beaucoup plus détailler encore, mais que j'ai 
eu a peine le temps d’esquisser, pour satisfaire à votre 
désir. 


DE JoAnNNis. 


( 220 ) 


CHARTES ET TITRES 


CONCERNANT 


LES POSSESSIONS DE L'ABBAYE DE SAVIGNY 


(diocèse d’Avranches) 


À ANGERS ET DANS LES ENVIRONS. 


MESSIEURS , 


Juslifier l'honneur que vous m'avez fait en m’ad- 
mettant dans votre compagnie, n’est pas le but que 
je Chercherai à atteindre aujourd’hui. Pour aborder, 
pour traiter quelque sujet historique digne, par son 
importance et son intérêt, d'être soumis à votre at- 
tention, il faudrait beaucoup d’études, beaucoup de 
temps; et comme les circonstances m'obligent à me 
renfermer de plus en plus dans le cercle de mes oc- 
cupations ordinaires, permettez - moi de chercher 
seulement à reconnaître votre bienveillance par la 
communication d’un travail qui résulte de l’exercice 
même de mes fonctions. 

C’est donc en qualité d’archiviste que je viens vous 
parler, à peu près comme je le ferais dans un rapport 
à M. le Préfet de Maine et Loire. 


(594) 
I. 


Detoutes les acquisitions, faites pour le département, 

‘ parmi les manuscrits qui composaient les Archives 

proprement dites de M. Toussaint Grille (supplément 

au catalogue, pages 39-62), une des plus importantes 

est celle des titres relatifs aux domaines de Savigny, 
dans le diocèse d'Angers. 

Les archives ne possédaient rien sur ce beau mo- 
nastère normand , duquel paraissent avoir relevé, en 
diverses circonstances, les abbayes angevines de 
l'ordre de Cîteaux : la Boissière, Chaloché, le Lou- 
roux, Pontron et le Perraÿy-aux-Nonnaïns. D'un seul 
coup, elles ont gagné quärante-quatre titres origi- 
naux ou authentiques (1), dont quarante-trois chartes 
en parchemin, remarquables par leur conservation , 
leur écriture , et dont vingt-et-une portent encore les 
sceaux qu'elles ont reçus de leurs auteurs. 

Ces documents offrent de plus un grand intérêt par 
leur antiquité. 


(1) En procédant à un nouvel examen des pièces, provenant 
aussi de chez M. Grille, qui forment la liasse relative au chapitre 
de Saint-Maurice d'Angers, je viens de découvrir une charte 
originale, dans laquelle Savigny n’est pas nommé, il est vrai, 
mais qui porte, au dos, les deux cotes qu’on rencontre sur les 
titres de cette abbaye. C’est une transaction, passée en 1225, entre 
Nicolas 7zal, d'une part, et Guy et Guérin de Sablé, frères, 
d’autre part, au sujet de la succession de Jeanne, nièce de ces 
derniers et femme du premier. Nicolas, mort Vers 1236 , avait 
légué des vignes aux moines de Savigny/(n°‘16 et 17); et la sus- 
dite transaction leur avait sans doute été remise parce qu’elle 
constatait comment le défunt était devenu propriétaire de ces 
vignes. Cette 45° pièce est classée sous le n° 10 bis, à son ordre 
de date. 


( 222) 


Cinq d'entr'eux, quoique ne portant portant pas de 
date, doivent être rapportés à la fin du XII siècle. 

Le premier a pour auteur l’un des comtes d'Anjou 
les plus célèbres, Henri IT, roi d'Angleterre, fils de 
notre Geoffroy-Plantagenet. Par lettres patentes da- 
tées de Domfront, en. Normandie, il confirme aux 
moines de Savigny 23 sous 7 deniers de cens dans son 
fief de Verrières (1), près Angers, qui leur ont.été 
donnés par Hubert Le Singe, fils d’Albéric, avec l’as- 
sentiment de Foulques , Jean et Agnès, ses frères et 
sœur. 

C’est d'Emma de Laval, abbesse de la Charité d’An- 
gers (le Ronceray), qu'est émanée la seconde charte, 
contenant un traité passé entre elle, à cause du prieuré 
d’Avenières qui dépendait de son couvent, et les re- 
ligieux de Savigny, auxquels appartenait la Gondon- 
nière, située aussi près de Laval, dans le Maine. 

La pièce suivante mérite d'attirer l'attention, par le 
nom et le titre de celui devant lequel l’acte qu’elle 
rapporte a été passé. Barthélemy Rolland, prêteur ou 
prévôt d'Angers, fonctions peu connues, et cepen- 
dant dignes d'étude, déclare que Pierre Letard, clerc, 
a obtenu de son frère Mathieu, à raison de 5 sous de 
cens, et d'Hervé, unique héritier de celui-ci, pour 
une tunique et des guêtres neuves (2), une maison si- 
tuée dans le fief du roi, au marché-neuf de la ville 
d'Angers. Cette maison fut presque aussitôt donnée 
par lui aux moines de Savigny. 

Par le troisième acte, Raoul, seigneur de Fougères, 


{1j Paroisse de Saïint-Barthélemy. 
(2) Et pro concessione habuit tunicam et ocreas noyas. 


( 223 ) 


en Bretagne, donne au même monastère, deux vignes 
qu'il avait acquises en Anjou, la première, à Foudon, 
dans le fief de la dame de Sarrigné , et la seconde, à 
la Porrée, dans le fief de la dame de Brain. Son but 
était de subvenir, avec les produils de ces vignes, au 
repas annuel qu'il avait fondé dans l’abbaye de Savi- 
any, le jour de la mort de son père, et auquel on de- 
vait servir du pain, du poisson et du vin. Parmi les 
six témoins de cette donalion, on remarque Juhel, 
abbé de la Boissière. 

Sous le n° 5, est classée la charte par laquelle un 
personnage, nommé Etienne "Bohort, Julienne, sa 
femme , et leurs sept fils, donnent à Savigny un cens 
annuel de 11 sous 8 deniers, possédé par leurs ancê- 
tres , du temps des comtes comme sous la domination 
des rois (1), et qui leur était dû tant par les moines que 
par une dame saumuroise, nommée Guibourge, sur 
des biens situés au Chêne-Couvert, dans le territoire 
de Verrières et la paroisse de Saint-Barthélemy. 

Ce document est d'une grande importance pour 
l’histoire de nos antiquités. Il concourt en effet à éta- 
blir l'existence d'institutions municipales, à Angers, 
au XIIe siècle, contrairement à l'opinion de tous nos 
auteurs , d’après lesquels il n’y a pas eu de commune 
dans la capitale de l’Anjou entre les règnes de Charles 
le Chauve et de Louis XI, c’est-à-dire du milieu du 
XIe siècle à la fin du XV°. Afin de donner plus de 
force. à la donation faite par lui à l’abbaye de Savigny, 


(1) In tempore regum et comitum tenuerant in pace. 

L’avénement des comtes d'Anjou au trône d'Angleterre, remon- 
tait an 1154, et il était de quarante ans environ antérieur à 
notre charte. 


(224) 


Etienne Bohort dit qu'il a scellé sa charte en présence 
des gens de justice et des citoyens d'Angers, coram 
justicüis et civibus Andegavis. Nous reviendrons bien- 
tôt sur ce titre de citoyens d'Angers, pris par d’autres 
personnages nommés dans les chartes de Savigny. 

Des trente-neuf autres pièces, la dernière se rap- 
porte aux années 1568 et 1569. Elle constate com- 
ment les moïnes du diocèse d’Avranches ont cessé 
d’être propriétaires en Anjou. Deux autres , de 1309 et 
1423, concernent, la première, un arentement fait 
par Savigny à un nommé Jean Le Mercier, de vignes, 
situées à la Corbière, paroisse de Saint-Souvin , au- 
jourd'hui Saint-Sylvain ; et la seconde, l’enregistre- 
ment, en la chambre des comptes du duché de Nor- 
mandie, des lettres par lesquelles le roi de France 
confirme à Savigny ses possessions en Anjou et dans 
le Maine. 

Les trente-six autres chartes remontent toutes au 
XIII: siècle, 1208-1278, et sont écrites en latin comme 
celles du XII: siècle. 

Plusieurs sont émanées de personnages importants 
pour nous, entr'autres Bernard Bohort, chevalier, 
probablement neveu d’Etienne (n° 6); Gilles, doyen 
de l'Eglise d'Angers (n°s 9 et 17); Jean, évêque de Dol 
(n° 11); Pierre de Provins et Gautier, prieurs de l’Hô- 
tel-Dieu (n°s 13, 14, 25, 26); Jean Chamaillard, che- 
valier (n°s 18, 20, 22); Geoffroy Pelevilén , aussi che 
valier (n° 19); Robert et Roderic, doyens de Saint-Laud 
(ns 21, 32); Jean, prieur dela Haye-aux-Bons-Hommes 
(n°:28); Guérin Bet Solail et Pierre Esquacheboton. 
citoyens d'Angers (n°: 30, 31, 33, 34, 35); Pierre d'A- 
Îlençon, chevalier (n° 35), et enfin Charles de France, 
rère de saint Louis et comte d'Anjou (n° 38). 


(225) 


‘Ces chartes ne contiennent que des actes de dona- 
tion, vente, échange, transaction ; mais par leur en- 
semble et les détails qu'elles fournissent sur les per- 
sonnes et les localités, elles méritent d’être étudiées 
avec un soin minutieux par ceux qui désirent con- 
naître l’état d'Angers et des paroisses voisines pendant 
le XIIIe siècle. Ainsi, en 1211, un nommé Gautier Ha- 
sard prend la croix et part pour Jérusalem (1); en 1227, 
les chanoïnes de Saint-Laud, à la suite d’un long 
procès pour la conclusion duquel le pape lui-même 
dui nommer des arbitres, obligent les moines de Sa- 
viguy à leur payer, à tilre de dîime, sept lonnes de vin 
à la mesure d'Angers, et du meilleur, récolté dans 
les vignes du Chêne-Couvert et de la Marmitière ; en 
1338 , à propos de prés situés au bord de l’Authion, 
nous trouvons le nom Monthibert, célèbre aujour- 
d’hui par ses ardoises, et alors fief de Jean Chamail- 
lard, fils de Payen, feodum de Monte Ouberti, de Mont- 
Obert. Déjà nous avons nommé la Porrée, à propos de 
la charte de Raoul de Fougères. 

Sous la même année, 1238, il est question de la pa- 
roisse de Saint-Barthélemy-près-Angers, nommée 
ailleurs Saint-Barthélemy-des-Landes, dont partie 
appartenait aux Bons-Hommes de la Haye-d’Avrillé 
(n° 28), et dans laquelle était située cette terre de la 
Marmitière , qui paraît avoir élé le principal domaine 
de Savigny en Anjou. Les vignobles de Pierre-Lise , 
Petra Lisa, et d Escharbot , ainsi que la chapelle de ce 
dernier lieu, sont mentionnés en 1244. 


(1) Actum... antequam , crucesignatus, eundi Jerusalem iter 
arriperem. ; 


15 


(2% ) 


D’après un titre de la même date, la garantie pour 
une cession de biens, était de l’an et jour, suivant la 
coutume d'Anjou (1). La charte de Charles d'Anjou, 
datée de Saumur le 10 août 12614. contient confir- 
mation aux abbé et couvent de Savigny de tout ce 
qu'ils possèdent dans ses comtés d’Anjouet du Maine; 
mais le prince a soin d'ajouter qu’il ne fait, ni pour 
lui, ni pour ses héritiers, le sacrifice des redevances 
et des droits qui lui sont dûs sur lesdites possessions. 
Enfin, pour terminer cette trop longue énumération, 
nous citerons un acte du mois de juin 1269, relatif à 
une question de mitoyenneté. Jean Samson accorde 
aux moines de Savigny le droit d’exhausser le mur 
mitoyen entre sa vigne et leur maison dela Fontaine- 
Saint-Michel du Tertre, et d'élever sur ledit mur tels 
édifices que bon leur semblera. Ce document établit 
que l’enceinte fortifiée d'Angers, murus seu clausura 
ville, s'étendait déjà jusqu’à l’église de Saint-Michel- 
du-Tertre, Sanctus: Michael de Tertro Andegawis. 

Pour l'histoire de l’agriculture, nos chartes n’offrent 
pas autant de ressources qu’on pourrait le désirer, et 
elles concernent surtout des cens. Toutefois, les vi- 
gnes, alors beaucoup plus nombreuses-qu'aujourd'hui 
dans les environs d'Angers, sont mentionnées dans 
seize chartes (n° 4, 9, 14, 12, 14, 16, 17, 19, 23-26, 
28, 30; 36, 42); les terres dans sept pièces (45 Dis, 24, 
97, 98, 32, 37, 40 bis); et les prés dans:trois (48, 20, 
29). Toutes concourent à établir que la paroisse: de 
Saint-Barthélemy s'était déjà considérablement enri- 


(1).Per annum et diem secundum consuetudines Andegayenses 
approbatas. 


( 227 ) 

chie par le défrichement des landes et par celui de la 
forêt de Verrières, qui couvraient la majeure partie 
de son territoire. Elles prouvent aussi qu'indépen- 
damment de la monnaie angevine (n°s 1,5, 6), à la- 
quelle s'applique sans doute la dénomination de mon- 
naie usuelle (15 bis et 27), et courante (20, 25, 32,36, 
37, 40), celle de Tours était souvent employée en An- 
jou (n° 7, 13, 14, 26, 28). 


IL. 


Mais ce qui donne surtout une valeur incontestable 
aux chartes de Savigny, c’est le nombre de /sceaux 
qu'elles conservent encore. 

La sigillographie, pour l'histoire comme pour les 
beaux-arts, est une étude digne du plus grand inté- 
rêt. Son: importance augmente encore si on la consi- 
dère à un point de vue spécial. Ainsi elle fournit de 
nombreux renseignements sur tout ce qui concerne 
nos anciennes provinces , leurs différentes localités, 
leurs établissements et leurs familles. 

Je ne crois pas me tromper en avançant que, dans 
ce pays, on ne s’est pas encore occupé de cette bran- 
che des antiquités angevines. Il est juste de dire que, 
pour la belle époque des chartes, le XIIe et le XIII< 
siècles, les éléments sont peu nombreux, peu connus 
surtout. Combien y a-t-il de nos compatriotes qui 
aient ouvert à Paris, dans le Trésor des chartes, aux 
Archives Nationales (1), les inappréciables cartons dans 
lesquels sont conservés les titres originaux du XIII: 


(4) Voir notamment série J, n°’ 178 et 179. 


( 228 ) 


siècle qui se rapportent à l'Anjou? Cette mine est no- 
tamment pour la sigillographie, la plus riche, la plus 
abondante à laquelle il soit permis de puiser. 

Ici nous avons une quantité immense de documents 
originaux, mais au XIe siècle, pour lequel les archives 
départementales possèdent tant de chartes, l'emploi 
des sceaux était très rare; et pour ceux, en petit 
nombre, qui étaient plaqués sur le parchemin lui- 
même, la qualité de la cire employée à cette époque, 
n'était pas une garantie de conservation. Aussi, pour 
connaître les sujets représentés sur les sceaux des 
Foulques et des Geoffroy, descendants d’Ingelger, 
sommes-nous heureux de recourir aux grossiers des- 
sins que nous offre le cartulaire de Saint-Maur (1). Le 
plus ancien de tous ceux de nos comtes, qui existe 
aujourd'hui en original, est probablement celui de 
Henri-Plantagenet, suspendu au bas d’un titre du 
Trésor des chartes (Conches et Breteuil, n° 1). 


Dès la fin du XII siècle et le commencement du 


XII, l'usage des sceaux devient commun et même 
général. Chaque personnage, chanoine et moine, 
clerc et laïque, chevalier et bourgeois, semble s’em- 
presser d’apposer au bas des contrats dans lesquels il 
figure, son cachet particulier, jusqu'à ce que, par 
acte du 29 mai 1280 (2), Charles d'Anjou ait détruit un 
fait qui causait un grave préjudice à sa chancellerie, 
et surtout diminuait notablement les revenus que le 
roi de Sicile savait largement dépenser. L’ordonnance 


(1) Voyez archives d'Anjou, vol. I. 
(2) Archives nationales, J. 173, charte 40. Ménage a imprimé 
cette pièce, en la datant de 1270. V. Hist. de Sablé, p. 202. 


( 229 ) 


du comte ayant reçu une application immédiate, on 
ne trouve plus guère, à partir de 1280, que les sceaux 
aux contrats de différentes cours seigneuriales, et 
ceux des rois, princes et elablissements souverains; 
sauf pour les quittances, actes de foi et hommage, 
aveux et dénombrements, peu communs dans la plu- 
part de nos archives locales. 

La belle époque des sceaux est donc, en Anjou, de 
1201 à 1280. Certainement les titres originaux ne nous 
manquent pas pour cette période; mais ceux qui 
offrent encore les cachets qui les authentiquaient n’en 
sont pas moins {rès rares. 

La conservation des chartesréunies dans lesarchives 
du département est surtout due à ce qu’elles ont été 
reliées en volumes. En agissant ainsi, on a sauvé le 
parchemin et le texte, mais non pas les empreintes 
en cire qui y élaient suspendues, sur cordons ou fils 
de soie, sur cuir blanc , et le plus souvent sur queues 
de parchemin. Celles que le ciseau n’a pas détachées 
ont été détruites par le frottement. 

Parmi nos chartes isolées, celles de Fontevraud 
tiennent la principale place, et il s’en trouve en assez 
grand nombre de parfaitement entières. Mais cette 
abbaye avait peu de possessions en Anjou, parce que 
le grand nombre de monastères existant dans cette 
province, avant que Robert d’Arbrissel y fondât son 
ordre , n'avait presque pas laissé de terres disponibles. 
Pour comble de malheur, les chartes que nous avons 
sur les domaines de Fontevraud dans le diocèse d’An- 
gers, ne consistent plus qu’en parchemins. Il n’en est 
pas de même des chartes de Savigny. Sur quarante- 
trois pièces, vingt-et-une ont encore leurs fsceaux, 


( 230 ) 
parmi lesquels il se rencontre onze types différents, 
dans un état pour le moins passable. 

Le plus moderne et le moins important, parce qu’il 
est assez connu, est le sceau aux contrats de la ville 
d'Angers (n° 42). Petit, rond, en cire brune, passable- 
ment conservé mais avec une légende fruste, il offre 
sur la face principale un écu à six fleurs de lys, trois 
en chef et une en pointe. Le contre-sceau, plus petit, 
présente le même écu. 

Après lui, le moïns intéressant et aussi le plus 
commun , est celui de l'official d'Angers : Sigillum 
curie Andegav. Il est petit, pointu, et porte une tête 
d’évêque mitrée , vue de face. En 1235 et 1238 (n°° 15 
et 18), il n'y a d’empreinte que d’un côté. A partir de 
1244, on trouve le contre-sceau, qui représente un 
prélat en bonnet carré et tenant une crosse. Nous n’en 
possédons pas moins de huit exemplaires (n° 15, 18, 
22, 29, 30, 34, 36 et 39). Les meilleurs sont ceux des 
pièces cotées 15 et 34. Du reste, un grand nombre de 
chartes de l’ancien fonds des archives nous le donnent 
aussi, et en très bon état. 

Au bas de la charte de Henri II est suspendu, sur un 
riche cordon de soie aux couleurs les plus variées, un 
sceau grand et rond, en cire verte, dont le pourtour 
et la légende sont brisés , mais sur lequel on voit en- 
core , en relief prononcé, d’un côté le monarque assis 
sur son trône, tenant de la main droïte une épée 
haute, et de la gauche un globe surmonté d’une croix; 
et de l’autre côté, le duc de Normandie et d'Aquitaine, 
comte d'Anjou, à cheval, le casque en tête, le bou- 
clier au bras gauche et l’épée à la main droïte. Nous 
avons aussi acquis chez M. Grille un autre sceau du 


( 234 ) 


même prince, et qui est encore mieux conservé. Il 
appartient à la charte quinzième de la première liasse, 
placée jadis dans la quarante-deuxième fenêtre de 
Fontevraud. Par ce titre, le roi d'Angleterre donne le 
four-banal de Vihiers à l’abbesse Mathilde, sa tante 
paternelle devenue veuve, sans avoir été épouse, de 
l'aîné des fils du roi Henri er, et que le triste naufrage 
de la Blanche-Nef (1), sur les côtes de la Normandie, 
rejeta des marches du trône de Guillaume-le-Conqué- 
rant, dans la stérile forêt, peuplée par l’éloquence en- 
traînante de Robert d’Arbrissel (2). 

La charte de Charles, fils du roi de France, frère de 
saint Louis, comte d'Anjou, de Provence et de For- 
calquier, 40 août 1261, nous donne le sceau de ce prince 
(n° 38), de grande dimension, rond et en cire jaune. 
Tout le pourtour de la légende est brisé ainsi que 
quelques parties du chevalier et de son cheval, qui, 
armés, et avec leurs bouclier et housse fleurdelysés, 
galopent à gauche. Le contre-sceau est entier, el 
l'écu qu'il porte présente quatre pals, avec la légende 
comes et marchio Provinciæ et comes Forcalquerü. Les 
archives en possédaient déjà, et de meilleurs. 

Il ne reste plus que la partie droite de celui de 
Raoul, seigneur de Fougères, représenté aussi armé de 
toutes pièces, mais dont le cheval est au pas. 

Gilles Ir du nom, doyen de Saïnt-Maurice d’An- 


(1) Aug. Thierry, Histoire de la Conquête de l'Angleterre par 
les Normands, 6° édition, vol. 2, p. 358. 

(2) Instinctu Goffridi, Carnotensis episcopi, post decem annos 
desponsationis suæ, sæculum reliquit et, sanctiononialis in cœno- 
bio Fontis Ebraldi, cœlesti sponso libera inhæret ac deservit. 
Orderic Vital. ; 


("282 } 
gers, en 1220 et 1237, se servait d’un sceau petit et 
pointu, qui représente un paon ou faisan passant à 
gauche (n° 17). La légende, bien conservée comme 
le sujet, porte : S. Egidit decani Andegav. 

Quoique la cire rouge en soit très dure et très belle, 
et qu’il ait en outre été fixé sur une lanière de cuir 
blanc, le sceau d'Emma de Laval, abbesse du Ronce- 
ray (n°2), n’en est pas moins brisé dans toute la 
partie supérieure; malheur doublement regrettable : 
la gravure paraît d'un beau caractère, et on ne con- 
naît des abbesses de la Charité d'Angers aucun sceau 
plus ancien. Le nôtre est de 1174, c’est-à-dire antérieur 
d'environ soixante ans à celui de la quittance donnée 
par Marie de Beaumont à Saint-Louis (1), pour des ter- 
rains dont le roi s'était emparé lorsqu'il construisit 
les fortifications d'Angers. Au reste, cette dernière n'a 
pas été plus épargnée par le temps que sa devancière. 
Le haut de son effigie est brisé aussi, comme on 
pourra le voir sur la belle empreinte qui m'a été 
donnée, pour les archives départementales , il y a six 
ans, par M. Lallemand, avec l’assentiment de feu 
M. Letronne, garde général des Archives nationales. 

A l’aumônerie de Saint-Jean l'Évangéliste d'Angers, 
comme dans toutes les maisons religieuses, il y avait 
le sceau du prieur et celui du chapitre de la maison. 
Nous avons celui du prieur, au bas des chartes cotées 
13, 25, 26, et celui du couvent ou chapitre, n°s 14, 25. 
Pour ce dernier, il n’existe que des débris, mais rap- 
prochés, ils complètent, à peu de chose près, le sceau 
pour lequel les religieux avaient adopté l'aigle aux 


{ (1) Archives nationales, J. 178, charte 14. 


(85 ) 
ailes ouvertes, comme leur patron saint Jean l'Évan- 
géliste. La légende est : S. capituli Elemosinarie An- 
degavis. 

Relativement au sceau du prieur, les trois exem- 
plaires que nous en avons sont en bon état, surtout 
celui de la charte treizième. La légende porte: S. prio- 
ris pauperum Andegavis, et le sceau est le même à tous 
égards, pour les deux prieurs nommés dans nos 
chartes, Pierre de Provins et Gautier. Petit de dimen- 
sion, ovale de forme, il représente un homme nu, 
debout, adossé à une colonne et tenant un enfant sur 
ses bras. A cette description, il aura été facile de re- 
connaître une pierre gravée antique, probablement 
un Saturne, sur les intentions duquel s’est étrange- 
ment trompé le bon prieur qui a choisi cette représen- 
tation pour sceller les actes de la maison des Pauvres 
d'Angers. 

Je ne connais qu’un sceau du chapitre de l'Hôtel- 
Dieu d'Angers , conservé au bas d’une pièce du trésor 
des chartes, à Paris (1). Ceux que nous avons du 
prieur, sont, sinon uniques, du moins très rares, et 
en tout cas d'une conservation parfaite, à laquelle 
n’a pas nui sans doute la bonne qualité de leur cire 
verte. 


LIL. 


Passons maintenant aux citoyens d'Angers. 
Le titre de Civis Andegavensis se rencontre fré- 
quemment dans les chartes des églises et de l'Hôtel- 


(1) Archives nationales, J. 178, charte 13. 


( 234 ) 

Dieu d'Angers, au XIII: siècle. Résulte-t-il de cette 
dénomination que, sous le règne de Saint-Louis-et'le 
gouvernement de son frère Charles, il y ait encoreeu 
une cité ou une commune à Angers? Telle n’est pas 
mon opinion ; seulement, je vois dans le titre de ci- 
toyen , une preuve que, malgré le travail des princes 
français et de leurs baïllis, on conservait toujours, en 
le regrettant, le souvenir de la commune constituée 
ou réformée par les Plantagenet. 

Les citoyens d'Angers, nommés dans les chartes de 
Savigny sont au nombre de trois : Guérin Bet ou 
Baif Solail, Raoul de Rennes, Pierre d’Escacheboton (1). 
Nous croyons aussi pouvoir placer dans la même caté- 
gorie Jean Bonel et Etienne Bohort. 

Des trois premiers, le seul dont nous possédons de 
cachet est Guérin Bet Solail, en latin Bibens Solem, 
surnom qui ne semble pas indiquer une grande force 
de poumons, et beaucoup d'aptitude à affronter la fa- 
tigue et la chaleur. Toutefois un beau griffon , la tète 
haute et la démarche fière, n’en est pas moins gravé 
sur le sceau conservé au bas de sa charte du mois 
d'août 1244 , n° 51. 

Bet Solail était frère utérin d’un clerc, nommé Re- 
gnaud-le-Singe , famille riche et nombreuse, dont les 
chartes de Savigny nomment plusieurs membres. 
Vers 1180 vivait Albéric-le-Singe, Simia, qui avait 


(2) Trois chartes parlent de ce personnage, n°° 33-35, dont le 
surnom est aussi écrit : Æscatheboton, Esquacheboton. C’est peut- 
être le même qui, transformé depuis en £cache- Breton, a donné 
lieu à la légende rapportée par nos historiens, d’après lesquels 
le personnage ainsi surnommé se serait signalé par la mort d'un 
grand nombre de Bretons. 


(285 ) 

trois fils, Hubert, Foulques et Jean, surnommés 
aussi les Singes, Simie, ainsi qu'une fille nommée 
Agnès. En 4208 et 1234 on trouve le susdit Regnaud. 
Cette famille avait, pour parler en style de blason, 
des armes parlantes. Le second sceau de la charte 
n° 45 , dont la légende porte Sigillum Raginaldi Simie, 
représente un singe tourné à gauche et parfaitement 
gravé, quoique l’exiguité de la dimension ait rendu 
plus difficile la tâche de l'artiste. Il est à noter que les 
sceaux des deux frères n'ont pas la même fonme : 
celui du clerc est pointu, tandis que celui du citoyen 
est rond. 

Les sceaux d’Etienne Bohort et de Jean Bonel, que 
je range, comme Guérin Bet Solail, dans la classe des 
citoyens d'Angers, sont aussi ronds et de moyenne 
dimension. Celui de Bonel, qui vivait en 1213, re- 
présente une tige à sept rameaux, terminés chacun 
par un bourgeon dont les feuilles latérales sont épa- 
nouies. Suspendu à une double queue de parchemin, 
il est très bien conservé et offre, dans son entier, la 
légende S. Johannis Bonel. 

Étienne Bohort paraît avoir vécu avant l’année 1201. 
Il est difficile, néanmoins, de voir un sceau mieux 
conservé que celui suspendu au bas de la charte dont 
j'ai donné plus haut l'analyse. Sa légende est Sigillum 
Stephani Bomhort.'Le sujet représenté dans le champ 
est l'effigie de l’empereur Vespasien. Du reste, l’em- 
ploi des pierres gravées romaines, dans les sceaux, 
très fréquent chez nos rois de la première et de la 
seconde race , paraît avoir été un fait presque général 
en Anjou au moyen âge. Avant l'exemple qui précède, 
nous avons déjà constaté ce fait à l'égard du prieur de 


( 236 ) 


l'Hôtel-Dieu. La bibliothèque d'Angers possède une 
charte du commencement du XII: siècle, provenant 
aussi de chez M. Grille, qui, au revers des deux sceaux 
qu'elle porte, celui de Guillaume de Chemillé, évêque 
d'Angers, et celui du couvent de Saint-Serge, pré- 
sente aussi deux sujets antiques : pour le premier, 
une tête laurée, qui paraît celle d’Auguste; pour le 
deuxième, un groupe d'animaux, que je crois être des 
lions. On trouvera sans doute encore d’autres fraits 
analogues. 


IV. 


Après avoir cherché longtemps et en vain comment 
était sorti de la main des religieux de Savigny le do- 
maine de la Marmitière, auquel se rapportent nos 
chartes et qui ne figure pas parmi les ventes de biens 
nationaux faites en vertu des lois de 1790, j'ai été 
assez heureux de rencontrer dans les Titres mélés, pro- 
venant aussi de chez M. Grille, un document qui com- 
plète cette série. C’est un cahier de papier in-4°, et 
qui contient la copie authentique, délivrée en 1594, de 
cinq actes se rapportiant aux années 1568 et 1569. 

En voici quelques extraits : 

« Comme nositre sainci père le pape, ayt, par ses 
» bulles du XXV: jour d’aoust l’an 1658... permis au 
» très chrestien roy de France prendre ei lever sur le 
» clergé de son royaume, deniers el subventions pour 
» les causes y contenues (1); et que, par les letires pa- 
» tentes et édict du dict sieur roy, du XVIII jour de 


(1) Pour subvenir aux frais de la guerre contre les:Protestans. 


( 237 ) 
» septembre, l'an 1568... ayt esté permis aux arche- 
» vesques, évesques, abbez, prieurs et autres bénéfi- 
» ciers, compris en la taxe de la dicte subvention, 
» bailler en titre d’'emphythéose des terres et domaines 
» de leurs bénéfices, pour faire le payement de leurs 
» taxes; et que. les religieux, abbé et couvent de Sa- 
» vigny.… ayent esté taxez à la somme de 2,000 livres 
» tournois. et ayent.. faict deue diligence de cher- 
» cher moyens de recouvrer la d. somme par chas- 
» cune des voyes permises par les d. bulles et édict; 
» et enfin ayent choisy, pour le plus esloigné et le 
» moins dommaigeable du temporel de la dicte ab- 
» baye, de bailler à emphythéose le lieu, fief el appar- 
» tenances de la Marmitière ; et que les choses se 
. » peuvent commodément baïiller au dict tiltre d’em- 
» phythéose, avec proffit évident de la d. abbaye; et 
» se soit présenté maistre Pierre de l'Espinière, advo- 
» cat, demeurant à Angers, lequel ayt offert prendre 
» les d. choses à rente et emphythéose... les d. reli- 
» gieux.… ont baillé, quitté, cédé, délaissé et trans- 
» porté, et par ces présentes baillent, quittent... au d. 
» de l'Espinière , lequel a pris, stipulé et accepté pour 
» luy, ses hoirs et ayans cause, au d. titre de rente et 
» emphythéose perpétuelle, les d. lieu, domaine, ap- 
» partenances et dépendances de la Marmitière, fief 
» et seigneurye, cens, rentes, debvoirs, droitz... Et 
» est faict le présent bail pour en payer, servir et con- 
» tinuer.… aux dicts religieux chascun an, au terme 
» de Pasques, la somme de 78 livres de rente... Et 
» oultre à la charge de payer et acquitter au receveur 
» des décimes de la d. subvention d'Avranches, de- 
» dans troys semaines prochainement venant, la d. 


(238) 


» somme de 2,000 livres, à laquelle la d. abbaye a esté 
» taxée ; ensemble les fraiz de la recepte, à la raison 
» de trois deniers pour livre... Faict le XXV® jour de 
» septembre, l'an 1569. » 

Trente-quatre ans plus tard, en 1633, la Marmitière 
fut vendue par M. Le Goux du Cleray, gendre de 
M. de l’Espinière , à M. de la Bigottière de Percham- 
bault. En 1788, le seigneur de la Marmitière était M. de 
Caqueray. Aujourd’hui l’ancien domaine et fief de 
Savigny n’est plus représenté que par une jolie habi- 
tation , récemment construite , et par une ferme, ap- 
partenant toutes Les deux à M. le docteur Mirault. 


V. 


Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les chartes de 
Savigny offrent, par leur ensemble seulement, un 
mérite qui: sera apprécié par les personnes tant soit 
peu habituées à compulser les monuments écrits de 
notre histoire. La plupart du temps, en effet, les titres 
anciens existent dans nos divers dépôts à l’état d’iso- 
lement, et sans que d'autres titres indiquent le com- 
menceñent, la suite: ou la fin: de chaque affaire. Ici, 
au contraire, pour le XIILe' siècle, ils se suivent et 
s'expliquent l'un. par Fautre. On en: trouve. deux, 
trois, et même quatre , qui sont relatifs au même . 
objet. Leur importance numériqne a du reste reçu 
une: sanction bien décisive, par suite des recherches 
de M. Léopold Delisle, sur l’ensemble des chartes re- 
latives au monastère de Savigny. 

Quelques: années, avant de produire son beau tra- 
vail-sur l'Agriculture en Normandie pendant le moyen 


( 239 ) 


âge, le savant élève de l'Ecole des chartes qui, à peine 
âgé de vingt-cinq ans, a su mériter le Prix Gobert, 
avait fait une étude approfondie des titres du monas- 
tère fondé par le bienheureux Vital, dans le diocèse 
d'Avranches. Les archives, de la Manche ei les dépôts 
des autres départements de la Normandie, les collec- 
tions des bibliothèques de Paris, les cartons et regis- 
tres des Archives nationales avaient été fouillés par 
lui, avec un soin et une conscience dignes de servir 
d'exemple. M. Delisle, à titre de collègue et d'ami, et 
en reconnaissance de la communication que je lui 
avais faite des chartes de nos abbayes angevines rela- 
tives à la Normandie, s'était donné la peine de copier 
et de m'envoyer toutes celles qu’il avait trouvées sur 
les rapports de Savigny avec diverses églises de 
l'Anjou. 

Je ne parlerai pas ici des pièces qui se rattachent 
uniquement aux contestations entre: cette abbaye et 
les monastères de Saint-Serge et du Ronceray, pour 
des biens situés en Angleterre et dans le Maine: 

Les chartes. que je dois à l'extrême: obligeance: de 
M. Delisle, sur les possessions de: Savigny dans le dio- 
cèse d'Angers sont au nombre de dix. 

Quatre, copiées sur le Cartulaire des moines nor- 
mands(1),ontété retrouvéesenoriginalchezM. Grille, 
et sont classées sous les n°s 1, 2, 3,5. 

Des sixautres,, trois ne contiennent pas de désigna- 
tion locale; et quoiqu'on y nomme des personnages 
angevins , elles me semblent, se rapporter au Maine, 
ainsi que les extraits de bulles: des papes Lucius.IE, 


(1) Conservé dans les archives du: département de-la Manche; 


( 240 ) 


Eugène III, Anastase IV, Adrien IV et Alexandre III 
(années 1144-1162), d’après lesquelles Savigny aurait 
reçu locum de Randanaio ex dono Fulconis comitis An- 
degavensis. Peut-être s'agit-il ici de Renée, près Sillé- 
le-Guillaume ; mais nous ne pouvons le constater, 
parce que la charte de notre comie Foulques-le-Roux, 
depuis roi de Jérusalem, est inconnue. 

Il reste donc trois chartes des années 1236, 1241 et 
1277, dont les originaux sont conservés aux Archives 
nationales. À 

Celles-ci concernent, comme les nôtres, la Mar- 
mitière et ses dépendance. Avant d’être constalée , la 
perte était compensée autant que possible, grâce 
aux copies de M. Delisle. Ses recherches ont eu aussi 
pour résultat d'augmenter l'importance de notre ac- 
quisition, et nous autorisent à proclamer que nos 
chartes de Savigny ont encore un nouveau mérite, 
celui de former une collection presque complète, mal- 
gré le travail des siècles et malgré les causes de des- 
truction qui se sont succédées dans les environs ou 
au milieu d’une ville ayant, comme Angers, été le 
point de mire de nombreuses et impitoyables armées 
françaises et anglaises, catholiques et protestantes, 
royalistes et républicaines. 

A M. Toussaint Grille appartient l'honneur d’avoir 
découvert et de nous avoir conservé les chartes de 
Savigny, avec tant de trésors historiques, dont la ville 
d'Angers et le département ont apprécié l'importance 
et fait l'acquisition. Malgré le chiffre auquel il a fallu 
payer quelques manuscrits, il est aujourd’hui bien 
constaté que les acquéreurs ont, à tous égards, fait 
une opération avantageuse. Les héritiers de M. Grille 


(241) 


y ont surtout contribué, en facilitant l'achat en bloc 
des cent-cinquante articles composant les Archives au 
prix total de 845 fr. 25 c., ce qui met chaque porte- 
feuille et liasse à 5 fr. 63 c. 

Les chartes de Savigny, qui sont échues au dépar- 
tement dans le partage de ces archives entre la ville 
et lui, ont. été considérées comme faisant les 4/5°s du 
portefeuille 13 bis : elles ont donc coûté 4 francs 50 
centimes. 

Toutes sont réunies dans le même carton, estam- 
pillées et cotées. Je les ai aussi placées dans des che- 
mises, sur lesquelles ont été copiées l'analyse et la 
description de chaque pièce. 


En voyant sur votre ordre du jour le nom de Savi- 
gny, vous deviez penser, Messieurs, qu'un petit nom- 
bre de pages suffisait pour établir les rapports de cette 
abbaye normande avec l’Anjou. 

Votre nouveau collègue s’est laissé entraîner au- 
delà des limites dans lesquelles il espérait lui-même 
se renfermer ; et il craint d’avoir aussi dépassé le but 
en cherchant à vous témoigner la reconnaissance qu'il 
éprouve à se trouver au milieu de vous. 


Pauz MARCHEGAY. 


( 242 } 


NOTICE HISTORIQUE 


SUR 


LA VRAIE CROIX DES INCURABLES DE BAUGÉ. 


D — 


Messieurs, 


Quand le pèlerin et le touriste, pendant leur séjour 
à Rome, demandent à considérer et à vénérer les 
précieuses reliques de la Vraie Croix que l’on con- 
serve dans la ville éternelle, la plupart sont très 
étonnés qu’on leur indique une petite ville de l’Anjou, 
comme possédant une des parcelles les plus considé- 
rables du précieux instrument du salut du genre 
humain. 

Une humble communauté d’une petite ville de 
notre département possède, en effet, Messieurs, une 
portion très considérable de la Croix. C’est sur cette 
relique vénérable que j'appelle aujourd’ hui votre at- 
tention. 

J'avais l'intention , et j'aurais bien le désir de vous 
lire aujourd'hui, Messieurs, une notice historique sur 
l'abbaye de la Boissière, où la Vraie Croix était dépo- 
sée, avant d’être transportée aux Incurables de Baugé. 
L’attente de nouveaux documents m'a décidé à 
remettre ce travail à une époque plus reculée. 

I y a plus de six cents ans, Messieurs, un pieux 


( 243 ) 


châtelain , le chevalier Jean d’Alleya ou d’Alais , 
seigneur de Châteaux, depuis Château-la-Vallière , et 
de Saint-Christophe, en Touraine, entreprit le voyage 
de Terre Sainte, pour vénérer les lieux conquis par 
l'épée des Croisés. Réuni aux Français, qui faisaient 
partie de l'expédition commandée par Thibaut, comie 
de Champagne, en 1239, il se distingua par sa bra- 
voure, par sa piété et par ses nombreux et insignes 
services envers ses compagnons d'armes et les 
membres du clergé qui faisaient partie de l'expédition. 

Son dévouement ne demeura pas sans récompense. 
Nous en avons pour preuve authentique la pièce sui- 
vante, dont l'original, en latin, est conservé dans la 
communauté des Incurables. 

« À nos vénérables pères et frères en Jésus-Christ, 
» aux archevêques et évêques, abbés, prieurs, à tous 
» ceux qui ont charge d’âmes, salut en Notre Seigneur 
» Jésus-Christ. 

» Nous Thomas, évêque d'Hierapetra et d’Arcadie, 
» pour reconnaître les bienfaits et récompenser la piété 
» dont Jean d’Alais (Joannes d’Alleya) , nous a donné 
» de précieux gages, en revenant de la guerre de la 
» Palestine, nous lui avons donné une parcelle du 
» bois de la Vraie Croix. Cette parcelle nous la tenons 
» nous même de Gervais d'heureuse mémoire, pa- 
» triarche de Constantinople ; nous savons également 
» que cette Croix est celle qu'Emmanuel, d’heureuse 
» mémoire, empereur de Constantinople, portait tou- 
» jours avec lui, quand il allait combattre les infidèles. 
» Nous avons encore donné audit Jean d’Alais, divers 
» insignes, un morceau des vêtements de la bienheu- 
» reuse Vierge Marie, des reliques des saints apôtres 


( 244) 


» et de plusieurs martyrs et confesseurs, que nous 
» avons également reçus de Gervais, patriarche de 
» Constantinople. Nous nous adressons de nouveau à 
» vous, nos pères et nos frères en Jésus-Christ, et à 
» vous tous qui avez charge d’âmes, et nous conjurons 
» le Seigneur qu'il daigne vous engager à recevoir avec 
» vénération les susdites reliques, et à nous donner 
» quelque part dans vos prières, en vue de la miséri- 
» corde divine. 

» Donné dans l'Ile de Crète, dans la ville de Candie, 
» le jour de la fête de saint Hippolyte et de ses compa- 
» gnons, l’an de Notre Seigneur 124. » 

Les Croisés regardaient leur pèlerinage incomplet, 
s'ils retournaient dans leur patrie les mains vides de 
reliques ou de pieux souvenirs de la Terre-Saivte. Ils 
laissaient presque tous aux chrétiens du pays les ri- 
chesses enlevées aux Infidèles, et ils n’emportaient 
avec eux que les ossements des saints et des reliques 
des Saints Lieux. 

Jean d'Alleya dut se considérer comme un des 
mieux partagés. Muni de son précieux trésor, il revint 
en France, pour en doter son pays natal. 

H donna la vraie croix aux religieux de l'abbaye de 
la Boissière, fondée un siècle auparavant, en 1131, 
dans la paroisse de Denezé, auprès de Noyant. Cette 
donation est prouvée par l’acte suivant, dont je donne 
la traduction : 

« Jean d’Alleya, à tous ceux qui ces présentesliront, 
» ou entendront lire, salut en Notre Seigneur Jésus- 
» Christ. Je déclare avoir reçu des religieux de l’abbaye 
» de la Boissière, la somme de 540 livres tournois, 
» pour leur avoir donné la parcelle du bois de la Vraie 


( 245 ) 

» Croix, que j'ai apportée en venant des pays silués 
» au-delà des mers. En foi de quoi j'ai apposé mon 
» sceau sur les présentes. » 

» L'an de Notre Seigneur Jésus-Christ, 1244. » 

Jean d’Alleya ajouta à ce premier don celui de 
soixante sous tournois à percevoir, chaque année, sur 
les foires de Saint-Christophe, pour l'entretien de trois 
lampes qui devaient être allumées jour et nuit devant 
la Vraie Croix donnée par lui à l’abbaye de la Boissière. 
Cette donation est prouvée par l’acte suivant, dont je 
donne la traduction : 

» Nous, Jean d'Alleya, chevalier , seigneur de Chà- 
» teaux et de Saint-Christophe , faisons savoir, à tous 
» présents et à venir, que, en présence et du consen- 
» tement de Hugues, mon fils, et par la présente dé- 
» claration scellée de mon sceau, j'ai donné et je 
» donne à perpétuité , de plein gré, à Dieu, à la bien- 
» heureuse Vierge Marie et aux religieux de l’abbaye 
» de Ja Boissière, une rente annuelle de soixante sous 
» tournois à prendre sur les revenus que produisent 
» les foires de Saint-Christophe, et que devra payer 
» celui qui est chargé de percevoir mes revenus des- 
» dites foires. Je veux que cette rente soit employée à 
» entretenir jour et nuit, à perpétuité, trois lampes al- 
» lumées devant la Vraie Croix que j'ai apportée en 
» revenant des pays situés au-delà des mers, et que 
» j'ai donnée aux susdits religieux. Nous nous enga- 
» geons, moi et mes héritiers, à donner ladite rente, 
» sur les revenus des foires susdites, et à la défendre et 
» à la garantir. 

» L'an de Notre Seigneur Jésus-Christ 1244. » 

Jean d’Alleya reçut les 540 livres en échange de son 


( 246 ) 


don , soit qu'il en eût besoin pour acquitter les dettes 
qu'il avait contractées avant son départ, soit que les 
religieux eussent voulu témoigner par cette offrande, 
au généreux Croisé leur vive reconnaissance pour sa 
libérale munificence. ! 

Jean d’Alleya ne voulut pas être séparé de son cher 
trésor. Son corps repose dans le chœur de l’église con- 
ventuelle de l’abbaye, où l’on voit encore sa statue 
tombale. Cette statue, qui est d’une bonne exécution, 
repose sur un socle quadrangulaire et dépourvu de 
toute ornementation. Le chevalier d’Alleya est couché, 
vêtu d'une tunique, ceint au côté droit d'une petite 
épée ou poignard. Son bouclier triangulaire est placé 
à sa gauche : il est uni. 

À partir de cette époque, l'abbaye de la Boissière, 
qui portait dans ses armes des fleurs de lys sans 
nombre, écartela deux écussons dans un même çar- 
touche. Dans celui de droite est la Vraie Croix, et danS 
celui de gauche sont les fleurs de lys, avec cette ins- 
cription latine : Vetera squemmata dederunt locum lilia 
Cruci. 

Placée dans le sanctuaire construit sans doute par 
le pieux et généreux donateur, dans cette délicieuse 
chapelle, qui porte bien les caractères architecto- 
niques de la première moitié du XILE siècle, dans ses 
fenêtres ogivales à lancette, et dans ses voûtes à ner- 
vures cylindriques du style Plantagenet, la Vraie 
Croix fut l’objet constant de la vénération des fidèles 
de l’Anjou et des provinces environnantes, le but de 
nombreux et lointains pèlerinages, et une source de 
prospérité temporelle pour le monastère auquel elle 
avait élé donnée. 


(247) 


Elle fut conservée dans la chapelle située auprès du 
monastère, jusqu'à la fin du XIV: siècle. 

À cette époque de désastres pour notre France, où 

les Anglais signalèrent leur passage et leur séjour dans 
le Baugeoïs surtout par le pillage et par la destruction, 
lesreligieux de la Boissière, redoutant avec raison pour 
leur Vraie Croix la fureur spoliatrice de l'étranger 
usurpateur, résolurent de la mettre dans un lieu sûr, 
où elle fût à l’abri du vol et de la profanation. 
. Ts s’adressèrent au duc d'Anjou, roi de Jérusalem 
et de Sicile. Ce prince tint à honneur d’être le gardien 
de la Vraie-Croix. Il la reçut, pendant l'absence de 
l’abbé, et la fit déposer dans le château d'Angers, au 
mois de mars 1379. Le prince généreux ne voulut pas 
que le dépôt de la Croix dans son château occasionnât 
le plus faible préjudice aux pauvres religieux de l’ab- 
baye dévastée par les Anglais. Toutes les offrandes 
présentées par les pèlerins et par les visiteurs, retour- 
nèrent au profit de l’abbaye de la Boissière. 

Marie de Blois, veuve de Louis Ier, confirma par des 
lettres patentes , en date du 23 janvier 1388 , les dis- 
positions de son mari, refusant à son exemple, de 
faire aucune réserve sur les oblations faites à l’occa- 
sion de la Vraie-Croix. 

L'abbaye de la Boissière ayant été en partie détruite 
par les Anglais, l'abbé obtint l'érection d’une confrérie 
en l’honneur de la Vraie Croix , afin de tirer de son 
institution les ressources nécessaires pour la recons- 
truction de son monastère. 

Louis Ier favorisa de tout son pouvoir l'établisse- 
ment de cette pieuse association, Il la prit sous sa 
haute protection , et l’honora du titre de parrain ou 


(248) 


chef frère, de la confrérie. De notables frères furent 
agrégés par le duc, qui pouvait déléguer à l’abbé les 
pouvoirs nécessaires pour l'admission des nouveaux 
confrères, pendant son absence de ses États d'Anjou 
et du Maine. 

Son fils Louis IT lui succéda dans ses titres de par- 
rain et de chef de la confrérie, par les lettres du 28 juin 
1407. 

A ces faveurs royales et temporelles furent jointes 
des faveurs spirituelles. Le souverain Pontife Calixte 
III accorda, en 1456, une indulgence à tous ceux qui 
visiteraient la Vraie Croix, les jours de la Purifica- 
tion de la sainte Vierge, de la Pentecôte et de Noël, 
ou les jours suivants, et qui feraient une aumône 
proportionnée à leurs moyens, à la fabrique du mo- 
nastère de la Boissière. 

Cette dernière faveur fut demandée et obtenue par 
le bon roi René. Vous avez remarqué, Messieurs, com- 
bien la Maison d’Anjou-Sicile a témoigné de vénéra- 
tion et de confiance pour la Vraie Croix dela Boissière, 
c’est que la plupart des membres de cette royale fa- 
mille se sont estimés heureux d’être à même de sanc- 
tifier par leur dévotion à la Croix, leurs pénibles in- 
fortunes. 

Nicolas, légat du pape Sixte IV, en 1476, accorda, 
d’après la demande du duc de Lude, cent jours d'in- 
dulgences à tous ceux qui visiteraient avec dévotion 
la Vraie Croix de la Boissière, les jours des fêtes ins- 
tituées en l'honneur de la Croix. 

Depuis cette époque jusqu'à l'an 1390, la Vraie 
Croix reçut sans interruption les hommages et la vé- 
uération des nombreux visiteurs et des pieux associés 


(249 ) 


de la confrérie. Souvent même les fidèles qui deman- 
daient à Dieu des grâces spéciales par la vertu du bois 
précieux de la Croix, ressentaient les heureux effets 
de leur pieuse confiance. 

Quand la tourmente révolutionnaire eut poussé ses 
flots destructeurs jusqu'aux maisons religieuses les 
moins opulentes, l’abbaye de la Boissière fut mise 
sous le séquestre comme bien national ; et les meubles 
qu'elle contenait furent vendus ou transportés dans 
les villes voisines. 

A cette époque même où la fureur révolutionnaire 
promenait sa main spoliatrice sur tout le sol de la 
France, deux mains bénies et dirigées par Dieu, édi- 
fiaient une maison pieuse, un asile pour les pauvres 
dépourvus de demeure et de ressources pour vivre. 
M. Brault, curé de Baugé, et Mre de la Girouardière, 
réunissaient les efforts de leur zèle et les ressources 
de leur inépuisable charité, pour mener à bonne fin 
la construction et la fondation de l’hospice des Incu- 
rables. 

La commune de Denezé, dans laquelle la Boissière 
est située, relevant alors du district de Baugé, la Vraie 
Croix fut transportée de l’abbaye à l’église paroissiale 
de la ville, le 30 septembre 1790. Me de la Girouar- 
dière, comprenant du premier abord combien la pos- 
session de la précieuse relique serait pour elle et pour 
sa maison une source d’abondantes bénédictions, fit 
tous ses efforts auprès des administrateurs du district, 
pour en obtenir la concession. Ses démarches eurent 
un plein succès , et elle eut le bonheur d’abriter la re- 
lique de la Vraie Croix sous le toit de sa communauié 
naissante. 


( 250 ) 

Depuis cette époque, l’hospice des Incurables a joui, 
sans interruption, d’une tranquille prospérité. 

Les pieuses religieuses qui le desservent avec tant 
d'édification, coulent des jours heureux auprès de la 
Croix, qu’elles estiment leur plus riche et plus pré- 
cieux trésor, et dont elles garantissent la possession 
avec l'attention la plus minuticuse. 

Les vieillards et les infirmes accueillis dans la mai- 
son, ressentent aussi eux la salutaire influence de la 
Croix ; ils se résignent plus volontiers, en la vénérani, 
à supporter les douleurs et les infirmités de la maladie 
et de la vieillesse. 

Telles sont, Messieurs, les notions historiques que 
j'ai recueillies sur la Vraie Croix des Incurables de 
Baugé. 

Il ne me paraît pas nécessaire ni utile de développer 
longuement les preuves à l’appui de l’authenticité de 
la Vraie Croix. Les titres échappés au pillage et à la 
destruction, sont au nombre de huit; ils sont assez 
nombreux pour écarter jusqu’au plus faible doute. 

Aucune de ces pièces ne contredit les autres. Bien 
plus, elles s'accordent parfaitement ensemble, et avec 
les époques , les personnages et les événements histo- 
riques dont elles font mention. 

Pour nous, nous ne doutons nullement de l’authen- 
ticité de cette précieuse relique, et nous la croyons, 
avec les premiers pasteurs de ce diocèse, digne de nos 
respects et de notre vénération. 

Je termine cette notice par la description de la Vraie 
Croix. 

La Croix de Baugé est formée de trois branches de 
bois d'une couleur brune, et qui ressemble entière- 


(251) 


ment au bois de cèdre du Liban. Tous les historiens 
s'accordent en effet à dire que la Croix était composée 
en grande partie de bois de cèdre. 

La branche verticale, longue de 28 centimètres, 
est traversée par deux croisillons, dont l’un a 11 cen- 
timètres de longueur, ei l’autre, 8 centimètres. 

Contrairement aux Vraies Croix qui sont exposées 
dans la plupart des églises, celle de Baugé n’est pas 
enfermée dans un châssis d’or ou d'argent ou de bois. Le 
bois précieux est entièrement à découvert; c’est lu i 
même que la main touche; c’est sur lui que s’appli- 
quent les lèvres de l’adorateur. 

Chaque extrémité de la branche verticale et des 
traverses, est ornée de pierres précieuses et de perles. 
On compte vingt-huit pierres rouges, dix-neuf blan- 
ches, et quatre-vingts perles. Ces perles et ces pierres 
ne sont pas d’une grosseur considérable ; leur volume 
peut approcher de celui d’une toute petite lentille. 
Chaque côté de la Croix est orné d’un Christ en or. À 
l'intersection de la branche verticale et du croisillon 
supérieur sont placés : d'un côté, un agneau portant 
le nimbe crucifère ; de l’autre, une petite colombe 
aux ailes étendues , paraissant diriger son vol vers le 
Christ. Ces deux pièces sont en or, et d’un beau tra- 
vail. 

Cette courte description vous prouve, Messieurs, 
que l’hospice des Incurables de Baugé est des mieux 
partagés, pour la possession d’une Vraie Croix. 

Le trésor de l’église métropolitaine de Paris, est, je 
crois, le seul, en France, qui possède un plus grand 
nombre de fragments du bois précieux de la Croix. 
Mais les divers morceaux forment trois croix distinétes, 


( 252 ) 
et sont tous enchâssés dans des croix d'or ou d'argent, 
tandis que ceux de Baugé, sont assez grands pour 
former eux seuls une croix d’une dimension assez con- 
sidérable pour pouvoir être exposée à la vénération des 
fidèles, sans être enfermée dans une croix d’une plus 
grande dimension. 

La Vraie Croix de Baugé reçoit encore fréquemment 
les hommages de nombreux et lointains visiteurs. 
Plusieurs Sociétés savantes, et notamment la société 
des sciences et arts de Rennes, ont chargé un de leurs 
membres, de rédiger une notice sur notre Vraie Croix. 

Nous ne devons pas rester en arrière des sociétés 
étrangères à notre département. Aussi, j'ai entrepris 
cette notice dans l'espoir qu’elle obtiendrait de votre 
bienveillance, l'accueil que vous avez daigné, Mes- 
sieurs, accorder à mes premières recherches histo- 
riques. 


Nota. — En disant, dans le cours de la notice, que 
le corps de Jean d’'Alleya repose dans le chœur de 
l’église de la Boissière, je n’ai pas prétendu avancer 
une opinion à l'abri de toute contestation. Aucune 
inscription ni aucun témoignage écrit ne peuvent être 
actuellement présentés à l’appui de cette assertion. 
Cependant je suis tout porté à croire que l'affirmation 
est la plus probable. 


P. CHEVALIER, 


vicaire à Volandry. 


Janvier 1852. 


( 253 ) 


REVUE SCIENTIFIQUE ANGEVINE, 


Messieurs, 


Chaque jour autour de nous nous entendons déplorer 
plus vivement la lenteur avec laquelle se prépare la 
réouverture de nos Musées. C’est que leur fréquenta- 
lion tient dans les habitudes de la cité une place tout 
autrement considérable qu'affectent de le croire cer- 
taines personnes dont l’'amour-propre souffrirait , s’il 
accordait autre chose que des dédains, à tout ce qui 
dans les arts et les sciences a l’insigne défaut de se 
trouver constamment à leur portée et de pouvoir être 
apprécié par les curieux du pays. L'intérêt que le pu- 
blic angevin porte à ses Musées, a cependant bien des 
motifs pour le faire excuser, et pour expliquer com- 
bien est plus sensible encore en ce moment de l’année 
la privation qui nous est infligée. Si c’est en effet dans 
leurs vastes galeries que la foule vient pendant l'été 
s'abriter contre les ardeurs du midi, c’est là aussi, 
l'hiver arrivant , qu'aux jours consacrés au repos, 
quand souffle la bise aigue et que la pluie froide 
inonde nos promenades, l’homme attaché pendant le 
reste de la semaine à la glèbe du travail sédentaire, 
trouve au sein d’une atmosphère tempérée, un exer- 
cice salutaire, en même temps dans la vue des 


{1 - 
que 


(254) 


chefs-d’œuvre de la nature et de l’art, il rencontre 
un aliment piquant et inépuisable à sa curiosité, 
agrandit par l'observation et la réflexion le cercle de 
ses idées, et acquiert insensiblement et comme à son 
insçu le goût et le sentiment du beau. L'influence 
heureuse de ces habitudes sur certaines fractions de 
notre population, se révèle d’une façon sensible aux 
yeux de l’observateur, et il est douteux qu’il rencon- 
trât ailleurs, ainsi vulgarisée, l'intelligence qui conçoit 
l'intérêt attaché soit aux sciences naturelles, à cette 
étude qui nous habitue à voir partout l'empreinte mys- 
térieuse d’une main divine, soit au culte des beaux- 
arts, de ces manifestations matérielles du génie créa- 
teur dont une étincelle fut projetée au foyer de l’âme 
humaine. Il est donc facile de comprendre, à divers 
points de vue, l’impatience générale qui attend les 
portes de nos Musées à s'ouvrir. 

Heureusement que pour nos jouissances à venir, ce 
temps de séquestration n’a pas été perdu par l’admi- 
nistration du cabinet d'histoire naturelle qui n’a rien 
négligé pour accroître certaines parties des collections, 
notamment les manimifères et les oiseaux, lorsque des 
occasions favorables se sont présentées. Ce sera par 
centaines que l’on comptera les nouveaux venus lors 
de l'inauguration des galeries nouvelles. Le mois qui 
vient de finir a donné surtout un large contingent. 
Des relations récemment établies et le passage dans 
nos murs d’une ménagerie nombreuse, ont procuré 
une autruche d'Afrique haute de sept pieds, et d'autant 
plus précieuse pour le cabinet qu'il possédait l'espèce 
d'Amérique ou Nandou; deux belles variétés de pan- 
thères ethuit singes offrant septespèces nouvelles.Déjà, 


(255) 


au cours de l’année, le cabinet en avait acquis deux 
autres espèces, deux superbes chats angoras, blanc et 
tricolore, une taupe isabelle à reflets ondulés et dorés, 
un lièvre albinos, deux autres isabelles, des hermines 
en pelage d'été et d'hiver, et plusieurs autres quadru- 
pèdes dans les carnassiers et les rongeurs. Quant aux 
oiseaux, le cabinet a acquis un lot de peaux d'’es- 
pèces du Brésil d’une grande fraîcheur, et le prépara- 
teur a monté deux aigles, un faucon pèlerin, plusieurs 
espèces de busards, des varietés précieuses de la buse 
commune , ainsi que bon nombre d’autres espèces de 
forte et moyenne taille, parmi lesquelles nous citerons 
seulement, l’oie vulgaire et deux cravants, les canards, 
garrot mâle, nyroca, souchet, milouinan, etc., plu- 
sieurs espèces de grèbes, le plongeon imbrim, plusieurs 
cormorans ; les hérons gris, pourpré, butor, crabier, 
blongios ; beaucoup d’autres échassiers, et parmi les 
passereaux une charmante variété du merle noir ta- 
pirée de blanc, tuée et donnée par M. de Soland. 
Dans ce nombre d'oiseaux de passage ou sédentaires 
provenant exclusivement du département, ilen est bien 
peu sans doute qui donnent à la collection des espèces 
nouvelles, mais elles présentent ou de très beaux in- 
vidus, ou des variétés et des âges différents de ce 
qu'elle possédait, ce qui rend les acquisitions pré- 
cieuses, car, ainsi que nous l’avons indiqué dans une 
notice précédente, le cabinet a pris à tâche de rassem- 
bler pour chaque espèce toutes les variétés de race, 
et toutes les variations de plumage, depuis le moment 
de l'éclosion jusqu'à celui où les couleurs ont acquis 
leur fixité. La collection d'œufs qui s’est enrichie de 
plusieurs variétés, notamment de plusieurs doubles 


( 256 ) 


du héron pourpré qui niche en Anjou, sera le point 
de départ de ce tableau de l’ornithologie européenne 
et le complétera. 

Je dois ajouter que tous les animaux montés depuis 
la fermeture du Musée l'ont été sur le frais, et que les 
sujets ont atteint ainsi, quant à leurs formes et leurs 
proportions, une précision d’une rigueur en quelque 
sorte mathématique , par suite des procédés particu- 
liers employés par le préparateur, ce qui a permis de 
rectifier au profit de l’art et de la vérité, dans quelques 
sujets anciens, des défauts qui sans cela fussent restés 
imaperçus. 

Au travail à la fois scientifique et artistique, s'en est 
venu joindre un autre qui donnera un aspect plus 
gracieux à la collection. Tous les anciens supports de 
toutes formes et de toutes couleurs , ont fait place à 
d'autres, uniformes dans chaque grande série, vernis 
et peints de même teinte. 

Il n’est pas nécessaire sans doute de faire observer 
qu’un accroissement si notable n’est pas dû unique- 
ment à l’administration du Musée. Elle a été secondée 
par le concours d’une foule de personnes qui, dans tous 
les rangs de la société, se sont empressées de lui pro- 
curer la meilleure partie des animaux indigènes. La 
liste en est trop longue pour que nous entreprenions 
de la donner. La gratitude du cabinet se manifestera 
d’une façon plus durable par l'indication sur chaque 
sujet du lieu et de l’époque de son apparition dans le 
département, et du nom du donateur. 

Espérons que l'administration municipale, intelli- 
gente comme nous la savons des besoins intellectuels 
de notre époque, en voyant le cabinet entrer si réso- 


K 267.) 

jument dans une voie de progrès signalée par d’aussi 
remarquables résultats, répudiera enfin des traditions 
de parcimonie que lui ont léguées ses devancières. Il 
est vraiment peu digne d'une ville de 45 mille âmes, 
en présence surtout des efforts faits par tant d'autres 
moins importantes, d’allouer à son cabinet sur un 
budget de près d’un million , une chétive somme de 
500 fr., et sur laquelle encore il doit prélever les frais 
de chauffage, entretien du mobilier, achat de ma 
tériel, etc. 

Au reste, ce quela ville vient de faire pour doter cet 
établissement d'un local convenable , doit nous faire 
espérer qu’elle voudra aussi seconder ses progrès. 
Nous ne pouvons en effet que nous féliciter de la dis- 
position parfaitement satisfaisante de celui qui lui a 
été atrribué. Dans cette œuvre de restauration et 
d’appropriation , la sollicitude de l’administration mu- 
nicipale ne s’est pas un instant démentie et a été cons- 
tamment secondée par le bon vouloir et l’habileté 
de l'architecte chargé de ce long, délicat et ingrat 
travail. 

Jetons donc un coup d'œil rapide sur la nouvelle 
installation. Le plain-pied qu'occupait au second étage 
le cabinet ne comprenait que deux salles. Au premier 
étage où le cabinet est maintenant placé, il a été dé- 
taché de la plus longue des deux salles, un salon qui 
se présentera comme vestibule lorsque l’on entrera 
par le grand escalier neuf, et l’on a ajouté deux autres 
salles latérales dont l'une servait jadis aux réunions 
de la société de médecine , et est bien connue des ar- 
chéologues par sa cheminée monumentale. Ce sont 
donc cinq salles au lieu de deux, ce qui permettra 

17 


(258 ) 


de classer à part les diverses collections. Ainsi, par 
exemple, en laissant les oiseaux d'Europe dans la salle 
correspondante à celle qu'ils occupaient au second, 
on pourrait ranger dans le, salon carré, les exotiques 
qui tout d’abord attireraienf l'attention par la vivacité 
de.leurs couleurs ou l’étrangeté de leurs formes. La 
minéralogie générale.et départementale reprendrait la 
seconde grande salle. La petite salle carrée recevraïit 
les mammifères, et l’autre salle moins éclairée, les col- 
lections qui redoutent une lumière trop vive, tels que 
les poissons, les reptiles, etc., auxquelles on joindrait 
les madrépores. 

Des meubles isolés, disposés dans la galerie des oi- 
seaux d'Europe et de minéralogie, contiendraient la 
collection des œufs et des nids et celle des mollusques 
vivanis et fossiles; ces derniers, dont l’étude se relie à 
la géologie, prendraient place dans la galerie minéra- 
gique et y entraîneraient les mollusques vivants qui, 
sous le rapport de l’étude:des espèces, ne peuvent être 
séparés. 

Mais il ne suffit pas d’avoir préparé pour le cabinet 
des salles spacieuses. et bien éclairées, il faut encore, 
pour l'exhibition et la conservation des collections, des 
meubles vitrés et convenablement disposés, et sous ce 
rapport rien, dit-on, n’a été prévu dans le devis soumis 
à l'administration municipale. Cependant non seule- 
mentlenouveau local offreun développementsupérieur 
àcelui del’ancien, maisune autre disposition desouver- 
tures exige d’autres dimensions dans les meubles. En 
supposant que l’on puisse utiliser dans les petites salles 
latérales et dans une moitié de la salle de minéralogie, 
les anciens meubles qui n’ont pas été brisés il sera du 


(259 ) 


moins indispensable de garnir d’armoires neuves la 
salle du vestibule, la grande galerie des oiseaux d'Eu- 
rope et une partie de la salle de minéralogie. Ce sera 
une dépense supplémentaire de quelques milliers de 
francs, mais sans ce nouveau sacrifice il n’y a pas 
d'installation possible. 

Si du Musée d'histoire naturelle nous passons au 
jardin botanique, nous constaterons également des ré- 
sultats qui attestent combien se montre de plus en 
plus vive et féconde la source d’où découle la double 
impulsion qni dirige les deux établissements. 

Le directeur vient d'achever un travail important, 
exécuté avec toute la consciencieuse exaclitude qui 
donne un cachet particulier à ses études. C’est le ca- 
talogue des espèces du jardin, toutes scrupuleusement 
déterminées, et comprenant en outre toutes celles qui 
yayantparuantérieurementontlaissé dans lesherbiers 
des: traces: authentiques de leur passage et peuvent 
reparaître encore. Dans ce vaste inventaire où sont in- 
diquées les espècesspontanées d'Anjou, l’auteur a suivi 
la nomenclature et la classification du Prodrome de 
Decandolle, en introduisant à leurs places les espèces 
omises dans cet ouvrage. Pour les familles comprises 
entre les amaranthacées et la partie des monocoty- 
lédones traitée par Kunth, qui manquent encore dans 
le Prodrome, le catalogue n’a dû adopter qu’une clas- 
sification et une’ nomenclature en quelque sorte pro- 
visoires. 

Be directeur continue d’ailleurs, comme il: l’a fait 
depuis son entrée au. jardin, à publier le catalogue an- 
nuel des graines qui y sont récoliées. Celui de 1852 
vient de paraître et contient 1,900-espèces; l’auteur a 


( 260 ) 


abandonné l’ordre alphabétique, pour présenter leses- 
pèces selon l’ordre du Prodome. C’est une innovation 
heureuse pour la science, et qui sera sans doute 
adoptée par les autres établissements publics qui tous 
suivent encore l’ordre alphabétique. Ces publications 
périodiques parvenues à leur onzième année, ont à 
raison de la certitude de la synonymie et dù nom du 
savant qui y est attaché, ouvert à notre jardin des re- 
lations précieuses avec tous les établissements publics 
du même genre de la France et des capitales de l’'Eu- 
rope, Munich, Berlin, Vienne , Dresde, Turin , etc. 
etc., relations qui permettent d'augmenter la liste de 
nos espèces rares et de celles qu’en langage botanique 
on appelle plantes critiques ou litigieuses. C’est ainsi 
que la meilleure partie des espèces françaises nou- 
velles de Jordan, surtout dans les thalictrum, hieracium, 
etc., peuvent être étudiées comparativement ici sur 
le vivant et que le genre rosa, qui s’est augmenté re- 
cemment des espèces du Centre de la France, y pré- 
sente la collection unique et presque complète des 
espèces européennes. 

Renouvelons donc ici des vœux déjà émis par notre 
Société pour l’adjonction définitive au jardin de ce ter- 
rain de 18 ares environ qui l’isole encore de la nouvelle 
habitation du directeur. Si cette annexe était opérée 
prochainement, elle permetirait dès cette année de 
donner à l’école botanique un surcroît de développe- 
ment que rendent de plus en plus désirable les offres 
faites par les correspondants et que le manque d’es- 
pace ne permet d'accepter qu’en partie. 

La culture des serres plus heureuse en cela que 
celle de pleine terre, a obtenu un complément de- 


( 261 ) 

puis longtemps désiré : une serre de mulliplication 
suffisamment spacieuse. Elle n’a donc plus rien à 
envier aux autres jardins qu’une serre à Ericacées 
(bruyéres et végétaux analogues) qui serait bâtie en 
prolongement de l'orangerie, et la substitution d’un 
dôme vitré à la toiture du pavillon qui sépare les deux 
serres-chaudes. Dans ce dernier compartiment, auquel 
on devrait donner une certaine élévation, on pourrait 
alors cultiver en pleine terre les palmiers, bananiers 
et mimosas dont les cimes viennent maintenant se 
briser contre les vitraux des autres serres. Du reste, 
celles-ci n’ont jamais montré une végétation plus 
splendide qu’en ce moment. Des bananiers énormes 
de diverses espèces et variétés en garnissent le fond, 
et les pandanées, les cannes à sucre, les malvacées ar- 
borescentes, mimosas, etc., y ont acquis des dimen- 
sions que nous ne leur avions pas vues jnsqu'ici. 

Dans leur état actuel les serres renferment 1,900 es- 
pèces de végétaux représentées la plupart par de nom- 
breux spécimens. Si le budget du jardin permettait 
l'achat de plantes de choix avec lesquelles on pourrait 
préparer de bons sujets d'échange , on aurait place 
alors, en restreignant le nombre des doubles, pour trois 
mille espèces et ce chiffre serait bientôt atteint. 

Du reste nos serres possèdent des espèces botaniques 
précieuses. Lorsqu'un savant dont le nom est euro- 
péen, M. Webb, l’auteur de l’histoire des îles Cana- 
ries, vint il y a deux ans visiter M. Boreau, ce ne fut 
pas sans une bien vive satisfaction qu'il revit une 
partie de ses espèces nouvelles, dont nulle autre part 
où il avait donné des graines il n’en avait retrouvé de 
traces; et sa surprise augmenta, s’il est possible, en 


(262) 


voyant au jardin des espèces nouvelles d'Algérie, de 
Durieu de Maisonneuve, que celui-ci devait supposer 
perdues comme celles qu’il avait adressées à d’autres 
jardins. 

Après avoir ainsi applaudi aux efforts soutenus du 
directeur pour maintenir et élever de plus en plus 
la réputation scientifique de ce beau jardin, etavoir ex- 
primé notre reconnaissance pour l'administration mu- 
nicipale qui lui porte un intérêt constant et efficace, di- 
sons qu'elle paraît penser sérieusement à l’acquisition 
de l’enclos des Amandiers, d’une contenance de 90 
ares au moins, qui, en augmentant notablement l'é- 
tendue du jardin, ajouterait beaucoup par la disposi- 
tion naturelle du sol à l’aspect pittoresque de l’en- 
semble, et permettrait de cultiver alors en pleine terre 
toutes les espèces exotiques, forestières et d'agrément, 
qui peuvent supporter les hivers de notre occident. 
Rien ne manqueraït plus à ce bel établissement, si 
l'administration réalisait le projet conçu par elle de le 
relier aux autres promenades publiques, par une percée 
où avenue pratiquée suivant l’axe du boulevard du 
Champ-de-Mars , qui l’offrirait comme un but direct 
aux promeneurs qui n’y arrivent maintenant que par 
un long détour. 

Je vous ai parlé au cours de cette revue d’un sup- 
plément d'allocation pour le cabinet, et peut-être 
qu'ayant indiqué également la nécessité d'une me- 
sure semblable en faveur du jardin, l’on me deman- 
dera le chiffre approximatif de ces dépenses nouvelles. 
C'est une question à laquelle j’ai dû chercher une ré- 
ponse après l'avoir provoquée; or, voici les chiffres 
que j'ai cru pouvoir poser, après avoir interrogé Îles 


(263) 


besoins des deux établissements et avoir tenu compte 
des résultats considérables qui, après une période de 
quelques années, pourraient être obtenus par l'emploi 
judicieux de sommes qui ne surchargeraient cepen- 
dant que bien faiblement le budget de la ville. 

Pour le jardin, je suis arrivé à la presque certitude 
qu'il suffirait d'augmenter ses ressources de 500 fr. 
par an. Mais cette somme devrait avoir alors une des- 
tination spéciale dont elle ne pourrait être détournée 
sous aucun prétexte. Elle pourrait être, par exemple, 
consacrée : 4° à des achats de plantes rares de serre- 
chaude qui offriraient par leur multiplication de pré- 
cieux moyens d'échange; % à des achats d’arbres et 
arbustes nouveaux de pleine-terre qui, acclimatés, 
multipliés et répandus, iraient enrichir les cultures des 
horticulteurs commerçants; 3° à des voyages du direc- 
teur ou du jardinier-chef, sans lesquels on n’obtiendra 
jamais rien d’important des autres jardins publics , ni 
l'on ne fera d'achats économiques et satisfaisants. 

Le rôle du jardin deviendrait alors ce qu’il doit 
être: essentiellement utile aux progrès de l’horticul- 
ture angevine , il marcherait à sa têle au lieu d’être 
réduit à la suivre comme tributaire. 

Quant au cabinet d'histoire naturelle, déjà distancé 
par ceux de plusieurs départements, sauf pour l’orni- 
thologie européenne peut-être, il lui faudrait pour se 
relever au moins 700 francs de plus, ce qui ne porte- 
rait cependant son budget qu’à 1,200 francs, et sur cette 
somme il resterait chargé de l'entretien du mobilier, 
dépenses de chauffage, nouveeux cadres vitrés et ver- 
rines, cartonage, supports, yeux d’émail, transports, 
correspondance, etc., etc. Ce qui laisserait disponible 
à peu près 900fr. 


(264) 


Cette somme pourrait être employée dans l’ordre 
de préférence suivant : 

1° A compléter la collection d’oiseaux d'Europe, 
dont la majeure partie des espèces rares manque ; 

20 A rassembler sans considération derareté, un choix 
d'espèces exotiques les plus brillantes, et à compléter 
parmi elles une seule famille, ou même un seul genre; 

3° À former une collection convenable de mollus- 
ques vivants, celle actuelle étant bornée à 7 à 800 es- 
pèces presque toutes. communes et en mauvais état ; 

4 À mettre à profit, comme cela s’est fait cetie 
année, toutes les occasions d’augmeuter les mammi- 
fères d'individus montés sur le frais; 

5°yA ajouter à la minéralogie générale un grand 
nombre de substances qui manquent. 

6° À former ou acquérir une collection entomolo- 
gique. 

Avec ces achats annuels faits avec discernement, 
notre cabinet reprendrait bientôt son rang, et à une 
époque où les sciences naturelles sont aussi générale- 
ment cultivées, notre ville offrirait, du moins à une 
certaine classe de voyageurs, un attrait qui en ferait, 
sur la route de Paris à Nantes, une étape que nul ne 
voudrait franchir sans s’y être arrêté. 

Nous n’aurions rempli qu’imparfaitement le but que 
nous nous sommes proposé dans cette revue, si nous 
ne l’étendions pas au-delà de l’enceinte de nos établis- 
sements publics. 

La Flore locale qui nous occupera d’abord, a ea cette 
année à enregistrer quelques découvertes importantes. 
M. Boreaua trouvél'Orobanche Teucrü\ Anchu saazurea 
Reich, forme très remarquable de À. ifalica, et dont ses 


( 265) 


grandes corolles, d’un beau bleu d'outre-mer, pour- 
raient faire une plante d'ornement; l’Origanum à longs 
épis primatiques constituant l'O. creticum de divers 
auteurs ; enfin le Rosa Klukii de Besser, que M. Boreau 
indiqua pour la première fois en France dans la se- 
-conde édition de sa Flore du Centre, et qui n’avaitété 
trouvé que dans deux localités près de Bourges et de 
Limoges. 

Des élèves du professeur ont retrouvé près d'Angers 
la forme si singulière de ronce à laquelle celui-ci a 
imposé le nom de Rubus bracteatus (F1. C. 2e édit.) Un 
ancien élève et ami de M. Boreau, M. Ledantec, a cons- 
taté dans le nord du département des localités pour 
plusieurs espèces rares, notamment pour le Naïfissus 
pœæticus, dont l’indigénat ne peut désormais être dou- 
teux. Ce même botaniste, a trouvé dans la partie nord 
du département au voisinage de la terre du Plessis-Chi- 
vray et abondamment, le Sfatiotes aloides. L'on sait que 
cette plante aquatique indigène de Belgique avait été 
naturalisée dans le Maine. M. Boreau en plaça il y a 
plusieurs années quelques pieds au bord de l'étang 
Saint-Nicolas, où elle s’est également naturalisée. J'a- 
jouterai à ces indications la découverte dans le Sau- 
murois ‘de l'Ophrys pdetdo speculum par M. Réveil- 
lère. 

M. Boreau poursuit du reste au jardin botanique ses 
expériences pour reconnaître le degré de fixité des ca- 
ractères spécifiques dans certaines espèces. Vous avez 
à cet égard entendu avec intérêt la notice qu’il vous a 
lue sur les résultats que lui a donnés un nombreux 
semis des graines du Rosa Boroei, espèce nouvelle 
découverte par moi près de notre ville et que j'ai pu- 


(266 ) 


bliée il y a quelques années dans notre Recueil. Cette 
belle plante s'est reproduite avec tous ses :caractères. 
primitifs dans les individus provenant de ce semis et 
soumis à la culture, et les légères anomalies produites 
par excès, et non par défaut par suite de ces conditions 
nouvelles de végétation, ont eu cela de particulier 
qu’elles n’ont altéré «en rien, les caractères signalés 
comme typiques de l'espèce. Elle se trouve donc 
ainsi difinitivement acquise à la science et à notre 
flore. 

Notons ici que l'industrie horticole en ce qu’elle 
se rattache à la botanique va recevoir une impulsion 
nouvelle dans nos contrées par la grande exposition 
et fête florale qui doit s'ouvrir en mars 1852 sous la 
direction et l'initiative de notre Société. Je remets à 
en parler plus longuement lorsqu'elle aura accompli 
les espérances que nous avons fondées sur les efforts 
faits par notre Société. 

Si de la botanique nous passons à la Faune locale 
nous pourrons encore ajouter quelque chose à ce que 
nous en avons dit en parlant du cabinet. Et d’abord 
nous trouverons l’entomologie qui va recevoir une 
impulsion inattendue de la publication du catalogue 
des coléoptères angevins de ‘la collection de Me Ja 
comtesse de Buzelet. Nous avons déjà entre les mains 
la première partie de cét intéressant ouvrage qui a le 
mérite peu commun de ne mentionner que des es- 
pèces qui ont été en quelque sorte authentiquées par 
des vérifications faites par les entomologistes les plus 
distingués de Paris. En publiant ce catalogue dans le 
recueil de ses mémoires, la Société conviera tous les 
entomologistes du département à lui faire connaître 


( 267 ;j 

les espèces qu'ils ont pu observer en dehors de cette 
liste et en insérant successivement ces addenda dans 
son recueil, elle aura ainsi préparé tous lesmatériaux 
de cette partie de notre statistique naturelle et excité 
une juste émulation entre nos entomologistes en leur 
offrant le seul moyen certain de s'assurer la priorité 
incontestable de leurs découvertes. 

La Conchyliologie bornée à un petit nombre d’es- 
pèces dans nos contrées n'offre qu’un champ bien 
restreint à l'observateur, la découverte d’une espèce 
nouvelle n’en est donc que plus précieuse. M. Millet a 
recueilli un individu de l’H. Olivieri à Champigué-le- 
Sec. Cette espèce est une excellente trouvaille et d’au- 
tant plus intéressante que nous possédons la pctite va- 
riété rousse de la Carthaniana mull. (Carthusianella 
Drap-var B. Millet) que quelques auteurs ont prise 
pour l’'H. Olivieri. 

De mon côté j'ai pû ajouter aussi une espèce nou- 
velle à cette partie de la faune. J'ai en effet constaté 
la présence en Anjou de l'heix neglecta Drap et cela 
dans deux localités, aux fourneaux à chaux près 
Angers et sur le calcaire de Beaulieu. Cette hélice, 
identiquement la même que celles que j'ai reçues 
sous se nom de Clermont (Lecoq) et d'Agen (Gassies) 
a dû être prise par quelques amateurs pour le H. ces- 
pitum. Les H. cespitum et ericetorum, ne se trouvent, 
je pense, que dans les contrées calcaires du sud-est 
du département, du moins les ai-je inutilement cher- 
chées à Beaulieu, ce qui cependant ne veut pas dire 
que d’autres n'auraient pas été plus heureux. 

Tel est, Messieurs, le résumé de ce que j'ai pu re- 
cueillir de plus intéressant sur la marche des sciences 


(268 ) 


naturelles dans notre Anjou, pendant l’année qui va 
se terminer dans quelques jours et que j'ai cru 
pouvoir vous être soumis. 


Le secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


Lu à la séance de la Société d’agriculture sciences et arts 
d'Angers, du 17 décembre 1852. 


( 269 ) 


GATALOGUE 


DES COLÉOPTÈRES DE L’ANJOU, 


trouvés dans les communes de Saint-Rémy, Blaison, Saint-Maur, 
les bords de la Loire, etc. 


Afin de ne pas donner trop d’étendue à ce catalogue, des localités 
spéciales n’ont été indiquées que pour un très petit nombre des espèces 
que l’auteur à jugées les plus rares dans les parties du département ou 
ont surtout porté ses investigations. L’authenticité des déterminations 
donne du reste à ce travail une haute valeur scientifique. Toutes les es- 
pèces litigieuses, et même des familles entières, .les Brachélytres, les 
Charansonites, généralement si mal connus en province, ont été véri- 
fiés par des entomologistes de Paris ou d'Allemagne, qui, tel que M.Che- 
vrolet, dont le nom est plnsieurs fois cité dans le catalogue, font auto- 
rité pour les espèces éuropéennes. Nous ne pouvons donc que recom- 
mander aux amateurs ce catalogue, comme un excellent guide pour leur 
indiquer la meilleure partie des espèces qu’ils peuvent espérer ren- 
contrer en Anjou. Toutefois, Mw° de Buzelet n’ayant pu étendre le cercle 
de ses recherches à toutes les parties du département, nous pouvons 
espérer qu’il y aura encore beaucoup de choses à ajouter à cet inven- 
taire de nos richesses entomologiques. Nous les invitons donc, dans 
l'intérêt de la science et pour compléter, autant que possible, les ma- 
tériaux d’une bonne statistique entomologique du département à nous 
transmettre l'indication des espèces de coléoptères qu'ils découvriraient 
en dehors de ce catalogue, et ce avec Les localités. La Société se fera 
un devoir de publier ces compléments, et chacun sera ainsi assuré 
désormais de couserver, sans contestation possible, la priorité de ses 


découvertes. 
Le Secrétaire général, T.-C. BERAUD. 


——_2 0 —— 


(EXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL DE LA COLLECTION DE MM LA 
COMTESSE: DE BUZELET, NÉE DE BOISSARD). 


CARABIQUES. 


Cicindela. Odacantha. 
Campestris, Fab. Melanura, Fab, 
Hybrida, Fab. (1) Lieux humides, sous les piet* 


Insectes carnassiers, très agiles, res. 
lieux sabloneux, lisières des bois. 


(1) Ajoutez C. Germanica, trouvée par moi à Bouchemaine, (T.-C, B.) 


( 207.) 


Drypta. 


Emarginata, Fab. 


Bois humides, dans la mousse, 
etc. 


Polistichus. 


Fasciolatus, Fab. 


Sous lesipierres, près des hoires; 
ou des ruisseaux. 


Cymindis. 


Humeralis, Fab. 


. Sous des pierres, sur. une col- 
line calcaire, entre Saint-Georges- 
sur-Loire et. Saint-Augustin, 


Demetrias. 


Elongatulus, Zenker. 
Atricapillus, Lin. 


Dromius. 


Linearis,, OL. 
Melanocephalus, Dej. 
Stigma, Ross. 
Quadrisignatus, De. 
Quadrinotatus, Panzer. 
Quadrimaculatus, Panz: 
Spilotus, Ziégler. 
Agilis, Fab. 

Glabratus, Duft. 
Punctatellus, Dufl. 


Ces deux genres se composent 
d'insectes très petits, assez agiles, 
vivant sous les écorces,  particu- 
lièrement celle desarbresfruitiers. 
On les voit aussi sur les haïes, les 
broussaïlles , etc. 


Lebia. 


Cyanocephala, Fab. 
Chlorocephala, Duftsch: 
Hæmorrhoidalis, Fab. 

Sous l’écorce on la mousse des 


arbres. Je les ai trouvés sous l’é- 
corce du Platane. 


Brachinus. 


Crepitans, Pab. 
Explodens, Duft. 
Glabratus, Bonelli. 
Psophia, Samîtale. 
Sclopeta, Fab. 


Sous les pierres ou les détritus 
des végétaux. 


Chvina. 


Arenaria, Fab. 

Var, Gibbicollis. Mégerle. 
Nitida, Dej. 

Polita, Dej. 

Ænea, Ziegler. 

Gibba, Fab. 

Très petits insectes, fréquentent 


les lieux humides, Je bord des ri- 
vières, etc. 


Ditomus. 


Fulvipes, Latreille: 
Sulcatus, Fab. 
Capito, Illiger. Env. de Tours. 


Insectestépigés, sous les pierres. 
Cychrus. 


Insectes d’assez grande taille, 
vivant dans les boissousles troncs 
d'arbres pourris, la mousse, etc. 
Je n’ai pasttrouvé ce genre. 

Les espèces Rostratus, Elonga- 
tus et Attenuatus ont été trou- 
vées, trés rarement, aux environs 


de Paris. 


Procrustes. 


Coriaceus. Fab. 


Le ‘plus grand de nos Carabi- 
ques. Commun en automne dans 
les vignes. Courant! le soir dans 
les appartements du rez-de-chaus- 
sée. 


Carabus: 


Catenulatus, Fab. 
Monilis, Fab. 


(271) 


Cancellatus, Tliger. 

Granulatus, Lin. 

Auratus, Fab. 

Purpurascens, Fab. 

Hortensis (1). 

Les jardins, les champs, les bois, 
sous les pierres, laemousse, les 
trones abattus, etc. 


Calosoma. 


Sycophanta, Fab. 
Inquisitor, Fab. 
Auropunctatum, Paykull. 


Daws les bois, sur les arbres. 
Leistus. 


Spinibarbis, Fab. 

Fulvibarbis, Hoff. 

Spinilabris, Fub. 

Sousles pierres, dansles champs 


et les feuilles sèches au piéd des 
arbres. 


Nebria. 


Brevicollis, Fab: 
Insectes épigés, sous les pierres, 
au pied des arbres, etc. 
Blethisa. 


Multipunctata: Fab. 


Sur le bord des eaux, dans la 
vase à\moitié desséchée: 


Omophron: 


Limbatum, Fab: 


Dans le sable humide sur le bord 
de la Loire. 

Le moyen;de les trouver estide 
battre: légérement le sol, après 
Vavoir arrosé, on les voit sortir un 
instant après, 


(1) Ajoutez les espèces suivantes : 


Elaphrus. 


Uliginosus, Fab: 
Cupreus, Mégerle. 
Riparius, Fab. 
Littoralis, Mégerle. 


Courant sur lés-grèves, récem- 


ment découvertes. 


Notiophilus: 


Aquaticus, Fab. 
Biguttatus, Fab. 


Bords de la Loire, dans la vase 


à moitié desséchee: 


Panagœus. 


Crux major, Fab. 
Quadripustulatus, Sfurm. 


Endroits humides, sous les pier- 


res, etc. 


Loricera. 


Piliconis, Fab. 
Bords des fossés, des mares, etc. 


Callistus. 


Lunatus, Fab. 
Sous les pierres et dans la terre. 


Chlænius, 


Velutinus, Duft: 

Agrorum, OI. 

Vestitus, Fab. 

Schrankü, Duft. 

Melanocornis; Ziéglér. 
Nigricornis, 

Tibialis, Dej, 

Holosericeus, Fab. 

Sur lesbords de'la Loire, sous 


les’ pierres, le détritus des! végé- 
taux, etc. 


C. Cyaneus. OI. Trouvé au Lion-d’Angers par moi, à Combrée par 
M. i’abbé Lelièvre, à Laleu par M. Guitet. 
C. Convexus. Fab. Dans la forêt de Juigné, feu M. Jed' Bâtard. (T.-G.B.) 


( 272 ) 


Oodes. 


Helopioides, Fab. 


Insectes épigés, dans lesendroits 


un peu humides. 
Licinus. 


Silphoides, Fab. 
Agricola, OI. 
Cassideus, Fab. 


Insectes épigés, lieux un peu 
secs et arides. 
Badister. 


Bipustulatus, Fab. 
Humeralis, Bonelli. 


Sous les pierres, dans les prés 
humides. 
Pristonichus. 


Terricola, OL. 
Lieux obscurs, caves, etc. 


Calathus. 


Latus, Dej. 
Cisteloides, Illiger. 
Fulvipes, Gyll. 
Fuscus, Fab. 
Frigidus, Sturm. 
Rotundicollis, Dej. 
Ochropterus Ziégler. 
Melanocephalus, Fab. 


Sousles pierres, dansles champs. 
Taphria. 
Vivalis, Tiliger. 


Insectes épigés, vivant dans les 
vieux troncs en, décomposition, 
sous. lestpierres, etc., el surtout 
dans les endroits montagneux. 


Anchomenus. 


Anousticollis, Fab. 
Memnonius, Kuoch. 


Er 


Prasinus, Fab. 
Pallipes, Fab. 
Oblongus, Fab. 


Bords des eaux, lieux humides 
en général. 


Sphrodus. 
Planus, Fab. 


Lieux obscurs, caves, etc. Cou- 
rant le soir dans les appartements 
du rez-de-chaussée. 


Agonum. 


Marginatum, Fab. 

Modestum, Séurm. 

Austriacum, Fab. 
Sexpunctatum, Fab. 
Parumpunctatum, Fab. 
Lugubre, Andersch. 

Nigrum, Dej. 

Peliduum, Duftsch. 

Endroits hamides de bords de 


la Loire, les mares, etc., et sons 
l'écorce des saules. 


Olisthopus. 


Fuscatus, Dej. 
Rotondatus, Paykull. 


Mèêmes lieux que ies précédents. 
Feronia. 


(Pæczus, Bonelli.) 


Punctulata, Fab. 

Cuprea, Fab. 

Var. Ænea, Dej: 

Dimidiata, Fab. 

Lepida, Fab. 

Épigés, vivant sous les pierres , 
dans les champs, les bois, etc. 


(ARGUTOR, Mégerle.) 


Vernalis, Fab. 
Erudita, Mégenle. 
Depressa, Dej (Aptère). 


Fréquentant le bord des eaux, 


(273 ) 


(Omazeus, Ziégler ) 


Melanaria, {lliger. 
Aterima, Dej. 
Nigrita, Fab. 
Anthracina, Iliger. 
Melas, Creutzer. 


Vivant sous les pierres. 
(Sreropus. Mégerle.) 


Concienna, Sturm. 
Madida, Fab. 
Æthiops, Jiliger. 


Dans les bois, sous les pierres. 
(PLarysmA, Sturm.) 


Picimana, Creulser. Loudun. 
Oblongopunctata, Fab. 


(PTEROSTICHUS, Bon.) 
Nigra, Fub. 
(ABax, Bonelli.) 


Striola, Fab. 
Ovalis, Mégerle. 


Lieux montagneux. 
(Mozops, Bonell.) 
Terricola, Fab. 
Les champs, les hoïs, etc. 
(CEPHALOTES, Bon.) 
Vulgaris, Bon. 
insectes épigés, sous les pierres. 


Stomis. 


Pumicatus, Panzer (Aptère). 


Au printemps, sous les pierres 
enfoncées en terre. 


Zabrus. 


Curtus, Latreille. 
Gibbus, Fab. 


Sous les pierres, quelquefois sur 
les tiges des graminées. 


Amara. 


Eurynota, Kugell. 
Obsoleta, Duft. 


Valgaris, Fab. 
Plebeja, Gyll. 
Lævigata, Dej. 
Communis, Fab. 
Familiaris, Duft. 
Nitida, Dej. 
Bifrons, Gyll. 
Castanea, Ziégler. 
Consularis, Duff. 
Apricaria, Fub. 
Eximia, Dej. 
Fulva, Degéer. 
Aulica, Zlliger. 
Plebeja, Gyll. 
Similata, Dej. 
Sous les pierres, dans le sable, 


dans l'herbe, etc., [préférant tou- 
jours les lieux arides. 


Acinopus. 


Megacephalus, Zliger. 


Sous les pierres, dans les terrains 
arides. 


Anisodactylus. 


Signatus, Jlliger. 
Binotatus, Fab. 


Vivant surtout dans le voisinage 
des eaux. 


Gynandromorphus. 
Etruscus, Schènher. 
Harpalus. 


Sabulicola, Panz. (Ophonus, 
Ziégl.) 

Oblongiusculus, Dej. 

Azureus, IL. 

Chlorophanus, Zenk. 

Subcordatus, Dej. 

Puncticollis, Payk. 

Brevicollis, Dej. 

Maculicornis, Mégerle. 

Mendax, Rossi. 

Germanus, F. (Souvent sur les 
tiges graminées.) 


18 


(274) 


Dorsalis, De. 

Ruñcornis, Fab. (Harpalus auc- 

torum.) 

Æneus, Fab. 

Confusus, Dej. 

Distinguendus, Duft. 

Perplexus, Dej. 

Hottentotta, Duff. 

Sulphuripes, Koronini. 

Neglectus, Dej. 

Nitidus, Dej. 

Semi violaceus, Broug. 

Tardus, Gyll. 

Serripes, Duft. 

Tibialis, Dej. 

Ténebrosus, Dej: 

Picipennis, Meégerle. 

Servus, Creutzer. 

Impiger, Mégerle. 

Rubripes, Creulzer. 

Insectes très nombreux en es- 
pèces, vivant dans les champs, 
épigés, préférant les terres sablo- 
peuses. 


Stenolophus. 


Vaporarium, Fab. 
Var. Melanocephalus, Findel. 
Vespertinus, 11. 


Lieux humides, sous la croûte 
des mares desséchées. 


Aecupalpus. 


Meridianus, Lin. 

Luridus, Dej. 

Harpalinus, Dej. 

Collaris, Paykull. 

Atratus, Dej. 

Dans les endroits humides, sous 
les pierres et dans les jardins, sous 
les débris de vegetaux. 


Erechus. 


Rubens, Fab. 


Sous les pierres, au bord des 
eaux. 


Bembidium. 


Areolatum, Creutzer (Blemus). 
Bistriatum, Mégerle (Tachys). 
Nanum, Gyll. 

Parvulum, Dej. 

Pulicarium, Dej. 

Undulatum, Séurm (Notaphus). 

Ustulatum, Fab. 

Obliquum, Sfurm. 

Fumigatum, Creutzer. 

Laticolle. 

Paludosum, Pauzer. 

Impressum, Fab. 

Orichalcicum, Daft. 

Rupestre, Fab. (Peryphus) 

Fluviatile, Dej. 

Tibiale, Mégerle. 

Cruciatum, Dej. 

Deletum, Dej. 

Cœruleum, Dej: 

Decorum, Zenker. 

Rufñpes, Gyll. 

Elongatum, Dej. 

Celere, Fab. (Leja.) 

Sturmi, Pauzer. 

Pusillum, Gyll. 

Assimile, Gyll. 

Guttula, Fab. 

Biguttatum, Fab. 

Quadriguttatum, F.(Lopha.} 

Laterale, Dej. 

Quadripustulatum, Fab. 

Quadrimaculatum, Lin. 

Articulatum, Duft. 

Picipes, Még. (Tachypus.) 

Pallipes, Mégerle. 

Flavipes, Fab. 

Le genre Bembidium se com- 
pose de très petits insectes fort 
agiles, courant sur les grèves hu- 
mides, se cachant soûs les croûtes 


des mares dessechées, sous les dé- 
tritus des végétaux, etc. 


( 275 ) 


HYDROCANTHARES. 


Uette famille, essentiellement aquatique, ne se trouve que dans les 


eaux, principalement celles qui sont stagnantes. 


Dityscus. 
Dimidiatus, Llliger. 
. Marginalis, Fab. 
Circumflexus, Fab. 
Punctulatus, Fab. 


Trochalus. 
Roeseli, Fab. 
Acilius. 
Sulcatus, Fab. 
Graphoderus. 
Cinereus, Fab. 
Hydatieus. 


Transversalis, Fab. 
Hybneri, Fab. 


Cymatopterus. 
Fuscus, Fab. 
Liopterus. 
Oblongus, Jlliger. 
Rantus. 


Suturalis, Dej. 
Notatus, Fab. 
Agilis, Fab. 
Adspersus, Fab. 


Colymbetes. 


Niger, Jliger. 
Bipustulatus, Fab. 


Carbonarius, Gyll. 
Chalconatus, Pauszer. 
Biguttatus, OL. 
Ater, Fab. 
Quadriguttatus, Dej. 
Fenestratus, Fab. 
Fuliginosus, Fab. 
Bipunctatus, Fab. 
Maculatus, Fab. 
Obbreviatus, Fab. 
Didymus, OL. 
Brunneus, Fab, 
Sturmii, Schæn. 
Uliginosus, Fab. 
Paludosus, Fab. 
Femoralis, Payk. 


Laccophilus. 


Minutus, Fab. 
Hyalinus, Leach. 


Neterus. 


Crassicornis, Fab. 
Capricornis, Herbst. 


Hygrobia. 
Hermanni, Fab. 
Haliplus 


Elevatus, Pauzer. 
Obliquus, Fab. 
Ferrugineus, Lin. 
Variegatus, Dej. 
Impressus. 
Bistriolatus, Duff. 
Cœsus, Duft. 


Hydroporus. 


Depressus, Fab. 
Duodecimpustulatus, Fab. 
Opatrinus, Tlliger. 
Picipes, Fab. 

Dorsalis, Fab. 
Sexpustulatus, Fab. 


( 276 ) 


Varius, Dej. 
Pictus, Fab. 
Geminus, Fab. 
Lineatus, Fab. 
Lepidus, Chün. 
Confluens, Fab. 
Reticulatus, Fab. 
Inæqualis, Fab. 


Erythrocephalus, Fab. Fluviatilis, Leach. Halensis, 
Planus, Fab. M. Leay. 
Flavipes, OL. 

BRACHÉLYTRES. 


Les Brachélytres vivent dans le fumier, les matières excrémentielles, 
les cadavres, les bolets décomposés ; quelques-uns sous les écorces et 
sur les fleurs; un petit nombre vit avec une espèce de fourmi, la 


formica rufa de Fabricius. 


Emus. 


Maxillosns, Fab. 
Hirtus, Fab. 
Chrysocephalus, Graw. 
Pubescens, Fab. 
Murinus. 
Erythropterus. 
Carinthiacus, Dahl. 
Stercorarius, Grav. 
Olens, Fab 

Cyaneus, Fab. 
Similis, Fab. 

Morio, Fab. 
Rufipalpis, Dej. 
Nisripes, Dej. 
Brunnipes, De. 
Œncocephalus, Fab. 
Chalcocephalus, Fab. 


Astrapæus. 
Ulmineus, Fab. 

Micrausorus. 
Lateralis, Grav. 


Fuliginosus, Grav. 
Tristis, Gyll. 


Molochinus, Grav. 
Lævigatus, Gyll. 
Floralis, Dahl. 
Impressus, Grav. 
Maurorufus, Gyll. 


Staphylinus. 


Splendens, Fab. 
Intermedius, Fab. 
Æneus, Grav. 
Metallicus, Grav. 
Politus, Fab. 
Punctus, Grav. 
Varius, Gyll. 
Marginatus, Fab. 
Sanguinolentus, Graw. 
Bimaculatus, Grav. 
Planus, Dahl. 
Nitidicollis, Dej. 
Opacus, Grav. 
Vernalis, Grav. 


Xantholinus. 


Fulgidus, Grav. 
Pyropterus, Grav. 
Subimpressus, Dej. 
Elongatus, Grav. 


Punctulatus, Gyll. 
Episcopalis, Knoch. 
Ochraceus, Grav. 
Minutus, Dej. 


Formicetorum, Chevrolat. Lou- 


dun. 
Achelium. 


Cordatum, Dahl. 


Lathrobium. 


Mullipunctatum, Grav. 
Elongatum, Fab. 
Pilosum, Grav 
Filiforme, Grav. 
Cryptobium. 
Fracticorne, Grav. 
Pæœderus. 


Riparius, Fab. 
Rufñicollis, Fab. 


Lithocharis. 


Testacea, Dey. 
Bicolor, Grav. 


Rugilus. 
Orbiculatus, Fab. 

Astenus. 
Procerus, Knoch. 

Sunius. 


Intermedius, Erich. 
Angustatus, Fab. 


Stenus. 
Kirbyi, Leach. 


Biguttatus, Fab. 
Cicindeloïides, Grav. 


(277) 


Oculatus, Grav. 
Speculator, Grav. 
Clavicornis, Graw. 
Buphtalmus, Gyll. 
Canaliculatus, Knoch. 
Pusillus. 
Oxiporus. 


Rufus, Fab. 


Bledias. 


Castaneipennis, Ziégler. 
Talpa, Gyll. 


Platystethus. 


Cornutus, Grav. 


Onthophagus. 


Obscurus, Grau. 


Oxytelus. 
Piceus, Grav. 


Depressus, Grav. 
Carinatus, Grav. 


Phlæœconœus. 


Cœlatus, Grav. 


Erogophlœus. 
Riparius, Dej. 
Anthobiumr. 


Rugosum, Grav. 
Rivulare, Grav. 


Omaliume. 


Luridum, Dej. 
Piceum, Gyll. 


Proteinus. 
Brachypterus, Fab. 


PhlϾobium. 


Sinuatocolle, Dey. 
Corticale, Dej. 


Bolitobins. 


Atricapillus, Fab. 
Trimaculatus, Fab. 
Pygmœus, Fab. 


Bryocharis. 


Analis, Fab. 
Tackinus. 


Humeralis, Grav. 
Rufpes, Fab. 
Biplagiatus, Dej. 
Fimetarius, Grav. 
Marginellus, Fab. 
Suturalis, Grav. 


Æachyporus. 


Cellaris, Fab. 
Nitidulus, Grav. 
Marginatus, Grav. 
Pusillus, Gran. 
Chrysomelinus, Fab. 
Abdominalis, Fab. 
Sericeus, Ziégler. 


Oxipoda. 


Opaca, Grav. 
Alternans, Grav. 


Oss, — Le Staphyius dilatatus. Fab. Payk., a été trouvé près d’Augers- 
par feu le d' Bâtard. (T.-C. B.) 


( 278 ; 


Hypocyphtus 
Granulum, Grav. 
Homalota. 
Orbata, Erichon. 
Aleochar2, 
Fuscipes, Grau. 
Tristis, Grav. 
Carnivora, Grav. 
Angulata. 
Lanuginosa, Grav. 
Crassicornis, Dej. 
Nitida, Grav. 
Gyrophoœna. 


Lucidula. 
Nana, Grdv. 


Bolitochara. 


Socialis, Paykull. 
Fungi, Grav. 


Drusilla. 
Canaliculata, Fab. 

Falagria. 
Sulcata, Grav. 
Obscura, Grav. 
Thoracica. 


Autalia. 


Impressa, Grav. 


(279 } 


STERNOXES , OU SERRICORNES. 


Cette famille se trouve sur le bois mort, 
feuilles et les fleurs. Presque toutes les espèces du genre 4, 


rencontrent sur le saule des vanniers , dans les îles de la Loire. 


Capnodis. 
Tenebrionis. Fab. 
Encylocheira. 
Punctata. 
Piosima. 
Novemmaculata, Fab. 
Chrysohothris. 
Affinis, Fab. 
Anthaxia. 


Sallicis, Fab. 
Nitida, Rossi. 
Cichorü, OL. 
Umbellatorum, Fab. 
Manca, Fab. 
Quadripunetata. 


Agrilus. 


Derasofasciatus, Ziégler. 
Linearis, Fab. 
Hyperici, Creutzer. 
Biguttatus, Fab. 
Sinnatus, Ol. 
Cinctus, OL. Loudun. 
Viridis, Fab. 
Betulæ, Chevrolat. 
Capreæ, Chevrolat. 
Cyaneus, OL. 
Angustatus, filiger. 


Erachys. 


Minuta, À. et Pygmæa, Æ, 


Synapius. 
Filiformis, Fab. 
Eucnemis. 
Capucinus, Akrens. Paris. 
Aphanistiens. 


Emarginatus, F. Loudun. 
Pusillus, OL. id. 


Melasis 
Flabellicornis. 
Cratonychus- 


Brunnipes, Ziégler. 
Niger, Fab. 


Agrynus. 
Murinus, Fab. 
Athous. 


Rhombeus, OL. 
Hirtus, Herbst. 
Longicollis, Fab. 
Marginatus, Paykull. 
Hoœmorrhoidalis, Æab. 
Crassicollis, Dej. 
Vittatus, Fab. 


Limonius. 


Cylindricus, Paykull. 
Nigripes, Gyll. 

Mus, Zliger. 
Minutus, Fab, 


les troncs des arbres, les 
grilus se 


( 280 ) 


Bructeri, Fab. 
Nitidicollis, Még. 
Bipustulatus, Fab. 


Cardiophorus. 


Thoracicus, Fab. 
Sexpuncfatus, IUliger. 
Bipunctatus. 

Rufipes, Fab. 


Ampedus. 
Sanguineus, Fab. 
Ephippium, Fab. 
Præustus, Fab. 
Auritus, Mégerle. 
Balteatus, Fab. 
Tibialis, Mégerle. 
Elongatulus, Fab. 
Crocatus. 

Cryptohypnus. 
Pulchellus, Fab. 
Steatoderus. 
Ferrugineus, Fab. 
Ludius. 


Æneus, Fab, 


Cruciatus, Fab. 
Holosericeus. 

Latus, Fab. 
Tessellatus, Fab. 
Metallicus, Paykull. 


Agriotes. 


Pilosus, Fab. 
Gallicus, Dej. 
Gilvellus, Ziégler. 
Striatus, Fab. 
Variabilis, Fab. 


Sputator, Fab. 


Sericosomus. 
Fugax, Fab. 
Dolopius. 
Lateralis, OL. 
Adrastus. 
Limbatus. 
Limbatus, var. Pallipes. 
Humeralis, Ziégler. 


Humeralis, var. Minutus. 
Umbrinus, Germar. 


MALACODERMES. 


Atopa. 
Cinerea, Fab. 
Cyphon. 


Pallidus, Fab. 
Griseus, Fab. 
Sur les feuilles et les fleurs qui 


croissent dans les lieux aqua- 
tiques. 


Seyrtes. 


Hemisphæricus, Fab. 


Nyeteus.  Loudun. 
Hœmorrhous, Ziégler. 
Lygistopterus. 


Sanguineus, Fab. 


(281) 


Biguttatus, Fab. 


Ces deux derniers genres au 
printemps, sur les fleurs des prai- 


Omalisus. 


Suturalis, Fab. 


Ces deux derniers genres surles | Tes. 

fleurs. 
Malachius. 
Lampyris. 
si Æneus, Fab. 

Noctiluca, Fab. Bipustulatus. ; 

Femelle aptère connue sous le Venustus. Jousselin. Etang de 
nom de ver luisant. Le soir sur le Cunault. 


Elegans, O1. 


gazon, le bord des chemins, etc. 


Geopyris. 


Hemiptera, Fab. 
Femelle aptère. 


Drilus. 


Flavescens, Fab. 
Femelle aptère, sur les fleurs. 


Cantharis. 


Fusca, Fab. 
Obscura, Fab. 
Thoracica, OL. 
Livida, Fab. 
Melanura, Fab. 
Clypeata, iliger. 
Pallida, Fab. 
Paludosa, Gyll. 


Malthinus. 


Fasciatus, OL. 


Marginellus, Fab. 
Pulicarius, Fab. 
Equestris, Fab. 
Fasciatus, Fab. 
Balteatus, Chevrolat. 
Thoracicus, Fab. 
Pedicularis, Fab. 
Albifrons, Fab. 
Pallipes, OL. 
Analis, Latreille. 
Lobatus, OL. 
Prœustus, Fab. 
Viridis, Fab. 


Sur les fleurs. 
Dasytes. 


Nigricornis, Fab. 
Pruinosus, Chevrolat. 
Cœruleus, Fab. 
Niger, Fab. 
Plumbeus, OL. 
Pallipes, Ziliger. 


Sur les plantes. 


TÉRÉDILES. 


Tillus. 


Elongatus, Fab. 
Ambulans, Fab. 


Notoxus. 


Mollis, Fab. 


ATEN à Univittatus, Rossi. Loudun. 


. Dans les vieux bois, sous les 
écorces, 


Sous l'écorce des saules, 


(282) 


Trichodes. 


Alvearius, Fab. 
Apiarius, Fab. 


Les fleurs, surtout les ombelli- 
fères. 


Clerus. 


Mutillarius, Fab. 
Fornicarius, Fab. 


Les bois pourris, sous les écor- 
ces, etc. 


Corynetes. 


Chalybeus, Knocg. 

Violaceus, Fab. 

Rufipes, Fab. 

Ruficollis, Fab., trouvé une fois. 


Ce genre se trouve ordinaire- 
ment sur les fleurs, J’ai reçu de 
Bueënos-Ayres les Corynetes, Ru- 
Jficollis et Rufipes, éclos pendant 
la traversée sur des peaux de 
bœuf. 


Lymexylon. 


Navale, Fab. Paris. 


Je ne l’ai pas trouvé. Il vit dans 
le bois. 


Péilinus. 


Pectinicornis. Fab. 
Vit dans le vieux bois. 


Xyletinus. 


Pectinatus, Fab. 


Sur le bois du lierre où il se 
creuse une galerie. 


Dorcatoma,. 


Dresdense, Fab. 


| 
| 


Bovistæ, Knoch. 


Dans les champignons. 
Ochina. 


Hederæ , Germär. 
Dans le bois pourri. 


Anobium. (VRILLETTE). 


Tessellatum, Fab. 

Morio, Villa. 

Castaneum, Fab. 

Rufñpes, Fab. 

Paniceum, Fab. 

Ce genre se trouve très souvent 
dans les maisons, perforant les 
vieux meubles et les boiseries pour 
y déposer sa larve: Certaines es- 
pèces attaquent les arbres vivants, 


Ptinus. 


Testaceus, Ziégler. 

Germanus, OL. 

Elegans, Fab. 

Imperialis, Fab. 

Fur, Fab. 

Ces insectes vivent dans le bois 
sec et se nourrissent de substances 
animales desséchées. On les ren- 


contre quelquefois dans les col- 
lections d'histoire naturelle. 


Gibbium. 
Scotias, Fab. 


Dans les amas de plantes sèches. 
Scydmoænus. 


Hellwiai, Fab. 
Godartn, Latreille. 
Iligeri, Dej. 
Rufus, Kuntz. 


(283 } 


CLAVICORNES. 
Necrophorus. Catops. 
Germanus, Fab. Rufescens. 
Var. avec deux points rouges. Truncatus, Fab. 
Humator, Fab. Morio, Fab. 


Vespillo, Fab. 
Vestigator, Iliger. 
Sepultor, Dej. 


Sous les cadavres des petits ani- 
maux qu’ils cherchent à enfouir. 


Necrodes. 


Simplicipes, Dej. 
Littoralis, Fab: 


Silpha. 


Thoracica, Fab. 
Rugosa, Fab. 
Sinuata, Fab. 
Dispar, Tlliger. 
Quadripunctata, Fab. 
Reticulata, Fab. 
Granulata, OL: 
Obsecura, Fab. 
Lœvigata, Fab. 
Atrata, Fab. 

Ces deux genres vivent dans les 


cadavres, mais ne les enterrent 
pas. 


Agyrtes. 


Castaneus, Fab. 


Scaphidium. 


Agaricinum, Fub. 


Dans les champignons. 

Les espèces 4-Maculatum etIm- 
maculatum se trouvent aux en- 
virons de Paris. 


Brunneus, Latreille. 
Sous les taupes crevées. 


Colobicus. 
Marginatus, Latreille. Loudun. 
Ips. 


Abbreviata, Pauxer. 
Bimaculata, Gyll. 
Ferruginea, Fab. 


Les melons pourris, les écorces, 
les maisons. 


Strongylus. 


Luteus, Fab. 
Ferrugineus, Fab. 
Strigatus, Fab. 


Sur les plantes. 
Nitidula 


Varia, Fab. 
Obsoleta, Fab. 
Biloba, Herbst. 
Depressa, Ilhger. 
Æstiva, Fab. 
Pulicarius, Latreille. 
Quadripustulata, Séurm. 
Discoïdes, Fab. 
Bipustulata, Fab. 
Obscura, Fab. 
Dulcamara, Tiger. 
Pedicularis. 
Viridescens, Fab. 
Decemguttata, Fab, 


(284) 


Unicolor, OL. 
Colon, Fab. 
Vivant de matières animales, 


mais se trouvant ordinairement 
sur les fleurs. 


Cercus. 


Pulicarius, Lafreille. 
Lugubre. 
Pedicularius, Fab. 


Byturus. 
Tomentosus, Fab. 
Engis. 


Humeralis, Fab. 
Ruffrons, Fab. 


Antherophagus. 


Nigricornis, Fab. 
Sur les fleurs. 


Cryptophagus. 


Caricis, Latreille. 
Sparganii, Sfurm. 
Cellaris, Fab. 
Lycoperdi, Gyll. 
Mesomelus, Paykul. 
Bicolor, Dej. 
Umbrinus , Schuppel. 
Fimetarius, Fab. 


Ptilium. 
Fasciculare, Herbst. 
Dermestes. 


Lardarius, Fab. 
Vulpinus, Fab. 
Murinus, Fab. 
Tessellatus, Fab. 
Ater, OI. 

Catta, Pauxer. 
Roseiventris, Dej. 


Ces insectes se uourrissent de 
toutes les substances animales, 


Attagenus. 


Undatus, Fab. 
Pellio, Fab. 
Megatoma, Fab. 


Megatoma. 
Serra, Fab. 
Trogoderma. 
Elongatulum, Fab: 
Anthrenus. 


Scrophulariæ, Fab. 
Pimpinellæ, Fab. 
Varius, Fab. 
Verbasci, Gyll. 
Museorum, Fab. 


Sur les fleurs. 
Hister. 


On trouve ce genre dans les 
bouses de vache, les famiers, les 
charognes. etc., quelques espèces 
sous les écorces. 


re DIVISION. 


Major, Fab. 

Lunatus, Fab, 4-Maculatus, 
Paykull. 

Unicolor, Fab. 

Cadaverinus, Paykull. 

Merdarius, Paykull. 


2e DIVISION. 


Quadrimaculatus, Fab. 
Sinuatus, Paykull. 
Nigerrimus, Dej. 
Bissexstriatus, Paykull. 


3e DIVISION. 


Corvinus, Germar. 
Bimaculatus, Fab. 
Duodecimstriatus. Paykulil. 


( 285 ) 


Àe DIVISION. 


Purpurascens, Fab. 
Carbonarius, Paykull. 
Stercorarius, Paykull. 


De DIVISION. 


Intricatus, Latreille. 
Nitidulus, Fab. 


6€ DIVISION. 


Speoulifer, Paykull. 
Æneus, Fab. 

Affinis, Paykull. 
Conjungens, Paykull. 
Dimidiatus, Paykull. 
Sabulosus, Dej. 
Metallescens, Dej. 


Dendrophilus. 


Rotundatus, Fab. 
Minutus, Dej. 


Abræus. 
Minuius, Fab, Londun. 
Onthophilus. 


Sulcatus, Fab. 
Striatus, Fab. 


Platysoma. 
Picipes, Fab., Loudun. 
Nosodendron. 
Fasciculare, Fab. Le Mans. 
Dans les plaies des arbres, sur- 
tout sur l’orme. 


Throseus. 


Adstrictor, Fab. 


On le trouve à terre sur le sable, 
dans les champs, les chemins, etc. 


Byrrhus. 


Pilula, Fab. 
Dorsalis, Fab. 
Varius, Fab. 
Nitens, Fab. 


Sous les pierres, la mousse, les 


feuilles tombées. 


Georissus. 
Pygmæus, Fab., Loudun. 
Lymnichus. 
Sericeus, Duftschmid. 
Elmis. 


Dargelasii, Latreille. 
Æneus, Müller. 
Maugeti, Latreille. 
Obscurus, Müller. 
Subviolaceus, Nees. 


Sous les pierres dans les ruis- 
seaux, surtout près des roues de 
moulins. 


Potamophilus. 


Acuminatus, Fab., très rare. 
Je l’ai trouvé une fois dans la 
Loire. 
Parnus. 
Prolifericornis, Fab. 
Heterocerus. 


Marginatus, F. 


Ces trois derniers genres se trou- 
vent sur le bords des eaux, en- 
foncés dans le sable humide, ou 
dans la vase, quelquefois dans 
l'eau. 


( 286 ) 


PALPICORNES. 


Elophorus. 
Grandis, Jiliger. 
Aquaticus, Fab. 
Minutus, Fab. 
Nubilus, Gyllenhal. 
Rugosus, OL. 

Hydrocus. 


Nitidicollis, Dej. 
Elongatus, Fab. 


Ochthebius. 
Riparius, Illiger. 
Berosus. 
Punctatissimus, Deÿ. 
Hydrophilus. 


Piceus, Fab. 
Caraboïdes, Fab. 


Scarabæoïdes, Fab. 

Grisescens, Dej. 

Melanocephalus, Fab. 

Affinis, Paykull. 

Griseus, Fab. 

Bipunctatus. 

Les six genres qui précèdent vi- 
vent dans l’eau. 

Les deux genres suivants sont 
des insectes terrestres qui se trou- 
vent dans les excréments des ani- 
maux herbivores. 


Sphæridiam. 


Scarabæoïdes, Fab. 
Bipustulatum, Fab. 
Var. Marginatum, Fab. 
Substriatum, Dej. 


Cercyon. 


Obsoletum, Sturm. 
Hœmorrhoïdale, Fab. 
Flavipes, Fab. 
Atomarium, Fab. 
Unipunctatum, Fab. 


Hydrobius. Lugubre, Gyllenhal. 
Picipes, Fab. 
LAMELLICORNES. 
Gymnopleurus. Onthophagus. 

Pillularius, Fab. Vacca, Fab. 
Flagellatus. Taurus, Fab. 

Capra, Fab. 

Sisyphus. Cœnobita, Fab. 


Schefferi, Fub. 
Copris. 


Lunaris, Fab. 
Emarginata, Fab. 


Nuchicornis, Fab. 
Hybneri, Fab. 
Lemur, Fab. 
Schreberi, Fab. 
Furcatus, Fab. 
Semicornis, Fab. 
Ovatus, Fab. 


(287) 


Oniticellns. 
Flavipes, Fab. 
Aphodius. 


Fossor, Fab. 
Fimetaris, Fab. 
Rufescens, Fab. 
Sordidus, Fab. 
Scybalarius, Fab. 
Immundus, Sfurm. 
Nitidulus, Fab. 
Merdarius, Fab. 
Porcus, Fab. 
Pubescens, Ziégler. 
Consputus, Fab. 
Contaminatus, Fab. 
Conspurcatus, Fab. 
Inquinatus, Fab, 
Nigripes, Fab. 
Pecari, Fab. 
Bipustulatus. 
Rufipes, Fab. 
Scrulator, Fab. 
Erraticus, Fab. 
Subterraneus, Fab. 
Hœmorrhoidalis, Fab. 
Carbonarius, Séurm. 
Luridus, Fab. 
Quadripustulatus, Fab. 
Testudinarius, Fab. 
Sus, Fab. 
Quadrimaculatus. 
Scrofa, Fab. 
Anachoreta, Fab, 


Oxyomus. 


Asper, Fab. 
Porcatus, Fab. 
. Cœsus, Fab. 


Tous ces genres se trouvent dans 
les matières excrémentielles des 
animaux ruminants. Îls se nour- 
rissent dans le fumier et autres 
matières en décomposition. 


Trox. 


Perlatus, Sfurm. 


Sabulosus, Fab. 
Hispidus, Fab. 
Arenarius, Fab. 
Dans les lieux secs et sabloneux, 
sur la terre. 
Geotrupes. 


Typhæus, Fab. 
Stercorarius, Fab. 
Sylvaticus, Fab. 
Vernalis, Fab. 


Dans les mêmes lieux que les 
aphodius. 


Bolboceras. 


Mobilicornis, Fab. 
On le trouve volant, après le 
coucher du soleil. 


Oryctes. 


Nasicornis, Fab. 
Dans le terreau, le tan, les cou- 
ches de jardin. 
Anomala. 


Jul, Fab. 
Var. Frischi, Fab. 


Sus les luisettes qui bordent la 
Loire. 
Anisoplia. 


Agricola, Fab. 

Arvicola, Fab. 
Fruticola, Fab. 
Horticola, Fab. 


Sur les luzernes en fleur, le sain- 
foin, etc. 


MelolonthaA. 


Vulgaris, Fab. 
Hippocastani, Fab., Paris. 


Anjou? Sur tous les arbres, 


(288 ) 


Catalasis. 


Pilosa, Fab. 
Sar les peupliers. 


Rhisotrogus. 


Œstivus, OL. 

Ater, Fab,, Saumur. 
Soltitialis, Fab. 
Rufescens, Latreille. 
Paganus, OL. 


Les arbres, les fleurs, etc. 
Omaloplia. 


Brunnea, Fab. 
Ruricola, Fab. 
Variabilis, Fab. 
Les deux premières espèces sur 


les fleurs, la dernière courant sur 
le sable par terre. 


Hoplia. 


Farinosa, Fab. 

Squammosa, OL. 

Argentea, OL. 

L’hoplia farinosa est une char- 
mante espèce, commune à la fin 
de mai, sur les luisettes des bords 
de la Loire à Saint-Remy; on la 
trouve aussi suspendue aux tiges 
des graminées, dans les prés qui 
avoisinent la rivière. 


Osmoderma. 


Eremita, Fab. 
Dans les bois. 


Gnorimns. 


Octopunctatus, Fab. Chalonnes. 
Nobilis, Fab. 


Sur les fleurs. 


(1) Ajowtez: Rufipes, Fab., trouvée à Bouchemaine. 


Frichins. 


Gallicus, Dej. 


Commun sur les roses. 
Valgus. 
Hemipterus, Fab. 


Sur les fleurs, quelquefois sur le 


bois. 


Cetonia. 


Obsecura, Duftsch. 
Var. Cuprea, Ulirich. 
Marmorata, Fab. 
Aurata, Fab. 

Pilosa, Dej. 

Hirta, Fab. 

Stitica, Fab. 


Sur les fleurs. 
Lucanus. 


Cervus, Fab. 
Capreolus, Fab. 


Dorcus. 
Parallelepipedus, Fab. 
Dans les foréts, la larve vit dans 
l’intérieur du bois. 
Platycerus. 
Caraboïdes, Fab. (1) 
Œsalus. 
Scarabœoïdes, Fab. 


Sinodendron. 


Cylindricum. 


UC. B:) 


( 299 } 


HÉTÉROMÈRES. 
MELASOMES. Endophloœus. 

GENRE : Asida. Spinosulus. 
Grisea, Fab. Tetratoma. 


Dans les lieux sabloneux. 
Fungorum, Fab. 


Blaps. 
Ha Pentaphyilus. 
Obtusa, Sfurm. 
Fatidica, Illiger. Testaceus, Gyllenhal. 
Les lieux obseurs et humides È 
les caves, les celliers, etc. * Neomida. 
Opatrum. Violacea, Fab. Saumur. 
Sabulosum, Fab. Diaperis. 


Courant sur la terre, dans les 


lieux säblonneux. Boleli, Fab. 
Microzoum . Cäphronetis. 
| 
| 


Tibiale, Fab. Brunea, Dej. 


Crypticus. Margus. 


Glaber, Fab. 


Dans le sable et sur le bord des 
chemins, 


TAXICORNES. 


Ferrugineus, Fab. 
Cerandria. 


Testacea, Dej. 


GENRE : Bolitophagus . Dans les champignons décompo- 
sés, sous les vieilles écorces, etc. 
Agaricola, Latreille. 
Hypophlæus. 
Anisostoma. 
Castaneus, Fab. 
Bicolor, Fab. 


Depressus, Fab. 


Sous l'écorce des arbres. 


Piceum, Gyll. 
Humerale, Fab. 


Phaleria. 


Sarrotrium. 
Cadaverina, Fab. 


Var. Bimaculata. Muticum, Fab. 


19 


( 290 ) 


TÉNÉBRIONITES. 
GENRE : Orchesia. 
Micans, Fab. 
Dircæa. 


Undulata, Dej. 
Variegata, Fab. 


Conopalpus. 
Collaris, Dej. 
Melandrya. 
Serrata, Fab. 
Tenebrio. 


Obscurus, Fab. 
Molitor, Fab. 
Les lieux obscurs, les caves, etc. 


Les quatre premiers genres sous 
les écorces, quelquefois sur les 


fleurs. 


HÉLOPIENS. 
Helops. 


Lanipes, Fab. 
Caraboïdes, Pauzer. 


Sous les écorces. 
Mycetochares. 
Barbata, Latreille, 
Omophlæus. 


Lepturoides, Fab. 
Sur les fleurs. 


Cistela. 


Ceramboides, Fab. 
Atra, Fab. 

Fusca, Pauxer. 
Fulvipes, Fab, 


Sulphurea, Fab. 
Murina, Fab. 


Surles fleurs, dans les prairies, 
TRACHÉLIDES. 
Lagria. 


Hirta, Fab. 
Pubescens, Fab. 
Glabrata, OL. 


Sur les fleurs. 
Pyrochroa. 


Rubens, F. 


Sous les écorces. 
Monocerus. 
Monoceros, Fab. 
Amthicus. 


Arenarius, Dalh. 

Antherinus, Fab. 

Floralis, Fab. 

Hirtellus, Fab: 

Pulchellus, Dej. 

Quadripustulatus, Fab. 

Cinereus, Chevrolat. 

Rufpes, Gyll. 

Sur les fleurs, quelques espèces 
dans le sable. 

J’ai trouvé l’ Anthieus pulchel- 
lus, espèce méridionale, sur: un 
vieux mur, dans les racines des 
plantes qui y croissaient. 


Seraptia. 


Fusca, Latreille. 
Minuta, De. 


Ripiphorus. 
Bimaculatus, Fab. 
Mordella. 
Biguttata, Dej. 


Fasciata, Fab. 
Aculeata, Fab. 


( 291 ) 


Anaspis. Sitaris. 
Frontalis, Fab. Humeralis, Fab. 
Flava, Fab. 


Tous ces genres sur les fleurs. 


Maculata, Geoffroy. 
Nigra, Mégerle. 


Quadrimaculata, Dep. STÉNELYTRES. 
Humeralis, Dej. Ascl 
Rufñcollis, Fab. selera. 
Tous ces genres se trouvent sur Cærulescens, Fab 
les fleurs, dans les prairies. ) ° 
Anogcodes. 


VÉSICANTS. 
Melanura, Fab. 
Meloe. Ustulata, Fab. 


e Ruficollis, Fab. 
Gallicus, Dej. 


Autumnalis, OL. Ademera. 
Brevicollis, Fab. 
Le long des haïes, sur le bord Podagrariæ, Fab. 
des chemins. Flavescens, Lin. 
Cœrulea, Fab. 
Cerocoma. Virescens, Fab. 


; Clavipes, Fab. 
Schæfferi, Fab. 


Rhinosimus. 
Mylabris. 
Nr à Æneus, OI. 
Cichorii, Latreille. Chalonnes. Planirostris, Fab. 
Ruñicollis, Pauzer. 
Lytta. 


Vesicatoria, Fab. 


Sur le fresne. — 7’ulg. Mouche 
cantharide. 


TÉTRAMÈRES. 


CURCULIONITES. Viciæ, Sturm. 
Nubilus, Dej. 


Bruchus. Granarius, Fab. 
Variegatus, Dej. Pallidicornis, Dej. 
Bimaculatus, OL. Buzeleti, Chevrolat. Nov. sp. 
Marginellus, Fab. 1835. 
Varius, OL. Luteicornis, Zlliger. 
Galegæ, Ziégler. Pygmæus, Dej. 
Pusillus, Mégerle. Inspergatus, Schænherr. 
Pisi, Fab. Geniculatus, Schænherr. 
Cist, Fab. Depilis, Schænherr. 


Signaticornis, Mégerle. Atomarius, Mégerle. 


(292) 


Spermophagus. 


‘Cardii, Steven. 
Nillosus, Dej. 


Urodon. 


Rufñpes, Fab. 
Suturalis, Fab. 


Sur les luisettes des bords de la 
Loire, les arbres, les fleurs, sous les 
écarces, etc. 

C’est là qu’il faut chercher pres- 
que toutes les espèces de Curculio- 
nites, ou Charancons. 


Antribus. 
Albinus, Fab. 
Eropideres. 
Albirostris, Fab. 
Platyrhinus. 
Latirostris, Fab. 
Brachytarsus 
Scabrosus, Fab. 
Apoderus. 
Avellanæ, Lin. 
Attelabus. 
Curculionoides, Fab. 
Rhynchites. 
Æquatus, Fab. 
Punctatus, OI: 
Populi, Fab. 
Betuleti, Fab. 
Var. Fagi, Dahl. 
Pubescens, Iliger. 
Conicus, Fab. 


Hirtellus, Ziégler. 
Minutus, Gyll. 


Nanus, Paykull. 
Betulæ, Fab. 

Sericeus, Herbst. 
Bacchus, Fab, 
Rubens, Mégerle. = 


Ramphus. 
Flavicornis, Clairville. 
Apion:. 


Pomonæ, Fab. 
Atomarium, Gyll. 
Æneum, Fab. 
Radiolus, Kirby. 
Flavipes, Steven. 
Canescens, Dej.— Sur lesfleurs 
d’ajonc. 
Miniatum, Schænherr. 
Malvæ, Fab. 
Seniculus, Kirby. 
Nigritarse, Kirby. 
Violaceum, Kirby. 
Globulipenne. 
Frumentarium, Fub. 
Flavicornis, Clairville. 
Albovittatum. 


€Cneorhinus. 
Geminatus, Fab. 
Coryli, Fab. 
Affinis, Dej. 
Faber, Herbst. 
Griseus, Mégerle. 
Limbatus, Fab. 
Exaratus. 

Seiaphilus, 
Nubilus. 

Eusomus. 

Ovulum, Ziliger. 


FTanymecus. 


Palliatus, Fab. 


Sitonz. 


Gressorius, Fab. 


Regenteinensis, Herbst. 


Caninus, Gyll. 
Lineatus, Fab. 
Sulcifrons, Gerrar. 
Tybialis, Gyll. 
Crinitus, OL. 


Polytrusus. 


Undatus, Fab. 
Prasinus, OL. 
Planifrons, Dej. 
Sparsus. 

Flavipes, Gyll. 
Chrysomela, OL. 

Iris, Fab. 

Atomarius, Creutzer. 


Metallites. 
Cuproæneus, Zlliger. 
Cleonis. 
Sulcirostris, Fab. 
Trisulcatus, Fab. 
Cinereus, Fab. 


Phcatus, OL. 
Albidus, Fab. 


Pachycerus. 
Madidus. 
Liophiæus. 
Nubilus, Fab. 
Gronops. 
Lunatus, Fab. 
Alophus. 
Triguttatus, Fab. 
Minyops. 


Variolosus, Fab. 


(293 ) 


Lepyrus. 


Colon, Fab. 
Binolatus, Fab. 


Plinthus. 
Caliginosus, Fab. 
Tanysphyras. 
Lemnæ, Fab, 
Molites. 


Coronatus, Latreille, 
Bajulus, OL. 


Hylobius. 


Abietis, Fab. 
Fatuus, Rossi. 


Phitonomus. 


Rumicis, Fab. 
Arundinis, Fab. 
Mixtus, Dej. 
Plantaginis, Fab. 
Murinus, Fab. 
Nigrirostris, Fab. 
Punctatus, Fab. 
Defloratus, Chevrolat. 
Maculipennis, Dej. 
Fascicularis, Gyll. 


Philobius. 


Pyri, Fab. 
Prasinus, OL. 
Argentatus, Fab. 
Mali, OL. 
Vesperlinus, Fab. 
Oblongus, Fab. 
Sinuatus, Fab. 
Betulæ, Fab. 
Parvulus, Gyll. 
Ornatus, Herbst. 


Trachyplæus. 
Spinimanus, Germar. 
Omias. 


Perlucidus. 
Brunnipes, O1. 


Peritelus. 


Necessarius. 
Hirsutulus. 


Othiorhynchus. 


Scabrosus, Marsham. 
Picipes, Fab. 
Raucus, Fab. 
Ligustici, Fab. 
Ovatus, Fab. 
Ligneus, OL. 


Lixus. 


Paraplecticus, Fab. 
Ascanii, Fab. 
Ferrugineus. 
Myagri, O1. 
Bicolor, OL. 
Sparti, OL. 
Sobrinus, Dej. 
Scopari, Dej. 
Polinosus, Germ. 
Tigrinus, Mégerle, 
Filiformis, Fab. 
Palmatus. 


Larinus. 
Scolymi, OL. 


Jaceæ, Fab. 
Carlinæ, OL. 


Rhinocyllus. 


Latirostris, Latreille. 
{ Olivieri, Mégerle. 
+ Odontalgicus, O!. 


( 294 


——— 


) 


Fhamnophillus. 


Pruni. 
Stygius, Gyll. 
Rhina. 

Cerasi, Lin. 


Pissodes. 
Pini. 
Erirhinus. 


Scirpi, Fab. 
Acridulus, Fab. 
Maci. 

Festucæ, Gyll. 


Dorytomus. 


Tremulæ, Fab. 
Tenitus, Fab. 
Tortrix, Fab. 
Dorsalis, Fab. 


Grypidius. 


Equiseti, Fab. 
Obsoletus, Sturm. 


Lygnyodes. 


Enucleator. Pauzer. 
Bicolor, Duft. 


Anthonomus,. 


Ulmi, Gyll. 
Clavatus, Ziégler. 
Pomorum, Fab. 
Rubi, Fab. 


Balaminus. 


Nucum, Fab. 
Ferrugineus, Ziégler- 
Venosus, Germar. 
Villosus, Fab. 
Venustus, Schænherr. 
Crux, Fab. 


{Tychius. 


Quinquepunctatus, Fab. 
Venustus, Fab. 
Tomentosus, Fab. 
Sparsutus, OL. 
Striatulus, Dej. 
Cuprifer, Pauzer. 
Picirostris, Fab. 
Cinarescens, Gyll. 

Sibinia. 
Canus. 


Acalyptus. 
Carpini, Gyll. 

Phytobius. 
Velatus, Germar. 


Anoplus. 
Plantaris, Gyll. 


Orchestes. 


Alni, Fab. 

Quercus, Lin. 
Crinitus, Chevrolat. 
Viminialis, Fab. 
Lonicera, Fab. 
Rufus, OL. 

Illicis, Fab. 

Salicis, Fab. 

Fagi, Gyllenhail. 


Lyprus. 
Cylindrus, Gyll. 
Bagous. 


Laticollis, Schænherr. 
Lutulentus, Gyll. 


Baridius. 


Viridissimus, Dej. 
Analis. 


(295) 


Gasterocerus. 
Depressirostris, Fab. 
Baris. 


Artemisiæ, Fab. 
Picinus, Germar. 
Album, Lin. 
Analis, OL. 
Chloris, De. 
Atriplicis, OL. 


Acalles. 
Ptinoides, Gyll. 


Ceutorhynchus. 


Echü, Fab. 
Trimaculatus, Fab. 
Asperifoliarum, Kirby. 
Didymus, Fab. 
Guttula, Fab. 
lota, Dej. 
Suturalis, Fab. 
Troglodytes, Fab. 
Seniculus, Dey. 
Sulcicollis, Paykull. 

{ Assimilis, Fab. 

| Syrites, Germar. 
Floralis, Fab. 
Chalcodes, Chevrolat. 
Ericæ, Gyll. 
Si, Chevrolat. 
Geranü, Paykull. 
Hœmorrhoidalis, Fab. 
Erysimi, Fab. 
Hirtulus, Schüppel. 
Contractus, Marsham. 
Quercus, Fab. 
Sysimbrii, Fab. 


Campylirhynchus. 


Pericarpius, Fab. 
Inconspectus, Herbst. 


Mononychus. 


Pseudacori, Fab. 


Probitis. 
Globosus, Fab. 
Cionus. 


Scrophulariæ, Fab. 
Verbasci, Fab. 
Thapsus. 

Blattariæ. 


Mecimus. 


Limbatus, Dej. 
Hæmorrhoïidalis, Fab. 


Gymmetron. 


Longirostris, Dej. 
Graminis, Gyll. 
Plantarum, Dej. 
Teter, Fab. 
Postellum, Herbst. 
Nanus, Dej. 


( 296 ) 


Nanodes, 


Lytbri, Fab. 
Globulus, Germar. 


Calandra 
Picea, Fab. 
Abbreviate, Fab. 
Granaria, Fab. 

Dryophthorus. 

Lymexylon, Fab. 

Cossonus. 
Ferrugineus, O1. 

Rhyneolus. 
Cylindrirostris. 


Sulcirostris, Mégerle. 
Puncticollis, Ziégler. 


XYLOPHAGES. 


Les insectes de cette famille vivent dans le bois et sous l'écorce: 


des vieux arbres Quelques-uns dans les bolets. 


Hylurgus. 


Trifolü, Muller. 
Ater, Fab. Loudun. 
Testaceus, Fab. 
Liguiperda, Fab. 
Palliatus, Gyll. 


Hylesinus. 
Fraxini, Fab. 
Betulæ, Chevrolat. 
Varius, Fab. 


PFhloiotribus. 


Oleæ, Fab, 


Scolytus. 


Intricatus. 
Destructor, OL. 
Multistriatus. 
Pvgmæus, Fab. 


Bostrichus 


Typographus, Fab. 

Dispar, Fab. 

Pilosus, Dej. 

Bispinus, Mégerle. Loudun. 
Pubescens. 

Micographus, Fab. 
Retusus, De. Loudun. 


( 297 ) 


PFlatypus. 
Cylindrus, Fab. Loudun. 
Apate. 


Capucina, Fab. 
Sexdentata, OL. 
Sinuata, Fab. 


Cis. 


Boleti, Fab. 
Mandibularis, Gyll. 
Affinis, Gyll. 
Micans, Fab. 


Dans les bolets et agarics qui 
eroissent sur les arbres. 


Latridius. 


Fusculus, Mégerle. 
Marginatus, Paykull. 
Villosostriatus, Reich. 
Ruficollis, Chevralat. Londun. 
Exilis, Dej. 

Angusticollis, Még.Loudun. 
Porcatus, Herbst. 

Gibbosus, Paykull. 


Mycetophagus. 


Variabilis, Gyll. 
Var. Lunaris, Fab. 
Tetratoma, Dej. 
Atomaria, Fab. 
Multipunctatus, Fab. 


Dans les champignons 
riphyllus. 
Obseurus, Dej. 
Fumatus, Lin. 
Fagi, Chevrolat. 
Cerylom. 


Histeroides, Fab. 


Quadrimaculatus, Fab. 


Myrmechixenus. 


Subterraneus, Chevrol. Loudun 
Vit avec les fourmis. 


Monotoma. 
Quadricollis. 
Piscipes, Paykull. Loudnn. 
Anousticollis, Aube. Loudun. 
Rhyzophagus. 
Politus, Fab. 
Pini, Chevrolat. 
Dispar, Paykull. Loudun. 
Bitoma. 
Crenata, Fab. 
Lyctus. 
Canaliculatus, Fab. 
Colydium. 


Elongatum, Fab. Loudun. 
Sulcatum, Fab. 


Silvanus. 


Sexdentafus, Fab. Loudun. 
Unidentatus, Fab. 


Erogosita. 
Caraboïdes, Fab. 
Brontes. 


Flavipes, Fab. 


Toutes ces espèces vivent dans 


le bois mort et sous les écorces. 


(298 ) 


LONGICORNES. 


Les insectes de cette famille se trouvent sur les arbres, les fleurs, etc. 
Quelques espèces dans le bois mort. 


Ægosoma. 
Scabricorne, F@b. 
Prionus. 
Coriarius, Fab. ) 
Hammaticherus. 


Heros, Fab. 
Cerdo, Fab 


Les insectes de ces trois genres 
se tiennent sur les arbres et volent 
le soir. 


Purpuricenus. 
Kœbleri, Fab. 
Rosalia. 


Alpina, Fab. 
Cette espèce a été trouvée une 
fois aux environs d'Angers (I). 
Aromia. 


Moschata, Fab. 


Commune sur les saules, dans 
les iles de la Loire. 


Asemum. 
Striatum, Fab. Saumur. 
KHylotrupes. 
Bajulus , Fab. 


Dans les bois, mais entrant sou- 
vent dans les maisons. 


Callidium. 


Violaceum, Fab. 
Clavipes, Fab. 
Femoratum, Fab. 
Sanguineum, Fab. 
Alni, Fab. 
Unifasciatum, Fab. 
Variabile, Lin. 
Var. Testaceum. 


Clytus. 


Arenatus, Fab. 
Detritus, Fab. 
Hafniensis, Fab. 
Tropicus, Pauszer. 
Antilope, Jiger. 
Arietis, Fab. 
Gazella, Fab. 
Massiliensis, Fab, 
Plebejus, Fab. 
Trifasciatus, Fab. 
Ornatus, Fab. 
Verbasci, Fab. 
Quadripunctatus, Fab. 
Mysticus, Fab. 


Sur les fleurs. 
Gracilia. 
Pygmæa, Fab. 
Stenopterus. 
Rufus, Fab. 
Molorchus. 


Abbreviatus, Fab. 
Ulmi, Chevrolat. 


Au mois d’août, dans le nid des 
abeilles maçonnes. 


Saumur. 


(1) Plusieurs fois à notre connaissance (T.-C. B.) 


(299) 


Leiopus. 
Nebulosus, Fab. 
Exocentrus. 
Balteatus. 
Pogonocheirus. 


Hispidus, Fab. 
Pilosus, Fab. 


Pachystola. 
Textor, Fab. 
Mesosa. 


Curculionoïdes, Fab. 
Nebulosa, Fab. 


Dans les bois. 
Dorcadion. 


Fuliginator, Fab. 
Quadrilineatum, Chevrolat. 


Parterre, dans les sentiers qui 
traversent les prés, sur les bords 
de la Loire. 


Saperda. 


Scalaris, Fab. 
Tremula, Fab. 
Punctata, Fab. 
Populnea, Fub. 


Anœtia 
Prœusta, Fab. 
Oberea, 


Oculata, Fab. 
Pupillata, SchϾnherr. 
Erythrocephala, Fab. 
Linearis, Fab. 


Phytœcia. 


Lineola, Fab. 
Virescens, Fab. 


Agapanthia. 


Cardui, Fab. 
Augusticollis, Schæn. 
Suturalis, Fab. 


Rhagium. 


Inquisitor, M. 
Mordax, Fab. 
Bifasciatum. 


Rhamnusium. 
Salicis, Fab. 
Pachyta. 


Virginea, Fab. 
Collaris, Fab. 


Strangalia. 


Attenuata, Fab. 
Calcarata, Fab: 


Stenura. 


Quadrifasciata, Fab. 
Nigra, Fab. 
Melanura, Fab. 
Cruciata, OL. 


Leptura. 


Hastata, Fab. 
Scutellata, Fab. Loudun. 
Tomentosa, Fab. 
Livida, Fab. 

Sexguttata, Fab. 


Grammoptera. 


Lœvis, Fab. 

Lurida, Fab. 

Suturalis, O1. 

Femorata, Dahl. 

Ruficornis, Fab. 

Prœusta, Fab. 

Sur les saules des vanniers, dans 
les iles et sur les bords de la Loire, 
dans les bois, sur les fleurs, prin- 
cipalement sur les ombellifères. 


( 300 ) 


CHRYSOMELINES. 


Donacia. 


Crassipes, Fab. 

Deutipes. 

Reticulata, Schœner. 

Lemnæ, Fab. 

Sagittariæ, Fab. 

Nympheæ, F. 3 var. 

Pallipes, S{urm. 

Affinis, Kunze. 

Linearis, Hoppe. 

Typheæ, Brahm. 

Simplex, Fab. 

Hydrocharidis.  — 

Cunault. 

Ce genre se trouvesur les feuilles 
et les fleurs des plantes aquatiques. 
On en voit beaucoup sur les fleurs 
de VJris Pseudoacorus. 


Etang de 


Orsodacua. 


| Oxyacantha, Schott. 
Violacea, Chevrolat. : 
{ Chlorotica, Latreille. 

| Cerasi, Fab. 


Auchenia. 
Subspinosa, Fab. 
Lema. 


Duodecimpunctata, Fab. 
Merdigera, Fab. 
Brunnea, Fab. Saumur. 
Asparagi, Fab. 
Melanopa, Fab. 
Cyanella, Fab. 


Sur les feuilles des arbres. 
Hispa. 
Atra, Fab. 


Cassida. 


Lineola, Creutzer. 
Equestris, Fab. 
Viridis, Fab. 
Sanguinolenta, Fab. 
Rubiginosa, Gyll: 
Vibex, Fab. 
Affinis, Fab. 
Nebulosa, Lin. 
Ferrugina, Fab. 
Obsoleta, Tiger. 
Viridula, Paykull. 
Hemisphærica, Herbst- 


Sur les fleurs, dans les prairies. 
Adimonia. 


Littoralis, Fab. 
Tanaceli, Fab. 
Rustica, Fab. 
Interrupta, OL. 
Sanguinæa, Fab. 
Capreæ, Fab. 


Galleruca. 


Calmariensis, Fab. 
Nympheæ, Fab. 
Lineola, Fab. 
Tenella, Fab. 
Lythri, Fab. 
Nigricornis, Fab. 


Malacosoma. 


Lusitanica, O/. 


Ces trois genres sur les arbres 
et les fleurs, 


Agclastica. 


Alni, Fab. 


Sur le tronc des arbres; princi- 
palement des saules. 


Luperus. 


Rufipes, Fab. 
Flavipes, Fab. 
Suturella, Tliger. 


Sur les plantes, les buissons, etc. 


Craptodera. 


Oleracea, Fab. 
Lythri, Chevrolat. 


Crepidodera. 


Lineata, Rossi. 
Exoleta, Fab. 

Nitidula, Fab. 
Fulvicornis, Fab. 
Pubescens, Ent. Hefte. 


Phyllotreta. 


Cincta, Dej. 
Nemorum, Fab. 

4. Pustulata, Gyll. 
Atra, Ent. Hefte. 


Aphthoma. 


Rubi, Fab. 
Lutescens, Gyll. 


Teinodactyla. 


Quadripustulata, Fab. 
Dorsalis, Fab. 
Tabida, Fab. 
Nasturtii, Fab. 
Atrucilla, Fab. 
Pratensis, Pauxer. 
Pusilla, Gyll. 


Psylliodes. 


Dulcamaræ, Ent. Hefte, 


Hyosciami , Fupb. 
Chrysocephala, Lin. 
Napi, Fab. 

Affinis, Paykull. 


( 301) 


Plectroscelis. 


Aridella, Paykull. 
Schupelhi, Ulrich. 


Balanomorpha 
Semiænea, Fab. 
Apteropeda. 
Orbicularis, Ziégler. 
Podagrica. 
Fulvipes, Fab. 
Argopus. 
Cardui, Kirby. 
Testaceus, Fab. 
Les onze genres qui précèdent 
sont des divisions de l’espèce 4/- 
tica, et se composent de petits 


insectes vivant sur les feuilles de 
beaucoup de végétaux. 


Timarcha. 


Tenebricosa, Fab. 
Corioria, Fab. 


Par terre, le long des chemins et 
des haies. 


Chrysomela. 


Hoœmoptera, Fab. 
Hottentotta, Fab. 
Oblonga, Dej. 
Sanguinolenta, Fab. 
Marginata, Fab. 


Banksïü, Fab. — Dans les bois 
de Gennes. 

Geminata, Paykull. 

Fucata, OL. 


Centaurei, Fab. 
Varians, Fab. 
Graminis, Fab. 
Fastuosa, Fdb. 
Cerealis, Fab. 
Americana, Fab. 


( 302 ) 


Staphylea, Fab. 
Polita, Fab. 
Lurida, Fab. 


_Les arbres, les buissons, les prai- 
r1es,. 
Lina. 
Populi, Fab. 
Tremulæ, Fab. 
Ænea, Fab. 
Spartophila. 
Litura, Fab. et ses var. 
Plagiodera. 
Armoraciæ, Fab. 
Gastrophysa. 
Polygoni, Fab. 
Phratora. 
Vitellinæ, Fab. 
Betulæ, Besser. 
Vulgatissima, Duftsch. 
Phœdon. 
Pyritosum, Rossi. 
Cochlearia, Fab. 
Egenum, Zrégler. 


Helodes: 
Marginella, Fab. 
Phellandrüi, Fab. 
Violacea, Fab. 

Bromius. 
Vitis, Fab. 

Chrysochus. 


Pretiosus, Fab. Paris. Anjou? 


| 


Clythra. 
Quadripunctata, Fab. 
Labidostomis. 


Longimana, Fab. 
Tridentata, Lin. 


Cheilotoma 
Bucephala, Fab. 
Cyamiris. 
Cyanea, Fab. 
Pachybrachis. 


Histrio, Fab. 
Tesselatus. 


Cryptocephalus 


Pipunctatus, Fab. 
Coryli, Fab. 
Cordiger, Fab. 
Duodecimpunctatus. 
Octoguttatus, Fab. 
Moræi, Fab. 
Bipustulatus, Fab. 
Sireceus, Fab. Et toutes ses va- 
riétés. 

Violaceus, Fab. 
Flavifrons, Fab. 
Flavipes, Fab. 
Flavilabris, Fab. 
Labiatus, Fab. 
Hybneri, Fab. 
Vittatus, Fab. 
Pygmœus, Fab. 
Gracilis, Fab. 
Minutus, Fab. 

_Les plantes, les fleurs, les prai- 

r1es. 


Disopus. 


Pini. Loudun. 


Triplax. 


Rufpes, Fab. 
Nigripennis, Fab. 
Bipustulata, Fab. 
Nigriceps. Loudun. 


Phalacrus. 
Corruscus, Paykull. 
Bicolor, Fab. 

Affinis, Gyll. 


Testaceus, Zlliger. 
Corticallis, Illiger. 


Hippodamia. 


Mutabilis. 
10. Punctata. 


Anisostica. 
19. Punctata. 

Coccinella. 
Bipunctata, Fab. 


Dispar, Illiger. 
Sexpustulata, Fab. 


( 303 ) 


Agathidium. 
Seminulum, Fab. 

Clypeaster. 
Pusillus, Gyll. 


Ces quatre genres se trouvent 
dans les bolets, au pied des arbres 
et sous les écorces. 


TRIMÈRES. 


Var. Quadripustulata, Fab. 


41. Punctata. 
Septempunctata. 
Quinquepunctata. 
Vidua, OL. 
Conglobata. 

20. Punctata, Fab. 
22, Punctata, Lin. 
Conglomerata, Fab. 
Var. 14. Maculata, Fab. 
Variabilis, J!/iger. 
Var. Biguttata, Fab. 


( Var. 10. Guttata. 


14. Pustulata. 
16. Guttata, Chalonnes. 


Chilocorus: 


Renipustulatus, Illiger. 
Bipustulatus, Fab. 
Quadriverrucatus, Fab. 
Auritus, Schneider. 


Cynegetis. 


Globosa, Aliger. 
24. Punctata, Fab. 


Hyperaspis. 
Marginella, Fab. 
Nundina. 


Litura, Fab. 


Seymnus. 


Ater, Jlliger. 

Analis, Fab. 
Discordeus, Fab. 
Biverrucatus, Fab, 
Frontalis, T/liger. 
Quadrilunulatus, Fab. 
Luridus, Dej. 


(304) 


Flavipes, {iliger: les écorces. Ils se nourrissent de 
Nigripes, llhger. pucerons. Quelques espèces sont 
Bispustulatus, Fab: herbivores. 

uadrinotatus, Mégerle. 
Rues Lo Endomychus. 

Coccidulaà. Coccineus, Fab. 

Scutellata, Fab. Lycoperdina. 
Pectoralis, Fab. 


Bovistæ, Fab. 


Ces petits insectes se trouvent Dans les champignons etsousles 


sur les arbres, les plantes, dans les 


jardins, dans les maisons et sous Poe 
DIMÈRES. 
Ctenistes. Tychus. 
Palpalis, Reichenbach. Loudun. Niger. Paykull. 
Pselaphus. Euplectus. 
Heïisei, Herbst. Nanus, Reichen. 


Sanguineus , Denny. Loudun. 
Briaxis. 
Claviger. 
Lefebvrei, Aube. 
Sanguinea, Fab. Loudun. Faveolatus, Müller. Loudun. 


Hæmatica, Reichen. id. Ces genres se dérobent aux in- 


Faveolatus, id. vestigations par leur extrême. pe- 
Rubella, Ziégler. titesse. Le seul moyen de seles pr'o- 
Impressa, Pauxzer. Loudun. curer est de faucher dans l’herbe 


avec un filet à coléoptères, un 
peu avant le coucher du soleil. 


Bythinus. 


Bulbifer, Reichen. Loudun. 


Ce genre se trouve sous les 
pierres, dans les ruisseaux, 


( 305 ) 


EXAMEN DES RECHERCHES 
faites jusqu'a ce jour sut la mansion romaine 


SEGOR A. 


L'étude des voies de communication ouvertes par 
les Romains dans les Gaules, offre parfoisles difficultés 
les plus sérieuses. Malgré tout le soin apporté par les 
vainqüeurs à l'établissement de leurs routes, ïl n’en 
reste plus , après tant de siècles écoulés, que de rares 
ou d’équivoques vestiges, et nous ne possédons, on le 
sait, qu'un bien petit nombre de documents antiques 
susceptibles de guider et de faciliter les recherches. 
Ces documents d’ailleurs sont souvent fautifs ; « Les 
contradictions fréquentes qui figurent dans ces routes, 
dit naïvement Dom Maurice (1), ont donné beaucoup 
d'exercices aux sçavants, et leurs travaux ne sont pas 
exempts des défauts auxquels ils ont voulu remédier. » 

Or, parmi les voies romaines qui traversaient nos 
provinces de l'Ouest , il en est une qui, plus que toutes 
les autres, semble avoir eu jusqu'ici le privilége de 
mettre en défaut la sagacité et l’érudition des archéo- 
logues, je veux parler de celle qui se rendait de Lemu- 
ho au Portus Namnetum. 


{1) Histoire de Bretagne, t. 1, p. 856. 
200 


( 306 ) 


C’est sur la table Théodosienne ou de Peutinger, et 
sur cette table seulement, que se trouve mentionnée 
la route que je viens d'indiquer. Entre Lemuno et Por- 
tus Namnetum , on voit figurer sur la earte, une 
mansion, nommée Segora. Au-dessus de ce nom, 
on lit le.chiffre xvin, entre Segora et Lemuno, le 
chiffre xxx1n7, et je me hâte d’ajouter que ces nombres 
représentent des lieues gauloises. 

À une époque déjà bien éloignée de nous, puisqu'elle 
remonte au XVII: siècle, les savants voulurent préciser 
la direction et le parcours de la voie. Pour y parvenir, 
il fallait connaître la position de Segora. Malheureuse- 
ment, celte station avait disparu comme la route elle- 
même, el d'un autre côté, les distances marquées sur 
la carte trahissaient une erreur ou une lacune. A 
défaut de renseignements précis , le champ des con- 
jectures s’ouvrit donc aux antiquaires. 

Ils s’y précipitèrent, il faut le dire, avec une ardeur 
peu commune, et recherchèrent la mansion perdue 
aussi bien en Poitou qu’en Anjou, la transportant ayec 
une merveilleuse facilité, sur les diverses voies ro- 
maines qui sillonnaient jadis ces contrées. 

Dire que jusqu'à l’année 1843, plus de vingt archéo- 
logues avaient déjà pris part à la discussion, et que, par 
suite de leurs investigations, Segora avait été succes- 
sivement placée en dix lieux différents, c’est procla- 
mer à la fois, et l'intérêt qui s'attache à la question, et 
les obstacles qu'il faut vaincre pour parvenir à la 
résoudre. 

Toutefois, la décision de ce procès géographique, 
entamé il y a bientôt deux siècles, semblait indéfini- 
ment ajournée, lorsqu'il y a quelques mois à peine, 


( 207 ) 


une nouvelle hypothèse est venue émouvoir encore 
le monde savant. Or cette fois, ce n’est plus dans aucun 
des lieux précédemment indiqués, mais bien à Faye- 
l'Abbesse, arrondissement de Bressuire, département 
des Deux-Sèvres, qu'on aurait enfin trouvé la pauvre 
Segora , Si longtemps égarée. 

Cette dernière indication tranche-t-elle une ques- 
tion depuis tant d'années controversée? C’est ce que je 
me propose d'examiner aussi succinctement que pos- 
sible; mais, pour y parvenir, je dois résumer d’une 
manière plus exacte qu'on ne l’a fait jusqu’à présent, 
les opinions diverses émises au sujet de Segora, réu- 
nissant ainsi, avec ordre et précision, les nombreuses 
pièces de ce long débat; et tout d’abord, pour donner 
une idée générale des conjectures auxquelles on s’est 
livré, aussi bien que pour avoir un point de départ dans 
la revue rétrospective que je vais entreprendre, je 
constaterai que Segora a été placée : — à Segré, — à 
Doué, — à Montreuil-Bellay, — à Lezon, — à la Sé- 
gourie (département de Maine et Loire) ; — à Secondi- 
gny, — à Sigournai, — à Mortagne (département de 
la Vendée); — à Airvault, — à Bressuire, — enfin 
à Faye-l'Abbesse, dans le département des Deux- 
Sèvres. 

Ceci posé, je vais examiner successivement chacune 
des indications qui précèdent. 


I. — SEGRÉ. 


Dans son analyse géographique des itinéraires an- 
ciens, publiée en 1839, le baron Walckenaër place 


(308 ) 


Segora à Segré. Voici en effet comment il s'exprime (4) : 


« Itinéraire de la route de Juliomagus (Angers) à 
Namnetum (Nantes). 


Table Théodosienne. Segment Ier. Cartes modernes. 
IULIOMAGO;. er. ea TRADE 0 ar. cie SMIC ERS. 
SEGORA. 18 lieues gauloises (27 milles 

rpmains):r, LOS. Segré. 
PORTU NAMNETU , 33 lieues gauloises 

(29 4) PAR NS LS Rd à Nantes. » 


Le savant géographe ne dit pas quels motifs lui ont 
fait adopter cette étrange direction, qui substitue au 
parcours direct d'Angers à Nantes, un détour aussi 
considérable que celui qu'il faut faire pour se rendre 
dans cette dernière ville, en passant par Segré. Il est 
probable qu'il y a été entrainé par l’analogie qui semble 
exister entre les noms de Segora et de Segré, mais ce 
n'en est pas moins une erreur évidente, ainsi que l’é- 
nonce de la Fontenelle dans une dissertation dont 
j'aurai à m'occuper bientôt (2), et cette erreur, qui n’a 
pas besoin d'être réfulée, est d'autant plus regrettable, 
que le nom de Walcknaër est de ceux qui font autorité 
dans la science. 


II. — Dové. 


En 1771, La Sauvagère, contrairement à l'opinion 
émise avant lui et qui plaçait Segora sur la route de 


(1) Géogr. ancienne hist. et comparée des Gaules cisalpine et 
transalpine, suivie de l'analyse géogr. des itinéraires anciens. 

(2) Recherches sur les deux voies romaines de Zimonum (Poi- 
tiers) à Juliomagus (Angers) et de Limonum (Poitiers) au portus 
Namnetum (Nantes). — Bull. de la Société des ant. de l'Ouest, 
année 1841, p. 107. 


{ 309 ) 


Poitiers à Nantes, prétendit qu'il était plus probable 
que cette mansion appartenait à la voie de Poiliers à 
Angers. « Cette assertion, dit-il (1), paraît être indi- 
quée par la manière dont les chiffres xvur sont écrits 
sur la carte de Peutinger ; ils y sont retournés dans le 
sens de la ligne droite qui aboutit à Angers etsemblent 
désigner que ces chiffres appartiennent à la trace de 
Segora à Angers. Cette nouvelle opinion que je soumets 
volontiers aux savants, est d'autant plus satisfaisante 
qu'elle s'accorde avec la distance qu'il y a d'Angers à 
Doué, placé précisément sur cette route d'Angers à 
Poitiers ; l'on sait que Doué est rempli et ses environs 
de ruines de monuments romains... » En faveur de 
cette opinion, La Sauvagère ajoute que la distance 
d'Angers à Doué concorde avec les xvam lieues gau- 
loises de la carte Théodosienne, et que si, de Doué 
à Poitiers, il y en a xxxvi au lieu de xxxIII, mar- 
quées sur celte carte, c’est sans doute par suite d’une 
méprise du copiste qui aura écrit 11 unités à la place 
du chiffre v (2). 

Ce sentiment, qui semble avoir été partagé en 1774, 
par l’abbé Robin (3), a été critiqué, en 1812, par 


(1) Journal de Verdun, août 1771. — Recherches sur un camp 
romain près de Saumur, sur les stations Robrica et Segora. — 
Réimprimées en 1776, dans le recueil de dissertations du même 
auteur, p. 118. 

(2) Sur la carte jointe à la notice de la Sauvagère, Segora est 
en effet indiquée à Doué, et sur la ligne de Poitiers à Nantes 
figurent seulement entre ces deux villes, Bressuire, Breuil- 
Chaussée et Tiffauges. 

(3) Le Mont Glone, t. 17, p. 98. — Sans parler positivement de 
Segora, l'abbé Robin dit que la voie romaine partant d'Angers, 
« étoit par les Ponts-de-Cé ou César à Tours, à Doué, à Portiers 
et dans toute l’Aquitaine, » 


( 310 ) 


Bodin (1). Suivant lui, « cette position (la station de 
Segora) ne s'accorde pas avec les principes dela 
castrametation des Romains, qui choisissaient tou- 
jours pour asseoir leurs camps, des endroïts fortifiés 
par la nature... tandis que Doué est situé dans un 
pays plat et sans défense. » Il fait ensuite remarquer 
que la Sauvagère a été séduit par le rapport qui semble 
exister entre les distances réelles et celles marquées 
sur la carte, mais qu’il n’y a que 47 lieues gauloises 
environ d'Angers à Doué, 31 de Doué à Poitiers, et que 
dès lors on ne doit pas s’en rapporter tout à fait à ces 
mesures, puisque Segora placée à Doué, se trouverait 
à la fois, trop près d'Angers et trop loin de Poitiers. 
L'avis de La Sauvagère a été étayé, en 1831, par les 
conjectures de M. de Caumont, qui fait de Segora une 
mansion placée au point de jonction de la route de 
Nantes à Poitiers, avec une autre route venant d’An- 
gers : « Je serais porté à croire, dit ce savant archéo- 
logue (2), que Segora occupait l'emplacement de la 
ville de Doué; il est vrai que la distance d'Angers à 
Doué est de 17 lieues gauloises au lieu de 18, indiquées 
sur les cartes, et celle de Doué à Poitiers de 36 au lieu 
de 33, mais cette différence entre l'indication de la 
carte et la distance réelle n’est pas très considérable, 
et Doué, qui renferme d’ailleurs des antiquité romaines, 
est placé sur le bord d’une voie antique, allant de 
Poitiers à Angers. » En note, M. de Caumont dit en- 
core : « Je suppose que le nombre xvur, écrit au-dessus 
du mot Segora, dans la carte de Peutinger, s'applique 


(1) Recherches hist. sur la ville de Saumur, t. x, p.51. 
(2) Cours d’antiquités monumentales, t. 11. 


(311) 


à la distance comprise entre Juliomagus et Segora, qui 
se trouve placée à l’'embranchement de deux routes et, 
dans cette hypothèse, la distance de Nantes à Segora 
n'aurait pas été marquée. Si l’on admet au contraire 
que les 18 lieues gauloises , doivent être rapportées à 
l'intervalle compris entre Nantes et Segora, il est évi- 
dent que le nombre est infiniment trop faible et ne 
peut indiquer la distance qui sépare ces deux localités 
l’une de l’autre, puisqu'elles sont éloignées de plus 
de 40 lieues gauloises. » 

À l'appui de ce qu'il a écrit sur les voies romaines , 
M. de Caumont a donné un fragment de la carte de 
Peutinger (1), copié sur celle publiée, en 1753, par 
Scheyb ; de la Fontenelle prétend que cette copie ne 
se trouve pas conforme à celles jointes à un grand nom- 
bre d'ouvrages : « On n’aperçoit pas, dit-il, dans ces der- 
nières, cette jonction des voies se dirigeant sur Julio- 
magus et Portus Namnetum , et , par suite, on doute 
sur la ligne à laquelle s'applique le mot Segora, man- 
sion qu'on a généralement tenu avoir été placée sur 
la voie romaine de Limonum à Portus Namnetum (2). » 

De mon côté, pour ne rien omettre, j'ajouterai que 
la question a été agitée aux congrès archéologiques 
de Niort, en 1840 (3), d'Angers en 1841, et de Poitiers, 


(1) Planche xv du cours d’antiquités monumentales. 

(2) Dissertation déjà citée, p. 102, — Je dois dire que la copie 
de M. de Caumont est conforme à celle jointe à l’histoire des 
grands chemins de l’Empire Romain, de Nicolas Bergier (1736). 

(3) On lit à la page 52 du compte-rendu de ce Congrès : 
« M. Segretain a trouvé sur trois points, des traces de la voie qui . 
conduisait de Poitiers à Nantes. Ces trois points sont ie chemin de 
St-Hilaire, aboutissant à un gué du Thoué, Tourtenay et Toixé. » 
La même assertion est repétée page 57. Au lieu de la voie ro- 


(312) 


en 1843, en présence de M. de Caumont , qui n’a pas 
cru devoir prendre part à la discussion, et défendre 
ses conjectures. 


Il. — MonTREUIL-BELLAY. 


Il avait été facile à Bodin de critiquer l’opinion de 
La Sauvagère ; il ne l'était pas autant d'y substituer 
une conjecture plus concluante. « Puisqu'’on est 
réduit, écrivait-il en 4812 (1), à chercher sur les cartes 
modernes l'endroit ou était Segora, je ne sais pourquoi 
on n’a pas encore conjecturé que cette station pouvait- 
être à Montreuil-Bellay dont la distance des princi- 
pales villes indiquées par la carte antique , s'accorde 
beaucoup mieux qu'avec celle de Bressuire et de 
Doué. Les localités de Montreuil-Bellay peuvent 
donner beaucoup de vraisemblance à cette opinion. 
En effet, le château de cette petite ville, sur la rive 
droite du Thouet, est placé dans un endroït très élevé 
et assez spacieux pour contenir une légion. La vieille 
forteresse entièrement ruinée qu’on y voit encore au- 
jourd’hui, pourrait bien avoir été bâtie sur des ruines ro- 
maines. » La carte, jointe à l'ouvrage de Bodin change 
cette conjecture en réalité : on y voit, en effet, Segora, 
placée à Montreuil-Bellay. 

Il serait bien facile de prouver que les distances 
ne concordent pas aussi exactement que Bodin le 
prétendait, et de montrer le peu de fondement de ses 


maine de Poitiers à Nantes, M. Segretain a voulu parler sans 
doute de celle de Poitiers à: Angers. 
(t) Recherches sur Saumur, L. 1, p. 51. 


(313) 


motifs ; mais à quoi bon? puisque Bodin lui-même, 
a fait promptement justice de l'opinion qu'il avait 
émise (1). 


IV. — LEZzoN. 


A la même époque, c'est-à-dire en 1812, Lezon, 
situé dans l’angle formé par la jonction de la rivière 
du Thouet et de celle de la Dive, appelait également 
l'attention de Bodin, et, dans l'ouvrage que je viens de 
citer, quelques pages plus loin (2), il disait : « On sait 
que nous avons placé par conjecture cette station 
{(Segora) à Montreuil-Bellay ; elle pourrait être aussi 
bien à Lezon qui offre une position semblable à celle 
du camp de César près d'Angers et à peu près à égale 
distance d'Angers et Poitiers. » — Inutile d'ajouter 
que cette hypothèse sans fondement a, de même que 
la précédente, disparu de la seconde édition des Re- 
cherches historiques de notre auteur. 


V. — LA SÉGOURIE. 


La Ségourie est située dans la commune du Fief- 
Sauvin, à une lieue environ de Beaupreau, et voici 
dans quelles circonstances on a été conduit à penser 
qu'il y avait identité entre cette localité et l'antique 
station Segora. 

Vers 1810, des cultivateurs , occupés. à enlever des 


(1) La station Sesora a aussi été placée à Montreuil-Bellay, 
dans l’atlas de Lapie (1829, carte 6), ce qui a eu lieu, je suppose, 
d’après la carte de Bodin. 

(2) Recherches sur Saumur, t. x, p. 69. 


(314) 


terres, découvrirent des vestiges d'habitations, des 
parcelles de magnifiques poteries, des statuettes en 
bronze et en terre cuite, et les restes d'un beau vase an- 
tique. Des découvertes analogues s’opéraient en même 
temps sur plusieurs points, dans le voisinage : partout 
de vieilles murailles, des masses énormes de ciment, 
des briques, des tuiles et des médailles, s'offraient aux 
yeux des laboureurs. Tout dans cette enceinte de deux 
kilomètres de longueur, portait les marques d’un camp 
et d’une ville; mais les préoccupations politiques 
empêchèrent de pratiquer des fouilies plus complètes. 
En 1818, on instruisit Bodin de ces faits. Celui-ci, 
ne pouvant, à cette époque, se transporter sur les lieux, 
mentionna seulement la découverte; mais bientôt son 
importance attira d'avantage l'attention du savant 
Angevin , et il fut conduit à penser que c'était bien 
dans cet endroit qu'il fallait placer Segora. 

Les renseignements qui précèdent, puisés dans une 
notice inédite de M. Tristan Martin, à qui revient 
l'honneur de la découverte (1), se trouvent confirmés 
par Bodin lui-même. En effet, cet historien parle de la 
Ségourie dans le premier volume de ses Recherches sur 
l'Anjou, publié en 1821 (2) et ajoute aussitôt : « Nous 
ne ferons aucune conjecture sur ces ruines, il suffit 
de savoir qu'elles sont romaines. » Mais, dans les notes 
qui se trouvent à la fin du volume (3), il a soin d'y 


(1) Cette notice m’a été communiquée par M. Godard-Faultrier. 
C’est en 1847, seulement, dans la seconde édition des Recherches 
de Bodin sur l’Anjou. (t. r. p. 32), que le nom de M. Tristan Mar- 
tin a été prononcé. 

(2) Page 42. 

(3) Page 524. 


(315) 


revenir. « Nous avons parlé, dit-il, d'un camp romain 
près Beaupreau; un nouvel examen de sa position, de 
sa distance d'Angers, le nom de la métairie (La Sé- 
gourie) sur laquelle il se trouve placé , tout nous fait 
présumer que ce camp pourrait bien être la station Se- 
gora, marquée sur la carte de Peutinger à 18 lieues 
gauloises de Juliomagus.. ces dix-huit lieues peuvent 
être évaluées à 9 lieues du pays de Mauges que l’on 
compte effectivement de la Ségourie à Angers. » 

Dans la seconde édition de son livre (1847), Bodin 
reproduit cette opinion en ces termes : « Mainte- 
nant si l’on considère le nom de la métairie sur la- 
quelle est placé ce camp romain, sa distance d'Angers 
qui est de 9 lieues du pays ou 18 lieues gauloises, dis- 
tance égale à celle qui est indiquée par la carte théo- 
dosienne, de Jumoliagus à Segora, ne peut-on pas avec 
quelque vraisemblance, conjecturer que le camp de la 
Ségourie est la station Segora? Le temps et de nou- 
velles recherches pourront seuls résoudre ces ques- 
tions de géographie qui occupent les savants depuis 
plusieurs siècles... » Après les hésitations de Bodin, 
on ne doit pas être étonné de la circonspection qu’il 
apporte en se livrant à cette dernière conjecture. 
D'autres antiquaires ont été plus affirmatifs. 

Dès 1822, M. Bizeul de Blain, avait publié dans le 
journal de Nantes (1) un article sur l’ancienne Segora. 
Plustardil se livra à de nouvelles investigations, et dans 
un mémoire, imprimé en 1837 (2), il chercha à établir, 


(1) N° du 24 février. — J'ai eu le regret de ne pouvoir me pro- 
curer ce travail. 
(2) Annales de la Soc. académ. de Nantes, 1837, p. 150. 


(316) 


que Segora devait être placée à la Ségourie ; que cette 
mansion se trouvait sur la voie romaine de Nantes à 
Tours; enfin que Lemuno de la carte de Peulinger 
n'était pas Poitiers (Limonum) , mais bien une autre 
station sur la même voie. « J'ai l'espoir, disait en fi- 
nissant , M. Bizeul, que quelque découverte vers 
Saumur viendra confirmer un jour mon opinion et 
que c’est dans ces parages que devait être situé Le- 
muno , mais je me garderai bien de disserter sur sa 
position, dénué comme je le suis , de tous renseigne- 
ments (1). » 

En ce qui touche la prétention relative à Lemuno, 
prétention que l’auteur soutenait encore quatre ans 
plus tard (2), de la Fontenelle a répondu victorieu- 
sement que Lemuno et Limonum (Poitiers) sont iden- 
tiques ; que ce qui le prouve surtout, c’est que suivant 
la table théodosienne , de Lemuno partait non seule- 
ment la route allantau Portus Namnetum, mais encore 
celle qui se rendait à Mediolanum (Saintes); que dès 
lors le point de savoir si Lemuno était Poitiers, doit 
être regardé comme hors de toute controverse (3). » 

À son tour, dans un essai statistique, éditéen 1837 (4), 
M. Desvaux plaça Segora à la Ségourie. « D’après 
nos observations, dit-il, observations communiquées 


(1) Annales de la Soc. académ. de Nantes, 1837, p. 164. 

(2) Lettre du 27 juin 1841, adressée à de la Fontenelle et 
citée dans la dissertation, p. 105. A Ia page 155, de la Fonte- 
nelle ajonte qu’il n’a rien trouvé pour l’éclairer dans l’ouyrage 
de M. Bizeul, intitulé : des Vores romaines de la Bretagne, et en 
particulier de celles du Morbihan. — Nannes, 1841, in-18. 

(3) Recherches de M. de la Fontenelle, p. 106. 

(4j Essai statistique sur les communes de l’arrondissement de 
Beaupreau. — Annuarre de Maine et Loire, 1837, p, 235. 


(317) 


à la Société des antiquaires de France, la Ségourie 
serait la vraie Segora des Romains, transportée à 7 ou 
8 myriamètres de là par les antiquaires. Il y a là les 
traces d’une voie romaine et un camp romain... on a 
trouvé dans les environs des statuettes, des médailles 
romaines. » — Suivant de la Fontenelle (1) c’est 
à la suite d’une excursion, qui paraît avoir eu lieu, le 
14 mai 1823, que M. Desvaux aurait conçu l’idée de 
placer la station Segora à la Ségourie. — On voit par 
ce qui précède , que ce savant naturaliste ne saurait 
revendiquer pour cette idée, un droit de priorité. 

Au mois de mars 1841, M. Chanlouineau annonçait 
à de la Fontenelle (2), qu’on venait de trouver sur 
le territoire de la métairie de la Ségourie, un aqueduc 
souterrain considérable et d’autres indices qui, joints 
à ceux découverts antérieurement, ne permettaient 
plus guère de douter qu’il n’y eut eu une station ro- 
maine dans cet endroit. « Serait-ce donc là, malgré les 
prétentions contraires, ajoutait M. Chanlouineau, cette 
fameuse station Segora dont la recherche a tant préoc- 
cupé les antiquaires ? » 

Dans le courant de la même année, la question fut 
soumise au congrès archéologique d'Angers. Une com- 
mission, composée de MM. Bizeul, Verger, Allard, 
Fournier et Richelet, fut chargée de recueillir des in- 
dications précises sur les voies romaines de l’Anjou, 
et M. Bizeul de Blain lut son rapport à la séance du 
24 juin. Une partie de ce rapport est consacrée à la 


(1) Recherches de M. de la Fontenelle, p. 104 en note. 
(2) Lettre du 26 mars. — Citée en note dans la dissertation 
de M. dela Fontenelle, p: 104, 


(318) 


voie de Nantes à Tours par la rive gauche de la Loire: 
« C’est elle, dit-il (1), qui passe à la Ségourie, et c’est 
le fragment découvert près de cette métairie par M. Bo- 
din, qui l’a fait connaître. » La commission en regar- 
dant ce point comme prouvé ajoutait : « Si nous 
adoptons l'opinion que là était l’ancienne Segora, nous 
devons dire, d’après la carte de Peutinger , que la voie 
s'y bifurquait, que l'une des branches se dirigeait au 
nord-est vers Angers, et que l’autre branche continuait 
la ligne de l’ouest à l’est; mais au-delà de la Ségourie, 
les renseignements précis nous manquent totalement, 
nous ignorons même si la voie venait passer à Beau- 
preau ; cependant la voie ne s’est pas arrêtée là. Elle 
se rendait à Tours en parcourant toute la partie 
méridionale de l’Anjou. Or, comme les voies romaines 
suivaient une ligne presque droite, si nous en tirons 
une de Beaupreau à Tours, nous la verrons passer 
dans le voisinage de Doué, au confluent de la Dive et 
du Thouet, où M. Bodin a reconnu les ruines de la 
ville de Lezon, etc. » On le voit, tout en adoptant 
l'opinion de M. Bizeul sur la position de Segora, la 
commission ne reproduisait pas ses conjectures sur la 
situation de Lemuno, et dès lors les rejetait implicite- 
ment. 

Du reste, l’auteur lui-même paraît les avoir aban- 
données, puisqu’en s’occupant, huit ans plus tard , au 
congrès scientifique de Rennes, des voies romaines de 
la péninsule armoricaine, il s’est borné à dire, en par- 
lant des embranchements de la route qui partait de 
Nantes « qu'un de ces embranchements se rendait 


{4) Compte-rendu du Congrès d’Angers , p. 132. 


(319) 


par la Chapelle-Heulin à un lieu du territoire angevin 
nommé la Ségourie, très remarquable par une im- 
mense quantité de débris romains, répandus sur une 
grande surface (1), » sans répéter ses assertions pre- 
mières au sujet de Lemuno. 

En 1842, M. de Beauregard , dans sa Statistique de 
Maine et Loire, émit la même opinion que la commis- 
sion du congrès archéologique d'Angers. « Peutinger, 
dit-il (2), indique une route allant de Nantes, Portus 
Namnetum, à Tours, Cœsarodunum , et passant par la 
slation Segora, où elle se bifurquait. Il est générale- 
ment reconnu que la station Segora était placée où 
est la ferme de Ségourie , dans la commune du Fief- 
Sauvin, à une lieue de Beaupreau. Des débris de 
poterie, des pièces de monnaie romaine, qui s'y ren- 
contrent journellement, en fournissent la preuve. Cette 
route se divisait en deux branches, l’une se dirigeant 
sur Angers, l’autre traversant Doué , arrivait au con- 
fluent du Thouei et de la Dive, où exista la ville de 
Lezon, atteignait le bourg de la Chaussée, et passait 
à Chinon pour arriver à Tours. » 

Il me reste à citer le mémoire inédit de M. Tristan 
Martin, dont j'ai déjà parlé, et à résumer la partie rela- 


(1) Compte-rendu des séances du Congrès scientifique de 
Rennes, en 1849, t. 11, p. 65. 

(2) Page 67. — Dans la 2e édition de son ouvrage (1850, p 70), 
M. de Beauregard à reproduit le même sentiment : « Une autre 
route conduisait d'Angers à la même ville (Tours), en passant par 
Beaufort, le gué d’Arcis, Allonnes et Bourgueil. D’après Peu- 
tinger, cette route partait de Nantes (Portus Namnetum) et pas- 
sait par Segora, station qui était placée où est actuellement ja 
ferme de la Ségourie, dans la commune du Fief-Sauvin , à une 
lieue de Beaupreau. » 


( 320 ) 


tive à l'identité de la Ségourie avec la mansion de 
Segora, qu’il présume avoir été détruite au IV® siècle. 
«J'arrive, dit M. Martin, aux raisons puissantes qui 
me font regarder le castellum de la Ségourie, comme 
la véritable position de la station de Segora. Les voici : 
D'abord la table Théodosienne la place à 18 lieues 
gauloises de Portus-Namnetum ; 2° elle doit être située 
sur la route de celte ville à Limonum, aujourd'hui 
Poitiers ; 3° dans les analogies adoptées par les diffé- 
rents écrivains, en est-il de plus rapprochées de Segora 
que Ségourie?.... Elle est à 18 lieues gauloises du 
Portus Namnetum; en calculant l’ancienne lieue gau- 
loise de 1150 toises, nous avons 41,400 mètres, un 
peu plus de 10 lieues de poste. 2° Il est bien clair que 
de toutes les ressemblances de noms adoptées jusqu’à 
ce jour, on n’en a jamais trouvé de plus frappantes 
que Ségourie ; enfin, elle est sur la route de Poitiers, 
c’est ce que je démontirerai clairement par le tracé de 
cette route. » 

M. Martin, rejetant avec sagacité, la présomption 
sans fondement, à l’aide de laquelle M. Bizeul faisait 
de Lemuno une mansion intermédiaire située sur la 
voie de Nantes à Tours, indique d’abord le parcours 
de la voie de Nantes à Segora. Arrivé à cette mansion, 
il signale plusieurs embranchements, l’un sur Angers, 
l'autre sur Tiffauges, et un troisième sur Poitiers , en 
passant par la Chapelle-du-Genet, Andrezé (1), le May, 
Trémeniines (d’où part un embranchement sur Tours 


(1) On à trouvé sur le territoire de cette commune, il y a en- 
viron 23 ans, un trésor composé de plus de 600 médailles romaines 
de la période qui a précédé le Bas-Empire, (Notice inédite de 
M. Tristan Martin). 


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(321) 


par Doué), Nuaillé, Tout-le-Monde, Izernay, les Echau- 
broignes, Châtillon et Bressuire. « On la voit encore 
très distinctement dans les bois de Pressigny.…. Elle 
prend en ce lieu, le nom de chemin de Saint-Hilaire, 
et se dirige de là sur Poitiers. Tel est le tracé de la 
route partant du Portus Namnetum jusqu'en Poitou. » 

L'importance des documents relatifs à la Ségourie, 
justifie les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer. 
Il n’est pas hors de propos de faire remarquer que 
l'opinion qui place la station Segora à la Ségourie, 
abstraction faite de la direction principale de la voie, 
n a élé l’objet d’aucune critique directe. C’est un point 
qui n’est pas sans intérêt, mais avant d’en tirer aucune 
conséquence, il convient de continuer l'examen dans 
lequel je suis entré. 


VI. — SECONDIGNY. 


« Une voie romaine, dit M. Dupin (1), traversait la 
Gastine du Poitou, dans la direction de Poitiers à 
Nantes. Les principaux points de repère sont, dans le 
département de la Vienne... le bourg de Montreuil 
Bonnin, devant la porte de l’église. — On la retrouve 
au bourg de Forges, arrondissement de Parthenay ; on 
croit qu'elle passait par Bressuire ;..….. mais les anti- 
quaires poitevins (il a oublié de les nommer), pensent 
au contraire que l’ancienne Segora se relrouve dans 
Secondigny...… On aperçoit dans le voisinage , les 
traces d’une ancienne voie romaine, connue sous le 


(1) Statistique du département des Deux-Sèvres, 1804, ct notice 
sur la Gastine du Poitou, 1821. — Mém. de la Soc. des ant. de 
France. t, 111, p. 286. 


21 


(322) 


nom de chemin des Chaussées, qui se dirige vers les 
points les plus élevés, de manière à n’être jamais cou- 
pée par les cours d’eau. Elle traverse obliquement 
l'arrondissement de Parthenay du nord-ouest au sud- 
est. M. Bisson, commis-voyer, l’a suivie depuis la 
Caillerie (métairie de Secondigny dont le nom vient 
sans doute du latin Callis, chemin) (1), jusqu'à Saint- 
Pierre-du-Chemin, département de la Vendée, par 
l'Absie, le Bourgneuf (dépendant de la commune de 
Saint-Paul-en-Gatine), et la forêt de Chante-Merle. Cette 
direction nord-ouest, indique assez que cette voie 
conduisait à Portus Namnetum (Nantes). Revenant à la 
Caillerie, M. Bisson l’a reconnue jusqu'à Sevret ,.. par 
les bourgs de Saint-Georges-de-Noisné et d'Exireul.…. 
C’en est assez pour prouver que cette voie se dirigeait 
au sud-est, vers une ville plus méridionale que Poi- 
tiers, peut-être vers Angoulême ou Limoges... » 
Cette dernière conjecture est admise par M. Bizeul (2). 

Après M. Dupin, de la Fontenelle paraît être le 
seul qui ait placé Segora à Secondigny. — Dans le 
long travail de ce dernier auteur, on voit qu’il s'est 
efforcé de prouver, d’une part, que la station Segora 
avait été mise mal à propos hors de la voie de Limonum 
à Portus Namnetum (en cela il avait parfaitement 
raison), et, en second lieu, que la ligne anciennement 


(1) M. Bizeul croit que ce nom de Caillerie signifie, tout sim- 
plement, un lieu où l’on trouve beaucoup de cailles: (Voie ro- 
maine de Nantes vers Limoges, et par embranchement vers An- 
goulême. — Ann. de la Soc. académique de Nantes, année 1844, 
p.271). — M. Bizeul fait observer en outre, que, sur la carte jointe 
aux recherches de de la Fontenelle, la Caillerie a été mise par 
erreur à la place de Secondigny et vice versd {p. 273). 

(2) Tbid., p. 259. 


(323) 


assignée à la voie de Poitiers à Nantes par Bressuire, 
n'était pas la véritable. Sous ce dernier rapport son 
argumentation est loin d’être solide; il est forcé de 
reconnaître, en effet, que si l’on trouvait fréquem- 
ment, comme le dit Dom Fonteneau, des traces de 
voie romaine dans celte direction, « il ne faudrait plus 
douter (1). » Il est encore forcé d'admettre qu’une rai- 
son se présente tout naturellement en faveur du tracé 
par Bressuire, la ligne droite, et qu’on doit être porté 
à croire qu'on l’a suivie plutôt que d’en dévier. Mais 
il répond que, si pour aller de Poitiers à Nantes, on a 
passé longtemps par les Quatre-Chemins et Montaigu, 
c'est-à-dire en faisant un long détour, on peut en 
induire que la ligne droite n’a pas été la direction 
primitive (2). Partant de ce raisonnement si vulnérable, 
de la Fontenelle pense qu'il « est nécessaire de tra- 
vailler à neuf en quelque sorte, » je me sers de ses 
expressions, et il espère que son système « sera tout à 
fait satisfaisant (3). » 

Or, de la Fontenelle se borne cependant à faire 
une voie principale d’une voie secondaire déjà indiquée 
par Dom Fonteneau; à placer Segora, où M. Dupin 
l'avait mis si longtemps avant lui, et à accepter comme 
démontrées quelques conjectures de Dufour. Voici en 
effet la ligne qu'il croit devoir suivre : De Poitiers il 
passe à Montreuil-Bonnin, puis à Saint-Georges-de- 
Noisné, d’où il arrive à Secondigny qui est pour lui 
Segora; de Secondigny il se rend à Saint-Pierre-du- 
Chemin , à Pouzauges, à Saint-Michel-du-Mont-Mer- 

(1) Recherches déjà citées, p. 115. 


(2) Tbrd., p. 117. 
(3 Tbid., p. 126. 


(3%) 


cure, aux Herbiers, à Saint-Georges-de-Montaigu, à 
Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et enfin à Nantes. Résu- 
mant lui-même son travail, de la Fontenelle s’ex- 
prime ainsi (1): « Actuellement, je vais essayer derefaire 
l'itinéraire romain de Limonum à Portus Namnetum , 
d’après la ligne que je viens de faire. J'ai déjà dit que 
la distance, même en ligne directe, est plus forte que 
celle donnée par la table Théodosienne, et qu’il man- 
quait plusieurs stations à celte voie. Mais ce n’est pas 
un molif pour ne pas accepter la première, la mansion 
Segora, alors en la plaçant à Secondigny ; puis, comme 
l’a dit Dufour, il y a trop loin pour que de là, un homme 
à pied se rende à Nanies, et c’est là que se trouvait la 
lacune. Mais en plaçant une station à Durinum, au- 
jourd’hui Saint-Georges-de-Montaigu, et enfin une 
autre à Deas ou Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, on ar- 
rivait aisément à Portus Namnetum ou Nantes. Dans 
un tel ordre de choses, je complète ce qui manque 
dans la carte de Peutinger en donnant les indications 
ci-après : « de Limonum à Segora, xxx. De Segora 
à Caminum (Saint-Pierre-du-Chemin), xx. De Ca- 
minum à Durinum, xxvi. De Durinum à Deas, wir. 
De Deas à Portus Namnetum, vr. Total, Lxxxv. » 

« J'ai lieu d'espérer, disait en terminant de la 
Fontenelle (2), que mon idée sera généralement ad- 
mise. » Or, il faut bien le dire, malgré l’érudition dont 
il a fait preuve dans son travail, il était difficile que 
son idée, comme il l’appelle, obtint l’assentiment des 
archéologues. Le circuit qu’il substitue à la ligne 


(1) Loco citato, p. 155. 
(2) Ibid., p. 156. 


(325) 


directe n’est pas admissible, et la route qu’il propose 
conduisait probablement à Angoulême et à Limoges, 
mais, à coup sûr, ne se rendait pas à Poiliers. 

Lors du congrès archéologique tenu dans cette der- 
nière ville, au mois de mai 1844, de la Fontenelle 
rappela sa dissertation (1), en disant que son tracé de 
la voie romaine de Poitiers à Nantes, lui paraissait 
certain jusqu'à Saint-Pierre-du-Chemin; mais que 
plus loin, il ne répondait pas avec la même confiance 
de l'exactitude de sa ligne. — Cependant au congrès 
scienilifique d'Angers, c’esi-à-dire quatre mois plus 
lard, l’auteur fit hommage de son mémoire, qui avait 
6blenu, en 1842, une mention honorable de l’Institut, 
et le soumit au congrès, « désireux qu'il était, dit le 
procès-verbal de la séance du 3 septembre (2), de pro- 
fiter des lumières, que des études spéciales et la con - 
naissance du pays, donnaient aux érudits angevins et 
bretons. » Le président désigna comme rapporteurs 
MM. Godard et Bizeul. Le premier s’élant excusé sur 
ses nombreuses occupalions, fut remplacé par M. de 
Beauregard, qui, à la séance du 7 septembre, lut un 
rapport resté inédit et adoptant en grande partie, sui- 
vantles termes du procès-verbal (3), les conclusions de 
l’auteur. Ilestévident que les commissaires, qui avaient 
émis une opinion tout à fait opposée à celle de M. de 
la Fontenelle, ne voulurent pas, par des motifs faciles 
à apprécier, engager le débat. En effet, après avoir 
analysé succinctement sa dissertation le rapporteur 
s’exprimait ainsi : « Telles sont les deux voies dont la 


(1) Compte-rendu de la séance du 29 mai, p. 12. 
(2) Compte-rendu, t, 11, p. 303. 
(3) Ibid., p. 313. 


(326 ) 


direclion est indiquée par M. de la Fontenelle. Nous 
n'entreprendrons pas de discuter son opinion, eu la 
comparant à plusieurs autres systèmes qui ont été 
produits sur cette matière, une telle discussion nous 
mènerait trop loin, sans nous conduire à une solution 
décisive. Nous nous bornerons à dire que, si l'opinion 
émise par M. de la Fontenelle n’est pas incontestable, 
elle a pour elle beaucoup de probabilités. On reconnaît 
dans le mémoire qui vous est soumis et dont nous 
n'avons pu vous présenter qu'un aperçu rapide, 
l’homme instruit et laborieux, qui par les savantes 
recherches auxquelles il s’est livré, et par les précieux 
documents dont il a enrichi l’histoire de nos con- 
trées, s’est acquis depuis longtemps une réputation 
méritée (1). » 

Ce rapport avait si bien pour but d'éviter toute dis- 
cussion orale, que dès l’année suivante, M. Bizeul pu- 
bliait une critique sévère, mais fondée, du mémoire 
soumis au congrès. « Voici, dit-il (2) comment M. de 
la Fontenelle veut appuyer l'opinion si peu justifiée 
de M. Dupin sur Segora.. — « Il faut rappeler (c’est 
M. de la Fontenelle qui parle) (3), que quelques anti- 
quaires ont placé la station Segora au lieu où est ac- 
tuellement Secondigny. Le premier motif qu’on en a 
donné a été une certaine ressemblance dans les noms; 
de plus, en recherchant si la distance de Secondigny 


(1) Archives du congrès. — Ce rapport m'a été communiqué 
par M. Menière, bibliothécaire de la Société industrielle d’Angess, 
dépositaire des documents relatifs au Congrès scientifique d’An- 
gers. 

(2) Notice sur la voie romaine de Nantes vers Limoges. (Annales 
de la Société acad. de Nantes, 1844, p, 271). 

(3) Loco citato, p. 136. 


( 327 j 
à Poitiers, peut cadrer avec celle établie par la table 
de Peutinger entre Limonum et la station Segora, on 
ne trouve pasune différence bien considérable. En effet, 
la table marque xxxrn, et 33 lieues gauloises se rac- 
cordent assez avec l'éloignement de Secondigny qui est 
d'environ 7 myriamètres et demi, 14 ou 15 lieues ordi- 
naires. Ajoutons qu'à Secondigny , on trouve des 
fragments romains qui fortifient l’idée que là a existé 
une mansion romaine... » — « On conviendra, dit 
M. Bizeul , que ce n'est pas être fort difficile en fait 
de preuves, car elles se réduisent à une prétendue res- 
semblance entre les noms de Segora et de Secondigny, 
ressemblance qui n’a jamais existé et qui est con- 
traire aux règles les plus communes de l’élymologie ; 
2 à un calcul de distance entre Segora et Limonum, 
entre Secondigny et Poitiers, qui n’est nullement con- 
cluant;..….. puis, qui a jamais entendu parler de ces 
stations Durinum et surtout Caminum, et peut-on venir 
ainsi donner un supplément purement imaginaire, à 
la table de Peutinger?... (1) Avec une pareille mé- 
thode , les difficultés que présente l'étude de la géo- 
graphie ancienne disparaîtront rapidement! » 


VII. — SIGOURNAI. 


C'est par M. Audé qu'a été émise , en 1843, l'opi- 
nion qui place Segora à Sigournai (2). Suivant cet au- 
teur, « M. de la Fontenelle a eu le grand mérite d’a- 
bandonner les anciens errements et d'adopter, pour le 
tracé de Poitiers à Nantes, une voie déjà reconnue par 

(1) Loco citato, p. 278. 


(2) Dissertation sur la voie romaine de Poitiers à Nantes. (Bull. 
de la Soc. des ant. de l'Ouest, année 1843, p. 386.) 


( 328 ) 


Dom Fonteneau, Dupinet Dufour, jusqu'à Saint-Pierre- 
du-Chemin, et dont ils n’avaient pas soupçonné lim- 
portance, en la regardant comme une route secondaire 
ou de traverse, à cause de son peu de largeur. Mais 
arrivé là, toujours d’après M. Aude, M. de la Fonte- 
nelle s’est laissé entraîner par les données d’isidore 
Massé et, pour faire concorder sa ligne avec celle de 
ce dernier, il néglige les principes des empereurs ro- 
mains qui, jusque-là, avaient su avec tant d'art, en 
suivant les plateaux , éviter les accidents de terrain 
et le passage des rivières. Il est contraint de traverser 
un pays hérissé de montagnes et coupé de ravins et 
de ruisseaux , sans qu'aucun intérêt justifie ce pas- 
sage en des lieux aussi impraticables. » 

Aussi, arrivé à Saint-Pierre-du-Chemin , M. Audé, 
pour franchir les ravins et les ruisseaux, conduit la 
route jusqu’à Sigournai. « Du plateau culminant et 
central de Saint-Pierre-du-Chemin, une chaîne de 
collines se détache et s'incline au nord-ouest, le long 
des bords du Lay, ouvrant une ligne qui descend fa- 
cilement et en pente douce, jusqu’auprès de Sigournai 
et qui, de Sigournai à remonter vers Saint-Georges-de- 
Montaigu, continue sans que le terrain offre non plus 
de difficullés. Ce tracé peu divergent de la ligne di- 
recte , présentait de trop grands avantages aux ingé- 
nieurs romains pour qu'ilsne l’eussent pas préférée.(1) 

Maintenant pour prouver que là se trouvait jadis Se- 
gora, l’auteur rappelle que, dès une époque fort reculée, 
Sigournai avait une certaineimportanceétant le chef- 
lieu d’une viguerie ; il ajoute que les habitants fidèles 


(1) Dissertation déjà citée, p. 389. 


(329 ) 


conservateurs de leur langage, l’appellent encore Se- 
gorné ou Sigourné ei que, dans les chartes, on trouve 
Segorniacum Segurniacum et Segornaium (1). Mais à 
ces motifs on peut répondre que le mot Vicaria du titre 
de 1099, invoqué par M. Audé, ne signifie pas que Si- 
gournai fut le chef-lieu d'une viguerie. — Tertiam par- 
tem vicariæ Segorniaci, me paraît vouloir dire seule- 
ment le Liers du droit de viguerie de celte localité. — 
Quant à l'analogie signalée entre Segoraet Segorniacum, 
on peut voir qu'elle est plus apparente que réelle, et 
qu'en admettant même sa réalité, cette circonstance 
prouverail uniquement que, du temps des Romains 
comme de nos jours, des lieux situés à de grandes 
distances, pouvaient recevoir le même nom. 

Après avoir noté que la direction de Sigournai fut 
fréquentée jusqu'à la révolution, et que le passage des 
troupes de Poitiers à Nantes, se faisait par Saint Pierre- 
du-Chemin, Réaumur, etc., M. Audé ajoute qu’il pense 
que la route allait plutôt directement à Nantes, que de 
passer par Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, en faisant 
un détour qui établirait une différence de quatre 
licues gauloises ; puis se résumant , il dit comme de 
la Fontenelle, que les 51 lieues de la carte théodo- 
sienne, ne pouvant pas coincider avec les 74 lieues 
qui séparent Poitiers de Nantes, il est évident qu'il 
y a plusieurs slalions intermédiaires oubliées, et il 
admet celles de Secondigny, Saint-Pierre-du-Chemin, 
Sigournai et Saint-Georges-de-Moniaigu. 

L'hypothèse de M. Audéest critiquée par M. Bizeul (2) : 

(1) Dissertation déjà citée, p. 391. 


(2) Dissert. sur la voie romaine de Nantes vers Limoges Loco 
cilato, p. 2'1. 


( 330 ) 


« Sigournai , dit-il, devient la tête d’un angle presque 
droit, angle que je n'ai jamais rencontré sur le déve- 
loppement d'aucune voie romaine. Il ne m'est donc 
pas possible d'admettre comme continuation sur 
Nantes ,… le fragment signalé. Cette indication, en- 
tièrement nouvelle, n’en est pas moins précieuse, en 
ce qu'elle fait connaître une voie qui devait mettre la 
côte en communication avec l’intérieur du Poitou... » 

En terminant sa notice, M. Audé exprimait l'espoir 
« que l'identité des noms et des distances rapprochées 
des circonstances locales , justifierait assez son opi- 
nion pour fixer d’une manière définitive ce point im- 
portant et longtemps contesté de notre géographie 
poitevine, et que Segora, devenue célèbre par les dis- 
cussions des savanis, aurait enfin trouvé une position 
à l’abri désormais des révolutions de la science. » 

De la Fontenelle qui, en parlant de cette opinion 
disait, en 1841 : « Je ne fais que l'indiquer car elle 
est appuyée sur bien peu de chose, » se sentait un 
peu ébranlé plus tard , puisqu'en 1843, au congrès 
archéologique de Poitiers (1), « il attendait, déclarait- 
il, que de nouvelles recherches vinssent dissiper les 
doutes qui lui restaient encore. » Mais ces doutes 
n'ont pas élé dissipés , et quand M. Audé a dit : « En 
les examinant avec attention, on voii que la plupart 
des systèmes ne reposent que sur de faibles analogies 
de nom, ou des rapports de distance , accommodés 
au besoin de chaque auteur, » M. Audé n'’a-t-il pas 
condamné lui-même son propre systême? 


(1) Compte-rendu, séance du 29 mai, p. 12. 


VIIT. — MORTAGNE. 


Dans une note de son Histoire de Bretagne, consa- 
crée aux anciens itinéraires de l’Armorique (1), Dom 
Maurice , en parlant de Segora placée à xvu1 lieues 
gauloises de Portus Namnetum , dit que cette. distance 
ne convient nullement à Bressuire, comme le veut 
Samson, « mais à quelque ville située sur la Sèvre 
(la Sèvre nantaise) » et la carte placée en tête du même 
ouvrage, publié en 1750, indique Segora à Mortagne. 

Cette indication a séduit M. Isidore Massé (2). « La 
voie romaine, écrivait cet auteur, en 1829, passait à 
Breuil-Chaussée (près Bressuire), première station sur 
cette route et continuait jusqu’à Mallièvre ; là elle se 
divisait en deux branches, se dirigeant toutes deux vers 
Nantes, et passait d’abord à droite par Mortagne, Tif- 
fauges et Clisson, et ensuite à gauche par Saint-Michel- 
Mont-Mercure, les Herbiers, St-Georges-de-Montaigu, 
Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et Rezé » ce qui forme, 
dit M. Bizeul (3), la ligne la plus bizarrement angulaire 
qu'on puisse supposer. — « L'existence de la première 
de ces deux voies nous paraît indubitable, continue 
M. Isidore Massé, et voici pourquoi : les bourgs de Mal- 
lièvre, Mortagne, Tiffauges et Clisson, n'étant d'abord 
que d’anciens Castrum romains qui, de deux lieues en 
deux lieues environ, formaient une longue ligne de for- 


(UNE DE 856- 

(2) Vendée poétique et pittoresque, °° vol. p. 4. 

(3) De quelques voies romaines du Poitou. (4nnal. de la Soc. 
acad. de Nantes, 1843, p. 466). 


(332) 


teresses destinées à contenir et renfermer dans leurs 
impénétrables forêts, les naturels indomptables de cette 
contrée ; il était indispensable que tous ces Castrum 
eussent une voie ou chemin pavé pour communiquer 
entre eux. » 

Il a paru inuiile à de la Fontenelle (1) de réfuter 
M. Isidore Massé, lorsqu'il place Segora à Mortagne : la 
rencontre de celte ville sur la ligne de Poitiers, à 
Nantes, étant le seul motif qui vienne appuyer le sys- 
tème de cet auteur « dans. lequel, dit-il, on trouve des 
confusions et des erreurs étranges » données, ajoute 
M. Bizeul, comme des faits avérés (2). 

Les raisons que M. de la Fontenelle n’a pas trouvées 
dans la Vendée pittoresque, figurent, au nombre de trois, 
dans les notes de cet ouvrage (3), et c’est M. Bizeul qui 
s'est chargé d’en faire l'appréciation (4). « M. Massé 
pose d’abord en fait que les anciennes cartes de Bre- 
tagne ont ainsi placé Segora, et que nos devanciers 
étant plus près des événements que nous ne le sommes, 
ayant eux-mêmes copié des cartes qui de leur temps 
élaient déjà fort anciennes, il ne faut pas sans les plus 
puissants motifs, rejeter leurs asserticns. — A quoi 
M. Bizeul répond : que la carte de l'histoire de Bre- 
tagne ne peut être réputée ancienne, parce qu’elle n’a 
paru qu’en 1742; qu'elle n’a point été rédigée sur des 
cartes plus anciennes, mais sur les observations des 
deux Samson, qui florissaient dans la dernière moitié 


(1) Dissertation déjà citée, p. 111. 

(2) Annal. de la Soc, acad. de Nantes, 1843, p. 466, 

(3) Vendée pittoresque. Pièces justificatives, note 3, €. 1r, p. 6. 
(4) Annal. de la Soc. acad. de Nantes, 1837, p. 161. 


(333) 


du XVII siècle, et que d'ailleurs celte carte n’est 
qu'un essai (1). » 

« M. Massé dit ensuite, que les laines de Segora 
étaient’connues dèsles premiers temps du Bas-Empire 
et que celles de Mortagne sont encore les plus belles 
de France. Mais la table de Peutinger est le seul do- 
cument antique dans lequel on trouve le nom de Se- 
gora, et M. Massé ne dit pas où il a recueilli ce qu'il dit 
de la réputation de ses laines. 

» Enfin cet auteur croit que la table théodosienne 
a omis une station sur la voie de Poitiers à Nantes, que 
la première devait être au Breuil-Chaussée, la seconde 
à Mortagne et la troisième à Nantes, ce qui divisait le 
chemin à parcourir en trois parties ou journées de 
marche. Mais, demande M. Bizeul, où est la preuve de 
celte omission? » 

Dans sa nolice sur la voie romaine de Nantes vers 
Limoges (2), M. Bizeul critique de nouveau le tracé 
de M. Isidore Massé et ajoute : « Ce jugement sera par- 
tagé par tous ceux qui auront jeté les yeux sur les 
folles élucubrations de l’auteur de la Vendée pitto- 
resque ; j'avoue que je ne conçois pas comment M. de 
la Fontenelle a eu la paiience de les reproduire et 
qu'en en combattant la majeure partie, il ait pu en 
admettre quelque chose. » 


(1) Cette carte est intitulée « Description de l’ancienne Armo- 
rique suivant les Tables de MM. Samson et les observations de 
quelques savants. » — Il faut que ce soit de l’avis de ces quel- 
ques savants, que Segora ait été transportée à Mortagne, puis- 
que les Samson, eux, la plaçaient à Bressuire. 

(2) Loco citato, p. 285. 


( 334 ) 
IX. — AIRVAULT. 


Dom Fonteneau, dans sa dissertation sur les voies 
romaines en Poitou (1), commence par dire que les dis- 
tances marquées sur la table de Peutinger, de Poitiers 
à Segora et de Segora à Nantes, ne faisant au total que 
51,000 pas, tandis qu'il en existe environ 73,000 à vol 
d'oiseau, il reste démontré qu’une erreur s’est glissée 
dans les chiffres de cette table, et que cette erreur 
paraît être dans le nombre xvur. Il pense que le co- 
piste a mis v au lieu de L et qu'il faut lire xLur au 
lieu de xvzrr. « Le total des deux nombres s'élève alors 
à 76,000 pas et la difficulté est levée, prétend-il, tant 
pour la carte que pour la table. » 

Quant à la station Segora, 11 ne lui paraît pas facile 
d’en fixer la position; mais il repousse Bressuire et la 
mesure de 33,000 pas donnée par la table s'accorde 
beaucoup mieux, d’après lui, avec Aïrvault dont la 
distance de Poitiers est d'environ dix lieues... « Les 
observations que j'ai faites sur cette voie, continue 
Dom Fonteneau , peuvent donner encore à mon opi- 
nion un nouveau degré de certitude. La direction mo- 
derne est à peu près conforme à l’ancienne, d’où 
je pense qu'Airvault étoit comme il est aujourt hui, 
une des mansions de cette voie et vraisemblablement, 
la mansion Segora. De là, après avoir passé la rivière de 
Thoué, sur un pont en pierres encore existant et dont 
l'architecture romaine annonce la haute antiquité, 


(1) Manusc. T. 78, p. 353 à 375. — Cette dissertation à été im- 
primée dans les mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 
année 1836, p. 91, 


(235) 


_onalloit en droiture à Bressuire. C'est depuis Airvault 
jusqu'à cette ville, qu'on aperçoit fréquemment des 
traces frappantes de l’ancienne levée, et pendant de 
longs espaces un sol ferme et solide. De Bressuire à 
Mauléon. et de Mauléon à Mortagne, se retrouvent de 
temps en temps les mêmes vestiges , mais excessive- 
ment dégradés , surtout à la sortie de Mauléon où le 
chemin autrefois pavé en chaussée, est devenu par sa 
dégradation un chemin ferré fort incommode.…. » 

De la Fontenelle (1) conteste à tort les vestiges de 
voie romaine que Dom Fonteneau dit avoir remar- 
qués, d’Airvault à Bressuire et de Bressuire à Châtillon. 
Vainement il invoque à cet égard son propre témoi- 
gnage ; la découverte récemment faite à Faye l’Ab- 
besse, offre bien incontestablement, pour me servir des 
expressions de cet auteur (2) « des traces du travail 
du peuple roi; » mais il blâme avec raison la substitu- 
tion de chiffre proposée et acceptée par le savant bé- 
nédictin. « Ce moyen, dit-il, employé afin d'arriver à 
un résultat définitif est facile, mais il n’est pas de na- 
ture à convaincre. » M. Lary fait remarquer d'’ail- 
leurs que Dom Fonteneau a commis une grave 
erreur, en prenant pour des milles romains, les dis- 
tances exprimées en lieues gauloises dans la table 
théodosienne, (le mille romain était d'environ 1512 


(1) Loco ctlato, p. 33 et 39. 

(2) M. Bizeul de Blain {Quelques Voies romaines en Poitou, loco 
citato , p. 459 et 464), tout en croyant à l'entière bonne foi de 
M. de la Fontenelle, déclare n’en avoir pas moins confiance dans 
les indications générales de Dom Fonteneau, et pense que l’an- 
cienne levée dont il parle pouvait être, non pas une partie de la 
voie de Poitiers à Nantes, mais un embranchement de cette voie, 


(336) 


mètres, et la lieue gauloise de 2,268 mètres), d'où la 
conséquence forcée qu’Airvault « se trouve déchu de 
la prétention de représenter l'antique Segora (1). » 

Dufour, en 1826 (2), semblait incliner vers l'opinion 
de Dom Fonteneau : « Ün vieux pont sur le Thoué, 
disait-il, et différents vestiges , font bien suivre la di- 
rection de celte voie par Aiïrvault pour arriver à 
Bressuire. » — Cependant il n’ose pas « combattre ou- 
vertement le savant Danville » qui met Segora à Bres- 
suire (3). « Au reste, ajoute-t-il, quelque opinion que 
l’on embrasse relativement à cette localité, la distance 
de 18 lieues gauloises indiquées depuis Segora ne 
peut convenir au Portus Namnetum qu’autant que l’on 
suppose une auire mansion intermédiaire. oubliée 
sur la carte théodosienne (4)... (On a des exemples de 
semblables omissions et sur cette carte et sur l’itiné- 
raire d'Antonin). — Cette mansion pourrait donc être, 
ajoute Dufour, St-Georges-de-Montaigu ; mais M. Bizeul 
a eu raison de faire observer qu’il « n'appuie d’aucun 
motif ni d'aucun renseignement , le coude qu'il fait 
faire à la voie, et qu'il saute sans le moindre intermé- 
diaire, de Breuil-Chaussée à cette dernière localité, 
franchissant ainsi un espace de plus de 52 kilomè- 
tres (5). » 


(1) Mémoire sur la colonne milliaire de Rom (Mémotres de la 
Société de statist. des Deux-Sèvres, année 1840-1841, p. 53.) 

(2) De l’ancien Poitou, p. 194. 

(3) Zbid , p. 196. 

(4) Tbid., p. 207. 

(5) De Quelques Voies romaines en Poitou (Loco citato, p. 465.) 


( 33% } 


X. — BRESSUIRE. 


Segora a été indiqué à Bressuire ou dans le voisi- 
nage, par la plupart des archéologues qui ont admis 
la ligne directe de Poitiers à Nantes, pour le parcours 
de la voie romaine de Limonum au Portus Nam- 
netum (1). 

Samson, sans rien déterminer, a le premier, dans 
ses cartes de la Gaule, placé Segora à peu près à une 
distance intermédiaire entre Nantes et Poitiers, c'est-à- 
dire vers Bressuire. — « On pourrait demander sur quel 
fondement, dit Dom Fonteneau, mais on peut juger 
qu'il n’y a élé déterminé que par la direction de la 
grande route de Poitiers à Nantes. » 

La même opinion est suivie, dans la carte placée, 
en 1738, au commencement du premier volume des 
Historiens des Gaules ; on sait que celte carte avait été 


(1) Ce parcours a été adopté par d’autres auteurs qui ne par- 
lent pas de Segora. — Ogée, dans son Dictionnaire historique de 
Bretagne (1779, L. nv, p. 7), s’exprime ainsi : « De cette ville 
(Nantes), les Romoins avaient tracé une roule jusqu’à Poitiers, 
alors appelé Limonum. On croit que le chemin passait par Clisson, 
ou aux environs, par Tiffauges, Mortagne et Bressuire. C'est 
au moins la direction la plus naturelle qu'on puisselui assigner.» . 
— M. Lemot, dans sa notice historique sur Clisson (p. 30), affirme 
que la voie passait par Clisson, Tiffauges, Mortagne et Bressuire. 
— Ed. Richer (Voyage à Clisson, p. 65), dit aussi que cette voie 
allait de Nantes à Tiffauges, et vraïisemblablement traversait 
Clisson. — Enfin M. Bizeul lui-même, laissant de côté la ques- 
tion de Segora, accepte ce tracé, « parce que c’est la ligne droite, 
et que, sauf quelques courbes très douces'et très savamment tra- 
cées, les Romains la suivaient presque toujours. » (De Quelques 
Voies romaines en'Poitou. Laco citato, p.461.) 


22 


(338) 


dressée sur les remarques de Dom Bouquet et sur les 
disserlations de l'abbé Lebœuf (1). 

Danville, dans sa nolice sur l’ancienne Gaule (2), à 
l'article Segora, dit que la distance mentionnée dans 
la table théodosienne, « paraït aboutir à Bressuire,.car 
ce qu’il y a d'espace en droite ligne de Poitiers à Bres- 
suire, est de 36.à 37,000 1oises, et la mesure itinéraire 
de 33 lieues gauloises, qui doit fournir un excédant sur 
celle de droite.ligne, est de 37,000 toises. Bressuire se 
rencontre précisément dans la direction de Poitiers à 
Nantes; je remarque d’ailleurs un indice du passage 
de Ja voie romaine , dans le nom de Breuil-Chaussée 
que porte un lieu voisin de Bressuire. » — Les traces 
de route à Breuil-Chaussée existaient encore en 1840, 
au témoignage de M. Briquet, qui paraît même dis- 
posé, lui aussi, à y placer Segora (3). 

En 1746, l'abbé Bellay (4) s’exprimait ainsi: « La 
table Théodosienne ou de Peutinger, marque une voie 
romaine depuis Argentomagus (Argenton) à Limonum 
et de là à Nantes, passant par le lieu Segora. Mais 


(1) Cettecarteest intitulée: Galliarum descriptio ex Samsonum 
tabulis editior et manuscriplis excerpla ope animadversionum 
domini Martin: Bouquet, Benedictini et dissertationum domnt 
Lebœuf.antissiodor canonici,emendata ab OEgsidio Roberto, geo- 
grapho regis ordinario. 

… (2) Page 592. 

(3) Dans le, compte-rendu du congrès archéologique: tenu à 
Niort, en 1840, on lit en effet la, mention suivante (p. 52) : 
« M. Briquet signale des traces de route à Breuil-Chaussée, dont 
le nom est lui-même une indication, et qui paraît avoir été la 
Segora des Romains.! » 

(4) Mémoires de, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 
t. xIx, p. 699. — Lainotice:est datée du, 7'janvier. 


(339 ) 


comme celte route est défectueuse sur la table , il y 
manque une mansion avec la distance itinéraire, je 
n’en donne point l'explication. » — Toutefois, sur la 
carte dressée pour celte dissertation, le tracé dela voie 
est indiqué de la manière suivante : « Limonum, 
Poitiers ; Segora, Bressuire; le Breuil-Chaussée; Pagus 
Teofalgicus , Tiffauges ; Condivicnum postea Namnetes, 
Nantes. 

Quant à M. Lary, dont j'ai parlé il n’y a qu'un ins- 
tant, il lui paraît facile de retrouver dans Bressuire, la 
station si controversée de Segora , et après avoir fait 
remarquer que « Dom Fonteneau a pris par erreur des 
lieues gauloises pour des milles romains, il ajoute que 
celte méprise lui a fait commettre à l'égard du géo- 
graphe Samson, un déni dejuslice que celui-ci ne mé- 
ritait pas, et que la distance de Poitiers à Bressuire se 
trouve ainsi identique avec celle de Limonum à Se- 
gora.… D'ailleurs, prétend-il, malgré le nom latin Ber- 
corium porté par la ville de Bressuire au moyen âge, 
il ne serait peut-êlre pas impossible de retrouver le 
nom de Segora dans le binome Bressuire, prononcé 
Berscure par les habitants de la campagne... (1). » 

Cette opinion, néanmoins, a été l'objet de nom- 
breuses et justes critiques : « Si la position de Bres- 
suire, dit la Sauvagère (2), peut s’accorder aux 33 
lieues gauloises indiquées dans la carte de Peutinger, 
celle de 18 lieues gauloises, en prenant Bressuire pour 
Segora, n’est nullement conforme aù local... sa dis- 
tance totale de Poitiers à Nantes étant de 82,500 toises, 


(1) Loco citato, p. 53. 
(2) Ibid , p. 119. 


( 340 ) 


c'est-à-dire de 72 licues gauloises, au lieu de 51 mar- 
quées dans l'itinéraire , sont une erreur en moins de 
21 lieues , trop défectueuse pour la suppléer au point 
de la rendre conforme aux espaces réels. D'ailleurs 
Bressuire où M. Danville a placé Segora n'offre au- 
cune ruine romaine. On y indique une chaussée au 
village de Breuil, mais elle marque sans doule que la 
route de Nantes à Poitiers y passait et n’y fixe point 
une mansion militaire. » 

« Il ne faut que connaître le local, ajoute Dom 
Fonteneau, pour voir évidemment que la position de 
cette petite ville (Bressuire), ne peut pas absolument 
convenir à celle que la table Théodosienne donne au 
lieu de Segora.… » 

« Danville, dit à son tour M. Bizeul (1), a d'abord re- 
connu combien un mille romain, une lieue gauloise, 
comprenaient de toises, et avec cette seule donnée, il a 
supputé (sans jamais trouver son compte, il faut l'a- 
vouer), les distances marquées sur les itinéraires... 
voilà comment il a composé sa notice de la Gaule, 
toujours citée, mais en même temps toujours réfutée… 
Segora doit se rencontrer entre Nantes et Poitiers. 
il est à Bressuire, parce que les 33 lieues gauloises de 
Segora à Lemuno, Se trouvent ou à peu près, entre Bres- 
suire et Poitiers, et que dans le voisinage de Bressuire 
doit passer une voie romaine dont la présence est in- 
diquée par le nom de Breuil -Chaussée que porte un 
bourg des environs. li est vrai que, de Bressuire à 
Nantes sil y a 47,000 toises, et cette distance ne s’ac- 
corde guère avec les 18 lieues gauloises de Portu 


(1} Notice de 1837. — Loco crtato, p. 158. 


(341) 


Nanette (sic) à Segora, mais il se tire d'affaire en af- 
firmant que le nombre xvrs, élait originairement 
XL et qu'il a été changé par les copistes. Tout cela 
est vraiment déplorable. » 

Dufour , je l'ai rappelé, déclare « qu’il n'ose pas 
combattre ouvertement le savant Danville; » il ne 
manque pas néanmoins de faire remarquer « que 
Bressuire ne paraît pas identique avec Segora, » parce 
que cette ville « se trouve à l'est de Breuil-Chaussée, 
et non pas dans la direction droite de la voie qui ferait 
alors un détour bien inutilement, » et aussi, « parce qu'il 
n'existe aucune analogie, aucun rapport de similitude 
entre les noms de Segora et de Bressuire (1). » 

Enfin, de la Fontenelle rappelle la distance réelle de 
Poitiers à Nantes, et celle indiquée par la carte de 
Peutinger, « ce qui fait voir, dit-il, que le document 
romain qui est le seul qui établisse la voie qui nous 
occupe, est tout à fait faux ou au moins n'est pas 
entier. » et il en conclut que « le système de Danville 
sur la ligne parcourue de‘Limonum à Namnetum, ne 
paraît pas très satisfaisant... (2) » 


XI. — FAYE-L'ABBESSE. 


Vers 1840 , on avait découvert, dans la plaine des 
Cranières, commune de Faye-l'Abbesse, un trou 
creusé dans le roc, formant un carré d'environ un 
mètre sur chaque face et d'un mètre et demi de pro- 
fondeur, dans lequel plusieurs médailles bien con- 


(1) Loco citato, p. 196. 
(2) Zbid., p. 120. 


(342) 


servées avaient été recueillies (1). Plus tard, la Société 
des antiquaires de l'Ouest, informée de ces faits, décida 
que des fouilles seraient pratiquées sous la direction 
de M. Touchard (2). Ces fouilles, bien qu'incomplètes, 
produisirent des résultats assez importanis pour faire 
penser à ce dernier , « que les Cranières avaient été 
une ville gallo-romaine, qu'elle avait dû contenir 
plusieurs milliers d'habitants, qu'une voie y con- 
duisait et que peut-êlre était-ce cette Segora , si 
cherchée, jamais trouvée, parce qu’elle était enfer- 
mée dans le sein de la terre (3). » Le terrain ex- 
ploré, « d’une contenance d'environ vingt-quatre hec- 
tares, commence à sept cents mèlres du bourg de 
Faye-l'Abbesse et s'étend jusqu’à lui. » Partout on a 
trouvé des preuves de son antique destination : des 
carrelages en béton épais, des chapileaux, des cor- 
niches à feuilles d’acanthe, de précieux débris de po- 
terie romaine avec le nom du potier, des briques, des 
tuiles à rebords et de nombreux ossements d'hommes 
et de chevaux, ne permettent pas en effet, de douter 
qu'il n’y ait eu là jadis un vasie établissement gallo-ro- 
main, que des recherches subséquentes feront encore 
mieux connaître. 

Le résultat des fouilles annoncé dans les journaux 
scientifiques (4),.a naturellement éveillé l'attention 
des archéologues, et un savant prélat, Mgr Cousseau, 
évêque d'Angoulême , n’a pas hésité à y voir la dé- 


(1) Bull. de la Société des antiquatres de l'Ouest, 1851, p. 240. 

(2) Séance du 29 août 1851. 

(3) Rapport de M. Touchard. Loco citato, p. 241. 

(4) Notamment dans les Annales archéologiques et dans le 
Journal l'Institut. 


(343) 


couverte la plus importante faite dans le ressort de la 
Société depuis sa création. Il n’a pas hésité non plus 
à partager l'opinion de M: Touchard. « C’est là évi- 
demment, dit-il dans une lettre écrite à cette occa- 
sion (1), l'ancienne Segora qu'on plaçait partout, ex 
cepté dans un lieu qui en offrit des traces, et qui fût 
cerlainement situé sur la voie romaine de Poitiers à 
Nantes. — Vous rappelez-vous la charte de Lothaire 
qui donne à l’abbesse de Saint-Jean de Bonneval, 
curtim de Faia, ubi extitit vetus cappella Si Hilari ? 
— vetus, elle était déjà vieille en 973, si je ne me 
trompe. — Vous connaissez aussi la précieuse relique 
de Faye-l'Abbesse, c’est un autel portatif en porphyre 
qu'on a toujours cru avoir servi à saint Hilaire dans 
ses courses pastorales dans le bas Poitou. On conçoit 
que le saint ait pris pour point de départ dans cette 
contrée, alors toute sauvage , la seule ville romaine 
qu'il y eut. Quand Segora a-t-elle été détruite? La ré- 
ponse sera donnée par les médailles qu’on y trouvera: 
Voici une conjecture qu'elles confirmeront ou renver- 
seront. — Segora, placée sur la frontière du Bocage où 
se réfugièrent les Gaulois indépendants et catholiques 
au Ve siècle, et des plaines où dominèrent jusqu’à 
Clovis, les Visigoths ariens, a dû être détruite alors dans 
les luttes acharnées des deux peuples. Vous savez que 
ces deux populations sont toujours demeurées enne- 
mies depuis; que nos gens du Bocage n’ont jamais eru 
à la sincérité de la conversion des Visigoths ariens, et 
qu'ils appellent encore aujourd’hui les gens de la 
plaine, les bigots. — Vous savez enfin comment cette 


(1) Bull. de la Soc. des ant. de l'Ouest, 1852, p, 264. 


(341) 


vieille ligne de séparation s'est iranchée de plus en 
plus au XVIesiècle, et mieux encore en 92. I yala un 
sujet d’études excessivement curieuses, et les ruines 
de Segora , retrouvées à Faye-l’Abbesse, si on pouvait 
les interroger, auraient plus d’une réponse à nous 
faire, plus d’un secret à nous découvrir. » 

À côté des séduisantes considérations auxquelles 
s’est élevé l’éloquent prélat; il faut maintenant placer 
les observations de M. Touchard, et rechercher s'il 
donne des motifs sans réplique à l'appui de son opi- 
nion. Or, tout en reconnaissant qu'il n’a pas encore 
élabli positivement que Segora fut au lieu où est au- 
jourd’hui Faye-l’Abbesse, M. Touchard déclare « qu'il 
soutiendra celte prétention jusqu'à ce que Aiïrvault, 
Montreuil-Bellay, Segré, Mortagne, Lezon, la Sigourie 
(lisez la Ségourie), Secondigny et Bressuire lui même, 
produisent des titres qui l’'emportent sur ceux-ci, qui 
du moins les égalent, ce qui n’a pu jusqu’à ce jour 
être fait. » (4) — Il va plus loin : il ne doute pas que 
« si la découverte eût eu lieu du temps des auteurs 
qui ont iraité la question, toute confestation eût 
cessé. la conviction devant se former ici, non par la 
force du raisonnement, par la prétention de l'intelli- 
gence et même par la science... mais par la simple 
lecture d'une page historique que la terre nous avait 
jusqu’à ce jour cachée. » 

« Je me persuade, ajoule plus loin M. Touchard (2), 
quecelieu adàû être une ville gallo-romaine.…..Faye-l’Ab- 


(1) Recherches historiques sur Bressuire, Faye-l’Abbesse, etc. 
(Bull. de la Soc. des ant. de l'Ouest, 1852, p. 268). 
(2) Zbid., p. 288. 


(CO ) 
besse doit être plus qu'une ville, plus qu'une station. 
il faut donc qu’il ait été une ville assez considérable, 
et comme une ville ne peut exister sans abords, d’où 
venait-on à la vôtre? me dira-t-on , et où allait-on en en 
sortant? » — Pour résoudre ce point, M. Touchard em- 
prunte à de la Fontenelle son itinéraire de Poitiers 
à Angers , jusqu’à la métairie de Chaussée-Faubert, 
commune de Thénezay. « S'il y a eu, a dit M. de la 
Fontenelle (1), une voie romaine susceptible de se di- 
riger dans un parcours où elle aurait pu passer le 
Thouet, elle n'aurait point passé celte rivière à Air- 
vault..— A la sortie de la forêt d’Autin, après la métai- 
rie de la Chaussée, cette voie fait une fourche. C’est la 
branche droite allant joindre Marnes.… qui est la ligne 
qui conduisait à la capitale des Andes. Or, la branche 
gauche mérite aussi de fixer l'attention; elle se dirige 
entre les bois de Pressigny et de Barge, passe sur le 
Pontreau des Hommes, commune de Thénezay, et ar- 
rive au château de la Chaussée-de-Gourgé, nom indi- 
calif d’une voie romaine; ensuite ce chemin arrive à 
Gourgé, où il passe le Thouet sur un pont de construc- 
tion très ancienne et probablement d’origineromaine,.…. 
arrive au ruisseau de Cesbron qu’on passe dans un 
gué très large et soigneusement pavé, appelé le gué de 
Vieilmenée et arrive au village de l’Ajon (2), commune 
de la Boissière-Thouarsaise..….. On croit qu'ensuite 
cette voie de communication se dirigeait sur Amail- 
lou ; mais de là où allait elle ? on pourrait y voir une 
direction sur Bressuire pour arriver à Nantes; mais 


(1) Loco citato, p. 125. 
(2) M. de la Fontenelle à écrit Lageon. 


( 346 ) 


celte ligne, si elle était continuée, n'’allait-elle, pas 
plutôt vers Faye-l’Abbesse? » — Cette dernière conjec- 
ture est aujourd’hui une réalité. — A la vérité , con- 
tinue M, de la Fontenelle, « cette dénomination de 
chemin de Saint-Hilaire, semble exclusive d’une voie 
romaine allant sur Nantes, et se rattacher au souvenir 
du plus célèbre des évêques de Poitiers (1). —S'il 
en est ainsi de ces deux routes, l’une (la branche 
droite) aurait conduit à Cleré, son lieu de naissance, 
l’autre (la branche gauche), à son lieu de prédilec- 
tion (Faye-l'Abbesse); peut-être même ces deux voies 
de communication se réunissaient-elles vers Anjou? » 
— Ici M. Touchard a lu l’Ajon (2), et, par suite de cette 
étrange inadvertance, il se livre à une critique sans 
fondement , et à une série de considérations dans 
lesquelles il devient inutile de le suivre. — De la 
Fontenelle termine en disant : « Toujours est-il que 
de Bressuire à Châtillon. et au-delà, il n'existe pas, au 
moins je crois pouvoir l'affirmer, de traces d’une voie 
romaine dans la direction de Nantes. » — J'ai déjà fait 
remarquer avec M. Bizeul, que sur ce point, dela Fonte- 
nelle avait vainement opposé son propre témoignage à 
celui de Dom Fonteneau. M. Touchard ajoute, avec rai- 
son, que le chemin reconnu romain jusqu’à l’Ajon, 
devait l'être jusqu’à Bressuire, en passant par Faye- 
l’Abbesse,etilinvoque « lesouvenir des habitants du par- 


(1) M. Bizeul combat cette considération: « [l est maintenant 
appris, dit-il (notice de 1843, loco citato, p. 454), que les voies 
romaines porteut, dans chaque province, un nom particulier qui 
tend à les attribuer à un personnage, soit historique, soit féé- 
rique, » 

(2) Loco citato, p 289. 


(347) 


cours de Faye-l'Abbesse à Bressuire, qui pourraient at- 
tester, dit-il, qu’il contenait trois fragmentsde voie, très 
reconnaissables avant la création du chemin de grande 
communicalion de Bressuire à Châtellerault.» — Aussi, 
M. Bizeul avait-il grandement raison de dire, dans une 
de ses dissertations (1) : « Nous nous garderons bien 
d'assurer, comme M. de la Fontenelle, qu'il n'existe 
plus au-delà d’Amaillou des vestiges de la voie ro- 
maine ; bien au contraire, nous dirons à ceux que ces 
recherches intéressent et qui habitent le pays : quærite 
et invenielis.. Cette investigation certainement amè- 
nera quelque jour un résultat satisfaisant. » M. Bizeul 
prophétisait, en écrivant ainsi, et il est bien évident 
aujourd’hui qu’une voie parlant de Poitiers, se diri- 
geait vers Nantes, en passant par Faye-l'Abbesse et 
Bressuire. 

Mais si le parcours de cette voie est désormais dé- 
montré; s’il est aussi démontré que Faye-l'Abbesse a 
été un établissement gallo-romain important, est-il 
également prouvé que cet établissement était Segora? 
Je ne le pense pas. M. Touchard ne s’est préoccupé en 
aucune manière, ni du défaut d’analogie entre les 
noms de Faye et de Segora, analogie qui a un intérêt 
relatif incontestable , ni du rapport des distances indi- 
quées sur la carte de Peutinger, qui mérite cependant 
aussi d’être pris en considération. — M: Touchard n’a 
vu qu'une chose. — On indiquait Segora à Bressuire, 
et aucun vestige romain ne pouvait appuyer cette 
conjecture ; il a découvert une villa, ou , si l’on veut, 
une ville romaine aux Cranières, c'est-à-dire à Faye- 


(1) Notice de 1843, p. 497. 


( 348 ) 

l'Abbesse ; donc Faye-l’Abbesse est Segora. Cette argu- 
mentation est-elle concluante? Non, sans doute : sous 
le double rapport des distances et de l’analogie du 
nom, toutes les objections accumulées contre Bres- 
suire, peuvent être adressées à M. Touchard, et retour- 
nant contre lui ses propres raisonnements, malgré 
l'importance de la découverte qui lui est due, la plupart 
des auteurs qui ont placé ailleurs Segora, pourraient 
Jui dire, en se servant de sesexpressions, qu'il ne pro- 
duit pas de titres qui l’emportent sur ceux qu'ils ont 
invoqués, ni même qui puissent les égaler. 


XI. 


Telles sont les nombreuses hypothèses successive- 
ment proposées, pour fixer le lieu où se trouvait jadis 
la mansion Segora. De ces opinions si diverses, ne 
doit-il sortir que le doute, et faut-il répéter en 1852, ce 
que notre honorable collègue, M. Godard-Faultrier, 
pouvait dire en 1839 : « Qu'il nous soit permis de ne 
placer cette station nulle part, l'incertitude étant ici 
ce qu'il y a de plus certain (1). » Je ne crois pas, je 
l'avoue, qu'on puisse encore pousser le scepticisme 
jusque-là. 

Les investigaiions persévérantes des savants, leurs 
criliques mêmes, ont élucidé la question, et, une carte 
à la main, il est désormais facile , en procédant par 
exclusion, d’écarter in hmine litis, bon nombre d’in- 
dications , qui ne sauraient résister aujourd’hui à un 
examen imparlial et sérieux. 


(1) L’Anjeu et ses monuments, t, 1°", p. 47. 


(349) 


Ira4-on chercher Segora sur la roule de Nantes à 
Angers , en passant par Segré ? Les yeux et la raison 
répondent négativement. 

Croira-t-on que, pour se rendre directement de Poi- 
tiers à Nantes, les Romains passaient par Secondigny 
ou par Sigournai ? Il suffit de voir quel long circuit il 
aurait fallu faire, pour rejeter une opinion qui heurte 
tous les principes de l'établissement des routes ro- 
maines. 

Inutile de parler des conjectures relatives à Mon- 
treuil-Bellay et Lezon ; elles ont été désertées aussitôt 
que produites. 

La découverte faite à Faye-l’Abbesse, ruine d’un 
seul coup les prétentions de Bressuire et d’Airvault, 
puisque, si la mansion Segora se trouvait dans ces 
parages, évidemment c'était aux Cranières. 

Enfin, le calcul des distances, de quelque manière 
qu'on s’y livre, exclut positivement Mortagne. 

Récapitulons : Segré, Secondigny, Sigournai, Mon- 
treuil-Bellay , Lezon, Bressuire, Airvault et Mortagne. 
Voici dès à présent, huit localités sur onze hors de 
cause. 

Restent Doué, la Ségourie et Faye-l'Abbesse, en 
faveur desquels s'élèvent des présomptions plus graves, 
plus précises. Il devient donc nécessaire d'examiner 
plus attentivement, et de presser davantage les consé- 
quences des faits connus. 

En ce qui touche Doué, cette opinion s’étayait sur- 
tout de ce que le chiffre xvuxr, placé au-dessus de 
Segora sur la carte de Peulinger, semblait indiquer 
la distance de Segora à Angers, plutôt que celle de 
Segora à Nantes. Mais on a fait observer victorieuse- 


( 350 ) 


ment, ce me semble, que la position de Doué ne 
s’accordait nullement avec les principes de la castra- 
mélation romaine, et cetie objection, dont on pouvait 
peut-être ne pas autant tenir compte avant la décou- 
verte du camp de la Ségourie, me paraît aujourd'hui 
irréfutable , surtout quandon considère, ce qui mérite 
d’être noté, que la Ségourie , située à peu près à égale 
distance de Nantes et d'Angers, justifie en même 
temps pour chacune de ces deux villes, le nombre 
XVIII, indiqué une seule fois sur la table de Peutinger. 
— Doué doit donc être écarté à son tour. 

Ce que je viens de dire, et ce que j'ai dit précédem- 
ment sur l'analogie du nom et le rapport de la distance, 
montre d'une manière non équivoque, qu'à monavis, 
la balance doit pencher, plutôt du côté de la Ségourie 
que de celui de Faye-l'Abbesse. 

Est-ce à dire, pour cela, que je méconnaisse l’im- 
portance de la découverte faite dans ce dernier lieu ? 
Non assurément ; on en aura bientôt la preuve. 

J'admets que Segora était à la Ségourie, mais je 
n’admets pas que cette localité se trouvât placée exclu- 
sivement sur la voie romaine de Nantes à Tours, ef que 
Lemuno fût une mansion resiée inconnue sur cette 
même voie, — Lemuno désigne Poitiers, cela est in- 
contestable, et résulte de la manière la plus évidente 
de la table de Peutinger elle-même. Il est non moins 
évident qu'il y avait bien une roule directe de Poitiers 
à Nantes, et que sur cette route se trouvait la station 
Segora. 

Mais la distance réelle entre Nantes et Poitiers est 
beaucoup plus considérable que celle résultant des 
deux nombres (18 et 33) portés sur la earte. — D'où 


(351) 


peut provenir celte différence ? — De deux causes seu- 
lement : d’une erreur dans les chiffres, ou de l'omis- 
sion d’une mansion avec la distance itinéraire. 

L'erreur dans les chiffres n'est guère admissible : 
toutes les rectifications essayées n’ont abouti à rien 
de concluant, et ces corrections d’ailleurs étaient tout 
à fait arbitraires. 

Au contraire, l’omission d’une station, omission 
dont on a plusieurs exemples, n’est pas seulement 
une conjecture plus ou moins sérieuse ; depuis la dé- 
couverte faite à Faye-l’Abbesse, elle est devenue une 
réalité, et c’est sous ce rapport surtout, que cette dé- 
couverte est précieuse. 

L'antiquité, a-t-on dit (1), ne se révèle à nous que 
peu à peu et par lambeaux; souvent elle accorde au 
hasard ce qu’elle refuse aux efforts de l’érudition. 
Et, en effet, on avait bien songé à l’omission d’une 
station, mais en même temps on s’obstinait à la cher- 
cher du côté de Nantes, et l’établisement trouvé aux 
Cranières, est venu nous apprendre qu’on avait fait 
fausse route ; qu'il fallait laisser Segora à la Ségourie 
et chercher du côté de Limonum, la station omise qui 
vient d’être rencontrée à Faye-l’Abbesse, et dont plus 
tard, le nom gallo-romain nous sera peut-être aussi 
révélé. 

Le calcul des distances confirme, je crois, ce que 
je viens de dire. De Nantes à la Ségourie on compte 
environ 40,000 mètres, de la Ségourie à Faye-l'Ab- 
besse 76,000, de Faye-l'Abbesse à Poitiers 57 ,000 ; au 
total 173,000 mètres. La lieue gauloise étant d'environ 


(1) Dissertation de M. Audé. Loco crtato, p- 387. 


(1852 
2,268 mètres, on trouve de Nantes à la Ségourie xvnx 
lieues gauloises (40,824 mètres), et de la Ségourie à 
Faye-l’Abbesse xxxin lieues (74,844), c'est-à-dire. pré- 
cisément,— ce qui est bien remarquable, —les zr lieues 
gauloises de la table Theodosienne (115,668 mètres); 
enfin de Faye-l'Abbesse (stalion omise) à Poitiers, on 
peut compter xxy lieues gauloises (56,700 mètres), ce 
qui donne pour la voie romaine de Nantes à Poitiers, 
une distance lolale de Lxxv1 lieues gauloises. On n’en 
a compté que 72 ou 73, mais à vol d'oiseau, et il faut 
bien tenir compie des courbes que présente la route. 

Je dois ajouter que le parcours de la voie est parfai- 
tement démontré, d’abord de Nantes à la Ségourie, 
puis de Faye-l’Abbesse à Poitiers par Amaillou, Gourgé 
et Thénezai. Quani à l'intervalle entre la Ségourie et 
Faye-l’Abbesse, je crois qu’on peut admettre le tracé 
par Trémentines, Châtillon-Mauléon et Bressuire, qui 
semble incontestable, surtout à partir de Châtillon. 
Ainsi l'itinéraire romain, se résume, à mon avis, de 
la manière suivante : 

De Limonum (Poitiers) à Faia (Faye-l’'Abbesse) xxv 
lieues gauloises; de Faia (station omise) à Segora (la 
Ségourie), xxxur1 ; de Segora à Portus Namnelum 
(Nantes), xvrx; Total Lxxvi lieues. 

Si ces données sont exactes , et je le crois, la grande 
question de Segoraet celle de la voie directe de Poitiers 
à Nantes, se trouvent à la fois résolues ct de manière, 
ce me semble, à concilier les prétentions rivales de la 
Ségourie, et de Faye-l’Abbesse. Toutefois, loin de moi 
la prétention de donner aujourd'hui cette appréciation 
comme une cerlitude. J'ai voulu principalement dé- 
blayer le terrain, s’il m'est permis de parler ainsi; que 


(353) 


les découvertes et les méditations d'hommes plus com» 
pétents que moi fassent le reste! 


Angers, le 3 mai 1852. 


LÉON FAYE. 


Depuis le jour où j'ai donné lecture du travail qui 
précède (1), j'ai eu connaissance de nouvelles recher- 
ches sur Segora, dues à M. Caillard de Neuville et à 
M. de Matiy de la Tour, ingénieur en chef à Rennes (2). 

Le premier, dans un extrait d’un mémoire inédit 
sur les voies romaines en Poitou, adressé à la Société 
des antiquaires de l'Ouest, et qui porte la date du 20 mai 
1852 (3), propose un système entièrement neuf. — Au 
lieu de prendre, comme on l’a fait jusqu'à présent, la 
ville de Poitiers actuelle, pour point de départ de ces 
voies, M. Caillard pose ce fait qu’elles partaient du vieux 
Poitiers, situé près de Cenon, canton de Vouneuil-sur- 
Vienne ; par suite, la ligne se dirigeant vers Nantes 


(1) Voir les procès-verbaux de la commission archéologique de 
la Société nationale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 
séance du 12 juillet 1852, p. 70. 

{2) Je dois la communication de ces documents, à l’obligeance 
de M. Redet, archiviste du département de la Vienne. 

(3) Ce mémoire est mentionné en ces termes, dans le bulletin 
du 2e trimestre 1852, p. 337 : & M. Caillard a envoyé un mémoire 
dans lequel il conteste la position de Segora, placée aux Cra- 
nières par M. Touchard. — Cette question sera ultérieurement 
discutée après de nouvelles études faites par M. Caillard, dont 
le travail commencé depuis longtemps, embrasse toutes les voies 
romaines du Poitou. » 


23 


( 354 ) 


venait aboutir, suivant lui, au bourg de la Grimau- 
dière, canton de Montcontour, et de là, franchissant la 
Dive, au gué du Thibet, se rendait à Airvault, lieu 
à partir duquel l’auteur adopte le tracé de Dom Fonte- 
neau. Ce bourg de la Grimaudière (1), situé presque 
sur la limite des départements de la Vienne et des 
Deux-Sèvres, était, d’après M. Caillard, la mansion 
Segora. 

Voici les motifs sur lesquels il s'appuie : la distance 
de 33,000 pas indiqués sur la table Théodosienne, forme 
juste l'intervalle qui sépare la Grimaudière de l'endroit 
où était autrefois le vieux Poitiers; et de plus, une 
prodigieuse quantité de tuiles à rebord, des poids en 
terre cuite, des débris de maçonnerie, ne lui laissent 
aucun doute sur l'existence d'un établissement gallo- 
romain dans cette localité. A ces raisons , M. Caillard 
ajoute l'observation suivante : « La carte de Peutinger 
indique le nombre xxxiir entre Segora et Limonum; 
elle indique aussi le nombre xvirr, non par delà Segora, 
mais en decça. Il ne faut donc pas additionner ces deux 
sommes, comme l’a fait Dom Fonteneau, mais au con- 
traire prendre séparément chacune d’elles et les attri- 
buer savoir : xxx115 sur la ligne entre Segora et Limo- 
num. et xvirt pour celle entre Segora et la première 
station vers Orléans. » Alors M. Caillard ouvre un 
compas, rencontre Berthegon, canton de Monts, et 
conclut que c'était dans les environs de ce lieu que 
devait se trouver la station, distante de 18,000 pas de 
Segora. 


(1) Sur la carte jointe à cette notice. la Grimaudière est indi- 
quée avec le n° x11. 


(355) 


Ce système, je le déclare sans hésiter , ne me parait 
pas admissible, et pour le démontrer, il suffit de faire 
observer que la carte de Peutinger indique des lieues 
gauloises, et non des milles romains. Ce fait, hors de 
toute controverse désormais, rendant fautifs les calculs 
de distance auxquels s’est arrêté M. Caillard, prouve 
que la Grimaudière n’a jamais été Segora. 

Du reste, le Limonum de la table Théodosienne est 
incontestablement le Poitiers actuel. L'abbé Bellay 
l'a démontré d’une manière irréfragable. Il est donc 
impossible , ainsi que le fait remarquer M. de Matiy, 
d'admettre que cette carte, destinée à faire connaître 
les routes qui traversaient Limonum au IV° siècle 
de notre ère, désigne celles qui pouvaient jadis partir 
du vieux Poitiers, puisque depuis longtemps déjà, 
à celte époque, ce lieu avait cessé d’être la capitale 
du Poitou. 

J'ajouterai que, lors même qu'il faudrait appliquer 
le nombre xvur de la carte de Peutinger à une autre 
ligne que celle de Poitiers à Nantes, on ne saurait 
accepter la station que M. Caillard place à Berthegon, 
dans la direction d'Orléans, puisqu'il suffit de jeter les 
yeux sur cette carte, pour être convaincu que la bifur- 
cation de la route qui s’y trouve indiquée, conduisait 
directement à Juliomagus, c'est-à-dire à Angers. 

J'arrive aux recherches de M. de Matiy de la Tour, 
qui s'occupe avec un zèle si digne d’éloges, des voies 
romaines de nos provinces de l'Ouest. — Dans une 
lettre, en date du 22 juin 1852, communiquée à la 
Société des antiquaires de l'Ouest (1), il repousse 


(1) Ges recherches sont constatées ainsi qu'il suit, dans le bul- 


(356 ) 


avec raison, les conjectures de M. Caillard, et recon- 
naît que l'interprétation la plus satisfaisante des Ii- 
gnes et des chiffres de la table Théodosienne, con- 
duit à chercher Segora sur la voie directe de Limo- 
num au Portus Namnetum. Mais acceptant les 33 lieues 
gauloises, marquées sur cette carte, pour la distance 
de Poitiers à Segora, il incline à trouver cette mansion 
à Breuil-Chaussée , à Bressuire ou à Faye-l’abbesse (1), 
et sur la carte, par lui dressée, des voies romaines de 
Anjou, il admet provisoirement Breuil-Chaussée , qui, 
dit-il, a le mérite de convenir, pour la distance et la 
direction , mieux que les deux autres poinis. Mais il a 
soin d'ajouter « que, dans un mémoire inédit sur 


letin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 3° trimestre de 1852, 
p- 370.— « La Société a reçu de M. de Matty de la Tour, une longue 
et importante lettre sur l’ancienne position de Poitiers, et sur les 
voies romaines qui traversaient le Poitou, qnestion sur laqueile 
il promet un travail d'ensemble, et que M. Caïllard continue à 
étudier de son côté. » 

(1).« Ce dernier lieu m'a été indiqué en 1848; il convient que: 
la Société le sache, par M. Chanlouineau, membre de la commis- 
sion archéologique d'Angers, comme étant, selon lui, l’emplace- 
ment probable de Sesora; il avait fixé mou attention d'une 
manièreparticulière sur ce lieu qui devait même être de sa part, 
l'objet d’une note qu’il m'avait promise. Celle-ci ne m'étant pas 
parvenue à Poitiers, comme je l'avais espéré, je restai dans le 
doute (Note de M de Matty). » M. Chanlouïneau est décédé de- 
puis, et je n’ai pu vérifier s’il s'était occupé de la note annoncée 
à M. de Matty; j'ai trouvé seulement daos les procès-verbaux de 
la Commission archéologique (séance du 6 août 1847, p. 9), la 
mention suivante : « M. Charlouineau donne de vive voix quel- 
ques détails sur les vestiges encore subsistaznts de la voie romaine 
de Poitiers à Nantes, à Faye-l’Abbesse, prè: Bressuire. Un vase 
antique et d’autres débris romains ont été trouvés en ce lieu. 
M. Chanlouineau se propose de faire un travail sur ces décou- 
vertes. » 


Segora, qui doit faire partie d’un ouvrage intitulé : Villes 
et voies romaines du Poitou, »,il exprime le besoin 
de trouver quelque chose de plus satisfaisant. « Si la dé- 
couverte d’une ville antique à Faye-l'Abbesse se con- 
firmait, on comprend, continue M. de Matty, combien 
elle parlerait en faveur de cette localité, mais il ne veut 
pas se prononcer encore ;.. » Car ilsait, par l'expérience 
du passé, combien de fois, des ruines baptisées d’un faux 
nom ont fait dévier les voies romaines de leur véritable 
direction. [attendra donc que cette découverte soit bien 
constatée, pour mettre la dernière main à son mémoire 
où la question est traitée avec tous les développements 
qu’elle comporte. D'ailleurs il s’agit moins pour lui de 
signaler pour Segora un emplacement qui paraisse le 
véritable, que d'exposer, ce qui n’a jamais été fait, 
d’après les diverses interprétations de la table, les 
mombreuses solutions possibles de ce problème géogra- 
phique, resté indéterminé, « à cause des éléments 
incomplets qu'on possède, pour arrêter le système 
des voies unissant Limonum, Portus Namnetum et 
Juliomagus, sur lequel Segora se trouve. » 

Ces documents nouveaux viennent-ils infirmer les 
conclusions de mon travail? Je ne le pense pas.— D'une 
part, l'hypothèse de M. Caillard ne présente pas une 
seule présomption sérieuse en faveur de la Grimau- 
dière; — de l’autre, les recherches de M. de Matty 
tendent plutôt, il le déclare lui-même, à indiquer tous 
les emplacements possibles de Segora, qu'à retrouver 
sa position véritable. En présence donc d'une con- 
jecture sans fondement et de recherches ingénieuses, 
sans contredit, mais qui ne paraissent pas de nature 
à résoudre définitivement le problème , je crois pou- 


(358 ) 


voir persister encore aujourd’hui dans l’opinion que 
j'ai émise (1). 


Aventon, près Poitiers , le 27 octobre 1852. 


LÉON FAYE. 


(1) Les procès-verbaux de la Commission archéologique, qui 
vieunent de m'être communiqués par M. Béclard, secrétaire, 
constatent que cette opinion est regardée comme bien vraisem- 
blable par M. Godard-Faultrier lui-même (séance du 21 mars 1849, 
p. 51.) — Les principaux motifs sur lesquels elle se fonde, sont 
résumés dans le même recueil. ( Communication verbale de 
M. Tristan Martin. -— Séance du 3 mai 1850, p. 19.) 


BOTANIQUE DÉPARTEMENTALE. 


L'une des parties des frontières de l'Anjou qui ont 
été le moins étudiées par des botanistes sédentiaires, 
est celle sans doute qui se trouve formée par cette 
extrémité de la plaine poitevine qui pénètre plus ou 
moins avant dans les cantons de Montreuil-Bellay, 
Doué et Vihiers. Là cependant se rencontre une con- 
trée singulièrement curieuse, en ce qu'elle offre la 
transition la plus apparente de la flore purement occi- 
dentale à cette autre flore qui vient au devant d'elle, 
apportant dans sa corbeille parfumée, jusqu'à l'extrême 
limite du grand bassin Jurassique, cet ensemble de 
plantes qui se rattachent plus intimement à la flore 
sous-méridionale de l’Aquitaine. Il y a donc quelque 
intérêt pour notre statistique naturelle, à recueillir 
les matériaux inédits qui peuvent exister sur cette 
région botanique, et cela surtout quand ils émanent 
d'un savant dont le nom est à juste titre resté classique 
parmi tous ceux qui veulent étudier consciencieuse- 
ment les espèces angevines. C’est du moins ce que 
nous avons pensé et ce qui nous a déterminé à com- 
muniquer à la Société le lravail du docteur Bastard. Il 
fit en 1809 et 1813 deux voyages à Thouars et dans 
les communes limitrophes qui appartiennent à notre 
département. C’est le résumé de ces explorations 
d'autant plus intéressantes qu'elles étaient faites par 


( 360 ) 


an homme véritablement infatigable dans la recherche 
et doué d’un coup d'œil si sûr que peu de plantes pou- 
vaient lui échapper, que la Société a jugé utile d’insé- 
rer dans le recueil de ses mémoires. 

Nous croyons devoir faire remarquer qu'au lieu de 
rectifier la synonymie admise alors par l’auteur, on 
s’est borné, pour conserver à ces notes le cachet de 
l’époque, à ajouter l’abréviation (Bast.), pour indi- 
quer que l’espèce citée sous ce nom dans ses ouvrages 


en a reçu depuis un autre. 
T.-C. B. 


HERBORISATIONS A THOUARS. 
les 24, 25, 26 juillet 1809 et les 21 et 22 juin 1813, 


PAR T. BASTARD. 


Rues de la ville, cours, terrasses du château : 

Urtica pilulifera, Salvia Sclarea, Carduus Marianus, 
Campanula Erinus, Momordica Elaterium , Trifolium 
scabrum, Siachys sideritis , Barkhausia fœtida, Cyno- 
glossum picium, Galium anglicum, — divaricatum, 
Dianthus Carthusianorum, Teucrium chamϾdrys, 
Geranium pusillum, Sisymbrium Sophia. 


Environs de la ville : 

Medicago orbicularis (Bast.), — minima, — Gerar- 
di, — denticulata, Podospermum laciniatum, Salvia 
pratensis, Saponaria officinalis, Seseli montanum, 
Melica ciliata, Plantago subulata (Bast.), Chondrilla 
juncea, Spiræa filipendula, Cyperus longus, Flmase 
media, Onobrychis sativa. 


( 361 ) 


/ 


En remontant la rive gauche du Thouet, côteaux 
tantôt calcaires, tantôt schisteux, offrant des quartz, 
des cornéennes et des roches très mélangées : 

Ervum Ervillia, Caucalis daucoides , Asperula cy- 
nanchica, Linum gallicum, Trifolium angustifolium, 
Brunella dissecta, Potentilla verna, Umbilicus pen- 
dulinus , Auchusa italica, Ajuga chamæbpithys, Cete- 
rach officinarum, Ulmus crenata, Ammi majus, 
Sisymbrium vimineum, Coronilla varia, Ornithopus 
scorpioides, Erigeron acre, Portulaca oleracea, Tri- 
folium rubens, Cardamine impatiens, Hippocrepis 
comosa. 


En revenant par la rive droite du Thouet : 

Rhamnus catharticus, Lathyrus sylvestris, Myoso- 
üs lappula, Lactuca perennis, Reseda lutea, Campa- 
nula glomerata, Linum catharticum , Euphrasia offi- 
cinalis, Verbascum pulverulentum, Senecio viscosus, 
Allium sphærocephalum , Xeranthemum inapertum. 
Tragopogon majus, Linum strictum, Euphrasia lu- 
tea? var. (E. Jaubertiana), Siellera passerina , Poly- 
carpon tetraphyllum, Stachys germanica, Chlora 
perfoliata, Crucianella angustifolia. 


En descendant le Thouet au-dessous de la ville par 
la rive droite : 

Circœa lutetiana ? var ?, Rosa rubiginosa, — Sæ- 
pium, Lithospermum purpureo-cœruleum, Polychne- 
mum arvense, Andryala integrifolia, Centaurea la- 
naia, — Scabiosa, Allium paniculatum, Anethum 
fœniculum, Thymus calamintha, — Nepcta, Althœæa 
hirsuta, — Cannabina, Euphorbia falcata, Helian- 
1bemum salicifolium , Ononis parviflora (Lam.), Poe 


( 362) 


Megastachya, Valerianella hamata, Alyssum calyci- 
num, Caucalis grandiflora, Limum tenuifolium , — 
angustifolium, Teucrium Botrys, — montanum, — 
Chamædrys (très abondant), Linaria minor ? var., 
Orobanche (4 espèces), Asperula arvensis, Stachys an- 
nua, Melissa officinialis, Sium falcaria, Coronilla 
minima ? ou coronata ? Buplevrum odontites (Bast.), 
Guaphalium arvense. 


Vallon (de la cascade) vis-à-vis le deuxième moulin 
sur la rive gauche, le plus pittoresque, le plus riche, 
le plus curieux de nos contrées : 


Helianthemum vulgare, Spiræa filipendula, Bru- 
nella laciniata var., Melampyrum cristatum, Saxi- 
fraga granulata , Rosa dumetorum , — fastigiata, 
Lithospermum purpureo-cæruleum, Hippocrepis co- 
mosa, Linum tenuifolium , Globularia vulgaris, Vicia 
gracilis, Authyllis vulneraria, Buplevrum odontites 
(Bast.), Trifolium ochroleucum , — sirictum , — col- 
linum (Bast.), — incarnatum, var., Micropus erec- 
tus, Arabis hirsuta, Ononis natrix, — parviflora, 
Teucrium Botrys, Ceterach off., Seleranihus perennis, 
Bromus madritensis (L.), Ornithogalum pyrenaicum, 
Plantago subulata (Bast.), Lathyrus sylvestris, Valeria- 
nella eriocarpa, Sisybrium pyrenaicum, Lathyrus nis- 
solia, — angulatus, Rosa rubiginosa, — microphylla, 
Asplenium septentrionale, sur les rochers de la cas- 
cade. Puis sur un côteau très vaste et très élevé, un 
Iris (Germanica) que Du Petit-Thouars avait nommé 
Sambucina. — Le chelidonium corniculatum des Her- 
borisations de Maine et Loire ne peut être que le Rœme- 
ria hybrida. 


(363) 


Maintenant, si l'on veut étendre l’herborisation 
jusque sur le versant sud des collines de la Bosse notre 
et de la Bosse carrée, sur le pays granitique et d’allu- 
vions diluviennes de Saint-Pierre-des-Champs et de 
Cléré , dans la direction d’Argenton, on trouvera dans 
- des espaces souvent très resserrés, groupés pour ainsi 
dire en faisceau : 

Hyoscyamus niger ? var., Sedum villosum, Scle- 
ranthus perennis, Gladiolus parviflorus (Bast.), Bru- 
nella grandiflora (?), Serapias cordigera, Juncus 
ericetorum , — pygmœæus, Rosa pimpinellifolia (abon- 
dant), Ornithopus durus,—scorpioides, — compressus, 
— roseus, — perpusillus, dans le mème carré. Rosa 
leucantha, Asphodelus albus, Potentilla splendens. 


Puis si l'on veut pousser jusqu’à Argenton, en 
redescendant vers l’ouest, on trouvera, parmi des 
roches granitiques et dans un pays très accidenté et 
très pittoresque : 

Sedum Andegavense, Dianthus caryophyllus, — 
carthusianorum , Umbilicus pendulinus, Andryala 
integrifolia, Rosa sœpium, var., Aquilegia vulgaris, 
Sisymbrium pyrenaicum, Silene inflata, rupestris 
(Bast.), Potentilla splendens, Asclepias vincetoxicum, 
Reseda sesamoides (Bast.), Plantago subulata (Bust.), 
Lathyrus sylvestris, var., Polycarpon tetraphyllum, 
Crucianella angustifolia, Rubus itomentosus, pros- 
tratus (Bast.), Athamantha oreoselinum, chœrophyl- 
lum sylvestre, Phyteuma spicata, Campanula persi- 
cifolia. etc.. sur les coteaux de la Louère, vers la 
Somloire. 


(364) 


PROCÈS-VERBAUX 


DES 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE , 


SCIENCES ET ARTS DANGERS. 


26 9 


Séance du 3 décembre 1852. 


Présidence de M. TExTORIS , vice-président. 
Secrétaire-rédacteur, M. BERAUD, secrét.-général. 


M. le président de Beauregard étant indisposé, se 
fait excuser et est remplacé au fauteuil par M. Tex- 
toris, vice-président. 

Le Secrétaire indique les titres des publications qui, 
en grand nombre, ont été adressées à la Société par 
ses correspondants. 

Le Président annonce que MM. Mordret et Castonnet, 
ne pouvant, par divers motifs, assister régulièrement 
aux réunions de la Société, donnent leur démission. 

L'assemblée exprime les regrets qu’elle éprouve de 
cette résolulion, et dit qu’à partir de janvier 1853, ces 
Messieurs cesseront de faire partie de la Société. 

M. Louis Tavernier prend ensuite la parole, au nom 
de la commission d'organisation de l'exposition horti- 
cole, que la Société a décidée pour l’année 1853, ct 


(365) 


fait un rapport irès complet des iravaux et démarches 
préparatoires auxquels elle a dû se livrer. Il fait con- 
naître que le local qui a paru le plus convenable à 
raison de son étendue, de sa situation plus centrale 
et de ce qu'il exigera de moindres frais d’appropriation 
que tout autre, est le bâtiment des grandes écuries du 
haras, qui se trouve libre à ce moment de l’année et 
que le directeur a mis grâcieusement à la disposition 
de la Société, pour une solennité qui intéresse si 
vivement l’horticulture de l’ouest. C’est dans la der- 
nière quinzaine de mars qu'ouvrira l'exposition, à une 
époque, par conséquent, où les camélias seront dans 
tout l'éclat de leur floraison, ainsi que les Azalées 
del’Inde, et les Rhododendrons. Ces plantes qui forment 
une culture d'élite pour le département, seront secon- 
dées par les plantes bulbeuses, les anémones et renon- 
cules , les auricules, les mimosas, bruyères et plantes 
analogues; un grand nombre de plantes de serre 
chaude et d'arbres et d’arbustes exotiques rares, à 
feuilles persistantes et de pleine terre, que cultivent nos 
jardiniers, concourrait à rendre cette exposition aussi 
nombreuse pour les individus que remarquables par 
les espèces et variétés. La commission a d’ailleurs jugé 
convenable d'agrandir le cercle des exposants, en 
admettant tous ceux des départements limitrophes, à 
savoir : la Sarthe, la Mayenne, Ille-et-Vilaine, Loire- 
Inférieure, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne et Indre-et- 
Loire, en toui 9 départements. Elle a divisé les prix 
en 20 catégories, à chacune desquelles sont alloués 
2 prix, consistant en médailles de vermeil et d'argent 
et des mentions honorables avec médailles de bronze. 

M. le Rapporteur lit les articles du programme 


( 366 ) 


présentés par la commission, lesquels sont adoptés 
successivement par l'assemblée. Elle décide que ce 
programme sera de suite livré à l'impression, pour 
être expédié aux Sociétés correspondantes, ainsi qu'aux 
principaux horticulieurs des départements admis à 
concourir. 

Le Secrétaire-général présente à la Société, la pre- 
mière partie d'une liste des insectes Coléoptères du 
département , que possède la riche collection de 
Madame la comtesse de Buzelet. Sachant combien 
celte série des espèces angevines avait pris de dé- 
veloppement, par les recherches assidues de Ma- 
‘dame de Buzelet, et que leur détermination avait été 
fixée avec précision, tant par les travaux particuliers 
de cette dame, que par des vérifications faites pour les 
espèces critiques par les premiers entomologistes de 
Paris, le Secrétaire-général a pensé qu'il serait d'un im- 
mense intérêt pour ce genre d'étude, de faire entrer 
dans le recueil des Mémoires de la Société, un cata- 
logue qui pourrait devenir un guide sûr pour les 
recherches auxquelles se livrent partiellement quel- 
ques naturalistes, sur des points opposés de notre 
département. Ce catalogue devra désormais servir de 
lien commun, à des éludes poursuivies jusqu'ici sans 
ensemble.Sa publication constituera, d’ailleurs,comme 
le premier fondement de cette partie de la statistique 
entomologique de l’Anjou et chaque observateur n'aura 
plus qu’à nous communiquer la liste, naturellement 
peu étendue, des espèces par lui observées en dehors 
du catalogue, pour qu’en les inscrivant successive- 
ment à sa suite, avec le nom de celui qui les aura 
observées et la localité où elles auront été trouvées, 


(367) 


nous puissions ainsi posséder bientôt le tableau le plus 
complet de nos richesses entomologiques. 

Le Secrétaire-général propose en conséquence de 
faire tirer à part un certain nombre d'exemplaires de 
ce catalogue, et de l’adresser aux personnes du dé- 
partement qui cultivent cette branche intéressante de 
l’histoire naturelle locale. 

L'assemblée vote l'impression proposée, et charge 
spécialement son Secrétaire-général d’être l'interprète 
de sa gratitude vis-à-vis de Mr: la comtesse de Buzelet, 
en Ja priant de vouloir bien lui continuer de si pré- 
cieuses communications. 

M. Godard-F'aultrier donne lecture d'extraits tirés 
d’un journal du Maine, publié en 16.., qui font con- 
naître quelques faits qui se ratlachent aux progrès 
rapides que la philosophie Cartésienne avait, dès son 
apparition , faits dans le haut enseignemeut de notre 
ville. Ce furent les Oratoriens qui parurent adopter avec 
le plus d'empressement les idées nouvelles, et qui per- 
sistèrent aussi le plus longtemps à les vouloir professer, 
et à les admettre comme étant conformes à l'esprit de 
l'Ecriture et des Pères. Mais cette méthode hardie, qui 
prétendait porter dans le monde moral et intellectuel 
l'exactitude rigoureuse des déductions des géomètres, 
parut à l’Université pleine de dangers dans ses consé- 
quences. Descartes, en effet, en se plaisant à supposer 
le doute pour point de départ, pouvait-il espérer de le 
résoudre pour tous les esprits, de manière à maintenir 
la certitude, quant à quelques-unes des bases sur 
lesquelles paraissaient s'asseoir certaines vérités, ad- 
mises par les croyances religieuses ? La convenance 
de l'examen individuel et la substitution menaçante 


( 368) 


de l’ecclectisme au dogme, semblaient provoquées par 
la méthode, et il était au moins permis à l’Université 
de craindre pour bien des esprits, qu'après avoir cédé 
à la pente naturelle et facile qui entraine vers le doute, 
ils reculeraient vis-à-vis un travail pénible et assidu, 
nécessaire cependant pour reconstruire ce qui avait 
été si aisément mis en question. Aussi les conseils 
d’abord, les avertissements de diverses sortes ensuite, 
furent-ils multipliés vis-à-vis des logiciens novateurs. 
Quelques-uns cédèrent; d’autres, et ce furent naturel: 
lement ceux qui avaient obtenu les succès les plus 
dangereux s'obstinèrent. L'autorité royale, le parle- 
ment intervinrent et ce ne fut qu’à grand peine que 
l’on parvint à obtenir des modifications dans l’ensei- 
gnement philosophique qui était donné dans nos 
chaires. En voyant cetle persistance, il faut du reste 
. croire que les professeurs trouvaient dans la foule 
qui remplissait alors les écoles de la vieille cité ange- 
vine, des auditeurs tout disposés à adopter des doc- 
irines qui flattaient en eux cette propension au libre 
examen, qui, sous diverses formes, ou sérieuses ou 
futiles, quant à son objet, fut toujours un des traits 
les plus accentués du caractère angevin et qui, à toutes 
les époques, quant aux choses religieuses, politiques 
ou simplement administratives, lui ont mérité l’épi- 
thète de frondeur. 
Cette lecture terminée , la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


(369 ) 
Séance du 17 décembre. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD, président. 
Secrétaire-rédacteur , M. BERAUD, secrét.- général. 


La séance s'ouvre à sept heures sous la présidence 
de M. de Beauregard, président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu par 
le Secrétaire-général et adopté. 

Le Président donne lecture d’une lettre de M. Ernest 
Dainville, archiviste, chargé par M. Malherbes, mé- 
decin à Nantes, de faire hommage à la Société d’une 
série nombreuse de ses opuscules médicaux, et de lui 
transmettre en même temps son désir de joindre aux 
autres titres qui le recommandent à l'estime des amis 
des sciences celui de membre correspondant de notre 
Société. M. le Président prie M. Dainville de faire par- 
venir à M. Malherbes l'expression de la gratitude de la 
Société, pour l'envoi intéressant qu'il a bien voulu 
lui faire, et nomme, pour donner un avis sur la can- 
didature proposée , une commission composée de 
MM. Dainville, Tavernier et Ouvrard. 

Le Président présente ensuite comme candidats à 
la place de membre titulaire résidant, MM. Legris 
aîné, membre du Comice horticole et de la Commis- 
sion archéologique, et M. Cassin de la Loge fils, avocat 
à Angers. Il désigne pour l'examen des titres des deux 
candidats, MM. Beraud, Godard et Tavernier. 

Le Président fait observer qu’à la dernière séance, 
où fut arrêté le programme de l’exposition horticole 
de 1852, l’on omit d'arrêter la liste des membres qui 

24 


(370 ) 


devaient composer la commission générale et défini- 
tive chargée de l'organisation de l'exposition. Il y a 
lieu de réparer cet oubli et l’on propose en consé- 
quence en adoptant les noms prématurément publiés 
d'y joindre ceux de deux membres du bureau, 
MM. Dainville et Lèbe-Gigun et de M. le directeur du 
jardin botanique qui dès l’origine avaient été désignés 
pour faire partie de la commission. 

L'assemblée déclare admettre la composition de la 
commission avec la rectification proposée. 

M; Blavier dit un mémoire sur les eaux, considérées 
sous le rapport de l'alimentation et des usages, do- 
mestiques et industriels. Il indique un grand nombre 
dé faits et d'expériences directes empruntés la plupart 
aux documents publiés par la commission chargée 
d'examiner les questions relatives: aux eaux potables 
de la ville de Londres: Dans ce travail dont l'actualité 
augmente encore l'intérêt, la théorie’et l’application 
marchent toujours de front et préparent la’solution:en 
se prêtant un mutuel secours. Un: des résultats qui 
ont le plusfrappél’attention de l'assemblée, c’est qu'en 
prenant pour base de la détermination de la crudité 
des eaux une évaluation en degrésbasée sur un nombre 
donné de milligrammes de:carbonate de chaux en dis- 
solution dans le liquide; les chimistes et physiolo- 
gistesanglais admettent comme douce et essentielle- 
ment: salubre toute eau comportant moins. de: deux 
degrés de crudité et que, si l’on fait application de cette 
échelle de crudité aux eaux dela Loire et de:la 
Maine, on trouve pour celle-ei 8; degrés de crudité 
et seulement pour la première un degré. C'est-à-dire 
que laville d'Angers, en se bornant à une simple fil- 


(371) 


tration des eaux de la Loire pourrait se doter des eaux 
les plus salubres que l’on puisse désirer. 

Sous l'impression produite par cette lecture , l’as- 
semblée décide que ce rapport, plein de faits d'une 
authenticité incontestable , prendra place dans le 
recueil de ses mémoires et que des exemplaires tirés 
à part seront adressés à MM. les membres de l’admi- 
nistration municipale. 

La Société ordonne en outre qu'il sera consigné au 
procès-verbal de la présente séance , qu'après une dis- 
cussion approfondie, suite d'études antérieures de 
plusieurs de ses membres et notamment de plusieurs 
des médecins et chimistes qu'elle compte dans son 
sein, elle adopte l'opinion émise par M. Blavier, quant 
à la question de l'établissement de fontaines publiques 
à Angers, à savoir : que les dépenses pour amener à 
la ville l’eau de la Loire, dussent-elles l'emporter de 
beaucoup sur celles qu’exigerait une prise d’eau de la 
Maine, encore devraït-on préférer la première par des 
considérations fondées , tant sur l'hygiène publique, 
que sur l'application qui est faite de l’eau dans les 
usages domestiques et industriels. La Société croit 
devoir ajouter au point de vue financier , que la ville 
serait assurée d'obtenir presqu'immédiatement avee 
l’eau de la Loire, un chiffre de concessions qui balan- 
cerait avantageusement la dépense, ce qu’elle ne peut 
espérer pour l’eau de Maine , en présence de préven- 
tions populaires justifiées cette fois par les données de 
la science. 

M. Faye lit ensuite une réfutation d'une hypothèse 
récemment émise par un membre de la Société des 
Antiquaires de l’ouest, sur la situation si controversée 


(372) 


de la station romaine de Segora. Ce travail est destiné 
à compléter le mémoire sur le même sujet , rédigé par: 
eet honorable confrère et dont l’impression fut votée 
au mois de juillet dernier. La Société reconnaissant 
qu'il rentre essentiellement dans le cadre géñéral de 
ces premiers travaux, décide qu’ilsera imprimé comme 
leur complément nécessaire. 

M. le Secrétaire-général lit ensuite une revue scien- 
tifique angevine de l’année 1852. Il signale d’abord 
les progrès toujours croissants de nos deux établisse- 
ments scientifiques, le musée d'histoire naturelle et 
le jardin botanique; il indique les améliorations: et 
augmentations dont ils sont encore susceptibles et les. 
dépenses nécessaires pour faire face à leurs besoins 
et les mettre en situation de rivaliser avec ceux des 
autres villes de l’est et du nord de la France. IL exa- 
mine tout ce qui a été fait au cours de l’année, pour 
avancer l'étude des sciences naturelles dans nos con- 
trées, soit par les établissements publics, soit par la 
Société d'agriculture et même par quelques amateurs 
qui lui sont étrangers, et cela en minéralogie, orni- 
thologie, conchyologie, entomologie et botanique. 

L'assemblée décide, que cette revue sera imprimée, 
et que, comme elle contient sur l'avenir et les progrès. 
du cabinet d'histoire naturelle et du jardin botanique, 
des vues auxquelles la Société déclare donner une 
complète adhésion, des exemplaires tirés à part seront 
adressés à M. le Préfet et à MM. les Maire, Adjoints 
et Membres du Conseil municipal d'Angers. 

M. Godard-Faultrier donne communication d’une 
notice de M. Mazure, imprimée dans le 2° volume 
de la Revue Anglo-Française, sur une chronique 


(373 ] 


manuscrite en prose et en vers de l’année 1470, dont 
l’auteur se trouve désigné comme étant bedeau de 
l'Université d'Angers. L’original existe à la bibliothè- 
que publique de Poitiers. On y rencontre l'indication 
de plusieurs faits d'armes de l’époque de Charles VII, 
dont il en est qui n’ont pas été indiqués par les his- 
toriens du temps. 

Le Président désigne les membres qui doivent s’ad- 
joindre au bureau, pour former la commission du 
budget, ce sont MM. Huttemin, Leclerc-Guillory et 
Lèbe-Gigun. 

IL est ensuite procédé par la voie du scrutin, à l’élec- 
tion d’un président et d’un vice-président, pour 1853. 
MM. de Beauregard et Textoris sont réélus. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


Nos lecteurs auront observé que plusieurs procès-verbaux 
de 1852 n’ont point encore été insérés dans nos Mémoires. Nous. 
tâcherons de réparer dans la prochaine livraison cette omission, 
involontaire. 


à 


re- de W 


à 


SUEU L 


ee 


(375) 


TABLE DES MATIÈRES 


CONTENUES 


DANS LE 3e VOLUME (2 SÉRIE), DE LA SOCIÉTÉ 
D'AGRICULTURE , SCIENCES ET ARTS D’ANGERS: 


PAGES. 
Discours de M. le président de Beauregard, contenant: 
une notice historique:sur l’ancienne Académied’Angers.u 5 
Norice sur les irrigations des Vosges, par M: de 


ConSIDÉRATIONS sur l’antique origine du système. heb- 
domadaire et sur la période Septenaire en général, par 
DE Textoris 1.1.0: ovetecde EORTE AE 45 
EXTRAIT d'un inventaire des saintes reliques conservées 
dans le Trésor de l’Église d'Angers, par M. Godard- 
Faultrier..............,... sa Cie eee PR Rens la 2 NAS 95 
RECTIFICATION bibliographique. — Une lettre de Bodin, 
par M. Godard-Faultrier............. DATÉE BE One 105 
DErFENSOR, par M. Godard-Faultrier............. Sea NL 
Nore sur les propriétés du schiste ardoisier d'Angers et 
son application à la couverture des édifices, par M. A. 
Rlavier Use mecs Soc acoce DO e DODRE 115 
RarPORT sur le Concours régional d'Angers, pour les 
animaux reproducteurs, les instruments et les produits 
agricoles, par M. Beraud........ DA ES RES AC PPS 142 
RÈGLEMENT du Comice agricole de la Société d’agri- 
culture, sciences et arts d’Angers...... ..,........ . 190 


(376) 


RaABELAIS botaniste, par M. Léon Faye............... 193 
Norice sur les peintures murales et les arts et métiers 

des Egyptiens, par M. De Joannis............ nee 208 
CHARTES et titres concernant les possessions de l’abbaye 

de Savigny (diocèse d’Avranches), à Angers et dans les 

environs, par M. Paul Marchegay...... ZDoncnoonose 220 
Norice historique sur la Vraie Croix des Incurables de 

Baugé, par M. P. Chevalier. .... Sert LOUE 14 116 2\ 2942 
REVUE scientifique angevine, par M. Æ.-C. Beraud.... 253 
CATALOGUE des Coléoptères de l’Anjou, trouvés dans les 

communes de Saint-Rémy, Blaïison, Saint-Maur, les 

bords de la Loire, etc. (Extrait du catalogue général de 

M la comtesse de Buzelet, née de Boïissard) ........ 269 
ExAMEN des recherches faites jusqu’à ce jour sur:la 

mansion romaine Segora, par M. Léon Faye...,.,.....:305 
BoTANIQUE départementale. — Herborisations à Thouars; 

les 24, 25, 26 juillet 1809 et les 21 et 22 juin 1813, par 


T. Bastard. ;,..… CPS DE PEN roses: HRSLOE 359 
PROCÈS-VERBAUX des séances de la Société. — Séance 

du 3:décembre 1852.,.................,..,2,24 440 364 

Séance du 17 décembre........... done bn be 369 


gi > G GO nie —— 


MRABSELAIS botaniste, par M. Léon Faye............... 193 
Norrce sur les peintures murales et les arts et méliers 
des Egyptiens, par M. De Joannis,................. 208 


CHARTES et titres concernant les possessions de l’abbaye 
de Savigny (diocèse d’Avranches), à Angers et dans les 


environs, par M. Paul Marchegay.................. 220 
Norice historique surla Vraie Croix des Incurables de 

Baugé., par M. P. Chevalier... :.... be une ee 249 
REVUE scientifique angevine, par M. T.-C. Beraud. 253 


CaTaLoGuE des Coléoptères de l’Anjou, trouvés dans les 
communes de Saint-Rémy, Blaison, Saint-Maur, les 
bords de la Loire, etc. (Extrait du catalogue général de 


M° ja comtesse de Buzelet, née de Boissard) ........ 269 
EXAMEN des recherches faites jusqu’à ce jour sur la, 
mansion romaine Sesora, par M. Léon Faye......... 305 


BOTANIQUE départementale. — Herborisations à Thouars, 
les 24, 25, 26 juillet 1aun et les 21 et 22 juin 18{3, par 


T. Bastard........... M AE re AG RER TS AN ATER 359 
PROCÈS-VERBAUX des séances de la Société. — Séance 
du3 décembre 1852 er EE ER Rendre 364 
Séance du 17 décembre..:.......................... 369 
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MÉMOIRES 


DE 


LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, 


SCIENCES ET ARTS D’ANGERS. 


hs 
DEUXIÈME SÉRIE. 
QUATRIÈME VOLUME. 


ANGERS , 


IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÈSE. 


1853. TL 


SOCIÉTÉ IMPÉRIALE 
D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 


D’ANGERS. 


MÉMOIRES 


SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'AGRICULTURE 


SCIENCES ET ARTS 


D’ANGERS. 


DEUXIÈME SÉRIE. 


&° VOLUME. 


ANGERS, 
IMPRIMERIE COSNIER & LACHÈSE. 


1853. 


THA TA HDMI) 


LISTE GÉNÉRALE 


DES 


MEMBRES TITULAIRES, HONORAIRES ET CORRESPONDANTS 
de la Société impériale 


D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS DANGERS. 


MEMBRES TITULAIRES. 

Date de récept. 

4831 ADVILLE, bibliothécaire de la ville. 
BEAUREGARD (de), présid. de ch. à la Cour imp. 
BouTtTonN-LEVÊQUE, prop., maire des Ponts-de-Cé. 
Corroy, vét. en chef du dépôt d’étalons d'Angers. 
GONTARD DE LA CHENAYE, propriétaire. 
HossaRp , direct. d'établissement orthopédique. 
LAcnÈse père, docteur-médecin, directeur 

honoraire de l’école de médecine d'Angers. 

LacæèsEe (Adolphe), docteur-méd., imprimeur. 
LAcnèse (El.), av.-gén. près la C. imp. d'Angers. 
LEROY (André), propriétaire-pépiniériste. 
LECLERC-GUILLORY, négociant. 
LEBRETON, propriétaire. 
LoFFIcrAL , anc. sous-préfet, à Baugé (M.-et-L.) 
LOGERAIS (père), docteur-médecin. 
MizLer, propriétaire. 
MonTaAIGU (marquis de), propriétaire. 
OuvraARD, prof. à d'école de médecine d'Angers. 
PAVIE (père), propriétaire. 


(6) 
Date de récept. 
1832 ConTADES (comte Méry de), memb. du cons. gén. 
Dumont, docteur en médecine. 


1833 FRANÇOIS-VILLERS, architecte. 
GIRAUD (Aug.), anc. maire d'Angers, anc. député. 


1834 COURTILLER (aîné), cons. à la Cour imp. d'Angers. 


1835 GUINOYSEAU, manufacturier-banquier. 
PAvrE (Victor), propriétaire. 
ViBERT, propriétaire-horticulteur. 


1336 HUNAULT DE LA PELTERIE, docteur-médecin. 


1837 GoDARD-FAULTRIER, dir. du mus. d’ant. d'Angers. 
HUTITEMIN, professeur au Lycée. 
LACRÈSsE (Ferdinand), architecte du département. 


1839 BoREAU, directeur du jardin botanique et du 
musée d'histoire naturelle. 
HENRY, recteur de l’Académie. 


1841 Bazin (père), professeur de dessin. 
BERAUD, Conseiller à la Cour impériale d'Angers. 
QuATREBARBES (le comte Théodore de), ancien 
député, ancien membre du conseil général. 
ROLAND, ingénieur des mines. 


1843 FazLoux (le comte de), ancien ministre. 
LèBE-GIGUN, receveur princ. des cont. indirect. 
PRO, avocat. 


1844 Cosnier (Léon), imprimeur-libraire. 
CouLon, propriétaire, à Saumur. 
HouyAv, ingénieur civil, à Cheffes. 


(7) 
Date de récept. 
1845 JANVIER DE LA Morte (le comte Élic), conseiller 
honoraire à la Cour imp. d'Angers, député. 


1846 DarnviLce (Ernest), architecte. 
THIERRY, peintre-verrier. 


1847 LEGEARD DE LA DyrIAySs, curé de la Trinité 

d'Angers. 

BÉCLARD, avocat. 

CHoyEr (abbé), propriétaire et directeur d’un 
atelier de sculpture religieuse. 

GUIBERT, Camille, avocat. 

MÉTIVIER, proc.-gén. près la Cour imp. d'Angers. 

OLLIVIER DE LALEU, prop., près de Doué (M.-et-L.) 

SAUDEURS, avoué à Baugé (Maine-et-Loire). 


1848 TEXTORIS, capitaine en retraite. 


1849 CouLoN, curé ,fà Saumur. 
NEGRIER, direct. de l’école de médecine d'Angers. 


1850 BELLIER, conseiller à la Cour impériale d'Angers. 
Cumonr}(Arthur de), propriétaire. 


1851 BLAVIER, ingénieur des mines. 
CHEVALLIER, curé de Volandry. 
TAVERNIER (L.), réd. du Journal de Maine et Loire. 


1852 JouserT (abbé), custode de la cathédrale. 
LeGris (aîné), propriétaire. 
LEmARCHAND, sous-bibliothécaire de la ville. 
MARCHEGAY, archiviste de la préfecture. 
MreuLce (Joseph de), propriétaire. 


(8) 
Date de récept. 
1853 BELLEUVRE (Paul), propriétaire. 
ComTE (abbé), professeur de littérature. 
JANIN, capitaine en retraite. 


MEMBRES HONORAIRES. 


ANGEBAULT, évêque d'Angers. 

DEsvAUXx, ancien directeur du jardin botanique. 
Dusoys (Ernest), député, maire d'Angers. 
FouRIER, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées. 
GAuJA , ancien préfet du département. 

VALLON, préfet de Maine et Loire. 


MEMBRES CORRESPONDANTS. 


BERTRAND-GESLIN, propriétaire, à Nantes. 
BrANQUIN, pharmacien, à Saumur. 
BouILLET, à Clermond-Ferrand. 
BRETONNEAU, docteur-médecin, à Tours. 


CACARRIÉ, ingénieur des mines, à Grenoble. 
CAILLAUD , directeur du cabinet d’hist. nat., à Nantes. 
Cassin (fils), chef du cabinet du préfet de la Charente. 
CAUMONT (de), à Caen. 

CHAMPOYSEAU , à Tours. 

CHEVREUL, membre de l’Institut, à Paris. 


DIRON, à Paris. 

Davo (d'Angers), statuaire, à Paris. 
DELASTRE, ex-sous-préfet, à Poitiers. 
DucLos, président du tribunal de Laval. 
DESJARDINS, professeur à la faculté de Dijon. 


EToiLe (de l’), capitaine du génie, à la Lande-Chasles. 


(9) 


FAyE, conseiller à la Cour impériale de Poitiers. 
FonTENELLE (de la), à Poitiers. 


GIRARD, conseiller honor. à la Cour imp. de Poitiers. 
GRELLET-BALGUERIE , à Bordeaux. 

GRILLE, ancien bibliothécaire de la ville, à Paris. 
GoDET, imprimeur, à Saumur. 

GRATELOUP, docteur-médecin, à Bordeaux. 

GRÉSY, à Paris. 

GENEST, officier d'état-major, à Paris. 

GUÉRANGER (Edouard), naturaliste, au Mans. 
GUILLOU, naturaliste, à Cholet. 


HAMILTON, à Plymouth. 
HÉRICART DE THURY, à Paris. 


Joannis (de), anc. dir. de l’éc. des arts et mét. d'Angers. 
JourpaIn (Sainte-Foi), à Paris. 
Jozx, architecte, à Saumur. 


LAVERNADE (de), à Rheïms. 

LAGRÈSE-FOssAT, à Moissac, dép. du Tarn-et-Garonne. 
LEecoo, professeur d'histoire naturelle, à Clermont. 
LECLERC (Léon), à Laval. 

LAs-CAsEs (comte de), sénateur, à Chalonnes. 
LECHATELLIER, ingénieur, à Paris. 

LENORMAND, membre de l’Institut, à Paris. 

LAMBRON DE LIGNIM, à Tours. 


MAINDRON , statuaire, à Paris. 

MARTIN (d'Angers) , maître de chapelle, à Paris. 
MALHERBES, docteur-médecin, à Nantes. 

MarrTy DE LA Tour (de), ingénieur en chef, à Poitiers. 
MAupuxT, direct. du cabinet d’hist. nat. de Poitiers. 


(10) 


MOLÉON, à Paris. 

MÉRIMÉE (Prosper), membre de l’Institut, à Paris. 
Mrcuaup, chef d'institution, à Lyon. 

MouRrE , à Bordeaux. 


Oporicr, directeur du musée de Dinan. 
OpaRp (comte), à Tours. 


RIvièRE, prof. d'hist. naturelle, à Napoléon-Vendée. 
RoBerT (Cyprien), prof. au collége de France, à Paris. 
RIEFFEL, direct. de la ferme-modèle d’Ille-et-Vilaine. 


SCHULTZ, naturaliste, à Bitche. 


Wozski, ingénieur des mines. 


MEMBRES TITULAIRES DÉCÉDÉS DEPUIS 1837. 


GRILLE, ex-bibliothécaire de la ville. 
LEBRETON (aîné), pépiniériste. 

PuisARD (de), conseiller à la Cour impériale. 
CHANLOUINEAU, juge suppléant. 

NERBONNE (de), fils, propriétaire. 

GENEST, chimiste. 

ALLARD, officier supérieur d’élat-major. 
QuELIN, professeur, à Angers. 

SENONNES (marquis de). 

DALIGNY, conseiller à la Cour impériale. 


(11) 


EXPOSITION D'HORTICULTURE 


DE 1853. 


L’horticulture angevine a acquis, depuis plusieurs 
années une juste célébrité. La Société impériale d’a- 
griculture et son Comice horticole, désirant la faire 
apparaître dans tout son éclat, conçurent la pensée 
d'organiser une exposition où elle pourrait réunir ses 
brillants produits. Une commission fut chargée de ré- 
diger un programme et de pourvoir à son exécution. 
Cette commission fut composée de MM. de Beaure- 
gard, président; Textoris, vice-président; Beraud, 
secrétaire-général ; Tavernier, secrétaire; Lèbe-Gigun, 
trésorier; Dainville, archiviste de la Société impériale 
d'agriculture; Ferd. Lachèse ; de MM. Millet, président ; 
Pavie, vice-président; Hebert, secrétaire; Legris, tré- 
sorier du Comice horticole; de MM. Bernard de la 
Fosse, Vibert, André Leroy, Rousseau, Audusson, Gui- 
noyseau-Flon, membres de la Société et du Comice. 

La commission arrêta le programme suivant : 

ART. 4er. Une exposition publique de fleurs, fruits, 
légumes, plantes et objets d’art ou d'industrie, se rat- 
tachant directement à l’horticulture , aura lieu à An- 
gers, les vendredi 18, samedi 19, dimanche 20 et lundi 
21 mars 1853. 

ART. 2. Tous les horticulteurs ou amateurs du dé- 


(12) 
partement de Maine-et-Loire et des départemenis li- 
mitrophes (1) sont admis à envoyer leurs produits à 
cette exposition. Une exception pourra être faite pour 
les fabricants d'objets d’art ou d'industrie étrangers à 
ces départements. 

Art. 3. Les exposants devront adresser franco au 
secrétariat du Comice horticole d'Angers, au Jardin- 
Fruitier, avant le lundi 14 mars, la liste des objets 
qu'ils se proposent d'exposer. Sans cette formalité, ils 
ne seraient pas compris au catalogue de l'exposition, 
et ils ne pourraient prendre part au concours. 

ART. 4. Les objets destinés à l'exposition seront 
adressés franco au local de l'exposition, le jeudi 17 
mars, avant midi, au plus tard. 

Les plantes de serre chaude, les fleurs coupées et 
les légumes sont seuls exceptés de cette disposition ; 
ils devront être apportés le vendredi 18 mars, avant 
buit heures du matin. 

ART. 5. Les objets exposés seront placés dans la salle 
d'exposition par les soins de la commission d’organi- 
sation. Ils porteront unnuméro d'ordre correspondant 
au catalogue général. 

ART. 6. Aucun objet ne pourra être enlevé de l’ex- 
position avant le mardi 22 mars. Les fleurs coupées 
pourront seules être changées, sous la surveillance 
des commissaires. 

ART. 7. Toutes les mesures de soins, d'ordre et de 
police seront prises par la commission d'organisation, 
dont deux membres au moins seront toujours présents 
pendant l'admission du public. 


(1) Sarthe, Mayenne, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Vendée, 
Deux-Sèvres, Vienne, Indre-et-Loire. 


(13) 

La commission invitera des dames à s'associer à elle 
sous le nom de Dames patronesses. 

ART. 8. L'exposition sera publique les vendredi, sa- 
medi, dimanche et lundi, depuis midi jusqu’à cinq 
heures du soir. 

Elle sera, en outre, ouverte les mêmes jours, de 
sept à dix heures du soir, aux personnes munies de 
billets , dont le prix sera de cinquante centimes. Ces bil- 
lets seront délivrés à la porte de la salle. 

ART. 9. Une loterie sera organisée par la commis- 
sion. Les lots ne pourront être que des objets exposés, 
achetés aux exposants ou donnés par eux. Ces lots 
porteront une étiquette spéciale indiquant cette des- 
tination. 

Le prix du billet sera de cinquante centimes. 

ART. 10. Un jury composé de membres étrangers, 
autant que possible, prononcera sur le mérite relatif 
des objets exposés et décernera les prix. 

Il se réunira le vendredi , à sept heures du matin, 
et devra avoir terminé son opération à midi. Des com- 
missaires, chargés de donner au jury les renseigne- 
ments qui lui seront nécessaires, seront seuls admis 
dans la salle pendant sa délibération. 

Le jury aura toute latitude dans sés jugements. 

ART. 11. Une séance publique et solennelle aura lieu 
le dimanche, à deux heures après midi, en présence 
des autorités du département, des dames patronesses, 
du jury et des membres de la Société d'agriculture et 
du Comice horticole. Un membre de la commission 
présentera un rapport sur l'exposition, et proclamera 
les lauréats auxquels les prix seront remis. 

Le tirage de la loterie suivra immédiatement Ia dis- 


(14) 
tribution des prix. Les lots gagnés seront remis le 
mardi pendant la journée. 

ART. 12. Les sommes provenant des recettes ou de 
la loterie qui excèderont les frais de l’exposition, se- 
ront consacrées à des œuvres de bienfaisance. 

ART. 13. Il est ouvert les concours suivants: 

4° concours. Le plus bel ensemble de plantes de tout 
genre, fleuries ou non fleuries. 

2° concours.— La plus belle collection de plantes de 
serre chaude. 

3e concours. — La plus belle collection de camélias 
en fleurs. 

4° concours. — La plus belle collection de rhododen- 
drum en fleurs. 

de concours. — La plus belle collection d’azalées en 
fleurs. 

6e concours. — La plus belle collection de bruyères, 
erica, etc. 

7° concours. — La plus belle collection de fuchsias 
fleuris. 

8° concours. — La plus belle collection de cinéraires 
et verveines. 

9° concours. — La plus belle collection de plantes 
bulbeuses en fleurs. 

40° concours.— La plus belle collection de plantes de 
pleine-ierre, auricules, pensées, etc., en fleurs. 

11° concours. — La plus belle collection de roses 
fleuries. 

12° concours. — Le plus beau gain, en tout genre, 
provenant des semis de l’exposant. 

13e concours. — La plus belle collection d'arbres et 
arbustes d'ornement, fleuris ou non fleuris. 


(15 ) 

44 concours. — Les plus beaux arbres fruitiers de 
pépinière. 

45e concours. — Les plus beaux fruits forcés. 

16° concours. — Les légumes de primeur. 

17e concours. — Les fruits conservés. 

18 concours. — Le plus beau bouquet monté. 

19° concours. — Les poteries et objets d'ornement de 
jardins. 

20e concours. — Les instruments et outils à l'usage 
de l’horticulture. 

ART. 14. Il pourra être attribué à chaque concours 
une médaille de vermeil , une médaille d’argent et une 
médaille de bronze. Des mentions honorables pour- 
ront, en outre, être décernées aux exposants dans 
chaque concours. 

ART. 15. Les horliculteurs marchands et les ama- 
teurs ne concourront point ensemble. Il sera formé, 
au besoin, deux séries de concurrents dans les con- 
cours auxquels les uns et les autres se présenteraient. 

Les jardiniers en chef des jardins publies, munici- 
paux ou départementaux, ne concourrant ni avec les 
horticulteurs marchands, ni avec les amateurs, rece- 
vront, s’il y lieu, des récompenses hors ligne. 

ART. 16. Le jury aura toute liberté de reporter, au 
besoin, les médailles d’un concours à un autre, et 
même d'établir des concours pour les objets non pré- 
vus au présent programme. À cet effet, des médailles 
seront mises à sa disposition. 

ART. 17. Ïl sera aussi décerné trois sommes de 20 fr. 
et trois médailles de bronze aux trois garçons jardi- 
niers qui auront, pendant le plus long espace de 
temps, servi leurs maîtres avec zèle et fidélité. 


(16) 
Le jury prononcera, pour ces récompenses, sur le 
vu des certificats des maîtres, dûment légalisés. 
Il pourra être délivré des mentions honorables aux 
garçons jardiniers qui n'auront pas obtenu les prix. 


Approuvé par la Société impériale d'agriculture, sciences et 
arts d'Angers, en sa séance du 3 décembre 1552. 


Le Présid. de la Société, Le Présid.du Comice, Le Secrét .-général, 


DE BEAUREGARD. MILLET. T.-C. BERAUD. 


Vu et approuvé: Angers, le 4 décembre 1852. 
Le maire d'Angers, P. Le MoTHEux, adjoint. 
Vu et approuvé: Angers, le 6 décembre 1852. 


Le préfet de Maine-et-Loire, VALLON. 


Pour recevoir les riches produits de l'Exposition, 
une vaste salle fut construite sur le Champ-de-Mars. 
L'intérieur fut décoré avec une rare élégance, des al- 
lées artistement tracées, des groupes d’arbustes et de 
fleurs formés avec goût, présentaient l’aspect d'un 
délicieux jardin. 

Conformément au programme, J'Exposition fut ou- 
verte le 18 mars. Elle fut troublée le lendemain par 
une neige abondante qui pénétra dans la salle et causa 
de graves ravages; mais grâce au zèle des exposants, 
les plantes endommagées furent remplacées par d’au- 
tres tirées des serres, et l'Exposition reprit son éclat. 

Des dames patronesses voulurent bien embellir cette 
fête par leur gracieux concours et se concerter pour 
décerner une médaille d’or. 

Conformément au programme, le jury chargé de 


(17) 

désigner les vainqueurs devait être composé de mem- 
bres étrangers au pays. Des invitations furent adres- 
sées à des horticulteurs que leur répuiation désignait 
au choix de la Société. Ils ont répondu à cet appel avec 
tant d’empressement, et ont rempli leurs fonctions 
avec lant de zèle, que nous croyons devoir citer ici 
leurs noms et leur renouveler l'expression de notre 
reconnaissance. Le jury se composait de MM. Arroth, 
de Rennes; Barillet-Deschamps, de Bordeaux ; Bertin, 
de Versailles ; Boutard, de La Rochelle; Chauvières, 
de Paris; Duclos, de Blois; Granger, d'Orléans ; Huet- 
Dugazon, de Nantes; Ketœleer, de Paris; Lelandais, 
de Caen; Martinet, de norme re rs ; Menereau, de 
Nantes; Pellier, du Mans. 

Le président élu du jury a été M. Pellier, le vice- 
sident, M. Ketæleer; le secrétaire, M. Tavernier. 

Le 22 mars a eu lieu la séance solennelle pour la 
distribution des prix. Une estrade avait été élevée au 
milieu de la salle pour recevoir le bureau , auquel se 
sont assis, à côté de M. de Beauregard, président de 
la Société, M. le premier président de la Cour impé- 
riale, M. le Préfet et M. le Maire d'Angers. En avant 
et autour du bureau, dans une enceinte réservée, les 
dames patronesses formèrent un cercle gracieux; en 
arrière et près d'elles , étaient placés les membres de 
la Société, et les exposants ; un nombreux public rem- 
plissait le reste de la salle. 

M. le président de Beauregard s’est levé et a pro- 
noncé l’allocution suivante. 


« Messieurs, 


» Notre belle contrée d'Anjou partage, depuis long- 
0] 


si 


(18) 

temps, avec la Touraine, l'honneur d'être qualifiéele 
Jardin de la France : elle a brillamment justifié son 
renom par la splendide Exposition que nous avons 
admirée. Quelques départements voisins ont aussi en- 
voyé leurs tributs et ont voulu se joindre à celte fête 
de Flore, si malheureusement troublée par l’intem- 
périe de la saison. Que de richesses ont été étalées sous 
vos yeux! On se tromperait si l’on ne voyait dans la 
culture des fleurs, dont la courte durée égale le bril- 
lant éclat, qu'un futile amusement pour occuper nos 
loisirs. Les fleurs sont l’objet d’un grand commerce , 
qui s'étend sur tout l'univers et forme un des riches 
produits de notre contrée. Nos actifs et intelligents 
horticulteurs empruntent aux pays les plus lointains 
leurs plantesles plus remarquables ; ils les cultivent, les 
multiplient, et les expédient pour d’autres climats, où 
elles étaient encore inconnues. C’est ainsi qu'ils trans- 
portent dans les deux Amériques le camélia obtenu 
du Japon, et rapportent, en retour, le dahlia qui orne 
nos jardins avec tant de magnificence. Le charme des 
fleurs les a placées au rang de nos besoins sociaux; 
elles décorent nos pompes religieuses, embellissent 
nos fêtes; elles sont le complément des plus gracieuses 
parures. 

» L’horticulture angevine, qui a pris tant d’exten- 
sion depuis quelques années, entretient une popula- 
lion nombreuse et honnête. On a souvent observé avec 
douleur que la vie sédentaire et presque machinale, 
dans l’intérieur des fabriques, énerve les forces phy- 
siques et altère quelquefois le moral de l’ouvrier; il 
n'en est pas ainsi des travaux horticoles ; pratiqués au 
grand air, au milieu des campagnes, ils forment des 


(19) 
hommes robustes; l'instruction variée qu’exigent ces 
travaux développe l'intelligence; la vue continuelle 
de la nature dans sa parure élève les idées, adoucil les 
mœurs, aussi l'on peut dire que la classe des jardi- 
niers est digne, par sa bonne moralilé, de toutes vos 
sympathies et de tous vos encouragements. 

» Les fruits qui font les délices de nos tables, et qui 
doivent leur perfection aux procédés d’une savante 
culture, sont venus prendre place près des fleurs : 
Pomone a réuni ses dons à ceux de Flore. 

» Aux sentiments d'admiration qu'excite en nous 
cette brillante exhibition, vient se joindre celui de la 
reconnaissance , lorsque nos pensées se reportent sur 
les personnes honorables qui ont bien voulu nous ai- 
der de leur concours. Nous devons donc une grande 
part de notre gratitude à M. le Préfet, qui a si obli- 
geamment protégé nos efforts; à M. le Maire et à 
MM. les adjoints, qui nous ont secondés avec tant de 
bienveillance. Hommage à Mesdames les patronesses, 
qui, par leur présence, leur gracieuse coopération, ont 
répandu tant d'éclat sur notre Exposition. La victoire 
obtenue sous leurs yeux acquiert un nouveau lustre. 

» Vous êtes sans doute impatients de voir les vain- 
queurs recevoir leurs récompenses, je me hâte d’in- 
viter M. le rapporteur à prendre la parole pour pro- 
clamer leurs noms. » 

Après celte allocution, qui a été accueillie par des 
applaudissements, M. Tavernier, secrétaire du jury, 
a donné lecture de son rapport, qui a été écouté avec 
faveur et une attention soutenue, malgré l’inévitable 
étendue de ce document. Il ne pourrait que perdre par 
l'analyse, nous le reproduisons ici textuellement. 


(20) 


« Mesdames, Messieurs, 


» Ce n’est pas sans émotion que je m’acquitte devant 
vous de la mission qui m'a été imposée. L'expérience 
m'a appris que dans les solennités de ce genre il con- 
vient d’être économe du temps et de l’indulgence des 
auditeurs. Et pourtant, l'usage et la tradition des So- 
ciétés savantes exigent que je rappelle à votre souve- 
nir les merveilles de notre Exposition, que je justifie, 
en quelque sorte, les décisions de la Société et que je 
rende hommage et justice à tous ceux qui nous ont 
prêté aide et concours. 

» Afin de concilier la convenance et l'exigence, je 
m'efforcerai d’être bref. Vous me pardonnerez si, dans 
la rapidité de l’analyse, je commets des erreurs ou des 
omissions. Vous vous souviendrez que la nature hu- 
maine est imparfaite, et que j'ajoute à cette imper- 
fection le défaut particulier de qualités que tant d’au- 
tres possèdent à un si haut degré. 

» Vous êtes réunis, Mesdames et Messieurs, dans 
l'enceinte même où, depuis quatre jours, vous avez 
apporté tant de témoignages d'intérêt à l’horticulture. 
La plus grande partie des produits exposés est encore 
sous vos yeux. Je n’ai donc qu’à étendre la main pour 
vous montrer cette verdure, ces fleurs, cette végéta- 
tion qui attestent, mieux que je ne saurais le faire, à 
quel point l’horliculture angevine est savante et habile 
et combien elle est disposée à d'immenses progrès, si 
vous continuez à la soutenir par votre influence, à 
l'encourager par votre patronage. 

» Mais vous ne voyez pas, vous n'avez pas vu tout 
l'éclat de cette Exposition. La pénurie financière qui 


(21) 
nous a obligés à nous contenter de cette installation 
provisoire, et aussi la confiance en la douceur ordi- 
naire de la température, en cette saison, nous ont fait 
négliger certaines précautions de garantie. Et dans la 
nuit de vendredi à samedi, heureusement après l’exa- 
men du jury et la visite des dames patronesses, un 
véritable désastre a envahi cette enceinte. La neige, 
traversant les moindres inierstices du toit, a couvert 
toutes nos plantes, et la gelée a complété le dommage. 
Samedi matin, au moment où nous nous disposions à 
ouvrir nos portes au public, cettesalle présentait le plus 
affligeant spectacle. Le découragement nous avait sai- 
sis. Nous étions sur le point de renoncer à notre pro- 
jet. Mais nos exposants sont des hommes de cœur, je 
suis heureux de le proclamer. Ce sont eux, dont la 
perte matérielle paraissait imminente, qui nous ont 
rendu le courage. Semblables à des généraux sur le 
champ de bataille, ils ont rempli les places vides et 
remplacé les vieux soldats tombés par de jeunes re- 
crues. L'Exposition, un instant menacée dans son 
existence même, a pu avoir lieu, moins brillante, 
moins complète sans doute, mais telle pourtant qu’elle 
a encore satisfait ses nombreux visiteurs , le public 
angevin et aussi les étrangers qu’elle avait attirés en 
foule dans notre ville. 

» Mais l'accident de samedi vous a privés des admira- 
bles massifs d’azalées, de rhododendrum et de camé- 
lias en fleurs , qui ont valu à M. Rousseau l'unanimité 
des voix du jury, pour les premiers prix de l’ensemble 
de ses plantes et des collections particulières que je 
viens de nommer. Ce qui est resté ne peut vous don- 
ner qu'une faible idée de la magnificence du lot de cet 


(22) 


horticulteur, dont l’habileté, le goût , le dévoüment, 
le zèle ne sont plus un secret pour personne. 

» À côté des collections de M. Rousseau se ‘placent 
celles de MM. Louis Leroy, Lebreton jeune et Vaillant. 
Le deux premières séduisent moins les yeux du pu- 
blic ; mais les connaisseurs y remarquent de très rares 
spécimen de conifères, en grand nombre, qui prou- 
vent que ces horticulieurs ne sont pas seulement di- 
rigés par une pensée purement commerciale, mais 
qu'ils cèdent à un véritable amour des plantes. Le lot 
de M. Vaillant, principalement composé de camélias 
et de rhododendrum, offrait un aspect aussi agréable 
qu'intéressant. 

» Beaucoup d’autres lots moins considérables ont ce- 
pendant paru au jury mériter des encouragements, 
parce qu’ils démontrent une bonne volonté et un désir 
de progrès qu'on ne saurait trop stimuler: Les horti- 
culteurs qui les ont exposés seront nommés dans la 
distribution des récompenses. 

» Les collections de camélias étaient nombreuses ; 
on a remarqué , après celle de M. Rousseau, celles de 
MM. Vaillant, Boyau et Besnier. La santé et la vigueur 
des plantes, le choix des variétés étaient de nature 
à compenser quelques vices de floraison qu'on ne 
peut attribuer qu'à l'inégalité de la température, qui 
a été plus particulièrement nuisible, cette année, aux 
camélias. 

» Les rhododendrum étaient aussi en retard. MM. 
Rousseau et Vaillant sont seuls arrivés à temps. D’au- 
tres exposants avaient aussi d’intéressantes collections 
de ces plantes; mais les fleurs n'avaient pu s'épanouir; 
elles étaient encore endormies au fond de leur calice. 


(23) 


 » Avec M. Rousseau, M. Besnier était seul parvenu à 
obtenir la floraison des azalées, dont les fleurs ont à 
la fois tant de grâce et d'éclat. 

» Les cinéraires exposées par M. Gélineau, jardinier 
de M. Bernard de la Fosse, eussent été sans rivales, si 
un de nos jurés, amateur passionné et intelligent, 
M. Arroth, n'avait apporté de Rennes deux échantil- 
lons de celles qu'il cultive. Il est impossible d'obtenir 
plus de régularité, des couleurs plus vives et plus 
rares, et des dimensions plus grandes que celles que 
présentent les cinéraires de M. Arroth, qui a eu la 
gracieuseté d’en offrir une à notre loterie. Interprète 
de la Société, je le prie de recevoir nos remerciments 
et d’en transmettre une partie à son compatriole , 
M. Martin père, qui a bien voulu nous adresser, pour 
la même destination, une calcéolaire qui manifeste 
les plus belles promesses. 

» Mais j'arrive à une des plus belles et des plus pré- 
cieuses collections que possède, non-seulement An- 
gers, mais peut-être la France. C'est celle des jacin- 
thes exposées par M. René Potard. La Hollande aurait 
le droit d’en être jalouse. Vous l'avez tous admirée; 
vous la voyez encore. Ma voix n’ajoutera rien à l’im- 
pression qu'elle a dû produire sur vous. Plus modeste, 
M. Guynoiseau-Flon s'efforce de marcher sur les 
traces de M. Potard. Ce n'est ni le zèle ni l'intelligence 
qui lui manqueront. Quant aux anémones de M. De- 
niau , elles n’ont eu que le tort d'être mal placées et 
d’être confondues avec les bouquets. Leur mérite est 
incontestable. 

» Je passe à la hâte sur les pensées de MM. Paré fils 
et Paré jeune. Les deux frères rivalisent d’ardeur; sou- 


(24) 


vent le succès couronne leurs efforts. Je ne m'’arrête 
pas davantage sur la jolie bordure de pâquereties que 
nous a montrée M. Rousseau. Ce sont là des enfanlil- 
lages de l’art, qu'il ne faut pas dédaigner, mais aux- 
quels on ne saurait attacher plus d'importance qu'ils 
n’en méritent. 

» La saison, qui a fait la guerre aux camélias, n’a 
pas été plus favorable aux rosiers, témoin ceux de 
M. Guynoiseau-Flon, qui n'offrent encore que des 
espérances. Néanmoins le jury a jugé à propos de re- 
connaître sa persévérance en lui accordant une men- 
tion honorable, et la commission d'Exposition appré- 
ciant le dévoüment et l’activité de cet horticulieur, et 
les travaux qu'il a accomplis, les fatigues qu'il a en- 
durées pour contribuer au succès de l'Exposilion , a 
changé cette mention en une médaille de bronze. Vous 
voudrez bien agréer cette modification, que le jury 
eût certainement proposée , s’il en avait été informé 
à temps. 

» M. Rousseau a obtenu de beaux rhododendrum de 
semis; ilest à regretter que d’autres produits de se- 
mis n'aient pas été en fleurs et n’aient pas permis de 
juger leur valeur. 

» Les magnolias sont naturalisés à Angers. M. Louis 
Leroy, dont le père a tant contribué à les propager, et 
M. Bidault, ont exposé de très beaux échantillons que 
vous avez encore devant les yeux. 

» J'ai déjà parlé des conifères de MM. Lebreton jeune 
et Louis Leroy; il est juste de signaler aussi la collec- 
tion de MM. Lucas et Lebigot, dont l'établissement 
nouveau promet de s'élever au niveau de ceux de leurs 
confrères. 


(25) 

» Les pépiniéristes ont aussi répondu à notre appel. 
MM. Audusson-Hiron, Audusson ainé, Lucas et Le- 
bigot et Lefèvre, de Sablé, ont apporté des arbres qui 
ne flatient pas l’œil dans une exposition, mais qui 
intéressent vivement par leur utilité. C’est ici le lieu 
de parler des modèles de taille exposés par M. Pelle- 
tier. Aucun concours n’était ouvert pour ces modèles; 
le jury n'avait pas à se prononcer. Mais la commis- 
sion d'Exposition a cru répondre à un sentiment de 
justice en décernant à M. Pelletier une mention hono- 
rable Elle désire que vous approuviez cette récom- 
pense. 

» Ce qu'il faut de patience et d'attention pour pro- 
duire , sous notre climat, certaines plantes exotiques, 
pour avancer la maturité des plantes indigènes, les 
horticulteurs seuls peuvent l’apprécier. Aussi vous ne 
serez pas étonnés qu’un prix ait été accordé à M. Gc- 
lineau, jardinier de M. Bernard de la Fosse, pour ses 
magnifiques anémones, dont il a fallu remporter une 
partie, pour ses fraises plus que mûres et pour ses lé- 
gumes de primeur. 

» Les bouquets sont un accessoire essentiel de l’art 
des jardins. Il ne suffit pas de cultiver les fleurs; il 
importe encore de savoir les disposer quand elles sont 
séparées de leurs tiges. Les bouquets sont l'ornement 
de nos salons; ils complètent les toilettes élégantes; 
ils sont les auxiliaires, pour ainsi dire, indispensables 
de la beauté, de la grâce, de la délicatesse, dont les 
fleurs sont une douce image. Aussi, nos dames patro- 
nesses n'ont pas hésité à daigner juger elles-mêmes le 
mérite des bouquets exposés. La palme a été unani- 
mement décernée à M'e Rousseau, dont je ne veux 


(26) 


pas blesser la modestie, en répétant les éloges qui ont 
frappé mon oreille. Une parure en fleurs naturelles, 
montée par M. Baudon-Durand, a aussi reçu l’assen- 
timent de nos dames qui, dans leur générosité, ont 
exprimé la pensée qu'il fallait faire le plus d’heureux 
possible. Cédant à cette inspiration, la commission 
. d'exposition a osé ajouter une médaille de bronze pour 
M. Henry, de Châteaugontier, et des mentions hono- 
rables, pour M'es Derenne, de Nantes, et Eugénie 
Guynoiseau. Ce sera un encouragement qui engagera 
ces concurrents à imiter le goût et la délicatesse de 
leur heureux vainqueur. 

» Mais voici des fruits appétissants encore. C’est le 
Comice horticole qui les puise dans son jardin d’ex- 
périences auquel son jardinier, M. Dhommée, donne 
des soins si attentifs et si fructueux. 

» M. Lalbin a importé dans notre pays l’art des treil- 
lages. Les bois sont dressés par une machine qui en 
assure la régularité et la précision. L’élégante ton- 
nelle en parasol qui ornait le centre de cette salle 
indique la perfection à laquelle M. Lalbin peut arri- 
ver. M. Cotard a exposé des jardinières et des cor- 
beiïlles ingénieusement ornées ; M. Touchet fils, des 
meubles rustiques travaillés avec art; enfin, M. Mon- 
nier montre un cadran solaire très compliqué propre 
à parer un jardin. 

» Les praticiens seuls sont capables d'apprécier l’ex- 
cellence des outils de M. Marquis, dont le fini a attiré 
l'attention du public. 

» Le jardin botanique d'Angers "r cultivé et entre- 
tenu de manière à salisfaire notre orgueil communal. 
Je suis fier d'être appelé à rendre un public hommage 


(27) 


à M. Nant, l'intelligent et laborieux jardinier en chef 
de cet établissement, dont le zèle est si actif et qui 
accorde à ses plantes des soins si incessants et si fé- 
conds. Les quelques plantes curieuses de serre chaude 
qu'il a été permis à M. Nant d'exposer ont dû être re- 
mises en serre après le froid de samedi. Mais ce n’est 
pas son exposition que la Société prétend récompen- 
ser ; ce sont les excellentes qualités dont il fait preuve. 
En lui décernant un prix, la Société est l'interprète 
de la ville tout entière qui jouit de ses travaux. 

» MM. Lucas et Lebigot ont eu le courage de nous 
apporter leur magnifique mimosa dealbata, Yun des 
premiers qui aient servi à l'acclimatalion de cette 
planie dans nos contrées. 

» La gelée a fail fuir cette œuvre de patience qui orne 
annuellement un de nos reposoirs, lors de la Fête- 
Dieu, et que les savants nomment un cactus speciosus. 
M. Godefroy, qui l’a élevé, recevra le prix de son heu- 
reuse persévérance. 

» J'éprouve maintenant une vive satisfaction à vous 
entretenir de ces fidèles serviteurs qui sont des mo- 
dèles d’abnégation et de dévoûment. Jean Manceau 
est depuis 41 ans dans l'établissement de M. Louis 
Leroy. 41 ans! n'est-ce pas faire l'éloge à la fois du 
maître et du serviteur? Pierre Alexandre a été em- 
ployé pendant 34 ans au Jardin-des-Plantes où il tra- 
vaille encore. Denis-Charles n’est que depuis 8 ans 
chez M. Lebreton jeune; mais que de fidélité! de cou- 
rage ! Un des chefs de l’établissement est atteint d'une 
grave et longue maladie qui absorbe toute la sollici- 
tude de son frère; Denis-Charles travaille, dirige, 
lraite, fait seul les affaires de la maison. Plus tard, 


(23) 


les tristes événements qui ont fait rougir et pleurer la 
France suspendent forcément l'industrie horticole; 
Denis-Charles n'a qu’un modique salaire; il est solli- 
cité de s'engager ailleurs avec un avantage notable; 
il n'hésite pas un seul moment. Il reste fidèle à son 
maître. attendant avec lui que de meilleurs jours fas- 
sent revivre les fleurs. J’exprime un regret que vous 
partagerez, je n’en doute pas; c’est de ne pas avoir 
les moyens de récompenser plus dignement une si 
noble conduite , un si parfait modèle. 

» Louis Chardon est attaché depuis 14 ans au jardin 
de M. Louis Leroy ; Pierre Gaudin est dans le même 
maison depuis 8 ans; enfin, Théodore Daveau aide 
M. Rousseau depuis 7 ans. 

» Si les hommes qui exercent ainsi ces modestes et 
pénibles fonctions ne reçoivent pas ici des récom- 
penses proportionnées à leur mérite, qu'ils trouvent 
du moins une compensation dans la publicité que 
nous donnons à leur conduite. 

» Je suis au bout de ma tâche, Mesdames et Mes- 
sieurs; j'ai été bien long , malgré mon désir d'abréger. 
Cependant, permettez-moi d'ajouter un mot encore. 

» C'est un besoin du cœur qui me commande 
d'adresser, au nom de la Société, nos hommages et 
nos remerciements : 

» Aux dames patronesses, dont la bienveillante sym- 
pathie donne à notre œuvre un éclat et un lustre qui 
en ont assuré le succès. Que votre puissante influence, 
Mesdames , relève cette industrie si honnète à laquelle 
vous devez quelques moments de joie et de plaisir, 
cetie industrie qui, déjà si considérable dans notre 
ville, ne cherche qu’un appui pour prendre un nouvel 


(29) 


essor et pour s'assurer un des premiers rangs en 
France! 

» Aux membres du jury, dont le dévouement à l’hor- 
ticullure n’a pas reculé devant un déplacement long 
et onéreux et qui nous ont si généreusement prêlé 
leur science et leur haute impartialité ; 

» Aux exposants, qui ont eu à subir des épreuves 
cruelles et dont l’ardeur et l’empressement nous ont 
apporté un secours si efficace ; 

» À nos coopérateurs, dont la complaisance n’ajamais 
fait défaut; à M. Savaton-Varannes, qui a eu à vaincre 
tant de difficultés inconnues au public ; à M. Trottier, 
si habile dans les procédés de l'éclairage ; à M. Cha- 
peau, qui nous a si obligeamment prêté les statues 
pour orner notre salle ; à ious ceux qui ont contribué 
aune organisation d'autant plus embarrassanie qu'elle 
était nouvelle; et surtout aux musiciens qui ont si 
harmonieusement embelli notre fête ; 

» Enfin , au public, qui nous a témoigné son intérêt 
d’une manière si empressée ct qui nous encourage 
à tenter une nouvelle expérience, si le Conseil général 
du département et le Conseil municipal de la ville, 
que nous n'oublions pas dans nos remerciements, 
veulent bien nous fournir encore les moyens de recom- 
mencer l'épreuve. 

» J'ai fini. Ai-je omis quelqu'un ou quelque chose? 
Oui! Contrairement à une habitude personnelle, je 
n’ai rien critiqué. Oh! Je vous en prie, Mesdames et 
Messieurs , ménagez notre exposition et réservez toute 
votre critique pour le rapport que vous venez d’en- 
tendre. » 


(30) 


Après ce rapport qui a été suivi d’applaudissements, 
la distribution des prix a commencé. Les dames patro- 
nesses ont bien voulu donner une médaille d’or qui 
a été accordée à M. Rousseau pour prix de son bel 
ensemble de plantes. 

La commission d’exposition a cru devoir proposer 
quelques mentions honorables en dehors de celles qui 
avaient été décernées par le jury. Ainsi, Miles Derenne 
et Eugénie Guynoiseau, en ont obtenu comme encou- 
ragement à la confection des bouquets et M. Pelletier, 
pour ses modèles de taille. 

La séance a été terminée par le tirage d’une loterie 
dont l’objet était de réaliser les moyens d'acheter aux 
exposants, quelques-unes de leurs plantes, et de les 
indemuniser d’une partie de leurs frais. Deux mille 
billets de cette loterie avaient été placés et le nombre 
des lots n'était par moindre de quatre cent cinquante, 
de sorte qu’à cette fête du printemps, à ces aimables 
jeux de Flore, il y a eu tout à la fois beaucoup d’ap- 
pelés et d'élus. 


(31) 


CERCUEIL GALLO-ROMAIN 


DÉCOUVERT DANS LA GARE DU CHEMIN DE FER 


le 6 août 1853. 


Monsieur le Maire, 


D’après l’ordre que vous m’en avez donné, je me 
suis transporté le 7 août courant, à l'endroit de la 
gare où la veille, 6 du même mois, vers 5 heures du 
soir, des ouvriers avaient découvert en béchant un 
cercueil gallo-romain en plomb qui appartient à la 
classification de ceux trouvés au même lieu en 1848, 
et que j'ai eu l'honneur de décrire dans les Mémoires 
de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 
6° volume. 

Aussi, comme les observations faites alors, sont 
parfaitement applicables aujourd’hui à l’objet qui nous 
occupe, nous n'y reviendrons pas, croyant devoir 
nous borner à dresser procès-verbal de la découverte. 

Le cercueil, long de 4 mètre 74 centimètres, large 
de 47 centimètres et haut de 27 centimètres, d'égale 
dimension aux pieds qu’à la tête, n’était point prolégé 
comme la plupart de ceux de 1848, par une maçon- 
nerie en forme de crypte. Il n'avait pas l'orientation 
chrétienne, de l’est à l’ouest, mais il se trouvait 
tourné la tête vers le nord et les pieds au sud. 

M. Tanzy, inspecteur des travaux, se charge de bien 


(32) 

déterminer la situation topographique de cette sépul- 
ture, sur un plan spécial. Il a été vivement conirarié 
d'apprendre que dans la soirée même du 6 août, sur 
les 9 heures, l'on avait ouvert le cercueil. En effet, il 
est résulté de celte maladresse, que deux vases, l’un 
en argile et l’autre en verre, placés à l'extérieur du tom- 
beau, du côté de la tête, ont été brisés. 

Le premier avait 12 centimètres de diamètre, sur 
15 centimètres de hauteur ; le deuxième, plus petit, 
était un flacon de forme cubique, surmonté d’un 
goulot. 

Il parait qu'une personne aurait trouvé dans l’inté- 
rieur du cercueil, une sorte de bracelet en jais qui 
vous aurait été remis, Monsieur le Maire, si je suis 
bien renseigné; vous m'obligeriez de me le faire, s’il 
vous plait , savoir (1). 

Quand je me présentai sur les lieux, le 7 août au 
malin, il me fut impossible de constater l’état intérieur 
du cercueil, dont le couvercle légèrement bombé était 
soutenu par deux bandes de fer également recourbées. 

Quoiqu'il en soit, allant aux informations, j'appris 
que les os avaient été consommés par le temps; mais 
je pus recueillir sur place deux aiguilles à cheveux en 
jais, l’une, longue de 7 centimétres , l'autre, de 9 cen- 
timètres environ, malheureusement brisées. Enfin, je 
trouvai le pendant du bracelet indiqué ci-dessus égale- 
ment en jais, ayant un peu moins de 7 centimètres 
de diamètre (partie la plus large). 

Evidemment ce cercueil était celui d’une femme ou 


(1) M. Duboys, en effet, m'a confié le jeudi 18 août, ledit bra- 
celet , brisé en trois endroits , ainsi qu’il l'avait reçu. 


(33) 


d’une jeune fille, auprès de laquelle, suivant la cou- 
tume gallo-romaine, l’on avait déposé quelques-uns 
de ces objets de toilette qui ont pu lui servir lorsqu'elle 
était enfant, ce qui expliquerait la pelite dimension 
du bracelet que j'ai recueilli; souvent d’ailleurs ces 
objets étaient emblématiques en ce sens que leur 
couleur noire était celle du deuil et que leur apparente 
destination indiquait s’ils se rapportaient à un homme 
ou à une personne du sexe. 

Le même jour, 7 août, M. Tanzy m'adressa une 
pièce romaine, moyen brenze, trouvée par lui, m'écrit- 
il, dans la terre provenant du cercueil. 

Cette pièce très fruste porte au revers l'autel de Lyon 
et au droit la tête d'Auguste avec ce reste de légende : 
CÆSAR.......... Il n’en faut pas conclure pour cela que 
notre cercueil remonie à Auguste, car du temps de 
cet empereur l’on brülait les corps ; d’ailleurs c'est un 
fait bien connu que des médailles romaines fort 
anciennes ont été trouvées dans des sépultures un 
peu moins vieilles, et puis sommes-nous très certain 
que les détritus du cercueil en question renfermaient 
notre médaille d'Auguste, ces détritus ayant été retirés 
sans aucune précaution , dans la soirée du 6 août , et 
mélangés avec la terre voisine. 

A notre sens et d'après des preuves ailleurs établies 
et auxquelles nous renvoyons, cette sépulture date 
du 1v° au v° siècle. 

J'ai fait déposer ledit cercueil dans l’une des salles- 
magasins du Musée des antiquités, en attendant que 
celui-ci soit réorganisé. 

Agréez, elc. GODARD-FAULTRIER. 


Angers , le 14 août 1853. 


(34) 


NOTES BIOGRAPHIQUES 


SUR 


30 PRÉLATS SE RATTACHANT A L’HISTOIRE D'ANJOU, 


classés par ordre alphabétique. 


CLErG (Gui Le), évêque de Léon, avait été abbé de 
Saint-Jacques de Montfort et de la Roë, en Anjou, 
aumônier de la reine Claude, première épouse de 
François Ie. 11 vivait vers 1514; il fut inhumé à son 
abbaye de la Roë. 

Voir Episcopi Leonenses dans Sammarthæni. 

Cossé (Philippe de), grand aumônier de France, 
sorti de l’ordre des Bénédictins, abbé du Mont-Saint- 
Michel, en Neustrie, et de Saint-Jouin, en Poitou, 
était le troisième fis de René de Brissac, gouverneur 
d'Anjou (Andium prorex), et de Charlotte Gouffier. Il 
avait pour frères Charles, comte de Brissac, gouver- 
neur du Piémont, et Arthur de Cossé, maréchal, grand 
pannetier de France et gouverneur de la Touraine et 
de l’Anjou. | 

Philippe succéda, sur le siége épiscopal de Coutan- 
ces, à René de la Trémouille. D’après son invitation, 
Louis Leroy, de Coutances, traça la vie de Guillaume 
Budé, qui fut dédiée à l'Angevin Guillaume Poyet, 
chancelier de France en 1541. 

Philippe était fort versé dans l'étude des lettres; il 


(35) 


portait de sable à trois fasces dentelées d’or. Il mourut 
à Gien-sur-Loire, le 24 novembre 1553, comme il ré- 
sulte d'une inscription funèbre en lettres gothiques, 
que l’on voit sur une des tombes des seigneurs de 
Cossé, à Brissac. (Voir Anjou et ses monuments, p. 57, 
t. 11.) 

Cossé (Artus de), évêque de Coutances, neveu de 
Philippe , qui avait occupé le même siége, et fils de 
Charles, maréchal de France, comte de Brissac. 

Artus était aumônier du comte d'Anjou, François, 
duc d'Alençon ; il gouvernait son église vers 1574. 

CRAON (Jean de), évêque du Mans, descendant de 
l'illustre famille des barons de Craon. Il vivait vers 
l’an 1348. 

Cuptr (Robert), évêque de Dol, né à Paris, mais 
originaire de l’Anjou, avait été auparavant évêque de 
Léon. Il vivait vers le milieu du xvrre siècle. Il por- 
tait d'argent à trois trèfles de sinople. 

DAILLON (Gaspard de), évêque d’Alby, descendait de 
Ja noble et ancienne famille de Daillon. Il était fils de 
François, comte du Lude et de Pontgibaut, sénéchal 
de la province d'Anjou, et de Françoise de Schom- 
berg, sœur de Henri de Schomberg, maréchal de 
France. 

Avant sa nomination au siége d’Alby, il avait été 
évêque d'Agen. Son décëés arriva le 3 octobre 1647. Il 
porte écartelé aux 1 et 4 d'azur à la croix fizelée d’ar- 
gent, qui est Daillon. Aux 2 et 3 d’or au lion coupé, 
le haut coupé de gueules et le bas de sinople, qui est 
Schomberg. 

Daï£Lon (René de), évêque de Bayeux et auparavant 
de Luçon, descendant de l’illustre maison de Daillon 


(36) 
du Lude, était fils de Jean, comte du Lude, baron d'I- 
liers et de Briançon, sénéchal d'Anjou, et de Anne de 
Batarnay du Bouchage. 
Il mourut le 8 mars 1601. 
Il portait d'azur à une croix fizelée d'argent. 


Donanteu (François de), évêque d'Auxerre, élait 
frère de Pierre Donadieu Pichery (Puchairicus), gou- 
verneur de la ville et du château d'Angers (urbis arcis- 
que Andinæ prefecti germanus). François de Donadieu 
fut nommé évêque par Henri-le-Grand et consacré le 
7 août 1599. Mais dans l’année 1624, il échangea son 
siége avec Gilles de Souvré contre celui de Comenge. 
où il mourut plus qu'octogénaire en 1641. 

Il porlait d'azur à un point d'or soutenant un cœur 
de méme, accompagné de deux étoiles aussi d'or en 
chef, absolument comme au bas de la statue de son 
frère, au Musée d'Angers. 


Dorwans (Milon de), successivement évêque d’An- 
gers, de 1370 ou 1371 à 1372 ou 1373, puis de Bayeux 
et enfin de Beauvais vers 1374 ou 1375. Il fonda le 
collége de ce nom à Paris où il mourut le 17 août 1387, 
et y fut inhumé. Les frères Saint-Marthe l’établissent 
à tort évêque de Bayonne, par suite sans doute de la 
confusion qu'ils ont faite de Baïocensis, Bayeux, avec 
Baionensis, Bayonne. Ils nous laissent également 
quelque peu dans l'embarras de savoir si le collége de 
Beauvais, à Paris, a été réellement fondé par Milon, 
ou avant lui, par son parent, Jean de Dormans. En 
effet, dans Episcopi Andegavenses , Milon de Dormans 
en est réputé fondateur, et dans Episcopi Bellova- 
censes , c’est Jean de Dormans. 


(37) ! 


Quoiqu'il en soit, Milon eut l’insigne honneur d’être 
chancelier de France. 

Les Sainte-Marthe rapportent, à ce sujet, un texte 
tiré du Mémorial de le Cour des comptes de Paris, 
texte que nous iraduisons ainsi : « Louis (1°), fils du 
» Roi des Français (Jean 11), duc d'Anjou et de Tou- 
» raine, à cause de la minorité de Charles VI et de 
» Louis, tous deux fils de défunt Charles V, fut nommé 
» régent du royaume, et le lundi 1°" octobre 1380, le 
» régent, voulant convenablement gouverner, créa et 
» publia chancelier, par une délibération de son grand 
» conseil, Milon des Dormans, évêque de Beauvais, 
» qui le même jour prêta serment dans les mains 
» dudit régent. » 

Milon, étant évêque d'Angers, portait d'azur à trois 
têtes de léopard d’or, lampassées de gueules. Plus tard 
il écartela aux 1 et 4 de Dormans, aux 2 et 3 d'or à une 
croix cantonnée de quatre clefs de gueules. 

Dumas (Jean) , évêque de Dol, baron de Mathefelon 
et de Duretal, fils de René et de Marguerite de la Jaille. 
Il administra son diocèse jusqu’à l’an 1565, sans avoir 
été consacré ! Il avait été désigné pour cet évêché par 
le roi en 1554. Il fut enterré à Saint-Maurice d'Angers, 
église dont il élait doyen, sous un magnifique mau- 
solée que lui-même avait fait élever dans la chapelle 
des chevaliers du croissant (aile du sud de la cathédrale). 

Il portait d'argent frêté de gueulles, au chef eschi- 
queté d’or et de gueulle. 

FLècne (Radulfus de la), nommé évêque de Saint- 
Brieuc en 1329. 

Forest (Pierre de), cardinal, abbé de Saint-Denis, 
né en 1314 dans le diocèse du Mans. Evêque de Paris 


(38) 


vers 1350, ensuite archevêque de Rouen. Il mourut 
en 1361, à Villeneuve, près d'Avignon, après avoir 
rendu d’éminents services à Philippe de Valois, au 
roi Jean, ainsi qu'au Dauphin (plus lard Charles V).. 

Il se rattache à l’Anjou, en ce qu’il professa la science 
du droit, à Angers, avec un éclatant succès. Il l'avait 
professée auparavant à Orléans. 

GAULTIER (de Coutances), Walterius de Constantüs, 
Breton d’origine, archidiacre d’Oxfort, mis à la tête de 
l’église de Lincoln, en 1182. Consacré à Angers, dans 
l’église de Saint-Laud, par Richard, archevêque de *** 
(Cantuariensi), transféré sur le siége de Rouen 
en 1184. 

GERARD d'Alsace (vers 1205), prévost de Saint-Au- 
domare de Bruges, était le troisième fils de Théodorie 
d’Alsace et de Sybille, fille de Foulques, comte d’An- 
jou et roi de Jérusalem. 

GOuFFIER (Hadrien), cardinal du titre de Sainte- 
Sabine , autrement nommé de Boisy, grand aumônier 
de France, est qualifié d'abbé de Saint-Florent de 
Saumur, par les Sainte-Marthe , bien que le catalogue 
de D. Jean Huynes n’en fasse aucune mention. Il était 
également abbé de Saint-Nicolas d'Angers et se trouve 
au catalogue des abbés commandataires de ce monas- 
tère, inséré dans le Breviculum de Laurent Lepelletier, 
où il est qualifié de prêtre-cardinal du fitre de Saint- 
Pierre et de Saint-Marcellin, qu'il avait reçu en effet, 
avant celui de Sainte-Sabine. 

Gouffier, mourut, d’après le Breviculum, en no- 
vembre 1523. 

Il avait été évêque de Coutances , en Normandie, et 
ensuite d’Alby. 


(39) 


Il descendait des Gouffier, seigneurs de Bonnivet, de 
Boisy et d'Oiron, qui formaient l’une des plus illustres 
familles de France. Il portait d’or à trois jumelles de 
sable. 

Gonpi (Jean-François de), archevêque de Paris, fut 
abbé de Saint-Aubin d'Angers. Il mourut en 1654. 

Les armes de Gondi sont d’or à deux masses d'armes 
de sable passées en sautoir, liées de gueules. 

GuaLo, évêque de Léon, avait été moine de Saint- 
Florent de Saumur; il remplit les fonctions de l’arche- 
vêque de Bourges, dans le concile de Latran, en 1112 
sous le pape Paschal , et assista au synode de Nantes, 
de l’an 1127. Il ont en 1134. 

Voir Episcopi Leonenses dans Sammarthæni. 

Louis (de Sicile) Saint. Surnommé de Marseille, 
fils de Charles II, roi de Sicile et de Marie de Hongrie, 
mena une sainte vie, d'abord comme frère mineur et 
ensuite comme évêque de Toulouse et de Pamiers, 
siéges réunis qu'il gouverna simultanément vers 1297. 

Il appartenait à la maison d’Anjou-Sicile; aussi 
d’après les Sainte-Marthe, il portait dans son blason 
« Sicile-Anjou, d'azur semé de fleurs de lys d’or au 
» Jambel de gueulles de quatre pièces, party de Jéru- 
» salem et de Hongrie. » 

Plusieurs le considèrent comme ayant été le pre- 
mier évêque de Pamiers. 

MAïLLÉ-BREZÉ (Simon de), archevêque de Tours, était 
fils de Guy de Maillé, seigneur de Brezé, gouverneur 
d'Anjou (proregis Andegavensium), et d'Anne de Louan. 

Il monta sur le siége de Tours vers 1554, et ouvre 
un synode à Angers, en septembre 1583, auquel 
assistent huit évêques. 


(40 ) 


En compagnie de Charles, cardinal de Lorraine, il 
assista au Concile de Trente (tredentino synodo). Il est 
auteur d'une traduction latine de vingt-quatre homé- 
lies de saint Bazile, écrites en grec, il la dédia audit 
cardinal et mourut le 11 janvier 1597 âgé de 82 ans. 

Au nombre de ses frères était Arthur, seigneur de 
Brezé, père de Claude, seigneur de Milly et aïeul d'Ur- 
bain, marquis de Brezé, gouverneur d'Anjou et de 
Catalogne, ledit Urbain , père d'Armand, duc de Fron- 
sac, et de Claire-Clémence de Mailié-Brezé, épouse 
de Louis de Bourbon, prince de Condé. 

Maillé porte d’or à trois fasces antées de gueules. 

« L'assemblée de 1583, fut le dernier concile provin- 
» Cial ; on y arrêta que l’on solliciterait pour le clergé 
» la restitution de la faculté qu’on lui avait enlevée de 
» nommer ses évêques et ses abbés. On s’y occupa, 
» enfin, des moyens de persuader le peuple sur le 
» danger de ses croyances supersticieuses, relative- 
» ment aux maléfices, aux sortilèges, aux procédés 
» occultes qu’il employait pour se guérir ou pour se 
» préserver des maladies. 

» Simon de Maillé-Brezé , quitta son diocèse en 1588 
» et se retira dans sa terre de Lambroise, au bourg 
» Saint-Sulpice (BL. P. 338 n° 8 de l'im.) » 

C’est ce qui explique pourquoi l’on dit « qu’un concile 
s’est tenu en ce château. » 

MontroRt (Guillaume de), évêque de Paris, vivait 
à la fin du xr° siècle, il était frère de la fameuse Ber- 
trade, comtesse d'Anjou, femme de Foulques Rechin 
et l’amante de Philippe 1«, roi des Français. 

Guillaume portait de gueules au lyon d'argent à la 
queue fourchée. 


(#1) 


MonTsoRrEAU (Jean), archevêque de Tours. Il était de 
l’ancienne maison de Montsoreau-sur-Loire, en Anjou. 

Elevé sur le siége de Tours vers 1270, il réunit un 
concile provincial à Saumur , au monastère de Saint- 
Florent, en 1276; il mourut vers l’an 1284. 

PASsAvANT (Guillaume de), évêque du Mans, des- 
cendait de la noble famille de ce nom, par son père, 
et de celle de Martigné-Briant, par sa mère Lucie, 
cousine de Rainauld, évêque d'Angers. 

Il gouverna le diocèse du Mans, depuis 1142 jusqu’à 
l'an 1186. 

Jean, moine de Marmoutier , lui dédia son histoire 
en deux livres, de Geoffroy, duc des Normands et 
comte des Angevins. 

Porc DE LA Porte (Andréas de), évêque de Saint- 
Brieuc, descendait des barons de Vezins d'Anjou; il 
était fils de René et d'Anne de la Tourlandry, il 
fut nommé au siége de Saint-Brieuc, en 1619, par 
Louis XII. 

PouAncéÉ (Théobald de), évêque de Saint-Brieuc, 
descendait des seigneurs de la Guerche et de Pouancé, 
et devint ensuite évêque de Dol, et fut en 1224 nommé 
l’un des exécuteurs testamentaires de Philippe IE, roi 
de France. Il vivait encore en 1305. 

SAVONNIÈRES (Mathurin de), évêque de Bayeux, des- 
cendait d’une famille noble d'Anjou. Il eut pour frère 
Jean de Savonnières, seigneur de la Brestesche, et 
pour mère Oliva de Mathefelon. Il prit, en 1532, pos- 
session de son siége où l'avait appelé Henri II. Il 
mourut en 1586. 

Il portait de gueules à la croix patée d’or. 

SERRANT (Félix de Brie de), doyen de l’église du 


(#2) 
Mans, abbé de Saint-Evroult (Ebrulfi) en Neustrie : il 
mourut en 1546. 

SOUVRÉ (Gilles) fut abbé commandataire de Saint- 
Florent, près de Saumur, couvent dont il prit posses- 
sion par procureur, au mois de décembre 1650. 

Nommé évêque de Comenge vers 1613, il le devint 
ensuite d'Auxerre vers 1624 ou 1625. 

Il avait été trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, 
où il mourut en 1631. 

Il a écrit des paraphrases sur les lettres de saint 
Paul aux Hébreux. 

Il portait d’azur à cinq bandes ou cottices d’or. 

Voir Episcopi Autessiodorenses dans Sammarthæni et 
le catalogue des abbés, de dom Jean Huines. 

Turçeisus (ou TurGEDUS), évêque d’'Avranches. En 
4129, suivant Ordéric, il célébra les noces de Geoffroi 
comte d'Anjou avec Mathilde, fille d'Henri Le, roi 
d'Angleterre. 

Turpin (Pierre), évêque d'Evreux, fils d'Antoine de 
Crissé, d’une noble famille d'Anjou, et d'Anne de la 
Gresille; il commença de siéger vers 1471. 

Il portait lozangé d’argent et de gueules. 

VALENÇAY (Léonor d'Etampes), archevêque de 
Reims, abbé et baron de Saint-Pierre de Bourgueil, 
en Anjou, appartenait à l'illustre maison d’Etampes 
de Valançay. Il mourut à Paris en avril 1651. Son 
cœur fut déposé dans l’abbaye de Bourgueil. 

Il portait d'azur à deux girons d’or mis en chevron; 
au chef d'argent, chargé de trois couronnes ducales de 
gueules. 

GODARD-FAULTRIER. 


(43) 


NGD'WHEH 


sur la position 


DE LA MANSION ROMAINE COMBARISTUM. 


Messieurs, 


Un de nos honorables collègues , dont l'éloignement 
a laissé dans nos rangs un vide si généralement senti, 
M. le conseiller Faye, vous a présenté l’année dernière 
un mémoire d’un haut intérêt, dans lequel il a déter- 
miné d’une manière positive la situation de l’ancienne 
mansion romaine Segora. En transmettant à notre 
collègue l'expression du plaisir que m'avait causé la 
lecture de son savant mémoire, je l'avais engagé à en 
entreprendre un semblable sur la station Combaristum, 
et je lui avais fourni à ce sujet, quelques aperçus qui 
m'étaient personnels. Ne pouvant conserver l'espoir 
de voir M. Faye entreprendre ce travail , que son éru- 
dition et ses consciencieuses recherches eussent si 
dignement accompli, je me suis décidé à vous appor- 
ter mon faible tribut, dans l'espoir qu'il engagera 
quelqu'un, plus habile et plus versé dans l'étude des 
antiquités, à approfondir un sujet que je ne puis que 
légèrement effleurer. 

Nos divers hisloriens de l’Anjou, ne paraissent pas 
être fixés d’une manière positive sur l'emplacement 
que dut occuper la station Combaristum, voici ce 


(44) 


qu'en écrivait Bodin en 1821 : « la troisième 
» voie conduisait à Combaristum. Cette voie devait 
» passer au Lion-d’Angers , et Combaristum était sans 
» doute un de ces lieux d'étape, que les Romains 
» nommaient mansions. Ces mansions étaient toujours 
» placées sur les chemins militaires, à une journée de 
» distance ; c'était là que les légions se reposaient en 
» allant ou en revenant de la guerre, et qu’elles trou- 
» vaient des magasins de vivres et de fourrages. 

» Je n’ai vu aucuns vestiges de la voie d'Angers à 
» Combaristum, mais il en existe probablement quel- 
» ques-uns qu'on découvrira peut-être dans la suite. 
» Quant à la situation de celte mansion, je crois qu’elle 
» pouvait être où nous voyons le bourg de Combrée, 
» entre Segré et Pouancé. C’est sur la ressemblance 
» de ces deux noms que je fonde cette conjecture. Si 
» l’on trouve quelques restes de constructions antiques 
» dans celte commune ou dans les environs, cette 
» conjecture pourra devenir certitude (1). » 

En 1839, M. Godard s’exprimait ainsi : « La troi- 
» Sième voie romaine partait encore d'Angers , gagnait 
» le Lion, puis Combaristum , que le célèbre géographe 
» Gille-Robert, a placé sur la carte de la Gaule dressée 
» en 1750; ce dernier lieu nous semble, avec Bodin , 
» devoir être le bourg de Combrée (2). » 

En 1850, M. de Beauregard écrivait : « La capitale 
» des Andes, fut un centre d’où les Romains firent 
» partir plusieurs routes pour mettre le pays en com- 
» munication avec les provinces voisines et avec les 


(1) Recherch. histor. sur Angers, tow. 1, p. 39. 
(2) L’Anjou et ses monuments, t. 1, p. 46. 


(45) 


» grandes voies de l'empire. La première se dirigeait 
» sur Combrée , en traversant le Lion-d’'Angers (1). » 

Ainsi nos historiens les plus recommandables se 
rencontrent tous pour admettre provisoirement Com- 
brée comme étant l’ancien Combaristum : la ressem- 
blance des noms est en effet frappante; elle est un 
guide sûr en beaucoup de circonstances, mais il faut 
qu’elle concorde avec la présence des constructions 
antiques et avec les distances indiquées ; or rien de 
semblable n'ayant été constaté à Combrée, celte simi- 
litude de noms qu'il nous sera facile d'expliquer plus 
tard, ne peut suffire à décider la question, et les inves- 
tigations doivent être dirigées dans un sens différent. 

La première condition à remplir pour arriver à un 
résultat plausible, est de constater les traces et la 
direction de la voie antique, sur laquelle était placée 
notre station. Cette voie qui, d’après la carte de Peu- 
tinger, conduisait de Juliomago (Angers), à Condate 
(Rennes), a été, sinon indiquée, au moins soupçonnée 
par M. Godard : « Une route d'Angers à Rennes, dit-il, 
» par le Lion, la Jaïllette, Louvaine , l'Hôtellerie, tra- 
» versait Châtelais, et pourrait bien être une ancienne 
» voie romaine (2). » 

Telle était en effet la direction de cette voie, que 
Cassini a indiquée sous le nom de chemin de Craon, 
elle se continuait vers Craon, puis inclinant au nord- 
ouest, elle gagnait Rennes en se dirigeant vers la 
Guerche. M. Béraud a observé au nord de Châtelais, 
une chaussée étroite et élevée, n'ayant aucune ana- 


(1) Statistique du départ. de Maine et Lorre, 2° édit., p. 70. 
(2) L’Anjou et ses monuments, om. 2, p. 136. 


(46) 
logie de construction avec nos chemins modernes et 
telle qu’en présentent les restes des anciennes voies 
romaines; en quelques endroits le chemin était parsemé 
de gros blocs de pierre que l’on a dû briser en restau- 
rant ce chemin, dans ces derniers temps. 

J'ai observé une disposition semblable sur la voie 
encore visible entre Gennes et Chenehutte, où d’é- 
normes blocs de grès encaissés horizontalement dans 
le sol, forment une surface plane et unie. 

Ce n’est donc point dans la direction de Combrée, 
mais entre le Lion-d'Angers et Craon, que nous devons 
chercher la station Combaristum. 

Si nous consulitons la carte de Peutinger, nous 
voyons qu'en partant de Rennes (Condate), la route 
nous offre une station nommée Sipia, suivie du 
chiffre xvi, puis Combaristum xvr, et enfin, Julio- 
mago (Angers), suivi du chiffre xvir. Combaristum 
doit donc être placé à 17 lieues gauloises d'Angers et 
à 16 lieues de Sipia, lieu situé lui-même à 16 lieues 
de Rennes. Telles sont les données qui doivent nous 
guider dans nos recherches. 

La lieue gauloise étant évaluée à 2,268 mètres, les 
17 lieues indiquées devront représenter 38,556 mètres. 
En mesurant les distances à l'échelle de Cassini, sur 
la route indiquée, nous sommes conduits à Châtelais, 
bourg éloigné d'Angers, d'environ 42,000 mètres, 
différence qui ne peut être regardée comme sérieuse , 
puisque l'on ne connaît pas exactement la ligne que 
suivait l’ancienne voie. 

Châtelais présente bien une position telle que les 
Romains savaient les choisir, un plateau situé au 
point de jonction d’un ruisseau avec l’Oudon , défendu 


(47) 

à l’est par la rivière, au sud par le ravin où coule le 
ruisseau. De hautes murailles d'enceinte , une porte 
massive et les restes d’une puissante forteresse, frap- 
pent le voyageur qui aborde ce lieu , et contrastent 
avec la tranquillité qui règne habituellement dans nos 
villages. 

Interrogez les habitants, ils vous diront que leur 
bourg fut jadis une ville considérable, où l’on faisait 
les lois et qu'elle a été dévastée par les Anglais. Leurs 
souvenirs ne vont pas au-delà, mais l’archéologue 
saura découvrir leurs titres d’antiquité encore gisants 
sur le sol. Les ruines y « sont de deux classes, dit 
» M. Godard, gallo-romaines et féodales ; les briques 
» crochues en grand nombre, et quelques noyaux de 
» maçonnerie amplecton, appartiennent à la pre- 
» mière..……… Plusieurs tombeanx en auges (pierre 
» coquillière de Doué), prouvent qu'antérieurement 
» au 1x° et xe siècles, Châtelais était un cemæterium , 
» c'est-à-dire l’une des paroisses primitives du Craon- 
» nais..…. Le régime féodal s’est assis sur les débris 
» gallo-romains ; il a de ses hautes murailles, enve- 
» loppé le pourtour de la colline qui domine l'Oudon; 
» un fossé large et profond protégeait Châtelais, du 
» côté que ne baignait pas la rivière. Deux enceintes 
» existaient, celle du bourg... et celle du château... 
» Toutes ces constructions étaient vigoureusement 
» nouées entre elles; de vastes souterrains les ren- 
» daient plus formidables encore... (1) » 

Ainsi la concordance des distances indiquées et des 
constructions antiques, nous persuadent que Châtelais 


(1) L’Anjou et ses monuments, tom. 2, p. 136. 


(48 ) 


a pris la place de l’ancien Combaristum. Rien de plus 
ordinaire que ces changements de noms au moyen 
âge; lorsqu'une forteresse s'élevait sur les ruines d’un 
monument antique, elle prenait le nom de Castrum 
novum, Castellum, Château-neuf, Châtillon, Châtel- 
lier, Châtelais ; nous en avons de sinombreux exemples 
dans nos contrées , qu'il serait superflu d’insister sur 
ce sujet. Mais le nom de Combaristum ne s’effaça 
pourtant pas entièrement, il resta attaché à la vaste 
forêt qui avoisinait la station et qui, jusqu'ici, a tou- 
jours été nommée forêt de Combrée, ou par corruplion 
forêt d'Ombrée, et lorsque plus tard, un bourg vint 
s'établir à l'extrémité méridionale de cette forêt, il 
emprunta naturellement son nom aux bois à l'ombre 
desquels il avait abrité son clocher, il devint le bourg 
de Combrée. 

Si, en suivant la direction de Rennes, on retrouvait 
à la distance indiquée de 16 lieues gauloises, des 
traces de la mansion Sipia , ce serait sans aucun doute 
un puissant argument en faveur de l’opinion que nous 
présentons dans celte notice. Eh bien, précisément à 
cette distance et à pareille distance de Rennes, se 
trouve une commune, située dans le département 
d'Ille-et-Vilaine, un peu au-delà de la Guerche et qui 
porte le nom de Visseiche, ou Vicseiche, Vicus Sipia, 
ou le bourg Sipia ; la rivière sur laquelle ce bourg est 
assis se nomme aussi la Seiche (Sipia), et il n'est pas 
douteux pour nous qu’on ne doive reconnaître ici ou 
du moins dans le voisinage, l'emplacement de la man- 
sion Sipia, concordant parfaitement pour la direction 
et la distance avec celle de Combaristum. Je suis heu- 
reux au reste de pouvoir m'appuyer ici de l’opimion 


(49) 


d’un savant qui, sans avoir soupçonné ces rapproche- 
ments peut-être, s’est exprimé ainsi : « La voie de 
» Rennes à Angers existe ou a incontestablement 
» existé. La table de Peutinger la fait passer par les 
» stations de Combaristum et de Sipia; mais, à l’ex- 
» ception de quelques fragments reconnus dans les 
» environs de Château-Giron, par MM. Corbe et de 
» Kerdrel, et depuis le Lion-d’Angers jusqu’au bourg 
» romain de Châtelais , par M. Godard-Faultrier , cette 
» voie si intéressante reste tout entière à étudier. 
» On présume qu'elle passait à Vic-Seiche et à la 
» Guerche. (1) » 

Il nous parait donc démoniré maintenant que notre 
voie antique partant de Juliomagus (Angers), passait 
à la Legio Andina (le Lion-d’Angers), dont la table 
théodosienne ne fait pas mention, puis à Combaristum 
(Châtelais), à Sipia (Vic-Seiche), et enfin, à Condate 
(Rennes). 

Il serait à désirer qu'on püût préciser enfin la situa- 
tion de la mansion Robrica : Danville la plaçait à Lon- 
gué, Walkenaer et M. de Caumont à Beaufort, mais ces 
localités ne concordent pas avec la distance de 28 lieues, 
qu'indique la carte de Peutinger : la Sauvagère et 
Bodin la supposaient avec plus de vraisemblance au 
camp de Chenehutte, localité pourtant encore trop 
rapprochée d'Angers; on eût pu la placer à Saumur, 
dont le château a remplacé une forteresse antique, 
mais il nous semble qu'il y aurait plus de probabilités 
pour Saint-Just-sur-Dive, localité où d'après la tra- 


(1) M. Bizeul, Mémotre sur les voies romaines de l'Armorique, 
Congrès scientifique de Rennes, toin. 2, p. 64 (1859). 


4 


(56) 


dition existait une ville nommée Lezon ou Lefan , Ct 
où, dans ces derniers temps, on a découvert un si 
grand nombre d'objets antiques , témoins irrécusables 
de l'existence d’une ville embellie par le luxe de la 
civilisation romaine. Les débris de plusieurs villa se 
rencontrentencore dans les campagnes environnantes, 
notamment dans la forêt de Fontevrault. Plusieurs 
voies antiques aboulissaient à Saint-Just, et cette 
position nous semblerait convenir à Robrica qui ne se 
trouve pas placée sur la route directe d'Angers à Tours, 
mais bien plus au midi, sur une voie qui conduisait à 
Bourges, centre où rayonnaient les plus grandes voies 
de communication de l'empire. 

En effet, après Juliomago, la carte de Peutinger 
signale Robrica xxvIx, Tasciaca XxIV, Gabris, Avari- 
cum xxiv. Cette route, pour gagner le pays des Bifu- 
riges , devait passer dans la partie méridionale du pays 
des Turones; nous y trouvons , dans l’arrondissement 
de Loches, une localité nommée Tauxigny , dont le 
nom et la situation s'accordent assez bien avec Tas- 
ciaca; Gabris pourrait être Chabris, commune située 
aux bords du Cher, entre Saint-Aïgnan et Vierzon, à 
peu près à 24 lieues gauloises d’Avaricum (Bourges). 
On comprend que nous ne présentons ces aperçus que 
pour ce qu'ils peuvent valoir, n’ayant aucune donnée 
positive pour les confirmer. 

En terminant cette notice, je dois déclarer que, en 
dehors des auteurs que j'ai cités, je n’ai eu aucune 
connaissance des recherches qui auraient pu avoir été 
faites sur le même sujet ; s’il en existait et que je me 
fusse rencontré avec leurs auteurs, je ne pourrais que 
m'en féliciter ; s'ils étaient arrivés à d’autres conclu- 


, 
4 


(51) 


sions , je me féliciterais encore d’avoir fourni de nou- 
veaux éléments à la discussion et d’avoir pu contri- 
buer ainsi à la découverte de la vérité. C’est unique- 
ment dans ce but que j'ai cru devoir soumettre ce 
travail, dont je reconnais toute l’imperfection, à l’ap- 
préciation demes savants collègues; sije l'avais atteint, 
je ne regretterais pas d’avoir fait trève un moment à 
mes travaux habituels, pour appeler quelque lumière 
sur un point encore obscur de la géographie ancienne. 


A. BOREAU, 


Directeur du jardin botanique. 


Augers, août 1853. 


{52) 


RAPPORT 


SUR 
LES OPÉRATIONS DE DRAINAGE 


A EXÉCUTER DANS LE CIMETIÈRE DE L'EST. 


Messieurs, 


On s’est préoccupé assez vivement dans notre ville, 
il y a quelque temps, d’une question importanie, au 
point de vue de la salubrité publique , je veux parler 
de l'état du cimetière de l'Est, sur la route d'Angers 
à Trelazé. — On y voyait en effet, à la suite des pluies 
abondantes du mois de janvier dernier, sortir de ierre 
dans les parties les plus basses , une eau chargée de 
matières animales en partie saponifiées et en quelques 
points sanguinolentes. 

Un pareil spectacle, affligeant pour les familles qui 
venaient payer un dernier tribut de souvenir à ceux 
qu’elles avaient perdus, était de nature à faire craindre 
que, par la suite, ce champ de repos ne devint un 
centre pestilentiel, par la putréfaction des matières 
animales ainsi entrainées à la surface du sol. M. le 
Maire d'Angers, justement préoccupé des réclama- 
tions qui lui parvenaient de toutes parts à ce sujet, 
m'a fait l'honneur de s’adresser à moi pour une recon- 
naissance des lieux, afin que je lui indiquasse s’il 


(53) 


était possible d'apporter quelque remède à ce déplo- 
rable état de choses. 

J'ai en conséquence, visité avec détail le cimetière 
de l'Est et voici quels ont été les résultats principaux 
de mon examen : 

Ce cimelière est placé dans un terrain présentant 
deux pentes en sens inverse, dont le thalweg inférieur 
est dessiné par un ruisseau serpentant presque paral- 
lèlement à la route d'Angers à Trelazé. Le sol en est 
argileux et repose sur un sous-sol schisteux, de la 
formation silurienne, qui constilue une partie impor- 

tante de l'écorce du département de Maine et Loire. 
Ce sol argileux est d’une compacité si grande et telle- 
ment imperméable aux eaux, que dans les fosses pré- 
parées à l'avance et séparées par quelques centimètres 
seulement de terrain non remué, l’eau séjourne à des 
niveaux différents , ce qui accuse manifestement l’ab- 
sence absolue de communications entre elles. 

Ce fait qui m'a tout d’abord frappé, donne la clef 
des phénomènes observés pendant les temps de pluie. 
En effet, la partie du cimelière actuellement occupée 
sur le versant situé du côté de la route de Trélazé, se 
trouve séparée du ruisseau dont j'ai signalé l’existence, 
par un espace de terrain non remué, de plusieurs 
mètres de largeur, sur lequel existe une allée. Si 
donc, les eaux pluviales pénétrant dans les parties 
hautes du cimetière, tendent à s’écouler vers ce ruis- 
seau, à cause de la déclivité naturelle du terrain, elles 
se trouvent arrêtées par le mur argileux qui empêche 
toute infiltration. 

Il est évident par suite, que, dans ces conditions, 
l’eau après avoir imbibé les terrains, s’élévera de plus 


(54) 


en plus dans cette espèce de réservoir souterrain, 
jusqu'à ce que dans les parties les plus basses du 
cimetière , elle arrive à la surface du sol, où elle vien- 
dra sourcer, après être restée pendant un temps plus 
ou moins long, en contact avec les corps ensevelis, 
en entraînant des parties animales, quelquefois san- 
guinolentes; que si elle n’est pas en quantité suffi- 
sante pour arriver jusqu'à la surface du sol, elle tendra 
toujours à conserver les corps dans un milieu hu- 
mide, qui arrête l’action normale et destructive du 
temps. 

Je vous signale, Messieurs, sans restriction, tous 
les inconvénients que présentent le terrain et l’em- 
placement choisis pour le cimetière de l'Est, parce- 
qu'heureusement je ne les crois pas sans remède, 
ainsi que je vas avoir l'honneur de vous l’exposer. 

Il résulte des explications qui précèdent sur l’état 
des lieux, que sans l'existence de l'allée placée à la 
partie inférieure du cimetière, les eaux pluviales 
s'écouleraient rapidement au milieu des terres remués 
jusqu'au ruisseau qui leur servirait de canal de 
décharge. Il devient donc facile d’'assécher sans frais 
considérables, la partie de ces terrains déjà occupée ; 
puisqu'il suffira pour atteindre ce résultat de mettre 
en communication l'extrémité inférieure des fosses 
avec le ruisseau, au moyen de canaux de drainage 
ayant quelques mètres seulement de longueur et 
placés de distance en distance. 

Pour la partie du cimetière encore inoccupée, je 
pense qu'il n’y a rien à faire d’une façon générale, que 
des lignes de drains placés de dix à dix mètres, ou 
même plus rapprochées , n’apporteront pas une amé- 


AS 


55) 


lioration radicale à l’état de choses actuel qu'il s’agit 
de modifier. 

En effet, les drains placés à de pareilles distances 
sont d’une efficacité incontestable, démontrée par 
l'expérience et sanctionnée par la théorie, pour rendre 
propres à la culture en empêchant l’eau d’y séjourner, 
les terrains de toute nature, même les terrains argileux 
les plus compacts, lorsque ce qu'il faut assécher n’est 
que la portion tout-à-fait superficielle du sol, celle 
qui a été remuée par la charrue. Dans ces condilions, 
une rigole avec drains placés à un mètre de profon- 
deur , recevra naturellement toutes les eaux pluviales 
ayant pénétré les terres remuées et s'écoulant tou- 
jours vers les cavités les plus basses. 

I n’en est plus ainsi, si, dans un terrain argileux, à 
côté d'un train de drainage, on creuse une fosse à 
une profondeur moindre que celle des drains, mais 
sans que les terres aient été remuées sur toule la pro- 
fondeur de cette fosse, dans l'intervalle qui la sépare 
de la ligne de drains. Dans ces nouvelles conditions, 
la fosse se remplira nécessairement d’eau, jusqu’au 
niveau des terres remuées. 

Ainsi, dans le cas du cimetière de l'Est, qui m'oc- 
cupe spécialement, les drains placés à quelques 
mètres des fosses que l’on prépare, empêcheront bien 
l'eau de venir sourcer au jour, chargée de matières 
animales, parce que le terrain a été remué plus ou 
moins profondément à la surface; mais les corps 
ensevelis demeureront dans l’eau, ce qui est le plus 
grand des inconvénients auquel il importe de remédier. 

La solution que je proposerais, me parait satisfaire 
à toutes les exigences de la question et présente au 


(56 ) 


point de vue économique des avantages sur l’applica- 
tion ordinaire du système de drainage. Elle consiste 
simplement à donner l’ordre aux fossoyeurs de pré- 
parer les fosses en s’élevant toujours de la partie basse 
du cimetière vers la route de Trelazé, de les mettre 
loules en communication entre elles, et de relier en- 
fin ces fosses au ruisseau, par des lignes de drains 
placés de distance en distance et de très petite étendue. 

Par ce moyen simple et économique, tous les ter- 
rains remués el capables par suite d’absorber les eaux 
pluviales, se trouvant en communication facile avec 
ce ruisseau, seront naturellement asséchés sur toute 
leur hauteur. Résultat auquel il est difficile d'arriver, 
ainsi que je crois l'avoir clairement démontré, par 
l'application ordinaire du drainage. 


L’ingénieur des mines, 
A. BLAVIER. 


Angers, le 12 mars 1855. 


(57) 


INGD'H HE 
SUR QUELQUES INSTRUMENTS DE LA MUSIQUE DES HÉBREUX , 


d'après un manuscrit du FX° siècle. 


——_— 0 -—— 


Parmi les précieux manuscrits que possède la Biblio- 
thèque d'Angers, il en est un qui nous a particulière- 
ment frappé, tant par sa haute antiquité que par les 
dessins coloriés dont il est orné. C’est un psautier du 
axe siècle. Les psaumes sont précédés de tables, de 
lettres, de prologues, etc., et suivis d'un grand 
nombre d'oraisons. Le mot Beatus par lequel ils com- 
mencent, f° 18. est du plus riche travail. La haste et 
les panses à compartiments de la lettre B sont accom- 
pagnées de figures d'animaux, d'entrelacs et de 
réseaux ; les cinq autres lettres sont placées les unes 
au-dessus des autres et enveloppées de girons verts, 
jaunes, rouges et violets. Enfin, sur les f°s 12, 13 
et 14, sont deux curieux dessins, dont nous donnons 
une copie au trait. 

Le premier représente le roi David, entouré de divers 
instruments de musique. Le second montre le même 
prophète accompagné de quatre musiciens, et de deux 
seribes qui recueillent ses psaumes. 

Il n’est pas sans intérêt de rechercher quelle idée on 
se faisait, au 1x° siècle, des instruments de musique 
des Hébreux. Nous allons donc essayer de donner l’ex- 
plication des figures de notre manuscrit. 


(58) 
(PREMIER DESSIN. 


La figure n° 1 représente une cithare ou kinnor, en 
forme de della renversé et arrondi à la partie inférieure. 
Les cordes sont verticales. 

Le kinnor se touchait par le haut, avec les doigts ou 
avec l’archet, et résonnait par le bas. T1 était construit 
avec le précieux bois d’almugim, dont il est parlé dans 
le livre des Rois et dans les Paralipomènes. 

« S'il faut en juger par un passage d’Isaïe , remarque 
D. Calmet, le son de cet instrument était triste et 
lugubre : mon ventre, dit le prophète, résonnera dans 
ma douleur comme le kinnor. (Isaïe. Ch. xvr. v. 11). » 

C’est avec le kinnor cependant que David calmait 
les fureurs et chassait la sombre mélancolie de Saül : 


Igitur quandocumque spiritus malus arripiebat Saül, David 
tollebat citharam et percutiebat manu sua, et refocillabatur 
Saül et levius habebat ; recedebat enim ab eo spiritus malus. 


On s’en servait encore pour chanter les louanges de 
Dieu : 
Confitebor tibi in cithara, Deus meus, etc... 
Psallite Domino in cithara.… 


Dans une lettre à Dardane , attribuée faussement 
à saint Jérome, on parle d’une cithare à 24 cordes. 
Cette cithare, dit l’auteur, représentait l'Eglise; les 
24 cordes figurent les 24 vieillards de l’Apocalypse, 
et les 3 angles du delta les 3 personnes de la Sainte- 
Trinité. 

La figure n° 2 est encore celle d’une espèce de 
cithare en bois, à cordes obliques. Le dessinateur 


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i Z BC LS 7) 
4 


( 59 ) 


paraît avoir voulu représenter le premier instrument 
de musique inventé par Jubal, pater canentium cithara 
et organo. 

La figure n° 3 représente une cloche en fer ou en 
bronze. C’est le tintinnabulum, instrument qui appar- 
lient à la classe des mezilothaïm, dont l'Ecriture parle 
en beaucoup d'endroits. 

Le tintinnabulum était en usage dans les assemblées, 
dans les réjouissances publiques et dans les fêtes. 
Suscitat ad orationem , dit notre manuscrit. 

On le faisait résonner en frappant dessus ou en 
agitant le baitant. 

Les figures n° 4 et 4 bis, sont celles de la sambuque, 
sambuca. Cet instrument, dont le nom se trouve dans 
Daniel : in hora qua audierietis sonitum..……. sambucæ 
(Cap. nr. v. 5), esi assez mal défini. Les uns, comme 
Athénée, Vitruve, Festus, D. Calmet en parlent comme 
d’un instrument à cordes; les autres, comme Masu- 
rius, en font une espèce de flûte. Notre manuscrit 
l'appelle genus informe, et le représente : {° sous la 
forme d'une cymbale, acitabulum, fig. 4, 2° sous celle 
d’une trompette, fig. 4 bis. 

Suivant Isidore, le nom de sambuque viendrait du 
sureau, avec lequel l'instrument était construit dans 
l’origine. 

La figure 5 est celle d’une sorte de.cithare à 6 cordes, 
nommée, par le calligraphe, pennola , pennoil. Nous 
n'avons trouvé le nom ni l'explication de cet instru- 
ment dans aucun des auteurs qui Se sont occupés de 
la musique des hébreux, tels que Kirscher, D. Calmet, 
Mersenne , Laborde, etc... Nous regrettons de n'avoir 
pas à notre disposition le savant ouvrage du rabbin 


(60) 


Abraham Arie de Mutina, intitulé le Scillte hagiborin , 
ou le bouclier des vaillants, qui contient la description 
de tous les instruments du temple de Jérusalem. Peut- 
être nous aurait-il fourni quelques renseignements 
sur le pennoil. 

La figure 6 est encore celle d’un instrument dont 
Kirscher, Calmet et Mersenne n'ont pas fait la moindre 
mention. C’est le bombulum. Il paraît se composer 
d’une longue tige recourbée à laquelle est suspendu 
un prisme quadrangulaire formé de tuyaux et garni, 
sur chacune de ses faces, de verges métalliques. On 
l'agitait sans doute en cadence, à peu-près comme le 
bonnet chinois. 

La description du bombulum est donnée dans l’épître 
à Dardane que nous avons déjà citée. Nous la repro- 
duisons littéralement ici. Elle est fort curieuse, mais 
assez difficile à bien comprendre : 


Fistula præterea artis esse myslicæ : sicut fusores earum 
rerum affirmant, reperitur ita bombulum æreum duetile 
quadraltum latissimumque, quasi in modum coronæ cum 
fisocolo æreo ferroque commixto, alque in medio concusso, 
quod in ligno alto spatiosoque formatum superiore capite 
constringitur : alterum altero capite demisso : sed terram 
non {angi a plerisque putatur : et per singula latera duodecim 
bombula ærea : duodecim fistulis in medio positis , in catena 
fixis dependent : ita tria bombula, in uno latere per circuitum 
utique figuntur , et concitato primo bombulo, et concitatis 
duodecim bombulorum fistulis in medio positis, clamorem 
magnum fragoremque nimium supra modum simul profe- 
runt. Bombulum itaque cum fistulis, id est, doctor in medio 
ecclesiæ est, cum Spiritu sancto qui loquitur in eo : constrin- 


(61) 
gitur in ligno alto, id est Christo, qui a sapientibus ligno vitæ 
comparatur : in catena, id est, in fide : et non tangit terram, 
id est, opera carnalia : duodecim bombula, id est , duodecim 
Apostoli; cum fistulis, id est, divinis eloquiis. 
Epistola ad Dardunum de diversis generibus musi- 
corum. Opera St Hieronymi. 


Nous ignorons quel est l'instrument des Hébreux 
représenté par le bombulum. Nous croyons cependant 
qu'il rentre dans la classe des zalzelim et des schalis- 
chim, ou des cymbales et des sistres. 

La figure 6 bis, semble être celle d’un des tuyaux 
qui entrent dans la composition du bombulum. 

La figure 7 est celle de la trompette, tuba, en hébreu 
scophar. Du côté de l'embouchure sont trois tuyaux 
d’airain, tres fistulæ œreæ; du côté du pavillon, quatre 
conduits, quatuor vociductus, par lesquels sort la voix. 

D'après l'auteur de la letire à Dardane, cette trom- 
pette serait le symbole des trois personnes de la Sainte- 
Trinité, confessées , dans l’annonce du Christ, par les 
quatre Évangélistes. 

La forme et la matière des trompettes variaient 
beaucoup. Les unes étaient faites en cornes de bélier, 
les autres en argent ou en cuivre. Celles-ci étaient 
droites et longues; celles-là recourbées en forme de 
cor. 

On s’en servait dans une foule de circonstances, et 
elles jouent le plus grand rôle dans les combats ou les 
solennités des Juifs. 


Faites vous deux trompettes d'argent batlues au marteau, 
dit le Seigneur à Moïse, afin que vous puissiez vous en servir 


(62) 

pour assembler {out le peuple lorsqu'il faudra décamper. Et 
quand vous aurez sonné de ces trompettes, tout le peuple 
s’assemblera près de vous à l’entrée du Tabernacle de l’al- 
liance. 

Si vous ne sonnez qu’une fois, les princes et les chefs du 
peuple d’Israël vous viendront trouver. 

Mais si vous sonnez plus longtemps de Ja trompette et d’un 
son plus serré et entrecoupé, ceux qui sont du côté de 
lorient décamperont les premiers. 

Au second son de la trompeite et au bruit semblable au 
premier, ceux qui sont vers le midi détendront leurs pavil- 
lons : et les autres feront de même au bruit des trompettes 
qui sonneront le décampement. 

Mais lorsqu'il faudra seulement assembler le peuple, les 
trompettes sonneront d’un son plus uni, et non de ce son 
entrecoupé et serré. 

Les prêtres enfants d’Aaron , sonneront des trompettes : et 
cette ordonnance sera toujours gardée dans toute votre 
postérité. 

Si vous sortez de votre pays pour aller à la guerre contre 
vos ennemis qui vous combattent, vous ferez un bruit écla- 

tant avec ces trompettes, et le Seigneur votre Dieu se sou- 
viendra de vous pour vous délivrer des mains de vos ennemis. 

Lorsque vous ferez un festin , que vous célébrerez les jours 
de fêtes et les premiers jours des mois, vous sonnerez des 
trompettes en offrant vos holocaustes et vos hosties pacifiques, 
afin que votre Dieu se ressouvienne de vous. (Nombres. 
Ch, x. v. 2-41). 


C'était au son de la trompette qu'on annonçait le 
commencement de l’année civile, qu'on poursuivait 
les ennemis, qu’on renversait les murs des cités, etc. 


(63) 


.... Le premier jour du septième mois vous sera aussi 
vénérable et saint : vous ne ferez aucune œuvre servile en ce 
jour à, parce que c’est le jour du son éclatant des {rom- 
peites. (Nomb. xx1x. 1). 

is ge En même tempsils sortirent de leur camp pour les 
combattre et ceux qui étaient avec Judas Machabée sonnèrent 
de la trompette , et les chargèrent , et les troupes des nations 
furent battues et s’enfuirent dans la plaine. (Mach. 1 ch. 1v. 
45. 14). 

ICE Tout le peuple ayant donc jeté un grand cri et les 
trompettes sonnant, la voix et le son n’eurent pas plutôt 
frappé les oreilles de la multitude que les murailles tombèrent 
et chacun monta par l'endroit qui était vis-à-vis de lui. 
(Josué. vr. 20). 


La trompette résonnait encore dans les funérailles ; 
mais quand on célébrait celles d’une jeune fille, on 
se servait de la flûte. (Dictionn. de la Bible, par D. 
Calmet). 

La figure 8 représente une sorte de cornemuse com- 
posée de deux tuyaux et d’une peau qui se gonflait 
par l'insufflation. On lit au-dessus : Chorus de pelle 
simplez cum duabus cicutis. 

Les figures 9 et 9 bis sont celles de deux psaltérions, 
l'un en forme de trapèze, couronné d’un croissant ; 
l’autre quarré et surmonté d’un dragon à 2 têtes. 

Le psaltérion est le nable ou nebel des Hébreux. Il se 
touchait par en bas et résonnait par en haut. On en 
jouait tantôt avec le doigt, tantôt avec l’archet. Il était 
construit, comme le kinnor, en bois d’almugim, et 
avait ordinairement 10 cordes. k 

Ces dix cordes, suivant l’interpretation de saint 


(64) 


Jérôme, figurent les dix commandements de la loi, 
et les angles représentent les quatre Évangélistes. 

Le psaltérion était, par excellence, l’insirument dont 
se servaient les prophètes pour louer Dieu. C'est avec 
le psaltérion que David s'accompagne quand il exhale 
les saints transports de son âme dans ces hymnes 
sublimes que l’église nous a conservés. 


Exurge, gloria mea, exurge psalterium et cithara.… 
(Ps. 56. v. 9.) 
Deus canticum novum cantabo tibi : in psalterio decac- 
hordo psallam tibi. (Ps. 145. v. 9.) 


La figure 10 représente un tympanum en forme 
d'animal. C’est une espèce de tambour garni d’une 
peau qu’on enflait par deux ou trois ouvertures et 
qu'on faisait résonner en frappant dessus, soit avec la 
main, soit avec une baguette. 

On trouve encore cet instrument dans presque 
toutes les fêtes des Hébreux, et souvent entre les mains 
des femmes et des filles. 

Après le passage de la mer rouge, Marie, sœur de 
Moïse, joue du tympanum pour faire danser les femmes 
des Hébreux. 


Sumpsit ergo Maria prophetissa, soror Aaron, tympanum 
in manu sua : egressæque sicut omnes mulieres post eam cum 
tympanis et choris. (Exode. cap. xv. 20.) 


Lorsqu'Holopherne descend en Syrie et en Mésopo- 
lamie , il est accueilli au son des tambours. 


Excipientes eum cum coronis et lampadibus, ducentes 
choros in tympanis et tibiis. (Judith. 17. 40.) 


(65) 


Enfin le tympanum était employé même dans les 
cérémonies religieuses, et il figure dans le psaume 150, 
où presque tous les instruments des Juifs sont indiqués. 


Laudate eum in sono tubæ : laudate eum in psalterio et 
cithara. | 
Laadate eum in tympano et choro : laudate eum in cordis 
et organo. 
Laudate eum in cymbalis bene sonantibus : laudate eum 
in cymbalis jubilationis ; omnis spiritus laudet Dominum. 


La figure 11 qui termine notre premier dessin, 
représente un cor en bois, chorus de ligno. Le cor 
est indiqué plusieurs fois dans l’Écriture. 

On sonnait du cor le premier jour de l’an. Celui qui 
en sonnait devait être debout, à l'endroit où la loi se 
lisait, et l'instrument était recourbé pour figurer la 
posture de l'homme qui s’humilie devant Dieu. 


DEUXIÈME DESSIN. 


Dans notre second dessin se trouvent cinq instru- 
ments. 

Le premier, celui que tient le roi David, est bien 
connu; c'est la lyre, telle qu’on la trouve sur les bas- 
reliefs de la Grèce ou de Rome. Elle est composée de 
deux morceaux de bois en forme d’'S, d’un ventre 
résonnant à la partie inférieure, d'une traverse à la 
partie supérieure et de cinq cordes. 

C’est encore une forme du kinnor. 

L’instrument que tient le premier accompagnateur 
du prophète est un orgue, huggab. 11 est composé de 
six tuyaux, dont la longueur augmente progressive- 


> 


( 66 ) 


ment et qu'on faisait vibrer en les passant sur la lèvre 
inférieure. 

C’est l’organum, souvent cité dans la Bible, que les 
Israélites suspendaient aux saules de Babylone. 


In salicibus in medio ejus, suspendimus organa nostra. 
: (Ps, 136.) 


L’instrument du second musicien parait-être encore 
une espèce d'orgue composé d’une boite garnie de six 
tuyaux verticaux. On en jouait sans doute en pressant 
des touches avec le doigt ou peut-être le vent suffisait- 
il pour le faire vibrer. 

L'instrument que porte le troisième musicien est de 
la classe des mezilothaïm ou tintinnabula. Il se compose 
de grelots placés au sommet de tiges métalliques et 
qu'on faisait résonner en les frappant les uns contre 
les autres. 

Enfin l'instrument dont se sert le dernier musicien 
est une trompette d'airain légèrement recourbée. 

Tels sont les différents instruments qui sont figurés 
sur l'antique et vénérable psautier de la Bibliothèque 
d'Angers. Leur représentation est naïve et faite peut- 
être avec plus d'imagination que d’exaclitude ; mais 
elle revèle une fois de plus avec quel soin minutieux 
les moines du moyen-âge étudiaient l'Ecriture sainte, 
et l'importance qu'ils attachaient aux arts, ces organes 
si puissants et ces interprèles si merveilleux de l’en- 
seignement divin, dans les siècles de foi. Nous venons 
de donner une analyse bien froide, bien sèche et bien 
rapide du travail de ces pieux cénobites qui avaient la 
clé de tant de mystères, qui traçaient, en se jouant, 
sur le vélin, sur le bois ou sur la pierre, tant de vérités 


(67) 


sublimes que nous pouvons à peine épeler aujourd'hui, 
et dont les moindres œuvres sont si fécondes à con- 
sulter, pour l'histoire comme pour les sciences. Mais 
nous aurons utilement employé quelques heures de 
loisir, sinous avons appelé l'attention des archéologues 
sur une des pius curieuses pages de l’iconographie 
chrétienne, et réveillé celle des artistes sur la question, 
toujours obscure, de la musique des anciens. 


À. LEMARCHAND, 


bibliothécaire-adjoint. 


(68 ) 


PIERRE-JOSEPH BOURGEOIS. 


Le 18 novembre 1769, l'année des illustres nais- 
sances, celle de Napoléon, de Hoche, de Walter Scott 
et de Chateaubriand, venait au monde, dans la rue 
du Figuier, à Angers, un de ces hommes d'élite qui 
ont traversé nos soixante ans de révolution en dignes 
fils du premier des chevaliers, sans peur et sans 
reproche. Cœurs d’or, caractères antiques, ils ne 
faïllirent jamais dans leur noble carrière; fidèles à la 
voix de l’honneur, l'amour de la patrie fut pour eux 
une religion. Au milieu des discordes civiles, des 
calamités nationales, ils éclatent comme des exemples 
et consolent par leurs vertus ; on dirait qu'ils ne sont 
nés que pour servir de modèle à leurs contemporains, 
et pour exciter les regrets de ceux qui les connaissent 
seulement par les récits de leurs admirateurs. 

Pierre-Joseph Bourgeois était d’origine créole ; son 
père appartenait à une famille opulente de Saint- 

 Domingue, ruinée depuis par la grande insurrection ; 
sa mère étail de Beaufort-en-Vallée. Tout enfant, il se 
faisait remarquer par un caractère décidé, et néan- 
moins par un vif amour de l'étude. Il était le second 
de cinq frères et sœurs, et, pour l’époque, ce nombre 


( 69 ) 


‘était fort ordinaire. Quant à notre jeune héros , on ne 
put pas dire avec autant de raison qu'il est d'usage : 
Dieu bénit les nombreuses familles, car il perdit de 
bonne heure sa mère, qui était une personne d’une 
haute distinction de sentiments. Il n'avait pas neuf 
ans quand il fut privé de ses soins aussi tendres 
qu'éclairés. Dès lors, son intelligence ouverte, la 
beauté expressive de ses traits, déjà remarquable à cet 
âge, annonçaient un sujet distingué. Son père, dont 
la sollicitude à son égard n'était pas extrême, s’em- 
pressa de le confier au collége qui jouissait alors, dans 
nos contrées, de la plus haute réputation. Il fut élevé 
dans la magnifique maison de la Flèche, chez les 
pères de l'Oratoire, dont il ne parlait jamais qu'avec 
un profond sentiment de respect et de reconnais- 
sance. 

Quand ses études furent terminées , les symptômes 
de la révolution commençaient à se manifester ; son 
penchani le portait vers la profession des armes, mais 
l’opulence qui régnait encore dans la maison pater- 
nelle, retenait dans la mollesse cette vaillante nature. 
Toutefois la vocation de Pierre se faisait jour malgré 
les obstacles; rien ne lui plaisait comme la vue des 
troupes qui, au début des agilations du temps, traver- 
saient souvent sa ville nalale, et la majeure partie de 
ses journées se partageait en exercices sur l’étroite 
place de Saint-Pierre, ou en jeux d'escrime à la salle 
d'armes, tenue alors rue des Chiens, par un ancieu 
sergent au régiment de Vivarais , qui devait illustrer 
plus tard le nom de Desjardins. 

Les événements marchaïient à pas de géant; le sol 
français se couvrait de gardes nalionales ; plusieurs 


(50) - 

bataillons s'organisaient à Angers sous la direction de 
M. de Soland. L’air martial du jeune Bourgeois, son 
habitude des armes le désignaïent tout naturellement 
au choix de ses camarades ; ils le nommèrent sergent- 
instructeur. A l’'émeute, dite des Perrayeurs, il essuya 
bravement le baptème de la poudre; et comme on le 
vit un des plus décidés à s’exposer au feu, il ne tarda 
pas à recevoir l’épaulette d’officier. 

Dans cette affaire lamentable, mais non sans hon- 
neur, qui porte dans l’histoire le nom de bataille 
du Pont-Barré, la garde nationale d'Angers et des 
environs, conduite par le général Duhoux, vit périr 
sept cents des siens qui préférèrent noblement se 
faire tuer plutôt que se rendre. Les restes de l’expé- 
dition poursuivis à outrance jusqu'aux Ponts-de-Cé 
durent leur sälut, nous ont assuré des témoins véri- 
diques, à une poignée de braves à la tête desquels 
Bourgeois se battit intrépidement pour arrêter les 
Vendéens victorieux, et pour donner le temps de 
couper le pont sur le Louet, dont la rupture sauva la 
retraite des Angevins et empécha peut-être l'ennemi 
de s’avancer jusqu'aux portes de la ville. 

Ceite belle conduite valut à Bourgeois le grade de 
capitaine de grenadiers, auquel il ne tarda pas d’être 
promu dans un de ces bataillons de réquisitionnaires 
qui se couvrirent alors d’une gloire immortelle , en la 
faisant rejaillir sur leur pays. Le 5° bataillon de Maine 
et Loire, auquel appartenait notre Angevin, fit ses 
premiers débuts dans la Vendée, sous le commande- 
ment de Guillaume Courbalay ; puis il fut attaché pen- 
dant deux ans (94 et 95) à l’armée de Rhin et Moselle, 
où, sous les ordres de Kléber et de Marceau, il apprit 


(71) 
le grand art de la guerre à une école qui fut plus tard 
dépassée par celle du premier capitaine des temps 
modernes, mais qui alors ne le cédait à nulle autre 
par le génie des chefs et la valeur de leurs soldats. 

Le 30 frimaire an ur, le général Aubert, comman- 
dant le blocus de Luxembourg, lui confia la mission 
d'incendier les magasins qui se trouvaient sous les 
batteries de la place, et il accomplit cette expédition 
qui lui valut d’être mis à l’ordre du jour de l’armée, 
et qui le désigna, peut-être, au choix que l'on allait 
faire de lui. 

L'armée occupait le camp devant Mayence, lorsque, 
le. 4% thermidor an 111 de la République, Bour- 
geois, laissant le commandement de ses grenadiers à 
Leroy (1), son premiér lieutenant, fut emmené à 
l’armée de l'Ouest par le général Boussard , pour rem- 
plir près de lui les fonctions d'aide de camp. Nous 
copions, à cette occasion, la lettre qui lui fut écrile 
par le conseil d'administration du 5° bataillon; aucun 
détail authentique ne doit être négligé dans une vie 
si pleine cependant, surtout lorsqu'il est attesté par 
des compatriotes dont nous avons été habitués, dès 
l'enfance, à vénérer le nom et les services : 

« Nous, membres composant le conseil, etc., cer- 
» tifions que le citoyen Bourgeois a servi en qualité 
» de capitaine dans ledit bataillon depuis le 24 vendé- 
» miaire an 11 de la République française; altestons 
» que ledit citoyen Bourgeois nous a toujours donné 
» des preuves de civisme, de talent, de zèle et d'exacli- 
» tude dans le service, et qu’une conduilc irrépro- 


(1) M. Leroy, du Grand-Jardin. 


(72) 
» chable lui a constamment concilié l'estime et l'amitié 
» de ses frères d'armes. 


» Signé: CORDELET, capitaine-commandant ; JUBIN, 
» capitaine; HIRON, lieutenant ; FOURIER, 
» Sous - lieutenant ; BRICHET, Ducros, 
» HuARD, ROCHEPOT, sergents. » 


C'était un sort cruel qui rappelait Bourgeois de la 
frontière, où il n’avait à combattre que des ennemis 
de la France, pour venir dans son pays prendre part 
à la guerre civile qui s’efforçait de nouveau d'y déployer 
toutes ses fureurs. | 

En l'absence de documents émanés de Bourgeois 
lui-même, qui, comme les hommes d'un vrai mérite, 
ne parlait jamais de lui, nous allons citer encore un 
témoignage d’une autorité populaire parmi nous : 


« Paris, 7 floréal an vi. | 
» Delaage, adjudant général, 


» Certifie avoir parfaite connaissance que le citoyen: 
» Bourgeois le jeune s’est conduit avec valeur aux 


__» différentes affaires où il s'est trouvé à la tête des 


» grenadiers du 5° bataillon de Maine et Loire, tant 
» dans la Vendée que sous Luxembourg. 

» Certifie, en outre, qu’en messidor an 1x, cet offi- 
» cier était aide de camp du général Boussard, com- 
» mandant une colonne de 3,000 hommes sorlis du 
» camp de Breil, près Chalans ; que, dans une affaire 
» où ce général fut blessé à mort, au fort de la mêlée, 
» le capitaine Bourgeois rétablit le combat par son 
» sang-froid et son courage, qu'il fit un appel aux 
» compagnies de grenadiers des Vengeurs et du 4° de 


( 73 

» la Dordogne, qu'il repoussa vigoureusement l’enne-’ 
» mi en nombre supérieur, le mit en déroute, et con- 
» duisit la colonne à sa destination. 

» Les services que le citoyen Bourgeois a rendus en 
» qualité de capitaine de colonne mobile d'Angers sont 
» trop récents et trop connus pour avoir besoin d’au- 
» cune attestation. » 


Après la mort de son chef, Bourgeois fut appelé à 
Angers par le général Hédouville qui venait de succéder 
à l’héroïque et malheureux Hoche dans le commande- 
ment supérieur de l’armée de l'Ouest. C’est à cette 
époque que se rapporte l’anecdote suivante. Notre 
héros envoyé en mission dans le pays insurgé, reçut 
de M. d’Autichamp, comme escorte, deux officiers 
vendéens chargés de lui faire traverser, sain et sauf, 
tout le terrain d'opérations de leur armée. Il fallait 
passer par Montaigu pour se rendre à Nantes, but 
de l’aventureux voyage; cette petite ville était au 
pouvoir des Républicains. L'arrivée des deux royalistes 
y causa une vive sensation, et les soldats, excités 
sans doute, ne demandèrent ni plus ni moins que 
leurs têtes. 

Soit que le général qui commandait trouvât ces 
réclamations justes, soit qu'il y eût faiblesse de sa 
part, il ne prit pas les mesures nécessaires pour le 
maintien de l’ordre. Le capitaine Bourgeois se trou- 
vant le soir entre les deux Vendéens, à la table d’une 
quarantaine d'officiers, fut sommé par eux de livrer 
ses compagnons. Notre Angevin se leva en disant que 
ces derniers l'avaient fidèlement protégé chez les leurs 
et qu’il était de son devoir de les imiter; quesile 


(74) 


nombre de ses adversaires leur donnait l'avantage, 
ils n'arriveraient aux Vendéens qu’en lui marchant 
sur le corps, et qu'il les défendrait jusqu’au dernier 
soupir. Ces paroles généreuses devaient trouver de 
l'écho, et un vieil officier à moustaches blanches vint 
à son jeune collègue, en lui disant : Je serai heureux 
de partager le sort d’un homme d'honneur; capitaine, 
nous mourrons ensemble. 

Il n’en fallut pas davantage pour sauver les deux 
Vendéens qui sortirent sans avoir essuyé une insulte, 
avec leur protecteur qui les reconduisit jusque dans 
leur camp. | 

L’un de ces otages qui durent la vie à notre héro 
existe encore; c'est aussi un compatriote, le frère de 
l’ancien évêque de Luçon , M. Soyer. 

Les qualités brillantes et sociales de Bourgeois 
devaient être vivement appréciées par celui dont on 
vante encore parmi nous l'humanité dont il faisait 
preuve sur le champ de bataille, et l’urbanité qu'il 
déployait dans les salons. Nous savons qu’à cette 
époque de pacification dans les campagnes et du retour 
des jouissances délicates de l'esprit et de la grâce dans 
les villes, Bourgeois, par son extérieur prévenant et 
sa courtoisie chevaleresque, secondait parfaitement . 
les conciliantes intentions du général Hédouville. 

Mais, quel que fût le charme de ces doux loisirs , ils 
ne satisfirent pas longtemps son ardeur infatigable; il 
rechercha un service plus actif, sans pouvoir tout 
d’abord réussir au gré de son espoir. Bien mieux que 
nos paroles, le général Hédouville sera l'historien de 
cette époque de sa vie. 


(75) 
« Angers, {er prairial an VII. 


» Le général de division, etc. 


» Je cerlifie que le citoyen Bourgeois, le jeune, 
» âgé de 31 ans, à fait deux campagnes à l’armée du 
» Rhin et Moselle, en qualité de capitaine de grena- 
» diers; qu'il à ensuite été appelé dans l’armée de 
» l'Ouest en l’an nr pour y être employé en qualité 
» d'aide de camp du général de brigade Boussard, tué 
» dans un combat contre les Vendéens, et qu'il s’est 
» distingué dans cette occasion par la bravoure et le 
» Sang-froid avec lesquels il a donné les secours pos- 
» sibles au général Boussard. 

» Je certifie, en outre, que j'ai employé le eitoyen 
» Bourgeois dans le mois de frimaire dernier pour 
» parcourir la Vendée, y porter mes dépêches et dis- 
» poser les rébelles à se soumeltre au gouvernement, 
» mission qu'il a parfaitement remplie, malgré les dan- 
» gers qu'il a courus et dont il ne s’est tiré qu’en 
» déployant beaucoup d'énergie. 

» Le citoyen Bourgeois ayant fait des efforts inuliles 
» pour être réemployé, après la mort du général 
» Boussard, désirerait actuellement être employé en 
» qualité de capitaine de gendarmerie, ou , au moins, 
» comme lieutenant. Ses connaissances militaires, 
» son intelligence et son physique sont garantis qu'il 
» rendra encore des services importants à la Répu- 
» blique, s’il peut être employé. » 


Pour comble de malheur, Bourgeois devait perdre 
son protecteur, peu après cette recommandalion si 
précicuse pour lui. Il en retrouva un autre, moins 


(76) 

célèbre mais non moins dévoué, dans un homme qui 
a laissé aussi de bien durables souvenirs en Anjou. Le 
colonel Noireau écrivait, le 9 frimaire an x, à l’ins- 
pecteur de gendarmerie Reet - 

« Quelqu'intérêt que j'aie pu vous inspirer pour le 
» citoyen Bourgeois par la lettre que j'ai eu l'honneur 
» de vous écrire, le 20 brumaire, j'ai cru que, pour 
» vous faire connaître cet estimable officier, auquel 
» je ne puis, sous tous les rapports, accorder trop 
» d’éloges, je devais l’autoriser à se rendre auprès de 
_» vous : il part avec cette lettre qu'il est chargé de 
» vous remettre. 

» Le citoyen Bourgeois, élevéau collège dela Flèche, 
» y a reçu la meilleure éducations il est, comme vous 
» le jugerez, d’un très beau physique : son extérieur 
» est intéressant et ses manières distinguées; ila le 
» caractère froid et le cœur chaud. Il jouissait au com- 
» mencement de la révolution d’une fortune considé- 
» rable qu'il a perdue par les troubles de Saint- 
» Domingue ; cependant il a servi sa patrie avec désin- 
» téressement, zèle, courage et dévouement (voyez, 
» je vous prie, à ce sujet, la lettre précitée que j'ai 
» eu l'honneur de vous écrire); il avait lieu d'espérer 
» la récompense due à ses services; mais, convaincu 
» que par eux seuls il devait l'obtenir, on ne l’a jamais 
» vu faire aucune démarche intéressée , et toujours il 
» a été oublié. Je ne puis mieux personnifier le mérite 
» modeste qu’en vous présentant le citoyen Bourgeois. 
» Ce n’est pas lui qui veut aller à Paris, c’est moi qui 
» vous l'envoie, c'est moi qui exige de lui cette 
» démarche, afin qua vous puissiez, par vous-même, 
» le juger au moins sous les rapports extérieurs, el 


( 77 

» nous conserver cet excellent officier dans le corps 
» de la gendarmerie. Je sais que par lui-même il ne 
» fera rien pour ses propres intérêts, quoi qu’il soit 
» vraiment désespéré, qu'il attendra tout de votre 
» justice et des personnes qui s'intéressent à son sort. 
» Plein d'honneur, il est si frappé de cette idée que 
» les intrigants obstruent les antichambres des pre- 
» mières autorités, que vous ne le verrez se présenter 
» chez vous que pour vous rendre ses devoirs; cepen- 
» dant il a besoin d’une place, je peux dire aussi 
» qu’une place a besoin de lui, qu'il est du nombre de 
» ces hommes précieux que le gouvernement doit 
» conserver, et que l'emploi militaire auquel il sera 
» promu sera un des mieux remplis. L’estime générale 
» dont jouit le citoyen Bourgeois, non seulement dans 
» son pays (Maine et Loire), mais encore dans le 
» département des Deux-Sèvres où il est employé, 
» confirme l'opinion que je vous donne de cet officier, 
» et est encore un titre pour qu'il obtienne ce que je 
» sollicite pour lui. 

» Par tous les motifs que je viens de déduire, et par 
» ceux que je vous ai présentés par ma lettre précitée, 
» je vous prie très instamment, mon général, et vous 
» demande, au nom de tous les concitoyens de cet 
» officier, au nom de tous les militaires qui le con- 
» naissent et au nom de la justice, de présenter le 
» citoyen Bourgeois à lu première place de lieutenant 
» vacante; nul officier ne peut avoir plus de titre que 
» lui. Vous en manque-t-il un dans la légion d’élile ? 
» Il peut y figurer. Il en est digne aussi par son attache- 
» ment au gouvernement. 

» Plein de confiance dans votre justice et dans celle 


(78) 


» du gouvernement, j'ai dit au citoyen Bourgeois qu'il 
» obliendrait de l'emploi dès qu'il se serait présenté 
» devant vous; que vous seriez le réparateur des injus- 
» tices qui lui ont été faites. 

» Jetez les yeux sur lui, mon général, considérez 
» son physique; sous sa noble et fière écorce, se 
» trouvent les vertus des grands cœurs. » 


Tant d'efforts devaient, enfin, avoir leur récom- 
pense. Parmi les corps immortels dont le génie de 
Napoléon allait doter l’armée française, l'organisation 
de la gendarmerie d'élite excitait alors chez les mili- 
taires un vif désir d’en faire partie. Notre compatriote 
fut tout d’abord porté d’une grande sympathie vers 
cette création , dont il prévoyait les éminents services : 
mais il ne devait y être incorporé que plus tard. Par 
arrêté du 2 pluviose an x1r, le ministre de la guerre 
Berthier lui prescrit de se rendre aux Herbiers, pour 
y remplir les fonctions de lieutenant dans la gen- 
darmerie ordinaire, et le prévient qu’il donne avis de 
sa nomination au général de brigade Savary. 

Bourgeois ne pouvait pas longtemps occuper un 
poste sans recevoir bientôt les témoignages de satis- 
faction les plus flatteurs. Le 2 prairial de la même 
année, le même ministre de la guerre, devenu maré- 
chal, lui écrit : 

« J'ai remarqué, citoyen, par les rapports du géné- 
» ral Gouvion (1), que vous avez su, par votre fermeté, 
» maintenir la tranquillité dans l'arrondissement des 
» Herbiers, même avant l'arrivée des corps d’éclaireurs 
» chargés de rétablir l’ordre sur les points environ- 


(1) Depuis maréchal Gouvion Saint-Cyr. 


(79) 

» nants, et que c’est principalement à votre activité 
» qu'est due l'arrestation du chef des révoltés de Saint- 
» Fulgent. 

» Les services que vous avez rendus dans cette cir- 
» constance ont mérité l'approbation de Sa Majesté. 
» impériale et vous assurent des droits à sa bienveil- 
» lance. » 


Ce furent ces rapports qui valurent à notre Angevin 
d’être compris, dès lors, dans la gendarmerie d'élite. 

Le 4 février an x, un nouveau décret nomme 
Bourgeois au commandement de la compagnie de 
gendarmerie d'Indre et Loire, résidence de Tours. 
Après s’y être arrêté un instant, il est appelé au camp 
de Boulogne où il figure si avantageusement dans le 
plus beau régiment, au dire des hommes de l'art, de 
toute la garde impériale, que l'empereur le distingue ; 
et, sur la connaissance qu'il acquiert de ses excellents 
services, il le comprend dans la première des promo- 
tions de la Légion-d'Honneur. 

On sait qu’au moment de tenter la fameuse expédi- 
tion d'Angleterre, Napoléon s’élança comme la foudre 
sur l'Allemagne, et, en trois campagnes, qui seront 
à tout jamais la gloire des armes françaises, il la sou- 
mit tout entière par ces radieuses journées qui se 
nomment Austerlitz, Iéna, Friedland. Bourgeois, 
avec son magnifique régiment , suivit pas à pas l’em- 
pereur dans cette guerre de géants qui, en émerveil- 
lant la France, terrifiait alors l'Europe. 

Après la paix de Tilsitt, on crut récompenser par 
la plus précieuse des faveurs, notre vaillant compa- 
triote, en l’envoyant dans le seul pays où il y eût 


( 80 ) 


alors de terribles coups à donner et à recevoir, c’est- 
à-dire en Espagne. En sa qualité de capitaine de gen- 
darmerie, il fut maintes fois chargé du commandement 
de ces sortes d’expéditions obscures et périlleuses, 
dont le général Lejeurie a tracé un épisode immortel, 
sous le titre de l’Aftaque d'un convoi. 

Le capitaine Bourgeois dut consacrer presque toute 
l’année 1808 à ce pénible service, car l’on sait que 
les provinces du Nord de l'Espagne formaient la partie 
la plus dangereuse des pays insurgés, et cependant 
les défilés de leurs montagnes étaient le seul moyen 
de communication de la mère-patrie avec les armées 
du Sud et du Cenire de la Péninsule. 

Cette période de l'existence militaire de Bourgeois 
fût restée inconnue, comme presque toutes les autres, 
grâce à cette incroyable modestie dont nous avons 
déjà parlé et qui ne se démentit jamais, si, par un 
heureux hasard, le rapport d’un prisonnier des Espa- 
gnols n'avait révélé l’histoire de l’une, au moins, de 
ces journées aussi accidentées que le théâtre où elles 
s’accomplissaient. 

La colonne que commandait notre capitaine élait 
engagée dans une des gorges les plus profondes de la 
Catalogne. Tout-à-coup, les crèles de rochers, de 
chaque côté du chemin, se couvrent de guérillas. La 
route est interceptée à l'avant-garde, et la retraite est 
impossible. Bien plus, Mina, l’implacable Mina, le 
plus redoutable des chefs de cette atroce guerre de 
partisans, est à la tête des assaillants. 

Malgré les désavantages du terrain, Bourgeois 
n'hésite pas un instant, et prend avec un sang-froid 
stoique ses dispositions de combat ; mais au moment 


(31) 
où ses soldats s’attendent à l'attaque la plus meurtrière, 
quelle est leur surprise de voir les guérillas se retirer, 
abandonnant leur redoutable position ! 

C'était Mina qui avait ordonné cette retraite, en 
disant à ses officiers : — Je reconnais le commandant 
du convoi; c'est un homme dont nous n’aurions que 
le cadavre. Il a été assez humain dernièrement pour 
nous renvoyer nos prisonniers; il se fera tuer, lui et 
tous les siens. Puisqu'il s’en va, nous en serons déli- 
vrés sans effusion de sang. Laissons-le donc continuer 
tranquillement son chemin, car il est aussi généreux 
que brave. 

De retour en France, il fut nommé à l'emploi de 
chef d’escadron, vacant à la résidence de Nantes; 
mais le repos n’était pas fait pour lui. Le 22 jan- 
väer 1810, il fut renvoyé en Espagne et désigné pour 
commander le 17° escadron, toujours de cette gen- 
darmerie d'élite qui devait couronner au-delà des 
Pyrénées, dans la plus sanglante des guerres, par des 
prouesses inouies , l’éclatante renommée que déjà elle 
y avait acquise. Nous ne pouvons suivre notre brave 
compatriote dans toutes les affaires où il soutint si 
dignement l'honneur de son arme et celui de notre 
pays. Contentons-nous, à notre grand regret, de deux 
épisodes caractéristiques , dont le premier se rapporte 
à son premier séjour dans la Péninsule. 

A Madrid, où sa haute taille et son air martial 
l’avaient fait nommer por les gens du pays el hermoso 
Frances, des rumeurs inquiétantes s'étaient mani- 
festées le 2 mai 1808; de tous côtés on courait aux 
armes. Au bruit de la rue, Bourgeois descend de sa 
chambre pour se rendre au quartier de gendarmerie, 

6 


(8) 
deux hommes s’élancent sur lui, pour le frapper de 
leurs poignards. Il dégaîne, blesse l’un et met l’autre 
en fuite. Mais les fenêtres environnantes s'ouvrent et 
des projectiles de toutes sortes sont lancés sur lui. 
Son bonnet à poils est renversé, et un fragment de 
meuble l’atieint à la tête avec tant de force, qu'il lui 
brise la partie postérieure du crâne et l'inonde de sang. 
Le chirurgien-major de son régiment, Souberbielle, 
qui raconta ce fait, n’a que le temps d'appliquer une 
compresse sur cette lésion affreuse; aussitôt Bour- 
geois monte à cheval, prend la part la plus active à 
ces charges que commande Murat, si terribles qu'elles 
jettent encore l’épouvante dans le cœur des Espagnols, 
et ce n’est qu'à la fin de cette journée mémorable 
qu'il consent à être pansé sérieusement d’une blessure 
si grave, qu'elle laissa toujours à sa têle une profonde 
cicatrice. 

La résistance désespérée de la Péninsule faisait pré- 
voir à l’armée française le plus sinistre avenir. Après 
quatre ans d’une occupation mêlée de vicissitudes , 
nos troupes durent opérer un complet mouvement 
de retraite devant la haine acharnée des populations 
et le bonheur de l'étoile de Wellington. L'affaire de 
Burgos, en 1812, fut un des adieux héroïques à cette 
terre d'Espagne arrosée du sang des meilleurs de nos 
soldats. Le général Dubreton se défendait comme un 
lion dans la place, et neuf escadrons de cavalerie 
anglaise s’efforçaient le 24 octobre, d'empêcher ses 
communications avec nos troupes. Nous n’avions que 
sept escadrons, mais ils se composaient des hussards 
de Merlin, des chasseurs de Favreau et principale- 
ment des gendarmes de Beleille. Malgré leur infériorité 


(83) 


numérique, le général Souham qui les commande , 
ne craint pas d'attaquer les Anglais. Bourgeois, comme 
tous ses frères d'armes, brûlait de se mesurer avec 
les dragons anglais que jamais à son gré, il ne trouvait 
assez souvent en face. Dans un des moments de celte 
terrible journée, il est enfin au comble du bonheur : 
à dix pas au devant de son escadron, il charge à fond 
de train les implacables ennemis de la France. Il est 
près d'atteindre leurs lignes lorsque son cheval frappé 
d'une balle s’affaisse tout à coup; il cherche à se 
dégager quand un officier ennemi se précipite sur lui 
et lui frappe le front si violemment du pommeau de 
son sabre qu’il lui fait sortir un œil de l'orbite. Bour- 
geois va être atteint d’un second coup mortel, lors- 
qu'un de ses brigadiers, se jetant au devant de lui, 
perce d’un coup de pointe l'Anglais de part en part. 
Mais une des jambes du commandant est toujours 
engagée sous son cheval; aussi voyant ses efforts 
inutiles pour l'en relirer, il crie d’une voix fou- 
droyante à ses gendarmes qui s’arrêtaient à ses pieds : 
« Mes amis, chargez tout de même : passez-moi sur 
» le corps! » 

En vérité cet ordre sublime ne rappelle-t-il pas cette 
autre exclamation d’un autre enfant de l’Anjou : 
« Equipage du Tonnant, n’amenez jamais votre pa- 
» villon ! » 

Deux escadrons s’élancèrent en effet par dessus leur 
intrépide commandant , mais par une protection pro- 
videntielle, et par cette incroyable intelligence des 
chevaux qui n’est pas sans d’autres exemples, Bour- 
geois sortit sain et sauf de cette terrible manœuvre 
qui s’exécultait à quelques lignes de sa tête. 


(81) 

Ce fut à l’occasion de ce brillant combat , à la suite 
duquel les Anglais furent poursuivis pendant plus de 
huit lieues, que Bourgeois fut nommé colonel, et les 
gendarmes de Betcille furent désignés dans l’armée 
par le titre de gendarmes de Burgos. 

Quelques mois plus tard, sur la place du Carrousel, 
Napoléon passait une de ces revues si justement van- 
tées, des débris de ses invincibles phalanges ; Bour- 
geois élait alors colonel du premier régiment de son 
arme. Après avoir parcouru le front des escadrons , 
l'Empereur placé au centre du cercle des officiers, 
s'adressant à notre compatriote, le félicita de sa belle 
conduite en Espagne de cette voix vibrante et si douce 
en même temps qui lui gagnait tous les cœurs : 
« Colonel, lui dit-il, je connais votre affaire de Burgos; 
» c'est une des plus belles de cette guerre qui en a vu 
» tant d’autres, montrez-moi le sous-officier qui vous 
» a sauvé la vie. » Bourgeois éperdu et radieux en 
même temps de voir l'Empereur instruit d'un fait 
que, dans son admirable modestie, il n’avait raconté 
à personne, fit sortir des rangs le brigadier encore 
plus confus que son colonel : « Comment n'es-tu pas 
» officier depuis le jour où tu t'es si bien conduit? Je 
» ne m'étonne plus qu'avec de tels chefs , un régiment 
» ait de pareils brigadiers; je te fais lieutenant. » A ces 
mots, il est impossible de donner l’idée des formi- 
dables : Vive l'Empereur ! qui retentirent autour de 
celui qui sut le mieux parler au cœur du soldat. 

Après celte revue, le colonel Bourgeois fut créé 
baron de l'Empire. 

Peu de temps auparavant, Bourgeois était nommé, 
par décret du 5 mai 1813, colonel d'armes de la ville 


(85) 


de Paris, et, en cette qualité, commandant supérieur 
de toute la gendarmerie impériale, créée pour le service 
de la capitale le 10 avril précédent. On ne nommait 
dans ce choix d'hommes d'élite que des officiers ayant 
déjà eu deux ans de grade dans les corps d’où ils sor- 
laient ; pour Bourgeois seul , on fit la plus significative 
des exceptions, car il n’y avait pas trois mois qu'il 
occupait le sien. 

Des jours à jamais regrettables se succédèrent rapi- 
dement dans cette époque de deuil pour la nation. 
Spectacle inoui! On vit la France toujours victorieuse 
traversée par des ennemis toujours vaincus , et qui, 
grâce seulement aux trahisons les plus odieuses, réus- 
sirent à pénétrer jusque sous les murs de la capitale. 
Bourgeois dut prendre sa part des tentatives de résis- 
tance qui eussent réussi, peut-être, si l'Empereur 
n’eût été abandonné par quelques-uns de ceux qu’il 
avait le plus comblés. Quant au colonel Bourgeois, il 
est inutile de dire qu'il fut fidèle à son bienfaiteur, 
comme Drouot, jusqu’au dernier moment. Aussi ne 
tarda-t-il pas à recevoir la récompense de cette con- 
duite ; et, le 31 août 1814, le ministre Dupont, 
l’homme de Baylen, lui donna pour successeur le 
lieutenant-général Damas, toutefois en lui réservant 
son traitement d'activité. Au milieu des désastres de 
cette époque, notre compatriote reçut la preuve la 
plus éclatante que son noble caractère était apprécié 
même par les ennemis de la France. Après l’entrée 
des alliés dans la capitale, les divers corps de notre 
armée furent désarmés ; Bourgeois et ses gendarmes 
furent seuls exemptés de celte mesure, par recom- 
mandation expresse de l’empereur Alexandre, dont 


(86) 


le cœur généreux sut plus d’une fois dominer d’aveu- 
gles vengeances ; l’histoire lui en rend le témoignage. 

Nous devons ajouter que la destitution de leur co- 
lonel causa une vive affliclion parmi les hommes que 
Bourgeois avait eu l'honneur de commander, et, mal- 
gré tes craintes et les compositions de consciences qui 
signalent trop souvent les temps de révolutions, les 
sous-officiers de la garde de Paris, tout en formant 
la gendarmerie départementale, osèrent, après l'arrêté 
du ministre de la guerre, lui donner publiquement le 
témoignage de sympathie dont on va lire la touchante 
expression : 


« Notre colonel, 

» Animés du premier sentiment qui doit caractériser 
» le militaire, en un mot, le respect pour ses supé- 
» rieurs, ce devoir nous est d'autant plus doux à rem- 
» plir envers vous, qu'il a pour base la reconnaissance 
» indicible que nous vous vouons pour la sollicitude 
» paternelle dont vous usâtes constamment dans la 
» direction de nos opérations, depuis l’organisation 
» de la gendarmerie de Paris jusqu’à ce jour. 

» Daignez aussi, notre colonel, agréer le témoignage 
» des regrets bien vifs que nous fait éprouver notre 
» séparation de vous, regrets qui ne peuvent être 
» allégés que par la confiance où nous vivons dans la 
» promesse à nous faite d’être en quelque sorte réunis 
» en rentrant, sous les ordres de notre respectable 
» maréchal, dans nos légions départementales. 

» Nous nous plaisons, notre colonel, à vous assurer, 
» en même temps que, par notre conduite et par 
» notre zèle, nons nous efforcerons, jusqu’au moment 


(87) 


» de notre départ, à justifier la bienveillance dont 
» daigne nous honorer M. le maréchal, près de qui 
» nous désirerions que vous voulussiez bien être l'in- 
» terprète de nos sentiments. 

» Recevez, nous vous prions, la nouvelle assurance 
» de dévouement respectueux, comme sans bornes, 
» avec laquelle, etc. » 


Sur la recommandation du vertueux maréchal Mon- 
cey , le comte Dupont, revenu à de meilleurs senti- 
ments pour notre compairiote, le nomma, le 17 sep- 
lembre 1814, au commandement de la 9 légion de 
gendarmerie, dont Niort était le chef-lieu. 

Les Cent-Jours survinrent ; Bourgeois fut confirmé 
dans son commandement par un décret impérial; puis 
bientôt se répandit la nouvelle de la funeste journée 
qui laisse loin derrière elle, en tristesse et en fatalité, 
les noms de Crécy et d’Azincourt. Les rumeurs les 
plus alarmantes parcouraient le pays, et notre brave 
conciloyen avait, comme tous les patriotes, le cœur 
déchiré par le retentissement de désastres inouïis. 

Une nuit, on frappe à sa porte à coups redoublés, et 
bientôt pénètre jusqu'à sa chambre un officier général, 
qui le prie de se lever et de s’habiller à la hâte. C'était 
Savary, le même que celui qui avait signé, dans des 
années plus prospères, son brevet de lieutenant à la 
résidence des Herbiers. « L'Empereur est ici, lui dit-il ; 
il compte sur vous pour commander son escorte jus- 
qu'à Rochefort où il veut s’embarquer, » Bourgeois 
court à une petite auberge de Niort, où était descendu 
celui qui naguère était le maître de l'Europe. Il le 
lrouve calme et souriant à son approche, comme à la 


( 88 ) 


revue du Carrousel, et lui témoigne plus de respeef 
encore s’il est possible, car il est mêlé de plus d’atten- 
drissement. Napoléon s’entretint souvent avec le nou- 
veau commandant de sa garde, pendant ce voyage 
rapide et marqué d'émouvants épisodes. 

A Rochefort, l'Empereur fut entouré de plus de 
mystère : le grand-maréchal Bertrand ne laissait péné- 
trer personne jusqu’à lui. Néanmoins, Bourgeois, 
ayant eu connaissance du projet du capitaine Baudin, 
qui consistait à gagner l'Amérique sur un navire 
monté par des hommes déterminés, supplia, mais en 
vain, Bertrand de le laisser entretenir l’illustre pros- 
crit. A deux reprises, il lui fit proposer son idée : c'é- 
tait de le conduire jusqu’à l’armée de la Loire, en 
garantissant sur sa tête la destruction de tous les obs- 
tacles qui pourraient s'opposer à la réunion des troupes 
et de celui qui était toujours leur idole. L'Empereur 
écoutait toutes ces sollicitations du dévouement le plus 
incontestable ; mais il avait son idée fixe, celle de ter- 
miner le drame de sa vie par l’acte le plus grandiose 
et le plus pathétique. 

En mettant le pied sur le canot qui devait porter au 
Bellérophon César et sa fortune, il serra la main de 
notre compatriote après toutes les autres, et ses der- 
niers mots sur le sol national furent : « Adieu! Bour- 
» geois , sois heureux, et les Français que j'ai tant 
» aimés ! » Quelques minutes après, le fidèle serviteur, 
le cœur brisé, ne voyait plus son maître qui saluait 
alors le capitaine Maitland de ces admirables paroles, 
honte éternelle de ses ennemis : « Je viens à votre 
» bord me mettre sous la protection des lois de l'An- 
» gleterre. » 


(89) 


A partir de ce moment, l’histoire militaire de Bour- 
geois était terminée. Il fut mis en demi-solde pendant 
quatre ans ; puis le maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui 
fut son premier protecteur, le replaça à la tête de la 9° 
légion de gendarmerie, dans cette même ville de Niort 
où sa position avait été brisée quelque temps aupara- 
vant. Il fut fait officier de la Légion-d'Honneur, che- 
valier de l’ordre de Saint-Louis; envoyé plus tard à 
Cahors, où enfin, en 1826, il reçut sa retraite avec le 
grade de maréchal de camp. 

M. Bourgeois, pendant sa non-activité, s'était marié 
à Nantes. La nombreuse et belle famille qui l’entoura 
bientôt donna un nouveau cours aux précieuses qua- 
lités de son cœur. 

Après la passion de la gloire, le sentiment des vertus 
intimes l’occupa tout entier. Retiré dans son pays 
natal , auquel il n’avait cessé de porter la plus vive 
affection, à l’arrière-saison de sa vie, il ne veilla qu’à 
laisser heureux quand il ne serait plus, tous ceux qu'il 
aimait d’un amour si désintéressé et si attentif. Ses 
vœux ont été exaucés. « Je puis mourir maintenant, 
» nous disait-il l’année dernière, je n’ai rien à désirer ; 
» mes enfants n'ont plus besoin de moi, et ils m’assu- 
» rent tous de leur bonheur. » 

Le terme de cette glorieuse existence était donc 
enfin fixé. Depuis plusieurs semaines, le général Bour- 
geois sentait qu'il fallait se préparer à mourir. Nous 
ne voulons point ici jeter un regard profane sur des 
douleurs intimes et des scènes édifiantes qu’une bien- 
veillante amitié nous a fait entrevoir. Qu'il nous suf- 
fise de dire que le général Bourgeois, après avoir vécu 
à la manière des héros de Plutarque, est mort en dis- 


( 90 ) 


ciple de Fénélon, plein de consolation et d’espoir. Il a 
couronné ainsi par la plus admirable humilité chré- 
tienne une carrière toute de patriotisme et d'honneur. 

Nos lecteurs comprendront quel a été notre but en 
donnant certains développements à la biographie du 
général Bourgeois. Il faisait partie de cette génération 
vaillante, énergique et surtout profondément natio- 
nale qui, après avoir sauvé le pays des déchirements 
intérieurs, le défendit pendant 25 ans contre l’Eu- 
rope coalisée et le fit monter au plus haut degré de 
gloire qu'il ait jamais atteint. Beaurepaire, du Petit- 
Thouars, Desjardins, Delaage, Girard et Bourgeois 
furent, à des degrés divers, les représentants de l’Anjou 
dans cette race héroïque. Bonchamps et ses frères 
d'armes étaient de la même noble nature; mais, par 
malheur pour notre pays, leurs grandes qualités se 
sont consumées dans la guerre civile, au lieu de bril- 
ler sur le théâtre où s’est conquise la pure renommée 
dont nous venons d’esquisser l’histoire. Après de tels 
exemples, si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'avenir nous 
réservait de nouvelles épreuves, il nous semble impos- 
- sible que les hommes généreux de tous les partis, 
éclairés par l'expérience , ne se réunissent désormais 
pour défendre le sol de la patrie, et contre l'anarchie, 
et contre l'étranger. 


COSNIER. 


(91) 


PROCÈS-VERBAUX 


DES 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, 


SCIENCES ET ARTS D'ANGERS. 


CE} QC 


Séance du 14 Janvier 1853. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD , président. 
Secrétaire, M. Louis TAVERNIER. 


A la suite du dépouillement de la correspondance, 
le Président prend la parole pour remercier la Société 
du nouveau témoignage de confiance qu'elle lui a ac- 
cordé en lui confiant la présidence. Il passe ensuite 
successivement en revue les travaux de la Société 
pendant l’année qui vient de s’écouler, et constate les 
efforts qu'elle n’a cessé de faire, tant par elle-même 
que par ses sections, pour remplir la mission qu'elle 
s'est imposée. 

Ce discours est écouté avec la plus religieuse atten- 
tion et accueilli avec la faveur la plus marquée. La 
Société, à l'unanimité, en vote l'impression. 

M. Béclard présente le rapport de la commission qui 
a été chargée d'examiner les comptes du Trésorier. 
Il constate la parfaite régularité de ces comptes et de- 


(92) 
mande à la Société de les approuver, en volant des 
remerciments au Trésorier. Cette proposition est im- 
médiatement volée. En même temps, M. le Rappor- 
teur exprime le regret qu’un membre, en réclamant 
de M.le Trésorier un délai pour le paiement de sa coti- 
sation, ait accompagné sa demande d’une lettre peu 
convenable. Les sentiments de confraternité, à dé- 
faut de ceux de la politesse, auraient dû arrêter sa 
plume lorsqu'il écrivit cette lettre, qui a été remise au 
bureau. 

M. Béclard, au nom de la même commission, pré- 
sente le projet de budget pour 1853. 

M. le Rapporteur rappelle combien il est urgent que 
la Société mainlienne rigoureusement les prescrip- 
tions du règlement concernant l'impression des Mé- 
moires, qui doit être limitée à deux feuilles. 

M. le docteur Hunault fait observer qu’il ne voit pas 
figurer au budget la somme de 200 fr. que la Société 
a l'usage d’accorder pour le cours de taille professé 
par M. Audusson aîné. Ce professeur, dit-il, paraît 
s'être alarmé à tort du cours qui doit être donné par 
M. Dubreuil, et qui n'est que théorique, tandis que 
celui de M. Audusson est entièrement pratique. M. Hu- 
nault exprime le désir que la Société fasse de nou- 
velles démarches auprès de M. Audusson pour le dé- 
terminer à continuer son cours, et qu’à son défaut, 
elle mette ce cours au concours, ainsi qu’elle l’a déjà 
fait. 

Divers membres répondent à M. Hunault que la 
Société a déjà tranché cette question; que toutes les 
démarches que justifiaient le zèle et l'aptitude de 
M. Audusson ont été faites en vain auprès de cet hor- 


(93) 


ticulteur; que d’ailleurs le cours de taille n'est que 
suspendu pour ne pas faire double emploi avec celui 
de M. Dubreuil, et qu'il sera repris les années sui- 
vantes. 

Cet incident étant vidé, la Société adopte le projet 
de budget de 1853, d’après les bases présentées par 
M. Béclard. 

M. Cassin de la Loge, qui avait été présenté à la 
dernière séance, est admis à l’unanimité, comme 
membre résident. 

M. Legris de la Bouverie, qui fait déjà partie de la 
section d'archéologie et du Comice horticole, est éga- 
lement admis à l’unanimité. 

Sur le rapport de M. Dainville, M. Malherbe, mé- 
decin à Nantes, est reçu à titre de membre corres- 
pondant. 

La Société écoute, avec un vif intérêt, une notice 
de M. le docteur Ouvrard sur le nom de Beauvau. 
L'honorable membre démontre l'importance que 
l'histoire doit attacher à la signification des noms 
propres. Le vote sur l'impression de ce travail est ren- 
voyé après son achèvement. 

M. le Président rappelle qu’un mémoire de M. Tex- 
toris, sur les eaux, avait été renvoyé à une commis- 
sion; mais cette commission, désorganisée par la 
démission d’un de ses membres et par l’absence d’un 
autre, n’a pu fonctionner. M. le Président propose de 
reconstituer une autre commission. 

M. Textoris répond qu'après les lumineuses obser- 
vations présentées sur le même sujet par M. Blavier 
et le mémoire rédigé par cet ingénieur et M. Houyau, 
tous deux membres de la Société, son travail n’a plus 


(94) 


la même actualité. Il n’insiste donc pas sur l’impres- 
sion. En conséquence, la Société décide que l’œuvre 
de M. Textoris sera déposée aux archives, comme un 
document important, propre à être consulté à l’occa- 
sion. 

A la suite de cette décision, M. Textoris donne lec- 
ture d'un résumé de recherches sur l’origine des di- 
verses fixations du commencement de l’année. Il trace 
l'historique des divers calendriers et des causes qui 
ont déterminé les peuples dans l'étude de la connais- 
sance des temps, et il rappelle les fêtes qui accom- 
pagnent, chez toutes les nations, l'anniversaire du 
premier jour de l'an. Ce mémoire, écrit avec toute la 
consciencieuse érudition à laquelle M. Texioris a, de- 
puis longtemps habitué la Société, est renvoyé au 
rapport d’une commission composée de MM. Adville, 
Béclard et Ouvrard. | 

M. le Secrétaire fait connaître une lettre de M. l’abbé 
Chevallier, sur l’érection d’une pierre à la mémoire du 
marquis de Turbilly, dans l’église de Vaulandry. L’ho- 
norable membre pense que la Société voudra contri- 
buer, pour sa part, à un monument destiné à rappeler 
un agronome distingué, qui a été un des membres les 
plusutiles de l’ancienne Société d'agriculture d'Angers. 

Après quelques observations sur l'emplacement et 
sur l'inscription qui doit figurer sur ce monument, la 
Société charge de l’examen de cette affaire une com- 
mission composée de MM. Lèbe-Gigun, Textoris et 
Godard-Faulirier. 

L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 


Le Secrétaire, L. TAVERNIER. 


(95 ) 
Séance du 11 Février. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD, président. 
Secrétaire-rédacteur , M. BERAUD , secrét.- général. 


La séance est ouverte par la lecture du procès- 
verbal de la dernière réunion, qui est adopté. 

M. l'Archiviste présente les ouvrages adressés à la 
Société dans le mois qui s’est écoulé et en fait con- 
naître les titres. 

L'ordre du jour appelle une lecture par M. le doc- 
teur Hunault. Notre confrère annonce son intention 
de communiquer successivement à la Société le ré- 
sultat de recherches par lui depuis longtemps entre- 
prises sur les Angevins qui, à différentes époques, se 
sont distingués dans la science ou la pratique agricole. 
Il suivra, dans cette revue rétrospective, l’ordre chro- 
nologique, le plus favorable, en effet, pour faire com- 
prendre l’évolution des progrès de l’agriculture dans 
ses rapports avec l'influence que pouvaient exercer les 
exemples donnés par nos illustrations agronomiques. 
Toutefois, aujourd'hui, il a cru devoir intervertir 
cette marche rationnelle en faveur de Turbilly. La 
proposition d'élever, à la mémoire de cet homme 
éminent, un monument dans l’église de Vaulandry, 
proposition née au sein de la Société et favorablement 
accueillie dans la séance dernière, paraît devoir donner 
le mérite de l’à-propos à tout ce qui peut se rattacher 
à la biographie de cet agronome. M. Hunault rappelle 
ses principaux travaux et entre dans des détails tou- 
jours intéressants, et souvent encore inconnus, sur ses 


(96) 


diverses entreprises. 11 montre en lui non-seulement 
l'agriculteur habile qui cherche des voies nouvelles, 
mais encore un industriel entreprenant, parfois même 
aventureux et imprudent, tentant de fonder une fa- 
brique de porcelaine, puis une fabrique de savon. 
Notre confrère insiste surtout sur le service immense 
qu’il rendit à l'humanité par les travaux de défriche- 
menis dont il donna de si heureux exemples, et dont 
il condensa les préceptes dans un ouvrage sur cet art 
nouveau, qui devait devenir classique en Europe, 
ouvrage dont il publia une seconde édition en 1760. 
L’hommage éclatant qu'a rendu, à cette œuvre d’une 
si grande portée et sans précédents bien connus, le 
comte François de Neufchâteau, est invoqué et cité 
par le biographe. 

L'esprit à la fois innovateur et organisateur du mar- 
quis de Turbilly ne se renfermait pas d’ailleurs seule- 
menti dans les seules choses de l’agriculture. Ainsi, 
par exemple, il avait proposé la création de sociétés 
savantes provinciales, qui auraient été reliées entre 
elles par des communications fréquentes et régulières, 
propres à favoriser la diffusion des lumières, et qui 
auraient été en même temps soumises à une sorte de 
hiérarchie, selon l’importance, sans doute, qu’elles 
eussent été sensé représenter. 

L’impression de cette notice est votée. 

Le Secrétaire-général présente à la Société des notes 
d’herborisation, rédigées par feu le docteur Bastard, 
ancien directeur du Jardin des Plantes d'Angers. Ces 
herborisations, qui remontent aux années 1809 et 
1813, ont eu pour théâtre la parlie la plus méridio- 
nale, et encore, jusqu’à nos jours, la moins explorée 


(97) 


du département. Elles s'étendent dans les communes 
limitrophes de Maine et Loire qui ont pour centre la 
pelite ville de Thouars. On remarque l'indication, 
dans cette contrée très circonscrite, d’un ensemble 
d'espèces généralement rares, ou qui, du moins, sont 
ailleurs plus ou moins disséminées. Cette végélation, 
exceptionnelle par sa variété, est d'autant plus intéres- 
sante pour le naturaliste, qu’elle accuse la transition 
de la flore sous-méridionale de la grande plaine juras- 
sique et calcaire du Poitou avec la flore de l'Ouest, 
assise sur des ierrains primitifs ou de transition, telle 
que le docteur Bastard, dans son Essai de 1809 et son 
supplément de 1812, l'avait dès lors révélée à la science 
par le signalement de ses espèces les plus caractéris- 
tiques. (Voir De Candolle, suppl: F1. fr., introduction.) 
On retrouve dans ces notes, dont l'original est en ce 
moment sous nos yeux, quelques plantes dans les- 
quelles le savant auteur avait évidemment reconnu 
des caracières qui tendaient à les isoler spécifi- 
quement de leurs congénères, mais que l’état de 
la science, à cette époque, ne permettait pas d’ad- 
mettre encore autrement que comme variétés. On 
peut plus parliculièrement citer son Gladiolus com- 
munis var: parviflorus, reproduit sous ce nom par 
De Candolle, FI. fr., tome vi, qui a été depuis 
élevé au rang d'espèce par Koch, sous le nom de G1. 
illyricus , et son Euphrasia lutea , var., qui n’est autre 
que le £. Jauberliana de M. Boreau, publié par ce der- 
nier dans les Annales botaniques, tome vi, page 254. 
Singulière coïncidence dans l'histoire de cette nou- 
velle espèce! Ébauchée en quelque sorte dès 1809- 
1813 par l’auteur de la première Flore angevine, qui 
7 


(98) 


la distingue comme variété, terminée à vingt-cinq 
ans d'intervalle et à cent lieues de distance, par un 
autre botaniste angevin, ignorant encore des obser- 
vations du premier, et qui vient isoler définitivement 
cette plante du type linnéen. 

Le Secrétaire-général termine son exposé par la lec- 
ture des notes en question, eten propose l'impression, 
qui est votée à l'unanimité. 

M. Béclard prend ensuite la parole au nom de la 
commission à laquelle avait été renvoyé un Mémoire 
de M. Textoris, sur l’époque de l’année astronomique 
à laquelle a été fixé le point de départ de l’année civile. 
Le Rapporteur établit que ce Mémoire se compose en 
réalité de deux parties très distinctes, et demandant 
une appréciation également séparée. La première, 
dans faquelle l’auteur traite la question au triple point 
de vue astronomique, historique et religieux, offre 
un résumé complet de ce qui a été écrit de plus re- 
marquable sur ce sujet, nolammeni par Court de Ge- 
belin, et quelques aperçus propres à l’auteur. Quant 
à la seconde, la commission hésite à se prononcer. Le 
côté religieux n’y est plus traité accessoirement, mais 
est devenu le point capital, et par suite l’occasion de 
développements qui impriment à cette partie du Mé- 
moire un cachet tout particulier. On se demande s’il 
n’y aurait pas quelque danger à admettre, dans les 
publications de la Société, des travaux de doctrine 
religieuse ou politique, qui auraient un caractère 
spécial si tranché? Ne serait-ce pas ouvrir à la discus- 
sion une arène qu'il ne serait plus ensuite permis à 
l'impartialité ou à l'indépendance de la Société de 
lui fermer, si elle voulait s’obsliner à s'y produire? 


( 99 ) 


et de telles controverses , sur des sujets brûlants sou- 
vent, refroidis jamais, renfermées dans le champ 
étroit du personnel d’une Société peu nombreuse, ne 
pourraient-elles pas engendrer une polémique d’au- 
tant plus regrettable, que les adversaires se trouve- 
raient plus rapprochés et en quelque sorte forcément 
engagés dans un véritable combat corps à corps? Ne 
doit-on pas chercher à prévenir tout ce qui pourrait 
compromettre cet esprit de bienveillance mutuelle, 
de bonne confraternité qui, grâce à la prudente ré- 
serve apportée jusqu'ici en traitant certains sujets, n’a 
jamais reçu aucune atteinte dans les temps les plus 
difficiles que nous ayons eu à traverser? Telles sont 
les questions que devait s'adresser la commission, et 
qui l'ont déterminée à s’en remettre, sans vouloir 
formuler aucune opinion, à la Société, sur la ques- 
tion de savoir s’il y a lieu de voter l'impression de la 
seconde partie du travail de M. Textoris, tout en s’em- 
pressant d’ailleurs de rendre un juste hommage au 
mérite de l'ouvrage, à un style d'autant plus élevé, 
à une facture d'autant plus brillante, qu'ils se pro- 
duisent comme l'expression de convictions aussi sin- 
cères que profondes. 

Le Président, après avoir consulté le bureau, de- 
mande si M. Textoris consentirait à ce que le vote sur 
l'impression fût scindé, et à ce que l’on y soumiît 
d’abord la première partie de son Mémoire. M. Tex- 
toris donne son assentiment à ce mode de procéder, 
sous la réserve de pouvoir retirer son travail entier, 
s’il le jugeait ensuite convenable. Le scrutin est ou- 
vert et l'impression de la première partie est votée. 

Avant de passer au scrulin sur la deuxième partie, 


(100 ) 


plusieurs membres expriment le désir qu'il soit fait 
une nouvelle lecture de ses passages principaux. Cette 
lecture est faite par M. Béclard, puis on procède au 
scrutin , et l'impression n’est pas prononcée. 

M. Texioris déclare alors qu'il retire son Mémoire, 
par le molif que cette seconde parlie, rejetée par la 
Société, qui la considère comme seulement acces- 
soire et indépendante de la première, en est à ses yeux 
la partie dominante, le but et le lien moral. 

Le Président se fait l'interprète des regrets de l’As- 
semblée en présence d’une détermination de l’auteur, 
qui prive le Recueil d’un travail sérieux et inléres- 
sant. 

L'ordre du jour est épuisé et la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


Séance du 11 Mars. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD , président. 
Secrétaire-rédacteur, M. BERAUD, Secrét.-général. 


Le Secrétaire-général donne lecture du procès- 
verbal de la dernière séance, qui est adopté. 

M. Textoris réclame toutefois la parole. Sans con- 
tester la fidélité et la convenance de la rédaction en 
ce qui regarde les incidents qui se produisirent lors 
du vote sur l'impression de son Mémoire, il sent le 
besoin de protester contre toute interprétation du but 
dans lequel il avait exécuté son travail, qui tendrait 
à laisser supposer qu’il eût pu avoir l'intention d’ou- 


(101) 


vrir ou de provoquer, même indirectement, une po- 
lémique quelconque sur les matières religieuses. 

Le Secrétaire-général s’'empresse de répondre qu’une 
telle pensée n’a pas trouvé place un moment dans 
l'esprit des membres qui assistaient à la dernière 
séance, et que, dans le procès-verbal, il a pris à tâche 
d’écarter tout ce qui aurait pu conduire à une inter- 
prétation aussi erronée du but qu'avait poursuivi notre 
confrère dans son travail. 

Cet incident vidé, le Président communique à la 
Société des exemplaires du programme du Concours 
régional d'animaux reproducteurs, qui s'ouvrira à 
Angers le 20 mai, et du Concours général fixé au 28 
du même mois. La Société applaudit vivement à la 
détermination prise par le Ministre de reporter à Or- 
léans le siége de ce dernier concours. Devenu plus 
central pour les éleveurs de l'Ouest et du Centre, c'est- 
à-dire pour les 415° des pays d'élevage, il sera acces- 
sible à un plus grand nombre de concurrents, en même 
temps qu'il offrira un assemblage plus complet et plus 
instructif des animaux d'élite de nos races françaises. 
La Société considère, en effet, que, pour alteindre un 
perfectionnement rationnel des animaux domestiques, 
il est essentiel de mettre le plus possible les hommes 
pratiques en position de comparer enire elles, dans 
leurs qualités ou leurs défauts, soit pour la production 
de la viande, soit comme instruments de travail, nos 
races bovines indigènes, et surtout d’en encourager 
l'amélioration dans l’un ou l’autre but, par des croise- 
ments intelligents avec celles de nos vieilles races qui 
possèdent des qualités ou des aptitudês spéciales, que. 
doivent rechercher les diverses situations agricoles. 


( 102 ) 


La Société décide, en conséquence, que l'expression 
de son opinion sur la portée et l'opportunité de la 
double mesure qui fixe le concours régional à Angers: 
et le concours général à Orléans, ainsi que sur la di- 
rection donnée aux récompenses attribuées désormais 
aux races d'élite françaises, dans de notables propor- 
tions, sera soumise à M. le Ministre de l’intérieur et 
de l’agriculture, comme un témoignage de la gratitude 
de notre Société, pour la sellicitude éclairée dont il a 
accordé cette preuve à l’agriculture. 

M. le docteur Hunault de la Pelterie obtient la pa- 
role. Il désire qu'il lui soit permis d’ajouter à sa bio- 
graphie de Turbilly, dont l'impression fut ordonnée 
à la dernière séance, une note sur le projet qu'avait 
conçu Turbilly d'opérer le défrichement des immenses 
communaux du comté de Beaufort, qui, bien qu'ils 
offrissent plusieurs milliers d'hectares de terres éga- 
lant les plus fertiles du val de Loire, étaient cependant 
alors à peu près perdus pour l’agriculture, soumis 
qu’ils étaient encore au régime dilapidatoire de la 
vaine pâture. Turbilly avait obtenu l'autorisation né- 
cessaire, mais il rencontra un obstacle invincible dans 
l'opposition des communes, qui alléguèrent des droits. 
de propriété ou d'usage pour maintenir leur possession. 

M. Marchegay prend la parole pour faire observer 
qu'il existe, aux archives de la préfecture, plusieurs 
dossiers qui sont relatifs aux contestations élevées par 
les communes pour empêcher l'effet des concessions. 
obtenues par Turbilly. 

L'Assemblée décide qu’une note sur ce sujet, sous 
telle forme qu'il plaira à M. Hunault d’adopter, sera 
jointe à sa biographie de Turbilly. 


(103) 


Le Président expose ensuite à la Société la nécessité 
d'accorder une subvention à l'exposition florale, qui 
va s'ouvrir sous ses auspices le 20 de ce mois. Le Co- 
mice horticole, ayant voté 500 fr., il propose d’accor- 
der une allocation de pareille somme, dans laquelle 
rentrerait, par un virement de crédit, celle de 200 fr. 
précédemment affectée par la Société à la publication 
de la Pomone angevine. 

M. Le Gris, trésorier du Comice, fait remarquer que 
le n° 2 de la Pomone est achevé et va paraître dans 
quelques jours, et que, pour arriver à le faire paraître 
si promptement, il a fallu que le Comice recourût 
à la somme de 200 fr. que la Société lui avait ac- 
cordée. 

Le Président, forcé de consulter les ressources du 
budget de 1853, se voit contraint de restreindre à 
300 fr. le chiffre de la subvention par lui proposée. 

Ce dernier chiffre est donc mis aux voix et adopté. 

M. le docteur Ouvrard continue la lecture de sa No- 
tice sur l’ancienne ville de Beauvau. Il avait établi 
précédemment que cette ville, d’origine cellique, sui- 
vant les habitudes de ces peuples primitifs, attirés 
constamment par leurs croyances religieuses vers les 
imposants et mystérieux ombrages des grands bois, 
s'était assise au centre d'une vasie forêt, celle de 
Chambiers, dont les limites s'étendaient sans doute 
bien au-delà de celles que les envahissements progres- 
sifs de l’agriculture sont venus lui faire depuis. Aita- 
chée aux flancs d’une colline et se déroulant jusqu’au 
bord d’une gracieuse petite rivière, elle dut plus tard 
attirer l'attention des Romains, si épris des beautés 
pittoresques de la nature, et reçut alors sous Auguste 


( 103 ) 
Île Baptème d’un nom nouveau, exprimant son heureuse 
position, et que la traduction française nous a pres- 
que littéralement transmis. Elle exista, on doit le sup- 
poser, comme ville, jusqu'à l'invasion des Normands. 
Pour les Romains, ees organisateurs puissants, l’évan- 
_ gile de la conquête se traduisait simultanément par l'i- 
nitiation des vaincus aux jouissances d’une civilisation 
avancée et par l'érection de monuments impérissables. 
Le premier sillon que traça Romulus pour dessiner . 
l'enceinte de la ville éternelle, fut lesymbole des desti- 
nées de sa race et de sa marche laborieuse et féconde 
à travers les siècles et les peuples. L'homme du Nord, 
au contraire, avait hérité de l'impétuosité aveugle et 
de l'esprit de folle destruction dont semblaient s’ani- 
mer les flots qui battaient ses rivages. Longtemps, 
pour lui, toute terre étrangère ne fut qu’un objet de 
convoitise passagère, et, s’il venait à y descendre, 
c'était surtout pour la désoler par le fer et le feu. 
Beauvau, après avoir puisé une vie nouvelle sous la 
domination romaine et avoir survécu, paraît-il, riche 
et peuplée à la chute de l'Empire, ne devait pas échap- 
per plus tard aux dévastations des hordes normandes. 
Un jour vint où la cité antique et florissante disparut 
du sol, et dès-lors il ne resta plus d’elle qu'un nom 
harmonieux et doux, qui s’épelle à demi-effacé, sur 
les feuillets jaunis des parchemins du xr° siècle. C'est 
Foulques I°: qui, léguant à Foulques IF, son fils, le 
soin pieux de le faire inhumer à Saint-Martin de Beau- 
vau, ajoute douloureusement : Jà, par la mauvaiseté 
des Normands détruit! C'est Foulques II qui, à son tour, 
reportant à Raoul de Beauvau, son fils, la même obli- 
gation suprême, répèle encore ces mêmes lristes pa- 


( 105 ) 


roles, comme le glas funèbre de la cité de leurs ancê- 
tres. Mais ce que l'étranger a pu détruire, ce que les 
tilres des vieux temps mentionnent à peine, la mémoire 
des enfants de la glèbe s’en est héréditairement trans- 
mis le souvenir. Interrogez le peuple de ces cam- 
pagnes, et il vous dira : Là fut la ville, et cette ville 
c'était le Beauvau de nos pères. Urbs fuit, hic jacet. 
Du reste, pour l’antiquaire, le sol vient aussi parfois 
rendre témoignage. Les périodes celtiques, romaines 
et franques, y ont laissé des traces plus ou moins ap- 
parentes de leur passage. Des médailles celtiques et 
romaines ont été trouvées en ces lieux, des substruc- 
lions d'anciennes voies gallo-romaines ou du moyen 
âge gisent çà et là sous le sol qui, en se formant de la 
poussière des siècles, vient former le linceul de tous 
les antiques débris. 

L’impression de la deuxième partie du mémoire de 
M. Ouvrard est votée. 

M. Hossard lit ensuite une note sur un perfection- 
nement par lui apporté à la construction de la pompe 
aspirante, à l’aide duquel il parvient, dit-il, à élever 
l'eau à une hauteur dont il n’a pu encore déterminer 
le maximum, mais qui, du moins, est de beaucoup 
supérieure à 32 pieds. Un accident qui se produisit il 
y a quelques mois au tuyau d’une pompe de la houil- 
lière de Chalonnes, accident dont les détails parvinrent 
plus ou moins défigurés à M. Hossard, le mirent sur 
la voie de sa découverte. Il paraîtrait résulter des ex- 
plications données par lui verbalement à la Société, 
que son système consisterait, 1° à élever, par le 
moyen d’un piston aspiratoire, au moyen du vide, 
une colonne d'eau; 2° à élablir dans le tuyau un 


( 106 ) 


clapet qui couperait la colonne d’eau aux deux tiers 
environ de sa hauteur, de telle sorte que le piston, 
venant à cesser d'agir, la fermelure instantanée du 
clapet isolerait aussitôt le tiers supérieur de la colonne 
d'eau; 3° à ménager, à l’aide d’un tube latéral s'em- 
branchant au-dessus du clapet, une prise d'air, de 
façon à établir la pression atmosphérique sur la sec- 
tion supérieure de la colonne d'eau aussitôt que l’as- 
cension à 32 pieds serait établie. 

Dans ce système, la section supérieure de la co- 
lonne d’eau, obéissant alors à l’aspiration du piston, 
s’élèverait, non-seulement en raison de la force sta- 
tique résultant de la pression de l'atmosphère, mais 
acquerrait encore une propulsion particulière procé- 
dant du choc produit par l'accès instantané de l’air sur 
sa partie inférieure , lequel la lancerait aussi haut 
dans le tube que le vide formé par le piston pourrait 
lui permettre d’atieindre. 

M. Hossard annonce, du reste, qu'il pourra, dans 
quelques jours, soumettre à l'examen de la Société 
une pompe qu'il fait établir chez lui d’après ce sys- 
ième. Il invite ses collègues à la venir visiter. 

Une commission, composée de MM. Adville, de 
Joannis et Béclard, est spécialement chargée de cet 
examen. 

Le Président annonce que MM. Belleuvre, proprié- 
taire à Angers, et Timbal-Lagrave, de Toulouse, sont 
présentés par M. Beraud, le premier comme membre 
titulaire résidant, et l’autre comme correspondant, et 
désigne, pour examiner les titres de la première can- 
didature, MM. V. Pavie, Lemarchand et Cosnier, et 
‘ceux de la deuxième, MM. Boreau, Faye et Beraud- 


( 107 ) 


M. Victor Pavie retrace les observations que lui a 
suggérées une visite récente faite par lui au musée de 
Nantes. Après s'être fait l'éloquent interprète des re- 
greis et des longs ennuis que la fermeture de nos 
musées occasionnent aux amis des arts, il explique 
comment, privé depuis longtemps de ces vives et 
pures jouissances d’un goût épuré, si chères aux na- 
tures poétiques, il se trouva entraîné à les aller cher- 
cher chez nos voisins du bas de la Loire. 

Après un exposé rapide de la création du musée de 
peinture de Nantes, comprenant naturellement l’his- 
toire des frères Cacault, qui recueillirent en Italie la 
plupart des anciennes toiles qui, après avoir formé le 
noyau de cette collection, en demeurent encorele plus 
bel ornement, M. Pavie signale successivement tous 
les tableaux des écoles italiennes et espagnoles de 
quelque valeur de cet établissement, qui a la préten- 
tion de posséder des originaux des plus grands maîtres. 

Le développement donné à cette revue, remarquable 
à la fois par l'éclat et l'ampleur du style, la hardiesse 
et le piquant de l'expression, ainsi que par le rare 
bonheur avec lequel la plume de l'écrivain s’est plu 
à lutter pour la vivacité du coloris et l’accentuation 
des physionomies contre le pinceau et la palette du 
peintre, contraint le bureau de renvoyer ce long tra- 
vail devant une commission, aux termes du règle- 
ment, et M. le Président désigne pour ses membres 
MM. El. Lachèse, Adville et Bellier. 

M. Blavier lit ensuite un exposé d'un système de 
drainage dont il a conseillé l’application au cimetière 
de l'Est, afin de procurer l'écoulement des eaux plu- 
viales qui, après avoir stagné dans certaines de ses. 


108 ) 


parties, reparaissent à a surface du sol, tout impré- 
gnées de malières putrides et sanguinolentes, et y éta- 
blissent un foyer d'infection. Il admet que le séjour des 
eaux Sur un sous-sol imperméable par sa nature schis- 
teuse, el leur retour à la surface des terres, sont occa- 
sionnés par un replis argileux du terrain transversal 
à la pente, lequel empêche les eaux de suivre leur 
écoulement souterrain et régulier. Selon cet hono- 
rable confrère, des coupures avec des drains, prati- 
quées dans cette sorte de chaussée argileuse, rétabli- 
raient le cours des eaux inférieures, suivant la pente 
du terrain, et empêcheraient leur séjour prolongé 
dans les fosses. Toutefois , ayant observé que la com- 
pacité des terres qui n’ont pas été remuées rend la 
filtration des eaux lente et difficile, il a conseillé en 
même temps de disposer les fosses suivant des lignes 
droites dans le sens de la pente générale de l’enclos, 
et de commencer à les établir par la partie inférieure 
du terrain, en mettant ensuite chaque fosse nouvelle 
en communication avec la précédente au moyen du 
drain , de telle sorte que l’eau, traversant les terres 
meubles des fosses, n’y séjournerait pas, étant, au fur 
et à mesure de leur pénétration, emportée par chaque 
ligne de drains vers le canal servant de récipient établi 
au bas du cimetière. 

M. Hunault pense que cette question est assez grave 
pour attirer l'attention de la Société. Il voudrait qu’une 
commission s’en occupât. Il y aurait peut-être des 
remèdes plus radicaux à appliquer au mal qui a été 
signalé. 

M. Blavier répond que ce qu’il a conseillé, il a dû 
le faire, en se renfermant dans les données qui lui 


( 109 ) 


étaient tracées. Il ne contesie pas que les moyens par 
lui indiqués puissent ne pas modifier aussi profondé- 
ment qu'il serait désirable, ce qu’il y a de fâcheux 
dans l’état actuel, mais il est du moins convaincu 
qu'il doit en résulter une amélioration notable et sa- 
luiaire. 

Le Secrétaire-général fait observer que, pour com- 
pléter ce système de dessèchement, il ne faudrait peut- 
être qu'établir sur les parties supérieures et latérales 
une ligne continue de drains profonds et à fort ca- 
libre, qui isolerait complétement le cimetière dans 
son périmètre des terrains environnants, et qui rece- 
vrait les eaux souterraines des fonds supérieurs, de 
manière à ce que les eaux du cimetière fussent dé- 
sormais bornées aux eaux pluviales et sourceuses, ce 
qui en diminuerait notablement la quantité. 

Après diverses observations échangées entre quel- 
ques autres membres, la demande de M. Hunault est 
convertie en une proposition de reporter à la pro- 
chaine séance une discussion sérieuse sur ce sujet, ce 
qui est adopté. 

L'assemblée vote l'impression du travail de M. Bla- 
vier. 

M. Lemarchand lit ensuite un ensemble d'extraits 
habilement coordonnés d’un manuscrit du xre siècle, 
qui appartient à la bibliothèque de la ville d'Angers. 
C’est un psautier écrit par un moine, en belle gothi- 
que, avec des majuscules ornées et peintes, d’une 
grande richesse et d’une rare élégance. Dans ce psau- 
tier se trouve, comme traité accessoire, une suite de 
remarques sur les instruments de musique des an- 
ciens Juifs, traité amplement nourri d’érudition, où 


(110 ) 


des citations multipliées viennent témoigner de l'ins- 
truction et de la patience de l’auteur, ainsi que de son 
habitude des textes sacrés. Deux feuilles de dessins 
coloriés sont jointes au texte. La première représente 
onze instruments de musique : Lyra, Cythara, Tin- 
tinnabulum, Pennola, Bombulum, Tuba à quatre con- 
duits, un instrument voisin de la cornemuse, Psalte- 
rium, Tympanum et un cor. en bois. Le second dessin 
figure le roi David entouré de quatre personnages qui 
accompagnent ses chants avec la lyre à cinq cordes, 
l'Organum, le Tintinnabulum et la Trompette d'ai- 
rain. Cette analyse, à l’appui de laquelle M. Lemar- 
chand reproduit un grand nombre de textes saints 
pour déterminer le caractère et l'usage de ces divers 
instruments, a captivé constamment l'attention de 
l'assemblée, qui s’est empressée d’en voter l’impres- 
sion ainsi que des deux dessins copiés sur le manus- 
crit original. 

M. Béclard, secrétaire de la commission archéolo- 
gique, donne lecture d’une lettre de M. Rondeau, 
membre adjoint de cette commission, où il rend 
compte d’un excursion sur les confins du dépariement 
d'Indre-et-Loire, lors de laquelle il a visité les ruines 
féodales du château de Preüilly, sur la Claire, et l’é- 
glise abbatiale du même nom, qui date des x1e el xrr° 
siècles. Il parle en outre d’une chapelle qui s'élève à 
peu de distance de Preuilly, sous la direction de 
M. l'abbé Tournesac, et dont l'ornementation est con- 
fiée à M. l'abbé Choyer, monument qui, par l'unité et 
la pureté du style, forme un édifice très remarquable. 
La Société ne peut resier indifférente, lorsqu'on lui 
signale de si heureux résultats, non seulement parce 


(111) 


qu’elle compte M.Choyer parmi ses membrestitulaires, 
mais encore à raison de ce que longtemps avant la 
plupart des autres sociétés de province, elle s’efforça 
de populariser et de faire prévaloir les véritables prin- 
cipes qui doivent servir de guide à l'architecte mo- 
derne, dans la restauration et même l'érection des 
monuments consacrés au culte catholique romain, 
principes dont MM. Tournesac et Choyer, chacun au 
point de vue de la partie spéciale de l'architecture re- 
ligieuse qu'il a adoptée, font l’un et l’autre de si heu- 
reuses applications. 
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


Séance du 15 Avril. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD, président. 
Secrétaire rédacteur, M. BERAUD, secrét.-général. 


Le Secrétaire-général donne lecture du procès-ver- 
bal de la séance précédente. Il est adopté sans récla- 

mation. 

Il dépose ensuite sur le bureau la liste des ouvrages 
offerts à la Sociéié. 

M. le Président annonce quil a reçu, il y a peu de 
jours, la démission de M. le docteur Guépin. La lettre 
qui la contient laisse ignorer les motifs qui peuvent 
déterminer cet honorable membre à se retirer d’une 
façon si inattendue et surlout lorsqu'il exprime le re- 
gret de s'éloigner, dit-il, d’une réunion d'hommes 


( 112 ) 

aussi respectables et méritant l'estime générale... 
Bien que M. Guépin n'’assistât pas aux séances et ne 
coopérât pas aux publications de la Société, en yjoi- 
gnant ses propres travaux, l'assemblée ne croit pas 
moins devoir manifester les regrets qu’elle éprouve de 
la détermination si inattendue qu’il a prise, et dit qu’à 
partir du 1° janvier 1854, son nom cessera de figurer 
sur la liste des membres titulaires. : 

M. le Président saisit cette occasion pour annoncer 
à l'assemblée qu’un de nos honorables confrères, qui, 
par suite d’absences prolongées, ne pouvait queirop 
rarement prendre part à nos réunions, M. Mordret, 
avait cru devoir aussi donner sa démission, mais qu’en 
voyant la Société redoubler d'efforts pour activer, par 
tous les moyens dont elle peut disposer, les progrès des 
études sérieuses dans nos contrées, et les travaux im- 
portants qui, récemment encore, ont pris place dans 
son Recueil, il est revenu sur cette détermination, et a 
déclaré son désir de ne pas se séparer de nous. L’as- 
semblée en témoigne une vive satisfaction, et dit que 
la démission de M. Mordret sera comme non avenue. 

Le Secrétaire général présente un compte des re- 
cettes et dépenses de l'exposition horticole de mars 
dernier, dressé par M. Tavernier, secrétaire de la 
commission de cette fête florale. Ce compte n’est pas 
définitif, et nous nous bornerons à faire observer que 
s’il se solde par un boni de 380 fr. c’est que l’on n’y a 
pas compris le prix des médailles et quelques menues 
dépenses, qu'on peut approximativement évaluer à 
450 fr., ce qui laissera un déficit d’une centaine de 
francs. 

La Société décide qu’elle prendra ce déficit à sa 


( 113) 
charge, au lieu de recourir à la munificence du Con- 
seil municipal. 

L'état présenté prouve du moins que s’il n’était pas 
survenu d'accidents, de changements de température 
inattendus, le montant des dépenses eût été sensib'è- 
ment moins élevé. Il a fallu, pour combattre une gelée 
très inquiétante, puisque le thermomètre descendit 

Ë L 
subitement à plusieurs degrés au-dessous de zéro, et 
pour défendre les plantes contre l’irruption de la neige, 
tendre des toiles sur l'énorme bâtiment en planches 
que l’on avait construit sur le Champ-de-Mars, Y en- 
tretenir l'éclairage au gaz pendant trois nuits, et mul- 
tiplier les poëles et calorifères. L'on a remarqué, du 
reste, que l’on eût pu porter les entrées du soir à un 
franc et augmenter d’un tiers au moins le nombre des 
billets de la loterie, de telle sorte que, même avec des 
dépenses aussi considérables, on eût facilement at- 
teint un boni notable, considération dont il a été jugé 
utile de prendre note ici, pour établir les prévisions, 
lorsque la Société viendra plus tard à organiser d’au- 
tres expositions florales. 

Le Secrétaire général reproduit une proposition 
tendant à assurer la conservation des monuments 
historiques, présentée par lui l’an dernier, à la com- 
mission archéologique, qui l’accueillit favorablement. 
Il la développe de nouveau , la motive et soumet 
à la Société un projet de délibération , que celle-ci 
adopte dans les termes suivants : 


Conservation des monuments anciens, celtiques , 
gallo-romains, etc. 


Sur la proposition faite et développée en cette 
8 


(114) 


séance par son Secrétaire général, la Société impériale 
d'agriculture, sciences et arts d'Angers arrête ce qui 
suit : 

ARTICLE 1°+. Il sera dressé, par les soins de la com- 
mission archéologique de la Société, une carte antique 
de l’Anjou, sur laquelle seront indiqués, par des si- 
gnes particuliers, 1° l'emplacement des monuments 
celtiques; 2° tous les restes des voies antiques, sta- 
tions, villes, camps, aquedues, balneum, etc., appar- 
tenant à l'ère gallo-romaine dont l'existence viendra à 
être conteslée. 

ART. 2. Indépendamment de la carte générale, il 
sera fait des cartes spéciales pour Iles monuments 
appartenant exclusivement aux trois époques cel- 
tique , gallo-romaine et moyen-âge. 

ART. 3. Une carte spéciale, sur une plus grande 
échelle, pourra comprendre la ville d'Angers et son 
alentour, dans un rayon d’un myriamètre environ. 

ART. 4. Il sera rédigé un état détaillé et méthodique- 
ment classé de ces divers monuments, dans lequel 
chacun d’eux sera décrit, avec indication de ses me- 
sures exactes, des matériaux dont il est formé ou 
construit, de son mode de construction , de son orien- 
tation, de ses rapports de situation avec d’autres 
- onuments du même âge et de la même nature, ou 
avec des monuments qui l’auraient précédé ou l’au- 
raient en partie remplacé au même lieu, etc., etc. Le 
registre sur lequel sera transcrite cette espèce d'inven- 
taire demeurera la propriété de la Société, et fera 
partie de ses archives. 

ART. 5. Les monuments dits celtiques, seront surtout 
figurés avec soin et leurs dessins déposés, pour y être 


(115) 


exposés au public, au Musée des antiquités de la ville. 

Des échantillons des roches dont ils sont formés, 
devront, autant que possible, accompagner chaque 
dessin , de manière à former une suite aussi complète 
que possible de ceux qui existent dans notre départe- 
ment. 

ART. 6. Aussitôt que ce travail sera terminé, un 
exemplaire de la carte ou des cartes ci-dessus indi- 
quées, sera présenté à M. le Préfet, avec prière de faire 
classer comme historiques les monuments les plus 
importants, pour les sauver d’une destruction immi- 
nente, et particulièrement les monuments celtiques 
plus exposés que les autres , et auxquels s'attache un 
si grand intérêt, puisqu'ils sont les seuls témoins qui 
puissent déposer de l'existence sur notre sol d'une 
race aborigène antérieure sans doute à la période 
historique, monuments dont la science constate chaque 
jour avec surprise l’étonnante analogie avec ceux 
laissés par les peuples primitifs de l'Amérique septen - 
trionale. 

M. Marchegay présente à l'assemblée des extraits du 
registre de la Chambre des comptes d'Anjou, qui four- 
nissent des renseignements sur l'existence d’une mé 
nagerie que le roi René entretenait au château d’An- 
gers. Il a été conduit à rechercher les traces de cet 
établissement , par ce qu'il en avait appris de notre 
compatriote, M. L. Boré, qui avait rencontré, dans une 
bibliothèque de Munich, un ouvrage allemand dont 
l’auteur , qui avait voyagé en Anjou , disait avoir beau- 
coup admiré la ménagerie du roi René. Notre confrère 
n'a pu vérifier encore que les années 1470 à 1477 du 
registre de la Chambre des comptes, mais il est parvenu 


(116) 


déjà à constater que cette collection d’animaux vivants 
était considérable et occupait un personnel nombreux, 
dans lequel se remarquait un More , qui soignait plus 
particulièrement les animaux féroces. On indique, 
comme s'y trouvant en même temps, trois lions , une 
lionne, un léopard , un animal auquel on donne le nom 
de jaunesse et qui n’est pas la genette, signalée sous 
son nom ailleurs. Il s’y trouvait aussi des cerfs et 
biches, qui furent ensuite transportés à Belle-Poule, 
des lapins, des oiseaux de diverses espèces , etc. L’en- 
ceinte du château n’offrant pas de bâtiments suffi- 
sants, il fallut en louer dans la cité pour loger tous 
ces hôtes sauvages. 

M. Marchegay continuera ses recherehes, et en fera 
connaître les résultats ultérieurs. 

M. le docteur Ouvrard reprend sa lecture sur Beau- 
yau. Ce travail sera analysé après son achèvement. 

L'on procède ensuite au scrutin sur la candidature 
de M. Belleuvre. Le dépouillement constate qu’il est 
reçu à l’unanimité. M. le Président déclare , en consé- 
quence, que M. Belleuvre est admis à faire partie de 
la Société, comme membre titulaire résidant. 

La même opération a lieu pour M. Timbal-Lagrave, 
et, donnant le même résultat, M. le Président proclame 
ce candidat membre correspondant. 

Le Président présente ensuite, comme membre 
titulaire , M. le capitaine Janin, chef de l'octroi de la 
ville, auteur du Dictionnaire des communes. Une com- 
mission est nommée pour cette candidature; elle se 
compose de MM. Textoris, Hossard et Cosnier. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire général, T.C. BERAUD. 


CAT D 


Séance du 20 Mai. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD, président. 
Secrétaire rédacteur, M. BERAUD, secrét.-général. 


Le procès-verbal de la séance précédente est lu par 
le Secrétaire général, et adopté sans réclamaiion. 

D'après diverses observations présentées par MM. Hu- 
nault, Godard. Béclard et quelques autres membres, 
M. le Président est invité à désigner une commission 
qui s'occupera de constater l'existence des monuments 
antiques , dont l’Anjou conserve les restes, et de dési- 
gner à M. le Préfet, conformément à ce qui a été 
décidé à la dernière séance, ceux de ces monuments 
dont il importe d’assurer la conservation. En consé- 
quence , les personnes qui auraient des connaissances 
à ce sujet, sont invitées à en donner communication 
à cette commission. Elle sera composée de MM. de 
Beauregard, Beraud, Godard-Faultrier, Béclard et 
E. Dainville. Elle s’occupera de la rédaction des cartes 
spéciales aux monuments des trois époques Celte, 
Gallo-Romaine et Moyen âge, et d’une carte générale 
qui comprendra les divers monuments. 

L'ordre du jour appelle le vote sur la candidature 
de M. Janin. Le scrutin a lieu, et M. le Président, 
après en avoir constaté le résultat favorable, déclare 
M. Janin admis à faire partie de la Société en qualité 
de membre titulaire résidant. 

M. le Président annonce ensuite qu'il s’est chargé 
de présenter, comme candidat au même titre, M. l'abbé 
Lecomte, professeur de littérature au collége Piédor, 
Il désigne la commission chargée de faire le rapport 


(118) 


sur celte candidature ; elle est composée de MM. Go- 
dard-Faultrier, Béclard et de Beauregard. 

M. Ouvrard déclare qu'il est obligé de différer la. 
continuation de son travail sur Beauvau, par la néces- 
sité où il se trouve de se livrer à de nouvelles recher- 
ches pour fixer quelques dates importantes. 

M. Godard lit ensuite un ensemble de notes biogra- 
phiques sur trente évêques ayant appartenu, à divers 
litres, à la province d'Anjou. 

Il fait observer que les faits qui y ont leurs dates ne 
sont pas précisément inédits, n'ayant pas puisé ces 
notes dans des manuscrits, mais bien de côté et 
d'autre, dans de vieux ouvrages, écrits la plupart en 
latin, et bien rarement consultés, si quelques-uns 
même le furent jamais , ce qui donne cependant à ces 
indications, si concises et si sèches qu'elles puissent 
être, un vérilable intérêt. 

La Société, qui manifeste, surtout par l'organe de , 
M. le marquis de Montaigu, qu’elle envisage ce travail 
de compilation comme pouvant fournir des matériaux 
d'autant plus utiles aux biographes, qu'ils leur fussent 
sans doute demeurés inconnus sans les recherches 
laborieuses de notre savant confrère, vote l'impression 
de ces notes biographiques. 

M. Hunault demande à faire une proposition. Il vou- 
drait que la Société nommât une commission pour 
étudier les phénomènes que l'on a désignés sous le 
nom de Tables tournantes. Celte proposition lui donne 
l'occasion de développer ses idées à ce sujet : il attribue 
particulièrement le mouvement communiqué à la 
table à la trépidation qu'occasionne à l'extrémité des, 
doigts le battement des artères. 


(119) 


Une discussion, dans laquelle chaque membre pré- 
sent cite des faits et manifeste ses motifs de croire ou 
de douter, s'établit et se prolonge, sans conduire à 
aucune conclusion qui paraisse admise par la majorité, 
et l’on se sépare sans avoir rien arrêté sur la proposi- 
Lion de M. Hunault. 

La séance est levée à 10 heures. 


Le Secrétaire général, T.-C. BERAUD. 


EE | 
Séance du 19 Juin. 


Présidence de M. DE BEAUREGARD , président. 
Secrétaire-rédacteur, M. BERAUD, secrét.-général. 


Le Secrétaire-général donne lecture du procès- 
verbal de la dernière séance, qui est adopté. 

M. Lèbe-Gigun présente, au titre de membre cor- 
respondant, M. Lèbe-Gigun, son frère, artiste peintre, 
inspecteur des monuments des arts de la ville de Paris, 
chevalier de la Légion-d'Honneur. M. le Président 
nomme une commission pour examiner les titres du 
candidat. Elle est composée de MM. Dainville, Godard 
et Ouvrard. 

M. le Président communique à l’Assemblée deux 
lettres à lui adressées par MM. Girard et Faye, qui, 
par suite de la translation de leur résidence à Poitiers, 
expriment combien ils regrettent de se voir dans la 
nécessité de cesser de faire partie des membres titu- 
laires de la Société, et demandent à en échanger le 
titre contre celui de membres correspondants. La 


( 120 ) 

Société est unanime pour manifester le vif regret de 
se voir privée de la collaboration de deux collègues 
qui avaient toutes ses sympathies, et dont le dernier 
surtout avait enrichi son Recueil de travaux si inté- 
ressants pour l’histoire locale et si remarquables par 
l'esprit de sage critique qui s’y faisait constamment 
distinguer. Elle s'empresse donc de décerner à ces 
deux membres le titre de correspondants, comme le 
seul lien qui puisse désormais les rattacher à elle. 

M. le Président donne lecture d’une lettre du Prési- 
dent du Comice horticole, qui demande, 1° que la 
souscription pour couvrir les frais du char de l’horti- 
culture des Fêtes de Charité, qui avait été suspendue, 
soit reprise ; 2° qu’il soit rendu compte des recettes et 
dépenses de l’exposition florale, le Comice n'ayant 
voté un crédit pour cet objet que sous la condition 
que les recettes de l'exposition n’en couvriraient pas 
les frais. M. le Président annonce qu'il va écrire à 
M. Tavernier, secrétaire et trésorier de l'exposition, 
afin de l’inviter à rendre un compte détaillé, pour 
que l’on sache définitivement à quelle somme doi- 
vent être portés et la contribution du Comice horti- 
cole et celle de la Société-mère, dans les dépenses de 
l'exposition. 

M. Godard-Faultrier présente un ouvrage de M. Céré, 
en voie de publication, sur les arts somptuaires des 
xve et xvie siècles, et propose à la Société d'en faire 
l'acquisition. Il le considère comme très important à 
consulter pour tous les artistes peintres, sculpteurs, 
décorateurs, etc., pour les restaurations d'objets d’art 
de cette époque. Le prix est de 108 fr. 

M. le Président fait observer qu'il s’agit de voter 


(121) 


ici un crédit extraordinaire, en dehors des prévisions 
du budget de l’année courante, et qu'une proposition 
de cette nature demanderait à être mise à l’ordre du 
jour. Il propose donc de la renvoyer à la séance pro- 
chaine, et nomme, pour l’examiner, MM. Dainville, 
Béclard et Godard-Faultrier. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C.BERAUD 


Séance du 8 Juillet, 
Présidence de M. BERAUD, Secrétaire-général. 


Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

MM. le président de Beauregard et le vice-président 
Textoris étant absents, M. le Secrétaire-général oc- 
cupe le fauteuil. 

Communication est donnée des titres des publica- 
tions adressées à la Société par son correspondant. 

M. Ouvrard achève la lecture de sa Notice sur l’an- 
cienne ville de Beauvau, en Anjou. L’étendue de ce 
travail contraint d’ajourner le vote sur l'impression, 
et oblige de le soumettre à l'examen d’une commis- 
sion. Les membres désignés pour en faire partie sont 
MM. Adville, Lachèse (Eliacin) et Janin. 

M. Hunauli lit quelques notes sur les diplômes qui 
étaient autrefois accordés aux membres des différents 
corps de métiers. Il en présente plusieurs specimens , 
et notamment un diplôme de la corporation des mer- 


(122) 


ciers de la ville de Paris, de l’année 1665. Il développe, 
à cette occasion, des considérations sur la nécessité 
d'imposer au commerce la marque de fabrique. Ce se- 
rait le seul moyen, selon lui, dans l’état de liberté il- 
limitée laissée aux producteurs, de remplacer par une 
responsabilité morale, les effets salutaires qu’exerçait 
autrefois la police des jurandes et des corporations, 
pour la bonne confection des marchandises. 

Le Président propose à l’Assemblée de procéder 
au vote sur l'impression de ces notes. On passe au 
scrutin et l'impression est autorisée. 

M. Godard-Faultrier, au nom de la commission 
nommée à la dernière séance, fait un rapport sur l’ou- 
vrage de M. Céré, sur les arts somptuaires aux xv° et 
xvI® siècles, et annonce que la commission est una- 
nime pour reconnaître l'importance et l'intérêt qu'offre 
cette publication, et pour exprimer le désir que la So- 
ciété s’y abonne, en consacrant, chaque année, 54 fr. 
à cet objet. 

Le Président ayant consulté l’Assemblée, celle-ci 
vote l'abonnement proposé. | 

La commission préposée pour donner un avis sur la 
candidature de M. Lèbe-Gigun, exprime une opinion 
favorable, et il est procédé au scrutin. Le Président, 
après en avoir constaté le résultat, déclare que M. Lèbe- 
Gigun est admis à faire partie de la Société, en qua- 
lité de membre correspondant. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire-général, T.-C. BERAUD. 


(123) 


Séance du 19 Août 1853 


Présidence de M. DE BEAUREGARD, président. 
Secrétaire-rédacteur, M. BERAUD, secrét.-général. 


Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

Le Président donne lecture d’une lettre de M. de 
Joannis, qui, cessant d'habiter la ville, croit devoir 
renoncer à faire plus longtemps partie de la Société, 
en qualité de membre titulaire. 

Une autre lettre, adressée par M. Cassin, fait con- 
naître qu'il doit quitter le département, et il prie, en 
conséquence, la Société d'accueillir sa démission, en 
voulant bien lui conserver le titre de correspondant. 

La Société reçoit, en exprimant ses regrets, ces 
deux démissions, et décerne à M. Cassin le titre de 
membre correspondant, qu’il demande. 

Le Président rend compte des démarches par lui 
faites pour obtenir de la ville une prolongation du bail 
du jardin fruitier, et communique l'extrait d’une dé- 
libération du Conseil municipal du 13 juillet dernier, 
en réponse à la demande qu'il lui avait adressée, dont 
il résulte que le Conseil, se refusant à accorder aucun 
délai de prorogation, a décidé qu’à l'expiration du bail 
de vingt années, consenti à la Société, lequel expirera 
en 1856, le terrain occupé par le jardin fruitier fera 
retour à la ville. 

Le Président fait observer que si la Société désire 
remplacer cet élablissement modèle par un autre qui 
puisse, au moment où celui-ci cessera d'exister, offrir. 


(124) 


un intérêt égal et rendre les mêmes services à l’hor- 
ticulture, elle doit se hâter de faire choix d'un autre 
terrain, afin de le disposer pour recevoir des sujets sur 
lesquels on puisse au plus tôt greffer le grand nombre 
d'espèces que possède le jardin, et dont une partie seu- 
lement pourrait se retrouver dans les pépinières ou 
auires cultures locales. Ilinvite donc, au nom du bu- 
reau, MM. les Sociétaires à faire la recherche d’un 
emplacement convenable pour y établir le nouveau 
jardin , afin qu’à la rentrée une commission spéciale 
puisse examiner les terrains qui seraient proposés, et 
discuter les conditions auxquelles la Société pourrait 
en devenir locataire. 

Le Secrétaire général fait observer qu’une semblable 
entreprise entraînera des frais de premier entretien 
considérables, qui, surtout dans les premières an- 
nées, absorberont les ressources de la Société; qu’elle 
ne peut donc guère songer à fonder un nouveau jar- 
din, qu’autant que l’emplacement-lui en serait fourni 
gratuitement, 

Destiné surtout à expérimenter et à répandre les 
bonnes qualités de fruits, ce jardin n'est pas, à raison 
de l’immense extension que prend la culture fruitière 
dans tout le département, d’un intérêt purement local 
et circonscrit dans la banlieue d'Angers, mais il étend 
son influence et ses bienfaits à toutes les parties du 
département. Il répond donc complètement, sous ce 
point de vue, pour la diffusion des espèces fruitières, 
à la pensée qui engagea Napoléon Ie à créer les pépi- 
nières impériales et départementales. Il y auraït donc 
lieu, pense le Secrétaire, de réclamer et d'obtenir du 
Conseil général une subvention pour la location du 


(125 ) 


terrain devenu nécessaire pour le nouveau jardin. Il 
faudrait que ce jardin n’eût pas moins de 70 ares, 
avec des murs au moins de deux côtés, et un loge- 
ment pour le jardinier. Il fait’remarquer que, sous le 
rapport de la taille, les arbres du nouveau jardin au- 
raient sur ceux actuels, cet avantage que ceux-ci fu- 
rent longtemps dirigés dans le but unique d’en obte- 
nir le plus possible de greffes, et assujettis d’ailleurs 
à la taille ancienne, qui ne donnait pas aux arbres un 
aspect aussi agréable que les nouvelles méthodes, et 
que, sous ce rapport, il y aurait progrès. 

La Société de géographie de Paris sollicite des ren- 
seignements sur un envoi de graines de Chine fait par 
elle , il y a bientôt deux ans, au comice horticole. 

M. Boreau dit avoir reçu officieusement de M. Mil- 
let quelques paquets de graines, qui lui furent données 
comme venant de la Chine. Elles furent semées et ne 
produisirent que quelques plantes insignifiantes, sous 
le triple rapport scientifique, économique et horti- 
cole. Toutefois, si la Société désirait des détails pré- 
cis, il pourrait les lui fournir, toute graine venant du 
dehors étant inscrite au Jardin des Plantes sur un re- 
gistre spécial, et suivie d’annotations sur les résultats 
qu'elle a donnés. 

M. Hunault fait observer que ces graines furent re- 
çues par le Président du Comice horticole, qui en fit 
une distribution; entre divers horticulteurs et ama- 
teurs, et qu'il serait bon de constater les espèces ainsi 
obtenues.;Quant à lui, il reconnaît que;celles qui lui 
ont été confiées n’ont pas germé. 

Le Secrétaire général rappelle que ce serait {la se- 
conde fois qu’on éprouverait pareil mécompte. Il y a 


( 126) 


peu d’années la Société reçut également, comme ve- 
nant de la Chine, un envoi de graines qui se trouva 
ne contenir à peu près que des graines avariées, et 
dont la plupart fut reconnue pour celles d'espèces 
européennes. Les voyageurs qui visitent ce pays de- 
vraient donc être désormais en garde contre la négli- 
gence, l'incurie ou l’infidélité des personnes qui leur 
servent d'intermédiaire, soit pour recucillir, soit pour 
transmettre les graines. 

Le Président annonce avoir adressé au Conseil gé- 
néral la demande d’une subvention pour donner un 
cours de taille, au cas où M. Dubreuil ne continuerait 
pas le sien. 

M. Godard - Faultrier annonce que M. Dubreuil 
compte faire un nouveau cours, si le département 
continue de lui allouer une subvention. 

M. Hunault fait observer que le cours de M. Dubreuil 
n'exclut nullement la nécessité de maintenir celui que 
faisait professer la Société. M. Dubreuil est un théori- 
cien exercé, un démonstrateur habile, mais, quelque 
puisse être son mérite, les étroites limites de temps et 
la saison dans laquelle se trouve renfermé son cours, 
ne lui permettent qu’imparfaitement de se faire pra- 
ticien devant ses auditeurs. Aussi toutes ces opéra- 
tions importantes qui suivent la taille principale et en 
sont le complément, autant qu’elles préparent la taille 
à venir, ne peuvent être pratiquées par le professeur, 
ce qui est d'autant plus regrettable que les gens du 
métier apprennent certainement plus et mieux en 
voyant agir la serpette du maître, qu’en recevant de 
lui des explications sous une forme plus ou moins 
abstraite. I1 voudrait donc que la Société ne suspendit 


(427) 


pas ses cours, lors même que M. Dubreuil viendrait à 
en faire un. 

Cet incident n’a pas de suite, bien que les raisons 
développées par M. Hunault soient accueillies avec 
une faveur marquée. 

Le Président donne communication à l’assemblée 
d’une lettre qui lui a été adressée par l'honorable 
M. Janin, au nom des fondateurs d’un journal qui 
prendra le titre de Conseiller de l'Ouest. Etranger à la 
politique , il se consacre exclusivement aux intérêts 
agricoles, commerciaux, industriels , aux sciences, 
aux beaux-arts, aux lettres. M. Janin demande à la 
Société d'autoriser ce journal à paraitre sous son pa- 
tronage et à prendre le titre d'Organe de la Société 
d'agriculture d'Angers. 

M. Adolphe Lachèse fait observer que le Journal de 
Maine et Loire, dont il est l’un des propriétaires, a été 
constamment l'organe réel de la Société depuis sa 
fondation ; que les comptes-rendus de ses travaux, les 
communications et documents de toute espèce aux- 
quels elle a voulu donner de Ja publicité ont trouvé, 
dans les colonnes du journal, une place qui lui a tou- 
jours été accordée avec autant d'intérêt que d’em- 
pressement. Certes, si le titre d’organe de la Société 
impériale d'agriculture pouvait être accordé à un jour- 
nal, celui de Maine et Loire aurait un droit incontes- 
table à le réclamer, comme prix de services réels et 
comme n'étant que la consécration officielle d'un fait 
déjà acquis et exislant depuis longtemps. Toutefois, 
il ne veut pas élever cette prétention, et se borne à 
protester contre l'attribution exclusive que l’on vou- 
drait faire de ce titre à un journal qui n’est pas encore 


( 128 ) 
né, et n’a rien fait ainsi pour mériter une si hono- 
rable dis. inction. 

Une discussion, à laquelle prennent part MM. de 
Beauregard, Janin, Hunault, Beraud et Boreau , s’en- 
gage. L'opinion qui prévaut est que la Société ne peut 
se constituer un organe officiel, qu'il en résulterait 
por elle une responsabilité morale qui pourrait avoir 
des inconvénients, que, quant à la publicité à donner 
à ses travaux, elle ne voit aucun empêchement à ce 
que le nouveau journal puisse, concurremment avec 
les autres, les reproduire ou en rendre compte, et 
qu'à cet égard, toutes facilités seront accordées aux 
rédacteurs. 

M. Millet, président du comice horticole, rend 
compte des observations qu'il a faites, sur des larves 
qui lui avaient été remises par M. de Beauregard, et 
qui ont été signalées comme occasionnant de grands 
dégâts dans les luzernes dont elles dévorent les 
feuilles. Ces larves , élevées par M. Millet, ont produit 
un dipière dont notre confrère n’a pu constater le 
genre, mais qui appartient à l’ancien genre Musea L. 
M. Millet propose de détruire ces larves en fauchant 
rez-terre les luzernes attaquées, pour enlever de suite 
le fourrage, et passer un rouleau à plusieurs reprises. 
Il propose également de saupoudrer abondamment de 
chaux vive le sol dépouillé de sa récolte, et de l’arroser 
immédiatement. 

Cette lettre sera imprimée. 

M. Boreau lit une notice sur la position de la man- 
sion romaine Combaristum. Après avoir exprimé des 
regrets, partagés par la Société, sur l'éloignement 
définitif de M. le conseiller Faye, qui s'était occupé 


(129) 


avec succès de l’élude des voies romaines de la partie 
de notre département située au sud de la Loire, M. Bo- 
reau rappelle ce qui a été dit sur Combaristum par 
MM. Bodin, Godard et de Beauregard, qui ont cru le 
retrouver dans Combrée, bourg de l'arrondissement 
de Segré. Il fait remarquer que le rapport existant 
entre le nom lalin et le nom français a été le seul 
motif qui ait dû servir de fondement à cette opinion, 
mais que ni les traditions orales ou écrites, ni aucun 
reste, soit de construclions romaines, soit de voies 
romaines, à Combrée ou aux environs, ne sont venus 
confirmer ce que l’étymologie semblait révéler. Il croit 
cependant que, dans de semblables recherches, il 
faut s'appuyer simultanément et sur les indications 
que peut donner la carte théodosienne, et sur les traces 
qu'ont pu laisser les travaux faits par les Romains. 
Or, s’il consulte les distances indiquées par la carte 
de Peutinger, et s’il les suppute avec une voie pas- 
sant par la Legio andina (Lion-d’Angers), pour se 
détourner vers Rennes, il trouve que Châtelais répond 
à la distance où se trouvait Combaristum de Julioma- 
gus, et, en poursuivant, il retrouve, entre cette sta- 
lion, celle de Sipia, aujourd’hui Vicseiches, Vicum 
sepia, à égale distance de Combaristum (Châtelais) et 
de Rennes. S'il veut interroger le sol, M. Godard lui 
apprend qu'il existe dans la direction du Lion-d'Angers 
à Châtelais, des restes de voie romaine, observés près 
de la Jaillette, de la Ferrière, etc. M. Beraud a ren- 
contré, au-delà de Châtelais, des voies pavées à la 
manière antique, et un reste de chaussée qui, par sa 
construction, ne peut être rapporté aux époques 
amodernes. Enfin, M. Godard a constaté que le Châte- 


9 


( 130 ) 


jais du moyen âge succéda à des constructions gallo- 
romaines, dont il reste encore des vestiges. Quant à 

 Combrée, M. Boreau pense que ce bourg emprunta 
son nom à la forêt d'Ombrée, à l'extrémité méridionale 
de laquelle il fut bâti. 

Ce travail, dont la lecture a captivé au plus haut 
point l'attention de l’assemblée , sera imprimé dans le 
recueil dé la Société. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 


Le Secrétaire général, T.-C. BERAUD. 


TABLE DES MATIÈRES 


CONTENUES 


DANS LE 4° VOLUME (2 SÉRIE), DE LA SOCIÉTÉ 


D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS D'ANGERS. 


0 LS En EP —— 


PAGES: 


LISTE générale des membres titulaires, honoraires et cor- 
respondants de la Société impériale d'agriculture, sciences 
et arts d’Angers....,.... DOUCE THON PE PRE Die 

ExPOsiTION d'horticulture de 1853........................ 

CERGUEIL gallo-romain découvert dans la gare du chemin 
de fer, le 6 août 1853. M. Godard-Faultrier,............ 


NoTEs biographiques sur 30 prélats se rattachant à l'his- 
toire d'Anjou, classés par ordre alphabétique, par M. 


Godard-F'aultrier.......,...... CB LPO PET TES GE 
Norrice sur la position de la mansion romaine Combaris- 
tum, par M. À. Boreau........... etes Date Eee 


RaPPoRrT sur les opérations de drainage à exécuter dans le 
cimetière de l'Est, par M. A. Blavier......,............ 
NoTE sur queïques instruments de la musique des Hébreux, 
d’après un manuscrit du IX° siècle, par M. A. Lemar- 
Chan eee eee ArÉbaLEe Sos OEM REC 


PIERRE-JOSEPH BOURGEOIS, par M. Léon Cosnier...,..... 


(4829 


PAGES. 
PROCÈS-VERBAUX des séances de la Société. — Séance du 

da Tan vien 1532 EL AA SAN NE TEEN ER AIRES ot 
Séance du ti Février.................. DR ÉMIS LAPS 95 
SR AAMAEMArES es ANIME LE RSI SR PRE AEN AT 100 
OU A NTI. PNR ARE TC NN RAI LENS 111 
—todu 20/Mai.ts ie cn SRE PAM Q CRE Gun 117 
NU 19 Juin. 2 LT re REA ESS Re 119 

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