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Full text of "Mémoires de la Société d'archéologie lorraine"

MÉMOIRES 



DE LA SOCIETE 



D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE. 



MÉMOIRES 



DE LA SOCIÉTÉ 



D'ARCHÉOLOGIE 



LORRAINE. 






SECONDE SÉRIE. — VII e VOLUME. 




NANCY, 

IMPRIMERIE DE A. LEPAGE , GRANDE-RUE, 14. 

1865. 



THE GEïTY Utmt« 






L'ÉGLISE D'ALLAMPS 



PAR M. E. OLRY. 



Dans un précédent article 1 , j'ai parlé, d'une manière 
sommaire, des anciennes constructions qu'on rencontre 
aux environs de Colombey. Aujourd'hui, je me propose 
de donner une description plus développée de l'une des 
églises citées, dont le style et le caractère particulier mé- 
ritent de fixer l'attention des archéologues : l'église d'Al- 
lamps, qui remonte à la transition , à cette époque inté- 
ressante qui continue toujours d'exercer la sagacité de 
ceux qui se livrent à la recherche de l'origine de l'ogive. 

M. Bigot, dans sa notice sur l'église de Laitre-sous- 
Amance 2 , annonçait qu'il avait formé le projet « de com- 
poser un aperçu général sur les caractères particuliers 
que présentent les églises romanes et ogivales de la Lor- 
raine » , mais qu'il en avait ajourné l'exécution, parce 

1. Journal de la Société d'Archéologie, novembre 1863. 

2. V. Bulletins de la Société d' Archéologie, t. III. 



— 6 — 

qu'il avait été arrêté, en partie, par la pénurie de rensei- 
gnements 1 . 

Une étude de cette nature, faite par le consciencieux 
auteur de nos deux histoires de Lorraine et d'Austrasie, 
aurait rendu un service signalé à la science et offert un 
intérêt tout spécial à ceux qui, dans le pays, s'occupent de 
l'archéologie religieuse.il est donc regrettable que ce pro- 
jet ne se soit pas réalisé. Quant à la difficulté signalée, elle 
n'est pas insurmontable, pour peu qu'on y veuille mettre 
de bonne volonté. En effet, les édifices de quelque impor- 
tance qui appartiennent à ces deux époques, et qui offrent 
un caractère monumental, sont à peu près connus. Il suf- 
firait donc d'indiquer ceux d'une importance moindre qui 
se trouvent comme perdus au fond des campagnes , et 
qui n'ont pas encore été signalés ; d'en donner autant que 
possible une petite description ; de faire surtout ressortir 
les particularités . intéressantes qu'on pourrait y rencon- 
trer, car c'est là qu'on peut puiser des matériaux utiles, 
et l'auteur ferait le reste. 

Tel est le motif qui m'a engagé à fournir une mono- 
graphie de l'église d'Allamps. Malgré des mutilations dans 
l'intérieur, des réparations de détail et même des change- 
ments partiels d'une certaine importance qu'elle a subis, 
elle a néanmoins assez bien conservé son caractère pri- 
mitif, notamment à l'intérieur. Mais ce petit travail n'of- 
frira au sujet que j'ai en vue qu'un intérêt très-secon- 
daire, car je ne pourrai donner, à l'appui de ma notice, 
aucun document relatif à la construction de cette église, 

i. Ma notice, écrite avant la mort du regretté M. Digot, lui fut 
soumise ; l'accueil approbatif qu'il y fit avait donné l'espoir (qui ne 
fut pas de longue durée, hélas !) que le projet dont il entretenait ses 
lecteurs eu 1853 n'était pas abandonné. 



— 7 — 

ni conséquemment citer aucune date pour en fixer l'épo- 
que d'une manière précise. Les recherches qu'on pourrait 
faire à ce sujet auraient-elles quelques chances d'aboutir? 
c'est peu probable, car la plupart de nos églises de vil- 
lage, érigées par les habitants ou les communautés, ne 
furent pas, lors de leur construction, comme les églises 
abbatiales, conventuelles ou même comme les simples 
chapelles adossées à plusieurs de ces églises , l'objet de 
chartes ou de titres émanés des fondateurs ou des bien- 
faiteurs. 

Sous le rapport de l'histoire locale , Allamps n'offre 
aucun intérêt ; c'est cependant l'un des plus anciens vil- 
lages du pays, car il en est déjà fait mention au vn e siècle, 
avec Housselmont 1 , petit hameau situé à un kilomètre, 
dans Y Histoire des Evêques de TouP, sous les noms 
d'Alona et Huccilini-Mons. 

L'église d' Allamps a la forme d'un rectangle ayant, dans 
œuvre, 19 m 20 de longueur sur ll m 70 de largeur ; les 
murs ont un mètre d'épaisseur. 11 est probable qu'on 
a cherché à l'orienter; mais l'axe incline vers le nord 
et occupe à peu près la direction du nord-est. 

Elle est formée d'une nef principale , flanquée de deux 
collatéraux très-étroits. On y compte quatre travées, dont 
trois pour la nef proprement dite et la quatrième qui tient 
lieu de transept. Cette dernière n'offre en plan aucune 
différence avec les autres, sinon que, pour y arriver, on 
doit monter deux degrés ; mais on peut remarquer qu'à 
l'intérieur, les voûtes des croisillons sont plus élevées que 

1. Ces deux localités n'ont qu'une même église, celle qui nous 
occupe. 

2. V. Dom Calmet. Preuves. Histoire des Evêques de Tout, 
ch. 32. 



celles des bas-côtés, et qu'à l'extérieur, la tour est cons- 
truite au-dessus du croisillon droit, tandis que le croisil- 
lon gauche est accuse"' par un pignon. 

Dans l'origine, il devait y avoir au moins une travée de 
plus, de forme rectangulaire, pour l'abside, qui occupait 
tout au plus la largeur de la nef principale ; elle a été 
supprimée à une époque qu'il n'est pas possible de dé- 
terminer, et remplacement en est aujourd'hui occupé par 
la sacristie, qui semble dater du siècle dernier. L'exis- 
tence de cette abside ne peut faire l'objet d'aucun doute, 
car la forme de l'église l'annonce d'abord ; on remarque 
à l'intérieur l'arc triomphal à plein-cintre surbaissé, au- 
jourd'hui muré, qui séparait l'abside du transept ; à l'ex- 
térieur, le revers d'eau qui accuse la forme aiguë du toit 
primitif. 

La nef semble être construite en moellons recouverts 
d'un crépis grossier ; mais le transept et tous les contre- 
forts sont en moyen appareil. Je serais disposé à croire 
que, primitivement, tout l'édifice était d'une construction 
uniforme et semblable à celle du transept et des contre- 
forts, c'est-à-dire en moyen appareil. 

La hauteur des voûtes sous clef, de la nef centrale, est 
de 7 m 45 ; des collatéraux, de 5 m 10 ; du transept , croi- 
sillons compris, de 7 m 40, jusqu'au pavé, qui est, comme 
on sait, plus élevé que le sol de la nef. 

Les fenêtres actuelles sont modernes. On a remplacé 
les fenêtres primitives dans le but d'obtenir probablement 
plus de lumière, car ces dernières étaient de très-petites 
dimensions. Il en reste un spécimen dans l'une d'elles, 
qui est murée et qu'on remarque à l'extérieur entre l'an- 
gle du croisillon nord et la sacristie : elle taisait consé- 
quemment fond au collatéral gauche, et elle a du être 



EGLISE D'ALLAMPS. 



LEGEN Dl, 



I:: c ÎLucKv. 

\ /Y//// un coupe horizontale (Je/ ' 

l> Sacristie  

C Maître -autel. 

1) Tourelle pour monter sur les voûtes 

h Quatre feuilles au transept. 

F Coupe des arcs doubleawx du transept 

G Coupe des nervures . 

Il Irai ic di- 1 are triomphal. 




) 



r r r ) 




I . ire droit a lïnlèrieurdesoaitsjela leur. 
1 1 a h r lie 

.1 ( ( 'a /h  n'es an s / ù/tei s du trausept . 
K ut ' . piliers du milieu 
1. Colonnes enaaaees des arospitwrs . 
.M id. dis pi tùrs dit nu tien . 

\ Socle dis pi tiers de ta l? travée. 

(vue de cote. ' 
(lia pi/eau des piliers de lai? travée. 




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Degrés 



■pour arriver J 

eut transept 






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x 

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M 



— 9 — 

supprimée quand on a érigé l'autel Saint-Nicolas. Cette 
fenêtre est à plein-cintre et mesure l m 20 de hauteur to- 
tale sur m 60 de largeur. En tenant compte de l'ébrase- 
ment et de l'épaisseur des murs , il est facile de com- 
prendre la petite quantité de lumière que de telles baies 
pouvaient fournir. 

Le transept était en outre éclairé par deux ouvertures 
circulaires E 1 , ou deux roses qui ont été conservées; elles 
se trouvent au-dessus des deux fenêtres actuelles. Ces 
deux baies, très-ébrasées, forment un quatrefeuilles d'une 
bonne exécution, et les moulures principales, à l'intérieur 
comme à l'extérieur, consistent en deux tores lisses, pla- 
cés en retraite, dans des rentrants. 

La fenêtre du croisillon droit appartient au style ogival 
dé la troisième période ; mais elle produit un effet assez 
disgracieux, attendu qu'elle a été maladroitement placée 
en dehors de l'axe vertical de la tour et du quatrefeuilles, 
et que la pointe de l'ogive vient entailler les premières 
moulures de la rose. 

A la partie supérieure du mur méridional de l'église, 
au fond de la nef centrale, on remarque une fenêtre gé- 
minée dont les deux ouvertures sont séparées par un 
meneau prismatique d'une forte dimension, mais sans 
aucune moulure. La partie supérieure des deux baies est 
terminée par une ogive simple, et, à l'intérieur, la fenêtre 
tout entière est encadrée par un arc à plein-cintre. 

La porte actuelle appartient à la renaissance. L'orne- 
mentation dénote un certain goût et ne manque pas d'é- 
légance ; mais elle contraste singulièrement avec le style 
de l'édifice et avec la partie de la construction dans la- 
quelle elle a été percée. 

!. Voy. les planches ci-jointes. 



— 10 — 

Les piliers qui séparent la première travée de la se- 
conde sont assez simples ; ils ont la forme prismatique. 
Les deux suivants offrent plus d'intérêt. La coupe que 
j'en donne (v. planche II, K) peut figurer une croix grec- 
que dont les extrémités sont flanquées de quatre colonnes 
engagées et dont les angles rentrants sont garnis chacun 
d'une colonnetle. Quant aux piliers qui séparent la nef 
du transept, ils ont un développement tout à fait extraor- 
dinaire, qu'on ne peut guère expliquer que par le besoin 
qu'on a cru avoir de fournir une assise solide à la tour, 
élevée au-dessus du croisillon droit (v. planche II, J). 
La plus grande largeur du socle sur lequel reposent ces 
piliers est de 2 m 20 ; la hauteur des colonnes engagées 
qui supportent la retombée des arcs doubleaux des bas- 
côtés et des formerets, n'est que de 2 m 50, base et chapi- 
teaux compris ; quant aux deux autres colonnes engagées 
et aux colonnettes intermédiaires qui correspondent aux 
arcs de la grande nef et du transept, elles ont 5 m 64 de 
hauteur. On compte dans le pourtour de chacun de ces 
piliers, outre les quatre colonnes engagées dont je viens 
de parler, onze colonnettes accouplées par trois, excepté 
en face des collatéraux, où, au lieu de trois, on n'en voit 
que deux. Enfin, les pilastres des murs latéraux ont gé- 
néralement la forme et le développement des piliers aux- 
quels ils correspondent. 

L'ornementation des chapiteaux, comme je l'ai dit ail- 
leurs, est très-variée et demanderait une description dé- 
taillée pour chacun d'eux ; mais je suis obligé de me 
borner à des indications. On remarque notamment des 
branches de vigne et de lierre ; des feuilles de rosier, de 
persil, de chardon et une espèce de feuille d'acanthe ; des 
feuilles d'eau largement dessinées, terminées par des 



— 11 — 

crosses ; des feuilles à crochets sur un rang et sur deux, 
enfin des figures grossières, fantastiques, des enroule- 
ments, des galons perlés, etc. Un badigeon épais les re- 
couvre et empêche de se rendre un compte exact du 
mérite de la sculpture et des détails. Cependant quelques- 
uns ressortent parfaitement et sont bien fouillés ; d'autres, 
au contraire, ne semblent qu'ébauchés ou timidement 
dessinés. On remarque ensuite des empâtements à quel- 
ques bases de colonnes engagées. 

Les voûtes sont d'arête et les nervures se composent 
d'un moyen tore (G) accompagné de deux petites mou- 
lures cylindriques en retraite ; on remarque des rosaces 
aux clefs de voûte. Les arcs doubleaux de la nef et des 
bas-côtés, ainsi que les formerels, sont très-saillants ; ils 
ont la forme prismatique des pilastres de la première tra- 
vée. Quant aux arcs qui séparent la croisée des croisil- 
lons et de la nef centrale, ils sont cannelés et offrent en 
coupe la figure que j'en donne (v. planche I, F). 

L'ogive qui se présente ici en compagnie du plein-cintre 
est très-obtuse. Celle de l'arc doubleau, séparant la nef du 
transept (v. planche I, H) , caractérise à peu près l'ogive 
employée dans la construction. Mais je me hâte d'ajouter 
que cette forme n'a rien d'absolu, car les formerets sont 
plus obtus , tandis que les arcs doubleaux des bas-côtés 
ont une forme plus aiguë, qui présente de l'analogie avec 
l'ogive en lancette. 

Les voûtes laissent beaucoup à désirer sous le rapport 
de l'exécution, et, en les examinant, on est porté à croire 
qu'elles ont été l'objet de remaniements, car on y remar- 
que des reprises, et les nervures offrent des jarrets. La 
poussée des voûtes est reçue à l'extérieur par des contre- 
forts qui ont le peu de développement de ceux de la Iran- 



— 12 — 

silion. Ils soin rectangulaires, sans redants et terminés à 
la partie supérieure par un larmier ordinaire. Trois d'entre 
eux, près de la porte, sont plus développés, mais il faut 
attribuer ceux-ci à une époque évidemment postérieure 
et à des réparations que cette partie de la bâtisse aura 
nécessitées : pour consolider l'édifice, on aura donné 
de l'ampleur à ces contreforts. 

A la partie supérieure de la tour et dans le pignon op- 
posé du transept, on remarque deux meurtrières verti- 
cales, longues et étroites ; on trouve ensuite d'autres pe- 
tites ouvertures carrées, espèces de meurtrières aussi, qui 
présentent à l'intérieur des arcs droits à encorbellement 
convexe (I). La fenêtre principale de la tour mérite aussi 
d'être notée : elle est à deux jours formés par une colonne 
cylindrique qui supporte la retombée de deux arcs à plein- 
cintre. La baie entière est terminée, à sa partie supérieure, 
par une ogive obtuse, encadrée par un revers d'eau très- 
saillant qui descend jusqu'à la naissance des arcs, pour 
se contourner en volute. Les autres fenêtres de la tour 
sont carrées ; elles ne présentent rien de particulier. 

Je termine en signalant, à l'intérieur de l'église, près 
de la porte d'entrée, des fonts qui remontent aussi à 
la période romane ; ils sont formés d'une cuve hémi- 
sphérique, cantonnée de quatre colonnettes cylindriques, 
de l'i à 18 centimètres de diamètre, adhérentes à cette 
cuve, mais à la partie supérieure seulement, et lui ser- 
vant de support avec une cinquième colonnette de même 
diamètre que les premières, placée sous le réservoir et 
au centre, faisant l'office d'un pédicule. Ces colonnettes 
ne reposent sur aucun soubassement, et elles n'ont ni 
base, ni socle. 

Telle esl l'église d'Allamps : les changements qu'on y 



— 45 — 

a opérés sont très-regrettables ; mais ce qui ne Test pas 
moins, ce sont les mutilations purement gratuites qu'on 
a fait subir aux piliers, sous prétexte de faire de la place : 
on a coupé les socles et supprimé, jusqu'aux chapiteaux, 
des colonnes engagées. Cette église, il est vrai, n'est plus 
en rapport avec la population de la paroisse, et déjà il a 
été question de la démolir pour en élever une autre. Il 
serait cependant à désirer que ce qui nous reste de ce 
curieux spécimen de la transition nous fût conservé. Ne 
serait-il pas possible de restaurer cette église, de réta- 
blir ses socles, ses colonnes supprimées, de lui rendre 
son abside, et, si on pouvait en outre l'agrandir d'une ou 
de deux travées, on donnerait ainsi satisfaction aux vœux 
légitimes des paroissiens, tout en sauvegardant les intérêts 
de l'art. 



LES 



VOIES ROMAINES 



DE 



L'ARRONDISSEMENT DE SARREBOURG, 



PAR M. LOUIS BENOIT. 



Parmi les tribus guerrières de la Gaule, dont les dis- 
sensions intestines favorisèrent la conquête de Jules- 
César, on remarquait celles de la Belgica Prima. Cette 
province avait Trêves pour métropole et pour principales 
villes Metz, Toul et Verdun , formant entre elles autant 
de chefs-lieux de districts, assez semblables à nos dépar- 
tements actuels 1 . Les limites du district de Metz ou de la 



1. Le district ou la civitas renfermait un grand nombre de cir- 
conscriptions appelées pagi. Chaque pagus avait, à son tour, des 
villes et villages. Celui de Deccmpagi, dont il sera question plus 
loin, aurait renfermé, suivant certains antiquaires, dix vicos, tels que 
Guermange, Alteville, Assenoncourt, etc. 



— 15 — 

civitas des Mediomatricii, après avoir varié, coïncidè- 
rent avec celles de l'évêché primitif : au nord se trou- 
vaient les Trevires, au midi les Leuci (Toulois), à l'ouest 
les Virodunenses et à l'est les Triboeci, tribus germaniques 
mentionnées dans les Commentaires de César. Ce dis- 
trict comprenait donc la partie moyenne du cours de la 
Moselle, la moitié de celui de la Sarre depuis ses sources, 
et celui de la Seille. 

Si l'on n'y rencontre pas, comme en Alsace, des débris 
de poterie portant les estampilles des légions romaines 
qui stationnèrent dans le pays et y furent cantonnées, 
non-seulement pour le maintenir sous le joug, mais aussi 
pour le coloniser, en revanche, il est peu de localités où 
l'on ne puisse signaler des vestiges d'antiquités : fci un 
Mercure, là des monnaies d'empereurs, partout des tuiles 
à rebords, rappellent le séjour des Romains dans cette 
partie de la Gaule Belgique 1 . 

Par d'immenses routes, véritables artères qui mettaient 
en communication entre elles toutes les provinces de 
l'Empire, le simple soldat, muni du livret sur lequel 
étaient marquées les étapes, pouvait facilement se rendre 
à son poste, grâce aux colonnes itinéraires échelonnées 
le long de la route. La Table Théodosienne, dite carte 
de Peutinger, et Y Itinerarium provinciarium Anlonini 
Augusti nous fournissent des renseignements précieux 

i. Il n'entre pas dans le plan de ce simple exposé de signaler tous 
les monuments de la période gallo-romaine trouvés dans l'arrondisse- 
ment de Sarrebourg ; la plupart sont énumérés dans le Dictionnaire 
des Communes, dans la Statistique de M. Lepage et dans notre 
Répertoire archéologique. Ajoutons que, chaque jour, le Musée lor- 
rain s'enrichit de nouvelles trouvailles ; nous citerons, entre autres, la 
pierre tombale d'un vétéran des légions romaines, découverte à Hé- 
range, et figurant sous le n° 22 du Catalogue. 



— 16 — 

sur les principales voies romaines à la fin du iv e siècle'. 
Celles que nous avons pu étudier, grâce au concours 
de MM. les agents-voyers de l'arrondissement de Sarre- 
bourg, ont généralement 7 mètres de largeur; leur cons- 
truction n'est pas la même partout ; elles sont formées 
de couches de pierre, ordinairement de muschelkalk, 
assez grossièrement taillées, mais parfaitement jointes, 
posées de champ, tantôt dans une tranchée profonde, 
battue dans du mortier ; tantôt dans un mince lit de sable, 
ou simplement appliquées sur du gravier. Ces chemins, 
que détruisent chaque jour le soc de la charrue dans les 
champs, sillonnent la plaine et la montagne, sans tou- 
jours affecter une ligne droite. Tantôt construits en dé- 
blai, Ils sont recouverts par les terrains qui ont coulé ; 
tantôt la pioche du défricheur les retrouve sous les arbres 
des forêts qui les recouvrent de leurs racines, comme 
dans la forêt de Berthehning. Aux environs de Dieuze on 
a découvert une inscription qui rappelle le nom des fonc- 
tionnaires spécialement chargés, sous les ordres des décu- 
rions, de l'entretien de ces voies : c'étaient les quatuoT- 
viri viarum curandarum*. Une autre inscription, con- 
servée au musée d'Epinal, nous apprend que les chemins 
vicinaux étaient confiés aux vicani. Ces différentes voies 
ne semblent pas avoir été exécutées au temps de Jules- 
César, mais longtemps après le règne d'Auguste 3 . Elles 

1. Voy. Schœpfflin, Alsatia illustrata; on y trouve des détails 
très-étendus sur ces anciens documents conservés à Vienne. — Ibid. 
La carte de la Gaule par d'Anville. 

2. Voy. le P. Benoit Picart, Histoire de Toul, p. 12. 

3. Au vi e siècle, ces \oies furent réparées par la reine Bruneliaul, 
dont le nom est ainsi devenu légendaire. Voy. Aug. Digot, Histoire 
d'Austrasie, t. II, p. 110.) — On voit, d'après le Code tliéodosien, 
que le gouvernement impérial s'était occupé de l'état de ces diffé- 
rentes chaussées. 



— 17 — 

ont été classées en deux grandes catégories : 1° les grandes 
voies militaires, consulaires et prétoriennes ; 2° les voies 
vicinales. 

Nous avons rangé dans la première de ces catégories, 
au chapitre I , la grande voie de Reims à Strasbourg par 
Metz, traversant l'arrondissement de Sarrebourg de l'ouest 
à l'est 1 . 

Dans les autres chapitres figurent des voies vicinales, 
qui ne sont pas sans importance au point de vue straté- 
gique. 

I. 

La principale voie romaine de l'arrondissement de Sar- 
rebourg est celle de Reims à Strasbourg par Metz. Elle 
appartenait au réseau de l'est et mettait en communica- 
tion le Rhin avec Lyon , dont Agrippa avait fait le centre 
des voies de la Gaule, ainsi que nous l'apprend Strabon. 

Cette voie consulaire, après avoir traversé la Germanie 
Première à Strasbourg (Argcntorale), franchissait les 
Vosges (sylva Vosagus), pénétrait dans la Belgique Pre- 
mière et passait la Sarre à Sarrebourg (Ponte Sar- 
ravi). D'après la carie de Peutinger, Sarrebourg se 
trouvait à douze lieues gauloises de Saverne ( Tabernœ) 
et à dix lieues gauloises de Tarquimpol (ad decem Pa- 
gos ou Decempagi). Ajoutons que Y Itinéraire d'An- 
tonin indique les mêmes stations. Les distances données 
par ces itinéraires, calculées en lieues gauloises de 2,221 
mètres, se rapportent aux localités désignées et ne per- 

i. Voy. M.Alex. Bertrand, Les Voies romaines en Gaule. Voies 
des Itinéraires ; résumé de la commission de la topographie 
des Gaules. Paris, 1864. 

2 



— 18 — 

mettent pas de mettre en doute le témoignage de ces an- 
tiques documents 1 . 

Au x e siècle, cette voie était encore désignée sous le 
nom de s t rata publica tabernensis*. 

Suivant 31. le colonel de Morlet, auquel nous devons 
le Tracé des voies romaines du département du Bas- 
Rhin*, elle sortait de Saverne par le chemin dit Herren- 
iceg, pour franchir les Vosges au nord de la route impé- 
riale, au canton de YAltsleig (ancienne route de la côte 
de Saverne) et se dirigeait sur Phalsbourg, en laissant à 
sa droite des habitations gallo-romaines découvertes ré- 
cemment au Fahlberg , ainsi qu'une voie qui se dirigeait 
vers Trêves en côtoyant la montagne. 

Suivant M. le colonel Uhrich", la voie consulaire pas- 
sait au-dessous du rocher appelé le Saut-du-prince- 
Charles, au sud de la route impériale, qu'elle allait re- 
joindre à la maison forestière de la côte de Saverne, tandis 
qu'une autre voie suivait la vallée de la Zorn , passait à 
Lutzelbourg et se dirigeait, comme les précédentes, vers 
Tarquimpol. 

Quant à nous, il nous semble que la principale de ces 
trois voies est celle de la vallée de Lutzelbourg ; elle pas- 
sait à Dannelbourg et près de l'ancien télégraphe de Saint- 
Jean-Courtzerode, se dirigeait en ligne droite vers le 
clocher de Réding et venait se perdre entre Eich et le 

1. Voy. M. Alex. Bertrand (loco citato). Le mille romain est 
d'environ 1,481 mètres. La lieue gauloise valait un mille et demi. 

2. Voy. Digot, Histoire d'Austrasie, t. IV, p. 222. 

3. Voy. Mémoires de la Société pour la conservation des mo- 
numents historiques d'Alsace, 1860-1861. 

A. Voy. Mémoires de l'Académie impériale de Metz, 1850- 
1851. 



- 19 — 

chemin de fer, sur le ruisseau de la Bièvre 1 , à quelque 
distance de Sarrebourg. Cette voie pavée était encore 
parfaitement visible au xvi e siècle 2 . 

Le pont qui reliait les deux rives de la Sarre à Sarre- 
bourg devait se trouver devant l'ancienne porte de France, 
aujourd'hui démolie, et donner une grande importance à 
la station romaine de Ponte Sarravi ou Ponte Sarvix, 
ainsi désignée dans différents documents anciens 3 . 

Nous n'avons plus rencontré les traces de la grande 
voie de Strasbourg à Metz qu'au-delà de la Sarre, sur la 
ferme de Foudenhoff, commune de Haut-Clocher, et dans 
l'étang du Stock, où les travaux du canal des houillères 
de la Sarre ont mis au jour du béton romain*. 

Après avoir traversé le Stock , la forêt de Fribourg et 
les terres de Desseling 3 , cette voie quitte l'arrondissement 
de Sarrebourg pour pénétrer dans celui de Château- 
Salins. Sur le plateau qui s'étend entre les bassins de la 
Seille et de la Sarre , dans l'immense plaine de Lindre, 
dont les marais et les prairies ne furent convertis en étang 
que vers le xiv e siècle, se trouvait une station militaire 
importante désignée par les itinéraires sous le nom de 
Decempagi ou Ad decem pagos : c'était Tarquimpol. 

1. En allemand Bieber (caslor). 

2. Voy. le voyage de Jodocus Sincerus, traduit dans les Mé- 
moires de la Société d' Archéologie lorraine. 

3. Voy. M. H. Lepage, Dictionnaire topographique, p. 124. 
Cet ouvrage est surtout utile à consulter parce qu'il fait connaître les 
fréquentes altérations de l'orthographe des noms de lieux. 

4. Ce béton est composé de gravier de la Sarre, de quartz, felds- 
path, serpentine, amphibole et chaux grasse (communication de M. 
l'ingénieur Hirsch, 1864). 

5. A quelque dislance de Desseling, près de Bisping, on trouve 
. des restes d'une chaussée pavée. 



— 20 — 

Quelques antiquaires ont placé à tort cette station soit à 
Bisping, soit à Dieuze, localités qui ne renferment pas de 
restes de temples, de fortifications, de tombeaux, d'aque- 
ducs, comme Tarquimpol, autrefois le centre de plusieurs 
voies, dont on retrouve encore les nombreux tronçons. 
La Table de Peulinger fixe, il est vrai, la distance de 
A d decem pagos à Delme, à douze lieues gauloises ; mais 
c'est une de ces distances données inexactement par des 
chiffres altérés, ainsi que le démontre une savante disser- 
tation à laquelle nous empruntons le tableau suivant, au- 
quel nous n'avons trouvé à rectifier que le nom de Delme, 
chef-lieu de canton 1 : 

LES VOIES ROMAINES EN GAULE. 

VI. 

DE REIMS A STRASBOURG, par Metz. 



STATIONS. 


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7. 


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Metz. 


8. 


Ad Duodecimum 


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12 


T. P. 


Desme. 


9. 
10. 


Ad Decem Pagos 
Pons Saravi 


XII 
X 


15 
10 


T. P. 
T. P. 


Tarquimpol. 
Sarrebourg. 


11. 


Tabernse 


XII 


12 


T. P. 


Saverne. 


12. 


Argentoratum 


XIII 


14 


It. 240 


Strasbourg. 



II. 



Les hordes germaniques, enhardies par les divisions et 
l'affaiblissement de la puissance impériale, avaient pris 



i. Voy. M. Alex. Bertrand (loco citato), p. 15, 46 et 49. 



— 21 — 

l'habitude de franchir le Rhin. Ces irruptions devinrent 
de plus en plus fréquentes jusqu'à la fin de l'année 406, 
où eut lieu la grande invasion. Des nuées de barbares en- 
vahirent le sol des Gaules. Depuis longtemps les légions 
romaines cantonnées sur la frontière avaient été obligées 
de se replier dans l'intérieur ; les populations ne pouvant 
rester sans défense, on avait fortifié les villes et créé, sur 
la cime des Vosges, des vigies, des camps retranchés, ces 
murs des payens, derrière lesquels venaient s'abriter les 
colons, lorsque les signaux transmis d'un poste à l'autre 
annonçaient l'approche de l'ennemi. Des Germains auxi- 
liaires, recrutés chez les populations tudesques, avaient 
été incorporés dans les légions, et les ripuaires cultivè- 
rent les champs que leurs pères avaient si souvent rava- 
gés ! Barbares et Romains étaient devenus les milites 
militanei, qui, pendant longtemps, résistèrent avec suc- 
cès aux irruptions étrangères 1 . 

Le massif des montagnes qui s'élèvent entre les vallées 
de la Bœrenbach et du Schackeneck, était couronné par 
des constructions destinées à défendre le passage de la 
Zorn. Les villages de Garrebourg, Hùltenhausen et le 
château de Lutzelbourg, furent construits avec les débris 
du castrum gallo-romain du Gross-Limmersberg, d'un 
pourtour de six lieues, dans l'intérieur duquel une popu- 
lation tout entière pouvait se réfugier avec ses troupeaux ; 
de curieuses statues en pierre y ont été trouvées , entre 
autres un Mercure qui a été transporté au Musée lorrain 2 . 

On remarque une autre enceinte fortifiée au Heydens- 
tadt, foret des quatre communes dans le Bas-Rhin. 

1. Voy. Digot, Histoire d' Austrasic, t. I, p. 67. 

2. Voy. M. Goldenberg, Notice sur le castrum gallo-romain 
du Gross-Limmersberg. 



— 22 — 

Nous citerons aussi les Heidenmauer (murs des payens) 
de la forêt de Haberacker, la Schanz, enceinte fortifiée 
de Ilazelbourg, le chemin dit des Princes, voie pavée en 
cubes de grès, qui, de la montagne de Dabo, se dirige d'un 
côté vers l'Alsace, et de l'autre vers la vallée de la Bœ- 
renbach. Cette chaussée, remarquable par ses restes de 
pavés de pierre de taille, nécessaire dans un pays de 
sable, remonte sur le Holhvalsch, traverse la nécropole 
gallo-romaine du Trey-Hciligen , dans la forêt de Wals- 
cheid 1 , et descend dans la plaine par la vallée de la Bièvre. 

Un embranchement du chemin dit des Princes se diri- 
geait de Saint-Léon de Walscheid sur Voyer ( Via ro- 
mana), après avoir traversé les ruines des villages de Dû- 
renstein 2 . 

Non loin de là, à l'opposite de la forêt de Barville, s'é- 
levaient les gradins étages de la ligne de défense de 
Wasperwillër, sur le plateau appelé le Bas-Bois, qui 
domine le cours de la Sarre-Rouge. 

Un chemin, dont on perd fréquemment les traces, suit 
les sinuosités de la montagne qui sépare les départements 
de la Mcurlhe et du Bas-Rhin, et pénètre jusqu'au Do- 
non, dans le département des Vosges. Le Donon était 
couronné, non-seulement par des fortifications, ainsi que 
le constate la visite de Dom Alliot en 1G92 3 , mais aussi 



1. Les plus curieuses des tombes du Trey-Hciligen sont conser- 
vées dans les musées de Strasbourg et de Savcrne, où elles ont été 
transportées assez récemment. 

2. Voy. Beaulieu, Le comte de Dagsbourg, p. 291. 

3. Voy. Journal de la Société d' Emulation du département 
des Vosges, 1827, I. Il, p. 18. 



— 23 — 

par un temple dédié à Mercure, dont l'incurie et le van- 
dalisme ont fait disparaître les curieux vestiges 1 . 

La chaussée romaine de Wisch , mentionnée sur la 
carte des voies romaines du département du Bas-Rhin, 
passait sur le Donon par la Charaille, faisait la séparation 
des rivières de la Plaine et de la Sarre-Blanche , descen- 
dait dans le département de la Meurthe et se trouve dési- 
gnée sous le nom de chemin d'Allemagne. 

III. 

Toutes les collines qui s'étendent depuis Hattigny jus- 
qu'à Sarrebourg, dans la direction de Fraquelfing , Her- 
melange, Imling, étaient habitées du temps des Romains, 
qui y avaient probablement, suivant M. Bégin, élevé une 
seconde ligne de retranchements, dont la grande muraille 
vosgienne formait la première 2 . 

A Niederhoff, au lieu dit le Paquis, se trouve un re- 
tranchement s'étendant jusqu'à Heille , écart des Métai- 
ries-de-Saint-Quirin. Plusieurs voies, qui ont encore 
conservé des tronçons pavés , viennent s'y rattacher 3 : 

1° Le chemin du canton deBlâmont, qui, se bifurquant 
sur le ruisseau de Vacon, se dirige d'un côté vers Ancer- 
viller et de l'autre vers lgney. 

2° Celui d'ibigny, Foulcrey et Avricourt. 

3° Celui de Fraquelfing, Landange, Moussey, Ketzing, 
ferme située près de l'étang de Gondrexange, où l'on re- 

1. Pour se convaincre de l'importance de ce temple, il suffit d'exa- 
miner les bas-reliefs conservés au musée d'Epinal. 

2. Voy. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 

1836. 

3. Nous avons eu recours, dans cette partie de notre travail , aux 
indications fournies par MM. les agents-voyers et par M. le docteur 
Marchai, de Lorquin. 



— 24 — 

marque un retranchement. Une bifurcation faisait com- 
muniquer cette route avec Tarquimpol par les étangs de 
Xirxange et de Hellocourt. 

4° Le chemin dit d'Allemagne, dont nous avons parlé. 

5° La voie de Niederhoff à Sarrebourg, passant entre 
Hermelange etNitting, croisant, près de Schncckenbùsch, 
le chemin dit des Princes et traversant liesse au canton 
de Marjac. 

On ne retrouve plus le tracé des voies qui rayonnaient 
autour de Sarrebourg. Celle d'Imling, village qui , sui- 
vant la Statistique, semble avoir été un poste important, 
va se perdre par la ferme de la Forge dans les terres du 
canton Bettling. Entre Saint-Ulrich et la Landbach, com- 
mune de Dolving, on trouve le tronçon d'un ancien che- 
min pavé dont nous ignorons la direction. Au nord de 
Sarrebourg, au canton Krentznacker, commune de Ré- 
ding, on rencontre une voie qui rattachait Lixheim à Sar- 
raltroff. 

Sur le plan cadastral de Sarraltroff, les noms caracté- 
ristiques de Romansbcrg, Heidenmat, Heidenmauer, 
Heidenschloss, Heidenbronn , Ileidenfeld (mont des 
Romains, pré, mur, château, fontaine, champ de payons), 
dans la campagne des mureaux ou l'on remarque des 
restes de constructions d'origine romaine, des médailles 
et d'autres indices, ne permettent pas de douter de l'an- 
quité de ce village, dont le nom, en français, signifie vieux 
village de la Sarre 1 . 

1. Sur le versant d'uue colline qui sépare Sarraltroff tle Hilucs- 
heim, où l'on rencontre aussi d'anciens chemins, on remarque une 
enceinte fortifiée qui porte le nom A'Alt-Castel. Selon quelques ar- 
chéologues, ce nom, assez commun du reste, désignerait les châteaux 
d'origine gallo-romaine, tandis que celui d'Alt-Schloss, qui a la 
même signification, se rapporterait aux ruines des burgs du moyen-âge. 



— 25 — 

La voie, connue sous le nom de Hunweg (chemin 
des Huns), était parallèle à la Sarre qu'elle traversait 
sur un pont, dont il existe encore des débris à Romel - 
fing ; elle gagnait Fénétrange, par la route départemen- 
tale n° 17, autrefois désignée sous le nom de Herrenweg 
(chemin des Seigneurs). Cette voie se bifurquait à Obers- 
tinzel , pour gagner Hellering, Kirchberg et les termes 
de Mackwiller (département du Bas-Rhin) 1 . 

Au-dessus de Fénétrange on trouve un tronçon de che- 
min pavé se dirigeant vers Postroff. 

Sur la rive gauche de la Sarre, deux voies se ratta- 
chaient à celle de Metz à Strasbourg : l'une passait à Haut- 
Clocher, Bébing et Xouaxange ; l'autre partait de l'étang 
du Stock , passait près des ruines romaines de l'Ait— 
Schloss, non loin d'une tuilerie située derrière Langatte, 
traversait les terres de Gosselming, Saint-Jean-de-Bassel 
et Berthelming, où elle quittait la ferme de Thelung pour 
se perdre dans la forêt de Schwanhals, sur les bords de 
l'étang de Mittersheim, dans la direction de Tarquimpol. 

Avant de clore cette liste, bien incomplète, nous signa- 
lerons la voie qui venait aboutir à Tarquimpol en passant 
par Inswiller, la ferme de Rotherhoff, Vibersviller, Alt- 
viller et Sarre-Union, en se dirigeant vers Trêves. 

IV. 

En suivant les voies pavées que nous venons d'étudier, 
on rencontre non -seulement de nombreux débris de 
tuiles à rebord, mais aussi des trous de forme conique, 
plus ou moins larges et plus ou moins profonds, dont le 
diamètre varie de 10 à 40 mètres et la profondeur de 2 h 

1. Celte voie passait à l'est de Kirchberg en coupant la route de 
Phalsbourg à Fénétrange. 



— 26 — 

10 mètres. Dans les forèls ce sont des mares couvertes 
de plantes aquatiques ; dans les plaines, les travaux de 
l'agriculture les ont desséchées et en partie nivelées. Ces 
enfoncements circulaires ne furent pas destinés à servir 
de campements aux légions en marche, comme l'ont 
supposé quelques antiquaires, qui leur ont donné le nom 
d'excavations romaines 1 . 

La découverte de la nature et de l'usage de ces cu- 
rieuses cavités appartient à l'Allemagne, où elles sont 
plus nombreuses qu'en France 2 . Creusées par les Gau- 
lois, sur la pente des coteaux, pour faciliter l'écoulement 
des eaux, elles furent destinées à leur servir d'habita- 
tions ; les plus simples n'étaient que des huttes sembla- 
bles à celles de nos charbonniers. 

Sur le Rotherhoff, entre Millersheim et Munster, on a 
trouvé des fragments de poterie et des troncs d'arbres au 
fond d'une de ces mares que l'on avait cherché à vider et à 
combler. Ces baliveaux, rayonnant du centre de la mare, 
avaient dû se rejoindre au sommet et former un abri, 
couvert de paille, de terres, de fascines ou de fumier, 
pour servir de demeure aux anciennes populations. In- 
clinés et areboutés les uns contre les autres, ils formaient 
un toit conique, recouvrant une habitation de forme cir- 
culaire. 

Dans une autre de ces mares, mise à sec à la suite des 
travaux du canal des houillères de la Sarre, nous avons 

1. Voy. M. l'abbé Lcdain, Notices sur les musées de Maycnce 
et de Wiesbaden (Société d' Archéologie et d'Histoire de la Mo- 
selle, 18G2, p. 53 et 70). 

2. Voy. Dunuliaupt, Antiquités saxonnes, 1718. — Ibid. Ar- 
chéologie britannique, 1785. — Ibid. Mémoires de la société des 
Antiquaires de France, 1838. 



— 27 — 

remarqué des troncs de chêne, noircis par leur long sé- 
jour dans l'eau, façonnés grossièrement à la hache et 
mesurant 6 m ,50 de longueur sur m ,54 de diamètre ; ils 
étaient enfoncés profondément dans le sol. Aux environs 
d'Albecheau, le long du canal, on rencontre en moyenne 
par kilomètre trois de ces excavations coniques, qui ne 
sauraient être des affaissements du sol ; mais autour des- 
quelles on ne remarque pas de débris de tuiles à rebords 
ni terrassements ; c'est sans doute ce qui a fait supposer, 
ainsi que d'autres indices, que c'étaient des réservoirs 
d'eau, des citernes à ciel ouvert, que les populations an- 
tiques y avaient établies ; opinion que nous ne saurions 
partager 1 . 

Dans la Lorraine allemande, on donne à ces mares le 
nom de Heidenpullen (mares des payens) , en Angle- 
terre celui de pennpits, et en France, de margelles ou 
fosses à loup. 

On s'est demandé si, en faisant un relevé exact du 
nombre de ces excavations, il ne résulterait pas, de l'en- 
semble de cette étude, des données précieuses sur la dis- 
tribution géographique de l'ancienne population de la 
Gaule. La solution de cette question, que nous trouvons 
posée dans le 24 e volume du Magasin pittoresque, est 
d'autant plus difficile que ces mares ont disparu aux alen- 
tours des villages ; leur position sur la pente des co- 
teaux a facilité leur dessèchement ; elles ne se sont con- 
servées que dans les cantons éloignés et surtout dans 
l'intérieur des forêts. 



1. Voy. M. Maud'heux, Notice sur les mares, maies ou mortes 
du département des Vosges, insérée dans les Annales de la So- 
ciété d'Emulation des Vosges, 1861 et 1862. 



— 28 — 

Si nous descendons dans la vallée de la Sarre, dont 
l'importance, comme voie militaire et commerciale à l'é- 
poque gallo-romaine, a été remarquée 1 , nous y trouvons 
des vestiges de camps fortifiés et de burgs du moyen-âge, 
où l'on a découvert des antiquités romaines ; ces points 
stratégiques semblent avoir été, avant leur transforma- 
tion, les castra Sarrœ pro militum cuslodia, men- 
tionnés sur une ancienne inscription 2 . 

Nous signalerons les ruines de Xouaxange et de Gé- 
roldscck près de Niederslinzel, situées au milieu des prés ; 
les restes de pierres calcinées, de pierres de taille, de 
cendres et de tuiles à rebord dans un canton appelé All- 
Schloss, près de Berthelming, lmling et Sarreck, où il 
y avait des châteaux ; Sarrebourg, où , jusqu'à la fin du 
moyen-âge, se percevait le péage des flottes qui condui- 
saient les sapins de la montagne jusqu'aux pieds du mo- 
nument romain d'Igel, à l'embouchure de la Sarre. Tous 
ces postes étaient situés sur la rive droite. On peut faci- 
lement admettre que les natitœ saravl étaient protégés 
par ces lieux fortifiés , quand ils descendaient la rivière 
chantée par Ausone dans son poème intitulé Mosella : 

Naviger undisona dudum me mole Saravus 
Tola voce vocat : longum qui distulit amnem, 
Fessa sub Augustis ut volveret ostia mûris. 

Dans ce travail, entrepris à la recherche des voies ro- 
maines du pays, il est de nombreuses lacunes que des 
découvertes ultérieures, dues surtout au hasard, parvien- 
dront sans doute à combler : c'est ainsi que, tout récem- 
ment, nous avons rencontré un chemin pavé très-impor- 

1. Voy. M. de Morlel (loco citato), p. 6-2. 

2. Voy. Gruler, fnscriptiones, p. 225. 



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1865. 



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—'.=:~: lundi- trie de Mr. à Strasbourg. 

+ ->■ + ■-->-+ limitesdu département. 



— 29 — 

tant au milieu de la tranchée qui sépare de la forêt 
domaniale du Kempel le quart en réserve du Burgerwald 
de Fénétrange, entre les routes d'Albestroff et de Dieuze ; 
suivant les uns , ce chemin reliait Tarquimpol à Féné- 
trange ; suivant d'autres, il allait traverser la Sarre de- 
vant les ruines de Gérolseck, en se dirigeant vers Postroff. 
Dans la forêt du Kempel, près de ce chemin, se trouvent 
des tuiles romaines, des mares des payais, habitations 
gauloises placées sur le penchant des coteaux pour l'écou- 
lement des eaux, et enfin quelques fragments de sculp- 
tures, que nous avons signalés dans le Répertoire ar- 
chéologique de l'arrondissement de Sarrebourg . 



MÉMOIRE 



SUR L'EMPLACEMENT DE LA BATAILLE 



GAGNÉE PAR JOV1N SUR LES GERMAINS, 



DANS LA LORRAIN!!, 



PAR M. AUG. DIGOT. 



La question que nous allons essayer de résoudre a déjà 
été l'objet de plusieurs mémoires spéciaux. Le R. P. Le- 
bonnctier, prémontré, dernier curé de Scarpone, se livra, 
relativement à l'histoire de cette ville ancienne, à d'im- 
menses recherches dont il consigna les résultats dans 
trois volumes in-4°, manuscrits, aujourd'hui déposés à la 
bibliothèque publique de Nancy 1 . Comme ces notes in- 
formes et confuses ne pouvaient être consultées que diffi- 
cilement, M. le docteur Lamoureux, de Nancy, en fit un 
extrait méthodique, clair et substantiel, qui fut imprimé 

1. Cabinet des manuscrits, u° 88. 



— - 31 — 

dans les tomes VI11 et X des Mémoires publiés par la 
Société royale des Antiquaires de France. Le P. Le- 
bonnetier et son abréviateur ont tous deux examiné la 
question qui nous occupe, et c'est en grande partie 
d'après les renseignements par eux recueillis que nous 
entreprendrons de la résoudre. Une autre dissertation sur 
le même sujet a été insérée par M. Beaulieu dans le 1 er 
volume de son ouvrage intitulé : Archéologie de la Lor- 



raine*. 



Nous venons de dire que nous nous servirions des ren- 
seignements recueillis par le P. Lebonnelier; mais il ne 
faut pas conclure que notre mémoire ne renfermera 
qu'une analyse de ses recherches ; la lecture de ces pages 
suffira pour prouver que nous avons suivi son opinion 
seulement quand elle nous a paru conforme à la vérité, 
et que, sur des points importants, nous avons cru devoir 
formuler des conclusions toutes différentes des siennes. 

Pour bien préciser la question à l'examen de laquelle 
nous allons nous livrer, il importe de recueillir les ren- 
seignements que nous a conservés sur la bataille, ou, 
pour mieux dire, sur les deux batailles livrées près de 
Scarpone, Ammien-Marcellin, le seul des auteurs anciens 
qui en ait parlé ; et nous ne pouvons mieux faire que de 
reproduire les propres expressions de cet historien. Après 
avoir rapporté la défaite de Sévérien et de Carietton, au 
commencement de l'année 566, Ammien-Marcellin ra- 
conte que les Germains se répandirent dans le nord-est 
des Gaules, où ils commirent de grands ravages. L'em- 
pereur Valentinien 1 er , qui se trouvait alors dans cette 
province, se hâta de prendre les mesures nécessaires 

1. Pages 107-109. 



— 32 — 

pour arrêter le torrent. « Quà clade cuni ultimo mœrore 
» compertà (dit l'historien latin), correcturus seciùs gesta 
» Dagalaïphus à Parisiis mittitur. Eoque diù cunctante, 
» causanteque diffusos per varia barbaros semet adoriri 
» non posse, accitoque paullo post ut cum Gratiano 
» etiam tum privato susciperet insignia consulatùs, Jo- 
» vinus equitum niagister accingitur : et instruclus para- 
» tusque cautissimè observans utrumque sui agminis 
» latus, venit propè locum Scarponna : ubi inopinus ma- 
» jorem barbarorum plebem, antequam armaretur, tem- 
» poris brevi puncto prœventam ad intcrnecionem ex- 
» tinxit. Exultantes innoxii prœlii glorià milites ad alterius 
» globi perniciem ducens, sensimque incedens rectos 
» eximius speculatione dedicit fidà, direptis propiùs vil- 
» lis, vastatoriam manu m quiescerc propè flumen : jam- 
» que adventas, abditusque in valle densitate arbustorum 
» obscurâ, videbat lavantes alios, quosdam comas ruti- 
» lantes, ex more, potantesque nonnullos. Et nactus ho- 
» ram impendiô tempestivam, signo repenti per lituos 
» dato, latrocinalia castra perrupit : contraque Germani 
» nihil praeter inefficaces minas jactanter sonantes et fre- 
» mitum, nec expedirc arma dispersa, nec componere 
» aciem, nec resurgerc in vires permittebantur, urgente 
» instantervictore. Quocirca forati pilis et gladiis cecidere 
» complures, absque iis quos versos in pedes texere 
» flexuosi tramites et angusti. Hoc prospero rcrum effectu 
» quem virtus peregerat et fortuna, auctà fiducià, Jovinus 
» militem ducens, diligenti speculatione prœmissa, in 
» tertium cuneum qui restabat, properè castra com- 
» movit 1 » 

1. a Valenlinien ayant appris avec un grand chagrin cette défaite 
» (celle de Sévérien et de Carietton), envoya pour y remédier Daga- 



— 33 — 

Ainsi, il résulte du récit d'Ammien, que Jovin surprit 
et extermina près de Scarpone une première troupe de 
barbares ; qu'il se mit ensuite à la recherche d'une autre 
bande qui se reposait sur les bords de la Moselle , après 
avoir dévasté les villas voisines ; que le général romain 
profita d'une forêt pour couvrir sa marche et arriver jus- 

» laïf, qui se trouvait alors à Paris. Mais celui-ci, différant toujours 
» d'attaquer les Germains, et donnant pour motif que leur division 
» en plusieurs bandes l'empêchait de leur livrer bataille, fut rappelé 
» peu de temps après pour prendre les insignes du consulat avec 
» Gratien, qui n'était pas encore en charge ; et Jovin, maître de la 
» cavalerie, fut chargé de le remplacer. Celui-ci, après avoir pris 
» toutes les précautions et tous les renseignements nécessaires , el 
ii surveillant avec grand soin les deux flancs de son armée, s'appro- 
ii cha du lieu nommé Scarpone ; là, il surprit une troupe considérable 
» de Germains et la massacra, avant même que les barbares eussent 
ii pu saisir leurs armes. Profitant de l'ardeur des soldats, encouragés 
» par ce combat glorieux qui ne leur avait point coûté de sang, Jovin 
» les conduisit contre une autre bande. S'avançant avec lenteur, cet 
h excellent général apprit par des éclaireurs, sur lesquels il pouvait 
n compter, que les barbares, après avoir dévasté les villas voisines, 
» se reposaient près du fleuve. II s'en approcha et, caché dans une 
» vallée par l'épaisseur d'une forêt, il aperçut les Germains, les uns 
n se baignant, les autres se teignant la chevelure en rouge, selon leur 
n coutume, et les autres buvant. Trouvant le moment favorable, il 
M ordonna aussitôt aux clairons de donner le signal et se précipita 
n sur le camp des barbares. Ceux-ci ne purent que faire entendre des 
ii cris et des menaces aussi vaines que ridicules ; les vainqueurs, 
» fondant sur eux avec rapidité, ne leur laissèrent le temps ni de sai- 
» sir leurs armes dispersées çà et là, ni de se mettre en bataille, ni 
» de se réunir en force. Un grand nombre tombèrent percés de coups 
» d'épées ou de javelots ; il n'y eut de sauvés que ceux qui gravirent 
» des sentiers difficiles et tortueux. Après ces heureux suecès, dus 
« au courage et à la fortune, et qui augmentèrent la confiance du 
» soldat, Jovin envoya devant lui des éclaireurs, et conduisit promp- 

ii tement son armée contre une troisième bande de barbares » — 

V. Ammiani Marcellini rerum gestarum qui de XXXI supersunt libri 
XVIII ; lib. XXVII, cap. 2, édit. Valois, in-folio, page 476. 



— 34 — 

qu'auprès des Germains ; que cette foret était située clans 
une vallée, et que, près de là, se trouvaient des hauteurs, 
puisque les fuyards s'échappèrent par des sentiers diffi- 
ciles et tortueux. 

Tels sont les renseignements historiques qu'Ammien- 
Marcellin nous a transmis sur ces deux combats ; nous 
n'en possédons pas d'autres , et Zosime , qui rapporte la 
défaite de Sévérien et de Carictton 1 , ne parle pas des 
exploits de Jovin, sans doute parce que le général était 
chrétien. 

Le but que nous devons nous proposer d'atteindre est 
de déterminer, soit d'après le texte d'Ammien, soit par 
l'examen des localités, l'emplacement des deux batailles 
dont nous venons de rapporter le récit. 

La première partie de cette tâche est assez difficile, car 
l'historien latin, parlant du premier combat que livra Jo- 
vin, dit seulement que ce combat eut lieu près de Scar- 
pone. Pour arriver à quelque chose de plus positif, il 
serait nécessaire de savoir quelle route Jovin avait suivie 
pour s'approcher de celle ville. Au rapport d'Ammien, 
Dagalaïf avait quitté Paris pour aller se mettre à la tête 
de l'armée destinée à repousser les barbares ; d'un autre 
côté , une partie des Germains s'étaient avancés jusque 
dans les environs de Chàlons-sur-Marnc (Calalauniy ; il 
est par conséquent probable que les troupes romaines se 
trouvaient à peu près vers la frontière de la Belgique 
Première et de la Belgique Seconde, et que Jovin , après 
avoir pris le parti d'attaquer d'abord les deux bandes de 
Germains qu'il jugea les moins redoutables, marcha dans 

1. Y. l'ouv. de Zosime, édition d'Oxford, livre IV, page 210. 

2. V. Ainmien, loc. cit. 



— 55 — 

ïa direction de l'occident à l'orient, suivant la grande voie 
qui conduisait de Nasium à Metz , en passant par Tullum 
(Toul) et Sarpone. S'il en fut ainsi, et on verra plus bas 
que les choses ne purent guère se passer autrement, la 
première action eut lieu sur la rive gauche de la Moselle, 
près de Scarpone, et vers le point que nous avons indi- 
qué sur le plan joint à ce mémoire. 

Le P. Lebonnetier et d'autres personnes ont pensé que 
le lieu du combat devait, au contraire, être cherché sur 
la rive droite de la rivière ; mais ils ne songeaient point 
alors au changement survenu depuis le iv e siècle dans la 
topographie de cette contrée. La ville de Scarpone était 
primitivement située sur la rive gauche de la Moselle et 
faisait partie du diocèse de Toul ; mais cette rivière chan- 
gea plus lard de lit, et Scarpone se trouva alors sur la 
rive droite et dans le diocèse de Metz 1 . En 566, elle était 
encore sur la rive gauche ; et si le combat livré par Jovin 
eut lieu près de Scarpone , il est plus vraisemblable de 
supposer que ce fut du même côté de la rivière. Nous 
ajouterons plus bas à cette probabilité d'autres considé- 
rations qui suffiront , nous l'espérons du moins, pour la 
changer en certitude. 

Jovin, après le premier succès qu'il venait d'obtenir, 
ne s'arrêta probablement pas sur le champ de bataille, et 
conlinua sa marche pour atteindre une autre bande de 
Germains , qui continuait ses ravages sur la rive droite 



1. Scarpone est située dans une île, parce que. l'ancien bras est 
aujourd'hui rempli d'eau et se trouve même seul navigable ; mais, au 
moyen-âge, le bras occidental de la rivière semble avoir été beaucoup 
plus important que le bras oriental ; on ne comprendrait pas, sans 
cette circonstance, comment Scarpone aurait été réunie au diocèse de 
Metz, après avoir été longtemps réunie à celui de Toul. 



_ 50 — 

de la Moselle , mais dont il ne connaissait pas au juste la 
position. Pensant, selon toutes les probabilités, que les 
barbares s'étaient rapprochés de la Moselle, et ne voulant 
point aller à eux en suivant le fond de la vallée, afin de 
n'être pas découvert, il traversa la rivière sur les ponts 
de Scarpone et se dirigea de l'ouest à l'est, en traversant 
les territoires actuels des villages de Bezaumont, Ville— 
au-Val et Landremont. Arrivé à la pointe sud-est de la 
montagne Sainte-Geneviève, au pied et sur le flanc de 
laquelle sont bâtis les trois villages que nous venons de 
nommer, il changea tout à coup de direction et s'avança 
vers le nord, au milieu d'une foret qui devait être à cette 
époque beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. Il mar- 
chait alors parallèlement à la Moselle , mais à une assez 
grande distance de la rivière, et tous ses mouvements 
étaient dérobés par la montagne Sainte-Geneviève, qu'il 
laissait à gauche. Il devait être parvenu vis-à-vis la pointe 
nord-est de cette montagne, où se trouve aujourd'hui la 
tuilerie Sainte-Geneviève, lorsque ses éclaireurs lui rap- 
portèrent que les Germains, après avoir dévasté les villas 
voisines, se reposaient sans défiance sur la rive droite de 
la Moselle. Jovin forma aussitôt le projet de les attaquer 
à l'improviste. Pour parvenir du lieu où il se trouvait 
jusqu'au bord de la rivière, il faut suivre une vallée con- 
nue sous les noms de Fauquemine et de Hollanbois. 
Cette vallée est aujourd'hui couverte de bois presque dans 
toute sa largeur, et il est probable qu'au iv e siècle, la 
forêt couvrait la croupe de la montagne Sainte-Geneviève. 
Quoi qu'il en soit, le bois actuel, nommé forêt de Facq, 
est assez vaste pour dérober la marche d'une armée peu 
considérable , et s'avance assez près de la Moselle pour 
qu'on puisse s'approcher de cette rivière sans être aperçu. 



— 37 — 

Arrivés à l'extrémité de ce bois, les Romains aperçu- 
rent les barbares qui étaient répandus fort en désordre 
sur la rive de la Moselle, à l'endroit où cette rivière fait 
un coude vers l'orient, entre les villages de Loisy et d'At- 
ton. C'est là qu'attaqués à l'improviste et avec une grande 
vigueur, les Germains furent taillés en pièces avant d'a- 
voir pu se réunir et se mettre en défense. 

Sans parler d'une tradition conservée dans le pays et 
selon laquelle une bataille aurait été livrée en ce lieu , on 
rencontre encore entre les deux villages que nous venons 
de nommer quelques traces de la victoire de Jovin. Ainsi, 
une pièce de terre, située près de la rivière, porte le nom 
de Terre maudite, et la tradition rapporte que cette dé- 
nomination lui fut donnée à cause des torrents de sang 
dont elle avait été abreuvée. Un autre canton, placé vers 
le village d'Atton et l'ancien étang d'Arbonne , à peu de 
distance, par conséquent, de celui dont nous venons de 
parler, s'appelle encore aujourd'hui l'Atrêe des Alle- 
mands. On sait que le mot atrêe ou ailre signifie cime- 
tière, et il est très-probable que l'on réunit et que l'on 
enterra en ce lieu les nombreux cadavres des Germains 
dont le sol était jonché. Enfin, près du village de Loisy 
et toujours à peu de distance du champ de bataille, se 
trouvait une croix qui a subsisté jusqu'en 1793, et s'ap- 
pelait Croix Ma ttirion. Une tradition, dont nous n'avons 
pas à examiner la valeur, faisait dériver ce nom des mots 
latins crux martyrorum, et rapportait que la croix avait 
été élevée sur l'emplacement où furent ensevelis les sol- 
dats chrétiens qui faisaient partie de l'armée de Jovin. 
Nous ne pouvons dissimuler que cette étymologie ne 
nous satisfait pas complètement, et il nous répugne d'ad- 



— 58 — 

mettre que l'on ait décerné le titre de martyrs à des sol- 
dats tués dans une bataille 1 . 

Il est utile cependant de faire observer que la majorité 
de l'armée de Jovin devait être chrétienne, et que, sous 
l'empire de Julien, lui-même s'était toujours fait remar- 
quer par l'inébranlable fermeté de ses convictions reli- 
gieuses 2 . Il n'est donc pas impossible qu'il ait érigé une 
croix pour conserver le souvenir de ceux de ses coreli- 
gionnaires, en petit nombre, du reste, qui venaient de périr 
sous ses yeux. Enfin, nous devons mentionner une der- 
nière circonstance qui s'accorde avec les faits que nous 
venons de rappeler pour fixer le lieu du combat entre les 
villages d'Atton et de Loisy. Ammien-Marcellin rapporte 
que les seuls Germains qui parvinrent à s'échapper, sui- 
virent en fuyant des sentiers difficiles et tortueux. Or, 
on ne peut contester ce caractère aux sentiers qui con- 
duisent de la vallée de Hollanbois et des environs de 
l'étang d'Arbonne sur la montagne Sainte-Geneviève et 
sur la colline où s'élève le village d'Atton. On comprend 
facilement que les Romains, fatigués d'une longue marche 
et chargés d'armes pesantes, n'aient pu atteindre des 
hommes désarmés et à qui l'instinct de la conservation 
prêtait de nouvelles forces. 

Telles sont les conclusions auxquelles nous ont con- 



i. On peut voir l'opinion de M. Clouet sur celle croix, dans son 
Histoire ecclésiastique de la province de Trêves, lonic I , pages 355 
et 356. 

2. Jovin élait de Reims, et on voit encore, dans la cathédrale de 
cette ville, un tombeau antique en marbre blanc que l'on prétend être 
celui de ce général. Avant la révolution, ce tombeau élait placé dans 
l'église Sainl-Nicaise, dont Jovin passait pour être le fondateur. V. 
Morlot, Melropolis Remeusis Ilistoria, I, 503. 



— 59 — 

duit une étude attentive du texte d'Ammien-Marcellin et 
un examen consciencieux du plan topographique des en- 
virons de Scarpone. Nous ne devons pas, au reste, dissi- 
muler que le P. Lebonnetier et son abréviateur n'ont pas 
adopté la même manière de voir. 

Selon le P. Lebonnetier, Jovin, qui se trouvait sur la 
rive droite de la Moselle, aurait marché du sud au nord 
et aurait attaqué la première troupe des Germains sur le 
territoire de la commune de Loisy, à peu près dans le 
canton où s'élevait la Croix-Matlirion, et de là, conti- 
nuant sa marche vers le nord, il aurait surpris la seconde 
troupe non loin de la colline d'Atton, au lieu que l'on 
regarde comme celui où se livra le dernier combat 1 . Dans 
le même système, la Croix-Matlirion aurait été élevée 
sur la tombe des soldats chrétiens tués dans la première 
bataille. 

Nous croyons qu'il n'est pas difficile de faire com- 
prendre que cette explication ne peut être la véritable. 
L'espace qui sépare les deux villages de Loisy et d'Atton 
n'est que d'une demi-lieue. Par conséquent, si les Ro- 
mains avaient attaqué la première bande dans les envi- 
rons de Loisy, il est certain que les fugitifs n'auraient 
pas manqué de se diriger vers le lieu si rapproché où ils 
savaient rencontrer leurs compatriotes, et, dès lors, une 
seconde surprise serait devenue impossible. Ammien- 
Marcellin semble dire, il est vrai, que les Germains, ren- 
contrés d'abord par Jovin, auraient été exterminés ; mais 
on sait que des expressions semblables ne doivent pas 
être prises à la rigueur. Nous admettons que très-peu 

1. V. le manuscrit n° 84 de la bibliothèque publique de Naucy, et 
Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France, lomeVIH, 
pages 17G et 177, et tome X, pages 57 et GO. 



— 40 — 

de barbares parvinrent à s'échapper, mais nous ne pou- 
vons croire qu'ils aient péri jusqu'au dernier. Supposons 
cependant qu'il en ait été ainsi ; eh bien ! le système du 
P. Lebonnetier ne sera pas plus vraisemblable : si le 
premier combat a été livré à Loisy, les Germains, campés 
sur la rive droite de la Moselle, ont, à deux kilomètres 
de distance tout au plus, dû entendre le bruit du combat, 
le son des instruments militaires, les cris des mourants, 
la rivière a dû rouler devant eux les cadavres de quel- 
ques-uns de leurs compatriotes. Mais il y a plus, et nous 
soutenons que les Germains, du point où ils se trouvaient 
placés, devaient voir le lieu où se serait livré le premier 
combat d'après le P. Lebonnetier. Ils se seraient, par 
conséquent, hâtés d'accourir au secours de leurs frères, 
et ne se seraient pas laissé surprendre bientôt après. 

Il faut d'ailleurs faire observer que, si les choses s'étaient 
passées comme le croyait le curé de Scarpone, Jovin 
n'aurait pu suivre la vallée de Hollanbois pour marcher 
contre la seconde troupe des Germains ; pour pénétrer 
dans cette vallée , il aurait été obligé de gravir la mon- 
tagne Sainte-Geneviève, de traverser le petit plateau qui 
la surmonte , et d'en redescendre la pente orientale. Un 
pareil mouvement n'aurait pu s'effectuer sans être re- 
marqué, et, du haut de la colline d'Atton ou même du 
bord de la Moselle , les Germains n'auraient pu manquer 
de s'en apercevoir. 

Enfin, nous croyons que la Croix-Mat tir ion ne peut 
être un souvenir du premier combat ; il parait que les 
Romains y perdirent bien peu de soldats , puisque Am- 
mien emploie à cette occasion les mots innoxii prœlii, 
tandis que l'on peut très-bien admettre que la seconde 
bataille a été plus sanglante. La Terre maudite et VA- 



— 41 — 

trêe des Allemands sont, d'ailleurs, assez rapprochés de 
Loisy pour que les soldats romains aient pu être enterrés 
près de ce village. 

Nous ferons encore observer qu'Ammien ne désigne 
pas l'emplacement du premier combat d'une manière po- 
sitive, et que, par conséquent, rien, dans son récit, n'o- 
blige à croire que ce combat a été livré près de Loisy. 

M. Beaulieu , dans son ouvrage intitulé Archéologie 
de la Lorraine, a parlé également de la victoire de Jo- 
vin ; mais il n'a pas cherché à déterminer le lieu de la 
première action ; il ne la mentionne même pas. Il croit 
que le général romain, parti de Metz , s'avança du nord 
au sud, jusqu'à l'entrée orientale de la vallée de Hollan- 
bois, et suivit, pour atteindre les Germains campés au 
pied de la colline d'Atton, l'itinéraire que nous avons in- 
diqué 1 . 

Nous ne pouvons adopter complètement ce système. 
D'après Ammien, il y eut deux batailles distinctes , l'une 
près de Scarpone, l'autre sur les bords de la Moselle. 
M. Beaulieu parle de cette dernière action, mais il ne 
rend pas compte de la première ; son système en exclut 
même formellement la possibilité, car si Jovin arrivait de 
Metz au moment où il a pénétré dans la vallée de Hol- 
lanbois, il n'avait pu d'abord rencontrer et vaincre les 
Germains près de Scarpone, la vallée dont nous venons 
de parler, les villages d'Atton et de Loisy se trouvant 
entre Scarpone et Metz. De deux choses l'une, ou 
M. Beaulieu croit qu'il n'y eut qu'un seul combat, et, 
dans ce cas, il se trouve en contradiction avec le texte 
d'Ammien, ou il reconnaît qu'il y en a eu deux, et alors le 

1. V. tome I, pages 102 et 108. 



— 42 — 

premier ayant dû être livré avant que Jovin atteignit la 
vallée de Hollanbois et la pente septentrionale de la 
montagne Sainte-Geneviève, le premier, disons-nous, 
aurait eu lieu loin de Scarpone ; ce que le récit de l'his- 
torien latin ne permet pas d'admettre. 

Au reste, M. Beaulieu pense, comme nous, que la 
Croix-Mat tir ion se rattache au comhat livré sur le bord 
de la Moselle ; il pense même que la troupe de Germains 
que Jovin extermina en ce lieu y avait établi un camp 
fortifié, dont on verrait encore aujourd'hui quelques ves- 
tiges sur le territoire de Loisy 1 . Mais nous ne pouvons 
partager cette opinion , et nous croyons qu'il résulte du 
texte d'Ammien que les barbares n'étaient arrivés sur le 
bord de la rivière que depuis peu de temps quand ils 
furent surpris et passés au fil de l'épée. 

En résumé, nous admettons, comme M. Beaulieu, que 
la principale action a eu lieu entre les villages d'Atton et 
de Loisy, à l'endroit où la Moselle fait un coude vers 
l'orient, et Jovin a suivi, pour y arriver, la vallée de 
Hollanbois, depuis la tuilerie Sainte-Geneviève; mais 
nous croyons que ce général a livré un premier combat 
aux Germains sur la rive gauche de la Moselle et à peu 
de distance de Scarpone ; que, pour gagner l'ouverture 
orientale de la vallée dont nous venons de parler, 11 a 
tourné la montagne Sainte-Geneviève ; en un mot, qu'il 
a suivi un itinéraire différent de ceux que l'on avait ad- 
mis jusqu'à présent. 



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J, V. tome I, page 109. 



PLAN LES El , DI CARPONE 



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POÉSIES POPULAIRES 



DE LA LORRAINE. 



La Société d'Archéologie, pour répondre à un désii 
émané du ministère de l'Instruction publique, a déjà pu- 
blié, dans le quatrième volume de ses Bulletins, un cer- 
tain nombre de poésies populaires de notre pays. Elle 
pensait que cette manifestation appellerait l'attention de 
ses membres sur un genre de littérature qui n'est pas 
sans intérêt, et provoquerait, de leur part, des commu- 
nications qui lui permettraient de grossir le recueil qu'elle 
avait commencé à former. Elle ne s'était pas trompée : 
des envois assez importants lui ont été faits de divers 
points de la Lorraine et la mettent en position de donner 
aujourd'hui un supplément à sa première publication. 

Ce supplément aurait pu être considérable si la So- 
ciété avait voulu faire imprimer toutes les pièces qui lui 



_ 44 — 

m 

ont été adressées; mais notre honorable confrère, M. l'abbé 
Marchai, chargé de les examiner, a jugé que plusieurs 
d'entre elles devaient être écartées, pour divers motifs : 
quelques-unes ont trop peu de valeur, sont fades ou un 
peu crues ; les autres ne sont pas spéciales à nos contrées 
et se chantent presque partout en France, excepté peut- 
être dans les provinces du midi. 

Voici celles que M. l'abbé Marchai a signalées comme 
méritant d'être publiées. 

FRAGMENT. 

Sainte Marguerite, 

La vierge bénite, 

Endormez le p'tit enfant 

Jusqu'à temps qu'il sera grand, 

Qu'il dira papa, maman. 
Dodo, l'enfant do, 
L'enfant dormira tantôt. 

J'm'en vais à Saint- Jacques. 

Quoi faire à Saint-Jacques ? 

Chercher des images 

Pour donner au plus p'tit, 

Au plus mignon 

De la maison 

Et au plus sage. Dodo. 



Sur le siège d'Epinal défendu par le comte de Toruielle'. 

1 . Ce couplet et le suivant ont été communiqués par M. Maud'heux, 
père, président de la Société d'Emulation des Vosges. 



— 4o — 

Et vous sieur Brebagotte, où étiez-vous alors 
Quand le comte Tornielle nous fit un si grand tort ? 
J'étais en sentinelle sur la tour Saint-Goery, 
Et je faisais feu et flamme dessus les ennemis. 



Sur M. de Beaubourg, intendant en Lorraine. 

Nous porterons encore des souliers de roussi 1 , 
Malgré Beaubourg qui avait entrepris 
De nous mettre en sabots ; 
Qu'il est sot, 
Ah! qu'il est sot, 
Ce bigot, 
Ce cagot , 
Ce mangeur d'escargots 2 . 



CHANSOiN 3 . 

J'ai un beau château, va-t-en verre, verre, verre, 
J'ai un beau château, va-t-en verre, verre, veau. 

Le mien est plus beau, va-t-en verre, verre, verre, 
Le mien est plus beau, va-t-en verre, verre, veau. 



1. On appelait, et on appelle peut-être encore, roussi le cuir qui 
n'est ni ciré, ni verni. M. de Beaubourg l'avait probablement assujetti 
à une taxe qui fut levée. 

2. On voit, par ce couplet, que nos anciens Lorrains faisaient peu 
de cas des escargots et se scandalisaient d'en voir paraître sur la 
table de l'intendant. 

3. Communiquée par M. Chapellier, instituteur à Epinal. 



— 4G — 
Je le détruirai, va-t-cn verre, verre, verre, 
Je le détruirai, va-l-en verre, verre, veau. 

Comment feras-tu, va-i-cn verre, verre, verre, 
Comment feras-tu, va-t-en verre, verre, veau. 



Je prendrai une fleur, va-t-en verre, verre, verre, 
Je prendrai une fleur, va-l-en verre, verre, veau. 



Quelle fleur prendras-tu, va-t-en verre, verre, verre, 
Quelle fleur prendras-tu, va-t-cn verre, verre, veau. 

Je prendrai une rose, va-t-en verre, verre, verre , 
Je prendrai une rose, va-t-en verre, verre, veau. 

J'en ferai plainte au roi, va-t-en verre, verre, verre, 
J'en ferai plainte au roi, va-t-en verre, verre, veau. 

Tenez, la voilà, va-t-en verre, verre, verre, 
Tenez, la voilà, va-t-en verre, verre, veau. 



CHANSONS 1 . 

I. 

Vouron qu'et cteu aivrie 
Que voci maie ; 

1. Celle pièce el les suivantes, jusqu'à la dernière, exclusivement, 
nous ont été adressées par M. Gaudé, instituteur à Vaudeville (Meuse). 
Notre zélé confrère ne s'est pas borné à recueillir un très-grand nom- 
bre de poésies, que nous n'avons pu imprimer toutes, pour quelques- 
uns des motifs exposés ci-dessus, il a encore eu le soin de joindre 
au texte patois la traduction française, qui est on ne peut plus fidèle, 
et de noter les airs de plusieurs morceaux. Ils sonl reproduits sur la 
plancbe ci-après, avec des numéros correspondant à ceux des pièces. 



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— 47 — 

Eume cœur je n'sarau tenie 
Tant que Tôt gaie. 
Tant venie 
Et tant aller, 
Tant oyie 
Le maie chanter, 
Oyie le maie. 

J'on éteu ch'la vouye d'S'raumont, 
J'y on trouvet tros bés gâchons ; 
Y nous ont tant robrasset, 
Que ç'ot c'ia qu'j'ons tant d'moret ; 
Oyie le maie. 

J'ons éteu avau lot biés, 
Et jTos ont trouvet si bés, 
Et los vins, écot les prés, 
Et los gâches à mener ; 
Oyie le maie. 

Quant vout houme viret au boue, 
Ponn'det-ly la sarpe au doue, 
Qu'y ni saut ni prie, ni moue, 
Ni boquet don boque boue ; 
Oyie le maie. 

Bounes foumes de céans, 
Faïet don pou Diu le Grand, 
De voue bins, de voue férines, 
Et dos yus de vous gélines ; 
Oyie le maie. 

Tiret let bouche don ponn'dant 
Et r'ouéetet c'qui niet dedans, 



— 48 — 

Pou douer à ços ofants, 
Que s'o vont le maie chantant ; 
Oyie le maie. 



TRADUCTION DE LA CHANSON PRÉCÉDENTE. 

Où a donc été avril 

Que voici mai ; 

Mon cœur je ne saurai tenir 

Tant il est gai. 

Tant venir 

Et tant aller, 

Tant entendre 

Le mai chanter ; 

Entendez le mai. 

Nous avons été sur la voie de Seraumont, 
Nous y avons trouvé trois beaux garçons ; 
Ils nous ont tant embrassé, 
Que c'est cela que nous avons tant demeuré; 
Entendez le mai. 

Nous avons été parmi les blés, 
Et nous les avons trouvés si beaux, 
Et les vignes, encore les prés, 
Et les filles à marier ; 
Entendez le mai. 

Quand votre homme ira au bois, 
Pendez-lui la serpe au dos, 
Qu'il n'y soit ni pris, ni mort, 
Ni becqué du becque bois (oiseau) ; 
Entendez le mai. 



— 49 — 

Bonnes femmes de céans, 
Faites don, pour Dieu le grand , 
De vos biens, de vos farines, 
Et des œufs de vos gelines (poules) ; 
Entendez le mai. 

Tirez la bourse du pendant 
Et regardez ce qu'il y a dedans, 
Pour donner à ces enfants, 
Qui s'en vont le mai chantant ; 
Entendez le mai. 

II. 

Je m'a levé de bon métin, 
Quand eu 1' selot eus' cueuieche, 
J'a prie mè charrue chue mos reins, 
Mos bues déchue mè tête. 

Tralalala, i, tralalala, 

Tralalala, i, t raine. 

J'a prie mè charrue chue mos reins, 
Mos bues déchue mè tête, 
J'mon' allèye rabourer in champ, 
Vouron qu n'avô pon d'terre. 
Tralalala, etc. 

J'rn'on' allèye rabourer in champ, 
Vouron qu' n'avô pon d'terre, 
Dos m'chemin j'a rocontrè 
In groue pouierèye d'cirèyeches. 
Tralalala, etc. 

Dos m'chemin j'a rocontrè 

In groue pouierèye d'cirèyeches , 

4 



— 50 — 

J'y houle en haut, j'y houle en bas, 

Y eheuièye dos neuiejottes. 

Tralalala, ete. 

J'y houle en haut, j'y houle en bas, 

Y eheuièye dos neuiejottes, 

Iné poure vie foume que passôt, 
M'dijô qu' ç'atôt sos couèches. 
Tralalala, etc. 

In' poure vie foume que passôt, 
M'dijôt qu' ç'atôt sos couèches, 
Elle m'ovouièye eus' chin, eus' chat, 
Eus' groue chin bian m'moudèye. 
Tralalala, etc. 

Elle m'ovouièye eus' chin, eus' chat, 
Eus' groue chin bianc m'moudèye , 

Y m'attrappèye au talon, 
Et j'saignôt z'et l'épaule. 

Tralalala, etc. 

Y m'altrapèye au talon, 
Et j'saignôt z'et l'épaule, 

On ovouièye querr in méyedecin, 
Ç'atôt in fondoue d'tioches. 
Tralalala, etc. 

On avouièye querr in méyedecin, 
Ç'atôt in fondoue d'tioches , 
Nout' cochon qu'atôt dos s'bogi, 
Que pinçôt d'iet guitare. 
Tralalala, etc. 

Nout' cochon qu'atôt dos s'bogi. 
Que pinçôt d'iet guitare, 



— 51 — 

Nout' couchot qu'atôt sans chemige , 
Que gitôt let leuchive. 
Tralalala, 

Nout' couchot qu'atôt sans chemige, 
Que gitôt let leuchive, 
Nout' chette qu'atôt dos l'coin d'nout' feu, 
Que nous fayôt dos blies. 
Tralalala, etc. 

Nout' chette qu'atôt dos l'coin d'nout' feu, 
Que nous fayôt dos blies, 
Et pue elle let v'iéye goûter, 
Elle se brûlèye les griffes. 
Tralalala, etc. 

Et pue elle let v'ièye goûter, 
Elle se brûlèye los griffes, 
Los mouches qu'atint au pienchi, 
Que s'tenint l' votre d'rire. 

Tralalala, i, tralalala, 

Tralalala, i, traine. 

III. 

Réjouissons-nous mes chers amis 
Dans ce grand jour de fête, 
Jamais je n'ai de grands plaisirs 
Lorsque je suis à table, 
Buvons, mangeons, chantons, rions, 
Je suis le maître d'ia maison, 

Bon, bon, 
Content par-ci, joyeux par-là, 



— 52 — 

Ma femme est morte d'aujourd'hui. 
Oui, oui. 

Le plus beau nom qu'elle me donnait, 
C'était : cochon d'ivrogne, 
Gros mal bâti, vilain mal fait, 
Va-t-en faire ta besogne, 
T'accoùtumer à le chauffer, 
Car tu n'es bon qu' pour y aller. 

Va, va. 
Va-t'en Colas, chercher du bois, 
Et va-t'en donc vite à grands pas. 

Va, va. 

11 me fallait à tout moment 
Bercer l'enfant qui crie, 
L'envelopper bien chaudement, 
Lui faire de la boulie, 
Et puis de suite courir à l'eau, 
A faire laver les drapeaux. 

Là, là. 
Frotter par-ci, laver par-là, 
Dans la neige et dans les verglas. 

Là, là. 

11 me fallait dans la maison 

Arranger le ménage, 

Donner à boire à nos cochons, 

Aller tirer les vaches 

Et récurer poêles et poêlons, 

Les marmites avec les chaudrons. 

Bon, bon. 
Et puis dresser, sur les buffets, 
Les assiettes avec les plats. 

Là, là. 



— 53 — 

Quand madame avait bien diné, 

Me disait d'un air fière : 

Si vous voulez aller manger, 

Dégagez vos manières, 

Il y a de la soupe et des choux, 

Manges-en tout ton crevé-saoùl. 

Loup, loup. 
La viande est là, n'y touche pas, 
Et relave-moi tous ces plats-là. 

Là, là. 

Je lui faisais encore son lit ; 
Mais enfin pour mes peines, 
Je n'y couchais pas mes amis , 
La chose en est certaine ; 
Il y avait d'sous la montée 
Un peu de paille fracassée. 

Là, là. 
Pour traversin, un peu de foin ; 
Il y avait là dedans un sac. 

Là, là. 

IV. 
J'aveuie jeuré pâ Saint Colas, 
Patron de let Lôréyene, 
Que j'aie m'reuie meuie me mott' souldat, 
Tambour ou capitéyene, 
Que d'm'on' allie logie à Taoue (Toul), 
Avot ços vies barbeus de baoues ; 

Au diabe los suminèyeres I . . 

Ecot los missiounèyeres 1 ' 

1. Séminaires et missionnaires. 



— 1)4 — 

Veu v'Ievôz, veu Y'vêtizôz, 

V'v'on' allôz à l'ocolle, 
V'dijôz l'pâter et l'credo 
Devant los mèyetes d'ocolies, 
Y v'fayont débeurtiller tout haut 
L'Benedicamus Domino ; 
Au diabe, etc. 

Si v'ètes malade ie vie motont, 
Chue in' pougnèye d'iéyetière, 
Dos lavemots d'greus ie vie boyont 
Avot dos grousses trinsneuieres (seringue en sureau) , 
I v'bayont in' ue (œuf) penà, 
Prod c'Ia m'poure diabe te v'ia bin réfâ ; 
Au diabe, etc. 

Je v'motont dos in galâtiàs, 
Ç'ot bin let diabe de chambre, 
Sans heuche (huis) ni f'nèt' nout' poure Colas, 
Pou dos piats dos pots d'ehambre, 
On dirôt in' hopitiau, 
Los arignées servont d'rideaux ; 
Au diabe, etc. 

Si m'meurôz ie v'oterront, 

Je fiont los feunérailles, 

Je s'o vont tourtous chantont, 

On dirôt dos cigaillcs, 

On dirôt clos acoùchaoues (écorcheurs) . 

Qu' trèyenont let charougne au laoue ; 

Au diabe los suminèycrcs 

Ecot los missiounèyeres. 



— 85 — 
V. 

LE NOUVEL AN EN PATOIS DE LA GRANDE-VOëVRE 1 . 

Lo bei jo, mes émins, que l'preumin de l'ennaye ! 
Les pérans, les fliétoux, les janes émoroux 
S'en vont pé monts, pé vaux, corant tôt corn' des foux ; 
S'at è qui v'embress' rèt pendant tôt' lèt jonaye. 

Les preusents, les pois d'seuq' se r'pandent è pognaye 
Aux dem's, aux demoinsel's on beille des joujoux 
Des promasses sans fin aux pours sollicitoux ; 
Veus n'ateum' sèlet mit, que vot' bourse at vudaye. 

C'te moùde let, dit-on, nos viet de l'ancien temps, 

L'entreut'nôt l'émitié, reconcil'ot lo gens ; 

S'iet s'peut beun ; mais aujd'hu ce n'at que des grimèces ; 

Ce n'àt qu' per intérêt qu'on vos fàt des quéresses ; 
On n'wouêt que politiqu' jusques dans les ofants 
Et tel que vos héyit vos jette au nez de l'encens. 

VI. 

Quand j'atôs chie mon pèyre, 
Gachon et mérier, 
Je n'aveuie rin et fèyere, 
Qu'ine foume et chercher ; . 

Voïet, 
T'arez maoue d'maux m'paure houme, 
T'arez maoue d'maux. 

Je n'aveuie rin et fèyere, 
Qu'ine foume et chercher, 

1. Copié dans le Narrateur de la Meuse, u° 1625, 29 décembre 
1825, p. 10. 



— 56 — 

Ma auj'd'heuïe j'on'a ieune, 
C'n'ot qu' pou m'fèyere orager; 
Voïet, etc. 

Ma auj'd'heux j'on'a ieune, 
C'n'ot qu' pou m'fèyere orager, 
AU' m'ovouïe et let vingne, 
Sans bouïere et sans mainger; 
Voïet, etc. 

AU' m'ovouïe et let vingne, 
Sans bouïere et sans mainger ; 
Quand je r'vins de nout' vingne, 
J'soïe tout mouillet, crottet ; 
Voïet, etc. 

Quand je r'vins de nout' vingne, 
Je soie tout mouillet, crottet, 
J'm'échit déchue nout' heuche, 
Et peuïe j'n'ouse cot on'trer ; 
Voïet, etc. 

J'm'échit déchue nout' heuche, 
Et peuïe j'n'ouse cot on'trer, 
On'tre, groùs cochon, on'tre, 
Avance eut' rachauffer ; 
Voïet, etc. 

On'tre, groùs cochon, on'tre, 
Avance eut' rachauffer, 
J'a mie cueuïere in' belle poule, 
Et peuïe cot in poulet ; 
Voïet, etc. 

J'a mie cueuïere in' belle poule. 
Et peuïe col in poulet ; 



— 57 — 

Los ousses sont d'zous la taie, 
Tins ç'ot poue ti mainger ; 
Voïet, etc. 

Los ousses sont d'zous la tàïe, 
Tins ç'ot poue ti mainger, 
Et peuïe qu'ot los maingeant, 
Qu'ie pouvinssent t'otraindier; 
Voïet, etc. 

Et peuïe qu'ot los maingeant, 
Qu'ie pouvinssent t'otraindier, 
J'ara bin in' aut' houme 
Avot tet vilaine pé ; 
Voïet, etc. 



VII. 

POÉSIE HISTORIQUE. 

Procession à Saint-Gibrien de Moncourt (écart de Sauvigny) pour 
faire cesser la sécheresse, le 29 juin 1719. 

O mil sept sot déich' nieuf 

Dou mouïe de Jun l'vingt-nieuf, 

On v'nèye et saint Jeubrin (Saint-Gibrien). 

Pà tourtous les chemins. 

Trâveron et Sauvigney 

Avôt loue bôgne cueurey 1 , 

Que poutôt nout' Saint-Laoue (Saint-Loup), 

D'argeot, qu'o vaut bin daoue. 

1. Le curé de Sauvigny, en 1719, était Grimon. Il avait été vi- 
caire de Clcrey et Trâveron quelques années auparavant ; il était 
borgne. 



— 58 — 

Et peuïe nout' mèyete d'ocolle 1 , 
Que n'vaut pue daoues pistoles, 
Poutôt T Asperges me 
Et noue gacb' lou pèné. 

Taillocoue et Beurey 

(Taillancourt et Burey), 

Goussaincoue et Breuchey 

(Goussaincourt et Brixey), 

Jeubinville et Tiairey 

(Jubainville et Clérey), 

Pùn'rot et Màtigney 

(Punerot et Martigny), 

Auteurville et Pàgney, 
(Autreville et Pagny 1. bl. c.) 

Hermonville et Machey 

(Harmonville et Maxey-sur-Meuse), 

Gerbonval ecôt Groue 
(Gerbonvaux aussi Graux), 

Bermont v'nèrent et Moncoue (Moncourt). 

Je faut bin dire tourtous, 
De d'peuïe bin octante joues, 
L'selo (soleil) iun après l'aute 
Brùlô tourtous sans faulte. 

Poues, febves, fruïes, seilles et bieds, 
Avoines, oûges étint bieds, 
N'y avôt pon d'berbaiges 
N'o preis, n'o pesturaiges. 

1. Le maître d'école, à cette époque, était François Noël, qui y 
resta depuis l'année 1706 jusqu'en 1737. Il n'était généralement pas 
estimé. 



— 59 — 

Bin malheuïeraouse année, 
In' tarre si dassochéye, 
Let Muse (Meuse) atôt si coûte, 
Beurey n' n'avôm' in' goutte. 

Forteune o set méchancetez, 
Ovouïèye d'aute pertalitez 
Comme dos l'tôt d'Isréel 
On r'vie eot des saul'rell's. 

C'aîôt pou noue peschez, 
Fallôt los chuepouter, 
Diùe qu'on ellèye prier 
N'ios fièm' pou c'iet pesser. 

Onques noue pèlerins 
Chantant dos les chemins, 
Dos milles, chèye (six) atint bin 
Qu'atint tourtous chagrins. 

Pou prier, s'ovenint 
Nout' Moussue Saint-Jeubrin 1 
Epeuïe cot let Boun' Virge 3 , 
On lie d'nèye in bé cirge. 

Frère Toussaint 3 que riôt 
Et que carillonnôt, 
Comptôt je los denèys 
Que l'arôt de set joûnèye. 

1. Monsieur saint Gibrien 

2. Et puis encore la bonne Vierge. 

3. Frère Toussaint était ermite ou garde-chapelle de Moncourt, 
depuis 1706 ; il mourut le 20 mai 1740, à l'âge de 70 ans. 



— 60 — 

Vlel qu'on s'mot et chanter, 
Jeubrin, qu'ie bin aiemet 
Mignon d'iet Virge, Oyet, 
Davue chaud, j'on bin esset. 

On s'o r'va o creuyant 
Qu' n'y arô chaing'mot d'temps, 
Ma let pugnition d'Diùe 
D'morèye inco pavue pue. 

Poutant nout' Saint Jeubrin 
Vlèye cot nous fèyere daoue bin, 
Ca n'grièm' los razins 
Et on fie daoue bon vin. 

Et chi conséquentement, 
On v'ovouïat té temps 
Fayet bin pénitence 
Et v'arôt indeulgence. 

V11I. 

MARDI GRAS DE SAUVIGNY, EN PATOIS DU MÊME LIEU. 



Ç'ot ineuïe l'màdi-gras, 

Dondaine, 
Ç'ot ineuïe l'màdi-gras, 
Demain on n'mainge pue de chà, 

Dondon, 
Demain on n'mainge pue de chà. 

Fêtons don saint Crevâz, 
Dondaine, 



— 61 — 

Fêtons don saint Crevàz, 

Ca d'main on mainge daoue là , 

Dondon, 
Ca d'main on mainge daoue là. 

Ma qu'ot-ce qu'on coue là-bas, 

Dondaine, 
Ma qu'o-ce qu'on coue là-bas, 
Niet don dos màdigràs, 

Dondon, 
Niet don dos màdigràs. 

Didiche qu'ot d'sûs in ché, 

Dondaine, 
Didiche qu'ot d'sûs in ché, 
Et l'rô dos in teum'ré, 

Dondon, 
Et l'rô dos in teum'ré. 

Ma tout c'qui niet d'pùe bé, 

Dondaine, 
Ma tout c'qui niet d'pùe bé, 
Ç'ot los fiots d'ioues chépés, 

Dondon , 
Ç'ot les fiots d'ioues chépés. 

Ç'ot dos ribans d'papie, 

Dondaine, 
Ç'ot des ribans d'papie 
Qu' l'ont tourtous pà dérie, 

Dondon, 
Qu' l'ont tourtous pà dérie. 

Qu'ot-ce que ç'ot d'cie-là, 
Dondaine, 



— 02 — 

Qu'ot-ce que ç'ot d'cie-là, 
J'crôs qu'çot in' avocat, 

Dondon , 
J'crôs qu'çot in' avocat. 

Le v'ià qu'et in rabat, 

Dondaine, 
Le v'ià qu'et in rabat ; 
Qu'ot-ce qu'ot de c'provost-là, 

Dondon, 
Qu'ot-ce qu'ot de c'provost-là. 

Avot s'bounot carré, 

Dondaine, 
Avot s'bounot carré, 
Qu'ot-ce qu'i vont jeuger, 

Dondon, 
Qu'ot-ce qu'i vont jeuger. 

Ç'ot l'paouere màdi-gràs, 

Dondaine, 
Ç'ot l'paouere màdi-gràs, 
Qu'ot-ce qu'i loue z'et fà, 

Dondon, 
Qu'ot-ce qu'i loue z'et fà. 

Màdigràs n'ème soupe, 

Dondaine, 
Màdigràs n'ème soupe, 
Si v'velet lit dounet, 

Dondon, 
Si v'velet li dounet. 

Caoupet haut, caoupet bas, 
Dondaine, 



— 65 — 
Caoupet haut, caoupet bas, 
Ma caoupet-Iie tout pien d'chà, 

Dondon, 
Ma coupet-lie tout pien d'chà. 

Si v' n'os pont d' caouté, 

Dondaine, 
Si v' nos pont d' caouté, 
Dounet-lie 1' mouché, 

Dondon, 
Dounet-lie I' mouché. 

Qu'ot ç'ot d' ços faoues-ci, 

Dondaine, 
Qu'ot ç'ot d' ços faoues-ci, 
Ch' dos bourriques devant dérie, 

Dondon, 
Ch' dos bourriques devant dérie. 

Ç'ot l'rô quîe venont quérie, 

Dondaine, 
Ç'ot 1' rô qu'ie v'nont quérie, 
Vlà qu'ie l'vont f ziïe, 

Dondon, 
Vlà qu'ie l'vont f'ziïe. 

Tôt v'ià avot in' civèyere, 

Dondaine. 
Tôt v'ià avot in' civèyere, 
Ç'ot pou l' fout' dos let rivèyere, 

Dondon, 
Ç'ot pou Y fout dos let rivèyere. 



— 64 — 

TRADUCTION DE LA CHANSON PRÉCÉDENTE. 

C'est aujourd'hui le mardi-gras, 
Dondaine, 

C'est aujourd'hui le mardi-gras, 
Demain on ne mange plus de viande, 

Dondon, 
Demain on ne mange plus de viande. 

Fêtons donc saint Crevaz 1 , 
Car demain on mange du lait. 

Mais qu'est-ce qu'on court là-bas, 

Il y a donc des mardi-gras (mascarades). 

Claude qui est sur un chariot, 
Et le roi sur un tombereau. 

Mais tout ce qu'il y a de plus beau, 
Ce sont les flots de leurs chapeaux. 

Ce sont des rubans de papier 
Qu'ils ont tous par derrière. 

Qu'est-ce que c'est de celui-là ; 
Je crois que c'est un avocat. 

Le voilà qui a un rabat ; 
Qu'est-ce encore de ce prévôt-là. 

i. Le mardi gras n'est point un jour fêté par l'Eglise ; il est, au 
contraire, l'objet des censures ecclésiastiques, en raison des excès 
auxquels beaucoup ont l'habitude de se livrer. Ce jour, nommé dans 
les provinces du midi de la France 5. Crapazi , est appelé saint 
Crevaz en Lorraine, parce que les intempérants boivent et mangent 
à l'excès. Ainsi, vouer quelqu'un à saint Crevaz, c'est, suivant le lan- 
gage figuré du peuple, désirer qu'il (crève) meure. 



— 65 — 
Avec son bonnet carré, 
Qui est-ce qu'ils vont juger. 

C'est le pauvre mardi-gras ; 
Qu'est-ce qu'il leur a fait. 

Mardi-gras n'a pas soupe, 
Si vous voulez lui donner. 

Coupez haut, coupez bas. 

Mais coupez-lui tout plein (beaucoup) de viande. 

Si vous n'avez point de couteau, 
Donnez-lui tout le morceau. 

Qu'est-ce que c'est de ces fous-ci, 

Sur des bourriques (ânes) le devant derrière? 

C'est le roi qu'ils viennent chercher, 
Voilà qu'ils le vont fusiller. 

En voilà avec une civière, 

C'est pour le jeter dans la rivière. 

IX. 

CHANSON BADINE. 

Refrain. 
Ah ! ne vous zeste, zeste, zeste,) 
Ah ! ne vous estimez pas tant. J Bls ' 

A vous fières gens de la ville, 
Ah ! ne vous estimez pas tant. 
Vous nous traitez d'imbéciles 
Parce que j'sons des paysans. 

Ah ! ne vous, etc. 5 



— 66 — 

Si vous avez les cheveux poudrés, 
Ah! ne vous estimez pas tant. 
Au moulin quand nous allons 
Les nôtres le sont tout autant. 
Ah S ne vous, etc. 

Si vous avez des beaux plumages, 
Ah! ne vous estimez pas tant. 
Les dindons de not' village 
Sur la queue en ont autant. 
Ah ! ne vous, etc. 

Si vous avez des belles dentelles, 
Ah! ne vous estimez pas tant. 
Si les nôtres n'sont pas si belles, 
Nous ne devons rien au marchand. 
Ah! ne vous, etc. 

Si vous avez des beaux carrosses, 
Ah! ne vous estimez pas tant. 
Bien souvent ce n'sont que des rosses 
Par devant et par dedans. 
Ah! ne vous, etc. 

X. 

RONDEAU. 

Nous avons un charmant rosier (bis). 
Qui porte rose au mois de mai (bis). 

Entrez, entrez, charmant rosier (bis), 
Et puis vous embrasserez 
La rose que vous aimerez. 



— 67 — 
XI. 

AUTRE RONDEAU. 

En passant par la Lorraine 

Avec mes sabots, 
J'ai rencontré trois capitaines 
Avec mes sabots dondaine, avec mes sabots (bis). 

J'ai rencontré trois capitaines 

Avec mes sabots, 
L'un me prend, l'autre m'emmène 

Avec mes sabots, etc. 

L'un me prend, l'autre m'emmène 

Avec mes sabots, 
Et l'autre m'appelle vilaine 

Avec mes sabots, etc. 

Et l'autre m'appelle vilaine 

Avec mes sabots, 
Je ne suis pas si vilaine 

Avec mes sabots, etc. 

Je ne suis pas si vilaine 

Avec mes sabots, 
Car la reine est ma marraine 

Avec mes sabots, etc. 

Car la reine est ma marraine 

Avec mes sabots, 
Elle m'a donné pour étrennes 

Avec mes sabots, etc. 

Elle m'a donné pour étrennes 
Avec mes sabots, 



— 68 — 

Un bouquet de marjolaines 
Avec mes sabots, etc. 

Un bouquet de marjolaines 

Avec mes sabots, 
S'il fleurit, je serai reine 

Avec mes sabots, etc. 

S'il fleurit, je serai reine 

Avec mes sabots, 
S'il ne fleurit pas, de même 

Avec mes sabots, etc. 

S'il ne fleurit pas, de même 

Avec mes sabots, 
Il a fleuri, je suis reine 

Avec mes sabots, etc. 

XII. 

AUTRE RONDEAU. 

J'ai trente-six filles à marier, 
Et je n'ai rien z'a leur donner, 
Comment, comment, comment, comment, 
Marierai-je tant d'enfants ? 

Belle, on dit que vous vivez d'amour (bis), 
Faites un tour, un demi-tour, 
Embrassez tous vos amours. 



— 69 — 
XIII. 

RONDEAU. 

Refrain. 

La violette se double, double 
La violette se doublera. 

J'ai z'une commission à faire, 
Je n'sais à qui la donner, 
Si j'ia donne à l'alouette, 
Ma commission se saura. 
La violette, etc. 

Si j'ia donne à l'alouette, 
Ma commission se saura, 
Si j'ia donne au rossignol, 
Ma commission se fera. 
La violette, etc. 

Si j'ia donne au rossignol, 
Ma commission se fera ; 
Le rossignol prend son vol, 
Au château des dames s'en va. 
La violette, etc. 

Le rossignol prend son vol , 
Au château des dames s'en va ; 
Bonjour l'une et bonjour l'autre, 
Bonjour mam'zelle qui voilà. 
La violette, etc. 

Bonjour l'une et bonjour l'autre., 
Bonjour mam'zelle qui voilà ; 
Voici une lettre que j'apporte 



— 70 — 

De votre frère Nicolas. 
La violette, etc. 

Voici une lettre que j'apporte 

De votre frère Nicolas, 

Et marque sur cette lettre 

Que vous ne l'oubliiez pas. 

La violette se double, double, 
La violette se doublera. 

XIV. 

AUTRE RONDEAU. 

Hélas ! mesdames, où allez-vous com'çà, 
Beau cordonnier, nous vons nous promener. 
Hélas ! mesdames, vous userez vos souliers. 
Beau cordonnier, vous les raccommoderez. 
Hélas ! mesdames, qui est-ce qui m'ies paiera. 
Beau cordonnier, c'sera celle que t'attrapperas. 

— ^S&S^î — 

XV. 

AUTRE RONDEAU. 

Nous étions trois filles, toutes les trois sœurs, 
On nous fit chacun' un pelit jupon blanc. 
Tout autour galonné, galonné, 
Tout autour galonné d'argent. 



— 71 — 

On nous fit chacun' un p'tit jupon blanc, 
J'étais la plus jeune et j'eus le plus grand. 
Tout autour, etc. 

J'étais la plus jeune et j'eus le plus grand, 
Avec les rognures j'en ai fait des gants. 
Tout autour, etc. 

Avec les rognures j'en ai fait des gants ; 
Je ne les mettrai que deux fois par an. 
Tout autour, etc. 

Je ne les mettrai que deux fois par an, 
Le jour de mes noces, qui sera l'plus charmant. 
Tout autour, etc. 

Le jour de mes noces, qui s'ra le plus charmant, 
Et le lendemain, qui s'ra l'plus chagrin. 
Tout autour galonné, galonné, 
Tout autour galonné d'argent. 



XVI. 

AUTRE RONDEAU. 



Par derrière chez mon père, 

Vive l'amour, 
Une rose il y a. 

Vive ci, vive ça, tralala, 
Une rose il y a, 

Vive la rose et le lilas. 

J'demandis à mon père, 
Vive l'amour. 



bis. 



— 72 — 

Quand est-ce qu'on les cueillera. 
Vive, etc. 

Mon père me répondit, 

Vive l'amour. 
Quand la saison viendra. 

Vive ci, etc. 

La saison est venue, 

Vive l'amour. 
Mon père n'en parle pas. 

Vive ci, etc. 

Je pris mon éehelelte, 

Vive l'amour, 
Et puis je la cueilla, 

Vive ci, etc. 

Et je la portai vendre, 

Vive l'amour. 
Sur le marché du roi. 

Vive ci, etc. 



XVII. 

CHANSON. 

Mergouton vè et l'iau , l , . 

Evoq sou creuchon. ( 

Le font'notte étôt crùze, 

Elle cheuièye è fond. 
Aïe, aïe, aïe, aïe, 
Dijôt Mergouton. 



— 73 — 

Le font'notte étôt crûze, ) . 
Elle cheuièye è fond. ) 
Toulè vie t'è pessire, 
Très bés jiones gaichons. 
Aïe, aïe, etc. 

Toulè vie t'è pessire , i 
Très bés jiones gaichons.) 
Qu'ot-ce que y'donn'rô, mè mie, 
Je vos retirerons. 
Aïe, aïe, etc. 

Qu'ot-ce que v'donn'rôz mè mie , i 
Je vos retirerons. | ^ s - 

Je n'è rin è v'donnire, 
Si ce n'étôt m'creuchon. 
Aïe, aïe, etc. 

Je n'è rin è v'donnire, } 
Si ce n'étôt m'creuchon.) bls ' 
Doune moins que celet mè mie, 
Je te robrasserons. 
Aïe, aïe, etc. 

Doune moins que celet mè mie, \ 
Je te robrasserons. j 

Robrassème chue le bouche, 
Et robrassème chue l'front, 

Aïe, aïe, aïe, aïe, 

Dijôt Mergouton. 

XVIII. 

RONDEAU. 

Laquelle choisirez-vous, 



— 74 — 

Dans ce joli jardin d'amourettes, 
Laquelle choisirez-vous, 
Dans ce joli jardin d'amour. 

La belle, ce sera vous, 
Dans ce joli, etc. 

La belle embrassez-nous, 
Dans ce joli, etc. 

La belle retirez-vous, 
Dans ce joli, etc. 

— -«•sy^ — 
XIX. 

AVouthon-Bas (Meuse), les enfants avertissent les fidèles des trois 
coups des offices de ténèbres par les chants suivants, après quoi ils 
font entendre un roulement de crécelles. 

Voilà le premier coup, Mesdames, entendez-vous. 
Voilà le second coup, Mesdames, habillez-vous. 
Voilà le dernier coup, Mesdames, dépèchez-vous. 

A Bonnet (Meuse), les enfants crient pour annoncer les mêmes 
offices : 

Vlà l'premèye eawe, hèye, 
Vlà rduziemc cawe, hèye, 
Vlà l'dai èye cawe, hèye. 



XX. 

CHANSON. 

Quand j'atôs chie nous gos, 
Qu'j'avôs quinze ans, 



— 7b — 

On m'rébiièye de pire qu'en parc, 
Coume i vrai galant. 

Sapristi, 
On m'rébiièye de pire qu'en parc 
Coume i vrai galant. 

J'avôs n'belle payere de guettes, 
Dos sabots niùes, 

On m'ovouyà gouadier noue vaches, 
Ainsi qu'noue bues. 
Sapristi, etc. 

J'avôs in' belle cueulotte 

A la brayotte, 

Qui me bout'nôt on'tre los jambes, 

Avot i bouton. 

Sapristi, etc. 

J'avôs n'belle veste neuïere, 
Cousue d'fie bianc ; 
On me peurnôt pà l'devant 
Pou i président, 

Sapristi, etc. 

J'avôs in' belle cravate 

De fin canevas, 

Que me bieucôt dezous la gaoule 

Avot i cadenas. 

Sapristi, etc. 

J'avôs in' belle perruque 

A trôs martiaux ; 

On me peignôt fàtes et dimoches 

Avot i ràtiau. 

Sapristi, » 



— 76 — 

On me peignôt fàtes et dimoches 
Avot i râtiau. 

XXI. 

MÈMECHANSONQUELAPRÉCÉDENTEAVECQUELQUESVARIANTES. 

Quand j'atoï'e chi mon père, 
Je n'avoïe qu' quinze ans, 
J'alloïe ouader los bues aux champs 
Coume i vrai galant. 

Sacriïer, 
J'alloïe ouader los bues aux champs 
Coume i vrai galant. 

J'avoïe i bê chépê 
A tros ponnetus (cornes), 
Que me coûtôt cinquante niûe sous, 
Mogne in p'tiot écu. 
Sacriïer, etc. 

J'avoïe in' belle perreuque 
A tros martiaux ; 
J'ié dacmoloïe fêtes et dimoches 
Avot i ràtiau. 

Sacriïer, etc. 

J'avoïe in' belle cravate 

De fin bourras, 

Qu' me r'ievôt pà d'zous let gaoule 

Avot i cadenas. 

Sacriïer, etc. 

J'avoïe in' belle chemise 
De fin canevas • 



— 77 — 

Que m'grattôt la pare de fesses 
Dou haut on bas. 

Sacriïer, etc. 

J'avoïe in' belle cueulotte 
A la braïotte ; 

La bavaroise atôt d'fer bianc, 
Que r'luzôt coume de l'argent. 
Sacriïer, etc. 

J'avoïe i bel hébit nô 
Couseu d'fie bianc ; 
On me purnôt pertout let ville 
Pou i président. 

Sacriïer, etc. 

J'avoïe dos bès soûlés 

O pès d'chaton ; 

On me purnôt pertout let ville 

Pou Napoléion. 

Sacriïer, etc. 



XXII. 

NOOUÉ. 

Colas, v'ià Nooué qu'ot v'neu, 
Mot le souche déchue nout'feu, 
Eur'ouéet' don in bé charbon, 
Ços ofants-là 1' soufieuront. 

Que vot (vent) qu' doune ? — Ma ç'ot l'Téheut, 
Jean n'vinre'me, ca le pieuche cheut , 



— 78 — 

On n'gitrôme in chin è l'euche , 
Mè foume, apoute-mi 16 creuche. 

Franços, vinoz voïre l'ofant, 
T'ming'ré le quiche ot r'venant, 

Ca j'crô bin qu' tè foume le fat ; 
I m'sonne que j'dô o n'avouïe in' pà. 

Colas, t'ovirète sans rin ? 
Ços houmes-lè ça n'change (songe) è rin : 
J'ii donnereuïe bin d'noute véïen (pelle à feu) ! 
— Ç'ot vrà, foume, j'n'y chongeôme z'ot bin. 

Ma qu'ot-ce que t'veux que j'poutié ? 
Daoue là (au lait) pou li féiere do blie? 
Nout' vache n'ot n'è pu essez, 
Pisqu'elle ferait bintoue vé. 

Si j'avins tiè nout' cochon, 
J'pout' reuie ine échitèye de chons ; 
Ma doune-mi ine pagneréie d'ues, 
Ça vôret meuïe poue noute bon Diue. 

Babotte, qu'ot-ce que t'ii poutre ? 

J'ii poutra in bé drépé 

Avot in maoue bé béguin, 

Et m' n'houme ine tripe de boudin. 

Et ti Jeannette, qu'ot-ce que t'donneré ? 

J'ii donnera n'paiïre de soûlés 

Avot in bé davotèye, 

Ecot ine paillasse pou s'ièye. 

J'iie pout'ra nout' bie (berceau) tout niû, 
D'peuïe trôje ans on n'y cueuèeche pu, 



— 79 — 

Ecot ine petiote jaquotte, 

Et in mouché (morceau) d'noute michotte. 

Ma montrème don no.ut' Nanette, 
Lo moufleu et co los guettes ; 
Ma ça iot bin trop grand frère ; 
Ç'ot don pou l'père et le mère. 

Vlà l'diréïe que vint d'siner, 
L'oïève bin carillouner, 
Les tioches sinont VGlouria. 
Ma fô, ç'ost tant pèye qu'ç'ot fàt. 



XXIII. 

LE MAI OU TRIMOZA. 

Quand v'arô z'enie pà li prés, 
Que v'ii trouv'rô co chi bés, 
Li Jàsu on soi loué, 
Di chet divine boun'tè, 

trimôzà. 
Ç'ost li ma, ô bé ma, 
O ç'ost li bé moue di ma. 

Not' Pierot et not' Diaudot 
Fiont moue bin' li apoulots, 
Quand i s'ront i poue pu grands, 
L'apanront li meutèye d'ticherand. 
O trimôzà, etc. 

Si ve n'veulez rin douner, 
Eun' nous fiémes tant arr'ter, 



— 80 — 

Ca ailloue i faut eller 
Pou gaignie tantoue li souper. 
O trimôzà, etc. 

4 

Si quelque chose tombe dans la bourse ou le panier, les jeunes 
filles chaulent : 

Not' dame no vous remarcions 
De vos binfàts, de vos présents ; 
Ma ce n'ost mi pou nous ços dons, 
Ç'ost pou li virge inco s'n'afant. 
O trimôzà, etc. 

Si rien ne tombe dans la bourse, le dernier couplet se remplace 
par cette malédiction. 

J'avons chanté, ma j 'déchantons, 
J'avons béni, ma j'maudissons ; 
J'vo souhaitons autant d'afants 
Qui n'iè d'pierottes dedos li champs. 
O trimôzà, etc. 

XXIV. 

REFRAIN D'UNE CHANSON CONCERNANT LE CHATEAU DE 

BRIZEY. 

Lé bombarde, 
Que bin arde, 
N'eé mi opéchè , 
Que l'chàté 
De Breuchey 
E n'sôt bin àdè. 



— 84 — 
XXV. 

UNE CHANSON LORRAINE EN L'HONNEUR DU ROI STANISLAS. 

CHANSON VILLAGEOISE EN DIALOGUE, 

Sur l'air de Brugnette. 

GARO. LVRIN. 
GARO. 

Ç'ai ! rions, chantons, compère, 

Et point de sôcis : 
J'allons fêter io bé-pere 

Di rô de Péris. 

Di rô de Péris, compère ! 

Di rô de Péris. 

LVBIN. 

N'as-ce meû note bon Sire, 

LO Rô Stanisla ? 
Que l'a dégne, qu'on l'edmire 

Et qu'on l'aimeùsse ca ! 

Et qu'on l'aimeùsse ca! compère! 

Et qu'on l'aimeùsse ca ! 

GARO. 

Oui, ça lu, que tant on vante, 

Et si jeustement : 
Çat ein Prince, qu'en vôt trente, 

Et qui meùïe l'entend, 

Et qui meùïe l'entend, compère ! 

Et qui meùïe l'entend. 



— 82 — 

LVBIN. 

Nanccïe at ein empiraïe, 

Dcpu qui baiti, 
Non, jcmais i ne fut faie, 

Qui si ben œuvrit, 

Qui si ben œuvrit, compère, 

Qui si ben œuvrit. 

GARO. 

I vo chainge les Maijures 

En de grands pailais, 
Et fàt des enjolivures, 

Qu'on ne vit jamais, 

Qu'on ne vit jamais, compère ! 

Qu'on ne vit jamais. 

LVBIN. 

Sai piaice a tôte en sceulptûre 

En marbre, en pilliers ; 
C'a des fleurs, de lai dorure, 

Jusques à guèurniers, 

Jusques à guèurniers, compère ! 

Jusques à guèurniers. 

GARO. 

Quoites pôtes, en grillaige, 

Dein got tôt nôvé, 
L'i font si clairement cortège, 

Que ren n'a pu bé, 

Que ren n'a pu bè, compère! 

Que ren n'a pu bé. 



— 83 — 

LVBIN. 

D'i moïetan sort la streucture 
D'ein grand pi d'esta : 
De soû genre lai figure 
Seroit drote en hà, 
Seroit drote en hà, compère ! 
Seroit drote en hà. 

GARO. 

Je ne vorôme, en nature, 

Po ben des Looïs 
Eté dans telle posture 

Tojo su mes pids, 

Tojo su mes pids, compère! 

Tojo su mes pids. 

LVBIN. 

Ate tra de soûne histoire, 

Ç'àt les pores gens : 
Dans soû cœur et sai mémoire, 

I sont ses enfants, 

I sont ses enfants, compère ! 

I sont ses enfants. 

GARO. 

Mas s'çais tu ben qu'i les leûge 

Et qu'i les neûrit ? 
Que celai fa soûn éleùge, 

Meièuë qu'àcun écrit, 

Meièuë qu'àcun écrit, compère! 

Meièuë qu'àcun écrit. 



— 84 — 

LVBIN. 

I dotte et mairie zos feilles, 

Ai de bons pairtis. 
Mas i campe les Godreilles, 

En caige à Glaicis, 

En caige à Glaicis, compère. 

En caige à Glaicis. 

GARO. 

L'ai volu qu'on enseigneusse, 

Nos gaîchons pô ren, 
Que zos mates en ranteusse, 

Di fond de sou ben, 

Di fond de sou ben, compère ! 

Di fond de sou ben. 

LVBIN. 

Et quand je sommes mélaides, 

'L'a des Médecins, 
Que l'envoie et des remèdes, 

Po nos rende sains, 

Po nos rende sains, compère ! 

Po nos rende sains. 

GARO. 

I nô encà des Frères 

Cirurgins vantés, 
Chémistes, aipoliquères, 

Axparimentés, 

Axparimentés, compère! 

Axparimentés. 



— 85 — 

LVBIN. 

Point ne vut que je plaindinssent 

Que quoique scévans, 
Voyant nos faits, ne deùjinssent, 

Plaidez mes afans, 

Plaidez mes afans, compère ! 

Plaidez mes afans. 

GARO. 

Lai fa compter grosse soumme, 

Po rematte en pids 
Ç'os, que lai fortune essoumme, 

Merchands déconfis, 

Merchands déconfis, compère ! 

Merchands déconfis. 

LVBIN. 

I vut ca, que l'onpràcheusse 

L'Evangile à champ, 
Qu'à pores gens l'on baieusse, 

De l'argent comptant, 

De l'argent comptant, compère ! 

De l'argent comptant. 

GARO. 

Sai novelle Àcaidémie 

Fa ben pu de brut 
I fat été bon génie, 

Pô qu'on sô reçu, 

Pô qu'on sô reçu, compère ! 

Pô qu'on sô reçu. . 



— 86 — 

LVBIN. 

Les gens qu'ont bonne l'oquence 
Et qu'ecrivont ben 

Entrons, lai pà préférence 
A gens, queun' d' jont ren, 
À gens, queun' d' jont ren, compère 
A gens, queun' d' jont ren. 

GARO. 

Ce grand Roi ne s'éteudie, 

Qu'ai baier tojo, 
1 n'étend mi, qu'on l'en prie, 

A devant i corre, 

A devant i corre, compère ! 

A devant i corre. 

LVBIN. 

Les jos Fêtes de lai Virge, 

Ne Faites pai vu ? 
Ai Bonsecours, comme ein Cirge ; 

1 fond devant Du, 

I fond devant Dû, compère! 

I fond devant Dû. 

GARO. 

Assi di Ciel ait i graice, 

Ses jôs sont bénis, 
I voit son Auguste Raice, 

Dans trois petias fils, 

Dans trois pelias fils, compère ! 

Dans trois petias fils. 



— 87 — 

LVBIN. 

Sans compter tant de Basselles. 

Dont l'a cô Papa, 
Tôtes ben faites et belles, 

Pu saiges en ca, 

Pu saiges en ca, compère ! 

Pu saiges en ca. 

GARO. 

A donc que ses ans faiënssent 

Les jours de Noué, 
Et qu'ai laige y l'ou moinissent 

De Methieuselé, 

De Methieuselé, compère! 

De Methieuselé. 

LVBIN. 

Jerni, je grille de boire 

Vite ai sai santé, 
Je chanterons meiûe sai gloire, 

Quand j'aurons pinte, 

Quand j'aurons pinte, compère! 

Quand j'aurons pinte. 



EPITRE EN PATOIS 

ADRESSÉE PAR LES HABITANTS DE GÉRARDMER 

A S. EXC. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, 
EN 4809, 

COMPOSÉE PAR M. POTTIER, CURÉ DE CETTE COMMUNE. 



NOTICE. 



Au commencement de ce siècle, la France nouvelle, 
que la révolution de 1789 avait faite, se constituait, et la 
statistique s'appliquait à en dénombrer toutes les forces 
et les richesses pour apprendre à les développer. On avait 
compris que cette science nouvelle, par ses recherches 
et par ses chiffres, est un des éléments de la puissance 
et de la prospérité d'un état ; rien n'échappait à ses 
études, à ses investigations. 

Or, comme la variété des dialectes parlés en France 
avait appelé particulièrement l'attention des linguistes, 
on voulut se rendre un compte exact de cette diversité. 
Les travaux de la philologie française, antérieurs à ce 



— 89 — 

siècle sur les dialectes parlés chez nous du nord au midi, 
étaient trop systématiques, ou trop incomplets , ou faits 
sans vue d'ensemble ; la science ne pouvait en accepter 
les conclusions. 

C'est alors que l'on conçut peut-être l'idée d'un labeur 
immense qui consistait à réunir de tous les points de la 
France des échantillons de tous nos patois et dialectes ; 
on pensait, sans doute, avec raison, qu'une étude compa- 
rative pourrait en faire sortir des faits scientifiques. Que 
cette pensée ait été entrevue avec ses conséquences, d'une 
façon plus ou moins complète, toujours est-il que M. Co- 
quebert Montbrel, chef du bureau de la statistique au 
ministère de l'intérieur, fut chargé de demander par voie 
officielle à tous les préfets et sous-préfets de l'Empire 
des notices sur le langage des diverses populations du 
pays avec des pièces originales de leur littérature. L'en- 
voi fut fait, mais il ne parait pas qu'il ait servi à un tra- 
vail quelconque d'analyse ou de synthèse sur nos patois. 

Néanmoins, le ministère possédait dans ses cartons une 
masse de documents précieux. On les voit employés, 
sous la Restauration, mais sans indication de source, à 
grossir les Mémoires de la Société des Antiquaires de 
France. Plus tard, M. Coquebert Montbret îui-mème 
les reprend dans cette collection archéologique, pour en 
former un volume in-8°, qui, outre la traduction de la 
Parabole de l'enfant prodigue dans presque tous les 
patois de la France, contient quelques glossaires particu- 
liers, des observations , des études particulières sur nos 
dialectes, dont plusieurs sont dues aux correspondants 
de la Société des Antiquaires ; mais , il faut le dire , le 
texte du patois est, en général, si étrangement défiguré 



— 90 — 

par les copistes ou par les imprimeurs, qu'il est impos- 
sible d'en tirer un parti réellement sérieux. 

Ces archives littéraires et linguistiques, qui auraient 
pu servir à une vaste enquête, sont malheureusement in- 
complètes. Nous avons pu nous en assurer sur une copie 
exacte que possède M. Burgaud des Marets, en 4 vol. in- 
folio. Il y a nombre de pièces absentes ; quelquefois il ne 
reste pas même de trace de la correspondance des préfets 
de certains départements avec le ministre de l'intérieur 
au sujet des questions qui leur étaient posées. 

Quelle que soit la cause de ces disparitions, nous n'en 
avons pas moins à déplorer, pour notre part, la perte 
complète des documents qui concernaient les patois de 
la Lorraine. Les préfets de notre province ont assurément 
répondu ; mais leurs envois, leurs lettres même, qui de- 
vaient renfermer des pièces importantes, font défaut dans 
celte belle collection. Ces papiers curieux ont été prêtés, 
sans doute, distribués entre les mains des amateurs, et si 
bien égarés définitivement, qu'il n'y en a pas le moindre 
vestige dans les archives dont nous parlons. La Lorraine 
semble n'avoir pas existé pour la statistique des dialectes, 
entreprise en 180G, et dont les travaux durèrent cinq ou 
six ans. 

Nous sommes porté à croire que YEpitrc des habi- 
tants de Gérardmer faisait partie des documents en- 
voyés par le préfet des Vosges. Outre que la date de 1809 
nous est donnée par un manuscrit fait du temps de l'au- 
teur, le début même de la pièce nous en donne la preuve : 
ce premier vers « Votre Excellence est bien aise de sa- 
voir comment on parle à Gérardmer », ne peut être qu'une 
réponse à une question posée, et il est probable que c'est 



— 91 — 

au curé Pottier que le sous-préfet de l'arrondissement 
avait communiqué la demande du minisire. 

M. Pottier répondit d'une façon remarquable, qui res- 
tera, nous le croyons , comme un témoignage historique 
de l'état de Gérardmer et des mœurs des habitants au 
commencement de ce siècle 1 . 

Telle est, pour nous, l'origine de cette remarquable 
Epilre. Nous sommes également persuadé que M. Pottier 
dut ajouter à son envoi la Parabole de l'enfant pro- 
digue, parce que cette traduction était demandée par le 
bureau de statistique, et que nous possédons un ancien 
manuscrit fait à Gérardmer, contenant seulement Y Epilre 
et la Parabole' 2 . 

Nous avons insisté sur cette origine, parce qu'il y a 
une tradition et des manuscrits qui témoignent que YE- 
pitre a été adressée à l'impératrice Joséphine, le 25 juillet 
1809, à Plombières. Celle-ci est-elle antérieure à l'autre? 
Les archives eussent pu nous le dire ; mais les pièces 
probantes n'y existent plus. Nous avons, toutefois, des 
conjectures assez puissantes pour soutenir notre asser- 
tion. V Epilre, en effet, répond à une question venue de 
haut lieu, et on sent que l'auteur a saisi une bonne occa- 
sion pour exposer à un ministre tout puissant les moyens 
de venir en aide aux pauvres ouvriers de Gérardmer. 
Elle a donc une double raison d'être. A quoi, au con- 

1. Cela nous parait d'autant plus vrai que la Statistique des 
Vosges, par le citoyen Desgouttes, préfet, ne consacre que dix lignes 
à celle commune. 

2. La traduction envoyée par M. Richard à la Société des Anti- 
quaires n'est point la même; elle est d'un patois presque illisible. 
Celle du curé Pollier a élé publiée par nous pour la première fois 
dans notre Coup d'œil sur les patois vosgiens. 



— 92 — 

traire, eût pu servir une pétition en patois à bout portant 
à l'impératrice? En quoi l'eût intéressée une description 
inintelligible pour elle, même avec une traduction ? Nous 
comprenons que, dans sa curiosité, elle ait voulu en- 
tendre le chef d'une députation d'une commune lointaine 
lui parler son singulier patois ; et c'est ce qui arriva. 
M. Pot lier, se rendant à son désir, lui adressa un com- 
pliment en vers qui a été réellement débité à Plombières, 
et qui est cousu à YEpîlre dans un manuscrit de la main 
même de l'auteur, que nous possédons. 11 n'est pas pos- 
sible que Joséphine ait subi la lecture de cent vingt-six 
vers d'un langage incompréhensible. M. Pottier, dans sa 
nouvelle rédaction, a remanié YEpître au ministre et y a 
rattaché des compliments à l'impératrice, à laquelle il la 
présentait. Celle copie ne doit assurément être que la 
seconde forme de ÏEpitre. 

Bien qu'il en ait été répandu quelques exemplaires ma- 
nuscrits, nous pouvons affirmer qu'elle est presque in- 
connue des Vosgiens 1 . Jusqu'à ces derniers jours même, 
nous croyions que cette pièce était inédile , qu'on n'en 
avait, du moins, publié qu'une trentaine de vers dans un 
ouvrage sur les Vosges. Le hasard seul vient de nous la 
faire découvrir tout entière dans le tome IV (2 e série) des 
Mémoires de la Société des Antiquaires de France 
(année 1835). Elle avait été envoyée par M. Richard , de 
Remiremont ; mais elle est restée si obscurément enter- 
rée dans cette collection, que personne ne l'a citée jusqu'à 
présent, que nous sachions 2 . M. Richard lui-même, qui 

1 . Les manuscrits se sont perdus. Ceux que nous possédons, nous 
les devons a l'obligeance de M. l'abbé Maingon , aujourd'hui curé à 
Mandray (Vosges), qui les lient de la succession de M. Potlier. 

2. Elle n'est ciléc par aucun bibliographe ou philologue. 



— 95 — 

a pris soin de réunir en deux volumes tous les opuscules 
qu'il a publiés, et renvoie souvent à ses divers travaux, 
ne cite nulle part cette Epître si curieuse, ou n'y fait pas 
allusion. 

C'est donc avec surprise et plaisir que nous l'avons 
rencontrée. Notre plaisir, toutefois, n'a pas tenu devant 
les fautes manifestes de l'éditeur ou du typographe. Outre 
que M. Richard la croit, mais à tort, composée en 1812, 
son texte patois est loin d'être irréprochable, et la tra- 
duction jette parfois dans d'étranges erreurs 1 . Fautive, 
ignorée et sans commentaires, cette publication était et 
est encore comme non avenue. 

Aussi nous croyons qu'une édition nouvelle , faite sur 
des documents authentiques , accompagnée de notes et 
destinée aux Lorrains, peut être utile à l'histoire du pays 
et à l'étude du patois. Avant de connaître celle de 1835, 
qui ne nous confirme que mieux dans notre pensée, nous 
nous plaisions un jour à annoncer que cette œuvre ne 
périrait pas ; notre espoir en est encore plus certain, car 
nous la confions à la Société d'Archéologie lorraine. 

Louis JOUVE. 



OBSERVATIONS SUR LA PRONONCIATION. 

L'apostrophe remplace toujours la lettre e ; elle est 
destinée à faire sonner la consonne sur laquelle elle s'ap- 
puie. 

H est toujours aspirée, mais elle procède plutôt du pa- 
lais que du gosier. 

i. Nous citerons, entre autres, celles-ci, qui, du reste, est la plus 
forte : a Nos femmes font du satin ; c'est pour ce pays-ci une fort 
bonne chose. » Il faut lire salin. 



— 94 — 

IN est une nasale particulière à la Lorraine ; il est Im- 
possible d'en noter la prononciation. 

Le son représenté par o est toujours bref, comme dans 
abricot ; celui qui est représenté par ù se rapproche un 
peu de Va. 

Le son représenté par c est bref comme dans paquet. 

YE (yeu) est une syllabe féminine qui correspond à 
noire Me ; knô//e, quenou///c. Nous écrivons y' devant 
une consonne, quand cette muette ne doit pas compter 
dans le vers. 

Y entre deux voyelles, se prononce toujours séparé- 
ment comme dans payai ; il fait l'office d'une consonne. 

Y nous a servi, dans quelques cas particuliers, pour 
mouiller la consonne qui le précède. 11 n'est alors qu'un 
signe, à défaut d'autre plus connu, pour indiquer que la 
consonne qu'il affecte est modifiée dans sa prononciation, 
comme, par exemple, e dans « il mangea » , et la cédille 
dans « il lança. » Ainsi le d, le /, etc., suivis d'un y, de- 
viennent en style d'école dieu, tien, etc. : polyi, partir, 
ne peut s'écrire inlclligiblement dans notre langue sans 
une convention ou une explication préalable ; y mouille 
t, d, comme i mouille / ou //. 

Nous écrivons dès, nos, au lieu de de, no, quand il 
faut faire sonner s devant une voyelle ; de même bè, bien, 
devant une consonne et bé-n devant une voyelle pour 
faire sonner n sur le mot qui suit. 

En général, nous nous sommes attaché à n'introduire 
dans le texte aucune lettre qui ne se prononce. Nous 
avons fait exception pour la conjonction et pour un très- 
petit nombre de mots que l'on reconnaîtra facilement. 



— 95 — 

ÉPITRE EN PATOIS ADRESSÉE PAR LES HABITANTS DE GÉRARD- 
MER A S. EXC. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, EN 4809, 
COMPOSÉE PAR M. POTTIER, CURÉ DE CETTE COMMUNE. 

1. 

Seigneur, vot' Excellence o bé-n ah' de saoue 

Inoq o proche è Girômouè. 
Et je lo son tan bé de povo dire ènn foue 

Que de met' Français è n'i pouè. 
Seigneur, voire Excellence est bien aise de savoir — Comme on 
parle à Gérardmer. — Et nous le sommes autant de pouvoir dire une 
fois — Que de meilleurs Français il n'est pas. 

2. 

Vos ollè cet' trovè grossi not' Girom'heye. 

Ma fau bé possè, monseigneur, 
Q'nof sentimo vau mè, qu'el o quéq' peu pi beye, 

Et q'not' longue en' vau mi not' cœur. 
Vous allez certes trouver grossier noire langage de Gérardmer. 
— Mais (il) faut bien penser, Monseigneur, — Que notre sentiment 
vaut mieux, qu'il est quelque peu plus beau — Et que notre langue 
ne vaut pas notre cœur. 

V 

3. 

E n'i po l'empereur ré d'mèt' que neu montaine. 

E n'i pohène, ou ç'no ré d'ii, 
Qu'o r'nôtesse jemà quéque peute trouaine. 

Oh ! d'hé li q'je n'prého ré d'pi. 
Il n'est pour l'empereur rien de mieux que nos montagnes. — Il 
n'est personne, ou ce n'est rien de lui, — Qui en raconte jamais 
quelque vilaine aventure. — Oh ! dites lui que nous n'aimons rien 
plus. 

4. 

To quan q'fau de soudar, j'n'on mi èvi in r'belle. 
En fau pouè d'gendarme toci 



96 — 



Po fàr potyi au jo terti ço qu'o-z épelle : 
El o von et n'déserto mi. 

Toutes les fois qu'il faul des soldats, nous n'avons pas eu un re- 
belle. — Il ne faul point de gendarmes ici — Pour faire partir au 
jour tous ceux qu'on appelle : — Ils s'en vont et ne désertent pas. 



Je n'son mi bé hostou, vo lo pô bé sooue ; 

Je n'on mi clou procès par an. 
Neu contribution èss' péyo bé tocoue ; 

L'an-ci j'n'on èvi qu'in sorjan. 

Nous ne sommes pas bien turbulents, vous le pouvez bien savoir ; 
— Nous n'avons pas deux, procès par an. — Nos contributions se 
paient bien toujours ; — Celte année nous n'avons eu qu'un sergent 

(buissier). 



Je fron steu bé d'vo dir\ po in peu pi vo piare, 

Cou q'ç'o do péï ci, cou q'ç'o 
D'not' foçon de viquè qu'o extraordinare. 

Je lo diron dô not' prôch'mo. 

Nous ferons peut-être bien de vous dire, pour un peu plus vous 
plaire, — Ce que c'est (de ce pays) que ce pays, ce que c'est — Que 
notre façon de vivre qui est extraordinaire. — Nous le dirons dans 
notre langage. 



Je d'mouro dô lé Vôge et dô in fameu léye. 

Ouss viss qu'èss' seusse, o lo se bè, 
Se ç'n'ir' de Girômouè, steu co quéq' peu Nancéye, 
Le Lorraine en serô cet' ré. 
Nous demeurons dans les Vosges et dans un lieu fameux. — Où 
que ce soit, on le sait bien, — Si ce n'était de Gérardmer, peut-être 
encore quelque peu Nancy, — La Lorraine ne serait certes rien. 



— 97 



S'o voiyin, Monseigneur, tan de pir, tan de reuche, 

Qu' èvo do slè je son spandi, 
Et s'o no voyin fàre in fremége ou dé peuche, 
Oh! vo sré cet' bé-n ébaubi. 
Si vous voyiez, Monseigneur, tant de pierres, tant de roches, — 
(que parmi cela) parmi lesquels nous sommes épars, — et si vous 
nous voyiez faire un fromage ou des poches, — Oh ! vous seriez 
certes bien étonné. 



Je féyo not' canton, j'non qu'in quiré, qu'in mare, 

Et nos on troze section. 
E fau bé pi d'in jo è çôlo q'vouron fàre 

Lo tô de dèrére môhon. 

Nous faisons notre canton, nous n'avons qu'un curé, qu'un maire, 
— Et nous avons treize sections. — Il faut bien plus d'un jour à 
ceux-là qui voudront faire — Le tour des dernières maisons. 

10. 

E'ni mohovorou, tôt au mon heuy' cent deuze ; 

Quéqu'ène è douze oure de lan. 
Prèq' to potyo (ç'o cet' ènn' bé mah cheuse), 

Lo léye o rèle et bé médian. 
Il en est par-ci par là, tout au moins huit cent douze ; — Quel- 
ques-unes à deux (heures) lieues de loin. — Presque tout partout 
(c'est certes une bien mauvaise chose), le (lieu) terrain est raide et 
bien mauvais. 

11. 

O-z o chèp' co bé-n ah', dô qu'o son è l'onaye. 

Ma dô le nôge è fa mou ma 
Rollè, quéq' peu chôgi, po drohô le montaye. 

E fau pourtan, pià ou non pià. 

7 



- 98 — 

On en échappe encore bien aisément, dès qu'on est en été. — 
Mais dans la neige il fait bien mauvais — Revenir, quelque peu chargé, 
à travers les montées. — Il faut pourtant, plaise ou non (plaise). 

12. 

O ! cet je son pi d'mille et nouante et cin mate ; 

C'o euyt' cen septante et clou tô. 
Po lo villége è n'i trô cen quarant'quouéte àte ; 

Ç'o clou cen cinquante heuy* chesô. 

Oh ! certes, nous sommes plus de mille et nonanle cinq maîtres ; 
— C'est huit cent septante deux toits. — Pour le village il y a trois 
cent quarante-quatre (àtres) feux ; — C'est deux cent cinquante-huit 
(chëseaux) maisons. 

13. 

Nos on trô bôle mô et co trobé de chaume 

Qu'ètiro trobé de quiriou. 
El y v'no po couéri dès erbe q'son de baume, 

Et dô qu'è 'n on, è son èvrou. 

Nous avons trois belles mers et encore beaucoup de chaumes — 
Qui attirent beaucoup de curieux. — Ils y viennent pour chercher 
des herbes qui sont des baumes, — Et dès qu'ils en ont, ils sont 
heureux. 

14. 

Le gran, dô qu'è fà chau, aimo d'boure è le guiesse ; 

El on do mau po le vodiè. 
Et no, évô pohi, dô li pi gran soh'resse, 

F 'n on in grô n'vô dô in potyè. 

Les grands, dès qu'il fait chaud, aiment de boire à la glace ; — Ils 
ont du mal pour la garder. — Et nous, par ici, dans les plus grandes 
sécheresses, nous en avons un gros tas dans un trou. 

15. 

Je n'son cet' mi bé lan de quoét' mil se cen tête ; 
Et nos on, po viquè terti, 



— 99 — 

Le vèhelle, le pouhe et le tôle et neu bête : 
Le terre o bé lan d'no néri. 
Nous ne sommes certes pas bien loin de quatre mille sept cents 
têtes ; — Et nous avons , pour vivre tous, — La vaisselle (de bois), 
la poix et la toile et nos bètes : — La terre est bien loin de nous 
nourrir. 

16. 

Et dô qu'è ni pi d'noye, o sohelle, o brossie ; 

Ç'o èdon q'io mou d'mâ ervé. 
Je son trobé quoy'tou po lo prè, le fouyie, 

Et po euvrè lo beu d'èoué. 

Et dès qu'il n'est plus de neige, on nettoyé les prés, on fume ; — 
C'est lorsque le mois de mai revient. — Nous sommes fort pressés 
pour le pré, les essarts, — Et pour (ouvrer) préparer le bois de 
l'hiver. 

17. 

Le fôme è soin de birr', do stôye et do Iacéye, 

Et neu éfan dev'no pouhar. 
Eprè q'iè b'sogne è fàte et qu'o chauff lo fonéye, 
E'n i trobé que son tounar. 
La femme a soin du beurre, de l'étable et du lait, — Et nos en- 
fants deviennent extracteurs de poix. — Après que la besogne est 
faite et qu'on chauffe le fourneau, — II en est beaucoup qui sont 
tourneurs 

18. 

E'n i trobé-n aussi que n'pon q'filè lou knoye ; 

Et dè-z aute euvro lo bohon 
Po de sole, de boéte ou quéque aute erqueboye. 

E féyo terti ce qu'è pon. 
Il en est beaucoup aussi qui ne peuvent que filer leur quenouille; 
— Et d'autres travaillent le hêtre — Pour des (souliers) sabots , des 
boîtes ou quelques autres menus objets. — Ils font tous ce qu'ils 
peuvent. 



— 100 — 

19. 

El i co enne aut' cheuse èto d'què o s'ertône : 

Neu fôme féyo do solin. 
Ç'o po lo péï ci en' cheuse qu'o bé bône. 

Le fôme è slè po so tréyin. 

Il est encore une autre chose de laquelle on s'étonne : — Nos 
femmes font du salin. — C'est pour ce pays-ci une chose qui est bien 
bonne. — La femme a cela pour son ménage. 

20. 

El i de peure gen que tote le jonàye 

En' féyo ré que do cherpi. 
C'o in mouyè d'viquè que n'èrè qu'en binâye ; 

Eprè le guerre o n'o fron pi. 
Il est de pauvres gens qui toute la journée — Ne font rien que de 
la charpie. — C'est un moyen de vivre qui n'aura qu'un moment : 
— Après la guerre on n'en fera plus. 

21. 

Not' andro o bé kni, surtou po lo freniège. 

Je vourô mou v's o perzotè, 
lnoq dô lo vi to neu père, è lou longuége, 

D'non è lou prince dé sole. 
Notre endroit est bien connu, surtout pour le fromage. — Nous 
voudrions bien vous en présenter, — Comme, dans le vieux temps, 
nos pères, en leur langage, — Donnaient à leurs princes des sabots. 

22. 

Vlè-vo q'no vo lo d'hè ? Lé keblar, lé moutréye, 

Qu'è 'n i don tan évô pohi, 
On terti b'so do beu pou lou vèche, lou m'téye ; 

Et ç'o tolo qu'è son spéni. 



— 101 — 

Voulez-vous que nous vous le disions ? Les cuveliers, les fermiers, 
— Qui sont si nombreux (qu'il en est donc tant) parmi nous, — Ont 
tous besoin de bois pour leurs vaches, leurs métiers ; — Et c'est de 
cela qu'ils sont privés. 

•23. 

O vo de beu an grô, po z-o fare dé piainche ; 

Et volo d'ouss que lo mau vé. 
O n'o pi obteni ne po cô, ne po mainche. 

E n'i qu'è rèh' q'cè fà do bé. 

On vend des bois en gros pour en faire des planches ; — Et voilà 
d'où vient le mal. — On n'en peut obtenir ni pour corps (de fontaines) 
ni pour ustensiles. — Il n'est qu'aux riches que cela fait du bien. 

24. 

E v'Io fourni lou seg, et no, peures euvréye, 

Je n'on ré po guégni do pain. 

Oh ! créyi, Monseigneur, q'no ravo bé de néye 

E mouyé d'èn'mi moéri d'faim. 
Ils veulent fournir leurs scieries, et nous, pauvres ouvriers, — 
Nous n'avons rien pour gagner du pain. — Oh ! croyez, Monseigneur, 
que nous rêvons bien des nuits — Aux moyens de ne pas mourir de 
faim. 

25. 

Oh ! s'o v'iè détéyi è chèquin des euvréye 

Dès abe ossè po so défri, 
Piteu que d'Iè lèhi è strainge mochoquéye, 

O vigrô bé, o n'piandrô pi. 
Oh ! si vous vouliez détailler à chacun des ouvriers — Des arbres 
assez pour sa consommation, — Plutôt que de les laisser à des n'im- 
porte-qui étrangers. — On vivrait bien, on ne (se) plaindrait plus. 



NOTES SUR L'ÉPITRE. 

(Les chiffres romains se rapportent aux n os des stances). 
I. E n' i pouc. Cette troisième personne i du présent 



— 102 — 

de l'indicatif du verbe être nous donne lieu à une obser- 
vation grammaticale très-curieuse. La forme ordinaire, 
quand le sujet est déterminé est o, comme dans la plus 
grande partie des Vosges : lo léye o réle, le lieu est 
rapide ; el o méchan, il est mauvais. Mais quand le sujet 
est indéterminé ou neutre, comme dans le français il 
est des gens, il n'est pas vrai, cette impersonnalité ne 
tombe pas sur le pronom comme dans notre langue, en 
allemand et en anglais, mais sur le verbe qui se trans- 
forme ; on dit alors î au lieu de o. Nous pouvons rap- 
procher ici cette autre singularité du changement de 
terminaison d'un verbe : on dit v'ni, venez, quand on 
s'adresse aux personnes et v'na quand on parle aux 
bètes. 

On trouvera trois manières d'écrire cette expression 
impersonnelle, mais avec trois sens différents : è n' i, il 
n'est ; è 'n i, il en est ; et è-n î, il est, pour el i qui se 
dit également. 

II. Girâmouè est le nom du village, giromhéye, l'ad- 
jectif qui en est formé, comme un habitant de Couni- 
mont (Cornimont) s'appelle un Courihêye. Au 4 e vers, 
en' est une interversion pour ne, comme on verra plus 
loin èss' pour se. 

IV. Le département des Vosges s'est particulièrement 
distingué dans la révolution par son dévouement à la 
patrie. Loin d'avoir eu des déserteurs , Gérardmer a 
fourni pour le premier départ de volontaires, 104 hommes 
dont les trois quarts au moins ne sont jamais rentrés. 
3 e vers : o pour on; le z n'est ici qu'une lettre eupho- 
nique ; au 4 e , o est pour en. 

Vil. Ire, ancienne forme française de était, originaire 
du latin. La pensée exprimée dans ce passage est deve- 



— 403 — 

nue proverbiale. Nous ne savons de quelle époque elle 
date. 

VIII. S'o pour si vous, ellipse très-forte qui donne 
bien l'idée de la rapidité de ce langage. 

IX. Le canton d% Gérardmer, malgré son étendue, 
n'était composé que de la seule commune de ce nom. 
On a détaché depuis une des treize sections pour en 
faire la commune de Liézey. 5 e vers, vouron, voudront. 
Touz ceulx qui vourront riens demander (Joiaville). Jà 
quant il se vaura mouvoir. (Roman de Amadas et 
Idoine, 45 e s.) 

X. Tout-partout, locution populaire en Lorraine. 

Irai-je tout partout sans ma foy parjurer. 
(Chronique de Bertrand Duguesclin, 44 e s.) 

XI. Piâ ou non piâ, vieille expression. 
Et je sais bien, plaise ou non plaise, 
Qu'entre tous honsseurs je suis homme. 

(Farce d'un ramoneur). 
On disait de même : Veuille ou ne veuille. (Guill. de 
Machaut, 44 e s.) 

XII. Il y a dans ce passage et dans les vers qui sui- 
vent une statistique intéressante, où toutefois l'arithmé- 
tique, à cause de la rime ou de la mesure, sans doute, a 
reçu une légère entorse. Gérardmer contenait en tout 
872 maisons, dont 642 étaient dispersées sur le flanc des 
collines ou dans la vallée et 258 se groupaient près du 
lac autour de l'église. Ces deux derniers nombres ne 
donnent, il est vrai, que 870 ; mais nous ne sommes pas 
loin de compte, on le voit : la poésie n'est pas une sta- 
tistique. On appelle chèseau (vieux mot français), l'em- 
placement même où est bâtie une habitation ; mais deux 
habitations peuvent ne former qu'un chéseau. M. Pottier, 



— 104 — 

en effet, compte 344 àtres ou feux pour les 258 ché- 
seaux du village, dont alors 86 au plus possèdent deux 
feux. Or, comme d'après lui il y a environ 1100 chefs de 
famille, il faut que dans les 612 maisons isolées, il y en 
ait 157 au plus qui aient deux feux. 

On remarquera en outre le chiffre de la population : 
1095 chefs de famille pour 4700 tètes. D'après de vieux 
titres, la population de Gèrardmer n'était en 1687 que 
de 22 pères de famille, soit au plus 150 personnes ; en 
1753, elle était montée à environ 2550 ; en 1809 elle est 
presque douhlée, et enfin aujourd'hui elle s'élève à 5921 
hahilants. 

XII. Les trois belles mers sont Gèrardmer, Longemer 
et Retournemer, que tous les touristes connaissent au- 
jourd'hui. Le nom de mer est bien prétentieux pour des 
lacs dont le plus grand n'a que 116 hectares de super- 
ficie sur une profondeur de 55 mètres ; mais ce n'est pas 
la faute des habitants si l'écriture les accuse d'orgueil ; 
ils s'obstinent à prononcer Gérômé et Géromouè, dès 
les temps les plus anciens, malgré les statistiques offi- 
cielles dont l'orthographe déroute souvent les étymolo- 
gistes. Gèrômé est la me de Géraud ou Girard, pre- 
mier duc d'Alsace. Géraud, Giraud est encore dans 
toute la montagne la traduction de Girard. Qu'est-ce 
qu'la me ? Mé, mcy, maix et souvent ma en patois, 
désigne une terre, une métairie et n'a aucun rapport 
avec l'idée de mer. C'est un mot qui appartient à la 
langue celtique. Longemer et Retournemer sont des 
désignations plus modernes calquées sur une orthographe 
vicieuse. 

On appelle chaumes les vastes pâturages et prairies 
au gazon épais qui couvrent les hautes montagnes des 



— 105 — 

Vosges. La végétation rabougrie de petits hêtres tordus 
s'arrête sur leurs pentes et forme au front chauve 
des monts comme une couronne de sombre verdure au- 
dessus de laquelle s'arrondit leur tête. C'est là que les 
botanistes et les chercheurs de simples sont heureux, 
comme dit M. Pottier. Parmi les plantes utiles qu'on 
recueille sur ces hauteurs, il faut surtout citer la gen- 
tiane qui ne sert pas seulement dans les officines médi- 
cinales, mais l'habitant du pays en fait aussi une eau-de- 
vie délicieuse et stomachique. 

XIII. El y v'no, ils y viennent. Pas plus que nos 
aïeux lettrés, nos paysans Vosgiens ne font sonner s à la 
fin du pronom ils sur la voyelle qui suit. On trouve 
presque partout dans Joinville il a voient, il alèrent, il 
estoient, il attendoient, etc. 

XIV. II n'y a pas de glaciers dans les Vosges. Ce sont 
quelques circonstances naturelles qui font que la glace se 
conserve sous des roches à l'abri du soleil. Telle est la 
glacière de la vallée de Granges, près de Gérardmer; 
elle est la seule qui conserve de la glace en tout temps 
ou à peu près. 

Le curé Pottier emploie quelquefois nous pour^'e à la 
l re personne du pluriel. C'est tout à fait contre la gram- 
maire du patois de Gérardmer; soit besoin de la mesure, 
soit parce qu'il n'était pas originaire de ce pays, c'est à 
tort qu'il a contrevenu à la règle. 

XV. Parmi les diverses industries de Gérardmer, il y 
en a trois qui ont fait et qui font encore la fortune du 
pays , la fabrication de la toile , celle du fromage et la 
boissellerie. La première est la plus importante de toutes 
et produit pour le pays des sommes incroyables. Quant 
aux fromages dits Gérômé, ce n'est pas Gérardmer seul 



— 10G — 

qui les fabrique. M. Vacca 1 en évalue à 40,000,000 de 
kilogr. pour le seul arrondissement de Remiremont la 
production annuelle. 

« Il existe à Gérardmer une branche d'industrie d'au- 
» tant plus précieuse pour celle commune que tout est 
» bénéfice de la main d'oeuvre ; c'est la fabrication des 
» cuveaux, de la vaisselle de bois et des boites de sapin. 
» Les habitants se livrent pendant l'hiver à ce travail. Us 
» vendent leurs ouvrages à des négociants du pays qui 
» les répandent dans toute la république. On évalue le 
» produit de ce commerce à \ 50,000 fr. » (Statistique de 
l'an X.) 

XVII. Après que la besogne d'été est faite et qu'on 
chauffe le fourneau en hiver. L'extraction de la poix est 
ancienne dans les Vosges. Flodoard , au 10 e s., dit que 
les Vosgiens étaient tenus de fournir à l'église de Reims 
toute la poix nécessaire à l'entretien des vaisseaux où 
elle gardait ses vins. 

XVIII. Les montagnards qui n'ont pas d'industrie ou 
qui manquent d'ouvrage filent la quenouille comme les 
femmes. Nous avons vu deux vieillards qui n'avaient pas 
d'autre moyen de gagner leur vie ; ils filaient à eux deux 
pour huit sous par jour. 

Le mot bohon, hêtre, vient de l'allemand bûche. 11 
n'y aurait à relever dans cette Epître qu'un petit nombre 
de mots d'origine allemande. Nous citerons proche , 
parler, sprechen; yodié, garder, warten; spéni, privé, 
spànen, (sevrer) ; seg, scie, scierie, sage; iiostou, vif, 



1. Fabrication des fromages dits Gérômé, Journal d'Agriculture 
pratique, 1864. 



— 107 — 

turbulent, hastig, drohô, à travers, dure h ; ce dernier 
terme s'étend jusqu'à Luné ville. 

XIX. Le salin est le produit brut des cendres de la 
bruyère, de la fougère, etc., desséchées jusqu'à siccité ; 
elles sont employées pour faire la soude nécessaire aux 
verriers. Dans un pays pauvre alors, où la matière pre- 
mière est si abondante, le rapport de cette fabrication 
était assez considérable. La Statistique de l'an X l'évalue 
à 100,000 fr. Ce salin, vendu à des négociants de Saint- 
Dié et de Raon-1'Etape, qui le convertissaient en potasse 
pour les verriers, était d'autant plus recherché que les 
femmes avaient soin d'en augmenter la force, en arrosant 
de leurs urines les tas de fougères et d ^bruyères qu'elles 
faisaient près de la maison. 

XXIII. Les plaintes qu'on trouve à la fin de cette Epilre 
sur la difficulté des habitants d'avoir à leur disposition le 
bois de leurs forêts sont assez naïves. Elles témoignent à 
la fois de l'ancien régime qui précipitait les forêts à leur 
ruine, et du nouveau qui, par de bonnes mesures d'ordre, 
voulait en arrêter la destruction et les régénérer. 

Les habitants des Vosges jouissaient du droit illimité 
d'envoyer leur bétail vain pâturer en tout temps et dans 
toute l'étendue des forêts, et, d'un autre côté , les droits 
d'usage qui leur étaient immodérément accordés pour les 
bois de chauffage et de construction nécessaires à l'entre- 
tien et aux réparations de leurs habitations étaient beau- 
coup trop multipliés et excédaient la possibilité des forêts 
{Statistique de l'an X). Aussi les usagers avaient-ils vu 
réduire leurs droits, et,. comme dit VEpitre, le pauvre ne 
pouvant acheter du bois, se trouvait dans la misère ; les 
étrangers avec leurs scieries enlevaient presque tout, et il 
ne pouvait en avoir assez pour son dé fruit, sa jouissance 
personnelle. 



— 108 — 

VARIANTES ET ADDITIONS DANS L'ÉPITRE ADRESSÉE A 
L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. 

Madame Joséphin', not impératrice, 

Que la France préhe 1 don tan, 
Qu'o vo di 2 bé-n aimée et bùne protectrice, 

J'vos aimo inoq les aut gens. 

Po l'empereur, po vo, ré n'o mè q'neu montaine. 
(Le reste de la stance comme la 5 e de VEpi(re). 

Vos ollè cet' trovè grossi not girom'héye ; 

Ma vot 31a j esté pos're bé 3 
Q'not sentimo vau mè, qu'cl o quéq'peu pi béye", 

Que not' longue en' vau mi l'idé. 

Vos o dné in chèplo 5 è en' de neu béyesse. 

Nos o-n on bé préhi l'honneur, 
Et ço qu'el vos è di, terlole lé poroisse 

Lo posse 6 et l'è pri dô not cœur. 

Après ces quatre premières stances vient le reste de 
VEpitre que nous avons donnée plus haut avec quelques 
transpositions, puis l'auteur ajoute ce compliment qui 
fait que la pièce se termine comme la femme d'Horace, 
turpiter atrum desinit in piscem, sans rime, ni nie- 
sure, ni raison, correspondant au morceau si complet par 
lui-même : 

1. Aime. 

2. Qu'on vous dit. 

3. Pensera bien. 

4. Que notre sentiment vaut mieux, qu'il est quelque peu plus 
beau, que notre langue ne vaut pas l'idée. 

5. Chapelet. 

6. Le pense. 



— 109 — 

Vot' Majesté è vi q'not longue o bé grossire ; 

Ma s'el voiyo not' sentimo, 
El voro que j'son fran, que j'en' féyo poué d'chiret 1 , 

Que son amour o dô not' cœur 

lnoq el o dô not' proch'mo ; 

Que j'sévo séti lo bonheur 

Q'iè France è d'oou 2 po màtrosse 

En' gen si dign' de l'empereur. 
O nou préyo bé Déy qu'è lo dnesse en' gran vie, 

Po to net' échirie 3 
Lo bé qu'èl on jo fà, qu'èl è-z tan coté. 

J'èré pichi moèri* 
Po lêchie è-z effan le gran félicité 

Qu'è vlo lo-z y fàre veni. 

Nou préyo déy' que le santé 

De tertole en' si bon' famille 

Diress' bon pèç' s po lé prospérité 

De nation qu'o r'civo lou bonheur, 
Et qu'è s'ess' dô lo cil inoque dô neu cœur. 



1. Poinl de cérémonie. 

2. D'avoir pour maîtresse. 

3. Pour assurer (tout net le bien qu'ils ont déjà fait, qui leur en a 
tant coûté. 

4. J'aurais préféré mourir pour laisser aux enfants. 

5. Dure bonne pièce (longtemps) pour la prospérité des nations 
qui en reçoivent leur bonheur et qu'ils soient dans le ciel comme 
dans notre cœur. 



LE BIENHEUREUX 



JEAN DE VANDIÈRES, 



PAR M. AUG. D1G0T. 



On entend répéter tous les jours que le dixième siècle 
est véritablement le siècle de fer de l'Eglise ; que les 
invasions des Normands et des Hongrois, dans le nord et 
dans le centre de l'Europe, les descentes et les ravages 
des Sarrasins dans le midi, la décadence des études , 
l'affaiblissement de la discipline, la corruption des mœurs, 
qui accompagnent presque toujours les grandes calamités 
publiques , ont justement valu à cette époque le nom 
d'âge des ténèbres et de la barbarie. Cette peinture des 
malheurs et de la dégradation intellectuelle et morale du 
dixième siècle manque de vérité, et, quand on étudie 
l'histoire ecclésiastique et civile de celle époque dans les 
sources, et non dans les mauvais abrégés, dans ces com- 
pilations sans couleur, qui circulent parmi nous, sous des 
titres plus ou moins pompeux, on ne tarde pas à recon- 



— 141 — 

naître que, si de grands scandales vinrent affliger l'Eglise, 
de grandes vertus parurent pour la consoler ; que, si les 
dernières invasions des peuples barbares furent terribles, 
elles ne purent du moins arrêter la formation de la société 
nouvelle, qui allait paraître si brillante et si forte, au 
moment des croisades. 

Ce fut vers le commencement de ce dixième siècle tant 
calomnié que naquit l'homme, le saint, le négociateur, 
dont nous allons esquisser l'histoire. Jean dut le jour à 
des parents riches et vertueux. Son père qui était alors 
fort avancé en âge, habitait Vandières, village situé sur 
la Moselle, à une lieue et demie au-dessous de Pont-à- 
Mousson. C'était, comme on sait, une des maisons royales 
des princes Carlo vingiens ; ce fut, plus tard, le séjour 
d'une femme qui, malgré sa beauté et son esprit, n'a 
laissé que de tristes souvenirs : la fameuse Alix de 
Champé, maîtresse du duc de Lorraine Raoul. 

Jean ne tarda pas à faire preuve d'une intelligence 
remarquable, d'un noble penchant pour la vertu, et d'un 
grand zèle pour l'étude et la méditation. Très-jeune 
encore, il manifesta l'intention d'aller à Metz, pour y 
suivre les cours de la fameuse école que les évêques de 
cette grande ville avaient fondée, auprès de leur cathé- 
drale, pour l'instruction, non-seulement des jeunes gens 
clercs, mais encore de tous ceux qui voulaient acquérir 
quelques connaissances dans les lettres sacrées ou pro- 
fanes (comme l'on disait alors). Les parents de Jean ne 
consentirent qu'avec peine au projet qu'il avait formé, et 
ne le virent point sans crainte quitter le toit paternel, à 
une époque où la sécurité générale paraissait un rêve 
impossible à réaliser. Il finit cependant par arracher leur 
consentement, se rendit à Metz et parcourut avec rapidité 



— 142 — 

le cercle, alors peu étendu, des études. Son amour pour 
la science était sans bornes, et, ayant appris, pendant 
qu'il se trouvait à Metz, qu'un fameux professeur, nommé 
llildebold, et élève du célèbre Remy, donnait des leçons 
de grammaire dans l'abbaye de Sainl-Mibiel , il quitta 
Metz, et vint suivre les cours de Hildebold. 

Ces occupations scientifiques, qui lui étaient si cbères, 
furent alors interrompues violemment par un malheur 
qui vint le frapper. Son père mourut, et sa mère, qui 
était jeune encore, lui imposa, en se remariant, l'obliga- 
tion de s'occuper de l'instruction de ses deux frères, et 
de l'administration des biens que son père leur avait 
laissés en mourant. 

Jean montra alors tout ce que le ciel avait mis dans 
son âme de force et d'énergie. Dès qu'il sent que sa pré- 
sence est nécessaire à Vandières, il quitte ses études, ses 
maitres, ses amis ; il part, et va veiller sur ses frères et 
sur leur fortune; il consent à demeurer dans un village 
obscur, parce qu'il comprend que toute sa sollicitude est 
due à ceux qui lui sont unis par les liens du sang. 

Cependant son mérite l'avait fait connaître, et sa mo- 
destie, loin de le cacber, n'avait servi qu'à en rebausser 
l'éclat. Le comte Rieuin 1 le nomma son chapelain ; et 
Jean, qui sentait qu'il ne pouvait rester toute sa vie enfoui 
au fond des campagnes, accepta l'offre de Rieuin, ainsi 
que celle que lui fit, quelque temps après, le noble 
Warner, qui lui confia l'administration de l'église de 
Fontenoy, près de Toul. L'évèque de Verdun essaya aussi 
de l'attacher à son diocèse, mais ses tentatives demeu- 
rèrent sans succès. Jean, content de sa position, remercia 

l. C'est celui dont parle Vassebourg ; i° 78. 



— 113 — 

le prélat, et consacra tous ses soins à l'accomplissement 
des modestes fonctions dont il était revêtu. Mais, quoi- 
qu'elles lui enlevassent une partie de ses journées ; quoi- 
que, par piété, il passât quelquefois dans l'église un temps 
considérable, il n'abandonna point les sciences qui avaient 
fait le charme de ses premières années. Il voulut écouter 
les leçons de Berner, diacre de l'église de Toul, et fit de 
profondes études sur le texte des Saintes Ecritures. — 
Sa charité n'était pas moins grande que ses lumières : 
ayant un jour rencontré un vieux prêtre que les inva- 
sions des Normands avaient forcé de quitter sa patrie, il 

* 

lui donna l'hospitalité, ne voulut jamais lui permettre de 
quitter sa demeure, et lui céda même son église de Fon- 
tenoy. 

Le goût de la retraite commençait à dominer toutes 
ses autres inclinations; Jean revint encore une fois à 
Vandières, où le rappelaient peut-être, d'ailleurs, quel- 
ques-uns de ses souvenirs d'enfance , qui ne meurent 
jamais, et prit soin de l'église de ce village. Cette église 
dépendait de l'abbaye de Saint-Pierre-de-Metz, et Jean, 
que ses nouvelles fonctions obligeaient quelquefois d'al- 
ler dans cette ville , s'y lia avec deux hommes d'une 
grande vertu, Roland, maître de chant de la cathédrale, 
qui passait presque toutes ses journées en prières dans 
l'oratoire de Saint-Michel, le lieu le plus retiré de la basi- 
lique, et Warimbert, qui vivait aussi dans une retraite 
presque absolue. Leur conversation lui inspira le désir 
de mettre à exécution un projet qu'il avait formé depuis 
longtemps, celui de se retirer dans la solitude. Il se 
rendit alors à Verdun pour consulter un reclus, nommé 
Humbert, qui avait acquis, par ses austérités et ses étu- 
des, une grande réputation de vertu et de science. Ses 

8 



— 114 — 

conseils ayant affermi Jean dans sa résolution, il alla 
trouver un solitaire, qui vivait au milieu des forêts de 
l'Argonne, et se construisit une cellule auprès de celle de 
l'ermite. Mais les manières de son nouveau compagnon, 
homme bizarre et singulier, lui plurent peu, et, cédant 
aux conseils de Humbert, il partit pour l'Italie, où il vou- 
lait aller prier sur les tombeaux des saints Apôtres. Jean 
parcourut en pèlerin cette contrée, qui offre un si puis- 
sant intérêt aux cœurs vraiment catholiques. Il visita 
Rome, la ville éternelle; le mont Garganus, sur lequel, si 
l'on en croit une tradition respectable, saint Michel apparut 
à l'évêque de Sipontum ; le mont Cassin, célèbre par sa 
fameuse abbaye de Bénédictins , et enfin les humbles 
cellules des ermites du Vésuve. 

Jean, revenu en Lorraine, se fixa à Verdun, auprès du 
pieux Humbert, et y fit l'apprentissage de la vie érémi- 
tique; mais la modeste habitation fle Humbert ayant été 
détruite par accident , le solitaire vint à Toul trouver 
Einold, ancien archidiacre de cette église, qui, après 
avoir distribué tous ses biens aux pauvres, s'était en- 
fermé dans une cellule , qu'il ne qu ittait que pour se 
rendre à la cathédrale. Einold et Humhert formèrent alors 
tous deux le projet d'aller chercher dans les forêts une 
solitude, qu'ils ne pouvaient, maigre tous leurs efforts, 
rencontrer si près des demeures des Mommes. Ils quit- 
tèrent donc Toul, sans en rien dire à personne, traver- 
sèrent la Moselle, s'enfoncèrent dans h forêt de Haye, et, 
ayant rencontré une caverne, ils en fnent leur demeure, 
et invitèrent Jean à venir partager ) ;ur retraite, leurs 
travaux et leur vie contemplative. Olui-ci ne se rendit 
point à leu - invitation; il consulta plusieurs de ses amis, 
et, loin de ne résoudre à vivre avec Hu abert et Einold, au 



— 115 — 

milieu des forêts, il les engagea à se retirer avec lui et 
quelques-uns de ses amis en Italie, où les véritables 
règles de la vie religieuse étaient en vigueur dans plu- 
sieurs monastères, qu'il avait visités lors de son voyage. 
Einold et Humbert y consentirent, et tous se disposaient 
à se mettre en route pour Rome, lorsque Randincus, 
chanoine de Metz, demanda à Adalbéron, son évèque, la 
permission de les accompagner. Celui-ci, loin d'y con- 
sentir, s'empressa de mettre obstacle à l'exécution d'un 
projet qui allait enlever à son diocèse et à celui de Toul 
plusieurs hommes, non moins distingués par leur piété 
et leurs vertus, que renommés pour leurs connaissances 
et leurs talents. 

Adalbéron les fit tous venir à Metz, et, pour les retenir, 
offrit de leur abandonner celle des abbayes de son dio- 
cèse qui leur conviendrait le mieux. Après en avoir déli- 
béré entre eux , ils résolurent de demander l'abbaye de 
Gorze, croyant qu'Adalbéron ne la comprenait pas dans 
les monastères parmi lesquels il leur permettait de 
choisir, et que, sur son refus, ils pourraient réaliser un 
projet auquel ils attachaient, pour ainsi dire, leur des- 
tinée. Leur étonnement fut grand lorsqu'ils virent Adal- 
béron leur accorder aussitôt ce qu'ils avaient demandé. 
Ils n'eurent plus alors aucune raison à faire valoir pour 
se dispenser d'obéir, et, en 993, ils entrèrent à Gorze, au 
nombre de sept : Jean, Einold, le diacre Bernacer, le 
chanoine Randicus et trois autres. 

Cette célèbre abbaye, fondée en 749 par Crodegang, 
évêque de Metz, et dont l'église avait été dédiée en 761, 
en présence du roi Pépin-le-Bref, de vingt-quatre évê- 
ques et d'une foule de seigneurs ; cette célèbre abbaye 
était alors dans le plus triste état. Les biens en avaient 



— 416 — 

été usurpés par de puissants seigneurs du voisinage, et 
les quelques moines, qui erraient encore dans cette 
abbaye, avaient à peine assez de ressources pour vivre. 
Le relâchement s'y était d'ailleurs introduit, et les pra- 
tiques delà vie monastique étaient tombées en désuétude. 

Adalbéron , qui avait l'ait vœu autrefois de rétablir 
Gorze, s'empressa de faire exécuter les travaux néces- 
saires pour que les nouveaux habitants pussent se loger 
aisément ; et le monastère, grâce aux talents et aux ver- 
tus d'Einold , qui avait été élu abbé, et de Jean, qui 
devint l'économe et l'âme de la nouvelle communauté, le 
monastère, disons-nous, ne tarda pas à changer complè- 
tement de face. Les anciens moines, qui avaient eu le 
choix ou de quitter l'abbaye, ou d'y rester en se confor- 
mant à la règle, se réunirent aux compagnons de Jean et 
d'Einold, et retrouvèrent bientôt, dans le commerce de 
ces derniers, une ferveur que les malheurs des temps 
avaient éteinte. Jean , pour subvenir aux besoins de la 
communauté , lui abandonna la propriété de tous ses 
biens, qui étaient considérables, et engagea ses frères, 
qui, entraînés par ses exhortations, avaient embrassé la 
vie monastique, à se dépouiller également, en faveur de 
Gorze, de tout ce qu'ils possédaient. 

Jean, non content d'avoir pourvu de la sorte aux be- 
soins les plus pressants de ses compagnons, entreprit 
une tâche plus difficile encore ; il forma le projet d'en- 
gager à une restitution tous ceux qui avaient usurpé ou 
qui possédaient, à quelque titre que ce fût, les biens du 
monastère. Quelques succès partiels augmentèrent son 
courage, et il osa aller trouver seul Boson, fils de Richard, 
roi de Bourgogne, qui était détenteur de presque tous 
les biens de l'abbaye. Ce seigneur, qui résidait à Vitry- 



— 417 — 

le— Brûlé, et qui gouvernait en maître une grande partie 
de la Lorraine, du Barrois et de la Champagne, non con- 
tent de repousser avec hauteur et mépris les justes de- 
mandes de Jean de Vandières, le menaça de lui faire 
sentir les effets de sa colère. Il en serait peut-être venu 
à des actes de violence, si son épouse ne l'eût engagé à 
ne pas s'écarter du respect qu'il devait avoir pour un 
serviteur de Dieu. Jean retourna à Gorze; il y était à 
peine arrivé qu'un officier du comte Boson vint lui ap- 
prendre en toute hâte que ce dernier était tombé malade 
subitement, et demandait avec instance à lui parler. Jean 
retourna aussitôt à Vitry, et éprouva le double plaisir 
d'entendre le comte lui annoncer qu'il restituait tous les 
biens de l'abbaye, et de le voir recouvrer promptement 
la santé. Cette difficile négociation une fois accomplie, 
l'humble religieux se hâta de regagner son monastère. 
Ainsi qu'on vient de le voir, il lui avait rendu d'éminents 
services : non content de lui abandonner la propriété de 
tous ses biens ; non content d'avoir engagé ses frères à 
imiter son noble désintéressement, il était parvenu, à force 
de démarches, et en s'exposant aux plus grands dangers, 
à obtenir la restitution de toutes ses anciennes posses- 
sions; on croit peut-être qu'il va se prévaloir de ses -ser- 
vices, qu'il va profiter de l'ascendant que ses talents ont 
dû lui donner, pour monter au premier rang, pour s'em- 
parer du gouvernement de l'abbaye? Nullement. La der- 
nière place est, à l'entendre, celle qui lui convient le 
mieux. Lorsqu'il était entré à Gorze, avec ses nouveaux 
compagnons, ceux-ci l'avaient nommé économe ; et le 
pieux cénobite avait accepté, quoique cet emploi dût le 
mettre continuellement en rapport avec un monde qu'il 
voulait fuir, et lui enlever un temps qu'il aurait désiré 
pouvoir consacrer à la prière et à la contemplation. 



— 118 — 

Einold, qui voulait l'éprouver, ne lui laissa pas longtemps 
cet emploi, et le chargea successivement des fonctions de 
prévôt et de doyen ; quelque temps après, et pour s'as- 
surer de son humilité, il le nomma cellérier et gardien 
du vestiaire. Ces fonctions étaient les plus humbles qu'on 
put lui confier; mais Jean accepta sa nouvelle tâche avec 
plaisir. 11 se consacra alors tout entier au service des 
pauvres et des malades ; il veilla, avec un soin particu- 
lier, à ce que les voyageurs reçussent dans le monastère 
une hospitalité généreuse. 

Redevenu procureur de l'abbaye, il exécuta les projets 
qu'il avait formés pour l'embellissement de l'église, du 
cloître et des bâtiments. 11 acheta des ornements magni- 
fiques, pour augmenter la pompe du culte, et fit fondre 
un certain nombre de cloches, fort remarquables pour 
l'époque. 

Loin de s'enorgueillir de tout ce qu'il exécutait pour la 
prospérité de l'abbaye ; loin d'agir en maitre dans la 
sphère de ses attributions, il ne faisait rien sans consulter 
Einold, et se glorifiait de son obéissance et de sa soumis- 
sion. 

Son humilité égalait ses talents. Le prévôt Friderick, 
homme vertueux, mais vif et emporté, se permit un jour, 
je ne sais à quel sujet, d'accabler Jean de Vandières des 
reproches les plus amers et des paroles les plus dures. 
Le solitaire, qui n'avait point commis la faute dont Fri- 
derick l'accusait, ne voulut pas même prendre la peine 
de prouver son innocence. 11 se prosterna devant le pré- 
vôt, et garda le plus profond silence. 

Friderick sentit ce qu'avait d'admirable la conduite du 
bienheureux Jean, et, lui ayant ordonné de se lever, il 
se jeta lui-même à ses pieds, en lui disant : « Jean, vous 



— 119 — 

m'avez tué ! — Moi ! Comment? — Votre patience m'a 
tué. — Non, reprit le saint homme, c'est votre emporte- 
ment qui vous tue. » 

Et cette patience, il ne la montrait pas seulement à 
l'égard de ses supérieurs ; mais il en faisait preuve aussi 
lorsque ses égaux se permettaient de lui adresser quelque 
reproche ; il leur répondait doucement, et leur deman- 
dait pardon d'avoir agi d'une manière qui ne leur plaisait 
pas, ou hien gardait modestement le silence. 

Les soins que l'administration du monastère exigeait 
de lui, ne l'empêchaient point de vaquer aux exercices 
du chœur avec une régularité exemplaire. Pour s'ac- 
quitter avec une égale exactitude des nombreux devoirs 
que ses fonctions lui imposaient et ne négliger cependant 
aucun des exercices religieux, qu'il regardait comme les 
plus importants pour un solitaire, il dérobait au sommeil 
une partie du temps que saint Benoît permettait d'y con- 
sacrer, et passait de longues heures dans la prière et la 
méditation. L'étude des Saintes Ecritures, qui avait fait 
le charme de sa jeunesse, et la lecture des ouvrages des 
Pères l'occupaient aussi pendant une partie des nuits. 

L'exemple des vertus des solitaires, qui avaient relevé 
de ses ruines la fameuse abbaye de Gorze, inspira le 
désir de les imiter : les novices se présentèrent en foule, 
et bientôt les moines furent à Gorze aussi nombreux 
qu'ils l'avaient été aux plus beaux jours de sa prospérité, 
sous les règnes de Pépin et de Charlemagne. 

Parmi les hommes pieux que les vertus de Jean et 
d'Einold attirèrent à Gorze, nous remarquons : Humbert, 
ce reclus que le bienheureux Jean de Vandières avait 
visité plusieurs années auparavant ; André, qui fut, dans 
la suite, envoyé à Rome, sur la demande du pape Agapet, 



— 120 — 

pour établir l'observance régulière dans le monastère de 
Saint-Paul ; Odilon , chanoine de la cathédrale de Ver- 
dun ; Angilram, primicicr de la cathédrale' de Metz ; 
Hugues, qui fut, plus tard, évêque de Liège ; Rambert, 
abbé de Senones, et plusieurs autres, dont nous tairons 
les noms, pour ne point trop allonger ce récit. 

Au moment où Jean de Vandières édifiait Gorze par 
ses vertus, l'empereur Othon I er commençait à régénérer 
l'empire d'Allemagne , qui, sous les faibles successeurs 
de Charlemagne, était déchu du haut rang que ce grand 
prince avait su lui conquérir. Ses succès étendirent au 
loin sa réputation, et le khalife Abdérame III, qui régnait 
alors à Gordoue, lui envoya une ambassade. 

La lettre, qui fut remise de sa part à l'empereur, con- 
tenait plusieurs assertions erronées relativement au chris- 
tianisme, et le fils de Dieu n'y était point traité avec le 
respect convenable. Othon, qui avait résolu, à son tour, 
de députer vers le khalife , voulut que l'on choisît pour 
ambassadeurs deux hommes d'église, car, seuls alors, ils 
avaient conservé le dépôt sacré des sciences ; et il ne 
voulait envoyer en Espagne que des hommes qui pussent, 
au besoin, soutenir la vérité des dogmes de la religion 
chrétienne, si le khalife, qui paraissait aimer à discourir 
sur ces matières, entamait quelque discussion. Einold fut 
chargé de choisir les deux ambassadeurs parmi les moines 
de son abbaye ; Jean de Vandières et Angilram, ancien 
primicicr de la cathédrale de Metz, furent désignés. Leurs 
talents leur valurent cette haute distinction, et leur firent 
confier cette mission honorable. Ils s'occupèrent aussitôt 
des préparatifs nécessaires pour un voyage d'aussi longue 
durée. Mais nous croyons , sans en avoir cependant les 
preuves bien certaines, qu'Angilram ne put accompagner 



— 121 — 

le bienheureux Jean ; ce dernier se fit suivre par un 
moine de Gorze, nommé Garamann, et par un Verdunois 
appelé Ermenhard, qui connaissait la route, et se chargea 
de la garde des présents destinés au khalife. 

Les envoyés de l'empereur partirent en 9S3, traver- 
sèrent la Lorraine, passèrent à Langres, à Dijon et à 
Lyon ; dans cette dernière ville, ils s'embarquèrent sur 
le Rhône, le descendirent jusqu'à son embouchure, et, 
étant montés sur un navire qui faisait voile pour l'Es- 
pagne, ils arrivèrent en peu de temps à Barcelone, et 
bientôt après à Tortose, première ville du khalifat de 
Gordoue ; dans cette direction ils y furent retenus un 
mois entier ; enfin, on les conduisit à Cordoue, où Ab- 
dérame se trouvait alors. 

Jean de Vandières dut être vivement frappé du spec- 
tacle qu'il eut sous les yeux , depuis le moment où 
il quitta Tortose pour pénétrer dans les provinces cen- 
trales du khalifat. C'était alors le temps de la puissance 
des musulmans en Espagne ; alors florissaient à Cordoue 
des écoles célèbres, d'où sortirent, un siècle plus tard, 
Averroès et Abenzoar. On y enseignait la géométrie , la 
chimie, la médecine. Les arts d'agrément y étaient éga- 
lement cultivés, et les poètes célèbres faisaient l'orne- 
ment de la cour d'Abdérame. 

Ce prince tint les rênes du gouvernement pendant cin- 
quante années, et, pendant ce long règne, la puissance et 
l'ascendance du khalifat allèrent toujours croissant. L'al- 
liance d'Abdérame était ambitionnée par les princes les 
plus éloignés, et l'empereur de Bysance, Constantin IX, 
lui envoya une ambassade célèbre, pour la réception de 
laquelle Abdérame déploya un luxe et une magnificence 



— 422 — 

qui nous rappellent ce que nous avons lu de plus extraor- 
dinaire dans les Mille et une Nuits. 

Nous ignorons si le khalife fit à l'humble envoyé de 
l'empereur d'Allemagne une réception aussi brillante. 
Irrité de ce qu'Olhon n'avait point immédiatement donné 
audience à son ambassadeur, il menaça Jean de Vandières 
de ne l'admettre en sa présence qu'au bout d'un laps de 
temps fort considérable. 

Abdérame fixa enfin le jour de l'audience ; les officiers 
du prince voulaient forcer Jean à quitter, pour ce mo- 
ment solennel , l'humble habit des disciples de saint Be- 
noit. Abdérame lui-même envoya au solitaire une somme 
assez considérable pour qu'il pût se procurer des vête- 
ments magnifiques ; tout fut inutile ; il voulut être admis 
à l'audience sans rien changer à son extérieur, et le kha- 
life, admirant sa fermeté et son attachement pour les 
régies qui lui étaient imposées, finit par y consentir, le 
reçut avec bonté , et promit d'empêcher les courses des 
corsaires sarrasins, qui répandaient la terreur sur les 
côtes de Provence et d'Italie. Quelques jours après 
cette audience solennelle, Abdérame, qui avait été frappé 
de la manière dont Jean de Vandières s'était acquitté de 
sa mission , le fit venir dans son palais, s'entretint long- 
temps et familièrement avec lui, et lui fit de nombreuses 
questions sur l'état de l'Europe et sur les événements 
qui s'étaient passés en Allemagne depuis l'avènement de 
l'empereur Othon 1 er . 

L'envoyé, satisfait de l'heureuse issue de sa mission, 
se hâta de quitter l'Espagne et fit le chemin de Cordoue 
à Metz dans deux mois et demi ; c'était alors voyager 
avec une promptitude extraordinaire. 

Adalbéron l'accueillit avec une grande joie, et Jean, 



— 123 — 

ayant appris que l'empereur se trouvait à Francfort , s'y 
rendit aussitôt. Othon le reçut honorablement et le com- 
bla de louanges. Jean de Vandières retourna probable- 
ment dans son monastère ; mais les courses des pirates 
sarrasins n'ayant pas discontinué, l'empereur chargea le 
solitaire d'une nouvelle mission. L'infatigable envoyé se 
remit en route, accompagné d'un bourgeois de Verdun, 
nommé Dudon, et se rendit de nouveau à Cordoue. Nous 
ne connaissons pas le succès de son nouveau voyage, car 
nous avons perdu la dernière partie de son histoire, com- 
posée par Jean, abbé de Saint-Arnould. Nous croyons 
cependant pouvoir conjecturer qu'il eut des résultats 
aussi heureux que les circonstances pouvaient le faire 
espérer. 

Jean de Vandières avait quitté le cloître avec joie, parce 
qu'il s'agissait du salut d'une foule de chrétiens, et parce 
qu'il espérait que sa mission mettrait un terme aux des- 
centes et aux ravages des Sarrasins. Sa tâche une fois 
accomplie, il regagna sa cellule avec autant de contente- 
ment qu'il l'avait abandonnée. 

Le vénérable Einold mourut peu de temps après, et les 
moines, d'une voix unanime, lui donnèrent Jean de Van- 
dières pour successeur. Mais il ne jouit pas longtemps de 
cet honneur, qu'il n'avait point ambitionné, et dont il ne 
se croyait pas digne, et mourut saintement au commen- 
cement du carême de l'année 965, laissant florissante et 
remplie de nombreux serviteurs de Dieu, une abbaye qu'il 
avait trouvée délabrée et déserte lorsqu'il y était entré, 
avec ses six compagnons, trente ans auparavant. 

Telle fut la vie d'un homme qui mérite d'être connu 
à plus d'un titre, et dont le nom est aujourd'hui plongé 
dans le plus profond oubli ; son histoire a été composée, 



— 124 — 

comme nous l'avons dit plus haut, par Jean, abbé de 
Saint-Arnould ; mais cet ouvrage est écrit dans un latin 
barbare et extrêmement difficile à comprendre, et la vo- 
lumineuse collection des Bollandistes, dans laquelle il est 
comme enfoui 1 , est trop rare pour qu'un grand nombre 
de personnes puissent la consulter. Nous avons donc cru, 
en publiant cette biographie peu connue, et cependant 
digne de l'être , rendre un véritable service à ceux qu'in- 
téresse encore l'histoire de notre vieille Lorraine. 



1. Ad diem xxvu februarii. 



TRADUCTION EN PATOIS 

DU PAYS DE TOUL, 
d'une 

BULLE DU SOUVERAIN PONTIFE 

PIE IX, 
PAR M. L'ABBÉ GUILLAUME. 



AVANT-PROPOS. 

Quelques jours seulement avant sa nomination au siège 
épiscopal de Nancy, M gr Lavigerie, alors auditeur de Rote 
pour la France à Rome, fut prié de demander, au Souve- 
rain Pontife , l'autorisation de lui dédier le recueil de la 
traduction, dans toutes les langues, de la bulle du 8 dé- 
cembre 1854, définissant le dogme de l'Immaculée Con- 
ception de la Vierge Marie. Sa Sainteté Pie IX agréa cette 
demande avec une satisfaction marquée, et se réjouit 
beaucoup d'un dessein si pieusement ingénieux et dont 
l'exécution se poursuit actuellement avec autant d'intelli- 
gence que d'ardeur. 



— 126 — 

Arrivé dans son diocèse, le nouvel évèque de Nancy et 
de Toul s'étant convaincu du bon esprit qui anime les 
populations qui le composent, désira le voir figurer d'une 
manière particulière et nominale dans une collection po- 
lyglotte qui sera, sans conteste, unique dans l'univers. 
Ne pouvant l'y faire représenter, delà sorte, ni en français, 
ni en allemand, puisque la France et l'Allemagne y por- 
teront leurs idiomes, il imagina de le faire par l'ancien 
langage du pays, et nous demanda s'il ne serait pas pos- 
sible d'obtenir une traduction patoisc du document pon- 
tifical précité. Nous avons pensé n'avoir reçu l'honneur 
de telle demande qu'en tant que membre de la Société 
d'Archéologie lorraine, et c'est surtout à ce titre que nous 
nous sommes mis en devoir d'y répondre au nom de 
notre Compagnie. Nous avons essayé d'abord, puis ayant 
entrevu la possibilité d'une complète réussite, nous avons 
mis résolument la main à l'œuvre et nous avons pour- 
suivi le travail, jusqu'à entière confection, avec tout le soin 
que nous avons pu y apporter. 

Pour mieux atteindre notre but, c'est-à-dire, pour don- 
ner à notre traduction la tournure et la physionomie pa- 
toiscs, pour lui imprimer un caractère de sérieuse au- 
tonomie, ne pas nous borner à la ridicule substitution de 
quelques expressions villageoises à des mots français, ou 
nous exposer à ne donner qu'un amalgame de patois dif- 
férents, nous avons pris les plus minutieuses précautions. 

Nous étant tout d'abord convaincu qu'il n'existe pas 
d'idiome patois identiquement commun à toute une con- 
trée, à tout un canton ; qu'il se trouve, au contraire, de 
paroisse à paroisse, des variantes dans le choix des mots 
et dans la manière de les prononcer, dans les voyelles et 
dans les consonnes qui se reproduisent de préférence ; 



— 127 — 

ayant remarqué, d'autre part, que, depuis un certain 
nombre d'années, le français a pénétré dans le langage 
rural et l'a singulièrement modifié ; nous avons compris 
qu'il fallait nous fixer à l'idiome d'un seul village et que 
notre choix devait s'arrêter sur une commune qui, située 
à l'écart, n'étant pas traversée par de grandes voies, ayant 
par conséquent moins de communications avec les voya- 
geurs et les cités, aurait plus fidèlement conservé les lo- 
cutions natives de l'ancien langage. Pagney-derrière- 
Barine, situé à quatre kilomètres au N.-O. de Toul, 
nous a paru réunir, pour notre objet, les conditions dési- 
rables, et nous sommes allé nous y installer. Introduit 
chez ses parents, par M. l'abbé Raison, vicaire de Malzé- 
ville qui , déjà , nous avait prêté son concours pour la 
traduction, que j'appellerai théologique, de la bulle Inef- 
fabilis, nous y trouvâmes des ressources , pour ainsi 
dire, inespérées : des personnes d'une politesse exquise, 
d'une intelligence remarquable, parlant correctement le 
français , mais n'ayant jamais quitté la localité , ayant 
longtemps vécu avec leurs aïeuls décédés plus qu'octo- 
génaires et conservé avec un respect religieux les cou- 
tumes et les traditions de famille. Elles eurent bientôt 
compris le service que nous réclamions de leur obli- 
geance, et grâce à leur concours empressé, nous avons 
pu minuter notre traduction patoise comme elle l'eût été, 
il y a un siècle et davantage, par le plus expérimenté 
villageois de la commune. 

Tel est le motif qui nous a fait entreprendre une tra- 
duction d'un genre nouveau ; tels sont les moyens mis 
en œuvre pour la rendre aussi parfaite que possible. 
C'est le patois d'une seule localité, nous le répétons ; il 
n'y aura donc pas, de la part de tels ou tels, à s'étonner 



— 128 — 

de n'y pas rencontrer les locutions en usage dans leur 
paroisse natale ou dans celle qu'ils habitent, ou de les y 
remarquer avec certaines modifications. Après l'exacti- 
tude théologique, réclamée par l'importance et la gravité 
du sujet, l'homogénéité du langage nous a surtout préoc- 
cupé et nous pensons l'avoir obtenue. Nous avons aussi 
apporté une attention toute spéciale à former l'euphonie 
des mots de manière à en préparer la prononciation sans 
trop de recherches ni d'efforts. Nous laisserons ensuite à 
chacun toute latitude de se prononcer sur l'harmonie, 
l'originalité, l'énergie, la clarté même de ce langage an- 
tique, toutes choses, qu'à notre surprise, il nous a sem- 
blé y découvrir après une lecture suivie et quelque peu 
préparée. 

Que si l'on choisissait pour type du patois de l'Evêehé 
de Toul , celui de Pagney-Bariue, il serait facile, au 
moyen de quelques rapprochements, de se faire une idée 
exacte du patois de presque tout le pays. Par exemple, à 
Pagney : l'a et l'o comme voyelles, le t, comme consonne 
se reproduisent plus fréquemment; à Francheville et 
dans la Woivre, dominent l'e et l'o comme voyelles et le 
z comme consonne. Ainsi pour exprimer l'imparfait du 
verbe être à la troisième personne du pluriel, on dit à 
Pagney : Vètaint to, à Francheville l'èlaint zo\ ailleurs 
on dit l'èlaint ta et dans un autre endroit Vètaint za. 
Tout se dit à Pagney : tourlou, à Francheville : teurteu, 
dans les environs de Lunéville : torlo. 
Eh bien se dit à Pagney : Eh bi, à Francheville : Eh bcn. 
Ma foi mo foué mo fri. 

Porte euche euchk'. 

Garçon gàchan gàchon ou guéchon. 

Une chose in' hiac in' hiec. 



— 429 — 

Beaucoup maùe moue. 

Vous, nous vous, nous veus, neus. 

Nous avons été j'ans éieu j'ons éteu. 

Nous menons de la paille; — j'mounans d'iet paille; 
— j'mounons d'I'étrain. 

Nous irons encore, — j'y v'rans dans co, — j'y v'rons 
don co. 

Mon Dieu se dit à Laneuveville, mon' Du; à Bruley, 
me un' Dea. 

On le voit, à l'exception de quelques substantifs pro- 
pres à certaines localités, et que nous ne pouvons ni ne 
voulons indiquer ici , le radical des mots se reproduit 
généralement dans tous les patois de notre contrée ; avec 
quelque attention aux finales et à la prononciation, quand 
on en comprend un, il est facile de comprendre aussi les 
autres. 

Sans revenir sur les remarques générales faites par 
M. Jouve, au sujet des patois vosgiens, et que l'on peut 
appliquer, pour la plupart, aux idiomes ruraux de nos 
contrées, mais seulement pour faciliter la lecture et l'in- 
telligence de la traduction, que nous donnons ici, d'un 
document minuté dans une langue morte, nous allons la 
faire précéder d'un vocabulaire des mots qui s'y trouvent 
plus fréquemment répétés et leur signification; quant 
aux phrases ou membres de phrases que nous avons 
supposés ne pouvoir être facilement compris, nous en 
renvoyons le sens littéral ou l'explication au bas de la 
page qui les contient. Cette double précaution épargnera, 
au lecteur, toute contention d'esprit et lui rendra plus 
attrayant, nous l'espérons, le langage, qu'ont parlé nos 
pères, comme l'indique la racine du mot patois qu'on 
lui a donné ; langage non point de dégénérescence ou de 

9 



— 150 — 

corruption; mais langage plein de sève et de vigueur 
qui, heureusement cultivé par des intelligences d'élite 
et par de nobles cœurs, est devenu ce français que nous 
admirons , à bon droit , dans les compositions de nos 
écrivains les plus distingués, que la littérature actuelle 
ne respecte guère et qu'elle aurait néanmoins autant de 
profit que d'honneur à conserver avec toute son élégance, 
son harmonie et sa précision. 

Substantifs. 



Buisson, 

Une chose, 

Clarté, 

Connaissance, 

Crainte, , 

Croyance, dogme, 

Les docteurs, 

Eglise (temple), 

Eglise romaine, 

Fils, 

Fille, 

Germe, 

Maison, 

Milieu, 

La neige, 

Noël, 

La nuit, 

Les prêtres, 

La porte, 

Tache, souillure, 

Les Saintes Ecritures, 



Bouchan. 

In' hiac. 

Tiatet. 

Counechance. 

Paûe. 

Le Credo que j'dijans. 

Los kerets qu'ant écrit. 

Mouti. 

Eglise de nout' Saint-Père. 

Gàchan. 

Gâche. 

Geormant. 

Màjan. 

Moiëtant. 

Let noche. 

Noé. 

Let noïti. 

Lot kerets. 

L'euche. 

Ouétine. 

Los paupis de l'bon Diù. 



Le trône élevé, 
Les siècles passés, 



Le, la, les, 
Du, des, 
Un, une, 



11, elle, ils, elles, 
Lui, leur, elle, 
Son, sa, ses, 
Tout, toute, 
Celui, celle, 



Déclaré, 
A couvert, 
Meilleur, 
Prédécesseurs, 
Pris, prise, 
Seul, seule, 
Vert, verte. 
Vieux, vieille. 



Appeler, 

Chercher, 

Clouer, 

Conserver, 

Descendre, 

Donner, 



- 131 — 

Let chaïère élouvet. 
Lo vi tôt. 

Articles. 

Lo, let, los. 
De Y, d'iet, dos. 
I, in'. 

Pronoms. 

I, ill', is, ill's. 
Li, lou, leï. 

Se, set, sos. 

Tourtou. 

Le eu, let celle. 



Adjectifs et participes. 

Détiaret. 

A couï. 

Miaiïe. 

Ceaùes qu'étaint d'vant. 

Prins, prinche. 

Tout pà lou, tout pâ leï. 

Vot, vote. 

Vi, vie. 

Verbes. 

Hauyeï. 

Quoiri. 

Tiooueï. 

R'teni. 

Dévalei. 

Bailleï, d'neï. 



— 132 — 



Entendre, 


Auyï. 


Enseigner, 


Recoudei. 


Fleurir, 


Fiorigcï. 


Laisser, 


Layeï. 


Noircir, 


Norigeï. 


Nourrir, 


Nieuèri. 


Oter, 


Roulei. 


Pousser, 


Baùesseï. 


Regarder, 


R'ouëiteï. 


Régir et gouverner, 


Mouneï et morigéneï 


Ressembler, 


Ressonneï. 


Renverser, 


R'vocheï. 


Sortir, 


Sauteï fû. 


Suivre, 


C neutre. 


Tomber, 


Choïre. 



Adverbes et conjonctions. 



Au-dessus, 

Autant, 

Beaucoup, 

Bien plus, 

Constamment, 

Comme cela, 

Encore, 

Ensemble, 

Ferme, 

Fermement, 

Mieux, 

Nettement, 

Plus loin, bien loin, 

L'infinitif des verbes de 



A d'chus. 

Auchtant. 

Maûe. 

Bi pu, eico pu. 

Toujou. 

Einlet. 

Eico. 

Ossonne. 

Roide su pattes. 

Sans broncheï. 

Moïe. 

Sans bioùatter. 

Pu lang, bi lang. 

la première conjugaison est 



— 135 — 

généralement terminé en eï aimer , aimeï , donner , 

d'neï. 

Le participe passé l'est en et, aimé, aïmet, donner, 
d'net. 

La 5 e personne plurielle du présent de l'indicatif finit 
en ant : is d'nant, is fin'chant, is r'cevant, is rondant. 

Celle de l'imparfait l'est en aint, is aïmaint, isfin'chaint, 
is r'cevaint, is rondaint. 

Au parfait : l'ait aïmet, Tant aïmet, etc. 

Au plusque-parfait, l'avaut to' aïmet, l'avaint to, etc. 

Futur, l'aïmeret, l'aimer ant. 

Conditionnel, l'aiemeraut, l'aimeraint. 

Subjonctif, que l'aïmeuss, qu'i peurneuss, que l'aï— 
menss, qu'is peurnenss. 

Pour rendre le sens de cette proposition : exemple de 
la tache originelle, nous n'avons rien trouvé de plus 
exact que cette tournure : comme si elle était baptisée, 
encore mieux et bien plus, le premier membre de la 
phrase indiquant l'exemption de la souillure originelle au 
moment de la naissance, et le second cette exemption, 
avant même la naissance, c'est-à-dire, dès la concep- 
tion. 



LETTRE APOSTOLIQUE 

DE N.-T.-S.-P. PIE IX, PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE, 
TOUCHANT LA DÉFINITION DOGMATIQUE DE L'iMMACULÉE 
CONCEPTION DE LA VIERGE, MÈRE DE DIEU, 

EN PATOIS LORRAIN. 



PIE EVECK 

serviteur dos serviteurs de l'bon Diû , 
pou qu' l'en saut toujou souvenance 1 . 

Diû qu'ot si bon qu'an ne l'saraut dire 2 , qu'ot toujou 
prot à pardouner et que n'dit jamas de monteris 3 , que 
put tourtou c'qui vut, que fa tout bi et arrange tourtou 
sans broncher et tout bellemot* ; l'avaut veu , quand 
l'monde n'ataum to co 5 , que tourtous los hoummes, éico 
los foummes périraint pà let faute de nout' père Adam, 
et pà i secret coichct à fond de l'éternitet 6 , l'avaut to 
meint do set tète que, quand s'petiot vira à moud 7 , i 

1. Pour qu'il en soit toujours mémoire. 

2. On ne le saurait dire, pour ineffable. 

3. Qui ne ment jamais. 

4. Qui dispose tout avec force et douceur. 

5. De toute éternité. 

6. Mystère caché dans la profondeur des siècles. 

7. Quand son fils naîtrait. 



— 135 — 

coumoceraut in hiac en n' saraut miaue et qu'an n' saraut 
saoùi coumot qu'i l'araut fà 1 , pou que l'houmme, que 
l'diape tiraut do sos greffes, n' périjeuss' mi maugré Diù 
qu'ot si bon et pou que si le premeï Adam douvaut 
to cheuïre, lo su qu' vanraut après lou li bayeuss' let 
main pour le r'iouver. Ot coumonçant et quand l'monde 
n'ataum' t'o co 2 , lo bon Diù démolet et arongea tout bi 
in' mère à c'petiot gàcban 3 pou quand i vauraut venint 
dot' l'monde que soupiraut to maûe après lôu et i l'ai 
tant aimet qu'y n'vouyaut to ri que leï et qu' pou li piare 
l'araut fà tourtou\ Ç'ot pou celet que, bi pu qu'à 
tourtous los Einges et qu'à tourtous los Saints i li d'net 
dos bounes chouses qu'i tiraut de s'trésor qu'ot toujou 
pien, et tant et tant qui n'quitaut jamas ; ç'ot pou celet 
que los ouétines que d'nant lo péché ne Tant jamas gàtet, 
et ç'ot co pou celet que l'ot si belle, si boune, si sainte, 
si inôcente et que l'ait tant de hiacs que n'y ait que l'bon 
Diù qu'o n'aut pu que leï et que pl'euss' bi le saouï s . 

An daut dan bi compenre que let boune Virge d'vaut 
t'o été pu belle que l's'laue et qu'o venant au monde, 
ill'saut coume si l'ataut batiée eico meuïe et bi pu 6 . Ç'ot 
pou celet que l'ait détrut le diape coume pàcheun' ne 
l'avaut p'ieu fare. Le bon Diù ot n'onviant s'gàchan dot 
l'monde velaut' to qu'i so o meim' tôt de lou et de leï 
que s'gàchan avaut to print pou qu'ill' saut set mère et 

1. Une œuvre excellente et mystérieuse. 

2. Dès le commencement et avant les siècles. 

3. Choisit et prépara une mère à son fils. 
■4. Il mit en elle toutes ses complaisances. 

5. Elle a tant de perfections qu'il n'y a que Dieu pour le savoir et 
la surpasser. 

6. Exempte de la tache originelle. 



— 436 — 

que rSaint-Esperit v'iaut to co que le siî que li baille let 
procession, eun' veneuss' au monde que pà s'n'opération 1 . 
Let premeire inôcence de let boune Virge, que n'fayaut 
qu'in' liiac avaù set belle sainteté! et avaù l'houneur d'ête 
let mère de l'bon Diù, nout' saint' Eglise que recoude 
toujou le Saint-Esperit, qu'ot 1' boun' eyde eico let pre- 
mcïre pire de let véritel 2 ; nout' saint' Eglise l'ait toujou 
maùe bi cxpiiquet, bi répandeue et baùessée deùsch'qu'à 
de l'aut' coutir avaù dos résons eico dos chouses ébiaùis- 
santes. L'ait fà celet, pass' que c'étaut to in' doctrine ve- 
neuc de l'paradis et que l'bon Diù n'avaut to d'net 3 . Tout 
d'jet bi lang tôt devant lo vi tôt 4 , los anciens l'avaint ora- 
cinét dos lous cueurs ; los évêques avaù lous kerets l'a- 
vaint soumet tout-par-tout. Ç'ot pou celet que nout' 
boun' Eglise l'at ossignét sans biôuatter 8 , et qu'ill' n'recu- 
in' laum' to de fare de let Conception de let boune Virge 
fcle que los bounes geos ne manqueremm' de bi ouadei. 
Ç'ot pou celet que nout' boun' Eglise a rouëitét let Con- 
ception d'nout' boune Virge coum' in' chouse étounante, 
maùe sainte, maùe vénérabe, ne ressonnamm' o ri à let 
eue dos autes offants, qu'an n'avaum co veue et qu'an ne 
r'voraumm' 6 , et ç'ot si bi n'einlet que nout' boun' Eglise 
ne fàt dos fêtes que pou los grand' s ebouses. Ç'ot pou 

1. Le Sainl-Esprit a voulu que, par son opération, fui conçu et 
naquit celui dont il procède lui-même. 

2. L'Eglise, toujours enseignée par le Saint-Esprit, est la colonne 
et le fondement de la vérité. 

3. Doctrine venue d'en haut et que Dieu lui-même avait révélée. 
i. Dès les temps les plus anciens. 

5. Sans hésiter. 

6. Une Conception à part, merveilleuse, entièrement distincte de 
l'origine des autres hommes. 



— 137 — 

celet qu'an ait veu l'Eglise quoiri, pou los panre, do los 
paupis de l'bon Diù, los meimes mots que d'jant let sai- 
gesse qu'ataut d'vant qu' los créateures ne seint et re- 
montrant s'n' origine éternelle pou los dire de let forma- 
tion de c'te meime Virgc qu'avaut éteu, do los conseils 
de l'bon Diù, pou v'nint dos let meime résolution que 
s'gàchan qu'ot aussi honnête que lou 1 . 

Le Credo let que j'dijans et tourtou caque j'fayans do 
l'mouti eico chet nous fant bi vore cambi let boun' Eglise 
de nout' Seigneur qu'ost let màtrosse de tourtous los 
autes, aïmaut to d'jel let Conception ébiaiùssante de nout' 
sainte Virge. Bin ottondeu que tourtou ce qu'ait fâ l'E- 
glise de Roume daut iet' repeïtet partout, pou celet que 
l'ot let premeïre de tourtous los autoritets , et le moïlant 
de tourtou c'que j'savans d'pu vrà et que n'fà qu'ung. 
Ç'ot de pà ley que l'ai ouadet, sans que pàcheun'ouseuss', 
y touchei , tourtou ce qu'avaut dit l'bon Diù , et ç'ot ce 
qu'ill' crôt que tourtous los autes douvant crore et ne 
mi y manquei. 

Ç'ot pou celet que c'te meime Eglise de Roume s'ait 
tant remuet, que l'ait fà tourtou c'qu'ill pi' aut to, pou 
montrei, pou j'tei partout, pou soutenint son pipet que 
let boune Virge atau veneue au monde coume' si l'alaut 
bàtiée eico moïe et pi pu 2 . Et je l'vouyans maùe bi, et 
que je n'ne trompamm', do los paupis si bés et que n'y 
ot n'ait tant d'ios Saints Pères de Roume qu'étaint to devant 
nous 3 . Saint Piere fust le permet et ç'ot à lou qu' nout' 

1. La Vierge avait été, dans les conseils de Dieu, destinée à venir 
dans le même but que son fils aussi sage que lui. 

2. Pour propager et défendre le culte de l'Immaculée Conception. 

3. Nous en voyons un témoignage évident, manifeste, dans les 
actes si nombreux et si remarquables des pontifes romains , nos pré- 
décesseurs. 



— 138 — 

bon Jésus d'net de ouadei los agnés eico los borbis, de 
los nurie tourtous, d'ofoncer lous frères do lct foué, d' 
mouner et moriginer l'Eglise qu'ot partout, pou que sos 
offans jamas ne broncheunss' 1 . 

Ç'ot pou celet que eaux qu'ateint t'o d'vant nous ant 
meint tourtous lous houneurs, pàss' que l'étaint los mâ- 
les, à mott' dot' l'Eglise de Roume let fête de let Con- 
ception, avaù in' mosse que n'ataum' to co 2 , epeu dos 
vêpres et lourtou ce que p'iant dire los kerets do lous 
offices 3 , pou qu' tout chacun saveuss' bi que let boune 
Virge n'ataum' coume tourtous los autes que faut bâtiéi ; 
pou qu'an ouyeuss' moïe, pou qu'an fayeuss' pu grand 's 
et qu'allenss' pu lang los cérémounies qu'an fayaut to 
d'jct et d'Ios aurichi en lous d'nant dos indeulgcnces, so 
qu'an d'neuss' permission à los grandes villes, à los con- 
trées, à los royaumes de panre pou lou sainte* let mère 
de Thon Diù, o lethoyant let Conception Immaqueulée 
sô on éprouvant los confréries, los congrégations, los 
couvents élouvets pou l'honneur de Y Immaqueulée 
Conception ; sô o poutanl bi haut let religion de ceaûs 
que fereint dos couvents aussi bi que dos hôpitaux, dos 
autels, dos moutis, qu'is diraint toujou de ïlmmaqueu- 
lée Conception ; sô qu'is peurnenss' let résolution, et le 
jurant d'vant l'bon Diù, que s'battreint deuch qu'à sang 
pou défonde let Conception Immaqueulée d'iet binheui- 
reauss' Virge, mère de l'bon Diù. 

Eico pu, l'an éteut an n's'araut pu contents de v'ior et 

i. Pour que ses enfants jamais ne chancellent. 

2. Une messe propre. 

3. Tout ce que peuvent dire les prêtres dans leur office. 
A. Prendre pour patronne. 



— 159 — 

d'prochéi 1 qu'in' fête de let Conception seraut établie pou 
tourtous los chrétiens, ni pu ni moins que let fête de 
Noôué ; que let fête let de let Conception seraut fàte do 
tourtou reunivers pendant hiëue jous et maiie saint'ment 2 
fêtée pà tourtous los geos coume tourtous los autes qu'is 
douvont ouadei, et qu'in' foue chaque année do nout' 
grand' mouti de Libère 5 , lot' Saint Père y v'raut avaù 
sos pu grand's geos*, let joùnée qu'an feraut let Concep- 
tion de let Virge ; de pu, et pàce qu'is v'iaint toujou moïe 
ofoncer do los cueurs dos fîdels ce qu'is avaint recoudei 
de l'Immaqueulée Conception de let boune mère de Diù, 
et ocouraget lou dévoution à bi honorer et vénérer let 
Virge conceue sans l'péchet de nout' premeï père, 1s n'se 
possédaimt' to de d'ner let permission de crier bi haut 
do los lytainies de Lorette eico do let préface de let mosse, 
let Conception Immaqueulée de c'te meime Virge, si bi 
que let louët de crore sautraut fuer tout' fàte de let louët 
de priy. Cheuïvant dan l'cbemin d'ceâus qu'étaint de- 
vant Nous et si savants, J'ans aprouvet et prins los hiacs 
que Tant si bi dévotement et si saigemot aronget ; ma bi 
pu, do let souvenonce de c'qu'ait fàt Sixte quate, J'ans 
couvri de nout' autoritet dos prières fàtes ri que pou let 
Conception Immaqueulée et Je jubilens maùe ot d'jant 
qu'an los chanteraut partout l'monde. 

Ma coume los chouses qu'an fà do los moutis s'tenant 
si bi ossonn' que n'fant qu'ung avaii le Çu pou qui qu' 

1. Ils se sont grandement réjouis de décréter. 

2. Saintement solennisée pendant huit jours (avec octave). 

3. La basilique patriarcale de Libère. 

4-. Le Saint-Père irait avec ses plus hauts dignitaires (il y aurait 
chapelle pontificale). 



— 140 — 

s'ot 1 , et coum' 111* nep'lant dcmorcr sons bougier counie 
dos piquets si l'aut' cy cheinprc counie in' girouante 2 , e'ot 
pou celet que ceâus qu' otaint d'vant Nous couine Saints- 
Pères à Roume, n'sangeant qu'à réponde, et bi lang, los 
hiacs qu'an l'a vaut pou lct Conception, Tant fà tourtou 
c'qu'is p'Iaint pou espiiquei à los geos et far' ontrer bin 
avant dos lous tètes et c'que e'ot et se n'osignernot. Ç'ot 
si vra, que Tant maùe et maùe si bi proebet que let fêle 
qu'an fayaut, ataut let Conception de let boune Virge et 
qu'an n'pouvaut s'y trompei ; Tant r'bausset coum' in' 
grousse monteri 5 los raisons de ceaus que s'avisaint to 
de soutenaint, coum' dos effrontets, que ce n'alaum let 
Conception meime, ma seulemol let sanctification de let 
Virge que l'Eglise honouraul to. Et is n'anm' v'ieu ête 
miaûes pou los ceâus que, pou r'vochei l'Immaquelée 
Conception de lct boune Virge ot mottant i moument 
outre le coumoncemot et let finition de let Conception 
let, d'jaint qu'ill' n'avaum éteu do l'coumoncemot, ma 
solemot y paii après et qu'avaù faleu attonde* ; e'ot bi 
pou celet que ceâus qu'étaint d'vant Nous s'san creus 
forcets d'sout'ninl et d'dèfonde mordicueuss* et let fête 
de let Conception de let boune Virge et let Conception 
do l'premeï moument coume let chouse qu'an d'vant to 

1. Les choses qui appartiennent au culte sont unies par un lien in- 
time avec leur objet. 

2. Elles ne peuvent demeurer sans bouger comme des piquets , si 
cet autre change comme une girouette (ne peuvent demeurer stables 
si cet objet est lui-même incertain et douteux). 

3. Ils ont repoussé comme un gros mensonge. 

i. Mettant un moment entre le commencement et la fin de la Con- 
ception, disaient qu'elle n'avait pas été dès le premier moment, mais 
seulement un peu après et qu'il avait fallu attendre. 

5. Sans démordre (avec tout le zèle possible). 



— 141 — 

crore et ouadei. Ç'ot d'toulet que v'nant los mots si tran- 
chets de l'Saint-Père Lexandre VII, quand i montraut si 
bi c'que croyaut nout' boun' Eglise, o d'jant : « L'ot 
» certes bi tout vie 1 let dévotion dos offans d'nout' bon 
» Jésus pou set binheuiraùss' mère let Virge Marie ; let 
» dévotion let que croyaut to que do l'premeï moument 
» que s'n'ame ontrei do s'corps, l'ataut sauvée et ouadée 
» de let ouétine de l'premeï péchié , pà i privilège et let 
» grâce de l'bon Diù, que vauyaut to c'qif avaut fà s'gà- 
» chan neut' Seigneur pou sauvei tourlous nous aules ; 
» et ç'ot lei que los ait amounets à fare de lou moïe let 
» fête de let Conception 2 ». 

Ceaùs qu'étaint d'vant Nous, s'sant échinets à mott' 
tourtous lous soins et lous voulontés à r'tenint sons que 
pàcheunn' y p'ieuss' touché 3 lét doctrine de l'Immaquelée 
Conception de let boune mère de Diù. Et ç'ot si bi einlet, 
qu'is n'ant jamas souffri qu'on d'jeuss' queue que c' saut 
au bi qu'an louveuss' le nez d'i coutir ou d'i n'aute su ce 
que l'o n'avaint to dit 4 . L'ant éteu bi pu Iang ; Tant dit sans 
bioiiatter et tont pien de fouës que 1' Credo que j'dijans 
su l'Immauquelèe Conception, ataul et d'vaut to été prins 
tout de meime que let fête que j'fayans do los moutis; 
Tant dit que TCredo let méritaut, pou c'que l'ataut si vi, 
et qu'an l'chantaut do tourtou l'monde, ête bi receu et 
souteneu pà nout' Eglise de Roume, et pou n'ri layé à 
dire, qu' méritaut tout pien qu'an l'chanteuss' do tourtou6 

1. Elle est certainement ancienne. 

2. C'est elle qui les a menés à célébrer de leur mieux la fête de la 
Conception. 

3. Sans que personne y puisse toucher (dans toute son intégrité). 
i. Ils n'ont jamais souffert que cette doctrine fût censurée ou mé- 
prisée par qui que ce fût et d'aucune manière. 



— 142 — 

los moutis de l'monde do los jous de feïtes. Ce nom' 

ê 

tourtou, pou que l' Credo de let boune Virge imma- 
quelée demoreuss' franc et net sans que pacbeun' ou- 
seuss' y touchiei, is défondeint, avaii toutpiende menaces, 
de soutenins sô d'vant los geos, sô derri, i n'aute Credo, 
pà c'qu'is v'iaint le revocbei et l'tripler d'euch' qu'a ri. Et 
pou que, ce que l'avaint tant et si bi dit, ne d'moreuss' 
mi coume in' moût' de tarre, que n'bouge mi 1 , is motaint 
à coutir los scellets que je r' trouvans avaù ce que j've- 
nons de dire do los paupis de c'Saint-Père Léxandre VII 
que feut d'vant Nous et maùe admirct : 

« Je, considérant que nout' saint' Eglise de Roume fà 
» tout bi let fête de let Conception Immaquelée de Marie 
» toujou Virge, et que l'ait fà, do l'vi tôt, o s'n'honneur 
» in' mosse et ce que dv'ant dire los kerets que li avaut 
» soufflé le bon Saint-Père Sixte quate qu'ataut d'vant 
» Nous, et v'iant tout coum' lou et los autes que J'venins 
» après, los Evecks de Roumc, bi protégei let pieuse dé- 
» votion let, c'te fête et ce que Tant fà depeuï le coumon- 
» cemot et si bi arongé, que l'Eglise n'y ait ri mint ni ri 
» cheinget. V'iant de pu, soulenint let dévotion let eico 
» c'genre de prôner et de relouver let binbeuirauss' 
» Virge Marie, que, pà sos soins, l'Esperit-Saint avaut 
» t'o amounel dot l'mond' bi pu et moïe, qu'in' bàtiée ; 
» v'iant co que do l'bé troupe d'nout' bon Jésus tourtous 
» los esperits saint liets pà let paix coum' pa in bat 2 , ot 

1. Pour que la doctrine de la bonne Vierge immaculée demeure 
intacte, sans que personne ose l'altaquer, ils défendirent avec de 
grandes menaces de soutenir soit devant, soit derrière toute per- 
sonne, une autre doctrine : voulant la renverser et la réduire à rien ; 
et pour que ce qu'ils avaient tant et si bien dit ne demeurât pas inerte 
comme une motte de terre qui ne s : agile pas. 

2. Voulant que dans le troupeau de Jésus-Christ, tous les esprits 
soient liés par la paix comme par une hart. 



— 143 — 

» détrujant los reincueunes et los dispeutes et ot mottant 
» fue ceàus que gàteraint los autes ; et pou c'que los 
» Evecks que j'ans dit, avaù lous chaloines, l'Ro Ph'lippe 
» avaii tourtous sos seugets, n'ant priet et n'ant fà priï, 
» sous v'ior ne layer tranquille : Je r'nouvelans tourtous 
» los bés paupis qu'ant écrit ceàus qu'ataint d'vant Nous 
» et pà dessus los aùtes Sixte IV, Paul V et Grégoire XV, 
» pou proteigeï d'Iou moïe le Credo que j'chantans har- 
» dimot, que l'ame de let boune Virge Marie, quand 
» l'bon Diù l'ait fà et l'ait mint do le corps de let boune 
» Virge, ait reçeue let grâce de l' Saint Esperit et que l'ait 
» éteu ouadée de let ouétine de l'premeï père ; J'd'jans 
» qu'avaù celet, J'protegeans let fête eico tourtous les cé- 
» rimounies qu'an fà pou let Conception de let Virge 
» Marie mère de l'bon Diù, coum' an los ai oronges o 
» coumonçant et coum' Je l'an dit pu bà, tout de meime 
» et maiie bellemot coum' le Credo que J'disans, et 
» v'ians que tourtou ce qu'an ot écrit do los paupis que 
» J'venans de dire, so fà bï à point et sans rater, pou ce 
» qu'outremot J'puniraïns sons miséricorde de tourtous 
» los cbàtimots que sant marqueïs do ços paupis et 
» qu'ant daut rr'douteï 1 . 

1. Nous déclarons par là, favoriser la fête et le culte de la Con- 
ception de la Vierge mère de Dieu, tels qu'ils ont été établis, comme 
nous l'avons dit plus haut, conformément à celle pieuse doctrine, et 
nous ordonnons que l'on observe lesdiles constitutions et décrets, 
sous les peines et censures qui y sont spécifiées ; mot à mot : 

Nous protégeons la fête et toutes les cérémonies que l'on fait pour 
la Conception de la Vierge Marie, mère de Dieu, comme on les a ar- 
rangées en commençant et comme nous l'avons dit plus haut, tout de 
même et bien bellement comme la doctrine que nous professons, vou- 
lant que tout ce qui en est écrit dans les papiers susdits, soit fait à 
point et sans difficultés, parce qu'autrement, nous punirions sans mi- 
séricorde, de lous les châtiments qui sont marqués dans ces papiers 
et qu'on doit redouter. 



— 144 — 

» Bi pu, que si n'y o n'avaut to que v'ienss bronche! 
» su l'conteneu dos paupis que J 'venons de dire, coum' 
» si is routaint lo bé coutir à ce que J'ans dil avaû los 
» au tes 1 , à let fête, au bi à los belles cérimounies que 
» v'nant après; au bi qu'ouseraint dispeuter su tour- 
» tous los bell' biacs let que j'aiemans tant, sô qu'is gra- 
» chenss' dessus, d'ï coutir où d'in' aute, sô qu'is fayenss' 
» eanss' pou n'se m'i vond', de rouéiteï si l'Credo let ot 
» bi lier, de barbouillei eico de farfouille? do los paupis 
» de l'bon Diù, au bi de los Saints-Pères, au bi de los 
» saints los pu savants, aîi bi enfin, pou sancte que 
» saint que cso*, au bi eo pou ce qui croraint v'ior, qu'is 
» l'écrivainss, au qu'is pàlenss', qu'is prochenss', épan- 
» denss', dispeutenss', jeurenss' patou avaii lous daûes 
» mains que n'y ait ri de pu vra, au bi on allant chor- 
» cher dot let leune dos raisons qu'an n'panraum' let 
» poëine d'y réponde ; au bi enfin qu'ot jaseraint J'ne 
» savons coumot; fourtous et chaqu'ung de ceaùs-let, 
» en seuss' dos punitions, apeuï de ce qu'on hauïe los 
» censures que sant bi à lang minches do los paupis de 
» Sixte quouatc 3 J'otendans que l'is fuchenss' soumis et 
» J'ios y soumettans pà los paupis qu' voss'", Je v'ians 
» que pou celet et sans pu pâler, is n' p'ienss' pu jamas 

t. Comme s'ils étaient le beau côté à ce que nous avons dil avec 
les autres. 

2. Soit qu'ils crachent dessus d'un côté ou d'un autre ; soit 
qu'ils feignent, pour ne pas se rendre, d'examiner si celte doctrine 
est bien claire, de chercher dans les Ecritures, dans les Saints-Pères, 
dans les saints les plus savants (les docteurs), ou enfin sous tel pré- 
texte que ce soit. 

3. En sus des peines et de ce qu'on appelle les censures qui sont 
mises bien au long dans les écrits de Sixte IV. 

i. Les écrits que voici (pour les représenter). 



— 145 — 

» prochei, fare los mat' d'écoles, d'nei lou savoir et l'ex- 
» piiquéi, qu'is n'plenss' pu votei an ri ni pou qui que 
» c' soi 1 ; et sons tant barguignei, Je v'ians los fare cheuïre 
» desous los poënes de n'p'lor pu jamas prochéi , 
» non pu que d'fare lous magisters do los écoles, de 
» d'neï lou science au dos interprétations à lous fan- 
» taisie , et qu'is n'plenss' mi ète pardounnets que 
» tout pà Nous-meime au bi pà ceaùs qu' vanrant après 
» Nous su let chaière de Saint-Piere ; et Je v'ians co, 
» qu'is choyenss' desous los autes pouënes que J'pau- 
» reins lous y infligeï au que lous y infligeraint ceaùs 
» que vanrant après nous, los évecks de Roume, tout 
» coum' J'ious y condamnans pà nous présents paupis, 
» que n'fayant que r'nouveleï los paupis si savants et si 
» dévois que J'ans d'jet dit de Paul V et de Gré- 
» goire XV. 

« Et si n'y ait dos lives pou pàlé let dessus coum' Je 
» n'ie v'iamm', au bi pou dire que let fête et los ceri- 
» mounies qu'an fa pou ley, layant dos doutes do l'espe- 
» rit au bi qu'an y araut mint pou le leire, queue que ce 
» sot que n'seraum coum' J'I'an dit put haut 2 , au bi eico 
» si l'y avaut dos phrases, dos prônes, dos sermons, dos 
» dispeutes pou soutenint que ce n'om' ni tout bi ni tout 
» vra, si an los ait eimprimet après l'ordonnance que 
» J'ans rapoutet pu haut de le Saint-Père Paul V, au bi 
» si an los eimprirne pu là, n'importe coumot ; J'ios dé- 
» fondans et desous los pouënes et los censeures que 

1. Qu'ils ne pourraient jamais prêcher, faire les maîtres, étaler leurs 
savoir et l'expliquer ; qu'ils ne puissent plus voter en rien ni pour qui 
que ce soit. 

2. Ou bien qu'on y aurait mis quoi que ce soit qui ne serait pas 
selon ce que nous avons dit plus haut, 

io 



— 146 — 

» s'troilvant do le registre dos lives qu'an n'daum' leïre ; 
» JVlant et J'ordounans que pà celet meime tout pà lou 
» et sans pu pàler, ils seinss' reouëitets coum' défondeus 
» sons remission. » 

Tourtous los geos savant bi coumot los pu bés cou- 
vents, los pu ebiaùïssanles écoles dos évecks et los pu 
savants kercts do los chouses de l'bon Diù 1 ant r'teneu 
pou le r'motte à z'autes, ant souteneu et defondeu mor- 
dîcucus le Credo de let Conception Immaquelée de let 
boune Virge mère de Diù. ls savant bi aussi cambi los 
évecks s'sant d'nct d'poënes, sons se coicheï et meime 
quand y n'y avaut to' que dos kerets 2 pou montréi qu'is 
croyaint to sons bronchcï que let boun' sainte Virge Marie, 
mère de l'bon Diù, pà los mérites de l'Rédempteur Jésus- 
Christ nout' Seigneur, que li avaut to d'nnet d'avance, 
n'ait jamas éteu tachée de l'péché de l'premeï houmme ; 
ma que l'on ait éteu bi n'a point ouaclée et tout pien, et 
pou celet, raichetée bi moïe que tourtous los autes. 

Le concile de Trente que n'riaum' to 3 et qu'ot let pu 
haute autoritet, a veneu fàre d'avaù* tourtous ceàus que 
J'venans d'dire. Ç'ot si vra, qu'ot fayant, su l'péché de 
nout' premeï père se Credo que devaut ressonner au eu 
dos Apôtres et que pou celet l'ait print do los bés paupis 
de l'bon Diù, dos Saints-Pères et dos assemblées d'évecks 

i. Les plus savants prêtres dans les choses de Dieu pour : les 
docteurs les plus considérables dans la science des choses divines. 

2. Même quand il n'y avait que des prêtres, pour même dans des 
assemblées ecclésiastiques. 

3. Qui ne riait pas. 

4. Faire d'avec ceux que nous venons de nommer, pour dire : se 
joindre à eux. 



— 147 — 

los meuïe ecaiïetées 1 , l'ait dit et montret sons qu'i saut 
obliget d'y r'venint, que tourtous los hoummes venant 
au monde opoisounnets pà le péché de l'premeï père ; di- 
jant pourtant, pou qu'an n'o p'Ieuss douteï, qu'i n'v'laum' 
mott' do se Credo nan pu que do sos paroles , let bin- 
heuiraùss'Virge Marie, mère de l'bon Diù. Et tout jeuste, 
d'jant celet, los pères de l'concile de Trente, ant montret 
autant qu'i l'falaut to, o (ayant attention à los tots et à los 
pays, que let boune Virge feut franche de let tache origi- 
nelle, et ainsi montraint tout bi qu'an n'saraut ri penre 
en boun' aloy, sô do los paupis de l'bon Diù, sô do los 
chouses 2 que j'tenans d'nous Saints-Pères, que sô de 
quéq' façan cont' l'ebiauuissant privilège que let Virge 
avaut to de pâ ley. 

Et d'bi vra, le Credo de l'immaquelée Conception de 
let boune Virge répandeu tous los jous pu lang, avaù pu 
d'force et d'tiatetj pà l'idée si saint'mot amouraùiss' de 
l'Eglise, pà l'ossignemot, pà l'étude, pà le savoir et let 
sagesse, détiaret, raid' su pattes, et soumè coum' l'éclair 
do tourtous los pays de l'inonde catholique, l'ait toujou 
demoret do c'te meime Eglise, coum' héritache dos pu 
vis grand'pères 3 et coum' le Credo que n'ait d'net l'bon 
Diù ; ç'ot ce que d'jant, ç'ot ce que repeytant à tue tète 
tourtous los pu bés hiacs qu'an r'trouve chei los offants 
de l'Saint-Père que sant depoïèl'ondro que s'iouve le s'iaùe 

1. Les assemblées d'évèques les mieux écoutées ; pour les con- 
ciles les plus accrédités. 

2. Et ainsi montraient tout bien qu'on ne saurait rien tirer, en bon 
aloi, ni dans les divines Ecritures , ni dans les choses que nous te- 
nons des Saints-Pères qui soit, d'une façon quelconque, opposé à 
l'éblouissant privilège accordé pour elle seule à la Vierge. 

3. L'héritage des ancêtres. 



— 148 — 

deuch'qu'à l'ondroqu'i s'càùeche 4 . Tout de meime l'Eglise 
de nout' bon Jésus, ouadross' et que n'd'reum', de tour- 
tous los vériteis* (|ue sant do l'Credo , r'vaucheraut 
['monde pou ompechei qu'au y toucheuss', n'y cheinge 
ri, n'y route ri, n'y ajoute ri. Ma quand avaù set sagesse 
et set screupeulosité, 111* vi à pàlei dos chouses quant 
print lou germe do l'vi tôt et que l' Credo dos Saints- 
Pères ait pianteï do los âmes, 111" mot tourtout sos soins 
à los ratiei , à los frottci 3 si bi que los premeïs Crcdos 
que l'bon Diù d'net à sos offants, dev'naint saines et nets, 
tiars coum' de l'our, et que d'morant toujou piens , sons 
r'vocher, sons ri pàde de c'qu'is valaint ni de c'qu'is 
pouvaint, et ne r'baùissant que su lous racines, au pou 
moïe dire, do l'meime Credo, do let meime compeur- 
neùirc et do l'meime sentiment'*. 

Et tout d'mcime, los Pères et los kerets qu'ant écrit, 
instrus pà l'bon Diù n'ant ri tant aveu à cueur dos los 
livres que l'écrivaint pou expiiquei los paupis de l'bon 
Diù, pou rincei, ma tout bi, los ennemis de l' Credo 5 , 
instrure los fidels, que de criei à qui moïe et d'proché su 
los tôts, et tout pà tout do lourtous los pàlés et d'iet pu 
magnifiqu' façan, let si haute" saintetet de let boun' Virge, 

1. Tous les enfants du Saint-Père qui sont depuis l'endroit où le 
soleil se lève jusqu'à celui où il se couche, pour : chez tous les peu- 
ples et nations de l'univers catholique. 

2. Gardienne qui ne dort pas de toutes les vérités pour : gardienne 
vigilante. 

3. Pour à les limer, à les polir. 

<i. Pour ces dogmes primitifs de la céleste doctrine acquièrent 
l'évidence, la clarté, la précision, et qu'ils retiennent en même temps 
leur plénitude, leur intégrité, leur propriété, et ne croissent que dans 
leur espèce, c'est à-dire dans le même dogme, dans le même sens, 
dans le même sentiment. 

5. Vaincre les ennemis du dogme. 



— 149 — 

se rang élouvet, s'n' inôcence onteïr' et pu bianche que 
let noche, et let grand' victoire qu'ill' ropouteit chu 1' 
diape que creuv' do set pé de n'p'lor n'étreinguié tour- 
tous 1 . Ç'ot pou celet, dijant ce que l'bon Diù ai dit quand 
i t'naut co l'mond' do set main 2 , su los médecines qui 
préparaut si bounemot pou guéri los hoummes et los 
r'motte à ravi do l'espérance que l'avaint to pàdeu , 
o'd'jant : « J'mottra ontre ti et let foumme, ontre tos 
offans et los sines in' haine à meuri », Tant recoudet que 
l'grand jeug'ment let de l'bon Diù, fayaut counotl' bi 
lang d'vant, sons barguigner et coum' si an l'voyaut d'jet, 
1' miséricordieux Rédempteur dos hoummes, à saôui : 
l'eunique gàchan de l'bon Diù, nout' Seigneur Jésus- 
Christ, layaut vore set binheuirauss' mère let Virge Ma- 
rie, et montraut avaù l'doïe 3 let haine de l'gàchan et d'set 
mère cont' le démon. 

Ainsi, tout coum' le Christ que s'ait piecet' 1 ontre l'bon 
Diù et los hoummes, o peurnant nout' paure nateure, à 
chànet le paupi que n'condamnaut to', ot l'tioùant à let 
croie coum' i gênerai qu'ait tourtous tiet 3 , ainsi let boun' 
Virge que n'fà qu'ung avaù lou, mounant de pu en pu 
lang, avaù lou et pà lou, set heïne que n'finira jamas 
cont' le vi serpent, ait do s'triomphe non pareil, broyet 
avaù s'bian pi, let tète de l'monstre let toujou pien 
d'poison. 

1. Le diable qui crève dans sa peau de ne pouvoir nous étrangler 
tous. 

2. Pour dès les premiers temps du monde. 

3. Montrant du doigt, pour indiquer expressément. 
i. S'est placé. 

5. Comme un vainqueur. 



— 150 — 

Ç'ot c'si lié triomphe de Ici Virgc qu'ill' ait de pà ley, 
e'ot s'n'inocence, set puretet, set saintetet an n'saraut pu 
moïe, ç'ot s'n'exemption de let tache de l'péché, ç'ot let 
pièn' meseur de tourtous los grâces, dos vertus, dos pri- 
vilèges qu'ot do ley que los incimes Pères antveu tantou 
do l'arche d'Noôué qui , pà in houn' rajon de l'hon Diù, 
ail sautet fù sainct' et notte dos aùcs que noyaint tourlou 
l'inonde ; tantou do c't' échelle qu'ait veue Jacob et que 
d'iet tarre mantaut jcus(|u'à firmament, que los einges de 
l'bon Diù o mantaint et dévalaint los échélans et que 
l'Seigneur étaut à boue haut ; tantou do l'houchan que 
vit Moyse, tout ofiammet do i saint ondro et qu'à moïetant 
do fiammes que biamaint maùe haut 1 , brculaut tôt sons 
s'euset, sons s'odommaget, sons dimineuct, devenant 
toujou pu vot' et haussant dos fleurs que ravissaint ; tan- 
tou do c'te citadelle que los ennemis n'pourraint jamas 
er'vochet eauïe que saut pendeus dos querasses o' masse 
et tourtous los sabres avaïi los piques et los haches dos 
pu terrib' souldats 2 ; tantou do l'jàdin si by formel, qu'an 
ne saraut on' ofoncéi l'euche, sautei los meurailles, ni s'y 
faufilei de quéqu'façon <|ue c'sot 3 ; tantou do let grand' 
ville de l'bon Diù qu'ol bâtie su let grand montagne que 
l'ai bénie ; tantou do Thé mouti de l'ciel que l'bon Diù 
équiare lou-meime, d'jeusqu'a ébiaùï et qu'ot tout pien 
d'iet gloire de l'Seigneur ; tantou do los imaches de 
meime façon, et Diù sait si n'y o n'ait*, que montrans let 

i . Flammes qui s'élançaient bien haut. 

2. Pour la tour inexpugnable de laquelle pendent mille boucliers 
et toutes les armures des forts. 

3. On n'en saurait enfoncer la porte, sauter les murailles, ni s'y 
introduire d'une manière quelconque. 

1. Et Dieu sait s'il y en a, pour nombreuses. 



— 451 — 

haute dignitet de let Mère de l'bon Diû, et s'n'inocence 
sons ouétine, et ses saintetet bianche coum' in noche, 
qu'ant éteu, ainsi qu'los Pères l'ant layé do lous paupis, 
si bellemot prochées et maùe lang tôt d'avance. 

Pou racanter tourtous los cadeaux que l'bon Diù li ait 
fà, tant et tant qu'an ne los saraut campter 1 et pou dire 
let grand' saintetet qu'avaut ot venant au monde let 
Virge mère de Nout' bon Jésus, los meimes Pères peur- 
nant los mots de los prophètes, ne l'amm' chantée d'in' 
aute façan, c't'ebiaùissante Virge, si ce n'ot, coum' let 
bianche tourtourelle, let sainte Jérusalem, let chaïère 
élouvée de l'bon Diû ; let màjan et l'arche de sanctifica- 
tion que let sagesse éternelle s'ait bâti ; coum' let Royne 
let, qu'avaut tant d'bell hiacs o Tonton d'iey et que s'ac- 
coudaut si bi su s'Benjamin 2 , ait sauté fù tout coum' celet 
dos mains de lTout-Puissant , tout charmante , maùe 
chère à l'bon Diù et jamas gâtée pà let pu p'tite tache. 
Eh bi, los meimes pères et los kerets qu'ant écrit, san- 
geant de lous tètes eico de lous cueurs que let Binheui- 
rauss' Virge, quand l'boun' Ange Gabriel l'i venet dire 
qu'ill' manteraut si haut qu'ill' seraut let mère de l'bon 
Diù, et qu'ill' l'oyit, tout pà l'ordre et l'nom de l'bon Diù 
lou-mème, let hauyei pieïne de grâces, ant prochét que 
l'salut let, si bé et que jamais an avaut co oyït 3 , v'iaut to 
dire que let Mère de l'bon Diû ataut l'rassemblement de 
tourtous los grâces divines, que l'ataut parée de tourtous 
los cadeaux que li avaut fà le Saint-Esprit , bi pu , que 
l'ataut coum' i trésor qu'an ne veuïderaut jamas a , et 

1 . Pour presque sans mesure. 

2. Son bien-aimé. 

3. Ce salut si beau et que jamais on n'avait entendu. 
i. Inépuisable. 



— 452 — 

coum i grand poteu sons fond toujou pien 1 dos meimes 
grâces, si bi que, n'étant in' ombre maudite 9 et peurnant 
avaiï s'gachan, set bomf pà de let bénédiction que n'cess' 
de lou z'y d'net l'bon Diù, l'ait méritet que Sainte Elisa- 
beth , qu'aussi bi soufflant le Saint-Esprit 3 li d'jeuss : 
« V'étei bénie entre tourtous los foummes, et l'ot eo béni 
» le frùt de vos entrailles. » 

De tout let, lo sentiment que los meimes Pères, toujou 
coum' si n'fayaint qu'ung' ant si bellemol* espiiquet que 
let Virge let tant gloriauss' pou let queïe L'aut'let que 
peut tourtou s ait fà tant de bell' chouses, que l'ait ébiaiii 
pà los hiacs let de l'ciel, que l'bon Diù li avaut' d'net et 
tant et tant que j'n'arains saveû eiaùe los molt' 6 , pà tout 
pien de grâces et in' si biancbe inôccnce, que l'ataut tout 
coum' i prodige de 1'Tout-Puissant qu'an n' saraut racan- 
teï ; bi pu, coum' le pu grand et le pu bé de tourtous los 
miracles, let si vénérabe mère de Diù se rapprouchant 
de lou, si près que l'peut fare in' créateure, et s'élouvanl à 
déchus de tourtous los louanges que p'Iant d'nei los 
hoummes eico los anges. Ç'ot pou celet que pou défonde 
l'inôcence et let premeire jeustice de let mère de Diù, 
is ne l'amm' comparet solemot, et maùe souvot, à nout' 
mère Eve quand l'ataut gâche, inôcentc, peure, et d'vant 
que l'serpent filou', ne l'aut fà cheuire do sos laçants ; 
ma bi pu, is Tant mint à d'chus de ley pà tourtous los 

1. Un abîme sans fond toujours plein. 

2. Pour soustraite a la malédiction. 

3. Inspirée par le Saint-Esprit. 

•4. Pour unanimement et clairement. 

5. Celui qui est puissant. 

6. Les dons célestes que Dieu lui a faits en si grande quantité que 
nous n'aurions su où les placer, pour abondance de dons. 



— 453 — 

phrases et los pensées los pu belles qu'an p'ieuss' trouvy. 
Et de bi vra, nout' mère Eve an écaùetant le serpent 
coum' in' vie sorcire 1 ; ol deveneue s'n'esclave, o pédant 
l'inôcence ; au conlrair', let binheuirauss' Virge on aug- 
mentant loujou pu c'que li avaut d'net l'bon Diù, on let 
mottant au monde, s'ait bi ouadée de protei jamas l'o- 
roïir à ce qu'araut v'ieu li dire l'oreget d'serpent 2 ; ma 
pà let vertu que li avaut to d'net l'bon Diù, l'ait runet 
pou toujou let vayance et l'érogance de nout' ennemi. 

Ç'ot pou celet qu'is n'amm' arrètet de hauyei 3 let mère 
de Diù so i lys à moiëtant dos épines ; so in' tarre qu'an 
n'emm' co retoùnel 4 ; in' Virge sans tache toujou bénie, 
toujou ouadée de let peste de l'péché et qu'ait sorvi à 
mott' au mond' l'Adam nouvé ; au bi i paradis sons re- 
prouche 5 , pien de tiatets eico de tourtous los agréments 
qu'an peut aoui, quand an n'ait ri à se r'prouchei et qu'an 
n'd'àut jamas meuri 6 ; paradis tout piajant 7 coichet pâ 
l'bon Diù lou-meime pou que l'serpent pien d'poison ne 
p'ieuss jamas l'attrapet; au bi i boù que n'purim' 8 et qu' 
los vers de l'péché n'an p'ieu meinget ; au bi in' fantein' 
toujou tière et poutant lo scellet d'iet verteu de l'Saint- 
Esperit ; au bi i mouti tout de l'bon Diù ; au bi i trésor 
qu' opech'raut d'meuri ; au bi l'eunique bacelle non de 

i. Pour ayant misérablement écouté le serpent. 

2. S'est bien gardée de prêter l'oreille à ce qu'aurait voulu lui dire 
le serpent enragé. 

3. Ils n'ont pas cessé d'appeler. 

4. Une terre qui n'a jamais été retournée. 

5. Irréprochable. 

6. Qu'on ne doit jamais mourir, pour immortel. 

7. Paradis de délices. 

8. Qui ne pourrit pasç pour incorruptible. 



— 154 — 

l'trépas ma d'I'exislence ; récine non de let fureur, ma 
de let grâce, que pà in' Providence tout' exprès de l'bon 
Diù ait bauûesset sons jamas pàde sos feuilles votes et 
sons cheuire los couleunies ordinaires, d'i geormant gàtet 
et opoisounet. 

Ma coum' si los figueures let, bi que n'y ot n'aut point, 
de pu belles, ne d'jenss' my co assez ; l'an dit, ot peur- 
nant dos mots démolets tout exprès , sans dioubieu 
otonte 1 , que, quand l'ot question de l'pécbié i n'ie p'iaut 
toy iète de let boune Virge Marie , qu'ait receu in' grâce 
pu grande pou triomphei ot toute menière de l'péehié. 
L'ant dan déclaret que let tout glouriaùss' Virge ait éteù 
let Réparatrice de let faute de nous premeïs parots, in' 
source d'iet vie pou lous offants , preinche tout exprès 
devant que l'inonde ne so 2 , préparée pà le Çu que là tour- 
tou et que l'ait montrée tout coum' s'ill' ataut d'jet quand 
l'ai dit à l'serpent : « J'mottra dos heines ontre ti et let 
foumme » et que, an n'o saraut doutei, broya let tète 
opoisounée de l'meime serpent, et ç'ot pou celet que 
Tant afirmet que let meime bienbeuirauss' Virge ait éteu, 
pà let grâce, notte meime d'in' ombre d'ouétinede Tpéché, 
à couï (à l'abri) de tourtous los tàcbes de l'corps, de l'amc 
et de l'esprit, et que toujou vivant avaù l'bon Diù, ne 
fayant (ju'ung avaù Ion pà i mariache que n'finiraut ja- 
mas, jamas nan pu ill' n'ait demoret do let nouïti, ma 
toujou à pu grand jou et que pou celet, ill' ait éteu, pou 
nout' Jésus, in' majan que li piajaut bi ; seraut-ce pou let 
rajon de s'eorps? Nanny, ma pou let rajon de let graice 
que l'avaut to' djet bi n'avant qu'ill' n'arriveuss'. 

1. Propositions spéciales et sans équivoque. 

2. Choisie de toute éternité. * 



— 155 — 

Eurmottant avaù celet, los si bés mots que Tant prins, 
pou pàlei de let Conception de let boun' Virge , quand 
Tant dit que let néteure.demoret sons bouget et trom- 
biante 1 d'vant let grâce et si fort, qu'ill' n'ousaut conti- 
nuei se n'ouvracbe, pou ce que d'vant arrive* que let 
Virge, mère de l'bon Diù n'feut conceue pâ set mère 
Anne, d'vant que let grâce n'aut produt se frut, pou ce 
que, d'vaut iète bâtie coum' premeïre veneue, celle que 
d'vaut bâti l'premeï veneu de tourtous los créateures 2 . 

D'après lous témoigniaches, let pé si bianche de Marie 3 
v'nant d'Adam n'ait jamas print les taches d'Adam, et 
ç'ot pou celet que let binheuiraùss' Virge Marie ait éteu 
let màjan fàte pà l'bon Diù lou-meime, bi rongée pà le 
Saint-Esperit, màjan tourtou d'bell' escarlate que l'nouvé 
Beseleel ait maùe bi paret et tourtou couvri d'our ; ç'ot 
pou celet que c'te meime Virge ot de bi vra , et que pà 
s'nom meim', daut iète chantée coum' le premeï et l'pu 
bel ouvrache de l'bon Diù lou-meime, que s'ait ouadet de 
los dards breulants de l'malin esperit ; tout bel!' pà ley- 
meime que n'ame l'semblant d'in' tache et qu'ébiaùït los 
oils de l'inonde" pà set Conception Immaqueulée, coum' 
le s'iaùe quand i vùt s'iouvei tout de gaud ebiaùissant los 
geos. 

I n'araum' tout d'meime bin' éteu 3 que l'bé vase d'é- 
lection let saut traïenet coum' tourtou l'rach'te dos 

i. Immobile et tremblante. 

2. Elle devait être ainsi conçue comme la première née, celle qui 
devait concevoir le premier-né de toute créature. 

3. La peau si blancbe — pour la chair, le mot patois employé 
pour chair ne pouvant l'être convenablement ici. 

4 Qui éblouit les yeux du monde. 
5. II n'aurait pas été convenable. 



— 156 — 

hoummes do let bourbe de l'péché ; pou celet que bin' 
aille que tourtous los aùtcs créateures, Marie ne fit d'avaii 
Adam que pou lel nateure et non jamas pou let faute 1 . 
Bi pu, i convenant lo que l'gàchan let qu'avaut do l'cicl 
i père que los chérubins chantant tros fous saint, aveuss' 
su let tarie, in' mère qu'in' ébiaûissante saintetet n'ait 
jamas délayet. 

Los anciens ant r'foulei le Credo let si bin' avant do 
lous cueurs, que pà dos mots mirobolants, pà lous tour- 
nures et que feint roueïteïs chez eaiies coum' los cou- 
mandements de Diù 2 , Tant souvot hauïct let mère de 
Diù Immaqueulée et auchtant Immaqueulée qu'ant l'pau- 
raut compenre, Immaqueulée, inôcente et an n'saraut pu 
inôcentc, sons tache et an s'araut pu bianche, sainte 
auchtant que sans ouétine, peure, et que jamâs pàcheun' 
ne l'aprouchit ; ce qu' los savants hauyant le type épeu 
le modèle de let puretet et de l'inôcence ; pu bell' que ce 
qu'ot pu bé, pu graciauïss' que let grâce ; pu saint' que 
tourtous los saints, saint' loutpà ley 3 , r'bondissant d'bian- 
chaùe do s'n'ame et do s'eorps, bi pu haut que tourtous 
ceaiis qu'an hauie los intègres et los Virges, tout pà ley 
et d'ibaiie à l'àute fàte let majande l'Saint-Esperil et l'ma- 
gasin de tourtous sos richesses, et que, si ce n'ot l'bon 
Diù tout pà lou 4 , ot pu haut piacet que tourtous los 
créateures, ot bi, çont fouës pu bell' et pu sainte que los 
chérubins, los séraphins et tourtou le troupe dos anges ; 

1. Marie n'eut de commun avec Adam que la uature et non la 
faute. 

2. Pour comme ayant force de loi. 

3. Seule sainte. 

4. Dieu seul. 



— 157 — 

let Virge, après tout, que tourtous los meusiciens et los 
chantaùes de l'ciel et de let tarre, ne saraint, coum' i fau- 
raut, meusiquei sos louanges 1 . El n'y ait pacheun' que 
n'saveuss' que los touneures de l'iangaiche ant passet tout 
coum' de zaiiies-meimes do los moneuments de ce qu'is 
hauyant let sainte liteurgie et do los offices de nout' 
boun' Eglise , qu'an los y trouv' à tout baùe de champ 2 
et que l'y trônant coum' dos roynes ; si bi que let mère 
de l'bon Diù y ot hauïée et invoquée coum' in' tourtou- 
relle bi bianche et bi jolie, coum' in' rouse toujou fleurie, 
coum' atant an s'araut pu peure, toujou immaqueulée, 
toujou sainte, et que l'y ot chantée coum' l'inôcence que 
n'ait jamas ri souffri en queuie que c'sô, coum' let daùe- 
zime Eve qu'ait d'net l'jou à l'Emmanuiel 3 . 

An n'peut dant s'étounei que l'Credo de let Conception 
Immaqueulée de let Virge mère de l'bon Diù, marquet 
dos los paupis de l'bon Diù coum' l'an juget los Saints- 
Pères, rendu ferme pà l'imposant de lous témoignaches, 
oformet et poulet à pu haut do quasi tourtous los pu bés 
et los pu respectables moneuments de l'pu vi tôt qu'ant 
daut bin aiméï 4 , offri et maùe bi cimentet pà let sen- 
tence de l'Eglise que fà trombié los pu hardis 3 , l'ait éteu 
reçeu avaù lant de dévotion et de tendresse pà los kerets 
de let meime Eglise et pà tourtous los fidels que los uns 

1. Celle dont toutes les voix du Ciel et de la terre ne sauraient 
proclamer dignement les louanges. 

2. S'y rencontrent très fréquemment. 

3. Comme l'innocence qui n'a jamais été blessée, comme la seconde 
Eve qui a donné le jour à l'Emmanuel. 

4. Contenue et exaltée dans un si grand nombre d'illustres monu- 
ments de la vénérable antiquité. 

b. Pour le jugement si considérable de l'Eglise. 



— 158 — 

coum' los autes, se relequaint to ot la recounechant et 
let confessant toujou pu tièremot 1 , qui n'y ait ri aveu de pu 
daùe, que lous cueurs n'ant ri tant aimet que d'honorei, 
de chauyei 9 , de hauyei à lous aides let Virge Marie mère 
de l'bon Diù, conçeue sans let tache originelle et de criei 
pa-tout que l'ot einlet. C'ot pou celet, que depeuï dos 
centaines d'années los Princes de l'Eglise, tourtous los 
kerets, tourtous los mouènes, los empereurs meimes et 
los ros ant toujou boùisset los Papes pou qu'is piacenss' 
do l' Credo catholique let Conception lmmaqueulée de 
let maùe sainte Mère de Diù. Ce que Tant demandet de 
lou tôt, J'Ians tout souvot réclamet de l'nout', seurtout à 
l'bon Saint-Père Grégoire XVI, qu'étaut d'vant Nous et 
qui s'ot faut bi souvenint 3 et los évecks, los kerets, los 
mouènes, los grands princes et tourtous los offants de 
l'bon Diù n'ant point aveu d'arrêt pou que J'iou z'y 
d'neuss'. 

C'ot pou celet que ne réjoïssant maùe piaisament do 
nout' ame, peurnant onteire counechance de los témoi- 
gnaches let et y refléchissant coum' y faut, à pouène 
élouvet su let Chaïere de Saint Piere, pa i dessein coi- 
chet de let Providence de Diù, bin que Je n'ie méritenss' 
mi, Je v'nins to de penre le gouvernement de l'Eglise, 
que n'iayant condure à let vénération, à let dévotion, à 
l'amour que J'ons toujou aveu pour let Virge Marie, 
mère de l'bon Diù, J'nans ri aveu pu à cueur que d'fare 
ce que l'Eglise plaut to desirei pou augmentei l'houneur 
de let bienhcùraùss' Virge Marie et de fare relure sos fa- 

1. Qu'ils se soient fait gloire de la confesser toujours plus claire- 
ment. 

2. De choyer. 

3. Dont il faut bien se souvenir pour : d'heureuse mémoire. 



— 159 — 

veurs d'in' manière pu briante. Ma, coum' je v'iains 
apoutei o celet in' pieine maturitet, J'ans établi in' Con- 
grégation tout jeuste pou celet, de Nous bons frères qu'an 
dautbi respectei, los Cardinals de let Saint' Eglise de 
Roume, que bruant pa lou piétet, lou sagesse et lou 
science do los chouses de l'bon Diù ; J'ans chouasi tant 
parmet los kerets que pannet los mouénes, los hoummes 
que counechons l'moïe ce qu' l'oyant let théologie 1 ; pou 
que l'aprofondigenss' avaù le pu grand soin tourtou c'que 
touche é l'Iinmaqueulée Conception et qu'is N'fayenss' 
counote lous idées let-dessus. J'avains to d'jet, si an veut, 
eurceù dos suppliques que N'priaint to de N'hâter à de- 
fini l'Iininaqueulée Conception de let boun' Virge, et que 
N'fayaint counott' l'idée de tout pieu d'évecks ; pà moins 
let douxième jounée de febvri 1849, J'onviens de Gaëte, 
aïaùe que J'étains, à Nous vénérabes frères los évecks 
de pàtout l'monde, dos lottes pou que, quand l'araint bi 
priet l'bon Diù, is N'onvienss' pà écrit coumot qu'ataut 
let pietet et let dévotion de lous borbis à l'endro de let 
Conception Immaqueulée 2 et seur tout ce que z'auies- 
meimes, pasteurs, sangeraint et vouraint su let détermi- 
nation à panre ; pou que, avait los pu grandes cérimou- 
nies qu'an p'ieuss' s'imaginei, Je poutenss' noul' dareire 
sentence ; J'fuchainss' maùe et an n'saraut pu content o 
r'cevant los lottres de Nous vénérabes frères, et pou 
quoïe 3 ? c'ot que l'auchaint i bounheur, in joie à n'm'y 
s'posséder,pou ce qu'on N'repondant , is n'aum" seulemonn' 

1. Qui connaissent le mieux ce qu'ils appellent la théologie. 

2. Ils fissent savoir par écrit quelles étaient la piété et la dévotion 
de leurs ouailles envers la Conception Immaculée de Marie. 

3. Nous fûmes beaucoup et on ne saurait plus content. 



— 160 — 

proclamel de nouvé lou piétet et let piétet de lous Kerets 
et de lous troupes pou let Conception Immaqueulée de 
let binheuïrauss' Virge Marie, ma bi pu, ç'ot quasi tour- 
tous ossones 1 qu'is N'demandaint de défini pà nout' au- 
loritet et nout' dareire sentence let Conception de let 
binheuirauss' Virge let. 

Et J'fuchenss' aussi joyoux quand Nous vénérabes 
frères los Cardinals d'ict saint' Eglise de Roume que 
fayaint to partie de let Congrégation que J'ans d'jet dit et 
los savants kerets que J'ans eboisis pou los conseultet, 
aprei y aoui tout pien sanget 2 , Ne d'mandaint souvot, et 
N'bauïssant tourtous auchtant iung que l'aut', let défini- 
tion let de rimmaqueulée Conception de let mère de 
Diù. 

Après, o cheuïvant l'exemple de ceaùs qu'ataint to 
d'vant Nous et v'iant cheuïvre let règle et los formes exi- 
gées, J'ans convoquet et teneut ce qu' J'hauyans le Con- 
sistoire et tout let J'ans palet à Nous frères los Cardinals 
de let sainte Eglise de Roume et J'ios ans hauï avaù le 
pu grand bounheur Ne d'mandei à dauïes mains de 
N'hauï défini, coum' le f'raut le bon Diù 3 , le Credo de rim- 
maqueulée Conception de let mère de Diù. 

C'ot pou celet que pien de confiance do Nout'Seigneur, 
et croyant que rmoument étaut lo veueu de d'net let dé- 
finition de 11 mmaqueulée Conception de let Virge Marie 
mère de Diù, définition ébiauïssante coum' le S'iaùe et 
que n'fa counotl' let parole de Diù, los paupis los pu res- 
pectels, rsentimot de l'Eglise que n'ait jamas cheinget, le 

i. Avec une sorte d'unanimité. 

2. Après un examen diligent. 

3. Pour une définition dogmatique. 



— 461 — 

boun' et eunique accord dos évecks et dos fidels de 
l'monde catholique, auch'bi que los paupis et los arrêts 
de ceaûcs qu'ataint d'vant Nous ; quand J'auchenss' le 
moïe que J'ans p'ieu examinet toute chouse 1 , quand 
J'auchenss' tourtou répandeu nout' ame d'vant l'bon Diû 
ot priant, J'ans jeugeit que Je n'douvains pu hésitei à 
mott' la darreire main avaù Nous Scellets pou défini pâ 
Nout' sentence, coum' s'ill' venaut de l'bon Diù, l'Imma- 
queulée Conception de let boune Virge. Et ç'ot ainsi que 
J'sans parveneuàcontentei, let vive atonte de l'mon de ca- 
tholique et let dévotion que J'ans do Nout' cueur pout let 
très-saint' Virge, et ot meime tôt ot l'honorant J'ans 
v'Ieu honorer, de pu ot pu, s'fi eunique, Nout' Seigneur 
Jésus-Christ, pou ce que let gloire et l'houneur que Je 
d'nans à let Mère eurtoun' à s'gàchan. 

Ç'ot pou celet et coum' Je n'ans jamas quittet d'offri, 
maùe humblement, o jùnant coum' los pu paures geos, 
los prières que J'dijains to chet nous et los prières que 
J'dijains to avaù los autes do l'mouti 2 à l'gâchan pou qu'i 
los pouteuss' à s'père, et que l'père let v'ieuss' bi mounei 
et t'nint raide su pattes, pà let verteu de l'Saint-Esperit, 
nout'ame. Après aôui bi dos fous d'mandet let protection 
de tourtous los binheuiraùes, criet après l'Saint-Esperit 
que console, pou qui n'aideuss' et sontant qu'i n'baùissaut 
to de l'coutirlet 3 , pou l'houneur de let Saint' Trinitet 
que n'fa toujou qu'ung ; pou let gloire et let dignitet de 

1. Quand nous eûmes le mieux possible examiné toutes choses. 

2. Comme nous n'avons jamais cessé d'offrir, en jeûnant comme 
les plus pauvres, les prières que nous disions en particulier et celles 
que nous disions en public dans l'Eglise. 

3. Sentant que le Saint-Esprit nous poussait de ce côté, pour : 
nous inspirait dans ce sens. 

11 



— 1C2 — 

let Virge mère de Diù ; pou l'élouvement de l'Credo ca- 
tholique et I'triomphe de let r'ligion chrétienne, pà l'au- 
toritet de Noul' Seigneur Jésus-Christ, dos saints apô- 
tres Piere et Paul et let Nout' : J'déclarans, J'prononcans, 
J'définissans que l'Credo qu'ossigne que let hinheuiraùss' 
Virge Marie, fuchée, do l'preineï moument de set Con- 
ception, pà in' grâce et i privileige singuelicr de l'Diû 
Tout-Puissant, et o veue dos mérites de Jésus-Christ, 
sauveur de l'genre humain, fuchée, coum' Je l'dijans, 
préservée de let tache de l'péché originel, ç'ot i Credo 
que J'tenans de l'hon Diù 1 , et que pou celet meime, 
tourtous los fidels douvont le crore sons bronchei et 
toujou. 

Ç'ot pou celet que, si n'i o n'ait quéqu'ungs et n'y o 
daut point aôui, pâ let grâce de Diù, d'assez effrontets 
pou sangei do lou z'esprit i sentimot que ne r'ssonneuss' 
mi à l'Nout' que J'venans de défini 2 ; qu'is apeurnenss', 
qu'is savenss' bi qu'is sant condamnets pà lou prope jeu- 
gement ; qu'is savenss' bi que Tant péri do let foué coum' 
i vaisseau su mer, qu'is n'sant pu d' l'Eglise que n'ot 
qu'eune, et de pu, pà tout let, is s'soumettant à los 
pouènes poutées pà l'dro, si l'ousant fare counott' c'que 
Tant do lous idées, so pâ dos paraules, so pâ dos écrits 
au n'importe pà que signe qu'is mottraint en évidence. 

Nout' bouche ni nout' lingue ne saraint dire let joie 
que Je r'sentans de nout' cueur, J'rondans et J'rondrans 
toujou los pu grandes actions de grâces à Nout' Seigneur 
Jésus-Christ, tout coum' dos p'tits offants, de ce que, pâ 

1. C'est une doctrine révélée de Dieu. 

2. Si quelques-uns, ce qu'à Dieu ne plaise, ont la présomption 
d'avoir intérieurement un sentiment autre que celui que nous avons 
défini. 



— 465 — 

i bifà mirobolant, sons que J' l'einss' méritet 1 , i n'ait 
d'net d'offri et, coum' îs d'jant, de décerner l'houneur et 
let louange let à set mère maùe sainte. Ainsi J'ans let pu 
ferme espérance, let pu ontière confiance que let bin- 
heuiraùss' Virge ; — Ley que, tout belle et immaqueulée, 
ait écrasée let tète veulnâuiss' de l'cruiel serpent 2 et 
poutet le salut au monde ; — Ley qu'ant chanteï los prou- 
phètes et los apôtres, l'houneur dos martyrs, let joie et 
let couronne de tourtous los saints, le refeuche le pu seur 
et lo s'cours lo pu fidel de tourtous ceaùs que vont péri ; 
— Ley que défond toujou l'monde ontei an n'saraut 
moïe, pou ce qu'ill piad' son fin pou lou d'vot s'eunique 
gàchan 3 ; — Ley que fà l'houneur et que répare an s'a- 
raut pu et que protège an n'saraut moïe l'Eglise ; — Ley 
qu'ait toujou détrut tourtous los hérésies, sauvet los na- 
tions dos calamitets los pu grandes et de tout' façons, et 
qu' n'ait Nous-meimes delivret de tant d'maux que ne 
m'naçaint to ; — Ley vauret bi pàce qu'ill' peut tourtou 
avaii s'gàchan et que l'ot nout' pafroun' fare que los dif- 
fiqueultets in' foue apianies, tourtous los erreurs eur'vo- 
chées, let saint' mère l'Eglise catholique prospereuss', 
fiorigeuss' de pu ot pu tous los jous, chet tourtous los 
peuples et de tourtous los pays ; qu'ill' étondeuss' se 
règne d'in' mer à l'aute deuchqu'au dareï boue de l'monde ; 
qu'ill' jouisseuss' d'in' paix complète , qu'ill' saut libre et 
tranquille autant qu'ill' peut ôte ; que los coupabes sint 

{ . Un bienfait insigne, sans mérite de notre part. 

2. La tète venimeuse du cruel serpent. 

3. Elle qui défend sans cesse le monde entier on ne saurait mieux 
en plaidant sans fin pour lui auprès de son fils unique, pour : la mé- 
diatrice et l'avocate la plus puissante de l'Univers entier auprès de 
son fils unique. 



— 164 — 

pardouneis, los malades guéris, los manres ocouragets 1 , 
los affligets consolets, ceàues que sant ot dangei secou- 
rcus et que tourtous eeâues que sant do l'éreur débrouil- 
lant los nuacb.es que norigeant lous anies 2 , curpeurnens- 
sent let sont' de let véritet et d'iet jeustice et qu'i n'y aut 
pu qu'i troupe et qu'i bergi. 

Que los paroles que J'dijans saint bauyies de tourtous 
los offants de l'Eglise catholique que J'aiemans tant et 
qu'avaù in' ardeur de piétet , de r'ligion et d'amour tou- 
jou pu ofiammet is continuenss' è honorei, é invoquei, 
é supplii let binheuiraùss' Virge, mère de l'bon Diù, 
conceuc sons let tache originelle, et que do tourtous lous 
périls, lous torteures, lous besoins, lous incertitudes et 
lous paùes is recourenss' toujou , seurs de lous faits , à 
let si daùce Mère de miséricorde et de grâce. Car i n'y 
ait ri a aôui paûe 3 , i n'y ait ri à désespérei s'ill' veut bi 
n' condure, ne penre desous sos auspices, ne protégei, 
ne patrounei, Ley qu'ait pou nous i cueur de mère, ot 
peurnant do set main l'affare de nout' salut, étond sos 
soins su tourtou le genre humain ; Ley que, piacée pâ 
le Seigneur Reiene de l'Ciel et d'iet tarre, élouvée à 
d'chus de tourtous los chœurs d'einges, de tourtous los 
rongées dos saints, achite à let drôte de Nout' Seigneur 
Jésus-Christ, l'ot toute puissante pà sos prières de mère 
et ill' trouv' ce qu'ill chorche et n'peut jamas d'mandei 
sons qu'ill' n'obtenit. 

Pou fini et fare counott' à tourtou l'monde catholique 
nout' définition de l'immaqueulée Conception de let bin- 

1 . Les faibles encouragés. 

2. Ecartant !es nuages qui obscurcissent leurs âmes. 

3. Il n'y a rien à craindre. 



— 165 — 

heuiraùss' Virge Marie, J'ans v'ieu que los lottes aposto- 
liques à" nées pà Nous , o conservenss' let souvenance ; 
J'an v'ieu que los paupis écrits à let main au bi imprimet 
qu'o seraint fà, couvris de let signateure de quecqu' no- 
taire peublic et marquets de l'sceau de quecqu' geos d'E- 
glise qu'on araint l'draut r'cevinssent de tourtous, let 
même croyance que seraut accordeï à ceâues-ci si l'étaint 
montrets au presentets. Que pacheun' ne s'aviseuss' de 
poutet let main su let pache let de nout' déclaration, dé- 
cision et définition ; que pacheun' ne sot assez hardi ni 
assez effrontet pour s'y opposei et let contredire. Si 
quecqu'ung se rondaut coupabe d'i pareil ettentet, qu'i 
saveuss' que l'ocoueret let colère de l'Diù tout-puissant 
et de los binheuiraùes apôtres Piere et Paul. 

D'net à Roume, d'vot Saint-Piere 1 , l'an de l'Incarnation 
de Nout' Seigneur, 1854, le 6 dos ides de décembre, de 
nout' pontificat le nieuvîme. 

PIE IX, pape. 



Un exemplaire de cette traduction , format grand 
in-4°, écrit à la main, en caractères gothiques, orné de 
vignettes, de majuscules ouvragées et de peintures, par 
l'auteur, a été envoyé à Rome pour faire partie de la 
collection polyglotte dont on se propose de faire hom- 
mage à Sa Sainteté, comme il a été marqué plus haut. 

1. Près Saint-Pierre. 



RECHERCHES 



SUR L'EMPLACEMENT ET LA DISPOSITION D'ENSEMBLE 



DU 



CHATEAU DU DUC RAOUL 



A NANCY, 



PAR M. P r MOREY. 



Les ruines nombreuses de châteaux féodaux retrouvées 
de toutes parts en Lorraine, particulièrement sur les 
bords de la Moselle , nous montrent que cette province 
n'était pas moins riche que tant d'autres dans lesquelles 
ce genre d'édifices est une source inépuisable d'études 
archéologiques et un but d'intérêt et de curiosité pour 
l'érudit et le voyageur. 



— 167 — 

On sait que Richelieu les fit démanteler. Depuis cette 
époque, ravagées par le temps, exploitées en quelque 
sorte comme des carrières par les habitants du voisinage 
pour fournir des pierres à la construction de leurs mai- 
sons, ces ruines ont disparu de jour en jour. 

Cependant il reste encore assez de vestiges à Prény, 
Mousson, Blàmont, etc., tous châteaux, non inférieurs 
en grandeur et en solidité à ceux des bords du Rhin, pour 
nous faire espérer qu'un des zélés apôtres de l'histoire et 
de l'art prendra un jour à cœur de les étudier et de les 
faire connaître. 

Notre but est beaucoup plus modeste : nous avons seu- 
lement l'intention d'exposer ce que l'examen d'un plan 
manuscrit de l'ancien château des ducs de Lorraine, re- 
levé en 1706, nous a suggéré d'idées et de conjectures 
sur l'emplacement et la disposition de l'ancienne demeure 
du duc Raoul à Nancy. Si , dans le cours de ce travail, 
nous avons donné place à quelques renseignements ou 
observations sur ces sortes d'édifices, c'est simplement 
pour apporter quelques lumières dans cette dissertation, 
et aussi pour aider ceux qui, plus tard, feront une étude 
complète du sujet. 

D'après divers manuscrits anciens, il y a tout lieu de 
croire que le duc Ferry III , en donnant son palais de 
Nancy (Yantiquum palatium) 1 , en 1298, aux Dames 
prècheresses , pour être transformé en monastère, en 
avait déjà fait commencer un autre plus digne de son 
rang et assez vaste pour loger lui, sa famille et les nom- 



1 . L'abbé Lionnois, dans son Histoire de Nancy, dit que ce palais 
a existé jusqu'au règne de Léopold, qui le fit abattre en 1720 pour 
faire l'hôtel de la Monnaie, tel qu'on le voit aujourd'hui. 



— 468 -r- 

breux officiers et serviteurs de sa maison 1 . On peut 
encore admettre que ses successeurs, Thiébaut II et 
Ferry IV, poursuivirent les travaux commencés , et que 
Raoul , les ayant terminés et fondé la collégiale Saint- 
Georges 2 , la dénomination de château Raoul soit seule 
restée. Quoi qu'il en soit, cet édifice, non agrandi que 
l'on sache, jusqu'au règne de René II, devait être d'une 
assez grande importance, puisqu'on put y célébrer les 
fêtes qui eurent lieu, en 1445, pour les doubles fiançailles 
d'Iolande d'Anjou avec Ferry de Vaudémont , et de Mar- 
guerite de Lorraine avec le roi d'Angleterre. 

Charles-le-Téméraire en fit également sa demeure, 
ainsi que celle de sa suite 3 . 11 est vrai qu'à cette époque, 
René II avait bien pu déjà augmenter ce château ; la 
Cour, comme on l'appelait, édifice qui eut beaucoup à 



1. Un manuscrit, malheureusement incomplet, conservé à la bi- 
bliothèque de Nancy, commence ainsi : n palais une chapelle 

» sous l'invocation de sainte Catherine , peut-être à cause de la sin- 
<i gulière dévotion de Catherine de Limbourg, sa défunte mère, à 
n l'égard de cette sainte martyre ». Or, on sait que Catherine de 
Limbourg était femme de Mathieu II et mère de Ferry III. 

On lit encore dans le Temporel des paroisses, dressé dans les pre- 
mières années du xvm e siècle par ordre de Léopold : u Raoul ayant 
» le dessein d'établir une église de chanoines à Nancy, choisit celte 
n chapelle castrale (celle de Sainte-Catherine) en l'église faisant par- 
ii lie de son palais et l'érigea en collégiale, n (II. Lepage, Palais 
ducal de Nancy.) 

2. Dans le titre d'érection de la collégiale Saint-Georges, on y lit 
que Raoul fonde cette église dans une partie de son hôtel ou de sa 
maison (ûi quadam parte hospitii nostri seu domûs nostrœ). 

3. n Sa personne en la cour fut pris un logis. Elle estoit pour ses 
gens moult noblement préparée, toutes les chambres bien aornées et 
la cuisine bien apprestée. n (Chronique de Lorraine.) 



— 169 — 

souffrir pendant le double siège de Nancy par les Lor- 
rains et les Bourguignons 1 . 

Ce qui peut encore faire croire que ce palais était très- 
vaste à cette époque, c'est qu'il communiquait , nous dit 
Nicolas Remy, avec les Cordeliers et avec l'église Saint- 
Georges 2 . 

Examinons maintenant son emplacement et sa dispo- 
sition. 

4° L'abbé Lionnois rapporte, dans son Histoire de 
Nancy, qu'en démolissant le bastion des Dames, attenant 
au Palais ducal, on trouva des restes de cuisines dans les 
tours qui flanquaient le château ; malheureusement il 
n'en indique pas autrement la place. 

2° Le plan manuscrit du Palais, tel qu'il était en 1706, 
et dont nous avons parlé précédemment, nous montre 
qu'il y avait encore, à cette époque, des restes d'une tour 
d'environ dix-huit mètres de diamètre extérieur, avec des 
murs de plus de quatre mètres d'épaisseur. Cette tour 
énorme était placée à l'extrémité et sur le côté gauche 
du Jeu-de-Paume construit par Charles 111. On voit son 
élévation dans la charmante gravure de notre célèbre 
graveur Callot, représentant la Carrière telle qu'elle était 
de son temps. 

5° A partir de cette tour, dans une direction presque 
perpendiculaire au mur de soutènement de la terrasse, 
était un mur assez long, de deux mètres d'épaisseur, qui 
servait à clore la face postérieure de l'orangerie ; mais sa 

1. u En la court point ne peut logier (René), parce qu'elle estoit 
toute désolée en plusieurs lieux on avoit pris le bois pour chauffer 
ceux qui en la garnison estoient. » (Chronique de Lorraine.) 

2. » Venant aussi à remarquer la commodité qu'il y a d'aller à 
couvert du dict palais à l'une et à l'autre des dictes églises. » (Id.) 



— 470 — 

grande épaisseur, bien inutile dans cette circonstance, 
peut faire croire, avec plus de raison, qu'il appartenait 
aux constructions de l'ancien château. 

4° L'inspection du plan nous fait voir encore, en re- 
tour, un autre mur de face de bâtiment de même épais- 
seur que le précédent, percé dans toute sa longueur de 
baies irrégulières. Evidemment, ce mur, d'une épaisseur 
si différente de ceux qui appartenaient aux constructions 
de René et d'Antoine , devait encore faire partie de l'an- 
cien château ; à l'extrémité de ce mur, du côté opposé 
à la tour, était une vaste salle carrée avec bas-côtés sé- 
parés du centre par huit piliers qui, dans le principe, vu 
sa grande importance relativement aux autres salles du 
rez-de-chaussée, aurait bien pu servir à un autre usage 
qu'à celui d'une cuisine. Les murs avaient également une 
fort grande épaisseur. 

5° Enfin, ce qui frappe encore dans l'examen du plan, 
c'est la grande épaisseur du soutènement de la tour du 
Trésor des Chartes, de forme arrondie d'un côté, droite 
et irrégulière sur les autres, et d'un diamètre moyen 
d'environ vingt mètres, avec caves au-dessous. On se 
demande dans quel but on a fait un bâtiment aussi con- 
sidérable ? ce n'est évidemment pas dans celui d'en faire 
un simple Trésor des Chartes , ou un garde-meuble ; ce 
massif doit encore appartenir à l'ancien château. 

En réunissant ces diverses constructions, on a un en- 
semble de forme à peu près régulière, composé d'un rec- 
tangle de cent dix-huit mètres de longueur sur environ 
quatre-vingt-dix mètres de largeur moyenne ; déplus, 
aux extrémités du grand mur transversal, il y a, d'une 
part, une grosse tour ronde et un bâtiment ou tour car- 
rée de l'autre. 



— 171 — 

En face, sur l'emplacement du bastion des Dames, 
étaient les tours avec cuisines dont parle l'abbé Lionnois ; 
enfin, en saillie et comme avant-garde sur le tout, se 
trouvait la tour octogonale du Trésor des Chartes. 

Ceci posé, examinons le but, la diposition, les moyens 
de défense et le caractère architectural des châteaux féo- 
daux des xn e et xm e siècles dans nos contrées. 

Les premiers édifices de ce genre ne s'élevèrent d'a- 
bord qu'en vue de la garde et de la défense du domaine 
féodal ; ils ne consistaient alors qu'en de simples murs de 
clôture, formant souvent double enceinte avec tours. A 
partir du xn e siècle, les ducs de Lorraine, toujours en 
guerre, s'emparèrent bientôt de l'esprit de ruse normande 
et l'appliquèrent à la défense de leurs châteaux - forts 
du xm e siècle, époque où l'on peut faire remonter celui 
dont nous nous occupons. Les châteaux de la plaine af- 
fectaient généralement une forme régulière et se compo- 
saient d'un groupe de bâtiments, se défendant isolément, 
quoique réunis par une pensée de défense commune. Ils 
étaient entourés de fossés profonds, toujours remplis 
d'eau, ce qui les mettait à l'abri de la sape et de la 
mine, moyens les plus généralement employés par les 
assiégeants. 

Les enceintes étaient flanquées de tours, de forme cy- 
lindrique et carrée, épaisses dans leurs œuvres et assez 
saillantes en dehors des courtines. 

Les tours carrées ne se rencontraient généralement 
que dans les châteaux élevés, parce que la plupart étant 
situés sur des points inaccessibles, prenaient toute leur 
force dans leur situation même. 

Le donjon était rarement placé au centre de la cour, 
comme au château de Prény, mais presque toujours 



— 172 — 

dans la partie de l'enceinte la plus faible ; servant de de- 
meure à un maître méfiant, il était pour ainsi dire indé- 
pendant de la forteresse ; il avait des poternes particu- 
lières, sa sortie dans les fossés, etc.; c'était la citadelle des 
places fortes de nos jours. 

Les souterrains jouaient un grand rôle dans la défense, 
comme sortie et comme moyen d'échapper à l'ennemi en 
cas de surprise ; ils servaient aussi de prisons et de ma- 
gasins 1 . 

Toutes ces données, comme on le voit, s'appliquent 
parfaitement bien aux constructions désignées sur notre 
plan manuscrit : l'enqeinte, de forme rectangulaire allon- 
gée, est régulière ; elle est assez vaste pour renfermer 
tous les services nécessaires à l'habitation et à la défense. 
L'enceinte est garnie de tours : celles dont nous voyons des 
traces et celles qui ont été trouvées lors de la démolition du 
bastion des Dames ; le donjon, qui nous parait avoir été sur 
l'emplacement de la tour du Trésor des Chartes, remplissait 
toutes les conditions voulues de défense commune et d'i- 
solement ; il avait encore des souterrains. Enfin, autour de 
la forteresse il y avait des fossés 2 , et, en cela, la position 
du château avait été bien choisie, puisque les principaux 
ruisseaux des environs, provenant de sources intarissa- 

1. Cet usage s'élait conservé en Lorraine : Lionnois nous dit que 
sous le bastion de Danemark, de la ville de Nancy, il y avait un sou- 
terrain pour passer quatre hommes de front, qui allait à environ une 
lieue et demie de la ville pour se sauver sans être aperçu. 

Il y a quelques jours qu'en creusant les tranchées pour la cons- 
truction du canal qui doit passer devant la manufacture des tabacs, 
on a trouvé, à environ trois mètres au-dessous du sol actuel , une 
voie pavée de petits moellons qu'on peut supposer un reste de ces 
anciens souterrains. 

2. Voy. le plan restauré ci-joint. 



— 175 — 

blés, pouvaient, en tout temps, les alimenter ; d'ailleurs 
il suffirait de creuser le sol à une faible profondeur pour 
trouver ('es eaux abondantes. On sait que ces fossés 
existaient encore il n'y a pas très-longtemps, et leurs 
eaux formaient la mare où les filles et les femmes de 
Laxou étaient obligées de venir battre l'eau la première 
nuit des noces des ducs de Lorraine, usage aboli par 
Renée de Bourbon, épouse du duc Antoine 1 . 

Il est probable qu'autour du château de Raoul il y 
avait encore un espace libre, un pré ou breuil, comme à 
celui d'en haut, dont parle la dotation faite par Ferry 111 : 
Ensi corne li mur porte lait ou l&praetz soloit estre ; 
ce qui signifie : jusqu'au mur où était d'ordinaire un 
pré. 

Outre les moyens de défense dont nous avons parlé, 
les murs d'enceinte et les tours étaient couronnés de 
mâchicoulis, de créneaux, d'échauguettes, de bretèches 
avec chemin de ronde servant de défense et de commu- 
nication facile. Tout était prévu pour la défense la plus 
vigoureuse : aussi, en 1542, lors de la guerre entre 
l'évèque de Metz et le duc Raoul, l'armée épiscopale, 
après avoir tout ravagé sur son passage et dans les en- 
virons de Nancy, ne put songer à faire le siège de cette 



i. Cet usage n'était pas particulier à ce village, il l'était encore à 
celui de Monthureux ; lorsque l'abbé de Luxeuil, son seigneur, y lo- 
geait, les paysans chantaient en forme de refrain : 

Pa, pa, rainottcs pa ! 
Voici l'abbé de Luxeu, 
Que Dieu y a ! 

(Digot, Histoire de Lorraine, p. U2, t. II.) 

Nous devons faire observer qu'un membre de la Société d'Archéo- 



— 474 — 

ville à cause de la force imposante que présentaient ses 
murs d'enceinte. 

On voit, d'après les restes des châteaux féodaux lor- 
rains, combien on apportait de soins dans les éléments de 
leur construction : les murs, d'une épaisseur moyenne 
de quatre mètres, étaient en bonne maçonnerie de moel- 
lons et mortier avec revêtement de grosses pierres de 
taille taillées en bossages et quelquefois ornées de grosses 
boules qu'au premier abord on prend pour des boulets, 
mais qui ne sont, en réalité, qu'un emblème de miches ou 
Dite hottes données aux ouvriers pour leur nourriture, et 
dont ils ont perpétué le souvenir. Il est vrai qu'en cas de 
guerre ou d'alerte, il y avait avantage pour eux en ce 
qu'ils trouvaient dans ces châteaux un refuge assuré ; 
aussi les seigneurs, non contents des corvées qu'ils leur 
imposaient, exigeaient-ils encore d'eux l'entretien et la 
fourniture d'une bonne partie du mobilier du château 1 . 

Ces demeures, si imposantes et si grandioses, élevées 
avec tant de peine, n'étaient, en résumé, que d'affreuses 
prisons que les seigneurs abandonnèrent bientôt après 
avoir vu et habité, lors des guerres des croisades, les 



logie, M. Louis Lallement, a publié, dans notre Journal (septembre 
1834), une dissertation ayant pour objet de prouver qu'il n'y a rien 
de fondé dans la tradition relative à la servitude imposée aux femmes 
de Laxou. (Note du Bureau de la Société.) 

1. Au cbàteau de Spitzemberg, situé près de Saint-Dié, le ban de 
Colroy-la-Rocbe devait demi-garde dans la forteresse pendant un an 
et un jour, et, de plus, une portion de la palissade qui bordait le 
fossé, le tiers de la toiture de la chapelle, la moitié de la loge du 
portier, la moitié de la hache et de la pelle à feu, une poêle et une 
chaudière assez grande pour y faire cuire un bœuf, etc. (Digot, His- 
toire de Lorraine, t. II, p. 142.) 



— 175 — 

gracieuses et charmantes villa de l'Orient. On les con- 
serva encore, il est vrai, comme moyen de défense, 
mais on construisit à côté, dans le pré ou breuil, une 
nouvelle demeure, tenant par la disposition d'ensemble 
aux anciennes traditions du pays, mais décorée de tout 
le charme de l'architecture italienne et mauresque : c'est 
ainsi que les ducs René II, Antoine et Charles III firent 
du château de Raoul, qui devint plus tard une simple dé- 
pendance de leur palais, et ce qui explique la forme irré- 
gulière de ce dernier, ainsi que le voisinage trop immé- 
diat de maisons particulières. 

Il est à remarquer que, dans ce palais, on ne rencontre 
dans la décoration de ses faces extérieures, comme on le 
voit dans la plupart des édifices du même temps, aucune 
tour, tourelle, créneaux, etc., rappelant la féodalité, pas 
même le moindre petit fossé ; il semble que les ducs 
lorrains aient cherché dans leur nouvelle demeure à éloi- 
gner tout ce qui pouvait rappeler ces sombres et tristes 
habitations de leurs pères , en conservant le caractère 
grandiose des vieux châteaux ; tout y est élégant, gracieux 
et riche et placé au milieu de jardins ornés des plantes 
les plus rares, de statues 1 et d'admirables fontaines 2 . De 
longs portiques, de larges baies, des salles spacieuses dé- 



i . Les deux stalues placées dans les niches de la face extérieure 
de la porte Noire-Dame, beaucoup trop grandes pour remplacement 
qu'elles occupent, proviennent peut-être du beau perron du jardin 
ducal. 

2. Ces fontaines étaient alimentées par une source placée dans le 
jardin de la maison qui fait angle à la rue de la rue de Boudonville 
et du chemin qui conduit à la Croix-Gagnée, comme on le voit par un 
titre de vente de cette maison, qui autrefois appartenait aux ducs de 
Lorraine. 



— 176 — 

corécs de peintures 1 , de riches tapisseries et les meubles 
les plus recherchés complétaient ce remarquable ensem- 
ble, et le palais ducal de Nancy devint un des plus beaux 
de l'Europe au xvi e et xvn c siècles 2 ; il n'est donc pas 
sans intérêt de posséder le plan exact d'une telle de- 
meure ; le faire connaître est un service que nous croyons 
rendre, car, à part les observations qu'il nous a suggérées, 
il contient une légende précieuse de la destination des 
différentes pièces et donne les plans exacts des églises 
Saint-Georges et des Cordeliers ainsi que divers locaux 
dont on ne pouvait se douter d'après le plan publié par 
Lionnois et celui du premier étage que possède la biblio- 
thèque publique de la ville. En résumé, une plus longue 
explication de ce plan est inutile, son examen vaut mieux 
que toute description. 

Nous finirons par faire observer que, dans le reste de 
tour située près du Jeu-de-Paume, on verra peut-être celle 
qui est désignée dans la description du premier siège de 
Nancy par le duc de Bourgogne, sous le nom de grande 
tour 5 , que Dom Galmet place dans la gorge du bastion 

\ . A part les peintures à fresque qu'on voit encore dans les ébra- 
sements des fenêtres de la salle des Cerfs» il en existait une autre, il 
y a peu de temps encore, au centre du mur du fond, côté des Cor- 
deliers ; elle était à quatre mètres au-dessus du sol ; quoiqu'elle fût 
en partie effacée, on distinguait parfaitement, dans un grand ovale 
formé de deux arcs de cercle, un prince et une princesse de gran- 
deur naturelle avec manteaux armoriés, agenouillés devant une vierge 
assise sur un trône. 

Une petite portion de la voûte surbaissée de la même salle, cons- 
truite en bois et bardeaux, conservait également des anciennes pein- 
tures et dorures. 

2. Voy. H. Lepage, le Palais ducal de Nancy. 

3. L'auteur de la Chronique de Lorraine dit : » Maintenant disons 
i> comment li duc de Bourgoigne Kancey vient environner. Ceulx de 



"1 



PLAN RESTAURE DU CHATEAU DU DUC RAOUL 
A NANCY. 




M 



Nota: J,a teinte nuire indique les murs qui ùxistaient encore en 1706, 
ht teinte c/ ri.se tes murs resta /ires. 






— 177 — 

de Salm, et que l'abbé Lionnois dit avoir été au milieu du 
bastion Notre-Dame. Ce sujet, tout intéressant qu'il soit, 
étant en dehors de celui que nous nous sommes proposé, 
nous laissons à d'autres le soin de l'examiner. 

Nous avons cru pouvoir, en nous inspirant du plan de 
1706 et des dessins d'architecture féodale du xiv e siècle, 
rétablir le château de Nancy, tel qu'il est permis de sup- 
poser qu'il existait au temps du duc Raoul. 

La vue que nous en donnons doit donc être considérée 
uniquement comme une œuvre d'art ; nous n'y attachons 
pas l'importance d'une restitution archéologique 1 . 

h ladicte Nancey à force de bastons à feu de tous coustels tiroient. 
« Lesdicts Bourguignons vers Sainct-Jehan, vers les faulxbourgs 
» tiroient por leurs lousgis panre. Quand tous furent lousgiés, la 
h première nuict et les allres en suyvant viendrent faire tranchiés au 
ti loing (le long) des fossés. En moins que de viij jours la ville fut 
ti environnée. On envoyé à toute diligence à la porte Sainct-Nicolas 
h et à la poterne faire boulewairds grands, lesquels leur feirent grands 
» dommaiges. De jour en jour plusieurs Gascons et Alemans bors 
ii de la ville saillirent, tant derrière la Court comme devers la Po- 
i» terne ; es Bourguignons faisoient bonne guerre. De toutes les tours 
n grande artillerie il y avoit : tosjors sur eulx on tiroit. Plusieurs 
» fois on ne failloit my. Ceulx de la grande tour ne falloient my [uu 
h coup]. C'estoienl gens asseurés. Maints en tuont et blessont que 
» en Flandres oncques ne retourneront. La tour de toutes que ils 
ii avoient plus d'envie, c'estoit elle ; car ils sappèrent [la vouloient 
» sapper] par les cops que encontre tiroient. « 

1. C'est aussi l'opinion formellement exprimée par la Société. 
(Note du Bureau.) 



12 



TABLE 

DE RENVOI AUX CHIFFRES DU PLAN DE 1706. 



4. Petite cuisine de S. A. R. Madame. 

2. Appartement de M. de Soreau. 

3. Salle à manger des officiers de cavalerie. 

4. Passage du jardin. 

5. Suisses. 

G. Appartement de M. le marquis de Lunaty. 

7. Corps-de-garde. 

8. Chambre ordinaire de l'officier de garde. 

9. Bureau de l'hôtel et dépendances. 

10. Descentes de caves. 

11. Appartement de M. Paquotte, argentier de l'hôtel. 

12. Chambre des heiduques occupée par des soldats. 
15. Magasin d'ardoises. 

14. Dessous de la tribune de la collégiale Saint-Georges. 

15. Eglise Saint-Georges et dépendances. 
1G. Portiers. 

17. Dépôts des tables de l'hôtel, occupés par des soldats. 

18. Appartement de M. Belleville, défunt. 

19. Appartement de M. Cleret. 

20. La verdure. 

21. Chattcville ou Lorange, dépensier. 

22. Garde-meuble. 

23. Dépenses occupées par les soldats. 

24. Pourvoyeurs. 

25. Lingerie. 



— 179 — 

26. Logement du sieur Blancpain. 

27. Salles à manger des contrôleurs, et dépendances. 

28. Officiers. 

29. Cuisine de la bouche et dépendances. 

30. Rôtisserie. 

51. Cuisine du commun et dépendances. 

52. Echansonnerie. 
55. Prison. 

54. Appartement de M. le comte de Stainville. 

55. Couvent et église des Cordeliers. 

La croix f indique le projet d'un chœur. 

56. Chapelle ducale. 

57. Latrines. 

58. Appartement de M. le maréchal, défunt. 

59. Charbonnier. 

40. Cuisine de M. Duménil, défunt. 

41. Logement du sieur Thomas, jardinier. 

42. Orangerie. 

45. Ecuries et remises. 

Nota. Dans l'entresol du bâtiment, en face de l'oran- 
gerie, appelé appartement des ponpons, étaient les loge- 
ments de MM. Duménil, Wosnart, des Ours et le passage 
des latrines, appelées les Douze, etc. 

TABLE 

DE RENVOI AUX LETTRES DU PLAN DU CHATEAU DE RAOUL. 



A. Tours démolies dont parle Lionnois. 

B. Tour du Trésor des Chartes ; l'ancien donjon. 



— 180 — 

D. Tour dont une partie existait encore en 1706. 

E. Eglise collégiale Saint-Georges. 

F. Emplacement de l'église des Cordeliers. 

G. Mur d'enceinte de la ville aboutissant à l'ancienne 

porte Saint-Nicolas , dite plus tard des Chameaux. 
H. Mur d'enceinte de la ville aboutissant à la porte de la 

Craffe. 
1. Entrée du château. 



NUMISMATIQUE 



DE LA LORRAINE ALLEMANDE, 



PAR M. LOUIS BENOIT. 



I. 



ATELIER MONETAIRE DES DAMES DE REMIREMONT 
A FÉNÉTRANGE. 

Dans ses Recherches sur quelques monnaies mérovin- 
giennes et carlovingiennes, publiées 'dans le premier Bul- 
letin de la Société d'Archéologie lorraine (t. 1, n° 1), 
M. l'abbé Klein a signalé les ateliers monétaires de Mar- 
sal, Moyenvic, Sarrebourg, Vic-sur-Seille. 11 est à remar- 
quer qu'il n'existe pas de monuments écrits antérieurs 
au vm e siècle sur ces localités, où se trouvaient sans 
doute auparavant des ateliers romains. Nous ajouterons 
qu'à ces petites villes , assez rapprochées les unes des 
autres, il faut joindre Fénétrange. Des découvertes ulté- 
rieures viendront sans doute compléter ces recherches et 
permettront de reconstruire en partie l'histoire primitive 
de ces cités. 



— 482 — 

Au moyen âge, le collecteur de l'impôt , le fermier 
d'une saline, le régisseur d'un domaine, l'économe d'un 
monastère étaient autorisés à recevoir, au besoin, en paie- 
ment des prestations en nature, des monnaies étrangères 
ou anciennes, des métaux au poids. Il pouvait rendre le 
montant de ses recettes ou de ses fermages en espèces 
monnayées sur place , dans des localités si peu impor- 
tantes que l'on ignore le lieu de leur emplacement 1 . 

C'est ce qui nous engage à donner ici quelques docu- 
ments qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'atelier 
monétaire qui parait avoir existé à Fénétrange. 

Non-seulement on semble avoir méconnu le droit que 
possédait l'abbesse de Remiremont de frapper monnaie à 
Fénétrange, mais on lui avait contesté celui d'en émettre 
à Remiremont 2 . Les prétentions des ducs de Lorraine, 
voués de Remiremont depuis Gérard d'Alsace, avaient 
soulevé de nombreux conflits avec l'autorité abbatiale. 
Aujourd'hui, cette question est tranchée, et l'on sait que 
les deux parties firent frapper monnaie à leur coin , à 
Remiremont même 3 . 

La juridiction de ce monastère était très-étendue : il 
exerçait ses droits régaliens jusque dans le Westrich, où 
il jouissait, entre autres prérogatives, du privilège d'avoir 
un atelier monétaire dans le château de Fénétrange. 

A quelle époque remonte ce privilège ? C'est ce qu'il 
semble difficile d'établir. Gérard d'Alsace, voué de nom- 
breuses abbayes, avait-il fait don à l'église de Remire- 

1. Voy. M. Robert, Considérations sur les monnaies à l'épo- 
que romane, 

2. Voy. Noël, Catalogue raisonné, t. III, p. 818. 

3. Voy. les travaux de MM. Mory d'Elvange, de Saulcy, Robert, 
Rolin, Richard, sur les monnaies de l'Est de la France. 



— 185 — 

mont, lieu de sa sépulture, d'une partie de la terre de 
Fénétrange, franc-alleu suivant les uns, fief messin, qu'il 
avait usurpé, suivant d'autres ; ou faut-il admettre, comme 
le prétend Dom Calmet, entièrement dévoué à la maison 
de Lorraine, que les dames de Remiremont, sous la pro- 
tection des ducs, se soient emparées de ces droits réga- 
liens après la décadence de la maison de Charlemagne, 
lorsque les princes de la maison de Saxe se disputaient 
le royaume de Lorraine 1 ? Ce qui parait certain , c'est 
qu'elles possédaient un revenu particulier à Fénétrange, 
au xi e siècle, ainsi que le constate un titre découvert au 
Trésor des Chartes : on lit dans un diplôme de l'empe- 
reur Henri IV, daté de Mantoue, octobre 4070, que les 
monnayers de Remiremont contribuaient au service que 
l'abbesse du monastère de ce lieu devait à l'empereur, 
pour 7 livres de poivre , et ceuxMe Fénétrange^pour S : 
« Monetarii de Burgoromaricensi debent septem libras 
piperis, monetarii de Filistingis v libras ». Les représen- 
tants de l'église de Remiremont, qui signèrent avec ceux 
de l'empereur, furent : « Guidricus et Rembaldus can- 
cellarii, Normannus prsepositus Vosagi, Romaricus heb- 
domadarius et fulco, Hugo prœpositus de Alsatia, Cono 
de Corocello et Guidricus camerarius ducis Lotharingiœ » 2 . 
Cet acte, qui fut dressé avec la participation du duc de 
Lorraine, et qui énumère les redevances dues à l'empe- 
reur, prouve qu'il y avait alors à Fénétrange des mon- 

i. Voy. Dom Calmel, Notice de la Lorraine, v° Remiremont. 

2. Voy. M. H. Lepage, les Communes de la Meurthe , t. I, 
p. 339. Copie extraite de l'original, le scel de cire jaune à cordon 
de soye jaune pendant, et collalionnée par nous notaires apostoliques 
soubsignés, l'an 1366, le 12 juin. Signés : Hatton. — Io. Chauffour, 
notaire. (Trésor des Chartes, lay. Remiremont I, n° 1.) 



— 184 — 

nayers. Y étaient-ils à poste fixe ou n'y résidaient-ils que 
comme les spengler en Allemagne, provisoirement ? 
C'est ce que ne dit pas le titre suivant, d'après lequel on 
voit que la ville de Fénétrange appartenait, sans doute 
en partie seulement, au chapitre de Remiremont. 

« Mathieu duc de Lorraine et marchis, et le seigneur 
Merebode de Malsberg (dominus Mercbodus de Ma- 

bercli) à tous ceux qui les présentes verront. 

Qu'il soit notoire à tous présents et à venir que la véné- 
rable abbesse, la doyenne , et le couvent de Remiremont 
convenlus Romaricensis) ont fait cession au seigneur 
Merebode et à ses successeurs en la terre de Fénétrange 
in terra de Phylestangcs), de ladite terre et des hommes 
y demeurant avec toutes les dépendances , à savoir : les 
prés, forêts, pâturages, cultures et terres incultes. Cette 
cession irrévocable est faite en la teneur suivante : ledit 
seigneur Merebode ou ses successeurs viendront en per- 
sonne à l'église de Remiremont (in ccclesiam Romaricen- 
sem) reprendre ladite terre et ses dépendances de l'ab- 
besse, prêteront le serment de foi et hommage au couvent 
de Remiremont , et paieront une redevance annuelle de 
cent sous messins le jour de la Saint-Martin, comme re- 
connaissance perpétuelle de leur vassalité envers Remi- 
remont (Romaricum montem). Si, par hasard, l'abbesse 
ou son délégué se rendait en ladite terre, celui qui en 
sera possesseur les recevra honorablement ; de même 
l'abbesse et le couvent recevront avec deux chevaux le 
délégué du possesseur de la terre de Fénétrange , quand 
annuellement il apportera ladite somme à Remiremont. 
Mais si ladite somme n'était pas payée à la Saint-Martin, 
on attendrait quarante jours et encore quarante autres 
jours, après lesquels le possesseur ou les possesseurs de 



— ras — 

la terre de Fénétrange recourront pour leur négligence 
la peine dexcomniuni cation, à laquelle le seigneur Mere- 
bodedédai umettre. lui d ses s ■eeessenrs. Cette 

: mmunication sera mise à exécution par les véné- 
rables archevêque de I - que diocésain de 
Metz; elle ne sera levée qu'après le paiement de la somme 
principale de cent sous messins d'amende et de la pleine 

et entière satisfae;. . :. à FaUesi an c ouvert. 

Mais s'il arrivait que cette satisfaction fût refusée . ladite 
terre de Fénétrange retournerai; :. te droits de pro- 
priété et de ■•-:.::. an couvert de Remiremon* . d k 

sesseur ou les - - s de ladite terre en seraient 
à jamais privés. En foi de quoi nous avons se sur la 

présente page notre sceau. Fait en l'an de grt l,- 1 ». 

La huitième abbesse de Remiremont, suivant Dom 
Calmet. était Gisèle II. qui succéda à Ode et qui se ren- 
dit, en 1070. à Mantoue. près de l'empereur Henri IY. 
Apr - viennent Félicité de Laurette 1090 . Gisèle TTT 
(11 13), Française, BHe du duc Thiery I11S . Judith I 
1130), Gisèle IV 1112), Judith II 1152), Mathiîde 
(117s>. Cl. ... et Marguerite 1211-1231). Ce 

fut - • ne abbesse que renqpbça Agathe de 

1 ".-aine, fille du duc Ferry I. q .je de Mais: 

devint le chef d'une dynastie : • - m - de nom et 
d'armes, dont la lig: ..:.-.- e éteignit à la fin du 

xv^ - 

Un de ses sa sears, Jean de Fénétrange. représenté 
par son écuyer Arnold de Hultenhach, se reconnut feu- 



1. Vcy. M. H. L^- - l:>wuKMn,c Mevrthe, t. I. 

p. 539. Original en parchemin, auquel il ne reste pi» qu'un : 
du sceau de Mérebode. tmirenont I, n'  



— 186 — 

dataire de l'abbesse Jeanne d'Aigremont, le 16 août 1392*. 

Celle-ci, suivant Dom Calmet, appartenait à l'ancienne 
chevalerie de Lorraine (1569-1404). 

Les seigneurs des deux branches de Schwanhals et de 
Brackenkopf étaient tenus de faire leurs reprises féodales, 
ainsi que le prouve la lettre suivante , datée du 26 no- 
vembre 1427 2 : 

Je Henri, sire de Fenestrange, fais sçavoir qu'en mon 
nom et ecluy de Jehan de Fenestrange, mon cousin , ai 
repris de madame Isabelle de Demongeville , abbesse de 
l'église Saint-Pierre de Remiremont du diocèse de Toul, 
le fief du chastel et de la ville fermée de Fenestrange 
pour les cent sols messins à payer par moy. Présents : 
Thiéry Bayer (de Boppart) 3 , Jacques son fils, Simon, 
abbé de Gemaincourt (?), Jehan Turny de Saint-Firmin, 
Démange, Mathieu Guedet, chanoines , Willaume Tra- 
mousey de Rosières, curé d'Uxegney, Robert Waulthier, 
Jehan Ancel, Jacques Willemin de Bayon, prestres, Ni- 
colas Lulal boulanger, Colin ThiébaultFebvre (serrurier), 
Simon de Ban Parmentier, tous bourgeois de Remire- 
mont. 

Arnould de Fénétrange, le dernier mâle de cette mai- 
son, fit ses reprises, en 1472, pour ce qu'il tenait à Fé- 
nétrange, d'Alix de Paroy, laquelle vivait en 1463 et 

1. Voy. Trésor des Chartes, lay. Fénétrange II, n° 450. Sur l'o- 
riginal, en allemand, se lit le nom de l'abbesse : Iohanna von Aigre- 
mont, abtissin zu Romelsberg. — On trouve, près de Fénétrange, 
Romelfing (village de Saint-Romaric), dont l'étymologie rappelle cette 
époque reculée. 

2. Voy. Trésor des Chartes, lay. Fénétrange III, n° H (copie). 

3. Marié à Blanchcfleur, fille de Burckard, sire de Fénétrange. 



- 187 — 

mourut en 1473, après avoir fait des fondations considé- 
rables à Remiremont, dont elle était abbesse 1 . 

11 résulte des documents empruntés au Trésor des 
Chartes de Nancy, que les sires de Fénétrange firent leurs 
reprises féodales de la crosse et de l'église de Remiremont 
jusqu'à la fin du xv e siècle, et qu'au xi e il y avait des 
monnayers à Fénétrange. 

II. 

L'ATELIER MONÉTAIRE DE HENRIETTE DE PHALSBOURG 

A LIXHEIM. 

Les amateurs de numismatique lorraine connaissent 
les belles études consacrées à l'atelier monétaire de 
Lixheim dans les Monnaies féodales de la France, par 
M. Poëy d'Avant, et dans la Revue numismatique , par 
M. A. de Barthélémy 2 . Il aurait été superflu d'entre- 
prendre un nouveau travail sur ce sujet, si nous n'avions 
découvert quelques documents inédits, qui, de la collec- 
tion de M. Dupont de Romémont, sont passés dans celle 
de M. Noël, ancien notaire, et de là dans la nôtre, en 
1857 3 . 

1. Voy. Dufourny, Inventaire, t. X, 2 e partie, p. 224 (manuscrii 
de la bibliothèque de Nancy). 

2. Voy. Poëy d'Avant, Monnaies féodales de la France, t. III, 
p. 301. — Ibid. Bévue numismatique française, 1846, p. 184. — 
Dom Calmet, dans sa Notice, a décrit cinq de ces monnaies et en a 
fait graver quatre dans son Histoire. 

3. Voy. Noël, Catalogue raisonné des collections lorraines, 
1850, t. I, p. 293, n° 1953. — M. Dupont, en 1755, fut chargé de 
faire des recherches historiques sur Lixheim et Crauflhal par M. Du- 
pin, le célèbre fermier général, l'ami de Jean-Jacques ; il réunit une 
grande quantité de matériaux précieux, qui, malheureusement aujour- 
d'hui, se sont dispersés à la vente du cabinet de M. Noël. 



— 188 — 

Cependant on ne saurait parler de l'atelier monétaire 
de Lixheim , sans en même temps y rattacher quelques- 
uns des épisodes de la vie tourmentée de Henriette de 
Phalsbourg , fille de François de Vaudémont et de Chris- 
tine de Salin, née le 5 août 1605. Avec les princesses de 
Lorraine , elle se trouva mêlée aux passions , aux luttes 
et aux agitations de son époque , depuis les commence- 
ments de la guerre de Trente ans jusqu'à l'occupation de 
la Lorraine par la France. La destinée de Henriette, jetée 
dans tous les hasards de l'exil , les malheurs de sa sœur 
Marguerite mariée au triste Gaston d'Orléans, ceux de 
ses cousines, filles du bon duc Henri , Nicole, la femme 
de Charles IV et Claude, celle du prince Nicolas-François, 
présentent un grand intérêt*. 

On voit ces infortunées princesses luttant avec éner- 
gie, contre des adversaires tels que Richelieu et Mazarin, 
pour défendre leur fortune et leur honneur, accablées 
sous les coups du sort et poursuivies, même après leur 
mort, par des haines implacables. Ame virile et tendre, 
Henriette fut sacrifiée par la politique égoïste de son 
frère, le duc Charles IV, et mariée, contre son gré, au 
fils naturel de Louis II de Lorraine, cardinal de Guise, 
assassiné à Blois, et d'Aimée de Hescherenne, dame de 
Grimaucourt. Elle épousa Louis de Lorraine, baron 
d'Ancerville, auquel le duc Henri donna la seigneurie de 
Phalsbourg, le 18 avril 1621, en raison de son mariage, 
qui eut lieu le 22 mai suivant. Henriette perdit son époux 
à Munich, en 1631. Elle se remaria, le 17 octobre 1644, à 
la cour des Pays-Bas, à dom Carlos Guasco, marquis de 
Solanos, général de l'artillerie d'Alsace au service du roi 

i. Voy. les aventures de ces quatre princesses dans Y Histoire de 
la réunion de la Lorraine à la France, par M. d'Haussonville. 



_ 489 — 

d'Espagne 1 ; avant 1659 elle était veuve d'un troisième 
époux, Christophe de Moura, après la mort duquel elle 
épousait François-Joseph de Grimaldi, à la merci du 
gouvernement espagnol , qui lui avait prodigué les pro- 
messes dans l'espoir d'en tirer parti, et qui l'avait 
abandonnée. Dépouillée de ses biens par la France, 
qui, malgré le traité de Westphalie (1648), auquel 
elle avait été convoquée, ainsi que les autres princes 
de l'Empire, continua à comprendre la principauté de 
Lixheim dans l'intendance d'Alsace, l'infortunée Hen- 
riette alla mourir, en 1660, à Neufchàteau. Par la protec- 
tion du cabinet de Versailles, Alexandre de Grimaldi 
succéda à son frère, mort en 1693, et, à son tour, il laissa, 
en 1702, faute d'héritier, sa principauté de Lixheim à la 
Lorraine, qui la gouverna d'abord comme une terre étran- 
gère. 

On s'est demandé en vertu de quelle charte Henriette 
faisait battre monnaie ? Ce droit régalien est sous-entendu 
dans la lettre de l'empereur Ferdinand, du 12 février 
1629, portant érection de la terre de Lixheim en franche 
principauté immédiate du Saint-Empire, en faveur du 
prince de Phalsbourg. Il est dit dans le récit de l'exposé 
de ce prince, récompensé un peu tardivement pour les 
services qu'il avait rendus à l'empereur, « qu'il a ac- 
questé la terre de Lixheim, ses appartenances et régales, 
scizes en l'Empire, proche la Sarre, en vray franc-aleuf 
avec tous droits de régale, haute, moyenne et basse jus- 

1. C'est de cette époque que datent tes lettres de Mazarin à la 
princesse de Phalsbourg (1645). Voy. M. Cousin, Madame de Che- 
vreuse, p. 439. — Les registres des comptes de la ville de Lixheim 
nous montrent Henriette retirée à Neufchàteau en 1659 avec M. de 
Grimaldi, qui plus tard résida au château de Sampigny, qu'avait bâti 
le baron d'Aucerville. 



— 190 — 

tice, et y joint diverses autres pièces pour le plus grand 
bien de l'Empire, lesquelles estoicnt auparavant en diffi- 
culté avec les François et les tenanciers d'ycelles 1 . » 

Cette haute faveur fut réitérée et confirmée par l'em- 
pereur Ferdinand III, à Linz, le 25 novembre 1645. 

La lettre d'érection ne dit pas non plus en quoi consis- 
tait cette principauté, à laquelle sa configuration géogra- 
phique donnait la forme d'un Y. On y remarquait Ars- 
chviller , en allemand Erschweiller ; les verreries de 
Glashutten et de Munsterhù 2 , situées entre ce village et 
celui de Saint-Louis, bâti en 1630, sur les ruines de 
Heigerst et de Roterbach"; le moulin de Farbach sur la 
Zorn, auquel, par sobriquet, on donna le nom de Spars- 
brot ; Dannelbourg, Weckersviller, Brouviller et Hé- 
range, l'ancienne chàtellenie de Heringen, d'où dépen- 
daient tous ces villages acquis par les seigneurs de 
.Lixheim; Fleisheim, Sainte-Marie, bâtie aussi vers 1630 et 
désignée en allemand sous le nom de Wickholtz ou Pick- 
holtz ; Hellering, les trois Hambach (le grand, le petit et 
Rodt, villages du comté de Morhange), enfin la seigneu- 
rie de Montbronn, dans le comté de Bitche. 

Telle était la principauté de Lixheim, à laquelle il faut 

1. Voyez le texte allemand et la traduction, certifiés le 4 mai 1629 
par Stephanus Dufort, notaire apostolique (collection Dupont). — Il 
en existe une autre traduction dans les Communes de la Mcurthc, 
par M. H. Lepage, t. I, p. 606. 

2. Nous ignorons à quelle époque ces verreries furent construites ; 
au commencement du xvm e siècle, celle de Munsterhù' était déjà 
ruinée. (Voy. Communes, t. I, p. 44.) 

3. A quelque distance de Heigerst, s'était élevé le hameau de 
Langmatt. Durival cite aussi, près de Brouviller, Holheff, (Voy. Des- 
cription de la Lorraine, t. II, p. 261.) et les Communes Krams- 
weiller. (Voy. Communes, t. I, p. 204.) 



— 191 — 

joindre les terres de l'abbaye de Graufthal, sécularisée à 
la suite des guerres de religion 1 . 

La principauté de Phalsbourg, qui fut réunie à la 
France par le traité de Vincennes, en 1661, après la mort 
d'Henriette, comprenait : Phalsbourg et Einartzhausen, 
Vilsberg et Lutzelbourg, qui avaient été des chàtellenies ; 
Mittelbronn, Hultenhausen, Hazelbourg, Danne et Hen- 
ridorf 2 . 

Pendant la période palatine de la guerre de trente ans, 
le pays avait été ruiné par les soldats de Mansfeld, qui 
s'étaient établis, en 1622, à Lixheim, petite ville que 
l'électeur palatin Frédéric IV avait bâtie et fortifiée, en 
1600, pour servir de boulevard au protestantisme, du 
côté de la Lorraine ; c'est ce qui avait décidé le duc 
Henri à y établir à son tour une garnison et à en faire 
l'acquisition comme apanage du prince et de la princesse 
de Phalsbourg. Les nouveaux souverains rétablirent les 
églises, appelèrent des pères de l'Oratoire et obtinrent 
du Saint-Siège, le 15 septembre 1631, un commissaire 
apostolique chargé de la juridiction spirituelle, qui fut 
l'abbé de Haute-Seille, Lixheim étant alors nullius clio- 
cœsis 5 . Ils agrandirent la principauté et y attirèrent de 
nouveaux sujets. La fontaine de 1627 et les armes de 
Lorraine sculptées sur les murs de l'ancien couvent, rap- 
pellent cette époque de prospérité ; le village de Saint- 
Louis, élevé sur des ruines, prit le nom du prince de 

1. Voy. l'histoire de cet ancien monastère que nous publions dans 
le Bulletin de la Société pour la conservation des monuments 
historique d'Alsace. 

2. Voy. Collection Dupont (loco citato). 

3. Voy- Trésor des Charles de Nancy, Etat du temporel des pa- 
roisses en 1707. B. 295. 



— 192 — 

Phalsbourg ; celui de Sainte-Marie dut son origine à un 
vœu que fit la princesse, égarée à la chasse dans les fo- 
rets de Bickenholtz 1 . En 4652, Lixheim comptait déjà 
116 maisons. 11 y avait le bastion du Prince et le bastion 
de la Princesse 2 . 

Ce fut pendant son premier veuvage, en 1631, que 
Henriette, qui avait alors 29 ans, s'efforça surtout de re- 
lever de ses ruines la principauté de Lixheim. Comme 
elle ne possédait pas de château dans la ville, elle y loua 
une maison particulière 5 qui a conservé son ancien aspect 
et se trouve située rue de la Monnaie : c'est là que furent 
frappées, en 1655 et 1634, des monnaies de types variés, 
dont la gravure fut confiée à des artistes très-habiles. Sur 
quelques-unes se voit l'effigie de la princesse , qui était 
d'une beauté remarquable, comme sa sœur Marguerite ; 
tantôt elle est en cheveux avec chignon, tantôt elle porte 
la toque espagnole avec une plume*. Son profil rappelle 
le beau portrait de Van Dyck, qui faisait partie de la ga- 
lerie d'Orléans 5 . Elle y est représentée en pied; d'une 
main elle s'appuie sur l'épaule d'un jeune nègre costumé 
en page et portant une corbeille de fleurs, tandis que, de 

i. Une tradition erronée fait remonter à la princesse Henriette 
l'établissement, en 1614-, du village de Henridorff. Mais celui de 
Montdidier (Didersberg), en 1628, appartient au prince de Phals- 
bourg, qui était aussi seigneur de Franc-Altroff, pour moitié avec 
M. de Helmestadt, de Léning-Altroff, etc. 

2. Voy. les plans de Tassin et de Beaulieu. 

3. Voy. Dom Calmet, Notice de la Lorraine, v° Lixheim. — 
L'hôtel de Phalsbourg à Nancy était situé place des Dames. 

i. Voy. la description des monnaies à la fin de la présente notice, 
et les planches. 

S. Ce tableau peint sur toile, hauteur, 6 pieds 7 pouces, largeur, 
4 pieds , a été gravé par Voisand. 



— 195 — 

l'autre, elle donne un pli gracieux à sa robe étroite, mais 
traînante, ouverte sur la jupe jusqu'à la taille ; son cos- 
tume est celui des élégantes dessinées par Abraham 
Bosse en 1653 : des nœuds de rubans, des pendants d'o- 
reilles, un carcan de perles, de longues manchettes, une 
ample collerette avec rabat s'épanouissant autour de ses 
épaules nues, le corsage étroit, la taille très-courte, les 
manches déchiquetées, se fermant au milieu du bras, et, 
ce qui lui permettait de quitter ces brillants atours pour 
se déguiser en homme , les cheveux coupés courts , dis- 
posés en touffes sur les côtés et en petites frisures sur le 
front 1 . Dans le fond du tableau on aperçoit une draperie 
d'or, derrière laquelle s'ouvre l'entrée d'un jardin terminé 
par un lointain de montagnes. 

L'œuvre du maître a été très-inexactement interprétée 
par Cornélius Galle , qui a reproduit à mi-corps le por- 
trait de la princesse d'une manière lourde et d'un burin 
peu élégant. C'est une gravure dont le deuxième état est 
assez commun. Au bas, on lit la légende suivante, dont 
l'orthographe des noms de Lixheim et de Saint-Avold a 
été quelque peu altérée : 

HENRICA LOTHARINGIE, PRINCIPISSA PHALSEBVRCE , ET 
RIXHEIM.E, COMITISSA BOVLAYE , BARONISSA ASPRIMONTIS, 
DOMINA NOVI-CASTELLI, PRENY, HOMBVRGI, ST-ANOLDI , 
AVANTGARDE, SAMPIGNI, FRANC-ALTORFFI ETC a . AlltOniuS 

1. On voit assez fréquemment les grandes dames de cette époque 
revêtir l'élégant costume de cavalier : Madame de Saint-Balmont, dé- 
fendant son château contre les Croates ; la duchesse de Chevreuse, 
franchissant les frontières d'Espagne ; Marguerite d'Orléans, fuyant 
d'une traite à Thionville, et, au mois de mars 1634, Henriette de 
Phalsbourg, arrivant en Franche-Comté sans avoir été atteinte par 
les dragons du comte de Brassac envoyés à sa poursuite. 

15 



— 194 — 

Van Dyck pinxit Cornélius Galle sculpsit. Ioannes Mey- 
sens excudit. 

Ce portrait fut peint pendant l'exil de la princesse Hen- 
riette à la cour de l'archiduc des Pays-Bas, en 1634*. Le 
29 décembre , un ordre de Louis XIII faisait tomber les 
bastions de Lixheim et punissait ainsi la vaillante ama- 
zone qui avait défendu , l'année précédente , la ville de 
Nancy, assiégée par le roi en personne. Peu après , les 
Suédois pénétraient en Lorraine, amenant avec eux la 
guerre , la peste et la famine : l'atelier monétaire cessait 
de fonctionner, les pères de l'Oratoire étaient dispersés, 
les cérémonies du culte interrompues. En 1665, il n'y 
avait plus que 65 maisons, à Lixheim, qui fussent occu- 
pées, y compris 18 veufs ou veuves et 25 réfugiés : la 
période la plus terrible de la guerre de Trente ans avait 
couvert la Lorraine de ruines. 

Pendant son existence éphémère, l'atelier monétaire de 
Lixheim avait produit des monnaies de types très-variés, 
imitant les doubles tournois du roi de France, les gros 
du duc de Lorraine Charles IV, les creutzer frappés à 
Haguenau au nom de l'empereur Ferdinand II, les esca- 
lins au lion, les testons d'argent et même les douzains du 
prince de Dombes. 

Les deniers tournois de cuivre, sans être tout à fait 
communs , se rencontrent assez difficilement ; quant aux 
autres pièces , elles sont fort rares. Ces monnaies sont 
frappées avec un soin tout particulier 2 . On y remarque 
les armes des royaumes de Jérusalem et de Naples , sur 

1. Nous ne mentionnons pas ici le portrait de la princesse par 
Meck, car nous ignorons s'il fut peint à cette époque. (Voy. Noël 
(loco citato), n° 5S35.) 

2. Poëy d'Avant (loco citato). 



— 49b — 

lesquels les princes de la maison de Lorraine et les Guise 
prétendaient avoir des droits. 

Elles étaient destinées à circuler dans les pays contigus 
à la principauté deLixheim ; dans la Basse-Alsace, dans 
les comtés de Lutzelstein (la Petite-Pierre), de Bitche, 
de Dabo, de Hombourg, de Nassau, dans la seigneurie de 
Fénétrange, dans les terres de l'évèché de Metz et du 
duché de Lorraine, dans le Westrich , entre la France et 
l'Allemagne. 

Quant aux monnaies d'or, elles semblent introuvables. 

Les documents inédits, tirés de la collection de M. Du- 
pont, nous fournissent des renseignements précieux sur 
la valeur de l'argent à cette époque : on sait que l'acquisi- 
tion de la terre de Lixheim avait été faite moyennant la 
somme de 150,000 reichsthallers 1 , outre celle de 100,000 
francs de Lorraine que le duc réclamait à l'électeur pala- 
tin pour l'entretien de la garnison qu'il avait été obligé 
de mettre à Lixheim pour la défense de ses frontières 2 . 
La moitié des 130,000 reichsthalers devait être soldée 
comptant et l'autre six mois plus tard à Metz , soit en 
reichsthalers, soit en pistoles d'Espagne, valant chacune 
trois reichsthalers et trois batz, soit en monnaie de 
France au cours des ordonnances du duc, c'est-à-dire 
que les trois quarts d'écu de France, surpassaient la va- 
leur du reichsthaler d'un gros et demy de cette monnaie, 
qui sont 12 pfennings d'Allemagne. 

Par une lettre datée du 50 janvier 1624, le duc Henri 
avait reconnu que l'acquisition de la terre de Lixheim, 
qui avait eu lieu le 18 novembre 1625, était pour son 

1. Le reichsthaler ou rixdaler valait environ 5 francs 60 centimes. 

2. Il ne fut pas tenu compte de ces 100,000 francs. 



— 196 — 

neveu, le prince de Phalsbourg, et que celui-ci en avait 
payé la totalité de la somme, faisant 65,000 reichstha- 
lers, valant 525,000 fr. de sa monnaie, sur la dotation 
que ce prince avait reçue de la Chambre des aydes, et qui 
lui avait été accordée par les Etals de Lorraine 1 . 

Le 4 février 1626, le comte palatin Frédéric V, le roi 
de Bohême, donnait quittance, à La Haie, de la seconde 
moitié du prix de l'acquisition des terres et seigneuries 
de Lixheim, Hérange, Craufthal et Montborn. Aux 
65,000 reicbsthalers étaient ajoutés 42,000 florins pour 
intérêts à 5 pour 100 de cette somme, dont le paiement 
avait dû être effectué au mois de mars 1624. 11 n'y est 
pas parlé du prince de Phalsbourg, malgré la lettre du 
50 janvier 1624 ; la quittance fut passée purement et sim- 
plement au profit du duc Henri 2 . 

11 n'est pas étonnant que le chef de l'union protestante, 
le roi d'un jour, comme le désignent les historiens, 
n'ait pas voulu traiter directement avec le favori du bon 
duc Henri, l'adversaire qu'il avait rencontré en Bohême 
et en Alsace dans les rangs de l'armée impériale 3 . 

Nous venons de voir quel était le taux de l'argent à 
cette époque ; voici maintenant quel était le cours des 
monnaies de l'Empire en Lorraine, ce qu'il est important 
de constater à cause de la position hybride de Lixheim 
entre ces deux pays*. 

1 Voy. Communes, t. I, p. 605. — Ibid. Collection Dupont 
(loco cilato). 

2. Voy. Collection Dupont (loco citato). 

3. On nous pardonnera d'insister sur ces détails ; mais il est des 
erreurs qu'il importe de relever ; c'est ainsi que l'on a supposé que 
l'érection de la terre de Lixheim en principauté avait eu lieu lors du 
mariage de Henriette; que Phalsbourg était un fief démembré de 
l'ancienne seigneurie de Lulzembourg, Lutzelbourg, etc. 

4. Voy. Collection Dupont (loco cilato). 



— 497 — 

Suivant les conditions de la vente du 6 juillet 1625, 
1 gros 8 deniers, monnaie de Lorraine, valaient 12 pfen- 
nings d'Allemagne ; ce qui faisait revenir 2 gros , mon- 
naie de Lorraine, à 16 pfennings d'Allemagne, faisant 
1 batz. 

Les mêmes conditions apprennent que 5 reichsthalers 
et 5 batz valaient une pistole d'Espagne. Or, 5 reichs- 
thalers, chacun de 5 fr., monnaie de Lorraine, revenaient 
à 15 fr. et 3 batz à 2 gros l'une, faisaient 6 gros ; d'où il 
suit que la pistole d'Espagne valait 15 fr. 6 gros, mon- 
naie de Lorraine ; et c'est effectivement le prix auquel 
elle était fixée par l'ordonnance du duc Henri du 5 sep- 
tembre 1621 , dont l'exécution avait été maintenue par 
les ordonnances des 6 et 11 février, 4 avril et 22 juin 
1623. 

Enfin, les mêmes conditions de la vente du 6 juillet 
1623 établissaient que trois quarts d'écus de France va- 
laient 1 reichsthaler et 1 gros et demi , monnaie de Lor- 
raine. Or, 1 reichsthaler valant 5fr., en y ajoutant 1 gros 
8 deniers ; il vient 5 fr., 1 gros 8 deniers pour la valeur 
de trois quarts d'écus. Ce qui fait revenir le quart d'écus 
à 1 fr. 8 gros et 8 deniers , ou 20 gros 8 deniers , mon- 
naie de Lorraine ; et c'est effectivement le prix qui lui est 
donné par les ordonnances précitées , lesquelles fixaient 
le reichsthaler à 5 fr. 

Les quarts d'écus étaient une monnaie d'argent au 
titre de 11 deniers d'argent fin à la taille de 25 1/5 au 
marc pesant 7 deniers, 12 grains trébuchants, alors fixés 
par les ordonnances de France à 16 sols pièce, mais qui 
couraient vraisemblablement pour davantage. 

Quoi qu'il en soit, 25 1/5 quarts d'écus à 1 fr. 8 gros 
8 deniers l'un, portaient le marc ouvré à 45 fr. 9 5/5 de- 



— 498 — 

niers, monnaie de Lorraine, et le marc d'argent fin à 46 
francs 11 gros 9 1/53 deniers, même monnaie. Or, divi- 
sant 750,000 iï\, prix de l'acquisition de Lixheim, etc., 
par 46 fr. 11 gros 9 1/33 deniers, il vient 15,969, environ 
4/5, qui est la quantité de marc d'argent fin, qu'il fallait 
alors pour payer cette acquisition. 

Le marc d'argent fin monnayé rend, en la présente 
année 1764, 54 1. 6 e 6 6/11, cours de France ; ainsi les 
15,969 4/5 marcs reviendraient à 867,599 1. 10 e 4 d 16/55 
du même cours. 

Ces notes, tirées de la précieuse collection de M. Du- 
pont, sont jointes à deux documents du temps, transcrits 
sur du papier marqué de filagrammes à la croix de Lor- 
raine et au double G couronné. 

Au dos du premier on lit : Déclaration contenant la 
faculté de fabricquer monnoye dans Lixheim soubs les 
coings et effigies de Son Excellence. Coppié à Fénes- 
trange. 

Au dos du second : Placet pour le sieur Gérard Gé- 
rard , lieutenant au bailliage de Pfalsbourg. Monnoye de 
la principauté franche de Lixheim ou Deux deniers de la 
principauté franche de Lixheim. 

Sur ce que le sieur de Nunain a faict entendre à Son 
Excellence que certains Maitres monnoyeurs désiroient 
qu'Elle leur concédast la faculté de fabricquer monnoye 
dans Lixhein, soubs les coings de ses armes et effigies, 
Sadite Excellence auroit par responce requis dudit sieur 
de Nunain que les sieurs entrepreneurs ayent à donner 
déclaration de leur intention contenant les charges, 
moyens et ce qu'ils trouveroient estre à propos pour 
l'establissement de ladite monnoye. 



— 199 — 

1 . A quoy satisfaisant très-humblement demandent pri- 
vativement les coings pour six ans. 

2. Quand aux espèces, ils entendent travailler la mon- 
noye blanche, sçavoir en reistdaller et au desoubs jusques 
au quart inclusivement, pièce de douze, quattre, trois, 
deuz et demi creutzer, les fabriqueront conformément 
au tiltre des monnoyes voisines de l'Empire. 

5. Les florins d'or au prix et tiltre de l'Empire a deux 
grains de remède. 

4. Faculté de fabricquer espèces équivalante en bonté, 
pois ; les pistolles et demy pistolles d'Italie au remède 
d'icelle que Son Excellence qualifiera à son bon plaisir. 

5. Que Son Excellence leur fournira des Con. ci:r , es- 
sayeur et graveur, gens de bien et capable, que les sieurs 
entrepreneurs gageront à leurs frais sur le prix de la 
ferme. 

G. Que Son Excellence leur fournira logement capable 
pour eux, leurs ouvriers et serviteurs, présents et adve- 
nir tant pour la fabricque, demeureurances , pour mettre 
leurs étoffes, outilz, genaux et toutes choses à eux ap- 
partenants. 

7. Que Son Excellence leur fournira ung bastiment 
avec ung moulin à eau , propre à fabricquer, et selon le 
deseing qui sera donné aux constructeurs ; les mouve- 
ments duquel moulin, tant dedans que dehors, se cons- 
truiront aux frais desdits entrepreneurs. 

8. Que Son Excellence entretiendra lesdits bastiments 
à ses frais et despens pendant le temps dudit bail des vi- 
lains, fondoirs, tant seulement moyennant qu'ils leur se- 
ront mis en mains en bon et suffisant estât. 

9. Qu'il aura les droits, franchise, libertés, immunités, 
exemptions, droicts, prérogatives, honneurs, jurisdic- 



— 200 — 

tions, prééminences , et tel et semblables que les autres 
maîtres des monnoyes de l'Empire jouissent, peuvent 
jouir de droict. 

10. Entendent lesdits entrepreneurs, veu le temps 
qu'il leur convien employer à s'esquipper, se fournir de 
tous les outilz qui se treuvent nécessaires pour accomplir 
parfaitement ladite monnoie, que la première année, 
commençant à la datte du jour du bail, ne sera comprise 
dans les six d'iceluy, à charge que lesdits outilz, de quel- 
que qualité elles soient propres à fabricquer, demeure- 
ront sans déplacer au profit de Son Excellence , le temps 
du bail expiré. 

11. Offrent annuellement à Son Excellence pour re- 
connaissance la somme de mil reistallers en espèces. 

PLACET. 

Plaise l'Altesse de Madame la Princesse de Pfalzbourg, 
à la très-humble requeste et supplication de son très- 
humble et très-obéissant serviteur Gérard Gérard, lieu- 
tenant au bailliage dudit Pfalzbourg, luy vouloir per- 
mettre de faire fabricquer en sa monnoye de Lixheim, 
privativement à tous autres, pour la somme de 25,000 fr. 
(non plus), monnoye de Lorraine, de double de mesme 
estoffe et valeur que ceulx de France , mais à raison de 
huit pièces au lieu de six pour le gros, et leur donner 
cours pour tels soub les noms, armes et effigie de Vostre 
Altesse, avec cette circonscription : DEUX DENIERS 
DE LA PRINCIPAVLTÉ FRANCHE DE LIXHEIM. Ce 
sera une marque évidente et perpétuelle de ladite fran- 
chise à la postérité ; et chose (qui sans intérest de per- 
sonne) redondera du tout à l'honneur et réputation de 
Vostre Altesse , entre les pauvres et riches , et au grand 



— 201 — 

soulagement , profil et utilité du public , particulièrement 
des pauvres ; car bien souvent à faute de petite monnoye 
(qui ne se treuve que peu ou poins) une personne qui 
aura volonté de faire aumosne et n'ayant qu'un gros ou 
deux blancs en pièces, au lieu d'un deux deniers, s'abs- 
tiendra le plus souvent d'aumosne, oultre qu'il se treuve 
plus petite denrée de laquelle l'on en peut achepter en 
suffisance pour deux deniers à une fois, joinct qu'il ne se 
treuve de quoi pour changer un demy gros ; et si le bon 
plaisir de Vostre Altesse est d'accorder au suppliant ce 
qu'il demande, il s'accordera avec le sieur maistre de la- 
dite monnoie pour la fabrication et oultre tous les béné- 
kirces (sic) , que par ce moyen Sadite Altesse fournira 
tant à ses sujets qu'aux voisins (qui sans doubte s'en ser- 
viront) , le suppliant priera Dieu à jamais pour sa santé 
et prospérité, et continuera de mieux en mieux le service 
d'Icelle. 

Ces deux documents, malgré des incorrections de style 
qui dénotent un .allemand, et malgré le défaut de dates 
et de signatures, n'en sont pas moins précieux ; ils nous 
font connaître que les monnayers de Lixheim devaient, 
en reconnaissance de leur privilège , 4 ,000 reichsthalers 
par an, qu'ils s'engageaient à émettre annuellement pour 
25,000 fr., soit en florins d'or, reichsthalers, pistoles et 
creutzer. M. Dupont suppose que l'on battait déjà mon- 
naie à cette époque , mais à d'autres coins qu'à ceux de 
la princesse, puisque la fabrication des doubles proposés 
devait être une marque perpétuelle de la franchise de la 
principauté ; il se base surtout sur l'engagement que 
prenaient les monnayers de s'accorder avec le sieur 
maistre de la monnoie. Ces raisons ne nous semblent 
pas concluantes : les conditions des monnayers, dont nous 



— 202 — 

venons de reproduire le projet, durent être modifiées. 
Quant au maître de la monnaie, c'était sans doute M. de 
Nunenheim, l'intendant delà princesse, chargé par elle 
d'organiser ce nouveau service de son administration. Ce 
fut avec lui que dut s'entendre Gérard Gérard, lieutenant 
au bailliage de Phalsbourg, pour fabriquer les monnaies 
de Lixheim, et s'installer dans le bâtiment appelé encore 
aujourd'hui Hôtel de la Monnaie , d'où furent émises des 
pièces gravées avec un soin tout particulier. 

C'est à tort, selon nous , que l'on fait remonter l'exis- 
tence de cet atelier monétaire à 1630 : ce n'est qu'en 
1631 que mourut le prince de Phalsbourg. Le nom de 
l'époux de Henriette ne parait sur aucune des monnaies 
dont nous donnons ici la description, et dont la plus an- 
cienne ne remonte qu'à 1633 1 . 

1. MONETA. NOVA. L1XHENSIS. Ecusson aux ar- 
mes pleines de Lorraine, couronné, accosté de 16-53. — 
R. SIT NOMEN DOM1NI BENEDICTVM. Lion debout, 
couronné , tenant un glaive de la patte droite , la gauche 
appuyée sur un écusson ovale aux armes de Jérusalem. 

ar. Escalin. 

2. Croix de Lorraine. HENR. A. LOTH. PRIN. PHAL. 
ET. L1X. Buste à droite avec chaperon. — R. MONETA. 
NOVA. LIXEI. CVSA. Ecu couronné aux armes pleines 
de Lorraine ; au-dessus 1633. 

ar. Teston. 

5. HEN. A. LOT. PRIN. PHAL. ET. LIX. Buste à 
droite; au-dessus XX11II. — R. MONETA. NOVA. 
LIXEI. CVSA. 16-54. Grand alérion couronné. 

ar. Teston. 

1. Voy. Poëy d'Avant (loco citato). 





'  



— 205 — 

4. Croix de Lorraine. HENR. D. LOR. PRIN. PHAL. 
ET. LIX. Buste à droite. — R. Croix de Lorraine. 
DOVBLE TOVRNOIS. 1655. Champ semé de lis. 

Cuivre. Double. 

Une variété porte au droit la légende latine : HENR. 
A. LOTH. PRIN. PHAL. ET. LIX. 

Le même double tournois existe avec la date de 1654. 
M. Ghautard, professeur à la Faculté des sciences, pos- 
sède une variété de ce double tournois, avec la même 
date (1654), et dont les légendes commencent par un 
point au lieu d'une croix de Lorraine. 

5. HENR. D. LOR. PRIN. PHAL. ET. LIX. Même 
type. — R. DOVBLE TOVRNOIS. 1654. Champ semé 
de lis, brisé d'un lambel à trois pendants. 

Cuivre. Double. 

Une variété porte au droit la légende latine comme ci- 
dessus. 

6. Croix de Lorraine. HENR. A. LOTH. PRIN. PHAL. 
ET. LIX. Ecusson couronné aux fleurs de lis sans nom- 
bre, accosté de deux H ; au-dessus 1655. — R. SIT NO- 
MEN DOMIN1 BENEDICTVM. Croix cantonnée de deux 
lis et de deux couronnes. 

bil. Douzain. 

7. HENR. A. LOTH. PRIN. PHAL. ET. LIX. Ecu 
portant un trèfle. — R. MONETA LIXHENSIS. Dans le 
champ II KREVTZER, en trois lignes. 

bil. Kreutzer. 

8. Même légende. Alérion couronné. — R. MONETA. 
NOVA. LIXHE. CVSA. Ecu couronné aux armes pleines 
de Lorraine. 

BIL. 



— 204 — 

9. Même légende et type. — R. Même légende. Ecu 
couronné parti de Lorraine et de Bar, et accosté de deux 
croix de Lorraine couronnées. 

bil. Gros. (Collection de M. Chautard.) 

10. M. Renier Chalon vient de publier (Revue de la 
Numismatique belge, t. III, 4 e série) une pièce inédite 
de Henriette, faisant partie de la collection de M. de Cos- 
ter ; c'est un nouveau type à ajouter à ceux qui sont 
décrits plus haut. 

D. NOVA. MONETA. LÏXHENS1S. Dans un entou- 
rage festonné, l'écu aux armes pleines de Lorraine cou- 
ronné. 

R. S1T. NOMEN. DOMINI. BENEDICTVM. 4633. 
Croix ailée et fleurdelisée portant en cœur, dans un car- 
touche quadrilobé, un alérion. — ar. 



LA PREMIERE TRAGEDIE 



DE JEANNE D'ARC 



PAR M. AUG. D1G0T. 



Les représentations théâtrales ne sont pas prohibées 
d'une manière absolue ; l'Eglise , en condamnant l'abus, 
n'a pas proscrit le théâtre lui-même. Cette proposition 
est tellement évidente, qu'il serait absurde de vouloir 
ajouter quelque chose à son simple énoncé. Aussi , sans 
remonter à Hroswita , cette religieuse allemande du x e 
siècle , qui composa un certain nombre de drames latins 
assez remarquables ; sans parler des mystères qui furent 
représentés, au moyen âge , dans toutes les villes impor- 
tantes, il suffit de rappeler les nombreuses pièces que les 
jésuites ou les autres religieux enseignants faisaient jouer 
à leurs élèves , au grand contentement de tous ceux qui 
avaient le privilège d'assister à ces fêtes à la fois reli- 
gieuses, patriotiques et littéraires. Sans sortir de notre 
province , il serait facile de citer plusieurs solennités de 
cette nature ; ainsi le Père Pierre Mousson, jésuite, a fait 
représenter par les étudiants de l'Université de Pont-à- 



— 206 — 

Mousson plusieurs belles histoires tragiques, dont 
l'une est Maurice sacrifié par Phocas 1 . Quelque temps 
après, Nicolas Romain, auteur de La Salmée, compo- 
sait une autre tragédie sur le même sujet 2 . Environ vingt 
années plus tard , on imprimait à Saint-Nicolas-du-Port 
une tragi-comédie , intitulée Hic/tecourl, que les Béné- 
dictins du prieuré de cette ville avaient fait jouer par 
leurs pensionnaires 5 . Au moment où cet ouvrage sortait 
des presses de Saint-Nicolas , en 4628, un imprimeur de 
Nancy, Jacob Garnich, mettait en vente une autre pièce, 
qui avait été composée par un prêtre nommé Etienne 
Grandjean, et représentée à Plombières, en présence des 
nombreux baigneurs qu'attirait la réputation des eaux 
thermales de cette ville. Cette pièce porte le titre suivant : 
Tragédie du martyre et mort de saint Sébastien 
soubs l'empire de Dioctétien' 1 . Interrompues pendant 
longtemps à cause des calamités de toute nature aux- 
quelles la Lorraine fut en proie , les représentations dra- 
matiques dans l'intérieur des établissements d'éducation 
publique furent reprises aussitôt après le retour de Léo- 

1. V. l'avis au lecteur qui précède la pièce suivante. 

2. Maurice, tragédie en cinq actes; Au Pont -à-Mousson , 1606, 
petit in-8°. 

3. Richecourt, tragi-comédie, représentée par des pensionnaires 
des RR. PP. Rénédiclins de Saint-Nicolas, 1G28. Imprimé à Saint- 
Nicolas par Jacob François, à l'Echequin, à la Grand'Rue. Petit in-8° 
de 76 pages , plus deux feuillets blancs. Un des deux exemplaires 
connus de ce livre faisait partie de lu bibliothèque de M. Noël, notaire 
honoraire à Nancy. 

i. m. dc xxviii. Petit in-12 de 48 pages. Nous empruntons tous 
ces renseignements bibliographiques au curieux ouvrage de M. Beau- 
pré, intitulé : Recherches historiques et bibliographiques sur les 
commencements de l'imprimerie en Lorraine et sur ses progrès 
jusqti'à la fin du XVIP siècle. 



— 207 — 

pold, et les jésuites firent jouer par leurs élèves, les 22 
et 24 février 1702, une tragédie intitulée : Abclolonime , 
qui a été imprimée à Nancy, chez Chariot 1 . 

Le drame que nous allons analyser est antérieur en 
date à tous ceux dont nous venons de copier les titres. 11 
a été joué à Pont-à-Mousson au mois de septembre 1580. 
Vers le mois de mai de cette année , le roi de France, 
Henri III et sa femme, Louise de Vaudémont, formèrent 
le projet d'aller prendre les eaux à Plombières. Comme 
ils devaient passer par Pont-à-Mousson , les Jésuites de 
cette ville résolurent de leur donner le spectacle d'une 
représentation dramatique , et le Père Fronton Du Duc, 
plus connu sous son nom latinisé Ducœus, composa un 
peu à la hâte, il est vrai, une tragédie, dont il emprunta le 
sujet à l'histoire de France. Il donne de ce choix d'assez 
bonnes raisons , dans VA van t-ieu, ou prologue de son 
drame, et les grands poètes du siècle de Louis XIV au- 
raient bien fait de se ranger à l'avis du Père Fronton. 

Or, on n'a point choisi un argument estrange (un sujet étranger), 
Sçachant que cil (celui-là) est fol lequel, ayant sa grange 
Plaine de grains cueilliz, emprunte à son voisin, 
Laissant pourrir chez soy son propre magasin ; 
On a trouvé chez nous suffisante matière, 
Pour d'un poème tel fournir la charge entière : 
Prenant de ce pais ceux, les gestes desquelz 
Sont dignes d'esgaler aux los (à la gloire) des immortelz, 
On a doncques choisi les faicls d'une pucelle 
Qu'en France plus souvent d'Orléans on appelle. 

Le P. Fronton n'eut pas, au reste, la satisfaction de 
voir jouer sa pièce en présence du roi de France ; une 
maladie contagieuse, qui se déclara en Lorraine au prin- 

1. V. Mémoires pour servir à l'Histoire de Lorraine, par M. Noël, 
n" 5, t. I, pages 55 et 56. 



— 208 — 

temps de l'année lb80, força ce prince à renoncer à son 
projet. Les Jésuites de Pont-à-Mousson ne voulurent pas 
cependant en être pour leurs frais ; ils demandèrent au 
duc de Lorraine Charles III de visiter l'Université , et 
la tragédie de Jeanne d'Arc fut représentée, au mois de 
septembre, en présence de sa famille, d'une foule de 
nobles Lorrains et d'un grand nombre d'officiers français 
appartenant aux garnisons de Metz, Toul et Verdun. Nous 
croyons que la représentation eut lieu avec une certaine 
solennité. Au reste, on n'était pas difficile à cette époque 
sur la mise en scène. Une salle ordinaire tenait lieu d'un 
somptueux palais , deux hommes faisaient l'office d'une 
armée, et les costumes n'avaient rien d'historique. 

La tragédie du P. Fronton avait un autre danger à 
courir ; nous voulons parler de l'inexpérience des ac- 
teurs ; des élèves de rhétorique, malgré leurs prétentions 
habituelles au beau langage, sont assez ordinairement 
peu en état de déclamer une pièce de vers d'une manière 
passable , et ici il s'agissait d'autre chose que de décla- 
mer. Aussi l'auteur, craignant non pas les sifflets , qui 
n'étaient pas encore inventés, mais le mécontentement 
et les plaisanteries de son imposant auditoire, jugea-t-il 
à propos de réclamer son indulgence à la fin du prologue. 

Or ie croy qu'il est temps qu'il me faille cesser ; 
Seulement donc (Messieurs), ie vous prie de grâce, 
Qu'à ceux qui me suyvront ung chacun de vous face 
L'audience qu'il fault. Ce sont princes et roys : 
Ils tiendront pour le moings et leurs lieux et leurs voix : 
Or, vous sçavez bien tous qu'il est raison qu'on face 
Tel honneur, .comme au Roy, à cil qui tient la place. 

Le P. Fronton fut agréablement surpris, car non-seu- 
lement la pièce fut admirée des spectateurs, mais le duc 
de Lorraine voulut qu'on lui présentât l'auteur, et ayant 



— 209 — 

remarqué (chose assez ordinaire chez les poètes) que son 
vêtement était fort délabré, il lui fit compter cent écus, 
et ordonna que, tous les ans, pareille somme fût versée, 
entre les mains des jésuites de Pont-à-Mousson, pour 
habiller trois de ces religieux 1 . 

La tragédie eut même bientôt les honneurs de l'im- 
pression. JeanBarnet, conseiller et secrétaire ordinaire 
du duc de Lorraine, la retoucha et la donna comme l'ou- 
vrage d'un auteur inconnu. Dans la dédicace adressée au 
comte de Salm , Barnet dit qu'il a voulu lui offrir cette 
tragédie, « qui m'est, dit-il , tumbée en mains , sans que 
• ie congnoisse l'aucteur. Pour le moings j'ai pris la 
» hardiesse et la peine de la reuoir, et lasché qu'elle soit 
» mise en lumière ». 

Le drame du P. Fronton parut sous le titre suivant : 
L'histoire tragiqve de la Pucelle de Dom-Remy, aul- 
trement d'ORLÉANS Nouvellement départie par actes, et 
représentée par personnages. A Nancy, par la vefve Jean 
Janson pour son filz imprimeur de son Altesse, 1581. 
ln-i° de 8 feuillets liminaires non chiffrés, de 46 feuillets 
numérotés et de deux autres feuillets non chiffrés. Ré- 
clames. Signatures A-02. 

L'impression du volume est , du reste, très-médiocre . 
Le papier est mauvais ; les caractères sont loin d'être 
beaux, et on remarque une multitude de fautes d'im- 
pression. 

Nous ignorons si ce petit livre fut tiré à grand nombre ; 
ce qui est certain, c'est qu'il est devenu d'une rareté ex- 

1. V. Hisloria universilatis et collegii Mussipontani , auclore P. 
Abram, S. J., Lib. III. Ms. de la bibliothèque publique de Nancy, 
n« 83. 

14 



— 210 — 

cessive. La bibliothèque royale en possède un exemplaire ; 
mais M. de Solcinne, qui n'avait ménagé ni son argent, 
ni ses démarches , pour former une collection complète 
de toutes les pièces de théâtre, ne put jamais se procurer 
qu'une copie de la tragédie du P. Fronton. 

Un exemplaire de ce livre a été récemment donné à 
un de nos compatriotes, M. le docteur de Haldat, membre 
correspondant de l'Institut, par une personne qui a pensé 
qu'un pareil ouvrage devait trouver asile dans la biblio- 
thèque d'un descendant de la famille de Jeanne d'Arc. 
Mais M. de Haldat n'a pas voulu conserver pour lui celte 
rareté bibliographique, et , après l'avoir fait magnifique- 
ment relier, il l'a offerte à la bibliothèque publique de 
Nancy. 

Quelques notions générales sur le contenu de ce vo- 
lume précéderont utilement l'analyse que nous allons en 
donner. 

On rencontre d'abord une dédicace : A Monseigneur, 
Monseigneur le comte de Salm, baron de Vivier, Fe- 
nestranges, Brandebourg, seigneur de Huppe, Dom- 
Remy-la-Pucelle, Maxey, Pargney-sur-Meuse, Dain- 
ville, Berthelevillc, Ubexey, etc., mareschal de Lor- 
raine, gouverneur de Nancy, etc. 

Cette dédicace, datée de Nancy, le 20 mai 1 581 , est signée 
de Jean Barnet. Elle est assez longue ; l'auteur commence 
par faire observer que Jeanne d'Arc étant née à Dom- 
Remy, et que le comte de Salm étant seigneur de cette 
localité, la tragédie ne pouvait paraître sous d'autres aus- 
pices que les siens. 11 rapporte ensuite l'opinion de Du 
Bellay, qui, « au traité qu'il a fait de l'art militaire, a 
» bien osé dire (en parlant de Jeanne) , que c'estoit ung 
» vaillant capitaine, ainsi atillré par le conseil du roy, 



— 211 — 

» pour faire revenir le courage failly aux François ». 
Pour réfuter Du Bellay, il se contente de citer les termes 
du jugement rendu contre la pucelle. « Sur la fin de may 
» 1451, il fut dit qu'elle avoit abusé de son sexe en pre- 
» nant l'habit d'homme. N'ayant ces gentils juges trouvé 
» pour la condamner plus grand prétexte, oultre une 
» miliasse d'impostures que l'on avoit faulsement forgé 
» contre elle , que cestuy la. Sur lequel ilz dévoient bien 
» entrer en cette considération, qu'encores que tous abus 
» soient odieux à Dieu , si est ce , toutesfois , que ceulx 
» qui se font pour le salut et délivrance d'ung pays , ont 
» tousiours semblé au jugement humain, par l'approba- 
» tion de toutes les nations, mériter plus de louange que 
» de punition, et dont l'exemple en est cler en Quintus 
» Mutius Scaeuola enuers Porsenna, roy d'Hetrurie. » 

Cette dédicace est suivie de deux pièces de vers ; la 
première est intitulée : Sonnet dudit Barnet à mondit 
Seigneur comte, et la seconde : Ad eundem illustris- 
simum Comittem Salmaeum Epigramma. Comme on 
ne connaît guère les poésies de Barnet, nous reprodui- 
rons ici le sonnet dudit. 

Monseigneur, si les roys de ceste grande France 
(De qui vous descendez, et des princes lorrains), 
Ne vous on recongnu les secours souverains, 
Qu'ilz ont eu de chez vous, en leur grande souffrance, 

Tousiours vous déburont ilz : Et s'y pour assurance 
De l'obligation, vous aurez cest honneur, 
(Lequel chérissez plus que l'or d'un grand donneur), 
Que, comme de vos mains, ils ont eu délivrance. 

Si les Assiriens ont aquis quelque gloire 
Par leur Sémiramis : les Cariens victoire 
Contre les guerriers Grecs, par Artemis la belle : 



— 212 — 

Les Palmircniens du secour et service 
De leur Zénobia : les Anglois de Bondice : 
Les François la tiendront de la preuse pucelle. 

Ce sonnet et l'épigramme latine précèdent immédia- 
tement la tragédie elle-même, qui s'étend jusqu'au recto 
du 46 e feuillet. Le verso présente des vers adressés par 
C. Vallée à monsieur Barnet, conseiller et secrétaire 
ordinaire de l'Altesse de Monseigneur sur la présente 
Histoire. Enfin les deux feuillets non chiffrés qui termi- 
nent le volume contiennent : 1° Les erreurs principaulx 
trouvées en l'impression de cest œuvre (titre qui mé- 
riterait lui-même un erratum) ; 2° In historiam tragi- 
cam Ionnœ d'Arc, Virginis Epigramma. Per L. B. 

La tragédie du P. Fronton est divisée en cinq actes, 
et chacun des actes est suivi d'un chœur. La pièce est 
précédée d'un Avanl-ieu ou prologue, qui semhle avoir 
dû être récité soit par l'auteur, soit par une autre per- 
sonne ne figurant pas dans le drame. Ce prologue débute 
ainsi : 

Messieurs, c'est là l'honneur du Pais de Lorraine, 
Au fruict de la jeunesse affin qu'elle s'aprenne 
Aux arlz et aux vertus, que ce peuple ioyeux 
Est venu pour ouyr, non des comiques ieux. 
Mais, plustost, en poussant une voix plus hardie, 
L'on prétend vous monstrer, en une tragédie, 
Un spectacle plus grand, affin que gravement 
L'esprit se norissant se forme sagement. 

L'auteur, après avoir fait observer, comme on l'a vu 
plus haut, qu'il n'a pas jugé à propos d'emprunter le su- 
jet de son drame a une autre source que l'histoire natio- 
nale, dépeint l'état de l'Europe au moment où Jeanne 
d'Arc vient trouver le roi Charles VIT. Il mentionne les 



— 213 — 

empereurs Sigismond et Albert, ce roy turc Baiaselh 
ut Ce grand Tartare. 

Ce fléau du genre humain, Tamler lam (Tamerlan) qui si tost 
De rustault se fit roy par l'effort de son ost (son armée). 

11 parle ensuite de la rivalité de la France et de l'An- 
gleterre ; puis arrivant à la patrie de Jeanne d'Arc, il 
ajoute : 

Et le pais Lorrain 
Recongnoissoit René pour prince souverain 1 , 
René qui, depuis, fut roy de cette ville. 
Tombeau de la Serène (la sirène) et de l'autre Sicile. 

Enfin il décrit le bourg , ou pour mieux dire le village 
de Dom-Remy. 

En icelluy esloit 
Une ieune fillette accoustumée à paistre, 
Tous les iours par les champs, les brebis de son maistre ; 
Dieu, duquel les conseilz nous ne pouvons sonder, 
Eslrangement voulut de celle-cy s'aider ; 
Dieu, celuy qui iadis de David la houlette 
Convertit en un sceptre, et de l'os d'une beste 
Fit un glave (glaive) à Sanson ; pour nous donner soûlas, 
Il fit d'une quenoille un tranchant coutelas ; 
Enuoyant ceste fille à Charles roy de France, 
Afin que par ses mains il eust la déliurance 
De ses pais saisis ; et que les fiers Anglois 
Sentissent, surmontez, la force de ses doigts. 

Le nombre des personnages mis en scène par le P. 
Fronton est assez considérable. En voici la liste : 
Charles VII, roy de France. 
Jean de Valois, duc d'Alençon. 
René Daniou (d'Anjou), duc de Lorraine. 
Louys de Bourbon, comte de Clermont. 
M. Christop. de Harcourt, évesque de Cha[r]tres. 

1. Ce qui est une légère erreur, car Charles II régnait encore 



— 214 — 

Le seigneur de Trainel, chancelier. 

La Hyrc, seigneur de Vignoles. 

Le docteur en théologie. 

Sainct Michel Archange. 

Jeanne d'Arc, la Pucelle. 

Le duc de Sommerset, Anglois. 

M. Jean, seigneur de Talbot, Anglois. 

M. Jean Cauchon, évesque de Beauuau (Beauvais). 

Jean Destivet, l'Accusateur. 

Le procureur fiscal. 

L'abbé de Flescœmp (Fécamp). 

Le sieur de Rais, mareschal de France (Pierre de 



Le capitaine Glacidas, Anglois. 

Le gentil-homme Anglois. 

Le gentil-homme Gascon. 

Le sieur de Culant, Admirai de France. 

Le page de l'Admirai. 

Le gentil-homme Ecossois. 

Le 1 et II soldats d'Orléans. 

Le gentil-homme de Rouen. 

Le Messager. 

Le chœur des enfans et filles de France. 

Le premier acte de la tragédie commence par un long 
monologue du comte de Clermont. L'auteur pensant pro- 
bablement que les détails donnés dans YAvanl-ieu sur la 
situation de la France , ne suffisaient pas pour l'intelli- 
gence de son poème, a mis dans la bouche de ce person- 
nage une exposition complète de l'état des affaires au 
moment où s'ouvre l'action. 11 raconte les prétentions 
des Anglais, les défaites éprouvées par les troupes de 
Charles VII, le siège d'Orléans, etc. Les Anglais ne sont 



— 215 — 

pas ménagés dans ce monologue, et pour s'expliquer 
l'animosité que le P. Fronton montre contre eux, non- 
seulement dans ce passage, mais encore dans le reste de 
la tragédie, il faut se rappeler qu'Elisabeth régnait alors, 
et que les atrocités dont elle s'était rendue coupable à 
l'égard des Irlandais, avaient excité contre elle une indi- 
gnation générale dans tous les pays catholiques. Tout à 
coup le comte de Clermont, s'adressant à la France, 
s'écrie : 

Te voicy maintenant tout d'un coup accablée 
Sous le ioug des tyrans qui retiennent, emblée, 
La couronne à tes Roys, et par force ayant pris 
Des villes la moitié, mesme ton grand Paris, 
Ne laissèrent encor (tant se monstre nuysible 
Leur bruslant appétit) l'aullre moitié paisible, 
Des terres à celluy qui du royaume entier, 
Selon ton droict, en est le seul iuste héritier; 
Ton unique Daulphin, non ces sales Baleines, 
Non pas ces veaux Marins, qui leurs humides plaines 
Délaissent pour venir s'enrichir de noz biens, 
Oster à noz enfants, pour donner à leurs chiens, 
Les fruicts de nostre terre, etc. 

Nous ne pousserons pas plus loin cet extrait du dis- 
cours débité par le comte de Clermont ; nous ferons ce- 
pendant encore observer que l'on y rencontre un éloge 
magnifique de la loi salique , éloge qui dut sembler au 
moins fort extraordinaire au souverain d'un Etat dans le- 
quel cette loi n'était pas admise. 

A la seconde scène , nous sommes subitement et sans 
transition transportés de Bourges à Domremy, et ici en- 
core il faut braver un long monologue de Jeanne d'Arc. 
Elle délibère en elle-même sur le parti qu'elle doit pren- 
dre. Elle craint, en refusant d'écouter les avertissements 
qu'elle croit avoir entendus , de désobéir à Dieu et d'atti- 



— 216 — 

rer sur elle une punition sévère ; elle redoute, si elle 
quitte son village, de céder à une suggestion de Satan, 
qui voudrait l'engager à violer son vœu de virginité. Tout- 
à-coup l'archange Michel lui apparaît et lui commande de 
suivre l'impulsion qui lui a été donnée. Il lui rappelle 
que non-seulement elle a reçu des avertissements cé- 
lestes , mais qu'elle a eu l'honneur de voir la mère de 
Dieu. 

La Royne Vierge-mère, 
Auecques Marguerite, el celle qui son père 
Mesprisa et son sceptre, el tout mortel danger, 
Pour un terrien (terrestre) règne au céleste cschanger 1 . 

Jeanne demande alors à saint Michel par quels moyens 
elle pourra accréditer sa mission. L'archange lui dit de 
révéler, en présence de Charles VII, une particularité 
connue seulement de ce prince ; il lui ordonne d'aller 
trouver le sire de Baudricourt , gouverneur de Vaucou- 
leurs, qui lui donnera des habits d'homme et une escorte. 
L'archange ayant disparu , nous assistons à un nouveau 
monologue de Jeanne. Elle sent que ses forces augmen- 
tent et que toutes ses appréhensions s'évanouissent. 

le me sens plus hardie. 
Tieu ! Quoi ? ienlends déià les soldats fréniissantz. 
Il me semble que i'oy les cheuaulx hannissantz, 
Et le son esclatant des Françoyses trompettes, 
Mettant le cœur au ventre aux hommes et aux Lestes. 

Je conçoy ia l'horreur des belliques aubades, etc. 

A la troisième scène, nous sommes de nouveau trans- 
portés à Bourges, et Charles VII , dans un monologue 
aussi long que les précédents , déplore sa triste position 

1. Sainte Catherine. 



— 217 — 

et les malheurs de la France. Pour avoir une idée de 
l'inconstance de la fortune, il suffit, dit-il, de jeter les 
yeux sur lui ; il n'est plus nécessaire de citer les exemples 
que l'on indique ordinairement. 

Si que, bien que iamais on n'eust point entendu 
Comme ce grand tyran de Prince fust rendu, 
Déchassé en Exil, poure (pauvre) Maislre d'cschole : 
Ou que cil qui ioua d'un grand consul de rolle 
Dedans Rome sept fois, chassé de ses hayneux, 
Fuyant se vit plongé en des marelz fangeux. 

Charles VII expose ensuite tout ce qui s'est passé de- 
puis la mort du roi d'Angleterre Richard, et blâme la 
politique maladroite du duc de Bourgogne, qui, malgré 
sa parenté avec la famille royale de France , s'est allié 
avec les étrangers. 11 invoque la miséricorde de Dieu, 
qui abaisse et élève, à son gré, les rois et les nations. D 
cite les effets de sa bonté ou de sa colère à l'égard de 
David et d'Absalon , d'Ezéchias , de Sennachérib et de 
Nabuchodonosor. 

Tu abaissas si fort le Roy de Babylone, 

Que, des piedz et des mains, homme beste marchant, 

Pour viande il alloit l'herbe moite cherchant. 

Sur ces entrefaites arrive le comte de Clermont. Après 
avoir exprimé le désir de voir bientôt changer la fortune, 
il annonce l'arrivée d'une jeune paysanne, qui promet 
de délivrer Orléans et de conduire le roi à Reims. Charles 
ordonne d'introduire cette jeune fille, et, pour l'éprouver, 
fait placer le comte de Clermont sur son trône. Mais 
Jeanne reconnaît le roi, et, sur l'ordre de celui-ci, ra- 
conte les apparitions dont elle a été témoin, fait connaître 
sa mission et assure que la colère de Dieu est apaisée. 

1. Denys, roi de Syracuse. 



— 218 — 

Elle conseille à Charles de placer son trône sous la pro- 
tection du Tout-Puissant. Le comte de Clermont per- 
suade au roi de mettre Jeanne à l'épreuve ; et, pour sa- 
tisfaire ce prince, la Pucelle raconte une particularité qui 
n'était connue que de Charles VIL Le roi ne doute plus, 
mais le comte de Clermont, toujours défiant, l'engage à 
réunir son conseil et à lui soumettre l'affaire. Charles 
donne des ordres en conséquence et enjoint d'appeler un 
docteur en théologie. 

Ici se termine le premier acte. Le chœur, ou pour 
mieux dire les deux chœurs, qui se trouvent sur le 
théâtre, chantent alors une strophe , une antistrophe et 
une épode 1 , exactement comme dans les tragédies grec- 
ques. Le chœur de la pièce française joue le même rôle 
que les chœurs de l'antiquité ; il complète l'exposition 
quand celle-ci laisse à désirer, il plaint, il prie, il exprime 
les sentiments que le spectateur doit éprouver. On a vu, 
par les citations précédentes, que la tragédie du P. Fron- 
ton était écrite en vers alexandrins ; les pièces que chante 
le chœur sont , au contraire , composées de vers de sept 
ou huit syllabes. Pour donner une idée de ces chœurs, 
nous citerons la strophe qui suit le premier acte. 

Maudit le temps et la iournée, 
Et l'heure si mal fortunée, 
Que Robert le comte d'Artois, 
Euitant le iusle supplice 
Qu'il auoit pour son auarice, 
Mérité, selon toutes loix, 
S'en alla, de crainte irrité, 
Vers le Roy de la terre Angloise. 
Taschant, contre toute équité, 
Ressusciter la vieille noise, 

1. On pourrait cependant supposer que l'épode seule était chantée 
•et que la strophe et l'antistrophe n'étaient que déclamées. 



— 219 — 

Il fit que le prince Edouarl, 
Qui ià auoit quitté la part 
Qu'il prétendoit à la Couronne 
De la France, ainsi que l'ordonne 
La loi Salique et les Estats, 
Voulant encor brouiller les cartes, 
Alléguant nouuelles pancartes, 
Réueilla des nouueaux débats. 

Au moment où le second acte s'ouvre, le conseil est 
assemblé. Le duc d'Alençon avoue qu'il avait d'abord 
tourné en ridicule Jeanne d'Arc et sa mission , mais que 
la conduite et les discours de cette jeune fille lui ont fait 
changer de sentiment. 

Et les discours naifz que, sans rien chanceler, 
Elle nous proposoit, ne prennent point naissance 
D'une âme qui n'eût onc des lettres congnoissance. 
On ne pourroit apprendre, en gardant les brebis, 
A devvider aussi de si sages deuis. 

Le chancelier craint que Jeanne ne soit inspirée par 
les fausses doctrines de la secte des Vaudois , ou par les 
maléfices des sorciers. L'évèque de Chartres, au con- 
traire, croit que la mission de la Pucelle est divine , et, 
comme le chancelier allègue qu'on ne peut attendre beau- 
coup de secours d'une jeune fille, l'évèque cite les femmes 
célèbres de l'Ancien Testament, qui ont rendu de si 
grands services au peuple juif. 11 nomme Judith, Esther 
et Débora. 

Si est ce que iadis la sage Débora, 
Laquelle surmonta le cruel Sisara, 
Lieutenant général des trouppes Cananées, 
En Juge gouuerna durant quarante années, etc. 

Puis le savant évèque cite encore , mais subsidiaire- 
ment, l'exemple des Amazones, ce qui, à son avis, com- 
plète la démonstration. Le docteur en théologie prend 



— 220 — 

la parole à son tour ; il fait observer qu'il s'est entouré 
de toutes les précautions nécessaires pour n'être point 
(rompe ; il établit les caractères des apparitions céiestes 
et ceux des apparitions infernales , et termine en disant 
que la mission de Jeanne ne peut être attribuée qu'à Dieu 
désarmé par 

Les sainctes oraisons qu'au ciel ont espandu, 
Et le Roy sainct Loys et le Roy Charleinaignc. 

Le duc d'Alençon exhorte à ne pas attendre davantage, 
et le roi or onne d'introduire la Pucelle accompagnée 
des maréchaux de France. Charles VII annonce à Jeanne 
qu'il connaît sa mission et prescrit aux deux maréchaux 
de lui confier le commandement d'un corps de 1,800 
hommes. La Pucelle, après avoir protesté que l'ordre 
seul de Dieu a pu la décider à se mêler aux combats, 
demande à Charles de lui faire remettre 

Vne espée qui est au moustier de Fierbois, 
Que ià m'a adressé la Vierge Catherine, 
En laquelle cinq fois est engravé le signe 
De la croiz salutaire, et d'aultre ne veulx point. 

Dans la scène troisième, Jeanne prie Dieu de lui per- 
mettre de battre les Anglais , afin que ceux-ci , étant 
vaincus 

par les bras d'vne femme, 
Plus apte à manier le fuseau que la lame, 
Sentent aperlement son courroux irrité 
Contre le noir bourbier de leur iniquité. 

Elle conjure ensuite les soldats dont on vient de lui 
confier le commandement , de n'avoir pas honte d'obéir 
à une femme, attendu que cette femme est envoyée de 
Dieu. Elle leur donne de bons conseils, les engage à ne 
pas blasphémer, à ne pas piller le pauvre peuple, et 
ajoute : 



— ±21 — 

Chassez loin d'auec vous ces compagnes lubriques, 
Ces pestes de voz corps, ces garses 1 impudiques , 
Il n'y a mal si grand qui rende plus matiez 
Les hommes que l'amour des salles voluptez 
El pour lequel pluslôt la diuine justice 
Darde du Ciel sur nous le mérité supplice. 

Un page vient avertir la Pucelle que les maréchaux de 
Boussac et de Rieux et l'Amiral de France l'attendent 
pour marcher au secours d'Orléans. 

A la quatrième scène, nous sommes devant les murs 
de cette ville ; les capitaines anglais, Talbot et Glacidas, 
somment les assiégés d'ouvrir leurs portes. Ceux-ci re- 
fusent et allèguent qu'ils attendent le secours que la Pu- 
celle doit amener. Sur ce, Talbot, Glacidas, les assiégeants 
et les assiégés en viennent aux gros mots et s'adressent 
les injures les plus atroces. 

La scène change tout à coup. Nous nous trouvons trans- 
portés à quelque distance d'Orléans. Jeanne d'Arc, le 
maréchal de Rieux et l'amiral concertent entre eux un 
plan d'opération, et prennent les mesures nécessaires 
pour attaquer les Anglais et pénétrer dans la ville. 

Le chœur chante ensuite une slrophe , une antistrophe 
et une épode. Il prie Dieu de protéger la France et cé- 
lèbre les exploits de Jeanne, qui a fait lever le siège d'Or- 
léans et a conduit Charles VII à Reims , où la cérémonie 
du sacre a eu lieu. Les Français , dit le chœur, ne pou- 
vaient reconnaître 

Le droit d'une fille, 
Car ces viriles nations 
Ne veulent point de Roy qui file. 

i. Pour ne scandaliser personne, nous nous hâtons de faire ob- 
server qu'autrefois le mol g ar se ne voulait dire que fille; il ne sa 
prenait pas, comme aujourd'hui, en mauvaise part. 



— 222 — 

Au commencement du troisième acte, le lecteur est 
obligé de subir un nouveau monologue de Charles VIL 
Le roi remercie Dieu de ses bienfaits et le prie de conti- 
nuer à le favoriser. Il énumère les victoires et les con- 
quêtes de Jeanne, et se prépare à se rendre au conseil, 
lorsqu'il voit venir son beau-frère et fidèle allié, René 
d'Anjou, duc de Lorraine. 

René raconte que la guerre qu'il a eu à soutenir contre 
les Anglais et lés Bourguignons, commandés par Toulon- 
geon, maréchal de Bourgogne , l'a seule empêché de ve- 
nir plus tôt féliciter le roi de ses heureux succès. Il parle 
ensuite de ses propres exploits et de la défaite de ses en- 
nemis. 

Et des Iasches fuyarz les trouppes poursuyuies 
Rapportèrent aux leurs, escrit dessus leur dos, 
Que le fer des Lorrains n'espargnoil point leurs os. 
Sire, vous eussies veu gaigner au pied, vers Troyes, 
Tant d'escadrons volants de ces Angloises oyes, 
De ces canars de mer : et comme Toulongeon 
Parmy ces bois taillis imitoit le Plongeon. 

Le roi l'ayant remercié de son attachement pour la 
maison de France, René répond : Si j'agissais autrement, 

Je m'estimerois né d'vn Tigre d'Ilicanie, 
Auoir d'vn dur aymant la poiclrine garnie, 
Au lieu d'un cœur humain, et penserois encor 
Eslre vn ours au dedans et vn homme au dehors. 

Un instant après, survient La Hire , seigneur de Vi- 
gnolles. 11 annonce que les Français ont battu les Bour- 
guignons, qui assiégeaient Compiègne, mais que Jeanne, 
trahie par le gouverneur de cette ville , est tombée entre 
les mains de l'ennemi. Le roi témoigne sa douleur; mais 
René l'encourage et lui fait observer que Dieu mêle tou- 
jours quelque amertume aux grandes prospérités , afin 



, — 225 — 

d'empêcher l'homme de s'enorgueillir. Il conseille à 
Charles VII de faire immédiatement proposer une somme 
considérable pour obtenir que Jeanne soit mise en liberté 
et le roi se hâte de donner des ordres en conséquence. 
Le cœur déplore les crimes suggérés par l'envie. 

Tousiours l'enuie traistresse, 

La vertu poursuit et presse : 

Mais aussi, d'aultre costé, 

Le los d'vne iuste gloire 

Faict quelle obtienne victoire 

De l'enuyeux (l'envieux) surmonté. 

Le commencement du quatrième acte se passe dans les 
prisons de Rouen. Jeanne d'Arc, chargée de fers , prie 
Dieu de mettre fin à ses souffrances. Ce qui me tour- 
mente surtout, dit-elle, est la crainte des geôliers , 

Desquelz les salles mains et les langues paillardes 
Ne cessent mon honneur tousiours solliciter. 

Saint Michel lui apparaît alors ; il lui promet que Dieu 
ne l'abandonnera pas , qu'elle mourra vierge , mais que 
le Tout-Puissant veut l'éprouver encore pour lui ména- 
ger une couronne plus brillante. 

La scène suivante a lieu dans le palais du gouverneur 
de Rouen. Le duc de Sommerset expose devant Talbot 
les prétentions et les espérances des Anglais. II croit que 
la France , une fois soumise , les autres nations de l'Eu- 
rope n'opposeront pas une résistance insurmontable , et 
que l'Angleterre arrivera à la domination universelle. Il 
se récrie contre l'outrecuidance des Français, qui mettent 
en avant leur loi salique pour ne pas reconnaître les droits 
du souverain d'Angleterre. Mais la plus grande partie du 
royaume est soumise , et le reste le serait déjà sans les 
efforts et les succès de la Pucelle. 11 demande à Talbot 



— 224 — 

pourquoi elle n'a pas eneore été punie, et Talbol répond 
qu'il faut la faire souffrir longtemps 1 . 

Le duc de Sommerset fait observer, à son tour, que le 
duc de Bedfort a commandé de traduire la Pucelle devant 
les juges ecclésiastiques, qui la livreront ensuite aux 
juges séculiers. Il craint que les uns et les autres ne 
montrent pas beaucoup de complaisance pour les désirs 
des Anglais. Talbot l'engage à se tranquilliser. On s'est 
assuré de Cauchon, évéque de Béarnais, et quant au bras 
séculier, Talbot n'a point d'inquiétudes. 

Ne vous tourmentez point touchant la conscience 
Des Juges séculiers ; ilz perdent leur science 
Silost que dans leurs mains ilz voient iaunir l'or; 
Et si pour tout cela ils ne croient encor, 
Il ne faut que monslrer la pointe de l'espée. 
Mais, pour l'aullre côté, ie tiens ià occupée 
À mon commandement et lame et le caquet 
D'vng certain, lequel a si grand vogue au parquet, 
Qu'il peult tout par l'effort de sa langue aflilée... 

Le duc de Sommerset s'éloigne ; il est remplacé sur la 
scène par Maislre Jean Deslivet, l'orateur dont Talbot 
vient de tracer le portrait. Destivet expose comment il 
s'y prendra pour obtenir une condamnation et promet 
de réussir. 

Monsieur, me voicy prest, ie me suis emparé 

De tous moyens, lesquelz m'ont semblé conuenables 

A pouuoir inuenter des crimes vray semblables : 

Je comprens en cinq poincts mon accusation. 

En premier lieu ie mets la supertition, 

Et ses arlz deffendus, Négromance et Magie, 

En second lieu ie mets le crime d'Hérésie ; 

1. Nous regrettons que l'auteur ait cru devoir faire jouer un rôle 
aussi indigne à un capitaine, qui, sous le rapport de la loyauté et de 
la bravoure, fut certainement un des chevaliers les plus remarquables 
du xv e siècle. 



— 22u — 

Puis tous ces grands débats par elle suscités, 
Dont à combattre sont les Princes incités ; 
Après, de ce qu'elle a, contre toute séance, 
Et l'honneur de son sexe, oultrée l'impudence, 
Osant prendre habit d'homme ; en cinquiesme lieu, 
Qu'elle se soit laissée adorer comme vng Dieu. 

Nous assistons ensuite à la séance ecclésiastique. Le 
misérable Cauchon, qui était vendu à l'Angleterre, ouvre 
l'audience par ces paroles hypocrites : 

Ce n'est pas seulement l'œuure d'un bon pasteur 
D'estre de ses brebis fidèle protecteur; 
Mais faut que tout bestail tellement il police, 
Que dedans et dehors en tout il le régisse. 

Après le discours de Cauchon, maître Jean Destivet 
prend la parole pour soutenir l'accusation. Il reproche à 
Jeanne d'être adonnée à la magie. 

Ceste doctrine elle a depuis si bien gardé 
Et si bien profilé, que jamais ni Médée, 
Melusine, ni Thrace, Vrgande, ni Circé 
Ne pourroient, par leurs arts, les faicts auoir brassé 
Qu'elle a ià mis à chef. Car, comme Proserpine, 
Il semble que l'enfer, paisible, elle domine. 
Celles-là ont bien peu (pu), rebarbotant leurs mots, 
D'vng fleuue doux coulant faire arrester ies flots, 
Faire parler les morts, ou la lune enchantée, 
Endormis d'vng lélarge (d'un profond sommeil) en sa coche 

[argentée], 

Cauchon interroge Jeanne d'Arc , qui se défend avec 
noblesse et dignité. Le procureur fiscal demande qu'elle 
soit condamnée à une réclusion perpétuelle au pain et à 
l'eau. Cauchon déclare qu'avant de prononcer sa sen- 
tence, il entendra les témoins d'après lesquels la Pucelle 
se serait fait décerner les honneurs divins. 

Le chœur reproche à Cauchon sa vénalité et déplore 
la faiblesse de certains prélats. 

15 



— 226 — 

L'acte cinquième est peu intéressant : on entend d'a- 
bord un long discours d'un gentilhomme de Rouen , qui 
répète à peu près ce que le chœur vient de chanter. 11 se 
retire en voyant arriver le duc de Sommerset. Celui-ci 
est accompagné de l'abbé de Fécamp , auquel il adresse 
de vifs reproches relativement à la faiblesse et à la lenteur 
des juges ecclésiastiques. L'abbé allègue en vain que la 
prison perpétuelle est la peine la plus grave que ceux-ci 
puissent prononcer ; le duc ne veut rien entendre et 
exige que la Pucelle soit livrée au bras séculier. 

Le gentilhomme de Rouen reparait alors sur la scène 
et s'élève contre la barbarie du duc de Sommerset , dont 
il vient d'apprendre les ordres. 

Tel comme vng jeune fan d'vne affreuse lyonne, 
Que son naturel brusque et la faim espoiçonne, 
Aller, parmy les bois, son fourrage cbercher; 
S'il a peu (pu) vne fois sa rage deslacher 
Sur vng grand cerf cornu, ou des sauuages chèures, 
Dès qu'vne fois il a de leur sang teint ses lèures , 
Sa cruauté s'augmente, et sa chasse il poursuit 
D'vne fureur plus chaude, et plus terrible bruit. 

On entend alors le son des trompettes. Le monologue 
du gentilhomme continue ; mais, un instant après, la ru- 
meur augmente et le messager arrive. C'est un enfant 
qui s'écrie : 

Et quoi ? auons-nous donc pour chef de nostre ville 
Des tyrans enragés de la vieille Sicile ? 
Quel soupçonneux Denys, quel cruel Phalaris 
Fust iamais contre aucun de telle rage pris ? 

Le gentilhomme l'engage à s'expliquer. Le messager 

répond : 

Hélas, encore j'ai peur, 
Que mesme le rapport de chose si meschante 
Ne m'enpaste la bouche ; et puis ma voix tremblante 
A peine peult sortir de Pestomach pantois. 



— 227 — 

Après de nouvelles instances du gentilhomme, l'enfant 
raconte, avec détail, le supplice de Jeanne d'Arc, auquel 
il vient d'assister, et rapporte les prédictions qu'elle a 
faites et les paroles qu'elle a prononcées au moment où 
on la conduisait à la mort. 

Le gentilhomme prie Dieu de venger la femme qui a 
sauvé la France ; le chœur déplore le trépas de Jeanne 
d'Arc et la compare à Judith et à Esther. 

Judith et Esther tant firent 
Que iadis elles fléchirent, 
Par leur tant rare beauté, 
Du Roy qui Perse gouuerne, 
Et du superbe Olopherne, 
La cruelle maiesté, 
Non par force féminine, 
Mais bien virile et diuine, 
Ceste cy a commencé 
Reuancher nostre franchise, 
Et, qui plus, en l'entreprise 
La vie mettre a osé. 

Telle est la tragédie du P. Fronton ; on voit par cette 
analyse , trop longue à notre gré , en quoi le poète se 
rapproche ou s'écarte des règles posées par les critiques. 
L'unité d'action est la seule que le P. Fronton ait cru 
devoir observer, et il est juste de dire que la matière du 
drame est bien distribuée, et qu'à l'exception du cin- 
quième acte , qui est un peu froid , l'intérêt va toujours 
croissant. Mais cette action dure fort longtemps, et le lieu 
de la scène change au moins douze fois, ce qui est con- 
traire aux principes suivis par les anciens et par les clas- 
siques français. Les unités de temps et de lieu ont donc 
été violées. 

Les personnes qui ont lu Shakespeare ont dû être 
frappées, comme nous, de l'analogie singulière qui existe 



— 228 — 

entre la tragédie du P. Fronton et les drames dont le 
poète anglais a emprunté les sujets à l'histoire de son 
pays ; à part toutefois cette circonstance que plusieurs 
des drames dont nous parlons sont des chefs-d'œuvre, et 
que la pièce française est l'ouvrage d'un versificateur as- 
sez ampoulé. 

Au reste, le P. Fronton ne se faisait pas illusion sur le 
mérite de sa tragédie ; il ne voulut point qu'elle fût pu- 
bliée sous son nom, et il laissa à Monsieur Jean Barnel 
l'honneur ou le danger de la mettre au jour. Il n'eut 
souci de sa réputation de poète ; il se contenta d'avoir 
donné d'excellentes éditions de plusieurs pères grecs , de 
saint Jean Chrysostôme, de saint Jean Damascène et de 
Nicéphore Calisle , et ces éditions lui ont assuré une 
place honorable parmi les philologues de son époque. 



L'HOPITAL 



DE REVIGNY, 



PAR M. J.-F. GAUDE. 



L'hôpital ou Maison-Dieu de Revigny 1 , dont la fon- 
dation remonte au deuxième jour de mars 4538, et qui 
subsista jusqu'à la fin du siècle dernier, fut établi primi- 
tivement en dehors du bourg-, au lieu dit la Maison- 
Dieu^, où l'on peut apercevoir, à certaines époques de 
l'année, les traces des fondations de ce monument 3 , et 
où l'on découvre encore, de temps à autre, des débris de 
sa construction. 

i. Revigny (Reviniacum) , ancienne ville du duché de Bar, est. 
aujourd'hui un bourg, chef-lieu de canton de l'arrondissement de B.ar- 
le-Duc, 

2. Cette contrée, nommée en patois du pays Mason-Dé, est si- 
tuée à environ mille mètres de Revigny, près de la route de Bar-le- 
Duc. 

3. Si l'on en juge par ces traces de fondations, cet établissement 
devait être fort considérable. 



— 230 — 

Jacques Massart 1 , chanoine du chapitre de Saint-Maxe 
de Bar-le-Duc, son fondateur, le destina à recevoir les 

pauvres passants (ad usum pauperum illuc 

undique venientium ....); il y réunit un grand nombre 
de biens qu'il avait acquis pour ce, et y établit des frères 
servants et un chapelain qui devait en être le maître et le 
gouverneur. Ce prêtre , qui était chargé de procurer les 
biens spirituels aux pauvres que devait recevoir l'hôpital, 
et en même temps de célébrer l'office divin , devait être 
pauvre, libre et dégagé de tous liens. 

Par l'acte de fondation, dont l'évêque de Toul, Thomas 
de Bourlémont, confirma les dispositions, le fondateur se 
réserva le droit de nomination à la chapelle ; droit qui, 
après sa mort , devait appartenir au comte de Bar Henri 
et à ses successeurs. 

Le comte de Bar Edouard I er , par lettres du 24 e jour 
du mois de janvier de l'année 1355, avait autorisé le cha- 
noine Massart à fonder cette Maison-Dieu, à laquelle il 
conféra les mêmes droits et franchises dont jouissaient 
alors les hôpitaux de Bar-le-Duc et de Pont-à-Mousson. 

Son fils et son successeur, Henri IV, par lettres du 
mois de mars 1342, transféra au chapitre de Saint-Maxe 
les droits qu'il avait en vertu de la fondation sur l'établis- 
sement créé du consentement de son père, à la condition 
que les administrateurs que le chapitre commettrait se- 
raient rappelés à volonté ; il n'en réserva, pour lui et ses 
hoirs, que la pure et franche garde. 

Le fondateur lui-même , d'après ce transport fait par 

1. Jacques ou .Taquet Massart, suivant une tradition populaire, na- 
quit à Verdun, puis fut receveur à Bar en 1321, et enfin chanoine de 
Saint-Maxe. Il faisait partie du Conseil d'Etat du comte Edouard I er , 
en 1317. 



— 251 — 

Henri, donna , sous la même condition , le 25 du mois 
d'octobre 1546, le droit de nomination à la chapelle, qu'il 
s'était réservé jusqu'à sa mort. 

L'année suivante, en 1547, le chapitre assemblé statua 
que l'administration dudit hôpital ne serait jamais confé- 
rée à un chanoine. 

On ne trouve plus de traces de l'administration de 
l'hôpital jusqu'en l'année 1429, qu'il fut incendié, ainsi 
que les moulins de Mussey et de Revigny qui en dépen- 
daient, par une troupe d'aventuriers conduits par un sei- 
gneur champenois nommé listasse de Warnencort , 
écuyer, ainsi que le constatent les informations , en date 
du premier jour de juing de la même année, faites à 
l'occasion des dégâts commis par ce capitaine 1 dans les 
environs de Bar-le-Duc. 

1. Le nom d'Uslasse ou Eustache de Vernancourt est resté dans 
les souvenirs des habitants de Revigny et des villages environnants, 
qu'il ravagea plus d'une fois. Ce chef d'aventuriers , seigneur, à ce 
que l'on croit, de Vernancourt (Marne) , fut un des deux capitaines 
de gens d'armes qui chassèrent les religieux de l'abbaye de Beaulieu 
enArgonne, et incendièrent cette maison après l'avoir pillée, en 1401. 
Le duc de Bar le prit depuis à sa solde, mais il ne put le garder 
longtemps. Ce capitaine, par de nouvelles dévastations qu'il fît aux 
environs de Bar, et particulièrement à Revigny, où il brûla la Maison- 
Dieu, les moulins et autres bâtiments, après les avoir livrés au pil- 
lage, et à Mussey, qu'il ravagea, après s'être saisi du château situé 
sur une hauteur voisine d'où il dominait les environs, etc. {Informa- 
tions du {"juin 1429, signées Jcnniri), obligea le duc René I er à 
le traiter en ennemi. Assiégé dans la maison forte de Revigny, son 
dernier retranchement, par les soldats de René, Eustache tomba entre 
leurs mains après la prise du fort, arrivée le troisième jour d'avril 
1429, et fut amené au château de Bar, où il fut enfermé dans la geôle, 
et où il mourut le 18 novembre de la même année. On peut lire, dans 
le compte de Jean Rouvel, receveur général du duché de Bar, année 
1429, les articles qui suivent, relatifs à la prise, à la détention et à 
la mort d'Eustache de Vernancourt. 



— 232 — 

Ce lut, il est probable, à la suite de celte ruine des bâ- 
timents, et alin d'éviter de nouvelles dévastations de la 
part des bandes exerçant le brigandage, qui étaient alors 
fort nombreuses, que l'hôpital chercha à s'abriter derrière 
les murs du bourg , et que le chapitre de Saint-Maxe le 
rétablit à l'endroit où il existait encore à la fin du siècle 
dernier, dans la rue nommée rue de V Hôpital. 

Le premier directeur connu de cette maison de charité, 
après son rétablissement, est Vautrin Aubr y , que le 
chapitre nomma en 4447, et qu'il conserva à ce poste 
jusqu'en 4465. Mécontents de ce chapelain pendant les 
dernières années de son administration, les chanoines, 
usant de leur droit , « suivant la contenue es lettres du 
prince », le révoquèrent, et lui donnèrent pour successeur 
« pour governer, régir, administrer tout par soy-mème 
comme autre personne ledict hospital par la forme et ma- 

»i 67 liv. 11 s. 8 d. ob. V. pour les frais de Ulasse de Varnencourt, 
escuier, et ses gardes, depuis le dimanche, tiers jour d'avril, l'an 
1429, qu'il fut prins en la fort maison de Revigny, et admenez prison- 
nier on chastel de Bar, et mis en la geôle, jusques au dernier jour 
de juing en suivant ledit an. 

ti 18 liv. 5 s. 7 d. ob. t s . pour les frais et dépens dudit Utasse, et 
desdits gardes, depuis le dernier jour de juing 1429 jusques au ven- 
dredi 28 e jour de juillet exclus ledit an, que ledit Utasse demora seul 
en ladite prison sans avoir nulles gardes. 

»» 46 s. 8 d. pour les frais dudit Euslasse, estant en ladite prison , 
sens gardes depuis ledit 29 e jour de juillet inclus jusques au 26 e jour 
d'aoust, qui sont 28 jours, par lequel temps le receveur l'a soiugnié de 
pain, vin, char et autres viandes convenables, et en compte ung gros 
pour jour, par accort fait à lui en la chambre. 

it 3b s. pour pain baillé pour ledit Euslasse depuis ledit 26 e jour 
d'aoust inclus qu'il fut mis à pain et à caue, jusques au vendredi 18 e 
jour de novembre en suivant exclus, que ledit Eustasse alla de vie à 
trépassemeut ; par lequel temps y a 84 jours dont il compte pour 
jours S deniers tournois, par accort fait comme dessus. » 



— 235 — 

nière contenue en la fondation », contrairement aux sta- 
tuts de 1547, Jean Carré , docteur en théologie et cha- 
noine en la collégiale de Saint-Maxe. 

Le personnel de l'hôpital, à cette époque, parait com- 
posé du chapelain ou gouverneur, de quatre hommes 
appelés « frères hospitaliers », de deux « servantes » 
pour les aider et d'un boulangier ». 

Ses biens d'alors figuraient parmi des assises sur l'hui- 
lerie et le moulin d'Ainville 1 , au finage de Revigny. 

Il y avait dans la maison six « charlits » destinés à 
être occupés par des « étrangiers poures et passans , des 
lits, draps, couvertes, et autres meubles meublans , et 
ustensiles , comme aussi en la chapelle et autres dépen- 
dances ; la grande chambre » , citée plus haut, était une 
espèce de salle d'asile destinée à recevoir et loger en 

!. Ainville était une censé située près du bourg de Revigny et sur 
le canal de dérivation de l'Ornain. Les habitants du lieu en ont tota- 
lement perdu le souvenir. Cependant cette censé existait en 1772, et 
elle dut encore subsister quelques années ; mais peut-être avait-elle 
un autre nom vulgaire. 

Par contrat reçu par-devant M e Mercier, notaire au bailliage de Bar, 
le 14 avril 1768, le sieur Geoffroy-Dominique-Charles Décosse, lieu- 
tenant pour le service du roy au régiment Royal-Cavalerie, trésorier 
dudit régiment, demeurant à Bar, acquit du sieur Jean-Louis Biguet, 
laboureur à Revigny, et de Catherine Boudart, sa femme, auparavant 
veuve du sieur Nicolas Poriquet, procureur fiscal en la justice de 
Revigny, la censé d'Ainville située près de la ville , et consistant en 
une maison en pavillon, cour, grange, écurie, colombier, huilerie, 
jardin, pont et empalement sur le canal, et autres aisances, apparte- 
nances et dépendances, bornée par le canal au nord et par des fossés 
de toutes autres parts. Le 23 novembre 1772, visite des lieux fut 
faite par Pierre Martel, maistre masson, et Nicolas Collot, maistre 
charpentier, demeurant à Bar; ces experts concluent que les bâti- 
ments, moyennant quelques faibles réparations, peuvent encore sub- 
sister longtemps. Enfin, un autre acte , de l'année 1781 , indique que 
cette cense existait encore à cette époque. 



— 254 — 

masse les mendiants et les gens d'armes traînards, qui, 
après chaque passage des armées , arrivaient en grand 
nombre à l'hôpital. 

Cet état de choses dura jusqu'au milieu du xvi e siècle. 
Mais, pendant les guerres qui commencèrent à cette épo- 
que, l'hôpital fut très-négligé et il perdit beaucoup de ses 
revenus. L'administrateur, souvent obligé de fuir pour 
échapper aux brutalités d'une soldatesque trop exigeante, 
laissait les vagabonds, soldats et autres, gaspiller les res- 
sources et emporter ou brûler les meubles , les usten- 
siles, les objets servant au culte, les lits et jusqu'aux 
portes de l'établissement. 

A la mort du sieur Puiniot, chapelain, arrivée en 1629, 
le chapitre fit opérer une saisie, et il résulta de l'inven- 
taire dressé à cette occasion , qu'il ne restait pas pour 
plus de 100 livres de meubles en mauvais état, que les 
chanoines abandonnèrent au sieur Alexandre , son suc- 
cesseur. 

En 1632, il y eut une transaction passée entre les cha- 
noines et la communauté de Revigny, par laquelle le 
chapitre consentit à délivrer annuellement aux pauvres 
habitants du lieu une quantité suffisante de grains prove- 
nant des revenus de la Maison-Dieu, pour leur nourriture. 
Ce grain devait être converti en pain par le boulanger de 
l'hôpital , et le pain distribué aux indigents par les soins 
du chapelain et du curé du bourg. Néanmoins, les admi- 
nistrateurs restèrent encore chargés de l'entretien des six 
lits destinés aux pauvres passants. 

Pendant les années 1655, 1654, 1655 et 1656, l'hôpital 
de Revigny eut beaucoup à souffrir de tous les maux qui 
affligèrent alors la Lorraine et le Rarrois : le passage con- 
tinuel des armées françaises (régiment de Turennc, gen- 



— 23o — 

darmes d'Estrée, régiment de Vernancourt, suisses, dra- 
gons du cardinal et autres) , la famine et la peste. Ce 
dernier fléau enleva , dit la tradition , plus du tiers des 
habitants du bourg*, et, du personnel de l'hôpital, il ne 
resta que le chapelain Alexandre. 

En même temps que la peste décimait Revigny, les 
gens de guerre ravageaient les campagnes , incendiaient 
les maisons isolées, et massacraient leurs rares habitants 
échappés à la famine et à la contagion. Aussi, les terres 
de l'hôpital étaient-elles restées incultes, et les usines du 
lieu et des environs, sur lesquelles il avait des droits, 
avaient-elles perdu la majeure partie de leur valeur. 

Les années 1657 et 1638 furent moins calamiteuses, 
et déjà Alexandre se prenait à espérer, quand , dans les 
premiers jours d'avril 1639, il apprit qu'un autre fléau, 
non„moins pénible que les précédents , allait fondre sur 
son hôpital. Les Suédois, qui, depuis 1636, ravageaient 
la Lorraine (pillant tout ce qu'ils trouvoient, viollant 
femmes et filles, brullant esglises, metant à grande 
géhenne hommes prisonniers, fesant mourir gens 
d' esglises par tourments inoys), les Suédois, dis-je, 
dévastaient les environs. Le jour du vendredi-saint, 21 
avril 1639 , des habitants d'Huppémont 2 , qui étaient en 

1 . Ces victimes de la contagion furent inhumées dans un terrain 
situé près de la contrée de Salmonpré, qui fut appelé longtemps, et 
que les vieillards nomment encore le Cimetière des Pestiférés. 

2. Huppémont était, au moyen âge, un village formant commune 
et paroisse, comme il résulte de plusieurs documents qui parlent de 
l'église ainsi que du mayeur de ce lieu. Ce village, situé au bas de la 
côte de même nom que l'on voit à deux kilomètres et demi à peu près 
au sud de Nettancourt, et dont on aperçoit des vestiges sur le terrain, 
fut rasé complètement par les Suédois, et, depuis cette époque, il n'a 
pas été rebâti. L'église d'Huppémont était située sur le sommet de la 



— 250 — 

fuite , annoncèrent à la population de Revigny que des 
bandes de Cravactes venaient de livrer aux flammes leur 
village et celui de Vroil. Apprenant tels cours cl ra- 
vages, les pauvres gens se retirèrent ait pro /fond des 
bois, aullres se retirèrent à Bar, de sorte que le jour 
de Pâques, Vcsglise estoit désert 1 . 

Les Suédois ne tardèrent pas à arriver ; ils escaladèrent 
facilement des murailles qui n'étaient pas défendues , et 
pénétrèrent dans le bourg , qu'ils livrèrent aux flammes 
après y avoir commis les plus horribles cruautés. Il ne 
resta debout que la maison-forte, l'église 2 , la chapelle de 
l'hôpital et quelques maisons particulières construites en 

côte ; on y voit encore des restes de sa construction. La tradition est 
muette en ce qui concerne cette localité, dont le territoire fut partagé 
entre les habitants de Vroil et de Nettancourt à la fin du siècle der- 
nier, après être resté en pâtis pendant cent cinquante ans. Vroil eut 
un tiers du finage pour sa part, et Nettancourt deux tiers. 

1. Notes trouvées sur la couverture en parchemin de Yhistoire et 
cronique du très chrestin roy s. loys, par Jan de Jonville, édit. 
de Poitiers de 1561, ayant appartenu à Pierre Fleury, curé de Revi- 
gny de 1630 à 1670, et possédée aujourd'hui par M. Magron père. 

2. L'église de Revigny, dédiée à saint Pierre, est d'architecture 
ogivale du xv e siècle ; la toiture ayant été brûlée lors de l'incendie 
du bourg allumé par les Suédois en 1639 , et la charpente qui cou- 
vrait le chœur ayant été complètement perdue , cet édifice resta dé- 
couvert jusqu'en 1670, que les voûtes et les murs du chevet tombè- 
rent. Le chœur fut réparé deux ans plus tard , dans le même style 
que la nef, mais avec des contreforts parés d'ornements gothiques et 
de niches où se trouvaient des saints que fit disparaître le vandalisme 
de 1793. La toiture fut aussi réparée la même année ; les habitants 
s'étant adressés au duc de Lorraine Charles IV pour en obtenir les 
bois nécessaires pour refaire la charpente du chœur et de la tour, ce 
prince les autorisa à couper les chênes dont ils avaient besoin dans 
les bois de la Haye-Herlin, qui lui appartenait. Quant aux voûtes, elles 
ont été rétablies il y a quelques années seulement. 



— 257 — 

pierres de taille ; les autres maisons du bourg, bâties 
en pierres et en bois, et même en bois seulement, recou- 
vert de glaise, furent anéanties. 

Le chapelain Alexandre n'avait pas cru prudent d'assis- 
ter à ces atrocités, et il avait abandonné l'hôpital le pre- 
mier jour de mai , la veille de l'entrée des bandes sué- 
doises à Revigny. Il n'avait pas songé à mettre en sûreté 
les vases sacrés et les ornements de la chapelle , qui fu- 
rent, comme les ustensiles de la cuisine et les autres 
meubles, ou pillés, ou livrés aux flammes. 

L'hôpital resta abandonné jusqu'au mois de mars de 
l'année suivante (4640), que le chapitre nomma le curé 
de Villers-aux-Vents pour en prendre soin ainsi que des 
revenus de 1659 et de 1640. 

Plusieurs commis furent nommés par le chapitre pen- 
dant les années qui suivirent 1641 pour administrer si- 
multanément l'hôpital ; mais, en 1647, l'exigence brutale 
des soldats français qui étaient en garnison à Revigny 
leur ayant fait prendre la fuite , les chanoines de Saint- 
Maxe crurent ne pouvoir mieux faire qu'en conférant 
pour une durée de trois années la commission au sieur 
Gaynot, chanoine, qui était secrétaire du chapitre depuis 
longtemps. Ce chapelain ne pouvait ni aliéner, ni donner 
à bail , ni échanger aucune propriété sans l'assentiment 
du chapitre. Celui-ci devait nommer chaque année un 
commissaire pour visiter l'hôpital , et le chapelain était 
tenu d'obéir en tout au chanoine délégué , et de lui pré- 
senter les comptes de l'année. 

En 1650, à l'expiration des trois années de sa commis- 
sion , Gaynot obtint encore la régie de l'hôpital pour six 
années, et même, disent ses lettres, pour tout le temps 
qu'il voudra, afin de lui donner le temps et le courage de 



— 258 — 

réparer les bâtiments, entretenir les biens et faire les re- 
cherches nécessaires pour recouvrer les propriétés usur- 
pées pendant les guerres. 

Le chapelain Gaynot était très-vigilant , aussi fut-il 
presque toujours en procès, et fit-il récupérer à l'hôpital 
plusieurs droits qui ne se percevaient plus depuis long- 
temps 1 . 

En 1G52, nous le voyons réclamer à l'adjudicataire de 
la lance un droit de cens sur les revenus de ladite lance 2 ; 
nous ne connaissons pas l'issue de ce procès. 

i. Arch.de la mairie de Revigny, registres de la haule-juslice. 

2. Cet usage ancien et curieux ne se pratique plus depuis long- 
temps à Revigny, mais on le retrouve encore à Villers-aux-Vents, 
village situé à i kilomètres du bourg. Le voici tel qu'il est décrit dans 
l'Annuaire de la Meuse pour l'année 1848, article Villcrs-aux-Vents 
(statistique) : 

(i Le 22 octobre de chaque année, jour de la fête de saint Louvent, 
il patron de la paroisse, a lieu l'adjudication des fruits communaux 
n provenant du chemin de la fontaine Saint-Louvent. (Les fruits au- 
« tour de l'église sont adjugés au profit de la fabrique.) L'adjudica- 
» taire de l'année précédente , que l'on nomme lancier, muni de sa 
n lance, qui consiste en une ronce garnie de rubans, et d'une paire 
» de gants à l'usage d'homme, parcourt le village, le lendemain de la 
n fête, pour prévenir les habitants de se trouver a l'adjudication de 
n ladite lance , qui se fait le soir même, au milieu de la rue, et de- 
ii meure à la personne qui a la mise, au lever de la première étoile. 
« L'adjudication avait lieu moyennant une certaine quantité de cire, 
« qu'autrefois on convertissait en cierges destinés au luminaire de la 
i» chapelle du saint; mais, depuis 1S44 , cette redevance se paie en 
» argent, au profit de la commune, n 

n Le lancier est tenu, en outre, de payer un décime par franc sur 
» le prix de l'adjudication ; ce surplus (espèce de don de joyeux avé- 
n nement) se distribue en trois parts : l'une pour les conseillers mu- 
« nicipaux, l'autre pour les bommes mariés , et la troisième pour les 
n garçons. La soirée se termine par un bal que donne gratis aux 
» jeunes gens de la commune le nouvel adjudicataire; si ce dernier 



— 259 — 

Nicolas Gaynot mourut le 16 janvier 1653, et il eut 
pour successeur Gabriel Légaré , que le chapitre nomma 
administrateur à vie , à charge toutefois de se comporter 
en bon et fidèle économe, sinon le chapitre se réserve de 
conférer la commission à un autre. 

Légaré fit quelques épargnes, et, en 1670, il voulut ré- 
parer la maison ; mais la somme qu'il avait amassée ne 
suffisant pas, il fut obligé de recourir à l'emprunt. 

Sur la fin de cette même année , les voûtes du chœur 
de l'église paroissiale tombèrent ainsi qu'une partie des 
murs du chevet ; ces derniers furent réparés l'année sui- 
vante, aux frais des décimateurs, c'est-à-dire du chape- 
lain de l'hôpital, du chapitre de Ligny et du curé du 
bourg, et proportionnellement au nombre de seizièmes 
que chacun tirait dans la dime. Légaré fut encore obligé, 
pour payer sa part de cette reconstruction, de contracter 
un nouvel emprunt. 

n est garçon, il se choisit une lancier e, qualité qui revient à sa femme 
» s'il est marié. Il faut ajouter que cette fête se célèbre de temps ira- 
it mémorial. » 

A Revigny, c'étaient les récoltes de certaines terres que l'on met- 
tait en adjudication, et que le lancier de l'année précédente était dans 
l'obligation d'ensemencer. Il est parlé de cette adjudication dans tous 
les comptes des syndics de Revigny ; voici ce qui en est dit au cha- 
pitre des recettes des années 1707 et 1708 : 

1707. — La somme de 12 livres 11 sols 6 deniers tournois, faisant 
en monnaie barrois 29 francs 4 gros , receue de Jean Hannion le 
jeune pour la lance qui lui fut adjugée le 2b octobre 1706, déduction 
faite de 4 francs 6 gros pour les joueurs de basses et violons. 

1708. — 15 livres 11 sols 6 deniers faisant 36 francs 4 gros bar- 
rois pour les terres de ladite lance, laissée à Loys Porin par adjud. 
en date du 31 juillet 1707, déduction faite de 4 francs 6 gros à l'or- 
dinaire pour les joueurs d'instruments. 



— 240 — 

11 mourut eu 1G81, ne laissant que des dettes , et il fut 
enterré dans le chœur de l'église*. 

L'administration d'Etienne, son successeur, fut active, 
mais non profitable ; il eut plusieurs procès à soutenir, 
disposé qu'il était par caractère à en entreprendre. Le 
plus important , mais dont nous ne connaissons pas l'is- 
sue, fut celui qu'il soutint contre l'Ordre de Malte , à 
cause des fours banaux de Conlrisson, de plusieurs jours 
de terre situés sur le territoire de Revigny, lieudit à 
Braux, et d'autres propriétés sises à Rancourt , le tout 
appartenant à l'hôpital, et que l'Ordre de Malle, qui 
possédait une ferme à Rancourt, au lieu nommé la Com- 
manderie, lui voulait usurper. Ce procès, qu'Etienne 
porta jusqu'à Paris, le ruina complètement, ce qui le mit 
dans l'obligation de se démettre de sa charge , en sep- 
tembre 1715. 

Barbillat, qui lui succéda, eut aussi sa part de diffi- 
cultés. 11 rebâtit la maison telle qu'elle existait encore au 
commencement de ce siècle, et y dépensa cinq mille 
livres de son patrimoine ; aussi, à sa mort, arrivée en 
172G, « le chapitre voyant que les rentes suffisent à peine 
» pour payer les charges, ne réclame-t-il rien à ses hé- 
» ritiers. » 

Un mémoire, dressé par Barbillat en 1725, pour être 
présenté aux députés du chapitre , donne l'état des biens 
de l'hôpital à cette époque et celui des pertes éprouvées 

1. Voici l'acte de son décès : 

1C81 — Le 12 e aoust mourut messire Gabriel L'Egaré, prebtre hos- 
pitalier de Revigny, aagé de 75 ans ou environ , et fut enterré par 
moy curé de Revigny soubsigné dans le cœur de l'église paroissiale 
dud. lieu, nonobstant l'oppo[siti]on de MM. de Saint-Max qui disoient 
avoir ce droit. Signé : N as Parmenlicr, curé de Revigny. 



— 241 — 

pendant les guerres ; on y lit « qu'il y a perte de plus de 
» 100 livres de cens en vin , perte de 1 muid de préciput 
» sur la grosse dixme, surcharge de 15 paires sur la part 
» qui reste ; que l'on a retranché pareillement sur deux 
» seizièmes, pour quoy il y avait procès ; qu'il y avait 7 
» muids 8 quarterons et 5 bichets de bled sur les moul- 
» lins de Mussey qui sont détruits ; assises sur Brabant 
» et Saudrupt qu'on ne percevait plus ; 27 quarterons 
» 1 bichet et 5/4 sur les fours bannaux de Contrisson ; 9 
» muids à prendre sur les gros moulins de Revigny, plus 
» 41 quarterons sur des héritages audit Revigny ; 1 7 ar- 
» pents de bois à Gaumont ; et que le souverain a as- 
» sencé à M. deVendières, procureur général, ces objets. 
» Qu'il y a plusieurs terres perdues , et nottament plus 
» de 10 jours que les habitants retiennent comme allu- 
» vion, la rivière rongeant toujours d'un costé et rendant 
» du costé opposé aux habitants. 

» Que l'hospital ne jouissait plus que de : 

» Un gagnage à Revigny séparé en deux, de 200 paires ; 

» Un gagnage à Fontenoy, de 70 paires ; 

» Un gagnage à Contrisson, de 33 paires ; 

» Quelques terres à Villers-aux-Vents, affermées pour 
» 12 minottes d'avoine ; 

» Quelques terres à Rancourt , laissées 12 boisseaux ; 

» Une portion de la dixme de Revigny, valant 60 paires ; 

» Un jour 1/2 de vignes à Brabant. 

» Que , malgré les recherches des préposés à la cha- 
» pelle , on n'a pu rien récupérer des censés ou assises, 
» ny pour les terres de Revigny et ailleurs perdues , non 
» plus que la portion de dixmes que les autres décima- 
» teurs avoient usurpées sur l'hospital dans le temps mal- 
» heureux des guerres qui ont infesté le pays depuis 1550 

16 



_ 242 — 

«jusqu'en 1680. Que les moulins et usines n'ont point 
» été rélablys, ainsy aucuns droits à récupérer sur eux. 

» Que, par une réclamation du sieur Leuralion, faite en 
» 1650, lors de la commission sur les grains délivrés au 
» sieur Puiniot , décédé depuis , on voit qu'il y avait en 
» rentes 45 muids moitange de grains ; mais que, par un 
» compte du sieur Etienne, en 1082, on ne voit plus que 
» il muids 28 bichets de bled et 11 muids 50 bichets 
» d'orge ; conséquemment perte de moitié depuis 1650 
» jusqu'en 1680. 

» Que, depuis cette perte des rentes, la quantité de 
» grains qui dévoient estre convertis en pain pour estre 
» distribués aux pauvres de Revigny d'après la transac- 
» tion de 1652 a été réduite, et que l'on n'a plus distribué 
» que le pain de 80 paires bled et orge , depuis le di- 
» manche qui suit la S. Martin jusqu'à la Madeloine, le 
» 22 de juillet. » 

Guillaume , qui succéda à Barbillat , n'est connu que 
par sa démission, qu'il donna en août 1755. Son adminis- 
tration de neuf années n'a pas laissé de traces. Il fut rem- 
placé par Champrey, qui gouverna l'hôpital pendant 18 
années. Ce fut ce dernier chapelain qui cessa, en 1746, 
l'entretien des six lits destinés à recevoir les pèlerins 
pauvres et infirmes ; entretien dont les administrateurs 
étaient encore chargés depuis la transaction de 1652. 
« Mais , — dit le journal des commissaires nommés par 
» le chapitre en 1784 — comme cette espèce d'aumône 
» ne donnait lieu qu'à la retraite des vagabonds et ne 
» servait qu'à les attirer dans le pays, ce qui occasionnait 
» beaucoup de désordres dans Revigny, ainsi qu'on pour- 
» rait le voir dans différentes plaintes portées sur les re- 
» gistres du greffe, et dans la requête présentée à S. A. 



— 243 — 

» Léopold, en 1725, pour demander unebandouillère à ses 
» armées {sic), afin de contenir ces malheureux, ce qui fut 
» accordé ; de plus, le roy ayant défendu les pèlerinages 
» et les courses, et les revenus d'ailleurs ne pouvant suf- 
» fire à l'entretien du prêtre et de la maison, Champrey 
» et les derniers préposés à l'administration ont cessé 
» l'entretien de ces lits. » 

Par suite de cette mesure , ce chapelain put faire des 
économies ; aussi fut-il le premier dont le chapitre put 
obtenir quelque chose pour réparer les bâtiments et la 
chapelle. Champrey donna sa démission le 30 avril 1753, 
mais il ne fut remplacé que le 10 novembre suivant , à 
cause des travaux de réparation que le chapitre fit exé- 
cuter à l'hôpital pendant l'été de cette année. 

Le successeur de Champrey fut Gervaise, administra- 
teur vigilant, qui rechercha activement, mais vainement, 
les détenteurs des biens de l'hôpital ; il lui fut impossible 
de rien faire rentrer. Après une administration de 31 ans, 
Gervaise mourut, le 8 décembre 4784, laissant quelques 
économies ; « mais, » dit le journal, si on eut voulu exi- 
» ger avec les formalités de la justice, il n'y aurait pas eu 
» de quoy payer les frais et faux frais , et l'hôpital aurait 
» tout perdu. Les commissaires ont donc préféré de trai- 
» ter à l'amiable avec les successeurs, d'après l'avis et au- 
» thorisation du chapitre éclairé par ses conseils. » 

Aussitôt après le décès de Gervaise, le chapitre nomma, 
pour lui succéder, le sieur Lacroix, chanoine, à qui il 
donna la commission pour le même nombre d'années et 
aux mêmes conditions qu'il l'avait conférée au sieur Ni- 
colas Gaynot en 1647. En même temps, et par délibéra- 
tion du 10 décembre, inscrite sur le registre ordinaire du 
chapitre , il délégua trois commissaires pour installer le 



_ 244 — 

nouvel administrateur et pour régler les droits de l'hôpi- 
tal à la succession du décédé. Ces délégués étaient MM . 
de Poirson, de la Morre et de Vassimont. 

A leur arrivée, ils constatèrent que tous les papiers, 
titres, renseignements, baux, pieds-terriers, etc., qui se 
trouvaient dans la caisse de l'hôpital suivant le désir du 
titre de fondation, avaient été mis sous le scellé par MM. 
les officiers du bailliage de Bar, aussitôt le décès du cha- 
pelain Gervaise, puis inventoriés dans les procès-verbaux 
des 22 et 25 décembre 1 784 par les mêmes officiers , et 
enfin mis en liasses pour être déposés en leur greffe. A la 
levée des scellés, les commissaires réclamèrent à MM. du 
bailliage : 1° les titres et papiers, 2° les meubles et us- 
tensiles de l'hôpital , 5° les meubles et ornements de la 
sacristie, 4° enfin, les grains et revenus échus à la Saint- 
Martin ; mais ces officiers refusèrent les litres , quoique 
les commissaires eussent offert d'en donner récépissé, et de 
les représenter toutes fois et quand ils en seraient requis. 

Il ne fut trouvé à l'hôpital que « cinq corbeilles avec 
» les outils du four, et peu de chose à la sacristie. » 

Afin de suppléer à l'absence des documents que le 
bailliage leur enlevait, les délégués dressèrent , le 7 jan- 
vier 1785, pour servir à l'administration de l'hôpital , et 
au moyen des renseignements qu'ils purent se procurer, 
soit dans les archives du chapitre , soit des sieurs Guil- 
laume et Champrey, précédents commis, encore existants, 
soit dans les différentes visites qu'ils avaient faites audit 
hôpital du vivant du sieur Gervaise, le journal ou compte- 
rendu dont nous avons donné divers extraits. 

Lacroix administra tranquillement l'hôpital jusqu'en 
1790, que la réaction, qui opérait sur toutes les choses 
religieuses, se fit sentir à cet établissement , utile pour- 



— 245 — 

tant, mais qui avait le tort, à cette époque , d'appartenir 
au clergé et d'être administré par un de ses membres. 
Lacroix fut expulsé , et l'hôpital, avec ses biens meubles 
et immeubles, fut confisqué. 

Le 4 septembre 1790, les administrateurs du district 
de Bar demandèrent à la municipalité de Revigny un état 
des biens ayant appartenu au ci-devant hôpital. Cet état 
fut dressé le 7 septembre ; mais il était incomplet ; aussi 
le district réclama-t-il, le 23 du même mois , un état 
supplémentaire accompagné des renseignements propres 
à éclairer les administrateurs au sujet desdits biens , et 
que pourra se procurer la municipalité. Celle-ci, le 11 
novembre suivant, fit cette réponse : 

« La municipalité ayant pris en considération l'ordon- 
» nance de MM. du district, a fait toutes les recherches 
» pour découvrir si elle trouveroit quelques renseigne- 
» ments au sujet des biens-fonds qu'elle n'a point dési— 
» gnés dans sa délibération du 7 septembre dernier. Ce 
» qu'elle n'a pu rien découvrir de plus pour ce qui con- 
» cerne les biens-fonds dudit hôpital. 

» Voicy une déclaration du sieur Révolte, officier mu- 
» nicipal , qui nous a dit que, du tems qu'un appelé Jac- 
» ques Renault faisant fonctions de sindic pour la com- 
» munauté de Revigny, luy avait donné à lire un titre ou 
» chartre qui parlait de la fondation dudit hôpital en disant 
» que l'hôpital de Revigny était fondé par François- 
» Jacques Massart, né à Verdun, chanoine de Saint-Maxe 
» à Bar, et que cet hospice était dédié pour recevoir et 
» donner l'hospitalité aux troupes du fanatisme appelées 
» Croisades qui se disaient aller combattre pour la Terre- 
» Sainte, et pour donner également l'hospitalité aux pè- 
» lerins et autres passants. Cet hospice est dit être fondé 



— 24fi — 

» vers l'an 1250 ; il y avait dans cet hospice pour servir 
» les passants deux servantes et un boulanger et quatre 
» lits pour coucher les passants. 11 paroit qu'insensible- 
» ment cette façon dadministrer l'hôpital s'est rallcnti 
» jusqu'au point de s'éteindre , puisque nous n'avons 
» point de connaissances plus positives , sinon que cer- 
» tains particuliers nous ont dit que par des plaintes réi- 
» térées par les voisins dudit hôpital à l'ancienne justice 
» des cy-devant seigneurs , ces passants restaient quel- 
» quefoys deux ou trois jours dans cet hôpital, s'eny- 
» vraient, tuaient les poulies et insultaient les voisins, 
» particuliers dudit hôpital, lesquels craignaient le feu de 
» la part de ces individus ; l'on nous a dit qu'à cette épo- 
» que il s'était fait un arrangement de consentement et 
» du gré de la part des chanoines de Saint-Max de Bar, 
» propriétaires des revenus de cet hôpital, avec l'ancienne 
«justice, et qu'ils avaient converti cette hospitalité au 
» profit des pauvres de la communauté de la quantité de 
» quatre-vingt paires qui ont été converti en pain par 
» l'administrateur dudit hôpital, ce qui s'est continué jus- 
» qu'à présent. Voilà tous les renseignements que nous 
» avons pu avoir tant de Revigny que des lieux voisins. » 
Les biens de l'hôpital furent divisés par lots et enfin 
vendus, au profit de la nation, dans le eourant de l'année 
suivante 1 (1791), par-devant le district de Bar-sur-Ornain, 

1. J'ai omis de dire que, dans le courant d'août 1781, MM. les vé- 
nérables doyen, chanoines et chapitre de l'insigne église collégiale 
de Saint-Maxe de Bar, administrateurs de la Maison-Dieu de Revi- 
gny, firent publier et afticher que, le 4 septembre 17S1, par-devant 
M e Baillot l'aîné, conseiller du roy et noltaire à Bar, et M e Boùillard, 
doyen et sindic des conseillers du roy, noltaire audit Bar, il serait pro- 
cédé audit lieu de Bar, à la vente en destail des biens appartenant à 
l'hospital de Revigny ; mais qu'à la requette des maire, sindic, ha- 



— 247 — 

à l'exception des terrains que n'avaient pu ou su décou- 
vrir MM. les officiers municipaux de la communauté de 
Revigny. 

Quelques années plus tard, il fut question de réunir 
à l'hospice de Bar-le-Duc les terrains ayant appartenu à 
l'hôpital de Revigny, et qui n'avaient pas été vendus en 
1791, ainsi que d'autres propriétés provenant d'émigrés, 
que la nation promettait d'accorder à la commune de Re- 
vigny, en indemnité de celles qui avaient été vendues , à 
la condition que ladite commune pourrait disposer, dans 
cet hospice, d'un certain nombre de lits destinés à rece- 
voir ses indigents malades ou infirmes, et qu'elle aurait 
droit à la répartition des secours proportionnellement à 
la quantité des biens dont elle aurait pourvu cet établis- 
sement. 

L'indemnité promise par la République ne fut pas ac- 
cordée, mais le projet de réunion des biens qui n'avaient 
pas été vendus reçut son exécution, et l'hôpital de Bar- 
le-Duc en jouit encore aujourd'hui. 

bilans et communauté dudit lieu, poursuitte et diligence de Sébastien 
Antoine Hannion, sindic, en date du 29^oust, il fut signifié par huis- 
sier, le 31 aoust, à MM. du chapitre (en la personne et domicile de 
messire de Vassimont , chanoine et receveur du chap., où estant et 
parlant à sa servante) , de cesser les affiches et publications, et de 
disposer en manière quelconque des biens de l'hôpital ; les susdits 
hahitans s'opposant formellement à ce que mesdits sieurs du chapitre 
fassent procéder à la vente desdits biens , et protestans de déduire 
leurs moyens d'opposition. 
La vente des biens de l'hôpital n'eut pas lieu à l'époque annoncée. 



INVENTAIRE 

DU TRÉSOR 

DE L'ABBAYE DE PRUM 



PAR M. AUG. DIGOT. 



L'importance que l'on attache aujourd'hui aux inven- 
taires contenant l'énumération, et quelquefois même la 
description succincte des vases sacrés, des châsses, des 
tapisseries et des autres objets de même nature qui ap- 
partenaient aux cathédrales et aux monastères, et la faveur 
avec laquelle sont accueillis les documents de ce genre, 
nous engagent à publier l'inventaire des reliques, des 
vases sacrés, des châsses, des évangéliaires, des tapis, 
etc., qui composaient le trésor de la riche abbaye de 
Prum , située dans le diocèse de Trêves. L'ancienneté 
de cet inventaire (il est de l'année 1003) lui donne un 
degré d'intérêt que n'ont pas beaucoup d'autres. 

17 



— 250 — 

La pièce qu'on va lire n'est pas inédite ; elle a été im- 
primée, il y a un siècle environ (1750), dans VHistoria 
Irevirensis diplomalica cl pragmalica, par Hontheim, 
évèque de Myriophite et suffragant de Trêves 1 ; une par- 
tie de ce morceau avait même déjà été publiée dans les 
Annales trevirenses de Brower 2 ; mais les deux ou- 
vrages dont nous parlons, celui de Hontheim surtout, le 
seul qui reproduise intégralement l'inventaire de Prum, 
sont tellement rares en France, que la plupart des ar- 
chéologues seraient dans l'impossibilité de consulter ce 
document précieux. Nous avons donc pensé qu'il aurait 
pour beaucoup de monde la valeur et le prix d'une pièce 
inédite 3 . 

Nous avions d'abord jugé à propos de supprimer les 
passages qui contiennent exclusivement l'énumération 
des reliques ; après y avoir réfléchi, nous avons cru qu'il 
valait mieux les conserver ; il n'est pas sans intérêt de 
connaître quelles étaient en ce genre les richesses de 
quelques grands monastères' 1 . 

La quantité et le prix des ornements que possédait 
l'abbaye de Prum n'étonne pas, quand on sait qu'elle fut 
autrefois une des plus importantes de la province ecclé- 
siastique de îrèves. Fondée en 765 par le roi Pépin et 
Bertrade, son épouse, dans la forêt des Ardennes, elle ne 

1. Tome I, p. 348-350. 

2. Deuxième édition, t. I, p. 414. 

3. M. Digot entend parler du texte latin donné par ces auteurs ; 
mais nous avons cru devoir nous borner à reproduire la traduction 
qu'il en a faite. Ce morceau est extrait du Bulletin monumental, 
t. XV. (Note du Bureau de la Société.) 

4. On remarquera que plusieurs des reliques mentionnées dans 
l'inventaire étaient évidemment de fausses reliques ; mais ncus n'a- 
vons pas à en faire ici la distinction. 



— 251 — 

tarda pas à acquérir des biens considérables et à réunir 
un très-grand nombre de religieux. On rapporte qu'ils 
étaient au moins trois cents, et qu'on chantait l'office di- 
vin sans aucune interruption pendant le jour et la nuit. 
Pépin, fils de Charlemagne et d'Himiltrude, s'étant ré- 
volté contre son père, fut tondu et enfermé dans cette 
abbaye. Plus tard, l'empereur Lothaire, qui avait toujours 
beaucoup aimé le monastère de Prum, s'y retira et y 
mourut en 855. Ce fut à la libéralité de ce prince que 
l'abbaye dut une partie des richesses mobilières qu'elle 
possédait, et la première moitié de l'inventaire suivant 
reproduit la charte que Lothaire donna aux religieux à 
cette occasion. Enrichie par les générosités de plusieurs 
seigneurs, par celles des souverains , entre autres du roi 
Lothaire, qui lui concéda le droit de battre monnaie, 
l'abbaye de Prum était parvenue à un haut degré de 
prospérité et de splendeur, lorsqu'elle fut dévastée , en 
892, par les Normands, qui massacrèrent plusieurs reli- 
gieux. Elle ne tarda pas à réparer ses pertes, et l'inven- 
taire que nous publions prouve qu'au commencement du 
xi e siècle, elle était encore une des plus riches abbayes 
du royaume de Lorraine. L'empereur Henri II de Bavière 
la visita en 4005 ; il éprouva une telle admiration à la vue 
des ouvrages d'orfèvrerie dont l'église était ornée , qu'il 
demanda aux religieux de lui en remettre l'inventaire. 
Udon, quinzième abbé de Prum, fit aussitôt rédiger la 
pièce que nous allons reproduire, et c'est à ce caprice de 
Henri II que l'on doit de connaitre le trésor de l'abbaye 
de Prum. Nous ne parlerons pas plus en détail de ce mo- 
nastère, et nous nous contenterons d'ajouter qu'il jouit, 
au moyen âge, d'une grande renommée ; que son école 
fut célèbre, et qu'il compta au nombre de ses religieux 



— 252 — 

plusieurs hommes d'un haut mérite. Dans la seconde 
moitié du xvi e siècle, le titre abbatial fut supprimé , les 
revenus lurent unis à la crosse archiépiscopale de Trêves, 
et l'Electeur obtint une autorité absolue sur le spirituel 
et le temporel de l'abbaye. Le monastère de Prum dis- 
parut enfin au moment de l'invasion française ; mais il 
laissa une petite ville qui s'était formée autour de lui , et 
qui suffit pour conserver le souvenir de l'heureuse in- 
fluence exercée autrefois par cette grande fondation reli- 
gieuse. 

INVENTAIRE DU TRÉSOR DE L'AEBAYE DE PRUM. 

L'an du Seigneur mil trois, la * année du règne du 

sérénissime et orthodoxe roi Henri, par ses ordres, et 
sous l'abbatiat de Udon, on a fait le recensement du tré- 
sor du monastère de Prum , qui a été fondé autrefois par 
le roi Pépin, de sainte et glorieuse mémoire, en l'honneur 
de notre sauveur et seigneur Jésus-Christ, et de sa sainte 
mère Marie , et de saint Jean-Baptiste , des bienheureux 
apôtres Pierre et Paul, du premier martyr Etienne, des 
saints martyrs Denys et Maurice, et des confesseurs Mar- 
tin, Védast, 2 Germain et Benoit, de tous les saints, et 
dans lequel Pépin a déposé un morceau des sandales du 
Seigneur et des reliques des saints dont les noms pré- 
cèdent. 

Plus tard, son arrière petit-fils, Lothaire, empereur, 

1 . Le mot indiquant l'année du règne de Henri est omis dans le 
texte; mais, ce prince étant monté sur le trône en 1002, il est évi- 
dent que l'inventaire de Prum a été rédigé pendant la première ou la 
seconde année du règne de Henri. 

2. Saint Védast est plus connu sous le nom de saint Wast ou 
Vaast. 



— 255 — 

Auguste, animé d'une égale bienveillance pour ce mo- 
nastère, l'a enrichi de nombreuses possessions et l'a dé- 
coré de plusieurs ornements. 

Pour être plus explicite, je rapporterai ici les propres 
paroles de cet empereur ; car, dans son diplôme, on lit, 
entre autres choses, au sujet du trésor de l'église, ce qui 
suit : Nous voulons que tous les fils de la sainte Eglise, 
présents et futurs, sachent que, pour le salut de notre 
âme et l'acquisition de la céleste patrie, nous avons offert 
à Dieu notre Seigneur, pour être employé au culte divin 
dans ce saint lieu, et servir perpétuellement à l'ornement 
de l'abbaye, un ouvrage que nous avons fait exécuter à 
nos frais, c'est-à-dire un évangéliaire sur lequel brillent 
l'ivoire, le cristal, l'or et les pierres précieuses. 

Une bible avec des miniatures et de grandes lettres do- 
rées au commencement des volumes, et des serrures et 
de petites chaînes de vermeil. Une petite châsse d'or ap- 
puyée jsur quatre colonnes d'argent , avec l'autel sur 
lequel elle repose ; une autre châsse de petites dimen- 
sions placée sur l'autel, et une petite couronne d'or. La 
châsse est ornée de plusieurs pièces de cristal et d'un 
grand nombre de pierreries très-précieuses, et on y a 
déposé, en présence de Tendgaud, métropolitain de Trê- 
ves, de Rugnandus, métropolitain d'Arles, et de tous les 
moines de l'abbaye, les reliques suivantes : du bois de la 
vraie croix, des fragments du sépulcre de Notre-Seigneur, 
des rochers du Calvaire, de la crèche de Bethléem, de la 
table de la Cène, de la pierre sur laquelle Jésus-Christ a 
prié au jardin des Olives ; des morceaux du suaire du 
Seigneur, de l'éponge de la Passion et du vêtement de la 
Sainte-Vierge ; une main et une partie d'un bras de saint 
Jacques, frère du Seigneur ; la tète de saint Cosme ; un 



— 254 — 

bras de saint Georges, martyr ; un bras de saint Théo- 
dore, martyr, sans la main ; un pied de saint Siméon, 
qui, dans le temple, a reçu dans ses bras le Seigneur 
enfant ; un os de saint Zacharie, fils de Barachie ; un os 
de saint Thomas, apôtre ; un pied et un bras de sainte 
Anastasie, vierge ; la tète de Sisinnius 1 , martyr ; un pied 
de saint Jérôme, prêtre, et un bras de saint Etienne, 
premier martyr ; des os des prophètes et des saints In- 
nocents. 

Un calice d'or décoré comme la croix, orné de pierres 
précieuses, avec une patène d'or ; un ciboire 2 d'or avec 
des pierreries , et un chalumeau également en or avec 
des pierres précieuses ; un offertoire 3 d'or semé de pier- 
reries, avec une patène ; une fontaine* d'or avec des 

{. Hontheim a supposé qu'au lieu de Sisineii, il fallait lire S. 
Irenei ; il s'est trompé ; le martyrologe romain contient les noms 
d'un confesseur et de quatre martyrs appelés Sisinnius ; il est certain 
qu'il est ici question d'un de ces derniers. „ 

2. L'inventaire de Prum fait lire deux fois le mot cœborium pour 
ciborium, et il est évident que ce mot ne doit pas être traduit de la 
même manière dans les deux passages. Dans le premier passage, 
cœborium signifie un vase destiné à contenir le vin eucharistique. 
Nous ne connaissons pas d'exemple aussi ancien de l'emploi du mol 
ciborium pour désigner ce que nous appelons aujourd'hui un ciboire 
V. Ducange, v° Ciborium. 

Au surplus, le texte donné par Brower est ici fort différent de 
celui que nous traduisons; on lit après : û in crucis modum compo- 
situm ti les mots : a alium item gcmmatum cum cochleari aureo gem- 
matoque n ; ce qui veut dire : u un autre calice orné de pierreries, 
avec une cuillère d'or, décorée de même. 

3. Le sens du mot offertorium est assez difficile à saisir; mais 
un autre passage de l'inventaire prouve que ce mot est synonyme de 
colatonium et représente un bassin destiné à recevoir les offrandes. 

i. Fontem aureum. Nous ferons la même observation au sujet 
du mot Fons ; la suite de l'inventaire démontre que ce terme désigne 
un vase contenant l'eau préparée pour les ablutions. 



— 235 — 
pierreries ; un voile 1 rehaussé d'or et de perles ; douze 
chasubles 2 . 

Vers la même époque, Marcward , trésorier du monas- 
tère, muni d'une lettre impériale, alla trouver le souve- 
rain-pontife Sergius 5 et en obtint les corps précieux des 
martyrs Chrysantus et Daria, et des reliques de quarante- 
six autres martyrs, qu'il rapporta à Prum, avec le res- 
pect qui convenait à un homme pieux ; il en laissa une 
partie dans cette abbaye et transporta le reste avec de 
grands honneurs dans le prieuré appelé Neu-Munster", 
qui dépend de Prum ; et aujourd'hui encore Jésus-Christ 
y exauce, par l'intercession de ces saints, et pour la gloire 
de son nom, ceux qui lui adressent leurs vœux. 11 y a en 
outre dans ce monastère des reliques de plusieurs autres 
saints, savoir : d'André, apôtre ; quelques fragments des 
corps précieux des martyrs Himus et Félicien , Eusèbe 
et Pontianus, Gordien et Epimothée ; de Marius, Marthe, 
Audifax et Abacuc ; un grand nombre de reliques de Mau- 
rice et de ses compagnons ; des reliques de Crépin et de 
Crépinien, d'Hippolyte, de Thiburce, de Thimothée, de 
Jean et de Paul, martyrs ; de Laurent, de Christophe ; 
des morceaux de la colonne à laquelle on attacha le Sei- 
gneur pendant la flagellation et de la couronne d'épines. 

1. Nous avons lu ici fanonem, et ce mot signifie un voile ; le 
même mot, écrit phanones, est pris plus bas pour synonyme de mani- 
pule, mais la copie reproduite dans les Annales trevirenses de Bro- 
wer porte paronem. Au reste, Ducange (v° Paro) pense que cette 
expression peut rendre la même idée que le mot fano. 

2. Ici se termine le diplôme de Lothaire ; le reste de l'inventaire 
est de l'année 1003. 

3. II est question du pape Sergius II. 

4. Le monastère d'Eiffel, situé à peu de dislance de l'abbaye de 
Prum, dont il dépendait. 



— 256 — 

Il y a aussi d'autres reliques de Corneille, de Calixte, 
de Marcellin et de Pierre, d'Abdon et de Sennes, de 
Pierre et de Hyacinthe, d'Agapet et de Sylvain, de Mag- 
nus et d'André et de leurs compagnons ; des reliques 
de saint Lupianus, confesseur ; deux dents de saint Goar ; 
des reliques de Gall., Benoit, Sylvestre, Basile, Amanus, 
Ouen, Amand ; une côte de sainte Marguerite, des reli- 
ques de l'évêque saint Rémi ; d'autres des vierges sainte 
Agathe, Cécile, Lucie, Barbe, Scholastique. Il y a aussi 
des vêtements qui ont appartenu aux confesseurs Paulin, 
Maximin, Willibrord, Rémacle, Hubert, Cunibert 1 , et à 
un grand nombre d'autres saints martyrs confesseurs et 
vierges, et que nous passons sous silence, tant parce que 
nous ignorons leurs noms que pour ne pas trop allonger 
cet inventaire. - 

L'église de Prum possède aussi un autel d'or consacré 
au Saint-Sauveur ; quatre petites châsses, couvertes d'or 
et de pierreries , posées sur deux plus grandes châsses 
argentées ; une couronne formée d'or et de pierres pré- 
cieuses, suspendue au-dessus de l'autel 2 ; autour de l'au- 
tel un ciborium orné d'or et d'argent, et autour du cibo- 
rium deux voiles 3 couverts d'argent ; l'autel d'argent 

1. Saint Paulin et saint Maximin sont deux des premiers métropo- 
litains de Trêves ; saint Willibrord est le premier évèque d'Utrecht ; 
saint Rémacle était évèque de Maestricht ; saint Hubert, évèque de 
Liège, et saint Cunibert, métropolitain de Cologne. 

2. Nous n'avons pas rendu dans notre traduction les mots in mo- 
dum julei, qui donnent un sens assez ridicule. 

3. Nous avons traduit ostiola par voiles , et nous avons, en pre- 
nant ce parti , suivi l'opinion du savant abbé Lebeuf (v. extrait du 
livre de litur g ia Romani Pontificis , imprimé à Rome en 1731, 
avec quelques observations ; dans le Mercure de France, déc. 
1737, t. II, page 2848) ; nous avouons cependant que cette explica- 
tion n'est pas absolument certaine. 



— 237 — • 

donné par l'empereur Lothaire, et quatre petites châsses 
d'or semées de pierreries. A sainte Marie 1 , une châsse 
d'or, onze tables d'argent 2 sur les autels , et huit petites 
châsses d'argent ; vingt philactères 3 chargés d'or et de 
pierreries, dans lesquels sont enfermées des reliques ; 
trois pyxides , une d'argent et deux en ivoire avec des 
reliques ; six croix d'or ; trois crucifix d'argent. Dans 
l'abside, autour de l'autel, deux argentées*. 

Devant l'autel est suspendue une roue 5 formée de clo- 
chettes. 

Quatre évangéliaires, y compris celui que nous a donné 
l'empereur Lothaire ; l'un d'entre eux est écrit en lettres 
d'or et couvert d'or ; et un autre qui sert tous les jours 
est couvert d'argent. 

Quatre pupitres 6 pour placer les évangéliaires ; deux 

i. Ad sanctam Mariam, ces mots désignent soit une chapelle 
de l'église abbatiale, soit l'église collégiale de Sainte-Marie, fondée 
par les religieux de Prum, et située près du monastère. 

2. Tabulée argenteœ ; ces expressions signifient des feuilles d'ar- 
gent sur lesquelles étaient représentés soit au trait, soit au repoussé, 
différents sujets religieux. 

3. Le mot phylactère, qui peut recevoir plusieurs sens divers, est 
employé ici comme synonyme de coffret. 

A. Nous n'avons pu traduire les derniers mots de cette phrase ; si, 
au lieu de parietis, nous lisions parietes, nous interpréterions ainsi 
ce passage : dans l'abside , autour de l'autel, les deux murailles sont 
couvertes de lames d'argent. 

5. Nota, c'est-à-dire une couronne à peu près semblable à celles 
qui sont mentionnées dans d'autres passages de l'inventaire. 

6. Nous avons traduit tabulée par pupitre; mais c'est en tremblant 
que nous avons hasardé celle interprétation ; nous n'en voyons, au 
reste, pas de meilleure. On lit dans le Glossaire de Ducange (v° Ta- 
bulée ad evangelia) un passage d'Udarilric (Lib. 1. Consuetudo Clu- 
niac, cap. 12°, de caena Domini), duquel il résulterait que les mots 



• — 238 — 

couverts d'or et de pierreries ; un autre 1 tout entier en 
argent. Un missel orné d'or et de pierreries ; un lection- 
naire décoré de la même manière ; un antiphonaire avec 
des couvertures d'ivoire ; un tropaire 2 également avec 
des couvertures en ivoire. Un pupitre que nous appelons 
analogium, en argent, orné d'arcatures 3 ; au-dessus on 
voit un aigle doré, perché sur un globe d'argent ; à ce 
pupitre sont suspendues des machines composées de 
quatre parties, brillant d'or et d'argent et qui se nomment 
dans la langue française 4 panthères 5 . 

Sept couronnes d'argent et treize petites couronnes 
argentées suspendues dans les chapelles ; deux des cou- 
ronnes d'argent sont dorées ; entre elles est suspendu un 
vase de cristal. Devant l'autel du Saint-Sauveur, il y a 
sept lampes ; devant l'autel donné par l'empereur, il y a 
deux vases d'or et d'argent. 

Quatre calices d'or, y compris celui dont notre sei- 
gneur Lothaire nous a fait présent, avec autant de pa- 
tènes et deux chalumeaux. Trois calices d'argent, sans 
compter ceux qui servent journellement au sacrifice. 

Tabulœ ad evangelia signifient les lames d'argent qui servent de 
couvertures au livre des évangiles ; mais il nous semble que cette in- 
terprétation ne peut être admise ici. 

t. Nous avons traduit comme si le texte eût contenu le mot alter- 
num ; altare doit être une faute de copiste ou de typographie. 

2. Croparium est une locution vicieuse pour troparium. Le tro- 
parium était un livre de chœur qui contenait les tropes. 

3. Nous ne garantissons pas l'exactitude de la traduction du mot 
arcubus. 

i. Cette mention de la langue française (gallica lingua) est as- 
sez curieuse. 

5. Nous ignorons ce qu'il faut entendre par le mot pant hères ; 
toutes les recherches que nous avons faites à cet égard ne nous ont 
procuré aucun renseignement qui nous satisfasse. 



— 289 — 

Treize chandeliers d'argent, et un grand chandelier en 
ouvrage de fonte avec des figures de lions. Trois bassins 
pour recevoir les offrandes* ; un en or et semé de pierre- 
ries, que nous avons dit avoir été donné par l'empereur 
Lothaire ; deux autres : l'un couvert d'or et d'argent, le 
troisième d'argent, pour l'usage quotidien. 

Deux aubes, que l'on nomme aussi éphod ; vingt ma- 
nipules que nous appelons fanons ; douze sont ornés 
d'or, six d'argent, sans compter ceux dont on se sert tous 
les jours. 

Six ampoules 2 avec trois patènes ; trois de ces am- 
poules, y compris celle que nous avons rappelée plus 
haut, sont en or et semées de pierreries, et les trois 
autres en argent. 

Trois bassins : l'un d'or, avec un vase contenant de 
l'eau pour les ablutions, donné par l'empereur Lothaire ; 
un autre niellé , mais sans vase ; le troisième argenté, 
avec un vase pour les ablutions , servant tous les jours. 

Quatre encensoirs : deux en or, un en argent et un en 
cuivre. Deux navettes 3 , une en ivoire, l'autre en argent. 

Quarante-trois tapisseries suspendues aux murailles. 
Sur l'autel du Saint-Sauveur, cinq tapisseries rehaussées 
d'or, et une servant tous les jours. Sur l'autel donné par 
l'empereur, trois tapisseries également rehaussées d'or, 
et onze autres sur les différents autels. 

i. Colatoria. Nous avons suivi le sentiment de Hontheim dans 
notre traduction ; Ducange et ses continuateurs n'ont pas indiqué 
toutes les acceptions de ce mot. 

2. Les ampulice de l'inventaire de Prum étaient ce que nous ap- 
pelons aujourd'hui les burettes. 

3. Les navettes sont, comme on le sait, les boîtes dans lesquelles 
on enferme l'encens. 



— 260 — 

Sept tapis en laine destinés à être placés sur les autels 
pendant le carême, un autre en soie pour l'autel du Saint- 
Sauveur ; un autre, partie en soie, partie en plumes, pour 
l'autel dont l'empereur nous a fait présent ; dix pour les 
dossiers des stalles ; deux coussins en soie pour les sièges 
et quatre autres pour placer sous les évangéliaires. 

Lisez les noms des saints de manière à obtenir par 
leurs prières la vie éternelle. 

L'année de l'Incarnation, huit cent cinquante-deux, 
dans l'indiction xv e , l'empereur Lothaire, la 35 e année de 
son règne comme roi d'Italie, et la 15 e comme empereur 
des Francs, arrivant dans le monastère de Prum , qui a 
été fondé en l'honneur de notre seigneur et sauveur 
Jésus-Christ, et de sa Mère, et de notre seigneur le bien- 
heureux Jean-Baptiste, son précurseur, et des très-saints 
apôtres Pierre et Paul et des autres apôtres, et du pre- 
mier martyr Etienne et de tous les saints martyrs, et des 
vénérables confesseurs Martin et Benoît , et de tous les 
saints ; l'empereur Lothaire a offert les objets décrits ci- 
dessus au Saint-Sauveur et à tous les saints prérappelés, 
dévotement et pour le salut de son âme, et celui de son 
épouse défunte et de tous ses prédécesseurs, et pour la 
paix de l'Empire. Lothaire est mort l'an du Seigneur 
huit cent cinquante-cinq. 



NOTICE 



SUR 



L'ÉGLISE DE CHÀMP-LE-DUC 



DÉPARTEMENT DES VOSGES, 



PAR M. AUG. DIGOT. 



i»t« 



La Lorraine , malgré la richesse et l'industrie de ses 
habitants, est peut-être, de toutes les provinces de 
France, celle qui a conservé le plus petit nombre de mo- 
numents historiques. Elle fut autrefois couverte d'églises 
romanes et ogivales ; mais les calamités de toute nature 
qui pesèrent sur elle au xvn e siècle, ont amené la des- 
truction de la plupart de ces admirables édifices. On sait 
que, sous le règne du malheureux Charles IV, la Lor- 
raine fut envahie et ravagée par les Français et les Sué- 
dois ; à cette époque désastreuse , beaucoup d'églises 
furent pillées, brûlées, démolies ou transformées en for- 
teresses par les bandes qui parcouraient le pays ; d'autres 
périrent par suite du défaut d'entretien, et quand Léopold 
vint, après le traité de Riswich, prendre possession des 



— 262 — 

Etats qu'avaient gouvernés ses ancêtres, et ramener dans 
notre province la paix et l'abondance, on fut obligé de 
reconstruire totalement ou partiellement une foule d'é- 
glises rurales qui tombaient en ruine. Le mauvais goût 
du xvm e siècle contribua encore notablement à diminuer 
le nombre des édifices élevés pendant le moyen âge. Au- 
jourd'hui, il n'est pas aisé de rencontrer dans nos cam- 
pagnes une église entière dont la construction remonte à 
cette époque. La plupart de celles qui ont échappé à tant 
de causes de destruction ne sont plus intactes, et presque 
toujours, un portail, une nef, une abside de formes mo- 
dernes viennent malheureusement et disgracieusement 
s'accoler à la partie ancienne qui a survécu. 

Cependant plusieurs monuments curieux ont échappé 
tout entiers au sort qui les menaçait, et, parmi ceux qui 
ne sont plus intacts , il en est qui méritent de fixer l'at- 
tention des artistes , des archéologues et des historiens. 
Notre province a conservé , grâce à la bonne qualité des 
matériaux, quelques édifices des xi e et xn e siècles, qui 
suffisent, nous le croyons du moins, pour déterminer 
quels furent, en Lorraine, les caractères du roman se- 
condaire et du style de transition. 

Ces observations seront neuves jusqu'à un certain 
point, car les études archéologiques ont commencé fort 
tard dans cette province. Le nombre des hommes qui s'y 
livrent est encore extrêmement restreint, et il est résulté 
de cette lenteur à s'instruire , des actes de vandalisme 
que tout le monde déplore aujourd'hui. 

En première ligne des plus anciens édifices que possède 
notre pays, nous placerons l'église de Champ-le-Duc, qui 
nous parait avoir été élevée dans la première moitié ou au 
plus tard vers le milieu du xi e siècle. Si l'archéologie était 



— 263 — 

moins avancéede nos jours, on serait même tenté d'assigner 
à cette église une date plus reculée ; car une tradition, qui 
se conserve encore dans les Vosges, en attribue la construc- 
tion à Charlemagne et la fait, par conséquent, remonter à 
la fin du vm e siècle ou au commencement du ix e siècle. 
Cette erreur, évidente pour toute personne un peu fami- 
liarisée avec les études archéologiques, doit être attribuée 
à une circonstance rapportée par Eginhard, par l'auteur 
des Annales metenses, et par un autre chroniqueur de 
la même époque. 11 résulte d'un récit de ces trois anna- 
listes, récit que nous rapporterons tout à l'heure, que les 
Carlovingiens possédaient à Champ une villa dans la- 
quelle ils se rendaient quelquefois pour se livrer aux dé- 
lassements de la pèche et de la chasse. Champ est, en 
effet, situé à l'entrée des grandes vallées et des profondes 
forêts des Vosges, à proximité de la Vologne et de plu- 
sieurs autres cours d'eau ; en un mot , il est admirable- 
ment placé pour faire une station de chasse digne d'un 
souverain. 

Maintenant, il ne reste plus rien de la villa carlovin- 
gienne ; on montre seulement aux étrangers , au-dessus 
des fondations d'une maison , un vieux pan de mur, qui 
peut bien avoir deux mètres d'épaisseur, et que l'on sup- 
pose gratuitement avoir appartenu à la maison de Char- 
lemagne. 

On a voulu voir aussi dans le nom même de Champ, 
en latin Campus , une preuve de la grande antiquité de 
ce village, et on a prétendu que cette dénomination lui a 
été donnée parce que Charlemagne y avait convoqué un 
champ de mai ou un champ de mars. Hàtons-nous de dire 
que rien dans l'histoire ne vient appuyer cette assertion, 
et que le nom de Champ, soit seul, soit réuni à d'au- 



— 264 — 

très mots, se rencontre fréquemment en Lorraine. Nous 
citerons seulement, pour en donner la preuve, les vil- 
lages ou hameaux de Champenoux (Campus spinosus), 
de Champdray (Campus directus), de Champigneules 
(Campaniolœ) , de Champ-du-Pain, de Champ-des- 
Brayes, de Champ-à-Nabor, enfin un village et un ha- 
meau appelés tous deux Champ, situés dans les Vosges, 
et distincts de celui qui nous occupe 1 . 

Malgré la fausseté de cette étymologie, on ne peut nier 
que le village de Champ-le-Duc ne soit un des plus an- 
ciens de notre province. Les séjours qu'y firent plusieurs 
princes de la famille de Charlemagne y attirèrent de bonne 
heure un certain nombre d'habitants. Nous avons dit que 
Charlemagne lui-même s'y rendait quelquefois. Egin- 
hard, l'auteur des Annales metenses et le rédacteur de la 
chronique intitulée Annales rerum francicarum quœ 
a Pipino et Carolo magno gestœ sunt, rapportent que, 
vers le mois de juillet 805, l'empereur se rendit d'Aix-la- 
Chapelle à Thionville, de Thionville à Metz et de Metz à 
Champ, pour chasser dans les Vosges. Ils ajoutent que, 
pendant son séjour dans cette villa, son fils Charles re- 
vint victorieux d'une expédition contre les Slaves de Bo- 
hême ; qu'à son entrée sur le territoire de l'Empire, il 
apprit que Charlemagne se trouvait à Champ, et qu'il se 
rendit dans cette localité pour annoncer lui-même à son 
père l'heureux succès de son expédition. L'annaliste mes- 
sin ajoute que l'empereur le reçut avec une grande joie, 
cum gaudio suscepil' 2 . 

1. V. Durival, description de la Lorraine et du Barrois, t. III, 
pages 73-73 ; Calmet, Notice de la Lorraine, t. I , col. xxxiij, et, 
t. II, col. xxij etxxiij. 

2. Nous nous bornons à reproduire le récit d'Eginhard ; celui des 
deux autres chroniqueurs est à peu près identique. 



— 265 — 

L'importance de Champ augmenta encore dans les 
siècles qui suivirent, et son église devint le centre d'une 
paroisse très-considérable, de laquelle dépendaient les 
villages ou hameaux de Laveline, Prey, Fiménil, Beau- 
ménil, Fays, Laval, Belmont, Domfaing, Malien, La Cha- 
pelle, Tiriville, Neune, Biffontaine , Saint-Jacques-du- 
Statt, Vienville, Granges, Frambeménil, Evelines, Le- 
roux, etc., et enfin la ville de Bruyères, dont la cure ne 
fut érigée que le 15 juillet 1612*. 

L'étendue et l'importance de cette paroisse expliquent 
comment on a pu construire dans une localité éloignée 
des grands centres de population un édifice aussi remar- 
quable que celui dont on va lire la description. 

Cette église n'est malheureusement plus entière ; vers 
l'année 1720, époque où elle avait pour curé le savant 
Sommier, qui fut plus tard archevêque de Césarée et 
grand prévôt de l'insigne collégiale de Saint-Dié, on en 
reconstruisit le portail et les trois nefs, à l'exception ce- 

«i ... Eodem anno (805) misit exercitum suum cum filio suo Karolo 
»» in terram Sclavorum qui Behemanni vocantur, qui omnem illorum 
» patriam depopulatus , Ducem eorum nomine Lechonem occidit ; 
» et inde regressus in Vogesum sylvam, ad patrem, venit in loco qui 
n dicitur Camp. Nain Imperator julio mense de Aquisgrani profectus, 
» per Theodonis villam atque Métis transiens, Vosegum petiit, ibique 
» venationi vacans, post reversionem exercitus ad Rumerici castra 
» profectus, ibique aliquantum temporis moratus, ad byemandum in 
» Theodonis villa palatio suo consedit ». V. Eginardi annales de 
gestis Caroli magni imperatoris, dans la collection de Duchesne, 
intitulée : Historiœ Francorum scriptores, t. II, p. 252 et 233. 

Le passage de la chronique intitulé : Annales rerum francica- 
rum, etc., se trouve dans le même volume, p. 43 et celui des An- 
nales metenses dans le t. III, p. 291 et 292. 

1. Pouillé ecclésiastique et civil du diocèse deToul, par le P. Be- 
noît Picart, t. II, p. 158-162. 

18 



— 26G — 

pendant des piliers et des arcades appuyées sur ces pi- 
liers. 

L'église de Champ est orientée suivant les traditions 
catholiques. On y pénètre aujourd'hui en traversant une 
sorte de portique ayant 9 mètres environ de largeur et 4 
mètres 20 centimètres de hauteur. Ce pronaos appartient 
aux nouvelles constructions ; mais, selon toutes les appa- 
rences, il a été élevé sur les fondations d'un ancien vesti- 
bule. On entre dans la nef actuelle par une seule porte 
qui n'a rien de remarquable, et on découvre immédiate- 
ment la disposition et l'ordonnance intérieure de l'église. 
Elle se compose d'une nef principale accostée de deux 
nefs plus petites, d'un transept et de trois absides : elle a 
par conséquent la forme d'une croix latine. 

Les trois nefs, d'une longueur de 17 mètres, n'offrent 
plus d'autres vestiges d'antiquité que quatre gros piliers 
carrés, quatre piliers monocylindriques et les arcades qui 
viennent retomber sur ces piliers et séparent la nef prin- 
cipale des deux petites nefs. Les arcades dont nous ve- 
nons de parler sont au nombre de trois seulement de 
chaque côté. La plus rapprochée de l'entrée s'appuie sur 
un pilastre qui fait saillie dans le mur occidental et sur 
le premier pilier carré ; la seconde repose sur ce pilier et 
sur le suivant ; la troisième, enfin, sur le second pilier et 
sur un pilastre , engagé dans un des massifs soutenant la 
voûte du transept et la tour qui la surmonte, et que nous 
décrirons tout à l'heure. Mais ces grandes arcades sont 
elles-mêmes subdivisées en deux arcades plus petites, 
qui s'appuient sur les piliers carrés et sur les piliers mo- 
nocylindriques que nous venons de mentionner. Cette dis- 
position semble avoir été assez fréquemment observée 
en Lorraine pendant le xi e siècle, et on la remarque dans 



— 267 — 

l'un des côtés de l'église collégiale (aujourd'hui cathé- 
drale) de Saint-Dié, dont la nef a été, comme l'église de 
Champ, construite vers le milieu de ce siècle ; là on voit 
aussi de grands cintres embrassant des cintres plus petits. 

Toutes ces arcades, comme, en général, les anciennes 
ouvertures de l'église, sont en plein-cintre ; elles n'ont 
aucun ornement, ni aucune moulure ; seulement, les 
grandes forment une saillie assez prononcée au-dessus 
des petites. Nous devons encore faire observer que la 
grande arcade voisine de la porte d'entrée n'est pas sub- 
divisée ; l'espace que les deux petits cintres auraient oc- 
cupé est envahi aujourd'hui par le buffet d'orgues ; mais 
nous pensons que, pour établir ce dernier, on a élevé de 
chaque côté de l'église un pilier monocylindrique et les 
arcades qu'il soutenait. Au-dessus des grands cintres 
règne un filet en pierre assez saillant ; la disposition de 
cette partie de l'église nous porte à croire que les trois 
nefs n'ont pas été voûtées et qu'elles n'ont jamais eu 
qu'un plafond plus ou moins orné, comme la plupart des 
églises construites à cette époque 1 . 

La hauteur de la nef principale est de 7 mètres 50 cen- 
timètres. Nous passerons sous silence les nefs latérales, 
qui n'offrent absolument rien de curieux. Elles sont éclai- 
rées par des fenêtres modernes d'assez mauvais goût. 

Les quatre gros piliers qui soutiennent les grandes 
arcades sont lourds et massifs. Leur couronnement, car 
elles n'ont pas de chapiteau, est formé d'un tailloir peu 
élevé, d'un quart de dond, d'une scotie et d'un tore. 

1. On voit dans le mur, de chaque côté de la nef principale, et au- 
dessus du filet dont nous venons de parler, trois ou quatre modillons 
ou consoles en pierre, qui semblent avoir aidé à supporter l'ancien 
plafond. * 



— 268 — 

Les quatre piliers monocylindriques ne se ressemblent 
pas ; les deux plus rapprochés de la porte ont des fûts 
parfaitement unis, et ces fûts sont surmontés d'un cha- 
piteau en forme de cube, arrondi par le bas et terminé à 
cet endroit par un gros tore. Les tailloirs, fort élevés, 
sont ornés de plusieurs moulures entièrement pareilles à 
celles qui surmontent les piliers carrés. 

Les deux piliers monocylindriques, voisins du transept, 
ne sont pas semblables à ceux que nous venons de dé- 
crire. Celui qui est placé du côté de l'évangile porte un 
chapiteau godronné et les facettes de la corbeille se pro- 
longent sur le gros tore qui la termine et sur le fût du 
pilier jusqu'à la base. L'autre pilier et son chapiteau dif- 
fèrent beaucoup de ceux que nous venons de mentionner ; 
mais une description n'en donnerait qu'une idée fort im- 
parfaite. Les bases sont formées d'un simple chanfrein. 

Le transept a 22 mètres 50 centimètres du nord au 
sud ; il est divisé en trois travées , dont la principale se 
trouve entre la nef et l'abside. Ces travées sont voûtées 
en arête, et celle du milieu, qui a 12 mètres environ de 
hauteur, est soutenue par des arcs doubleaux formés 
d'énormes boudins. Les retombées de cette dernière 
voûte s'appuient sur quatre gros massifs en maçonnerie, 
ornés de pilastres, de corniches et de colonnes engagées. 
Ces colonnes sont au nombre de quatre seulement et pla- 
cées les unes vis-à-vis des autres, deux vers la nef, et 
deux vers l'abside. Elles ont beaucoup d'analogie avec 
les piliers monocylindriques de la nef ; leurs chapiteaux 
sont analogues aux chapiteaux en forme de cube arrondi 
par le bas, que nous venons de décrire et que l'on re- 
trouve fréquemment, dans les églises de cette époque, 
sur les bords du Rhin et même en Lorraine , notamment 



— 269 — 

dans la chapelle castrale de Mousson, l'église de Blénod- 
lès-Pont-à-Mousson, celle du prieuré de Flavigny et le 
vestibule placé sous la tour de l'ancienne église abba- 
tiale de Saint-Mihiel. Mais les tailloirs de ces chapiteaux 
sont tous différents de ceux que nous avons décrits. Ils 
sont façonnés en biseau et couverts d'ornements. Tantôt, 
ainsi qu'on peut le remarquer en jetant les yeux sur les 
dessins joints à ce mémoire, ce sont des espèces d'échi- 
quiers formés par des filets saillants qui se coupent en 
fasce, en pal, en barre et bande ; tantôt ce sont des 
palmes ou d'autres ornements empruntés au règne végé- 
tal et tous d'un fort bel effet, mais malheureusement em- 
pâtés par les nombreuses couches de badigeon qui re- 
couvrent l'intérieur de l'église. 

Ces tailloirs servent de couronnement à des espèces de 
pilastres accolés aux massifs qui soutiennent la voûte ; 
ils se prolongent, en forme de corniche, sur les murailles 
du transept et des trois absides, dans une grande partie 
de leur étendue. 

Les bases des colonnes engagées sont formées de trois 
gros tores d'une égale épaisseur, mais de diamètres iné- 
gaux, qui reposent sur un socle droit, auquel les tores se 
rattachent par des pattes de forme géométrique et angu- 
leuse. Les massifs de maçonnerie et les pilastres ont un 
socle droit surmonté d'un chanfrein. 

Trois des chapiteaux surmontant les colonnes engagées 
sont entièrement nus ; mais le quatrième, celui qui ter- 
mine la colonne placée du côté du sud-est , présente un 
bas-relief qui demande une mention particulière. La face 
du chapiteau qui regarde l'abside offre un cercle dont le 
contour est tracé par un tore peu saillant. Au milieu du 
cercle se trouvent deux personnages à cheval allant l'un 



— 270 — 

au-devant de l'autre et se tendant les bras. (V. la fig. 1.) 
Celui qui se trouve à la gauche du spectateur tient à la 
main un objet qu'il est difficile de déterminer, et qui peut 
être une palme ou une branche d'arbre. D'après une tra- 
dition, dont nous ignorons l'origine, le sculpteur aurait 
voulu figurer sur ce chapiteau l'entrevue de Charlemagne 
et de son fils Charles, au moment où ce dernier, de re- 
tour de sa glorieuse expédition contre les Slaves de Bo- 
hème, vint rejoindre son père dans la villa de Champ. 
Le rédacteur des Annales metenses dit que l'empereur 
reçut son fils avec beaucoup de joie : cum gaudio sus- 
cepil. Ce sentiment semble assez bien rendu sur le bas- 
relief en question, malgré l'extrême grossièreté du tra- 
vail. Dans cette hypothèse, l'espèce de rameau qu'un des 
deux personnages porte à la main, aurait été placé là 
pour faire connaître le fils de l'empereur, et pour indi- 
quer qu'il revenait victorieux de son expédition. Au sur- 
plus, nous ne nous rendons pas garant de l'exactitude de 
cette explication ; nous savons combien les sculptures 
historiques sont rares dans les églises du moyen âge , et 
nous n'ignorons pas à quelles conséquences absurdes on 
est arrivé en voulant interpréter historiquement les bas- 
reliefs et les différentes représentations figurées qui or- 
nent les édifices des périodes romane et ogivale. 

Le cercle dans lequel est enfermé le bas-relief que 
nous venons de décrire, repose sur le dos d'un animal 
bizarre, qui paraît être une espèce de cheval. La face du 
chapiteau regardant la nef principale présente un autre 
cercle, ou plutôt un demi-cercle, au milieu duquel on 
voit un personnage debout, et tellement couvert de badi- 
geon, qu'il est impossible de deviner ce que le sculpteur 
a voulu représenter. Près des chapiteaux qui surmontent 



— 271 — 

les quatre colonnes engagées du transept, se trouvent des 
portions de chapiteaux qui font saillie hors des massifs 
de maçonnerie, et sur lesquels viennent s'appuyer les 
arcs-doubleaux de la travée centrale. Celui de ces demi- 
chapiteaux qui est à l'entrée de l'abside du côté de l'é- 
pitre, présente une tête humaine sculptée, ou, pour mieux 
dire, ébauchée et d'un travail grossier. 

Le transept n'est éclairé que par deux fenêtres ouvertes 
à deux de ses extrémités. Ces fenêtres sont ébrasées à 
l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur, et de fort petites 
dimensions. 

Pour arriver des nefs latérales dans le transept, et pour 
pénétrer de celui-ci dans les petites absides, il faut passer 
sous des arcades à plein-cintre, très-basses, et qui n'ont 
rien de remarquable. Les petites absides sont voûtées et 
terminées par une muraille droite : leur forme est, par 
conséquent, quadrilatérale. Au fond de chacune d'elles se 
trouve une fenêtre qui ne présente plus aucune trace 
d'antiquité. On voit dans ces absides deux portes très- 
étroites, par lesquelles on parvenait aux escaliers con- 
duisant sur les combles et au sommet de la tour ; une de 
ces portes a été murée, et l'escalier voisin démoli , si nos 
souvenirs ne nous trompent pas. 

L'abside principale, dans laquelle on n'arrive mainte- 
nant qu'après avoir gravi plusieurs .degrés 1 , se divise en 
deux parties bien distinctes. La première, qui forme, à 
proprement parler, le chœur de l'église, n'a qu'une seule 
travée éclairée par deux fenêtres, qui ont été refaites et 
agrandies pendant le siècle dernier. La seconde abside 

1. II faut également monter quelques degrés pour pénétrer dans 
les petites absides. 



— 272 — 

proprement dite est voûtée en cul-de-four. La longueur 
totale des deux parties est de 9 mètres. La hauteur est la 
même que celle du transept ; mais la portion arrondie du 
fond de l'abside a 5b centimètres de moins. 

A l'extrémité orientale de l'église s'ouvrent trois petites 
fenêtres romanes fortement ébrasées à l'intérieur. Leurs 
pieds-droits sont accompagnés de colonnettes engagées. 
Les bases de ces colonnettes se composent d'un carré sé- 
paré par deux tores et s'appuient sur une espèce de chan- 
frein ; les chapiteaux cubi-coniques sont dépourvus de 
tailloirs et ne soutiennent pas d'archivoltes. 

Telles sont les observations que nous a fournies l'exa- 
men intérieur de l'église de Champ ; elles ont suffi pour 
nous engager à fixer le milieu du xi e siècle comme date 
de la construction de cet édifice. L'examen de son exté- 
rieur ne pourra que nous confirmer dans cette opinion. 

Nef. — Elle ne présente plus au dehors aucun vestige 
d'antiquité. 

Transept méridional. — La petite fenêtre dont nous 
avons parlé est accostée de deux pilastres à facettes, ou, 
pour parler plus exactement, de deux colonnes engagées 
qui reposent sur une plinthe assez haute et terminée par 
un chanfrein. Les chapiteaux de ces colonnes sont cou- 
verts d'ornements empruntés au règne végétal, et ne 
soutiennent rien. Leurs bases sont assez curieuses ; elles 
sont formées d'une sorte de chanfrein, de deux quarts de 
rond et d'un autre chanfrein, rattachés par des pattes à 
un socle droit. Enfin, les angles du transept sont soute- 
nus par deux contreforts très-massifs, mais peu saillants, 
surmontés d'un larmier qui règne sur toute l'étendue de 
la façade et sert à éloigner les eaux pluviales. 



— 273 — 

Transept septentrional. — Il n'est pas entièrement 
semblable à l'autre. Les deux pilastres sont semi-cylin- 
driques au lieu d'être anguleux ; leurs chapiteaux en 
forme de cube arrondi par le bas, comme la plupart de 
ceux de l'église ; leurs bases composées de deux quarts 
de rond, d'un chanfrein, d'une espèce de doucine et d'un 
second chanfrein, rattachés par des pattes triangulaires à 
un socle droit, divisé en deux étages , dont le second est 
en retraite sur le premier ; enfin , ces pilastres s'élè- 
vent jusqu'au sommet de la muraille et soutiennent, ainsi 
que les deux contreforts des angles, une espèce de ban- 
deau , qui sert de corniche , et sous lequel se trouvent 
aussi des modillons fort simples. 

Petites absides. — Elles n'ont au dehors rien qui mé- 
rite d'être remarqué. Leurs angles sont soutenus aujour- 
d'hui par d'énormes contreforts, élevés, il y a déjà plus 
d'un siècle, pour empêcher l'écartement des voûtes. 

L'abside principale, ou, pour mieux dire, la portion ar- 
rondie de cette abside, présente à l'extérieur une orne- 
mentation fort curieuse ; malheureusement elle est en 
partie masquée par une sacristie de construction mo- 
derne et de l'effet le plus disgracieux. L'ornementation 
se compose de deux étages établis l'un sur l'autre. Im- 
médiatement au-dessus du sol règne un soubassement en 
saillie terminé par un chanfrein ; ce soubassement sou- 
tient six colonnes engagées , à bases fort simples , mais 
dont les chapiteaux, surmontés d'énormes tailloirs, sont 
couverts de différents ornements, de palmes, de galons, 
etc. Sur ces colonnes reposent les bases de six autres 
colonnes torses, dont les chapiteaux ont la forme de cubes 
arrondis par le bas. Enfin, immédiatement au-dessus se 
trouve une corniche formée d'un simple filet saillant et 



— 274 — 

appuyée sur des modillons. (Voyez figure 2.) Les trois 
petites fenêtres que nous avons décrites un peu plus haut 
sont percées dans les espaces vides qui séparent les co- 
lonnes ; elles n'ont, à l'extrémité, d'autre ornement qu'un 
gros boudin qui suit leurs contours. Dans la partie de 
l'abside qui regarde le sud-est, au-dessous d'une de ces 
fenêtres, on remarque une ouverture qui a la forme d'un 
quatre-feuillcs encadré dans un cercle ; cette ouverture 
répond dans l'intérieur de l'église à une arcature ogivale, 
qui présente, ainsi que le quatre-feuilles, tous les carac- 
tères du xv e siècle, et qui sert d'entrée à une espèce d'ar- 
moire, dans laquelle on plaçait soit le Saint-Sacrement, 
comme le supposent quelques personnes, soit une lan- 
terne destinée à éclairer le cimetière. Des ouvertures 
semblables à celle-ci se voient dans une foule d'églises 
en Lorraine, et l'absence absolue, aujourd'hui bien cons- 
tatée, de ces fanaux de cimetière, encore assez communs 
dans l'ouest de la France, a fait penser, non sans raison, 
qu'elles avaient une destination analogue. 

L'arcature que nous venons de mentionner est fermée 
au moyen d'une grille en fer d'un travail très-délicat, et 
formée uniquement des lettres composant la prière de 
Y Ave Maria. Ces lettres, qui sont de belles capitales go- 
thiques, se trouvent réunies et liées l'une à l'autre, de 
manière à présenter une clôture suffisante sans cesser 
d'être assez lisibles. 

Pour achever ce que nous avions à dire de l'extérieur 
de l'église, il ne nous reste plus qu'à parler de la tour, 
qui s'élève sur la travée centrale du transept. Cette tour, 
assez massive, est de forme carrée ; chacune des faces a 
7 mètres de largeur, et la hauteur totale depuis la voûte 
du transept est de 13 mètres. La toiture est formée d'une 



— 275 — 

flèche en charpente, octogone, et de mauvais goût. A peu 
près vers le milieu de sa hauteur, la tour est ornée d'un 
larmier ; plus haut encore se trouve un filet en pierre 
assez saillant, au-dessus duquel s'ouvre sur chaque face 
une baie romane fort large, atteignant presque le sommet 
du mur, et divisée en trois petites baies à plein-cintre, 
dont les retombées , portant des tètes humaines grima- 
çantes, s'appuient sur des colonnettes. Le cintre des 
grandes baies ne présente aucun ornement ; mais, dans 
l'espèce de tympan qui surmonte les petites baies, on 
voit une ouverture de forme ronde. Un filet semblable à 
celui que nous avons signalé réunit à la hauteur des cha- 
piteaux les fenêtres des quatre faces. 

L'appareil de toutes ces constructions, qui est parfai- 
tement visible à l'extérieur, ne présente rien de particu- 
lier. La partie ancienne a été bâtie en blocs de grès rouge 
fort commun dans les Vosges. Ces blocs sont de dimen- 
sions très-inégales. Nous n'avons remarqué aucune bri- 
que, ni aucune trace des appareils romains que l'on re- 
trouve dans quelques édifices plus anciens que l'église 
de Ghamp-le-Duc. Nous ne pouvons terminer notre no- 
tice sans dire un mot du bénitier et d'un font baptismal 
que l'on voit dans cette église. Le bénitier, de forme pé- 
diculée, nous a paru fort ancien, mais il n'offre pas de 
sculptures ; les contours et les saillies ont été tellement 
ronges par le temps, qu'il est impossible d'en donner 
maintenant une description satisfaisante. 

Le font baptismal, au contraire, est admirablement 
conservé. Il passe dans le pays pour être aussi ancien que 
l'église, et on les fait remonter tous deux à Charlemagne ; 
on sait ce qu'il faut penser de cette prétention relative- 
ment à l'édifice ; elle est plus malheureuse encore à l'é- 



— 276 — 

gard du font baptismal : en effet, on ne peut lui assigner 
une date plus ancienne que le xv° siècle, et nous en don- 
nerons tout à l'heure la preuve. 

Ce font, dont la forme est octogone, appartient à la 
classe des fonts pédicules 1 . Il se compose par conséquent 
d'un calice, d'un fût et d'un socle. (Voir figure 5 e .) La 
surface supérieure du calice présente un réservoir hé- 
misphérique assez considérable ; mais, au bas de ce ré- 
servoir, on ne voit pas, comme dans la plupart des fonts 
très-anciens, un trou par lequel l'eau qui avait servi à 
l'administration du sacrement s'écoulait à travers la base, 
jusque dans les fondements de l'édifice. La partie infé- 
rieure du calice est ornée de plusieurs moulures ; ce sont 
d'abord deux quarts de rond de volume inégal, puis un 
caret, puis enfin un talon. Le pied ou pédicule est divisé 
vers la moitié de sa hauteur par une espèce de larmier, 
et ses faces sont couvertes de losanges. La base, séparée 
du pédicule par un chanfrein , est formée d'un talon re- 
versé et présentant des losanges d'une scotie et d'un 
socle droit. 

Quand on considère tout cet ensemble , le caractère et 
la disposition de ces moulures, il est impossible de ne 
pas assigner au font baptismal de Champ la date du xv e 
siècle ; mais il est encore une autre preuve qui achève la 
démonstration. Nous avons dit que le font est octogone ; 
la partie supérieure du calice offre par conséquent huit 
faces d'égales dimensions. Deux de ces faces n'ont reçu 
aucun ornement ; sur une autre on voit une fleur à six pé- 
tales encadrée dans un cercle ; la quatrième présente deux 

i. Nous suivrons la nomenclature et classification proposée par 
M. de Caumont dans son cours d'antiquité, vi e partie. 



— 277 — 

draperies plissées, semblables à celles qu'on remarque 
sur les panneaux d'un grand nombre de portes sculptées 
au commencement du xv e siècle ; et, chose plus signifi- 
cative encore, ces draperies sont surmontées de deux 
ogives en accolade ; or, comme on ne trouve pas d'ogives 
de cette espèce avant le xv e siècle, on sera obligé de 
conclure avec nous que le font baptismal ne peut être 
antérieur à cette époque. 

Une autre face représente Notre-Dame-de-Pitié, sou- 
tenant dans ses bras le corps inanimé de Jésus- Christ ; 
dans un des angles se trouve un calice, et les trois autres 
angles renferment des fleurons analogues à ceux qui 
ornent les édifices du xv e siècle. 

Les trois dernières faces du réservoir offrent des bas- 
reliefs, dont l'interprétation est assez difficile ; cependant, 
après y avoir bien réfléchi, nous croyons pouvoir en 
donner l'explication suivante. L'un des bas-reliels en 
question présente une tête imberbe, à chevelure courte, 
et coiffée d'une couronne qui a beaucoup d'analogie avec 
la couronne ducale. (Voir figure 5 e .) Malgré cette faute 
de costume, nous pensons que le sculpteur a voulu figu- 
rer Gharlemagne. Son intention deviendra évidente , si 
l'on considère le bas-relief voisin, sur lequel on voit un 
personnage à cheval ayant une toque sur la tête, un sabre 
au côté et jouant de l'olifant. (Voir figure 6 e .) Nous ne 
savons si notre conviction sera partagée, mais nous som- 
mes persuadé que ce bas-relief représente Charlemagne 
se livrant à l'exercice de la chasse. La dernière face du 
font baptismal est couverte par un bas-relief que nous 
regardons encore comme historique. A la droite du spec- 
tateur, un homme, qui parait déjà avancé en âge, est à 
genoux et les mains jointes. Plus à la droite, on voit une 



— 278 — 

fleur de lys d'assez grande dimension. A gauche se tient 
debout un individu imberbe, vêtu d'une aube qui tombe 
jusqu'à terre. Il est coiffé d'une mitre et tient dans ses 
mains une longue draperie, ou plutôt un manteau qu'il a 
l'air de remettre au personnage agenouillé. (Voir fig. 6 e .) 
Au risque de nous tromper encore, nous pensons qu'il 
faut voir ici le pape Léon 111 , présentant à Charlemagne 
le manteau impérial, cérémonie qui eut lieu dans l'église 
du Vatican le jour de Noël, la dernière année du vm e 
siècle. 

De tout ce qui précède, nous croyons devoir conclure : 
1° que l'église de Champ, loin de remonter au commen- 
cement du ix e siècle, a été construite au commencement 
du xi e ; 2° que cette église est néanmoins une des plus 
anciennes , peut-être même la plus ancienne que notre 
province ait conservée ; 5° que le font baptismal n'a été 
exécuté que pendant le xv e siècle ; 4° enfin, que le chapi- 
piteau sur lequel on voit deux personnages à cheval, et 
trois des faces du font baptismal offrent, selon toutes les 
apparences, de véritables représentations historiques 1 . 



1. On suppléera à l'insuffisance de notre mémoire au moyen des 
figures qui l'accompagnent, et qui sont des reproductions fidèles des 
dessins originaux exécutés, il y a environ vingt-cinq ans, par. M. Ho- 
gard père, d'Epinal. Nous devons les copies de ces dessins à l'obli- 
geance de M. Hogard fils, directeur des chemins vicinaux du dépar- 
tement des Vosges. Les originaux accompagnent une notice histo- 
rique, inédite sur l'église de Champ, composée en 1822 par M. Mou- 
geot, médecin a Bruyères. 



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I 












REPERTOIRE ARCHÉOLOGIQUE 



DU 



DÉPARTEMENT DE LAMEURTHE 



RENSEIGNEMENTS 



BlBLlOCRANftllES ET ABRÉVIATIONS. 



Bull. Bulletins de la Société cl' Archéologie lorraine. 

C. Communes de la Meurthe, par M. Henri Lepage. 

D. T. Dictionnaire topographique de la Meurthe, par le 

même. 

«L Journal de la Société d'Archéologie. 

M. Michel, Statistique de 1822. 

Mém. Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine. 

S. Statistique de la Meurthe, par M. Henri Lepage. 



Nota. La pagination de ce travail fait suite à celle du Répertoire 
archéologique de l'arrondissement de Sarrebourg, publié dans le 
t. IV e des Mémoires, afin que les amateurs puissent, plus tard, s'ils 
le désirent, réunir les différents Répertoires archéologiques qui au- 
ront été publiés par la Société. 



RÉPERTOIRE ARCHÉOLOGIQUE 



DES CANTONS DE 



COLOMBEY ET TOUL-SUD 



PAR M. E. OLRY. 



~7->S>^î-i 



CANTON DE COLOMBEY. 

ABONCOURT- EN -VOSGES. Époque romaine. 
Chemin ferré. Voie romaine venant de Vaudémont par 
Vandeléville, et prenant ensuite la direction du sud-ouest. 
Aux-Epices, ruines d'habitations, tuiles à rebords. Dans 
une forêt défrichée , à peu de distance du chemin ferré, 
monnaies antiques. | Ép. moderne. Ancienne voie dite 
Chemin-de-la-Borde (D. T.). Eglise paroissiale Saint- 
Pierre et Saint-Paul ; plan en forme de croix de Lorraine 
(C. table) ; chevet plat, du style roman de transition : 
longueur, dans œuvre, 5 m 80 ; largeur, 4 m 20 ; au fond, 
fenêtre ogivale de la 3 e période, rapportée ; 1 er croisillon 
formé, d'une part, par la sacristie, et, d'autre part, par 
la chapelle des seigneurs, du xvn e siècle ou duxvm e , car- 
rée, de 4 m de côté ; avant-chœur de transition, au-dessus 
duquel s'élève la tour à bases romanes ; longueur, 4 m 15 ; 



— 56 — 

largeur, 4 m 20 ; en avant, formant le 2 e croisillon, deux 
chapelles dites de la Sainte-Vierge et de Saint-Joseph, 
des siècles derniers ; longueur, 4 m ; profondeur, 5 m 20 ; 
nef moderne, longueur, 8 m 50 ; largeur, 5 m ; portail de la 
Renaissance ; dans l'intérieur, sur le devant du maitre- 
autel, bas-relief de la Renaissance, autrefois placé au- 
dessus du portail : le christ en croix et les douze apôtres ; 
dans la chapelle Saint-Joseph, un ancien rétable de la 
Renaissance, représentant le mariage de la Sainte-Vierge ; 
en face, un tableau peint en 1775 : la Sainle-Vicrge 
donnant le scapulaire à saint Dominique . A côté de 
l'église, château du xvin c siècle, saccagé en 1790 (C.)> 
grille monumentale avec les écus de Malvoisin et de Con- 
trisson (C.)« 

ALLA1N-AUX-BOEUFS. Èp. romaine. Restes d'an- 
tiques constructions , tuiles à rebords , fragments de di- 
verses poteries, de meules en lave volcanique, aux lieux- 
dits la Haie-Mignot, les Plates-Pierres ; outre les 
produits antiques cités ci-dessus, on a trouvé un Vitellius 
et un Commode en argent, à la Sarrazinièrc ; des pierres 
plates sciées, avec des monnaies romaines en or, au Ga- 
gne-Petit ; au Poirier-Bécat, à 500 mètres au sud du 
village, dans des substructions gallo-romaines, depuis 
1860, et en plantant de la vigne, découverte d'une foule 
d'objets : trusatyle, chaîne en fer ouvragée, fibule, clé, 
bague en bronze, mors de bride, petite lampe antique en 
terre cuite, fragments de poterie ornementée, monnaies 
romaines, etc. (Ces objets ont été offerts au Musée par 
E. Olry.) A la Haute-Borne, tronçon dévoie romaine, 
pavée en pierres debout sur 4 m 50 de largeur et environ 
50 m de longueur, semblant relier la voie romaine de Lan- 
gres à Toul , aux Thermes de Crézilles. A la Poche , 



— 57 — 

plateau défriché vers 1826, trouvaille, depuis cette époque, 
de nombreuses monnaies romaines, de Trajan, d'Anto- 
nin, etc. ; en certains endroits, débris céramiques , frag- 
ments de meule en lave. A la Conielle, une soixantaine 
de moyens et petits bronzes romains frustes , trouvés à 
diverses époques dans un pâlis : quelques-uns de César, 
de Domilien et de Constantin. j| Ép. incertaine. Au 
Cercueil, à 200 mètres au nord du village, dans des car- 
rières, vers 1840, découverte de nombreuses sépultures 
(S.) avec débris d'armes, fers de lances. Au Han, à la 
sortie du village, du côté de Colombey, autres sépultures 
rangées et orientées, très-nombreuses, à m 50 ou m 40 
de profondeur, quelques pierres plates protégeant la tête. 
|| Moyen âge. Village très-ancien ; suivant Beaulieu, 
remontant au v e siècle ; mentionné d'ailleurs dans des 
chartes au ix e siècle. Au Monastère, à 2 kilomètres, dans 
la direction de Thuilley, traces d'anciennes habitations où 
la tradition prétend qu'il a existé une maison religieuse ; 
on y a trouvé divers objets au nombre desquels des pro- 
duits gallo-romains. A la Cour, quartier du village for- 
mant une enceinte carrée , constructions élevées sur les 
fondements d'un ancien couvent de femmes qu'on appe- 
lait les Dames de la Cour. Maison seigneuriale , à 
l'abbaye de Saint-Epvre ; salle du xv e ou du xvi e siècle 
avec fenêtre à meneau, surmontée d'ogives ; dans le tym- 
pan de l'une , un écusson fruste ; dans un mur de cette 
salle, où se tenaient les plaids-annaux, une arcade murée 
de 2 m 50 de rayon , en pierre de taille calcinée , reste de 
constructions du x e ou du xi e siècle. Maison de la cha- 
pelle Saint-Nicolas, bâtie au commencement du xvi e 
siècle, résidence de l'abbé desservant sa chapelle, érigée 
sous ce vocable dans l'église, en 1594, par la famille Jo- 



— 58 — 

• 

bal. [| Ep. moderne. A la voie de Crépey, découverte, 
vers 1830, dans deux pots de terre, d'une grande quan- 
tité de pièces de menues monnaies, vendues pour seize 
sous. Village détruit par les Suédois ; traces des cons- 
tructions ruinées à cette époque ; trouvaille, dans des 
décombres , d'ustensiles de cuisine , d'objets divers et de 
monnaies en quantité, des ducs Charles III, Henri II, 
Charles IV et Nicole. Croix-Malhis, érigée à la mémoire 
d'une victime de la cruauté de la soldatesque qui rava- 
geait le pays à cette époque. Cimetière des pestiférés au 
N.-E. du village, dont il est séparé par un vallon seule- 
ment ; un quartier du village situé dans cette direction 
s'appelle la Bourde. Eglise paroissiale Saint-Maurice, 
reconstruite en 1788 ; dans l'intérieur, inscription lapi- 
daire avec la date 1594, rappelant la fondation de la cha- 
pelle Sainte-Nicolas. (Voy. notice sur Allain, par E. 
Olry; Journal, 18G1.) 

ALLAMPS. Moyen âge. Village très-ancien, qui exis- 
tait déjà au vi e siècle (C). Eglise paroissiale Saint-Pierre 
et Saint-Paul , du style roman de transition , sauf quel- 
ques changements opérés à diverses époques ; plan de 
forme rectangulaire : longueur dans œuvre, 19 m 20 ; lar- 
geur, 1 l m 70 ; trois nefs de quatre travées, dont une pour 
le transept ; abside supprimée ; hauteur des voûtes : nef 
centrale, 7 m 45 ; collatéraux, 5 m 10 ; transept, déduction 
faite des deux degrés, 7 m 40 ; voûtes sur nervures à bou- 
dins ; piliers intéressants, ceux qui avoisinent le transept 
notamment, reposant sur un socle octogonal de 2 m 10 de 
diamètre; ce massif, en plan, a la forme d'une croix 
grecque, flanquée de quatre colonnes principales, et l'in- 
tervalle des bras offre encore onze colonnettes ; les cha- 
piteaux présentent une ornementation très-variée, con- 



— 59 — 

sistant en des branches de vignes et de lierre , en des 
feuillages divers , feuilles à crochets , enroulements , ga- 
lons perlés , figures grossières ; dans le transept , deux 
oculi formés par un quatre-feuilles, à moulures toriques ; 
tour en pierre au-dessus de l'un des bras du transept ; 
porte d'entrée ornementée , dans le goût de la Renais- 
sance ; rétable du maitre-autel de cette dernière époque ; 
fonts du xn e siècle. (Voy. notice sur l'église d'Allamps 
avec dessins par E. Olry ; Mémoires de la Société (VAr- 
chéologie,Xll e \ol.) \\ Ep. moderne. Dans le cimetière, 
près de la sacristie, découverte, vers 1850, d'un cercueil 
en pierre dont le couvercle était scellé ; il renfermait 
des ossements qu'on suppose être les restes d'un membre 
de la famille Ligniville, de Vannes. Près du moulin de 
la Grand-Saulx, tuilerie détruite. 

BAGNEUX. Ep. romaine. Le Père Benoit Picart, 
deToul, explique ainsi l'étymologie de Bagneux : « Ban- 
niolum, lieu où les Romains avaient des bains » ; ce vil- 
lage, du reste, est très-ancien. Quelques auteurs ont 
parlé d'un camp et d'un fort sur le territoire, à proximité 
de cette localité ; mais on n'en retrouve aucune trace. 
Voie romaine de Langres à Toul par Soulosse , qui tra- 
verse le territoire du sud au nord , sur le sol de laquelle 
on a établi le chemin de grande communication n" 1 . En 
certains endroits, cette voie, qui s'élève en remblai, peut 
être examinée ; les fossés mettent à nu les couches de 
pierres au nombre de quatre dont elle est formée ; ces 
couches, superposées, sont formées de pierres plates in- 
clinées sous un angle de 43° environ , et l'inclinaison al- 
terne à chaque couche. En 1838, au Château-Rouge, 
en abaissant le sol pour adoucir la pente du chemin de 
grande communication, découverte de sept squelettes 



— 60 — 

rangés à l m 50 de profondeur : au nombre des objets 
trouvés près de ces sépultures , on distinguait quelques 
assiettes aux pieds , des pots aux genoux , un verre près 
de la tète ; un squelette de femme portait au cou une mé- 
daille effacée. (Ces objets font partie de la collection de 
M. Dufresne, conseiller de préfecture à Metz) (S.). Subs- 
tructions gallo-romaines indiquées à la surface du sol 
par quantité de tuiles à rebords et à stries, par des frag- 
ments de poteries, de meules en lave, des monnaies, des 
pierres plates sciées, aux lieudits : le Viller, UAnglure, 
la Croix, la Sarrazinière ; on en rencontre aussi en 
Floriey, en Maizières, en Champagne , à la Pérelle, 
le long de la voie romaine, sur une étendue d'environ un 
kilomètre ; on a trouvé, en outre, de grandes briques 
très-épaisses et des étriers ; en labourant le sol, vers 
1840, on y a découvert un puits à parois en terre glaise 
fortement battue. || Moyen âge. Fonts du xv e siècle , à 
panneaux ornés d'ogives , relégués dans l'ancien jardin 
de la cure. Ancienne voie dite Chemin de la Bataille 
(D. T.) ^ se dirigeant vers Barisey-la-Côte. || Êp. mo- 
derne. Eglise paroissiale Saint-Remy, dont la nef, brûlée 
par les Suédois , fut reconstruite à la fin du xvn e siècle 
et remaniée encore plus tard ; tour romane de la 5 e pé- 
riode , dont le porche était autrefois l'avant-chœur de 
l'église, qui était alors orientée ; ce porche, dans lequel on 
remarque deux baies romanes murées, est voûté sur ner- 
vures à boudins de m 50 de diamètre, qui se rencontrent 
sans clé de voûte ; l'arcade, pour entrer dans la nef, est 
une ogive obtuse reposant sur des chapiteaux cubiques 
et colonnes engagées de l m 45 de hauteur et m 45 de dia- 
mètre ; les chapiteaux, à tailloir très-épais, sont ornés, 
l'un de larges feuilles d'eau, l'autre de galons perlés. Au- 



— 61 — 

tel Sainte-Brigitte, but d'un pèlerinage fréquenté pour 
les maladies d'enfants. Au Moulin-à-Vent et au Vieux- 
Moulin, traces des constructions des moulins élevés à 
diverses époques dans ces deux cantons (G.). — Village in- 
cendié par les Suédois. A la Justice , entre Bagneux et 
Crézilles , un gibet avant la Révolution. (Voy. notice sur 
Bagneux, par E. Olry ; Journal, 4865.) 

BAR1SEY-AU-PLAIN. Êp. romaine. Voie de Langres 
à Toul, le long de laquelle on a rencontré des sépultures, 
une hache et divers objets. M. de Beuzelin, dans sa Sta- 
tistique monumentale, dit qu'on a trouvé aussi près de 
cette voie une grosse pierre appelée vulgairement déma, 
à cause de quatre lettres qui y sont gravées et qui vien- 
nent probablement d'une inscription aux dieux mânes : 
Diis manibus (S.) ; cette pierre a disparu, et a servi, 
dit-on, à faire une borne kilométrique. A l Etang , à la 
Lochère et à la Folie, traces d'habitations antiques, 
tuiles à rebords, monnaies. Sur la vieille Pierrière, en 
1864, dans des carrières, découverte d'un cercueil en 
pierre, brisé, renfermant des ossements ; à côlé, deux 
poteries romaines, l'une cassée, mais l'autre, intacte, a 
été déposée au Musée (J.). Dans le même canton et à 
proximité de ce cercueil, d'autres sépultures et trouvaille 
d'une dizaine de monnaies déposées au Musée (J. 1861) : 
les plus importantes étaient d'Agrippine, de Néron et 
d'Antonin. (Ces sépultures ont été décrites par E. Olry; 
Journal, 1864.) [| Moyen âge. Restes de deux châteaux ; 
le premier, à l'extrémité orientale du village, a été dé- 
truit après la Révolution , et il n'en reste plus que quel- 
ques parties du mur d'enceinte , le rez-de-chaussée des 
tours rondes aux angles et la porte surmontée de consoles 
de mâchicoulis du xv e siècle ; le second , qui portait le 



— G2 — 

nom de C hâ tenu- for t-des-lrois-Barisey , ruiné déjà au 
xvi r siècle, occupait remplacement de l'église et du ci- 
metière actuel (S.) ; le cimetière est encore bordé par 
les anciens fossés, aux trois quarts comblés ; on peut sup- 
poser qu'au moyen âge, l'église et le château existaient 
simultanément, l'un protégeant l'autre ; la tour romane 
qui sert aujourd'hui de clocher semblerait le prouver. 

Ép. moderne. Eglise paroissiale Saint-Martin, orien- 
tée, qui présente des caractères archi tectoniques de plu- 
sieurs époques ; nef reconstruite au xvi c siècle ; au-dessus 
de la porte d'entrée, cette inscription en majuscules : 
Que toujours Jcs Christ en nos cœurs soil escript. 
1383 ; chœur pcntagonal du style ogival de la 3 e époque ; 
chapelle castrale ou presbytéralc adossée à la nef, occu- 
pant remplacement du bras gauche d'un transept, voûtée 
sur lierres et tiercerons ; belle vitre ogivale à meneaux 
rayonnants du xvi c siècle ; une autre chapelle, plus petite, 
adossée à la première , semblant remonter au xm e ou au 
xiv c siècle ; à l'occident de la nef, tour romane à baies 
géminées; à l'extérieur de la nef, on remarque sur le 
mur septentrional des traces de l'architecture romane; 
restes de l'ancien chàteau-fort ; près de la tour, porte 
murée du xm e siècle ; à l'intérieur, un confessionnal de 
1357 dans la chapelle, et un bénitier en bronze, supposé 
vase antique, près de la porte d'entrée. A la Planche, 
près de la voie romaine, ruines de l'ancien village de Ba- 
risey-la-Planche, détruit pendant la guerre de Trente 
ans. Au village , nombreuses constructions du xv°, du 
xvi c et du xvii siècles. Ancien chemin de la Croix- 
Rou(/c (D. T.), dans la direction de Barisey-la-Planche. 
(Voy. Journal, 1863.) 

BARISEY-LA-COTE. Ép. romaine. Vestiges d'an- 



— Go — 

tiennes constructions avec tuiles plates, à la Corvèe-des- 
Templièrs. || Moyen âge. Eglise paroissiale sous l'in- 
vocation de Notre-Dame en sa Nativité , orientée , qui 
serait tout entière du style roman de transition si la nef 
n'avait été remaniée récemment ; sanctuaire carré de 5 
mètres de côté, non voûté, percé de trois baies hautes, 
étroites et ébrasées ; celle du fond se termine en plein- 
cintre et les deux autres en ogive ; arc triomphal en plein- 
cintre , nef rectangulaire ; longueur, 15 m 50 ; largeur, 
7 m . Avant la reconstruction, la nef n'avait que G m 20 de 
largeur; tour rectangulaire , castrée, d'environ G mètres 
de côté , remaniée depuis longtemps , meurtrières ; près 
de la tour, une porte murée , du xm e siècle, à tympan 
ogival couronné d'un revers d'eau saillant ; dans le mur 
latéral , porte d'entrée rapportée , très-ornementée , du 
style roman de la dernière période : de chaque côté, deux 
colonnes d'inégale hauteur, placées dans des rentrants, 
avec chapiteaux ornés, l'un d'eux d'un oiseau, et les au- 
tres de palmettes, de galons, de raisins ; l'archivolte est 
formée de trois moulures principales , séparées chacune 
par un filet : la première, de l'extérieur à l'intérieur, est 
chargée de dents de scie ; la seconde , de feuilles d'eau 
sur une moitié et sur l'autre, d'une double feuille de 
vigne avec un raisin au milieu , le tout entouré d'un ga- 
lon ; la troisième offre seulement des feuilles d'eau qui 
se retrouvent aussi dans le tailloir des chapiteaux. Dans 
l'église , pierres tombales du xv e siècle et du xvi e . Dans 
le cimetière, croix principale sur le fût de laquelle on 
trouve le millésime 1559. Ancien chemin dit de la Cour- 
Guarin (D. T.). || Ep. moderne. Village détruit pen- 
dant la guerre de Trente ans , anciennement bâti aux 
environs de l'église, dans les vignes , où , en fouillant le 



— 64 — 

sol, on retrouve de nombreuses fondations et souvent des 
ustensiles de cuisine. 

BATTIGNY. Ep. incertaine. En Chazeau, vers 
1856, découverte d'une urne funéraire qui fut brisée par 
la charrue ; elle était en verre très-épais, de près de m 30 
de diamètre et renfermait des ossements. || Moyen âge. 
Au x e siècle, les comtes de Vaudémont y avaient déjà un 
château (M.), mais il n'en reste aucune trace. Eglise pa- 
roissiale Saint-Germain, agrandie, orientée; plan en 
forme de croix latine ; dimensions des différentes parties 
dont elle se compose et dans l'ordre où on les rencontre : 
nef, 9 m 50 de longueur sur 5 m 50 de largeur ; porche de 
la tour, carré, de 4 m 70 de côté ; transept : 4 m 50 de tra- 
versée sur 5 m 50 de croisée ; chœur pentagonal de 4 m 70 
de largeur ; les deux premières parties appartiennent au 
roman secondaire , et les deux dernières au style ogival 
tertiaire ; fonts du xi e siècle : massif octogonal, cannelé, 
reposant sur un soubassement orné de huit rosaces vo- 
lumineuses et grossières ; dans le transept, dalles tumu- 
laires ; sur l'une d'elles , inscription en lettres gothiques, 
et en tète une couronne de comte ; sur une autre , on lit 

seulement : Cigist M ss Simon , et plus loin, la date 

1587 ; tour romane à trois étages, le 5 e sur chaque face, 
est percé de deux baies couronnées par un bandeau , ac- 
compagné d'un tore rompu , figurant une archivolte ; le 
même étage est orné, aux angles de la tour et de chaque 
côté des baies , de colonnettes supportant une sorte de 
corniche ou cymaise qui règne sur le pourtour, sur la- 
quelle s'appuie en même temps une archivolte ; chapi- 
teaux cubiques avec cannelures. A l'angle d'une maison 
de ferme, qu'on décore du nom de château, niche, statue 
et dais du xv e siècle. A l'angle d'une autre, arcatures ogi- 



— 65 — 

vales et statue mutilée. [| Ep. moderne. A la Tuilerie, 
restes de constructions avec quantité de tuiles modernes. 
Dans l'intérieur du village, fontaine Saint-Germain, sur- 
montée d'une croix à laquelle on attribue la vertu de 
guérir des maladies d'enfants (G.). — Village dépeuplé 
pendant la guerre de Trente ans (C). 

BEUVEZIN. Ép. romaine. A la Roche-des-Puits, 
vestiges d'habitations , débris céramiques , fragments de 
meule en lave, ciment, monnaies romaines, tronçon du 
fût d'une colonne de 28 à 50 centimètres de diamètre, 
deux clés et d'autres produits antiques. Ruines romaines 
sur la Roche-de-Lanfaud et sur le Grand-Trait, tuiles 
à rebords. — Sur la Louvière, à un kilomètre de Beu- 
vezin, trouvaille, vers 1854, d'un chaudron en airain, 
renfermant environ 1,600 pièces en bronze ou en cuivre, 
70 en argent et 24 en or qui ont été vendues en partie ; 
un grand nombre étaient de César. (M. Rosquin, deMac- 
concourt (Vosges), en possède un certain nombre.) || 
Ép. moderne. Ancienne voie dite C hemin-des-Morts 
(D. T.). Entre Beuvezin et Tramont-Lassus, croix érigée 
au xvm e siècle, avec des fleurs de lis sur le fût. Église 
paroissiale Saint-Georges, reconstruite en 1785 ; l'an- 
cienne se trouvait sur la hauteur au N.-E. du village, 
dans le cimetière actuel. 

COLOMBEY. Ép. romaine. Voie romaine de Lan- 
gres à Toul , passant à l'extrémité occidentale du terri- 
toire, près de laquelle on a trouvé un joli Trajan en 
bronze (J.). Tuiles plates à rebords et autres débris anti- 
ques au Coin-Jeammaire, à VHamonville, au Haul- 
de-Charmetle et à la Sarrazinière, sur une grande 
étendue. Sous-le-Taillis, en 1858, fouilles dans des 
constructions souterraines bâties en moellons taillés au 



— 00 — 

ciseau ; trouvaille , dans les décombres, d'une belle po- 
terie rouge ornementée qui fut brisée , de tuiles à re- 
bords, de cornes de cerf, etc. Aux Raics-Montans, subs- 
tructions dans lesquelles on découvrit, vers 1840, en 
provignant , des fers de lances, des lames de sabres et 
des monnaies romaines. || Moyen âge. Localité très- 
ancienne, mentionnée déjà au ix c siècle (S.). Chez M me 
veuve Christophe, un chenet du xv e siècle fleurdelisé, 
avec cette inscription, en lettres gothiques, sur la tige 
verticale: Vive le Roy. | Èp. moderne. Une maison 
de maître , avec porte cochère de la Renaissance ; à 
l'angle, statue, niche et dais dans le goût du xv c siècle. 
Bourg ruiné pendant la guerre de Trente ans. Eglise 
paroissiale Saint-Maurice, rebâtie en 1770; derrière les 
lambris du chœur, pierres obituaires du xvn e et du xvm e , 
dans l'avant-chœur, pierre tombale de M. Elie de Jouard 
Dumaignou, commandant de place de Toul (-{- 1770). 
Dans la chapelle érigée, sous le vocable de Notre-Dame- 
des-Anges, au fond de l'église, plusieurs petits tableaux, 
quelques-uns estampillés en métal, genre bizantin, pro- 
venant de Sébastopol, offerts par M. Serrière, capitaine , 
né à Colombey : le premier représente la Vierge noire 
au Suaire ; haut. 51 cent. ; Iarg. 24 cent.; peint sur bois 
et laque dorée ; avec cette inscription en russe : Mère, 
ne pleurez pas, il ressuscitera. Le deuxième, de mêmes 
dimensions et du même genre, représente saint Dmytry 
(saint Demètre ou Démétrius), évêque, l'un des patrons 
de la Russie, où il est en grande vénération; on suppose 
ces deux tableaux antérieurs au xiv e siècle. Le troisième, 
Noire-Seigneur assis sur un trône porté par deux 
anges ; d'un côté la Sainte-Vierge, de l'autre saint Jean; 
ce tableau, qui est le plus apprécié, à cause des deux 



— 67 — 

tètes d'anges, a 45 cent, sur 55 ; il est supposé du xiv c 
siècle, et il appartient a l'école bizanline ; la couronne, 
l'auréole, les mains, les pieds et le globe de la terre sont 
estampillés en argent. Le quatrième , donné par M me 
Kazanowitzch, née Collin, de Colombey, est une copie 
d'un grand tableau qui se trouve dans la cathédrale de 
Moscou , dit la Vierge au canif, en grande vénération 
en Russie ; complètement estampillé en argent ; les deux 
têtes, les mains et les pieds de l'enfant Jésus sont seuls 
apparents ; dimensions : 28 centimètres sur 25. — On 
remarque, en outre, venant aussi de la cathédrale de Sé- 
bastopol , le tableau d'une oriflamme et la croix grecque 
en cuivre qui en surmontait la hampe. 

GOURCELLES. Ep. romaine. Eglise paroissiale 
Saint-Nicolas, autrefois la mère église de Courcelles, 
Blémerey et Chef-Haut (Vosges), orientée et reconstruite 
en 4778 sur les débris d'une ancienne église romane dont 
il reste encore la tour à peu près intacte, sur laquelle , à 
l'étage supérieur, on remarque des baies géminées en 
plein-cintre ; au fond du chœur, un tableau qui repré- 
sente les patrons des trois villages. Dans la remise de la 
cure, quelques restes d'une ancienne chapelle, qu'on 
croit être celle de Sainte-Catherine , bâtie autrefois au 
fond du cimetière. Maison seigneuriale du xvn e siècle. 

CREPEY. Ep. romaine. Aux Tuillottes, à un ki- 
lomètre au sud de Crépey, fragments nombreux de tuiles 
plates et à rebords. [ Moyen âge. Village mentionné 
dans des chartes en faveur de Saint-Epvre, dès le ix e 

i 

siècle (C). | Ep. moderne. Ruines d'habitations aux 
abords du village , notamment près du quartier dit en 
Diarou, et sous les vignes de la Ferté, où la tradition 
prétend qu'il a existé un ancien château et où l'on trouve, 



— 68 — 

en fouillant le sol , des ustensiles de cuisine. En Cor- 
cieux, vers 1830, trouvaille d'une dizaine de pièces de 
monnaies dont on n'a pu indiquer ni l'âge , ni la prove- 
nance. Sur l'ancien chemin de Toul , à la Maladrerie, 
traces d'une ancienne léproserie, où l'on porta aussi, 
plus tard, les pestiférés (C). Sur la Bosse, dans la di- 
rection de Germiny, à l'Ermitage Sainte-Lucie, ruines 
d'une ancienne chapelle érigée sous ce vocable ; à peu 
de dislance, sépultures nombreuses avec des armes ; on 
y a trouvé aussi un boulet , vestiges d'un combat que la 
tradition fait remonter aux guerres de religion. A l'occi- 
dent de Crépey, chapelle de l'ermitage Saint-Lambert, 
remaniée , dans laquelle on trouve quelques fragments 
du xv c siècle. Village ayant beaucoup souffert pendant la 
guerre de Trente ans (S.). Église paroissiale sous le vo- 
cable de Notre-Dame en sa Nativité, reconstruite au vil- 
lage en 1787 ; l'ancienne, qui était la mère église de Ger- 
miny, s'élevait sur la hauteur, à l'orient de Crépey, au 
lieu dit à l'ancienne Église, où l'on trouve aussi l'an- 
cien cimetière et les ruines du presbytère. 

DOLCOURT. Ép. moderne. Sur la côte, à l'occident 
de Dolcourt , chapelle de Coutances, remaniée, dans les 
murs de laquelle on remarque des fragments rapportés 
de fenêtres du style ogival tertiaire. Près de cette cha- 
pelle, sépultures nombreuses, qu'on croit être celles des 
victimes des pestes de 1650 à 1640; une croix, qui jonche 
le sol, offre encore le millésime 1652. Au Sorbier, sur 
la lisière de la forêt, une autre croix de la même époque, 
d'une autre victime de la peste qui mourut sur place en 
s'enfuyant. Village ayant beaucoup souffert pendant la 
guerre de Trente ans (G). Chapelle Saint-Claude, mo- 
derne , avec une petite cloche de 1693, à laquelle on 



— G9 — 

attribue encore aujourd'hui la vertu de détourner les 
orages , à l'approche desquels on la sonne. 

FAV1ÈRES. Ép. celtique. En Nabécote, pièces gau- 
loises dans des débris de constructions , elles ont été 
vendues. || Ép. romaine. A la Bonne-Fontaine, vers 
4860, dans des fouilles, découverte de fondations et mise 
à nu d'un corridor et d'une pièce d'habitation dont l'aire 
était faite d'un ciment fleuri, espèce de mosaïque, d'une 
grande beauté ; dans les décombres, tuiles à rebords, 
avec d'autres débris gallo-romains , et du ciment en 
forme de tablettes de grandes dimensions, sur environ 
46 centimètres d'épaisseur. (On en conserve un fragment 
chez M me veuve Carel.) Dans le bois défriché du Mêtet , 
vers 4856, en deux endroits, restes de constructions, 
débris antiques et découverte d'une épée à poignée gar- 
nie en cuivre. Sons le Bois-du-Mètet, ruines d'habita- 
tions, tuilesplates, monnaies. Autour de l'ancienne église, 
sur la hauteur, à l'est de Favières, traces nombreuses 
d'anciennes constructions, avec tuiles à rebords. Entre 
le cimetière et les maisons du faubourg Saint- Antoine, 
cimetière gallo-romain, où l'on a fait des trouvailles nom- 
breuses de monnaies et d'objets antiques, notamment un 
anneau d'argent, une hache d'armes et un sabre, déposés 
au musée par M. Liébaut (J.) ; un vase en verre offert par 
E. Olry (J.). Dans la forêt du Grand-Rhinchard , vers 
4830, dans un endroit où l'on remarque de nombreux 
pierriers , découverte d'un sarcophage antique , avec 
inscriptions et ornements. Reliques de Saint-Mansuy et 
de Saint -Amon dans l'église. || Ep. incertaine. A 
deux ou trois cents mètres au N.-O. de Favières, à la 
Croix-Porchat , vers 4790 , découverte de nombreux 
squelettes avec armures. || Moyen âge. Sous le Bois- 

2 



— 70 — 

de-Jersilol , trouvaille de monnaies mérovingiennes en 
or, de Ghildebert , de l'année b20 (S.). Suivant une an- 
cienne tradition, les rois francs auraient eu une habitation 
temporaire à Favières (S.). 11 existait autrefois une cha- 
pelle et un prieuré fondé en 10S1 (S.). Dans la forêt de 
1 a\ ières, une ancienne voie porte le nom de Chemin des 
Princes de Vaiidémont, pour aller à Toul. Une autre 
voie, dite la Yiacelle , partait de l'ancienne église de 
Favières et allait à Gripport (S.)- Chemin des Ermites, 
de Favières à Saint-Amon (D. T.) . Au Haut-de-F civières, 
plusieurs constructions du xv e siècle, que la tradition dé- 
signe sous le nom de Château des Princes de Vau- 
dèmont ; portes et fenêtres ornementées suivant le goût 
de l'époque ; à l'angle de l'une d'elles, niche et dais du 
xv c siècle ; dans l'intérieur, vastes cheminées, foyer pavé 
en briques vernissées, de plusieurs couleurs : vert, jaune, 
rouge ; escaliers en spirale ; dans le jardin , derrière ces 
constructions, découverte, en 1864, de fragments d'une 
élégante balustrade du xv c siècle, à ogives fleurdelisées. 
A Saint-Amon, antique ermitage saccagé en 181b, où 
se retira le saint évêque de Toul de ce nom ; grottes ; 
dans une roche , les pèlerins vont poser leur main dans 
une petite cavité , en forme de main, appelée Main de 
Saint-Amon. \\ Ép. moderne. Au cimetière, croix 
principale de 1604. Chez divers particuliers, dans des 
jardins, ou sur la voie publique , plusieurs autres croix 
du xvu c siècle. Chez M lle Bellot, vierge peinte rapportée 
de Saint-Amon, à la Révolution. Dans la Forêt du Rin- 
chard, ancienne croix dite la Croix-Barcand ; et dans 
un vieil orme, une ancienne statue de la Vierge, appelée 
\foerge du Rinchard. A la Grateuse, foret voisine, dit 
le Grand-Bois, dans un vieux chêne , une autre statue 



— 71 — 

de la Vierge, très-ancienne, à l'endroit où, suivant la 
tradition, les habitants de Favières auraient battu une 
troupe de Bar qui venait assiéger Vaudémont ; une croix, 
rapportée au village à la Révolution , avait été placée au 
lieu même où périt le chef de la troupe barisienne. A la 
Croix-du-Clou, sépulture des pestiférés. Bornes de ban 
avec fleurs de lis et croix de Lorraine. Eglise paroissiale 
rebâtie en 4785, au centre de la localité, sous le vocable 
Saint-Sulpice et Saint-Antoine ; l'ancienne se trouvait 
dans le cimetière actuel, à l'orient de Favières. 

FÉCOCOURT. Ép. romaine. Voie dite Chemin des 
Romains, pavée en pierres debout, dans les pàtis com- 
munaux ; cette voie vient de Vaudémont, passe près de 
Vandelé ville et se dirige vers le S.-O. Au lieu dit la 
Grande-Maison, tuiles romaines. || Ép. incertaine, 
Sur-la-Côte, dans des pàtis, trouvaille, il y a une cin- 
quantaine d'années, de nombreuses pièces antiques. 
En Trimolot, vers 18130, dans un bois défriché, décou- 
verte d'une certaine quantité de monnaies, au milieu de 
fragments d'un pot de fer cassé. [| Moyen âge. Celte 
localité, au xi e siècle, était un franc-alleu ; elle avait des 
seigneurs particuliers au xm c siècle, une maison forte et un 
château avec fossés au xv e , qui furent ruinés au xvi e . (C.) 
|| Ép. moderne. Eglise paroissiale Saint-Remy , re- 
construite, en 1775, sur les ruines d'une église romane 
dont on retrouve encore des billettes rapportées dans la 
nouvelle construction ; chevet incliné. Croix principale 
du cimetière, très-ancienne. A quelque distance du vil- 
lage, chapelle Saint-Claude. — Sur une borne de ban, 
dite borne du Pied-de-Bœuf, croix de Lorraine. 

GELAUCOURT. Ép. moderne. Vestiges de bâtiments 
au lieu dit les Neuves-Maisons, où l'on a trouvé des 



— 72 — 

monnaies et des armes. Ancienne voie dite Chemin 
du Paradis. (D. T.) Au milieu du hameau, chapelle 
dédiée à saint Florentin , dans laquelle on remarque 
guelques traces du style ogival tertiaire. Près de cette 
chapelle, ancienne croix qui servait de démarcation entre 
les deux parties dont se composait Gclaucourt dans les 
siècles derniers : l'une dépendait de Battigny et l'autre 
de Lalœuf (S.). 

GEMONV1LLE. Ép. romaine. Quelques monnaies à 
l'effigie des empereurs , trouvées sur le territoire. || 
Moyen âge. Il existait, dans cette localité, au xm c siècle, 
une maison (c'est-à-dire un château), avec ses dépen- 
dances, que les seigneurs tenaient en fief du comte de 
Vaudémont. (S.) Ép. moderne. On remarque quel- 
ques maisons offrant des traces de constructions du xvu c 
siècle. Église paroissiale Sainl-Privat, reconstruite en 
4859 ; l'ancienne s'élevait au milieu du cimetière actuel, 
hors du village. 

GERM1NY-AUX-TR01S-CIIATEAUX. Ép. romaine. 
Voie ancienne, dite Chemin de la Blanche-Dame (S), 
pavée en pierres debout, supposée voie romaine, allant 
de Vaudémont à Toul ; elle a environ 4™ 50 de largeur et 
n'offre que le summum dorsum. Ruines d'habitations 
gallo-romaines, à la Grande Voivre ; bois défriché, sur 
une grande étendue ; au Haul-Meix et au Jardin- 
Carré, aux deux extrémités du village ; dans ces deux 
derniers cantons, on a trouvé des tuiles, des briques de 
grandes dimensions, des fragments de marbre et d'autres 
objets antiques. A VEnfer, tuiles à rebords. || Moyen 
âge. Village très-ancien , mentionné au ix e siècle. Au 
xni e , trois châteaux construits par les seigneurs du lieu 
(S), et désignés, en raison de leur position dans le vil- 



— 75 — 

lage, sous les noms de château (TEn-Haut , château 
Emmy et château cVEn-Bas. Le premier appartenait à 
la famille de Haraucourt, le second à celle de Dom- 
martin, et le troisième passa successivement à un Lutzel- 
bourg, à la famille d'Ourches (C) et aux Le Bègue, qui 
finirent par réunir les trois seigneuries au xvm° siècle. 
Au château iV En-Haut, ruines d'un immense donjon 
carré (S.) qui devait remonter au xu e siècle; sur la 
façade du château, deux des quatre tourelles qui exis- 
taient autrefois ; quoique démantelées, on trouve encore 
les fonds-de-fosse, le rez-de-chaussée et le premier étage, 
constructions du xm e siècle ; devant le château, maison 
forte, construite au xvi e siècle avec cachettes dans l'épais- 
seur des murs ; le reste des constructions et les terrasses 
sont modernes. Au Château-Emmy , aujourd'hui mai- 
son de ferme , enceinte bordée de fossés ; granges et 
écuries de l'ancien château, avec porte orientale sur- 
montée de mâchicoulis du xv e ou du xvi e siècle. Au 
Château-cV En-Bas, il y a vingt ans , on voyait encore 
un pan de mur de l'ancien donjon. |j Ep. moderne. 
Eglise paroissiale Saint-Epvre , orientée et à sol en plan 
incliné ; chœur pentagonal et avant-chœur du style ogi- 
val flamboyant, donnés par les seigneurs à la fin du xvi e 
siècle ; deux chapelles castrales, Saint-Jacques et Saint- 
Christophe, adossées à l'avant-chœur du côté de l'épitre, 
et de la même époque que le chœur et l'avant-chœur ; 
en face des chapelles , quelques restes d'un remarquable 
tombeau argué du xv e siècle ; dalles tumulaires des siècles 
derniers ; nef et tour de la fin du xvi e siècle. Village qui 
présente un cachet tout particulier d'ancienneté par le 
grand nombre de constructions du xv e , du xvi e et du 
xvn e siècles qu'on y rencontre. Sur le territoire , restes 



— 74 — 

d'une ancienne chapelle, à V lier mita (je ; d'un moulin à 
vent, sur le Mont ; d'un autre moulin, à la Prèle, et 
d'une censé entre le chemin de la Blanche-Dame et le 
moulin Saint-Mansuy, dit Moulin-au-Bas. Avant la Ré- 
volution, un gihet au lieu dit la Justice. Germiny fut 
érigé en comté, par Léopold, en 1724 , en faveur de Jo- 
seph Le Bègue, son garde des sceaux (S.)- (Voy. Jour- 
nal, novcmhre 1863.) 

GIBEAUME1X. Ep. romaine. En Timois, sur un 
monticule, à l'est du village, découverte, vers 1835, de 
cercueils en pierre, ornementés (S.). |j Moyen âge. 
Quelques portes à linteaux ornés d'ogives ; dans le tym- 
pan de l'une, un écu chargé d'un Christ en croix. || Ep. 
moderne. Quelques traces du château qui existait déjà 
au xv e siècle, et qui fut détruit en 1803 (S.). Une maison 
dite la Bergerie, dépendance de ce château, est une 
construction du xvi e siècle ; dans des démolitions d'une 
autre dépendance, découverte d'une boite en ferhlanc 
renfermant environ 30 pièces d'argent, à l'effigie des rois 
de France du xvi e siècle ; l'une d'elles était, de Charles X 
(cardinal de Bourbon). Eglise paroissiale Saint-Jean- 
Baptiste , orientée et remaniée ; chevet plat avec une fe- 
nêtre du xv e siècle ; deux travées, du style romande 
transition, forment l'avant-chœur, qui a 7 mètres de lon- 
gueur totale et G m 23 de largeur; pilastres et chapiteaux 
rectangulaires d'une ornementation uniforme ; nef de 
1789 ; à gauche du chœur, chapelle castrale moderne, 
avec pierres tombales des seigneurs de Gibeaumeix dans 
l'intérieur. Au-dessus de la porte de cette chapelle, épi— 
taphe de Léopold de Raigecourt (f 1777) ; un peu plus 
loin, une autre épitaphe de 31. Dailly, seigneur du lieu 
(f 1616) ; tour faisant hache avec la nef sur le milieu du 



— 75 — 

mur méridional. A l'extrémité occidentale du village, 
chapelle Saint-Maurice remaniée ; dans l'intérieur, petites 
arcalures ogivales en fronton et en bas-relief. Un hôpital 
de pestiférés, suivant la tradition, à quelque distance du 
village (S.), localité en partie détruite pendant la guerre 
de Trente ans (S.). Ancienne voie dite Chemin de la 
Potence, près de laquelle s'élevait un gibet. 

GRIMONV1LLER. Moyen âge. Église paroissiale 
Saint-Epvre, du style roman de transition, sauf quelques 
changements partiels dans les baies de la nef ; plan en 
forme de croix latine ; chœur rectangulaire : longueur, 
4 m ; largeur, 4 m 20 ; avant-chœur-, au-dessus duquel 
s'élève la tour; longueur, 4 m 80; largeur, 5 m 60. On y 
remarque deux arcs en ogive et deux baies romanes ; 
transept formé par les deux chapelles modernes de Nolre- 
Dame-de-la-Pitié et de Notre-Dame de Saint-Etienne et 
Saint-Jean-1'Evangéliste ; la première fondée en 1346 ; 
longueur, 5 m 20 ; profondeur, 5 m 50 ; nef, longueur, 
•il m 10 ; largeur, 6™ 20 ; dans l'une des chapelles, pierre 
obituaire de 1618. A l'angle extérieur, près de l'entrée 
de l'église, à niveau du sol, une pierre cubique remar- 
quable , d'environ m 80 de côté , ornementée , qui a dû 
servir de chapiteau dans un édifice roman de la première 
période. On peut encore distinguer les feuilles d'acanthe 
sur deux étages , bien qu'assez grossièrement dessinées 
et taillées, et qu'elles aient été exposées aux dégradations 
de toutes sortes. Il existait à Grimonvillcr une maison 
(château) de seigneur au xm e siècle (C). Au centre du 
village, ancienne croix, remontant à l'époque ogivale. 
Voie ancienne , dite Chemin de Diarville à Vicherey 
(S.). || Ep. moderne. —Village ruiné pendant la guerre 
de Trente ans (C). 



— 76 — 

HOUSSELMONT. Moyen âge. Hameau mentionné 
dès le vn c siècle ; plus tard, franc-alleu en la possession 
des Ligni ville (S.)- Il Êp. moderne. Traces d'habita- 
tions dans les jardins et aux abords du village. Sur le 
bassin de la fontaine, croix avec la date 172Ii ; une autre 
croix:, à peu de dislance, avec fleurs de lis sur le fût, 
1751. — A un kilomètre, dans la direction de Barisey- 
la-Cùte, chapelle sous le vocable de Notrc-Dame-des- 
Goulles, dotée et agrandie par la famille Ligniville de 
Vannes, en 1(570, comme l'indique ce millésime au-dessus 
de la porte ; chœur à fenêtres ogivales et crédence du 
xv e ou du xvi e siècle ; autel avec un rétable de la Renais- 
sance, orné d'un tableau de la même époque. — A 50 
mètres au-dessous , fontaine de la chapelle avec croix et 
date 1670. La chapelle et la fontaine sont fréquentées par 
de nombreux pèlerins de la Meuse, des environs de Vau- 
couleurs. (Voy. Journal, 1865.) 

MONT-L'ÉTROIT. Ép. romaine. A un kilomètre, à 
l'orient de cette localité , sur la Côte de Chapion, en- 
ceinte de forme ovalaire , d'environ 500 mètres de lon- 
gueur sur 150 de largeur, défendue , d'un côté, par l'es- 
carpement de la montagne, de l'autre, par un petit fossé. 
On peut supposer que c'était un poste d'observation pour 
surveiller la voie romaine de Langres à Toul, qui passe 
à peu de distance. La tradition parle aussi d'un cime- 
tière antique à proximité. (Cette position a été décrite 
par E. Olry ; Journal, 1865.) || Êp. moderne. Église 
paroissiale Saint-Remy, orientée , qui serait du style ro- 
man de transition si la nef n'avait été remaniée ; chœur 
rectangulaire, voûté sur nervures à boudins avec filet sur 
face ; arc triomphal en plein-cintre ; fenêtres dans le mur 
méridional de la nef seulement ; tour de la même époque 



— 77 — 

que le chœur, et à baies rectangulaires ; deux tableaux 
dans la nef avec un écu pour signature (d'azur, à la cou- 
ronne d'or, au chef d'argent , chargé de trois étoiles d'a- 
zur, le tout surmonté d'une couronne de comte) ; dalles 
tumulaires du xvi e siècle. Dans le cimetière, sur l'un des 
contreforts du chœur, pierre obituaire , érigée par Jean 
du Boys, chanoine de Saint-Gengout ; entête, l'écu de 
cette famille ; elle débute ainsi : ci-devant gisent les du 

Boys A 1,500 mètres du village, ancienne croix 

Saint-Remy, avec fontaine à côté , but d'un pèlerinage 
pour des maladies d'enfants. Bornes de ban, avec fleurs 
de lis ; sur l'une d'elles, la date 1746. 

PULNEY. Ép. romaine. Traces d'anciens retranche- 
ments sur la crête de la montagne (S.). Sur le plateau et 
à quelque distance de ces fossés, tuiles romaines. A la 
Côte, sur le penchant de cette montagne, haches d'armes 
et fers de lances. En bas de la Côle , tuiles à rebords. 
Sur le sentier de Gugney , découverte d'un puits au 
fond duquel on a trouvé des ossements et une hache 
d'armes. || Moyen âge. Au xiv e siècle, Pulney était un 
fief qui relevait du comté de Vaudémont (C). Ep. 
moderne. Église paroissiale de Notre-Dame en sa Nati- 
vité, reconstruite à la fin du siècle dernier sur les fonde- 
ments d'une église romane dont on retrouve des vestiges ; 
tour faisant hache avec la nef ; dans l'intérieur, dalles tu- 
mulaires avec inscriptions gothiques dans l'encadrement ; 
sur les murs latéraux, pierres obituaires de 1604, 1617 
et 1732. Au-dessus de Pulney, sur le penchant de la mon- 
tagne, chapelle en vénération (S.), dans laquelle on re- 
marque les millésimes 1654, 1674 et 1767 ; sur le côté 
de l'autel , une statue d'un certain mérite. Un ermitage 
détruit; à quelque distance, Fontaine V Ermite (S.). 



— /8 — 

Signe patibulaire autrefois élevé à la Vieille- Justice. 
Les Trépassés (D. T.). 

SAULXEROTTE. Moyen âge. Village (onde en 1242 
par Hugues, eomle de Vaudémont (S.). Au lieu dit le 
Grand-Jardin, ruines d'habitations, où la tradition pré- 
tend qu'il a existé un couvent. — Église paroissiale Saint- 
Maurice, du xv e siècle, sauf quelques modifications de 
détail ; plan en forme de croix latine ; une seule nef, 
transept formé de deux chapelles ; abside qui renferme, 
dans une châsse, le chef de saint Amon, en grande véné- 
ration , provenant de l'ermitage de ce nom ; une chaire 
de 1752, ouvragée, avec croix de Lorraine. Au village, 
sur plusieurs maisons, petites arcatures ogivales, en bas- 
relief, de la 5 e époque. — Ép. moderne. Au Haul-de- 
Bcaumont, vers 1850, trouvaille de monnaies lorraines. 
11 y a environ soixante ans , découverte d'un pot à huit 
pans renfermant plusieurs pièces d'or, au Haut-du- 
Hézeux. — Chez l'abbé Bith , un dessin offrant vingt- 
trois personnages, avec cette indication au bas : N. Pous- 
sin pinxit ex Museo Anlli? Stella parisys. Clauda 
Stella sculpt. et excud. cum privil. Régis, 1674. 

SAULXURES-LÈS-VANNES. Ép. romaine. On ren- 
contre sur le ban quelques fragments de tuiles à rebords. 
|| Moyen âge. Village ancien dont il est parlé dans des 
chartes en faveur de Saint-Epvre au ix° siècle (G.). Au- 
dessous et à côté du cimetière, lieu dit Aux Fossés, 
enceinte carrée , d'environ 50 mètres de côté , bordée de 
fossés larges et profonds , d'un ancien château féodal dé- 
truit de temps immémorial. A quelque distance, dans 
des fouilles à bâtir, découverte , en deux endroits , vers 
1848, de plusieurs squelettes, les uns étaient écrasés sous 
d'énormes pierres avec des débris d'armes. A deux kilo- 



— 79 — 

mètres , dans la direction de Mont-1'Etroit , ruines d'une 
ancienne localité détruite depuis longtemps , qui portait 
le nom de Saulxures-lès-Taprey , ou seulement Ta- 
prey. \ Ep. moderne. Commet , ferme à trois kilo- 
mètres au sud de Saulxures ; censé qui renfermait autre- 
fois deux maisons-fiefs (S.). Au-dessous des ruines de 
Taprey, en Mèrigny ou Marigny, traces du château de 
ce nom , autrefois fief , détruit depuis la Révolution ; il 
appartenait à la famille noble des Baillivy et était leur ré- 
sidence. — Eglise paroissiale Saint-Martin , rebâtie en 
1818. Dans l'avant-chœur, pierre tombale de François de 
Baillivy de Mérigny (f 1686) et de Françoise de Rosières, 
son épouse (f 1687) ; en tète, l'écu des Baillivy, sur- 
monté d'une couronne de comte. (Voy. Journal, 1864.) 
SELAINCOURT. Ep. romaine. Substructions et tui- 
les à rebords Aux Tuilotles. j| Moyen âge. Des chartes, 
en faveur de l'abbaye de Saint-Epvre , font mention de 
cette localité au ix e siècle. Dans la rue du Bois, ancien- 
nement rue de l'Abbaye, il y avait autrefois une abbaye 
ou un prieuré de l'ordre de Saint-Benoit ; les vestiges 
de bâtiments se voient encore (C.) ; ce sont des construc- 
tions du xv e ou du xvi e siècle : fenêtres à croisillons, 
niche, statue et dais de cette époque ; à peu de distance, 
dans les vignes , cimetière de l'abbaye et découverte , en 
1864, de sépultures. Croix principale du cimetière , très- 
ancienne, avec un groupe d'une bonne exécution ; au 
dos, une statue d'archevêque surmontée d'un fronton 
formant auvent. Ruines d'habitations au Haut-du-Trit, 
et digue au Vieux-Moulin. j| Èp. moderne. Maison 
seigneuriale du commencement du xvin e siècle ; au-des- 
sus de la porte, dans une belle guirlande , un écu chargé 
d'une croix potencée et la date 1705. Devant cette mai- 



— 80 — 

son, grande croix érigée en 1743. — Église paroissiale 
Saint-Epvre, reconstruite en 1778 ; dans l'intérieur, plu- 
sieurs pierres obituaircs des siècles derniers. 

THUILLEY-AUX-GROSE1LLES. Ép. romaine. Dé- 
bris d'habitations avec tuiles romaines , au lieu dit la 
Côte-Claudin. Ancien chemin supposé voie romaine, 
continuation du chemin delà Blanche-Dame, que l'on ren- 
contre sur le territoire de Germiny. || Moyen àge.Ycs- 
tiges d'anciennes constructions à l'orient et près de Thuil- 
ley, dans un endroit appelé Au Château- Grignon, où 
la tradition veut qu'il y ait eu un château. Ce village 
existait déjà au x c siècle (S.). || Ép. moderne. Maison 
seigneuriale à l'abbaye de Sainl-Mansuy, du xvi c ou du 
xvu c siècle, reconstruite sur l'emplacement d'un château 
féodal ; on a retrouvé la base des tours rondes qui le 
défendaient. A 500 mètres , à l'occident de Thuilley, ci- 
metière au centre duquel s'élevait l'ancienne église , déjà 
en ruines au commencement du xvm c siècle. — Eglise 
paroissiale Saint-Martin, reconstruite en 1854. — Village 
dépeuplé pendant la guerre de Trente ans (S.). 

TRAMONT-EMY. Ép. romaine. Près d'un canton ap- 
pelé le Chûtelet, dans un taillis, restes d'antiques 
constructions, tuiles à rebords. || h 'p. incertaine. Sé- 
pultures nombreuses découvertes Au Tombois, dans des 
carrières. Moyen âge. Au milieu du village, une 
grande croix de la période gothique, à la partie supé- 
rieure de laquelle on remarque une belle rosace à huit 
lobes, fleurie, d'environ un mètre de diamètre. Une autre 
croix de la même époque , ù quatre lobes , sur le chemin 
de Tramont-Saint- André. 

TRAMONT-LASSUS. Ép. romaine. Voie romaine de 
Vaudémont à Vicherey, par Vandeléville. || Moyen âge. 



— 81 — 
Trouvaille de monnaies antiques. Ancienne croix au vil- 
lage, dont la colonne semblerait remonter au xm c siècle. 
|| Ép. moderne. Vestiges d'habitations aux abords du 
village. Bornes de ban, dans la forêt, avec croix de Lor- 
raine. — Église paroissiale Saint-Remy, de la fin du 
siècle dernier. 

TRAMONT-SAINT-ANDRÉ. Ép. moderne. Fon- 
taine-la-Malade, hors du village où l'on portait les pes- 
tiférés. Sur le chemin de Vicherey, statuette de la Vierge 
dans une niche ménagée dans un chêne plusieurs fois 
séculaire. — Eglise paroissiale Saint-André, reconstruite 
en 1852. Près de la porte du cimetière, bas-relief de la 
Renaissance rapporté dans le mur et provenant de l'an- 
cienne église. Dalles tumulaires du xvi e et du xvn e siècles, 
servant de degrés pour monter au cimetière. 

URUFFE. Ép. incertaine. Près du village, vers 1850, 
dans des fouilles à bâtir, découverte de deux squelettes 
dont la tète était protégée par des laves. Voie très-an- 
cienne, dite Chemin Brabant, se dirigeant vers Trave- 
ron, fréquentée autrefois, suivant la tradition, par l'évê- 
que et les chanoines de Toul, pour aller de Blénod à 
Brixey et autres de leurs domaines sur la Meuse. || 
Moyen âge. Village très-ancien, mentionné dès le vn e 
siècle (G.). Ép. moderne. Près du moulin, en ouvrant 
les fossés du chemin vicinal de Pagny, découverte de 
fondations qu'on croit être celles d'une ancienne chapelle. 
Église paroissiale Saint-Martin, reconstruite vers 1860, 
sur les débris d'une église ogivale. Suivant la tradition, 
l'emplacement de l'église aurait été autrefois occupé par 
un château féodal dont il reste encore quelques traces 
des fossés. A côté de l'église, maison seigneuriale du 
xvi e ou du xvn c siècle. 



— êâ — 

VANDELÉVILLE. Êp. romaine. Sur la montagne de 
Framont, à l'est du village, restes d'anciens retranche- 
ments formes de trois fossés, dont les terres ont été re- 
jetées à l'intérieur. Voie romaine privée en pierres de- 
bout, venant de Sion-Vaudémont et se bifurquant en 
avant de Vandeléville : l'un des tronçons, qui suit la val- 
lée , va sur les Tramont et Vichcrcy ; l'autre , qui passe 
entre Vandeléville et Fécocourt , se dirige vers le S.-O. 
(Voy. Mémoire de M. Bottin, inséré dans les Mémoires 
de la Société des Antiquaires de France, t. III.) Au pied 
de Framont, sur le sol de l'antique Rouille, détruite au 
xvi e ou au xvn e siècle, sépultures dans des cercueils en 
pierre (S.), médailles romaines d'Antonin. Tuiles plates 
et restes de constructions en Hercha/mp: Trouvaille de 
monnaies romaines sur le Monl-Curel, l'une de l'empe- 
reur Gordien. Moyen âge. Cette localité possédait 
autrefois un prieuré de l'ordre de Saint-Augustin , con- 
firmé en 1075. La maison pricuriale était franc-alleu (S.). 

r r 

\ Ep. moderne. Eglise paroissiale Saint-Léger et Saint- 
Pierre, qui semble avoir été construite en 1670, ainsi que 
l'indiquerait ce millésime qu'on voit sur la voûte delà crypte. 
Avant, elle était bâtie au village de Roville (S.) ; longueur 
de la nef, 17 m 50 ; largeur, 6 m 4a ; avant-chœur : lon- 
gueur, 5 m 50 ; largeur, 5 m GO ; abside terminée circulai- 
rement, ayant 2 m 5a de rayon ; pierre obituaire de 1665. 
Cnpte sous les deux tiers de la longueur de l'église, 
l'une des plus belles ruines du pays , mais en très-mau- 
vais état, fondée par M me de Lamotte (S.) ; plan rectan- 
gulaire terminé circulaircment aux deux extrémités ; 
longueur totale, 15 mètres ; largeur, 4*" 50 ; rayon des 
extrémités, 2 m 10 ; voûte en berceau, ornée de cinq ar- 
cades ; extrémités voûtées en cul de four ; sanctuaire 



— 83 — 

orné de quatre arceaux élégants ; aux voûtes et aux murs, 
fresques qui ont presque entièrement disparu ; en plu- 
sieurs endroits , l'écu de Cardon-Vidampierre ; pavé de 
briques en formes de larmes ; deux vitres élégantes (S.) ; 
rétable de l'autel, du xvn e siècle. Au-dessous de la crypte, 
caveau qui renfermait autrefois quatre cercueils (S.), 
dont les ais et les ossements jonchent le sol ; l'entrée 
qui se trouve dans la crypte, en face de la fenêtre princi- 
pale, est ornée d'un arbre généalogique dont les écussons 
ont été mutilés. Sur le couvercle fermant l'entrée de ce 
caveau , il y avait des statues d'un remarquable travail 
(S.). Au lieu dit la Chapelle, traces de constructions, 
sépultures. A la limite du ban, dans la forêt, bornes avec 
croix de Lorraine et fleurs de lis. Château moderne du 
xvm e siècle. — Vandeléville , qui était un fief dans l'ori- 
gine, fut érigé en comté par Léopold, en 1725, en faveur 
de M. Cardon-Vidampierre (C). 

VANNES. Ép. moderne. A un kilomètre S.-E. de 
Vannes, Au Château, quelques restes d'un remarquable 
château, reconstruit, par Jean- Jacques de Ligniville, à la 
fin du xvi e ou au commencement du xvu e siècle, sur les 
ruines d'un ancien château féodal ; fossés aux trois quarts 
comblés ; caves et quelques fragments de sculptures 
épars, rapportés dans les constructions particulières éle- 
vées à l'époque des démolitions du château , c'est-à-dire 
vers 4830. En Sèche-Fonla'me, vestiges de constructions 
ruinées au siècle dernier. Au Genièvre, gibet avant la 
Révolution. Église paroissiale Saint-Martin , reconstruite 
vers 1848 ; sous le sol de l'ancienne église, caveau creusé 
par J.-J. de Ligniville, dans lequel se trouvait la sépul- 
ture de ses trois épouses. Dans la nef de l'église actuelle, 
au-dessus de ce caveau, qui est condamné, épitaphe de 



— 84 — 

M mc Suzanne de Gournay (-J- 1<>09), Tune des épouses de 
J.-J. de Ligniville. A côté de eette épitaphe et en bas- 
relief, neuf écus peints, parmi lesquels on distingue ceux 
de Ville et du Chastclct ; sur la façade de l'église deux 
statues : sainte Catherine et sainte Marguerite venant du 
caveau , comme l' épitaphe et le bas-relief généalogique. 

CANTON DE TOUL-SUD. 

(Chef-lieu : Toul.) 

BA1NVILLE-SUR-MADON. Èp. romaine. Ancienne 
voie romaine pavée en pierres debout, appelée Chemin- 
le-Comte, venant de Xeuilley et aboutissant, près de 
Sexey-aux-Forges, à la Moselle qu'elle semble traverser 
pour se diriger ensuite vers le N.-O. Près d'un endroit 
appelé Chàleau-des-Sarrazins , lieu dit les Bécasses , 
débris de constructions, tuiles plates, monnaies romaines ; 
vers 1840, trouvaille, au même lieu, d'une tête en 
bronze d'un remarquable travail : yeux d'argent et deux 
ailes, dont l'une brisée. Cette découverte fut recueillie 
par M. l'abbé Garo, qui la fait remonter au Haut-Empire ; 
elle fait partie de sa collection (C). Aux Rondes- Vignes, 
en 1858, en construisant le chemin de la côte, découverte 
de nombreuses sépultures avec des fers de lances , des 
sabres, des flèches, etc. , déposés au Musée. (Voy. note 
sur cette découverte par A. Digot ; Journal, 1857.) || 
Moyen à (je. Dessus de portes ornés d'ogives de la der- 
nière période. | Ep. moderne. Maison franche rebâtie 
en 1611 par Jean Callot, et habitée par l'immortel gra- 
veur (C). On voit encore, au premier étage, la salle qui 
lui servait d'atelier ; sur la clé du cintre de la porte d'en- 
trée, la date 1611 avec l'écu des Bouligny, propriétaires 



— 85 — 

actuels , qui a probablement remplacé celui des Callot 
(S.)- Dans la forêt de Bainville, Croix Haquart, érigée 
en 1630. Village ruiné et brûlé par les Suédois (C). Er- 
mitage de Fontenel sous l'invocation de Sainte-Anne 
(C.)« Église paroissiale Saint-Martin , rebâtie en 4 G66 ; 
autel en bois sculpté qui vient, dit-on, de la chapelle des 
Évêques de Toul ; en avant du sanctuaire , plusieurs 
pierres tombales , dont l'une d'une sœur de Callot avec 
le millésime 1611 (S.). Trois censés sur le territoire : le 
Château-fort, les Baraques et le Moulin (C). 

BICQUELEY. Ep. romaine. Voie romaine de Langres 
à Toul passant à l'extrémité occidentale du territoire. 
Chemin antique, supposé voie romaine de Toul à Vaudé- 
mont, dit Chemin de Vézelise, ou Vieille-Route, pavé 
en pierres debout, séparant le ban de Bicqueley d'avec 
celui de Pierre, suivant une direction parallèle à la route 
n° 3 et à 1,500 mètres au nord. Au Trait-de-la-Meix, 
ruines d'habitations, tuiles à rebords. Ep. incertaine. 
Chemin Charlemagne reliant Bicqueley à la Vieille- 
Route dans la direction de Toul. Ancienne voie appelée 
chemin de C harmes-la-Côte , semblant être le prolon- 
gement du chemin Brabant. Découverte d'un vase an- 
tique, il y a quelques années , dans l'une des propriétés 
du château de Bicqueley. | Moyen âge. Un écu fruste 
incliné dans le tympan de l'ogive d'un linteau de porte. 
\\ Ep. moderne. A Valcourt, aujourd'hui maison de 
maître, censé avec une léproserie dès lexir 3 siècle (S.) ; 
dans le jardin de M. Uriot, fondations qu'on croit être 
celles de la léproserie. Ruines de deux tuileries, l'une 
près de Valcourt et l'autre à l'extrémité du village. Châ- 
teau moderne ; dans le petit pavillon carré de gauche, en 
avant du corps de logis , restes d'une chapelle dévastée à 

3 



— 86 — 

la Révolution. Chez M. Perrin, une laque chargée de 
cinq écus frustes et de plusieurs croix de Lorraine. Église 
paroissiale Saint-Martin , rebâtie au siècle dernier ; un 
ancien maitre-autel en bois sculpté très-ouvragé, relégué 
au fond de l'église. 

BLÉNOD-LÈS-TOUL. Ép. celtique. On croit que 
Blénod, Belcnodium , lire son nom de Belcn, sous le- 
quel Apollon était adoré par les anciens Lcuquois. M" r du 
Saussay, évèque de Toul (1057-1075), rapporte que de 
son temps on trouva près de Blénod , en un lieu aujour- 
d'hui inconnu , une statue d'Apollon avec des colonnes 
et les débris d'un temple (S.). (Voy. aussi Baulieu, Ar- 
chéologie de la Lorraine, t. IL) || Ép. romaine. Il a 
existé, dit-on, près de celte localité, un camp romain 
dont l'emplacement n'est pas bien déterminé : les uns 
l'ont placé sur le sol de la Voivrc, bois défriché, où l'on 
trouve des restes de constructions avec tuiles plates et 
monnaies romaines ; les autres l'indiquent sur la crête 
de la montagne , au lieu même où s'élevait la forteresse 
de Galiaud dès le vi c siècle et où l'on retrouve encore 
des traces de retranchements (S.). A quelque distance au 
sud de cette position, ruines de constructions d'un ancien 
signal qui aurait existé, suivant M. Dufresne , à l'époque 
de la domination romaine, fj Moyen âge. Au temps de 
Dagobert, le bourg de Blénod, déjà considérable, devint 
le siège d'une chàtellcnie dépendant de l'évêché de Toul, 
comprenant les villages de Bicqueley , Blénod , Chaude- 
ney, Ecrouves, Grandménil, Gyc et Pierre. Dans un val- 
lon, à 5 kilomètres , chapelle de Sainte-Mcnne , but d'un 
pèlerinage fréquenté de temps immémorial , restaurée au 
xvi c siècle par l'évèquc de Toul , Hugues des Hazards, 
originaire de Blénod, dont on voit les armes sur plusieurs 



— 87 — 

portes des constructions adhérentes ; dans l'intérieur, 
une crèche gothique très-remarquahle, primitivement 
peinte. En face, engagées dans le mur, plusieurs statues 
de la même époque ; devant d'autel à bas-relief moderne 
d'une bonne exécution ; sur l'autel, d'autres statues qu'on 
peut faire remonter au xvi e siècle. A peu de distance de 
la chapelle , fontaine à laquelle la tradition attribue une 
origine antique et miraculeuse. Chemin de la Blanche- 
Voie ou de la Grand' croix, qui conduit à Uruffe ; se- 
rait-ce la continuation du chemin Brabant qu'on trouve 
sur le territoire de cette dernière commune ? Ruines d'un 
château féodal à 1,500 mètres au sud de Blénod, appelé 
Beauchanois. Au bas du bourg, porte de l'ancienne cha- 
pelle Saint-Clément , à fronton ogival ; inscription dédi- 
catoire et date 1420. A peu de distance, plus bas, grande 
croix avec le millénaire 1454, année de la naissance de 
l'évêque Hugues des Hazards. Sur le devant de la maison 
de M. Bouchon, non loin du presbytère, un bas-relief de 
l'époque ogivale avec les armes de l'évêque. Église pa- 
roissiale Saint-Médard , reconstruite à neuf en 150G par 
Hugues des Hazards , avec une partie des débris de la 
forteresse de Galiaud et sur les ruines d'une ancienne 
église qui tombait de vétusté ; plan en forme de croix la- 
tine ; 42 mètres de longueur totale, 18 de largeur dans 
la nef, 25 dans le transept et 17 de hauteur sous clé ; 
voûte sur ogive, supportée par huit piliers qui décrivent, 
de la base jusqu'à la moitié de la hauteur, une gaine à 
pans réguliers , et se terminent , dans la seconde moitié, 
par un fût cylindrique ; chapiteaux simples, imitant ceux 
de l'ordre toscan ; quatre travées, dont une pour le tran- 
sept ; fenêtres ogivales à réseaux élégants et vitraux co- 
loriés, très-appréciées, mais toutes mutilées ; portail dans 



— 88 — 

le goût de la Renaissance, sur la frise duquel une inscrip- 
tion dédicatoire avec la date 1512 ; au milieu du tympan 
du fronton , une belle rosace ogivale et en avant les ar- 
moiries de l'évêque (sur champ d'azur, avec une croix 
d'argent cantonnée de quatre dés de même) ; tour au- 
dessus du portail avec une flèche qui s'élève à 75 mètres 
de hauteur ; charpentes très-remarquables. A l'intérieur 
de l'église, au chœur, dans le mur latéral du côté de l'É- 
vangile, tombeau de Hugues des Ilazards, dont la dépouille 
mortelle repose dans un sépulcre ménagé dans l'épaisseur 
du mur ; monument en relief , très-remarquable , de la 
Renaissance, ayant 4 mètres de hauteur sur 5 m 40 de lar- 
geur ; le corps de l'évêque , de grandeur naturelle , cou- 
ché, est revêtu des ornements pontificaux, les mains 
jointes, la tête sur un coussin et les pieds reposant sur 
un lion accroupi ; au-dessus, sept statuettes debout avec 
emblèmes des sciences , des lettres et des arts ; au-des- 
sous , dix pleureuses en habits monastiques , soutenant 
une bande sur laquelle on lit : Vita hominis , nasci la- 
borare, mort; au-dessous de l'effigie du Pontife , une 
table de cuivre avec une inscription en lettres gothiques, 
ou notice sur la vie du saint prélat. (Voy. description de 
ce tombeau. Bull, de la Société d'Archéol., t. I.) En 
avant du sanctuaire, pierres tumulaires de plusieurs mem- 
bres de la famille de l'évêque, avec inscriptions en lettres 
gothiques ; d'autres pierres tombales des siècles derniers ; 
inscriptions tumulaires et obituaires du xvi e siècle sur les 
piliers qui séparent la nef du transept ; dans le mur laté- 
ral méridional , un petit monument à deux colonnes avec 
inscriptions rappelant une fondation. Avant la Révolution, 
il existait plusieurs chapelles dans le transept et au fond 
du chœur, elles ont été détruites ; plusieurs tableaux d'un 



— 89 — 

mérite douteux ; l'un d'eux, de petites dimensions, dans 
le transept , suivant la tradition , serait du xvi e siècle et 
donnerait les traits du fondateur de l'église de Blénod. 
Peu de temps après sa construction , cette église fut en- 
tourée d'un chàteau-fort de forme quadrangulaire ; quel- 
ques parties sont encore conservées : on y remarquait 
autrefois les murailles hautes et épaisses , flanquées de 
tours rondes avec meurtrières aux angles, des fossés lar- 
ges et profonds avec pont-levis , guichet et une avant- 
cour bordée de murailles ; on disait cette forteresse im- 
prenable. Dans les constructions ménagées à l'intérieur, 
on trouve aujourd'hui encore le Brèdaine , salle des 
gens de justice; V Oratoire de l'évêque attenant à l'é- 
glise, et les Loges, bâties en 1516, qui ont servi de gre- 
nier dans l'origine à l'usage des habitants ; elles pouvaient 
aussi leur servir de retraite en cas d'attaque. — Ce châ- 
teau fut élevé sur les ruines d'une ancienne forteresse qui 
existait déjà en 1274, et qui fut réparée h diverses époques 
du moyen âge. Aqueduc de la grande rue, de 1554. Dans le 
bourg, un grand nombre d'anciennes habitations , quel- 
ques-unes du xv e siècle et beaucoup du xvi e . Le sentier 
qui monte à Galiaud s'appelle sentier de l'Evêquc ; un 
autre, qui gravit la montagne opposée , se nomme sen- 
tier du Moulin-à-Vent. || Ép. moderne. A Saint- 
Hubert, à 500 mètres de Blénod, dans les vignes, restes 
de constructions de la chapelle de ce nom : en 1865, près 
de ces ruines , découverte d'un grand nombre de sépul- 
tures à m 50 de profondeur. A l'orient et à quelque dis- 
tance du bourg, ruines d'habitations aux lieux dits Der- 
rière-ï Hôpital et la Rue, jusqu'où l'on suppose qu'au- 
trefois s'étendait le bourg de Blénod. Un quartier de cette 
commune porte le nom de Quarlier-des-Camisards. 



— !>0 — 

Aux Tuilières, tuilerie détruite. A la borne de ban dite 
Haute borne quadri banale, les syndics des quatre com- 
munes de Blénod, Bulligny, Allamps et Vannes , se réu- 
nissaient le 25 mars de chaque année en signe de con- 
corde. Celte coutume subsista jusqu'à la Révolution. 
(Voy. notice sur Blénod-lès-Toul , par M. l'abbé Guil- 
laume.) 

BULLIGNY. Ep. celtique. Trouvaille sur le territoire 
d'une monnaie gauloise en argent. « Tout porte à croire, 
dit Beaulieu (Archéologie de la Lorraine, t. II, p. 1%), 
que Bulligny (Beleniacum) tire son nom de quelque 
temple consacré, dans ce lieu, au culte de Belen. \\ Ep. 
romaine. Sur le Fort, dans la direction d' Allamps , au 
milieu des vignes, à 1,500 mètres de Bulligny, substruc- 
tions gallo-romaines sur une longueur de U00 mètres au 
moins et sur une largeur de 2b0 , dans lesquelles , à di- 
verses époques, on a découvert un grand nombre d'objets 
antiques : débris céramiques , cruches, fragments de tru- 
satyles , de pierres plates sciées , de ciment et d'une es- 
pèce d'enduit en plâtre , dont quelques morceaux peints 
offrent des moulures ; monnaies romaines de César, de 
Valentinien ; enfin un bronze représentant un petit ani- 
mal d'environ cinq centimètres de longueur, qui est dé- 
posé dans la collection de M. Henriot, agent-voyer en chef. 
Près des ruines de l'ancienne chapelle de Notre-Daine-de- 
Pitié, détruite après la Révolution , et dans les cantons 
dits au Rupt-du-Frêne, aux Chènevières, en Châtil- 
lon et àlaSaulce, tuiles plates, traces d'habitations, 
monnaies romaines. || Moyen âge. Eglise paroissiale de 
la Sainte-Vierge en sa Nativité , du style ogival de la 5 e 
époque, orientée et conservée sans changements bien 
importants ; plan en forme de croix latine ; une seule nef 



— 91 — 

de trois travées : longueur, 15 m 73 ; largeur, 7 m 90; tran- 
sept de 6 m 33 de longueur sur 17 m 30 de largeur totale, 
les croisillons présentant deux travées ; abside pentago- 
nale de 5 m 90 de largeur sur 3 m 20 de profondeur ; hau- 
teur des voûtes : nef, 6 m 13 ; chapelle, 4 m 50. On pénètre 
de l'intérieur de l'église dans ces chapelles par une double 
arcade , et de l'extérieur par deux portes latérales avec 
impostes tréflées ; voûtes sur nervures en doucines ; pein- 
tures murales visibles dans les endroits où le badigeon 
est tombé ; fenêtres à réseaux variés avec fragments de 
vitraux historiés ; dans l'avant-chœur, dalle tumulaire 
du xvn e siècle avec un écusson sur lequel on distingue 
un chevron et un cœur. En avant de la nef, tour de la 
même époque , mais remaniée à sa partie supérieure ; 
portail élégant sur lequel se dessine la Renaissance ; dans 
le tympan et dans le porche de la tour, statues gothiques. 
Dans la partie haute du village, chapelle Saint-Florentin, 
dans laquelle on remarque quelques fragments du xv e 
siècle. Au village, linteau de porte orné d'ogives. || Ep. 
incertaine. Aux Tombois , dit aussi aux Trépassés, 
sépultures nombreuses sur une étendue d'environ 100 
mètres, au milieu desquelles on a trouvé des armes , des 
armures et , à peu de distance , un biscaïen près de l'un 
des squelettes, supposé d'un chef; un sabre avec garni- 
ture élégante, boucles, agrafes, etc. || Ep. moderne. 
Tuilerie détruite au canton qui porte encore ce nom. 
Chez M. Pierrot, une taque avec écus de France, de Lor- 
raine, croix de Lorraine et la date 1G09. A un kilomètre 
de Bulligny, château de Tumejus du xvn e siècle ou du 
xvm e . Tumejus était une seigneurie qui existait déjà au 
xv e siècle, à la possession des Ligniville. (Dictionnaire 
de la Noblesse-Ligniville.) Au xvn e siècle, les seigneurs 
de Tumejus étaient comtes du Saint-Empire. 



— i)2 — 

CHARMES. Ep. romaine. Aux Poirielles , restes 
d'habitations, tuiles plates. Au Montignon, peu de temps 
avant la Révolution, découverte de sépultures nombreuses 
avec des débris d'armes et d'armures antiques ; les osse- 
ments étaient d'une taille colossale. (Michel , Statist. de 
1822.) || Ep. incertaine. En Blussin, armes, casques. 
A l'extrémité N.-E. du territoire, chemin Brabant sup- 
posé voie antique , semblant relier la chaussée romaine 
de Langres à Toul , en face de Gye , à celle de Toul au 
camp de Void. || Moyen âge. A la sortie du village, du 
côté de Domgermain , restes de constructions de la cha- 
pelle Saint-Florentin qui existait dés le x e siècle , mais 
déjà détruite au commencement du xvn e (S.). Près de là 
un canton s'appelle la Moincrie. Village incendié par les 
Bourguignons (M.). Au-dessus du village, sur une grande 
étendue, ruines d'habitations. || Ép. moderne. Près de 
la chapelle Saint-Fiacre (Meuse) , autrefois petit hôpital 
(S.), trouvaille, il y a quelques années, d'un certain 
nombre de monnaies lorraines. Eglise paroissiale de la 
Sainte- Vierge en sa Nativité, autrefois église mère de 
Domgermain (C.) ; nef de 1739 ; chœur ogival de la troi- 
sième période ; un écu fruste à une clé de voûte. 

CHAUDENEY. Moyen âge. Au village , une croix de 
la période ogivale avec un chapiteau offrant un double 
rinceau. || Ép. moderne. Château de Moselly , autre- 
fois maison forte, rebâti en 1760 par Claude Drouas, 
évèque de Toul, pour servir de maison de plaisance (S.). 
Au village , à proximité et autrefois dépendances de ce 
château , plusieurs maisons du xvi e siècle ; l'une d'elles 
était l'hôpital ; à l'angle d'une autre de ces constructions, 
niche avec clochette en pierre pour dais. Église parois- 
siale Sainte- Valburge reconstruite à la fin du siècle der- 



— 95 — 

nier ; en avant, un gigantesque marronnier que la tradi- 
tion et d'anciens papiers désignent sous le nom d'Arbre 
de Sully. Fontaine Sainte-Valburge à laquelle on attri- 
buait autrefois des propriétés médicinales. Chez M. Gon- 
tois, une toile représentant M gr Drouas , provenant du 
château de Moselly. 

CHOLOY. Ép. romaine. A 500 mètres au nord du 
village, lieu dit en Champally, tuiles à rebords, briques 
et nombreuses monnaies romaines , trouvées il y a une 
vingtaine d'années. || Moyen âge. Suivant Dom Calmet, 
il y avait à Choloy une maison royale où les rois de 
France des deux premières races, et, plus tard, les comtes 
de Bar vinrent à la chasse. Au Val-de-Passey , petit 
hameau près duquel on trouve des restes de construc- 
tions ; un prieuré de Bénédictins de Saint-Maur, aujour- 
d'hui détruit, y fut fondé en 1236. | Ép. incertaine. 
Ancienne voie appelée Chemin-Brabant. \\ Ép. mo- 
derne. A la Fosse-la-Grive , sépulture des pestiférés. 
Au-dessus de Saint-Pierre , ruines de l'ancienne cha- 
pelle ou ermitage de ce nom , où se tenait autrefois un 
rapport très-fréquenté (S.). Église paroissiale Saint- 
Jean-Baptiste, reconstruite en 1771 sur les ruines d'une 
ancienne église ogivale de la première époque , dont il 
reste la tour faisant hache avec la nef près du chœur ; au 
rez-de-chaussée de cette tour, voûte sur ogive avec baies 
géminées et contreforts à deux rentrants. Suivant l'au- 
teur de la Statistique 1822, il existe dans cette partie de 
l'ancienne église une pierre grenasse offrant le millésime 
1269, presque effacé, qui serait assez en rapport avec 
l'époque probable de la construction de l'église primitive. 
Dans l'une des baies murées de la tour, un marbre fu- 
néraire de M. Louis-Joseph du Barail de Saint-André 
(f 1756). 



— 94 — 

CREZILLES. Ep. ce/ tique. Découverte, en 1863, aux 
Thermes, d'un fragment de hache en silex. || Ép. ro- 
maine. Voie romaine de Langres à Toul par Soulosse, 
sur laquelle passe le chemin de grande communication 
n° 1 de Toul à Colombcy. Trouvailles , le long de cette 
voie, d'objets antiques. Restes d'anciennes constructions, 
tuiles à rebords aux Sarrazinières , aux Petites- 
Pièces, à la Conncau (J.). Sur la place de l'église, 
trouvaille d'une pièce en argent de Nerva, offerte au Mu- 
sée par A. Gigoul. Aux Thermes, à environ 2,500 mè- 
tres à l'orient du village, sur la lisière du bois et sur une 
étendue de 4 à 500 mètres , débris nombreux de cons- 
tructions gallo-romaines , tuiles et pierres plates , frag- 
ments de meules en lave et de diverses poteries. En 
4862, fouilles et découverte d'un petit pavillon de bains , 
de forme carrée, de 7 m 60 décote, partagé en quatre 
pièces d'inégales dimensions, dans lesquelles on a pu re- 
connaître Y Aquarium, le Frigidarium, un cabinet par- 
ticulier de bains et l'officine où l'on chauffait les bains ; 
trouvaille, dans les décombres, d'un tronçon de colonne, 
d'objets en métal (slrigïles ?), de tuiles, de briques de 
diverses dimensions, de petits bronzes romains au nombre 
desquels un Constantin offert au Musée , ainsi que des 
briques de deux échantillons, par Ë. Olry ; tous les objets 
trouvés sur ce point, recueillis par M. Micard, inspecteur 
des forêts à Toul, ont été offerts à l'Empereur et déposés 
dans son cabinet. Vers 4852, ces bains furent déjà fouil- 
lés. (J., nov. 4862 et notice sur cette découverte par E. 
Olry, J., mars 4863.) || Ép. incertaine. Vestiges d'an- 
ciennes habitations s'étendant , à partir de l'église , sur 
4 50 mètres de longueur, dans la direction du sud , dans 
lesquelles on a trouvé, il y a dix ans, un cercueil en 



— 95 — 

• pierre , des débris d'une armure antique et un puits 
à peu de distance. Moyen âge. Quelques portes 
à linteau ogival et fenêtres à couvertes accusant les xv e , 
xvi e et xvn e siècles. [ Ep. moderne. Maison seigneu- 
riale aux chanoines de Saint-Gengout de ïoul, seigneurs 
haut-justiciers, bâtie au xvi e siècle, mais remaniée. Mon- 
naies lorraines trouvées à la Justice , près de l'endroit 
où était le signe patibulaire. Dans le cimetière, Calvaire, 
avec croix de Lorraine et le millésime 1748. Église pa- 
roissiale Saint-Gengout, reconstruite vers 1785; dans 
l'intérieur, quatre tableaux sans signature , de 3 mètres 
de haut sur 3 m 50 de large , dont les sujets sont tirés de 
la vie de saint Vincent de Paul : 1° Saint Vincent chez 
les lazaristes ; 2° Sermon aux Dames de la Cour; 
o° Sermon au peuple; 4° Saint Vincent assistant 
Louis XIII à ses derniers moments. On suppose que 
ces tableaux sont de la fin du xvn e siècle et qu'ils pro- 
viennent des églises de Toul. 

DOMGERMAIN. Ép. incertaine. Chemin Bradant 
passant à l'extrémité septentrionale du territoire. Traces 
d'anciennes constructions au lieu dit le Bois-des-Moines. 
| Moyen âge. Village mentionné déjà dans des chartes 
au x e siècle (C). || Ép. moderne. Chemin de Bois-le- 
Comte construit en 1581 (S.). La seigneurie de Bois-le- 
Comte , aujourd'hui simple censé , à trois kilomètres et 
sur le territoire de Domgermain, ne semble pas remonter 
au delà de la fin du xvi e siècle (C.). A quelque distance 
de Domgermain , dans la direction de Gholoy, chapelle 
Saint-Maurice remaniée récemment et construite sur 
l'emplacement d'une ancienne église qui servait de pa- 
roisse à ce village et à celui de Gholoy (G.). Autour de 
cette chapelle et de chaque côté du chemin jusqu'au vil- 



— 00 — 

lage de Domgermain, traces nombreuses de constructions 
qu'on croit être celles de l'ancien village qui fut ruiné à 
une époque inconnue. A peu de dislance de la chapelle 
Saint-Maurice, au lieu dit le Cimetière-des-Moines , sé- 
pultures, trouvailles nombreuses de monnaies du -XVI e 
siècle. Au village, deux constructions des siècles derniers 
portent le nom de châteaux. Église paroissiale Saint- 
Maurice reconstruite au milieu de la localité en 1753, sur 
remplacement d'une chapelle fondée vers 1300, qui fut 
entourée de murailles flanquées de tours pour servir de 
retraite en temps de guerre (C.) ; dans l'intérieur de l'é- 
glise, croix de Lorraine aux clés de voûte ; plusieurs ta- 
bleaux d'un certain mérite venant, paraît-il, des églises 
de Toul : l'un d'eux, l'Ascension, est signé « de Senne- 
mont, peintre du Roy, 1780 ». 

GYE. Ép. romaine. Voie de Langres à Toul par Sou- 
losse. En Nalléchamp, restes de constructions, tuiles à 
rebords. || Ep. incertaine. Chemin lîrabant. Moyen 
âge. Sur la place de l'église, il y a une cinquantaine d'an- 
nées, dans des fouilles, à une certaine profondeur, décou- 
verte, au milieu de fondations , d'un pavé en briques de 
différentes couleurs. Près de la voie romaine , au lieu dit 
l'Etanej-de-Gye, il existait une maison d'ancienne cons- 
truction, démolie vers 1840, qui pourrait bien répondre 
à l'indication Stagna de Gieyo, 1449-1472. (Epitaphia 
eps. tul. H. L., I, c. 188.) || Ép. moderne. Dans la 
prairie , au-dessous du village , ruines d'habitations au 
milieu desquelles on trouva, vers 1835, une épée dans le 
genre des dagues espagnoles du temps de la ligue (S.). 
Eglise paroissiale Saint-Mansuy, style roman de transi- 
tion , mais qui a subi diverses modifications et a été re- 
maniée à différentes époques ; plan en forme de croix 



— 97 — 

latine si le bras gauche ne faisait défaut ; une seule nef ; 
chevet plat , voûte sur nervures toriques à filet sur face, 
reposant aux angles , sur des colonnes de l m 20 de hau- 
teur seulement ; arc triomphal en ogive obtuse ; quelques 
baies romanes ; chapelle du style ogival tertiaire ; arcade 
en plein-cintre séparant le porche de la nef ; tour réparée 
au xvm e siècle. Sur la frise du portail, avec le millésime 
4732, le verset : « Terribilis est locus iste, etc. Genèse, 
28, v. 17 ». Dans l'intérieur de l'église, des fonts sur les- 
quels on lit : In nomine patris , etc. , 4674 ; plusieurs 
dalles tumulaires, dont l'une de 4653. — Village ruiné 
pendant la guerre de Trente ans (C.). A la limite du ban 
de Gye et de Toul , bornes avec une crosse d'évéque sur 
une face. 

MAIZIÈRES-LÈS-TOUL. Ép. romaine. Vestiges 
d'habitations, tuiles romaines à la Petite-V 'Étrichamp, 
et au Colombier : ce dernier canton se trouve à une pe- 
tite distance du lieu où s'élevait l'ancien château ; on y 
a trouvé une foule d'objets antiques et des fragments de 
poterie. ([ Moyen âge. Maizières était le chef-lieu d'une 
chàtellenie, de laquelle dépendaient Bainville et Xeuilley, 
à la possession des évêques de Toul. Il ne reste plus que 
quelques traces à peine visibles des fossés de l'ancien fort 
qui fut bâti au xm e siècle, qui subit bien des vicissitudes, 
soutint plusieurs sièges, et enfin fut détruit au xvn e siècle. 
Très de ces fossés , découverte , il y a quelque temps, 
d'un boulet de canon et d'une certaine quantité de mon- 
naies du moyen âge , minces avec un cavalier sur face. 
Dans l'intérieur du village, un certain nombre d'anciennes 
constructions ; linteau de porte et dessus de fenêtres or- 
nés d'ogives ; dans le tympan de l'une d'elles, un écusson 
chargé d'une crosse d'évéque aux armes d'Antoine de 



— 98 — 

Ncufchàtel ; quelques fenêtres basses et étroites : l'une 
d'elles offre un double trèfle ; au fond de l'allée du petit 
château, à l'entrée du village, un écu fruste avec une 
crosse d'évèque. (Voy. notice sur Maizièrcs, par M. l'abbé 
Guillaume. Bulletin de la Société d'Archéologie, t. I.) [ 
Ép. moderne. Carrière dite la Pierrière-de-Ravignan s 
achetée par le duc de Lorraine Charles 111 en 1578. Sur 
le Jlaul-de-la-Câle , sépultures nombreuses avec dé- 
bris d'anciennes croix ; cimetière des pestiférés , selon la 
tradition. — Village saccagé et détruit par les Suédois 
(M.) Église paroissiale de la Sainte-Vierge en sa Nativité 
rebâtie au xvn e siècle. 

MÉN1LLOT. Ép. moderne. Cliapellc érigée sous le 
vocable de la Sainte-Vierge en son Assomption, agrandie 
ou remaniée dans les siècles derniers ; chœur pentagonal 
et avant-chœur du style ogival primitif ; largeur, b" mè- 
tres ; longueur de l'avant-chœur, 4 m 40 ; profondeur du 
chevet , 5 mètres ; voûte sur nervures toriques dont la 
retombée est reçue sur des pilastres à chapiteaux dont 
l'ornementation est variée et dans laquelle on remarque 
notamment des feuilles à crochets ; rosaces aux clés de 
voûte , arc triomphal à ogive et vitraux peints , très- 
remarquables, du xiu e siècle , dit-on , assez bien conser- 
vés. A l'extérieur, contreforts à deux rentrants et corniche 
qui règne sur le pourtour du chœur et de la première 
travée, ornée de mascarons et de modulons ayant de 
l'analogie avec une feuille à crochet privée de sa tète. 

MONT-LE-VIGNOBLE. Ép. romaine. En Nallè- 
champ, fragments nombreux de tuiles plates, ainsi qu'à 
la Huie-de-V Ecluse, où l'on trouve en même temps des 
ruines d'habitations. | Moyen âge. Village mentionné 
dès le vn e siècle dans l'Histoire des Evèques de Toul 



— 99 — 

(D. T.)- Il Ép. moderne. Au village, quelques portes 
et fenêtres à fronton ogival. — Village dépeuplé pendant 
les guerres du xvn c siècle (G.)- Chemin de la Borde 
(D. T.). La partie supérieure du village s'appelle au 
Château. Sur la Côte, un moulin à vent détruit ; sur le 
sentier de Charmes, une croix de 1755. Eglise paroissiale 
Saint-Mansuy , reconstruite dans le courant du siècle 
dernier. 

MOUTROT. Ép. celtique. Hache en silex qui fait par- 
tie de la collection de M. Dufresne, conseiller de préfec- 
ture à Metz. || Ép. romaine. Voie de Langres à Toul 
par Soulosse , près de laquelle on a trouvé des cercueils 
en pierre, en rétablissant les murs du cimetière vers 
1850. Restes de constructions, tuiles à rebords, monnaies 
romaines en Voirimois, à la Terre-Monsieur, à la 
Sarrazinière et en Montant-les-Portions , dans la di- 
rection de Blénod. || Ép. moderne. Derrière-Latine et 
en Mollonville , près du cimetière, restes d'anciennes 
habitations formant un ensemble de ruines assez étendu 
qu'on suppose être celles de Mollonville ou de l'ancien 
Moutrot. A l'angle du cimetière, cbapelle Saint-Elophe 
avec la date 1727 ; dans l'intérieur, encastré dans le mur 
septentrional, petit monument funèbre de 1C37 (S.). A 
côté de la chapelle , porte du cimetière en plein-cintre 
avec deux écussons mutilés. A la Poche-Pierre, débris 
d'anciens bâtiments avec fragments nombreux de tuiles 
creuses peu épaisses. Aux abords du village, dans les 
jardins et dans des fouilles à bâtir, fondations et trouvaille 
d'objets divers et, entre autres , d'un boulet du calibre 8, 
par M. Coffigny, indice, peut-être, du combat livré, sui- 
vant nos historiens, par le duc de Guise aux protestants, 
en 1587, entre Grézilles et Moutrot. Au moulin de Bou- 



— 100 — 

vade, laque en fonte avec cinq écussons de trois familles 
différentes ; celui du milieu donne les armes de la famille 
Chirot de Montrouge de Bcllaire, anoblie par Léopold. 
Chez M. Viard, autre laque chargée d'un écu indéchiffrable, 
surmonté d'une couronne de comte, entouré d'un collier 
de la Toison-d'Or, avec cette inscription au-dessus : 
« Dominas mihi adjutor. 1608 ». Église paroissiale 
Saint-Elophe , orientée et reconstruite dans les siècles 
derniers ; l'un des angles extérieurs du chœur offre une 
niche avec statue et dais dans le goût du xv c siècle. A 
l'intérieur, provenant , dit-on , des églises de Toul , trois 
autels d'un fort bon goût et d'un marbre précieux (S.) 
avec neuf tableaux , parmi lesquels La guêrison de l'A- 
veugle né, peint à Bruxelles en 1756 pariV.-J?. de Per- 
cey, passe pour un véritable chef-d'œuvre (S.). On re- 
marque ensuite : Le Christ au tombeau, et le Cruci- 
fiement, par P. Le Clère, 1775 ; la Résurrection, sans 
nom d'auteur apparent. Ces tableaux ont environ 5 mè- 
tres de hauteur ; les cinq autres sont plus petits. 

OCIIEY. Ep. romaine. Ruines d'habitations, frag- 
ments de meules en lave et tuiles à rebords à la Grande- 
Haie, à la Haute-Borne , à la Haie-de-la-Foire , et à 
la Terre-Gadel. Entre Ochey et Thuillcy, lieu dit au 
Haut-de-la-Croix, près de la route, vers 1845, fouilles 
et découverte de nombreux fragments de tuiles et de po- 
teries romaines dans des restes de constructions antiques, 
où précédemment on avait déjà trouvé quantité de mon- 
naies à l'effigie des empereurs (S.). Voie antique suppo- 
sée voie romaine de Toul à Vaudémont, dite Chemin de 
Toul, longeant parallèlement la route actuelle ; mais à 
un kilomètre au nord, continuation du chemin de la 
Blanche-Dame. || Moyen âge. Église paroissiale Saint- 



— 101 — 

Maurice, orientée , du style ogival de la 5 e époque , saut 
la tour qui a été remaniée en 1750 (Journal, 1805) ; une 
seule nef à trois travées de 15 m 50 de longueur sur 7 m 85 
de largeur ; chœur penlagonal de même largeur et de 6 
mètres de longueur ; voûte sur nervures prismatiques 
avec pilastres à panneaux sans chapiteaux, supportant la 
retombée des nervures , fenêtres bien conservées , à ré- 
seaux élégants et variés qui étaient encore, il y a quelques 
années seulement , garnis d'anciens vitraux coloriés avec 
le millésime 1 539 , que la tradition attribue à l'un des 
peintres verriers d'Ochey ; dans l'intérieur, fonts pédi- 
cules du style flamboyant ; cuve très-ornementée , mais 
d'une médiocre exécution ; dalles tumulaires du xvi e 
siècle. Dans le cimetière, pierre tombale avec un reli- 
gieux en relief et une inscription gothique dans l'enca- 
drement (Journal, 1863). — La maison d'Ochey, qui 
existait au moyen âge, portait : D'or à deux lions lèo- 

F 

pardés de gueules (S.). [| Ep. moderne. Porte à lin- 
teaux ornés d'ogives , et fenêtres à menaux. Au nord du 
village, traces d'anciennes habitations au milieu des- 
quelles, vers 1840, en plantant des étocqs, on trouva une 
certaine quantité de pièces d'or, d'argent et de cuivre 
assez minces. 

PIERRE-LA-TRE1CHE. Ép. celtique. Sur le sol du 
plateau de la Treiche, près du chemin de Maizières , on 
a trouvé, en 1804, des ébauches de haches, de couteaux, 
de lances et de flèches en silex du pays, taillés sur place, 
ainsi que des cailloux travaillés en forme de casse-tête et 
de haches. Dans la grotte dite le Trou-des-Celtes, près 
de la rivière , fouilles à la même époque et découverte 
d'un certain nombre de sépultures protégées par des 
pierres plates avec des fragments de poteries celtiques, 

4 - 



— 102 — 

quelques-unes à stries et quantité d'autres objets de 
même origine : couteaux, haches, flèches, lances en silex 
étranger et du pays ; grains en lazulithe et en terre, cou- 
teau de sacrificateur en métal, portions de fibules, os et 
coquilles travaillés ; enfin quantité d'os d'animaux dispa- 
rus du pays depuis longtemps. Dans les Trous de Sainte- 
Reine (S.), trouvailles d'un certain nombre d'objets ana- 
logues aux précédents et d'un vase gallo-romain , forme 
trompe, en verre émaillé , très-élégant. (Ces fouilles et 
découvertes sont ducs à M. Husson, pharmacien à Toul, 
(jui a composé , des objets trouvés , une collection dont 
on trouve le Catalogue avec la description des grottes 
dans une brochure qu'il a publiée sous ce titre : Origine 
de l'homme dans les environs de Toul). (Voy. aussi 
Journal de la Société d'Archéologie ; janvier 18Go.) || 
Ep. romaine. Au Camp, sur le plateau déjà nommé, 
position dominant la rivière (S.) , traces de retranche- 
ments , avec un petit mur, qu'on suppose remonter à la 
période gallo-romaine. Un peu au-dessous du Trou-des- 
Celtes; trouvaille d'une bouteille en terre cuite déposée 
dans la collection de M. Husson. Ep. incertaine. Au 
Champ-au-Cercucil , sur un plateau à un kilomètre à 
l'est de Pierre , traces d'anciennes fortifications près des- 
quelles, vers 1855, en ouvrant des carrières, on découvrit 
à un mètre de profondeur, quinze ou vingt squelettes 
ayant à leur côté une épée et un poignard ; ils étaient 
rangés autour d'un cercueil orienté, fait d'une seule pierre 
avec couvercle assujetti au moyen d'agrafes en fer, scel- 
lées en plomb ; le squelette qu'il renfermait avait sur la 
poitrine un anneau en bronze; à la main gauche, une 
bague en argent avec une onyx ornée d'un Mercure ou 
d'un Apollon ; à ses côtés, une épée et un poignard. 



— 105 — 

M. Dufresnc pense que ce tombeau est celui d'un chef 
franc environné de ses leudes. (Revue d'Austrasie.) || 
Moyen âge. Localité très-ancienne dont il est déjà ques- 
tion au ix c siècle. A la Rochotle, un prieuré dédié à 
Saint-Nicolas , fondé au xi c siècle et reconstruit au xvi e , 
ainsi que la chapelle , bâtie un peu à côté , sur le rocher, 
sous lequel sort le ruisseau de ce nom. Le prieuré offre 
des fenêtres larges , à meneaux croisés , surmontées de 
frontons ; sur la façade et à la partie supérieure , une 
niche encadrée, style de la Renaissance ; dans le tympan 
du fronton des deux fenêtres voisines, l'écu rapporté des 
Vaullier anoblis en 1655, que l'on trouve aussi à la clé 
de voûte de la chapelle. || Ép. moderne. A l'extrémité 
orientale du village , autour du cimetière , traces nom- 
breuses d'anciennes constructions où l'on croit qu'était 
bâti l'ancien village de Pierre et dans lesquelles on a 
trouvé des sépultures et de nombreux ustensiles de cui- 
sine il y a une dizaine d'années. A la Treische, ruines 
d'habitations au lieu où était bâtie la ferme de ce nom 
qui a été détruite après la Révolution. A l'entrée des 
grottes de Sainte-Renne, quelques restes de la chapelle 
érigée sous ce vocable et démolie au siècle dernier. Eglise 
paroissiale Saint-Christophe, reconstruite en 1779 au 
centre du village ; l'ancienne , qui était bâtie près du ci- 
metière, était primitivement la mère-église de Bicque- 

ley(S.). 

SEXEY-AUX-FORGES. Ep. romaine. Ghemin-le- 

Comte, venant de Bainville-sur-Madon et traversant la 

Moselle sur le territoire de Sexey. Vestiges d'habitations 

gallo-romaines , débris de tuiles à rebords , de poteries 

rougeâtres en plusieurs endroits de la forêt communale 

du Bois-le-Duc (C.) et dans les champs aux lieux dits le 



— 104 — 

Champ-du-Mouton et au-dessus du Hal-de-Bourgogne. 
Près de la ferme des Gimées, en défrichant le bois, vers 
4842, au milieu de tuiles plates cl sur un massif de ma- 
çonnerie, découverte d'un bloc en pierre rompu , d'envi- 
ron 50 à 35 centimètres de longueur, sur la face duquel 
on remarque, sculpté en relief, le buste de deux enfants 
au maillot, couchés côte à côte dans une espèce de ber- 
ceau (S. supplément) ; ce monument, attribué au style 
byzantin par M. l'abbé Garo, est conservé et déposé dans 
la chapelle de la ferme. || Moyen âge. Sexey, mentionné 
dans des chartes dès le x c siècle, fut, jusqu'au xvi c , la 
mère-église de Pont-Saint-Vincent (C.). Église parois- 
siale Saint-Mansuy, orientée, du style ogival secondaire ; 
plan rectangulaire de 18 ra 50 de longueur totale, dans 
œuvre, non compris la tour qui s'élève à l'occident, et de 
7™ 10 de largeur, composée de trois travées seulement 
dont une carrée pour le chevet ; rosaces aux clés de 
voûte ; pilastres, arcs doubleaux et arceaux très-saillants ; 
pierres obituaires encastrées dans les murs dont l'une du 
xvi e siècle et les autres de 1610, 1612 et 1660. A la ferme 
des Gimées , autrefois censé à la possession de l'abbaye 
de Saint-Mansuy de Toul , restes d'une chapelle dédiée à 
Saint-Christophe , but d'un pèlerinage pour les enfants 
convulsionnaires, érigée au xv e siècle, ainsi que le prou- 
vent les baies murées à réseaux du style flamboyant et 
l'origine des arceaux qui supportaient la voûte aujour- 
d'hui démolie. A proximité de cette ferme , ruines nom- 
breuses d'habitations du moyen âge et découverte à di- 
verses époques de monnaies antiques , de médailles dont 
l'une en argent du xu° siècle est entre les mains des fer- 
miers ; enfin d'une foule d'objets curieux comme une 
paire de ciseaux de forme bizarre, une clé à tige recour- 



— 105 — 

bée, etc. : ce dernier objet fait partie de la collection de 
M. le docteur Marchai, de Lorquin (C). La tradition pré- 
tend qu'au lieu dit le Hal-de-Bourgogne, à une petite 
distance de Sexey, une bataille fut livrée au duc de Bour- 
gogne (C.)- Sur une hauteur qui domine la commune, 
où l'on suppose qu'était bâti l'ancien village avec un châ- 
teau, on a découvert des fondations, des pierres de taille 
et, dans des fouilles, un squelette avec un casque. || 
Époque moderne. Un château très-élevé, du xvi c siècle, 
flanqué d'une tourelle; on y remarquait, avant qu'il ne 
fût découronné, des créneaux et des meurtrières ; traces 
des fossés ; dans le mur septentrional, une tête casquée 
plus grande que nature ; au-dessus d'une porte, une ins- 
cription latine (S.). Sur la côte, dans les vignes, décou- 
verte, en 18G3 , d'une grande quantité d'ossements dans 
une vaste fosse. A la même époque, en ouvrant des fos- 
sés au périmètre de la forêt, trouvaille de plusieurs mon- 
naies. Dans la vallée, au-dessus de Sexey, vestiges des 
anciennes forges établies au xvi e siècle et abandonnées 
au xviu e . Plus haut, dans la même vallée, chapelle 
Sainte-Anne, autrefois ermitage et lieu d'un rapport fré- 
quenté. 

VILLEY-LE-SEC. Époque incertaine. En 18G3, près 
de la Moselle, en Brifauvau (bois l'Evèque) , découverte, 
en faisant des déblais, d'un squelette entre quatre pierres 
détaille. || Moyen âge. Village très-ancien, déjà men- 
tionné au vii c siècle dans la vie des évèques de Toul (C). 
| Ép. moderne. Quelques restes d'un château flanqué 
de tours, existant déjà au moyen âge, mais détruit depuis 

t 

la Révolution. Eglise paroissiale de la Sainte-Vierge en 
sa Nativité, dont la nef a été reconstruite en 1650, ainsi 
que l'indique un millésime placé sur l'une des fenêtres ; 



— lOti — 

chevet de l'ancienne église en partie conservé ; nu fond, fe- 
nêtre et vitraux historiés de la fin du xiv c sièclcou du com- 
mencement du XV e ; crédence rapportée dans le mur la- 
téral de la nef, avec arcade en doucine ; pierre tombale 
de 1637. Cette localité eut beaucoup à souffrir pendant 
la guerre de Trente ans. Bornes de ban dont quelques- 
unes portent une crosse d'évéque. Un moulin à vent dé- 
truit depuis longtemps déjà à proximité du village. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS. 



ABOiNCOURT-EN -VOSGES. A la suite de la description de l'é- 
glise, il faut ajouter : (Voy. notice sur l'église d'Aboncourt, par 
M. Georges Boulangé; Journal, 1854). 

BULLIGNY. A la fin de l'article relatif à cette commune , et au 
lieu de lire : u Château de Tumejus , du xvn e ou du xvin e siècle », 
il faut : Château de Tumejus, construit en 1430 par Ferry de Ligni- 
ville , composé, primitivement., d'uu carié flanqué de quatre grosses 
tours , entouré de larges fossés, avec une porte d'entrée séparée du 
corps principal et surmontée d'uu donjon qui protégeait le pout-Ievis ; 
aujourd'hui, ce château féodal a subi des changements : il a perdu 
ses tours du sud et de l'ouest au siècle dernier; le donjon au-dessus 
de la porte, qui conserve, néanmoins, les crans de la herse. On re- 
marque encore les fenêtres larges à l'extérieur du château, et, à l'in- 
térieur, les murs épais , un bel escalier en spirale , un écusson aux 
armes de Philippe-Emmanuel de Lignivillc, prévôt de Saint-Georges, 
et un autre, incrusté dans la muraille, avec la date 1522. (Voy. no- 
tice sur le château de Tumejus, par M. Edouard de Barthélémy ; 
Journal, 1835.) 



TABLE 



DES NOMS DE LIEUX. 



Aboncourt-en-Vosg. 55,106 

Allain-aux-Bœufs, 56. 

Allamps, 58. 

Bagneux, 59. 

Bainville-sur-Madon, 84. 

Baraques (les) (Bainville- 
sur-Madon), 85. 

Barisey-au-Plain, 61. 

Barisey-la-Côte, 62. 

Barisey-la-Planche, village 
détruit ( Barisey - au - 
Plain), 62. 

Baltigny, 64. 

Beuvezin, 65. 

Bicqueley, 85. 

Blénod-lès-Toul, 86. 

Bois-le-Comte (Domger- 
main), 95. 

Bulligny, 90,106. 

Charmes, 92. 

Château (le) (Vannes), 83. 

Chàteau-lbrt (le) (Bainville- 
sur-Madon), 85. 

Chaudeney, 92. 

Choloy, 95. 

Colombey, 65. 



Commet (Saulxures-Iès- 
Vannes), 79. 

Courcelles, 67. 

Crépey, 67. 

Crézilles, 94. 

Dolcourt, 68. 

Domgcrmain, 95. 

Favières, 69. 

Fécocourt, 71. 

Gelaucourt, 71. 

Gémonville, 72. 

Germiny-aux-trois-Chà- 
teaux, 72. 

Gibeaumeix, 74. 

Gimées (les) (Sexey-aux- 
Forges), 104. 

Grimonviller, 75. 

Gye 96. 

Housselmont, 76. 

Maizières-lès-Toul, 97. 

Ménillot, 98. 

Mérigny ou Marigny, châ- 
teau détruit (Saulxures- 
lès- Vannes), 79. 

Mollonville , village détruit 
(Moutrot), 99. 



— 108 



Moiil- l'Etroit, 70. 

Mont-le-Vignoble, 98. 

Moulin (le) (Bainvillc-sur- 
Madon), 85. 

Moulrot, 99. 

Ochey, 100. 

Pierre-la-Treiche, 101. 

Pulney, 77. 

Kochotte (la) (Pierre-la- 
Treiche), 103. 

Roville, village détruit (Van- 
deléville), 82. 

Saint- Amon (Favières), 70. 

Sainte-Menne (Blénod-lès- 
Toul), 86. 

Saulxcrotle, 78. 

Saulxurcs-lès- Vannes , 78. 



Saulxures-lès-Taprey , ou 
seulement Taprey , vil- 
lage détruit (Saulxures- 
lés-Vannes), 79. 

Selaincourt, 79. 

Sexey-aux-Forges, 105. 

Thuilley-aux-Groseilles,80. 

Tramont-Emy, HO. 

Tramont-Lassus, 80. 

Tramont-Saint-André , 81 . 

Tumejus (Bulligny), 91. 

Uruffe, 81. 

Valcouit (Bicqueley), 8S. 

Val-dc-Passcy(Cholov),93. 

Vandeléville, 82. 

Vannes, 83. 

Villey-le-Scc, 105. 



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LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE. 



Bureau de la Société pour Tannée 1S65-1866. 

Président, M. Henri Iiepage. 

Vice-Président, M. Alexandre Geny. 

Secrétaire perpétuel, M. le baron Guerrier de Dumast. 

Secrétaire annuel, M. Alexandre Melin. 

Trésorier, Secrétaire honoraire, M. l'abbé Guillaume. 

Bibliothécaire-Archiviste, M. Alexandre de Bonneval. 

Secrétaires adjoints : MM. Lucien Wiener et Volfrom. 



Agent comptable de la Société : M. Fuel, rue Sainl-Dizier, 14. 



Membres honoraires. 

A. Brun, ancien préfet de la Meurthe. 

Buquet (le baron Alfred), maire de Nancy, député de la Meurlbe au 

Corps législatif, président du Conseil général. 
Caumont (de), directeur de la Société française pour la conservation 

des monuments historiques. 
Paye, membre de l'Institut (Académie des Sciences), ancien recteur 

de l'Académie de Nancy. 



Il 

lenglé (Albert), ancien préfet de la Meurlhe. 
Iiavigerie (M8 r ), évèque de Nancy et de Toul. 
Monct, ancien maire de Nancy. 
Podevin, préfet de la Meurlhe. 
Saint-Paul (de), ancien préfet de la Meurlhe. 

Membres titulaires*. 

la Ville de Mirecourt, représentée par son Maire. 
MM. . 

Adam (Lucien), substitut à Nancy. 

Alexandre de Bonneval, propriétaire. 

Alnot (Louis), sous-conservateur du Musée de peinture de Nancy. 

Anoelon, docteur en médecine à Dieuze. 

André, entrepreneur. 

André (Edouard), à Paris. 

Apte, chef d'escadron , commissaire impérial près le conseil de guerre 
de Bordeaux. 

Arnaud, pharmacien. 

Arnould, vérificateur de l'enregistrement, à Nancy. 

Aubry (Maurice), ancien représentant des Vosges, banquier à Paris. 

Audiat, substitut du procureur général près la Cour impériale. 

Autreoourt (©'), maire de Champey , membre du Conseil d'arron- 
dissement. 

Bailly, architecte à Blâmont (Meurlhe). 

Balland (l'abbé), curé de Plombières (Vosges). 

Ballon, à Epinal. 

Balthasar (l'abbé), vicaire à Saint-Louis-en-i'IIe, à Paris. 

Baraban, avoué au tribunal. 

Barbaut, ancien pharmacien. 

Barbey, propriétaire. 

Barbier (l'abbé), professeur d'éloquence sacrée au grand séminaire. 

Barnage (l'abbé), professeur d'histoire au grand séminaire. 

* Les personnes dont le nom n'est suivi d'aucune indication de lieu, 
ont leur résidence à Nancy. 



III 

Barthélémy (Edouard de), auditeur au Conseil d'Etat, secrétaire du 
Conseil du Sceau des titres, à Paris. 

Bastien, ancien notaire, membre du Couseil municipal. 

Beau, avoué au tribunal. 

Beaufort de Gellenoncourt (Amédée de), propriétaire. 

Beaupré, conseiller honoraire à la Cour impériale, membre de l'A- 
cadémie de Stanislas. 

Beaupré (Emile). 

Bègue, commissaire central de police. 

Benoi»t (Arthur), substitut du procureur impérial à S*-Dié (Vosges). 

Benoit, conseiller à la Cour impériale. 

Benoit (Louis), maire de Berlhelmiug, membre du Conseil d'arron- 
dissement. 

Benoit (Arthur), propriétaire à Berthelming. 

Berbain (L.-S.), propriétaire à Charmes-sur-Moselle (Vosges). 

Berlet (Edmond), avocat à la Cour impériale. 

Bemage (Alphonse), propriétaire à Sauvigny. 

Bernard, avocat à la Cour impériale, membre du Conseil municipal. 

Bert, avoué à la Cour impériale. 

Bertin (le docteur Eugène), professeur suppléant à l'Ecole de mé- 
decine. 

Besoin, architecte diocésain, à Rayonne (Basses-Pyrénées). 

Birglin (Ernest), architecte à Bar-le-Duc (Meuse). 

Blancheur, notaire. 

Boiselle, ancien vérificateur des poids et mesures. 

Boiselle (l'abbé), sous-diacre au séminaire de Sens. 

Boiteux (l'abbé), curé de Saizerais. 

Boulangé, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Arras (Pas- 
de-Calais). 

Bour (Edouard), greffier du tribunal civil. 

Bourcier (le comte Ludovic de), à Bathelémont. 

Bourcier (le comte Charles de), maire de Saint Médard. 

Bourcier de Villers (le comte Charles), ancien député des Vosges au 
Corps législatif, à Paris. 

Bourgon (Dieudonné), commis-greffier à la Cour impériale* 

Bourgon (Jules), banquier. 



IV 

Bourgon (Léonce), négociant. 

Boursier (Henri), notaire. 

Bouteillier (de), ancien officier d'artillerie, secrétaire perpétuel de 

la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Moselle. 
Bouvier (de), conseiller honoraire à la Cour impériale. 
Bouzey de Champagne (le comte de), à Paris. 
Bretagne, directeur des contributions directes. 
Bretheau, conducteur des ponts et chaussées. 
Breton (l'abbé Charles), à Haroué. 
Bruneau (Albert). 

Buffet (Aimé), ingénieur des ponts et chaussées, à Paris. 
Butte (Alexis), propriétaire. 
Carcy (de), ancien officier supérieur d'état-major. 
Casse, professeur de dessin au lycée impérial. 
Cauzier-Iiahaye, négociant. 
Caye, avoué au tribunal. 
Chabert, membre de l'Académie de Metz. 
Champagne (l'abbé), vicaire à Neufchàteau (Vosges). 
Chanzy, ancien juge à Epinal. 
Chappuy, chef d'escadron d'artillerie en retraite. 
Chariot (l'abbé), chanoine honoraire. 
Chariot, conseiller à la Cour impériale. 
Chariot (Edouard) , garde-général des foréls à Audun-le-Romau 

(Moselle). 
Chariot (Alexandre), juge au tribunal de Remiremont (Vosges). 
Charmoy, entrepreneur. 
Chartener (G. -G.), propriétaire à Metz. 
Châtelain, architecte, conservateur des édifices diocésains, membre 

du Conseil municipal. 
Châtelain, ancien négociant. • 

Cherisey (le marquis de), à Cherisey (Moselle). 
Chevalier, avoué au tribunal de Toul. 
Chrestien de Beauminy, avoué au tribunal. 
Christophe, lithographe. 

Circourt (le comte Arthur de), à Fontainebleau (Seine-et-Marne). 
Collenot (Louis), maire d'Amance. 



Collenot (Félix), avocat à la Cour impériale. 

Collesson (Louis), ancien notaire, aux Salières , près Blàmont, 

Collin, imprimeur. 

Colnot (l'abbé), curé de Fresse (Vosges). 

Constantin (René), directeur de l'usine à gaz. 

Costé, conseiller de préfecture. 

Contai (Stanislas), avoué au tribunal. 

Corrard des Essarts, architecte. 

Cosserat, principal du collège de Saint-Amand-les-Eaux (Nord). 

Cosson (Maurice), avocat à Lunéville. 

Courcel (Valenlin de), à Paris. 

Cournault (Charles), propriétaire à Malzéville. 

Courtois (Victor), étudiant en droit. 

Crépin, notaire. 

Creton, professeur au collège de Pont-à-Mousson. 

Cuny, architecte de la ville de Lunéville. 

Daubrée, bijoutier. 

Déblaye (l'abbé), à Lunéville. 

Déblaye (l'abbé Alexandre), professeur au petit séminaire de Fé- 
nétrange. 

Degoutin, conseiller à la Cour impériale de Nancy. 

Delalle (Mgr.), évèque de Kodez, ancien vicaire-général de Nancy. 

Demaidy (Oscar), avocat, à Charmes-sur-Moselle. 

Demay. rentier. 

Désazars , substitut du procureur impérial à Villefranche de Laura- 
guais (Haute-Garonne). 

Descombes, architecte. 

Didron aîné, directeur des Annales archéologiques, à Paris. 

Dietz, banquier. 

Dieudonné, propriétaire à Pompey. 

Digot (Julien), étudiant en droit 

Dœrflinger (Alfred), négociant. 

Dolard de Myon (le comte), propriétaire. 

Dormagen (l'abbé) , professeur de philosophie au grand Sémi- 
naire. 



V! 

Drouot (le vicomte A.) , dépulé de la Meurthe au Corps législatif, 
vice-président du Conseil général de la Meurthe. 

Dufour (l'abbé), vicaire de la paroisse Saint-Epvre. 

Dufresne, conseiller de préfecture, à Melz. 

Duraont, juge au tribunal de Saint-Mihiel (Meuse). 

Dupont de Romémont (Louis), propriétaire. 

Duprat, professeur au collège de Lunéville. 

Durand (Léon), receveur municipal à Remiremonl (Vosges). 

Etie-Baille, président de la Chambre de Commerce, membre du Con- 
seil municipal. 

Élie (Edmond), juge au tribunal de commerce. 

Espée (le baron Casimir de t')i ancien député, à Sandronviller. 

Espée (le baron Marcien de !•'), à Paris. 

Espée (Henri de !•'), au château de Froville. 

Faucheux, professeur, à Paris. 

Fériet (Albert de), avocat à la Cour impériale. 

Ferry-Schûtzenberger (Edouard), avocat à Saint-Dié (Vosges). 

Fèvre, notaire. 

Flamm, directeur de l'usine de Phlin. 

Foblant (Maurice de), avocat, ancien représentant de la Meurthe. 

Fontaine, architecte à Saint-Dié (Vosges:. 

Fourier de Bacourt (Xavier), propriétaire à Ligny (Meuse). 

François, ancien notaire. 

Fremotte, peintre-verrier à Ncufchàteau (Vosges). 

Gaignère (Eugène). 

Gallet (l'abbé Charles), vicaire-général du diocèse de S'-Dié (Vosges). 

Gaspard (Emile), notaire à Mirecourt (Vosges). 

Claude, instituteur à Vaudeville (Meuse). 

Gauvain (Charles de), propriétaire. 

Geny (Alexandre), propriétaire, membre du Conseil municipal. 

Georges (l'abbé), ancien curé de la Cathédrale de Toul. 

Gigout (Léopold), architecte. 

Godfroy, ancien médecin. 

Golbéry (Philippe de), ancien magistrat, à Saint-Dié (Vosges). 



VII 

Gondrecourt (le comte Kené de), conseiller de préfecture à Amiens 

(Somme). 
Gonneville (de), propriétaire. 

Gouy (Jules), propriétaire à Renémont, commune de Jarville. 
Gouy (Albert), ancien officier d'étal-major. 
Gracieux (Jules). 

Grand'Eury (l'abbé), curé de Moyen. 
Grandjaoquot (l'abbé), curé de Sanzey. 
Grandjean (le docteur), professeur à l'Ecole de médecine, membre 

du Conseil municipal. 
Gravier (Auguste), professeur de physique au séminaire de Saint-Dié 

(Vosges). 
Gridel (l'abbé), chanoine de la Cathédrale. 
Grosjean (Emile), ancien capitaine d'artillerie de marine, à Spincourt 

(Meuse). 
Guérin, ancien notaire. 
Guérin (Raoul), étudiant en pharmacie. 
Guerrier de Dumast (le baron), ancien sous-intendant militaire, 

membre de l'Académie de Stanislas, correspondant de l'Institut. 
Guillaume (l'abbé), chanoine honoraire, aumônier de la Chapelle 

ducale de Lorraine. 
Guinet fils, entrepreneur. 

Guiot de Saint-Remy, juge-suppléant au tribunal. 
Guyot (l'abbé), curé de Lay-Saint-Christophe. 
Guyot (l'abbé), professeur de mathémathiques au petit séminaire de 

Pont-à-Mousson. 
Haldat du Lys (Charles de), propriétaire. 
Hamonville (le vicomte Louis d'), maire de Manonville, membre du 

Conseil d'arrondissement de Toul. 
Harfort fils, vitrier. 

Haussonville (le comte 0. d'), ancien député, à Paris. 
Hautoy (du), propriétaire à Amiens (Somme). 
Hequet (Charles), employé de commerce à Vitry-le-François (Marne). 
Henriot, agent-voyer en chef du déparlement de la Meurlhe. 
Henriot, juge de paix à Bar-le-Duc (Meuse). 



VIII 

Henry, curé à Clérey. 

Henry, professeur d'histoire au lycée impérial. 
Hinzelin, agoni-général des écoles communales. 
Hinzelin (Alphonse), rédacteur-gérant du journal V Impartial. 
Hoffer (l'abbé), de Phalsbourg, prêtre missionnaire, curé de Louis- 
ville (Ohio), Etats-Unis d'Amérique. 
Huguet, ancien professeur à l'Ecole normale primaire de la Meurlhe. 
Humbert, architecte. 

Humbert fils, architecte des Missions étrangères, à Canton (Chine). 
Humbert (Lucien), architecte à Tout. 

Huot (l'abbé), ancien curé de Charmes-sur-Moscllc (Vosges). 
Jacquot, principal du collège de Vie. 
Jardot, chef d'escadron d'élat-major en retraite, à Paris. 
Jaxel, employé a la manufacture de glaces de Cirey (Meurlhe). 
Joly, architecte, bibliothécaire de la ville el conservateur du Musée 

de Lunéville. 
Joly-Xahérard, juge de paix à Epinal (Vosges). 

Joumar, avocat à la Cour impériale, suppléant du juge de paix du 
3 e arrondissement, à Paris. 

Jouve, professeur, à Paris. 

Keller (Edmond), propriétaire à Lunéville. 

Klein (l'abbé), curé de Bourgaltroff. 

Klopstein (le baron Frenlz de), à Ville-en-Woëvre (Meuse). 

Kuhn (l'abbé Hcrmann), curé de Lixheim. 

lâchasse, juge de paix à Charmes-sur-Moselle (Vosges). 

Lacour (de), ancien maître des requêtes, à Vigneulles (Meuse). 

Lacroix-, professeur d'histoire à la Faculté des lettres, membre de 
l'Académie de Stanislas. 

lia Lance (Gustave de), propriétaire à Sainl-Mihiel (Meuse). 

La Lance (Albert de), ancien officier, à Saint-Mihiel (Meuse). 

Lallemand (l'abbé), chanoine de la Cathédrale, ancien professeur de 
belles-lellres. 

Lallement (Charles), propriétaire. 

Lallement (Louis), avocat à la Cour impériale. 

Lallement (François), propriétaire. 

Lallement de Mont (Frédéric) , capitaine d'artillerie, au château de 
Lupcourt (Meurlhe). 



IX 

Iiamasse., peintre à Lunéville. 

Xiambel (le comte Alexandre de), maire de Fléville. 

lambel (le vicomle Paul de), au chàleau de Fléville. 

Iiamblin (l'abbé), vicaire-général du diocèse de Bourges (Cher). 

landreville (le comte Edouard de), propriétaire. 

Iiandreville (le comte Victor de), membre du Conseil général de la 

Meurthe. 
Landrian (de), baron du Montet, propriétaire. 
Iianglard, agent d'assurances. 
lapaix (Constant), graveur. 

Iiaprevote (Charles), propriétaire à Mireconrt (Vosges). 
Iiarcher, propriétaire à Toul. 
Iiaurent aîné (Jules), sculpteur. 
lazard-lévy fils , négociant. 

leclerc, procureur gétiéral à la Cour impériale de Nancy. 
Xiedain (l'abbé), prêtre habitué à Metz (Moselle). 
Ziepage (Amédée), imprimeur. 
Lepage (Henri), archiviste de la Meurthe. 
Lévy-Bing, banquier. 
Xievylier (Edmond), banquier. 
lezay-Marnezia (le marquis E. de), propriétaire. 
Iihulière, entrepreneur. 
limon, receveur de l'asile de Maréville. 
Iiinas (le chevalier de), à Arras (Pas-de-Calais), 
lion (Edouard), substitut du procureur général, à Grenoble (Isère). 
lorrain (Charles), bibliothécaire adjoint à Metz. 
lorrain (l'abbé), chanoine honoraire, directeur du pensionnat Saint- 

Léopold. 
Madelin (Jules), ancien juge au tribunal de commerce. 
Magnien, ancien pharmacien, maire d'Heillecourt. 
Magot, avocat à la Cour impériale. 
Malortie (comte de) , au château de Saint-Loup du Gast par Am- 

bières (Mayenne). 
Mamelet (René), avocat à la Cour impériale. 
Mangenot (l'abbé), curé de Raoo-aux-Bois (Vosges). 



Mangeot aîné, fabricant de pianos. 

Mangeot jeune, fabricant de pianos. 

Mangin (l'abbé), ancien directeur du pensionnai Drouol. 

Manse (l'abbé), doyen du chapitre de la Cathédrale. 

Marchai (l'abbé), chanoine honoraire, membre de l'Académie de 
Stanislas. 

Marchai (l'abbé), curé de Leyr. 

Marchai, avocat. 

Marchai, docteur en médecine à Lorquin. 

Marchai, inspecteur primaire à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Caiais). 

Marchand (Justin), négociant. 

Marchis (de), ancien professeur. 

Mardigny (Paul de), ingénieur en chef des ponts et chaussées à 
Bar-le-Duc (Meuse). 

Mardigny (de), ancien sous-inspecteur des forêts. 

Marsal (l'abbé), curé de Vahl. 

Martimprey de Roméoourt (le comte de), propriétaire à Romé- 
court. 

Masson, avoué a la Cour impériale. 

Mathieu (Léon), architecte. 

Maud'heux père, avocat, maire d'Epinal, président de la Société d'E- 
mulation. 

Maxant (Eugène), secrétaire du parquet de la Cour impériale. 

Meaume, avocat, professeur de législation et de jurisprudence à 
l'Ecole impériale forestière, membre de l'Académie de Stanislas. 

Meaume (Georges), substitut à Montraédy. 

Meixmoron-Dombasle (Charles de), directeur de la fabrique d'ins- 
truments aratoires. 

Melîn, architecte, professeur au lycée impérial. 

Mengin-Xecreux (G.), général du génie en retraite, à Paris. 

Mengin (Louis), avocat à la Cour impériale. 

Metz-Noblat (Alexandre de), membre de l'Académie de Stanislas. 

Michaut, licencié ès-lettres. 

Michelant, employé à la Bibliothèque impériale, à Paris. 

Millot, ancien directeur de l'Ecole normale primaire de la Meurthe. 

Montangon (le comte de), propriétaire. 



X! 

Morel, iaspecleur des forêts à Nancy. 

Morey, architecte de la ville de Nancy, membre de l'Académie de 
Stanislas. 

Morville (le comte de), maire de Mailly, membre du Conseil d'ar- 
rondissement. 

Mougenot (Léon), correspondant de la Société impériale des Anti- 
quaires de France et de l'Académie de Metz. 

Muet, juge de paix du canton de Nancy-est. 

Munich fils, à Malzéville. 

Mutbs (l'abbé), curé de Neuves-Maisons. 

Najotte (François). 

Noël (l'abbé), supérieur du collège de la Malgrange. 

Noël (l'abbé), curé de la paroisse Saint-Léon. 

Noël, conseiller à la Cour impériale. 

Olry, instituteur à Allain-aux -Bœufs. 

Paillart, premier président honoraire de la Cour impériale, membre 
de l'Académie de Stanislas et du Conseil municipal. 

Pardieu, greffier de la justice de paix de Thiaucourt 

Parisot (Louis), avocat. 

Paulus (Charles), artiste peintre. 

Pemot du Breuil, ancien adjoint au maire de Nancy. 

Petit, receveur à Dun-sur-Meuse. 

Petitot-Bellavene, avocat à Verdun. 

Piat de Braux (Gabriel de), à Metz. 

Pichon (Albert), au petit château de Lunéville. 

Pierson, président de chambre honoraire a la Cour impériale, membre 
du Conseil municipal. 

Pierson (Charles), avocat à la Cour impériale. 

Pierson de Brabois, père, propriétaire à Villers-lès-Nancy. 

Piller, propriétaire à Saint-Dié (Vosges). 

Piroux, directeur de l'Institution des sourds-muets, membre de l'A- 
cadémie de Stanislas. 

Pitoy, capitaine commandant la compagnie des sapeurs-pompiers. 

Poirel, juge de paix à Gondrecourt (Meuse). 

Prost (Auguste), membre de l'Académie de Metz. 
Provensal, propriétaire. 



XII 

Puymaïgre (Je comte de), à Inglange , près Thionville (Moselle). 

Quintard (Léopolcl), étudiant. 

Kavinel (Charles de), étiulianl en droit, à Paris. 

Reber, professeur d'histoire au collège de Blois (Loir-et-Cher). 

Regnault, greffier en chef de la Cour impériale. 

Régnier (l'abbé Joseph). 

Renauld (Jules), avocat à la Cour impériale. 

Renauld (Félix), avoué au tribunal. 

Renauld du Motey , médecin en chef de l'asile de Sainl-Dizier 

(Haute-Marne). 
Reverchon, ingénieur en chef des mines, à Troyes (Aube). 
Riocour (le comte René du Bois de), propriétaire à Vitry-la-Ville 

(Marne). 
Riocour (le comte Edouard du Bois de), commandant d'artillerie 

eu retraite, membre du Conseil général de la Meurthe. 
Rollot (Charles), négociant. 
Romer, avocat, adjoint au maire de Nancy. 
Roquefeuil (le vicomte de), propriétaire. 
Rosaye (l'abbé), curé du Val-d'Ajol (Vosges). 
Rosières (l'abbé), chanoine honoraire, directeur des sacristies de la 

Cathédrale. 
Roubalet-Backes, négociant. 
Rouyn (Henri de), percepteur à Woinville (Meuse). 
Roxard de la Salle (Ludovic), propriétaire. 
Roxard de la Salle (Henri), officier au 5 e lanciers, à Colmar. 
Rozières (Charles de), propriétaire. 
Saint-Florent (Domergue de), propriétaire. 
Saint-Mauris (le comte de), ancien introducteur des ambassadeurs, 

membre honoraire de l'Académie de Stanislas. 
Saint- Vincent (le baron de), conseiller à la Cour impériale, membre 

de l'Académie de Stanislas. 
Salmon, conseiller à la Cour impériale de Melz. 
Salmon (Camille), propriétaire à Manhoué. 
Santerre, capitaine au 5 e dragons. 
Sauvage (l'abbé), curé de Burey-la-Côte (Meuse). 
Schmit, chef de bureau à la Bibliothèque impériale, à Paris. 



XIII 

Septenville (le baron de), correspondant «le la Société des Antiquaires 
de France, à Poix (Somme). 

Silvain (l'abbé), chanoine de la Cathédrale. 

Simette (Théodore). 

Simon (Victor), conseiller à la Cour impériale, président de la Société 
d'Histoire et d'Archéologie de la Moselle, à Metz. 

Simonin père (le docteur), directeur honoraire de l'Ecole de méde- 
cine, membre de l'Académie de Stanislas. 

Simonin (le docteur Edmond), directeur de l'Ecole de médecine, se- 
crétaire perpétuel de l'Académie de Stanislas. 

Simonin, conseiller à la Cour impériale. 

Smyttere (de), médecin en chef de l'asile de Lille (Nord). 

Sonnini, à Port-Louis (Morbihan). 

Soulié (l'abbé), professeur au pensionnat Saint-Léopold. 

Straten-Fonthoz (le comte de), de l'Académie de Metz. 

Sucy d'Auteuil (de), ancien officier supérieur. 

Thiéry (Jean-Baptiste), propriétaire. 

Thiéry (Emile), conservateur du Musée de Nancy. 

Thiéry, entrepreneur de serrurerie. 

Thilloy, conseiller à la Cour impériale de Metz (Moselle). 

Thiriet, professeur au petit séminaire de Pont-à-Mousson. 

Thiry, propriétaire à Champigneules. 

Thouvenel, ancien avoué. 

Tourtel (Charles), notaire à Vic-sur-Seille. 

Trambloy, géomètre-arpenteur à Brixey-aux-Chanoines 

Trancart, commandant du génie en retraite, adjoint au maire de Nancy. 

Trouillel (l'abbé), curé de Saint-Epvre. 

Troup, directeur du pensionnat du B. P. Fourier, à Lunéville. 

Uhrich, colonel en retraile, à Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne). 

Vagner, ancien professeur à l'Ecole forestière et au Lycée, gérant du 
journal l'Espérance. 

Vanson (l'abbé), directeur de la Maison des Etudiants et du pension- 
nat Saint-Léopold. 

Vatry (B. de), ancien député de la Meurlhe, à Paris. 

Vautrin, architecte. 

Ventz, serrurier à Lunéville. 

Vergne, notaire. 



XIV 

Vincent (le baron René de), propriétaire à Lesse. 

Vivenot, architecte. 

Volfrom, négociant. 

"Weiss (l'abbé), ancien principal du collège de Vie. 

Welcbe (Charles), avocat à la Cour impériale, premier adjoint au 

maire de Nancy. 
Widranges (le comte de), propriétaire à Bar-le-Duc (Meuse). 
Wiener (Lucien), négociant. 
Zéler (l'abbé), curé d'Aouze (Vosges). 

Membres correspondants. 

MM. 

Barbier de Montault (MonsigQor), chanoine de la basilique d'Ana- 
gni, à Jaulnay (Vienne). 

Bonnin, inspecteur des monuments historiques pour le déparlement 
de l'Eure, à Evreux. 

Bouille (le marquis René de), à Paris. 

Chalembert (V. de), à Paris. 

Conestabile (le comte Giancarlo), professeur à l'Université de Pé- 
rouse (Italie). 

Corblet (l'abbé Jules), directeur de la Bévue de l'Art chrétien, à 
Amiens (Somme). 

Cuypert (de), statuaire, trésorier-adjoint de l'Académie d'Archéolo- 
gie de Belgique, à Anvers. 

Forgeais (Arthur), fondateur de la Société de Sphragislique, à Paris. 

Galitzin (le prince Augustin), au château de Chenonceaux (Indre-et- 
Loire). 

Juillac (le vicomte de), ancien officier supérieur, secrétaire de l'A- 
cadémie de Toulouse (Haute-Garonne). 

Xiaoroix (Monsignor), camérier secret de Sa Sainteté Pie IX, clerc 
national de France à Rome. 

Iiebeurier (l'abbé), chanoine honoraire, archiviste de l'Eure, à 
Evreux. 

Mélano (le comte de), secrétaire perpétuel de l'Académie des Scien- 
ces, Lettres et Arts de Londres. 



XV 

Montalembert (le comte de), de l'Académie française, à Paris. 

Reume (de), membre du conseil de l'Académie belge d'Histoire et de 
Philologie, à Bruxelles. 

Sohayes, conseiller de l'Académie, directeur du Musée d'armures et 
d'antiquités de Belgique, à Bruxelles. 

Silvy (Auguste), sous-chef de bureau au ministère de l'Instruction pu- 
blique. 

Soland (Aimé de) , secrétaire-directeur de la Société linnéenne de 

Maine-et-Loire. 



TABLE DES MATIÈRES 



CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Pages 

L'église d'AIIamps, par M. E. Olry S 

Les voies romaines de l'arrondissement de Sarre- 
bourg, par M. Louis Benoit 14 

Mémoire sur l'emplacement de la bataille gagnée 
par Jovin sur les Germains, dans la Lorraine, 

par M. Aug. Digot 50 

Poésies populaires de la Lorraine 43 

Epître en patois adressée par les habitants de Gé- 
rardmer à S. Exe. le Ministre de l'Intérieur, par 

M. L. Jouve 88 

Le Bienheureux Jean de Vandières, par M. Aug. 

Digot 110 

Traduction en patois du pays de Toul d'une bulle 
du souverain pontife Pie IX, par M. l'abbé Guil- 
laume 425 

Recherches sur l'emplacement et la disposition 
d'ensemble du château du duc Raoul, à Nancy, 

par M. Morey 466 

Numismatique de la Lorraine allemande, par 
M. Louis Benoit 481 



XVIII 

La première tragédie de Jeanne d'Arc, par M. Aug. 

Digot 205 

L'hôpital de Revigny, par M. J. Gaudé 229 

Le trésor de l'abbaye de Prum, par M. Aug. Digot. 249 
Notice sur l'église de Champ-le-Duc, département 

des Vosges, par M. Aug. Digot 261 

Répertoire archéologique des cantons de Colombey 

et Toul-Sud, par M. E. Olry : . . . . 281 

PLANCHES. 

Détails et plan de l'église d'Allamps, par M. E. 

Olry 8 

Carte des voies romaines de l'arrondissement de 

Sarrebourg, par M. Louis Benoit 28 

Plan des environs de Scarpone, par M. Aug. Digot. 42 
Airs notés des poésies populaires, par M. J. Gaudé. 46 
Vue du château présumé du duc Raoul, à Nancy, 

et plan restauré de ce château, par M. Morey. . . 176 
Plan du rez-de-chaussée du château de Nancy, en 

1706, par le même 180 

Hôtel de la Monnaie de la princesse de Phalsbourg, 

à Lixheim, par M. Louis Benoit 192 

Monnaies de Lixheim, par le même 202 

Détails de l'église de Champ-le-Duc, par M. Aug. 

Digot 218 



NANCY, IMPRIMERIE DE A. LEPAGE, GRANDE-RUE, ^i. 



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