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Full text of "Memoires de la Société (Royale) des sciences, de l'agriculture et des arts à Lille"

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MÉMOIRES 

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SOCIÉTÉ IMPÉRIALE 

DES SCIENCES, 

DE L'AGRICULTURE ET DES ARTS, 
DE LILLE. 



ANNEE 1852. 



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CHEZ TOUS LES 1. 1 H P. A l I'. K S . 

PARIS . 

CHEZ DERACHE, RUE DU BOULOY, N.° 17. UJ I. 

1853. 



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SOCIÉTÉ IMPÉRIALE 

DES SCIENCES, 

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DE LILLE, 



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MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ IMPÉRIALE 
DES SCIENCES, 

DE L'AGRICULTURE ET DES ARTS, 



DE LILLE. 



ANNÉE 1852. 






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LlELE, 

CHEZ TOUS LES LIBRAIRES, 
PARIS, 

CHEZ DËRACHE, RUE du bouloy, K.° 17, AD 1 er 

1853. 



(1 ) 

ESSAI DE GÉOLOGIE PRATIQUE 

Sur la Flandre française, 

Par M. Mecgy, Membre résidant. (Suite.) (i) 



y. 



\ 



CHAPITRE ni. 
Formation tertiaire. 

Les terrains tertiaires du 'département du Nord qui font suite a 
ceux de la Belgique, comprennent cinq systèmes principaux que m.< 
Dumont a appelés: landenien,ypresien,bruxellien, tongrien, et 
diettien, du nom des localités belges où ils sont le plus développés 
et où par suite l'observateur peut le mieux en étudier les caractères. 

Les trois premiers systèmes ont été formés pendant la première 
ou la plus ancienne période du dépôt tertiaire , la période éocène. 
- Le système tongrien appartiendrait, d'après des considérations" 
toutes géométriques émises par M. Dumont-, au terrain tertiaire 
moyen ou miocène et le système diestien au terrain tertiaire supé- 
rieur ou pliocène (2). 



(i) Voir le volume de i85o, page 8a, et celui de 1 85 1 , page 1 i4- 
(s) Extrait du rapport de M. Dumont sur la carte géologique de Belgique 
( iS.^t)) , page iG. 

• . . . . Des études indépendantes de toute considération paléontologique 
m'ont prouvé que le système tongrien devrait être séparé du terrain tertiaire in- 
férieur ou éocène et rangé dans le terrain tertiaire moyen ou miocène. En effet, 
si les couches marines de la formation miocène du bassin de Paris sont nettement 
séparées du calcaire grossier par une formation nympbéenne ou d'eau douce , les 
couches tongriennes de la Belgique sont séparées d'une manière encore plus tran- 
chée des couches bruxelliennes et landeniennes par la différence de leur strati- 
fication. Or, comme sur des points si voisins, l'équilibre n'a pu être dérangé d'un 
côté sans être troublé de l'autre , on peut conclure que l'envahissement du lac 
parisien par les eaux marines de l'époque miocène et la dénudation du système 
bruxellieu par les mers tongriennes sont des événements contemporains . 

Je rangeait déjà en 1 83g le système diestien dans le terrain tertiaire supé- 



» 



1. — Système la nde ni ej^ de M. Dutnont [partie inférieure de 
de la période êoeène ; argile plastique du bassin tertiaire 
parisien.) 

Le système landenien repose immédiatement sur la craie et 

correspond au terrai n d'argile plastique du bassin de Paris. O n y 

'distingue deux étages. L'un inférieur, de formation marine (indiqué 

sur la carte par une teinte vermillon foncé], consiste en macignos 

(g rès argilo-calcaire s) , psa mmites j grès schisteux), sa bles ar gileux 

plus ^ ou moins consistants , g laises ^ sables lins et argil ites glau-_ 

^conifères à la base desquels on trouve souvent des cailloux. 

^"/L'autre supérieur, de formation fluvio-marine (teinté en vermillon 

/ pâle) est composé de sables verdâtres plus ou moins gros avec 

Vjçrès , lignites et veines de glaise. 

L'épaisseur maximum de ces deux étages réunis atteint environ 

J35jnètre_s d ans la Flandre - Française . 

n s En général, on trouve au-dessus de la craie un systèm e nrg jjn^ 

/ sjble^r^ossilif èj-e . cl ans lequel il fautcoi uprendre le ciel de marne, 

— 'le tuf et les durs bancs d'An zin , les glaises dures et eompactes 

que traversent la plupart des forages avant d'atteindre la craie et 

les grès verdâtres et coquillersdeLaBasséeet de Phalempin, puis 

rt* f un dépôt d e sa ble je rt très-lin auquel succèdent des sables plus 

** * ( gros et de moins en moins glauconifères avec rognons de grès , 

rieur ou pliocène ; or, j'ai de fortes raisons pour le maintenir à cette place ; car il 
diffère des systèmes précédents non seulement par sa composition mais encore par 
sa stratification ; ainsi tandis que les étapes du terrain miocène sont échelonnés 
suivant une direction générale de l'O.-ÎN.-O. à l'E.-S.-E., le système dicslien est 
dirigé de l'O. un peu S. à l'E. un peu N. , d'où il résulte que depuis Cassel en 
France jusqu'au Bolderberg en Campine , il recouvre successivement ces divers 
étages 

Quelques géologistes ont considéré les sables de Diest comme éochne ou miocène 
en les rapportant soit aux sables moyens soit aux sables supérieurs du bassin de 
Piris ; mais je me fuis assuré que le système diestien n'existe pas plus aux envi- 
rons de Paris que les systèmes supérieurs du terrain miocène. » 



I 3 ) 
veines de glaise et lits de cendres noires ou de lignite pyriteux. 

Les grès blancs de Bavay et les cendres pyriteuses de Sars- 
Poteries (arrondissement d'Avesnesj, que je considère comme au 
même niveau géologique que les lignites du Soissonnais, appar- 
tiennent à la partie supérieure du système landenien. 

On sait déjà , par ce que nous avons dit dans le chapitre pré 
cèdent , que la formation tertiaire existe de chaque côté du 
jn^ssHcrayçux qui traverse l'arrondissement de Lille, dejly&oing 
à.FAchgâ. et_à jÇaryiiK Les terrains postérieurs à la craie forment 
don c jeux bassins distinct s , l'un situé auJNord desjnarais de la f* 
J^eûlej^ de laJVlarque, l'autre appuyé sur le versant sud de la »< 
proéminence^ cxapusjs que je viens de rappeler. La direction 
de l'affleurement du premier ^ba gsjn figure comme une espèce 7 *'~ 
dj jngle obtus qui a urait sonjsommet à Lille, et dont les deux 
côtés aboutiraient , d'une part à La Basség^deJ^aut re à Baisieux 
Celui du second bassin décrit une ligne courbe qui suit la cein 
ture crayeuse dont il est entouré. Cette ligne passera Bourghelles.S 
Ay_elm_ î _Seclin J G^ndeçûiirt .J^hejny^Cjmjphin , Carvjn^jniit le ^ 
canal de la Haute-Deùle^Jrayeï-geJes mar ais de la Scarpe entre 
Jjç^st-JWarendijueLLalaiag , et se continue ensuite par Soinain^ 
_Wa]lers et^Anzin^ Leplateau tertiaire d'Abscon et Emerchicourt 
et les îlots sableux de Montigny, Erchin, etc., ne sont eux-mêmes 
que les relèvements du bord méridional dece bassin auquel ils se 
rattachent plus ou moins directement à cause des nombreux 
affleurements de craie produits par les dénudations du sol au pied 
ae ces collines. Cette disposition est d ailleurs parfaitement mise eu 
évidence par les coupes N. 08 2 et 6. 

Landenien inférieur. — La partie inférieure du système lande 
nien est à découvert en plusieurs points de la Flandre. La petit» 
colline d e Bourgh elles en est entièrement formée. On observe en 
effet , le long de la route de Lille à Saint-Amand , dans le village 
même , des sables argileux glauconifères d'un gris blanchâtre sqil_ 
veinés de jaune et plus ou moins consistants , qui acquièrent 



(4) 
quelquefois une certaine dureté et happent fortement à la langue (1). 
Une tranchée ouverte pour l'extraction du sable au sommet de 
la même colline présentait la série suivante de haut en bas : 

Sable gris verdàtre , très-fin 1 m 50 

Glaise grise et sable, agglutinés 20 

Sable gris 30 

Sables argileux avec veine de glaise (même 

niveau que ceux des talus de la route). ... 2 . 50. . 

Sable eris verdàtre - » . . » 



50 



Les puits domestiques de ^otiîdic1je £sont foncés jusque dans 
la marne crayeuse , qui se trouve à 12 mètres environ de pro- 
fondeur. Ils traversent , en général , 9 mètres de sable plus ou 
moins argileux et 3 mètres de terre gla-rsc mèrée*-rîe silex à la 
partie inférieure avant d'atteindre le massif marneux. Cette couche 
de terre glaise affleure au pied de la montagne et s'étend vers 
Wannehain, Cobrieux et Louvil. Ce dernier village est bâti sur 
une petite éminence très-peu élevée au-dessus des marais qui 
l'entourent. La terre glaise compacte forme la base de cette émi- 
nence et même est exploitée dans le bois du Chêne à Louvil , par 
les fabricants de pannes de Cysoing ; elle est recouverte au 
sommet par un sable grossier mêlé d'argile que je considère comme 
quaternaire. 

En montant vers la frontière belge par le chemin qui conduit 
de Wannehain à Rumes, on voit très-bien les roches tertiaires de 
même aspect qu'à Bourghclles, superposées à la marne grasse du 
système nervien. Ces roches, bien qu'ayant l'apparence d'un grès 



(i) C'est exactement la même roche qui constitue la surface du sol aux environs 
de Tournai où elle repose tantôt sur les marnes nerviennes, tantôt sur les graviers 
aacbeniens. 



(5) 
argileux parsemé de petits grains de silicate de fer , donnent 
cependant une légère effervescence avec les acides, ce qui indique 
qu'elles renferment un peu de carbonate de chaux. Ce sont doue 
des espèces de macignos dont la faible proportion de calcaire est M ^ 
due sans doute à la proximité du terrain de craie que baignaient 
les eaux tertiairewH-époqne de leur dépôt 

La glaise qu'on rencontre à la surface du sol entre Ennevelin 
et la ferme d'Argremont , représente aussi la partie inférieure du 
système landenien. On la retrouve à Pont^à -Marcq au-dessous du 
sable vert à 8 m environ de profondeur. 

Cette même glaise se poursuit à l'ouest par le pont Thibaut et 
Avelin. Le bas fond, qui comprend le château de M. Desrotours 
et la majeure partie du bois d' Avelin , en est entièrement formé. - - 

Elle existe aussi à Seclin. Un puits foncé chez M. Desmazières, 
filateur de lin rue d'Arras , en a traversé une épaisseur de 2 m 
avant d'arriver à la craie. A la nouvelle filature de MM. Labbe et 
Prage, sur le chemin de l'Hôpital où la craie se trouve à 10 mètres 
de profondeur , on en a aussi constaté une couche de 3 mètres de 
puissance. La glaise d'un gris assez foncé est ici mélangée d'un 
peu de sable glauconifère. 

Un forage pratiqué chez M. Dillies , fabricant de sucre à Pha- ^ 
lempin . a donné la série suivante : 

Terre végétale m 50 

Argile plus ou moins sableuse de couleur grise. 1 50 

Sable mouvant 3 00 

Banc de grès ver dâtre co quiller^ 30 "*"*' 

Sable 40 Jf *■ 

Second banc de ^coquille s^ 30 -/ 

Glaise^ noir âtre très -grasse et très-dure. u . ... 17 00 

Craie 50 00 

A cette profondeur on a trouvé l'eau qui s'est élevée jusqu'à 
13 mètres au-dessous du sol. 



G 

Au nameau de laBcuvière, près de Phalempin , on a aussi 
trouvé sous l'argile sableuse grise un banc de coquilles superpose 
à la glaise noire. C es coquill es, parmi lesquelles domine le genre 
cypris , sont marines. Leur tèt a, en gênerai, conservé toute sa 
blancheur. 

Les mêmes couches affleurent prés de. Carvi n où l'on extrait du 
sable et de la glaise. La sablière est située à environ 700 mètres 
de la route nationale entre cette route et le hameau de Buqueux. 

En voici la coupe : 

Terre végétale et argile 1 m 30 

Sable argileux verdàtre 1 30 

Banc çoquiller où l'on remarque les genres 
cyprin* [cyprina planata) tnrritellc , ostrca , 

arca (?) . . / 20 

Sable fin semblable à celui de Bourghelles. . » » 

Une partie de cette sablière éta (remblayée quand je l'ai visitée, 
de sorte que je n'ai pu en prendre une coupe complète. 

L'extraction de glaise a lieu près du chemin qui conduit dircc 
tement de la place de Carvin à la station du chemin de fer et à un 
•demi-kilomètre du bourg. On en tire une terre glaise grise com- 
pacte et tenace qui renferme quelques rognons de fer carbonate. 
Cette glaise se montre à la superficie du sol qui est en ce point 
un peu moins élevé que celui de la sablière. Il est donc probable, 
surtout d'après l'analogie que ces terrains ont avec ceux de Pha- 
lempin , que la glaise est inférieure au sable. D'ailleurs, il m'a été 
assuré qu'on avait trouvé du sable au-dessus de la glaise à peu 
près à égale distance des doux extractions. 

S» l'on se rapproche de Carvin en partant de la glaisière , on 
arrive aune briquettrie dont --le- puits a traversé au-dessous du 
limrn, 1 mètre de sable argileux de couleur noirâtre avec cailloux 
roule?» à h partie inférieure ; cette couche repose sur la craie qu'on 
voit dans le puits à 4 mètres de profondeur , et semble être infé- 



( 7 ) 
rieure elle-même à la glaise qui paraît à la surface à quelques pas 
de la briqueterie. 

Le système landenien inférieur affleure aussi en quelques points 
du "territoire' d'Oignies où il est souvent caché par le limon. Un 
sondage pour recherche de houille pratiqué par M. Mulot, sur la * H 
rive gauche du canal de la Haute-Deùle , entre les commîmes 
d'Oignies et de Courrières , a , en effet , traversé les couches sui- 
vantes : 

Terre rapportée 4 m 00 

Argile jaune » . . 4 00 

Sable vert 90 

Glaise noire très-compacte x3 00 

Glaise sableuse avec silex à la partie inférieure 2 10 
Craie à . . . • 14 mètres. 

Le même système borde les marais de la Scarpe dans les com- 
munes deMasny, Ecaillon, Bruille-lès-Marchiennes,Somain, etc. 
Il consiste en roches plus ou moins dures qui ne sont autres que 
des sables ou des grès argileux. On donne aux parties dures le 
nom de tuf ou de turc, et aux parties molles celui de rougeon., ^.\- 
Ces roches ont été mises à découvert quand on a fait les fondations V .-' 
de la sucrerie de Somain. Elles reposaient sur la craie à 3 ou 4 
mètres de profondeur. 

Le chemin de grande communication de Somain à Erre est tout 
entier dans le rougeon , qui est même exploité comme terre a bri- 
q'iïèTclans cette dernière commune où il forme une couche d'un V* 
mètre sur la craie. 

Les roches de la formation tertiaire inférieure sont aussi bien 
visibles dans la tranchée du chemin de fer de Somain à Abscon. 

On rencontre dans ce terrain certaines parties où la glaise 
domine et communique au sol une grande humidité. Il y a même 
certains points où elle forme des couches assez épaisses. Ainsi à 
Bellaing, on l'exploite pour la fabrication des tuiles et des pannes. 
Cette glaise, dans laquelle j'ai aussi remarqué quelques rognons 



(8) 
de fer carbonate , me parait être exactement parallèle à celle de 
Carvin. 

Dans la grande carrière d'Ahscon , ou voit l a cra ie a 2 m. 5 U 
de profondeur recouverte par dcs _couehcs de gr ès argil o-calcairc 

f*** tendre (macigno N i faisant une légère effervescence avec les acides 
et au milieu desquelles sont stratifiées des veines de glaise noirâtre 
très-minces. Ces roches rappellent bien celles des environs de 
Wannehain . 

C'est le même terrain qui forme le sous sol du plateau d'Emer- 
chicourt, et dont l'affleurement longe au nord ce plateau en tra- 
versant les communes d'Aniche , Auberchicourt et Masny. Ce sont 
encore les mé gies r oches qui affleurent au pied de la côte d'Erchin. 
Seulement elles ne sont pas toujours calcaires bien qu'elles aient 
tout-à-fait le même aspect. 

On les a rencontrées aussi sous le limon en creusant un puits 
dans une briqueterie située au sud-est du village de Cantin , près 
de la grande route. En ce point la craie ex iste à 5 ou 6 mètres de 
profondeur et le niveau d'eau se maintient à une dixaine de mètres 
au-dessous du sol. 

■ji^_ Enfin elles recouvrent tout le plateau d'Anzin, où on les connaît 

""DjC sous les noms de tuf, durs bancs, ciel de marne. La formation 
tertiaire d'Anzin se compose d'alternances de sables argileux 
jaunâtres (rougeon), d'argilites gris blanchâtre glauconifères quel- 
quefois calcareuses et avec veines de glaise, de grès argjlo - 
c alca ir es d'un gris bleuâtre et de roches siliceuses bleuâtres assez 
yl jlures . Ces dernières ont été désignées par M. Dumont sous le 
nomac psammites; elles se divisent souvent, en effet, en feuillets 
minces et sonores. J'ai pu les observer dans une ancienne carrière 
voisine de la route deFresnes(p. 154, vol. del85t). Quelquefois la 
silice s'est condensée en certains points de la masse où elle forme 
des géodes d'opale mamelonnée et translucide d'un gris perle. 

On trouve dans toutes ces couches des cj^ufllcsou des empreintes 
qu'il est difficile de se procurer complètes et intactes et qui parais- 

•lw>. sent appartenir au genre ostrea. Elles renferment toutes aussi 



(9)" 
des grains verts, qui , à la base de la formation dejiennent plus 
gros et plus fréquents. 

Le nom de dur ban c s'applique aux roches siliceuses dont il 
vient d'être question ; celui de tuf comprend toutes les autres 
roches parmi lesquelles on distingue le ciel de marne, qui repose 
immédiatement sur la craie et qui n'est autre qu'une argilite cal- 
caire criblé^diLghmcojnes. 

Les argilites glauconifères du système landenien inférieur ont 
quelquefois une assez grande analogie d'aspect avec le grès vert 
supérieur du terrain crétacé représenté \>ar la meule deBernissart , 
et par la gaize de Vouziers. Or, il est un fait digne d'intérêt; c'est 
que ces argilites renferment comme les roches crétacées auxquelles 
elles ressemblent, une grande quantité de sjlicejspluble dans la 
potasse liquide. Je n'en ai pas fait l'analyse complète; mais les 
essais qualitatifs auxquels j'ai soumis des échantillons provenant 
d'Anzin ne peuvent me laisser aucun doute à cet égard. Ainsi 
donc , voici deux roches d'âges très-différents séparées l'une de 
l'autre par une épaisseur considérable de terrain crayeux , et qui 
cependant offrent une analogie de composition des plus remar- 
quables. 

Ne pourrait-on pas tirer parti de cette composition«comme nous 
l'avons dit en décrivant les roches du grès vert supérieur? Et, à 
cet effet , ne serait-il pas possible d'utiliser les résidus des fabri- 
ques de potasse? La silice des roches tertiaires inférieures étant 
soluble dans cet alkali , il serait facile d'obtenir du silicate de 
potasse qui est, comme on sait, un puissant engrais. Ce sel serait 
susceptible aussi d'être employé comme enduit pour rendre les 
étoffes incombustibles ou pour silicatiser diverses substances. 

Le système la ndenien inférieur n'est pas moins bien caractérisé *?y*j 
au nord du plateau crayeux qui traverse l'arrondissement de Lille 
qu'au sud de ce plateau ; mais ses affleurements sont beaucoup 
moins étendus. Il suit les côtes de Willems, de Mons-en Barœul et 
disparaît sous le limon à partir de Lille pour ne plus se montrer 
que prè s de La Bassée. (&*U, é5*\^ 



( 10 ) 
A WillcniS j chez M. Truffaut, filateur , on a fait un sondage 
qui a traverse: 

Terre végétale et argile 3 m 00 

Sables argileux glauconifères blanchâtres avec 
empreintes d'arca, alternant avec des cou- 
ches de sables moins argileux quj donnent 
de 1 eau -. ,, , 

Marnes grasses (dièves du terrain de craie) . . 

Terre noire pyriteuse du système aachenien . 



12 


00 


38 


00 


2 


00 



55 ni 00 



Les puits de Forest prennent l'eau dans le sable à 5 mètres de 
profondeur au plus. Un forage entrepris chez le charpentier De- 
clerc a traversé d'abord de l'argile sableuse, puis le sable argileux 
gris cendré du système landenien inférieur et une couche de glaise 
noirâtre avant d'arriver à la craie qui a été rencontrée à la pro- 
fondeur de 18 m. . L'eau de la craie s'élève jusqu'à 2 m. de la 
surface du sol. 

Chez M. Esprit , teinturier au hameau de l' Empenpo nt (com- 
mune d 'Ljcm), , la craie se trouve à 10 mètres de profondeur recou- 
verte par de la glaise noire et par du sable argileux verdàtre caché 
sous 2 mètres au plus de limon. 

Au château de M. Smet, situé dans la commune d e Fiers, près 
de la route de Lille à Lannoy et sur la rive gauche de la Marque 
à peu de distance de la rivière, la craie existe à 5 mètres du sol 
sous les mêmes terrains. 

Le système landenien inférieur est à découvert à la base de la 

* *•*'..' tranchée du chemin de fer, à Fives. J'ai eu occasion de l'observer 

à 250 mètres environ au nord du pont où il est caractérisé par 

des sables argileux , blanchâtres et jaunâtres, et par des glaises 

grises plus ou moins sableuses. 

Le remblai du chemin de fer de Dunkerque à la traversée de la 
Deûle a été presqu'entièren^ent.e^éeutévau moyen de sables argi- 



( H; 

leux semblables à ceux de la tranchée de Fives , qui forment sur 
la craie une assise de 100 pieds d'épaisseur , et qui ne sont rccoo- 
verts que par une faible couche d'argile. 

Ce terrain forme le sous-sol de toute la plaine qui s'étend sur 
la rive gauche de la Deùle au nord et à l'ouest de Lille. 

•A la briqueterie du Mont-Aquant (commune de Lomme)^ le 
sable argileux connu sous le nom de sable mouvant a été ren- 
contré à 2 m. 50 environ sous l'argile. Il passe à une glaise 
sablonneuse de couleur bleuâtre qui renferme de gros grains de 
glauconie et qui repose sur la craie à 25 mètres de profondeur, j 
Cette même glaise désignée p arje jom deJerrc bleue , existe aussi <L^* 
chez M. Solignac , blanchisseuTTprès de l'ancienne abbaye de ^ 
Marquette, où elle a été atteinte à 23 mètres au-dessous du sol et t 
où elle forme une couche de 12 mètres sur la craie. 

Les forages exécutés dans les fabriques de sucre de MM. Bonzel, • - 
àHaubourdin, de MM. Bernard frères, à Santés, et de M. Coget, 
;i Marquillies , ont traversé aussi lis mêmes terrains. A- Nantes r 
la craie est à 18 m. du sol et supporte des sables argileux plus 
ou moins mouvants qui, à la base sont plus glaiseux et mêlés de 
silex. Ces sables sont recouverts par 8 mètres de terrain quater- v"» 
naire. 

La coupe du sondage pratiqué chez M. Coget , à M arquillies , 
est la suivante : 

Terre végétale m 50 

Argile 1 00 

Argile sableuse avec petits frag- f alluvions 

ments de grès ferrugineux et de . I anciennes. 

grès roulés i 00 , 

Sab le ver^. 2 00 

Banc coquiller » » ) . , 

_ 7 , f landemen 

Terre crise grasse plus dure près > .... 

, , . — ■ — ■*■* ,._ >_ \ inférieur. 

delà craie...... 25 aO ] 

Craie 20 00 

Total ... 50 m 00 



( 12) 
L'eau monte jusqu'à 11 mètres du sol» 
Enfin , le système landenien inférieur affleure sur le versant 
sud de la colline au bas de laquelle se trouve le bourg de La 
Bassée. La couche Jo s^ilifèxe que j'ai déjà eu occasion de citer 
plusieurs fois affleure même en différents points , et j'ai recueilli 
moi «même-dans les fossés de la route d'Estaires , en sortant de 
La Bassée , des débris de ces coquilles parmi lesquelles on dis- 
tingue des turritelles , des cyprines et des moules intérieurs de 
crassatelles. Ces fossiles sont inférieurs au sable vert fin qui cou- 
ronne le sommet de la colline. Ils existent aussi près de la fabrique 
e sucre de M. Barbry , à S ajomé , oii l'on compte exactement 
3 pieds jusqu'à la craie. Le système landenien inférieur est re- 
présenté ici par des sables argileux et par des glaises compactes 
xjp comme à La Bassée où on trouve généralement au-dessus de la 
^yjr craie 4 mètres de glaise dure noirâtre et 4 mètres de sable vert 
\ argileux. 

«►-Ces— fetts-sont , comme on le voit , exactement les mêmes que 
ceux qui ont été observés près de Carvin. 

Landenien supérieur. — Cet étage est composé principalement, 
comme nous l'avons dit, de sables plus ou moins gros avec lignites 
et veines_ de glaise. Les sables sont d'abord très fins et verdàtres, et 
l'étage se termine par des sables à plus gros grains moins glau- 
conifères, qui supportent la glaise ypresienne. Ils sont assez sou- 
vent colorés par l'hydrate de fer dont l'accumulation en certains 
points peut donner naissance à une sorte de grès ferrugineux sans 
solidité. On ne rencontre aucun fossile dans ces sable s, au milieu 
desquels des lignites se sont formés dans certaines circonstances 
comme les tourbes se forment de nos jours. Ces lignites sont 
toujours accompagnés de pyrites qui se rencontrent même en 
veines ou eu amas isolés dans le sable (l' Empenpont , le Ti mdc La 
JUa gdeleine , Templcu vxi^tc'j . On n'en a pas découvert jusqu'ici 
de gisements importants dans notre contrée, bien que leur pré 
sence ait été constatée par sondages dans différentes localité 



(13 ) 

(Tourcoing , Merville) ; mais ils sont exploités en divers points du 
bassin tertiaire parisien pour la fabrication du sulfate de fer (cou- 
perose verte) et de l'alun. Il en existe aussi dans la partie sud-est 
du département du Nord , qui sont connus et exploités depuis 
plusieurs années (Sars-Poteries, Sains) pour l'amendement des 
terres ; et même on en a trouvé à Maubeuge , à Hargnies et à 
Raisinés , qui paraissent dignes d'être examinés avec intérêt. Je 
n'ai observé jusqu'ici le lignite que dans les sablières ouvertes 
sur la côte de l'Eni pennont (commune d'Hem) (iig. 3). La plus 
élevée toucbait au chemin qui conduit au château de M. Brame, 
et présentait la coupe suivante : 

Argile jaune avec cailloux roulés à la base 

(limon) 1 '"00 

Argile plastique jaunâtre l . . i 1 00 

, , , < glaise ypresienne ^ 
Id. bleuâtre ( & J \ 2 00 

Glaise sableuse grisâtre 2 00 

Lignite très-pyrileux 20 

Sable vert fin 5 00 



Profondeur de la sablière 11 à 12 mètres. 

Le lignite pourrait être utilisé par les cultivateurs soit en répan- 
dant sur les terres les cendres provenant de sa combustion , soit 
en le laissant s'effleurir à l'air et le mélangeant avec de la chaux 
pour former du sulfate de chaux, ou avec des engrais ammoniacaux 
dont le principe volatil serait fixé par l'acide sulfurique du sulfate 
Je fer. 

Voici la coupe d'une sablière de rEmpenpont , ouverte à un 
niveau un peu moins élevé que la précédente : 



( 14 ) 
Argile à briques avec galets ferrugineux et 

silex roulés à la partie inférieure 2 m 00 

Argile plastique bleue 1 50 

Sable vert 50 

Veine de glaise » » 

Glaise sableuse grisâtre 1 00 

Sable vert avec cailloux roulés de silex 2 00 

Veine de glaise » » 

Sable plus blanc. ._. * . ....... ... •. . . . m ... » » 



00 



Dans deux autres sablières situées encore à un niveau plus bas, 
on voyait : 

Argile jaune 3 m 00 

Sable argileux propre au moulage avec silex 

et galets de grès ferrugineux à la base 1 50 

Sable vert 1 50 



G m 00 



Le sable de l'Empenpont est le type du sable vert lin. 

Ceux qu'on observe dans la tranchée de Fives , à Ennetières- 
en-Weppes, sur le plateau de Salomé, à Mies, Herbes, aux en- 
virons de Genecb et à proximité du château du baron de Lagrange 
(commune de Cobrieux), sont complètement semblables au précé- 
dent et se trouvent exactement ou même niveau géologique. Il en 
est de même des sables qui affleurent le long de la côte d'Avelin, 
entre ce village-et celui d'Attiches ; de ceux qui affleurent dans les 
fossés des fortifications de Lille, derrière la manufacture des 
tabacs , et qui se retrouvent au trou de la Magdeleine , sur la rive 
droite de la Deûle. 



( 15 ) 

La tranchée du chemin de fe r de Fives a 1200 mètres environ 
de longueur. Je l'ai visitée il y a plusieurs années, avant qu'on 
ne garnît les contrefossés de revêtements en briques destinés à 
prévenir leur éboulement , et aussi avant que les talus ne fussent 
couverts de végétation. J'ai donc pu étudier complètement les 
terrains qu'elle a traversés. Cette tranchée dont on voit la coupe 
(fig. 4) a 10 mètres environ de hauteur à son point culminant. 
Le sable fin qui paraît encore aujourd'hui dans, différentes parties 
des talus et qui ne commence qu'à 3 ou 400 mètres du pont, repose 
directement sur les sables argileux inférieurs. On voit ces der- 
niers au fond des fossés dans la partie la plus profonde de la tran- 
chée. La couche de sable fin a en ce point une épaisseur d'environ 
6 mètres. Elle est recouverte par une veinule d'argile plastique 
et par 0.50 à 0.60 de glaise sableuse grossière qui représente 
sans doute la base de la formation glaiseuse ypresienne; car on 
voit dans le sable une cavité (g) remplie par une argile plastique 
compacte d'un gris bleuâtre- qui semble reposer sur cette nappe de 
glaise sableuse. La partie supérieure de la tranchée consiste en 
limon avec veines ou lentilles de sable de même nature que le pré- 
cédent. 

Le sable vert forme donc le sous-sol de toute cette colline qui 
est dirigée de l'ouest à l'est et sur laquelle est bâti le village de 
Mons-en-Barœul. On en a extrait d'ailleurs il y a quelques années 
près de l'église pour l'entretien de la route. De l'autre côté du 
chemin de fer il existe encore aujourd'hui au sommet de la colline 
une carrière appartenant à M. Collette, où l'on exploite le sable 
sous 4 mètres d'argile plastique. Ce sable a exactement les mêmes 
caractères que celui de la tranchée de Fives, et il est veiné de 
glaise. On l'extrait sur une épaisseur de 2 mètres jusqu'au niveau 
d'eau. 

Aux environs d'Englos et d'Ennetières-en-Weppes, le sable fin 
se trouve aussi à peu de profondeur et constitue le sous sol sur 
une assez grande étendue de territoire. M. Lelong de Sequedin 
en a fait extraire à 300 mètres au nord-est du cabaret du Vert- 



(16) 

Ballot , sur le chemin d'Englos à Haubourdin. M. c Delangre en 
a fait tirer aussi près de l'église d'Englos. Enfin, plusieurs sa- 
blières sont ouvertes dans la commune d'Ennetières. La plus rap- 
prochée du village touche au chemin d'Ennetières à Escobecques 
et appartient au sieur Ridez. On y trouve le sable sous 0.30 de 
glaise. A la sablière du sieur Auguste Wemel, près du hameau 
du Paradis , il y a 2 mètres environ de glaise sur le sable. Il 
existe encore trois autres carrières de sable à droite et à gauche 
d'un chemin qui descend dans la vallée à l'ouest d'Ennetières. 
Elles appartiennent à MM. Bonzel , Crespel et Flouré. Chez 
M. Flouré , au sud du chemin , le sable est recouvert par 2 ou 3 
mètres de limon, et on l'exploite jusqu'au niveau d'eau sur 2 mè- 
tres d'épaisseur. Dans les autres sablières qui se trouvent au nord 
du même chemin , il y a une couche de glaise de 2 mètres d'é- 
paisseur sur le sable qui affleure au pied de la côte. De nom- 
breuses sources se font jour sur les pentes. Ces sources sourdent 
du sable et sont recueillies dans des becqties ou ruisseaux qui se 
rendent à la Lys. 

Le sabl e à grai ns_pjus gros qui succède au sable, fin.est exploité 
dans les communes de W attrel os , Fourn es, Mé rignies, PJial çQLr 
pin , Wahagnies , Ostricourt, LeF orest , Raimbeaucourt,. Rach.es, 
Flines, Coutiches, Beuvry, Landas, Lalaing, Montigny , Loffre, 

\ Lewarde , Erchin, Fressain , Bugnicourt, Canlin , Gœulzin , 

^.-rleux, Hamel et Estrées. 

11 affleure dans ces différentes communes où il n'est recouvert 



que par unè^oTrcTîeTpèîrepirisse de limon. C'est un sable à grains 
moyens, plus ou moins chargé de glauconie, quelquefois jaunâtre 
mais ordinairement de couleur verdàtre ou grisâtre. Les grains de 
quartz sont transparents et ont un certain éclat, et ce caractère permet 
souvent de distinguer les sables tertiaires des sables aacheniens 
dont les grains sont presque toujours opaques et d'un aspect mat. 
Les sables des localités ci-dessus désignées, bien que se trou- 
vant à des niveaux différents , sont parallèles au point de vue 
géologique. Leurs caractères minéralogiques et leur position rela 



( 17 ) 
tivement aux sables verts inférieurs en sont la preuve. Je ne sache 
pas qu'on y ait jamais trouvé de lignites , et je suis porté à croire, 
d'après les observations que j'ai faites jusqu'à présent dans les 
arrondissements de Valenciennes et d'Avesnes , que ces sables 
sont encore inférieurs à ceux de la hauteur de Raisinés et à ceux 
de Bavay qui, en général, sont beaucoup plus blancs, renfer- 
ment très-peu de glauconie et sont accompagnés, comme a Sars- 
Poteries, de bancs de lignites assez épais. 

A l'entrée du village d j^Fourn es^cn venant de Lille , on voit a 
gauche de la route une tranchée de 3 à 4 mètres de profondeur, 
où l'on extrait un sable gris jaunâtre à assez gros grains pour 
l'entretien des roules. On a remarqué que ce sable ne laisse pas 
passer l'eau assez librement , circonstance qui le rend souvent 
impropre au pavage. Ce défaut tient à la présence de petites 
veines de glaise intercalées au milieu de la couche. Voici du reste 
la coupe de la tranchée (fig. 5) : 

Terre végétale m 60 

Argile jaune ^en moyenne) 1 00 

Sable (in argileux avec galets de silex et frag- 
ments ferrugineux 1 oo 

Glaise sableuse . . 40 

Sable avec veines et lentilles de glaise 30 



3 30 



Au hameau de Plouy (commune de Waltrelos), le sable est 
jaune mais plus lin qu'à Fournes. Il est recouvert par 0.30 d'ar- 
gile et 0.30 de terre végétale. 

Près du village de Mérignies , à l'est, on extrait un sable gris 
verdàtre sous 1 mètre environ d'argile plastique ypresienne. 

A droite du chemin de Phakmpin à Wahagnies et à l'entrée du 
boib, se trouve une sablière qui fournil un sable semblable à celui 
de Mérignies ; ce sable s'enfonce sous la côte et dans la partie est 
de la carrière, il est déjà recouvert par 3 mètres de glaise. 

2 



18 

L'af fleu reineDt^u_sable^ suit la lisière du bois d e Phalemp ts et _, 
se p£ojonge_en longean t la c ôte de Wahagnies jus qu'aux impor^^ 
tantes sablières d'Ostricourt , où l'on a abondamment puisé pour 
le chemin de fer du Nord. On voit très-bien dans ces carrières le 
sable recouvert par la terre glaise qui est elle-même recouverte 
vers le nord-est par le limon. Une couche de glaise sableuse com- 
pacte et dure de 1 à 2 mètres d'épaisseur forme le passage du 
sable à la glaise. 

Dans la carrière de Le Forest , au haide la côte de Moncheaux , 
le sable est gris blanchâtre. La surface du sol consiste en un mé- 
lange de glaise et de sable rougeàtre d'une épaisseur variable qui 
se prolonge jusqu'à la station du chemin de fer et que je rapporte 
au limon. 

A Raimbeaucourt , entre le village et le marais , il existe aussi 
une sablière où l'on voit au-dessus du sable une couche de 1 à 2 
mètres d'épaisseur, consistant en un mélange compact de sable 
et de glaise qui fait comme à Ostricourt le passage du sable lan- 
denien à la glaise ypresienne. On y remarque parfois des veines 
de glaise et des concrétions ferrugineuses et calcarèuses. 

Plus loin vers l'est, on rencontre près de la route de Douai à Lille, 
dans la commune de Rac hes, une excavation où l'on a tiré du sable, 
et plus loin encore , dans la même direction , la grande sablière 
de Flines qui est ouverte au pied même de la côte. Le sable de 
Flines est gris et assez semblable à celui de Le Forest. — Dans la 
partie nord de la carrière , on observe l'affleurement de la glaise 
sous 1 mètre de sable argileux quaternaire dans lequel sont mé- 
langés dos fragments de diverses natures , quartzeux , ferrugi- 
neux , etc. II se trouve encore d'autres sablières dans la môme 
commune, contiguës à la route de Douai à Tournai. Dans l'une 
d'elles, derrière la maison d'un -douanier, le sable est pres- 
qu'à fleur du sol et n'est recouvert que par très-peu d'argile 
sableuse avec fragments de grès. ' 

C'est un sable gris analogue à celui de Flines qu'on extrait a 
proximité de la môme route avant d'arriver à Coutiches. 



19 , 

La sablière de Beuvn-lez-Orchies, située a I kilomètre à l'ouest 
du village el celle du moulin de Landas fournissent aussi du sable 
gris et sont ouvertes comme les précédentes pies du contact des 
formations sableuse et glaiseuse. Dans cette dernière, le massif 
sableux est traversé par des veines de sable ferrugineux agglu- 
tiné, et on remarque à la partie supérieure une veine de glaise , 
puis 0.20 de sable glaiseux , enfin 0.80 d'argile avec fragment-, 
roulés à la base. 

Le sol de toute la contrée qui s'étend de Beuvry à Si. -Arnaud ,.. 
c'est-à-dire depuis l'affleurement de la glaise jusqu'aux marais 
delaScarpe, est sableux à une très faible profondeur. Celte 
plaine qui comprend les communes de Bouvignies , Brillon , Sars- 
et-Rosières, penche très-légèrement vers le marais. Le sable peut 
y affleurer à certains points; mais il est généralement caché par 
un peu de limon. 

Au midi de la Scarpe , le sable glauconifère supérieur qui cons- 
titue les petits mamelons tertiaires indiqués sur la grande carte au 
j^~ fait l'objet d'assez nombreuses exploitations disséminées dans 
les communes que nous avons désignées plus haut. Le plus sou- 
vent, il y a sur le sable même, au sommet des mamelons une couche 
d'argile mêlée de sable , de silex roulés et de fragments de grès 
dont l'épaisseur peut aller jusqu'à 3 mètres. C'est dans ces loca- 
lités qu'on extrait les grès blancs pour pavés. Ou les découvre au 
moyen de la sonde. 

L'espèce de promontoire sableux dirigé à peu près du sud au 
nord d'Erchin à Levvarde , est coupé par le chemin de fer de 
Douai à Valenciennes , près deÈontigny. Il se prolonge jusqu'à 
Lalaing , où l'on extrait près du moulin à vent un sable diverse 
ment coloré qui renferme des rognons de grès assez volumineux 

La ligne de co ntad_entr e le sysièm elandenien et le_système . \ 

ypresien au sud de Lille est assez nettement indiquée sur la carie 
pour que nous soyons dispensés de nous y arrêter; mais elle 
est moins visible au nord, et il est nécessaire de faire con- • 
naître en quelques mots sa direction souterraine. Cette ligne passe 






* * 



•20 

au hameau d e l'Ein penpout , tourne autou r dgJjLeni etjlcJSailly.^ 
traverse Lannoy et va_gagner Ja -frontière belg e au h ain£au_de 
Plouy, en laissant le yijjagede Lee rs à l'est D'un autre côté, elle 
suit à peu près la Marque à partir deX^p^pjoji^u^u^au_pont 
v de Marquette. Là elle fait un crochet et se relève au nord en en- 
veloppant le village de Wambrechjes , puis elle suit les côtes de 
Lomme etd'Ennetièrjs^se^contourne forte ment d'E nneiièjes à 
.Bad jnghem, p asse à Kscob eiLqj ies et à Erquinghim=l&&e.c, côtoie 
^ajLn ord réminej ç^diLEoiirnes et yjLJamdriiJe^jifJLejiremejnts de^_ 
environs d'Aub ers. 

Ainsi les affleurements souterrains du système landenien for- 
ment des zones plus ou moins larges comprises entre ceux de la 
craie et de la glaise. Ces affleurements prennent un grand déve- 
loppement le long de la Scarpe, et abstraction faite des alluvions 
de cette rivière , s'étendent, sans discontinuité, deBeuvry jusqu'à 
Anzin près de l'Escaut , et de Flines à Bugnicourt , à une demi- 
lieue de la Sensée. Les terrains qui appartiennent à ce système 
sur là rive droite de la Scarpe et dont les contours ne touchent 
qu'à la craie , puisqu'il n'existe plus de glaise de ce côté , se 
relient donc souterrainement avec ceux de même époque qui se 
trouvent sur la rive gauche de la même rivière comme la coupe 
N.« 2 le fait voir. 

Il résulte de ce qui précède qu'en négligeant le terrain quater- 
naire , la surface du système landenien dans les arrondissements 
de Lille et de Douai serait d'environ 32,600 hectares. Elle em- 
brasse en partie ou en totalité : au nord de Lille , les communes 
de Wattrelos, Leers, Lannoy ,*Toutfl ers, Sailly, Baisieux , Forest, 
Hem , Fiers, Wasquehal , Marcq-en-Barœul , Mons-en-Barœul , 
Fives, la Magdeleine, Lille, Saiat-Aodré , .Marquette , AVambre- 
chies , Verlinghem , Lambersaert , L_ommtL,--Seq.uedin , Englos , 
Ennetières-en-Weppes , Badinghem , Escobecques , Hallennes , 
Haubourdin , Santés , Erquinghem-le_-Sec., Beaucamps , Ligny, 
Wavrin^ Sainghin^en-Weppes , FournesJv^Wiçres , Herbes,^ 
Mies, Marquillies, Hantay, Salomé, La Basses; 



W; 



w>< 




* 



( 21 ] 

Au sud de Lille , les communes de Wannehain , Bourghelles , 
Cysoing , Louvil , Cobrieux , Genech , Templeuve , Ennevelin , 
Pont-à-Marcq , Avelin , Secliu, Gondecourt , Chemy, Camphin , 
Phalempin, Wahagnies , Ostricourt , Raimbeaucourt , Roost-< 
Warendin , Raches , Flines , Coutiches , Bouvignies , Marchien-^ 
nés , Tilloy, Beuvry, Landas , Saméon , Aix , Mouchin ; _/ 

Et au midi de la Scarpe, celles d'Hornaing, Erre, Fenain, 
Somain , Villers-Campeau , Rieulay , Bruille-lez-Marchiennes , 
Ecaillon, Masny, Pecquencourt , Lalaing, Montigny, Loffre, Le- 
warde , Roncourt , Erchin , Cantin , Gœulzin , Estrées , Hamel , 
Arleux , Bugnicourt , Fressain , Villers-au-Tertre , Monchecourt , 
Auberchicourt et Aniche. 

Enfin, il existe un petit affleurement de sable landenien dans 
la commune de Blaringhem (arrondissement d'Hazebrouck), à la 
limite des deux départements du Nord et du Pas de-Calais. La 
rivière de la Melde qui coupe la pointe sud-ouest de cette com- 
mune sépare en effet le sable de la glaise. La portion du terri- 
toire de Blaringhem au sud de ladite rivière est donc comprise 
dans les sables du terrain tertiaire inférieur. 

Le sol landenien atteint son niveau maximum dans la commune 
de Villers-au-Tertre, où il se trouve à la cote 90 (90 mètres au- 
dessus du niveau de la mer). Les points les plus élevés sont dans 
l'arrondissement de Lille : Bourghelles (cote 46), et Comines 
(cote 44). 

Je crois devoir donner ici les résultats de quelques sondages 
qui ont traversé les roches du système landenien dans l'étendue 
des zones où il n'est recouvert que par des alluvions et que j'ai 
définies précédemment (1). 



(i) Nous laissons subsister autant que possible dans ce compte-rendu les ex- 
pressions qui ont été employées par les foreurs pour désigner les terrains tra- 
versés. 



Landemeii 
supérieur. 



Landeniti. 
inférieur. 



( 22 

IANNOT. 

Argile jaune 4M 

Sable jaune avec pyrites à la partie inférieure. 7 80 

Sable avec pyrites 3 00 

Glaise bleue mêlée de sable 7 20 

Sable vert M 

Glaise bleue mêlée de sable i 50 

Grain fin , dur et sec a 40 

Glaise très-compacte avec cornus à la partie in- 
férieure 13 80 

Craie. 

U 40 



wasqitehal (fabrique de potasse de M. Lefebvre.) 

Terre végétale ° 66 

Argile jaune 4 00 

Sable mouvant liquide 6 00 

ÎJÏjj j Sable vert fln 3 00 

Landenien ( Terre glaise mêlée de sable H 66 

inférieur. | G j aj so lide avec cornus 15 00 

Craie '* 33 



5t 65 



fives 1 filature Delecroix. 



I.andenien 
supérieur. 

Landenien 
inférieur. 



Argile jaune 2 20 

Sable vert mouvant 3 00 

Couche dure 30 

Sable vert 12 00 

Terre glaise verte et luisante 8 00 

Sable argileux noirâtre 4 50 

Craie 

30 00 



Landenien 
inférieur. 



123 ) 

lille (Hôpital-Général.) 

Terre rapportée et terre végétale 3 30 

Aqueduc 1 ao 

Sables gris jaunâtres argileux sous la dalle de 
l'aqueduc î oo 

Sable gris verdàtre argileux avec petits fragments 

de silex à la partie inférieure 19 50 

Craie blanche. (Voir p. 166, vol- 1851.) 

U 00 



Lande 



supérieur . i 

Landenien i 
inférieur, j 



wambrechies (distillerie Lenssen.l 

Argile i oo 

Sable argileux grisâtre 15 00 

Sable vert mouvant très-fin 15 oo 

Sable vert argileux 15 oo 

Glaise grise . . 5 oo 

Craie blanche 33 oo 



84 00 



La sonde s'est arrêtée sur une pierre dure ( tun?) L'eau de la 
marne qui a été rencontrée à 63 mètres , jaillit à un mètre 
au-dessus de terre , et le produit de la source est de 1 hectolitre 
par minute au niveau du sol. 

templeuve (sucrerie de M. Demesmav. i 



Terre végétale et sable mélangé d'argile. 

Landenien ( 

supérieur, i Sable vert 

Landenien 
inférieur. 



ï 

■il 



J Argile plastique bleuâtre 10 

Craie. (Voir p. 167, vol. 1851.) 



50 



39 50 



On a rencontré des grès à 18 mètres 50 de profondeur. 



( m ) 

pônt-a-marcq (sucrerie de MM. Derick et Bulteau. ) 

Ferre végéttto o jo 

Argile « oo 

supérieur, j Sal)lc vorl mouvant 6 00 

„,férie„r. j Glaise Irès-duffi * oo 

Craie 5I 70 



63 00 



L'eau prend son niveau a 9 mètres au-dessous du sol. 

l'escarpei.le. 

Terre végétale et sable blanc 50 

Sable blanc ° 50 

Sable mouvant 50 

Sable bleu o 70 

/ Sable ( t gravier mouvants . 1 30 

Idem très-mouvants . 1 50 

Sable mêlé de gravier. ...... « 30 

Grès verdàtre o 55 

1 Argile 5 8a 

' Argile sableuse . • • • i 30 

' Sable vert «10 

Sable bleuâtre 2 75 

Craie blanche. (Voir p 108. vol. 18.M.) 



\ 



17 35 
FLINES. 



Laudei'ieR ; sable jaune mélangé de sable blanc 1res- fin. . s or. 

supérieur, j Sable vert 10 00 

. . . l Sible vert argileux 7 (.7 

Lanuenien \ 

..... < Sable noirâtre argileux 8 66 

intérieur. I 

\ Glaise sableuse noirâtre 8 50 

Craie blanche. (Voir p. 168, vol. 185!.) 

43 40 



( 25 | 

: *f* Sable jaune légèrement argileux 9 

" w / Sable vert argileux tiès-chargé de grains de sili- 

• \ Landenien ) Cate de fer 5 

\ •^ ftr, ' ei,T - / Gres quartzeux avec grains de silicate de fer. . 

^jt. Argile plastique gris verdàtre feuilletée .... 8 

v V Craie blanche. (Voir p. 170, vol. 1851.) 

* Sf. 23 
MARCHIENNES. 

Terre végétale et argile sableuse jaune .... 2 

Tourbe 1 

Landenien SabIe bleuâtre 2 

supérieur. \ 

Landenien ' Sal,,e verl ar ?' leux 8 

^. inférieur. ) Argile grise compacte 10 

Ç"S Craie. (Voir p. 168, vol. 1851.) 

s» 25 

i; 

^. WARI,A1NG. 

*"* Terre végétale et argile sableuse 2 

Kk Landenien J Sable mouvant gris 3 

s^ supérieur. • 

J Landenien j Sable blcu ct ai *g ile 3 

•* inférieur. I Argile plastique compacte il 

V Craie blanche. 

! -ÏT 



66 



03 



^ Le sable landenje n^a été atteint aussi a diverses profondeurs 
en dehors de ses zones d'affleurement dans plusieurs localités de 
la Flandre, entr'autres : 

A Faumont à la profondeur de 7 50 

A Orchies 11 92 

A Cappelle 27 00 

A Thuraeries 27 00 





\ 20 I 

A Lys-lez-Lannoy 16 

ARoubaix 25 

A Bondues 51 

A Tourcoing 58 

A Roncq 80 

A Halluin 70 

A Armentières 24 

A Merville i 
A Estaires ( ' ' 

A Hazebrouck 100 

A Bailleul 106 



§ 2. Système ypretien de M. Dumont. (Argile de Londres . 
London-clay.) 

Le système ypresien dont le nom rappelle les collines d'Ypres 
où il prend un très-grand développement, comprend une puis- 
sante [formation glaiseuse superposée aux sables landeniens et 
inférieure aux sables deCassel qui représentent cbez nous le calcaire 
grossier parisien (1). Il correspond stratigraphiquement et miné 
ralogiquement à l'argile de Londres [London-clay) et manque 
dans le bassin de Paris où le calcaire grossier repose immédiate- 
ment sur le terrain à lignites. Il faut considérer qu'après le 
comblement de la mer parisienne par les sables landeniens , il 
s'est produit dans la contrée comprenant Londres , Bruxelles et 
Lille , un affaissement progressif qui a prolongé la submersion 
de ces parages et permis le dépôt de la «glaise par rouc hej i, sm- 



^ (1) M. Dmuont comprend aussi Jans son système ypresien une partie des sables 
supérieurs à la glaise qui affleurent au sommet de Mons-en-Pévèle et au pied du 
Mont-Cassel ; mais j'ai cru pouvoir, en rn'appuyant sur les caractères minéra- 
lngiqucs, considérer ces sables comme faisant partie de l'étage du calcaire grossier 
et réserver la dénomination de formation ypresienne à la glaise sous- jacente si 
remarquable par sa puissmee et pajr son homogénéité. 



( 27 

cessives pendant que le sol des environs de Paris restait à sec. 
Cette formation présente donc un certain intérêt sous le rapport 
scientifique puisqu'elle établit une distinction entre les deux lia-- 
sins tertiaires de Londres et Paris et qu'elle relie géologiqueiueut 
une partie du sol de l'Angleterre avec le nord de la France et de 
la Belgique. — Elle est remarquable aussi par sa puissance. 
Ainsi, à Hazebrouck, la glaise à déjà 100 mètres d'épaisseur ; mais 
la surface sableuse sur laquelle elle s'appuie se relève au sud et 
vient paraître au jour près de la limite des départemeuts du 
Nord et du Pas-de-Calais. Les derniers affleurements de glaise se 
voient à Witles , Isbergue , Mazinghen , Choques , Fouquereuil 
(Pas-de-Calais), entre Béthune et Merville et près de Bâches au 
nord de Douai. De ce point , la ligne de séparation entre la glaise 
et le sable landenien qui jusque-là avait affecté une direction 
générale de l'O. un peu N. à l'E. un peu S. se courbe vers le 
N.-E , va couper le canal d'Anthoing entre Mortagne et Mau- 
bray et se continue jusque dans les environs de Louvain. — Au 
sud de la ligne brisée dont nous venons de poser les principaux 
jalons, il n'existe plus trace de glaise ypresienne. 

Les détails dans lesquels nous sommes entrés en parlant des 
limites du système landenien ont fait connaître en même temps 
celles de la glaise. — Celle-ci forme dans la Flandre, comme les 
sables landeniens, deux bassins distincts ; l'un , au milieu duquel 
s'élève la colline de Mons-en-Pevèle , parfaitement circonscrit 
dans tous les sens et dont on peut facilement suivre les contours 
en jetant un coup d'œil sur la carte ; l'autre , embrassant toute 
la superficie des arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck 
et une partie de l'arrondissement de Lille. Ou peut ajouter comme 
appendice à ce second bassin le monticule de Fives et de la 
Magdeleine et celui deWillems dont le sous-sol glaiseux n'est 
indiqué que sur la deuxième coupe. 

Avant de passer en revue les localités où l'on peut observer la 
glaise, il est nécessaire de dire quelques mots de la nature de 
cette roche et des circonstances particulières de son gisement. 



28 S 

La glaise est une argile compacte de couleur gris bleuâtre ou 
gris jaunâtre et à texture souvent feuilletée. Elle est imperméable 
à l'eau et jouit de propriétés plastiques qui la rendent propre à 
la fabrication des poteries ; elle est aussi éminemment onctueuse 
et délayable et on l'emploie pour le foulage des étoffes de laine. 

On trouve assez fréquemment au milieu de la glaise des no- 
dules de calcaire blanchâtre connus sous le nom de septarias , 
quelques veines de silex roulés et de sable , du fer carbonate en 
lits minces ou en rognons et des coquilles marines de différentes 
espèces. 

Les nodules calcaires forment des amas assez considérables 
en Angleterre où ils sont exploités pour la fabrication du ciment 
romain (1); maison n'en connaît pas de gisements importants dans 
le département du Nord. Cependant j'ai constaté l'existence de ces 
nodules en plusieurs points, notamment à Moncheaux, à Pérenehies 
et le long du chemin de fer de Dunkerque dans la plaine com- 
prise entre l'Yser et la tranchée d'Arnecke. Je ne doute pas qu'ils 
n'aient été rencontrés dans la plupart des sondages. Seulement 
comme on n'y attachait aucun intérêt, on a sans doute négligé de 
noter la profondeur et l'épaisseur des couches qui renfermaient 
ces nodules. 

J'ai reconnu le fer carbonate dans la glaise en divers points . 
mais jamais en quantité suffisante pour pouvoir être exploite 
utilement. Toutefois comme il existe à peu de profondeur dans 
beaucoup de localités, les propriétaires des carrières de glaise et 
de sable qui le rencontrent , pourraient le mettre de côté et en 
réunissant les quantités partielles provenant de chaque exploi- 
tation , on obtiendrait une assez grande masse de minerai qu'on 
pourrait peut-être transporter avec avantage à Denain où il 
arriverait facilement par bateaux. Je l'ai observé à la surface du 
sol dans les communes d'Aubers, deFives, de Raches , de Worm- 



f i ) Lyell , Élément:> de géologie , p. 35o,. 



î 29 ) 
hout. A Pérenchies , ou en avait extrait de la glaisière de M. 
Bonzel, dont on avait dallé la devanture d'une maison. On l'a 
trouvé aussi par sondages à Faumont, à Moncheaux , à Roubaix 
ainsi qu'à Oslricourt et à Phalempin où la société des Hauts- 
Fourneaux de Denain a même fait exécuter des travaux de 
recherche il y a quelques années. 

Ce minerai est de couleur grise et jaunit après un séjour pro- 
longé à l'air. Sa richesse est variable à cause de la plus ou moins 
grande quantité d'argile dont il est intimement pénétré. Celui 
qu'on a rencontré à Roubaix, dans la fabrique de M. Dervaux, 
a 50 pieds de profondeur, a une texture très-serrée et un poids 
assez considérable. 

Les débris organiques de la glaise sont assez rares. Les seuls 
que j'ai recueillis proviennent d'un puits creusé dans l'atelier 
à vapeur de M. Delahousse-Delobel , taillandier au hameau de 
la Rousselle 'commune de Roncq) . La coupe de ce puits est la 
suivante : 

Argile sableuse 1 m 30 

Cailloux roulés 50 

Glaise jaunâtre 3 20 

Banc de calcaire argileux grisâtre fossilifère. 2 00 

Glaise bleue schisteuse avec quelques fossiles. 11 30 

Glaise mêlée de >able avec quelques coquilles. » » 

18 m 30 



Cette dernière couche donne une source dont le produit parait 
devoir suflire à l'alimentation de la machine à vapeur. L'eau 
s'élève jusqu'à 5 mètres du sol. 

Le premier banc coquiller que ce puits a traversé consiste en 
un calcaire argileux gris jaunâtre mélangé d'un peu de sable 
fin. On a mis deux jours pour percer ce banc qui est assez dur 
et qui donne un peu d'eau il serait intéressant de rechercher 



si la chaux qui en proviendrait ne jouirait pas de propriétés hy- 
drauliques et s'il n'v aurait pas quelqu'analogie de composition 
entre ce calcaire et les nodules du London-clay. Les fossiles sont 
en général de petites dimensions et assez abondants. On distingue 
surtout des turritelles <[iii ont jusque \ et 5 centimètres de 
longueur , des nummulites de l'espèce planulata dout le dia- 
mètre n'est que de quelques millimètres, des vénéricardes, des 
cardium , des lutine* , des ostrea avec leur tèt nacré , des 
pkurotoma . etc. 

On remarque dans la glaise bleue les mêmes fossiles et sur- 
tout de petites nummulites et de petites coquilles univalves 
Enfin la couche sableuse qui se trouve au fond du puits renferme 
aussi quelques fossiles parmi lesquels je puis citer des pecten , 
des dentalium, de petites ostrea. Ces fossiles sont malheureuse- 
ment très-fragiles et très-difficilement conservables à moins qu'ils 
ne se trouvent dans des bancs durs tels que celui qui a été tra- 
versé chez M. Delahousse. 

Le sondage de Bailleul dont la coupe sera donnée a la lin de 
de ce paragraphe a aussi traverse plusieurs lits coquillers. 

La glaise ypresienne présente de nombreux affleurements 
dans la Flandre. On peut l'observer en montant les côtes de 
Bachy, Templeuve, Àvelin, Phalempin, Wahagnies, Moncheaux, 
Raimbeaucourt , Radies. Elle s'étend au pied de la colline de 
Mons-en-Pevèle jusqu'à Tourmignies et Pont à-Marcq au Nord , 
et jusqu'au bois de Fîmes au Sud. En un mot on la trouve à la 
surface du sol sur de grandes étendues de terrain dans les can- 
tons de Cysoing, Pont-à-Marcq et Orchies où elle parait presque 
partout sur les bords du bassin dans lequel elle est comprise. 

D'un autre côté elle affleure, entre la Deùle et la Lys, de Ra- 
dinghem à Aubers et d'Ennetières-en-Weppes à Verlinghem. On 
la trouve aussi sur la hauteur de Fives , à l'Empeupont et en dif- 
férents points des cantons de Roubaix , Tourcoing et Quesnoy , 
sur la rive droite de la Deùle , notamment sur les monts de Bon- 
dues, d'Halluin et de Werviek. 



31 

C'est surtout dans tes arrondissements d'Hazebrouck et de Du> 
kerque que ce terrain , désigné en flamand par le nom de clytt , 
est le plus développé. Il forme , entre Estaires et Merville, comme 
une espèce d'ilot au milieu de la plaine de la Lys , qui, de Bail- 
leul à Hazebrouck et à Aire, est ceinte par une suite de collines 
glaiseuses. La glaise paraît encore au pied des côtes des environs 
de Wittes, de Blaringhem et de Lynde, et elle forme une large 
bande qui borde pour ainsi dire sans discontinuité les marais de 
St. -Orner et la plaine alluvienne dcDunkerque, d'Ebblinghem à 
Watten, àLooberghe, à Steene, àBergues et à Hondschoote. On a 
retiré sur la place de Bergues des milliers de voitures de glaise qu'on 
a remplacée par du sable afin de faciliter l'écoulement des eaux. Il 
existe aussi de larges affleurements de ce terrain autour des mon- 
tagnes de l'arrondissement d'Hazebrouck , surtout dans les com- 
munes d'Esquelbecq , Bambecque , Noordpeene , Zermezecle, Win- 
nezeele, Steenvoordc, Godewaersvelde, Eecke. Flètre, Boescbepe 
et St.-Jans-Cappel. La Holle-Becque , qui passe à Winnezeele , 
coule sur la glaise depuis sa source jusqu'à l'Yser. Il en est de 
même delà Zimine-Becqueet de l'Ey-Becque qui sépare le terri 
toire français du territoire belge. 

On voit encore cette rocbe le long de la Peene deWormhout a 
l'Yser ; cette dernière rivière coule aussi sur la glaise, près d'Es- 
quelbecq et de Wilder. Enfin la glaise est à découvert sur la ligne 
du chemin fer du Nord , dans les deux tranchées situées de part 
et d'autre de la station de Roubaix , dans celle de Pérenchies , de 
Steenwerck à Baillent, entre Strazeele et Hazebrouck, dans les 
trauchées d'Hondeghem , de Bavinckove, de Noordpeene , d'Ar- 
necke , de Bissezeele, de Soex et dans les communes d'Ebblinghem 
et de Renescure. 

Les principales extractions de glaise ypresienne sont ouvertes 
dans les communes de Bâches , Orchies , Bcuvry , Landas farron- 
dissement de Douai) ; Mouchin , Bersée , Moncheaux , Wahagnies , 
Mérignies , Templeuve , Aubers , Ennetières-en-Weppes , Prémes- 
ques, Pérenchies, Fives, Hem. Halluin, ^Yervick ;arrondissemeut 



32 

de Lille; ; MerviHe, Bailleul . Ha/.ebrouck , Morbecqne, Renes- 
cure , Steenvoorde (arrondissement d'Hazebrouck ; Wornihout . 
Lederzeele, Bollezeele et Rexpoede (arrondissement deDunkerque). 

Les terrains glaiseux sont généralement très-difficiles à cultiver 
<i cause de leur ténacité, et la plupart sont pour ce motif en nature 
de bois ou de prairies. Cependant ils peuvent donner de riches ré- 
coltes quand ils sont convenablement préparés. J'ai souvent en- 
tendu dire par des praticiens que le blé qui croît sur un sol glai- 
reux pèse plus que celui qui a été semé sur une terre légère , et ce 
fait peut s'expliquer par la plus grande proportion d'engrais que 
retient la glaise. 

On peut évaluer approximativement à 30,000 hectares la surface 
totale des affleurements de la glaise dans le département du Nord. 

Cette formation s'élève jusqu'à 76 mètres au-dessus du niveau 
de la mer, au pied des collines de Cassel et de Mons en Pcvèle. 
Elle atteint la côte 69 aux monts d'Halluin , de Rlaringhem et de 
Watten. 

Voici maintenant les coupes de quelques puits ou sondages qui 
ont traversé, la glaise et dont quelques-uns indiquent l'épaisseur 
des terrains sous-jacents : 

ORCHIES. 

Terre végétale ' 2;J 

Argile * ** 

Sable mouvant 2 ° y 

t Glaise avec parties calcaires blanches 7e 

Ipresieu. , . , , , ,, 

v I Glaise bleue 5 4 * 



Sable gris mouvant * 



2» 

Undrit. ! SrttoW. . 21 89 

supérieur. \ LU (le glaise 06 

| Sable mouvant o 36 

! Sable, dur 8 70 
Glaise 6 6* 
Sable dur ' 9C 
^ Glaise elsable * 50 

Craie (Voir p. 167. vol. 1851 | 

57 50 



33 



faumont. (Entre les villages de Faumont et de Flines. 



Ypresien. 

Landenien 
supérieur. 

Landenien 
inférieur. 



Ypresien , 
Landenien. 



Ypresien 
Landenien. 



Terre végétale et glaise 7 50 

Sable très-mouvant noirâtre 2 40 

Sable vert mouvant avec couche de glaise bleue. 19 20 

Sable vert et glaise ilure 7 20 

Argile plastique 8 70 

Craie. 

45 00 

thumeries. ( Sucrerie Coget. ) 

Terre végétale 1 00 

Argile 3 oo 

Sables mouvants de diverses couleurs 8 oo 

Glaise bleuâtre 15 oo 

Sables verts aquifères 30 00 

Glaise dure 24 00 

Craie. .' 45 oo 



126 00 



mons-en-pevèle. (Sucrerie Vallois. ) 

Mélange d'argile et de sable 2 00 

Sable gris mouvant très liquide 2 30 

Glaise bleue compacte le co 

Sable vert 5 10 



20 00 



mérignies. ( Ferme du Blocus. —■ Sucrerie Desmoutiers. ) 
Ypresien. Glaise jaunâtre 2 50 

Lfmdenien. Sable vert , 8 00 



10 50 



34 ) 



capelle. ( Sucrerie Gapan. ) 

Argile 1 20 

Sable mouvant 1 80 

Yprrsien.J Glaise bleue fi co 

Landenien i Sable noir très dur. 45 

supérieur. ( Sable vert aquifère. 

10 05 

L'eau monte jusqu'à l m 20 du sol. 

templeuve. ( Brasserie de M. Cuisinier. ) 

Argile a 50 

Sable mouvant 7 40 

Ypresien. Glaise 70 

Landeuien ( Sable vert H 50 

supérieur. ( Pyrite 21 

Landenien \ Glaise noirâtre et compacte avec pyrite 17 79 

intérieur. ( 

Sénonien. Craie 30 00 

M . t Tun ... o 41 

Nervien. < 

( Marne avec silex l 40 



80 91 



la magdeleine. ( Atelier de chaudronnerie de MM. Fontaine. ) 

Terre végétale 60 

Argile sableuse jaune passant air sable mouvant. 7 00 

Ypresien. Glaise bleuâtre '. . . 8 60 

Landenien j Sable VCrt fin 3 00 

supérieur. ( H. avec veine île glaise 60 

I Sable vert argileux faisant effervescence avec les 

acides " 00 

Glaise gris-noirâtre très compacte 8 60 

Sable argileux grisâtre ( effervescence ) 3 30 

Craie. 

45 70 



(35) 

lomme. (Puits domestiques.) 
Argile 4 oo 

Ypresien. Glaise 10 00 

l.andenien. Sable boulant aquifère. 

H 00 

pérenchies. (Puits domestiques. ) 

Limon 5 00 

Ypresien. Glaise 12 00 

Landeuien. Sable 1 00 

18 00 

bondues. ( Sucrerie Yandonghem. ) 

Argile 3 oo 

Sable mouvant ou argile sableuse coulante , avec 
galets de silex roulés à la partie inférieure. . 9 oo 

Ypresien. Glaise bleue 39 oo 

Landenien. Sable vert aquifère. 

51 00 

L'eau prend son niveau à 21 m 60 du sol. 

mquveaux. ( Puits creusé dans la sucrerie de M. Lemaire- 
Requillart.) 

Terre végétale et argile 5 00 

Cailloux et sable 3 00 

Ypresien. Glaise 56 00 

Landenien. Sable vert 1 00 

05 00 



( 36 



Ypresien. 
Landenien. 



Terrain 
crétacé. 

Terrain S 
carbonifère. ( 



Ypresien. 

Landenien 
supérieur. 

Landenien 
inférieur. 



Ypresien. 



Landenien 
supérieur. 



Landenien 
inférieur. 



lys-lez-lannoy. ( Sucrerie Duthoit. ) 

Argile et sable mouvant 6 

Glaise bleue 10 

Sable vert 3 

Glaise et sable 10 

Glaise noirâtre avec cornus à la base 26 

Marnes crayeuses 17 

Calcaire bleu ° 

75 



00 



IIOUBAIX. 

Terre végétale et argile sableuse grise passant 

au sable mouvant 6 00 

Sable mouvant argileux gris verdàtre l 50 

Glaise bleue 18 00 

Sable vert Il *<> 

Glaise mêlée de sable 12 co 

Sable vert 1 50 



51 00 

tourcoing. ( Petite Place. ) 

Argile 2 33 

Sable mouvant 11 oo 

Glaise bleue 32 oo 

Pierre ressemblant à l'émeri 33 

Glaise 12 oo 

Sable vert 5 oo 

Veine de lignite de 4 à 5 centimètres d'épaisseur 

Sable vert 13 co 

Glaise mêlée de sable C CO 

Glaise avec veine de pyrite de 3 cent, d'épaisseur, l oo 
Glaise mêlée de sable , suivie d'une pierre très 
dure , couleur gris-pâle, d'une épaisseur de 8 

à 10 centimètres ( fer carbonate ?. ) 10 00 

Glaise sableuse noire et sècbe avec cailloux. . . 17 36 

A reporter lia oo 



f 37) 

Report lia oo 

/ Craie blanche 12 oo 

i Silex (rabots?) » 33 

î Bleus et dièves (?) 1* 33 

Formation / Roches dures et calcaire ferrugineux rougeàtre 
crétacée. A mêlé de gravier ( base du grcensand ?). ... 3 33 
Glaises de diverses couleurs avec couches de gra- 10 66 
vier (paraissent représenter le système aache- 
nien ? ) 



160 65 



On avait rencontré deux nappes d'eau , l'une à 13 mètres et 
l'autre à 60 mètres de profondeur. Le niveau se maintenait de 
25 à 33 mètres au-dessous du sol. Mais la sonde a subitement tra- 
versé à la profondeur de 156 mètres une cavité de Om. 64 qui a 
absorbe l'eau du puits. 

roncq. ( Filature de M. Dupont.) 

Argile jaune, 1 30 

Sable mouvant et gravier 2 oo 

Ypresien. Glaise 86 00 

Landenien. Sable vert 

89 30 



L'eau s'élève jusqu'à 20 mètres de la surface. 
lincelles. ( Filature Hennion. ) 

Argile mêlée de cailloux 2 50 

Ypresien. Glaise 77 50 

Landenien. Sable vett, glaiSCUX VCtS lcfoild 20 00 

100 00 



Le niveau d'eau est de 17 à 20 mètres du sol 



[ 38) 

halluin. ( Forage pour recherche de houille. 1838.) 

Terre végétale cl argile 3 35 

Ypiesien. Glaise bleue C6 45 

Landenien I Sa bl e vert 13 25 

supérieur. ' 

t Glaise mêlée de parties calcaires "45 

Landenien \ G , aise sa bl C use * 20 

' Glaise compacte très dure 18 85 

Terrain ( M a™C blanCllC 12 30 

rrétacé. [ Roche dure (tun ?) ' 60 

127 45 



Ypresim. 

Landenien 
supérieur. 



Landenien 
inférieur. 



ARMENTIÈRES. 

Terre végétale ! 20 

Argile mêlée de sable (alluvion) 2 40 

Sable jaune mouvant 9 00 

Glaise bleue U *o 

Sable noir assez ferme 3 00 

Sable vert mouvant 10 50 

Argile plastique o 60 

Sable argileux verdâtre 15 90 

Glaise compacte, 3 00 

Glaise dure et sèche M 1° 

Craie > •» 

76 20 



Ypresien. 
Landenien 
supérieur. 



MERVJU.E. 



ESTAIRES. 



Argile glaiseuse (alluvion) 2 00 

Glaise 5a 00 

| Sable vert. 

54 oo 



Forage l'ait en 1781 , au milieu de la place pour 1 e- 
hlissement de la fontaine publique. ) 

Terre végétale 80 

Argile d'alluvion * 00 

A reporter l 80 



( 39 ) 

Report 1 80 

Sable mouvant 3 60 

/ Glaise 30 00 

v Id. avec 3 bancs de roche de Om. 16 d'épais- 

\presien. < seur (fer carbonate ?) 3 60 

| Glaise' 9 00_ 

Pyrite o 30 

Sable noir l 80 

Landenien ] Sable vert . 2 10 

supérieur. \ 

1 Sable noir avec veine de glaise. 3 00 

Sable mouvant noir 13 80 

! Glaise sableuse- 2 40 

Sable argileux marbré 4 50 

Glaise noirâtre 11 10 

Craie 21 00 

108 00 

L'eau jaillit à un Ira. 00 au-dessus du sol. 

bailleul. ( Forage pratiqué eu 1830 , par M. Flachat. ) 

Terre rapportée 1 33 

Sable argileux ocreux 3 50 

Glaise bleue assez pure 5 17 

Glaise jaunâtre moins pure que la précédente. . 6 66 

Glaise bleuâtre schisteuse se détachant par frag- 
ments 14 00 

Glaise jaune avec un lit de coquilles 16" 

Glaise bleuâtre dure et schisteuse 2 oo 

Glaise avec quelques lits de coquilles 6 33 

Glaise grisâtre légèrement sableuse se détachant » » 

Ypresien. ^ par fragments 26 00 

Banc de silex roulés » » 

Glaise gris jaunâtre légèrement calcarifère. . . 24 00 

Glaise gris jaunâtre l 00 

Glaise bleuâtre 5 34 

Glaise bleue grisâtre 1 33 

Glaise jaunâtre 33 

Glaise assez pure 7 67 

Landenien j Sablc ve , a 2 _ 00 

supérieur, f 

108 33 



(40) 
hazebrouck. ( Feculerie Ilouvenaghel. ) 

Glaise gris-blanchâtre mèlécdc gravier (alluvion). 2 00 

( Glaise bleue 31 00 

Y icn I Banc de silex roulés de Om 27 d'épaisseur dans la 
* ' S glaise. 

( Glaise bleue avec quelques pyrites 67 00 

Latidenieti | sable vert 4 00 

supérieur. \ 

104 00 



L'eau monte au niveau du sol. 

A la station de Cassel , on a creusé un puits de 92 mètres dans 
la glaise qui est recouverte par 3 mètres d'argile. 

Un forage pratiqué en 1836 , à Dunkerque , a aussi rencontre 
la même argile sous 36 mètres de sable de mer , et a été poussé 
jusqu'à la profondeur de 117 mètres sans rencontrer d'autres 
terrains. 

Quand nous parlerons des puits artésiens , nous dirons quel- 
ques mots des chances qu'il peut y avoir de trouver le sable aqui- 
fère inférieur à la glaise dans ces localités. 

§ III. Systèmes bruxeilien, tongrien et dieslien de M. Dumont. 

Nous croyons devoir comprendre dans un même paragraphe 
les trois systèmes supérieurs du terrain tertiaire, parce qu'ils ne se 
montrent que dans des points isolés et très-circonscrits du dépar- 
tement du Nord, et qu'il sera plus facile de les faire connaître en 
donnant tout d'abord la description des quelques localités où on 
les observe. 

Le système bruxeilien , qui correspond au calcaire grossier des 
environs de Paris , existe à Mons-en-Pévèle (arrondissement de 
Lille ) , à Cassel , au Mont des Chats , et au Mont-Noir (arrondis- 
sement d'Hazebrouck ). Les systèmes supérieurs ne sont représen- 
tés qVau sommet de ces trois derniers monticules. 



( 41 ) 

MONS-EN-PÉVELE. 

Le petit village de Mons-en-Pévèle est bâti sur le haut d'une 
colline formée par des sables très-fins qui reposent sur la glaise. 
Ce terrain n'occupe environ que 160 hectares sur 31 mètres au 
plus d'épaisseur. Le point culminant de la colline se trouve à la 
côte 107. 

En suivant le chemin de Tourmignies à Mons-en-Pévèle , on 
arrive au pied de la montagne qui est très-ravinée de ce côté. Le 
sable paraît en plusieurs points , et on y remarque de petites nutn- 
mulites qui sont quelquefois assez abondantes pour former une 
couche compacte. Arrivé à l'embranchement des deux chemins de 
Mons-en-Pévèle à Tourmignies et à Mérignies , on voit dans une 
tranchée la série suivante : 

Sable gris très-fin rubanné 3 m. 00 

Une veine de glaise grise de 1 à 2 cent. 

Sable gris verdàtre 3 00 

Sable avec Jits fossilifères renfermant une 
grande quantité de nummulites et de 

dentalium 1 00 

Sable verdàtre rubanné 1 00 

Argile sableuse gris-jaunàtre 1 00 



9 00 



Ces sables fossilifères se continuent jusqu'au sommet du mont 
avec les mêmes caractères. Us sont glauconifères, micacés et très- 
fins, plus fins encore que les sables landeniens de l'Empenpont 
et d'Ennelières. Cette constance de caractères sur une puissance 
d'une trentaine de mètres doit être remarquée ainsi cpie la pré- 
sence des nummulites (nummulites jilamilata) qui dominent 
presqu'exclusivement. 

Les sables alternent avec des veines ou des couches d'une ar- 



(*) 
gile gris-jaunàtre un peu sableuse à pâte très fine et micacée , où 
l'on voit aussi des empreintes de fossiles univales [turritelks ?) et 
bivalves , difficiles à reconnaître. Cette argile se voit très-bien 
dans l'ancienne carrière du Pas-Roland , derrière la ferme de 
M. Vallois , d'où l'on jouit d'une vue superbe sur les environs de 
Moncheaux et de Faumont. On la rencontre aussi dans une tran- 
chée au sud-ouest du village et dans le chemin de grande com- 
munication en descendant à Deux-Villes. Sur le haut du mont , le 
long de cette dernière chaussée , le sable très-lin , connu dans 
le pays sous le nom de terre douce , est à Heur du sol et recouvert 
en quelques points par une espèce de glaise brune de même nature 
que les couches argileuses qu'on observe au milieu du sable à un 
niveau inférieur. Les nummulites sont là tellement abondantes 
qu'elles constituent un véritable banc de pierre calcaire qui dur- 
cit à l'air et qu'on emploie pour daller les trottoirs ou paver les 
cours des fermes ; on en a même extrait pour empierrer le che- 
min de Faumont à Thumerics. Ces pierres coûtent 2 fr. le mètre 
cube , tandis que le gravier revient à 8 fr. au canal. Mais il faut 
les laisser sécher avant de s'en servir , sans quoi elles se réduisent 
facilement en poussière. Elles ont plus de dureté quand elles sont 
recouvertes par la couche argileuse dont nous venons de parler , 
sans doute parce qu'elles sont plus sèches. — On pourrait aussi 
les calciner et en faire de la chaux qu'on répandrait sur les terres 
fortes. — Les agriculteurs de Mons-en-Pévèle font une assez 
grande consommation de chaux qu'ils font venir de loin , tandis 
qu'ils pourraient la produire à heaucoup moins de frais sur les 
lieux. Ils auraient en même temps l'avantage de fournir au sol une 
certaine dose de silice soluble provenant de la réaction du calcaire 
sur le sable avec lequel il se trouve intimement mélangé. 

CASSEL. 

La' montagne de Cassel a depuis longtemps attiré l'attention 
des géologistes et des amateurs de paléontologie. Isolée au milieu 
d'une vaste plaine, et sillonnée de nombreux ravins, elle interesse 



( 43 ) 
en effet autant par sa situation pittoresque que par les matériaux 
nombreux que le naturaliste peut y puiser. — Elle comprend la 
commune de Cassel et une partie de celles d'Hardifort , Zerme- 
zeele , Bavinckove , Oxelaere , et présente une surface de 750 à 
800 hectares. 

Quant on gravit cette montagne et qu'on voit tous les circuits 
des routes qui conduisent au sommet , on est porté à s'exagérer 
les inclinaisons naturelles du terrain. Cependant des mesures assez 
précises prises en différents points m'ont prouvé que sur le versant 
sud, les plus grandes pentes ne dépassent pas 15 degrés sur le plan 
horizontal, mais qu'elles peuvent atteindre 45 degrés sur le versant 
nord. 

Le sommet du mont est à 157 mètres au-dessus du niveau de 
la mer , et la glaise ypresienne qui en forme la base s'élevant jus- 
qu'à la côte 76 , il s'ensuit que la puissance des terrains posté- 
rieurs à cette formation est, à Cassel , de 81 mètres. Les systèmes 
bruxellien, tongrien etdiestien de M. Dumont y sont représentés. 

En procédant de bas en haut, ou trouve d'abord des sables 
verdàtres ou jaunes-verdàtres plus |ou moins argileux traversés 
par des veines de glaise et renfermant des bancs de grès que 
M. Dumont a définis par l'épithSte de lustrés , pour les distinguer 
d'autres grès qui existent à un niveau supérieur. Viennent en- 
suite des sables glauconifères avec grès, criblés de coquilles; puis 
des sables blancs un peu jaunâtres , très-purs , légèrement glau- 
conifères et avec concrétions ferrugineuses ; puis des sables gris à 
grains fins avec grès calcaires fossilifères d'un aspect terne et mat. 
Cet étage correspond au système bruxellien ou au calcaire gros- 
sier de Paris et a une épaisseur que j'évalue à 48 mètres. Il est 
recouvert par la formation tongrienne qui a 16 mètres environ de 
puissance et qui est représentée par du sable noir , de l'argile sa- 
bleuse glauconifère et micacée , et de la glaise grise. 

Enfin la montagne est couronnée par des sables bruns rougeà- 
tres à gros grains avec grès ferrugineux qui caractérisent le sys- 
tème diestien. 



( 44) 

On rencontre très-fréquemment à la surface un dépôt plus ou 
moins puissant de sable mélangé d'argile, de glaise , de cailloux 
roules et de fragments de grès ferrugineux qui souvent cache les 
terrains sablonneux du sous-sol, et provient de la destruction des 
couches supérieures opérée par les eaux de l'époque diluvienne. 
Ce dépôt acquiert quelquefois jusqu'à 12 mètres d'épaisseur. 

Les divers éléments de la formation sableuse de Casse! , étu- 
diés dans leurs détails , possèdent des caractères minéralogiques 
et paléontologiques qui se reconnaissent sur tous les points de la 
montagne ; seulement, les couches sont souvent rejetées par des 
(ailles qui ne permettent pas toujours de les suivre sur le même 
horizon. 

Nous exposerons successivement les faits géologiques que nous 
avons recueillis en parcourant les différentes voies qui serpentent 
de la base au sommet du mont. 

Sommet de Cassel. — 11 n'existe pas de plateau horizontal au 
sommet de Cassel. Dans l'intérieur de la ville , les pentes sont, il 
est vrai, peu sensibles et très-faibles relativement à celles qui af- 
fectent les flancs de la colline ; mais le sol est partout accidenté , 
et sur la place même il y a des différences de niveau de plusieurs 
mètres. Encore y a-t il en beaucoup d'endroits de la terre rap- 
portée dont l'effet a été de niveler le sol. — Quoiqu'il en soit, il 
existe bien peu de points où les sables rougeàtres diestiens soient 
à découvert. Je ne les ai vus en place que près de la bifurcation 
des deux roules de Watten et de St. -Orner , et en montant sur la 
butte du château. 

Chez M. Cortyl , brasseur , on a fait une cave dans une argile 
sableuse rougeâtre avec fragments de grès ferrugineux qui n'est 
autre que. le système diestieu remanie. — Un puits creusé près du 
moulin-à-vent sur le plateau le plus élevé a traversé 3 mètres de 
terre rapportée et 14 mètres de sables rougeàtres avec grès de 
même couleur. — Dans une maison voisine de l'Eglise, un puits 
de 8 mètres a rencontré les mêmes sables, puis de la glaise. A 



(45) 
proximité de l'Hôtel du Sauvage, il y a beaucoup de terre rap 
portée. 

Les puits domestiques de Cassel prennent l'eau dans le sable 
■ diestien. Celui-ci repose sur un banc de glaise imperméable qu'on 
trouve généralement dans toute la ville , à une profondeur de 5 à 
7 mètres. 

Route de Bergues. — A 50 mètres de la porte de Dunkerque , 
et à droite de la route , un sentier descend rapidement près d'une 
petite ferme en face de laquelle on remarque un sable gris fin avec 
grès calcareux-coquillers où la profusion des nummulitesvariolaria 
est des plus remarquables. 

Plus loin, en descendant et à gauche delà route , le sable gris 
est recouvert par 3 à 4 mètres de glaise grise pure qu'on retrouve 
à peu près au même niveau sur d'autres points , et qui paraît se 
rapporter à quelque partie du système tongrien de M. Dumont. 
( fig. 6. ) Du même côté de la route , au point où celle ci fait un 
coude prononcé, une carrière appartenant à M. Deberne de Caes- 
tre , est ouverte dans un massif sableux où l'on distingue un sa- 
ble blanc un peu glauconifère ( 3 mètres ) parsemé de grains jau- 
nes qui lui communiquent une nuance tout-à-fait caractéristique. 
Ce sable est inférieur à un sable gris fin ( 6 mètres ) dans lequel 
on remarque de gros grains de quartz hyalin , et qui en certains 
points est chargé de nummulites. On voit vers le haut de la car- 
rière , sous 3 à 4 mètres d'argile rougeâtre mêlée de cailloux, 
une veine de sable noir qui indique la base du système tongrien. 

Le sable blanc est veiné de sable ferrugineux. Dans certaines 
parties de la carrière , il y a à la partie inférieure de ce sable des 
grès coquillers où les vernis , les cardium et les turritelles abon- 
dent. On trouve aussi plusieurs ostrea, [l'ostrea flabellula en- 
tr'autres ) , des natica , des pecten, des dents de squale , etc. Il y 
avait au fond de la carrière 7 à 8 mètres au plus de sable blanc , 
puis 2 mètres de grès coquiller qui recouvraient un sable noi- 
râtre. 



(46 ) 

On rencontre dans le sable gris , mais assez rarement toutefois , 
des rognons complètement siliceux d'un gris clair dont la surface 
est couverte de silice pulvérulente résultant de leur désaggréga- 
tion. Ces rognons renferment ordinairement des fossiles [nu mm utiles 
lœvigata, cardium , etc. ). Ils affectent toute espèce de formes et 
sont de même époque que le dépôt sableux au milieu duquel ils 
se trouvent. Leur origine est due à des infiltrations d'eaux char- 
gées de silice en dissolution. 

Plus bas que la carrière Deberne, en face du cabaret du Vert- 
Wallon et près du chemin d'Oudezeele , on peut voir dans une 
petite excavation creusée au pied de la montagne, du sable verdà- 
tre veiné d'argile et renfermant des lentilles ou des rognons de 
grès lustrés gris-blanchàtres. 

Le même sable verdàtre , avec veines plus blanches passant au 
grès , affleure près du moulin de Standart , à la côte 86. Les grès 
sont en ce point traversés par une quantité de mollusques perfo- 
rants. (Teredo navalis ?. } 

Route de Watten. — Il existait dans le coude brusque formé par 
la route de Watten , à 400 mètres environ du point où elle s'em- 
branche avec le Chemin des Pierres , une carrière exploitée par un 
sieur Binaut , dont la figure 7 représente la coupe verticale du 
S. S.-O. au N. N.-E. Cette carrière est aujourd'hui remblayée. 
— Les couches penchaient un peu au N.-E. et étaient coupées par 
deux failles [ff] orientées suivant leur direction , c'est-à-dire de 
l'O. N.-O. à l'E. S.-E. On y voyait le sable blanc ( b ) et le sable 
gris ( l) au milieu duquel un lit coquiller (c) était disposé parallè- 
lement aux plans de stratification. Parmi les fossiles on remarquait 
surtout des cardium , des crassatelles , diverses ostrea, enlr'autres 
Vostrea virgata, des nummulites varia laria , des corbula , des 
dents de requin. Au-dessus du sable gris reposait le sable noir (a) 
et l'argile grise glauconifère du système tongrien (t) qui présen- 
taient ensemble une épaisseur de 6 mètres. Il y avait à gauche de 
la faille (/"), un sable gris très lin avec quelques parties noires bilu- 



(47) 
mineuses et de petits fragments de lignite. Ce sable existe aussi 
au Mont des Récoltats , et se trouve en haut de l'échelle du sys- 
tème bruxellien. Enfin, le tout était recouvert par une faible épais- 
seur de terrain à cailloux (d). 

En suivant toujours la route de Watteo, on arrive au chemin 
d'Arnecke , près duquel affleurent à la fois la glaise ypresienne et 
le sable verdàtre inférieur de la formation de Cassel. 

Route de St. -Orner. — C'est près de la route de St. -Orner que 
sont ouvertes à mi-côte les grandes sablières exploitées par 
MM. Moisson et compagnie pour le chemin de fer du Nord. Elles 
n'ont pas moins de 20 mètres de profondeur. Les couches de sable 
ont été entaillées à peu près parallèlement à leur direction (fig. 8). 
On y voit de nombreuses failles dont les plans sont parallèles à 
l'inclinaison générale des strates. Ces failles sont à peu près nor- 
males à celles remarquées dans la carrière Binaut , et sont appro- 
ximativement dirigées N. 30° E. à S. 30° O. II y a donc à Cassel 
deux systèmes de failles sensiblement perpendiculaires l'une à 
l'autre , et qui affectent les deux formations bruxellienne et ton- 
grienne. Ces deux directions semblent être indiquées aussi dans 
la chaîne qui comprend le Mont des Chats et Boeschepe. 

Le sable blanc ( 6 ) et le sable gris fossilifère ( /) qui lui est su- 
perposé sont très-bien à découvert dans les carrières Moisson , 
ainsi que le sable noir et l'argile du système tongrien dont la 
puissance est de 8 m. en certains points. 

La figure 8 montre aussi une espèce de poche remplie par le 
terrain à cailloux qui repose en stratification discordante sur les 
couches tertiaires. 

Les sablières dont il s'agit ont été ouvertes en mars 1847, et 
sont maintenant abandonnées. J'ai pris la coupe suivante sur 
une de leurs parois : 



longnen. 



(48) 

Glaise sableuse ou sable fin glaiseux glau 

Système j con jf ere J 

Sable noir argileux 50 

Sable gris sans coquilles 3 00 

Sable coquiller 60 

Banc solide de coquilles 60 

Sable coquiller 4 00 

Sable blanc. 



9 70 



Les fossiles appartiennent aux genres nummulite (lœvigata), 
ottrea [flabellula), cytherée, cardium, terebratule, crassatelle, fusus, 
venericarde , lutine, etc. 

Le sable blanc n'avait en ce point, dit-on, que 2 m. 50 
d'épaisseur, et reposait sur le banc de grès à turritelles et à 
venus. 

Ce massif de sable est traversé en tous sens par des veinules 
ferrugineuses qui affectent souvent la forme tubulaire , et qui se 
réduisent en poussière entre les doigts. Ces veinules proviennent 
d'infiltrations postérieures au dépôt du sable. La concentration 
du liquide ferrugineux par l'évaporation , a pour effet de conden- 
ser peu à peu les molécules d'oxide de fer dont le rapprochement 
doit s'opérer de l'intérieur à l'extérieur ; c'est ce qui explique la 
forme particulière qu'affectent ces sortes de concrétions. 

A un niveau plus bas que les carrières Moisson et sur le che- 
min de Zuytpeene , à peu de distance du grand circuit que fait la 
route de St. -Orner , une petite carrière appartenant à M. Serlyes 
de Cassel est ouverte dans le sable verdàtre inférieur. Ce même 
sable affleure dans le sentier qui monte de la statioû du chemin 
de fer à Cassel . 

Route de Lille. — Deux carrières importantes sont situées de 
part et d'autre de la route de Lille en sortant de Cassel. Ce sont 
les carrières Planque et Schwenberg. La première est située sur le 



(49 ) 
versant S.-E. du mont, près du petit chemin qui conduit directe- 
ment deCassel à Ste.-Marie-Cappel. La figure 9 représente une 
de ses parois orientée du S.-E. au N.-O. — On y aperçoit plu- 
sieurs failles dirigées vers le Mont des Récollets , dont les plans 
sont parallèles à l'inclinaison générale des couches et qui appar- 
tiennent par suite au deuxième des systèmes que nous avons re- 
connus. On voit encore dans cette carrière le sable blanc ou jaune 
pâle ( b ) avec concrétions ferrugineuses , exactement semblable à 
celui de la carrière Deberne contiguë à la route de Bergues, sur 
le versant opposé de la montagne. Ce sable blanc est recouvert 
par le sable gris ferrugineux et fossilifère ( l ) avec grès calcaires 
pétris de fossiles. Le système tongrien est représenté aussi par les 
mêmes roches que celles des carrières précédentes. Enfin , les dé- 
pressions du sable sont comblées par une épaisseur variable d'ar- 
gile sableuse et glaiseuse avec galets. 

La carrière Schwenberg touche à la route de Lille. — Elle est 
comprise dans l'espèce d'arc de cercle que décrit cette route entre 
Cassel et le Mont des Récollets. Cetie carrière se trouve à un ni 
veau un peu plus élevé que toutes celles que nous venons de pas 
ser en revue. Aussi n'y voit-on plus de sable blanc , mais seule 
ment du sable gris avec des bancs ou des amas de grès calcaires 
coquillers ( fig. 10). On trouve parmi les fossiles des cythérées , 
des lutines, des corbula ?, des turr /telles , des nummulites [lœvi- 
gala, variolaria) , des ostrea (flabelhila, de), des spatangus 
( Halloiji ) , de gros nautilus ( zigzag ) , le cerithium gigan- 
teum , etc. 

On distingue dans cette carrière six bancs de grès de m 50 d'é 
paisseur séparés par des couches sableuses dont la puissance est 
d'environ l m 30. — En donnant à ces bancs des numéros d'ordre 
à partir du plus élevé , on remarque que le nautilus zigzag se 
trouve surtout entre les numéros 2 et 4 , le cerithium giganteum 
dans le numéro 4 , les nummulites lœvigala dans le numéro 5 , les 
spatangus entre 4 et 5. Au-dessous de cette formation dont l'é- 
paisseur est , comme on voit, de 9 à 10 mètres , on trouve 3 mè- 

i 



(50) 

très de sable blanc, puis des grès eoquillers et des sables fossili- 
fères noirâtres. Un puits, creusé au fond delà carrière n'a rencon- 
tré l'eau qu'à 102 pieds de profondeur. Ce niveau est déterminé 
par les premières couches de glaise qui existent à la base de 
Casscl. 

A la partie supérieure de la carrière Scbwcnberg, on voit m 70 
de sable noir argileux avec, débris de coquilles , puis 4 mètres d'ar- 
gile sableuse glauconifère gris-jaunâtre dans laquelle j'ai remar- 
qué des empreintes de cardium , de turritelle , de pecten ( système 
tiingjjenj. Une masse assez considérable de glaise grise compacte, 
sableuse à la partie inférieure ( g ) , semble reposer en stratifica- 
tion discordante dans une cavité creusée au milieu des terrains 
sous-jacents. 

Les couches de la carrière Schwenberg plongent sensiblement 
vers le N. et sont coupées par une faille ( f ) qui paraît se rappor- 
ter au deuxième système. 

Il existe près de cette carrière , du côté opposé à la grande 
route , un petit chemin creux dans lequel on remarque un sable 
d'un vert noirâtre plus ou moins argileux, traversé par des bancs 
de grès eoquillers. Cet étage a environ 10 mètres d'épaisseur. Les 
turritelles y abondent à la partie supérieure ; elles sont jaunâtres 
et se détachent sur un foud blanc pointillé de grains verts. On y 
voit aussi de nombreuses ostrea flabellula. — Plus bas on rencon- 
tre eu outre beaucoup de cardium , de natica , etc. Le sable ar- 
gileux verdâtre renferme aussi des noyaux de calcaire blanc pul- 
vérulent. Au-dessous de cet étage on observe en descendant , les 

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sables verts sans fossiles qui ceignent le pied du Mont-Cassel. I 

n'est pas douteux que les grès fossilifères de la carrière Debcrne , 
et ceux qui existent au fond des sablières Moisson, ne soient les 
mêmes que ceux de la partie supérieure du petit chemin creux 
dont il vient d'être question. Mais on ne remarque pas ici le sable 
blanc des carrières Binaut , Moisson , Planque et Deberne , qui 
toutefois existe sous la carrière Schwenberg , comme nous l'a- 
vons dit. 



(51 ) 

Nous avons encore une observation assez importante à faire 
avant de passer à la description du Mont des Récoilels. Près de 
l'hôtel de la Gendarmerie , affleure une glaise compacte qui est 
sans doute la même que celle de la route de Bergues et de la 
carrière Schwenberg , et qui règle la hauteur des eaux des sables 
diestiens dont on se sert à Cassel. Plusieurs sources , en effet , 
s'échappent des flancs de la montagne au-dessus du bauc de 
glaise , et on en voit une entr'autres près de saules plantés au- 
dessous de l'ancienne église. — Or , à la Gendarmerie, il a fallu 
foncer un puits de 10 mètres pour traverser cette terre glaise et 
trouver l'eau qui s'est élevée jusqu'à 1 ou 2 mètres du sol. L'ar- 
gile glauconifére tongrienne inférieure à la glaise étant d'une com- 
pacité qui la rend imperméable , les sources qu'a rencontrées le 
puits de la Gendarmerie tendraient à faire présumer qu'il existe en 
certains points des sables tongriens intercalés entre cette argile 
glauconifére et la glaise. 

Môm'des Récollets. — Le Mont des Récollets est situé à 1 kilo - 

« «m -, 

métré à l'est de Cassel , entre les routes de Lille et de Steen- 
woorde. Les sables verdàtres inférieurs affleurent au pied de ce 
mont où sont ouvertes plusieurs carrières. En venant de St.-Syl- 
vestre-Cappel , on rencontre à droite de la route , contre un petit 
bois et à 400 nL es environ de la limite des deux territoires de 
Cassel et deSle-Marie, une première carrière d'où l'on tire un sable 
jaune-verdàtre à grains fins. Cettecouche de sable a 20 pieds d'é- 
paisseur, au dire du propriétaire , et repose sur un banc de glaise 
de 4 p. environ qui recouvre une seconde couche de sable. Si l'on 
pénètre de 10 p. dans cette seconde couche , on trouve des sources 
qui annoncent la glaise ypresienne proprement dite. 

En poursuivant un peu plus loin, la route traverse un petit 
bas-fond dans le prolongement de celui qui sépare Cassel de Ste 
Marie , et qui est glaiseux dans toute son étendue , puis on arrive 
à une deuxième sablière qui est pour ainsi dire au même niveau 
que la précédente , et où l'on exploite un sable gris-verdâtre au 



( 52) 
dessous d'une veine de glaise deO m 50à l m d'é|)aisseur. A cin- 
quante pas de cette carrière , vers le Mont des Récollets on re- 
marque un sable fin gris-verdàtre avec lits d'argilile blanche hap- 
pant à la langue, et un sable plus gros d'un gris-verdâtre assez clair 
et veiné de sable jaune agglutiné qui rappelle exactement celui du 
moulin de Standard et du cabaret du Vert-Wallon. On retrouve 
encore le même sable à 100 mètres plus loin dans une ancienne 
tranchée , où il est recouvert par un sable argileux verdâtre tout- 
à-fait semblable à celui qu'on rencontre en suivant le sentier qui 
monte de la station du chemin de fer à Càssel. Ces sables se re- 
présentent avec les mêmes nuances caractéristiques le long de la 
route de Steenwoordc jusqu'à la sablière Libart, sise au pied 
N.-E. du Mont des Ilécollets. Toute la côte boisée qui s'étend de- 
puis cette route jusqu'au moulin de Standard appartient au même 
étage. 

Le chemin qui conduit au sommet du Mont des Récollets traverse 
en tranchée la série des couchxsxoiiiiiliiirxs de la formation br ux eU ; 
bgme^déjà observée en montant à la carrière Schwenberg. On voïï 
d'abord des sables g ns-vecdàt^ s assez fins avec, gr is re nfermant 
une quantité de fossiles (cythérée, ostrea, naticaou ampullaria spi- 
rata, cardium, turritelles ) ; puis on arrive à une grande carrière 
ouverte dans les mêmes couches que celles de la carrière Schwen- 
berg au niveau de laquelle elle se trouve. Ce sommes mêmes sa- 
bles calcaires avec grès coquillers , dans lesquels on remarque le 
l'erithium giganteum, des nummulites variolaria, des ostrea (ca- 
riew) , des corhula, etc. La couche à tum'iellcs se trouve un peu 
plus bas, comme dans le petit chemin creux voisin de la carrière 
Schwenberg ; mais je n'ai pas retrouvé ici, pas plus que dans le 
voisinage de la dite carrière , le sable blanc si remasquable des sa- 
blières Planque et Deberne. Cependant il paraît qu'on l'a trouvé 
au fond de la carrière des Récollets. 

A la partie supérieure de cette carrière, le système tongrien 
repose sur le calcaire grossier et comprend les mêmes roches 
que celles que nous avons précédemment décrites. Enfin , on 



( 53 ) ; 

trouve au sommet du mont le sable jaune diestien avec grès ferru 
gineux dont l'épaisseur doit être un peu moins considérable qu'à 
Cassel à cause de la différence de hauteur des deux collines. 

Mont du Tom. — Le Mont du Tom , entre Noordpeene et We 
maers-Cappel , est couronné à son sommet par les sables verdàtres 
de la base de Cassel qui sont recouverts par une faible épaisseur 
de silex et de grés ferrugineux empâtés dans un mélange de glaise 
et de sable. Ces sables verdàtres reposent d'ailleurs sur la glaise 
qui affleure sur la pente jusqu'au-delà du chemin de fer de Dun- 
kerque. 

Pour nous résumer, nous donnons ci-après , sous forme de ta 
bleau , la série des terrains compris dans la montagne de Cassel , 
dont les termes placés sur autant d'horizons bien définis peuvent 
guider dans les recherches géologiques qui pourront être entre- 
prises ultérieurement. 























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(55) 

Les grès coquillers de Cassel ne sont employés que pour paver 
les" étables et les cours des fermes. On pourrait faire aussi un 
très-utile emploi des sables calcaires qui les accompagnent en 
répandant ceux-ci sur les terres argileuses dans lesquelles on 
ferait entrer ainsi les deux éléments principaux qui leur manquent : 
le sable et le calcaire. Nous n'insisterons pas sur cette applica- 
tion agricole qui ressort de tout ce que nous avons dit dans les 
chapitres précédents. 

Je n'ai pas remarqué à la base du mont Cassel les sables gris très 
lins avec nummuîites planulata de Mons-en-Pevèle. Il existe cepen 
dantquclques localités de la Belgique (Renaix, Mont de la Trinité) 
où les mêmes sables sont inférieurs au calcaire grossier Bruxellien. 
Toutefois je dois dire que j'ai vu en un seul point des sables lins 
qui paraissent avoir la plus grande analogie de couleur et de 
finesse avec ceux de Mons-en-Pevèle. Ce point est situé dans un 
fond au N.-E. du Mont des. Récollets sur un petit chemin qui 
conduit à Winnezeele par le bois du Temple. 

MONT DES CHATS. 

Éloigné des grandes routes et des centres de population, le 
iMont des Chats (Cassbcrg) a été beaucoup moins fouillé que le 
Mont-Cassel ; aussi n'est-il pas aussi bien connu. La chaine du 
Mont des Chats dont le point culminant est à la cote 158, com- 
prend le moulin de Boeschepe (cote 137), le mont Kollcereele, et se 
prolonge vers la frontière jusqu'au moulin de Westen en traversant 
les communes de Metercn, Godewaersvelde , Berthen et Boes- 
chepe. Sa surface est d'environ 700 hectares. 

Si l'on se rend de Flètre au Cassberg , on commence à s'élever 
à 2 kilomètres de ce village sur le terrain à cailloux et on arrive 
au pied de la colline où est ouverte une carrière dans le sable 
verdatre inférieur de la formation Bruxcllienne, lequel est tra- 
versé par des veines de glaise sur lesquelles on voit nettement se 
dessiner de petites failles (lig. H). La coupe de cette carrière est 
la suivante : 



4*i 



(56) 

Fragments de grès ferrugineux plus ou 
moins volumineux empalés dansl'ar 

Terrain j gj] c { 30 

Houx \ Vaines de sables jaunes, gris, rougeà- 

tres mélangés 40 

Sable jaunâtre 80 

Sable argileux jaune-verdàtrc 1 .00 

\ Deux veines de glaise séparées par une 

Système ] • j 1 i l <\ rti 

J ... / veine de sable 50 



i ;n 



bruxellicn. 



* 

v 



Sable verdàtre à grains moyens, mi- 
cacé 3 50 



>0 



On jteut observer le sable verdàtre le long des chemins d'Eecke, 
de Bailleul , de Godewaersvelde, au Spotterkus, au bas du Mont 
Kollœreele sur le chemin qui conduit au Mont noir et en beaucoup 
d'autres points tout autour du Mont des Chats, ainsi qu'à la base 
des collines qui s'y rattachent. Mais il n'existe pas de trace des 
sables coquillers de Cassel. En revanche, les systèmes 

Tongrien et Dii slicn y sont bien développés. Dans la partie la 
plus élevée du Mont qui est très-ondulée et couverte de bruyères, 
on voit très-bien le gros sable Diestien en place avec veines de 
grès ferrugineux. 

Le couvent de la Trappe est compris dans ce terrain où les 
religieux ont creusé un chemin qui gagne le sommet de la mon- 
tagne. 

Sur le versant nord de la colline, au dessous du monastère, on 
voit dans la tranchée du chemin de Boeschepe, des sables jaunes- 
la uns à grains fins avec grès fossilifères de même couleur, super- 
poses à des sables jaunes ou gris pâle très-lins, veinés de rouge, 
que l'on rencontre aussi au Mont noir et qui étant compris entre les 
sables bruxellicn et diestien, doivent être rapportés à quelque cta^e 
de la formation Tongrienne. Le même fait s'observe sur le chemin 
de Godcwaersveide au-delà du moulin à veut. 



(57) 

En suivant le chemin du Mont des Chats à Boeschepe, on des- 
cend d'abord dans un bas-fond où affleurent les sables verts infé- 
rieurs du système bruxellien , puis on remonte sur une nouvelle 
'eminence cpii fait suite au Cassberg et au sommet de laquelle se 
trouvé le moulin de Boeschepe. Cette eminence est couronnée par : * **""'. 
de gros sables diestiens , veinés de grès ferrugineux (3 m .) au- 
dessous desquels s'étend une couche de silex roulés de 1 à 2 m 
d'épaisseur. Ces silex sont exploités pour la construction du che- 
min vicinal de Bailleul à l'Abeele, en même temps que les grès 
qu'on passe à la claie pour les séparer du sable. 

Si l'on va rejoindre cette nouvelle voie de communication à un 
demi kilomètre au midi de Boeschepe, on observe dans un petit 
chemin creux dirigé à l'est les sables jaunes fins tongr iens très- ; Mwi 
bien caractérisés sous le système diestien; puis on arrive à la route, 
où une tranchée de 6 mètres de profondeur a fait découvrir au 
jnJhJui^dÊs sabjes verts_^upéjiejtrs«à. la^gjaise ,_une petite couche, 
^fos silif ère consistant en une pâte argilo-sableuse blanche, dans 
laquelle on distingue des grains noirs de silicate de fer et de 
petites lentilles vert-pàle de glauconie altérée. Les fossiles qui 
sont tous à l'état de moules appartiennent aux genres turritelle "f 
(turritellaimbricataria), cardium(porulosum), ostrea, cypricardia, ■ 
cythéree, voluta, mytilus, etc. On y a trouvé aussi le moule inté- 
rieur d'une grosse coquille univalvc qui n'a pas moins de 1 décimè- 
re de hauteur et dont la forme se rapproche de celle du strombus, 
mais qui , d'après l'opinion de paléontologistes anglais, serait de 
l'espèce cyprœa coombii ou ovula tuberculosa (Deshayes) (1 ). 

MONT NOIR 

Le Mont noir n'est séparé de la côte de Boeschepe que par 
un kilomètre de terrains glaiseux ou le sous-sol est seulement 



Afid^i 



(i) Il paraît que des terrains analogues existent au mont Panisel près de Mous, 
et qu'ils sont assez développés pour que M. Dumonl ait cru devoir en faire un 
système particulier auquel il a donné le nota (Je paniselien lequel est çlassi' cptrr 
les systèmes ypresien et bruxellien. 



(58 ) 

recouvert en quelques points par de l'argile sableuse mêlée de 
cailloux. 
Les sables fossilifères de Cassel ou le calcaire grossier bruxel- * 
, lien n'existent pas plus au Mont noir qu'au M ont dcs_ Chats . Icile 

»*h*0i*- système bruxcllien n'est représenté comme au Cassberg que par 
les sabl es verdures q ui succèdent immédiatement a la glaise. Ces 
sables sont visibles au bas du mont sur les chemins de Boeschepe 
et de S 1 Jans Cappel, et dans la tranchée du chemin qui conduit 
à Baillcul. À l'extrémité de ce dernier on voit sur le système 
Bruxcllien des sables fins quartzeux , gris , jaune pale, rouges 
(tongriens) au milieu desquels une carrière était ouverte il y a 
* quelques années. Ces sables dont l'épaisseur est de 6 m . renferment 

ffflkf beaucoup^ de fossiles à l'état ferrugineux (cardium, dentalium, 
ampullaria, turritelles, cypricardià, cytherée, etc.) et sont tra- 
versés par de petites veines de glaise grise quelquefois imprégnée 
d'oxide de fer et tachant le papier comme la sanguine. Viennent 
ensuite d'autres sables d'un jaune-brun un peu argileux dont la . 
puissance est de 8 à 10 mètres et qui sont traversés par plusieurs 
# lits minces de grès ferrugineux disposés en bandes horizontales. 

1 Ces sables sont parfaitement à découvert dans la dernière tranchée 

que l'on rencontre avant d'arriver au sommet de la montagne et 
terminent l'étage tongrien. Ils supportent le système diestien qui 
n'a que 6 m environ d'épaisseur et qui consiste en un sable brun- 
rougeàtre à gros grains traversé par des veines irréguliéres de 
grès ferrugineux. On remarque de nombreux cailloux roulés de 
silex h la base de ce système qui n'existe qu'à la partie tout à fait 
supérieure de la montagne; car pourpeu qu'on descende, on rentre 
aussitôt dans les sables jaunes dont on voit dos affleurements dans 
les chemins de Boeschepe et de Berthcn. Ces deux chemins se 
réunissent au Mont noir qu'ils traversent de l'ouest à l'est dans 
toute sa longueur et séparent les communes de Boeschepe et de 
S l -Jans-Cappel sur lesquelles s'étend la colline dont la surface 
n'est que de 230 hectares environ. Le système tongrien affleure 
encore près de la frontière belge dans le chemin de Baillcul à 



(59) 

Ypres où l'on voit du sable jaune pâle très-fin inférieur à une 
couchede sable argileux jaunâtre à la base de laquelle on remarque 
une croûte ferrugineuse coquillère. 

Le sommet du Mont noir qui est couvert de bois, est àla cote 13t. 
Ses flancs sont très-ondulés, très-ravinés. Ses pentes assez rapides 
atteignent quelquefois 45 degrés sur le versant sud, tandis que 
la côte du Cassberg, vue du Mont noir, n'est pas inclinée de plus 
de 10° à l'horizon. Ou embrasse du haut du Mont noir, près du 
moulin à vent, un panorama très-étendu qui comprend le Mont 
des Chats, Poperinghe, Ypres, Bailleul, Armentières, etc. 



v60 ) 

CHAPITRE IV. 

Formation quaternaire. 

Système diluvien ; alluvions anciennes. 



La formation quaternaire se distingue des terrains décrits pré- 
cédemment, en ce qu'elle n'est pas, comme ces derniers, composée 
de couches régulières et horizontales. Elle recouvre au contraire 
les roches antérieures comme un rideau plus ou moins épais qui 
s'est pour ainsi dire moulé dans toutes les indexions du sol 
préexistant. Ce système se trouve donc en discordance de stratifi- 
cation bien tranchée avec les terrains sous-jacents , dont on peut 
encore apercevoir à l'extérieur les ondulations les plus prononcées, 
à cause de la faible épaisseur des alluvions qui les recouvrent. La 
physionomie du sous-sol est en effet pour ainsi dire indépendante 
du limon superficiel , et c'est pour cette raison qu'en s'aidant de 
quelques observations faites en divers points , on peut en quelque 
sorte deviner la nature du terrain en d'autres points que des cir- 
constances locales ne permettent pas d'explorer directement. 

Ainsi les caractères généraux de la formation quaternaire sont 
de recouvrir indistinctement toutes les couches plus anciennes , 
d'embrasser par suite de larges étendues de territoire, et d'exister 
à tous les niveaux depuis les sommets les plus élevés jusqu'aux 
plaines qui bordent les vallées modernes , avec une épaisseur va 
riable, mais ordinairement très faible, relativement à la puissance 
des roches crétacées et tertiaires auxquelles elle est superposée. 

Cette formation est d'une haute importance au point de vue 
agricole, en ce que d'abord elle comprend plus de la moitié du sol 
de la Flandre, et aussi parce qu'en vertu de ses variations de 



( 61) 
composition et d'épaisseur elle influe puissamment sur la qualité 
des terres cultivables. 

Il est rare que son épaisseur soit s upérieure jx-A-on-5-mèXn^ . 

m ais elle s'élèv e quelqucjois jusqu'à KL _12ejJ5 mètres {Thume- 

rjes, Tcmpleuvc , Wasguchal , Bondues , Mouvmu x , Tourcoing T 
W ambrechies ^CasselJ^. 

Les roches qui constituent le terrain quaternaire sont des cail- 
loux roulés, des sables et des argiles plus ou moins sableuses. 

Je n'ai point encore entendu dire qu'on ait trouvé dans nos 
environs, au milieu de ce terrain, des ossements d'éléphants ou de 
ces grands mammifères dont les débris sont mêlés aux cailloux et 
aux blocs erratiques dans d'autres parties de la France et de l'Eu- f 
rope. Lej^oqu ilies iossi les_gjnlrenferine ^sonj_tgrrestres eLtrès- tP/^ 
rares. Je n'ai recueilli que d mx hélices , l'une au nord d'Haze- 
brouck , sur la route de Saint-Sylvestre-Cappel , l'autre au pied 
sud-ouest du Mont des Bécollets. Le terrain quaternaire peut donc 
être considéré comme une formation d'eau douce due au dernier 
cataclysme dont l'effet a été d'amener de grandes inondations dans 
diverses parties du continent (1). 

Les eaux qui ont fait irruption à cette époque se sont élevées 
jusqu'à une certaine hauteur au-dessus du niveau actuel de la mer 
et ont couvert des espaces plus ou moins considérables suivant le 
niveau primitif des contrées où elles se répandaient. C'est ainsi 
que notre Flandre a été totalement envahie tandis que d'autres 
pays dont le sol est plus élevé n'ont reçu les eaux diluviennes que 
dans les dépressions de leur surface. 

(i) Ce cataclysme correspond-il au déluge de Noé? Le fait de la non décou- 
verte d'ossements humains dans les terrains de la période quaternaire observés 
dans nos contrées ne tend à prouver autre chose, ce me semble , si ce n'est que 
cette partie du continent européen n'était pas habitée à l'époque du déluge histo- 
rique. — Et quant aux espèces animales éteintes depuis le déluge, on peut concevoir 
que certaines races telles que celles des mastodontes , des ttlans , des auiochs , se 
trouvaient alors dans des conditions cliinatériquos défavorables quineleur permet- 
taient plus de se reproduire avec abondance et devaient provoquer leur anéantisse- 
ment prochain. 



(62) 

Les dernières vallées ont été creusées à la fin de cette période 
par les grands courants qui alors sillonnaient le globe. C'est 
sans doute au milieu de ce cataclysme qu'a été détruit l'isthme 
qui réunissait les côtes actuelles de France et d'Angleterre et 
qu'ont été produites , par de profonds déchirements de la craie, 
les hautes falaises de Douvres et du cap Blanc-Nez près Calais 
Les mers entreprenaient alors un travail d"érosion dont les traces 
ne devaient plus être effacées et la géographie physique du globe 
prenait peu à peu la physionomie qu'elle devait définitivement 
conserver. 

Dans le département du Nord les eaux diluviennes ont atteint 
la cote 220 ; car on trouve du limon dans l'arrondissement 
d'Avesnes à ce niveau. 

Nous avons distingué sur notre carte au -^^ deux parties 
dans le terrain quaternaire : l'une inférieure teintée en jaune 
d'ocre foncé et l'autre supérieure teiutée en jaune pâle. La pre- 
mière représente les matières les plus lourdes telles que les 
cailloux et les sables ; l'autre les parties les plus fines qui con- 
sistent en une masse d'argile plus ou moins sableuse et plus 
ou moins colorée par l'hydrate de fer. Quand toutes ces roches 
sont réunies dans un même lieu , on observe qu'elles sont 
disposées par ordre de pesanteur spécifique , c'est-à-dire que 
les cailloux occupent la partie la plus basse avec les sables et 
sont recouverts par des sables argileux et de l'argile de moins 
en moins sableuse qui forme la partie supérieure du dépôt. Mais 
il arrive rarement que la formation soit complète en un point 
donné et on remarque généralement que les cailloux sont plus 
gros et plus nombreux sur les plus hautes collines et que les sables 
les plus purs se rencontrent au contraire dans les plaines basses 
comme par exemple le long de la Deûle et de la Lys, de Wambre- 
chies à Comines et à Menin. Au premier abord , cette disposition 
paraît contraire aux lois de la pesanteur; mais il faut obser- 
ver que le dépôt n'a pas eu lieu comme dans un vase à fond plat 
et uni, mais bien dans un bassin, hérissé d'aspérités ou de monti- 



(63) 

ouïes plus ou moins élevés , et qu'à la première période qui 
a été toute d'érosion et de transport , et pendant laquelle 
ont été roulés et ballotés les fragments les plus volumineux, a 
succédé une période de tranquillité , de calme , de repos , qui a 
permis le dépôt lent et successif des particules argileuses les plus 
tenues. Or, lorsque les eaux ont fait irruption dans ce bassin et 
qu'elles se sont chargées de débris provenant de la dégradation 
de diverses roches, leur force vive a dû nécessairement croître en 
raison de leur profondeur et diminuer au-dessus des hauts-fonds 
rapprochés de leur surface. On conçoit donc que les cailloux- les 
plus volumineux aient pu rester en suspension à la traversée des 
passages profonds et soient tombés au contraire sur les îlots sous- 
marins où le volume d'eau en mouvement ne suffisait plus pour 
empêcher leur chute. Supposons encore que les eaux aient atteint 
un sommet élevé comme celui de Cassel et aient soulevé les grès 
ferrugineux et les sables diestiens qui se trouvent à la partie supé- 
rieure de la montagne. Ces grès ferrugineux ont dû se briser et 
suivre une direction qui n'a pu être que la résultante de la force 
de transport des eaux et de la pesanteur. Il n'est donc pas éton- 
nant que des blocs de grès quelquefois énormes soient amoncelés 
sur les flancs du mont , et qu'on en retrouve encore , mais de 
dimensions moindres sur des sommets moins élevés tels que ceux 
deStrazeele, de Verwick et d'Halluin (1). 

Pendant la période agitée de la formation quaternaire , il n'y 
avait aucun courant ayant une direction déterminée; mais les 
eaux devenant plus tranquilles, favorisaient le dépôt des sables qui 
devaient gagner les points les plus bas du bassin, tandis que les 



(i) Nous admettons implicitement ici un principe que tout le monde connaît, 
savoir, que deux corps de même densité mais de volumes inégaux, ne tombent pas 
avec la même vitesse dans un même milieu parce que Ja surface extérieure de ces 
corps contre laquelle s'exerce la résistance du milieu ne croît pas en raison du 
volume, et que par suite , un petit fragment a une surface proportionnelluuient 
plus grande qu'un plus gr</s. 



( 64 ) 
grands fleuves qui prenaient naissance laissaient les matières 
argileuses les plus fines sur les pentes des collines qui bordaient 
leur lit. 

La partie inférieure du terrain quaternaire comprend le terrain 
à cailloux et le sable carapinien de M. Dumont. La partie supé- 
rieure correspond au limon hesbayeu du même géologue. 

Nous avons cru devoir distinguer deux étages dans la formation 
dont il s'agit. Cette division a l'avantage en effet de séparer des 
roches différentes au point de vue minéralogiquc et de rappeler 
les deux périodes d'agitation et de repos qui se retrouvent dans 
toutes les formations géologiques et qui sont caractérisées, l'une 
par des matériaux de transport ou des roches arénacées, l'autre 
par des dépôts opérés au sein d'eaux tranquilles et consistant en 
argiles de diverses natures ou en calcaires déposés par voie de 
précipitation chimique. 

L'argile jaune ou le limon superficiel des plaines de la Flandre 
est exploitée en beaucoup de points pour la fabrication des bri- 
ques. C'est un silicate d'alumine coloré par l'hydrate de fer et 
mélangé intimement de sable très-fin en proportion variable dont 
on peut effectuer la séparation par le lavage. Cette argile est bien 
développée aux Moulins, à Wazemmes, à Seclin , à Haubourdin, 
àHallesnes, à Bollezeele, et dans beaucoup d'autres communes 
qu'il serait superflu d'énumérer ici. 

On trouve souvent de petits fragments de craie dans le limon 
qui participe d'ailleurs plus ou moins des propriétés du sous-sol 
qu'il recouvre. Ainsi , l'argile peut être plus ou moins glaiseuse 
(Mouchin), sableuse (Raimbeaucourt, Leforest, Ostricourt) ou 
crayeuse (Wattignies , Seclin) suivant la nature du terrain infé- 
rieur. L'argile étant, comme nous l'avons déjà dit, le produit de 
la désagrégation de roches plus anciennes, ne doit renfermer que 
des traces de chaux à l'état de silicate, quand elle en renferme; 
de sorte que la chaux qu'elle peut contenir s'y trouve à l'état de 
carbonate ou de craie mélangée en fragments plus ou moins gros. 
Il y a des argiles qui ne renferment pas un atome de chaux et 



(65) 

cependant on voit souvent des forêts épaisses sur de semblables 
terrains, bien que la chaux entre comme élément essentiel dans la 
cendre des arbres. Cette anomalie n'est qu'apparente ; car les 
vents et les pluies suffisent pour amener sur ces terrains les sels 
minéraux dont ils manquent. La forêt de Raismes , par exemple , 
située au N.-O. de Valenciennes , est rapprochée de nombreux 
affleurements crayeux dont les débris réduits en poussière et en- 
traînés par les vents peuvent fournir et bien au-delà aux besoins 
de la végétation. De plus, elle croît sur des sables tertiaires qui 
empêchent l'excès d'humidité et fournissent des aliments à la 
plante par le limon dont ils sont mélangés près de la surface du 
sol. La forêt de Mormal dans l'arrondissement d'Avesnes est dans 
le même cas. Il faut considérer qu'un sol , pour être propre à la 
croissance spontanée des essences forestières, doit remplir plusieurs 
conditions, entr'autres celles de conserver une certaine quantité 
d'eau et de renfermer de la silice, des alkalis, etc. Or, ces condi- 
tions se trouvent réunies dans les terrains silicéo-argileux et c'est 
pour cela que les forêts s'y plaisent tout particulièrement. 

L'argile passe à une faible profondeur à une argile sableuse et 
souvent calcareuse à pâte fine jaune ou grise dans laquelle on trouve 
de petites concrétions calcaires semblables aux septarias de la 
glaise; ces concrétions sont quelquefois très-abondantes et font 
éclater les briques lorsqu'il s'en glisse dans la pâte argileuse. 
Parmi les localités où cette argile sableuse existe à la surface du 
sol, on peut citer le bas des côtes de Waha gnies et de Pha Lempin. 
le plateau d e Forest et celui de Bondues au sud d u village , Rou — 
baix^Leers, la plaine Saint-André, le c alvaire de W ajqbxËci iies , 
P érenchi es , La Mag deleine, la tranché e de Fives, Jeba,s-fond entre 
Ilfies etJHerlies,Jes environs de Terdeg hem, de Cra chtGy-kis bords 
de l'Yser de Bollezeele à la station d'Esquelbecq , et le territoire 
compris entre Oosl-Cappel et Hondschoote. Dans presque toutes 
ces localités, l'argile sableuse fait effervescence avec les acides. 
Elle peut donc être mélangée avec avantage à la terre végétale 
quand celle-ci ne renfermeras de chaux. Aux environs de Cassel, 



( 66) 

on la connaît sous le nom de marne et on s'en sert pour amender 
les terres trop argileuses ou trop sableuses (1). 

A un niveau inférieur au limon argilo-sablcux , la proportion 
de sable augmente de plus en plus et donne lieu à un sable plus 
ou moins argileux connu des foreurs sous le nom de sable boulant 
ou motivant. Ce nom s'applique aussi aux couches d'argile sa- 
bleuse qui coulent avec une extrême facilité quand elles sont im- 
prégnées d'eau. Les tranchées du chemin de fer de Lille à la 
frontière de Belgique , dont les talus se sont éboulés à plusieurs 
reprises, offrent de nombreux exemples de la pénétrabilité et delà 
mobilité de ce terrain. Le sable argileux est ordinairement de 
couleur grisâtre et à grains très-fins. Je l'ai observé sur la hauteur 
de Mons-en-Barœul, à Baisieux dans la sablière Defontaine, dans 
les briqueteries des Moulins , de Loos , d'Haubourdin ; je l'ai vu 
aussi près de la station de Seclin , dans une excavation qui avait 
été ouverte sur remplacement actuel de la fdature de lin de 
M. Duport; en montant de Martinsart à Attiches ; sur la hauteur 
de Fournes; au hameau de l'Ermitage, près d'Estrées; dans le 
chemin creux de Fressain à Marcq. — On exploite ce sable, soit 
pour les constructions , soit pour le moulage. Celui d'Estrées 
revient à la fonderie de canons de Douai à 5 fr. le mètre cube. — 

Le sable argileux renferme souvent des débris des terrains infé- 
rieurs. Ainsi, dans la plupart des localités que nous venons d'énu- 
mérer, il est mélangé de petits fragments de craie qui lui commu- 
niquent une teinte blanchâtre et fait même une assez vive 
effervescence avec les acides. C'est alors un sable calcaire dont 
on pourrait se servir très-utilement pour amender largile trop 
compacte qui le recouvre. 

On trouve aussi dans le môme sable des fragments de catillus 
mêlés aux débris crayeux. Dans d'autres localités , il renferme 
d'autres fossiles qui proviennent toujours de la destruction des 



(i) Aux environs de Bruxelles, on marne les terres avec la même argile (ju'on 
retire des fossés ou d'excavations peu profondes. 



(67) 
couches inférieures. Ainsi, on a rencontré dans le village de Bon 
dues, à la partie inférieure du limon et au-dessus de la glaise, un 
banc de sable mêlé d'argile et de gravier d'une épaisseur d'un 
mètre au plus , dans lequel on remarque de petites nummulites , 
des turritelles, des fragments d'ostrea, etc. Il n'est pas douteux 
que ces fossiles qui sont ceux de la glaise ypresienne, n'aient été 
remaniés à l'époque du limon. C'est probablement aussi dans les 
mêmes conditions que se trouvaient les univalves turriculés qu'on 
m'a dit avoir découverts à 3 mètres de profondeur en faisant un 
puits chez M. Bouillet, brasseur à Tourcoing. 

Le sable jaune plus ou moins argileux qu'on rencontre surtout 
le long de la plaine de la Lys doit être aussi rapporté à la partie 
inférieure du limon , eu égard aux caractères particuliers de son 
gisement. Ce sable est rarement parfaitement pur ; il est presque 
toujours un peu argileux , ne renferme presque pas de glauconic 
et fait suite au terrain à cailloux. C'est le sable campinien de 
M. Dumont. Il existe à une profondeur maximum de 4 à 5 mètres 
sous les alluvions de la Lys, à Fleurbaix, Armentières, Houplines, 
Frelinghien, Deùlémont, Comines. Il se montre même au jour sur 
de petits mamelons rapprochés de cette rivière entre Houplines et 
Frelinghien. Un large affleurement suit aussi la vallée de la Lys 
de Pérenchies à Comines et à Menin. On le voit en effet reposer 
sur l'argile plastique dans la glaisière de M. Bonzel au bas de la 
côte de Pérenchies et on l'exploite au hameau de la Prévoté pour 
l'entretien des routes et pour les constructions. Entre Halluin et 
Menin , sur le chemin de Bousbecques , on extrait du sable jaune 
pour les routes et la moulerie qui est exactement semblable à 
celui de la Prévoté. 

Le village de Quesnoy-sur-Deûle est bâti sur le même sable que 
j'ai eu aussi occasion d'observer au hameau du Chien, à 2 kilo- 
mètres à l'est de cette commune. 

J'ai encore vu le sable jaune au fond d'une grande briqueterie 
sise à peu près à mi-routc de Ujiesn oy à Deûlémon tjct dont la 
coupe était la suivante : 



AJluvion 



.§ "3 



1 20 
70 


5 00 



(68) 

Argile glaiseuse jaune 1 20 

moderne. \ Sable argileux jaune, très-fin 60 

« J> s j Argile sableuse grise, à pâte fine, avec 

- s "1 \ concrétions ferrugineuses 1 30 

u ~ j? J Sable argileux gris-jaunâtre , très-fin 

I. J g \ avec beaucoup de petites paillettes 

de mica 

Sable fin gris-jaunàtre 

Profondeur de la tranchée 

Des terrains semblables existent aussi à Wambrechies sur la 
rive gauche de la Deùle , près d'Erquinghem-sur-Lys , à Mer- 
ville, à Caestre, à Roubaix, à Tourcoing, et il est remarquable 
que tous ces sables, quoiqu'à une assez grande distance des affleu- 
rements de craie , font néanmoins effervescence avec les acides. 

Voici la coupe d'un puits foncé à Roubaix dans la nouvelle fila- 
ture de laine de M. Ernould Bayard et qui a traversé un sable 
tout-à-fait analogue à celui qui affleure à Wambrechies : 

Terre végétale 0^60 

/ Argile sableuse grise 90 

Limon. | Sable argileux grisâtre, aquifère (sable 

( mouvant ) 4 20 

Ypresien. | Glaise bleue 90 



6 60 



On a aussi creusé un puits près de l'intersection du chemin de 
fer avec la route d'Erquinghem à Armentières , dans un sable fin 
argileux grisâtre de même nature que les précédents. 

Le sable campinien existe sous une partie de la ville de Tour- 
coing avec une épaisseur d'au moins 10 mètres. Chez M. Lemaire- 
Réquillart, rue de la Cloche, on l'a trouvé sous 2 mètres d'argile 
sableuse avec septarias. 



(69) 

Les puits domestiques du village de Caestre prennent l'eau 
dans un sable argileux gris jaunâtre qui renferme aussi du car- 
bonate de chaux; leur profondeur est de 6 mètres et le niveau 
d'eau se maintient à 2 mètres du sol. 

Enfin, à Merville , ce même sable argileux , toujours très-fin et 
calcaire, est visible dans une excavation voisine d'une fabrique de 
pannes où il n'est recouvert que par 1 mètre environ de terrain 
moderne. 

En dehors des localités voisines de la vallée de la Lys , on peut 
observer le sable campinien dans plusieurs parties des arrondisse- 
ments d'Hazebrouck et de Dunkerque , dont le sol toujours sec 
décèle son existence à très-peu de profondeur. Il existe des ter- 
rains sableux près de la frontière belge au N.-E. de Boeschepe, 
au hameau de Drogelande ( commune de Winnezeele) qui signifie 
en flamand terre sèche ,_& ans la^ vallée de la Jole-Becque, dans 
celle de l'Yser, près de Wilder et de Bambecque et entre Honds- 
choote et le canal de Furnes. On voit le sable jaune campinien 
dans une briqueterie près d'Herzeele , sous 1 mètre environ d'ar- 
gile, et dans la tranchée du chemin qui monte de l'Yser à Bam- 
becque où il est aussi recouvert par une couche d'argile de 1 mètre 
50 c. à 2 mètres d'épaisseur. 

On trouve quelquefois dans le sable argileux du limon (tran- 
chées du chemin de fer entre Hazebrouck et Hondeghem), des con- 
crétions ferrugineuses qui ont la forme de petites baguettes d'un 
centimètre au plus de diamètre, traversées, suivant l'axe , par un 
tube effilé de la grosseur d'une aiguille. Nous avons déjà eu occa- 
sion de remarquer des concrétions de cette nature dans l'argile 
sableuse grise et micacée du limon, et nous pensons que la liqueur 
ferrugineuse à laquelle elles doivent leur origine n'est que le 
résultat de la décomposition des pyrites dont il devait exister des 
débris dans les eaux diluviennes. Cette supposition est confirmée 
par un fait assez intéressant qu'il importe de citer ici , savoir : la 
présence en certains points , au milieu des sables argileux et des 
cailloux quaternaires, de cristaux prismatiques de gypse trans- 



(70) 

parent , dont les arêtes assez vives et les pointements bien con- 
servés indiquent que ces cristaux n'ont pas été roulés, mais qu'ils 
se sont formés dans les points mêmes où on les rencontre. Or, il 
n'est pas douteux qu'à l'époque du limon, les eaux renfermaient 
du carbonate de chaux en dissolution, puisqu'on trouve des con- 
crétions calcaires dans l'argile sableuse. Ce carbonate a donc pu 
donner lieu à du sulfate de chaux en réagissant sur le sulfate de 
fer provenant de l'altération des pyrites. Le gypse est connu 
depuis longtemps des habitants de Bailleul qui le ramassent dans 
leurs promenades au Ravensberg et le gardent comme une curio- 
sité. J'ai constaté aussi sa présence sur le flanc N.-E. du mont 
d'Halluin, en suivant le chemin qui conduit au village. Il paraît 
qu'on en a trouvé aussi à la traversée de la côte de Soex par le 
chemin de fer de Dunkerque. Enfin , un puits pratiqué dans la 
sucrerie de M. Lemaire-Requilla rt à Mouveaux en a fait découvrir 
un gisement au-dessus de la glaise. Ce puits a traversé : 

Terre végétale et argile 4 00 

( Sable mouvant 8 00 

Cristaux de gypse au milieu du sable 

et des cailloux (couche aquifère). . . 1 00 
Glaise ypresienne. 



hormalion 
quaternaire. 



Les cailloux se trouvent , comme nous l'avons dit, à la base du 
terrain quaternaire. Ils consistent en fragments plus ou moins 
gros de silex roulés, de grès ferrugineux , de fer carbonate, de 
grès blancs , empâtés dans des argiles de natures diverses sui- 
vant la nature même du sous-sol des terrains environnants. Ils se 
trouvent tantôt au milieu d'une glaise brune qu'on rencontre assez 
généralement sur la craie entre Lille et Cysoing , tantôt dans la 
glaise ypresienne remaniée, tantôt dans des mélanges d'argile et 
de sable en proportions variables et plus ou moins colorés. Assez 
souvent les cailloux sont enveloppés dans l'argile grise compacte 
et micacée que nous avons déjà signalée à Pérenchies et le long 



( 71 ) 
de l'Yser, de Bollczcelc à la station d'Esquelbecq. Il n'y a rien 
d'ailleurs qui doive surprendre dans la diversité des roches qui 
accompagnent les cailloux. Cette diversité s'explique très-bien, en 
effet, par l'état d'agitation qui régnait à l'époque de leur dépôt 
et contraste d'une manière frappante avec l'homogénéité du limon 
dont les différentes couches conservent les mêmes caractères sur 
de si grands espaces. Les paillettes de mica qui existent dans 
l'argile jaune et qui deviennent plus fréquentes vers la partie infé- 
rieure de la formation sont bien aussi l'indice du retour à une pé- 
riode de calme et de repos. 

Les galets de silex atteignent rarement la grosseur du poing. 
Us sont souvent de forme ovoïde , tandis que les grès ferruginenx 
de la chaîne de Cassel et ceux de fer carbonate qui ont été déta- 
chés de la glaise, se présentent sous forme de plaquettes angu- 
leuses à cause de leur moindre dureté. Les silex n'ont pu être 
ainsi arrondis ou usés à la surface sans avoir été roulés et ballotés 
un certain temps avant de se déposer. L'épaisseur des couches 
dans lesquelles on les^ rencontre démontre aussi d'ailleurs que le 
mouvement des eaux a été d'une assez longue durée.' Ainsi dans le 
village de Mouveaux , l'argile superficielle qui renferme des silex 
recouvre une argile beaucoup plus sableuse qui passe à un sable 
de moins en moins argileux. Les puits domestiques ont dans cette 
localité de 8 à 12 mètres de profondeur et traversent en général 
2 mètres d'argile avec cailloux roulés et 6 mètres de sable boulant 
avant d'atteindre la glaise. Un fait analogue se présente dans la 
carrière du Mont-des-Chats dont nous avons donné la coupe dans 
le chapitre précédent. 

J'ai vu à Tourcoing, d ans une excavation pratiquée au milieu 
de l'enceinte de la brasserie de M. Bouillel, la série suivante de 
bas en haut(fig. 12): 



( 72) 

« Glaise impure un peu sableuse 60 

b Argile mélangée de sable très-fin micacé 50 

c Glaise impure 40 

d Sable argileux grisâtre micacé 4.0 

e Argile sableuse avec silex à la partie inférieure . . 1 00 



2 90 



Au milieu des couches dont le détail précède se trouvait en f 
une lentille d'argile sableuse très-fine d'un gris pâle avec cailloux 
arrondis. La glaise compacte a été rencontrée en ce point à 7 mètres 
environ de profondeur. 

La tranchée du chemin de fer à Arnecke présentait une coupe 
analogue (fig. 13). 

a Glaise bleue. 

b Glaise grise mêlée de sable. 

c Sable argileux grisâtre avec veines de glaise. 

d Glaise impure mêlée de cailloux. 

e Argile jaune. 

Les silex roulés sont exploités pour l'entretien des routes. Une 
carrière importante est ouverte dans la commune de Bollezeele, 
près de l'Yser, où la couche de gravier atteint en certains points 
6 mètres de puissance. On lave les silex pour les débarrasser de 
l'argile et du sable dont ils sont mélangés. Une autre carrière est 
située au pont de la Creuillc , à 2 kilomètres au nord de Worm- 
hout. La couche de gravier dans laquelle on remarque des frag- 
ments de fer carbonate repose sur la glaise et a 3 mètres d'épais- 
seur. Elle est recouverte par 1 mètre de sable argileux ctcalca- 
reux et par 1 mètre d'argile et de terre végétale. 

Il existe aussi du gravier sur les éminences dcPitgam, Zeggers- 
Cappel, Merckeghcm, Volckerinckovc, Wattcn, Lynde, Blarin- 
ghem, Wittes, Boeseghem, Morbecque et autour des montagnes 
de l'arrondissement d'IIazebrouck. 



(73) 

Au nord-est du village de Godewaersvelde, près de la frontière 
belge , un mamelon glaiseux est couvert de cailloux qui lui ont 
même fait donner le nom de Stcenacker (en flamand , Champ de 
Pierres). 

Le petit village de Strazeele est bâti sur le terrain à cailloux ; 
les cours des habitations sont pavées avec des grès ferrugineux 
tirés sur les lieux mêmes. 

Au sommet du Ravensberg , près Bailleul , sur 250 mètres de 
longueur et 50 mètres de largeur environ , la surface du sol con- 
siste en un sable rougeâtre mêlé de glaise avec des fragments de 
grès ferrugineux souvent très-abondants. 

Le mont du Pile , près de Wittes , sur la route d'Aire à Saint- 
Omer, est aussi couronné par une couche assez épaisse de silex 
empâtés dans un mélange de glaise et de sable. 

Lorsqu'on s'occupait de la construction du chemin de fer de 
Calais, quelques sondages exécutés dans le bois situé entre Mor- 
becque et Wallon-Cappel firent découvrir des indices de sable et 
la compagnie se décida à y ouvrir une grande tranchée dans 
laquelle on établit même une petite voie de fer destinée à trans- 
porter les matériaux sur la ligne principale. Mais le gisement 
sableux ne répondit pas aux espérances qu'on avait conçues , et 
on fut obligé d'abandonner les travaux. Cette tranchée laisse voir 
des alternances irrégulières de gravier, de glaise , d'argile grise 
compacte et de sables de diverses couleurs plus ou moins argileux. 
Les silex sont très-nombreux en certains points de cette hauteur 
et servent à l'entretien des chemins. Des enfants les ramassent et 
les transportent dans des paniers à la façon des porteurs d'eau. 

Les cailloux sont aussi très-abondants au mont d'Halluin et au 
bas des bois sur le chemin de Roncq à Bousbecques. Us ont même 
donné leur nom à un hameau de la colline d'Halluin 

Sur la hauteur de Salomé, on voit des cailloux roulés dans une 
couche d'argile rougeâtre de 1 à 2 mètres d'épaisseur qui recouvre 
le sable vertlandenien. 

Je ne mentionnerai que pour mémoire les quelques silex qui 



(74 ) 
existent au sommet de Linselles et qui sont mélangés dans l'argile 
comme à Nouveaux et à Tourcoing. 

Les cailloux siliceux sont très-souvent accompagnés de pla- 
quettes de grès ferrugineux. J'en ai rencontré sur les collines de 
Watten, Verwick, Fives ; mais c'est surtout sur les flancs du mont 
Cassel d'où ces grès proviennent , qu'ils sont accumulés en plus 
grande abondance et qu'ils présentent le plus gros volume. Les sables 
de la colline figurent en coupe verticale une succession de paliers 
et de rampes qui ressemblent à des espèces de marches d'escaliers 
gigantesques sur lesquels le terrain à cailloux s'est déposé. 
On extrait à Cassel de très gros blocs de grès ferrugineux qu'on 
taille sous forme de larges pavés et qu'on dispose le long des che- 
mins vicinaux où il servent de trottoirs. On les emploie aussi dans 
les constructions. Parmi ces grès ferrugineux, il existe de vérita- 
bles minerais de fer qui rendent jusqu'à 45 p. % à l'essai. On 
en exploite pour les hauts fourneaux de Denain, au sud de Cassel, 
où ils se trouvent en morceaux de diverses grosseurs au milieu du 
limon argilo-sableux qui recouvre les pentes de la montagne. J'ai 
recueilli de très-beaux échantillons du même minerai avec em- 
preintes de coquilles sur le haut du Ravensberg, prèsBailleul. 

On trouve aussi , mais moins fréquemment , des débris de fer 
carbonate à la partie inférieure de la formation quaternaire. Ils 
sont assez fréquents à Pérenchies. J'en ai vu aussi dans quelques 
autres localités, à Wormhout, à Fournes, dans des carrières de 
Flines, de Landas, de Beuvry, etc. 

Les grès blancs tertiaires n'existent pour ainsi dire que dans 
l'arrondissement de Douai à l'état de fragments plus ou moins 
gros, mélangés au limon. On les trouve ordinairement au sommet 
des éminences sableuses sises entre la Scarpc et la Sensée. Ainsi 
à Cantin, par exemple, il y a jusqu'à 3 mètres d'argile mêlée de 
sable , de silex roulés et de. fragments de grès , sur le massif 
sableux exploité. Ces grès atteignent quelquefois un volume 
assez considérable pour qu'on puisse les extraire et en faire de< 
paves. 



(75 ) 

J'ai reconnu aussi dans l'arrondissement de Dunkerque au mi- 
lieu du terrain à cailloux qui recouvre une hauteur au S.-E. de 
Pitgam des fragments de grès blanc chlorité avec empreintes de 
fossiles. Ce grès appartient sans doute à la formation bruxcllienne, 
(Grès lustré?) 

A 1 kilomètre à l'est du village de Capelle (arrondissement de 
Lille), j'ai remarqué sur la glaise des fragments roulés du calcaire 
nummulitique de Mons-en-Pévèle. 

On voit par ee qui précède que les débris qui existent à la base 
du terrain quaternaire sont de natures très-variables. Il y a dans 
ce terrain un nombre assez restreint de roches bien caractérisées ; 
mais ces roches changent d'une localité à une autre. Ainsi à 
Louvil, par exemple, on trouve, de même qu'à Neuville-en-Fé- 
rin , un mélange d'argile et de sable peu propre à la briqueterie. 
Sur la hauteur de Mons-en-Barœul au contraire, c'est de l'argile 
qui renferme des lentilles de sable et des veinules de glaise grise. 
II existe aussi dans les arrondissements de Dunkerque et d'Haze- 
brouck , surtout dans les plaines comprises entre Wormhout , 
Houtkerque et Cassel un terrain d'une nature particulière qui est 
connu dans le pays sous le nom de brouck (en flamand , marais, 
marécage). Ces broucks ne sont autres qu'une terre glaiseuse dans 
laquelle il entre un peu de sable et qui est très-tenace et très- 
difficile à travailler. Elle doit son origine au remaniement de la 
glaise opéré par les eaux de la période quaternaire. 



( "G ) 

CHAPITRE V. 
Formation postdlltivlciuic. 

( Alluvions modernes.) 



Cette formation, la plus récente de toutes celles qui constituent 
la croûte extérieure du globe , est loin d'être aussi étendue que 
celles qui se sont produites antérieurement. Elle suit le cours des 
rivières ou les bords de la mer, et n'atteint jamais qu'une très- 
faible hauteur relativement au niveau actuel des eaux , bien diffé- 
rente en cela du limon quaternaire qui tapisse les pentes des 
vallées et recouvre même des plateaux élevés sur de grandes 
étendues. Les roches qui la composent diffèrent aussi de celles de 
la période diluvienne par la finesse et la variété de leurs élé- 
ments , et en effet les détritus ou fragments des terrains désa- 
grégés doivent être en rapport avec le volume des eaux ou avec 
la force de leur courant, et d'un autre côté la nature de ces dé- 
tritus dépend nécessairement de la composition du sous-sol de 
chaque vallée. 

Les terrains modernes représentent les dépôts formés par les 
débordements des cours d'eau qui ont eu lieu depuis l'établis- 
sement de la civilisation sur le continent. La date récente de ces 
dépôts nous est révélée par les médailles, les poteries, les objets 
de toutes natures qu'ils récèlent , et d'ailleurs ils se continuent 
encore de nos jours , sous nos yeux , par l'effet des inondations 
qui se produisent à la suite de pluies torrentielles et persistantes. 

Dans la Flandre française , les alluvions modernes comprennent 
des cailloux, des argiles de diverses sortes plus ou moins sa- 
bleuses , quelques dépôts de minerais de fer, de la tourbe et des 
sables. 



( 77 ) 

Ces roches , à l'exception de la tourbe et du fer hydraté, ne sont 
que le produit de la désagrégation des terrains qui forment les 
parois et le fond des vallées, et comme en Flandre, ces terrains 
ne diffèrent pas beaucoup d'un point à l'autre, il en résulte que 
leurs débris ressemblent souvent aux roches originaires , au point 
qu'il n'est quelquefois permis de les en distinguer que par leur 
niveau ou par les fossiles qui s'y trouvent renfermés. On y trouve 
assez fréquemment , en effet , diverses coquilles d'eau douce 
(paludines , plarwrbes , lymnées , etc.) des ossements d'animaux 
et des vestiges de l'industrie humaine , tels que fragments de 
briques , de tuiles, de vases en terre cuite, etc. 

Il existe des alluvions modernes dans les vallées de la Sensée , 
de la Scarpe, de l'Elnon, de la Marque, de la Deûle , de la Lys et 
dans la plaine de Dunkerque. 

Vallée de la Sensée. La vallée de la Sensée dont la largeur 
maximum de dépasse pas un kilomètre et demi , se trouve sur la 
lisière des deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. Elle 
est bordée par les sables tertiaires de Lécluse à Brunémont et 
par la craie de Brunémont jusqu'à l'Escaut. Les communes qu'elle 
traverse dans l'arrondissement de Douai sont celles de Lécluse , 
Hamel , Arleux , Brunémont , Aubigny-au-Bac et Féchain ; son 
étendue dans cet arrondissement est de 1,100 à 1,150 hectares , 
et son niveau est à la cote de 40 m environ. On y exploite de la 
tourbe au moyen de la drague, jusqu'à une profondeur de 5 à G m . 
Ce combustible est employé surtout au chauffage domestique et 
se vend 3 francs le bateau contenant 400 tourbes. (1) C'est ce que 
peut faire un ouvrier dans sa journée. Les cendres dont les 
cultivateurs fontusage comme engrais, coûtent 0,25 c. l'hectolitre. 



(i) Ce3 tourbes ont i5 cent, de longueur sur 9 de largeur et 6,5 d'épaisseur. 
Elles cubent o décim. 88 et pèsent environ 1/2 kilogr. Les tourbières de Lécluse, 
Arleux, Brunémont, Aubigny-au-Bac et Fécbain , produisent annuellement 
so,ooo mètres cubes pesant chacun de 35o à 4°o kiL et occupant 44° ouvriers 
pendant trois mois. — La journée du tourbeur est d'environ 1 fr. ao c. 



(78) 

Le marais est traversé du nord au sud , entre Lécluse et Hamcl 
par une ancienne voie romaine, qui est recouverte par une couche 
de tourbe de m ,30 à 2 m d'épaisseur, et par l m au plus d'argile. 
— Ce monument a été l'objet d'un rapport fort intéressant corn 
muniqué à l'académie en 1757 par le comte de Caylus (1). 

Vallée de la Scarpe. La Scarpe coule au centre d'une large 
vallée qui n'a pas moins d'une lieue et demie de largeur entre 
Fenain et Bouvignies, et qui est tourbeuse en beaucoup de points. 
On y a découvert des indices de limonite près du hameau de Do 
rignies où des recherches de minerai , entreprises il y a quelques 
années, sont restées sans succès. Sa surface, y compris celle des 
vallées secondaires qui s'y rattachent, peut être évaluée à 11 ,000 
hectares dans l'arrondissement de Douai ; son niveau moyen est 
de 18 à 20 mètres au-dessus des eaux de la mer. Elle s'étend sur 
les communes de Tilloy, Warlaing , Aines , Wandignies , Hor- 
naing , Erre , Somain , Marchiennes , Vred , Rieulay, Pecqucn- 
court , Ecaillon , Masny, Bouvignies , Flines , Lalaing , Loffre, 



(i) « Cette chaussée qui est dirigée à 5 degrés i/î nord-ouest de la boussole 
est placte dans la partie la plus étroite du marais. Sa longueur est de 366 toises 
et sa largeur depuis 18 jusqu'à a4 pieds ; mais il faut attribuer cette diminution 
dans la largeur aux dégradations causées par les hommes qui tirent la tourbe et 
qui fouillent à côté de l'ouvrage, et même en quelques endroits par-dessous jusqu'à 
la profondeur de 18 pieds; ils font chaque jour crouler les bordures de cette 
chaussée. Cette belle levée est composée d'un empierrement crayeux de 6 pouces 
à 5 pieds de hauteur sur lequel on a posé un lit de cailloux égal partout et d'en- 
viron 8 pouces qui lui-même supporte un second lit de grès bruts de grosseurs 
différentes liaisonnés avec de la menue craie et du gravois ; on a seulement re- 
marqué par rapport à l'arrangement de ces grès que les plus longs et les plus larges 
étaient posés sur les bords: huit hommes peuvent à peine remuerquelques-uns de ces 
blocs. . . une des plus grandes singularités de ce monument, c'est que l'on trouve 
depuis 6 jusqu'à i8 pieds de tourbe fine dessous la chaussée et qu'il y a dessus 
un autre lit dont la tourbe est d<" beaucoup moindre qualité. Aussi les tourbier* 
en font peu de cas, et n'en ont tiré qu'autant qu'il a été nécessaire pour pratiquer 
les coupures ou séparations qui servent au passage des barques pour communiquer 
d'un côté du marais à l'autre. ... » ( Histoire de l'Académie royale des Inscrip- 
tions et Belles- Lettres, tome XIII, page s35.) 



(79) 
Guesnain, Dechy, Sin , Wazicrs, Anhiers , Radies, Raimbeau- 
court , Roost-Warendin , Auby, Fiers , Cuirfcy, Lauwin-Planque , 
Esquerchin, Douai, Lambres , Courchclettes , Férin et Gœulzin. 

On extrait chaque année de la tourbe dans quelques unes de 
ces communes pour les besoins des habitants, et aussi pour 
quelques industries particulières. M. le comte de Montozon , pro- 
priétaire à Lalaing, en a livré à des blanchisseries d'Arras. La fon- 
derie de canons de Douai consomme elle-même annuellement pour 
le séchage des moules, 150,000 tourbes provenant de Dechy et re- 
venant à 4 fr. 50 le mille à l'établissement. (1) La tourbe s'extrait 
sous l'eau et on se garde d'attaquer les parties intactes qui ser- 
vent de séchoirs ou de pâtures. Dans les marais communaux, il est 
expressément défendu aux extracteurs de s'approcher de plus de 
6 à 8 mètres des talus. Les propriétaires de marais particuliers 
ne cherchent pas d'ailleurs à agrandir leur champ d'exploitation 
quand le sol qui recouvre la tourbe est susceptible d'être cultivé 
avec quelque avantage. 

Un étang connu sous le nom de Mer de Flines et situé sur le 
bord septentrional des marais, à deux kilomètres à l'est de la roule 
de Douai à Lille , est depuis longtemps renommé par la quantité 
d'objets d'art qui s'y trouvent enfouis. On en a retiré , d'après 
M. Derode (2) , deux bateaux de près de 12 mètres de longueur, 
taillés dans un tronc d'arbre, des haches de silex, des monnaies, 
des bronzes, des statuettes. 

Des forages pour recherche de houille ont été entrepris au mi- 
lieu de la vallée de la Scarpe , à l'Escarpelle , à Vred , à Mar- 
chiennes , à Warlaing. Les coupes de ces forages qui ont été rap- 
portées ci-dessus (page 138), montrent que les alluvions de cette 
rivière consistent en sables et argiles sableuses avec veines de 
tourbe , et ont une épaisseur de 4 mètres au plus. 



(i) Ces tourbes ont i4 cent, de longueur sur 6 de largeur et 4 d'épaisseur ^ u n 
mètre cube en renferme j386etpèse 690 kil. Elle» coûtent sur place4 fr.lfi mille, 
(s) Derode, Histoire de Lille, page si. 



(80 ) 
Vallée de tElnon. La petite vallée de l'Elnon , entre Mouchin et 
Bachy, ne doit être mentionnée que pour mémoire. — L'alluvion 
n'a ici qu'un à deux mètres d'épaisseur, et consiste en une terre 
glaiseuse renfermant quelques débris de végétaux décomposés. 
On y a trouvé dans une propriété appartenant à M. Nicole, de 
Mouchin , une croûte de minerai de 1er limoneux et calcaire , de 
n, 15 environ qui se trouvait comprise entre une couche de glaise 
blanchâtre et une argile oercuse. Il parait que la société de De- 
nain y a fait quelques recherches qui n'ont amené aucun bon ré- 
sultat. 

Vallée de la Marque. La vallée de la Marque n'a une largeur 
appréciable qu'entre Ennevelin et Hem. Elle peut être partagée 
entre ces deux points extrêmes en deux parties situées à des ni- 
veaux différents, l'une d'Ennevelin à Gruson dont le niveau se 
trouve à la cote moyenne de 30 m et qui est tourbeuse dans toute 
son étendue, l'autre comprenant la plaine des environs de Forest 
(cote 21), où le limon quaternaire n'est recouvert que par une 
faible épaisseur d'alluvion. La surface totale de cette vallée est 
d'environ 2,000 hectares. — Elle comprend une partie des com- 
munes d'Ennevelin , Fretin, Templeuve, Louvil , Péronne,Cy- 
soing, Bouvines, Sainghin, Gruson, Anstaing, Chéreng, Tressin, 
Ascq, Willems, Forest, Hem, Fiers et Annappes. La tourbe a été 
exploitée anciennement le long de la Marque, d'Ennevelin à 
Bouvines et Cysoing , et ces extractions avaient pris , à ce qu'il 
paraît , assez d'importance vers la fin du siècle dernier ; mais 
n'étant soumises à aucune surveillance , et les travaux s'exécu- 
tant isolément dans chaque propriété sans ordre ni ensemble, il 
en est résulté des inconvénients graves qui les ont fait interdire. 
Je n'ai pu me procurer aucun renseignement précis sur ce gîte 
tourbeux dont la profondeur allait, dit-on, jusqu'à 5 et 6 mètres 
et qui était intercalé au milieu d'une argile sableuse très mouvante. 
— 11 ne peut être question de la mise en valeur de ces tourbières 
au point de vue du besoin de combustible dans le département du 



(81 ) 

Nord qui fournit la houille abondamment et à bas prix pour tous 
les usages. 

Il y a dans les bruyères entre Cysoing et Cobrieux, et dans les 
marais de Wannehain , des sources ferrugineuses qui peuvent 
donner lieu à un dépôt de minerai semblable à celui que nous 
avons signalé dans la vallée de l'Elnon ; ces sources sont dues 
aux eaux pluviales qui, en filtrant à travers les collines environ- 
nantes , entrainent les matières ferrugineuses qu'elles trouvent 
sur leur passage et les déposent dans les bas-fonds où elles 
peuvent séjourner. 

Le village de Forest se trouve sur un petit plateau argileux no- 
tablement élevé au-dessus des terrains marécageux qui l'entourent. 
— Ces terrains consistent généralement en une argile sableuse et 
calcaire qui a été souvent couverte d'eaux stagnantes. Aussi re- 
marque-t-on la plupart du temps que leur surface est noircie par 
des détritus de plantes qui pourrissent sur place. — On a observé 
aussi à peu de profondeur des arbres entiers renversés. — Enfin, 
la présence de coquilles d'eau douce démontre aussi la date 
récente des couches superficielles de cette plaine. Je me conten- 
terai de citer pour exemple la coupe d'un petit sondage que j'ai 
fait pratiquer dans la partie la plus reculée du marais vers l'ouest 
prèsdela ferme Ridez (commune de Fiers). Ce sondage à traversé 

Terre végétale ou argile noirâtre avec coquilles 

[planorbes , hjmnées) 30 

Argile grise avec coquilles semblables 70 

Sable argileux gris blanchâtre, avec fragments 

de coquilles et beaucoup de parties calcaires. 50 

Argile sableuse jaune , micacée , avec nodules 
calcaires et débris de coquilles. ...... 20 



Profondeur totale du trou. . . 1 70 



(82) 

Toutes ces couches font une vive effervescence avec les acides et 
je regarde l'argile sableuse jaune du fond comme annonçant la 
proximité du limon quaternaire dont cette argile ne serait que la 
partie supérieure désagrégée et remaniée par les eaux de la 
Marque. 

Vallée de la Deûle. Les marais de la Deûle, entre Bauvin et 
Lille, occupent une surface de 4,4-00 hectares environ et sont à la 
cote moyenne de 21 mètres. Ils s'étendent sur les communes de 
La Bassée , Salomé , Hantay , Bauvin , Annœullin, Marquillies, 
Sainghin-en-Weppes, Wavrin, Don, Allennes- les-Marais, Herrin, 
Gondecourt, Seclin, Houplin, Santés, Noyelles, Wattignies, Em- 
merin , Haubourdin , Sequedin , Lomme , Loos, Esquermes, Wa- 
zemmes et Lille. — On extrayait anciennement de la tourbe dans 
presque toutes ces communes pour le chauffage domestique. — 
Aujourd'hui l'usage de ce combustible devient de plus en plus 
restreint et on ne l'exploite plus qu'accidentellement. Les seules 
tourbières ouvertes aujourd'hui dans la vallée de la Deûle sont 
celles d'Haubourdin et d'Emmerin. Encore la tourbe n'est-elle ici 
considérée que comme un produit tout-à-fait accessoire et ne la fait- 
on extraire que dans les parties de terrain où la végétation languit 
et dans le but d'utiliser les cendres comme engrais. La tourbe se 
trouve souvent à la surface du sfll-dans ces localités oîrelle forme 
une couohe de 1 à 3 mètres d'épaisseur reposant sur un lit d'tfr* 
gile blanche. On l'extrait à la drague. La tourbière d'H^|jfourdM' 
occupe vingt- cinq ouvriers pendant cinq à six mois. Elfe produit 
journellement 30 mètres cubes de tourbe humide ou m) mètres 
cubes de tourbe sèche pesant 600 kil. le mètre cube. lQreires four- 
nissent au moins 30,000 tourhes équivalant chacune à 2 déci- 
mètres cubes et valant 6 fr. 50 le mille. Les cendres se vendent 
0,75 l'hectolitre. 

La vallée de la Deûle se rétrécit beaucoup d'Haubourdin à Lille, 
et se trouve limitée par la rivière elle-même sur près de la moitié 
de son étendue. Les marais n'existent plus en effet que sur la rive 



( 83 ) 
gauche de la Deûle entre Haubourdin et Loos. Ainsi la fabrique 
de produits chimi ques de M. Kulmanu, qui louche à sa rive 
droite, est bâtie sur l'argile; tandis que de l'autre côté de la ri- 
vière, à la teinturerie de M. Fiévet , le terrain tourbeux se re- 
connaît à la nature tremblante et élastique du sol. On a trouvé , 
eu effet , en faisant une excavation dans cette usine : 

Vase noirâtre ou argile noire avec coquilles 

d'eau douce , 70 

Tourbe 20 

Argile grise sableuse avec coquilles 1 00 



Sable mouvant (quaternaire), à . . . . 1 90 



A partir de la Planche-à-Quesnoy, le canal se sépare de l'an- 
cienne Deûle qui prend le nom d'Arbonnoise. Il se dirige vers le 
Pont de-Canteleu en traversant l'argile du limon , et ne rentre 
dans le marais qu'à l'écluse du faubourg de la Barre. Toutefois 
les prairies Saint-André dans lesquelles circule le canal de la 
Deûle , à l'ouest de la citadelle , sont marécageuses en plusieurs 
points. Dans les parties basses de ces prairies, entre la rue du 
Bois et le chemin de Lambersart , on trouve en effet m G0 à 0'"80 
de vase ou de glaise sableuse noirâtre avec coquilles superposée 
à une argile sableuse grise que je rapporte à la base du limon et 
dont les caractères annoncent la présence du sous-sol tertiaire à 
une faible profondeur. 

Dans la commune de Wazemmes , le long du canal de Vauban, 
la largeur du marais , qui est de 7 à 800 mètres à Esquermes et 
à Lille , diminue de moitié à cause du terrain de craie qui en ce 
point s'approche beaucoup du sol. Au centre de cette espèce de 
détroit, sur l'emplacement de la filature de lin de MM. Decock 
et Lahousse, on a trouvé seulement l m 10 d'argile sableuse d'un 
jaune sale sur le massif crayeux, et il paraît qu'anciennement 
on a extrait de la tourbe dans le même verger où est établie cette 



(84- ) 
fabrique. La craie se rapproche encore de la surface depuis le 
canal des Planches jusqu'à celui des Stations. Elle se trouve à 
la profondeur de m 60 à l m à la teinturerie Duvivier, située entre 
ces deux canaux , où elle est recouverte par une argile sableuse 
d'un gris noirâtre faisant effervescence avec les acides et renfer- 
mant des fragments de craie et des coquilles. Dans l'enceinte de la 
même usine , on voit à la surface du sol une roche argilo-sableuse 
avec fragments de craie, de catillus, de silex , que j'ai observée 
aussi dans les fossés des fortifications de Lille voisins de la porte 
de Tournay lorsqu'on s'occupait de la construction du raccorde- 
ment destiné à faire pénétrer le chemin de fer dans l'intérieur de 
la ville. On a même découvert en ce dernier point beaucoup d'osse- 
ments disséminés au milieu d'un sahle argileux verdàtre supérieur 
aux fragments de silex et de craie et inférieur à une terre noire 
tourbeuse. J'ai remarqué parmi ces ossements des dents de rumi- 
nants et la mâchoire inférieure d'un petit sanglier. 

Tout le centre de la ville de Lille est compris dans le marais. 
Le terrain tourbeux y pénètre entre les portes de la Barre et de 
Béthuue et s'étend jusqu'à la rue des Jardins. Tout le sol est 
tourbeux entre St. -Maurice et la place du Concert. Les rues 
Basse , Marais , des Molfonds , ont d'ailleurs des noms significa- 
tifs. Le puits artésien pratiqué à l'hôpital militaire a traversé 
0,50 de tourbe sous l m de remblai et l m d'argile sableuse jaune. 
— La tourbe existe aussi sous toute la surface de l'anci enne butt e 
du Cirque que l'administration municipale a fait raser pour don- 
ner de l'occupation aux ouvriers sans travail après la révolution 
de 1848. On en a retiré 30,000 mC - de terre qui ont servi à 
relever le sol de quelques parcelles sises en dehors des fortifica- 
tions sur la commune de St. -André. Cette butte, dont la forme 
était celle d'un cône tronqué, avait 42 m . de diamètre à son sommet 
et 9 ra . de hauteur. Elle provenait suivant toute probabilité d'un 
remblai exécuté de main d'homme à une époque très-reculée 
et formait au milieu des terrains bas et marécageux qui l'environ- 
naient une espèce d'île d'où la ville a tiré son nom. J'ai fait faire 



Alluvions 
récentes. 



(85) 
sur le lieu de cette ancienne butte quelques sondages qui tous 
ont traversé une couche de tourbe de m ,20 à m ,50 d'épaisseur. 
Voici la coupe d'un de ces sondages que j'ai fait pousser jus- 
qu'à la craie : 



Sable argileux gris jaunâtre ne donnant 
aucune effervescence avec les acides. 1 20 

Tourbe sableuse 30 

Argile sableuse grise tachée de jaune 
faisant effervescence 1 20 

Sable argileux gris-jaunâtre sans cal- 
caire 1 00 

Argile jaunâtre avec petits fragments 
de craie , plus sableuse à la partie 
inférieure 90 

Sable argileux gris-verdâtre glauconi- 

fère et calcareux. ... 70 

Id. à plus gros grains 45 

Id. veiné de jaune 60 

Id. à plus gros grains mêlé 
de petits silex et de nombreux débris 
crayeux 65 

Craie blanche à la profondeur de 7 00 



Landenien 
inférieur, i 



Ce sondage a été pratiqué tout-à-fait au centre de la butte. On 
pourrait demander où se trouvait le plan de séparation entre le 
terrain vierge et le terrain rapporté. — Mais il serait très-difficile 
de répondre à cette question parce que le terrain dont la butte 
était formée consistait en une argile sableuse et calcareuse sem- 
blable à celle qui recouvre la tourbe dans les autres sondages que 
nous avons fait exécuter vers la circonférence de ce mamelon. — 
Seulement la présence du sable argileux sans calcaire qui se trouve 
indiqué au-dessus de la tourbe dans la coupe précédente autorise, 
à douter que ce sable ait été remué. Tl est probable qu'il se trouve 



( 86) 
bien en place de même que l'argile jaunâtre qui repose immédia 
tementsur la tourbe dans d'autres parties de la butte. Il est donc 
permis de supposer (pie le sol naturel était en ce point un peu 
plus élevé que dans le marais environnant et formait une légère 
proéminence dont les premiers habitants du nord ont profité pour 
s'établir en le relevant encore au moyen de terrains rapportés. 
Les plans de Lille montrant les agrandissements successifs que 
cette ville a reçus de l'an 1000 à l'an 1670 et qui sont déposés au 
Musée, prouvent en effet que c'est là que notre grande cité a pris 
naissance. — En aval de Lille, les alluvions modernes de la Deûle 
sont pour ainsi dire limitées à ses deux rives. Je ne les ai observées 
qu'à l'intersection de cette rivière et du chemin de fer de. l)un 
kerque oii l'on a trouvé à quelques mètres de la rive gauche 
un sable argileux noirâtre et tourheux avec un grand nombre de 
coquilles (paludines, planorbes, lymnces, etc.). 

Vallée de la Lys. Cette vallée est la plus large de toutes celles 
de la Flandre. Sa largeur est de 4- lieues entre Merris et Àubers, 
et va en diminuant à la hauteur d'Armentières jusqu'à Dculémont 
et Comines. J'évalue sa surface totale à 29,000 hectares. Elle 
comprend en tout ou en partie les communes d'Havcrskerque , 
Thienncs, Steenbecque, Morbecque, Hazebrouck, Borre, Strazeelc, 
Merris, Merville, LaGorgue, Estaires, Neuf-Berquin , Vieux- 
Berquin, Bailleul, Steenwerck , Nieppe, Aubers, Fromelles, Le 
Maisnil, Radinghem, Ennetières-en-Weppes, Erquinghem-sur-Lys, 
Armcntières , La Chapelle d'Armentières , Prémesqucs , Péren- 
chics, Verlinghem , Houplines, Frelinghien, Quesnoy-sur-Deûle, 
Deulémont, Warneton et Comines. — On voit la coupe transver- 
sale de cette vallée (fig. 14) a" b" représente le lit actuel de la 
Lys ; a' b' les prairies qui la bordent à la cote 14 et sur lesquelles 
se répandent encore les eaux de la rivière dans les grandes crues ; 
a b la grande plaine élevée de 17 à 20 mètres au-dessus du niveau 
delà mer et que les inondations n'ont atteinte qu'à une époque 
reculée. — Ce sont ces anciennes inondations qui ont nivelé le sol 



( 87) 
déjà très plat de la vallée primitive et y ont déposé les terrains de 
toute nature qui existent maintenant à sa surface.— Les ruisseaux 
qui sillonnent cette grande plaine , comme la Lawe, la Clarence, 
la Bourre et la Lys elle-même n'ont creusé leur lit définitif qu'à 
une époque plus récente puisqu'ils coulent à un niveau inférieur 
aux alluvions qui les bordent. 

Immédiatement après la période tertiaire, il existait déjà au- 
dessous du sol aduel de la vallée de la Lys un bassin dans lequel 
se sont déposés les sables campiniens si bien développés aux en- 
virons de Quesnoy-sur-Deûle; mais les affleurements de glaise qui 
se montrent sur les bords de la plaine au-dessous du limon des 
plateaux prouvent aussi que les eaux diluviennes en se retirant 
ont modifié la physionomie de ce vaste bassin dont la surface irré- 
gulière a été nivelée ensuite par les alluvions récentes. 

On conçoit que la nature de ces alluvions varie suivant le point 
de la vallée que l'on considère , puisqu'elles doivent participer 
nécessairement de la nature du sous-sol sur lequel se balançaient 
les eaux modernes. Ainsi entre Hazebrouck, Bailleul et Merville, 
c'est la glaise et les cailloux qui dominent, tandis qu'entre Armen 
tières , Quesnoy et Prémesques , on trouve surtout de l'argile et 
du sable. — On remarque que les silex se trouvent en plus grande 
abondance sur les bords de la vallée aux environs de Bailleul , 
Merris, Hazebrouck, etc., et ce fait résulte de ce que ces cailloux 
ont été détachés de la glaise par les eaux qui , en dégradant le 
pied des collines , provoquaient leur éboulement sur le rivage où 
ils étaient ensuite plus ou moins remués , mais ne pouvaient dans 
tous les cas être transportés à une grande distance à cause du faible 
volume des eaux en mouvement. 

En certains points, les cailloux sont accumulés en assez grande 
quantité pour pouvoir être exploités utilement. — La Compagnie 
du chemin de fer du nord en a fait extraire à moitié chemin de 
Bailleul au hameau d'Outtersleene, à la limite de la colline et du 
terrain plat. On a trouvé d'abord l m d'argile avec quelques 
silex , puis une couche de gravier dont l'épaisseur va jusqu'à 



( 88 ) 
l m ,80 mais diminue vers l'intérieur de la plaine. — Cette couche 
repose sur l'argile sableuse du limon qui affleure à un niveau plus 
élevé. — Une coupe faite normalement à l'axe du chemin de fer 
donnerait donc la ligure 15. 

Les silex sont mélangés avec un sable quartzeux , grossier et à 
gros grains. Il y en a de toutes grosseurs , de toutes formes , de 
toutes couleurs. J'ai reconnu des fragments de pthanite à éclat 
gras et à cassure droite et d'assez belles agathes. Il y a aussi des 
fragments de grès blancs et des poudingues ferrugineux du système 
diestien. *- Comme cas particulier assez intéressant, je dois citer 
la découverte au-dessous de la couche de gravier d'un gros frag- 
ment de lignite schistoïde, compact, parfaitement noir et à cassure. 
très unie, de l'espèce connue sous le nom de Jayet. Il est présu- 
mable que ce lignite provient des sables tertiaires et aura été 
entraîné en même temps que les cailloux qui l'accompagnent. 

En face d'Oultcrsteenc et à 1500 m au sud du chemin de fer, 
un forage a fait reconnaître les couches suivantes : 

Terre végétale et argile 1 m 20 

Sable glaiseux 30 

Sable pur avec veine de glaise \ 00 

Sable, gravier et glaise 15 



2 65 



La Compagnie se proposait de remplacer le sable de Cassel par 
celui qu'elle avait découvert en ce point. 

Quand on descend du moulin de Strazcele vers le chemin de 
1er , on ne rencontre que de la glaise et on peut penser au pre- 
mier abord que celle de la plaine est la même que celle qui 
affleure sur le versant de la côte. Mais si l'on s'avance jusqu'à la 
sablière ouverte dans le bois de Merris, entre Strazcele et Vieux 
Berquin, on reconnaît que cette glaise appartient à l'alluvion et 



( 89 ) 
recouvre des sables et des graviers. — Voici la coupe de la sa- 
blière de Merris : 

Glaise avec quelques silex 80 

Gravier 40 

Veines irrégulières de sables plus ou moins 

glaiseux avec gravier. 1 50 



Glaise compacte, à 2 70 



La couche de sable varie deO m 50 à 3 mètres. 

Il peut arriver que le sable manque comme à la féculerie de 
M. Houvenaghel , près d'Hazebrouck , où l'on n'a trouvé à la sur- 
face que 2 mètres de glaise blanchâtre mêlée de gravier sur l'ar- 
gile plastique du système ypresien (page 40) . 

A 1 kilomètre au sud-est d'Hazebrouck, et à peu de distance de 
l'usine dont il vient d'être question, on extrait aussi près d'un 
petit bois sous une couche de glaise sableuse avec silex, un sable 
plus ou moins argileux analogue à celui de Merris et renfermant 
quelques petits galets. 

Si l'on suit la route d'Hazebrouck à Merville, on remarque 
encore de la glaise plus ou moins sableuse avec quelques cailloux. 
Mais au fur et à mesure qu'on s'avance, les silex deviennent moins 
fréquents et finissent par disparaître presqu'entièrement. Ainsi 
la forêt de Nieppe en est pour ainsi dire dépourvue , bien que la 
superficie du sol soit glaiseuse. Cette glaise paraît cesser à peu de 
profondeur ; car à l'écluse de la Motte-au-Bois , on n'en voit sur 
les talus du canal qu'une couche de 1 mètre 50 superposée à une 
glaise sableuse avec concrétions calcaires. La glaise de cette forêt 
a donc été remaniée par les eaux modernes. M. le baron de La- 
grange a essayé de faire des briques avec cette terre à laquelle il 
a dû ajouter une certaine quantité de sable , et il n'aurait certai- 



( 90 ) 
nement pu songer à faire cet essai , si la glaise eût été en place 
comme sur les éminences de l'arrondissement d'Hazebrouck. La 
nature a ici épargné les labeurs de l'habitant des campagnes en 
rendant le sol qu'il cultive plus accessible aux instruments ara- 
toires , et en ajoutant à la propriété qu'il possède de bien retenir 
l'engrais, une autre qualité aussi précieuse qui est celle d'être 
assez meuble, assez poreux pour laisser filtrer les eaux pluviales. 
Néanmoins ce terrain est encore trop humide pour que les plantes 
oléagineuses telles que l'œillette et le colza puissent y réussir ; 
mais il donne de très-beau tabac , de très-beau blé. 

A Merville , on exploite la même glaise d'alluvion pour la l'abri-, 
cation des pannes dans l'angle sud-ouest formé par le canal de 
la Bourre et la route d'Hazebrouck. On trouve en ce point m 70 
de glaise et m 30 d'argile jaunâtre veinée de blanc (marlclie) sur 
le sable jaune mouvant argileux et très-fin du limon. 

On rencontre encore le même terrain en amont de Merville , où 
sont établies plusieurs briqueteries sur les bords du canal. Les 
trois couches de sable argileux , de marlette et de glaise sont mé- 
langées entre elles, et c'est avec ce mélange qu'on fait les briques. 

D'Estaires à Steenwerck , on constate les mêmes faits que ceux 
observés entre Merville et Hazebrouck. Ainsi dans tout ce parcours, 
les terres sont brunes et présentent tout-à-fait l'aspect glaiseux. 
La couche superficielle qui correspond à l'alluvion moderne, n'est 
en effet qu'un mélange en proportions variables de glaise et de 
sable de 1 à 2 mètres d'épaisseur superposé à l'argile sableuse ou 
au sable mouvant quaternaire. Les puits domestiques prennent 
l'eau dans ce sable mouvant à la profondeur de 7 à 8 mètres. 
Près de Steenwerck , l'alluvion renferme des cailloux qui dé- 
jeunent plus nombreux quand on se rapproche des collines glai- 
seuses des environs de Neuve-Eglise et de Bailleul. 

A 1 kilomètre de la station de Bailleul vers Hazebrouck, il 
existe une briqueterie près du chemin de 1er, où l'on remarque 
1 mètre de terre végétale sur une glaise blanchâtre parfois un peu 
sableuse et graveleuse. C'est aussi une glaise alluvicnne semblable 



(91 ) 

que M. Lecomtc, deBailleul, extrait près du chemin de fer de 
l'autre côté de la station. 

La même glaise af Heure , au reste , dans les contre-fossés de la 
voie jusque la station de Stecnwerck, et le long de la route de 
Lille jusqu'à la limite de la commune de Nieppe. L'alluvion est 
encore sableuse et caillouteuse près de la rue du Sac et du Ro- 
marin au nord de Nieppe , où l'on a même extrait du sable pour 
l'entretien de la grande route. 

On voit par ce qui précède que le sous-sol de la plaine d'Hazc- 
brouck a été presque partout recouvert par les eaux modernes, et 
que la glaise qu'on rencontre au milieu de cette plaine a été la 
plupart du temps remaniée , et peut môme recouvrir des veines de 
sable et de gravier. 

Aux environs de Nieppe, d'Erquinghcm, d'Armentièreu, d'Hou- 
pbnes, et en général, tout le long de la Lys jusqu'à Deûlémont 
et Comines , l'alluvion moderne est représentée par une argile 
jaunâtre compacte, dont on fait d'excellentes briques. Cette argile 
est quelquefois sableuse et repose sur le sable mouvant quater- 
naire. Elle a 4 à 5 mètres d'épaisseur près des rives de la Lys ; 
mais à une plus grande distance elle s'amincit, et on n'en retrouve 
plus qu'un à deux mètres à la briqueterie de Quesnoy (page 182). 
Toutefois l'épaisseur de l'alluvion peut diminuer près des émi- 
nences de sable campinien qui existent aux environs d'Houplines 
sur les bords de la Lys , et qui sont comme autant de petites îles 
isolées au milieu du terrain moderne. Ainsi dans la grande brique- 
terie d'Houplines, il n'y a que 2 mètres 50 au plus d'alluvion 
reposant sur une argile sableuse grise. L'argile glaiseuse compacte 
de la surface passe à une argile ferrugineuse veinée de sable très- 
fin dans laquelle on remarque quelques cailloux , des débris de ç * 
coaiiUJ^p.t. divers ossements. Les briqueteries Mille et Dubois , à ~~V&'L*J 



Armentières , sont alimentées par une argile glaiseuse de 5 mètres^ 
de puissance qui renferme des coquilles et des débris de diverses 
natures , tels (pic grès , fragments de maçonnerie , etc. Ces débris 
attestent bien que les couches supérieures de la vallée ont été 



(9:2) 
déposées postérieurement à l'habitation de cette contrée par les 
anciens. 

A Comines, l'alluvion est représentée aussi par une couche d'ar- 
gile glaiseuse qui a environ deux mètres d'épaisseur et qui repose 
sur le sable campinien. On y a trouvé, à la filature de M. Dehem, 
un petit vase en poterie enfoui à 1 mètre de profondeur. 

On retrouve encore quelques lambeaux de cette argile sur la 
route de Comines à Quesnoy-sur-Deùle (ferme de la Grande-Perle), 
et môme assez avant dans les terres (hameau du Chien près Qucs- 
noy). 

Les grandes briqueteries de Deulémont , dont les produits sont 
si renommés , sont établies au milieu d'un dépôt alluvien d'une 
épaisseur de 5 mètres qui consiste en une argile grasse de 
couleur jaune. Cette argile est mélangée intimement de sable à sa 
partie supérieure et renferme aussi des silex ; elle parait plus 
glaiseuse et moins sableuse à la partie inférieure. Sa nature 
compacte et les grains de sable qu'elle renferme communiquent 
aux briques une grande solidité. 

L'argile moderne s'étend sur la rive droite de la Lys entre Ar- 
mentières et Prémcsqucs. Mais elle devient sableuse et renferme 
même des veines de sable pur à peu de distance de la côte. La 
nature minéralogique du dépôt alluvien dépend ici , comme dans 
les autres parties de la vallée , de la nature même des terrains les 
plus rapprochés. Ainsi ,'au hameau de la Prévôté près de Péren- 
chies , on extrait du sable campinien sous 1 mètre d'argile sableuse 
ferrugineuse qui représente l'alluvion. 

A la Croix-au-Bois , commune de Frclinghien , on voit à la 
surface du sol de l'argile calcaire et du sable plus ou moins ar- 
gileux. 

Des extractions de sable sont opérées au hameau de Wc^ -Mac- 
<l uar L_§uX-laj-oute de Lille à Armentières, dans l'alluvion mo- 
derne qui a au plus 3 m d'épaisseur , et qui recouvre la glaise 
ypresienne. Voici la succession , de haut en bas, des différentes 
couches ou plutôt des veines irrégulières que j'ai remarquées aux 



(93) 

deux extrémités d'une même sablière dont la [profondeur n'excé- 
dait pas 2 m 50 : 

1.° Mélange de glaise et de sable de couleur gris-jaunâtre. 

Sable gris veiné de glaise. 

Sable argileux jaune très fin , employé au moulage. 

Argile grise micacée avec noyaux calcaires. 
2.° Sable argileux et calcareux de couleur jaune. 

Sable argileux et calcareux grisâtre avec coquilles (lym- 
nées. ) 

Argile sableuse et calcaire. 

Sable gris très pur glauconifére , semblable à celui d'En- 
netières et employé à l'entretien des routes. 

Veines de sable rougeâtrc et de sable gris. 

La couche de sable exploitée avait l m 25 d'épaisseur. On trouve 
quelquefois dans cette localité , au milieu de l'argile et du sable , 
des coquilles d'eau douce , des silex et des débris de briques et 
de poteries. 

Au hameau du Paradis ( commune d ^Ennetières ) et dans le bas 
de Radinghem , il y a des terrains analogues aux précédents , 
c'est-à-dire des mélanges de sable de différentes couleurs , des 
sables argileux , des argiles jaunes et des glaises marneuses avec 
coquilles. 

On n'a jamais signalé de banc de tourbe exploitable dans la 
vallée de la Lys, si ce n'est en dehors du département , aux en- 
virons d'Aire et de Béthune. Il paraît qu'on en a trouvé quelques 
indices (0 m 20 au plus) à la traversée de la Lys par le chemin de 
fer de Dunkerque et dans quelques localités entre Steenwerck et 
Baillcul. 

Plaine de Dunkerque. — La plaine de Dunkerque est contigue 
à la mer et dirigée comme le rivage de l'ouest un peu sud à l'est 
un peu nord ; sa largeur maximum , de Watten au fort Philippe , 



( 94) 
près Gravelines, est de cinq lieues et se réduit à deux ou trois 
lieues près d'IIondschoote , le long de la frontière belge. Elle se 
trouve sur le prolongement de la vallée au milieu de laquelle 
coule la rivière de l'Aa qui y débouche près de Wattcn , et qui 
dans l'origine formait près de son embouchure une espèce de 
delta dont la vieille Colme n'était sans doute qu'une des ramifica- 
tions. 

La vallée de l'Aa , près de St. -Orner , comprend environ 
350 hectares des communes de Lederzeele (canton de Wormhout) 
et de Noordpeene (canton de Cassel). La plaine de Dunkerque em- 
brasse en partie ou en totalité, les territoires des communes de 
Bourbourg , Brouckerque , Cappellebrouck , Dringham , Holque , 
Looberghe, Millam , St.-Pierre-Brouck , Spycker, Watten (canton 
de Bourbourg) ; Craywick , St. -Georges , Gravelines , Loon (canton 
de Gravelines) ; Coudekerque, Coudekerque-Branche, Dunkerque, 
Leffrinckouke, Teteghem, Uxem, Zuydcoote, Armbouts-Cappel- 
Cappelle, Mardyck, Grande-Scynlhe , Petite-Scynthe (cantons de 
Dunkerque E. et 0.) ; Armbouts-Cappel , Bergues, Bierne, Erin- 
ghein, Hoymille, Pitgam, Soex, Steene (canton de Bergues); 
Ghyveldc , Hondschoote , les Moëres et Warhem (canton d'Honds- 
choote), dont la surface totale peut être évaluée à 39,000 hec- 
tares. 

Le sol de la plaine de Dunkerque est pour ainsi dire complète- 
ment plat ; cependant il penche légèrement de l'Ouest à l'Est , et 
baisse d'un mètre de la limite du Pas-de-Calais à la Belgique. Les 
nivellements faits pour l'établissement de la voie de 1er montrent 
aussi que de Dunkerque à Bergues , transversalement à la plaine, 
le sol baisse d'abord de l ni 80 pour se relever ensuite au-delà de 
Bergues, jusqu'à 2 et 3 mètres au-dessus du point de départ. Ainsi, 
cette plaine coupée normalement à sa longueur, a la forme d'un 
bassin dont le point le plus bas se trouve à 1 kilomètre 1 [2 environ 
au nord de la station de Bergues. Ce bassin correspond au terrain 
tourbeux qui prend naissance entre le Fort-Louis et le Fort-Fran- 
çais et qui se développe de plus en plus vers le midi. 



(95) 

Au ruisseau de Rockamer Dick , entre Bergues et le fort Fran- 
çais , il y a déjà m 90 de tourbe. Un sondage exécuté par la 
Compagnie du chemin de fer a traversé en effet : 

Terre végétale 12 

Sable et argile 80 

Tourbe 90 

De l'autre côté de Bergues, près de la Croix-Rouge,à l'extrémité 
la plus méridionale du terrain tourbeux , on a trouvé l' 1 ' 70 de 
tourbe sous m 60 de glaise moderne. 

A Bergues même , où le passage du chemin de fer a nécessité 
l'ouverture de larges fossés pour la construction de nouveaux rem- 
parts , on a découvert à l m 50 de profondeur une couche de tourbe 
d'une épaisseur variable au milieu d'un sable bleuâtre avec veines 
de glaise et débris de végétaux. Cette couche présente des gonfle- 
ments où elle acquiert jusqu'à 2 mètres de puissance, et elle s'a- 
mincit jusqu'à disparaître entièrement. L'étendue des excavations 
a permis de constater quelques faits curieux. On y a observé 
des ossements d'animaux ( cornes de bœufs , têtes et mâchoires de 
moutons , etc.), divers ustensiles en fer (un couteau , une espèce 
de poêlon à demi-rongé par l'oxidation) , un sommier en bois , etc. 
Au milieu de la tourbe se trouvait un gros chêne de 9 mètres de 
longueur , orienté N. 14° O. eomme s'il avait été renversé du Nord 
au Midi. Il avait m 80 de diamètre à sa base et ni 50 à l'au- 
tre extrémité. La tourbe était de couleur brune , à tissu lâche , 
et renfermait une multitude de branches d'arbres de diverses 
essences à peine décomposées (saules, chênes, noisetiers, peu- 
pliers blancs , etc. ). 

Aux environs de Looberghe et le long delà Colme jusqu'à Wat 
ten , c'est une tourbe spongieuse comme à Bergues. La couche, 
dont la puissance est de l m 50 environ, est recouverte par un dépôt /* 
d'argile et de sable avec coquilles terrestres et d'eau douce [cy- fwm*& 
clostomes, paludines, lymnées, etc.). / 

La profondeur de la tourbe est très variable ; souvent on la 



( 96) 
rencontre à l m ou l m 50 au-dessous du sol , et quelquefois elle 
n'existe qu'à 6 mètres de profondeur. M. Cuel , ingénieur en chef 
des ponts -et-chaussées à Dunkerque , a trouvé eu effet le long de 
la Colnie , en faisant des fondations d'écluse , un pied d'épaisseur 
de tourbe à la cote de ( — 2 m ), le radier des écluses de Dunkerque 
étant pris pour zéro. 

Dans la commune de Warhem , près du canal de Bergues à 
Fumes, on a exploité un banc de tourbe d'un mètre de puissance, 
qui était recouvert par un mètre environ de glaise blanchâtre co- 
quillère. En certains points, la tourbe n'était autre qu'une accumu- 
lation de troncs d'arbres ( chêne , sapin , etc. ) presqu'à l'état na- 
turel et renversés pêle-mêle les uns sur les autres , comme si à une 
certaine époque , les forêts qui bordaient le marais dans sa partie 
méridionale avaient été tout-à-coup détruites par l'effet d'une vio- 
lente inondation. Si l'on se reporte plus au nord , vers Uxem , 
Teteghem, Ghyvelde, l'épaisseur du gîte tourbeux n'est plus que 
de m 60 à m 70 ; mais la tourbe est plus noire et plus compacte 
que du côté de Looberghe. — On voit donc que le terrain tour- 
beux s'amincit vers le nord où il finit par disparaître à une cer- 
taine distance de la côte. 

Les tourbes extraites aux environs de Dunkerque ne servent 
plus qu'au chauffage domestique et se vendent 8 fr. 50 c. le mille. 
Elles ont un volume de 2 déc. cubes 1/2 et pèsent environ 2 kilog. 
On les employait autrefois en même temps que la houille pour le 
chauffage des chaudières à vapeur ; mais la baisse successive du 
prix des charbons y a fait complètement renoncer. 

Les principales tourbières sont concentrées dans les communes 
de Ghyvelde , Uxem , Teteghem , Warhem et Looberghe. Il en 
existe aussi dans la vallée de l'Aa , entre Watten et Saint-Omer. 
En face de cette dernière ville, on extrait la tourbe à la drague. Le 
. . banc tourbeux a de ce côté une épaisseur qui varie de ,n 50 à 7 m , 
et repose sur un sable coquiller auquel se sont arrêtés les pilotis 
^qui ont servi à établir les fondations du chemin défera la traversée 
du marais. Près de la station de Watten , la tourbe est recouverte 
par m 30 de vase grisâtre renfermant de nombreuses coquilles. On 



(97) 

fabrique dans celte localité de petites tourbes de 8 centimètres en 
carré sur 16 centimètres de hauteur qui coulent 3 lï. le mille. Au 
chau f/age domestique qui est le principal débouché des tourbières de 
l'Aa, il faut ajouter les brasseries et les fonderies de suif de St-Omer. 

Le niveau moyen de la plaine de Dunkerque se trouve à 0'" 80 
environ au-dessous de la haute mer , de sorte qu'en temps de 
guerre on peut inonder toute cette plaine en ouvrant les écluses. 
Son élévation au-dessus de la basse mer , qui est de 3 à h mètres , 
permet de la dessécher au moyen d'une série de canaux aboutis- 
sant à des écluses ouvertes à marée basse et fermées à marée haute. 

On a donné à ce pays le nom de Wateringues d'un mot flamand 
qui signifie canal. — Ces Wateringues, qui sont sillonnées de 
1 00 à 1 50 canaux dits Watergangs , sont divisés en quatre sec- 
lions ayant chacune leur administration et leur caisse particulière 
sous la direction d'une commission composée de cinq membres 
rééligibles tous les ans par l'assemblée des principaux proprié- 
taires. — Un règlement de police prescrit diverses mesures dont 
l'objet est d'assurer la conservation des canaux, digues, chemins , 
ponts et ouvrages d'art établis pour le dessèchement du pays et 
l'amélioration de l'agriculture. 

Les Watergangs communiquent avec de grandes artères ou ca- 
naux de navigation qui débouchent dans la mer. La chute moyenne 
des écluses de ces Watergangs est de m 30 à m 35. On maintient 
l'eau dans les canaux de navigation à 2 m 66 (8 pieds) au-dessus 
de la mer basse. — Les radiers des écluses de Dunkerque sont 
établis au niveau moyen de la basse mer de viveaux, ou de la basse 
mer à l'époque de la nouvelle ou de la pleine lune. Dans ces vi- 
veaux , la mer monte ou baisse de 5 m 50. Dans les quartiers de; 
lune ou à l'époque des morteaux, la marée monte et descend à 1"' 
de moins (1). La figure 16 montre les niveaux relatifs des hautes et 
basses mers en viveaux et morteaux , du sol des environs de Dun- 
kerque , de la tourbe qu'il renferme et de l'eau des canaux de 
dessèchement. 

(i) Ces renseignements sont du* à M. Cuel , ingénieur en chef du port de 
Dunkerque. 

7 



(98) 

Le sol des Moeres , qui esta un niveau inférieur de \ m 60 à la 
haute mer , est encore plus bas que les terrains environnants. — On 
n'a donc pu l'assécher (pie par des moyens mécaniques. Ces Moeres 
formaient une espèce de lac de 3,200 hectares d'étendue qu'on a 
rendus a la culture en élevant l'eau dans les canaux au moyen de 
vis d'Archimède , mues par des moulins à vent. 

Nous avons adopté deux teintes pour différencier la zone oii 
existe de la tourbe de celle plus rapprochée de la mer où il n'en 
existe pas. La ligne ondulée qui sépare ces deux zones indique en 
quelque sorte le passage des eaux marines aux eaux douces , ou si 
l'on veut, la démarcation entre la plage sableuse autrefois constam- 
ment submergée par les eaux de la mer et où ne pouvait régner 
aucune végétation , et la zone marécageuse baignée par les eaux 
douces de la rivière de l'Aa et où la mer ne pénétrait qu'acciden- 
tellement ou par intervalles. 

Toute cette plaine a été un peu relevée par les attérisscments 
successifs de l'Aa , qui ont donné lieu au limon argileux et sableux 
superposé à la tourbe. Le dépôt formé par les eaux douces s'est 
donc étendu peu à peu jusqu'à ce que par suite du comblement du 
delta , les sables amenés par le flux de la mer vinssent eux-mêmes 
recouvrir l'argile moderne. Dans la région la plus voisine de la mer 
on ne rencontre , en effet , que de l'argile glaiseuse et des sables 
qui souvent sont amoncelés sous forme de dunes près du rivage. 

Chez M. Angellier, scieur de bois, rue David d'Angers , à Dun- 
kerque , on a creusé un puits dont la coupe est la suivante : 

Sable 4 50 

Terre glaise • 1 00 

Sable aquifère 2 00 

Profondeur... 7 50 



Ce puits donne de l'eau douce dont le niveau se maintient à 
4 m 50 au-dessous du sol. Il parait que la couche de glaise traversée 
par ce puits est très-régulière et qu'on la retrouve partout à Dun 
kerque. 



(99) 

La même glaise affleure à Bourbourg où elle est exploitée avec 
avantage pour la fabrication des briques. — Elle est ici mêlée d'uu 
peu de sable et fait effervescence avec les acides. — On la trouve 
au-dessus d'un sable glaiseux qui renferme aussi des parties cal- 
caires en mélange intime. En certains points on remarque uue 
grande quantité de coquilles ( lymnées , etc. ); mais on évite de 
se servir de l'argile où elles se trouvent , parce que la chaux 
qu'elles produiraient ferait éclater les briques en foisonnant par 
l'humidité. 

Les dunes occupent sur les bords de la mer une étendue d'en- 
viron 1,900 hectares. On essaie de s'opposer à leurs envahisse- 
ments en fixant le sable au moyen de plantations de luzerne , de 
petits peupliers , de hoyas , de genêts , de sapins , etc. Mais il ar- 
rive quelquefois que par de grands vents , ces plantes sont noyées 
de sable. — On cite des peupliers , des frênes de douze pieds de 
hauteur qui ont été ensevelis de cinq pieds dans le sable. On sait 
comment a lieu la marche des dunes. Les grands vents qui soufflent 
du côté de la mer chassent le sable et le rassemblent sous la forme 
de petits monticules qui n'ont qu'une légère pente vers le rivage , 
et inclinent , au contraire , fortement vers la plaine. — Ces monti 
cules présentant de ce côté des talus de plus en plus rapides finis- 
sent par s'ébouler , et le pied des talus gagnant du terrain , em- 
piète de plus en plus sur la campagne. — C'est ainsi que des 
champs , des habitations , des villages , sont engloutis au milieu des 
dunes. On voit à Zuydcoote un exemple de leur effet destructeur. 
Une tour entière de forme carrée et de 20 mètres de hauteur est 
entourée de sable de toutes parts (Fig. 17). Ses quatre faces por- 
tent les traces de la toiture de l'église dont elle faisait partie. Cette 
ancienne église devait avoir la forme d'une croix , au centre de 
laquelle se trouvait la tour. On connaît des vieillards de 85 
ans qui y ont fait leur première communion. Elle était donc encore 
debout vers 1775. La butte de sable voisine de la tour au sud-est 
n'existait pas en 1829. Cette butte a 10 mètres de hauteur sur 
une largeur de 150 mètres. On peut juger d'après cela des pro 
grès que font les dunes dans un court espace de temps. 



f» 



100 



i M)i4i: a IiA *.« IUITII 



EXPLICATION DES PROFILS. — SOURCES. — PUITS 
ARTÉSIENS. 



Nous avons ajouté à notre grande carte 18 coupes géologiques 
montrant la succession des différentes couches qui constituent 
le sol jusqu'à une profondeur maximum de 200 mètres. Trois 
sortes d'éléments nous ont servi pour la construction de ces 
coupes. l.° Les cotes de nivellement fournies parla carte du dé- 
pôt de la guerre; celles qui ont été déterminées pour l'établisse- 
ment des chemins de fer; et celles des routes nationales et dépar- 
tementales et des chemins de grande communication des arron- 
dissements de Lille et d'Hazebrouck résumées avec beaucoup de 
soin dans une note de M. Davainc , ingénieur des ponts-et-chaus- 
sées (1) ; 2.° les observations recueillies par nous à la surface du 
sol sur les affleurements des diverses roches ; 3.° les résultats des 
nombreux sondages qui ont été entrepris soit pour recherche de 
houille, soit pour l'obtention des eaux nécessaires aux établisse- 
ments à vapeur. — La multiplicité de ces documents nous a permis 
de tracer des profils qui , joints à la carte, peuvent être la source 
d'une foule d'applications utiles. C'est ce qui justifie l'épithèle de 
Pratique (pie nous avons cru pouvoir donner à notre Essai de 
Géologie sur la Flandre française. Et, en effet, nos coupes étant 
le résultat, non pas de données incertaines ou d'hypothèses gra 
tuiles, mais bien de faits positifs et bien constatés, seront le guide 



(i) Nivellement des rouies liatlcfiales et départementales (Mémoires de J;i 
Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille, i844- 1 845). 



( 101 ) 

le plus sur qu'on pourra suivre pour la découverte des matériaux 
de construction, des amendements et aussi pour le creusement des 
puits destinés à absorber les eaux de la surface ou à procurer cet 
élément si essentiel aux usages domestiques ainsi qu'aux indus- 
tries de toutes sortes qui font la richesse du pays. Les agricul- 
teurs surtout pourront tirer le plus grand profit des renseigne- 
ments qu'elles fournissent, non-seulement pour améliorer leurs 
terrains au moyen des amendements, mais aussi pour perdre dans 
des puits absorbants les eaux provenant de l'assèchement du sol 
par le drainage. Notre carte est encore pratique en ce sens que 
chaque teinte réprésentant en quelque sorte une seule et même 
roche, les limites qui s'y trouvent tracées sont aussi les lignes de 
démarcation d'une série de zones dans chacune desquelles existent 
des terrains possédant, toutes choses égales d'ailleurs, les mêmes 
qualités, les mêmes propriétés inhérentes à la nature du sous-sol. 
Ces données sont complétées par les coupes géologiques qui indi- 
quent l'épaisseur des couches superficielles dont l'influence se fait 
sentir sur la végétation jusqu'à une certaine profondeur, soit en 
retenant les eaux pluviales, soit en les laissant filtrer avec trop de. 
facilité. — La carte et les coupes combinées permettent en un mot 
de définir aussi exactement et aussi complètement que possible les 
propriétés d'un terrain quelconque , ses ressources agricoles, et 
par suite, les cultures qui peuvent le mieux y réussir. 

On remarquera que plusieurs coupes se croisent quelquefois au 
même point. Si je n'avais eu pour objet que de donner une idée 
générale de l'allure et de la disposition relative des diverses cou- 
ches superposées, j'aurais pu certainement réduire le nombre de 
ces coupes ; mais ce n'est pas sans raisons que j'ai été porté à les 
multiplier ainsi. — D'abord j'ai eu l'avantage d'y faire figurer les 
résultats d'un plus grand nombre de sondages; puis j'ai facilité 
les moyens d'en construire une infinité d'autres; car si l'on ima- 
gine un plan vertical transversal à plusieurs profils , on aura à 
chaque point d'intersection des données suffisantes pour la cons- 
truction d'une nouvelle coupe suivant ce plan. Ainsi les profils 



( 102 ) 

joints à la carte géologique ne sont pas seulement utiles aux loca- 
lités par lesquelles ils passent, mais ils peuvent encore être facile 
ment rendus applicables aux localités voisines. 

L'échelle des coupes pour les distances est la même que celle 
de la carte (gâ^) ; mais pour les hauteurs j'ai dû adopter une 
échelle beaucoup plus grande ; autrement les inflexions du sol, 
les épaisseurs des couches et l'inclinaison des parois des bassins 
qui les renferment, auraient été insensibles et inappréciables. Une 
échelle de —^ (1 millimètre pour 4 mètres) m'a paru la plus con- 
venable pour les hauteurs. 

La coupe N.° 1 de Tournai à Douai montre le terrain tertiaire 

systèmes ypresien et landenien] compris clans une dépression du 

terrain crétacé qui lui-même repose sur le terrain houiller et sur 

le calcaire bleu. — Les forages d'Orchies, de Flincs et de l'Escar- 

pelle y sont indiqués. 

La même série est représentée sur les coupes N. os 2, 4, 5, 6 et 
7 où l'on voit les deux bassins tertiaires au nord et au sud du 
plateau crayeux qui traverse l'arrondissement de Lille, ainsi que 
les sondages de Lys-lez-Lannoy, Orchies, Yrcd , Auberchicourl, 
Bmerchicourt (coupeN.°2, nord-sud, par Orchies) ; Tourcoing, 
Wasquehal , Fives , Wattignies , Scclin , Camphin , Courrières 
;N.°4, de Tourcoing à Seelin) ; Halluin, Roncq, Bondues, La 
Magdcleine, Lille, Wattignies, Scclin, Oignies(N.°5, d'Oignies à 
Scclin, Lille et Menin) ; Marquette, Lille, l'EscarpelIe (N.° 6, de 
Wervick à Lille , Mons-en-Pévèle et BruncmonD ; Lomme , Tem- 
pleuve, Orchies, Warlaing(N.° 7, de Warlaing à Orchies, Tem- 
pleuve cl Pérenchies). — La coupe N.° 6 est la plus étendue : elle 
traverse le département depuis Wervick sur la Lys jusqu'à Brune- 
mont sur la Sensée. — On y remarque la colline de Mons-en- 
Pévèle et l'éminence sableuse de Cantin dans l'arrondissement de 
Douai. 

La coupe N.° 3 est dirigée de l'Ouest à l'Est par Mons-en- 
Pévèle et porte les forages de Thumeries et d'Orchies. 

Celle N.°8 (d'Estaires à Bouvines) a sensiblement la mèmedirec- 



( 103 ) 
lion que la précédente; on y voit figurer le forage d'Estaires. 

Les coupes N.° 12 (de Bauvin à Armentières) et N.° 13 (de Mai - 
quillies à Eanetières) donnent des détails sur les environs <!<> 
Fouines et d'Ennetières-en-Weppes. Les forages d'Armentières et 
de Marquillies s'y trouvent indiqués. 

Enfin, les profils N.° 9 (de Watten au Mont-Noir), N.° 10 (d'Ha- 
zebrouck à Cassel et à Dunkerque), N.° 11 (de Gravelines à Cassen, 
N.° U (du Mont-des-Chats h Merville), N.° 15 (de Watten à Dun- 
kerque), N.° 16 (de Saint-Momelin à Ghyvelde),N.° 17 (de Wittes 
à Cassel) , et N.° 18 ( d'Estaires à Bailleul ) , traversent en divers 
sens les arrondissements d'Hazebrouck et de Dunkerque et mon 
trent les systèmes bruxellien, tongrien et diestien du Mont-Cassel, 
du Mont-des-Chats et du Mont-Noir. — La teinte dominante dans 
toutes ces coupes est celle de la glaise ypresienne dont les affleu- 
rements sont si fréquents et si étendus dans cette partie du dépar- 
tement du Nord. Il n'y a que les forages d'Estaires, de Bailleul 
et d'Hazebrouck (coupes N. os 10 et 18) qui indiquent la profondeur 
du sable landenien et celui de Merville (coupe N.° 14) qui montre 
l'épaisseur des terrains supérieurs à la craie. — Les sondages entre- 
pris à Cassel et à Dunkerque pour recherche d'eau sont aussi 
représentés sur les profils N. os 15 et 17. 

On conçoit de quelle utilité peuvent être ces coupes , quand 
on veut se procurer de l'eau pour un usage quelconque ou quand 
on veut connaître les chances d'obtenir une source jaillissante en 
un lieu déterminé. 

Il existe dans la Flandre plusieurs niveaux d'eau correspondants 
aux diverses couches perméables de la série géologique. Il est 
facile de les énumérer en partant du sommet de l'échelle et des- 
cendant jusqu'aux profondeurs les plus grandes que les sondages 
aient atteintes. Seulement , pour qu'une couche perméable soit 
aquifère, il est nécessaire qu'elle repose sur un banc imperméable 
ou moins perméable qu'elle. C'est cette condition qui détermine 
les niveaux des nappes d'eau souterraines que nous allons passer 
en revue. 



( 104 ) 

Lb sable argileux du limon , quand il est superposé à la glaise, 
peu! donner des sources, et c'est soin eut en cflel dans ce terrain 
qu'on prend l'eau pour les usages domestiques. Nous pourrions 
citer pour exemples les environs de Moncheaux , la Neuville en 
Phalempin, Capelle, Orchies, Bachy, Croix, Eoubaix, Tourcoing, 
.Moineaux, Bondues , Comines, Armentières, Meteren. Cacslrc, 
llondcghcm et une foule d'autres localités. 

Le limon étant d'une nature argilo-sablcuse, se laisse difficile- 
ment pénétrer par les eaux pluviales dont une partie s'écoule à la 
surface du sol ou s'échappe par évaporation après avoir pénétré à 
une faible profondeur. La lenteur de la liltration à travers l'argile 
qui justifie les travaux de drainage pratiqués dans ces sortes de 
terrains, s'oppose donc à ce que le sous-sol reçoive toutes les eaux 
qui tombent à la surface. D'un autre côté , la faible épaisseur du 
limon augmente encore la perte occasionnée par la chaleur solaire. 
Aussi l'eau qu'on rencontre à ce niveau n'est-elle jamais très 
abondante. 

Un deuxième niveau est donné par les sables diestiens du sommet 
deCasscl.La glaise tongrienne qui les supporte, retient en effet les 
eaux dans ces sables ou viennent puiser la plupart des puits 
domestiques du hourg. Ce niveau est indiqué par plusieurs sources 
qui se font jour autour de la montagne, vers le plan de séparation 
des systèmes tongrien et diestien. 

Le puits delà gendarmerie de Cassel indique un troisième niveau 
compris entre la glaise tongrienne et l'argile sableuse glauconifère 
et compacte qui se trouve à la base du même étage. 

Un quatrièmeniveau existe entre les sables bruxclliens et laglaisc 
\ pi csienne et produit les sources de la Pccnc-Becque à Cassel, de 
la Yliete-Becque ou du ruisseau de Poperinghc, au pied du Mont- 
dcs-Chals , de la Marque à Mons-cn-Pévèlc et les fontaines du 
Mont-Noir dont les eaux sont amenées à Baillcul. 

Le sable landenien reposant sur des sables argileux et sur des 
argiles très-compactes qui existent à la hase de la formation ter- 
tiaire, donne lieu à un cinquième niveau qui alimente un grand 



( 105 ) 
nombre de machines à vapeur, notamment celles de Tourcoing 
et de Roubaix. 

Vient ensuite le sixième niveau , celui de la craie , qui doit être 
l'objet d'une courte observation. Quoique la craie soit supportée 
par une couche de marne ou d'argile marneuse imperméable 
(dièves du système nervien), l'eau peut cependant ne pas s'y trou- 
ver partout au même niveau. Cette roche jouit bien d'une cer- 
taine porosité qui lui permet d'absorber les eaux de la surface ; 
mais elle n'est pas perméable à la manière du sable dont toutes 
les parties, indépendantes les unes des autres , laissent entre elles 
des interstices qui donnent à l'eau un facile accès. La craie forme 
au contraire des massifs puissants, sillonnés à la vérité par de 
nombreuses fissures qui communiquent entre elles plus ou moins 
directement. Quand un puits rencontre une ou plusieurs de ces 
fissures, on peut obtenir de l'eau en plus ou moins grande quantité; 
mais il peut arriver aussi qu'il n'en traverse aucune et qu'il y ait 
absence de sources. Aussi arrive-t-il quelquefois qu'après avoir 
pénétré à une certaine profondeur dans la craie , on se décide à 
pousser en divers sens des galeries horizontales qui recoupent des 
fentes d'où l'eau afflue en assez grande quantité pour l'usage au- 
quel on la destine. Beaucoup de machines à vapeur prennent leurs 
eaux dans la craie , entr'autres celles de Lille , Wazcmmes , 
Armentières , Seclin , La Bassée , Douai , Aniche , etc. 

Au-dessous des dièves, on rencontre quelquefois dans des loca- 
lités très-circonscrites, comme aux environs d'Anzin par exemple, 
des sables et des graviers aacheniens où s'accumulent des masses 
d'eau considérables retenues par les glaises du même étage. Ces 
masses d'eau forment des espèces de grands lacs souterrains qui 
font désigner par le nom de torrent les terrains qui les renferment. 
C'est là un septième niveau. 

Enfin à une profondeur plus grande , on peut trouver un hui- 
tième niveau dans le calcaire bleu dont les assises sont superposées 
aux schistes imperméables du système dévonien. Ce calcaire ayant 
été soumis à de violentes secousses, est crevassé, fendillé en diver 



( 106 ) 
sens, et peut par suite renfermer de l'eau. Mais on doit lui appli 
quor l'observation que nous avons faite ci-dessus relativement à la 
craie, à savoir qu'il est impossible de prévoir si nn forage pra 
tiqué en tel ou tel point dans le calcaire amènera la découverte 
d'une source plus ou moins abondante , et que par conséquent, la 
réussite d'une semblable entreprise est pour ainsi dire subor- 
donnée aux chances du hasard. Toutefois nous devons dire que 
plusieurs sondages exécutés à Lille par M. Degousée , et poussés 
jusque dans le calcaire bleu, ont été couronnés d'un plein succès. 
Nous reviendrons plus tard sur ces sondages qui , pour la plupart 
ont même donné des eaux jaillissantes. 

En général , plus une couche aquilere est profonde , plus la 
quantité d'eau qu'elle est susceptible de fournir est considérable. 
On le conçoit facilement. Les couches calcaires , argileuses et sa- 
bleuses qui font partie des diverses formations géologiques, étant 
disposées en forme de bassins emboîtés les uns dans les autres, et 
les eaux de la surface s'infiltrant par les affleiircmenfs des couches 
perméables, il est clair que ces couches sont susceptibles de re- 
cueillir une quantité d'eau d'autant plus grande qu'elles sont plus 
anciennes ou que leurs affleurements sont plus éloignés du centre 
des bassins, et conséquemment plus développés. Par suite de la 
même disposition , il y aura en général d'autant plus de chance 
d'obtenir de l'eau jaillissante qu'on ira la chercher à une plus 
grande profondeur, puisque l'affleurement du terrain qui la recè- 
lera , se trouvera à un niveau relativement plus élevé que ceux 
d'un âge plus moderne. C'est ce qui explique un fait qui a dû 
frapper les industriels de l'arrondissement de Lille, savoir: 
l'insuffisance des eaux extraites des sables tertiaires , comparât! 
vement à celles de la craie. Aussi ne fait-on usage, aux environs 
de Roubaix , que de machines à vapeur à haute pression , tandis 
qu'à Lille, celles à moyenne pression qui exigent plus d'eau pour 
condenser la vapeur, sont en grande majorité. 

Nous avons négligé de mentionner dans l'énumération des diffé- 
rentes sources, celles qui peuvent exister dans la partie inférieure 



( 107 ) 

du système bruxellièn (Mons-en Pévèle) ; dans le système ypresien 
(Roncq , hameau de la Rousselle) ; dans le système landenien infé- 
rieur (Willems) , ou même dans les dièves du système nervien 
(environs de Cysoing). Ces sources sont ordinairement peu impor- 
tantes et doivent leur existence aux alternances de veines per- 
méables et imperméables qjiusjcprésentent quelquefois au milieu 
de ces étages. 

II y a dans la Flandre française plusieurs puits artésiens qui 
donnent de l'eau jaillissante. Ces puits sont creusés dans le cal- 
caire bleu à Lille et à Wazemmes, et dans la craie à Wasquehal, 
Marquette, Wambrechies et Merville. 

Les eaux de la .craie s'élèvent à 1 mètre environ au-dessus du 
sol dans ces localités. Chez M. Lcnssen , distillateur à Wambre- 
chies , le produit de la source n'était que d'un hectolitre par mi- 
nute au niveau du sol, parce qu'une partie de l'eau s'échappait 
par des fissures latérales; mais on a doublé ce produit en abaissant 
le niveau d'eau jusqu'à 06 mètres de profondeur pour éviter les 
déperditions. M. Degousée a trouvé aussi des eaux fortement 
jaillissantes dans la crai-e-à-Vred (à-25-mètres de profondeur) et à 
Marchiennes (à 32 mètres). 

C'est cet habile sondeur qui a dirigé les forages de l'Hospice- 
Général, de l'Esplanade et de l'Hôpital-Militaire de Lille en 1839, 
1840 et 1841 (1). 

A l'Esplanade le calcaire bleu a été rencontré à 85 mètres 45 
et la principale nappe à 108 mètres 30. L'eau a jailli de m 60. 
Le volume débité par minute était de 2 litres à cette hauteur et de 
40 litres au niveau du sol. 

A l'Hôpital-Mililaire , on a atteint le calcaire à 69 mètres 75 et 
la nappe jaillissante à 107 mètres. L'eau s'est élevée à une hau- 



(i) Le premier à iSo l/, ,6o de profondeur el a coûté 8,000 fr. ; le second a 
i4i ,u ,5o et a coûté 6,427 fr. ( 160 jours de travail; approfondissement moyen : 
o ln ,70 par jour). Enfin le troisième a été poussé à i20 m ,3o moyennant 6,î5o fr. 
(10,2 jours de travail ; approfondissement journalier moyen : o ra ,6s ). (Degousée, 
Guide du Sondeur, p. 446. ) 



! 108 ) 

leur «le 2 mètres /4.O. \ 2 mètres 38 le produit de la source était 
de 1 litre, par minute et de 4 hectolitres au niveau du sol. 

Voici les coupes de ces deux forages extraites de notes qui 
m'ont été communiquées par M. Degousée : 



Landenien 
inférieur. 



Terrain 
< rétacé. 



ESPLANADE. 

- — 9 0m 

Sables argileux verdâtres 10 

Craie blanche et silex à la partie inférieure 32 

(Grande nappe d'eau delà craie à 48,30.) 
Craie marneuse grise avec silex a la partie supé- 

rieure seulement 24 

Dièves chargées de grains de silicate de fera la 

base r.. 11 

Conglomérat à ciment argilo-caloaire, gris, jaune, 

verdàtrc, avec beaucoup de noyaux de quartz. 
Calcaire carbonifère plus ou moins cohérent pre- 
nant quelquefois une texture lamellaire 30 



Allnvions 
modernes. 



Landenien 
inférieur. 



Terrain 

crétacé. 



65 



05 



121 50 

HOPITAL-MILITAIRE.^ 

Terrain rapporté 1 00 

Argile sableuse jaune 1 00 

Tourbe pyriteuse 50 

Argile sableuse jaune sale 2 00 

Sable jaune argileux avec fragments de craie. . . 90 

Sables quart/eux légèrement cimentes d'argile. . 2 10 
Craie blanche sans silex , fort tendre , impureà la 

partie supérieure 15 00 

Idem avec silex noirs 14 00 

Craie marneuse grisâtre plus ou moins dure 21 00 

Dièves ■ 11 85 

Conglomérat avec beaucoup de noyaux de quartz 40 

Calcaire carbonifère plus ou moins cohérent. . . . 50 55 



120 30 



.e forage pratiqué, en 1839, dans la blanchisserie dcM. mf veuve 



( 109 ) 

Selby, cour du Beau-Bouquet à Lille, a 100 mètres de profondeur et 
pénètre de 20'" environ dans le calcaire. La source jaillit à 2 mètres 
au moins au-dessus du sol et débite 6G litres par minute à 1 mètre 
de hauteur. 

Un résultat analogue avait été obtenu à peu de distance de là 
dans la brasserie de M. Vandame, sise rue du Gros-Gérard. 

Il est remarquable que l'eau de ces sondages n'est nullement 
calcaire et dissout par suite très-bien le savon. Elle est au con- 
traire légèrement alkaline, et quand on la reçoit dans un verre à 
sa sortie du trou de sonde, on la voit se troubler presqu'instan- 
tauément par suite du dégagement de petites bulles de gaz acide car- 
bonique. L'eau de l'Hôpital-Militaire, évaporée à sec, a laissé un 
résidu de l décigrammc par . litre consistant presqu'entièrement 
en bicarbonate de soude et en chlorure de sodium. 

En 1830, la ville de Bailleul a fait faire un sondage dans l'es- 
poir de trouver de l'eau jaillissante; ce sondage exécuté sous la 
direction de M. Flachat , n'a pas réussi , bien qu'il ait atteint le 
sable landenien au-dessous de la glaise. Du reste , ce résultat n'a 
rien de surprenant et on peut même prédire à l'avance qu'une 
entreprise de ce genre n'aurait aucune chance de succès dans cette 
commune , quand même on sonderait jusque dans la craie. En 
effet, à Merville(cote 17), l'eau de la craie ne s'élève qu'à 1 mètre 
au dessus du sol. Si donc on se porte à Bailleul , à la cote 44, il 
est très-probable que dans le cas où on rencontrerait les mêmes 
sources qu'à Merville, le niveau d'eau se maintiendrait à la pro- 
fondeur de 26 mètres. 

Il est certaines localités où la découverte de l'eau douce en 
suffisante quantité pour l'alimentation domestique ou pour le ser- 
vice des chemins de fer serait extrêmement importante, en suppo- 
sant même que l'eau ne s'élevât pas jusqu'à la surface du sol. Ainsi, 
à la station de Cassel , par exemple , on a foré sans succès jusqu'à 
92'". de profondeur, et à Dunkerque on a été jusqu'à 117 mètres. 
Les résultats des sondages qui ont été exécutés dans la plaine 
d'Hazebrouck combinés avec la distance et la direction des affleu 



( no ) 

rements sableux et crayeux au midi, pourront peut-être nous 
conduire à former quelques conjectures assez plausibles sur la 
profondeur probable du sable landenicn ou de la craie à Cassel et 
à Dunkerque. — Je remarquerai d'abord qu'une ligne droite tirée 
de Merville à Hazebrouck va passer précisément par la station de 
Cassel, et que le forage delà féculerie Houvenaghel à Hazebrouck 
est à très-peu près à égale distance de cette station et du village 
de Merville. — La surface de la plaine aux environs d'Hazebrouck 
étant moyennement à la cote 20, si l'on jette un coup d'œil sur les 
coupes des forages de Merville et d'Hazebrouck (pages 38 et 40 ), 
on reconnaîtra que le sable landenicn existe à Merville à 31 m et à 
Hazebrouck à 80'" au-dessous du niveau de la mer. Si donc l'in- 
clinaison de la surface sableuse n'augmente pas entre Hazebrouck 
et Cassel , on peut prévoir qu'en ce dernier point le sable se trou 
verait à (80 x 2) — 31 = 129 au-dessous du même niveau ou à 
1G8 m de profondeur, la station de Cassel étant à la cote 39. 

Maintenant si l'on observe qu'une droite allant d'Aire à Moulle 
(Pas-de-Calais) représente assez bien la direction de l'affleurement 
des sables landeniens ou des bords du bassin dans lequel est dé- 
posée la glaise ypresienne et que la ville de Dunkerque se trouve 
à une distance de cet affleurement 2 fois plus grande que la station 
de Cassel , on arrivera à cette conclusion que la profondeur du 
sable au-dessous du niveau de la mer serait à Dunkerque de 
<29x 2 = 258 mètres. Toutefois cette profondeur peut être con- 
sidérée comme un maximum ; car en Angleterre où la glaise 
ypresienne est très-développée , on n'en a pas traversé plus de 
700 pieds. 

Voici la coupe du sondage qui a été entrepris à Dunkerque 
eu 1836 : 



Sable 
Je mer. 



Système 
Ypiesien. 



( 111 ) 

Terrain rapporté 20 pieds 

Sable fluide 20 

Sable avec coquilles analogues à celles 
vulgairement connues sous le nom 
de St.-Jacques et renfermant des 
veines très-minces de limon va- 
seux 23 

Sable mouvant de couleur noirâtre. . 15 
Sable mouvant jaunâtre, mélangé de 

coquilles brisées 17 

Sable noirâtre aussi mêlé de coquilles. 1 3 

Glaise compacte 242 

On y a trouvé quelques petits cailloux 
à la profondeur de 314 à 320 pieds. 

Profondeur totale 350 p 



66 

66 



7 


GG 


5 


00 


5 


GC 


4 


33 


80 


<y> 


110' 


■63(1) 



Il peut être utile de mettre en regard de cette coupe celle du puits 
creusé à Calais eu 1844 par M. Mulot : 

( Sable et gravier rapportés 3 m 00 

Sables ,) sable gris , jaune , bleuâtre , avec coquilles et 

Je mer. / 

\ débris végétaux 20 30 

( Argile brune sableuse 50 

Système ; Cailloux roulés avec veines d'argile ( gros 

laiidenien. j silex) 2 65 

f Argile brune sableuse 6 25 

A reporter 32 70 



(i) On peut remarquer que la profondeur h laquelle on a commencé à rencontrer 
la glaise , coïncide avec la partie la plus profonde de la pleine mer en face de 
Ounkerque (a» brasses de 5 pieds ou 110 pieds). Ce forage a été entrepris par 
un nommé Chartier de Lille. La dépense totale a dépassé 8,000 francs. — Le prix 
était fixé à 12 fr. par pied jusqu'à 100 pieds de profondeur, à 17 francs de 100 à 
»5o pieds , et à so fr. au-delà. — Dans le cas où on aurait rencontré un banc de 
roche , le forage à travers cette roche devait être payé à raison de 3o IV. par 
pied. — Le sieur Chartier devait fournir avec la main-d'œuvre tous les outil s, 
coffres, etc., nécessaires pour contenir les terres et tuber le tuyau d'»B- 
cension. 



Système 
landenieri 

(suilc). 



Système 
sénonien. 



Système 
nervien. 



Système 
hervien 
(Gault cl 
Greensaïul 
inférieur ) 

Système 
calcareux 
supérieur. 
(Calcaire Je 
Tournai.) 



l Mi ) 

lteport 32 70 

Sable verdàtre argileux 35 

Sable vert avec pyrites 2 70 

Cailloux roulés très-gros 1 10 

Sable gris verdàtre 10 00 

Sable gris très-lin 5 20 

Argile sableuse — 55 

Sable aggloméré avec pyrites 30 

Sable argileux i 80 

Argile sableuse compacte avec pyrites 3 30 

Argile brune sableuse très-dure 9 00 

Sable gris verdàtre argileux 3 30 

Argile brune sableuse 2 40 

id. avec silex 25 

Craie blanche friable 8 05 

id. avec silex épars 83 45 

Craie grise avec silex 4 15 

Alternances de marne et de calcaire siliceux 

gris bleuâtre très-dur avec pyrites 122 30 

(Fortes toises, bleus, dièves). 

Id. marnes de couleur plus foucéc 15 29 

Marne glauconieuse (Tourtia) 90 

Argile brune micacée 4 95 

Argile à grains verts avec pyrites de fer l 05 

Argile brune avec grains de iiuarlz et pyrites. 1 80 
Grès à grains fins très-durs avec points verts 

de silicate de fer ■ — 5 81 

Calcaire carbonifère gris compacte 26 16 



346 86 



II est à remarquer qu'ici les sables landeniens ne sont pas pré- 
servés des infiltrations des eaux de la mer par une couche d'argile 
suffisamment épaisse et imperméable, de sorte que l'eau de ces 
sables doit être saumâtre à peu de distance de la côte. Il pourrait 
en être de même (U'^ eaux de la craie dont les falaises sont bat- 
tues par les flots entre Sangatte et Wissanl. — On voit d'ailleurs, 



( 113) 
en comparant les forages de Dunkerque et de Calais, que ces deuv 
villes ont des situations toutes différentes au point de vue géolo- 
gique et que, si à Calais on en est réduit à courir la chance de 
rencontrer une crevasse dans les couches de calcaire bleu, on peut 
à Dunkerque trouver l'eau dans le sable landenien ou dans la 
craie comme aux environs de Londres où sont creusés une quan- 
tité de puits artésiens dans l'une ou l'autre de ces formations. Les 
fontaines de Trafalgar square, à Londres, sont alimentées par les 
eaux de la craie qu'on a rencontrée à une profondeur de 450 p. 
Leur niveau s'établit à 50 p. du sol, et des pompes mues par la 
vapeur ('élèvent jusqu'à une hauteur déterminée. Admettons qu'a 
Londres l'épaisseur moyenne des terrains à traverser pour atteindre 
la craie soit de 500 pieds (1). L'affleurement de la craie, ou plutôt 
la ligne de séparation entre la craie et le terrain tertiaire passant 
à 20 kilomètres au sud de cette capitale, tandis que la distance de 
Dunkerque au prolongement de la môme ligne dans le Pas-de-Calais 
est de 35 kilomètres environ , il en résulte que la profondeur de la 
craie à Dunkerque serait, proportion gardée, de 875 p. ou de 292'". 
En extrayant de ce nombre la puissance des couches du système 
landenien qui est au plus de 55 m , on obtient pour l'épaisseur pro 
bable des terrains supérieurs au sable sous la ville de Dunkerque 
le chiffre de 237 m . qui s'éloigne peu de celui que nous avons cal- 
culé précédemment d'après d'autres considérations. Sans doute 
ces calculs n'ont rien de bien précis ; mais ils suffisent néanmoins 
pour donner une idée assez exacte de la profondeur à laquelle il 
serait possible de trouver de l'eau douce à Dunkerque. En admet- 
tant une profondeur moyenne de 250™ jusqu'au sable landenien, 
la dépense d'un forage exécuté à la journée d'après les prix de 
M. Degousée s'élèverait à une vingtaine de mille francs. Cette 
question présentant un certain intérêt pour la ville de Dunkerque, 
j'ai cru devoir lui consacrer quelques lignes qui peut-être ne seront 
pas perdues pour l'avenir. 

(i) La profondeur de la craie aux environs de celte capitale varie de soo à 
6oo pieds. (Lyell, Eléments de Géologie , page 36o.) 

8 



( 1H ) 

QUATRIÈME PARTIE. 



DOCUMENTS STATISTIQUES. PRODUITS ET CONSOMMATIONS. 



MINES. (1) 

Les seules mines exploitées dans la Flandre française sont 
celles d'Azincourt, d'Anicbe et de l'Escarpelle, 

Ces dernières ont été concédées par décret du Président de la 
République, en date du 27 novembre 1850. (2) Elles sont donc 
toutes récentes et n'ont pas encore donné lieu à une exploitation 
bien active. Une seule fosse, la fosse Sotjer , a servi jusqu'ici à 



(i) 11 n'entre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé de faire une 
description détaillée de l'exploitation des mines de houille , ni même d'envisager 
le terrain liouiller au point de vue de l'allure et de la configuration des différentes 
couches. Une étude semblable exigerait à elle seule un volume et rentre d'ailleurs 
dans la topographie souterraine qui s'exécute en ce moment à Valenciennes sous 
les auspices de l'administration. Nous nous contenterons de donner un aperçu 
Irès-succinct sur l'importance de ces mines et sur les produits qu'on en retire. 

(a) « 11 est fait concession à la compagnie de la Scarpe , constituée par acte 
notarié du 4 février 1847 et représentée par les sieurs Eugène Soyer, Marc Douai, 
Amable Deleau , Clément Courtois, Charles-Martin Taverne et Jules Baralle, 
des mines de houille comprises dans les limites ci-après définies sur les communes 
de Douai, Hers, Haches, Roust-Warendin , Raimbeaucourt , Monchcaux , Thu- 
meries , Ostricourt, Auby, Lauwin-Planque , Cuincy (dép. 1 du Nord), et sur les 
communes d'Evin, Coureellcs et Le Forest (dép. du Pas-de-Calais). Cette conces- 
sion qui prendra le nom de Concession de l'Escarpelle, est limitée conformément 
au plan annexé au présent décret ainsi qu'il suit : au Sud-Est par la rive droite 
de l'ancien cours de la Scarpe à partir du point m où elle est coupée par une droite 
j oignant le clocher de Courrières au beffroi de Douai jusqu'à l'axe du pont de Raches 
( point n), puis par l'axe de la route nationale de Douai à Lille jusqu'au point;; Je 



( 115 ) 

extraction , sa profondeur est de 203 métrés. Une machine à 
vapeur de 30 chevaux y est établie pour élever les tonneaux de 
houille et épuiser les eaux. Cette fosse a traversé quatre couches 
de houille de m 55 à 2 m de puissance qui sont inclinées vers 
l'ouest de 16 degrés environ. L'épaisseur exceptionnelle de ces 
couches ne s'est pas maintenue et n'était duc qu'à un renflement 
lout-à-fait local. Une galerie de recherche a été dirigée, en effet , 
sur une longueur de 500 mètres vers le nord-ouest, dans une 
veine régulière de m 20 au plus. C'est ce qui a décidé la compa- 
gnie à faire creuser un nouveau puits au nord-ouest du premier, 
près delà station de Leforest. Ce puits est sur le point d'atteindre 
le terrain houiller. La mine de l'Escarpelle occupe 170 ouvriers , 
dont 1/|.0 à l'intérieur et 30 à l'extérieur, et produit annuellement 
216,000 quintaux métriques ou 240,000 hectolitres de houille 
demi grasse , semblable à celle des fosses de la Renaissance, 
Saint-Louis, etc., à Aniche. La valeur de ce produit est de 240, 000 
francs. 

La concession d'Aniche a été définitivement limitée par arrêt 
du Directoire exécutif en date du 4 messidor an V (1). Elle a une 



son intersection avec une droite tirée du clocher de Radies à celui de Wahagnies ; 
au Nord-Est, à partir du point p par ladite droite jusqu'au point r où elle 
est coupée par une autre droite alignée sur le clocher d'Evin-Malraaison et sur 
celui de Courcelles ; au Nord-Ouest, à partir du point 7' par cette dernière droite 
prolongée du côté du Sud jusqu'au point S où elle est rencontrée par la ligne joi- 
gnant le clocher de Courrières au beffroi de Douai ; au Sud-Ouest à partir du 
point s par cette dernière ligne droite jusqu'au point de départ m situé sur la 
Scarpe; lesdites limites renfermant une étendue superficielle de 47 kilomètres 
quarrés 21 hectares. n ( Extrait du décret de concession.) 

(1) Les étendues de terrain concédées successivement au marquis de Traisnel 
par arrêts du 10 mars 1774 et du a5 septembre 1779 , ont été réduites à 6 lieues 
carrées, conformément aux dispositions de la loi de 1791 sur les mines et leurs 
limites fixées comme suit : A l'Est par la chaussée de Marchiennes à Bouchain , 
depuis Marchiennes jusqu'à 4Go toises au midi de la rive droite du vieux chemin 
qui conduit de Douai à Valenciennes ; au midi par une ligne qui de ce dernier 
point se dirige sur le clocher d'Erchin , puis sur celui de Brebières jusqu'au che- 
min de Douai à Arras ; à l'Ouest par ledit chemin d'Arras h Douai jusqu'à cette 



(116 ) 
étendue de 11,850 hectares. On y connaît 22 couches de houille , 
dont 13 de charbon sec (Fosses Renaissance et Saint-Louis) et 9 de 
charbon gras (Fosses Fénélon et d'Aoust). Les anciens puits de la 
compagnie d'Aniche qni sont situés au sud des puits actuels ne 
produisaient que des charbons gras. Ils ont traversé 26 couches 
plus ou moins exploitables qui sont comprises entre celles d'Aziu- 
court et celles des fosses d'Aoust et Fénélon ; mais il est probable 
que ces 26 couches ne sont pas toutes distinctes et que les mêmes 
veines se reproduisent plusieurs fois par suite du renversement 
du terrain au midi. Leur épaisseur varie de 0'" 30 à 1'" ; 
moyenne , m 55. Il n'y a que 10 veines dont la puissance 
soit supérieure à cette moyenne. On n'exploite à Aniche que 
14 couches qui ont de U"' 35 à m 80 de. puissance , savoir : 
5 à la Renaissance , 5 à Saint-Louis et 4 aux autres fosses 
L'inclinaison de ces couches va en augmentant du nord au 
midi. A la Renaissance, elles penchent de 30 degrés au sud ; à 
Saint-Louis, de 35 ; à d'Aoust , de 42 ; et à Azincourt , elles se 
redressent et se renversent même au-delà de la verticale de ma 
nière à incliner toujours au midi. Leur direction peut varier beau- 
coup d'un point à un autre. Toutefois , en les considérant dans 
leur ensemble et les suivant sur une assez grande longueur , on 
remarque qu'elles courent moyennement de l'E.S.E. à l'O.N.O. 
A la Renaissance, la direction moyenne reconnue sur 1,500 
mètres de développement est de E. 13° S. à O. 13° N. Dans 
l'ancienne exploitation d'Aniche, où les veines de houille ont été 
explorées sur une étendue de 4,500 mètres , elle a été trouvée de 
E. 20° S. à O. 20° N. C'est la direction générale du bassin à la 
hauteur d'Aniche. Les couches de charbon sec exploitées aux 
fosses de la Renaissance et Saint-Louis ont une allure très-régu- 
lière qui n'est interrompue dans un intervalle de 1,500 mètres 



dernière ville et de ee point en suivant la rive droite de la Scarpe jusqu'au Pont 
à^Raches ; an Word , en suivant la vive droite du l'ont-à-Raclies jusqu'à Mar- 
chiennes, 



( 117 ) 

que par deux petits crains ou étranglements de 6 à 8 mètres 
d'épaisseur ; mais le faisceau de houille grasse qui se trouve plus 
au sud est beaucoup plus accidenté. A d'Aoust notamment, il est 
fréquemment traversé par des failles dans le sens de la direction 
et de l'inclinaison. Cette irrégularité est encore plus sensible à 
Azincourt et dans les anciennes mines d' Aniche qui, pour cette 
raison , n'ont jamais été très-productives. 5 puits |d'extraction 
d'une profondeur maximum de 350 mètres sont desservis par 5 
machines dont la force totale est de 206 chevaux. 716 ouvriers, 
dont 545 à l'intérieur, reçoivent 348,000 fr. pour 195,000 jour- 
nées. La production annuelle est de 1,100,000 hectolitres , dont 
680,000 de charbon demi-gras (à 1 fr. l'hectolitre) et 420,000 
de charbon maigre (à fr. 90) valant ensemble 1,058,000 fr. Ces 
charbons sont employés pour les usages domestiques, le chauffage 
des chaudières à vapeur, la cuisson des briques, etc. 

L'acte de concession des mines d'Azincourt est du 29 décembre 
1810 (1). On connaît dans cette concession, dont la surface est de 
870 hectares , 9 couches de houille dont 5 sont exploitées. 
L'épaisseur maximum de ces couches est de m 70 (veine N.° 5) , 
et l'épaisseur minimum de m 35 (veine N.° 4)- Deux puits d'ex- 



(1) « Il est fait concession des mines de houille comprises dans les limites ci- 
après définies (communes d'Abscon , Aniche , Emercliicourt et Erchin , arrondisse- 
ments de Douai et de Valencienues ), à MM. E. Lanvin , L.-J. Wacrenier, N.-V. 
Delaunc, P.-A.-F.-G. Bossut, G. Tonssin , J.-A. Toussin , P.-G. Ghiolin , A. de 
Saint-Franeau , E.-C. Grimonprez , L.-A.-C.-J. Lanvin , J. -F -M. Clieradame , 
F.-L.-C. Colombier, A.-D. Bougenier, A.-J. Leclercq, A.-N. Taigny, P.-F.-G.-B. 
Carette,L. Minguet , Cirier-Deloine , Boudard-Horris , Deparis et A. -F. De- 
plauque. Celte concession, qui prendra le nom de concession d'Azincourt est 
limitée ainsi qu'il suit : au Nord par la limite de la concession d' Aniche , depuis 
le point où cette limite rencontre la chaussée de Bouchain à Marchieiines , jus- 
qu'au clocher d'Erchin ; au Sud , par une ligne droite tirée du clocher d Erchin à 
l'intersection des chemins d'Emerchicourt à Auberchicourt et à Aniche, et par 
une autre droite menée de ce dernier point à la jonction du petit chemin d Azin- 
court avec la chaussée de Bouchain à Marcbienues ; à l'Est par ce'.'e chaussée 
jusqu'à la rencontre de la limite nord de la concession d'Amctie , point de départ. 
(Extrait de l'ordonnance de concession.) 



( HB ) 

traction et doux machines a vapeur de 30 chevaux chacune. Pro- 
fondeur maximum des travaux : 318 mètres. 282 ouvriers à l'in- 
térieur et 70 à l'extérieur, recevant un salaire de 161,100 lï. 
pour 100,700 journées. Extraction annuelle : 400,000 hectolitres 
valant 400,000 l'r. et employés à la fabrication du coke, au chauf- 
fage des chaudières à vapeur, des fours de verreries, etc. 

La production totale du bassin houiller de Valenciennes peut 
être évalué à 13 millions d'hectolitres ou 1,100,000 tonnes de 
houille (l) provenant de 84 fosses d'une profondeur maximum de 
519 mètres desservies par 87 machines dont la puissance totale 
est de 2,543 chevaux-vapeur. Le nombre d'ouvriers employés est 
de 9,400, dont 7,800 à l'intérieur. 

Ces 1,100,000 tonnes sont expédiées pour plus de moitié dans 
les départements voisins (Pas-de-Calais, Aisne, Somme, Seine, 
etc.), et il en reste dans le département du Nord de 4 à 500,000 
tonnes qui sont consommées surtout dans les arrondissements de 
Valenciennes, Douai et Cambrai. L'arrondissement d'Avesnes ne 
consomme que des charbons belges, et ceux de Lille, Hazebrouck 
et Dunkerque n'entrent pas pour plus de 1/1 e dans la consom- 
mation de houille française qui se fait dans le département. 

On concevra pourquoi les houilles de Valenciennes ne pénètrent 
que difficilement à Lille , si l'on compare leur prix à celui des 
houilles deMons. 



(i) La 


production en 


i843 a 


été de 


S5-.783 tonnes. 




en 


i844 


— 


927. '76 




en 


i845 


— 


<)45.8o3 




en 


i846 


— 


1 .o3g. 173 




en 


184? 


— 


1 . 370. 1 4 * 




en 


i848 


— 


937. 3t 2 




en 


i84o 


— 


9 o3.386 




en 


i85o 


— 


1.018.673 



Tous les bassins houille» de France réunis nul produit m iS4;, 45 millu 
<li quintaux métriques pour une consommation totale de 66 millions. 



( 119 ) 

Ces dernières valent : 

L'hectolitre sur place 85 

Au bateau 05 

Transport de Mons à Lille 25 

Droits d'entrée en France, décime compris. . . 17 

Octroi (12 centimes par quintal) 10 



Tandis que celles de Denain coûtent : 

Sur place 

Au bateau 

Transport de Denain à Lille ... 

Octroi 



L'importation y compris le transit est moyennement de 
1 ,000,000 tonnes, dont la moitié sort du département qui , par 
suite, acquiert pour sa consommation intérieure de 12 à 1,300,000 
tonnes tirées pour les 2/3 des charbonnages belges. 

II entre, en outre, par les ports de Dunkerque et de Gravelines 
une certaine quantité de charbon anglais (8,000 tonnes) provenant 
des environs de Newcastle : 3 à 4,000 tonnes sont consommées par 
les bateaux à vapeur et le reste est exporté pour la plus grande 
partie dans les colonies, après avoir séjourné en entrepôt. Il y a 
aussi une quantité d'environ 1,800 tonnes qui acquittent les 
droits et sont consommées dans la localité; mais c'est là une 
exception; car on ne consomme pour ainsi dire à Dunkerque (pie 
des houilles de Mons et d'Anzin. Voici les prix de ces divers char- 
bons rendus à l'intérieur de la ville : 



1 


42 


1 


00 





275 


. 

o 


18 
10 






1 


555 



1 120) 
Mons. 

L'hectolitre au bateau 90 

Droits d'entrée 17 

Transport par les canaux belges 40 

Octroi 18 



1 65 

Anzin. 

L'hectolitre au bateau 1 175 

Transport ... /(0 

Octroi 18 



1 755 

Bassin de Newcastle. 

Les 1 ,000 kilog. mis à bord 5 00 

Transport par mer (150 à 200 lieues) 8 75 

Assurance 10 

Entrée 5 50 

Octroi 2 20 

21 55 

Soit par hectolitre de 80 kilog 1 72(1) 

En 1850, il a été importé de Belgique 1,633,315 tonnes de 
houille e( 118,099 de coke, dont l'équivalent en charbon est de 



(i) Il faudrait en outre ajouter à ce prix les trais de magasin qui n'existent 
pas pour les autres charbons. Ou compte que la houille ie\ietil à Dunkerque de 
3 fr. à 2 t'r. 20 la razière de s hectolitres combles pesant 190 kilogrammes. 
L'hectolitre comble fait en volume 1 hectolitre et i/5. 



( 121 ) 
202,468 ; total : 1,835,783 tonnes, dont 1,046,176 sont entrées 
par Condé. Ce dernier chiffre se décompose ainsi qu'il suit : 

Chargements dirigés vers l'intérieur par l'Escaut. 463,630 

— descendant l'Escaut pour prendre la 

Scarpe 395,674 

— Id. pour prendre à 
Mortagne les eaux belges 186,872 



1,046,176 



Le reste pénètre sur le territoire français soit par le chemin de 
fer , soit par la Sambre , soit par diverses voies de terre. 

Les 463,630 tonnes qui suivent l'Escaut sont exportées en 
presque totalité hors du département, sauf 10,000 environ qui 
restent dans l'arrondissement de Cambrai. 

Quant aux 400,000 tonnes que transporte la Scarpe , elles 
s'écoulent partie dans le département , partie hors du départe- 
ment , savoir : 

Vers Lille, Wazemmes, Armentieres , etc.. 240,000 

A Douai 16,000 

A Arras 40,000 

Par le canal de La Bassée 64,000 

Sur les hords de la Deùle, entre Douai et Lille 40,000 



400,000 



Les charbons de Mons qui sortent du territoire français à Mor- 
tagne sont destinés pour la plupart aux cantons de Tourcoing , 
Roubaix , Lannoy, etc. La majeure partie rentre en France par 
le canal de Roubaix ; le reste suit la route de Tournai à Lille ou 
est dirigé vers Dunkcrque par les canaux belges. 

Les arrondissements de Lille, Ilazebrouck et Dnnkerque réunis 



( 122) 

consomment environ 500,000 tonnes de houille. La consommation 
intérieure de Lille est de 1,200,000 hectolitres, dont 500,000 
sont absorbés par les établissements à vapeur, 175,000 par di- 
verses industries et 525,000 par le chauffage domestique. Elle a 
été réduite à 1 million d'hectolitres en 1848. 

On peut admettre que la consommation moyenne de charbon 
dans la Flandre française est à peu près moitié de celle du dépar- 
tement du Nord tout entier, soit 600,000 tonnes. Les machines à 
vapeur qui entrent à peu près pour 1|3 dans la consommation 
totale sont au nombre de 537 et ont une force de 6,968 chevaux- 
vapeur. On en comptait en 1850 : 

63 dans l'arrondissement de Douai. 
460 — Lille. 

6 — Hazebrouck. 

9 — Dunkerque. 

Ces machines desservent 14 puits de mines , 254 filatures , 
7 fabriques de cardes , de broches , etc. ; 47 fonderies et ateliers 
de construction ; 37 teintureries , fabriques d'indiennes, etc. ; 81 
sucreries; 17 féculeries, distilleries ou brasseries ; 15 fabriques 
d'huile; 13 moulins à blé; 1 verrerie; 7 fabriques de céruse ; 
4 plomberies ; 2 fabriques de bleu ; 4 fabriques de produits chi- 
miques ; 5 scieries de bois ; 2 ateliers de tourneurs ; 6 fabriques 
de chicorée ; 2 imprimeries et 13 autres industries. 

MINIÈRES. 

Il n'y a qu'une seule minière de fer dans la Flandre. Elle est 
ouverte au milieu du terrain à cailloux quaternaire, sur le flanc 
sud du Monl-Cassel , près du chemin qui descend à Oxelaere (I) 

d ) C'est le sieur Gronde! , marbrier à Casse! , qui en est propriétaire. 



( 123 ) 

Cette minière est exploitée à ciel ouvert et fournit un fer hy- 
draté siliceux, en morceaux plus ou moins gros et plus ou 
moins riches, empâtés dans un mélange d'argile et de sahlc. 
4 ouvriers à 1 fr. 50 extraient 4 mètres cuhe de pierre en douze 
heures ; mais on doit faire un triage pour séparer le bon minerai 
du grès ferrugineux impropre à la fabrication de la fonte et dont 
la proportion est très-variable. On crible aussi l'argile sèche pour 
en retirer les petits fragments qui s'y trouvent disséminés. 

Ces minerais pèsent 1,500 kilog. le mètre cube et peuvent 
rendre à l'essai jusqu'à 45 p. 0|0 de fonte. Ils coûtent sur place 
4 fr. la tonne et 5 fr. rendus à la station de Cassel. Il faut comp- 
ter, en outre , 8 à 10 fr. de transport par chemin de fer de 
Cassel à Denain. Le propriétaire n'en a expédié que 468,667 kil. 
du 1 . or juillet 1849 au 31 mai 1852. 

La découverte de ce gîte date de 1849 ; mais il est douteux 
qu'elle soit d'une grande importance pour l'avenir. Les minerais 
de Cassel proviennent, suivant toute probabilité, de la destruction 
des couches tertiaires qui couronnent le sommet de la montagne. 
On observe , en effet, des grès ferrugineux semblables au Mont- 
Noir, au Mont-des-Chats et au Moulin-de-Boeschepe , soit dans 
le système tongrien, soit dans le système diestien. 

TOURBIERES. 

Les seules tourbières où l'extraction ait lieu régulièrement 
dans la Flandre française, sont celles des environs de Dunkerque. 
Chaque année pendant les mois d'avril , mai et juin, les fermiers 
font tourber une certaine étendue de terrain dont le produit est 
destiné exclusivement au chauffage domestique. Us ont ainsi 
l'avantage de niveler le sol dans les parties où il présente des 
inégalités , de l'ameublir et de l'améliorer en enlevant la tourbe 
dont les principes acides brûlent les récoltes en même temps que 
la chaleur due à la couleur propre de ce terrain. Tant que la 



( 124) 
tourbe est mouillée, les tiges restent vertes; niais dès que le 
niveau d'eau descend et laisse la tourbe à sec, les plantes se flé- 
trissent et meurent. Les terrains de la plaine de Dunkerque dont 
la superficie est en général sableuse sont trop secs en été et sous 
ce rapport, l'extraction de la tourbe a encore pour heureux effet 
de rapprocher la terre végétale du niveau d'eau et de permettre 
de lui donner plus de consistance en jetant au fond des entailles 
le sable le plus pur et en ramenant à la surface l'argile qui ordi- 
nairement recouvre immédiatement la tourbe. Enfin ce combus- 
tible procure des cendres qu'on emploie comme engrais en les 
mêlant au fumier des é tables. 

Les principales tourbières sout situées aux environs d'Uxcm 
et de Looberghe et produisent une tourbe ligneuse oii abondent 
les fragments de bois. Elles sont exploitées en vertu d'une auto- 
risation donnée par le préfet sur le rapport des ingénieurs. L'ar- 
rêté rappelle les conditions à remplir pour sauvegarder les in le 
rets de la salubrité publique , la conservation des propriétés el 
la sûreté des ouvriers. Ainsi il prescrit de faire connaître chaque 
année par une déclaration adressée à la préfecture, le point précis 
où doit s'exécuter le tourbage, de donner aux parois des excava- 
tions un talus suffisant pour prévenir les éboulements, de rem- 
blayer les entailles tourbées au fur et à mesure de l'avancement 
des travaux au moyen des couches d'argile et de sable superpo- 
sées à la tourbe et de faire en sorte que le niveau du sol après le 
remblai soit supérieur à celui des plus hautes eaux. Ces mesures 
essentielles sont strictement observées et il n'en peut être autre- 
ment. Les terrains anciennement submergés des environs de 
Dunkerque ayant été acquis à la culture par l'ouverture de canaux 
de dessèchement, il est d'un haut intérêt pour les propriétaires 
de ne faire aucune excavation permanente où les eaux puissent 
de nouveaux s'infiltrer. 

Pour que la tourbe soit exploitable, il faut qu'elle ait une 
épaisseur suffisante et qu'elle se trouve à une profondeur assez 
restreinte pour que les eaux puissent être enlevées avec facilite 



( 125) 
A Looberghe, le gîte tourbeux a 1 m. 30 c. de puissance 
moyenne et est recouvert par une épaisseur à peu près égale 
d'argile et de sable. L'extraction s'opère au moyen du petit 
louchet qui a 20 c. de longueur sur 15 c. de largeur. La briquette 
de tourbe a donc la forme d'un prisme carré de 15 c. de côté sur 
20 c. de hauteur. On s'arrange de manière à ce qu'après le 
remblai , le niveau du terrain soit abaissé de 40 à 50 c. Aussi 
est-on souvent obligé de laisser au fond de l'excavation une 
tranche de tourbe plus ou moins épaisse. Dans les conditions de 
gisement que nous venons d'énoncer, on n'enlève que 1 m. en- 
viron de tourbe (cinq fers de louchet) en ayant soin de jeter celle 
qui provient de la première tranche et qui est de mauvaise qua- 
lité. On perd donc une partie notable de la couche (50 c.) tant 
par ce qu'on rejette que par ce qu'on laisse intact dans la pro- 
fondeur. Dans une exploitation active et bien conduite, les tra- 
vaux sont disposés comme on le voit( fig. 18). Les entailles tourbées 
ont 2 m. de largeur sur 12 m. 50 c. de longueur. L'extraction a 
lieu dans l'une de ces entailles pendant qu'on remblaie l'entaille 
voisine en découvrant la tourbe sur une surface égale. Les eaux 
d'intiltration sont jetées dans une rigole qui aboutit au watergang 
le plus rapproché. J'ajouterai ;que pour prévenir la destruction 
des canaux, digues et chemins établis pour faciliter la culture 
des terres ainsi que des divers ouvrages d'art qui en dépendent , 
le règlement de police des wateringues défend d'extraire des 
tourbes à moins de 60 m. des dits canaux. On fait sécher la 
tourbe en la disposant en tas coniques sur le terrain tourbe 
l'année précédente, lequel reçoit aussi la terre végétale qui re- 
couvrait le sol de la nouvelle exploitation. De sorte qu'une terre 
soumise au tourbage reste improductive pendant deux ans. 
Huit ouvriers, dont deux tourbeurs et trois remblayeras à 2 fr. 
par jour, un brouetteur à 1 fr. 50 c. , un chargeur à 75 c. et un 
arrangeur de pyramides à 40 c. par mille , peuvent extraire 7,000 
tourbes en douze heures , ce qui porte à 525,000 le produit 
maximum d'une campagne de trois mois. Ces ouvriers sont diri- 



( 126) 
gés par un entrepreneur auquel le fermier paie 3 fr. 50 c. par 
mille. L'arpent ou la mesure du pays, est de 44 ares et équi- 
vaut à 300 verges carrées de 3 in. 83 c. de côté. Sa valeur varie 
de 600 fr. à 2,000 fr. 

Une are pouvant donner environ 17,000 tourbes, en supposant 
une épaisseur exploitable de 80 c. ou de quatre fers de louchet, 
il en résulte qu'à Looberghe , une extraction ne s'étend pas sur 
plus de 30 ares dans le courant d'une année. Un fermier ne fait 
en effet tourber ordinairement qu'une demi mesure au plus , ren- 
dant environ 380,000 briques de tourbe. Ces briques se vendant 
8 fr. 50 c. le mille , le bénéfice que le propriétaire partage avec 
le fermier est de 5 fr. par mille, ou de 1 ,900 fr. par demi mesure 
de 22 ares. Si l'on retranche de ce chiffre le produit que donne- 
rait cette surface pendant deux ans, si elle était cultivée, produit 
qu'on peut évaluer à 120 fr., il reste 1,780 fr. pour le bénéfice 
net acquis dans une période de deux années par suite de l'extrac- 
tion de la tourbe, abstraction faite des avantages qu'on retire 
de l'amélioration du terrain. 

La tourbe en se desséchant se contracte de la moitié aux 2/5 
de son volume primitif. Un prisme de tourbe humide qui a un 
volume de 4 déc. cubes 1/2 se réduit en effet à 2 déc. cubes 
45 par le séchage (0 m. 12 sur m. 12, sur m. 17). La 
tourbe sèche à une densité de 0,7 à Looberghe. Une briquette 
pèse donc 1 k. 715. 

A Teteghem et à Uxem , le banc de Tourbe n'a que m. GO à 
m. 80 (3 fers de louchet) d'épaisseur et se trouve à la profon- 
deur de 1 m. 20 environ. Il est, comme on le voit, notablement 
moins puissant qu'à Looberghe; mais la tourbe est de meilleure 
qualité et a un plus grand poids (0,850). Un morceau sec pèse 
2 kil. et on eu extrait environ 2,000 dans une verge carrée ou 
13,000 dans un are; mais le produit d'une exploitation ne dé- 
passe guère annuellement 00,000 tourbes qui se vendent 1 fr. 
le cent. Trois ouvriers, dont un brouetteur épuisent en uu jour 
une entaille de 9 à 10 mètres de longueur sur 1 m. 50 de lar- 



( 127) 

geur et préparent une nouvelle entaille. On peut admettre qu'un 
ouvrier dans sa journée extrait 7 à 800 tourbes y compris le 
temps employé à déblayer et à remblayer. 

25 tourbières sont ouvertes dans les communes de Ghyvelde , 
Uxem , Teteghem , Brouckerque , etc. Elles occupent environ 
125 ouvriers et produisent annuellement 100,000 quintaux mé- 
triques , ou 22,222 mètres cubes de tourbe représentant une 
valeur de 50,000 fr. 

CARRIÈRES. 



Le tableau récapitulatif par commune que nous donnons plus 
loin indique le nombre et l'importance des carrières de grès , de 
sable, de gravier et de craie ouvertes dans les arrondissements de 
Dunkerque, Hazebrouck, Lille et Douai. Toutes ces carrières sont 
à ciel ouvert à l'exception de celles de craie qui sont quelquefois 
exploitées à l'aide de puits peu profonds. Voici quelques détails 
sur les carrières souterraines de l'arrondissement de Lille. 

Le système d'exploitation consiste à creuser successivement à 

7 ou 8 mètres d'intervalle des puits évasés qui ressemblent à des 
espèces d'entonnoirs renversés et dont la profondeur maximum 
est de 20 mètres jusqu'au niveau d'eau. L'extraction n'a lieu que 
durant la belle saison, les eaux étant trop élevées pendant l'hiver. 
Quand un puits est terminé , on en creuse un autre dont on jette 
les menus débris dans le précédent qu'on remblaie ainsi en partie. 
Ces puits sont circulaires et ont 1 mètre d'ouverture jusqu'à la 
craie solide. A partir de ce point, on les élargit de plus en plus 
jusqu'à ce que leur diamètre atteigne 7 et 8 mètres. Tous commu- 
niquent entr'eux par de grandes arcades de 4- mètres de largeur ; 
de sorte que quatre puits placés aux quatre angles d'un carré de 

8 mètres de côté laissent entr'eux un pilier octogone dont l'épais- 
seur est de 4 mètres environ. Le service d'un puits est fait par 
quatre hommes dont un ouvrier et son aide à l'intérieur, recevant, 



( 128 ) 
l'un 2 fr. 50, l'autre 1 fr. 50 par journée de travail, et deux a 
l'extérieur, dont le salaire journalier est de 1 fr. 50, et qui sont 
occupés à élever la pierre dans des paniers au moyen d'un treuil. 
L'ouverture du puits donne ordinairement assez de jour pour 
qu'on puisse travailler sans le secours d'une lumière. Les seuls 
outils en usage sont des pics , des leviers en fer et des pelles. Ce 
mode d'exploitation semble vicieux en ce que les parois des exca 
vations surplombent au-dessus des ouvriers qui travaillent ainsi 
sous une espèce de voûte dont la clef, remplacée par l'ouverture 
du puits, manque; cependant les états transmis chaque année à 
l'administration prouvent que le nombre d'accidents est très res- 
treint. 

Des effondrements se produisent souvent pendant l'hiver, lors- 
que les travaux sont suspendus, et sembleraient exiger (pie chaque 
puits fût entouré d'une balustrade circulaire d'un diamètre égal à 
sa profondeur. Ces effondrements sont dus à l'infiltration des 
eaux qui, en se répandant au milieu des fentes dont la craie est 
sillonnée, font écrouler les puits sous l'action de la gelée. Les ou- 
vriers ont soin , quand ils rencontrent ces fentes , de laisser 
subsister au-dessous d'elles un massif qui puisse servir de sup- 
port et empêcher l'éboulement des parties supérieures. Leur sûreté 
personnelle exige aussi qu'ils soudent la pierre au fur et à mesure 
qu'ils approfondissent le puits. Si le son qu'elle rend, lorsqu'ils la 
frappent avec le pic, leur donne quelques doutes sur sa solidité, ils 
provoquent immédiatement la chute des parois qui menacent 
ruine et modiiient, suivant les cas, la forme intérieure de la cavité 
de manière à prévenir les accidents. Malgré ces précautions, il 
arrive quelquefois que la chute de petits fragments de craie leur 
présage un éboulement prochain et alors ils se réfugient dans 
l'une des chambres voisines pour se mettre à l'abri du danger. Il 
doit donc toujours y avoir deux puits en communication dans 
l'intérêt de la sûreté des ouvriers. Il est aussi très-important dans 
le système d'exploitation suivi , que les cordes dont on se sert 
soient très-solides; car les ouvriers étant fréquemment placés vers 



( 129 ) 

le centre de la fosse, ne seraient nullement préservés de la chute 
des matériaux en cas de rupture. Ces cordes ont 2 centimètres de 
diamètre, pèsent kil. 260 le mètre courant et coûtent 2 fr. le 
kilogramme; elles sont garanties pour deux mois et demi. L'ex- 
traction journalière par un puits est de 250 paniers contenant un 
demi-hectolitre et pesant 50 kilogrammes. On fait douze puits dans 
un cent de terre (8 ares 80), duquel on retire 5 à 7,000 mètres 
cubes de moellons, suivant la profondeur des travaux. Chaque puits 
produit en moyenne 25 verges[l)ou 425 mètres cubes de moellons 
et dure environ six semaines. Voici les conditions économiques de 
ces sortes d'extraction : 

On achète au propriétaire du sol le droit d'ouvrir une crayère 
moyennant 400 fr. par cent de terre ou par surface de 8 ares 86 
et on paie en sus une indemnité de 20 fr. par surface égale pour 
les terrains occupés par les travaux et les dépôts de moellons. 
L'extraction se donne à l'entreprise à raison de 10 à 12 fr. par 
verge de 17 mètres cubes , non compris les frais d'outils, cordes, 
treuils, etc., qui sont à la charge de l'exploitant. 

Le mètre cube revient sur place, d'extraction . d'indemnité et 
de frais accessoires, à fr. 75 c. 

Une partie de la craie provenant des carrières de Loos et d'Es- 
quermes, est expédiée en Belgique et dans les environs d'Armen- 
tières et de Nieppe par la Deûle et la Lys , pour être convertie en 
chaux destinée surtout à l'amendement des terres. Les registres 
de l'octroi de Lille constatent que chaque année il en passe envi- 
ron 200 bateaux ou navées contenant ensemble de 25 à 30,000 
mètres cubes. La navée de Loos contient 8 verges ou 136 mètres 
cubes de moellons et coûte 300 fr. rendue au bateau, soit 2 fr. 20 
le mètre cube. Ce prix de 2 fr. 20 comprend 1 fr. de transport 
des carrières au canal. 



(i) La verge est une espèce de pyramide tronquée à base carrée qui a à-peu-piè» 
9 pieds de baut sur 10 de largeur H la base et 5 au sommet. Sa contenance esl de 
17 mètres cubes. 



( itd ! 

Un mètre cube de moellons récemment extraits pèse 1.000 kil. 
Ce poids est réduit à 850 kil. par la dessieation. 

Les silex qu'on retire de la craie valent 3 fr. le mètre cube sui- 
te carreau et reviennent à 6 fr. aux environs de Lille. 

On ne compte pas moins de 45 carrières de craie dans les 
arrondissements de Lille et de Douai, lesquelles occupent environ 
225 ouvriers et produisent annuellement 70,000 à 80,000 mètres 
cubes. Il n'y a qu'une très-petite quantité de moellons qui soient 
taillés pour être employés comme pierres de construction. La 
carrière d'Annappes est peut-être la seule qui fournisse spéciale- 
ment pour cet usage une craie chloritéc semblable à la pierre 
d'Hordain. Presque toute la craie extraite aux environs de Lille 
et de Douai est donc destinée aux l'ours à chaux du département 
et de la Belgique. 

Le sable est employé à la confection des briques, à la fabrication 
du mortier et aussi à l'entretien des routes avec les grès et le gra- 
veir. En admettant que la construction absorbe annuellement 
240,000 mètres cubes de maçonnerie [article Briqueterie,, comme 
il entre dans un mètre cube 3 hectolitres , 38 de mortier renfer- 
mant f de sable, la quantité de sable afférente aux constructions 
serait de 54,000 mètres cubes (1). Les briqueteries en consomment 
15,000 (même article; 1 hectolitre par mille briques). Enfin, l'en- 
tretien des routes nationales, départementales et des chemins vici- 
naux de grande communication , dont le développement est de 
951 kilomètres dans la Flandre, exige, année moyenne: 20,715 
mètres cubes de sable au prix moyen de 5 fr. le mètre cube rendu 
à pied d'oeuvre, 970 de grès à 200 fr. le mille et 7,268 de gravier 
au prix moyen de 7 fr. 50 le mètre cube (2). Le sable est tiré de 
Bethune et de Saint-Omer, les grès de la même localité et de 



(1) Les registres de l'octroi constatent qu'il entre à Lille, dans une année- , 
i4i8°o mètres cubes de sable. 

(s) Ces derniers chiffres m'ont été communiqués par M. Lamarle , ingénieur en 
chef des ponts-et-rlianssées. 



( 131 ) 
Quenast ; Belgique), et le gravier du hameau des Fontinettes , 
près Sainl-Omer. 

Les carrières de grès et de gravier ouvertes dans ia Flandre 
française sont peu importantes. Mais il n'en est pas de même des 
sablières qui sont au nombre de 90 à 100 et qui ne fournissent 
pas moins de 200,000 mètres cubes à la consommation. Une 
des sablières de Cassel , exploitée par MM. Moisson et C. ie , 
a fourni à elle seule, pour le chemin de fer de Dunkerque, 150,000 
mètres cubes à raison de 2 fr. 50 le mètre rendu à la station de 
Cassel et mis en tas sur 5 mètres de hauteur. Cent ouvriers étaient 
employés à cette extraction qui produisait par jour 400 mètres 
cubes de sable. On payait aux ouvriers fr. 40 par mètre cube et 
fr. 75 de transport jusqu'à la station. 

Le sable se vend en général fr. 75 le mètre cube sur place. 
Celui d'Ostricourt revient à 2 fr. 60 rendu à Seclin et à 4 fr. 56 
rendu à Fives. Le gravier des Fontinettes passé à la claie coûte 
2 fr. 50 mis en bateaux et revient à Lille a 6 fr. Les grès de Bé- 
thune (l. ,c classe, de 18 à 20 centimètres; valent 250 fr. le mille 
y compris la mise en bateaux , et 300 fr. rendus à Lille. On em- 
ploie aujourd'hui de préférence les grès en porphyre de Quenast 
qui reviennent à peu près au même prix et qui ne coûtent que 
150 fr. sur la carrière. 



13-2 i 



ARTS MINKttALURGIQUES. 



BRIQUETERIES. 

Le nombre de briqueteries qui existent dans la Flandre fran- 
çaise est considérable. On n'en compte pas moins de 150 dans les 
quatre arrondissements de Dunkerque , llazebrouck , Lille et 
Douai. L'argile jaune du limon est le plus souvent la matière pre- 
mière qui donne lieu à ce produit. Toutefois les argiles d'alluvion 
de la vallée de la Lys et de la plaine de Dunkerque servent aussi 
a la confection des briques, et ces dernières ont même des qualités 
supérieures à celles fabriquées avec le limon argilo-sableux des 
plateaux. Aussi sont-elles en général d'un prix plus élevé : Les 
briques jaunes valent 18 fr. le mille aux environs de Dunkerque 
et celles de Deulémont 14 fr. 75 rendues à Lille, tandis qu'aux 
Moulins, à Wazemmes, à Roubaix, etc. , le mille ne coule que 
12 francs. 

Les briques ont généralement 21 centimètres de longueur sur 
10 de largeur et 5 d'épaisseur. Chacune pèse 2 kil. 1 4. Un mètre 
cube déterre non remuée en donne 750. On les fabrique partout 
en plein air par le procédé hollandais. Des ouvriers du pays 
extraient en hiver l'argile que d'autres manipulent dans la belle 
saison. Voici comment on peut établir le prix de revient du mille 
de briques aux environs de Lille : 

Main-d'œuvre . — In ouvrier bêche moyennement 
dans sa journée , 20 mètres cubes de terre et gagne 
fr. 10 par mètre, ou par 750 briques, soit par mille 0.13 

On admet que cet homme peut extraire en 1 50 jours 

\ reporter. . . 0,13 



( 133 ) 

Report 0,13 

une quantité de terre suffisante pour alimenter trois 
tables produisant chacune 750,000 briques durant 
une campagne de six mois. Une table est desservie 
par une brigade de 6 ouvriers, ordinairement belges, 
dont 1 mouleur, 1 démêleur, 1 brouetteur, et 3 ga- 
mins ou femmes pour porter les briques , le sable et 
l'eau. Ces ouvriers sont payés ensemble à raison de 

2fr. par mille 2,00 

Un mouleur fait au moins 7000 briques journelle- 
ment (1). 

Sable. — 11 faut par mille briques un hectolitre de 
sable à 3 fr. 50 le mètre cube (Prix moyen] 0,35 

Enfournement. — L'enfournement a lieu à raison 
de 1 fr. 35 par mille briques 1,35 

Combustible. — On consomme par mille briques 
1 hectolitre 1/2 ou 135 kil. de charbon de Fresnes à 
I fr. 50 l'hectolitre , soit 2,25 

Défour nement. — Le défournement est opéré par les 
ouvriers qui extraient l'argile. Il se paie aussi aux 
mille briques à raison de 0,50 0,50 

Frais divers. — Les paillassons pour couvrir les 
briques, les planches qui servent au brouettage, l'en- 



A reporter 6,58 



(i) Les i4 t'r. que gagne la brigade en une journée de travail sont répartis entre 
les ouvriers de la manière suivante : 

Mouleur 

Démêleur» 3, o,3 

Brouetteur t, Si 

Gamins 3, 33 



134 ) 

Report. . . . C,58 
trelien des brouettes, des tables et de tous les acces- 
soires d'une briqueterie donnent lieu à une dépense, 
qui peut être évaluée par mille briques, à fr. 50. . 0,50 

Location de terrain. — On compte par table 3 cents 
de terre (3 fois 8 ares, 86). Chaque cent coûte 20 fr. 
de location par an, plus 400 fr. d'indemnité une fois 
payée pour la moins value du terrain après l'extraction 
de l'argile. En supposant à la couche exploitable une 
épaisseur de l m .50, on trouve que cette dépense s'é- 
lève par mille briques à fr. 48 0,48 



7.56 
Déchet. — Tel serait le revient des mille briques si 

l'on faisait abstraction du déchet ; mais celui-ci est 
loin d'être négligeable et on l'évalue à 1/6 au moins, 

soit 1 ,26 

11 y a des briques vitrifiées qui ont perdu leur forme 
et dont on se sert pour les fondations de bâtiments ; 
celles des parois qui n'ont pas été assez cuites sont 
reportées dans une nouvelle fournée, ou on les emploie 
pour les murs de refend ; enfin celles qui sont brisées 
servent à empierrer les chemins vicinaux. Ces briques 
se vendent moitié moins cher que celles qui sont bien 
cuites et bien réussies. Les mauvaises briques concas- 
sées entrent aussi dans la composition du béton. Elles 
coûtent 4 fr. 50 le mètre cube, cassage compris. 

8.82 

Intérêts de fonds. — Enfin il faut tenir compte des 
avances de fonds. Le crédit accordé étant d'une année 
environ, les 8 fr. 82 produiront pendant ce temps un 
un intérêt de 0,44 

Total 9.26 



( «35) 

Les grandes fournées contiennent 1 million a 1,200,000 briques; 
et on n'eu fait guère où il en entre moins de 400,000. La cuisson 
dure 20 à 25 jours. 

Les briques des Moulins reviennent à Lille rendues à pied 
d'oeuvre a 13 fr. 50 le mille (1). 

Les 150 briqueteries qui existent dans la Flandre française, 
produisent environ dans une année 150 millions de briques repré- 
sentant une valeur moyenne de 1,800,000 fr., et rapportent à la 
classe ouvrière la somme de 600,000 fr. qui se répartit entre 
2250 ouvriers. Les débouchés étant concentrés près des lieux de 
fabrication, la production annuelle exprime aussi la consommation 
locale du pays, et comme il entre 630 briques dans 1 mètre cube 
de maçonnerie , on peut en conclure que l'importance de la cons- 
truction est de 235 à 240,000 mètres cubes dans une année. 



POTERIES. 

Il y a dans les arrondissements de Douai , Lille, Hazebrouck et 
Dunkerque , 60 fabriques de pannes et poteries diverses qui sont 
établies dans les communes de Watten , St.-Momelin , Pitgam , 
(arrondissement de Dunkerque) ; Wormhout, Lederzeele, Bolle- 
zeele, Rexpoëde, Steenvorde, Renescure, Morbecque, Haze- 
brouck, Merville, Caestre, Bailleul (arrondissement d'Hazebrouck); 
Fives, La Magdeleine , Marcq-en-Barœul , Lomme, Haubourdin, 
Templemars, Avelin, Phalempin , Wahagnies, Moncheaux, Ber- 
sée, Templeuve, Moucbin, Cysoing, Hem, Roubaix , Watrelos, 
llalluin, Armentières , La Bassée (arrondissement de Lille); 
Douai, Raches, Orchies, Landas (arrondissement de Douai). 

Le nombre total des fours est d'environ 130. 



(i) Il entre annuellement à Lille, d'après les registres de l'octroi pr 
millions de briques. ( 1 1,0,32, o3/| : moyenne de 10 ans.) 



( 136 ] 

Les produits de ces usines consistent principalement : l.°en 
carreaux et pannes; 2." en poteries grossières vernissées et non 
vernissées ; 3." en tuyaux pour cheminées (1). 

M. Salomon, à Fives, confectionne en outre depuis quelque 
temps des tuyaux de drainage au moyen d'une machine analogue 
au tuhuforme mécanique qui sert à la fabrication des tuyaux de 
plomb. 

On l'ait aussi des briques réfractaires , notamment chez M. Bon- 
zel a Haubourdin, où les meules sont mises en mouvement par 
une machine a vapeur de la force de trois chevaux. 

La glaise ypresienne alimente exclusivement toutes les fabriques 
de poteries de la Flandre qui sont placées pour la plupart sur les 
affleurements de ce terrain. On mélange à la glaise environ moitié 
d'argile jaune pour prévenir les bris qu'entraînerait le retrait d'une 
argile trop pure. 

La houille est le seul combustible consomme. On cuit dans des 
fours qui peuvent contenir au plus 2,500 carreaux et dans lesquels 
on brûle H hectolitres de charbon par fournée. Les pannes, car- 
reaux et poteries diverses sont exposées pendant douze heures 
consécutives à une flamme ardente , et ou défourne trois 
jours après la mise à feu. 

M. Salomon fait 300 fournées par an avec quatre fours et pro- 
duit pour une valeur de 30,000 fr. 

Un carreau a 19 centim. de côté sur 27 mill. d'épaisseur et pèse 
2 kil. Un mètre cube de terre en donne 700. 

Une panne pèse autant qu'un carreau mais coûte un peu moins 
de façon. Elle a 35 centim. de longueur sur 24 de largeur, et 12 
millim. d'épaisseur. 

Il y a en général pour chaque four cinq ouvriers qui gagnent 
moyennement 1 fr. 70 c. par jour. Chacun d'eux peut mouler en 



(i) L'argile du pays n'est p.is propre à la fabrication de» poteries dites de 
grès. 



( 137 ) 

dix heures 700 carreaux ou pannes qui lui sont payés fr. 30 le 
cent. Mais ces pièces exigent une manutention beaucoup plus mi- 
nutieuse que les briques et sont retouchées à trois reprises diffé- 
rentes avant d'être passées au four. La main d'oeuvre coûte en 
effet 9 fr. par mille carreaux , tandis qu'elle n'est que de 2 fr. 
par mille briques. 
Voici les prix des produits qui sortent de ces usines : 

/ Carreaux 6 fr. le 100. 

l.° Pannes 5fr. 



Briques réfractaires 15 fr. 



Soupières de m 25 de diamètre 0,50 la pièce. 

Pots à fleur de m 08 à m 25 0,02 à 0,20 

2.o { Telles à lait (0 m 40 à m 45 de diamètre). 0,60 à 0,75 

Chaufferettes à manche 0,10 

Cruches de m 35 à m 45 de hauteur . . 0,50 à 0,75 

Tuyaux de cheminées de 12 à 22 cent, de diamètre. 0,70 a 
à 1,70 le mètre courant. 
3.° ( Tuyaux de drainage. 28 fr. les mille tuyaux de m 30 de 
longueur sur "' 05 de diamètre intérieur et m 02 d'é- 
paisseur. 18 fr. ceux dont le diamètre est de m 03. 

On fabrique annuellement pour une valeur approximative de 
800,000 fr., et on emploie 650 ouvriers qui gagnent en salaire à 
peu près 200,000 fr. (1) 



( i ) Les registres dr l'octroi constatent qu il entre ehaquc .innée à Lille 
[,3i 1.608 tuiles, paime.s , faîtières, etr. 



( 138 

FOI KM A CHAUX. 

On compte dans la Flandre française (58 fours à chaux, dont 
15 a Dunkerque, Coudekerque-Brancbe , Hondschoote, Bergues, 
Watten, Saint-Momelin , Wornihout, Ledcrzeele, (arrondisse- 
ment de Dunkerque ; a Hazebrouck , Nieppe . llaverskerque , 
Vieux-Berquin (arrondissement d'Hazebrouck) ; 33 à Armen- 
tières, La Bassée , Marcq-cn-Baroml , la Magdeleine , Lomme, 
Wazemmes, Esquermes , Loos , Haubourdin , Seclin, Phalempin, 
Avelin, Fâches, Lezenncs , Bonchin , Bouvines, Cysoing, Bour- 
ghelles, Wannebain , Baisieux , (arrondissement de Lille); 14 à 
Douai , Hornaing , Fenain, Aniche , Auberchicourt , Masny, Le- 
warde, Bugnicourt, Auby, Lambres, Esquerchin, (arrondissement 
de Douai.) 

Tous ces fours marchent à la houille et n'emploient comme 
matière première, que la craie blanche des environs de Lille , de 
Douai ou de Saint-Omer. Ils ne produisent que de la chaux 
grasse dont les agriculteurs l'ont une consommation très-considé- 
rable. On l'emploie aussi pour les constructions concurremment 
avec la chaux hydraulique de Tournai qui est plus spécialement 
réservée aux fondations.il faut encore ajouter à ses débouchés 
principaux , différentes industries telles que les sucreries, les sa 
vonneries, les teintureries, les fabriques de produits chimiques, 
de gélatine, de gaz d'éclairage, etc. 

Les fours ont la forme d'un cône tronqué renverse avec quatre 
ouvertures a la partie inférieure par lesquelles s'écoule la chaux. 
Quelques-uns sont munis d'un grille a barreaux mobiles places 
au-dessus d'un plan incliné qui facilite le détournement. Ces 
derniers ont un avantage marqué sur les autres , en ce que le 
tirage > est plus actif et la calcinalion plus parfaite. Tous ces 
fours sont construits en Iniques. Leurs dimensions sonl très-va- 
riables. Onpeul admettre qu'un four moyen aune contenance de 
10 inelics cubes el fournit par jour environ .">(» lied!, de chaux 



139 

La calcination a toujours lieu à l'eu courant. 
Pour 100 hectolitres de chaux , on dépense : 
11 m. c. 50 de moellons à 2 fr. 05 le mètre cuhe. 
Nous supposons que le chaufournier ne soit pas lui- 
même extracteur et tire la craie d'une carrière située 
à 3 kilomètres environ de son four à chaux. . . , 23,57 
20 hectolitres de houille maigre à 1 fr. 50. . . . 30.00 
Frais de fabrication. — Un ouvrier entrepreneur 
reçoit 0,10 c. par hectolitre de chaux , y compris le 

cassage , la cuisson et la mise en voilure 10,00 

Frais d'établissement, entretien des outils , etc. . 3,00 



66,57 
Déchet pour pierres non cuites (1 10) 6,65 



Total. . . 73.22 



Tel est le prix de revient de la chaux choisie destinée aux 
plafonneurs , laquelle revient à Lille à 1 fr. 20 l'hectolitre trans- 
port et droits compris (1). 

Le poids de l'hectolitre de chaux est de 54. kilog. 

Les fours à chaux marchent eu général la moitié du temps. 
Us occupent environ 272 ouvriers pour une production annuelle 
de 61,200 mètres cubes. 

Aux environs de Tournai et de Basècles, sont établis 70 fours 
à chaux , dont les plus grands donnent jusqu'à 40 mètres cubes 
de chaux en vingt-quatre heures. Ils consomment 2 hectolitres 
1/2 de houiiie par mètre cube de calcaire à calciner et produisent 
de 4 à 500,000 mètres cubes de chaux dans une campagne de 
8 mois. 

Les renseignements fournis par l'administration des douanes 
indiquent que l'importation s'est élevée en 1850 à 24,462,929 kil . 
de chaux hydraulique provenant de ces localités. 

(i) Il entre à Lille annuellement i8,4»& hectolitres de chaux du pays, et 
42,336 de chaux hydraulique ou de cendrée de Tournai. 



140 



VI i<U 



Il y a quatre véneries; dans la Flandre française , savoir : une a Dun 
quelques renseignements statistiques sur ces établissements. (1) 

I 



NOMS 



des établissements. 



OUVRIERS 
employés. 



Journées 

de 

travail. 



Verrerie, de Dun- 
kerque. 



:!.-> 



8500 



Salaires. 



MATIÈRES PREMIÈRES ELABOREES. 



Nature. 



Poids 
ou volume. 



19000 



Salile. 

Sulfate de soude. 

Cendres lavées. 

Croûtes de sel. 

Vase de mer. 

Groisil. 

Terre réfraetaire. 



1650 hect. 

580 qx. 
3000 hect. 

260 qx. 
1350 hect. 
2080 qx. 

200 qx. 



10 
0| 
U 
9 



Verrerie de Douai 
(ville). 



40 



10000 



22500 



Sable. 

Sulfate de soude. 

Cendres de bois. 

Croûtes de sel. 

Groisil. 

Terre réfraetaire. 



2000 hect. 

700 qx. 
3600 hect. 

200 qx. 
2500 qx. 

250 qx. 



Verrerie deDouai 
(banlieue). 



12500 



28125 



Sable. 

Sulfate de soude. 

Cendres de bois. 

Croûtes de sel. 

\ ase de mer. 

C.roisil. 

Terre réfraetaire. 



2500 hect. 

875 qx. 
2500 hect. 

250 qx. 
2050 hect. 
3125 qx. 

310 qx. 



Verrerie d'En- 
Haut , à Ani- 
che. 



200 



60000 



21300p 



Sable blanc. 

Sulfate de soude. 

Calcaire. 

Oxide de manganèse 

Acide arsénieux. 

Charbon de bois. 

Groisil. 

Terre réfraetaire. 



24000 hect. 

7200 qx. 

8000 qx. 

32 qx. 

128 qx. 

160 qx. 

1440 qx. 

3200 qx. 



(i) Ces renseignements ont été recueillis en 1N40. 



I E S*. 



; ut ) 



erque, deux à Douai et une à Aniche. Voici, sous forme de tableau 



COMBUSTIBLE 


PRODUITS 


ORIGINE 






CONSOMMÉ. 


FABRIQUÉS. 


des 


DÉBOUCHÉS 






Prix 






matières premières 


des 


OBSERVATIONS, 


Poids 


moyen 
duquiol. 
métrique 


Quantité. 


Prix. 


et des 


produits. 




m volume. 


ou de 






combustibles. 








l'hectol. 










U130 qx. 


2 25 


700000 


15 fr. 


Sable de Cassel. 


Les départ. ,s 


1 four à 8 


le houille. 




bouteilles 


le cent. 


Soude d'Amiens 


voisins , celui 


pots. — En 






commu- 




ej Lille. 


de la Seine , 


chômage 






nes. 




Sel des raffineries 
de Dunkerque. 

Vase du port de 
Dunkerque. 

Groisil de Paris. 

Terre à pots de 
Forges. 

Houille d* Aniche. 


le Havre , 
Rouen, l'Amé- 
rique. 


depuis plu- 
sieursannées. 


16150 


1 50 


850000 


15 fr. 


Sable de Béthune 


Le Nord , 


1 four à 6 






bouteilles. 


le cent. 


Terre réfractaire 
de Belgique, etc. 


la Somme , 
la Seine , etc. 


pots. 


20187 


1 50 


10P0000 


15 fr. 


Sable des envi- 


Id. 


1 four à 8 






de. 


le cent. 


rons de l'usine 


Les dames- 


pots. 






bouteilles. 




et de Compiè- 


jeannes 








50000 


45 fr. 


gne , etc. 


s'expédient 








dames- 


le cent. 




dans les colo- 








jeannes. 






nies. 




96000 qx. 


1 30 


24000 


32 fr. la 


Sable de Béthune 


Le Nord et la 


5 fours à 8 


le houille- 




caisses de 


caisse. 


Soude de St-Gobin 


Seine surtout. 


pots dont un 


6400 


11 » 


60 feuilles 




Manganèse et ar- 




inactif. Une 


stères de 




chaque. 




senic d'Allemag. 




machine à 


bois. 








Calcaire de Bel- 
gique et de Mar- 
baix (arrondiss. 
d'Avesiies), etc. 




vapeur de 15 

chevaux pour 

le broyage 

des matières . 



10 



( 148) 

TABLE Al 

PRESENTANT PAR COMMUNE LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE DU SOL , LA NATURE DES SUBSTANC 



NOMS 
des 

commises. 



DESCRIPTION 

;éologiquc sommaire 

du 

SOUS-SOL. 



S U B T A N C E S MINERALES 



EXPLOITEES. 



riuiriiu.Tin'.rs. 





Pnunl 


S û 








£ 5 


CD 


si 


mftros 


'a 


C ilrfS. 







DEBOUCDES. 



\rroixlisspnirn 



CANTON IJ 



Ajwïocts-Capprï. I Allumions modernes. 
I (Sable , argile glai- 
j seuse el tourbe.) 
i Alluvions modernes.. 
( Système ypresien. 

{Alluvions modernes. . 
Alluvions anciennes. 
Ypresien 

i Alluvions anciennes.. 
I Ypresien 

< Alluvions anciennes. 
( Ypresien 



Bebgois. . 

BlERKE. . . 

BlSSElEELE. 
CROCHTE.. 



HOTMILLE. . 

PlTOAM. . . 
QDlEDYPtt. 



SOEX. 



Alluvions modernes. 
Allumions anciennes. 
Ypresien 



i Alluvions modernes. 

J Alluvions anciennes. 
\ Ypresien 



Alluvions modernes.. 
Alluvions anciennes.. 
Ypresien 

Alluvions modernes.. 
Alluvions anciennes.. 

Y'presien 

Alluvions modernes.. 
Alluvions anciennes. - 
Y'presien 



! Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes. 
Ypresien ... ■ . . 



West-Ciwei. 
Wyldeb . . 



Bocuoubo - 
Voie . 



BotRBOCRG - 
CaWAGKE. . 



Broickerqie. . 
Cai>fell£|iroi;(.k. 



< Alluvions anciennes. 
( Ypresien 

1 Alluvions anciennes. 
(.Ypresien , 



Argile glaiseuse. 



Argile jaune. 



Carpenlier- Bi- 
gorne 



la commune el celles envi 
ronnantes 



. : 



Veuve Oulters. ( 
Jean Cailleau.. . 1 



Gontier. 
Ciesen. 



1500: canton de Bergues. 



Le chemin de fer. 



CANTON I 



Alluvions modernes. 



Alluvions modernes- < 



Alluvions modernes. 



Alluvions modernes. 



Argile glaiseuse. 

Sable 

Tourbe 

Argile glaiseuse. 
Tourbe .... 



i Alluvions modernes. 

Damai* ■ ■ • 1 Alluvions anciennes. 

i Ypresien 



«, Meesemaccker. . 
Dubois-Daudruy. 

ÏDehaye 
Veuve Delierripon 
Duvey 

1 
i 



Le bureau de bien- 
faisance . . . 



YVissocq.. 
Coppey. . 



110(0 
4000 

100 

10 



210 
3000 



îioo ; 

80O 



DMiikerquc et Calais. 
Id id. 

Bourbourg-Yille et CampagD 
Id. id. 

Id. id. 



Bergues, Dunkerque, St.-O me 
et Calais 

La commune el les environ! 



( 143 
, T A T 1 * T B 4> l K 

IT1LES EXPLOITÉES ET NON EXPLOITEES, LA POPULATION ET LÉTENDUE SUPERFICIELLE. 



UTILES 


Population 




par 


NON 


COMMUNE 

au 


EXPLOITEES. 


l.er janvier 

1816. 







ie Dnnkcrque. 

8ERGUES. 



Tourbe, sable. 



Tourbe, etc 

Argile jaune. 
Glaise. 

Argile jaune, ete.. . . 

Glaise. 

Argile jaune, etc.. . 

Glaise. 

Tourbe, etc 

Argile jaune. 
Gla se. 

Tourbe, ttc. ... 

Argile jaune. 
Glaise. 

Tourbe, sable 

Argile jaune, gravier. 
Glaise. 

Tourbe, etc 

Argile jaune. 
Glaise. 



Glaise, 

Tourbe, etc. . . 
Argile jaune, sable. 
Glaise. 

Argile jaune 

Glaise. 

Argile jaune, sable. 
Glaise. 



BOUU BOURG. 



Tourbe. . . 
Sable. . . . 

Tourbe, ttc. 
Argie jaune 
Glaiie. 



962 
359 



2325 



918 

un 



Etendue 
de chaque 

COMMUXE. 



OBSERVATIONS. 



833 


bec 
937 89 


5967 


151 05 


SU 


1089 63 


i92 


317 38 


756 


762 22 


719 


1139 8J 



551 95 

2293 15 
1821 81 
793 64 

1076 20 

745 77 
249 23 



1187 58 
1741 37 



I.e sous-sol est généralement du sable pur. 

La commune deBergues est limitée à les mur» d'enceinte. 



Le sable ue s'extrait que dans les terrains dont le Sul e-l assez eleve 
pour qu'on n'ait pas à craindre d'inondations. 



Sous-sol glaiseux, argileui ou sableu 



La terre cultivable a en général une épaisseur de 2Î centimètre*; 
Sous-sol la plupart du temps argileux. 



Les deux briqueteriei ont été établie» par la compagnie du chemin 
de 1er, en 1847. 



L'épaisseur de la terre labourable n'eil que de S àlOeentlmètea. 
Le sous-iol consiste en terre glaise. 



La commune de Bourbourg-Ville est limitée à la ville elle-même. 
L'orge est la spécialité commerciale de Bourbourg On en expédie 
considérablement à Lille, Valenciennes, Cambrai, St.-t>uentin, etc. 



Les briques de cette localité sont très-recherchées comme toutes 
celles qui sont fabriquée» avec l'argile glaiseuse des alluvions 
modernes. 

La seule tourbière qui existe actuellement dans cette commune a 
43 ares d'étendue; on extrait pendant deux mois 40,000 tourbes qui 
sont distribuées aux indigents.. Sous-sol sableux. 

Le nombre total d'ouvriers, attachés à la briqueterie est de 25. 



U4 



NOMS 

îles 

COMMIMES 



DESCRIPTION 
o!ogique9ommalre 
du 
sods-sol. 



SUBSTANCES MINERALES 



NOMS 
des 

PROPRIÉTAIRE. 



l'p ùi, I 

annuel 



DEBOUCHES. 



HOLQUE . 



Uluvions modernes 



i Alluvions modernes. 



'Argile glaiseuse 
Isable 



Mo«eun(Saim-; 

Saint- Pierre- 
Brocce 

Spicier . . . . 
Watten . . . . 

welverdin6be. 



Allumions anciennes. 
Ypresien 

Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes. 
Ypresien 

Alluvions anciennes. 
Ypresien 



Alluvions modernes 



Alluvions modernes. 



I 
I 

i Alluvions modernes. 
I Alluvions ancionnes. 
(Ypresien 

< Alluvions anciennes. 
( Ypresien 



Fauvcl . . . 
Bocquette. . 
Smecchaerl . 

Gndarl . . . 
Bocquette. . 
Facqueur . . 
Grenoa . . . 
Picol .... 
Gard .... 
Dron . . . 
Drieux . . . 
Dreui . . . 
Lecocq . . . 



Tourbe.. 
Gravier. 



Winoc . . . . 
Veuve Heban . 



Chemin de Millam âLederzeelf 



Pannerie de Watten. 



Coudekerqce . . I Alluvions modernes. 



C B™nchÊ 8CE ." , *»»"«»» modernes. 
DoxtERQiE . . . Alluvions modernes. 
Leffbinckbocke. lAlluvions modernes. 



Sable ; lourbe. 



Sable des dunes. 



Alluvions modernes. 



/ Faveau. . . 

, ' Wispelaere.. . . 

i Vanlansdschoote. 

'Taccoen .... 



Uxkm < Alluvions modernes. -, Tourbe. 

Zutdcootk. . . 1 Alluvions modernes. I . . . . 



! Vanlansdschoote. 
V.eBaccheroot 
Manlbé. . . . 



•î 



CANTON I 
[Les habitants de la commune 

Les habitants de la commune 



La classe pauvre de la cornu 
et les communes limilrophi 

Les habitants de la commuai 



260 1 La localité 



Appelle "" 1 ' I Alluvions moderpes..! Argile glaiseuse 



Maudtck. . . . [ Alluvions modernes. . 
Giande-Svmue. 1-Uluvions modernes., 



Petite-Svnthe . lAlluvions modernes. 



Argile glaiseuse . 



3200 
485 



CANTON I 

Dunkerque et environ?. . 



La commune et les villag 
circonvoisins .... 



CANTON 



GUTWlCC. . .j, | AlluvionsmoderneJ , I 



I • • I 









( «45) 


UTILES. 


Population 
par 

COMNl'NB 

au 
l.er janvier 


Etendue 
de chaque 

commune 


OBSERVATIONS. 


NON 
EXPLOITÉES. 




1846. 








164 


377 88 






1577 


1922 17 




argile jaune. 
Glaise. 








Argile jaune. 
Glaise. 


874 


1221 58 






267 
483 


596 74 
881 20 








701 


938 48 




Sravier. 
Glaise. 


1237 


774 13 




Argile jaune, gravier. . . 
Glaise. 


412 


291 77 




CrtJNKERQUË-E. 










494 


1173 75 


Sous-sol sableui et tourbeux. — Les propriétaires ou occ.upeurs 
extraient de temps à autre du sable ou de la tourbe, mais seulement 
pour leur usage personnel. Il n'en est fait aucun commerce. 






1905 
27355 


1188 09 
247 62 


Le sable des dunes ne donne lieu à aucune exploitation régulière. 
La commune de Dunkerque est limitée à ses fortifications. 






281 


708 49 


Le sous-sol est de nature argileuse. 


>ablc, argile glaiseuse . . 


2353 


2101 07 


On exploite annuellement 100 verges de terrain contenant chacune 
2,400 tourbes. — La terre végétale, dont l'épaisseur est de 30 centi- 
mètres, recouvre tantôt l'argile, tantôt le sable. 




160 


730 11 




Argile glaiseuse, sable. . 


317 


263 87 


Sous-sol sableux ou argileux. 


U'NKERQUE-O. 








Tourbe, sable 

Sable, argile glaiseuse. . 


311 
411 


538 3! 

682 08 


La tourbe n'eiislc que dans 111 e partie de la commune, si n'a qu'une 
faible épaisseur. Le nombre total d'ouvriers attaches à la briqueterie 
est de 25. 




1260 

1877 


1647 45 
1847 44 




Sable, argile glaiseuse.. . 


GRAVEMNES. 








Sable, argile glaiseuse . 


299 


772 57 


1 



( U6 



NOM? 
des 

COMMIMES. 



DESCRIPTION 

j géologique sommaire 



SUBSTANCES MINERALES 



VIJJS 

des 

pbofBJÉtaires. 





■J. 


l'ruiiim | 


































k 





DEBOUC1EI 



Sinrr-GBORGBS . Uluvions modernes.. 



Argile glaiseuse. 



1 Derarpentry. . ,13 900 Lesdép.du Nord et duPas de-C 



Gumoi ts 
Loe\ . . . 



AUuvions modernes. 
• AUuvions modernes 



Canton 



BaMBECQIE. 
GBTVf-LnE . 

Hondschocti: 



Ypn-ien 



AUuvions modernes 



| AUuvions modernes 
i AUuvions anciennes 
. ïpresien 



Killem. . . 
Lee Mobbbs. 

OosT-C.Arrn.. 

Rexpoede . 



| AUuvions anciennes , 

i Ypresien 

| Mluvions modernes . 
1 Mluvions anciennes . 



(iw«" 

i Uluvions anciennes . 
i Ypresien 



Argile jaune. 



\ C 

j Alluv uns modernes. 



AUuvions anciennes , 
Ypresien 



ÎDevuldcr . . . 
Janssen. . . . 
Ye. Jordacus . 



i Verquaille. 
Wemacre. , 
I Planckeel. 



i Desaussois 
) Devos. . . 
' i Wemaere. 
\ Macke . . 



ils 



La commune cl les environs , 



I. arrondissement. 



500 i Les cantons de Borgues , 
200 [ Hondschoole et Worm- 
500 \ houdt 



i Ailuviuus anciennes . I Argile jaune. 

I I 

'Gravier. . . 



Bboxeeli . 
l.sot BLBECK 
Hebzeei.c . 



Mluvions i 



Uluvions anciennes . Argile jaune. 



près 



h 

1 Uluvions aneti unes , 

! Ypresien 

i Uluvions modernes 

\ AUuvions anciennes 



. Yp etien 

I 

I 

' uiimons ancii nnes . 

i Ypresien 



vrgile jaune. 



\ AUuvions modernes. 
I Uluvions ancienne! 

' Ypresien 



„ I Lu\in I 1 

z | Leurs |80j. 



Cuudere . 

3 { Leurs 13 

( Vandenbroucke . I 
1 IMme. Yitse 

1 m. 



Demerseman . 



' Roulu. . . 
ICalh. . . 

Cien . . . 
| DeTulder . 
[ Dewynck . 

Créton . . 



1Î00 ILa commune. 



, j Beens. . . 
" l Smuckaert , 
1 IWoeïs . . 



Routes de Bergues a Saint 
Orner et de Cassel à GM 
vélines. 

Bolleicele. 



Esqnelnnck 



2000 .«aint-Omer et les environs. 



50 \ 

ÎOO I 

200 } Saint-Omer, YYallen etc. 
200 



147 



UTILES. 


Population 
par 

COMMUNE 

au 

1er. janvier 

1816 


Etendue 
de chaque 

COMMUNE. 




NON 
EXPLOITÉES. 


OBSERVATIONS. 




306 

5582 
1845 


heet. 
812 13 

1927 97 
3430 26 




Sable ; argile glaiseuse. . 
Sable; argile glaiseuse. . 


1er. septembre. — La terre végétale de cette commune est forte et 
grasse et participe de la nature du sous-sol qui consiste en une 
couche d'argile glaiseuse d'un mètre d'épaisseur. 

Sous-sol sableux ou argileux 



D HONSCHOOTE. 

Argile jaune ; sable. . 
Glaise . . . • ... 

Sable 

Tourbe , etc. 

Aririle jaune; sable. 

Glaise. 

Argile jaune .... 

Tourbe, etc 

Argile jaune 

Glaise. 



Argile jaune. 
Glaise. 



won.MHOunr. 



Argile jaune. 



Argile jauuc ; sable 
Glaise. 



Argile jaune 



Gravier. 
Glasie. 



1772 
3971 



912 
BOB 



2449 27 
2474 37 



1932 82 
288 81 



362 


376 45 


1960 


1212 65 


1857 


1705 95 


1S48 


1877 90 



Les terres glaiseuses de celte commune ne produisent guère quo 
des osiers. 



Les terres où l'on a extrait l'argile a briques peuvent élre converties 
en bonnes prairies. Le nombre tolal d'ouvriers attachés à la 
briqueterie est de 10. 



On exploite la tourbe pendant trois mois de l'année dans les terrains 
les moins bas et à une profondeur telle qu'on n'ait pas à redouter 
d'inondations. Les terrains ou s'opèrent ces extractions sont en 
général sableui et peu productifs. 



Le nombre total d'ouvriers attachés à la briqueterie est de 14 . Ira- 
vaillanl pendant 3 mois I 2. 



La glaise se trouve à environ dm. Bu sous la terre cultivable. 



Un seul four de 300,000 briques .i «'le f;iit en 1843 pour la i-onslruclion 
d'une ferme. 



1148) 



NOMS 

des 
IWMWHHffi 


DESCRIPTION 

géologique sommaire 

du 

sous-soi.. 


SUBSTANCES MINERALES 


EXPLOITÉES. 


NATURE. 


.o 5 
E s 
B.ï 


NOMS 
des 

PHOPMÉTAIRES. 


- - 
t. c 


rni ni 

■OBI '1 

moires 
rnbrj, 


D ÉB U C BÉS. 


1 

( Allumions anciennes. . 


Gravier 




Veuve Bernard . 






Chemin de Millam à I.cder- 




Trjrcsieo 




Wobmbocbt. . . \ 


Alluvions anciennes. < 
Ypresfen 


Argile jaune. . 
Gravier .... 
Glaise 


si 

1 

1 


Condevillc. . . 

Desmyttcre. . . 
Decroos. . . . 

Lootenfalquin . 


!• 


2000 
1200 
40 


Vormhoudt et les villes en- 

Wormhoudt, Quaëdv pre, Her- 
zeele, et Bambecqrie. . . . 
Wornihoudl et les villages 


ZB6GBES-CHTBL. j y n 


:::::::: : 








B-HI.LEIL. ■ • . '! 


Allumions modernes. ; 
Mimions anciennes.. 


Glaise 

Gravier. . . . 

Argile jaune. . 


1 1 
i 1 

i 


Lecomle. . . . [ 1 
L'hospice civil . | 8 
Huwette | 9 


340 

850 

22G0 


A r rond isscmoiii 

CANTON Dl 

Pour la poterie du propriet . 
Entretien des chemins vicin. 


( 






















\ 
















Tfinarien 




Lhotlhe .... 


2 


300 




















Mette ; 


Alluvions modernes . 
Alluvions modernes . 


Argile grasse. . 
Argile grasse. . 


Debailleul. . . 
i a Cnmpagniedu 
chemin de fer. 


1 
2 


136 
207 


Ballast du chemin de fer. . . 


/ 








CANTON D* 


































f 
















































Hemig ' 


Mimions modem 's . 
Mimions anciennes . 




i 


Deharchics. . . 


70 




Chemin de fer de Ilunkeri|ue. 


HÉTBBER. . . . ! 


Alluvions anciennes . 


Argilej aune . . 


H 


Deswarte. . . . 


1 


J1200 


Uéleren et les comro, voisin, . 


( 






\in i-Bebqi m . ' 


Mimions modernes . 

.Mimions anciennes . 
Ypresiei 


Irgile glaiseuse. 

Argile jaune . . 


i 




I.amps-Binnut. . 

Hemart 


2 


. . . 
800 

711 


Communes environnantes. . 
CANTON Bï 




( 
















Bavirciboti . < 




Sable. 












Bl'TSi^BLlRK. . | 















































U9 



JULES. 


Population 
par 


Étendue 






NON 
EXPLOITÉES. 


COMMUNE 

au 

l.er janvier 

1846. 


de chaque 
COMMUNE. 


OBSERVATIONS. 


Ugile jaune 


936 


983 15 


La carrière de gravier a été ouverle en 1847, par le sieur Robei 1 , 
enlrepreneur du chemin de grande communication N.° 46 , de Millam 
à Lederzeelc.-- La terre végétale a de 35 à 40 cenlim. d'epaissscur. 




3991 


2713 23 


La terre végétale de W'ormhoudt forme une couche de 10 a 30 cen- 
timètres sur toute la surface de la contrée. Elle est composée d'arcile 
mélee de sable etdeglaise. Le plus souvent elle est grasse et assez 
consistante, circonstance qui oblige le cultivateur à l'amender avec 
de la marne qu'il va chercher au loin dans le Pas-de-Calais. 




Irgilejaunp. sable, gravier 
îlaise. 


I7i6 


1713 91 




Hazrbrnurk. 








ILLEVt N.-E. 










10141 


1342 03 
790 70 


Les huit ouvriers ne sont employés que pendant l'ele 


rgile jaune et gravier. . 


1099 


iiès ferrugineux. 








ahle. 
îlaise. 










3530 


1725 39 


Sous sol argileux recouvert quelquefois par 20 e entim. seulement 
de terre végétale. 




4761 


2737 63 


Faible couche de sable près du chemin de fer. Il existe aussi du j 
gravier mais qui n'est pas exploitable. La terre végétale qui re- 
couvre l'argile a 50 centimètres d'épaisseur. 


ILLEL'L S.-O. 








rgile jaune el gravier. . . 


388 


311 93 




able el grès ferrugineux 








ahle. 








rjrilc jaune , caillou el 
îlaise. 


1173 


886 98 






1247 


1011 18 


7 a 80O0 rnetr" cubes de sable onl cle extraits en 1846 el 1817. i 


rgile jaune , gravier, 
ilaise. 


tiavier 


2312 


1838 33 




ahle. 






able et gravier, glaise. . 


3463 


2338 63 


Sous sol: terre forte mais assez perméable a l'eau. 


SSEL. 










1479 


1311 14 




îlaise. 


Lrgile jaune , elc. . . . 


983 


831 48 




îlaise. 






| 


irgile jaune 

■ 1 ;i i s r- 


831 


en h 





150 



NOMS 
des 

COMMUNES. 



DESCRIPTION 

géologique sommaire 

dn 

SOUS-SOL. 



SUBSTANCES MINERALES 



NOMS 

des 

propriktairis. 



» 


l'.iMDM 


t S: 


annuel 


B > 


en 




melivs 


a 


cubes, 



DED OU CBES. 



Allumions anciennes. 

, Dieslicn 

iTongrien 



Argile jaune. . . 
Grés ferrugineux 



Harpifort. . . 

Ste-MAflJE-CAPPEL 

NOORDPEENE . . 

OCHTEZEELE . . 
OlELAERE . . . 
Rl'BROl'GK . . 

Wemaers-Cappei 
Zebmezeble. . . 
Zuytpeene.. . . 



Ypresien 

Allumions anciennes.. 

Bruxellien 

Ypresien 

Allumions anciennes . 
Ypresien 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Ypresien 

Alluvions anciennes.. 

Bruxellien 

Y'presien 

Alluvions anciennes.. 

Bruxellien 

Ypresien 

Alluvions anciennes.. 

Ypresien 

Alluvions antiennes.. 

Bruxellien 

Ypresien 

Alluvions anciennes.. 

Ypresien 

Alluvions anciennes. 

Bruxellien 

Ypresien 



Sable . 



I! 



Argile jaune . . 



Swemlierg.. 
Grondel.. . 



Planque. . 

Cocvoet . . 

Binaut. . . 

Moreel. . . 

Libaerl . . 
Swembergh. 

Moisson. . 



Spanneut 



illllh 

i?!L [ Routes de larrondissemcntel 

Î^iJa v du canton de Wormhoudt; 

4000 ( Dr ' , ] ueterics l chemin de fei 

?800 I clc Dun, ' er< l u< ' 

75000 ) 



Les environs. 



CANTOi 



Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes 



Caestre . . . 

Lm.r iM.nr.M. . 



Alluvions anciennes. 
Alluvions anciennes. 
' Ypresien 



1 Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes 



Y'presien 



Hoitoeghbh. . . Alluvions anciennes . 

t Alluvions anciennes. 
LWDK '( Ypresien 

J Alluvions anciennes. 
• < Ypresien 

j Alluvions anciennes. 



KlMSl IRK. 

-! I,i ' • 



Argile jaune. 
Glaise. . . . 



Vandervallc . . 
Lemettre. . . . 
Demayer. . . . 
Vandamme. . . 
Massait .... 
Veuve François. 



Les environs . 
Id 



Stapi.e 

Y\ » 1 1 ox-Cappel 



Alluvions anciennes. 
Alluvions anciennes. 



Ypresien 









l «H ) 




UTILES. 


Population 
par 


Étendue 










NON 
EXPLOITÉES. 


COMMUNE 

au 

1er. janvier 

1846. 


de chaque 

COMMUNE. 


OBSERVATIONS 






«31 


1300 71 


Les grès ferrugineux empâtés dans l'argile rouge servent aux fon- 
dalions des bâtiments, au pavage des étables , des cours et des 
chemins. Il en existe quelques fois jusqu'à 12 mètres d'épaisseur au- 
dessus du sable. On trouve partout à la surface 33 centimètres au 
moins de (erre végétale. 




Glaise. 




Glaise. 










Argile jaune , gravier . 

Sable. 

Glaise. 


535 


614 04 






Argile jaune , sable etc. . 
Glaise. 


93i 


756 « 






Tourbe 


1440 


1711 96 


■ 




Glaise. 










Argile jaune 

Sable. 
Glaise. 


521 


557 88 






Argile jaune , gracier . . 

Sable. 

Glaise. 


530 


465 81 






Glaise. 


1574 


1487 74 


i 




Argile jaune,, gravier . . 

Sable. 

Glaise. 


504 


412 89 






Argile jaune , elc . . . . 
Glaise 


413 


483 38 






Argile jaune 

Sable, 
•laise. 


871 


1180 45 






'HAZEBBOUCK N. 










Tourbe 

Argile jaune , gravier. 
Glaise. 


1763 


1819 84 


Le terrain tourbeux n'en brasse qu'une petite partie du territoire, 
ainsi que le sable landemen. Les cailloux se trouvent en général au 
sommet des collines glaiseuses. 40 centimètres de terre végétale sur 
l'argile. 




Glaise 


1703 
718 


1009 6(1 
908 12 


Le peu de petites pierres mélangées à la glaise sont rassemblées 
par les cultivateurs qui les déposent dans les chemins vicinaux, pour 
aider à la viabilité. 




Argile glaiseuse , sable et 
Gravier, etc. 


7570 


2725 78 


L'épaisseur de la couche végétale est de 60 à 90 centimètres. 
On rencontre la glaise bleuâtre de 4 à 6 mètres de profondeur. 




Argile jaune 


1375 


1259 08 






Argile jaune 

Glaise. 


809 


896 44 






Argile jaune , gravier . . 


1681 


1881 08 






Baise. 


511 


495 16 






Argile jauL» .... 


1096 


995 40 






Ai-eile jaune . gravier 
Glaise. 


616 


539 75 


La Compagnie iln chemin de fer a fait dans telle commune une 
grande trancher dans l'espoir de rencontrer nne couche de sable ex- 
ploitable, mais elle n'a pas réussi. 

• 





( 152 



TOUS 

des 

COMBINES. 



DESCRIPTION 

géologique sommaire 

du 

SOUS-SOL. 



BOESEGHEM 
BOBBE . . 



j Allu\ ions 
, Alluvion* 
i > presien 

' Alluvion! 
' Alluvions 

/ Alluvion 
' Alluvions 



Tpresien 





StJB 


STANCES 


M I N E R A L E S^ 


EXPLOITÉE 


S. 







NOMS 

des 

PRormtTAiBES. 



DEBOUCHES. 



CANTOX 1 



Ï-TIU/LEM . 



ESTAIRKS. . . 
HlVKH-ktRQlE 

La Gorgue. . 



j Alluvions 
( Alluvions 
l Alluvions 
) Alluvions 

\ Tpresien 

! Alluvions 
Alluvions 
Tpresien 
Î' Alluvions 
Alluvions 
Yprcsicn 



t Uluvions modernes, 
i Tpresien 

Alluvions modernes. 

j Alluvions modernes. 
j Tpresien 

















; ani lennes.. 




I 




La commune . . 


' ' 


600 




Entretien des chemins vicinaux 
















anc ennes.. 


Argile jaune. . . 


I 


Smagghe . . 


2 


m 


Borre et les environs. 


anciennes. 


Argile jaune. . . 
Sable 


1 


Delanghe 

Deroo 

Deswarte 

Carrez de Boury.. 

Massarl 


I 
i 
10 
2 
1 
1 


6000 
1800 
1 8840 
3700 


Morbeeque et les comm. vois.. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 






























anciennes.. 


Ixg le jaune. . . 


1 


Bernasl 


1 


700 


Sleenb., Boeseirliem.Thiennes, 
Haverskerque. Morbeeque. 


















Argile jaune. . . 


1 































































CANTON" DK 1 



Artrile glaiseuse. 
Glaise 



Alluvions modernes. 



' Tpresien 



I 

, Glaise 

( ld. et argile 



N'BiF-BEBniiN' • I Alluvions modernes. 



1 Delassus 
( Arnould. 

3 \ Graux . 
i Court) . 



Fabrique de poterie d'Estaires, 
Sa fabrique de poteries. . . . 

re, Arqi 
Ardres. 



120 

1800 1 Aire, Arques, St-0mer,\\atten, 
2400 ( 



CANTON HE 



QOVTKI ttQl I 



! Alluvions anciennes. 
Diestien 
rongrien 
Bruxellien 
Tpresien 

t Alluvions anciennes. 
• | Tpresien 

/ Alluvions aneiennes. 

\ Diestien 

svelde Tongrien 

j Bruxellien 

Tpresien 

( Alluvions anciennes. 
1 Tpresien 

I 



Oi nE^r.ELE . . 
Stee.woobde 



AllUTiODB anciennes. 

Tpresien 

UlDTione anciennes. 
ï presien 



Argile jaune. 
Glaise . . . 



Beke . . . 

Vandaele 

l i vandaele 



Les communes enviionnanles. 



I I 



1790 Le canton. 



( 153 ) 



UTILES. 


Population 
par 


Etendue 




NON 


COMMUNE 


de chaque 


OBSERVATIONS. 


EXPLOITÉES. 


l.er janvier 
1846. 


COMMUNE. 




►'hazerrouck s. 








Arpile jaune. 

Glaise. 


1002 


695 03 


Le travail s'effectue par prestations en nature. 




775 

3817 


595 05 
4384 85 


Dix ouvriers attachés à la briqueterie. 
Idem. 


îlaise, gravier, etc. . . . 


Argile jaune. 


376 


323 20 




Glaise. 


1961 


1775 74 


Cinq ouvriers en été 


gravier. 

îlaise. 


359 


466 22 


Une briqueterie a été établie par la compagnie du chemin de fer. 


Jlaise, gravier, etc. 
Argile jaune, elc. 
Glaise. 


1134 


743 17 




IERVILXE. 








Glaise. 


6890 


2523 17 


La fabrique de poteries d'Estaires tire la glaise de La Gorgue. 




1630 


924 28 






3274 
6079 


1488 11 
2705 41 


In puits artésien de 360 pieds de profondeur a été creusé en 1781 
au milieu de la place ; mais on a établi la fontaine a un niveau un 
peu plus bas pour avoir l'eau jaillissante. 






Glaise. 










1478 


631 08 




TEENWOOBDE. 








Argile jaune, sable, etc. . 
Grav 1er, subie, grès ferru- 
gineux. 
Sable. 
Glaise. 


1953 


1358 83 




Argile jaune, gravier. . . 
Glaise. 


1193 


1029 33 




Argile jaune, sable, etc. . 
Sable, grès ferrigineui. 

Glaise. 


1803 


1189 36 


Le sable entre dans la composition du mortier et sert aussi pendant 
1 été à couvrir le fumier pour le mellre à l'abri de l'ardeur du soleil. 
On ne trouve point de terre végétale sur le Mont-des-Chats ; celle 
qu'on cultive dans la commune a environ 0,30 d'épaisseur. 


Argile jaune et sable. . . 
Glaise. 


1332 


1312 52 


On a fait des recherches de gravier qui n'ont pas eu de succès.— La 
terre végétale, qui est forte, pesante et humide, a une épaisseur de 
0,30 à 0,50. — On trouve presque partout des sources d'eau à 4 mètrss 
de profondeur. 


Argile jaune 

Glaise. 


1037 


935 KO 


Le gravier qu'on extrait dans celle commune est, dit-on impropre 
à faire de bonnes routes. 




3982 


2981 53 


Seize ouvriers attachés aux deux briqueterie!. 



154 



MJMS 
des 

COMMUNES. 



SUBSTANCES MINÉRALEiltl 



DESCRIPTION» 

géologique sommaire | 

du 

8O08-BOL. 



isoiis 
des 

PROIR1I.TAIRES. 



DEBOUCHES. 



Saint-Stlvestre- 
Cappel 



Uluvions anciennes . 
! Alluvions anciennes . 



( Yprcsien 

i Alluvions anciennes 

( Ypresien 



Argile jaune. . . 4 



549 Les environs. 



AJWE\îii:nrs. . . 
Capinguem. . • . 

LA CnAPELLE-D'AR- 

mentieres . . . 
Erolinchem-Lïs 
Frelinùhien. . . 
bouplines. . 

Prémesqoes.. . . 



Alluvions modernes . ' Argile glaiseuse 



Alluvions modernes . 
Alluvions modernes . 

Alluvions modernes . 

) Alluvions modernes . 
) Alluvions anciennes 

Alluvions modernes 

Alluvions anciennes 
Ypresien 



Argile glaiseuse 



Sable. 
Glaise 



Dubois . 
Mille . . 



„ j Sauvage .... 
j Caucheteui. . . 



La Bassée. 



Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Ypresien 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenicn supérieur . 
Landenien inférieur . 

Alluvions anciennes . 
Landenien supérieur . 



Argile jaune. 
Glaise . . . 



Marqcillies . . 



Saingbin«en- 
Weppis . . . 



Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Ypresien 

i Alluvions modernes . 
" Alluvions anciennes . 
( Landenien supérieur . 

Alluvions anciennes . 

Ypresien 

Landenien supérieur, 

Alluvions anciennes . 

Ypresien 

Landenien supérieur. 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landcnier. supérieur 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenien supérieur 



Argile jaune. 
Sable . . . . 



Le Rique . 
Leroy . . 



Lelenx 

De Roùvroy. . 



Arrondissement 

CANTON 

Armcnlières el ses environs 



La communeel ses environs 



200 ( Lille, Annenliéres cl les CO 
400 j munes voisines 



CANTON DF 



160 
160 



1060 
300 



Fournes et les environs. . . 

Entretien des routes et I» 
queterits. 



155 



'TILES. 


Population 
par 


Étendue 










NON 


COMMUNE 

au 


de chaque 


OBSERVATIONS. 




EXPLOITEES. 


1er. janvier 
1846. 


COMMISE. 








1050 

592 


813 61 
8°2 50 






Argile jaune , sable , 
Glaise. 




Argile jaune , sable , 
Glaise. 


1501 


1553 B5 






de Lille. 










d'armkntièkes 












7959 


649 10 


La Compagnie du Chemin de fer du Nord a établi temporairement de 
grandes briqueteries sur le territoire de celte commune pour fabri- 
quer le ballast destiné à la voie de Lille à Dunkerque. 










263 


185 09 






Argile glaiseuse, sable. . 


1927 


1366 14 


Il y avait autrefois des exploitations de sable cl d'argile à briques 
qui n'existent plus. 




Argile glaiseuse 


2049 


1332 54 


On a exploité temporairement quelques terrains argileux pour faire 
des briques à destination du chemin de fer. 




Argile glaiseuse , sable. . 


2152 


1119 39 


Le sous-sol est composé , partie d'argile à briques, partie de sable. 






2183 


H29 93 


On fait annuellement deux fours ; l'un de 110,000 , l'autre de 900,000 
briques. 




Sable argileux. 






1095 


505 57 










LA BASSÉE. 


1704 


1013 86 






Fer carbonate. 






2540 


344 45 


i 








Grès sables argileux. 












1391 
1360 


822 06 
854 24 






Argile jaune. 
Glaise. 




Tourbe 

Argile jaune. 
Sable. 


445 


209 » 


L'épaisseur de la terre végétale qui recouvre l'argile est de 
Om. 70a0m80. 




Argile jauue 

Glaise. 
Sable. 


1001 


711 09 


Le terrain glaiseui n'affleure que dans une très-petite partie de la 
commune. 




Glaise. 
Sable. 


1476 


791 09 






Argile jauue. 
Sable. 


iû97 


691 31 








2093 


770 «0 






Sable. 









; 


156 ) 










N OMS 

des 

COMMUNES. 


DESCRIPTION 

géologique sommaire 
du 

SOUS-SOL. 




SUBSTANCES MINERALE: 




EXPLOITÉES. 




NATURE. 


g | I NOMS 
S °* a 

o a. 

/: g propkiltaires. 




Il • ! 


DÉBOUCHÉS. 




1 
















- 


j 
















l 


s { 
















1 


( 
















SI 


{ 
















i 


Wici.cs j 


















l 










• • 1 




CANTON DE 


■ 


Buiiv j 


















Landenien inférieur • 














S 


l 
















1 


BOUIU IlELLE?.. . ' 


l .uni •■ini'ii supérieur. 


Sable 


1 


Hospices de Lille. 


1 


soo 


Houle de Houbaix a St.- 1ml 


11 


1 






: : 










s 


| 
















, 


Bouvjhes. . . . < 


Alluvions anciennes . 


Ixgile jaune . . 
Craie marneuse . 


2 


Constant .... 


4 
6 m. 




La commune . 

Fours a chaux de la commui 


1 


CtMrniN • BN-PÉ- 










( 
















II 


LAPPEU.E. . . . 
















u 


















II 


COBBIEOÏ. . . . 1 
CïS ING < 

1 

Genech . . . . < 
LOUVII. i 

MOl'f.UIN 

Peboîtoe. . . . 

.iiiVF.x-Mr- 
LAHTOIS . . . 

TEMI-LEl'VE. . . 
Wannebain . . 
















' 


Landenien supérieur. 
Landenien inférieur . 














, 














' 


Alluvions anciennes . 
Landenien inférieur . 


Argile jaune. . . 
Glaise 

Craie marneuse . 


1 
H 

2 Î 


Ve. Toussaint . . 
Ve. Toussaint . . 
Ve. Damide . . . 

Delourme .... 


3 
6 

4 
14 

7 


180 
615 
60 
1739 
720 


j La contrée . 
Agriculture et bâtisse . 


















I 


Landenien supérieur. 




























> 


















Alluvions anciennes . 


Sable.. 












■ 






































»| 


Héfenin 

Sourdean .... 


1 

1 


20 

20 


J La commune. 




















Alluvions anciennes . 
Ululions modernes . 












































illusions modernes . 

! 1 1 ons ancie u . 

Ifpres en 

| Landenien supérieur. 
Landenien inférieur . 

Allumions anciennes . 
Landenien inférieur . 


Ma ne grasse . 














tir ne. . . 


4 
1 


11 c ve/ cl divers . 


16 
3 


3200 
100 


Le village. 

1.1 . 
































Bbaucahps . . . 


Alluvions anciennes.. 
1 

1 Alluvions modernes.. 
i Alluvions anciennes.. 


Argile jaune. . . 


I 




1 i 


S33 


CANTON 








Emmbbin .... 


Argile jaune. . . 


1 




\ 1 


800 







( 157 ) 



UTILES. 


Population 
par 


Étendue 










NON 
EXPLOITÉES 


COMMUNE 

au 

1er. janvier 

1846. 


de chaque 

COMMDNK. 


OBSERVATIONS. 




1 
Tourbe 

Sable 


[ 870 


525 16 


< 




Grès , sables argileux . . 




Argile jaune 

Sable. 


| 258 
1 


277 » 


Pendant quelque années . ie sieur Leleu, de Fournes, a fait des 
briques sur une pièce de terre de 89 a. 40 c. dont il est propriétaire 




CVSOING. 










Argile jaune 

Glaise. 


950 


635 84 






Argile jaune 

Glaise. 


1204 


646 22 


On a recherché du minerai de fer dans la commune en 18il 




Sable argileux. 
Marne. 










Tourbe 


563 


268 87 






Argile jaune 


1479 


639 11 


i 




Claise. 
Sable. 


1518 


806 41 






Sable. 


482 


278 57 








2786 


1351 65 


. 




Argile jaune 

Glaise. 
Sable. 


1125 


740 08 


On a exlrait du sable pour quelques briqueteries particulières mai-, ; 
il n'y a pas d'exploitation suivie. 




Tourbe 

Glaise. 


760 


248 11 


On i découvert depuis peu un gisement de sable que l'on a eiploite j 
pour la construction du pavé communal. 






1467 


919 29 


Une faible couche de minerai de fer a été découverte dans les i 
alluvions modernes de la vallée de l'Elnon 




Argile jaune. 




Sable. 










Tourbe . . 
Argile jaune. 


373 


113 11 






Tourbe .... 
Argile jaune. 


1706 


1036 68 






Tourbe .... 


3180 








Sable. 










Argile jaune 


498 


367 68 






Marne. 










q'haubouhdin. 










Tourbe . . . 


750 
134 


422 63 
490 17 


On ne fait qu'un petit tour de iOU.OUU briques par an. L argile , dont 
l'épaisseur est de 2 met., est recouverte par ni 80 r. de terre végétale. 

11 









158 



NOMS 

de- 
BOUIUK1! 


DESCRIPTION 1 
(géologique sommai» 

du 

>ul 

J 










SUBSTANCES MINERALE!. 


EXPLOITEES. 


NATURE. ig| des 

o -s. 

K t PROPHIKTAIBKs. 


ts 

e S 

C => 

Z o 


Pr^tiii 

nuratl 

00 

■tires 

robe- . 


1 

HilUl H 1 - 


'Enslo>- 

HlWBTrBBBS - IH 

E»«UIXfclltM n S 

E8COBEC8UES . . 

&U.LEHBES - LKS 
BaDIOUBPIN . . 

Hllf>ulKlu> . . 

Lkm 

LOÏNK . . 

Leos 

Le Maisnh. . ■ 

llUPlUfcBEIl . . 

j Si-ut-. . . . 

Seooebik . 

Wavri.n 

»-.-■•■ . . 
AH3TAIN6. . . 

Bliisieui 

' LBKIUX. . . 

1 

'Flïm 

1 


1 

Mlùvions modei nés 
i Alluvions anciennes 

" rpreslen 

r l andenien supérieur. 


ilai-f ... 
Salle 








::::::::: 






. : : : 


A 


îrespel .... 

Kidez 

SVemel 

lidez 

:respel 


1 
1 
1 

i 
1 
1 


100 1 
(00 

MO 

1000 
1500 


Bauhourdin Waienimes 

Loos \n aiemmes - bisquer 
me-, flaulmurdiu. Lille. Bol 












i 




" t Alluvions anciennes 


Argile jaune. . . 




Brunel 


* 

i 


1000 

lonn . 


bec i ommunea voisines. . . | 


























































) Alluvions anciennes . 


Argile jaune. . . 


1 


Jacques. . . 


2 






■ Alluvions antienne-. 


Argile jaune. . j 


i 

s 

j 


Siou-Dragon . . 
Veuve Fourniei . 

Deleval 

Wambre .... 
Jenoyelles . . 
jilquin 

Pottler 

Pelicier 

Andries 


S 
10 
10 
10 
10 
10 
10 
10 
10 
10 


1100 

Il 211(1 

! 


Les environs 

1,4 mi\ environs, 14 pM 
l'arrondissem. d'Hazebrouf 
et t ï pour la Belgique 


































































( Alluvions modernes . 
\ Alluvions anciennes . 







































\ Alluvions anciennes . 

. Alluvions modernes . 
; Alluvions anciennes. . 
(Landenien supérieur. 

. Alluvions modernes . 
























Argile jaune. . . 


i l.iénard 


i 


Î6 














CANTON DI 
















Craie 


i 




i 


UKM 


Pierres de mnslruction pt 
Lille el les commîmes env 


1 

i Alluvions modernes . 












. . 


\ Alluvions modernes . 
I Alluvions anciennes.. 

, Alluvions modernes . 
i Alluvions anciennes.. 

. Landenien inférieur 

. Alluvions modernes . 

Alluvions ancionnes 

1 Landenien supérieur 

, Alluvions modernes . 

. ', Alluvions anciennes. 

1 Landenien supérieur 






































Argile jaune . 


i 


Man-\ 


i 

lui ■ 


j iOS 


Baisleui, Chéreng el willei 


Craie marneuse.. 
































. . 












. . 










1 









































159 ) 



>0N 

EXPLOITEE:- 



Population 
par 

COMMUNE 

au 

im janvier 

1846. 



Ktendue 
de chaque 

COMMUNE. 



liBSERV HT / 0>\ 



Argile jauue 
Sable. 

Sable. . . . 
Argile jauue. 



Argile jauue 

Argile j., sable argileux 

Sable argileui 

Tourbe 

Argile jaune 

Argile j. . sable argileui 
Sable. 

Tourbe 

Tourbe 



Argile jaune. 
Glaise. 

Argile jaune 
Glaise. 

Tourbe 

irgile jaune. 

Tourbe 

irgile jaune. 

Tourbe 

able. 
LAN1NOY. 

irgile jauue. 

Tourbe ? 

Irgile jaune. 

Irgile janne. 

Tourbe 

irgije jaune 
«arne 

Lrgile j , sable argileui 
able 



3» 

1724 



M4 

261 

601 
3130 

140 
2480 
4117 



585 
2780 



43» 
1771 
1*00 



hect 

131 8C 



174 55 
183 83 
431 91 

328 36 
82 31 
927 50 
750 02 



345 87 



408 04 
1367 91 



411 6» 

907 *i 



Le sable d'Euuetiere? est employé lioiir les briqueterie- et poui le. 
routes. Il existait autrefois une'sahlieie appartenant au sieur Bonzel, 
d'Haubourdiu , qui est supprimée , celle du nomme Wemel n'a été 
ouverte que récemment au hameau du Paradis. 



Douze ouvriers attaches < la briqueterie 



Les terrains tourbeux ont «la Imés à lu eultur* et pruduiitui de 
bonnes récoltes 



1156 65 La eraie sénouienn<s -e trouve . use faible profondeur 



226 88 
659 04 

86 1 33 



160 



.NOMS 

des 

COMMUNES. 



DESCRIPTION 
géologique sommaire 



SUBSTANCES MINERALES 



NOMS 

des 
PBOniHAIBES. 



Pruiluii 

JUIiUi'l 



DEBûrCDKS 



FOBEST 
I.HI SOS 



Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes 

Allumions modernes 
Alluvions anciennes 
Nervien 



Alluvions modernes . 
! Alluvions anciennes . 

Ypresien 

Landenien supérieur. 



LiNNOÏ .... 

Leebs 

Lts-lez-Lanxov. 

SlILLÏ 

toufflers . . . 
Tressin .... 



Alluvions anciennes. . 
Alluvions anciennes.. 
Alluvions anciennes.. 
Alluvions anciennes.. 
Alluvions anciennes.. 
Alluvions modernes.. 
Alluvions anciennes.. 

Alluvions modernes.. 
Alluvions anciennes., 
landenien inférieur . 



Argile sableuse 
Glaise 



Argile jaune. 



Leoleroq. . . 

Delecroix . . 

I | Agaclie . . . 

{Pennel (Louis) 
Pennel (Alex.) 
Leelercq . . . 



I 2 I 



1000 
400 



Agaehe . . 
Defontainc. 



La commune 

Poteries d'Uem,Roubaix,Marcq 



Tourcoing, Roubaix et les i "Ui- 
munes environnantes. . 



CANTON DE 



Alluvions modernes.. 
1 Alluvions anciennes.. 

< Ypresien 

| Landenien supérieur. 

I Landenien inférieur. 

( Alluvions anciennes.. 
( Sénonien 



Argile jaune. 
Glaise . . . 
Sable. . . . 



Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes. 
Landenien inférieur. 



I Salomon . . . 
, ) Colette . . . . 
* Liénard. . . . 

\ Cassc-Bayard . 
1 I Salomon . . . 

/ Salomon . . . 
. ) Colette . . . . 

j Liénard. . . . 

\ Cassc-Bayard . 



i Alluvions anciennes. ! sâbîlTarcileux ! 1 
« « S ^ B ^«' ! '- Landenien supérieur. Y \ . . 

' Landenien inférieur. 



Les environs. 



2000 
1900 
B000 
4000 

400 j Les environs. 

550 

1000 [l > <»"' lafabr i oaliondcsbri 1 uei 
900 J 



La M li INI 



Fti ni> . 

Lr.îTNNrs. 
RoNCHIN 



Alluvions anciennes.. | Amie |aune. 
Sable. . . . 



CANTON r>K 



Chemin de fer de Dunkerque 
Lille et les environs. . 



CANTON DE 



Alluvions anciennes 



\ Sén 



Alluvions anciennes. 



i Alluvions 
j Sénonien 



Craie 

Craie. 



/ Deschamps . . 
\ Duhayon . . . 
ii Desaint frères . 
JDefretin. . . . 
\Planquette . . 



1 ]l.ernulre 
i 



Cotil'— Bernard 
Morelle. . . 



>Lcs communes voisines 



140 

■'■m 



Les communes voisine* 
La localité 



161 ; 



mon 
exploitées. 



Population 
par 

COMMUNE 

au 

1er. janvier 

1846 



Etendue 
de chaque 

COMMUNE. 



OBSERVATIONS. 



Argile jaune 



Argile jaune 
Marne. 



Lignite pyriteux. 

Argile jaune. . . 

Argile jaune. . . 

Argile jaune. . . 

Argile jaune. . . 

Argile jaune. 



MLLE N.-E. 



754 
400 



Argile launc 
Craie. 

Sable. 



UL1,K CEJNTRK. 



LILLE S. -E. 
Irgile jaune. . 



838 
75430 



Argile jaune. 
Argile jaune. 



I2S0 
1S65 



103 43 
311 32 



1602 


!4 77 


2440 


525 10 


1375 


320 67 


917 


430 15 


772 


237 14 


453 


186 32 



2(3 82 
K39 72 



Le sable qu'on eiirait près du hameau de l'Empenpont »5t surtost 
employé pour les briqueteries. — Des recherches de houille qui n'ont 
produit aucun résultat ont été faites en 1842 dans cette commune. 



La commune de Lannny est limitée par l'enceinte même de la ville. 



On mélange parfois la terre cultivable avec l'argile jaune pour la 
fabrication des briques. — Le terrain peut , après plusieurs années de 
jachères, être rendu à la culture et produire une demi-récolte 



On a extrait autrefois de la craie sur le. territoire de cette commune 
vers Lczennes. La pierre servait aux constructions. 
La commune de Lille est limitée à ses murs d'enceinic. 



On exploite dans la même carrière, sur la hauteur de Mons, du sable . 
argileux pour mortier et pour fonderies, et de l'argile destinée à être ; 
mélangée à la glaise dans la fabrique de poteries de Fives.— On a extrait i 
autrefois du sable blanc pour les roules dans l'intérieur de la commune. 



L'extraction d'argile et de sable a lii i au trou rie La Magdeleine i 
ou est établie une grande briqueterie. La ;l.<ise et le sable landenien | 
supérieur se trouvent a peu de profondeur. 



La craie convertie en chaux est consommée dans les communes 
voisinps pour amender le sol ou pour faire le mortier, déféquer les 
Sirops de betteraves , fabriquer le ~.n"». etc.; une petite partie est 
emplojée aux constructions après avoir été taillée. 



La craie sénonienne existe a peu d» profondeur 



162 



des 

— -■ NBS 



DESCRIPT101S 

géologique sommaire 

du 

SOI S-IOI 



SDBSTAIVCES M1>ERALES t= 



NOKS Ug 

dcS "§p 

PKi>i'Rii.iAinE». Ue o 



Prodaii 
snnuel 



KFBOI'rBÉS 



IAMOS l)F. 



r.S(irp»Mr» 



Lb* Moulins 

















1 Ailuvions anciennes. . 


Argile, jaune. . 


. ) Deleplanqne . 


4 

î 


4615 


les communes voisines. 


< 

/ Sénonien 


Craie 


( Lhermite. . . . 
3{ Deleplanqne. 

( H,lt M II 


5 

S 

|10 


«80 
1Î80 
tB60 


Idem 


1 Allavions anciennes 


argile jaune. . t 


j 
1 
1 


Bénot 

Courmont . . . 
Duchange 


Mu. 


1Ï141 


Lille et lea environi . . . 














( Allumions anciennes . 


Argile jaune. . 


1 


HattonBissei. 


■ 6 


won 


les environ^ 



CANTON DR 



MlltOlH'TTB. . 

Waiibrbchjbk 



) Ailuvions anciennes . 

i Landenien inférieur . | 

S Ailuvions modernes. • 
Allumions anciennes. ' \rgile janne. 
Landenieo inférieur'. 

I Ailuvions anciennes. 

Allumions anciennes., i 



Warlclle. 
Vaniscote 



Chemin de fer de i.ille a Dun- 
kerque. 



CANTON DE 



Attigbes. . . . i Ypresien 



Allumions anciennes 



(Landenien supérieur. 



. Allumions anciennes,. 

\ Ypresien 

Landenien supérieur. 
1 Landenien inférieur . 
\ Sénonien 



\ Ailuvions anciennes. 

' Ypresien 

' Ailuvions modernes. 



F/\Nr.vn IB 



Ailuvions anciennes, 
i Landenien inférieur 



Sénonien. 



Fbfto 

MBBir.N ivs 

Mohcubadj . 

Mess i K-PHTKU 
I . NSI vu II 



i Ailuvions modernes. 
! Ailuvions ancienne! 
(Sénonien 



^ Ypresien 

) Landenien supérieur 

) Allnvidna *»< iennei 
) Ypresien 

( Ailuvions anciennes 

\ Bruiellien 

' Ypresien 

Ailuvions anciennes. 



. Ailuvions anciennes. 

i Ypresien 

j Landenien supérieui 



Ailuvions anciennes 
\ Ypretien . . . . 

(Landenien supérii or 
Landenien inferiem 



Ixgjle inillie. 



\ rail.- jaune 
Glaise 



Glaise 
Sable 



r.laise |iuui biiq 



Delannny. 



1 Delinselle . 
I i Demessinc. 

1 I rvrin. . . 



( Marquette . . . 
' ( Descloqiiemnnl 



800 

70 



400 

isnn 



Les villages voisins et surtonl 

Ponl-à-Marcq 

i ille ei aénin-Liétard. 



Pannerie .1 Lvelin 



i .i . ommuneel celles environs 



La localité. Routes el chemin! 
divers 



Poteries de Phalempin ci de 
Templemars, 



( 16c 



NON 
K\ ri, on ÉE: 



Population 



1er. janrier 
1846. 



ILLK S. O 

ourbe 



F I III I H. 



gile jaune. 

nhic argileux. 



ihlr argileux. 

Égilc jaune 

fgile jaune, subir . . . 

►NT-A-JffARCQ. 

rgile jaune ; sabir argil. 

1 a i - * ■ 

Aie 



lai.-e ; for carbonate 



farte. . 
•gile jaune. 



mrlie. . . 
•gile jaune 



■gile jaune 



gile jaune ; sable argil. 
ble (in . calcaire. 



Bile jaune 

laiso . fer carbenale. 



àblp. 

res, sables argileux 



•659 



4417 



845 
1161 



1746 
3542 



17. S!» 
162S 



1010 
1796 



Etendue 
de chaque 
. OMHI Kl 



MUSE R\ W lu V 



878 43 La i une ejjl i ouyeiUr. en chaux dan; la commune et a Wazemmes 



57» 82 

in is 



12 tables pour le; quatre hriqncleries ; 72 ouvriers employé? 



31 3 


72 


62S 


ni 


i8o 


48 


1542 


79 



Des recherches île houille tout 3 fait inutiles ont ele faites à 
Lambersarl . il \ a une vingtaine d'années 



1093 on 
991 16 



pans les parties glaiseuses, l'eau séjournerait d'un* manière nui- 
sible à la surface, si le cultivateur n'avait soin de pratiquer des 
rigoles ou des fossés au milieu des terres. — C'est dans la glaise que 
l'on a découvert . en 1813, quelques veines de fer carbonate. 



497 27 
1236 87 



394 34 | Le sous-sol est nn mélange dé sable et de glaise que l'eau ne pénètre 
qu'avec difficulté Des recherches de minerai de fer ont été faites 
en 1841. 



Des recherche 
époque 



neiai de fer uni ete faite» aassi ji la même 



164 



NOMS 
des 

COMMUNES 



DESCRIPTION 

géologique sommaire 

du 

SOUS-SOL. 



SUBSTANCES MINERALES 



£ g NOMS 

■a % 

S s I des 

Z S PROPRIETAIRES 



f w 












§E 


eu 








a 





nEBOUCH ES 



\ Ailuvions anciennes . 

POHT-i Marco. . ) Ypresien 

'Landenien supérieur. 

t Ailuvions anciennes . 
i Ypresien 



Thumeries. 
toi'bmigmbs 



Argile jaune. 



Ailuvions anciennes . ! 

Ypresien j 

f Ailuvions anciennes . Argile jaune. 

iTpreslen ... Glaise . . 



f i.andenicn supérieur. Sable 
Landenien inférieur . 



!Mcureau . . 
Declercq , Ve. 
Vallois. . . 



, f Declercq, Ve. 
i Plouvier . . 



500 Thumeries 



600 La commune 



300 
800 
200 

3000 
«00 



Les 3panneries dcPhalempin 
celle de Wahagnies et c.elli 
de Libercourt 



Briqueter., panner. et conslr. 
cliemins vîcin. Nos. 8 et 30 



«ANTON DE QUESNOY 



!' Ailuvions modernes . 
Ailuvions anciennes , 
Ypresien , 



Deixlmom 
LOMrni 7 . . 
PÉHENCBIES. 



\ Ailuvions modernes . 
| Ailuvions anciennes 



Argile glaiseuse 



Ailuvions anciennes .... 
Ailuvions modernes .... 
Ailuvions anciennes . Sable. 
Ypresien Glaise . 



Qdesnoï- sur- l Ailuvions modernes 
Deui.e { Ailuvions anciennes 



( Vandermersch. 

3{I.aloy. .... 

( Delattre. . . . 



, j Vankersaehaver 
( Bonzel 



7 5333 , 

7 5333 Lille et ses environs 

7 5333 ! 



Lille, Armentières et comm. v 



Verunohem . 



Warmêton (Bas-) • 



Ailuvions anciennes . 

Ypresien 

j Ailuvions modernes . 
I Ailuvions anciennes . 
Warnèton (Sud) Ailuvions modernes . 

/ Ailuvions modernes . 
I Ailuvions anciennes 



i presien 



(Six Parct. . 
!< Hynderynct. 
( Pcrsegaele . 



50 > La Belgique et Dcûlémonl. 
50 S 

I 



CARTON 1)1 




•I 

iPennel (Alex.). 
Pennel (Louis). 
Wattine-Dazin. 
i rère Louis). . 
Frère-Destombes 
- Delvinquière . 
lllennion. . . . 
iRasson. . . 
[ Lavaine . . 
\ Beaucarne 
\Demcssine. . . 



il 31 



Ypresie:* 



165 



NON 
EXPLOITÉES 



Population 
par 

COMMUNE 

au 

1er. janvier 

1846. 



Etendue 
de chaque 

COMMUHE. 



OBSEBVATIONS 



lrgi!<- jaune 

llàise 

able 

ïlaise . fer carbonate 



Lrgile jaune 
laisc. 



SUR-DKULK. 



irgile glaiseuse. . 
lrgile jaune, sable 
Bise. 



fcble 

lrgile jaune. 

i Lrgile jaune, 
er carbonate. 

irgilc glaiseuse. . . 
irgile jaune , sable. 

lrgile jaune, sable . . . 
laisc. 

agile -'laiseuse 

able. 

Lrgile claiseuse 

Lrg.jaune, cailloux, sable. 



ROUBAIX 



irgilo jaune, 
laise. 
able 



495 
751 



603 
9U 



1729 

277 

94 
1?0< 



202 02 



306 80 
298 Oî 



997 70 
273 50 

433 70 

506 95 



Le sous-sol consiste en grande partie en argile mêlée de sable recou- 
verte par 20 cent, de terre végétale. ! a été fait il y a quelques annéei 
des recherches de minerai de fer qui n'ont pas eu de suite. 



On a trouvé le minerai de fer a quelques mètres au-dessous du sol 
dans plusieurs parties de la commune , mais il n'était pas assez 
abondant pour pouvoir être exploité d'une manière utile Ces fouilles 
ont été faites vers 4840. 



Les fonds sur lesquels les briqueteries ont été établies sont transfor- 
més en prairies moyennant de grands sacrifices pour les améliorer, 
avec des vases de rivière , de la chaux , du fnmier, etc 

Les briques de Deùlémont sont très-renommées. 



Les terres noires d'alluvion de la Deûle recouvrent immédiatement la 
plaise. Sur les deux rives on trouve d'abord de l'argile avec vn'nes 
de sable (sable mouvant) . puis la glaise. 









( i»» 








1 

DESCRIPTION 

j géologique sommain 

du 

COM.MrNFs 

■•>\ s-SOL. 


SUBSTANCES H 1 N É A A L B* 


EXPLOITÉES 


DATBS 


t I NOMS 

e | des 

© S, 

se s pnurniMTAinrs 


'|1 

O 3 
«ï O 

'a 


Produit ' 

IBDBCl 

m lit roi CHSS. 

ni ii ■ 

. Ill.es. j 


Wisotnaui . . Allumions anciennes . 

1 illuvlons anciennes . 
Wattuflos . < Ypresien 


( Droitiers 


! 1 

i 6 J 3Î00 ,|Roubaij . Tourcoing el le 
1 villages vuisins.. . . . 






1 ALLENNE6-LES- 
Hjbaiç. . . . 


i Allaitons luoderiiM 

< AUuvions anciennes 






CANTOB 






















1 AilXBliU.1T . . 
BaITIN .... 
IUMPHI> -Ht 1 » 


* A iluvions modernes 
' Illusions anciennes 

1 












Irgilc jaune. . . 


., t Pecqueux 

1 Deharge .... 
. .1 


4 


1170 

mu 


La commune 

l' 


', Mluvions anciennes . 

i 

i Mimions anciennes 

■[ Landenien supérieur. 


argile jat . . 


t 


Chrétien .... 
Hnrleltiqne|. . . 


i 
1 


12 

15 


1 Betirchiu , BeauMit . Provin 
t Billy-Berclan 
































1 CBEMÏ . 




































1 










GOitDKCOLRT . . 


i Alltmons anciennes 


Lrgile jaune. . . 


Marquant. . . . 


3 


320 


mm lin , chemy, Berriu . Viles 
nés et Gondecourl 


















































Houfi.it . . 
















Il SQUIN • . 


AHuvion- ancienne! 


Irgile jaune, - . 

Craie 


«J 

1 


Taffln Peuvion. . j 

Cbutfarl \ 

Davaine 


; 
S 


» 50 

I iu 
560 


! i .m oudissement 


NOriLLES. . 

Purm-t . . 

Sbglih. ... 












































Alluvlons anciennes 


argile jaune . 


! 


Cramette 


1 




l'nivm el B.itmn . 














AUuvions ;tiH-irnnc- 


» i file jaune. . . 




! 


1201) 








J 
| 


Lero\ 

Himze 

Delecourt. 
Deletombe . . 


■( 
S 
3 

■ 


iu:, 

1050 
1100 
1130 


i a localité. 


TRWl!llll>. . . 
































VENDETIUB. . . ■. 






1 


Thibaut 


• 


,,, 


i rs communes TOisines 
















































i WION DE 


1 


Alhvfions ancienne, 














i Rociir.cn>. iv . 
































Biiirm 

1 ' 


Alluvions anciennes . 
Ypmien. ...... 


"me . . 

Qlai.se .... 


1 


Venant 

Demeestere . . 
Baggio 


S 
2| 


1100 

600 


i ., i ornmune • • • 

ld. 



i 167 



rgile jnune . . . 
Me 
DE SECLIN. 



iiuibe . . . 
rgilf jaune. 



gile jaune 

aise, sables argilem 
raie 



rgile jaune, 
■gile jaune, 
[aise 
>urbe . . 



\0K 

EXPLOITKk: 



Population 

par ! Etendue 

< OMM! Kl 



au 

1er. jan\ier 
1846. 



de rhaque 

COMMCrVF. 



OBSERVATIONS 



taise. 

mrbe . . . 

gile jaune 

mrbe . . 
gile jaune. 



)urbe . . 
gile jaune 



orbe 
ible argileux. 



rgile jaune 

aie 

gile jaune 



rurbe 

•gile jaune 
•aie. 

TODROOI1SG-N. 



5034 

8736 



870 
.U<6 

IW 

923 

AÎ9 
10B 



343 

rtïft 
iïiî 

m 

il 19 



rgile jaune graiiec et 

sable 

laite. 



| 1900 



«llnui . sable argileux 



679 6Î 
1358 80 



s»H 61 

iiii 09 

393 61 

737 66 

231 93 
343 63 



214 61 
638 78 
S37 SS 
Î33 to 
336 in 



30 outriers attaches aux briqu«t*ri«i 



L'épaisseur du sol cultivable tan» de ftm. 30 a m. 80. 



La terre Tegétale est ires-légere . mais cependant assez, bonne pour 
la rernlte du froment. — Sous-sol argile mAIée de traie. 



1 épaisseur de la terre cultivable >ane de m. 30 à t m. 10. — Le 
SOn6-SOl se compose d argile à briques sauf 1 i environ du teni- 
toire nu il existe de la craie 



166 68 | 

562 77 Le* terrains d'où l'on lira la craie ne sont que de 3e classe 

«23 90 ' 



168 





DESCRIPTION 


NOME 






géologique sommaire 


des 






du 


C.OMMUHES 






SOUS-SOL. 



SUBSTANCES MINERALES 



NOMS 
des 

PROPRIÉTAIRE! 





Profil 


£S 








H h 


en 


o b 








e 


fUtK". ) 



DEBOUCHE. < 



LlNSELLES . . 



I 

« Allumions anciennes. 
) Tpresien 

nelville-ek-fé- i Allumions anciennes. 
R.4i> { Ypresien 



Roncq . . 
Tourcoing. 



\ Alluvions anciennes.. 
( Ypresien 



Alluvions anciennes.. 
1 Ypresien 



Argile jaune. 
Argile jaune. 



Vansteenkistc. . 
Catteau 



CANTON DB 



Alluvions anciennes. 
Ypresien 



BONMJES. . . 

iMARCO-^B^ULl™" 5 . 3 "™ 
Moraux... (ffi° e n n 8 . aneSe T 



Ahlix i . 

AcBIfiNV-AU-BAC 
BRUnÉMONT . . 



.' Alluvions modernes . 

) Alluvions anciennes . 
' Landenien supérieur. 

t \llu\ions modernes . 
I Sénonien 



Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes.. 
Sénonien 



Argile jaune 
Sable. . . . 



Alluvions anciennes.. Argile jauri 

L . . • i Sable. . . 

Landenien supérieur j Gr ^ s 



» Sénonien 

i Alluvions anciennes. 
) Landenien supérieur 
. Alluvions anciennes. 
1 Landenien supérieur 
j Landenien inférieur . 
\ Sénonien 

i Alluvions anciennes. 
i Landenien supérieur 

, Alluvions modernes . 

Alluvions anciennes. 

1 Sénonien 



La commune ci 
celle il'llamel. . 



Déprez [ . . 

La commune . . JiOO 



Arrondissement 



CANTON 



Les corn, d Arleui et d'Haoi 
La commune 



5800 



100 S300 La commune et celles avois 



, i Taie . 
" j Carlier . 
i Maurice 
Divers • 



Argile jaune. 
, 3able . 
Grès 



Alluvions anciennes., 
landenien upérieui 
Sénonien 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes.. 



Tmirlie. . 

\i. iii jaune 



Argile jaune. 
Sable. . . 



argile jaune. 

Sable. . . . 
Grès . . . 



Landenien supérieui 

Alluvions modernes, j . . . 
Alluvions ancienne-, | gffig?, 
landenien supérieur I Sable. . 



Drancourt, 

Savary.. . 
Divers . . 

Divers . 

Ladiïerre. 



l'ollart J.-B 

Pollarl [F.] 



Dessine. 

Taflin . 
Divers 



Cambra» . . . . I 
Veuv Thomassin 
Delournay. . . . | 



330 

Î000 
20 



400 
500 
50 

2000 
200 



300 

20 







Idem. 
Routes diverses. 



Boute départementale 



La commune ci les environ» 

La commune. 

Les communes environnant! 

La commune 

Idem 



La commune et ses envirt 



Les commune- cuTironnanfl 

La commune. 



La commune , 
la commune 









iG9 


UTILES. 


Population 
par 


Etendue 






NON 


COMMUNE 

au 


par 


OBSERV ATlONï 


EXPLOITÉES. 


1er. janvier 


COMMUNE. 






1816. 






Irgile jaune 

Slaise 


3656 


bect. 
1169 64 


i 


Sable argileux.- .... 
Slaise. 


2576 


614 02 






3378 


1056 26 




Slaise. 


Sable argileux 

Boite 


-268% 


1509 36 




TODRCOING-S. 








irgile jaune 

Slaise. 


3927 


1292 26 




Slaise. 


3937 


1390 01 




Irgile jaune, sable argil. 
Slaise. 


2149 


414 88 




de Douai 








D ARLEUX. 










1685 


1116 42 


Les cailloux que l'on ramasse dans les terres servent à l'entretien 
des chemins. Le sable se vend à la voiture à raison da li. 25 c. 
par chaque cheval attelé 







1157 


516 13 




Craie. 




584 


198 79 




irgile jaune. 
Craie. 




833 


626 40 


Size ouvriers attachés aux briqueteries pendant deux mois. 


irgile j., cailloux et grès. 


853 


926 58 


Argile j., cailloux et grès. 
Sable. 


469 


527 98 




Craie. 










1016 


452 78 


La briqueterie occupe six ouvriers. 




1138 


508 00 


Idem. 


Sable argileux. 
Craie. 


Sable arg. cailloux et grès. 


827 


WU 32 


Idem. 


Craie. 








Sable argileux 


1036 


471 73 






543 


387 35 




Sable argileux. 



( 170 




-^- 



DESCRIPTION 

géologique sommaire!. 

du 

SOUS-SOL. 



SUBSTANCES MINERALES 



NOMS 

du 

PHuPRlÉTAlRtS. 



. 


Produit 


,^ M 


iUOU-! 


s ? 


eu 


*g 


netra 


1 a 





KldlillU 



1 M I . -| 



I Alluvions modernes Tourbe. 



y i - . 



! Alluvions anciennes . 1 Argile jaune. 

Alluvions ancienne» 

Sénonien 



MovrHFCoiiei < Alluvions anciennes. 



Viilvrs-.h-Tm » Allumions anciennes. 
>iu.erwii-Tïii- Lundenjen sup érieur. 
tbe. ..... | sénonien 



I 

i De Larianderie. . 32 
3 1 Loltiol .... 18 

( La comiuuiie 4f. 

., t Coupé 

i Dubois ... 



1300 , 

600 ; Lu commune el le» ulkig 

2000 ) voisins 

1000 ! la 'cniniune et le» enviroi 



CANTON Dj| 



Anbifm . . | Alluvions modernes. . I j . . I . ■ . . 

, Alluvions modernes . ! | 

D \ Alluvions anciennes.. Argile jaune. . Si Divers. 

Sénonien ICraie ! Dam h 

Alluvions modernes, j 

i Alluvions ancienne» . Argile jaune. . t j ^'JXm 

Fl.NBS.LU-HACBlJ Y P reSie " 



' Landeuieii supérieur. . Sable 



■ Alluvions modernes. . Tourbe 
1 Alluvions anciennes. . I . . . . 



. Duclwtel . . 

, I Codiu. . . . 
, Despino) 

' Tison. . . . 

I De Monthozon 



6666 La ville, le «mue, les ponts- 
chaussées, la banlieue . 
500 [La ville et la banlieue . , 



1500 



I Landenien supérieur iSable el frre» 



, Alluvions modernes 

Alluvions anciennes. 

I Sénonien ... . . . 



[Alluvions anciennes. Argile jaune 



6 | MO 

2 \ b'Arembe'rg . . . i , ' 

-I De Monthozon. . i * ! b5U 



La commune et celles circoni 



Ch. .le fer pavage, bâtiments 
Blanchisseries d'Arras . 
Lalaing et les communes envil 



i Martin Rouez . . j 
! Cie des Mines de 
' Warenrlin. . . ! 



Wazlers el Douai 



, Alluvions anciennes. 

Landenieii inférieur 

( Sénonien 



. Alluvions anciennes. 
AcitHCBicoini.. Landenien inférieur 
' Sénonien 



Alluvions modernes. 



\ Alluvions anciennes. 
; Sénonien 



i Alluvions modernes. 

Ei. in.i.11% . j Alluvions anciennes 

' Landenien Inférieur 

! Alluvions modernes. 
Alluvions anciennes. 
Sénonien 



Craie 

Tourbe 



Argile jaune. . 



Uoudron . . . 
La commune ■ 



. Alluvions modernes, 
j Alluvions anciennes. 

Alluvions anciennes. 



LiwjRDi ... Laudeuien supérieur. 
/ 



, Guénez. . . . 

3 Widiez ... 

( Veuve Hulnl. . 



CANTON Dl « 

!00 Sucrer., ■ hauffnurs et bâtisse 



3000 La commune et les environs. 

100 La commune et \i fonder^ 4 
Douai. 



fieeh\ el les lonini. voisines. 



Sable blanc 
Craie. 



Ken .nu . . . . 
| Santhieui. . . . 
i 'Ponthieui. . . . 
J Jouvenel .... 

Dervaui . . . . 
I 



5000 

101111(1 f 

1800 Douai. Bouchai!! Auiche. eU 
1000 \ 
800 ' 



171 ) 



QT1LES. 

■ 


Population 
par 


Etendue 












NON 


comnnre 

au 


de chaque 




OBSERVATIONS 




EXPLOITÉES 


1er. janvier 
1816. 


COMMISE. 






















1 681 


495 71 


i épaisseur de la If 
Trente-deux ouvriers 


ic végétale cm Je O.tiO — Sous-sol ai 
sont attaches aux briqueterie?. 


glleui - 





Salilc argileux, 












argile jaune, sable argil. 
Craie. 


548 


621 7o 








argile jaune 

Jraie. 


792 


673 67 








argile jaune, cailloux . . 

sable et grès. 

>aie. 


455 


418 59 









'•UAI-Jf. 

Tourbe? . . 
fourbe. . . 



fouille. . . 

<abie argileux. 
ilaice. 



'ourbe. . . 
■rgile jaune. 
Iraie 



OUAI-S. 

rgile Jaune 



rgile jaune. 



ourbe . . 
rgile jauue. 



ourbe ? 

rgile Jaune, 
raie. 

ourbe 

trgile jaune. 

rgile jaune , cailloux et 
grès 



400 
Ï0488 



681 

«sa 

479 
1138 



162 37 I 

1674 48 ' Cne société s'était formée en iSltpoui l ciuloilatiuu du miuerai d» 
| fer dans, le terrain moderne au hameau de Dorisoies. — rinquanto 
ouvrier* attachés ans brlquetciiev 



1959 59 Ou a fan 

la houille 



$47 W 
700 *9 
88Ï 59 

.198 08 
544 48 
395 8» 

m 45 



1839 n forage près Je:, sablières pour la recherche de 



La plupart dejj marais a tourbe ont ete rendus au proOt de. la coin 
mune— Le terrain ou l'on pourrait encore exploiter ce combustible* 
n'est pas utilisé parce qu'il est consacré au rouissage du lin. 



172 





DESCRIPTION 

géologique sommaire 

du 

SUUS-SOI. 










SUBSTANCES MINERALE! 


NOUS 


EXPLOITEES. 


des 

COMMUNES. 


NATURE. 


la 

= 

c - 
Z S 

- 


NOMS Igg 

des | s = 

PROPBlÉTAIRES. ?. 3 

a 


Prudui- 

jDDre. 

fil 

CllbtS 


Mhil. III- 








1 






\ 














Landenien supérieur . 


Sable 


M 


Jouvenet . . . 


! * 


800 


Douai et chemin de uranc 
communication. 




Allumions anciennes . 


Argile jaune . . 


1 


I.cstienne . . . 


i 


1Î0 


Masny il communes eiivirot 
liantes. 


1 


Sénonien 




1 


Vve. Fiével . . . 


i 


600 


Masny. 


MONIIGNT . . . < 


Landenien supérieur . 


Sable 


1 


Jovenet .... 


i 


1000 


Montigny it communes to 
sines. 


ROtlCOURT . . . 




: : : ■ 

























canton a 



Î Aliuvions modernes , 
Aliuvions anciennM . 
Sénonien 



!' Aliuvions modernos . 
Aliuvions anciennes. 
Sénonien 



Aliuvions modernes . 

i.um» \ Allumions anciennes. 

Sénonien 



i Aliuvions modernes . 

ESQtERCHrv . . ^ Aliuvions anciennes. 

' Sénonien 



(Aliuvions modernes . 
Aliuvions anciennes. 
Sénonien 



Aliuvions modernes . 
| Aliuvions anciennes.. 



i „_,. D „_, I Aliuvions modernes . 
Lauwik-Pukqobj Alluvions anciennes.. 

/ Aliuvions modernes . 

\ Aliuvions anciennes.. 

Racbes < 



\Tpresicn 

I Landenien supérieur . 



' Aliuvions modernes . 
, Aliuvions anciennes.. 



ItUMBEAlïCOt'RT . 



i Tpresicn 

I Landenien supérieur 



o„„,. tv.«„„.» i Aliuvions modernes 
Roosï-WaREHdin ) A „ uvi0DS ariennes. 



Argile jaune. 
Craie . . . . 



Lecq 

Dauchy . . . 

Vandanvielle. 

3 [ Caupin. . . . 

Dauchy . . . 



Argile jaune . 

Glaise. . . . 
Sable . . . . 



700 h"'.. u et i avirons 



750 
1237 
330 



Les communes environnante 
Idem 



Argile glaiseuse, 
Sable'. '.'.'.'. 



Denisse. 

Martin. . 
Dumont ■ 
Dumont . 



H.iiiiiiiin . 
Mortelette , 



100 
10000 



100 
200 



Douai. 

Lille et localités enviroi 
nantes. 



Raimbeaucourt . Mnneheau 
etc. 



Les particuliers et le chetf 
de grande commun. N? 



CANTON g 



Alkbs | Aliuvions modernes 

BoirvioiOES 



; Aliuvions modernes . 
< Aliuvions anciennes. 
( Landenien supérieur. 
Broilli-i.es- ( Aliuvions anciennes.. 
MABC HimHM > Landenien inférieur . 
Aliuvions modernes . 
Aliuvions anciennes. 
Landenien inférieur . 
Sénonien 



Erbe 



173 ) 



NON 
EXPLOITÉES. 



Population 
par 


Étendue 


COMMUNE 

au 


de chaque 


1er. janvier 


COMMUNE. 


1846. 





OBSERVATIONS. 



Tourbe 

Irgile jaune. 

Tourbe 

Irgile jaune 

Irgile jaune et cailloux 
îable. 

OUAI 0. 

fourbe 

Irgile jaune, 
raie. 

Tourbe ? 

Irgile jaune. 
Iraie. 

Tourbe 

Irgile jaune. 
>aie. 

Tourbe? 

irgile jaune. 

Tourbe 

rgile jaune. 
:raie. 

ourbe 

'ourbe 

Irgile jaune. 

Tourbe ? 

Tourbe ? 

Tourbe 

VrgH- jaune. 

ARCHIENNES. 

Tourbe? 

Tourbe? 

Irgile jaune. 
>ablc. 

irgile jaune. 

Courbe? 

irgile jaune. 

Craie. 



827 
277 



603 
954 
718 



565 

1878 



720 
999 



528 27 
712 03 
881 44 



365 66 

i85 41 



388 76 
858 31 



427 38 
585 33 



On a recherché le charbon a différentes époques sur le terri toin 
de Masuy , qui est compris dans la concession d'Àoïche. 



J.c sous-sol du terrain moderne est tourbeux OU ,'laiseu*. 
li ouvriers attaches à la briqueterie 



Deux recherches de houille ont été failes sans succès . l'une clans 
la partie la plus élevée du territoire , vers 1817 : l'abTre dans lavalléo 
10 ans plus tard. 



Sous-sol sableux 



12 



( 174 ) 



DESCRIPTION 

géologique sommaire 

du 

SOCS-SOL. 



SUBSTANCES MINERALE 1 



EXPLOITEES. 



NOUS | o | 

des g| 

PHOPR1KTAIRES. liSO 



Produit 
annuel 



nielles 
robes. | 



DEBOUCHES. 



HOBNAIHG. . . . 

MABCHIEPiXEf-V. . 

Makchienkbs-C. . 

Pfcc/Cehcocrt. . 
RiErn.ii 

SOMA1N 



Villbbs-Campeac 
Vbkd 



Allumions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenieu inférieur. 
Sénonien 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenien inférieur 

Sénonien 

Alluvions modernes . 
Alluvions ancienne . 
Landenien supérier r 
Alluvions moderne* . 
Landenien inférieur. 
Alluvions modernes . 
Al'uvions anciennes . 
Landenien inférieur. 
Alluvions modernes . 
Landenien inférieur. 
Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenien inférieur. 

Sénonien 

Alluvions modernes . 
Alluvions anciennes . 
Landenien supérieur. 
Alluvions anciennes . 
Landenien inférieur. 
Alluvions modernes . 



(Alluvions modernes . 



Argile, sableuse . 



Ve. Derenoncourt 



Pour la maçonnerie, dans I 
villages TOisins .... 



Cantom 



Ali . . 

AOCHT . 



Alluvions anciennes . 
Landenien supérieur. 
Alluvions anciennes . 
Tpresien. 

Alluvions anciennes . 



J Ypresien 



[Landenien supérieur. 



Contiens 
Faowont . 



Alluvions anciennes . 
Ypresicn 

Landenien supérieur. 

Alluvions anciennes.. 
Ypresicn 



Alluvions anciennes . 



Ypresien 



Landenien supérieur. 
\ 

j Alluvions anciennes . 
( Ypresien 

I Alluvions anciennes . 
/ Ypresien 



Alluvions anciennes . 
LandeDien supérieur 



Argile jaune. 



Argile jaune. 
Glaise . . . 



Argile jaune. 
Glaise . . . 



Sable. 



Argile jaune. 



Glaise 

Sable. 



1 iDefonlaine 



Falempe. . 

Lacquemcnt 

Ve. Simon . 

Simon . . . 

Delcmer. . 

i Delcroia, . 

31 Morelle . . 

' Descarpentries . 



M 



.1 I 

■ I I 

« j Derégneaucourl. J 
( Lelienne. . • . j 



, Ve. Dupirc . 
Duflos. . . 
' Broutin . . 
Dapire. 

I Lorlhioir. . 
| Claise.. . . 
. Turlurc . . 

Ve. Dupire. 
Lcclercq. . 
1 Duflos. . . 



Huchon et 
Gnilbert. . . 
Josson .... 
Dcaucamps.. . 



">0 Pour ses bâtisses 



800 
1200 



La locatité et celles environ 



Tuiles et paunes dans un ray 
de 3 myriamèlres. 



Les routes et pavés du voi 
sinage 



Cuuticb.es et communes voi! 



1000 
3U0 
400 



La commune et celles voisint 



Id. pour pavage 



Orcbies et villages voisins 
ld. 
Id. 









(175) 




ru, es. 


Population 
par 


Etendue 










NON 
EXPLOITÉES. 


COBJ1DNE 

au 

1er. janvier 

1846. 


de ehaque 

COMMUNE. 


OBSERVATIONS. 




Tgile jaune. 


1994 


571 99 






ourbe ? 

rgile jaune. 


1072 


876 53 






raie. 










ourbe 

rgilc jaune, 
able. 


2965 


2046 79 








377 


633 82 






rgile jaune. 


1438 


970 32 








405 


175 92 






rgile jaune. 


2836 


976 77 






raie. 












510 


5S0 21 


De 1839 à 1842 on a fait des sondages peur recherche d» houille fui 
n'ont eu aucun succès. 




Tgile jaune, 
able. 






174 


2't6 11 








1266 


348 53 


Il existe une tourbière non exploitée qui a été ou-rerte a^ant 1789. 
Une recherche de houille faite en 1840 a été infructueuse. 










806 


622 98 


Sous-sol sableux. 




'ORCHIES. 












975 
1576 


648 81 

774 98 


Les terrains dont le sous-sol est argileux sont excellents!; ceoi dont le 
sous-sol est sableux exigent beaueonp d'engrais. 




iable. 






1990 


1243 14 


On évalue que celte commune renferme 6/10 de terrains sablonneux , 
3/10 de terrains argileux et 1/10 de terrains glaiseux. - Lee 
briqueteries occupent 10 ouvriers pendant trois mois , et 1er 
fabriques de pannes 26 durant la belle saison. 








■laisc. 


2181 


2575 48 






ilaise. 


1500 


921 14 
















ilaise. 


2384 


1874 98 








3524 


1088 67 


Sur la lisière sud de la commune dOrchies, le sable landeuien se 
trouve à très-peu de profondeur sou la glaise. La briquelerit 
occupe tept ouvriers et la fabrique de pannes seize 








irgile jaune 

able. 


1693 


868 48 







( 176 ) 



Le tableau précédent ne doit être considéré que comme renfer- 
mant des données approximatives et a été formé en partie d'après 
les renseignements fournis par les maires des différentes communes. 
Nous avons transcrit ces renseignements tout pratiques que l'on 
pourrait modifier s'il y avait lieu, en recourant à la source d'où ils 
proviennent. Toutefois son utilité ne peut être mise en doute , car 
il permet de juger du degré d'importance de chaque commune, 
par la quantité de substances minérales qu'on y exploite. On peut 
aussi facilement reconnaître à son inspection , non seulement les 
produits qu'on tire d'une localité donnée , mais encore les res- 
sources qu'elle est susceptible de fournir, au point de vue minéra- 
logique. Ce tableau indiquant d'une manière succincte la consti- 
tution géologique du sol , est d'ailleurs le résumé par commune 
des divers terrains distingués sur la carte. 

Nous remarquerons en terminant qu'en comparant les colonne?. 
10 et H, on peut se rendre compte du chiffre de la population 
sur chaque nature de sol. Ainsi, par exemple, les communes 
d'Esquerchin , Cuincy, Lambres et Férin, situées au milieu de la 
plaine crayeuse qui circonscrit la ville de Douai au sud-ouest, 
ont une étendue de 2,650 hectares et une population de 2,816 
âmes , ce qui donne 106 habitants par kilomètre quarré; tandis 
que les communes de Gœulzin , Estrées , Lécluse , Hamel , Arleux, 
sises en dehors de cette plaine , sur les sables tertiaires et surjles 
alluvions de la Sensée , ont une population moyenne de 206 ha- 
bitants par kilomètre. 11 n'y a que 93 habitants pour la même 
surface , dans les communes crayeuses de Marcq , Monchecourl et 
Erchin ; et dans celles de Lewarde, Loffre, Monligny, Lalaing, 
Pecquencourt , qui reposent sur le sable, la moyenne est de 198 
habitants. On ne remarque pas les mêmes différences dans l'ar- 
rondissement de Lille , parce que l'influence du sous-sol y est con- 



177 

trebalaucee par l'activité industrielle qui règne au chel-lieu. 
Ainsi on trouve de 200 à 250 habitants par kilomètre sur le pla 
teau crayeux de Fâches comme dans la plaine tertiaire de Lam- 
bersart ; mais on doit remarquer qu'ici comme dans tous les pays 
de craie , la population est agglomérée en des points isolés, tandis 
qu'elle est beaucoup plus disséminée sur les autres terrains (1). 

Les quatre arrondissements de Douai , Lille , Hazebrouck et 
Dunkerque dont l'étendue est, comme nous l'avons dit, de 276.125 
hectares, ont ensemble une population de 682,221 habitants, 
soit 247 par kilomètre quarré , et paient moyennement pour cette 
surface , 907 francs d'imposition foncière en principal. Le taux 
de cette imposition diffère pour chaque formation géologique. 
H est, abstraction faite des localités où la propriété bâtie domine , 
de 700 fr. pour la craie, de 800 fr. pour les sables tertiaires , de 
600 fr. pour la glaise, de 900 fr. pour le limon et de 500 11. 
pour les terrains marécageux. 

Juin 1859. 



FIN. 



(1) Le territoire de la France renferme »n moyenne 63 individus par kilomètre 

ItUMTé 

13 



VOYAGE EN ALGERIE 



ETUDES SUR LA COLONISATION DE L'AFRIQUE FRANÇAISE 

Far le Docteur Thém. LESTIBOUD01S . 

Membre résidant 



INTRODUCTION. 



MISSION— ITINÉRAIRE. 

La question de l'Algérie a jusqu'à présent préoccupé plus 
particulièrement les départements français qui bordent la Méd 
terranée. Elle a cependant une telle importance et engage si forte- 
ment la prospérité de la France qu'elle doit attirer l'attention de 
tous les hommes chargés d'étudier les intérêts publics, lors même 
qu'ils ont pour mission spéciale la défense des départements du 
nord. M. Denissel, représentant du Pas-de-Calais , M. Duquenne 
et moi , représentants du Nord, nous pensâmes qu'il serait inté- 
ressant d'étudier sur les lieux-mêmes si l'agriculture de la Flandre 
pourrait avec avantage transporter ses méthodes sur la terre q 
nos armes ont placée récemment sous notre loi , si les plante* 
industrielles qui ont fait la fortune de nos cultivateurs prospére- 
raient sur la côte septentrionale de l'Afrique, si les hommes de 
nos froides contrées pourraient s'acclimater au pied de l'Atlas, s. 
enfin nos industrieuses cités pourraient établir des relations avan- 
tageuses avec l'ancienne régence d'Alger. Nous finies part de nos 
pensées au Ministre de la guerre, et lui demandâmes une missioi» 
qui nous permît de les réaliser. 

Le 31 octobre 1849 nous recevions du général Rulhières la 
lettre suivante 



• 180 

t'.iii» , 1* 3i octobre i84y- 

.< Messieurs etchers collègues, j'ai reçu la lettre que vous m'avez 
Tait l'honneur de m écrire collectivement pour me demander à vous 
rendre en Algérie, avec une mission de mon département, mais a 
vos frais, atin d'étudier, d'une part , la possibdite d'y introduire 
la culture des plantes industrielles, le commerce des laines, de 
l'autre, l'action du climat sur la population des départements du 
nord de la France. 

Je ne puis qu'applaudir. Messieurs et chers collègues, a la 
pensée généreuse que vous m'exprimez, et je vous prie d'agréer 
tous mes remerciements pour le concours que vous voulez bien 
prêter a mon département dans cette circonstance. Toutes les 
questions que vous vous proposez d'étudier en Algérie ont un 
grand intérêt pour la France et pour la colonie ; et vos lumières , 
votre expérience pratique vous mettent particulièrement a même 
de les traiter d'une, manière complète et réellement utile. 

J'ai pris, à la date de ce jour, une décision qui vous confie la 
mission que \ous m avez demandée, et j'ai adresse des instructions 
au gouverneur général pour l'inviter à prendre toutes les mesures 
qu'il jugera propres a \ous faciliter l'accomplissement de votre 
tâche. 

Recevez, Messieurs et chers collègues, l'assurance de ma très- 
haute considération, n 

Le Ministre de la Guerre 
RuLHIÈRES. 

Bientôt, M. le général d'Hautpoul , confirmant la mission que 
uous avait donnée son prédécesseur, nous remettait une lettre 
qu'il écrivait à M. le gênerai Charon . gouverneur-général de 
l'Algérie, et qui était ainsi conçue 

« Monsieur le gouverneur-general de l'Algérie, MM. l.eslibou- 
dois, Denissel et Duquesne, représentants du peuple, se rendent 



181 ) 

en Afrique pour y accomplir la mission qui a fait l'objet de la 
dépêche ministérielle du 31 octobre dernier 

le leur remets la présente lettre, d'introduction auprès de vous, 
et vous prie de leur faciliter, par tous les moyens dont vous dis- 
posez, l'accomplissement d'une tâche toute bénévole de leur part, 
et qui interesse à un si haut point le commerce et la colonisation 
de l'Algérie. 

Je me réfère d'ailleurs complètement aux instructions contenue* 
dans la dépêche, de mon prédécesseur du 31 octobre dernier 

Recevez, etc. » 

Le Ministre df la Guerre, 

D'Haitpoul. 

Nous devions être accompagnés par M. Destombes-Versmée, né- 
gociant a Tourcoing, qui s'occupe de l'achat des laines et des huiles 
propres au peignage : mais il n'a pu nous rejoindre. M. Duquenne 
fils se joignit à nous. Nous pensions réunir les qualités nécessaires 
pour faire une étude profitable des questions que nous nous étions 
posées. M. Denissel est cultivateur et se livre aux industries agri- 
coles; M. Duquenne dirige un grand commerce de grains et de 
mouture. Médecin, professeur de botanique, occupé depuis long- 
temps des questions économiques dans la chambre des députes 
et dans les conseils électifs, j'espérais apporter mon tribut dans le 
travail commun. Mes collègues voulurent bien me nommer prési- 
dent et rapporteur de la commission, et nous songeâmes a un 
prompt départ. 

Les pays que nous allions parcourir sont fertiles en enseigne- 
ments. Ils sont bien faits en même temps pour intéresser les tou- 
ristes, parleur originalité, leurs souvenirs et leur nature grandiose. 
Il serait à souhaiter qu'on s'habituât à visiter l'Afrique française, 
comme on a pris l'habitude de parcourir certaines contrées de 
l'Europe qui, certes, ne méritent pas plus l'attention. Ces prome- 
nades, car les voyages sur la Méditerranée ne sont plus que des 
promenades, seraient fructueuses pour notre colonie : on y porte- 



( 182) 
rait quelqu argent , on en rapporterait l'amour d'une grande et 
unie entreprise Le voyage, en vérité , serait plein de charmes st 
. on se rendait en Algérie en visitant quelques points importants 
de ta côte d'Italie, de la Sardaigne. de la Sicile et même Malte, 
eette gardienne de l'Orient, pour atteindre Tunis et Bone, et suivre 
toute ia côte septentrionale de l'Afrique, de l'est à l'ouest, jusqu'il 
Oran et Tlemcen , et revenir, en mettant le pied sur l'Espagne , 
cette sœur des régions africaines. 

Des paquebots sont établis pour faire rapidement ce grand cir- 
cuit de la Méditerranée occidentale qui doit plus que toute autre 
région ressentir l'influence delà France. 

Notre voyage ne fut point ainsi tracé : nous avions hâte de tou- 
cher Alger, le centre de la domination française. Nous devions nous 
aboucher avec les autorités supérieures, et régler, d'après leurs 
•vis, notre itinéraire sur la terre qu'ils arrachent à la barbarie 
Les événements firent pourtant que nous pûmes visiter la domi 
natrice du monde méditerranéen, dans l'antiquité. 

Le 16 novembre, à dix heures du matin , nous nous mettons en 
r oute ; nous parcourons la première section du chemin de fer de 
Paris à Lyon, et nous descendons, à quatre heures du soir, à Ton- 
nerre, pour monter immédiatement dans la diligence qui doit nous 
conduire à Dijon. Nous sommes huit dans la rotonde! Les bâti 
menls négriers doivent être des paradis, si on les compare à cette 
maudite caisse dans laquelle on a voulu résoudre ce problème : 
entasser le plus d'êtres humains dans le plus petit espace possible. 
Mais grâce au ciel , le chemin de fer n'a plus maintenant de la- 
cunes ! 

Nous arrivons à Dijon à sept heures du matin, deux heures après 
e départ du convoi que nous devions atteindre. La terre est cou- 
verte de neige. 

On nous retient à la gare du chemin de fer par la crainte de 
manquer le deuxième convoi , de sorte que nous ne voyons Dijon 
qu'en perspective. Heureusement, je connaissais et le Palais des 
Etats, et le Musée et les tombeaux des ducs de Bourgogne si 



183 ) 

miraculeusement restaurés, et la Chartreuse, et le Puits de Moïse, 
et le Jardin botanique, et le parc , et les mannequins de l'horloge 
enlevée à la Flandre. 

Nous partons à huit heures vingt minutes. 

Nous glissons sur les rails posés dans la magnifique vallée de la 
Saône, la plus riche de la France peut-être. A notre droite est la 
Côted'Or et ses vignes renommées, Nuits, Beaune, Romanee, 
Champ-Bertin, Clos-Vougeot, Pommard, Meurceaux, hien connus 
dans le Nord. A gauche est la plaine, puis la grande rivière, puis 
le Jura, par-delà le Mont-Blanc. 

Nous sommes à dix heures quarante-cinq minutes aChàlons. Je 
revois avec plaisir son vaste quai ; une heure après, le bateau 
que nous montons prend sa course. Les coteaux de la rive droite 
de la Saône, Moulinà-Vent , Thorin, Màcon, où réside Lamar- 
tine , passent devant nous , comme une toile qu'on déroule au 
Ihéâtre; le flot et la vapeur nous entraînent. 

Une froide matinée a rendu les appétits exigeants. On se ferait 
difficilement une idée de l'entrepont du bâtiment à vapeur où les 
convives se pressent, s'entassent et dévorent tout ce que leurs cris 
leur fout obtenir : ils sont insatiables ; il n'y a pas jusqu'aux jeunes 
et jolies femmes qui ne deviennent vulgairement voraces. Nous 
ne pûmes nous asseoir que lorsque la cohorte affamée eût quitté 
les tables. Maigre fut notre pitance. 

Quand la faim fut apaisée, et que le j:ros des passagers fut 
remonté sur le pont, la conversation se lia, s'anima, devint 
intime ; les chapeaux liliputiens des Maconnaises et leurs élégantes 
dentelles noires flottantes en firent d'abord les frais , ainsi que le 
chapeau des Bressanes avec son bonnet de guipure et ses dentelles 
bouffantes, frisées, crispées, faisant pompon au dessus du cha- 
peau , le débordant en bas. Une fermière de la Bresse a deux ou 
trois de ces chapeaux qui coûtent 150 fr. l'un , puis des robes de 
velours de couleurs éclatantes et des collerettes de dentelle. Tout 
cela est coquet, gracieux, riche , pimpant. La conversation était 
devenue si familière , la connaissance était si bien faite que nous 



( 184 ) 
pûmes faire placer le chapeau kressan sur la tète d'une jeune et 
fringante Andalouse. C'était ravissant. Il n'y a qu'en France qu'on 
jase, qu'on rit, qu'on se lie de cette façon avec gens qu'on ne 
connaît pas. 

L'île Barbe! nous entrons dans Lyon, nous touchons le quai 
des torches arrivent, on se pousse, on crie, on se mêle, on épar 
pille des montagnes de malles, de caisses, de bagages de toutes 
sortes. Chacun fait effort, s'agite, s'élance tant et si bien que tou' 
le monde reste immobile, qu'aucun fardeau ne peut être déplace, 
et qu'on court le risque de rester toute la nuit sur cet infernal 
bateau, après l'abordage des pirates, qu'on nomme portefaix. La 
première chose a faire , maintenant que le chemin de fer est en 
communication avec la Saône , c'est d'installer au point d'arrivée . 
une salle aux bagages semblable a celles des stations des chemins 
de fer. On aura plus fait, pour les voyageurs, que si on avail 
abrégé la navigation d'un tiers. 

Je connais Lyon . son admirable emplacement , son fleuve . set. 
quais, ses coteaux, son hôpital, son hôtel-de-ville, son musée, son 
jardin botanique, sa place Bellecourt, sa cathédrale, son théâtre, 
ses antiquailles, etc. Nous ne nous arrêtons pas. Le 18 novembre, 
a cinq heures du matin, nous sommes sur un bateau , qui a 100 
mètres de long et porte deux redoutables machines , car le fleuve 
auquel il doit se confier est immense, impétueux, courant à la mer 
droit comme une flèche. On attend qu'il fasse grand jour pour 
manœuvrer et se lancer au milieu du courant, a travers les ponts 
de la grande ville. 

Nous doublons bientôt la presqu'île Peraches. Nous sommes en 
plein Rhône; uous naviguons entre deux rangées de montagnes, 
a droite sont les monts du Forêt, à gauche ceux du Dauphine déjà 
couverts de neige. Nous sommes poussés et fouettés par un vigou- 
reux mistral, que nous appelons la bise nous autres Flamands, et 
qui nous glace, malgré un triple paletot. Nous voyons Givors, 
Vienne, Condrieux ; nous passons en grelotant vis-à-vis Côte-Rotie, 
que le président Dupaty, brûlé du soleil, trouvait si bien nommée 



( 185 ) 

puis parait Saint-Perais. puis l'Henni lage, noms chers aux gour 
mets du Nord. On ne se figure pas la magnificence des vignoble? 
du Rhône, ce sont d'immenses coteaux pelés, d'où la main de 
l'homme a extrait de formidables amas de cailloux, pour former 
des murs qui soutiennent d'étroites terrasses, escaliers titanique? 
qui semblent faits pour escalader a l'aise Pélion et Ossa. Nous 
voyons longtemps le mont Pilât, sur lequel herborisait J.-J. Rous- 
seau. Voici Valence , en face de laquelle nous nous arrêtons, 
toujours glacés. Nous descendons majestueusement le fleuve . et 
suivons le chenal au milieu d'un immense lit de galets; les mon- 
tagnes du Vivarais se dressent à droite, a gauche le mont Ven- 
toux , isolé et superbe , rendez-vous traditionnel des botanistes , 
qui cache maintenant ses richesses végétales sous un blanc lin- 
ceul. Au loin sont les Alpes. Nous sommes en admiration devant 
un pareil spectacle , nous autres habitants des riches plaines de 
la Flandre. 

Le pont Saint Esprit nous barre le chemin. 11 s'agit de lancer 
notre énorme bâtiment à travers l'une de ses arches étroites ; un 
pilote le guide ; nous marchons avec une effrayante rapidité; le 
pont est franchi ; nous avons à peine eu le temps de voir l'anneau 
de pierre que nous avons traversé. 

Il fait grand jour; il est quatre heures et demie. Mais le capi- 
taine ne veut plus marcher. Vous n'êtes plus sur la Saône, mes- 
sieurs , et vous allez descendre ici ! 

Comment une ville si restreinte et de si mince apparence donnera- 
t-elle des lits à ce flot de voyageurs? Aux plus agiles la préfé- 
rence. Nous ne fûmes pas les derniers a nous emparer de notre 
gîte , et bon nombre de nos compagnons durent coucher sur les 
banquettes du salon flottant. C'est encore là un de> inconvénients 
de la navigation ! Depuis on nous a annoncé des bateaux qui 
feraient toujours la descente entre l'aube et le crépuscule . et 
feraient la remonte d'Avignon a Lyon en seize heures! 

A cinq heures du matin nous nous rendons a bord . traversés 
par le froid ; décidément le midi est une mystification. Nous alten- 



( 186 ) 

dons le jour . car le capitaine est déridé à ne pas trop se fier a son 
vieux camarade le Rhône. Enfin nous dérapons et prenons une 
vitesse de quatre lieues à l'heure ; nous voyons les mêmes monts 
que la veille, mais les coteaux deviennent plus stériles, et a 
mesure que nous avançons vers la helle Provence , tout devient 
sable , roc et ruines. Les montagnes à pic sont couronnées d'anti- 
ques châteaux presque détruits et menaçant encore le pays. 

On s'arrête. Nous touchons le quai d'Avignon, la ville des 
Papes. Un immense rocher s'élève sur le bord du Rhône et porte 
le château féodal de la Papauté. Des tours carrées, des créneaux 
des mâchicoulis, des murailles à perte de vue le composent. Nous 
avons le temps de gravir la montagne, défaire le tour du château 
proprement dit , et de visiter Notre-Dame des Doms , église som- 
bre et massive , dont les murs sont recouverts de peintures , les 
voûtes en plein ceintre; les vitreaux petits, représentant ('.li- 
ment VI et la comtesse de Provence, répandent dans l'église 
une clarté indécise qui impressionne ceux qui viennent de voir la 
voûte lumineuse du ciel méridional. On se trouve en présence du 
tombeau de Benoit XIV, et l'on entend des chants graves mais 
harmonieux, non traînants comme dans les psalmodies du nord. 
Tout cela étonne, rend muet et recueilli. Mais il faut se hâter 
Nous ne pouvons que traverser les terrasses qui s'élèvent au-des- 
sus de la contrée, comme la tiare s'élevait au-dessus du moyen 
âge; il faut descendre, nous appartenons à la vapeur. 

On nous place dans des wagons et nous sommes lancés vers 
.Marseille. Nous voyons Tarascon et son imposant château; Arles 
et son port maritime. Mais tout cela n'est qu'une lanterne magique; 
le seul changement, c'est qu'on a trouvé plus commode de faire 
passer les spectateurs que de faire passer les verres et les images. 
Nous avons le temps cependant de remarquer quelques types de 
ces Artésiennes, descendantes directes des Romaines, dont la belle 
figure et la taille s'accommodent bien de leur costume sévère, pitto 
resque, difficile à porter, bonnet blanc, plat, entouré de plusieurs 
larges tours de velours, corsage de drap borde pareillement de 



( 187 ) 
velours, force bijoux. Mais déjà nous sommes loin, bien en plein? 
Provence, terrain stérile, remué, sablonneux , rocailleux , désert . 
et au milieu de cette nature désolée , des amandiers , des oliviers 
chargés de fruits, des vignes , des mûriers , partout où il y a un 
peu de terre et d'eau une végétation luxuriante. Nous côtoyons 
l'immense étang de Béer, qui communique avec la mer près de 
Bouc, et qui serait le plus beau port du monde, si on lui donnait 
de la profondeur. Nous passons au-dessus de ses salines et de ses 
cabanes de pêcheurs; nous nous élançons dans un souterrain 
d'une lieue et demie , nous traversons un pays plus désolé, plus 
ravissant, plus stérile, plus magnifique. Nous allons . nous allons, 
comme si nous étions sur l'hippogriphe ; voilà des maisons de 
campagne variées, des bastidonx ; le temps est splendide, le ciel 
serein ; le vent se tait , la mer est unie ; évidemment nous sommes 
à Marseille. 

Nous entrons dans la ville bâtie par les Phocéens , la reine de 
la Méditerranée occidentale , le troisième port commercial de 
l'Europe , qui ouvre à la France les marchés de l'Italie , de l'Es- 
pagne , de l'Orient, et pour qui la conquête de l'Algérie a prépare 
un avenir immense. Le jour de notre arrivée était un véritable 
jour de fête : on célébrait la venue des eaux de la Durance, au 
sommet des monts , sur la croupe desquels se tiennent les habi- 
tations Marseillaises. Toutes les figures sont rayonnantes du succès 
obtenu au prix de plus de quarante millions et de travaux plus 
grands que ceux des Romains. Nous allons aussitôt voir cette 
énorme cascade , qui doit servir de moteur à d'immenses usines, 
distribuer l'eau à tous les étages des maisons , donner a tous les 
habitants cette première nécessité de la vie , ce grand luxe des 
climats chauds , laver les rues , proverbialement mal propres , 
rafraîchir et balayer le port, réceptacle d'immondices. 

En voyant ce port, on apprécie toute la valeur de l'antique cité. 
Cet admirable et vaste bassin semble creuse dans la pierre par la 
main des hommes , tant il s'avance régulièrement au centre d'un 
amphithéâtre de montagnes qui l'enveloppent et l'abritent, tant il 



( 188 ■ 

je sépare bien de la mer avec laquelle il ne communique que par 
un étroit passage. La ville, l'entoure comme la source de sa vie et 
de sa prospérité; la partie vieille occupe le bord occidental, la 
partie moderne rivalisant avec les plus belles cités, en occupe le 
fond et le côté oriental. Il est couvert de 1 ,000 vaisseaux, arithme 
tiquement énuméres , venus de toutes les parties du monde , por- 
tant des hommes de toutes races, de toute figure , de toute nation, 
de tout langage . et des marchandises de toutes espèces , de toutes 
valeurs, de toutes provenances. L'espace manque; il a fallu 
ajouter à l'ancien bassin le port de la Joliette, conquis sur la mer. 
défendue par une jetée, et communiquant avec l'ancien port par 
un canal qui permet aux navires de s'y rendre en tout temps, pour 
y attendre l'heure du déchargement, ou le jour du départ. Les 
moments sont comptés aux bâtiments qui viennent à quai déposer 
ou prendre leurs marchandises, tant est grande leur foule! 

Si telle est la situation d'un port dont le commerce est énorme 
ment actif, comment se fait-il qu'on tolère des procédés si défectueux 
et si lents pour transmettre au rivagedes denrées encombrantes?Par 
exemple , nous avons vu décharger du ble avec une perte de temps 
infini : les grains sont pris a bord dans des paniers de joncs, jeté- 
sur le quai , placés sur un crible de parchemin, qu'on agite douce- 
ment et qui laisse passer la poussière et les petits grains, les baies 
ou pailles, que le mouvement a amenées au-dessus du grain sont 
prises à la main et jetée au vent. Le grain nettoyé est ensuite place 
en tas entourés de planches; repris au moyen des paniers de jonc; 
placé dans un bac de bois , qui le conduit, au moyen d'un trou 
fermé par une glissoire . dans une petite mesure égalant à peine 
un quart d'hectolitre . rcui par une barre; et, enfin . versé dans 
un sac. 

Cette méthode peut donner un mesurage uniforme . mais elle 
prend un temps énorme et coûte fort cher. Ne faudrait-il pas 
faire exécuter toutes ces préparations loin du lieu du déchar- 
gement que doivent occuper tant de navires qui attendent , ou au 
moins ne devrait-on pas prescrire l'emploi des machines à vanner 



( 189 
qui accélèrent si puissamment l'opération et la rendent si écono- 
mique ? En général , dans le midi , on ne veille pas à diminuer 
les frais accessoires imposés au commerce. Cela peut conduire les 
étrangers dans d'autres ports et restreindrep'étendue de nos trans- 
actions. Le Gouvernement devrait évidemment intervenir quand 
les autorités locales poussent trop loin le respect des privilèges el 
des corporations. 

Nous donnons peu de temps a Marseille que nous devons revoir 
au retour; et nous uous embarquons le 20. a une heure après 
midi. Le temps était superbe ; une chaloupe nous prend au bas de 
ia Cannebiére et nous conduit a bord du Pharamond , navire de 
petite dimension, mais tort joli. Nous sommes installés dans le 
salon d'honneur. L'ancre est levée, la machine jette feu, flamme et 
fumée; nous franchissons l'entrée du port, et entrons dans la rade 
dont les eaux sont limpides et vertes comme l'aiguë marine. Nous 
rangeons les îles de Pomégue , de Ratoneau , le château d'If; nous 
doublons les longs promotoires qui ferment la rade ; nous sommes 
en pleine mer. Nous tournons les yeux vers cette terre de France, 
avec cette tristesse dont on ne peut se défendre , quand on met 
l'abîme entre soi et la patrie. 

Le jour baissait, la mer était assez douce ; les beaux vers d'Ho- 
race me revenaient à l'esprit : 

Sic te dWa poteus Cypri . 
Sic fratres Helenas , lucida sidéra , 

Ventorumque regat patei, 
Obstiictis aliis, prater Iapyga . 

Nayis 

Le mouvement du vaisseau me paraissait plutôt voluptueux quo 
désagréable. 

— Le mal de nier est un mythe , disais-je en riant à mes com- 
pagnons; c'est un symbole pour exprimer les serrements de cœur 
iju'on éprouvequand on quitte des êtres bien-aimés; mai9 de vomis 
sements il n'en est point question. Là-dessus je me mis à écrire 

Mal m'en a pris ; nous traversions le golfe de Lyon encore tout 



( 190 

bouleversé de la tempête de la veille. Les nausées me saisirent 
tiolemment. Oh ! que je maudissais Bouillabès , Clovis et autres 
horribles choses provençales qui avaient fait le fonds de notre 
déjeûner. Tous les passagers furent dans le même état , excepté, 
notre collègue Denissel, qui resta impassible au milieu de nos 
efforts désespérés. 

La nuit, la mer fut atroce , c'est le mot du commandant. Le 
navire bondissait et craquait dans toute sa membrure. Le flot 
battait horriblement les murailles contre lesquelles nous repo- 
sions, ou s'élevait jusqu'à la hauteur delà cheminée, et retombait 
sur le pont avec fracas; la machine, tournant à vide, quand une 
roue était en l'air . nous imprimait des secousses qui semblaient 
devoir nous briser. Le navire vibrait et se trémoussait comme 
une corde basse qui résonne. Tout cela ne laisse pas que d'être 
tant soit peu saisissant pour celui qui, une première fois, met le 
pied sur un navire; ajoutez à cela des tourments horribles et anti- 
digestifs, et vous aurez une nuit abominable. Le poète a dit juste: 

Illi robur et ses triplex , 

Circa pectus erat , qui fragilera truc» , 
Commisit pelago ratem , 

Primus 

Pourtant, au milieu du tintamare de la nuit, roule, cogne, 
abîmé, bercé par la tempête et ses monotones horreurs, je finis. 
par m'endormir. Au réveil je n'étais pas vaillant : au moindre 
mouvement, à la moindre ingurgitation, j'étais prêta recommencer 
mes exercices de la veille. Mais on signala les Baléares. Je ne pus 
résister à l'envie de les voir. Je montai sur le pont , je me couchai 
dans une chaloupe que l'on y avait prudemment retiré pour que 
la mer ne nous lit pas le mauvais tour de nous l'enlever: le temps 
était magnilique , pas un nuage , le soleil resplendissait , la mer 
était devenue paisible ; nous passions majestueusement entre 
Mayorqueet Minorque. Nous rangions les montagnes, les villes , 
les ports. Nous apercevions l'île de Cabrera , où périrent tant de 



( 191 ) 
Français , prisonniers des Espagnols ; puis un navire , qui em- 
ployait la belle journée , à refaire ses mâts que la nuit avait 
brisés. 

Notre marche était rapide , les terres basses s'enfonçaient dans 
l'eau, puis les tours, puis les montagnes. Ainsi Chiu, dit Chape- 
lain, qui parhazard, fit un bon vers : 

« s'abaisse, blanchit et disparaît, a 

Les Baléares avaient fui, et s'étaient effacées ; nous nous trou- 
vions en pleine mer , rien autour de nous. Pourtant , il faut le 
dire, l'impression que je ressentais n'était pas celle de l'infini 
comme le disent tous ceux qui se sont trouvés entre l'immensité 
du ciel et l'immensité de l'eau. L'aspect de la mer pour celui qui 
monte un vaisseau, est celle d'une plate-forme circulaire, au centre 
de laquelle il se trouve et dont l'horison ne lui semble pas fort 
éloigné; l'étendue est bien plus saisissante quand on aperçoit la 
mer du haut d'un cap ou d'une tour élevée. 

La nuit était venue; j'étais toujours couché dans ma chaloupe, 
couvert d'un amas de manteaux , car il faisait très frais ; j'avais 
sous les yeux un spectacle dont la splendeur n'a pas d'égale : 
nous avancions dans un fleuve d'argent, c'était le large reflet de la 
lune; à l'arrière, un sillage de feu tracé au milieu des eaux phos- 
phorescentes ;'de deux côtés le gouffre noir ; au-dessus de nos têtes, 
sur le ciel parsemé d'étoiles plus scintillantes cent fois que dans 
nos climats brumeux, se dessinaient , comme un immense convoi 
de chars aériens , les longs flots de fumée et de vapeur vomis 
par la cheminée. Us couraient vers la France , emportant des 
millions d'étincelles, comme s'ils se chargeaient des pensées que 
nous adressions en notre pays. 

Il fallut s'arracher aux rêveries delà soirée, on fermait les ecou- 
tilles. La nuit fut bonne et douce ; et le lendemain, avant le jour, 
nous étions sur le pont attendant le lever du soleil et de la terre 
d'Afrique. Avant l'aurore, les monts se montraient à nous; elle 
éclaira bientôt le plus vaste panorama, le massif d'Alger , derrière 



192 | 

l'Atlas, à droite le Jurjura couvert de neige. Successivement sor- 
tirent de la mer la pointe de Sidi-Ferruch et le cap Matifou ; la 
ville apparut en amphithéâtre, la côte se dessina , on distingua les 
forts, les mosquées, les maisons, le mole, les hommes, nous étions 
dans le port. 

Nous avions traverse en quarante-trois heures , en ligne droite, 
en toute sécurité, cette Méditerranée sur laquelle, en 1809, Arago 
était capturé et conduit en esclavage par les Algériens; la science 
européenne a pris sa revanche; elle a détruit la piraterie desbarba- 
resques. 

Le canot ofliciel nous vient prendre et nous conduit a terre; nous 
montons vers la place du Gouvernement. Là , s'offre aussitôt à 
nous un indescriptible spectacle ; on ne peut dire l'effet que pro- 
duit ce peuple aux jambes nues, couvert de haillons pittoresque- 
ment ou insolitement drapés , Maures, Kabyles , Arabes , Turcs , 
Juifs, Nègres, Chrétiens, et quels Chrétiens ! de tous les pays de 
la terre, vivant là, au soleil, daus une horrible malpropreté. 

Le climat est changé , la lumière est vive, la température très- 
chaude; le froid nous a abandonne aux Baléares. 

La place jouit de la plus belle vue du monde , elle fait face a 
la hante mer et domine la magnifique baie d'Alger. Au nombre 
des maisons neuves qui la bordentse trouve l'hôtel de la Régence. 

Nous nous y installons et nous empressons de visiter les 
autorités , le lieutenant-génei al Charron , gouverneur-général , 
M. Latour-M ézerai , le préfet qui venait d'arriver à son poste, 
Mgr. Pavis , l'évèque d'Alger, le secrétaire-général du gouverne- 
ment, l'intendant-général, M. Appert, qui nous tirent l'accueil le 
plus empresse, et eurent la bonté de se mettre a notre entière dis- 
position. 

Nous fîmes une première inspection de la ville qui monte raulc 
ment sur une côte très-élevée. Elle forme sur sa croupe un lab\ 
rinthe de rues étroites, obscure* . tortueuses, souvent couvertes 
par les maisons qui se touchent, parfois transformées en escaliers. 
Les plus spacieuses seulement sont accessibles aux ânes. Au point 



( 193 ) 
culminant de la ville est la Casbah, palais du Dey, où l'on montre 
encore le cabinet dans lequel retentit le fameux coup d'éventail 
qui donna l'Algérie à la France : ce palais, entouré d'une enceinte 
fortifiée, est maintenant une caserne, et au moment où nous l'avons 
visité, il conservait peu de traces de la splendeur qu'il a pu avoir 
autrefois. 

La montagne qui porte Alger plonge son pied dans la mer ; 
mais sa partie inférieure a été coupée et nivelée pour former le 
quai, la place et les deux rues qui en partent pour suivre hori- 
zontalement le bas de la ville, et se diriger l'une vers Bab-Azoun, 
l'autre vers Bab el Oued, les deux portes opposées qui s'ouvrent 
près du rivage de la mer. 

Bab Azoun nous conduisit à l'établissement qui excitait le plus 
vivement mon intérêt, le Jardin d'essai, situé à quelques kilo- 
mètres d'Alger, au bord de la mer, sur le territoire de Moustapha, 
dans la direction de Kouba et de la Maison carrée , au pied de 
coteaux élevés qui fournissent, pour les irrigations, une eau abon 
dante el féconde. Nous nous y rendîmes en compagnie du D r Bau 
dens qui se trouvait à Alger, et nous y trouvâmes le Directeur, 
M. Hardy, dont le zèle et la science concourent au développement 
de ce magnifique établissement , dans lequel se cultivent tous les 
végétaux qu'on distribue aux colons ou dont on essaie l'acclima- 
tation. 

En visitant Alger avec la curiosité que mérite cette ville impor- 
tante et singulière , nous pénétrâmes dans ses maisons qui n'ont 
à l'extérieur que de simples lucarnes ou des balcons saillants, le 
tout fermé de volets et de barreaux de fer croisés et rapproches. 
Le rez-de-chaussée , dans les rues marchandes , forme des bou- 
tiques qui n'ont pas de communication avec l'intérieur. Dans ces 
étroits magasins sont réunies des marchandises de toutes sortes , 
en petites quantités , pauvrement rassemblées et étalées, gardées 
par un maure accroupi et silencieux dont la famille semble devoir 
vivre bien maigrement avec le profit d'un aussi mince commerce 
de détail. 

14 



( 194 

Dans d'autres rez-de-chaussées sont des artisans de toute espèce, 
forgerons, orfèvres, selliers, tisserands, des gens qui font de 
la farine au moyen de moulins à bras, etc., etc. Quelquefois on 
voit assis sur le plancher un peu élevé d'une boutique tout ouverte 
à l'extérieur , une espèce de notaire , propre , soigné , grave , qui 
attend les clients qui lui feront rédiger un acte. 

Quelques unes de ces maisons dont l'extérieur a la plus chélive 
apparence , présentent a l'intérieur une grande richesse. On en a 
conservé plusieurs, autrefois à l'usage des grands du pays et qui 
méritent véritablement d'être décrites. 

La maison dans laquelle l'évêque voulut bien nous faire un 
honorable et cordial accueil était le logis où le dey recevait ses 
hôtes. La porte, en chêne bruni , à compartiments variés comme 
nos vieux meubles , parsemée d'énormes clous de bronze ciselés , 
est entourée d'un entablement de marbre blanc couvert d'arabes- 
ques élégamment sculptées. Comme celles de presque toutes les 
maisons mauresques, elle est latérale, et donne accès à un corridor 
garni de colonnes et d'arcades en forme d'alcôves, dans lesquelles 
sont des divans : c'est là qu'on attendait le maître, c'est là qu'il 
donnait ses audiences aux étrangers, auxquels il est interdit de 
pénétrer dans l'intérieur ; là est maintenant l'oratoire de l'évèché. 
On n'a ménagé à la suite de l'entrée qu'un corridor peu étendu 
qui conduit dans la cour et vers l'escalier. La cour est carrée, en- 
tourée d'arcades surmontées d'une galerie à arcades pareilles. Le 
pavé du corridor est en marbre blanc , celui de la cour en marbre 
blanc, le bassin du jet d'eau qui en occupe le centre, les colon- 
nes à grosses nervures torses, les chambranles des portes, les 
encadrements des fenêtres, les marches de l'escalier en marbre 
blanc. Tous ces marbres sont taillés et sculptés avec une finesse 
qui atteste un art bien supérieur à celui du pays : ils viennent 
d'Italie. Les arcades ont cette forme qui caractérise le style 
mauresque; ogivales au sommet, elles s'élargissent beaucoup 
latéralement. Les chapitaux des colonnes sont richement sculptes, 
souvent dorés et colorés. Des carreaux de fayence , compo- 



( 195 ) 
sant des dessins originaux , tapissent les murs et les arcades 

La galerie du rez-de-chaussée, conduit dans des pièces peu 
importantes ; pourtant la salle où se tenaient les esclaves , 
garnie de colonnes , d'arcades , de ciselures , de carreaux de 
fayence est assez remarquable. Toutes les fenêtres intérieures ont 
des grillages en bronze fort artistement travaillés. 

L'escalier, dont les murs sont couverts de carreaux de fayence, a 
ses plafonds formés de poutres de chêne sculptées , sur lesquelles 
se lisent des inscriptions arabes exprimant, nous dit-on , des sou 
haits de bonheur aux voyageurs et pèlerins reçus dans le palais 

Le pavé du premier étage est formé d'un carrelage en fayence 
d'un effet singulier et brillant , frais et correspondant admirable- 
ment aux nécessités du pays , alors qu'il n'était pressé que par le 
pied nu des esclaves, ou les babouches des maîtres. Mais on a 
transporté ce pavage dans les hôtelleries , là , sous le talon des 
bottes européennes, les carreaux sont usés, brisés, bouleversés, 
et d'un bien mauvais usage. 

La galerie supérieure a une balustrade en chêne, sculptée de la 
manière la plus recherchée; elle donne accès à tous les apparte 
ments. Ceux-ci sont longs et étroits, munis de petites fenêtres 
grillées, encadrées d'arabesques, quelquefois fermées par une 
pierre découpée comme une broderie , placées presque toutes du 
côté de la galerie , et ne donnant accès qu'à un jour faible et in- 
décis. Dans l'intérieur se retrouvent les colonnes de marbre de for- 
mes variées, les arcades, les arabesques; les pavés sont recouverts 
de tapis, les murs revêtus jusqu'aux 2/3 de leur hauteur de car- 
reaux émaillés, aux mille couleurs, souvent dorés, formant les des 
sins lesplus variés et les plus originaux, imitant des lapis d Orient. 
La partie supérieure des parois est blanche , présentant des cise- 
lures variées, capricieuses, élégantes, insaisissables. On a dit que 
l'architecture gothique imitait une dentelle de pierre , ici c'est 
littéralement une guipure; les arcades sont dentelées, frisées. 
bouillonnées , comme si leur garniture était faite au fuseau. 

Les plafonds , aux compartiments nombreux , pleins de fantai- 



( 196 ) 

sies , se font remarquer par leurs dessins insolites , jamais les 
mêmes, peints en noir, en rouge, en vert, avec force dorures. 

Dans quelques-unes de ces chambres , il y a des marabouts, 
petits dômes dont les sculptures et les voûtes sont plus riches 
encore, et toujours dans le mémo genre ; dans les murs sont ména- 
gées des armoires dont les portes, dans le goût des plafonds, sont 
élincelantes d'or et de couleurs éclatantes. Sous les dômes, véri- 
tables alcôves , sont des divans. Quand tout cela est garni de 
tentures, de portières, de coussins, éclairé par des lampes et des 
bougies, c'est féerique. Les mille et une nuits n'ont eu rien a 
inventer, elles n'ont eu qu'à décrire. La maison du gouverneur, 
celle de l'intendant militaire sont exactement dans le même style, 
mais sont fort différentes par les détails; au lieu de guipure, on 
trouve des fruits, des fleurs, des oiseaux peints en couleurs vives, 
des ornements d'une variété indicible. 

La préfecture a été formée d'une maison mauresque agrandie 
par des appartements dont l'ornementation a été bien mariée au 
style ancien. Une soirée qui nous a été donnée dans ses salons 
était d'un effet fort pittoresque. 

Ces maisons sont couvertes de terrasses , où , le soir, on vient 
respirer un air frais et jouir du magnifique spectacle que donne 
le golfe immense. 

C'est une belle et bonne pensée d'avoir conservé les types de l'ar- 
chitecture orientale, peu en rapport aveenos usages, peut-être, mais 
satisfaisant parfaitement aux exigences du climat. Toutes les mai 
sons construites dans les quartiers neufs, sont de forme européenne; 
quelques rues sont bordées de galeries à arcades, comme la rue de 
Rivoli, à Paris. Dans les hôtels, on se croirait à Marseille. 

On n'a pas été aussi heureux pour la cathédrale que pour les 
maisons principales. Une mosquée fort belle, dit-on, et parfai- 
tement ornée, si l'on en juge par les sculptures en marbre qui 
en restent, existait près la maison du gouverneur. On a voulu 
la transformer en église. A cela l'on n'a rien à dire : mais on a 
voulu l'agrandir, la restaurer, la dénaturer ; puis lorsqu'elle a 



( 197) 
été bien remaniée, on a reconnu qu'elle ne serait pas assez vaste , 
on l'a démolie, et, sur son emplacement, on a construit une église 
qui a déjà coûté 700,000 fr., et a laquelle on a donné un air 
mauresque original, en formant ses arcades dans le dessin oriental, 
en ornant ses murs de guipures, en fermant ses fenêtres par des 
pierres découpées en arabesques, en surmontant ses nefs latérales 
par une série de petits dômes. Les colonnes en marbre qui séparent 
les nefs sont celles de l'ancienne mosquée. 

Près du port était une mosquée vaste , mais sans ornement , 
qu'on pouvait provisoirement consacrer au cuite cnretien. Par 
une singularité remarquable , elle a la forme d une croix latine. 
Une légende dit : « Qu'un dey chargea un chrétien architecte . 
réduit en esclavage, de lui construire une mosquée. Celui-ci 
s'acquitta de sa tâche , mais donna au temple musulman la forme 
des églises d'occident; il paya de sa tête cette profanation, ans 
sitôt que le dey en eut connaissance. » Toujours est-H qu'il y 
avait là une église beaucoup plus vaste que celle qu on a editiée. 
mais la position n'a pas convenu , et l'architecture n'en était pas 
assez ornée. 

Nous avons visité, avec un vif intérêt, les fortifications modernes 
qui doivent faire d'Alger une place à l'abri de tome auaque , 
les batteries du môle, et l'immense jetée qui donnera à la capitale 
de l'Algérie un vaste port militaire, au lieu d'une simple darse 
commerciale ; la base en est faite en pierres d'un médiocre volume, 
car, l'agitation des flots ne se fait sentir au'à 7 ou 8 mètres de 
profondeur. La partie supérieure est faite de nlocs artificiels 
énormes. M. Beghin , habile ingénieur, chargé de ceiravai colos 
sal , a fait exécuter, devant nous , toutes les opérations au moyen 
desquelles ils sont confectionnés et projetés dans l'eau ; le saole, la 
pouzzolane, la chaux, la pierre, apportés dans la partie supérieure 
du chantier établi sur le flanc de la montagne, mêles en proportion 
constante et jetés à travers une grille , dans un tonneau a mortier , 
sont arrosés et mélangés au moyen d'un axe tournant garni 
d'ailes. Ils en sortent et tombent sur des plans inclinés . où 



( 198 ) 
s'achève leur mélange ; le mortier est conduit dans des moules en 
bois, a parois mobiles dans lesquels il est lassé pour former des 
blocs dont le poids est de 3.4,000 kil. 

Lorsque ces blocs sont séchés , ils ont acquis une solidité con 
sidérable ; ils sont débarrassés des parois qui forment le moule . 
numérotés, et enlevés, à leur tour, au moyen de chaînes qui sont 
passées dans des chambres laissées dans la partie inférieure , et 
que soulèvent d'énormes vérins tournés par dix-huit hommes 
Sous les blocs viennent se placer, au moyen d'un chemin de fer, 
un petit chariot portant un plateau dont la face inférieure est 
savonnée. Ces chariots sur lesquels les blocs sont descendus, 
viennent se placer eux-mêmes sur un autre chariot qui roule sur 
une voie commune. Celle-ci arrive a une cale inclinée entrant dans 
la mer. 

Arrivé là , le plateau savonné qui porte le bloc est poussé sur 
la cale, au moyen de crics; le premier est arrêté par un rebord 
de la cale, le second par une chaîne transversale, sur laquelle 
appuie sa partie moyenne. 

La cale est armée de quatre tourillons qui portent chacun une 
chaîne qu'on attache à deux flotteurs cylindriques. 

Un remorqueur à vapeur entraîne les flotteurs sur l'emplace- 
ment de la jetée: à ce point, la chaîne transversale est déclichée . 
et la masse transportée dans une situation oblique, fait la bascula 
et disparaît. 

Les blocs qui forment le couronnement de la jetée sont con- 
duits par un chemin de fer établi sur la portion déjà formée, et 
sont culbutés au moyen de crics. 

Lorsque l'enrochement est arrivé à fleur d'eau , son couronne- 
ment est nivelé au moyen d'un béton solide qui forme bientôt 
une terrasse inébranlable. En cet état , la jetée est livrée au 
génie chargé du soin d'établir les forts et les batteries. 

Les ingénieuses dispositions prises pour confectionner les blocs 
artificiels qui composent la digue, ont amené un prix qui est de 
40 p. 100 moindre qu'il n'était à l'origine. Selon M. Beghin. cp 



( 199 ) 
prix serait encore abaissé de 12 p. 100, si les travaux étaient 
livrés à l'industrie particulière. La situation du chantier est telle 
qu'on pourrait doubler les travaux exécutés , et diminuer ainsi 
relativement les frais généraux. 

Heureusement ce grand et magnifique travail avance vers son 
terme; on a lancé des blocs sur toute la longueur de la jetée, 
dans presque toute son étendue , elle s'élève au-dessus des flots, 
'en 1850 elle était entièrement sortie de l'eau), il ne restera à faire 
que le couronnement en béton et les travaux de défense; il faudra 
ensuite construire la jetée qui commencera à la côte au pied du fort 
Bab-Azoun, et garantira les navires du ressac; alors le port d'Alger 
pourra abriter les plus fortes escadres. La roche El-Djefna élevée 
à fleur d'eau dans l'intérieur du port en battra l'entrée, elle est 
déjà couronnée d'une plate forme, et va être livrée au corps du 
génie qui y élèvera une batterie. On sait que la direction de la 
jetée a été le sujet d'un fort long débat; d'abord on voulait la 
conduire plus au large; par des motifs d'économie on l'a com- 
mencée en la rapprochant plus de la côte; mais pendant l'exécu- 
tion on a trouvé à propos de l'en écarter. La digue fait ainsi une 
courbe dont la concavité regarde la mer. Il se trouve, par hasard, 
que la direction suivie , en diminuant seulement de 5 hectares 
la superficie du port, a fait économiser une douzaine de millions, 
en raison de la moindre profondeur de la mer, et que la courbe 
de la jetée est favorable à sa résistance dans les gros temps. Cette 
masse , composée de blocs isolés , qui portent des forteresses et 
des canons, est traversée par les flots qui mugissent, mais elle reste 
inébranlable au milieu des vagues qui se brisent. 

Après avoir vu les établissements maritimes, nous allâmes 
visiter le grand atelier de construction et de réparation des instru- 
ments aratoires, situé près Bab-el-Oued, et dirigé par le capitaine 
Rénaux et le lieutenant Thomas , officiers du génie , qui s'occu- 
pent de leur mission avec un grand zèle, et sont parvenus à fa- 
briquer, à bon marché et dans les meilleures conditionsde solidité, 
les outils employés par les colons. L'activité, l'intelligence, une 



( 200 ) 

bonne distribution du travail se font remarquer partout dans ce 
vaste atelier, dans lequel sont employés des ouvriers militaire* 
et civils, tous à la tâche. 

En suivant le chemin qui commence à Bab-el-Oued, et qui , 
côtoyant la mer , est souvent couvert par la vague, nous arrivâ- 
mes à l'hôpital installé clans les jardins du Dey. Le bâtiment, 
principal , maison mauresque fort belle et disposée comme celles 
dont nous avons parlé, est entouré d'orangers et de bananiers; 
le rez-de-chaussée est réservé à la matière médicale; le premier 
étage appartient aux officiers. D'immenses barraques, dont on 
aperçoit la longue ligne de la rade, blanchies, élevées, bien 
ventilées , dont le plancher est au-dessus du sol , forment des 
salles contenant 100 lits ; elles sont bâties dans les jardins plantes 
de vignes et de figuiers arrosés par des sources ; l'hôpital peut 
contenir 3,000 malades. 

Dans ces jardins, M. Brauwers, pharmacien, a établi des 
bassins pour la reproduction des sangsues: il a ainsi offert une 
étude curieuse et des avantages pécuniaires importants. 

On ne peut guères séjourner a Alger sans prendre un bain 
maure ; j'allai donc à l'établissement qu'on dit installé dans les 
bâtiments des anciens bains du dey. Je confesse que je fus arrête 
en entrant : la malpropreté , la mauvaise odeur, le grand délabre- 
ment des murailles contrastant avec la richesse de l'architecture 
primitive, la pauvreté de l'ameublement, la figure rébarbative des 
baigneurs glacèrent mes désirs d'essayer la nouveauté. On ne se 
laisse aller aux expériences de cette nature que lorsqu'on est 
séduit par tous les sens et les miens se révoltaient. Je leur 
imposais silence toutefois, et me livrai aux agents qui s'empa- 
rèrent de ma personne. 

Je traversai un vestibule, avec divan, sur lequel sont accroupis 
des Maures, et j'entrai dans une salle ornée de colonnes à nervures 
et cannelures spiralées. Là est un divan élevé de plusieurs 
marches; sur le divan, des nattes et des matelas fort durs; au 
centre est une vasque portant un petit obélisque charge d'orne- 



! 201 ) 
ments turcs finement sculptés ; le pavé est en marbre, ainsi que 
les colonnes, le divan, la vasque, etc. ; dans cette pièce, un maur? 
vous déshabille, vous ceint les reins d'une toile de coton , et, dans 
cet état, vous vous rendez , par un corridor obscur et infect, dans 
la salle de bains , qui est grande, à quatre angles coupés , sur- 
montés d'un dôme; ses côtés présentent des arcades formant 
alcôves dans lesquelles sont deux demi-vasques en marbre blanc 
avec des robinets , dans les angles coupés sont des portes qui 
conduisent dans des cabinets. Au milieu est un divan qui est eu 
marbre ainsi que le pavé. Les colonnes , les vasques sont d'une 
exquise élégance. Ce pavé est brûlant et vaporise l'eau; la 
température de cette pièce est étouffante , mais on s'y habitue 
assez aisément. 

On se livre alors aux masseurs ; ils vous étendent sur le pavé . 
dans les alcôves qui sont pour deux personnes , ou les cabinets 
qui n'en contiennent qu'une ; ils placent sous votre tête un oreiller 
dur, formé de linges plies, vous pressent tous les muscles , ap- 
puyent sur toutes les articulations, vous distendent, vous retournent, 
vous compriment le dos, la poitrine, etc.; ils vous brossent avec un 
gant de drap la peau des membres et du tronc, placent leur main 
sous votre col, allongent vos bras en prenant vos mains entre Leurs 
orteils , enlèvent les matières sécrétées par la peau en les roulant, 
et se complaisent à vous les montrer. 

Après ces opérations, ils étendent sur tout le corps , au moyen 
de gros tampons de lin doux , un savon noir qu'ils font mousser, 
puis vous inondent d'eau chaude. Enfin , ils vous placent sur le 
bord du divan central , et avec de longues toiles de coton moelleux 
ils vous entourent les reins , vous font un haïck , une sorte de 
burnou et un turban. Vous avez une toilette arabe complète 
C'est bien comme cela que se sont constitués les costumes primi- 
tifs des gens qui ne savaient point coudre. 

Ainsi vêtu, vous repassez dans la salle où l'on vous a déshabille, 
et vous vous couchez; on vous présente le chibouc (la pipe], du 
thé fort chaud, ou du café, puis de la limonade fraîche. Enfin on 



( 202 ) 
vous essuie, et l'on vous habille. Ne sachant pas le prix de 
toutes ces opérations, je présentai 2 lr. et fus comblé de remercie 
ments et de salamalec. Je ne sais si des bains pareils , pris avec 
tout le luxe et les accessoires que comportent les mœurs orien- 
tales , peuvent être agréables, mais dans leur état actuel ils ne me 
paraissent pas préférables à nos bains tranquilles. Il y a à Alger 
des maisons mauresques transformées en établissements de bains 
semblables à ceux de Paris, où je me suis baigné à des prix très- 
modérés. 

Nous avons pu étudier en détail la ville d'Alger, mais seulement 
par des visites successives: notre premier séjour fut extrêmement 
court. Lelendemain de notre arrivée, nous allâmes visiter l'établis- 
sement des Trappistes de Staoueli. Monseigneur l'évêque d'Alger, 
homme d'un esprit éminent , voulut nous conduire lui-même dans 
sa voiture; nous partîmes, avec le préfet, le vendredi 23 novem- 
bre, et traversâmes pour nous rendre au couvent agricole, une 
partie du Sahel bien peu peuplée, couverte de broussailles, de 
palmiers nains , etc. 

Staoueli, à trois lieues et demie d'Alger, est dans une fort belle 
situation, sur un terrain assez élevé qui s'abaisse vers la plage . 
et d'où l'on aperçoit du côté de la mer, Sidi-Ferruch, du côté du Sa- 
hel les villages de Saint-Ferdinand , Sainte-Amélie, Ouled-Fayet. 

Le bâtiment est carré, au centre est une cour, sur les quatre 
côtés règne un cloître ou corridor à arcades , comme dans les 
maisons mauresques: il conduit à la salle capitulaire, a la 
chapelle , etc. : les dortoirs sont au-dessus du rez-de-chaussée : 
toutes ces pièces sont fort propres et d'une grande simplicité. 

Sur l'un des côtés du bâtiment principal est une grande, cour 
carrée, entourée de hangars , à usage d'étables . d'écuries , conte- 
nant un manège à battre le grain , et tous les accessoires nécessai- 
res à l'exploitation; au-dessus de ces dépendances sont les greniers, 
vis-à-vis du côté opposé du bâtiment principal sont , eu rangée, les 
ateliers de menuiserie et de charronnage, la forge, la buanderie, la 
boulangerie, le logement des étrangers et quelques blockhaus dé- 



( 203 ) 

fendant l'établissement. On évalue ces constructions à 300,000 fr 

Les Trapistes , installés à Staoueli, sont arrivés au nombre de 
40; en peu de temps 26 sont morts et ont été remplacés. Au mo- 
ment de notre visite, 80 frères habitaient la maison , à eux se 
joignaient 20 auxiliaires; il y avait parmi les ouvriers un arabe, 
tout-à-fait attaché au couvent. 

La concession , de 2,000 hectares , est presque entièrement 
couverte de palmiers nains; des oléandres croissent dans les par- 
ties basses, des taillis sur les hauteurs; 120 hectares ont été défri 
chés ; les défrichements continuent et sont opérés à la pioche . 
par des militaires auxquels on donne 5 c. par mètre carré de pal- 
miers ou d"oléandres; ils coûtent de 200 à 500 fr. par hectare, seiou 
l'étendue des souches à enlever. Après les défrichements, on 
a semé du seigle, de l'orge, de l'avoine qui croît mieux que 
l'orge, du blé qui exige du fumier, du maïs, du sorgho dont les 
grains nourrissent les volailles, et dont les tiges servent à former 
des balais, des betteraves pour les bestiaux, des choux à haute 
tige qui ont passé l'été en perdant leurs feuilles , et ont repoussé 
à l'automne. 

Sur les champs dont la récolte a ete enlevée, se sont formées, 
sans soin , des prairies , composées de graminées , de trèfle , de 
sainfoin qui s'élève à un mètre. Elles ne donnent qu'une seule 
coupe et durent deux ans. Elles sont ensuite labourées et ense- 
mencées ; les pièces de terre sont entourées de mûriers qui ne pa 
raissent pas réussir parfaitement. 

Le jardin est vaste, il est planté de noyers, poiriers, cerisiers, 
abricotiers ; les pommiers y réussissent très-difficilement. On y 
cultive des légumes de toutes sortes , comme pommes de terre , 
betteraves , choux, oignons , variétés de chicorée , oseille , laitues . 
arlichauds , turneps , asperges , tomates , patates , aubergines : 
les pommes de terre ne produisent que 24,000 kil. par hectare, les 
patates donnent 40,000 kil. de tubercules par hectare ; le tabac 
vient bien, il est semé en novembre, sous abri ; les vignes , les 
orangers, les citronniers, les oliviers, les ricins, la canne à sucre 
y poussent parfaitement. 



( 20-i ) 

L'eau d'une source voisine est amenée par des tuyaux près 
de la maison ; elle forme un jet d'eau et un abreuvoir pour les 
bestiaux ; le trop plein coule dans le jardin et sert à l'irriguer 
Sur un ruisseau est établi un moulin à moudre le blé, qui a deux 
roues , l'une au-dessus de l'autre , prenant l'eau par leur partie 
supérieure, et marchant durant huit mois. 

L'établissement possède 100 bêtes bovines, 500 de race ovine , 
15 à 16 chevaux ; il obtient un hectolitre de lait d'une vingtaine 
de vaches ; les bestiaux ont produit 700 mètres cubes de fumier. 

La collection des instruments aratoires se compose de cha- 
riots, charrettes , tombereaux , charrues de Dombasle .charrue à 
avant-train , herse triangulaire en fer , bêche plate propre aux 
terrains meubles , pioche à pic et à lame tranchante ou à deux 
lames tranchantes en sens inverse, petite fauix qu'on repasse à la 
lime , et qui sert à tondre les palmiers avant leur arrachage . 
grande faulx avec râteau pour la récolte des céréales et des foins; 
machine à battre mise en mouvement avec son crible par un 
manège. Le battage s'opère immédiatement après la récolte , à 
raison de 212 gerbes par heure. Les charrues sont attelées 
de quatre bœufs, ou de deux bœufs et deux mules, quoique 
la terre soit meuble. Cela tient surtout au poids de l'instrument 
et au mode d'attelage des bœufs soumis au joug, au lieu de tirer 
au collier. Ces bœufs sont du reste petits , trapus , ramassés , 
vigoureux. Deux labours sont donnés pour le blé , après grosses 
fèves ; le blé est chaulé. 

Le régime des Trappistes est entièrement végétal ; ils ajoutent 
seulement aux légumes et aux fruits, du lait et du fromage, ils 
ne s'accordent pas de beurre ni d'œufs. Le supérieur nous a 
offert un repas fort suffisant, qui a donné aux bons religieux 
un instant de trouble. Monseigneur l'évêque, avec sa courtoisie 
ordinaire, voulut me faire asseoir à la place d'honneur. On juge 
'juelle était l'inquiétude des frères devant la possibilité de voir 
la prééminence otée au supérieur, aux pieds duquel ils se pro- 
sternent. On sent parfaitement que je ne donnai pas ce scandale 



I 205 ! 
au couvent : le successeur de saint Augustin eut la place qui lui 
appartenait. 

L'établissement de Staoueli est susceptible d'acquérir une 
grande importance, et il a reçu du gouvernement des encourage 
ments considérables, des militaires pour les défrichements, le 
prêt d'une somme fort importante. L'esprit de suite, qui man- 
que à beaucoup d'établissements , formera de cette institution 
agricole une sorte de ferme-modèle , où pourraient se placer 
les ouvriers avant d'entreprendre une exploitation à leur 
compte. A ces avantages , d'autres établissements religieux en 
joignent un autre fort considérable qui manque à celui-ci , c'est 
d'instruire les enfants et de contribuer ainsi au développement 
de la colonie. 

Le lendemain , samedi 24 novembre, nous partons pour aller 
visiter Médéah, en compagnie du préfet, de MM.Daru, inspecteur 
de la colonisation, Borelli delà Sapie , président du comice agri 
cole, Boisredon , secrétaire du préfet. Nous traversons une partie 
du Sahel bien cultivée, et les jolis villages de Birmandreys et de 
Birkadem, qui ont de belles fontaines ; nous descendons un instant 
dans un café élégant à la française , et voyons de plus un café 
maure, où des arabes accroupis boivent ce fameux café réduit en 
poudre très-fine qui est avalée avec l'infusion. 

Nous arrivons à Bouffarick , ville de 1,500 habitants, bien 
bâtie, dans un canton marécageux de laMitidja ; elle était d'une 
insalubrité telle, dans l'origine, que la population en a été plu- 
sieurs fois renouvelée; maintenant elle est parfaitement assainie ; 
elle a des rues larges , une maison d'école , une église qui a coûté 
30,000 fr., et qu'entoure une remarquable plantation de mûriers, 
un caravansérail placé hors de l'enceinte qui a coûté 120,000 fr. 
et qui jamais n'a abrité un voyageur. La pépinière , établie aux 
frais du gouvernement , est assez négligée , parce qu'elle va être 
supprimée; les arbres en seront distribués, et le terrain partage 
Elle renferme des mûriers nombreux et vigoureux , des noyers , 
des pommiers, des platanes , des frênes iïraxinus excelsior 1 , des 



. '206 ) 
nopals , des aubépines [ mespylus oxyacantha ) , des néfliers du 
Japon, des poiriers, des pruniers Mahaieb (bois de Sainte-Lucie), 
des amandiers, des gleditzia, etc., les frênes, les chênes, les 
bouleaux y sont très-médiocres ; on voit encore des acacias , des 
melia azedarach, arbres peu utiles, des caroubiers, arbres très- 
précieux , mais qui ne viennent bien que dans les terrains secs ; 
leurs feuilles sont recherchées par les bestiaux , leur bois est pro- 
pre au charronnagc, leurs fruits macérés donnent une boisson 
rafraîchissante. 

Les peupliers, les saules poussent avec rapidité dans cette lo- 
calité ; les orangers y prospèrent. 

Bouffanck possède 2,000 hectares qui vont être mis en culture 
ei dont un cinquième peut être irrigué ; S50 seront cultivés en 
froment, 350 en orge, 130 en avoine, 150 en plantes sarclées : 
il existe dans la commune 61 chevaux . 760 bœufs, 146 vaches . 
146 porcs, 1,020 moutons , 7 chèvres. 

On récolte en moyenne 15 quintaux de blé par hectare; le 
maïs, le sésame, le lin, la garance, le tabac réussissent. Cette 
dernière plante a donné, par hectare, 15 quintaux qui se sont 
vendus à 100 fr. le quintal. Les frais de, culture varient , parce 
que la culture elle-même est fort variable; ils ne s'élèvent pas a 
moins de 700 fr. Les légumes y croissent abondamment; on nous 
a servi un choufleur de m 33 de diamètre. La viande est à bas 
prix. Les Arabes s'associent volontiers aux travaux des colons; on 
les paie 1 fr. 50 c. par jour , mais ils produisent moins qu'un 
européen. 

En sortant de Bouffarick , nous visitons la ferme importante de 
Soukali , anciens haras du Dey , qui a été concédée à M. Borelh 
de la Sapie ; il nous en fait lui-même les honneurs. L'ancien bâ- 
timent a été conservé ; on y a ajouté des écuries qui , selon 
l'usage du pays, ne sont que des hangars entièrement ouverts 
du côté de la cour. Au-dessus des écuries est un vaste grenier 
très-aéré, dont le toit est en planche . et qui a servi de magna- 
nerie et de sécherie de tabac. 



( 207 ) 

Une briqueterie établie sur les lieux , rend les constructions 
moins dispendieuses ; les briques coûtent 65 fr. le raille quand ou 
les achète, 30 fr. quand on les fabrique; elles ont 0,30 de lon- 
gueur, 0,16 de largeur, 0,06 d'épaisseur ou 2,880 centimètres 
cubes. Les briques qu'on fabrique dans les environs de Lille , et 
qui coûtent 8 fr. lorsqu'on fournit la terre, n'ont guère que 
0,21 de longueur, 0,10 de largeur, 0,05 d'épaisseur ou 1,050 cen- 
timètres cubes. Pour payer le même, prix les briques d'Algérie , il 
faudrait les payer 22 fr. au lieu de 30 ; l'augmentation n'est que 
de 8 fr par mille briques algériennes, ou 2 fr. 91 pour l'équi- 
valent de mille briques du Nord. Ce n'est pas considérable. 

La ferme de Soukali a 500 hectares de bonne terre. , dont une 
partie marécageuse a été saignée ; 400 hectares sont en culture, et 
ont produit des céréales , beaucoup de tabac , etc. Une belle pé 
pinière a été formée ; elle renferme beaucoup d'arbres tels que 
mûriers, platanes, poiriers, aubépines, orangers, caroubiers, 
peupliers blancs. Les plantations de mûriers ont réussi, et ont servi 
a laproduction de la soie en 184$; de vieux mûriers, de vieux oli- 
viers et de beaux peupliers blancs existent encore, sur le sol : 
2 hectares ont été plantés en vignes de Provence. 

La ferme possède 70 à 80 bœufs , 12 vaches , 10 juments em- 
ployées à la production. Elle n'a pas de moutons 

La charrue est celle de Dombasle ; elle est attelée de quatre 
bœufs , nourris à la paille et au pâturage. 

Le rouleau destine à écraser la terre est garni de pointer 
de fer . 

Pour faire sortir le grain des épis , on emploie un rouleau de 
pierre à très grosse taille, traîné par trois chevaux. 

La culture, d'abord faite directement par M. Borelly , est re- 
mise maintenant à des métayers , européens ou arabes , à moitié 
fruit. Les Arabes vivent en parfaite harmonie avec les Européens , 
ils ont construit près de la ferme un gourbis d'un aspect miséra- 
ble; la charpente des huttes est formée par des perches , les parois 
par des tiges d'arundo enduites de terre , le toit avec les tiges du 



( 208 

même gramen garnies de feuilles ; le mobilier se compose de 
oattes . de rideaux , de miroirs , de plats de bois, propres à fa- 
briquer le couscousou. Nous avons vu exécuter cette fabrication 
par les femmes : de la farine est projetée dans le plat ; elle est lé- 
gèrement aspergée d'eau , de manière que lorsque la main est 
passée rapidement sur la farine , celle-ci se prend en petits globu 
les qu'on roule plus ou moins longtemps du plat de la main. 

Le gourbis deSoukali est intéressant en ce qu'il montre la pos- 
sibilité d'associer le travail arabe au travail européen. 

Après Soukali , nous voyons plusieurs villages : 

Souma , pourvu d'une enceinte, d'une fontaine , d'un lavoir , 
et dont les terres sont bien cultivées H les maisons bien agglomé- 
rées. Les orangers et les mûriers de M. Deule sont prospères. 

Les quatre fermes appartenant à des colons qui possèdent 50 
hectares chacun. Us nourrissent des troupeaux de moutons de 
haute taille et à laine dure , comme ceux de race flamande. 

Dalmatic , bien bâti, entouré d'un fo^sé garni d'une haie de 
cactus; les entrées sont munies de portes, défendues par des 
blockhaus. Les jardins et les champs commencent à se cultiver : 
quelques irrigations sont pratiquées. 

Le soir nous sommes à Blidah : nous avions parcouru des rou- 
tes aussi faciles que les plus belles routes de France. 

Nous sommes reçus par l'excellent général Blangini , comman- 
dant la division d'Alger. Blidah en est le chef-lieu. Par conséquent 
les chefs de service y résident ; parmi eux est le colonel du génie , 
dirigeant les immenses fortifications d'Alger. Cela peut avoir 
quelque inconvénient, mais on a voulu porter les troupes et 
les éléments de colonisation à l'intérieur. Les centres d'action 
placés au-delà de l'Atlas donneront des résultats encore plus avan- 
tageux. 

Nous consacrons la matinée du dimanche a visiter la jolie ville 
de Blidah , située au pied de l'Atlas , presque à l'entrée des 
gorges d'où sort l'Oued-Kébir , dont les belles eaux ser- 
vent aux irrigations , et donnent le mouvement à des usines im- 



( 209 ) 

portantes. Elles pourraient servir de moteurs à trente moulins : en 
ce moment il y en a un , dans la ville , qui a deux roues et deux 
paires de meules , un autre dans la vallée , et de plus sept ou 
huit moulins arabes , sortes de turbines qui ont des roues horizon- 
tales. 

La ville de Blidah est entourée d'une enceinte agrandie, 
formée d'un mur crénelé , garni d'une banquette de terre du côté 
intérieur. Servant de point d'appui et de lieu de ravitaillement aux 
colonnes qui se portent au-delà de l'Atlas, elle a de nombreux éta 
blissements militaires , casernes d'infanterie et de cavalerie , écu- 
ries du train militaire, magasins de grains, farines, biscuits, 
café , sel , moulins à moudre , manutention , place d'arme spa- 
cieuse, télégraphe , un hôpital militaire important , à deux étages, 
dont les salles , larges de huit mètres , sont élevées , aérées , 
divisées par des rangées de piliers de bois. Les lits sont formés 
de deux chevalets de fer soutenant un fond de planches, par con- 
séquent très-faciles à démonter, à transporter. La cour de l'hôpital 
est plantée de vieux orangers et forme une agréable promenade. 

L'administration civile de Blidah commence à s'installer : il 
existe dans cette ville un fondouk , simple hangar , que les Arabes 
fréquentent parce qu'ils n'ont à payer que 10 cent, pour y placer un 
cheval, 15 cent, pour un chameau. Le marché est très-bien appro- 
visionné de fruits, légumes, etc., etc. Il n'offre, aucun abri ; la lo- 
cation des places rapporte pourtant 12.000 fr. à la ville. La muni- 
cipalité demande une halle couverte , mais les lenteurs admini- 
stratives font attendre l'approbation nécessaire depuis près d'un 
an. L'église est une ancienne mosquée : ses arcades mauresques , 
«on dôme , son carrelage rappellent son origine. Elle renferme 
le tombeau de Richard d'Harcourt , tué dans un combat. La ville 
a des écoles , un abattoir ; elle demande une salle d'asile. 

Le quartier habité par les Européens , qui sont au nombre de 
3,000 , est tout moderne et bien bâti ; il renferme de bonnes 
hôtelleries , des bureaux de diligences pour Alger , des fontaines , 
des lavoirs. 

15 



210 ) 

Le quartier habité par les Musulmans , dout le nombre est de 
2,500, a conservé son caractère primitif; les rues en sont étroites 
et tortueuses , les maisons sont des sortes de huttes en pisé , de 
deux à trois mètres de côté , formant des boutiques d'orfèvres , 
de cordonniers , de barbiers , de forgerons , des boucheries où la 
viande se vend au morceau , des cafés maures, des magasins dans 
lesquels on rencontre confondus navets, piments, oignons, glands, 
ligues, savon, oranges, tabac, étoffes, charbon, orge, œufs, 
beurre , olives , sel gros et fin , semoule , couscousou , fèves , 
raisins secs , grenades , ocre rouge et jaune , sumac , cordes , 
balais, noix, couffins (paniers), etc., etc. La mosquée a ses arcades 
mauresques , ses nattes , ses galeries en bois où l'on monte par 
une échelle , sa chaire , la niche en faïence où s'assied le Marabout; 
tout cela a un aspect pauvre et grossier. 

On trouve hors la ville d'assez grands établissements qui 
préparent le maroquin rouge ; les peaux de mouton sont traitées 
d'abord par la chaux , puis placées dans des vases de bois ou de 
terre , avec l'écorce de chêne préalablement pilée dans un mortier 
de bois. Ces peaux sont enfin teintes en couleurs diverses. 

Les environs de Blidah , abondamment arrosés , sont un vérita- 
ble jardin. Ils sont célèbres par les admirables orangers, grands 
comme de beaux poiriers, qui y croissent en bosquets touffus , en 
vergers régulièrement plantés, dont l'étendue n'est pas moindre de 
90 hectares. Outre ces arbres que nous trouvons couverts de fruits, 
nous en voyons beaucoup d'autres, tels que grenadiers, bananiers, 
figuiers, vignes , citronniers, bergamotiers , mûriers, amandiers, 
abricotiers énormes, oliviers, caroubiers , pins pignons, quelques 
dattiers , jujubiers, noyers , cyprès; quelques arbustes d'orne- 
ment , comme le volkameria ; des pois et des fèves en fleurs , des 
fraisiers en fruits , etc. La moitié des jardins est encore possédée 
par les Arabes , qui n'ont point changé leurs habitudes , mais qui 
pourtant ont des maisons plus propres , dans lesquelles on re 
marque des lits, etc. Un joli bois d'oliviers est près de l'A 
tlas. 



{ 211 ) 

Au lieu de modifier et de rebâtir quelques quartiers de Blidah , 
afin de les adapter aux usages européens , on avait songé d'a- 
bord à bâtir une ville nouvelle , et à cet effet on avait construit 
une vaste enceinte renfermant 40 hectares qui a ensuite été aban- 
donnée. Bien des choses ont été ainsi faites en Afrique. Le maire 
de Blidah pense qu'il serait avantageux d'établir un haras sur ce 
terrain ; mais la moitié en appartient à Saboundji , l'autre moitié 
appartenait au domaine et a été partiellement concédée ; l'enceinte 
est détruite dans une assez notable étendue. Il y a donc peu de 
profit à tirer des travaux entrepris. 

Montpensier et Joinville , anciens postes militaires , sont de 
jolis villages situés près de Blidah, bien bâtis, entourés d'un fossé 
et d'un parapet; les cultures y commencent. Montpensier a 6 hec- 
tares de vignes; un nouveau vignoble de 4 hectares 1/3 est forme, 
par M. Grenier de Cette, près de l'enceinte abandonné. La culture 
du sésame a été essayée et a réussi. Un hectare peut donner 12 
a 15 quintaux de cette graine. 

Nous partons de Blidah, le dimanche 25 novembre à midi, pour 
Médeah, en voiture, avec le préfet et les personnes qui l'accompa 
gnaient. Nous franchissons la Chiffa et nous pénétrons bientôt dans 
les gorges profondes du petit Atlas , d'où découle cette rivière. 

La vallée de la Chiffa est étroite , sauvage , encaissée de chaque 
côté par d'immenses montagnes souvent couvertes de bois, qui 
contiennent beaucoup de chênes-liéges. J'y mesure un olivier 
sauvage de 1 mètre de diamètre. Dans les lieux humides croissent 
des tamarix. Des rochers énormes , des torrents mugissants , des 
cascades nombreuses , des précipices , des singes sur les arbres , 
des vautours dans les airs , tout cela foime un tableau pittoresque, 
singulier , émouvant, sur lequel ne se dessine aucune population 
visible. Pourtant toute cette terre est possédée ; nous avons vu uu 
européen tenant une pauvre auberge à la montée du Nador , ne 
pouvant obtenir un champ à cultiver, et payant aux Arabes une 
rente de 40 fr. pour le sol de sa maison. Cette situation si dcsas 
treuse pour la colonisation se présente presque partout. 



( 212 ) 

Cette vallée serait impraticable, si l'on n'avait formé une route 
en corniche au flanc de la montagne , travail de géant entrepris par 
l'armée et qui n'est point encore achevé ; ce qui est à faire est 
prodigieux ; rien ne l'est plus que ce qui est exécuté. La route , 
étroite , n'ayant en certains points que la largeur d'une voiture , 
s'élève quelquefois à des hauteurs considérables , d'où l'on aper- 
çoit la Chiffa comme un gouffre béant ; le sol de la route s'é- 
croule sous les pieds dans quelques parties ; dans d'autres , le ro- 
cher sans solidité menace vos têtes. Quand la route nous manque, 
nous descendons dans le lit de la rivière , où l'on marche sur des 
blocs volumineux chariés par la violence des eaux. 

Nous franchissons la rivière qui vient des mines de Mousaïa , et 
qui a enlevé la route qui conduit à ce grand établissement ; le 
pont qui est jeté sur ce cours d'eau , à son embouchure dans la 
Chiffa , n'est point achevé. Enfin, nous nous élevons, par un lacet 
sans fin , jusqu'à la crête du Nador, dont la hauteur est de 1,300 
mètres , et le soir , éclairés par une lune brillante , nous redes- 
cendons à Médeah , situé sur le versant méridional. Nous sommes 
bien reçus à notre arrivée par le colonel de Cambrai , commandant 
la subdivision. J'étais déjà connu dans cette lointaine contrée ; 
j'arrivais après les journaux qui rendaient compte de la discus- 
sion que j'avais eu à la chambre , relativement à l'Algérie , avec 
M. Emile Barrault, la veille de mon départ. Logé dans une maison 
mauresque, j'occupais la chambre qu'avait habité leducd'Aumale. 
Cette maison avait une distribution analogue à celles d'Alger , 
mais elle était aux riches maisons de la capitale ce que la chau- 
mière est aux palais. Au moins y a-t-on fait des cheminées , ce qui 
n'est pas sans utilité à cette hauteur. 

Nous passons à Médéah la journée du lundi 26 novembre. Cette 
ville , comme les principales cités de l'Algérie , est assise sur un 
plateau escarpé de tous côtés, ne tenant que par un côté étroit à 
l'Atlas qui la surmonte et lui verse ses eaux. Un long aqueduc . 
formé de nombreuses arcades, et un souterrain vont recueillir une 
belle source qui satisfait aux besoins de Médéah. Cet aqueduc , 



' 213 } 

qui exige d'importantes réparations, est attribué aux beaux 
temps des Maures ; il ne porte pourtant pas les caractères de leur 
architecture. Il fait partie de l'enceinte de la ville. 

L'enceinte nouvelle est agrandie considérablement ; elle est 
crénelée , appuyée d'une banquette de terre ; beaucoup d'an- 
ciennes habitations ont été renversées , de nombreuses construc- 
tions ont été faites , et l'on voit s'élever des cafés , des cercles , 
des boutiques de parfumeries , etc. , etc. 

Il reste cependant des quartiers anciens habités par les 
indigènes , généralement malpropres et déguenillés. Là sont en- 
tassés , comme à Blidah , des huttes et des boutiques de toutes 
sortes. Elles sont moins misérables cependant que celles de cette 
dernière ville , et nous y remarquons des ateliers où se fabrique 
une magnifique sellerie orientale , où l'on file au fuseau de la 
bourre de soie qui sert à broder les burnous et les haïks qu'on 
fabrique en ville et dans le désert , et dont les étoffes sont bien 
supérieures , pour l'usage , à tout ce que fournit l'industrie euro- 
péenne ; elles sont plus fortes , plus solides , plus imperméables. 
Les Arabes repoussent les tissus français qu'ils désignent , avec 
mépris, par le terme de fabrica. 

La population se compose de 3,000 musulmans , 600 juifs , 
2,000 européens. 

Médéah a des écoles , un marché , des mosquées pareilles à cel- 
les de Blidah , flanquées de minarets octogones , portant un bal- 
con près du sommet. L'une est réservée au culte musulman ; une 
seconde a été tranformée en église ; une troisième sert de ma- 
gasin. 

On se procure facilement dans la ville tout ce que réclame la 
vie européenne. Des troupeaux superbes de chèvres maltaises 
viennent se faire traire ; chacune donne deux litres de lait par 
jour ; le prix d'une de ces chèvres est de 80 fr. 

La Casbah est au haut de la ville ; elle renferme une caserne et 
un hôpital spacieux et solidement bâti. Malheureusement, la dif- 
ficulté de transporter des bois de grande dimension dans cette lo- 



( 214 ) 
calité éloignée a engagé à soutenir les plafonds de ces édifices par 
d'énormes piliers et des arcades qui font perdre une partie de l'es- 
pace, de l'air, de la lumière. Ces inconvénients sont surtout graves 
pour l'hôpital . De la Casbah on aperçoit les divers massifs de l'Atlas, 
qui s'élèvent jusqu'à 4 et 5,000 mètres et dont les sommets sont 
couverts de neige. On est là au point dominateur de l'Algérie ; les 
deux chaînes de l'Atlas s'y joignent : d'un côté on descend dans 
les grandes vallées de l'est, de l'autre dans celles de l'ouest; on est 
adossé à la Mitidja qui conduit à Alger , la reine de la mer d'Afri- 
que , on touche le haut Chélif qui mène au Sahara. 

Médéah fait un commerce de laine assez considérable a\ec le 
sud , par Boghar. On demande avec instance une route qui con- 
duise à ce dernier point. On propose d'y bâtir un fondouck. Nous 
avons vu de nombreux échantillons de laines ou grossières ou as- 
sez fines. Celles de Titeri (Tell) sont fort sales; celles des hauts 
plateaux , où les moutons vivent sur le sable . sont beaucoup plus 
propres. Un seul commissionnaire avait acheté cette année, pour 
le compte des européens, 30 a 40,000 toisons au commerce libre, 
et 90,000 provenant de l'impôt. Ces toisons , qui pèsent 3 livres , 
valent fr. 00 dans les tribus; le gouvernement les prend pour 1 fr. 
Les Arabes portent dans le sud du blé , de l'orge , de la graisse 
de mouton , des laines brutes. Ils donnent 30 à 4 ft toisons pour 
un aouli (grand ha'ik) qu'ils revendent à Médéah 50 boudjoux. Ils 
rapportent aussi des tapis grossiers , etc. 

Notre influence s'est fortement consolidé à Médéah ; l'impôt de 
la subdivision s'élève à 700,000 fr. et se perçoit régulièrement 
jusqu'à Boghar et au-delà. 

La sécurité est complète dans la campagne. Le cure allait seul, 
le lendemain , à Boghar , pour célébrer un mariage ; un euro- 
péen devenu presque sauvage, devait, dans quelques jours, s'en 
aller vers les montagnes qui bordent les hauts plateaux , espérant 
y rencontrer des panthères. Le califat de l'Aghouat bâtit, à Mé- 
déah , une maison de bains maures en marbre, etc. Il y 
dépense 200,000 fr. 



{ 215 ) 

Les environs de Médéah ont de beaux jardins , presque tous cul 
tivés par les indigènes. Des fermes couronnent la crête du bassin 
que domine la ville. Les européens s'occupent surtout de la culture 
des fourrages et de la vigne. Les anciens vignobles donnent un 
vin blanc agréable, qui n'est pas sans analogie avec le vin du 
Rhin. 

Nous allons visiter le village de Damiette , colonie agricole , 
placé très près de la ville, sur la route qui va s'ouvrir de Médéah 
à Constantine , par Aumale, route peu difficile à établir, mais 
montueuse. 

Ce village est sur un plateau sablonneux ; il a 1196 hectares 
et 120 familles encore baraquées. Les maisons en construction 
sont bâties en pierres , extraites du sol même, et en terre re- 
couverte d'un enduit de chaux ; le toit est en planches, portan* 
des tuiles romaines débordant beaucoup les murs ; les croisées 
sont vitrées ; l'ensemble de ces habitations est propre. Chaque mé- 
nage a d'abord une salle et une chambre , mais les constructions 
sont disposées de manière qu'il sera possible d'y ajouter une autre 
chambre. Une fontaine est établie ; on va construire un abreuvoir 
et un lavoir. Un détachement militaire exécute les travaux de de 
frichement ; on va faire les plantations. Le sol a conservé des peu- 
pliers blancs , des saules , des cognassiers , de beaux figuiers, des 
amandiers, des vignes, des chênes-verts , des oliviers sauvages 
couverts de fruits. Chaque colon possède dans la première zone 
un jardin assez fertile, arrosé, de 7 à 8 ares et un terrain de 70 à 
80 ares dans la deuxième zone; les terres arables sont fort éloi- 
gnées et séparées du village par un vallon très profond. 

Les enfants de Damiette ont été atteints par la diarrhée et la 
fièvre typhoïde; ils commencent à s'acclimater. Nous avons vu de 
jeunes gaillards se roulant dans la poussière sous les yeux de leurs 
mères , jeunes femmes jolies et élégantes. Les colons sont peu tra- 
vailleurs , ignorant pour la plupart l'art agricole. On trouve 
parmi eux un orfèvre ; un peintre , un batteur d'or. Ils font en- 
tendre des plaintes nombreuses et mal fondées : ils se récrient 



I 216 ) 

surtout contre le travail en commun auquel on les soumet pour 
le défrichement des terres arables. 

En revenant, nous visitons la ferme de Saint-Amand, jolie 
construction flanquée de quatre petits bastions crénelés, entourée 
d'une belle terre bien cultivée. Nous nous arrêtons à la pépinière 
qui a 3 hectares arrosés, couverts de tous les arbres fruitiers et fo- 
restiers communément répandus sur la terre algérienne. Il est 
question de déplacer cette pépinière. Ce serait un tort. 

Nous allons ensuite à Lodi , situé sous le sommet du Nador , à 
un ou deux kilomètres de Médéah , sur la route commencée de 
cette ville à Mousaïa. Cette colonie agricole , formée de 135 fa- 
milles , a 1200 hectares. Sa terre est glaiseuse, pierreuse; de 
nombreux dépierrements ont déjà été opérés ; il n'existe pas un 
arbre sur ce point; on commence des plantations ; les jardins sont 
formés. Des sources nombreuses sortent du Nador et rendent ce 
sol assez humide. Des tranchées sont nécessaires. 

Le sol des maisons devrait être relevé ; il faut descendre une 
marche pour entrer dans plusieurs d'entre elles. Du reste, elles sont 
contruites comme celles de Damiette ; quelques-unes sont dou- 
bles, à quatre pièces , et ont coûté 4,500 fr. Une briqueterie a 
été établie sur ce point. 

La population de Lodi a été cruellement éprouvée : vingt-huit 
enfants de deux à trois ans sont morts à la suite de diarrhées. 
Les colons sont très laborieux , animés d'un tout autre esprit 
que ceux de Damiette. Ils réclament aussi contre le travail en 
commun commandé pour le défrichement ; 250 hectares seront 
ensemencés cette année. La charrue qui est en usage est celle de 
Dombasle , en fonte; elle est trop lourde et cassante: on la rem- 
place avec avantage par une petite charrue analogue au brabant. 
La herse a ses dents recourbées, en fer; 50 bœufs font le travail 
commun. 

Le mardi 27 , à sept heures du matin , nous montons à che- 
val avec l'intention de nous rendre à Milianah, en nous détournant 
pour visiter les mines de Mousaïa ; nous sommes accompagnés par 



(217) 

le colonel de Cambray et le chef de bureau arabe, escortés de ca- 
valiers français et indigènes. 

Nous suivons la route de Lodi , puis un chemin de mulet qui a 
été construit pour conduire à Médéah nos colonnes qui débou- 
chaient habituellement par le col de Mousa'i'a. Ce chemin traverse 
le pays le plus difficile : ce sont d'énormes coteaux glaiseux , des 
ravins profonds , des pentes abruptes ; on marche quelquefois sur 
des crêtes étroites que bordent des précipices et que la moindre 
pluie rend glissantes , impraticables. On arrive ainsi au pied du 
revers méridional du petit Atlas ; le chemin serpente sur les pre- 
miers contreforts de ces monts , puis s'élève sur la pente princi 
pale, en vue du plateau , qu'on nomme le Camp des Réguliers ; 
c'est là qu'Abd-el-Kader attendait nos colonnes avec ses ban- 
des et ses bataillons disciplinés , dominant également la route de 
Médéah et celle de Milianah. Montant toujours , la route va passer 
entre les deux pitons qui forment le col de Mousaïa , témoiD de 
tant de combats, de tant d'héroïques efforts, de tant d'audacieuses 
entreprises , lorsque nous tentions de porter notre domination au- 
delà de la première barrière de l'Atlas. 

L'établissement des mines est situé au pied de la chaîne des 
montagnes : il est entouré de forts beaux oliviers sauvages chargés 
de fruits. On commence à greffer ces arbres précieux. Les bâti- 
ments sont disposés de manière à former un carré entier , clos et 
garni de meurtrières , bastionné aux angles. 

Les habitations prennent jour sur la vaste cour; elles ont un 
corridor qui règne le long du mur extérieur , de manière que 
les portes de toutes les chambres sont en face des meurtrières. Une 
salle d'armes contient bon nombre de fusils en excellent état ; des 
ateliers de différentes sortes sont joints aux logements. 

Les mines de cuivre sont situées aux flancs de l'Atlas, a 
une hauteur considérable; le filon qui est exploitée a l m . 50 
d'épaisseur ; il est perpendiculaire ; on y a pratiqué deux galeries 
d'exploitation communiquant par des puits et une galerie d'assè- 
chement. La route qui conduit aux travaux estraide, tortueuse, 
difficile. 



( 218 ) 

Le minerai est compose de cuivre uni au soufre, a l'antimoine . 
au nickel , à l'argent. Apporté a l'établissement principal , il est 
trié ; celui de premier choix est expédié en nature par une route 
tracée dans la vallée du ruisseau de Mousaïa , qui va se jeter dans 
la Chiffa. 

Le minerai moins pur est brocarde, lavé, broyé au moyen de 
machines hydrauliques. L'eau prise au ruisseau est amenée à l'é- 
tablissement au moyen d'un aqueduc de 250 mètres ; elle se verse 
sur la partie supérieure d'une roue de 10 mètres de diamètre qui 
met en mouvement les pilons à brocarder. Une autre roue de 
8 mètres est destinée à faire mouvoir une soufflerie à pistou, ani- 
mant un fourneau qui doit réduire le minerai ; mais jusqu'à 
présent, la fusion a rencontré de grands obstacles , de sorte que 
l'on s'est borné à expédier le minerai en France et en Angleterre. 
On a essayé, près de Bouc, a le traiter par la voie humide, 
mais sans succès. 

Un fort somptueux déjeûner nous a été servi; il offrait des 
viandes succulentes à notre vif appétit, et parmi elles était un 
morceau bien capable de fixer notre attention , c'était un filet de 
panthère, qui était d'excellent goût. 

Après le repas , nous visitons rétablissement et les mines : nous 
nous séparons ensuite du colonel et de son escorte, et nous mon- 
tons à cheval pour nous diriger vers la demeure de Bou-AIem , 
Bachaga du Djendel , à travers d'immenses solitudes, sans routes 
tracées . sans autres habitations que de rares gourbis qu'on 
distingue avec peine sur les flancs des montagnes , tant ils se 
confondent avec les broussailles. De vastes étendues de terre sont 
défrichées et portent encore la base des chaumes ; l'on comprend 
difficilement que des habitants si clair-semés, aient pu ensemencer 
une pareille superficie. Evidemment, les cultivateurs ont durant 
l'été porté leurs tentes ailleurs , et déjà nous en voyons reparaître 
quelques-uns. Nous traversons des rivières , a des gués connus des 
seuls Arabes ; nous suivons le bord de ravins à pic , nous nous 
enfonçons dans les broussailles ; nos guides se perdent eux-mêmes 



(219) 

au milieu de ces déserts , et font des courses rapides pour aller au 
loin interroger des laboureurs ; ils vont en droite ligne , à travers 
tout, faisant de véritables courses an clocher , si clocher il y avait. 

Nous rencontrons des tribus du sud , amenées parla disette, 
faisant paître des moutons très beaux et très propres , des chè- 
vres petites, des chameaux , des bœufs , des vaches , qui errent 
loin des tentes blanches et noires dressées çà et là. 

Nous contournons le Gontas ; nous apercevons le télégraphe , 
dans la maison duquel, il y a deux ans, trois hommes, plusieurs 
femmes et plusieurs enfants furent assassinés. 

La nuit était venue, nous marchions en file, sur une sorte de 
corniche , au bord d'un escarpement considérable , lorsque le 
cheval de notre ami Denissel s'abat et manque de rouler au fond 
du précipice; il est retenu, avec son cavalier, par quelques buissons. 

Bientôt le terrain s'aplanit ; la lune éclaire la plaine ondulée 
et couverte de broussailles ; tout-à-coup apparaît devant nous, 
à une distance assez grande , une troupe de cavaliers armés de 
fusils et d'yatagans, lancés à toute bride à notre rencontre, 
couverts de burnous ou noirs ou blancs flottant au vent ; ils arri- 
vent, ils nous touchent , mettent le pied à terre et viennent nous 
baiser la main. Ceux qui portent les burnous noirs sont le 
frère , les fils , les neveux de Bou-Alem qu'un spahis dépêché par 
le commandant du bureau arabe avait prévenu de notre arrivée, et 
qui nous envoyait complimenter, à deux lieues de sa résidence. 
Les cavaliers arabes se replacent sur leurs coursiers , dont quel 
ques-uns sont magnifiques , et nous font cortège. Ils sont assis 
sur de hautes selles richement brodées ; ils portent une double 
paire de bottes en maroquin rouge dont l'extérieur est armé 
d'éperons aigus , longs de deux décimètres , argentés , ciselés , 
tenus par des courroies brodées en or. Les chevaux ont des brides 
et des colliers brodés , plaqués d'argent , portant des croissant?, 
suspendus à des chaînes d'argent. Tout cela forme une escorte 
qu'on aurait pu copier pour un tableau représentant une scène du 
temps des Croisades. 



( 220 ) 

A une lieue plus loin , une troupe nouvelle arrive à grand bruit; 
c'est Bou-Alem lui-même , se portant au-devant des hôtes qu'il 
attend ; il vient aussi nous baiser la main , et grossit notre cor- 
tège. Enfin, nous arrivons à la demeure du Bachagha ; tous les 
hommes de la tribu sont assemblés et nous reçoivent. Deux Arabes 
se placent à chacun de nos étriers, nous accompagnent jusqu'à la 
porte et nous aident à descendre. Véritablement nous nous trou- 
vons au temps féodal ; les siècles n'ont pas marché , nous sommes 
en plein moyen-âge. 

Nos chevaux sont entravés ; on leur donne l'orge en plein air , 
où ils passeront la nuit. Nous sommes reçus dans la maison des 
hôtes , espèce de caravansérail placé au-devant de la maison prin- 
cipale, auquel on arrive par une allée de peupliers ; il est com 
posé d'un vestibule ouvert et d'une salle longue , présentant aux 
extrémités et sur les côtés , des arcades dans lesquelles sont des 
sortes de divans couverts de tapis, comme le pavé qui est en béton. 

Bou-Alem, entourédeses parents, nous complimente de nouveau. 
Ce chef est le type de la race arabe ; il est grand , sec, muscu 
le.ux , basané ; sa barbe est longue et noire , ses yeux vifs , péné- 
trants ; mais sa figure est grave , par l'effet de sa volonté ; il est 
prévenant , empressé , surtout pour nous , sans que sa gravité ré- 
fléchie disparaisse entièrement. Il s'est vaillamment battu dans nos 
rangs. Sur son burnou brille la croix d'honneur. Son frère a 
assez de ressemblance avec lui ; il a perdu un œil dans les com- 
bats. 

On sert le café , puis on va visiter la maison que ce chef vient 
de substituer à la tente du nomade; elle a la disposition orientale : 
mais elle annonce, par des signes non équivoques, que des mains 
européennes ont contribué à l'orner. Au sommet est une girouette 
représentant un arabe à cheval , découpé par un ferblantier do 
Paris. La cour centrale est pavée de marbre blanc , mais non en- 
tourée d'arcades ; elle sera bientôt rafraîchie par un jet d'eau. Le 
vestibule est peint, garni de divans. Les appartements sont étroits, 
longs, revêtus inférieurement de carreaux de fayence, couverts 



f 221 ) 

supérieurement d'ornements rouges et blancs. Le salon d'honneur 
est au premier étage ; il a une vue superbe sur la vallée du Chélif. 
Les tapis du Maroc , de Smyrne , du désert y sont à profusion ; 
quatre divans meublent les arcades creusées dans les murailles ; 
ils sont garnis de coussins en soie damassée , brochée en or. ( On 
nomme cette étoffe francia quoiqu'elle vienne du levant ). Ces di- 
vans ont un mince matelas , ou en soie , ou en damas de laine et 
coton, bleu et blanc , fabriqué à Roubaix. Sur les étagères sont 
des tasses de porcelaine , des objets en filigrane , des vases à 
boire , en argent , à figures repoussées , garnis de chaînes , 
comme un encensoir , qui permettent de puiser l'eau sans descen- 
dre de cheval. Des vases de formes singulières, à cols étroits, ren- 
ferment des parfums ; on nous asperge d'eau de fleurs d'oranger 
et d'eau de Cologne ; contre les murs sont des trophées d'armes, des 
sabres, des poignards, des yatagans, des fusils à inscrustations 
d'ivoire, d'argent, de corail, de pierreries. Toutes ces armes 
sont dans des étuis de velours rouge. Dans le salon sont divers au- 
tres meubles , tels qu'une caisse en fer , un coffre à clous dorés , 
et au centre une petite table , à pieds rapprochés , haute de 
m , 40 , couverte d'incrustations de nacre ; comme pour faire 
contraste avec ce luxe oriental et attester un goût encore sauvage, 
sont appendues, en cette nouvelle demeure, deux gravures colo- 
riées, Françoise et Rose , qu'on achète 10 sous sur nos boulevards, 
deux glaces à cadre doré tout modernes , un lustre de cristal 
venant de Paris ; sur les portes , formées de compartiments 
irréguliers , sont fixées douze de ces pommettes en cristal colorie 
qui nous servent à fermer nos portes et qu'on a prises pour des 
ornements, et de nombreuses patères, qui n'avaient pas de ri- 
deaux à soutenir ; les fenêtres ne sont en quelque sorte que des 
lucarnes garnies de barreaux de fer croisés; celle qui prend 
jour à l'extérieur est garnie d'un balcon fermé , d'où pend une 
main rouge et d'autres signes qui préservent des maléfices. La 
partie de la maison qui renferme les femmes ne nous est pas 
montrée, pas même indiquée. Nous n'apercevons pas la trace d'un 
individu du sexe féminin. 



( 2-22 ) 

On sert le dîner au préfet, aux trois représentants, au comman- 
dant du bureau arabe , dans le salon d'honneur ; Bou-Alem s'as 
sied avec nous ; son frère et ses fils sont debout autour de la 
table , selon les anciens us toujours respectes ; ils ne fument même 
pas devant le chef de la famille. Les sièges sont des coussins ; la 
table est celle que nous avons remarquée; elle porte un large 
plateau d'étain; au centre est placé un grand vase du même mé- 
tal, garni de son couvercle. Celui-ci enlevé, nous voyons un po- 
tage au vermicelle , lequel nous mangeons au moyen de cuillers 
de bois , comme des soldats a la gamelle. Les vases couverts se 
succèdent , renfermant du mouton aux navets , du mouton aux 
amandes , du mouton de toute façon et à toute sauce , énergique- 
ment poivré. Bou-Alem prend gracieusement un morceau avec les 
doigts, le déchire et m'en offre par honneur une partie ; tout le 
monde alors de plonger les doigts dans le plat pour en retirer les 
morceaux. On mange la viande avec des galettes chaudes très 
bonnes ; on boit une eau peu claire dans le vase d'argent que nous 
avions remarqué , et que les fils de Bou-Alem nous présentent à la 
ronde. Enfin , on se lave les mains ; ce n'était pas un soin de luxe 
pur ; on nous fait passer successivement un très-grand bassin de 
cuivre ; au centre est une cupule renfermant du savon vert, le fond 
est double, le supérieur est perce de trous pour laisser passer l'eau 
savonneuse ; on arrose nos mains au moyen d'une aiguière, à bec 
long et recourbé , dont la forme étrange nous fait penser qu'elle 
vient par héritage des premiers patriarches. 

On nous conduit alors dans la maison des hôtes , et l'on nous 
sert le couscousou dans le grand plat de bois où on le fait; il a été 
cuit à la vapeur dans un plat percé de trous , puis assaisonné de 
beurre , de poivre, entremêlé de raisin et des éternels morceaux 
de mouton. Ce mets national ne serait pas désagréable si les corps 
gras qu'on y introduit n'étaient horriblement rances , et si la 
manière dont les Arabes puisent dans la gamelle commune n'offen- 
sait tant soit peu la délicatesse européenne. 

On sert ensuite le café , et l'on se prépare a se coucher. Déjà 



223 ) 

ie confortable européen s'introduit même dans la maison des hôtes 
On apporte sur les divans qui nous sont spécialement destinés, des 
matelas en coutil ; mais le coucher dans une salle commune, sui- 
des estrades assez dures, ne nous promet pas le sommeil dont 
nous avions besoin. Je fais demander , par le commandant du 
bureau arabe qui nous sert d'interprète , s'il ne serait pas pos- 
sible d'obtenir pour nous une chambre particulière. Après des 
négociations, qui ne furent pas trop longues, on lit fléchir la règle 
ordinaire. On nous introduisit avec le préfet dans la maison de 
Bou-Alem, et l'on nous installa dans le salon d'honneur. 

Alors se présenta une difficulté imprévue : il fallait prendre les 
précautions qu'un européen n'oublie pas avant de se coucher. 
Nous n'avions plus d'interprète ; je fis comprendre au Bachagha 
lui-même de quoi il s'agissait. Avec une gravité solennelle il me 
fit signe de le suivre et me conduisit dans un endroit écarté du 
jardin. Bien des campagnes de France en sont encore là ! La nuit 
était belle et non silencieuse ; on ne peut se faire une idée des 
hurlements que poussaient les chacals, dans toutes les directions. 

Nous nous couchâmes bientôt, en nous roulant dans des cou- 
vertures d'une longueur énorme , qu'il faut replier six fois sur 
elles-mêmes ; elles sont d'une laine très-douce, et peintes en rouge, 
d'une manière assez bizarre. Elles viennent du Maroc. 

Le mercredi 28 novembre , nous nous levons à 7 heures du 
matin. Chérif, l'un des fils de Bou-Alem, s'était couché, au dehors, 
en travers de notre porte. Est-ce par honneur, est-ce par défiance? 
nous n'avons pas cherché à le savoir. On se rend à la maison des 
hôtes. On apporte des brasero , dont quelques-uns sont de jolie 
forme. On sert le café, puis nous visitons le jardin, qui renferme 
des vignes, des amandiers, des cactus, des abricotiers, etc., etc. 

Le Bachagha nous montre avec complaisance son écurie : c'est 
une cour aussi vaste que la maison , entourée de hangars ouverts 
intérieurement , et renfermant de nombreux coursiers , dont plu- 
sieurs noirs, luisants, de haute taille, sont d'une rare beauté 

L'Arabe commence à mépriser la tente. Le frère de Bou-Alem 



( 224 ) 
se fait aussi bâtir une maison. Nous allons la visiter : elle est plus 
petite, mais peut-être plus élégante. Des carreaux de fayence en 
ornent l'extérieur, et lui donnent un air assez coquet. Ce sont des 
ouvriers arabes qui la construisent , ils en sont les architectes en 
même temps que les maçons , comme les constructeurs de nos 
cathédrales, et ne manquent certainement pas de quelque goût. 
Du reste le système suivi dans ces constructions atteste l'enfance 
de l'art. Les lattes des plafonds sont des roseaux ; les combles des 
toits sont des perches sur lesquelles sont placées en travers et 
liés par des cordes les roseaux qui portent les tuiles. 

Enfin nous allons visiter les tentes et les gourbis qu'habite la 
tribu ; celle qui entoure le chef est le Magzem , ou la tribu des 
guerriers ; d'autres tribus sont formées de Marabouts ou d'hom- 
mes religieux, d'autres de travailleurs ou plébéiens. 

Il est huit heures et demie du matin, il faut partir pour nous 
rendre à Milianah : on tire l'orge des silos, réservoirs en forme de 
bouteille, creusés dans la terre sèche. Ce grain est d'une fort belle 
qualité; il paraît tiède, sous l'influence de l'air frais du matin. 
Nous partons accompagnés de Bou-Alem et escortés de tous ses 
cavaliers, qui marchent en avant, en arrière, sur les côtés, à leur 
gré, s'élendant au loin comme s'ils fouillaient le terrain , et faisant 
la fantasia. Nous suivons la vallée du Chélif, en gravissant les 
coteaux pour couper les sinuosités du fleuve , et vers dix heures 
du matin , nous arrivons au lieu où se tient le marché de l'arba 
(mercredi) du Djendel. 

Au milieu d'une vaste plaine , dans laquelle on n'aperçoit pas 
un arbre, pas une construction, au bord du Chélif, Bou-Alem a 
fait dresser sa tente : elle est doublée d'étoffes jaunes , rouges , 
bleues ; des tapis couvrent le sol. Aux piquets sont fixés des cro- 
chets où sont suspendus les éperons du chef et de ses enfants ; a 
l'entrée de la tente est tendue une toile en forme d'auvent. On 
s'assied , on prend le café , et les Caïds viennent embrasser le 
Bachagha au front. Devant celui-ci comparaissent les Arabes qui 
ont des différents , ou qui sont coupables de quelques méfaits. 11 



( 225 ) 

rend sommairement justice , pendant qu'autour de lui , une foule 
composée de plus de 10,000 personnes se livre aux opérations 
commerciales : le sol csl couvert d'une infinité de marchandises 
diverses , chevaux, bœufs, blé, laines noires et blanches à 2fr. 50 
la toison, pesant 2 kil., poil de chèvre, ânes, moutons, étoffes 
variées, beurre fondu ou graisses, glands, figues, farine, burnous, 
des couffins ou paniers de joncs d'une capacité de 2 hectolitres 
environ, des œufs, des babouches, des cribles dont le bord est 
formé de torsades de joncs et le fond de tiges d'alpha parallèles, 
reliées entre elles d'espace en espace et aussi régulièrement pla- 
cées que des fils de fer ; des charrues grossières, mais à bas prix : 
nous voyons un colon français venu de la commune du Marabou 
située sous Milianah , acheter pour 2fr. 50 le bois d'une charrue. 
Tout ce peuple , dont le costume est si singulier , dont les mœurs 
sont primitives, dont la physionomie est si énergique, si animée, et 
traitant pourtant si pacifiquement ses affaires, nous donne long 
temps le plus curieux des spectacles. Nous prenons enfin congé de 
Bou-Alem qui fait porter des présents au préfet d'Alger; il nous 
donne une escorte et nous partons en suivant la superbe vallée du 
Chélif qui est presque entièrement cidtivée , et semble pourtant 
uue éternelle solitude. Nous allons déjeuner chez un Caïd du 
Ojendel, sorte de vassal du Bachagha, prévenu de notre visite. Il 
a fait bâtir une maison assez jolie, couverte en tuiles, entourée de 
misérables gourbis et de beaucoup de meules de paille défendues 
par des rameaux de jujubiers amoncelés a l'entour. Le jardin est 
planté de cactus disposés en lignes régulières. 

On étend sur le gazon des tapis du Maroc et du désert, dont 
quelques-uns ressemblent à nos coussins de laine tricotée , qui 
imitent la mousse; on nous sert une moitié de mouton et un plat 
de couscousou au raisin : nous eûmes à nous louer de la cordialité 
de notre hôte. 

Après l'avoir quitté , nous atteignons bientôt la belle route 
qu'on commence dans la vallée du Chélif , et qui uous conduit 
jusqu'à Milianah. Nous venions de voir la vie arabe pure, dans 

16 



( 226 ) 

une contrée où nul établissement européen n'existait encore, niais 
où déjà pénètrent nos usages et les objets de notre industrie. Nous 
rentrions dans un des cercles où notre activité commence à se 
déployer. 

De loin en loin . quelques maisons se montrent. Nous suivons 
le pied du Zaccar qui abrite Milianah ; nous voyons le village de 
Aïn Sultan, eu construction, et le télégraphe, dont les employés 
ont été assassines comme ceux du télégraphe du Contas. 

Le commandant Fénélon , chef du bureau arabe, arrive au- 
devant de nous, à la tète de ses spahis , aux burnous rouges; il 
vient nous offrir l'hospitalité du général Camou , averti de notre 
visite par le télégraphe. Nous voyons le village d'Affreville , nous 
sommes sur l'Oued-Boutan, formé par les sources de Milianah. 

Avant de nous engager dans la vallée de l'Oued-Boutan pour 
remonter vers cette ville , nous visitons le camp bâti au pied du 
Zaccar. Le maréchal Bugeaud préférait à Milianah une position dans 
la plaine, au pied de l'Atlas, parce que les expéditions, venant de 
Mousaïa ou de la Chiffa , n'avaient pas a gravir le mont pour 
trouver uu abri , et que les colonnes qui marchaient vers le sud ne 
devaient pas perdre un jour pour se former dans la plaine. Aussi 
y a-t-il construit uue vaste enceinte fortifiée entourée de fosses 
et de plantations, eufermantdes maisons, des magasins, des étables, 
etc. Mais la beauté et la force de la position de Milianah, l'établisse- 
ment de la route de l'Oued-Djer, plus facile que celle de la 
Chiffa , ont conservé sa prééminence à l'ancienne forteresse. La 
ville a été reconstruite, et le camp est habituellement abandonne. 
Cependant il formera toujours un poste avancé très-important. 
Il est mis actuellement à la disposition des Provençaux qui vont 
former un village sur l'Oued-Zean, un peu a l'ouest de l'Oued- 
Boutan. 

Nous entrons dans la vallée que parcourt cette dernière ri\ ière, 
fortement encaissée, débitant 8U0 litres d'eau par seconde . avec 
l'Oued Anasser qui s'unit à elle , se précipitant par une pente de 
plus de 420 1 " depuis Milianah jusqu'au pied de la montagne. Nous 
suivons une route que bordent des jardins irrigables, contenant nom- 



( 227 } 

bre de vignes, Hguiers, mûriers, amandiers, caroubiers, poiriers, 
oliviers, etc. Enfin, après une rude montée, nous arrivons à la ville. 

Le plateau escarpé sur lequel elle est bâtie est à 8 ou 900 '". 
au-dessus de la mer, à 5 ou 600 m au-dessus du Chélif. Le fleuve a 
donc une pente de 300 m sur un parcours de 200 kilomètres, à 
peu près ; ce qui donne la déclivité énorme de 1 millimètre 1/2 par 
mètre. Aussi , en novembre , l'avons-nous passé à pied sec , en 
marchant sur les cailloux de son lit ; après les pluies , il coule a 
pleins bords, et comme ses rives ont 12 m de hauteur, que sa lar- 
geur est d'au moins 100 "', son débit est tantôt réduit presque a 
zéro, tantôt il est représenté par une section de 1 ,200 mètres carrés. 

Au nord de la ville, et très-près de ses murs , le Zaccar, très 
droit, couvert de bois, la dépasse de 600 mètres. 

Milianah est presqu'entièrcment rebâtie ; ses rues sout larges, 
belles, plantées de peupliers et de platanes, arrosées abondam 
ment par les belles sources de l'Anasser et du Boutan. Elle est 
habitée par 1,200 européens, 600 juifs et 300 indigènes; 
2,000 arabes sont répandus dans les jardins de la vallée. Elle est 
entourée de murs et d'ouvrages de fortifications qui battent le 
seul côté par lequel elle est abordable. 

Milianah possède une belle pépinière située entre la ville et le 
Zaccar, renfermant deux hectares , produisant des plants de 
frênes , micocouliers , mûriers , amandiers , poiriers et de beau- 
coup d'autres arbres fruitiers. 

Les officiers de la garnison ont établi un cercle, au milieu d'un 
délicieux jardin, bien arrosé, et dont les arbres poussent avec une 
telle vigueur, qu'un peuplier blanc, âgé de cinq ans, dont nous 
avons pris la mesure, nous a donné une circonférence de 1 m , 50. 

Le plus bel édifice de la ville est sans contredit l'hôpital ; com- 
mencé en 1844 et achevé en 1846 , il a coûté 350,000 fr. quand 
les transports coûtaient 20 fr. le quintal; ils coûtent maintenant 
7 fr. Sa façade a 138 m. de longueur et deux étages; les salles 
contiennent 300 lits, elles ont au centre des piliers de bois qui n'em- 
pêchent ni le renouvellement de l'air, ni l'entrée de la lumière. 



( 228 ) 

Les fenêtres sont garnies de persiennes, l'eau est répandue a tous 
les étages; les latrines sont bien lavées; les salles de bains et 
Huiles les dépendances sont belles et spacieuses. 

De la terrasse de l'hôpital, on jouit de la perspective la plus 
splendide ; on aperçoit les riches jardins qui s'étendent dans 
toute la vallée en suivant le cours de l'Oued Boutan ; sur la croupe 
de l'Atlas, les villages que l'ont bâtir les Arabes par les ouvrier^ 
l'iiropeens , et dont treize sont achevés ; à gauche , Ain-Sultan , 
destiné aux colonies agricoles, le camp à l'entrée de la plaine, 
Affreville au-dessus , à droite le nouveau village de M. Rosières 
et plus au sud l'immense massif de l'Ouenseris , déjà couvert de 
neige; en face, dans le lointain, Teniet-el-Had occupant les crêtes 
qui séparent le Tell des hauts plateaux et sur les lianes desquelles 
s'étend une magnifique forêt de cèdres qui a cinq lieues de ion 
iiiieur; ces cèdres, qu'on emploie aux constructions et à la fabri- 
cation des meubles , ont de grandes dimensions ; j'ai compte sut- 
une table, formée d'une section transversale, de 1 mètre de dia- 
mètre, 384 couches, représentant autant d'années. J'en ai mesure 
une autre qui avait 1 ni. 50 de diamètre ; il en existe de 2 m. 50 
de diamètre. Les fûts dans lesquels on les prend ont 25 ni de 
hauteur, au-dessous des branches. 

Autour de Milianah , on a établi déjà plusieurs moulins sur les 
admirables cours d'eau qui sortent des flancs de l'Atlas : l'un sur 
l'Anasser, a une chute de 8 m. 50. L'eau frappe une roue hori- 
zontale a palettes courbes. Un autre , dont les bâtiments sont 
beaucoup plus grands, est établi d'après le même système et jouit 
d'une chute de 9 ni. 50, qui ne fait mouvoir, jusqu'à présent, 
iju'une seule paire de meules. Il y a dans ces usines une énorme 
perte de force, et, même dans la mieux installée, l'agencement des 
services est assez mal entendu. Elles étaient employées à moudre 
du blé dur. lequel donne un pain très-savoureux. 

Nous dinons chez le général Camou . qui habite une maison 
mauresque dans la cour de laquelle a été planté un peuplier blanc, 
qui, âgé de cinq ans. dépasse la maison et la couvre de sa cou- 



( 229 ) 

ronne A sa table, nous rencontrons M capitaine du génie, 

distingué, laborieux et pratique, qui a préside aux belles con- 
structions de Milianah , et qui a bien étudié le pays dans lequel il 
réside. 

Je loge chez le capitaine Fénélon ; la maison dans laquelle il 
demeure est aussi mauresque. Le milieu de la cour est occupe 
par une fontaine dont la vasque, de marbre blanc, d'un fort beau 
style, a été trouvée dans les ruines de Milianah. Mon appartement, 
avec ses arcades, ses marabouts, rappelant entièrement l'architec- 
ture arabe, est tout tapissé des gravures qu'on voit aux étalage? 
des boulevards de Paris. 

Dans l'avant-cour de la maison sont deux aigles et un lion de 
haute taille, -âgé de 15 mois, qui a ete allaité par une chèvre ; il est 
nourri maintenant avec de la viande cuite , et fait sa résidence 
habituelle dans une petite cour dans laquelle il est en liberté. Venu 
dans l'avant-cour , pour faire honneur aux visiteurs , il se trouve 
au milieu de vingt-cinq personnes qui le caressent; il les frotte 
et les pousse rudement. Tous les Arabes sont disparus; un seul 
est resté, tapis dans un coin. Le lion le visite à son tour . s'anime 
à son contact, le presse de ses lianes, le bat de sa queue, le flaire, 
bondit et pousse un rugissement. L'Arabe a les jambes nues, il 
répand l'odeur propre à beaucoup de gens de sa nation. Ces circon- 
stances ont-elles réveillé les instincts de l'animal, je nesais,maisnous 
sommes effrayés pour l'Arabe; il nous semble que le lion va es- 
sayer sur lui ses terribles dents. Nous entourons tous la bête 
carnassière, et faisons rapidement sortir l'homme qui semblait exci- 
ter si vivement ses appétits, et qui, en vérité, pouvait être déchire. 
Il y a un danger certain pour ceux qui vivront dans l'intimité d'un 
pareil hôte. (Depuis, je l'ai vu au jardin des plantes de Paris ). 

Nous nous apprêtons a partir le jeudi 29 novembre , a midi. 
Notre désir eut été de nous rendre de Milianah a Orleansville , 
alin d'atteindre la province d'Oran par la voie de terre. Mai> 
on n'osa nous assurer la sécurité du passage. On ne pu t 
nous promettre des gites dans le long trajet que nous avions a 



( 230 

aire dans la vallée du Chélif ; rien n était prêt pour l'expédition 
que nous voulions tenter ; force nous fut de renoncer a notre pro- 
jet et de nous diriger ^ers Alger, en repassant le petit Atla>. 
Nous suivîmes d'abord la route qui doit conduire, a Cherchell et 
qu'on taille en corniche sur le versant sud du Zaccar; nous la 
quittâmes ensuite pour suivre le chemin qui passe dans une pro- 
fonde dépression, entre le Zaccar et le Gontas, et arrive dans la 
vallée de l'Oued-Djer. Ce col nous parait celui qui donne le plus 
facile accès dans la vallée du Chélif. 

On descend dans la vallée de l'Oued-Djer par une route en cor- 
niche qui n'est point sans difficulté , et qui est longue parce qu'elle 
contourne les anfractuosités et les ravins qui découpent les flancs 
de la vallée principale. Le temps et l'argent ont manqué pour 
exécuter les ponts et remblais nécessaires pour les franchir. En 
suivant les flancs de ces montagnes, nous avons occasion, comme en 
cent autres circonstances, de constater l'agilité des chevaux et la 
hardiesse des cavaliers arabes : l'un de nos spahis aperçoit sur les 
sommets une compagnie de perdrix rouges ; il lance sou cheval sur 
la montée rapide et la gravit en un clin-d'œil. Nous entendon> 
un coup de fusil sur le plateau, et bientôt le cavalier descend, 
en courant, la terrible pente, et nous rapporte un perdreau. 

Nous voyons le village commencé d'Aïn-Benian qui a une fort 
belle source, puis Sidi-Abd-el-Kader-Bou-Medfa , et le bel éta- 
blissement des eaux chaudes. Nous arrivons au relais situé au ba> 
delà montagne, ou se trouve une auberge, une briqueterie et 
tous les signes d'une activité commençante. 

Nous suivons une route difficile sur laquelle nous remarquons 
de fort beaux caroubiers. Bientôt nous sommes de nouveau dans 
la Mitidja ; uous arrivons a neuf heures du soir à Mareûgo . 
placé sur un plateau peu eleve , près de Aïn-Meurad , et non loin 
dn Chenouan qui , d'un côte , s'unit à la masse de l'Atlas , de 
l'autre au pic des Benassers qui s'avance jusqu'à la mer, el ferme 
ainsi à l'ouest la plaine demi-circulaire qui ceint le Sahel. 

Le vendredi 30, nous faisons l'étude de ce nouveau village. 



( 231 ) 
que sa situation destine a devenir une ville importante; il est à 
l'extrémité occidentale de la Mitidja, entre Alger, CherchelletMi- 
lianah. Le capitaine Malglève en dirige les constructions et les tra 
vaux avec beaucoup d'intelligence et de zèle. L'enceinte est 
un fossé dont les terres forment du côté intérieur un parapet , 
garni à son pied d'une double baie de cactus ; aux angles et aux 
portes sont de petits bastions fermés par une muraille crénelée. 
Cette enceinte a coûté 9,000 fr. 

Les maisons , au nombre de 300 , sont disposées autour d'une 
place centrale très grande ou le long de rues très larges ; elles sont 
unies deux à deux, composées de deux pièces, entourées d'un petit 
jardin de 6 ares. Elles ont coûté 2,000 fr. Elles renferment des lits 
assez bien entendus , composés de deux petits bancs portant deux 
barres qui soutiennent une toile sur laquelle reposent les li- 
teries. 

La population a été cruellement frappée' par les fièvres et le 
choléra ; elle a eu 40 décès à enregistrer ; elle a compte 800 indi- 
vidus; elle est réduite à 640; elle est intelligente, et parait animée 
ries meilleurs sentiments. 

Le territoire se compose de 1,700 hectares d'une qualité assez 
variable . mais généralement bonne. 

La première zone a été divisée en jardins de 16 aies. Ils sont 
déjà assez bien cultivés. Le capitaine a accordé aux colons qui 
creuseraient des puits des primes de 1 fr. par mètre d'enfonce- 
ment, et déjà 100 puits de 2 à 8 mètres de profondeur ont été 
formés et munis de bascules. 

La deuxième zone a été divisée en lots de 1 h. 50. Ils ont été tous 
défrichés en commun, sous la surveillance du propriétaire de cha- 
que lot ; la journée des travailleurs est payée à 1 fr. 50 c. Cette 
flépense sera couverte par la moitié de la recolle mise en réserve 
pour le trésor de la colonie. Les premiers lots défrichés sont les 
plus fertiles. 

Les lots de la troisième zone seront distribués aux travailleurs 
qui auront fourni la preuve qu'ils sauront tirer parti de la terre qui 



( 232 ) 

leur sera concédée , et refusés à oeux qui se livrent au travail 
avec répugnance. 

l'n très beau bois de 100 hectares, situé au pied do Chenouan. 
formé de trembles, ormes , frênes, etc. , a été réservé comme do- 
maine communal. < m a déjà exploité les ormes et les frênes pour 
le charronnage. 

Le troupeau de la colonie se compose de 218 bœufs. On y a 
joint 30 vaches et 200 bœufs mis en pension par l'administration. 
En outre , le village a 3 mulets et 200 porcs distribues à ceux des 
colons qui en ont fait la demande. Chacun d'eux a le droit de 
placer les bêtes qu'il possède daus le troupeau commun . à la 
charge de payer les frais de garde. 

Toutes ces dispositions intelligentes nous ont paru propres à fa- 
ciliter le développement de la commune importante confiée aux 
<oins du capitaine Malglève , et doivent lui faire honneur. 

En quittant Marengo , pour nous rendre a Blidah , nous trou- 
vons à 5 kilomètres, le village de la Bourkika , dont la construc- 
tion est interrompue comme celle de Aïn-Benian 11 est en face du 
lac Àlloula qui baigne le pied du Sahel , sur une longueur de 
deux lieues, et dont la largeur est d'une demi-lieue. 

Nous traversons le pays des Adjoutes, qui nourrissent d'innom- 
brables troupeaux , et cultivent successivement de vastes espaces 
quela jachère a fertilisés. Leurs gourbis et leurs tentes sont répan- 
dus dans la plaine. Ces dernières sont basses , irrégulières . a 
nombreux piquets, et formées d'un tissu épais dont la chaîne est 
en poil de chèvres, et la trame en laine. Nous voyons les femmes 
revenir de la montagne, chargées de bois , et ne faisant nulle 
difficulté de regarder les étrangers. Les hommes sont d'une gravi lé 
imperturbable, et ne jettent pas un coup-d'œil sur nous. 

Nous voyons Ameur-el-Aïn, dont le défrichement et le peu- 
plement sont aussi interrompus par décision législative , et dont 
les constructions ne se poursuivent que pour satisfaire aux obliga 
lions contractées envers les entrepreneurs. 

Nous traversons l'Oued-Djer, dont les bords sont couverts de 



( 233 ) 

magnifiques oliviers , dévastés pour les besoins d'une tuilerie. 

El-Afroun vient ensuite; il est bâti, sous la direction du lieute- 
nant Bacquet (du train d'artillerie , au pied de l'Atlas , en face 
de Koléah, dans l'angle compris entre l'Oued-Djer et leBouroumi, 
son plan est celui de Marengo ; mais il n'a pas d'enceinte. Il a eu 
jusqu'à 150 familles , y compris 20 familles habitant un hameau 
voisin; elles sont réduites a 120, composées de 384 individus qui 
n'ont poinl été atteints par le choléra , et n'ont eu à souffrir que 
de fièvres peu intenses. 

Ce village a une source ; un barrage du Bouroumi permettrait 
d'arroser une grande partie du territoire, compose de 1,311 
hectares ; 680 hectares sont susceptibles d'être cultives ; le reste 
s 'étendant sur la montagne est couvert de bois. 

Le territoire d'El-Afrouu , comme celui des autres colonies a^n 
coles , a été divisé en trois zones : la première est consacrée aux 
jardins ; ces jardins ont 25 ares ; ils sont défrichés , mais à peine 
cultivés et non irrigués. Quatre compagnies de zouaves y sont , 
sous la tente ; deux compagnies sont employées au défrichement , 
deux autres aux travaux de la route. Chaque famille a reçu un 
bœuf ; les colons travaillent par escouade de 8 , parce qu'il faut 
souvent atteler 8 bœufs à la charrue. Les colons qui ont un 
cheval s'unissent deux à deux pour le travail. On compte 2 hec- 
tares défrichés par famille. 

Nous revoyons bientôt le col de Mousaïa que nous avons vu par 
son autre face , lorsque nous étions au sud de l'Atlas. Vis-à-vis ce 
poinl important, mais trop loin du pied de l'Atlas , est le village 
civil qui a reçu , à cause de sa situation , le nom de Mousaïa. On 
y a construit deux bassins ; deux autres sont indiques sur le plan , 
mais il n'y a pas d'eau. 11 serait bien important d'y amener les 
sources qui sortent du pied de la montagne , là où les Bomains 
avaient bâti , et oii l'on trouve encore des colonnes, des pier- 
res , etc. Les habitants n'ont maintenant que l'eau des puits. 

L'enceinte est formée d'un fossé et d'un parapet en terre ; elle 
est fortifiée par de fort beaux blockhaus en pierre , à deux étages 



254 

perces do meurtrières et surmontés d'une terrasse crénelée, garnie 
de mâchicoulis sur les quatre faces. 

Les maisons , bâties aux frais des colons, sont en bois, en pise , 
on moellons , en briques non cuites ; plusieurs ont un grenier, et 
pour cave, un trou creusé dans la terre qui atteste la nécessite de 
cet accessoire. 

Nous atteignons la Chiffa, village civil, bàtià l'entrée de la gorge 
profonde et difficile d'où sort la rivière de ce nom ; il est entouré d'un 
fossé avec parapet, sans bastions ni blockhaus. Ses maisons sont très 
variées, comme celles construites aux frais des colons; elles sont en 
général moins spacieuses que celles qui sont bâties par l'autorité 
militaire , mais elles ont presque toutes une cave et un grenier. 
M. Laine , qui possède 100 hectares , a bâti une fort jolie maison 
en briques , sans étage , longue de 14 mètres , large de 12 . qui a 
coûté 12,000 fr. , non compris l'ornementation. 

La ('biffa a une belle fontaine avec abreuvoir et lavoir : 50 fa- 
milles l'habitent ; elles possèdent 560 hectares. De nouvelles cou- 
cessions sont sollicitées dans cette localité , mais sans succès. Elles 
ont éprouvé l'an dernier des fièvres meurtrières , mais moins 
intenses celte année. Nous rencontrons pourtant encore bien des 
hommes au teint jaune , amaigris, épuisés. Au premier aspect , on 
reconnaît fort facilement ceux qui oui eu à subir les terribles accès 
de la maladie. 

Les populations (k^ \ illages civils sont en gênerai bien plus éner- 
giques et plus dévouées au travail que celles des colonies agricoles : 
mais elles ont besoin d'aide; on a trop fait pour les uns , pas 
assez peut-être pour les autres. Les habitants du village sollicitent 
des semences, et leurs sollicitations n'ont pas de succès; ils 
ont un cure , mais point d'église. 

Nous rentrons à Hlidah le soir après avoir traversé la rivière 
delà Chiffa, sur laquelle a été construit un beau pont en charpente 
qu'ont brûle les Arabes, par accident, dit-on. 

Le lendemain nous sortons de lilidah, dite la prostituée au temps 
ilr^ \rabes, pour nous rendre a Koleah, la sainte. Nous revoyons 



( 235 ) 
Joi avilie et Montpensier, traversons la plaine qui devient de. plus en 
plus marécageuse à mesure qu'on se rapproche du pied du Sahel , 
passons le Masafran sur un pontà l'américaine, c'est-à-dire construit 
de façon que le tablier est supporté parles côtés formés de poutres 
longitudinales , à joints croisés, unies et soutenues par des pou- 
tres diagonales retenues au-dessous du tablier et à quatre mè- 
tres au-dessus par des poutres transversales. Ce mode de con- 
struction permet de former une travée très longue, sans pilier, et de 
ne donner conséquemment aucune prise au courant impétueux: 
c'est l'origine du pont tube. 

Nous entrons dans la magnifique ferme de Saint-Charles , située 
sur notre route , et bâtie par M. Bruat , sur une concession de 
1 .200 hectares , dont 600 peuvent être cultivés. La cour a 1 hec- 
tare ; elle est entièrement entourée de bâtiments. La maison 
d'habitation a deux étages; les vastes bergeries sont surmontées 
d'un étage ; les porcheries peuvent contenir 200 porcs ; les écu- 
ries très vastes contiennent 30 juments ou poulains, 16 chevaux 
de travail , 100 bêtes à cornes , parmi lesquelles on remarque des 
buffles, et ces admirables bœufs romains, au pelage gris, aux cornes 
immenses ; ils sont au nombre de9 ; leur taille est de 1 m 60auga- 
reau. La ferme possède une machine à battre, une noria, etc. Elle 
n'a pas de plantations. Elle a coûté 200,000 fr. à bâtir. Elle a été re 
vendue 300,000 fr. avec toutes les terres , deux belles maisons à 
Alger, une briqueterie et toute la récolte ; il est vrai que cette der- 
nière n'a rapporté que les frais de moisson et de battage. Il est 
évident qu'on risque fort de se ruiner quand on commence des éta- 
blissements agricoles avec de telles mises de fonds , en partie 
très inutiles. Celle année, la ferme Saint -Charles n'a pas de 
culture. 

Nous gravissons le Sahel , sur la crête méridionale duquel est 
posée Koleah ; en nous retournant, nous apercevons la magnifique 
plaine de la Mitidja , enveloppée par l'Atlas, communiquant avec 
la mer, des deux côtés du Sahel , par l'Harrach et le Masafran. 
Quand les milles ruisseaux qui sortent de la grande chaîne de 



•236 ) 
montagnes seront retenus et répandus en irrigations; quand les 
eaux qui séjournent au pied du Sahel seront jetées dans un canal 
do ceinture qui débouchera a l'est et a l'ouest, la Mitidja sera 
le plus beau jardin de l'univers. 

Nous arrivons à Koleah , où nous sommes parfaitement reçus 
par le commissaire civil, M. Calandini. 

La ville est belle , habitée par 1 , 1 00 Arabes , et 600 Européens : 
Hic renferme un grand nombre de constructions modernes, mais 
conserve beaucoup de maisons mauresques ; elle est défendue 
par des blockhaus en pierres très rapproches et par une citadelle 
admirablement posée, entourée d'un mur crénelé du côté extérieur, 
et d'un fosse avec parapet du côté de la ville ; elle formait notre 
camp avancé alors que nos troupes ne pouvaient s'étendre au-delà 
du Sahel , sans voir fondre sur elle- des nuées d'ennemis. 

Nous avons remarqué dans cette cite les jardins de Sidi-Amba 
rack . formes d'un délicieux ravin arrosé et planté d'orangers, 
d'oliviers, de figuiers, de citronniers , de grenadiers, de dattiers. 

Les tombeaux de ce personnage et de sa famille , qui sont en 
grande vénération , sont places sous un dôme dont la porte est en 
plein eéintre, porté par des pilastres; l'encadrement est à rosaetv 
d'un goût pur , n'ayant rien de mauresque. Dans un angle . pour- 
tant , on remarque un croissant. 

Les tombeaux sont en bois couverts d'arabesques et d'inserip 
lions arabes; deux sont recouverts d'une cage sculptée, portant 
<le^ étoffes, des drapeaux , des cierges . fies lustres de cristal , etc. 

Au monument qui renferme les tombeaux est annexée une mos- 
quée qui a ele transformée en hôpital qui n'est pas dans d'excel- 
lentes conditions : c'est un lies grand carre forme de cinq rangées 
d'arcades mauresques , ou de cinq nefs. Il est orne d'un dôme, de 
i errasses , d'un très élégant minaret, près duquel s'élève un su- 
perbe dattier de '25 mètres de haut. 

( )n a bâti . a Koleah . un caravansérail qui a coûte 40,000 fr. ; 
il est resté sans usage. On va le convertir en église; malheureuse- 
ment il est situe a l'une des extrémités delà ville. 



( 237 ) 

Dans le Sahel est Douera , entourée d'une enceinte crénelée , 
bastionnée. Nous nous y arrêtons un instant pour voir ses grands 
établissements militaires, son bel hôpital . ses rues larges plantée- 
de mûriers et bordées de trottoirs , ses maisons neuves , sou église 
élégante et bien située, ses fontaines, son temple protestant. 
Primitivement, Douera était une forte station militaire, située sur 
l'unique route qui conduisait a Blidah. Ses habitants, au nombre 
de 1,200, privés du commerce de détail auquel donnait lieu une 
forte garnison , ont tourne leurs efforts vers l'agriculture ; ils pos- 
sèdent en moyenne chacun 3 hectares qu'ils commencent à bien 
cultiver. 

Delly-Ibrahim , que nous traversons . est un beau \illage tout 
neuf, qui a une jolie église, un hôpital pour les convalescents 
une grande maison forte qui peut servir de reluge aux habitants. 

Nous nous arrêtons à Ben-Aknoun , qui a un aqueduc arabe, 
et possède un établissement d'orphelins , dirigé par les Jésuites . 
installés dans un ancien bâtiment maure auquel ont été ajoutées 
des constructions nouvelles : les classes , le réfectoire sont trop 
petits et sont des pièces assez pauvres. La culture présente un fort 
bel aspect: elle s'étend sur 100 hectares, portant du blé, de 
I orge , de l'avoine , des fourrages ; de vastes jardins renferment 
toutes sortes de légumes et de fruits , des oliviers , des orangers 
anciens , des bananiers. Les carrés cultivés sont encaissés par des 
chemins relevés qui portent des rigoles en maçonnerie qui distri- 
buent les eau\ des norias. 

Les enfants sont emploies aux diverses cultures, selon leur 
âge. Quelques-uns sont exerces aux professions agricoles , comme 
celles de charron , forgeron . etc. , et aussi à celles de tailleurs . 
cordonniers. Ils consacrent a l'étude la soirée pendant l'hiver, le 
milieu du jour pendant l'été ; ils apprennent à lire , écrire et 
compter. Le directeur pense qu'il ne faut pas trop les instruire 
et en effet , ils nous paraissent peu instruits : on fait lire de 
vant nous un jeune homme qui est dans la classe la plus avancée, 
et qui u'est pas bien habile. 



( 238 ; 

Le prix payé par le gouvernement , pour chaque élève . est de 
; 21 fr. par mois pour la pension , plus les appointements des pro- 
fesseurs qui s'élèvent de 720 fr. a 1 .000 fr. pour 10 élèves , soit 
72 fr. à 100 fr. par élève : plus 60 fr. pour le trousseau. L'État 
ne paie plus rien pour les élèves âges de plus de quinze ans. Ils 
demeurent dans l'établissement jusqu'au moment où ils se ma- 
rient , et à cette époque ils doivent recevoir, pour dot , ce qui est 
nécessaire à l'installation d'une exploitation agricole. Il serait à 
désirer que cette dot fût plus exactement déterminée. 

! a nuit était venue. Nous nous dirigeons, à travers le Sahel , 
vers Alger, où nous sommes rendus le samedi 1." décembre, 
à sept heures et demie du soir. 

Nous séjournons dans cette capitale pendant plusieurs jours, et 
nous employons notre temps à revoir les différents établissements 
que nous avions visités , notamment le jardin d'essai , et à étudier 
ceux que nous n'avions pu encore examiner. Nous assistons, 
avec M. le préfet, à une séance du comice agricole, tenue, 
dans l'église nouvelle. Le président du comice, M. Borelli de la 
Sapie , prononce un discours dans lequel il s'attache à repousser 
les assertions de M. de Rance , tendant à faire croire que l'Algérie 
dépérissait. Un colon prononce un discours sur toutes sortes de 
sujets. Je m'attache à dire, en quelques paroles comment j'appré- 
ciais la grandeur de l'Algérie, ce qui avait été fait , ce qui restait 
à faire. Un membre du comice présente d'excellentes vues sur l'é- 
lève du bétail ; et le président termine la séance en indiquant les 
principaux objets à étudier, la culture des céréales, celle des 
oliviers et des bois de construction, l'établissement des silos si indis- 
pensables pour la conservation des grains, la manière d'acclimater 
les européens et les mettre en position de se livrer à un travail 
lucratif. Il indique les avantages que les colons doivent retirer de 
l'étude de la langue arabe , qui les mettra en rapport avec le peuple 
qui nous fournit de. bons ouvriers , fidèles et capables de nous de 
fendre contre les chefs ; il invite les membres à s'occuper de la 
rédaction d'un manuel agricole, et annonce que la culture dépasse 
de un tiers celle de l'an dernier. 



( 239 ) 

Après avoir revu les autorités , qui continuent à nous accueillir 
avec un extrême empressement , nous partons le mardi soir . 4 dé- 
cembre , pour Oran , par le bateau commandé 

par M. d'Armangant. Nous avions à bord M. Tripier, lieutenant- 
colonel du génie, qui a bien étudié l'Algérie , et dont la conversa- 
tion nous intéresse infiniment ; il eut beaucoup de boutes pour 
nous à Oran. 

Aux premières clartés du matin . nous voyons Cherchell ; mais 
un fort vent d'ouest , qui agite violemment la mer , nous empêche 
d'y aborder. 

Nous sommes , à la nuit tombante, à la hauteur de la masse 
énorme de montagnes qui forme le cap Ténès. La ville est bâtie 
sur un plateau au-dessus de la mer ; quelques constructions sont 
au bas, près des flots. Nous ne pouvons aborder tant la mer est 
houleuse ; mais des canots viennent recueillir quelques pas 
sagers. 

A six heures du matin , nous apercevons Mostaganem qui se 
perd dans les brouillards. Nous ne pouvons y toucher tant le vent 
est violent, tant les courants du Chélif accroissent les difficultés. 

Nous voyons s'ouvrir devant nous le vaste golfe d'Arzen ; voici 
les grandes plaines de l'ouest qui s'abaissent et rendent les débar- 
quements faciles : depuis Sidi-Ferruch , les monts , plongeant 
leurs pieds dans la mer, rendaient le rivage presque inabor- 
dable. 

Nous entrons dans le port a trois heures ; je me fais descendre 
à terre : nous avons eu le vent debout depuis Alger, et nous avons 
essuyé un tel langage, que j'en ai été cruellement tourmenté. 
L'eau saumâtre qu'on boit dans la ville uecontribue pas peu a 
prolonger les effets du mal de mer ; je le ressentais encore le 
lendemain. Heureusement, les usages français s'implantent sur la 
terre d'Afrique : je trouvai dans un café la limonade gazeuse que 
fabrique si bien Paris , et cette délicieuse eau de Seine m'ap- 
porta un grand soulagement. 

Le port d'Arzen (portus diviui j est forme par une pointe de 



■2i0 ) 

terre élevée qui se recourbe, comme presque toutes celles de la côte 
algérienne, de l'ouest à l'est; elle se continue dans la mer en 
formant une chaîne interrompue de rochers dont il faudra com- 
bler les intervalles. 11 faudra aussi empêcher le ressac , en prolon- 
geant le môle qui se détache de terre et forme le lieu de débar- 
quement. Aujourd'hui, quand la mer est agitée, le port ne jouit 
que d'un demi-calme . el la vague passe au-dessus du môle. 

On a commence les travaux de défense de ce point très important 
qui commande le golfe. In fortin est bâti sur la pointe qui domine 
le port et bat la pleine mer; un blockhaus et une redoute sont sur 
la partie la plus éjevée ; une batterie est établie à la côte , au sud 
de la ville ; celle-ci est entourée d'un mur crénelée. Sur un ilôt 
s'élève le phare. 

La ville s'étend le long du rivage; ses habitations neuves , fort 
belles, sont en grande partie abandonnées, depuis la crise qui a 
suivi la révolution , et le choiera qui a enlevé 147 militaires sut 
700, et 105 habitants. 

La ville est entourée de jardins dont le sol a été depierre, el qui 
sont pourvus de norias. 11 n\ a pas un arbre dans les environs; la 
plaine est généralement pierreuse . mais on la dit fertile et don- 
nant 25 pour l . 

Nous avons a nous féliciter du bon accueil qui nous est fait pai 
le commandant M. Tellet, chef d'escadron au 2. e régiment des 
chasseurs d'Afrique. 

Le vendredi 7 décembre, nous nous mettons en mesure de visi- 
ter les plaines qui se déploient avec magnificence sur ce rivage. 
En face de nous , vers la pointe opposée du golfe, s'étend Mosta- 
^anem , dont les cultures se développent rapidement et qui a un 
haras important. Là réside Sidi-Laribi qui passe pour avoir 
500,000 fr. de rentes, dont une partie provient des prélèvements 
qu'il effectue sur les impôts que nous le chargeons de lever , et 
des appointements que nous lui allouons. 

Dans tout le contour du golfe , des fermes apparaissent sur la 
côte ; au centre est le Vieil-Arzen , et au-dessus , sur le plateau . 



Hi ) 
sont les colonies agricoles de Saint-Leu et de Dàméme . placées 
sous la direction de M. Robert des Hongues. 

Pour former leur territoire, il a fallu taire des échanges avec 
les Arabes, ou leur acheter des terres au prix de 13 fr. l'hectare. 

Saint-Leu a 476 hectares dont 79 sont en dunes , 107 défriché-. 
On demande que le territoire soit porté a 1.500 hectares. Le 
niveau des puits, sur le plateau, est à 1 1 mètres de profondeur; sur 
la pente qui regarde la mer sont des sources légèrement saumàtres, 
dont le débit est de 100 litres à la minute. Leurs eaux sont con- 
duites, par des rigoles de construction romaine , dans des réser- 
voirs de même origine, qui ont été déblayés. La partie élevée de 
la ville antique a conservé de magnifiques citernes, dont les ali- 
gnements montrent l'emplacement des rues, et qui pourront 
certainement être utilisées. 

Un télégraphe fortifié est an-dtessus du village, une église au 
centre des habitations ; les jardins sont en bas, et peuvent être, 
arrosés ; les défrichements s'opèrent par les colons qui sont assez 
laborieux , ils sont aidés par les soldats. Les bœufs sont de fort pe- 
tite taille , mais passent pour travailler mieux que les grands 
bœufs qui viennent de la frontière du Maroc. 

Le choléra a fait des victimes a Saint-Leu : sur 176 personnes . 
*23 sont mortes. 

Tout le plateau est couvert de ruines romaines , dans lesquelles 
nous avons pris un morceau de mosaïque. On y voit aussi un vil- 
lage habité par des Arabes, possédant peu de troupeaux, adonnes 
spécialement a l'agriculture, logés dans des maisons très basses, 
couvertes de terrasses grossières , formant un dédale inextricable 
de rues étroites dans lesquelles un homme à cheval ne saurait 
pénétrer. Nous y avons remarqué un puits , une école . de beaux 
liguiers. Le tout est entouré d'immenses plantations de cactus 
figuiers de Barbarie ) qui forment une barrière infranchissable. 

A quatre lieues de Saint-Leu est un lac salé qui forme l'extré 
mite de la série de lacs qui s'étend au-delà de Miseighin : 
lorsque l'évaporation de l'été l'a misa sec. il a sur son fond 

17 



f 242 

une couche épaisse de sel ire-, pur qu'où exploite et qu on livre 

1 fr. le quintal. Un navire en formait son chargement à \rzeu , 
à notre arrivée. 

Damème, annexe de Saint-I.eu , est plus rapproche d'Arzeu-le- 
port ; cette colonie a 354 hectares ; ses habitants paraissent peu 
laborieux; plusieurs veulent partir. Près du village, M. Arri a 
fondé une belle ferme ; il a fait des défrichements étendus ; il a 
établi un beau vignoble avec des ceps de Malaga ; il en a plante 
un autre de vignes de Muscal dont les fruits seront sèches : mal- 
heureusement les chacals font de grands ravages dans les vignes: 
on a été force de cueillir les raisins avant leur maturité. 

\. trois heures et demie nous prenons la diligence qui va de 
Mostaganem a Oran, en passant par Arzeu. Le premier village 
que traverse la route , après cette ville, c'est Sainte-Léonie , bâti 
aux frais de l'État , sur un beau plateau . entouré d'un fosse d'en- 
ceinte, composé de maisons de jolie apparence, mais qu'on dit 
peu solides . habite par des Prussiens qui passent pour indolents. 
L'étendue du terrain défriche est assez grande. Un moulin a vent 
a été construit. 

I.a roule passe en vue de Négrier, bâti au pied de la montagne 
qui borde la côte, puis traverse Meffessoui , colonie civile, 
a constructions conséquemment variées, située au centre d'une 
plaine immense couverte de broussailles, au milieu desquelles on 
voit beaucoup de tamarins. Cette colonie possède, dans la vallée 
qui est au sud. une belle pépinière bien irriguée. Le fosse d'en- 
ceinte n'est pas fait. 

Ensuite se présente Saint -('fond , colonie agricole dirigée par 
M. Bouzon , capitaine au 12e léger; nous la visitons avec beau- 
coup d intérêt. Elle compte déjà 300 maisons : on en bâtit encore 
pour d'anciens militaires, et on projette une caserne L'église est 
construite , et un canal de dérivation amène des eaux abondantes 
ie la montagne. Le fossé d enceinte n'a pas été creusé , et le di 
recteur n'en veut pas. La colonie a 2 000 hectares, et a l'espoir 
d'agrandir son territoire. Les troupes auront défriche 450 hectare* 



■243 

au mois de mars; les jardins sont plantés de mûriers; des trous 
sont faits pour les plantations qui doivent border la route ; un 
vaste terrain est préparé pour la pépinière ; il est irrigable comme 
toutes les cultures environnantes; quelques vignes sont plantées , 
mais les plants manquent ; on sollicite des ceps de Bourgogne. 
Nous remarquons une belle terme bâtie aux abords du village par 
M. Campillo, qui a crée des jardins très remarquables : il possède 
un superbe troupeau de chèvres espagnoles. 

Les habitants de Saint-Cloud travaillent , et probablement con- 
tinueront leur entreprise ; ils montrent l'humeur parisienne dans 
toute sa gaîtê; ils ont une salle de bal, et ils ont établi un spectacle 
d'amateurs avant de songer aux ensemencements. On n'a pas 
connu les lièvres intermittentes à Saint-Cloud : le choléra n'a lait 
qu'une seule victime sur 80 malades. 

De Saint-Cloud une route se dirige sur Christel, village situe 
sur la côte et peuplé, par des Espagnols. 

Arcole est le dernier village que nous reconnaissons; il a 
à 3 feux. 

Nous contournons la montagne des Lions , en parcourant des 
plateaux étendus . el arrivons à Orèn à neuf heures et demie du 
soir. 

Nous consacrons plusieurs jours a visiter cette ville, l'une des plus 
pittoresques qu'on puisse voir : elle occupe les deux colés d'un ra 
vin profond , dans lequel . à 80 mètres au-dessus de la mer, fait 
irruption une magnifique source qui distribue l'eau dans la ville, 
arrose les terrains cultivés, et, près du rivage, fait tourner uu 
moulin. Le ravin conserve quelques belles cultures ; malheureu- 
sement on a eu la barbarie d'en combler une partie pour former 
des terrains à bâtir, sur l'emplacemenl des délicieux jardins qu 
partageaient la ville en deux parties. 

Le quartier delà ville construit sur le cotégauche du ravin 
.ouest) .aujourd'hui le moins important, est l'ancienne ville espu 
gnole; elle montre des restes de ses fortifications antérieures. Au 
dehors de cette partie de la ville a été formé un cimetière. 



| 244 ) 

Le quartier qui occupe le côté droit du ravin . est coiume uuc 
autre cite: elle est la plus considérable et presque entièrement 
neuve , ses rues ont des pentes énormes. Au-dessus de cette ville 
européenne en est une autre habitée par les Juifs. Dans le bas est la 
ville maritime que les barques viennent aborder. Enfin . sur le 
haut de l'entonnoir on voit un \illagc habite par des \rabes . et 
un autre habité par des Nègres. 

Ce qui domine dans la population d'Oran, c'est l'élément Qftpa 
gnol. Les hommes de celte nation habitent surtout la \ille mari- 
time. On les reconnaît à leur costume pittoresque : ils ont uu 
chapeau souvent en velours . garni de pompons sur le bord . et 
vers le haut , crânement pose de coté, une veste brodée en appli- 
cations rouges, jaunes, etc., comme les maroquineries du Levant, 
et garnie d'un capuchon. Ils sont vils, passionues. violents et labo- 
rieux. Le préfet, M. Garbé, nous dit qu'il y a parmi eux nombre 
d'échappés des présides. Les nègres sont hommes de peine. Tous 
ces citoyens, chrétiens, arabes, juifs, nègres, sont électeurs, de 
par la loi; pourtant on n'admet à voter que les propriétaires. 
Oran l'ait en ce moment même ses élections municipales. La popu- 
lation chrétienne est assez agitée, mais l'administration compte 
entièrement sur la population arabe, qui a, avant tout, le respect 
de l'autorité. 

Oran renferme sur le coteau de l'ouest , un bel hôpital, dont lc> 
bâtiments sont neufs, mais qui a conservé une mosquée et un 
minaret carre, très-élégant , orné d'arabesques formées par les 
briques en saillie, entre lesquelles sont des vestiges d'incrustation 
de fayence; parmi ces dessins capricieux, on ne peut s'empêcher 
de remarquer des Heurs de lys, montrant très-nettement leurs lroi> 
pointes supérieures et les trois inférieures; ces dernières, qui sont 
surtout caractéristiques, sout bien déterminées . et plusieurs por- 
tent encore leur pièce de fayence distincte. 

On remarque sur le coteau de l'est une mosquée assez grande . 
mais basse , mal tenue . sans ornements , possédant cependant un 
fort joli minaret. Dans les cloîtres y attenant, sont reçus les voya- 
geurs arabes ; ils y sont en assez jjraud nombre. 



La position d Oran est tres-forte : la ville est entourée d'une 
muraille crénelée: a l'ouest elle est couverte par de solides forti 
fications ; au sommet de l'immense coteau nomme Sanla-Cruz, est 
un château en ruine qui sera répare sans de grandes dépenses. 
Vers le milieu du ravin est une grosse tour mauresque bastionnee. 
Au bord de la mer, à l'est . sur le coteau qui se lie à la montagne 
des Lions , est le château neuf, bâti par les Espagnols , en pierre» 
de taille, formant une escarpe immense: il domine la rade et la 
ville , comme la grosse tour avec laquelle il communique. Dans le 
château neuf, dont l'étendue est considérable, sont reunis presque 
tous les établissements militaires, ainsi que la ravissante demeura 
du gouverneur, qui rappelle les beaux, palais des Maures. Le gênerai 
Pélissier nous y offre l'hospitalité avec une parfaite cordialité, et 
nous fait trouver a sa table les autorités de la province. Il prend 
la peine de nous faire voir les beautés de sa résidence : il nous fait 
remarquer nue panthère grimaçant, s'élancant violemment contre 
les barreaux de sa cage, présentant tous les signes de la plus 
grande férocité , et se laissant pourtant gratter familièrement le 
sourcil par son maître. 

Du côté de la terre, a I entrée de I entonnoir d'Oran, est une 
coupure abrupte, qu'on a utilisée pour l'établissement des carrières, 
et qui mettrait dans une position périlleuse les assaillants qui vou- 
draient s'approcher des muraille^ La crête porte une ligne de 
blockhaus et le fort Philippe. Entre cette ligne et la ville sont le, 
villagearabe et celui des Nègres, et un caravansérail, bâti avec luxe, 
dans le styleoriental qui a été converti en hôpital, faute d'emploi 

La rade d'Oran est immense, peu profonde aux abords de la ville, 
ouverte et peu sûre, quoiqu'abritée contre les vents d'ouest par la 
pointe de Mers-el-Kébir. Mais celle-ci couvre un beau port, qUi a 
plus d'eau que celui d'Arzeu, et qui est plus tranquille, quoiqu'il ne 
jouisse pas d'un calme parfait. Sur l'immense rocher qui forme 
la pointe de Mers-el-Kébir sont établis plusieurs forts, un phare a 
feux tonrnants et de nombreuses batteries dont les inférieures sont 
easematees. Ouelqoes-uns de ces ouvrages sont fondes sur de- 



246 ; 

blocs artificiels, semblables a ceux employés à Aiger, mais presque 
tous reposent sur le rocher. Ces grands travaux, ces fortifications 
^normes qui battent la mer el la rade, font de ce point on poste 
formidable. Au pied des forts est un joli village qui a reçu le nom 
de Mers-el-Kébir ; il est uni a Oran par une route, taillée dans le 
rocher, garnie d'un parapet clans presque toute son étendue, con- 
tournant tout un côte de la rade, et traversant près d'Oran. le 
petit village de St.- \ndie. Toutes ces constructions sont vraiment 
cycIopeenn*'>. \ Mers-el-Kébir , réside en ce moment M. Kremcr . 
pharmacien militaire, botaniste distingue, qui se livre a l'étude 
de la flore algérienne avec beaucoup de zèle et de succès. Les 
entretiens que j'ai fus avec lui ont été pleins d'intérêt pour moi. 

La plaine d'Oran, qui commence au haut du ravin dans lequel 
«'est nichée la ville, a une pente inverse a celle du rivage, de 
sorte que ses eaux s'éloignent de la mer, et se rendent dans des 
lacs sans issue. La crête, dont nous avons parlé, porte des mou 
lins à vent, mus par quatre grandes ailes triangulaires, entre 
lesquelles des voiles plus petites sont, quelquefois intercalées, 
utiles usine- dans un pays ou l'eau est rare, et doit être utilisée 
pour les irrigations. Le sol de la plaine est léger, un peu sablon- 
nen\, souvent pierreux : les eau\ y sont généralement saumàtres. 
pourtant la culture s'y étend plus . peut-être . qu'en aucune autre 
localité : fous marchands, tous employés, qui ont des économies, 
les placent en terres et commencent une. exploitation. 

\ travers ce va-le terrain, des routes ont été tracée-, mais non 
encore empierrées, elles s'étendent en rayonnant d'Oran, et sont 
reliées par quatre chemins de ceintures, et quelques-uns en diago- 
nale. 

On voit, au loin, vers la base d'une chaise de monts peu élevés, 
la Senia, bâti depuis quatre années, Valmy. ou Le Figuier, village 
civil, Mangin, colonie agricole, SidiChamy. \ droite, la plaine 
arrive au grand lac. et en-deçà, dans un pli de terrain, se cache 
Miserghin. Les Arabes ont presqu'enlierenient abandonne les envi- 
rons d'Oran : on a repris lee Wectas, comprenant 2.000 hectares, 



( m 

dont les beys donnaient la jouissance, à rertaines tribus , et que 
les Arabes ont vendus sans droit. Mais on les concède aux acqué- 
reurs dépossédés, auxquels on accorde, d'ailleurs, quelques sub 
sides. Cette année on a distribue des encouragements s'élevant a 
40.000 fr. et des primes pour constructions, atteignant la même 
somme. Ce système a donné d'excellents résultats. 

En parcourant la plaine , nous allons visiter la ferme de M. An- 
drieux, qui a acheté son terrain, comme beaucoup d'autres habi- 
tants. C'est le premier colon de ce canton : il a commencé son 
exploitation dès 1836; il a laboure, son fusil sur l'épaule, a subi 
un siège dans sa maison , et a repousse les Arabes ; mais ils lui 
ont volé quarante-cinq bêtes à cornes. Il a creusé, avec un plein 
succès, un puits pour recueillir el absorber les eaux d'un ravin 
qui ravageait ses terres. Ce colon a défriche plus de cent hectares ; 
il se sert dune charrue a avant-train, trainee par deux chevaux : 
il sème sur les jachères un mélange de vesces , avoine, orge cl 
seigle , qui lui donne une coupe en février, une deuxième en mai 
ou juin. Il prend le fumier Hune caserne de cavalerie. 

.Nous voyons ensuite la maison carrée ou la maison blanche 
Dar beida) près de laquelle est établi un vignoble el une plan- 
talion de mûriers; le défrichement \ a coûté de 130 à 150 francs 
par hectare. 

Nous voyons ensuite une petite maison qui a coûte 1,200 fr. eî 
qui forme une habitation assez convenable. Puis la ferme Marquis, 
bien conduite et bien plantée; l'Étoile, village qui n'a encore que 
trois habitations: les autres entoureront une place circulaire, 
formée au point d'intersection de six routes . et s étendront sur les 
hords <\r ces roules; enfin la Senia, joli village qui se relie à 
Oran par une belle route plantée de quatre rangées de beaux 
mûriers ; les propriétaires des terrains riverains les ont plantés en 
contre-allées ou en quinconces, de sorte que la route ressemble a 
celles qu'on admire aux abords des capitales. 

Entre la plaine et la mer, a l'ouest d'Oran , s'élève une chaîne 
de montagnes qui laisse entre leur pied el le rivage la plaine éle- 



248 ) 

fée des Audalouses, dans laquelle detu villages sont prépares. Les 
gens rie Mers H Kebir, qui n'en sonl sépares que par leur mon 
tagne . \ \ont porter leur culture. Tous les villages de la plaine 
d'Oran sont ouverts. C'est, a notre avis, oublier les règles de la 
prudence; il serait nécessaire de placer de solides maisons do 
manière à défendre l'agglomération des habitations. 

Le dimanche. 9 décembre, a 4 heures du matin, nous montons 
dans une voiture traînée par quatre chevaux arabes, el conduits 
par deux espagnols. Nous prenons la route de Tlemcen qui 
côtoie le grand lac. .Nous avons été forcés de laisser a Oran notre 
ami Denissel , indispose depuis Alger. Une consultation de méde- 
cins, résidant en Afrique, avait déclare qu'il était convenable de le 
faire passer en France, sans délai, mais il n'a pas voulu mettre fin à 
son voyage. Nous traversons Miserghin , avant que le jour soit 
\euu; à peine pouvons-nous discerner le grand lac dont une 
petite partie conserve ses eaux. Au-delà de Miserghin, le chemin 
est à peine trace. Au lieu nomme Brcdia, nous trouvons des chau- 
mières en roseau, bâties par des gardiens de porcs. Nous voyons 
là a cpiel point le vainqueur a respecté religieusement la propriété 
du peuple vaincu. Un vieux soldat , qui a seize ans de service, a 
construit une cabine de vingt pieds de long sur dix de large; il 
paie, pour le fonds, dis francs par mois aux Arabes! 

Sur la gaucho nous apercevons un grand village neuf. 

Nous sommes toujours sur les bords du grand lac, dont les 
eaux pendant l'hiver s'élèvent a O m . 50, mais qui maintenant , 
par l'effet de l 'évapora tion , est totalement desséché dans sa 
partie occidentale ; il ne représente qu'une immense plaine nue. 
jaune, unie, tellement imprégnée de sel que toute végétation } 
rst impossible. Ces! le désert. Sur les bords du lac, dans les parties 
qui ont été couvertes par des eaux assez fortement salées, on voit 
pousser des salicornes el d'autres niantes maritimes; ensuite 
des staiice limoniùw et autres espèces; puis viennent, dans 
les bas-fonds qui sont restés couverts d'eau peu chargée de sel, 
des Mantes marécageuses ordinaires, telles que lejàncus^jeutiu 

é 



A 



( 249 ) 
Sur les rives non inondées apparaissent les graminées, et \r 
chamaerops qui couvre de vastes espaces , el plus haut des brous- 
sailles épaisses. 

Après nous être arrêtes quelques instants sur ce point curieux, 
nous continuons à traverser des solitudes jusqu'aux six puits , 
grande halte, oh ont été creuses nombre de puits pour satisfaire 
aux besoins des voyageurs et des troupeaux. Nous en comptons 
huit, dont trois sont abandonnes, les cinq autres en bon état, et 
garnis de leurs poulies. L'eau est a cinq mètres de profondeur, et 
n'est nullement saumàtre. Un peu plus loin est une belle noria, 
composée d'une corde sans lin. garnie d'une double série de seaux 
s'elargissanl au fond, el non perces de trous. Ce chapelet est mis 
en mouvement par une lanterne qui est placée en haut . et que 
fait tourner la roue à engrenage d'un manège. 

Aux six puits a été bâtie une hôtellerie à murailles crénelées, 
susceptible d'une bonne défense. L'hôte est un chasseur : il nous 
sert un déjeuner dont le sanglier , les perdrix rouges , et le lapin 
font. le menu. Il nous vend deux peaux de lynx. 

Près de cet établissement, M. Genard, Alexandre, de l'Isère 
boulanger et boucher, a déjà construit une autre maison en clayon- 
nage, et demande à conserver l'emplacement de sa baraque. C'est 
la une difficulté ! Evidemment si un territoire était disponible en 
ces lieux, un village important ne larderait pas à se développer. 

Les porcs pullulent dans ces cantons : quinze truies ont forme, 
en deux années, un troupeau de cent cinquante têtes , bien qu'on 
ail vendu une quantité d'élèves suffisante pour payer les mères. 
Ce troupeau est estime six mille francs; il ne coûte rien a nourrir. 
Les porcs mangent le raisin du palmier nain (la grappe des fleurs 
et des fruits), les tubercules qui croissent sur les racines, les inuoni 
brables escargots qui se cachent sous les feuilles du chamaerops. 
Le palmier nain qu'on est habitue à regarder comme le fléau 
de l'Algérie, y rend cependant de bien grands services : il abrite 
les herbes dont se nourrissent les troupeaux : quand le soleil a 
loui brrtlé^lui seul résiste et nourrit les bœufs, les moutons, le^ 



250 ) 

porcs, les chameaux, l'homme lui-même en mange le cœur : 1* 
tissu charnu de la souche, quoiqu'un peu acerbe, n'a pas un goût 
désagréable : ses fibres peuvent servir à la fabrication du papier. 

Nous avons pu voir, en ces lieux écartés, la culture arabe, avec 
tous ses caractères primitifs : le laboureur a une charrue formée 
d'un soc en bois , termine par un fer plat, imitant assez bien In 
semelle d'un soulier. Sur ce soc est implanté un long mancheron 
en bois grossier, assez droit, rendu raide au moyeu d'une doubla 
corde d'alpha , qui va s'attacher au soc et se tord par un petil 
bâton, comme la corde d'une scie. A cet instrument sont attelés 
deux chevaux grêles, dont tout le harnais esl aussi formé d'alpha ; 
i! consiste, en un licol qui remplace la bride. e1 qui tient a une corde 
qui va entourer If cou du laboureur, et en une sorte de bricol . 
garni de lambeaux de drap ou de cuir, d'où parlent les traits qui 
> ont s'attacher a une traverse fixée au bois de la charrue. 

L'Arabe choisit le terrain qu'il veut ensemencer, c'est un point 
ou les broussailles laissent des intervalles nus. Il les entoure d'un 
sillon sinueux. Il est muni d'un couffin plein de grains . il en 
prend dans un pli de son vêtement et les répand avec parcimonie 
sur l'espace irrégulier qu'il a circonscrit ; alors il en déchire la 
superficie avec sa charrue sans versôir Cela lait, il attend l'é- 
poque de la moisson. 

Nous continuons notre roule par un temps superbe: depuis notre 
arrivée en Afrique, le soleil était brillant, la température chaude; 
c'était le plus magnifique printemps. Nous traversons un pays un 
peu m on tu eux, sablonneux, couvert débroussailles, sans habitation: 
nous rencontrons seulement çà et la, des tentes, des troupeaux de 
moutons, fie bœufs, de chameaux. Nous arrivons au Rio Salado , 
rivière encaissée , donl les eaux sont salées, et qu'on traverse sur 
un pont a l'américaine. 

\u-dela de ce cours d'eau important . le sol est plus mon- 
tueux, mais non difficile, il est d'abord assez fertile, les brous- 
sailles deviennent élevées, touffues, el peuvent passer pour es 
taillis, elles sont formées de lenlisques , de chênes, de philly- 



I 251 , 
réa , etc. Le terrain est ensuite alternativement sablonneux . 
pierreux, fertile. De loin eu loin on aperçoit des gourbis. 

Nous arrivons de bonne heure à A>n Temouckent, colonie 
qui se fonde, et ou nous trouvons un gîte passable . !j. Une 
belle source, qui arrose des jardins fertiles, en assure, la prospérité; 
pourtant une partie du territoire disponible, celle qui est située 
sur la côte-, est extrêmement pierreuse. Sur cette côte sont les 
ruines d'une cité romaine, des citernes restenl entières, et l'opi- 
nion des officiers est qu'on réussit toujours quand on s'installe 
sur un emplacement choisi par le peuple roi. Au bas est une vallée 
dans laquelle coule une petite rivière , qui reçoit la source d'Ain 
Temouchent e( qui va s'unir au Rio Salado. Près des ruines a été 
formé un camp retranche dans lequel loge une compagnie, xm 
capitaine , un chirurgien , un chef de bureau arabe , qui nous font 
très-bonne réception. L'of licier charge des affaires arabes paraît 
avoir bien étudié les indigènes , et nous parle de leur organisa- 
tion : les chefs sont nobles, ou marabouts; les terres de la tribu 
sont communales , mais le riche, qui seul a des bœufs et des in- 
struments aratoires, tire exclusivement profit du sol. Les mœurs 
sont fort dissolues dans les tribus ; l'adultère y est fort fréquent : 
il est puni d'une amende de vingt francs ; les maladies vénérienne* 
} sont très répandues et invétérées. 

Partis d'Ain Temouchent le lundi, dix décembre, a sept heures 
du matin, nous traversons un pays qui devient à chaque pas plus 
rnontucux ; sur de larges espaces , dépourvus de palmiers et de 
broussailles s'éteudent les cultures arabes : nous trouvons abondant 
et touffu le grand gramen ( arundo festucoïdes qu'on coupe pour 
la nourriture des chevaux et que les Arabes nomment Difa. 
Bientôt la pluie commence et le pays devient de plus en plus diffi- 
cile. La route qu'on n'a pu se contenter de tracer seulement . 
s établit sur le flanc des monts; nous passons près d'Âïn-Cabalek, 



(i) Un décret du Président [janvier iS.Si) , yient il ordonner la formation d'ur 
rentre dépopulation '> Aïn-Temonchent. 



( 262 ) 

belle fontaine située sur la route et près de laquelle on propos? 
de placer un village. La pluie tombe alors par torrents. Quand 
par instants l'eau «esse de ruisseler, nous voyons les nuage- 
mûrir et rouler sur les pentes des vallons voisins ; ils s'épaississent 
autour de nous de manière à nous empêcher de distinguer le- 
objets à cinquante mètres de distance ; les vapeurs se résolvent 
en eau , elles nous enveloppent , nous pénètrent et nous inondent : 
nous pouvons vraiment juger ce que sont les pluies d'Afrique. 
La route devient effroyable. Nos coursiers arabes, frêles, abat 
tus, incapables de tirer, sortent a grand peine des bourbiers 
qui viennent de se former. Enfin nous arrivons sur lisser, an 
point ou l'on construit un pont en maçonnerie, et nous passons 
>ur un pont provisoire forme de bateaux, les seuls que nous ayons 
mis sur les cours d'eau de l'Algérie. .Nous parvenons à nous abriter 
sous une baraque de branchages et de planches, où sont entassés 
les ouvriers constructeurs, et ou nous obtenons a gfand peine 
quelques aliments. 

Nos chevaux étaient harasses: il leur était absolument impos- 
sible de nous tirer de la. Heureusement un camp avait été forme 
pour défendre et aider les travailleurs. J'écrivis au commandant 
du camp, le capitaine Guimas, du 9 e de ligne, et le priai de nous 
procurer un attelage. L'entrepreneur mit ;i notre disposition si\ 
chevaux, et nous pûmes reprendre la direction de Tlemcen. 

De Tisser a cette ville le chemin s'établit sur la crête des monts, 
parcourt des plateaux étendus, traverse quelques vallées peu 
profondes, quelques ravins, quelques ruisseaux que nous trouvons 
très-grossis. Nous apercevons, surtout a noire droite, de longue- 
\ allées qui semblent parallèles : enfin après quelques heures dte 
marche, un immense bassin s'ouvre devant nous et sur un pla- 
teau surmonté de chues élevées , nous apercevons , a droite, la 
\ille célèbre, autour de laquelle, à une certaine distance, s'élèveni 
déjà des bâtiments européens. Nous traversons le village Négrier, 
en construction ; puis des vergers plantés de nombreux et superbes 
oliviers. Nous sommes a la porte de Tlemcen. 



{ '253 ' 

Le chef du poste nous veraet une imitation du général Ma» 
Mahon, qui prévenu de notre arrivée, nous engage à nous rendre 
au quartier géuéral. Le gouverneur nous y reçoit d'une manière 
toute amicale , et nous l'ait dîner avec M. le lieutenant-colonel 
Bazin, chef du bureau arabe, M. Gobert . commandant du génie. 
M. d'Abrantès, aide-de-camp du général, les autorites civiles, etc. 

La conversation roule naturellement sur les questions qu'on 
peut plus facilement résoudre, dans l'un des postes les plus avan- 
cés de la colonie, sur les relations qu'on peut établir avec le pa\s 
.situé au-delà de la région des forêts, dont Tlemcen n'est séparé 
que par un espace de dix lieues. Notre influence se consolide dans 
les hauts plateaux ; quatre puissants chefs de ces contrées venaient 
de faire leur soumission et avaient fait leur visite au général Mac 
Mahon, avec un cortège de 4,000 chameaux. Notre commerce avec 
les tribus qui les habitent prend de l'extension; nous leur fournis- 
sons du blé; nous pourrons facilement leur vendre les produits 
de l'industrie européenne , et nous les porterons jusque dans le 
Maroc. Autrefois les indigènes livraient en échange des marchan- 
dises dont ils s'approvisionnaient . un grand nombre de nègres ; 
ils ne peuvent plus maintenant en amener en Algérie , mais ils 
en vendent encore beaucoup eu route. Ils nous livrent, comme 
jadis, des quantités considérables de [laines. Les moutons pros- 
pèrent dans les plaines immenses qui s'étendent au-delà des crêtes 
du Tell : quelques puits fournissent une eau sulfureuse suffisante 
pour abreuver les moutons, qui ne boivent que fous les quatre 
jours, cl là chacun adroit défaire paître les troupeaux qu'il peut 
élever. Le parcours est ouvert même sur les propriétés indivi- 
duelles, lorsquelles ne sont pas cultivées. La toison de quatre 
livres vaut actuellement a Tlemcen 1 fr. 75; au printemps elle 
vaut 1 fr. 50; les Arabes en diminuent souvent le poids et le 
réduisent même à deux livres. 

Les officiers avec lesquels nous nous entretenons sont grands 
partisans de l'administration militaire ; ils la jugent infini- 
ment active et économique : le commandant de place ajoute 



•254 ; 

j «.es fonctions celle de juge de paix , celle de pige consulaire. 11 
faudra dépenser 20,000 fr. si on lui enlève ses attributions. Ou 
dépensera 56,000 fr. en ingénieurs el employés, quand on ôtera 
les routes, etc., aux officiers du génie, etc. Il y a beaucoup de 
^ai dans ces assertions , pourtant on ne peut se dissimuler que 
certaines fonctions, celles des juges par exemple, sont peu compa- 
tibles avec le commandement militaire; il faudra les séparer 
quand les intérêts coloniaux se compliqueront davantage. Parmi 
les projets qui doivent améliorer la colonisation de la subdivision 
de Tlemcen, on signale comme le plus important, l'établissement 
d'un port à l'embouchure de la Tafna ; il servirait a approvi- 
sionner les grades \ aliènes qui s'étendenl dans l'ouest de la ré- 
gence , el même l'empire du Maroc; il faut éviter avec beaucoup 
de soin défaire de grandes dépenses là où une rade foraine est 
suffisante; mais sans doute, on admettra la nécessite d'ouvrir 
un refuge à nos navires presque au débouché du détroit de 
Gibraltar. 

Nous allons prendre un repos que notre rude vovage a rendu 
nécessaire, impatients de jouir bientôt de la vue de la capitale des 
rois de Tlemcen , de qui relevaient Grenade et Cordoue , et qui , 
dansl'ouest, étaient aussi puissantsque l'étaient dans l'orient les 
califes de Bagdad. 

Aux premiers rayons du jour, nous visitons avec curiosité l'au- 
tique cité, la reine de l'Afrique, la perle de l'occident : la métropole 
des Maures n'est pas au-dessous de sa réputation ; elle est assise 
sur un admirable plateau, élevé de 800 mètres au-dessus de la 
mer, escarpé de tous côtés, terminant l'immense amphithéâtre 
sillonné partout des affluents de la Tafna : elle est adosséeà la mon- 
tagne à pic . qui l'abrite des vents du midi et lui verse en sources 
et en cascades les eaux vives qui répandent partout la fraîcheur, 
et vont arroser les délicieux jardins qu'embaument les orangers 
et les citronniers, que parcntles vignes, les figuiers, les grenadiers, 
de vigoureux oliviers. Ce séjour devait être choisi par les fastueux 
monarques qui venaient de l'Orient . et allaient répandre ou 



I 255) 
Espagne les merveilles de leur civilisation . météore lumineux 
au milieu des ténèbres du moyen âge. 

La ville a eu une étendue considérable el conserve de nombreux 
et notables vestiges de sa grandeur passée ; nous distinguons 
à abord les restes de ses sept enceintes successives, qui ont été en 
se rétrécissant , à mesure que la puissance des Maures déclinait, 
et que le nombre des habitants s'éloignait du chiffre de 200,000, 
atteint aux époques de splendeur ; elles sont formées de blocs 
de béton , donl on distingue les joints ; elles sont crénelées . 
munies de banquettes vers le haut , flanquées de tours rondes ou 
carrées ; elles rappelent enfin les plus beaux types de l'âge féodal. 
1. enceinte actuelle enferme 32 hectares. 

Parmi les monuments qui frappent l'attention , est une grande 
mosquée , disposée comme celle d'Alger . mais plus vaste, plus 
élevée , à arcades mauresques très-profondément découpées et 
dentelées, du plus curieux effet. Ses murailles sont creusées de 
découpures élégantes , capricieuses , d'un fini admirable ; des 
traces de peintures mauresques remarquables font penser qu'un 
grand luxe était déployé dans la décoration de ce temple. Le 
portail et le minaret sont couverts de fayence, formant des arabes- 
ques, enduit éclatant, splendide , ne ressemblant à rien de ce 
que nous connaissons. Ces fayences ne sont pas des carreaux 
dont on reconnaît les joints; elles sont formées de pièces de 
configurations diverses et faites expressément pour s'adapter 
aux dispositions de l'édifice et dissimuler les points d'assemblage , 
imitant ainsi les fragments des verrières gothiques. Cette pein- 
ture vitrifiée, appliquée a l'architecture extérieure , d'un style 
vraiment oriental , rappelle en quelque sorte les mosaïques bysan 
tines , mais ne représente pas de personnages , et conserve de 
la régularité dans son ensemble . parce que les arabesques qu'elle 
forme sont symétriques. 

Une autre mosquée plus petite est peut-être encore plus reniai 
quabie que celle dont nous venons de parler : Elle a aussi des 
faïences sur ses façades, mais elles sont encadrées , dans les des- 



( m ) 

mus originaux formés }>ai les briquée en saillie, analogues a celles 
de l'hôpital d'Oran. On croit aussi reconnaître des Heurs de lys. 
dans les attaches des lignes gracieusement contournées for- 
mées par les briques saillantes ; niais la partie intérieure de 
la (leur de lys n'apparaît pas comme dans le minaret d'Oran. 
\ l'intérieur, la mosquée a des colonnes de marbre blanc de style 
antique, des découpures d'un fini exquis , délicates comme une 
guipure, ne constituant plus une fantaisie : ces traits dont les 
contours si capricieux couvrent les murs, forment des inscriptions 
en caractères arabes; ce sont des \ersets du Coran, dont les lettres 
sont illustrée» , plus élégamment que celles des vieux missels des 
moines. La voûte présente des restes de menuiserie à comparti- 
ments a jour , disposes de manière a cacher la charpente du toit . 
et formant une décoration d'une rare élégance. Cette mosquée 
sert maintenant de magasin au fourrage. 

C'esl à TIemcen qu'on comprend l'architecture mauresque: 
Alger n'en donne qu'un souvenir traditionnel , ses ouvriers 
D en avaient pas l'intelligence; les guipures des murs n'y 
not plus de sens , elles sont une imitation matérielle, sans 
l'esprit ; les carreaux de faïence réguliers, et vendus au cent, 
dans la boutique , bien que n'étant pas sans originalité, ne soûl 
qu'une grossière traduction des belles compositions de TIemcen 
qui forment une peinture d'un éclat éternel, admirablement har- 
monisée avec l'architecture ; les charpentes grossières qu'on trouve 
quelquefois dans les belles constructions algériennes . sont bien 
semblables aux squelettes de la construction de TIemcen, mais on a 
oublié leur élégant vêtement de bois arlistement découpé, peint, 
doré, merveilleusement assorti a l'ensemble des édifices. 

TIemcen a conservé un magnifique bassin qui vient délie 
déblayé : sa superficie à plus de trois hectares ; ses murs con- 
struits en béton ont 9 mètres d'épaisseur; il était rempli par les 
eaux de la cascade qui tombe de l'angle de la montagne, près 
del'Àlmansour, elles répandait dans les jardinsoudanslespalais 

1,'Almansour , est un monumeut tort singulier : C'est un im- 



( 257 ) 
mense pentagone irrégulier, grand comme une ville, entouré 
d'une enceinte haute, crénelée, flanquée de tours de 20 mètres 
en 20 mètres, construite en blocs de béton d'une énorme épaisseur. 
Elle renferme les ruines d'une mosquée qui conserve la moitié de 
son minaret; il a été comme fendu dans toute sa hauteur, la moitié 
sud a été détruite, la moitié nord reste debout tout entière , haute 
de plus de cent pieds , comme pour nous montrer l'élégance des 
arabesques , des mosaïques en faïence , des colonnes de marbre 
blanc qui ont orné cet édifice d'un aspect ravissant. A l'intérieur, 
le minaret présente des voûtes servant de paliers à des plans in- 
clinés qui remplacent les marches. A quoi à servi cette vaste 
forteresse, dans laquelle on ne retrouve d'autres ruines que celle 
de la mosquée? La légende dit qu'Almansour ( le victorieux ) qui 
vint de Fez pour s'emparer de Tlemcen, ne pouvant la prendre , 
resta dix ans sous ses murs, et construisit un camp fortifié pour 
mettre son armée à l'abri des attaques des assiégés. Je laisse à 
de plus habiles le soin de discuter cette opinion. 

A l'extrémité de la ville opposée à l'Almansour est le Méchouar. 
ou citadelle de Tlemcen que défendit si bravement le général 
Cavaignac contre tant d'Arabes, et certes avec leurs moyens 
d'attaque , ils resteront plus longtemps qu'Almansour devant une 
telle forteresse , défendue par une poignée de Français. Là, sou*, 
réunis tous les établissements militaires. 

Près de la citadelle est la maison du gouverneur, solidement 
bâtie par le génie militaire, vaste, renfermant plusieurs cours 
dans l'une desquelles est réuni un troupeau d'autruches que le 
général fait manœuvrer comme un escadron. 

Le quartier qu'habitent les Européens, au nombre de 1,500 , 
est neuf et bien bâti; celui habité par les indigènes, au nombre 
de 15,000 est formé de maisons misérables , bordant des rues à 
peine praticables. Elles renferment un grand nombre de fabriques 
de sellerie , de bijouterie, d'étoffes pour haïk, etc. 

La ville est entourée des plus beaux jardins, tous parfaitement 
irrigués et ombragés par des bosquets charmants d'arbres fruitiers 

18 



( -258 ) 

de toute espèce; les orangers sont couverts de fruits; mais les 
oranges sont plus petites et moins douces que celles de Blidah; 
elles mûrissent difficilement sur le plateau élevé de Tlemcen, elles 
acquerront de meilleures qualités dans la plaine. Les oliviers ont 
des fruits très-gros et paraissent provenir de boutures , fournies 
par les anciennes cultures des Maures. 

La contrée «pie domine Tlemcen creusée en vallées convergentes 
parcourues par la Tafna , Tisser et leurs aflluents , est magni- 
fique, fertile, couverte d'oliviers, entièrement cultivée;] 10,000 
hectares y sont actuellement à la disposition de l'administration 
française , un tiers est susceptible d'être irrigué. Le général 
estime à plus de 140,000 hectares le norabredes terres disponibles 
dans la subdivision. Cela tient à ce qu'Abd-el-Kader a forcé toute 
la population à le suivre, quand il s'est réfugié dans le Maroc, et 
que beaucoup de familles sont encore en émigration. 

Il sera facile d'obtenir d'autres terres encore; les indigènes 
consentiront à livrer une partie de leurs propriétés, si l'on veut 
améliorer l'autre; le barrage de Tisser permettra d'irriguer 800 
hectares appartenant à un seul arabe; on lui a proposé de lui 
en laisser 201» irrigués , et de prendre le reste , il y a consenti. Il 
y a dans de tels arrangements deux avantages , livrer une partie 
du sol aux Européens , conquérir l'arabe à la civilisation ; 500 
concessionnaires ont déjà reçu 10 hectares chacun; l'administra- 
tion a reçu 400 demandes de concessions nouvelles. 

Nous montons à cheval pour parcourir le vaste et riche territoire 
dans lequel le général Mac-Manon a déjà fait élever trois villages 
pour les colonies agricoles , Saf-Saf supérieur , Négrier , Bréa , 
et marqué l'emplacement d'un quatrième. Tous , placés sur 
des hauteurs , faisant face à la mer, recevant les vents d'ouest et 
du nord , abrités contre ceux du sud , sont bien pourvus d'eau, 
et entourés d'un fossé, avec un parapet, et un bastion aux angles. 
L'un de ces fossés soigneusement terrassé , et dont les bastions 
sont murailles a coûté 20,000 fr., un autre assez grossièrement 
fait a coûté 3,000 fr. Le général qui veut que tous les villages 
soient fermés, estime ce dernier suffisant. 



( 259 ) 

La dépense des fontaines s'est élevée à 3,000 fr. par village ; 
celle de chaque maison n'a pas dépassé 1,500 fr., parce que les 
tuiles ont été posées sur des roseaux portés par des combles bruts, 
et que la hauteur du bâtiment est moindre que dans les autres 
localités , ce qui n'a aucun inconvénient ; les colons ajoute- 
ront certainement un étage à leur habitation; ils y ajoutent 
déjà une cave et des étables; les cultures commencent avec facilité 
dans les champs qui étaient tous labourés par les Arabes ; 
la charrue préférée par les colons est une sorte de brabant avec 
avant-train. 

Après les quatre villages , on en construira d'autres formant 
une deuxième zone, puis une troisième , tous les centres de popu 
lation, s'appuyant les uns les autres. 

A trois lieues de Tlemcen , il y a une belle forêt composée de 
chênes-lièges et chênes blancs qu'on peut exploiter pour les con- 
structions. On a mis le feu à certaines parties et on va couper les 
roncs secs. 

A cinq ou six lieues dans l'est , sont les ruines d'une ville 
romaine, d'une grande étendue , dont M. Maccarty relève actuel- 
lement le plan; l'administration dispose de 1,800 hectares irri- 
gables près de la ville des Romains; ils seront concédés. 

Les grands conquérants ont occupé Tlemcen même, car nous y 
avons vu des pierres turnulaires avec inscriptions latines. 

Nous avons parcouru , à cheval , tous les sites où s'élèveront 
bientôt, on doit l'espérer, des communes françaises, qui profiteront 
des dons du plus beau climat de la terre ; nous étions arrivés sur 
le territoire des tribus , en vue des montagnes abruptes , au mi- 
lieu desquels le général Mac-Mahon fit une si rude guerre aux 
Arabes qu'il fallait dépister de rochers en rochers, et poursuivre 
sur des escarpements droits comme des murailles. Vers le soir, 
des multitudes de cavaliers sortent des plis du terrain, se pré- 
sentent devant nous, les agahs , les drapeaux , et la musique 
en tète ; cette musique se compose de sortes de tambours de 
basques faits de pots d« grès, et de cornemuses bizarres dont les 



[ -200 ) 

tuyaux sont en corné. Les drapeaux portent au coin un yacht 
tricolore , témoignage de la fidélité du goum ; les agahs el les 
cheicks, dont plusieurs portent la croix d'honneur, sont couverts de 
leurs burnous d'investiture; de couleur écarlate; ils se détachent, 
mettent pied à terre, viennent nous baiser la main, se remettent en 
selle, et retournent vers leurs gens. Tous les cavaliers du goum alors 
se précipitent sur nous ventre à terre , tirent leur coup de fusil à 
dix pas de nos rangs, s'arrêtent brusquement, se retournent el s'en 
vont au galop, brandissant leurs armes, jeltant leur fusil eu l'air, 
le faisant tourner au-dessus de leurs tètes ; ils reviennent en 
courant, les burnous flottant au vent , se répandent autour de 
nous, et continuent ainsi leur étourdissante fantasia ; enfin nous 
poursuivons notre route, et ils nous forment une tumultueuse 
escorte. Partout, quand nous passons au-devant des douaires, 
on nous présente le lait , et les guerriers grossissent notre 
cortège. 

Vous voyez ces hommes , nous disaient les ofiieiers qui chevau- 
chaient avec nous , ils sont dévoués, ils ont combattu avec nous, 
ils ont reçu des blessures à notre service, plusieurs sont décorés, 
eh bien ! notre opinion à tous , est que les plus attachés ne résis- 
teraientpasà l'entraînement de la révolte, si elle se ralumait. Us 
regardent notre expulsion comme marquée dans le temps; toujours 
amateurs du merveilleux , ils attendent le Messie vainqueur, qui 
apparaîtra avec des signes miraculeux. Un spahis (idèle, qui a 
reçu trois blessures dans nos rangs , invité à faire admettre son 
fils dans les rangs, comme enfant de troupe, répondait au général : 
« Non ! moi je vous ai donné mon âme ; mais vous serez chassés 
avant que mon iïls soit mort! je ne veux pas qu'il soit maudit 
des siens. » 

Les Arabes, dans les douaires, ne travaillent que six semaines 
par an , causent beaucoup politique , se transmettent toutes 
les nouvelles , les commentent et les dénaturent; il se forme 
ainsi une opinion publique, qui entraîne parfois toutes les popu- 
lations et les jette dans les entreprises les plus téméraires. 



(261 ) 

Ces Arabes sont gouvernés par des chefs nobles pour les- 
quels ils ont une grande vénération ; quelques vexations 
quils leur fassent endurer, ils n'admettraient pas un chef de famille 
roturière ; la tribu perdrait de sa considération et passerait pour 
mesquine. 

Les Kabyles, dans l'ouest comme ailleurs, sont essentiellement 
démocrates; ils ont une Dj cm m a (assemblée) par village, par 
tribu; ils sont fort jaloux de leurs droits et demandent à changer 
souvent leurs caïds, etc. , comme les Arabes, ils tirent vanité de 
l'illustration des familles revêtues de l'autorité. Us ont une force 
d'inertie insurmontable ; ils disent à nos généraux : « Tu es 
Sultan , tu es fort , tu peux faire ce que tu veux ; mais nous 
n'obéirons pas à un chef de peu. » 

Ainsi nous discourions sur les Arabes, ayant sous les yeux les 
sujets dont on nous parlait. Le soir était venu et nous marchions 
à travers les broussailles, accompagnés de cette multitude deve- 
nue silencieuse ; notre marche avait quelque chose de fantasti- 
que qui reportait involontairement l'imagination aux temps qui 
se présentent à nos souvenirs entourés de fictions merveilleuses. 

Aux portes de Tlemcen , les tribus prennent congé de nous , et 
nous arrivons bientôt à la maison du gouverneur ; nous y retrou- 
vons sa splendide et gracieuse hospitalité. Le lendemain nous lui 
faisons nos adieux et lui adressons nos remerciements. Nous nous 
mettons en route pour Oran. Nous aurions voulu prendre le chemin 
de Sidi-bcI-Abbès ; mais rien n'était préparé pour nous transporter 
dans cette direction; nous reprenons donc, le 12 décembre, la 
route que nous avions parcourue; mais notre marche fut très- 
rapide. Nous déjeûnons au camp de Tisser, où l'on nous donne 
une fantasia , et puis une escorte. Nous dînons à Aïn-Témouchcn, 
où nous nous entretenons de nouveau avec nos braves officiers. 
Vers le soir, nous nous apprêtons à traverser le pays désert qui 
nous séparait d'Oran. La roule était bien longue. Mais le général 
Pélissier nous avait fait préparer des relais et à des points con- 
venus , au milieu de la nuit, conducteurs et chevaux sortaient des 



{ 262 ) 

broussailles, et enlevaient rapidement notre voiture, en suivant 
une voie à peine tracée. Nous arrivons à notre destination à trois 
heures du matin, le jeudi 13 décembre. 

Nous employons cette journée à visiter plus en détail la ville 
d'Oran qui doit devenir une station si importante, et le lendemain 
nous entreprenons le voyage de Saint-Denis-du-Sig : la route 
atteint la Sénia, puis le Figuier; elle surmonte une colline et 
traverse une belle plaine dépendante du grand lac , dans laquelle 
quelques terres sont salées, et où commencent des constructions 
assez multipliées ; elle gravit ensuite une autre colline et descend 
dans une vaste plaine, sans palmiers ni broussailles , qui s'étend 
jusqu'au Tlélat. Au pied du mont, la culture commence , des vil- 
lages et des habitations isolées sortent de terre; dans les mon- 
tagnes , les Arabes bâtissent des demeures solides. 

Le chemin s'engage dans une vallée étroite , peu profonde , 
bientôt élargie, dont les bords sont pierreux et le fond de bonne 
nature. Les Arabes y font des cultures entre les jujubiers et les 
palmiers. Le plateau de la montagne peu élevé, pierreux et par- 
semé de broussailles est pareillement cultivé 

Après une demi-lieue, on se trouve dans une vallée transver- 
sale , rocailleuse, coupée de buissons, de souches d'oliviers, 
de vieux lentisques , cultivée ça et là par des Arabes qui ont 
bâti des villages. On sort de la vallée en suivant une large 
dépression de terrain, au fond de laquelle est le lit d'un ruisseau 
à sec. Le sol est non cultivé, mais susceptible de l'être; il se 
couvre de buissons ; des touffes d'oliviers sortent des racines 
de gros troncs coupés ; enfin apparaissent vers la crête des oliviers 
de haute stature ; le versant opposé, ondulé et à peine en pente 
en est presque couvert, avec ces arbres croissent des lentisques, 
des thuya articulata , des rhus pentaphyllum , etc. : on est dans 
le bois d'Ismaél, dont les arbres peu serrés, permettent aux Arabes 
de faire quelques cultures entre leurs troncs. 

Le bois s'éclaircit de plus en plus , le sol devient nu et une 
plaine immense se déroule devant les yeux, c'est celle du Sig. 



( 263 ) 

Nous étions ainsi parvenus dans ce vaste bassin, sans difficultés : 
nous avions laissé les plus grosses montagnes à gauche, vers le 
bord de la mer. A la sortie du bois est un relais, la maison d'un 
garde forestier, et plus loin un village bâti par les Français pour les 
Arabes, aux frais de ces derniers. Tout le terrain , depuis le bois d'fs- 
maé'l jusqu'à la rivière distante de plusieurs lieues, est sans eau po- 
table; un puits a été creusé jusqu'à vingt-deux mètres, sans résultat. 

Le Sigsort d'une gorge profonde , étroite, sauvage qui pénètre 
dans la masse des montagnes au-delà desquelles est Mascara, il 
traverse la plaine , et fournit, même en automne, une grande 
quantité d'eau ; mais il est si profondément encaissé, que la terre 
ne peut profiter de cette source de fécondité. Pour remédier à cet 
inconvénient, le général Lamoricière a fait exécuter un barrage, 
dans la gorge même , sur les fondements d'anciens travaux. 
Le point du barrage ne pouvait être mieux choisi : en ce lieu, la 
gorge est pour ainsi dire réduite à la largeur du lit de la rivière; 
celle-ci se précipitait de plusieurs mètres , de sorte qu'il a fallu 
une maçonnerie peu élevée pour déverser les eaux sur les rives 
et les répandre dans la plaine. Peut-être aurait-t-on pu l'exhaus- 
ser davantage, car il faut porter l'eau le plus haut, et le plus loin 
possible ; peut- être pourrait-on même convertir la vallée sauvage 
au fond de laquelle roule le Sig en un réservoir considérable. 
On craint que le talus en maçonnerie qui reçoit l'eau versée par 
le trop-plein ne soit trop raide, et ne donne au courant une rapi- 
dité telle qu'il produise des affouillements, mais aucun dégât réel 
ne s'est encore manifesté. On a pratiqué une dérivation sur cha- 
cune des rives. Celle de la rive gauche ne rend pas encore beau- 
coup de services. On l'a arrêtée dans son développement, parce 
que le sable d'un ravin la comblait; on l'a ramenée à un niveau 
inférieur ; il eût été bien préférable de parer à l'inconvénient 
signalé par d'autres moyens , des plantations par exemple, car 
il faut s'efforcer de porter l'eau à une élévation suffisante, pour 
qu'elle puisse arriver jusqu'au débouché de la forêt d'Ismaël. 

La dérivation de la rive droite offre déjà un beau courant ; 



( 264 ) 
mais au lieu de la laisser à un niveau convenable, on lui laisse 
faire des chutes qu'on prétend utiliser. L'eau est trop précieuse , 
en ces climats pour en faire un pareil usage. Dès à présent, la 
dérivation de la rive droite arrose les jardins de Saint-Denis du- 
Sig, bâti tout récemment au pied des montagnes comme Blidah ; 
ce village a 3,000 hectares déjà concédés, les défrichements sont 
fort peu importants ; les fièvres y sévissent avec intensité ; les 
habitants n'en sont guères exempts que durant les mois de jan- 
vier, février et mars. Le choléra a fait de nombreuses victimes. 
On se plaint des habitants : le brigadier de gendarmerie nous dit 
qu'il se commet beaucoup de vols. La milice est forcée de monter 
la garde pendant la nuit. 

Saint-Denis réclame une fontaine, un lavoir et un abreuvoir, 
constructions de première nécessité; il demande que l'administra- 
tion lui fournisse des bestiaux, qu'elle lui donne une garnison de 
cavalerie , ou qu'elle achète ses fourrages et ses grains 
sur place. C'est là une réclamation universelle dans un pays qui 
n'a point de routes; mais si les cultivateurs ne peuvent faire les 
transports , l'administration ne le peut guères plus qu'eux ; dans 
une situation pareille , le premier élément de succès c'est l'élève 
des bestiaux. 

Non loin de Saint-Denis, nous inspectons la ferme de l'Union du 
Sig, association formée pour 99 ans, et dans laquelle les lots et 
les bénéfices sont en raison du capital , du travail et de l'intelli- 
gence. Il sera toujours bien difficile de juger le travail et surtout 
l'intelligence! 

La ferme formera un vaste carré entouré de murailles percées 
de meurtrières , flanqué de bâtiments saillants , mais qui sont 
trop distants. Les murs de clôture, présentent à une certaine hau- 
teur des ouvertures cintrées, qu'il faudra bouclier, car elles 
diminuent beaucoup la sûreté de la clôture. Du reste, un seul côté 
du mur est bâti , de sorte que l'établissement n'est pas fermé. 
On a construit des forges, des ateliers de charronnage, de menai 
série, decharpenterie, etc., des dortoirs pour huit personnes, situes 



( 265 ) 

au rez-de-chaussee, etc. l'union possède 2,000 hectares, dont un 
fort petit nombre a été défriché. Une pépinière a été formée, mais 
les plantations faites sont peu importantes : Les eaux abondantes 
amenées par une dérivation du Sig sont encore peu utilisées. 

Nous avons trouvé au Sig des colons qui nous ont guidés avec 
un zèle et un empressement dont nousne saurions trop les remer- 
cier. Nous voulions pousser notre course jusqu'à Mascara. Mais 
il nous aurait fallu plusieurs jours pour visiter ce point intéres- 
sant. Le départ du courrier d'Alger nous forçait de retourner 
a Oran. Nous avions atteint le but principal de notre voyage: 
Nous avions vu l'un des principaux travaux hydrauliques entre- 
pris en Algérie et reconnu le parti qu'on peut tirer des barrages 
pour fertiliser une terre que le soleil comblera de ses dons ; nous 
avions constaté qu'on passe sans difficulté d'Oran dans le bassin 
du Sig; il n'y en a pas davantage pour passer dans celui du 
Çhelif. Une communication très-aisée existera donc entre les 
plaines de l'ouest et Milianah, des travaux seront seulement né 
cessaires pour relier plus commodément ce dernier point à la Mitidja. 

Le soir était venu; nos obligeants colons, en poussant leurs 
chevaux à toute vitesse , nous accompagnèrent jusqu'à la maison 
du garde; celui-ci nous escorta dans la forêt d'Ismaël et nous 
remit aux postes arabes établis le long de la route. Nous étions 
en pleine nuit, la pluie était survenue après une belle journée, les 
chemins étaient bien difficiles , et nous ne pouvions manquer de 
nous égarer dans cette contrée où l'on ne rencontre àme qui vive, 
si les spahis, sur la foi desquels nous voyagions , ne nous avaient 
remis de poste en poste, à leurs coreligionnaires bien mal 
vêtus, bien mal montés, habitant des huttes de branchages 
bien misérables , peu satisfaits d'ailleurs de courir par un hor- 
rible temps , dans une obscurité complète, ta une heure indue 
pour toutes les nations. Enfin, nous arrivâmes à Oran, non 
sans avoir manqué mainte fois de nous briser dans les ravins, 
contre les pierres, contre les souches, contre les troncs abattus. 

Nous devions partir le 15 ; mais le bateau ne levait l'ancre 



( 266 ) 

que le soir. Nous voulûmes employer notre journée à revoir Mi- 
serghin qui a des établissements importants. Cette ville garde 
la plaine entre le grand lac et les montagnes du littoral ; elle 
fut un de nos postes avancés, lorsque nous commencions à sortir 
des villes du littoral; elle a un fort quadrangulaire, sur un pla- 
teau qui domine les environs; 2,000 habitants résident en deux 
groupes de maisons, l'un placé près du fort, l'autre au bas du 
plateau ; les eaux sont belles, elles peuvent se répandre sur 50 
hectares; 2,000 hectares sont concédés , les défrichements sont 
fort peu étendus , on pense acheter aux Arabes 500 hectares 
pour la somme de 13,000 fr. 

La belle pépinière , établie sur 20 hectares parfaitement irri- 
gués , est dirigée par M. Grandjean; elle est fertile et produit 
mûriers, cyprès, thuyas, ormes, nopals, bananiers, fruitiers de 
toutes espèces ; tous ces végétaux croissent avec beaucoup de 
vigueur. Les greffes de mûrier ont donne des jets de 3 à \ mètres, 
elles sont faites à œil dormant ; quand elles ne réussissent pas 
elles sont remplacées au printemps par un œil poussant. Des oli- 
viers de deux ans , provenant de semis , ont 1 m. 50 c. de hau- 
teur, 2 c. de diamètre; d'autres pieds de quatre ans ont 4 m. 
de haut, et 15 c. de circonférence ; ils donnent déjà de fort volu- 
mineuses olives ; ils proviennent de boutures ou drageons, four- 
nis par de très-vieux oliviers qui croissent dans l'établissement 
ainsi que dans le jardin des orphelins ; trente-cinq espèces de 
vignes donnent des raisins généralement gros , noirs , succulents, 
propres à la fabrication du vin. Les orangers croissent avec rapi- 
dité; les pèches y sont très-bonnes. 

La pépinière ù vendu , cette année , pour 6,000 fr. d'arbres , 
elle en a livré gratuitement aux colons une quantité double, le 
prix de vente ne représentant que le cinquième des prix du com- 
merce, le produit réel de la pépinière a été de 80 à 90,000 fr. 

L'établissement des orphelins est situé près de la pépinière; il 
est dirigé par les frères de l'Annonciation de Montpellier; fonde 
depuis un mois, il renferme 13 enfants, il en pourra contenir 2 a 



(267 ) 

300 ; le gouvernement lui a concédé 40 hectares ; en raison de 
cette circonstance, le taux delà pension est un peu moindre que 
celui de Ben-Aknoun; on paie pour les enfants 21 fr. par mois et 
60 fr. de trousseau, mais on n'a pas à payer les professeurs. Le 
jardin des orphelins touche à celui de la pépinière , de sorte que 
les enfants y pourront être facilement utilisés ; depuis notre 
visite, le gouvernement a donné à cette institution la caserne des 
spahis (i). 

De retour à Oran, le soir, nous nous rendons à Mers-el-Kebir; 
nous montons à bord du Phare, et quittons le port à huit heures. 
La nuit est calme; le 10 au matin , le vent d'est fraîchit, sans 
nous tourmenter beaucoup ; nous revoyons les côtes que nous 
avions déjà aperçues ; et bientôt nous nous trouvons dans des 
eaux jaunes et troubles qui contrastaient singulièrement avec les 
ilôts limpides et bleus de la Méditerranée ; nous voguons sur un 
fleuve bourbeux : c'était le Chélif qui étendait son courant à 
plusieurs lieues au large. Nous charmions les loisirs de la traver- 
sée, en conversant avec le colonel du 5. e de ligne, qui connais- 
sait bien l'Afrique , et parlait d'une manière compétente de son 
administration; il est un des rares militaires, qui aperçoivent 
dans les bureaux arabes , la tendance à étendre les droits , à 
fortifier l'organisation, à développer le travail, les possessions des 
populations musulmanes, à consacrer le pouvoir, les attributions, 
les profits de leurs chefs. Il voudrait que, par les moyens légi- 
times , l'élément arabe fût graduellement écarté de la zone du 
littoral. 

Le temps continuait d'être beau , et pour la première fois, je 
ne ressentis pas les inconvénients delà navigation. 

A quatre heures du matin, nous étions en face de Cherchell , 
qu'on discernait à peine dans l'obscurité. Le canot portant le 
capitaine du port accosta notre navire. Désireux de voir une an- 



(i) Voir le discours du général d'Hantpoul. Moniteur, 1 85 1 . 



( 268 ) 

cienne ville romaine , après avoir visite la ville espagnole et la 
ville des Maures , nous annonçons l'intention de débarquer et 
de gagner Alger par la voie de terre. Le canot nous dépose bien- 
tôt au pied de la ville. 

Cherchell , Julia Cœsarea , jadis si vaste et si belle , renferme 
aujourd'hui 800 européens et 800 indigènes ; elle est bâtie sur la 
croupe de la montagne, dont la base escarpée plonge dans la 
mer. Le port romain est abrité par quelques rochers, mais ouvert 
au nord-est. Pour mettre les navires à l'abri du vent, on a creusé 
dans le roc un joli bassin qui s'ouvre dans l'ancien port , et qui 
a coûté 1,200,000 fr. Il a 4 mètres d'eau dans une grande 
partie de son étendue, mais le batardeau qui défendait les tra- 
vaux a été enlevé par la mer avant que la totalité du bassin eût 
acquis la profondeur requise , de sorte que les bateaux à vapeur 
n'y peuvent tourner. Il ne peut donc remplir son but. Du reste , 
le port de Cherchell est inabordable pendant les gros temps ; on a 
donc fait là des dépenses considérables sans grande utilité. L'an- 
cien port déblayé suffisait aux besoins actuels. Il doit approvision- 
ner Milianah ; mais cette ville a une assez nonne communication 
avec Alger. Une autre dépense , moins justifiable , a été faite à 
Cherchell : on y a bâti un caravansérail dans lequel jamais un 
arabe n'est entré. Le lavoir a une eau qui ne dissout pas le savon . 
l'abreuvoir et les fontaines sont à sec pendant l'été ; un seul jardi- 
nier se livre à la culture des plantes potagères ; les légumes vien- 
nent de Blidah , aussi un chou se vend fr , 30; 1 kilog. de pomme 
de terre fr , 20. La montagne qui s'élève au-dessus de la ville est 
couronnée de blockhaus et de redoutes placées sur l'enceinte ro- 
maine. 

Ce qui intéresse particulièrement à Cherchell , c'est l'innombra- 
ble quantité de débris de l'architecture et de la sculpture antiques 
qu'on y a découverts , et dont on a formé un musée ; ce sont de 
magnifiques corniches, des frises, des colonnes, dont quelques- 
unes ont 0, 80 de diamètre, des chapitaux de divers ordres et no- 
tamment de l'ordre corinthien en marbre blanc , en porphyre , en 



( 269 ) 

jaspe, en granit ardoisé et autres pierres; des statues entières ou 
mutilées en marbre blanc ou en bronze , paraissant des copies des 
modèles antiques qui sont dans nos musées ; quelques-unes origi- 
nales cependant , par exemple celle nommée une Vestale numide ; 
divers objets industriels, un moulin, un tuyau de plomb, des 
inscriptions , une tête de lion, une de bœuf, des lampes nom- 
breuses en terre cuite portant le monogramme du Christ. J'en ai 
rapporté un beau spécimen. 

Cherchell a conservé de belles citernes , entre autres cinq qui 
ont 20 mètres de longueur. 5 de largeur et 6 de hauteur; on y voit 
un reste de cirque , etc. 

Le lieutenant-colonel nous fit gracieusement les honneurs de la 
place qu'il commande, et, après notre visite , il eut l'obligeance de 
nous fournir les moyens de franchir les monts qui nous séparaient 
de la Mitidja , et ce ne fut pas facile ; il trouva cependant des mu- 
lets arabes , garnis de leurs bâts, tristes montures ! 

Partis après midi, nous suivons le bord de la mer , surmontons 
quelques collines peu élevées , traversons quelques ravins sur les- 
quels ont été construits des ponts, à côté desquels passe la route 
dont les redressements ne sont pas terminés , et nous descendons 
dans une fort riante et fraîche vallée, celle de l'Oued-Hachim, dans 
laquelle , de loin en loin, sont encore des séries d'arcades entières 
qui ont supporté l'aqueduc romain qui passait au-dessus des val. 
lécs où s'établissait sur le flanc des montagnes pour conduire l'eau 
à Cherchell. Ces constructions ont été faites si solidement que sou- 
vent les arcades sont soutenues par des piles qui ont perdu toutes 
les pierres qui en formaient le revêtement , et n'ont conservé que 
leur noyau de béton. 

Par un singulier contraste, plusieurs ponts qui ont été con- 
struits hier sur rOued-Hachim, sont lézardés et disloqués au point 
que les voyageurs continuent de traverser la rivière à gué. 

En haut de la vallée , sur le bord de la rivière , est Zurich , 
colonie agricole , dirigée par M. Klenck, capitaine au 2 e ba 
taillon d'Afrique , défendue par une garnison de 35 hommes. Il a 



( 270 ) 
succédé à plusieurs autres officiers; pour lui, il a beaucoup de 
zèle et de goût pour ses fonctions , et semble vouloir se tixer sur 
la terre qu'il contribue à féconder. Les fièvres et le choléra ont 
fait de grands ravages dans cette colonie : 140 familles , formant 
une population de 400 personnes, y ont été installées ; 43 seule- 
ment y sont encore ; le reste est parti ou a été enlevé par les mala- 
dies; 22 hommes seulement sont parfaitement valides. Toutefois a 
situation de Zurich paraît belle et riante. Ce village est abrite, 
au midi, par les montagnes; il reçoit ses vents de la mer, 
mais il est sur un sol trop bas , entouré presque entièrement par 
la rivière, et dans une partie rétrécie de la vallée. Les colons ont 
été logés d'abord dans des baraques ; l'enceinte n'est pas achevée ; 
les maisons sont sur le modèle de celles des autres colonies. On 
reçoit de nouveaux colons pour réparer les pertes qu'on a faites. 

Les eaux sont abondantes ; un canal de dérivation va être creusé 
pour pratiquer des irrigations. Le territoire se compose de 1,000 
hectares à peu près ; les défrichements et les semailles ont été faits 
par des corvées arabes , mais la moisson a été gaspillée. 

Après avoir donné le temps nécessaire à l'étude de ce point , 
qui deviendra important , nous partons , toujours sur nos mules , 
et suivons un sentier rapide , long , difficile qui nous conduit sur 
une crête fort élevée , qui unit le Chenouan aux montagnes des 
Beni-Menasser,qui fait partie de la masse du petit Atlas. C'est là 
la seule difficulté un peu notable qu'on rencontre entre Alger et 
Cherchell. Au faîte, nous dominons toute la Mitidja ; nous jouissons 
quelques instants de ce magnifique panorama, et nous descendons 
le revers de la montagne, en suivant un chemin sablonneux tracé à 
travers un bois composé surtout de pins , de thuya articulata, 
d'erica arborca , d'arbutus unedo , etc. 

Arrivés dans la plaine, nous sommes bientôt à Marengo, où nous 
retrouvons M. Malglèvc. Déjà cinq heures étaient sonnées ; il était 
important pour nous de gagner El-Afroun le soir même, afin d'ar- 
river, le lendemain 18 décembre, à Blidah, assez tôt pour prendre 
la diligence d'Alger. Nous voulions ne pas manquer le bateau qui 



( -271 ) 
partait le 21 pour Philippeville, et nous avions besoin de quelques 
jours pour faire nos préparatifs. M. Malglève nous fait donner 
des chevaux de gendarmes , et le brigadier se met en route avec 
nous. 

La nuit vient brusquement ; nous suivons la voie à peine tracée 
à travers les palmiers ; le faible quartier de la lune nouvelle ne 
tarde pas à disparaître ; les étoiles nous restent pour nous guider. 
Mais bientôt des nuages épais couvrent le ciel , et nous sommes 
plongés dans l'obscurité la plus profonde. Nous marchions à l'a- 
venture dans l'immensité des broussailles , nous avions pei lu 
toute trace de chemin. Nous rencontrons les affluents du Massafran 
dontil faut suivre longtemps les bords escarpés ; un éboulement 
nous permet de descendre dans le lit de la rivière , et nous en 
suivons le cours au milieu des obstacles, jusqu'à ce que nous ren- 
contrions une rampe qui nous permette de gravir la rive opposée. 
Nous marchons ainsi des heures entières , totalement égarés , 
sans armes , dan? la plaine des Hadjoutes , si célèbre par les 
meurtres qui s'y commettaient jadis. Enfin, nous apercevons à 
notre droite des feux qui , selon nos présomptions , devaient être 
non loin du pied de l'Atlas ; nous marchons vers eux , en droite 
ligne , autant que les broussailles voulaient le permettre , et nous 
tombons au milieu d'un douaire. 

A l'instant nous sommes entourés d'Arabes, de chiens innombra- 
bles, dont les effroyables aboiements se mêlaient aux hurle- 
ments des chacals, que cherchaient à surpasser les cris des hom- 
mes. Tous ces êtres vociférants étaient éclairés par des feux vacil- 
lants . qui leur donnaient un aspect fantastique. En vain nous 
cherchons à nous faire entendre par des paroles ou par des gestes , 
en vain nous répétons : El-Afroun , El-Afroun ! force nous est 
d'abandonner ces meutes insurgées, et de prendre la direction que 
nous supposons celle de l'Atlas. 

Nous avions quitté le douaire depuis quelques instants , quand 
nous apercevons quatre Arabes, se mettant à notre poursuite. Que 
fallait-il faire? mettre nos chevaux au galop ? C'était à se rompre 



( 272 ) 

le cou ! Nous attendons nos Bédouins; nouveaux tris, nouveaux 
gestes. Pour conclusion . ils se mettent en tète de nos chevaux et 
nous font signe de les suivre. Peut-être cela n'était-il pas bien sûr, 
mais nous n'avions pas d'autre parti a prendre. Nous marchons 
derrière ces hommes aux burnous blancs, traversons quelques ra- 
vins , et nous retrouvons enfin une roule qu'on peut reconnaître. 
Nous payons nos guides , poussons nos chevaux au galop , et arri ■ 
vous à El-Àfroun, fort tard, nous disant qu'évidemment l'Afrique 
était devenue parfaitement sûre. 

Nous revoyons M. Bacquet , le chef si aimé de celte colonie , 
qui nous offre une hospitalité bien nécessaire. Le matin , après 
avoir revu les travaux de ce village commençant, nous marchons. 
grand train , vers Blidah. 

Nous arrivons à midi , visitons l'excellent gênerai Blaugini , 
qui nous donne des nouvelles de notre ami Bou-Alem qui venait 
de faire arrêter un courrier des Kabyles portant des lettres propres 
à exciter l'insurrection. 

Nous retenons nos places au bureau de la diligence , comme on 
aurait fait en France, et bientôt nous faisons le voyage de Blidah 
à Alger , par le temps le plus chaud , eu compagnie d'Arabes , 
de Maures et de Mauresques aux yeux noirs , au teint bruni , à 
la figure régulière. 

Nous rencontrons Beni-Mered , que nous n'avions pas vu. Ce 
village a une enceinte et une belle fontaine surmontée d'une py- 
ramide qui rappelle la courageuse défense du sergent Blondel ; 
dans la campagne sont de nombreuses plantations d'oliviers. 

Nous traversons rapidement Bouffarick , puis la plaine ; nous 
passons aux quatre chemins , et commençons à gravir les collines 
duSahel. 

Nous nous retournons pour voir encore la Mitidja , qu'on aper- 
çoit tout entière , et nous voyons devant nous Douera qui sur- 
monte son vallon , Brescia , Babhassin , remarquable par ses plan- 
tations d'oliviers , El-Hachour à droite, Sidi-Ferruch et Staoueli. 
puis la mer à gauche. Au loin, sur le long prolongement des der- 



( 273 ) 

niers contreforts du Sahel, le tombeau de la Chrétienne ; ces per- 
spectives sont admirables. 

Nous traversons Douera , Dely-Ibrahim , Ben-Aknoun , Abian , 
réunion de jardins charmants , et arrivons a Alger à cinq heures 
et demie du soir. 

Nous ne pouvions, avant de quitter cette ville, nous dispenser 
de visiter les exploitations de deux cultivateurs du Nord , 
MM. Rouzé et Chuffart , qui ont transporté nos judicieux procédés 
agricoles sur la terre atlantique. 

Le 19 décembre , nous allons à Ouled-Fayet , où s'est établi 
M. Rouzé de Douai , qui cultive 80 hectares selon la méthode fla- 
mande , modifiée selon les exigences du pays. Son assolement se 
compose ainsi : orge après fumier , blé , jachère ; lorsqu'il ne pos- 
sède pas assez de fumier pour procéder de cette façon , il com- 
mence par la jachère, puis orge et blé après fumier. 

La jachère produit, selon les années , une herbe touffue qui est 
fauchée, ouïe grand sainfoin d'Espagne, qui s'élève jusqu'à 1 mè- 
tre 50. Un labour ou un binage est toujours exécuté après la ré- 
colte ou après la fenaison, pour préparer la terre qui doit ètreense- 
mensée à l'automne ou qui doit donner du fourrage. M. Rouzé fait 
entrer souvent dans son assolement , en place de la jachère ou des 
céréales, les plantes commerciales qui enrichissent la Flandre, le 
lin , le colza , la cameline , le tabac ; elles ont toutes parfaitement 
réussi. 

Ses instruments sont ceux qui sont employés dans le départe- 
ment du Nord , c'est la même herse , le bineau , la petite charrue 
nommée brabant, entièrement en fer , etc. 

Le jour de notre visite à Ouled-Fayet , nos agriculteurs avaient 
réuni plusieurs colons , MM. Renoux et Thomas , directeurs de 
l'atelier d'Alger, M. Ronnemain, inspecteur de la colonisation, etc., 
pour décider par expérimentation : quelle est la charrue à laquelle 
il faut donner la préférence ; de quelle manière il faut l'employer sur 
les pentes un peu fortes. Nos cultivateurs se mirent à l'œuvre, et 
nous firent l'honneur de nous admettre au jugement. Nous recon- 

19 



( 274 ) 
naissons, dans cette manière de procéder, la prudente et sûre 
conduite de nos intelligents praticiens, et nous suivons avec 
intérêt les épreuves et les discussions qui les suivent. 

De tontes les charrues , celle qui fonctionne le mieux nous 
semble évidemment celle qui est employée dans les environs de 
Lille, sous le nom de bradant. La charrue Dombasle et celle de 
Grignon, généralement adoptées par les colons , n'en sont (pie des 
modifications. Celle de Grignon paraît avoir obtenu la préférence, 
bien (pie la charrue Dombasle ait plus d'assiette et pénètre mieux 
le sol , parce (pie son versoir est moins écarté et que son coutre, 
placé en avant du soc, coupe mieux la terre. 

Ce sont ces modèles qui ont été adoptés par le gouvernement , 
et qui ont été exécutés en fonte dans le grand atelier d'Alger. 11 
y a quelques années , les instruments qui en sortaient avaient de 
graves défauts ; le cep , l'étançon et le soc étaient trop faibles et 
cassaient fréquemment. MM. Rcnoux et Thomas nous disent que 
les deux premières pièces ont été fortifiées , et que le soc est 
maintenant fait en fer. A notre avis, il faut adopter pareillement 
le fer forgé pour toutes les parties qui fatiguent. Le nombre des 
instruments eu réparation que nous avons vus, lors de notre visite 
du grand atelier, est pour nous la démonstration que nous sommes 
dans le vrai. On nous dit bien que les pièces en fonte se rem- 
placent facilement , tandis que les réparations sont presque impos- 
sibles dans les colonies isolées ; mais on peut avoir des pièces de 
rechange en fer aussi bien qu'en fonte ; elles casseront moins sou- 
vent , elles ne donneront pas un énorme poids à l'instrument , elles 
ne seront pas perdues quand elles auront été endommagées , on 
les enverra aux ateliers de réparation. Quant au bois , nous pen- 
sons qu'en raison des circonstances qui rendent les réparations 
difficiles , on fait bien de l'exclure de ces constructions. 

Le bra'jiint, la dombasle , etc. , qui ont des qualités si précieu- 
ses, ont cependant un défaut : ayant leur versoir fixe, elles ne 
peuvent travailler qu'en un seul sens ; elles ne peuvent tracer le 
sillon nouveau sur celui qui vient d'être tracé; elles doivent la- 



(275) 
bourer en carré , allant prendre successivement deux des côtés sur 
lesquels elles suivent une direction inverse. On perd ainsi le temps 
qu'on emploie pour aller d'un côté à l'autre , temps d'autant plus 
long, que la surface labourée devient plus large; et lorsqu'on en 
commence une nouvelle, parce que la première est excessive, on 
laisse entre les deux une partie basse qui n'est pas sans inconvé- 
nient. Pour obvier à ces défectuosités , plusieurs instruments ont 
été inventés et essayés ; le plus ancien est sans doute la charrue 
mahonnaise , qu'on nous avait vantée', à cause de sa simplicité , 
et qui n'est pas autre que la charrue arabe , à laquelle on a 
ajouté deux bâtons faisant oreille de chaque côté , à peu près 
comme dans notre bineau. Cet instrument ne peut faire un bon 
labour ; pour le faire marcher, il faut l'incliner fortement, de ma- 
nière à faire sortir de terre l'oreille opposée à celle qui doit faire 
l'office de versoir. 

La charrue du Nivernais, à oreille mobile et avant-train , a été 
essayée par M. Bonnemain ; son soc est trop étroit , son versoir en 
bois est mal attaché , et ne retourne pas la terre. 

La grande charrue à avant-train et versoir mobile, connue dans 
le Nord sous le nom de brabançonne , a fait un travail infiniment 
préférable ; elle a formé des sillons de 0, m 22 de large. 

Ce serait donc celle-là qu'il faudrait préférer , pour labourer 
dans les deux sens , en revenant sur le sillon qu'on a tracé , si des 
instruments d'invention nouvelle, n'avaient un versoir bien plus 
perfectionné. Nous avons trouvé à Ouled-Fayet une charrue con- 
struite par M. Thomas, qui a le versoir fixe et qui pourtant marche 
alternativement dans les deux sens ; elle a un double soc et un dou- 
ble versoir ; le mancheron et le palonnier pivotent sur l'axe de ma- 
nière à porter l'attelage alternativement devant l'un et l'autre soc. 
Cet instrument , qui fait vraiment honneur à M. Thomas, est 
précisément la charrue à double soc qui a été inventée dans les 
environs de Lille, et qui fonctionne presque exclusivement dans la 
ferme-école de M. Demesmay, à Templeuve. Seulement , la char- 
rue de Templeuve a reçu les perfectionnements qu'un long usage 



( m ) 

a indiqués comme nécessaires , et est bien préférable a celle de 
M. Thomas. Nous conseillons donc à nos compatriotes de prendre 
encore dans leur. propre pays la charrue à double soc, qui leur est 
nécessaire surtout dans les localités qui ont des pentes assez ra- 
pides. 

Pour suivre l'utile programme que s'étaient impose nos stu- 
dieux cultivateurs , il fallait décider dans quel sens on tracerait 
les sillons sur les pentes; s'ils seraient faits ensuivant la déclivité 
du terrain, ou s'ils seraient horizontaux. Nos colons avaient jusqu'a- 
lors adopté cette dernière méthode, parce qu'elle exige un effort de 
traction moins considérable que celle dans laquelle il faut marcher 
en remontant. L'expérience de noire collègue Denissel, qui habite 
l'Artois dont la superficie est montueuse , leur a fait comprendre 
que les sillons horizontaux en retenant les eaux les portent en 
abondance sur certains point, où elles ravinent le terrain ; que 
de plus , toute la couche labourée peut glisser sur le sol inférieur 
s'il est glaiseux et mouillé par les pluies, et arriver en une seule 
masse jusqu'au fond de la vallée. Il a donc été reconnu que la 
méthode suivie jusqu'alors devait être modifiée. 

M. Chuffart d'Ennevelin , près Lille, qui nous intéressait au 
même titre ( que M. Uouzé, et dont nous voulions connaître les pra- 
tiques, a établi sa culture près d'Alger. Il possède 36 hectares 
seulement; 12 sont soumis à l'assolement flamand, et reçoi- 
vent le blé , l'orge , la pomme de terre, l'œillette (pavot), etc. 
Dans ses jachères, ce n'est pas le sainfoin d'Espagne qui vient 
spontanément et alternativement avec l'herbe , mais la lupuline 
ou le trèfle jaune. La hauteur de ce fourrage naturel est notable. 
Quand on sème des plantes fourragères, on ne réussit pas. Tous les 
instruments de M. Chuffart viennent du Nord ; il possède la char- 
rue a double soc de Lille, et s'en sert avec beaucoup d'avantages. 
11 laboure le fond des vallées et le pied des pentes avec le brabani, 
et les flancs des coteaux avec la charrue à double soc ; il fait aussi 
ses sillons horizontaux, contrairement aux saines indications. 

Le vendredi, 21 décembre, par un temps magnifique, nous 



[ 277 ) 

quittons Alger, vers midi, à bord du Météore, commando par 

M Nous traversons le vaste golfe, dont la capitale de la 

France africaine occupe la pointe occidentale. Nous doublons le 
cap Matifou , et le soir nous sommes en vue de Dellys, dont la 
rade est ouverte et sans sûreté. La ville est bâtie sur le pen- 
chant d'une colline ; au pied sont de nombreux jardins, dans 
lesquels sont cultivés les excellents raisins qui approvisionnent 
. L'enceinte de Dellys est immense. Il a fallu pour défendre 
contre les Kabyles les terrains qu'on voulait cultiver , les entourer 
d'une muraille continue. C'est une dépense énorme, faite pour un 
assez mince résultat. 

Le 22 décembre , à la pointe du jour , nous sommes à Bougie. 
Le temps est devenu très-mauvais , mais nous trouvons un abri 
sur à l'ancrage que protège la montagne qui dérobe la ville à notre 
vue. Notre station à Bougie est courte, et nous continuons notre 
marche; le soir nous sommes en face de Djigelli , bâtie sur des ro- 
chers escarpés. La mer est très agitée ; les signaux du capi- 
taine du port font connaître d'abord qu'on peut toutefois amarrer 
au Corps-Mort, puisqu'il est dangereux d'approcher et qu'il faut 
prendre le large. Il faut donc virer de bord, en courant de grands 
risques de briser le navire sur le rocher. 

La nuit est affreuse , et me l'aligne d'une manière horrible. 

Le dimanche 23 décembre , à 9 heures du matin , nous sommes 
à Stora; il m'était impossible d'endurer la mer plus longtemps ; 
je me fais débarquer, me proposant de me rendre à Bonc par 
voie de terre. MM. Denissel et Duquenne poursuivent leur route, 
et je descends sur le rivage avec M. Bonncmain , qui vient d'Al- 
ger avec nous. 

Stora est un admirable port , qui est précisément à'Phillipeville 
ce que Mers-el-Kébir est à Oran ; ce qu'Arzeu-le-port , est au 
vieil Arzeu: la rade immense, au fond de laquelle on a bâti 
Philippevillc pour servir d'entrepôt à Constantine , se termine 
à l'ouest par une masse de rochers qui se recourbe à l'es! , «m 
forme ainsi un vaste abri , où les vaisseaux sont protégés contre 



( 278 ) 
les vents d'ouest et ceux du nord. Mais la pointe n'est pas assez 
prolongée pour le défendre contre le vent du nord-est, et la rade 
est trop ouverte pour qu'un violent ressac n'agite pas les flots 
sous le promontoire de Stora. Des rochers détachés, qui s'élèvent 
au-dessus de la mer et semblent le continuer , montrent qu'il sera 
facile de continuer cette digue naturelle, et de rendre plus vaste 
et plus sûr le magnifique port dont la nature a fait presque tous 
les frais. A quelque distance, au nord, vers l'entrée de la rade 
est un îlot escarpé qui pourra servir à la défense de la grande 
station que nous aurons dans le nord de la régence. On voit à 
Stora de belles citernes romaines et une fontaine qui est aussi 
antique , la maison du commandant , quelques auberges forment 
le commencement d'un établissement important , mais l'espace 
située entre la montagne et la mer est si exigu qu'à peine peut-on 
y construire quelque demeure. 

Un chemin , taillé en corniche , sur le flanc de la montagne , 
comme celui qui mène de Mers-el-Kébir à Oran, conduit de Stora 
à Philippcville. Il traverse deux petites rivières, un bois de chènes- 
liéges , s'éloigne un moment de la mer , et , après un développe- 
ment de 3 à 4 kilomètres, arrive à la ville bâtie au fond de la 
rade , entre deux montagnes élevées , sur une plage qui s'élève 
par une pente douce sur une longueur d à-peu-près un kilomètre. 
Le terrain s'abaisse ensuite à l'opposite de la mer , vers la vallée 
de la Zerumna qui va se jeter dans le Saf-Saf , lequel débouche 
dans la rade au-delà de la montagne de l'est. Philippcville occupe 
l'emplacement deRuscicada, qui a laissé de nombreux vestiges 
de la splendeur romaine. Près du débarcadère moderne sont des 
restes de quais de construction antique ; c'était là le vrai pori 
des navigateurs d'autrefois qui tiraient leurs navires sur la plage . 
j'ai vu pêcher en ce point de nombreuses monnaies romaines , 
dont j'ai rapporté de nombreux échantillons. 

Sur la montagne de l'ouest sont de magnifiques réservoirs qui 
ont été déblayés , et sont dans un état de conservation étonnant ; 
il semble que les anciens dominateurs aient quitté la ville hier. 



f 279 ) 

Ces réservoirs sont de formes variées, communiquent entre eux, et 
peuvent contenir 10,000,000 de litres d'eau. On voit les restes de 
l'aqueduc qui y amenait une petite rivière voisine. 

Près de là sont les restes d'un amphithéâtre dans lequel on a 
trouvé des statues , des colonnes , des chapiteaux en marbre, des 
inscriptions , etc. Au bas de la montagne , vers le point culminant 
de la ville sont d'autres citernes , au nombre de cinq, longues de 
30 mètres, hautes de 10 à peu près. On les a divisées en deux 
étages, qui constituent des caves. Au-dessus a été construit un 
magasin, qui déjà se lézarde. Enfin on rencontre sur la place de 
la ville des citernes qui contiennent encore 3 mètres de. terre et 
qui sont dans un état de délabrement considérable; elles vent être 
remises à l'autorité civile. Philippeville est divisée dans toute sa 
longueur par une rue principale, qui forme le commencement de. 
la route de Constantine. Les rues latérales s'élèvent des deux 
côtés , sur les flancs de la montagne, en formant un angle droit 
avec la voie principale. Les maisons modernes sont fort belles , 
pour la plupart. Sur la montagne de l'est ont été construits de 
vastes casernes et un fort bel hôpital , et plus bas une église mo- 
numentale, bâtie d'une manière si dispendieuse qu'on n'a pu 
encore l'achever. Par contre, on a terminé une élégante mosquée, 
qui s'élève sur la montagne de l'ouest , dans laquelle les fidèles 
musulmans se gardent bien d'entrer. L'enceinte de Philippeville 
est immense : on a voulu qu'elle ne fût pas dominée et on l'a con- 
duite jusqu'au sommet des deux montagnes, elle est formée d'une 
muraille crénelée et bastionnée. 

Je fus accueilli par le commandant Cartier , le chef de l'autorité 
militaire, ainsi que par M. de Manche , sous-préfet et par M. le 
capitaine La Brousse, chef du bureau arabe , qu ~?ulurent bien 
me guider. J'eus l'agrément de jouir à Philippe-» i- de la fin de 
l'exposition des produits agricoles qui était faite dans l'amphithe 
âtre antique, et dans laquelle je remarquai avec intérêt de beaux 
échantillons de coton blanc et couleur nankin. On l'avait cultivé 
sur un hectare 1j2 et il avait donné 700 livres par hectare. Les 



( 280 ) 

fruits n'avaient pas été négligés et parmi eux on remarquait 
des poires extrêmement belles. 

Le lundi, 24 décembre, j'allai visiter la pépinière, située près de 
la ville , dans la vallée de la Zerumna ; elle est fertile, bien arro- 
sée , et contient les arbres généralement cultivés en Algérie. Les 
prairies qui l'environnent sont couvertes de ces narcisses , que les 
dames cultivent dans leur boudoir (narcissus tazetta); ils sont en 
pleine floraison , et si nombreux que , en certains endroits , mon 
cheval ne peut poser le pied , sans en écraser une touffe ; l'air est 
embaumé de leur parfum. 

Je vais voir la propriété de M. Barrot , jolie maison , bâtie sur 
un plateau adossé à la montagne qui sépare le Saf-Saf du bassin 
de Bone. 

Je visite avec M. Desreumeaux , gérant de M. Barrot, les villa- 
ges de Vallée et Damremont , qui occupent de belles situations 
dans la vallée du Saf-Saf; ils sont bien bâtis, mais un grand 
nombre de maisons restent inoccupées , et les terres en triche. 
Puis je me rends , avec M. le sous-préfet, dans la propriété de 
M. Gourgas , l'une des mieux exploitées de l'Algérie : elle est 
située dans la vallée de la Zerumna , sur la route de Philippeville 
à Constantine ; la maison est entourée d'un mur d'enceinte cré- 
nelé; elle a eu a soutenir un siège contre les Kabyles qui habitent 
les montagnes du voisinage ; ils ont été repoussés avec vigueur. 

M. Gourgas a acheté 60 hectares de terre d'une nature un peu 
sablonneuse , dont une grande partie est en prairies : il cultive ble 
eiorge, alternant avec pâturages non fauchés ; ses jardins con- 
tiennent toutes sortes de légumes tels que choux, artichauds , 
pois, fèves, etc. Les pommes de terre, plantées après les premières 
pluies d'octobre, ont leur verdure parfaitement belle, elles seront 
récoltées en janvier . Une luzerne occupant un terrain bas a donne, 
cette année, 5 coupes , sans arrosement , et s'est conservée tout 
l'été. Les labours sont bien faits, avec la charrue Dombasle, irans 
versalementà la pente, conséquemment dans ries conditions peu ra- 
tionnelles. Les bœufs ne sont pas attelés par les cornes ; leur jou^;, 



( 281 ) 
selon la méthode arabe , est posé sur le gareau ; il consiste en une 
simple traverse posée au-devant de la dernière vertèbre cervicale 
et assujettie par deux attelles réunies au-dessous du cou , par une 
corde d'alpha qui ne touche pas la trachée artère. Ils vont rece- 
voir des colliers. M. Gourgas a fait de très nombreuses plantations 
d'arbres fruitiers , poiriers , oliviers greffés , pommiers , etc. ; 
les abricotiers de 5 ans sont superbes ; les orangers de h ans sont 
couverts de fruits ; 1500 mûriers ont été plantés, ils ont réussi 
partout, excepté dans les terrains argileux; ils croissent parfai- 
tement dans les terrains humides ; ces arbres , à basse tige , for- 
ment des lignes dans les prairies , en haies ils les entourent. Les 
pieds ont été achetés fr , 25 à fl , 50 ; la plantation a coûté 1 fr.; 
ils sont maintenant âgés de 4 ans , et ont permis d'élever deux 
onces de semences , qui ont donné 100 k. de cocons , vendus à 
4 fr. le k. Les frais de l'éducation se sont élevés à 125 fr. 

70 à 80 animaux de toutes espèces sont entretenus sur la pro- 
priété. On y fait des élèves de chevaux ; les vaches y donnent par 
jour de 5 à 8 litres de lait , dont on tire d'excellent beurre , qui 
est vendu à la ville. 

Après avoir étudié en détail cette intéressante exploitation , je 
visitai la terre de M. Manche qui n'est séparée de celle de 
M. Gourgas que par l'ancien lit de la Zcrumna. Là encore on a 
exécuté un de ces travaux dispendieux , sans motif sérieux : on a 
redressé la rivière pour satisfaire à la passion des alignements , 
et chaque jour, le torrent impétueux, rouge des terres précieuses et 
tend à reprendre son ancien cours. Les bois de cette propriété ont 
été rudement atteints par le terrible incendie qui parcourant toute 
la campagne, en brûlant les herbes sèches, vint envelopper et 
menacer Philippeville. 

En revenant, le sous-préfet recevait les salutations de beaucoup 
d'Arabes ; ainsi les magistrats civils imposent le respect , el , 
selon lui , leurs délégués ont une action parfaitement effleace : un 
gendarme peut aller faire toute réquisition ou une arrestation 
dans les tribus , pourvu qu'il soit en uniforme. D'après son avis 



( 282 ) 
l'autorité militaire favorise trop les Arabes : si des objets sont 
volés , elle fait donner la moitié de la valeur à eeux qui aident à 
les retrouver ; elle a fait porter à 2 fr. la journée des manœuvres 
indigènes , etc. 

Le mardi 25 décembre, je vais avec le capitaine Labrousse visi- 
ter le village de S. '-Antoine situé au-delà de la propriété de 
M. Gourgas , sur la route de Constantine ; il est entouré d'un 
fossé en partie rempli par des éboulements et qui forme une en- 
ceinte bien* peu sûre; les maisons sont peu nombreuses, et 
ne sont pas toutes habitées ; les cultures sont excessivement 
restreintes ; on prend à peine le soin de faucher les prairies. 

De S. t Antoine nous poussons jusqu'à S. '-Charles ; pour at- 
teindre ce dernier village il faut franchir le faite assez élevé qui 
sépare la Zerumna du Saf-Saf. On a le projet d'établir la route 
de Constantine dans la vallée du Saf-Saf, depuis Philippeville 
jusqu'à S.t-Charles : mais tant d'autres voies sont à construire 
qu'on jugera peut-être à-propos de différer ce changement. On 
reconnaît en traversant le pays que les vallées sont étroites et les 
montagnes hautes , la sécurité est conséquemment difficile à 
obtenir , et l'espace ouvert au travail européen peu étendue. 

Avant d'arriver à S. '-Charles, on traverse le pont de l'Oued 
Zerga, qui débouche dans le Saf-Saf, et qui avait primitivement 
donné son nom au village. Celui-ci est entouré d'un fossé ; il n'a 
qu'une douzaine de maisons , ses cultures sont presque nulles. 
L'hôtelier , à qui je demande s'il est colon , me répond , avec un 
accent provençal « pas si bête. » Il a en effet un métier plus 
lucratif, car il rançonne terriblement les voyageurs. M. Fouet, 
le seul cultivateur sérieux , peut être , me dit que s'il pouvait 
retrouver le quart de ce qu'il a dépensé, il abandonnerait le pays. 
Le caïd des tribus voisines a fait bâtir une maison sur les hauteurs 
qui dominent S. -Charles; elle lui a coûté 36,000 fr.; il en possède 
une autre à Philippeville. C'est un brave soldat , dévoue à la 
France, dit-il. 

Nous allons jusqu'au pont de l'Oued-Amar , qui est en ron- 



( 283 ) 

struction , et qui doit remplacer le pont de bois que traversent 
actuellement les voitures qui vont à Constantine. Une belle car- 
rière a été ouverte et fournit les matériaux de l'utile travail qu'on 
entreprend. Déjà le pont a été enlevé une fois par le torrent im- 
pétueux ; les piles actuelles ne sont pas exactement parallèles au 
courant ; espérons qu'elles ne seront pas de nouveau renversées. 

Près de là est un pont romain , dont il ne reste que quelques 
assises disjointes. Il est situé sur la voie antique , difficile , 
raboteuse , qui s'élève sur des hauteurs considérables d'où l'on 
aperçoit les monts élevés qui séparent le bassin du Saf-Saf de 
Guelma. 

Les lions sont communs dans les montagnes autour de S. { - 
Charles : un chasseur nous dit en avoir vu un le jour même ; un 
charretier en a rencontré 3 il y a peu de temps. 

Le mercredi 26 décembre, je prends la diligence qui vaà Cons- 
tantine , je constate ainsi que les moyens de communications sont 
en progrès. Le temps est affreux, tous les ruisseaux sont devenus 
des torrents terribles. La route est déjà défoncée, bouleversée, 
perdue en certains endroits ; pourtant les matériaux cassés for- 
ment de nombreux approvisionnements sur sa crête. S'ils avaient 
été répandus à temps on aurait évité d'immenses dégradations. 

Au-delà de l'Oued-Amar la vallée s'élargit ; à 2 kilomètres on 
rencontre Gastonville, j'y retrouve M. Bonnemain. Le pays devient 
de plus en plus montueux jusqu'à El-Arouch, ancien camp établi 
sur une colline , entouré de terrains sans broussailles. On y voit 
des cultures arabes étendues : mais bientôt se montrent les oli- 
viers , ensuite les broussailles ordinaires ; puis le palmier nain 
couvre la terre ; on commence à gravir par une pente longue et 
raide les monts qui séparent les eaux du Saf-Saf de celles du 
Rummel. La route se déploie en lacet sur la montagne âpre , ro- 
cheuse, presque semblable au Zaccar ou au Nador, et arrive à El 
Kantour , auberge construite près du col qu'on suit pour passer 
entre les pics des Toumiei. On déjeune en ce lieu , vers î heure. 
La vue est magnifique, quand le ciel est serein; maison ne voit 



( m 

pas a 4 pas devant soi; les nuages qui vous touchent laissent 
échapper une neige épaisse. 

\pivs avoir franchi le col on descend , à travers un pays tour- 
menté , nu , ne montrant pas un buisson , en partie cultivé , en 
partie couvert d'herbages au printemps ; on franchit plusieurs 
vallées, et on atteint Smendou , ancien camp, entouré d'une 
muraille crénelée, bastionnée, défendant quelques maisons; la 
terre qui l'entoure est presque sans culture. 

La route touche ensuite Hamma , situe dans une plaine basse, 
cultivée , couverte d'oliviers , de dattiers , d'orangers , de fruitiers 
de toutes espèces, et de légumes variés qui approvisionnent 
Constantine. 

On passe leRummel sur le pont d'Aumale construit en bois; on 
s'élève ensuite sur les flancs du Coudiat Ati ; enfin on entre dans 
Constantine; il est 9 heures du soir quand nous y arrivons 

L'antique Cirta , la capitale des rois numides , la ville restée 
purement arabe , la grande forteresse africaine qu'on croyait à 
l'abri de nos coups, et qui coûta cher, en effet , à notre armée, 
Constantine est bâtie sur un rocher coupé à pic, de 200 mètres de 
haut, entouré presque dans tout son contour par le Rummel, et ne 
tenant au Coudiat-Ati que par une langue de terre profondément 
entamée par un ravin. Le rocher qui forme l'autre rive du Rummel 
et qui est fort rapproché de celui qui porte la ville est aussi taillé 
à pic ; il se nomme le Sidi-Missin ; il est séparé aussi par un ravin 
de la chaîne constituée parleMansour, et Sidi Mabrouck , monts 
voisins sur lesquels sont des ouvrages d'attaque qu'on nomme 
encore la Batterie des Tunisiens. Entre les deux rocs immenses 
entre lesquels le Rummel s'ouvbc un passage, sont jetés deux ponts 
naturels , l'un plus bas, sous lequel s'engouffre la rivière et sur le- 
quel a été bâti le pont (AI Cantarajpar lequel débouchait le chemin 
des Turcs : il est à deux étages , l'inférieur d'origine romaine , est 
formé d'une arche dont le massif contient une pierre sur laquelle 
sont sculptés deux éléphants se regardant , et soutenant par leur 
trompe une sorte de statue. L'étage supérieur est formé de plu- 



( 2 85 ) 
sieurs arches dont une est de construction romaine ; les autres , 
reconstruites par les Turcs , sont encore soutenues par leurs étais. 

Le deuxième pont naturel , en aval du premier , plus élevé , 
effrayant de hardiesse, impraticable, ne dérobe pas la vue du Rum- 
mel, qui coule rapidement sous son arche, et se précipite au-delà, 
en une cascade de 50 mètres de haut. En ce point une prise d'eau 
a été établie par les Romains : construite contre la base du rocher, 
elle n'est souvent retenue que par quelques madriers. Le génie la 
remplace par une galerie à travers roc. Elle va alimenter un 
moulin français et plusieurs moulins arabes ; rien n'est sauvage, 
terrifiant comme cette étroite vallée dans laquelle nous n'avons 
pu pénétrer qu'en nous cramponnant aux rochers , en marchant 
souvent sur nos genoux , risquant de tomber à chaque pas dans 
le gouffre. Ces immenses murailles de roc qui surmontent le torrent 
sont pourtant tapissées de cactus , dont les Arabes vont recueillir 
les fruits, pour lesquels, nous dit-on, ils payent à la ville la 
somme de 10,000 fr. ; nous donnât-on pareille somme, nous ne 
voudrions pas les aller chercher. 

On juge par cette description les difficultés qu'on devait ren- 
contrer pour emporter une pareille position, surtout si l'on n'était 
pas abondamment pourvu de tous les appareils de siège. La pre- 
mière attaque , celle du maréchal Clausel , eut lieu par Y Al Can- 
tara; nos soldats allèrent placer un pétard sous la porte qui fer- 
mait l'entrée alors unique , tellement étroite et tortueuse qu'elle 
était impraticable aux plus petites voitures. La machine de guerre 
ne produisit aucun effet , et notre armée assaillie par des temps 
affreux fit la plus pénible retraite. L'attaque du général Danré- 
mont , qui y fut frappé d'un boulet , et qui fut remplacé par le 
maréchal Vallée, eut lieu parla langue de terre ravinée qui unit 
Constantine au Coudiat-Ati: là fut pratiquée la brèche; là fut 
conduit l'assaut qui nous coûta tant de monde. 

Depuis, la brèche a été remplacée par une porte , à laquelle on 
a donné le nom de Vallée. Selon toute probabilité une entrée a 
existe autrefois sur le même emplacement, car on voit, dans la 



(286 ) 
ville , très près de là , un reste de porte romaine. Dans le mur 
d'enceinte se retrouve une tour carrée et un pan de muraille qui 
paraissent aussi antiques. Le ravin a été comblé, la langue de terre 
élargie assez pour qu'un marché y soit établi; sur la pente est un 
fondouck et une sorte de village arabe. Cette porte conduit au 
pont de bois du Rummel sur la route qui mène à Philippeville, à 
la cascade et aux moulins ; dans cette direction on rencontre des 
thermes de construction fort ancienne : une arcade donne accès à 
un escalier d'une douzaine de marches qui mène à une salle sou- 
terraine voûtée , enfermant un bassin irrégulier , plein d'une eau 
limpide , dont la température est de 16 degrés à-peu-près : des 
soldats et des arabes s'y baignaient au moment de ma visite. L'eau 
qui s'échappe du bassin va former un lavoir sur le flanc de la 
montagne. Au-dessous delà cascade, la vallée du Rummel est d'un 
aspect moins sauvage , couverte de nombreux jardins irrigables ; 
on pourra en utilisant la grande chute répandre fort loin la fertilité. 

La ville de Constantine a conservé la plupart de ses anciennes 
rues , labyrinthe inextricable formé de maisons misérables : dans 
une des meilleures rues est l'Hôtel de la République , assez pauvre 
auberge. Une rue moderne et une place ont été formées près de 
la demeure du général commandant. 

La Casbah est très forte et très remarquable : d'un côté elle 
défend la ville, de l'autre elle la domine. On y a réuni une grande 
caserne, un bel hôpital, la direction d'artillerie, une salle d'arme, 
un parc à projectiles, etc. Elle est, bâtie sur le bord même du rocher 
perpendiculaire dont la base est lavée par le Rummel. Du côte de 
la ville elle est fermée par une forte muraille , qui n'est pas 
encore achevée. L'enceinte de la ville elle-même n'est pas encore 
complétée du côté qui regarde le Coudiat-Ati. Le terrain de ce 
côté est extrêmement escarpé , et l'on ne doit guères craindre 
que de hardis assaillants puissent le gravir ; pourtant il semble 
que les travaux de clôture doivent être terminés avant tous autres. 

Ce que la Casbah renferme de plus remarquable , ce sont les 
vastes réservoirs romains qui sont restés absolument intacts, et 



( 287 ) 

qui ont été utilisés par l'administration militaire: leur muraille 
fait partie de l'enceinte de la forteresse ; ils sont placés a côté l'un 
de l'autre, et forment, par leur réunion, un rectangle de 107 m. de 
longueur et de37m. de largeur; en dedans, leur profondeur est de 
12 m. L'eau y est maintenant amenée par un syphon, qui recueille 
les eaux des sources du Mansour, et des monts plus éloignés. 11 
descend sur Y Al Cantara et remonte pour distribuer les eaux dans 
la ville et les porter dans les réservoirs de la Casbah. 11 ne peut 
toutefois remplir ceux-ci que jusqu'à moitié de leur hanteur. 

Pour utiliser la partie supérieure, une voûte a été jetée au- 
dessus des eaux et sert de pavé à de nombreux magasins qui ren- 
ferment blé, farine, légumes secs, approvisionnement de toute na- 
ture, des armes , des forges, etc., etc. Au-dessus des citernes, 
sur leur maçonnerie inébranlable, a été élevée une vaste et belle 
caserne. Ces constructions éternelles font un contraste singulier 
avec nos édilices modernes : près de la porte Vallée a été bâti un 
magasin déjà tout lézardé. 

Au dehors de Constantine sont d'autres vestiges de la grandeur 
romaine : sur le sommet du Coudiat-Ati, sont des réservoirs. Les 
eaux du Bon Merzou y étaient amenées au dessus de la vallée du 
Ruinmel, par un immense aqueduc dont on aperçoit de très-beaux 
restes, elles pouvaient totalement remplir les réservoirs de la 
Casbah. On voit en ville quatre grandes arcades, qu'on regarde 
comme ayant fait partie de l'aquéduc qui partait des réservoirs 
du Condiat-Ati pour aller à ceux de la Casbah ; mais cela est bien 
douteux : l'une de ces arcades est isolée et semble une porte; les 
trois autres forment les trois cotés d'un carré; deux d'entre elles 
sont dans la direction de la Casbah, mais la manière dont elles 
sont assemblées ne fait pas penser qu'elles soutenaient les con- 
duits d'eau. 

Sur le flanc du Condiat-Ati a été élevé un monument au général 
Danremont, près du lieu ou il a été tué , et d'où est partie la 
colonne qui s'est élancée à l'assaut. 

Au bas , à l'entrée de la coupure étroite . à travers laquelle 



( 288 ) 
passe le Rimmel , il semble qu'on ait fait autrefois une retenue 
d'eau ; près de là est la caserne de cavalerie, et le magasin aux 
fourrages qui vient d'être incendié pour la deuxième fois; non 
loin de ce point, une mosaïque a été découverte daus une ferme, 
et expédiée à Paris. 

Malgré la neige qui ne cessa presque pas de tomber, durant 
mon séjour à Constantine, je mis le temps à profit, aidé que j'étais 
par les généraux Herbillon et Desallc , et je pus recueillir près 
d'eux les renseignements les plus instructifs. 

Le général Desalle, commandant la subdivision de Philippe- 
ville, aima à se souvenir qu'il avait été député avec moi , et me 
reçut avec des sentiments bien affectueux, et des prévenances 
infinies. Il voulut que sa demeure fût pour ainsi dire la mienne, 
il habitait une ancienne maison de peu d'apparence. I.à, avec six 
commis, il expédiait toutes les affaires de la province, avant l'in- 
stitution de la préfecture. Celle-ci a trente employés, et des auxi- 
liaires militaires sont encore nécessaires : il faut dire toutefois 
que les affaires s'accroissent sans cesse. 

Le général Herbillon , commandant la province, habitait l'an- 
cien palais du Dey : il est bâti comme les maisons mauresques 
d'Alger, mais les menuiseries, les peintures, etc., sont infiniment 
plus grossières. En revanche, elle est beaucoup plus spacieuse et 
se compose de plusieurs cours successives, plus vastes, et plantées 
d'orangers, de bananiers, etc. Les galeries qui les entourent sont 
plus larges, portées par une double rangée de colonnes de marbre 
blanc, à nervures spiralées, octogones, etc. Elles sont fermées par 
des grillages en bois sculpté, pavées en marbre, tapissées de car- 
reaux de fayence ; tout dans cette belle demeure est disposé pour 
entretenir la fraîcheur, au milieu des étés brûlants , ce qui paraît 
un soin bien malencontreux quand le froid est le plus vif et que 
la neige tombe en abondance. Aussi, le général est-il comme réfu- 
gié dans un petit cabinet où l'on avait trouve moyen d'établir une 
cheminée; les fenêtres de ce cabinet, comme celles de presque 
tous les appartements des Maures, sont formées de deux parties 



( 289 
une trop haute, l'autre trop basse; cette dernière parfaitement 
placée pour des gens qui se posent a terre, sur des coussins 

Le général Herbillon revenait de Zaatcha, il eut la bonté de me 
conter mille détails du terrible siège de cette forteresse fameuse : 
son enceinte est flanquée de tours très-rapprochées, entourée d'un 
chemin de ronde défendu par un mur extérieur Les brèches ont 
été faites par le canou et la sape ; on est arrive au mur par des 
galeries blindées Les batteries, comme les galeries, étaient for- 
mées au moyen de troncs de palmiers. Les assiégés liraient si bien, 
que tout ce qui se montrait dans les embrasures était frappé; ils 
venaient attaquer nos têtes de sape , incendier les pièces de bois 
qui les couvraient ; ils inondaient nos travaux par des retenues 
d'eau habilement faites; ils montraient le plus grand sang froid 
dans leur défense, ménageaient leur feu avec beaucoup de soin, 
et ne tiraient, pour ainsi dire, qu à coup sur ; ils s'étaient accoutu- 
més a nos bombes et a nos obus , et se riaient de nos grenades , 
on les entendait plaisanter quand elles éclataient. 

La ville plus basse que l'enceinte , a été prise a la fois par 
les terrasses et les rues. La colonne qui a suivi cette dernière voie 
a beaucoup souffert, parce, qu'on lui envoyait des balles par toutes 
l»>s ouvertures ; l'autre a jeté les assiégés dans les rues, a pénétré 
d'étage en étage, enterré sous les décombres les fanatiques rausul 
mansqui, accules dans les caves, tiraient encore des coups de fusil 
par les soupiraux, quand Zaatcha n'était plus qu'un monceau de 
ruines. On trouva parmi eux plusieurs déserteurs qui avaient 
éclairé leur défense, et dans leurs mains des fusils de munition 
qui avaient ele rapidement transformes, pour recevoir un silex. 

Si le général qui revenait des limites du Sahara me donnait des 
renseignements précieux sur les oasis, le général Desalle, qui 
avait étudié profondément toute la province, m'instruisait, avec 
une complaisance inépuisable, des- particularités qui la concer- 
naient et complétait ies idées que je recueillais par l'inspection 
des lieux. 

Constantine, située sur le versant sud du petit Atlas, comme 
>iedeah, Milianah. et séparée des vallées maritimes par les crèîe» 

20 



290 ) 

d El Ka&tour, comme ces dernières cités le sont par le Zaccar et 
le Nador, est encore dans un pays très-montueux , mais a quel- 
ques lieues de la s'ouvrent des plaines immenses, nues, dans les- 
quelles s'élève Sétif. Elles s étendent des frontières de Tunis , aux 
portes de ter. elles se relient a la Mitidja par l'Hamza et la cou- 
pure de l'Harache; Aumalc commande ces communications; les 
plaines de Setif sont à une assez grande élévation; leur tempé- 
rature reste donc propre à la culture des céréales, et elles en pro- 
duisent effectivement des quantités considérables. Au-delà est le 
plateau de l'Aurès, habité par une race particulière qui parle une 
autre langue que les Kabyles et dans lequel on pénètre par des 
défilés dont le nombre ne dépasse pas trois, et dont le principal 
est celui deBatna, où nous tenons garnison. Au delà de et; massif 
est le Sahara, qui s'abaisse insensiblement de manière a n'être 
plus au-dessus du niveau de la mer : il est parsemé d'oasis qui s'é- 
tablissent sur les cours d'eau qui descendent de l'Aurès, ou auprès 
des sources qu'on fait jaillir de puits plus ou moins profonds. 
Sa haute température et son sol sablonneux le rendent géné- 
ralement impropre a la culture des céréales, c'est le pays des 
dattes. Dans ces régions est Biskara oit nous entretenons un bu- 
reau arabe. 

Le dattier, qui exige des soins constants, rend la population 
sédentaire et industrieuse : elle fabrique des burnous, des tapis, 
etc.; les nomades parcourent le Sahara pendant l'hiver ; ils se reti- 
rent successivement au printemps sur les hauts plateaux , après 
avoir vendu des laines dans les Oasis dont ils emportent les tissus 
et les dattes ; durant l'été ils arrivent dans le Tell ; beaucoup y 
possèdent des terres, ils viennent faire leurs moissons , ou aident 
ceux du Tell à faire la leur; ils vendentl'excedant de leurs toisons. 
les tlattes et les tissus des Oasis , et prennent en échange le ble 
et les produits de l'industrie et du commerce européen. 

Constantine est ainsi un grand marche de laines et de blé : eu 
certaines saisons des convois de chameaux v apportent 1,500 a 
2,000 quintaux de blé par jour. Les laines qui ne sont pas ven- 
dues aux Arabes, sont exportées. Nos négociants en achètent déjà 



291 ) 

d'assez grandes quantités ; ils vont traiter dans les tribus, et font 
même des avances. Mais les plus grandes quantités de laines 
exportées par les nomades s'écoulent vers Tunis, en passant par 
Tebessa. Elles sont vendues généralement aux Anglais , qui les 
revendent ensuite a nos fabricants : ainsi Tourcoing achète en 
Angleterre les laines algériennes qu'il consomme. Un tel état de 
chose est fâcheux : il tient à ce que les marchandises anglaises 
données en échange , sont préférées des Arabes à cause de leur 
prix plus bas , de leur qualité plus loyale, de leur aunage plus sûr. 

Constantine est habitée par un gTand nombre des chefs de la 
plaine ; ils facilitent nos rapports avec les tribus et nous servent 
en quelque sorte d'otages ; mais ils tendent à abandonner cette ré- 
sidence, où l'on prétend les assujettir aux exigences delà vie 
européenne; le Musulman ne peut admettre qu'on pénètre dans sa 
demeure : notre administration ne respecte pas leurs privilèges , 
l'huissier veut avoir accès partout, etc. Peut-être aussi, le prix des 
denrées est pour les indigènes une cause qui les dispose à quitter 
la ville : à notre arrivée, un mouton y valait 2 fr. , aujourd'hui il 
s'y vend 8 fr. : le bois que porte un âne de très-petite taille se 
vend de 3 à 5 fr., etc. 

.le me disposais , en quittant Constantine , à me rendre à Bone, 
par Guelma , en marchant de conserve avec une compagnie de 
Spahis qui devaient se rendre à ce dernier poste , en campant 
aux étapes ordinaires. Mais le temps était affreux ; les monta- 
gnes étaient couvertes de neige, les ruisseaux transformés en tor- 
rents; les rivières débordées et sans gués. Les avis reçus parle 
général Desalle lui annonçaient que les chemins étaient imprati- 
cables; il me déclara qu'il fallait renoncera mon projet, et qu'il 
ferait passer sa compagnie par El Arrouch, St-Charles et Jemmapes. 

Je reprends donc la route de Philippeville le 29 décembre, avec 
M. Bonnemain. Nous revoyons Hamma, Smendou; nous repassons 
les monts , et dînons a El Kantour. L'hiver sévissait autour de 
nous : la neige couvrait les monts et les vallées, le froid était très- 
vif , les raffales violentes , c'était une véritable tourmente, dange- 
reuse sur des pentes si abruptes. Sur la descente nous rencon- 



29-2 

tron-- de> trpupeaux de mouton» qui gagnent des. région» moiui 
élevées et lionl le passage est indique par les nombreuses bête^ 
mortes qui restent sur la route. Dans la plaine, la chaussée est 
bouleversée de fond en comble par les énormes charrettes pro 
vençales, dont les roues s 'enfoncent jusqu'à l'essieu dans le 
gravier dont la couche avait ete laissée sans épaisseur : je coin 
prends pourquoi ou dit vulgairement que la pierre d'Afrique n'a 
pa$ de iutitlite. Nous voyons des voitures tirées par dix-huit mulets 
qui ne peuvent les sortir des ornières; l'une est brisée et barre 
complètement le passage : il faut décharger la diligence, et la 
transporter, pour ainsi dire, au-delà de l'obstacle. .Notre voyage 
devient extrêmement pénible : autant il est facile quand le temps 
est beau, et le chemin en bon état, autant il est dangereux el 
dilticultueux dans cette saison . quand la chaussée a éprouve 
d'énormes avaries. Nous voyons passer un détachement de soldats 
libères, sortant presque tous de l'hôpital, s'en allant , par une 
neige épaisse, se faire désarmer a Sétif! Ils faisaient ce pénible 
voyage parce qu'il y a beaucoup de détails a régler, nous dit 
! officier; il faut donner des capotes vieilles a la place de celles 
qui sont neuves , etc. . etc. Certes . l'Etat perdra plus en journées 
d'hôpital et frais de route, qu'il ne gagnera a ce changement, et 
ces pauvres enfants de la France souffriront bien! 

Quelques éclaircies nous permettent de profiter du magnifique 
point de vue dont on jouit de l'élévation d'El Kantour. 

Au bas de la montagne, sur l'ancienne roule, est une grande 
habitation entourée de cultures; au loin, ou aperçoit El Arrouch 
à travers une vallée étroite et contournée ; nous y arrivons le soir; 
on nous fait un grand l'eu, alimenté par des bûches d'olivier, dans 
une auberge assez bonne. 

Kl Arrouch est bien situe, bien bâti; d a toutefois souffert 
beaucoup du choiera ; il a une caserne . une jolie église , de*, 
fontaines, qui reçoivent leurs eaux par un très long aqueduc cou 
vert eu maçonnerie, l'enceinte est formée d'un fosse avec parapet 
Les habitants delà ville ont entrepris peu de cultures ; Us on] 
vécu longtemps avec le commerce auquel donnait lieu une nom- 



293 

breuse garnison. Il faudra qu'ils changent la direction de leurs 
affaires. 

Nous visitons la maison de M. Ricetti, qui esi. avec une belle 
sœur, le seul reiie d'une famille composée de trois ménages : 1p 
choiera a enlevé les autres personnes. I! possède une machine à 
battre le ble , composée de cylindres qui prennent la paille, et 
d'ailes tournantes qui la frappent vivement . et un moulin propre 
a la fabrication de l'huile d'olive , compose d'une meule hori 
zontale sur laquelle roule une meule verticale: il sert ;i extraire 

I huile des olives sauvages: un quintal de ces fruits produit neuf à 
dix litres de première expression : nous l'avons trouvée de très-bon 
goût. On obtient par une deuxième pression deux à trois litre- 
d'huile à brûler. On évalue ainsi à 12 p. 0/0 le rendement des 
olives . tandis qu'en Italie, les oliviers greffés donnenl vingt litres 
par quintal de fruits et jusqi) à trente litres dans les années extra 
ordinaires. On achète trois francs le quintal d'olives sauvages : 
donc l'huile qu'elles fournissent coulerait vingt cinq centimes le 
litre: les frais de fabrication sont évalues au cinquième de l'huile : 
au moins quand M. Ricetti fabrique a façon, il retient un cin- 
quième de l'huile pour son travail : l'huile revient donc a trente 
centimes. 

M. Ricelti a fait greffer 2,000 oliviers ; 7 a 800 greffes seulement 
ont réussi; a la deuxième année elles ont déjà donné quelques olives. 

II a eu un grand nombre d'insuccès , parce que les Arabes de 
pouillent les greffes des chiffons et des ficelles qui les maintien- 
nent, soit pour s'emparer de ces objets, soit pour voir en quoi 
consiste l'opération, soit enfin pour nuire aux colons : la tribu des 
Saouedi s'est ainsi vengée parce qu'elle a été condamnée à payer 
350 francs pour avoir coupe ]e> mûriers de M. Ricetti, dans le 
but de faire des verges pour faire marcher les bœufs. 

Parmi les végétaux propres a la contrée, celui que je remarque 
avec le plus d'intérêt . est le lin : il est abondant dans le loin ré- 
colté aux environs d Kl Arrouch. et y acquiert nue belle taille. 

Le dimanche 30 décembre, nous quittons cette ville : l'on s est 
décidé à mettre des travailleurs sur la route; ils tâchent de la 



( 294 

sauver en la saignant, en faisant couler la boue, en répandant le* 
pierres réunies sur les accotements. On consomme beaucoup de 
matériaux et de journées, et l'on fait une besogne peu durable 
Nous visitons Gastonville, colonie agricole, qui a compté 120 fa- 
milles et 60 célibataires, formant une population de 540 personne*, 
que les départs ont réduite a 428. Après- le choléra, on ne comp- 
tait plus que 22 familles, 11 célibataires et 11 veuves; 199 per- 
sonnes (62 hommes, 49 femmes et 88 enfants) étaient morts du 
8 au 31 octobre. A cette liste funèbre , il faut ajouter 7 ouvriers 
et 14 Arabes. La colonie est dirigée par un capitaine, fort zélé; 
elle possède 1870 hectares; les défrichements ont été faciles; 
300 hectares ont été mis en culture par les colons ; la charrue de 
Grignon a été adoptée, elle est tirée par quatre bœufs ; on a ajouté 
un avant train a quelques-uns de ces instruments, qui alors fonc- 
tionnent au moyen d'un attelage de deux bœufs. 

On a semé 222 quintaux de blé dur, et on n'a récolte que 
220 quintaux . mais on en a perdu 500 quintaux par l'incendie, 
et par l'abandon force des travaux : on battait le grain quand est 
arrivé le choiera. Le capitaine a soigneusement fait conserver le 
foin et la paille , au lieu de les livrer aux colons qui les auraient 
vendus ; il a aussi conservé un beau troupeau de porcs pour la com- 
mune, pour laquelle il a encore réservé les oliviers. Ces arbres 
feront la richesse du pays ; ils croissent partout , et descendent 
jusqu'à la rivière. Il a envoyé les olives récoltées à M. Ricetti. 
L'huile a été distribuée aux colons qui avaient récolté les olives : 
si l'on admet qu'elle valait 1 fr. 40 le litre, ils ont ete payes pour 
leur travail , les hommes 2 fr. 50 par jour, les femmes 1 fr. 50, 
les enfants <) fr. 75. 

Les maisons de Gastonville sont faites avec beaucoup de soin ; 
quelques habitants ont construit un plancher pour former une 
chambre haute. Presque tous désirent cette amélioration. Des clô- 
tures et des gourbis sont joints a presque toutes les maisons ; on 
a bâti une belle porcherie , et un hangar pour le troupeau com- 
munal. 

^e capitaine se charge de faire les fosses nécessaires à l'assp- 



( "295 

chement; mais il réclame instamment l'empierrement des rues : 
npn ne nous semble, en effet, plus indispensable; elles sont en 
r e moment des bourbiers impraticables. 

Les Arabes ont été associés aux travailleurs européens. On les 
paie en leur donnant la jouissance d'un terrain égal a celui qu'ils 
cultivent, et les instruments de travail avec la semence. En somme, 
cette colonie dirigée avec beaucoup d'intelligence, et de dévoue- 
ment, semble devoir entrer dans la voie du succès. 

De Gastonville nous nous rendons à Hobertville. village éloigne 
delà route de quelques kilomètres, et situé au haut d'une vallée 
large, ouverte, d'un superbe aspect, mais dont le fond est maré- 
cageux ; elle pourra pourtant être, desséchée. Un charmant 
bois d'oliviers forme le domaine communal. Je conseille de pré- 
poser un homme à sa conservation. L'huile paiera facilement les 
Irais de garde. 

Robertville est sous la direction de M. Fontaine , capitaine du 
génie; un fosse et un mur l'entourent; de grands déblais ont été 
faits pour obtenir des chemins droits; je ne puis m'empècher de 
dire qu'en Afrique celui qui remue la terre, travaille comme le fos- 
soyeur, pour recueillir des morts. Beaucoup de maisons manquent 
encore de toitures; les autres sont couvertes en planches; quel- 
ques-unes bàlies sur un terrain en pente sont enterrées à l'une des 
extrémités. 

168 familles sont venues dans le village, il en reste 30 ; la moi- 
tié du délicit a été fait par la mort . l'autre moitié par le départ 
des colons. Il reste des veuves; je conseille beaucoup de ne pas 
les évincer de leur concession. 

Peu de travaux ont été exécutes, et les colons n'ont pas défri- 
ché la moitié de leur jardin intérieur; 50 hectares extérieurs ont 
été défrichés par les Arabes, les labours s'exécutent au moyen de 
la charrue de Dombasle attelée de six bœufs. Douze de ces ani- 
maux ont été distribués a six familles ; quatorze restent au génie, 
il n'y a pas d'approvisionnement de fourrages. Les plantations de 
mûriers faites autour du village, et. dans la vallée sont belles. On 
<e dispose à en planter de nouveaux. On a mis, en attendant, les 



296 

racines des jeunes sujets, dans un ruisseau. J'engage vivement à 
les retirer promptement. En résumé, Robertville n'a point eu de 
succès, mais de nouveaux colons arrivent. 

La journée a ete pluvieuse: pendant la nuit il a tonne, et 
continuellement neigé ; les rivières sont énormément gonflées , 
les routes presque impraticables, les montagnes couvertes de 
neige presque jusqu'à la base. Le général Desalle m'écrit qu'il 
n'a pu faire partir son détachement de spahis , à cause du temp< 
affreux qui règne dans la province; il ne pourra quitter Constan- 
tine que le 31 décembre, pour passer à Guelma clans le? premiers 
jours de janvier, si cela esl possible. Il me fallu! donc me résigner 
à abandonner mon projet de visiter ce point iutéressant. Tout ce 
qu'on pouvait encore tenter, c'était de visiter .lemmapes ; et encore 
la traversée du Saf-Saf, devenue une très-large rivière, était une 
entreprise dangereuse, .lemmapes est situé au pied des monts 
qui séparent la \ allée du Saf-Saf de celle du Fondeck ; le point 
de partage n'est pas fort élevé, et des qu'il est franchi, en suivant 
ce dernier cours d'eau qui débouche dans l'Oued-Kébir, on arrive 
eux le bord nord du lac Fetzara, puis dans la vallée de Houe, bmn 
aucune difficulté. 

Quoique Jenunapes soit éloigne de la roule de (lonslautine.il 
est donc important par sa situation, car il formera le premier jalon 
de la roule indispensable qui établira des communications entre 
Philippeville et Ll Arrondi d'une part. Boue et Guelma de l'autre. 
Le village s'étend sur -20 hectares, il est construit par le capitaine 
Prevot, du génie; la muraille d'enceinte a coûte 80,000 francs ! Son 
territoire est très-beau, et remarquable par ses oliviers. Les défri- 
chements sont a peine commences ; la population a été décimée 

Le 31 décembre, je prends place dans lo diligence de Constan- 
tine pour rentrera Philippeville. .le suis assez diverti dans la voiture 
des propos d'une vieille femme, qui s'évertue à molester le fils 
d'un caïd des environs de Saint-Charles . marie a douze ans. et qui 
s'exaspère contre la loi de Mahomet, qui interdit le paradis aux 
femmes. L'idée des Musulmans qui veulent trouver des femmes 
dans le ciel, niais qui n \ veulent pas les leurs, est de nature . en 



297 

effet, a l'offenser Je me réunis avec mes collègues dans la soir"? . 
a Philippeville. 

La nuit est horrible; les vents sont déchaînes ; la pluie tombe 
par torrents; la grêle lui sucrerie: les éclats du tonnerre ébranlent 
la maison. Il pleut dans toutes les chambres, tant ia tuile romaine 
est défectueuse. 

Pendant les journées du l ,,r , 2, ;i et 4- janvier, le temps reste 
le même. La mer est si violemment agitée, que les bateaux qui 
font le service entre Alger et Bone. entre Tunis et Marseille, ne 
paraissent point. Nous étions menacés de ne pouvoir quitter 
I Afrique et de faire un séjour force sur cette terre sur laquelle 
nous ne pouvions plus faire un pas . contraints de nous renfermer 
en nos chambres, occupant nos loisirs à lire les ouvrages publie-. 
*ur l'importante colonie de la France. Nous portions souvent nos 
regards sur la vaste rade, dans l'espoir de voir apparaître un navire. 
Enfin, dans l'après midi du \ janvier, a l'aide d'une longue vue. 
j'aperçus a l'horizon, une traînée de fumée. Un vapeur ! un 
\apeur ! fut le cri profère et répète. Le navire venait du nord-est : 
longue fut l'attente avant qu'il se dessinât, grossît, fût à l'entrée 
du golfe. Les signaux lui annoncèrent que l'état de la nier ne 
permettait pas qu'il entrât. H repondit qu'il amenait 800 hommes, 
qu'il n'avait plus ni vivres . ni eau. ni charbon . qu'il fallait au 
moins qu'il débarquât ses passagers. C'était le Sane. commandant 
Regnault , qui portait des troupes prises a (livila - Yecchia . 
qui avait passe huit jours en mer. au lieu d'y rester quarante huit 
heures, et qui était aux abois. On organisa un service de chalands, 
qui, maigre les vagues énormes qui roulaient jusque dans le fond 
du port . s'en allèrent successivement chercher nos troupes. 

En pleine nuit, par une pluie battante, nous nous mettons en 
route, malgré l'avis du capitaine fin port : nous suivons le chemin 
difficile de Stora . avec la pensée de nous embarquer. Les cha- 
loupes ne pouvaient approcher des rochers qui forment le quai-; 
elles y eussent été brisées : des Maltais nous prennent sur leurs 
épaules , et nous portent sur les chalands qui allaient chercher 
les derniers soldats. La mer est a lïreu sèment soulevée, nous 



( 298 

sommes forces d attendre longtemps, a bâbord , pendant qu'on 
rhargeait d'autres bateaux ; nous ne pouvions passer a tribord 
sans risquer d'être engloutis. 

Enfin, nous pouvons monter sur le Sané ; le commandant ne veut 
pas nous recevoir : il n'a rien a nous donner, dit-il . et ne sait 
comment faire route ; mais nous jugeons qu'il y a moins de danger 
a rester sur la frégate, qu'a descendre encore sur le chaland, et 
nous nous décidons à suivre la fortune du navire. 

La nuitesl terrible et sans sommeil ; ou ne peut lever l'ancre qu'à 
sept heures du matin, l'équipage était exténue. Le Sané se dirige 
sur Cagliari, ou il compte prendre du charbon , cruellement tour- 
mente toute la journée et la nuit suivante. 

Le dimanche , 6 janvier . a 9 heures du matin , nous enlron> 
dans la magnifique rade de la capitale de la Sardaigne, dans 
laquelle une immense quantité de vaisseaux avaient cherche un 
refuge. La ville, bâtie sur une colline dont la pente est tres-raide. 
est adossée * des monts assez élevés; au sud, elle a une plaine 
hasse occupée par des marais* salants en exploitation Elle a une 
darse; elle est entourée de fortins à tourelles, et paraît contenir 
de beaux monuments. De loin, elle nous semble présenter une phy- 
sionomie sarrasine qui pique notre curiosité. Mais nous ne pou- 
vons descendre; nous sommes en quarantaine a cause du choléra 
qui règne en Algérie. 

Cette circonstance nous fait désirer de reprendre la mer le 
plus tôt possible. Mais le Sane et son équipage avaient tellement 
souffert qu'il lui fallait huit jours pour se remettre en bon état, et 
faire ses approvisionnements. Heureusement pour lui , il put 
prendre son charbon, bord a bord, d'un navire anglais, au prix de 
30 fr. la tonne : partout où il y a acheteur il y a un anglais qui vend. 

Pour nous , nous fûmes également favorisés : sur la rade était, 
depuis plusieurs jours le Christophe Colomb . qui n'avait pu 
reprendre sa route . à cause du mauvais temps , et qui devait se 
diriger vers Civita-Vecchia, le soir même, si la mer le permettait. 
Quelques signaux amènent ;i bord le commandant du Christophe 
Colomb, et il nous déclare qu'il ne peut partir. I.e lendemain. 



299 ) 
il vient dîner a\ec nous; le soir, il nous emmené a son bord , et 
le mardi 8 janvier, a 4 heures du matin, il lève l'ancre. Pendant 
la journée, le navire serrant de près la Sardaigne, jouit d'une 
mer assez calme ; mais vers le soir il s'éloigne de terre, et, durant 
toute la nuit , il est cruellement ballote : tous les meubles sont 
culbutes dans les cabines. Le 9 janvier, le temps devient beau , 
mais nous avons vent debout; la mer est fort houleuse. Il nous 
eût été possible d'aller mouiller a .\aples ; mais la quarantaine 
nous en éloigne , et nous continuons a nous diriger vers Civita- 
Vecchia. Lorsque nous sommes devant ce port sans rade, abrite 
par une digue placée parallèlement a la côte, le commandant 
reconnaît qu'il est impossible au navire d'entrer dans les passes : 
il juge convenable d'aller chercher un abri à Porto- Herculo . 
et nous déclare qu'il ne peut nous débarquer, parce qu'il ne 
trouverait pas un officier qui voulût conduire le canot. Mais tous 
s'offrent à l'envi de nous mener à terre. Nous descendons dans 
le canot major, et bientôt nous traversons l'une des entrées du 
port construit par Trajan ; enfin nous foulons la terre d'Italie. 
La place était commandée par le colonel Ardent , mon ancien 
collègue a la chambre des députes. L'amiral Tréouard commandait 
les forces navales de la France. Avec leur concours, il nous est facile 
de visiter la ville et ses environs. Il ne nousétait pas possible d'ar- 
river aux portes de la capitale du inonde antique, de la métropole 
chrétienne, sans la visiter : nous poussons donc vers Rome. Nous 
v trouvons notre collègue Raraguay d'Hilliers , commandant en 
chef de l'armée française , occupant et gouvernant les états ro- 
mains. Nous sommes donc encore, en ce pays, sous la loi française. 
Le général nous met en rapport avec l'illustre M. Visconti. lepre- 
fet des antiquités de Rome; avec l'aide de ce spirituel et savant 
archéologue, nous parvenons a \oir rapidement la grande ville 
qui résume en elle la civilisation antérieure à notre ère. et celle 
enfantée par le christianisme, qui montre la puissance de la répu- 
blique et de l'empire romain, et celle des papes qui dirigèrent et 
formulèrent si longtemps la pensée chrétienne; nous vîmes avec 
recueillement les vastes monuments qui attestent les triomphes 
du peuple, roi qui vint s'asseoir aux spectacles du Colysée, et la 



| 300 

splendeur de la papauté qui héritait des richesses . des lois , des 
lettres, des arts de la terre payenne, et recevait les tributs de ton* 
les peuples de l'Europe soumis à la loi du Christ. 

Il n'entre pas dans notre plan de décrire les impressions que 
nous fit éprouver la vue de la ville éternelle; nous avons \ouln 
seulement indiquer comment peut se lier au voyage d'Algérie la 
\isite des contrées célèbres qui sont en possession d'attirer tous 
les touristes. 

Nous avions tant souffert a la mer que nous aurions voulu ren- 
trer en France par Florence et Gênes, mais la .saison était trop 
avancée, les neiges couvraient les routes des montagnes. Nous 
allons nous embarquer à Civita-Vecehia , le mercredi 16 janvier. 
\ers le soir. La mer est très-forte pendant la nuit ; au jour , nous 
voyons Monte-Christo. l'île d'Elbe, et à la fin de la journée , nous 
reconnaissons de près le cap Corse. La nuit est plus mauvaise eu 
core que la précédente : la vague lave le pont qui est couvert de 
soldats qu'on ramène en France : elle roule dans 1 entrepont . 
-ans que nos militaires, qui y étaient entassés, perdent un 
moment leur gaite. Au jour nous voyons les îles d'Hyères . au 
loin les sommets blanchis des \lpes. enfin nous sommes dans la 
magnifique rade de Toulon, et nous entrons dans le port, abritant 
alors un assez grand nombre de vaisseaux de haut bord, notam- 
ment le Yalmy de 120 canons . qui est tout arme et conserve 
son équipage au complet. Accueillis par l'amiral Hamelin , nous 
pouvons visiter en détail l'arsenal . le bagne, le bassin de Chate- 
lineau. la Hotte, le lazaret . tout ce que renferme d'intéressant le 
premier port militaire de la France, .le n'oublie pas de \isiterle 
jardin botanique . jardin d'essai qui précéda celui d'Alger, et j'y 
vois l'excellent M. Robert, auquel on 1 tant d'obligations les bota- 
nistes qui parcourent les régions qu'il a si utilement explorées. 
\|ires avoir donne quelques jours a ces intéressantes études, je 
reprends le chemin de Marseille, puis celui de Paris, en passantpar 
\i\. Lyon et Bourges dont je voulais voir la cathédrale, et le monu 
ment ou sont réunis . la mairie, la justice de paix . le tribunal, la 
cour d'appel, et qui lut jadis la maison de Jacques Cœur, donnant 
ainsi un dernier attrait a un voyage si intéressant par lui-même. 



301 



DE LA COLONISATION I>E L'AUiÉRIE 



\près avoir parcouru l'Algérie et apprécie ce qu'a produit 
une occupation de 22 années , on cherche , avec plus* de per- 
plexité peut être que ceux qui ne connaissent cette contrée que par 
des narrations plus ou moins complètes , si cette terre arrachée à 
la barbarie pourra entrer largement dans la \oie delà civilisation, 
au grand avantage de l'Europe , si la France pourra tirer proiit 
des immenses sacrifices qu'elle a faits, et coloniser la régence bar 
baresque, glorieuse entreprise a laquelle elle a été comme fatale- 
ment conduite ! 

Quand sous le règne de Charles X , l'expédition qui devait 
détruire le pouvoir du dey d'Alger fut résolue , assurément le 
ministère n'avait pas la pensée de fonder sur la côte septen 
trionale d'Afrique une nouvelle France agricole et commerciale , 
assimilée en tout point à la mère-patrie. 

Une question de dignité avait déterminé les armements, peut-être 
une question de politique intérieure se joignait-elle à la nécessité 
de punir une injure : des ministres qui méditaient de grands chan- 
gements dans la constitution du pays désiraient s'attacher l'armée, 
en lui donnant l'occasion de signaler de nouveau son courage par 
d'éclatants triomphes. Mais ils n'avaient pas conçu le projet d'an- 
nexer à notre territoire les plages africaines, et d'introduire la civi- 
lisation française au milieu des états barbaresques. Les pièces qui 
ontété publiées, soit en France, soit en Angleterre, peuvent même 
faire croire que le projet d'abandonner l'Algérie, après le châ- 
timent du dey, était presque arrêté. Jamais la France ne put ac- 
cepter une telle résolution. 

Elle a voulu garder l'Afrique, elle la voulu maigre son gou\er 
urinent. Etait-ce par vanité nationale? Etait-ce par le besoin de 
donner de l'occupation a sou activité inquiète? Etait-ce la néces- 
site de reconstituer sa puissance perdue dans la dernière bataille 



( 302 
des guerres de la révolution? Etait-ce la crainte de voir occuper 
par nos rivaux les contrées conquises par nous, ou l'insurmontabl<- 
pencbant à entreprendre ce qui est utile au monde, ou l'enthou 
siasme que faisait uaitrela glorieuse mission de détruire la piraterie 
séculaire des Algériens? Tous ces sentiments se reunirent peut-être 
pour dominer l'opinion publique. Une conviction nationale se 
forma si puissante que nul ne fut assez fort pour la faire reculer. 

Mais l'occupation devenait de plus en plus coûteuse ; la guerre 
que nous faisaient les Arabes, était de plus en plus meurtrière et 
barbare. Les Musulmans se dévouèrent a la guerre sainte avec un 
acharnement incroyable. Alger était pris en 1830, et dès l'année 
1833, un homme s'était révélé, qui, suscitant le fanatisme et l'an- 
tagonisme des races , prétendait constituer la nationalité arabe et 
s'en donnait pour l'expression absolue. 

Abd-El-Kader avait organisé une puissance redoutable ; il 
avait su nous faire une guerre incessante, atroce, répandue sur 
toute la surface de la régence ; il portait l'incendie jusqu'aux 
portes d'Alger; la tète de nos colons et de. nos fourrageurs tombait 
sous l'yatagan jusque dans la Mitidja. On alla pour garder cette 
plaine qui louche le massif d'Alger jusqu'à imaginer de créer un 
obstacle continu . un fosse garni de redoutes ; il fut résolu, 
commencé avec ardeur et conviction. Pendant cette époque, les 
opinions les plus diverses étaient produites sur l'Algérie , on 
proposait l'abandon total, l'occupation de quelques points fortifies 
sur la càte, l'occupation restreinte du pays, etc. 

Ces discussions nous conduisirent au traité de la Tafna signe , 
«?n 1837 , par le général Bugeaud et Abd-El-Kader. Par cette 
convention fatale a l'Algérie, on constituait l'autorité de l'Emir : 
on traitait avec lui de puissance à puissance ; on lui assurait la 
possession de la plus grande partie du territoire ; ou n'attribuait 
à la France que quelques plaines étroites et les villes du rivage ; 
on laissait toutes nos possessions dans l'isolement, et on assurait 
les grandes communications intérieures à notre ennemi ; on lui 
livrait la domination du sud ; ou lui créait des ressources abon- 
dantes, et le loisir de lever des contributions de toutes sortes 



( 303 ) 

Un te) traité, qui avait pour résultat inévitable d'accroître dé- 
mesurément les forces d'Abd-El-Kader, et d'enfler son orgueil, ne 
devait durer que le temps nécessaire à notre ennemi pour prépa- 
rer les moyens d'une attaque plus vive, plus acharnée, plus uni- 
verselle. Ce temps, l'Emir l'utilisa bien : il créa jusqu'à des ateliers 
d'armes, des fabriques de poudre, des fonderies de canon ; il 
organisa des régiments réguliers , et , en 1840, il déclara inso- 
lemment la guerre à la France. Il la fit si rude qu'il mit notre 
établissement en péril. 

Le général Bugeaud, qui avait signe le traité, en effaça les 
funestes conséquences ; il reprit le commandement de nos troupes 
et commença ces campagnes résolues, vigoureuses, perpétuelles 
qui devaient mettre l'Émir aux abois ; il ne voulut plus de la 
défensive, il courut sur les rassemblements des Arabes partout ou 
il pouvait les rencontrer ; il comprit qu'il valait mieux organiser 
une force mobile, capable de transporter une action décisive 
jusqu'aux confins du désert , que de fortifier et défendre pénible- 
ment quelques points isolés, attaqués tour à tour par toutes les 
forces de l'ennemi. Abd-El-Kader harcelé, épuisé, fut bientôt réduit 
a toute extrémité. Sa smala, sa dernière ressource, fut prise en 
1841; lesMarocains, devenus ses auxiliaires, défaits à Isly en 1844, 
signèrent en 184.5 un traité qui les obligeait a interner Abd-El- 
Kader sur leur territoire. 

Cette clause ne fut point exécutée ; l'Émir franchit bientôt 
nos limites ; mais sa puissance était déchue, ses efforts isolés et 
sans portée ; il fut réduit a demander l'aman le 22 décembre 
1847 , et fut au pouvoir du général Lamoricière presque imme 
dialement. 

Ce n'est que depuis celte époque que nous possédons réelle 
ment l'Algérie, mais cette possession était encore chaque jour 
inquiétée: des révoltes partielles, quelquefois terribles, éclataient 
au milieu des populations impatientes du joug. L'armée aug- 
mentait avec la nécessité de nous étendre sur le pays et d'en 
garder les points importants. Nos dépenses s'accroissaient avec 
le chiffre de l'armée et avec l'obligation de fortifier nos posi 



304 
lions. C'est alors qu'on sentit impérieusement le besoin d'obtenir 
un dédommagement, et de trouver un moyen d'alléger nos sacrifices 
par l'exploitation de cette terre, nouvelle. 

Ceux qui ont le mieux connu le pays, qui \ ont l'ait la guerre et 
qui y ont immortalise leur nom par d'éclatants succès, ceux là di- 
saient a la France a qu'elle avait immensément à taire chez elle. 
» avant de songer a conquérir l'Afrique, qu'elle avait bieu des mo- 
» tifis pour réserver ses armées 61 ses trésors, et bien des moyens de 
d les employer avantageusement. » (Bugeaud , p. 110. 

Mais la nation comprenait ou il lui serait toujours possible de per- 
fectionner! exploitation doson sol . tandis que si elle laissait échap- 
per l'occasion d'occuper des positions formidables, la fortune ne 
les lui offrirait plus , elle ne voulait pas se laisser enlever Oran 
si voisin de Gibraltar. Bone et la Calle pkeés a l'entrée du canal 
de Malte, Alger ouvrant sa rade a nos flottes, en face de Toulon 
et delà Corse. Abandonner l'Algérie fut reconnu chose honteuse 
et antipathique à l'opinion nationale. 

Occuper quelques points de la cote, devait entraîner, sans pro- 
fits, autant de dépenses que l'occupation entière de la régence : 
ces points restant sans communication, et recevant successivement 
le choc de toutes les tribus soulevées, il fallait pour les défendre 
une armée presqu aussi nombreuse que pour conquérir l'Atlantide 
et la garder dans sa vaste étendue. 

On se détermina a occuper, a dominer, a cultiver, a gouver- 
ner le pays tout entier, et alors se formula cette conviction 
devenue générale : 77 faut coloniser l'Algérie ! 

Coloniser l'Algérie ! Ouand la France conçut cette pensée, 
elle songeait sans doute à la prospérité commerciale de Carthage . 
a la vaste domination de la Rome antique , qui , devenue chre 
tienne, comptait 400 villes episcopales sur la terre d'Afrique ; a 
I empire des Maures qui jetèrent un si vif éclat au moyeu-àge, 
dominèrent 1'lïspagne et rirent trembler l'Europe ; peut-être 
même, elle se rappelait la puissance des grands corsaires d'Alger, 
Barberousse et Cheraddin, qui lurent la terreur des navigateurs 
chrétiens et dont les successeurs, jusqu'à notre conquête, bravèrent 



305 ) 

les menaces des Dations les plus puissantes de 1 occident ; elie 
prévoyait avec émotion les immenses événements qui se sont 
accomplis sur la Méditerrannée et dont elle sera encore le théâtre , 
elle ambitionnait d'y prendre une part prépondérante. Il fallait de 
telles préoccupations pour que la France commençât l'œuvre diffi- 
cile qu'elle voulût entreprendre, et sans doute, quand sa résolution 
fut arrêtée, ellene se rendait pas bieu compte des obstacles qu'elle 
allait voir se dresser devant elle. 

Lorsque les émigrations européennes s eu allèrent coloniser 
l'Amérique septentrionale, elles rencontrèrent un climat modéré 
et sain, une terre fertile et presque partout arrosée, des plaines 
étendues , des prairies dont on ne pouvait apercevoir la 
limite, des ports bien abrités, des fleuves immenses ouvrant des 
communications promptes et économiques, des forêts séculaires 
en situation de pourvoir sans terme, au chauffage , aux construc 
tions, aux exportations , des chutes d'eau innombrables, moteurs 
gratuits façonnant les bois pour tous les usages. Elles n'avaient en 
face d'elles qu'une population sauvage, privée de moyens de dé 
fense, vivant exclusivement de lâchasse, sans notion d'agriculture, 
tenant conséquemment fort peu à la terre. Et pourtant, l'histoire du 
commencement des États-Unis nous à fait connaître combien 
l'établissement des Européens fut entouré de difficultés, de péril; 
et descènes lugubres : les premiers émigrants assassinés et scalpés 
les habitations dévastées et incendiées, le sort des colonies inces- 
samment compromis ! qu'étaient cependant les difficultés rencon- 
trées dans le nord du continent américain près de celles qui nous 
assiègent sur la côte septentrionale de l'Afrique? 

Là , point de ports assurés , point de vastes plaines, point de 
plages accessibles , mais des montagnes sortant brusquement du 
sein de la mer, point de fleuves navigables, pas de bois dans les 
régions ou nous portions nos premiers pas : un climat extrême, brû- 
lant durant l'été, très-frord pendant l'hiver dans les lieux élevés, 
détruisant par la fièvre presque tous ceux qui s'exposent à son in- 
fluence , ne permettant aucune culture pendant les grandes pluie?. 

21 



(306, 

ni pendant les sécheresses; des escarpements assez hauts pour rendre 
tes communication» presqu impossibles . pas assez élevés pour 
fournir de l'humidité pendant toute l'année, des pentes si abruptes 
qae les rivières se précipitent et sont sans étendue et promp- 
tement desséchées; l'eau est rare presque partout, elle n'a été 
conduite, dans les cites jadis populeuses que par des travaux 
gigantesques. Enfin pour rendre les difficultés plus in.Mirmon- 
tables, le pays nourrit une population nombreuse, brave, fana- 
lique, animée d'une haine heriditaire contre le nom chrétien. 
conservant les iraditions'd' une ancienne civilisation, possédant des 
armes a l'eu qu'elle manie avec adresse et une race de chevaux 
rapides et infatigables qu'elle monte et dresse avec une inimi- 
table perfection. Cette race ennemie est à la fois pastorale etagri 
cole, elle s'attache donc inebranlablement à la terre dont elle 
a besoin pour ses troupeaux et sa culture; elle joint ainsi , pour 
se déterminer a une guerre acharnée , la crainte de la depos- 
session aux motifs qu'elle trouve dans sa foi religieuse . 
dans la douleur de la défaite, dans la différence de moeurs de 
lois, de langage, dansla tradition historique. 

Comment surmonter de pareils obstacles et fonder enfin sur des 
bases certaines la colonisation , qui est restée jusqu'à présent à 
l'état de problème? La première condition à remplir, c'est de bien 
connaître le pays qu'on veut coloniser; la seconde, bien appré- 
cier ce qu'on a fait ou ïétat actuel de la colonie ; on indiquera 
facilement ensuite ce qu'il reste à faire , ou l'avenir de la colonit 



( 307 ) 
I. Un pays à coloniser. 

Si l'on veut avoir une idée nette de la région que nous voulons 
rendre à la civilisation , il faut connaître sa configuration , son 
sol , son climat , ses productions. Nous allons présenter quelques 
aperçus sur la géographie , la géologie , la météorologie , la bota 
nique, la zoologie de cette contrée, nous contentant d'offrir les 
notions qui sont absolument nécessaires pour arriver au but que 
nous nous proposons. 

Géographie. — L'Afrique septentrionale si rapprochée de l'Eu- 
rope était naguère à peine connue ; les expéditions de nos armées 
nous ont enfin révêlé les caractères essentiels de cette contrée re 
marquable ; mais peut-être n'a-t-on pas fait ressortir d'une ma- 
nière assez vive les conséquences qu'il faut tirer de la configuration 
générale du pays, pour en assurer la colonisation. Ce large terri- 
toire s'avance au-devant de la France méridionale et forme l'un 
des bords du bassin occidental de la Méditerranée ; il s'étend de 
l'est à l'ouest mais en s'inclinant vers le sud dans sa partie occi- 
dentale ; à l'est, il dépasse le 37.° degré de latitude , à l'ouest le 
35.° seulement. Alger placé au centre est presque sous le méri- 
dien de Paris (à peu près à 18 lieues a l'estj . Cette région est bornée 
a l'est par la Méditerrannée orientale et plus spécialement par la 
petite Syrie ; au nord par la Méditerranée occidentale , à l'ouest 
par l'Océan atlantique , au sud par le Désert, océan de sable qui 
achève de la circonscrire comme une ile interposée entre l'Afrique 
australe et l'Europe , rattachée a cette dernière contrée par l'Es- 
pagne , par les Baléares , par la Sardaigne et la Corse . par 
la Sicile et l'Italie. Ces relations de l'Europe et de l'Afrique ren- 
dent presque semblables les trois grandes formations qui consti 
tuent la croûte solide de notre globe : l'une formée par l'Asie . 
l'Archipel Indien et l' Australie ; l'autre par l'Europe, l'Afrique sep- 
tentrionale et l'Afrique australe ; la troisième par l'Amérique du 
Nord, les îles du golfe du Mexique et l'Amérique du Sud. toutes trois 



308 

étendues du nord au sud . élargies et rapprochées vers le pôle arc- 
tique . rétrécies ou interrompues vers le milieu, amincie* ver-, 
l'extrémité australe qui reste éloignée du pôle antarctique. 

La presqa île dont nous venons d'indiquer les limites et a lu 
quelle on donne généralement le nom de Barbarie . qu'on appel- 
lerait mieux Berbérie . parce qu'elle était originairement habitée 
par les Berbères . est essentiellement formée par les monts Atlas , 
ils en sont comme la charpente : on peut doue l'appeler la près- 
qu'île Atlantique . oui' Atlantide. Ces monts constituent un massif 
énorme, quadrilatère, qui s'étend généralement dans la direction 
E, Y L. et présente un immense plateau et quatre .versants. 

Le plateau qu'on nomme expressément la région de-; haut* 
plateaux masse centrale et dominante de l'Atlas , borne par la 
crête souvent rocheuse des monts, a pour caractère général de 
ne point déverser ses eaux dans les mers qui environnent l'At- 
lantide ; elles se réunissent , pendant l'hiver dans de vastes bas- 
sins sans issues , se desséchant par evaporation durant 1 été. La 
artie centrale fait a cette loi générale une exception notable que 
nous indiquerons. 

Des quatre versants , X occidental peut être nommé océanique : 
il déverse ses eaux dans l'Océan; il constitue, avec la vallée delà 
Mouïa appartenant au versant septentrional , l'empire du Maroc. 

Le versant oriental peut être dit Syrtique ; il perd une grande 
partie de ses eaux dans les sables qui envahissent la petite Syrie . 
ouïes porte dans la Méditerranée orientale , par la grande vallée 
de la Medjerdah; il constitue la régence de Tunis. 

Le versaut méridional sera dit Saharien, il envoie ses eaux 
au désert ou Sahara : elles y vivifient les oasis. 

Le versant septentrional regarde la France, il laisse couler 
ses eaux dans la Méditerranée occidentale , dans le bassin entoure 
par les nations franques : on peut doue le uommer franco médi 
terranéen ou simplement Méditerranéen ; 

Toute la contrée comprise entre le versant Océanique et le ver 
sant Svrtique , entre le Maroc et Tunis . compose l'Algérie, qui 



( 309 

était distinguée des autres versants dès l'antiquité : le Maroc était 
la Mauritanie Tingitane ; l'Algérie comprenait la Mauritanie Ce 
sarienne et Sétivienne : Tunis; était la Numidie. 

D'après ce que nous venons d'exposer . l'Algérie se compose d€ 
trois régions parfaitement distinctes : le versant méditerranéen 
qu'on nomme aussi le Tell , la région des hauts plateaux on le 
petit désert, le versant saharien ou le grand désert. On réunit 
souvent ces deux dernières régions sous le nom de Sahara. 

Le Tell, caractérise par le cours de sec eaux . a une végétation 
spéciale; il est propre a la culture des céréales. Mais cette culture, 
dans l'est, s'étend beaucoup plus au sud, à cause de l'élévation de» 
plaines , de l'abaissement des monts et du rétrécissement des hauts 
plateaux ; aussi, dan.-, la carterédigée d'après les indications de M. 
Ieg. ai Daumas etdans celle de M. Carotte, le Telia une largeur phi s 
considérable dans cette région ; ses limites comprennent le plateau 
\tlantique, elle massif de l'Aurèsqui faitpartiedu versant saharien. 

Le Tell est fortement tourmenté, il présente d'innombrables 
montagnes , qui s'élèvent jusqu'à la grande masse de l'Atlas, et 
qui forment parleur ensemble une chaîne spéciale plus ou moins 
régulière, parfois interrompue, en quelque sorte parallèle a la 
côte méditerranéenne et à la crête, qui borde au nord les hauts 
plateaux : cette chaîne a reçu généralement le nom de petit Atlas : 
par opposition , on donne le nom de grand Atlas à la masse mon 
tagneuse dont les hauts plateaux sont le couronnement. Quelque- 
fois on réserve ce «nom a la crête qui sépare le Tell des hauts pla 
teaux , et que nous nommerons tellienne fi), fréquemment à la 
crête qui sépare les hauts plateaux du versant saharien . et que 
nous appellerons saharienne. 

Le petit Atlas se courbe à l'ouest vers Melilla et Ceuta . pour 
former la pointe africaine du détroit de Gibraltar : a l'est, il se 
courbe vers le cap Blanc pour former la pointe africaine de l'entrée 
de la Méditerranée orientale . non loin de l'embouchure de la 
Medjerdah et des grandes positions de Tunis et de Carthage. 

(i\ Nous dirions tellurienne si le mot Tell dérivait de tellus 



| 310 

Le petit Atlas constitue a l'est d'Alger la Kabylie qui comprend 
!e Jurjura au sud de Dellys, et les massifs de Bougie, de Djidjelli 
et de Collo ; à l'ouest , il constitue le Dahra , puis les monts 
abaissés qui vont de Mascara à Tlemcen ; an centre il forme le 
Zaccar , le Gontar , le Nador. 

La chaîne qui borde la Méditerranée a deux versants l'un regar 
dant le nord , l'autre le sud ; le premier conduit ses eaux direc 
tement à la mer ; le second les laisse couler dans de grandes val- 
lées situées entre les deux chaînes atlantiques, où elles se mêlent 
avec celles de la crête tellienne du grand Atlas avant de se rendre 
a la mer, qu'elles ne peuvent atteindre qu'en franchissant les 
coupures du petit Atlas. 

Très ouvertes dans l'ouest , étroites et difficiles dans l'est , le.- 
grandes vallées inleratlantiques sont placées comme à la suite les 
unes des autres, en série dirigée de l'est à l'ouest, et ne sont 
séparées que par des chaînes secondaires . dont les faîtes sont 
presque partout peu élevés , et qui ont généralement la direction 
N. N. E. cette direction' est a peu près celle qu'affectent la ccV 
océanique du Maroc et la côte de la régence de Tunis. A l'est el 
a l'ouest , les longues vallées interatlantiques vont en s'abaissanf 
vers l'Océan et vers la Syrte. Au centre les vallées sont comm* 1 
interrompues : le grand Atlas, fait saillie au nord , se confond ave^ 
ie petit, et forme une seule masse derrière Alger et la Mitidja. 

A la base occidentale de cette masse, le Chelif se recourbe, et par 
une exception singulière , envoie ses affluents au sud , à travers les 
Hauts-plateaux . jusqu'au Djebel-Amour, dont les défiles forment 
la porte des Oasis. Ainsi le point culminant adosse a la plaine 
d'Alger, commande au Tell, aux Hants-plateaux, aux Oasis ; c'est 
ie point stratégique et dominateur de tonte l'Atlantide. 

Ce que nous venons de dire indique que le Tell , par une 
division naturelle , se partage en quatre régions parallèles : les 
deux versants du petit Atlas (nord et sud i le versant nord du 
grand Atlas et les vallées interatlantiques , interposées entre les 
deux chaînes. Ces régions méritent que nous fassions sur chacune 
d elles quelques observations particulières. 



' 311 

Le venant nord du petit Atlas, généralement abrupt , descend 
rapidement dans la mer. laissant rarement quelques plaines entre 
le rivage et la chaîne principale ; il en est cependant qui doivent 
être remarquées, par exemple celle de la Mitidja près d'Alger. 
Entre Mostaganem et Oran le petit Atlas s'éloigne de la cote . 
et le rivage forme une vaste plaine très-élevée qui vient se ter- 
miner au bord de la mer par un escarpement. 

Sur quelques points . le petit Atlas laisse près de la mer des 
massifs isolés comme celui d'Alger qui se trouve entre la Mitidja 
et la Méditerranée : sur d'antres il offre des déprécions . cornm- 
celles de Philippeville . qui semblent dos vallées comblées. 

Enfin il est sillonne de vallées assez nombreuses , mais sans 
grande importance : elles sont courtes, étroites, rapides, perpen- 
diculaires a la mer, promptemenl desséchées, séparées les unes 
des autres par des obstacles souvent infranchissables. Les princi- 
pales rivières qui les parcourent son! : près Philippeville le Saf 
Saf dans lequel débouche la Zerumua qui peut-être autrefois 
s'ouvrait un passade dans la direction dé Philippeville: l'Oued- 
Saboun qui débouche vers le Cap-de Fer Dans !n Kabylie les 
rivières qui avoisinent Collo , Djidjelli cl Dell) s. Près d'Alger 
I Arrach à l'ouest , et le Massafran à l'est, courant tous deux dans 
la plaine de la Mitidja. Entre Alger et Oran , le versant nord du 
petit Atlas n'a plus que des ruisseaux peu remarquables : au-delà 
de cette dernière ville jusqu'à la frontière du Maroc, on ne 
rencontre plus qu'un ruisseau un peu notable c est l'Oued 
Sid' Abdallah Rio Salado. 

Quelques cours d'eau de cette région présentent une disposition 
remarquable qui rappelle celle des rivières des Hauts-plateaux : 
ils descendent dans des plaines situées entre la base du petit Atlas 
pt le bord de la mer , et dont la partie centrale est plus basse que 
le rivage ; les eaux sans issue y forment, dans la saison des pluies, 
de vastes lacs qui se dessèchent pendant l'été • et déposent sur le 
fond de ces lacs le sel dont elles se sont chargées dans leur cours 
Sur le bord , où a séjourné une eau qui n'était point encore saturée 



i 312 

Apparaissent quelques plantes marine* rares d'abord , puis plus 
touffues. Ce d est que dans les parties qui n'ont pas été inondées, 
qui conséquemment ont été débarrassées par les eaux pluviales 
de la surabondance de sel qu'elles contenaient que la végétation 
devient vigoureuse et utile. Les eaux de la plaine d'Oran forment 
ainsi un lac immense : elles odI une semblable disposition dans 
d'autres points du Tell ; ainsi le lac Fetzara près Bone est formp 
par les ruisseaux qui ne peuvent se rendre à la mer. 

/>e versant sud du petit Atlas est presque aussi abrupt que le 
versant nord. Nous avons dit quelles régions on y remarque 

Le versant nord du grand Atlas constitue ce qu'on a nomme In 
région des forêts , a cause de la végétation arborescente qui la 
distingue. Il comprend à l'ouest l'Ouanseris et la chaîne qui s'é- 
tend jusqu'à Soïda, etc., a l'est les monts abaissés qui, dans 1? 
province de Constantine, bordent la région des hauts plateaux ; au 
centre le Kef-el- Akhder ou Kel-Lakdar , qui s'avance vers le petit 
Atlas et se confond presque avec lui. 

Cette région comprend principalement les forêts des Béni 
Ournid près Tlemcen , celle de Daya et de Dieffra . au-dessus de 
Sidi-bel-Abbè.s , celle du Djebel-Ghessoul près rie Tegedempt ei 
Tiaret, celles de l'Ouanseris , les forêts de cèdres de Teniet-el- 
Had. les forêts de Boghar, d'Aumale, des Bibans. A l'est la richesse 
forestière est moindre; il faut remonter jusqu'à l'Atlas saharien 
pour rencontrer ies grandes forêts 

Les principales vallées inter atlantiques qui réunissent les eaux 
des deux Atlas sont, de l'ouest à l'est, la vallée de la Tafna qui 
reçoit la Mouïlah et Tisser . celle de la Macta formée par le Sig el 
I Habra , la longue vallée du Chélif qui reçoit le Hilhil et la Mina, 
ensuite les vallées de lisser qui débouchenl entre W cap Matifouet 
Dellys ; celle du Bon Messaoud qui descend » Bougie, après avoir 
reçu l'Oued Hamza . les ruisseaux qui traversent les Bibans et le 
Bou-Sellam; vient ensuite l'Oued Kebir qui reçoit le Bumncl, enfin 
la Seyhousse qui vient déboucher vers Bone \ <-.>> rivières il faut 

pflter les source de la Mlou'ia qui coule sur le territoire du Maroc 



( 3*3 ) 

dans la plaine qu'a illustrée, la victoire de l'fsly , et les sources 
de la Medjerdah qui part du territoire algérien, pour aller arroser 
le territoire de Tunis, qui forme le versant oriental de l'Atlantide 

Les rivières du Tell dont nous venons de donner la nomencla- 
ture sont perpendiculaires à la mer. dans la partie qui traverse le 
petit Atlas; mais dans leur cours supérieur, elles se recourbent ou 
vers l'est ou vers l'ouest ; souvent par leurs affluents elles embras 
sent les deux directions, de sorte qu'elles vont à la rencontre les 
unes des autres et semblent unir leurs vallées : eu effet la Mouïlah 
et Tisser marchent sur une même ligne, la première de loues) 
a l'est, la deuxième de l'est a l'ouest; elles se rencontrent pour 
former la Tafna et embrassent tout le pays que domine Tlemcen 

Le Sig, en se portant à l'ouest par Sidi-bel-Abbès, sous le nom 
d Oued-Mekera et d 'Oued -Mou zzen, se rapproche beaucoup de 
cette dernière ville et des sources de lisser. Le Sig et l'Habra 
qui forment la Macta ne sont séparés par aucun obstacle sérieux 
du Hilhil et de la Mina . affluents du Chélif. 

Cette rivière, le plus important des cours d'eau de l'Algérie, 
remonte de l'ouest à l'est pendant 70 lieues . derrière les monts du 
Darah, jusqu'à Milianab etparses affluents jusqu'à Medeah, unis 
sant ainsi le centre de la province d'Alger a celle d'Oran, depuis 
la crête centrale jusqu'à Mostaganem. De l'autre côté de cette 
crête . l'une des rivières du nom de l'Isser se courbe à l'ouest et 
s'avance vers les monts d'où sortent les affluents du Chélif. 

Le Bou Messaoud se dirige vers l'Isser par son principal afflueDi 
l'Oued Hamza. et remonte vers l'est par le Bou Sellam jusque vers 
Setif : au sud ses affluents traversent les Bibans ou portes de Fer 

L'Oued Kébir se rapproche des vallées tributaires du Messaoud 
par ceux de ses affluents qui se portent a l'ouest, par les affluents 
du Bummel il s'étend à l'est. 

Enfin la Seybousse se recourbant vers l'ouest se rapproche des 
vallées arrosées par ce dernier cours d'eau . et par les ruisseaux 
qui lui viennent de l'esl , ellejtouche aux sources de la Medjerdah. 

Ainsi est constituée cette série longitudioale de plaines, do val- 



( 314 
lées qu'on peut suivre à travers le Tell , de l'est a l'ouest , inter- 
rompue seulement au centre , où le saillant du grand Atlas vient 
î'unir au petit Atlas. Mais en ce point , la Mitidja peut s'unir sans 
trop de difficultés avec la série de I est et avec celle de l'ouest et 
leur servir de moyen d'union. Au même point s'ouvre la gorge 
par laquelle débouche le haut Chélif. dont les affluents remontent 
jusqu'au Djebel-Amour. Ainsi, au pied de l'arête centrale, se réu- 
nissent les voies de l'est , de l'ouest et du sud. 

Il est utile pour se former une idée exacte du pays de noter la 
hauteur des principales montagnes que nous avons mentionnée- ; 
leJurjura s'élève jusqu'à 2, 126 m au-dessus de la mer, c'est le 
point le plus élevé du petit Atlas ; dans la grande Kabylie , on 
voit se succéder l'Afroun qui s'élève à l,900 m , leBabourà l,970 m : 
dans le Darah les plus hauts monts , placés au dessus de Tenè.s , 
ne s'élèvent qu'à l,iCO m . Au-delà d'Oran le petit Atlas qui se 
rapproche du grand s'abaisse jusqu'à 5 à 600 m . Dans la chaîne 
lellienne du grand Atlas les plus hauts monts qu'on rencontre 
sont à l'ouest : l'Ouanseris s'élève a 1,800 m ; dans l'est le Mellia 
qui fait partie de l'Aurès s'élève jusqu'à 2 , I26 m , mais cette 
chaîne s'abaisse considérablement; le Nif-en-Necen a l,534 m , le 
Sidi-Reis à 1,628 m , plus loin vers l'Aïn-Belhouch les monts s'élè- 
vent à 800 m . Le grand Atlas dans le Maroc atteint une plus grande 
hauteur que dans l'Algérie : le Miltsin s'élève à 3,745 m au-dessus 
de. la mer. C'est le plus haut sommet de l'Atlantide. 

Les plaines environnées par ces monts sont très-élevées et leur 
température est moins considérable nue ne le comporterait leur 
latitude: par exemple la plaine de Medjana au sud de Sétif est ;i 
l.OOO 1 " au-dessus de la mer , celle de Mascara à 350 , celle de 
TIemcen à 250 , relie de la Mitidja aux Blockhaus de Mered 148. 
Les pentes de ces plaines et conséquemment des rivières qui 
les parcourent sont excessivement rapides , même dans leur par- 
tie inférieure. La Chiffa dans la Mitidja à 0,008 depente , la Sey- 
bousse 0,0027 , le Ruramel de Constantine à la mer 0,0025, le 
Massafran 0,0013. l'Harrach 0,001. La pente de 0,0025, commune 



( 315 ) 

en Algérie, est décuple de celle de la Loire entre Orléans et Tours 

Les principales villes du petit Atlas sur le versant qui regarde 
'a mer . en d'autres termes les principales villes du littoral , sont 
connues de tout le monde : ce sont Nemours , Oran , Mers-el 
Kebir, Arzeu. Tenès, Cherchell . Alger, Dellys. Bougie. Djidjelli. 
Oollo, Stora, Philippeville, Bone, LaCalle. 

Les principales villes du versant sud du petit Atlas sont Sidi- 
bel-Abbès , Mascara , Mazouna , Medjudja , Milianah , Medeah . 
Sétif, Constanline. 

Dans la série des vallées sont Lala-Maghnia et Tlemcen adossées 
aux monts qui se rapprochent du grand Atlas, Saint-Denis-du-Sig, 
Orléansville. Sur le versant nord du grand Atlas est la longue 
ligne des postes militairement occupés , et sièges pour la plupart 
des bureaux arabes, Sebdou , Daya . Saïda, Frenda, Tegedernt . 
Tiaret , Teniet-el-Had , Boghar, Aumale, Bordj-Bouairjdj. Dans 
l'est nos postes ont été portés au-delà des hauts plateaux : sur la 
crête Saharienne du grand Atlas , nous occupons Batna, Tebessa 
qui domine le cours de Medjerdah , et dans les oasis , Biskara. 

Les hauts plateaux compris entre les deux crêtes du grand Atlas 
formons d'immenses plaines séparées par des rangées de collines 
élevées, parallèles à l'Atlas . arrosées par des cours d'eau torren- 
tiels pendant la saison des pluies, et dont le lit est à sec pen- 
dant l'été. Les parties déclives de ces plaines se transforment en 
lacs, quand les ruisseaux y accumulent les eaux qui n'ont pas 
d'issue. Elles se sont chargées du sel contenu dans le sol et 
forment des lacs salés qu'on nomme Chott ou Sebkha. Lorsque les 
ardeurs du soleil de l'été on! déterminé l'évaporation des eaux et 
desséché les terrains inondés, ceux-ci se présentent comme des 
plaines immenses , unies , nues , couvertes de dépôts de sel , ou 
assez imprégnées de matières salines pour empêcher toute végéta- 
tion. Elles sont d'un aspect désolé , mais saisissant et plein de 
grandeur. Nous avons dit que le Tell présente quelques plaines 
qui ont le même caractère. Pendant l'hiver, les \ astes terrains, 
souvent sablonneux , qui entourent le< lacs se couvrent d'herbes. 



f 346 

Uue pareille région , desséchée dès la fin du printemps , est im- 
propre a la culture: elle ne permet pas d'exploitation sédentaire 
elle offre au parcours des bestiaux de précieuses ressources pen- 
dant la saison humide, mais quand arrive la sécheresse. ^< 
habitants conduisent leurs troupeaux dans le Tell: ils sont donc 
nomades par nécessité. 

Nous avons dit que les Hauts-plateaux ne sont point complète 
ment unis, ils sont divises par des hauteurs en plusieurs bassins 
Ces bassins sont les Sbacks , le Hodna , les Zarès . le Sersou , le« 
Chott-el-Chergui et El-Gharhi. Ils ne sont pas sans rapport aver: 
les vallées principales du Tell , comme si les causes qui ont déter 
mine les mouvemeuts de terrain du littoral avaient eu leur reten- 
tissement dans les Hauts-plateaux. Ils sont partages, par la ligne 
saillante qui se trouve à l'est du haut Chélif, en deux versants, 
celui de lest et celui de l'ouest . et forment un angle ouvert . 
regardant le sud , parce que le grand Atlas s'avance vers l'Atlas 
méditerranéen entre Médéah et Aumale. 

Les Sbacks comprennent une série de petits lacs sales recueil- 
lant les eaux dans les plaines adossées aux montagnes d'où sortent 
les rivières de la partie orientale du Tell . la Medjerdah qui coule 
vers Tunis . la Seybousse qui va à Bone , le Rummel et quelques 
affluents du Messaoud. Les hauts plateaux de cette région sont 
rétrécis , séparés du Tell par des monts moins continus . de sorte 
qu'on les comprend souvent dans cette dernière région. 

Le Hodna . vaste plaine dont la partie déclive est le grand lac 
-aie de Msilah . est adosse aux montagne'; d'où sortent les deux 
branches de la rivière de Bougie , et les nombreux affluents de 
lisser qui s'en va dans la direction de Dellys; en un mot l'Hodna 
est placée vis-a-vis la grande Kabylie. 

Les Zarès . ou la plaine des lacs de ce nom . correspondraient 
a la partie centrale de l'Algérie . mais ils s'inclinent au sud 
comme s'ils avaient été repousses par la région du haut Chélif. 

Le Sersou esl la plaine du haut Chélif . dont les affluents re 
montent a l'ouest jusqu'à Tiaret . au sud jusqu'au Djebel-Amour 



317 ) 

[.immense plaiue de l'ouest, comprenant les Chou el-Gbarbi et 
El -Chergui est adossée aux monts où prennent leurs sources lt*> 
affluents du Sig et de l'Habra qui forment la Macta. ceux de la 
ïafna et ceux des rivières du Maroc ; ils sont beaucoup plus 
étendus que ceux de l'est parce que les versants qui les alimeu 
tent sont plus développés. 

Le principal marché des Hauts-plateaux est Bousada . place 
sur la ligne centrale. 

La région des Hauts-plateau v trouve sa limite méridionale dans 
la chaîne parfois rocheuse, souveut très-peu élevée, quelquefois 
presque effacée, qui forme la crête saharienne du grand Atlas. Là 
se trouvent encore des détilés qu'il faut traverser pour arriver du 
sud dans les régions méditerranéenne* : Batna est une de ces portes 
des oasis et du désert. 

Au-delà de cette crête est le versant saharien .ou la troi- 
sième partie de l'Atlantide qu'on distingue quelquefois diffici- 
lement de la seconde. Dans ces régions lointaines nous occupons 
un point important : c'est Biskara, où nous entretenons un bureau 
arabe. Au-delà du Djebel-Amour est El-Aghouat que nos troupes 
ont plusieurs fois visite 1 1 

L'eau qui découle des montagnes , celle qui les a pénétrées et 
qui en sort en fontaines ou qu'on va chercher par des puits 
artésiens , y permettent la végétation ; au bord des eaux s'établis- 
sent des cultures; le végétal important qui caractérise ces régions 
et leur donne la vie, le dattier, demande des soins incessants et de 
longue durée ; il exige un travail sédentaire , il entraîne des habi 
tations fixes ; les oasis ont donc des villages. 

La région des oasis est partagée, comme les autres, par une ligne 
saillante . en deux parties qui s'inclinent l'une a l'orient . l'autre à 
l'occident; les eaux de la première sont recueillies par une sorte de 
rivière qui se nomme Oued-el-Djedi qui descend d'Aïn-Mady etd'EI 



(l) Le eénéral Pétissier viejit de prendre cette viile d'astaut. Décembre i8i» 



318 

Aghouat, et qui va se perdre dans l'immense lac El-Melghigh ; le* 
eaux de la seconde se réunissent d'une manière analogue et se ren- 
dent dans des lacs semblables vers le Maroc ; mais cette partie est 
encore inexactement connue. Au-delà de la série des ksours ou 
villages est le grand désert , image de la mer . niveau de la mer, 
ancien lit de la mer, selon toute probabilité, improductif, inha- 
bité, traversé seulement par quelques caravanes semblables a des 
flottes, par quelques coureurs, véritables pirates, et semé de 
quelques archipels d'oasis. 

On donne au Tell 1,400 ou 1,300 myriamètres carrés, selon 
qu'on lui adjoint ou qu'on lui retire la région du Haut Chélif , et 
des portions des Hauts plateaux de l'est. 

M. Renou attribue 1,400 niyriaiuètres à la partie du Sahara 
appartenant a l'Atlas proprement dit . et 1320 pour la zone des 
Oasis qui esi à sa base et se termine à Metlili et Ouargla ; il lui 
donne 500 myriamètres carrés de plus si on étend cette dernière 
zone jusqu'au 30. e degré de latitude, en y comprenant El-Goleah, 
Oualan , et toute la tribu de Chamba. 

Les trois régions dont l'Algérie se compose , le Tell , les Hauts- 
plateaux et les versants sahariens avec les oasis , sont donc d'une 
étendue a peu près semblable et ont chacune de 13 à 1,400 myria 
mètres carrés ou 14,000,000 d'hectares ; c'est donc, en tout, une 
superficie de 4,200 myriamètres carrés , et , si on ajoute les 500 
myriamètres de la zone qui s'avance dans le désert, on a 4,700 
myriamètres ou 47, 000, 000 d'hectares , c'est-à-dire une superficie 
égalant la France, a 1/10 près; mais dans cette immense éten- 
due, un tiers à peine, le Tell , est susceptible de livrer quelques 
parties à notre colonisation. 

Géologie. Le sol de l'Algérie a été fortement soulevé, cependant 
les roches anciennes ne se montrent pas dans une grande étendue 
de terrain ; elles se laissent apercevoir à la pointe du massif 
d'Alger et du cap Matifou ; ce sont surtout des gneiss et des 
schistes talqueux qui viennent au jour. Le granit ne se voit 
qu'accidentellement. Les terrains granitiques ont une surface plus 



( 319 
grande dans l'est de l'Algérie; ils forment la masse du littoral 
depuis Bone jusqu'au-delà de Collo. 

On trouve dans la province de Constantine , du calcaire com- 
pacte , a hippurites et dolomies ; mais la plus grande masse de la 
régence est formée du terrain crétacé inférieur avec un peu de 
terrain jurassique et de calcaire a nummulites. La pointe de Dji- 
djelli est formée par le gré du terrain crétacé. On trouve dans 
d'assez larges espaces le terrain tertiaire moyen marin, et le ter- 
rain tertiaire moyen d'eau douce , avec des lignites à smendou , 
le terrain subapennin de formation d'eau douce dans la province 
de Constantine. de formation marine dans les autres; enfin dans 
la province d'Oran , vers Aïn Temouchent etc , on rencontre des 
basaltes, et de nombreux produits volcaniques. On observe entre 
Médéah et Mousaïa , entre ce dernier point et le marché de l'arba 
du Djendel , dans la vallée du Chélif, d'immenses surfaces d'argile 
plastique qui , s'étendant sur les collines et les montagnes, 
donnent un aspect particulier au pays. Il est nu. profondément 
raviné et accidenté, glissant et presque impraticable à la moindre 
pluie ; cette couche repose sur une assise de grès jaunâtres à grain 
fin , qui se retrouve aux environs de Mascara et de Tlemcen . 
Djemila et JVlila , entre Sétif et Constantine , à Biskara et dans le 
désert sur une étendue qu'on ne connaît pas. 

La grande quantité d'argile répandue sur la surface de l'Al- 
gérie , la rareté des roches cristallisées , les terrains tertiaires et 
de récente formation , les terrains d'alluvion qui dominent presque 
partout, ont assuré au sol, d'une manière presque générale, d'heu- 
reuses conditions de fécondité. Presque partout il est argilo-cal- 
caire profond, et les proportions des éléments qui le constituent 
sont assez convenables pour qu'il ne soit pas d'une ténacité trop 
grande ni d'une légèreté fâcheuse. 

Il est cependant des provinces moins favorisées que les autres : 
ies environs d'Oran ont un sol assez aride et pierreux ; nous avons 
vu des superficies entièrement couvertes de cailloux à Aïn-Temou 
chent 



S20 

M. ii- ces circonstances , quoique n étant pas rares, douent ce 
pendant être considérées connue exceptionnelles. La terre algé- 
rienne , devient infiniment féconde lorsqu'elle reçoit l'eau eu 
quantité suffisante ; malheureusement cet élément de toute pro- 
duction végétale est loin d'être surabondant dans l'Atlantide. 

Le sol cultivable se rencontre non seulement dans les vallées , 
il recouvre les flancs et même le sommet de quelques mon 
tagnes. Cela lient a la uature même delà terre, a la mode - 
ration des pentes de ces monts qui se dressent au milieu des 
plaines élevées qu il> dépassent d'une manière peu considérable . 
aux végétaux doués de racines étendues tels que le charaœ- 
rops . le jujubier . le leutisque, etc., qui s'emparent du sol et que 
la main de l'homme n'a pas attaqués depuis des siècles. Les 
plaines , a la vérité . ont généralement des pentes rapides . mais 
si celte condition peut avoir une grande influence sur la quantité 
d'eau retenue dans les rivières, elle ne suffitpas pour que la terre 
végétale soit entraînée et la roche mise à nu. 

Les produits mineralogiques dont l'industrie et l'agriculture 
peuvent tirer parti sont nombreux en Algérie . ils ont été men- 
tionnés avec quelque étendue par M. Renou. membre de la com- 
mission scientifique de l'Algérie. 

On trouve des filons de fer magnétique analogues a ceux de 
Suède à quelques kilomètres de Bone et près de Philippeville. 
Quelques gites de minerai existent dans les environs de Bougie 
mais ils ne paraissent pas donner de 1er de bonne qualité ; ilsabon- 
dent au mont Sommah a 27 kilomètres deSétif, etprèsMilianah; 
il y en a près d'Oran; ceux des environs d'Alger n'ont pas jusqu'à 
présent paru importants. 

11 existe des mines de cuivre à 37 kilom. au sud-est de Constan 
tine, puis sur la pente sud du Mousaïa, où a été fondé le bel éta 
blissement que nous avons visite, et a 30 kilom. au sud de Mascara . 

Le plomb parait abonder en Algérie : des mines considérables 
de ce métal , exploitées par les Kabyles se trouvent au mont 
Taleb , ainsi que dans l'Ouanseris. Des filons de plomb argen- 



; 32i 

lifère et aurifère, peu importantsjusqu'a présent , se rencontrent 
a Bouzaréa , à 4 kilomètres d'Alger. Le plomb se trouve comme le 
cuivre au sud de Mascara . 

La manganèse s'observe à Bouzaréa, mais elle est trop peu abon- 
dante pour donner lieu à une exploitation profitable. 

On assure qu'on trouve des paillettes d'or dans le Rummel et 
quelques ruisseaux de l'Algérie , que même on en a lavé les sables 
avec profit ; mais ces faits restent douteux. 

Le sol de l'Algérie paraît contenir une grande quantité de sel 
marin; il existe des mines de sel gemme à 10 à 12 kilomètres de 
Milah ; les Arabes en apportent des blocs au marché de cette 
ville. Les nombreux ruisseaux et lacs salés qui se rencontrent en 
Algérie , annoncent que des dépôts de cette substance y existent , 
mais les gîtes n'en sont pas encore connus. Les lacs salés 
nous offrent du reste une exploitation naturelle qui satisfait 
aux besoins de toute la population arabe et qui commence a 
attirer l'attention de notre industrie : lorsque les chaleurs de l'été 
les ont mis à sec, on eu extrait le sel qui forme une croûte plus ou 
moins épaisse sur le sol. Nous avons vu a Arzeu-le-Port embarquer 
le sel recueilli dans le Sebkha placé à quelqueslieues du vieil Arzeu . 
Les autres lacs salés de la province d'Oran ne paraissent pas 
contenir une si grande proportion de sel. Le terrain du grand lac 
que nous avons goûté après sa dessiccation n'est pas très-salé. 
Dans les Hauts-plateaux et dans les plaines situées au-delà de 
la crête sud du grand Atlas , les Chott ou Sebkha qui s'emplissent 
d'eau salée sont immenses. Au sud d'Oran , les Sebkha s'éten- 
dent sur une longueur de 245 kilomètres. Au sud d'Alger , les 
Sebkha de Zarès ont 28,000 hectares et présentent pendant 
l'été une couche de sel de 30 à 40 centimètres d'épaisseur. Les 
Sebkha de la province de Constantine sont aussi fort riches. 

Les salines qui tirent leurs cristaux de la mer seront plus dif- 
ficiles a établir en raison de l'élévation générale de la côte. Ce- 
pendant on en a autrefois établi près d'Alger et d'Oran. Les eaux 
des ruisseaux salés pourraient aussi fournir des produits, mais iU 



i 322 

ne soutiendraient probablement pas la concurrence avec les chou 
vastes usines créées par la nature. 

Le salpêtre s'eflleurit à la surface de quelques terrains disposés 
de façon que leurs eaux pluviales nepuissent s'écouler, et dans les- 
quels les troupeaux ont séjourné antérieurement ; mais cette sub- 
stance est rare. 

Le sulfate de magnésie se rencontre sur la surface des terrains 
dans lesquels ont séjourné les eaux qui s'écoulent des pentes ar- 
gileuses du Nador, entre Médéah et Mousa'j'a et de ceux qui ont 
reçu des eaux de la Mina. 

L'asphalte a été rencontre près des Mines de Sigus au sud-est 
de Constantine, et près deDjidjelli. mais on ne sait pas s'il pourra 
être exploité. 

La houille n'a pas été découverte en Algérie et cet indispensable 
produit paraît même manquer tout-à-fait au Tell , si l'on en juge 
par les caractères de sa formation. On n'a pas même d indices 
certains qui puissent faire croire à son existence dans le sud. 

Le lignite existe a Smendou. sur la route de Philippeville a 
Constantine ; mais il ne forme qu'une couche de quelques cen- 
timètres. On a annoncé que l'épaisseur de la couche augmente 
dans son inclinaison. 

La tourbe forme quelques dépôts près de la Galle, mais précisé- 
ment dans les lieux où le bois est plus commun qu'en aucun autre 
point de l'Algérie, 

Le gypse, ou pierre a plâtre est répandue a profusion dans 
l'Algérie, et il a été souvent exploite par les Arabes ; on le recon- 
nait à la Galle, où la pierre à chaux manque; à Bône, à Guelma, 
a Constantine , a Sétif , a Bougie , sur les deux versants du petit 
Atlas, dans la province d'Alger . en divers points des environs 
d'Oran, de Mascara . de Tlemcen. 

La pierre a chaux existe presque partout ; il serait plus bref de 
dire les localités qui en sont dépourvues que celles où existe cette 
matière presqu'indispensable pour les constructions. Jusqu'ici, la 
chaux hydraulique employée dans les grandes constructions est 
faite avec la pouzzolane venant d'Italie. 



323 

Les pierres de construction sont extrêmement communes en 
Algérie ; dans presque toutes les localités on a pu bâtir avec de;- 
moellons reunis à très-peu de frais; mais indépendamment de ces 
matériaux propres aux constructions de peu de valeur, on rencon 
tre communément des carrières qui serviraient à élever les plus 
beaux monuments. C'est la pierre calcaire qui domine et qui a 
servi aux approvisionnements des travaux publics, comme elle 
avait suffi aux édifices grandioses des Romains, construits généra- 
lement avec des blocs considérables. Non-seulement on trouve 
parmi les calcaires, des pierres durables et d'un beau ton, on ren. 
contre aussi beaucoup de marbres de couleurs variées. Il y a près 
de Bône plusieurs couches de marbres blancs; on trouve aussi cette 
espèce près de Constantine, qui a encore des marbres gris veinés 
de blanc; Bougie a des couches d'un noir veiné de blanc qui for- 
ment de très beaux blocs ; Constantine a de très-beaux marbres 
variés, Sétif a des brèches très-solides marbrés de vert, debruD 
et de blanc; Alger, du marbre blanc et d'autres couleurs, etc., etc. 

La Calle, Philippeville , la province d'Oran. ont des grès ex- 
ploitables. 

On trouve des schistes en quelques endroits : ceux de Blidah 
ne paraissent pas pouvoir se tailler en lames minces , non plus 
que ceux de Philippeville et Stora ; ceux qu'on rencontre dans 
les roches primitives d'Alger se fendent en lames assez minces 
pour former des ardoises. Si ces carrières étaient exploitables 
économiquement, ce serait une ressource excessivement précieuse. 

Les terrains primitifs ont fourni à Philippeville un gneiss tal- 
queux qui a été employé. L'île de la Galite , à 20 lieues de la 
Calle , donne de beaux granits ; les roches des environs de Bône 
pourront être utilisées ; les granits d'Alger sont presque toujours 
décomposés ou en fragments peu considérables. 

Les roches volcaniques anciennes ou porphyres se rencontrent a 
la Galite ; à Bône on trouve des pierres comparables aux por- 
phyres , d'une grande dureté et remarquables par leurs couleurs. 
Les porphyres verdâtres de Cherchell fendillés superficiellement. 



324 ) 
donneraient pèut-êlre 1 de beaux blocs à une plus grande proton 
deur ; ceux d'un vert sombre semblent moins fracturés; ceux 
d'Oran sont tort brisés. Beaucoup d'autres produits volcanique- 
? e trouvent près de celte dernière ville. 

Toutes les parties de la régence sont susceptibles d'éprouver 
des secousses de tremblement de terre ; en 1822 elles ont fort en- 
dommagé la ville de Blidah, etc. 

Hydrographie. — Les eaux sont la condition la plus essentielle 
de la richesse sous les climats brûlants, comme celui de l'Afrique ; 
malheureusement elles ne sontipas suffisamment répandues dans 
l'Algérie. Nous avons fait connaître les principales rivières de 
de cette contrée. Elles sont nombreuses et leurs affluents très mul 
tipliés , mais la plupart n'ont qu'un court trajet à parcourir, de 
leur source à la mer ; leur pente est excessivement rapide ; ou 
en peut juger par celles des plaines que nous avons fait connaître. 
Les montagnes d'où elles découlent sont trop peu élevées pour 
condenser la vapeur atmosphérique . et garder pendant Tannée 
entière . la neige accumulée sur leurs sommets. Les pluies sont 
abondantes en certaines saisons , mais le temps de leur abondance 
est de courte durée. Les moindres ruisseaux se gonflent, dans l'es- 
pace de quelques heures , en torrents impétueux et infranehis 
sables; mais leurs flots s'écoulent avec rapidité, et l'on traverse 
leur lit a gue . même a pied sec , pendant presque toute l'année 

Les eaux souterraines, qui donnent naissance aux sources et qui 
alimentent les puits artésiens , ne paraissent pas être assez abon 
dantes , dans un grand nombre de localités, pour suppléer a l'in- 
suffisance de celles qui coulent à la superficie du sol. On sait qu'on 
n'obtient les eaux jaillissantes que dans les terrains dans lesquels 
on rencontre des couches perméables ayant une pente plusoumoin- 
forte et ayant au-dessous et au-dessus d'elles des couches imper- 
méables : l'eau qui pénètre dans les affleurements des premières, 
sur les sommets ou les flancs des montagnes . s'infiltre a travers 
leurs bancs ou leurs interstices, et ne pouvant pénétrer à travers 
les couches inférieures ou supérieures , elle forme un courant sou 



325 

terrain , qui amène l'eau a une hauteur plus ou moins grande 
lorsque l'on perce la couche supérieure : le niveau auquel l'eau 
arrive est en raison de l'élévation du point d'où elle provient. 

En Algérie . H terrains primitifs ne laissent pas de grandes 
chances d'y trouver des eaux jaillissantes. Les terrains jurassiques 
et crétacés sont très-perméables , mais il n'existe pas au-dessous 
d'eux de couches d'argile qui retiennent les eaux ; les grès qui re 
couvrent le terrain crétacé alternant avec des couches imperméables 
seraient dans de bonnes conditions s'ils n'étaient si brisés par de 
grands soulèvements ; le terrain subapennin, qui se compose de 
marnes grises peu perméables, présenterait des circonstances fa 
vorables à la création de puits artésiens. M. Renou penseque la belle 
fontaine d'Oran est née de cette disposition de terrain; il croit qu'au 
tour du lac salé on obtiendrait de belles sources par des forages. 

Dans les régions du sud , d'après M. Daumas . on obtient plus 
facilement des eaux qui s'élèvent au-dessus ou bien près de la 
surface du sol. La manière dont sont creusés les puits, au moyen 
desquels sontfécoudes certains oasis, démontre qu'ils ont tous les 
caractères des puits artésiens : ou les creuse à une profondeur 
quelquefois très-grande, sans être, incommode par les eaux ; mais 
quand on perce une roche spéciale , qui retient captif le courant 
souterrain , la source jaillit avec une si grande force qu'elle menace 
la vie des ouvriers; on est forcé de leur boucher les narines, Ips 
oreilles avec de la cire , et de les attacher à une corde pour les 
retirer avec rapidité, et encore ne sont-ils ramenés è la surface 
du sol que dans un état d'asphyxie quelquefois dangereuse. 

La qualité des eaux de l'Algérie est généralement bonne. En 
beaucoup de localités cependant elles sont saumàtres. A Arzeu 
elles ont ce caractère; on est forcé, pour y obtenir de* eaux 
qui ne tiennent pas de sel en dissolution de les faire venir de loin. 

Quelques sources et quelques ruisseaux sont salés ; le Rio-Sa- 
lado doit son nom a cette circonstance. Cependant nous en avons 
goûté l'eau, elle ne nous paraît pas extrêmement chargée de sol . 
le ruisseau des Bibans en contient davantage. Les Chott et les 



326 ) 

Sebkha contiennent le sel que les pluies en lavant les terrains ont 
conduit dans les bas fonds. 

L'Algérie a de nombreuses sources thermales ; les unes sont sul 
fureuses, les autres ferrugineuses; on cite pour leur haute tem 
pérature les eaux do Mérégah et celles de Hamraam-Meskoutyn 
au sud-ouest de Bone : elles ont -+- 76°. Hamman-Berda , située 
a 15 lieues de Bone est une source incrustante, elle a ■+■ 80° R 
Hammam-Staïssa est à 15 lieues de Sétif. On a formé un assez 
grand établissement de bains sur la route deMilianah à Cherchell 
Près de Constantine, sur le chemin qui conduit à la cascade du 
Rummel, on trouve une grotte de construction romaine, où se reu 
nissent des eaux tiédes, dans lesquelles les Arabes vont se baigner 

Météorologie — La latitude de l'Algérie indique que cette re 
gion doit avoir une température élevée. La partie orientale du 
Tell s'avance . a la vérité, jusqu'au-delà du 37. e parallèle : c'est 
presque la position de la partie la plus septentrionale de la Sicile; 
mais la partie occidentale est à deux degrés plus au sud. Les 
Hauts-plateaux s'étendent entre le 36. e et le 35. e parallèle dans 
la partie orientale; les Oasis commencent au delà et ont aussi 
dans l'ouest une position plus méridionale. 

Toutefois, la température des diverses parties de l'Algérie n'est 
pas, en raison de leur latitude: leur élévation les rend moins 
chaudes ; sur le littoral , la température moyenne est de 17 à 18 
degrés centigrades. Elle descend très-rarement au-dessous de zéro 
a Alger; elle s'élève au maximum à 36°, quand règne le sirocco. 

La température moyenne de Mascara, lieu plus élevé, est de 
16°; celle Milianah de 15°; celle de Médéah de 14°; celle de Sétif 
de 13°, etc., etc. Le thermomètre y descend à plusieurs degrés 
au-dessous de zéro. Nous avons éprouvé un froid très-vif à Phi- 
lippeville et a Constantine; nous avons vu la neige y tomber abon 
damment en janvier. Dans les plaine- . elle fond habituellement 
aussitôt qu'elle est tombée ; rarement elle reste sur la terre pen- 
dant plusieurs jours dans les plus froids hivers. Elle séjourne 
pendant plusieurs mois sur leJurjura, l'Ouanseris, etc., etc. 



| 327 

La température desOasis, placées sur le versant méridional <k 
jyand Atlas, abritées contre le vent du Nord, s'élève beaucoup, et 
atteint quelquefois 44° et 46°. 

Les saisons de l'Algérie ne sont pas caractérisées comme celles 
de la France; elles sont au nombre de deux : la saison des pluies et 
la saison des sécheresses. D'une manière générale, on peut dire que 
l'automne et l'hiver forment la saison des pluies , le printemps 
et l'été celle des sécheresses ; mais les pluies commencent plus 
d'un mois après l'équinoxe d'automne, et finissent après l'équi 
noxe du printemps : à partir de la fin d'octobre , elles devien 
nent de plus en plus fortes et plus fréquentes ; elles sont très 
abondantes pendant les deux mois qui suivent le solstice d'hiver , 
puis deviennent de plus en plus rares jusqu'au mois de mai. Après 
ce temps arrivent les sécheresses absolues. Alors, c'est-a-dire en 
juin, la végétation est entretenue par l'humidité accumulée dans la 
terre; mais durant les mois d'été elle cesse presqu'entièremenl 
Les végétaux arborescents sont les seuls qui conservent leur 
verdure. Il tombe a peu près autant d'eau à Alger qu'à Paris,parce 
que les averses sont continues et fort abondantes : mais toutes les 
contrées de l'Algérie n'ont pas la même quantité d'eau : il pleui 
plus dans l'ouest que dans l'est ; le voisinage de l'Océan atlan- 
tique est cause de cette particularité. 11 est certaines contrées 
au-delà de l'Atlas saharien dans lesquelles il ne pleut jamais; les 
nuages que les vents amènent de la Méditerranée et de l'Océan 
sont arrêtés par les sommets de cette chaîne de monts. 

Les vents régnants sont ceux du nord, et ceux du nord-ouest qui 
amènent les pluies, les froids, les tempêtes. Ce sont ces vents qui 
causent les désastres des navires dans les ports mal abrités de la 
côte d'Afrique. Les vents du sud-ouest et du sud sont moins 
constants. Le dernier, quia balayé le désert, amène une chaleur 
suffoquante et des nuages d'un sable excessivement fin. qui ar- 
rivent quelquefois jusqu'à la côte; il dessèche toutes les plantes 
Les vents d'ouest sont les plus rares 



328 

Botanique. - Pooi bien apprécier la flore de l'Algérie, il est 
nécessaire de se rappeler la division que nous avons établie et qui 
est fondée sur les caractères naturels de cette région : le Tell, les 
Hauts-plateaux, les Oasis ne se ressemblent pas ; leurs conditions 
climatériques ne sont pas les mêmes : leur végétation doit ê.tro 
distincte. Il en faut parler d'une manière séparée. 

Le versant saharien du grand Atlas et les Oasis qui sont à sa 
base, sont les seules parties du sud dont nous devions nous occuper, 
le désert qui s'étend au-delà est presque inconnu et nous intéresse 
d'une manière secondaire. La chaîne des oasis reste à plus de i<i 
degrés de la limite tropicale, de sorte que son climat est encore 
fort différent de celui des lieux où l'on va chercher les épices et ce 
qu'on est convenu d'appeler les denrées coloniales. Une circon- 
stance spéciale donne d'ailleurs au versant méridional de l'Algérie 
un caractère propre, et lui enlève une grande partie de la force 
productive que déterminerait son soleil : c'est l'absence des 
pluies; la sécheresse de l'été y est excessive. Les végétaux y se- 
ront donc rares, peu variés, d'une croissance difficile; la végé- 
tation d'ailleurs sera souvent annulée par la présence du sel 
dans cette terre si parcimonieusement arrosée, et dont les cours 
d'eau n'ont pas d'issue libre. Les cultures ne peuvent se déve- 
lopper que sur le bord des ruisseaux qui descendent des mon- 
tagnes et autour des sources qui sortent de leur pied ou qu^ 
l'industrie humaine va chercher dans les entrailles de la terre, 
elles sont donc concentrées en ces points circonscrits qu'on 
nomme oasis ; les plantes herbacées ne peuvent prospérer qu'a 
l'ombre des arbres peu nombreux propres à un pareil climat. 
L'arbre précieux entre tous , qui est la vie de ces contrées , 
qui s'accommode bien de sa température et de son sol, qui 
demande des irrigations mais qui ne craint pas l'eau saumàtre. 
est le dattier | phœnix dactylifera ) qui s'élève en forêts dans 
les Oasis. Sa présence caractérise essentiellement ces vastes 
plaines , qu'on nomme proprement le Pays des Dattes ( Belnd 
Djerid.] On le plante en quinconce ou irrégulièrement, et on 



329 ) 

l'arrose toujours ; on le féconde artificiellement , selon la mé 
thode pratiquée dès la plus haute antiquité. Ce végétal est 
si nécessaire à la vie que les habitants de ces contrées dans 
leurs guerres , pour ainsi dire perpétuelles , le respectent presque 
constamment. Les dattiers sont en nombre considérable; le seul 
district d'Ouargla n'en contient pas moins de 60,000 pieds. Il 
fournit aux habitants un fruit qui est la base de leur nourriture 
et de leur commerce , et sous son ombrage se cultivent les 
plantes potagères de toutes sortes, telles que melon, pastèque, 
concombre, ail, oignon et toutes celles qu'on voit dans nos jardins ; 
puis des arbres fruitiers tels que grenadiers , vignes , figuiers . 
pêchers, cactus , pommiers, limons, etc., etc., ce sont les arbres 
de nos contrées méridionales. On peut dire jusqu'à un certain point 
que la végétation des Oasis est artificielle, qu'elle disparaîtrait si 
la main de l'homme ne la défendait : sans les travaux intelligents 
et persévérants , sans les digues et les murailles que l'industrie 
humaine oppose aux vagues de sable du désert , sans le soin 
avec lequel on emménage et on distribue les eaux du sol . 
sans l'audace avec laquelle on multiplie les sources, en descendant 
dans la profondeur delà terre, au moyen d'outils et de machines 
trop imparfaites, le sable aurait bientôt englouti ces conquêtes de 
l'homme, comme la mer du Nord viendrait couvrir les polders de 
la Hollande, si des barrières solides ne les enveloppaient ; le vaste 
Océan aux flots solides, qui s'étend jusqu'au pays des nègres, vien- 
drait baigner le pied même du grand Atlas , le jour où les popu- 
lations du désert ne s'opiniàtreraient plus à résister aux lois de 
cette nature austère et inhospitalière. Tout le terrain cultivé est 
presque exclusivement consacré à l'alimentation, et laisse peu de 
produits pour l'exportation , excepté les dattes. Ces fruits . on les 
exporte, parce que seuls ils ne suffisent pas à la nourriture de 
l'homme: ils ne contiennent pas tous les éléments réparateurs 
exigés par notre organisation. 

Le désert qui environne les Oasis, D'est pas, comme on pourrait 
le croire, prive de toute végétation. Les lieux les plus secs pro- 



380 

duisent des plantes qui sont une ressource pour les bestiaux 
pendant l'hiver. La flore de ce pays est fort imparfaitement 
connue, car il a à peine été exploré. Le professeur Desfontaines 
cite bien dans son Flora Attantica des plantes du désert, mai^ 
elles sont peu nombreuses, et paraissent appartenir aux limites 
des Hauts-plateaux. Les espèces de plantes recueillies depuis dans 
ces vastes pays , uniformes et soumis aux mêmes influences , sont 
peu nombreuses. Les plus remarquables de celles qui m'ont été 
données par les personnes qui ont parcouru ces régions éloignées, 
particulièrement par le docteur Bonduelle, sont les suivantes : 
l'illecebrum capitatum , l'hypecoum pendulinum et le pro 
cumbens , l'atriplex halimus , le dimorphostegia , plusieurs 
espèces des chenopodium , de salicornia , de plumbago , une 
espèce d'erodium . une espèce nouvelle d'hélianthemum , le 
pimpinella dioiea , le sideritis romana , l'atractylis cancellata , 
le statice pruinosa , qui vient dans les terrains très-salés , au 
sud de Tedjmouth, le linariafructicosa, dans les terrains calcaires 
d'El-Aghouat , le cucumis colocynlhis (coloquinte) sur les bords 
du Mzy , le cleome arabica dans les sables salés d'El-Aghouat, 
une belle espèce d'euphorbia dans les sables et les terrains cal- 
caires, le fagonia cretica dans les terrains caillouteux, une espèce 
nouvelle de fumaria, sur les rochers nus qui portent El-Aghouat, 
le pteranthus echinatus dans les plaines caillouteuses au sud 
d'El-Aghouat, lelawsonia inermis avec lequel on teint les ongles et 
les cheveux en noir, le tamarix gallica , le rosmarinus; plusieurs 
espèces de truffes. Dans les montagnes de l'Aurès, on rencontre 
le juniperus phœnicea . le pistacia atlantica, beaucoup plus eleve 
que le lentiscus qu'on ne retrouve plus dans le Sahara. 

Parmi les graminées de ces contrées , on distingue plusieurs 
espèces de festuca et de brachypodium , mais surtout des espèces 
a barbes ou arêtes très-velues et élégantes , comme les stipi 
pennata. barba ta et autres . le saceharum cylindricum et une 
espèce nouvelle de ce -enre , l'arislida pungens , le dactylis 
repens , communs dans les sables de l'Oued Mzaad , l'aristir'-' 



( 331 ) 
ciliata dans les terrains schisteux très-arides entre Tedjmouth et 
F.l Aghouat, et une espèce voisine mais distincte . l'andropogor 
lanigmim , qui forme des groupes de souches écailleuses , dans 
les terrains arides , etc. Cette végétation conserve des rapports 
avec celle des contrées méditerranéennes placées plus à l'orient. 

Les Haut s- Plat eaux, comme les parties du désert qui entou 
rent les Oasis ont une végétation pour ainsi dire intermittente: 
arrosés , pendant l'hiver , par les pluies , ils donnent quelques 
herbes qui servent d'aliment aux troupeaux ; pendant l'été, des- 
séchés et nus, ils méritent bien le nom de petit Désert , qu'ils 
ont reçu. Le fond des lacs desséchés par évaporation, est pénétré de 
sel et reste sans trace de végétation. Autour des parties long- 
temps inondées , la zone qui a été immergée la première , et qui 
conséquemment s'est desséchée quand l'eau ne formait pas en- 
core une solution saline concentrée, produit quelques plantes : ce 
sont des salsola, des atriplex, des salicornia; \epasserina hirmta, 
plante que le chameau broute volontiers, des statice, parmi lesquels 
j'ai distingué le S. pruinosa , et une charmante espèce découverte 
par M. Bonduelle et que j'ai décrite sous le nom de statice Ron- 
duelit f Ànn des Sciences nat . ) 

Sur les terrains un peu plus élevés, la végétation devient plus 
variée et les graminées plus abondantes ; cellequi domine, c'est 
le xtïp a tenacissima que les Arabes nomment alpha et qui forme 
destouffes énormes, à ce point d'embarrasser la marche des voya- 
geurs. Les feuilles de ce gramen , d'une ténacité extrême, servent 
a faire des nattes, des cordes, des paniers, etc.. etc. Elles sont 
tellement dures qu'elles sont dédaignées par tous les animaux 
Cependant nous tenons du général Daumas que la souche de ce 
gramen. nettoyée, a servi à nourrir les chevaux dans nos expe 
ditions. 

Mais bien d'autres graminées recouvrent cette terre : téchi 
naria capitata , le dactylis pungens, d'autres stipa comme le 
tortilis et quelques espèces qui paraissent nouvelles, l'andropogon 
hirtum, \e. lyge.um spartum t k kwleria villota, le festuca divaricafa', 



332 j 

divers brachypodium , un poa voisin de twgyptiaca qui vient dans 
les marais très-sales de Taguine , les festuca cynosaroïde* , 
pectinella et beaucoup d'autres, le lagurus ovatus , le cynosurui 
tlegans, le polyppogon monspelieusc commun au bord de toutes les 
eaux, Vhordeum crinitum, le melica ciliata, et l œgilops squarroaa 
qui viennent où l'eau a séjourné. Avec ces graminées croissent 
d'autres plantes , le teucrium polium, l'aristolochia sempervirens . 
une espèce nouvelle de thymelea , le passerina polygalœfolia , 
Vanthyllis tragacanthoides, \ejuniperus oxycedrus qui porte une 
espèce de viscum, \eparonychia virgata, le xeranthemum erectum 
\etelephium imperali, etc., etc. 

Le Tell, plus encore que les Hauts- Plateaux, a une végéta- 
tion qui s'éloigne de celle des régions essentiellement chaudes : 
cela tient à la hauteur des montagnes qui le séparent du sud et 
a l'élévation de ses plaines ; sa végétation a d'ailleurs les temps 
d'intermittence que nous avons constatés dans les autres régions 
de l'Atlantide; la sécheresse de l'été empêche le développement 
des plantes qui exigent une grande chaleur. Aussi nous ne trou- 
vons pas de caractères saillants qui distinguent fondamentalement 
la végétation du Tell de celle de la partie méridionale de la 
France et de l'Europe. Les quatre rivages qui ceipnent la Médi- 
terranée occidentale, celui de la France , de l'Espagne, de l'Italie, 
de l'Atlantide ne différent presque pas par leurs productions végé- 
tales. Sur 502 genres de plantes décrits dans la Flore atlantique 
de Desfontaines Flora Atlantica il n'y en a que 48 qui ne soient 
pas inscrits dans la Flore française, parmi ces genres, 13 appar- 
tiennent à l'Italie et à la Sicile, 2 à l'Espagne, 12 ne sont que 
des plantes introduites dans la culture ; 10 croissent sur les bords 
orientaux de la Méditerranée ; dans les II qui restent. 6 sont indi 
qués comme appartenant au désert. Il n'y a donc que 5 genres 
propres au Tell qui soient étrangers aux bords méditerranéens . 
e,l ces genres ne sont presque tous que des divisions des genres 
du Sahara. On peut donc dire que la Flore du Tell est sem- 
blable a celle des autres rives de la Méditerranée. On va voir 



par rémunération des plantes les plus vulgaires du littoral de 
l'Algérie qu'elles n'ont aucune analogie avec celles des contrées 
équatoriales. Les espèces qui lui appartiennent en propre ne lui 
donnent pas un caractère spécial, elles y tiennent peu de place et 
o ont pas de valeur , taudis que la masse des végétaux qui 
couvrent cette terre est la même que celle qui couvre nos pro- 
vinces méridionales ; ce sont parmi les végétaux ligneux : les 
lentisques , les myrtes , les chênes-verts , les chênes-liéges, les 
frênes, les ormes, les saules, les bouleaux, les platanes, les arbres 
de Judée, le caroubier, le pistachier, les jujubiers, les peupliers 
blancs et autres, les micocouliers, les pruniers , les aubépines, les 
grenadiers , les tamarix , les vibùrnum , les genévriers, les oran- 
gers, citronniers, cédrats, les alaternes. le rhus pentaphyllum , le 
pin d'Alep, le thuya articulata , etc. Les noyers, les amandiers, 
les abricotiers , les cognassiers sont cultivés partout ; le cerisier 
vient assez bien , le pommier, le poirier ne. viennent bien que 
dans les lieux frais; les oliviers, les phyllaréa , les tamus, smilax, 
sont presque en tous lieux ; dans les terres légères l'arbutus 
undo. l'érica arborea , etc.; sur le bord des eaux, le nerium 
oleânder, les tamarix. les ricins en grande abondance. Tous ces vé- 
gétaux sont les nôtres. Le chamaerops s'étend sur de vastes espaces, 
mais il couvre la Sicile et croît en Espagne et à Nice. Le dattier 
végète dans le Tell , mais il n'y mûrit pas ses fruits ; il croit avec- 
un peu plus de vigueur que ceux qui sont plantés à Civita-Vec- 
chia, à Rome ou dans le jardin de la marine à Toulon ; mais il 
n'y est pas à l'état d'arbre utile, il y reste comme étranger. 

Parmi les plantes herbacées ou sous-ligneuses, on trouve des 
genres et des espèces tout-à-fait semblables aux nôtres : le cistus 
ladaniferus , les genêts . les spartium , les daphnê , les thyms , les 
lavandes , les germandrées , les origans , les atropa, les trèfles 
les sainfoin , les orobus , les ornithopus, les psoralea , les silène , 
les arénaria, les mauves, les lavatères , les sinapis , les violettes , 
les fumetérres, les réséda, les églantiers, les renoncules, les mille 
pertuis, les scorsonères . les daucus , les buniiim . les séneçons 



334 

les centaurées, les chrysanthèmes , les scabieuscs, les valériane* 
les globulaires , le trachelium . les verhascum , les scrofulaires , 
les artichauds qui couvrent de vastes espaces, les anagallis, les 
echium , la bourrache , l'acanthe , les sauges, les teucrium , les 
orties, les mélisses, les statice, le plumbago, l'écbalium , les 
plantins, les rumex, les atriplex, les salicornes, les narcisses, les 
asparagus , les iris , les scilles , les asphodèles . les allium . les 
ophrys, les orchis et autres genres similaires des orchidées euro- 
péennes. Beaucoup do graminées appartenant a nos régions 

Nous n'avons pas besoin de donner une plus longue énumera- 
tion de plaotes, la li>te que nous avons présentée suffit pour ca- 
ractériser le climat. Dans les jardins on trouve tous les légumes 
d'Europe : choux , oignons , variétés de chicorée , de laitues . 
navets, asperges, oseille, haricots, fèves, etc., etc. La pomme de 
terre ne réussit pas dans tous les cantons , la patate donne enor 
oiément. Ce qui caractérise essentiellement la végétation du Tell, 
c'est la production des céréales. Le riz , le maïs, ne réussissent 
pas sur de grandes surfaces à cause du manque d'humidité , le 
dernier est fort productif dans les terres arrosées ; le froment , 
l'orge, l'avoine s'y développent admirablement; or, ces végétaux 
ue peuvent prospérer dans les contrées dans lesquelles le ther 
momètre s'élève à 45°. Cette température détruit dans leurs 
graines la faculté germinative. Les vastes champs qui se couvrent 
d'épis déterminent le climat de l'Algérie : elle appartient encore 
a la zone tempérée, on doit établir ses cultures sur ce fait. 

Mais si nos provinces méridionales nuancent leur végétation 
avec celles des contrées froides et subissent quelquefois les intem- 
péries qui les affligent , l'Algérie est dans une position inverse : 
elle nuance sa végétation avec celle des climats plus chauds ; elle 
ne subit pas les dangers de nos hivers : c'est notre Midi dans toute 
sa perfection , dans sa splendeur, exempt du souffle glacial qui 
détruit si souvent en France les végétaux originaires des pays 
iavorisés par une température plus élevée. Le vent du nord . 
pour arriver sur les plages africaines doit s'étendre sur la Médi 



( 335 

terrauée dont les eaux l'attiédissent. L'Algérie , c'est donc notre 
Provence, plus brillante, abritée, sans contact avec la zone septen- 
trionale . développant sans crainte et sans chance funeste sa 
magnifique végétation. Si des accidents l'atteignent, ce sont ceux 
du sud , c'est la sécheresse . ce sont les vents du désert et les 
sauterelles qu'ils apportent. Nous caractériserons par un fait signi 
ficatif le climat du littoral de l'Atlantique : la vigne , le mûrier , 
l'olivier n'y gèlent point. L'olivier si frêle, si chétif, si souvent 
renouvelé à la suite des froids qui le tuent en Provence , prend 
en Algérie des proportions gigantesques. Les troncs, qui ont 
trois mètres de circonférence , restent nets , lisses , entiers , sans 
aucun signe de caducité. Il croît sur cette terre avec une vigueur, 
avec une force luxuriante ; on voit que c'est un enfant du sol, que 
ce domaine lui appartient. Ni la dent des bestiaux , ni l'incendie 
des Arabes , ni la destruction des Européens qui l'abattent comme- 
bois de chauffage , ne peuvent parvenir à le détruire ; il repousse 
partout pour protester contre les actes de Vandales qui veulent le 
bannir d'une terre qui est à lui , dont il est le vrai souverain. 
Dans notre Provence, l'olivier est un hôte qui est venu avec les 
Phocéens descendus sur les rivages de Marseille, et qui . tous les 
ans , occupant moins d'espace , semble prêt à retourner , aux 
bords plus heureux qui l'ont vu naître ; au contraire , en Algérie , 
sa vraie patrie , il acquiert les proportions les plus vastes et les 
plus robustes. 

Au milieu des oliviers prospèrent aussi avec plus de facilite et de 
puissance les arbres qui vivent dans nos régions , pêchers : abrico- 
tiers , grenadiers , orangers , figuiers , cognassiers, amandiers, etc. 

A côté des céréales se placent avec grands profits les végétaux 
qui, cultivés dans nos contrées, se plaisent pourtant dans la tem- 
pérature des contrées chaudes : les sorgho , le tabac , le lin , les 
melons et citrouilles , le safran , le sésame. , etc. , etc Notre 
colonie algérienne admet encore le cotonnier ( gossypium herba- 
(.l'um ; il y a été cultive avec succès ; Desfontaines en a trouvé 
des pieds croissant spontanément , qui , sans doute , s'étaient 



336 

échappés des jardins , mais qui enfin , s'étaient naturalisés 1 
cactus opuntia ifiguier de Barbarie) s'y est multiplie largement 
et y a établi domicile ; les villages des Arabes en sont partout 
entourés, il couvre les rochers du Rummel , sous Coustantine ; 
mais cette plante originaire d'Amérique croit aussi en Provence 
et même à Angers. 

L'Algérie permet on outre la culture de I indigo , et le cactus» 
nopal (cactus a cochenille y réunit. L'insecte précieux qu'il 
nourrit exige pourtant des soins multiplies. 

La canne a sucre se trouve dans les jardins ; nous en avons vu 
dans le jardin d'Alger qui étaient fortes , assez mûres , assez 
ligneuses . assez sucrées . mais elles étaient fort loin de pouvoir 
être comparées aux cannes de nos Antilles. Elles ne différaient 
point notablement de celles de l'Andalousie que nous avons vues, 
et n'avaient pu croître que dans une terre très fertile et arrosée 
avec abondance. La canne a sucre restera donc en Algérie, comme 
en Espagne, restreinte en sa culture, peu riche en ses produits. 

Nous verrons, quand no :is indiquerons les essais d'acclimatation 
des végétaux des pays qui se rapprochent plus ou moins de la 
zone équatoriale, quellesespéraucesils peuventdonner. Nous nous 
contenterons de dire ici que le bananier v musa paradisiaca) est 
cultivé avec quelque succès près d'Alger et dans d'autres contrées 
del'Afrique, qu'il donne des régimes bien fournis, mais qu'il exige 
une bonne exposition et des irrigations. Sa culture sera donc cir- 
conscrite. Le bananier de Chine (musa sinensis) n'a pas encore 
réussi complètement. 

Nous avons dit que certaines parties du Tell, comme la plaine 
des lacs salés de la province d'Oran , dont les ruisseaux ne se 
déchargent pas dans la mer, participaient de l'aspect et de la 
végétation des Hauts- plateaux ; l'on y voit reparaître comme au 
bord des Chott , les salicornia , les salsola, les atriplex, les passe 
rina, les statice qu'on voit dans les déserts imprégnés de sel. 

Le climat algérien paraît ne pas permettre aux arbres d'atteindre 
une élévation considérable : nous avons vu beaucoup de frênes 



337 ) 
d'ormes , de peupliers , uotamment le peuplier blanc qu'on dit de 
Hollande, et qui parait originaire de l'Afrique septentrionale, des 
ehênes de diverses espèces, des pins , etc., et nous avons rarement 
trouvé leur troncdroit, élevé, simple, propreenfinaux constructions. 
Nous reconnaissons qu'ils étaient fort mal dirigés et qu'on obtien- 
drait des résultats plus avantageux par une culture habile ; pour- 
tant les défauts des arbres étaient si généraux que nous sommes 
disposés à croire que des soins bien entendus seraient insuffisants 
pour corriger tous les effets du climat , et rendre complètement 
profitable la culture des arbres de haute futaie, plantés isolément 
ou en simples lignes. M. Hardy suppose que le vent du désert 
dessèche les sommets de ceux qui ne sont pas abrités et les em- 
pêche de s'élancer ; on peut penser que la sécheresse du sol et la 
longue interruption delà végétation pendant l'été suffisent pournuire 
à leur croissance , même lorsqu'ils ne ressentent pas les courauts 
du simoun ou du sirocco. Ce n'est que sur les versants septentrio- 
naux de l'Atlas qu'on aperçoit des forêts d'une belle végétation . 
et dont l'exploitation promette des bénéfices. C'est dans ces loca- 
lités que croissent en bois touffus les pins d'Alep , le chêne liège 
quercus suber'j, le faux liège (Q. pseudosuber), l'ilex (chêne vert), 
le quercus coccifera , quercus ballota (chêne à glands doux) , le 
pistacia atlantica qui acquiert de grandes dimensions , le pistacia 
lentiscus , le thuya articulata, le cyprès, le cèdre, qui n'a point 
été vu par le savantauteurde la Flore atlantique, etqui acquiert de 
magnifiques proportions à Teniet-el-Had et dans d'autres points 
de la chaîne qui sépare le Tell des Hauts-plateaux. Nous avons vu 
a Milianah des tables faites avec des tranches transversales de 
cèdre qui avaient plus de 1 mètre 60 de diamètre. On m'a dit 
qu'il y en avait d'un diamètre double. J'ai-, sur une table de 
1 mètre , compté 384 couches; un grand nombre d'autres étaient 
enlevées. Cet arbre avait donc vécu plus de quatre siècles. Les 
arbres de 1 mètre 60 avaient peut-être 1,000 ans. 

La richesse forestière de l'Algérie est loin d'être connue entiè- 
rement; les principales forêts situées dans la région du littoral 

23 



( 338 , 

sont le bois d'Einsila, à l'ouest d'Oran; celui de Muley Ismaël sui 
les collines qui séparent les lacs salés d'Oran de la vallée du Sig, 
dans lequel sont d'immenses quantités d'oliviers ; les bois qui se 
trouvent sur les bords du Siir, de i'Habra et de la Macta ; celui de 
Tenès ; ceux des Beni-Mcnasser, dans les monts qui sont au sud 
de Cherchell, ceux de Koresa, desSoumata, deMouzaïa, deTelarif 
au sud-ouest d'Alger ; celui de Douaou au sud-est. On a aperçu 
un grand nombre de bois dans la grande Kabylie, de Dellys à 
Collo.Près de Philippeville sont les bois de Zerumma et deFillila; 
près de Boue, la belle foret de l'Edough qui renferme de magni- 
fiques chênes-liéges et surtout cette espèce nouvelle de chêne 
nommée quercus-zéan ; les environs de la Calle et Guelma, jusqu u 
de la frontière Tunis , sont couverts de bois. 

Nous avons énuméré les forêts qu'on rencontre sur la ebaîne 
du grand Atlas , au nord des Hauts-plateaux 

Dans le grand Atlas , au sud des Hauts-plateaux , on a aperçu 
d'immenses forêts sur la chaîne du Djebel-Amour, de Senalba, de 
l'Aurès, et du Bou-Thaleb, sur lequel on retrouve le cèdre. 

On est doue assuré , dans les cultures en masse , sur les revers 
septentrionaux, d'obtenir de beaux bois de construction. Quant au 
bois de chauffage , il sera abondant dès qu'on le voudra : rien 
n'est plus facile que de transformer en superbes taillis la plupart 
des broussailles des cantons montueux . 

Zoologie. — Il n'entre pas dans notre plan de présenter une 
enumération étendue des espèces appartenant au règne animal qui 
habitent l'Algérie. Nous voulons seulement tirer de la zoologie 
algérienne les inductions qui peuvent diriger l'élève des bestiaux 
et la culture de cette contrée. Dans le Tell, les animaux élevés par 
I agriculture européenne sont répandus et prospèrent. Les chevaux 
y sont si excellents, si nombreux, si infatigables, si rustique 1 - à la 
fois et si légers , qu'on reconnaît qu'ils sont dans leur patrie. Les 
ânes doivent de même être considérés comme indigènes. Les indi- 
vidus de l'espèce bovine y sont énormément répandues: ils ont des 
caractères spéciaux qui en font une race distincte qui est comme 



339 

un produit du climat : elle est petite, bien faite, robuste , vigou- 
reuse, très-douce, d'un pelage presque uniforme, noirâtre, grison- 
nant sur le dos et les membres. On nous a généralement affirmé que 
les petits bœufs de l'Algérie produisaient un effet utile au moins 
aussi considérable que ceux d'une taille plus élevée qui viennent 
des frontières du Maroc. Les vaches africaines ont des mamelles 
très-peu développées; elles produisent peu de lait; un ou deux litres 
est la quantité ordinaire , cinq litres forment le maximun de ce 
qu'elles donnent ; elles sont difficiles à traire et l'on ne peut par- 
venir à le faire qu'en leur donnant d'abord leur veau. Le lait se 
vend à un prix fort élevé ; à Philippeville, le lait fourni à l'hôpital 
par adjudication est vendu au prix de 39 centimes le litre. 

Ces faits prouvent que la race bovine, si elle est largement 
installée dans le pays , n'a pas reçu les perfectionnements que la 
culture a donnés aux bestiaux de certaines contrées européennes 

La race ovine est immensément nombreuse ; les troupeaux 
couvrent les plaines et les montagnes. Les moutons sont de taille 
assez élevée, robustes, ils donnent une laine rude et assez longue ; 
la toison pèse généralement trois à quatre livres. C'est dans le sud 
surtout qu'on rencontre des troupeaux innombrables ; ils vivent 
dans le Sahara pendant l'hiver et le printemps ; ils viennent dans 
les montagnes et dans le Tell pendant l'été. 

Les chèvres sont communes ; elles sont loin de donner autant 
de lait que les chèvres maltaises ; celles-ci paraissent s'y conserver 
en bon état , mais elles sont d'un prix élevé. Nous en avons vu à 
Médéah, Milianah, Alger qui valaient 80 à 100 francs. 

Les porcs transportés en Algérie y pullulent ; nous en avons vu 
un beau troupeau de plus de 150 têtes , formé par 15 laies, en 
moins de deux ans. Il y a cet avantage à les élever qu'ils ne sont 
pas dérobés par les indigènes : ou sait que les Arabes n'admettent 
pas la chair de porc dans leur consommation. 

Ce ne sont pas seulement les animaux domestiques qui ont 
le même caractère que les nôtres, on voit sur le sol du Tell 
algérien , une multitude d'espèces qu'on retrouve en Europe , tels 



t 340 ; 
sont parmi les mammifères les lièvres, les lapins, les san 
gliers , etc., etc. ; parmi les oiseaux . les perdrix , les merles, les 
tailles, les pies, les étourneaux, les vanneaux, etc. et< Si des 
classes supérieures, on passe aux classes inférieures des ani- 
maux , on constate que la plupart des insectes qui y vivent sont 
semblables à ceux du Midi de la France ; la faune algérienne est 
donc, comme sa flore, la même, au fond, que celle de notre 
côte méridionale. 

Cependant. l'Atlantide étant la partie extrême de la région 
méditerranéenne, se trouvant à l'abri des intempéries qui affligent 
les autres , n'ayant pas subi les transformations qu'amène la civi 
lisation moderne, elle devra renfermer des espèces à elle propres . 
le versant sud du grand Atlas, si différent des autres, sera surtout 
caractérisé par des animaux inconnus à l'Europe. On trouve dans 
le Tell des lions; ils ne sont pas rares près d'Oran. La montagne 
située entre cette dernière ville et Arzeu doit son nom à la pré- 
sence de ces terribles animaux; on en rencontre aussi dans les 
montagnes voisines de St-Charles, dans la vallée du Saf-Saf etc. 
D'après les renseignements que nous avons recueillis, le lion . 
contrairement à l'opinion vulgaire, nese trouve pas dansle désert. 
On trouve des panthères en bien des lieux , à Mousaïa , par 
exemple; les hyènes sont communes ; les chacals ( canis aureus 
sont partout : on les entend la nuit , dans les plaines, pousser des 
hurlements sans lin ; on les voit à chaque pas dans les broussailles; 
dans les lieux où l'on a cultivé la vigne , ils ont ravagé le raisin. 
On rencontre une espèce de vipère (vipera brachyura)près d'Oran, 
d'Arzeu , de Mostaganem ; sa morsure est dangereuse. 

Dans le sud . se voit un animal domestique tout-à-fait 
spécial qui est merveilleusement adapté à la constitution du pays, 
c'est le chameau , qui, de temps immémorial, satisfait aux exi- 
gences de la vie nomade de ces vastes contrées et les caractérise 
ainsi que le dattier. Il arrive bien dans le nord, pour effectuer les 
transports qui sont faits de la région saharienne vers le Tell ; nous 
en avons vu des troupeaux qui étaient venus durant l'été, et qui. 



( 341 ) 
en décembre, n'avaient pas encore repris le chemin de leur pays , 
nous avons vu des transports effectues par des chameaux a Phi- 
lippeville, à Constantine. A l'époque de notre voyage à Tlemcen , 
plusieurs milliers de ces animaux étaient venus avec les chefs du 
sud qui a\ai«iii fait visite au général Mac-Mahon. Mais déjà 
dans le Tell , le chameau n'est plus au milieu des circonstances 
qui lui sont les plus favorables. Par sa nature . il appar- 
tient réellement au désert; son pied large et tendre doit 
poser sur le sable et les terrains unis. Son organisation lui permet 
de se priver d'eau pendant plusieurs jours; sa sobriété est extrême, 
il se nourrit des plantes les plus dures qu'il rencontre sur sa route. 
Il remplit dans le Sahara une indispensable fonction que lui seul 
peut accomplir. Non seulement les habitants l'emploient aux 
transports , ils mangent sa chair , boivent son lait , utilisent son 
poil et jusqu'à sa fiente. 

D'autres productions du règne animal caractérisent encore 
le Sahara , ce sont particulièrement les autruches (struthio came- 
lus), les gazelles (antilope dorcas), qui se montrent jusque dans le 
Tell. On rencontre dans l'Atlas d'autres espèces d'antilope, le 
bœuf sauvage (bos afncanus, Bell.), une espèce de vipère (vipera 
cérastes), le tupinambis nilotica, des gerboises, etc., etc. 

Populations. — La vaste contrée constituée par les deux 
Atlas, semble, quand on la traverse rapidement, fort médio- 
crement peuplée ; on la dirait même déserte , tant sont peu 
apparentes les habitations des hommes qui existent sur sa sur- 
face ; ce sont des tentes noirâtres , formées de poils de chameau . 
de poils de vaches , de laine et même de fibres de chamœrops , 
ce sont des gourbis ou huttes construites de branchages ou bâties 
en pisé , basses , entourées de cactus , cachées dans les vallées , 
dans les replis des terrains, au milieu des broussailles, et qu'on 
ne découvre que lorsqu'on les cherche avec attention. La pré- 
sence des êtres humains n'est pour ainsi dire annoncée que 
par les cultures tantôt restreintes , tantôt couvrant des espaces 
considérables . et par les nombreux troupeaux de moutons , 



( 34*2 
de bœufs et de vaches qu'on aperçoit sur les montagnes. En 
realité , la population est nombreuse ; à la moindre cause , on la 
\ oit sortir de tous les points ; si la guerre sainte réveille le fana- 
tisme des Musulmans, d'immenses multitudes se forment inopiné- 
ment dans les lieux les plus distants. Mais on varie beaucoup sur 
le chiffre exact des habitants de l'Atlantide, parce qu'on a peu de 
moyens de les recenser , et peut-être parce qu'on ne donne pas 
les mêmes limites à la contrée dont on veut dénombrer la popu 
lation. Les personnes qui la portent au plus haut l'estiment a 
3.000,000 d'àmes; mais l'on ne sait pas avec une précision abso- 
lue à quelles zones il faut attribuer ce chiffre : selon toute proba 
bilité, c'est aux trois régions réunies et prises dans leurs limites 
les plus étendues. 

On sait que ces populations sont de races distinctes. Deux 
types principaux se font remarquer, les Kabyles et les Arabes. 
A ces races il faut ajouter les Maures, les Turcs, les Juifs 

Les Kabyles habitent les montagnes ; ils construisent des 
villages, sont sédentaires, ont peu de bestiaux , se livrent pics 
qu'exclusivement à l'agriculture , à l'horticulture , à l'industrie : 
ils fabriquent des armes , de la poudre , et savent produire le fer 
et le plomb ; ils semblent les descendants des divers peuples suc 
cessivement refoulés par les conquérants qui ont envahi tour-a- 
tour le pays. On retrouve en eux: les Berbères, habitants primitifs 
de cette terre , peut-être quelques Romains , des Vandales qu'on 
distingue à leurs yeux bleus, à leurs cheveux blonds. Les Kabyles 
combattent à pied ; ils parlent la langue berbère ; ils professent la 
religion musulmane; mais on a remarque qu'ils ont quelques 
signes qui rappellent le Christianisme. 

Les Arabes, les derniers conquérants du pays, ont des traits plus 
accentués que les Kabyles; ils vivent sous la tente, cultivent quel- 
ques terres, maiss'adonnentspécialemenlà l'élève des bestiaux; ils 
montent volontiers à cheval , et sont nomades comme dans leur 
pays natal ; ils sont plus purs musulmans , et parlent l'arabe. 

I es Maures . ou les habitants des villes, sont les descendants 



( 343 
des hommes qui n'ont point quitté les cites africaines , qui se 
sont conséquemment mêlés aux divers peuples qui inondaient le 
pays , qui ont été renforcés des Musulmans expulsés d'Espagne, 
et des étrangers que le commerce appelle dans les ports, etc. 

Les Turcs qu'on distinguait naguères en Algérie, sont presque 
tous disparus ; campés dans le pays qu'ils dominaient , ils n'y ont 
pas laissé de traces après notre conquête ; les enfants qui sont nés 
de leur commerce avec les autres races forment les Coulouglis. 

Les Juifs sont nombreux et habitent les villes; ils y sont ce qu'ils 
sont ailleurs : ils se livrent exclusivement au commerce. 

Les Maures ne doivent pas nous occuper ici , non plus que les 
deux dernières races dont nous venons de parler : résidant dans 
les villes, ils vivront facilement sous notre administration ; ils ne 
seront point choqués de nos usages et se conformeront à no s 
prescriptions administratives. 

Les Juifs ne seront empêchés ni par leur religiou ni par leur» 
mœurs de se conformer à nos lois civiles. 

Les Arabes et les Kabyles seuls ont des caractères tranchés qui 
en font des peuples distincts que leur religion , leur état social, 
leurs usages , leurs préjugés empêcheront de s'incorporer à nous ; 
ils ne le pourraient taire sans cesser d'être. Mais il faudra tenter de 
les rapprocher et de les unir à la population européenne , pour 
former un même corps de nation avec des éléments qui resteront 
socialement distincts , mais qui seront politiquement unis. 

Le caractère disparate des deux races qui forment la masse de 
la population se reflète dans la forme du gouvernement qu'elles 
adoptent. Le Kabyle a des instincts démocratiques . il n'obéit qu'a 
des chefs désignés par l'élection, renouvelés souvent, restant 
quelquefois moins d'un an au pouvoir , et contrôlés habituelle- 
ment par une assemblée populaire (Djemma). Ce n'es! pas a dire 
qu'il n'y ait pas parmi eux des familles influentes dans lesquelles 
les chefs sont choisis; mais ces familles sont quelquefois nom- 
breuses , et prennent l'autorité successivement , selon les alterna- 
tives d'influences. Ces influences sont en raison du nombre de voix 



• 344 
dont les familles disposent par leurs membres , leurs alliances . 
leurs richesses , ou mieux par le nombre de guerriers qu'elles 
peuvent armer. La puissance se compte moins par les suffrages 
qu'on peut exprimer que par la quantité de coups de fusil qu'on 
peut tirer : l'on conçoit que dans une telle organisation , le parli 
qui compte les fantassins le plus solidement unis par la parenté et 
les intérêts fait la loi à des partis plus nombreux , mais divisés . 
c'est en Afrique comme ailleurs. Les tribus ne sont pas habituel- 
lement subordonnées les unes aux autres, mais forment des con 
fédérations plus ou moins étendues et plus ou moins fixes. Au mi 
lieu de telles institutions, notre autorité ne peut se faire sentir 
que bien faiblement; nous devons en quelque sorte nous borner ;i 
accepter les agents désignés par le suffrage du peuple, ou les 
chances des combats , jusqu'à ce que nos progrès nous donnent 
quelqu'influence dans les conseils. Les expéditions faites en 
Kabylie en 185t et 1852, ne peuvent manquer de l'accroître. 

L'Arabe a des tendauces opposées à celles du Kabyle: ses 
habitudes sont aristocratiques; il est parmi les tribus des familles 
dans lesquelles réside l'autorité de temps immémorial ; elles con- 
stituent une véritable noblesse féodale. Tout est subordonné au 
chef: ses plus proches parents sont ses premiers sujets. L'autorité 
réside en sa personne et se transmet héréditairement. 

Outre lesfamiiles nobles, il y a des familles de marabouts ou 
dereligieux qui inspirent le respect et exercent l'autorité. Ces! 
surtout dans la province d'Oran que leur puissance est grande. 
\bd el-Kader appartenait à une famille de marabouts. 

Tels sont les peuples sur lesquels nous voulons étendra mitre 
domination; tel esl le pays que nous voulons coloniser. Qu'a-l-on 
fait pour atteindre ce but? Que reste-t-il à faire pour réaliser 
les desseins de la France. C'est ce que nous allons examiner ! 



' 345 ) 
O. État actnel de la colonisation 

01! 

ce qui a été fait. 

On se plaint généralement en France qu'on n'a presque rien 
fait encore pour coloniser l'Algérie: on n'a pas assez réfléchi 
aux obstacles que nous y rencontrons ; on n'a pas assez apprécie 
le résultat de nos efforts. Aux yeux de ceux mêmes qui mettent le 
pied sur le sol africain, les difficultés qui surgissent à chaque pas 
apparaissent si énormes, que le succès leur semble d'abord im 
possible, que les travaux exécutés, comparés à ceux qui restent 
à entreprendre , sont considérés comme nuls. Mais, lorsqu'on a 
dissipé, par l'étude, l'impression qu'on a reçue, on estsaisi d'admi 
ration en contemplant l'œuvre immense accompliedéjà parl'armée. 

La première condition de la colonisation était la conquête et 
l'occupation du pays; a cette condition se joignait l'établissement 
des routes , la construction des forteresses , des villes, des ports, 
des arsenaux, des hôpitaux, des ponts, les barrages des rivières, 
la distribution des eaux , le creusement de canaux de dessèche- 
ment, le défrichement du sol, le commencement des cultures, 
l'organisation du peuple vaincu ; tout cela a été entrepris avec 
un courage surhumain. 

Ces travaux préparatoires repondent-ils par leurs résultats a 
l'énergie qu'on a déployée? Le mode de colonisation généralement 
suivi permet-il d'espérer un succès réel et définitif? Pour résoudre 
ces questions , il faut examiner sérieusement, impartialement ce 
<|iii a été fait, Nous allons en faire l'exposé rapide. 

La conquête et l'occupation ont été bien longtemps incertaines 
et précaires. Deux raisons principales ont retardé ce résultat : la 
première est la difficulté même de l'entreprise, la deuxième l'ab- 
sence de tout projet arrêté. La difficulté naissait des obstacles créés 



( 346 
par l'implacable opposition des Arabes , par la configuration du 
sol . la nature du climat , le défaut de connaissance des lieux 
dont on voulait prendre possession. 

En attaquant l'Algérie par la partie escarpée deson rivage, nous 
nous trouvions dans la situation la plus défavorable : tous les 
points que nous occupions restaientisolés et ne pouvaient se prêter 
aucun appui ; l'ennemi , au contraire, possédant les régions du 
sud , c'est-à-dire la série des vallées interatlantiques , les hauts 
plateaux, les vastes plaines des oasis, pouvait à chaque instant 
réunir toutes ses forces sur un seul point et nous accabler, ou 
s'il éprouvait un échec, il s'évanouissait devant notre poursuite , 
et ne nous permettait pas de profiter de notre victoire; nous avons 
fait sommairement connaître les vicissitudes de cette terrible lutte. 

Elles furent rendues plus fâcheuses et plus longues par l'indé- 
cision du pouvoir, qui trouvait son motif dans les difficultés 
mêmes qui s'accroissaient tous les jours ; on discutait sans cesse, 
s'il ne conviendrait pas mieux d'abandonner notre conquête ou 
de restreindre notre entreprise. Les tergiversations cessèrent 
enfin; on reconnut que plus nous limitions notre occupation sur 
la côte, plus les attaques qu'on dirigeait contre nous étaient 
acharnées , résolues et puissantes ; plus nous prenions l'offensive, 
plus nous nous portions en avant, et plus la supériorité de notre 
tactique retrouvait ses avantages , plus la configuration du pays 
nous rendait la conquête facile. 

Mais ce n'est pour ainsi dire qu'hier que nous avons achevé 
notre œuvre. On sait qu'Abd-el-Kader ne fut en nos mains que 
dans les derniers jours de 1847; dans les premiers mois de 1848 
éclatait dans la métropole une révolution qui paralysait toutes le* 
conséquences économiques de notre victoire. Nous commençons 
seulement à pouvoir les envisager dans toute leur étendue. 

Aujourd'hui l'arabe est dompte et soumis ; les difficultés inhé 
rentes au sol sont surmontées. Nous tenons dans nos mains les 
clefs de tout le pays. Nous avons franchi le Petit \llas . cl occupé 
1rs pointa essentiels de son versant méridional : Sidi-bel-Abbès . 



( m) 

Mascara, Mcdjadjah , Milianab , Medeah , Sétif, Constantine 
Tebessa. Nous dominons la longue série des vallées interatlantiques 
et nous occupons , sur le versant nord du Grand Atlas, les portes 
des hauts plateaux et des oasis : Lalla Maghnia, Sebdou, TIemcen, 
Dàya, Saïda, Frenda, Tiaret, Teniet-el-Had , Boghar, Auniale , 
Batna, Biscara au delà du Grand Atlas; l'occupation complète , 
forte , rationelle est achevée. 

Toutes les villes du Tell et quelques unes de celles qui sont en 
dehors de ses limites sont donc tombées en notre pouvoir; plusieurs 
villes nouvelles ont été fondées ; dans toutes les anciennes cités . 
on a dépensé des sommes considérables pour les rendre habi- 
tables par les hommes appartenant à la civilisation de l'occiden! . 

En 1848 , l'assemblée constituante a affecté une somme de 
2,000,000 fr. au paiement du capital et des intérêts des deux cin- 
quièmes des indemnités des terrains expropriés; sur cette somme 
1,174,285 fr. ont été payés, un nouveau crédit de 2,000,000 fr. a 
été ouvert pour cet objet au budget de 1849 ; une demande de 
400,000 fr. a été faite au budget de 1850 , mais l'Assemblée a 
suspendu le paiement jusqu'à ce que les questions litigieuses aient 
été vidées. 

Au moyen des acquisitions faites . Alger a ete agrandi ; de 
nombreuses masures ont été abattues et remplacées par des con- 
structions modernes ; des rues larges et bordées d'arcades , des 
places spacieuses , des maisons élevées sur le modèle européen, 
des promenades, des fontaines sont venues donnera la partie 
nférieure de la ville l'aspect d'une cité française. 

La vente des terrains , la construction des maisons , a donne 
lieu à des spéculations et a un agiotage effréné, qui ont contribué 
largement à déterminer la crise immense qui pèse sur l'Algérie 
de puis la révolution de février. Mais enfin si des ruines parlicu 
lières ont été causées par ce jeu effroyable , une ville nouvelle a 
été construite, et reste acquise à la colonisation. 

Dans le massif d'Alger, Koleah a été comme tranformée, en con- 
servant cependant son délicieux jardin qui se cache dans un vallon 



348 ) 
arrose ; Douera presque entièrement bâtie. Bouffanck fondée 
Blidah, par sa partie nouvelle, enveloppe et fait pour ainsi dire dis 
paraître l'ancienne ville arabe; àMédéah on a détruit beaucoup de 
vieilles habitations qu'on remplace par des habitations modernes; 
Milianah est une jolie ville'presque toute neuve avec larges rues . 
trottoirs, plantations, jardins ; Orléansville est une création fran 
çaise comme Saint-Denis du Sig; Mascara subira aussi l'influence 
des conquérants ; Tlemcen , la ville des califes de l'Occident . 
élargit ses rues , prépare de nouvelles constructions . restaure 
son Mechouar; Oran est une ville espagnole où les Européens se 
sont pour ainsi dire isolés des juifs , des arabes et des nègres qui 
tous ont leur ville spéciale. 

Mers-el-Kébir a été fondée sous les forteresses qui défendent 
son beau port; Arzeu a été bâtie dans une situation analogue, près 
de la pointe qui défend les Portus divin, /, tandis qu'un village 
se construit sur les ruines du vieil Arzeu. Mostaganem s'est dé- 
veloppée malgré les mauvaises qualités de sa rade ; Tenès a con- 
servé presque son caractère; Cherchell a pris plus de part au 
mouvement. 

Dans l'est, Dellys, Djidjelli , Bougie, sans communication avec 
l'intérieur n'ont pu recevoir des accroissements analogues a ceux 
qu'ont obtenus les villes de l'ouest. Stora a implante ses con- 
structions peu nombreuses sur la montagne abrupte qui entoure 
le port et s est uni par un chemin en corniche avec Philip- 
peville bâtie tout entière sur les ruines d'une cité romaine ; 
Bone a subi sa transformation; La Galle, ancienne possession 
française , n'avait pas à prendre une vie nouvelle ; Guelma et El- 
Arouch ont succédé à des camps; Constantine a une place et de- 
rues neuves , mais elle a conservé presque en entier sa physio- 
nomie arabe , ses rues étroites , presque couvertes , impraticables 
a tous les véhicules, et bordées de ces échoppes où s'étalent 
toutes les marchandises qui plaisent au peuple de la contrée. 

La population indigène presque entière vit sous la tente 
Si quelques tribus ont des demeures fixes, ce soûl de misérables 



( 349 ) 
gourbis formés de branches entrelacées et d'herbes sèches, ou 
des huttes trop petites , trop basses, trop mal éclairées, réunies 
en amas trop inextricables pour servir à l'habitation des colons 
européens ; quant aux villages des Kabyles, ils sont situés dans des 
montagnes inaccessibles ou dans des régions que nous nepouvons 
occuper. Il a donc fallu fonder toutes les habitations rurales, et ce 
n'a pas été un des moindres travaux réclamés par la colonisation. 
Les centres de population ont souvent succédé à des camps situés 
dans des positions importantes ; l'autorité militaire les a générale- 
ment établis dans des points qui servaient d'étapes à nos troupes; 
elle avait ainsi l'occasion de fortifier des postes qu'il fallait garder; 
elle réunissait en ces lieux tous les genres de secours et d'abris 
dont pouvaient avoir besoin nos soldats isolés ou en corps ; les 
garnisons offraient aux premiers colons l'occasion facile de vendre 
leurs produits et de faire quelques profits. Beaucoup de ces cen- 
tres n'ont dû leur prospérité qu'à cette dernière circonstance, et 
lorsque les progrès de la conquête ont fait porter nos légions en 
avant , vers le sud , ils ont vu disparaître brusquement la plus 
abondante source de leurs richesses. 

Les principaux villages ou hameaux civils sont ; 



District d'Alger. 

Kouba. 

Dely-lbrahim. 
Drariah. 
El Achour. 
Cheragas. 
Ouled Fayet 
Saoula. 
Staoueli. 
Ain Béni an 
Sidi Ferruch. 



Fondouck. 
Mustapha . 
Birkadem . 
Hussein-Dey . 
Birmandreis. 

District de Douera. 

Crecia. 

Baba Hassan. 
Sainte-Amélie. 
Saint-Ferdinand 
Mahelma . 



350 



District de Bouffarick 
Soukali. 
District de liiidah. 

Benimered. 

Montpensier. 

Joinville. 

Dalmatie. 

La Chiffa. 

Mouzaïa- Ville 

Souma. 

District de Koleah. 

ûouaouda. 
Fouka. 

N. D. de Fouka. 
Zeralda. 

District de Medeah. 
Mouzaïa-les-Mines. 



District de Milianah 

Afficville. 

District d'Oran 

La Senia. 

Miserghin. 

Sidi Chami. 
District de Mostaganem 

Mazagran. 

Saint-Denis-du-Sig. 

District de Philippe? i de. 

Vallée. 
Dararemont. 
Saint-Antoine 
Saint-Charles. 

District de Conslantine. 
Smendou ( Côndé . 
El K autour 



A ces villages il faut ajouter ceux qui ont été hàtis par l'au- 
torité militaire pour les colonies agricoles, ce sont : 



District d'Alger. 


District de Medeah . 


CastiglioneiKoulsmael 


Lodi. 


Teeschoun. 


Damiette. 


District de Cherchel. 


District d'Orléânsvillt 


Zurich. 


Montenotlc 


Novi. 


Ponteba 


District de Biidah. 


La Ferme. 


El Afroun. 


District de Mostaganem 


Bourourai. 


Aboukir. 


Marengo 


Rivoli. 



351 



Aïu Nouisi. 
Tounin. 
Karouba. 
Ain Tèdélis. 
Souck el Mitou. 

IHstrict d'Arzeu, 

Saint-Leu. 

Damesme. 

Arzeu ( Vieil ) 

Muley-Magoun. 

Kléber. 

Mefessour. 

Saint-Cloud 

District d'Or an 

Fleurus. 
Assi-Ameur. 



Assi ben Fereah. 
Saint-Louis. 
Assi ben Okbah . 
Assi Bounif. 
Mangin. 
District de Philippeville. 
Jemmapes 
Gastonville. 
Robertville. 

District de Guelma 
Heliopolis. 
Millesimo. 
Petit. 

District de Boue. 
Mondovi 
Barrai. 



L'assemblée nationale ou\ rit pour ces colonies un crédit de 
50,000,000 francs; elle leur affecta, eu 1848, 5,000,000 francs, 
en 1849 , 10,000,000 francs ; on a demandé pour elles en 1850, 
le même crédit de 10,000,000 francs, mais l'assemblée nationale 
l'a réduit à 4,500,000 francs. 

14,774 individus y furent installés , parmi eux étaient 6,320 
hommes , 4.492 femmes , 3,128 enfants au-dessus de 2 ans , 
814 enfants au-dessous de 2 ans. 

Parla loi du 19 mai 1849, un crédit de 5,000,000 a ete ouvert, 
par anticipation , pour former douze nouveaux villages. La con- 
struction en fut suspendue par la loi réglant le budget de 1850 , 
et par la loi du 20 juillet 1850; mais l'achèvement en fut décrété eu 
1851, conformément aux conclusions d une commission dont je fus 
le rapporteur. Seulement il fut interdit au gouvernement de les 
peupler aux frais de l'Etat. Ces villages sont : 

Dans la province d'Alger, Ain-Amer et Bou-Rkika sur la route 



108 

de Blidah u Cherche! ; Abd-el-Kader , Bou Meitu et Ain Benian 
sur la route de Blidah a Milianah : Ain Sultan sur la route de 
Medeah à Milianah. 

Dans la province d'Oran, Bled-Touaria, AïnSidi Chérit', Pout 
du Chélif, et Ain Bou Dinar , autour de Mostaganem ; Bou-Tlelis 
près Mjserghin. 

Dans la province de Constantine , Alhmed - ben - Ati et Sidi 
Nacersur la route dePhilippevillc à Guelnia. 

Plusieurs de ces villages , encore inoccupés , seront habites par 
une partie des hommes transportés en Algérie après les événe- 
ments du 2 décembre 1851, par des orphelins et de jeunes cou 
damnés. 

Outre les villages européens, des villages arabes ont été fondes 
avec l'aide de l'administration française ; nous en avons vu un 
près de Milianah ; 13 étaient commencés dans la province d'Oran. 
Les chefs ont été encouragés à bâtir des maisons. Mous citerons 
spécialement celles de Bou Alem et de son frre , bâties dans la 
vallée du Sig, celle d'un caïd sur la colline qui domine St. -Charles. 

Les ports et les travaux maritimes devaient attirer toute notre 
sollicitude dès les premiers moments de notre conquête : ce n'était 
pas assez d'occuper le pays, il fallait le mettre à l'abri des attaques 
extérieures, il fallait assurer ses communications avec la mère- 
patrie, d'où il tire ses moyens de défense, en hommes, en armes , 
en argent, etc. Des batteries furent élevées pour prunier les 
ports et les côtes ; des jetées furent formées pour assurer l'armée 
des navires en tous temps , et les mettre à l'abri. 

La jetée principale du port d'Alger qui. partant de l'ancien 
môle, s'étend presque parallèlement au rivage, et fait face ;i la 
haute mer, était terminée à la lin de 1850; elle a une longueur 
de 728 mètres sur une profondeur qui atteint 25 mètres; elle 
abrite une surface d'eau de plus de 80 hectares; elle, donne don< 
a lu capitale de l'Afrique française un port capable de contenir 
une flotte nombreuse. On va la couronner de batteries. La roche 



' 35:5 

Àlgefna, jointe à la côte par une jetée , va recevoir les canons qui 
défendront l'entrée du port. Les dépenses des tr;i\au\ maritimes 
d'Alger se sont élevées jusqu'aujourd'hui à 16,000,000 fr. Il reste 
a former la jetée de Babazoun qui , partant du rivage . fermera le 
port et le garantira du ressac. La dépense totale du port doit 
s'élever à 4-1 ,500,000 fr. On projette de fonder plus tard un brise- 
lame qui abriterait la rade. 

La ville , fortifiée selon les règles de l'art moderne et étendue 
-i'lon les besoins de notre occupation . a son enceinte eu voie 
d exécution ; elle est, en outre, entourée de forts détachés 

Vers l'extrémité occidentale de la Régence , Mers-el-Kébir, ou 
le port d'Oran , se fortifie d'une manière formidable. Les batteries 
sont presque achevées et préparent aux vaisseaux fiançais un abri 
dans le voisinage du détroit de Gibraltar. Oran lui-même est bien 
défendu par les forts de construction espagnole et mauresque 
qu'on a réparés et armes. Mers-el-Kébir est lié par une belle route 
a Oran; cet ouvrage remarquable est exécuté sur le flanc des 
rochers, malgré des difficultés considérables. 

Nemours , à la frontière du Maroc, a obtenu un débarcadère. 

Arzeu , qui a une grande valeur , est cependant inférieur a 
Mers-el-Kebir. On y a fait quelques travaux de défense, un petit 
môle, un phare, etc. 

Mostaganem , Tenès , nom pas de ports véritables ; Cherchell 
avait un bassin antique qu'on a en partie déblayé et auquel on a 
ajouté un bassin nouveau qu'on n'a pu complètement achever, et 
qui ne nous paraît pas susceptible de rendre de grands services. 

A l'extrémité orientale de la Régence, la France possède depuis 
longtemps le port de la Galle. On y a fait un quai. Ce port est 
fréquenté par les pécheurs de corail ; mais parmi eux on ne 
compte plus qu'un petit nombre de Français. 

Le port de Bone a obtenu une petite jetée de 63 mètres ; la 
rade a bon abri , au fort génois ; mais aucune route carossable 
n'existe encore entre ce point avancé et la ville. 

La rade de Philippeville a un beau port à Stora. 

24 



( 354 ] 

Collo vient d'être occupé; il paraît susceptible de devenir un 
port fort important. 

Djidjelli n'est point abordable dans le mauvais temps. 

Bougie a un fort bon abri. 

Dellys n'est pas plus sûr que Djidjelli. On n'y a construit que 
des débarcadères ; les travaux des ports de l'Algérie nous ont 
coûté de 1830 à 1850, la somme de 18,318,000 fr. ; les travaux 
de défense des côtes , non compris celle des places , a coûté 
1,024,000 fr. 

Les phares et feux destinés à l'éclairage de la tôle sont le 
complément de ces travaux ; leur construction nous a coûté 
231,000 fr. 

Les fortifications intérieures n'étaient pas moins nécessaires 
que celles du littoral : s'il fallait se garantir contre les attaques du 
dehors, il était au moins aussi indispensable de se mettre à l'abri 
des entreprises de la population indigène. On a fortifié les villes , 
les villages, les camps, même les demeures particulières. 

Beaucoup de villes sont dans des positions très-fortes ; Constan- 
tine , bâtie sur un roc coupé à pic , ne tenant au Condiat-Ati que 
par une langue de terre étroite , est pour ainsi dire inexpugnable. 

Tlemcen, Médéah, Milianah, etc., etc., bâties sur des plateaux 
escarpés , au liane de monts dont le sommet est presque inacces- 
sible, sont des places fort respectables. 

La plupart des villes sont entourées d'un mur crénelé, appuyé 
d'une banquette en terre et bastionnées. Dans presque toutes on a 
conservé une forteresse séparée, servant à dominer la ville : telle est 
la Casbah d'Alger, de Constantine , le Château-Neuf et les divers 
forts d'Oran, le Mechouar de Tlemcen, etc. 

Beaucoup de positions, comme celles de Philippeville, d'Arzeu, 
sont défend ues par des blockhaus bâtis en bois ou en pierre, entourés 
souvent d'un fossé etd'un glacis, ayant habituellement une terrasse 
crénelée , des parois garnies de meurtrières , et dans le haut , des 
parties saillantes qui rappellent les mâchicoulis, et défendent les 
entrées et les murailles. 



( <*55 ) 

Quelques villages sont entourés aussi 'd'un mur d'enceinte : 
Jemmapes par exemple; le plus grand nombre, d'un fossé muni 
intérieurement d'un parapet lormé par les terres relevées, couvert 
d'un glacis planté, et flanqué aux angles de petits bastions formés 
d'un mur ou d'un fossé semblable à celui des courtines. 

Enfin , on trouve des habitations particulières bien closes , créne- 
lées, dont quelques-unes ont des mâchicoulis comme les blockhaus. 
Ces dispositions n'ont point été inutiles , car bien des habitations 
ont eu des sièges à soutenir. Il y avait si peu de sûreté qu'on a 
songé à fortifier les campagnes. On se rappelle les projets divers 
pour opposer un obstacle continu aux irruptions des Arabes. 
L'exécution en a été commencée dans la Mitidja. Les murailles de 
Philippeville , de Dellys, etc., ont enfermé de vastes terrains. 
Heureusement, ces nécessités des premiers temps sont loin de nous. 

Nous avons déjà dit que les places maritimes ont été fortifiées 
avec un soin particulier. Alger est la grande place de guerre de 
l'Atlantide. Ses fortifications ont coûté 3,300,000 fr.'; les travaux 
de défense des villes de l'Algérie ont coûté 9,856,000 fr. 

Les casernes et les hôpitaux forment comme le signe distinctif 
des villes de l'Algérie : au loin, c'est l'immense caserne et le vaste 
hôpital qui les signalent ; c'est une triste nécessité de l'état des 
populations et du climat. Partout il faut se défendre contre les 
attaques des tribus , toujours prêtes à se révolter, et contre l'insa- 
lubrité dont la barbarie a laissé développer les causes. Ces cir- 
constances pèsent fatalement sur nous ; et l'administration mili- 
taire a grandement pourvu à ce qu'elles exigeaient ; elle a bâti 
des abris spacieux pour les soldats valides ou malades ; leurs 
salles sont bien éclairées, bien ventilées, sèches , et pourvues des 
accessoires les plus indispensables. 

Les bâtiments militaires forment des édifices remarquables : de 
vastes magasins assurent la conservation des vivres , des armes , 
des effets de campement et d'habillement , des munitions ; des 
ateliers de confection , des manutentions , etc , ont été construits 
*ur une large échelle , a Alger, à Blidah. à Constantine, à Phi 



356 
lippeville , dans tous les centres d'action. Les bâtiments militaires 
ont coûté depuis la conquête 31.638,000 tï. 

Les bâtiments civils ont du pourvoira des besoins fort nombreux 

La justice a exigé des tribunaux , des justiees-de-paix . des 
[irisons • 817,000 fr. leur ont été consacrés. 

L'instruction publiques obtenu un lycée à \lger, 14 écoles 
installées dans les principaux contres de population ; ces bâtiments 
ont coûte 286.000 fr 

Le culte catholique a reçu vingt-deux églises ou chapelles et 
des presbytères; on a bâti, en outre, deux temples protestant-, 
sept mosquées et une synagogue. Ces divers édifices ont coûte 
•2,348,000 lr. 

L'administration générale, comprenant préfectures , sous- 
prefectures , commissariats civils . casernes de gendarmerie ont 
exige des constructions dont la dépense est montée à 577.000 fr. 

Les services municipaux , mairies, marches, abattoirs , hor- 
loges , cimetières, etc., ont coûté 760,000 fr. : les serviees hospi- 
taliers , 994,000 : les services maritime*. 420,041 : les services 
financiers, 890,000; les ponts-et-chaussées , 77,000: les bâti 
ments consacres a [administration arabe , 169,000; les caravan 
sérails et fondoucks . 482,000 ; les dépôts d'étalons , 94,000 fr. 

Les maisons n'existaient pas en nombre suffisant pour satisfaire 
aux besoins d'une population grandissant chaque jour: on a uti- 
lisé dans les villes, les belles demeures des grands dignitaires turcs 
et arabes. Elles sont devenues les habitations de nos chefs. Mais 
pour les colons ordinaires des constructions étaient nécessaires. 
Dans les villes et les villages , les maisons urbaines bâties par les 
européens ont rappelé généralement les usages de leur pays. Nos 
mœurs , nos goûts . nos besoins n'ont pas permis d'adopter les 
modèles arabes mieux appropriées peut-être au pays : leurs ouver- 
tures petites , prenant jour sur une cour fraîche et arrosée , dans 
laquelle le soleil pénètre difficilement . les toits en terrasses 
(■paisses , le marbre et la faïence prodigués . empêchent l'élévation 
de la température. Les demeures européennes garantissent mieux 



: 358 ) 

contre le froid : elles n'ont pas ces colonnades ouvertes les pave 
meuts et revêtements en pierre . et surtout , elles sont pourvues 
de cheminées, avantages que ne connaissent pas les Arabes Les 
fenêtres adoptées par ces derniers sont souvent partagées en 
deux parties : la supérieure éclaire l'appartement . l'inférieure le- 
personnes assises sur les coussins qui couvrent le pavé ; pareille, 
disposition n'a pu être adoptée par les européens; les distribu- 
tions ont dû également changer. Des rues , des quartiers entiers 
ont été bâtis dans les villes principales . avec cette variété qui 
convient à notre humeur. 

Les maisons consacrées aux exploitations rurales, manquant 
absolument, leur construction a conté beaucoup. Nous n'avons 
pas à parler des bâtiments élevés par les particuliers, ils sont très- 
variés , généralement plus petits et moins solides que ceux con- 
struits par l'État. Quelques fermes, cependant, ont été édifiées sur 
dévastes proportions. Nous dirons un mot sur les maisons bâties 
aux frais de l'Etat : elles sont sur un plan uniforme , qui a été 
adopté après discussion. 

Elles n'ont qu'un rez-de-chaussée , et sont composées de deux 
pièces quand elles sont occupées par un ménage , d'une seule 
quand un célibataire les habite. Ces pièces ont de 3 mètres 80 a 
3 mètres 50 de côte : elles sont hautes de \ mètres a peu près 
jusqu'à la naissance du toit. 

Ces maisons sont souvent accouplées, afin d'épargner un mur. 
et disposées sur le bord de rues droites et larges. 

Les murs sont bâtis en moellons et terre, avec mortier a la 
chaux aux angles; ils ont m ,50 d'épaisseur: l'encadrement de 
la porte et des fenêtres est ordinairement fait en briques; les 
fenêtres ont un châsse vitre et un volet. 

Le toit est formé de tuiles creuses placées, souvent sans mor- 
tier, sur des planches plus ou moins bien jointes. 

Le sol n'est souvent forme que de terre battue; quelquefois il 
est pave en briques ou recouvert de belon. Chaque maison 
coûte 2,500 fr, , en général el seulement 1,500 rr dans les 



358 

villages qu'a fait bâtir le général Mac-Mahon ; mais l'élévation des 
murs est un peu moins considérable , la saillie des toits moins 
grande , les tuiles sont posées sur des roseaux [arundo atlantica). 
et ceux-ci sont portés par des combles bruts. Cela nous paraît 
suffisant , surtout si l'on considère que , par des motifs que nous 
exposerons , ces toits seront démontés. 

Les dépendances , comme étables, écuries , remises, etc., sont 
bâties souvent en clayonnage , par les colons eux-mêmes , près de 
l'habitation principale. Pour cette raison , on a laissé à chaque 
maison un terrain de 10 à 20 ares , ce qui donne aux villages une 
étendue considérable. 

Les points d'occupation, les centres d'exploitation devaient ètrp 
mis en communication : l'administration a décidé l'établissement 
des lignes télégraphiques , des lignes de paquebots et des routes. 
Les télégraphes forment une ligne d'Alger à Tlemcen , par 
Blidah , Milianah , Orléansville , Mostaganem , Oran et Sidi-Bel- 
Abbès. Elle a 47 postes et une étendue de 552 kilomètres. Elle 
donne un embranchement de Milianah à Medeah , qui a 84 kilo 
mètres; un autre embranchement , d'Orléansville à Tenès, qui a 
50 kilomètres. 

Une autre ligne doit lier Alger à Aumale . Sétif , Constantine. 
PhilippevilleetBone, en donnant un embranchement sur Bougie 
Cette ligne ne s'étend encore que jusqu'à Aumale ; elle a 8i kilo- 
mètres et sept stations. 

Les lignes télégraphiques, avec les stations fortifiées, installées 
en certains points , ont coûté 743,000 fr. La télégraphie aérienne 
a seule été adoptée , jusqu'à présent; on n'a pas cru pouvoir 
établir encore l'électrographie. 

Les paquebots à vapeur unissent par des communications régu- 
lières la métropole et l'Algérie, et les divers ports de l'Atlantide. 
Cinq lignes de paquebots unissent les ports de France à ceux 
de l'Algérie : trois partent d'Alger et vont à Toulon , a Mar 
seille , à Cette; sur la première , les départs ont lieu une fois 
par mois ; sur les deux autres, trois fois par mois ; les deux autres 



( 359 
lignes partent d'Oran et de Philippeville, pour aller à Marseille, 
deux fois par mois. Des paquebots partent d'Alger quatre fois par 
mois pour aller à Cherchell , Tenès , Mostaganem , Arzeu , Oran : 
de ce point, un paquebot va à Tanger une fois par mois ; d'Alger 
deux bateaux à vapeur vont trois fois par mois à Dellys, Bougie , 
Djidjelli , Stora. Cette ligne est complétée parle bateau de Mar- 
seille à Stora, qui étend son voyage jusqu'à Bone et Tunis. 

Les routes sont partout nécessaires ; en Afrique , elles sont 
indispensables : elles sont un élément essentiel de la délense. Elles 
permettent de porter rapidement nos troupes et le matériel de 
guerre sur les points menacés; elles accroissent ainsi la puissance 
de notre armée. 

Les villes de la côte furent longtemps les seuls points occupes 
par nos forces militaires ; et nous eûmes seulement la voie de mer 
pour les mettre en communication. 

Il fallut protéger ces points par des postes avancés qui défen- 
dissent les approches des villes et les premiers colons : des routes 
s'établirent entre les ports principaux et les camps retranchés 
dans lesquels s'installaient nos soldats ; ainsi furent créées des 
routes multiples autour d'Alger , d'Oran , et de Bone. 

Quand nous fondâmes des établissements dans l'intérieur, on 
sentit la nécessité de les relier avec les ports . au moyen de routes 
perpendiculaires, qui s'étendirent d'abord jusqu'au pied de l'Atlas, 
comme celle d'Alger à Blidab et qui ensuite franchirent ces 
monts ; à l'origine ce furent des routes muletières , comme celle 
de Blidah à Médeah par le col de Mousaïa ; mais bientôt on entre 
prit des routes carossables , comme celle de Philippeville à Cons- 
tantine, et celle de Blidah àMedeah par la vallée de la Chiffa. La 
première est la seule qui , avec celles placées dans la banlieue 
des principales villes , soit complètement achevée , encore ses 
travaux d'art ne sont-ils pas tous terminés ; la route de Blidah 
a Medeah est fort incomplète ; beaucoup d'autres routes ont 
été exécutées en travaux de campagne, c'est-à-dire que les 
broussailles ont été enlevées, les obstacles de terrains détruits, et 



MO ) 
les terrassements les plub essentiels exécute^, le> ponts et autres 
ouvrages d'arl n'ont point ete entrepris; la voie traverse le lit 
des ruisseaux . et contourne les anfracfcuosités des montagnes, au 
lieu de les franchir; telles sont à l'ouest d'Alger: la route de 
Rlidah a Milianah . par la vallée de l'Oued-Djer, qui a été pro 
longée jusqu'à Teniet-el-Had ; la route de Mostaganem a Mascara, 
et celle d'Oran a Mascara dont quelques parties sont complètement 
achevées, et (|iii se prolonge ensuite jusqu'à Saïda, d'une part , 
el jusqu'à Tiaret , de l'autre ; la route d'Oran à Sidi-bel-Abbès . 
prolongée jusqu'à Daya ; celle d'Oran à Tlemcen . par le nord du 
grand lac. dont quelques parties sont entièrement achevées , mais 
qui laisse d'immenses lacunes dans lesquelles la route n'est même 
pas tracée ; celle de .Nemours a Tlemcen , prolongée jusqu'à Daya 
d'une part, et jusqu'à Sebdou, de l'autre. 

Dans l'est , on a exécute la route d'Alger a Aumale . et celle 
de Bone a (inclina: la route, de Philippeville à Conslantine a 
été prolongée jusqu'à Batna et Biskara. Les villes qu'on ne 
pouvait encore unir aux ports les plus voisins par des voies 
perpendiculaires ont été rattachées a celles qui étaient déjà en 
communication avec le littoral : ainsi Orléansville a été reliée 
a Milianah d'un côté, et à Mostaganem de l'autre, Setif a été unie 
à Constantine ; on a ainsi commencé une voie transversale paral- 
lèle à la côte. 

Aussitôt qu'on l'a pu. on a trace les routes plus directes vers 1? 
mer : ainsi Milianah a été reliée à Cherehell , Sélif a Bougie , Or- 
léansville à Tenès. 

Sur le littoral, on a fait seulement la route d'Alger a Dellys , la 
route de Mostaganem à Arzeu et de ce port à Oran el Mers-el 
Kebir, dontlestravauxsontdéïinitifssiirquelques points, et la route 
de Philippeville a Bone qui n'est pas achevée. On a donc exécuté 
peu de travaux sur les lignes qui bordent la mer; dans la série des 
vallées interatlantiques ou n'a ouvert que les routes qui ont été 
entreprises pour relier provisoirement des villes qu'on ne pouvait 
atteindre par je littoral. Nous avons vu qu'elles sont importante- 



i 361 

dans l'ouest. La ligne qui doit unir les postes du sud n'est qu'on 
projet. Des projets existent aussi pour multiplier les voies qui 
suivent le littoral , et pour achever les lignes perpendiculaires à 
la mer; quant à ces dernières , celles qui restent a construire sonl 
peu nombreuses; ce sont celles de Djidjelli àConstantine par 
Milah, de Dellys a quelques points des lignes transversales comme 
Bordj-Douairjdj. 

Bien des lacunes existent donc encore dans le système des voies 
de communication , et la plupart de celles qui ont été établies 
ne sont, pour ainsi dire, qu'ébauchées , mais telles qu'elles sont, 
elles n'en constituent pas moins un travail gigantesque, qui atteste 
l'énergie et le dévouement de l'armée : quelques-unes de ces routes 
ont exigé des efforts vraiment prodigieux : telle est la route de la 
Chiffa ; on peut juger de la grandeur de l'œuvre commencée , en 
mesurant la longueur des routes , au moins tracées, si elle-- w 
sont pas encore susceptibles d'être aujourd'hui parcourues. 

On compte : 

D'Alger a Oran ilOk. 

D'Oran à Tlemcen 116 

D'Oran à Daya par Sidi-bel-Ahbès 152 

D'Oran a Saïda par Mascara 176 

De Mostaganem à Tiaret par Mascara ±2S 

De Cherchel à Teniet-el-Had 148 

D'Alger à Medeah 90 

D'Alger à Aumale 128 

D'Alger a Dellys 96 

De Constantine à Bougie par Setif 229 

De Philippeville à Biskara par Constantine. . . . 31 i» 

De Bone à Guelnia 66 

total . . . 2258k 



( 362 

La totalité des routes a coûté 14,329,000 fr. mais elles atten- 
dent de bien nombreux perfectionnements. 

Les ponts , accessoires obligés des routes , ont appelé toute 
I attention de l'administration : les rivières de l'Algérie, presque 
à sec pendant l'été , torrents impétueux pendant la saison des 
pluies , offraient de bien nombreux obstacles à franchir , 86 ponts 
ont été construits : 46 sont en bois ; tels sont les ponts placés sur 
le Rummel en amont et en aval de Constantine ; 16 ont des piles 
et des culées en maçonnerie. La largeur et la violence des cours 
d'eau a exigé souvent qu'on construisît des ponts à l'américaine , 
dont les travées extrêmement larges n'apportent pas d'obstacles 
a l'impétuosité des eaux : tels sont les ponts du Rio-Salado, du 
Masafran, du Saf-Saf, etc. 24 ponts sont en maçonnerie : tel est 
celui de Lisser , celui de l'Oued-Amar , près Saint-Charles qui 
étaient en construction quand nous avons traversé ces rivières. 
Des ponceaux nombreux ont , en outre , été construits. La dépense 
des ponts , rentrant dans celle afférente aux routes , s'est élevée 
a 2,045,000 fr. 

Les canaux de navigation seront généralement impossibles en 
Algérie, l'eau y est trop rare , les pentes trop rapides , le sol trop 
accidenté, l'évaporation trop considérable. Un seul canal paraît 
jusqu'aujourd'hui avoir quelque chance de succès , c'est celui qui 
unirait l'Harrach au Masafran : il servirait tout à la fois à donner 
a la culture les vastes marais qui sont placés au pied du Sahel , 
et à former une ligne navigable qui recevrait tous les produits 
de la Mitidja. 

Les canaux de dessèchement sont les seuls qu'on ait projetés et 
commencés jusqu'à présent. Les travaux exécutés dans cette vue 
ont déjà quelque importance ; mais généralement ce sont plutôt 
des rigoles que de véritables canaux : ceux de la Mitidja sont un 
peu plus avancés que les autres : on peut dire cependant que les 
résultats obtenus ne sont pas en rapport avec les dépenses consi 
dérables qui ont été faites : les canaux et rigoles exécutés ont une 
longueur de 328,841 m . ils ont coûté 2,955,000 IV. et ont servi au 



( 363 ) 

dessèchement de 7,581 hectares, d'une manière plus ou moins 
complète , c'est-à-dire qu'ils ont coûté près de 9 fr. par mètre , et 
que le dessèchement de chaque hectare a coûté près de 400 fr. 

Les canaux d'irrigations et les aqueducs, dont l'importance a 
été reconnue en Algérie, dans tous les siècles, sont déjà assez nom- 
breux : nous ne connaissons parmi les aqueducs anciens que celui 
de Medeah , attribué aux Maures, qui fonctionne encore , et dis- 
tribue ses eaux à la ville pour laquelle il a été construit. Les 
grands aqueducs de Cherchel, de Constantine, deBone,etc, ont la 
série de leurs arcs interrompue ; les villes pour lesquelles les 
Romains les avaient construits reçoivent leurs eaux par d'autres 
procédés. Un syphon d'une grande longueur et des tunnels ali- 
mentent Constantine ; des conduits en fonte et des aqueducs en 
maçonnerie ont été créés pour Bone. Un aqueduc suivant les 
contours du terrain , conduit les eaux à El-Arrouch , etc. , etc. 
Parmi les prises d'eau qui servent aux irrigations, celle de Cons- 
tantine , creusée dans le roc , à ciel ouvert ou en tunnel , est une 
des plus admirables, elle a coûté 120,000 fr. Souvent ce sont de 
simples rigoles en terre ou en maçonnerie qui détournent les eaux 
et les amènent dans le centre d'habitations , par exemple à El- 
Afroun, Marengo, etc.; celle du village de St.-Cloud a une grande 
section; celle qu'on prépare pour Arzeu-Ie-Port amènera des eaux 
salubres pour cette ville qui n'a maintenant que des eaux saumâ- 
tres; au Vieil-Arzeu on a retrouvé et restauré les rigoles qui ame- 
naient les eaux dans les réservoirs romains. Si l'on voulait citer 
tous les travaux de ce genre , il faudrait mentionner presque tous 
les villages: la longueur des aquedncs construits dans les trois 
provinces est de U7,324. m . On calcule qu'ils peuvent débiter 
journellement 21,600,000 litres d'eau; ils ont coûté, avec les 
réservoirs, les égouts, etc., une somme de 4,10i,500 fr. Les 
réservoirs sont indispensables dans un pays où la pluie manque 
pendant la moitié de l'année ; mais nous n'avons presque rien fait 
en ce genre; nous sommes restés admirateurs inactifs des Romains 
ou des Maures : on a retrouvé et restauré les réservoirs ou citerne. 1 » 



364 ) 
du \ ieil-Arzeu , de Tlemcen , do Stora , de Philippeville, de Cons- 
tantine qui donnent une si haute idée de la puissance des anciens 
possesseurs de l'Afrique 

Les barrages des rivières et des ruisseaux sont presque toujours 
indispensables, pour utiliser les travaux précédents. Quelques- 
uns, mais peu nombreux, ont été établis, notamment à Alger, 
Blidah , etc.; mais le plus remarquable de tous est celui du Sig . 
qui a une hauteur de 9 mètres . une largeur de 42 mètres ; il a 
coûté 289,000 Pr.: la dépense des barrages de l'Algérie , avec les 
canaux d'irrigations , s'est élevée à la somme de 52*2,500 IV.. ils 
serviront à arroser environ 500,000 hectares : les pépinières sont 
presque toutes arrosées. 

Quelques puits ont été creuses, notamment a Mousaia, aux six 
puits sur la roule de Tlemceu au-deladu grand lac salé ; des Norias 
y ont été établis ainsi qu'en beaucoup d'autres endroits Les fo- 
rages qu'on a pratiqués a Arzeu, au Figuier, pies Oran, a Biskara 
pour obtenir des eaux jaillissantes n'ont point eu de succès ; celui 
de Smendou a traversé une couche liquide de 0,70 d'épaisseur 
et une de 0,87 et plus. Ce forage fournit S mètres cubes d'eau 
par jour. Ces créations sont loin d'égaler les besoins. 

Des fontaines, des lavoirs , des abreuvoirs ont été établis dans 
presque toutes les villes, dans les villages, et même en quelques 
points des routes, par exemple sur celle de, Tlemcen, au point ou 
elle s'élève sur les hauteurs qui dominent l'Isser ; dans le massif 
d'Alger près de Ren-Amour , etc.. etc.: ce sonl ordinairement des 
monuments simples qui versent l'eau pour les usages domestiques, 
dans un bassin , dont le trop-plein s'écoule dans deux bassins laté- 
raux : l'un sert a abreuver les bestiaux . l'autre au lavage du linge. 

Les eaux thermales ont été respectées , relies de Constantine ont 
une grotte antique; un établissement moderne d'une assez grande 
importance a été fondé sur la route de Milianah a Cherchel, etc. 

Des moteurs hydrauliques out été établis . par suite de la con- 
cession que l'administration a faite de chutes sur le Rumine 1 . 
sur l'Oued-Kebir à Blidah, sur le ruisseau de Milianah. etc.. etc.: 
ils rendent de sienalés services. 



f 365 ) 

L'organisation administrative du pays conquis par tant d'ex- 
ploits, de travaux , de dépenses , a soulevé des difficultés bien 
graves : il fallait administrer cette population européenne de plus 
de 125,000 individus, dont la moitié seulement est française , et 
dont l'autre moitié appartient à fontes les nations de la chrétienté- 
i! fallait diriger et contenir ce peuple vaincu , composé de races si 
diverses , si turbulent , si insaisissable, si fractionné, dont la lan- 
gue et les usages nous étaient si inconnus. 

Longtemps l'autorité militaire fût exclusivement chargée de 
gouverner la conquête qu'elle avait faite , qu'elle était appelée a 
consolider , qu'elle seule pouvait garder ; mais les intérêts civils 
se développant , le temps était venu de donner des garanties à 
ce nouvel élément qui , en réalité , était l'espoir de la colonie , le 
but final de tous nos efforts: on organisa le gouvernement général, 
tous les services que réclame un grand pays qu'on veut conduire 
dans la voie de la civilisation , et l'administration des populations 
diverses, en laissant à l'autorité militaire la prédominance que ré- 
clame l'état des populations. 

Le gouvernement général, on le sait , est dans la dépendance du 
ministre de la guerre , comme l'administration des colonies est 
dans les attributions du ministre de la marine. 

Une direction des affaires de la colonisation est instituée au 
ministère de la guerre ; elle a eu quelquefois à sa tète un admi- 
nistrateur civil ; maintenant elle est confiée à un général qui a 
servi longtemps et d'une manière distinguée en Afrique. 

Un comité consultatif, composé de membres versés dans la 
connaissance des affaires algériennes donne son avis sur toutes les 
affaires importantes. 

Un gouverneur général est dépositaire de l'autorité du ministre, 
il commande à Y armée , dirige les services généraux , préside à 
Y administration du pays. Ces hautes fonctions, jusqu'à présent, ont 
été confiées à un officier général : les dépenses du gouvernement 
général s'élèvent à 100,000. fr. 



366 

L'armée, dont l'effectif s'est élevé après de 100,000 hommes, a 
été, après 1848, réduite à 75,000 hommes et 16,000 chevaux, y 
compris 7,075 étrangers , et 5,560 indigènes qui ont 2,977 che- 
vaux : la dépense de cette armée était, pour les corps européens, 
de 54,415,437 fr., pour les indigènes 5,829,200 fr., en totalité , 
60,244,637 fr. 

En 1853, l'effectif de l'armée sera de 70,966 hommes y compris 
6,110 étrangers et coûtera 49,093,017 

Les indigènes , au nombre de 6,560 coûteront. 8,626,680 



Total 57,719,697 

Cette armée comptera 44,615 chevaux dont 3,221 aux indi- 
gènes. 

Les services généraux placés dans les attributions du gouver- 
neur empruntent, pour la plupart, leurs fonctionnaires aux services 
analogues de la métropole ; ils sont détachés en Afrique , et dési- 
gnés par le ministre de la guerre : ces employés ainsi détaches 
sont particulièrement ceux dont les fonctions exigent des connais 
sances spéciales comme celles qui ressortissent à la marine, aux 
finances , à la justice , aux cultes , à l'instruction publique, aux 
travaux publics ; l'inspection des finances , la trésorerie et les 
postes restent dans les attributions du ministre des finances. 

Les services financiers, qui sont l'enregistrement et les domaines 
coûtent 338,450 fr., ils rapportent 3,500,000; les opérations 
topographiques coûtent 121,000 fr.; les poids et mesures 8,000 ; 
tes poudres 7,600; les forêts 140,000, et leur recette présumée 
en 1850 s'élève précisément à la même somme de 140,000 fr.; 
les douanes coûtent 715,000 , elles donneront avec les sels 
3,200,000 fr. Si aux produits que nous venons d'énoncer on 
ajoute : 

Pour les contributions directes 400,000 

— les contributions indirectes 1,300,000 



367 ) 

Four les postes 800,000 

— les produits divers 800,000 

— les prises sur l'ennemi 200,000 

On a un total de 10,340,000 

L'évaluation des revenus de 1853 ne s'élève qu'à. 8,541,000 

Les douanes donneront en moins 1,000,000 

Les contributions indirectes 200,000 

Les postes 200,000 

Les produits divers 300,000 

Le service de la marine comprend les capitaines de port , 
pilotes , patrons , etc., sa dépense est de 532,000 fr.: des droits 
de pilotage seront dorénavant payés par les navires. A la somme 
indiquée ci-dessus il faut ajouter 51,875 fr. pour supplément de 
solde accordé par le ministère de la marine , les frais d'hôpitaux 
des marins en Algérie , et la dépense des bâtiments employés au 
service de la colonie. 

Le service sanitaire comprend les capitaines de santé , méde- 
cins , gardes patrons , etc , distribués dans les trois provinces : 
ils entraînent une dépense de GO, 000 fr. 

La télégraphie coûte. 380,000 fr. 

Les interprêtes 249,900 

L'imprimerie du gouvernement 70,000 

La justice est rendue aux européens par des tribunaux analo- 
gues à ceux de la métropole. Une cour d'appel siège à Alger ; des 
tribunaux de 1 . re instance à Alger , Blidah , Oran, Constantine , 
Pbilippeville et Bone ; des justices-de-paix à Alger , Blidah , 
Douera , Coleah , Medeah , Ténès , Oran , Mostaganem, Tleracen, 
Saint-Cloud , Constantine, Philippeville , Bone, Guelma. Des 
tribunaux de commerce existent à Alger et Oran. Le chef de la 
justice est le procureur-général ; les frais de la justice européenne 
s'élèvent à 623,000 fr. 



( 368 

Le culte catholique est place sous l'autorité de l'évèqne d'Alger. 
il est assiste par 4 vicaires généraux et 8 chanoines; le> cures 
desservants et vicaires étaient en 1849 au nombre de 114- Le 
séminaire a 60 élèves. Presque tous les villages ont une église ou 
une chapelle. Le culte catholique tel inscrit au budget pour 
450,000 fr. 

Le culte protestant à un président du consistoire central. 

Le culte Israélite à un consistoire central et deux consistoires 
provinciaux , un grand rabbin et des rabbins provinciaux ; le nom- 
bre des synagogues s'élève à 59. 

L'instruction publique est organisée à l'instar de l'Université 
métropolitaine : une académie et un lycée , 48 écoles de garçons. 
"21 écoles mixtes et 20 écoles de filles ont été fondés. Des écoles 
Israélites et musulmanes complètent le système d'enseignement ; 
ces divers établissements coûtent 179,000 fr. 

L'administration proprement dite, comme le gouvernement , a 
été organisée pour la défense : l'Algérie est partagée en trois 
provinces , celle d'Alger , celle d'Oran , celle de Constanline , et 
chacune des provinces forme une division militaire commandée 
par un général. 

La division d'Alger est partagée en six subdivisions, celle de 
Blidah , celle d'Alger , divisée en deux cercles ( Alger et Déllys 
celle d'Aumale , celle de Médéah . divisée en deux ùereles (Médéah, 
Boghar); celle de Milianah , divisée en trois cercles Milianah, 
Cherchel et Teniet-el-Had) ; celle d'Orléansville , divisée en deux 
cercles ( Orléansville , Ténès |. 

La division d'Oran a cinq subdivisions, celle de Mostaganem, 
formée de deux cercles Mostaganem, Ammi-Moussa) ; celle de 
Sidi-bel-Abbès , celle de Mascara, qui a trois cercles (Mascara. 
Saïda , Tiaret , ; celle de Tlemcen , qui a quatre cercles (Tlemcen, 
Nemours , Sebdou , Lalla-Maghnia ) 

La province de Constantine a quatre subdivisions, celle de 
Constantine, partagée en trois cercles Constantine. Philippeville 



( 369 ) 
Djidjelli) ; celle de Bone qui a trois cercles (Bone, La Calle, Guelraa); 
celle de Batna qui a deux cercles (Batna, Biskara) ; celle de Sétif 
qui a trois cercles (Sétif, Bougie, Bousada). 

Les subdivisions et les cercles sont commandés par des officiers 
de différents grades. 

Les territoires de ces circonscriptions sont divisés en civils et 
militaires Les territoires civils sont ceux qui sont habités par les 
européens. Les territoires militaires sont ceux habités par les 
indigènes. 

L' administration des territoires civils est confiée à un secrétaire 
général et à un conseil de gouvernement , placés près du gouver- 
neur. Le conseil de gouvernement est composé des chefs des grands 
services : le secrétaire du gouvernement , le procureur-général , 
l'évèque, le contre-amiral , le général commandant le génie, un 
chef d'état-major , trois conseillers civils , un secrétaire. Ce ser- 
vice administratif coûte 125,300 francs; on y joint une impri- 
merie. 

Le territoire civil de chaque province constitue une préfecture ; 
les chefs-lieux de préfecture sont placés à Alger , Oran et Cons- 
tantine. 

Les préfets correspondent directement avec le ministre de la 
guerre ; ils rendent compte périodiquement de la situation de leur 
département au gouverneur général et au commandant de la pro- 
vince; ils préparent, pour ces derniers, la correspondance rela- 
tive aux affaires civiles des territoires militaires. Les européens de 
ces territoires sont ainsi en rapport avec l'autorité civile. Près des 
préfets résident des conseils de préfecture. Quatre «ous-préfec- 
turesontété créées; leurs chefs-lieux sont Blidab, Bone, Philippe- 
ville et Mostaganem. 

Des maires résident dans les villes qui ont une population euro- 
péenne proportionnellement considérable, ce sont Alger , Blidah , 
Bone , Philippeville, Oran, Mostaganem. 

Des commissaires civils , au nombre de douze , sont installés 
dans les lieux dont la population européenne est moins nombreuse ; 

25 



[ 370 ) 
ce sont Douera, Bouffarick, Koléah , Médéah , Milianah , Cherchel, 
Ténès, Arzcu , Mas ara, I a dalle, Guelma, Bougie. Des bureaux 
d'administration civile résident pre-^ des généraux commandant les 
provinces , pour gérer les intérêts des populations établies en ter- 
ritoire militaire. 

Le c lis d'administration provinciale s'élèvent à. 6'J5,300fr. 
A cette somme il faut ajouter pour dépenses se- 
crète- 200,000 

Puis il faut pourvoir aux dépenses municipales et provinciales.. 
Elles ont été couvertes , en 1842, par les revenus et taxes sui- 
vants : 

Loyers divers 262,566 fr. 

Dixième des impôts arabes 433,558 

Subventions aux chambres du commercé. 

Octroi de mer 

Droits de halles. . . . 

— de stationnement . . . . 

Amendes des Arc les 
Produit? divers 



j.,894,55! 



Troi somme sont ai; dépenses 

cornihi' . toi!", cinquièmes aux dépenses, laies ou 

départementales. 

Les territoires civils entourent Alger , Cherchel ,1' . Mos- 
taganem, Oran, Pbilippeville, Bone, La dalle. 

Le territoire civil d'Alger s'étend de cette ville à Blidah 
et de Koléah à Lisser : il a approximativement soixante-quinze 
kilomètres de longueur sur vingt-cinq de large ; 



( 371 } 



Il a donc. . . .... 1,800 kil. carrés 

Le territoire deCherchelaàpeuprès 100 Id. 



Celui de Ténès. 
Celui de Mostaganem 
Celui d'Oran. . 
Celui de Philippeville 
Celui de Bone. . 
Celui de La Galle. 



Total 



16 
240 
675 
200 
770 

90 



Id. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 



3,968 Id. 



187,700 h.) 
10,000 

1,600 ; 
24,000 ) 

67,500 ) 

20,000 ! 

77,000 ; 

9,000 ; 

396,800 



On peut ajouter à ces territoires les banlieues des villes inté- 
rieures ou plus récemment occupées. 



Celle de Bougie a. . 


20 kilom. 


carrés ou. 


200 hect 


— Milianah . 


200 


Idem 


20,000 


— Médéah . . 


200 


Idem 


20,000 


— Mascara . . 


50 


Idem 


5,000 


— Arzeu. . 


100 


Idem 


10,000 


— Constantine . 


240 


Idem 


24,000 


— Guelma. . . 


100 


Idem 
Idem 


10,000 


Total. . 


910 


91,000 



Si l'on ajoute ces quantités approximatives à celles ci-dessus 
indiquées, on a un total de 4,878 kilomètres carrés ou 487,800 hec. 
tares qui sont, non dans les mains des européens, mais seulement 
soumis à la juridiction civile. 

Le territoire civil n'a donc pas un vingtième du Tell , un 
quarantième du Tell et des Hauts-plateaux réunis, un quatre- 
vingtième du territoire algérien. 

L'administration des territoires militaires embrasse toutes let 
régions habitées par les Arabes. Sous les Turcs , le gouver- 
nement des indigènes était extrêmement simple. Ces couqi^ 



( 372 ) 
rants avaient une force militaire qui se recrutait par les en- 
rôlements faits dans les pays mulsulmans , ou par les enfants 
élevés dans les rangs de la troupe. Cette force était évidemment 
insuffisante pour dominer le pays et lever les impôts ; mais 
elle s'augmentait par des auxiliaires choisis parmi les indigènes 
Certaines tribus , qui constituaient ce qu'on nommait le Magzem , 
étaient exemptes d'impôts et étaient chargées de lever les contri- 
butions dues par les autres. On conçoit tout ce qu'un tel système 
entraînait d'abus, de violences, de guerres. Nous ne pouvions 
accepter une organisation aussi barbare; nous avons dû instituer 
des agents chargés de diriger les affaires des tribus , et de leur 
servir d'intermédiaires auprès des commandants militaires. 

Les directions ci les bureaux arabes, formés d'officiers de grades 
et d'armes différents, recevant des indemnités indépendamment 
de leurs appointements , ont toutes les affaires arabes dans leurs 
attributions; ils transmettent les ordres de l'autorité militaire 
aux populations indigènes , surveillent leurs actes , jugent les 
différents entre les tribus , protègent les propriétés et les per- 
sonnes des européens contre les entreprises des Arabes , appli- 
quent les amendes aux auteurs des différents délits et prononcent 
sur les contestations qui s'élèvent entre les Musulmans et les 
Chrétiens. 

La somme affectée aux dépenses des directions et bureaux s'élève 
à 304,000 fr. ; à cette somme il faut ajouter celle de 357,600 fr. 
qu'exige l'entretien de 1,165 cavaliers f khiela ) et fantassins 
(askar), attachés aux bureaux arabes et faisant le service de 
courriers , d'escorte , de gardes de routes , etc. Nous avons dit 
que plusieurs régiments de fantassins et de cavaliers indigènes 
sont dans les rangs de l'armée ; nous n'en tenons pas compte ici. 
Quelques tribus ont encore le caractère du Magzem ; quelques-unes 
nous envoient , en temps de campagne , des hommes de guerre , 
qui forment le Goum. 

Les chefs directs des tribus sont généralement nommés par 
l'autorité française , ou plutôt reçoivent d'elle leur investiture 



( 373 ) 

Nous ne pouvons les désigner arbitrairement : chez les Arabes, nous 
devons choisir les chefs dans les familles nobles ; sans cela ils 
seraient méprisés et sans force. Il arrive que ces chefs commet- 
tent mille exactions , et font peser un joug cruel sur ces popula- 
tions , sans qu'elles s'en détachent ; elles passeraient aux yeux 
des autres tribus pour des gens de rien , si elles étaient gouver 
nées par des hommes obscurs. 

Les tribus d'origine commune sont généralement subordonnées 
les unes aux autres ; les fractions reconnaissent l'autorité de celles 
qui ont conservé les descendants directs des chefs primitifs. Pour 
obéir aux mœurs qui réclament cette hiérarchie, nous avons in- 
stitué des kalifas , de bachaghas , des aghas , des kaïds , com- 
mandant à un nombre de tribus de plus en plus restreint. Les 
cheiks sont les chefs immédiats des tribus formées d'un nombre 
variable de douairs ou réunion de tentes et de gourbis. 

Chez les Kabyles , nous ne pouvons que confirmer les chefs 
démocratiquement élus , mais choisis , quoi qu'on fasse , dans 
les familles qui disposent du plus grand nombre de fusils ; là 
les chefs ne sont pas subordonnés ; les tribus constituent seulement 
des confédérations souvent passagères et créées pour un but 
déterminé 

Les chefs des tribus qui reçoivent directement les ordres des 
bureaux arabes sont au nombre de 175 dans la province d'Alger , 
202 dans celle d'Oran , 240 dans celle de Constantine. 

Les chefs de tribus qui obéissent à des chefs indigènes d'un 
ordre plus élevé , soumis aux bureaux arabes , sont au nombre 
de 35 dans la province d'Alger , 45 dans celle d'Cran , 200 dans 
celle de Constantine. 

Les chefs des tribus du Sahara et de IaKabylic, qui obéissent à 
des chefs qui ne sont pour ainsi que nos vassaux, sont au nombre 
de 52 dans la province d'Alger , 28 dans celle d'Oran , 80 dans 
celle de Constantine. 

Vingt-huit tribus du Jurjura et 80 de la province de Cons- 
tantine sont indépendantes. 



. ^i ) 
Nous accordons des appointements aux chefs auxquels nous 
donnons l'investiture ; ces appointements , d'abord assez élevés , 
sont maintenant réduits , nous avons : 

Cinq kalifas à. . . . ... 12,000 francs. 

Cinq bachaghas à 6,000 

Deux aghas à 5,000 

Cinq à 4,800 

Seize à 3,600 

Huit à 2,400 

Cinq à 1,800 

Unkaïdà 1,500 

Vingt-quatre à 1,200 

L'administration arabe , en ajoutant à ces appointements le sa- 
laire des agents subalternes , ceux des chefs à la disposition du 
gouverneur-général , les subsides accordés à certains personnages 
placés dans nos rangs , nous coûte 330,000 fr. ; les frais d'inves- 
titure sont de 30,000 fr. 

En outre , les frais de la justice musulmane , administrée par 
des Kadis , s'élèvent à 37,000 fr. , ceux du culte exercé par les 
Muphtis , les Thalcb , les Imans , s'élèvent à 50,000 fr. 

L'entretien des prisonniers arabes coûte 178,000 fr. , et les se- 
cours temporaires sont de 35,000 fr. 

Les chefs arabes n'en sont pas réduits aux traitements que nous 
leur allouons ; la plupart ont des revenus particuliers qui sont 
considérables ; de plus , ils sont chargés par nous de prélever les 
contributions que nous imposons aux tribus , et pour remplir cet 
office nous leur abandonnons le cinquième de la perception. Les 
impôts que nous exigeons des Arabes sont les suivants : 
"L'Achour ou la dime sur les produits du sol. 

Le Zekkah ou l'impôt sur les bestiaux : c'est 1 bœuf sur 32 , 
1 mouton sur 100. 

h'Hochor est la rente payée pour la terre, quand elle n'appar- 
tient pas aux tribus, mais à l'État. 



( 37 

L'Eussa est la taxe payée pour avoir le droit de venir acheter 
du hic dans le Tell. C'est , si L'on veut le li >it d'exportation du 
blé du Tell dans le Sahara. 

Le Lezma est l'impôt établi sur tes est de fr. 25 c. 

par pied de palmier. 

11 y a encore d'autres impôts: par exemple, les chefs paient un 
droit d'investiture (bac) , quand on leur donne le burnous de com- 
mandement , et comme l'investiture se renouvelle à des époques 
fixes , c'est un revenu ; mais il est peu important et presque aban- 
donné. On ne prélève plus de chevaux. 

Le produit des amendes infligées par ies Bureaux arabes forme- 
rait encore une source de recettes, mais il n'en est p u s rendu 
compte. Il sert à couvrir des dépenses diverses. 

Les sommes que l'on prévoit devoi enues des impôts 

arabes , sont portées au budget des e< ! 850 , au chiffre 

de 4,000,000; cet impôt est considéré comme devant s'accroître 
en 1853. Mais trois dixièmes, au lieu de un di tu me, ceront af- 
fectés aux dépenses communales et provinciales- desorte qu'il n'y 
a pas lieu d'accroître ce chiffre. Avec les impôts dont nous avons 
énoncé le chiffre plus haut , il forme un total de H, 340,000 fr. 

L'impôt n'est pas toujours perçu ea argent; il peut l'être en 
nature. Mais dans ce cas, l'administration tire rarement un boa 
parti des denrées qu'elle reçoit ; ainsi nous avons vu des comptes 
desquels résultait que des bœufs avaient été reçus pour 3-.' fr. , 
et vendus 9 à 10 fr. 

Les sommes perçues sur les Arabes ne représentent certaine- 
ment pas la somme 4'utilité qu'ils retirent de notre administration ; 
nous les avons débarrassés de maîtres qui les frappaient d'impôts 
plus lourds et les levaient par des moyens beaucoup plus durs ; 
qui ne les faisaient point jouir d'une justice aussi impartiale , qui 
ne leur procurait pas uue sécurité aussi parfaite, qui ne faisaient 
rien enfin pour r amélioration du pays ; les Arabes profitent autant 
et plus que nous de tons les travaux que nous entreprenons pour 
assainir les contrées marécageuses, créer des voies de communi- 



( 376) 

cations , etc. , etc. Leurs denrées ont on prix considérable qu'on 
peut même dire exagéré ; nous favorisons leur production par nos 
consommations et l'enseignement de nos exemples ; nos ouvriers 
leur construisent des demeures commodes , etc. 

L'exploitation agricole devait fixer l'attention toute spéciale du 
gouvernement français. Ce n'est pas assez de conquérir le pays, 
d'occuper les villes , de bâtir des villages , de tracer des routes , 
d'armer des forteresses, de creuser des ports , d'élever des hôpi- 
taux, des casernes, tous les bâtiments qui satisfont aux nécessités 
de l'occupation , de détourner les sources , de barrer les fleuves , 
d'édifier des fontaines , d'organiser l'administration du pays , tous 
ces travaux n'avaient pas une utilité propre, ils n'étaient entrepris 
que pour préparer et rendre possible la culture de la terre con- 
quise , la production par les mains conquérantes , la création de 
richesses suffisantes pour payer les frais de la conquête et favoriser 
les échanges entre la métropole et la colonie. 

Pour arriver à ce résultat, il faut choisir la région sur laquelle 
on établira les cultures , distribuer des terres aux immigrants , 
choisir les végétaux qui. donneront des produits convenables, 
enfin faciliter l'établissement des colons. 

Les régions à cultiver ont naturellement été déterminées par la 
marche de notre occupation. Les centres de population ont été 
groupés autour des villes qui devaient leur donner un appui 
souvent indispensable , les approvisionner , et recevoir les den- 
rées qu'ils produisaient, ou bien on les a placés aux lieux des 
étapes obligées , sur le terrain des anciens camps , ou des postes 
militaires , sur les lignes ordinairement parcourues par nos 
troupes. Ainsi les premiers colons se sont établis autour des villes 
du littoral que nous occupions , c'étaient Alger , Bône , Oran. 
Quand nos troupes se sont portées en avant , ils les ont suivies , 
et ont. rempli les postes qu'elles abandonnaient; par exemple 
lorsque l'armée quittait Douera et Koléah pour traverser la Mitidja, 
et prendre position au pied de l'Atlas , à Blidah , etc. , les euro- 



( 377 ) 

péens se répandaient dans le Sahel , occupaient les camps , où ils 
avaient vécu du commerce qu'ils faisaient pour l'approvisionnement 
de nos soldats. Ils suivaient encore les corps militaires quand ils 
franchissaient l'Atlas et allaient prendre possession de Médéah et 
de Milianah, ou planter leur drapeau sur les murs de Constan- 
tine , s'arrêtant dans les enceintes fortifiées dans lesquelles 
avaient habituellement séjourné les troupes expéditionnaires. 
Guelma sur la première route choisie pour aller à Constantine a 
été un camp; Philippeville fut fondée pour ouvrir une voie plus 
facile vers la capitale de la Numidie; El-Arouch, El-Kantour , 
Smendou , furent les étapes établies sur cette route ; Milianah , 
Orléansville, furent des lieux de séjour sur le chemin d'Alger à 
Oran ; Aumale , Sétif , etc. , sur celui d'Alger à Constantine ; 
Téniet-el-Had, comme Batna et Biskara sur les voies suivies par les 
expéditions du Sud. 

Les terres distribuées aux colons sont encore peu étendues ; on 
les a obtenues avec difficulté. Le gouvernement a établi en prin- 
cipe qu'il respectait le droit de propriété du peuple vaincu: il a 
admis qu'une longue possession d'un domaine délimite équivau- 
drait au droit écrit de posséder, et jusqu'à vérification de titre , il 
a laissé la jouissance des terres à ceux qui les occupaient. Il a dis- 
tribué celles qui constituaient le domaine de l'État et qu'on nomme 
terres du beylick; celles des mosquées et des fondations pieuses , 
en se chargeant de pourvoir aux besoins auxquelles elles étaient 
consacrées ; celles qui sont restées vacantes par suite de l'émigra- 
tion de quelques tribus , et qui ont été confisquées ; celles qu'ont 
abandonnées les Arabes pour obtenir des titres qui leur assurent 
la propriété définitive des espaces sur lesquels ils ont été cantonnés; 
enfin celles qui , dans quelques cas, avaient été acquises à prix 
d'argent. 

Le tableau suivant indique le nombre d'hectares que l'État avait 
livrés aux colons dans chaque localité au 3i décembre 1850, le 
nombre de ceux qui déjà sont mis en culture et de ceux qui restent 
disponibles : 



H78 



Province d'Alger. — Territoires civils. 





Nombre 


>" r mbre 


Nombre 


Noms des localités. 


d'hectares 


d'hectares 


d'hectares 




concédés. 
3,803 


(li .îibles. 

n 


défrichés. 


Médéah. 


105 


Milianah. 


170 72 


13 




Boufarick. 


1,540 




1,410 


Chcrrhel. 


2,070 


970 


495 


Fouka. 


7U 32 




313 


Dély-lbrahim. 


252 




209 


Drariah. 


497 




249 


El-Achour. 


5C8 




393 


Cheragas. 


540 




298 


Ouled-Fayet. 


544 




280 


Douera. 


1,019 33 


3 


470 


Saoula. 


403 




184 


Baba-Hassem. 


549 42 


18 


190 


Saint-Ferdinand. 


594 52 




250 


Sainte-Amélie. 


02i 59 




237 


Crescia. 


375 38 


. 7 


145 


Douaouda. 


672 0'.) 




200 


Joinville. 


390 50 




".5; 


Montpensier. 


338 i 




300 


Beni-Mered. 


S70 08 


» 21 


'■• 


Mahelma. 


507 00 




U6 


Dalmatic. 


600 




580 


Zeralda. 


399 45 




07 


Fondouk. 


951 94 


115 42 


394 


Sidi-Ferruch. 


30 




9 


Aïn-Benian. 


15S 




47 


Souma. 


790 40 




ÏOO 


Mouzaïa . 


1,268 94 


1 12 


450 


La Chiffa. 


594 24 


n 24 


300 


Affreville. 


470 






Arbâ. 


355 


70 


195 


Fort de l'Eau. 


349 


82 30 


289 


Total. 


23,411 37 


1.308 93 


10,127 



( 379 
Province d'Alger. — Territoires militaires. 



Noms des localités. 


Nombre 
d'hectares 
concédés. 

215 71 


Nombre 
d'hectares 
disponibles. 

1 86 


Nombre 
d'hectares 
défrichés. 


Dellys. 


223 


Orléansville. 


813 


912 


811 


Aumale. 


556 44 


81 56 


300 


Boghar. 








Teniet-El-Had. 


200 50 


70 




Total. 


1,785 65 


1,065 


1,334 


Total de la province 


25,234 02 


2,374 35 


11,461 


Province d'Oran. — 


Territoires civils 




Oran. 


17,845 13 


653 76 


2,655 


Mostaganem. 


1,071 44 




855 


La Senia. 


087 




520 


Misserghin. 


911 50 


15 


405 


Arzeu. 


807 45 


402 


290 


Sidi-Chami. 


709 67 




300 


Mazagran. 


1,152 04 


158 


832 


Valmy. 


324 42 


16 


189 


Arcole. 


428 62 


18 30 


240 


Aïn-el-Turk. 


350 88 


674 92 


49 


Total. 


24,348 15 


1,938 40 


6,425 


Province d'Oran. — Territoires militaires. 


Saint-Denis-du-Sig. 


6,386 36 


24 84 


1.040 


La Stidia- 


910 


S 00 


220 


Sainte-Léonie. 


596 36 


304 


374 


Militaires libérés. 


382 




375 


Saint-André. 


i.oo:s 


80 24 


800 


Saint-Hippolyte. 


168 84 


12 06 


104 


Bréa. 


415 22 




16 


Négrier. 


422 


25 72 


14 


Mansourah. 


299 34 


9 06 


13 


La Seysaf. 


373 72 


40 24 


21 


Total. 


10,913 77 


896 62 


2,977 


Total de la province- 


35,226 32 


2.835 02 


0,40J 



( 380 ) 
Province de Constantine. — Territoires civils. 



Noms des localités. 



Constantine. 
Bône. 
Bougie. 
Philippeville. 

La Callc. 

Saint-Antoine- 

Yalée. 

Damrémont 

Guelma- 



Nombre 
d'hectares 

concédés. 

2,450 85 
1,970 73 

12C 95 

1,230 93 

17 50 

662 40 

612 

605 
1,771 87 



Nombre 
d'hectares 

disponibles. 

1,204 05 
659 75 

1,503 05 

20 20 
150 
8 
1,440 21 



Nombre 
d'hectares 
défrichés. 

852 

165 
105 
475 
16 
324 
485 
316 
1,425 



TOTVL. 


9,463 32 


4,985 26 


4,163 


Province de Constantine. — 


Territoires 


militaires. 


El-Arrouch. 


1,845 85 


179 


1,000 


Sétif. 


2,595 57 


3,168 66 


2 : 591 


Saint-Charles. 


926 40 


285 60 


269 


Condé. 


391 61 


101 38 


4 


Penthièvrc. 


2,177 77 


658 26 




Batna. 


8 87 


8,693 89 


31 



Total. 

Total de la province. 

Total des trois pro- 
vinces. 



7,945 32 
17,408 67 



13,086 79 
18,072 05 



77,947 65 23,281 42 



3,895 
8,058 

28, 9? 1 



Voilà donc 101,229 07 hectares ou concédés aux européens ou dispo- 
nibles en leur faveur. 



Des villages nouveaux ont été fondés depuis ; des concessions 
ont été faites. Ainsi dans la vallée du Saf-Saf 12,000 hectares ont 
été concédés ; d'antres terrains ont été distribués en diverses loca- 
lités, mais l'administration n'en a pas encore fait la récapitulation 
exacte. 



( 381 ) 

Les particuliers ont acheté directement des terres ; on estime 
que la quantité qui est ainsi entré dans notre domaine agricole 
s'élevait pour la province d'Oran à 2,000 h. environ. Si on admet 
que celle de Philippeville en a acquis autant, et celle d'Alger le 
double , on aura de ce chef 8,000. 

En 1848 , quand l'Assemblée nationale eût ouvert un crédit de 
50,000,000 fr. pour les colonies agricoles ou militaires, 57,000 
hectares leur furent assignés. 

Voici l'indication des terres qui ont été attribuées à chacun et 
de celles qui ont été défrichées : 





Nombre d'hectares 
formant le territoire. 


Hectares défric liés. 


El Affroun et Bouroumi. 


1,311 


83 


Marengo. 


1,922 


674 


Zurich. 


1,170 


200 


Novi. 


1,300 


30 


Castiglione etTefeschoun. 


1,535 


28 


Lodi. 


1,200 


25 


Damiette. 


1,843 


A 


Montenotte. 


855 


29 


Ponteba. 


1,016 


» 


La Ferme. 


550 


» 


Aboukir. 


1,300 


155 


Rivoli 


1,400 


105 


Aïn Nouisy. 


1,200 


25 


Tounin. 


1,200 


28 


Karouba. 


000 . 


26 


Aïn Tedeles. 


2,200 


108 


Souck-el-Mitou. 


2,000 


66 


Saint-Leu. 


376 


71 


Damesme. 


304 


43 


Arzeu. 


117 


43 


Muley-Magoun. 


84 


8 


Kléber. 


1,400 


75 


Mefessour. 


1,000 


25 


Saint-Cloud. 


5,000 


101 


Fleurus. 


1,520 


41 


Assi-Ameur. 


1,040 


36 






382 





Nombre d'hectare» 

formant le territoire. 


Hectares défricher 


Assi-Ben-Ferah. 


1,C1G 


32 


Saint-Louis. 


2,50C 


38 


Assi-ben-Okba. 


930 


18 


Assi-Bou-Nif. 


1,060 


20 


Mangin. 


1,200 


17 


Jemmapes. 


2,400 


■ 


Gastonville. 


1,870 


220 


Robertville 


1,750 


331 


Héliopolis. 


1,843 


103 


Guelma. 


1,216 


600 


Milesimo N.° 1. 


2,450 


7:5 


Milesimo N.° 2 (Petit.) 


2,080 


86 


Mondovi N.° 1. 


1,656 


149 


Mondovi N.° 2 ( Barrai.) 


1,613 


130 



57,569 



3,882 



Aux 12 villages de 1849 , une 'superficie de 17,853 hectares a 
été affectée. Ces villages dont on devait donner les maisons à des 
colons libres vont recevoir les individus condamnés à la transpor- 
tation , en vertu des décrets de décembre 1851. 

En dehors des centres dont il vient d'être parlé , la colonisation 
libre s'est étendue , soit par achat de terrain soit au moyen de 
concessions isolées. 

A Staouéli les Trappistes ont obtenu une concession de 1, 020 hect. 

Dans le Sahel , notamment à Dely-lbrahim , Ouled-Fayet et 
Cheragas , sur le territoire des Beni-Moussa et des Beni-Khelil . 
occupant les deux rives de l'Harrach , des exploitations agricoles 
ont été fondées , sur celui des Krachenas 18 fermes sont établies, 
d'autres ont été fondées dans l'arrondissement de Blidah. Ces 
établissements occupent 13 à 14,000 hectares. Dans le territoire 
militaire de la province d'Alger , 310 hectares ont été concédés à 
Haouch-Kaïd-el-Sebt (subdivision de Blidah), 507 à Haouch- 
Ahmeda-Nita-el-Habous, 390 à Ben-Méida , 279 sur la rive droite 
du Bou-Roumi, en tout 1,486 h. Quelques exploitations parti- 



( 383 ) 

culières seront formées à Medéah , Milianah , Orléansville ; dans 
la banlieue d'Oran, 195fermes plus ou moins importantes ont été 
créées , 30 concessions ont été faites dans la vallée des jardins de 
Mosta-ganem ,> plusieurs dans les banlieues d'Arzeu et de Mascara; 
dans le territoire militaire de la province d'Oran 2,841 h. ont été 
concédés à un adjudicataire qui s'est chargé de la création de la 
commune de Sainfce^Barbe ; des concessions pour 170 familles ont 
été faites ià Christine , San-Fernanda et Isabelle ; 3,059 h. ont été 
donaés à l'Union du Sig ; la terre domaniale d'Arbal , de la con- 
tenance de 940 h. a été donnée à un concessionnaire ; de petites 
concessions ont été faites à des auberges sur la route de Sidi-bel- 
Abbès , de Mascara , d'Arzeu et du Vieil-Arzeu , 15 fermes isolées 
possèdent 1,000 h. Des concessionnaires s'établissent dans les 
environs de Constantine dont la banlieue agricole à 14,000 b. 
Dans la vallée du Bou-Merzoug, 53 concessionnaires ont obtenu en- 
viron 4,000 h. Quelques exploitations existent près Sétif et de 
Batna; enfin la colonie pénitencière de Lambessa , où sont placés 
les déportés de juin , possède 3,000 h. 

Si on récapitule le nombre des hectares livrés à la colonisation, 
on trouve qu'il est , en totalité . de 330,000 h. 

11 est bien entendu que les forêts, qui doivent former le domaine 
de l'Etat, ne sont pas comprises dans cette superficie: celles qui 
ont été reconnue avant 1846 contenaient 368,519 hectares; des 
appréciations plus exactes et des découvertes nouvelles ont porté 
ce chiffre à 868,015 h lont 314,011 h. de futaies. 

250,685 de futaies et taillis. 

93,350 de futaies et broussailles. 

67,(J0O de taillis. 
118,194 de taillis et broussailles. 

24,175 broussailles. 

On ne comprend pas dans ce chiffre sept forêts du Sahara de la 
contenance de 27,200 h., ni les 104,700 h. de forêts de Çajna, de 



( 384 ) 
l'Aurès et de Tebessa ; en les ajoutant , on aurait un domaine 
forestier de 999,915 hect., soit un million. 

Les cultures généralement adoptées ont été celles des céréales : 
celle du blé et celle de l'orge ont prédominé ; celle de l'avoine , 
quoique productive , a été négligée. 

Les prairies naturelles , assez nombreuses en Algérie , ont 
fourni une exploitation plus facile et plus productive. 

Les prairies artilicielles, formées de plantes semées, ou croissant 
spontanément, après les diverses récoltes, ont formé une ressource 
extrêmement précieuse : le sol de l'Afrique septentrionale est re- 
marquable par la quantité d'herbes et de plantes fourragères qu'il 
produit sur les surfaces qui ont été labourées ; elles se dévelop- 
pent dans la saison des pluies, et croissent avec une telle vigueur 
qu'elles sont fauchées avec avantage. Les plantes qui sortent ainsi 
du sol varient selon les années et selon les cantons : tantôt ce sont 
des graminées, tantôt des légumineuses; on les voit alterner 
eutre elles : ainsi chez M. Rouzé à Oulcd-Fayet, dans le Sahel » 
tous les deux ans on voit croître l'hedysarum (sainfoin d'Espagne) 
qui donne des tiges serrées et de plus d'un mètre de hauteur ; 
chez M. Chuffart, c'est le medicago lupulina (minette) qui couvre 
la terre en certaines années. 

Quelques plantes industrielles ont été cultivées ; le tabac est 
celle qui l'a été sur la plus grande surface, et dont les produits 
ont été le plus assurés : nous donnerons plus loin des détails à 
ce sujet. Le tabac algérien, contenant seulement 4 P- ^û de 
nicotine, n'en contenant même que 1 p. 0|0 quand il est produit 
par la culture arabe , égale, par cette qualité , les meilleurs 
tabacs a fumer que nous tirons de l'étranger. 

La culture du coton a été essayée sur plusieurs points : nous 
en avons rapporté des échantillons pris au jardin d'essai d'Alger 
et à l'exposition du comice agricole de Philippeville qui étaient 
beaux. Le coton d'Algérie peut être comparé à celui d'Egypte ; 
mais on ne sait pas quels bénéfices il donnera au cultivateur. 

La culture du cactus qui porte la cochenille se fera avec succès. 
Celle de la canne à sucre n'a guère été tentée. 



( 385 ) 

On a peu planté d'oliviers ; mais le mûrier a été plus répandu : 
nous avons cité ceux de M. Gourgas , ceux de Robertville , etc. 

On cultive le bananier (musa paradisiaca; avec quelque succès, 
à Alger et dans d'autres cantons. 11 donne de bons régimes, mais 
les soins qu'il exige , l'exposition qu'il réclame , les irrigations 
qui lui sont nécessaires n'en permettent la culture que d'une 
manière fort circonscrite ; nous reviendrons sur ces diverses cultures 
en parlant du jardin d'essai. 

Les cultures régulières entreprises en Algérie par les Européens 
occupent encore des espaces fort restreints : en 1846 , les colons 
civils n'avaient cultivé que 7,338 hectares ; en 1850 le nombre 
en était arrivé à 28,921 h.; les colonies agricoles fondées en 1848 
avaient défriché 3,882 h. quand elles ont été visitées par la com- 
mission parlementaire , et 10,491 h. à la lin de 1850. 

L'installation des colons a pourtant été l'objet de toute la solli- 
citude du gouvernement , et il a fait de grands efforts pour la 
faire réussir. Il est facile de le prouver par l'énumération des tra- 
vaux exécutés, et des encouragements distribués par ses ordres. 

Les défrichements opérés par l'armée ont été nombreux: ainsi 
àStaouéli, chez les Trappistes, qui doivent plus particulièrement se 
livrer aux travaux du labourage , nous avons vu des militaires 
occupés à arracher les palmiers nains. Sur presque tout le terri- 
toire des colonies agricoles, la charrue n'a été maniée que par les 
hommes appartenant à l'armée. Nous avons vu à El- Afroun quatre 
compagnies de zouaves dont deux étaient occupées à établir la route, 
et deux à faire les défrichements. Les colons restaient dans l'oisi- 
veté. On leur bâtissait leur maison , ils vivaient sous un abri 
commode, ils ne cultivaient même pas leur jardin, et le soldat, qui 
n'avait qu'une tente, était encore obligé de labourer seul le ter- 
ritoire du village, de semer et de récolter. Le courage, le dévoue 
ment , l'abnégation de nos troupes sont vraiment admirables. 

Des semences ont été distribuées soit à titre gratuit , soit à titre 
de prêt, ou ont été vendues par l'administration. 

Des instruments aratoires ont été mis dans les mains des colons: 

36 



on leur a livre des charrues , des herses , etc. Dans l'origine, ces 
instruments ne fonctionnaient pas avec perfection , ou subissaient 
promptenicnt des détériorations ; ils ont été perfectionnés. Les 
charrues de Grignon et de Dombasle sont celles qui sont confec- 
tionnées dans l'atelier d'Alger ; malgré leurs bonnes qualités , 
elles n'ont pas été maniées avec facilité par tous les cultivateurs. 
Ceux qui étaient inexpérimentés les ont munies d'un avant-train : 
on doit convenir que si le brabant à sabot est plus simple , plus 
léger, moins coûteux, s'il fonctionne parfaitement lorsqu'il est 
conduit par des laboureurs exercés, il est plus difficileà diriger, par 
ceux qui n'ont point un long apprentissage dans l'art agricole. 

Nous avons vu de louables efforts pour arriver au meilleur 
choix des instruments et des méthodes de labour dans les diverses 
circonstances de sol, de pente, etc. Nous avons dit qu'à Ouled- 
Fayet on emploie la charrue à deux socs et deux versoirs eu sens 
inverse, inventée dans le Nord pour labourer en revenant sur 
le même sillon. C'est M. Chuffart , cultivateur du Nord, quia 
introduit cette charrue en Algérie. 

La distribution des bestiaux faite par l'administration a été 
l'un des secours les plus utiles. Sans animaux, pas d'agriculture 
possible; ce n'est que par eux qu'on se procure le fumier né- 
cessaire à la fertilisation du sol ; ce n'est qu'à l'aide des bêtes 
de trait qu'on peut préparer la terre pour la grande culture. 
L'agriculture (jiii se propose de favoriser le développement des 
végétaux , est tenue d'élever en même temps des animaux , 
parce que ceux-ci vivent des produits du règne végétal qu'on ne 
peut transporter , ei créent la viande et d'autres substances utiles 
a l'homme qu'on peut facilement porter au loin; de plus par tous 
les actes de leur vie , ils restituent aux plantes les principes qui 
l'ont la base de la nutrition de ces dernières. 

L'administration a donné des bœufs de travail à titre gratuit ; 
elle a distribue les animaux provenant des impôts ou des razzia; 
elle en a prête ; elle a placé chez les cultivateurs les troupeaux 
conserves pour l'alimentation de l'armée. Elle a souvent mis un 



( 387 ) 

bœuf à la disposition de chaque famille, de telle façon que deux 
familles s'unissaient pour former un attelage. 

Les pépinières fondées par l'administration ont été d'un grand 
secours; celle d'Alger, placée à Moustapha, est vaste , son sol est 
excellent, arrosé par des sources abondantes; sa position au pied 
du Sahel , sur le bord de la mer , paraît très-convenable. 

Le bâtiment qui renferme l'habitation, les collections de graines, 
l'herbier, etc., etc., est un véritable monument , trop splendide 
peut-être. Des ateliers divers y sont annexés : on y débarrasse 
les cotons de leurs graines; on y file les cocons achetés aux 
colons, et on obtient une soie qui a mérité les plus grands éloges 
à l'exposition de Londres ; des serres et des hangars, des couches 
pour les multiplications sont répandus dans le jardin , pour la 
culture des végétaux tropicaux que les hivers et les nuits froides 
de l'Algérie tueraient. 

Les arbres qui sont cultivés pour les distributions sont les frui- 
tiers , tels que poiriers , pommiers, abricotiers, cerisiers, aman- 
diers, jujubiers, noisetiers, noyers, pêchers; plusieurs variétés de 
cognassiers , par exemple celle de Chine qui donne des fruits 
énormes; de très-nombreuses variétés d'orangers et de citronniers. 
Sur le coteau qui abrite le jardin au sud , sont cultivées 500 va- 
riétés de vignes dont les fruits sont propres à la fabrication du vin 
ou sont destinés à la table , à l'état sec ou à l'état frais ; 80 va- 
riétés de figuiers sont plantées sur le même coteau, au milieu des 
broussailles qui seront détruites plus tard ; des mûriers occupent 
le bas de la côte. 

Le mûrier tient une place considérable dans le jardin ; les variétés 
de cet arbre précieux y sont multipliées, greffées et distribuées, 
en très-grande quantité; il ycroîtavec une vigueur extraordinaire. 

L'olivier , plus précieux encore , peut-être , n'a pas obtenu au- 
tant de faveur. Il n'était pas indiqué sur le catalogue des végétaux 
qui pouvaient être distribués aux colons en 1849. Il est juste de 
dire cependant que , si on a négligé d'abord cet arbre , qui doit 
être l'une des sources de la prospérité de l'Algérie , il a depuis 



( 388 ) 

attiré l'attention de l'habile directeur du jardin. De magnitiques 
semis donnent les plus belles espérances ; les jeunes sujets seront 
bientôt greffés en couronne ou en écussons , et livrés aux colons. 
Une école formée des diverses variétés d'olivier fera connaître 
celles auxquelles il faut donner la préférence. 

Le caroubier , arbre de grande utilité , dont les feuilles sont 
données aux bestiaux , et dont les gousses servent à faire une 
boisson rafraîchissante, y est de belle venue. 

Certains fruits exotiques sont cultivés avec succès dans l'éta- 
blissement deMoustapha. On peut considérer comme réussissant 
le bananier musa paradisiaca) , le goyavier (psidium pyriferum), 
l'avocatier (laurus persea), fruit délicieux des Antilles, lebibanier 
ou néflier du Japon eriobotrya japonica), qui fleurit en décembre, 
et donne ses fruits au premier printemps , l'anone (anona cheiri- 
molia) dont le fruit qui a la forme de celui du pin , a une pulpe 
intérieure blanche, abondante, fondante , d'un goût excellent ; le 
bananier de Chine musa sinensis dont, le fruit est parfumé , ne 
réussit pas bien 

La culture des arbres de haute futaie a été l'objet de sérieuses 
éludes, quoiqu'ils présentassent moins de chances de réussite. Nous 
avons vu des pépinières d'érables, d'ormes, de frênes , de mico- 
couliers, de platanes, et de peupliers blancs arrachés dans les 
broussailles et transplantés; des pins sont plantés sur le coteau , 
au nord-est des vignobles. 

Le cassia listula , le pandanus utilis, le pinus tenuifolia du 
Mexique, le bombax ceiba, letamarindus indica ont une végétation 
assez triste ; les camélia, les rhododendrum, les azalea, les erica 
ne trouvent pas sur le littoral un climat convenable. 

Les plantes potagères d'Europe réussissent bien dans le jardin 
d'essai : choux, choux-fleurs, raiforts, navets, betteraves, épinards, 
laitues, pois, fèves, haricots, chicorées, estragons, pimprenelle, les 
cucurbitacées de toutes sortes y sont cultivés , et fournissent d'u- 
tiles assortiments de graines , qui sont distribuées aux colons. 

En général, les racines sont peu savoureuses: la pomme de terre 



( 389 ) 

ne réussit pas parfaitement ; en revanche , la patate donne par 
hectare 35,000 kil. de tubercules farineux et légèrement sucrés , 
et des feuilles que mangent les bestiaux. Le chou-cavalier brave 
les sécheresses de l'été, et forme une ressource pour la nourriture 
des ruminants. Le sechium edule, cucurbitacée du Mexique, donne 
en abondance ses fruits, qui forment un légume très-agréable. 
L'arum colocassia d'Egypte , et d'autres espèces , fournissent un 
aliment succulent. Le riz de Java vient bien dans les bassins ; le riz 
de Chine croît d'une manière satisfaisante quand il est irrigué; un 
bousingaultia.de deux ans, a donné 44 kilogrammes de tubercules 
mucilagineux recherchés par le^ bestiaux. 

Le cèdre , qui se plaît sur les versants nord du grand Atlas , 
ne prospère pas dans la plaine ; le cèdre deodora de l'Hyma- 
laya y vient bien. Le dattier croît, sans mûrir ses fruits ; le latanier 
a une croissance assez belle. 

L'araucaria excelsa végète parfaitement , les autres espèces de 
ce genre de conifères ne réussissent pas. 

Le jacaranda mimossefolia , qu'on dit être le palissandre , et 
dont les fleurs sont fort belles , le mimosa latifolia , bel arbre de 
futaie ou de promenade , dont le bois est très-dur et dont 
le tronc a acquis 35 pieds de haut en sept ans, les mimosa 
lebcck et falcala , le casuaiïna indica, quelques eucalyptus , le 
pinus longifolia de l'Hymalaya , les cyprès qui forment des 
rideaux impénétrables et donnent un bon bois de charpente , le 
cœsalpinia sappan que ses feuilles et ses rameaux garnis d'aiguil- 
lons rendent propre à former de bonnes haies , le moringa , etc., 
sont d'une belle croissance ; le quercus robur se développe avec 
vigueur; mais le quercus fastigiata ne pousse que médiocrement; 
les quercus annularis , insignis , originaires du Mexique , les 
quercus alba et coccinea végèteul avec peine. En général, les 
chênes de l'Amérique septentrionale ne s'acclimatent pas. Les 
cyprès chauves ( rupressus dislicha ) les pins , et les peupliers 
ont eu leur cîrae desséchée. Ces faits conduisent à croire qu'en 
général les arbres de haute futaie réussiront difficilement , si ce 



( 390 ) 
n'est sur les versants nord des montagnes assez élevées pour 
abriter les arbres des vents du sud. Ils ont conduit ceux qui ont 
réfléchi sur la manière de diriger les végétaux ligneux à tenir 
les arbres peu élevés ; ils pensent que les fruitiers mêmes doivent 
être formés en quenouille. 

On cultive encore différents arbres d'ornement : le cercis , 
le phytolacca dioica (bellas umbras) dont l'accroissement est si 
rapide, I'azedarach, des acacias, le broussonetia papyrifera, le 
sophora japonica ont été cultivés avec succès , et ont peut-être 
pris trop de place dans le jardin de la colonie. On y voit 
aussi des gleditschia , le crat.Tgus oxyacantha et autres espèces, 
les ficus laevis, religiosa, rubiginosa, elastica , bengalensis, syco- 
morus (le vrai sycomore) , l'allamanda verticillata . le cordia 
domestica , l'hibiscus rosa sinensis , le thespezia populnea, plu- 
sieurs cassia , l'astrapsea wallichii , le mimosa bifurcata , les 
bignonia, les malvacées arborescentes , le grevillea robusta, le 
cerbera mangas, le jatropa curcas (pignon d'Indei, le citharexylon, 
le paratropia umbraculifera , le leptospèrmum, le datura arborea 
qui forme des haies énormes et embaume tout le jardin ; le budleja 
glaberrima , le myoporum pictum , des dombeya , le schinus 
molle que les Maures avaient dans leurs jardins , le magnolia 
grandiflora, les bamboux qui rendront de bons services, les laurus 
, indicaetborboDica, lejusticiaadhatoda, l'erythrina cristagalli.elc. 
Les plantes industrielles ont été l'objet de soins tout spéciaux , 
notamment le tabac, qui est définitivement acquis à la culture algé- 
rienne, et plusieurs plantes textiles qui donnerontde bons produits. 
Le lin a acquis dans le jardin d'essai \ m 20 de hauteur, et même 
l m 50. Le chanvre (cannabis gigantea) s'est élevé à 10 pieds. 
Le phormium tenax réussit, mais on détruit difficilement la sub- 
stance glutineusequi réunit ses fibres ; il parait, du reste , quece 
n'est pascette plante qui produit la filasse de la Nouvelle-Hollande. 
L agave americana prend de très-grandes dimensions, mais on ne 
le cultive pas pour en retirer les fibres. 

Le musa texiitis n'est pas à la pépinière , il est trop délicat 
pour prospérer sans abri. 



! 391 ) 

Plusieurs variétés de coton y sont cultivées; le gossypium viti- 
folium (jumelle) , le gossypium religiosuni (nankin) prospèrent, 
quand ils sont arrosés, et leurs filaments filés à Lille ont été 
fort appréciés. Le gossypium arboreum a fleuri , mais n'a pas 
mûri ses capsules. 

Quelques graines oléagineuses ont été fort productives; le 
sésame végète facilement; il a l'inconvénient de mûrir ses graines 
successivement, mais si on l'écime, et si on fait la récolte après la 
maturité des premiers rameaux, on obtient une maturité moyenne 
satisfaisante. 

L'arachide a donne 30, 000 kilog.de graines sur un hectare arrose. 

Le ricin (ricinus communis), qui croît spontanément en Algérie, 
procurera , sans frais , de bonnes récoltes. Le ricinus ameri- 
canus produit des fruits, pendant plusieurs années, sans culture. 

Le colza et la caméline viennent bien , mais ne paraissent pas 
devoir donner des produits aussi satisfaisants que les plantes 
précédentes. 

Le pavot (papaver somniferum) permet d'extraire l'huile de ses 
graines, l'opium de sa capsule; mais sa culture n'est pas répandue 

Le safran (crocus sativus) réussit parfaitement. 

Les indigotiers ne passent pas l'hiver en pleine terre , et ne 
paraissent pas devoir être cultivés en grand. 

Le cactus nopal croît admirablement, et la cochenille qui vit sur 
cette plante se développe et se multiplie convenablement en Al- 
gérie. Le jardin d'essai a de très-belles plantations de nopals , 
disposés en lignes , écartés d'un mètre à-peu-près , et couverts de 
cochenilles , qu'on abrite par des paillassons pendant les nuits ; les 
plantes épuisées sont coupées vers la base, et servent à fumer le 
sol ; ainsi traitées elles redeviennent propres à nourrir de nou- 
veaux insectes. Par des soins bien entendus les récoltes sont 
abondantes et productives ; on peut regarder cette production 
comme acquise a l'Algérie ; toutefois les soins et les dépenses 
qu'elle exige empêcheront qu'elle ne forme proniptement une 
branche de culture très généralisée. 



( 392 ) 

La eanne à sucre croît avec beaucoup de vigueur dans le jardin 
d'essai ; mais elle reste verdàtre et peu ligneuse. 

Le vétiver andropogon squarrosum; dont les racines odorantes 
se répandent dans le commerce, et dont les feuilles peuvent servir 
a faire des paillassons , se multiplie avec une facilité extrême. 

Les plantes aromatiques naissent spontanément dans toutes les 
parties de l'Algérie, et fournissent des essences abondantes: on 
ne les a pas négligées dans le jardin d'essai. 

A tous ces végétaux utiles on a joint une multitude de plantes 
d'ornement : le slrelitzia regiuœ , le passillora alata, le nympbaea 
cœrulea, l'aponogeton distachyon etc. La plupart des scitaminees, 
des aroidées , des musacées fleurissent a l'air libre ; les mimosa 
sensitiva et pudica , beaucoup d'hibiscus , le vinca rosea, le car- 
diospermum donnent facilement leurs graines ; les plantes bul- 
beuses d'agrément s'y multiplient avec facilité ; beaucoup d'es- 
pèces d'oxalis, de renoncules , d'anémones, etc. , sont cultivées 
presque sans soins. Nous ne ferons pas de plus nombreuses citations 
pour indiquer les cultures du jardin d'essai , celles que nous 
venons de faire suffisent pour les faire apprécier. 

Outre le jardin d'Alger , sur lequel nous avons donné quel- 
ques détails , parce qu'il est fort important , le gouvernement a 
établi des pépinières dans les centres de population appelés à un 
prompt développement comme Bouffarick , Blidali , Medeah , 
Milianah , Miserghin , Philippeville , etc. 

Les travaux de ces établissements coûtent des sommes consi- 
dérables. 

Le personnel seul des pépinières de la province d'Alger est 
porté au budget de 1850 pour la somme de 18,800 IV. 

Celui des pépinières de la province d'Oran pour. 11,100 

Celui des pépinières de la province de Constantine 14,700 

En outre le matériel de ces établissements coûte. 1 50,000 

Les essais de culture 40,000 

Total pour le service des pépinières 234,600 

De* dotations véritables ont été faites par l'administration 



i 393 

elle a concédé des domaines déjà en valeur et qu'elle aurait pu 
consacrer à des établissements d'une utilité générale , en même 
temps qu'ils auraient servi à donner de l'extension à la culture 
du sol. La ferme de Soukati , qui était le haras du dey d'Alger, 
a été ainsi donnée. Elle a accordé des subsides à des colons, soit 
à titre de prêt , soit à titre gratuit moyennant quelques obliga- 
tions imposées. Les Trappistes de Staoueli ont reçu en prêt 
100,000 fr. (Étab. fï\, volume de 1850.) 

Les orphelins de Ben Aknoun ont reçu des encouragements : 
on a donné au père Brumeau qui les dirige , un établissement à 
Bouffarick , et en juillet 1852 on lui a confié 200 orphelins au 
prix de 80 c. par jour , c'est-à-dire 24 fr. par mois, ou 292 fr. 
par an, et en outre un trousseau de 4-0 fr., tandis que les hospices 
de Paris ne paient que 50 ou 60 c. pour les enfants qu'ils placent 
à la campagne. 

Les orphelins de Miserghin ont reçu la caserne des spahis. 

Le village fondé par l'association de capitalistes et travailleurs 
provençaux a reçu une ample concession. 

L'union du Sig est une sorte de phalanstère qui a obtenu aussi 
les faveurs du gouvernement ; on n'a voulu écarter aucune des 
combinaisons qui promettaient deconcourir au succès de la coloni- 
sation : le champ des expérimentations a été ouvert à tous les 
systèmes , et le gouvernement a favorisé toutes les créations qui 
pouvaient donner de l'essor à la colonie, soit en appelant de nou- 
veaux colons , soit en développant la culture, soit en offrant des 
exemples utiles à la population existante. Nous avons donné dans 
notre itinéraire des détails sur les divers établissements que nous 
avons visités : il est inutile d'y revenir. 

Des sociétés d'agriculture , des comices , des expositions des 
produits du règne végétal et du règne animal ont été institués 
dans les déparlements de l'Algérie , des primes ont été distri- 
buées. Nous avons assisté avec un vif intérêt à uneséance du comice 
agricole d'Alger , présidée par le préfet , M. Lalour Mezeray; nous 
jvon vu l'exposition de Philippèville , dont le programme annon- 
çait la distribution de 5,000 fr. de primes. Des inspecteurs d'agri- 



; 394 
culture ont été institues pour constater le progrès de la culture , 
donner des conseils , veiller a l'emploi des dons de l'Etat , favo- 
riser l'acclimatation des agriculteurs, etc. 

Tant d'efforts n'ont pas eu pourtant des résultats bien consi- 
dérables : la colonisation a l'ait peu de progrés; la population ne 
s'est pas accrue aussi rapidement qu'on le désirait ; la culture 
n'a pris qu'une fort médiocre extension , et les Arabes ne sont pas 
devenus plus producteurs. 11 ne restait plus qu'une seule chose a 
demander: l'installation des colons, aux frais de l'État, a semblé le 
seul moyeu qui pouvait fane atteindre le but qu'on poursuivait 
On a cru qu'on n'arriverait à coloniser notre belle conquête que 
par les efforts directs du gouvernement et l'on a demande que des 
colonies fussent établies aux dépens du Trésor public. 

Les esprits les plus élevés se sont appliqués à chercher le meil- 
leur système de colonisation par l'Etat. 

Le maréchal Bugeaud, les généraux Bedeau et de Lamoricière 
ont préconisé des systèmes divers : mais ils n'ont point été mis en 
pratique. Nous n'avons donc pas à en parler ici , nous les appré- 
cierons quand nous rechercherons ce oui reste à faire pour 
assurer le développement de la colonisation africaine. Nous ne 
devons indiquer ici que les essais qui , sur la proposition 
du général de Lamoricière , ont été réellement tentés par l'Etat , 
nous voulons parler de colonies qu'on a appelées agricoles , qui ont 
été peuplées par des familles appartenant à l'ordre civil, mais qui ont 
été administrées militairement. Nous avons précédemment fait con- 
naître leurs noms , la population qu'elles ont renfermée , les 
sommes qu'elles ont coûtées , la quantité d'hectares qui leur a été 
assignée , celle des hectares qu'elles ont mis en culture. Ces 
détails ont suffi pour montrer dans quel état précaire elles se 
trouvent et combien les résultats obtenus ont été peu proportionnés 
aux dépenses faites. Nous nous contenterons de dire que les rap- 
ports de la commission chargée de les examiner , sans condam- 
ner le principe qui a préside a leur établissement , ni la manière 
dont elles ont ete gerces , admet , pour conclusion , qu'il faut s'ar- 



, 3$5 ) 
rêter dans cette voie , et ne donner aucun développement aux co 
lonies qui ont été fondées. 

Les colonies agricoles ont coûté 24,500,000 francs a l'Etat. Le 
matériel de la colonisation civile coûte annuellement 1 ,610,000 fr. ; 
les inspections des colonies , 46,200 fr. ; les dépôts d'ouvriers , 
14,200 fr. ; l'administration n'a donc rien négligé pour favoriser 
les progrès de l'agriculture. 

Le commerce a attiré aussi l'attention du gouvernement ; en 
offrant un débouché aux produits agricoles, il développait la colo- 
nisation ;en facililantl'importationenAlgériedesproduits français, 
il donnait à la métropole une compensation pour ses sacrifices ; 
en achetant les produits arabes , il liait les tribus à nos intérêts ; 
eniin , en favorisant l'établissement en Afrique de négociants 
achetant les produits du Tell et même du Sahara , et vendant les 
marchandises européennes aux indigènes , il appelait une popu- 
lation utile , comme celle des laboureurs , et plus facile à installer. 

Les débouché» que l'administration pouvait offrir aux colons se 
présentaient naturellement; les divers services ont acheté sur le 
marché algérien , les laines , les fourrages, les blés, les orges qui 
leur étaient nécessaires ; l'administration a même accordé aux cul- 
tivateurs de la colonie des prix plus élevés que ceux exigés par 
l'étranger et par les Arabes. Mais , même à ces conditions , elle 
n'a pu obtenir, en quantités suffisantes, les denrées dont elle avait 
besoin ; ainsi , en l'année 1849, les Européens n'ont pu vendre à 
l'administration que. . 17,283 q.i de blé dur. 

13,837 q. 1 de blé tendre. 

Total 31,120 q, 1 de blé. 

6,536 q. 1 d'orge. 
C'est-à-dire que le blé vendu a pu être récolté sur 3,112 
hectares, et l'orge sur 653 hectares. 
Les indigènes ont fourni par l'achour, 10,722 q.« de ble dur. 
Par vente, 20,514 id. 

Total 31,236 

ou le produit de la culture de 3,123 hectares. 



396 

Enorge, les Arabes ont fourni par l'achour , 26,84-2 q.« 
Par la vente, 63,724 



Total 97,102 

ou le produit de 9,056 hectares. 

Ainsi l'administration n'a reçu que les produits de 14,944 
hectares. 

Elle a dû prendre h d'autres sources 106,391 q.i de blé. 

198,458 q. f d'orge 

L'administration a encore acheté aux colons les marchandises 
qui étaient en trop petites quantités pour appeler les acheteurs , 
comme les cotons , les cochenilles , les cocons , et surtout les 
tabacs qui n'étaient pas demandés par la consommation et l'ex- 
portation. Le tableau suivant fait connaître la surperficic plantée 
en tabac, le nombre des planteurs, les quantités achetées aux 
colons et aux Arabes , et la somme payée par la Régie , depuis 
1844 jusqu'en 185! . 

Nombre Tabacs achetés 

des planteurs, des hectares, aux colons, aux Arabes. payées. 

2,007 k. 21,402 k. 20,863 fr. 

53,295 35,077 100,920 

191,404 71,150 200,308 

95,860 120,000 234,041 

73.263 118,332 152,950 

107,431 fi5,434 146,303 

157,778 93,388 204.703 

232,922 102,832 304,000 

On a estimé que la consommation locale de 1851 a absorbé 
3-26,000 kilog. Pour 1852 , on évalue à 917 le nombre de plan- 
teurs européens , à 1041 hectares la superficie plantée ; la récolte 
pourra fournir à la régie 900,000 kilog., dont 130.000 kilog. 
l'iii 1rs indigènes. La consommation el l'exportation absorberont 
500,000 kilog , en tout 1,400,000 kilog. En 1853 , on évalue 
que dans la province d'Alger on cultivera en tabac 1 ,500 hec- 
tares . donnant 1.500,000 kilo^r Les provinces dOrau et de 



1844 


3 


1,42 


1845 


32 


12,28 


1846 


67 


73,45 


1 847 


129 


101,98 


1848 


160 


124,94 


1849 


839 


169,72 


1850 


428 


235.10 


1851 


537 


400 



397 ) 
Constantine donneront chacune 300,000 kilo». La production 
totale serait donc de 2,100,000 kilo». 

Le commerce a enlevé certains produits de l'Algérie , et il a 
apporté des marchandises françaises sur ce marché. Voici les 
chiffres du mouvement commercial depuis 1841 jusqu'à 1850 : 

\ aleur des produits Algériens im- | Valeur des produits Français ex- 
portés en France, portés en Algérie , 

En 1841, 1,800,000 fr. — 29,600,000 fr. 

1842, 2,500,000 — 33,000,000 

1843, 2,200,000 — 41,400,000 

1844, 8,300,000 — 63,400,000 

1845, 3,200,000 — 89,400,000 

1846, 3,800,000 — 94,500,000 

1847, 2,700,000 — 83,100,000 

1848, 2,200,000 — 72,200,000 

1849, 7,100,000 — 78,800,000 

1850, 5,200,000 — 75,500,000 

Le mouvement du commerce général de l'Algérie a dépassé son 
commerce spécial avec la France d'une somme qui n'est pas sans 
importance. Sonmaximun répond à l'aunée 1840. La totalité du 
mouvement commercial pour les importations est de 115,900,000, 
pour les exportations de 9,943,000. Pour cette année , lemouve 
ment de navigation est exprimé par le chiffre de 7,107 navires 
jaugeant 533,587 tonneaux , savoir : 

Navires français. . . . 2,523 jaugeant. . . . 247,000 tonneaux. 

— algériens... 1,50G — 23.587 

— étrangers... 3,078 — 263,000 

Le chiffre de l'importation des produits français en Algérie 
égale le chiffre de l'exportation des produits d'Algérie en France 
accru des frais d'occupation , en d'autres termes nos frais 
d'occupation sont à peu près intégralement soldés par des pro- 
duits français , c'est-à-dire par des valeurs sur lesquelles les pro- 
ducteurs français ont fait des bénéfices. Si dans les années 1847-48 
nos importations ontété inférieures à celles des années antérieures, 
cela tient à la fois à la diminution de l'armée et à la crise com- 
merciale causée par les événements politiques. 



' 3U8 

L'exiguite de l'exportation algérienne a conduit à proposer de 
faire disparaître le reste d'entraves qui s'opposaient à l'intro- 
duction en France des produits de l'Afrique française. L'assimi- 
lation des produits algériens au.r produits français a été décrétée 
par la loi du 11 janvier 185t. 

Le commerce arabe a été favorisé comme celui des colons : l'ad- 
ministration a tenté de ramener vers les marchés de l'Algérie les 
caravanes qui autrefois les approvisionnaient. Pour en faciliter 
l'arrivée , elle a fait bâtir , à grands frais , des caravansérails a 
Boufarik , Koléah, Cherchell, Oran et Bône et des fondoucks à 
Tlemcen , Constantine et Sétif ; mais elle a manqué son but ; ces 
bâtiments étaient trop dispendieux et généralement mal placés. 

Jusqu'à présent on ne voit pas que le commerce indigène ait 
pris des proportions considérâtes : Les produits du pays n'ont 
fourni à l'exportation qu'une valeur de 3,879,000 fr. 

Les plus importants sont les peaux brutes, dont la valeur 
a été de 1,237,000 fr 

Les sangsues. ...... 205,000 

Les laines 369,000 

La cire 131,000 

Le corail 969 : 000 

Les os, cornes, etc. . . . 126.000 

Le tabac 114,000 

Les végétaux filamenteux.. 165,000 

Les minerais 164,000 

Ainsi l'on voit que les Arabes n'ont pu nous fournir que deux 
articles importants , les peaux brutes et les os ; et ces marchan- 
dises ne proviennent d'aucune culture , d'aucune fabrication. 

Les huiles exportées ne représentent qu'une valeur de 3,350 fr. 

Les céréales 14,100 

C'est par ces minces résultats qu'ont été payes les immenses 
sacrifices que la France s'est imposés , et que nous avons succes- 
sivement fait connaître , en traitant des divers objets qui intéres- 
sent la colonisation. 



( 399 , 
Le résumé des dépenses faites en Algérie en 1850 sera mis en 

regard avec celles qui pèseront sur notre budget en 1853, afin de 
mieux établir la situation. 

Budget de la guerre, en 1850, en 1853, 

Etats-Majors, Intendance militaire. . . 1,866,054 2,099,486 

Gendarmerie, voltigeurs algériens. . . 725,940 768,427 

Justice militaire, etc 203,529 304,175 

Solde. 17,028,347 20,C60,G6C 

Vivres et chauffage 11,380.244 5,544,937 

Hôpitaux 5,711,480 4.942,484 

Service de marche 085,75<i 1,095,085 

Habillement, campement 3,471,400 2,813,005 

lits militaires 1,095,259 1,053,077 

Transports généraux 502,828 598,565 

Remonte générale 898,150 919,250 

Harnachement 132,325 120,325 

fourrages. 5,872,810 4,473,315 

Dépôt général 11,000 11,000 

Matériel de l'artillerie 470,300 337,958 

Matériel du génie 4,300,000 3.350,000 

Administration générale de l'Algérie. . . 771,000 929,300 

■Services indigènes 7,460,700 8,020,080 

Services maritimes 532,000 532,000 

Administration provinciale 695,300 729,500 

Services financiers 1,148,160 1,367,375 

Expropriations. 400,000 1,000,000 

Colonisation. 1,715,000 1,715,000 

Colonies agricoles 4, 500,000 » 

Établissement des transportés de 1848. . » 700,000 

Idem des transportés de 1851. . » 1,500,000 

Travaux civils. . . • 5,528,000 6,072,040 

Dépenses secrètes 200,000 150,000 

Budget de la marine, supplément de solde. 51,875(1) S1.505 

Budget des finances, douanes 715, 000 727,000 

Budget de la justice, tribunaux européens 023,000 639,050 

Budgetdel'instruct. publ. des européens. 179,200 184,«00 

Budget des cultes catholique et protestant 450,000 544,100 

79,385,432 74,555,715 

(i) Indépendamment des frais d'hôpitaux pour les marins, des dépenses do 
navires affectés an service de la colonie. 



( 400 

La plus grande réduction du budget de 1853 provient de la dé- 
cision prise de ne pas donner d'extension aux colonies agricoles , 
et de supprimer leurs subsides. Le chapitre des vivres et chauffage 
paraît avoir subi une grande diminution. Mais elle n'est qu'appa- 
rente ; la dépense est reportée au chapitre de la solde, qui est 
augmenté , malgré la diminution de l'effectif de l'armée. 

La France , en compensation de ses sacrifices , fait quelques 
recettes. En 1846 , les recettes montaient à 27, 196,171 fr. en 
comptant les produits extraordinaires; à 22,911,771 fr. en 
défalquant ces derniers. Dans cette somme sont comprises les 
recettes locales qui couvrent les dépenses municipales et provin- 
ciales , lesquelles viendraient accroître le budget , si on ne les 
soldait avec ces fonds. Il faut donc déduire les recettes locales 
pour connaître celles qui viennent en défalcation de la somme 
inscrite au budget général. Cette déduction faite, les recettes de 
Algérie s'élevaient à 17,961,346 fr. Mais ce chiffre s'est réduit : 
en 1849 il n'était plus que de 14,437,971 fr. 

L'enregistrement à subi une réduction de. . . 1,100,000 fr 

Les douanes de 1,600,000 

Les postes de 200,000 

Les produits divers de. 2,500,000 

Quelques articles se sont accrus : l'impôt arabe s'est élevé de 
2,869,000 à 4,854,000. 

En 1853 , on prévoit une nouvelle réduction. On ne porte au 
budget que 12,740,000. L'impôt arabe doit s'accroître , mais 
3/10 en seront affectés aux dépenses locales ; ce qui restera au 

Trésor sera diminué de près de 600,000 fr 

Les contributions indirectes baisseront de. . . 700,000 

Les postes de 300,000 

Les produits divers de 3,300,000 

Les douanes augmenteront de 1,400,000 

L'enregistrement de 1,200,000 



( 401 ) 

III. Avenir de la colonisation , 

OU 

Ce qui est à faire. 

Nous avons présenté , en résumé , ce qui a été entrepris pour 
effectuer la conquête , assurer l'occupation , tenter la colonisation 
de l'Algérie ; nous avons vu que si l'énergie et l'héroïsme de 
notre armée ont été incomparables , si les travaux préparatoires 
de la colonisation ont été immenses , ses résultats ont été peu 
productifs pour notre trésor. 

Nous avons à rechercher maintenant si nous ne luttons pas con- 
tre des difficultés insurmontables , si nous pouvons donner a 
l'Atlantide un avenir prospère. Chose redoutable àdire, nos soldats 
y sont descendus depuis 20 ans , et la colonisation de ce pays est 
encore presque à l'état problématique ; quand le voyageur stu- 
dieux qui l'a parcouru remet le pied sur le sol de la patrie , la 
question, la seule question qu'on lui adresse, est celle-ci: 
pourrons-nous coloniser l'Afrique ? 

C'est à cette question , qui reste en suspens depuis tant dan 
nées , après tant d'examens approfondis et consciencieux , c'est à 
cette question ardue , dans laquelle la puissance et les iinances de 
la France sont engagées, que nous allons essayer, témérairement 
peut-être, de répondre. 

Nous l'avons dit , devant l'immensité des obstacles nous sommes 
nous mêmes restés longtemps irrésolus ; notre impression pre- 
mière a été que nous nous épuisions daus une œuvre impos- 
sible. Mais, après une étude sérieuse et continue des ressources de 
l'Algérie, notre sentiment s'est modifié , et maintenant, examinant 
froidement et pratiquement les choses , sans illusion, comme sans 
préoccupation , nous croyons pouvoir dire : oui ! la colonisation 
est possible; mais elle ne pourra s'achever et devenir une source 
de richesses et de puissance pour la Fiance qu'à force de persé- 
vérance , d'énergie, de combinaisons économiques, et qu'à la 
condition d'obéir rigoureusement aux nécessités du climat. Bien 

27 



( 402 ) 

des choses restent à faire, bien des perfectionnements sont recla 
mes par les choses déjà faites; nous allons, avec franchise, 
dire quelles modifications doivent être apportées aux travaux en- 
trepris , quelle extension doit être donnée à ce qui est com- 
mence , «nielles méthodes nouvelles il faut mettre en pratique, 
quelle base d'exploitation il faut choisir. Pour procéder réguliè- 
rement dans cette exposition, nous examinerons, dans l'ordre 
que nous avons déjà adopté, le système d'occupation, les travaux 
militaires, civils et agricoles, l'installation des cultures et du 
commerce, sources véritables des richesses, et nous chercherons a 
apercevoir la compensation définitive des peines , des dangers, 
des dépenses de l'entreprise mémorable que la France a poursuivie. 

La conquête et l'occupation sont , pour ainsi dire , achevées. 
Grande et pénible fut la tâche de la France! Nos succès ont été 
lents, difficiles, incessamment compromis ; nous avons attaque 
l'Afrique comme les Carthaginois et les Romains , par le littoral, 
par les vallées sans issue et sans liaison : Carthage ne posséda 
que son territoire , et en dehors de la Numidie , n'eut que des 
comptoirs sur la côte. Les progrès des Romains furent si lents que 
ce n'est qu'au temps de Marius que succomba Jugurtha ; ce n'est 
que sous César que furent conquises les Mauritanies , ce n'est 
qu'au temps des empereurs que s'y fixèrent les populations 
romaines , et que la colonisation s'installa sur une large base. 

L'invasion des Vandales et des Arabes fut rapide comme la 
flamme: les premiers arrivaient par l'ouest; ils voyaient devant 
eux les plaines de la province d'Oran se succédant sans difficulté, 
et conduisant dans la vallée du Chélif qui s'élève jusque vers 
les régions du sud ; aussi , appelés par les ministres du faible 
Valentinien pour lui prêter secours , ils eurent bientôt asservi 
et la Mauritanie et la Numidie elle-même. Les Arabes arri- 
vaient par l'est , oii les hauts plateaux et les oasis sont si près des 
Syrtes ; du premier pas , ils pénétraient dans tous les défilés, ils 
avaient l'accès de toutes les vallées ; ils tombaient sur une proie 
facile à partager. Quanta nous, nous connûmes tardivement le pays: 



403 ) 
ce n'est que la guerre qui a révélé au maréchal Bugeaud le sys- 
tème d'occupation que les enseignements historiques devaient 
nous indiquer. Il a reconnu , par expérience, que la possession de 
quelques points de la côte était impossible, ou qu'elle coûterait 
presqu'autant que celle de toute la régence. Les stations mari- 
times , les plaines abordables sont isolées , sans communication 
possible entre elles , si ce n'est par la mer ; les grandes voies de 
communications sont au sud; elles s'opèrent par les vallées in- 
teratlantiques , par les hauts plateaux , par les plaines abaissées 
qui sont au-delà du grand Atlas ; se cantonner sur le littoral, et 
permettre à toutes les tribus de faire une vaste confédération 
contre nous , ce serait leur donner la possibilité de tomber, à 
('improviste , et à telle heure qui leur conviendrait, sur la frac 
tion de notre armée qu'elles choisiraient , alors que nous , habiles 
dans l'art de la guerre , nous pouvons nous porter en masse sur 
les points stratégiques , et accabler , tour à tour, les tribus iso- ' 
lées Nous avons choisi ce dernier parti. 

Notre base d'opération est formée par les places du littoral , en 
communication avec la mère-patrie : Oran , Mers-el Kébir , Ar- 
zeu , Mostaganem , Tenès , Cherche!! , Alger, Dellys, Collo, Bou- 
gie , Stora , Philippeville , Bône , La Calle , forment nos ports et 
nos principales places de guerre. 

Une deuxième ligne d'opération est établie au cœur du pays , 
sur le versant sud du petit Atlas , et dans les vallées inleratlan- 
tiques , elle s'appuie sur Sidi-bel-Abbès , Mascara , Saint-Denis , 
Orléansville , Milianah , Médéah , Sétif , Constantine. 

Puis la troisième ligne des postes est établie aux confins des 
hauts plateaux , aux portes du Sahara : elle est formée de Lala- 
Maghnia, Sebdou , Tlemcen , Daya , Saïda , Frenda , Tegdeml, 
Tiaret, Teniet-el-Had , Boghar, Aumale, Tebessa , et plus au sud 
encore . Batna et Biskara , puis l'Aghouat. 

Par ces fortes positions nous tenons la grande voie intérieure ; 
nous pouvons établir des communications perpendiculaires avec 
tous les points du littoral , et les unir entre eux ; nous séparons 



40i 
profondément les tribus de la grande Kabylie él de l'Aures . 
celles du Dahra et de l'Ouanseris, etc : nous maintenons les 
Arabes du sud écartés de nos possessions , de leurs alliés du petil 
Vtlas; nous avons moyeu de faire invasion dans les hauts plateaux : 
maîtres des gorges du grand Atlas , nous pouvons pénétrer dans 
la région des oasis, empêcher les peuplades du désert d'entrer dans 
le Tell pour y faire paître leurs troupeaux , pour \ acheter le blé . 
pour y vendre leurs burnous, leurs tapis , leurs dattes, ou pour 
se pourvoir des produits que répand le commerce européen. 

Nous tenons ainsi dans les mains les sources de la vie Se dèis 
peuples , auxquels le climat et le sol imposent un mode d'exis- 
tence qu'ils ne sauraient changer : le Tell seul produit le blé qui 
doit alimenter les hauts plateaux et les oasis; les hauts plateaux, 
pendant l'hiver et le printemps , se couvrent d'herbes , pendant 
l'été ils sont brûlés et nus : ses habitants sont donc pasteurs 
et nomades. Les oasis donnent des plantes potagères , des fruits 
divers, la datte surtout, fruit délicieux, mais insuffisant 
pour entretenir la vie de l'homme. Leurs cultures exigent des 
soins assidus et de constantes irrigations : les habitants de cette 
zone sont donc sédentaires ; ils doivent quitter la tente et 
bâtir des villages , devenir industriels en même temps qu'agri- 
culteurs , et faire des échanges pour obtenir les objets qui leur 
sont indispensables. Ce sont les nomades qui sont les intermé- 
diaires de leurs transactions commerciales: ils passent l'hiver sur 
les hauts plateaux et dans les déserts qui entourent lés oasis 
dans lesquels beaucoup ont des propriétés , et où ils comptent tou* 
des alliés ; au printemps ils emportentlesdattes et les tissus de ces 
contrées lointaines, et s'en vont dans le Tell , où beaucoup de 
tribus possèdent aussi des terres ou des droits de parcours. Ils y 
vont faire paître leurs troupeaux , concourir à faire la moisson . 
vendre les marchandises qu'ils ont prises aux oasis , telles que 
burnous, tapis, etc.; en retour, ils achètent du bleel des produits 
européens ; puis l'hiver venu , ils regagnent leurs pâturages , 
vont déposer leur blé aans lés oasis , trafiquent de leurs objets 



( 405 
d'échange , et recommencent perpétuellement les pérégrination?, 
qui leur sont imposées par les premières nécessites de la vie. 

Ainsi les trois grandes régions de l'Atlantide sont unies par 
des liens indissolubles. Celui qui règne sur la terre à ble , qui 
domine les défiles du grand et du petit Atlas , celui-là dispose 
de la vie des populations qui habitent le pays depuis le bord de la 
mer jusqu'au fond du Sahara. La guerre nous en a rendus les 
maîtres. Elle nous a paru longue ; mais elle a achevé ce que les 
autres peuples , placés dans les mêmes conditions , ont mis des 
siècles à exécuter. 

Nous n'aurions accompli que cette difficile entreprise qu'on ne 
pourrait dire que nous n'avons rien l'ait pour la colonisation : 
nous avons conduit a bonne tin la préparation la plus nécessaire . 
la plus périlleuse , la plus dispendieuse qu'on put imaginer. Le 
pays n'était pas vacant comme les régions sur lesquelles se sont 
répandus les européens; il restait comme inconnu : nous l'avons 
découvert , conquis et possédé ; le voilà dans nos mains , soumis 
et prépare , non qu'il ne soit frémissant, et tout disposé à se sou- 
lever encore ; niais nous avons les moyens d'empêcher les bar- 
bares de nous entamer ; nous avons les moyens de les refouler . 
de les écraser , de les assujettir au tribut. 

L'occupation est donc complète, et fondée sur le svstème le 
plus rationnel : nous n'avons qu'à louer les hommes babiîes qui 
l'ont entreprise et conduite à fin. Nous avons seulement à dire 
qu'il faut la consolider, non l'étendre ; qu'autant il était neces.-aii e 
de briser la résistance des Arabes quand elle était compacte et 
générale, autant il faut s'attacher à prévenir les causes de soulè- 
vement quand ils sont soumis ; autant il fallait entreprendre réso- 
lument la conquête des lignes qui ouvrent, divisent, assujettissent 
le pays , autant il serait funeste et dispendieux d'envahir des 
contrées sans valeur politique et disperser nos forces sur des points 
sans utilité stratégique. L'occupation est achevée par la force des 
armes, rendons la durable par la puissance de nos établissements, 
comme par l'habileté de notre conduite. 



( 406 ) 

Les ports et les fortifications maritimes , bases premières de 
noire conquête et de notre domination , ont attiré tout d'abord 
notre attention ; l'autorité n'a qu'à poursuivre l'exécution des 
plans qu'elle a adoptés , pour les mettre en parfait état 

Alger a été eboisie comme la capitale de l'Afrique française; elle 
est bien propre à commander le pays , puisqu'elle en occupe le 
centre, qu'elle domine une plaine qui conduit au point culminant 
de l'Algérie , d'où descendent à l'est et à l'ouest les grandes val- 
lées, et au pied duquel s'ouvre la vallée du Haut Chélif, qui 
va au sud jusqu'aux limites du Sahara. 

C'est donc à bon droit qu'on a donné au siège du Gouvernement 
un système de fortifications solides et considérables , capables de 
résister aux attaques du dedans et à celles de l'extérieur , et qu'on 
a construit , avec des dépenses énormes , le grand port militaire 
qui maintenant est presque achevé. Il faut se hâter de former le 
couronnement de la digue qui fait face à la mer , de bâtir le fort 
du Musoir et de former la jetée qui doit partir du fort de Bab 
\zoun, afin de mettre les navires à l'abri du ressac. 

Tout le monde a compris, qu'outre le port d'Alger , il était in- 
dispensable d'avoir des abris pour nos flottes, à l'est et a l'ouest, 
vers le détroit de Gibraltar et vers le canal de Malte. Dans l'ouest, 
Mers-el-Kébir , prèsd'Oran, est déjà dans un état fort respec- 
table ; il faut désirer qu'on en achève les travaux le plus promp- 
tement possible, et qu'on rende ce port tout-à fait sûr. Nous pen- 
sons même qu'il y aura lieu de compléter ce que la nature a fait 
pour le port d' irzeu , au centre des belles plaines qui sont le dé- 
bouché des vallées interatlantiques , et qui peut former un ad- 
mirable lieu de relâche, sans dépenses fort importantes. 

Dans l'est , on n'a rien fait ni pour La Calle , ni pour Bonc . 
ni pour Stora, ni pour Collo que nous venons d'occuper, ni pour 
Bougie. Le port de La Calle est bon ; des travaux d'approfondis- 
sement permettraient aux grands navires de s'y réfugier. H 
faut les entreprendre. Pour Stora, nous dirons la même chose 
que pour Arzeu : ce port donne accès à de belles vallées et 



( 407 ) 

conduit à Constantine , l'une des positions les plus importantes <1< 
l'Algérie. Les dispositions naturelles de la côte permettent de le 
rendre excellent. Mais, dans l'état actuel, il est exposé, connue 
tous ceux de l'Algérie, à être le théâtre de grands désastres, 
quand les vents du nord-est soufflent avec violence. Nous avons 
eu occasion de le constater quand nous attendions les moyens de 
quitter Philippeville; tous les marins avaient abandonné les na- 
vires à l'ancre. Dans la nuit du 27 au 28 janvier , cinq navires 
ont été brisés ou fort endommagés dans le port de Stora ; neuf 
bâtiments ont été jetés à la côte dans la rade de Bone , et ont été 
détruits ou ont subi de grandes avaries. On ne peut hésiter à 
entreprendre des ouvrages qui préviendront de pareils sinistres, 
et qui seront utiles à la sûreté de notre colonie dans une guerre 
maritime. 

Le défaut de communications intérieures, dans les premiers temps 
de la conquête , nous faisait une loi de rechercher le plus grai; f 
nombre de points maritimes qu'on pourrait mettre en rapport, par 
des voies perpendiculaires, avec les villes importantes situées 
au cœur du pays. Cette nécessité sera moins urgente , quand nous 
aurons établi les grands chemins qui parcourront, au-delà du petit 
Atlas, les contrées d'un accès facile; alors il faudra se borner à 
quelques travaux d'amélioration pour que les rades foraines et les 
ports de médiocre valeur satisfassent aux nécessités de notre com- 
merce. Mostaganem , Dellys, Djidjelli , Tenès, ne méritent pas des 
allocations considérables de fonds. Nous ne saurions approuver les 
travaux qu'on a exécutés à Cherchell ; le nouveau bassin , creusé 
dans le port romain , inaccessible dans les gros temps , n'aurait 
qu'une utilité bien médiocre , lors même qu'on aurait pu lui don- 
ner la profondeur nécessaire pour recevoir les bateaux à vapeur. 

Bougie a un excellent abri ; Collo parait susceptible de nous 
donner un très-bon port : il ne faut pas le négliger. Mais il faul ré 
server toutes nos ressources pour les grandes positions maritimes. 
C'est dans les travaux à la mer surtout qu'il ne faut pas éparpil- 
ler les ressources ; il faut les concentrer sur les points inexpu- 



( m ) 

gnablës on de jjreniière importance, comme Alger, Mers-el-Kebir 
o[ Slora auxquels on petit ajouter Arzeu , La Galle, Bougie. 

S'il est malheureusement vrai que les ports algériens laissent 
beaucoup à désirer , il faut constater que , par compensation . 
plusieurs sont susceptibles d'une vigoureuse défense , et qu'en 
même temps, l'escarpement général de la côte rendrait le pays 
peu abordable et peu exposé aux attaques du côte de la mer. Il 
est évident qu'un ennemi , même puissant , ne pourrait tenter un 
débarquement que pendant les mois d'été ; qu'il trouverait peu 
de lieux propices pour l'opérer , et qu'il lui serait , pour ainsi 
dire , impossible de faire des progrès dans cette âpre contrée , si 
elle était défendue par des soldats européens , maîtres des grandes 
positions militaires. 

Les fortifications intérieures étaient plus urgentes encore que les 
fortifications de la côte ; nous approuvons de toutes nos forces le 
soin qu'on a pris de mettre en bon état de défense les villes , les villa- 
ges, les maisons mêmes, bien qu'à l'époque où nous avons visité 
l'Algérie, la sécurité était telle que nous avons pu parcourir les 
plaines désertes , la nuit , sans armes et sans escorte. Il est évi- 
dent pour tout le monde que cet état peut changer d'un instant a 
l'autre. Déjà on nous annonce que les assassinats commencent a 
désoler de nouveau la province d'Oran. Une insurrection a eu lieu 
non loin de Guelma , en 1852. Un soulèvement presque universel 
est toujours possible ; il faut que tous les Européens soient à l'a- 
bri d'une attaque inopinée. La férocité des Arabes peut être as- 
soupie ou contenue : mais elle est toujours à redouter. 

Cependant nous croyons que les dépenses qu'on a consacrées à 
assurer la sécurité ont été parfois exagérées. On a donné à certaines 
enceintes un énorme développement : celles de Dcllys , de Philip 
pétille sont immenses. Nous savons que les règles de l'art mili- 
taire exigent l'occupation de certains points éloignés; qu'on doit 
i ompter sur l'accroissement rapide de certaines villes; qu'il a fallu 
enfermer des terrains de culture dans le mur de clôture , pour le? 
mettre à l'abri des vols continuels. Mais si de telles précautions 



( 409 ) 

étaient nécessaires dans le principe, on pourra maintenant réduire 
les travaux dont il est question. A l'origine aussi , on a étendu , 
outre mesure , le système de défense de certains points ; cela a 
tenu à la manière dont nous avons procédé dans l'occupation 
Nous nous sommes avancés , pas à pas , sans système arrêté ; 
nous nous installions d'une pianière forte et définitive dans des 
lieux qui, alors avant-postes, devaient être bientôt tout-à-fait inté- 
rieurs et sans aucune valeur stratégique. Ainsi, il fut un temps ou 
nous devions nous retrancher soigneusement à Delly-Ibrahim , 
puis à Douera, à Koléah , puis à Blidah. Maintenant nous sommes 
aux portes du désert. 

Le système qui a été adopté pour défendre les villages , et 
qui consiste en un fossé garni d'un parapet du côte intérieur , 
nous paraît essentiellement défectueux , et si, parfaitement étran- 
ger à l'art militaire, nous pouvons émettre une opinion, nous 
dirons qu'il nous semble qu'il devra être remplacé par un autre. 
Les vices de ce système sont faciles à apprécier ; il cause des 
remuements de terre très-considérables, et, de l'avis de tous les 
observateurs , c'est là une cause constante d'insalubrité , dans les 
pays nouvellement habités ; il permet la stagnation des eaux, cir- 
constance qui détermine les maladies. Le fossé forme une assez 
bonne défense quand il vint d'être creusé , parceque les bords 
en sont escarpés; mais bientôt des éboulements le comblent en 
partie et forment des rampes qui permettent de le franchir avec 
facilité. Si les Arabes se sont arrêtés devant cet obstacle , on 
peut dire que cela tient aune appréciation morale , qui peut 
changer immédiatement, et non à la force même de la défense. 

Ces fossés sont fort dispendieux quand on les fait avec soin; 
ainsi , près de Tlemcen , les fossés avec terrassements réguliers , 
et les angles bastionnés et murailles ont coûté 20,000 par village. 
Lorsqu'on se contente de creuser le fossé et de rejeter les terres 
sur le bord intérieur sans parer le parapet, on peut réduire la dé- 
pense à 3,000 fr. Mais la sûreté de la défense est encore amoindrie. 

\u\ inconvénients signalés il faut en ajouter un autre qui nous 



( 410 1 
paraît avoir une extrême gravité; c'est que l'intérieur des villages 
es1 généralement vu de l'extérieur , de sorte qu'en cas d'attaque 
les communications des maisons entre elles seraient excessivement 
dangereuses. 

Autour de certains villages on a construit un mur d'enceinte : 
ce système est assurément préférable , mais il est énormément dis- 
pendieux ; ainsi le mur de .lemmapes à coûté 83,000 fr. Ce sont 
là évidemment des dépenses qu'il n'est pas possible d'admettre. 

Il est un autre système qui réunit la salubrité, la sécurité, l'éco- 
nomie : c'est celui que nous avons vu mettre en pratique a 
Mousaïa-les-Mines. Les bâtiments de ce centre d'exploitation sont 
disposés de telle manière qu'ils forment un rectangle complètement 
clos, dont les angles sont en saillie , et représentent des bastions 
dont les faces défendent les courtines ; tous ces bâtiments sont 
crénelés , ils sont composés d'un rez-de-chaussée et d'un étage ; 
un corridor règne le long de la muraille dans laquelle sont pra- 
tiquées les meurtrières, de sorte que les habitants des maisons 
qui constituent le périmètre de l'établissement général, peuvent 
passer de leur lit à la défense , et communiquer les uns avec les 
autres , à l'abri de tout danger. 

On remarquera que ce système de défense n'a rien coûte , 
puisque ce sont les maisons mêmes qui forment l'enceinte; elles 
constituent de véritables places d'armes , qui défient tous les 
moyens da'ttaque des Arabes, et dans lesquelles les colons circu- 
lent en toute sécurité. 

Les bâtiments de l'Association du Sig doivent être disposes 
d'une manière analogue à ceux de Mousaïa-les-Mines ; mais ils 
ne constituent pas encore une enceinte continue , et on a laisse 
dans les murs de larges ouvertures ceintrées qui sont dangereuses 

On doit noter <|iie les maisons formant une enceinte continue 
circonscrivent et mettent à l'abri un terrain intérieur plus ou 
moins étendu, et toutes les richesses agricoles ; que, déplus, 
ces agglomérations de fermes et d'habitations , si on les dispose 
d'une manière bien entendue , peuvent défendre tout le terri- 



( 411 ) 
loire d'une commune , comme autant de forts détachés , et don- 
ner l'avantage de placer les agriculteurs très près des champs 
qu'ils doivent occuper; tandis que dans le système adopté, on les 
en tient éloignés de plusieurs kilomètres , et on laisse le territoire 
d'exploitation exposé à toutes les déprédations. 11 faut dire qu'il 
y aurait peut-être , en certains cas , plus de difficulté pour distri- 
buer les eaux à ces groupes d'habitations; mais ces difficultés ne 
seraient pas générales , et certainement les dépenses qu'il faudrait 
faire pour les surmonter seraient loin d'être égales à celles qu'exige 
le système de défense adopté. D'ailleurs , la disposition qui nous 
a frappé n'exige pas nécessairement la dispersion des groupes 
d'habitation . seulement elle permet de les distribuer selon les né- 
cessités , et c'est un avantage à ajouter à ceux que nous avons 
énumérés. Nous ajouterons que les groupes naturellement forti- 
fiés pourraient servir à protéger les conduites d'eau , ce qui est 
quelquefois d'une indispensable nécessité. 

Nous pensons donc qu'il y a lieu d'étudier avec soin et impar- 
tialité le système de défense des villages : celui qui est adopte 
a évidemment des vices considérables ; celui dont nous avons 
trouvé des exemples, nous paraît infiniment préférable. 

Les habitations solitaires sont parfaitement sûres , quand elles 
ont la forme d'un blockhaus : ce genre de construction a rendu 
les plus grands services. Un blockhaus n'est rien autre chose 
qu'un bâtiment dont les ouvertures et les parois sont défendus 
contre l'escalade et contre l'incendie par des parties qui surplom- 
bent le. rez-de-chaussée , de manière à permettre aux gens de 
l'intérieur de faire des feux plongeants sur les agresseurs. S'il est 
construit en maçonnerie, et s'il a un étage couvert d'une terrasse, 
il est, en quelque sorte, une réduction des tours du moyen-âge , 
munies de mâchicoulis, de crénaux et de meurtrières ; les ouver- 
tures, au rez-de-chaussée, doivent être assez élevées , pour qu'on 
ne puisse venir faire feu du dehors dans l'appartement. Ces petites 
forteresses peuvent braver tous les Arabes ; jamais ils n'ont pu en 
prendre une. En réalite , ces constructions ne coûteront pas plus 



m ) 

que les maisons ordinaires qui s'établissent sur le sol africain. Il 
suffi! d'ajouter a celles-ci des balcons fermes, places au-dessus 
des portes et fenêtres du rez-de-chaussée . et garais d'un plancher 
perce d'ouvertures par lesquelles puisse passer le canon d'un 
fusil. Toute maison isolée devrait être construite d'apn £ ce 
système; toute exploitation devrait , au moins, avoir un refuge 
ainsi disposé ; sans aucun frais, la vie des hommes serait alors à 
l'abri de tout événement de guerre. 

Les villes ont presque toutes été appropriées a nos usagée II 
reste peu de choses a faire actuellement sous ce rapport ; peut- 
être même a-t-on trop fait pour elles , non que nous ne pensions 
qu'elles ne réclament plus aucun établissement utile , aucune 
amélioration, aucun embellissement, mais, à notre avis , on a 
bâti les cites comme si la colonie fiait faite , comme si elle était 
grande , prospère , incontestée , comme si elle devait faire naître 
à l'instant un commerce immense. On a commencé par où l'on 
aurait dû finir ; on a devancé les nécessités , et d'énormes dépenses 
resteront longtemps improductives. 

La spéculation sur les terrains a été effrénée à Alger , même à 
Oran. Le sol s'est vendu aussi cher dans la première ville qu'a 
Paris. On voulait créer une capitale, quand les sources de richesses 
qui devaient l'alimenter n'existaient pas encore, et on la construi- 
sait au moyen du crédit. Aussi, quand la révolution de février 
vint arrêter les transactions, paralyser les affaires, et forcer chacun 
à liquider sa situation , une crise énorme éclata et vint causer des 
désastres immenses. 

On dit que les individus seuls ont perdu , que les constructions 
lesteront , et qu'en définitive la ville gagnera. Faux calculs ! ce 
qui est funeste aux particuliers , ne peut être utile au public. Si 
les sommes énormes consacrées aux constructions , qu'on pouvait 
différer ou réduire, avaient été employées a des travaux immé 
rliatcment productifs . ils seraient conservés également, et les 
malheurs des premiers emigrants ne seraient pas venus effrayer 
ceux qui devaient les suivre. Il va sans dire que nous ne blâmons 



( W3 ) 
<pie la spéculation sans frein, n'ayant aucun but d'utilité actuelle, 
mais non celle qui a pour but de satisfaire à des besoins réels. 

Des cités nouvelles , prospères un moment, ont vu déjà com- 
mencer une période de déclin, telle est par exemple Douera, qui, 
bien qu'à quelques lieues d'Alger , dans le Sahel , formait un 
poste-avancé de notre armée, et s'enrichissait des dépenses d'une 
nombreuse garnison. Elle a été ! bâtie avec un assez grand luxe, 
en raison de sa richesse qui chaque jour s'accroissait. Maintenant, 
la principale source de sa prospérité est tarie , ses constructions 
sont hors de proportion avec ses besoins actuels ; mais elles ne 
seront certainement pas toutes perdues. Les idées de ses habitants 
se dirigent vers l'agriculture. Ainsi , ces trafics qu'on a blâmés , 
qu'on a considérés au moins comme inutiles à la colonie , ont 
permis de construire des maisons , de réunir des capitaux , et 
concourront, en définitive, à faire exploiter le sol. El-Arrouch, 
qui a subi des dépréciations analogues , devra suivre une voie 
semblable, pour reconquérir son importance, que l'occupation de 
Constantine a diminuée momentanément. 

Dans certaines circonstances, la valeurdes villes a changé, non 
par la progression de nos établissements intérieurs , mais par le 
changement des routes qui y conduisent. La première route qui 
nous mena à Constantine partait deBone et passait par Guelma ; 
ce dernier poste avait une haute utilité ; il en eut moins quand les 
communications se sont établies par Philippeville, bâtie expressé- 
ment pour faciliter ce changement. La route actuelle passe par 
Saint- Antoine, El-Arrouch, El-Kantour, Smendou ; ces localités 
auront une importance évidente. Mais on projette de placer la 
route de Constantine dans la vallée de Saf-Saf. Ce changement 
transportera évidemment la prospérité sur la ligne rectifiée. On 
trouvera peut-être un jour que la meilleure voie serait celle qui 
suivrait l'Oued-el-Kébir , qui débouche près Djidjelly , et va droit 
sur Constantine. Alors il y aurait encore de notables perturbations 
dans les intérêts; mais ce sont là des accidents inhérents aux so- 
ciétés nouvelles , et dont ne sont pas exemptes les plus anciennes 



( 4H ) 

L'autorité a pu , dans presque tous les grands centres , se dis- 
penser de construire des habitations pour les fonctionnaires. En 
cela, elle a évité des causes de dépenses souvent considérables ; 
,i Alger, le gouverneur-général , l'évéque, le préfet, l'intendant 
militaire habitent de belles maisons mauresques; à Blidah, à 
Médeah, à Constantine , à Milianah , à Oran , les commandants 
habitent d'anciens palais ou d'anciennes maisons élégamment 
construites. Il y a peu à critiquer dans les aménagements qui 
ont été faits. 

Lorsqu'on a fondé des villes sur les ruines des anciennes cités 
romaines, on n'a pas toujours assez médité sur les dispositions 
adoptées par ces sages conquérants. Ainsi à Philippeville, les fon- 
dations des anciennes constructions attestent que les rues laté- 
rales montaient obliquement sur les flancs du coteau. Celles de la 
ville moderne sont perpendiculaires. Elles perdent ainsi les deux 
avantages que s'étaient ménagés les Romains : elles n'ont plus une 
pente adoucie , elles ne s'ouvrent plus en éventail pour recevoir 
la brise de mer. Quand on faisait cette observation au capitaine 
du génie qui a dirigé les travaux , il répondait : « Les Romains 
avaient leur système , nous le nôtre, et le nôtre est le bon. » Tout 
le monde ne sera pas de sou avis. L'amour des lignes droites et 
des angles droits, avec le défaut d'études pratiques, ont produit 
de bien mauvais résultats dans les créations françaises ! 

Les villages créés en Algérie sont déjà nombreux : les uns bâtis 
aux frais des colons , sont les villages civils ; les autres bâtis aux 
frais de l'État , constituent les colonies agricoles ; enlin les villages 
arabes ont été bâtis par l'autorité militaire aux frais des indigènes 
Ces centres de population suffiront à bien des besoins et l'on 
devra s'attacher à les compléter avant d'en fonder d'autres. 

Nous ne saurions trop insister à cet égard , on n'a pas assez 
apprécié les difficultés qui accompagnent toute fondation nouvelle; 
quand des hommes s'établissent sur une terre où tout manque a 
la lois , où ils ne peuvent espérer ni aide , ni exemple , ni ensei- 
gnement, ni approvisionnements, ils sont bien vite saisis de 



( 4*5 ) 
découragement , ils ont bien souvent à lutter contre des obstacles 
insurmontables. Combien il est plus facile de réussir à un individu 
qui vient se placer près de compatriotes déjà installés, qui peu- 
vent le garantir des écoles qu'ils ont dû faire , leur ouvrir un 
asile hospitalier , leur prêter leurs bras et leurs machines , leur 
offrir tous les objets qui s'accumulent dans les lieux où la civilisa 
tion à pris pied , et dont la privation se fait si cruellement sentir 
à l'origine de toutes les entreprises. Sans doute il y a des positions 
si indiquées , dont l'occupation est si nécessaire qu'il faudra bien 
édifier encore quelques villages d'étapes ou de défense , mais ils 
seront très-rarement indispensables pendant quelques années. 

Les agglomérations d'habitations ont été, en général, judicieu- 
sement établies pour servir aux troupes de lieu de séjour, proté- 
ger les relations , tirer parti des richesses du pays , mettre les 
habitants à l'abri de causes d'insalubrité. Pourtant il est des 
communes qui ont été littéralement dépeuplées : Bouffarick a re- 
nouvelé plusieurs fois sa population ; Zurich, sur 153 familles en a 
gardé 40; Robertville a eu des pertes aussi grandes. Peut-être 
ces affreux ravages ne tiennent pas expressément à leur 
position ; pourtant il est vrai que Bouffarick et Roberville sont 
dans un terrain marécageux , que Zurich , quoique dans une 
charmante position, est au fond d'une vallée difficilement acces- 
sible aux vents du nord ; le général Mac-Mahon nous disait, quand 
nous visitions avec lui les villages qu'il a fondés et les positions de 
ceux qu'il projetait, que la facilité de recevoir les brises venant 
du rivage lui paraissait une condition indispensable. Nous parta- 
geons son avis sur les avantages qui résultent d'une telle situa 
tion ; mais les exigences de la culture ne laissent pas toujours le 
choix et exigent impérieusement qu'on se résigne à s'établir dans 
des lieux moins salubres. Nous n'acceptons pourtant pas, comme 
certains fanatiques de la colonisation , la nécessité de renouveler 
deux ou trois fois la population , avant d'avoir créé des colonies 
définitives ; à ce prix nous aimerions mieux renoncera l'entreprise. 
Mais nous croyons qu'on peut, au moyen des précautions que nous 



VI 6 ) 

indiquerons en parlant de la manière d'installer les cultures, éviter 
les désastreuses épidémies qui ont sévi si cruellement sur nos 
colons. 

Il faut d'ailleurs s'astreindre aux règles hygiéniques les plus mi- 
nutieuses pour assurer la santé des habitants, et nous pouvons dire 
ici que les conditions de salubrité des villages n'ontpaséte toujours 
conservées ; leurs rues le plus fréquemment sont excessivement 
boueuses, elles ne sont ni pavées, ni empierrées, bien que dans le 
plus grand nombre des localités , il soit très-facile de trouver les 
matériaux d'un bon empierrement; les fosses d'enceinte ont sou- 
vent conservé des mares d'eau stagnante ; enfin dans quelques 
lieux , des déblais assez considérables ont été effectues dans la 
seule vue d'obtenir des chemins d'exploitation un peu plus courts 
uu plus réguliers. 

Nous avons dit que l'autorité française se charge de faire con- 
struire des villages pour les indigènes , qui en paient les frais. 
Elle les encourage à ces entreprises qui sont faites pour changer 
les mœurs des peuples vaincus et les soumettre plus facilement à 
notre loi. Nous avons vu uu village arabe en construction près de 
Milianal) ; 13 autres ont été achevés ; il y a un village arabe et un 
village de nègres près d'Oran. Nous croyons ces constructions très- 
utiles, mais nous pensons qu'il serait prudent de ne les générali- 
ser que lorsque nous aurons effectivement en notre possession la 
terre nécessaire à une colonisation européenne vaste et compacte. 

Les maisons donnent lieu à quelques remarques essentielles. 
Nous avons dit que , dans les villes, ou avait utilise les grandes 
et belles maisons mauresques bien appropriées au climat , mais 
fort peu à nos usages, dont la disposition devait être modifiée . 
mais non changée totalement ; les constructions modernes 
ont été faites d'après les idées européennes , les fenêtres 
sont extérieures, nombreuses et larges. Un toit les couronne. 
On doit regretter, surtout dans les villes, l'usage des ter- 
rasses qui mettent bien plus que les toits a l'abri de la chaleur, et 
donnent la possibilité de jouir de la brise du soir si salutaire dans 



( 417 ) 
ces climats brûlants ; la grandeur des appartements que nos moeurs 
réclament apporte quelques difficultés à l'établissement de ces 
terrasses, mais non des obstables insurmontables ; ainsi , quoique 
l'ancienne habitation consacrée à la préfecture d'Alger , ait été 
profondément modifiée , et que les salons qu'elle renferme soient 
d'une belle étendue , on n'en a pas moins conservé des plates- 
formes , d'où l'on jouit d'une vue magnifique. 

Les habitations des villages civils sont variées dans leur forme 
et leur distribution , en raison des goûts et des facultés de leurs 
propriétaires. Généralement elles sont moins grandes , moins éle- 
vées, moins solides que celles bâties aux frais de l'État. 

Nous avons fait connaître la disposition de ces dernières : elles 
sont formées d'une ou deux pièces, et ont 3. "',50 de large sur 5 ou 
6."' de longueur. Les murs soûl solidement bâtis en moellons et 
terre ; dans les angles , le mortier à la chaux est substitué à la 
terre. Le toit est en tuiles courbes, ets'avance au-delà des murs. 
2,157 maisons ont été construites sur ce modèle, 2,345 étaient 
commencées , quand nous avons visité la colonie. 

On leur a reproché de n'avoir pas de carrelage , d'avoir un toît 
qui laisse pénétrer la pluie et la chaleur , d'être privées d'étage et 
même de greniers , de caves et des accessoires nécessaires à une 
exploitation rurale. 

Le carrelage est en effet nécessaire pour entretenir la propreté 
et la salubrité ; le béton dont on recouvre le sol de certaines mai 
sons n'a pas assez de solidité ; il se fend , perd son niveau , se 
brise, de sorte qu'il cesse bientôt d'être uni et qu'on ne peut plus le 
laver et le nettoyer facilement ; c'est bien pis lorsque le sol n'est que 
de la terre battue, qui se charge de boue et s'imprègne d'humi- 
dité. 11 y a donc lieu de généraliser l'emploi des carrelages ; ce ne 
sera pas une dépense considérable. 

Les toits sont réellement traversés par la pluie , les vents , la 
chaleur. La commission chargée d'inspecter les colonies agricoles 
a attribué lu liltration des eaux pluviales , a ce que les planches 
qui supportent les tuiles ne sont pas jointives. Nous ne partageons 

28 



418 ) 
pas son sentiment. Ces planches sont soumises à de tels change- 
ments de température qu'elles ne pourront jamais avoir des joints 
serrés , el jamais elles ne pourront, empêcher l'eau de pénétrer dans 
les habitations , lorsque les tuiles la laisseront passer. A notre 
avis , c'est a la l'orme de celles-ci qu'il faut attribuer l'inconvénient 
dont on se plaint. Ces tuiles sont celles qui sont employées dans le 
Midi de la France, ou elles semblent en usage depuis la domi- 
nation romaine. Elles sont disposées a côte l'une de l'autre 
eu rangées parallèles et ont leurs bords recouverts par des rangées 
dont la courbe est placée en sens inverse. 

Ces tuiles n'ont aucun moyen d'attache; pour les empêcher de 
glisser , on est donc forcé de faire les toits très-plats ; de plus , 
elles touchent les planches par leur face convexe; elles n'ont donc 
aucune assiette , et se dérangent facilement sous l'action des vents 
Ces circonstances favorisent singulièrement les infiltrations. On 
aurait dû ne pas ignorer les perfectionnements admis depuis long 
temps en Italie. A Rome , depuis Michel- Ange, et depuis peut- 
être plus longtemps, les toits sont presque tous formés de deux 
espèces de tuiles: l'une appliquée sur la charpente est large, 
plate, âpre sur la surface inférieure, garnie de rebords latéraux sur 
la face supérieure, rétrécie à la partie inférieure afin qu'elle puisse 
se loger entre les rebords de la tuile inférieure. L'autre espèce 
de tuile , courbe comme la tuile antique . sert à recouvrir les 
rebords des tuiles plates. 

Celles-ci serrées l'une contre l'autre ont une assiette parfaite . 
elles peuvent être posées sur un plan plus incline ; celles qui ca- 
chent leurs bords, n'ont peut-être pas encore une stabilité suffi- 
sante ; mais elles ne recouvrent plus que des joiots très-étroits . 
de sorte que la pluie ne peut plus s'introduire avec autant de fa- 
cilite. Ce genre de toiture l'emporte évidemment beaucoup sur 
celui qui est en usage en Algérie. 

Il n'est cependant pas aussi satisfaisant , ni surtout aussi écono- 
mique que la panne du Nord de la France. Celle tuile a deux 
courbures en sens inverses, et l'un des bords recouvre le bord 



( 419 ) 

correspondant de la tuile de la rangée voisine. On évite ains; 
la rangée de tuiles courbes qui est en recouvrement ; la toiture est 
ainsi plus légère; elle exige une charpente moins forte , et permet 
l'emploi de lattes au lieu de plancher. Toutefois il faudrait que la 
panne fût un peu plus solide et mieux assise que celle qu'on em 
pioiegénéralementdans les campagnes delà Flandre etde l'Artois. 
On arrivera ainsi à constituer un mode de couvertures préférable 
à celui actuellement eu usage. 

Un reproche essentiel qu'on a fait aux maisons des villages al- 
gériens c'est de se composer uniquement d'un rez-de-chaussée. 
Rien n'est plus incommode qu'une habitation dépourvue de 
chambre haute et de grenier. La commission des colonies agri- 
coles a reconnu la justesse des réclamations qu'on lui a adressées 
à ce sujet; mais elle a pensé que le chiffre de la dépense occasionnée 
par cette création nouvelle devait la faire ajourner. Elle évalue a 
400 fr. le prix du plancher qui serait nécessaire pour diviser la 
hauteur de l'habitation. Nous avons vu des colons , à Gastonville , 
par exemple, qui contraints par la nécessité, avaient construit le 
plancher d'un étage, forme de planches brutes établies sur des so- 
lives écartées de 0. m , 80. ; il leur coûtait 100 fr. ; si les solives 
eussent été rapprochées, il eut coûté 125 fr. ; si les planches eus- 
sent été rabotées , il aurait coûté 6 fr. le mètre carré, ou 136 fr. 
pour une maison ayant 3. m 80 sur 6.'" de longueur. 

On voit que les colons obtiendraient un étage a un prix bien 
inférieur à celui qui serait demandé à l'administration. Nous pen- 
sons donc qu'il y a lieu d'adopter un procédé économique de faire 
un plancher et de créer le bien-être que dounerait une chambre 
haute. Selon nous , la suppression du plancher du toit, qui peut- 
être remplacé par des lattes ou même des roseaux dans le système 
de toiture que nous avons décrit , donnerait presque le moyen de 
l'obtenir. 

Dans l'état actuel des choses, les maisons sont trop hautes ou 
trop basses : trop hautes si l'on ne divise pas la hauteur par un 
plancher; un peu trop basses si l'on veut faire l'étage. Le général 



iiO ) 

Mac-Mahoa , reconnaissant ta nécessite de construira l'étogepos 

térieureinenl . a tait donner aux maisons des environs do Tlemcen 
moins d'élévation ; il a aussi pris des dispositions pour que le toit 
pût être relevé sans beaucoup de Irais. Dans cette \ue il a l'ait eta 
blirles tuiles sur des roseaux; il a donné aux toits moins de saillie 
au-delà des murs, et a formé les combles en bois bruts, comme 
ceux des maisons des Arabes ; par ce moyen il a obtenu les maison» 
à 1,500 fr. quaud elles coûtaient 2,500 fr. dans beaucoup d'autres 
localités. Ainsi la différence des prix ne tient pas essentiellement , 
comme on l'a cru , a la valeur différente des matériaux dans 
chaque province , mais à la meilleure entente des constructions. 

Il est nécessaire de réduire les prix, parce que. dans le système 
adopte, les dépenses sont excessives, et que pourtant les habitations 
n'ont rien encore de ce qui constitue une exploitation agricole : 
une cave est indispensable pour la conservation des aliments dans 
les climats brûlants; nous avons vu peu de colons qui ne nous 
aient fait des réclamations a ce sujet , et beaucoup se sont effor- 
cés de suppléer, par quelques excavations grossières , à ce qui 
leur manquait sous ce rapport. Il serait bon d 'encouru -et lis es 
sais économiques qui ont été tentés. 

Tous les accessoires d'une ferme doivent être ajoutes aux habi 
talions; l'administration ne pouvait les prendre à sa charge; la 
dépense qu'elle aurait eu à supporter aurait ete écrasante. Les 
4,500 maisons dont la construction a été entreprise coûteront 9 a 
10 millions sans les accessoires , ni les édifices publics. Tes colons 
s'efforcent de construire en branchages , en planches, en pisé, 
etables, écuries , porcheries , remises, etc. , etc. Ils auraient be 
soin d'être mieux dirigés dans ces constructions, et un peu aidés 

Les casernes , les hôpitaux, manquèrent dans les premiers temps, 
et les maladies faisaient d'horribles ravages dans les rangs de notre 
année quand nos soldats couchaient sur la terre . sans matelas . 
sans- «ouvertures , sans abri, et lorsque les hommes attaqués de 
lièvre et de dysenterie ne pouvaient être recueillis dans des salles 
fermées. Le soldat a concouru lui-même a inventer les moyens de 



( m ) 

conserver sa santé : en déployant le sac de toile qu'on lui donnait, 
en l'unissant à ceux de trois de ses camarades, il a établi , a l'aide 
de 2 piquets, une petite tente très-aisément emportée par ceux 
qu'elle abrite. Lorsque le maréchal vit cette heureuse création de. 
l'esprit inventif de nos soldats , il s'écria : « Maintenant rien ne 
peut plus arrêter notre armée. » Aux toiles on ajoute des couver- 
tures dont les soldats restent munis, même sur les navires , quand 
ils s'embarquent, ; ils sont ainsi préserves du froid des nuits qui 
détermine tant de maladies funestes. Il est curieux d'observer 
ces hommes intelligents dans leurs emménagements : vous les 
voyez se coucher trois à trois sur une couverture étendue , plaçant 
sur eux deux autres couvertures et parvenant ainsi à conserver 
une chaleur nécessaire. 

De bonne heure on songea à créer des abris solides. Nous 
avons constate que dans la plupart des localités importantes, des 
casernes et des hôpitaux , ces iudispensables accessoires de l'oc- 
cupation , avaient été construits avec tous les développements 
que réclamaient les besoins de l'armée. Les colons profitent des 
hôpitaux comme les militaires ; les femmes et les enfants y sont 
même admis. C'est une heureuse disposition , dont on a eu a 
se louer beaucoup , dans les années pendant lesquelles une 
cruelle épidémie a exercé ses ravages dans notre colonie. On 
a eu outre établi des infirmeries dans les villages. Elles ren- 
dent de bons services , et il serait à désirer qu'elles fussent 
mieux installées et mieux fournies. Nous ne pouvons nous dis- 
penser cependant de faire une observation sur la généralisation 
de ces établissements; outre qu'ils ne peuvent jamais réunir tous 
les moyens de traitement obtenus dans les grands hôpitaux . il est 
une indication à laquelle ils ne satisfont pas : souvent il esl indis- 
pensable que les malades abandonnent le foyer dans lequel ils ont 
contracté les affections qui menacent leur vie ; ils ne doivent pas 
rester exposés aux causes qui agissentincessammentsurleurconsti- 
tution détériorée. Pour obtenir leur guérison , il faut absolument 
les déplacer et leur faire respirer un air débarrasse de miasmes. Les 



( 42*2 
infirmeries leur offriront un asile moins salutaire que les hôpitaux. 

Ces derniers établissements sont, en gênerai , places dan- les 
sites les plus salubres et les plus riants ; l'air y est pur, le sol élevé, 
les points de vue fort beaux, les distributions bien appropriées aux 
usages auxquels ils sont consacrés ; les accessoires réclamés pour 
l'utilité et l'agrément des malades n'ont pas été négligés. Les sal- 
les sont spacieuses, élevées, éclairées et ventilées convenablement. 
Quelquefois cependant, il nous a paru que les constructions étaient 
trop massives : ainsi à Médéah , le plafond des salles de l'hôpital 
est porté par d'énormes piliers et des arcades en maçonnerie qui 
divisent la salle en 3 allées, et interceptent l'air et la lumière. On 
dit que, lorsqu'on a construit cet édifice, les communications étaient 
si difficiles qu'on ne pouvait transporter des poutres de grande 
dimension ; on aurait dû alors soutenir le plancher par de simples 
piliers de bois , comme on l'a fait à Milianah dont l'hôpital est 
magnifique. 

Les hôpitaux et les casernes de certaines localités ont perdu 
beaucoup de leur importance parce que l'occupation a changé de 
base. Nous citerons en particulier, ceux de Douera. Mais les chan- 
gements de nos garnisons étaient indispensables, et certainement 
les bâtiments construits ne resteront pas sans utilité. Cela doit 
être pourtant un avertissement. L'on ne doit , dans une colonie 
naissante , se déterminer à l'aire des constructions d'une grande 
importance qu'après mûr examen et certitude acquise que tous les 
caractères de permanence leur sont assurés. 

Les magasins militaires , manutentions . etc. , nécessite pre 
mière de l'occupation, ont été établis sur de larges bases : on ne 
peut regretter les sommes qu'on y a consacrées. H eut été dési- 
rable seulement que les constructions fussent faites avec un tel 
soin qu'elles pussent pleinement satisfaire à tous les besoins des 
services auxquels on les destinait. C'est ce qui n'est pas toujours 
arrivé. Ainsi le magasin situé près la porte Vallée a Constantin^ 
semble fléchir quand on emplit ses greniers ; on ne peut charger 
-ans danger les chambres du bâtiment édifié sur les réservoirs 



v .123 ) 
de Philippeviilè; Il est fâcheux de voir des constructions d'hiei 
menacer ruine, quand leurs bases romaines bravent les siècles. 

Le* églises, tes mosquées ont été quelquefois construites avec 
trop de luxe architectural : le sentiment religieux, dans les sociétés 
naissantes, ardent et sincère , n'est pas exigeant, il ne demande 
pas de somptueux monuments. Des localités d'une importance 
médiocre, Douera, Boùffârick, par exemple, ont été dotées d'églises 
peut-être un peu splendides;à Alger on a adopté une combinaison 
doublement malheureuse: au lieu de consacrer au culte chrétien 
la vaste mosquée , dont la forme est celle d'une croix latine , on a 
voulu lui donner la petite mosquée remarquable par ses marbres 
sculptés , et lorsqu'on eût dépensé des sommes importantes pour 
l'approprier , on reconnut qu'elle était trop petite. Il fallut raser 
l'ancien édifice , pour bâtir une cathédrale nouvelle, cl faire ainsi 
une dépense double en détruisant un précieux spécimen de l'art 
algérien. A Philippeville , on a construit une fort élégante mos- 
quée qui n'est pas fréquentée , et, faute de fonds , ou n'a pas 
achevé la belle église dont la grandeur dépasse ce qu'exige la va- 
leur actuelle delà ville. 

Dans les villages on construit souvent une église avec deux 
maisons réunies, et on fait bien. Ce n'est pas quand un centre de 
population est encore , pour ainsi dire , problématique , qu'il faut 
songer à des constructions qui n'auront d'utilité que lorsque de 
nombreux habitants seront installés et promettront une résidence 
non interrompue. 

Les écoles ont parfois reçu une existence prématurée. On veut 
instruire les enfants, rien n'est mieux , mais il faut d'abord les 
laisser naître et grandir. Sous un soleil qui ne leur est pas favoi 
rable , et au milieu de circonstances qui les vouent à tant de 
chances de mortalité, ils sont bien loin d'être assez nombreux 
pour exiger sans délai des établissements spacieux. Il ne faut 
à l'origine des sociétés que le strict nécessaire ; on ne peut , 
au jour de la fondation du moindre village, le doter de tous les 
avantages que réclament en vain toutes les communes de la mère 



( 424 ) 
pallie. Il faut consacrée toutes Les ressources a ce qui entante le 
travail el la production , sans lesquels rien ne peut durer. On a 
perdu de vue ces principes incontestables en maintes circonstances. 
Les caravansérails , construits aux portes de beaucoup de villes 
donnent une irrécusable preuve qu'on a pu oublier les règles de 
l'utilité et de l'économie. On avait lu que le commerce de l'Orienl 
se faisait par caravanes. On a pensé qu'il suffisait, pour déterminer 
leur arrivée et fixer les voies commerciales, d'établir des bâtiments 
qui les abriteraient. On ne s'est pas inquiété des lois auxquelles le 
trafic est assujetti ; on a négligé les conditions d'babitudc , d'éco- 
nomie , de rapidité et de sûreté de parcours , la possibilité d'écou- 
ler les marchandises et de faire les acquisitions qu'on recherche, 
à des prix acceptables; on a bâti les caravansérails avec le carac- 
tère que notre fantaisie se plaît à donner aux choses de l'Orient. 
Celui de BouffaricK a coûté 120,000 ; celui de Cherehell 80,000; 
celui de Koleah 40,000; celui d'Oran est construit avec un grand 
luxe el a dû coûter des sommes considérables , on eu a fait un 
hôpital , faute d'emploi ; tous les autres sont restés parfaitement 
inutiles ; dans aucun d'eux ne sout jamais entrés ni un chameau 
ni un arabe. D'ailleurs on n'aurait pas dû oublier que pour des 
hommes qui passent leur vie sous la tente, ou sous de misérables 
gourbis , il n'était pas nécessaire de bâtir des palais. Il suffit pour 
l'arabe d'un hangar , du plus simple abri , du fondouck même qui 
abrite ses animaux et ses marchandises. Ce qu'il cherche c'est le 
bon marché ; il craindra toujours qu'on lui demande un grand 
tribut pour l'usage d'une chose qui a coûté beaucoup. Voyez ce 
qui se passe dans les marchés réels : à Blidah, par exemple , les 
indigènes qui viennent apporter les approvisionnements se retirent 
flans le bâtiment de la plus chétive apparence. Aux portes de 
Constantinc, ils ont bâti un village qui ne se compose que de ca- 
banes , les plus pauvres qu'on puisse imaginer , et tous les jours 
elles sont remplies par des troupes nombreuses de marchands. 
Les grands marchés indigènes, comme ceux de l'arbaduDjendel, 
se tiennent en rase campagne; les marchandises sont déposée> 



( 425 ) 
sur la terre, quelques (entes seulement sont dressées pour les 
chefs qui règlent les différends et maintiennent le bon ordre. 
D'immenses transactions s'effectuent ainsi sans appareil , sam< 
construction , sans dépense , mais avec une entière liberté. Si l'on 
veut faire quelque chose d'utile, il faut construire quelques bâti- 
ments légers et très simples dans les localités consacrées par un 
usage immémorial , fonder des colonies près des marches fré- 
quentés de tous temps , y réunir des marchandises de bon aloi. 
satisfaisant les goûts et les besoins des indigènes; on donnera 
ainsi de l'extension à notre commerce. Mais bâtir dans des lieux ou 
aucune habitude n'existe, des monuments d'une grande étendue 
et d'un grand luxe, c'est dissiper, sans avantage, des ressources 
que réclament impérieusement des objets de première nécessite. 

Les roules de l'Algérie ont reçu un commencement d'exécution: 
nous avons dit quelles sont les sections qui ont été ou achevées 
ou entreprises. La manière dont elles sont faites est généralement 
digne d'éloge. Elles n'ont pas cet excès de largeur qu'on remarque 
dans beaucoup de contrées de la France et qui entraîne des dé- 
penses inutiles. Mais on a peut-être, dans quelques cas , diminue 
leur largeur outre mesure : on a été forcé de donner a quelques- 
unes des gares kilométriques pour le dépôt des matériaux , ce 
système nous semble devoir entraîner des difficultés dans le.- 
réparations; il est moins dispendieux de voir les pierres uniforme 
ment disposées sur le bord de la route dans un pays où le terrain 
n'a généralement pas de valeur. 

Les parties de chemins achevées sont bien empierrées. On 
reproche aux matériaux employés d'être trop tendres et de s'user 
rapidement ; sans prétendre que le reproche soit toul-à-fait immé- 
rité , nous devons dire que les dégradations de routes tiennent 
plus spécialement au mode d'entretien qui est admis , aux len- 
teurs administratives et au système adopte pour les transports. 

Le gros roulage emploie habituellement des charrettes pesam 
ment chargées, traînées par 6 et 7 chevaux ou mules ; ces véhà 
rules fatiguent énormément la chaussée , et la défoncent quand 



( 426 ) 

l'épaisseur du gravier est diminuée et que les formalités adminis 
tralives empêchent de le recharger en temps opportun. Ainsi 
sous nos yeux , au retour des pluies, la route de Philippeville à 
Constantine a élé littéralement labourée et retournée par le ; 
roulage, si bien que 18 et 20 chevaux ou mules attelés a une 
même voiture ne pouvaient la tirer des ornières dans lesquelles 
elle était enfoncée; pourtant des pierres concassées étaient rangées 
sur les bords de la voie, dans toute sa longueur; mais on n'avait 
pu les étendre pour donner de la solidité à la chaussée, l'autori- 
sation n'était pas venue. Enfin quand la route fut bouleversée el 
pour ainsi dire perdue, l'ordre de les mettre en œuvre arriva: 
on peut juger ce que coûtent des réparations faites dans de telles 
conditions. 

Les dépenses improductives des routes ont été augmentées en- 
core par les projets de rectification proposés , et souvent immé- 
diatement commencés. Généralement les voies de communication 
sont établies pour les besoins d'une expédition ou l'établissement 
d'un poste permanent. L'armée fait un tracé ; elle exécute parfois 
des terrassements considérables ; puis viennent les ingénieurs qui 
proposent rectifications, redressements, adoucissements de pen- 
tes, choix de vallées plus directes ou moins abruptes : un second 
tracé est adopté ; il arrive que lorsqu'il est en partie exécuté , un 
troisième est propose. Nous ne faisons aucune difficulté de con- 
venir que, dans la plupart des cas, ces changements ne soient con- 
venables ; mais dans un pays qui est presque entièrement prive 
de voies de communication , tracer de nouveaux chemins vaut 
souvent mieux que de, poursuivre l'entier perfectionnement de 
ceux qui sonl en état de viabilité. Du reste ces changements 
deviendront de moins en moins fréquents. 

Le système des routes tracées et exécutées par notre armée a 
élé judicieusement conçu. Maîtres de la mer , nous devions éta 
hlir des voies perpendiculaires au littoral, parlant des principaux 
ports et se dirigeant . en traversant le petil Mas , vers le- 
villes el les postes militaires des vallées centrales du Tell . et des 



( 427 ) 

crêtes du grand Atlas , c'est ce qu'on a fait : presque toutes le? 
villes du petit Atlas sont liées a celles du littoral par des routes 
plus ou inoins avancées , Médeah avec Alger , Milianah avec 
Alger et Chercliell, Orléansville avec Tenès, Mascara avecMosta- 
gauem , Arzeu et Oran , Sidibel-Abbès avec Oran , Scbdou el 
Tlemcen avec Nemours, Aumale avec Alger, Sétif avec Bougie, 
Constantine avec Philippeville , Guelma avec Bone. Ce système 
de voies sera bientôt complété : l'administration a le projet d'unir 
Constantine à Djidjelli , par une route qui suivrait la vallée du 
Hummel , et a Collo, par un embranchement se dirigeant de Ro- 
liertville vers ce port , enfin à Bone par une route qui atteindrait 
Guelma. La grande position de Constantine sera donc reliée à 
quatre des principaux ports de l'Algérie. Il sera d'une grande 
utilité d'unir Aumale avec Bougie. 

Les villes du petit Atlas communiquent presque toutes avec les 
postes qui bordent les hauts plateaux : Sidibel-Abbès avec Daya, 
Mascara avec Saïda et Tiaret, Milianah avec Teniet-el-Had. A 
l'est d'Alger, les hauts plateaux se confondant pour ainsi dire avec 
le Tell , la limite de cette dernière région n'a point été marquée 
par une ligne de postes fortifiés ; mais nous nous sommes établis 
a Batna dans les hauts plateaux, à Biskara sur le versant sud du 
grand Atlas. D'autres routes ont été proposées pour assurer notre 
domination dans le sud , ce sont celles de Médeah a Bogar , d'Au- 
male à Bousada , de Guelma à Tebessa. 

Mais si l'établissement des routes perpendiculaires était indi- 
quée par la première nécessité, elles ne nous donnent pas les 
communications les plus satisfaisantes : la mer n'est pas tou- 
jours facilement parcourue ; elle ne permet pas de bien rapides 
niouvements de troupes entre les postes interatlantiques, puisque . 
pour passer de l'un à l'autre , nos soldats doivent se porter 
sur le rivage par la voie perpendiculaire, s'embarquer, gagner 
le port oii débouche une autre voie perpendiculaire, et remonter 
cette dernière ; la mer , d'ailleurs , peut nous être fermée. Notre 
système de communication ne sera parfait que si l'on établit des 



( 128 
roules parallèles a la mer reliant toutes les .igncs perpendiculaires 
Irois grande» routes marchant de l'est a l'ouest, sont indiquées 
comme urgentes , ee sont celle qui unirait les places du littoral , 
celle qui unirait les postes du sud, celle des vallées interatlantiques 

La ligne du littoral présentera de grandes difficultés : pourtant 
elle a déjà été exécutée en certains points ; nous avons indique les 
parties de cette voie qui ont été déjà entreprises. La roule d'Al- 
ger à Dellys est achevée ; celle d'Alger a Cherchel a encore 
de longues lacunes. Dans l'ouest , oit les grandes montagnes 
s'éloignent du rivage , on a promplcmenl mis Mostagauein en 
communication avec Qran ; la route d'Orao à Tlemcen , qui 
suit la direction de la côte, sur les bords du grand lac, doil 
être achevée; des bords de Tisser , un embranchement s éten- 
dra facilement jusqu'à Nemours, et suppléera longtemps la 
roule qu'en a le projet d'établir sur le bord môme de la mer. Un 
projet d'unir Cherchel , Ténès et Mostagancm a aussi été couru ; 
mais les difficultés qu'on rencontrera dans les montagnes du 
Dahra seront telles que ce projet, qui sera d'une médiocre impor- 
tance quand Ténès sera uni à Orleansville, sera fort longtemps 
ajourné. Dans l'est , la route de Stora a Bône sera bientôt ter- 
minée ; celle de Bône à la Galle est commencée ; il faudra en 
pousser les travaux avec activité. La route de Philippevillc à 
C.ollo est eu projet; entre Collo et Dellys , c'est-à-dire dans la 
Kabylie, l'établissement de la roule du littoral rencontrera autant 
et plus de difficultés que celle du Dahra ; des travaux plus impor- 
tants et plus indispensables devront en l'aire différer l'exécution 

La liane du sud entre Sebdou , Daya , Saïda , Frenda . 
Pisret, Boghar, Aromate, les Pdrtes-de-Fer liibansi, Bordj 
Douairjdj , Sétif , Batna , est en projet. Mais de nombreuses sec- 
i ions de cette ligne pourront longtemps être suppléées par la grande 
\oie des vallées intcratlantiqiies. 

La ligne interatlantique est , sans aucune comparaison . la plus 
importante des trois routes parallèles dont nous venons de parler : 
parcourant les vallées qui s'étendent entre le grand et le petit \lla>, 



( 429 ) 
et qui sont séparées par des faîtes peu élevés, son exécution ne ren- 
contrera pas de grandes difficultés ; les services qu'elle rendra 
<eront immenses : elle traversera les plaines les plus étendues de 
l'Algérie , dans lesquelles peut s'établir la plus riche culture ; elle 
mettra en communication toutes les places du littoral , et tous les 
postes du sud ; elle permettra de les secourir tous |es uns par 
les autres; elle suppléera à la mer si celle-ci vient à nous être fermée, 
et, couverte par l'Atlas, elle se dérobera aux attaques extérieures ; 
elle séparera les nomades du sud de nos villages, les Kabyles de 
l'Àurèset del'Ouanseris , de ceux du Dahra et du Jurjura; elle 
constituera ainsi la grande artère qui doit vivifier l'Atlantide , e( 
formera la ligne stratégique qui en assure la possession. 

De Médeah , point central et culminant, elle doit descendre 
dans le Djendel par un des affluents du Chelif , et suivant le cours 
de ce long fleuve , passer au pied de Milianali . traverser Orléans- 
ville et arriver à la hauteur de Mostaganem : depuis Milianali 
jusqu'à ce point , elle est préparée par des travaux de campagne. 

Au-delà de la vallée du Chélif , les vastes plaines de l'ouest se 
continuent et ouvrent des communications faciles ; déjà la voie du 
littoral qui s'étend de Mostaganem à Tlemcen et Nemours peut 
suppléer la voie interatlantique. Une autre voie s'ouvrira facile- 
ment au pied du versant nord du petit Atlas ; elle traversera 
les vallées de l'Habra et du Sig , de Tisser et de la Talua ; 
une autre enfin, qui sera réellement la ligne interatlantique, sui- 
vra les vallées supérieures de la Mina et des rivières que nou> 
venons de nommer , el se rendra a Mascara , à Sidi-bel-Abbè> 
et à Sebdou qui surveille l'une des grandes vallées du Maroe. 

Dans l'est , presque rien n'a ete fait pour la voie interallan 
tique , c'est celle du sud qu'on emprunte De Medeah la roule 
centrale doit descendre dans la vallée que domine Aumale; elle 
arrivera, sans grande difficulté, dans la plaine du Ham/.a . 
grand affilient du Bou-Messaouqui s'élève à l'ouest, et, s'avan- 
çant dans la vallée de Bou-Sellam , autre affinent du Bou- 
Messaou qui vient de l'est, elle atteindra Selil. Il est abso 



430 

lunient iadispensable d'occuper le cours de ces deux rivières qui . 
Itordaut au sud la Kabylie , marchent à la rencontre l'une de l'autre 
pour former la rivière de Bougie. Les campagnes de 1851 et 185*2 
nous eu assurent la domination , et la route faite de Sétif à 
Bougie, suivant le cours du Bou-Sellam , constitue une notable 
partie de la voie transversale ; il faudra l'achever dans les vallées 
interatlantiques , au lieu de la faire remonter par les Portes-de 
Fer jusqu'à Bordj Douairjdi , comme l'indique le projet tracé sui- 
tes cartes nouvelles ( tableau des établ. fr. 1846-1849). Cette 
direction appartient à la ligne des postes du sud. De Sétif à Cous- 
tantine la route a été tracée dans la vallée du Rummel qui se re- 
courbe à l'ouest. Elle pourra s'élever moins au sud , en suivant 
un des grands affluents de cette rivière. 

En se prolongeant à l'est, la route interatlantique atteindra les 
sources de la Seybouse , soit par le Smendou , soit par le Bou- 
Vlerzoug affluent du Rummel ; les affluents orientaux de la 
Se\ bouse conduiront ensuite la route jusque dans la direction de 
l'ebessa qui domine la Medjerdah, la grande rivière deTunis. 

L'intérêt de la défense et de la colonisation exige qu'on se hâte 
d'établir et perfectionner cette route , et qu'on lui consacre tous 
les fonds dont le gouvernement peut disposer ; il faudra en même 
temps perfectionner ses communications , avec les voies per- 
pendiculaires. Parmi ces dernières , la plus importante est évi- 
demment celle qui l'unit a Ali;er, le centre militaire, administratif 
et commercial de la régence. Pour atteindre le point qui commande 
aux vallées iuteratlantiqucs , on avait d'abord trace la route mili- 
taire qui passe au col de Mouzaïa et mène ensuite a Médeah; cette 
route permettait en même temps , de descendre sur Milianali 
par le plateau des Réguliers. Depuis on a taille dans les goiges 
de la Chiffa une route en corniche qui arrive au Nador , le 
franchit par des rampes en lacet, et descend a Medeah ; mais 
cette voie de communication étroite , sans parapets , placée quel- 
quefois à des bauteurs considérables , sur un terrain souvent 
sans solidité , sera toujours difficile. 



( 431 ) 
De la capitale de nos possessions on peut passer avec moins de 
difficulté dans les vallées de l'est et de l'ouest , en se dirigeant 
obliquement par la plaine de la Mitidja , dans les deux directions 
opposées , sans toucher le point culminant : à l'est , la vallée de 
l'Harrach conduit à Aumale et dans les plaines du Hamza , de 
Sétif , de Constantioe ; à l'ouest , la vallée de l'Oued-Djer se di- 
rige sur Milianah en s'élevant vers le Zaccar. Il serait bien préfé- 
rable de pénétrer directement dans la vallée de Chélif en perçant 
le Gontas , comme en France on a perce le Cantal. Le Gontas pré- 
sente des points qui, au témoignage d'officiers du génie que nous 
avons consultés , n'ont guères que 4- à 6 kilomètres d'épaisseur ; on 
arriverait ainsi, sans gravir les sommets qui surmontent Milianali, 
et sans descendre ensuite des rampes rapides, au point où le maré- 
chal Bugeaud voulait fonder une cité nouvelle , et où il a établi un 
vaste camp : il sentait que c'était dans la vallée qu'il fallait 
s installer. 

Cette communication tracée entre les deux Atlas donnerait à notre 
conquête un tel caractère de grandeur et de puissance , qu'on se 
prend à demander s'il ne serait pas possible d'établir un chemin de 
1er au cœur même de l'Atlantide. A notre avis, il faut l'entreprendre, 
si l'on veut dominer, civiliser, et garder l'Algérie. Le rail-way inter 
atlantique suppléerait a ces grandes voies fluviales , qui appellent 
certaines contrées de la terre à prendre une large place dans le 
commerce et la politique du monde ; couvert par l'immense 
rideau du petit Atlas , il serait à l'abri de toute attaque ex- 
térieure ; touchant Alger au centre , communiquant avec Orau . 
Stora ou Bone a ses extrémités , portant en face de toutes les par- 
ties abordables du littoral , vis-à-vis toutes les portes du sud , des 
convois plus rapides que des navires, chargés d'hommes , d'armes, 
de munitions , de vivres , il donnerait la possibilité de réunir 
instantanément la masse de nos forces sur tout point menacé. 

Mais ce projet est-il réalisable ? Au premier aperçu on répond 
promptement par la négative : l'immensité et la difficulté des tra 
vaux , l'énormité de la dépense , en raison des profits qu'on reti- 



m 

remit de l'entreprise , l'impossibilité de la conservation, la rareté 
du combustible , semblent des raisons péremptoires pour écartei 
une pensée qui serait si féconde. Voyons pourtant si les raisons 
i)iii semblent la repousser sont bien fondées. 

Les difficultés de terrain ne sont pas considérables : nous nous 
sommes attaché à montrer que les vastes plaines d'Oran corn 
muniquent très aisément avec les vallées du Sig et de l'Habra. 
affluents de la Macta , avec celle de la Mina . affluent du Chelif . 
de sorte que le trace peut être conduit du grand port militaire de 
l'ouest derrière la Mitidja : au pied de Médeali , jusqu'à la crèle 
centrale de l'Algérie. 

Là . deux obstacles sérieux s'élèvent : ce sont le Zaccar et le 
Nador , monts du petit Atlas, qui se dressent, le premier entre le 
bassin du Chélifet la plaine d'Alger, le second dont les contreforts. 
s'unissant aif grand Atlas, s'interposent entreles vallées de l'ouest 
et celles de l'est. Mais nous avons dit qu'on peut s'élever au- 
dessus du Gontas , ou mieux le percer, sans travaux immenses, 
descendre dans la vallée de l'Oued-Djer, et arriver jusqu'à 
Alger par une plaine fort unie ; ainsi la moitié de la voie inter- 
atlantiqne serait complétée. 

Quant au deuxième obstacle, il serait tourné et l'on n'en tiendrait 
pas compte, au moins provisoirement ; on pénétrerait dans les val- 
lées de l'ouest par l'Harracb et ses affluents qui conduiront jus- 
qu'aux plaines arrosées par les eaux de Tisser. On se dissimule- 
rait en vain que la section orientale du chemin interatlantique 
ne dût rencontrer des obstacles nombreux si l'on était force , 
comme à présent , de pénétrer dans la province de Constantine 
par le sud , c'est-à-dire par les Bibans. Mais l'expédition de 
la Kabylie a eu cet inappréciable avantage de faire, reconnaître 
notre pouvoir dans les longues vallées qui s'étendent derrière les 
monts énormes qui bordent le rivage depuis Delhs jusqu'à Collo . 
le chemin pénétrera donc hardiment dans la vallée de la 
grande rivière de Bougie qui , à l'ouest , se rapproche 
de Tisser; il en suivra le cours jusqu'au confluent du Bou- 



( 433 ) 
Sellam qui, se portantbrusquement vers l'est, s'élèvejusqu a Sétif. 
Au-delà de cette ville , pour atteindre Constantiae , le chemin 
peut suivre les plateaux du sud , ou s'étendre dans les vallées de 
deux rivières , courant encore l'une vers l'autre , la Djeradnaet 
le Rumine! qui s'unissent pour former l'Oued-el-Kébir ; le cours 
de cette dernière rivière pourrait conduire vers le Djidjelli , mais 
ce port n'a pas une importance suffisante pour qu'on néglige pour 
lui les belles stations de Stora et de Bone. Le Smendou conduit 
tout à la fois au pied des monts qui séparent les eaux du Rum 
mel des sources du Saf-Saf et de celles de la Seybouse. Ce ne 
sera pas sans des travaux considérables qu'on franchira les faîtes 
qui séparent ces rivières , mais le chemin aura une grande 
utilité même avant d'atteindre les deux grands ports de l'est. 
Déjà d'ailleurs on annonce qu'on demande la concession du che- 
min de fer de Philippeville à Constanline. 

Les dispositions du terrain ne sont donc pas de nature à for- 
mer un obstacle insurmontable à l'établissement du chemin de fer 
interatlantique. 11 en rencontre un plus sérieux dans l'élévation de 
la dépense qu'il occasionnera : la France qui fait pour l'Algérie 
un sacrifice immense , ne consentira pas à l'accroître encore. 
Cela est vrai , mais si l'on se place dans des conditions raison- 
nables d'exécution , on verra que la dépense serait loin d'être 
excessive , et qu'au lieu d'être une charge nouvelle , elle amène- 
rait une prochaine réduction de notre budget algérien. 

On a établi, en effet, que les chemins de fer français , à double 
voie, ont coûté, en moyenne, plus de300,000 fr. par kilomètre : a 
ce taux les 1,000 kilomètres que mesurera le chemin interatlantique 
coûteraient 300,000,000 fr., c'estexorbitant. Mais en recherchant 
les causes qui ont élevé le prix de nos rails-ways, on acquiert très 
facilement la conviction qu'on peut le réduire énormément. La 
cherté excessive de nos chemins de 1er a été amenée par la dou- 
ble voie , la valeur des terrains , les conditions fort rigoureuses de 
courbes et de pentes , la perfection excessive , on peut dire le 
caractère grandiose des travaux d'art , le luxe du matériel rou- 

2» 



434 ) 
iant , renchérissement des matériaux , notamment du fer et des 
machines , sur lesquels pèse des droits de douane élevés , enfin le 
prix de la main-d'œuvre , etc. Ces causes enlevées, nous nous 
trouverions dans une position infiniment plus favorable , et ana- 
logue à celle des chemins américains. Ces derniers ont coûté 
1 11,000 fr. par kilomètre ; d'après M. Michel Chevalier , il en est 
dont la dépense n'a été que de 50,000 fr. , et même de 28,000 
fr. par kilomètre , quoique la main-d'œuvre coûte en Amérique 
le double de ce qu'elle coûte en France. Peut-être est-il permis 
de penser que le chiffre de 50,000 fr. serait celui de l'Algérie. 

Effectivement , une simple voie est parfaitement suffisante ; 
avec les gares d'évitement , elle satisfera à tous les besoins du 
service , soit sous le rapport militaire , soit sous le rapport de la 
colonisation 

Les terrains seront obtenus gratuitement , et l'on ne rencon 
trera pas de propriétés bâties , à bien peu d'exceptions près. 

On adoptera pour les courbes et les rampes des conditions 
beaucoup moins rigoureuses : En France on a voulu que le ma- 
ximum îles pentes ne fût que de 5 ou même de 3 millimètres par 
mètre , que le minimum des rayons des Gourbes fût de 500 
et même de 1,000 mètres. Ces exigences ont déterminé des rem- 
blais et des déblais immenses , des souterrains , des viaducs gi- 
gantesques , sans nécessité absolue. Quaût aux courbes, l'ex- 
périence a démontré que les grandes locomotives de Crampton, 
qui développent une vitesse extrême, peuvent suivre des courbes 
de 300 mètres de rayon ; les locomotives plus courtes , dont la 
vitesse est bien suffisante , admettent facilement celles de 200 
mètres : on aide leur marche , et l'on prévient tout accident , eu 
élargissant un peu la voie dans les courbes , en relevant un peu 
leur rail extérieur , en modérant la marche du convoi quand il 
les parcourt ; les waggons de M. Arnoux , dont les essieux 
peuvent cesser d'être parallèles circulent sur des courbes de 
60 mètres et même de 25 mètres. 

Quant aux pentes on peut, sans inconvénient, admettre quelles 



( 435 ) 
aient 10 et même 14 millimètres par mètre. En Belgique , près de 
Liège, on a admis des plans inelinés ; en les adoptant, on 
obtiendra évidemment toute la vitesse nécessaire. Dans un pays 
où toutes les communications manquent , une vitesse de 6 à 
8 lieues à l'heure paraîtrait admirable , et satisferait , sans nul 
doute, à tous les besoins. 

On a cru qu'on paierait en frais de traction ce qu'on 
n'aurait pas dépensé en frais d'établissement : il n'en est rien , 
parcequ'il est de l'essence des chemins de fer de n'avoir pas les 
convois complètement chargés, etparceque l'on peut, à un moment 
donné , développer une plus grande puissance de vapeur. Il est 
donc évident qu'on ne doit pas s'imposer les énormes sacrifices 
qu'on a subis pour obéir à des lois théoriques , plutôt que pour 
obtenir des avantages réels. 

Les travaux d'art , les stations , les magasins, etc., seront ré- 
duits à ce qui est strictement nécessaire ; les matériaux pourront 
être obtenus à bas prix : la pierre se trouve partout ; le bois deu 
traverses serait obtenu avec facilité, puisque la route approche 
la région des forêts et que les cours d'eau deviennent flottables en 
certaines saisons ; le fer et les machines seraient , sans aucun 
doute , importés en franchise , puisque l'introduction en Algérie 
des objets servant aux constructions n'a pas été frappée de taxes 
semblables à celles qui pèsent sur les mêmes objets dans la 
métropole. 

Enfin la main-d'œuvre ne serait pas chère : l'armée qui adonné 
des preuves d'une si grande énergie et d'un dévouement si sou- 
tenu , qui a exécuté des travaux si admirables , serait digne 
d'elle-même ; elle pourrait être presque complètement employée 
à l'exécution de la voie ferrée , car la série des vallées interatlan- 
tiques forme la ligne sur laquelle elle est concentrée avec le plus 
d'avantage. Dans certaines régions pourraient être installés, à part, 
les condamnés. Ces hommes sont à la charge de l'Etat, même lors- 
qu'ils ne font rien ; il serait donc profitable de les employer à des 
travaux éminemment utiles. Enfin il faut compter sur le concours 



( 43Ç 
des arabes : des corvées doivent leur être imposées pour le travail 
et les transports ; dans beaucoup de circonstances , ils ont volon 
lairement paye de leurs deniers une partie des travaux publics ; 
ils feront de même dans cette occasion. Le peuple vaincu a con- 
tribué partout aux constructions qui le font parvenir à une civili- 
sation plus élevée. 

Quant au matériel roulant, il serait delà plus austère simplicité; 
il se composerait exclusivement de voilures de troisième classe. 

Ainsi l'on arriverait à réduire , dans des proportions énormes , 
les sommes exigées pour la confection du cbemin de 1er ; on les 
ramènerait à des chiffres immédiatement admissibles. Nous avons 
dit que le kilomètre pourrait ne coûter que 50,000 fr. ; les 1,000 
kilomètres exigeraient donc 50,000,000. En consacrant à cette 
grande entreprise 5,000.000 par an, en cinq ans on unirait Alger à 
Oran ; cinq autres années conduiraient à Coustantine et à l'un 
des ports que cette ville commande. 

Nous demandons si les avantages d'une circulation rapide 
et peu dispendieuse ne dépasseraient pas énormément un pareil 
sacrilice : il obtiendrait d'ailleurs immédiatement sa compen- 
sation par les économies qu'on pourrait faire. Il faut considérer 
que la route interatlantique doit être exécutée, et qu'elle cesserait 
d'être nécessaire , si l'on construisait le rail-way ; or, dans les 
conditions énoncées , les dépenses de celui-ci seraient à peine 
supérieure à la somme qui aurait étéconsacrée à une voie ordinaire 
de communication. 

Nous ajoutons que l'armée d'occupation serait réduite. Les gens 
les plus compétents estiment que les troupes établies au cœur 
de l'Atlantide , trouvant dans un chemin à vapeur le moyen de 
se concentrer, en quelques heures , sur tous les points menacés , 
pourraient être diminuées de 20,000 hommes , c'est-à-dire que le 
budget de l'Algérie pourrait être réduit de 20,000,000 fr., si l'ou 
tient compte de l'économie qu'on opérera sur les frais de trans- 
ports. Ainsi le chemin serait immédiatement payé : on peut 
dire qu'il serait fait gratuitement, qu'il produirait une économie 

Mais , dira-t-on , la difficulté n'est pas dans l'établissement du 



437 

chemin de fer , elle réside bien plutôt dans l'absence de la houille, 
élément indispensable d'exploitation. Partout où l'Angleterre met 
le pied, elle a du charbon ; est-ce bonne fortune , est-ce calcul ? 
nous ne savons ; mais la France est bien peu favorisée sous ce 
rapport , et l'Algérie est tout-à-fait déshéritée. On n'a trouvé que 
des traces légères de lignite dans la province de Constantine , et 
l'on conserve peud'espoirde rencontrer des gîtes houillersdans les 
autres provinces. Toutefois il n'y a pas là d'obstacle absolu à l'éta- 
blissement des chemins de fer : là houille n'est pas plus chère à 
Alger qu'à Marseille ; on peut même l'obtenir à plus bas prix dans 
les différents ports de la Méditerranée où elle jouit de l'exemption 
des droits : ainsi le bâtiment que nous montions, a pris son char- 
gement de combustible sur la rade de Cagliari au prix de 30 fr. 
le tonneau. Il est donc évident que l'Algérie pourrait acheter son 
combustible dans de meilleures conditions que la plupart des 
départements français ; on serait seulement astreint à prendre le 
soin de faire des approvisionnements, pour le cas d'une guerre 
générale. En tout état de cause , le service du chemin de fer 
pourra se faire en employant le bois au chauffage , comme cela 
s'est pratiqué quelquefois en Allemagne : en emménageant en 
taillis ce qui n'est maintenant que broussailles , on aura des res- 
sources parfaitement suffisantes en combustible végétal. 

Il reste une dernière objection qu'on ne manquera pas de faire 
contre l'établissement d'un chemin de fer en Algérie. Pourra-t-on 
le mettre à l'abri des déprédations et des tentatives malveillantes 
des Arabes. Nous ne pensons pas qu'on puisse avoir de sérieuses 
inquiétudes à cet égard. A la vérité, plusieurs ponts de bois ont 
été brûlés dans la grande insurrection de 1845 , mais les temps 
de ces vastes soulèvements sont loin de nous. Le pont de la Chiffa 
a été la proie des flammes, mais par accident et non par suite 
d'une pensée criminelle. Nous avons vu sur maintes routes , no- 
tamment sur celle de Cherchel à Milianah, une multitude de pon- 
ceaux formés de madriers qu'on pouvait déplacer sans effort ; pas 
un seul n'a été enlevé. Faites bonne garde, réunissez tous vos 



( 438 

moyens de surveillance sur la grande voie sur laquelle viendra se 
réunir la totalité des transports ; placez-y les postes arabes , qui 
maintenant sont disséminés dans toutes les directions pour la 
sûreté des voyageurs ; rendezles tribus responsables des dégâts qui 
pourraient se commettre ; concentrez vos troupes , selon les lois 
de la stratégie , sur le chemin qui conduit à tous les points de 
défense et d'attaque ; ordonnez que de fréquents convois armés 
circulent, quand les circonstances donnent quelques inquiétudes; 
substituez les communications électrographiques aux communica- 
tions incertaines que donnent les télégraphes aériens , et fortifiez 
tous les postes des employés ; établissez tous les nouveaux colons 
sur le bord de la voie , et donnez à leurs habitations la forme de 
blockhaus; enfin faites de terribles exemples , si , ce qu'on ne peut 
croire , ils devenaient nécessaires , et vous pouvez être assurés 
que vous obtiendrez la sécurité la plus complète. Si l'on avait 
bâti, le long de la grande voie algérienne, les 5,000 maisons 
des colonies agricoles , on aurait eu un poste armé de 200 mètres 
en 200 mètres. C'est plus qu'il ne fallait. 

Le jour où vous aurez achevé le chemin interatlantique , vous 
posséderez l'Afrique ; vous aurez mis en communication tous les 
ports et tous les défilés du grand Atlas ; vous aurez séparé et 
enveloppé les régions presque inaccessibles, dans lesquelles s'en- 
ferment les tribus indépendantes; vous aurez la possibilité de 
réunir votre armée en une seule masse sur tous les points du lit- 
toral , dans toutes les plaines du sud, au cœur de tous les massifs 
insoumis; vous pourrez défendre la partie centrale de vos colonies, 
aussi bien contre les ennemis intérieurs que contre les attaques du 
dehors ; vous serez enfermés dans des vallées dont vous occuperez 
toutes les crêtes , tous les cols , et qui se défendent à l'ouest , 
dans la partie la plus ouverte, par la ligne du Chélif et de la 
Mina. Tout cela vous l'aurez fait , non en vous imposant une dé- 
pense melle , mais en opérant une réduction considérable de votre 
budget. 

Si l'on devait ditléier l'exécution d'un projet qui réunit de tel> 



: i39 ) 

avantages , il serait nécessaire de le faire étudier dès à-presenl , 
afin de ne pas laisser à la colonisation la possibilité d'accumuler 
des obstacles sur son tracé. II faudrait chercher encore si l'on ne 
peut employer la méthode américaine , qui consiste à faciliter , 
par des concessions de terre, la formation des compagnies qui en- 
treprennent de poser des rails dans des contrées privées de res- 
sources. Ces terres, favorisées par des débouchés faciles, ne 
tarderaient pas à acquérir une grande valeur, et donneraient des 
ressources qui compenseraient les faibles produits de la voie dans 
les premiers temps. On développerait ainsi la colonisation, en même 
temps qu'on créerait les communications qui rendraientnotre em- 
pire indestructible et qu'on appellerait les gardiens de ces com- 
munications. 

Les ponts sont encore en petit nombre ; il faudrait les multi- 
plier. Beaucoup de rivières sont traversées à gué , mais les pluies 
grossissent rapidement leurs cours ; en quelques jours elles sont 
infranchissables. 

La plupart des ponts existants sont en bois , et conséquemment 
sont d'un entretien dispendieux et susceptibles d'être incendiés. 
Plusieurs sont construits selon le système américain, à très larges 
travées , afin qu'ils ne soient pas emportés par les eaux torren- 
tielles , tels sont les pont du Rio-Salado , du Massafran , du Saf- 
Saf ,- etc. 

On a construit quelques ponts de pierre, par exemple, sur Tisser, 
au point où la route d'Oran à Tlemcen traverse cette rivière , 
sur l'Oued-Amar , au point où la route de Philippeville à Con- 
stantine le traverse , près Saint-Charles. On voit plusieurs ponts 
neufs sur la route de Clierchel à Zurich ; nous savons que ces 
constructions n'ont pas toujours les caractères de solidité désira- 
bles , et qu'ils paraissent bien peu durables , à côté des arceaux 
romains, debout depuis tant de siècles. C'est un devoir de prendre 
nos devanciers pour modèles. 

Les ponceaux des chemins, sur lesquels on n'a fait que des tra- 
vaux de campagne , ne sont habituellement que des madriers jetés 



MO 

su r lapartie la plus étroite des ravins qu'on a suivis presque jusqu'à 
leur origine. Il faudra les remplacer par des ponts solides et recti- 
fier les immenses sinuosités des routes , car en suivant ainsi 
toutes les anfracluosités des montagnes, on allonge démesurément 
les distances. 

Les canaux à creuser sont nombreux et auront des destina- 
tions diverses. 

Les canaux de navigation seront ceux qui auront le moins de 
développement. 

Les canaux de dessèchement réclament plus impérieusement la 
sollicitude de l'administration. Ainsi , les marais de la Macta , de 
la Mitidja , de la plaine de Bone , près de l'Oued-Kébir , de 
La Calle demandent à être desséchés dans le double but d'assurer 
la salubrité de vastes contrées , et de donner à la culture des 
terres extrêmement fertiles. Dans la Mitidja , des travaux ont été 
commencés pour satisfaire à ces nécessités ; mais le but est bien 
loin d'être atteint. Cependant aucunes difficultés graves n'existent : 
Bouffarick , dont le sol est encore marécageux , est à 1A mètres 
au-dessus des marais du nord-est qui ne sont éloignés que de 
2,000 mètres , de sorte que le canal d'écoulement pourrait 
avoir 0,007de pente. Ces marais sont à \\ mètres au-dessus de la 
mer, à 25 mètres au-dessus de l'Harrach, distant de 10 kilomètres. 
La Maison Carrée qui est le point le plus bas de la plaine est à 
6 mètres au-dessus de la mer. Les moindres pentes entre l'Harrach 
et l'Oued-Kmis , qui parcourt les terrains marécageux , sont de 
0,002. Les rivières qui ont de pareilles pentes sont torrentielles. 
Un canal qu'on entreprendra pour dessécher la Mitidja , sera de 
ceux qui pourront servir à la fois aux dessèchements et à la 
navigation; en mettant à sec le lac Halloula et les marais qui se 
trouvent au pied du massif d'Alger , il doterait l'agriculture des 
plus riches terrains; en unissant l'Harrach et le Massafran , il 
faciliterait le transport de tous les produits du Sahel et de la 
Mitidja ; il rendrait assurément de très-grands services. 

Les marais de La Calle et de Bone semblent d'uu dessèchement 



( 441 ) 
très-facile ; les travaux qu'on a exécutés donnent déjà de bons 
résultats. 

Les marais de la Macta , du Sig et de l'Habra paraissent les 
plus bas ; ce sont ceux dont le dessèchement sera effectué avec le 
plus de difficultés , mais ils occupent un terrain si admirablement 
situé , qu'il faudra nécessairement les entreprendre. Nous qui 
avons vu les Polders et lesWatteringues du nord et de la Hollande, 
dont le niveau est beaucoup moins élevé que celui de la haute 
mer , et les Moères , dont la superficie a un niveau inférieur à 
celui de la basse mer , nous ne comprendrions pas qu'on fût ar 
rêté par les faibles obstacles qu'on rencontrera pour le desséche 
ment des marais de l'Algérie. La plus sérieuse difficulté con- 
sistera dans l'insalubrité des travaux ; il ne faudra y employer 
que des hommes bien acclimatés, des indigènes particulièrement; il 
faudra prendre, les précautions les plus grandes pour mettre les 
travailleurs à l'abri des causes de maladie , ne point les laisser 
séjourner, pendant les nuits, sur le bord même des canaux , les 
faire transporter dans des hôpitaux bien situés aussitôt que la 
fièvre les atteindra , pourvoir avec un soin extrême aux bonnes 
qualités de leurs aliments , de leurs vêtements , de leurs habi- 
tations. 

On devra considérer comme marais et dessécher quelques-uns 
des lacs intérieurs, formés par des eaux qui n'ont point d'issues. 
Dans la province d'Oran ils forment un chapelet , depuis les col- 
lines qui bordent le Rio-Salado jusqu'à Arzeu. Le plus considé- 
rable , nommé le grand lac Salé , à 30,000 hectares de super- 
ficie. Les eaux qui s'y rassemblent ne se perdent que par évapo- 
ration et déposent sur le sol le sel qu'elles ont dissous dans les 
terrains qu'elles ont parcourus. Dans le lac d'Arzeu , le sel 
déposé forme des couches assez épaisses pour qu'on puisse les ex- 
ploiter fructueusement. Dans le grand lac , il n'est pas en assez 
grande quantité pour qu'on puisse l'extraire; mais il imprègne 
la terre à un degré suffisant pour la rendre totalement stérile. 

Pour mettre en culture ces vastes terrains, il faudrait qu'ils 



( m ) 

fussent lavés par les eaux pluviales , et que celles-ci pussent , en 
trouvant une issue , emporter les sels dont elles se seraient char- 
gées. On ne peut les enlever au moyen de moulins à vent, comme 
celles des Moëres ; le fond du lac , à la vérité, est à 50 ou 60 
mètres au-dessus du niveau de la mer , mais aussi il est à 60 
mètres à peu près au-dessous de la crèle qui sépare la plaine 
du ravin d'Oran. On ne peut songer à élever les eaux à une pa- 
reille hauteur. 

On ne peut s'en débarrasser au moyen de puits absorbants. M. 
Renou a établi que les couches decraie perméable, et que le terrain 
subapennin peu perméable sur lequel elles reposent, se relèvent du 
côté de la mer d'une manière très-notable. L'affleurement de la 
couche imperméable est à 80 mètres au-dessus de la mer, point où 
vient sortir la belle source d'Oran , formée par les eaux infiltrées 
.•sur les plateaux et les lianes des montagnes. Le fond du lac est 
donc à 20 mètres au-dessous du point où sont déversées les nappes 
d'eau de la craie. Si donc dans la partie déclive de la plaine on 
enfonçait un puits jusqu'à la craie, au lieu d'être absorbant, il de- 
vrait donner des eaux jaillissantes. 

On a proposé, pour faire écouler les eaux du grand lac, de 
creuser un canal qui , partant de l'une de ses extrémités , irait dé- 
boucher dans le Rio-Salado , ou dans le ravin d'Oran , à 40 ou 50 
mètres au-dessus de la mer. Ce canal d'écoulement aurait une 
longueur de 10,000 à 10,500 mètres. La moitié à peu près serait 
à ciel ouvert, l'autre moitié serait formée par une galerie souter- 
raine. M. Renou estime qu'il devrait coûter un million. Le canal 
souterrain traverserait un terrain plus solide, et entraînerait con- 
séquemment moins de dépenses si l'on voulait jeter les eaux dans 
le Rio-Salado ; il produirait une chute utile , quoiqu'intermittente, 
t-i on le dirigeait sur Oran. 

La dépense qu'entraînerait l'exécution de ce projet est trop 
élevée pour qu'on puisse songer à la proposer actuellement. D'ail 
leur;-, le canal partant du fond du lac d'Oran, porterait ses eaux a la 
mer, en traversant les couches de craie, puis le terrain sabapennin 



( U3 ) 

pour sortir à 4.0 mètres plus bas que la source d'Oran ; il changerait 
le régime de cette dernière, il l'abaisserait de toute cette hauteur 
puisqu'il en entraînerait les eaux , et de plus , il les mélangerait 
avec les eaux salées du lac. 

Ces deux inconvénients très-graves pour les cultures et les ha- 
bitants feront probablement écarter ce projet. Peut-être on pourra 
arriver au résultat cherché , par des moyens plus économiques , 
et dont les conséquences seraient moins fâcheuses. Le but qu'on 
doit se proposer , c'est d'empêcher l'eau de s'évaporer sur une 
vaste surface unie , et de déposer conséquemment sur toute 
l'étendue du sol le sel qui le frappe de stérilité. Pour atteindre 
re résultat , il suffirait de creuser un canal qui parcourrait la 
partie la plus déclive des lacs et les mettrait en communication ; 
ce canal contiendrait toutes les eaux lorsque lévaporation en au 
rait diminué le volume, et qu'elles seraient saturées de sel ; con 
séquemment, les terres seraient déjà émergées lorsque les eaux se- 
raient encore peu chargées du principe salin qui s'oppose au déve- 
loppement des végétaux. Le lavage des terres serait d'autant plus 
prompt que la capacité du canal serait plus considérable relative- 
ment à la superficie desséchée. Il s'accélérerait si le terrain était 
entrecoupe de fossés qui recevraient les eaux avant leur concen- 
tration , et dont les déblais rehausseraient le sol. II deviendrait 
plus rapide encore si les terres extraites des fossés formaient digue 
autour des espaces cultivés , si des pompes ou des vis d'Ar- 
chimède , dont le vent serait la force motrice , puisaient l'eau 
de bonne heure , pour la jeter dans les fossés , et si enfin le 
sel cristallisé , dans le lit du canal et du lac le plus déclive , 
fournissait matière à une vaste exploitation , qui ferait extraire 
chaque année une quantité notable des substances que l'eau 
peut dissoudre et porter sur la surface arable. Ce système 
serait complété si l'on pouvait obtenir des eaux jaillissantes qui 
permettraient dp. faire plusieurs lavages des terres dans la saison 
des sécheresses , et qui assureraient ensuite les irrigations. Ainsi , 
tans de grandes dépenses, on rendrait à la culture d immenses 
terrains qui paraissent devoir être féconds 



( 444 ) 

Les canaux d'irrigation, les rigoles, les aqueduc» , qui condui- 
sent les eaux vers les lieux habités et sur les terres cultivées , sont 
plus nécessaires encore que les ouvrages précédents. Dans le plus 
grand nombre des cas, on s'est contenté de simples rigoles établie? 
sur le terrain , et en suivant les contours ; ces dérivations sont 
quelquefois recouvertes comme celle d'EI-Arrouch, quelquefois à 
ciel ouvert comme celle de Saint-Cloud , et quelquefois elles sont 
en conduits de poterie , ou en maçonnerie. 

Les Romains se sont illustrés par les constructions qui avaient 
pour but d'amener des eaux salubres et abondantes dans les cités 
populeuses. On voit de magnifiques restes d'aqueducs à Cherchel, 
a Conslantine , à Bone , etc , etc. Tout le monde sait que le sys- 
tème adopté par les grands conquérants consiste en une série 
d'arcades sur lesquelles est établi un canal qui va prendre les 
sources à une distance plus ou moins grande , et lui fait franchir , 
avec un niveau uniforme, les vallées et toutes les anfructuosités 
du terrain. Nous avons vu un aqueduc, bâti sur ce modèle, 
fonctionnant encore ; c'est celui qui amène les eaux à Médéah et 
fait partie de l'enceinte de cette place. Nos ingénieurs ont suivj 
un autre système, quand il a fallu traverser des vallées profondes, 
ils ont employé le siphon , fondé sur des données scientifiques 
ignorées des Romains. Sa construction est infiniment moins dis- 
pendieuse que celle des ouvrages auxquels on a donné plus 
spécialement le nom d'aqueducs. Il a été préféré à Constantine et 
à Bone. 

Leservicedes irrigations est encore peu avancé. Elles n'ont guère 
été pratiquées que dans les cultures potagères établies aux 
environs des villes , dans les pépinières du Gouvernement. 
Celles de Médéah , de Milianah, de Miserghin, et des villages de 
Damiette, Saint-Cloud, Affreville, Ël-Afroun, reçoivent les eaux 
de sources abondantes ; mais dans un grand nombre, de localités » 
los sources manquent; il faut y suppléer par des barrages, des 
réservoirs, des puits. 

Les barrages des cours d'eau de 1 Algérie sont encore infiniment 



446 ) 
rares. Le plus important est sans contredit celui qui a été établi 
par le général Lamoricière , sur le Sig . à la sortie de la gorge 
qu'il parcourt dans le petit Atlas ; ce barrage n'est que la restau- 
ration d'un ouvrage construit par les anciens conquérants du pays. 

Nous avons dit qu'il aurait pu avoir un niveau plus élevé , et 
distribuer les eaux dans la partie supérieure de la plaine ; on de- 
vrait dès à-présent réglementer les prises d'eau , alin de réserver 
pour l'avenir le droit de toutes les terres. Cela est d'autant plus 
facile, qu'en Algérie, par des dispositions législatives nouvelles , 
tous les cours d'eau appartiennent à l'État. 

Le plus grand nombre des rivières qui sortent des gorges de 
l'Atlas pourront être barrées pour servir aux irrigations de la 
Mitidja. L'Arrach, et ses affluents comme la Cheebak, le Massafran 
et ses affluents, comme la Chiffa, le Bouroumi , l'Oued-Djer, etc., 
rendront alors d'éminents services ; dans l'ouest , le Chélif , 
l'Habra , le Hilhil , etc., fertiliseront les vastes plaines qu'ils 
parcourent. 

Les réservoirs sont de première nécessité sur une terre où les 
cours d'eau et les sources sont rares et peu abondants , où les 
pluies manquent pendant tout l'été ; on a proposé d'en former au 
moyen de barrages, qui non seulement serviraient àélever le niveau 
des rivières , mais à faire des emmagasinements d'eau dans les 
vallées- Il est des gorges étroites , profondes , incultes , qu'on 
pourra en effet convertir en réservoirs. Mais ces travaux seront 
à la fois et plus dispendieux et moins productifs , parce que les 
barrages pour tenir les eaux à une hauteur considérable coûteront 
des sommes immenses. Les réservoirs créés en France pour l'ali- 
mentation des canaux à point de partage , celui du canal de 
Bourgogne , par exemple , nous offrent des exemples de ces 
entreprises admirables mais très coûteuses , et en Afrique , 
l'excessive évaporation qui s'effectue pendant l'été fera évanouir 
une partie des avautages qu'on s'en promettrait. Nous ne pouvons 
cependant dire que, dans des circonstances toul-à-fait favorables 
on ne pourra tenter ce genre de travaux. 



( 44<ï 

Les Romains ont construit , avec le caractère grandiose qu'ils 
savaient imprimer à leurs œuvres, de vastesciternes dans lesquelles 
les eaux des ruisseaux étaient conduites directement ou au moyen 
d'aqueducs , et dans lesquelles étaient rassemblées les eaux 
des pluies. Nous n'avons rien bâti dans ce genre ; nous avons 
seulement restaure et en partie utilisé les travaux de nos devan- 
ciers à Arzeu, à Stora, à Philippeville, à Constantine, à Tlemcen. 
Nous dépasserions l'effet utile des travaux de nos devanciers, si 
nous fermions les vallées sauvages parcourues par des torrents 
fougueux. 

Les puits creusés en Algérie sont encore en nombre peu considé- 
rable. Il faut les multiplier, soit pour suppléer à l'insuffisance des 
sources , soit pour obtenir une eau de meilleure qualité 
Ceux qui ne reçoivent que les eaux qui ont pénétré dans les 
couches superficielles du sol peuvent souvent suffire aux besoins 
des centres des populations. Selon la remarque de M. Renou , 
l'Algérie est aussi riche en eau que le centre de la France. Si 
dans cette partie de notre pays, on n'avait pris le soin de creuser 
des puits , les populations n'auraient pu y vivre. Quand les tra- 
vaux de l'homme auront pu prendre le même développement en 
Algérie , telle contrée qui n'admet pas d'habitants aujourd'hui se 
peuplera facilement. 

Les puits artésiens, qui vont chercher et font remonter les nappes 
d'eau situées à de grandes profondeurs, rendront plus de services 
encore. On peut en établir dans le Sud ; mais nous avons dit que 
la constitution du sol du Tell ne permettait pas d'espérer qu'on 
obtiendrait, en beaucoup de lieux, des eaux jaillissantes. Il faudra 
tenter de les atteindre partout où les connaissances géologiques 
font supposer qu'elles existent. Le gouvernement doit s'imposer 
l'obligation de fournir à ce sujet des renseignements précis. 

Les puits absorbants , d'un effet inverse , seront établis pour 
servir aux dessèchements, quand des terrains sans écoulement 
seront séparés des couches perméables par des bancs de glaises, etc. 

Lu norias, sont l'accompagnement ordinaire des puits , ce *ont 



[ 447 ) 
des roues garnies d'une chaîne sans fin portant des pots , qui à ia 
partie inférieure s'enfoncent dans l'eau, s'emplissent de liquide, 
qu'ils vont déverser à la partie supérieure. Ce système est géné- 
ralement mis en mouvement par un manège. 

Les vases des norias ont généralement un trou assez grand , à 
leur fond , pour permettre à l'air de s'échapper quand ils plongent 
dans l'eau par leur ouverture supérieure: quand le vase remonte, 
l'eau coule par les trous du fond. On a voulu garnir les trous du 
fond d'un clapet , pour remédier aces déperditions , mais ces con- 
structions sont généralement si imparfaites que les clapets laissent 
perdre autant d'eau que les ouvertures libres. Il y a là quelques 
études à faire. 

Les fontaines , les abreuvoirs , tes lavoirs publics , sont des con 
structions d'une grande utilité ; mais parfois , au lieu de bâtir de 
petits monuments qui ne servent que de décoration , on aurait dû 
employer les fonds en travaux nécessaires , pour amener l'eau qui 
manquait dans la localité. Ainsi dans le village de Mousaïa , on a 
construit une belle fonlaineet un lavoir, sur le plan ordinaire , 
d'autres fontaines sont en projet , mais cette localité n'a pas d'eau 
courante , elle n'a que des puits. Par contre, on ne voit pas de 
fontaine à Saint-Denis du Sig qui a des eaux abondantes. Les 
fontaines avec leurs accessoires coûtent 3,000 fr. et plus. 

Les bains thermaux sont des établissements utiles qu'il -faut con- 
server: on pourra former des établissements aux lieux qui ont été 
indiqués ; celui situé sur la route de Milianah à Cherchel a de 
l'importance. 

Les moteurs hydrauliques, ces précieux agents de l'industrie, sont 
rares en Algérie; l'on nedoitpas désirerqu'ilssemultiplientailleurs 
que dans les lieux où les cultures ne sont pas possibles, comme 
dans les gorges étroites et profondes. Hors de là , les eaux sont 
trop précieuses, sous un climat brûlant, pour n'être pas plus pro- 
ductivement consacrées à favoriser la végétation. Qu'on ne croie 
pas que l'eau employée par un moulin ait encore toute son utilité: 
elle ne communique le mouvement à la roue hydraulique qu'à la 



U8 

condition de descendre par une chute a un niveau inférieur ; elie 
ne peut donc plus être répandue sur la surface du terrain supé- 
rieur; l'étendue des terres irrigables est diminuée quelquefois dans 
une proportion considérable , et la force obtenue est payée bien 
chèrement. Pour releverl'eau il faudrait une force plusgrande que 
celle qu'on a obtenue par la chute ; ce serait donc un mauvais cal 
cul que de la ramener à son niveau. Du reste pour jugerde l'utilité 
d'un moulin, il faut comparer la valeur de la force motrice à la 
valeur des terrains irrigables, dans un lieu déterminé. Cette der- 
nière finira par l'emporter en beaucoup de localités ; aussi le gou- 
vernement fait-il sagement de se réserver dans toutes les conces- 
sions de forces hydrauliques le droit de disposer des eaux dans 
un but d'utilité publique et notamment pour les irrigations. 
Quoi qu'il en soit, la pente des rivières est telle que presque toutes 
peuvent permettre de créer de nombreuses usines , dont l'eau 
serait le moteur; par exemple, la Seybouse entre Guelma et Bone 
a 240 m de pente sur 60 kilomètres de parcours , non compris les 
détours ; c'est m ,004 de pente par mètre. En réduisant la pente à 
0,001, on aurait, de kilomètre en kilomètre, une chute de trois 
mètres, qui , fournissant 1 mètre cube d'eau par seconde, don- 
nerait une force de 40 chevaux , et un effet utile de 20 à 25 che- 
vaux. Le Rummel, au-delà de sa cascade , a encore une pente 
de 400 m jusqu'à la mer; leBouSellam a près de900 m de pente, 
dans la traversée des montagnes , sur une étendue de 80 kilom. 

Dans tous les cas, ce qu'il faut obtenir , c'est la plus complète 
utilisation des forces hydrauliques; ainsi les moulins placés, à Con- 
stantine, près de la cascadedu Rummel, qui a 70 mètres d'élévation, 
sont bien loin de produire tout l'effet dont ils sont susceptibles ; il 
en est de même de ceux établis sur les chutes de Milianah. 
Presque partout les constructions des moulins sont imparfaites. 
Il faut s'attacher à obtenir de meilleurs dispositions. 

L organisation, administrative de l'Algérie a soulevé de longs dé 
bats. Le caractère presque exclusivement militaire du gouver- 
nement général a suscité les plus vives attaques. Nous avons dit 



( 44-9 ) 
que le gouvernement de la terre conquise est placé dans les attribu- 
tions du Ministère de la guerre; il délègue une large part de son pou- 
voir au chef de l'armée; des généraux de division sont à la tête des 
provinces; les autorités qui administrent les territoires civils sont 
dans la dépendance des commandants militaires, et toute la popula- 
tion indigène est gouvernée par des officiers constituant les bureaux 
arabes et transmettant leurs ordres aux chefs immédiats des tribus. 
C'est à cette organisation qu'on a attribué la lenteur des progrès 
de la colonisation. Bien des personnes croient que si le gouver- 
neur est militaire , son esprit , son intérêt, sa passion le porteront 
plutôt à la guerre qu'à la colonisation. La guerre augmente soa 
influence , offre l'illustration à une noble ambition , fait obtenir 
les récompenses dues aux grandes actions : dans une telle situation 
les administrateurs militaires recherchent sans cesse des conquêtes 
nouvelles et non la pacification du pays. Ils emploient volontiers 
la force à la place des négociations et des moyens de persuasion ; 
ils indisposent les populations indigènes au lieu de les attirer à 
nous et de les assimiler. Quant à la conduite de l'autorité militaire 
vis-à-vis des européens, on l'accuse d'être hautaine , dure , arbi- 
traire; on croit les généraux, qui ont l'habitude de ne donner que 
des ordres à des subordonnés, peu propres à administrer une popu- 
lation civile, surtout celle de la France constitutionnelle , qui a vécu 
de la vie républicaine. On a cité des actes arbitraires , qui 
révoltaient les esprits généreux , des expulsions violentes du ter- 
ritoire , même des dépossessions. Enfin on a déclaré que les chefs 
militaires manquaient tout-à-fait des connaissances nécessaires à 
la gestion des intérêts de notre colonie naissante , qu'ils ne pou- 
vaient savoir quelles étaient les mesures économiques et scienti- 
fiques qui devaient favoriser son développement. 

La conclusion tirée de ces considérations était qu'il fallait rem- 
placer le gouverneur militaire par un administrateur civil , d'un 
titre quelconque , et comme conséquence, qu'il fallait enlever au 
Ministre de la guerre l'administration de l'Algérie. 

L'armée a trop d'importance en Algérie , son action est trop 



( 450 ) 
indispensable, trop continue, trop décisive, trop mêlée à toute 
chose pour que le chef de l'armée ne soit pas en même temps le 
commandant du pays. On ne comprendrait pas que le général, qui 
commande à une si grande masse de troupes et accomplit une 
tâche si rude et si vaste, fût subordonné à un homme chargé des 
intérêts civils , actuellement si peu développés et si petits , si on 
les compare à l'immense mission de subjuguer un peuple presque 
indomptable et de conquérir une contrée si hérissée de difficultés. 

Les griefs qu'on a présentés contre le gouvernement militaire 
n'ont pas d'ailleurs toute la valeur qu'on leur a attribuée. Les con- 
quêtes dont on s'est plaint sont bien loin d'être aussi injustifia- 
bles et aussi infructueuses qu'on l'a dit. Nous ne soutiendrons pas 
que l'esprit guerrier n'ait quelquefois entraîné nos généraux 
dans des entreprises d'une utilité douteuse. Mais , en somme , les 
expéditions nombreuses , dont on fait la critique , étaient la con - 
séquence inévitable du caractère des populations indigènes , de la 
configuration du pays. La description que nous en avons donnée a 
suffisamment fait comprendre que nous ne pouvons atteindre les 
grandes communications , les plaines cultivables , les lignes stra- 
tégiques qui assurent la domination et rendent maîtres du com- 
merce et de l'existence même des habitants de l'Atlantide, qu'en 
quittant le versant maritime du petit Atlas , en se transportant 
entre les deux grandes chaînes de montagnes qui traversent 
l'Algérie , en nous établissant solidement dans les grandes vallées 
qui se succèdent les unes aux autres et s'ouvrent une issue sur les 
points importants du littoral , enfin en occupant fortement les 
crêtes qui s'élèvent aux limites du Tell et les défilés qui conduisent 
dans le Sahara. 

On a essayé de l'occupation restreinte à quelques points du 
littotal : on n'a fait que créer près de nous un ennemi puissant , 
nous enveloppant et nous resserrant tous les jours de plus près , 
et venant enfin nous déclarer insolemment la guerre , incendier 
les demeures de nos colons et les décapiter jusqu'aux portes d'Al- 
ger. La conquête totale des voies du sud était nécessaire. Les 



( 451 ) 
règles de l'art militaire nous ont prescrit de porter la guerre chez 
les Arabes , non de les attendre en restant sur la défensive. Le 
succès a justifié ce système. 

Si , la conquête achevée , on voulait continuer à guerroyer , si 
on ne profitait pas de l'ascendant que nous donne la valeur de nos 
troupes et nos victoires , pour régler par les voies pacifiques les 
différends qui peuyent naître entre nous et les indigènes , si nous 
ne demandions pas à une bonne politique tout ce qu'elle peut 
enlever aux armes , le reproche de rechercher les batailles serait 
mérité. Mais jusqu'ici nous ne saurions qu'applaudir à la manière 
dont a été conduite la grande entreprise dont nos soldats ont été 
chargés. La paix est conquise, il faut savoir la conserver ; il serait 
imprudent, nous dirions presque impossible, d'ôter ce soin à ceux 
qui ont su l'obtenir par la force de leurs combinaisons et leurs 
périlleux travaux. 

L'arbitraire de l'autorité militaire dans la gestion des intérêts 
civils constitue-t-il une raison suffisante pour la détruire? sans 
doute des actes absolus , insupportables , ont été commis , mais 
il faut se reporter aux temps , et comprendre les nécessités d'une 
société qui se forme au milieu de circonstances si exceptionnelles. 

D'ailleurs le despotisme et l'arbitraire ne sont pas indissoluble- 
ment inhérents à l'autorité militaire ; les actes qu'on lui reproche 
tiennent à l'absence de règle et non au caractère nécessaire des 
chefs ; il faut limiter leur pouvoir , lui imposer un frein , garantir 
avec soin les droits du citoyen , mais il ne faut pas énerver le 
commandement , ni le diviser , ni le confier à des mains qui ne 
peuvent encore l'exercer , quand la force est le principal moyen 
d'ordre , le seul peut-être qu'on rencontre sur un sol ébranlé , 
au milieu de populations toujours frémissantes. 

L'ignorance des choses civiles dont on accuse les généraux , 
ne saurait être un motif de les dépouiller des commande- 
ments qu'ils exercent. S'il est vrai que leurs études n'ont que par 
exception été tournées vers l'administration et l'économie publi- 
que , c'est précisément à cause de cette circonstance qu'on 



( 452 ) 

a placé a côté d'eux des administrateurs civils : il faut bien dé- 
terminer les attributions de ces derniers , les étendre , les rendre 
indépendantes dans tous les cas possibles , localiser les déci- 
sions aussi souvent que le permet l'intérêt général ; on armera 
ainsi à une bonne et profitable gestion , en conservant tous les 
éléments de force que les événements peuvent exiger. Nous ne 
faisons aucune difficulté d'admettre qu'on pourrait avec un grand 
succès , mettre à la tête de la colonie un homme sans grade mili- 
taire, mais d'un caractère élevé, d'un esprit éminent, d'une grande 
autorité, unissant à la vigueur de la volonté , le savoir théorique 
et la connaissance pratique des grands moyens de production , 
se dévouant tout entier à son œuvre, s'identifiant avec elle, lui con- 
sacranttoutes ses facultés et toute sa vie, y attachant son avenir et 
sa gloire, comprenant bien qu'il ferait plus pour l'illustration de 
son nom en fondant une société prospère, qu'en livrant quelques 
combats aux barbares, et en conquérant quelques parcelles de terre 
inutile; mais un homme de ce caractère peut se rencontrer parmi 
les militaires comme parmi les personnages civils, et, s'il a conquis 
jes épaulettes de général, il réunira certes une condition de plus 
pour lutter contre les difficultés de l'entreprise qui lui est confiée 
et en triompher. 

On proposa plus sérieusement de créer un ministère spécial 
pour l'Algérie. Il y avait là une pensée profonde , qui appréciait 
l'importance de notre conquête , s'attachait essentiellement à réa 
liser l'entreprise de la colonisation, et faisait ressortir la nécessité 
d'en confier la direction à un grand administrateur faisant son 
unique occupation de cette œuvre compliquée ; mais un obstacle 
insurmontable s'opposait à la réalisation de cette proposition qui 
pouvait sous certains rapports- être féconde en heureux résultats : 
la défense du pays était toujours une affaire qui l'emportait im- 
mensément sur toutes les autres ; l'armée devait encore avoir une 
importance plus considérable que les institutions administratives , 
il était impossible de la mettre dans les mains d'un adminis- 
trateur civil , de la faire diriger par un ministre étranger à la 
spécialité des armes , et nommer un nouveau ministre militaire 



( 453 ) 
c'était instituer deux ministres de la guerre , c'était partager 
l'armée , sans pouvoir combiner les éléments des deux portions 
pour la meilleure défense du pays. On n'admit pas ce projet. 

Un autre système a été préconisé : il consistait à reporter toutes 
les affaires de notre établissement algérien entre les différents 
ministères , comme s'il ne composait qu'une province de France. 
C'eût été jeter la colonie dans l'anarchie ; c'eût été en rendre la 
conservation impossible : au milieu des volontés diverses, toute 
direction serait disparue , ou plutôt on aurait conservé la même 
pensée et le même chef , mais en les énervant , en les frappant 
d'impuissance ; car l'armée n'aurait pas cessé d'être la force pré- 
dominante , et conséquemment le ministre directeur aurait été le 
même , seulement il aurait eu sans cesse à lutter contre ses collè- 
gues , et à prendre leur avis quand il aurait fallu agir. 

On n'a pas tenté d'opérer cette décentralisation complète , et 
d oter au ministre de la guerre ses principales attributions ; mais 
on a essayé de lui en enlever quelques-unes; on a voulu rattacher 
les administrations spéciales aux divers ministères auxquels elles 
ressortissent: les tribunaux au ministère de la justice, les cultes à 
l'instruction publique , toutes les administrations financières aux 
finances. Ces dispositions amenèrent de graves perturbations, car 
dans un pays dont le gouvernement doit lutter contre des attaques 
incessantes , il faut que la volonté suprême du commandant 
soit promptement et énergiquement accomplie ; la sécurité publi- 
que exige des décisions rapides et homogènes. 

Le gouvernement de l'Algérie devra donc longtemps encore être 
énergiquement constitué , et les affaires de ce pays concentrées 
au ministère de la guerre ; il est difficile de se soustraire à 
cette nécessité. Ce qu'on doit seulement chercher , c'est une 
organisation de l'Algérie , telle que la pensée colonisatrice 
devienne prépondérante, et que 'les résolutions bien méditées 
soient suivies d'une manière continue et efficace. Pour étu- 
dier les systèmes de colonisation , les préparer , les appliquer, 
conserver les traditions , il faut donner une grande force au 



( 454 
comité consultatif établi près le ministère de la guerre , lui 
accorder une autorité pareille à celle du comité de l'infanterie , de 
l'artillerie , du génie, de l'amirauté , etc., le former d'hommes 
éminents choisis dans les sciences , dans le commerce, l'industrie, 
l'agriculture , l'administration , les corps délibérants , et surtout 
parmi ceux qui ontétudié pratiquement l'intéressantecontrée dont 
nous voulons ressusciter la splendeur. Un tel comité , sans rien 
ôter à l'action militaire , sans faire sortir le commandement et 
l'indispensable soin de la sécurité, des mains du ministre compé- 
tent , doit lui donner la connaissance des théories économiques 
et des pratiques administratives , et perpétuer les saines doc- 
trines d'exploitation. La commission permanente , qu'on avait 
instituée au sein de l'Assemblée nationale , n'avait évidemment 
pas le même caractère et ne pouvait le remplacer : celte com- 
mission avait un caractère législatif , non une mission adminis- 
trative ; elle était plus propre a exciter des conflits et troubler 
l'harmonie des pouvoirs qu'à élaborer les vastes questions qui 
se rattachent à l'énorme entreprise qu'on indique par le mot colo- 
nisation. Ne dépendant pas du ministère, elle devait en alarmer 
la responsabilité, plutôt que lui prêter aide et concours; elle 
n'avait pas , du reste , le caractère de durée qui est indispen- 
sable , et le choix de ses membres n'était pas fait dans les condi- 
tions les plus profitables , puisque la politique le dominait. 

Ou nous nous trompons fort, ou le comité de colonisation 
algérienne, établi sur les larges bases que nous avons indiquées , 
satisferait aux besoins de la création de la société européenne sur 
le rivage de l'Atlantide, et permettrait d'attendre le moment où le 
développement de la population civile , et la pacification complète 
de la contrée fera songer à l'organisation définitive d'une région 
qu'il est dans l'esprit de la France de s'assimiler complètement. 
Persuadons-nous, d'ailleurs, qu'une bonne direction est compatible 
avec tous les régimes, et que ce qui est essentiel , c'est de perfec- 
tionner l'action gouvernementale en ce qui concerne l'armée , les 
services généraux, l'administration des territoires civils, celle des 
territoires militaires. 



( 455 ) 

L'armée ne nous occupera pas ici ; c'est à des gens plus com- 
pétents à dire si son organisation laisse quelque chose à désirer. 
Nous avons dit en traitant des voies de'communication, par quels 
moyens on pouvait diminuer l'effectif ; nous dirons en traitant de 
l'administration des tribus , ce qu'il faut attendre des troupes 
arabes. 

Les services généraux sont organisés comme en France , nous 
n'avons pas à nous y arrêter. Les fonctionnaires , qui doivent 
avoir des connaissances bien déterminées , sont choisis dans les 
corps spéciaux ; mais pour l'harmonie des décisions , ils doivent 
être placés sous la direction du ministre de la guerre qui leur 
donne l'emploi. 

L'administration des territoires civils doit avoir une influence 
plus directe sur le développement de la colonisation , nous ferons 
à ce sujet quelques réflexions. 

Si l'on considère les difficultés de l'administration algérienne, 
on reconnaîtra qu'elle doit être confiée aux hommes les plus dis- 
tingués : en France , sous les yeux de l'autorité supérieure , lors- 
que l'on n'a, pour ainsi dire, qu'à laisser à l'activité des citoyens 
tout son essor , les fonctionnaires d'une capacité ordinaire peuvent 
remplir leur mission d'une manière satisfaisante, mais dans un pays 
où tout est à créer , les qualités les plus grandes , le zèle le plus 
éprouvé sont à peine suffisants. Le choix des préfets et des agents 
placés sous leurs ordres doit être fait avec le plus grand soin. 
C'est pour avoir vu à l'œuvre quelques uns de ces fonctionnaires 
que nous avons pu reconnaître l'immensité de la tâche qui leur est 
imposée et le dévouement sans home qu'elle exige. 

Leurs attributions doivent être larges ; autant que possible il 
faut que les résolutions puissent être prises promptement , et en 
évitant toutes les lenteurs d'une administration trop centralisée ; 
sur ce point tout le monde est d'accord. 

La même unanimité n'existe pas sur le contrôle que doit subir 
l'autorité civile : bien des personnes émettent l'avis de créer en 
Algérie des institutions parfaitement calquées sur celles de la France, 



456 ) 

et de donner à chaque commune, à chaque département , des con 
seils électifs , ayant les mêmes prérogatives que nos conseils 
municipaux et nos conseils départementaux. Nous admettons 
que la libre discussion des intérêts locaux est féconde en bons 
résultats : mais quand rien n'est organisé , quand les communes 
et les provinces ne dépensent, pour ainsi dire, que les fonds alloués 
par l'État , quand les particuliers ne possèdent que ce qui leur a 
été libéralement concédé , lorsqu'au milieu des plus excellents 
citoyens sont des aventuriers de toute nation, qui peuvent oublier 
l'intérêt français , lorsque nous sommes en présence d'un ennemi 
habile à profiter des divisions qui peuvent naître parmi nous , il 
est dangereux de procéder à des élections souvent renouvelées , et 
faites par tous les habitants, sans distinction d'origine ni de situa- 
tion; il faut se garder d'organiser la lutte et l'antagonisme. Mais, si 
nous admettons qu'il y a des restrictions à apporter aux droits mu- 
nicipaux des habitants de l'Algérie , et qu'il y a nécessité de 
donner une grande prédominance à l'action administrative , nous 
ne pensons pas au'il y ait utilité à circonscrire si étroitement le 
champ dans lequel doit s'exercer l'autorité civile, à le restreindre 
aux banlieues de ouelques grandes villes. Nous croyons que tous 
les centres européens doivent entrer dans le domaine qui lui est 
réservé ; nous admettons parfaitement que les commandants 
militaires , dans les cas de guerre , dans les temps de troubles , 
puissent ressaisir immédiatement toute autorité , et décréter 
l'état de siège pour les centres de population européenne ; mais ce 
sont là des circonstances exceptionnelles et transitoires ; dans les 
temps ordinaires, l'action administrative doit être exercée par des 
mains civiles dans tout ce qui touche les personnes qni appartien- 
nent à l'ordre civil. 

Les raisons qui nous ont fait penser que l'autorité supérieure 
devait être conservée au chef militaire n'existent plus ici. L'unité 
de volonté , la rapidité d'exécution sont sauvegardées , si l'action 
gouvernementale reste entière en ses mains ; il n'est pas néces- 
saire que des délégués militaires administrent à tous les degrés : 



( 457 
les officiers sont tout-à-fait inaptes à remplir quelques-unes des 
fonctions qu'on leur attribue, et ils manquent, sans exception , de 
la qualité principale de l'administrateur , la fixité, et par consé- 
quent l'attachement aux localités et l'étude persévérante de leurs 
besoins ; tous considèrent leur position d'administrateur comme 
transitoire ; leur carrière est autre , leur vocation les appelle ail- 
leurs; ils remplissent leur devoir, maiss'enfont décharger au plus tôt. 
Ils n'aiment pas à vieillir dans un emploi qui ne mène à rien , 
comme ils disent ; un nouveau grade est l'objet de leur ambition. 

Une objection se présente pourtant contre l'institution de fonc- 
tions civiles , en tous les points habités par des européens : c'est 
la multiplicité des fonctionnaires , et l'exiguité de la tâche qu'ils 
auront à remplir. Cette objection ne serait très fondée que si l'on 
était forcé de placer , en tous lieux , des agents salariés de la 
puissance publique ; mais l'autorité peut choisir les fonctionnaires 
civils parmi les habitants notables ; en recevant l'institution , ils 
acquièrent un pouvoir suffisant ; leur zèle est assez stimulé par 
quelques avantages spéciaux. 

Si les fonctions administratives ne sont pas confiées avantageu- 
sement aux officiers de l'armée , les fonctions judiciaires peuvent 
moins encore leur être attribuées. Des juges-de-paix et des tri- 
bunaux civils doivent connaître de toutes les affaires conten- 
tieuses. 

On ne manquera pas de dire qu'il est impossible d'établir des 
justices-de-paix dans toutes les localités, et que si on n'en instituait 
que dans celles qui ont quelque importance , les justiciables au- 
raient des espaces considérables à parcourir pour faire juger leurs 
différends. Il faut , au moins, les multiplier dans la limite du pos- 
sible , et tant qu'elles seront rares encore , les juges peuvent , à 
des jours déterminés , prendre siège successivement dans plu- 
sieurs centres de population. C'était ainsi qu'on procédait à l'ori 
gine de l'établissement de l'autorité centrale sur la terre de 
France :les missïdommici, les envoyés du souverain, allaient pré- 
sider aux décisions de lajustice locale. Il enestencoie ainsi dansla 



( 458 ) 

grande Bretagne ; les juges voyagent : ce ne sont pas les plaideurs 
ou les accusés qui vont chercher justice , ce sont les juges qui 
vont à eux ; aussi 12 juges suffisent pour toute l'Angleterre. 

Nous insistons beaucoup sur ce point parce que ce que nous pro- 
posons est essentiellement praticable : nous connaissons en France 
beaucoup de juges de-paix qui ne résident pas au chef-lieu de leur 
canton, et qui vont y prendre siège à des jours connus ; pourquoi 
en Algérie n'iraient-ils pas à des jours différents dans des localités 
diverses ; l'expérience des temps passés et des temps actuels nous 
montre la possibilité de ces arrangements. Ils nous paraissent 
devoir hâter plus que toute autre chose l'organisation civile de 
l'Algérie , et, les frais de prétoire étant faits , la dépense ne sera 
pas démesurément forte. 

L'administration des territoires militaires , c'est-à-dire de ceux 
qui sont habités par les Arabes a présenté la difficulté la plus 
sérieuse qui ait été rencontrée dans l'Algérie ; elle est tout en- 
tière dans les mains des chefs de l'armée. Nous avons dit que 
sous eux , des officiers de différents grades constituent les direc- 
tions et les bureaux arabes, qui sont en rapport immédiat avec les 
chefs indigènes commandant les tribus. 

Les directions et bureaux arabes sont formés par des officiers 
qui ont été choisis avec discernement : tous ceux avec lesquels 
nous avons été en rapport nous ont paru avoir un mérite incon- 
testable ; quelques-uns avaient des qualités éminentes. 

Les chefs indigène* sont consacrés par notre investiture , mais 
ils sont désignés par leur naissance chez les Arabes , par les in- 
fluences qui assurent l'élection chez les Kabyles ; ils exécutent les 
ordres des chefs militaires, ou rendent au moins hommage à notre 
autorité ; ils lèvent les impôts qui étaient accordés au temps des 
Turcs. 

Cette organisation simple , par laquelle nous avons rattaché la 
population indigène à notre gouvernement , était celle qui était 
exigée par les usages traditionnels du pays. Elle nous a rendu 
les plus grands services L'arabe a instinctivement . et à un degré 



( 459 ) 

éniinenl, le respect du pouvoir ; mais pour lui l'idée du pouvoir 
est inséparable de la force : les militaires sont les meilleurs repré- 
sentants du souverain. Nous avons vu à quel point on environne 
de déférence les chefs des bureaux arabes ; ils n'ont pas voulu que 
le vulgaire leur rendît des hommages publics; mais quand les chefs 
les rencontrent, ils descendent de cheval pour venir leur baiser la 
main , comme font les Arabes quand ils rencontrent les caïds , 
etc. Lorsque les chefs des bureaux se rendent chez les aghas , 
leur réception est véritablement splendide , et rappelle les dé- 
monstrations que les seigneurs , escortés de leurs vassaux , pro- 
diguaient à leur suzerain ; quand les généraux vont visiter les 
tribus, ce sont des prises d'armes, des fantasia s des cortèges avec 
déploiement d'enseignes , musique , baise-mains , offrandes du 
lait à l'entrée des tentes , tout le cérémonial qui, au moyen-âge, 
signalait l'arrivée des maîtres de la terre. Certes il y a dans tout 
cet appareil, autant de dissimulation que de véritable soumission; 
mais enfin il y a respect de l'autorité et appréciation de notre 
puissance. 

L'action des bureaux arabes ne se borne pa9 à obtenir des 
démonstrations stériles ; depuis qu'elle s'est généralisée , la sécu- 
rité du pays est grande ; on voit peu d'attaques contre les per- 
sonnes , et les attaques contre la propriété sont le plus souvent 
punies. Nous avons dit que dans presque toutes les parties 
de l'Algérie , on pouvait voyager isolément sans danger , et 
les choses volées sont fort souvent retrouvées et restituées. 
L'instruction criminelle qui a pour but de découvrir les atten- 
tats contre les européens a des résultats souvent plus sûrs 
lorsqu'elle est confiée aux bureaux arabes que lorsqu'elle est 
suivie par la justice ordinaire. Il est vrai qu'ils emploient des 
procédés qui rappellent un peu la justice à la turque ; la baston- 
nade est administrée aux accusés contre lesquels se réunissent des 
présomptions graves. C'est , il faut le dire , une sorte de question 
appliquée à ceux qui sont véhémentement soupçonnés d'un crime. 
Mais ce système est accepté par les indigènes ; il ne répugne ni à 
leur caractère , ni à leur tradition, et, s'il n'était mis en pratique, 



f 460 ) 

on courrait risque d'assurer l'impunité au plus grand nombre des 
coupables * car, dans aucune cause, on ne peut obtenir le témoi- 
gnage d'un Arabe contre un de ses compatriotes accusé par les 
européens. 

Il est une autre méthode fort efficace employée pour arriver à 
la découverte des auteurs de crimes ou délits , c'est d'en rendre 
responsables les tribus sur le territoire desquelles ils ont été com- 
mis , ou celles auxquelles appartiennent les malfaiteurs , quand 
ils sont suffisamment désignés. On leur inflige une forte amende 
jusqu'à ce que les criminels soient livrés ou les objets dérobés 
restitués. Ce procédé a peut-être quelque chose d'excessif; mais 
il est indispensable , et le principe en est déposé dans notre propre 
législation, puisque nos communes sont responsables des pillages, 
etc. On admet que l'autorité locale a l'obligation et la puis- 
sance d'empêcher les méfaits qui s'accomplissent dans sa juri- 
diction. A l'aide de ces moyens , nous le répétons , la sécurité est 
grande en Algérie, dans les temps ordinaires. Les impôts ren- 
trent avec assez de régularité. Il faut dire cependant que la sécu 
rite que procure l'action des bureaux arabes cesse aussitôt que 
le fanatisme des populations se rallume, et que des insurrections 
éclatent sur un point. Pendant et après la guerre de Zaatcha on a 
commis des assassinats en plusieurs cantons qu'on croyait soumis. 

Quoi qu'il en soit , les services rendus par les bureaux arabes 
sont grands; nous disons plus, l'organisation qu'on a choisie pour 
agir sur la population indigène était la seule appropriée au 
pays et aux mœurs de ses habitants ; elle était la seule pos- 
sible. Toutefois chaque chose a ses inconvénients , et après 
avoir rendu pleine justice au dévouement, au courage, à l'intel- 
ligence de nos officiers, nous dirons sans crainte ce qui nous 
semble pouvoir être reproché à l'institution. La première 
impression que nous avons reçue en l'étudiant c'est qu'elle est 
comme enveloppée de mystères ; elle n'est connue que de ceux 
qui en tiennent les fils , ou y prennent une part active ; les 
chefs des bureaux ont des chaouchs , des cavaliers et des fan- 



( 461 ) 
tassins , qu'ils commandent d'une manière absolue , et auxquels 
ils donnent des missions. Ils ont des rapports directs avec les 
chefs des tribus , connaissent toutes leurs affaires , se tiennent au 
courant de ce qui se passe , perçoivent les impôts , jugent les 
différends , infligent des amendes , poursuivent les criminels , 
reçoivent à chaque instant les indigènes qui viennent conférer 
avec eux sur tout ce qui intéresse les populations placées sous 
leur autorité , et tous leurs rapports ont lieu au moyen d'agents 
dont seuls ils connaissent les noms , le mode d'action , le lieu de 
résidence, les intermédiaires, les affiliations]; tout cela fonctionne, 
en quelque sorte, dans le secret, et presque sans contrôle possible. 
Si l'on observe la tendance des bureaux arabes, elle semble peu 
propre à favoriser la colonisation européenne : leurs chefs, par un 
inévitable effet de leur position , par le sentiment même de leur 
devoir , comme par un invincible entraînement de l'homme à fa- 
voriser ce qui est sa création , ont une propension à consolider la 
nationalité arabe. En l'accroissant ils accroissent leur importance 
et leur sphère d'action. Aussi ils se constituent les défenseurs non 
toujours impartiaux des droits des indigènes; ils les récompensent 
quelquefois au détriment de nos compatriotes : par exemple , ils 
font rétribuer au-delà de ce qui est juste le concours des indigènes 
employés pour retrouver les objets volés , etc., etc. Ils ne voient 
qu'avec déplaisir les parcelles du sol enlevées à la possession de 
leurs administrés ; ils s'opposent en quelque sorte à ce que ces 
derniers abandonnent leurs douaires et viennent offrir leur travail 
aux européens ; ils maintiennent et consolident par tous les moyens, 
les tribus et leur organisation : ils font quelque chose d'analogue 
à ce qu'a fait l'intronisation d'Abd-el-Kader par nos propres mains. 
Le moyen spécial qu'ils emploient pour arriver à cette fin , c'est 
d'exiger un fort impôt (60 fr. par paire de bœufs) des Arabes qui 
exploitent les terres des européens , moyennant un prix de loca- 
tion ou une part de récolte, et d'exiger, en outre, qu'ils paient leur 
impôt dans la tribu à laquelle ils appartiennent ; c'est mettre les 
Arabes dans l'impossibilité de travailler à nos côtés, et de s'habi- 



( 462 ) 

tuer a nos mœurs , a nos pratiques , à notre direction. C'est à se 
demander quelquefois , si ceux qui gouvernent les populations 
musulmanes ne se sont pas persuadés que la France a fait la con- 
quête de l'Algérie expressément pour donner de l'extension aux 
tribus arabes , accroître leur cohésion , les instituer comme corps 
de nation , et favoriser leur civilisation spéciale et distincte. 

Ainsi, tout en reconnaissant les immenses services qu'ont rendus 
les bureaux arabes, nous ne pouvons dissimuler que leur action 
exagérée peut amener des résultats contraires à ceux qu'on en 
attend ; ils fortifient , on pourrait dire plus justement, ils font 
naître la nationalité arabe. 

Cette mission on la concevrait , dans une certaine limite , si 
l'on pouvait croire que nous arriverons à assimiler les races indi- 
gènes à notre grande famille , que les deux nations se confondront 
sous la même loi pour former un tout politique dont les éléments , 
fort disparates à l'origine , s'harmonieraient par l'action du temps . 
Aux yeux de quelques personnes , l'assimilation parait possible , 
pour d'autres, elle est restée douteuse , même impossible. 

Tout sépare les deux races : l'origine , la langue , la loi civile 
et religieuse , les traditions , les événements actuels , les intérêts 
d'avenir. Les Arabes^ qui vivent en recueillant, presque sans travail, 
ce que produit une large surface de terre , sentent que nous tou- 
chons à leur vie , en nous installant sur le sol qu'ils occupent ; 
ils comprennent que nous venons soustraire quelque chose à leur 
part , et limiter, non seulement leur richesse , mais leurs moyens 
d'existence les plus strictement nécessaires, car ils ne comprennent 
pas une transformation de cul turc. Ils joignent donc à la haine hé- 
réditaire du nom chrétien, la douleur de la spoliation commencée, et 
l'appréhension de la spoliation future. Nous avons interrogé ceux 
des chefs des hureaux arabes qui se montraient les plus intrépides 
défenseurs des indigènes , les plus dévoués aux intérêts du peu- 
ple vaincu , nous leur avons demandé s'ils croyaient à la sincérité 
de la soumission des tribus , s'ils pensaient qu'elles resteraient 
dévouées lorsqu'on viendrait réveiller leur fanatisme , ou la vieille 



( 463 ] 

haine contre l'étranger ; il n'est pas un officier qui n'ait répondu 
qu'il ne fallait compter sur l'amitié d'aucun arabe , pas même de 
ceux qui se battent dans nos rangs. 

Ces causes d'éternelle inimitié ne subsisteraient pas que l'orga 
nisation sociale des deux peuples , que la constitution de la 
famille s'opposerait à toute assimilation. Il faudra deux lois, 
deux administrations , parce qu'il y aura deux sociétés diffé- 
rentes sur une même terre. Les Maures et les Espagnols restè- 
rent distincts ; les Turcs et les Grecs n'entrèrent dans aucune 
union ; les Français et les Arabes ne se confondront pas : la 
religion de Mahomet est la réaction du sensualisme de l'Orient , 
contre ce que le christianisme avait de trop spirituel pour cer- 
tains climats, pour certaines races; les sectateurs du Prophète 
n'arriveront pas à s'unir avec les adorateurs du Christ , les uns 
doivent écarter les autres, selon le temps et selon les lieux. 
L'Arabe abandonnera les rives de la Méditerranée; il cédera 
la place aux peuples qui ont plus de lumière et qui portent en 
eux plus de puissance scientifique et morale. Descendu dans la 
barbarie , il ira vivre dans les zones qui semblent créées pour ses 
mœurs et ses instincts , les pays de parcours , les régions saha- 
riennes ; les bords de cette mer qui fût le centre du vieux 
monde romain redeviendront le centre de la civilisation moderne. 

Mais c'est là l'œuvre des siècles ! 

En attendant nous devons gouverner ce peuple qui habite une 
terre que nous avons voulu rendre française. Qu'avons nous à faire 
dans la situation produite par l'antagonisme des races ? Notre 
caractère , nos mœurs , la mission civilisatrice que nous avons 
acceptée et que nous acceptons toujours , sont un sûr garant que 
nous ne hâterons pas , par la violence , la destruction d'une nation 
abaissée. Nous sommes plutôt enclins à soutenir et à relever 
des hommes dont les ancêtres ont été brillants et braves, 
et qui conservent encore des qualités personnelles remarquables. 
Nous avons garanti les droits , les propriétés, les croyances ; nous 
avons travaillé et travaillons à l'amélioration morale et matérielle 



464 ) 
des vaincus, il faut songer aussi à notre devoir comme na- 
tion et travailler au développement de la puissance française. Les 
bureaux arabes', qui ont rendu de si éclatants services, et qu'on 
serait dans l'impossibilité de remplacer, doivent modifier leurs 
errements : Notre politique doit consister à isoler le plus pos 
siblej les tribus , à abolir successivement les grandes existences , 
les vastes commandements, les appointements qui se sont élevés 
autrefois jusqu'à 24,000 fr., et à refuser les vastes concessions 
comme celle de 1,500 hectares faite au descendant de Sidi- 
Embarrack , dont la juridiction s'étend de la Mitidja au Chélif. 
11 faut tendre à diminuer de jour en jour l'autorité des califats , 
des aghas , etc. , et à placer le chef de chaque tribu sous l'autorité 
directe des bureaux arabes. 

Nous devons aller plus loin : nous devons favoriser par tous 
les moyens, la séparation des individus de la tribu et leur associa- 
tion aux travailleurs européens. Les Arabes , en grand nombre , 
vivent à l'état de prolétaires, ils ne possèdent point de troupeaux ; 
ils n'ont pas les moyens de cultiver la terre ; ils travaillent pour 
les chefs , pour les riches , et la part qu'on leur laisse est bien 
chétive ; les exactions auxquelles ils sont soumis sont bien crian- 
tes ; ils ont une tendance à travailler pour nous , ils ont foi en 
notre justice , ils savent que les bénéfices que nous leur laissons 
sont plus élevés. Il faut favoriser cette tendance ; il faut égrener 
la tribu, si nous pouvons parler ainsi : à l'état de nation , au 
milieu des douaires , sous des chefs intéressés à les tenir isoles , le- 
Arabes resteront nos ennemis ; mais à notre contact , les individus 
oublieront la tente , les mœurs nomades et leurs anciens compa- 
triotes; ils deviendront d'utiles travailleurs. Il faut se persuader 
que le fanatisme n'est pas la cause principale qui nous rend les 
Arabes hostiles ; c'est la cupidité et l'ambition des chefs qui, le 
plus souvent , les soulèvent contre nous. Les associer à nos 
travaux , à nos mœurs, à nos profits, à nos garanties, à nos 
libertés, c'est accroître notre puissance , c'est diminuer nos 
dangers. S'il est nécessaire de laisser sous le commandement des 



165 

bureaux arabes les tribus qui habitent les territoires militaires , 
on n'a pas les mêmes raisons de maintenir sous les ordres de nos 
officiers, les tribus qui sont enclavées dans les territoires civils ; 
rien n'empêche de confier à nos administrateurs la direction de 
ces tribus isolées , tant qu'elles seront animées d'un esprit paci- 
fique ; on ne les placerait sous le régime militaire qu'autant qu'elles 
auraient des habitudes hostiles. Nous penchons à croire que, dans les 
localités voisines de nos centres de population , une gendarmerie 
intelligente et bien organisée obtiendrait, pour la répression des 
délits, des résultats satisfaisants. Cette partie de la force publique 
est fort respectée des indigènes , et le courage ne manque pas aux 
agents qui la composent : on nous a donné la preuve que des gen- 
darmes s'en allaient quelquefois, au nombre de deux , saisir des 
coupables au milieu des tribus, et les ramenaientpour les mettre 
dans les mains de la justice. 

Si la gendarmerie algérienne pouvait suffire à cette tâche 
difficile, il faudrait lui donner l'extension nécessaire, par plusieurs 
raisons : ce serait d'abord économique , tous les services publics 
faits par les indigènes coûtent plus que lorsqu'ils sont confiés à 
nos nationaux. Ensuite on constituerait en Algérie une force vrai- 
ment française et un élément de population. On facilitera beau- 
coup par ces moyens la dissociation et la métamorphose des élé- 
ments arabes. L'administration de la guerre est disposée à adop- 
ter ces arrangements , il faut la louer. 

Elle est, de plus, disposée à étendre une mesure utile qui con- 
siste à soumettre les indigènes des villes à des bureaux civils, qui 
les rattacheront aux administrations ordinaires; on séparera ainsi 
plus profondément des véritables nomades, les Maures et les 
Arabes des cités. 

On songera probablement à nationaliser les Israélites , dont 
la loi civile n'est pas en opposition avec la nôtre, et qui au- 
raient tout à perdre à notre expulsion; on pourra , au moins , les 
rattacher plus étroitement à notre organisation administrative. Sans 
doute les Arabes qui les méprisent, verraient avec étonnement leur 

31 



( 406 

assimilation aux citoyens français , mais il serait facile de faire 
comprendre aux tribus musulmanes qu'il leur est loisible de se 
rapprocber de nous plus intimement. 

Ce qui peut contribuer le plus directement à établir notre puis- 
sance souveraine , c'est la dislrilm lion de la justice. Les Arabes 
préfèrent nos tribunaux à ceux de leurs cadis ; ils reconnais- 
sent qu'ils sont plus éclairés, plus impartiaux, plus à l'abri des 
influences et de la corruption ; c'est un sujet d'admiration pour 
eux de voir le pauvre protégé contre le riche et le puissant. C'est 
une disposition dont il faut profiter. Il sera utile d'amener pro- 
gressivement les Arabes à en appeler de la sentence de leurs juges 
aux tribunaux français : cela deviendrait surtout praticable si 
les sièges judiciaires étaient institués en nombre suffisant dans 
toute la zone colonisable. C'est à l'aide des corps chargés de dis- 
penser la justice que le pouvoir central de la France a éteint la 
juridiction féodale, amoindri la puissance des grands vassaux de la 
couronne et des seigneurs indépendants , et constitué la véritable 
force souveraine ; par les mêmes moyens, il obtiendra les mêmes 
succès en Algérie. 

La création des écoles , des mosquées , des institutions reli- 
gieuses, peut concourir à étendre et consolider notre influence. 
Nous avons l'obligation de les entretenir, puisque souvent nous 
nous sommes emparés des biens qui avaient été consacrés, par des 
fondations pieuses, à secourir les pèlerins, les pauvres, les mara- 
bouts , etc. ; ces institutions habilement gérées , peuvent nous 
être fort profitables , en faisant apprécier notre esprit de justice 
et de libéralité ; elles seront parfaitement nuisibles si elles sont 
abandonnées à elles-mêmes , et exploitées par le fanatisme. Elles 
contribueront alors à perpétuer et constituer plus fortement la 
nationalité arabe et accroître ses dispositions anti -chrétiennes. 

Après avoir laissé tomber en désuétude les habitudes de subordi- 
nation des tribus entre-clles, il faut surveiller les actes administratifs 
qu'accomplissent pour nous les chefs indigènes : ils lèvent le tri 
but , et pour celte fonction nous leur abandonnons , outre leurs 
appointements , le cinquième de ce qu'ils versent dans nos 



',.67 ) • 
caisses. C'est déjà beaucoup ; mais il est avoué que celte quo- 
tité est la moindre part de ce qu'ils retiennent. Des généraux , 
des colonels qui ont dirigé des expéditions pour contraindre 
les tribus récalcitrantes à payer l'impôt qu'elles devaient , 
nous ont dit qu'en arrivant sur leur territoire , ils les trou- 
vaient disposées à s'acquitter au plus tôt , et même à payer le 
tiers ou la moitié en sus pour couvrir les frais d'expédition , et 
quand ils leur demandaient pourquoi elles n'avaient pas évité 
l'amende, en s'acquittanl en temps utile, elles répondaient qu'elles 
avaient encore du bénéfice à payer ainsi , en nos mains ; les chefs 
que nous reconnaissons commettent donc des exactions en notre 
nom , ils y trouvent le double avantage de s'enrichir et de faire 
détester notre domination. 

Use preuve suffit pour montrer combien nous profitons peu des 
impôts levés sur la population indigène : les Arabes ont payé 
pour 1850 la somme de 4,000,000 fr. pour les impôts de toute 
nature ; parmi eux est l'Achour, ou le dixième des produits du 
sol ; ces produits nous ne les connaissons pas ; mais on évalue à 
2,500,000 âmes, au moins , la population arabe ; si chaque indi- 
vidu consomme en moyenne 2 hectolitres de blé par an (nous en 
consommons 2 1/2), la production doit s'élever à 5,000,000 
d'hect. La dîme devrait être de 500,000 hectolitres. La valeur 
supputée à 10 fr. serait de 5,000,000 fr. pour le froment seul ! 
L'orge devrait donner davantage , et ainsi du reste. Certes cette 
dîme est exigée par les chefs, mais elle n'entre pas dans nos caisses. 

A en juger par ce que nous tirons des chefs, les populations 
devraient être bien ménagées , puisque 4,000,000 fr. payés par 
2,500,000 individus ne donnent que 1 fr. 60 c. par tête : les 
plaintes qui nous parviennent nous donnent la certitude que les 
indigènes ont bien autre chose à payer. 

On amènerait facilement les Arabes à comprendre combien il 
serait avantageux pour eux d'acquitter leurs contributions dans 
les mains de nos percepteurs ; là où ceux-ci ne pourraient régulière- 
ment s'établir , il faudrait faire bien savoir aux Arabes ce qu'ils 



( 468 ) 

ont à payer , ce que leurs chefs versent effectivement en nos 
mains : on diminuerait ainsi les chargea qui pèsent sur les vain 
tus ; on leur ferait p!us aimer notre domination ; on diminuerait 
la richesse et l'influence des chefs ; on accroîtrait notre prédo- 
minance ; l'exercice de la souveraineté passerait en entier dans 
nos mains ; on ne laisserait, pour ainsi dire, aux chefs indigènes 
que les fonctions municipales. 

C'est ici le lieu de parler de t armement des Arabes. Nous 
avons dit qu'on a organisé des régiments d'infanterie et des 
régiments de spahis ou cavaliers indigènes ; les bureaux arabes 
ont à leur service des fantassins et des cavaliers irrégulicrs ; 
certaines tribus forment le magzem ; quelques-unes forment un 
contingent extraordinaire de guerre ou Goum. 

Les militaires les plus distingués n'hésitent pas à déclarer que 
les fantassins arabes ne rendent que de bien médiocres services , 
qu'il n'y a pas la moindre similitude à établir entre eux et l'infan- 
terie française ; ils n'ont pas le même savoir , la même solidité, 
la même valeur que nos soldats. 

Nous ajouterons à ces considérations que les Arabes ne sont 
point propres à tous les travaux comme nos troupes , et que leur 
solde est à peu près perdue pour notre commerce. 

La cavalerie arabe a généralement mérité des éloges; sans 
doute elle ne saurait être rivale de la cavalerie française pour la 
bravoure, mais elle se bat bien ; elle a une rapidité parfaite, 
connaît les difficultés du pays et en parle la langue ; elle peut 
donc rendre de bons services à titre d'éclaireurs et de guides. 
Mais les bureaux arabes ont des cavaliers qui , sans être enré- 
gimentés , sans être instruits dans la manœuvre européenne , 
rempliraient les mêmes fonctions. Ils s'en acquitteraient même 
d'une manière plus utile, puisqu'ils fourniraient des renseigne- 
ments plus exacts et plus étendus sur chacune des localités aux- 
quelles ils appartiennent. On a conduit des spahis de Philippeville 
et de Boneà Constantine, et jusqu'à Zaatcha; quelles notions pou- 
vaient ils donner sur une région qui leur était tout-à-fait inconnue? 



'(69 ) 

Il vaudrait donc mieux employer , comme courriers , comme 
éclaireurs , les spahis attachés aux bureaux arabes , plutôt que 
d'en faire des corps réguliers et instruits , comme on l'a fait. 

En thèse générale, on ne peut dissimuler que ces corps indigènes 
ne présentent des dangers sérieux ; il est imprudent d'armer des 
populations d'humeur belliqueuse , nombreuses, toujours prêtes à 
s'insurger contre nous. Dans une circonstance donnée , elles four- 
niraient un moyen d'action énergique pour l'ennemi intérieur ou 
extérieur : on dit qu'enrôler un Arabe c'est se donner un soldat 
et en enlever un à l'ennemi ; cela serait vrai si l'Arabe était sûr, 
mais tout le monde s'accorde pour déclarer qu'il faut le tenir pour 
suspect. Quoi qu'on fasse , pendant des siècles on n'aura pas le 
cœur des Arabes. Nous avons rapporté le propos que tenait un 
spahis à un général éminent qui l'engageait à faire entrer sou fils 
dans son régiment : lui qui nous avait donné son corps et son 
âme, il ne voulait pas nous donner son fils , car il comptait que 
nous serions partis avant que ce fils ne fût mort , et ne voulait 
pas qu'il fût en exécration aux siens. C'est là l'expression du 
sentiment intime de toute la population indigène. 

Outre le danger d'entretenir des corps entiers qui peuvent de- 
venir ennemis , il y a de graves inconvénients à renvoyer inces- 
samment dans les tribus, des hommes instruits dans la tactique 
militaire : les spahis ne veulent contracter d'engagement que pour 
trois années ; on juge le nombre des hommes exercés qui peu- 
vent retourner dans les tribus. 

Le maréchal Bugeaud recommande ( l'Algérie , p. 30 ) , d'aug- 
menter nos moyens d'action par une bonne composition du 
Magzem ; les cavaliers des tribus qui le composent sont chargés 
de faire rentrer les impôts, ils accompagnent à la guerre le gou- 
verneur et ses lieutenants, et veillent à l'exécution de tous leurs 
ordres ; le maréchal conseille de leur conserver la plupart de 
leurs privilèges , et de leur donner en remplacement de ceux 
qu'on leur enlèverait une solde mensuelle de 15 fr. par chaque 
cavalier , qui serait tenu d'être toujours bien monté et bien armé. 



( 4-70 ) 

Mais en conseillant d'organiter le Magzem , le maréchal . 
déclarait (p. 31) que cette manière économique d'augmenter 
nos troupes à cheval , « ne pourra en aucune façon nous dispenser 
d'avoir une bonne et forte cavalerie régulière. Ne nous faisons pas 
illusion à l'égard du concours des Arabes : ceux qui nous parais- 
sent les plus dévoués ne viendront accroître nos forces qu'autant 
qu'ils nous verront forts et en, mesure de nous passer d'eux et de 
châtier leurs infidélités. » 

Il nous paraît donc évident qu'il faut rester en défiance de 
tels auxiliaires. On objecte que l'Angleterre domine les Indes 
à l'aide des Cipayes , que les troupes qu'elle entretient dans ses 
possessions orientales ne sont qu'une partie presque insignifiante 
de son armée totale. A la bonne heure! Mais l'armée indigène 
qu'elle entretient lui coûte infiniment moins cher que ne lui 
coûterait des régiments anglais , tandis que les cavaliers arabes 
nous coûtent plus que les nôtres. Il serait, de plus , impossible 
au gouvernement britannique de transporter une armée suffisante 
dans son empire indien , taudis que rien ne nous est plus facile 
que de faire traverser la Méditerranée à nos soldats. 

D'ailleurs les conditions de l'Inde et de l'Algérie n'ont aucune 
analogie. Les populations indiennes sont douces , non aguerries 
pour la plupart , sédentaires , industrielles , livrées de toute an- 
tiquité à la culture , conséquemment soumises sans efforts ; elles 
ne sont nullement inquiétées sur la possession du sol qu'elles cul- 
tivent, car les Anglais ne font et ne veulent faire, en ces régions, 
aucune colonisation ; il est interdit aux habitants de la Grande- 
Bretagne d'acquérir des propriétés dans toute l'étendue des pos- 
sessions de la compagnie des Indes ; ils n'ont qu'à exploiter le 
commerce de ces riches contrées. En Algérie , c'est tout autre 
chose; nous avons affaire a des peuples guerriers, turbu- 
lents, fanatiques jusqu'à la férocité, insaisissables, vivant de 
peu et ne produisant rien , ayant besoin de vastes espaces pour 
leurs troupeaux, et voyant d'un œil inquiet les établissements que 
nous avons formés et que nous avons l'obligation d'agrandir. 



• i 471 ) 
. Quelle ressemblance y a-t-il entre des positions si différentes , et 
à quoi peut nous servir l'exemple de l'Angleterre ? 

Nous n'allons pas jusqu'à dire qu'il soit sans utilité d'attirer 
les indigènes dans nos rangs , de les habituer à notre commande- 
ment , à nos pratiques, de les compromettre aux yeux des leurs ; 
de même qu'il est utile de les associer à notre travail , il est avan- 
tageux de les faire combattre avec nous ; mais, en présence des 
faits rapportés , nous dirons qu'il paraît préférable , sous le 
rapport financier , politique , agricole et commercial , d'em- 
ployer des Français que des Arabes ; que les conséquences du 
décret du 13 février 1852 , qui augmente les régiments arabes , 
doivent être suivis avec sollicitude. 

Il faudra demander à une expérience assidûment suivie s'il ne 
faut pas réduire l'instruction militaire des indigènes au strict né 
cessaire ; s'il ne serait pas moins dangereux de se borner à la for- 
mation du Magzem , conseillée par le maréchal Bugeaud ; si les 
fantassins arabes ne doivent pas être congédiés; si les spahis irré- 
guliers des bureaux arabes attachés à chaque localité , ne ren- 
draient pas plus de services que des corps complètement organisés; 
si, dans le cas où l'on reconnaîtrait utile de faire entrer les Arabes 
dans des cadres réguliers, il ne serait pas préférable de les placer 
dans les rangs mêmes de nos régiments, ou d'en faire seulement des 
compagnies d'éclaireurs; enfin, en admettant qu'on reconnût 
l'opportunité de les constituer en corps distincts, s'il ne serait pas 
d'une bonne politique de les faire servir en France, et de les tenir 
plus longtemps sous les drapeaux. 

Exploitation agricole. Nous voici arrivés à la partie prin- 
cipale de notre sujet : la production est le but qu'on se 
propose ; c'est pour elle que tous les autres travaux ont été 
entrepris ; si elle est féconde , elle paiera , par les béné- 
iices qu'elle procurera , tant de dépenses , tant d'efforts , 
tant (ie sacrilices d'hommes braves cl utiles à leur patrie. Mal- 
heureusement son succès est encore douteux ; il y a certes , en 
Algérie quelques champs en bon état de culture , mais je ne sais 



( i72 

s'il y a un domaine rapportant l'intérêt du capital qu'il a absorbé, 
et n'exigeant plus de capitaux pour être mis en valeur. On a donc 
fait beaucoup de préparations , on n'a pas de résultats assurés. 
Qu'y a-t-il donc à l'aire pour arriver à fonder une vaste exploita- 
tion agricole ? il faut choisir les régions dans lesquelles doivent 
s'étendre les champs à cultiver , distribuer aux colons des terres 
en quantités suffisantes , déterminer les cultures capables de 
donner des résultats avantageux, installer les colons et les mettre 
en mesure de travailler. 

Des régions à cultiver. Nous avons vu qu'on a été conduit natu- 
rellement à livrer aux Européens les terres disponibles aux 
environs des postes que nous avons fortifiés, d'abord sur le rivage 
et successivement dans l'intérieur du pays , le long des voies 
perpendiculaires;! la mer, conformément aux règles d'unejudicieuse 
occupation ; en suivant le mouvement de nos troupes , nos éta- 
blissements agricoles trouvaient une protection nécessaire, et assu- 
raient l'écoulement de leurs produits. Ces points isolés étaient les 
p remiers jalons qui devaient guider notre marche progressive; mais 
1 possession de l'Afrique ne sera assurée que lorsque nous aurons 
installé sur cette terre une population dense , bien limitée , 
et bien agglomérée , formant en quelque sorte un corps de na- 
tion , capable de résister lui-même aux iovasions des Arabes , 
occupant un territoire dont toutes les parties communiquent 
rapidement entre- elles et sont en rapport facile avec les grands 
ports des trois provinces. Il s'agit maintenant de déterminer 
l'assiette générale de cette colonisation algérienne, de fixer d'une 
manière précise ce qui doit former le domaine véritablement 
européen , ce qui doit rester essentiellement arabe. Nous ne pou- 
vons point prétendre coloniser toute l'Atlantide; il est des régions 
auxquelles il faut renoncer tout d'abord : les Hauts plateaux , la 
grande Kabylie , le Dahra , l'Ouanseris sont dans ce cas. Il en 
est d'autres qui sont indispensablcmenl destinées à l'exploitation 
française; la description du pa\s, que nous nous sommes attachés à 
donner, a fait suffisamment comprendre q«e le véritable champ 



( m , 

colonial doit s'étendre dans la grande série des vallées qui sépa- 
rent les deux Atlas , à l'ouest dans celle du Chélif , de l'Habra , 
du Sig , qui communiquent sans obstacle avec les vastes plaines 
d'Oran ; à l'est , dans celles de l'Hamza , du Bou-Scllam et des 
affluents du Rummel. 

Ces contrées sont fertiles, généralement salubres ; elles pourront 
se rattacher sans peine à toutes les villes populeuses du littoral , 
à l'ouest à Oran et Arzeu , au centre à Alger , à l'est à Bougie , 
Djidjelli , Stora et Bone ; elles recevront ainsi les marchandises 
nécessaires , les troupes et les munitions , en restant cependant 
à l'abri des attaques extérieures , car les points abordables sont 
rares et fortifiés d'une manière redoutable. Toutes les sections de 
cette grande base de la domination européenne seront très-facile- 
ment unies entre-elles par des routes qu'on peut dès aujourd'hui 
rendre parfaitement accessibles , dans tous les temps , aux 
divers modes de transports. Dans un prochain avenir un chemin de 
fer pourra la parcourir dans toute sa longueur, en jetant des 
embranchements vers les grands ports militaires , décuplant 
ainsi les forces de l'armée qui , du point culminant de Médéah , 
serait portée instantanément aux frontières tunisiennes et ma- 
rocaines , et défendrait énergiquement par sa concentration 
la zone maritime , la limite du sud , et tous les débouchés 
des hautes montagnes ; cette grande voie remplacerait poul- 
ies transports commerciaux , les vastes fleuves qui ont favo- 
risé la colonisation des contrées américaines ; elle serait protégée 
par la puissante agglomération des européens, défendue par 
les places d'armes qui s'élèvent sur le versant sud du petit 
Atlas , sur la longue ligne du versant nord du grand Atlas , 
et s'interposent entre les Kabyles du littoral et les Arabes 
du sud , entre le Dahra et l'Ouanseris. 

Tant que la colonisation française ne sera pas assise dans cette 
contrée centrale , elle n'aura ni consistance ni durée. C'est là 
qu'elle doit avoir son siège, si ello veut prospérer, et délier les 
efforts de ses ennemis extérieurs et intérieurs. 



'Mi 

Nous ne voulons pas dire que pour fonder notre domination 
il faut que toutes les terres des grandes vallées soient livrées aux 
Européens ; les Arabes n'en doivent pas être expulsés ; nous 
croyons seulement qu'on ne fondera rien de \ entablement puis- 
sant, si nos coreligionnaires n'y sont pas dominants, si une portion 
considérable de la surface cultivable de celle région n'arrive , 
par des transactions quelconques , dans des mains civilisées. 

Nous ne prétendons pas non plus renfermer absolument nos ef- 
forts colonisateurs dans la zone que nous avons indiquée; les val- 
lées et les plaines du littoral, comme celles de laprovince d'Oran , 
de la Mitidja , de Cherchell , de Philippevillè , de Bone , de La 
Galle, les territoires qui entourent les points nécessaires d'occu- 
pation , ces premiers sièges de nos travaux , les lignes perpen- 
diculaires qui relient la zone interatlantique à la mer compléte- 
ront la région qui formera la base de notre domination. 

Nous n'insisterons pas sur ces faits , ils nous semblent trop 

évidents ; la configuration du pays détermine impérieusement le 

champ ouvert à notre travail , le lieu où doit s'installer l'élément 

français. 
Distribution des terres. Lorsqu'on conçut la pensée de mettre 

en culture l'Algérie , pour nous indemniser des énormes dépenses 

que nous y faisions , chacun admit ce projet comme possible, 

réel , facile même; on répéta tant de fois : il faut colonise) 

l'Afrique, que sans trop s'inquiéter du moyen d'exécution, on 

crut que cette entreprise allait s'achever incontinent , et l'on fut 

étrangement étonné, quand, après vingt ans d'occupation, on 

vit que la colonisation n'était pas faite , et ne présentait que des 

commencements si inconsistants que tout pouvait s'évanouir au 

moindre accident. 

Nous avons dit les difficultés énormes qui devaient s'opposer à 

nos progrès, dans une contrée presque inaccessible du côté de la 

mer , n'offrant que d'étroites vallées sans communication , tant 

qu'on n'avait pas conquis les grandes voies du sud, privée de routes 

et de rivières navigables , dont le sol est calciné pendant l'été , 



( 'M5 ] 
fangeux durant l'hiver , meurtrier pour ceux qu'assiègent les pri 
vations , à tout instant exposé aux incursions de hordes rapides 
qui , après leurs dévastations , se dérobaient derrière le rideau de 
l'Atlas et dans l'immensité du désert. Mais lors même que toutes 
ces difficultés eussent été surmontées plus tôt , il en est une qui 
eùtparalysé nos efforts, môme dans les lieux oii notre puissance était 
le plus incontestée. Il nous manquait pour coloniser la condition 
sine quâ non ! Nous n'avions pas de terres a donner ! Nous ne 
pouvions offrir une superficie arable qui répondît à la grandeur 
du projet que nous avions formé. 

Les nécessités imposées par la politique , la mansuétude de 
l'administration pour le peuple conquis et tous les jours révolté , 
l'institution des bureaux arabes défendant les prétentions des indi- 
gènes, notre caractère chevaleresque et aussi notre incurie , nous 
empêchèrent de nous créer un domaine colonial. Nous avons dit 
qu'en 1850 l'administration n'avait pu distribuer que 137,000 hec 
tares (1), o'est-à-dire moins que le quart d'un département fran- 
çais (2). Pour arriver à ce chiffre, il a fallu faire des efforts 
inouis , lorsqu'on a voulu installer sur le sol algérien les popula- 
tions que les événements de 1848 avaient privées de toute res- 
source. 

Le défaut de terrain , non-seulement ne permit pas une grande 
extension à nos entreprises agricoles , il empêcha même de tirer 
parti des terres qui étaient réellement disponibles. Nous devions 
faire subir des lenteurs infinies aux immigrants qui attendaient un 
champ. Ils tombaient dans la misère la plus profonde avant d'être 
pourvus , et leurs concessions étaient obtenues à des conditions 
qui n'étaient pas en rapport avec leur goût, leurs études, leur ap- 
titude, leur capital. 

La terre à coloniser étant fort restreinte , l'administration ac- 



(i) Voir le rapport du Ministre Je la guerre au Président de la République 
{Moniteur du r'i septembre 18S0). 

(>) La France a 53,ooo,ooo d'hectares, ou 616,000 hectares par département 



',.70 

cordait des lots qui, pour donner l'aisance, auraient dû être immé- 
diatement défrichés et cultivés d'une manière parfaite , couverts 
rapidement d'habitations et de travailleurs. Dans aucune région, 
l'agriculture n'a débuté ainsi ; partout on a commencé par tirer 
parti de la force productive du sol , en établissant des ja- 
chères , en conservant les pâturages naturels qui nourrissent les 
bestiaux, sans travail et presque sans capital. Ce n'est qu'au moyeu 
des économies faites pendant des siècles que l'exploitation rurale 
est arrivée à ce degré de perfection que nous voyons dans les con- 
trées très-populeuses, très-riches, très-intelligentes , comme la 
Flandre , par exemple. 

L'administration demanda , pour les grandes concessions , une 
redevance de 2 à 3 francs par hectare , et imposa l'obligation de 
verser, à l'avance, un cautionnement; elle n'accorda que des 
titres provisoires aux concessionnaires , se réservant de prononcer 
l'éviction , de faire perdre les capitaux dépensés , de confisquer ie 
cautionnement , si les conditions imposées n'étaient pas remplies. 

Quand on fait une telle situation aux colons, on n'en rencontre 
guère. Comparez-la à celle qui est faite aux émigrants qui se ren- 
dent en Amérique , terre fertile , parcourue par de magnifiques 
voies navigables , sur laquelle le travail est facile parce qu'il peut 
se répartir en toute saison , et où le travailleur n'a plus à redouter 
que quelques faibles indiens. Dans cette contrée , l'acre de terre 
se paie de 1/2 dollar à 2 dollars 1/2 , en moyenne 1 dollar 
l'acre ou 10 fr. l'hectare. C'est le chiffre du cautionnement , et le 
colon américain n'a plus de redevance à payer; il a son titre dé- 
finitif; il fait de sa terre ce qu'il veut ; s'il a la fantaisie de chan- 
ger de résidence , il la vend, et ne court pas le risque de perdre ses 
premiers travaux. 

Nous sommes persuadés que si , en Algérie , comme dans les 
contrées vers lesquelles se dirige le courant des émigrations eu- 
ropéennes , de vastes terrains eussent été disponibles , et mis 
promptement à la disposition des arrivante , concédés sans condi- 
tions , acquis immédiatement à litre de propriété définitive , avec 
faculté d'exploiter selon la convenance du cultivateur , de manière 



177 

à économiser le plus possible et le travail et le capital , la popula- 
tion serait arrivée, et la colonisation se serait faite. Le voisinage 
des côtes de la France , la beauté du climat, la situation sur une 
mer qui est le centre commercial du monde , la richesse des 
produits eussent compensé l'absence des fleuves magnifiques et 
des forêts vierges , la nécessité de concentrer les travaux agri- 
coles en un temps fort court, et les périls que fait courir le fana- 
tisme d'une race farouche. La colonisation se serait faite par des 
hommes doués de ressources pécuniaires , qui auraient été tra- 
vailleurs et propriétaires , et par de grands capitalistes qui au- 
raient installé des fermiers riches seulement de leur vigueur et 
de leur intelligence. 

Quoi qu'il en soit, si l'on ne peut songer pour l'Algérie aux mé- 
thodes qui ne conviennent qu'aux pays entièrement innocupés, au 
moins faut-il que les terres concédées soient assez étendues pour 
qu'une colonisation de quelque valeur puisse s'y asseoir , et que 
les concessions soient faites à des conditions acceptables. L'admi- 
nistration a reconnu tous les empêchements qu'apportaient à la 
colonisation les règlements qui entravaient la liberté du cultivateur 
et du propriétaire. Elle les a presque tous annulés. Il lui reste un 
pas de plus à faire ; elle doit persévérer dans les efforts qu'elle 
a faits pour livrer une étendue convenable de terrain. 

Nous avons à chercher quelle superficie serait indispensable 
pour consti!:er une colonie qui puisse défier toutes les attaques , 
et rendre à la France ce qu'elle lui aura coûté. Pour résoudre ce 
problème , il faut savoir quel est le minimum de la population 
européenne qu'il faut installer, et quelle est la quantité de terre 
qu'il faut lui délivrer. Nous disons qu'il faut établir au moins 
100,000 familles , composées de cinq individus chacune , ou une 
population de 500,000 âmes , et donner à chacune 10 hectares , 
ou 1,000,000 d'hectares pour toutes. Assurément, ces chiffres sont 
bien faibles : les Européens ne représenteraient que le cinquième 
de la population arabe , la population moyenne d'un de nos 
départements , ou moins que la moitié de la population du dépar- 



m ) 

temenl du Nord. Quant a la quantité de terre assignée à chaque 
famille elle n'est certes pas trop considérable. Le lot de 10 hectares, 
est celui adopté pour les colonies agricoles; c'était le minimum 
admis par le maréchal Bugeaud. Une famille peut labourer 8 hec- 
tares, selon les calculs du général Lamoriciére, et si, ce qui est in- 
dispensable, elle laisse des pâturages et des jachères, son lot pour- 
rait avec avantage s'élever à 16 hect. Le général Bedeau, dans son 
projet de colonisation , demandait pour chaque famille 30 hect. , 
mais il lui permettait d'en louer une partie à des Arabes aidant la 
famille. 

Si l'on calcule quelle superficie est nécessaire pour nourrir les 
cultivateurs , l'armée et les populations urbaines , alimenter le 
commerce , qui seul peut procurer aux populations algériennes 
tous les objets que réclame la vie civilisée , on verra que la quan- 
tité d'hectares que nous demandons est à peine suffisante. 

En effet, 1 hectare produit 8 quintaux de blé ou d'orge, 
semence déduite. 

Chaque famille, composée de 5 à 6 personnes, consommera 2 quin- 
taux de blé par personne , ou 12 quintaux de blé. 

Les bêtes de somme et bestiaux con- 
sommeront 12 q.* d'orge. 

Total 24 q. x de grains. 

lit pour les 100,000 familles. . . . 2,400,000 q. 1 de grains 

L'armée est de 75,000 hommes. 

La population urbaine de. 75,000 individus. 

En tout 150,000 individus. 

Consommant chacun2q 1 ou 300,000 q." de blé. 
Les chevaux de l'armée sont au nombre de 18,000 
Ceux de la population civile doivent être au 
nombre do 6,000 

En tout 24,000 chevaux. 

Qui consommeront 300,000 q. 1 d'orge 



( 479 ) 

Les villes et l'armée consommeront donc 600,000 quintaux qui, 
ajoutes à la consommation de la population agricole , formeront 
un total de 3,000,000 de quintaux , ou le produit de 375,000 
hectares produisant chacun 8 quintaux. 

Les 100,000 familles n'ont vendu que 000,000 quintaux , soit 
6 quintaux pour chacune ; elles n'ont donc obtenu qu'une somme 
de 60 à 72 fr. , tout-à-fait insuffisante pour pourvoir à leurs 
nombreux besoins. 11 faut donc qu'elles cultivent des plantes 
commerciales. Si l'on admettait qu'elles puissent consacrer à cette 
culture toujours difficile 1 hectare 25 ares, il faudra 125,000 hec- 
tares pour les 100,000 familles ; ce sera donc 500,000 hectares 
en exploitation. Mais la culture perfectionnée des plantes com- 
merciales ne peut s'effectuer sans bestiaux , il faut des pâturages ; 
les pâturages , les jachères , les terrains consacrés aux jardins , 
aux bâtiments , etc. , exigent au moins une quantité d'hectares 
égale à celle qui est mise en culture. On arrive donc au chiffre de 
10 hectares par famille ou de 1,000,000 d'hectares pour la popu- 
lation indiquée. 

Dans une situation pareille, le sort de la population agricole se- 
rait loin d'être bien fortuné , car elle n'aurait pu vendre que 6 
quintaux de grains , et les produits commerciaux récoltés sur 
1 hectare 25. Son sort ne serait tolérable qu'autant qu'elle 
joindrait à ces bénéfices, les produits des bestiaux pour lesquels 
nous avons laissé un espace de terrain. 

Nous estimons donc que le million d'hectares que nous avons 
demandé pour la culture des Européens , en Algérie , est une 
quantité au-dessous de laquelle on ne peut descendre. Si l'on 
disait à la France qu'elle doit être le maximum de ce qu'elle peut 
prétendre , elle prendrait peut-être , après un profond désen- 
chantement , la résolution de renoncer à une entreprise restée si 
mesquine , malgré la grandeur des efforts qu'elle a faits. 

Mais il faut songer que si le Gouvernement arrivait à obtenir le 
minimum de population et de culture strictement nécessaire pour 
nourrir l'armée et les habitants des villes et des campagne , 



180 ) 

et si le travail des colons les enrichissait , des transactions 
s'opéreraient de gré à gré entre les indigènes et de nouveaux 
arrivants. L'assimilation plus ou moins complète de certains 
individus appartenant aux tribus , porteraient au double , 
ou à 2,000,000 le nombre des hectares soumis au régime de 
la civilisation, et à 1,000,000 celui des habitants que la mère 
patrie pourrait adopter. 

Dans ces conditions , la France devrait compter que ses sa- 
crifices obtiendraient une notable compensation. Sa dépense 
était de 84,000,000 francs, lorsque l'effectif de l'armée était 
de 75,000 hommes; elle est descendue à 74,000,000 fr., 
lorsque l'armée a été réduite à 70,000 hommes ; les impôts 
levés sur les Européens donnent 10,000,000 fr. et ceux des 
Arabes 4,000,000. Nous supposerons que si une popula- 
tion d'un million d'Européens était implantée d'une manière 
compacte au milieu des Arabes , et si les routes étaient dans un 
état tel que les mouvements de troupes pussent s'exécuter toujours 
avec rapidité, une armée de 50,000 hommes serait plus que suffi, 
santé pour la défense de nos intérêts; la dépense descendrait 
certainement au chiffre de 66,000,000 fr. On peut d'autant mieux 
accepter cette réduction que les autres services exigeraient moins 
de frais , et la colonisation cesserait d'avoir besoin des mêmes 
encouragements. 

Les recettes , au contraire , devraient suivre une progression 
ascendante : on pourrait admettre que si une population de 
175,000 individus donne un impôt de 10,000,000 fr. , une popu- 
lation de 1,050,000 individus, avec l'armée, donnerait six fois 
autant, soit 60,000,000. L'impôt des Arabes devra s'accroître 
aussi , parceque de plus nombreuses tribus y seront assujetties 
et parceque la perception sera assise sur de meilleures bases ; 
cet impôt, au iieu de 4,000,000, pourra donner 6,000,000. 
En tout 06,000,000 , chiffre égal à la dépense. 

Cette évaluation peut paraître trop élevée, car toutes les 
recettes ne croîtront pas dans le rapport de l'accroissement de la 



( 481 ) 
population européenne ; mais les colons seront plus riches; ils 
pourront payer la rente de leurs terres ; ils feront de plus fortes 
consommations , et opéreront de plus nombreuses transactions. 
L'impôt doit donner plus , par tête , qu'en France , parceque 
presque tous les contribuables seront propriétaires. Il faut noter 
de plus , que les terrains domaniaux , par le système de culture 
que nous proposerons , devront procurer un revenu considérable. 
Nous croyons donc être dans le vrai , quand nous disons que le 
territoire colonial dont nous fixons le minimum , et la population 
qu'il comporte, suffiraient pour affranchir la France de la charge 
que l'Algérie impose à son budget. 

Sachons maintenant si la quantité de terre que nous avons 
indiquée comme indispensable à la première installation d'une 
colonie forte , peut être obtenue avec facilité : le versant mé- 
diterranéen contient 14,800,000 hectares ; les Hauts -pla- 
teaux qui ne portent pas leurs eaux à la Méditerranée 
et le versant sud du grand Atlas contiennent 14,000,000 
d'hectares; la région des Oasis qui s étend au pied de cette 
dernière chaîne , contient 13,200,000 d'hectares , en tout 
42,000,000 d'hectares. — Nous ne demanderions donc que 
1/42 du territoire total , ou 1/14 du Tell. Les grandes vallées du 
Tell se composent de 880 kilomètres carrés ; c'est-à-dire , 
8,800,000 hectares ; savoir : le bassin du Chélif. 4,500,000 

— de l'Habra et du Sig. . 1,300,000 

— de la rivière de Bougie. 1 ,000,000 

— de la Tafna 750,000 

— du Rummel 650,000 

— de la Seybouse . . . . 600,000 



Total .... 8,800,000 h. 

On ne doit pas prendre les 2/3 de la terre coloniale dans ces 
vallées. Ce n'est donc pas le dixième qu'il faut mettre dans la 
main des Européens. 

32 



( 432 ) 

Une grande partie des terrains nécessaires pour former la base 
de la colouie pourraient être obtenus par des travaux de dessè- 
chement : les lacs salés d'Oran etd'Arzeu , le lac Iïalloula , celui 
de Fetzara etc. , etc. , contiennent une très-grande quantité 
d'hectares. Si à ces surfaces on ajoute les marais de l'Habra . 
ceux de la Mitidja , de la Mina,, etc., etc., on arriverait a 
la moitié du chiffre que nous avons fixé. Cependant il ne fau- 
drait pas tenir compte de tous ces terrains , parce que tous ne 
seraient pas susceptibles d'être donnés à la culture , que des 
frais considérables devront être faits pour arriver à les mettre en 
valeur, qu'il faudra beaucoup de temps pour les assainir, et qu'en 
raison même de l'exiguité du chiffre proposé . il est nécessaire de 
garder quelques réserves. 

Nous pouvons , certes , demander aux Arabes plus qu'on ne 
leur a demandé jusqu'aujourd'hui. La France a montre une 
longanimité vraiment incomparable envers les indigènes ; ils 
lui ont fait une guerre atroce ; ils ont incessamment manqué 
à tous leurs engagements; ils ont procédé par la trahison, 
l'assassinat, l'incendie; ils ont usé des traitements les plus 
barbares envers nous ; ils ont égorgé de sang-froid nos prison- 
niers ; ils en ont appelé aux armes , après avoir invoqué cent 
fois le pardon , chaque fois qu'ils ont aperçu la moindre 
chance de succès , et après leurs défaites itératives nous les avons 
reçus à merci , leur imposant tout au plus une légère amende ; 
nous avons quelquefois mis sous le séquestre les domaines des 
tribus qui s'expatriaient pour obéir à notre ennemi ; mais le plus 
souvent , nous nous sommes empressés de leur rendre leurs terres 
quand elles n'avaient pas été distribuées. Nous succédions à des 
dominateurs dont la loi est que la terre est au souverain , et nous 
en sommes venus à établir que la jouissance est presque un droit 
absolu de propriété ; nous acceptons avec une facilité exemplaire 
tous'les titres qu'on peut produire devant nous , et nous ne man- 
quons jamais de trouver parmi nous des autorités instituées qui se 
regardent comme les défenseurs obligés de ce qu'ils nomment 



( 483 ) 
lesdroitsdes Arabes. Nous sommes prêts aies laisser jouirsaus com- 
pensation de tous les avantages et plus value qui résultent de nos 
travaux et de notre présence. Cen'estpas quel'administratioun'ait 
posé d'utiles principes sur la propriété, n'ait conservé aux terres du 
Beylick leur caractère, n'ait distingué entre le droit de parcours et 
la propriété , entre la jouissance ou l'usufruit et les titres d'ac- 
quisition individuelle ; mais, dans l'application, elle est restée 
souvent dans l'impossibilité de découvrir la vérité , au milieu des 
obscurités dont nous environne la mauvaise foi , l'absence volon- 
taire de tout témoignage, et la production des titres fabriqués. 

Si nous voulons arriver à des résultats positifs , et ne pas nous 
consumer dans des sacrifices inutiles, il faudra pourtant changer 
de pratiques : nous devons, sous peine de ruiner la France, en lais- 
sant la terre africaine stérile , constituer un domaine colonial 
sérieux qui cesse d'être une illusion. 

Nous savons, pour l'avoir entendu répéter souvent, que l'opinion 
des militaires est que la dépossession des Arabes entraînerait 
des guerres interminables sur toute la surface du pays. Nous ré- 
pondrons que le maintien des indigènes dans tous leurs privi- 
lèges ne les empêchera pas de nous faire la guerre quand ils en 
auront le pouvoir. Nous ajouterons que la spoliation est loin, bien 
loin de notre pensée. Il s'agit seulement de décider que la coloni- 
sation de l'Algérie n'est pas exclusivement le gouvernement et le 
développement des races indigènes. Il faut accorder beaucoup 
à la nation vaincue; il faut lui abandonner, sans conteste, pourvu 
qu'elle reconnaisse notre domination , les régions qui conviennent 
à ses mœurs, et que la nature lui a spécialement réservées ; il faut 
lui laisser une bonne part dans les contrées où nous pouvons et 
devons nous établir , et ne nous attribuer jamais les propriétés 
constatées par des titres irrécusables , sans juste indemnité. Mais 
il ne faut jamais perdre cette idée, qu'on doit, sans violence et sans 
injustice, donner un vaste terrain à la colonisation compacte des 
Européens. 



04 

Pour y parvenir il faut i.° rechercher avec un soin extrême 
toutes les terres du Beyfick, et celles des fondations de main 
morte dont nous avons les charges. Sous ce rapport, l'action de 
l'administration est moins impuissante que sous les autres. 

2.° Constater la validité des titrés , en ne s'en laissant 
pas imposer par la falsification , et en distinguant surtout ceux 
qui n'assurent qu'un droit de jouissance de ceux qui forment un 
titre de propriété réelle. 

3.° Cantonner les tribus , qui n'ont qu'un droit de jouissance, 
dans l'espace qui suffit à leurs besoins et leur donner des titres 
pour les parties qu'ils occupent , en les faisant renoncer complète- 
ment à l'usage des autres. L'administration est entrée dans cette 
voie , et doit y persister éncrgiqueiuent. 

!\..° Priver d'une partie de leurs terres . à titre d'amende , 
les tribus qui , trahissant leurs promesses , se livrent éternelle- 
ment à la révolte, et maintenir rigoureusement séquestrés les 
domaines passés en nos mains. 

5.° Ne pas concéder aux Arabes à titre gratuit , la jouissance 
de nos travaux d'irrigation, de dessèchement , de tous ceux , 
en un mot , qui donnent une plus-value à leurs terres ; ils nous 
doivent une indemnité payable en terres; c'est la loi d'équité , 
c'est la loi de la France. Tout a pris une plus grande valeur dans 
leurs mains depuis notre séjour sur leur sol : un mouton qui 
valait 2 fr. en vaut G. Une charge de petit bois , qui jadis ne valait 
rien chez eux, et qui ne vaudrait pas 1 fr. à Paris, se vend 1 fr. 50; 
c'est duperie que féconder leurs champs sans rien obtenir pour 
nous. Ils ont assez de fois répété que nous étions des brebis. 

6.° Il faut dessécher, et faire entrer dans le domaine de l'État 
les marais et les lacs dont les eaux peuvent trouver une issue. 

7.° Enfin , si l'on ne peut faire autrement , il faut arriver à des 
acquisitions à prix d'argent , suivant le système américain: il est 
moins onéreux d'acheter que de conquérir; la justice est plus lu- 
crative que la spoliation. Nous sommes en position de ne pas nous 
laisser faire de conditions trop dures sous ce rapport. 



: 185 ) 

Ces mesures sont de première nécessité : pour fonder une coin 
nie , la première condition c'est d'être maître de la terre. 

Cultures. Lorsque la dernière et la plus importante des disposi 
tions qui préparent la colonisation sera arrêtée , lorsqu'on aura 
enfin acquis le terrain sur lequel elle doit s'installer , le succès de 
l'œuvre ne se fera pas attendre ; toutefois des difficultés nouvelles 
surgiront , qui ne seront pas sans gravité : il s'agira d'assor- 
tir la culture au climat et au sol , de mettre les colons en. position 
de faire une exploitation profitable , et de vendre les produits 
qu'ils ont récoltés, afin d'obtenir en échange tous les objets dont 
ils ont indispensablement besoin. 

Nous avons dit quelles cultures ont été essayées en Algérie ; 
nous allons dire quelles sont celles qui nous paraissent devoir être 
lucratives et conséquemment possibles. 

On s'est fait d'étranges illusions sur les cultures qu'on devait 
acclimater dans l'Afrique septentrionale : beaucoup de personnes 
ont imaginéque nous allions y transporter les végétaux des tropiques 
et appeler la côte méditerranéenne à remplacer les colonies équa- 
toriales qui nous manquent. C'est là une erreur fondamentale. Nous 
avons dit que la région colonisable de l'Algérie , par son climat , 
appartenait à la partie chaude de la zone tempérée ; qu'elle en 
était la limite, mais qu'elle n'en perdait pas le caractère. 

Il faut donc que ceux qui ont cru que l'Afrique allait nous ap- 
provisionner de sucre , de café et d'épices renoncent à leur rêve : 
la canne à sucre végète bien en Algérie, mais elle n'y acquière pas 
un degré de maturité supérieur à celui où elle parvient en Anda- 
lousie. Nous en avons reçu des échantillons de cette dernière con- 
trée , et les avons comparés avec les plus beaux produits du 
jardin d'Alger, qui réunit les meilleures conditions de culture, 
nous ne saurions accorder une préférence bien marquée à ces 
derniers. Or , on sait que la production saccharine d'Espagne 
est insignifiante. Elle serait aussi restreinte dans le Tell : on y ren- 
contrerait difficilement des terrains tout à-fait propres à la végéta- 
tion de la canne. A plus forte raison faut-il cesser d'espérer y pro- 



480 

duiredes dcnrécsquiexigentune chaleur, sinon plus forte, au moins 
plus prolongée , et non accompagnée d'une sécheresse absolue. 

On peut affirmer que l'extrême limite des cultures méridionales 
seront la patate, l'indigo, le coton, le nopal ou cactus à coche- 
nille. La patate donne des produits énormes : M. Hardi nous a 
assuré qu'un hectare pouvait produire jusqu'à 45,000 kilogram- 
mes de tubercules. C'est une plante acquise à la colonie , et pour 
la nourriture de l'homme et pour celle des bestiaux. 

Desfontaines a trouvé le coton et l'indigo cultivés , en 1784 , 
mais en petite quantité ; il a même rencontré des cotonniers à 
l'état sauvage. Il n'est donc pas douteux que le climat ne con- 
vienne à cette plante ; les essais faits dans le jardin d'Alger et 
sur le terrain de plusieurs concessions , ont confirmé ce fait; nous 
avons vu à l'exposition des produits agricoles de Philippcville et 
à l'exposition de Londres de beaux échantillons de coton. Le 
coton algérien a été filé à Lille et à Rouen , et les manufacturiers 
l'ont déclaré d'une valeur égale au coton jumel produit par 
l'Egypte. L'indigo souffre pendant les saisons froides, et sera fort 
peu productif. Le cactus nopal prospère dans le jardin d'essai 
d'Alger, et la cochenille qu'il nourrit donne des résultats satisfai- 
sants, quoiqu'elle exige de très-grands soins. La cochenille est ré- 
coltée avec avantage en Espagne , aux Canaries. Il n'y a aucune 
raison pour qu'elle ne le soit pas en Algérie. On ne peut donc pas 
contester la possibilité d'y obtenir au moins trois des produits com- 
merciaux que nous venons de nommer; mais y seroDt-ils récoltes 
en quantités assez considérables pour enrichir une grande 
colonie ? personne assurément ne peut le dire. Ils viendront , 
selon les espérances conçues , accroître le bien-être des colons , 
mais dans l'état des choses, ils ne peuvent servir de base à la 
création môme de notre établissement en Afrique. 

Quelques fruits ont été cultivés avec succès , le bananier , le 
néflier du Japon , le goyavier , l'avocatier , l'anona réussissent. 
Ce sont là des résultats acquis. Mais ces cultures seront nécessaire- 
ment restreintes. On en retirera quelqu'agrément, mais c'est tout 



( 487 ) 

Le bananier par exemple ne réussit que par le choix d'une bonne 
exposition et par des soins bien entendus; ses produits restent à un 
prix fort élevé ; un régime de bananes coûte à Alger de 8 à 15 fr. 
ce fruit ne peut donc entrer dans la consommation vulgaire. Le 
bananier de Chine, dont le fruit est parfumé , n'a pas encore plei- 
nement réussi. 

Le sud nous donnera la datte, véritable article de commerce, 
auquel il faut attacher une grande importance : mais il sera l'ob- 
jet de nos transactions avec les oasis, il ne sera pas un produit de 
notre travail ; il n'ouvre pas carrière à la culture colonisatrice. 

Ce simple exposé suffit pour prouver qu'il faut tenir comme 
non avenue la prétention de tirer de l'Algérie les denrées qu'on est 
convenu d'appeler coloniales et qu'on va chercher dans les régions 
qui avoisinent l'équateur ; ce qu'elle peut donner ce sont les fruits 
du midi. 

Si nombre de personnes se sont bercées d'illusions à ce sujet, il 
en est d'autres qui affirment que la terre africaine ne produira 
jamais rien, qu'elle restera stérile, malgré nos efforts, nos dé- 
penses et nos sueurs. Nous savons que l'expérience a presque 
donné raison a cette cruelle affirmation. Notre conviction cepen- 
dant est que les mauvais résultats sont dus , non à la nature du 
sol , mais à la manière dont on a tenté d'en tirer parti. Cela nous 
semble devoir ressortir des faits que nous allons présenter. Rap- 
pelons d'abord quels sont les végétaux qui prospèrent dans 
l'Atlantide. Il est un arbre qui y croît spontanément avec une vi- 
gueur exceptionnelle , qui s'empare en quelque sorte de la terre, 
couvre les plaines , les coteaux , les montagnes, et acquiert par- 
tout des dimensions colossales , qui résiste à toutes les causes de 
destruction provenant de la nature et des hommes, qui donne des 
fruits abondants , d'où l'on extrait un produit précieux , facile- 
ment exportable , recherché de toutes les nations , d'un prix élevé. 
Cet arbre c'est l'olivier ; l'huile qu'il produit est l'uDe des den- 
rées commerciales les plus précieuses et dont le placement est le 
plus sûr ; la France n'en fabriqué pas une quantité suffisante pour 



[ 488 ) 

sa consommation et les besoins de son industrie , et il est remar- 
quable que les nations civilisées sont en grande partie situées sous 
une latitude qui ne permet pas la culture de l'arbre qui la four- 
nit. Elle peut donc être importée en France sans détriment pour 
son agriculture et au grand avantage de son travail industriel. 
Elle peut faire l'objet d'un commerce extérieur considérable .; 
nous pouvons , en possédant l'Algérie , vendre de l'huile à toutes 
les nations du monde , comme nous leur vendions du sucre lorsque 
nous possédions Saint-Domingue. 

Or, chacun sait quel est le produit de l'olivier. En Espagne il 
estdes arbres qui rapportent 154- kil. d'huile ; en Corse il en est qui 
rapportent J50 k. d'huile sans culture , et le gazon restant sur le 
sol ; beaucoup rapportent 04 kil.; mais les mauvais soins et les 
accidents de la récolte sont tels que l'on peut réduire à 10 kil. 
d'huile la production moyenne de chaque arbre ; d'après 
M. Mohl , les arbres sont à 15. m de distance , à peu près et 
sont au nombre de 4-5 par hectare. C'est donc 450 k. d'huile, à 
0,90. c , ou 378 fr., par hectare. 

Dans le département des Bouches-du-Rhônc , d'après M. Gas- 
parin , la plantation d'un hectare en oliviers âgés de 14 ans, et au 
nombre de 400, c'est à-dire placés à 5 mètres de distance, coûtera 
519 fr. 90. 

Dès la 2. p année les arbres produiront des fruits. Pendant les 
10 premières années, ils donneront, en moyenne, G décigrammes 
d'huile, soit par hectare 240 k. d'huile, à 1 fr. 55, ou 372 fr. 

Les frais de culture et de fabrication, y compris les intérêts de la 
somme dépensée pour la plantation, s'élèvent à 240 fr. ou 1 fr. 
par litre d'huile. Il reste donc une somme de 132 fr. par hectare, 
c'est-à-dire, plus de 25 pour 100 de la première mise, dont l'in- 
térêt a, du reste, été compris dans les frais de culture annuelle. Le 
prix de location de la terre est payé par la culture faite sous les 
oliviers. 

Dans la 2.° période décennale, les arbres donneront en moyenne 
1 k. d'huile , soit 400 k. par licctaie. Les frais de culture augmen- 
teront absolument parce que le fumier, la cueillette , la fabrication 



coûteront plus ; mais relativement la dépense sera moins 
élevée ; elle ne sera que de f ,96 par kilogr. d'huile ; il restera donc 
f ,59 de bénéfice par kilogramme d'huile, qui se vend 1 fr. 55. c ; 
cela donnera un produit de 236 fr. par hectare. 

Dans la 3. e période décennale le produit moyen sera de 2 k. 50 
par arbre ou 1,000 par hectare , les frais seront de 0,76 par kilo- 
gramme d'huile; il restera donc 0,79 cent, par kilog. d'huile ; ou 
790 fr. par hectare. 

En donnant plus d'engrais aux arbres , on obtiendrait plus 
d'huile, et on l'obtiendrait plus vite. M. Bousquet en fournissant 
à ses arbres 75 k. de fumier, leur a fait produire 2 k. 50 d'huile 
après 15 ans de plantation. M. Gasparin admet qu'en multipliant 
les engrais , on pourrait obtenir jusqu'à 12,000 kilog. d'huile sur 
un hectare; les frais alors ne seraient que de f ,65par kilogramme, 
le bénéfice conséquemment de f ,90par kilogramme ou 10,800 fr. 
par hectare. Mais pour obtenir un tel résultat, il serait impossible 
d'employer le fumier : la terre serait trop soulevée ; il faudrait des 
engrais riches , comme les tourteaux , etc. 

Nous ne pouvons établir nos calculs sur de telles données. Nous 
reconnaissons qu'on ne pourra en Afrique accorder aux oliviers 
tous les soins nécessaires , mais dans un pays où les arbres n'ont 
aucunement à souffrir des gelées , il faut admettre la possibilité 
d'obtenir sans culture ou à l'aide d'une culture médiocre , un pro- 
duit supérieur à celui acquis en Provence . par une culture avan- 
cée, ou en Corse par une culture presque nulle. Or, il est établi que 
l'hectare peut donner en Provence 1,000 k. d'huile , ce serait un 
produit de plus de 1,000 fr. par hectare quand la fabrication de 
l'huile sera perfectionnée. Cette évaluation serait fort peu élevée; 
nous avons vu que dans la Corse , beaucoup de pieds donnaient 
64 k. ; les arbres sont plantés à peu près à 15 mètres , ce qui 
peut donner 49 pieds par hectare et 3,136 k. d'huile par hec- 
tare A la vérité , par la perte de récoltes celle quantité se réduit 
a 10 k. d'huile par arbre ou 490 par hectare. .Mais M. (iasparin 
pense qu'en raison de la hauteur du >< leil en Algérie on peut plan- 



'|90 ) 

1er les pieds à 7." 1 50 de distance sans que l'ombre des uns nuisent 
aux autres; onaurait ainsi 109 pieds par hectare, cequi donnerait, 
même à 10 k. par pied, 1,090 k. d'huile qu'on peut évaluera 
un franc. Celte quantité nous paraît devoir être considérée comme 
un minimum. 

Le mûrier doit concourir , avec l'olivier , à la splendeur de la 
colonie. De vieux pieds de ces arbres témoignent qu'ils végètent 
en Algérie d'une manière luxuriante ; mais ils ont été plantés par 
la main des hommes. On ne les voit pas partout , semparant du 
sol comme de leur domaine , et s'élevant malgré tous les obstacles. 
Ils ne réussissent pas dans les terrains argileux ; ils aiment un 
sol frais , léger , même sablonneux , pourvu qu'il soit mis à l'abri 
des excessives sécheresses de l'été. On ne peut tirer un bon parti 
de cet arbre qu'au moyen d'une population déjà nombreuse; il ne 
peut rien donner qu'autant qu'on en cueille les feuilles, qu'on élève 
des vers à soie , et qu'on récolte les cocons. Ces soins demandent 
le travail de beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants. Pour- 
tant comme l'opération qui emploie le plus d'hommes est la 
cueille des feuilles, que tout individu , Arabe ou Européen , est 
propre à ce travail, nous pensons que le mûrier , qui réussit à 
merveille dans de très-nombreuses localités, pourrait couvrir 
bientôt dévastes espaces; il rendrait des services d'autant plus 
grands que ses feuilles, même quand .elles tombent , sont recher- 
chées par les bestiaux. Les avantages de la plantation du mûrier 
ont été bien reconnus : c'est l'arbre qui est le plus communément 
distribué aux colons. Cette préférence tient sans doute à ce qu'il 
croit plus rapidement que l'olivier, et que si l'utilisation delà 
feuille exige une main-d'œuvre considérable , elle est peu coû- 
teuse , et n'entraîne pas l'établissement d'usines comme la fabri- 
cation de l'huile ; les cocons sont facilement transportâmes , et le 
jardin d'essai les achète et prend soin de filer la soie. 

Les produits des mûriers sont considérables ; nous devons a 
M. Hardi les éléments des calculs suivants : il suppose la planta- 
tion faite dans un terrain couvert de broussailles; les pieds, écartés 



; 491 ) 

de 5 mètres , seront au nombre de 361 par hectare , si on laisse 
une demi-distance sur la lisière ; ils seront plantés dans des trous 
de 1 mètre 60 de côté , et de 1 mètre de profondeur. 
Ces trous coûteront 1 franc 25 centimes l'un , total par 

hectare 451 25 

Le pied 50 180 50 

Frais de plantation .0 50 180 50 

Arrosage 1 00 361 » 

Culture pendant 6 ans, et défrichement successif de 
tout le terrain, chaque année f ,50 c par pied. .. . 1,083 » 



2,256 50 

En ajoutant l'intérêt au capital dépensé, on arrive à 2.733 fr. 

A la sixième année, chaque arbre donnera 30 kilog. de feuilles ; 
l'hectare donnera donc 108 quintaux de feuilles à 4 fr. , ou 
432 fr. 

Les 108 q. x de feuilles nourriront les vers de 340 grammes 
d'œufs,qui donneront 640 k. de cocons à 3 fr. le k., 
ou , 1,980 fr. 

Les frais d'éducation sont de. . 770 



11 reste donc , . 1 ,250 

C'est 55 p. 0/0 du capital engagé. 

Cependant tous les frais ont été portés au taux le plus élevé ; 
les arbres de M. Gourgas n'ont coûté que 0,50 c. pour la 
plantation , trous compris ; ils n'ont pas exigé de frais de culture, 
ni de défrichement , ni d'arrosages , parce qu'ils ont été plantés 
dans des prairies fraîches. En tout état de cause , il ne faut pas 
porter la dépense du défrichement au compte des plantalions , 
puisqu'on peut cultiver sous les arbres. Enfin , les feuilles ont 
pu être cueillies dès la quatrième aunée , et les cocons se sont 
vendus 4 fr- 

Sans tenir compte de ces derniers avantages , on trouverait 
que 361 mûriers , avant coûté 1 fi pour achat et plantation , ou 



m 

361 Tr. par hectare , et avec les intérêts 451 fr. 25 c. , prodm 
raient 1,210 fr., après la cinquième année , et qu'ils donneraient 
conséquemment un intérêt de près de 300 p. 0/0 de la somme 
dépensée. 

La vigne doit obtenir autant d'attention que le mûrier; elle 
peut venir partout : nous en avons trouvé des pieds dans les haies , 
et à la lisière des bois. Nous avons dit que de vieux vignobles 
existent , que les nouveaux réussissent . quand . au moyen de 
précautions convenables , on met les jeunes pieds à l'abri des 
sécheresses. Le raisin peut servir à la table , à l'état liais ou 
sec, et peut être employé à la fabrication du vin. 

On doit croire que les vins obtenus seront très-variés, en raison 
de la différence que les localités présentent dans leur exposition 
et leur élévation. Tout fait penser qu'on pourra récolter des qua- 
lités précieuses. Le vin de Médeah a un goût de terroir qui rap- 
pelle un peu celui du vin du Rhin. Dans des situations plus chau 
des on obtiendra des vins liquoreux , analogues à ceux d'Es- 
pagne ; il est toujours certain que partout la vigne donnera aux 
colons une boisson salutaire , à bas prix. Mais c'est surtout pour 
faire des raisins secs qu'il faut cultiver lu vigne en Algérie ; il 
nous semble que les meilleures espèces y peuvent être obtenues ; 
elles alimenteront un commerce d'exportation considérable. 

Les orangers ne viendront pas dans toutes les localités : ils 
doivent être plantes dans des terrains arrosés, bien abrités et peu 
élevés : ils donneront de magnifiques produits. Les oranges de 
Blidah sont célèbres ; elles sont très abondantes , de grosseur 
modérée, mais très sucrées. Celles du beau jardin de Coleah ne 
sont pas moins bonnes. Alger en produit aussi d'excellentes ; les 
oranges de Tlemcen sont petites et un peu acides ; la situation 
de cette ville est trop élevée. Nous avons vu chez M. Gourgas <\v.< 
orangers de quatre ans couverts de fruits. L'oranger sera donc 
une ressource pour l'Algérie. 

Le citronnier y vient plus facilement que l'oranger. 

Le liguier s'y développe vigoureusement et donne des fruits 



m ) 

abondants. Les figues qu'on récolte actuellement sont petites et 
peu sucrées , mais nous avons la conviction que les plus belles 
variétés réussiraient. 

L'amandier vient partout et avec une grande facilité. 

L'abricotier est magnifique dans presque toutes les localités. 
Ses fruits nous ont paru quelquefois avoir un goût peu agréable ; 
il faudra changer peut-être les variétés. 

Tous ces arbres peuvent donner des produits d'exportation. 

Le poirier et le pommier croissent avec une grande vigueur, 
dans les terrains frais. 

A la culture des arbres , il faut ajouter celle des plantes indus- 
trielles qui nous semblent les mieux appropriées au climat, et pour 
lesquelles il n'y a point d'essais à faire ; ce sont les suivantes : 

Le tabac qu'on a déjà cultivé sur une assez grande échelle 
donnera des produits assurés et propres à être fumés; c'est 
précisément cette qualité qui manque à la France : les feuilles 
cultivées parles Européens contiennent 4,07 pour 100 de nicotine; 
mais celles cultivées par les Arabes , c'est-à dire sans engrais . 
ne contiennent que 1,03 pour 100 de nicotine, c'est à-dire moins 
que les tabacs du Maryland et de la Havane , qui sont renommés 
pour la douceur de leur parfum , et qui contiennent pourtant 2 et 
2,29 pour 100 du principe acre et vireux. 

Le lin croît naturellement dans les prairies , et est cultivé en 
certaines localités; il réussira. Le climat exigera seulement qu'on 
en modifie la culture : dans le Nord on sème cette plante en mai 
et en mars ; le lin de mai a à craindre la sécheresse de l'été ; le 
lin de mars est souvent châtié par les froids du printemps. En 
Algérie , les chaleurs sont mortelles pour cette plante , mais en 
revanche , les gelées printannières ne la menaceront pas ; il 
faudra le semer de très bonne heure. 

Le chanvre acquerrait en Algérie les dimensions qu'il a dans 
la Syrie , l'Asie-Mineure , l'Inde, etc., c'est-à-dire 3 à 5 mètres 
mais il ne peut réussir que s'il est bien arrosé ; la culture n'en 
pourra donc être adoptée que dans certaines localités. 



494 ) 

La sésame, au contraire, pourra se répandre partout ; il vient 
fort bien dans les terrains secs; il suffit que les pluies arrivent 
daus la quinzaine des semailles pour en assurer la réussite. Cette 
plante a un inconvénient : elle mûrit ses graines successivement , 
de sorte que pour en tirer tout le parti possible , on doit faire des 
cueillettes multipliées. Mais si cette maiii-d'œuvre coûtait trop , 
ou était impossible dans la situation de la population , on pour- 
rait prendre une époque de maturation moyenne ; on perdrait 
une certaine quantité de graines , mais on éviterait les frais. 
Quoiqu'il en soit , on est assure de trouver dans cette culture des 
profits asssz considérables. 

Le ricin , qui croit naturellement dans les lieux humides , 
donnera une huile qui se placera bien ; le colza et quelques au- 
tres plantes oléagineuses sont susceptibles de réussir. 11 nous sem- 
ble cependant qu'il faudra leur préférer d'autres cultures. 

La garance réussira en Algérie , mais il lui faut des arrosages. 

Le pavot fournira un opium de bonne qualité ; les plantes aro- 
matiques , des essences estimées ; mais ces cultures exigent des 
soins qu'il sera bien difficile d'obtenir dans les premiers temps. 

La pomme de terre vient bien. Nous en avons vu en décembre, 
chez M. Gourgas , en pleine verdure ; elles avaient été plantées 
après les premières pluies d'octobre , et devaient être récoltées eu 
janvier. On s'accorde à dire que la quantité des tubercules que 
cette solanée produit en Algérie est médiocre. 

Les patates donnent des récoltes fabuleuses , 45,000 k. par 
hectare, dans le jardin d'Alger. Son tubercule sucré est d'un goût 
qu'on trouve fort agréable lorsqu'on y est habitué. 

Les fèves sont très productives ; les Arabes en font une grande 
consommation. 

Je ne parlerai pas des plantes potagères , telles que pois , len- 
tilles , pois chiches. Cependant ces plantes pourront former de 
bons fourrages ; elles croissent admirablement. 

Les racines nous paraissent de qualité fort médiocre en Algé- 
rie ; carottes , scorsonères . panais , nous ont semblé insipides. 



( 495 ) 
Les artichauts y croissent avec une facilité prodigieuse , leur 
goût est peut être trop prononcé. Les choux-lleurs y deviennent 
énormes. 

Bien que beaucoup de plantes potagères ne puissent pas être 
cultivées en grand , il est cependant certaines localités du littoral 
qui pourront produire avec beaucoup d'avantages des primeurs 
qui s'exporteront en France , quand les voies ferrées s'étendront 
de Paris jusqu'à Marseille. 

Les céréales compléteront la série des plantes herbacées pro- 
fitables à l'Algérie. 

Le blé et l'orge y donnent de superbes moissons : c'est le blé 
dur qui est habituellement cultivé , le seul qui soit produit par 
les Arabes ; mais nous avons vu de magnifiques blés tendres ré- 
coltés en diverses localités ; il parait que la semence dégénère , 
mais il suffirait de la renouveler. Nous sommes d'ailleurs con- 
vaincus qu'une bonne culture conserverait au blé ses qualités, et 
convertirait même le grain dur en grain tendre. 

Quant à l'orge , c'est la plus belle que nous ayons jamais vue. 
L'avoine est peu cultivée , mais elle réussit admirablement , et ce 
grain donne aux chevaux une grande vigueur. Peut-être les 
exciterait-il trop dans un pareil climat , mais on peut le mélanger 
avec l'orge , au moins pendant l'hiver , et nous croyons qu'il 
serait fort utile aux chevaux de trait. 

Les plantes fourragères sont abondantes en Algérie : les prai- 
ries naturelles sont magnifiques sur les bords des cours d'eau ; 
les terres qui ont été labourées se couvrent d'herbes , de légu- 
mineuses, etc. , dès que les pluies d'automne viennent les 
humecter. 

Rien ne manque donc à l'agriculture algérienne ; il faut en tirer 
parti par un système de culture approprié aux exigences du cli- 
mat et aux facultés des colons. 

Nous avons dit que les colons européens ne pourront pas se livrer 
à l'agriculture pastorale, qui consiste fondamentalement à tirer 
profit de vastes espaces , nourrissant de nombreux troupeaux, sans 



496 ) 

dépenses et sans travail excessif : les terrains manquent. Ce mode 
d'exploitation ne serait d'ailleurs qu'une introduction à d'autres 
systèmes. 

La grande culture sera pratiquée sur les concessions étendues , 
au grand avantage des fermiers que les capitalistes y installeront, 
car c'est une opération plus lucrative de tenir à bail une vaste 
terre dont les produits naturels sont abondants et qui est 
munie des agens de production , qu'à féconder péniblement un 
champ restreint dont les produits ne s'obtiennent qu'à force de 
sueurs : un homme qui obtient la moitié des récoltes de 100 ou 
200 hectares couverts de bestiaux a plus de profits que celui qui 
possède dix hectares qu'il laboure avec peine et sans moyen de 
les féconder. 

Mais l'administration disposant de terres d'une étendue trop 
restreinte , et convaincue que le riche climat de l'Atlantide peut 
donner immédiatement sur une petite surface d'abondants et 
riches produits , n'a pas généralement fait de larges conces- 
sions, et a imposé aux concessionnaires des conditions en concor- 
dance avec cette pensée. Elle n'a donné, comme nous l'avons dit, 
que des concessions provisoires , non susceptibles d'être hypothé- 
quées ; elle a exigé une redevance élevée et un cautionnement ; 
elle a imposé l'obligation de bâtir des maisons capables de loger 
un nombre de familles déterminé ; elle a fixé la quotité d'hec- 
tares à défricher chaque année , etc. , etc. ; toutefois , elle a 
compris plus tard que la nécessité la plus urgente était de 
fonder la propriété , de laisser le cultivateur libre dans son tra- 
vail , de ne pas lui enlever sous forme de cautionnement le ca- 
pital dont il avait si grand besoin ; elle a aboli les conditions les 
plus onéreuses qu'elle avait imposées. Par cette résolution , si 
l'administration parvient à obtenir des terres en quantités suffi- 
santes dans la grande région interatlantique et le long des routes 
«Iratégiques , elle parviendra à développer une colonisation com- 
pacte et fructueuse. Lorsque les fermiers se seront enrichis , que 
la population se sera accrue , la terre sera divisée et pourra 



( 497 ) 
être cultivée d'après des méthodes de plus en plus avancées. 

Mais jusqu'à présent , on a dû procéder, dans les cas les plus 
ordinaires à la culture immédiate des lots restreints , si hérissée 
de difficultés à l'origine. C'est donc de ce mode d'exploitation que 
nous devons nous occuper spécialement. Il a peu réussi jusqu'au- 
jourd'hui. Les causes de cet insuccès ont été appréciées : la 
guerre , le climat , l 'absence de voies de. communication , le 
caractère des populations qui se sont donné rendez- vous en Afrique, 
la pénurie des capitaux ont formé d'immenses obstacles à nos 
progrès. Ces causes générales sont en partie disparues. Mais il 
en est d'autres non moins funestes , dépendant de notre volonté , 
qu'il faut faire disparaître de même. Essayons de dire ce qu'il 
faut faire pour empêcher le travail de rester stérile. 

Nous supposons les colons pourvus de leurs lots , qu'on a 
reconnu devoir être de 10 hectares au minimum. Tout n'est pas 
fait : si on suit les errements adoptés, si on se contente de deman- 
der à chaque famille la culture des céréales sur quelques hec- 
tares , il est impossible qu'elle atteigne l'aisance. Nous avons dit 
que chaque hectare pouvait produire net 8 quintaux de grains , 
qu'à peine la moitié du lot pouvait être mis annuellement en cul- 
ture. Voilà donc 40 quintaux de grains obtenus , desquels il faut 
déduire 24 quintaux pour la nourriture des hommes et des ani 
maux ; il en restera donc 16 disponibles ; si on les vend à 10 fr. 
c'est un revenu de 160 fr. que chaque famille obtient. 

Admettez, si vous voulez, un prix un peu supérieur : cette famille 
n'en restera pas moins dans un état bien triste, si elle ne succombe 
pas , et pourtant nous avons supposé toutes les circonstances 
favorables ; nous n'avons pas tenu compte des terribles maladies 
qui laissent souvent une maison sans chefs et sans travailleurs. 
Dans l'hypothèse la plus avantageuse , le sort des colons sera 
pareil à celui des Arabes , mal vêtus, mal nourris , marchant 
pieds nus , privés de tous les objets que la civilisation a rendus 
nécessaires à ceux qui ont habité l'Europe ; évidemment , si les 

33 



( 498 ) 
Européens produisent les mêmes objets . s'ils ont a soutenir la 
concurrence avec des hommes qui se contentent de si peu et qui 
abaissent les prix de leurs denrées au niveau de leurs besoins , ils 
devront être aussi dénués que leurs concurrents ; nous disons 
plus , ils le seront davantage : les colons n'ont que leur faible lot 
de terre et un très petit nombre d'hectares cultivés en blé ; 
l'Arabe a pour lui l'espace et avec l'espace une culture plus facile 
et de nombreux troupeaux. Il est donc infiniment plus riche que 
nos cultivateurs qui n'ont que le champ arrosé de leurs sueurs. 
On a , nous le savons , entrepris d'autres cultures, on a encou- 
ragé surtout celle du tabac, et l'administration a acheté toutes les 
récoltes qu'on lui a présentées. On entre là dans une voie qui nous 
paraît la bonne, d'autant meilleure que le tabac sur une terre peu 
engraissée, s'il rapporte des quantités moindres, donnera des pro- 
duits plus précieux. Mais le tabac seul ne peut suffire à améliorer 
la position des colons, et la culture des autres plantes commer- 
ciales et industrielles sera impossible dans les commencements : 
elles exigent des travaux multipliés , des avances , et surtout des 
engrais que les colons ne sont pas en mesure de fournir : elles 
produiront bien une première récolte, mais ce sera souvent au 
détriment de la terre , et l'on ne pourra pas les maintenir dans 
l'assolement. On ne pourrait les intercaler entre les céréales , et les 
substituer aux jachères que si l'on prodiguait à la terre les prin- 
cipes fécondateurs que lui enlèvent les végétaux épuisants : la 
production des plantes industrielles appartient aux contrées dont 
l'agriculture est très avancée , et la terre fécondée par des engrais 
longtemps déposés dans son sein et sans cesse restitués; elle 
n'est pas propre aux régions dont la culture est nouvelle , à 
moins qu'elles soient dans des conditions de fertilité spéciale , 
qu'une végétation luxuriante y ait formé des couches profondes 
de terreau, que des alluvions y aient amené un humus abondant, 
que des sécheresses immenses n'aient point fait évaporer les gaz 
qui forment la base de la nutrition des végétaux , ou que la quan- 
tité des terres disponibles soit telle qu'on puisse, en quelque sorte, 



( 499 ) 

promener la culture sur leur surface ; ces conditions n'appartien 
nent généralement pas à l'Algérie, la pauvreté menace donc les 
petits cultivateurs. 

Des fanatiques de culture , peu touchés de la misère des immi 
grants, nous disaient , dans leurs missions officielles , le colon 
n'a pas d'argent , mais il ne doit rien acheter , il doit tout tirer 
de la terre. Singulière hérésie économique ! ceux qui prononcent 
de telles assertions ne savent donc pas où conduit la division du 
travail ; ils ignorent comhien il est impossible à ceux qui ont joui 
des fruits admirables de cette division , de satisfaire à leurs pro- 
pres besoins par leurs seuls efforts : ils ne sauront produire les 
plus vulgaires objets , ceux qu'on distribue au plus bas prix , une 
aiguille , une épingle , un couteau , dont l'usage est pourtant si 
indispensable. 11 faut les demander aux arts perfectionnés des 
peuples civilisés. L'Arabe , lui-même , dans ses mœurs à peu 
près sauvages, sent la nécessité de se livrer aux transactions com- 
merciales et d'acheter des métaux , des épiceries , des teintures, 
des drogues , des tissus , de la mercerie et de la quincaillerie , 
etc. , etc. , et vous voulez que le colon algérien tire tout du sol î 
c'est impossible , il faut qu'il achète et conséquemment qu'il 
vende. 

Jamais une grande colonisation n'a pu s'effectuer , dans les 
temps modernes, sans que le pays qui en a été l'objet n'ait fourni 
de nombreux objets d'échange : nos colonies tropicales ont donné 
le sucre et le café, qui se consomment par centaines de millions de 
kilogrammes ; les îles de l'archipel indien ont donné les épices ; 
l'Amérique du Nord a fourni le coton , la farine, qu'une terre fer- 
tile, des chûtes d'eau, les plus belles voies fluviales du monde lui 
ont permis de livrer à bon marché, les suifs, le saindoux, les cuirs 
qu'un bétail élevé sans soins et sans frais lui procure dans les 
meilleures conditions. L'Algérie ne prospérera qu'autant qu'elle 
trouvera une source d'exportation abondante et lucrative ; c'est là 
un arrêt économique dont il n'y a pas à appeler. 

Si la culture persistait dans les errements qu'elle a suivis , 



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si le colon restait aussi mal pourvu qu'il l'est maintenant ,