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MEMOIRES ET DOCUMENTS 



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D'HISTOIRE 

ET D'ARCHÉOLOGIE 



— »-sos>^-— 



TOME XXVIII 



DEUXIEME SERIE TOME III 



LA CONFRÉRIE DE SAINT-NICOLAS A SAMOENS 

LES SAVOYARDS ET SAINT-LOUIS DES FRANÇAIS A ROME 

LES MAILLARD DE TOURNON 

NOTES SUR LE CHATEAU D'ANNECY 

REGISTRE DE PRÉSENTATION DU SÉNAT 



CHAMBÉRY 

IMPRIMERIE MÉNARD, RUE JUIVERIE (llÔTEL d'.VLLINGES). 

1889 





MEMOIRES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS PAR LA 

SOCIÉTÉ SAVOISIENNE 

D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE 



La Société laisse à chaque auteur la responsabilité 
de ses assertions et de ses opinions. 



MEMOIRES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS PAR LA 

SOCIÉTÉ SAVOISIENNE 

D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE 



La Société laisse à chaque auteur la responsabilité 
de ses assertions et de ses opinions. 



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TOA1E XXVIII 



DEUXIEME SERIE TOME III 




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CHAMBÉRY 

IMPRIMERIE MKNARD, RUE JUIVERIE (HÔTEL d'aLLINGES). 

1889 



IHEGtTÏYCEîKER 
UBRARY 



BULLETIN DES SÉANCES 

DE LA 

SOCIÉTÉ SAVOISIENNE 

D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE 

1888-1889 



I 
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 



Séance du 15 juillet 1888. 

(Présidence de M. Mugnier.J 

Après adoption du procès-verbal de la séance du 
24 juin, M. Charles Cabaud présente une charte 
latine du 16 septembre 1404. C'est un acte reçu â 
Bonneville par le notaire Guigon, de Cornier, dans 
lequel Pierre Bertherier d'Ayse traite ( pactitat) 
avec Aymonet de Lucinge, damoiseau, au sujet 
d'un bois â exploiter dans le terme de trois ans, à 
Ayse. L'un des témoins est de la Côte-d'Yot (de 
Costadiot). 

M. Mugnier lit un acte du 6 juillet 1676, reçu 
â Sallanches, par le notaire Helein Peiraud, et 
contenant affranchissement de taillabilitê à misé- 
ricorde, par Claude Balthazard de Loche, sei- 



VI 

gneur de Vanzy, et Pierre-François de Riddes, en 
faveur de Claude-Pierre Mabbuz, dit Chardon : 

L'an mil six cents septante-six et le sixième jour du 
mois de juillet. Comm' ainsy soit que la liberté est 
chose plus rare et plus singulière que l'homme de bonne 
volonté puisse souhaitter en ce monde et d'autant plus 
la servitude evitable, mesme celle qui exclos l'homme à 
pouvoir disposer des biens qu'il a plut à Dieu luy donner, 
de laquelle condition se treuve honnête Claude-Pierre 
fils de fù Aymé qu'estoit fils de fù Amiable Mabbuz dit 
Chardon, de la paroisse de Sallanche, homme liège et 
taillable à miséricorde de nobles seigneurs Claude - 
Balthazar Deloche, seigneur de Vanzy, Montrosset 
et Mont, conseig r de Semine et de la directe de Servoz 
rière la paroisse de Sallanche et circonvoisinage et de 
noble seigneur Pierre-François Deriddes, seig r de 
Bellecour, des Jaillets, conseigneur de Servoz, et gen- 
tilhomme ordinaire de la chambre de S. A. R. ; a cause 
de la dite directe de Servoz indivise entre les dits sei- 
gneurs, lequel Claude-Pierre Mabbuz ayant ces choses 
considéré auroit très humblement supplié les dits sci- 
gneure Deriddes de Belletour et Deloche de Vanzy, qu'il 
leur plaise le vouloir libérer et affranchir, et icelluy ré- 
duire et remettre en liberté ainsi que les hommes estoient 
avant qu'il y eust aucune suietion ny astriction en ce 
monde, luy, les siens nais et à naistre et toute leur pos- 
térité iusques à l'infiny, et les reconnaissances passées 
par les Anciens et Ayculs du dit Hommage taillable 
canceller et derrougucr (.sic) sur leurs livres et terriers 
moyennant quelque gracieuse finance. Ce qu'ayant esté 
considéré par les dits S rs Deloche et Derrides, désirant 
favoriser ceux qui leur sont tenus, mesme de telle con- 



VII 

dition que ledit Claude-Pierre Mabbuz dit Chardon.... 
se sont eslablis les dits seigneurs, par devant moi no- 
taire et les témoins; et bien informés de leurs droits et 
de la qualité et faculté du suppliant.... ont affranchy li- 
béré et exempté purement, simplement et perpétuelle- 
ment le dit Pierre-Claude,... et sa postérité... du dit 
hommage liège a miséricorde et de touttes autres condi- 
tions, Angaries, Perangaries, Subiections, Servitudes 
et astrictions quelconques et autres choses en dépen- 
dantes et les libérants et mettants en toultes libertés et 
franchises comme les hommes estoyent avant qu'il y eut 
Servitude ni astriction en ce monde.... à la meilleure 
forme qu'en droit liberté se peut interprêtrer avec puis- 
sance et authoritc de pouvoir tester et disposer de tous 
et unchécuns leurs biens, droits, noms et actions, etc. — 
C'est moyennant la somme de huit pistoles d'Hispagne 
et a chécun d'eux de quatre pistoles de 21 florins mon- 

noye de Savoie, pièces eues et receues etc C'est 

sous la réserve cle l'hommage franc et libre que le s r 
Mabbuz et ses héritiers seront obligés cle prêter entre 
les mains des commissaires des dits seigneurs sous les 
mesmes servis et astriclions quant aux dits fonds portés 
par leurs terriers. 

Fait et passé à Sallanche dans la maison d'habitation 
dn blc Guillaume Moret, hoste; présents, M es Nicolas 
Barnier et Joseph Fontaine, notaires, et h blc Claude 
Pissard-Malliet et Claude-Nicolas Pissard-Grantet , 
bourgeois et hab. de Sallanche. Et moy Helein Peiraud, 
notaire bourg, cle Sallanche à ce que dessus recevoir 
requis. Signé : Peiraud, notaire. » 



VIII 

Séance du 5 août 1888. 

(Présidence de M. Ml'gnier.J 

Le procès-verbal de la séance précédente est 
adopté. 

La Société reçoit en don : 1° de M. Alphonse 
Calligé, avocat et homme de lettres à Faverges, 
ses opuscules : les Gorges de la Dioscu et Loca- 
tions et expressions alpestres ; 2° de M. Eugène 
Levet, capitaine du génie, sa brochure : Joseph 
Paris de VE pinard ; 3° de M. Metzger, publiciste, 
son livre : Une poignée de documents inédits sur 
Madame de Warens ; 4° de M. Vincent Promis, 
sa notice : Una moneta inedita di Pietro I di 
Savoia; 5° de M. Charles Schefer, membre de 
l'Institut, directeur de l'Ecole des langues orien- 
tales vivantes : Les Ephémérides daces, texte grec 
et traduction française, et La Chronique de Chy- 
pre, de L. Mâcheras , texte grec et traduction 
française. Ces deux ouvrages, formant chacun 2 
forts volumes grand in-8°, ont été publiés par les 
soins de l'Ecole des langues orientales vivantes. 
De vifs remerciements sont adressés à M. Schefer 
ainsi qu'aux autres donateurs. 

M. Laurent Rabut présente l'ouvrage de M. L.- 
C. Crochet, avocat à Lyon, d'origine savoisienne : 
La Toilette des Romaines au temps des Empe- 
reurs. 

Le Président rappelle quole Congrès des Socié- 
tés savantes se tiendra à Rumilly les 27, 28 et 29 



IX 

août courant, et que la Compagnie du chemin de 
fer P.-L.-M. accorde une réduction de 50 0/0 sur 
le prix du voyage, aller et retour. — Il donne con- 
naissance d'une lettre de M. le Président de l'Aca- 
démie des sciences, belles-lettres et arts delà Sa- 
voie, proposant, au nom de cette société, qu'il n'y 
ait pas de Congrès en 1889 et que celui qui doit sui- 
vre le Congrès de Rumilly soit tenu à Chambéry 
en 1890. La réunion donne son adhésion à cette 
proposition. 

Séance du 11 novembre 1888. 

(Présidence de M. Mugnier.J 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

Le Président donne lecture d'une circulaire de 
M. le Ministre de l'Instruction publique du 30 
août 1888 à laquelle est joint le programme du 
Congrès de la Sorbonne de 1889 ; il annonce que 
l'impression du tome XXVII des Mémoires delà 
Société est achevée et que la distribution va en 
être faite aux sociétaires et aux sociétés corres- 
pondantes; il remet à la Société, au nom de M. Al- 
bert de Montet, une brochure fort intéressante de 
ce membre honoraire, intitulée : La Jeunesse de 
Madame de Warens. 

Sur la proposition de MM. Laurent Rabut et 
Mugnier, M. Gustave Loustau, ingénieur ;'i Cré- 
py-en- Valois, est nommé membre honoraire de 
la Société. 



Successivement, M. Louis Crochet, avocat a. 
Lyon, présenté par les mêmes membres ; M. Louis 
Berthet, docteur en médecine à Albertville, et 
M. Pierre Proust, notaire â Ugïnes, présentés par 
MM. Mugnier et Berthet, conseiller général, sont 
élus membres effectifs. 

M. Mugnier analyse une charte latine du 9 
septembre 1352. C'est une quittance de dot qui 
nous fait connaître différents noms intéressants. 
Ponet de Lescheraine, fils de feu Humbert Trabi- 
chct, â la requête de Guigonet de Moyrons, da- 
moiseau, reconnaît avoir reçu au nom de Jaquette, 
sa femme, 120 livres genevoises pour la dot de 
celle-ci. L'acte est passé à Andyssy ou Anclys- 
sierf par le notaire Thierric de Ville. Outre son 
signe : une croix avec 4 points placés en croix au- 
dessus et à côté de chaque branche, le notaire 
obéissant à un usage général dans le comté de 
Genevois, au xiv e siècle, met au bas de la charte 
les armes comtales. 

A cette pièce est joint un petit parchemin con- 
tenant une ordonnance d'André Apst? licencié en 
lois, juge de Savoie, donnée à Chambéry le 1 er 
mai 1365, en faveur d'Ysabelell<\ femme de Jean 
Ambrosii. L'ordonnance est munie du sceau du 
juge, mais l'on n'y peut plus distinguer, et même 
fort vaguement, que la croix de Savoie. 

M. François Croisollet , notaire à Rumilly , 
adresse une nouvelle communication sur le gé- 
néral Joseph Demotz de la Salle. Elle est ainsi 



conçue 



XI 



LE GÉNÉRAL DEMOTZ DE LA SALLE, DIT DE L ALLEE 

Dans la notice insérée par M. Croisollet, notaire, sur 
le général Demotz de la Salle, dit de Lallée, de Rumilly, 
insérée dans le tome XXVI, page x des Mémoires de la 
Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, il est 
dit que ce général envoie à son oncle Joseph Demotz de 
la Salle, chanoine de la Sainte-Maison de Thonon, le 
nom des places conquises dans les Indes, ainsi que le 
nom des généraux anglais qui commandaient dans les 
différentes affaires qui se sont passées. Avant de donner 
un extrait du mémoire très détaillé du général sur ses 
campagnes dans les Indes, communiqué par sa famille 
à M. Croisollet, on fera observer que les Anglais ayant 
déclaré la guerre à Hyder-Aly, roi des Mahrattes, de 
Lallée, avec son corps de quatre mille hommes qu'il te- 
nait à sa solde particulière, joignit l'armée d'Hyder- 
Aly. Celui-ci, après Favoir comblé défaveurs et de dis- 
tinctions, le fit généralissime de ses troupes, et lui con- 
fia son fils Typo-Saïb, pour lui apprendre la tactique 
militaire européenne (1). 

L'armée d'Hyder-Aly, composée de vingt-cinq mille 
hommes de cavalerie, de quinze mille hommes d'infan- 
rie, avec cinquante pièces de canon, entra en campagne 
le 21 juillet 1780. Après avoir forcé le passage des mon- 
tagnes qui séparent la province d'Arcate du pays des 
Mahrattes, de Lallée s'empara de plusieurs places fortes, 
notamment de Sangaman, de Poulour, de Ternemalet, 
de Chatempet, d'Arnij ; délit à Tokol, près .de Congiva- 
rum, le corps d'armée du colonel Belley à qui il prit 

(1) Grillet, tome III, page 256. 



XII 

vingt pièces de canon et tous ses bagages. Le général 
Monereau étant venu au secours de son collègue, il lui 
prit dix pièces de canon. Cette importante victoire dé- 
termina le général à faire le siège d'Arcate qui fut pris 
d'assaut le 1 er novembre même année. Santgary, Ern- 
bourg, Gingij, Chalembron et plusieurs autres places 
fortes, qui furent assiégées, capitulèrent. Successivement, 
il défit, sous Gondelour, l'arrière-garde du général Kootte,, 
qui lui abandonna quatre pièces de canon, ses tentes et 
ses munitions de guerre et de bouche ; il s'empara du 
fort de Donaour, dont il rasa les fortifications, après en 
avoir fait la garnison prisonnière, et battit de nouveau 
dans une bataille rangée, entre Pontenove et Gondelour, 
le général Kootte, qui perdit plus de trois mille hommes 
tués ou blessés et les meilleurs officiers de son armée. 
Poursuivant le cours de ses succès, il défit, clans les 
montagnes de Lommeraje, le colonel Coïn, qui perdit 
quatre pièces de canon et tous ses équipages ; puis il s'em- 
para du fort de Chilour et de plusieurs autres places im- 
portantes, et poursuivit pendant plusieurs jours le colo- 
nel Bellvet, qui se vit forcé de se rendre à discrétion avec 
tout son corps d'armée. Le jour morne de la première 
rencontre du général avec ce colonel, le bailli de Suffren 
attaquait l'escadre anglaise. Enfin , pour couronner 
cette campagne, de Lallée battit le général Kootte à 
Arnij et défît complètement un corps d'armée à Trichi- 
nopolij. 

Après la mort de d'Hyder-Aly, arrivée sur la fin de 
1782, le chevalier de Lallée, quoique premier conseil- 
ler, généralissime et confident de Typo-Saïb, desirait 
cependant réaliser sa fortune et mourir dans sa patrie ; il 
demanda en vain les neuf millions de pagodes qu'il avait 
prêtées au roi des Mahrattes ; des distinctions honorifi- 



XIII 



ques et des commissions délicates, dans l'intérieur des 
Indes, furent la seule réponse faite à sa réclamation (1). 
L'amirauté de Londres pourrait seule, peut-être, dissi- 
per les nuages qui environnent la fin du général de Lallée. 
On croit assez généralement que sa disparition date de 
l'époque où Typo-Saïb perdit ses Etats avec la vie, et 
qu'il mourut vers 1799. 

F s . Croisolletv, not. 



Séance du 16 décembre 1888. 

(Présidence de M. Mugnier.) 

Le procès- verbal de la séance précédente est lu 
et adopté. 

Sur la présentation de MM. Mugnier et Cro- 
chet, MM. Léon Mottet, conseiller de préfecture 
de l'Isère, et Joseph Mottet, propriétaire à Aix- 
les-Bains, sont élus membres effectifs de la So- 
ciété; le sont aussi : M. François Burnier, avoué 
près le Tribunal civil de Chambéry, présenté par 
MM. Mugnier et Blanchard, et M. le docteur Ju- 
les Armand, médecin à Albertville, sur celle de 
MM. Mugnier et docteur Berthet. 

La Société reçoit en don de ce dernier son ou- 
vrage intitulé : Vaccine et variole } in-8°. 

M. Marie-Girod signale quatre plaques de che- 
minée, en fonte, savoir : I, au château de Cha- 
moux, dans la tour du concierge, une très belle 
plaque encadrée d'une large frise à ornements ar- 

(1) Voir Grillet, tome III, page 357. 



XIV 

tistiques. Au milieu et au sommet une tête d'ange, 
au centre les lettres J. H. S. dans un cartouche 
ovale supporté par deux consoles à feuilles d'a- 
canthe; à droite et à gauche, dans la partie supé- 
périeure, deux écussons aux armes des Mellarède, 
anciens propriétaires du château de Chamoux, 
qui portaient coupé d'or à deux pals d'azur et 
d'azur à deux pals d'or séparés par unefasce de 
sable à trois étoiles d'argent ou : pal lé contre- 
pallê d'or et d'azur de cinq, à lafasce de sable, 
chargée de trois étoiles d'argent. Les étoiles 
ont disparu sur la fasce de l'écu du contre-coeur. 
Il n'a pas , non plus , ses supports : deux lé- 
vriers , ni la devise des Mellarède : Fermeté, 
fidélité. — II , dans le manoir de l'abbaye de 
Verthemex , une plaque entourée d'un simple 
filet, portant la date 1672 avec une croix au mi- 
lieu (16 f 72). La partie ornementale finement 
travaillée est au centre et tient les deux tiers 
environ de la plaque. Au point central, croix 
ornée dans un cartouche ovale , et au-dessous, 
adroite et à gauche, dans des cartouches , le mo- 
nogramme du Christ. — III, à Montmélian, chez 
le maire, M. Bernard, une plaque avec la date 
1715 en tête, date divisée aussi en deux parties 
par une croix ornée, à gauche la lettre C, à droite 
la lettre P, au-dessous de chaque lettre un 
dauphin et au-dessus de celui-ci une étoile; 
enfin, au-dessous de la croix du sommet et dans 
un grand encadrement le monogramme du Christ. 



XV 

— IV, à St-Genix, chez M. Magnin, une plaque 
avec encadrement mouluré; date : 1779 entre deux 
colonnes surmontées, chacune, d'une fleur de lys. 
Le même membre signale encore à Cruet, au 
fond de l'escalier d'une maison appartenant à 
M. Claude Tallin, une pierre sur laquelle on lit 
la partie d'inscription suivante : 

OLUS (un êcusson) EMANVEL II 
I1VLE CYPRI . REX 

ATEM INFANS . ACCEPIT 
TIONIBUS (1) SECVRIOREM FECIT 
BRIS M. DC. LVIIII. 

M. Lathoud présente un jeton fort bien con- 
servé qui a été trouvé dans les décombres de l'an- 
cienne église du Bourget-du-Lac. Cette pièce de 
cuivre peut se décrire ainsi : jeton au châtelet, 
surmonté d'une fleur de lys , avec la légende 
gothique de Y Ave Maria, appartient aux règnes 
des rois de France, Philippe III et suivants, de 
1283 à 13G0. Au revers : croix fleuronnée et fleur- 
delysée dans une rosace â quatre doubles arcs 
aboutés. M. Lathoud fait don de ce jeton à la So- 
ciété qui le déposera au Musée de la ville de Cham- 
béry. 

Le même membre signale une cheminée renais- 
sance qui se trouve à Chambéry, dans l'ancienne 
maison de Sales, derrière le Lycée, maison qui 
va être démolie. Il espère que cette cheminée sera 

(1) ou TORIBVS, pour viatoribûs. 



XVI 

donnée à la ville de Chambéry qui la fera sans doute 
placer au rez- de -chaussée du nouveau Musée- 
Bibliothèque. 

Le Président donne lecture d'une circulaire de 
M. le Ministre de l'Instruction publique faisant 
connaître que les sociétés savantes seront com- 
prises dans l'exposition de son ministère, avec place 
dans la classe VIII, à la prochaine Exposition uni- 
verselle. Le Ministre demande la liste exacte des 
documents que chaque société désire exposer. Il 
est décidé que la Société exposera l'ensemble de 
ses publications, et manifestera à M. le Ministre 
de l'Instruction publique l'intérêt que présente- 
rait une exposition d'ensemble des diverses socié- 
tés savantes d'une même province, la Savoie, le 
Dauphiné, la Franche-Comté, la Provence, la Bre- 
tagne, etc. 

M. Mugnier analyse une enquête judiciaire faite 
à Rumilly en mars 1702, à raison d'une opération 
césarienne pratiquée clans cette ville par trois maî- 
tres chirurgiens, les sieurs Joseph Carrel, Henri 
Bercuel et François Chapuis. L'enquête, ou som- 
maire apprise, avait sans doute été ordonnée, aiin 
de savoir si l'enfant avait survécu à sa mère. Voici 
la déposition d'honorable Carrel, l'un des chirur- 
giens : 

H ble Joseph Carrel, maître chirurgien âgé d'environ 
36 ans. 

Dit et dépose que le 26 Février passé étant au devant 
de sa boutique sur les neuf heures du matin (la mère 



XVII 

était dans les douleurs depuis la veille) il fut averti de 
courir promptement chez la dame Durnarche pour 
secourir honorable Françoise Durnarche femme du sieur 
Anthonioz qui agonisait et expira un petit moment après 
pour n'avoir pu accoucher de l'enfant qu'elle portait 
pour lequel sauver il se mit d'abord en devoir de l'ou- 
vrir tenant le rasoir en main pour ce sujet. Survint 
hon ble Louis Bercuel (28 ans) aussi m e chirurgien 
auquel le déclarant par déférence présenta le rasoir, 
lequel ayant pris le dit Bercuel fît l'opération et ayant 
ouvert le ventre, il s'écria : l'enfant est dehors il me 
donne le bras et l'ayant sorti la tête la première, le dit 
déclarant lui donna promptement le sacrement de 
baptême, après quoi il le mit dans un bassin qu'il remit 
entre les mains de la femme sage (Claudine Fusil, 
70 ans) qui le porta auprès du feu où elle le lava avec 
d'eau impériale. Pendant ce temps le déclarant ayant 
été curieux de voir l'endroit d'où l'enfant avait fait sa 
sortie il en fut détourné par les exclamations que faisait 
la mère sage en disant : Dieu soit béni, venez tous voir 
comme cet enfant ouvre la bouche, et y étant accouru, 
il le vit ayant la bouche ouverte et le visage vermeil 
quoiqu'il eût remarqué que le dit enfant eut la bouche 
fermée quand il vint au monde. Un peu après, la mère 
sage dit encore : Venez voir messieurs comme il ouvre 
encore la bouche ; — il est bien en vie, le cœur lui 
palpite, et qu'ainsi l'on ne doit point douter qu'il soit en 
paradis comme étant bien baptisé... Après tout cela, 
lui déclarant alla dans la chambre où était la mère 
défunte, son mari et d'autres personnes et leur dit : 
vous devez vous consoler ; dans votre malheur vous 
avez un enfant au paradis, et le dit Bercuel ayant 
demandé lorsque la mère sage s'écria la seconde fois, 

2 



XVIII 

où est Monsieur le curé qu'on baptise cet enfant, et dans 
ce moment trouva le s r curé en prière dans la maison, 
le déposant le tirant par le bras lui dit: M 1 ' le curé venez 
promptement baptiser cet enfant puisqu'il donne encore 
des signes de vie. A quoi le s 1 ' curé ayant demandé s'il 
n'avait point encore été baptisé, et le déclarant lui dit : 
je l'ai baptisé moi-même et lui ayant demandé la forme 
dont il s'était servi, il lui dit que c'était assez, que le 
baptême était bon. — Signé : Carrel, Mugnier [juge] 
délégué, et Gallatin, greffier. 

M. Mugnier présente encore une ordonnance de 
Pierre-François Jaï, vicaire général et officiai de 
Févêché de Genève, rendue à Annecy, le 26 avril 
1659, en faveur de Claire-Marie Lomel, veuve de 
noble Jean-Claude d'Orlyer. Bien qu'elle soit en 
français, l'official signe en latin : Jaïus, v. gene- 
ralis. La pièce est contresignée par le greffier Mo- 
rens qui perçoit 2 florins. Au bas est le sceau 
rond du Chapitre : saint Pierre assis tenant une 
clé de la main droite et un livre de la gauche; sous 
lui, un écusson avec les clés en sautoir; autour, la 
légende bien connue, Sigillum capituli, etc. 



Séance du 27 janvier 1889. 

(Présidence de M. Mugnier.) 

Le Président donne connaissance d'une lettre 
de M. le Préfet de la Savoie du 14 de ce mois de- 
mandant si la Société autorise le transfert au 
Musée de Chambéry des objets qu'elle a déposés 
dans le Musée départemental. La réunion con- 



XIX 

sent à ce transfert moyennant la confection préala- 
ble d'un inventaire à double original, signé par le 
maire, le conservateur du Musée et le président 
de la Société. 

Sur la présentation de MM. Mugnier et Clau- 
dius Blanchard, M. Jean-Marie Blanchard, ins- 
pecteur-adjoint des forets à Chambéry, est élu 
membre effectif de la Société. La démission de 
M. Castellan est acceptée. 

M. François Veyrat communique différents 
documents, dont quelques-uns se rapportent au 
fort de Miolans, prison d'Etat. Ce sont : 1° une 
lettre du prince Thomas de Savoie à M. de Belle- 
garde, lieutenant de la Colonelle du château de 
Montmélian. 

Le prince Thomas de Savoye, 

Très cher et bien amé. Nous n'espérions pas moins 
de votre affection et du zèle que vous avez pour le ser- 
vice de S. Altesse que le prompt secours que vous 
avez donné de bledz et d'argent à la compagnie Colon- 
nelle de ce Préside à laquelle vous commandez. L'on 
faict maintenant les expéditions pour les uns et pour les 
autres sur lesquelles vous pourrez vous rambourser de ce 
que vous avez fourny outre que nous aurons du ressou- 
venir de vos services auprès de S. Alsse quand nous ver- 
rons le temps à propos. Sur ce nous prions Dieu qu'il vous 
ait en sa sainte garde. De Turin ce 23 m e d'Aoust 1627. 
Signé : Thomas, et au bas Piochet. 

2° Deux pages d'un mémoire adressé â ses juges 
par l'adjudant du fort de Miolans, Arnaud, qui 
avait été emprisonné pour avoir comploté avec le 



XX 

faussaire Lavrni et un jeune homme, Alexis Lé- 
tanche, détenu pour correction paternelle (1). 

(Les pages qui précèdent manquent). 4 e chef 

d'accusation d'avoir écrit le 25 janvier 1767 une lettre 
au nom de Lavin à l'adjudant Ferraris de Turin par 
laquelle il lui demandoit trois portraits et le traitté des 
mignatures. 

Réponse. Le 4 e moyen de défense contre la prétendue 
lettre est aussi simple que juste. L'accusé connaissoit le 
talent de Lavin ensuite des cinq portraits qu'il lui avait 
remis et par suite de ce même esprit de curiosité et pour 
voir ceux dont le dit Ferraris étoit nanti il inséra ces 
termes dans la lettre 

5 e chef d'accusation avoué d'avoir donné du tabac aux 
prisonniers en allant à la messe. 

R. Le 5 e délit peut-il trouver sa place et faire nombre 
dans la cathégorie des manquements ? Comment donc 
une prise de tabac donnée aux prisonniers sera un crime ; 
l'accusé a pensé différemment; le vrai et seul motif n'a 
été pour luy qu'un devoir de charité et d'ailleurs nulle- 
ment prohibé par l'ordre du 25 juin 1765. 

6 e chef... avoir remis à Alexis Létanche lorsqu'il étoit 
prisonnier au fort une lettre du s 1 Beauregard et un pa- 
quet de couleurs, encre, crayon et autres. 

R. Le 6 e moyen pénètre et touche le cœur de l'accusé. 
11 a avoué, il est vrai, d'avoir remis à Létanche les effets 
ci-dessus; mais qui ne sera frappé d'étonnement? Cet 
Alexis Létanche reçoit le bienfait et lui-même en dénonce 

(1) Voir aux Mémoires et Documents de la Société, tome 
XVIII; A. Dufour et F. Rabut., Miolan, prison d'Etat, 
p. 302 et 518. 



XXI 

l'accusé comme coupable. Sera-ce pour luy un crime, 
sera-ce un délit? N'aurez-vous, messieurs, aucun égard 
à cette circonstance, et surtout à celle que Létanche, 
jeune homme, était détenu pour correction maternelle, 
qu'il n'étoit pas considéré comme prisonnier d'Etat, 
mais par jeunesse, et qu'il devoit être élargi au premier 
jour. (Le surplus manque.) 

3° La copie d'une supplique au roi de Sardaigne 
parLavini. Cette pièce n'est pas datée mais l'al- 
lusion que le prisonnier y fait aux paroles que 
Victor-Amédée III aurait prononcées en montant 
sur le trône, indique qu'elle est postérieure à cet 
événement, c'est-à-dire à 1773 (1); mais l'on peut 
mieux préciser. Lavini avait été arrêté à Paris en 
août ou septembre 1762; il y avait, en 1786, vingt- 
quatre ans, tout près de cinq lustres qu'il était 
mort pour le siècle, comme il le dit dans sa sup- 
plique. Celle-ci a donc été écrite au printemps de 
1786. 

Cette supplique est assez différente de celle que 
Lavini avait adressée à Charles-Emmanuel III le 
3 mars 1767 et qui a été- rapportée par MM. A. 
Dufour et F. Rabut, ouvrage cité, p. 518. On voit 
que le prisonnier avait profité des lectures qu'on 
lui avait permis de faire. 

« A Sa Majeslé 
S'il est vrai qu'il existe pour l'homme un état pire 

(1) Victor-Amédée III devint roi de Sardaigne à la mort 
de son père Charles -Emmanuel III, le 20 février 1773; il 
était âgé alors de 47 ans. 



XXII 

que la mort, c'est celui d'un malheureux qui, cloué par 
la nature d'une sensibilité extrême, après avoir traîné 
dans les fers les plus beaux jours de sa vie, voit à cha- 
que instant grossir le torrent d'amertumes dont elle est 
abreuvée, et n'existe désormais que pour la douleur. 
Tourmenté par les agitations du moment présent et par 
le souvenir amer des souffrances passées, une vieillesse 
précoce,, suite nécessaire d'un état si violent, lui pré- 
sente l'effrayante perspective d'un avenir encore plus 
affreux. 

Tel est le sort de l'infortuné Laviny ! Forcé de vivre 
dans une nuit profonde de désespoir et d'horreur, il se 
voit condamné à passer lentement par tous les tourments, 
avant d'arriver au terme fatal de son supplice; et après, 
peut-être, plus de trente ou quarante années d'angoisses^ 
de soupirs et de larmes, luttant contre la douleur et la 
mort, il ne restera plus à un être si malheureux qu'un 
souffle de vie pour appeler la charité à son secours et 
l'appeler en vain. 

Mais si la tendre Humanité peut réclamer ses droits, 
cet infortuné ose former un vœu pour l'accomplisse- 
ment duquel le meilleur des Rois, le plus doux des maî- 
tres peut exercer sa Clémence, sans blesser sa justice. 
Convaincu depuis longtemps des dangers d'un monde 
perfide, se consolant de l'absence, de l'oubli même des 
Humains par la lecture et la méditation, la liberté n'a 
presque plus d'attraits pour un solitaire qui voit chaque 
jour sa santé dépérir à vue et sera par là bientôt privé de 
la seule précieuse ressource qui lui reste pour faire di- 
version à ses chagrins en exerçant innocemment les 
faibles talens dont l'abus lui attira la juste punition qu'il 
endure. 

Il ne demande pour toute grâce que l'agrément d'être 



XXIII 

transféré en Piémont dans une retraite où il puisse res- 
pirer un air libre et moins vif, le meilleur remède pour la 
maladie qui le mine, et. se procurer, étant à la portée 
d'une ville, une nourriture conforme au régime qui lui 
est prescrit. 

Puisque le Ciel propice à mes vœux vient de me sus- 
citer un protecteur généreux qui se charge de les porter 
aux pieds du Trône (1), je sens renaître dans mon cœur la 
douce espérance de les voir bientôt accomplis. Le Prince 
débonnaire qui daigna en des temps plus heureux rn'ac- 
cueillir avec bonté à ses pieds et me combler des bien- 
faits, pourroit-il repousser la voix gémissante d'un sujet 
coupable à la vérité, mais qui a déjà expié sa faute par 
un plus grand nombre d'années qu'il n'en comptoit au 
moment qu'il devint la victime de la séduction ? 

Semblable au grand Théodose, plus grand même par 
ses vertus, Victor en montant sur un Trône orné par la 
Clémence, a dit après un généreux soupir, en accordant 
un pardon général : Que ne puis-je aussi donner la vie 
aux morts! 

Il peut faire ce miracle. La lugubre demeure de La- 
vini n'est qu'un sépulcre où il a cessé de vivre, sans 
jouir du repos qu'amène le trépas : il est mort pour le 
siècle depuis bientôt cinq lustres. S'il ouvre les yeux, 
ce n'est que pour verser des larmes qui arrosent le pain 
qui l'alimente : son cœur ne palpite que pour être dé- 
chiré par la douleur : s'il sent son âme, ce n'est que pour 
être pénétré par le plus amer repentir de sa faute. Que 
la miséricorde d'un Roi qui ne punit qu'en père et par- 
donne avec plaisir, se déploie toute entière en arrachant 
une seconde fois des bras de la mort la malheureuse 

(1) M. de Coudrée. 



XXIV 

victime que la Clémence de son Auguste père daigna 
soustraire au glaive terrible de la justice! 

Rappelé ainsi à une nouvelle vie, le seul vœu qui me 
reste encore h former, est celui que Pline faisoit pour le 
bon Trajan : Nous ne demandons (à Dieu) ni la paix, 
ni la concorde, ni les richesses, ni la sécurité, ( ni la 
liberté) notre vœu est simple, et tous ces biens y sont 
compris : Le Salut du Prince ! 

Je nie suis trouvé cette première copie de mon mémoire 
présenté à Sa Majesté par M. le marquis de Coudrée, j'ai 
l'honneur de le faire passer telle quelle à Monsieur le Com- 
mandant, en le suppliant de vouloir bien par suite de ses 
bontés faire passer, avec l'agrément de Monsieur le général, 
la réponse ci-jointe au billet de Monsieur le baron du Noyer 
fils. En souhaitant à M. le Commandant un heureux voya- 
ge, il me permettra de lui réitérer les protestations de mes 
respectueux sentimens. » 

Cette note aussi écrite de sa main (mais en son écriture 
ordinaire) se trouve au clos de la précédente copie de sa 
supplique à S. M. 

Nota. L'original de cette copie écrit par Laviny lui-même 
en lettres de vieux caractères d'impression, de son temps. 
1779, où il se trouvait à Miolans, est tellement ressemblant 
à une feuille imprimée, qu'on oserait parier que ce n'est pas 
un manuscrit, quoique ce soit bien vrai. (Note du déten- 
teur de la copie.) 

La demande de Vincent Lavini fat accueillie ; 
on le transféra le 7 juin 178G à Ivrée en Piémont 
où il mourut le 14 juillet 17X1 >. 

A propos de Lavini, M. Mugnier signale l'exis- 
tence chez diverses personnes do la vallée de St- 
Pierre d'Albigny de quelques menus objets qu'il 



XXV 



fabriquait, tels que crucifix, boîtes, etc. Il n'en- 
voyait pas seulement à Turin les portraits qu'il 
dessinait, mais il en remettait encore aux gentils- 
hommes du voisinage qui s'intéressaient â son sort. 
C'est ainsi que Madame la baronne Favier Du- 
noyer possède le portrait d'une dame Dunoyer et 
celui de son fils, grand-père de MM. les frères 
Dunoyer actuels. M rae Dunoyer et son fils habi- 
taient alors le château de Minjoud à Saint-Pierre, 
et il semble qu'ils furent admis â poser devant 
le prisonnier , car les portraits paraissent faits 
d'après nature. Ce sont des dessins â la plume 
d'une exécution vraiment remarquable. Ils sont 
ovales , d'environ 70 centimètres de haut , en- 
tourés sur le papier d'un cercle de couleur rose. En 
haut de celui de M. Louis Dunoyer (1), on voit les 
lettres D L entrelacées, et, au bas, dans un cartou- 
che excessivement étroit, cette citation d'Horace : 
Crescam laude recens. HOR. L. III, Ode 24 ». 

M. le comte de Menthon d'Aviernoz a un second 
exemplaire du portrait de M me Dunoyer, exacte- 
ment semblable à l'autre; mais comme il n'est pas 
encadré, on peut lire, au bord supérieur, ces mots : 
non fur giamai si begli occhi. 

(Petrarca). 

Les Odes d'Horace n'ont pas le même numéro 
d'ordre dans toutes les éditions. L'ode Exegimo- 
numentum wre perennius,k laquelle appartient 
le crescam laude recens, porte le numéro XXX 

(t) Celui à qui il priait le Commandant de faire passer 
une réponse (page xxiv). 



XXVI 

du Livre III, dans la ravissante édition elzévé- 
rienne de Didot : Parisiis. Ex. Typographia 
Firminorum Didot. M DCCC LV. 

On voit par ces exemples qu'outre son dange- 
reux talent de calligraphie, Lavini possédait une 
certaine instruction littéraire et l'art de flatter 
finement. 



Séance du 17 février 1889. 

(Présidence de M. Mugnier.j 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu 
et adopté. 

M. Lathoud, l'un des secrétaires, donne lecture 
de deux circulaires de M. le Ministre de l'Instruc- 
tion publique, du 25 et du 28 janvier 1889, rela- 
tives, la première à un questionnaire pour l'étude 
de l'habitat en France ; la seconde, à un question- 
naire, également, au sujet des observations météo- 
rologiques faites en France antérieurement à 1870. 
Les divers exemplaires de ces questionnaires sont 
distribués à quelques membres de la Société. 

Le Président annonce qu'il a adressé à M. le 
Ministre de l'Instruction publique les publications 
de la Société destinées à l'Exposition universelle 
de 1889. Conformément aux prescriptions de la 
circulaire ministérielle du 30 janvier dernier, il 
n'a transmis que les volumes édités depuis 1878, 
soit les tomes XVII à XXVII, et les Chronologies 
pour les Etudes historiques en Savoie, publiées 
par la Société en 1884. Il y a joint les neuf volumes 



XXVII 

de Comptes rendus des Congrès des Sociétés sa- 
vantes de la Savoie de 1878 à 1887; le Compte 
rendu de 1888 n'étant pas encore imprimé. 

M. Charles Perrier fait don à la Société d'un 
décret du 13 août 1670, sur parchemin avec sceau, 
par lequel le duc Charles-Emmanuel II relève 
nobles Gaspard et Hiéronisme de Piochet de la 
péremption et de toutes fins de non recevoir en- 
courues par eux dans un procès qu'ils avaient in- 
tenté à honorable Jean-François Ginet et qu'ils 
n'avaient pas poursuivi depuis l'année 1659. C'é- 
tait là une de ces faveurs que le souverain ne refu- 
sait jamais aux personnes ayant quelque influence 
ou quelque protecteur, et qui troublaient à chaque 
instant l'administration régulière de la justice. 

M. François Veyrat présente la copie de l'acte 
de rachat des droits féodaux appartenant à la ba- 
ronne de Miolans, sur les communes de St-Pierre 
d'Albigny, Grésy-sur-Isère et Fréterive. Cet acte 
d'affranchissement est passé â Chambéry le 4 sep- 
tembre 1788, devant le notaire Louis Joachim 
Léger, secrétaire de la Délégation générale établie 
pour l'exécution de l'Edit d'affranchissement. La 
dame Marie-Thérèse de Saluées Spinola de Ga- 
resio, baronne de Miolans, de Cardé, Caramagne, 
etc., veuve de Charles-Emmanuel, marquis d'A- 
glié de St-Martin, affranchit les trois communes, 
et tous les particuliers y possédant des biens, de tous 
droits de fief, emphythéose, domaine direct, lods, 
plaits, cens, servis, tributs, redevances, nomma- 



XXVIII 

ges, taillabilités réelleset personnelles etde tous les 
autres droits et servis féodaux et empky théotiques, 
à raison de la terre et baronnie de Miolans, — pour 
le prix de 32,000 livres quant à la communauté 
de St-Pierre d'Albiguy; de 9,250 livres pour 
Grésy et de 13,200 livres pour Fréterive. Dans ces 
sommes sont comprises les redevances dues pour 
pontenage, affouage et fenetage, qui font l'objet 
d'un procès entre la baronne et les communautés. 
Celles-ci., dans le cas où il sciait jugé qu'elles ne 
doivent pas ces redevances retiendront sur les 
susdites sommes, savoir : St-Pierre, 3,670 livres; 
Grésy, 1,567 livres, et Fréterive, 506 livres. 

La baronne de Miolans se réserve tous les droits 
et servis qui lui sont dus et ceux qui écherront le 
1 er décembre prochain, tous les droits et attributs 
utiles et honorifiques dépendant delà juridiction, 
et tous les droits qu'elle pourrait avoir sur les 
montagnes, bois et forêts des trois communautés. 
Les frais du contrat et ceux de son entérinement 
à la Chambre des comptes sont à la charge des 
communautés (1). 

La même dame passa encore un contrat d'af- 
franchissement le 25 janvier 1789 en faveur de la 
communauté de Cruet pour 980 livres, et, deux 
ans après, eu faveur de celle de St-Jean-de-la- 
Porte pour 2,850 livres. 

La Révolution suspendit le paiement des det- 
tes des communes; mais il leur fut réclamé avec 

(1) Voir pour Grésy un autre affranchissement en 1770, 
au tome III, page lviii. 



XXIX 

intérêt, en 1822, par Charles-Emmanuel San 
Martino d'Aglié, marquis de Garesio, en qualité 
d'héritier de la baronne de Miolans sa mère, par 
testament du 3 janvier 1794. 

M. Mugnier signale la formule suivante de ré- 
ception d'un habitant au nombre des bourgeois 
de Chambéry au milieu du siècle dernier ... Le 
conseil reçoit au nombre des bourgeois le sieur 
Nicolas Corraud, « lequel appelé au bureau du 
consentement du procureur de la ville, s'étant mis 
â genoux, tète nue, il. a prêté serinent sur les 
Saintes-Ecritures par lui touchées entre les mains 
de M. le premier syndic, d'être bon et fidèle ci- 
toyen, de vivre dans la religion catholique, apos- 
lique, romaine, d'être obéissant à la ville, de sup- 
porter toutes les charges comme les autres bour- 
geois et de se comporter en tout comme un homme 
de bien et d'honneur. Ensuite de quoi la Ville a 
délibéré qu'il lui serait expédié des lettres de 
bourgeoisie ». 

Il semble que la ville n'admettait pas à sa bour- 
geoisie les personnes qui n'étaient pas de condi- 
tion libre, eux ou leurs ancêtres, car on lit au folio 
321 v° du registre des délibérations de Chambéry 
de 1742 à 1749, que le demandeur « se soumet à 
rapporter une attestation de liberté, franchise et 
de ses auteurs (sic). » Depuis bien longtemps il n'y 
avait plus de serfs en Savoie ; mais il y avait encore 
des taillables â miséricorde; c'est â un homme de 
cette catégorie, vraisemblablement, que s'appli- 
quait l'obligation imposée par la ville. 



XXX 



Séance du 10 mars 1889. 

(Présidence de M. Mugnier.) 

Le procès-verdal de la séance précédente est 
adopté. 

Sur la proposition du bureau de la Société , 
MM. Jean Zeller, recteur de l'Académie deCliam- 
béry, et Charles Guillermin, ancien président de 
la Société, ancien adjoint au maire de la ville, 
sont nommés membres honoraires. 

La Commission désignée pour examiner les 
comptes du Trésorier fait connaître que, depuis 
l'arrêté du 19 février 1888 jusqu'à ce jour, les dé- 
penses se sont élevées à 1,726 fr. 10 c. et les recet- 
tes â 2,325 fr., d'où est résulté un boni de 598 fr. 
90 centimes. La Société possède en outre à la 
Caisse d'épargne un dépôt de 2,613 francs. Les 
comptes du Trésorier sont approuvés et arrêtés en 
cette conformité. En présence de cette excellente 
situation financière, la réunion adresse de vifs 
remerciements â son président et à son trésorier. 

M. Lathoud communique divers actes d'achat 
d'immeubles faits par Jean de Agio (Déago), no- 
taire, de Cornier, ainsi que des Lettres Patentes 
données à Genève le 16 mars 1498, par le duc de 
Savoie Philibert II, par lesquelles il approuve les 
actes et fait remise des droits de lods et de ventes 
en contemplation des bons services qu'il a reçus 
d'Antoine de Agio, son secrétaire, et aussi pour 



XXXI 

trente florins de Savoie p.p. payés en ses propres 
mains. 

La pièce est contresignée Macard, avec le grand 
sceau de Savoie pendant; présents : Reynier, bâ- 
tard de Savoie, comte de Villards, lieutenant-gé- 
néral de Savoie; A. baron de Viry; Antoine de 
GinginSj seigneur de Divonne, président; Jean 
de Challes ; Pierre Gorrat, collatéral du conseil de 
Chambéry; A. de Challes, seigneur de St-Alban, 
maître d'hôtel, et Benoît Torelli, maître des re- 
quêtes. 

Il donne ensuite connaissance d'un mémoire 
dans lequel il est énoncé qu'au xvi e siècle la fa- 
mille Déage se divisa en deux branches. Jean Déage 
eut deux fils, André et Mamert, qui partagèrent la 
succession paternelle par acte du 13 juin 1549, 
Boccard, notaire. André resta à Cornier. Mamert 
ou Merinet passa au service de Jacques de Savoie, 
duc de Nemours et comte de Genevois, qui lui ac- 
corda des lettres de noblesse données à Faverges 
le 15 août 1555, approuvées par le Duc Emmanuel- 
Philibert, à Rivoles, le 21 octobre 1565. 

La postérité de Mamert forma la branche des 
N. Déage, seigneurs de Mesmes de Loisinge, par- 
mi lesquels on compte Jacques Déage, seigneur de 
Mesmes, capitaine de cavalerie en 1616, Michel I 
Déage de Mesmes, capitaine dans le régiment du 
prince de Carignan en 1643; Michel II, de Mes- 
mes, major des milices du Faucigny en 1703, ca- 
pitaine dans le régïnent de Saluces par brevet du 



XXXII 



12 février 1704; Gilbert de Mesmes, lieutenant à 
la formation du régiment de Chablais, brevet du 
16 septembre 1713, et François-Emmanuel Déage 
de Mesmes de Loisinge, militaire depuis 1743, 
qui arriva au grade de lieutenant-colonel et fut 
nommé gouverneur de Carouge le 6 septembre 
1785. 

La branche d'André Déage s'était continuée jus- 
qu'en 1792, époque où elle était représentée par 
Albert Déage, officier au régiment de Maurienne, 
en qui les deux branches devaient se réunir, Fran- 
çois-Emmanuel étant âgé et sans postérité. (Voir 
aussi sur cette famille, le tome XXVII, page 100 
des Mémoires de la Société et Y Armoriai de 
Savoie, par A. de Foras.) 

Le Président rappelle les divers vœux émis 
par la Société pour la réédification du portail de 
l'ancien couvent de Saint-Dominique. Il en a, 
avec MM. Révil et Lathoud, visité les matériaux 
dans le hangar où ils sont déposés sur l'esplanade 
du Château. La plus grande partie est dans un 
assez bon état de conservation. M. Cat, des ponts 
et chaussées, qui, dans sa jeunesse, avait été chargé 
de la démolition du portail, en a heureusement 
conservé les dessins et s'est offert gracieuse- 
ment à coopérer à la reconstruction. Cette œuvre 
serait donc assez facile à faire; mais le choix 
de l'endroit où le monument devrait être élevé 
l'est moins. L'on avait pensé à l'appliquer contre 
le grand mur nu vis-à-vis de la façade latérale 



XXX11I 

sud du Musée-Bibliothèque, mais il est trop haut 
et, surtout, a trop de relief pour que cela soit pos- 
sible. M. Guinard. ingénieur en chef des ponts et 
chaussées, propose de le placer sur l'esplanade 
môme du Château, au milieu de l'allée du cou- 
chant et contre le mur qui sépare l'esplanade des 
dépendances de l'église de Mâché. Lorsqu'on au- 
rait abattu quelques arbres de l'allée la vue du 
portail serait dégagée, et il ne manquerait pas d'at- 
tirer l'attention des visiteurs, comme la Tour et la 
Sainte-Chapelle. Cette proposition reçoit l'assen- 
timent de la réunion qui, entre autres avantages, 
y voit celui de diminuer considérablement les dé- 
penses que l'exécution du projet doit entraîner, 
puisque les matériaux se trouveraient sur le lieu 
même où ils devraient être employés. 

M. Mugnier signale l'existence à Chambéry, 
entre les mains de M. le comte de Menthon d'A- 
viernoz, d'un manuscrit intéressant et dont le titre 
a été publié par Giïllet (Dictionnaire historique, 
t. II, p. 143). C'est l'ouvrage de Jacques Rambcrt, 
chanoine delà Sainte-Chapelle de Chambéry, qui 
mourut évèque d'Aoste en 1728. Il est intitulé : 
Mémoires sur les actions les plus éclatantes : et les 
d l'oits les plus prêt ieux des Comtes et Ducs Chefs 
de la.Roïale Maison deSavoie. Il forme cinq tomes, 
de 200 pages chacun en moyenne, et d'une belle 
calligraphie, comprenant les règnes de Bérold de 
Saxe et ceux des Comtes et Ducs, ses successeurs, 

3 



XXXIV 

jusqu'à la lin des troubles de l;i régence de Christine 
de France, sous la minorité de de Charles-Emma- 
nuel II. Le récit s'arrête à 1643, et l'ouvrage se 
termine par ces mots : Fin des Mémoires de Sa- 
voi/e composés par le chanoine Rambert. 

Dans une courte préface, l'auteur nous apprend 
« qu'il a consulté tous les auteurs qui ont écrit sur 
l'histoire de Savoie et qu'il a préféré ceux dont 
l'autorité est plus respectable : tels sont Guiche- 
non et Paradin. On a suivi Guiclienon sur certains 
faits importants et dans l'ordre de la succession 
des princes, points sur lesquels Paradin s'est égaré. 
On a suivi Paradin au contraire par rapport au 
détail dans lesquels Guichenon n'est entré presque 
jamais. Et ce en quoi ont manqué l'un et l'autre, 
on a expliqué les événements de l'histoire des 
Papes, des Empereurs soit d'Orient, soit d'Occi- 
dent, des- Maisons de France et d'Autriche, de 
plusieurs Républiques et de tous les Potentats qui 
ont régné en Europe depuis sept siècles, lorsque 
cette explication a été nécessaire à l'intelligence 
de l'histoire do l'Auguste maison de Savoye ; de 
sorte que les sujets de cette maison pourront 
s'y instruire à fond de l'histoire de leur Païs de- 
puis le temps que la Maison de Savoie règne sur 
eux, et y puiser des connoissances utiles sur l'his- 
toire des Peuples qui les confinent et sur celle de 
plusieurs autres. » 

C'était là un beau programme. Malheureuse- 
ment il n'a pas été tenu. En dehors des lignes qui 



XXXV 

précèdent, le chanoine Rambert ne cite aucunes 
sources. Au moment où il écrivait, fin du xvn c 
siècle, la critique historique, surtout dans notre 
pays, n'avait pas fait de grands progrès. L'au- 
teur le montre bien, car il consacre au règne de 
Bérold de Saxe treize grandes pages où il raconte 
minutieusement les actions de ce personnage semi- 
fabuleux qu'il déclare être né à Magdebourg en 
980, et être mort en 1027 à Arles où il fut inhumé. 
Plus loin, l'auteur fait tenir à ses héros et à leurs 
interlocuteurs de longs discours à la manière de 
Tite-Live ; il s'abstient ordinairement de donner 
les dates des événements et ne rapporte aucun de 
de ces documents qui assurent l'exactitude du 
récit. Nous n'avons rencontré en ce genre que la 
traduction de la bulle adressée le 7 des Calendes 
de mai 1449, par le Concile de Lausanne à Félix V, 
pour lui garantir les avantages en retour desquels 
il s'était résolu à abandonner la tiare à Nicolas V. 
Le règne de Charles-Emmanuel I er est le plus com- 
plètement traité; on y trouve un récit de l'expédi- 
tion de VEscalade de Genève en 1602, avec ce 
détail : « Après avoir étranglé les prisonniers, on 
(les Genevois) leur coupa la tète, on jeta leurs 
corps dans le Rhône et on planta les tètes sur les 
murailles. Une demoiselle, femme du seigneur de 
Sonnaz, un des treize officiers dans la personne 
desquels on avait violé la capitulation qui avait été 
accordée à leur valeur, aiant résolu de ne prendre 
aucune nourriture qu'elle n'eût donné encore un 



XXXVI 

triste baiser à son cher époux et les habitans de 
la ville lui aiant refusé sa tête, elle s'assit vis-à- 
vis du lieu où elle étoit plantée, et là elle colla ses 
yeux sur ce funeste objet de son désespoir et de 
son amour jusqu'à ce que les langueurs de la mort 
les eussent éteints ». 

Cette légende et d'autres semblables prouvent 
que, M. Rambert, s'il a dédaigné les fables les 
plus absurdes des chroniqueurs de Savoie, n'a 
pas fait cependant un choix suffisamment rigou- 
reux. Il est inutile d'ajouter que l'on ne doit pas 
s'attendre à trouver dans l'ouvrage quelques-unes 
de ces révélations nouvelles et hardies qui, par- 
fois, éclairent les événements et leur donnent leur 
véritable signification. L'absence de toute liberté 
politique astreignait les écrivains à une prudence 
dont M. Rambert ne s'est pas départi. Disons, en- 
fin, que sa narration ne vise que les actions des 
souverains et que l'histoire économique et intel- 
lectuelle de la nation y est complètement passée 
sous silence. 

Malgré tout, l'ouvrage n'est pas ennuyeux; il 
se lit au contraire avec intérêt et marque un pro- 
grès dans la façon de comprendre et de racon- 
ter l'histoire. Sa publication pourtant ne nous 
paraît pas utile. Depuis cinquante ans, les archives 
ont été ouvertes et fouillées en Savoie, en Suisse, 
en Italie; des travaux considérables, dus à des 
écrivains sincères, tels que : MM. Ménabréa, 
Costa, Cibrario, Carutti, Burnier, St-Genis, Bol- 



XXXVII 



lati de St-Pierre, A. Manno, de Sonnaz, etc., etc. , 
sans parler des trésors retirés des Archives natio- 
nales de France, ont fait connaître une masse de 
documents, de pièces secrètes jusqu'alors, et à 
l'aide desquels l'on a pu restituer aux événements 
leur véritable caractère et donner à l'histoire les 
qualités de précision et de vérité qu'avec raison 
l'on recherche aujourd'hui. 



Séance du 7 avril 1889. 

(Présidence de M. Mugxier.j 

Sur la présentation de MM. Mugnier et Girod, 
M. Emile Rey, de Chambéry, est élu membre 
effectif de la Société. 

Lecture est donnée d'une lettre par laquelle 
M. Zeller, recteur de l'Académie de Chambéry, 
remercie de sa nomination de membre honoraire. 

M. Joseph Revil fait hommage de son Etude 
sur le jurassique moyen et supérieur du Mont- 
du-Chat. 

La Société décide de souscrire à trois exem- 
plaires du nouvel ouvrage de M. l'abbé Piccard : 
Thonon, Evian-l es-Bains et le Chablais moderne. 

Le secrétaire signale l'avis du ministère de l'Ins- 
truction publique annonçant qu'il a fait don à la 
Société de Y Itinéraire de Philippe le Hardi et de 
J an Sans Peur et de la Bibliographie des Socié- 
tés savantes de la France. 



XXXVIII 

La réunion remercie M. Schefer, l'un de ses 
membres honoraires, qui a demandé et obtenu 
pour elle ces deux ouvrages. 

M. Mugnier fait connaître l'existence à Cham- 
béry, en 1684, d'un peintre nommé Bertier. Il 
avait fait un séjour à Gruffy pour y peindre le 
tableau du Rosaire. Avant de partir il remet au 
curé le reçu suivant : 

« Je soussigné peintre de la ville de Cbambéry con- 
fesse avoir reçu des Confrères de la Confrérie du Rosaire 

de Gruffy la somme de 33 florins pour avoir peint 

et fait le tableau de la dite cbapelle et avoir demeuré à 
ce faire 22 jours. En foi de quoi je me suis signé ce 20 e 
octobre 1684. 

Bertier, peintre confessant. Parvy^ curé. » 

Le même sociétaire signale encore de nouveaux 
dessins à la plume de Lavini. C'est d'abord un 
assez mauvais portrait de Montesquieu, à la Bi- 
bliothèque publique de Chambéry; sans doute, 
l'un des premiers essais du prisonnier de Miolans. 
— Puis, un fort bon portrait de J.-J. Rousseau, 
appartenant à notre collègue M. Joseph Domengo, 
banquier à Chambéry. L'on trouvera, enfin, au 
tome VIII, 2" série des Mémoires de l'Acad. des 
sciences, arts et belles-lettres de Savoie, l'in- 
dication de divers autres dessins qui ont fait partie 
de ['exposition d'objets d'art ouverte à Cliambéry 
le 10 août 1863 ; parmi ces dessins notons : un por- 
traitde Richelieu et un portrait du Titien, ce dernier 
avec cette inscription : « Dessiné avec des petites 



XXXIX 



pailles coupées à façon de plumes par l'infortuné 
R.-V. L. enterré vif au fort de Miolans l'an 
1768, invitis custodibus, ouvrage de vingt-qua- 
tre jours. » (Exposé par M. Louis Pillet, avocat.) 

Le Président lit une note sur l'émigration des 
habitants de la commune de Méry près Cham- 
béry, dans la République argentine, note dressée 
à sa demande par M. Pierre Girod, ancien insti- 
tuteur , officier d'académie , propriétaire dans 
cette commune. 

Le mouvement de l'émigration des habitants 
de Méry a commencé en mars 1854, par l'inter- 
médiaire de M. Dunoyer, de Chambéry, alors 
consul sarde à Buénos-Ayres (1). Le premier 
convoi se composa de 14 garçons de 18 à 25 ans. 
Ils arrivèrent en bonne santé, et, après quelques 
mois de travail, virent qu'il y avait beaucoup plus 
à gagner dans ce pays qu'en Savoie. Ils ne tardè- 
rent pas â y appeler leurs parents et leur amis. 
Depuis lors, il partit de Méry, chaque année, en 
deux ou trois fois, 20, 30 et même 40 personnes. 
Le 23 novembre 1867, il y eut un départ de 42 
émigrants des deux sexes. 

Le nombre des émigrants de Méry est à ce jour, 
2 avril 1889, de 263 hommes et de 233 femmes. 
Cette émigration s'est étendue dans un grand nom- 
bre de communes des environs de Chambéry, et 

(1) Voir sur M. Dunoyer : Relation d'un ooyage au 
Brésil et à la Plata, aux Mémoires de la Société, t. XXVI, 
page 435. 



XL 

celles où elle a pris le plus d'extension après Méry, 
sont : le Viviers, Voglans, Cessons, Drumettaz- 
Clarafond,La Motte-Servolex, St-Alban, Sonnaz. 

Il est revenu à Méry 35 hommes et 32 femmes; 
la plupart ont rapporté des sommes d'argent im- 
portantes : quelques-uns avaient dix mille, vingt 
mille, trente mille, quarante mille et même qua- 
tre-vingt mille francs. 

Des émigrants, pris delà nostalgie des pampas, y 
retournent après un séjour de quelques années dans 
la mère-patrie. Un certain nombre revient simple- 
ment revoir les vieux parents, leur apporter des 
secours, et acheter quelques terres avec l'espoir de 
retourner définitivement en Savoie, espoir qui ne 
se réalise pas toujours. La longévité parait, du 
reste, la môme dans la République argentine que 
dans nos campagnes. 

M. Marie-Girod a relevé l'inscription suivante 
dans la chapelle de N.-D. de Pigneux, à Saint- 
Genix (Savoie). 

« Au vm e siècle, d'après la tradition, cette chapelle 
Eut élevée en mémoire d'une bataille livrée aux Maures 
(Luis cette localité qui porte encore le nom de Chainp- 
de-Bataille f. L'ancienne chapelle, dont le chœur de 
L'époque romane, et la nef delà fin du wr siècle, avaient 
été ruinés en 1792, fut relevée en 1816 par M. le cha- 
noine Blanc, curé de de St-Genix, qui y est inhumé. — 
La chapelle a été réédifiée en 1875 par souscription pu- 
Nique, et les dons de M. et M me Chevallay. » 



XLI 



Séance du 12 mai 1889. 

(Présidence de M. Mugnier.) 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu 
et adopté. 

Sur la proposition de M. le Président, la Société 
décide qu'elle imprimera dans le tome XXVIII de 
ses Mémoires, un travail de M. l'abbé Mailland, 
aumônier des hospices de Chambéry, intitulé : 
les Savoyards et Saint-Louis-des- Français à 
Borne, et la Généalogie de la famille Maillard 
de Tournon, de Rumilly, par notre bien regretté 
collègue M. le général Auguste Dufour, avec ad- 
ditions par M. Mugnier. 

A cette occasion, le Président rappelle les tra- 
vaux considérables publiés par notre illustre com- 
patriote, principalement dans les Mémoires de 
notre Société, qui l'avait nommé son président 
honoraire, son ardent amour de la Savoie, et son 
dévouement à tous ses collègues. La réunion dé- 
cide qu'une lettre de condoléance sera adressée à 
Madame la générale Dufour au nom de la Société. 

Le Président annonce que l'impression des Ta- 
bles des 24 premiers volumes de nos Mémoires 
pour lesquelles le tome XXV avait été réservé, 
est en bonne voie. Sept feuilles sont déjà tirées ; il 
est probable que le volume sera prêt pour la lin 
d'octobre prochain. 

M. Mugnier présente les empreintes du sceau 



XLII 

d'un personnage du xvi e siècle, qui a joué un rôle 
d'une certaine importance en Savoie , Gallois 
Regard, qui fut abbé d'Entremont et évêque de 
Bagneray. Ces empreintes ont été prises â l'aide 
du sceau même de l'abbé, appartenant à M. le 
comte de Regard de Villeneuve. 

MM. François Rabut et Auguste Dufour ont 
déjà rapporté , dans leur Sigillographie de la 
Savoie (1), un sceau de Gallois Regard, abbé 
d'Entremont. 

Ils le décrivent ainsi : « Sceau rond de 50 mil- 
limètres. Type : la vierge debout tenant l'enfant 
Jésus. Au bas les armes du prélat... dans un écu 
en forme de cartouche surmonté d'une crosse et 
d'une mitre. Légende en capitales romaines : 

f SIGIL. B. D. GALESII. REGAR. ABB. 
INTERMON. )> 

Le sceau que nous vous présentons est ovale et 
a 6 centimètres de haut sur 4 1/2 de large. La 
Vierge est assise ; elle tient aussi l'enfant Jésus ; 
sa hauteur est de 3 centimètres ; au-dessous est l'é- 
cusson du prélat surmonté de la crosse seulement. 
Cet écusson est écartelé aux 1 er et 2 e d'azur au 
monde, ou globe, d'argent, bridé croisé de gueule; 
aux: 2 e et 3 e bandé de 6 d'argent et de gueule à 3 
roses de gueule sur chaque bande d'argent. (Les 
1 et 4 sont de Regard; les 2 et 3 d'Astesan (2). 

(1) Page 107, et planche ix, figure n' 133. 

(2) Timbre de la famille : un heaume fermé à trois bran- 
ches de roses. Devise : à tout regard (Lecture de M. Faga, 
généalogiste paléographe) . 



XLIII 

La légende est : . GALLESIUS. REGARD. 
ABBAS. S M. INTERMONTIvm 

Ce sceau est muni d'un contre-scel, ovale aussi, 
avec les armoiries de l'abbé remplissant tout l'é- 
cusson. 

Légende : S. GALLES. REGARD. AB. S. M. 
INTERMONTIVM. 

M. de Villeneuve possède en outre un sceau d'un 
autre Regard, frère ou neveu de l'évêque Gallois. 
Il est rond, de cinq centimètres de diamètre; l'é- 
cusson, le même que le précédent, est surmonté 
d'un chapeau à houppes. Légende : 

f IANUS. REGARD. PERP. COMEND. 
PRIOR. LOVAGNIACI. 

Ces trois sceaux sont très bien gravés et dans 
un état parfait de conservation. 

M. Mugnier présente encore une généalogie de 
la famille de Montfort, écrite dans la seconde moi- 
tié du dix-septième siècle par un de Montfort, de 
Rumilly. Elle contient, notamment, les noms des 
personnages de la famille qui se sont mariés et qui 
ont exercé des charges en Franche-Comté. Elle 
pourra être publiée à la suite de la généalogie des 
Maillard. 

Le même sociétaire lit une patente ducale rele- 
vant Claude Delamarche de la déchéance du bé- 
néfice de faire inventaire de la succession de son 
frère, mort de la peste en 1587 à Rumilly. On y 



XLIV 

rencontre quelques détails sur les mesures sani- 
taires prises à l'égard des personnes qui avaient 
vécu avec les pestiférés. 

a Charles-Emmanuel par la grâce de Dieu duc de 
Savoie à M Jehan Paschal Barbichon commissaire en 
ceste partie député, salut. Reçue avons l'humble sup- 
plication de noble Claude Delamarche, de Rumilly, ma- 
jeur de 14 ans, mineur de 25 contenant que le sixième 
octobre dernier, estant noble François Delamarche son 
frère décédé de maladie contagieuse en sa maison de la 
ville de Rumilly où tous deux habitaient ensemblement, 
l'exposant fut nécessité avec aultres de la dite maison 
et famille se retirer hors de conversation séparés les 
ungs des aultres en des granges et cabanes. Et sortant 
de la dite maison du lendemain et avant que le corps de 
son frère fust levé il auroit faicte déclaration que comme 
son frère estoit mort inteste et sans enfants et se trouvoit 
proche et habille a luy succéder il ne volloit entendoit 
accepter le dit héritage sinon avec beneffîce d'inventaire 
et de la loy et de ce faict expresse proteste. Despuis par 
diverses fois reitérées a demandé acte au notaire illec 
présent... s'en estre sorty hors et retiré sans déplacer ni 
emporter chose quelconque que ses habits simplement, 
estant le tout demeuré tant ce que luy estoit propre que 
de son défunt frère en leur maison despuis curée et net- 
toyée sans que l'exposant y soit vollu retorner habiter 
avant pour la seureté et assurance de sa personne aussi 
que inventaire n'en aurait encore esté faict comme il 
entend, doublant que le <lil héritage ne luy fust honora- 
ble et préjudiciable... a prié M Tliomasset son beau- 
frère de gérer les biens. Afin de n'être pas regardé 
comme héritier^ il demande lettres et remèdes conve- 



XLV 



nables Pour ce est-il à cause des empêchements 

procédant principalement de la contagion et calamité du 

temps...., l'avons relevé du stil, rigueur de droictet 

toutes choses au contraire : Donné à Chambéry le trei- 
zième jour de février 1588. Par le conseil, La Biche, 
(payé) vingt sols. 

M. Marie-Girod signale l'existence , clans les 
archives des hospices de Chambéry d'un incuna- 
ble intéressant à plus d'un titre. C'est un Plutar- 
que, Vies des hommes illustres, en latin, imprimé 
à Venise par Jean Rigati, de Monteferrato, 7 dé- 
cembre 1491; — deux volumes reliés en un; le 
premier, de 165 feuillets; le second, de 144. Le 
frontispice du premier volume tient toute la page. 
On y voit une gravure sur bois dont le motif cen- 
tral représente Thésée luttant contre le centaure 
Chiron. Celui du second volume représente Cy- 
mon à cheval en costume de chevalier du moyen 
âge. 

Sur les gardes du volume on lit ces inscriptions 
manuscrites : Dono dédit Georgius Gatelletus , 
1555, 25 martii; et plus bas : egr° Fran- 
cisco Imperatori pedagogo puer or um magistri 
Domini Catherini Pobel presidis Gebennesii si- 
niilia opéra Plutarchi in duobus primis volumt- 
nibus contempta questu in enchiridion. die 5° 
jannuarii 1556. 

C.-L. Paturel, causidicus. 

On trouve encore à divers endroits le nom de 
Claudius de Cabanis (de Chavannes). 



XLVI 



Il semble donc que le livre appartenait en 1555 
à Georges Gantellet; et que, l'année suivante, le 
procureur C.-L. Paturel l'acheta pour le donner 
à François Empereur, précepteur des enfants de 
Catherin Pobel, président du Conseil de Gene- 
vois, in enc/uridion, comme un manuel, ou règle 
de conduite. 

Tous ces personnages sont d'Annecy. François 
Empereur était peut-être le filleul du sénateur de 
ce nom, prévôt du chapitre de l'évêché de Genève 
et qui mourut à Chambéry le 14 octobre 1592 (1). 



Séance du 2 juin 1889. 

(Présidence de M. Mugnier. J 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu 
et adopté. 

Sur la présentation de MM. Mugnier et Fran- 
çois Milan, M. Jules Milan, notaire à la Rochette, 
est élu membre effectif de la Société. 

Le Président lit une lettre par laquelle Madame 
Dufour remercie la Société des sentiments qu'elle 
lui a exprimés à l'occasion de la mort de M. le 
général Auguste Dufour, notre bien regretté pré- 
sident honoraire. « Les marques d'estime, y dit- 
elle, que la Société savoisienne d'histoire a bien 
voulu donner à mon cher mari sont une véritable 
consolation à ma douleur. Oui, en effet, il a con- 

(1) F. Mugnier. Saint François de Sales, avocat, p. 30. 



XLV1I 



sacré presque entièrement les dernières années de 
sa vie à sa chère Société ; son bonheur était de 
travailler pour elle, » 

M. Croisollet, notaire à Rumilly, envoie un par- 
chemin présentant un certain intérêt. C'est une 
quittance faite à Rumilly le 10 mai 1487, pour les 
divers membres de la famille Portier ', des laocls 
qui leur étaient dus à l'occasion de la vente d'une 
maison sur laquelle ils possédaient des droits féo- 
daux. La maison avait été vendue par noble 
Jeanne de Château-Martin (de Castromartini (1), 
veuve d'Antoine Robert, à D. François Pruine, 
chapelain (prébendier), à Rumilly. 

Parmi les confins de cette maison, notons l'habi- 
tation des héritiers de noble Amédée Monon. Les 
membres de la famille Portier, présents à l'acte 
sont : nobles Jean Portier, deMieudry, stipulant en 
son nom et en celui de ses frères Claude et An- 
toine, — Jean Portier, de Rumilly, en son nom 
et en celui de son frère Hugonin, et encore Nicod 
Portier. La maison ayant été estimée 130 florins 
(sex mnginti et clecem), le laod est basé sans doute 
sur cette valeur, mais il n'est pas exprimé. L'acte 
est reçu par le notaire Jacques Ronzier, clans la 
maison de la cure. 

M. Mugnier analyse un acte de vente d'une pièce 
de terre consenti à Rumilly le 5 mars 1385, in- 

(1) Un nom nouveau, semble-t-il. 



XLVIII 

diction huitième, par Aymonet Ramus, boucher, et 
Girard Raynaud, charpentier, tous les deux bour- 
geois de la ville. Il y a quelques indications utiles 
à puiser dans ce contrat dont l'expédition est en 
parfait état de conservation. 11 est reçu par Pierre 
de Marlie, notaire, et expédié par son coadjuteur 
Etienne Jocerand, de Bagé, et, suivant l'usage 
d'alors, on voit en tête le signe du notaire et à la 
fin celui du comte de Genevois. Ramus vend en- 
viron deux journaux de terre situés « en les Com- 
bes de Savoyrous »_, à côté des terres des mariés 
Hugonet et Jacquemctte Genevoys, de Pierre de 
Sale (de Sala), charpentier, de Berthet Mareschal, 
bourgeois de R. et le chemin de cette ville à Mas- 
singy; le prix est de sept florins d'or bon poids, 
outre un servis annuel de 8 sols genevois dont la 
terre est grevée en faveur de celui dont elle dé- 
pend, domino a quo inovet. L'acte est passé in 
curtili Pétri Odini sito rétro domum ipsius Pétri 
sitam in lacu (1) que domusfuit Johanneti Aczu, 
— en présence de Jacquemet Golliet, boucher, etc. 
A la suite est l'acte de confirmation de la vente ; 
il est consenti le 16 du même mois de la façon 
suivante : 

« Constituais Aymonetus Mistralis de Rumilliaco, 
sciens, etc., dictam venclitionem et omnia et singulapre- 
dicta et m presenti instrumenta contenta dicto Aymoneto 

(1) In lacu, in carriera de lacu, au lac, dans la rue du 
Lac; quartier de Ru mil ly, au-dessous N.-O. do l'église, où 
il y avait, ou bien où il y avait eu, un petit étang. 



XLIX 

lecta et declarata linga (sic) inlelligibili per me notarium, 
dicto Girardo Raynaudi emptori... laudat et confirmât 
in feudum sive omne homagium et investituram feudi 
pro dicto servitio, salvo jure suo et alterius, confitens 
habaisse idem Aymonetus a dicto Girardo Renaudi lau- 
des et ventas pro predictis contingentes et de ipsis dic- 
tum Girardum solvit et quittât pacto expresso. Investiens 
et retinens idem Aymonetus dictum Girardum emptorem 
de dicta terre pecia vendita traditione unius calami ut 
moris est. Et promittit dictus Aymonetus Mistralis tan- 

quam dominus directus dicte terre, juramento suo 

omnia et singula predicta.... tenere,... et dictam rem 
venditam suis expensis manutenere dicto emptori quan- 
tum ad directurn dominum.... Actum Rumil. in domo 
dominidicti Girardi emptoris.... en présence de François 
Vibert, d'Etienne Léger et de François Garnier, bour- 
geois de Rumilly » (1). 

L'on voit par cet acte qu'au quatorzième siècle, 
comme aujourd'hui, la terre des environs de Ru- 
milly appartenait aux artisans bourgeois de la 
ville. Il faut noter que le propriétaire du servis 
féodal, Aymonet Mistral, n'est pas qualifié de 
noble et remarquer aussi ces mots écrits en fran- 
çais dans cette charte latine, « En les Combes de 

(1) Ce document et le précédent peuvent s'ajouter aux 
nombreuses pièces étudiées par M. Mugnier clans son ou- 
vrage les Fondations pieuses de l'église et de l'hôpital de 
Rumilly, et par M. A. de Foras, dans son mémoire intitulé : 
Rumilly à la fin du xv" siècle. Ces travaux ont été publiés 
dans le Compte rendu du Congrès des Sociétés savantes de 
Rumilly, de 1888. — A. Ducret, impr. à R . 1889. 

4 



Savoirous » ; l'on dirait encore à peu près de même 
aujourd'hui. 

M. Mugnier lit ensuite des lettres de sauve- 
garde accordées h noble Jean-Claude de Mouxy, 
de Grésy, à Annecy, le 12 décembre 1600 (peut- 
être 1605) et signées Deihoyre, par le conseil. 

« Henri de Savoyeduc de Genevois et Nemours, etc., 
salut. De la part de N. Jehan Claude de Mouxy nous 
a esté exposé qu'en ce conseil de Genevois se traitte de 
plusieurs et diverses personnes ses ennemis et malveuil- 
lants pour certaines présumptions et causes qu'il a pu 
lui advenir tant de sa personne famille domestiques ser- 
viteurs négociateurs et biens cousines (consignes, indi- 
ques) au rôle ci- joint. 

Pour ce est il que nous vous mandons et commandons 
par ces présentes que la requeste du dit exposant vous 
icelluy ensemble sa famille domestiques serviteurs ne- 
gotiateurs et biens au dit roole cousines mettez sous no- 
tre protection et sauvegarde spéciale et en signe de ce 
mettez ou faictes mettre nos penonceaux et armoiries sur 
les d. biens afin que personne n'en prétende cause d'i- 
gnorance, — sous grandes peines à nous applicables.... 
et en cas d'opposition adjourner les opposants devant 
nos bien amés et féaux conseillers tenant notre conseil. » 

La réunion délègue M. Mugnier, son président, 
pour la représenter à Paris, au Congrès des So- 
ciétés savantes des départements, ainsi qu'à l'Ex- 
position universelle. 



LI 



Séance du 7 juillet 1889. 

(Présidence de M. Mugnier.) 

Le Président donne connaissance du program- 
me du concours d'histoire et d'archéologie proposé 
par l'Académie des Belles-Lettres, Sciences et 
Arts de Savoie (bibliographie ou monographie, 
— fondation de Loche). 

Il lit une lettre par laquelle le Comité de l'en- 
seignement supérieur de Grenoble envoie le tome 
I er de ses Annales et demande à échanger ses pu- 
blications avec celles de la Société. L'échange est 
accepté. 

Il fait connaître qu'il s'est rendu au Congrès des 
Sociétés savantes à la Sorbonne et qu'il y a repré- 
senté la Société en qualité d'assesseur à la section 
d'histoire. Il s'est rendu également à l'Exposition 
universelle et a constaté que les publications de la 
Société y étaient placées en bon rang, avec la col- 
lection des Comptes rendus des Congrès savoi- 
siens qui a été transmise par elle en même temps 
que ses propres travaux. (Groupes des arts libé- 
raux, section VIII. ) 

M. Mugnier fait ensuite les communications 

suivantes : 

I. 

Le Sophologium Jacobi Magni. 

Dans son beau livre : Origine de V imprimerie 
à Paris, M. Jules Philippe a consacré plusieurs 



lu 



pages (218 à 225) à l'ouvrage de Jacques Legrand. 
Il cite les diverses éditions qui ont été faites, 
à Pari s, par les ouvriers que Guillaume Fichet et 
Jean Heynlin y avaient appelés en 1471 : Crantz, 
Geririg et Friburger, et décrit les exemplaires 
de la Bibliothèque nationale et de la Biblio- 
thèque Sainte - Geneviève. Nous avions nous- 
mème, en 1887, constaté l'existence d'un exem- 
plaire du Sophologium dans la bibliothèque des 
Jésuites qui a été versée à la Bibliothèque publi- 
que de Chambéry. A l'occasion de l'installation 
de cette dernière dans l'élégant monument que la 
municipalité vient de faire élever , nous avons 
pu examiner cet exemplaire et le comparer à 
ceux de Paris. 

Notre exemplaire contient d'abord un titre fac- 
tice dans un encadrement rapporté : Jacobi Ma- 
gni Ordinis EremitarumS. Augustint Sopholo- 
gium, seu de Inquisitione sapientie. 1477 ; — puis, 
au 2 e feuillet non coté, une table alphabétique 
manuscrite : Elenchus alphabeticus. 

Le volume imprimé contient 218 feuillets cotés 
en chiffres romains. Le feuillet 1 commence par 
ces mots : Sequitur tabula capituloruSophologij. 
Au folio 111 v°, l'on trouve deux corrections ma- 
nuscrites aux l re et 2 e lignes vicesimum secundum 
(capitulum) au lieu de tertium, et tertium au lieu 
de quartum. 

Le traité commence au feuillet IIII par la dédi- 
cace â l'évêque d'Auxerre et par le chapitre pre- 



LUI 



mier. La faute : preposui illam linguts à la der- 
nière ligne n'existe pas; il y a bien regnis comme 
dans les éditions allemandes. A la dernière ligne 
du feuillet 178 e v°, la faute ingenua a disparuaussi ; 
il y a ingénia. Enfin, â l'avant-dernière ligne du 
recto du 192 e feuillet, on lit très correctement : 
(Julius César) remansit invictus. Le feuillet IX, 
recto et verso, est écrit a la main sur deux pages 
que l'imprimeur avait laissées en blanc, mais qui 
paraissent avoir été renforcées par l'application 
d'un second feuillet de papier. Les premières let- 
tres des chapitres sont des majuscules rouges , 
placées sur des minuscules noires imprimées pour 
guider l'enlumineur. 

Le dernier feuillet, 218 9 recto ,_se termine par ces 
mots : Jacobi Mag ni sophologiiu finit féliciter (1); 
au verso, on trouve l'épigramme et les cinq disti- 
ques dont elle se compose. Ils ne sont pas suivis 
du mot Vale, mais de cette phrase : « Anno dni 
millesimo cccc Lxxvij. die. j. mensis Junij. In- 
pressum fuit istud sophologium parisius_p Mar- 
tinu crantz. Vdalicu gering et Michaele fribur- 
ger. » 

Les caractères paraissent neufs : l'impression est 
très nette, sur un papier fort assez blanc. Les fili- 
granes du papier sont de quatre espèces. Il y a quel- 
ques cahiers à la main sortant de la manche, orne- 
ment au bout du médius ; les autres contiennent 

(lj II n'y a point d'ae, ni d'œ dans cette édition. 



LIV 



en nombre à peu près égal ces trois filigranes : un 
pot à socle et à une anse, un écusson à trois fleurs 
delys, une en bas, deux au-dessus surmontées d'un 
ornement en forme de diadème, et un écusson 
à deux bandes diagonales contenant, la bande in- 
férieure trois T, et la bande supérieure, quatre; ces 
T sont debout et renversés alternativement; au- 
dessus del'écusson, et touchant la bande supérieure, 
est une croix de Malte. 

Les plats du livres sont en bois ; il est recouvert 
d'un parchemin tiré d'un livre de plain-chant. 

La Bibliothèque nationale de Paris possède trois 
exemplaires du Sophologium. L'un, portant le 
n° 236, est dans l'une des vitrines des objets 
exposés (n° XXVIII); il est dit imprimé vers 
1472. Un deuxième, sous le n° D. 2018, finit ainsi : 
Zophilogium editum a fratre Jacobo Magni de 
Parisius... finit fœliciter. L'épigramme de cinq 
distiques ne s'y trouve- pas. Les premières lettres 
des chapitres sont polychromes. 

Le troisième exemplaire, sous le n° D. 2022, con- 
tient a la dernière page les cinq distiques,, au- 
dessous le mot Vale, et : « Anno clomini mille cccc 
lxxv die prima mensis Junij Impressumfuit istud 
Sophologium Parisius par Martinum crantz Udal- 
ricu gering et Michaelem friburger. » 

Les premières lettres des chapitres et de quel- 
ques alinéas sont en rouge. 

La Bibliothèque Sainte-Geneviève a deux So- 
phologium; ils ont été décrits par M. Jules Phi- 



LV 



lippe. L'un d'eux commence ainsi : Sequit tabula 
capitulorum istius libri. Le recto du dernier feuil- 
let se termine par ces mots : Jacobi Magni So- 
phologium finit fœliciier. Au recto, il y a l'épi- 
gramme, suivie du mot Vale; mais le lieu et la 
date de l'impression n'y sont pas indiqués. Est-il 
possible, en conséquence, d'affirmer que cette édi- 
tion, et celles des autres exemplaires qui ne con- 
tiennent pas non plus ces indications,, sont des 
éditions de la Sorbonne, ou même de Paris. On 
s'en assurerait en étudiant ■ les filigranes des pa- 
piers. S'ils étaient semblables a ceux qui ont été 
employés dans les éditions de Paris de 1475 et 
1477, la présomption d'origine parisienne serait 
bien plus grande. 

Brunet ne mentionne pas notre édition de 
1477, mais elle est citée par Hain, sous le n° 10,478 
de son Repertorium bibliographicum, où sont en- 
core signalées les éditions de Lyon, de Jean de 
Vingle, et de Philippe de beufsheym et Marc 
Reinart de Argentina et de Casselœ prope Tau- 

rinum (1). 

IL 

Un livre de prières de Louis de Savoie 
(Manuscrit de la Bibliothèque nationale.) 

La Bibliothèque nationale de Paris possède un 
Livre de prières orné de nombreuses et riches mi- 

(1) Actuellement Casalle-Torinese, petite ville à 11 kilo- 
mètres de Turin, qui posséda une imprimerie au xv' siècle. 



LVI 

niatures, catalogué Latin 9,473, Réserve (1), et 
qui présente, dans le ton des couleurs et dans 
certains dessins , d'assez nombreuses analogies 
avec le joyau de la Bibliothèque de Chambéry, le 
beau manuscrit que l'on a appelé le Bréviaire 
d'Amêdêe VIII. 

Le manuscrit 9473 est aussi un livre ayant ap- 
partenu à un prince ou à une princesse de la Maison 
de Savoie. Comme nous le verrons, il a été fait, 
durant la papauté de Félix V, de 1440 à 1449; et 
plusieurs des grandes miniatures contiennent cer- 
tainement la représentation de diverses villes 
de notre pays : Annecy, Thonon, Genève, peut- 
être encore la Sainte-Chapelle de Chambéry. A ces 
divers titres, il nous a paru utile de l'étudier avec 
quelques détails. 

Le livre est intitulé : Officium beat^e Marle 

VlRGINIS NECNON OFFICIUM SANCT-E CrUCIS , DE 

Spiritu Sancto et defunctorum' cum psalmis 
pœnitentialibus. mlssa in festis solemnioribus 

ANNI, NEC NON IN FESTIS ALIQUORUM SaNCTORUM 
CUM ANTIPHONIS ET ORATIONIBUS EORUMDEN FGES- 

torum (sic). 

Ce titre est à deux colonnes dans un encadre- 
ment de vignettes-miniatures. 

On trouve ensuite un calendrier en 14 feuillets, 

(1) In-4°. Sur l'un des feuillets blancs au commencement 
du volume, on lit cette indication : « Manuscrit acquis du 
C en Papillon au commencement du mois de Frimaire an xu 
de la République. » 



LVI1 

avec encadrements très ornés. Chaque page con- 
tient, dans l'encadrement, quatre médaillons où 
sont représentées des scènes religieuses, champê- 
tres, galantes ou grotesques : un page offrant une 
fleur à une dame, un seigneur sur un cheval 
blanc, portant en croupe une dame vers laquelle 
il se retourne, un enfant à cheval sur une écre- 
visse; — l'enlèvement de la moisson, le battage, 
la fenaison, les vendanges, les semailles, toutes 
les espèces de martyres, y compris la guillotine! 

Le recueil des offices commence au folio 17, 
Il y a là une très grande miniature, prière sous un 
portique gothique, une tour et un lac. Avec beau- 
coup de bonne volonté, on pourrait y voir laSainte- 
Chapelle du château de Chambéry, la tour ronde 
et le lac du Bourget ; mais pour que cette sup- 
position eût un peu de vraisemblance, il fau- 
drait admettre qu'à la place de la façade actuelle, 
construite au xvn e siècle, la Sainte-Chapelle avait, 
au xv e , une façade gothique fort développée, que, 
certainement, elle n'a jamais possédée. 

Au-dessous de cette miniature était un grand 
écusson dont le champ a été gratté ; c'était sans 
doute l'écu de Savoie. 

Au folio 34, grande miniature, V Annonciation. 

Au folio 44 v°, Noël. L'étable où est représen- 
tée la naissance de Jésus est en avant d'une ville 
entourée d'eau, c'est-à-dire au bord d'un lac, avec 
cygnes et bateaux. Les toits des maisons sont 
recouverts de tuiles rouges; deux rues aboutis- 



LVIII 



sant au lac même ou au canal cl' écoulement ; quel- 
ques marches permettent de descendre jusqu'à 
Veau ; beaucoup de clochers. Dans le fond, à gau- 
che, un château et au-dessus une montagne ver- 
doyante avec une petite vallée finissant à l'ouest 
par un relief tout semblable a celui de la monta- 
gne de Sainte-Catherine. Cette ville est très pro- 
bablement Annecy. 

Folio 48, les bergers avertis par l'étoile de la 
naissance de Jésus, paysage avec un lac. 

Folio 51 v , Y Adoration des Mages; encore 
une ville auprès d'un lac avec des degrés pour y 
descendre; une église ou un château sur une émi- 
nence. Peut-être Thonon et le château des Al- 
linges. 

Folio 55, la Circoncision; deux dames de la Cour 
en beaux costumes ; 58 v e , la Fuite en Egypte. 

Folio 64 v°, grande miniature très intéressante: 
sur un trône,, surmonté de la tiare soutenue par 
quatre anges_, sont assis un beau vieillard à che- 
veux et à barbe blancs et une dame aux cheveux 
châtains; ils posent une couronne ducale sur la 
tête d'une jeune personne aux cheveux blonds 
déployés sur un manteau bleu. 

L'écrivain du texte n'était pas un grand clerc, 
car il écrit ici : incipiunt septem psalmos peniten- 
tiales. 

Folio 76 v°, David et Goliath; une foule de 
dames félicitent David; costumes de Cour; châ- 
teau féodal au bord d'un lac, rappelant Chillon ; 



LIX 



paysage de la rive droite du Léman; — folio 97, 
Malchus; la scène est au bord d'une ville entourée 
d'une muraille; — folio 114, un écusson gratté. 

Folio 137; là commencent « Les quinze ioyes 
rire dame. » Très belle miniature, représentant 
la Vierge qui allaite l'enfant Jésus. Au bas, on 
lit : « Dulce dame de miséricorde, mère de pitiés 
fontaine de tous biens quiportasies iesu crist neuf 
mois, etc. » A gauche de ces lignes est un petit 
médaillon contenant un jeune guerrier à genoux. 
Il est revêtu d'une armure complète et porte ses 
armoiries sur un écu retenu au cou par un ruban. 
Ce sont les armoiries de Savoie : croix blanche 
sur champ de gueules; à ses genoux est posé son 
heaume surmonté d'une tête de lion ailée. Ce guer- 
rier est vraisemblablement Louis, le fils aîné 
d'Amédée VIII. 

Du folio 137 à 143 v°, le texte est en français; 
— folio 141 v°, grande miniature : le pape assis, 
avec la tiare, barbe blonde, présente un grand 
crucifix dont le pied repose sur le sol, à un prince 
à genoux, imberbe, tête ronde semblable à celle 
du jeune guerrier; sa toque est à terre au pied du 
crucifix. — Sur la muraille, en haut et à gauche, 
l'écussion de Savoie. A gauche, paysage un peu 
éloigné; ville au-dessus d'une pente vive, Tho- 
11011 ? Au-dessous , encore l'écu de Savoie. Le 
champ en a été gratté^ mais on voit les lions qui 
le soutiennent et le heaume surmonté de La tête 
ailée de lion, avec le mot fert entre les deux 



LX 

ailes. A droite de l'écusson commence cette 
prière : Dulz dieu, doubz père , Sainte trinité 
et un dieu., biau sire dieu ie vous reqer (sic) 
conseil et aide. 

Folio 160, petite miniature représentant la cé- 
lébration de la messe. Le célébrant a les cheveux 
rasés en couronne de moine, il porte une chape do- 
rée; de chaque côté de l'autel est un cardinal (1). 

Folio 164, grande miniature; encore le vieillard, 
Dieu le père } assis sur un trône avec une dame 
tenant une sphère; la Vierge? le trône est sur- 
monté de la triple couronne. Au bas, cortège d'an- 
ges dont trois portent chacun une tiare. 

Folio 166 v°, Y Archange Gabriel; — 166 v°, 
Saint Claude ; — 167 v°, Saint Augustin , paysage 
à gauche : ville fortifiée avec large fossé plein 
d'eau ; au loin, clochers. Il semble qu'auprès de 
chaque saint l'on a voulu rappeler la ville où il a 
vécu; — 169 v°, Saint Sébastien 3 château-fort 
sur un roc au bord de l'eau; — 170 v°, Saint 
François d'Assises, la mer; — 179, Saint Geor- 
ges il porte un écu à la croix rouge en champ d'ar- 
gent; — 186 v°, Sainte Claire assise sous un 
berceau de vigne; dans le fond, une ville, avec en- 
ceinte fortifiée, entourée d'eau. 

Folio 196, la Vierge sur un trône. Au bas de la 

(1 ) Il est possible qu'en se faisant ermite à Ripaille pour 
y suivre la règle de saint Augustin, Améclée VIII eût adopté 
la couronne monacale. 



LXI 



page, écusson encore gratté, mais avec les lions 
accotant, et le heaume surmonté de la tête de 
lion ailée; — folio 201 v°, petite miniature repré- 
sentant un seigneur en robe de velours rouge, do- 
roé, avec un bonnet rouge prenant bien toute la 
tête; il est à genoux au bord de sa tente. On voit 
une petite croix près de la tète du lion, sur les 
draperies de l'écusson 

Ces indications sommaires suffisent, semble-t-il, 
à prouver que le riche manuscrit de la Bibliothè- 
que nationale a été fait pour un prince de Savoie. 
Ce prince et la princesse qui reçoit une couronne 
ducale sont, crovons-nous , le duc Louis et sa 
femme, la belle et orgueilleuse Anne de Chypre. 
La grande miniature du feuillet 64 rappelle, peut- 
être, la journée du 6 janvier 1440, où Amédée VIII 
marié désormais à l'Eglise se démet définitivement 
de sa couronne ducale, qu'il pose sur la tête d'Anne, 
tandis qu'au feuillet 141, il présente à Louis un 
crucifix, emblème de souffrance et de résignation. 

En terminant cette courte notice, nous expri- 
mons le vœu que quelqu'un de plus habile en cette 
matière fasse une description complète de ce livre 
de prières et qu'il l'accompagne de reproductions 
des principales miniatures que nous avons signa- 
lées , au moyen d'héliogravures semblables à celles 
dont M. Léopold Delisle a orné le remarquable 
travail sur les Livres d'heures de Jean de Berry, 
qu'il a publié, en 1884, dans la Gazette des Beaux- 
Arts. 



LXII 



M. Charles Schefer. membre de l'Institut, di- 
recteur de l'Ecole des langues orientales vivantes, 
communique quatre chartes relatives â son château 
de La Croix, â Saint-Alban, près Chambéry. 

1° Un acte du 12 juin 1499, par lequel le duc 
de Savoie Philibert cède, gratuitement, à la famille 
de Rovorée, le droit de rachat perpétuel que le 
comte Amé IV s'était réservé lorsque, le 6 des 
Calendes de mars 1234, indiction 7 e , il avait vendu 
à Guillaume Dieu-le-Fit, de Chambéry, tout ce 
qu'il possédait depuis l'eau de Leysse jusqu'au 
pas de la Cluse et du sommet du Nivolet jusqu'à 
la rive ayant appartenu à Pierre Vulpil, et encore 
tout ce qu'il avait sur la ville de Leysse (in villa 
de Leyssia), de l'autre côté de l'eau, savoir : les 
Massueres et chej Macrian (apucl Macriam), 
hommes, femmes, terres, etc., pour le prix de 
quatre mille sols forts de Suse, mais sous pacte de 
rachat perpétuel en faveur du comte et de ses 
successeurs pour le même prix, et 12 deniers en 
su.Sj ainsi que le tout est plus amplement décrit 
dans l'acte de 1234 (1) et dans une transaction re- 
çue par Bernard du Marché (de Mercato), le 3 
mai 1317, ind. 15 e . Cette transaction avait eu pour 
objet une difficulté survenue entre le comte et 
Guillaume Dieu-le-Fit, et succcessivement avec 
les frères Hugonet, Pierre et Vualtier de Rovorée, 

(1) La charte do 1234, rappelée sommairement ici, a été 
découverte il y a cpuelcpues années par M. F. Mugnier, qui 
l'a publiée avec des notes dans le tome XXI des Mémoires 
de la Société. 



LXIII 



neveux et héritiers de Guillaume, relativement au 
mère et mixte empire et universelle juridiction 
que le comte prétendait posséder sur les habitants. 

Bien que, dit la charte, les comtes et ducs de 
Savoie n'eussent pas manqué d'exercer leur droit 
de rachat, s'ils n'en avaient pas ignoré l'existence, 
le duc Philibert renonce néanmoins gratuitement 
à l'exercer et confirme purement et simplement 
les droits possédés par le seigneur de Rovorée, 
dont le prénom n'est pas indiqué mais qui était 
vraisemblablement Guigon, dont il s'agit dans la 
pièce suivante. 

Cette concession est faite à Genève le 12 juin 
1499, en présence de D. D. Reynier, ou René, 
bâtard de Savoie, lieutenant-général; Amédée, 
baron de Viry; Antoine de Gingin; Jean, seigneur 
de Challes ; A. de Provanes, président patrimo- 
nial; Antoine Caccia; François Provana ; Amédée 
de Challes, maître d'hôtel (1), Défendent Pecti- 
nati, avocat-fiscal de Savoie; Sébastien Ferrier, 
trésorier-général; Benoit Tortelet, maître des re- 
quêtes. — Contresigné : Perrete. 

2° Un acte du 27 janvier 150G, par lequel Gui- 
gon de Ravorée prête hommage au duc Charles 
par son mandataire Amand Guillet de Monthouz. 

Voici l'analyse de cette charte : 

(1) Voir clans F. Mugnier, Corps des Fondations pieu- 
ses de l'Eglise et de l'Hôpital de Rumilly, p. 99, une do- 
nation importante d' Amédée de Challes au prieuré bénédic- 
tin de Rumilly. 



LX1V 



Le 21 janvier 150G, indiction 9 e , au château de 
Turin, dans la chambre à coucher du duc Charles, 
devant lui et en présence de D. D. Jean de Savoie; 
Louis, baron de Myolans et comte de Montmayeur, 
maréchal de Savoie; Jean de Foresta, prieur de 
Nantua; Janus de Duyn , seigneur de la Val- 
d'Isère, écuyer de Yécuyerie (1); Nicolas, seigneur 
de Runiersf; François de Grolée, seigneur de 
Boches, écuyer ; JeanVulliet, secrétaire; Fran- 
çois Richardon, camérier, et Nicolas Haubies dit 
Lordault, huissier, — comparait noble Amand 
Goyet (Guillet), seigneur de Monthouz, en qualité 
de procureur de noble et puissant Guigon de 
Ravorée, en vertu d'acte du 10 novembre précé- 
dent, reçu par Antoine de La Croix (Crucis), no- 
taire à Poisy. Il supplie humblement le duc de 
lui accorder l'investiture de tous les fiefs, arrière- 
fiefs, etc., appartenant à Guigon de Ravoyrée. Le 
duc y consent et constate l'investiture par la tra- 
dition d'une dague, après quoi Amand de Mon- 
thouz prête l'hommage féodal suivant les formes 
ordinaires. L'acte est signé par le secrétaire ducal 
Trolliet en ces termes :-Ego Subsignatus ducalis 
secretarius presens publicum homagii, fidelitatis, 
investiture instrumentum recepi et signo meo si- 
gna vi, etc. Trolliet. 

3° Un acte de vente du 4 avril 1521, ind. 9 e , par 



(1) Il avait été le précepteur du jeune duc Charles III, 
frère do Philibert-le-Beau, le duc précédent. 



LXV 

lequelJean feu Nicod de Nanto (Dunant), de Pra- 
Gondran, paroisse de Verel, concède pour toujours 
au noble conseillier ducal, Jean Lambert, premier 
clavaire de la Chambre des comptes de Savoie, 
absent, une fosserée et demie de vigne à Bassin, 
lieu dit en Chaney, à côté de la vigne du chapitre 
du Saint-Suaire du château de Chambéry, pour 
le prix de 31 florins pp. reçus des mains d'égrège 
Humbert Balmeni (Balmein), secrétaire ducal. 
Fait a Chambéry dans la boutique de la maison 
du dit Balmein, en présence de vén. D. Pierre 
Curtil, prêtre, curé de Saint-Baldoph et d'égrège 
Maurice Bonnevie, notaire. L'acte est reçu par 
Pierre Baptendier, notaire. 

4° La famille de Ravorée, représentée par Louis 
de Ravorée, vendit, en 1528, la seigneurie de La 
Croix à Pierre Lambert, président de la Chambre 
des Comptes de Savoie, pour le prix de 9,700 écus 
d'or sol, mais la vente devait être ratifiée par les 
dames Donette Suardam ou Svardam, veuve d'A- 
nabule de Ravorée, ou de Ravoyre, et Blanche 
de Ferrières, femme du vendeur Louis, qui rési- 
daient en Piémont. Cette ratification est opérée 
dans l'acte dont nous donnons l'extrait suivant : 

In nomine Anne a Nativitate 1528 ind. prima 

et, die undecirna mensis Februarii. 4cturn in Castro loci 
Montanarii apud Clanaxiuin, qui locus est ex membris 
abbatie Sancti Benigni Fructuariensis et in sala magna 
ipsius castri que ïespicit versas meridiem, presentibus 
ibidem nobilibus viris dno Nicolao de portis burgense 

5 



LXVI 

Clanaxii, cive, mercatore et banchiero thauriuensi, et 

dno Sigismondo, ejus fratre universis sit manifes- 

tam quod euni pridem magnifîcus dnus Ludovicus 
de Ravoyria dnus Crucis.... vendiderit magn. et potenti 
militi (1) dno Petro Lamberti computorurn Sabaudie 
presidi castrum etfortiam Crucis quodetquam respec- 
tive habebat in locis Sancti Albani et Coliete... nec non 

quascurnque juridictiones segnoriasque pertinentias 

ipsius castri et fortie.... in mandamentis Cliamberiaci 

et Montismeliani bomagia... molendina, aquarum 

descursus.... domosque, grangias, seturnos, turres, ter- 
ras et alia.... designata pro protio 9,700 scutorum 

auri régis ad cugnum solis... ut in instrumente publico 
venditionis fieri rogato per egr. Antboniuni Caneti nota- 
rium de Sancto Ramberto Cliamberiaci commorantem. 
Par cet acte en date du 21 avril 1525, le vendeur 
avait promis défaire approuver et ratifier la vente par 
les magnifiques dames Donette Suardam, sa mère, et 
Blanche de Ferrières, sa femme : Hinc est., quodeons- 
titute... magnifiée dne Doneta relicta magnifici quon- 
dum domini Anabuli de Ravoyria dni Crucis et Blan- 
eba predicti magn. dni Ludovici de Ravoyria de earum 
juribus factis... tam ratione dotium suarum et hypothe- 

carum ambeque per me notarium instrumentum 

ibidem lingua materna ad intclligendum datum, et per 

ipsas, ut dixerunt, ad unguem intellectum laudave- 

runt, ratificaverunt preclictam venditionem... Acte reçu 
par Léonard Sartour (Sartoris), de Cbieri, notaire pu- 
blic, clavaire et receveur des émoluments du sceau du 
magnifique Conseil de Turin, et des peines des deux 
Conseils ducaux. 

(1) Chevalier de l'Ordre; au dos, on lit : militis aurati. 



lxvii 

M. Mugnier analyse un acte de 1621, par le- 
quel les prébendiers du chapitre de l'église de 
Rumilly afferment, au prieur du prieuré de Sainte- 
Agathe de cette ville, les revenus du chapitre, et 
chargent ce fermier, R d . Bernard de Gralier, de 
distribuer entre eux les revenus et offrandes, sous 
certaines retenues à rencontre des prêtres qui 
n'assisteraient pas aux cérémonies. 

L'an 1621 , le 12 décembre devant moi, Maurice 
Vulliet, notaire ducal, se sont personnellement établis 
messire Thomas Grè, sacretain, François Billiet, gar- 
diateur de la cure de Rumilly, Guido Perret, Etienne 
Thignard ? et Pierre Pajat, tous prêtres et prébendiers 
en l'église da dit Rnmilly, faisant plus des deux tiers... 
lesquels tant à leurs noms qu'a ceux des autres clercs et 
prêtres de la dite église... ont admodié à R d . m ra Ber- 
nard de Gralier, prêtre, prieur du prioré de Rumilly ici 
présent, tous les revenus dépendant du chapitre de la 
dite église, consistant en dixmes, censés volantes, fiefs, 
directes et autres, tant en bleds, argent, légats, offrandes, 
boytes et autres bienfaits appartenant aux dits prében- 
diers, pour le temps et terme de trois ans à partir du 1 er 
novembre dernier, poui le prix annuel de 64 coupes de 
froment beau blé recevable. 

Le fermier devra fournir en outre le charbon accou- 
tumé, 2 florins pour le... des ravaisons? 2 florins pour 
le luminaire; — à Pierre des Vignes, dit Roguet, 4 flo- 
rins pour la sonnerie des processions, huit sols pour 
haults, trente sols pour le reloge (U horloge) ; 10 florins 
pour la fête du lundi de Pâques ; 2 florins pour la colla- 
tion des Rois. 



LXV1II 

Il est en outre convenu qu'aucun des prebendiers ne 
pourra traiter pour le fait des grandes messes des tré- 
passés ou des confréries, ainsi que des offertoires, soit 
triset, sans l'assistance du fermier qui demeurera res- 
ponsable de l'émolument, lequel ne sera distribué qu'à 
ceux qui auront assisté [à l'office]. Le fermier ne pourra 
traiter de ces grandes messes, etc. , qu'en présence de 
l'un des plus anciens prebendiers. 

Chaque lundi il sera célébré une grand messe des Tré- 
passés par le semainier. Celui qui se trouvera absent 
pour le service du chapitre percevra sa part comme s'il 
était présent. Le chapitre fera dire les légats (services 
fondés au moyen de legs) chacun à son tour ; le semainier 
qui ne s'en acquittera pas en perdra la valeur. Chacun 
fera sa semaine a peine de trois sols par chaque jour 
d'absence et de deux florins pour la semaine. 

Les prebandiers assisteront tous aux grandes [messes] 
qui se diront tous les mercredis, comme aussi aux vigi- 
les de tout le Carême ; aux grandes messes qui se disent 
chaque semaine pour la maison-forte de Beaufort, aussi 
à la messe des Trépassés, sous les peines que dessus, 
lesquelles seront prélevées sur leur prébende. 

Le fermier notera les manquants jour par jour et les 
dits rabais (Les amendes) seront employés à la répara- 
tion de l'église. 

Le prebendier qui ne se trouvera pas aux grandes 
messes dès le commencement de l'épitre sera privé de 
sa part. Le prieur-fermier sera teuu de fournir tout le 
vin pour le service des messes dites en l'église et en ré- 
compense il percevra le dixme du six, tant en blé qu'en 
vin. 



LX1X 

Acte de mariage, à Turin, de Louis Deschamps, 
marquis de Chaumont, avec M lle Jeanne-Margue- 
rite Argentero di Bagnasco. (Note tirée des papiers 
de M. A. Dufour.) 

« Matrimonio tra l'ill mo sig. Luiggi Deschian di 
Chiamberi marchese di Chiaumont e rnadamigella 
Gioanna-Marguerita Argentera di Bagnasco, figlia d'ho- 
noré di M. R. (la duchesse Marie-Jeanne-Baptiste) 
celebrato da Monsign. ill mo arcivescovo Beggiami, nella 
capella del Castello li 8 febbraio 1684; presenti le A. A. 
R. R., li sig. canonici Gio Bernardino Vola, et Gio 
Matheo Grondana e altri teslimonij . » 



La Société remercie M. Henri Fazy, secrétaire 
général de l'Institut national genevois, de l'envoi 
qu'il a bien voulu lui faire de son intéressante 
brochure : Une question d : extradition en 1513^ 
à Genève. 

Le Président rappelle que l'ouverture et l'inau- 
guration solennelle du nouveau Musée- Bibliothè- 
que de Chambéry auront lieu dimanche prochain 
14 juillet. 



"X^ 



II 

MEMBRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ SAYOISIEME D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 



Composition du Bureau. 

MM. Mugnier François, président. 

Rabut François, président honoraire. 
Carret Jules, vice-président. 
Marie-Girod, 
Lathoud Paul, 



secrétaires. 



Perrot Jacques, trésorier. 

Toubin Alfred, / . .. .. 4l , . 

« , T bibliothécaires. 

Carie Joseph, ; 

Commission de publication. 

Le Bureau j MM. Revoil Alphonse, 

de la Société. ) Comte Alexandre. 

Commission pour la recherche des chartes 
et documents historiques. 



MM. Dessaix Antony. 
Marie-Girod. 
Odru Laurent. 



MM. Rabut François. 
Rabut Laurent. 
Revoil Alphonse. 



LXXII 



Commission pour l'étude des monuments 
historiques. 



MM. Descostes François. 
Faga Laurent. 
Ladrey Paul-Léon. 
Rabut Laurent. 



MM. Chastel Joseph. 
Janin Edouard. 
Meurianne Charles 



Membres honoraires. 
MM. 

Adriani, professeur d'histoire à l'Université de Turin. 

Angelucci Angelo, major d'artillerie, conservateur du Musée 
d'artillerie à Turin. 

Aubektin Charles, conservateur du Musée et secrétaire de 
la Société d'histoire de la ville de Beaune (Côte-d'Or). 

Daguet Alexandre, professeur à Fri bourg (Suisse). 

Delisle Léopold, membre de l'Institut, directeur-adminis- 
trateur de la Bibliothèque nationale, etc.. à Paris. 

Diegebik, archiviste-prof, à l'Athénée d'Anvers (Belgique). 

Dupuis, président de la Soc. arch. de l'Orléanais, à Orléans. 

Gahnier Joseph, secrétaire de la Société des antiquaires de 
Picardie, à Amiens. 

Guichard, avocat, à Cousance (Jura). 

Guillermin Charles, ancien adjoint à Chambéry. 

Jussieu (de), archiviste de la Savoie à Chambéry. 

Mage Antonin, professeur à la Faculté de (irenoble. 

Manno Antoine (le baron), membre et trésorier de l'Acadé- 
mie des sciences, etc., de Turin. 

Montet Albert (de), publiciste à Yevey (Suisse). 

Moreau Frédéric, à Saint-Quentin (Aisne). 

Promis Vincent, conservateur de la Bibliothèque du roi 
d'Italie, à Turin. 

Rabut François, professeur d'histoire au lycée de Dijon. 



LXXIII 

Ritter Eugène, doyen de la Faculté des Lettres à Genève. 
Revillod Gustave, bibliophile à Genève. 
Schefer Charles, membre de l'Institut de France, à Paris. 
Serand Eloi, archiviste à Annecy. 

Vuv (Jules), avocat à Carouge (Suisse), vice-président de 
l'Institut genevois. 

Membres effectifs. 

MM. 

Angleys Auguste (le baron), avocat à Chambéry. 

Armand Jules, docteur en médecine à Albertville. 

Arminjon Ernest, ancien cons. à la Cour d'ap. de Chambéry. 

Rabuty Louis, avocat à Saint-Julien. 

Bal Joseph, négociant à Chambéry, conseiller d'arrondC 

Bard Georges, avocat à Bonneville. 

Beauregard Alexandre, percepteur à Aiguebelle. 

Beauregard Paul, greffier du Tribunal d'Asti (Italie). 

Bel François, ancien député de la Savoie. 

Bel Jean-Baptiste, avocat à Chambéry. 

Berlioz Jean, pharmacien à Rumilly. 

Berthet Louis, docteur en médecine à Albertville. 

Bertulus Paul, conseiller à la Cour d'appel de Chambéry. 

Blanc Félix, juge au tribunal civil de Bonneville. 

Blanc Louis, directeur des postes et télég. à Chambéry. 

Blanchard Claudius, greffier en chef de la Cour d'appel de 

Chambéry. 
Blanchard Jean-Marie, inspecteur des forêts à Chambéry. 
Boget Auguste, géomètre à Chambéry. 
Bonnevie, géomètre enchef du cadastre de la Haute S£\cie. 
Mme Bontron, née Burnier-Fontanel, à Reignier. 
Bouvier Charles, avocat à Thonon. 
Bouvier Charles, notaire à Rumilly. 

Bouvier Louis, suppléant dujuge de paix de Saillans (Drôme). 
Brachet Léon, docteur-médecin à Aix-les-ains. 
Brachet Paul, avocat à Albertville. 



LXXIV 

Brun Auguste, avoué à Chambéry. 

Cabaud Charles, manufacturier à Chambéry. 

Calligé Alphonse, avocat, homme de lettres, à Faverges. 

Carbon Césaire-Emile, capitaine au 97 e régiment de ligne 
à Chambéry. 

Carle Joseph, commis-greffier au Tribunal civil de Cham- 
béry, capitaine au 108e régiment territorial. 

Carlioz Joseph, notaire à Rumilly. 

Carret Claudius, bibliothécaire de la ville de Chambéry. 

Carret Jules, ancien député de la Savoie. 

Champod Jean, lithographe à Chambéry. 

Chastel Joseph, Procureur de la République à Bonneville. 

Cléret Louis, juge d'instruction à Chambéry. 

Collonge Joseph, manufacturier à Saint-Etienne (Loire). 

Comte Alexandre, juge au Tribunal civil de Chambéry. 

Crochet Louis, avocat à Lyon. 

Croisollet Jean-François, notaire à Rumilly. 

Curtelin François, percepteur à Beaufort. 

Davat Adrien, propriétaire à Aix-les-Bains. 

Dénarié Jules, juge de paix à Chambéry. 

Dén'Arié Victor,, architecte à Chambéry. 

Descostes François, avocat à Chambéry, ancien président 
de l'Académie de Savoie. 

Dessaix Antony, archiviste-adjoint à Chambéry. 

Didelot, professeur agrégé à la Faculté de médecine et de 
pharmacie à Lyon. 

Domange Joseph, banquier à Chambéry. 

Drivet Claudius, chef de gare à Narbonne (Aude). 

Duboin Eloi, procureur général à Grenoble. 

Dubouloz Jacques, juge d'instruction à Annecy. 

Dubouloz Jean-Marie, à Thonon. 

Ducret François, avoué à la Cour d'appel à Chambéry. 

Dunoyer Antoine, propriétaire à Chambéry. 

Dunoyer Camille, pharmacien à Rumilly. 

Dubandaro Antoine, avoué à Moûtiers. 

Dupas (le comte), président du Conseil d'arrondt à Thonon. 



LXXV 

Duval César, maire de Saint-Julien, député de la Hte-Savoie. 

Evrot Joseph, professeur au lycée de Chambéry. 

Faga Laurent, architecte à Chambéry. 

Favier du Noyer Max (le baron), à Cbambéry. 

Finet Auguste, ancien avoué à Chambéry. 

Fivel Théodore, architecte à Chambéry. 

Fontaine Alfred, avocat à Albertville. 

Forest Guillaume, fabricant de papiers à Chambéry. 

Fraissard François, e"-greflier à la Cour d'ap. de Chambéry. 

Gantin Félix, notaire, maire de Rumilly, conseiller général 

de la Haute-Savoie. 
GiROD-Marie, géom., agent tech. des hosp. civils de Chambéry. 
Golliet Aimé, prés, de chambre à la C. d'appel de Dijon. 
Gotteland Abel, ingénieur en chef de la mission française à 

Athènes (Grèce). 
Gotteland Antoine, conseil, à la C. d'appel de Chambéry. 
Grosbert J.-M., avocat à Aix-les-Bains. 
Guixard, ingénieur en chef des ponts et chauss. à Chambéry. 
Guyon Jules, propriétaire à Thonon. 
Hollande Dieudonné, docteur, professeur au lycée, directeur 

de l'Ecole prépar. à l'enseignement supérieur à Chambéry. 
Humblot Eustache, com.-gref. à la Cour d'ap. à Chambéry. 
Jacquelin Antoine, secrétaire de l'asile de Bassens. 
Janin Edouard, professeur d'histoire à l'école Turgot (Paris). 
Lacarrière, conseiller de préfecture à Bordeaux. 
Ladrey Paul-Léon, notaire à Chambéry. 
La Ravoire Charles, avocat à Rumilly. 
Lathoud Paul, architecte à Chambéry. 
Létanche J., secrétaire de la mairie à Yenne. 
Levet Eugène, ancien élève de l'Ecole polytec, à Annecy. 
Loche (le comte de), à Grésy-sur-Aix. 
Longue Joseph, avoué au Tribunal civil de Chambéry. 
Mailland Joscpb (l'abbé), docteur en théologie, aumônier 

des hospices civils à Chambéry. 
Mailland Pierre, notaire à Aix-les- Bains. 
Marchand Victor, notaire à Chambéry. 



LXXVI 

Marcoz François, inspecteur- voyer d'arrondissement en re- 
traite à Thonon. 

Mareschal Baptistin, avocat à Chambéry. 

Mareschal de Luciane Clément (de), à Chambéry. 

Martin-Franklin J., ancien officier d'artillerie à Chambéry. 

Masson Etienne, tanneur, juge au Trib. de com. à Chambéry. 

Ménard Claude-Paul, imprimeur à Chambéry. 

Mercier Jules, avocat à Thonon. 

Metzger Alfred, publicisle à Chambéry. 

Meurianne Charles , directeur du Crédit lyonnais à Bar- 
le-Duc (Meuse). 

Michel A., fabricant d'horlogerie à Thônes. 

Milan François, conseiller général de la Savoie, à Chambéry. 

Milan Jules, notaire à la Rochette. 

Mollard Noël, employé de banque, à Chambéry.' 

Monestès Gustave, banquier à Chambéry. 

Monroe, dit Roe, Charles, docteur en méd. à Aix-les-Bains. 

Monroe, dit Roe, Henri, premier président de la Cour d'ap- 
pel de Chambéry. 

Mossière François, directeur de Y Indicateur savoisien, ;Y 
Chambéry. 

Mottet Joseph, à Aix-les-Bains. 

Mottet Léon, conseiller de préfecture à Grenoble. 

Mugnier François, conseiller à la Cour d'appel de Chambéry. 

Odru Laurent, vice-président du Tribunal civil de Chambéry. 

Orsat Marcel, procureur de la République à Chambéry. 

Parent Auguste, avoué à Chambéry. 

Passy Jean, directeur de l'école d'horlogerie à Thônes. 

Pateck Léon (le comte de), à Thonon. 

Pélaz François, architecte à Chambéry. 

Pépin Joseph, propriétaire à Gilly. 

Perrier Antoine, député, maire, cons. général à Chambéry. 

Perrier Charles, directeur de la C ie le Soleil, à Chambéry. 

Perrot Jacques, huissier à Chambéry. 

Piccard L.-E. (l'abbé), à Monnetier-Mornex. 

Pierron Jean, receveur-économe à l'asile de Ibissens. 



LXXVII 

Ptllet Louis, avocat à Chambéry, vice-président de l'Aca- 
démie de Savoie. 

Pinget Louis, avocat à Thonon. 

Ponet Louis, avoué à Thonon. 

Proust, notaire à Ugines. 

Ràbut Laurent, professeur de dessin à Chambéry, conser- 
vateur du Musée déparlementa] . 

Rebaudet Joseph-Claude, conseil, général à Aix-les-Bains. 

Revil Joseph, pharmacien à Chambéry. 

Revoil Alphonse, professeur au Lycée de Chambéry. 

Rey Emile, ancien sous-préfet, à Chambéry. 

Rivau.) Joseph, avocat à Paris. 

Robesson Joseph, avocat à Chambéry. 

Rochat Félix, avoué au Tribunal de 1" instance à Chambéry. 

Roche Victor, avoué à la Cour d'appel à Chambéry. 

Rodillon (l'abbé), publiciste à Lyon. 

Rossi Joachim, géomètre à Chambéry, officier au 108e régi- 
ment territorial. 

Roussy de Sales (le comte Eugène de), ancien officier d'ar- 
tillerie, à Thorens-Sales, conseil, gén. de la Haute-Savoie. 

Sautier Maurice, maire de Sonnaz. 

Sevez Clément, juge au Tribunal civil à Chambéry. 

Tardy Guillaume, géomètre en chef du cadastre à Chambéry. 

Tavernieb Hippolyte, doct. en droit, juge de paix à Taninge. 

Thorens Philippe, maire de Thonon. 

Tochon Pierre, président de la Société centrale d'agriculture 
de la Savoie à Chambéry. 

Toubin Alfred, conseiller à la Cour d'appel de Chambéry. 

Thedici.m de Saint-Séyerin (le M is ), à Chambéry-le- Vieux. 

Vallet Jean, sculpteur, professeur de stéréotomie à l'Ecole 
supérieure de Chambéry. 

Vêne Charles, substitut du proc. de la Rép. à Périgueux. 

Veyrat François, propriétaire à Grésy-sur-Isère. 

Viallet Joseph-Elie, avoué à la Cour d'appel de Chambéry, 
conseiller général de la Savoie. 



LXXVIII 

Sociétés correspondantes. 

Agen Société cent, d'agr., sciences et arts. 

Amiens Société des antiquaires de Picardie. 

Angoulême Société archéologique de la Charente. 

Annecy Société florimontane. 

— Académie salésienne. 
Anvers Académie de Belgique. 

Auxerre Société des sciences historiques et 

naturelles de l'Yonne. 

Avignon Académie de Vaucluse. 

Beaune Société d'histoire et d'archéologie. 

Beauvais Société académique de l'Oise. 

Besançon Académie des sciences et arts. 

Bordeaux Commission des monuments et docu- 
ments historiques de la Gironde. 

Bourg Société d'émulation de l'Ain. 

Brest Société académique. 

Bruxelles Académie royale. 

— Académie des sciences. 

Caen Société française d'archéologie. 

Castres Société littéraire et scient, du Tarn. 

Chalon-sur-Saône. . Société d'histoire et d'archéologie. 

Chambéry Académie des sciences, belles-lettres 

et arts de Savoie. 

— Société centrale d'agriculture. 

— Société d'histoire naturelle. 

Ch'iteaudun Société dunoise d'archéologie. 

Colmar Société d'histoire naturelle. 

Constantine Société archéologique. 

Dax Société du Borda. 

Dijon Académie des se, arts et belles-lettres. 

— Commission des antiquités du dépar- 

tement de la Côte-d'Or. 
Société bourg, de géogr. et d'histoire. 



LXXIX 

Douai Société d'agriculture, sciences et arts. 

Fribourg (Suisse) . Société helvétique de St-Maurice. 

Gap Société d'études des Hautes-Alpes. 

Gênes Società ligure di storia patria. 

Genève Société d'histoire et d'archéologie. 

— Institut national genevois. 

G rat: (Styrie). . . . Comité historique. 

Grenoble Académie delphinale. 

Société de statistique de l'Isère. 
Comité de l'enseignement supérieur. 

Havre (le) Société havraise d'études diverses. 

Lausanne Société d'hist de la Suisse romande. 

Limoges Société archéologique du Limousin. 

Lyon Société littéraire. 

Mans (le) Revue histor. et archéol. du Maine. 

Marseille Société de statistique. 

Mayenne Société d'archéologie de la Mayenne. 

Melun Société d'archéologie, sciences et arts 

de Seine-et-Marne. 

Montauban Société d'histoire et d'archéologie de 

Tarn-et-Garonne. 

Monibèliard Société d'émulation. 

Mm,/, -val (Canada) . Numismatic and antiquarian Society. 

Moulins Société d'émulation de l'Allier. 

Moùtiers Académie de la Val-d'Isère. 

Nancy Société d'archéologie. 

Nantes. ....... Société académique. 

Narbonne Commission archéologique et littéraire 

Nice Société des lettres, sciences et arts. 

Nîmes Académie du Gard. 

Orléans Société archéologique de l'Orléanais. 

an, ara Institut canadien-français. 

Paris Institut des provinces de France. 

— Musée Guimet. 

Société d'anthropologie de France. 

— Société des antiquaires de France. 



LXXX 

Put/ (le) Société agricole et scientifique de la 

Haute-Loire. 

Rambouillet Société archéologique. 

Rennes Société archéologique d'Ille-et- Vilaine. 

Romans Société d'archéologie religieuse des 

diocèses de Valence, Grenoble, etc. 

Rouen. . Commission des antiquités de la Seine- 
Inférieure. 

St-Jn de Maurienne. Société d'histoire et d'archéologie. 

Saint-Omer Société des antiquaires de la Morinie. 

Soissons Société archéol., hist et scientifique. 

Thonon Académie chablaisienne. 

Toulon Société des se, lettres et arts du Var. 

Toulouse Société archéol. du Midi de la France. 

Trot/es Société d'agriculture, sciences et arts 

du département de l'Aube. 

Tarin Regia accademia délie scienze. 

— Regia deputazione sovra gli studj di 

storia patria. 

Valence Société d'arch. et de stat.de la Drôme. 

Vannes Société polymatique du Morbihan. 

Washington The Smithsonian Institution. 

Vienne (Autriche). . Société impér. et roy. de géographie. 

Zurich Société des antiquaires. 



v/t)+G\ 



LA 




NFRERIE 1 SAINT-NICOLAS 



A SAHOENS ET A TANINGE 



MÉMOIRE HISTORIQUE 



PAR 



Hippolyte TAVERNIER 

Docteur en droit 



(D'après des documents inédits) 



LA 

CONFRÉRIE DE SAINT-NICOLAS 

A SAMOËNS ET A TANINGE 



Chef-lieu d'un canton de cinq mille âmes, la 
commune de Samoëns a 2.500 habitants. Son 
vaste territoire, plus de onze mille hectares, 
occupe deux versants que relie une jolie plaine 
où coule le Gift're. La vigne exceptée, toutes les 
productions de la région moyenne, dans la Savoie 
septentrionale, s'y rencontrent avec le froment, 
le noyer, les arbres à cidre, les riches prairies. 
Des forêts noires, épicéas et sapins, et une grande 
étendue de pâturages couronnent les sommets. 
La vie agricole alterne avec l'industrie pastorale. 

Assis au bas d'un mamelon rocheux que sur- 
monte une chapelle, entre la villa du Berrouse 
et le pittoresque hameau des Moulins, le bourg, 
600 âmes, regarde une cascade et le coteau sévère 
de la rive gauche. L'église, d'un style remarqua- 
ble, un château féodal devenu l'Hôtel-de- Ville, 
une place publique ornée d'un antique tilleul sont 
les principaux monuments. Ajoutez quelques 



vieilles demeures, « gothiques par la base et 
terminées en chalets vers les toits, maisons nobles 
devenues bergères », a dit un auteur (1). Tel est 
l'aspect de cette bourgade élevée de 710 mètres 
au-dessus de la mer. Un marché, le mercredi, et 
quelques foires lui donnent de l'animation. L'air 
à la fois vif et doux, tonique, un paysage varié, 
le voisinage de la vallée de Sixt, en font une 
station chère aux touristes. Les deux cents voya- 
geurs qui ont pris part à la fête alpine de Sixt- 
Chamonix, n'ont pas oublié la brillante hospita- 
lité qu'ils ont reçue à Samoëns, le 11 août 1883 (2). 
Les origines historiques de cette commune sont 
assez obscures. Les monuments de l'époque gallo- 
romaine font défaut. Si l'on considère le type de 
race, certains noms de famille, tel que Renand, 
jadis Renens. plusieurs vocables topographiqUes, 
Verclandj les Allama/ids, Sécoen (3), plus un 

(1) Francis Wey, la Haute-Savoie, p. 337. 

(2) Annuaire du Club alpin français, 1883. 

(3) Le nom de Samoëns lui-même est de cette famille. 
L'étymologie, Septem montes, donnée par Grillet (Diction. 
III v° Samoëns), étymologie que les figures du sceau de la 
ville, une montagne à 7 pointes, semblent confirmer, n'est 
pas certaine. La forme n'est pas toujours la même : on trou- 
ve Samoen, Samoing, Semoeng ou Saymoin. Tout ce que 
l'on peut affirmer c'est que, par son suffixe, le nom rentre 
dans la classe des vocables de lieux en : en, eus, eng, inge, 
vocables formés à l'époque burgonde, et qui seraient des 
noms patronymiques. (Voir Riondel, Reçue Sacoisiennc, 
1869, p. 62 ; -- Tavemier, ibid., 1881, p. 20.) 



cimetière burgonde près de ce dernier hameau, 
on peut conjecturer que l'endroit aura été peuplé 
surtout â partir du v e siècle. Quoiqu'il en ait été, 
le nom de Samoëns se montre dans les chartes 
pour la première fois en 1167, année où l'évêque 
de Genève Arducius donne l'église de ce lieu â 
l'abbaye augustinienne de Sixt, celle-ci fondée 
en 1144. 

Au xiv e siècle, sous les Dauphins, barons de 
Fuucigny, Samoëns est chef-lieu de mandement 
avec un château princier, perché sur le monticule 
qui domine la ville, château appelé Montanier, cas- 
truin montanerii; il est siège de justice, a son châ- 
telain, son curial. La paroisse, englobant alors les 
villages de Verehey et de Morillon, se partageait 
entre plusieurs fiefs et quatre à cinq maisons- 
fortes. A côté du fief du prince ou domaine, fief 
qui sera aliéné en 1699 en faveur de noble Phili- 
bert Salteur et érigé en titre de marquisat, se mon- 
traient divers fiefs de domaine privé, appelés, 
des noms de leurs titulaires respectifs, Bardo- 
nenche, de Saint- Jeoire, de Menthon, de Lucinge, 
de Thoire, noms fort connus dans les annales de 
nos contrées. Ajoutons les fiefs de Vallon et de 
Graver u cl. 

Le duc Amédéo VIII accorde aux habitants de 
Samoëns le droit d'élire quatre syndics, 21 février 
1431 ; le même prince les relève de l'échute 
encourue pour certains biens emphytéotiques, 8 
avril 1432. Janus de Savoie leur concède une 



6 

boucherie pour la vente de la viande, 27 juillet 
1481, la montagne de Rontine, 8 février 1487 (1). 
Pris et brûlé le 11 juin 1476, le bourg est de 
nouveau incendié vers 1495. Ses malheurs, sa 
situation sur la frontière du Valais, ses besoins 
de défense contre des voisins hostiles, sa fidé- 
lité envers la Maison de Savoie, les services 
rendus à l'Etat par la famille de Lestelley, toutes 
ces circonstances firent que Jacques de Savoie- 
Nemours, baron de Faucigny, s'intéressa vive- 
ment au sort de notre bourgade. Ce prince lui 
concède, à son tour, des franchises municipales 
et des libertés commerciales fort étendues, 10 
mai 1562. Relevée peu à peu de ses ruines, elle 
vit refleurir clans son enceinte une ère de pros- 
périté et plusieurs de ses enfants se distinguè- 
rent dans l'exercice des arts libéraux, dans le 
sacerdoce, L'armée, la magistrature, l'industrie. 
Après avoir été pendant plus do quatre siècles 
administrée par les religieux de l'abbaye de Sixt, 
la paroisse de Samoëns est sécularisée. On y éta- 
blit une collégiale avec un chapitre de dix cha- 
noines présidés par un doyen, 1575-1580. La 
nouvelle dignité accordée à cette église honorai! 
la communauté tout entière et donnait à ce petit 
pays de montagnes un lustre particulier. Ce cler- 
gé, composé de dix membres, allait se trouver en 

(1) Mèm. et Doc de la Société Savoisienne d'hist. et 
d'arch., tome XXIII. 



contact avec les notables de la bourgeoisie et 
former avec ceux-ci pendant trois siècles un grou- 
pe intellectuel qu'aurait pu envier une ville plus 
considérable. Une institution, créée là vers la fin 
du même siècle, vint resserrer les liens «ramifié 
unissant les représentants des deux ordres. Nous 
voulons parler d'une association particulière qui 
eut une longue existence, la Confrérie de Saint- 
Nicolas. Un registre manuscrit, précieux docu- 
ment de ses archives, raconte l'organisation de la 
compagnie, ses statuts et donne les noms et pro- 
fessions delà plupart de ses membres, avec des 
détails intimes (1). Les renseignements puisés à 
cette source feront l'objet de la présente étude. 
Celle-ci sera suivie d'une notice touchant la con- 
frérie de Saint-Nicolas, à Taninge. Il nous a paru 
bon, pendant que les preuves existent, d'esquisser 
un côté des mœurs de nos pères. 



(1) Nous devons la communication de ce documenl à 
l'obligeance de M. Corbet, notaire à Samoëns. 



8 



1591-1626. 

Anciennes confréries et sociétés locales. — Saint Nicolas. 
— Origine de la corporation des avocats et procureurs. — 
La confrérie de saint Nicolas, à Samoëns; statuts. — Fon- 
dateurs notables; la famille de Gex. — Saint François de 
Sales à Samoëns. — Acte de rénovation. 

Au pays de Faucigny, l'esprit d'association 
n'est pas une conquête récente. Il y eut un peu 
partout, par exemple, des confréries du Saint- 
Esprit, celles-ci formant une espèce de Sociétés 
de secours mutuels et de bienfaisance qui, ainsi 
que l'observe un écrivain, ont eu des siècles de 
faveur populaire et de prospérité (1). Cluses, 
Bonneville, Sallanches, Saint- Jeoire, etc., avaient 
des Compagnies de chevaliers-tireurs ; La Roche, 
sa confrérie des corroyeurs et cordonniers. A 
Samoëns, on eut aussi, à une époque reculée, 
une confrérie du Saint-Esprit dans le bourg ; 
mais les titres qui la concernent sont perdus. Le 
village de Lestelley en possédait une qui a sub- 
sisté jusqu'à nos temps. L'année 1603 y vit naître 



(1) De Jussieu, Histoire de l' Instruction primaire en 
Savoie, 1875, p. 27-29. 



une compagnie de tireurs à l'arquebuse, dont les 
statuts ont été publiés par M. André Perrin, de 
Chambéry. En outre, Samoëns avait quelques 
autres confréries dont il sera fait mention plus 
loin. « L'organisation religieuse était la base de 
toutes ces associations. Celles-ci formaient de 
véritables confréries dirigées par des prieurs et 
des conseillers, avec obligation de prières, d'assis- 
tance aux messes, aux enterrements, etc. Les 
conditions sévères de moralité, de religion et 
d'honneur exigées des membres, contribuèrent à 
leur donner une grande force de vitalité en y 
attirant les citoyens les plus honorables (1). » 

La confrérie dont nous retraçons les annales fut 
mise sous le patronage de Saint-Nicolas. Ce 
bienheureux, né clans le iv e siècle à Patare, en 
Asie, fut dès le bas âge doué des qualités les plus 
rares. Ayant perdu de bonne heure ses parents, 
possesseur d'une grande fortune, il distribue ses 
biens aux pauvres, se fait prêtre et, plus tard, 
il remplace sur le siège épiscopal de Myre un 
oncle vénérable. L'Histoire raconte les merveil- 
leux travaux du neveu et les grands services qu'il 
a rendus à son pays. Sa réputation s'étendit en 
Europe. « En 1341, les avocats et procureurs 
forment, en France, sous l'invocation de Saint- 
Nicolas et de Sainte-Catherine, une confrérie qui, 

(1) A. Perrin, La Basoche, abbayes delà Jeunesse,etc 
1865, p. 10. — Le même ouvrage contient l'acte de fondation 
de la Société des tireurs, à Samoëns, p. 297. 



10 

l'année suivante, est confirmée par le roi Philippe 
VI. Dans les solennités de l'Eglise, le corps des 
avocats sortait bannière en tête ; après la cérémo- 
nie, le bâton de la confrérie était transporté avec 
pompe dans la demeure du chef de l'ordre, à qui 
la garde en était confiée. Par suite de cet usage, 
le chef, qui, d'abord, s'appela doyen, fut nommé 
plus tard le bâtonnier (1). » Saint-Nicolas devint 
populaire jusque dans la Savoie où plusieurs 
églises et quantité de chapelles portent son nom. 

Le contrat social de la confrérie de Saint- 
Nicolas de Samoëns est du 6 décembre 1591 ; il 
est rédigé en latin." En outre, il existe un vieux 
texte français auquel nous emprunterons la pre- 
mière partie, celle-ci exprimant naïvement toute 
la pensée qui a dirigé les fondateurs et le but 
qu'ils se sont proposé. 

« Au nom de la très sainte et individue Trinité, 
du père, du fils et du saint Esprit. Yen que pour 
entrer à la vie éternelle la vérité mesme nous 
asseure qu'il faut observer les commandements 
de Dieu et que la nature fresle et débile est, 
comme le tesmoigne l'Escriture. inclinée à. tout 
mal des le commencement, ne peut persévérer en 
l'observation des dits commandements, ains agitée 
d* 1 iour et de nuit de beaucoup de tribulations, 
elle se rend désobéissante et défaillante en tanl 
d'endroits qu'elle s'attire plustol Tire et l'indi- 

) Charles Rozan, /'niir.< ignorances de lu conversa- 
tion, 1878 ; :» édition. 



11 

gnation que la grâce ainsy que l'enseigne la sainte 
Eglise romaine, Il est très salutaire d'implorer 
la très heureuse Vierge Marie, les Saints et Sain- 
tes qui en leur vie ont suivi tel chemin qu'ils sont 
parvenus à la grâce et vie prédite afin qu'ils 
daignent estre nos médiateurs entre nostre Sau- 
veur et nous. 

« Et pourtant ce jourdhuy 6 e décembre 1591 
pour honorer le jour de feste dédié au bienheureux 
saint Nicolas, les R ds Seig 1 ' 8 chanoines de lesglise 
collégiale de N. D. de Samoen, les hommes 
nobles, egreges, escrivants et honorables Bour- 
geois de cette ville assemblés, désirant de leur 
possible comme ils ont fait jusques à présent 
rendre leur devoir ainsy qu'il appartient envers 
Dieu la cour céleste et cette esglise, aiants ensem- 
blement excogité et pourpensé les meilleurs et 
plus nécessaires moyens pour satisfaire a leur 
devoir et principalement selon leur dévotion à la 
louange de Dieu, de la glorieuse Vierge Marie, de 
saint Nicolas et de toute la cour triomphante ; 
comme aussy pour la décoration de lad e esglise 
encore pour le remède des âmes clés présents et 
futeurs sous nommés a, perpétuité ; finalement 
pour la conservation de la paix et fraternelle dilec- 
tion par laquelle nous nous devons réciproque- 
ment aimer comme Dieu nous aime, etc. » 
Voici maintenant l'analyse des statuts : 
1° La fête a lieu le 6 décembre ; il y aura messe 
solennelle suivie de la commémoration des morts, 



12 

avec prières sur leurs tombes (1). Le prieur tient 
un flambeau ; les confrères ont une chandelle de 
cire. On placera deux grands cierges au maître 
autel. 

2° Après l'office divin il y a un repas ; obliga- 
tion d'assister à l'un et à l'autre à peine d'amende 
et d'exclusion; obligation d'assister aux sépultu- 
res en personne ; si l'on est empêché, on se fait 
remplacer par quelqu'un. 

3° Autant que possible le récipiendaire doit 
savoir lire et écrire ; il prête serment, signe au 
registre, paye dix florins. Cet argent est employé 
suivant les décisions de l'Assemblée. 

4° Le repas sera modeste ; on s'y comportera 
avec décence et modération. Les frais de l'église 
et du repas prélevés, le surplus des revenus est 
distribué aux pauvres. 

5° Il y aura un prieur. Celui qui est choisi pour 
prieur et qui refuse la charge est exclus de la 
confrérie. Il fait observer les statuts, signale les 
infractions ; il paie le sonneur, les ménétriers, 
une chandelle à chaque confrère. 

G Les fils légitimes des confrères sont admis 
pour cinq florins. 

7° S'il y a procès au civil comme au criminel 
entre confrères, la confrérie pacifiera le différend. 

(1) En 1626 et encoro on 1704, nombre do familles., h 
Samoëns, avaient lent- sépulture dans L'église. Ces tombes 
riaient percées dans le plancher et s'ouvraienl an moyen 
d'anneaux en fer. (Avch. do la collégiale). 



13 

Ils devront se soumettre à sa décision, à peine 
d'amende et d'exclusion. — Le tout selon la loi 
de Dieu, la volonté des princes et des supérieurs. 

Fait au bourg de Samoëns, en plein air, devant 
la maison de Georges Bard, en présence de trois 
témoins, et reçu par les notaires Mermet de Mon- 
piton et Pierre de Lestelley (1). 

Tel est ce pacte fondamental, pacte basé sur le 
double précepte chrétien, l'amour de Dieu et 
l'amour du prochain. La nouvelle Compagnie 
constitue une Société particulière ayant pour 
objet, moins les secours matériels, que les avan- 
tages moraux à obtenir par l'observation de la 
vraie fraternité. En dehors des sociétaires, les 
deshérités de ce monde ne sont point oubliés ; on 
leur fait chaque année un don en argent. Simple 
et modeste est son organisation, suivant en cela 
les mœurs encore un peu patriarcales de l'épo- 
que. Un article fort curieux et d'une haute impor- 
tance vise les offenses et procès entre confrères ; 
ceux-ci sont obligés de se soumettre à l'arbitrage 
de la Compagnie : une sorte d'évocation de la 
cause par ce tribunal des pairs transformé en juge 
de paix. 

Les membres fondateurs sont au nombre de 
quarante-cinq, dont huit chanoines, y compris le 
doyen, R d messire François Cornut, et trente- 
sept laïques, tous originaires de la paroisse et y 

(1) Voir document n° 1. 



14 

demeurant. A la tête de ces bourgeois sont, 
d'abord, cinq personnes qualifiées nobles, savoir : 
Charles de Gex, Pierre Dénarié, Pierre de Les- 
te! ley, Gaspard Poterlat, François de Vallon. 
Viennent ensuite des confrères appartenant aux 
bonnes familles, de Biens, Cornut, Monpiton, 
de Lullin, Ducis, Duboin, Bardy, Biord, Dunoyer, 
Perret, Delesvis, etc. Ces familles allaient les 
unes bientôt s'éteindre, les autres grandir encore 
et, avec plusieurs de leurs membres, faire hon- 
neur au pays. 

En ce temps-là il n'y avait plus, à Samoëns, 
aucun représentant de l'ancienne noblesse féoda- 
le. Entre les familles anoblies à une époque plus 
ou moins récente, les de Gex occupaient incon- 
testablement le premier rang. Ceux-ci, comme les 
de la Grange, â Taninge, comme les de Plan- 
champ, à Mieussy, comptaient parmi leurs ancê- 
tres des fermiers du Domaine, des notaires, des 
châtelains ; comme eux aussi ils avaient acquis 
les fiefs anciens qui se partageaient le territoire 
paroissial. Alliés par mariage aux puissantes 
maisons Dufresney, Vidonne de Charmoisy, de 
Menthon, de Montvuagnard, ils n'eurent pas de 
peine à obtenir, dans la petite patrie locale, une 
prééminence qu'ils conserveront pendant encore 
près de deux siècles, pour la transmettre ensuite 
aux nobles de Grenaud, leurs parents et succes- 
seurs. Une particularité intéressante, c'est la pa- 
renté de nos de Gex avec la famille de Sales, ainsi 



15 

que l'intimité dans laquelle ont vécu ces deux 
familles dans la première moitié duxvir 3 siècle (1). 
En 1591, « noble et puissant » Charles de Gex, 
marié à M Ue Michelle Dufresney, d'une illustre 
famille de Cluses, était seigneur de Couvette et 
de Vallon. Par son crédit et par un voyage à 
Rome, il avait contribué beaucoup à l'érection de 
l'église de Samoëns en collégiale. Comme châte- 
lain, comme chef de légation en Valais, il avait 
rendu des services au pays. Il venait de se signa- 
ler encore dans la guerre de 1589, au défilé 
d'Anthon près Mieussy, en repoussant, avec 
500 hommes levés et entretenus à ses frais, les 
Berno-Genevois qui voulaient pénétrer dans la 
vallée du Gifire. Son fils, Jacques, sera bientôt 
fait baron de Saint-Christophe, et le nom de Gex 
brillera pendant longtemps encore à la tête de la 
confrérie de Saint-Nicolas. 

La biographie des autres fondateurs les plus 
notables nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, 
M. François-Désiré Riondel, qui explore avec 
succès le champ de l'histoire locale, a publié sur 
ces maisons une série de notices intéressantes (2). 

Revenons à notre Société et voyons comment 

(1) Mugnier, les Evêques de Genève- Annecy, 1888., 
p. 78-79; L'Abbaye de Sainte-Catherine. (Mèm. et Doc. 
de la Société sacoisienne d'hist. et d'arch., tome XXIV, 
p. 103, 278, s.) 

(2) Reçue Sacoisienne, 1870, p. 5-6. — 1871, p. 03-08. 
— 1875, p. 68-75. 



16 

elle s'est comportée pendant la première période 
de son existence. Un premier registre étant per- 
du, la réponse n'est pas facile à donner. Le ma- 
nuscrit qui nous est parvenu est muet pour le 
xvn e siècle presque tout entier. Sans doute fi- 
dèle à la pensée qui lui donna naissance, se mou- 
vant dans le cercle de ses statuts, elle n'aura pas 
manqué de prospérer. Au témoignage d'un ancien 
curé de la paroisse, cité plus loin, elle aurait été 
approuvée par l'évêque François de Sales. Or, un 
jour que les habitants du bourg étaient divisés 
en deux camps ennemis, le saint prélat, joignant 
ses soins aux efforts de la confrérie, y ramena la 
paix, 1606 (1). 

Toutefois, avant d'aborder le siècle suivant, n'ou- 
blions pas de dire que, trente-cinq ans après sa 
fondation, notre Compagnie s'assemblait chez le 
prieur, Joseph, petit-fils de Charles de Gex, baron 
de Saint-Christophe. Là, dans la cour du château 
dit de la Tour, deux notaires donnent lecture de 
l'acte du 6 décembre 1591. Cela fait, on ratifie la 
fondation et l'on s'engage, en outre, à accom- 
pagner le prieur aux offices, à peine de trois sols 
d'amende, avec serment et sous l'obligation de 
tous ses biens. Cette déclaration solennelle, rédi- 
gée en instrument public par les notaires Humbert 
Cornut et Jean de Lestelley, renferme les noms 
des sociétaires, au nombre de soixante et douze (2). 

(1) Petits Bollandistes par PaulGuiÏRiN, XIX, p. 529 

(2) Document no II. 



17 



II 

1714 - 1794. 

Le livre de la confrérie. — Administration, finances, comp- 
tes, délibérations. — Membres distingués. — L'écolier 
Jean-François Gerdil et le chanoine Jean-Pierre Biord. — 
Confrères étrangers. — Honorabilité de la Compagnie. — 
Cérémonial de la fête du 6 décembre. — Autres confréries 
à Samoëns. 

Le registre qui nous sert de guide comprend 
cent trente-trois années, 1714 — 1847. II débute 
en reproduisant le texte de la fondation de 1591 
et de l'acte de 1626, titres analysés ci-devant. 
Suivent des procès-verbaux de comptes et gestion 
des fonds de la Société, des délibérations de ses 
assemblées, des listes d'admission. Enfin, il se 
termine par un catalogue récapitulatif des con- 
frères dont les noms, disséminés dans ses pages, 
ont été patiemment glanés et écrits de la belle 
main d'un confrère (1). 

En 1714, la confrérie se compose de cinquante- 
sept membres, avec égrège Claude Rouge pour 
prieur et noble seigneur Paul-Joseph de Gex pour 
sous-prieur. On y remarque plusieurs nobles con- 
frères appartenant aux nobles familles Lejeune, 

(1) M. Adelin Ballaloud, maire de la commune de Sa- 
moëns. (Voir Document n° III.) 

2 



18 

de Monpiton (1), Duboin. Ils .sont désignés par 
leurs noms, prénoms, et par une épithète indiquanl 
la place que chacun d'eux occupe dans la hiérar- 
chie sociale. Il y a d'abord les « Révérends mes- 
sires doyens et chanoines du chapitre de la collé- 
giale. » Viennent ensuite les laïques « nobles, 
spectables, maîtres, égrèges, honorables, honnê- 
tes ou discrets. » La liste est intitulée « Rolle de 
messieurs les confrères de la dévote confrérie de 
Saint-Nicolas du sixiesme décembre 1714. » 

Suit un compte rendu par le procureur Pierre- 
Humbert Guillot, le 7 décembre 1713, comme ci- 
après : « Primo, il se charge de 37 florins 5 sols 
pour lefinito du compte de 1712 ; plus, de 35 flo- 
rins pour réception de quatre confrères la veille de 
Saint-Michel ; plus, de 135 florins 11 sols pour le 
revenu deubt à la dite confrérie pour la prise de 
1712 ; lesquels capitaux arrivent ensemble à la 
somme de 208 florins 4 sols, sur quoi il demande 
lui estre entrés 21 florins pour les peines et salaire 
du procureur, 84 florins payés à Claude Delacostc 
pour le repas de 48 confrères, à raison do 21 sols 
chacun, et 4 florins 2 sols pour cinq pots de vin 
au parsus du disné, 6 florins d'augmentation faicte 
par les dits confrères pour récompenser l'hoste et 
les servantes, 14 florins pour le service faict par les 
seigneurs du chapitre le jour de Saint-Nicolas et 

^1) Ce nom, qui est aussi le nom d'un village situé entre 
La Roche et Thorens, s'est écrit de plusieurs manières : 
Demonpiton, Monpiton, Montpicton (de Monte pictono). 



19 

pour la messe des morts le lendemain, 23 florins 
pour les cierges et chandelles, 21 florins pour l'au- 
mosne aux pauvres, 3 florins au marguillier pour 
la sonnerie de la veille de la dite fête ; total : 173 
florins, 2 sols. Et pour ce il est débiteur envers 
la confrérie de 35 florins, 2 sols. » 

Signé : Rouge, De St-Christophe, 
Duboin, archiprêtre , Perret, cha- 
noine, Bardy,Thierriat, chanoine, 
N. Simond, Fernex, C. Riondel. 
Les objets des recettes et des dépenses ne va- 
rient pas d'une année à l'autre. Il suffit donc, pour 
en connaître les détails, d'avoir reproduit l'un de 
ces comptes ; ce sera fait une fois pour toutes. 
Tournons donc rapidement les feuillets de notre 
registre pour noter, en passant, les endroits un 
peu saillants quant aux choses et quant aux per- 
sonnes. 

1716 déc. 6. — L'assemblée nomme prieur, à la 
pluralité des voix, discret Pierre Simon comme 
plus ancien confrère, personne ne s'étant offert 
pour recevoir cet honneur. On élève le droit d'en- 
trée à 20 florins, et 10 florins pour les fils de con- 
frères. Mais ce tarif ne subsista pas longtemps ; 
en 1725, on reprit l'ancien tarif, savoir 6 livres 13 
sols et 4 deniers, valeur de 10 florins anciens, et 
pour les fils de confrères reçus dans l'an du deuil, 
la moitié suivant les statuts. « En outre, comme 
plusieurs confrères ne sont pas exacts à assister 
aux offices selon leur devoir, pour donner une nou- 



20 

velle force aux anciens statuts, on oblige de nou- 
veau chaque confrère d'assister aux premiers vê- 
pres de la veille, à la grande messe, repas et vê- 
pres et, le lendemain, à la messe des confrères et 
libéra me qui se fait sous peine de 3 sols pour cha- 
cun de ces quatre offices, et celui qui manquerait 
à tous sans cause légitime paiera 12 sols. » 

« Ont de plus convenu que les 30 florins pour 
les entrées du Rév d seig 1 ' doyen de Gribaldy, du 
R d s 1 ' Rossillon , chanoine et du R d s 1 ' Dussaix 
prêtre habitué du chapitre, avec tout ce qui reste 
après le repas et tous frais paies en la présente 
année, seront appliqués à l'acquis d'un étendard, 
fonts baptismaux, des trois devants d'autel et au- 
tres réparations faites en ladite année en notre 
esglise, et sera remis entre les mains de s 1 ' Jean 
Gerdil qui s'est bien voulu charger d'en faire la 
cuillette dans toute la paroisse ; le présent étant 
fait pour la quantité de pauvres qui ne peuvent 
rien donner. » Signatures :Delase, prieur, Broglia 
de Gribaldy, Gerdil, Musy, Perret, Dussaugey, 
Duboin, Renand, Biord, Bardy, etc. 

1725 déc. 7. — Inventaire des rentes constituées 
et obligations de la confrérie : 12 titres au mon- 
tant total de 1.652 livres 7 sols 2 deniers 3 dou- 
zains. Le taux de l'intérêt est de G pour cent. La 
rénovation des titres doit porter réduction à forme 
de l'édit royal du 22 septembre 1724. 

1730 déc. 6. — « M e Pierre Gerdil, notaire, a 
fait le pain bénit. Le s 1 ' Jean-François Gerdil, son 
fils, étudiant en réthorique Annessy a esté receu 



21 

pour confrère moyennant la finance de 3 livres 6 
sols 8 deniers. » Le jeune récipiendiaire, âgé de 
12 ans, sera un jour le cardinal Gerdil (1). 

1730 déc. 6. — Est reçu pour confrère R d seig 1 ' 
Charles-Henri Salteur, doyen de Samoëns. Ce 
nouveau membre était fils de noble Philibert Sal- 
teur, acquéreur du fief du Prince, à Samoëns, et 
marquis de ce lieu. 

1745 déc. 6. — On reçoit Jean Trombert^ de 
Morzine, premier confrère laïc, étranger à la pa- 
roisse de Samoëns. A partir de cette année, jus- 
qu'à la fin de son existence, la confrérie restera 
ouverte. Le Chablaiset surtout la vallée d'Aulps, 
une bonne voisine, tiendra à lui donner plusieurs 
des siens issus des vieilles familles : Mudry . 
Gallay, Yulliez, Lecruit, Jordan, Buttet, Plagnat, 
Tavernier, etc. 

1750. — M e Joseph Biord fait la charge de 
prieur pour spectable Paul-Joseph, son fils (2). » 
— En 1752, on trouve R' 1 s 1 ' Jean-Pierre Biord, 
docteur de la Sorbonne, chanoine de la cathédrale 
de Saint-Pierre de Genève et prieur de Dou- 

(1) Grillet, Dict., III. V Samoëns. — Ernest Arminjon, 
Discours à l'audience de rentrée de la Cour de Chambèry •, 
1868, in-8°, 46 pages; « cardinal Gerdil. >< 

(2) Paul-Joseph Biord, né à Samoëns, le 3 février 1718, 
de Joseph, notaire, et de nohle Claudine de Thiollaz, petit- 
fils d'autre Joseph et de nohle Marie de Marigny de Grange, 
avocat, sénateur, comte de Seynod. « Célèbre par ses lu- 
mières, sa droiture, son éloquence, son inflexible équité e1 
nue aimable philanthropie (Cri de la Savoie, p. 50). 



22 

vaine; plus tard, évêque (1). frère du précédent. 

Voici, maintenant, deux confrères dont le nom 
savoisien est de nos jours, illustré par Mgr Tu- 
rinaz, évêque de Nancy : 

1751 déc. 5. — « A été reçu pour confère R d s 1 ' 
François, fils de Gaspard Turinaz, du Chàtelard 
en Bauges, chanoine de la collégiale de Samoëns, 
moyennant la finance de 6 livr. 13 sols 4 deniers. 
— Et le 5 déc. 1755, ont été admis noble R d seig 1 ' 
Louis Daviet, doyen de Samoëns, et R d s 1 ' Joseph 
Turinaz, prêtre. 

176G déc. G. — « Le procureur exige 140 livres 
des s rs Bernard Amoudru et Christophe Roch 
pour le capital du sermon par eux fondé suivant 
acte du 2 août 1761. » 

1779 déc. 6. — « Est reçu pour confrère George 
Musy qui, pour droit de réception, promet de faire 
taire une crosse pour la confrérie de la valeur de 
trois louis neufs de France. » En marge et en re- 
gard du nom du donateur est écrit : Vivat. 

1784 déc. 7. — « L'assemblée arrête que \o, 
Livre, rentes et titres de la confrérie seront dépo- 
sés dans le garde-robe en noyer de la chapelle de 
Saint-Claude fermant ii trois clefs dont l'une sera 
remise au prieur, une autre au procureur, la troi- 
sième à Victor Rouge, député ; que d'ors en avant 
aucun sujet ne sera reçu qui ne soit passé au scru- 

(1) Mgr Jean-Pierre Biord est né le 19 octobre 1719, ;'i 
Châtillon, hameau de Soney, où s;i famille étail en villé- 
giature. (V F. Mugnier, les Evêques de Genève-Annecy.) 



23 

tin, sauf, qu'il soit notoirement reconnu admis- 
sible. » 

Pour le siècle dernier, notre registre se termine 
par un compte que rend par procureur l'officier 
Jean-Louis Biord , neveu de l'évêque, prieur en 
1792. Il est muet quant â l'application de l'article 
des statuts visant les différends au civil ou au cri- 
minel entre confrères. Sur ce point, les décisions 
de l'assemblée n'eussent pas manqué d'intérêt. 
Mais ce silence se conçoit assez ; il y a de ces cho- 
ses qu'il n'est pas bon de relater par écrit et qu'on 
a dû laisser ensevelir dans l'oubli pour ménager 
les réputations. 

Voici, d'après un autre document, les détails 
pour le cérémonial de la fête du 6 décembre. « La 
confrérie de Saint-Nicolas s'exerce de la manière 
suivante. Le 5 décembre, après Compiles, l'archi- 
prêtre va sur la grande porte de l'église où il fait 
une exhortation sur la Société, la charité frater- 
nelle, dit quelques paroles gracieuses au prieur et 
au sous-prieur, lit les noms de tous les confrères et 
annonce les décédés dans l'année. Et le jour de 
saint Nicolas, â dix heures, on va prendre le prieur 
chez lui ; avant la grand'inesse on dit un libéra me 
au chœur et ensuite une strophe sur la tombe 
de chaque confrère décédé dans l'année. Après la 
grand'inesse, la bénédiction du Saint-Sacrement, 
le sermon. A l'offertoire delà grand'inesse, l'a r- 
chiprêtre prend l'étole et va recevoir l'offrande dos 
confrères et soeurs. Après le sermon, on dîne tous 



■24 

ensemble aux frais de la confrérie et, le soir après 
Compiles, l'archiprêtre donne la crosse au prieur 
si c'est un séculier, et si c'est un prêtre, le doyen. 
Ità est praxis. Les comptes de la confrérie doivent 
se rendre en l'assistance de l'archiprêtre, en la 
cure; c'est l'usage porté par les Visites (1). » 

En 17G5, l'église de Samoëns possédait plu- 
sieurs autres confréries qui, au témoignage du 
curé, M. Ruphy, étaient les suivants : « Les con- 
fréries érigées dans cette église paroissiale sont 
celles du Saint-Sacrement et du Saint-Rosaire 
qui y sont anciennes; elles sont renfermées dans 
des petits livres qui traitent desdites confréries. 
On ne sait si la première a un recteur non plus 
que toutes les autres ni qui doit l'être ; elle a un 
prieur et une prieure, un procureur et des con- 
seillers dans chaque quartier de la paroisse. Elle 
a dix livres environ de revenu fixe; le premier jan- 
vier on fait une petite cueillette où chacun donne 
suivant sa dévotion, rien s'il veut; le tout doit 
être employé pour l'entretien du luminaire et au- 
tres nécessités et le surplus en réparation d'église, 
entretien de ce qu'il faut pour les ports de Sacre- 
ments. Le tout administré parmi procureur qui 
en rend compte chaque année. Celle du Rosaire, 
qui n'est composée que de filles, a une prieure, 

Cl) Acte d'état de ce qui concerne les fonctions curiales à 
Samoëns, par LeRd archiprêtre Renevier, du 15 juin 1777. 
(Arcli. du presbytère, i 



25 

des conseillers et un revenu de 60 livres (1). » 

Après quoi M. Ruphy continue comme suit. 
Outre ces deux confréries, il y a : 

1° Confrérie de Saint-Nicolas où chaque per- 
sonne qui y est admise paie 6 livres 13 sols 8 de- 
niers, dont le revenu est employé pour donner au 
cabaret â dîner à tous les confrères assemblés le 
jour de la fête, et le surplus doit être distribué aux 
pauvres. Elle a été autorisée par saint François de 
Sales, de même que ses statuts; elle a obtenu en 
1764 des indulgences plénières pour tous les con- 
frères, visées par sa Grandeur et qui se publie- 
ront pour la fête en cette année. 

2° Confrérie de Saint-Clair. 

3° Confrérie des Couronnés (2). 

4° Confrérie de Saint-Claude. 

5° Confrérie de Saint-Antoine et Saint-Joseph. 

6° Confrérie de Sainte-Anne pour les femmes. 

(1) L'institution du Saint-Rosaire, à Samoëns, fut faite le 
30 juillet 1602, par l'autorité du R. P. Nicolas-Ange, prieur 
des Dominicains d'Annecy, et rétablie par le R. P. Jean 
Langin, prédicateur général des Frères Prêcheurs d'Annecy 
le 15 août 1626, année où fut élu prieur pour les personnes 
séculières Noble Jaccpues de Gex et prieure Darne Antoine- 
Vidonne de Chaunront, baron et baronne de Saint-Christo- 
2}he. En 1644, elle comptait 368 hommes et 648 filles. — Une 
autre confrérie, celle de Saint-Alex., « pour les faucheurs et 
mareschaux » fut fondée le 25 juin 1577, acte Aimé Cornut, 
notaire. (Note de M. F.-D. Riondel.) 

(2) Le 28 décembre 1659 on institua à Samoëns la con- 
frérie « des maîtres maçons sous le vocable des saints mar- 
tyrs les Quatre Couronnés. » (Arch. delà mairie.) 



26 

7° Confrérie de S te -Catherine pour les filles (1). 

« De toutes celles-cy , on ne sait que le nom ; 
ajoute M. Ruphy, on ne sait point ny pourquoy ny 
par qui ny comment elles ont été érigées ; elles 
n'ont ny statuts ny règles. On ne connaît même pas 
de quelle utilité elles sont à l'église, à la Religion, 
à la communauté. L'on en voit au contraire naître 
des inconvénients sans nombre et bien des abus. On 
faitpresqu'à toutes le pain bénit que l'on conduit 
de la maison à l'église en triomphe au son du violon 
et l'on en retourne les restes de la même manière 
de l'église à quelques maisons, quelquefois au ca- 
baret où le violon change de ton et de note et se 
tourne en usage profane. Les danses y durent une 
partie du jour et bien avant dans la nuit, ce qui 
produit des assemblées de sexe différent et sou- 
vent des querelles. L'on ne parle pas des yvrogne- 
ries ny des suites qu'elles peuvent avoir dans un 
pareil mélange (2). » 

(1) Enfin, il exista une confrérie du Saint-Scapulaire de 
Notre-Dame, témoin ce passage du testament de s' Claude 
Noble en 1654 : « Lègue le dit testateur aux dévotes confré- 
ries érigées en l'esglise de Samoen sous le vocable du Saint- 
Sacrement de l'autel, du Saint-Rosaire, du Saint-Scapulaire 
de N.-D., de Saint-Joseph et de Saint-Claude, scavoir à cl la- 
cune d'icelles trois ducatons pour une fois payables. •> (Arcli. 
de Mélan, d'après l'abbé H. Feige.) 

(2) L'état de l'église et paroisse de Samoëns dressé en 
1765, en conformité du mandement de Mgr. Biord, du 3 sep- 
tembre 1764, par K' 1 - Antoine Ruphy, curé-archiprêtre de 
Samoëns. (Manuscrit en nos archives.) 



27 

Le tableau n'est pas flatteur, sans doute; il dé- 
voile une certaine dissolution des mœurs et la 
décadence de la plupart de nos confréries, à l'épo- 
que précitée. Ces lignes, empreintes de tristesse, 
laissent percer, chez le pasteur des âmes justement 
alarmé, le désir de les voir supprimer par l'évê- 
que. Il faut, toutefois, ce semble, distraire de 
cette liste incriminée la confrérie de St-Nicolas, 
dont l'origine, les statuts, l'administration, établis 
par des titres parvenus jusqu'à nous, ne durent 
pas être inconnus à M. l'archiprêtre. En effet, 
notre confrérie, toujours honorable, toujours bien 
recrutée, subsista paisiblement jusqu'au jour où 
elle fut emportée par la tourmente révolutionnaire. 

Cependant, pour sauver les finances de la con- 
frérie, ses membres adressent au Directoire une 
pétition « tendant à obtenir injonction aux com- 
missaires qui seront nommés de ne pas porter dans 
l'inventaire les fonds de leur Société, offrant de 
faire dons patriotiques des revenus pour les frais 
de guerre jusqu'à la paix. » On y passait sous si- 
lence le côté religieux de l'institution. Mais, par 
son arrêté du 21 mai 1794, le Directoire exigeait 
la production de l'acte de fondation (1). La suite 
donnée à cette affaire n'est pas connue. 

Après une interruption de dix années, notre 
confrérie reprend vie, ainsi qu'il sera dit au cha- 
pitre suivant. 

(I) Extrait des délibérations de l'administration du Direc- 
toire du district de Cluses, du 3 prairial an II. (Imprimé.) 
Arcli. de la mairie de Samouus. 



28 



III 

(1803-1847) 

Renaissance de la confrérie. — La vieille bourgeoisie locale; 
sa disparition. — Membres forains. — Le festin des dames. 

— Règlement financier et appel à l'observation des statuts. 

— L'an de la disette. — La fête en septembre. — Sa déca- 
dence. — Sa fin. — Caractère social de l'institution et son 
influence morale. — Confrères survivants. 

Lorsque, en 1803, les membres de la confrérie 
de Saint-Nicolas se comptèrent pour la rétablir, 
ils durent observer bien des vides, bien des chan- 
gements. Plus de chapitre ni de chanoines ; ces 
bons ecclésiastiques avaient été pendant deux 
siècles l'àme de cette institution. D'autre part, les 
familles les plus considérables d'entre les fonda- 
teurs s'étaient éteintes, les unes comme les Poter- 
lat, les de Vallon, les deLestelley(l),lesde Biens, 

(1) La branche des Lestelley, qui comptait Pierre de Les- 
telley au nombre des fondateurs de la société de Saint-Ni- 
colas, s'éteignit à Samoëns vers 1650. Lue autre branche de 
cette même famille, celle qui demeura à Genève, rue de la 
Cité, rue à'Urtebise, et qui s'y allia aux grandes mai- 
sons, les Ciclat, les Bandières, les Galiffes, etc., étaient re- 
présentées, à l'époque de la Réforme, entre autres par noble 
Louis de Lestelley qui fut syndic de cette ville en 1521, par 
noble Henri de Lestelley, par noble Jean et les enfants de 



29 

les Lullin, les Cornut, les Monpiton, les Delesvis, 
au xvn e siècle ; les autres, tels que : les Lejeune, 
les de Gex, la branche noble des Duboin, dans le 
siècle dernier. Les Gerdil, les Biord, les Bardy, 
ne demeuraient plus au pays natal. Seuls les no- 
bles de Grenaud, famille qu'une alliance entait 
sur la tige des Gex, barons de Saint-Christophe, 
et qui avait hérité des grands biens de ceux-ci, 
habitaient encore le château de la Tour, toutefois 
avec une situation que les événements avaient 
amoindrie. Bref, nos bourgeois essayèrent comme 
ils purent de se reconstituer. 

1804 décembre 6. — La confrérie assemblée 
reçoit au nombre des confrères, par scrutin, 34 
personnes, entre autres M. René - Marguerite- 
Guillaume de Grenaud et ses trois fils Enard, Jo- 
seph et Victor, plus trois Bardy avec des repré- 
sentants des nouvelles familles dirigeantes, An- 
clrier, Ballaloud, Milleret, Curton, Michaud, Pla- 
gnat. Dix d'entre ces nouveaux confrères sont 
étrangers â la commune. Au nombre de ces der- 
niers sont : MM. Joseph Revel, Claude Bastian, de 

noble Aimon de Lestelley, celui-ci secrétaire ducal, ambas- 
sadeur. (Mèm. Soc. d'hist. de Genève, tome VIII et IX.) 
Bannie de Genève pour des motifs politiques et pour cause 
de la religion, dépouillée de ses biens, cette branche se se- 
rait retirée en Dauphiné. Elle subsiste encore avec beaucoup 
de distinction, représentée par M. Victor de Lestelley, an- 
cien conservateur des hypothèques à Cbambéry et par son 
ûls Henri, docteur en droit, avocat à la cour de Grenoble. 



30 

Frangy, et le célèbre auteur de la Description des 
Alpes, Albanis Beaumont, qui exploitait l'usine à 
fer de Sixt, avec son neveu François-Gabriel Beau- 
mont. Ces deux derniers étaient reçus dans les 
meilleures maisons de notre bourg où ils se firent 
aimer. A partir de cette époque les admissions de 
forains, comme on appelait les membres non ori- 
ginaires de Samoëns, deviennent de plus en plus 
fréquentes. 

1807 décembre 10. — L'assemblée des confrè- 
res, après avoir reçu six nouveaux membres, en- 
tre autres M. Joseph de Rochette, arrête : « A 
l'avenir, le prieur est chargé de payer la musique; 
les musiciens seront au moins au nombre de trois, 
mais pas plus de six. » On donne en cette année, 
chez l'hôte Charles Musy, deux repas qui coûtent 
ensemble 216 livres. 

1808 décembre 7. — Réception de M. François- 
Constantin de Magny et de six autres personnes. 
On donne deux festins pour lesquels on paye à 
Claudine Renaud 208 livres, 7 sols; plus, est-il 
dit, « six livres à Françoise Emonet, pour les re- 
pas de deux confrères députés pour égayer les 
dames. » Il s'agit ici des femmes des confrères qui, 
pendant que ceux-ci se réunissaient dans un ban- 
quet commun, se payaient à dîner au cabaret, 
dans une salle à part. Comme les personnes du 
sexe étaient de fait exclues de la confrérie, de 
même aussi elles n'étaient pas admises au repas 
des hommes. Plus tard, dans les dernières années 



31 

de son existence, dames et messieurs n'auront 
qu'une seule et même table le jour de la fête de 
saint Nicolas. 

Cependant la confrérie sentait le besoin de met- 
tre de l'ordre dans ses petites finances et de don- 
ner à la partie religieuse de la fête un peu plus 
d'éclat. La restitution de la Savoie à la monarchie 
sarde favorisait ce retour aux anciens usages. 
C'est pourquoi, en 1815, on prit les dispositions 
suivantes : 

1° La confrérie nomme un procureur parmi les 
membres pour administrer ses biens et ester en 
justice. Seront nommés, comme par le passé, 
sous le nom d'auditeurs des comptes, six mem- 
bres administrateurs. Ils reçoivent les comptes 
du procureur et connaissent de toutes choses 
concernant l'intérêt de la Société ; 

2° Le procureur n'intente aucune action sans 
l'avis de la majorité des administrateurs. Il con- 
sulte ceux-ci pour le placement des capitaux qui 
se fera par acte authentique avec une caution so- 
lidaire. Il remplit les fonctions de secrétaire, il 
consulte les administrateurs pour les correspon- 
dances essentielles ; 

3° Sont nommés auditeurs : R d Michaud, curé, 
Ballaloud, notaire, Curton, notaire, Plagnat An- 
toine-François, Andrier Bernard et Simond, chi- 
rurgien ; 

4° Il sera pris état détaillé des avoirs actuels 
de la confrérie et de ceux qu'elle possédait en 
1792, avec inventaire des titres au registre ; 



32 

5° Le sermon, soit discours analogue, ayant eu 
lieu jusqu'en 1792, le jour de la réunion des con- 
frères, est rétabli à partir de 1816. La distribu- 
tion aux pauvres de la commune est rétablie ; les 
messes de fondation seront acquittées ; 

6° La confrérie s'interdit la faculté de toucher 
pour dépenses annuelles aux sommes produites par 
les droits de réception de confrères ; ces sommes 
devront accroître les avoirs et fonds; dès qu'elles 
arriveront â cent livres, elles formeront un capi- 
tal qui sera prêté à intérêt ; 

7° Sera supplée à l'insuffisance des revenus par 
une cotisation entre tous les confrères assistant au 
banquet. — Enfin, les dispositions réglementai- 
res, renfermées aux actes de 1591 et 1626 et dans 
ceux subséquents, non détruites par le présent, 
sont maintenues. 

Suivent les signatures : Delacoste, Tavernier, 
prieur, Simond, Jordan, notaire, Michaud, curé, 
Curton, Rouge, Plagnat, Gallay, Ballaloud, C. 
Moccand, J. Folliet, juge, Buttet, Roullet, Beau- 
mont, Tournier, Andrier, Milleret, Gerdil. 

L'année 1816 et la suivante 1817 ont laissé dans 
la vallée, comme dans la Savoie entière de tristes 
souvenirs au point de vue des intempéries et de la 
mauvaise récolte. Notre registre en dit un mot : 
« Le 6 décembre 1816, les membres de la confré- 
rie assemblés, formant les deux tiers et plus de 
ceux présents sur les lieux, constatent, pour la 
postérité que, vu les circonstances malheureuses 



33 

où so trouve ce duché par l'effet de la cherté des 
denrées, notamment des grains et vins, telle 
qu'elle n'a pas été vue de mémoire d'homme (le 
prix de la coupe de froment étant à cette heure de 
30 livres, mesure de Taninge, et les vins de France 
de 80 à 100 livres de Savoie la chevalée (144 li- 
tres), toutes les vignes de Savoie ayant générale- 
ment gelé), dans un tel état de calamités il y au- 
rait inconvenance à donner des fêtes publiques. Ils 
ont en conséquence déterminé que, pour cette an- 
née, la fête d'usage n'aura pas lieu. Il y aura une 
messe basse pour les confrères présents sur les 
lieux ; ils se réuniront à un dîner frugal payé par 
chaque convive. Les revenus de l'année sont mis 
en réserve et destinés aux pauvres en 1817. » 

1817 décembre 9. — La confrérie met la fête 
au 4 septembre, en motivant ce changement par 
la difficulté pour les membres forains de se rendre 
à Samoëns dans la mauvaise saison. « Il résulte, 
disent les confrères assemblés, que, au temps de 
la fondation, tous les membres étaient nés et do- 
miciliés ici, et que ce n'est que dès un siècle et 
demi près qu'elle en a vu accroître le nombre par 
l'agrégation successive d'une multitude de per- 
sonnes qui l'honorent ; que, en cette saison rigou- 
reuse, il est pénible et parfois dangereux pour les 
confrères du Chablais qui seront toujours à notre 
satisfaction en grand nombre, de traverser les mon- 
tagnes des Gets, etc. » Mais ce changement dura 
peu. On revint bientôt à la date du 6 décembre. 

3 



34 

Au cours des quelques pages qui terminent le 
registre, il n'y a guère à glaner. La confrérie, 
d'ailleurs, n'avait plus bien longtemps à vivre. A 
la vieille bourgeoisie, gardienne des traditions lo- 
cales et qui n'était plus, avaient succédé des fa- 
milles dirigeantes pour la plupart étrangères, par 
leur origine, à la paroisse. La fête du 6 décem- 
bre, fête qui, dans les anciens temps, était plus 
religieuse que civile, devient de plus en plus mon- 
daine. Au festin où, comme il a été dit, les dames 
finissent par être admises, et qui, depuis midi, 
dure jusqu'à la nuit, succède le bal. Bref, avec 
cela, difficulté de trouver des prieurs. En 1845, on 
observe « que beaucoup de membres, surtout les 
forains, refusent d'être prieurs à leur tour et que, 
souvent, la fête a manqué parce qu'ils ont trop 
fait attendre la réponse aux lettres qu'on leur a 
écrites ; c'est pourquoi les confrères, qui sont 
ainsi en faute, sont rayés du registre au nombre 
de onze. » En 184G, année de mauvaise récolte, 
on ne tient pas la fête ; on prélève, sur les revenus, 
cent livres pour les pauvres. Le surplus devant 
être employé à faire insinuer l'acte de sa fonda- 
tion et à l'aire imprimer mille lettres de convoca- 
tion pour aviser les membres étrangers à la com- 
mune. Mais ce fut là dépense inutile. Un événe- 
ment politique allait précipiter la crise suprême. 
Notre confrérie expire en 1847, juste au moment 
où le roi Charles-Albert va promulguer la Cons- 
titution et inaugurer, avec le système parlemen- 



35 

taire, une ère nouvelle. Née sous l'ancien régime, 
la société de Saint-Nicolas disparaissait avec lui, 
deux cent quatre-vingt-six ans après sa fondation. 

Cette institution, due à l'initiative privée, res- 
pectueuse envers les pouvoirs publics mais indépen- 
dante, a formé comme un ordre de chevalerie lo- 
cale fort en vogue. Malgré les défaillances des 
dernières années, elle a passé en faisant le bien. 
Ennemie des procès, elle a entretenu chez ses 
membres la paix, la concorde, la courtoisie, l'a- 
ménité des mœurs. Des hommes que séparaient 
la naissance, la fortune, la profession, l'âge, la 
distance, ont vécu unis par les liens d'une bien- 
veillante confraternité. En leur parlant de leurs 
devoirs plus que de leurs droits, elle a contribué à 
maintenir l'esprit de famille et de conduite, esprit 
qui fait la force de la petite comme de la grande 
patrie. 

A l'heure où nous écrivons ces pages, quarante- 
deux ans se sont écoulés depuis que notre Compa- 
gnie a cessé d'exister. Bien rares sont les socié- 
taires encore vivants. Nous sommes heureux d'en 
compter encore cinq qui sont, par rang d'âge, 
MM . François Anthonioz , docteur-médecin , Pierre- 
Joseph Gaudier, percepteur en retraite, Joseph 
Simond, ancien greffier, Auguste Ducrettet, no- 
taire, et Alexandre Orsat, président de Cour d'ap- 
pel en retraite, tous originaires de cette vallée du 
Giiïre. Peut-être en trouverait-on encore d'autres 
ailleurs, car, nous l'avons vu, un certain nombre 



36 

d'hommes honorables appartenant à diverses lo- 
calités de la Savoie avaient bien voulu s'y agré- 
ger. Quoiqu'il en soit, plus d'un lecteur sera 
agréablement surpris de rencontrer des ancêtres 
et des parents dans la liste générale de la confré- 
rie de Saint-Nicolas (1). 



(1) Le 15 décembre 1872, le conseil municipal de Sa- 
moëns « reconnaissant avoir reçu de l'héritier de M. le curé 
Anthoine un registre et divers" documents relatifs à la Société 
de Saint-Nicolas, considérant que cette Société, qui autrefois 
avait un grand renom, est maintenant dissoute., etc., prie 
M. le préfet de déclarer que ces titres seront remis au rece- 
veur municipal. » Le conseil avait en vue sans doute les 
fonds de la confrérie. Mais l'instance n'aurait pas eu d'au- 
tre suite. (Arch. de la mairie.) 



37 



IV 
LA CONFRÉRIE DE SAINT-NICOLAS 

A TANINGE 

Membres fondateurs. — Les statuts. — Détails d'adminis- 
tration; insignes. — Proscrite en 1791, elle renaît en 1822. 
Cérémonial de la fête. — Liste des prieurs. — Un banquet. 
Le chant du Cygne. — Capital social. 

Imitant leurs voisins de Samoëns, les bourgeois 
de Taninge se donnèrent une confrérie. En 1712, 
vingt-trois d'entre eux s'inscrivirent pour fonda- 
teurs. Voici leurs noms suivant l'ordre hiérarchi- 
que au Registre : 

Le sénateur de la Grange, comte de Taninge. 

R d M re Jean Frère, curé de Flérier. 

R d s r recteur de Saint- Anne. 

R d s r vicaire de Flérier. 

Noble Charles Duclos. 

Spble Jean-François Pellis, avocat. 

Spble Claude-François Richard, médecin. 

Le s 1 ' contrôleur Anthonioz. 

Spble Auguste Anthonioz, avocat. 

M e Pierre Vuy, notaire. 

M c Nicolas Favre. 

M Pierre Perrier, notaire. 

M François Delagrange, notaire. 

Egrège Jean-François Pralon. 



38 

Le s r George Vuy. 

M e François- Joseph Vuy, notaire. 

M e Jean-Claude Montant. 

Discret Jean-Jacques Boëjat. 

Discret François Roget. 

M e Claude Jacquier, notaire. 

Discret George Michallat. 

Discret François Bel. 

Discret François Messy. 

On rédige en dix articles les statuts dont voici 
l'analyse. Se mettre sous l'invocation de saint 
Nicolas; s'exciter aux sentiments de piété., d'union 
et de fraternité. Pour être admis, il faut être de 
bonne vie et moeurs, satisfaire au devoir pascal, 
se réconcilier avec ses ennemis, exercer une pro- 
fession honnête. Exclusion du confrère qui trou- 
ble la Société ou qui commet un délit. S'appro- 
cher des sacrements et communier autant que 
possible le 6 décembre. Prieur nommé chaque an- 
née : il porte la crosse aux vêpres, à la place 
d'honneur, nomme un prédicateur, fait une au- 
mône et donne un louis pour le banquet. Au ban- 
quet, point de femmes, ni danses, ni chansons, ni 
armes à feu; amende pour qui profère un mot 
scandaleux. Les confrères laïcs n'ont chacun 
qu'une bouteille de vin. Vêpres à la chapelle du 
bourg; réunion chez le prieur pour nommer le 
secrétaire, Le procureur, quatre conseillers. Se re- 
tirer sans aller au cabaret. Réception des socié- 



39 

taires. — Obligation d'assister aux funérailles d'un 
confrère (1) 

Il manque un premier registre ; l'autre, que nous 
avons avons retrouvé et qui est aux archives de 
la mairie, commence avec l'année 1779; heureu- 
sement il relate les noms des fondateurs ainsi que 
les Statuts. 

— 1780 janvier 9. — L'assemblée se tient chez 
le notaire Pralon ; on nomme pour secrétaire, 
François Gaillard; pour procureur, Claude-Joseph 
Dupont; pour conseiller, MM. Pralon, Curton, 
Lavanchy, Amoudruz. On prête une somme de 
306 livres ; on arrête certaines dispositions pour 
le banquet qui sera donné aux enchères par l'au- 
bergiste faisant la meilleure condition. Le prieur 
vient après les ecclésiastiques ; il fait donner une 
sérénade la veille de la fête aux confrères, au son 
du violon. Si, le jour de la fête, un confrère est 
malade, on lui porte son dîner chez lui. 

Jusqu'en 1790, le registre mentionne des ad- 
missions, des comptes du procureur. Forme de 
l'administration : le conseil d'administration, pré- 
sidé par le prieur, reçoit le nouveau secrétaire ; 
celui-ci paie la finance , promet d'observer les 
Statuts et choisit, parmi ceux qui sont à prendre, 
un numéro d'ordre. Le nombre des associés ne 
pt'ut dépasser quarante. On prend pour décora- 
tion une branche de Laurier ou autre ornement. 
L'on se propose, en 1784, d'éerire aux prêtres ori- 

(1) Document n° IV. 



40 

ginaires de la paroisse, pour les inviter à s'agré- 
ger, sans rien payer. On achètera une crosse d'ar- 
gent, plus 40 petites crosses à porter à la bouton- 
nière. 

Arrive 1793; suppression de la confrérie par 
arrêté du conseil général de la commune du 13 
frimaire an II : « Considérant que dès longtemps 
cette commune faisait le 6 décembre une fête sous 
le nom de Saint-Nicolas et que cette fête, entre- 
tenait le fanatisme, arrête, ouï le procureur de la 
commune, qu'elle sera changée en fête civique et 
que, le jour de cette fête, vendredi prochain, on 
brûlera, à 9 heures du matin, sur la place de la 
Glière , tous les livres terriers ainsi que les 
autres titres et insignes de la féodalité qui se 
trouveront rière cette commune. » Et ledit jour, 
le peuple étant assemblé, en tête les municipaux 
décorés de leur écharpe, on allume un grand feu 
où l'on jette 37 terriers de M élan, des terriers du 
marquisat du Wache, avec la crosse de saint 
Nicolas. <( Et, ajoute le procès-verbal, pendant la 
durée du feu qui consumait ces vieux monuments 
de la tyrannie, tous les habitants ont dansé la 
farandouille en chantant des chansons patrioti- 
ques. Ensuite, ils se sont retirés au chant de la 
marseillaise dont le couplet, « Amour sané de 
la patrie. » a été dit au pied de l'arbre de la liberté. 
A tout quoi a succédé un repas fraternel et civi- 
que (1). » 

(1) Archives de la mairie. 



41 

La confrérie est rétablie en 1822. Une invita- 
tion à en faire partie est adressée aux professeurs 
de Mélan, au juge du mandement, à quelques no- 
tables. On élève le droit d'entrée à 24 livres; les 
fils de confrères payent 12 livres. A partir de 1839 
on reçoit membres des étrangers à la commune, 
surtout des personnes de Samoëns et de la vallée 
d'Aulps. On admet l'arrière petit-fils du prési- 
dent de la Grange, le marquis Gaston de Chau- 
mont. Le cérémonial de la fête du 6 décembre était 
celui-ci. La veille, sérénade aux violons sous les fe- 
nêtres des confrères. La matin, réunion à déjeuner 
chez le prieur ; puis, on se rend à l'église pour la 
grand'messe, musique entête; le prieur, portant 
la crosse, a une place d'honneur près du maître- 
autel. A l'issue de la messe, on se rend toujours 
dans le même ordre chez l'aubergiste adjudicataire 
du repas. Plus tard, on clinait à l'Hôtel-de- Ville; 
une fois on avait lancé entre ce local et le cabaret 
voisin, celui du s 1 ' Bel, un engin muni de cordages 
et, par ce canal aérien, on faisait arriver les mets 
jusque sur la table des convives. Le festin ter- 
miné, l'écot payé, on se rend aux Vêpres. Là, au 
moment d'entonner le verset « dcposuit potentes 
de sede , » l'officiant va droit au prieur, prend dans 
les mains de ce dernier le bâton pastoral et le re- 
met au nouveau prieur. Enfin, la compagnie se 
rend en la demeure de celui-ci, qui offre la colla- 
tion ou repas du soir. Dans les dernières années, 
ce repas constituait un vrai festin qui coûtait jus- 



42 

qu'à 400 livres, à la charge du prieur seul. Les 
femmes des confrères, malgré le règlement, sont 
au nombre des convives. 

Voici, à partir de 1780, des noms des prieurs 
connus : Jean-Baptiste Boëjeat, M e Joacliim Jac- 
quier, Claude-François Bel, Claude Frère, Fran- 
çois Bel, François-Joseph Jacquier, Dominique 
Lavanchy, Joseph Turban, Jean-François Garin, 
Joacliim Bel , Joseph Rouge , Joseph-Philibert 
Curton, Joacliim Rouge, Joseph Coste, Jean-Pierre 
Laurat, Claude-François Jacquier, Joseph-Marie 
Avril, Jean-Pierre Jacquier, Jean-Baptiste Lavan- 
chy, Georges Pralon, Joseph Pralon, notaire, Jo- 
seph Jacquier, notaire, Pierre Genève, François 
Martin, Jean-François Orsat, notaire, Marie Ru- 
bin, notaire, Antoine Revuz. . 

En 1845, M. René- Auguste Ballaloud, juge du 
mandement, est prieur; la fête est célébrée avec 
éclat. Les confrères de Samoëns y prennent part. 
La table est chargée de bonbons et de gâteaux 
achetés à Genève. Le banquet a ses chanteurs, ses 
musiciens, son poète. Le registre renferme un 
hymne bachique composé pour la circonstance par 
M. Dumont, de Bonnevilie, pasigraphe, et noté 
en musique par M. Antoine Pasquier, notaire. 
Ce chant débute par cette strophe entonnée en 
chœur : 

« Sonnez, trompettes et clairons, 
A dos chants maries vos sons , 
D'un saint patron célébrons la mémoire, 



43 

En ce grand jour il faut chanter et boire; 
Et pourquoi ne boirions-nous pas 
En l'honneur de saint Nicolas ! » 

Suivent plusieurs couplets d'un lyrisme accen- 
tué. Puis vient un salut fraternel entre confrères 
de Taninge et confrères de Samoëns, allégorique- 
ment désignés : les premiers, par Jacquemart ; 
les autres , par Gros Tilleul : 

« Sous son égide il faut que l'on se range ; 
Saint Nicolas aime les bons vivants. 
Chantons en chœur un hymne à sa louange ; 

Il les compte pour ses enfants ! 
Mais quel prodige à nos yeux se reflète :' 
C'est Jacquemart qui, s'animant soudain, 

Au Tilleul chenu, tend la main 
Et le convie à se rendre à la fête! » 

Comme on le voit, le mousseux d'Aise ne fut 
pas épargné, l'entrain était à son comble. Mais ce 
fut le chant du cygne; la dernière heure de la 
confrérie allait sonner. Des mains du juge Balla- 
loud, la crosse passa au docteur Antlionioz qui fut 
le dernier prieur. Le dernier membre, reçu le 7 
décembre 1847, fut M. Baud, curé de Taninge. 

Il restait à liquider les petits avoirs de la confré- 
rie et à leur donner une destination. On s'occupa 
de cela dans les années suivantes ; mais on comp- 
tait sans la politique qui divise. Parmi les mem- 
bres de la compagnie défunte, les uns, c'était le 
plus grand nombre, veulent donner les fonds aux 
pauvres, Les autres avec R d Beaud, ne pouvant se 



44 

résigner â voir disparaître l'institution, soutien- 
nent qu'on ne peut en disposer pour un objet étran- 
ger aux statuts. Enfin, la majorité se rallie â la 
proposition suivante : « Les revenus seront appli- 
cables aux pauvres de Taninge ou à une école de 
dessin linéaire, celle-ci devant être administrée 
par le conseil municipal ; chaque année on fera 
célébrer une messe pour les défunts de la confré- 
rie. » Le trésorier, M. J.-P. Jacquier, rend ses 
comptes; l'actif net s'élève en capital â 1,674 francs 
55 centimes; les titres restent entre ses mains pour 
être remis au percepteur; on devait en faire ces- 
sion à la commune. Mais on ne mit fin à rien et 
inter creditores litigantes debitor fjaudet (1). 



(1) Registre <1<' la confrérie de Saint-Nicolas de Taninge. 
( An II de la mairie.) 



45 
DOCUMENTS 



I 

6 décembre 1591. 

Acte de fondation et statuts de la confrérie de Saint- 
Nicolas dans la ville et paroisse de Samoëns. 

(Inédit) 

In nomine sanctte et individuae trinitatis patris et 
filii et spiritus sancti Amen. Cùm ad ingrediendam 
vitam œternam observanda esse mandata divina veritas 
dicat, fragilisque seu debilis natura humana et ut 
scriptura testatur prona ad orane malum ab initio, in 
observatione mandatorum ipsorum non perseveret Imô 
vero die noctuque multis perturbationibus etiam agitata 
In tam multis inobediens et delinquens iram loco gratiœ 
et salutis sibi acquirat. procul dubio ut sancta docet 
Romana et apostolica ecclesia intercessionem beatis- 
simœ Virginis Maria? Sanctorum que et Sanctarum qui 
viam illam sic secuti sunt, et gratiam Dei et vitam 
quam diximus adepti fuerint implorare saluberrimum 
est, ut inter nos nostraque peccata et salvatorem nos- 
trum medii et intercessores existere dignentur. Quam 
ob causam hodie sexta decembris a restituta salute anni 
millesimi quingentesimi nonagesimi primi ad veneran- 
dum diem festum beato Nicolao dicatum Reverendi 
domini canonici ecclesias collegiatae beatse Marias Sa- 
moenensis nobiles viri egregiique scribae et honorabiles 
cives bujus oppidi de Samoen in unum convenientes 
subnominati, suumque erga Deum celestemque cu- 
riam ac hujusmodi ecclesiam debitum ut decet totis 
pro viribus reddere cupientes ut hactenus pro posse 



46 

fecerunt, excogitatis invicem melioribus viis omnibus 
ac singulis pro sui solutioue debiti necessariis maxime 
etiam ex voto et propria voluntate ad ipsius laudem Dei 
omnipotentis nec non gloriosissirnae Dei genitricis Ma- 
rise et beati Nicolai totiusque cœlestis curiœ triumpban- 
tis honorem atque ipsius ecclesiae decorem In remedium 
etiam animarum presentium et futurorum quorum infra 
in perpetuum conservationemque pacis , amicitias et 
fraternitatis seu dilectionis qua debemus invicem nos 
diligere sicut Deus dilexit nos qui in unum convenire 
nos invitât Dicens ubi duo vel très in nomine meo fue- 
rint congregati, in medio eorum sum. Et ex doctrina 
divini Pauli scribentis ad Romanos scientes plenitudi- 
nem Legis esse dilectionem ; qui etiam scribens ad 
Epheseos nos docet cum omni bumilitate et mansuetu- 
dine, cum patientia supportantes invicem, in charitate 
solliciti servare unitalem Spiritus in vinculo pacis 
habemus enim ex sapiente concordiam proximorum 
esse de tribus que grata sunt Deo et hominibus, et ex 
doctoribus antiquis amiciliam nibil aliud esse quam 
divinarum humanarumque rerum cum benevolentia 
et cbaritat summam consentionem Quibus rébus con- 
sidérais et ex dicta Societale et confratria sic inter nos 
devotissime erecta nobis notariis subsignatis electis et 
requisitis et coram nobis presentibus que testibus in- 
frascriptis Comparuerunt et personaliter constituti sunt 
Reverendus franciscus Cornutus decanus, Joannes de 
Nuce archipresbiter, Joannes Musicus sacrista, Joannes 
Cornutus, Joannes De Lesleilley, henricus Moionet et 
franciscus Cornut, omnes canonici predictœ ecclesia 1 , 
vencrabilis franciscus Rosset diaconus, nobilis et potens 
Carolus de Gex dominus Vallonis, nobilis petrus De- 
narié, nobilis petrus Delestelley, nobilis gaspardus 
Poterlat, nobilis franciscus de Vallone, egregius fran- 



47 

ciscus de Biens nomine suo et discreti pétri de Chappel 
pro quo promittit et se forteni facit, egregii hurnbertus 
Cornut et Joannes Cornut nomine suo et honorabilis 
amedei Dujourdil pro quo promittit de rato, egregii 
mermetus Monpicton, claudius de Lullin, franciscus 
Devaud, et Claudius Biord nomine suo et honorabilium 
francisci et berthodi Biord fratrum suorum pro quibus 
promittit de rato, egregius micbael Faber alias An- 
tboinne, egregius vir claudius filius quondam egregii 
aymonis Cornut, honorabilis amedeus Cornut, discretus 
Joannes franciscus Ducis nomine suo et discreti georgii 
ejus fratris pro quo etiam promittit de rato, honorabilis 
Joannes filius quondam michaelis Jay, honorabilis 
mermetus Chappuys, discretus Joannes Joathon et dis- 
cretus aymo ejus frater, honesti viri Ludovicus Tur- 
chebise, et claudius Dubuin, honestus micbael de Nuce 
suo et Joannis Ludovici ejus nepotis nomine, petrus 
Perret nomine suo et Jacobi Perret pro quo promittit 
etiam de rato, franciscus Parchet et Joannes filius 
quondam michaelis de Nuce, discretus claudius de 
Costa, honestus aymo Bardy et discreti claudius filius 
quondam claudii Cornut de Gremod et nicolaus Deviis 
Qui omnes eadem Voce, ore et voluntale consentientes 
matura deliberatione habita super his et consensu Con- 
fratriam et Societatem in laudem honorera remedium 
et conservationem quibus supra erigere decreverunt et 
per présentes erexerunt dotaverunt que sub tamen obser- 
vationibus statutis infrascriptis per eos et futuros suc- 
cessores observandis temporibus que perpetuis duraturis 
et sic et preest in unum congregati nemineque discre- 
pante cum fide et juramento promiserunt et scriptis 
redigere fecerunt. In primis igitur tenebuntur dicti con • 
fratres tam présentes quam futuri et unusquisque 



48 

illorum adesse officio divino quod tali die et singulis 
annis in honorem Dei-et beati Nicolai in dicta ecclesia 
collegiata celebrabitur a primis vesperis ejusdern in- 
clusive et missœ solemni diei cum candela cerea ardenti 
in manu Prior vero cum face, et in eadem missa fiet 
commemoratio confratrum presentis Confratriœ defunc- 
torum per orationem Deus Veniœ largitor cum suis 
sequentibus collectis, postque eam missam fiet Libéra 
me Domine et preces pro defunctis consuetœ cum 
psalmo De profundis Sique eo anno fuerint defuncti 
unus velplures ex predictis confratribus super monu- 
mentum cuiuslibet defuncti fient responsorium preces 
et oratio defunctis illis convenientia dictique confratres 
presentia eorum honorabunt commemorationem quam- 
libet predictam ut reliquum officium divinum et ex 
vinculo pacis predicto et fundatione qua supra habebunt, 
et ex omni obligatione adstricti sunt dicti confratres 
présentes et futuri adesse societati et convivio inter eos 
in perpetuum tali die et singulis annis fiendo ad conser- 
vandam in eos pacem et fraternitatem predictam nisi 
fuerit causa necessitatis et absentia légitima excusans 
presenciam sub pâma duodecim solidorum monetœ Sa- 
baudise pro qualibet vice et defectu officii et convivii 
predicti. Si vero in primis aut secundis vesperis fiât de- 
fectus sub pâma trium solidorum Quam absentiam qui 
sine causa predicta commiserit et admonitus alia vice 
non reparaverit aut qui psenam predictam non satisfe- 
cerit, cum primum a Priore predicto requisita Talis ter 
deficiens privatus ex tune a societate et confratria hac 
censerunt sicut nunc pro tune censent privatum. Item 
statuerunt et ordinaverunt dicti confratres quod ex 
reditu seu proventu presentis confratriœ conficientur 
duo cerei purse cerae quatuor librarum ant circa qui 



49 

nunc ex consensu duoruui ecclesiasticorum sindicorum 
consiliariorum hujus oppidi a dextris et sinistris ingres- 
sus magni al taris dictae ecclesiae collocati sunt et in 
perpetuum singulis annis per priorem hujus confratriœ 
quo ad laborem reficientur ut nurnquam déficient sed 
sernper manu teneantur et tam in dicto festo et officio 
divi Nicolai quam festis soleninibus totius anni luceant 
etiam in officio obitus et sepultura eu jus libet dictorum 
confratrum in dicta ecclesia donec sepeliatur corpus. 
Inquoquidem ofïicio et sepultura assistent et sic ut 
supra adstricti sunt alii confratres supervenientes adesse 
vel dare personam pro eis si sit causa obquam présentes 
esse non possint sub psene trium solidorum solven- 
dorum in manibus prioris illius temporis alioquin 
deficiens solvere privandus ut supra. Item Statuerunt 
ut supra quod nullus recipietur deinceps si fieri possit 
in hac confratria qui légère non noverit et cognitionem 
litterarum non habuerit Et nisi inipsa die sancti 
Nicolai et in congregatione ut dictum est fienda et 
unusquisque recepturorum antequam signent chartam 
presentis confratria? quae eis expedictur aut iuramentum 
ab eis super prestitum si opus fuerit, vel antequam 
recipiantur prompte dare et tradere tenebuntur decem 
florenos monetae predictae qui cum aliis pecuniis et 
emolumentis presentis confratriae connumerabuntur 
quee pecuniœ et emolumenta non tradendur alicui nisi 
in ipsa societate seu congregatione et die de consensu 
dictorum confratrum et non nisi personis capacibus et 
bene solventibus cum fidejussore, quorum alter ad mi- 
nus ex societate hac erit in qua die et congregatione 
erunt adstricti sicut per présentes a modo sunt qui 
eadem emolumenta et pecunias habebunt de eis reddere 
rationem et tradere si opus fuerit, census etiam et 

4 



50 

reditus, de quibus reddilibus et provenientibus ex 
deliberatione confratrum accipientur quse necesseria 
erunt pro cereis predictis fiendis seu reficiendis pro in 
ecclesia et officio predicto tradendis si non sufficiant 
quœ per venerabilem dominum Joannem Cornutum 
prenominatuni in honorem et reverentiam donata sunt 
ut constat pro convivio et congrégations ut dictum est 
singulis annis fienda quœ tamen et sic ex deliberatione 
et Jdevotione predicta eam a modo censent absque ulla 
prorsùs dissolutione escarum verborum. ant rerum quae 
aliquo rnodo Deum, proximum et animam nostram 
offendere possunt fieri débet. Imo considerata funda- 
tione et erectione huiusmodi cum omni moderatione. 
Reliqua vero reddituuin prsedictorum cum Deo adju- 
vante ad voluntatem eorum piam explendam pervene- 
rint pauperibus distribuenda erunt non generaliter sed 
per rotulum fiendum per dictos confratres et super hoc 
deputatos et pauperibus indigentibus et in maiori neces- 
sitate constitutis in bac parrochia et loco per priorem 
vel super hoc deputatum. Item statuerunt quod in hac 
congregatione singulis annis fienda si non sit paratus 
aliquis prior ex devotione propria ad onus ipsum in 
vesperis suscipiendum qui ubi plures essent dignior 
suscipietur id est qui precedere débet eligetur, hoc quod 
supra non adveniente, unus confratrum in priorem 
i'uturum per plures Voces qui electus acquiescere 
electioni factœ tenebitur sub pâma privationis a societate 
et confratria et si aliquis aliquando hanc ob causam 
privaretur statuerunt et decreverunt ut supra ut num- 
quam deinceps recipiatur Qui quidem prior constitutus 
dabit operam super predictis cereis reficiendis cum opus 
l'uerit vigilabitque super defectus confratrum si non 
adsunt ecclesias, convivio, sepulturœ et aliis quibus 



51 

adstiïcti sunt. Et sequenti convocatione et congregatione 
ta]i die fienda convocare sumptibus suis tibicines seu 
alicujus generis instrumentorura magistros, ut talis 
congregatio amplius honoretur. Item facere sumptibus 
iisdem quae pro cimbalis pulsandis tali die, ut in festis 
solemuibus fienda erunt. Proquo labore seu pulsatione 
non minus quam duodecim solidos dare decreverunt, 
alioquim ad quem talis labor seu prsemium pertinet 
confratres si adeat sub pâma qua supra prompte prior 
satisfacere habeat. In ecclesia etiam pro missa diei 
audienda, et officio divino explendo tenebitur quilibet 
prior sumptibus suis tradere cuilibet confratri unam 
candelam ceream sub eadem pâma. Et si qui constitutus 
est in priorem futurum ante diem festum divi Nicolai 
ab humanis decederet decreverunt, et ut supra statue- 
runt ut qui in priorem defunctum precesserat vices 
illius gerat et omnia per priorem observanda et 
adimplenda talis precessor defuncti iterum observet 
et adimpleat sub pâma privationis predictae. Item 
statuerunt et decreverunt quod defuncto aliquo dicto- 
rum confratrum nullius quicumque partem defuncti 
presentis confratrice repetere posset sed caeteris super- 
venientibus confralribus pure et intègre dicta emolu- 
menta et redditus pertineant, ut presens confratria et 
laudabilis societas nusquam dividi aut separari aliquo 
modo possit sed inviolabilité!' observari debeat. Ut au- 
tem qui Jam liane societatem ingressi fuerunt aliquid 
honoris et beneficii ultra prefata ex ea percipiant etiam 
statuerunt ut liberi masculi confratrum ex legitimo ma- 
trimonio procreati cognationis nomen in se retinentes et 
litterati sive in vita patrum sive post obitum recipiantur 
et admittantur in confrates hujus societatis mediantibus 
quinque floremis moneUo supradictœ quos quilibet 



52 

recepturorurn in ipsa die prompte tenebitur solvere. 
Quod si post obitum confratrum aliquorum taies liberi 
masculi legitirni et litterati ad ingrediendam banc con- 
fratriam non satisfecerunt decreto et statuto presenti 
infra annum ab obitu patris ex nunc privati sunt bene- 
ficio presenti et sicut caeteri solum recipientur, nullusque 
qui in futurum recipietur admittatur quin prius juret 
et promittat ut decet observationem statutorum bic in- 
sertorum et eorum quae deinceps in bac ipsa societate 
confîcientur. Item et super boc optime convenientes ut 
supra decreverunt et statuerunt quod si aliquae conten- 
tiones discordise seu dissentiones et processus in futurum 
aliquando inter eosdem confratres présentes et futuros in 
perpetuum super quibusvis rébus et contentionibus civi- 
libus et criminalibus evenerint : qualescumque sint 
taies dissentiones habeant sedari et paiïficari per cœteros 
confratres, maxime etiam in ipsa die societate et con- 
gregationne sub pœna ad arbitrium ipsorum confratrum 
solvenda per contravenientes buic ordinationi et staluto 
inter ipsos consideratis in erectione hujus confratrise 
supra declaratis salutiferis documentis confecto, et jurato 
in perpetuumque duraturo ultra privationem quam talis 
confratrum cognationi contravenientis et contradicentis 
déclarant et decernunt ex nunc factam absque ulla 
prorsus unquam immutatione. Et quod ipse tanquam 
zizania a societate bac quam nonnisi juxta precepta 
divina erigere intendunt evellatur in perpetuum volun- 
tate bona et bene placito magnifîcorum principum et 
maiorum nostrorum super bis omnibus salvis et 
imploratis. Lectis igitur et repetitis hujus modi statutis 
et decretis unanimiter inter nos plures consideratis 
supra nominati in laudem honorem remedium et con- 
servationem perpetuam quibus supra tanquam fun- 



53 

datores et erectores fundaverunt erexerunt et juraverunt 
per levationem manuum cum bona fide et juramento 
confratriam et fraternitatem presentem ut supra scriptis 
redactam Quilibet eorum eadem voce promittentes om- 
nia et singula observare supradicta staluta, et quœ 
deiuceps per dictam societalem et confratriam statuen- 
tur. Intervenientibus etiam ad biec omnibus aliis pro- 
missionibus, renonciationibus et clausulis opportunis, 
et pro conservatione presentis fundationis necessariis. 
Pronunciata actaque fuerunt ante domum discreti 
Georgii Bard civis hujus oppidi presentibus honestis 
francisco Dujourclil, mermeto Denycodex et petro filio 
condam Joannis Vaisy hujus parrochiae de Samoen 
testibus petitis ad hsec et rogatis. 

Pierre Delestelley et Mermet Mompiton notaires. 



54 



II. 
6 décembre 1626. 

Acte de rénovation du règlement de la dévote confrérie 

érigée à Samoëns sons le vocable de monseigneur 

saint A T icolas. 

(Inédit) 

Au nom de Dieu soit que l'an de grâce courant mil six 
cent vingt six et sixiesme jour du mois de décembre, 
Par devant nous Jean DeLestelley et Humbert Cornut 
notaires soubsignés et en présence des tesmoins souz 
nommés Personnellement se sont constitués noble sei- 
gneur Joseph fils de noble et puissant Jacques de Gex 
baron de Vallon et d'autres lieux prieur ceiourd'huy 
fait par dévotion de la dévote confrairie érigée en cette 
ville souz le vocable de monseigneur St-Nicolas, les 
Rds M res Michel Deffoug sacristain, Jean Jay, Claude 
Deffoug, Claude Cornut, Jean Gaspard De Lestelley et 
françois Ratellier ebanoines de l'église deceditlieu, led. 
Seigneur baron, noble et puissant Claude-françois de 
Gex, son fils noble Jean de Monpithon, noble et specta- 
ble Pierre Duboin avocat au Sénat et vice-auditeur de 
la cavalerie savoyarde pour S. A. R., egreges Claude et 
Michel Duboin ses frères, egrege Jacques Cornut à son 
nom et d'egrege Jean Cornut son père châtelain pour 
monseigneur en son mandement de Samoen absent 
détenu de maladie, les m cs Michel Andrier, George 
Delesvys, françois Ducis, françois Chappuis, Pierre 
Denarié, Pierre Dechappel, Nicolas De -happe! son fils, 
George Tronchet et Pierre Pellissier notaire, les discrets 
Louis Cornut, Bernard Ducis, Jean Delevys, mermet 



55 

Musy, Claude Bardy, claude Noble, George Mugnier 
et claucle Rosset, les honorables Claude Duboin, Jean 
de Vallon et Bernard Biord, les honnestes Louis Du- 
noyer, Gaspard Bardy, Pierre Deffoug, nicolas de 
nycoclex, Jean et françois Deffoug frères, nicolas Delevys, 
claude fils de feu claude Regnend , françois Scavey, 
françois Duiourdil, claude fils de feu Jean Dunoyer, 
Thoenne Sirnond, pierre fils de feu berthod Regnend, 
bartholomé Guillot et Jacques Duvernay, tous des con- 
frères delad e confrairie faisant tant à leur nom qu'aux 
nom de R d messire michel Pithonis et pierre Régis 
prêtres, les m es françois Devaud, Claude Biord, Jaques 
Andrery, pierre Delacoste et Jean Guillot notaires, dis- 
cret Jean françois Du Bosson dit Richard, honneste 
bernard Musy, Jean Bardy, claude Joathon et françois 
Guillot aussy desdits confrères absents, pour lesquels 
les prénommés présents se font forts et promettent qu'ils 
auront à gré le contenu du présent acte, et iceluy rati- 
fieront estants requis, — Tous les prédits susnommés 
tant présents qu'absents avec nous dits notaires soubsi- 
gnés, faisant le nombre entier de tous les confrères 
vivants de lad e confrérie, Lesquels de leur bon gré et 
libérale volonté pour eux et leurs successeurs confrères 
en lad e confrairie, estant informés et aiants entendu de 
point en point le contenu de l'acte de fondation et érection 
de lade confrairie stipulé par les m es pierre Delestelley et 
mermet Mompiton notaire en date du 6 e jour du mois 
de décembre an mil cinq cent nonante un Ont iceluy 
rattifié confirmé et approuvé comme par le présent acte 
ils le rattifient et approuvent et en tant que de besoin 
rénovent avec tous ses points, clausules et autres reser- 
ves et astrictions y portées,, sans aucune exception, 
Et de plus d'accompagner le prieur allant et revenant 



56 

des offices à payne de trois sols comme ils promettent 
par foy et serment et obligations de tous biens présents 
et futeurs qu'ils se constituent tenir obligés d'avoir à 
gré et entièrement observer le contenu du susdit acte 
etdu présent sans y contrevenir ny permettre y estre 
contrevenu en façon que ce soit, sauf en tout et par tout 
le bon vouloir de nos seigneurs supérieurs tant spirituels 
que temporels. Renonçants à touts droits, loix statuts 
coustumes et moiens a ce que dessus contraires mesme 
au droit disant la générale renonciation non valoir si la 
spéciale ne précède. Fait a Samoen en la cour de la mai- 
son forte dud 1 seig 1 ' baron, en présence de Caspard fils 
de feu françois de Mompiton de Chalonges et claude fils 
de feu françois Roge de la paroisse de Samoen tesmoins 
requis. 



57 



III 

Rôle des membres de la Société de Saint-Nicolas. 

(Voir en outre les titres de la fondation). 

1688-1845. 

(Inédit.) 

1688. Egrège Gerdil Jean, oncle et parrain dn cardinal. 

— id. Biord Pierre- Antoine. 

— id. Riondel Claude, prieur en 1691 . 

— M e Perret Bernardin, notaire. 

— Discret Perret Claude- Louis. 

— id. Jay Bernard. 

1693. id. Guillot Pierre- Antoine. 
1695. Sp ble Bardy François Gaspard, avocat à Cham- 
béry. 

— M e Duboin Claude-Joseph, notaire. 

— Discret Guillot Pierre-Humbert, prieur en 1693. 
1700. M e Perret Jean-Claude, notaire. 

— Egrège Dusaugey Jean. 

— Discret Viollat Jean-François. 

— Nob. Seig 1 ' de Gex Paul-Joseph, baron de S*- 

Christophe. 

— Nob. Duboin Antoine, lieutenant - colonel, à 

Venise. 

— R fl nob. Duboin Jacques-François, curé de Sa- 

moëns, frère du précédent (1). 

(1) Outre cette branche Duboin, qui n'est plus, on a plu- 
sieurs autres branches qui donnent : Joseph Duboin, mar- 
chand à Augsbourg, fondateur d'une école publique, à Sa- 
moëns, en 1717 ; l'avocat Félix- Aimé Duboin, à Turin, au- 



58 

1704. M e Biord Joseph, notaire. 

1706. Sp ble Riondel Pierre-Antoine. 

— Discret Biord François-Gaspard. 

— id. Duboin François-Joseph. 

— id. Duc François. 

— id. Simond François-Louis. 

1707. id. Riondel Augustin. 

1708. Egrège Fernex Jean-Jacques, prieur en 1709. 

— id. Rouge Claude, prieur en 1714. 

— R (1 Perret Jacques-Humbert, chanoine. 

— Discret Biord Amédée, prieur en 1723. 

1711. M e Bardy Joseph, notaire. 

1712. R (1 Trephenix François-Joseph, chanoine. 

— R' 1 Thyerrat Claude, chanoine. 

— Discret Perret Pierre-Humbert. 

1713. M e Gerdil Pierre, notaire, prieur en 1729. 

— Egrège Duboin Pierre-Joseph, prieur en 1733. 

— id. Faure Jean-François. 

— Discret Rouge Jean-Aimé. 

— id. Delacostaz Jean-André. 

— id. Jay Jean. 

1714. R d Dusaugey Pierre, doyen de la collégiale (1). 

— R<i Chapuis Bernardin, chanoine. 

— R< 1 Dunoyer Claude, chanoine. 

— R fl Délaie Guillaume, chanoine. 

— R' 1 Simond Noël, chanoine. 

teur du grand ouvrage « Raccoita délie leggi, etc., délia R. 
Casa di Savoia » ; Mgr François Duboin, missionnaire de 
la congrégation du Saint-Kspiit <»t du Saint-Cœur de Marie, 
évêque du titre de Raphanée, vicaire apostolique de Séné- 
gambie, en 1877; M. Eloi Duboin, aujourd'hui procureur 
général à lu ('oui' «le Grenol>l<\ 
(1) Grillet, Diction. III. V Samoëns. 



59 

1714. R d Dollion Claude-Joseph, curé. 

— Nob. Duboin Claude. 

— Nob. Duboin Pierre, avocat, châtelain du Man- 

dement de Samoëns. 

— Nob. de Monpiton Nicolas-François, seigneur 

du Noyret. 

— M 6 Duboin P re -Hurnbert, not., prieur en 1718. 

— M e Faurat Pierre ou Favrat, notaire. 

— M e Musy Pierre-François, notaire. 

— E grège Rouge Claude-François. 

— Discret Perret François. 

— id. Rouge Nicolas. 

— id. Bardy Joseph. 

— id. Simond Pierre. 

— id. Sauthier Jean- François. 

— id. Dechavassine François-Nicolas. 

— id. Lacoste Claude. 

— id. Jay Louis. 

— id. Lacoste François- Louis. 
1716. M 6 Duboin François-Joseph, notaire. 

— R fl nob. de Gribaldy Charles-Joseph, doyen du 

chapitre. 

— R J Riondel Claude-Joseph, chanoine, prieur en 

1735. 

— R d Rossillon Claude-Antoine, chanoine. 

— R d Renend Guillaume, chanoine. 

— R rl Dussaix, prêtre. 

— Nob. Sp ble Le Jeune François-Joseph, avocat. 

— Nob. Ignace Le Jeune, colonel de cavalerie, 

gouverneur des Allinges en 1698. 

— Nob. Le Jeune Jean-Alexis, colonel (1). 

(1) Trois frères issus d'une famille noble, originaire d'E- 
vian. L'aïeul, Pierre Lejeune, aide-major de l'escadron do 



60 

1716. Nob. Duboin Hyacinthe (1). 

1719. Egrège de Vallon François-Joseph, prieur en 

1720. 

1720. Me Guillot Michel-Joseph, notaire. 

1721. M e Bardy Jean-Baptiste, notaire, prieur en 1737. 

1724. Discret Biord Pierre-Humbert-Joseph. 

1725. Egrège Renand Jean-Nicolas. 

— Discret Dunoyer Claude. 

— id. Riondel Jean-Baptiste, prieur. 

1726. R d Guillot Claude, curé-doyen d'Annemasse. 

— Egrège Dunoyer Claude - François, prieur en 

1746. 

1730. R d Perret Jean-Claude, prêtre-régent. 

— R d P. Gerdil Jean-François, fils de M e Pierre 

(le cardinal). 

— R d Guillot Claude-François, chanoine. 

1731. Sp ble Biord Paul-Joseph, avocat, prieur en 1751. 

— R d Biord Jean- Pierre (l'évêque). 

— Egrège Rouge Victor, feu de Claude. 

— id. Rouge Jean-Aimé, fils de Claude. 
1736. R d M re de Salteur Charles- Henri, doyen de la 

collégiale. 

Savoie, épouse nob. Janine de Vallon, de Samoëns. Leur 
père, Guillaume, marôchal-des-logis général de la cavalerie 
de Savoie, marié à Andréanne Lombard, veuve de Bernard 
Ducis, propriétaire du château du Berrouse. Jean-Alexis 
eut de son mariage avec Jeanne-Françoise Presset, Barbe 
Charlotte-Françoise, celle-ci femme de don Juan Juradoz, 
colonel du régiment do Séville. Leur fille, Josephte-Antoi- 
nette, épouse François-Joseph-Marie Rouge. 

(1) Nob. Jean-Hyacinthe Duboin fut major du fort de 
Miolans ; fils des nob. Claude Duboin et Marguerite Duclos 
de la Place. 



61 

1736. R rl Bardy Jean-Antoine, chanoine de Genève. 

— M e Raphet Michel-Joseph, not., prieur en 1752. 

— R fl Trephenix Claude- Joseph, chanoine. 

— Egrège Millieret Ant. -François, prieur en 1791. 

— M e Dusaugey Antoine-Joseph, notaire. 

— Egrège Renend Laurent. 

— Gerdil Pierre-Marie, frère du cardinal. 

— Delacoste Noël, prieur en 1758. 
1733. Me Duc Claude- François, notaire. 

— R d Presset Antoine-Louis, curé-archiprêtre. 

— Egrège Dusaugey Jean-François fils de Jean. 

— id. Dusaugey Pierre-François fils de Jean. 

— id. Rouge François-Joseph fils de Claude. 

1740. Discret Tavernier Claude-François. 

— M. Biord Georges- Marie, notaire. 

— Discret Dechavassine Pierre-François. 

— id,, Viollat Jean François. 

1741. R d Sauthier Jacques-Joseph, chanoine. 

— R d Rouge Jean-Baptiste, chanoine. 

— Discret Biord Jean-Michel. 

— Egrège Mogenet Balthasard. 

1742. id. Andrier Michel-Louis. 

— Hon ble Frey Laurent. 

— R d Cheneval François, prêtre. 

— Discret Ferry Jean- François. 

1745. R d Chométy Nicolas, chanoine. 

— Discret Dunoyer François. 

— id. Trombert Jean, de Morzine. 

1746. id. Dunoyer Claude-Joseph. 

1747. Egrège Bardy Michel- Joseph, prieur en 1769 (1). 

(1) Avocat au Sénat de Savoie, secrétaire d'Etat, auditeur 
en la Chambre des comptes, à Turin (1732-1809). 



62 



1747. Egrège Jay Noël. 

1749. M e Tavernier Pierre-Joseph, notaire à Morzine. 

— Discret Delacoste François-Joseph. 

— id. Gerdil Antoine-Joseph. 

— id. Emonet Noël. 

— id. Tavernier Anselme, à Morzine. 

— id. Anthoine Claude-Joseph. 

1750. Egrège Curton Claude. 

— M e Curton Philibert fils de Claude. 

— S r Trephenix François. 

— S r Millieret Charles-François, prieur en 1771. 

1751. Sp ble Andrier Jean, d r médecin, fils de Michel- 

Louis, prieur en 1712. 

— S r Andrier Michel, son frère, prieur en 1773. 

— R d Turinaz François, chanoine, prieur en 1774. 

1753. Me Guillot Pierre-Antoine, notaire. 

— R d Renand Noël, prêtre. 

1754. M e Duboin Guillaume, notaire, fils de M e Fran- 

çois-Joseph, prieur en 1776. 

— S 1 ' Renand Nicolas. 

1755. R d Daviet Jacques-Louis, doyen de Samoôns, 

né à Thonon. 

— R d Turinaz Joseph, prêtre. 

— R d Anthoine Cl.-Jos., chanoine, prieur en 1775. 

— S r Boccard Félix, bourgeois de Thonon. 

— S r Desarnod Jean-Joseph fils d'Ant. -François. 
1755. R d Mogenet Joseph, prêtre. 

— S r Plagnat Antoine, de Morzine. 

— R d Seig r Pierre-Antoine de Regard de Vars, 

doyen de Samoëns, admis le 6 décembre 1753. 
1759. S 1 ' Renand François, prieur en 1779. 

— R d Dunoyer Michel-Joseph, curé - doyen d'An- 

nemasse. 



63 

1759. S 1 ' Raphet Joseph. 

— S 1 ' Rouge François-Joseph-Marie fils de Victor. 

— S r Dusaugey Jean-Franç. fils de M e Ant. -Joseph. 

— S r Mudry Joseph-Marie fils de Jean-Claude, 

prieur en 1784. 

1760. S 1 ' Amoudruz Bernard. 

— S 1 ' Roch Christophe. 

— S 1 ' Plagnat Claude, prieur en 1780. 

1761. R d M ie Ruphy Antoine, archiprêtre. 

— Rd Denarié Claude-Franç-Marie, prieur en 1782. 

— S r Delesrnillières Claude-F ois , de Morillon, en- 

« trepreneur des royaux ouvrages de France. » 

— M e Tavernier Joseph-Marie, notaire. 

— S r Vagnat François, entrepreneur (( des travaux 

du Roy à Lyon. » 
1763. S ble Delesrnillières Pierre, avocat. 

— R d Favrat François, curé de Montriond. 

— S r Mudry Jean, lieutenant en Chablais. 

— S r Mudry Joseph, son fils. 

1766. R d Perrier Jacques-Joseph, curé de Thairy. 

— S 1 ' Cheneval Pierre, ingénieur. 

— Trombert Nicolas fils de Jean, prieur en 1785. 

1767. R d Vagnat Claude, curé de Poisy. 

— M e Plagnat Joseph, chirurgien, prieur en 1786. 

1768. M e Pralon Claude-François, notaire àTaninge. 

— M 1 ' Curton Joseph fils d'Antoine. 

— M* 1 Ballaloud Jean-Joseph, de St-Sigismond. 

— M r Gallay Joseph, chirurgien, du Biot. 

— M r Gallay Jean-Marie, son fils. 

1769. M e Anthoine Alexandre feu Gaspard, notaire à 

Cranves. 

— M 1 ' Coutaud François. 

— M r Vagnat Jean-Joseph. 



64 

1770. M 1 ' Gerdil Jean-François fils d'Antoine-Joseph. 
1772. M r Rouge François-Gaspard fils de François- 
Joseph, chirurgien. 

— M Q Gerdil François feu Antoine-Joseph. 

— M r Dusaugey Jean-Joseph, prieur en 1790. 

1772. M r Desarnod Paul-Marie, avoué. 

— M' Boejat Jean-Baptiste. 

1773. Mr Piollet Nicolas. 

— M r Rouge Joseph fils de François-Joseph. 

— R d Millieret Antoine-François, chanoine. 

— Biord Jean- Louis fils de Georges-M iû , officier, 

prieur en 1702. 

— M r Ponnet Jean-François. 

1774. R d Bouvet François, chanoine. 

— M r Biord Prosper- Marie , avocat, neveu de 

l'évêque (1). 
1776. Nob. Roget de Fesson Gaspard, officier au Rég* 
de Genevois. 

— Sp ble Hugard Claude-Joseph, avocat. 

— Gerdil Andrè-M ie , officier au Rég* de Genevois (2). 

— R d Chabert Guillaume, prêtre. 

— Vagnat Joseph fils de Jean-Joseph, architecte. 

— Sp ble Plagnat François, avocat. 

— M e Tavernier Antoine-Joseph fils de Pierre-Jo- 

seph, notaire. 

(1) Le pavé de l'église d'Annecy -le- Vieux porte l'inscrip- 
tion sépulcrale : « P. J. Biord. Camberii sepulto. Ejus 
viduae M. B. Gros Tavel. Eorumque nepoti. Prosporo M. 
Biord. Hic jacentibus. Paupcrum benefactoribus. Hoc grati 
animi monumentuni Annecii Veteris Incobe posuerunt. 
1805. » (Voy. Reçue sacoisienne, 1860, p. 85.) 

(2) André-Marie Gerdil était fils de Pierre-Marie et de. de- 
moiselle Marie-Julienne Favrat, neveu du cardinal. 



65 

1776. Denarié Claude- Marie, sergent. 

— Curton Joseph-Philibert. 

— M" Mudry François fils de Jean - Claude, no- 

taire au Biot. 

1777. R d Colliard François, vicaire à Morillon. 

— R d Nachon Charles-Louis, curé du Biot. 

— Millieret Pierre, notaire, prieur en 1804. 

— Rey Jacques-Joseph. 

1778. R d Dénériaz Jean, chanoine. 

— Tronchet Jean-Marie, à Chambéry. 

— Plagnat Jean-Baptiste fils de Claude-Joseph. 

1779. R d Raphet Jean-Joseph, curé de Barreau. 

— M e Duc Jean-Joseph, notaire. 

— Sp ble Biord Antoine-Philippe -Amédée, avocat, 

autre neveu de Févêque. 

— Musy Georges feu Aimé. 

1780. R d Quisard François - Amable, religieux de 

l'abbaye d'Aulps. 

— R d Tavernier Jean- François, prêtre à Morzine. 

— Rouge Victor-Louis fils de François-Joseph- 

Marie, propriétaire. 

— Renaud Jean- François. 

— Mudry Etienne fils de Jean-Claude, au Biot. 

1781. Vagnat Claude-Joseph. 

— R d Plagnat Jacques-Joseph, curé à Neuvecelle. 

— M e Andrier Claude-François, greffier à Taninge. 

1782. Sp ble Gerdil Bernard fils de Pierre-Marie, juge 

à Bonneville. 

— Amoudruz Claude-François, architecte. 

— Prunier Antoine-Joseph, écrivain à Samoëns. 

— Andrier Jean-Baptiste, percepteur à Taninge. 

— M 6 Andrier Jean, notaire, prieur en 1772. 

— M e Denarié Gaspard-Marie, notaire. 

5 



66 

1784. R d Delacroix François-Louis, chanoine. 

— R d Perret Pierre-Joseph, chanoine. 

— Mudry François-Joseph feu Jean-François. 

— Delacoste Jean-Marie, propriétaire à Morillon ; 

prieur en 1815. 

— Biorcl Jean-Joseph, écrivain à Genève. 

— Tronibert Pierre-Joseph, propriétaire à Taninge. 

1785. M e Vulliet Aimé-François, notaire à Cluses. 

— Sp ble Magnou Pierre-François, avocat. 

— Vagnat Claude-François. 

— M e Tavernier Anselme, notaire à Morzine. 

— Rubin François-Joseph, propriétaire à Marignier. 

1787. R d Blanc Jean-Claude, archiprêtre à Samoëns. 

— R d Passy Jacques, chanoine. 

— R d Darmand Humbert, chanoine. 

1788. M e Ballaloud Joseph, notaire. 

1790. Gerdil Georges-Marie fils de Pierre-Marie. 

— Rouge Jean-Baptiste, commis aux travaux de 

Saint-Quentin. 
1792. R d Michaud Jean-François, chanoine, vicaire à 
Genève. 

— R d Ballaloud Victor, chanoine, curé à Verchey. 

— Déplace Joseph, propriétaire à Samoëns. 

— Musy Charles, propriétaire à Samoëns. 
1792. Riondel Jean-Joseph. 

— Plagnat Antoine (1 ) . 

(1) Antoine-François fils de Sp hle Pierre-Joseph Plagnat, 
médecin, et de Claudine-Louise Dunoyer, né à Samoëns le 
8 avril 1776, juge de paix, ensuite syndic de Samoëns ; pa- 
rent des nobles de Lestelley dont la maison tourée, sous n' 
9955 de la mappe, et les biens de la Glière étaient passés aux 
Dunoyer par le mariage d'Henri Dunoyer avec demoiselle 
Humberte do Lestelley en 1652. 



07 

1802. M e Carton François-Marie, notaire. 

1803. Dunoyer Pierre. 

— Curton Pierre-Marie-Nicolas. 

— Curton Joseph, inspecteur des forêts. 

1804. DeGrenaud Réné-Marguerite-Guill me , rentier. 

— Bardy Jean-Baptiste-Gaëtan-Bonaventure, offi- 

cier au régiment d'Allemagne. 

— Beaumont Albanis, homme de lettres àThonex. 

— Sp ble Demarthenex Claude-François, docteur- 

médecin. 

— Andrier Bernard, percepteur. 

— Rouge Victor, instituteur. 

— De Grenaud Enard, officier supérieur (1). 

— Michaud Pierre, négociant. 

— Millieret Charles, militaire. 

— Revel Joseph, négociant à Cluses. - 

— Baissac Jean-Maurice, receveur à Cluses. 

— De Grenaud Victor, étudiant. 

— Desbois Gaspard-Philibert-Léopold, à Loëx. 

— M e Ballaloucl Clément- Louis, notaire. 

— Simoncl Michel, instituteur. 

— Bastian Claude, receveur à Frangy. 

— De Grenaud Joseph, étudiant. 

— Millieret Victor-Louis. 

— Jordan Claude-Joseph, not. à St-Jean-d'Aulps. 

— Michaud François-Joseph, négociant. 

— Beaumont François-Gabriel, juge à St-Genix. 

— Plagnat Claude fils de François. 

(1) Mare-François Eynard, comte de Grenaud, baron de 
Saint-Christophe. Son fils Alexandre, comte de Grenaud, 
ancien sous-préf et à Thonon, ensuite maréchal du palais du 
prince Ferdinand de Bulgarie, est mort à Sofia en 1888. 



68 

1804. Tavernier Joseph, propriétaire à Morzine. 

— Delacosle Bernard, à Morillon. 

— Plagnat François fils de François. 

— Sp ble Millieret Léopold-Victor-Antoine, docteur- 

médecin. 

— Delacoste Joseph-Emmanuel, étudiant. 

— Musy Michel-Joseph, étudiant. 

— Vagnat Etienne, négociant à Lyon. 

- — Renand François, propriétaire à Bonneville. 

1805. Riondel Laurent, propriétaire à Bonneville. 

— Amoudruz Pierre, étudiant. 

— Buttet Antoine-François, à Saint-Jean d'Aulps. 

— M e Gallay Jean-Pierre, notaire au Biot, prieur 

en 1837. 

— Sp ble Jordan Hyac-Marie, juge, prieur en 1838. 

— Gerdil Pierre-Joseph, brigadier forestier. 

— Vulliez Jean-Joseph, étudiant. 

— Ballaloud François, négociant à Stuttgard. 

— Jacquier Gaspard, négociant à Chesne. 

— Déplace Claude, entrepreneur à Saint-Quentin. 

— Ferrero Philippe, conseiller de département. 

— Ferrero Laurent, son fils. 

— De Grenaud Charles-Guillaume. 

Ballaloud René- Auguste, juge de mandement, 
prieur en 1839. 

— Déplace Joseph, médecin. 

1806. Sp ble Bard Georges, docteur-médecin. 

— Reydet Bernard, rentier à la Frasse. 

— Moccand Claude, propriétaire à Samoëns. 

— Dusaugey Antoine, propriétaire à Bonneville. 

1807. Carre- Vagnat, ingénieur. 

— M Pernat Michel-Marie, notaire à Arraches. 



69 

1807. De Rochette Joseph, lieut. -colonel en retraite ( 1 ) . 

— R' 1 Joly, curé d'Ayse. 

— R (1 Reydet Michel, curé de Magland. 

1808. Canoby Claude, receveur des douanes. 

— Lecruit Jean, propriétaire à Saint-Jean d'Aulps. 

— Favre François-Louis. 

— Cucuat Pierre. 

— Gay Laurent, chirurgien. 

— Déplace Laurent, négociant en Amérique. 

1810. Constantin de Magny, consul à Genève. 

— R fl Desjacques Franc. -M lie , chanoine à Annecy. 

— R' 1 Simoncl Jean-Louis, chanoine, curé à Ru- 

milly-Albanais (2). 

— M e Duboin Joseph, avocat à Bonneville (3). 

— Million François-Joseph, géomètre. 

— M e Tournier Pierre- Joseph, not. , prieur en 1841 . 

— M e Gielly Julien, notaire. 

— Simond François, chirurgien. 

— Dunoyer Georges-Marie, officier. 

— M e Rubin Marie, notaire à Mieussy. 

1811. Roch Bernard François, négociant. 

— Dusaugey Jean-François, rentier à Menthon, 

prieur en 1842. 

— Simond Claude-Marie, géomètre, prieur en 1844. 

— Sp bl ° Reydet Antoine, avocat. 

(1) Tome XXVI desMèm. et Doc. de la Soc. sa®, d'hist. 
et d'arch. (Notices et généalogie sur M. Joseph de Rochette, 
officier de marine, et sa famille, par M. François Mugnier, 
p. 351 et s.) 

(2) Né à Samoëns le 20 octobre 1789, mort le 26 mai 1876 ; 
chevalier de la Légion d'honneur. 

(3) Père de M. Joseph Duboin, conseiller à La Cour d'ap- 
pel de Chambéry. 



70 

1811. Me Desjacques Claude-Joseph, notaire. 

— Sp ble Debiolle Auguste, médecin à Cluses. 

— Sp ble Hugard Louis, avocat. 

— Sauthier Claude-Franc., secrétaire d'intendance. 

— R d Revel François, chanoine à Chambéry. 

1812. Folliet Louis, propriétaire à Abondance. 

— Guillet Joseph-Marie, professeur. 

Verneret Paul-Joseph, à Ugine ; prieur en 1847. 

— R d Muffaz Jean-François, curé à Grilly. 

— Déplace Claude- Franc. , rentier en Bourgogne ( 1 ) . 

1813. R d Berthocl Jean-François, curé de Sixt. 

— Delacoste Placide, subst.-proc. àBonneville. 

— M e Roullet Charles-Marie, notaire. 

1855. Sp ble Folliet Marie-Joachim, juge à Samoëns. 

— M e Duc Bernard-Joseph, notaire à Bonneville. 

— Buttet Joseph, capitaine. 

— Delacoste César, rentier à Morillon. 

— Sp ble Bard Claude-Antoine, avocat. 

1817. R d Gerdil Jean-Nicolas, curé à Morillon, neveu 
du cardinal. 

— M e Vulliez Eugène, notaire au Biot. 
Vulliez Maurice, percepteur au Biot. 

— Sp blc Revel Eugène-Nicolas, docteur-médecin à 

Chambéry, chevalier des SS. Maurice et 
Lazare. 

— M e Tavernier Claude-M rio , not. ; prieur en 1817. 

— Vagnat Louis, chirurgien. 

(I) M. Déplace, de Vallon, avait, comme son compatriote 
Claude-François Perret, entrepris en France et exécuté avec 
succès de grands travaux publics, le canal de Saint-Quen- 
tin entre autres. La famille, du second est représentée au- 
jourd'hui par M. Hippolyte Perret, ancien conseiller d'Etat, 
officier de la Lésion d'honneur. 



71 

1817. Curt François, maître de musique. 

— Reydet Marie-Nicolas, insiuuateur à Aix. 

— Vaguât Joseph, rentier à Vallon. 

— Curton Jules, praticien. 

— Sp ble Curton Pierre-Marie-Nicolas, avocat. 

— M e Curton Antoine- François, avoué. 

— Sp ble Gallay Antoine. 

— Sp ble Andrier Michel, docteur-médecin. 

— R' 1 Dunoyer Joseph, prêtre. 

1818. Sp ble Jacquier François-Marie, avocat. 

— Dusaugey Claude-Marie. 

— Moccand Jean-Louis, étudiant (1). 

— Décret Etienne, praticien. 

1819. R d Cathiaz Jean-Baptiste, curé d'Araches. 

— Sp ble Nicolet Jeao-Baptiste, juge à Taninge, plus 

tard conseiller à la Cour de Chambéry. 

— Vagnat Claude-François, entrepreneur. 

— Vagnat Joseph-Marie, son fils. 

— Gurlie Jean-Claude, conducteur de travaux. 

— R d Ginclre Pierre-Marie, curé de La Roche (2). 

1820. Mogenet Pierre-Joseph, mécanicien. 

— Pasquier Pierre-Joseph, négociant. 

— Puthon Michel, rentier à Saint-Sigismond, 

— M e Duverney Claude-Marie, huissier. 

— Clément Antoine, praticien à Cluses. 

— R (l Rouge Joseph, curé de Saint-Sigismond. 

— Bouvet Nicolas, procureur à Bonneville. 

— Fenouillet François, curé d'Aviernoz. 

(1) Père de l'abbé Théophile Moccand, vicaire-général de 
Mgr d'Annecy. 

(2) Son parent, l'abbé Jean-François Gindre, vicaire-géné- 
ral deTarehevêque de Paris, est décédé en 1S88. 



72 

1820. Riondel Jean-Claude, géomètre. 

1822. Sp ble Chabord Jean, avocat à BonneviUe. 

— Pomet Napoléon-Magloire, étudiant. 

— Ramaz Vincent, receveur municipal à Taninge. 

— Renand Nicolas, rentier à BonneviUe. 

— Murenaz Josepb, receveur à Samoëns. 

1823. Renand Gabriel, médecin à BonneviUe. 

— Gurlie Jean-Joseph. 

1824. Duboin Nicolas, négociant à Annecy. 

— M e Hoquiné Joseph, notaire à Saint-Jeoire. 

1825. Dusaugey Louis, propriétaire à BonneviUe. 

— Amoudruz Joseph- Marie, propriétaire. 

1826. R d Anthoine François-Marie, professeur. 

— Tavernier Joseph, propriétaire à Samoëns. 

— Rastelli Laurent-Louis, inspecteur des gabelles. 
1828. R <1 Bergoën André, prêtre. 

— Renand Claude- François, propriétaire. 

— Moccand Isidore, greffier. 

— Sp ble Perrier François, docteur-médecin. 

— Buisson Balthasard, receveur, 

— Frarin Georges, receveur. 

— Simond Isidore. 

— Andrier Jean-Marie-Thérèse, procureur. 
1833. R d Anthoine Claude-François, curé de Samoëns. 

— Parchet François, candidat notaire. 

— Pasquier Claude-Antoine, candidat notaire. 

— Andrier Louis, candidat notaire. 

— Sp ble Andrier François, docteur-médecin. 

— Andrier François, praticien. 

— Sp ble Bastian Joseph, avocat. 

— M Simond Jérémie, notaire à Rcignier. 

— Amoudruz Antoine, géomètre. 

183G. R" 1 Desportes Thomas, curé de St-.Iean d'Aulps. 



73 

1836. Depoisier Michel-Louis, rentier. 

— M e Orsat François, notaire à Samoëns. 

— Emmanuely Joseph-Antoine, receveur. 

— M e Delagrange Joseph-Marie-Nicolas, notaire. 

— Ramel François-Maurice, insinuateur. 

— Sp ble Jacquier François, avocat, juge à Samoëns. 

— Jacquier Jean, percepteur. 

— R d Bastard Pierre-Joseph, vicaire à Samoëns. 

— R fl Burnier-Fontanel François, professeur. 

— R d Delétraz Jean-Claude, vicaire. 

1839. Rd Chuard Pierre-Eloi, vicaire. 

— Reydet Philippe, rentier. 

— Mestrallet Aimé, receveur dédouanes. 

— Ballaloud Adelin, étudiant. 

— Simoncl Joseph-Marie, praticien. 

— Garin Claude-Marie, propriétaire à Taninge. 

1840. Jacquier Jean-Pierre, pharmacien. 

— Dénarié Claude-Marie, médecin à Morillon. 

— R d Favre Hector, bibliothécaire à Annecy. 

— R fl Perillat Jean-Baptiste, profes. à Bonneville. 

— Orsat Louis, candidat notaire. 

1842. Gaudier Pierre-Joseph, percepteur. 

— Dusaugey François-Albert. 

— Brunet Joseph- Victor, receveur des douanes. 

— Burnier Georges, géomètre. 

— Revuz François, géomètre. 

1843. R' 1 Duboin Claude- François, curé de Cluses. 

— R d Cambon Jérémie, vicaire à Cluses. 

— Sp ble Bergoin Félix, docteur en droit, juge à 

Samoëns. 

— Anthoine François-Marie, propriétaire. 

— Dusaugey Jean-François^ étudiant . 

— Sp ble Orsat Alexandre, docteur en droit 



74 

1843. Simond Bernard-Marie-Constantin, étudiant. 

1844. M e Perrier Jean-François, notaire à Bonneville. 

— Vachiéry de Châteauneuf Ange, officier. 

— Ducroz Joseph, substitut-procureur. 

— Laporte François, propriétaire à Cluses. 

— Duchesne Ferdinand, percepteur. 

— Burnier Honoré, étudiant. 

1845. M e Guebey Jean, notaire àTaninge. 

— Duboin Auguste, substitut-procureur. 

— M e Ducrettet Auguste, notaire à Saint-Jeoire. 



75 



IV. 

1712. 

Règlement et statuts de la Société qui s'érigea dans 
le bourg de Taninge en Faucigny sous l'invocation 
de saint Nicolas, évêque de Mj/re. 

(inédit) 

I. 

L'on ne recevra clans cette Société que ceux qui auront 
fait leur première communion, qui seront de bonnes 
mœurs et d'une conduite édifiante, auxquels on ne puis- 
se reprocher aucun vice deshonorant, tels que seroient 
le vol, la fréquentation des personnes suspectes et le li- 
bertinage qui en résulte, l'ivrognerie, le manquement au 
devoir pascal, l'obstination à ne vouloir pas se réconci- 
lier avec ses ennemis, la profession d'un art infamant et 
prohibé. Et si quelqu'un, après avoir été reçu se rendoit 
coupable d'un de ces griefs au point que cela fut notoire 
et scandaleux, ou s'il ne vivoit pas en bonne intelligence 
avec quelqu'un des membres de la Société ou qu'il la 
troublât par des brouilleries, il en devra être exclud à la 
première assemblée et ne point être admis de nouveau 
qu'il n'ait donné preuve d'une parfaite résipisence autant 
de temps qu'il sera jugé convenable par les plus anciens 
et les plus apparens de la Société. 

II. 

Comme la fin de toute société chrétienne doit être de 
trouver des moyens de salut et de se les rendre utiles de 
soi-même et profitable aux autres par la force du bon 
exemple, « exempta trahunt », on exhorte les associés 



76 

à s'approcher des sacrements toutes les années à la fête 
de St-Nicolas et de communier à la grande messe au- 
tant que faire se pourra pour l'édification du public. 

III. 

Comme toute Société doit avoir un chef, on regardera 
comme tel et on qualifiera de prieur celui qui du con- 
sentement de l'assemblée recevra à Vêpres des mains de 
l'officiant ce que l'on appelle le bâton de St-Nicolas. Ses 
privilèges seront de le garder pendant l'année dans sa 
maison, d'avoir à table la place plus honorable après les 
prêtres, de nommer un prédicateur pour le jour de la fête 
de St-Nicolas. Voilà les honneurs qui sont dus au prieur. 
Mais parce que « non est honor sine onere », il sera 
tenu de faire une aumône à sa dévotion, en se souvenant 
toutesfois que si pour réprimer toute vaine ostentation et 
tout sentiment de vanité il est écrit que votre main gau- 
che ne sache pas ce que fait la droite « Nesciat sinistra 
tua quid faciat dextera tua »j il est aussi des circons- 
tances où l'édification du prochain demande qu'on rem- 
plisse le précepte qui nous est fait de faire connoitre nos 
bonnes oeuvres, afin que ceux qui les verront glorifient 
le père céleste qui en est l'auteur et la première source 
« Videant opéra vestra bona et glorificent patrem ves- 
trum qui in cœlis est ». De plus le prieur sera tenu de 
donner un louis, lors de sa déposition, lequel sera appli- 
qué à payer les frais du repas frugal qui, par les soins 
des quatre conseillers, doit être tout préparé à l'issue de 
la grande messe qu'on doil commencer à dix heures, 
pour que tout l'office soit achevé assez loi pour qu'on 
puisse se mettre à table ;'i midy el quarl pour le plus 
tard. 



77 
IV. 

Pour éviter tout abus dans Je repas, on le commencera 
par le « Benedicite » que le prieur qui doit être déposé 
fera dire à haute voix par un prêtre. On ne le prolongera 
pas au-delà de deux heures. L'on n'y admettra aucune 
personne du sexe ; on n'y chantera aucune chanson. Il 
ne sera permis à aucun d'y boire plus d'une bouteille 
ronde, à part les ecclésiastiques. On y recevra unique- 
ment que ceux de la Société. On finira le repas par les 
grâces que le prieur qui doit être fera dire à haute voix 
par celui des prêtres qui aura dit le « Benedicite ». Avant 
que l'on sorte de table, les quatre conseillers qui auront 
fait dresser le repas tiendront prette la liste de la dépense 
à laquelle il se monte afin que chacun leur remette leur 
cotte-part, de ce qu'il faut de plus pour le repas outre le 
le louis que doit donner le prieur à cette fin. 

Si quelqu'un s'oublioit au point de s'emporter et de 
proférer des malédictions ou autres paroles scandaleuses, 
il sera tenu de donner cinq sols au procureur pour être 
appliqués en œuvres pies. 

L'on bannira de cette réjouissance toutes sortes d'ar- 
mes à feu, toute sorte de jeux. L'on ne croit pas devoir 
avertir que l'on ne doit pas permettre de danse, puisque 
l'on a déjà dit que l'on n'admettoit dans le repas aucune 
personne du sexe. 

V. 

Quand il y aura quelque chose de répréhensible dans 
la conduite de quelqu'un des associés, ce sera au plus 
ancien des prêtres associés, et à leur défaut, au prieur 
conjointement avec les plus apparents de la Société à 
faire charitablement leurs représentations, et c'est au 



78 

prieur qu'il appartiendra d'exiger l'amende qui sera re- 
mise entre les mains du procureur. 

VI. 

Après le repas on ira en silence à la chapelle du bourg 
pour y entendre Vespres qui se diront pour le plus tard 
à deux heures et quart, et l'on s'y rendra assez tôt pour 
y être tous à tems. 

VII. 

A l'issue des Vespres, on accompagnera le nouveau 
prieur chez lui, et là on tiendra une assemblée dans la- 
quelle on procédera à l'élection ou confirmation d'un 
secrétaire, d'un procureur et cle quatre conseillers, et si, 
le matin, il n'y a point eu de sermon à la messe, le prieur 
nouveau lira ou fera lire par d'autres la vie de St-Nico- 
las ou quelque autre livre de piété, et toute l'assemblée 
gardera un profond silence. On fera lecture au moins 
l'espace d'un quart d'heure. 

VIII. 

Après l'assemblée, chacun doit se retirer chez soi, 
ne point aller chercher, le soir, claus le cabaret, d'autres 
divertissements, afin que tout le monde puisse s'aperce- 
voir que c'est là une Société de vrais chrétiens et de bons 
amis qui ne s'unissent que pour le bien et qui n'ont en 
vue que de faire revivre les premiers tems du christia- 
nisme où les fidèles n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, 
et ne faisoient rien voir dans leur conduite qui ne laissât 
l'impression salutaire du bon exemple. 

IX. 

Ceux qui voudront se faire inscrire dans cette Société 
remettront entre les mains du procureur qui sera nom- 



79 

mé dans l'assemblée deux êcus neufs, applicables à l'or- 
mer un fond pour l'entretien du luminaire et pour un 
service en faveur des trépassés pour le lendemain, afin 
que chacun puisse également y assister. 

X 

Le prieur ou celui qu'il commettra à cette fin lira le 
présent Règlement à celui qui voudra s'enroller dans la 
Société, qui devra être reçu en pleine assemblée ou par 
le zélateur, quatre conseillers et procureur. Il aura soin 
qu'on ne l'admette point qu'il ne soit résolu à observer 
les clauses qui y sont portées, et il sera à propos qu'il 
y ait un livre où soyent inscrits tous ceux qui y seront 
reçus sous la date du jour et de l'année de leur réception. 
« Quicumque hanc regulam secuti fuerint pax super 
illos ! » Oui, la paix qui est un bien qui surpasse tout 
ce que l'on peut dire : ( « Exsuperat omnen sensum »), 
sera la joie et la consolation de ceux qui seront fidèles à 
ce règlement et ils éprouveront ce que dit le prophète : 
« Ecce quarn bonum et jucundum habitare fratres in 
unum ! )) 

Venant à décéder quelqu'un de la Société, les associés 
se feront un devoir d'assister à sa sépulture et de donner 
une messe pour le repos de son âme. Que s'ils ne peu- 
vent pas assister à ses funérailles, ils ne manqueront pas 
d'entendre une messe pour lui. Les messes seront exi- 
gées par le procureur dans l'assemblée. 

Fait à Taninge le 15 décembre 1779. 

(Extrait du Litre de la Société de St-Nicolas. 
— Arch. de la mairie.) 



<r-^-yS>jt^ r ~- 



LES SAVOYARDS 



ET 




MOI DIS FRANCAI 



(ROME) 



PAR 



M. l'Abbé Joseph MAILLAND 

Aumônier en chef des Hospices 
Docteur en théologie 

Membre de la Société savoisienne d'Histoire et d'Archéologie 

Membre correspondant de l'Académie de Savoie 

Membre agrégé de l'Académie salésienne 



AYANT -PROPOS 



Dans une brochure, publiée il y a trois 
ans (1), je me suis efforcé de prouver que la 
Savoie a des droits sur l'établissement de 
Saint-Louis des Français, à Rome. J'ai puisé 
mes preuves dans les Mémoires de Besson, 
dans les monuments archéologiques et dans 
la description de Rome, faite par l'illustre 
professeur de droit à l'Université de Padoue, 
Gui Pancirolo, que saint François de Sales 
appelle le prince de la jurisprudence (2). 

Pour leur donner plus de poids, aux yeux 
de nos frères aînés de la grande famille 
française, et même aux yeux de nos compa- 
triotes dont la conviction n'est pas formée à 
cet égard, j'ai dû plaider la vraisemblance, 
recourir aux événements historiques et mon- 

(1) Les Savoyards à Rome et leurs établissements 
pieux à la fin dû moyen âge. Chambéry, Bottero, 1886. 

(2) Gui Pancirolo ou Pancii-oli, né à Reggio en 1523, 
mort en 1599. Son ouvrage est intitulé : Descriptio Rotnœ 
in quatuordecim regionibus dioisce. 



84 

trer que la Savoie, à cette époque, jouait un 
rôle beaucoup plus influent qu'aujourd'hui ; 
— j'ai dû établir que l'extinction du grand 
schisme d'Occident avait fait émigré r vers Rome 
quantité de Savoyards de distinction, notam- 
ment les cardinaux de Brogny, de Chalant, 
Allamand de Saint-Jeoire, et plusieurs autres 
personnages qui occupèrent les premiers 
emplois de la nouvelle Curie romaine. 

Je n'ai négligé aucune recherche pour ar- 
river à étayer ma proposition sur des bases 
solides ; mais je n'avais pas songé aux archi- 
ves de Turin, ou du moins, si j'y avais pensé, 
il m'avait été impossible de les consulter. Ce 
n'est qu'après l'apparition de ma brochure, 
que j'ai eu le plaisir d'y trouver tout un en- 
semble de documents, qui viennent enlever 
tout doute à l'égard de cette vérité historique 
qui intéresse, au plus haut degré, le clergé 
savoyard, non seulement pour le passé, mais 
surtout, et avant tout, pour le présent et 
l'avenir. 

Ces documents sont divisés en cinq fasci- 
cules, formant ensemble un volume de 200 
pages, ayant chacun une date spéciale et 
désignés tous par ces mots : Benejïzi di quà 
da monti, Roma : Bénéfices d'en deçà des 
monts, Rome. 

1° Le premier, du 4 juillet 1717, est intitulé: 
Memoriale riguardante la condotta de! prête 



85 

Borretta délia valle d'Aosta, mentre stava nella 
casa nationale di san Luigi in Borna. Ce docu- 
ment est le moins important de tous et ne 
contient que cinq pages. La pièce principale 
est une lettre du père Girard de l'Oratoire 
blâmant la conduite de M. Borretta, chape- 
lain de Saint-Louis, qui aimait à s'amuser; 
mais d'une manière assez innocente, à ce 
qu'il paraît. Son grand crime était de jouer 
aux boules dans les jardins du palais Giusti- 
niani. qui était voisin de son habitation, en 
compagnie de Joseph Bouvier, fils d'un ar- 
cher de Saint -Jean de Maurienne, et de 
Rémy Pilaton,du Val-d'Aoste. Celui-ci, parait- 
il. avait eu maille à partir avec la justice de 
son pays et s'était réfugié à Rome. 

Les Pères de l'Oratoire français, admis 
provisoirement à faire partie de la commu- 
nauté de Saint-Louis dont ils convoitaient la 
possession, comme nous le verrons plus 
tard, ne laissaient échappe)' aucune occasion 
d'attaquer nos compatriotes, qui leur por- 
taient ombrage et qui s'opposaient à leurs 
empiétements. 

2° Le deuxième document est du 15 septem- 
bre 1725. C'est une lettre, soit mémoire instructif 
de cinq pages, de M. le chanoine Rosset, théo- 
logal à Moûtiers, à l'avocat général du Sénat 
de Savoie M. Chevillard de Ladhuy. au sujet 
des droits qu'ont les Savoyards sur la maison 



83 

nationale de Saint-Louis, à Rome. Ce docu- 
ment est tiré d'une lettre de M. le marquis 
du Bourg, ministre du roi Victor-Amédée II. 

M. Rosset, ancien chapelain de Saint-Louis, 
interrogé par M. de Ladhuy sur nos droits, 
n'hésite pas à en affirmer l'existence. Toute- 
fois, étant à Moûtiers et n'ayant pas les docu- 
ments sous la main, il ne peut donner qu'une 
preuve de ce qu'il avance : ce sont les armes 
de Savoie qui se trouvent sculptées à plu- 
sieurs endroits do l'église et spécialement 
aux deux côtés du maître-autel, ce sont les 
croix de saint Maurice peintes sur les vi- 
traux. 

Après quelques renseignements sur l'ad- 
ministration intérieure de cette maison, sur 
les députés et sur le nombre des chapelains 
à différentes époques, il donne des détails 
intéressants sur un brave Savoyard fixé à 
Rome et apothicaire au milieu du Corso. 
Notre compatriote s'appelait Givotte. Il s'é- 
tait acquis une grande fortune par sa capa- 
cité. C'était le seul pharmacien qui put exer- 
cer la médecine et donner des remèdes sans 
l'ordonnance des médecins. Il portail un 
grand intérêt à Saint-Louis, dont il étail dé- 
puté ou administrateur pour la Savoie, et il 
le prouva en soutenant avec ardeur nos 
droits au moment de la lutte, et en faisant 
à cette maison un legs de soixante mille 



87 

francs ; mais à condition que les Pères de 
l'Oratoire n'en deviendraient jamais supé- 
rieurs. Il mit un soin tout particulier à re- 
cueillir les titres qui établissaient nos droits, 
et M. Rosset dit que la Savoie lui doit une 
grande reconnaissance. D'après cette lettre, 
la communauté de Saint -Louis avait cent 
mille francs de revenu annuel à cette épo- 
que (1). 

3° Le troisième fascicule contient trois 
documents très importants, formant ensem- 
ble cinquante-quatre pages. 

Le premier, intitulé : Memorialc riguardan- 
te II posti che spettano alla luuinne Savoiarda 
nel collegio de San Luigl di JRoma, est un mé- 
moire historique et justificatif d'une cer- 
taine étendue, envoyé au roi de Sardaigne 
Charles-Emmanuel III, le 10 avril 1733, par 
M. Jean Rémy, recteur de Saint- Nicolas, 
ancien député de Saint-Louis et Lorrain de 
nation. M. Rémy, pendant qu'il était député 
ou administrateur de Saint-Louis, avait mis 
toute son ardeur à sauvegarder les droits de 
la Lorraine et de la Savoie, qui étaient com- 
muns, et à repousser les empiétements de 
l'ambassadeur français, qui était le cardinal 
de Polignac. 

Chassé illégalement de la congrégation à 

(1) Voir les pièces justificatives, n° 7. 



88 

cause de sa fermeté,, ainsi que deux de ses 
collègues, MM. Jousserandot et Dérisé, de la 
province de Bourgogne , il porta l'affaire 
devant le tribunal de la Chambre Apostoli- 
que de Monte-Citorio , et dressa deux mé- 
moires, dont l'un fut envoyé au pape, qui 
était alors Clément XII, et l'autre au roi de 
Sardaigne. 

Dans ce rapport, M. Rémy remonte jus- 
qu'à l'origine de Saint-Louis. Il fait l'histo- 
rique de cette congrégation pendant trois 
siècles, c'est-à-dire jusqu'à son époque (1730), 
démontrant l'égalité des droits des Français, 
des Savoyards et des Lorrains, égalité recon- 
nue et respectée par tous les papes et spé- 
cialement par Paul V. Il expose en détail les 
tentatives successives de tous les ambassa- 
deurs et orateurs (1) de France, pour s'em- 
parer de Saint-Louis, et en chasser les Sa- 
voyards et les Lorrains. Ces ambassadeurs 
sont : M. d'Albain, le marquis de Cœuvre, le 
commandeur de Malte, Noël Brulard , le 
marquis de Saint-Aignan. les cardinaux de 
Sourdis, d'Estrées, de Polignac, et les sei- 
gneurs de Boullemont et de Gamache. 

Le deuxième document, qui est en latin, 

(1) L'orateur de France ou royal, dont il sera souvent t'ait 
mention dans cet écrit, était un membre du clergé, constitué 
en dignité, que le roi envoyait en mission extraordinaire à 
la cour de Rome. 



89 

est un véritable plaidoyer où l'on expose les 
raisons pour et contre nos droits. 

Le marquis de Cœuvre, ambassadeur de 
Louis XIII à Rome, à la sollicitation de la rei- 
ne-mère et du cardinal de Bérulle, fondateur 
desOratoriens de France, fit demandera l'ad- 
ministration de Saint-Louis les archives de 
la maison, espérant y trouver quelques do- 
cuments établissant le patronage royal. Les 
administrateurs répondirent que les archi- 
ves étaient enfermées sous triple clef, dont 
l'une appartenait aux Français, l'autre aux 
Savoyards et la troisième aux Lorrains ; 
qu'ils ne pouvaient laisser sortir ces papiers 
de la maison ; mais que, s'il voulait déléguer 
un personnage français de ses amis, par 
exemple Ms r Dunozet,pour les examiner, ils ne 
feraient pas difficulté de les lui soumettre. 
L'ambassadeur accepta et choisit, non M^ r 
Dunozet. mais M^ r de Cauterau, référendaire 
des deux signatures. 

Celui-ci, après avoir pris connaissance de 
toutes les pièces, déclara qu'il n'y avait pas 
de titre établissant formellement le patrona- 
ge du roi de France sur la maison de Saint- 
Louis. Mais, dans un rapport intitulé : Pro 
jure régis christianissimi in ecclesiam nation* t- 
lem Sancti-Ludovici, il formula onze raisons 
plus ou moins spécieuses, semblant le re- 
connaître. Nos compatriotes, de concert avec 



90 

les Lorrains, firent à leur tour un écrit in- 
titulé : Contra jus régis christianissimi in eccle- 
siam nationaleni Sancti-Ludomci, répondant 
d'une manière péremptoire à toutes ces rai- 
sons et les réduisant à néant. 

Le troisième document est une lettre de 
M. Garin, chanoine de Saint-Pierre de Genè- 
ve et ancien chapelain de Saint- Louis, au 
marquis d'Ormée, ministre du roi de Sar- 
daigne. M. Garin implore l'appui du ministre 
en faveur des Savoyards, et le prie d'envoyer 
au comte de Rivera des ordres pour les pro- 
téger, lui disant qu'ils seront bientôt expul- 
sés de Saint-Louis, si on ne vient prompte- 
ment à leur secours. Il lui fait part d'une 
visite qu'il a faite, avant son départ, au car- 
dinal de Tencin. ministre des affaires de 
France en cour de Rome, et lui expose que 
Son Eminence a clairement manifesté son 
intention de supprimer les deux places de 
chapelain qui restaient à la disposition des 
Savoyards (1). 

4° Le quatrième fascicule, qui est le plus 
volumineux, comprend 88 pages. C'est l'en- 
semble des documents favorables aux Sa- 
voyards, recueillis par le cardinal Alexandre 
Albani, qui était le protecteur de nos compa- 
triotes, et communiqués par lui au roi de 

(1) Voir les pièces justificatives, n !). 



91 

Sardaigne, on 1741. Il est intitulé : Notteie e 
documenti mandati dal signor cardinale Ales- 
sandro Albani, da quali si raccoglie : 1° l'ori- 
gine cd i progressa ciel collegio di San-Luigi in 
Roma ; 2° l'ingiusta pretensione de' Francesi 
di escludere da esso i nazionali Savoiardi ; 
3° cd i mezzi che potrebbero praticarsi perche 
questa nazione fosse reintegrata nelsuo diritto 
d'avervi otto soggetti. 

Ce fascicule contient des documents très 
intéressants et très importants, au nombre 
de dix. Je ne ferai que les énumérer. 

Quelques-uns sont connus : comme la 
bulle de Sixte IV, ratifiant l'échange fait 
entre les Bénédictins et la Congrégation de 
Saint-Louis, et créant une paroisse sous le 
vocable de ce saint; le bref de Léon X, cédant 
une parcelle de terrain avec ses pierres et 
ses marbres pour la construction de la nou- 
velle église de Saint-Louis : la bulle de Clé- 
ment VIII, organisant l'administration de 
cette maison sur de nouvelles bases, et nom- 
mant six Savoyards pour y prendre part : la 
bulle de Grégoire XV, approuvant les réfor- 
mes faites dans la congrégation par le car- 
dinal Ubaldini. 

Mais quelques-uns de ces documents sont 
inédits. Ce sont : 

1° Un décrel de la Congrégation de Saint- 
Louis, paru peu de temps après la bulle de 



92 

Sixte IV, et expliquant clairement et formelle- 
ment que par ces mots : natio gallicana, il faut 
entendre tous les habitants des pays qui par- 
laient la langue française, et par le fait, les 
Savoyards et les Lorrains aussi bien que les 
Français. Il est intitulé ainsi : De qua natione. 
et quot de una provincia capellani in ecclesia 
recipi debeant. 

2° Un autre décret qui a pour titre : De modo 
recipiendi capellanos ecclesiœ et de juramento 
per eos prœstando, consacrant l'autonomie de 
la Congrégation de Saint-Louis. 

3° L'acte de la pose de la première pierre 
de la nouvelle église de Saint-Louis men- 
tionnant Pierre de Lambert, de Chambéry, 
comme un des principaux assistants et, de 
plus, comme un des bienfaiteurs. Il avait 
donné 100 ducats d'or. 

-4° Un décret de Paul V, nommant les car- 
dinaux Mellino, Gusano, Bensi et Mgr Marco- 
Aurelio Maraldi, pour examiner les droits de 
Louis XIII à réclamer le patronage royal sur 
Saint-Louis, et déclarant que, après examen, 
il a été reconnu que cette église est pure- 
ment de fondation nationale et privée, appar- 
tenant par le fait aux Français, aux Sa- 
voyards et aux Lorrains par tierce part res- 
pectivement. 

5° Un acte de la Congrégation de Saint- 
Louis du 20 novembre 1524, nommant deux 



93 

Français, deux Savoyards et deux Lorrains 
pour conférer avec les personnages qui diri- 
gaient la construction de la nouvelle basili- 
que de Saint-Pierre au Vatican. 

6° Une inscription, placée en 1627 sur la 
porte extérieure par laquelle entrent les pè- 
lerins, portant que la maison et l'église de 
Saint-Louis ont été bâties par la congrégation 
des Français., des Savoyards et des Lorrains. 
Cette inscription existe encore aujourd'hui. 

Le cinquième fascicule n'est que la repro- 
duction en italien du mémoire de M. Grozé, 
ancien chapelain de Saint-Louis et chanoine 
de l'église de Moùtiers, que Besson a publié 
à la fin de son ouvrage. 

Tels sont les documents à l'aide desquels 
j'entreprends d'esquisser, à grands traits, 
l'histoire de Saint-Louis, laissant à d'autres 
le soin de compléter les renseignements que 
je n'ai pu me procurer. Mon travail consis- 
tera à rapprocher les uns des autres ces 
documents, à les grouper ensemble, à les 
fusionner au besoin pour en faire jaillir la 
vérité, et cette vérité sera pour le lecteur 
comme pour moi, j'aime à le croire, que 
nous, Savoyards, nous avons des droits sur 
Saint-Louis des Français, à Rome. 



LES SAVOYARDS 



ET 



SAINT-LOUIS DES FRANÇAIS 

(ROME) 



I. 



Avant de parler de la fondation do Saint-Louis, 
il n'est pas hors de propos, ce me semble, de jeter- 
un coup d'oeil sur les événements qui l'ont précé- 
dée et sur l'état de Rome à ce moment, d'autant 
plus que nous y trouvons la cause éloignée do 
cette entreprise nationale. 

Au milieu du xv e siècle, époque où les Français, 
les Savoyards et les Lorrains se concertèrent 
pour construire une église et fonder un hôpital, 
Rome, capitale de la chrétienté, était dans un état 
lamentable. Deux événements, qui s'étaient suc- 
cédé à bref délai, en avaient été la cause : le long 
séjour des papes en France et le grand schisme 
d'Occident. 



96 

Aussi, le pape Grégoire XI (1) étant mort, les 
officiers de la ville de Rome crurent de leur de- 
voir de faire de respectueuses remontrances aux 
cardinaux, pour obtenir un pape romain ou ita- 
lien. « Ils leur représentèrent que, depuis long- 
temps, Romo, l'Etat ecclésiastique et l'Italie souf- 
fraient de l'absence des papes ; que les églises, les 
monastères, les bâtiments publics tombaient en 
ruine et n'offraient, aux yeux des étrangers qui 
venaient à Rome pour satisfaire leur dévotion, 
qu'un spectacle lamentable et scandaleux ; que les 
dissensions, les révoltes avaient presque détruit 
l'ancien patrimoine de Saint-Pierre ; que le gou- 
vernement des étrangers était devenu une tyran- 
nie intolérable ; que le remède à ces maux était 
l'élection d'un pape romain ou italien (2). » 

Les cardinaux se rendirent à ces prières et à 
ces représentations, et choisirent pour pape un 
Italien en la personne de Barthélémy Prignano, 
archevêque de Bari, qui prit le nom d'Urbain VI. 

Cette élection combla les Romains de joie et 
d'allégresse, et ils se persuadèrent qu'ils étaient 
arrivés au terme de leurs malheurs. Mais le grand 
schisme d'Occident, qui ne tarda pas à se décla- 
rer, leur fit voir bien vite qu'ils étaient dans l'illu- 
sion, et, pendant plus d'un demi-siècle encore., 
Rome dut subir les conséquences désastreuses de 

(1) Ce pape, quoique Français, avait quitté Avignon pour 
venir se fixer à Rome en 1377. 

(2) Raynald, ir 19. 



97 

cet événement à jamais déplorable, qui amoncela 
raine sur ruine dans la Ville-Eternelle et dans la 
chrétienté tout entière. 

Enfin, l'élection de Nicolas V (1447), suivie de 
près de l'abdication de Félix V (1449), vint ren- 
dre à l'Eglise la paix et l'union tant désirées, et il 
n'y eut plus dès lors, selon la parole du Maître, 
qu'un seul troupeau et un seul pasteur. 

Délivré des soucis du schisme, le grand pape 
Nicolas V, qui, au dire des écrivains du temps, 
surpassait même les plus grands princes par la 
grandeur de ses vues, la noblesse de ses senti- 
ments, la magnificence de sa générosité, porta 
toute sa sollicitude à réparer les dégâts du passé 
et à relever, du triste état dans lequel elle se 
trouvait, Rome, la capitale de la chrétienté. 

Les ruines matérielles étaient grandes, comme 
nous l'avons vu plus haut ; les ruines morales et 
intellectuelles, si je puis parler ainsi, ne l'étaient 
pas moins, et il fallait un homme de génie pour 
conduire de front ce double travail de réparation. 
Nicolas V fit appel à tous les savants et à tous les 
artistes de bonne volonté. Les Orientaux, chassés 
par les Turcs, les Occidentaux, attirés par la bien- 
veillante protection du grand pontife, accouru- 
rent en foule et préparèrent cette période, re- 
marquable par ses lumières et ses chefs-d'œuvre 
en tout genre, qu'on est convenu d'appeler la 
Renaissance. 

Jeannoce Manette, secrétaire et biographe de 

7 



98 

Nicolas V, consacre plusieurs volumes â décrire 
les remarquables travaux entrepris parce pape (1). 
Je ne le suivrai pas dans cette énumération ; mais 
il en est un que je ne puis passer sous silence, 
parce que les Savoyards y prirent part (2), comme 
on le verra dans la suite : c'est la reconstruction 
de Saint-Pierre. 

La basilique du prince des apôtres, cette an- 
cienne église, à la construction de laquelle l'empe- 
reur Constantin avait voulu travailler de ses 
mains, en enlevant, de la tranchée des fondations, 
douze charges de terre en l'honneur des douze 
apôtres, menaçait ruine. Les temps malheureux 
que l'on venait de traverser n'avaient pas permis 
d'y faire des réparations et on n'osait plus s'aven- 
turer sous ses voûtes. 

Nicolas V forma le projet de la démolir com- 
plètement, et de la remplacer par un monument 
digne de Rome et du chef des apôtres. Il en fît 
faire le plan (3) et en jeta les fondements. 

C'est à cette époque que les Français, les Sa- 

(1) Il nVst pas rare, à Rome, de rencontrer sur les murs 
d'enceinb' ci sur les principaux monuments cinq briques 
disposées de cette manière N V. Par celte espèce de mono- 
gramme, les ouvriers ont voulu perpétuer le souvenir des 
travaux de Nicolas V. 

(2) Députation, en date du 20 novembre 1524, de deux 
Français, deux Savoyards et deux Lorrains. 

(3) Ce plan a été modifié plus tard par Le Bramante et 
Michel-Ange. 



99 

voyards et les Lorrains s'associèrent pour bâtir 
une église et fonder un hôpital qui seraient à leur 
usage exclusif, et, pendant de longues années, ces 
deux travaux marchèrent de front. 

Nos compatriotes étaient nombreux à Rome â 
cette époque. J'ai expliqué ailleurs (1) les motifs 
qui les y avaient attirés ; je ne ferai, ici, que les 
résumer en peu de mots : 

1° Les pèlerinages. On est étonné, en lisant 
les auteurs du temps, de la quantité de pèlerins 
qui, chaque année, visitaient le tombeau des 
saints apôtres, et surtout du nombre prodigieux 
qui s'y transportaient pour gagner l'indulgence 
du jubilé. C'est par centaines de mille et par 
millions, â certain moment, qu'on les voit accou- 
rir de tous les points de l'Europe, bravant les 
intempéries des saisons et les fatigues d'un voya- 
ge à pied, long et coûteux, par des chemins peu 
sûrs et mal entretenus. 

2° Les grands travaux en cours d'exécution 
furent une autre cause de cette émigration vers 
la Ville -Eternelle. Le Romain a bien des quali- 
tés, mais il n'est pas actif et laborieux. Son indo- 
lence est connue, indolence d'ailleurs qu'il partage 
avec tous les habitants des pays chauds. Tous les 
grands et immenses travaux entrepris par Nico- 
las V, et que ses successeurs continuèrent pendant 
deux siècles, ont été exécutés, en grande partie, 
par des ouvriers venus du Nord et de l'Occident. 

(1) Les Savoyards à Rome. 



100 

3° Les dignités et les emplois dans la Curie 
romaine sont une autre cause à citer. Pendant 
près d'un siècle, la majorité des membres du 
Sacré-Collège furent étrangers à l'Italie ; le cen- 
tre de l'Eglise semblait s'être déplacé et avoir 
abandonné Rome pour choisir le voisinage des 
Alpes. Le retour des papes à Rome, l'extinction 
du grand schisme d'Occident firent affluer, vers 
la Ville-Eternelle, les dignitaires et les employés 
de la curie, dont la plus grande partie étaient de 
nos pays et parlaient la langue française. 

Pour n'être pas prolixe, je ne citerai que les 
noms de trois Savoyards qui, jouissant de toute 
la confiance des papes, ont occupé pendant 50 ans, 
de 1400 à 1450, les premières dignités et les pre- 
miers emplois de la Curie romaine ; ce sont les 
cardinaux de Brogny (1), de Chalant (2) et le 
Bienheureux Louis Allamand (3), de Saint-Jeoire. 
Vers le commencement du xvi e siècle, presque 
toutes les charges importantes de la daterie et 



(1) Jean Fraczon, né à Brogny, près d'Annecy, en 1342, 
mort à Rome en 1426, cardinal d'Ostie, vice-chancelier de 
l'Eglise, président du Concile de Constance. 

(2) Antoine de Chalant, né à Chambéry, cardinal du titre 
de sainte Cécile, régent de la Chambre Apostolique, mort à 
Rome en 1418. 

(3) Le Bienheureux Louis Allamand, né à Saint-Jeoire 
en 1390, cardinal du titre de sainte Cécile, vice-camerlingue, 
mort à Arles en 1450. 



101 

de la chancellerie étaient occupées par des Fran- 
çais, des Savoyards et des Lorrains (1). 

Ce fait peut surprendre ceux qui envisagent les 
choses telles qu'elles sont aujourd'hui ; mais cela 
parait tout naturel, si l'on considère qu'à cette 
époque les Romains et les Italiens, par l'absence 
prolongée de la cour romaine, avaient désappris 
en quelque sorte la science administrative, et que- 
nos compatriotes s'y étaient perfectionnés par une 
longue pratique. 

Pour toutes ces causes, les Français, les Sa- 
voyards et les Lorrains étaient nombreux à Rome. 
Comme ils parlaient une langue différente de celle 
des habitants du pays, on comprend que l'idée 
d'avoir un lieu de réunion, une église pour prier, 
un hôpital pour soigner leurs pauvres, leur soit 
venue tout naturellement à l'esprit. C'est vers l'an 
1441 qu'ils commencèrent â mettre ce projet à 
exécution. Je ne crois pas être téméraire en avan- 
çant cette date. Il existait en 1754, d'après le 
mémoire du cardinal Albani, aux archives de 
Saint-Louis, un livre des écritures (2), un regis- 
tre, commencé en 1441 et allant jusqu'à 1526. 

Crozé, chanoine de Moùtiers, dit que « en suite 
du projet de construire une église nationale, la 
permission en fut accordée en 1441 par Eu- 

(1) Mémoires du cardinal Albani, de Jean Réray et de 
Crozé. 

(2) Eccone le précise parole estratte délia pagina 387 
del Ubro délie seritture didetta chiesa (di San-Luigi) che 
coinineia nel 1441 fui del 1526 



102 

gène IV, mais qu'elle ne fut achevée qu'en 1464. » 

Jean Rémy, originaire de la Lorraine, dit à son 
tour que, « avant 1446, les Français, les Lorrains 
et les Savoyards se réunissaient pour des prati- 
ques de dévotion, qu'ils formèrent le projet de se 
bâtir une église et qu'ils mirent leur projet en exé- 
cution sous Pie II, en 1460. » 

De tout cela il résulte que l'association des 
Français, des Savoyards et des Lorrains date de 
1441 ; que, dès lors, il y avait entre eux des liens 
et des intérêts communs, puisqu'ils tenaient un 
livre de compte ; qu'ils avaient en vue un projet, 
à l'exécution duquel chacun était invité à contri- 
buer selon la mesure de ses moyens ; que l'on 
consignait sur ce registre les cotisations et les 
dons faits en faveur de cette œuvre. 

Combien de temps dura la construction de l'é- 
glise et de l'hôpital ? A quelle époque précise 
commença- t-elle ? C'est ce que je ne saurais dire ; 
mais ce qu'il y a de certain, c'est que ce fut vers 
1460 ou 1464 que ce premier établissement de 
Saint-Louis fut achevé. Il est à croire que les 
choses marchèrent lentement, soit à cause du 
manque de ressources, soit pour tout autre motif. 

Sur la porte extérieure de la sacristie, au dire 
de Crozé, on avait gravé l'inscription suivante : 

Eglise (1) romaine, dédiée à la Bienheureuse 

(1) Romana Beatae Mari;? ac S. S. Dionisio et Ludovieo, 
dicata ecclesia aationis et linguae gallican», videlicel Lota- 
ringorum, Sabaudorum et Franeorimi de Urbe. 



103 

Marie, à saint Denis et à saint Louis, par les 
habitants de Rome appartenant à la nation galli- 
cane ou parlant la langue française, c'est-à-dire 
les Lorrains, les Savoyards et les Français. 

Tel fut le modeste début de rétablissement de 
Saint-Louis, aujourd'hui le plus riche et le plus 
magnifique des établissements de ce genre, qui 
sont nombreux a Rome. Je dis modeste, car l'égli- 
se était loin de ressembler à celle d'aujourd'hui ; 
elle était petite, enserrée entre plusieurs grandes 
maisons, obscure et sans ornement. C'était une 
petite chapelle, dit Crozé ;la dévotion croissant, 
dit à son tour Jean Rémy, la chapelle ne pouvait 
plus suffire. Capella et hospitale sub invocatione 
Sancti-Ludouici, rapporte la. bulle de Sixte IV , 
in arctûj angusto ac inepto loco sita erant. Pan- 
cirolo n'est pas moins clair; il l'appelle une /j<?^e 
église dédiée à Saint-Louis des Français (1). 

Cette chapelle et son hôpital étaient situés dans 
un endroit étroit, resserré et peu convenable pour 
une semblable installation. Mais quel était cet 
endroit ? me demanderont ceux qui connaissent 
Rome, car aujourd'hui il ne reste plus aucun ves- 
tige de cette première fondation. 

C'est la question que j'ai faite moi-môme bien 
souvent à des personnes compétentes, sans obtenir 
jamais autre chose qu'une réponse vague et incom- 
plète. On s'accordait généralement à désigner 

(1) Una pieciola chiesa dedicataà san Luigide'Francesi. 



104 

l'espace qui s'étend entre Saint-André délia Valle 
et le théâtre de Pompée ; mais le point précis 
restait dans les ténèbres de l'inconnu. Je crois que 
nous avons aujourd'hui tout ce qu'il faut pour 
fixer nos idées à cet égard. 

Jean Rémy dit que cette chapelle était placée 
près de Tor argetitina. Le document renfermant 
les réponses de nos compatriotes aux allégations 
de Mgr de Cauterau, relate qu'elle était dans la 
région du sable : in regione arenulœ. Pancirolo, 
parlant de l'échange fait entre les Français, les 
Savoyards et les Lorrains, d'une part, et les Béné- 
dictins, d'autre part, dit que les immeubles des 
premiers étaient situés dans le quartier délia 
Valle.Lc même auteur, dans un nuire passage, est 
beaucoup plus explicite et dit que cette chapelle 
occupait l'emplacement où se trouve aujourd'hui 
la belle église de Saint-André délia Valle (1). 

Constance Piccolomini, duchesse d'Amalli, avait 

(1) Dovc al présente si vede questo nobilissimo tempio 
(di Sant' Andréa) f ù nel secolo passato nna picciola Chiesa 
dedicata à san Luigi de' Francesij nol guale sito la pietosa 
signora Costanza Piccolomini, duehessa d'Amalli, dono il 
sontuoso palazzo délia sua famiglia, già contiguo alla detta 
chiesa (San-Luigi)., alli Padri Teatini. . . acciô edifieassero 
da fondamenti la présente chiesa ad onore del Apostolo San!' 
Andréa, ed il convento annesso. 

Poco lunghi da detta chiesa, verso la mono destra, è il 
palazzo deU'antichissima romana famiglia délia Va/le, 
nobilitato di moite curiosité orientali, portateda Pietro délia 
Valle, chiamato il Peregrino. (Pancirolo, Roma Sacra.) 



105 

donné aux Pères Théatins le somptueux palais de 
sa famille, pour le démolir et bâtir à la place une 
magnifique église en l'honneur de l'apôtre saint 
André. L'église et l'hôpital de Saint-Louis, qui 
étaient contigus à ce palais., furent, du consente- 
ment des Pères Bénédictins , acquéreurs de l'im- 
meuble, compris dans cette démolition; et c'est 
ainsi, qu'après plus d'un siècle d'existence, dis- 
parut pour toujours ce premier établissement de 
nos ancêtres dans la capitale de la chétienté. Au 
dire de Pancirolo, cette destruction aurait eu lieu 
en 1591. 

Après avoir examiné les événements et les 
causes qui ont attiré nos compatriotes à Rome, 
nous avons vu, d'après des documents dignes de 
foi, les motifs et la date à peu près précise de la 
fondation de l'église de Saint-Louis, ce qu'elle 
était, l'emplacement qu'elle occupait. Il nous 
reste maintenant à examiner une question im- 
portante entre toutes, celle qui est le fondement 
de toutes les autres, et le pivot autour duquel 
tournent tous les petits détails consignés dans 
cet écrit. Cette question est celle-ci : quels sont 
les véritables auteurs de l'établissement de Saint- 
Louis ? Les Savoyards et les Lorrains y ont-ils 
pris part? La réponse à cette question sera faite 
directement et textuellement par les documents 
eux-mêmes, en suivant l'ordre chronologique. 

1617. — La commission composée des cardi- 
naux Mellino, Cusanô. Bensi, du préfet, Marco- 



106 

Aurelio Maraldi, est nommée par le pape Paul V 
pour examiner, comme nous le verrons plus tard, 
le litige pendant entre l'ambassadeur français, 
d'une part, et les Savoyards et les Lorrains, d'au- 
tre part , déclara dans son rapport au pape : 
(( que l'église de Saint-Louis avait été fondée 
par des officiers delà Curie pontificale, Français, 
Savoyards et Lorrains, mais établis à Rome d'une 
manière fixe et permanente, et pour ce fait, su- 
jets du Souverain-Pontife et du Saint-Siège (1). » 

1725. — « Quant à la fondation de toutes ces 
choses (chapelle, hôpital, dots), dit, en 1725, 
M. Rosset, l'on tient communément que ce sont 
les cardinaux de Savoie qui ont fait des légats à 
ladite maison de Saint-Louis, pour satisfaire leur 
dévotion; quant à la réunion des prêtres sa- 
voyards avec les prêtres français, et autres choses 
concernant ladite maison, l'on dit avoir été faite 
par des concordats particuliers avec les éminen- 
tissimes cardinaux et princes de la Maison de 
Savoie. » 

1731. — Dans le mémoire présenté au pape 
Clément XII, le 18 septembre 1731, Etienne Ber- 
tin, prêtre lorrain, dit également « que l'église 
pai oissiale et l'hôpital connus à Rome sous le nom 
de Saint-Louis des Français, et aussi la commu- 

(1) Che la Chiesa di San Luigi era fondata dalli curiali 
Franccsi, Lorenesi e Savoiardi stabiliti aella città <li Roma 
con domicilio perpetuo, è perciô, che erano soggetti al Som- 
mo Pontifice ed alla Santa Scde. 



107 

nauté des chapelains qui y a été établie, ont été 
fondés de leurs propres deniers par les camériers, 
les procureurs et autres officiers de la Curie roma i- 
ne, Français, Savoyards et Lorrains, établis à 
Rome par un domicile fixe et permanent ; qu'ils 
ont été dotés de même, de leurs propres de- 
niers, en faveur des Français, des Lorrains et des 
Savoyards indistinctement (1). » 

1733.— Les autres documents ne sont pas moins 
explicites. « Avant l'an 1446, dit Jean Rémy,dans 
son mémoire du 10 avril 1733, une grande partie 
des gens de lettres qui se trouvaient à Rome, 
Français, Savoyards et Lorrains, s'employaient 
aux affaires de la cour. Celles delà daterie étaient 
entièrement entre leurs mains. Il leur vint dans la 
pensée de s'unir ensemble par un esprit de dévo- 
tion pour s'exercer aux œuvres de piété envers 
Dieu et de charité envers le prochain. . . Sous le 
pontificat de Pie II, ils bâtirent pour cet effet une 
chapelle et un hôpital sous l'invocation de saint 
Louis, le plus nouveau saint roi national cano- 
nisé. » 

1741. — Le mémoire envoyé, en 1741, au roi 

(1) Ecclesia paroehialis et hospitale sub nomme Saneti" 
Ludovici de Urbe cognita, necnon capcllanorum communi- 
tas inillis erecta, ab camerariis., procuratoribus et aliis euria- 
libus romanam euriam cum domicilio perpetuo sequentibus, 
in Francia, Lotharingia et Sabaudia natis fundata fuere, at- 
que proprio aère dotata in favorem Francoram, Lotharin- 
gorum et Sabaudorum 



108 

Charles-Emmanuel III par le cardinal Alexandre 
Albanijdit à son tour : « L'église désignée vulgai- 
rement sous le nom de Saint-Louis des Français 
a été, dans sa fondation, érigée sous l'invocation 
de la sainte Vierge, de saint Denis et de saint 
Louis, aux frais de la Société des officiers de la 
Curie romaine, parlant la langue française, c'est- 
à-dire nés en France, en Savoie et en Lorraine, 
mais ayant à Rome un domicile fixe et perma- 
nent^). » 

1752. — M. Garin, dans une lettre adressée en 
1752 à M. le marquis d'Ormée, ministre du roi de 
Sardaigne, rend le même témoignage et va môme 
plus loin. « L'église nationale de Saint-Louis de 
Rome, dit-il, doit, selon la tradition, son établis- 
sement aux Lorrains et .aux Savoyards, qui firent, 
dans les commencements, bâtir une chapelle à 
laquelle ils donnèrent un revenu pour l'entretien 
de quatre chapelains. Les Français, voyant qu'un 
tel établissement prospérait, demandèrent à s'unir 
à cette fondation, et les fondateurs se firent un 
plaisir de les y agréger. Il est vrai que ceux-là 
contribuèrent de leur côté à l'augmentation des 
revenus de cet établissement par des dons consi- 
dérables. » 

(1) La Chiesa cletta volgarmente di San-Luigi do' Franeesi 
è stata nclla sua fondaziono oretta sotto l'invocazione délia 
BB. Virgino e de' SS. Dionisio e Ludovico a spese delT 
université de' nazionali curiali délia lingua gallicana, cioé 
nati in Francia, Savoja e Lorena, ed abitanti in Roma con 
domicilio fisso e perpétue 



109 

1759. — « On sait que ce fut dans le xv" siècle. 
dit le chanoine Crozé, ancien chapelain de Saint- 
Louis, dans son mémoire de 1759, que le nombre 
des Français, des Lorrains et des Savoyards, qui 
résidaient en cour de Rome, s 'étant accru con- 
sidérablement, et dont plusieurs possédaient des 
charges et étaient employés dans divers tribu- 
naux de cette ville, se déterminèrent a bâtir à 
leurs frais une chapelle et un hôpital pour la 
nation gallicane., c'est-à-dire pour ceux qui par- 
laient la langue française Leur génie, leur 

langue et leur façon de vivre étant différents de 
ceux des Italiens, il était tout naturel qu'ils se 
procurassent un établissement si utile. » 

Tous ces documents émanant d'auteurs divers, 
mis au jour à des époques différentes qui, dans 
leur ensemble, embrassent plus d'un siècle, ne 
laissent rien à désirer au point de vue de la clarté. 
Tous sont unanimes, tous proclament d'un com- 
mun accord que, dans le 'xv 6 siècle, il y avait à 
Rome clés Français, des Savoyards, des Lorrains 
attachés à la cour des papes ou employés dans les 
congrégations et les tribunaux, et établis clans la 
Ville-Eternelle par un domicile fixe et perpétuel ; 
— tous disent que ces personnages de nationalités 
diverses, mais parlant tous la môme langue, la 
Langue française, contractèrent société entre eux 
pour bâtir une chapelle et foncier un hôpital, où 
ils pourraient se livrer aux exercices cle piété et 
aux pratiques de charité à l'égard cle leurs com- 



110 

patriotes ; — tous rapportent également, si ce 
n'est dans les passages cités plus haut, du moins 
dans le corps de leurs écrits , que le service de la 
chapelle et de l'hôpital fut confié à des prêtres 
appartenant aux trois nations intéressées et en 
nombre égal pour chacune d'elles. 

Aucun ne fait mention des rois de France, ni 
des ducs de Savoie et de Lorraine; aucun ne parle 
de leur intervention en quoi que ce soit, ni de leurs 
dons pour cette première fondation. Au contraire, 
tous disent que c'est à leurs propres frais , proprio 
œre, que nos compatriotes commencèrent cette 
œuvre ; — agissant, â raison de leur domicile fixe 
et permanent, comme sujets du Souverain-Pon- 
tife et du Saint-Siège, poursuivant cette entre- 
prise privée sous les auspices des papes, — et sou- 
tenus par leur générosité, comme nous le verrons 
plus tard. 

Que conclure de tout cela ? La conclusion- qui 
s'impose à la raison, c'est que nous avions des 
droits sur ce premier établissement de Saint- 
Louis, et que nos droits étaient égaux à ceux des 
Français et des Lorrains respectivement, c'est-à- 
dire d'un tiers. Je me contente de cette conclusion 
pour le moment, me réservant de prouver, en 
temps opportun, que ces droits ont passé au 
nouveau Saint-Louis et qu'ils n'ont pu se perdre 
par la succession des temps. 



111 



II. 



La création d'un établissement comme celui 
que les Français, les Savoyards et les Lorrains 
fondèrent dans le quartier délia Valle, répondait 
aux besoins de la colonie ; aussi vit-on, dès les 
premiers jours, nos compatriotes s'y porter en 
foule. On y allait pour prier, pour soulager les 
pauvres, pour s'entretenir avec les gens du pays, 
pour recevoir ou communiquer les nouvelles de la 
patrie absente ; c'était un lieu de réunion, un cen- 
tre vers lequel convergeaient, de tous les points 
de la grande ville de Rome, nos nationaux dis- 
séminés çà et là à raison de leurs occupations 
journalières. 

« Ils y servaient les malades et faisaient part 
de leurs biens à ceux de la nation qui étaient dans 
l'indigence ; car les revenus de leurs emplois 
étaient considérables. Les nationaux de la même 
langue, venant à savoir que l'on avait fait uno 
église, y accoururent de toute part. La dévotion 
croissant de jour en jour, la chapelle ne put plus 
suffire à l'affluence de la foule. » (Jean Rémy.) 

Il fallut donc, dès les premières années de cette 
installation, songer à l'agrandissement delà cha- 
pelle et de l'hôpital. 

Mais comment faire ? Ils étaient mal placés : 
in arctOj angusto ac inepto loco sila crani, dit la 
bulle de Sixte IV. Enserrés par les maisons voi- 



112 

sines, écrasés par le grand palais délia Valle, 
enclavés clans un quartier populeux, pourrait-on 
en tirer parti et faire un établissement convena- 
ble ? On éprouvait de la répugnance à faire de 
nouvelles dépenses pour agrandir ces bâtiments 
dans un local si mal situé : Ad ampliandam Ca- 
pellam et hospitale ejusmodi — Christi Jidelium 
voluntas et devotio tepescebant et plurimum re- 
trahebantur (1). 

On chercha ailleurs. 

Le quartier de St-Eustache parut leur offrir les 
conditions désirées pour le nouvel établissement. 
Près du palais Giustiniani que l'on venait de cons- 
truire, et confinant la place des Lombards, au- 
jourd'hui place Madame, les Pères Bénédictins 
possédaient la petite église de Notre-Dame de 
Cellis et un prieuré installé dans les bâtiments de 
la première douane de terre (2), dépendant de 
l'abbaye de Farfadans la Sabine (3). Ces religieux 
paraissant tenir médiocrement à ces immeubles 
qui laissaient beaucoup à désirer, nos compatriotes 

(1) Bulle Creditam nobis de Sixte IV. 

(2) Mirasi in faccia la famosa fabbrica cii S.-Luigi de' 
Franeesi eretta net sifco dove era la prima dogana di terra, 
(Pancirolo, Roina Sacra.) 

(3) La chiesa di S.-Luigi fu ediflcatadove già fu cjuelladi 
Santa-Maria ed un priorato de' Padri Beneuettini spettante 
alTAbbazzia di Farta unito con l'altra chiesa del S. Sal- 
vatore e con l'ospedale di S. Giacomo detto délie Thermo. 
(Pancirolo., Ruina Sacra.). 

Cette abbaye de Farta avait été fondée par un Savoyard, 



113 

leur proposèrent un échange, leur offrant l'établis- 
ment délia Voile contre Notre-Dame de Cellis,le 
prieuré et toutes ses dépendances, y compris le 
sanctuaire du Saint-Sauveur in Thermis Lombar- 
dorum. La proposition fut acceptée. 

(1) Restait à obtenir l'autorisation du Souve- 
rain-Pontife. C'était Sixte IV qui occupait la 
chaire de saint Pierre. Ce pape, après avoir pris 
connaissance des conventions passées entre les 
Bénédictins et la Congrégation de St-Louis, ap- 
prouva le tout (2) et fit mieux encore pour mani- 
fester sa bienveillance à l'égard de nos compatrio- 
tes. Connaissant leur intention de construire une 
grande église et un vaste hospice pour tous les 

le Bienheureux Thomas, né en Maurienne au vu" siècle 
De retour de Terre-Sainte où il était resté trois ans, il vint 
se fixer dans les montagnes de la Sabine, à 7 lieues de Rome. 
Il rebâtit uue chapelle dédiée à la sainte Vierge, qui tombait 
en ruine ; il construisit auprès un monastère qui devint très 
florissant. Notre compatriote y mourut en odeur de sainteté 
le 10 décembre 715. (Grillet. acta P. P. — Benedict.) 

(1) Nell' anno 1478 àdunque, la nazione Francese fece una 
permuta délie dette chiese cou quella cbe possedeva nella 
Contrada délia Vallc, approvato il tutto dal pontefi.ee Sis- 
toIV. 

(Pancirolo, Roma Sacra.) 

(2) Ils en firent la permutation et en obtinrent des lettres 
patentes d'autorisation de Sixte IV, qui la sécularisa. ( 

la maison et l'église qui est aujourd'hui le fameux St-Louis, 
qui doit son commencement à la dévotion et à la libéralité 
des nationaux Français, Savoyards et Lorrains. 

( Mémoire de Jean Rémy.) 
8 



114 

habitants de Rome qui parlaient la langue fran- 
çaise, i) érigea Notre-Dame de Ce! lis en paroisse 
pour eux, et créa ainsi un nouveau genre d'admi- 
nistration paroissiale, déterminé par la juridiction 
personnelle et non locale, comme c'est l'usage. 
Déplus, il annexa à cette église un hôpital nommé 
Saint- Jacques-le- Majeur et une paroisse appelée 
Saint-André de Tordwolis, avec tous leurs biens 
et revenus. En reconnaissance de ses bienfaits, la 
Congrégation de Saint-Louis fait célébrer chaque 
année un service pour le repos de son âme. 

Par sa bulle Créditant nobisjdu 4 des noues d'a- 
vril 1478, il supprime et anéantit tous les anciens 
titres et fondations de cette église, et en fait une 
paroisse, sous le vocable de sainte Marie, de saint 
Deniset de saintLouis (1), pour tous nos compatrio- 
tes résidant â Rome, leur faisant à tous, bien 
que placés dans les divers quartiers de la ville, et 
à leurs femmes même de nationalité étrangère, 
l'obligation d'y recevoir les sacrements, d'y rem- 
plir leurs devoirs religieux et d'y assister au .Saint- 
Sacrifice. Et cela nonobstant tous les privilèges, 



(1) Et prioratum et dignitatum nomina et (itulos neenon 
onlinos si qui fuissent inibi ab antique- instituti, supprimen- 
tes pariter et extinguentes... Ae illam duntaxat in sœcu- 
larem cum cura animarum ecclesiam, subejusdem B. Marisa 
tic SS. Dionisii et Liulovici invocatione nominandam, ins- 
tituentes et pariter erigentes, permutationem et excambium 
Conflrmamus et approbamus... 



115 

exemptions et lettres accordées antérieurement (1). 

Cette bulle eut une grande influence sur l'a- 
venir des établissements de Saint-Loirs ; elle 
groupait ensemble, bon gré, mal gré, toutes ces 
nationalités diverses et dirigeait toutes les volon- 
tés vers un seul but : une installation convenable 
pour une paroisse de Rome. 

Sixte IV y désigne les personnes qui ont fait 
l'échange de Saint-Louis contre Notre-Dame de 
Cellis et qui en ont sollicité l'approbation, par ces 
mots: Universi nationis gallicanœcuriales roma- 
nam curiam sequentes.Ces paroles pouvant donner 
lieu à une fausse interprétation et créer des dif- 
ficultés pour l'avenir, en ce sens qu'elles semblent 
exclure les Savoyards et les Lorrains, la Congré- 
gation de Saint-Louis, du commun accord des trois 
nations, fit, peu après la mort de Sixte IV (1484) 
et sous le pontificat d'Innocent VIII, un décret 
solennel pour expliquer le sens qu'il faut donner 
à ces expressions (2). Il est intitulé : De qua na- 

(1) Quod omn.es ecclesiasticae personae cjuacumque digni- 
tale fungantur et etiam laici cujuscunicjue status, conditionis 
et artiflcii extant dictée nationis, utriusque sexus personœ 
romanam curiam sequentes pro tempo re, etiarasi conjuga- 

toratn uxores alieime nationis existant sint et esse cen- 

seantur parochiani dictai ecclesiœ de Cellis... et ad illam 
pro sacramentis recipiendis et audiendis divinis, diebus fes- 
livis et aliis, accedere sub psena inobedientiœ teneantur.... 

(2) Per paura che questi medesimi termini nationis Gal- 
licanœ cagionassero qualehe difficoltà nel progresso, la Con- 
gregazione do' Curiali F. L. e S. in uno solenue deereto, che 
fece dopo la morte di Sisto IV, si spiega cosi 

( Mémoire ia cardinal Albani.) 



116 

tione et quoi de una provincia capellani in ec- 
clesîa recipi debeant. 

Voici, en substance, ce décret (1) que tous les 
documents que j'ai sous les yeux citent, à diffé- 
rentes reprises, comme une pièce de la plus haute 
importance. 

Comme tous les Ultramontains de la nation 
gallicane, suivant la Curie romaine même pour 
quelque temps, doivent être et sont, d'après la 
constitution ou concession faite à Saint-Louis par 
le pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, de vrais pa- 
roissiens de ladite église, et que, sous cette dési- 
gnation, sont comprises toutes les provinces d'au- 
delà des Alpes qui parlent communément la lan- 
gue française, il est juste et convenable, pour le 
bien de cette église et de ces nations diverses, 
qu'il y ait des chapelains appartenant à chacune 
d'elles. C'est pourquoi il a été statué avec sagesse 
que, désormais, on ne recevrait à Saint-Louis comme 
chapelains que des prêtres originaires de l'une ou 
de l'autre de ces trois nations, et que les prêtres 
surnuméraires ne pourraient être plus de deux en 
même temps pour chacune d'elles ; â moins toute- 
fois que, accidentellement, une de ces provinces 
n'en fournisse pas de capables d'occuper le poste 
et en nombre suffisant pour le service do l'église. 
Dans ce cas, on pourrait en admettre trois delà 
même nation. Toutefois, on ne doit pas déroger 

(1) Voir les pièces justificatives, n' 1. 



117 

facilement au présent décret, et, quand la néces- 
sité ou le bien de l'église le demandera, on ne doit 
le faire que d'une manière provisoire et temporaire. 

A ce décret, la congrégation en ajouta un autre 
datant de la même époque et intitulé : De modo 
recipiendi capellanos ecclesiœ, et de juramento 
per eos prœstando (1). Ce décret, qui consacre 
l'autonomie de la Congrégation de Saint-Louis, re- 
commande de ne recevoir au nombre des chape- 
lains que des prêtres d'une vie exemplaire, suffi- 
samment instruits sur le plain-chant et sur tout 
ce qui regarde les devoirs de leur état, et consen- 
tant à se faire agréger a la Confrérie de la Sainte- 
Vierge érigée dans la maison. De plus, il leur im- 
pose l'obligation de prêter serment, sur les saints 
Evangiles et entre les mains des Recteurs, de dé- 
fendre les droits et les biens de la congrégation 
et de l'église de Saint-Louis, d'obéir aux ordres de 
de leurs supérieurs et de se reconnaître amovi- 
bles, même sans cause, au bon plaisir des Rec- 
teurs. 

Tout en faisant ces décrets de réglementation 
intérieure pour la communauté, les Français, les 
Savoyards et les Lorrains ne perdaient pas de vue 
le but qu'ils s'étaient proposés d'atteindre, en quit- 
tant le quartier délia Y' il le pour venir s'établir à 
Notre-Dame de Cel/is. Ce but, nous le connais- 
sons : c'était d'édifier une belle église et de fonder 
un vaste hospice, et, en faisant échange avec les 

(1) Voir 1rs pièces justificatives, n° 2. 



118 

Bénédictins , nos compatriotes avaient en vue 
moins les bâtiments, qui laissaient beaucoup à dé- 
sirer, que l'emplacement, qui se prêtait merveil- 
leusement à leurs projets. 

Dès le commencement, on songea donc à dé- 
molir pour rebâtir. Mais l'entreprise était impor- 
tante et donnait à. réfléchir ; et ce ne fut que qua- 
rante ans plus tard qu'on mit la main à l'œuvre. 
Pendant ce laps de temps^ on s'occupa à mûrir le 
projet, à faire dresser les plans, à recueillir les 
ressources nécessaires pour conduire ce travail à 
bonne fin ; on fit des quêtes dans l'église, on sol- 
licita des dons et on ouvrit une souscription. Voici 
quelques-uns des noms des premiers souscripteurs : 
notre compatriote, Pierre de Lambert (1), de 
Chambéry, premier recteur de Saint-Louis, Abré- 
viateur du Parc-Majeur, donna 100 écus d'or; 
M gr Brissonet, évoque de Saint-Malo, ministre de 
France auprès du Saint-Siège., 20 ducats d'or; 
Guillaume Guinet, 97 ; Joseph Collet, 22; Jean de 
Planis, 3; Robert, 2 écus d'or (2). On arriva peu 
à peu, grâce à ces quêtes et à ces souscriptions, au 
chiffre de 1.G00 ducats d'or, somme respectable 
pour l'époque (3). 

Enfin, toutes ses mesures étant prises, la Con- 

(1) Plus tard, évêque de Caserte, au royaume de Naples. 

(2) Extrait des archives de Saiut-Louis. 

(3) Nos confrères amassèrent, parle moyeu de cuil. vies 
pour commencer L'église, lu somme de l.OOO ducats d'or. 

(Jean Rémy.) 



119 

grégation de Saint-Louis crut pouvoir marcher 
vers la réalisation de son projet. Ce fut en 1518 
qu'elle ordonna de préparer l'emplacement pour la 
nouvelle construction. Elle fit démolir une partie 
du prieuré, l'église de Notre-Dame de Cellis et les 
deux chapelles de Saint-Nicolas et de Sainte-Apol- 
lonie qui y étaient annexées. Mais elle conserva 
le petit sanctuaire du Saint-Sauveur in Thermis 
Lombardorum, soit parce qu'il était un peu à l'é- 
cart, soit à cause de son ancienneté et de la véné- 
ration toute particulière que lui portaient les Ro- 
mains (1). 

Néanmoins, malgré toutes ces démolitions, 
remplacement n'était pas suffisamment vaste pour 
réaliser le plan tracé par Jacques délia Porta. 
Nos compatriotes étaient dans l'embarras. Que 
faire ? L'architecte leur conseilla de s'adresser au 
Souverain-Pontife et de lui demander une parcel- 
le de la place sur laquelle devait donner la porte 
principale. Le pape, qui était alors Léon X, ac- 
cueillit avec bienveillance la demande de la Con- 
grégation de Saint-Louis, et lui adressa aussitôt un 
bref qui montre tout l'intérêt qu'il portait à cette 
œuvre. Ce bref est de la veille des ides du mois 
d'août, la sixième année de son pontificat (2). 

(1) Ce sanctuaire, appelé aujourd'hui le SalcatorellOj est 
un des plus anciens de Rome. Il avait été bâti sur les thermes 
de Néron e1 consacré par saint Sylvestre, du temps de L'em- 
pereur Constantin. Saint Grc^oire-le-Grand travail enrichi 
de nombreuses reliques. 

(2) Voir, p. 85, les Savoyards ». Rome 



120 

« Nos chers fils, membres de l'association des of- 
ficiers de la Curie romaine, appartenant à la na- 
tion et à la langue gallicane, nous avant fait con- 
naître que leur église de Sainte-Marie, de Saint-De- 
niset de Saint-Louis, aux Thermes < les Lombards, 
tombait de vétusté et se trouvait trop étroite 
pour contenir la foule des fidèles qui venaient as- 
sister aux offices religieux, et que leur intention 
était de la reconstruire par les fondements et de 
la rendre plus convenable pour la célébration du 
culte divin ; mais que, pour réaliser leur projetais 
avaient besoin d'une partie de la place qui se trou- 
ve devant la porte principale ; animé de bienveil- 
lance à leur égard, nous voulons seconder leurs 
efforts et écarter tous les obstacles qui pourraient 
s'opposer à la bonne exécution de leur plan. 

« C'est pourquoi nous donnons et concédons aux 
recteurs, camériers et procureurs de ladite église 
la parcelle de terrain que les maîtres des voies 
publiques leur désigneront, et, en tant que faisant 
partie du domaine de la Chambre Apostolique, 
nous l'en séparons et en faisons abandon ; leur 
accordant en outre toutes les pierres, marbres et 
antres matériaux qui sont sur le sol ou qu'ils 
trouveront dans les fouilles, sans avoir à deman- 
der la permission d'aucun, et nous défendons à 
toute personne, de quel» nie dignité qu'elle puisse 
être, de les inquiéter et de les molester ; nonobs- 
tant tous statuts, coutumes,, serments, clauses res- 
trictives, comme aussi nonobstant toutes les cous- 



121 

titutions et règlements de la Chambre Apostoli- 
que et du M un ici pe. » 

Telles sont les paroles de Léon X. Il ne pouvait 
guère exprimer d'une manière plus claire et plus 
explicite l'intérêt qu'il portait à cette œuvre : il 
donne le terrain ; il donne les pierres, les mar- 
bres, les matériaux ; il prend toutes les précau- 
tions pour qu'on ne vienne pas troubler les tra- 
vailleurs. C'est que Léon X était un ami des 
beaux-arts ; c'est que, continuant l'œuvre de res- 
tauration entreprise par Nicolas V, il voulait cou- 
vrir Rome de monuments remarquables et la ren- 
dre digne de sa glorieuse destinée. Un autre mo- 
tif de cette singulière bienveillance à l'égard de 
nos compatriotes, c'est qu'il tenait à être au mieux 
avec la France. François I er venait, depuis peu 
de temps, de remporter l'importante victoire de 
Marignan, qui lui avait donné le Milanais et, 
par le fait, une grande prépondérance en Italie. 
Déplus, il venait d'abolir la Pragmatique-Sanc- 
tion, odieuse à la cour de Rome, et de la rempla- 
cer par un concordat conclu avec le pape, à Bo- 
logne, le 3 des ides de décembre 1515. 

Pour tous ces motifs, Léon X se montra d'une 
extrême bienveillance pour la Congrégation de St- 
Louis. Nous l'avons constaté plus haut ; nous al- 
lons le constater encore d'une manière plus évi- 
dente par le document suivant, qui est l'acte de 
la pose de la première pierre fondamentale de la 
nouvelle église (1) : 

(1) Voir les pièces justificatives, n° 4. 



122 

« Comme au mois d'avril de la présente année, 
il a plu à Dieu, dans son infinie bonté, d'éclairer 
les esprits des officiers de la Curie romaine ap- 
partenant à notre nation gallicane, et de les por- 
ter à prendre, aux applaudissements de tous, la 
décision de reconstruire sur de nouvelles bases et 
en meilleure forme le sanctuaire consacré à la 
Sainte- Vierge, Mère de Dieu., â saint Denis et 
à saint Louis, qui tombait de vétusté, Notre Saint- 
Père le Pape Léon X a bien voulu coopérer à la 
réalisation de ce projet en promettant de donner, 
de sa propre bourse, vingt ducats d'or chaque mois, 
tout le temps que durera cette construction. Et, 
pour engager les fidèles â contribuer par leurs of- 
frandes à cette œuvre pie, il a voulu que la pose de 
la première pierre fondamentale se fit, en grande 
cérémonie et au milieu d'un immense concours 
de personnages remarquables et de prélats, par 
son cousin, le cardinal Jules de Médicis (1), vice- 
chancelier de l'Eglise romaine et protecteur de 
la nation gallicane. 

Sur cette pierre, qui est un bloc de travertin, 
ont été sculptées, selon l'usage, les armes du pape, 
celles du vice- chancelier, protecteur, avec des 
fleurs de lis aux armes de France interposées et 
l'inscription suivante : Deo. Opt. Max. et Dei- 
pai'œ Mariœ Virgini, Dwisque Dionisio etLu- 
dovico. — Leone X, Pontifice Maxim o, ci Fran- 

(1) Plus tard pape sous le nom de Clément VII. 



123 

cisco I, Galliarum rege ChristiahissimOj Julius 
Medices. Cal. septembris anno 1518. 

Cette pierre, ainsi décorée et ornée des armes et 
de l'inscription précitées, fut placée, en grande 
pompe et aux applaudissements des officiers de la 
Curie romaine, pour servir de fondement à l'église 
nouvelle, Fan de l'Incarnation de Notre Seigneur 
Jésus-Christ, 1518, par l'illustrissime et révéren- 
dissime cardinal, vice-chancelier et protecteur, 
assisté, pour les cérémonies et les honneurs divins, 
par les Révérends Pères en Jésus-Christ, les évo- 
ques de Vetrus... et de Pisaur.... Maîtres des 
cérémonies de la Chapelle Pontificale, et de beau- 
coup d'autres, prélats, parmi lesquels M" v Denis 
Brissonet, évêque de Saint-Malo, orateur royal 
très éloquent. 

Etaient présents à la cérémonie quantité de 
personnages nobles et remarquables, parmi les- 
quels les seigneurs baron de La Palisse (1), son 
neveu de Concurso et de Lestmay, guerriers 
illustres par leurs exploits sur terre et sur mer. 

A citer, parmi les récents recteurs et officiers 
qui se sont le plus distingués par leur zèle éclairé, 
industrieux et infatigable pour cette œuvre, Pier- 
re de Lambert, chanoine de Genève, abréviateur 

(1) Le sire de la Palisse, maréchal de France, péril 
glorieusement à la bataille de Pavie en 1525. 

J. deMaistre a dit de lui : « Soyez donc un grand homme 
pour que le premier rimailleur vienne vous chansonner et 
attacher i\ votre nom un ridicule immortel ! » 



124 

de la Présidence (Savoyard) ; Jean Chabeu, de 
Tarontaise, docteur des décrets, supérieur de 
l'église collégiale d'Aiguebelle (Savoyard) ; Jean- 
Pierre Trolliet, notaire de la Sainte-Rote ; Guil- 
laume de Bosco, écrivain des archives de la Rote. 

Fait à Rome, les an et jour que ci-dessus, la 6 e 
année du Pontificat de Léon X et la 4 e année du 
règne du roi très chrétien François I er . 

AN. S. J. C. empire, honneur et gloire ! » 



1 25 



III. 



La pose de la première pierre de l'église de St- 
Louis se fit le 1 er septembre 1518. 

Les travaux furent poursuivis avec ardeur tant 
que durèrent les 1.600 ducats d'or que l'on avait 
obtenus au moyen de collectes et de souscriptions. 
Cette somme une fois épuisée, il ne restait plus 
d'autres ressources que les ,20 ducats d'or que le 
pape Léon X faisait verser, régulièrement tous 
les mois, dans la caisse de la congrégation par 
son trésorier Bernardin Bini. Ce don, vraiment 
princier, fut un des grands facteurs de l'érection 
delà nouvelle église de Saint-Louis, et produisit, 
parla suite des temps, une somme importante. 

A quel chiffre a-t-elle bien pu s'élever ? Le 
Mémoire du cardinal Albani, se basant sur le 
fait que cette somme a été payée pendant 62 ans, 
dit qu'elle s'est élevée à 14,880 ducats d'or (1) ; 

(1) La ehiesadj San Luigi, sendo stata ciel 1518 più splen- 
didamente riediâcata da i fondamenti a spese parimente 
délie tre nazioni, le cjuali a tal effetto avevano raccolto mille 
sei eento scudi d'oro, ottenne délia generosa muniûcenza di 
Leone X il maggior sussidio, pareliè oltre averle donato il 
sito d'una piazza e quantità di oementi et di marmi, asse- 
gnolle 20 scudi d'oro il mese, durante il tempo di tal fab- 
brica, la quale non essendosi terminata ehe nel 1580, venne 
a ricevere la speciosa somma de 210 scudi per eiascliedun' 
anno, e per conscguenza nello spazio de 02 anni clie durù 
detta fabbrioa, quella di 14,880 seudi d'oro. 



126 

ce qui équivaudrait à plus de deux cent mille 
francs de notre époque. Mais il y a lieu de croire 
que ce versement ne s'est pas effectué pendant 
soixante-deux ans. Nos compatriotes, qui n'a- 
vaient pas intérêt à amoindrir les largesses de 
Léon X, disent, dans leur réponse à M$ r de 
Cauterau (1), que, d'après les livres de compte de 
Saint-Louis, les 20 ducats d'or ont été payés cha- 
que mois, pendant plusieurs années, par Bernardin 
Bini, autrefois trésorier du Souverain-Pontife. 
Ce qui voudrait dire que cette somme a été versée 
même après la mort de Léon X, qui n'a survécu 
que trois ans à sa promesse ; mais nullement, 
qu'elle a duré pendant soixante-deux ans. S'il en 
avait été ainsi, nos compatriotes n'auraient pas 
manqué de faire ressortir ce fait, qui venait à 
l'appui de leurs droits. 

La Congrégation de Saint-Louis faisait, de son 
côté, tout ce qu'elle pouvait pour se procurer de 
l'argent, et conduire son entreprise â bonne fin. 

« On continua, dit Jean Rémy, a faire des 
collections, et quand l'argent manqua, on vendit 
des maisons, on se servit de l'argent que l'on 
avait reçu pour fonder des chapelles, on fit des 
emprunts à des particuliers ; quand on louait des 

(1) In libro ineœpto usque de an no 1518, legitur charitas 
qu.se per P. Max. Leonem X débat quolibet mense in sum- 
ma 20 aurei de Caméra per manus D. Bernardin! Bini, 
olim thesauraiïi dicti pontiftcis ; quae charitas continuât^ 
fut per plures aniios,\xt apparet manifeste ex dieto libro. 



127 

maisons, c'était quasi toujours â condition do 
donner le louer d'avance pour plusieurs années. 
A l'exception de Léon X, tout se fit aux dépens 
de la congrégation. J'en ai en mains les preuves.» 

Les travaux marchèrent lentement, et ce n'est 
qu'en 1580, c'est-à-dire après soixante-deux ans, 
qu'elle fut achevée. La dédicace ne se fît que 19 
ans plus tard, le 8 octobre 1599. 

Une autre entreprise qui marchait lentement 
aussi et parallèlement à celle de Saint-Louis, c'était 
la construction de la basilique de Saint-Pierre, au 
Vatican. Ce n'est pas sortir de mon sujet que de 
la signaler en passant, puisque nos compatriotes 
s'en occupèrent et y prirent part. En quoi et de 
quelle manière? Ont-ils fait quelques dons, ou bien 
les a-t-on consultés au sujet des quêtes que le pape 
fit faire dans toute la chrétienté (1 ) pour ce mo- 
nument dédié au chef des Apôtres et de l'Eglise ? 
Je ne saurais le dire; mais, ce qu'il y a de certain, 
c'est que, d'après le livre-journal de Saint-Louis, la 
congrégation, clans sa séance du 10 novembre 
1524, nomma une commission composée de six 
de ses membres : deux pour la province de France, 
deux pour la province de Savoie, deux pour la 
province de Lorraine, pour conférer avec les per- 

(I) On sait que les indulgences accordées par Léon X à 
ce sujet, et dont la publication pour l'Allemagne avait été 
confiée aux Dominicains, furent le prétexte dont Luther, 
moine augustin, se servit pour lever l'étendard de la révolte 
contre Rome. 



128 

sonnages chargés de clirigeL' la construction cle la 
basilique de Saint-Pierre (1). 

Les successeurs de Léon X suivirent son exem- 
ple et ne cessèrent de manifester l'intérêt qu'ils 
portaientà l'établissement de Saint-Louis. Jules III 
lui octroya, sur tous les bénéfices consistoriaux de 
France, un ducat par cent du revenu d'une année. 
Les expéditionnaires ne pouvaient envoyer les 
bulles sans avoir préalablement payé cette somme. 
Le roi cle France, Henri II, par lettres patentes 
de 1550, y donne son consentement. Le môme 
pape Jules III unit à Saint-Louis, enl553, une pe- 
tite église qu'on appelait Saint-Nicolas de la 
Cerise } avec tous ses revenus. 

Ala demande delà Congrégation do Saint-Louis, 
Grégoire XIII avait formé le projet d'ajouter un 
nouveau ducat à celui qui se payait déjà ; mais il 
mourut sans pouvoir réaliser ses bonnes inten- 
tions. Son successeur, le grand pape Sixte V, se 
bâta, dès la première année de son avènement au 
trône pontifical, en 15S5, d'exécuter ce projet, 
et, dès ce moment, les bénéfices consistoriaux de 
France payèrent deux ducats par cent des fruits 

( 1 ) Deputatio sex voealium congregationis Sancti-Ludovici, 
cluonmi ncmpe exquacumcpie natione vel provineia, pro 
fabi'ica Basilicse Divi Pétri. 

« In congreg.itione de anno 1521 die 20 novembris, depu- 
« lati fuere ad tractandum super fabriea Sancti Pétri sex ex 
« congregntione, scilieetduo pro provineia Franciae, duo pro 
« provineia Sabaudke, et alii duo pro provineia Lotharin- 
« giœ. » 



129 

d'une année, Henri III suivit l'exemple de son 
père et confirma, par lettres patentes, cette dona- 
tion du pape. « Voilà, dit Jean Rémy, la seule 
chose que les rois de France aient faite pour la 
Congrégation de St-Louis ; ils n'ont eu que le 
mérite de donner leur consentement aux grâces 
que les papes lui ont faites. » 

Le duc de Lorraine, Charles III, fit mieux. Non 
seulement il prit l'initiative de la chose, mais il 
accorda, par diplôme de l'année 158.2, deux ducats 
par cent sur tous les bénéfices consistoriaux et 
non consistoriaux du duché, comme aussi sur 
ceux des trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, 
qui étaient sous sa dépendance. Or, le nombre de 
ces bénéfices, abbayes, prieurés, canonicats, di- 
gnités et paroisses étaient très considérable et 
leurs revenus étaient des plus riches (1). 

Les Lorrains étaient nombreux à Rome à cette 
époque ; ils occupaient la plus grande partie des 
charges principales de la Daterie et de la Chancel- 

(1) Serenissinius Dux Lotharingiae concessit duos ducatus 
pro qualibet expéditions omnium benefleiorum dominii sui; 
bujus rei diploma est de anno 1582. Quod diploma spectat 
bénéficia non consistoralia sicut et consistoralia, sicut très 
episeopatua Met. Tullen. Virdun. qui tune erant de ducatu 
regio lothai'ingieo ; quorum etiam numéro sunt omnes red- 
ditus siti in Lotbaringia, abbatiarum multarum, satis pin- 
gui uni prioratuum, eanonicatorum, dignitatum et etiam 
paroebiarum vel levissimarum , quarum numerus est 
amplissimus cum in sola disscesi Tullensi excédât nume- 
rum 1800. (Note du Mémoire Albani.) 

9 



130 

lerie Apostolique, et leurs revenus étaient très 
importants (1). C'est pourquoi il leur vint en pen- 
sée, tout en restant intéressés pour un tiers dans 
la congrégation et la communauté de Saint-Louis, 
de faire construire sous le vocable de saint Nicolas 
une chapelle particulière pour leur nation, dans 
l'église commune que l'on construisait, et de la 
faire desservir par deux chapelains de leur pays. 
La demande, présentée par M. Cumin, qui était 
alors recteur de l'établissement, fut agréée par la 
Congrégation de Saint-Louis et par le pape saint 
Pie V, qui érigea leur association en confrérie 
sous l'invocation de saint Nicolas. 

Les officiers de la Curie romaine, originaires de 
la Lorraine et du duché de Bar, achetèrent le 
terrain (1571), firent construire la chapelle â leurs 
frais, et payèrent â la Congrégation de St-Louis 
\mo indemnité pour le logement de deux chape- 
lains de leur nation, attachés au service de ce sanc- 
tuaire ; plus tard, ils firent construire à neuf un ap- 
partement destiné à cet usage (2). Tout en restant 

(1) Essendo clie li curiali Lorenesi et Barresi avevano 
ancora allora la maggior parte délie chariche principale délia 
Dataria e délia Cancelleria apostoliea. 

(2) Li curiali Lorenesi et Barresi si adunarono sotto una 
confra terni ta per loro eretta dalla S. M. di Pio V, ed aven- 
do colla permissione del medesimo comprato dalle loro pro- 
prie spese alcuni i'ondi dalla cong. delli sucletti Francesi, 
Lorenesi e Savoiardi per fabiïcare una capella sotto l'invo- 
zione di S. Nicolô nella chiesa délie tre nazione sudette 
sopra la quale si leggono ancora adosso le parole seguenti : 
Societas Lotliaringorum. 



131 

donc intéressés pour un tiers clans l'œuvre géné- 
rale, supportant les charges et jouissant des avan- 
tages communs, ils avaient des intérêts particuliers 
qui ne regardaient que la Lorraine et le duché de 
Bar. La Congrégation de Saint-Louis, en aliénant 
ainsi une partie de son immeuble, n'avait qu'une 
chose en vue, l'argent qui en résulterait et, par là, 
le moyen de hâter l'achèvement de l'église (1). 

Elle était ouverte au public depuis trois ans à 
peine, lorsque les Bretons , qui avaient pour leur 
nation un établissement dans le genre de celui do 
Saint-Louis, connu sous le nom de Saint- Yves, ma- 
nifestèrent le désir de faire partie de l'administra- 
tion des trois nations. Leur demande fut assez mal 
accueillie par la Congrégation en général, et en 
particulier par les Savoyards et les Lorrains, qui 
craignaient de voir rompre l'équilibre établi entre 
les trois nations, et qui regardaient cette union 
comme plus onéreuse que profitable. En effet, 
l'établissement des Bretons se présentait dans de 
mauvaises conditions. Les bâtiments de l'hôpital 
et de la demeure des chapelains étaient à moitié 
ruinés ; l'église de St-Yves était accablée de char- 
ges et en très mauvais état. C'était une ancienne 
église qui s'appelait Saint-André de Monterariis 

(1) Li denari elie diede per fondi di detta cappella ed 
appartamento furono impiegati alla nuova fabbrica da gran 
tempo eominciata délia ehiesa délie tre nazioni sudette, che 
non si poteva tirare avanti per mancanza di denari bastanti. 

(Mémoire Albani.) 



132 



et appartenait à Saint-Laurent in Lucîna. Elle 
avait été donnée aux Bretons par le pape Càlixte 
III, en 1456, à l'instance du cardinal Alan Taille- 
bourg, natif de Bretagne (1). 

Ses revenus, provenant du loyer de quelques 
maisons, s'élevaient à la somme de 435 écus et 2 
livres de cire. « On peut juger par là, dit Jean 
Rémy, s'il y avait moyen de faire subsister un 
curé, des clercs, des prêtres, pour dire la messe, 
pour officier et chanter les jours de fête et diman- 
ches, satisfaire aux messes de fondation, tenir un 
hôpital et ses ministres et pourvoir à l'entretien 
dos bâtiments, de la sacristie et de l'église.» 

Les Bretons, inquiets au sujet de l'avenir de leur 
établissement , et voyant leur demande repous- 
ser, par la Congrégation de Saint-Louis, s'adres- 
sèrent au roi de France, qui était devenu leur 
souverain depuis quelques années, par le fait du 
mariage de la duchesse Anne avec Charles YIII 
en 1491, et plus tard avec Louis XII, en 14'.»'.). 
Henri III, comme duc de Bretagne, voulut bien 
s'interposer et supplia le pape de prononcer cette 
union. Grégoire XIII acquiesça aux désirs du roi, 
et, annulant tous les titres de St-Yves, l'incorpora 
à St-Louis, en 1583, chargeant cet établissement 
d'acquitter, comme il est dit dans la bulle d'union, 

(1) Presso la Scrofa si trova questa antica parrochia délia 
nazione francese di Bretagna. Fu conceduta dal pontiflee 

Calisto III a detta nazione, mediante le continue istanze |del 
cardinale Alano. (Pancirolo, Ro ma Sacra.) 



133 

toutes les fondations et obligations cle l'église et 
de l'hôpital. 

Dès lors, la congrégation des Français, des 
Savoyards et des Lorrains fut chargée d'entretenir 
et de réparer les immeubles cle Saint- Yves. Cette 
mesure fut pour elle l'occasion de grandes dépen- 
ses. Do plus, elle eut à faire acquitter les fonda- 
tions et les charges de l'église et de l'hôpital par 
un curé et plusieurs chapelains, ce qui fut aussi 
l'occasion de nouvelles dépenses. On peut donc 
dire, ajuste titre, que l'union de Saint-Yves (1) 
fut pour Saint-Louis, non un avantage, mais une 
charge que nos compatriotes durent subir par 
obéissance. 

L'année suivante, 1584, nos compatriotes firent 
avec l'argent que leur transmit Catherine de 

(1) Le roi (Henri III), comme duc de Bretagne, chercha 
les moyens de décharger les Bretons de ce poids, pour en 
charger Saint-Louis. Les Savoyards et les Lorrains s'y op- 
posèrent quelque temps, l'union étant plus onéreuse que 
profitable. (Jean Rêmy.) 

Le dette nazioni Lorenese e Savoiarda conservarono cias- 

cuna la loro terza parte nella eommunità , già composta 

nel tempo di Paolo V di venti cappellani : cioè 6 Francesi, 

6 Lorenesi e 6 Savoiardi con due altri che la congregazione 

délie tre nazioni vi giunse per grazia, in favoredi duc preti 

Brettoni all'occasione dell'unione benche assai pregiudiziale 

dellacappella parrocchiale di San Yvocon l'ospedale di essa ; 

L'entrata de' quali non essendoche di 435 scudi nel tempo di 

Gregorio XIII che fece d'Autorità Sovi-ana delta unione 

all'istanza del re di Francia. 

(Mémoire A Uni in. i 



134 

Méclicis, l'acquisition de plusieurs immeubles (1) 
qui se trouvaient près de Saint-Louis et du Palais- 
Madame. Cette somme, assez considérable, puis- 
que pour la parfaire la reine de France avait, 
pendant plusieurs années, économisé 400 écus sur 
ses dépenses annuelles, provenait, non d'un don, 
mais d'une fondation à titre onéreux, comme il 
est facile de le constater (2). 

« En recevant le présent legs que nous faisons, 
dit-elle, les recteurs et administrateurs do St- 
Louis seront chargés de faire dire et célébrer, à 
l'avenir et pour toujours et chaque jour de l'année, 
une messe basse pour la prospérité du Roy, notre 
cher seigneur et fils, et de ses successeurs et pour 
la nôtre; de plus, de célébrer chaque année, le 10 
juillet, dans lequel jour il a plu à Dieu de rap- 
peler à soi le Roy, notre Seigneur et Epoux, une 
messe haute avec diacre et sous-diacre, avec ser- 
vice solennel et obsèques, auquel les recteurs et 
administrateurs de ladite église et tous les prêtres 
salariés soient obligés d'assister; et, déplus, de 
faire dire une messe basse à notre intention cl 

(i) Ces maisons ont été achetées par Les nationaux au 
moyen des sommes qu'elle (la reine) leur lit toucher et 
qu'elle avait amassées, pendant plusieurs années, en retran- 
chant sur ses dépenses quotidiennes 1O0 éens par an. (Crozé.) 

(2) Catherine, tille de Laurent II de Médicis, avait une 
prédilection pourl'église de St-Louis, près de laquelle elle 
avait habité autrefois et où elle avail prié dans sa jeunesse, 
("est elle qui avait fait bâtir le magnifique palais qui existe 
encore aujourd'hui et qu'on appelle Palais-Madame. 



135 

pour notre âme après que Dieu nous aura rap- 
pelée à soi, chaque jour à perpétuité. Nous deman- 
dons qu'on établisse au lieu le plus visible de 
l'église une table d'airain, où le présent legs et 
sa charge seront exprimés.)) 

Cette fondation s'acquitte encore aujourd'hui. 

Elle fut accueillie avec joie par nos compatriotes, 
parce qu'elle leur fournissait le moyen d'isoler et 
d'embellir leur établissement. 



136 



IV. 



Nous avons vu dans le chapitre qui précède 
comment, grâce aux dons des papes, grâce aux 
sacrifices et aux efforts persévérants de nos com- 
patriotes, la reconstruction de l'église de Saint- 
Louis fut menée â bonne fin ; nous avons vu aussi 
que, par l'union de Saint-Yves et la fondation de 
Catherine de Médicis, la bienveillance du duc de 
Lorraine aidant, le domaine de la congrégation 
allait s'agrandissant de jour en jour. L'œuvre, 
conçue par les premiers administrateurs, n'était 
pas arrivée à son complément ; certainement non, 
puisqu'il restait à améliorer les bâtiments de l'hô- 
pital et de la demeure des chapelains ; mais on 
peut dire que, dès lors, la période critique et dif- 
ficile était traversée, à la grande joie de nos na- 
tionaux. Toutefois, la congrégation avait encore 
bien des mauvais jours à passer à cause des dis- 
sensions, et ces dissensions commencèrent l'année 
qui suivit l'achèvement de l'église. 

Un certain nombre de Français, de Savoyards 
et de Lorrains, qui n'avaient pris aucune part à la 
direction des travaux, voulurent s'immiscer dans 
l'administration lorsqu'ils furent achevés. Ils pré- 
tendirent que, comme dans les premiers temps, 
tout le monde avait droit d'assister aux séances, 
de prendre part aux débats ; que tous devaienl 
être consultés et posséder voix délibérative. C'é- 



137 

tait le suffrage universel en germe. Les assemblées 
étaient tumultueuses et l'on ne parvenait pas à 
s'entendre, l'un voulant une chose, l'autre en vou- 
lant une autre. 

Les anciens administrateurs qui avaient présidé 
aux travaux, les hommes graves et sensés des trois 
nations, cherchaient à porter remède au mal. Ils 
tinrent, le 17 février 1581, une assemblée à la- 
quelle assistait M. d'Albain, ministre de France 
auprès du Saint-Siège, et ils finirent par convenir 
qu'il fallait faire élire, par tout le inonde, un cer- 
tain nombre d'hommes respectables, d'une probité 
reconnue, lesquels seuls auraient droit d'adminis- 
trer les biens de Saint-Louis et seuls pourraient 
prendre part aux délibérations. Ce point fut admis 
sans opposition. Mais restait une question grosse 
d'orages, le nombre des administrateurs pour cha- 
que nation. Le ministre de France et ses compa- 
triotes en voulaient la moitié pour eux, se basant 
sur les dons faits par leurs nationaux et sur l'an- 
nexion de Saint- Yves. Les Savoyards et les Lor- 
rains résistèrent et prétendirent que, comme par 
le passé, chaque nation devait avoir un tiers des 
administrateurs. On se sépara sans rien conclure. 

Mais, comme la confusion augmentait et que la 
congrégntionse voyait à la veille de sa ruine, on 
convint d'une nouvelle assemblée générale et so- 
lennelle à Saint-Louis, pour le 5 mars delà même 
année 1581. 

Tous les principaux personnages des trois na- 



138 

tions y assistaient. Après bien des pourparlers, 
après une longue discussion, on finit par recon- 
naître que la France avait fait un apport social 
plus important que les deux autres nations et que, 
par le fait, elle avait droit à un plus grand nom- 
bre d'administrateurs. Les bases posées par l'am- 
bassadeur français furent adoptées, et on élut im- 
médiatement douze Français, six Savoyards et six 
Lorrains, qui seuls, désormais, prendraient part 
aux délibérations et administreraient les biens de 
l'église et de l'hôpital. 

Mais tout le monde ne fut pas content. Il y eut 
bien des réclamations de la part des Savoyards et 
des Lorrains, et, pendant treize ans, on ne vit que 
désordre et confusion. Que faire ? On recourut au 
pape, le véritable souverain de Saint-Louis. 

Pour mettre (in à tous ces démêlés, Clément 
VIII publia, le 20 décembre 1594, une bulle qui 
fit rentrer tout le monde daras le devoir, par les 
censures et les peines dont elle menaçait les re- 
belles. Cette bulle approuve tout ce qui a été sta- 
tué dans l'assemblée du 5 mars 1581 et fixe, d'une 
manière irrévocable, le nombre des administra- 
teurs afférent à chaque nation. Comme elle est 
longue, je n'en donnerai qu'une analyse suc- 
cincte (1). 

« Clément VIII, pape, à nos chers fils, les rec- 
teurs et administrateurs de L'église de Saint-Louis 

(1) Voir Les Savoyards à Rome, p. 82. 



139 
de la nation gallicane, salut et bénédiction en N. 

« Comme nous avons eu connaissance du désir, 
formulé souvent par les personnages notables qui 
se réunissent pour l'administration des biens de 
la Congrégation de Saint-Louis, de voir observer 
le statut qui prescrit de délibérer avec gravité et 
d'éviter toute clameur ; persuadé que cela ne peut 
se faire qu'autant que ces assemblées ne seront 
composées que d'un nombre restreint d'hommes 
sérieux, choisis parmi les plus remarquables de la 
nation, nous approuvons tout ce qui a été délibéré 
.et statué dans la réunion du 5 mars 1581. Le nom- 
bre des administrateurs sera donc désormais de 
vingt-quatre : douze du royaume de France, six 
du duché de Lorraine et six du duché de Savoie. 

« Nous décrétons et statuons que ces députés, 
nommés en assemblée générale a la majorité des 
voix, pourront seuls prendre part aux délibéra- 
tions et administrer les biens de la Congrégation 
de Saint-Louis. 

« Nous chargeons notre chapelain, Séraphin 
Salzato, auditeur des causes pour la Chambre 
Apostolique, de veiller à l'exécution de ce décret, 
l'autorisant à recourir à tous les moyens de droit 
et de fait et même aux censures ecclésiastiques 
pour contraindre les rebelles à l'obéissance, et 
cela nonobstant tout décret et constitution apos- 
tolique antérieurs et tout règlement de ladite con- 
grégation dont l'observation aurait été promise, 
même sous la foi du serment. » 



140 

Le Souverain -Pontife avait parlé et, par le ton 
comminatoire de la bulle, il avait clairement 
donné à entendre qu'il veillerait à l'exécution de 
ses volontés. Il n'y avait plus qu'à se taire et à se 
soumettre. C'est ce que l'on fit. 

De 1594 à 1G18, la paix, une paix relative sans 
doute, semble avoir régné à Saint-Louis. Je m'ex- 
prime ainsi parce que, vu la nature des derniers 
démêlés et la manière brusque dont ils prirent fin, 
il me semblerait téméraire d'assurer qu'il n'en 
restât pas quelque germe dans l'esprit de certains 
dos membres de la congrégation. Mais les trou- 
bles et les luttes d'un autre genre, qui surgirent 
en 1618, durent y porter remède et achever ce que 
le bref du Souverain-Pontife avait commencé. 
Jusque-là, il ne s'agissait que du nombre plus ou 
moins important des administrateurs ou députés 
(pie devait posséder chacune des trois nations ; 
mais à cette époque, c'était une question de vie ou 
de mort pour l'autonomie de la congrégation qui 
allait s'agiter; c'était une lutte contre le roi de 
France lui-même qu'il fallait soutenir, et les trois 
nations étaient intéressées, à des degrés divers 
toutefois, à défendre leurs droits et à repousser le 
joug qu'on voulait leur imposer. 

Voici ;'i quelle occasion surgirent ces troubles 
et ces difficultés : 

Sous le pontificat de Paul V, le cardinal de 
Bérulle, qui avait fondé l'Oratoire de Franco, en- 
voya à Rome quelques-uns de ses religieux pour 



141 

demander au Saint-Siège l'approbation des sta- 
tuts et règlements de la nouvelle congrégation. 
Pendant qu'ils étaient dans la capitale du monde 
chrétien, ces religieux formèrent le projet de s'y 
procurer une maison. Saint-Louis, avec sa belle 
église, ses maisons et son hôpital, sans compter 
ses beaux revenus, parut tout à fait à leur conve- 
nance, et ils se persuadèrent qu'ils obtiendraient 
facilement de Louis XIII, dont ils connaissaient 
la bienveillance pour eux, toutes les places de la 
communauté, composée alors de vingt prêtres fran- 
çais, savoyards et lorrains. Et abusant de sa bonne 
foi, ils l'assurèrent, lorsqu'ils furent de retour à 
Paris, que cette église devait sa fondation et son 
érection aux rois de France, ses prédécesseurs, et 
que, à ce titre, il pouvait en disposer à son gré 
en faveur de leur communauté (1). 

Le roi, sans trop approfondir la vérité des dis- 
cours des Pères de l'Oratoire, expédia des let- 
tres patentes par lesquelles il leur accordait la 
communauté de Saint-Louis tout entière, les sub- 
stituant aux lieu et place des 20 chapelains ac- 
tuels. Munis de ces lettres, adressées à l'ambas- 
sadeur de France auprès du Saint-Siège avec or- 
dre de les mettre en vigueur aussitôt, deux de ces 

(1) Non facendo poco caso del bel posto e delT entrate 
eonsiderabili di detta chiesa, si persuasero dunque di poter 
facilmenteottenere del ré Luigi XIII la eommunità intiera 
de' cappellani Francesi, Loreiiesi e Savojardi allora com- 
posta di 20 sacerdoti. (Mémoire Albani.) 



142 

religieux reprennent le chemin de Rome et Les 
présentent, accompagnées de fortes recommanda- 
tions de la part de la reine-mère et du cardinal de 
Bertille, au marquis de Cœuvre, ambassadeur, et 
au cardinal de Sourdis, orateur du roi à la cour 
pontificale. 

Ceux-ci, après entente préalable, mirent tous 
leurs soins et toute leur activité à exécuter les 
volontés du roi, et déjà les députés français, gou- 
verneurs de Saint-Louis, voyant des ordres si 
précis et n'osant s'y opposer, commençaient à 
s'incliner devant le bon plaisir royal, tout en pro- 
testant contre l'usurpation et l'injustice du pro- 
cédé (1). 

Mais les Savoyards et les Lorrains, persuades 
que cette mesure ne pouvait se réaliser qu'au dé- 
triment de leurs droits sacrés et imprescriptibles, 
basés sur une possession séculaire, s'y opposèrent 
formellement, disant que l'église était nationale, il 
est vrai, mais que pour cela il n'était pas au pou- 
voir du roi d'en disposer à son gré. 

L'ambassadeur fit alors demander à la congré- 
gation les titres de la fondation et toutes les écri- 
tures des archives, prétendant y trouver de quoi 

(1) Il re senza mo'.to informarsi délia verità de' discorsi di 
detti padri spedl subito letterepat nti, in virtù délie quali 
conoesse alla detta eongregazione Tintera communità sud- 
delta. 

Appena il signore marehese di Cœuvre riceve li or- 

dini del re elle vuol eseguirli. (Mémoire Albani.) 



143 

prouver que l'église de Saint-Louis était soumise 
au patronage royal. 

A cette demande du marquis de Cœuvre, nos 
compatriotes, de concert avec leurs collègues de 
France et de Lorraine, firent la réponse suivante: 
« La Congrégation de Saint-Louis, bien qu'elle 
ne s'y croie pas obligée, mais seulement pour faire 
plaisir â Son Excellence M. l'ambassadeur de 
France, lui donne copie de la concession aposto- 
lique des deux ducats à laquelle les rois de 
France, comme cela y est rapporté, ne prirent 
part que par leur consentement; de même, elle lui 
envoie un extrait de la donation ou legs de Ca- 
therine de Médicis et de la délibération (1) de 
l'assemblée de 1581 à laquelle se rapporte le bref 
de Clément VIII. Quant au titre de fondation de 
l'ancienne église, ou pour mieux dire chapelle de 
Saint-Louis, dans lequel il serait fait mention de 
l'autorité du roi, nous déclarons qu'il n'existe 
pas dans nos archives. Toutefois, pour mieux s'en 
assurer, M. l'ambassadeur pourra choisir un prélat 
de ses amis, par exemple Mgr Dunozet, et le char- 
ger de venir examiner nos titres et nos écritures, 
et nous nous ferons un plaisir de les lui soumettre, 
pourvu que rien ne sorte du cabinet des archives. . » 
L'ambassadeur de France accepta cette propo- 

(1) Li curiali Savojardi, al contrario, e Lorenesi, si op_ 
porsero di tutta loro forza, dieendo che la fondazione per 
esscr nazionale, non era in potere di Sua Maestà di dis- 
porne. (Mémoire Allant.) 



144 

sition et choisit pour faire ses recherches, non 
Mgr Dunozet, mais Mgr de Cauterau, référen- 
daire des deux signatures. Ce prélat ne trouva 
pas le titre de fondation qui n'a jamais existé, 
parait-il, mais il fit un rapport dans lequel il con- 
signa onze raisons plus ou moins spécieuses qui 
semblaient militer en faveur du patronage royal. 
L'ambassadeur envoya aussitôt ce rapport aux 
recteurs et administrateurs de Saint-Louis, insis- 
tant de nouveau pour qu'ils eussent à se soumet- 
tre à la volonté et aux lettres patentes du roi. 
Mais ils n'en tinrent pas compte et firent un con- 
tre-rapport qui répondait, en les anéantissant, à 
toutes les raisons de Mgr de Cauterau (1). 

L'exposé de ces raisons étant un peu trop long, 
je crois devoir, pour ne pas interrompre l'histori- 
que de ces démêlés, en faire un article à part et 
le renvoyer au chapitre suivant- 

L'ambassadeur ne se tint pas pour battu et con- 
tinua à revendiquer les prétendus droits du roi. 
Devant cette insistance, la congrégation se vit 
obligée, pour sauvegarder ses droits et ceux du 
Saint-Siège, de demander aide et protection au 
Souverain-Pontife. 

Paul V nomma une commission composée des 

(1) Il che avendo questo fatto fecc una raecolta di quanto 
clic aveva trovato favorevole alli disegni delT amkiscia- 

dore Li curiali Lorenesi e Savojardi avendo fondata- 

meiitc et senza repliea risposto aile suddette scritture 

(Mémoire Albani.) 



145 

cardinaux Mellino, Cusanô et Bensi, et du prélat 
Marco -Aurelio Maraldi, qu'il chargea d'examiner 
les raisons alléguées par l'ambassadeur pour ré- 
clamer sur Saint-Louis les droits de patronage 
royal. Cette commission, après avoir pesé mûre- 
ment les raisons pour et contre, répondit de vive 
voix et par écrit, malgré les ordres du roi, malgré 
les pressantes recommandations de la reine-mère 
et du cardinal de Bérulle, qu'elle avait constaté 
qu'il n'y avait ni fondation du roi, ni patronage 
royal, et que l'église de Saint-Louis était natio- 
nale, fondée par les trois nations des Français, des 
Savoyards et des Lorrains, avec l'aide et la protec- 
tion de Léon X, d'heureuse et sainte mémoire (1). 

La chose était jugée; l'ambassadeur se le tint 
pour dit et n'osa insister davantage. 

Mais les pères de l'Oratoire, présents à Rome, 
n'avaient pas encore abandonné leur projet. 
Voyant qu'ils n'obtiendraient rien à Saint-Louis, 
en vertu de l'autorité royale, ils changèrent leurs 
batteries et supplièrent le roi de vouloir bien 

(1) Il sommo pcmtifrce Paolo V deputô li cardinali Mel- 
lino , Cusanô et Bsnsi, con Monsignore Marco-Aurelio 
Maraldi, per esaminare le ragioni delT ambasciadore di 
Francia. 

Fu ritrovato cbe non solamente non vi era padronato 
regio, ne f ondazione, ma che la cliiesa era nazionale, fonda ta 
dalle tre nazioni Francese, Lorenese e Savojarda col gran- 
dissimo ajuto délia santa memoria di Leone X. {Mémoire 
Albani.) 

10 



146 

demander au pape, comme faveur, leur introduc- 
tion dans la communauté. Louis XIII, cédant aux 
sollicitations de sa mère et poussé par la bien- 
veillance qui l'animait pour ces religieux, changea 
de ton et supplia le Souverain-Pontife de vouloir 
bien leur accorder cette faveur (1). 

PaulV, qui avait connu par le moyen des car- 
dinaux chargés d'examiner la question, que l'église 
de Saint-Louis avait été fondée par les officiers 
delà Curie romaine appartenant à la France, à la 
Lorraine et à la Savoie, mais établis à Rome par un 
domicile fixe et perpétuel, et, à ce titre, sujets du 
Saint-Siège, ne voulut point porter préjudice aux 
droits de ces deux dernières nations et n'accor<i;i 
aux pères de l'Oratoire que les six places affé- 
rentes à la nation française. 

Bien que la Basse-Bretagne fut dès lors unie à 
la France, le pape ne voulut pas toucher aux 
doux places qui avaient été concédées aux Bretons 
à raison de l'annexion de Saint-Yves. Cette admis- 
sion des Oratoriens n'ayant été accordée qu'aux 
prières de Louis XIII, on comprend que Paul V 
n'ait eu en vue que la part des places occupées 
par des Français. Il a voulu sauvegarder celle des 
Savoyards et des Lorrains. C'est ce que deman- 
dait la justice, c'est ce qui fut accompli par le 
Souverain-Pontife (2). 

(i) Il re niutô la sua socrana autorità, <li cui si era 
prima servito, inpreghiere e supplice sua Santità di voler 

concedere la detta eommunità. (Mémoire Albani.) 

(2) Il papa Paolo V uon voile concedere alli detti padri 



147 

L'acte suivant, par lequel le pape consacre cette 
concession, fait ressortir cette vérité et, en même 
temps, d'une manière évidente, la souveraineté 
du Saint-Siège sur l'établissement de Saint- 
Louis. 

« Notre très Saint Père et Seigneur, le Pape 
Paul, cinquième du nom, â la demande du séré- 
nissime roi de France, ordonne aux supérieurs 
de Saint-Louis d'introduire et de recevoir dans 
leur communauté seulement six prêtres de la Con- 
grégation de l'Oratoire de France, et, dès mainte- 
nant, les deux seuls qui sont â Rome â l'heure 
présente. Ces religieux desserviront l'église com- 
me les autres chapelains, vivront dans l'obéis- 
sance, se reconnaîtront amovibles au bon plaisir 
des recteurs et de la congrégation de cette église, 
et seront traités comme les autres prêtres, sous le 
rapport du logement et du salaire qu'on a cou- 
tume de distribuer chaque mois ; de telle sorte 
qu'il n'y ait point de différence entre les uns et 
les autres. Quant à la durée, Notre très Saint 
Père veut que cette introduction et cette réception 
soient soumises aux ordres et à la volonté de Sa 
Sainteté et du Saint-Siège. 

« Donné â Rome, le 11 septembre 1618. — 
M. Datarius. » 

Par ces mots : seulement six prêtres de l'Ora- 

dell' Oratorio di Francia altro elie sei luoghi delli venti. 

(Mémoire Allant.) 



148 

toire de France, Paul V donne à entendre que le 
roi en voulait faire recevoir un plus grand nombre; 
mais qu'il a refusé pour ne pas léser les droits 
des Lorrains, des Savoyards et des Bretons. 

Par ces autres paroles : pour le moment les 
deux seuls présents à Rome, le Saint-Père a 
montré sa bienveillance à l'égard des prêtres 
français qui occupaient les quatre autres postes 
(deux étaient vacants), ne voulant pas qu'on les 
congédiât brusquement tous à la fois ; mais seu- 
lement peu à peu, à mesure que les vacances se 
produiraient. 

Enfin, par celles-ci : quant à la durée, l'intro- 
duction et la réception seront soumises aux ordres 
et à la volonté du Saint-Siège, Paul Y donna à 
entendre que c'était une mesure provisoire et non 
définitive, réservant son droit et celui de ses suc- 
cesseurs de les congédier à son bon plaisir. 

Ce langage et cette manière d'agir du pape sont 
une preuve incontestable de son autorité souve- 
raine sur l'établissement de Saint-Louis. 



149 

V. 

1° Pour le droit du roi très chrétien sur leglise nationale 
de Saint-Louis (1). 

Le révérend seigneur de Cauterau, référen- 
daire des deux signatures de Sa Sainteté, ayant 
reçu mission de faire des recherches dans les 
archives de Saint-Louis pour découvrir ce qui, 
dans les actes et les documents, pourrait établir 
l'autorité et les droits du roi très chrétien sur 
l'église de cet établissement, a fait le rapport 
suivant : 

1° Il déclare avant tout qu'il n'a trouvé aucun 
répertoire ou inventaire général des livres, des 
bulles et des autres titres de l'église ; ce qui prou- 
verait ou la mauvaise foi dont ont fait preuve les 
administrateurs en supprimant ce qui pourrait 
faire constater l'autorité et la juridiction du roi, — 
ou leur extrême négligence et leur mauvaise 
administration, puisqu'ils ne possèdent pas ce 
qu'il y a de plus précieux et de plus important 
pour l'église. 

2° De même, ces administrateurs ne montrent 
aucuns titres de l'ancienne église et de l'hôpital, 
par lesquels on pourrait constater la fondation ou 
tout au moins la munificence des rois de France. 
Ne serait-ce point par calcul et pour y avoir pris 
peine 1 

(1) Voir les pièces justificatives, n° 9. 



150 

3° Seulement, d'un vieux livre des Statuts et 
des Maisons, il conste que Nicolas Rentius, secré- 
taire royal, de résidence à Rome, voulant sauver 
de l'oubli le souvenir des bienfaits royaux, a fait, 
en 1524, peindre les armes ou les insignes du roi 
sur la façade de l'hôpital et de plusieurs maisons, 
un petit nombre excepté. C'est sans doute pour 
distinguer les maisons provenant de la munifi- 
cence royale de celles qui avaient été données par 
des particuliers qu'il a décoré les unes et non les 
autres ; autrement, il aurait fait certainement pein- 
dre ces insignes sur toutes les maisons sans dis- 
tinction . 

4° De plus, dans ce même vieux livre qui re- 
monte à 1518, année où a commencé la construc- 
tion de la nouvelle église, on lit qu'il existe dans 
les archives plusieurs écrits qui ont trait à cette 
entreprise, et clans lesquels sont consignés avec 
soin les noms des bienfaiteurs et les dons qu'ils 
ont faits ; or, on ne trouve aujourd'hui aucun 
document qui fasse mention des largesses que les 
rois de France, comme il est juste et convenable 
de le croire, ont dû faire pour stimuler le zèle de 
leurs sujets. 

5° De même, dans la bulle par laquelle il ap- 
prouve l'échange de l'ancienne église contre celle 
qui existe aujourd'hui, Sixte IV dit que c'est par 
considération pour le roi qu'il ratifie cet acte; ce 
<|iii prouve clairement que le roi a toujours été 
regardé comme le premier et principal bienfai- 



151 

teur de cette église et qu'il a, plus que tout autre, 
des droits sur elle. 

6° Que les rois de France qui sont venus ensuite 
aient montré, à l'exemple de leurs prédécesseurs, 
une grande générosité pour cette église, c'est ce 
qui est incontestablement prouvé, soit par les 
lettres patentes de Henri II et Henri III, lui 
faisant concession de deux ducats sur les béné- 
fices français, soit par la donation de Catherine 
de Médicis, qui prélevait chaque année 400 écus 
sur ses dépenses. Ces dons, que l'on ne peut con- 
tester, ont dû faire la somme de trois mille écus 
chaque année. A ces libéralités, il faut ajouter 
les précieux ornements dont presque tous les rois 
de France ont fait don à l'église de Saint-Louis. 

7" De plus, il faut dire que l'église de Saint- 
Yves, dont le revenu annuel peut s'élever jusqu'à 
la somme de 800 k 900 écus, a été unie â Saint- 
Louis, à la demande de Henri III, et doit être 
considérée comme un nouveau bienfait accordé 
par ce souverain; de ce fait, on peut conclure que 
le roi, sous le bon plaisir du Saint-Siège, peut 
disposer â son gré de cette église, bien qu'elle soit 
nationale. 

8° Que les rois très chrétiens aient toujours eu 
sur Saint-Louis, sauf les droits du Saint-Siège, 
une autorité à laquelle était subordonnée celle 
des recteurs et administrateurs, c'est ce que l'on 
prouve : 

1° Par les statuts et lois fondamentales de ladite 



152 

église, lesquels furent sanctionnés par l'évêque 
de Tréguier, en 1500, dans une assemblée à la- 
quelle assistaient les recteurs et autres curiaux de 
la nation gallicane. 

II Par l'élection des recteurs et autres officiers 
de l'église, a laquelle ont pris part les " orateurs 
du roi toutes les fois qu'ils l'ont voulu, comme 
on le constate par les écritures de Saint-Louis, 
spécialement pour 1529, et souvent dans la suite. 

111° Et aussi par le droit et l'autorité qu'ils ont 
toujours eus de convoquer, non seulement à Saint- 
Louis, mais aussi dans leurs appartements privés, 
les recteurs et administrateurs pour délibérer sur 
des choses ayant trait à l'église, comme cela s'est 
fait en 1581 par ordre de M. d'Albain, en 1583 
par ordre de M. de Foix, en 1604 par ordre de 
M. de Béthune. Il est facile de le constater par 
le registre des délibérations, où on lit qu'en 1588, 
l'assemblée des recteurs et autres officiers de cette 
nation s'est tenue., sur son ordre, dans le palais de 
l'Illustrissime et Révérendissime évêque du Mans, 
orateur du roi très chrétien : ce qui est une mar- 
que de pleine et entière autorité. 

9° Mais il faut considérer surtout que la com- 
mission de vingt-quatre membres, qui est main- 
tenant chargée de gouverner Saint-Louis, a été 
constituée par M. d'Albain, orateur 1res chrétien, 
et n reçu do lui et do lui seul son mandat adminis- 
tratif. En effet, ce nouveau mode d'administration, 
bien que proposé et adopté par les recteurs et 



153 

autres officiers, dans l'assemblée du 17 février 1581, 
n'eut force de loi et ne fut mise à exécution que 
lorsque M. d'Albain l'eut approuvé. Pour cela, il 
convoqua les comices pour le 5 mars suivant, il 
assista à l'assemblée et confia, aux vingt-quatre 
membres, élus parmi les plus graves et les plus 
notables de la nation, le mandat et le pouvoir 
d'administrer les biens de Saint -Louis. 

10° Une chose à remarquer aussi, c'est que la 
congrégation susdite a toujours tenu compte des 
ordres et de la volonté des orateurs très chré- 
tiens, et qu'elle les a toujours suivis, comme il est 
facile de le constater par les livres et les délibéra- 
tions, spécialement pour 1604, lorsque MM. de 
Marquemont et Périn de Permis donnèrent leur 
démission de recteur. La congrégation l'ayant 
acceptée, procéda à l'élection de nouveaux rec- 
teurs. Mais l'orateur très chrétien s'y opposa et 
convoqua une nouvelle assemblée des administra- 
teurs, et, ne pouvant y assister en personne, fit 
déclarer, par M. Le Bossu, que l'acceptation de 
la démission de MM. de Marquemont et Périn de 
Permis, et l'élection des nouveaux recteurs étaient 
nulles et invalides; ce à quoi la congrégation se 
soumit sans résistance. De même, c'est un fait 
notoire que M. le marquis de Frenel s'opposa, à 
la prorogation du rectorat de M. Le Bossu et que, 
tous s'inclinèrent devant sa volonté. 

11° Les Allobroges et les Lorrains, que les 
Français ont admis dans leur société, ne sont pas 



154 

moins soumis à l'autorité des rois de France que 
les Français eux-mêmes. On le prouve par les 
raisons suivantes : 

1° Parce qu'ils ont toujours formé un seul corps 
et une seule société avec nos compatriotes, et ils 
ont toujours été regardés, non comme des étran- 
gers, mais comme des Français; 

11° Ils ont toujours obéi aux ordres des orateurs 
très chrétiens, comme les Français eux-mêmes, 
et ils ont toujours assisté aux assemblées convo- 
quées par leur ordre, soit dans leurs palais, soit 
ailleurs; 

III L'église de Saint-Louis, placée sous le patro- 
nage de saint Denis et de saint Louis, patrons de 
la France, a toujours été regardée comme l'église 
des Français. Dans les bulles, les actes, les livres 
et généralement parmi le peuple, on a l'habitude 
de l'appeler l'église des Français. 

2° Contre le prétendu droit du roi très chrétien sur l'église 
nationale de Saint-Louis. 

1° Monseigneur de Cauterau, dans le premier 
numéro de son rapport, dit qu'il n'a trouvé à St- 
Louis aucun répertoire ou inventaire général des 
livres, des bulles et des écritures. 

Nous avons L'honneur de répondre que cela n'est 
pas exact, et que : 1° il y a dans les archives de 
cette maison des livres avec leur table et leur ré- 
pertoire, à partir de 152C jusqu'à nos jouis; 



155 

2° que les bulles, portant leur cachet enfermé 
dans une petite boîte, sont toutes consignées dans 
un registre particulier remontant à 1504; 3° que 
nous y trouvons également un répertoire ou in- 
ventaire général, en 50 feuilles, de toutes les écri- 
tures, bulles, actes et livres regardant la vénéra- 
ble église de Saint-Louis, comprenant la période 
de 1525 à 1540 ; 4° que, vers la fin du livre intitulé : 
Inventaire des diverses écritures de Saint-Louis, 
nous trouvons une table renfermant toute la pé- 
riode de 1514 â 15,25. Nous pouvons donc dire que 
l'assertion de Monseigneur de Cauterau ne repose 
pas sur la vérité. 

2° Quant au titre de fondation de la première 
église de Saint-Louis, nous pouvons répondre que 
nul n'est tenu de donner ce qu'il n'a pas. Ce titre 
n'ayant jamais existé, pas plus que la munificence 
du roi dans cette première fondation, il nous est 
impossible de les produire au public. Ce qu'il y a 
de certain, c'est que la bulle de Sixte IV, Crédi- 
tant nobis, approuve l'échange de l'ancienne cha- 
pelle de Saint-Louis contre l'église de Sainte- 
Marie de Cellis, qui est devenue le Saint-Louis 
actuel, et que cette bulle ne fait mention en au- 
cune manière de la fondation royale, chose qu'elle 
n'aurait pas manqué de faire si elle avait eu lieu, 
puisqu'il fallait, de toute nécessité, le consentc- 
ment du fondateur pour la légitimité de cet acte. 
Les papes sont trop respectueux des droits d'au- 
Irui, pour que Sixte IV irait pas tenu compte de 



156 

ceux d'un personnage aussi important que le roi 
de France, et ne l'ait pas mentionné dans sa bulle. 

3° Quant au fait de Nicolas Rentius , que l'on 
qualifie pompeusement de secrétaire royal, nous 
ferons les observations suivantes : 

Et d'abord, il faut remarquer que cette charge 
de secrétaire royal doit être prise dans un sens 
large, et qu'elle s'acquiert par achat d'emploi, 
à peu près comme les charges des secrétaires 
apostoliques dans la Curie romaine, et qu'elle pro- 
duit, à, peu de chose près, les mêmes revenus. 
Elles sont au nombre de cinq à six cents; par 
conséquent, il ne faut pas tenir trop compte de 
cette qualification. 

De plus, ce Nicolas Rentius, qui avait fixé sa 
résidence à Rome, avait été recteur de Saint- 
Louis pendant cinq ans, comme il est facile de le 
constater par le Livre des actes des années 1528 à 
1540, pages 10, 26, 73 et 83. 

De ce qu'il a fait peindre les armes du roi sur 
quelques maisons de l'église de Saint-Louis, s'en- 
suit-il que ces immeubles aient été donnés par ce 
souverain ? Nullement, et rien ne justifie cette 
manière de voir. Autrement, il faudrait dire que 
toutes les maisons sur lesquelles les serviteurs et 
les familiers des princes font arborer les couleurs 
de leurs maîtres appartiennent, non à ceux qui 
les habitent, mais à ces princes eux-mêmes; ce 
qui serait absurde. 

Nicolas Rentius, en faisant décorer ces mai- 



157 

sons, agissait comme recteur et non comme secré- 
taire royal, et il agissait au nom et du consente- 
ment de la congrégation tout entière. Il voulait 
faire voir que ces immeubles appartenaient à 
Saint-Louis, établissement habité par des Fran- 
çais et par des personnes parlant la langue 
française. 

Si quelques-uns n'ont pas été décorés ainsi, 
c'est sans doute parce qu'ils n'étaient pas sous le 
domaine direct de Saint-Louis, ou bien peut-être 
sujets à litige. 

4° Le rapport de nos adversaires dit que, d'a- 
près un livre de compte datant de 1518, il exis- 
tait, dans les archives de Saint-Louis, plusieurs 
écrits particuliers contenant les noms de divers 
bienfaiteurs de l'église, et que, ces écrits n'existant 
plus aujourd'hui, il y a lieu de croire qu'on les 
cache à dessein pour empêcher de constater les 
libéralités des rois de France. 

Nous répondons que c'est là une supposition 
purement gratuite et que, sans recourir â d'autres 
documents, il est facile, par ce livre de compte 
lui-même, commencé en 1518, époque de la re- 
construction de l'église, de connaître les noms des 
bienfaiteurs et les dons faits par eux. En effet, on 
y trouve les noms de Pierre de Lambert, abrévia- 
teur du Parc-Majeur, 100 ducats; Guillaume 
Guinet, 97; Joseph Collet, 22; Jean de Planis, 3; 
Robert, 2 sols , et des autres officiers de la Curie. 

On y trouve aussi inscrite la libéralité faite par 



158 

le souverain-pontife Léon X, qui, chaque mois, 
par les mains cle son trésorier ou aumônier, Ber- 
nardin Bini, faisait verser dans la caisse de la con- 
grégation la somme de 20 ducats d'or, libéralité 
qui fut continuée pendant bon nombre d'années, 
comme il est facile de le constater par le livre de 
compte sus-mentionné. 

Cela suffit pour faire connaître la vérité, et nous 
disons que si on a consigné avec soin, chaque 
mois, la libéralité du pape et les dons des particu- 
liers, à plus forte raison aurait-on marqué et ins- 
crit les dons des rois très chrétiens s'ils avaient 
donné ou fait donner quelque chose pour la cons- 
truction de l'église de Saint-Louis. En effet, il 
est invraisemblable que l'on ait consigné avec 
soin les noms des personnes donnant des sommes 
minimes, 3 ducats et même 2 sols, et que l'on ait 
oublié le nom d'un si grand roi et la somme don- 
née par lui ; laquelle somme aurait été certaine- 
ment importante et, sans doute, au-dessus cle 100 
ducats, à raison de sa haute dignité. Si donc on 
ne trouve consignés ni son nom, ni sa libéralité, 
cela veut dire qu'il n'a rien donné et que l'on n'a 
rien reçu de lui. 

5° Sixte IV, dans la bulle par laquelle il ap- 
prouve l'échange de l'ancien Saint-Louis contre 
le nouveau, dit qu'il le fait en considération du 
roi : intuitu Régis. Nos adversaires se prévalent 
de cette parole pour proclamer que le roi est le 
premier et le principal bienfaiteur de l'église. 



159 

Nous avons à leur répondre que., à raison de 
l'importance de la chose, il peut se faire que les 
Français faisant partie de la Congrégation aient 
cru devoir prier le représentant du roi d'interve- 
nir, auprès du . Souverain-Pontife, en faveur de 
l'approbation de cet acte. Mais cela ne veut pas 
dire, même en admettant cette hypothèse, que le 
pape ait reconnu implicitement les droits du mo- 
narque français ; il se serait exprimé autrement et 
plus clairement s'il en avait été ainsi. L'interven- 
tion du roi ou celle de son représentant no lui 
confère aucun droit nouveau, pas plus que la per- 
sonne qui intervient auprès d'un prince, pour 
obtenir une grâce en faveur de son client, n'ac- 
quiert des droits sur l'objet de sa demande. Au- 
trement, il s'ensuivrait que les grands personna- 
ges, et spécialement les cardinaux en cour de 
Rome, qui, chaque jour, demandent au Saint-Père 
des grâces pour des particuliers, deviendraient 
maîtres de ces faveurs et pourraient en dépouiller 
leurs clients; ce qu'il serait absurde d'admettre et 
de soutenir. Il ne faut donc pas donner à ces pa- 
roles iniuitu Régis plus d'importance qu'elles n'en 
méritent. 

Mais la véritable raison à opposer à nos adver- 
saires, c'est que ces paroles constituent une for- 
mule reçue dans le style de la chancellerie; 
formule qu'elle emploie toutes les fois qu'elle a à 
traiter des affaires concernant les nations étran- 
gères, bien que ces affaires ne regardent le souve- 
rain de ces nations en aucune manière. 



160 

D'ailleurs, pour voir disparaître toute difficulté 
et toute équivoque, il n'y a qu'à lire la bulle où 
l'on constate que les suppliants sont non le roi 
très chrétien, mais les officiers de la Curie romaine, 
appartenant à la nation gallicane : curiales Natio- 
nis gallicanœ Romanam Curiam sequentes. 

6° Nos adversaires disent que les rois, qui sont 
venus ensuite, ont suivi l'exemple de leurs 
prédécesseurs en accordant deux ducats 

Or, à cet égard, il faut savoir que les Français, 
déjà antérieurement, avaient l'habitude de payer 
un ducat par cent du revenu de la première année 
sur chaque bénéfice consistorial qui leur était 
accordé. 

Mais, comme quelques-uns de ces bénéficiers 
refusaient de se conformer à cet usage, la Congré- 
gation de Saint-Louis supplia le Saint-Père de 
lui accorder le droit d'exiger cette somme; ce à 
quoi le pape consentit après avoir préalablement 
demandé l'agrément du roi pour éviter toute 
difficulté. 

La libéralité du roi, en tout cela, s'est bornée à 
consentir à ce qu'on conservât cette coutume 
établie antérieurement. Les lettres patentes de 
Henri III viennent corroborer la concession d'un 
nouveau ducat, faite par Sixte V. Ces lettres, 
envoyées à l'orateur du roi, furent transmises par 
celui-ci à la Congrégation, qui les conserve dans 
ses archives comme une preuve qu'elle a le droit 
d'exiger ces deux ducats. Conclure de là que l'é- 



161 

glise de Saint-Louis est soumise au patronage 
roval, c'est sortir des limites du raisonnable et 
tirer une conclusion qui n'est pas dans les pré- 
misses. On devrait se borner à dire que ces deux 
rois ont voulu, en agissant ainsi, manifester leur 
piété et leur dévotion pour la gloire de Dieu, et 
l'intérêt qu'ils portaient à l'établissement de 
Saint-Louis. 

Quant au legs fait par Catherine de Médicis, 
nous n'avons qu'une chose à dire, c'est qu'elle 
avait en vue de faire prier pour elle et pour sa fa- 
mille au Saint-Sacrifice,, dans l'église de Saint- 
Louis, à perpétuité; fondation qu'elle était libre 
d'établir dans cette église ou dans toute autre, 
comme elle l'entendait. Quant aux 400 écus qu'elle 
prélevait tous les ans sur ses dépenses, les adver- 
saires ont bien soin de ne pas dire pendant com- 
bien d'années a duré cette économie. Quoi qu'il 
en soit, nous pouvons avancer que c'est moins un 
don qu'un legs â titre onéreux qu'elle a entendu 
faire, et la Congrégation a dépensé chaque année,, 
depuis 1584, la somme de 800 francs pour l'acquit 
de ce legs. 

Là encore, rien pour établir le patronage royal, 
ni pareillement dans le fait que quelques orne- 
ments de l'Eglise portent les armes de France. 
Que la Congrégation ait fait représenter ces insi- 
gnes sur quelques ornements, comme elle a fait 
graver les armes de Lorraine sur la chapelle de 
Saint-Xicolas, celles de Savoie sur le maitre- 

11 



1G2 

autel et sur les vitraux, cela ne veut pas dire que 
ces objets aient été donnés par les souverains de 
ces pays; mais simplement qu'ils appartenaient 
à des personnes originaires de la France, de la 
Lorraine et delà Savoie. 

A part Henri IV qui, pour satisfaire sa dévo- 
tion, a donné quelques ornements à Saint-Louis, 
comme il en a donné à Saint-Jean-de-Latran, 
dont il était chanoine d'honneur, et à quelques 
autres églises de Rome, il est constant que nul 
souverain de France n'a fait don d'ornements à 
notre établissement national. 

7° Que l'union de Saint-Yves à Saint-Louis ait 
été faite sur la demande de Henri III, c'est ce 
que personne ne conteste; mais qu'il s'ensuive 
que le roi de France avait droit de patronage sur 
ces deux églises, c'est ce que l'on nie, pour la rai- 
son exposée plus haut, au n° 5. Henri III, en tout 
cela, n'a joué que le rôle d'intermédiaire. L'an- 
nexion de Saint-Yves n'était pas avantageuse 
pour notre établissement et ne doit pas être con- 
sidérée comme un bienfait. Ses charges, qui ab. 
sorbaient plus que ses revenus , ayant passé à 
Saint-Louis, la Congrégation n'en a retiré aucun 
avantage, et si, plus tard, le loyer des maisons 
pouvait s'élever à la somme de 800 à 900 écus, ce 
n'est qu'après que la Congrégation les eut fait 
réparer et reconstruire en grande partie , ce qui a 
été pour elle l'occasion de grandes dépenses. 

8° Nos adversaires disent que les lois et les sta- 



163 

tuts de Saint-Louis ont été sanctionnés par l'o- 
rateur du roi très chrétien. 

En parlant de la sorte, ils avancent une chose 
fausse et de pure imagination. L'évêque de Tré- 
guier a pris part à l'élaboration des statuts et des 
règlements, c'est vrai ; mais il y a pris part comme 
personne privée, comme membre de la Congréga- 
tion et comme un des principaux officiers de la 
Curie romaine; c'est ce qu'il est facile de consta- 
ter dans le Proœmium du Livre des Statuts. 

Quant à l'assemblée tenue, en 1581, dans le 
palais de l'orateur royal, disent nos adversaires, 
nous avons à faire observer qu'il n'a pas donné et 
ne pouvait pas donner des ordres pour que les 
administrateurs se réunissent chez lui, et s'il a 
plu à ceux-ci de se transporter une fois à son 
domicile pour traiter des affaires de l'église, 
c'était de leur plein gré et pour prendre connais- 
sance des lettres patentes émanées du roi Henri II, 
et cela eut lieu le 20 novembre 1568, et non en 
1581, comme on le supposa 

Relativement à l'assemblée de 1583, nous de- 
vons dire qu'elle se tint, non dans la maison de 
l'orateur, mais dans le palais du cardinal d'Est, 
protecteur de la Congrégation, et c'est pour lui 
être agréable que les administrateurs se rendirent 
à son domicile. 

Nous pouvons prouver que les assemblées se 
tenaient toujours dans l'église ou plutôt dans la 
sacristie de Saint-Louis, les archives en font foi; 



164 

et si l'assemblée se tenait quelquefois ailleurs, ce 
n'était pas sur les ordres de l'orateur, mais sur 
son invitation et sur la convocation régulière des 
recteurs, comme on le constate par le Livre des 
Actes et des Décrets, depuis l'année 1567 à 1580, 
à la page commençant ainsi : versus prineipiian. 

Et cela n'a rien d'étonnant. On comprend que 
dans certains cas, par exemple pour demander une 
grâce ou pour un bien de paix, les recteurs aient 
cru convenable de convoquer les administrateurs 
dans le palais de l'orateur ou ailleurs, plutôt qu'à 
Saint-Louis. Et c'est un de ces motifs qui a été 
cause de l'assemblée tenue chez le cardinal d'Est. 
Il s'agissait de rétablir la paix et la concorde en- 
tre les Français et les Bretons, et comme ni les 
uns ni les autres ne voulaient céder et se rendre 
au domicile des adversaires, les recteurs, de con- 
cert avec l'orateur royal, les invitèrent tous â se 
rendre au palais du cardinal protecteur. 

9° Les adversaires prétendent que la commis- 
sion do vingt-quatre membres, désignée pour 
administrer les biens de Saint-Louis, a été cons- 
tituée par l'orateur du roi, M. d'Albain, et a reçu 
de lui son mandat et ses pouvoirs. 

Nous avons â répondre que la commission a été 
nommée en sa présence; mais nous devons dire 
qu'elle a reçu son mandat, non de l'orateur royal, 
mais de l'assemblée générale des Français, des 
Savoyards et des Lorrains, puisque c'est elle qui 
lésa élus. 



165 

Comme nous l'avons vu plus haut, au chapi- 
tre IV, une première assemblée générale, tenue 
le 17 février 1581, ne put aboutir à l'élection des 
vingt-quatre administrateurs qu'on était convenu 
de nommer, parce que M. d'Albain en voulait 
douze, c'est-à-dire la moitié pour la France : 
chose que les Savoyards et les Lorrains ne vou- 
lurent pas admettre. Dans une deuxième assem- 
blée, tenue le 5 mars de la même année, on finit 
par s'entendre et admettre les prétentions de 
l'orateur royal sur le nombre des députés pour la 
France; et l'élection eut lieu en sa présence, mais 
elle fut faite par toutes les personnes qui assis- 
taient à la séance. 

10° Nos adversaires constatent que la Congré- 
gation ne s'est jamais opposée aux volontés de 
l'orateur. 

Nous devons dire que cela est vrai, toutes les 
fois qu'il s'est agi de l'avantage de l'église à procu- 
rer et de ses privilèges à conserver. Et nous en 
avons une preuve dans l'intervention de l'orateur 
pour le remplacement de MM. de Marquemont et 
Périn de Permis. Ces messieurs ayant cru devoir 
donner leur démission de recteurs, la Congréga- 
tion l'accepta et procéda à l'élection cle doux nou- 
veaux recteurs ; mais l'un d'eux était marié, 
chose prévue et défendue par les Statut*. L'ora- 
teur, l'ayant appris, réclama et fit déelarer l'élec- 
tion nulle et invalide. La Congrégation reconnut 
son erreur et no fit aucune difficulté do se sou- 
mettre au règlement. 



166 

Quant à la défense de proroger le rectorat de 
M. Le Bossu, rien ne le prouve; les livres de 
Saint-Louis sont muets à cet égard. 

11° Les adversaires disent que, par le fait que 
les Français ont admis les Allobroges et les Lor- 
rains dans leur société, ceux-ci ne formant qu'un 
seul corps moral avec eux, sont soumis au roi 
comme les Français eux-mêmes. Nous pouvons 
rétorquer l'argument et le tourner contre eux, 
avec d'autant plus de raison que, au dire du cha- 
noine Rosset, ce sont les Allobroges et les Lor- 
rains qui ont eu l'initiative de la société et que ce 
sont eux qui ont bien voulu admettre les Français 
à y prendre part. Ceux-ci, par le fait de leur 
admission, seraient donc devenus sujets des ducs 
de Savoie et de Lorraine. 

Quant à l'obéissance aux ordres et aux volontés 
de l'orateur royal, la question a été traitée dans 
le numéro précédent. 

Que le peuple et certains écrits appellent com- 
munément Saint-Louis l'église des Français, cela 
n'a rien d'étonnant. Des trois nations qui compo- 
sent la société, la France étant la principale; 
d'un autre côté, la langue française étant le lien 
qui a uni, pendant plusieurs siècles, les Allobro- 
ges, les Lorrains et les Français, on comprend 
facilement que les Romains aient pu donner ce 
nom à Saint-Louis. 

Pour les bulles, les brefs et généralement tous 
les écrits émanant du Saint-Siège, ils se servent, 



167 

pour désigner la société des Français, des 
Savoyards et des Lorrains, des mots nation gal- 
licane et jamais des mots nation française ; la 
première expression ayant à Rome un sens beau- 
coup plus étendu que la seconde, comprenant 
tous les pays qui parlent la langue française. 



168 

VI. 

La lutte de 1618 avait pris fin. Grâce à l'inter- 
vention de Paul V, l'autonomie de Saint-Louis, 
placée sous le haut patronage du Saint-Siège, 
avait élé reconnue ; le roi de France et ses repré- 
sentants avaient vu s'évanouir leurs prétendus 
droits sur notre établissement national; les Pères 
de l'Oratoire, faute de mieux, s'étaient contentés 
de demander par grâce, au Souverain-Pontife, 
quelques places de chapelain, et la Congrégation 
des Français, des Savoyards et des Lorrains, 
forte de ses droits séculaires, se sentait victorieuse. 
Il semblait, après une lutte si chaude et si 
ardente, qu'elle était désormais à l'abri de tout 
danger, et qu'elle pouvait se promettre de longs 
jours de paix et de tranquillité. Mais penser ainsi,, 
c'était se faire illusion, et cette illusion ne devait 
pas tarder à se dissiper. 

Le marquis de Cœuvre, cet ambassadeur qui 
avait si ardemment, mais si vainement soutenu 
les prétentions do son maître, fut rappelé en 
France. Son successeur, Noël Brulard, comman- 
deur de Malte, ne tarda pas à recommencer la 
guerre(l); mais, plus heureux que sou prédéecs- 

(1) Il n'est pas croyable combien de tirannies Brenl ces 
personnages à tous les députés tanl de la province de 
France qae des autres. 11 y avail en ce tems-là un député 



169 

seui-, il devait aboutir à un certain succès, et ce 
succès devait produire, dans l'avenir, les plus 
tristes conséquences pour nos compatriotes. 

Il est vrai que les circonstances n'étaient plus 
les mêmes. L'appui que la Congrégation avait au 
Vatican vint à lui manquer par la mort de Paul V, 
et, de plus, l'ambassadeur s'était créé des intelli- 
gences dans la place. Les Pères de l'Oratoire, 
arrivant les uns après les autres à Saint-Louis, 
comme dans une forteresse, non pas conquise, 
mais à conquérir, trouvèrent bientôt que tout 
n'était pas parfait dans la communauté. On faisait 
trop d'un côté et pas assez de l'autre; on chantait 
la messe tous les jours, on y faisait de la musique; 
c'était trop. N'était-ce pas assez de psalmodier 



appelé François Contarel, de la province de France, nep- 
veu d'un cardinal du même nom, qui se brouilla si forte- 
ment avec l'ambassadeur, pour soutenir les droits de la 
Congrégation, (pie nonobstant les grands biens que son on- 
cle avait faits à Saint-Louis, il le fit exclure par des dépu- 
tés qu'il y avait intrus par violence ; ce qui lui fut facile ;'i 
faire parce que les Savoyards et les Lorrains ne voulurent 
pas assister à l'assemblée. Ce pieux seigneur en fut si pi- 
qué qu'il laissa par testament, à l'hôpital de la Trinité -des- 
PélerinSj quatre- vingt mille écus, qu'il avait résolu de laisser 
à Saint-Louis. 

Voilà ce que les ministres de France ont toujours produit 
de très grands maux et jamais aucun bien pour la Congré- 
gation. Cependant nos députés ressentirent vivement ces 
excès et les repoussèrent avec toute la vigueur dont ils 
eiaienl capables. (Mémoire de J. Rémy.) 



170 

l'office? D'un autre côté, la conduite des chape- 
lains n'était pas assez édifiante à leurs yeux. Mem- 
bres d'une congrégation qui venait de naître et 
qui observait sa règle avec toute la ferveur des 
jeunes ans, ils auraient voulu que les chapelains 
fissent comme eux et suivissent leur exemple. 
Et les administrateurs s'acquittaient-ils bien de 
leurs charges ? Est-ce qu'on n'aurait pas pu amé- 
liorer bien des choses, et faire des économies 
pour subvenir à ces dépenses ? Telles sont les ré- 
flexions que les oratoriens commencèrent à faire 
en petit comité ; puis ils en firent part à l'ambas- 
sadeur, qu'ils savaient disposé h prendre leurs 
intérêts. Ce dernier, heureux d'avoir une occa- 
sion de prendre pied à Saint-Louis, consulta le 
roi, qui lui envoya aussitôt l'ordre de faire un 
rapport au pape et de demander la réforme de 
cet établissement. 

L'ambassadeur s'empressa d'obéir à son souve- 
rain et composa un rapport où il se faisait l'écho 
des plaintes formulé es par les prêtres de l'Oratoire. 
Dans cet écrit, il exposa à Sa Sainteté que les 
intérêts de Saint-Louis de la nation gallicane, au 
point de vue temporel et spirituel, étaient en 
grande souffrance ; que les chapelains chargés du 
culte divin, par L'incurie des supérieurs, ne s'ac- 
quittaient pas convenablement de leurs fonctions 
et tenaient une conduite peu séante pour leur 
état ; que le roi de France, poussé par sa dévotion 
et par l'intérêt qu'il portait à Saint-Louis, dési- 



171 

rait voir le Saint-Siège y porter remède et ra- 
mener les choses à un état meilleur (1). 

Le pape Grégoire XV chargea le cardinal Ubal- 
dini de faire une enquête à cet égard, avec mis- 
sion de réformer, de changer, de faire en un mot 
tout ce qu'il jugerait convenable pour le bien de 
la Congrégation à Saint-Louis, à Saint- Yves, au 
Saint-Sauveur et à l'hôpital; et, pour l'aider dans 
ce travail, il lui adjoignit Monseigneur Claude, 
archevêque d'Héraclée, coadjuteur avec future 
succession de Louis, archevêque de l'église d'Her- 
bora (2). 

(1) Quocl ecclesia Sancti Ludovici nationis gallicanse de 
Urbe, in administration e tàm spiritualium quàm tempora- 
lium, milita patiebatur detrimenta ; ita ut eapellani, in ipsa 
ecclesia ad divinum eultum celebrandum deputati, snperio- 
rum incuria, nec ea quse suo statui et officio eonveniebant 
et pleraque eorum ordini valde contraria, peragere sole- 
bant ; et quod proptereà Ludovicus rex , pia devotione duc- 
tus, praefatam ecclesiam, pr'o suo erga illam devotionis af- 
fecta, ad meliorem statum restitua et de super opportuno 
remedio per vos provideri summopere desiderabat. 

(2) Sedis Apostolicae delegatum deputavimus, praefatam 
etilli annexas S. Yvonis et S. Salvatoris de Urbe ecclesias 
cum hospitali visitandi, ibique corrigendi, mutandi, refor- 
mandi mores et modum vivendi capellanorum , neenon 
quid decentius et utilius pro bona et felici administratione 
spiritualium temporaliumque ecclesiae et annexarum hujus- 
modi directione sibi videretur statuendi.... 

Et, ad illam melius conficiendam, vocato venerabili fratre 
Claudio Arcliiepiscopo Heracliensis, coadjutore cum futura 
successione Venerabili Patri Ludovico, Archiepiseopo Har- 
borensi.... 



172 

Ce choix ne pouvait que sourire à l'ambassa- 
deur. Le cardinal Ubaldini, arrivé depuis peu de 
temps de sa nonciature en France, était un de ses 
amis et lui était tout dévoué. Il le savait disposé 
à faire plaisir à Louis XIII et a sa Cour; il put, 
dès lors, compter sur la victoire. 

Le cardinal, en effet, après sa visite et son en- 
quête, fit des changements et des réformes ; mais 
c'était moins l'intérêt de Saint-Louis qu'il avait 
en vue, que le désir de plaire au roi de France et 
à son ambassadeur. On peut en juger par l'exposé 
de la bulle qui ne fait mention, en aucune manière, 
de la conduite des chapelains, que les Pères de 
l'Oratoire peignaient sous de si tristes couleurs. 
Il se contente d'établir toute une hiérarchie de 
supérieur, sous-supérieur, sacristain et sous-sa- 
cristain; mais il n'oublie pas son ami l'ambassa- 
deur, et rien, désormais, ne doit se faire dans 
l'établissement sans son consentement et son in- 
tervention ; cum oratoris i-er/iï scientia et xnter- 
ventu. 

Le pape Grégoire XV, peu au courant sans 
doute de ce qui s'était passé sous son prédéces- 
seur et de ce que celui-ci avait reconnu concer- 
nant la fondation de Saint-Louis , sanctionna ce 
qu'avait fait le cardinal Ubaldini qui avait toute 
sa confiance. 

Il décréta et statua que, désormais et pour les 
temps à venir, l'église de Saint-Louis, ses annexes 
Saint-Yves et le Saint-Sauveur, et l'hôpital seront 



173 

desservis par 26 chapelains, dont 24 prêtres et 2 
clercs qui devront vivre en communauté. A ceux 
qui résident à Saint-Louis, on fournira le logement, 
la nourriture et les vêtements. On choisira parmi 
eux un supérieur, un sous-supérieur, un sacris- 
tain et un sous-sacristain; ces trois derniers, ainsi 
que tous les chapelains, devront obéissance au su- 
périeur, et, en cas d'absence ou de maladie, au 
sous-supérieur. De ces 26 places de chapelain, 6 
appartiendront aux Pères de l'Oratoire, dont le 
nombre ne pourra ni être augmenté ni diminué, 
mais de manière que l'un venant à se retirer ou à 
mourir, un autre prendra sa place. 

Le soin des âmes de Saint-Louis et de Saint- 
Yves, son annexe, restera, comme par le passé, 
confié à leurs curés ou vicaires, sans changement. 
Mais quand le présent curé de Saint-Louis vien- 
dra à se retirer ou à mourir, la Congrégation pourra 
confier le soin des âmes â l'un des chapelains; ce- 
lui-ci, toutefois, ne jouira pas du traitement qu'on 
avait coutume de donner au curé jusqu'à présent. 
Il vivra en communauté et sera soumis, comme 
tous les autres chapelains, au supérieur et à tous 
les règlements de la maison (1). 

(1) Quod cleinceps , perpetuis futuris teinporibus, dicta 
ecelesia S. Luclovici et illius annexée eum liospitali praefato 
clesservirentur a viginti-sex capellanis, videlicet viginti- 
quatuor in presbyteratus ordine eonstrtutis et duobus elericis, 
et ex illis unus erit superior cura subsuperioi'e, sacrista el 
subsacrista... cornprehensis in dicto numéro sex presbyteris 
Oratorii, quorum numerus augeiï vel minus necoieat. 



174 

La musique, que l'on chante tous les jours dans 
l'église de Saint-Louis, sera réservée pour les di- 
manches et jours de fête; les chapelains, toutefois, 
devront chaque jour psalmodier l'office en choeur. 
Le supérieur, le sous-supérieur, le sacristain, le 
sous-sacristain, les curés, les vicaires et les cha- 
pelains seront amovibles comme par le passé; de 
telle sorte, cependant, que les quatre premiers ne 
pourront être changés par la Congrégation sans 
V intervention et V assentiment de l'orateur royal 
présent â Rome, s'il y en a un. 

L'illustrissime et révérendissime cardinal a 
nommé, pour cette première fois. Etienne Ar- 
nauld, supérieur; Louis Faure, sacristain; René 
Gozeand, sous-sacristain, tous prêtres; et dans la 
suite, la Congrégation ne nommera à ces emplois 
qu'avec V intervention et V assentiment de l'ora- 
teur royal. 

La commission, établie pour l'admisnistration 
des choses et des biens, restera organisée comme 
autrefois; ses officiers ou ministres seront élus 
comme par le passé, mais avec l'intervention et 
l'assentiment de l'orateur royal (1). 

Cura animarum S. Ludovici et annexa' S. Yvonis nunc 
remaneat prout anteà illarum euratis seu vicai-iis obsque 
mutatione. 

(1) Musica singulis diebus in dicta. S. Ludovici ocelesia 
cantai-i solita, diebus dominicis et diebus festivis dunta\at 
cantetur ; capellani verô prsedicti quotidie iu choro psalleve 
teneantur. 



175 

On continuera, comme par le passé, d'admettre 
aux assemblées les Prélats de la dite nation galli- 
cane quand ils seront à Rome; ils auront voix ac- 
tive et passive comme s'ils étaient membres de la 
Congrégation. 

Les officiers, les ministres et les personnes sus- 
nommées auront soin, chaque année, de veiller à 
ce que les compte et budget soient dressés avec 
soin; ils devront être approuvés et signés par 
V orateur royal, par les recteurs et les députés 
de la Congrégation (1) 

Superior, subsuperior, sacrista.... sint sicut priùs amovi- 
biles; ità tamen quod non possint admitti nec ainoveri qua- 
tuor primi, nisi cum scientia et interoentu Oratoris dicti 
Régis in Urbe pro tempore existentis, si erit in curia. 

Cardinalis Ubaldinus pro hae prima vice nominavit et 
deputavit in superiorem Stephanum Arnauld, in sacristain 
Ludovicum Faure, et in subsacristam Renatum Gozeaud, 
et posteà eligi debeant ab ipsa Congregatione cum interventu 
et scientia dicti Oratoris } quando erit in curia. 

(1) Congregatio instituta in dicta S. Ludovici ecclesia super 
administratione rerum et bonorum illius remaneat ut priùs, 
et illius officiales, ministri et personae, oecurrente vacatione 
officiorum et locorum, eligantur a dicta Congregatione, simi- 
liter cum scientia et intertentu dicti Domini Oratoris. 

In illa etiam adniittantur Prelati dictée nationis acceden- 
tes ad Urbem, qui habeant voceni activam et passivam, ac 
si essent de corpore clictae Congregationis . 

Ejus officiâtes ac personas praefatse curare debeant, singu- 
lis annis, ut eomputa tam expositorum quam receptorum 
super administratione temporali praefata, sint bene exami- 
nata et a dicto Domino Oratore approbata et subscripta, 
neenon a rectoribus et deputatis Congregationis. 



176 

Nous voulons que le susdit règlement, que nous 
avons fait à la demande et aux humbles supplica- 
tions que nous a adressées, au nom du roi Louis, 
Noël Brulard, orateur royal, soit observé par tous 
et toujours, nonobstant les constitutions et décrets 
portés antérieurement , par nos prédécesseurs 
d'heureuse mémoire, Sixt IV, Grégoire XIII, Clé- 
ment VIII et Paul V. 

Donné à Rome, auprès de Saint Pierre, sous 
l'anneau du Pêcheur, le 3 décembre 1622, de notre 
pontificat la 2 e année. 

Comme on a pu le voir par l'exposé succinct 
que je viens de faire de la bulle de Grégoire XV, 
la principale réforme faite par le cardinal Ubal- 
dini, consiste dans l'intervention de l'orateur royal 
dans tous les actes principaux de l'administration 
de Saint-Louis. Ce n'est pas tout à fait le patro- 
nage royal avec son pouvoir absolu et toutes ses 
conséquences plus ou moins arbitraires ; mais c'est 
l'assujettissement de toute une congrégation, com- 
posée d'éléments divers sous le point de vue de la 
nationalité et jusque là indépendante, aux volontés 
d'un envoyé du roi de France; c'est, en un mot, 
le coup de mort porté à l'autonomie de notre éta- 
blissement national. Nous en constaterons plus 
tard les conséquences fâcheuses pour nos compa- 
triotes et les Lorrains. 

Pour le surplus des réflexions à taire sur cet le 
bulle, je laisserai parler M. J. Rémy, recteur de 
Saint-Nicolas des Lorrains en 1730 : 



177 

« A bien considérer la supplique, le bref et son 
exécution, il parait fort que c'est une invention 
du ministre de concert avec les Pères de l'Ora- 
toire, toujours à l'ordinaire pour usurper sur nous. 
Car il est fort difficile à croire que jamais le Roy 
ait eu cette pensée; parce qu'il n'est pas natu- 
rel de croire que le Pape, qui gouverne toutes 
les églises du monde, ait en besoin d'être averti 
des désordres d'une église qui est sous ses yeux, 
dans sa ville capitale, et dont il doit prendre un 
soin particulier, en étant le seul maître et le sou- 
verain, à l'exclusion de tout autre ; — et qu'au 
contraire un Prince, dont l'application aux affai- 
res spirituelles et temporelles qui luy appartien- 
nent luy suffisant pour en faire son occupation, 
ait des yeux pour voir de si loin les défauts des 
choses qui appartiennent à Saint-Louis et dans le 
spirituel et dans le temporel, qui doivent être 
observées et réglées par celuy seul sous l'autorité 
duquel seul Saint-Louis a été fondé. » 

« Et puis, il n'y a pas d'apparence que l'on ait 
pu soupçonner ces désordres imaginaires de Saint- 
Louis, puisque quatre ans auparavant, la Reine 
sa mère y avait fait mettre, à la place de six pau- 
vres prêtres nationaux qui y étaient, ces vénéra- 
bles et saints prêtres de l'Oratoire de France, six 
aussi en nombre. Leur exemple seul aurait été 
capable de réformer tous les désordres, s'il y en 
avait eu. Les autres prêtres étaient des deux au- 
tres provinces, six pour la Savoye et six pour la 

12 



178 

Lorraine, desquels Sa Majesté n'aurait pas voulu 
se mettre en peine, n'étant pas sujets de la pro- 
vince de son royaume. » 

(( En effet, il ne faut qu'ouvrir les yeux pour 
découvrir que ce n'a pas été pour réformer Saint- 
Louis que cet ambassadeur s'est mis en mouve- 
ment; mais pour avoir une occasion de se fourrer 
dans la Congrégation pour y exercer les violences 
ordinaires, en méprisant l'autorité du Monarque 
local, et pour s'y faire reconnaître souverain soi- 
même et ses successeurs à l'exclusion du Saint- 
Siège. C'est ce que l'événement confirme encore 
dans les violences du cardinal de Polignac et au- 
jourd'hui dans celles du duc de Saint-Aignan, 
comme on le verra dans la suite. » 

« Ce fut pour y réussir que le commandeur 
Brulard demanda que la visite se fist par le car- 
dinal Ubaldini, ami de confidence et, qui avait été 
nonce en France. Ce cardinal s'oublia, en cette 
occasion, des intérêts du Saint-Siège, en rétrécis- 
sant les droits des fidèles députés, et en donnant 
entrée aux puissances étrangères pour les maltrai- 
ter injustement, comme ils ont fait depuis et font 
encore maintenant. Et cela d'autant plus qu'il n'y 
avait rien de moins nécessaire que la présence du 
ministre dans la Congrégation, puisque la pro- 
vince de France a ses députés, et en nombre plus 
grand que les autres provinces, pour défendre, 
soutenir et procurer ses avantages, toujours selon 
l'équité et l'obéissance due au Pape leur commun 



179 

souverain à Rome. Ou autrement, pour la pré- 
sence, les ministres do nos souverains auront aussi 
droit d'y intervenir, n'y ayant pas plus de raison 
pour l'un que pour les autres. » 

« Il attrapa donc ce bref du pape Grégoire par 
surprise, peu ou point informé de l'état et des 
droits des députés de la Congrégation. Véritable- 
ment il n'y eust jamais bref plus subreptice que 
celuy-cy; ce qui se prouve clairement en ce qu'il 
n'est fait aucune mention d'eux : condition néces- 
saire et absolue sans laquelle il est de nulle va- 
leur, le droit canonique faisant un cas de nullité 
àenonvocatis quorum interest ; principalement 
qu'il n'est pas fait proprio motu. Il est par con- 
séquent de la dernière nécessité de le faire casser 
par les inconvénients que j'ai décrits ; car encore 
bien que le bref ne donne ny voix active ny passive 
à l'ambassadeur, il ne se tiendra jamais pour cela 
dans les bornes de la grâce qui lui a été faite cl'in- 
venir et de sçavoir, cura interventu et scientia ; 
il voudra tout prétendre. Outre cela, ce bref est 
contraire à l'institution de la Congrégation, la- 
quelle comme fondatrice a plein pouvoir sur la 
maison in spiritualibus et in temporal ibus } et ce 
pouvoir ne doit point être partagé ny avec lui ny 
avec le supérieur de la communauté des chape- 
lains ny avec aucun autre. La politique du minis- 
tre a été d'affaiblir l'autorité de la Congrégation 
en divisant cette autorité : divide et impera. » 
Cinq ans après ce bref de Grégoire XV, c'est- 



180. 

â-dire en 1G27, la Congrégation prévoyant ce qui 
allait arriver, pour se mettre à l'abri des dangers 
que lui faisaient courir les revendications du pa- 
tronage royal et les empiétements de l'ambassa- 
deur de France, fit graver, sur le marbre, une 
inscription qu'elle plaça sur la porte extérieure 
par laquelle entrent les pèlerins, du côté de la 
place Madame. 

Une chose â remarquer dans cette inscription, 
qui prouve que Saint-Louis a été fondé par les 
officiers de la Curie romaine appartenant à la na- 
tion gallicane , c'est-à-dire les Français, les Sa- 
voyards et les Lorrains, c'est qu'elle a été gravée 
et placée par les soins de ce même Monseigneur 
de Cauterau qui avait composé le rapport dont il 
a été parlé dans le chapitre précédent. Il parait 
que l'étude approfondie, qu'il avait faite de la 
question, lui avait ouvert les yeux et fait recon- 
naître que vouloir soutenir le patronage royal était 
une injustice. Voici cette inscription qui existait 
encore il y a vingt ans : 

R. P. D. Hieronimus de Cauterau 
Referenclarius ex duodecim votant, signât. 
Et D. Thomas Vibô P. P. Camer. 
Rectoribus 
Congregatio Curialium Sancti Ludovici 
Nationis Gallicanœ, suis sumptibus 
fundavit et erexit. 
Anno Domini MDCXXVII 
Sedente Urbano VIII 
Régnante Ludovico XIII 



181 



VIL 

De 16.27 à 1730, les documents que j'ai sous les 
veux ne contiennent rien de bien saillant. Mais â 
cette'dernière date la lutte recommence plus vive 
et plus ardente que jamais; c'est la dernière pé- 
riode de Y Histoire de Saint-Louis , ou plutôt de 
Y Histoire des luttes pour Saint-Louis ; car, depuis 
deux siècles et plus, nous ne voyons que démêlés 
dans notre établissement national. Il est vrai que, 
grâce â ces compétitions où chaque adversaire fai- 
sait ressortir ses moyens de défense, nous avons 
pu pénétrer clans la vie intime de la maison, re- 
monter jusqu'à son origine, faire la part des droits 
de chaque nation rivale, et signaler tous les évé- 
nements principaux qui s'y sont accomplis. Tout en 
déplorant souverainement ces luttes et ces démê- 
lés, nous devons cependant reconnaître que c'est 
par eux que nous pouvons constater, d'une ma- 
nière indubitable, ce que nos ancêtres ont accom- 
pli à Rome pendant les xv e , xvi e et xvn e siècles. 

Deux causes prochaines rirent éclater les nou- 
velles dissensions de 1730 : l'élection des recteurs 
et l'inscription, par laquelle le cardinal de Poli- 
gnac faisait de Saint-Louis une maison de fonda- 
tion royale. Nous verrons les représentants du roi 
de France oublier toute mesure et chasser succes- 
sivement MM. Rémy, Jousserandot, Désiré, Ber- 
tin, Bockenheim, et refuser à deux prêtres de la 



182 

Vallée d'Aoste, qui faisait partie de la Savoie, 
les places auxquelles ils avaient droit, huit de leurs 
compatriotes les ayant occupées successivement 
sans contestation. 

M. Rémy, témoin oculaire et l'un des défen- 
seurs les plus zélés de nos droits, dans son rapport 
au pape Clément XII et au roi de Sardaigne 
Charles-Emmanuel III, a décrit longuement et 
minutieusement toutes ces luttes; je ne lui ferai 
que les emprunts nécessaires pour renseigner suf- 
fisamment le lecteur : 

« On avait coutume, autrefois, de choisir les 
recteurs selon leurs qualités et selon la disposi- 
tion des personnes, indifféremment de toutes les 
provinces; mais depuis le bref de Grégoire XV, 
le ministre a fait tout son possible pour y mettre 
une personne d'autorité et qui soit toujours de sa 
province. Il a fait proposer pour cela l'Auditeur 
de Rote cle France pour remplir le poste de pre- 
mier Recteur; le second Recteur était depuis ce 
tems-là un Savoyard ou un Lorrain alternative- 
ment. » 

« Monseigneur de Boullemont , auditeur de 
Rote^ un de ceux qui ont été recteurs, crut qu'il 
ne convenait pas â un Prélat d'être ballotté tous 
les ans dans un scrutin Au lieu de recourir au Pape 
sous l'autorité duquel a été fondé Saint-Louis, il 
écrivit à la ('oui' de France et en obtint un ordre 
qu'à l'avenir, lui et ses successeurs dans celle 
charge', seraient Recteurs perpétuels de Saint- 



183 

Louis. Voila de quelle manière ce bon auditeur 
de Rote s'est moqué de la souveraineté du Saint- 
Siège, qui n'aurait pas souffert cet injurieux atten- 
tat s'il en avait eu connaissance; et voilà aussi 
comment il s'est moqué de la liberté et autorité 
de la même Congrégation. Il ne laissait pas cepen- 
dant de demander tous les ans si les députés se 
contentaient qu'il fût leur recteur; c'était peut-être 
pour obéir à son confesseur, parce qu'autrement 
il ne le pouvait être en conscience, à cause du 
serment qu'il avait prêté de se soumettre au règle- 
ment de la maison. » 

« Les Papes, à qui on a caché ces sourdes me- 
nées, ne s'en sont point occupés, ne connaissant 
pas le cours des affaires de Saint-Louis. Les dé- 
putés des provinces unies de Savoye et de Lor- 
raine, ou ignorants ou timides, sont demeurés 
dans une périlleuse insensibilité. D'ailleurs le 
ministre tâchait que les Français de sa province 
fissent d'accord leurs actions en cachette ; ou bien 
il les entretenait dans une grande ignorance de 
l'état des affaires, tâchant toujours d'y placer des 
sujets dévoués à son service et entièrement dé- 
pendants de lui. Il ne faut pas chercher ailleurs 
la fin pour laquelle il a extorqué ce bref du Pape, 
pour assister à l'élection des administrateurs de 
Saint-Louis, cum interventu et scientia. » 

« Depuis ce tems-là jusqu'à ces dernières an- 
nées, le ministre français faisait de tems à autre 
des avanies, souvent ;'i L'occasion des dots, comme 



184 

fit le cardinal d'Estrées qui voulait disposer des 
dots à sa fantaisie (1); comme aussi à l'occasion 
d'autres droits; de vouloir, par exemple, que l'on 
receut les chapelains à leur seule recommandation, 
sans le mérite nécessaire, mais cependant sans 
trop faire crier. » 

« M. le cardinal de Polignac, croiant pouvoir 
tout en cette Cour, a pensé qu'il pourrait nous 
opprimer et qu'il pourrait à son tour agir en sou- 
verain. Avant même qu'il fut cardinal, il tâcha 
que l'on ne fist plus l'élection annuelle des Rec- 
teurs, de sorte que le plus ancien fust toujours le 
premier Recteur. Cet usage a duré à peu près une 

(1) Les dots ont été fondées par des particuliers, dont la 
déclaration de leur volonté a déterminé l'effet et les degrés 
de leur libéralité. Nos deux provinces en ont douze chaque 
année, six pour chacune ; c'est-à-dire six pour les filles des 
Savoyards habitant à Rome, et six pour les filles clés Lor- 
rains. 

Le bienfait vient d'un legs d'un marchand du Languedoc 
qui s'était fait fort riche icy. Il en a laissé qui se distribuent 
en différents temps, et en plus grande quantité aux Fran- 
çaises. Les filles du Languedoc qui sont à Rome sont les 
privilégiées. Il était député de la Congrégation de Saint- 
Louis et du temps de la brouillerie des Pères de l'Oratoire, à 
l'occasion de quoi il a mis dans son testament (dont j'ai 
la copie) qu'en cas qu'il arrivas!, que la Congrégation pas- 
sas! aux mains des Réguliers, toutes les dots doivent estro 
transférées aux députés du Saint-Rosaire de la Minerve pour 
être distribuées aux filles romaines. On dit que ce marchand 
ne savait ny lire ny écrire; mais avait un esprit et un ju- 
gement extraordinaires. (Mémoire de J. Rèmy.) 



185 

vintaine d'années, la place n'étant pas remplie par 
l'auditeur de Rote , parce que celuy d'à présent, 
Monseigneur de Gamache, sachant qu'il serait 
obligé, en entrant dans la Congrégation, de faire 
le serment accoutumé entre les mains du premier 
de la Congrégation, crut que ce serait une trop 
grande bassesse de le faire et ne voulut jamais s'y 
présenter. Les autres députés n'étant jamais en 
charge, ne connaissaient que par l'oracle du plus 
ancien ce qu'il luy plaisait de leur faire entendre, 
et principalement les députés de nos provinces de 
Savoye et de Lorraine, par l'exclusion du second 
Recteur, avaient moins de part aux affaires. » 

« Je connus trop où cette politique tendait, et 
les réflexions que je fis sur cet abus, me détermi- 
nèrent à prendre des mesures pour la rompre. J'en 
vins à bout en faisant connaître aux autres dépu- 
tés qu'il était juste que chacun peust avoir part 
au Rectorat, que chacun d'eux avait le droit d'y 
prétendre et que c'était un honneur qui ne devait 
pas toujours rester à un seul. Ainsi je fis réussir 
la chose comme pour leur faire plaisir. Ils entrè- 
rent si bien dans ce sentiment qu'ils me poussè- 
rent eux-mêmes à proposer l'élection. A peine 
eussé-je dit en congrégation que c'était un usage 
reçu dès la fondation et basé sur les statuts, que le 
plus ancien qui faisait seul toute la figure du Rec- 
torat, n'en put disconvenir, et pour ne pas l'effa- 
roucher je mis tous mes soins à le faire élire. Il 
fut élu, mais il mourut un an ou deux après. » 



186 

« Pour lors je recommençay à remettre l'élec- 
tion sur le tapis. Le plus ancien, qui était aupara- 
vant le premier à vouloir l'élection, s'y opposa 
quelque peu; mais il fallut pourtant qu'il prist 
patience. On lit donc l'élection du premier rec- 
teur en choisissant un très honnête homme du 
comté de Bourgogne, pour la province de France. 
Or, comme il n'y avait point de Savoyard et que, 
du nombre des Lorrains, nous n'étions que deux, 
je priay la Congrégation de jeter les yeux sur mon 
collègue et que je luy cédais toutes mes préten- 
tions. La plus grande partie de la Congrégation 
s'y opposa d'abord et voulait ballotter en ma fa- 
veur; mais je les priay de nouveau, avec tant de 
force, qu'il futreceu second recteur. Voilà l'élec- 
tion remise en pied. A la sortie de l'assemblée on 
en porta la nouvelle au cardinal qui dit : tout est 
perdu. » 

L'orateur royal voyant que, dans la Congréga- 
tion, tout n'allait pas selon sa volonté et que bien- 
tôt il ne pourrait plus dominer à Saint-Louis, 
prit, contre les opposants, un parti violent et ra- 
dical : celui de les faire exclure par une assemblée 
des députés qui lui restaient dévoués. Voici la 
teneur de cette proscription : 

La Congrégation de Saint-Louis, tenue le 12 
du présent mois de septembre 1730, cl dûment 
intimée par ordre de S. E. Monseigneur le cardi- 
nal de Polignac, se voyant obligée pour des rai- 
sons graves, connues de S. Eminence et de la dite 



187 

Congrégation, de proscrire MM. Rémy, Jousse- 
randot et Dérisë, charge M. le supérieur de don- 
ner, à la communauté et aux officiers de la mai- 
son, connaissance de cette exclusion, afin qu'au- 
cun n'en prétende cause d'ignorance. 

Donné en Congrégation les an et jour que ci- 
dessus. Michel Vitasse, secrétaire. 

« J'ai eu l'honneur, dit M. Rémy, d'estre écrit 
le premier dans la proscription. M. Jousserandot 
est le recteur de Saint-Louis, un homme de toute 
intégrité, officier de la chancellerie, et présente- 
ment encore recteur de la Congrégation de Saint- 
Claude, de sa nation du comté de Bourgogne. 
M. Dérisé est un fameux architecte, dont on ad- 
mire le talent dans l'église de Saint-Claude, son 
ouvrage; il enseigne l'architecture, la perspec- 
tive, les principes de géométrie dans l'Académie 
de Saint-Luc. » 

« Ce n'a pas été pour nous une disgrâce; heu- 
reux qui souffre persécution pour la justice; mais 
un témoignage assuré que nous n'avons pas voulu 
trahir notre conscience, ny l'autorité du Saint 
Siège, ny la gloire de nos souverains, ny l'intérêt 
de la Congrégation en général et de nos provinces 
en particulier; pour le bien de laquelle ou des- 
quelles relativement , nous avons fait serment 
d'observer les lois, les statuts, les constitutions, 
de les maintenir et de les faire pratiquer aux au- 
tres, autant qu'il nous scia possible. » 

« Depuis que je n'allais plus aux Congrégations 



188 

un prétendu député fit sorter un prêtre lorrain 
par ordre du cardinal, parce qu'il était dans l'in- 
térest cle ceux de sa nation. Il le fit sans Congré- 
gation, sans recteurs, d'autorité absolue. Ils en fi- 
rent chasser un antre, quoique reconnu par son 
supérieur pour avoir voulu faire le devoir de sa 
charge. Enfin le duc de Saint-Aignan, ambassa- 
deur, a fait sortir un troisième chapelain lorrain, 
quoiqu'il eût été receu selon toutes les formes, 
c'est-à-dire par toute la Congrégation administra- 
tive, et qu'il n'y eût rien à reprocher à sa vie et à 
ses mœurs. Voici les paroles d'un prétendu député, 
appelé Breton, à ce prêtre : quoique vous soyez 
d'une irréprochable vie, tant dehors que dedans 
la communauté des prêtres de Saint-Louis, néan- 
moins la Congrégation a receu ordre cle Monsei- 
gneur l'ambassadeur de vous mettre hors de la. 
communauté, vendredi prochain, quoiqu'il n'ait 
rien à faire à cela; et il a pris le dessein de ne lais- 
ser entrer désormais aucun chapelain sans sa par- 
ticipation, et, de plus, de n'admettre à l'avenir au- 
cun chapelain lorrain ou savoyard que sous le nom 
de français. Ce jeune prêtre a fait cette déclaration 
devant notaire pour servir (1). La Congrégation 
même ordonna que l'on luy fist un certificat de 
bonnes vie et mœurs. » 

(1) Io sottoscrito Claudio Francesco Bockeiiheim , prête 
Lorenese, per la verità ricercato, Eaccio pienafedeed anche 
mediante il mio giuramento, corne essendo aella communità 
de' cappellani Lorenesi, Savojardi e Franeesi délia, chiesa 



189 

On vient de voir avec quelle intelligence, avec 
quel esprit do suite et de persévérance M. Rémy 
sut défendre les droits de ses compatriotes et ceux 
des Savoyards. Mais il avait affaire à forte partie. 
Ses adversaires, l'ambassadeur et l'orateur d'un 
roi de France, étaient à peu près tout puissants a 

nazionale conosciuta sul nome di S. Luigi di questa città 
di Roma in che luogo ero stato amniesso nel modo solito, cioè 
per niezzo solo délia Congregazione amininistratice di detta 
ehiesa nazionale, il signore Pietro Breton, nuovo deputato 
délia înedesima Congregazione, lia detto a me il giovedi otto 
del présente mese d'agosto del 1732 : che il signore ambas- 
eiadore di Franeia ha dato ordine ail asudetta Congregazione 
de' curiali amministratori : 1° di mandarine fuor délia detta 
communità il venerdi seguente, che era il nono del sudetto 
mese d'agosto del 1732; 2° che per l'avvenire nissun cap- 
pellano Lorenese ne Savojardo vi fosse ricevnto ed ammesso 
senza la participazione del detto ambaseiadore, e flnalmente 
che nessun cappellano Lorenese ne Savojardo ail' avvenire 
fosse ricevuto ed ammesso nella detta communità, se non 
sotto il nome di Francese ; e pet" esser ciô la vérità ho fatto 
la présente, in fede di questo, li 30agosto del 1732. 

Claudius Franciscus Bockenheim, presbiter 
Lotharingus. — Ut suprà, manu propria. 

Voici l'acte fait par le notaire Ficedula, à cette 
occasion : 

Fidem facio per prœsentes, ego Caus. Cur. Cap. No- 
tarius publicus infrascriptus, qualiterdie 4 a mensis 7 bris 
1732, in rnei prœsentia, personaliter et prœsens consti- 
tutus R. D. Claudius Franciscus Bockenheim, filiusque 
Claudii, Lotharingus, mini cognitus, sponté, omnique 
et mediato pectore recognovit et recognoscit suarn ma- 



190 

Rome; non pas certainement, au point de forcer 
la justice à rendre des sentences injustes, mais 
assez pour l'entraver, faire traîner les choses en 
Longueur et présenter les griefs comme des choses 
sans importance. Le cardinal de Polignac n'était 
pas homme à se laisser battre par un lorrain, par 
un petit recteur de Saint-Nicolas. 

M. Rémy et ses deux collègues firent citer les 
députés proscripteurs devant les juges de la Cham- 
bre de Monte-Citorio, ut doceant de auctoriiate 
et rationibus. Effrayés de la tournure que pre- 
naient les choses, ces députés s'empressèrent de 
communiquer leur inquiétude au cardinal ; mais 
celui-ci les rassura pleinement en leur disant qu'il 
en faisait son affaire propre et personnelle. En 
effet, quoique toutes les formalités fussent rem- 
plies, malgré la citation et la production des piè- 
ces, il sut si bien s'y prendre que la cause ne fut 
pas appelée; et quand les proscrits voulurent en 
savoir le motif, on leur répondit que le ministre 
secrétaire d'Etat avait donné des ordres pour sus- 
pendre les poursuites. 

num. litteras, caracterem et subscriptionem in calce re- 
Iroscriptas attestationis in forma appositam, similique 
juramento, omnia et singula in eadem contenta vera 
fuisse et esse affirmavit, et tanquam talia ratificavit, et 
sic tacto pectore more solito juravit super quibus. In quo- 
rum fidem, Romse die et anno praxlictis. 

Ità est. Pro D. Josepho Antonio Ficedula, Cur. Cap, 
Notario. — Paulus Paulepius subv. in fidem 



191 

M. Rémy était tenace et il le fit voir. Il se ren- 
dit immédiatement auprès du ministre du Pape, 
qui parut tout étonné de la nouvelle, et répondit 
qu'il ne savait rien de tout cela et qu'il n'avait pas 
donné d'ordres semblables. Il le congédia en lui 
disant : Faccia il memoriale ; io lo considérera : 
faites votre mémoire, je l'examinerai. Le mémoire, 
fait et envoyé, resta sans réponse. Le plaignant se 
présenta douze fois à la porte du ministre, sans 
avoir pu jamais obtenir l'honneur de lui parler. 

Il ne restait plus qu'une seule ressource : recou- 
rir directement au Saint-Père. « J'allay comme 
j'ay dit ci-dessus au Pape pour luy représenter 
nos raisons. Dans une seconde visite je luy portay 
un mémorial où j'exposais, au long, tous nos griefs 
contre les députés. Il me parut touché et offensé 
de leur indigne conduite, et me promit tout. Il 
ordonna que l'on copiast ce mémorial en secrétai- 
rerie; ce qui fut exécuté avant qu'on ne me le 
rendit. C'est un signe qu'il y avait des choses qui 
le touchaient de près. » 

Ce fut après sa visite au pape Clément XII que 
M. Rémy, reprenant courage, envoya son mé- 
moire au roi de Sardaigne, comptant qu'il pren- 
drait fait et cause pour les Savoyards, ses sujets. 
Mais Charles-Emmanuel III avait bien d'autres 
soucis à cette époque. La guerre de la succession 
de Pologne venait d'éclater et il voulait profiter 
de l'occasion pour agrandir ses Etats. Pour réus- 
sir, il fallait se tenir ami de la France, combattre 



192 

l'Autriche et envahir le Milanais. Le résultat de 
cette campagne fut l'occupation et l'acquisition 
définitive à sa couronne des provinces milanaises 
de Novare, d'Àlba et de Tortone. 

D'un autre côté, il venait de rompre toute rela- 
tion avec Clément XII, pour la défense des immu- 
nités ecclésiastiques de la Savoie et duVal-d'Aoste. 
Il voulait de plus conserver les vieux concordats et 
ses droits à la collation des bénéfices, empêcher la 
levée des revenus romains sur le Piémont, et taxait 
de crime de lèse-majesté le fait de quinconque 
reconnaîtrait la juridiction temporelle du Pape. 

Le rapport de M. Rémy arrivait donc à la Cour 
de Turin dans de bien mauvaises circonstances, 
et il dut passer inaperçu au milieu des ces graves 
préoccupations. 

A Rome, par les soins du cardinal de Polignac, 
il avait été classe, pour employer une expression 
reçue au Palais ; par les intrigues du même car- 
dinal, il demeura classé. Tel fut le résultat de la 
campagne, digne d'une meilleure destinée, entre- 
prise par M. Rémy. 

La lutte qu'eut à soutenir son compatriote, 
M. Berlin, et dont il me reste à parler, n'eut pas 
un meilleur sort. 



193 



VIII. 

Etienne Bertin était un prêtre lorrain, origi- 
naire du diocèse de Tout. Il arriva à Rome sur la 
fin de 1729, avec des lettres de recommandation 
de Son Altesse Royale, le duc de Lorraine, pour 
le comte Spada, son représentant auprès du Saint- 
Siège, lui prescrivant de faire entrer ce prêtre 
dans la communauté des chapelains de Saint- 
Louis. Le comte s'empressa de le présenter à la 
Congrégation des administrateurs de cet établis- 
sement, en leur faisant part des ordres du duc. 
Ceux-ci, après avoir examiné les titres du postu- 
lant et voyant que toutes les places étaient occu- 
pées, firent pour M. Bertin ce qu'ils avaient fait- 
quelque temps auparavant pour un Savoyard, 
M. Gravier; c'est-à-dire que, conformément au 
décret De quâ natione et Quoi de unâprovmciâ... 
ils renvoyèrent, pour faire une place au nouvel 
arrivant, le dernier chapelain surnuméraire qui 
était un prêtre français appelé Contan (1). 

(1) Li eappellani sopranumerarii délia nazione Francese 
sono sempre usciti délia detta communità alla venuta de' 
eappellani Lorenesi e Savojardi, corne successe nel 3 di 
Gennaio 1730 alla venuta del secondo lorenese di cui s'è par- 
lât» di sopra, ed a chi fu obligato de cedere il luogo un cap- 
pellano Francese che si domanda Contan; il che detto Con- 
tan aveva già fatto alla venuta di un cappellano Savoyardo, 

13 



194 

Admis 1(3 3 janvier 1730, il resta daus la com- 
munauté jusqu'au 18 septembre 1731, menant une 
vie édifiante et remplissant tous ses devoirs avec 
ponctualité, comme en font foi les attestations 
suivantes données par les deux supérieurs sous 
l'autorité desquels il vécut à Saint-Louis : 

« Nous, Jean-Baptiste de Nobile,, prêtre, doc- 
teur en théologie et supérieur de la communauté 
de Saint-Louis, à Rome, nous faisons connaître à 
tous ceux que cela peut intéresser, que M. Etienne 
Bertin, prêtre du diocèse de Toul, habitant cette 
maison depuis dix-huit mois, a rempli tous ses 
devoirs avec beaucoup de diligence; nous ajou- 
tons que c'est un prêtre modeste, pieux, vertueux, 
très habile dans le chant grégorien. En foi de quoi 
nous avons, avec plaisir, signé la présente attesta- 
tion munie du sceau de la communauté, le 3 juillet 
1731. De Nobile, prêtre, supérieur de Saint-Louis. » 

Voici l'attestation de Joseph Collin, successeur 
de Jean-Baptiste de Nobile : 

« Je soussigné, supérieur de la même maison et 
de la même communauté, atteste que M. Etienne 
Bertin, nommé ci-dessus, est resté, de plus, deux 
mois et demi dans cet établissement, et que sa 
conduite ne laisse rien à désirer. En foi de quoi, 
j'ai signé le présent écrit le 5 juin 1732. Joseph 

che si domanda Gravier, perché il Contan cho sta encor 
adesso nella communità con il sucletto Gravier, era il più 
moderno cappellano supranumerario. 

(Mémoire des deux Recteurs proscrits). 



195 

Collin, supérieur de la communauté de Saint- 
Louis » (1). 

Malgré sa bonne conduite, malgré ses bonnes 
notes, Etienne Bertin devait bientôt être expulsé 
de la. communauté. Voici à quelle occasion. 

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que 
cinq ou six députés français, dévoués à l'ambas- 
sadeur et â l'orateur royal, s'étaient réunis en 
conciabule le 12 septembre 1730. Les deux rec- 
teurs, dont l'un était français et l'autre lorrain, et 
deux autres députés, protestèrent contre cette 
violation du règlement. Mais les dissidents n'en 
tinrent pas compte et même ils eurent l'audace 
de les proscrire. Se sentant soutenus par le duc 
de Saint- Aignan et par le cardinal de Polignac, 
ils se lancèrent dans la voie de l'arbitraire, prêts 
à briser tous les obstacles qui se rencontreraient 
sur leur chemin, et s'arrogèrent tout pouvoir sur 
Saint-Louis. Pour consacrer toutes leurs illégali- 
tés, ils firent graver l'inscription suivante et la 
placèrent sur le mur de l'établissement qui regarde 

l'église : 

Anno Christi MDCCXII 

Sedente Clémente XI 

(1) Ego modernus ejusdem Domus et Communitatis 
Superior testor eumdem R. D. Stephanum Bertin insu- 
per hac in Domo per duos menses cum dimidio man- 
sisse et honeste vixisse. In quorum fidem subscripsi 
hac die 5 junii 1732. 

Joseph Collin, superior, ut suprà. 



106 

Régnante Ludovico Mat] no 

Ad Urbis commodum et ornamentuni 

Via hœc aperta est. 

Regiaque Domus a fundamentis extructa 

Auspice Melch. Card. de Polignac 

Tum Redore. 

Cette inscription fut gravée au commencement 
de septembre 1731 et placée le 18 du même mois. 

Etienne Bertin, l'ayant vue, ne put s'empêcher 
de faire remarquer tout ce qu'elle contenait d'i- 
nexact, de faux, de contraire à la nature de la fon- 
dation et â la teneur de l'ancienne inscription, 
placée un siècle auparavant sur la porte d'entrée 
de cette maison. 

1° En premier lieu, disait-il, les paroles anno 
Christi 1712 ont été placées pour insinuer qu'elle 
est aussi ancienne que la date; c'est-à-dire qu'il y 
a vingt ans qu'elle est gravée et placée là où elle 
est, quoiqu'il soit constant qu'elle n'a été gravée 
qu'au commencement de septembre 1731 , et qu'elle 
n'a été placée que le 18 du même mois. 

2° Par ces paroles Sedente Clémente XI, on 
veut s'abriter sous l'autorité de ce grand Pontife 
] x »ur bénéficier du fait accompli et tromper la vigi- 
lance de Clément XII, si glorieusement régnant. 

3° Les termes regiaque domus sont contraires 
à ceux-ci, de l'ancienne inscription : Congrega- 
tio Curialium Nationis Gallicanœ suis sumpti- 
busfundavit et erexit. 



197 

4° Ces mêmes paroles regiaque domus ont 
été mises : 1° pour détruire et éloigner entière- 
ment de ladite fondation la souveraineté du Saint- 
Siège et introduire l'autorité royale à la place ; 
2° pour détruire en même temps les droits des na- 
tionaux Lorrains et Savoyards dans cette maison, 
qui a été fondée et bâtie aux frais de la Congré- 
gation des officiers de la Curie romaine nés en 
Lorraine, en Savoie et en France. 

5° Les paroles a Jundamentis extructa sont 
contraires à celles-ci de l'ancienne inscription : 
Congregatio Nationis Gallicanœ suis sumpti- 
busfundavit et créait. 

6° Enfin, les derniers mots tum Redore sont 
contraires à ceux-ci de l'ancienne inscription : 
De Cauterau et Th. Vibà Rectoribus. Ils n'ont 
été mis dans l'inscription que pour détruire la 
pluralité des Recteurs qui, d'après les statuts et 
l'usage immémorial, ont toujours été au nombre 
de deux : l'un, Fiançais, et l'autre, Lorrain ou Sa- 
voyard alternativement ; et pour soumettre l'éta- 
blissement au gouvernement du seul Recteur 
français et faciliter ainsi le moyen de s'en rendre 
maître. 

Ces paroles ayant été rapportées à un adminis- 
trateur nommé Lestache, celui-là même qui avait 
fait graver l'inscription, il s'empressa d'en faire 
part à l'ambassadeur de France, le duc de Sanit- 
Aignan. Le lendemain, 18 septembre 1731, le dé- 
puté Lestache se présenta à Saint-Louis au mo- 



198 

ment où tous les chapelains étaient réunis au 
réfectoire et, en présence de toute la communau- 
té, mais sans consulter ni les Recteurs, ni la Con- 
grégation, il intima à M. Bertin, de la part de 
L'ambassadeur, l'ordre d'avoir à sortir immédia- 
tement de la maison. 

Se voyant injustement persécuté au mépris des 
Constitutions Apostoliques qui, à la vérité, décla- 
rent les chapelains amovibles, mais au bon plaisir 
des Recteurs et non de l'ambassadeur, M. Bertin 
recueillit les principaux documents concernant la 
fondation de l'établissement, fit un mémoire où il 
exposâtes violences inouïes dont Saint-Louis était 
le théâtre depuis quelque temps et dont les chape- 
lains étaient les victimes, et porta la cause devant 
Monseigneur Dolce, président du tribunal de 
Monte-Citorio (1). 

M. Bertin lit un second mémoire par lequel il 
demande à être maintenu comme chapelain dans 
la communauté de Saint-Louis, faisant voir que 
son expulsion par l'autorité arbitraire de l'ambas- 
sadeur aurait les plus tristes et les plus pernicieu- 
ses conséquences pour les droits des Lorrains, des 
Savoyards, de la fondation tout entière et, par le 

(1) L'oratore sudetto ricorse alla giustizia délia Santità 
Vostra inunito de' principali document! che spettano alla 
detta fondazione e di due memoriali, uno do' quali conteneva 
La violenze usate per allontanare l'autorité délia S. Sede, le 

quale violenze i\i sono talmente accreseiute 

(Mémoire d'Etienne Berlin au Pape.) 



199 

fait, pour les droits du Saint-Siège. L'ambassadeur, 
y est-il dit, encouragé par ce premier succès et 
sur désormais de l'impunité, chassera peu à peu 
les chapelains Savoyards et Lorrains, au mépris 
des Constitutions Apostoliques, et finira par être 
le seul maître et souverain de la Congrégation des 
officiers de la Curie romaine nés en France, en 
Savoie et en Lorraine. 

Ce qui arriva en effet. Etienne Bertin, sans être 
prophète, traçait clans son mémoire une page de- 
ce que l'avenir devait voir se réaliser. 

Il alla ensuite voir le Saint-Père, Clément XII, 
qui l'accueillit avec bonté et le consola au milieu 
de ses tribulations. Il lui dit, entre autres : lo vo- 
cjlio che sifaccia giustùta, e che l'instanza co- 
minciata avanti Monstgnore Dolce sitiri cwanti ; 
Je veux qu'on vous rende justice et qu'on pour- 
suive l'instance commencée au tribunal de Mon- 
seigneur Dolce. 

Dans un troisième mémoire, écrit en italien et 
adressé au Souverain Pontife, le chapelain pros- 
crit rend compte d'une entrevue qu'il eut avec 
l'ambassadeur de France. 

« J'allai ensuite, dit-il, voir M. le ministre, tant 
pour savoir si l'ordre d'expulsion émanait vrai- 
ment de lui, que pour en connaître les motifs. 11 
me dit que j'avais été expulsé parce que j'avais 
parlé mal du Roi et des Français. Comme je mani- 
festais rétonncment que ces paroles me causaient 
et que je niais avoir jamais dit chose semblable, il 



200 

me fit deux questions qui manifestent clairement 
ses visées et le but qu'il poursuivait en faisant pla- 
cer l'inscription susdite. — N'avez- vous pas avancé 
que la maison de la communauté des chapelains 
n'était pas royale ? — J'ai dit que l'église, l'hôpi- 
tal et la maison de la communauté des chapelains 
sont de fondation nationale, érigés et construits 
aux frais des officiers de la Cour romaine nés en 
France, en Lorraine et en Savoie, mais établis à 
Rome par un domicile fixe et permanent. — N'a- 
vez-vous pas dit, reprit le ministre, que cette 
fondation n'était pas sous le patronage du Roi? 
— Je ne me rappelle pas d'avoir prononcé ces 
paroles; mais, présentement, je réponds que cette 
maison, n'ayant pas été fondée par le Roi, elle ne 
peut et ne doit être soumise au patronage royal. 
D'autant plus que le contraire a été reconnu, sous 
le pontificat de Paul V, d'heureuse mémoire, par 
une commission composée des cardinaux Mellino, 
Cusanô, Bensi et de Monseigneur Marco- Aurelio 
Maraldi, chargés de faire des recherches sur la 
nature de cette fondation, et que le grand Pontife 
Paul V y a exercé son autorité souveraine à l'ex- 
clusion de Louis XIII qui prétendait y avoir des 
droits. 

« Le ministre cle France, avant entendu ces 
paroles prononcées vers la lin de septembre 1731, 
me congédia en disant: vous avouez votre faute; 
aile- et ne mettez plus les pieds ici; comme si 
j'avais commis un crime en disant la vérité, c'est- 



201 

â-dire, en soutenant que cette fondation des eu- 
riaux de la nation et de la langue gallicane, Fran- 
çais, Lorrains et Savoyards était sous l'autorité 
immédiate du Saint-Siège. » 

Malgré toutes ses démarches, malgré ses mé- 
moires et la citation des coupables devant le tri- 
bunal de Montc-Citorio, M. Bertin ne put obtenir 
(Vôtre réintégré dans son poste de chapelain. 
Comme son compatriote, M. Rémy, il avait affaire 
avec des adversaires puissants, haut placés, capa- 
bles, par leurs intrigues, cle paralyser l'action de la 
justice; comme lui aussi, il dut s'avouer vaincu. 
La pseudo-congrégation comptait un triomphe de 
plus. Pour rendre la maison de Saint-Louis com- 
plètement française , elle s'était lancée dans la 
voie de l'arbitraire et de l'injuste ; elle ne devait 
s'arrêter qu'après avoir atteint son but et consom- 
mé son forfait. 

Une chose, cependant, inquiétait ces députés 
proscripteurs, c'était les archives et les documents 
qu'elles contenaient. Ces documents, ils ne l'igno- 
raient pas, étaient capables de compromettre leur 
œuvre et cle les faire condamner devant les tri- 
bunaux de Rome ou d'ailleurs. Il fallait donc 
s'en emparer à tout prix. Mais la chose n'était 
pas facile, parce que la porte était fermée à trois 
clefs, dont l'une appartenait aux Français, l'autre 
aux Lorrains et la troisième aux Savoyards. Celle 
des Lorrains était entre les mains de l'architecte 
Dérisé, le député expulsé par eux. On la lui fait 



202 

demander. Mais celui-ci répond que, chargé de 
veiller à la conservation des biens et des droits 
de ses compatriotes, il ne la confiera à personne; 
mais qu'il est prêt à se rendre aux archives, au 
jour et à l'heure qu'on lui indiquera, à ouvrir et 
à fermer la porte en même temps que les déposi- 
taires des autres clefs, pourvu que tout se fasse en 
sa présence. Son offre si juste et si raisonnable fut 
repoussée. Plutôt que de subir sa présence, ils pré- 
férèrent forcer la serrure et violer les archives (1). 

La série des actes tyranniques de cette Congré- 
gation sans chef n'est pas épuisée: nous avons 
encore à enregistrer des exploits aussi odieux que 
révoltants. 

Nous avons vu au chapitre III que les officiers 
de la Curie romaine, originaires de la Lorraine et 
du duché de Bar, avaient à Saint-Louis, outre les 
biens et les droits communs aux trois nations, 
des intérêts propres et particuliers à leur pro- 
vince. Ils avaient acheté de la Congrégation une 
p;ircelle de terrain sur laquelle ils avaient fait 
bâtir la chapelle de Saint-Nicolas. Cette cha- 
pelle, quoique comprise dans le plan de l'église 
et ne faisant qu'un seul corps avec elle, fut, pen- 
dant deux siècles, réservée à l'usage exclusif de 
leurs dévotions particulières et de la confrérie 
établie en leur faveur par saint Pie V. Cet état de 
chose dura, même après la construction do Saint- 

(1) Voiries Pièces justifîcaticeSj n° 11- 



203 

Nicolas â la place Navone et le transfert opéré par 
Grégoire XV de la confrérie clans cette dernière 
église. 

De plus, ils avaient fait construire un apparte- 
ment pour loger les deux chapelains de leur nation 
qui feraient le service de ce sanctuaire; le tout à 
leurs frais et du consentement de la Congrégation 
à laquelle ils payèrent, en indemnité, une assez 
forte somme, qui fut employée a l'achèvement de 
l'église de Saint-Louis. Il avait été stipulé qu'ils 
entretiendraient ces immeubles et que le traite- 
ment des chapelains était à leur charge, de sorte 
que la Congrégation n'avait à s'occuper ni du loge- 
ment, ni de la chapelle, ni des prêtres qui la des- 
servaient. C'était une petite congrégation auto- 
nome, ayant sa vie propre dans la grande Congré- 
gation des Français, des Savoyards et des Lor- 
rains (1). 

Les députés dissidents, dévoués â l'ambassadeur 
et à l'orateur royal, ne se dissimulaient pas que 
cette fondation constituait un obstacle sérieux â la 
réalisation de leur dessein de rendre la maison de 
Saint-Louis complètement française. Ils avaient 
bien les titres en main depuis la violation des ar- 
chives, mais cela ne suffisait pas ; l'appartement 
était occupé par un chapelain de Saint-Nicolas. 

(1) Dovendo di più la detta confraternité mantenere per 
sempre detta cappella ed appartemento dalle sue spese pro- 
prie ed anche li due suoi cappellani. 

(Mémoire des deux Recteurs proscrits.) 



204 

Sur ces entrefaites, ce prêtre, rappelé dans son 
diocèse, partit après avoir confié les clefs à un de 
ses compatriotes qui était chapelain de Saint- 
Louis. Malheureusement, c'était un vieillard dé- 
bile et impotent, qui ne pouvait sortir de sa cham- 
bre. L'occasion de s'emparer de cet appartement 
parut favorable aux envahisseurs. Sous un pré- 
texte quelconque, ils lui firent demander les clefs. 
Le chapelain de Saint- Louis, sans réfléchir, sans 
rien soupçonner, les livra aussitôt. Mais quelque 
temps après, le nouveau prêtre chargé de desser- 
vir la chapelle de Saint-Nicolas étant arrivé de 
Lorraine, le vieillard envoya quelqu'un les récla- 
mer en son nom. On lui fit la réponse suivante : 
La Congrégation de Saint-Louis désire savoir 
quels sont les droits sur lesquels s'appuient Mes- 
sieurs les Lorrains pour réclamer cet apparte- 
ment. Donné en Congrégation le 9 novembre 
1731 (1). Les cinq ou six députés qui s'étaient 
emparés de l'administration de Saint-Louis avaient 
les clefs et, malgré toutes les démarches et les ré- 
clamations, ils ne voulurent jamais s'en dessaisir. 
Le mémoire ajoute qu'il y avait encore à Rome, 
en ce temps-là, deux prêtres lorrains qui avaient 

(1) La detta parte délia Corigregatizione senza cape- per 

impadronnirsi delli dritti délia confraternité delli Curiali 

Lorenese et Bavresi nell' appartemento sudetto ne fece astu- 

tamente domandarelechiavicheerano(1731) nelle tnani d'un 

vecehio cadente. 

(Mémoire des deux Recteurs proscrits.) 



205 

habité cet appartement comme chapelains de 
Saint-Nicolas, et que les premiers ne participaient 
à la vie de communauté que menaient ces derniers 
qu'en prenant place à la même table. 

Après les Lorrains vint le tour des Savoyards. 
Pour arriver à ses fins, il entrait clans les vues de 
la partie factieuse de la Congrégation de ne pas 
épargner les uns plus que les autres. Le mémoire 
du cardinal Albani est formel à cet égard : 

« Tout le monde sait aujourd'hui, disait-il en 
1741, que leur but et leurs efforts tendent à ex- 
pulser les deux chapelains savoyards, comme aussi 
de priver, des six dots qu'on a coutume de distri- 
tribuer à la fête de saint Denis, les jeunes 
filles pauvres de la Savoie ; et si on n'y porte re- 
mède, ils ne tarderont pas à réaliser leur projet. 
La voie de l'exclusion et des violences a été ou- 
verte en 1732, lorsqu'ils ont déclaré que, à l'ave- 
nir, on n'admettrait plus les Savoyards à Saint- 
Louis que sous le nom de Français. Aussi n'ont- 
ils pas permis au chanoine Favre, qui avait été 
sous-prieur de la communauté, de visiter les ar- 
chives à sa sortie de l'établissement » (1). 

Semblable refus fut fait à M. le chanoine Garin, 
et aussitôt qu'il fut pourvu d'uncanonicatà Saint- 
Pierre de Genève, on lui fit comprendre qu'il ferait 
bien de s'en aller le plus tôt possible. Plus tard, il 

(1) Quindi è che in oggi si sa che tutto lo studio si pone 
in volere escludere ancora li due cappellani Savojardi. 
(Mémoire du cardinal Albani.) 



20G 

sut que, dans une assemblée de la fausse Congré- 
gation, il avait été question de lui intimer l'ordre 
de sortir cle la maison, bien que son séjour n'y fût 
plus que momentané et que sa présence ne put 
porter préjudice à aucun chapelain français. Mais 
la mesure parut à quelques-uns tellement insolite 
et violente, surtout à l'égard d'un sujet qui avait 
mené pendant cinq ans une conduite édifiante et 
exemplaire dans la communauté, que l'on résolut 
de surseoir; bien que, d'un autre côté, le cardinal de 
Tencin, dont le projet, comme le constata M. Ga- 
rin, était de rendre la maison complètement fran- 
çaise, manifestât le plus grand désir de le voir ex- 
pulser. Ce chapelain savoyard eut plus tard une 
nouvelle occasion de connaître les sentiments hos- 
tiles du cardinal et de la pseudo-congrégation pour 
ses compatriotes. Un jour qu'il disait à un des ad- 
ministrateurs que, s'il pouvait voir les archives, 
il lui serait facile de prouver que les Savoyards 
ont, sur Saint-Louis, autant de droits que les 
Français, il lui fut répondu : C'est ce que, vous, 
Savoyards, vous ne verrez jamais plus : Questo 
è quello che vol altri Savojardi non vedrete 
mai (1). 

A ajouter aux précédents un fait qui vient con- 
firmer la même vérité. 

(1) Coni pure al eanonico Garin, al quale dopo esser stato 
provisto d'un canonicato, M fatto pressentireche uscisse délia 
casa, anzi che seppe che in una congregazione era stato par- 
lato se dovevasili intimare la partenza. 

(Mémoire du cardinal Albani.) 



207 

A cette époque, le Val-d'Aoste, bien que situé 
au delà des Alpes, faisait partie delà Savoie; il 
était soumis à la juridiction du Sénat de Cham- 
béry et regardé, par le Parlement de Turin, 
comme partie intégrante de notre province. 
Les prêtres Val dotains étaient reçus à Saint-Louis 
comme Savoyards et considérés cemme tels par la 
Congrégation administrative .Aussi , nous y voyons , 
en 1G30, le prêtre Borretta et , plus tard, vers 
1720, au dire du mémoire du cardinal Albani, huit 
chapelains Valdotainsquise succédèrentlesunsaux 
autres dans cet établissement. En 1740, les places 
de la Savoie étant vacantes, deux prêtres du Val- 
d'Aoste se présentèrent pour les occuper ; mais, ils 
ne furent admis ni l'un ni l'autre. Au premier, on 
répondit que ce n'était pas dans l'intention du car- 
dinal de nommer des titulaires à ces places ; au 
second, le secrétaire de la Congrégation, a qui il 
présenta sa demande selon l'usage, répondit qu'il 
fallait s'adresser directement au cardinal de Ten- 
cin; ce à quoi ce prêtre ne voulut jamais se sou- 
mettre, parce que c'était reconnaître à ce person- 
nage une autorité qu'il s'arrogeait injustement et 
illégalement sur Saint-Louis (1). 

Le chanoine Crozé tient le même langage que 
le cardinal Albani. « Malgré les altérations, dit- 

(1) Si aggiunge à tutto ciô che sendosi affacciati ora due 
Valdostani per riempire li due luoghi dei Savojardi, corne 
che pretendono di averci lo stesso dhïtto. 

(Mémoire du cardinal Albani.) 



208 

il, que cet établissement avait essuyées au préju- 
dice des Savoyards, ils s'y sont maintenus jus- 
qu'en 1741. C'est alors que le cardinal de Tencin 
franchit le pas, leur refusa les places qui leur ap- 
partenaient et fit retirer le dernier qui s'y trou- 
vait encore, et, dans l'assemblée que son grand 
vicaire tint à Saint-Louis le 30 septembre 1751, 
il fut ordonné et décidé, par ordre du cardinal, 
qu'au lieu de vingt-quatre chapelains, il n'y en 
aurait plus que vingt-deux ; que les postes des 
Savoyards seraient supprimés pour toujours, afin 
que, par cette suppression, les Français fussent 
mieux entretenus. » 

Quant aux six dots auxquelles avaient droit les 
jeunes filles savoyardes, elles eurent le même sort 
que les places des chapelains; c'est-à-dire qu'on 
les supprima peu à peu. En 1741, il n'en fut distri- 
bué qu'une seule, et encore un membre de la Con- 
grégation dit au chanoine Garin qu'on l'avait don- 
née par charité. Il ajouta qu'on n'en donnerait plus 
à l'avenir et qu'elles seraient toutes distribuées 
aux jeunes filles françaises (1). 

(1) Ecco aclunque escliisi li cappellani; e lo stesso è avve- 
nuto quest/ anno 1741 délie dotte aile zitelle Savojarde, non 
essendoiie stata data che una, con avère detto uno délia eon- 
gregazione al canonico Garin che se la dava per carità; ma 
ehe per altro nonsse ne sarebbe data piiï alcuna aile zitelle 
Savojarde, ma bensi tut te aile Franeesi. 

(Mémoire du cardinal Albani). 



RESUME ET CONCLUSION 



-- MVWWA m i — 



Les Savoyards ont-ils des droits sur Saint- 
Louis, sur le nouveau comme sur l'ancien? Pour 
ceux qui auront eu le courage et la patience de 
lire cet écrit jusqu'à la fin, la réponse ne saurait 
être douteuse, à mou avis. Ces droits y sont con- 
signés en gros caractères à chaque page, je pour- 
rais presque dire à chaque ligue , comme cha- 
cun pourra s'en asssurer à son aise. Je crois donc 
inutile d'insister sur ce point. Je me contenterai 
de résumer, en peu de mots, les preuves princi- 
pales avec leur date respective; ce sera comme 
autant de jalons qui indiqueront la route que nous 
avons suivie, pendant les trois siècles qu'à duré la 
présence des Savoyards à Saint-Louis des Fran- 
çais. 

1464. Inscription placée sur la sacristie de l'an- 
cien Saint-Louis : Eglise romaine dédiée à la B. 
Marie, à Saint-Denis et à Saint-Louis par les ha- 
bitants de Rome, appartenant à la nation française 
ou parlant la langue française, c'est-à-dire les 
Français, les Savoyards et les Lorrains. 

1484. Décret de la Congrégation des Français, 
des Savoyards et des Lorrains déclarant que, sous 
le nom de Nation Gallicane, sont comprises tou- 
tes les provinces de delà les Alpes parlant la lan- 
gue française. 

14 



210 

1517. Parmi les souscripteurs [tour l'érection 
du nouveau Saint-Louis, nous trouvons Pierre de 
Lambert, de Chambéry, Abréviateur du Parc- 
Majeur,, pour 100 ducats d'or. 

1518. Ce même Pierre de Lambert était pre- 
mier Recteur de la Congrégation des Français, 
des Savoyards et des Lorrains. 

1518. Il est cité dans l'acte de la pose de la pre- 
mière pierre fondamentale de l'église, ainsi que 
deux autres Savoyards, Jean Chabeu, deTarentai- 
se, et Jean-Pierre Trolliet, de Cliambéry, comme 
étant ceux qui ont le plus travaillé à préparer cette 
reconstruction. 

1518. Le bref de Léon X s'adresse aux officiers 
de la Cour romaine appartenant à la nation fran- 
çaise ou parlant la langue française. 

1524. Députation de deux Français, deux Sa- 
voyards et deux Lorrains, pour conférer sur la 
construction de la basilique de Saint-Pierre au 
Vatican. 

1594. Clément VIII nomme , pour gouverner 
Saint- Louis, douze Français, six Savoyards et six 
Lorrains. 

1795. Gui Pancirolo dit qu'on avait ouvert à 
Saint-Louis, en 1580, un hôpital pour les pèlerins 
pauvres, Français, Savoyards* et Lorrains. 

1617. La commission nommée par Paul V et 
composée de trois cardinaux et d'un prélat, re- 
connaît que Saint-Louis a été fondé par la Société 
des Français, des Savoyards et des Lorrains. 



211 

1630. Un prêtre du Val-d'Aoste, nommé Bor- 
retta, occupe ;ï Saint-Louis une des places de la 
Savoie. 

1720. M. Givotte , Savoyard , pharmacien à 
Rome, a été pendant de longues années adminis- 
trateur do Saint-Louis pour la Savoie. Il a fait à 
cet établissement un legs de soixante mille francs. 

1721. M. Rosset, plus tard chanoine de M où- 
tiers, était chapelain â Saint-Louis. Il dit que 
les armes de Savoie étaient représentées à plusieurs 
endroits de l'église. 

1725. Posterla dit qu'on distribuait chaque an- 
née six; dots aux jeunes filles savoyardes, et qu'il 
y avait à Saint-Louis deux chapelains savoyards. 

1730. M. Contan, chapelain surnuméraire, est 
obligé de céder son poste à M. Gravier, savoyard. 

1731. M. Etienne Berlin, prêtre du diocèse de 
Toul, fait trois mémoires pour prouver que Saint- 
Louis a été fondée par la Société des Français, 
des Savoyards et des Lorrains, et non par les rois 
de France. 

1733. M. Jean Rémy, prêtre lorrain et admi- 
nistrateur de Saint-Louis, rend le même témoi- 
gnage et prouve le même fait dans un rapport au 
roi de Sardaigne. 

1737. M. le chanoine Favre, Savoyard, était 
chapelain de Saint-Louis et sous-prieur de la 
communauté. 

1738. Vers cette époque, huit prêtres du Val- 
d'Aoste ont occupé les uns après les autres les 
places afférentes à la Savoie. 



212 

1741. Le cardinal Alexandre Albani recueille 
les documents prouvant les droits des Savoyards 
et les envoie au roi cle Sar daigne. 

1741. On ne distribue qu'une dot, au lieu de six 
comme cela se faisait auparavant, aux jeunes filles 
savoyardes. 

1750. M. Garin, plus tard chanoine de Saint- 
Pierre de Genève, était chapelain de Saint-Louis. 
Il écrit au ministre du roi de Sardaigne pour le 
prier d'intervenir en faveur des Savoyards qu'on 
veut expulser de la maison. 

1751. M. le cardinal de Tencin fait supprimer, 
par des administrateurs qui lui étaient dévoués, 
les deux places qui restaient aux Savoyards. 

1759. M. Crozé, chanoine de la Métropole de 
Moûtiers et ancien chapelain de Saint-Louis, fait 
un mémoire pour revendiquer les droits des Sa- 
voyards. 

Je laisse au lecteur le soin cle tirer la conclusion 
et je finis en répétant ces paroles de mon premier 
opuscule (1) sur le même sujet : 

« L'Annexion a restitué à la Savoie une partie 
« de ses droits sur Saint-Louis, et aujourd'hui les 
« prêtres savoyards y sont reçus comme desfrè- 
« res et traités comme des amis. » 



(1) Les Savoyards à Rome et leurs établissements pieux 
;i la lin du moyen âge. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



i. 

Decretum Gongregationis Sancti Ludovici 

De qua natione et quoi de una provincia capellani 
in ecclesia recipi debeant. 

Cum autem omnes Ultramontani nalionis gallicana? 
Romanam Curiam pro tempore sequenies, juxtà consli- 
tution3m sive facultatem felicis recordalionis Sixli 
Papa? IV huic ecclesia? et ejus hospitali concessam, 
sint et esse debeant veri ejusdem ecclesia? parochiani, et 
sub eadem natione comprehendantur omnes Ultramon- 
lanorum provincia? qua? idioma gallicum communiter 
loquuntur, conveniens est quod tàm grandis natio de 
diversis suis provinciis proprios liabeat in eadem eccle- 
sia capellanos, qui de sua provincia curiales ad singu- 
larem erga ecclesiam et hospitale ejusmodi inducere 
debeant devotionem. 

Idcircô providè statutum est et ordinatum quod de 
cœtero nullus nisi de dicta natione oriundus in capel- 
lanuni ipsius ecclesia? recipiatur, quoclque de unaqua- 
que dicta? nationis provincia plures quàm duo etiam 
supernumerarii eodem tempore esse non debeant. 

Proviso tamen quod de diversis ejusdem nationis 
provinciis idonei et eidem eeolesue necessarii pro tem- 
pore capellani in Urbe reperiantur, cl nisi allas tanta 
essct alicujas tertii de eadem provincia capellani 



214 

idoneitas, quod ipsum recipere summopere expediret ; 
in hoc tamen huic statuto de facili non derogetur, nisi 
pro evidenti eorumdem ecclesiae et hospitalis utilitate, 
seu ejusdeui nationis décore; et quatenus de hujus- 
modi ultramontanis tôt idonei et suffieientes capellani 
in Urbe non reperirentur, aut in eventum discordia? in- 
ter curiales propterea pro tempore ortœ, vel aliàs 
urgente necessitate, liceat rectoribus pro tune existenli- 
bus aliquosalios quam dictse nationis, alios tamen suffi- 
eientes et idoneos, et ad salarium, emolumenta et onera 
admittere consueta. 



215 



IL 

Decretum Gongregationis Sancti Ludovici 

De modo recipiendi capellanos 
ecclesiœ et de juramento per eos prœstando. 

Quoniam nibil est quod tam cleceat quam in ecclesia 
Dei bonos et idoneos haberi ministros; nam mali sacer- 
dotes aut iinperiti bonas et ecclesiœ devotas persomis 
sœpè retrahunt et in populo scandalis occasionem prœ- 
bent; propterea sancitum est et pie ordinatum quod 
nullus de cœtero in capellanum eliani supernumera- 
rium dictée ecclesiœ recipi debeat, nisi bonis moribus 
imbutus, vitaque landabili et bonesta conversaiione 
commendatus, ac in scientia prœsertùm circâ divini 
celebrationem officii, cantuque saltem piano sufficienter 
eruditus, et aliàs babilis et idoneus existât , quodque 
confraternitati Conceptionis Beatœ Marias in eadem 
ecclesia erectœ, ut moris est, adscribi debeat. 

Item quod quilibet, ut prœfertur, in capellanum 
recipiendus, antè illius receptionem, juramentum in 
manibus rectorum dictae ecclesiae, seu alterius eorum, 
ad sancta Dei Evangelia, prœstare debeat lioc modo : 
quod eidem ecclesiœ et illi annexis, non minus reveren- 
ter quam diligenter, et debilè juxtà sui exigentiam 
ollicii pro posse inservict ; ac bonorem bonumque et 
utilitatem ecclesiœ ethospitalis, ncc non confraternitatis 
prœdictorum procurabit et pro posse defendet, ac inuti- 
lia prœtermillet ; quodque iisdem rectoribus pro tem- 
pore existentibus obediens erit , ac eorum mandatis 
bonorem et utililatem ecclesiœ et bospitalis at confra- 



216 

ternitatis necnon congrégation is hujusmodi concernen- 
tibus parebit; semperque et omni terapore se ad nutum 
eorumdeni rectorum pro tempore existentium, etiam 
absque causa, amovibilem recognoscet. 



217 



III 



Bref du pape Léon X 

(12 août 1518) 

accordant un emplacement pour la reconstruction et 
l'agrandissement de l'église de Saint-Louis. 

Léo papaX. Motu proprio. Cùm sicut nobis innotuit, 
dilecti filii universitatis curialium nationis et linguae 
gallicana? Rornanam curiam sequentium piè clucti, eccle- 
siam Beatœ Marias et S. S. Dionisii et Ludovici in 
thermis Lombardorum de urbe vetustam. arctam, et aà 
receptionem populi in illa pro divinis audiendis confo- 
vendam minus capacem, ampliare et a fundamentis de 
novo conslruere et œdificare pro decentiori divinorum 
celebratione, et horum spirituali consolatione, intendant, 
et pro illa débité construenda certa pars plateœ sen loci 
an te majore m portam ipsius ecclesise consistent is, 
quantum domus vicinas se extendaut, duntaxac per raa- 
gistros stratarum dicta 3 urbis eis fueril designata ; 

Nos iisdem curialibus, ut qui etiam semoto obstaculo 
constructionis ecclesiae hujusmodi liberius intendere et 
illam ad debitum complementum perducere possint, 
favorabiles et propilios exbibere volentes, locum seu 
partem plateœ seu loci bis per dictos magistros desi- 
gnati, quatenùs ad cameram apostolicam pertineat, ab 
ea caméra abdicantes et séparantes, illum seu illam 
cum omnibus et singulis lapidibus etiam marmoreis in 
et sub terra ipsius loci totius dicta 1 platêse pro temporc 
reperiendis, ecclesiœ prsedictse donamus et concedimus ; 

Ac rectoribus , camerariis et procuratoribus dicta? 



218 

ecclesiae et hospitalis uunc et pro tempore existentibus, 
de diclo loco ad constructionem ecclesiae, prout opportu- 
num fuerit dispositione, fundamentaque inibi juxtà 
désignai ionem magistrorum stratarum urbis fîeri 
facienda, necnon lapides et alia quœcumque inibi pro 
tempore reperienda in fabricam et usum ipsius ecclesiae 
convertenda, cujusvis licentia super hoc mimine requi- 
sita, facullatem concedimus et eos desuper per quos- 
cumque quavis auctoritate fungentes molestari seu in- 
quietari non posse decernimus. Nonobstantibus 
constitutionibus et ordinationibus apostolicis et urbis et 
caméra? prsedictarum juramento, statutis, consuctudi- 
nibus , caeterisque contrariis quibuscumque , cum 
clausulis opportunis, liât motu proprio et cum absolu- 
tione fiât. Datum Romœ apud S. Petrum pridiè idus 
augusti anno 6°. Registrata libro 19, fol. 44. 



219 



IV. 

Instrumentum positionis 

LAPIDIS PRIMARII FUNDAMENTALIS ECCLESItE 

Sancti Ludovici 
(1 er septembre 1518.) 

Léo deciraus. Cum superiori aprili mense, Divina 
Pietas nostoe nationis gallicana3 curialium mentes illu- 
minare clignata sit, ut tandem publico omnium volo 
decretum existât, ut aedem Deiparaa semper Virgini, 
Divisque Dionysio et Ludovico eimul clicatam, vetustate 
collabentem in dignorem et ampliorem formam érigè- 
rent, quod sanctissimus pontifex Léo X intelligens, pie 
ductus, ut ea res facilius desideratum consequeretur 
effectum, molu proprio singulis in mensibus promisi 
sese aureos de caméra viginti erogaturum, et Cbristifi- 
deles ad tam pium opus allicere, voluifque ut Julius 
Medices, cardinalis sancta? Romanae ecclesiae Vicecan- 
cellarius, et dictée nationis protector, Sua? Sanctitatis 
secundem earnem germanus, primarium lapidem non 
sine ingenti praBlaiorum et prastantissimae auctoritatis 
virorum multitudine pro fundamentis poneret; in quo 
lapide erant sculpta Summi Pontificis arma et prsefati 
vicecancellarii protectoris cum tribus Francise liliis 
intermediis, cum bis inscriptis litteris tiburtino lapide, 
ut moris est, impressis, videlicet : 

Deo opt. Max. et Deipar Marîœ Virginiœ, 

Divisque Dionysio et Ludovico. 

Leone X pontifice Maximo et Francisco 1° 

Galliarum Rege christianissimo, Julius 

Medices cal. septembris anno M D XVI II. 



220 

Hic hergô primarius lapis cum his armis et epitaphio 
decoratus, fuit raaxima cum solemnitate et incredibiti 
cnrialium applausu, die l a septerabris anno salutiferaa 
Incarnationis D. N. J. C. 1518 per praefatum Illustris- 
simum et Reverendissimum D. cardinalem vicecancel- 
larium et protectorem, ut fundamenta jaceret, positus ; 
et divinis honoribus et cœremoniis per Reverendos in 
Christo Patres D.D. episcopos Vetrusin... et Pisaurien... 
capellae pontificise magistros cseremoniarum , coram 
raultis prœlatis qui istuc advenerant. Inter hos unus 
eratvir D. Dionysius Brisonettus Macloviensis ecclesiœ 
Praesul dignissimus apud S. Sedera Apostolicam regius 
orator ardentissimus ; aderantque , dum haec ageren- 
tur, illustres fama et conditione viri D. D. Baro délia 
Palissa et ejus nepos, D. de Concurso et D. de Lestmay 
viri terra marique bello clarissimi, et pi ares alii nobiles. 

Moderni ecclesise Sancti Ludovici rectores et officiales 
quorum solerti opéra, vigilantia et indefesso labore bu- 
jus rei principium ; 

Petrus Lambertus, canonicus Gebennensis., Abbre- 
viator de Majori Prœsidentia. 

Joannes Chabeu, decretorum doctor, Tarentasiensis, 
et prœpositus ecclesiœ collegiatas Aquas-Bella?. 

Joannes-Petrus Trollietti, Sacras Rotœ Notarius. 

Guïlelmus de Bosco, arcbivii Roia3 scriptor. 

Hase autem facta sunt Romae, anno, mense, die ut 
suprà. Leone X pontifice Maximo, anno sexto, et Fran- 
cisco Galliarum rege christianissimo, régnante anno 
quarto. 

El D. N. J. C. cui estimperium, honor et gloria. 



221 



V. 



Bref de Clément VIII 

(2 décembre 1594) 

rappelant l'assemblée du 15 mars 1681, qui avait fixé 
à 24 le nombre des personnes devant former le 
conseil administratif, savoir : 12 Français, 6 Lor- 
rains et 6 Savoy ards , et confirmant cette organisation. 

Clemens papa VIII. Dilectis filiis rectoribus et offi- 
cialibus ecclesiae Sancti Ludovici nationis gallican» de 
Urbe, salutem et apostoli^am benedictionem. 

Dilecti filii, eximia fides et sincerae devotionis affectus 
quam ad nos et Romanam ecclesiam gerere comproba- 
mini, promerentur ut ad ecclesise Santi Luduvici natio- 
nis gallicanae de urbe, vestrseque, sollicitudinis nostrae 
portem extendamus. Sanè nobis nuper innotuit quod 
cum multoties inter praecipuos et magis nolabiles viros 
prœdictse nationis in urbe commorantes, et in congrega- 
tionibus pro illius ecclesise et nospitalis negotiis pertrac- 
tandis convenire solitos, actum sœpius fuisse de obser- 
vando statuto illo, aliàs in dicta congregatione facto, 
scilicet de conveniendo cum gravilate et sine clamoribus, 
ut tranquillius et maturius ad honorem Dei et utilitatem 
dictœ ecclesias negotia tractarentur in hujusmodi con- 
grégation ibus ; istud autem de facili servari non posse 
satis comprobaretur, nisi certus statueretur numerus ex 
gravioribus et notabilioribus viris dictai nationis, qui 
soli hujusmodi congregalionibus intervenirent et vocem 
decisivam liaberent. 



222 

Propterea anno 1581,, die 5 martii, soleranis habita fuit 
congregatio ejusdem nationis in loco consucto, praesenti- 
bus oratore regio atque aliis gravioribus et primariae 
nolas viris dictas nationis, in qua decretum et statutum 
fuerat nominandos viginti quatuor ex gravioribus, in- 
telligenlibus et spectatas probitatis et fidei viros, qui 
soli deinceps hujusmodi congregationibus intervenirent 
et vocem decisivam haberent et décernèrent de omnibus 
quas pertinent ad administrationern ecclesiœ et hospila- 
lis praedictorum : videlicet duodecim de regno Galliae, 
sex de ducatu Lotharingïas et sex de Ducalu Sabaudiae. 
Quod quidem décret um et statutum fuerat executioni 
demandatum, et postèa variis congregationibus confir- 
matum, licet forsan in curia rectorum qui fuerunt aut alia 
de causa, alioqui non ex dicto numéro, ordine et quali- 
tate, ut profertur, sese in dictas congregationis negotiis 
ingesserint ; 

Sed ne propter decreti hujusmodi inobservantiam , 
eadem quœ ante ipsorum editionem incommoda, in 
praejudicium ecclesiae et hospitalis hujusmodi oriantur, 
Nos in praemissis opportune providere volentes, décréta 
prasdicta auctoritaie apostolica confirmantes et appro- 
bantes illisque perpétuas et inviola bilis firmitatis robur 
adjicientes dilecto filio magistro Seraphino Sazalto 
capellano nostro, et causarum Palatii nostro apostolico 
Anditori, ]>er pressentes committimus et mandamus, 
quatenus vobis in prasmissis de opportunae defensionis 
prsesidio assistens^ vos confirmatione, approbatione et 
roboris adjectione, aliisque praemissis pacifice frui et 
gaudere faciat et permittat, et quatenus décréta ipsa hac- 
tenùs observata non fuerint, illa in pristinum statum, 
adhibito ejusdem nationis Pradatorum, si qui in urbe 
sinteonsilio, sin antemper se ipsum restituât et reponat 



223 

atque inviolabiliter observari faciat ; ità ut congregatio 
hujasmodi deinceps definito et determinato numéro 
viginti quatuor personarum vocem decisivam ut prse- 
fertur, habentium, aut per eumdem Saraphinum bac 
vice de eoderu consilio et in eadem congregatione eli- 
gendoruui et nominandorura constet, nec alius posteà 
nisi in mortui aut notorié absentis locurn. et cura con- 
sensu saltem cluae tertise partis bujusmodi viginti qua- 
tuor personarum sufficiatur. 

Contradictores quoslibet et rebelles per sententias, 
censuras, ecclesiasticasque pœnas et alia opportuna ju- 
ris et facti remédia, oppositione postposita, compes- 
cendo ; nonobstantibus pramiissia ac constilutlonibus et 
ordinationibus apostolicis, necnon ecclesia? et bospitalis 
praedictorum etiara juramento, confirmatione apostolica, 
vel quavis firmitate alia roboris, slatutis et consuetudi- 
nibus quibuscumque , cseterisque contrariis. Datum 
aoud Sanctum Petrum sub annulo Piscatoris die 20 de- 
cembris anni miles, quingenies. nouages, quarti, ponti- 
ficatus nostri anno tertio. M. Vestiius Barbianus. 



224 



VI. 

Bref de Paul V. 

(19 septembre 1618.) 

Sanctissimus D. P. Paulusdivina Providentia papo V, 
ad supplicationem serenissirai régis Franooruni, man- 
davit in ecclesia Sancti Ludovici nationis gallicanœ de 
urbe., introduci etrecipi sex presbyteros tantum congre- 
gationis oratorii Galliœ et ex tune illos duos tantum, qui 
in urbe prœsentes existunt ; qui prout alii presbyteiï 
ejusdem ecclesia? inserviant, et inibi sub obedientia et 
ad nutum rectorum et congregationis dicta? ecclesia? 
amovibiles sint, et ut alii ejusdem ecclesiœ commoren- 
tur cum cubiculo et salario iisdem presbyleris mens- 
truatim dari solito, ità ut inter illos et dictos presbyteros 
nulla diderentia existât ; voluitque praedictam introduc- 
tionem et receptionem ad beneplacitum Sua? Sanctitatis 

et Sedis apostolicœ perdurare, et in fidem Hac die 

19septembris 1618. — M. Datarius — loco sigilli. 



•225 



VII. 

Mémoire de M. le chanoine Rosset, 

théologal à Moûtiers, 

à M. de Ladhuy, avocat général du Sénat de Savoie. 

(15 septembre 1725.) 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire en claie du 9 septembre, par la- 
quelle vous souhaitez savoir les droits qu'ont les Savoyards 
sur la maison nationale de Saint-Louis à Rome. Je 
me 'donne l'honneur de vous répondre. Monsieur, que 
les Savoyards n'y ont aujourd'hui que deux places. 11 
faut être prêtre pour y être reçu ; les chapelains y 
demeurent à perpétuité, sinon que la Congrégation qui 
gouverne ladite maison en décide autrement. 

Cette Congrégation est composée de douze Français 
presque tous séculiers, établis à Rome; de six Sa- 
voyards et de six Lorrains qui font en tout le nombre de 
vingt-quatre. L'auditeur de Rote à Rome, pour la 
France, préside sur ces douze Français; pour les 
Savoyards et les Lorrains, ils sont présidés par un prêtre 
savoyard ou lorrain, à l'alternative; c'est-à-dire une 
année par un prêtre savoyard et une année par un prêtre 
lorrain ; que, s'il ne se trouvait point de prêtre lorrain, 
le Savoyard présiderait toujours par intérim, jusqu'à ce 
qu'il se trouvât un prè're de Lorraine, de grande probité, 
d'un certain rang qui put un peu figurer et avoir une 
certaine probité pour pouvoir être introduit dans la Con- 
grégation. Et s'il y manquait un prêtre Savoyard, le 
Lorrain aurait le même avantage ; lesquels sont nommés 

15 



226 

recteurs de la Congrégation, où ils y ont le pas immédia- 
tement après le prélat, auditeur de Rote ; ensuite les 
Français prennent séance, ensuite les Savoyards, et 
après les Lorrains. 

L'on assure que autrefois les places pour la Savoye, 
dans laquelle le duché d'Aoste est compris, qui peuvent 
être occupées par des prêtres Savoyards, indifféremment 
de quelle partie qu'ils soient de cet Etat, se trouvaient 
quelquefois occupées par deux prêtres de Tarentaise ou 
deux de Maurienne, ou d'autres endroits de la province, 
que lesdites places étaient autrefois au nombre de six. 
Mais comme il ne se trouvait pas toujours des prêtres 
savoyards pour les remplir, les Français se les sont 
appropriées par succession de temps, et même, les deux 
places restantes, elles sont souvent occupées par les 
Français par intérim, n'y ayant pas cle sujets savoyards 
pour les remplir. Car, quand je fus à Rome, les deux 
places de Savoye étaient occupées par des Français et je 
fus longtemps seul prêtre savoyard; lesquels prêtres 
savoyards à l'alternative avec les Lorains doivent tou- 
jours être sous-supérieurs de la communauté. 

D'autres assurent que lesdites places pour la Savoye 
n'étaient qu'au nombre cle quatre, de même que celles 
de Lorraine, auxquels, comme aux prêtres savoyards, 
l'on prétend qu'on leur a enlevé deux places, que les 
pères de l'Oratoire les occupent; car parmy les prêtres 
qui sont à Saint-Louis au nombre de vingt-six, il y a 
quatre Pères de l'Oratoire qui résident parmy les prê- 
tres de la maison ; mais qu'ils soient à la place des Sa- 
voyards et des Lorrains, c'est ce que je ne puis pas 
vous donner en entière assurance; tout ce qu'il y a de 
vrai, c'est qu'il paraît que c'est la France seule qui leur 
a accordé ce privilège. 



227 

Quant à la maison et à l'église de Saint- Louis, parti- 
culièrement l'église paraît avoir appartenu à la Savoye, 
puisque les armes de Savoye sont à plusieurs endroits 
du maître-hôtel, dont le tableau, représentant l'As- 
somption, est un des plus beaux tableaux de Rome. Et 
il y a, peintes sur les fenêtres vitrées de l'église, quan- 
tités de croix de Saint Maurice ; que l'on n'a pas soin 
de mettre des vitres peintes de même, quand elles sont 
cassées, et l'on ne voit en aucune part les armes de 
France que celles qu'ils ont fait mettre récemment. 

Il y a encore à Saint- Louis un hospital où l'on reçoit 
pendant trois jours indifféremment les Français, les 
Savoyards et les Lorrains, et Ton donne trois fois l'an- 
née, en certaines fêtes, une dote à six filles savoyardes, 
de cinquante écus romains, qui font, comme le savez, 
Monsieur, 250 francs de Piémont, avec un habit de 
bonne étoffe. Les filles françaises sont pareillement 
dotées, de même que les lorraines. 

Quant à la fondation de toutes ces choses, l'on tient 
communément que ce sont les cardinaux de Savoye et 
différents particuliers de Savoye qui ont fait aussi des 
légats à ladite maison pour satisfaire leur piété ; quant à 
la réunion des prêtres savoyards avec les prêtres français, 
et autres choses concernant ladite maison, l'on dit avoir 
été faites par des concordats particuliers avec les Emi- 
nentissimes cardinaux et princes de la Maison de Savoye. 
Pour les titres, il est inutile de les chercher en Savoye, 
et quoi qu'il se peut faire qu'il y en aurait quelques-uns 
dans les archives de Sa Majesté à Turin, ils sont tous 
pour la plupart à Rome entre les mains des six Sa- 
voyards qui gouvernent la Congrégation et que l'on 
nomme députés; mais comme il se trouve rarement à 
Rome des Savoyards et surtout séculiers d'un certain 



228 

rang, pour avoir l'honneur d'être admis en celte Con- 
grégation, il n'y a quelquefois point de députés de Sa- 
voye et à présent il n'y en a aucun. 

Il n'y en avait de mon temps qu'un seul qui était 
apothicaire; riche cependant de cinquante mille écus 
romains qu'il s'était gagné à Rome par sa capacité, 
étant le seul de sa profession qui eut droit d'exercer la 
médecine et de donner des remèdes indépendemment 
des ordonnances clés médecins, en qui les cardinaux 
et les princes avaient grande confiance. Il procura, par 
son crédit, quantité de bénéfices aux prêtres savoyards, 
de son temps, et il me proposa de m'obtenir un très bon 
bénéfice ou un canonicat à Rome, pourvu que je voulusse 
m'y établir pour toujours, afin de me remettre les titres 
du droit de la Savoye sur Saint-Louis qu'il avait entre 
ses mains ; lesquels pourraient se perdre, n'ayant per- 
sonne qui fut en état d'entrer comme recteur dans la 
Congrégation pour représenter la Savoye. Il craignait 
d'autant plus que ces titres s'égarassent qu'il était lui- 
même avancé en âge et qu'il avait beaucoup dépensé 
lui-même pour réavoir les mêmes titres qui étaient éga- 
rés et tombés entre les mains des Français; il a fallu 
tout son crédit pour qu'ils ne fussent pas peut-être en- 
tièrement supprimés, et on voit par-là que la nation 
savoyarde lui a de grandes obligations. 

Depuis mon retour de Rome, j'ai appris qu'il est mort, 
il y a quatre ou cinq ans , ayant laissé à la maison 
de Saint-Louis un légat de soixante mille livres ou 
douze mille écus romains, ayant motivé particulière- 
ment par son légat que c'était afin que les pères de 
l'Oratoire n'y fussent jamais supérieurs, persuadé qu'ils 
voulaient s'emparer de la maison de Saint-Louis et en 
expulser les prêtres séculiers. Le revenu annuel de cette 



229 

maison monte actuellement à 20,000 écus romains, ou 
100,000 livres de Piémont. 

Notre compatriote s'appelait Givotte, demeurant au 
milieu du Corso, et député de Saint -Louis, n'ayant 
que deux filles pour héritières, de qui l'on peut s'infor- 
mer entre quelles mains les titres sont tombés. Il se 
peut faire encore qu'il y ait des titres concernant la na- 
tion dans les archives de ladite Congrégation. Quant à 
moi, je ne pus profiter de son offre obligeante, ayant été 
rappelé par le bénéfice de théologal auquel on me nom- 
mât en Savoye. 

Voilà toutes les connaissances que je puis vous don- 
ner, Monsieur, touchant la demande dont vous m'avez 
honoré, et je serai toujours très ponctuel pour vous 
prouver que je suis avec un très grand respect, Mon- 
sieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 

Rosset, 
chanoine théologal. 

A Moùtiers, ce 15 septembre 1725. 



Tiré de la lettre de M. de Ladhuy à M. le marquis 
du Bourg, du 22 septembre 1725. 



230 



VIII. 

Mémoire de M. Garin. 
Chanoine de Saint-Pierre de Genève. 

(1752.) 

L'église nationale de Saint-Louis de Rome doit, 
selon la tradition, son établissement aux Lorrains et 
aux Savoyards qui firent, dans les commencements, 
bâtir une chapelle à laquelle ils donnèrent un revenu 
pour l'entretien cie quatre chapelains. Les Français, 
voyant qu'un tel établissement prospérait, demandèrent 
à s'unir à cette fondation et les fondateurs se firent un 
plaisir de les y agréger. Il est vrai que ceux-là, selon 
toutes les apparences, contribuèrent de leur côté à 
l'augmentation des revenus de cet établissement par des 
dons considérables. Mais ces nouveaux agrégés s'étant 
ensuite rendus les plus forts et par conséquent maîtres 
de l'administration, ils ont réduit les places des Sa- 
voyards à un plus petit nombre et aujourd'hui ils n'hé- 
sitent pas d'avancer qu'on leur fait encore grâce en leur 
laissant deux places. Ils prétendent même de les en 
exclure absolument. 

L'exécution de ce projet ne leur sera pas difficile, si 
les Savoyards ne sont efficacement protégés; car les 
Français étant les maîtres absolus des titres au moyen 
desquels ceux-ci pourraient défendre et leurs droits et, 
leur possession qu'on entreprend d'attaquer, depuis que 
S. Eminonce M. le cardinal de Tencin esl chargé des 
affaires de France en cour de Rome. 

Comme cette Eniinencc est chef de l'administration 



231 

de l'église nationale de Saint-Louis, j'eus l'honneur 
d'aller prendre congé de lui avant mon départ de Rome, 
et je pris la liberté de le supplier de vouloir bien conti- 
nuer ses bontés aux Savoyards qui pourraient se pré- 
senter après moi. Il me répondit qu'on verrait cela dans 
l'occasion. 

Dans l'assemblée que tinrent MM. les administrateurs 
le 30 septembre dernier (1751) et à laquelle présida le 
grand vicaire du cardinal, il fut dit que puisque je me 
retirais, il fallait travailler à rendre la maison entière- 
ment française et que, au lieu de 24 chapelains, l'inten- 
tion de S. Eminence était de les réduire à 22, afin qu'en 
supprimant deux Savoyards, les Français pussent être 
mieux traités. Quelques jours avant mon départ, un des 
MM. les administrateurs me dit, que pour jouir désor- 
mais des places que nous prétendons, il faudrait faire 
consterde nos droits. Si Votre Excellence daignait faire 
la grâce à la nation de lui procurer de la part de Sa 
Majesté des ordres à M. le comte de Rivera qui l'au- 
thorisassent à la protéger je me persuade que ce seigneur 
agirait efficacement pour elle, d'autant plus qu'il est 
déjà muni pour cet effet de quelques titres qu'il a 
découverts. 

C'est de quoi j'ose très humblement supplier Votre 
Excellence au nom de tous les intéressés. 

Garin, 
chanoine de Saint-Pierre de Genève. 



Ce mémoire a été envoyé, en 1752, à M. le marquis 
cVOrmée, ministre du roi de Sardaigue, Charles-Emma- 
nuel III. 



232 



IX. 

Pro jure régis Christian issimi in ecclesiam 
nationalem sancti ludovici de urbe 

Reverendus Dominus de Cauterau, S. D. N. utrius- 
que signature referendarius, delegatus ad perquirenda, 
in archivio ecclesife Sancti Ludovici, ea quœ pro aucto- 
rilate et juribus régis christianissimi in dictam ecclesiam 
in ejus actis etdocumentiscontinentur, retulit : 

1° In primis nullum reperiri indicem, s eu in ven tari a m 
générale librorum, bullarum et aliorura ecclesiaî titu- 
lorum ; quod argumente- esse potesl, aut parum probse 
fidei administratorum in supprimendo hujusmodi indice 
quo régis potestas et juridictio manifestais fieret, aut 
extrema? negligentiae et non satis tutae administrationis, 
dum pênes se non habent quae sunt majoris pretii et 
momenti in ecclesia; 

2° Item nullos exhibent titulos prioris ecclesiae et 
hospitalis Sancti Ludovici (et hoc forsan data opéra) 
quibus prima regum fundatio, vel saltem munificentia 
pâte fieret ; 

3° Tantummodo ex quodam veteri libro statutorum 
et domorum constat D. Nicolaum Rentium, régis se- 
cretarium in hac curia residentem, ne regiorum bencli- 
ciorum memoria excideret, anno 1524, fecisse arma seu 
insignia régis depingi et ap])oni in facic hospitalis et in 
illius domibus ( paucis quibusdam exceptis); quse diffe- 
rentia facta non fuit nisi ut domus, quae régis munifi- 
centia ecclesiœ obtigeranl , ab iis segregarentur quas 
privataa personae donaverant; aliàs omnibus œdibus 
promiscuè prœdicta insignia insculpi curavisset; 



233 

4° Pra?terea in pra?dicto veteri libro anni scilicetl518, 
cùm nova ecclesia eodem anno incboaretur, legitur 
diversos dictas fabricae libros existere in arcbivio et dili- 
genter conservari nomina benefactorum, bonaque pro 
ea erogata continentes ; qui lamen libri nunc non exhi- 
bentur qnibus régis prœdicta in fabrica liberalitas, ut 
par est credere, ad excitandum suos subditos, declarari 
posset. 

5° Item Sixtus IV dùm confirmât permutationem 
prioris ecclesiae Sancti Ludovici cum ea quae nunc 
extat, primo et praecipuè régis christianissimi rationem 
habet, et illius intuitu illam approbat; quod satis osten- 
dit dictum regem semper habitum fuisse pra?cipium et 
primarium dictœ ecclesia? benefactorem, ac potissimam 
in ea autoritatem apud eu m resedisse ; 

6° Quod reges qui subsecuti sunt, exemplo prsedeces- 
sorum provocati, eadem munificentia usi sunt, absque 
controversia ostenclitur tàm in letteris patentibus 
Henrici II et III pro concessione duorum ducatorum, 
quàm ex donatione reginae Catharina?, cujus amplitudo 
ex reservatione scutorum 400 annuatim, salis colligi- 
tur ; quse quidem bénéficia certa et manifesta summam 
trium rnillium aureorum incirca, singulis aunis confi- 
cere possunt, ultra pretiosa ornamenta ab omnibus ferè 
regibus dicta; ecclesiœ donata ; 

7° Accedit quod ecclesia Sancti Yvonis, cujus annuus 
reditus ad 800 vel 900 aureos ascendere potest, intuitu 
Henrici III et ad ipsius iustantiam ecclesia; Sancti Lu- 
dovici unita est, et dcbet censeri novum beneficium 
dicta; ecclesias a rege collatum ; ex quo ctiam manifeste 
deprebenditur regem, sub Summi Pontifis beneplacito 
de praxlicta Sancti Yvonis ecclesia pro libitu disponcre 
potuisse, licetilla nationalisesset; 



234 

8° Quod reges christianissimi semper jus et aucthori- 
tatem, salvo semper jure Sedis Apostolica?, in dictam 
ecclesiamhabuerent,cui subjecta etordinata fuit auctho- 
ritas rectorum et admiuistratorum illius, probatur : 

Per statuta et leges fundamentales dicta^ ecclesiœ 
quœ anno 1500 sancitas fuerunt ob episcopo Trecorensi, 
oratore régis christianissimi, convocatis ad hoc rectori- 
bus et aliis curialibus nationis gallicanœ; 

Per rectorum et aliorum ecclesiae officialium, quando 
ipsi reges oratores voluerunt intervenire, deputationem 
et electionem, utreperitur in actis illius, et hoc ab anno 
1529, et fréquenter postea. 

Nec non per jus et aucthoritatem quam habuerimt 
non solum jubendi ut dicti rectores et administratores 
convenirent in sede Sancti Ludovici de rébus ecclesiœ 
deliberaturi ; pra^sertin anno 1581, jubente D. d'Albain 
oratore; 1583, jubente D. de Foix ; 1604, jubente D. 
de Belhune; sed etiani ut in illorum a^dibus congrega- 
rentur, ut in libris actorum videre est, pr?ecipue anno 
1588 ubi legitur : Facta est congregatio rectorum et 
aliorum officialium dictœ nationis in palatio illustris- 
simi et reverendissimi episcopi Cœnomanencis, ora- 
toris régis cjiristianissimi, régis nostri Francité, 
prœcedente illius jussionej quod plenœ aucthoritatis 
est indicium ; 

9° Sed prœcipué considerandum venit administratio- 
nem Anginti quatuor, qui congregationem nunc faciunt, 
commissam et demandatam fuisse a D n ° d'Àlbain, ora- 
tore X mo ; nam cùm ut id fieret, ab rectoribus et aclmi- 
nistratoribus propositum et deliberatum fuisset die 17 a 
februarii 1581, tamen constitui non potuit nec robur 
accepit, nisi accedente aucthoritate prsedicti oratoris. In 
hune linem clie 5 a mensis sequentis comitia nationis 



235 

fieri mandavit, ipsis interfuit et ecclesiae administrai io- 
uem clictis viginti quatuor (qui debent esse insigniores 
et graviores totius nationis) commisit, ut habetur in 
actis 1581 ; 

10° Nec minus est notandum quod congregatio prae- 
dicta voluntati et jussis oratorum X norum nunqvam ad- 
versata fuit, iis semper se obsequentem praebuit, ut in 
omnibus eorum libris et actis patet, maxime de anno 
1604, in quo eùm D. de Marquemont, tune Rotae auditor, 
et Perinus de Perinis ecclesiae rectores sese rectoratu 
abdicassent, et congregatio, admissa eorum abdicatione, 
novos rectores creasset, idque D no oratori minus placuis- 
set, habita fuit congregatio de mandato ipsius, in qua 
cum ipse non potuerit intervenue, D. Jacobus Le Bossu 
de illius ordine ejus exposuit voluntatem ; videlicet 
quod abdicatio rectoratus per D num de Marquemont et 
D-num Perinum de Perinis et electio aliorum Rectorum 
in eorum locum facta nulla sit et invalida, et, omnes, 
nemine discrepante, voluntati Excel mi annuerunt. No- 
tum est D num Marchionem de Frenel inbibuisse ne rec- 
toratus eidem domino Le Bossu prorogaretur, e< con- 
gregatio ei paruit, et ità sœpissimé in similibus, quod 
longum esset recensere; 

11° Allol)roges et Lotharingi, quos F ranci in suam 
societatem in bac ecclesia admiserunt, non minus in 
bac re régis auclhoritati subjecti fuerunt quàm ipsimet 
Franci, régis subeliti, ut bis rationibusdemonstratur : 

1° Semper illi unum corpus et congregationem cum 
Francis constitueront, neque ut alienigenae, sed tanquam 
in Francia nati habiti sunt ; 

2° Iidem semper paruerunt mandatis et jussionibus 
oratorum sicut Franci et interfuerunt congregationibus 
eorum mandato convocatis, etiam in palatiis suis, vel 
alibi, prout ipsis libuit; 



236 

3° Pra?dicta ecclesia semper habita fuit ecclesia Fran- 
corum, sub invocatione Sanctorum Dionysii et Luclo- 
vici Fraudas patronorum, et passim in bullis, actis, 
libris et vulgari lingua ecclesia Francorum vel nationis 
Franciœ simpliciter appellatur. 



237 



X. 



Contra jus régis Christian issimi in ecclesiam 
nationalem sancti ludovici 

Quoad primum caput ex adverso deductum ubi dici- 
tur non reperiri indicem seu inventarium librorum, 
bullarum, etc. 

1° Respondetur apparere ex eo quod in archivio fue- 
runtetsunt libri cum suis tàbulis et repertorio de anno 
]526 et ut sequitur usque ad prsesens, pro ut videre est ; 
ità etiara bullse sunt registratœ in libro particulari cum 
capsulé" appensa usque de anno 1504; et sic tollilur 
quod ex adverso in primo capite supponitur. Immô ap- 
parat de anno 1532 index et repertorium générale om- 
nium scripturarum, bullarum, instrumentorum et libro- 
rum spectantium ad venerabilem ecclesiam Sancti 
Ludovici ab anno 1528 usque ad 1540, fol. 50; 

Aliud inventarium apparet de anno 1525 , in libro 
intitulato : Inventarium diversarum scripturarum 
ecclesice Sancti Ludovici, prope finem ; et aliud inven- 
tarium générale de anno 1514 usque 1525; 

2° Quo verô ad exhibitionem tituli prioris ecclesiaa 
et hospitalis, dicitur quod nemo tenetur dare quod non 
habet; et cùm régis munifîcentia in fundatione non 
interfuit, dicitur non constare de fundatione ex parte 
régis. Verum ex parte ecclesiœ asseritur constare de 
permutatione cujusdam capellae sub invocalione Sancti 
Ludovici positœ in regione arenulœ , in prœsentem 
ecclesiam Sancti Ludovici , olim Sanctae-Maria} de 
Cellis, prout ex bulla Sixti IV, de qua jam copia data 



238 

fuit. Et si quid pro parte régis esset datum in praetensa 
fundatione, procul dubio mentio faeta foret in praenar- 
rata perrnutatione ; quaa permutatio fieri non potuisset 
nisi de consensu fundatoris ; et cum appareat in contra- 
rium 

3° Quod verô dicitur de D 110 Rentio régis secretario, 
advertendum est quod officium hujusmodi secretarialûs 
sumitur largo modo, et acquiritur per emptionem officii ; 
prout intelligitur in curia de scriptoribus apostolicis, et 
quasi ejusdem reditûs. Et ut dixi, sunt officia venalia et, 
ad numerum usque ad 300 et 500; et ideô non est respi- 
cienda illa qualitas apposita uli asseritur Secrétariat 
regiuSj et per suprà narrata. Immô prsedictus Nicolaus 
Rornae continué habitaverat et per quinquennium fuit 
rector ecclesiœ nostrae Sancti Ludovici, a Congregatione 
deputatus, prout ex libro instrumentorum, de anno 1528 
usque ad 1540, fol. 10, 26, 73 et 83. 

Quo verô dicitur ad insignia et arma régis in domibus 
apposita supradictœ ecclesiae (paucis exceptis), et quod 
proptereà sequatur dominiuoi et aucthoritatem régis in 
prasdictis rébus ecclesia\ 

Dicitur illationem prasdictam esse imaginariam et 
non constare de debitis praemissis, ex eo quod non est 
mirandum si natio Gallorum et alterius provincia? in 
Romana curia existens, ratione humilitatis et religionis 
christianaB, relictis nominibus propriis particularium 
benefactorum, fecerunt appouere, pro recognitione bono- 
rum suorum, arma et insignia régis, tanquam denolan- 
tia et describentiaillas domos esseemptas seu fabricalas 
per personas subjectas, ratione earum originis et nativi- 
tatis cliristianissimo régi; propter cujus reverentiam 
praedicti particulares fecerunt apponere dicta insignia de 
consensu Congregationis dictai ecclesiaj, ut bodie fit 



239 

etiara a famulis et aliis familiaribus alicujus principist 
et tamen illse domus sic sedificatse et emptse non snn, 
illoruni quorum armis decorata sunt. 

Quo verô dicitur quibusdam exceptis domibus in 
quibus apponi dicta arma non fecerat, et sic differentia 
esset inter domos a rege ab aliis donatis a particularibus. 

Respondetur quod illa verba (paucis exceplis) evenit 
quod illse non essent sub directo dominio ecclesia 1 , vel 
forsan erant sub lite. 

Et quod tollit omnem difficultatem ex inspectione 
îllius particulae, si tota bene inspiciatur, constat prœdic- 
tas domos sic, utsuprà, insignitas fuisse propter decora- 
tionem totius congregationis ecclesise Gallorum, de qua 
particula datur copia. 

4° Quoad illud quod dicitur ex adversario in verbo 
prœtereà, videlicet quod in archivio reperiatur liber de 
anno 1518, in quo asseratur in praedicto archivio adesse 
plures libros in quibus eonservarentur nomina diverso- 
nim benefactorum ecclesiœ Sancti Ludovici, et ad 
pr*sens il 1 i libri non reperiantur vel non exhibeantur; 
sed potius ad occultandam régis liberalitatem hodie, 
ut supponitur, ex consulto praedicti libri occultentur. 

Respondetur satis constare de annotatione omnium 
et singulorum benefactorum dictœ ecclesise per librum 
specialem tantùm, per dictos D nos ministros illius inœp- 
tuni de anno 1518, quo tempore fuit incœpfa fabrica 
ecclesiae, in quoleguntur plurima nomina benefactorum, 
videlicet : Pelri Lamberti, Abbrevatioris Parci Majoris, 
Sabaudi, ducatorum 100; item Guillelmi Guinet 97; 
D. Josephi Collet 22; Joannis de Planis 3; Roberti 2, 
etc. et aliorum curialium, prout in libro videre est. 

Atque etiam legitur charitas quaî per Pontificem 
Maximum, Leonem X m fiebat quolibet mense in summa 



240 

viginti aurei de Caméra, per manus D ni Bernardini 
Bini, olim thesaurarii apostolici, seu eleemosinarii 
dicti Summi Ponlificis ; quae charitas continuata fuit 
per plures annos, ut apparet manifesté ex dito libro, 
copia quarum partitarum datur ad comprobandam veri- 
tatem. Et liinc sequitur quod si fuerint notata nomina 
pafticularium et Summi Pontificis de illo tempore, tanto 
magis nomen christianissimi régis esset descriptum, 
notatum et appositum, si ab eo, vel ab aliis pro eo, esset 
aliquid donatum vel concessum pro constructione dictœ 
fabricse. 

Nam inverisimile est quod describerentur nomina 
pariidautium, videlicet summa scutorum 10 et similis 
pro hujusmodi fabricae constructione, et non exprimere- 
tur nomen tanti régis et donatio illius, quae etiam qua- 
tenus minima foret non posset esse minus quàin 100 
scutorum, respectu persome dantis et recipientis. Sequi- 
tur quôd si non fuerit descriptum nomen régis inter 
benefactores dicta3 fabricae, signum est quod nihil ab 
eo fuerat donatum et receptum ; 

5° In verbo item, Sixtus IV dum confirmât 

prœtendunt adversarii per confirmationem permutatio- 
nis prioris ecclesùe Sancti Ludovici, et (|Uod intuitu 
régis illam Sanciissimus approbaverit, et sic arguerc 
regem fuisse primarium benefactorem ecclesiœ. 

Respondetur quodpotest esse per nationem, ut suprà, 
fuisse imploratum auxilium et brachium tanti régis 
apud summum jjontificem, tàni ex gravitate rei de qua 
agitur, quàm eiiam ex honesta pelitionc et respectu ope- 
ris quod erat in honorem Dei onmipotentis, Maximi; 
nonideo sequitur quod per hujusmodi commendationem 
et intuitum régis sit quœsitum aliquod jus régi super 
illa rc de quà; aliàs ad sui contemplationem particulari- 



241 

bus fuerit per alios principes datum, condonatum, vel 
remissum. 

A ut si hoc esset, seqnetur quod omnes principes et 
praesertim in urbe cardinales, qui quotidié supplicant 
summo pontifici pro particularibus, illae graciae obtenta? 
acquisitœ fuissent sibi ipsis, et familiares et oratores 
illorum cardinalium essent gratiis concessis a Papa 
spoliati, et cùm hoc esset absurdum dicere, idée non est 
facienduni aliquod fundamentum suprà illa verba 
apposita in permutationis Bulla, ad intuitum régis. 
Quœ verba non sunt apposita nisi de certo cancellariae 
stylo, quem eliam hodié servat in negotiis extra statum, 
etiam quae ad regem non spectent neque pertineant ; et, 
cessât omnis difficultas et scrupulus ex narrationeipsius 
bullae in libro bullarum ut suprà descriptarum cum 
capsula appensa, et ex explicatione nominum oratorum 
qui sunt ibi — Curiales Nationis Gallicanœ Romanam 
curiam sequentes, — non autem supplicatur vel expo- 
nitur nomine régis ; 

6° Quod verô dicitur in illa particula, videlicet : 
quod veges qui subsecuti exemplum prœdecessorum, 
dicitur aliàs particulares nationis gallicanœ solvere so- 
lebant, pro eleeraosina ergà dictam ecclesiam, praefa- 
tumducatum pro quolibet centenario cujusvis expeditio- 
nis, et cùm posteà nonnulli récusassent, fuit supplica- 
tum Sanclissimo ut concederetur ista facultas exigendi 
suprà dictis beneficiis ut prius factum fuerat, et Sanctis- 
simus, slanleconsensu Christianissimi Régis, rnandavit 
exigi ; ità quod Rex consensit ut sequeretur quod aliàs 
per prœteritum observatum fuerat, maxime quod ageba- 
tur de bono opère. 

Neque obstant Littéral consulté prastensœ christianis- 
simi Régis Henrici II et III pro concessione dictorum 

16 



242 

duoruin ducatorum solvendorum in expeditionibus 
Regni Francise, et tanquam illse hodié conservantur in 
archivio ecclesiae censeatur forsan approbatum totum 
id quod in illis supponitur. 

Nam respondetur quod hujusmodi Litterse non fue- 
runt conservatœ nisi in quantum justificaretur consen- 
sus regius et non aliàs, ultra quod dicta? Litterse non 
fuerunt directas Congregationi Sancti Ludovici, sed 
tanturamodo Oratori Régis, qui posteà dédit inmanibus 
Congregationis ad hoc ut videretur consensus Régis 
super prsedicta exactione dictorum ducatorum in expe- 
ditionibus praefatis faciendis; et denique ista bénéficia 
per Regem facta uti ex ejus pietate et dévot ione in hono- 
re m Dei non sunt hodié propaganda cum prsetenso jure 
Patronatûs ecclesiaa. 

Quod verô dicitur de legato Reginae Catharinse facto 
prsefatse ecclesiœ. 

Respondetur de hoc non esse disputandum, cùm qm- 
libet ex pia devotione, et sicuti ejus voluntas suadet, 
propter animam suam et ut iidcles recordarentur in 
sacrificiis celebranclis orare'Deum ; at prsetensum lega- 
tum Reginae Catharinae fuit ex titulo oneroso causa 
donationis. 

Et quod asseritur de ornamentis et paramentis eccle- 
sise insignitis cum signo coronœ Francia3, non ob id 
sequitur ilia fuisse donata a Rege Christianissimo 
praeterquam ab Henrico IV, qui ut Rex donavit sine 
aliqua futura spe, sed solum uti Rex qui poterat donare 
et jactare suum, et tanto magis in honorera Dei, si sibi 
placuerat; et militât eadem ratio superins dicta de 
domibus. 

7° Quod verô dicitur de prsedicta unione dicho eccle- 
sise Sancti Yvonis in ecclesia Sancti Ludovici facta ad 



213 

intuitum Régis Christianissimi, non infertur propterea 
fuisse aliquocl jus quœsitum Régi ex rationibus suprà 
allegatis : incapite/^em Xixtus IV..... 

8° Quocl verô dicitur quod statuta et leges prœdictaa 
congregaiionisfueruntsancitaeaboratorc Christianissimi. 

Respondetur hoc esse quid commentitium et inven- 
tatum ab adversariis ; et quoniam leges et statuta 
prsedicta fuerunt ordinata interventu Episcopi Treco- 
rensis Oratoris, tanquam unus ex congregatione et unus 
ex prœcipuis curialibus, ut benè dignoscitur ex hbro 
Statutorum in proœmio , cùm neque hodié quilibet 
denatione potest intervenire in prsedicta Congregatione, 
tanto magis de persona oratoris qui uti talis semper 
honoratur et honorabiturab omnibus de Congregatione. 

Quod verô dicitur de Congregatione habita de anno 
1581-1583 in domo D. D.oratorum pro tempore, non 
sequitur oratorem regio nomine et absoluté potuisse 
neque hoc imperasse uti dominum et Patronum de ne- 
gotiis ecclesiae; sed praedicta Congregatio semel tantum 
fuit habita in domo oratoris , occasione Litterarum 
cmanatarum a Rege et exhibitarum praedictse congrega- 
tioni et hoc de anno 1568, 20 9 brls et non de anno 1588, 
ut supponitur. 

Quod dicitur de anno 1583, non fuit in domo Oratoris, 
sed Cardinalis Estensis, tune Protectoris ; et idée prse- 
dicta congregatio ad faciendam rem gratam Protectori, 
sicut suprà, omnes particulares ad domum îllius se 
contulerunt, et ut hoc probatur ex aliis intinitis congre- 
gationibus semper habitis in ecclesia, seu sacristia 
Sancti Ludovici, et quando, ut'dixi, congregatio fuit 
habita in domo oratoris, non fuit, ut supponitur, jus- 
sione Oratoris, sed intimatione quatenus dignarentur 
omnes de Congregatione reperiri in domo D ni Oratoris, 



244 

et hoc etiani intimation e et jussione D. D. Rectorum 
dicta? Congregationis, ut benè legitur in folio instru- 
mentorum et Decretorum ab anno 1567 usque ad annum 
1580, signata pagina : Versus principium. 

Nec mirum est si D. D. de Congregatione aliquando 
pro illa habenda accesserunl ad D. D. Oratores; nam 
congruum et honestum est, secundum qualitatem rerum 
de quibus pertractare debuerunt, decentius Congrega- 
tionem fieri in Domo Oratoris, pro obtinenda gratia, vel 
saltem pro exploratione Regise voluntatis, et pro con- 
cordia tractanda inter nationes Gallise et Britanniae, 
quse utraque negaverat accedere ad donna m alterius, et 
sic orator, uti privatus de natione,ad tollendas contro- 
versias etob alias causas, consuluit cum Congregatione 
melius ambas partes conveniri posse in domo Cardina- 
lis Estensis Protectoris, quam alibi, attenta materia 
unionis de qua agebatur inter pnedictas nationes ; 

9° Quod verô dicituradministrationem viginti quatuor, 
qui nunc Congregationem faciunt, in principio sub isto 
numéro erecto ab Rectoribus Congregationis, non 
accepisse roburac vires nisi accedente aucthoritate Do- 
mini Oratoris de anno 1581, de mense februarii. 

Respondetur haec prsedictam congregationem fecisse 
et appro basse cum prœsentia dicti oratoris, qui sit unus 
ex congregatione eminentior aliis ex congregatione ; 
meiïto in ejus pra?sentia, ad ejusmodi leges et statuta 
devenerunt cum ejus praesentia. 

10° Quod dicitur congregationem nostrae ecclesiae 
nunquàm adversatam fuisse oratori régis christianissimi, 
optime dicitur, cùm illa etiani hodié obsequio et reve- 
rentia prsestet et praestitit prœsertim in illis rébus spec- 
tantibus et afïerentibus utilitatem ecclesia?, corumque 
privilegiorum et statutorum conservationem prout de 



245 

anno suprà allegato 1604 : quod cùm D nus de Marque- 
mont et D nus Perinus a recto ratu sese abdicassent, et 
Congregatio novos rectores creasset, habita notitia ab 
oratore de nova electione, fuit protestatum contra elec- 
tionem rectorum apud dictam congregationem ex parte 
dicti oratoris ex légitima causa; quœ erat quod D. D. 
Rectores creati sunt, uti ac unus ex eis conjugatus, 
contra leges et statuta dictse congregationis ; ne ad 
exemplum prsedicta electio traheretur, fuit pro faciliori 
expeditione ac reputatione negotii sumpto nomine ora- 
toris ad novos iterùm creandos cum voluntate totius 
congregationis ; quœ Congregatio, denuô consideratis 
statutis et legibus, complacuit oratori uti petenti rem 
juri consonam, ut bene dicunt adversarii de consensu 
congregationis, non autem orator propria aucthoritate 
fecerit. 

Quod verô dicitur de prohibitione prorogationis D ni Le 
Bossu non est verum in facto, et nunquam talis prolii- 
bitio legitur in libris dictœ congregationis. 

11° Et advertendum est quod Congregatio prsedicta 
ecclesiœ constat ex tribus nationibus ; nempe Gallica, 
Lotharingica et Sabauda, et licet non fuerit facta dis- 
tinctio personarum dictarum nationum in congregatione 
quoad officia gerenda et administranda ; tamen bene- 
factores dictai ecclesiœ, cùm constent ex dictis tribus 
nationibus quae non omnes habent in dominum Regem 
christianissimum a nativitate, utique super illis non 
est quid dicendum ex parte régis christianissimi ; sed 
debent vocari, proeorum interesse, alise prœdictae natio- 
nes et eorum principes. 



-M 



4' 



XI 

Mémoire d'Etienne Bertin 
(18 septembre 1731.) 

Ecclesia parechialis et hospitale sub nomine S 11 Lu- 
dovici de Urbe cognita, nec non capellanorum com- 
munitas in illis erecta, ab camerariis, procuratoribus et 
aliis curialibns Romanam Curiam cum domieilio per- 
petuo sequeniibus, in Francia, Lotliaringia et Sabaudia 
nati funclata fuerc, atque proprio aère dotala in favorem 
Francorum, Lotharingorum et Sabaudorumtùmsequen- 
tium et sequendorum cum domieilio perpeluo Curiam 
Romanam, lùm ad eam pro tempore duntaxat acce- 
dentium. 

Ea in fundatione maxima enituere liberatitas et niii- 
nificentia Si S. memor. Vestrae prsedecessorum Sancti- 
tatis, supremo quorum el S. Sedis Apostolicae dominio 
cùm in spiritualibus, tùm in temporalibus onmimode et 
et immédiate semper subjecta fuere prsefata ecclesia, 
hospitale et capellanorum ex tripliei suprà mcmorala 
natione composita communifas ; atque sic ad faustissi- 
mum usque Sanctitatis Vestrse Pontificatum jugiter 
submissa perseverare, licet ex una duntaxat Iriuin prae- 
fatarum natione aliqui ecclesiaa praedictae fundatores 
fuisse reges christianissimos perperàm obtendentes, 
supremam anthoritatem in eam, et a summorum ponli- 
ficumsedisque apostolicae independentem jurisdictionem 
identidem, sedente praësertim fel. record. l'auloVPonl. 
Max. exercere frustra moliti suni. 

Non obstante constanli Sedis Apostolicae juridictione, 



247 

mense septembri 1730, contigit nonnullos ex una dun- 
taxat trium prfatsearum natione, apostolica? sedis jurium 
in prsedictam ecclesiam fortassis ignaros, motu proprio 
et ut autumamus independenter a Sanctitatis Vestr.r 
consensu ; supremam dominationem in ecclesiam et 
nationalem in ea erectam trium prœfatarum congrega- 
tionem nationum per fas et nefas exercere voluisse,, quid- 
quid in contrarium fel. record, démentis Papse VIII 
bul la, quse trium nationum numerum et authoritatem 
vocalium sancit, stabilit et statuit, reclamet et décernât. 

Congregatio praedicta, mense 7 bri prsefato, authori- 
tale illuc usque inaudita, nulloque ad id fulcita titulo, 
intimata f uit ; huie insolitse intimationi, quinqueaut sex 
ex una duntaxat dictarum trium natione vocales parvere. 
Contra eam verô illegitimam intimationem quatuor ex 
praecipuis congregationis vocalibus, duo nempe de 
Francia et alii duo de Lotharingia, illico protestati sunt, 
ex quibus erant ambo congregationis rectores alter 
Francus, Lotharingus alter, queis solis intimandi com- 
petit facultas. 

Prtefatœ personœ sine capite sic illégitime congregatœ, 
lecta ex parte amborum rectorum et duorum aliorum 
vocalium protcstatione quœ eis oblata fuerat, primi rec- 
toris aiiorumque duorum vocalium, unus quorum Fran- 
cus erat, Lotharingus alter, aeoretum proscriptionis 
inauditum cudere ausœ sunt. 

H aie injustitise violationem addiclerunt archivii. Cùm 
cuim illud, tribus claudi et aperiri soiitum clavibus, 
ingredi volent ibus, Lotharingus prsetense proscriptus sibi 
clavim pro suœ nationis jurium conservatione commis- 
sam denegasset, nisi cum aliis unà ipse archivia solito 
more conscenderet , aperiret, praeses ailesset et clau- 
deret ; quod ei concedero nolentcs, repulsam passi sine 



248 

tertia clavi, ad ici selectis cluobus Francia? vocalibus 
duntaxat, archivium aperire et vioiere decreverunt. 

Horum omnium causa aliud esse non videtur, quam 
(juod très prasfati pra?tensi proscripti omnimoclam Sanc- 
tissimi Domini Nostri et S tœ Sedis Apostolicœ in prae- 
fatam ecclesiam jurisclictionem, contra cujusvis alterius 
conatus tueri et defenclere nitantur; nam, cùm paulum 
ante prœclictam congregationis illegitimam intimationem 
Lotharingus e prœtenso proscriptorum numéro, alicui 
tanquàm supremo congregationis arbitro de omnibus 
eam concernentibus disponere volenti, laudabili repos- 
suisset libertate : — Congregationem S li Luclivici in 
ecclesia erectam, soli Vestrœ Sanctitati, oui plenaria in 
eam competit potestas, obtemperare debere — seuintre- 
pido fronte praedicta veritas ei, haud ignaro, non arri- 
serit, seu ipsum pœnitus latuerit proscriptio inaudita, 
praetium libertatis fuit ; sed utipsa, utpote contra Lotha- 
ringum sancita, odiosa minus et utcumque praesertim, 
apud congregationis praedictae jurium ignaros, tolerabilis 
videretur, eoclem clecreto duos ex congregationis albo 
Francos simul cum Lotharingo prsefato explodere atten- 
tai' mit. 

Si praefatae violentiae et violatio tolerarentur, maxinia 
indé prœjuclicia nascerentur tùm contra jurisdiciionem 
Sanctisimi Domini Nostri ac Sanctae Seclis Apostolicae 
in prœdicta ecclesia, tùm coiitrà decus et honorem 1 11 rum 
j)rum Pradatorum, tùm denique contra trium prœfata- 
ram nationum, maxime verô Lotharingiae et Sabaudiae 
jura. 

Primo enJm hase J'acta, quovis penicillo adumbrentur, 
ad aliud tendere non videntur quàm ad totalem juris- 
clictionem Sanctissimi Domini Nostri et Santse Sedis 
Apostolicie in prsefatam ecclesiam et congregationem 



249 

in ea erectam destruenclam, extinguendam annibilan- 
dam; enim verô Franci, Lotharingi et Sabaudi cum 
domicilio perpetuo curiam sequentes romanam qui soli 
congregationem praefatam componere possunt, non so- 
lùm subsi.raherentur inde a Sanctissirai Domini Nostri 
et Sedis Apostolicas Jurisdictione, verùm etiam ipsam et 
ecclesia, hospitale et capellanorum communitas cum 
prasfata congregatione ad omnirnodarn, supremamque 
Francoruni devenirent jurisdictionem. 

Secundo forent etiam hœcfacta contra decus et hono- 
rem Ill orum D. D. Nationis et linguas gallicanas, videlicet 
Francorum, Lotharingorum et Sabaudorum ad Urbem 
accedentium Prelatorum. quisemper fuerunt de numéro 
Vocalium dictas congregationis, quorum etiam M. re- 
cord. Greg. XVhisverbis :— congregatioinstituta in dicta 
ecclesia (S 11 Ludovici) . . . remaneat ut priùs.. . in eadem 
admittantur Prelati dictas nationis accedentes ad Urbem 
qui habeant vocem activam et passivam, ac si essent de 
corpore dictas congregationis. — Nàm prasfatas, etc. 

Tertio, demum paulatim evanescerent Lotharin go- 
rum et Sabaudorum jura. Prastensa enimregia fundatione 
i'ulsis, Lotbaringias et Sabaudise vocales seu deputati, 
Francis deinceps in eadem congregatione subjicerentur 
vocalibus ; quod hactenùs insolitum fuit. Tolerata dein, 
beneplacito, deponendi, proscribendi et amovendi facul- 
tate, sensim sine sensu omnes Lotharingiae et Sabau- 
di as Franci amoverent vocales. Vocalibus verô Lo- 
tharigiae et Sabaudias, utpote suorum fondamento 
nationalium, semotis, de facili Lotharingi et Sabaudi a 
communitate excluderentur capellani ; quibus exclusis 
introductioni peregrinorum prœfectis , nullus sive 
Lotbaringias sive Sabaudias in domo et hospitio sus- 
ciperetur peregrinus. 



250 

Tantis ut obviaretur malis, omnisque sirailia in pos- 
(erum tentandi surriperetur ansa, atque solum Sumrnos 
Pontifices pênes et Sanctam Sedem Apostolicam in S li 
Ludovici ecclesiam omnem residere authoritatem, quis- 
que certior fieret, causa ad equissimum Caméra) Apos- 
tolicam delata est Tribunal ; in quod sex personae, ilke 
quœ prirnodictœ intimationi illégitime molliter parvere 
et ex quarum imbecillitate proscriptionis illùc usque 
inauditum emanavit decretum, vocatae sunt, prsemissis 
significatis ad id scripturis. 

Ast is, qui illarum personarum flexibilitate est abusus, 
nihil sibi arriclens, nihilque consiliis suis consonum ex 
equissimo hoc emanaturum Tribunali ratus, verum 
discussionem et consequenter Judicis sententiam aver- 
tere conatus est, prohibendo Notario causam ad Tribunal 
vocare ; fortassis falsô pra?texens id causai ad solos 
sp?ctare Francos pro lempore duntaxat Romanam 
sequentes Curiam ; verùm prseter supernis allata sex- 
ceniis probari potest argu mentis, Lotharingos et Sabau- 
dos non minus quàm Francos, omnes cum domicilio 
perpetuo Curiam sequentes hanc causam spectare. 

Tandem ille ipse, qui suprà dicta et alia quorum 
enumeratio longior esset procuravit, die 28 a decembris 
1731 dictam Curialium congregationem in suum con- 
gregavit palatium, cui novos aggregavit deputatos, suis 
procul clubio consiliis devotissimos, quorum forsan ope 
possit totam sibi hanc et suis successoribus devincire 
congregationem, eamqur in servitutem redigere, eiun 
si miles in suum palatium convocationes sint novae et 
contra tenorern Instrumentorum dicta* ecclcsia», nec non 
contra decus et libertatcm talibus congrcgalionibus 
necessariain. 



TABLE DES MATIÈRES 



AVANT-PROPOS. - EXPOSE DES DOCUMENTS 



Etat lamentable de Rome au milieu du xv° siècle. Ses 
causes : long séjour des Papes à Avignon, grand schisme 
d'Occident. — Nicolas V. — Restauration de Rome. — 
Grand concours d'étrangers. — Pèlerinages. — Dignités 
ecclésiastiques. — Grands travaux en cours d'exécution. — 
Association des Français, des Savoyards et des Lorrains, 
1441. — Fondation d'une église et d'un hôpital communs. 
— C'était une petite église. — Située sur l'emplacement 
qu'occupe aujourd'hui Saint-André Délia Va Ile. — Les 
Français, les Savoyards et les Lorrains en étaient les fon- 
dateurs. — Preuves. — Témoignage d'une commission 
composée de cardinaux, 1617. — Idem de M. Rosset, théo- 
logal à Moùtiers, 1725. -- Idem de M. Rémy, prêtre lor- 
rain, 1731. — Idem de M. Bertin, prêtre lorrain, 1733. — 
Idem du mémoire du cardinal Albani, 1741. — Idem de 
M. Garin, chanoine de Genève, 1752. — Idem de M. Crozô, 
chanoine de Tarentaise, 1759. 

II 

Grande aflluence de fidèles. --Nécessité d'agrandir la cha- 
pelle. — Impossibilité de rien faire de convenable au même 
endroit. Echange avec les P. P. Bénédictins. — Appro- 
bation et bulle de Sixte IV, 1478. — Décret de la Congré- 
gation des Français, des Savoyards et des Lorrains : De 



252 

qua natione et quoi de uiia provineia, 1484. — Autre 
décret : De mode recipiendi capellanas. — Démolition 
de Notre-Dame de Ccllls, 1517. — Noms de quelques-uns 
des premiers souscripteurs. — Pierre de Lambert de Cham- 
béry, 100 ducats d'or.— Reconstruction de l'église., 1518. — 
Bref de Léon X donnant une parcelle de terrain, les pier- 
res, les marbres qui s'y trouveront. — Grande bienveil- 
lance de Léon X pour la Congrégation. — Acte de la pose 
de la première pierre fondamentale de l'église. 

III 

Don de 20 ducats par mois fait par Léon X. — Quelle somme 
totale ? — La Congrégation use de toutes les ressources 
pour se procurer de l'argent. — Construction de la basili- 
que de Saint-Pierre au Vatican. — Dôputation de deux 
Français, deux Savoyards et deux Lorrains à ce sujet, 20 
novembre 1524. — Jules III accorde un ducat par cent du 
revenu de la première année sur les bénéfices consistoriaux 
français. — Consentement de Henri II. — Un autre ducat 
est accordé par Sixte V.— Consentement de Henri III. 
— Charles III, duc de Lorraine, accorde deux ducats sur tous 
les bénéfices de ses Etats, 1582. — Fondation de la chapelle 
de Saint-Nicolas par les Lorrains et les officiers originaires 
du duché de Bar. — Annexion de Saint- Yves à Saint- 
Louis. — Charge plutôt qu'avantage. — Fondation de 
Catherine de Médicis. 

IV 

Dissensions. — Assemblée du 17 février 1581.- Les Fran- 
çais veulent 12 députés. — Opposition des Savoyards et 
des Lorrains. — Nouvelle assemblée du 5 mars 1581. — 
Acceptation. — Troubles à ce sujet. — Intervention de 
Clément VIII.— Son bref nomme, pour administrer Saint- 
Louis, 12 Français, 6 Savoyards et 6 Lorrains, 20 décem- 
bre 1504. — Nouvelle lutte. - - Les Pères de l'Oratoire 
désirent Saint-Louis. — Lettres patentes de Louis XIII en 



253 

leur faveur. Opposition de toute la Congrégation. — Dé- 
légation de Mgr de Cauterau pour visiter les archives. — 
Son rapport. — Contre-rapport des Savoyards et des Lor- 
rans. — Recours à Paul V. — Commission de trois cardi- 
naux pour examiner la nature de la fondation. — Réponse 
favorable à nos compatriotes. — Louis XIII change de 
tactique. — A sa prière, Paul V accorde 6 places aux Ora- 
toriens. — Acte de concession,, 19 septembre 1618. 



Rapport de Mgr de Cauterau et contre- rapport des Savoyards 
et des Lorrains. -- 1" Aucun répertoire général des livres, 
des bulles et des actes. — Réponse. — 2" On cache le titre 
de fondation de l'ancienne église de Saint-Louis. — Ré- 
ponse. — 3° Quelques maisons seulement décorées des 
armes de France. — Réponse. — 4° C'est par considération 
pour le roi que Sixte IV approuve l'échange. — Réponse. 

— 5° On ne montre pas la liste des bienfaiteurs. — Ré- 
ponse. - 6° Lettres patentes de Henri II et de Henri III, 
don de Catherine de Médicis. — Réponse. — 7° Annexion 
de Saint- Yves, nouveau don. — Réponse. - 8° Autorité du 
roi sur Saint-Louis, prouvée de plusieurs manières. — 
Réponse. — 9° La commission de 24 députés a reçu son 
mandat de l'ambassadeur français. — Réponse. — 10° La 
Congrégation a toujours obéi au roi. — Réponse. — 11° Les 
Savoyards et les Lorrains ne faisant qu'un seul corps mo- 
ral avec les Français, sont soumis aux rois de France. — 
Réponse. 

VI 

Noël Brulard recommence la lutte. — Entente avec les Ora- 
toriens. — Plaintes de ces derniers. — Louis XIII donne 
ordre à son ambassadeur de demander au Pape la réforme 
de Saint-Louis. -- Grégoire XV eharge le cardinal Ubal- 
dini de cette mission. — C'était un ami de l'ambassadeur. 

— Grégoire XV sanctionne par un bref les statuts élabo- 



254 



rés par le cardinal, 1622. — Point de réforme concernant 
les chapelains. — Introduction de l'ambassadeur dans l'ad- 
ministration. — Réflexions de J. Rémy. — Bref subreptice. 

— Les Savoyards et les Lorrains non cités. — Cinq ans 
après, inscription prouvant la fondation nationale, 1527. 

— Réflexions sur Mgr de Cauterau. 



».-' 



VIÏ 

Lutte de 1730. — Deux causes prochaines : élection des Rec- 
teurs, inscription de Polignac. — Auditeur de Rote, Rec- 
teur permanent. — Plus d'élection. — Protestation de J. 
Rémy. — Succès obtenu par lui. — Irritation du cardinal 
de Polignac. — Exclusion des opposants Rémy, Jouss:- 
randot etDérisé, 12 septembre 1730. — Exclusion de deux 
chapelains lorrains. — Expulsion de Boekheneim. — Ap- 
pel à la justice. — Mémoire. — Visite au pape Clément 
XII. -- Charles-Emmanuel III absorbé par la guerre de la 
Succession de Pologne. — Rapport de J. Rémy passe 
inaperçu à Turin. 

VIÏI 

Etienne Bertin, prêtre lorrain. — Son entrée à Saint-Louis. 
Attestations de ses supérieurs. — Conciliabule. — Ins- 
cription de 1712. Critique faite par Etienne Bertin. — Son 
expulsion. Mémoires. — Citation des coupables au tribu- 
nal de Monte-Citorio. — Visite à Clément XII. — Visite 
à l'ambassadeur et entretien. — Violation des archives. — 
Envahissement de l'appartement des Lorrains et des offi- 
ciers originaires du duché de Bar. — Hostilité contre les 
Savoyards. — M. le chanoine Favre ne peut voir les ar- 
chives. — Même refus à M. Gaiïn. — On refuse de rece- 
voir deux prêtres du Val-d'Aoste, — Suppression des pla- 
ces des Savoyards, 1752. — Suppression des dots. 

Résumé et Conclusion. 

Pièces justificatives. 



LES MAILLARD 

[Seigneurs et j3arons du J3ouchet, Comtes de Journon, etc, 



NOTES GÉNÉALOGIQUES ET DOCUMENTS 



PAR 



Auguste DUFOUR 

Général d'artillerie en retraite,. Président honoraire de la Société savoisienne. 
d'histoire et d'archéologie, etc. 

ÉDITÉS ET ANNOTÉS 



François MUGNIER 

Conseiller à la Cour d'appel de Chambéry., 

Président de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, 

Chevalier de la Légion d'honneur, 

etc., etc, 



AVANT-PROPOS 



J'ai occupé, depuis plus de trois années, 
une partie de mes loisirs à des recherches 
sur une ancienne famille de la Savoie, dont 
ce pays et Rumilly, en particulier, ont le droit 
de s'enorgueillir, les Maillard du Bouchet, 
de Tournon, etc., etc. 

Cette maison a eu dans son sein des illus- 
trations de toutes sortes. Elle a donné à la 
Maison de Savoie, à laquelle elle s'est dé- 
vouée pendant les périodes malheureuses 
de son histoire, des ministres, des ambassa- 
deurs, des gouverneurs, des généraux. On 
trouve dans cette lignée des chevaliers de 
l'Ordre de l'Annonciade, des chevaliers de 
Malte. Un de ses membres les plus illustres a 
été le cardinal Charles-Thomas de Tournon, 
patriarche d'Antioche, commissaire-légat du 
Pape dans les Indes-Orientales, qui fut, en 
Chine, victime de son zèle apostolique et de 
l'hostilité des Jésuites, puissants à la cour de 
Pékin. 

Les filles ont été alliées aux meilleures 
familles nobles de la Savoie el du Piémont : 



260 

lesLornay, les Bellegarde, les Chàtillon . les 
Menthon, les Murât de la Cr< >ix . les Alfieri. les 
Cacherano, les Cortemiglia, lesDalPozzo, etc. 

Les Maillard se sont fait gloire, à juste ti- 
tre, d'avoir essuyé bien des revers et d'avoir 
perdu leurs biens pour suivre la fortune de 
leurs princes, notamment du malheureux 
Charles III, ce qui a été reconnu par Emma- 
nuel-Philibert, lorsqu'il eut récupéré ses 
Etats par le traité de Saint-Quentin, en 1559. 
Il récompensa Pierre Maillard, son maître 
d'hôtel, en lui donnant une partie de la baron- 
nie de Chevron, et, dix ans après, en l'éle- 
vant à la dignité comtale. 

Grillet, qui a consacré dans son diction- 
naire (1) un article aux trois principaux 
personnages de cette maison : Pierre, gou- 
verneur général du duché de Savoie; Prosper. 
qu'il croit frère de Pierre, et le cardinal . ar- 
ticle qui contient des erreurs, fait remonter, 
sans preuve bien entendu, cette famille au 
xu e siècle. Quant à moi, ce n'est qu'au xiv e 
siècle, en l'an 1300, que j'ai pu faire com- 
mencer sa généalogie à l'aide de documents 
certains. Le premier qui y figura est un 
Aimon Maillard, damoiseau, seigneur du 
Bouchet. Le sixième, Pierre, fut le premier 
comte de Tournon, en 1569. Le huitième 

(1) Diction. Iiistor.j tome III, page 247. 



261 

sur le tableau généalogique, Henri, époux 
de Charlotte d'Urfé, a été le premier marquis 
d'Alby. La famille s'est éteinte, en 1819, par 
la mort, sans enfants, de Félix- Jean-Henri. 

Au xvi e siècle, la famille habitait la Savoie 
et plus volontiers la ville de Rumilly; mais aux 
siècles suivants. elle fixa sa résidence à Turin, 
tout en faisant encore de fréquents séjours 
à Rumilly. C'est alors que se produisirent 
les alliances avec des dames piémontaises. 

Les armes des Maillard sont, d'après l'In- 
dice armoriai de Bresse, de Guichenon : D'a- 
zur à un albanais d'argent becqué et membre 
de gueules. Besson, dans son armoriai ma- 
nuscrit, donne pour cimier une licorne d'ar- 
gent et pour supports deux licornes de même, 
et la devise : esse quam dici. Ces armes res- 
semblent à celles de la ville de Rumilly, que les 
héraldistes blasonnent quelquefois de gueu- 
les à l'albanais d'argent becqué et membre d'or. 

J'ai eu à ma disposition les archives de la 
famille, à l'aide desquelles et avec les docu- 
ments trouvés à la Chambre des Comptes et 
aux archives de Cour, à Turin, j'ai pu dresser 
un tableau généalogique que je crois com- 
plet, et réunir des pièces authentiques nom- 
breuses, dont quelques-unes méritenl d'être 
publiées et dont les autres seront seulement 
mentionnées à leur date avec de courts 
détails. 



NOTE 

M. François Rabut, à qui son ami, M. le 
général A. Dufour, avait adressé les manus- 
crits considérables formant la généalogie, 
avec pièces à l'appui, de la famille Maillard, 
de Rumilly, a bien voulu nous les transmet- 
tre en nous chargeant de les éditer. 

Les matériaux historiques que nous avions 
préparés de notre côté sur cette famille, no- 
tre connaissance personnelle des localités 
citées dans les titres reproduits ou analysés 
seulement, nous ont permis d'accepter cette 
mission. 

Sans rien omettre d'essentiel ou d'impor- 
tant, nous avons restreint en beaucoup d'en- 
droits le manuscrit de notre bien regretté 
président honoraire ; nous avons supprimé 
l,i plus grande partie des documents, nous 
bornant à les traduire en français dans de 
courts extraits, qui en contiennent toutefois 
la substance ; nous avons enfin ajouté quel- 
ques renseignements nouveaux et quelques 
notes que nous avons mis entre guillemets, 
afin d'en conserver la responsabilité. 

La maison des Maillard existe encore à 
Rumilly, dans la Grand'Rue. Elle est flanquée 



264 

au nord d'une tour carrée, peu élevée mais 
d'un joli caractère. Elle fut sans doute élevée 
par Pierre Maillard, lorsque, ayant été chargé 
de surveiller la construction du fort de l'An- 
nonciade et d'en être le commandant, il vint 
se fixer à Rumilly (Grillet, Dict. hîst., t. III, 
p. 248). Dans l'église, une pierre tombale rap- 
pelle le souvenir de cette famille. Nous avons 
recherché les œuvres historiques et poéti- 
ques que Grillet attribue àProsper Maillard ; 
nous avons le regret de ne les avoir pas re- 
trouvées. 

François Mugnier. 



ANNALES GÉNÉALOGIQUES 



DE LA 



MAISON MAILLARD DE TOURNON, DE RUMILLY 

I. 

AYMON 

Damoiseaiij seigneur du Bouchet. 

Aymon vivait en 1300. 

« Les Maillard sont habituellement, dans les 
chartes rumilliennes, appelés Maillardi , alias 
Perrini, on vice-versâ; mais ils ne sont jamais, 
avant le xvi e siècle, qualifiés damoiseaux,, ni 
surtout seigneurs du Bouchet. Nous avons trouvé 
Aymonet, soit Aymon Perrin et son frère Mer- 
met faisant don d'un emplacement à l'hôpital de 
Rumilly, le 10 novembre 1338. 

« Cet Aymon Perrin est sans doute l' Aymon 
cité par M. Dufour. 

Le 7 novembre 13(30 , noble Guillaume ou 
Vuillerme Perrin, de Rumilly, fait son testament 
et donne â l'hôpital 2 sols genevois de rente, pour 
acheter du bois destiné au chauffage <1<'^ pauvres. 
Il est appelé miles, écuyer. 

En 13(37, Monin Perrin, sans qualificatif, est 



266 

l'un des syndics de Rumilly. En 1377, nous trou- 
vons encore Monin Perrin. 

En 1388., Aymon Perrin est, de nouveau, l'un 
des syndics de Rumilly (1). » 



(1) Voir ces actes ou leur analyse dans notre Corps des 
Fondations pieuses en faveur de l'église et de l'hôpital de 
Rumilly. Rumilly, impr. A. Ducrct, ISS!), in-8*. — Aymon 
el Monin, diminutif d'Aymonin, paraissent être le même 
prénom. 



267 



II. 

JEAN I* 

fils d'Aymon, seigneur du Bouchet (1). 

11 août 1342. — Jean est nommé présent à l'acte 
d'hommage passé par Nicod, seigneur de Mont- 
fort, à Aimon, comte de Savoie. 

(Pourpris historique.) 

26 avril 1376. — Reconnaissance en sa faveur 
d'une maison et pré à Rumilly. 

« Le 23 juillet 1388, Jean Perrin, alias Maillard, 
est témoin dans un acte passé dans l'église de Ru- 
milly en faveur du clergé qui la dessert. » 

(Corps des Fondation* pieuses de Rumilly.) 

13 Juin 1411. — Jean I er , fils d'Aimon, fit son 
testament par lequel il institua Pierre et Jean II, 
ses deux fils, ses héritiers universels, par égales 
part et portion ; et cas advenant, ajoute-t-il, que 
l'un des deux vienne à mourir sans enfants, il lui 
substitue l'autre. 

Or, Pierre, qui s'était marié â Béatrixde Lornay, 
était mort sans enfants, après avoir, le 25 février 
1460, et sans se préoccuper de la clause testamen- 

(1) J'aurais commencé cette généalogie par Jean 1 "', si 
je n'avais trouvé, dans un extrait ou catalogue des papiers 
appartenant à la famille Maillard (inscril sous Le n°59;, que 
ce Jean I ' était (ils d'Aimon et que cet Aimou vivail en 1300. 

(Note de M. Dufour.) 



268 

taire de son père, institué Béatrix de Lornay, sa 
femme, son héritière universelle. De là procès. 

Dans l'intervalle, Jean II, le frère de Pierre, 
vint à mourir (1446), et de son mariage avec 
Claudine de Bollimieux (1420), il laissa un héritier 
dans la personne de son fils Jean (III) : ce fut donc 
à lui que dut s'adresser la veuve, Béatrix de Lor- 
nay, pour avoir sa part : Petebat et requirebat sibi 
dividi et divisionem jieri per eumdem nobilern 
Johannem Malliardi de hereditatibus 

Ce fut alors que, par une transaction passée le 
17 septembre 1463, la veuve Béatrix de Lornay et 
Jean III Maillard, son neveu, se mirent d'accord 
et firent un traité qui mit fin à ce scandale : Tan- 
dem dicte partes violentes et eupientes futura 
scandala et pericula ac omnem rancoris et odii 
materiam amputare transigerunt 

Les parties renoncèrent a leurs prétentions ré- 
ciproques, moyennant l'engagement que la veu- 
ve prit de vivre dans la maison de son neveu 
qu'elle traiterait comme une mère traite son fils, 
et celui du neveu de traiter sa tante comme une 
mère, de lui fournir toutes les choses nécessaires 
à son existence, suivant sa condition, et de lui 
payer en outre 4 florins petit poids par an pour 
ses menues dépenses. 

L'acte est passé à Rumilly, dans la chambre, 
occidentale de la maison de N. Jean Maillard, en 
présence de D. Jean de Lornay, docteur en décrets, 
prieur de Lovagnv, de nobles Pierre de Myonnaz, 
Pierre de Charansonnex, etc. 



269 

3 septembre 1424. — Obligation pour Pierre 
Perrin, alias Maillard, et pour son frère Jean, de 
la somme de 23 florins pour compte final, passée 
par Pierre Baptendier, notaire d'Albens, reçue 
par le notaire Excallandy. 

Le 15 décembre 1442 , D. Pierre Barbier 
chapelain, recteur de la chapelle de la Maladière 
de R. (1) donne quittance, devant le notaire 
Excallandi à N. N. Pierre et Jean Maillard, oncle 
et neveu, de la somme de cent sols genevois lé- 
guée autrefois par N. Jean Maillard, père de 
Jean, à cette maladière. L'acte est passé à R. 
dans la maison de François Charvier, en présence 
deD. Pierre Joly, chapelain, etc. 



(1) Cette Maladière ou Maladrerie était située à l'extré- 
mité du hameau de Martenex, au midi et à deux kilomètres 
et demi de Rumillv. 



270 



III. 

JEAN II MAILLARD 

frère de Pierre, seigneur du Boucliet. 

En 1420, Jeun II, fils de feu N. Jean Maillard et 
frère de Pierre Maillard, épousa demois le Claudi- 
ne de Bollimieu, sœur de Henri de Bollimieu (1). 

Il eut de ce mariage : 

1° Jean III Maillard, marié à Jeanne de Lor- 
nay (1446) ; 

2° Jacquemette Maillard., mariée à Pierre de 
Dons (1450). 

Jean II étant décédé, sa veuve épousa Hum- 
bert, fils de Jean de Fessigny (Fésigny) ; un pro- 
cès s'éleva entre elle et son mari, d'une part, et 
N. Pierre Maillard, tuteur de Jean III, fils de 
Jean IL Le second mari réclamait 100 florins d'or 
bons, p.p. constituée en dot à Claudine lors de 
son premier mariage, par Henri de Bollimieu, 
son frère, et par Arthaud Mathi, son grand-père 
maternel. 



(1) « Il faut lire de Billiemoz, Billième, commune du 
canton d'Yenne.» 



271 



IV. 

JEAN III MAILLARD 

Fils de Jean II et neveu de Pierre ; seigneur du Bouchet. 

— Ministre d'Etat sous la régence de Blanche tic 
Montferrat, duchesse de Savoie, veuve de Charles I" 
et mère de Charles-Jean- Ame, ducs de Savoie 

19 février 1438. — Albergement passé par 
nobles Pierre et Jean Maillard, oncle et neveu, 
d'une pétiole de terre, pour 4 florins d'introge, sous 
le servis de 9 deniers et sous condition d'écheute 
à Airaon Rondelet, de Broyse (hameau de R.), 
reçu par M e Excallandy. 

23 février 1456. — Mariage entre noble Pierre 
de Dons et demois le Jacquemette Maillard, sœur 
dudit Jean III Maillard (1). 

Quodcum tractatum et loquutum fuerit de matrimo- 
nio contrahendo inter nobilem Petrum de Dons ex una et 
nobilem Jacquemetam filiam quondam nobilis Johan- 
nis Malliardi de Rumilliaco partibus ex altéra , etc. 

Comme on le voit par le texte du contrat de 
mariage que nous rappelons ici, noble Pierre de 
Dons avait demandé et obtenu de noble Jean de 
Maillard, Jacquemette, sa sœur, en mariage. 
Ce Jean de Maillard promettait, à cette occasion, 
de donner en dot la part qui lui était échue en 

(1)« En 1548, un Maillardi étail secrétaire ducal. ( Com i. 
tiorum pars prior, col. 1217, in Monumenta Patriœ.) » 



07-) 

héritage de ses parents, Jean Maillard et Claudine 
de Billiemoz (1), 700 florins petit poids, chaque 
florin calculé à 12 deniers gros, bonne monnaie en 
cours dans le duché de Savoie, s'engageant a en 
payer 300 à la prochaine Pentecôte, 300 l'année 
suivante à la même époque, et ainsi de suite jusqu'à 
l'entier payement. A cette dot, de Dons Pierre 
voulut, suivant l'usage et l'habitude du temps, faire 
un augment et promit d'y ajouter 150 florins. 

L'acte fut passé à RumilTy, dans la maison de 
Jean Maillard, soit de son oncle Pierre, en pré- 
sence de François de Verbouz, Claude d'Arloz, 
etc., par le notaire Jacques Milliet, de Rumilly. 

11 décembre 1461. — Quittance pour N. Jean 
de Maillard, de la somme de 77 florins pour com- 
plément de la dot de Jacquemette, sa sœur. 

16 février 1466. — Mariage entre noble Jean 
Maillard et demois le Jeanne de Lornay (2). 

Jean Maillard , dix ans après le mariage de sa 
sœur, épousa Jeanne, fille de feu noble Pierre de Lor- 
nay. A cette occasion, Jean de Lornay, oncle, Jean- 
nette de Charvo, mère, et Louis, frère de la future, 
ce dernier, au nom encore de son frère Amédée, 
promettent de lui donner en dot 800 florins, s'en- 
gageant â en payer 200 à la Pâques prochaine, et 
ainsi de suite jusqu'à entier payement. Quant au 
trousseau, ils ne fixent aucune somme, seulement 



(1) « Ici, il y a bien Billiemoi 

(2) Document n° 1 . 



273 

ils s'engagent à lui fournir tout ce à quoi elle peut 
avoir droit pour être vêtue et habillée d'une ma- 
nière honorable et suivant sa position. L'époux, 
suivant l'usage, fait un augment de 400 florins. 

Cet acte fut passé à Cholex dans la maison-forte 
des nobles de Lornay, en présence de témoins et 
par le notaire Jacques Ronzier, de Rumilly. 

Il eut de ce mariage : 

1° Jacques de Maillard, qui suit ; 

2° Amé de Maillard, écuyer de Charles II, duc 
de Savoie (1); il mourut sans alliance; 

3° Nicolas de Maillard, abbé et prieur de Ru- 
milly (d'Aulps ?) ; » 

4° Jeanne de Maillard, mariée â Claude de 
Charansonnay ; 

5° Antoinette de Maillard, mariée à Pierre de 
Chavannes. 

28 février 1472. — Quittance reçue par 
M e Blanchet, en faveur de Jean fils du susdit Jean, 
de 90 florins, passée par les R ds chapelains de l'égli- 
se de Rumilly, pour les legs à eux faits par ses 
ancêtres. 

9 juin 1483. — Autre quittance en faveur dudit 
Jean, reçue par M e de la Croix, dé 16 florins, 8 sols, 
passée par le recteur de l'hôpital de Rumilly pour 
un legs,. fait audit hôpital par Pierre, son oncle. 

1483. — Permission du Pape pour noble Jean 
Maillard, seig r du Bouchet, d'avoir un autel pour 
y faire célébrer la S te messe. 

(1) Document n° 2. 

18 



274 

1489. — Jean Maillard nommé ministre d'Etat 
sons Blanche de Savoie. 

20 septembre 1498. — Vente de quelques ren- 
tes et servis avec direct domaine, reçue par 
M e Milliet et passée par dame Jeanne de Lornay 
veuve, mère et tutrice d'Amed, Nicolas et Jacques, 
ses et dudit Jean enfants, en faveur de noble 
Claude de Charansonnay (1). 

24 avril 1503. — Nicolas, fils dudit Jean, par 
son testament du 24 avril 1503, reçu par M e Mil- 
liet, a fait une fondation et a nommé ledit Jacques, 
son frère,, son héritier. 

21 février 1511. — Par son testament du 21 fé- 
vrier 1511, reçu par M e Blanchet, Amed, fils du- 
dit Jean, a fait une fondation et a nommé ledit 
Jacques, son frère, héritier universel. 

« Ces ventes et testaments sont tous passés à 
Rumilly. » 



(1) « La tour du château de Charansonnex est encore de- 
bout. On l'aperçoit de la gare de Bloye, au couchant ; 4 ki- 
lomètres sud de Rumilly. » 



275 



V. 

JACQUES MAIL.L.ARD 

Seigneur du Bouchet, — Ecuyer de Charles. 

21 septembre 1501. — Acquis en faveur de 
M e Heustache Monon (1), curé de Moye, de quel- 
ques servis avec le direct domaine, pour 24 florins, 
des nobies Améclée, Nicolas et Jacques Maillard, 
reçu par M e Milliet. 

31 juillet 1515. — Mariage entre noble Jacques 
de Maillard, écuyer, seig r du Bouchet, et demoi- 
selle Aymée de Chàtillon, fille d'Aymé de Chà- 
tillon, écuyer, seig r de Chàtillon en Chablais et 
de Monlrose, et de Louise de Bellegarde. 

Il eut de ce mariage : 

1° Pierre de Maillard, qui suit; 

2° Jean-Philibert de Maillard , chevalier de 
Rhodes, puis prieur de Talloires, ensuite abbé et 
prieur de Notre-Dame de l'Aumône, à Rumilly (2) ; 

3° François Maillard, abbé d'Aulps, prieur de 
Rumilly (3) ; 

4° Claudine Maillard, femme de François-Phili- 
bert de la Fiéchère; 

(1) Les nobles Monon, de R., étaient parfois dits : alias 
Perrin. 

(2) « Le prieuré de N.-D. de l'Aumône était un bénéfice 
minuscule situé à R. et desservi par les religieux du Saint- 
Bernard. Jean-Philippe Maillard l'avait en commende. » 

(}i) « Il était aussi prieur de Contamine-sur-Arve, en 1561.» 



276 

5° Louise Maillard, religieuse à Mélan en Savoie; 
6° Jeanne, et 7° Pliilibcrte Maillard, mortes 
jeunes. 

3 janvier 1519. — Hypothèque en faveur de 
noble Jacques Maillard, sur un clos en vignes, 
pré, etc., jusqu'à plein et entier paiement de la dot 
de dem lle Aimée de Chàtillon, son épouse, qui est 
de 1 ,000 florins ; acte reçu à Evian par M es Plat 
et Humbert de Molario, notaires; consenti par 
Louise de Bellegarde, veuve d'Aymon de Chà- 
tillon, et par ses fils Pierre et Jean-François. 

28 juillet 1525. — Reconnaissance passée par 
noble Jacques, fils de Jean Maillard, pour raison 
des biens qu'il tient se mouvant du fief de 
S. A., à cause de son château de Rumilly (1). 

6 août 1537. — Rachat pour N. Jacques Mail- 
lard d'une coupe de froment pour G écus, de 
M e Henri Gaillard, reçu par M e Bochey. 

1 er juin 1542. — Jacques Maillard, écuyer, sei- 
gneur du Bouchet, prête hommage de fidélité au 
roi de France (2). 

' 21 février 1545. — Testament de Jacques 
Maillard (3). 

1° Fait différentes aumônes et cela à la discré- 
tion de Rév d seig 1 ' Nicolas Maillard, prieur du 

(1) Document n° 3. 

(2) « La Savoie était devenue française en février 153G. » 

(3) Document n" 1. 



277 

prieuré de Rumilly, son frère, et de Rév d seig r 
François Maillard, son fils. 

2° Assigne, oblige et hypothèque à noble Aymée 
de Châtillon, sa femme très chère, pour 800 escus 
d'or sol, qu'il confesse avoir reçus pour la dot 
de sad e femme ; plus oblige et assigne led fc testa- 
teur pour la mansion et demourance d'icelle sa 
vie naturelle durant. 

3° Donne et lègue h Jeanne, sa fille, outre la 
jouissance de quelques rentes, 600 florins quand 
elle sera en âge, soit qu'elle se marie, soit qu'elle 
entre en religion. 

4° Donne à Louise, sa fille, religieuse à Mélan, 
une somme de 30 sols, outre ce qu'il lui a donné 
à son entrée en religion. 

5° A Claudine Maillard, sa fille, femme de no- 
ble François de la Fléchère, une somme de 60 
sols monnaie Savoye, outre sa dot, et autre chose 
à elle donnée lors de son mariage. 

6° A noble Berthe (soit Philiberte) Maillard, sa 
fille, la somme de 2,000 florins, plus les habille- 
ments convenables à sa qualité, 

7° A Rév d François Maillard, son fils, prestre, 
une somme de 25 escus d'or au coing du Roi, 
plus une chambre pour son habitation et demou- 
rance. 

8° A noble Pierre Maillard, son très cher fils, en 
prérogative et outre sa portion, une pièce de terre 
de 14 journaux au territoire de Curdie (faubourg 
ouest de Rumilly). 



78 

9° En tous et chascun des autres biens, institue 
ses héritiers universels noble Pierre Maillard 
son fils et noble Jean-Philibert Maillard aussi son 
fils, pour la moistié chacun. 

« Jacques Maillard ne survécut pas longtemps à 
son testament, car il était déjà décédé le 10 octo- 
bre 1545. Ce jour-là, son fils Jean-Philibert, en- 
trant au prieuré des Bénédictins de Talloires, 
cède à son frère Pierre, qui n'est encore revêtu 
d'aucune charge (1), tous ses droits dans la suc- 
cession paternelle, moyennant l'engagement que 
prend Pierre Maillard de lui servir une pension 
viagère de 50 florins d'or p.p. de 12 sols l'un ; mais 
seulement jusqu'au moment où Jean-Philibert 
sera pourvu d'un bénéfice ecclésiastique ou d'une 
pension de 50 florins. 

L'acte est passé au prieuré de Talloires, dans 
la grande salle de la maison de la sacristanie, en 
présence de R ds M res Clair de Loys Allardet, abbé 
de Filly et doyen de Savoie, Angelloz de Belle- 
garde, doyen de N.-D. d'Annecy, de N. et puis- 
sants seigneurs Pierre de Menthon, s 1 ' de Lornay, 
François de Beaufort, seig 1 ' du Bois, Pierre de 
Mornex (de Morgenex), seigneur dudit lieu, N 9S 
François de Chavanes, Antoine Regard, n ble seiu'' 
Donat de la Croix, sacristain du prieuré, et M ,e 
Vitoz, curé de Talloires, Dingy et Villy le Bouve- 
ret, témoins requis, etc.; l'acte est reçu par les 
notaires Louis Machct et Michel Mestral. 

(1) Il est qualifié simplement de sieur du Bouchet. 



279 

Nous arrivons à Pierre Maillard, le fondateur 
de la fortune de la famille. 

Il semble qu'il était déjà à la cour du duc 
Charles III, en qualité de page, lorsqu'en février 
1536, François I er s'empara de la Savoie. Pierre 
Maillard, comme beaucoup d'autres nobles 
savoyards, fut fidèle à son souverain. Il fit la 
guerre avec lui et fut bientôt attaché à la personne 
du prince Emmanuel-Philibert, avec qui nous 
allons le trouver dans les Flandres. Il suivit, du 
reste, l'exemple d'un autre Rumillien, François 
Portier, seigneur de Mieudry, conseiller et ma- 
jordome de Charles III, qui, en 1541, l'envoya à 
la diète de Spire (1). » 



(t) « Les patentes données par Charles III à François Por- 
tier sont du 11 novembre 1541 ; il reçut en même temps une 
instruction générale pour le guider dans la recherche des 
moyens qu'il conviendrait au duc d'employer pour recouvrer 
ses Etats. (Bianchi : Le Materie politiche relative all'estero, 
degli Archivi di Si, ni piemontesi, p. 216 et 745.) » 



280 



VI. 
PIERRE II MAILLARD 

Scigneurdu Bouchet, — Page de S. A. le duc Charles III, 
— Maître d'hôtel, — Conseiller d'Etat, — Chambel- 
lan de S. A. le duc Emmanuel-Philibert, — Baron du 
Bouchet, — de Chccron,— Comte de Tournon, — Gou- 
verneur de Savoie, — Surintendant du fort de l'An- 
nonciade, — Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade. 

2 juillet 1545. — Acquis pour noble Bartholo- 
mé Salteur d'une petite rente, rière le Bouchet, 
de noble Pierre Maillard, reçu par M e de la 
Marche (1). 

1 er mars 1548. — Quittance pour noble Bartho- 
lomé Salteur du laod do l'acquis par lui fait des 
moulins du Bouchet de noble Pierre Maillard, 
reçu par M e Divonne. 

« Ces deux ventes semblent indiquer que Pierre 
Maillard était obligé d'aliéner ses biens pour 
subvenir à ses dépenses auprès de son prince. » 

4 avril 1554. — Pierre est présent à l'hommage 
prêté à Bruxelles à S. A. le duc Emmanuel-Phili- 
bert par Siméon de Locarne, au nom de seig 1 ' 
Alexandre de Scalies pour le fief de Verrue, près 

de Crescentino. 

(Protocole du not. Michaud.) 

(1) « Jacques, son père, était donc mort à cette époque. 
Le Bouchet, petit hameau à 1,500 mètres O. de R. » 



281 

In nomme domini amen Actmn in oppido 

Brucellarum in domo magniffici domini vuolfandi 
haller magistri hospitii serenissime Régine him- 
garie in qua domo hospitatur infrascriptus Illmus 
dominus, dominus dux, videlicet in aula ante- 
riori ipsius domus a parte orientali, presentibus 
ibidem magnifficis domini s Jo. Thoma ex comiti- 
bus stropiane apud Cesarem pro ipso domino duci 

legato et Petro Magliardi domino de Bocliet 

magistro hospitii ipsius domini ducis testibus 

Universissitmanifestum quocl cum contigerit 

illmum dominum Carolum Sabaudie ducem ab 
humanis discedcre, absente illmo domino domino 
Eznanuele Philiberto eius unico filio et in ducat u 
Sabaudie et principatu pedemontium legitimo 
successore, cui infra annum erat prestanda fide- 

litas ob quod decreverit magnificus dominus 

Àlexander films magnifici domini Gilardj de 
Scaliis dominus verrue procuratorem destinare 
ad ipsam 'fidelitatem jurandam, videlicet. specta- 
bilem dominum Simeonem de Locarno 

« En 1554, Pierre Maillard, qui n'était connu 
que sous le nom de sieur du Bouchet, fut nommé 
ambassadeur d'Emmanuel-Philibert au congrès 
de Cercamp. Il exerçait aussi des fonctions à 
Bruxelles, et la lettre suivante de l'évèque d'Ar- 
ras (plus tard cardinal de Granvelle), semble 
indiquer que sa familiarité avec des prisonniers 
français y avait excité les soupçons de la popu- 
lace. L'évèque craignait qu'il ne lui arrivât quel- 



282 



que aventure fâcheuse et il conseilla au duc d'en- 
voyer du Bouchet en Italie. 

Arras, le 24 septembre 1554. 



D'advantaige entens-je que la murmuration contre 
Bouchet continue très fort encoires que pour moy je 
tiens pour certain que ce soit à tort, vous sçavez ce que 
je vous en ditz avant que partir de Bruxelles ; Sur quoy 
vous me dictes que regarderiez de avec (avoir) quelque 
occasion l'envoyer en Italie et je crois qu'il est encoires 
près de vous et certes il sera bien vous y pourvoyez sans 
scandale ; ny que le dit Bouchet pour non le destourner 
de l'affection qu'il a à sa majesté impériale et à vous 
scache le pourquoy. Une chose entre aultre accroist le 
soupsondu peuple contre luy c'est la communication qu'il 
a heu et retient contre un maistre d'hostel du visconte de 
Martighes que si long temps s'est entretenu en Bruxel- 
les quoy que l'on eut parlé au contraire et mesmes à 
vous ; et dit t'on qu'il est encoires au dit Bruxelles et 
libre, et le tient t'on pour l'un des grands espie que les 
Français aye par deçà et tiens que sans votre respect l'on se 
fut jà attaché (attaqué) à sa personne etquant à moy pour 
effacer tout soupson et contenter je jugeraye à correction 
de votre Altèze que le mieux serait envoyer le dit Bou- 
chet en Italie et que comme de vous mesmes vous aver- 
tissiez la royne que l'on fît prendre le dessus dict mais- 
tre d'hostel que l'on appelle Sailly, afin qu'il soit gardé 
comme prisonnier de guerre, afin que le laissant libre 
l'on ne luy donne moyen de faire chose que tourna au 
desservice de sa majesté et de ses pays. Vous suppliant 



283 

de prandre mes advertissements comme mérite la sincé- 
rité de mes intentions, etc. (1) » 

10 décembre 1554. — Pierre Maillard est pré- 
sent â l'hommage prêté à Bruxelles à S. A. le 
duc Emmanuel-Philibert par Claude Malopère, 
au nom du seigneur Charles-François de Balbis , 
pour le fief de Quart. 

(Protocole du notaire Michaud.) 

10 juillet 1555. — Donation faite par S. A. à 
Pierre Maillard des biens possédés à Chevron par 
François de Beaufort, frère et héritier du seigneur 
de Rolle, et confisqués à cause de sa trahison et 
de ses méfaits au profit du trésor ducal. 

(Conir" fin" Piémont, volume 9, page 17.) 

Emanuel Philibertus . . . quapropter cum plane ad 
liquidum edocti sumus qua fide, studio et observantia 
antiquissima malliardorum familia retrodivos principes 
maiores nostros semper coluerit quippe que supra 
quadringentos annos militiarum jure seu feudis que dici- 
mus ab ipsis maioribus ob preclara mérita donata fuerit 
insignesque viros permultos habuerit non minus pacis 
artibus illustres quam bellica laude prestantes, ex qui- 
bus nunc extat magnifficus beneque nobis dilectus fide- 
lis consiliarius Petrus maillard dominus bocheti qui 
apud, pie memorie, dominum et genitorem nostrum a 
cunabulis educatus avite laudis emulus cum iis turbu- 
lentissimis belli temporibus nullum studii et officii genus 
pretermittere contendit maximam rei familiaris jactu- 

(1) Mîscellanea di Storia patria, XIX, p. 435. « Nous 
avons corrigé légèremenl la lecture suivie dans cel ouvrage.» 



284 

• 

rani faciendam ac gravissima quecumque incommoda 
sabeunda potius sibi esse statuent quam vel fidem suam 
deseruisse vel de officio tantitum dessisse videri possit. 
Qua ex re consequutus estutjam ante biennium in con- 
siliarium ac hospitii nostvi magistrum eum cooptaue- 
rimus. In quo munere ea prudenlie probitatis integri- 
tatis moderatique animi documenta dédit ut meritô eum 
charissimum habeamus. 

Proinde eum bona Johannis Amedei de Belloforti 
domini salaginis et clieuroni jamdudum et illius non 
tantum prodicionis ac rebellionis et fellonie manifestum 
reatum quam ob scelera permulta. . . erario etfisco nos- 
tro adjudicata. . . illa eidem benedilecto petro maillard 
domino boebeti consigiiario et magistro hospitii nostri 
condonare censuimus. 

« On voit, par ce document, que Pierre Maillard 
n'était majordome ou maître d'hôtel du duc que 
depuis un peu plus de deux ans. 

Emmanuel - Philibert employa Maillard aux 
négociations qui précédèrent la bataille de Saint- 
Quentin. Le 10 novembre 1558, il le chargea de 
le disculper auprès de la princesse Marguerite de 
France, sœur de Henri II, du bruit qui avait couru 
de sa renonciation à demander sa main, afin d'é- 
pouser la fille du roi. Dans sa correspondance avec 
l'évèque d'Arras, le duc fait des recommandations 
semblables. 

10 novembre 1558. — Lettre d'Emmanuel- 
Philibert à M. du Bochet. 

« Amé et féal, ce matin tant seulement avons 
« receu la lettre que nous escripvites du vu" de 



285 

« ce moys et ensemble sommes esbay et malcon- 
« tent qu'elle soit venue si lentement de crainte 
« que la tardiveté de la responce ne soit attribuée 
« a nostre nonchaloir. . . Nous sommes mortifié 
« pour ce que le dit cardinal (de Lorraine) vous 
« a mandé que Madame Marguerite demonstre 
« avoir cloute que soyons mal volontiers asseuré 
« au mariaige qui s'est propousé entre elle et nous 
« par la raison des paroles que furent tenues de la 
« lille du Roy sa niepce. . . . Véritablement l'ins- 
« tance de l'une n'a point esté en mépris de Taiiltre 
« laquelle dès lontemps et souventes fois, vous en- 
ce tre aultres, avez oui priser et célébrer ainsy que 
« convient. . . . desquelles vertus nous faisions si 
« grand compte que nous estimerions à bonheur 
« si Dieu nous donne une telle partye et croyons 
« certainement, la mocquerie à part, qu'il nous 
« adviendra ce dont tant de fois nous avez adverty 
« assavoir que laisserons gouverner à la femme. 
« (Saint-Genis, Hist. de Savoie, III, p. 479.) » 

« Le duc courait plusieurs lièvres à la fois. Il 
avait chargé Bouchet de parler au Congrès de Cer- 
camp d'un mariage avec Elisabeth Tudor. Les 
envoyés français ayant objecté qu'elle était héré- 
tique et bâtarde, Pierre Maillard répondit qu'elle 
se convertirait et que la couronne d'Angleterre 
légitimerait tout (1). Heureusement, ces divers 

(1) Ricotti. Storia délia monarchia piemontese, II, p. 
86; d'après une lettre do P. Maillard du 17 novembre 1558, 
aux archives du royaume d'Italie à Rome. Lettres ministé- 
rielles; France. 



286 

projets n'aboutirent pas. Emmanuel - Philibert 
épousa Marguerite de Valois, qui, si elle n'avait 
pas la beauté et n'était plus jeune, possédait les 
meilleures qualités du cœur et de l'esprit. Bran- 
tôme l'a nommée la bonté du monde. Elle mourut 
le 15 septembre 1574. » 

27 novembre 1558. — Permission et sauf-con- 
duit accordés par le roi Henri II à P. Maillard, 
pour aller de Bruxelles à Metz en Lorraine, tenir 
sur les fonts baptismaux, au nom du duc de Sa- 
voie, l'enfant (1) du comte de Vaudemont. La 
permission l'autorise à voyager avec ses serviteurs 
et chevaux, au nombre de huit ; elle est valable 
pour trois mois. En arrivant, Maillard devra se 
consigner au sieur de Vieilleville, lieutenant du 
roi à Metz. 

« En mars 1559, Pierre Maillard travaille avec 
le comte de Stropiana et l'évèque d'Arras à la 
paix de Saint-Quentin. Granvelle informe le duc 
de la difficulté des négociations en ce qui concerne 
la restitution des Etats de Savoie et de Piémont. 

« Cambresis, le 16 marzo 1559. 

« Monseigneur, — Le compte Stropiana m'a ce 
jourdhuy après disney donné les lettres de V. A. 
escriptes hier. Et m'a esté singulier plaisir de le 
veoir et le maistre d'hostel Bouchet et le dit conte 

(1) « Cet enfant, fils de Nicolas de Lorraine, fut appelé 
Philippe-Emmanuel ; sous le nom de dur de Mercœur, il 
fut un des chefs de la Ligue. » 



287 

vienne si particulièrement instruyt sur tous les 
points de l'intention de V. A. Je leur ai donné à 
tous deux et au président d'Ast en présence de 
Mons 1 ' le prince d'Oranges le bon succès et enche- 
minement desquels j'ay toujour désiré... Nous 
y trouvons les Français durs comme ils sont en 
aultres points. V. A. cougnoistra que nous ne 
sommes icy les bras croisés. . . (1) » 

a Les envoyés du duc de Savoie à Cateau-Cam- 
brésis avaient été Thomas Langosco, comte de 
Stropiano, François Cliacherano d'Osasco et Pierre 
Maillard (2). 

Emmanuel-Philibert quitta, le 15 juin 1559, les 
Pays-Bas pour revenir dans ses Etats qui lui étaient 
enfin restitués. Il était accompagné de cent ca- 
valiers, gentilshommes, pages et serviteurs. Pierre 
Maillard, son maître d'hôtel, était parmi les pre- 
miers (3). » 

3 novembre 1560. — Pierre Maillard est nommé 



(1) « Miscellanea di Storiapatria, T. xix, p. 435. Le traité 
de Cateau-Cambrésis tut signé le 3 août 1559. Granvelle 
entremêle sa correspondance de mots italiens et espagnols. ,» 

(2) « Les plus habiles négociateurs d' Emmanuel-Philibert 
furent bientôt les Savoyards Odinet de Montfort., Baltha- 
zard de Ravorée, ou de Ravoire, seigneur de la Croix et le 
maitre des recjuêtes, puis président Lambert, qui fut appelé 
aussi seigneur de la Croix lorsqu'il eut acheté ce fief des 
Ravoire ou Ravorée. Ricotti, passim. » 

(3) Ricotti, loc. cit., p. 100. 



288 

gouverneur de la ville de Chambéry, et du baillage 
de Savoie (1). 

(Arch. de la famille. ) 

1560. — Pierre Maillard épousa, en 1560, Clau- 
dine de Bellegarde, dame de Montagni, fille et 
héritière de Claude de Bellegarde, seign 1 ' de 
Montagni, chevalier au Sénat de Savoie, et de 
Charlotte de Saint-Jeoire. Il eut de ce mariage : 

1° Emmanuel-Philibert Maillard, né en 1562, 
filleul du duc ; 

12 novembre 1562. — Don à demoiselle Claude de 
Bellegarde, femme de M r5 du Bouchet, gouverneur de 
Savoie, de la somme de 30 écus d'Italie valant 90 liv. 
duc. 7 sols pour les frais faits aux batlisailles du fils 
dudit gouverneur que Monseign 1 ' le maréchal de Cha- 
lant avait porté baptiser au nom de S. A. 

Emmanuel-Philibert Maillard fut fait capitaine 
de cavalerie à l'âge de 9 ans. 

23 may 1571. — Emmanuel-Philibert, duc de Sa- 
voie, inctinanz à l'humble requeste que, de ce le comte 
de Tournon notre cousin nous a faite, en considération 
de ses mérites et particulière bonne inclination qu'avons 

à son dict fils notre filleul avons remis et remettons 

.audit Emmanuel-Philibert Maillard, baron du Bocbet, 
la compagnie de 50 chevaux-légers de nos ordonnances 
en Savoye qui étoit audit comte son père. 

(1) Document n° 5. « C'est dans cette pièce que l'on rencon- 
tre pour la première fois le titre de chevalier, donné à 
Pierre Maillard; il équivaut sans cloute à la désignation 
latine miles. » 



289 

Il fut fait chevalier de la religion des SS. Mau- 
rice et Lazare en 1573, et mourut sans enfants à 
son retour de l'Académie de Paris, en 1587 ; 

2° Prosper-Marc Maillard, né au mois de mai 
1569 ; 
3° Jean et, 4°, Thomas Maillard, morts jeunes; 
5° Charlotte -Emmanuele Maillard, mariée à 
Lancelot Guillet. seigir" de Génissiaz ; 

6° Jéromine Maillard, religieuse au monastère 
de Sainte-Catherine-clu-Mont-sur-Annecv ; 

7° Béatrix Maillard, abbesse de Neuville en 
Bresse ; 

8° Claudine Maillard, abbesse de Sainte-Claire 
à Evian ; 
9° Anne Maillard, morte jeune. 
« 7 janvier 1561. — Lettres de nouvelle cons- 
titution d'estat de gouverneur en la ville de 
Chambéry et ressort de baillage de Savoie. 

Le duc y énonce que, dans les premières pa- 
tentes, il a entendu comprendre dans ce gouver- 
nement les ressorts de Maurienne et de Taren- 
taise, et qu'au besoin il les y ajoute formelle- 
ment : 

Luy donnant plain pouuoir auctorité et mandement 
spécial de pourueoir et donner ordre aux choses néces- 
saires et requises pour le faict de la police fortification 
seureté et defïence de noz viles places et forteresses des- 
dits pays et aux garnisons et viures des gens de guerre, 
mettre taux aux viures selon la commodité ou incommo- 
dité fertilité ou infertilité des anneez et à la moindre 

foulle et charge de nostre peuple que faire se porra, 

19 



290 

faire rendre compte par cleuant luy aux Iresouriers et 
recepueurs des deniers des estalz et aultres qui ont en 
charge et maniement des affaires desdits estaz et qui 
pareillement ont administre les deniers communs des 
villes manclementz et communaultez de son dit gouuer- 
nement et ressort d'icelluy, ouyr clorre et effiner lesdits 
comptes pourueoir sur la prestation du reliqua assistant 
touttesfois auec luy ung ou deux de nouz bien amez et 
feaulx conseillers maistres de nostre chambre des comp- 
tes qui se trouuerom au lieu et aultres telz qu'il verra 
veoir et visiter en quel estât sontlesdites villes et places 
fortes commander et ordonner aux cappitainnes et sol- 
datz qui y sont et seront par cy appres en garnison ce 
quils auront à faire pour nostre seruice seureté et def- 
fense de nostre dit pays mander et faire venir par deuant 
luy quand besoing sera les cappitaines gouuerneurs 
sindictz et administrateurs dicelles villes et places et 
leur ordonner tout ce qu'il verra appartenir au debuoir 
de leurs charges et estatz a quoy nous voulons qu'ilz 
obeyssent et entendent diligemment et aultrement la- 
dite charge et estât auoir tenir et exercer par ledit 
Maillard seign 1 ' du Bouchet aux honneurs auctoritez 
preheminences prerogatiues droictz pouoirs et libériez 
accoustumées et qui y appertiennent et aux gaiges que 
luy seront par nous ordonnez tant qu'il nous plaira Si 
donnons en mandement par cesdites présentes a nous 
amez et feaulx les gens tenantz nostre sénat de Sauoye 

et aultres nous justiciers que ledit seigneur du Bo- 

chet du quel nous auons ce jourd'hui prins et receu le 
serment requis et accostumé, etc. Donnée, à Verceil (1). 

(1) « M. du Bouchet avait sans doute éprouvé quelques 
résistances dans son gouvernement de Savoie, et il s'était 



291 

20 janvier 1561. — Lettres de confirmation de 
la donation des biens de François de Beaufort : 

Emmanuel-Philibert entre lesquelz plus affec- 
tionnez nous subjects avons cogneu nostre très cher et 
bien amè conseiller d'Etat et chambellan messire 
Pierre Maillard chevalier du Bochet, gouverneur de 
nostre ville de Chauibéry, baillage de Savoie et ressort 
d'iceluy lequel nous auroit suivy et si vertueuse- 
ment et fidèlement se serait acquitté de plusieurs et 
grandes charges qu'il a eu de nous, qu'à bonne occasion 
et à notre grand contentement le pouvons tenir pour 

l'un des plus dévots affectionnés et à cette raison 

pour l'infidélité el fellonie commise encontre nous par 

feu Jean Amè de Beaufort, seig r de Rolle aurions 

fait à icelluy Malliard donation de tous les biens dudil 
seig 1 ' de Beaufort Donné en notre cité de Verceil 

20 janvier 1561 — Etablissement de gaiges de 
650 écus d'or l'année, en faveur de Pierre Mail- 
lard, pour son état de gouverneur de Savoie. 

25 janvier 1561. — Pension de 400 escus l'an- 
née pour services rendus par Pierre Maillard, et 
pertes par lui faites. 

Emanuel-Philibert Et soit ainsi que notre très 

cher bien amè et féal conseiller d'Etat et chambellan 
Pierre Maillard seigneur du Bouchet dès son infance 
ayt toujours seruy tant à feu très illustre prince d'heu- 
reuse mémoire le duc Charles qu'à nous non-seule- 

rendu à la Cour pour les faire disparaître, Le due ne rési- 
dait pas encore à Turin, qui fut occupé par les Français 
jusqu'en 1574. » 



292 

ment auparavant lesdites guerres et occupation de nous 
pays ez temps de paix mais aussi durant lesdites guer- 
res avec si grande affection que tant plus les temps 

estoient troubles, calamiteux et dangereux et la fortune 
à nous entreprises contraire tout plus courageusement 
nous servait-il de près et mettoit fidèlement et prompte- 
ment à bonne exécution tout ce que de nostre part luy 
estoit commandé pour notre bien et seruice sans pardon- 
ner à l'incommodité de sa personne perte de ses biens 
danger et péril de sa vie et despuis notre heureuse res- 
titution en nous pays l'ayons employé en plusieurs 

affaires d'importance et spécialement en la charge 

que nous lui bailliame ceste année dernière passée pour 
le faict de nostre gabelle de sel en nostre pays de Savoye 

en laquelle charge luy seul avec son industrie 

et subtilité d'esprit nous en feist accorder meilleure 
condition à perpétuité et de plus grande somme que 

nous demandions Pour ces causes auons audit 

Maillard donné constitué une pension annuelle 

delà somme de 400 écus nostres de chambre 

Données à Verceil etc. 

19 septembre 1501. — Par lettres données à 
Rivoles (Rivoli) , Emmanuel-Philibert, voulant 
reconnaître encore plus les bons services de 
Pierre Maillard, ajoute à son titre de gouverneur 
de Savoie, celui de son lieutenant, pour qu'il 
puisse, avec plus d'autorité, pourvoir à toutes 
choses , en tous pays au-delà des monts, excepte 
en ceux de Bresse, Bugey et Valromey, qui sont 
sous le gouvernement du comte de Montrevel. 

24 septembre 1561. — La Chambre des Comp- 



293 

tes de Savoie ayant constaté que les terres de la 
baronnie de Chevron ne faisaient pas partie du 
patrimoine ducal , entérine les lettres par les- 
quelles Emmanuel-Philibert en avait fait don à 
Pierre Maillard. 

« Les faveurs du duc s'étendaient à tous les 
membres de la famille Maillard. Frère Jacques 
Tournier, abbé d'Aulps (en Chablais), étant dé- 
cédé, Emmanuel-Philibert donna cette abbaye à 
François Maillard (frère de Pierre), bénédictin 
du petit prieuré de Rumilly, par lettres datées de 
Verceil le 10 mars 1561, et par d'autres lettres 
données à Rivoli au mois de septembre suivant, 
il le présenta à l'approbation papale. 

Pierre Maillard avait d'ailleurs eu soin, à la 
vacance de l'abbaye, de s'en faire nommer éco- 
nome et gardiateur (L. P. du 20 janvier 1560). 
Le 15 mars 1563, le duc ordonne au Sénat de Sa- 
voie de mettre François en possession des biens, 
fruits et revenus de l'abbaye. » 

19 septembre 1561. — Lettres de don de 
9,000 êscuz pour" M. du Bouchet, gouverneur de 
Savoie, et en clefîault de prompt payement luy 
est assignée la somme de 450 cscuz de chambre 
annuels. 

Emmanuel-Philibert comme ne cesse jornel- 

lementde procurer le bien de nostre service et augmen- 
tation de notre patrimoine pour la conservation duquel 
il a libéralement employé non-seulemenl ses peines 
mais aussi plusieurs et grandes quanlilés <le ses deniers 



294 

en divers voyages qu'il a faits Pour ces causes 

avons audit Maillard seigneur du Bochet assigné 

la somme de 9,000 escuz 

« 13 juillet 1562. — Emmanuel-Philibert 
donne pleins pouvoirs à Monseig 1 ' Jérôme de la 
Rovere, son ambassadeur en France, à Pierre 
Maillard, gouverneur de Savoie, à Louis Oddinet, 
baron de Montfort, second président du Sénat de 
Savoie, et à Reynaud Forget, secrétaire ducal, 
pour résoudre, avec les délégués français, les dif- 
ficultés nées du traité de Càteau-Cambrésis. 

Pierre Maillard revint de la Cour de France, 
le 16 juillet. 

(Matcric politiche, p. 232, et Ricotti, loc. cit., 
p. 216 et 219.) 

21 février 1563 . — Suivant Charles - Au- 
guste de Sales (Pourpris historique, p. 548), 
Pierre Maillard présente François de Sales, sei- 
gneur de Boisy, au duc Emmanuel-Philibert, à 
qui il jure hommage et fidélité (1) en présence d<\s 
ambassadeurs de Venise, de Catherin Pobel, 
premier président du Sénat, etc. » 

1 er mars 1563. — Lettres de constitution de 
Lieutenance au gouvernement de Savoie, en l'ab- 
sence dudit Pierre Maillard, pour M e Claude de 
Bellegarde, seig 1 ' de Montagni, beau-père dudit 
seigneur du Bouchot. 

Le 3 mars 1563, Pierre Maillard achète pour le 

(1) Sans doute avec les autres nobles du Genevois. 



295 

prix de 500 écus de 3 livres la maison-forte du 
Bouehet qui lui est inféodée par le duc, sous le 
titre de Maison-forte et juridiction du BouclicK 1 ). 

27 octobre 15G3. — Commandement donné par 
le duc au Gouverneur de Savoie de faire procéder 
à un nouveau recensement, paroisse par paroisse, 
des habitants soumis à l'impôt sur le sel. 

9 mai 1565. — Rachat, par le seig 1 ' Gouverneur, 
des moulins du Bouchot, vendus à N. Bartholomé 
Salteur. 

« L'on vient de voir qu'il avait paru nécessaire 
de nommer un lieutenant au gouverneur de Sa- 
voie. Pierre Maillard était en effet souvent absent 
de Chambéry, ou bien absorbé par des occupations 
importantes et qui ne lui permettaient pas de veil- 
ler â tous les détails de l'administration. 

En 1563, 1564 et 1565, il dirigea contre Genève 
une entreprise qui ne réussit pas plus que ne de- 
vait réussir la fameuse Escalade de novembre 
1602. 

Voici comment Thomas de Chanfonay (2), am- 
bassadeur de Philippe II à la Cour de France, ra- 
conte l'affaire dans une lettre du 25 janvier 1564 : 

« Les sujets du duc de Savoie ont mit une entreprise 
sur Genève, et, d'après ce que l'on dit ici, le maître 
d'hôtel Buxet (Bouehet) est celai qui la dirigea. 

Comme il arriva qu'à ce moment une personne de 

1 1) Voir document, n° 6. 

(2) Comte de Ganter roi \, frère du cardinal de Granvelle. 



296 

qualité avait été chassée de Genève et qu'elle s'en mon- 
trait très mécontente, Buxet résolut de l'employer à cette 
entreprise. Cette personne s'étant excusée depuis d'entrer 
clans une telle affaire, le dit Buxet pensa qu'il avait 
commis une faute, et, pour qu'elle ne divulguât pas le 
complot, il la fit jeter en prison. Mais le prisonnier fît si 
bien qu'il s'échappa et s'en fut à Genève. Là, il dévoila 
tout le complot et en dévoila les complices, de manière 
que les membres du Gouvernement firent tout de suite 
saisir vingt-cinq ou trente individus ; ils ont fait couper 
la tête à cing ou six d'entre eux, au dire de ceux qui les 
ont vu exécuter, et on continue à faire le procès de ceux 
qui restent. » 

Cette intrigue qu'on a appelée le Complot des 
Fugitifs a été racontée avec détail par M. Francis 
Décrue au tome XX des Mémoires de la Société 
d'histoire de Genève. Il nous apprend que le gou- 
verneur de Savoie alla voir les conjurés à Bellerive 
et que plusieurs d'entre eux tinrent avec lui un 
conciliabule à Chambéry, le 4 décembre 1563. A 
la suite de cette conférence, Maillard en lit arrêter 
un, nommé Coster, et Le fit conduire au fort de 
Miolans, d'où il réussit à s'évader dans la nuit du 
10 décembre. 

Le gouverneur avait eu pendant quelque temps 
les conjurés à sa solde. Balthasar Sept, leur chef, 
recevait une paye de seize cens par mois et cha- 
cun des autres, huit écus. » 

19 décembre 1565. — Acquis pour le seig 1 ' Gou- 
verneur du château, terres et seigneurie de Mont- 



297 

provent pour 7.500 florins de n. Jean Dorlier, 
reçu par M e Bernardet (notaire de R). 

12 février 1566. — La seigneurie de Montpro- 
vent est unie à la maison-forte du Bouchet et 
érigée en baronnie du Bouchet, en faveur de 
Pierre Maillard. 

Emmanuel Philibert, etc. Annexons et joignons lad te 
seig lie de Montprovent avec lad e juridiction et seigneu- 
rie du Bocliet. . . . érigé et érigeons lade seigneurie du 
Bouchet en tiltre de Baronnie et laquelle led' seig r du 
Bocliet possédera et ses successeurs soubz le titre et nom 
de Baron 

Le 11 mars 1566, l'abbé d'Hautecombe, Alphon- 
se Dalbene, représenté par son père N. Barthé- 
lémy Dalbene, écuyer domestique de la duchesse 
de Savoie, alberge en fief à Pierre Maillard le pré 
de Lormes situé à Bloye, de 25 seiterées, appar- 
tenant à l'abbaye, moyennant l'introge de 300 
florins applicables aux réparations de l'abbaye. 
L'acte est passé à Chambéry dans la maison de 
François Chabod, seig 1 ' de Lescheraines, en pré- 
sence de spectable Pierre Juge, docteur ès-droits 
juge-mage de Savoie, de n. Galvand de Beaufort 
de Rumilly, de n. Pierre Chabod, capitaine de 
Chambéry, et d'égrège François Juge, bourgeois 
et procureur de Chambéry. 

L'acte est dressé par Bernardin David, de Mon t- 
mélian,, not. apostolique, deineuranl à Chambéry. 

Il avait été précédé le dimanche 10 juin 1566 



298 

d'une décision conforme prise capitulairement par 
tous les moines d'Hautecombe, en présence de n. 
Amédée, Antoine et Vuillerme Regard de Cler- 
mont, etc. L'acte avait été reçu par François Mil- 
liet, de Rumilly, clerc marié (clericus conjugatus). 
Tous les religieux d'Hautecombe sont présents, 
sauf Pierre Borel jeune qui est absent pour les 
affaires du couvent, Ce sont : Boniface Canard 
(il signe de Canalibus), vicaire général et prieur, 
Pierre Regard, procureur, Jean Bavous, Pierre 
Cliolet, Pierre Bavous, Etienne du Crest, Louis 
Forestier, célérier, Jean Monet, Antoine Mares- 
chal, Claude Ferrât, Marin de Motte (de Moto), 
Philippe Avril, Etienne Drujon, Pierre Lancelot 
et Jean Gonet. 

Le 26 août 1566, à Rumilly, dans la scribanye 
du not. François Millet, comparait R d seigneur 
Jehan Philibert Maillard, curé de Massingy et 
prieur du prieuré de N.-D. de l'Aumône près Ru- 
milly, protonotaire. Après avoir rappelé le testa- 
ment de son père Jacques Maillard, ainsi que son 
acte de renonciation du 10 octobre 1545, lors de sa 
prise d'habit au prieuré de Talloires « estant ad- 
venu que au porchas et instances du dit cheval- 
lier et baron (Pierre Maillard) son frère il sei- 
gneur prothonotaire seroyt esté fait paisible pos- 
sesseur de la cure et esglise parrochiale de Mas- 
singie et du prieuré de N. D. de l'Haumosne près 
Rumilly, qui excèdent 150 florins annuels déplus 
que les 200 florins, que le seigneur baron estoit 



299 

tenu luy pourchasser par le dit testament » il 
ratifie en tant que de besoin la quittance qu'il a 
faite à son frère de tous droits dans la succession 
de tout membre de leur famille. . . . Fait en pré- 
sence de Don Pierre Regard, religieux d'Haute- 
combe, nobles Guillaume Regard son frère et 
Heustache Salteur, seigneur de la Salle. 

Le 30 mai 1568, Pierre Maillard est délégué 
avec Louis Oddinet, baron de Mont-fort, président 
au Sénat, René de Lyobard, seigneur de Chaste- 
lard, sénateur, Michel de Villette, baron de Che- 
vron et Gauvain de Beaufort, seigneur de Rolle, 
agent du Duc en Souïsse pour traiter à la journée 
qui se tiendra à Nyon, à la fête de Pentecôte avec 
les seigneurs évèque, baillif et les sept dizainiers 
du Valley. 

« Le 4 juin suivant, ils reçoivent une seconde 

délégation pour informer sur les injures et excès 

que le seigneur de Villagrand a commis à Nyon 

contre le ministre de S. A. (Gauvain ou Galvand 

de Beaufort ?) » 

(Materie politiche, p. 236.) 

Le 14 août, une délégation semblable à la pre- 
mière est donnée aux mêmes personnages pour 
assister a la journée de Lausanne avec les gens du 
Valley. 

Le 3 août 1568, Pierre Maillard est nommé 
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade. 

« Capré place cette nomination au 14 août et 
décrit ainsi les armoiries du baron du Bouchet : 



300 

d'azur à un albanais (oiseau) d'argent membre et 
becqué de gueules ; cimier, une licorne d'argent. 
Suivant le même auteur, Pierre Maillard est le 39 e 
membre de l'Ordre de l'Annonciade. 

Dans son Armoriai de Savoie, M. de Foras 
place la nomination à l'année 1569. 

Outre les titres déjà mentionnés, François Capré 
donne â Maillard ceux de seigneur de Charance- 
nay et de Montagny. Les chevaliers de l'Annon- 
ciade sont cousins du Souverain. » 

1 er janvier 1569. — Lettres de déclaration don- 
nées à Chambéry pour M re Pierre Maillard, au 
sujet de la seigneurie de Montfalcon. 

E manuel Philibert etc.. deuement informé d'un 
codicille et laiz faict par notre très chière et bien aimée 
dame Claude de Miolans dame dud 1 lieu et de Montfal- 
con douaigière de S 1 Vallier de tout le droict et action 
que luy appartient en la seigneurie et terre dudt 
Montfalcon, led* codicille en date du 21 décembre 1567 
reçu par M e Jean de la rize notaire ducal au profit 
de nostre très chier bien amé cousin féal conseiller 
d'état et chambellan gouverneur et nostre lient 1 en 
Savoi/e M 6 Pierre Maillard seig r et Baron du bochet 
et de chivron chev r de nostre ordre, auons... déclairé et 
déclairons. . . volloyr tenir en tant que nous concerne à 
toujours agréable le susd 1 codicille et luy cédant. . . et 
remectant entant que de besoing. . . aud«- Baron du 
Bochet et aux siens tous droitz et actions à nous com- 
pétans. . . sur lade terre et seigneurie de Montfalcon. . . 
avec pouvoir aud f Baron du Bochei ... de jouyr et 
user dud 1 droit. . . comme de chose sienne. . . 



301 

12 janvier 1569. — Patentes de surintendant 
du fort de l'Annonciade (1) pour le lieutenant- 
gouverneur Pierre Maillard, données â Turin. 

20 février 1569. — P. Maillard est délégué avec 
MM. de Montfort, Chivron et Beaufort, pour trai- 
ter à la journée de Thonon avec les délégués du 
Valais. 

25 juillet 1569. — Pierre Maillard achète, pour le 
prix de 500 écus d'or, la seigneurie de Tournon (2). 

Euianuel Philibert etc. . . avons acluisé et prinse dé- 
termination de construire un fort soubls l'appellation de 
la Nonciade... sachantz et cougnoissantz nos revenus... 
destinez et employés ailleurs pour noslre service et à 
ceste cause ne pouuoir suffire aux grandes dépenses 
requises pour ledt fort. . . auons. . . aduisé de recouvrer 
argent pour la fabrique dud 1 fort de la vente de noz biens 
patrimoniaulx moins domagiables ce que entendu par 
nostre très chier. . . messire Pierre Maillard chev 1 ' de 
notre ordre etc. . . Il noz a offert. . . pour la fabrique 
d'icelluy la somme de 500 écus d"or au soleil pour la 
prévallence et mieux value de la terre et seigneurie de 
tournon près miolans oultre et par dessus la somme de 
2000 ecus d'or au soleil pour laquelle lad te terre se 
trouve avoir été remise et vendue par feu notre Père . . . 
le duc Charles ... à feue Mad e Loyse de Savoye vicon- 
tesse de Martigues. . . le 11 décembre 1520. . . Donné à 
Seissel. . . 

27 octobre 1569. — La seigneurie de Tournon 
est érigée en comté en faveur de Pierre Maillard, 
baron du Bouchet. 

(1) A une demi-lieue N.-E de Rumilly. 

(2) Arrondissement actuel d'Albertville. 



302 

E manuel Philibert etc.. Estant doncques bien cer- 
liorés nostre très chier très amé cousin féal conseiller 
cl'estat et chambellan messire Pierre Maillard baron du 
Bochet et de chevron seig r de Tornon et de Montagny 
en genevoys, chev 1 ' de nostre ordre, nostre Lieutenant 
et gouverneur dû Savoye, d'estre par ses efïaiets . . . 
montré digne. . . scavoir faisons que nous veuillans de 
plus on plus recognoistre ses grandes vertus . . . ayant 
aussi esgard comme nostrecT cousin a les moyens. . . 
pour honnorablement. . . soubstenir Testât et rang de 
comte. Pour ces causes. . . avons de nostre propre mou- 
vement... et par ces présentes érigeons créons et élevons 
en titre dignité nom et préhéminences de comte pour, 
par nostre cousin et baron du bochet, ses hoirs... en 
jouir. . . voulans que lui et les siens. . . soyent appelés 
Comtes d'Icelle conté de Tornon . . . Donné à Chambéry. 

23 octobre 1569. — Testament de M re Pierre 
Maillard, baron du Bochet, etc. 

Après quelques dispositions pieuses et autres relatives 
à son enterrement qu'il veut être fait dans l'église parois- 
siale de Rumilly dans la chapelle de ses prédécesseurs 
et sans aucune pompe superflue. 

1° Il lègue à Prosper son second fils une pension 
annuelle de mille florins. Mais en attendant, il veut 
qu'il soit logé, nourri et entretenu aux études et ailleurs 
selon sa vocation aux dépens de son héritier universel 
jusqu'à l'âge de 25 ans, avant lesquels il ne pourra 
prétendre à lad e pension. 

2° Il lègue à chacune de ses filles Claudine, Béatrix 
et Hiéronime, la somme de dix mille florins pour leur 
dot. 

3° Laisse à Dame Claudine cle Bellegarde, sa chère 



303 

femme, l'entière et libre administration des biens de ses 
enfans. 

4° Institue pour héritier universel son fils aîné Emma- 
nuel Philibert, lui substituant Prosper. 

Il nomme pour exécuteurs testamentaire mes e Prosper 
de Genève seig? de Lullin — mes> ,cs Bernard baron de 
Menthon — Loys de Seissel, baron de la Serra — Fran- 
çois de Mareste, baron de Lucey — Loys de la Baume 
seig 1 ' de Courjonon, — François Chabod, seig. de Les- 
chereine, Philippe des Clés, Jean de la Balme seig. des 
Ramasses, Jean de Seiturier, seig. de Cornod, Louis 
de Belletruche, s. de Challes, Claude- Lambert Portier 
s. du Bétex, Louis de Sales, s. de Boisy, Nicolas de 
Torens, s. de Grifïy (Gruffy), les maîtres de la Chambre 
des Comptes de Savoie Hugues Michaud, s. de Cor- 
celles, Pierre Gautier, s. d'Hostel, François de La Lée, 
s. de la Tornette, et Aymé Cerise, et en outre m 1>e s 
Pierre Juge, et Claude Pobel, docteurs es droits, juges- 
majes, le premier, de Savoie, le second, de Gex, et 
enfin le seig. du Noiret et Henry Pelard maître en la 
Chambre des Comptes du Genevois. 

Et il signe : Ainsi est BOCHET. 

Ce même jour, Pierre Maillard se présenta avec 
ce testament à S. A. R. le duc Emmanuel-Phili- 
bert qui voulut bien l'accueillir et le sceller do 
son sceau, à Cliambéry. 

Le 10 décembre 1570, P. Maillard est à Turin, 
il vend au duc sa maison de Cliambéry située 
dans la rue, ou voisinage de la rue Saint-Domini- 



304 

que, avec ses cour et jardin, confinée par le jardin 
du couvent des Dominicains et la rue, laquelle 
tire de la porte de l'église cludit couvent à la 
grande porte de la ville, et par la maison de Jean 
Bouge}'. Emmanuel-Philibert achète cette maison 
pour y loger ses chevau-légers. Le prix est de 
2,000 écus d'or en or d'Italie. L'acte est reçu par 
le notaire Guill. Gromis. 

Le même jour, le duc vend à Pierre Maillard, 
sous pacte cle rachat pendant dix ans, un revenu 
annuel de cent écus d'or d'Italie, sur le revenu 
ordinaire et la curialité de Rumilly. que Maillard 
pourra retirer quartier par quartier sur les fermiers 
de ces revenus. Le duc consent cette vente pour 
le prix de 2,000 écus d'or d'Italie, c'est-à-dire 
pour le prix de la maison que Maillard lui avait 
vendue. 

Le 15 mai 1571, le duc nomme le fils aine de 
Pierre, Emmanuel-Philibert Maillard, son tilleul, 
capitaine de la compagnie de 50 chevau-légers qui 
appartenait audit Pierre Maillard. 

Le 15 juin suivant, le duc donne à Pierre Mail- 
lard le droit d'avenage, se montant â environ 120 
coupes d'avoine, qui lui était payé par les habi- 
tants de Rumilly, â raison de leur affouage, dans 
la montagne (cle Moye) ; et c'est en échange de 
revenus de même valeur possédés par P. Maillard 
dans les châtellenies de Chambéry et de Mont- 
niélian. 

Le 20 octobre 1571. à Rumillv, dans sa mai- 



305 

son, par-devant Jean Marchand, notaire ducal, 
P. Maillard fait un codicille par lequel il donne à 
son fils Prosper un revenu de mille florins, outre 
ce qu'il lui a déjà légué; — en présence de Louis 
Oddinet, comte de Montréal, baron de Montfort, 
président au Sénat ; Gaspard de Lescheraine, 
sénateur; noble'et puissant Petremand d'Herlat, 
bourgeois de Berne ; Bartholomé De ville, secré- 
taire ducal, et Claude-Lambert Portier, seig. de 
Mieudry et du Bétex. 

Le 10 décembre 1572, P. Maillard achète de 
la mère et du fils Voutier, pour le prix de 330 
florins, une maison située à Rumiily. 

« Pierre Maillard était curateur de Jeanne de 
Saint-J voire, fille de feu Charles, seigneur de la 
Chapelle, en Chablais. Il la marie à Antoine de 
Saint-Michel, seigneur cl'Avully, et le contrat de 
mariage est passé à Rumiily, Je 3 janvier 1573, 
dans la maison du comte de Tournon, en présence 
de Prosper de Genève, seigneur de Lullin, che- 
valier de l'Annonciade, de Rév me Gallois Regard, 
de Clermont, évêque de Bagneray, de Gaspard 
de Chavane, vicaire général de Cluny, en Savoie, 
prieur de Rumiily, etc. (1). 

Le 7 avril 1573, P. Maillard reçoit de Margue- 
rite de France, duchesse de Savoie, l'ordre de 
fournir le logement et les vivres aux soldats de 

(1) « Nous avons analysé cette pièce au tome XXIV des 
Mémoires de la Société savoisienne d'histoire, p. xxxi. » 

20 



306 

S. M. Catholique qui vont eu Flandre. (Materie 
politiche.) » 

Le 25 août 1573, P. Maillard, malade dans sa 
maison, à Rumilly, fait un nouveau codicille et 
donne : 

A Prosper Malliard son très cher fils luy donne et 
lègue. . . . outre et par sus le légat. . . . tous et vng chas- 
cungs ses biens qui sont situés en faucigny et cluse en 
sus et par luy acquis de Mad e Charmoisy. . . . 

Item donne et lègue. ... a M e Jean Marchand son 
secrétaire (1) . . . . la somme de 200 escus de cinq florins 
pièce payables. . . . dans quattre ans après son deces a 
50 escus par an. 

Item donne et lègue a Jean de quoex son chirurgien 
la somme de 60 escus valeur susd e payable. ... à la re- 
queste d'icelluy de Quoex (2). 

Item donne et lègue a pierre ducrest et pierre grenier 
ses valets de chambre. ... a chascung d'eulx. . . . 100 
escus valeur susd te . ... 50 escus par an pour chascun.. . 

Item. . . . a Mo Anthoine Bernardet notaire. . . . 100 
escus payables comme dessus. 

Item .... à ant e totemps son cuisinier id. ; outre leurs 
gages lesquels il veut et ordonne leur estre à chascung 
d'eulx satisfaicts 

Item led 4 seig r codicilant pour la descharge de sa 
conscience a declairé et declaire que les payements qui 
ont esté faicts tant par luy que par Madame la Contesse 

(1) « Voir le testament de Jean Marchand dans les Fon- 
dation* pieuses de l'Eglise et de l'Hôpital de Rumilly. » 

(2) « Les de Quoex, famille de barbiers -chirurgiens, de 
Talloires, qui ont eu une certaine fortune au siècle suivant.» 



307 

clame Claudine de Bellegarde sad e 1res chère femme des 
debtes tant de feu mes re Claude de Bellegarde. seig 1 ' de 
montagny père cVicelle dame que des debtes de feu noble 
Louys saultier sont esté faits des deniers propres proue- 
nus des ventes des biens d'icelle dame 

A declairé et déclaire que le peu d'argent qu'il ha en 
son pouuoir est dans la crotte (cave) de sa présente mai- 
son en la lyette (1) dont il porte la clef pendue à son 

col en toutes autres choses confirme et corrobore 

sond 1 testament. ... et de tout ce que dessus a requis 
moy françois Brolliouz soubsigné secrétaire d'estat de 
monseig 1- faire le présent acte 

Faict et passé à Rumilly en la maison duel 1 ' seig 1 ' 
coclicillant es chambre ou il gist malade en présence de 
Messeig'" s Louis Milliet B n de fauerges Conseil 1 ' d'es- 
tat de Monseig 1 ' et premier président en son sénat de 
Sauoye, françois de Vallence seig r de grufïy et feisigny 
aussi cons r d'estat de S. A., Jean de la balme seig r de 
Puisgros et de Ramasses conseig 1 ' de charansonex Jean 
françois de Bellegarde seig 1 ' duclit lieu et des Marches 
en sauoye et honorable César Bay de la ville de Cham- 
bery l'un des scindicqs de lad 9 ville tesmoings par led* 
seig 6 C te requis. . . . 

Août 1573. — Mort de Pierre Maillard, baron 
de Boucliet 

10 novembre 1573. — Payé a dame Claudine de 
Bellegarde vefve dudit feu sei^'-Gouverneur la 

(1) Lyette, liette et laiette, cassette destinée surtout aux 
papiers d'archives. Voir Godkfroy , Dictionnaire de l'an- 
cienne langue française. 



308 

somme de 533 florins 4 sols pour le quartier de 
Juillet, Août et Septembre. (Mandat 10 9 bre 1573.) 

1 er décembre 1573. — Lettre du duc contenant 
décharge du collier de l'ordre qu'avait feu mon- 
seig 1 " le comte de Tournon, et qu'il a bien due- 
ment et honorablement tenu sa vie durant. 

1 er décembre 1573. — Quittance et décharge 
générales données par Emmanuel-Philibert â la 
veuve de P. Maillard en qualité de tutrice de ses 
enfants mineurs. 

On y rappelle que le défunt a rempli souvent 
des commissions et négociations â raison des- 
quelles il a eu le maniement de deniers et nota- 
bles sommes des finances ducales, notamment 
pour les voyages qu'il a faits en France pour le 
rétablissement en la puissance du duc des villes 
de Turin, Quiers (Chieri), Chivas et Villeneuve 
d'Ast, pour plusieurs journéeSj avec les ambassa- 
deurs de Berne et Valais, pour semblable rémis- 
sion des terres qu'ils détenaient ; et encore plu- 
sieurs menues parties secrètes. Le duc déclare 
que Maillard lui a toujours tenu compte de ces 
sommes secrètement et en mains propres, « de 
voyage à voyage, de commission h commission, 
tant â bouche que par missives, et par celles 
secrètement remises par devers nous que n'aurions 
voulu être communiquées â personne (1) et qu'il a 

(1) De ce nombre devaient être les sommes payées lors du 
complot de 1563 contre Genève et les frais d'entretien des 
partisans du duc dans cette ville. 



309 

employé et ménagé le tout â satisfaction suivant 
le commandement qu'il avait reçu. » 

« 15 mai 1576. — Dédicace de Jacques Ber- 
trand, imprimeur à Annecy, â Claudine de Belle- 
garde, comtesse de Tour non, gouvernante de 
Savoie de sa réimpression de : Les Premières 
œuvres de Philippe Desportes (1).» 

Lorsqu'elle était à Chambéry, la veuve de 
Pierre Maillard habitait dans la maison de Louis 
Milliet, baron de Faverges, grand chancelier de 
Savoie. Le 24 mars 1582, son fils Emmanuel-Phi- 
libert Maillard, malade, fait son testament par 
lequel il l'institue héritière universelle de ses 
biens, et lègue à son frère et à chacune de ses 
cinq soeurs 10 écus d'or. Ce testament est fait en 
présence de M e Jean Buinand, docteur es droits, 
de N. Guy Guillet de Monthou, avocats au Sénat, 
et de M e André Pignier, docteur en médecine, 
etc., Pierre David, notaire. 

Emmanuel-Philibert Maillard, comte de Tour- 
non, etc., ne mourut qu'en 1587. 



Cl) Dufour et Rabut. Les Imprimeurs en Savoie, dans 
les Mémoires de la Société, tome XVI. 



310 



VIL 
PROSPER-MARC MAILLARD 

Comte, de Tournon, — Baron du Bouchet, — Conseiller 
d'Etat, — Chambellan de S. A., — Ambassadeur de 
Charles-Emmanuel I er aux Ligues suisses, — Cheva- 
lier grand croix des SS. Maurice et Lazare, — Lieute- 
nant du Gouvernement en Savoie. 

10 mai 1590. — Né en mai 15G9 ; était devenu 
chef delà famille par suite de la mort de son frère 
aiuc ; il se marie le 10 mai 1590 avec demoiselle 
Pliiliberte cle Beaufort, fille de M re Antoine de 
Beaufort, seigneur de Lupigny, Gerbaix, Mar- 
thod et Cornillon, en son vivant capitaine des 
ordonnances de S. A. et de dame Claude de 
Charansonnay (1). 

11 eut de ce mariage : 

1° Henri de Maillard, qui suit; 

2° Alphonse de Maillard, comte de Tournon, 
baron de Confignon, du Chàtelard en Bauges, 
— seig 1 ' de Beaumont ; — il fait branche ; 

3° Sanche-Marc-Prosper do Maillard, baron de 
Tournon, abbé-gentilhomme cle la chambre du 
prince Cardinal Maurice de Savoie, Le 9 avril, 
en remplacement de sa pension d'écolier, le duc 
Je fait porter sur le rôle des archers de la garde, 
pour 2 places de 15 ducatons l'une, avec exemp- 



(1) Document n" 7. 



311 

tion des montres et de la présentation d'un équi- 
page [militaire] ; 

4° Claude-Françoise de Maillard, dame des 
infantes de S. A., mariée : 

a A Salomon de Murât, baron de La Croix. 

b A Claude de Mentlion, seig 1 ' de Montrottier, 
et de Cor m and. 

5° Hélène-Ferdinande de Maillard, mariée à 
J.-B. de Maillarmey, comte de Rossillon, au 
comté de Bourgogne (29 octobre 1609) ; elle était 
déjà veuve en 1642 (1) ; 

6° Marguerite de Maillard, dame d'atours de 
M me Royale, Christine de France, duchesse de 
Savoie, mariée â Bernard-Octavien de Saint- 
Martin d'Agliè, marquis de Saint-Germain. « En 
1614, elle pose la première pierre du grand mo- 
nastère de la Visitation d'Annecy » ; 

7° Emmanuelle-Philiberte de Maillard, reli- 
gieuse au monastère du Betton en Savoie, fait, le 
14 avril 1642, une donation à sa sœur Hêlène- 
Ferdinande ; 

8° Claire-Marie de Maillard, mariée le 10 no- 
vembre 1609, h Gabriel Guillet, seigneur de 
Monthoux, fils de Janus (2); 

(1 ) Document n" 9. 

(2) « Nous avons donné une analyse du contrat de mariage 
à Ja page xxxvi du T. XXIV des Mémoires de la So- 
ciété. L'on s'aperçut plus tard qu'il existait entre les ma- 
riés un empêchement de parenté au 3 degrés Une Lettre du 
19 avril 1613, que nous avons publiée dans Saint-François 
de Sales, acocat, etc, par Laquelle l'évêque d'Annecy prie 



312 

9°Philiberte Ennemonde de Maillard, religieuse 
à Neuville en Bresse. 

l ec mai 1598. — Mandat pour le seig 1 ' comte 
de Tournon, de 1,200 clucatons, pour sa nouvelle 
charge d'ambassadeur aux Ligues suisses. 

18 novembre 1598. — Don de la somme de 600 
ducatons, pour la dépense qu'il doit supporter, 
pour la conduite et acheminement cle sa famille 
en Suisse. 

28 juillet 1598. — Quittance pour Mes re Pros- 
per Maillard, comte de Tournon, au nom de S.A., 
passée par l'advoyer et conseil de la ville de 
Fribourg (1). 

23 avril 1604. — Quittance générale en faveur 
de Mes re Prosper de Maillard, comte de Tournon, 
passée par le sérén me prince Charles-Emmanuel. 

Charles -E manuel etc... ayant nostre très cher bien 
amè et féal conseiller d'Estat et ambassadeur en Souisse 
messire Prosper Maillard comte de Tournon... servy 
par l'espace de six ans en ladite ambassade a nostre 

gré et satisfaction entière et iceluy se trouvant 

durant ledit tems avoir reçu bonnes et notables som- 
mes d'argent tant pour payer les pensions que donnons 
aux cantons confédérés et de quoi désirant demeurer 
déchargé il nous aurait envoyé ses comptes et fait très 

le collatéral de Quoëx d'envoyer la demande de dispense à 
Rome, nous apprend que Marie Maillard s'était mariée à 
l'âge de 12 ans, et que, quatre ans après, elle avail déjà des 
enfants. » 

(1) Voir document n° 8. 



313 

humblement supplier par la comtesse sa femme de les 

faire voir à tel qui nous plairoit à laquelle requête 

inclinants volontiers aurions à cet effet donné 

charge Pour ces causes auons agréé toutes et 

chacune les parties quittons et remettons etc. 

1 er juillet 1600. — Mandat de 2,000 ducatons 
pour mes re Prosper de Maillard, comte de Tour- 
non, chevalier grand croix. 

Le duc de Savoie, etc., veuillant qu'à nostre très 

cher bien amè, etc,, Doni Prosper Mailllard soye 

payée... la somme de 2,000 ducatons à bon compte... 
du reste que luy sommes redebuables pour raison de 
l'éviction des 7 parties de de la baronnie... de chevron 
à la remission desquels auiions par sentence du 28 
juin 1595 condamné ledit comte de Tornon envers le 
baron cl udit chevron et nous... a ceste cause nous vous 
mandons, etc. 

I e1 juillet 1608. — Lettres patentes de S.A., 
pour le seig 1 ' comte de Tournon, portant établisse- 
ment de 600 ducatons de pension annuelle. 

20 août 1614. — Lettres patentes portant pro- 
vision et constitution de lieutenance au gouver- 
nement de Savoie, pour le seig 1 ' comte de Tour- 
non, en l'absence du marquis de Lances. 

Charles-Emmanuel, etc., considérant combien il est 
requis d'avoir personne de singulière prudence... pour 
commander delà les monts en l'absence de nostre neveu 
le marquis de Lances... et ayant l'ait reflection sur les 
mérites de vous nostre très cher... Mes 1 ' Prosper de 



314 

Maillard nous promettant qu'à l'imitation de feu 

nostre très cher bien amè cousin... le comte de Tour- 
non vostre père qui eust la charge de gouverneur en 
Savoie, vous procurerez de vous bien et dignement 
acquitter de ceste charge. A ceste cause... nous vous 
avons choisy... pour commander en tous nos pays delà 
les monts en l'absence dudit marquis nostre nepveu (1). 

28 novembre 1614. Establissement de gaiges 
pour le seig 1 ' comte de Tournon: 100 duc. par mois. 

10 août 1613. — Testament de mes re Prosper 
Maillard, comte de Tournon : 100 ducat, par mois. 

Après quelques dispositions préliminaires relatives à 
ses funérailles qui devront être faites sans pompe, 

1° Il lègue à dame Hélène de Maillard dame d'hon- 
neur des infantes de Savoie, comtesse de Rossillon, à 
Claude de Malliard dame de la Croix en Bourbonnais 
et Marie de Malliard dame de Monthouz ses filles, ou- 
tre la dot qui leur a été constituée, la somme de 10 écus 
chacune pour une fois seulement ; 

2° A dame Phi liberté de Maillard religieuse professe 
à Neufville en Bresse, sa fille, 50ducatons ; 

3° A demoiselle Marguerite de Maillard, aussi sa 
fille, la somme de 2,000 ducatons pour sa dot ; 

4° A Alphonse de Maillard, son 2 me fils, la seigneu- 
rie château et juridiction de Montagni en Genevois ; 

5° A Don Sanche de Maillard, son dernier fils, 50 
ducatons pour une fois et 1,000 florins de pension 
annuelle ; 

6° Nomme héritière universelle dame Pbiliberte de 

(1) Voir le document n° 10. Il explique les motifs de l'ab- 
sence du gouverneur, marquis de Lans. 



315 

Beaufort sa chère femme, lui défendant toute aliéna- 
tion de ses biens ; 

7° Au cas que sa femme ne voulut pas accepter, il ins- 
titue et lui substitue ledit Henry de Maillard son fils ; 

Et pour exécuteur testamentaire, il nomme Révé- 
rend seig 1 ' mes 1 ' 9 François de Sales évêque de Genève, 
très illustre seigneur Don Sigismond d'Esté marquis 
de Lance, chevalier del'Annonciade et lieutenant-géné- 
ral de S.A., messire Anthoyne Favre baron de Péroges 
et Domessin premier président au Sénat de Savoie, etc. 
Ainsi est. Louange à Dieu. A Chambéry ce 10 août 1613. 

15 avril 1616. — Mort et sépulture du seig 1 ' 
Prosper de Maillard, à Rumilly. 

Le 15 du mois d'avril a été ensépulturé noble et 
puissant seig 1- Prosper de Maillard, gouverneur de Sa- 
voie et comte de Tournon. 

(Extrait des registres de l'église de Rumilly ) 



317 

BRANCHE 

DES 

MARQUIS DE CHASTELLARD 

BARONS DE CONFIGNON ET DE BEAUMONT 



ALPHONSE DE MAILLARD 

de Tour non, marquis de Chastellard en Bauge, baron 
de Confignon et de Beaumont. 

Il était le second des enfants de Prosper Mail- 
lard, comte cle Tournon et de Philiberte de Beau- 
fort (1). Il servit son souverain pendant près de 50 
ans. D'abord capitaine de cavalerie dans l'esca- 
dron de Savoie, puis ambassadeur de S. A. en 
Angleterre, gentilhomme ordinaire de la Cham- 
bre de Charles -Emmanuel I er , conseiller d'Etat, 
maréchal de camp, commissaire puis lieutenant- 
général de cavalerie après la mort de Henry son 
frère aîné. 

Il épousa d lle Jacqueline de Chauvirey, fille 
d'Anne de Chauvirey, conseiller et chambellan de 

(1) Un ordre du duc, en date du 13 novembre 1609, permit 
de lui fournir 15 ducatons, de 6 florins, 8 sols pièce par mois, et 
autant à son frère Sanche, « pour leur entretènement aux 
écoles de bonnes lettres. » Il y a encore des ordres semblables 
en date du 10 mars 1612 et du 20 novembre 1615. 



318 

S. A., gouverneur du fort de S te - Catherine, etc., 
et d'Anne da Montfalcon-Flaxieu. 

Il eût de ce mariage Henry-François de Mail- 
lard, capitaine de cavalerie, qui mourut sans al- 
liance le 20 avril.1667 à Confignon, où il fut ense- 
veli dans l'église. 

Jacqueline de Chauviray fit son testament à 
Chambéry le 22 août 1630 (1). 

« En 1652, Alphonse de Maillard était commis- 
saire général de cavalerie ; il désirait se battre et 
acquérir de la gloire, mais il n'aurait pas voulu 
obéir à certains supérieurs. Voici une série de 
lettres adressées à la régente Christine de France 
à ce sujet. Le dédain de l'orthographe y est plus 
grand encore que celui de la discipline. » 

A S.A. R. (la duchesse). Rendisson 25 juin 1652. 
Madame. V. A. R. me commande d'obéir à 

M. le colonel Monty en callité de lieutenant gênerai. Je 
supplie en toute umililé V. A. R. de considérer que non 
seulement nos commissaire généros non jamais pris les 
ordres du lieutenant gênerai de la cavallerio de Piémont 
mais nos capitaines ne Ion jamais fait comme M. le 
marquis de Pianesse pourra tesmognierà V. A. R. et 
pour la charge de maréchal de camp bien quil ait lan- 
sieneté au dessus de moay (moi) je croais (2) quil ne le 

(1) Document n° 13. 

(2) On prononçait donc alors en Savoie, à Rumilly du 
moins, moê, toè, comme on le fait encore en Franche- 
Comté. 



319 

peut prétandee hm commandant par corvée la première 
luy esiant due et a moay lalternative Je demande la 
grâce a V. A. R. dagreer que je laisse agir M. le Baron 
de Monsinjan (Mont-Saint-Jean) qui recevra les ordres 
de M. le marquis de Monty corne marescnal de camp et 
moay je prandray la toyte (tête) de ma compagnie ou 
plustot je me jetteray dans les rant en callité de simple 
soldat. Joroais trop de mortification sil se presantoait 
quelque occasion et de ne pas participer a la gloayre 
caquerront nos cappitaines sil viene aux mains avec les 
ennemis. . . A. de Tournon. 

On lui écrivit de s'en tenir aux ordres qu'il 
avait reçus ; le 29 juin il répond de Suse qu'il 
est atteint d'une fièvre quarte, et ajoute : 

Je ne laisse pas de partir pour me rendre à l'armée ou 
je vay obéir a M. le colonel Monty puisque set lintan- 
tion de V. A. R. Sy pandant 38 années de servisse je 
nay peu me randre asay oneste omme pour savoair 
commander je croais a tout le moins davoair apris à 
bien obéir. . . de Tournon. 

Le 18 janvier 1653 il est à Rumilly et écrit à 
la régente pour la remercier de ce qu'elle lui a 
obtenu la charge de lieutenant-général de la ca- 
valerie de Savoie. Le 26 septembre suivant il 
écrit de Castagniole : 

Madame... V. A. R. orat apris par la relation de M. le 
marquis de Ville touttes les parliqularités du combat qui 
sa donat le 23 e du courant et bien que nostre corps fut 
ce jour la derrière garde nous vinmes avaic tant de dili- 
gence que nous nous trouvâmes porté dans le même 



320 

tans que la cavallerie de S. A. R. fut en présance des 
ennemis lesquels pour estre a couvairt dune grande ra- 
vine etoulre celareiranché, nous osteret les moiens da- 
ler a eux et nous virnes réduit a esuier leur rnousqueta- 
des lespace de 4 a 5 eures. M. le marquis Galeas fut 
blesse a ma gauche, jestoais à la toite (tête) du premier 
escadron de nostre corps. Nous ny avons perdu que sis 
ou set chevaux. . 

En janvier 1G55, il est encore à Rumillv. 

En août 1658 il est revenu à l'armée, en Piémont, 
et il rend compte à Madame Royale de ses opé- 
rations : 

« Ast, ce 11 e aoust 1658. Madame. . . Le 9 e du c* je 
suis pasé le Po sous verrue sur le port quy nous at 
amusé tout le jour. Le 10 a je suis arrivé à Castel Al- 
lier ou je sejourneray aujourdhuy, pour demain an par- 
tir et me randre à Rovillane afin destre en estât de se- 
courir Albe et de me porter en Ast en cas de besoin. M. 
de Ville ma fay avoier une lettre de M. le marquis de 
Pianesse du 9 e quy lassure que V. A. R. mat anvoye 
des ordres de se que je doays exequter. . . Les avis cat 
eu (qu'a eus) M. de Ville portet coutre les 800 chevaus 
qui sont an Alexandrie, le conte Galeas trot i (Trotti) et 
autre avoit quelque infanterie et ordre du Roay despa- 
gnie de reprendre sa charge et de lexercer. A. de Tour- 
non. » 

Le 9 septembre, il est malade et a obtenu la 
permission d'aller se faire traiter ; il n'en conti- 
nue pas moins la campagne. Il écrit à Madame 
Royale : 

«... Je seroay allé aucartier du Roay (d'Espagne) 
et assister au consed qui se doait tenir sur le sujet du 



321 

voiagedemon neveu M. le marquis de S. Damien an- 
voyé de leurs A A.. RR. à S. A. de Moclène sans que la 
fièvre ma pris dans le temps que mon neveu montayta 
cheval. J'arivay seulement hier avec le convoay que jay 
conduit seul et en toute seureté. Je ne sorays écrire au- 
cune nouvelle senon que les Fransoays ont attaqué sette 
nuit dernière Gatinara. M. le marquis de Ville i et aie 
qui ora bien de la peine de le sover du pilliage osy bien 
que les otres taires de S. A. R. quy sont au long de la 
Sesia. A. de Tournon. » 

La maladie le força à revenir se faire soigner 
au pays natal, à Rumilly. Le 5 juin 1659, il est 
presque guéri. Il en informe Madame Royale qui 
a bien voulu demander des nouvelles de sa 
santé . . . 

« Je proteste de nouveau à V. A. R. que je nestime- 
ray jamais sette vie que Dieu a voulu prolonger de quel- 
ques momans si je ne la finis pour elle en reconnais- 
sance de mon devoair. A. de Tournon. » 

Le 8 avril, il est encore à Rumilly où il vit assez 
pauvrement ; il s'adresse à Madame Royale pour 
obtenir un commandement : 

« ... Je suplie V. A. R. de se resouvenir dans ses 
rancontre ou Ion parle de quelques remuemans quelle 
m'a promis lonneur de sa protection. Je suis si mal 
avantagé des biens de la fortune que sans les bienfaits de 
leurs AA. RR. je ne soroais subsister. A. de Tour- 
non. » 

Cependant au commencement de 1660 il est en- 
core à Rumilly et, le 8 janvier, il adresse ses féli- 

21 



322 

citations à M. R. à l'occasion de la reddition de la 
place de Verceil que Louis XIV, ou plutôt Maza- 
rin, lui a faite. Enfin, en janvier 1662, se trouvant 
en procès avec la ville d'Annecy, il remercie M. 
R. de « l'avoir tiré des mains de la justice pour 
remettre la connaissance du litige à l'arbitrage de 
l'évêque de Genève (Jean d'Aranthon), qui a es- 
peluché toutes les choses de près et qui pourra 
témoigner en sa faveur qu'il n'a jamais eu la 
moindre pensée des choses dont on l'accusait. » 
Il mourut à Rumilly le 5 avril 1667. 



323 



VIII 
HENRY DE MAILLARD 

Baron du Bouchet, — Comte de Tournon, — 1" marquis de 
S'-Damien, — Gentilhomme ordinaire de la Chambre 
de S. A., — Colonel d'infanterie, — Maréchal de camp, 
— Lieutenant-général de ko cavalerie de Savoie. 

Né en 1590, à sept mois. 

1 er février 1604. — Mandat de S. A. portant en- 
tretènement au s r Henry de Maillard, de 30 duca- 
tons par mois pour ses estudes. 

2 juin 1616. — S. A. inféode au comte de Tour- 
non, Henry de Maillard, le marquisat de S^Da- 
mien, dans le marquisat de Saluées. 

Henry de Maillard, jeune encore, s'était déjà 
signalé dans les guerres du Moutferrat contre les 
Espagnols et particulièrement à la prise de Trin 
en 1613 où il fut blessé d'une volée de canon, et 
dans le combat donné devant la ville d'Asti. C'est 
en récompense des services rendus à la Couronne 
que le duc Charles-Emmanuel lui inféoda le mar- 
quisat de San-Damiano et Pagliera, et aussi pour 
s'acquitter d'une dette d'environ 15.000 écus d'or 
d'Italie de 17 florins et 1/2 l'un, dont le duc était 
tenu envers Prosper de Maillard à raison de la 
remise que celui-ci avait dû faire de sa part de la 
baronnie de Chevron au baron de Chevron, major- 
dome de l'infante duchesse. 



324 

Carlo E manuel e etc se bene i principi per usar 

délia loro grandezza sogliano in ogni tempo beneficare 
et honorare i cavaglieri che per opère eroiche se ne sono 
resi degni, et noi osservando questo, vogiiamo.... Sod- 
disfare parte del detto credito al molto magnifico Enrico 
di Maillard fîglio del detto Don prospero et rnoderno 
Conte di Tournon Barone di Bocliet Capitano di Caval- 
leria, Colonnello d'infanteria e gentilhuomo délia nostra 
caméra. . . .et insieme significare. . . .la buona volontà 
che gli portiamo particolarmente délia fedele et ottima 
seruitù da lui faîtaci nelle passate guerre del Montfer- 
rato (1613) particolarmente nella presa di Trino ove fù 
ferito da una cannonata et in qu'est'ultima presso Asti 
contro gli Spagnuoli. . . . infeudiamo al soprad Conte 
di Tournon henrico di Maillard. ... in feudo nobile. . . 
i luoghi. ... di s. Damiano et Pagliero nel marcliesato 
di Saluzzo 



11 janvier 1621. — Henri de Maillard épousa 
Charlotte-Emmanuelle d'Urfé-Lascaris, fille de 
Christophe d'Urle,seig r de Buny-en-Forest, comte 
de Chàtillon et de Pont-de-Vesle, et de Marie de 
la Forest (1). — Il eut de ce mariage : 

1° Charles-Cliristin (2) de Maillard, marquis de 
SMDamien et Pagliero, comte de Tournon, baron 
du Bouchet et de Confignon, seig 1 ' de Charansonay , 
capitaine de cavalerie au service du roi de France. 

2° Victor-Amé de Maillard, marquis d'Alby, 
qui suit : 

(1) Document n° 11. 

(2) Filleul, sans doute, de Christine de France, duchesse 
de Savoie. 



325 

3° François-Maurice de Maillard . baron de 
Tournon, capitaine dans le régiment, de Royal- 
Piémont-Cavalerie , au service du roi de France. 
Mort sans alliance aux guerres de Flandre. 

4° Joseph de Maillard, mort jeune. 

5° Catherine-Françoise de Maillard, religieuse 
à la Visitation d'Annecy. 

17 décembre 1629. — Henri Maillard donne à 
Rumilly sa procuration à sa femme pour vendre 
au duc de Savoie une pièce de terre située à Ru- 
milly, au faubourg de la Curdy (Gaillard, notaire). 

Parmi les témoins l'on trouve Charles feu Fran- 
çois de Chavannes, lieutenant dans la compagnie 
du marquis de Saint-Damien. La vente fut passée, 
deux jours après, àChambéry.(V'..Z)ocwrae/^n 12.) 

13 février 1631. — Patentes de maréchal de 
camp général ès-armées de S. A. pour mes' 6 Hen- 
ry de Maillard, M is de S*-Damien. 

Victor Améclée A nostre très cher bien amé et 

féal le m is de stDamien Colonel et commissaire général 
de la Cavalerie de Savoie salut. Désirant de vous témoi- 
gner la satisfaction que nous recevons de vos bons et 

agréables services Nous avons creu ne pouvoir 

vous en donner une plus grande de nôtre bonne volonté 
que par la marque d'honneur de l'office de mareschalde 
camp général en nos armées que nous voulons adjouter 
à vos charges. . . . Donné à quiers. . . . 

V. Amédée. 

29 octobre 1632. —Testament d'Henry de Mail- 
lard, comte de Tournon, marquis de StDamien. 
(Voir document n° 14.^1 



326 

30 octobre 1632. — Mort et sépulture de noble 
Henry de Maillard, marquis de S r -Damien. 

Le samedi 30 octobre 1632, environ les 4 heures après 
minuit est décédé très chrétiennement noble henry de 
Maillard M is de S* Damien et le dimanche suivant, 31 
dudt mois, a été en'sépulturé environ les 5 heures du 
matin, dans la chapelle de ses prédécesseurs de l'église 
parrochiale de Rumilly, (Reg. par. de Rumilly.) 

« En 1640, le marquis de Saint-Damien et MM. 
de Tournonetde la Croix prennent part, à Cham- 
béry, au grand ballet Hercule et V Amour, repré- 
senté au château de cette ville (1.)» 

27 février 1643. — La duchesse de Savoie fait 
remise à la dame et au sieur de la Croix des laods 
de la vente et subhastation des biens de Tournon 
et du Bouchet. (V. Document n° 15.) 

« 4 mai 1645. — Devant M e Dufour, notaire 
ducal à Rumilly, Charlotte d'Urfé donne une quit- 
tance en qualité d'usufruitière des biens de son 
mari, et de tutrice de ses enfants ; belle signature, 
écriture à lettres hautes, serrées et fermes. 

8 novembre 1647. — Charlotte d'Urfé consent 
un acte d'affranchissement de biens taillables à 
miséricorde, situés â Rumilly et à Moye. » ( Voir 
Document n° 16.) 

16 décembre 1656. — Elle fait son testament à 
Pont de Veyle. ( V. Document n° 17.) 

Le 8 octobre 1663, elle modifie ses dispositions 

(1) Fr. Mucnier. Le Théâtre en Savoie, p. 117. 



327 

de dernière volonté et lègue à seig r Victor- Amé- 
dée de Maillard, comte de Tournon, son fils, la 
somme de 20,000 livres tournois, à prendre in- 
continent après son décès, et fait héritier univer- 
sel Maurice de Maillard de Tournon, baron du 
Bouchet. 

« Le 19 juillet 1647, Charles-Chrestien ou 
Christin de Maillard alberge a perpétuité le 
nant dePalmant (ruisseau de Pâmant, à Moye) 
à Humbert feu Charles Dufoug, commissaire gé- 
néral de l'artillerie de S. A. R., deçà les monts. » 

Il épouse : 1° le 13 septembre 1654, Françoise 
de Croison, née le 15 septembre 1637, morte en 
couches ; — 2° le 20 mars 1663 , Marguerite- 
Auguste de Pesieux de Salagïne, dont il eut 
Charles-François, mort au berceau. 

« On trouve très souvent Christin de Maillard 
à Rumilly, au cours des années 1657 à 1661 ; on l'y 
retrouve en 1666, 1688. Il signe Maillard- Tornon. 
Vers 1666, on voit souvent aussi son neveu Si- 
gismond de Murât, baron de la Croix, seigneur de 
Saint-Marcel, comte de Tournon, conseiller d'E- 
tat, général des Etapes en Savoie, cornette des 
Gardes, fils d'illustre dame Claude-Françoise de 
Maillard, dame de la Croix, du Bouchet, comtesse 
de Tournon. Il résulte de ces qualifications que 
la dame de Murât et son fils étaient devenus ad- 
judicataires, en 1643, de la seigneurie du Bouchet 
et du comté de Tournon, au préjudice dc> bran- 
ches masculines des Maillard. 



328 

Le 17 février 1661, Charles-Chrestien, marquis 
de Saint-Damien, préside à Rumilly à une tran- 
saction relative au Logis de la Couronne, où se 
trouve la chambre des muletiers. Les parties s'en 
étaient d'abord remises au serment que l'une 
d'elles devait prête:- « sur les reliques de Monsieur 
saint Antoine », mais elle mourut et l'on dut re- 
courir à un arbitrage. Le 21 mars suivant, il af- 
ferme â h bl ° François Gallatin, pour 2,100 florins 
par an, les cens, laods, corvées, droits de main- 
morte sufiertes, écbûtes, tailles, mestrallerie , 
moulins, etc., dépendant de la baronnie du Bou- 
cliet et de sa maison-forte de Rumilly. 

Le 11 juillet de la même année, le marquis de 
Saint-Damien et son frère François-Maurice, ba- 
ron du Bouchet, transigent sur un procès survenu 
entre eux après la mort de leur mère Charlotte- 
Em. d'Urfé. L'acte est passé en présence de R d 
Cl. Fardel, supérieur des Oratoriens de Rumilly. 

(Reg. par. Rumilly.) 

En 1664 encore, le marquis de Saint-Damien 
fait restaurer le tombeau de sa famille : antiquum 
sepulchrum dominorum de Maillard. La pierre 
qui le recouvrait a été conservée lors de la démo- 
lition de l'ancienne église de Rumilly. On l'a 
mise, aplat, derrière l'autel de la Vierge, dans 
l'église nouvelle. L'écusson des Maillard est gravé 
au centre. 

Le 11 mars 1664, il afferme ses biens et revenus 



32*.) 

de Charansonnex aux frères Callendret pour 1,000 
florins par an, un pourceau gras et six chapons 
gras. » 

Le 24 août 1688, Charles-Christin de Maillard 
fait son testament. (Voir Document n° 19. Cette 
pièce est fort intéressante). 

Voici son acte de décès et celui de sa seconde 
femme. 

L'année 1688 et le 2 d jour du mois de septembre a 
été inhumé, dans l'église de Rumilly, noble et puissant 
seig r Charles de Maillard, M^ de St-Damien, baron du 
Bouchet et autres places mort après avoir reçu tous ses 
sacrements — âgé de 70 ans. 

Le 9 avril 1713 a été souterré dans le charnier de la 
chapelle fondée sous le vocable de St-Pierre de Rumilly 
le corps de noble et puissante dame Marguerite- Au- 
guste de Pésieux de Beau fort marquise de St-Damien, 
(2 e femme de Charles-Christin) après avoir reçu tous 
ses sacremens et donné pendant sa vie des marques 
d'une profonde vertu, âgée d'environ 65 ans. 

(Reg. par. de Rumilly.) 



330 



IX. 

VICTOR-AMÉ 1er DE MAILLARD 

Marquis d'Alby, — de Saint-Damien, — Comte de Tour- 
non, — Baron du Bouchel et de Conjlgnon, — Seig' de 
Charansonay, — Page de S. A. Charles-Emmanuel II, 
— Gentilhomme de la Chambre, — Capitaine de la 
Compag" des Gentilshommes savoisiens de la Garde 
de S. A., — Grand-Voyer , — Conseiller d'Etat,— 
Maréchal de camp, — Gouverneur et lieutenant-géné- 
ral de Nice, — Chevalier de l'ordre de l'Annonciade. 

Avant 1655, il est lieutenant clans la compa- 
gnie de son cousin, Sigismond de Murât, baron 
de la Croix, à l'escadron de Savoie (1). Madame 
Royale propose à ce dernier de donner sa démis- 
sion de capitaine, pour céder la place à Victor- 
Amè de Maillard. Le baron n'est pas satisfait de 
ce qu'on lui offre en échange, et il écrit à un per- 
sonnage de la Cour : 

A Chambéry, ce 18 juin 1655. Monsieu, J'ey 

receu la voutre (lettre) par laquelle jey veu la proposi- 
tion que vous me fêtes de la part de M . R . en faveur de 
mon cousin de Tornon ; je seray toujourravi de contri- 
buer a ses avantaige et de rancontré une aucasion de 
plere a M. R. mais je me persuade quel lat (qu'elle a) 

(t) Le baron de la Croix, était, en outre, seigneur de Saint- 
Marcel, comte de Tournon, conseiller d'Etat, général des 
Etapes en Savoie. Il était marié à Marie-Chrétienne de 
Roncas. * 



331 

trop de bonté pour le vouloir avec un si gran désavan- 
tage de ma réputation puisque je quiteroit le poste ou je 
suis après vin (20) anné de cervise à la guerre sans avoir 
rien de solide... S. De la Croix. 

Les choses traînèrent en longueur; cependant, 
en 1657, M. de la Croix donna sa démission de 
capitaine et fut remplacé par le comte de Tournon, 
Victor- Amé, qui, en vertu d'ordre de M. R., du 
2 mars 1657, prit rang â partir du 1 er janvier. 

1 er avril 1659. — Lettres de gentilhomme de la 
Chambre de S. A. R. le duc Charles -Emma- 
nuel II, pour le comte de Tournon, noble Victor- 
Amédée de Maillard, capitaine en l'escadron 
de Savoie et 2 d écuyer de sadite Altesse : 

Charles-Emanuel, etc. La satisfaction que nous 
avons receu depuis 14 ans des bons et agréables semi- 
ces que nous a rendus... nostre très cher bien amé et 
féal vassal noble Victor amé de Maillard comte de 
Tournon capitaine, en nostre escadron de Savoie et nos- 
tre second escuyer tant en l'exercice desdites charges 
qu'en tous les autres emplois qu'il a eu auprès de nos 
tre personne, et en la guerre où il a partout également 
signalé sa valeur... suiuant en cela les vestiges... de ses 
ancêtres... et particulièrement Pierre de Maillard 
comte de Tournon son bisaieul qui au retour des guer- 
res de Flandres où il seruit clignement Emanuel-Phili- 
bert fut fait chevalier de Tordre, gouverneur et lieute- 
nant général de Savoie, et son ayeul Prosper de 
Maillard comte de Tournon qui fut ambassadeur extraor- 
dinaire vers les cantons suisses, et outre qu'il estoit 
cheualier grand croix de Saint Maurice et Lazare fut 



332 

honoré du brevet de chevalier de l'ordre devant sa mort. 
Et Hennyde Maillard comte de Tournon, marquis de 
Saint Damien son père fut colonel d'infanterie puis 
mareschal de camp et lieutenant général de l'escadron 
de Savoie, laquelle charge est encore possédée mainte- 
nant par le baron de.Tornon (1) son oncle mareschal de 
camp de nos armées. Pour lesquelles considérations 
nous... establissons ledit comte de Tournon noble Vic- 

tor-Amè de Maillard gentilhome de nostre chambre 

Donné à Turin C. Emanuel. 

{Arc//, de famille.) 

6 octobre 1660. — Lettres patentes de Cornette 
de la Compagnie des Gentilshommes Archers Sa- 
voisiens de la Garde de S. A. R. pour noble 
Victor-Amédée de Maillard, comte de Tournon. 

9 décembre 1663. — Mariage entre le seig r 
comte Victor-Amédée de Tournon, marquis de S r - 
Damien. et demoiselle Cécile-Marie, seconde 
fille de Jean- Jacques Trucchi. comte de Pallier - 
premier président, auditeur général des guerres, 
et de Bonne-Maria-Salvia de Chieri (2). 

Il eut de ce mariage : 

1° Le 30 août 1666, D. Félix-Emmanuel-Jean- 
Baptiste, marquis d'Alby, qui suit : 

(1) Alphonse Maillard. 

(2) Le contrat de mariage, reçu à Turin par le notaire 
Léonardi, est du 12 septembre. La future y reçoit une dot 
de 10,000 éeus d'or d'Italie et un trousseau estimé 2,000 
écus. Le mariage avait été contracté sur Le désir que leurs 
Altesses Royales le duc et la duchesse de Savoie en avaient 
manifesté. 



333 

Felice Emanuele figlio delF Emo. sig. Vittorio 
Amedeo et Cecilia Maria, raarchesi di Tornon, nato li 
30 agosto 1666 et battezalo li 4 octobre, nella cappella 
di S. A. R. Padrini li A A. RR. (Charles- Emmanuel 
II et Marie- Jeanne-Baptiste.) 

2° Jean-Henry de Maillard, comte de Tournon, 
colonel de cavalerie et gouverneur en Hongrie 
pour l'empereur, mort sans enfants l'an 1736. 

Jean-Henry de Maillard avait demandé d'être 
envoyé en Allemagne, aussi s'empressa-t-ii de re- 
mercier S.A. R. de la bonté qu'il avait eue de le 
recommander à l'Electeur de Bavière. Il se faisait 
en même temps un devoir de le tenir au courant 
de ce qui se passait dans ce pays. 

« Monseigneur, lui écrivait -il du camp devant Bel- 
grade, le 28 août 1688. En rendant à V. A. R. mille 
actions de grâces pour la bonté qu'Elle a eue de me re- 
commander à M. l'Electeur de Bavière j'ose lui présen- 
ter un plan des approches de Belgrade lequel j'ai tiré 
sur les lieux. . . Je la supplie d'être bien persuadée que 
je cherche a prendre employ dans ce pays qu'afin de me 
rendre digne de seruir un jour V. A. R. et de mériter 
par mes humbles seruices la protection dont Elle honore 

ma famille. . . 

Henry de Tournon. » 

Puis, de Vienne, le 10 novembre 1691 : 

« Monseigneur. Je demande très humblement par- 
don à V. A. R. si je ne lui ay point envoyé la relation de 
la bataille donnée contre les Turcs a Salankemen, ce 
que je souhaitois passionément de faire, mais l'accident 



334 

de deux coups de mousquet que j'ai reçus dans ce ren- 
contre en a été le sujet. . . 

Le comte de Tournon. » 

Le 2 décembre 1699, l'empereur Léopokl, en 
récompense de ses-bons services, le fait comte su- 
prême de Borogdo (cotnitatûs Borogsiensis). 

3° Charles-Thomas de Maillard, dit le cardi- 
nal de Tournon, patriarche d'Antioche et légat à 
latere, en Chine. 

Né à Turin le 21 décembre 1668, il avait été 
nommé par le pape Clément XI patriarche d'An- 
tioche le 5 décembre 1701 et envoyé en Chine en 
qualité de commissaire et légat à latere du Saint- 
Siège. Il arriva à Pékin au commencement de 
l'année 1709. Il mourut à Macao le 8 juillet 1710. 
Son corps fut mis dans une caisse de plomb cou- 
verte de bois avec l'inscription : 

Eniinentisimi et Reuerendissimi domini D. Caroli 
Thoma3 S. R. E. presbiteri cardinalis ex marchionibus 
Maillard de Tournon a sanctissinio domino nostro D. 
Clémente papa XI anno 1701 in patriarcham Antioche- 
num consecrati, in visitatorem apostolicum ad Sinas et 
régna orientalia, cum potestate legati de latere electi, ab 
imperatore Sinarum honorifice excepti, a sanctissimo 
domino nostro ad purpuram anno 1707 promoti ; pon- 
dus magnum diei et cestus in apostolica visitatione 
fortiter passi, ac digne munere suo usque ad mortem 
functi, hic jacent cineres, dum spreta morte vivit in 
cœlo. 

Taurini natus 21 decembris 1668, macay obiit8° julii 
1710. 



335 

Le pape ordonna, contre la coutume, de célé- 
brer ses obsèques dans la chapelle papale avec 
l'assistance du collège des cardinaux. Il ressentit 
vivement la perte de ce grand homme et voulut 
lui-même publier ses glorieuses vertus par une 
des plus belles oraisons qui soient sorties du Va- 
tican et que S. S. récita en plein consistoire le 14 
octobre 1711. Charles- Antoine Mezzabarba, pa- 
triarche d'Alexandrie et vicaire apostolique de la 
Chine, eut ordre de transporter â Rome le corps 
du cardinal. A son arrivée, il fut porté au collège 
de la Congrégation de propagandajidej où il fut 
inhumé le 23 du mois de septembre 1732. 

« A cette occasion Clément XI envoya un bref 
de condoléance au marquis d'Alby, Félix-Emma- 
nuel (Miscellanea di storia patriâ, t. XVIII).» 

Grillet, t. III, p. 249, V.Rumilly, consacre un 
article au cardinal de Tournon et rapporte que sa 
vie a été écrite par M. Fleury. Il dit que son por- 
trait a été gravé â Paris par Rocher et â Rome 
par Rossi. Nous connaissons un troisième portrait 
de Charles-Thomas de Maillard ; s'il est exact, le 
cardinal aurait eu une belle figure, virile, expres- 
sive, avec de grands yeux, barbe frisée. Suivant 
cette gravure et celle de Rossi, il serait mort le 
8 juin 1710, et non en juillet. 

La légende au bas du portrait gravé par Rossi 
est divisée en deux colonnes par l'écusson des 
Maillard, l'albanais essorant.» 

4° Jeanne-Irène-Charlotte de Tournon, mariée 



336 

Le 20 juillet 1683 à Curtius François-Marie-Tir- 
ron, marquis de Crescentino, comte de Dezzana ; 
puis, eu secondes noces, à Jean-Baptiste Rapetti, 
baron de Sarré. 

5° Louise-Emmanuelle, abbesse du monastère 
de Sainte-Croix, à Turin, sous les noms de Marie- 
Ignace. Elle avait fait profession le 4 août 1686 ; 
elle était abbesse en 1728 et vivait encore eu 1732. 

6° Jérôme-François de Tournon, né à Turin, le 
6 avril 1676, mort dans la même ville, le 12 no- 
vembre 1680. 

7° Victor-Amé-Ignace, baron de Tournon, né 
à Turin, le 15 avril 1681, mort en 1702, après 
avoir été officier au régiment des Gardes. 

Le marquis Victor- Amé (I) de Tournon, fut 
nommé : le 30 septembre 1674, lieutenant de la 
compagnie des gentilshommes archers de la 
garde royale, charge vacante par la promotion 
du marquis de Saint-Maurice â celle de lieutenant- 
général de l'infanterie ; le 26 septembre 1676, 
gouverneur du château et du fort de Nice, et colonel 
du régiment d'infanterie y tenant garnison, em- 
plois vacants par la nomination du marquis Palla- 
vicino â une autre charge ; par patentes du '27 
avril 1680, de la régente Marie-Jeanne-Baptiste, 
il est nommé grand voyeur, soit veedore générale 
des gens de guerre, « emploi si important au 
royal service^ d'une confiance si intime et d'un 
si grand poids pour la sûreté et l'utilité de 
l'Etat », il est on même temps conseiller d'Etat; 



337 

son traitement est de 3,200 livres, outre les droits 
qu'il est d'usage de tirer de la troupe, sa haute 
paye de 2,000 livres, la pension de 2,000 livres 
dont il jouit à titre onéreux (dî cui gode con titolo 
oneroso); maréchal de camp, le 28 février 1681. 

Le 17 mars 1681, il achète aux enchères le fief 
du mandement d'Alby, appartenant au duc de 
Savoie cpii lui accorde, le 25 avril suivant, l'inféo- 
dation de ce mandement, érigé en marquisat en 
faveur de l'acquéreur. ( Voir Document n° 18.) 

Le 15 juin 1688, Victor- Amédée de Maillard, 
remplace 1). Antoine de Savoie dans le gouver- 
nement du comté et de la ville de Nice, avec un trai- 
tement supérieur à celui qu'avait D. Antoine, et 
qui est fixé à 13,200 livres. 

En 1696, il est fait chevalier de l'Ordre de l'An- 
nonciade. Il teste à Turin, le 17 septembre 1701, 
instituant héritier à titre universel son fils aîné, 
Félix-Emmanuel-Jean-Baptiste, marquis d'Alby, 
et fait des legs à ses autres fils et filles, parmi les- 
quels Charles-Louis est indiqué comme prélat- 
domestique de sa Sainteté. Il mourut le 30 avril 
1702, à Turin, et fut enseveli dans l'église de 
Saint-Augustin. 

« IllustrissimusetExcellentissimusD.Victorius Ame- 
deus Mailardus marebio de Tournon et Eques torquatus 
S me Annunciationis omnibus munitus sacramentis obiit 
et sepultus in hac ecclesia in sepulchro majorum. » 



22 



338 



X 

FÉLIX-EMMANUEL-JEAN-BAPTISTE 
DE MAILLARD 

MARQUIS D'ALBY, DE ST-DAMIEN, ETC. 

Colonel du régiment de dragons de Piémont, — Chevalier 
grand croix des SS. Maurice et Lazare, — Premier 
ècuyer et gentilhomme de la chambre de S. A. R., — 
Capitaine de la compagnie des gentilshommes de la 
garde, Gênerai de la cavalerie. 

Né â Turin, le 30 avril 16G6. 

Baptisé le 4 octobre 1667., clans la chapelle 
de S. A. R. 

Parrains, LL. AA. RR. Charles-Emmanuel II, 
et Ma rie-J eanne-Ba pti ste . 

Le 22 juillet 1683, il est nommé cornette du ré- 
giment de cavalerie piémontaise. 

31 octobre 1684, il épouse demoiselle Angèle- 
Marie-Berthe, dame de Givolet, Celle et Roviglias- 
co, qui fut clame d'honneur de la reine de Sarclai- 
gne, morte le 19 février 1739, à Turin. 

Il eut de ce mariage : 

1° Victor-Amé II de Tournon, marquis d'Alby 
(qui suit), né en 1685. 

2° Jeanne-Marie-Elisabeth de Tournon, reli- 
gieuse au couvent de Sainte-Croix. 

Jeanne-Marie-Elisabeth de Tournon prit l'habit 
religieux au couvent de Sainte-Croix, â Turin, le 



339 

12 juin 1702, sous le nom de Marie-Octavie-Elisa- 
beth, ayant pour parrains le marquis de Bagnasco 
et le marquis Giaiola. 

Elle fit sa profession religieuse le 17 juin 1703, 

et mourut à 26 ans, le 11 janvier 1713. 

(Extrait des registres du couvent de Sainte-Croix, 
transporté à Chieri.) 

3 n Marie-Cécile-Délibère de Tournon, religieu- 
se au couvent de la Visitation Sainte-Marie de 
Pignerol, sous le nom de Marie-Philiberte. 

L'an 1703 et le 30 du mois d'août, au couvent 
de la Visitation de Pignerol, Marie-Cécile-Déli- 
bère Maillard de Tournon renonça â l'héritage 
paternel et, en 1705, le 7 janvier, elle prit l'habit 
religieux et le nom de Marie-Philiberte. Sa dot 
fut de 5,200 livres. La supérieure du couvent était 
Philiberte de Monthouz. 

4° Lucrèce-Marie de Tournon, morte jeune, le 
9 février 1694. 

5° Marie-Thérèse de Tournon, née à Turin le 

13 août 1696, mariée en 1717 à Charles-Maurice 
Vibô, comte de Praly. 

6° Marie-Anne de Tournon, née à Turin, le 25 
juillet 1698, mariée en 1722 à Jean - Baptiste- 
Emmanuel Fausson, comte de Clavesana. 

7° Charles- Antoine- Alexandre de Tournon, né 
à Turin le 4 septembre 1700. 

8° Hélène-Marie-Victoire-Irène de Tournon, 
née le 11 septembre 1701 ; morte jeune. 

Félix-Emmanuel-Jean-Baptiste Maillard, mai- 



340 

quis d'Alby, est nommé lieutenant dans le régi- 
ment des gardes, le 12 mars 1686; cornette de la 
compagnie des gendarmes de S. A. R., le 10 
avril 1688 ; lieutenant dans la même compagnie, 
le 15 juillet 1690 ; colonel du régiment dragons 
de Piémont, le 6 février 1691 ; premier écnyer et 
gentilhomme de la Chambre de S. A. R. , le 10 
septembre 1697 ; capitaine de la compagnie des 
gentilshommes-gardes, le 17 mai 1709 ; général de 
cavalerie, le 3 novembre suivant. 

Le 6 septembre 1713, il fait son testament : 

Après quelques dispositions pieuses et les prescrip- 
tions particulières relatives à son enterrement qu'il veut 
être fait sans pompe, à l'église de S 1 Augustin, dans le 
tombeau de ses ancêtres. 

1° Il reconnaît pour la marquise Ang'èle Marie Berthé, 
dame d'honneur de la duchesse, sa femme, ce qui a été 
stipulé dans le contrat dotal du 14 septembre 1686 ; lui 
donne en outre l'usufruit de sa vigne (maison de campa- 
gne), située sur la colline de Turin, région de S 1 Vitto ; 
il lui lègue une somme de 1.300 ducatons qu'on devra 
lui payer sitôt après sa mort et lui laisse en outre le 
choix de quelques meubles et de l'argenterie qu'il a mise 
à part ; 

2° Lègue à D. Marie Ignace sa sœur (au siècle, D. 
Louise Emmanuèle) religieuse au couvent de S te Croix, 
50 onces de son argenterie ; 

3° A D. Marie Philiberte religieuse au monastère de 
la Visitation de Pignerol (au siècle, Cécile Marie Déli- 
bère) sa fille une somme de 100 1.; 

4° A chacune de ses filles Thérèse Marie Gabrielle et 



341 

Anne Marie Angélique, une somme de 3000 ducatons 
de 5 livres ; 

5° Laisse et nomme héritier universel le marquis 
Victor Amëdée (II), son fils, capitaine dans le régiment 
des dragons de Piémont de S. A. R. 

(Archives de la famille.) 

20 décembre 1728. Mort et sépulture du marquis 
Félix-Emmanuel-Jean-Baptiste Maillard d'Alby : 

Die 20 clicembris 1728. Illmus ac eccellmus D. mar- 
chio Félix E manuel Joannes Baptista Maillard de 
Tournon etc. — prefectus excubiarum prime cohortis S. 
R. M. eques niagnus crucis sanctorum Mauritii et La- 
zari commendatarius stupinixij Equestris turme Dux 
primarius. Maritus Illme ac E me D. Angelae Monicse 
marchionissie de Tournon, omnibus ecclesiae sacramen- 
tis devotissime susceptis in amplexu Jesu Christi cru- 
cifixi animam Deo recldidit diexix nu jus et die sequenti 
sepultus fuit in hac parrochiali ecclesia in sepulcro 
suorum majorum existenti sub ara maioriadtatis anno- 
rua! 63 circiter. 

(Extrait des reg. de la paroisse de Saint-Augustin, 
à Turin.) 

17 septembre 1736. — Testament de la marquise 
D. Monique Angèle Maillard Berthé de Tournon, 
comtesse de Givoletto (femme du marquis Félix- 
Emmanuel Maillard, etc.). 

Elle fait quelques donations à ses nièces Angèle, Cons- 
tance, Thérèse, Monique et Gabrielle, des legs aux gens 
de sa maison et à quelques confréries ; enfin, après quel- 
ques dispositions relatives à son enterrement qu'elle veut 



312 

être célébré sans pompe à l'église de S 1 Augustin dans 
la tombe de la famille Maillard, elle laisse : 

1° Au marquis Charles Antoine, son neveu, tous ses 
bijoux et à la marquise d'Alby-Saluzzo, mère de son 
neveu, 100 louis d'or ; . 

2° A sœur Marie-Philiberte de Tournon sa fille pro- 
fesse au monastère de la Visitation de Pignerol, dans le 
siècle Cécile Marie Délibère, la somme de 300 livres (1); 

3° Une somme égale à dem e ' le Monique Marie Isa- 
belle sa nièce et fille unique de feu la comtesse Anne 
Angèle Marie de Tournon et femme du comte J. B. 
Fausson de Clavesana ; 

4° Elle nomme héritier universelle marquis de Tour- 
non Victor Amédée, son fils unique. 

Elle meurt le 19 février 1739. 



(1) Elle avait pris l'habit le G janvier 1701; à cette occa- 
sion, sa mère avait promis une dot de 3750 livres de Pié- 
mont, 750 livres pour le trousseau, 450 livres pour le don 
à l'autel, et 250 livres pour les frais ordinaires de profes- 
sion. Celle-ci eut lieu le 7 janvier 1705 et, auparavant, ma- 
dame de Maillard compta au eouvenl les sommes promises. 
Les sœurs qui donnèrent quittance, furent les dames Marie- 
Philiberte «le Monthouz, supérieure; Victoire-Marguerite 
Savait; Anne-Marie Scozia; Angélique-Agnès Bouchard, et 
Claire-Antoine Bigliosa. 



343 



XL 
VICTOR-AMÉ îï DE MAILLARD 

MARQUIS D'ALBY ET DE ST-DAMIEN 

Deuxième ècuyer et gentilhomme de bouche de S. A. , 
premier ècuyer et gentilhomme ordinaire de la chambre, 
— Major dans les gardes du corpSj — Capitaine de la 
deuxième compagnie des gardes du corps, — Brigadier 
de cavalerie,, — Maréchal de camp de cavalerie, — Lieu- 
tenant général de cavalerie, — Chevalier de l'Ordre de 
l'Annonciade. 

Né en 1685, capitaine dans Le régiment des dra- 
gons de Piémont, il est nommé second ècuyer de 
bouche le 9 septembre 1713. Le 23 février 1715, il 
épousa Marie-Eléonore de Saluées, du Châtelard 
et Paesana, fille du comte Balthazard de Saluées 
et de Constance Arborio de Gattinara. 

Il eut de ce mariage : 

1° Charles-Joseph-Marie-Antoine-Augustin de 
To union., né à Turin le 7 juin 171G. 

2° Ange-Constance de Tournôn, religieuse au 
couvent de S te -Croix. 

3° Barbe-Marie-Thérèse, religieuse au môme 
monastère, née à Turin le 6 novembre 1720. 

4° Félix-Emmanuel-Franrois-Dominique-Lau- 
rent-Marie, né à Turin le 9 août 1724, décédé le 
30 décembre 1728. 

5° Monique-Marianne de Tournon. 

Mariée : 1° en 1740 le 4 janvier à Pie-Alexan- 



344 

dre Cacherano Crivelli Scarampi de Villefranche 
d'Asti. Par contrat du 4 septembre 1739, elle re- 
çut en dot de ses parents : 25.000 livres, y compris 
un trousseau de 5.000 ; plus 10.000 livres â la 
mort de sa mère ; et 7. 500 livres pour achat de 
bijoux. 

En 1744 et le 21 du mois d'avril, le marquis 
Pie-Alexandre, gravement malade, fit son testa- 
ment et nomma héritières particulières ses en- 
fants Angèle-Marie, Josèphe-Eléonore, Delphine- 
Marie-Josèphe et une autre fille née depuis peu de 
jours et câ laquelle on devait donner les noms de 
Marie-Elisabeth. Il institua héritier universel le 
marquis Antoine- Alexandre- Victor-Marie- Joseph, 
son fils. 

M lle de Tournon épousa, en secondes noces, le 
22 novembre 1745, le comte Antoine-Amédée 
Alfieri de Cortemiglia , qui testa le 4 décem- 
bre 1749. ' 

Dans cet acte : 

1° Il lègue à la comtesse Monique-Marianne, sa 
femme, une pension de 500 livres qu'elle perdra 
si elle se remarie. 

2° Il nomme son héritière particulière sa fille 
Gabrielleet lui laisse une somme de 20,000 livres ; 
sa femme étant enceinte, il fait quelques disposi- 
tions particulières dans le cas où l'enfant qui lui 
naîtrait serait un garçon ou une fille. Ce fut un 
garçon, et il mourut quelques mois après sa, nais- 
sance. 



345 

3° Il nomme héritier universel le comte Victor- 
Améclée Alfieri, son fils. Cet enfant devint le 
fameux auteur de tragédies bien connues. 

En troisièmes noces, la comtesse Monique, jeu- 
ne encore quoique déjà veuve de deux maris, 
épousa le chevalier Charles-Hyacinthe Alfieri di 
Cortemiglia, du même nom Alfieri di Cortemi- 
glia que le précédent, mais d'une autre branche. 
Celui-ci mourut en 1707. 

Le 17 avril 1721, Victor- Amédée II Maillard, 
capitaine de la première compagnie des gardes 
du corps, est nommé premier écuyer et gentil- 
homme de la Chambre. Le 13 mars 1731, il est 
élevé au grade de major des gardes du corps avec 
le traitement de 3,703 livres argent ; le 13 juin 
1733, il devient capitaine de la deuxième compa- 
gnie des gardes du corps, en remplacement du 
marquis de Broglio nommé gouverneur du duc de 
Savoie. Le 27 février 1734, il est fait brigadier de 
cavalerie. Le 27 avril 1737, le roi de Sardaigne 
Charles-Emmanuel III, à raison de l'exactitude et 
de la fermeté que le marquis d'Alby a fait paraî- 
tre dans les dernières guerres, le nomme maré- 
chal de camp de cavalerie. Le 30 janvier 1744, il 
reçoit le grade de lieutenant-général de cavalerie. 
Enfin, le 15 mai 1750, il reçoit une distinction 
suprême ; son souverain le crée chevalier de 
l'ordre de l'Annonciade. 

Le 13 avril 1730, près de 15 ans avant sa mort, 
le marquis Victor- Amé voulut s'occuper de son 
testament. 



346 

Il donne des ordres relatifs à sa sépulture, vou- 
lant, s'il meurt à Tarin, être enterré dans la tom- 
be de ses ancêtres, dans l'église de Saint-Augus- 
tin ; s'il meurt en Savoie, être transporté dans le 
caveau de ses pères, -sous la chapelle de Saint- 
Pierre, à côté du chœur, dans l'église deRumilly, 
sans pompe et accompagné seulement de quatre 
flambeaux. 

Il fait ensuite de nombreux legs aux églises pa- 
roissiales de ses fiefs, aux hôpitaux de Turin, 
Chambéry, Annecy et Savigliano. 

Reconnaissant enfin des mérites de sa chère 
femme et de l'affection toute particulière qu'elle 
lui a toujours témoignée, il veut qu'elle ait un 
appartement commode et convenable, que son 
héritier lui fournisse la table en ville et a la cam- 
pagne, avec six domestiques et la voiture, plus la 
rente de 1 ,600 livres par an; et si elle préfère avoir 
une habitation séparée, son héritier lui paiera une 
pension annuelle de 5,500 livres. 

Il fait enfin des cadeaux à quelques amis et des 
legs aux gens de sa maison, puis il laisse : 

1° A ses deux filles D. Angèle-Constance-Fran- 
çoise et D. Thérèse-Cécile-Elisabeth, religieuses 
au couvent de S te -Croix à Turin,, 300 livres chacu- 
ne ; 2° il donne à chacune de ses deux filles Moni- 
que et Gabrielle 25.000 livres ; 3° à R de Mère de 
Tournon D. Marie-Ignace, sa tante, abbesse du 
monastère de S te -Croix, et à sa sœur chérie et uni- 
que R de Marie-Philibei te., religieuse à la Visitation 



347 

de Pignerol, 300 livres ; 4° il institue héritier uni- 
versel son fils unique le marquis Charles- Augustin- 
Antoine de Maillard. 

Par un codicille en date du 29 mai 1746, il lè- 
gue à ses deux premières filles D. Angèle-Cons- 
tance-Françoise et D. Thérèse-Cécile une pension 
de 50 livres. Sa fille Gabrielle étant morte, et 
l'autre, Monique, étant veuve et remariée au com- 
te Alfieri, il croit devoir annuler les dispositions 
contenues dans son testament à leur égard. 

Par un second codicille en date du 2 mai 1751, 
il laisse à cette dernière, qui est devenue veuve 
du comte Alfieri., 750 livres pendant son veuvage. 
Victor-Ame II de Maillard marquis d'Alby mou- 
rut à Turin le 25 avril 1754 et fut enseveli dans 
l'église de S*-Augustin. 

Le 30 août 17G2 sa veuve fait aussi son testa- 
ment. Elle lègue : 1° à la comtesse deCastagnole, 
sa fille Monique-Marianne Alfieri de Tournon, la 
somme de 1.000 livres ; 2° à D. sœur Angèle- 
Constance, son autre fille, religieuse, la somme de- 
200 livres ainsi qu'une pension de 50 livres ; 3° au 
marquis Thomas-Marie , fils aîné du marquis 
son fils, une pension de 100 livres, et aux comtes 
Marie-Joseph d Marie-François Xavier, autres 
fils dudit marquis, une somme de 5.000 livres dès 
qu'ils seront parvenus à l'âge de 18 ans ; 4" à Ma- 
rie-Monique et Marie-Delphine, filles dudit mar- 
quis, son fils, 5.000 livres ; 5° elle fait héritier 
universel le marquis Charles-Augustin-Antoine 
Maillard de Tournon, son fils. 



348 

Elle laisse un sac scellé dans lequel on trouvera 
mille livres destinées à faire célébrer des messes 
pour le repos de son âme, savoir : 200 à l'église 
de St- Augustin, 100 à la Consolata, à la Visita- 
tion, à St-Dalmas, au' Monte, 300 aux Jésuitrs, 
et le reste sera distribué en aumônes. 

La marquise Eléonore-Marie-Saluces de Paesa- 
na mourut à Turin le 20 avril 1769 et fut ensevelie 
à côté de son mari. 

C'est donc dans l'église de S*- Augustin, à Turin, 
que reposent le corps du grand-père et de la grand'- 
mère maternels de l'illustre poète Victor Alfieri. 



349 

XII. 
CHARLES-AUGUSTIN DE MAILLARD 

MARQUIS D'ALBY, DE ST-DAMIEN, ETC. 

Enseigne, — Lieutenant, puis Capitaine dans le Bègi/ncnt 
des Gardes,— Major d'infanterie,— Colonel auEègimeit 
de Pignerol, - Brigadier d'infanterie, — Major-gènéral 
d'infanterie, — Gouverneur de la mile et de lapromnce 
<le Suse, — Lieutenant-général d'infanterie, — Gouver- 
neur de la province de Saluées. 

Charles-Augustin Maillard, né à Turin le 7 mai 
1716, est nommé enseigne (alftere) au régiment des 
Gardes le 7 mai 1732, lieutenant dans ce même 
corps le 9 février 1734 et capitaine le 22 mars 1735 
avec un traitement de 1.146 livres argent. 

Le 25 novembre 1741, il épousa demoiselle 
Marianne dal Pozzo, fille aînée du Prince de la 
Cisterne Don Alfonse Henry dal Pozzo et de dame 
Rovera marquise de Voghera ; née â Turin le 2 
janvier 1723, décédée au même lieu le 4 mai 1793. 

11 eut de ce mariage : 

1° Victor-Joseph-Ignace, né le 12 septembre 
1742, mort à peine âgé de 4 ans. 

2° Charles-François-Henry-Etienne, né le 26 
décembre 1743, mort â l'âge de 6 ans. 

3° Victor-Amédée-Thomas-André-Marie, qui 
suit, né â Turin le 10 novembre 1747. 

4° Gaspard-Marie-Nicolas-Benoit-Louis, né le 
10 septembre 1750, mort à l'âge de 3 ans. 



350 

5° François-Joseph-Amédée-Marie, né à Turin 
le 23 janvier 1752 ; — était encore vivant en avril 
1807, époque à laquelle son frère Victor-Amédée 
rappelle dans son testament V amitié constante 
qui les unit. 

Le cliev. François Maillard de Tournon, au sor- 
tir de l'Académie militaire, fut promu le 5 mai 
1772 sous-lieutenant de cavalerie dans les dra- 
gons. 

En 1785, le 28 mars, il fut promu capitaine au 
même régiment, et major le 13 février 1795. 

Le 28 décembre 1796, il demanda et obtint de 
quitter le service pour raison de santé. 

Le 7 janvier suivant, on lui accorda le droit do 
conserver son grade et l'usage de l'uniforme du 
régiment auquel il appartenait. 

Il mourut en 1809, comme on le voit par l'acte 
de décès qui suit : 

EMPIRE FRANÇAIS 

L'an 1809 le 24 e jour du mois d'avril à 11 heures du 
matin par devant nous, maire adjoint de la ville de Tu- 
rin. . . sont comparus. . . lesquels nous ont déclaré que 
ce matin à G heures est décédé de maladie inflamma- 
toire les 1 " Joseph François Marie Maillard propriétaire 
âgé de 57 ans, né et domicilié à Turin à la section du 
Mont Cenis Rue Bellezia n° 4, maison propre, au 1 èr 
étage, fils célibataire à feu Augustin Charles Maillard et 
Marianne del Pozzo. 

6° Augustin-Xavier-Marie-François, né à Tu- 
rin le 1"' janvier 1754 ; 



351 

7° Thérèse-Marie, professe au couvent de la 
Visitation, à Pignerol, le 25 août 1764, morte le 20 
juillet 1775 ; 

8° Barbe-Eléonore-Marie-Dauphine, née à Tu- 
rin le 10 novembre 1756, mariée le 10 juin 1775 
au comte Louis-Marie de Biandrà de Saint-Geor- 
ges et Foglizzo. 

Le 20 février 1744, Charles-Augustin de Mail- 
lard, marquis d'Alby, est nommé capitaine de 
grenadiers au régiment provincial de Pignerol ; 
le 26 mai suivant, en récompense de sa belle con- 
duite à la défense des tranchées de Villefranche 
contre les Gallo-Espagnols, il reçoit le titre de 
major d'infanterie. 

Le 11 avril 1747 et le 17 juillet 1755, il est suc- 
cessivement nommé lieutenant-colonel et colonel 
de ce même régiment. Le 13 mars 1771, il devient 
major-général d'infanterie . 

Le 14 décembre 1771, il reçoit le gouvernement 
de la ville et de la province de Suse, et le 20 mars 
1775 celui de la ville et de la province de Salures, 
sans obligation de résidence. 

Le 3 septembre précédent, il avait été fait lieute- 
nant-général d'infanterie. 

28 décembre 1755. — Testament du marquis 
Charles- Augustin Maillard de Tournon : 

Suivant en cela l'exemple de son père, il s'oc- 
cupa de son testament bien des années avant sa 
mort. Comme lui, il voulut être enterré à Ru- 
milly, s'il mourait en Savoie, ou dans l'église de 



'3d2 

Saint-Augustin, a Turin, s'il mourait en Piémont, 
sans pompe et accompagné seulement de quatre 
flambeaux. 

Après avoir reconnu les dispositions faites par 
son père en faveur de la marquise de Tournon, sa 
mère, relativement à son appartement, son argen- 
terie, meubles, voitures, il en fit d'analogues en 
faveur de la marquise Marianne d'Alby, sa fem- 
me, et lui laissa 1,500 liv. en don et une pension 
de 5,500 liv. pour son entretien, outre les meu- 
bles, argenterie, chevaux et voiture. 

Il fit aussi quelques donations à sa sœur, la 
comtesse Alfieri di Castagnole ; à sa tante, sœur 
Philiberte, et à sa sœur D. Angèle, religieuses au 
couvent de Sainte-Croix. 

Il lègue au comte Joseph de Maillard, son se- 
cond fils, et au chevalier Xavier de Tournon, son 
troisième fils, une somme de 1,500 liv. en cadeau 
et une pension de 1,500 liv.; il laisse à Thérèse, sa 
fille, une somme de 35,000 liv. à titre de dot et 
5,000 liv. de trousseau ; il nomme enfin son héri- 
tier universel le marquis André-Thomas- Victor- 
Marie d'Alby, son fils bien-aimé. 

Dans l'intervalle, sa femmeayant mis au monde, 
le 11 novembre 175G, une fille appelée Barbe- 
Eléonore-Delphine, il lui donne, par un codicille 
du 9 février 1757, 25,000 liv. â titre de dot et 
5,000 liv. de trousseau, sans préjudice de ce qu'il 
a lai;: >é à sa fille aiii )6. 

S;i première fille, Thérèse, s'étant faite reli- 



853 

gieuseàla Visitation de Pignerol, il charge son 
héritier universel de lui donner 200 liv. de pen- 
sion et un cadeau de 300 liv., dix-huit mois après 
sa mort. 

Charles- Augustin Maillard de Tournon mourut 
le 24 mars 1778. Sa veuve testa le 20 mars de 
l'année suivante ; elle légua : 1° aux demoiselles 
Marianne, Delphine et Gabrielle, filles de son hé- 
ritier universel, et autres à naître, une somme de 
4,000 liv.; 2° à chacun de ses fils, les chevaliers 
Joseph et Xavier, la somme de 10,000 liv., et ins- 
titua héritier universel son fils le marquis Victor- 
Amédée de Tournon. Elle mourut le 4 mai 1793. 

« Le mariage de Charles-Augustin Maillard 
avec la fille du prince de la Cisterne est l'une des 
belles alliances de la famille. L'on sait qu'Amé- 
dée-Ferdinand , duc d'Aoste, qui fut quelque 
temps roi d'Espagne, avait épousé en premières 
noces Marie- Victoire-Charlotte, princesse de la 
Cisterne, morte en 1876. » 



23 



- 



XIII. 

VICTOR-AMÉDÉE IÏI DE MAILLARD 

MARQUIS d'aLBY, El , 

rie. — -major. — Lieutenant au régiment 

procincial de Pignerol. — Capitain -M d'infanterie. 
— Gentilhomme ordinah C bre. — Li 

nant-colonel d'in fanter 

le 10 novembn 1747 mort le 24 janvier 1816.) 

I. • 13 mars 1763, il si 

au régiment provincial de Pignerol, dont - 
frère avait été colonel. 

Le 23 janvier 1768, il devient aide-major au 
giment : ., octobre 1771, lieutenant 
d'infantei 

Le 16 mai 1772 iJ ! . 

Guidol - dm, née en 17 i 

dinal Charles- Albert Guidobono. 11 eut d ma- 
riag 

1 Tl 5e-Marie-( Turin '. 

: 77:] : 

2 Chai - ph-Louis, né le ^5 décembre 
1774. mort I suivanl 

3 Delphi n phe-Antoine-Marie, née 
mars 177»'. : 

4 J - jj hin 

5 Pierrc-Frani;ois-Charles-Louis-Marie, né a 
Turin le 1 m L781, mort avant 1807; 

H -' I -The > le 12 ou le . 

janvier 1784; 



355 

7 Félix -Jean- Hemy-Alexandre -Marie, né à 
Turin le 10 juillet 1791 ; 

8° Victoire... ; elle vivait encore en 1814 ; 
moite jeune a Notre-Dame-de-l'< >ropa. 

Le 13 avril 1775, le marquis de Tournon-Alby 
est nommé capitaine d'infanterie; — major le 28 
septembre 1770 ; — gentilhomme de la Chambre 
(honoraire) le 7 décembre 1781 ; — lieutenant-co- 
lonel d'infanterie le 4 avril 1789 ; —gentilhomme 
effectif de la Chambre du Roi le 8 décembre 1789. 

« Le 9 septembre 1784, par aete Torreta no- 
taire â Turin, il vend la baronnie du Bouchet à 
Jean-Claude Demotz, substitul de l'avocat des pau- 
vres au Sénat de Savoie, pour le prix de 30,000 
livres. Les terres avaient une superficie de 1X7 
journaux, environ 60 hectares. » 

(Croisollet. Hist. de Rumillt/j Supplément, \>. 90.) 

Il l'ait un testament olographe le lOavril 1807 ; 
il s'y dénomme : Je soussigné Victor- Amé Mail- 
lard Tour non j propriétaire. Il mourut à Turin 
le 11 janvier 1810. 

Sa femme ne lui survécut que 5 jours, étant dé- 
cédée le 19 janvier. Ils instituèrenl héritier leur 
fils unique, le marquis Félix, et firent des legs à 
leurs filles Marie -Anne (Caroline), épouse du 
comte Raphaël Bertodano de Bielle; Delphine, 
épouse de Massaglia Pensa ; Joséphine, veuve du 
marquis ( ' >rvetto di Camerano ; Henriette, femme 
du comte Radicati di Passerano, el Victoire. 



356 



XIV. 

FÉLÏX-JEAN-HEMRY-ALEXANDRE 
MAILLARD 

MARQUIS DE TOURNON, d'ALBY, ETC. 

Avocat, — Sous-lieutenant au régiment provincial de 

Turin (gardes), — Gentilhomme de bouche de S. M., — 
Lieutenant au régiment provincial de Turin (gardes), 
— Capitaine au régiment grenadiers-gardes, — Capi- 
taine d'ordonnance dans les gardes, a fait la campa- 
gne de 1815. 

(Né à Turin le 10 juillet 1791, décédé le 27 septembre 1819, 

à Alexandrie.) 

Le 2 décembre 1809, il obtient le diplôme de ba- 
chelier en droit : 

UNIVERSITÉ IMPÉRIALE 

Au nom de Napoléon, Empereur des Français, Roi 
d'Italie, etc., 

Nous Louis de Fontanes, grand maître de l'Univer- 
sité Impériale, Comte de l'Empire, 

Vu le certificat d aptitude au grade de Bachelier, ac- 
cordé le 22 juin 180'J par le doyen et les professeurs de 
la faculté de droit, Académie de Turin, au s 1 ' Maillard 
de Tournon Félix Jean, — né à Turin — le 10 juillet 
1791. 

Vu l'approbation ... — Donnons par ces présentes au 
s 1 ' Maillard de Tournon le diplôme de Bachelier en droit. 

Fait au chef lieu — à Paris le 26 décembre 1809. 

Le g d maître Fontanes. 

Diplôme de Licencié en droit — à Paris le 3 août 
1810 ; signé Fontanes. 



357 

A la Restauration et le 8 décembre 1815, Félix 
Maillard de Tournon est nommé sous-lieutenant ; 

gentilhomme de la bouche le 22 février 1815 ; 
lieutenant clans le régiment provincial de Turin le 
12 août suivant ; il fait la campagne de 1815 ; 
lieutenant provincial de grenadiers d'élite le 4 
septembre 1817. Il meurt quelques jours après, le 
27 septembre, à Alexandrie. 

Voici l'espèce d'acte de décès de ce dernier des 
Maillard que voulut dresser le curé de la paroisse 
de Saint- Augustin, de Turin : 

Die 27 septembris, ill us D. Félix, marchiodi Tournon, 
filins quondam illustrissimorum D. D. Victoris-Ame- 
dei et, Lauree Cavalchini di Garofano, jugalium, mar- 
chionum Maillard de Tournon, dux legionis dicte délie 
Guardie, aeiatis suœ annorum 28 circiter, Alexandriœ 
obiit et in libro mortuorum eum descripsi ut jam meus 
naturalis parochialis. 



« Nota. — On peut lire sur les Maillard, comtes 
de Tournon, ce que le P. Archange en a dit dans 
son Précis historique sur le château de Tour- 
non (tome III des Travaux de la Société d'his- 
toire de Saint-Jean de Mauriennc, p. 212 et sui- 
vantes). 

On se souviendra, toutefois, qu'il n'y eut pas de 
correspondance échangée entre suint François de 
Sales et Pierre Maillard. Le destinataire des let- 
tres de 1613 et de 1614 fut Prosper-Marc Mail- 



358 

lard, qui mit l'évèque de Genève-Annecy au nom- 
bre de ses exécuteurs testamentaires. 

On remarquera au cours de ce travail et dans 
les Documents qu'en 1545 les Maillard élisent leur 
sépulture dans la chapelle- sous l'invocation de 
saint Maurice, près de l'église paroissiale (Docu- 
ment IV). Plus tard, notamment en 1(388 et en 
1739, ils parlent du caveau de leur famille placé à 
côté du choeur, dans l'église de Rumilly, sous la 
chapelle de Saint-Pierre. 

Dans une note adressée par le député Bosio à 
M. A. Dufour, il est dit que le corps du cardinal 
de Tournon a été enseveli à Rome, dans l'église 
des Rois mages, et ne se trouve pas sous le beau 
monument en marbre et bronze élevé à la mé- 
moire de ce prélat. » 



%r 



DOCUMENTS 



i. 

16 février 1466. 

il [ariage entre noble Jean III de Maillard 
et demoiselle Jeanne de Lornay. 

(Archives de la Famille. — Parchemin.) 

Anno a nativitate Domini sumpto mill quatercent se- 
xagesimo sexto jnditione décima quarta' et die vero 
sexdecima mensis Jebruarij. Per huius veri publici 
instrumenti tenorem cunctis fiât manifestum. Quod cum 
tractatum extiterit de matrimonio contrahendointer no- 
bilem Johannem Malliardi de Rumilliaco ex una et 
ûobilem Janam filiam quondam nobilis Pétri de Lor- 
nay partibus ex alia. hinc est quod coram nobis notarijs 
publicisettestibus infrascriptis,Prefatus nobilis Johannes 
Malliardj promittit Juramento suo super euangeliis dei 
sanctis per ipsum manualiter taclis prestiîo accipere in 
uxorem et suam legitiraanni sponsam dictam nobilem 
Janam sancta maire ecclesia et jure canonico non repu- 
gnantibus et nobilis glaudiusde Lornay patruus prefate 
nobilis Jane, nobilis Johanneta de Charno relicta nobi- 
lis Pétri de Lornay mater eiusdem nobilis Jane et 
nobilis Ludovicus de Lornay, frater eiusdem Jane, pro- 
mictunt consimili juramento procurare cum omni effectu 
quod dicta nobilis Jana nubet cum prefato nobili Johan- 



360 

ne Ma] Hardi et ipsura accipiat in virum et sponsum 
suum legitimura Deo et sancta matre ecclesia conceden- 
tibus. cujusquidem matrimonii contemplatione prefati 
nobiles Glaudius patruus Johanneta mater et Ludo- 
uicus frater eiusdem sponse scilieet ipse nobilis Ludo- 
uicus nomine suo et nobilis Araedei de Lornay eius 
frater, omnes insimul et ipsorum quilibet principaliter 
et insolidum dant et constituunt prefato nobili Johanni 
Malliardi sponso presenti stipulant! et recipienti in do- 
tem pro dote et nomine dotis dicte nobilis Jane sponse 
proque omnibus ipsius nobilis Jane juribus paternis et 
materais reseruata legali successione seu excheuta, vide- 
licet octocentum florenos parui ponderis computato 
quolibet floreno pro duodecim denariis grossis monete 
Sabaudie. Quosquidem octo centum florenos parui pon- 
deris dotales' promictunt prenominati nobiles glaudius 
patruus, Johanneta mater, ludouicus frater eiusdem 
nobilis Jane sponse et dictus ludouicus nominibus 
quibus supja... dare... et realiter expedire prefato nobili 
Johanni Malliardi sponso in pace et sine lite terminis et 
solutionibus infrascriptis videlicet incontinenti ducentum 
florenos pp et de proximo festo pasche in vnum annum 
quinquaginta florenos pp. et sic successive de anno in 
annum eodem termino... quinquaginta flor. usque ad 
plenam solutionem... Et eandem nobilem Janam spon- 
sam munire de vestimentis honorifice secundum eius 
statum... Quam vero dotem vnacum quatercentum 
florenis pp. quos prefatus nobilis Johannes Malliardi 
sponsus prefale nobili Jane licet absenti... dat et consli- 
tuit in augmentum dolis secundum bonos usus et con- 
suetudines patrise promictit ipse nobilis Johannes Mal- 
liardi sponsus per juramcnlmn... reddere restituera 1 1 
soluere prefate nobili Jane sponse seu causam habituro 



361 

ab eadem in omni casu dotis restitution is, quod absit, 
per consimiles terminos et solutiones quibus dicta dos 
est supra solutura. . . . Submictentes dicte partes se et 
suos et omnia bona sua. . . . omnibus et singulis curiis 
.... Actum apud cholex in domo forti eorumdera nobi- 
lium presentibus nobilibus Jacobo domino de charanczo- 
nay . . . etc. Ego vero Jacobus Ronzerii de Rumilliaco. . . 
notarius. . . . vocatus presens interfui et hoc instrumen- 
um cum dicto Petro Luyseti rogatus recepi etc. 



II. 

5 février 1490. 

Lettres d'Ecuyer de la duchesse Blanche et de son 
fils le duc Charles II, pour noble 
Amédée Maillard. 
(Archives de la famille. — Parchemin.) 

Blancha ducissa sabaudise tutrix et tulorio nomine 
illmi principis filii nostri carissimi Karoli Johannis 
Amedei ducis sabaudie Chablasii et Auguste etc. Uniuer- 
sis facimus manifestum. Quod nos attendentes sen- 
sum prudentiam diligentiam, generis claritatem nobili- 
tatem et alias Innumeras virtutes dilecti fîdelis nostri 
Amedei Maliardi, nec non grata accepta et laudabilia 
servitia, per ipsius Amedei progenitores predecessoribus 
prefati filii nostri multipliciter, et accurate impensa 
et que dietim per dilectum fidelem eonsiliarium nos- 
trum Johannem Maliardi cjus genitorem et ipsuin 
Amedeum nobis et dicto filio nostro impenduntur, ac 
in dies impendi speramus. Ipsum igitur Amedeum Ibi- 
dem presentem et cum gratiarum actione bumiliter 



362 

acceptantem. Ex nostra certa scicntia In scutifïerum 
nostrum et prefati filii nostri haruni série retinernus sub 
librata duarum personarum et totidem equorurn dato- 
rum aliorumque scutifferorum nostrorum numéro et 
consortio aggregamus volentes quod -illorum nomine 
preheminenliis prerogativis Immunitatibus. . . . gaudeat 
et potiatur quibus ceteri scutifferi nostri gaudentetpotiri 
soliti sunt. Ipse enim nobis in talibus solitum et debi- 
tum ]>restitit Juramentum. Mandantes ea propter etc. 
Datas in Montecalerio die 5 a februarii millesimo qua- 
tercentesirao nonagesirno sexto. 



III. 

28 juillet 1525. 

Recognitio nobilis Jacobi filii quondam Johann ix 
Malliardi de Rumilliaco. 

Anno clomini niilllesimo quingentesimo vigesirao 
i|iiinto Indicione vresdecima Et die vigesima octaua 
niensis Jullii Per p resens etc. . . . Ad Jnstânciam Mis 
pétri Mugnerii notarii publici commissarii que et 
Receptoris extentarnm castri ville et mandamenti Ru- 
milliaci ac totius Resorti eiusclem specialiter et légitime 
cleputati stipulantis et Recipientis vice nomine et ad 
opus IUustrisimi principis domini nostri Karoli sabaudie 
etc. . . . Dacis etsuorum etc. . . . Coram me commissario 
supranominato notario subsignato Personaliter consti- 
tutus nobilis Jacobus filius quondam nobilis Johannis 
Malliardi de Rumilliaco Qui gratis etc. . . . pro se et 
suis etc. . . . Insequendo récognition*' m alias In manibus 
Egregii pétri poncerii quondam notarii et pro tuno barum 



303 

extentarura commissarii per nobilem Joliannem Mal- 
liardi patrem quondam dicti confitentis factam confîtetur 
etc. . . . se et suos predictos tenere de prelibato domino 
nostro sabaudie Duce et suis in emphiteosim perpetuam 
deque ipsius dominio directo ad causara vicedomnatus 
Rumilliaci res sequentes : 

Et primo quamdam peciam prati sitam In territorio 
bocheti brœysie juxtapratum dicti confitentis ex occident i 
pratum benrici galliardi quod fuit Jacobi gollieti nan- 
tumque douz prouaginet ex boreaet Juxta pratum dicli 
henrici galliardi quod fuit dicti gollieti ex vento. 

Item quamdam petiam vinee terre et nemoris con- 
tinentem in toto circa duo Jornalia sitam Ibidem juxta 
pratum supra recognitum quadam via Intermedia ex 
oriente nemus eiusdem confitentis de alio ut dicitur feudo 
ex occidente et juxta nantum predictum douz prouaginet 
ex borea. 

Pro quibus duabus peciis supra confinatis debere 
confîtetur Idem nobilis confitens pro se et suis prediclis 
prelibato domino nostro duci et suis quibus supra de 
seruitio annuali et perpetuo videlicet quatuor solidos 
gebennenses anno quolibet termino festi sancti Micliae- 
lis archangelli perpetuo persoluendos. 

Promictens etc. . . . Renuncians etc. . . . Actum Ru- 
milliaci ante domum seu In bancha scribanic mis com- 
missarii supra nominati presentibus Ibidem egregiis 
Hugone Franconis notario, Johanne Mugnerii clerico et 
Glaudio Barberii testibus ad premissa vocatis et Rogatis. 
Idem commissarius p. Mugnerii. N. 

Summa seruitii. III I or — S. Gebcnn. 



364 

IV. 

21 février 1545. 

Testament de noble Jacques de Maillard 
seig v du Bouchet. 

Au non de Jésus nostre saulueur et rédempteur 
amen. Par ce présent public acte sachent tous presens 
et futueurs que l'an de grâce prias à la natiuité dudict 
nostre seigneur Jésus courant mil cinq centz quarante 
cinq Indition troysièsme auec le mesme an prinse et le 
vingt unyesme jour du moys de feurier es présences de 
moy notaire et des tesmoings soubt escriptz et nommes 
constitué et establi en sa propre personne noble Jacques 
Malliard de Rumilly escuyer seigneur du bochet de ses 
sens gré pure et franche volente, de ses faictz et droictz 
souffizamment comme dict informé et bien aduisé 

considérant toute humayne créature estre mortelle 

A ceste cause ayant en soy sens memoyre entende- 

mant et usage de rayson pour la grâce de Dieu Jaçoyt, 
qui soit débile malade et mal dispose de corps a faict 
disposé et ordonné faict dispose et ordonne son dernier 
testament nuncupatif et dernière volemë Première- 
ment Recommande son ame a Dieu Son corps 

après que d'icelluy son ame sera séparée veult com- 
mande et ordonne II noble Jaques Malliard testateur 
estre enterre et sépulture en la chapelle soub l'inuoca- 
tion saint Mauris près l'église parrocbiale saincte 
Agathe dudit Rumilly fondée et dotée en laquelle dist 
estre enterres les corps de ses parens ancestres et pré- 
décesseurs En laquelle église parrochi.ili' saincte Agathe 
veult commande et ordonne estre faicte sa sépulture 
exeques et funerallies esquelles sépulture exeques et 



:i<;5 

funerallies veult commande et ordonne estre dictes et 
célébrées deuotemant a l'honneur et loange de Dieu 
éternel omnipotent et pour le salut de son ame trois 

centz messes à basse voix en kidite église parro- 

chiale dudil lieu le jour de sa sépulture et enterremant 
de sondict corps et troys jours après prochainement et 
continuellemant suyuantz et pour chaque messe troys 

soldz monnoye Sauoye pour vne foys. Plus veult 

estre dictes et célébrées en ladite église ledict jour de 
sadicte sépulture et trois aultres jours après prochai- 
nement, et continuellement suyuant douzes messes à 
aulte voix a diachre et sous diachre c'est ung chescun 
desdits quatre jours troys grandes messes a haulte voix 
comme dessus et pour chascune desdites douzes grandes 

messes estre donnés douzes solz monnoie predicte 

pour vne foys. Plus veult estre dict en sa mayson 

après son deces et trespas auprès de sondict corps la 
nuyct deuant qu'il soit mis en terre le psaultier pour 

six prebtres et a ung chascun diceulx estre donnés 

six soldz monnoye predicte pour vne foys Et par six 

aultres prebtres estre dictes ladicte nuyct en sadicte 

mayson vigilles de l'office des trespasses et à ung chas- 
cun d'eulx estre donnés dix huictz deniers monnoye 

predicte pour vne foys comme dessus. Plus veult 

pour le luminayre de sadite sépulture treze torches de 

cire estre pourtées partrezes pouures enfans habilles 

et reuestus aux despens de sesclitz héritiers de drapt 
blanc ou noyrt a la volonté et discrétion de ses parentz 

et amys. Plus veult que dedans vng an de prochain 

suyvant après son deces et trespas estre donné vingt 

cinq coupes froment mesure de Ru mi!! y a pouures 

gens lesquelles auront plus grande nécessité a la 

discrétion et ordonnance de Rev J seig 1 ' Xicollas Mal- 



366 

liard prieur du prieuré dudii Ruinilly son frère et de Rd 
seygneur Fraucoys Malliard fil dudit testateur. Plus 

veult que vng an après de proehayn suyuant son 

deces et trespas et a tel et semblable jour que sondit 

corps sera enterré estre dit et célébré en ladicte 

chappelle de sainct Mauris près ladicte- église duclict 
Rumilly fondée une grande messe a aulte voix auec 
diacre et soubt diacre de l'office des trépassés par les 
seig rs prebtres et clers de chor de ladite église et après 
ladite messe estre dit dessus le tombeau dudit testateur 
y aspergent d'eau benoicte le respond desclicts trespasses 
Libéra me domine, etc. auec les Exaudi comme ils 
ont accoustume fere Et successivemant et perpetuelle- 

mant tous les ans Et pour observer fere et acom- 

plir annuellemant et ledit jour que dessus Il testa- 
teur donne et lègue esdicts vénérables seig rs prebtres... 
dix lmictz soldz monnoye que dessus de ausmone ou 

pension annuelle paiables par lesdits héritiers 

et lesquelx dix-huict soldz annuelz veult commande 

et ordonne estre...., ce niesme jour distribues aux preb- 
tres et clercz de chor de ladite église presentz et assis- 

tantz à la célébration de ladicte messe Item veut 

sesclictz héritiers vniuerselz estre charges et tenuz poier 
annuellemant et au jour predict esdictz seigneurs de la- 
dicte eglisa iceulx dix huict solz annuelz jusque ilz 

héritiers ou les siens auroient poiés ensemble et a vue 

fovs trente florins pp. monnoye sauoye pour acquic- 

ter les dix huict solz monnoye predicte censé ou rente 

annuelle et perpétuelle 

Plus assigne assepte oblige spécialement et expresse- 
ment ypotîièque ledict noble testateur a noble Ayma de 
Chastillion sa femme très chère pour 800 escus d'or 
sol. lesquelx il testateur dist assere afferme et confesse 



367 

auoir rcceu clc mariage et dote de sadicte femme c'est 
assauoir vne pièce de terre assise au territoire du Bochel 
et lieu appelle en les Escoray contenant environ 30 jour- 
naulx de terre ensemble deux pièces de vigne con- 
tenant environ 50 fossereez et pour icelles pièces 

hauoyr tenir et posséder par sadite femme sa vie natu- 
relle durant fruietz vsufruietz plus assigne oblige 

assepte ledict testateur à sadicte femme oultre les 

pièces sus mentionnées pour la mantion et demourance 
d'elle vne ebambre de la maison dudil teslateur assise a 
Rumiliy du couslé du vent ensemble deux aultres 
chambres appellees la garde roube et lemposterne et le 
gabinet de la tour assortissant à ladicte chambre Et le 
petit sertout de sadicte mayson estant dessoubt ladite 

garde roube pour iceulx membres de mansion 

hauoir tenir et posséder d iceulx gaudir jouyr fruyr et 
vser par ladicte noble Ayma de Chastillion sa femme 
sadicte vie naturelle durant comme dessus. 

Item donne et lègue a noble Jehanne Malliard sa 

fille de pension annuelle sa vie naturelle durant ou 

duranl le temps quelle soy abstiendra soy mariez ou 
estre de relligion ascauoir douze coupes de froment six 
sommées de vin bons et recepuables a la mesure de Ru- 
miliy et 15 florins p. p. monnoye Sauoye paiables a la- 
dicte noble Jehanne sadicte vie naturelle durant ou 

jusquelle soyt mariée ou religieuse tous les ans au 

terme de la feste de sainct André apoustre. Plus donne 
et lègue ledict testateur a ladicte noble Jehanne sa fillie 
sadicte vie naturelle durant ou jusques elle soit reli- 
gieuse ou mariée les fruietz vsufruietz annuels 

d'une pièce de terre ou de chenauier de l'an présent 

acquise de Anthoyne Grange comme il dist assise au 
lieu du Bochet plus donne et lègue à ladite no- 



368 

ble Jelianne sa iillie de deux ans en deux ans vne robe 
et vne cocte souffizantes et honestes selon la qualité de 

la personne d'elle paiables de deux ans en deux ans 

au terme deuant dict jusques elle soit mariée ou re- 
ligieuse comme dessus. Item donne et lègue... a ladicte 
noble Jelianne.... pour sa mantion habitation et demou- 
rance vne chambre en sadicte maison... Laquelle pen- 
sion annuelle susdonnéeet léguée veult... ledit testateur 
que ladiete noble Jelianne sa fillie despende en sadicte 
maison de Rumilly et non alieurs Et cas aduenant que 
ladicte noble Jelianne Malliard voulclroit estre mariée 
ou entrer en religion esdictz cas vng ou aultre adue- 
nant... ledit noble testateur donne et lègue et par droiet 
de légat et institution particulière delaysse à ladicte no- 
ble Jelianne Malliard sa fillie 600 florins pp. monnoye 
Savoye pour vne fois ensemble les habilliementz aper- 
tenantz et conuenables a espouse si elle veult estre et 
soyt mariée ou a religieuse si elle veut estre et soyt de 
religion a ordonnance des parenlz et amys paiables à 
ladicte noble Jelianne par lesdicts héritiers vniuerselz 
dudict testateur Et c'est pour tous et chescun ses biens 
et droictz paternels et maternelz,.. 

Plus donne et lègue... a dame Loyse sa fillie reli- 
gieuse à Melan trente soldz monoye pour vne foys oul- 
tre toutes aultres choses a elle dame Loyse par il testa- 
teur jadis donnéez Et c'est pour tous et vng chescun ses 
biens et droictz paternelz et maternelz. 

Plus donne et lègue... a noble Glaude Malliard sa 
Iillie femme de noble Francoys Philibert de la Fléchère 
seig r dudit lieu oultre le mariage dote et aultres choses 
à elle jadis données... sexante solz monnoye Sauoye 
pour vne foy a elle ou es siens paiables par lesdiclz hé- 
ritiers dudict testateur après son deces et tresp;,s Et 



869 

c'est pour tous et vng chescun ses biens et droictz pater- 
nelz et maternelz dû ladicte noble Claude Malliard... 

Item donne et lègue... a noble Berthe Malliard sa 
fillie pour tous etchascun ses biens et droiclz paternelz 
et maternelz 2,000 florins p.p. monnoye Sauoye pour 
vne foys, paiables... à ladicte Berthe sa fillie quant elle 
sera mariée après le deces et trespas dudit testateur aux 
termes que alors seront establis et ordonnes par les pa- 
rentz et amys dudit testateur, plus donne et lègue... a 
ladicte noble Berthe sa fillie les habilliemantz à elle 
apertenantz et conuenables selon la quantité desditz 
2,000 florins... et qualité de sa personne... paiables 
prochainemant Et soubt condition... que ladicte noble 
Berthe Malliard sa fillie se marie et doibge marier des 
volonté conseil consentement de ses parents et amys Et 
si autremant elle se marie sans les vouloir conseil et 
consentemant de sesdits parentz et amys audit cas... 
ledit noble testateur donne et lègue... à ladite noble 
Berthe sa fillie pour tous et chescuns sesdits biens... 
mil florins p. p. monnoye preclicte tant seulemant en- 
semble les habilliemantz comme dessus... 

Item donne et lègue... a Reuerend seig r François 
Malliard son fils prebtre vingt cinq escus d'or solz au 
coing du Roi pour une foys Et pour sa mantion habita- 
tion et demourance vne chambre de la mayson dudit 
testateur... C'est la chambre du Révérend seigr Nicol- 
las Malliard son frère dudit testateur et pourueu dudit 
prieuré de Rumilly ensemble la garde roube et gabinet 
de la tour apertenant à ladicte chambre sa vie naturelle 
durant après ledit seigneur prieur son oncle Et c'est 
pour tous et chascuns ses biens et droictz paternelz et 
maternelz dudit Rev d seig r François Malliard... 

Item donne et lègue ledict testateur a noble Pierre 

24 



370 



Malliard son très cher fil et héritier universel soubt 
institué en prérogatiue et oultre sa quote partie et por- 
tion des aultres biens droicts et héritage dudit testateur 
soubt escripte Cest vue pièce de terre assise au territoire 
de la Curdie près la ville dndit Rumilly contenant en- 
viron 14 journaux... ensemble vue grange a 'adite pièce 
adjacente et, contigue. 

Plus donne et lègue... a Jehanne fillie de feu Jehan 
du Passieur dict Marraoson... chambrière dudit testa- 
teur... pour charité et ses seruices 20 florins pp. mon- 
noye Sauoye pour vne foys... 

En tous et chascun ses aultres biens... ledit noble 
testateur institue et nomme de sa propre boche ses here- 
tiers vniueisaulx les susdits noble Pierre Malliard son 
fil et les siens pour la moytié et noble Jehan Philibert 
Malliard aussi son fil pour l'aultre moytié Et c'est jus- 
ques audict Jehan Philibert Malliard soit pourueu de 
beneffices ecclésiastiques ou de l'ordre des cheualiers de 
Roddes jusques à la somme de 200 florins pour vng 
chescun an et qu'il veuille estre et deuenir homme de 
esglise ou desdicts cheualiers de Roddes auquel cas... 
Il soit tenu delaysser céder quitter et remectre entièrc- 
mant audit noble Pierre Malliard son frère tous et 
chascun ses biens droicts et héritage paternelz et ma- 
lernelz Et au predict cas acluen.mt et a présent pour lors 
ledit noble testateur institue et nomme son héritier vni- 
uersel... ledit noble Pierre Malliard son fil... et c'est 
pour et moyennant 25 escus dor sol lesqueulx il testa- 
teur donne et, lègue et par droict de légat et institution 
particulière délaisse... audit noble Jehan Philibert son 
fil... et moyennant iceulx icelluy Jehan Philibert exclut 
et dejète de tous et chascun ses biens... paternelz et 
maternelz comme dessus Et cas aduenant que l'vn ou 



371 

l'autre desdictz nobles Pierre et Jehan Philibert Mal- 
liard... décéderont sans hauoir enfans... a icelluy des 
deux frères ainsi décédant... substitue en sesdictz biens 
... l'autre d'iceulx frères supcruiuant Et cas aduenant 
quilz nobles Pierre et Jean Philibert Malliard frères 
décéderont sans hauoir enfans... ledit noble testateur... 
veult commande et ordonne et faict vsufructuaires de 
tous et chascun sesdicts biens... les susnommés Réuè- 
rends seig IS Nycolas et Francoys Malliard son frère et 
fd a leurs vies naturelles durant et le supsrviuant d'i- 
ceulx... aussi a sa vie naturelle durant... substituant 
audit cas... à sesdits fils et héritiers vniuerselz sus insti- 
tués... et nommés decedans comme dessus sans hoirs 
natureJz et légitimes... les prénommées Claude Malliard 
dame de la Flechère et Berthe vlalliard ses fillies... 
et chascune d'elles pour la moytié alteram ipsarum 
superviuentem alteri earumdem sine liberis... dece- 
denti ut supra substituendo... Et cas aduenant que les- 
dictes nobles Clauda et Berthe Malliard... decederoient 
sans hoirs naturels et légitimes... a icelles... substitue., 
nobles François et spectable seig 1 ' Pierre de Chauanes 
docteur es droict frères et leurs hoirs naturels et légiti- 
mes... 

Faict et passé publiquement a Rumilly en la salle de 
la mayson dudit noble testateur en laquelle il estoyt 
gisant en son lict malade et débile de corps es présences 
de R d seig 1- Denys Portier prothonotaire apostolique curé 
de preveranes noble et puissant seig 1 ' Francoys de Beau- 
fort seigneur du boes nobles aine Rigard chastelain de 
Rumilly Claude de Chauanes Anthoine Juge honorables 
Jehan Blanchet Jehan de Surget Jehan Antoine Robert 
et maistre Jehan Mugnier bourgeoys dudit Rumilly 
pour tesmoins à ce requis et demandés. 



372 

V. 

3 novembre 1560. 

Provisions du Gouvernement de Savoye pour m r ° 
Pierre Maillard s r du Bouchet. 

(Archives de la famille. — Pareil, orig. n' 3.) 

Emmanuel philibert par la grâce de dieu duc de sa- 
voye etc.. Considérant comme il convient pour la 
conservation de nos estats et puppblicq reppoz de noz 
subieclz pourvoyr selon l'importance des lieux au 
régime et gouvernement dieeulx de celles personnes les- 
quelles cognoissons ydoynes a l'exercice de telle charge 
Et estant pour ce nécessaire de pourvoyr d'ung gou- 
verneur au lieu de Chambery et ressort du baillage de 
savoye d'une personne asseurement de bien feable 
prudente saigeet expérimentée preudhomie et suffisance 
tant au régime de la police comme à la protection mili- 
taire et congnoissant bien fort par tant de preuves nostre 
amé et féal mess 9 pierre Maillard chevalier seigneur du 
bochet estre orné des susd t9S et aultres bonnes qualitez 
pour le long et affectionné service par vous faict à feu 
de bonne memoyre nostre très cher seigneur et père que 
dieu absolve et a nous encores en l'office de maistre 
d'hostel et conseiller d'estat et chambellan et pour vous 
estre si bien acquicte de tant de charges d'importance 
que vous avons commises de manière que cougnoissons 
nous pouvoir seurement reposer sur vos yeulx et nous 
promettre de vous celle mesme foy et loyaulté à nostre 
service qui se peult d'ung nostre très ridelle vassal nous 
a semblé meritamment vous créer et députer comme 
par ces présentes de nostre certaine science et avec 



373 

meure délibération de noslre conseil vous créons et 
députons nostre gouverneur du lieu de Chainbery et 
ressort de nostre balliage de savoye pour nous y servir 
aux honneurs privilèges. . . . qu'a tel estât appertieanent 
et qu'ont communément de coustnme d'havoyr et auront 
nos aultres gouverneurs de nos estats avec les gaiges 
establis a part et durant nostre bon plaisir à la charge 
que presteres le serment en tel cas requis nous persuadant 
qu'avec vostre prudence tiendres ce peuple en bonne 
paix et union pour semploier à nostre service quant il se 
présentera l'occasion. Si donnons en mandement par 
cesd es présentes a tous noz ministres officiers et vassaulx 
mesmement à ceulx dépendant de vostre gouvernement 
.... quilz les ayent à observer et fere observer de point 

en point Donné à Montcalier le 3 9 bre 1560. 

E. Philibert. 
V a Stroppiane. 

ROSSIER. 



374 

VI. 

3 mars 1563. 

Contract d'Infeudation pour messire pierre Maillard, 
chev v selg r du Bochet gouverneur de savoye de la 
Jurisdiction et maison forte du Bouchet. 

(Patentes de Savoie, 1563. — Vol. rf 2. Page 203.) 

A tous soit notoire et manifeste que comme ainsi soyt 
que très hault très illustre et très puissant prince mon- 
seig 1 ' Emmanuel philibert par la grâce de dieu duc de 
savoye chaînais et aouste etc. . . . Despuis l'heureuse 
restitution de ses Estais ait esté contrainct de fere plu- 
sieurs grandes despences tant pour la réparation de 
ses maisons la plus part demolyes par l'injure du temps 
et des guerres que aussi pour les fortifications de ses 
chasteaux de nyce montmélian ville de Bourg cittadelle 
de Verceil et aullres pour l'asseurance et préservation 
de ses estatz et que de nouveau pour le recouvrement 
de ses villes de Turin Quiers Cherax et Villeneufve 
d'Ast ait este de besoing que S. A. ayt preste a la ma- 
jesté du Roy de France très chrestien la somme de cent 
mil escus Lesquelles charges il luy serait impossible de 
supporter sans fere quelque aliénation de son patri- 
moine et domaine. Pour ce est il que par devant moy 
notaire ducal soubz signe et en présence des tesraoingts 
soubnommez estably en sa personne led 1 très hault et 
très puissant ettres illustre prince lequel vend par titre de 
pure simple et perfaicte vendilion en nul temps revocable 
a messire pierre Mailliard chev e s r du Bochet Baron de 
chiuron gouverneur et lieutenant pour S. A. en ce pays 
de savoye présent Scavoir est la Jurisdiction haulte 



375 

moyenne et basse mère et mixte empire et tous aultres 
droitz dicelle jurisdiction soyent cours deaulx disposition 
de prothocolles des notayres et aultres droietz quelcon- 
ques et comprins dans les limites et confins cy après 
spécifiiez assavoir des le lieu ou entre le nant de lera 
dans la rivière deffa (1) et le long de lad e rivière deffa jus- 
ques la ou elle entre dans celle de cheran et le long de 
celle de cheran jusques à la jurisdiction du s r de Lornay 
et tirant droict à la montagne de chautagne jusques à 
la fin de la dicte juiïscliction de Lornay et clés la lin 
dicelle tirant a lad e montagne jusques a la jurisdiction 
du s 1 de chateaufort et dez Icelle le long et le hault de 
la montagne fillant droict jusques à la jurisdiction du s r 
de cbastillion en choutaigne Et des Icelle Jurisdition 
de cbastillion fillant droict a la source du nant de leya 
En sorte que clans iceulx confins soyt comprins entière- 
ment le village de poisoz et des lad e source le long le 
cours dicelluy nant Jusques la ou il entre dans lad 13 ri- 
vière deffa avec tous aultres confins pour Icelle Jurisdi- 
tion baulte moyenne et basse mère et mixte empire leurs 
airpartenanees et deppendances droietz et aucthoritez sus- 
dietz joindre a sa maison du boebet tenir Jouyret posséder 
par led f s r du Bochet et les siens héritiers et successeurs 
avec pouvoyr de cognoistre par le moyen de ses juges 
et officiers de touttes matières civilles et criminelles et 
sur toutes personnes tant natifz que babitans ou trouvez 
dans et sur les terres es lieux sus especiffiez ou délin- 
quants sauf et reserve les personnes des nobles babitans 
de présent dans les susd tes limites lesquelz pour legard 

(V) Ce nom d'Effet, petite rivière de la vallée de Ru- 
milly, s'est changé en celui de Nèphaz, sans doute parce 
que L'on disah : allei laver, aller pêcher en Ejffas. 



37G 

de Ja Jurisdition sur Iceulx nentend led L seig 1- Duc 
vendeur estre comprins en la présente vendition ains les 
a reserve et réserve et aux fins de l'exercice de lad e Juris- 
dition sus vendue a lecl 1 très Illustre prince vendeur 
donné et donne pouvoyr et faculté aud 1 achepteur dy 
pourvoyr de tous offices de Judicature et aultres et 
semblablement de fere ériger forches patibulaires a deux 
piiliers et des bêches ou pilliers sur les chemins publiez 
avec girouettes banderolles et pennonceaulx et general- 
lement toutes aultres auctoritez et preheminences qu'ont 
les aultres seig r banneretz de ce pays sans rien sen 
reserver led* seig r Duc sinon la souvereraineté foy et 
hommage tant dud* s 1 ' du hochet que des nobles 
reservez comme dessus Et a son sénat la cognoissance 
des appellations en dernier ressort Joignant et unissant 
S. A. la dicte Jurisdition sus vendue a la maison forte 
du hochet appartenant aud c achepteur en sorte et ma- 
nière que celluy qui sera seig 1 ' et possesseur dicelle 
maison soyt aussi seig r et possesseur de lad e jurisdition 
sans quelle sen puisse séparer ne desunir en tout ou en 
partie Et se faict la présente vente pour et moyennant 
le pris et somme de cinq cens escus de troys livres 
ducales lung heuz et reaiment receuz par led 1 seig 1 ' 
Duc vendeur dud^ achepteur en présence de rnoyd'' 
notaire et. tesmoingtz . . . . led 1 seigneur duc de son propre 
mouvement libre volunte et auctorité souveraine Tant 
ayant esgard audit pris que aux bons et aggreables 
services faietz à S. A. par ledit achepteur a érige et 
érige en tittre de Jurisdition et seigneurye soubz l'ap- 
pellation et dénomination de maison forte et Jurisdiction 
du Bochet. Promectant mondit seig r le duc en bonne 

foy et. parolle de prince Et sen devestissant el 

Icelluy achepteur Investissant par la tradition d une plume 



et poignard .... Faict et passé dans le chasteau de la 

ville de Montmellian le 3 e Jour du moys de mars l'an 

de grâce mil cinq cens soixante troys Indition 6 e en 

présence de R me seig r messire Jerosnime de la Révère 

conseil 1 " destat de sad* ait. Evesque de Tollon. Messire 

Loys Oddinet s r et baron de Montfort aussi conseil r 

d'estat et président en la chambre des comptes. Guy de 

s* georges escuyer de sad e ait. et mes re Jehan francois 

Rossier des maislres en lad e chambre tesmoingtz a ce 

requis et appelles Et moy bernardin Blanchard bourgeois 

de Montmellian notaire ducal et commis de nions 1 " mes e 

Icham Fabri seig 1 ' de Cly conseil 1 ' et prem T secret e destat 

et de finances de sad e ait 6 par commandement dicelleen 

labsence de son d* secrétaire ay receu le présent public 

Instrument. 

Signé Blanchard. 

« La juridiction du Bouchet comprenait les 
hameaux du Bouchet et de Broise sur Rumilly. 
et toute la commune actuelle de Moye. » 



378 



VII. 

10 mai 1590. 

Extrait de contrat dotal entre M™ Prosper comte 
de Tournon et damoyselle Philiberte de Beaufort 
sa femme. 

L/an de grâce 1590 et le 10 e jour du mois de may 
parle présent acte soit manifeste comme soit que ma- 
riage aye esté contracté... dempuis sollemnisé... entre 
hault et puissant seigneur mes re Prosper Maillard comte 
de Tournon... d'une part et damoyselle Philiberte fillie 
de M e Antoine de Beaufort... A ceste cause est que par 
deuant moy George Girod de Massingie bourgeois de 
Rumilly notaire ducal s'est establie ladicledame Claude 
de Charansonnay fille de feu M B George de Charan- 
sonnay des maistres d'hostel de S. M. très ebrestienne 
seig r dudit lieu de Mallagny, S 1 Marcel du Vivier des- 
sus Thone et Reynoz (Régnez ? à Massingy près Ru- 
milly) mère de ladite damoyselle Philiberte de Beaufort 
laquelle a constitué pour la dot te de mariage d'icelle 
damoyselle Philiberte sa très chère fillie audit seig 1 ' 
comte de Tournon espoux icy présent et acceptant... a 
scauoir la somme de 2,000 escus d'or... sous l'obliga- 
tion et expresse hypothèque de tous et ungehescung ses 
biens... Et pour la benivolence et contemplation dudit 
mariage personellement estably ledit seig r comte espoux 
lequel constitue en augment... dudit mariage à Jadite 
di moyselle Philiberte de Beaufort son épouse... la 
somme de 1,000 e^cus d'or en suiuant les bons us et 
bonnes coustumes. du peys... 

Oultre ce que dessus ladite dame Claude de Charan- 



370 

sonay donne... pour la dot de sadite fille audit seig r 
comte... 400 escus d'or heuz et reallement receuz par 
ledit seig r comte... et ce en vne chaine d'or pesant 4 
liures... et en contemplation desquels 400 escus d'or 
procédés de ladite chaine, ledit seig r comte espoux... 
constitue en augment... la somme de 200 escus d'or. 

Et oultre tout ce que dessus ladite dame Claude de 
Charansanay donne et constitue en pur don à sadite 
très chère fillie une croix d'or garnie de diamans et aul- 
tres pierres précieuses... 

Et oultre tout ce que dessus personnellement s'est 
establye ladite damoyselle Philiberte de Beau fort es- 
pouse laquelle... donne baillie et constitue en dot et 
pour le dot d'elle mesme... audit seig r comte son es- 
poux... tous et vng chescuns ses biens, noms, droicts... 
paternels... 

Et oultre ce que dessus ledit seig r comte espoux 
donne... en augment... dudit dot pour raison de la sus- 
dite dernière constitution... 800 escuz d'or et où lesdits 
biens... pourroient estre euallues de plus que 1,600 es- 
cuz d'or, promet ledit seig r comte donner... outre ce que 
dessus... a la forme de l'évaluation desdits biens clebuoir 
a faire par prudhommes... 

Et d'autant qu'entre les seig rs ... la coustume libérale 
est denjouailler et donner bagues et jouaux à leurs fem- 
mes et espouses, ledit seig 1 ' comte espoux... constitue à 
icelle damoiselle Philiberte de Beaufort son espouse... 
la somme de 400 escus d'or et ce à cause de nopees. 

Faict à Rumilly en la maison des enfans de feu hon- 
neste Pierre Perret, présent R d Henri Jordain docteur 
en droict aeluoeat au souverain Sonat de Savoie et ba- 
chelier en théologie, etc. Et moy dit George Girod no- 
taire ducal soussigné, etc. 



:isii 



VIII. 

28 juillet 1598. 

Quittance pour 7nes re Prosper Maillard comte dp 
Tournon au nom de S. A. R. passée -par l'advoyer 
et conseil de la ville de Fribourg. 

Nous l'aduoyer et conseil de la ville et canton de Fri- 
bourg en Suisse, confessons par ces présentes, que nous 
auons ehu et manuellement receu a nostre contente- 
ment, de illustre généreux et puissant seig'' Prospero de 
Maillard comte de Tournon conseillier de très illustre 
hault et très puissant seig 1 ' et prince Charles Emanuel 
par la grâce de Dieu duc de Sauoie etc., nostre très hon- 
noré seig r allié et confédéré, et son ambassadeur ordi- 
naire aux païs des Ligues, par les mains de son thréso- 
rier ou commis le seig'' Théophile Magnet Assauoir 225 
escus d'or pistolets d'Italie, légitime coing et poids, pour 
la pension de nostre ville, auec quarante aultres escus 
d'or sol, du coing de France pour la pension des estu- 
diants de nostre ville. Le tout escheu sur le premier 
jour du mois d'octobre en l'an de grâce courant 1596, au 
contenuz de la confédération et ligue qui est entre la- 
dite serenissime Allesse et les cantons de Lucerne, Ury 
Schweiz Underwalden Zug et nostre ville et canton les- 
quelles sommes nous tenons comme très contents, Et en 
quitons ledit seig 1- ambassadeur, soit le thrésorier et 
tous aultres auxquelz appartiendra au nom de son Al- 
tesse par les présentes corroborées, pour foy et tesrnoi- 
gnagejde nostre seaux secret auec la signature de nos- 
tre secrétaire d'état le 28 e de juillet l'an de grâce cour- 
rant 1598. A us à Montenach 

SlG. COMMUNITAÏIS FrIUURGI. 



381 



IX. 

29 octobre 1609. 

Mariage entre Jean- Baptiste Mallarmay , comte de 
Rossilton et dame Hélène Ferdinande Maillard 
fille de M re Prosper Maillard comte de Tournon. 

Archiv. de la famille. N° 172. 

Au nom de Dieu soit, l'an de grâce 1G0U, la 7 e indi- 
tion et le 29 e jour du mois d'octobre faict et passé dans 
la cité de Turin au palais de S. A. SS me et chambre où 
ont accoustumé manger les SS me * Infantes, en assis- 
tance de SS mes seig 1 ' Victor Amédée prince de Piémont 
et des SS me princes Emanuel Philibert et Thomas et 
en présence d'Eccell me seig 1 '. D. Sigismond d'Est mar- 
quis de Lans chevalier de l'Ordre de l'Annonciade 
Mes 1 " Prosper de Genève, m is de Lullin... gouverneur 
au duclié d'Aoste et cite d'Ivrée, de Mes r « Claude de 
Rie m is de Dogliani... gouverneur au duché de Cha- 
blais, Ternier.... etc., a tous qu'il appartiendra soit no- 
toire... comme ayant esté le bon vouloir... et consente- 
ment de SS me seig 1 ' monseig 1- Charles Emanuel parla 
grâce de Dieu duc de Savoie etc. nostre seigneur et duc 
pourparlé et traité mariage d'entre noble J. B. fils de 
noble Jean de Malarmey, de Launay, de Besançon 
comte de Rossillion etc. et clame Philiberte Demherch, 
et demoiselle Hélène Ferdinande de Maillard dame 
d'honneur des SS mos Infantes et fille, de Mes r ° Prosprr 
de Maillard, etc., et de dame Philiberte de Beaufort... 
s'est constitué en propre personne ledit noble Jean de 
Malarmay... lequel... promet... dès le soir des futures 
nopees la somme de 4,000 écus faisant la valeur de 



382 

12,030 francs... lesquels 4,000 ecus de revenu... ledit 
seig 1 " constitue... à son fils... et aussi pour donner aux- 
dits futurs époux... quelque honorable titre... dict et dé- 
clare... qu'il donne à son dict filz la comté de Rossillon 
et revenu à'icelle, lequel revenu... sera compris en la 
somme de 4,000 ecus annuels... Et d'autre part... la- 
dite dame Philiberte de Beaufort comtesse de Tournon 
tant à son propre nom que de celuy du seig 1 ' comte son 
mari absent... a donné et constitué en dot... de la sus- 
dite Hélène Ferdinande sa fille et espouse dudit seig 1 ' 
J.B te de Mallarmey ici présent... à scauoirlasommede 
dix mille escus d'or d'Italie... àpaierainsi... que s'ensuit. 

Premièrement ayant pieu... à S. A. (1) et ainsi 
qu'elle a accoustumé faire aux dames qui sortent espou- 
ses de la Court, donner à ladite dame Héleine... la 
somme de 4 mil escus d'or d'Italie et ce le soir que par 
ledit sieur... espoux sera emmené ladite future espouse 
de la ville de Rumilly en Savoie pour la conduire en 
Bourgogne, ladite dame comtesse promet lui faire paier 
et déliurer 4 mil escus savoir, deux des donnés par S.A. 
et deux des constitués par elle des 6 mil. susdits ; 

Une année après promet aussi luy faire paier... 4 au- 
tres mille escus... et les autres deux mille restants... 
l'auront à paier après le décès dudit seig 1- comte de 
Tournon son mari et que pour le paiement des 4,000 

escus d'ordonnés par S. A ladite dame comtesse en 

a remis et remet présentement lesdites patentes de don... 

Pour les aultres G mille elle a obligé... hypothèque 
tous et vu cbascun les biens droits et seigneuries dudit 
seia; 1 ' comte de Tornon son mari... 

(1) Le mandat do paiemenl est en date du 11 novembre 
1612; l'époux y estappelé le sieur de la Croix, gentilhomme 
français. 



383 



X. 

20 janvier 1615. 

Ordre de S. E. pour la leoée d'ung quartier pour le 
seruice de S. A. 

Le marquis de Lans cheuallier de l'Odre de S. A. 
gouuerneur et lieutenant général pour icelle deçà les 
montz. 

Estant requis et très nécessaire ensuitte du comman- 
dement qu'auons de S. A. de mettre sur pied quelques 
gentz de guerre tant de pied que de chenaux pour la 
defïence et conseruation de ses estatz que la sinistre vo- 
lonté et perfidie de quelque minisire du Roi d'espagne 
vouldroient injustement >tt mal à propos s'emparer, ce 
que ne se peult faire sans despence A quoy ne le pouvant 
suppléer les deniers extraordinaires qui se lèuent en ce 
pays et pour obuier aux désordres qu'en telle leuée 
pourraient faire les soldatz a la foulle et ruine du peu- 
ple pour leurs licentieux desportementz à ce faire nour- 
rir et fournir touttes choses à leur plaisir et commodité 
le seul moien soit cle payer lesdictz soldatz et faire 
comme il est raisonnable qu'ilz payent leurs liostes de 
leur despence par tout là ou ilz passeront et logeront 
comme se pourra faire par le moien de la prompte 
leuée d'ong quartier de taille ordinaire qui sera facile- 
ment payé par tous les subiecz de sadicte Altesse deçà 
les montz pour l'entretien desdictz gentz de guerre pour 
ladicte leuée et jusques a ce que ladicte leuée deslinée 
soit entièrement sur pied pour passer delà les montz et 
sera ledict quartier supporte plus justement et esgalle- 
ment que ne se pourrait faire par contribution, A ceste 
cause avons commandé et commis par cas présentes a 



384 

tous les juges majes de tout cest estât de faire que tous 
les châtelains officiers scindiez et cornmuniers de leur 
ressort que promptement ayent a exiger leiiet quartier 
de taille ordinaire et icelluy payer entre les mains 
scauoir les prouinces de Sauoye Maurienne et Taren- 
taise de mes re Jean Baptiste Garnerin qu'à ces fins 
auons commis et député pour recepueur dudit quartier, 
en Geneuois et Faucigny a ceulxqu'à ces fins commet- 
tront les juges majes desdits lieux, en Chablais en celle 
du commis du s r trésorier gênerai et a Ternier et Gal- 
liard ea celle de Pierre Picollet lequel auons de mesme 
commis pour recepueur dudit quartier,.. Donné au 
chasteau de Montmélian ce 20 e janvier 1615. 

Sigismond d'Est. R !a Bruno 

Soilfssirj. GlSLAND. 



385 



XI. 

11 janvier 1621. 

Contrat dotal de Henri de Maillard et de 
Charlotte Emmanuelle D'Urfë. 

Au nom de Dieu... A tous presauts et avenir soit no- 
toire que l'an de grâce courant 1621 et le jour 11 e du 
mois de janvier... par deuant moi Jean Reguibert no- 
taire royal... sont establis... haut et illustre seig r mes le 
Henry de Maillard m is de S c Damien et Pallier comte 
de Tournon baron de Bochet et Montagni seigneur de 
Charansonay... fils de feu seig r mes re Prosper de Mail- 
lard... d'une part et damoiselle Charlotte Emanuelle 
Durfé fille de feu mes re Cristofle Durfé en son vivant 
comte des comtés du Pont de Veyle et de Chatillon... 
d'autre. Lesdites parties sages et bien auisées... ont fait 
et font entr'eux les promesses de mariage constitutions, 
donations... que s'ensuiuent. 

Premièrement, en contemplation duquel mariage 
ladite damoiselle Charlotte Emanuelle Durfé s'est cons- 
tituée elle-même ensemble tous et chacun ses biens... 
audit mes re Henri cle Maillard... et spécialement... les 
droits et actions qu'elle peut auoir sur lesdits comtés du 
Pont de Veyle, de Chastillon et en outre la somme de 
20.000 ducatons effectifs, laquelle somme... ledit seig 1 ' 
marquis cle Verromey et Beaugé promet paier en son 
propre et privé nom pour les droits paternels de ladite 
demoiselle Durfé dans sept ans... et jusques à ce... 
promet... pendant lesdites 7 années et à la fin de cha- 
cune d'icelles paier le iuste reuenu... à raison de 6 pour 

25 



386 

cent... Constituée en personne ladite dame Diane de 
Chateauniourand, laquelle de son bon gré... et consen- 
tement dudit seig 1 ' marquis de Verromey son mari... 
pour tesmoigner davantage l'amitié qu'elle a toujours 
portée à ladite damoiselle... a constitué et constitue en 
augmentation de la dot., la somme de 5,000 ducatons 
effectifs... desquels elle lui fait donation... 

Dauantage s'est constitué et estably en personne ledit 
messire Henri de Maillard... futur espoux lequel... a 
donné en augment de dot la somme de 12,500 ducatons 
effectifs 

Comme aussy suiuant Les moines coût usines du pays 
de Sauoye... luy adonné et donne... la somme de 5,000 
ducatons aussy effectifs de joyaulx et bagues... Et pour 
plus grande asseurance... ledit seig 1- marquis de S 1 Da- 
mien a affecté et ypothéqué tous et ung chascuns ses 
biens... et spécialement... la terre et baronnie du Bo- 
chet... ensemble la terre et seigneurie de Montagny... 

Faict et passé au chasteau dudit Beaugé présentz 
noble et speclable François de Montfalcon cons 1- de 
S. A. R. sénateur au Sénat de Sauoye 

Gaillard. 



387 



XII. 
19 décembre 1629. 

Vente faite par le s 1 marquis de S 1 Damien (Henri 
Maillard) au prouffict de S.A. R. 

L'an mil six centz vingt neufz et le 19 de décembre 
par deuant moy notaire ducal s'est personnellement 
establye généreuse dame Charlotte Emanuelle Durphé 
marquise de S f ' Damiens et Verromey etc. Laquelle en 
qualité de procuratrice spéciale de messire Henri de 
Maillard marquis de S* Damien comte de Tournon 
baron du Bocbetetc a forme de la procure, etc. a vendu 
à noble s 1 ' Jean Devoley conseiller de S. A. et son procu- 
reur patrimonial en Sauoye présent et pour sadite A. 
acceptant assauoir les biens et pièces de terre situes 
proche la ville de Rumilly apartenantes audict s 1 ' mar- 
quis auctrement confines et specifïîes dans le procès 
verbal et estimation faicte par deuant le seig s marquis 
auditeur de Rochefort conseiller de sadite A. surinten- 
dant gênerai de ses fabriques et fortifications deçà les 
montz, le 3 e décembre et 7 e mesme mois signes parle- 
clict s r de Rochefort et Grinjon scribe a quoy Ion aura 
relation si besoing est. Le. tout aussy mentionne dans 
ladicte procure, entrées sorties apartenences et clespen- 
dences quelconques a iceulx biens auoir tenir jouyr 
gaudir et posséder par Sdite A. comme bon lui semblera. 
Et laquelle vente ladite Dame en la susdite quallite a 
faicte pour et moyennant le pris et somme de douze mil 
quattre centz florins monno}^ de Sauoye a quoy lesdicts 
biens ont esté estimés par les proudhommes conuenus 



388 

par deuant ledit s v de Rochefort Laquelle somme ledit 
s 1 ' patrimonial promet paier en la susdite quallité audit 
s 1 ' marquis ou es siens dans trois moys prochains ve- 
nante a l'obligation de tous les biens de sadite A. 

Faict et passé a Chambery dans le château en la 
salle ou habite ledit s 1 ' marquis en présence de spectable 
Antoine Cochet aduocat au Sénat (1) et de M e Estierme 
Troccut de St Rambert habitant auec ledit s r procureur 
patrimonial tesmoings. Ayantz signes au pied de ma 
minutie Charlotte Durphe. Devolley. Cochet et Troccut 
tesmoings Et moy notaire dacal procureur an Sénat et 
bourgeois de Chambery sousigné recepuant requis. 

Djeretis. 



(1) C'était l'homme d'affaires du marquis de St-Damien. 



389 



XIII. 

22 août 1630. 

Testament de damoiselle Jacqueline de Chauoire'y 
épouse de Alphonse de Maillard. 

Au nom de Dieu. En l'an 1630 et le 22 du mois 
d'août par devant moi François Domenge notaire royal 
et bourgeois de Chambéry... s'est establie en personne 
dame Jacqueline fille de feu seig r Amè de Chauvirey, 
baronne de Chatelard femme de hault et puissant sei- 
gneur Alphonse de Maillard baron de Tournon laquelle 
saine d'esprit... quant à son corps elle veult iceluy 
estre porté et inhumé à l'église S te Marie de la présente 
ville au tombeau de feue Margueritte du Chatellard son 
ayeule... ses aultres biens meubles immeubles droicts 
noms et actions que ladite dame testatrice a, peut auoi r 
et appartenir de la terre jusqu'au ciel, elle institue de sa 
propre bouche et nomme son héritier uniuersel et parti- 
culier le seig r Alphonse de Maillard dict de Tornon... 
faict et pro nonce à Chambéry clans la maison des hoirs 
de M° Alexandre Ducrest où habite ladite dame testa- 
trice en la présence de honorable Pierre fils de feu ho- 
norable Pierre Noël orphèvre audit Chambéry hono- 
rable Hugues Bontemps maître tailleur honorable Jehan 
Ganlin maître fourbisseur... 



390 



XIV. 

1632. — 29 octobre, 

Testament de Mes re Henri de Maillard, 
fils de Prosper. 

L'an 1632 et, le 29 e jour du mois d'octobre Mes re 
Henry de Maillard... a fait et ordonné son dernier tes- 
tament comme s'ensuit. Premièrement... veut et or- 
donne... son corps être inhumé dans l'église paroissiale 
de cette ville Rumilly S te Agate clans sa chapelle au 
tombeau de feu Mes re son père et les prédécesseurs, les 
obsèques être faites à la discrétion de M mfi sa femme; a 
fait, créé institué et de sa propre bouche nomme son 
héritier uniuersel, a scauoir Mes re Charles Chrétien 
de Maillard son fils aîné et auenant qu'il vienne a mou- 
rir sans enfants mâles il luy substitue vulgairement 
pupillairement et par fideicommis a scauoir Mess 1 ' 6 
Victor Amédée son 2° fils et avenant etc. il leur substi- 
tue... Mes 1>e François Mauris son 3 e fils et auenant... il 
leur substitue... Mes 1 ' 13 Joseph de Maillard son 4« fils e1 
auenant... il leur substitue... D Ue Catherine Françoise 
de Maillard sa fille et auenant aussi que ladite Cathe- 
rine Françoise de Maillard vienne à mourir sans'enfans 
soit masles ou filles... il veut et ordonne que ladite fille 
tienne place de masle et n'ayant aucun enfant... iceluy 
seig 1 ' testateur leur substitue vulgairement... a scauoir 
Mes ro Alphonse de Maillard son Erère cl auenant... il 
Luy substitue... dame Hélène de Maillard comlosse de 
Rossillon sa sœur et auenant... il luy substitue... D llu 
Claude Françoise de Maillard veufue do noble Salomon 



391 

de Murât, luy vivant seigneur de La Croix et auenant. . . 
il luy substitue... D*ie Claire Marie de Maillard sa sœur 
veufue de noble Gabriel Guillet luy vivant seig 1 ' de 
Monthoux et auenant... il luy substitue... dame Mar- 
guerite de Maillard sa sœur marquise de S f Germain... 
voulant et entendant que dame Charlotte Emanuelle de 
Durfé sa chère et bien aimée femme soit maîtresse et 
usufrutuaire de tous... ses biens. 

Item donne et lègue... par droit de légat... auxdits 
mes res Victor Amédée, Maurice et Joseph ses trois en- 
fants puînés à chacun d'eux la somme de 500 florins... 
par le moyen desquels il priue et dejette sesdits 3 en- 
fans susnommés de tous et un chacun ses biens... 

Item donne et lègue... par clroict de légat... à ladite 
demoiselle Calheri ne Françoise de Maillard sa fille... 
2,000 ducatons de sept florins pièce pour son dot et 
mariage... par le moyen desquels 2,000 ducatons prive 
et deiette ladite dem lle ... de tous ses biens... 

Item donne... a honorable Jean Guenebaud de Mas- 
con son page... la somme de 100 ducatons de 7 florins 
pièce... pour une fois... 

Item... laisse entre les mains et puissance de ladite 
dame Charlotte de Durfé sa femme... la somme de 4,000 
pistoles d'or desquelles elle se charge... et en rendre... 
compte audit Mes re Charles Chrétien son fils et héritier 
sus nommé... et concernant les bagues, joyaux et ar- 
genterie... veut et entend que sadite femme en jouisse... 
à condition qu'elle ne les pourra aliéner... 

Fait et passé à Rumilly dans la maison dudit seig 1- 
testateur présents noble François de Pesieu baron de 
Salagine et Vilette capitaine d'une compagnie de gens- 
darmes, noble Charles de Chauane lieutenant de la 
compagnie de cavalerie dudit seig e testateur... specta- 



392 

ble Antoine Couchet avocat au Sénat, spectable Pierre 
Besson docteur en médecine, Mes le Jean Gros procu- 
reur au Sénat et spectable Guy Esliot docteur en méde- 
cine, bourgeois d'Annecy et témoins par ledit seig 1 ' tes- 
tateur connus requis et appelles.. 



393 



XV. 

27 février 1043. 

Pour Damoiselle Claude Françoise de Maillard 
Dame De la Croix et le sieur capitaine De la Croix. 
S. A. R. leur fait don des laoudz et ventes qui luy 
peuuent estre deubz occasion de la vente et subasta- 
tion qui se fera des terres et seigneuries du comte 
de Tornon et baronnie du Bouchet... en considéra- 
tion des Jîdelz seruices dudit seir/ Y De la Croix son 
filz. 

Chrestienne sœur du Roy très chrestien Duchesse de 
Sauoye Reyne de Chipre mère et tutrice de serenissime 
Charles Emanuel... et régente de ses estaz. Désirant 
tesmoigner à la Dame De la Croix et au sieur de De la 
Croix son filz cappitaine d'une compagnie cauallerie 
dans l'esquadron de Sauoye et nostre gentilhomme ordi- 
naire combien les longz seruices qu'il a rendu a cette 
Royalle Maison et ceux qu'il continue d'y rendre a 
nostre entière satisfaction nous sont aggreables, et l'es- 
time particulière que nous faisons de la personne et 
merittes de ladite clame De la Croix, en leur faisant 
ressentir leseffects denoz libéralités pour donner à l'un 
et à l'autre plus de moien de subsister dans ledict 
seruice en attendant de leur laisser des plus grandes 
marques de nostre souuenir et bonne vollontè a leur 
endroict. Par ces présentes de nostre certaine science... 
auec l'assistance de Mcs ies les Princes Maurice et 
François-Thomas mes beaux frères... nous auons fait 
et fait et faisons à ladicte Dame Claude Françoise de 



394 

Maillard Dame De la Croix et a noble Sigismond de 
Murât sieur De la Croix son filz plain et libéral Don et 
remission des Laoudz et vendz qui nous sont et peuuent 
estre deubz occasion de la vente et subhastation qui se 
fera des terres et seigneuries du comté de Tournon et 
Baronnie du Bouchet a présent tenus et possédez parla- 
dicte Dame De la Croix et des rentes et rural en des- 
pendantz et ce jusques à la somme de deux mille du- 
cattons effectifs. 

Donné à Turin le 27 février 1G43. 

Chrestienne 



395 



XVI 

8 novembre 1647. 

(( Affranchissement d'hommage taillable passé par 
haulte et puissante dame Charlotte d' Urfé en faveur 
tf Anthoine l'aisne, d' Anthoine lejeusne et Jacques 
Burdin frères, de Faramans, paroisse de Sales. 

Comme ainsy soit que Georges fils de feu Jean Bur- 
din, de Faramans, paroisse de Sales, ave reeogneu 
l'hommage liège et taillable a toutte miséricorde en fa- 
veur d'hault et puissant seigneur m re Prosper de Mail- 
lard comte de Tournon et baron du Bochet, a cause de 
sa rente procédé de Montprovain entre les mains de 
M e Armand Bavoz notayre et dernier renovateur et 
commissaire du dit seigneur le 16° novembre 158G et 
auparavant par Jean fils de feu Amblard Burdin père 
du dit Georges en faveur de feu hault et puissant sei- 
gneur Messire Emmanuel de Maillard entre les mains 
de M e Claude Ponet pour Ihors notayre et commis- 
saire 'renovateur des dites extentes et precedement 
desia pour le dit Jean Burdin en faveur cle noble Jean 
d'Orlié lhors seigneur du dit Montprovain entre les 
mains cle M e Jean Delacroix pour lhors notayre et 
commissaire des dites extentes. De quôy ayant esté 
plainement informés Anthoine l'aisné, Anthoine le 
jeusne et Jacques frères enfants de feu Aymé fils du dit 
feu George Burdin considérant n'y avoir rien en ce 
monde de si cher entre les humains que la liberté et 
franchise^ par conséquent abhorrer et avoir en haine de se 
voir subiect astrainct et lié au dit hommage liège et 



396 

taillable a toutte miséricorde par vigueur des dites re- 
connaissances passées par leur ayeul et bisayeul c'est ce 
qui leur au roi t donné subiectet occasion de prier comme 
ils prient haulte et puissante dame Charlotte Durfé 
veuve d'hault et puissant seigneur Henri de Maillard 
vivant marquis de S' Damyan fils du dit. . . Prosper 
de Maillard... de les voulloir affranchir et libérer du 
dit hommage liège et taillable a toutte miséricorde et 
les mettre en plaine libertée et aucthorité et puissance 
eulx et les leurs et toutte leur postérité et tous des- 
cendants par droicte ligne jusques a l'infini de dispo- 
ser de tous leurs biens et droicts quelconques tant en 
testament que dehors. Et inclinant la dite haulte et 
puissante clame a la dite prière : à cette cause ce jour- 
dhy huitième jour du mois de novembre 1647. . . s'est 
establie en sa personne la dite. . . Charlotte d'Urfé la- 
quelle tant en son nom qu'aux noms comme mère et 
qualité de tutrice et administration iudiciellement de- 
crettée des personnes et biens des nobles seigneurs fils et 
du dit... henry de Maillard son mary enfants pour 
lesqueles elle se faict forte. . . A Affranchis, libérés et 
exemptés perpétuellement et irrévocablement et au 
meilleur mode que se puisse de droit interpréter. . . les 
dits. . . Burdin. . . et leur postérité. . . a l'infini. . . du 
dit hommage liège taillable à toutte miséricorde leur 
donnant plain pouvoir aucthorité et puissance de faire 
et disposer de tous leurs biens et droicts quelconques 
présents et futurs tant en testament que dehors, cassant 
et révoquant. . . pour raison du dit hommage liège tail- 
lable à toutte miséricorde tant seullement, demeurant 
pour le surplus du contenu en icelles [reconnaissances] 
force et vigueur. Et le tout pour la somme de six pis- 
tolles d'Espagne d'or et de poids heuës et receuës par la 



397 

la dile dame. . . et dont elle se contente. . . serment par 
elle preste entre les mains de moy notaire. . . 

Faict et passé à Rumilly dans la maison de M« Henry 
Duchesne bourgeois du dit Rumilly, chastelain de la ba- 
ronnie du Bochet. » 

(Extrait dos minutes de M' Claude Dufour, 
notaire ducal à Rumilly). 



398 



XVII 
1656. — 16 décembre. 

Testament de dame Charlotte Emmanuelle Durfé 
veuve de mess e Henry de Maillard. 

Au nom delà très saincte et indiuidue Trinité. . . soit 
notoire. . . que l'an de grâce courant 105(3 et le 16 e jour 
du mois de décembre après midy, par deuant paul hoste 
notaire tabellion royal et gardenolte heritaire du pont de 
Veyleen Bresse fut présente en personne haulte et puis- 
sante dame, Dame Charlotte... laquelle... estant en 
plaine santé de corps et d'esprit. . . eslizant sa sépul- 
ture en la chappelle fondée en l'église Notre Dame duel* 
pont de veyle en laquelle elle veult estre ensepulturée le 
plus dignement et honnorablement que faire se pourra... 
elle oblige ses héritiers. . . de faire dire et célébrer. . . 
150 messes. . . 

Ilemlad 13 dame testatrice donne . . . et par droit de lé- 
gat. . . délaisse à sœur francoise Aymée de Tornon sa 
fille, religieuse aux dames de s te marie, oultre ce qu'elle 
luy a baillé, assauoir la somme de 300 liures. . . et c'est 
pour tous droicts noms. . . et du résidu de ses biens la 
déjectantet excluant. . . 

Item... donne... oultre l'institution cohereditaire 
après escripte, à hault et puissant seig r Victor Améclée 
de Maillard de Tornon son fils. . . la moytié, indiuise 
pour l'aultre moytié, auec hault. . . seig 1 ' mes 6 Charles 
chrestien de Maillard son fils aisné, de toutes les pré- 
tentions qu'elle peut auoir. .. sur la terre de Virieu le 
grand à cause de sa légitime. . . 



399 

Item elle luy lègue en particulier tous ses meubles 
linges or et argent clesquelz elle se treuuera saisie à son 
decez . . . 

Item lad 6 dame testatrice donne... et oultre l'insti- 
tution coheréditaire après escripte, à hault et puissant... 
nies e f rançois Mauris de Maillard de Tornon son 3 e fils... 
toutes ies actions, droicts. . . que luy compétent. . . tant 
aux biens et hoyriedo dame marie Durfé sa sœur, que 
encores sur les biens que luy doibuent arriuer comme 
aisnée de sa maison de l'hoyrie et biens de Dame marie 
de la forest de Grisse sa mère. . . pour par led ts seig 1 ' 
Victor Amedée de Tornon et François Mauris de Tor- 
non les exiger retirer et demander. . . 

Finalement. . . donne à charles fils de s 1 ' paul boste 
marchand drappier et bourgeois duch pont de veyle son 
filieu la somme de 150 liures. 

Au résidu. . . a faict, créé, nommé de sa propre bou- 
cbe et veut estre ses héritiers uniuersels assavoir les d ts 
Charles Cbrestien son fils aine, Victor Amédé son fils 
puisué et français mauris son 3° fils cbascun pour une 
tierce partie et portion égale. . . 

Faict leu et releu aud- pont de veyle en la cliambre 
liaulte de la maison du not e royal soubsigné presentz 
vénérable personne M e Claude Gonod... curé dud 1 
lieu, spect le M e Claude cle s 1 loup docteur en clroict 
juge ordin e ciuil et criminel du comté. . . s r dominique 
Abellion recteur du collège de la présente ville hon te 
Jean Tiret cordonnier. . . tesmoings requis. . . Ainsi est 
.signé Charlotte Durfé, Gonod. . . 

hoste nol u royal. 



400 



XVIII. 

25 avril 1681. 

Infeudation du mandement d'A Iby en titre de marquisat 
au comte de Tournon Victor A mé de Maillard. 

(Patentes de Savoie 1681-1682. — Vol. n° 53. Pag. 58.) 

Victor Amé II par la grâce de Dieu duc de savoye" 
etc. . . . A tous ceux qui ces présentes verront salut les 
sentiments de bonté que nous avons pour nos subiectz 
de savoye nous ont convié de redoubler nos soingz dez 
nostre maïorité pour les soulager, nous leur en avons 
voulu donner une nouvelle preuve dans la conclusion 
de nostre mariage avec la serenissime Infante de Por- 
tugal et vendre plustost nostre domaine que de souffrir 
quilz s'épuisent pour concourir aux despenses qui nous 
sont Indispensables dans une occasion si considérable, 
ou il s'agist de nostre gloire et de nostre grandeur, a cest 
effet nous avons ordonné par nostre edict du 19 9 b,e 1680 
de procéder a lad e vente de nostre domainne de genevois 
et faucigny Jusques à la concurrence de 108000 duca- 
tons pour estre employés aux despences de nostre mariage 
et attendu que la vente de nostre mandement d'Alby 
situé riesre le genevois - a esté fixé au 17 mars 1681 
comme par autre exploit du 12 mars et la dernière mise 
seroit resté a nostre très cher bien amé et féal conseiller des- 
tat gentilhomme de nostre chambre mareschal de camp 
dans nos armées et viador gênerai de nos troupes milices 
et gentz de guerre Victor Amé de Malliard comte de 
Tournon marquis de s' Damien et. de pallieres, Baron 
de Coufignou soit a m "■ Amhoine demotz son agent pour 



401 

la somme de 9044 ducaltons. estant bien et dheuement 
informé de la valleur da revenu dud* mandement se 
montant annuellement à la somme de 450 florins ainsi 
qu'il conste par le bail a ferme du 7 may 1676. . . . Nous 
avons infeudé vendu et donné, vendons Infeudons don- 
nons lad e terre et mandement d'alby aud* marquis de 
tournon tant moyennant lad e somme de 9044 ducattons 
qui est le prix de la dernière enchère lequel sera payé 
entre les mains de nostre trésorier gênerai de là les 
montz .... qu'encore en considération des services con- 
sidérables que led f marquis de s 1 Damien a rendu à ceste 
couronne en qualité de capitaine dans l'escadron de 
savoye., cornette et lieutenant des archers et ensuite de 
colonel d'un régiment d'Infanterie et gouverneur de 
nostre chasteau de nice et qu'il rend a présent en lad e 
qualité de Veador général de ça les montz que ceux que 
le marquis de s 1 Damien son père a rendu a ceste cou- 
ronne en qualité de mareschal de camp gen 1 et Lieute- 
nant gênerai de la cavalerie de savoye et de ceux que les 
Comtes de tournon messire Prosper et Pierre de Mal- 
liard chevallier de l'ordre et gouverneur de savoie ses 
ayeuls et bisayeuls ont rendus en diverses ambassades 
et autres employs dans lesquelz ilz ont esté obligés de 
supporter des despences extraordinaires et considérables, 
et par ces causes donnons, cédons^ quittons, remettons 
et Infeudons aud 1 marquis et à ses clescendans succes- 
seurs quelconques ou ayant cause de luy ledict man- 
dera* terre, fief et Jurisdiction d'Alby parroisses et 
ameaux en dépendans généralement tous les près, bois, 
montagnes, pasqueages, au péages, péages, corvées, \scyde, 
cours d'eau, avec tous droictz de pèche et de chasse de 
la manière qu'en peuvent Jouir et Jouissent les plus 
privilégiés vasseaux de noz estalz, hommes, hommages, 

26 



402 

fidélité, fiefz, greffes, Jurisdiction, haute moyenne et 
basse et tous exercices de Justice avec pouvoir d'establir 
Juge, procureur d'office, greffier, chastellain, curial, 
sergent, metral et autres officiers de Justice Inférieurs 
et généralement tous les clroicts de patronage ecclésias- 
tique et autres a nous apparlenans à l'occasion dud f 
mandement d'alby sans nous rien reserver sauf le droict 
de souveraineté, les personnes des nobles, leurs maisons, 
et pourpris d'icelles le tout à la forme de l'eclict d'aliéna- 
tion du domaine. .. . Promettant en parolle de prince 
etde bonne foy de maintenir aucft marquis le susdt mande- 
ment et biensa luy vendus Et d'autant que nous voulons 
gratifier led 1 marquis et luy tesmoigner l'estime que 
nous faisons de sa qualité de sa personne et le long 
souvenir qui nous reste de ses longz et ridelles services, 
nous avons érigé et érigeons led 1 mandement en tittre 
et dignité de marquisat avec le droict dy pouvoir faire 
ériger fourches patibulaires et piloris de mesme que 
ceux qui sont érigés dans les autres marquisatz de nos 
estatz. ... si donnons en mandem 1 a nos très chers bien 
amés féaux conseillers les gens tenanz nostre chambre 
des comptes de savoye de vérifier et Interiner les présen- 
tes. .. . Donné a turin le 25 avril 1681. 

Victor Amédée. 

V a Simeone pro dom° cancell V° Granery R° Carron 
scellé a sceau pendant. Contresig e de lescheraine. 



403 



XIX. 

24 août 1688. 

Testament de raes re Charles Chrestien de Maillard. 

Je Charles Chrestien de Maillard de Tournon, mar- 
quis de s t Dainien Baron du bochet, de la ville de 
Rumilly certifie a tous qu'il appartiendra.... voulant 

disposer de mes biens ai fait mon testament. . . . 

et disposé de mes biens et facultés ainsi que s'ensuit 
premierem* ie veux. . . . que moud 1 corps soit ensevely 
dans l'église parrochiale de la présente ville à la place 
et tombeau des seig rs mes prédécesseurs qu'est dans la 
chapelle ioignante le sancta sanctorum du coté du 
levant. . . . 

Item ie donne et lègue aux R ds pères capucins de la 
présente ville de Rumilly la somme de 100 flor. scavoir 
50 fl. pour dire des messes et les autres 50 applicables 
à ce qu'ils iugeront plus à propos. . . . 

Item ie donne et lègue à la dévote confrérie du s* 
sacrement fondée en la présente ville aussi pour une 

fois la somme de 10D flor. scavoir 50 pour dire des 

messes pour le repos de mon ame et les autres 50 fl. 
applicables à des réparations .... 

Item ie donne a illustre dame marguerite fille de 

feu mes re francois de Pesieu et d ell(? Claudine de Blonay 

mariés, ses père et mère,, ma très chère femme^ la 

petite chambre à coté de la cuisine de ma maison size 
en la présente ville rue du grand lac avec tous les meu- 
bles. . . . avec la petite chambre qui est entre la sale de 
mad« maison et lad cuisine, aussi comme elle se trou- 



404 

vera meublée. . . . Iiem ie donne. ... à inad e dame. . . . 
toute la vaisselle d'étain qui se trouvera dehors de mes 
coffres. . . . comme aussi la petite vaisselle d'argent de 
laquelle nous nous servons présenlem' .... comme aussi 
la lingerie. . . . nappes serviettes draps .... Item ie donne 
... a mad e dame. . . . tous les livres qui se trouveront 
au pelit garderobe .... la remerciant de sa bonne et 
fidèle compagnie laissant l'usufruit à lad e dame.... de mes 
moulins qui sont tant dans la présente ville que dehors 
.... de mes vignes d'haute ville, les louages de mad 6 
maison .... comme aussi du pré du langey .... et même 
du pré ramu .... 

Item je donne et lègue à hon ble francoise fille de feu 
hon e pierre burin bourgeoise de Rumilly la somme de 
100 florins pour une fois avec son habitation aux cham- 
bres ioignantes la crotte et archives de ma maison où sa 
mère est morte et c'est pour sa vie naturelle durant, je 
lui donne encore tous les meubles que j'ai en chautagne. 

Item ie donne. . . a mes re Victor Amed de Maillard 
m is de tournoh gouverneur et Lieut 1 gen 1 de la province 
de nice, mon cher frère auquel .... je substitue mes 1 ' 
felix Emmanuel de Maillard m is d'Alby son fils aîné 
mon cher neveu tous les biens que ï ay en Bresse 
.... et en outre toute la vaisselle d'argent et d'étain qui 
est dans mes coffres a condition pourtant que mond 1 
frère fera la fondation à notre chapelle qui est dans 
l'église parrochiale dudt Rumilly. . . . étant lad e fonda- 
tion de la somme de 120 pistoles d'espagne. . . . de 
plus ie charge mond 1 cher frère de paier annuellemt au 
s r curé de massingy. . . . la somme de 24 flor.... et 
c'est pour le service qui se fait en nôtre chapelle fondée 
en l'église parrochiale de massingy. . . . 

Et pareeque le chef et fondement de tout testament 



405 

consiste en l'institution de l'héritier universel.... Je 
fais.... et ordonne mon héritier universel ascavoir 
mes™ Victor Amed de Maillard m is de Tournon.... 
mon cher frère .... 
fait aud* Rumilly ce 24* aoust 1688. 

Charles Chrestien de Maillard. 
Du Bosson notaire. 

Signé de Chavanes — De Dalmaze de Marchand — 
De Richard — De Bracoran — Chevrier — Dufoug — 
Marcoz. 



«><; 



xx. 

4 décembre 1749. 

Testament du Comte Antonio Alfievi di Cortemiglia, 
père du -poète Victor A Ifieri. 

Nel nome ciel sig nostro Gesù Christo Corrente 
l'anno. . . . 1749, la 12 a indiz 6 ed alli 4 del mese dicem- 
bre aile ore 10 di notte in Asti et nella stanza attigua al 
salone verso la casa del sig. medico Argenta. . . . 

Ad ognuno sia manifesto che. . . . l'ïllmo sig c te An- 
tonio Alfieri di Cortemiglia del fù sig c te Gaspar Em- 
manuel délia pres te città. ... lia. . . . risolto mentre 
ritrovasi sano di mente. . . . sebben da infermità corpo- 
rale in letto giacente di fare il pres c suo ultimo lesta- 
mento. . . . 

Fatto che sara il suo corpo cadavere .... vole le sia 
data sepoltura nella chiesade' PP. econventodi S. Fran- 
cesco. . . . precedenli le pompe funebri convenienti .... 
incaricandorinfras 1 * 1 sig. suo figliolo... . difarli celebrare 
.... messe n° 2000. . . . ciuoé 500 nella chiesa cattedrale 
.... et le altre 1500 in quelle chiese. . . . che meglio 
stimerà il sig cav e Guiseppe Alfieri suo fratello. 

Pïu ha legato e lega alla d a sig- 1 cont a Monaca Ma- 
rianna sua consorte. . . . L. 500 annue. . . . oltre li suoi 
alimenti, stando in casa d'esso sig 1 ' testatore o pure in 
casa dell Ill m ° sig ni se Ant° Alessandro Cacherano suo 
et del fu Illnio sig r m e Alessandro Pio Cacherano fîglio 
.... cou cio che coabitando col d° sig 1 ' mardi cessi 
l'obligo di d ; alimenti. . . . c passando a terze nozze non 
sara più d° sig r suo 6glio tenuto pagarli lai annua 
pensione. . . . 



407 

Più do sig 1 ' testatore. . . . instituisce sua erede parti- 
colare l'Illraa sig a Giulia Gabriela sua e di d a sig a cont a 
figlia.... nella somma di L. 20000 di piemonte oltre 
il.... fardello. ... ed in casovenisse la med a sua figlia 

a monacarsi cédera d a dote al suo erede universale, 

mediante. . . . che questo le paghi. . . . sua dolazione al 
monastero. . . faccia tutte le spese che saranno necessa- 
rie. ... ed in questo caso di monacazione lega esso sig 

testator a d a sig a sua figlia L. 200 annue oltre lad a 

sua dote e fardello. . . . 

In oltre d° sig testatore ha dichiarato . . . . che essendo 
presentemente d a contessa suaconsorte gravida. . . . ove 
venghi a dar alla luce una o più figlie, ha quella o 
quelle inslituito sua erede o eredi particolari nella som- 
ma sud a di L. venti milla. . . . cou il fardello quale. . . . 
quanto délia sud a madamig a Giulia Gabriela dovria essere 
di L. cinque milla. ... e in caso che. . . . venissero a 
monacarsi .... d° sig e suo erede sarà tenuto pagarli la 
dote soliia. ... col suo fardello. . . . oltre il livello an- 
nuo di L. 200. In caso poi che venisse d a s a cont a a 
partorire uno o più figli .... ha d° sig r testat e legato .... 
L. 1000 annue da pagarsi. . . . dopo perô che avrà com- 
pito li anni 14 et sino che starà pupillo obliga. . . . suo 
erede di provederli in casa. . . . li alimenli indu menti et 
ogni altra cosa necessaria. . . . 



■&' 



Più ha d° sig testatore legato.... a donna Rosa 
eletta monaca nel monastero di s. Anastasio di questa 
città sua sorella L. 100.... per una volta tanto.... 

Più ha legato L. 15.... per cacluno de suoi 

domestici. . . . che sono in n e di 12. ... più lega alla 
nutrice di d° suo figlio et erede. ... L. 15. . . . per una 
volta tanto. . . . 

Ed in tutti gli altri suoi béni. . . . noininain suo erede 



408 

universale l'Illmo sig Vittore Amedeo suo et cli d a lllma 

sig a cont a sua consorte figlio legitimo ed attesa 

l'infantil età di d° sig r suo figlio eterede.... provede 
di tutore in persona dell Illmo sig Cav e Guiseppe Alfieri 
gerosolomitano, fratello d'esso sig testalore 

Antonio Alfieri di Cortemiglia 

4 X brt 1749. 

Codicillo. ... al testament» dello stesso giorno 
.... In caso di morte dell Illmo sig c te Vittorio Amedeo 
suo unico figlio. ... sia in età pupillare. . . . sia senza 
"proie. ... in tal caso chiama e sostituisse al med°. . . . 
Ilhni sig Cav' Guis e e Gio Alfieri suoi diletni» l'ratel- 
li. . . . E per dimostrare la singolare stima che ha verso 
l'ïllma sig contessa Giulia Alfieri sua sig. madré. . . . 
lega. . . . quello clei mobili che più li piacera. ... in casa, 
del valore perô non superiore di L. mille. . . . etc. 

Gidella not°. 



409 



ADDITION. 



« M. Dufour place à l'année 1300 la première indi- 
cation d'un membre de la famille Maillard ; je n'en ai 
moi-même pas rencontré d'antérieur au quatorzième 
siècle. Cependant M. Croisollet, l'auteur de l' Histoire 
de Rumilly, a dit, page 74, que cette famille s'établit 
à Rumilly dès le xu e siècle. 11 ajoute qu'une de ses bran- 
ches alla se fixer en Suisse avec les comtes de Romont, 
et que ce fut un de Maillardo qui commanda en chef 
l'armée du Sunderbund en 1847. 

On trouve au Pouillé de l'église de Genève, p. 62 et 
187, un Jean Maillard, chanoine de Saint-Pierre de 
cette ville. » 



CORRECTIONS. 

Page 271, note, au lieu de 1548, lises : 1458. 

— 275, ligne 2, au lieu de Charles, lises : Charles I". 

— 288, ligne 20, au lieu deinctinants, lises : inclinants. 

— 317, dernière ligne, ajoutez : ou Chouvirey. 

— 338, ligne 17, au lieu de Marie-Berthe, lises : Marie 

Berthé. 

— 364, ligne 5, au lieu de non lisez : nom. 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Avant-propos 259 

Note de M. Mugnier 263 

I. Aymon Maillard, alias Perrin 285 

II. Jean I", Jean II et Pierre I", ses fils; Pierre, 

marié à Béatrix de Lornay " 267 

III. Jkan II, marié à Claudine de Billième 

Jean III, son fils et Jacquemette sa fille, 
mariée à Pierre de Doms 270 

IV. Jean III, épouse Jeanne de Lornay. Leurs en- 

fants : Jacques, Aine, écuyer; Nicolas, 
prieur de Rumilly ; Jeanne, mariée à Char- 
les de Charansonnay; Antoinette, mariée à 
Pierre de Chavanes 271 

V. Jacques, épouse Aymée de Chàtillon. Leurs 
enfants : Pierre; Jean -Philibert prieur; 
François, abbé d'Aulps ; Claudine, femme 
de François-Philibert de la Fléchère ; Louise, 
religieuse ; Jeanne et Philiherte 275 

VI. Pierre II, est à Bruxelles en 1554; — Lettre 
de l'évêque dArras, Granvelle, à son sujet ; 
— Lettre d'Emmanuel-Philibert; — Servi- 
ces diplomatiques; — épouseen 1560Claudine 
de Bellegarde. Leurs enfants : Emmanuel- 
Philibert, Prosper-Marc, Jean, Thomas, 
Charlotte-Emmanuelle, mariée à Lancelot 
Guillet, seig. de Génissiaz ; Jèromine, Béa- 
trix, Claudine, religieuses, Anne. Est gou- 
verneur de la Savoie. Missions diploma- 
tiques en Suisse. Le Complot de* fugitifs 



412 



et Pierre Maillard. Est créé chevalier del'An- 
nonciade; — comte de Tournon, 15G9; mort 

en août 1573 280 

VII. Prosper-Marc, épouse Philibert» de Beau- 
fort; leurs enfants : Henri, Alphonse, S an- 
che-Marc- Prosper, Claude-Françoise, ma- 
riée à Salomon de Murât, puis à Claude de 
Mentbon-Montrottier; Hèlène-Ferdinande , 
mariée à Jean-Baptiste de Maillarmey ; Mar- 
guerite, mariée à Bernard-Octavien de St- 
Martin d'Agliê; Emmannelle-Philiberte ; 
Claude-Marie, mariée à Gabriel Guillet de 
Monthoux; Philiberte- Ennemonde , reli- 
gieuse ; mort à Rumilly le 15 avril 1616. . . . 310 

BRANCHE DES MARQUIS DE CHASTELLARD. 

Alphonse Maillard, 2 e fils de Prosper, épouse 
Jacqueline de Chauvirey; Henry-François 
leur fils. Lettres d'Alphonse de Maillard à la 

duchesse Christine 317 

VIII. Henry, épouseChailotte-Emmanuelled'Urfé. 
Leurs enfants : Charles-Chrétien, Victor- 
Aîné, François-Maurice, Joseph, Cathe- 
rine-Françoise, religieuse 323 

IX. Victor-Ame, épouse Cécile-Marie Trucchi. 
Leurs enfants : Félix-Emmanuel- Jean-Bap- 
tiste, Jean-Henri/ , Charles-Thomas, cardi- 
nal de Tournon, Jeanne-Irène-Charlotte, 
mariée au marquis de Crescentino, puis à 
J.-B. Rapetti, baron de Sarré ; Louise-Em- 
manuelle , religieuse ; Jérôme - François , 

Victor- Amè-Ignace 330 

X. Félix-Emmanuel-Jean- Baptiste Maillard, 
né le 30 avril 1660, marié le 31 octobre 1684 
à Angèlc-Maric Berthé. Leurs enfants : Vic- 
tor-Ame, Jeanne-Marie-Elisabeth , Marie-Cé- 
cile-Délibère, Lucrèce-Marie, Marie-Thérèse, 



413 

Marie-Anne , Charles-Antoine - Alexandre , 
Hélène -Marie -Victoire -Irène; mort le 20 

décembre 1728 338 

XI. Victor-Amé II Maillard, né en 1685, ma- 
rié le 23 février 1715, à Marie-Eléonore de 
Saluées- Paèsana. Leurs enfants : Charles- 
Joseph-Marie-Antoine- Augustin, Ange-Cons- 
tance, Barbe-Marie-Thérèse, Félix-Emma- 
nuel-François, Monique-Marianne ; mort le 
25 avril 1754 313 

XII. Charles-Augustin Maillard, né le 7 mai 
1716, marié le 25 novembre 1741 à Marian- 
ne Dal Pozzo. Leurs enfants : Victor- Amé- 
dée-Thomas , Gaspard-Marie , François-Jo- 
seph, Augustin-Xavier, Thérèse-Marie, Bar- 
be-Eléonore; mort le 24 mars 1778 349 

XIII. Victor-Amé III Maillard, né le 10 novem- 
bre 1747, marié le 16 mai 1772 à Louise- 
Marguerite Guidobono. Leurs enfants : Thé- 
rèse-Marie, Charles-JoLc^li Louis, Delphine- 
Josèphe , Joséphine , Pierre-François-Char- 
les, Henriette-Marie, Félix-Jean-Henry, Vic- 
toire; mort le 1 1 janvier 1816 354 

XIV. Félix-Jean-Henry -Alexandre Maillard, 
né le 10 juillet 1791 ; mort le 27 septembre 

1817 356 

Documents. 

I. Contrat de mariage de Jean III Maillard avec 

Jeanne de Lornay, 1466 : »■ , '• , 

II. Lettres à'écuyer pour Amédée Maillard, 

1496 361 

III. Reconnaissance par Jacques MaillarJ, 1525. 362 

IV. Testament de Jaccpues Maillard, 1515 364 

V. Provisions de gouverneur de Savoie à Pierre 

Maillard, 1560 372 



414 

VI. Inféoda tion de la juridiction du Bouchet au 

même, 1563 374 

VII. Contrat de mariage de Prosper Maillard et de 

Philiberte de Beaufort, 1590 378 

VIII. Quittance, par Prospeu Maillard, à la ville 

de Fribourg, 1598 380 

IX. Contrat de mariage de J.-B. Mallarmey avec 

Hélène-Ferdinande Maillard ,1609 381 

X. Ordre du marquis de Lans pour la levée d'un 

quartier d'impôt, 1615 383 

XI. Contrat de mariage de Henry Maillard et de 

Charlotte d'Urfè, 1621 " 385 

XII. Vente d'une maison par Henry Maillard au 

duc de Savoie, 1629 387 

XIII. Testament de Claudine de Chauvirey, 1630. 38!) 

XIV. Testament de Henry Maillard, 1632 390 

XV. Remise de laods à Françoise Maillard, 1643. 393 

XVI. Affranchissement de taillables à miséricorde, 

par Charlotte dU'rfè, 1G47 375 

XVII. Testament de Charlotte d'Urfè 398 

XVIII. Erection du marquisat d'Alby pour Victor- 

Amé Maillrad ,1681 400 

XIX. Testament de Charles-Chrestien Maillard, 

1688, 403 

XX. Testament d'Antoine Alfieri di Cortemiglia, 

1749 406 

Addition et corrections 409 



NOTES ET DOCUMENTS 



SUR LE 



CHATEAU D'ANNECY 



PAR 

ELOI SERAND 

Ai chivisle départemental adjoint delà Haute-Savoie, 

Officier d'Académie, 

Membre de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie. 

de la Société florimontane, etc., etc. 



T 



w 



NOTES ET DOCUMENTS 

SUR LE 

CHATEAU D'ANNECY 



M. Léon Ménabréa, dans son grand ouvrage 
Des Origines féodales en Savoie, rapporte que 
les Comtes de Genevois tenaient, en 1219 déjà, une 
petite cour qui les suivait dans leurs voyages à tra- 
vers leur Etat. Il a trouvé, dans un document de 
1219, la mention de leurs quatre grands-officiers : 
le sénéchal, le maréchal, le panetier, le boutilicr. 
Il a eu aussi entre les mains un inventaire des 
meubles du château d'Annecy de 1393. Parmi les 
objets qui y sont énumérés, M. Ménabréa cite : 

Un tapis de haute lisse, couleur perse (entre vert et 
bleu), semé de lys et armorié aux armes de Genevois 
et d'Olivier fils de Reniers (le romanesque vainqueur du 
païen Ferebras), armoriatum armis Gebenemii et Oli- 
verii ; cinq banquettes rouges armoriées de même, 
quinque bancalia rubra ad arma Gebenensii et Oliverii 
esquartelata nova ; un grand et magnifique tapis d'Ar- 
ras, historié de Charlemagne, Olivier et Ferebras, ys- 
toriatum de Carolo magno, Oliverio et Ferrabras (1). 

(1) Des Origines féodales dans les Alpes occidentales, 

in-4 ; Turin, imp. royale, 1865, p. 277 et 270. 



420 

L'on doit regretter que M. Ménabréa n'ait pas 
publié cet inventaire en entier. 

Comme on le sait, Amédée VIII, comte, puis 
duc de Savoie, succéda aux comtes de Genevois. 
Cette province fut donnée en apanage à quelques 
fils puînés de la Maison de Savoie. En 1514, le 
Genevois avec les baronnies deFaucigny et de Beau- 
fort fut donné â Philippe de Savoie, que le roi de 
France, François I er , créa duc de Nemours le 22 
décembre 1528. L'apanage passa ensuite aux en- 
fants et petits-enfants de Philippe pour retourner 
au duc de Savoie en janvier 1659 (1). 

La ville d'Annecy s'administrait assez libre- 
ment sous le régime de ses franchises et sous la di- 
rection des officiers des ducs de Nemours-Gene- 
vois. 11 y avait alors un capitaine de ville et un 
commandant ou capitaine du château, où les Ne- 
mours résidaient volontiers lorsque leur étoile 
pâlissait â la Cour de France. 

La nomination du capitaine de ville était subor- 
donnée â l'assentiment du duc de Genevois. C'est 
ce qui fut fait pour le sieur de Monthouz (2), dont 
l'élection fut confirmée, le 31 mai 1597, parle duc 
Henri de Savoie-Nemours, dans la lettre sui- 
vante : 



(1) Voir Fr. Mugnier, Chronologies pour les Etudes 
historiques en Savoie, p. 54 à 56. 

(2) 11 y avait deux Monthouz : l'un près de Genève, l'au- 
tre près d'Annecy. 



421 

« A M IS les scindics et conseil de n ro ville d'Annissy 
(avec sceau). 

Chers et bien aymez. Nous sommes fort contans 
que le s r de Montou ayt la charge de cappitaine de nos- 
tre ville d'Annissy. Nul ne pouvait plus que luy nous 
estre agréable car son affection et sa fidellité nous sont 
congnues par beaucoup de preuves. El puis outre ce 
qu'il doibt particulièrement a sa pairie, la nourriture 
qu'il a prise en N'' e maison le rendra plus soigneux de 
veiller pour vostre conservation sachant combien elle 
nous est chère. Inclinant donc a vos désirs nous luy man- 
dons qu'il prenne ceste charge et voulons bien aussy 
vous admonester qu'un chacun de vous, si en général, 
si en particulier l'assiste volontiers et de conseil et d'aycle 
en toules occasions affin de vous maintenir au rnieulx 
qu'il se pourra durant ces fascheux troubles. C'est tout 
ee que nous a semble vous debvoir dire en réponse a 
vostre lettre du xxui avril. Et pour fin nous prions Dieu, 
chers et bien aymez vous avoir en sa s te garde. 

A Paris ce dernier may 1597. 

Henry de Savoye. 
Contre-signe : Labretonnière. » 

A côté du capitaine du château se trouvait un 
officier subalterne, le concierge. Il était, entre 
autres, chargé de la garde des armes et munitions, 
dont un inventaire était fait lors de rentrée en 
fonctions do chaque titulaire. En 1616, honorable 
Olivier Bordât succédait à maître Claude-Phili- 
bert Rivollet ; en 1696, la place, devenue vacante, 
était attribuée au sieur Guy Perravex, architecte 
et bourgeois d'Annecy. Le commandant du chà- 



422 

teaii était, à cette dernière époque, Jean-Melchior 
du Gruel, seigneur du Villard - Chabord (1). 
Voici les inventaires qui furent dressés dans 
ces deux occasions : 

I. 

Inuentairc des armes trouuees dans le Cabinet du C/ias- 
teau de eeste ville quont este remuée en une des cham- 
bres de la tour sur la perriere ( ^ ) par maître Claude- 
Philbert Riuollet ey cleuant gardiateur dudict gabinet 
qucstoit auparauant en une chambre au logis neuf* 
du costc de la cave, faict et oeriffie auec ledict Riuollet 
par le sieur Dechauanes (3) des m" " en la Chambre 
des comptes de Geneuoys commis par la dicte Chambre 
en présence d'oncle Olivier Bordât estably gardiateur 
des dictes armes par monseigneur. 

Ce 17° de juing 1616. 

Premièrement les armes dung géant, ou gros homme, 
de la haulteur de sept piedz d'homme commun simple 

(1) En octobre 1696, lors de l'évacuation d'Annecy parles 
troupes de Louis XIV, le capitaine de cette ville était l'a- 
vocat Rufïy. Les clés de la ville et du château furent remi- 
ses le 6 octobre à M. de Gruel, par les sieurs de la Coffinière 
et Courteville, capitaines du régiment de Navarre, qui avait 
tenu garnison à Annecy. L'avocat Pierre Mellarède lut 
l'acte de prise de possession pour le duc de Savoie. C'est le 
personnage qui devint le principal ministre de Victor-Amé- 
dée au siècle suivant. 

(2) Une autre copie de cet inventaire, signalée en IStiOà 
l'Académie des sciences, etc., de Savoie, indique ce château 
comme étant celui de Thonon. L'erreur est évidente. La 
/ 'erricre est un faubourg d'Annecy, au-dessous de la tour Est 
du château. (Mèm. de l'Ac. de Savoie, 2 série, t.V, p. xxvi.) 

(3) De Chavanos [ noble et spWe ] docteur es droits, conseil- 



423 

complettee du corselet brassards gantelletz casque cuis- 
sardz bottes et solliers de fer à lantique. 

Plus aultre ouvrasse rayée dor complette de sa sallade 
auscol brassardz ganteletz et cuyssardz. 

Aultre cuyrasse rayée dor auec ses ganteletz et deray 
les brassadz du coste des espaules. 

Aultre cuyrasse auec sa sallade auscol brassardz 
cuyssardz bottes de fert et ganteletz Le tout dorée et 
damasquinée. 

Aultre cuyrasse auec sa sallade et demy cuyssardz a 
bandes dorées. 

Une sallade grauée en blanc avec des cuyssards bras- 
sards et ganteletz et un rondache aussy blanc avec des 
bandes dorées et des franges de soye incarnatte. 

Une aultre belle cuyrasse blancbe à brodures dorées 
bien complette de sa sallade auscol brassards et gante- 
letz. 

Une aultre belle cuirasse noire en chiffres et roses 
dorées a laquelle manque lauscol et le dessoub des 
cuyssards. 

Une aultre armure blanche dorée bien complette 
ayant des bottes et solliers de fert. 

1er de Ms r Henri de Savoie, duc de Genevois-Nemours, et 
premier auditeur dans sa Chambre des comptes à Annecy. 
Henry de Savoie, 4* duc de Genevois-Nemours , mar- 
quis de Saint-Sorlin, chevalier de l'Annoneiade ; fils de 
Jacques de Savoie et d'Anne d'Este-Ferrare , sa seconde 
femme. Son frère aîné, Charles-Emmanuel, était décédé au 
château d'Annecy le 15 août 1595; ils avaient l'un et l'autre 
espéré évincer Henri IV du trône de France. Charles-Em- 
manuel F', duc de Savoie, avait eu, d'ailleurs, les mêmes 
visées. 



424 

Une grosse et espesse cuyrasse noire bords à figures 
dorées auec le dessus des cuyssards et un morion de 
piacton (piéton, fantassin) de mesme fasson. 

Une aultre belle armure noyre dorée par bandes bien 
complette de sa cuyrasse sallade auscol brassardz gan- 
teletz cuyssards et bottes de fert sans solliers. 

Un armure blanche a bandes clorees à laquelle ne 
manque que l'auscol ayant des solliers de fert. 

Une petitte armure blanche a laquelle manque le des- 
soub des cuissardz. 

Un aultre petitte armure blanche bien completle. 

Une petitte cuyrasse avec ses brassardz et sallade noirs. 

Une vieille armure a juppe complette ayant des bottes 
de fert. 

Ung vieux corps de cuyrasse avec une sallade fort 
es pais. 

Ung rondache en ouvale couuert de fert dore par 
bandes es enuyrons et au milieu auec des franges de 
soye noyre aux enuyrons. 

Aultre rondache rond damasquine les franges gastees. 

Une aultre armure dorée saufs le brassard droict auec 
sa salade auscol brassardz gantelets et le dessus des 
cuyssardz. 

Une vieillie salade noire a larmes blanches et ung 
rondache en coert (cuir) couuert de pintures en herbes et 
fleurs. 

Une vieillie armure blanche garnie de sa cuyrasse 
sallade brassardz gantelets et cuyssardz 

Larmure dung cheval de fert auec son chanfrin sellée 
garnie dun homme au dessus grauee et dorree en des 
endroictz et bien complette sans arrestier. 



425 

Larmure dung aultre cheval de carton et le col de 
fert et la selle ferrée larmure au dessus blanche com- 
plette et dorée en des endroicts. 

Une vieille armure clhomme blanche sans bottes une 
selle de chenal couuerte de velours noir et le chanfrin 
dung cheual blanc à bandes dorées. 

Une selle de cheual ferrée auec des grands estriers 
et la couuerte de cheual de carton dorée a personnages. 

Larmure dung homme de cheval a lantique de sim- 
ple façon a laquelle manque les pieds et lauscol. 

Une autre armure d'homme de cheval antique de 
simple façon à laquelle manque les piedz. 

Deux chères de fert et les bandes droict des espaules 
en drapt. 

Vingt sept caisses en fert noir touttes soudées. 

Le corselet et morion dung picquier blanc auec le 
dessus des cuyssards sans ganteletz ny brassards. 

Huict chanfrins de cheval desquels il y en a troys 
dores en des endroicts. 

Quatre musquets a croys osallies (1) quattorze arque- 
buses montées à Lespagniole Plus une aultre Osallie 
par bandes a Lespagniole et une aultre a la francoyse 
le tout a mesche. 

Cinq vieux drapeaux en partie deschires. 

Quattre pistollets a mesche montes a mode darque- 
buse a Lespagnole en deux desquels manque une pièce 
ou on les attache pour les porter. 

Trente troys corselets et armes de reistre noir com- 
plets sauf quen deux manquent les brassards et gantelets. 

(1) Il s'agit probablement do croisillons, écailles, losanges, 
faits au fer sur le bois ou le métal pour faciliter Lemanie- 
ment d'une arme ou d'un engin quelconque. 



426 

Sept corselets blanc en lung desquels manque un 
brassard pour des piattons (fantassins). 

Deux autres corseletz graves en lung desquels man- 
quent les gantelets. 

Septante deux rondaches de boys couverts de toille 
dorée et pintes au dessus en deux taynes ou clous de 
boys couuerts de toille paincte a noir. 

Une colourine ossallie de sept pieds auec son met. 
Une aultre de sis pieds comme et de mesme façon que 
la susdite. 

Un gros musquet monte a la francoyse de six pieds 
de long. 

Une aultre arquebuse de six pieds sans mets. 

Une aultre arquebuse de six pieds de long osallie a 
lion auec son met, le dernier faict en col de serpent. 

Quattorze espiuz (épieus) de chasse avec leurs man- 
ches. 

Vingt trois espees de varence (nom de fabricant) et 
deux floret en ung desquels manque la garde. 

Un petit musquet a lespagniole sans rouet. 

Sept espees a deux mains lune desquelles est faicfe 
en barre de fert. 

Neufs arcs a tirer flèche de boys sans corde peu de 
valeur. 

Une albarde damasquinée rompue. 

Deux espiuz de bresche a troys lames chascung. 

Quatre paires de gros eslriers à lanticque deux di- 
ceux dorées et ung aultre estrier séparée. 

Deux paires desperons a lanticque; peu de valleur. 

Deux petittes tcstieres et une croppiere de cheval. 

Ung poictrinal dorée de troys pieds de long avec son 
rouet. 

Dixhuict pistollets tous osalliee avec leurs rouets tous 



427 

dune mesme fasson, lung desquels haiant le pomeau 
rompu. 

Une petite sayette de fert ayant le manche rouge. 

Deux masses darmes. 

Ung baston dans lequel est une lame de fert auec 
une atache de soye rouge. 

Ung double rouet. 

Quattorze pistolets a rouet et dix huict sans rouets 
ossalies et tous dune mesme façon auec leurs forreaux. 

Ung beau rondache de fert a personnage eslevee 
dorée (en relief?) 

Ung aultre rondache de fert damasquine et dore au 
milieu et par les bords. 

Quattre vieillies sallades. 

Ung vieux arnoys clhommede pied complet. 

Cinq derniers de corselets troys blancs et deux 
noirs. 

Deux deuant de corselets dores etgraues. 

Une paire de cuissards noirs. 

Troys demy cuissards de picquier. 

Deux demy brassards blancs du coste des espaules. 

Aultre brassard blanc entier. 

Six paires clespaulieres a lanticque. 

Ung pair de brassard noir auec ses espaulieres com- 
plettes argentés a fuiliages les gantelets tous noir. 

Troys paires de brassards noirs cinq auscols. 

Ung aultre pair de brassards sans espaules. 

Deux paires de gros gantelets a lanticque. 

Cinq deuant darnoys a lanticque forts espays. 

Deux genollieres deuant de jambes de fert noir des 
cuyssards et jambes blancs. 

Cinq paires de brassards sans gantelets et espaulieres 
blanc. 



428 

Neuf cuyssards blancs aulcungs cliceux graues en des 
endroicts. 

Quattre espaulieres blanches à lanticque. 

1 1 11 ict pièces de fort faictes comme des henbossoirs 
(entonnoirs) grauees. 

Deux cuyssards dorées faicts a lanticque. 

Quattre mallies desquels les pugnies ont estez leues. 

Une peau de veau marin. 

Troys chemises et une payre des manches de mallie. 

Vingt neuf aubrés (bois d'arbalètes) darbarestes les 
cordes coppees sans auculnes costes saufs une seulle. 

Six bandages de fer (instrument de tension) seruants 
auxdictes albarestes. 

Deux cornettes darmoysin de colleur bleu lune a la 
croix blanche auec ses petites franges et des chiffres. Et 
lautrea des ayles parsemée destoilles. 

Des plantamerlins (1) attaches a une corde pesant dix 
liuresauec seze payres daultres bocles de troys ensemble. 

Troys sorboucanes de boys (sarbacanes). 

Des lances. 

Deux échelles. 

Certain boys faict a tonne de galleyre a demy gaste 
(quelques vieux débris d'une fête nautique sur le lac). 

Un tambour à la Turque. 

Trois coffres a baheu de peu de valleur. 

Plus ung cussin seruant a porter malle sur cheval. 

La creste dung morion a ondes. 

Troys tappis ung sur la table a feulliege et deux vertz 
aux murallies fort viculx. (Peut-être les débris des ta- 
pisseries de 1393 ?) 

(1) Ou plantamerlan. Les deux se disent d'un instrument 
servant ;\ forer en terre les fourches de L'arquebuse; - de 
merlin, marteau qui enfonce en terre. 



429 

Plus enuiron cinquante piesces de fert darnois 
dhomme vieillies enrolliees (rouillées). 

Et fînallement deux secrètes (portefeuilles) couuer- 
tes de vellour noir. 

Le dix septiesme jour de moys de juing mil six centz 
et seze la clefz de la chambre ou sont les armes contenues 
au présent inuentayre a este remise a Olivier Bordât 
suyuant la constiution a luy faicte par Monseigneur de 
lestât et office de gardiateur desdictes armes en sa faueur 
au lieu et place dhonorable Philibert Riuolletcy deuant 
gardiateur au^sy estably par niondict seigneur Toultes 
lesquelles armes ont estes veriffies a forme du présent 
inuentayre par ledit S 1 ' Dechauanes en présence desdils 
Oliuier et Riuollet dont ledict Oliuier sen est contenté 
et en a este charge a linstant par ledict S r Dechauanes 
Lequel a promis es mains dicelluy de bien et fidelle- 
ment les conseruer et les entretenir bien et dheument 
comme sappartient etnen distrayre aulcune par prest ou 
aultrement sans congé licence et permission de Monsei- 
gneur ou ladicte Chambre. 

Faict Annessy les an et jour que dessus. Signé De- 
chauanes, commissaire ; contresigné Nicollin. 

IL 

Etat des armes, munitions et autres ejfeets qui se sont 
treuvès au chasteau d' Annessy, le 6 octobre 1696 (1). 

Deux Fauconneaux de fer, crevés et sans culasse, de 
demy quart de basles. 

(1) Ce document nous a été donné en copie, par M. l'abbé 
Lavancliy, curé de Saint-Jorioz, qui l'avait découvert dans 
les archives du château de Villard-Chabod, près Annecy. Il 
contient, semble-t-il, plusieurs des objets inventoriés en 1616. 



430 

Trois Pétards de t'ert, deux bons et un crevé. 

Quarante sept boulets de fert de quatre livres pièce. 

Cinquante huit boulets d'un quart de livre pièce. 

Deux centz grenades chargées en quatre caisses. 

Centz et vingt mousquets de service en bon estât. 

Onze vieux mousquets hors de service. 

Quatre centz soixante fusils en meschant estât, hors 
de service, dont il y en a huictante quatre sans platine. 

Deux centz vingt espées sans fourreau. 

Deux Espadons. 

Vingt quatre faux emmenchées dont une est rompue. 

Douze canons de mousquets ou fusils. 

Huictante neuf Allebardes et pertuisanes. 

Vingt deux haches. 

Quarante trois serpes dans un barri!. 

Neuf centz septante livres de basles dans dix caisses. 

Quattre fourches de caporal et espontons. 

Quarante deux pistollets en estât. 

Trente pistolets sans platine. 

Vingt cinq platines de fusil et pistolet, partie à roue. 

Six canons de pistolet. — Une demie pique. 

Deux poêles à fondre du goderon (goudron) 

Quatre centz livres de mesches. 

Cinq centz livres de poudre en trois barils. 

Vingt neufs pistolets à roue, la monture garnie d'ou- 
vrage, où il n'y a que neuf platines. 

Une masse d'armes. 

Deux arbalestes avec l'outil pour les monter. 

Deux chemisettes de maille. — Six canons de gros 
mousquets. 

Quatorze piques. — Deux manches d'estandards. 

Quatre hallebardes. — Une lance. 

Un marteau d'armes. — Neuf vieilles espées. 



431 

Soixante trois boucliers de parade, en carton. 

Une masse de chausse-trappe. 

Douze vieux estrié. 

Une caisse de tambour sans peau. 

Trois meschantes selles d'armes. 

Deux cents soixante quatorze casques. 

Dix sept fourreaux de pistolets à l'antique. 

Seize boëtes de fert-blanc de l'hauteur de deux pieds. 

Deux chaines (chaises) pliantes de fert. 

Diverses pièces détachées d'habits de fer pour hommes 
et fron tards de cheval. 

Tous les râteliers des arsenaux en bon état. 

Un garde-robbe de noyer à quatre portes et deux ti- 
roirs avec serrures, sauf à un tiroir qui a une serrure 
sans clef. 

Un grand garde robbe de cuisine, de noyer : le fond 
de sapin. 

Une grande table de noyer en meschant état. 

Six meschantes tables de sappin. 

Quatre vieux fauteuils. 

Un vieux bois de lit de noyer. 

Un vieux coffre de noyer sans serrure. 

Une cloche pesant environ vingt-cinq livres. 

Ledict estât a esté faict et vérifié par M e Pierre Mel- 
larède, avocat au Sénat à ce commis par M e Gropel, 
conseiller d'Estat de S. A. R., Intendant général en 
Savoye avec le sieur Aubert garde magasin du chasteau 
d'Annessy, à ce commis par M. Deshames, comman- 
dant pour le service du Roy au dict Chasteau et ville 
d'Annessy qui at ici signé. 

Fait au dict Annessy, ce cinq octobre mil six centz 
quatre vingt seize. 

Signé : Deshames et Mellarède. 



432 

Le chasteau ayant été remis à Monsieur de Gruel, 
Seig 1 ' du Villard, commandant establi par Monsieur le 
Marquis Tane, commandant général en Savoye pour 
S.A. R. de même que les clefs d'icelluy, par M. de la 
Coffinière, à forme de l'acte qui en at esté dressé, Je 
Pierre Mellarède... ay remis les clefs des magasins 
au clict Sg r de Gruel qui déclare d'avoir le contenu de 
Testât cy-dessus en son pouvoir, de mesme que deux 
canons de grand fusil vulgairement appelé canardière, 
treuvé chez le nommé Colin, Arquebusier, a qui on les 
avait remis pour les travailler et qui estaient des armes 
du chasteau, Melchior Burquier restant chargé d'un 
garde robbe de noyer que le sieur Beaupré, cy devant 
garde magasin avait i'aict transporter chez lui où il habi- 
tait, état le dict Seigneur De Gruel icy signé. 

Signé : J.-M. de Gruel et Mellarède. 

Le château d'Annecy avait une porte secrète 
placée tout au bas de la grande tour, c'est-à-dire 
du côté de l'Est. En 1G73, le sieur de Songy, 
commandant du château, s'opposa au changement, 
réclamé par les Barnabites, d'un chemin qui con- 
duisait â cette porte et facilitait le ravitaillement 
en cas de guerre. 

En décembre 1758, un assez violent incendie 
éclata dans la grande tour et y causa quelques 
dégâts. M. de Passier, intendant d'Annecy, dans 
un rapport adressé à l'Intendant général de Cham- 
béry, l'attribue à un cavalier qni avait reçu la 
bastonnade en mémo temps que son congé et s'était 
caché dans une chambre. Il put s'échapper à la 



433 

faveur du tumulte et enlever son cheval, à l'aide 
duquel il passa en France. 

En juillet 1792, le château d'Annecy contenait 
une assez grande quantité de poudre. L'Inten- 
dant général crut devoir prendre à ce sujet des 
précautions dont l'exécution est constatée par la 
lettre suivante : 

Monsieur, 

J'ai fait ôter de dessus les deux tours du château royal 

les girouëtes en fers qui y étoienl placées, pour que les 

munitions de guerre renfermées dans ces tours fussent 

moins exposées à la foudre, suivant que vous me l'avez 

prescrit par une de vos lettres dont vous m'avez honoré 

le 16 courant. 

Signé : Magnien. 

Annecy ce 20 juillet 1792. (Arch. déparies.) 

Ces munitions, rassemblées en vue, sans doute, 
d'une agression des troupes françaises, ne servi- 
rent pas. L'armée de Montesquiou entra à Annecy 
comme à Chambéry, sans coup férir, â la fin de 
septembre. 

Nous terminerons ces notes en reproduisant un 
passage d'une lettre du sous-préfet d'Annecy au 
ministre de la guerre, du 7 fructidor an x (25 août 
1802) : 

« Citoyen Ministre, 

Annecy, de temps immémorial, a toujours eu garni- 
son. Cette ville étoit réputée pour une des places les plus 
avantageuses aux militaires, à raison du bon prix des 

denrées ; Elle possède deux Casernes. 

28 



434 

l ve Caserne. 

Le Château a toujours servi de caserne. Dans la guerre 
de 1741 à 1748, le Gouvernement Espagnol y tenail en 
cantonnement jusqu'à 3,000 hommes. 

La Caserne du Château contient actuellement 250 lits 
dressés. 

Lorsque les réparations auxquelles le Gouverne- 
ment fait travailler depuis 4 ou 5 mois seront terminées 
on y pourra placer cent cinquante lits de plus ce qui fait 
en tout quatre cents lits. 

La même Caserne a des écuries pour 90 chevaux ; 
elles exigent quelques réparations comme de changer le 
pavé, racler et laver les râteliers et crèches. » 



R EGI STR E 

DU 

SÉNAT DE SAVOIE 

POUR LA PRÉSENTATION DES MAGISTRATS 
A LA 

NOMINATION DU SOUVERAIN 

AU XVI* SIÈCLE 



Pièces relatives au Président Favre, à la famille de saint François de Sales, 
à Madame de Chantai, 

PUBLIÉES ET ANNOTÉES 

PAR 

P. MUGNIER, 

Conseiller à la Cour d'appel de Chambéry. 



S3* 



PRESENTATION DES MAGISTRATS 



PAR LE 



SENAT DE SAVOI E 

22 mars 1584 - 3 juin 1597. 

Parmi les prorogatives attribuées au Sénat de 
Chambéry par les ducs de Savoie, l'on comptait 
le droit de présentation des magistrats. Il parait 
l'avoir exercé depuis son institution par Philibert- 
Emmanuel jusqu'en 1730. Dans sa belle Histoire 
du Sénat de Savoie (T. I, p. 283), M. Eugène 
Burnier, rappelant ce droit, dit que ce fut tou- 
jours, de la part du Sénat, le même scrupule dans 
la présentation et de la part du prince la même 
loyauté clans le choix. Ces expressions sont de 
nature à faire croire que les ducs de Savoie suivi- 
rent toujours, le plus souvent au moins, les pré- 
sentations qui leur étaient transmises. C'est là de 
l'optimisme et il faut en rabattre. La pièce dont 
M. Burnier a reproduit le premier article a été 
retrouvée, après de nombreuses recherches, et 
nous la publions en entier. 

On se convaincra, en la lisant, que la faveur et 
le bon plaisir, là comme dans tant d'autres bran- 



438 

ches de l'administration, s'exerçaient amplement 
et faisaient échec aux lois les plus sages, aux 
règlements les meilleurs. Sur vingt-quatre pré- 
sentations faites par le Sénat, le duc de Savoie 
Charles-Emmanuel I Pr en accueille neuf et, moins 
souvent encore , il nomme le candidat qui a 
obtenu le plus de voix. Il se refuse absolument â 
sanctionner le choix que le Sénat ne se lasse pas 
de faire de M e Jean Gaudinon, présenté deux fois 
en 1584, une fois en 1586, en 1587 et en 1590 au 
premier rang, et encore en 1592 (n os 1, 3, 15, 22, 
33 et 36). Bien plus, le duc crée assez souvent des 
sénateurs supernumêr aires. Parmi ces magistrats, 
les uns ne siègent d'abord qu'une fois (n os 14 et 19), 
comme pour prendre rang; tous ne reçoivent au- 
cun traitement. Lorsqu'une vacance se produit, 
le Sénat n'a plus à se préoccuper d'y pourvoir ; le 
surnuméraire devient titulaire et il est stipendié 
depuis le décès de celui qu'il remplacera. Une 
fois, un sénateur est nommé par crue du nombre 
des conseillers (n° 11). Une autre fois, lors de la 
création d'une nouvelle Chambre civile, le duc 
nomme, proprio motu, deux sénateurs. Nous ne 
l'en blâmerons pas, puisque l'un d'eux est Antoine 
Favre, juge-maje de Bresse (n° 24). 

Lorsque le Sénat essayait de repousser les ma- 
gistrats qui lui était imposés, une lettre de jussion, 
suivie au besoin d'une seconde, niellait lin à sa 
résistance (n° 19). Parfois, enfin, le Souverain ne 
donnait suite aux présentations qu'après un délai 



439 

de plusieurs années (n° 33). Le droit de présen- 
tation ne s'étendait pas d'ailleurs aux Présidents 
du Sénat, non plus qu'au Chevalier et notre re- 
gistre ne signale aucune présentation de collaté- 
raux (juges) dans les tribunaux inférieurs de 
Bourg, Thonon, Moùtiers, etc. 

Une nomination qui dut être pénible au Sénat 
fut celle de Jean-Antoine Bay (n° 3). La Compa- 
gnie avait, le 26 août 1584, présenté M es Gaudinon, 
Doncieu et Jean Crassus. Le duc, qui se trouvait 
à Chambéry, nomma M e Bay qui n'avait eu qu'une 
seule voix. Ce fut pour le Sénat comme une in- 
jure à brùle-pourpoint. Guillaume Doncieu, sieur 
de Cognac, ne fut nommé qu'après de nombreu- 
ses présentations. 

Le document que nous publions nous fournit 
quelques renseignements précieux sur le président 
Favre. Nous y voyons qu'en 1584, il a 5 voix 
pour être nommé sénateur. A la fin de l'année, 3 
novembre, il en obtient 12 pour la présidence du 
siège de Bourg et prête serment comme juge-mnje 
le 16. Trois ans après, le 8 janvier 1588, il est ins- 
tallé au Sénat en qualité de Sénateur et il y reste 
jusqu'au 3 juin 1597, date a laquelle il se rend 
à Annecy pour y exercer la charge de président 
de Genevois, tout en conservant ses gages de sé- 
nateur. Il renonça à ces émoluments, le 3 août 
1601, en ces termes : 

« Je soubsigné promets à Monsieur le Procu- 
reur général de ne prendre le payement de mes 



440 

gaiges sur les assignations ordinaires qui sont et 
seront données à messieurs pour le payement de 
leurs gaiges Ains sur celles qui m'ont esté données 
particulièrement par Son Altesse dès que je suis 
Président en Genevois. En foy de quoy j'ay escrit 
et signé la présente. A Chambéry ce 3 d'Aoust 
1601. Signé A Faure. (1) 

(Archives du Sénat.) 

Les sénateurs devaient être âgés de trente ans 
au moins (2). Cette règle est l'une des raisons 
pour lesquelles nous avons dit dans Saint Fran- 
çois de Sales, docteur, avocat, sénateur, que 
nous ne pensions pas que François de Sales, âgé 
alors de vingt-un ans seulement, eût été présenté 
par le Sénat. Nous ne nous étions pas trompé. 
François Empereur, sénateur et prévôt du cha- 
pitre de l'évêclié de Genève-Annecy, mourut le 
14 octobre 159.2 ; le même jour, la Chambre des 
vacations, composée de cinq membres, fît ses 
présentations (n°37). Le juge-majede Tarentaisc 
et M e Buinand eurent chacun 4 suffrages ; M e 
Pierre Favier (qui, huit ans plus tard, devint avo- 
cat général) en obtint 3 ; M e Pierre de Crans et 
le juge-maje de Maurienne en eurent deux. Les 
trois premiers furent présentés et le choix du duc 

(1) On trouvera clans nos Petites Annales d'Annecy 
(Annecy, impr. Abry, in 8°, 1885 ; p. 47 à 50), quelques dé- 
t;iils, inédits jusqu'alors, sur le président Favre. 

(2) Bailly. — Style et Règlement <ln Sénat de Savoie, 
art. 120. 



441 

tomba sur le juge-maje de Maurienne,, le sieur 
Jean d'Humbert, qui ne l'avait pas été. Ni cette 
fois, ni plus tard, il ne fut question de François 
de Sales qui, nous croyons l'avoir démontré dans 
notre précédent travail (1), n'avait alors aucun ti- 
tre à être nommé sénateur et ne pouvait fournir 
aucun prétexte pour qu'il fût dérogé aux règle- 
ments en sa considération. 

Ce n'est pas, du reste, la seule rectification que 
le registre du Sénat permette de faire à Y His- 
toire du Bienheureux François de Sales par son 
neveu Charles-Auguste de Sales. Cet auteur rap- 
porte (2) que lorsque François de Sales alla prêter 
serment devant le Sénat, 24 novembre 1592, An- 
toine Favre, le présenta au Premier président Po- 
bel qui, etc. Le biographe a commis ici une mépri- 
se. Le Premier président Catherin Pobel était mort 
depuis octobre 1571 et avait eu. déjà, trois succes- 
seurs. En novembre 1592, le chef du Sénat était 
Charles Veillet. Raymond Pobel, fils de Catherin, 
était second président (n os 7,9 et 10), et présida 
sans doute l'audience à laquelle François prêta ser- 
ment (3). 

Charles-Auguste de Sales raconte encore (n os 53 
et 54) qu'après avoir été reçu avocat, François de 

(1) Chambéry, 1885, et au tome XXIII des Mémoires de 
la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, p. 128 et 
suivantes. 

(2) Ed. Vives, I, p. 51. 

(3) Nous avons publié les testaments de Catherin et Rey- 
mond Pobel, au tome XXVII des Mémoires de la Société 
p. xx et suivantes. 



442 

Sales fut conduit à Sallanches en Faucigny pour y 
faire sa cour a Françoise, fille unique de JeanSurhct, 
seigneur de Végy, juge-maje de ChablaiSj « qui 
lui bailloit une grande dote et d'ailleurs la faisoit 
son héritière. » Cette phrase semble bien indiquer 
que Jean Suchet était vivant; cependant il n'en 
était rien. Nous savons par le registre (n° 12) que 
ce juge-maje du Chablais était mort avant le 27 
novembre 1585 et qu'il avait été remplacé, le 19 
septembre, suivant (n° 18), par Claude d'Orlierqui 
devint sénateur douze ans plus tard. 

Est-ce à dire que le biographe ait inventé de 
toutes pièces le projet de mariage ébauché par le 
seigneur de Sales, et repoussé par son fils. Nous ne 
le pensons pas. Nous croyons qu'il s'est agi de la 
fille de Jean Roget, juge-maje de Faucigny enl592, 
qui fut nommé sénateur en 1593 et installé en cotte 
qualité le 3 novembre de la même année (n° 3G). 

Nous saisissons l'occasion de ce retour à la jeu- 
nesse de François de Sales pour publier une lettre 
écrite à M. de Boisy, son père, par le trésorier 
du duc de Genevois-Nemours, ainsi que le testa- 
ment du sieur Jean-Louis de la Charnêe, qui, au 
dire de Charles-Auguste de Sales (1), était allié 
à la famille de Siormaz, laquelle, suivant le même 
auteur, remontait jusques à l'Empereur et Roy 
Charles- Ma g ne ! Nous joignons à ces documents 
la note d'un travail de broderie confié par la ville 
d'Annecy à Madame de Cha/ilal,on 1014. 



1) Pourpris historique de la Maison de Sales, p. 50N. 



443 



1584. 

1. — L'an 1584 et le 22 de mars est décédé Révérend 
seig 1 ' Mons 1 ' m re Claude Milliet Esleu d'Aulx conseil- 
ler d'estat et sénateur au sénat par la mort duquel du 
dit jour a esté par ledit sénat procédé a la nomination 
suivante. 

Mons r le juge-maje de Beugey. III 3 voix 

Mons 1 ' le juge-maje de Gex. . . 1 1 1 1 4 — 

M re Charles-François Ruffin.. III 3 — 

M e Jehan Gaudinon IIIIIII 7 — 

M e Guilliaume Doncieu IIIIIII 7 — 

M 3 François Crassus IIIIIIIIII 10 — 

M e Anthoine Favre IIIII 5 — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé à 
Son Altesse la nomination de trois en l'ordre suivant 
M es François Crassus, Jehan Gaudinon et Guillaume 
Doncieu. 

Sur laquelle nomination seroit esté porveu par Sa 
dite Altesse dudit estât de sénateur le susnommé M e 
François Crassus qui a esté receu et installé au dit 
estât le 25 de may 1584. 

2. — L'an 1584 et le 11 julliet Mons* Me Jehan- 
Claude de la Roche juge-maje de Gex a esté receu et 
installé en Testât de sénateur supernumeraire a la charge 
d'exercer encores le dit estât de juge-maje jusqu'à ce que 
par Son Altesse y soit porveu. 

3. — L'an 1584 et le 2G d'aoust est décédé Mons r 
M e Estienne Cavet conseiller et procureur général pour 



444 

Son Altesse en Savoye, par le décès duquel du lende- 
main a este procédé à la nomination suivante. 

Me Jehan Gaudinon IIIIIIII 8 voix 

Me Guillaume Doncieu II II I II 7 — 

Me Jehan Crassus IIIIIII 7 — 

Me Antoine Favre IIIII 5 — 

Me Loys Descostes II 2 — 

Me Benoist Cavet III 3 — 

Me Anthoiue Charpenne Il — 

Me Jehan Anthoyne Bay I 1 — 

Me Pierre Favier I 1 — 

M e Claude-François Portier. . I 1 — 

Suivant lesquelles voix a esle du dit jour mandé à 
Son- Altesse lors estant en la présente ville la nomina- 
tion de Iroisen l'ordre suivanl : 

M es Jehan Gaudinon, Guillaume Doncieu et Jehan 
Crassus. Nonobstant laquelle seroit esté porveu du dit 
estât M Jehan Anthoyne Bay qui seroit esté receu et 
installé en icelluy le troisiesme de novembre au dit an 
1584. 

4. — L'an 1584 et le 3 de novembre par le décès de 
M e Isaac Chanard juge maje de Bresse a esté par le sé- 
nat procédé à la nomination suivante. 

Me Anthoine Favre IIIIIIIIIIII 12 voix. 

Me AnthoinedeChastillon. IIIIIIIII 9 — 

Me Jehan de Vêla III 3 — 

M e Charles François Rullin. II 2 — 

M Guillaume Doncieu III 3 — 

M° Jehan Buinand II 2 — 

M e Jehan d'Asnières II 2 — 

Me Benoît Cavet I 1 — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé à 

Son Altesse la nomination de trois en Tordre suivant : 



445 

M es Anlhoine Favre, Anthoine de Chastillon et 
Jehan de Vêla. — Sur laquelle nomination seroit este 
porveu du dit estât (de juge-maje de Bresse) le sus dit 
M e Antoine Favre qui a esté receu au dit estât le 16 
de novembre 1584 et du lendemain preste le serment en 
audience. 

1585. 

5. — L'an 1585 et le 6 de janvier, feste des Roys est 
décédé Mons 1 " M ie Guillaume Balland conseiller et sé- 
nateur au dit sénat, par le décès duquel a esté procédé à 
aulcune nomination à cause de la provision cy-devant 
faicte au seig r de la Roche qui dès à présent a esté re- 
ceu au nombre des sénaleurs ordinaires. 

6. — L'an 1585 et le 13 de janvier M e Jehan Albert 
de Beauséjour a présenté au sénat les lettres par luy 
obtenues de Son Altesse de provision en Testât de juge- 
maje de Gex. 

7. — L'an 1585 et le 22 de janvier est décédé Mons 1 ' 
M'a René de Lyobard, s 1 ' du Chastellard, premier pré- 
sident de Savoye dont du dit jour le sénat a donné advis 
à Son Altesse. 

8. — L'an 1585 et le 1 er jour de mars M e Jehan Al- 
bert de Beauséjour a este receu en Testât de juge-maje 
de Gex et le lendemain preste le serment en audience. 

9. — L'an 1585 et le 25 d'aoust Mons 1 ' M™ Charles 
Veillet second président a este receu et installé en Tes- 
tât de Premier Président par le décès du susdit s r du 
Chastellard. 

10. — Du dit jour et an Mons r M M Raymond Pobel 
vi-président a esté receu et installé en Testât de second 
président par la sus dite promotion du dit s 1 ' Veillet. 

11. — L'an 1585 et le 4 de novembre M™ Loys Des- 



446 

costes a este receu et installé en Testât de conseiller et 
sénateur au dit sénat par forme de creue failte par Son 
Altc-sse au dit sénat. 

12. — L'an 1585 et le 27 de novembre par le décès de 
M e Jehan Sucliet juge maje de Chablaix a esté procédé 
a la nomination suivante. 

Me Claude d'Orlier IIIIIII 7 voix. 

M e Charles- François Ruffin . . I II I 4 — 

Me Jehan Bruinand IIIIIII 7 — 

Me Jehan Crassus IIIIII 6 — 

Me Jehan de Blonay IIIIIIII 8 — 

M e Emery de Montfalcon I 1 — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé a 
S. A. la nomination de trois en l'ordre suivant : 

Mes Claude d'Orlier, Jehan Buinand et Jehan de 
Blonay. (Voir le n° 18.) 

13. — L'an 1585 et le 12 de décembre Mons r M re 
Charles de Rochette sénateur au sénat et président 
en Genevoys a esté receu et installé en l'état de vi-pré- 
sident au sénat par la promotion du s 1 ' président Pobel. 

1586. 

14. — L'an 1586 et le 19 d'avril Me Benoist Cavet 
a esté receu et installé en l'état de conseiller et sénateur, 
et luy a esté baillé séance pour une fois suivaut le com- 
mandement de S. A. porté par sa lettre missive du 3 
du dit avril 1586. 

15. — L'an 1586 et le 16 de juillet, Monsr M™ 
Anthoine Ruffin advocat général est décédé, par le dé- 
cès duquel a esté procédé à la nomination suivante. 

Me Charles François Ruffin. . 1 1 1 1 1 II 1 1 9 voix. 
M e Jehan Gaudinon IIIIIIIII 9 — 



447 

M e Guillaume Doncieu IIIIIIIII 9 voix. 

M e Antoine Charpenne II 2 — 

M â Jehan Buinand I 1 — 

M e Jean Crassus I 1 — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé à 
S. A. la nomination de trois en l'ordre suivant. 
M es Rnffin, Gaudinon et Doncieu. 

16. — L'an 1586 et le 11 d'aoust par le décès de M e 
François Milliet procureur fiscal de Gex le sénat a 
nommé M es Jehan du Foug, Claude Montanier et 
François Billiod et par provision établi ledit Montanier 
pour l'exercice du dit estât. 

17. — L'an 1586 et le 15 d'aoust est décédé Mons r 
Léonard Colombat (1), conseiller et sénateur par le 
décès duquel n'a esté procédé à aulcune nomination 
pour estre le Sénat assez complet. 

18. — L'an 1586 et le 19 de septembre M e Jehan 
Albert de Beau séjour, juge-maje de Gex a esté re- 
ceu et installé par la Chambre criminelle (2) en Testât 
de sénateur au dit Sénat. — Du dit jour M e Claude 
d'Orlier a esté receu en Testât de juge-maje de Chablaix 
sur la nomination cy-dessus failte le 27 novembre 1585 
par le décès du S r Suchet ; — Du dit jour et an M e An- 
thoine de Leschereyne a esté receu par la dite Chambre 
criminelle en Testât de juge-maje de Gex par la promo- 
tion du S 1 ' de Beauséjour. 

19. — L'an 1586 et le 4 de novembre le sieur Cavet a 
esté reçeu à sa séance ordinaire de sénateur au dit Sénat 

(1) Et non Colombet, comme on lit à la page 7 de l'His- 
toire du Sénat de Savoie. 

(2) A cause des vacances durant lesquelles la Chambre 
civile ne siégeait pas . 



448 

suivant les patentes de S. A. du 4 de septembre 1586. 
(Voir ci-deoant au 19 aoril 1586.) Du dit jour et an 
M e Jeoffroy de Bavoz a esté receu et installé en Tes- 
tât d'advocat général vacant par la mort du S r Ruffin, 
suivant làjussion portée par la lettre missive de S. A. 
du 29 de septembre 1586. 

20. — L'an 1586 et le 10 de novembre M e Jehan 
du Foug a esté receu en Testât de procureur fiscal de 
Gex suivant la provision de S. A. à lui faite sur la nomi- 
nation du 11 d'aoust 1588 ; et a preste serment le 15 de 
novembre en audience. 

1587. 

21. — L'an 1587 et le 4 d'Avril, par le décès de 
M° Michel Thyerey juge-maje de Tarentaise a esté pro- 
cédé à la nomination suivante : 

M e Jehan Buinand III II 5 voix. 

M e Emery de Montfalcon II III II 7 — 

Me Antoine Vibert IIIIIIII 8 — 

M e George Sauvage III 3 — 

M e Jehan d'Apvrieulx I 1 — 

M e Jehan Greppat I 1 — 

M e Jehan François Empereur. . . Il — 

M e Gabriel d'Amodry .1 I — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé à 
S. A. la nomination de trois en Tordre suivant : 
M e * Buinand, Montfalcon, Vibert (1). 

22. — L'an 1587 et le 5 de may est décédé Mous 1 ' 
M e Loys Descostes, conseiller et sénateur, en commis- 
Ci) Le duc nomma le S' d'Apvrieulx qui n'avait eu 

qu'une voix. 



449 

sion au lieu de Seissel, par le décès duquel et le 8 du dit 
mois a esté procédé à la nomination suivante : 

Me Charles François Ruffin IIII 4 voix. 

Me Jehan Gaudinon IIIIIIII 8 — 

M e Guillaume Doncieu IIII III 7 — 

M e Antoine Charpenne II 2 — 

M e Jehan Buinand II 2 — 

M. le juge-maje de Maurienne 

d'Umbert I 1 — 

Suivant lesquelles voix a esté du dit jour mandé à 
S.A. la nomination de trois en l'ordre suivant : 

M es Ruffin, Gaudinon et Doncieu. 

Guillaume Doncieu, sieur de Cognac, fut nommé par 
le duc et installé le 25 juin. 

23. — L'an 1587 et le 10 de juillet par le décès de 
M e Julian Bachet juge des appellations de Bresse a esté 
procédé à la nomination suivante : 

Me Jehan de Vêla IIIIIIIIIII 11 voix. 

Me AnthoinedeChastillon.. IIIIIIIII 9 — 

M e Jehan Denys d'Asnières . . IIIIII 6 — 

M e Pierre Marciat IIII 4 — 

Suivant lesquelles sus dites voix a esté du dit jour 
mandé à Son Altesse la nomination des trois premiers. 

Jehan de Vêla fut pourvu par le Duc et reçu en son 
office le 13 janvier 1588. 

1588. 

24. — L'an 1588 et le 8 de janvier M e Anthoine 
Favre juge-maje de Bresse a esté receu et installé en 
Testât de sénateur suivant la provision à lui faite par 
Son Altesse pour l'érection de la seconde Chambre 

29 



450 

(civile) du Sénat. Du dit jour et an par la promotion du dit 
S r Favre, M 9 Jehan Ribod a esté receu en l'estat de juge- 
maje de Bresse et a preste le serment avec les autres 
magistrats. Le serment des quels à cause de la conta- 
gion fut remis au dit jour 8 janvier 1588 au lieu du 3 de 
novembre 1587. 

25. — L'an 1588 et \e26 d'avril Me Anthoine Char- 
penne a esté receu et installé en Testât de sénateur sui- 
vant la provision à lui faite par S.A. pour l'érection 
de la seconde Chambre du Sénat. 

26. — 21 mai 1588, présentation par le Sénat de 
M es Antoine de Chastillon, G. Sauvage et George 
Monod pour l'office de juge-maje de Bresse vacant par 
le décès de Ma Jehan Ribod. 

C'est M e Estienne Berliet qui est nommé par le duc ; 
il est reçu et prête serment le 26 août 1688. 

27. — 3 juin 1588, présentation de M e « Pierre Marciat, 
Jehan Denys d'Asnières et Jehan Regnauld à l'office 
de juge des appellations de Bresse vacant par décès de 
M e Jehan de Vêla. C'est Antoine de Chastillon qui y 
est nommé ; il prête serment le 20 mai 1589. 

1589. 

28. — 7 juin 1589, présentation de M e « Claude Mon- 
tanier, François Billiod et, François Demoz à l'état de 
procureur fiscal de Gex vacant par le décès de M e Jehan 
du Foug. 

29. — L'an 1589 et le 9 d'aoust par le décès de 
M 6 Jehan Amed Baudrey, procureur fiscal en Mau- 
rienne, M ô Jacque Sybué porveu du dit estât par S.A. 
a esté receu et a preste serment le 12, en pleine au- 
dience. 

30. — Le 25 octobre, présentation do M 8 Jehan Bui- 



451 
nand, Marin de Mallians et Charles François Ruffin, à 
l'état de juge-maje de Beugey vacant par le décès de 
Me Claude Gaspard de Madlans. — Marin de Maillans 
fut nommé et prêta serment le 27 novembre. 

31. — L'an 1589 et le 14 de novembre M e Prosper 
de Veigie de Lespigny, maistre auditeur en la Chambre 
des comptes a esté receu à Testât de sénateur. 

32. — L'an 1589 et le 14 de décembre Révérend 
M ie Lelio Philibert de Sollier S r de Morette, abbé de 
S. Sévère, Cap de Gascogne, a esté receu en Testât de 
sénateur en Savoye. 

1590. 

33. — L'an 1590, le 9 juillet est décédé Monsr Me 
Gaspard de Leschereine, conseiller d'estat et sénateur 
céans, par la mort duquel le Sénat a procédé le 10 de 
juillet au dit an à la nomination suivante : 

M e Charles François Ruffin... IIIIIII 7 voix. 

Me Jehan Gaudinon IIIIIIIIII 10 — 

M e Jehan Denis d'Asnières I III 4 — 

M e d'Humbert juge-maje de 

Maurienue I 1 — 

M Q Pierre Favier II 2 — 

Le S f de Chastellard juge d'ap- 
peaux de Bresse I 1 — 

M e Denis de Loriol I 1 — 

M° Loys de Coysia Il — 

Présentation de M es Gaudinon , Ruffin et d'Asnières 
au duc qui, plus de deux ans après, nomma le S 1- d'As- 
nières, lequel fut reçu et installé le 5 mars 1593. 

1592. 

34. _ 4 juin, présentation par le Sénat de M eS Char- 
les Demotz, Pantaléon Thomassin et Jean Claude Ex- 



452 

cofïon à l'office de secrétaire du Sénat, vacant par le 
décès de M e George Exertier. Le duc nomme M e Claude 
Colliet qui est reçu le 21 août. 

35. — L'an 1592 et le dernier jour de juin est décédé 
M. M re Charles Veillet premier président de Savoye 
dont du dit jour le Sénat en adonné advis à S. A. 

36. — L'an 1592 et le 7 de septembre est décédé 
Mons r M e Jean Albert s r de Beauséjour conseiller et sé- 
nateur céans par la mort du quel le Sénat, en chambre 
criminelle a procédé le 9 du dit septembre à la nomina- 
tion suivante : 

M e Jehan Gaudinon IIIIII1 7 voix. 

M e Jehan Denis d'Asnières I III 1 1 6 — 

Me Loys de Coysia III 3 — 

M e Jehan Buinand II 2 — 

M e Pierre de Crans II 2 — 

M 1 ' le juge-maje de Maurienne. . . I 1 — 

Le Sénat présente les trois premiers ; le duc pourvoit, 
de la charge M e Jehan Roget, juge-maje de Faucigny (1 ) 
qui est reçu et installé le 3 novembre 1593. 

37. — L'an 1592 et le 14 d'octobre est décédé Mons r 
M 1 ' François Empereur conseiller d'estat et sénateur 
céans par la mort du quel la chambre criminelle a pro- 
cédé le 16 octobre à la nomination suivante : 

M. le juge-maje de Maurienne II 2 voix. 

Id. de Tarentaise 1 1 1 1 4 — 

M e Jehan Buinand I III 4 — 

M e Pierre de Crans II 2 — 

M« Pierre Favier III 3 — 

Présentation du juge-maje de Tarentaise, et de M ôs 
Buinand et Favier. 

(1) C'est, croyons-nous, le magistrat dont les parents de 
saint François de Sales auraient voulu qu'il épousa la fille. 



453 

1593. 

38. — Le 18 mars M e Jehan d'Humbert juge-maje 
de Maurienne a esté receu et installé en Testât de séna- 
teur (en remplacement de François Empereur) sui- 
vant la provision à lui faite par S. A., à la charge de 
continuer l'exercice de juge-maje de Maurienne. 

1594 

39. — 1 er février présenlation à la charge de procu- 
reur fiscal de Chablais, vacante par le décès de M e Fran- 
çois Dufoug, de M es Claude Marin, François Dumont et 
Jacques Treynon, Claude Marin est nommé et prête ser- 
ment le 19 février. 

40. — L'an 1594 et le 7 de mai M e François Demoz 
prête serment en qualité de procureur fiscal de Gex, sur 
la présentation faite par le Sénat le 7 juin 1589 (1). 

41. — L'an 1594 et le 25 mai, M e Georges Sauvage 
a esté receu et installé en Testât de sénateur supernu- 
méraire suivant la provision à lui faite par S A. 

42. — L'an 1594 et le 28 mai à Tasprès disner Me Clau- 
de de Rides a présenté les lettres par lui obtenues de 
S. A. de Testât et office de sénateur supernuméraire à la 
vérification desquelles n'a peu estre procédé à cause de 
l'heure et entrée tarde et extraordinaire, sauf le décret 
d'estre monstre au procureur général mis du dit jour sur 
la requeste du dit Si' de Rides. 

43. — L'an 1594 et le 4 de juing le susdit S r de Rides 
a esté receu en Testât de sénateur snpernuméraire par 
décret du dit jour nonobstant son absence, à la charge 
qu'il prestera le serment en tel cas requis lorsque le ser- 
vice de S. A. pour lequel il est absent le permettra., et 

(1) Le registre n'indique pas le motif <!<• ce long retard 



454 

aux conditions contenues au retentum fait du dit jour 
au rapport du S 1 ' Favre. 

44. — L'an 1594 et le xxv de septembre à l'heure de 
midy est décédé Mons 1- M 6 Pierre Juge, S r de Candie, 
conseiller d'estat et sénateur céans, par la mort duquel 
n'a esté procédé à aucune nomination à cause des pro- 
visions cy-devant faites aux Seig 1 " 3 Sauvage et de Rides 
sénateurs supernuméiaires. 

45. — L'an 1594 et le 14 octobre noble Hierosme de 
Lambert conseiller cTestat de S. A. aestéreceuet installé 
en Testât de chevallier au Sénat, vacant par la promotion 
de S r Jacob en Testât de gouverneur de Savoye et ce 
par la chambre criminelle tenant pendant vacation, sui- 
vant les lettres de jussion de sa dite Altesse d'y procéder 
nonobstant fériés. 

46. — L'an 1594 et le 18 de novembre, le Seig r Sau- 
vage par le décès du S 1 ' de Candie a esté receu au nom- 
bre des sénateurs ordinaires et stipendiés de céans. 

Du dit jour et an, par Tadvis du décès de M e Jehan 
du Chemin advocat fiscal de Bresse, présentation de 
M es Guillaume Bachet, Jehan Regnauld et François 
Tardy. 

1595. 

47. — L'an 1595 et le 21 de mars est décédé Mons r M™ 
Jehan Roget conseiller et sénateur céans par la mort du- 
quel n'a esté procédé à aulcune nomination à cause de la 
provision cy-devant faite au S r de Rides de Testât de 
sénateur supernuméraire. 

48. — L'an 1595 et le 13 de novembre le S 1 ' de Rides 
par le décès du S r Roget a esté receu au nombre des 
sénateurs ordinaires et stipendiés. 



455 

1597. 

49. — L'an 1597 et le 7 de mars a esté receu M e Claude 
Régis en Testât d'advocat fiscal de Bresse en remplace- 
ment de M e Jehan du Chemin. 

50. — L'an 1597 et le 3 du mois de juin le S 1 ' séna- 
teur Favre s'est licentié du Sénat pour aller exercer sa 
charge de président de Genevois demeurant neantmoins 
porveu de son estât et gage de sénateur. 



456 



II. 

Lettre de François Paquelet, seigneur de Moyron, 
à Monsieur de Boisy (1). 

11 février 1590. 

François Paquelet, seigneur de Moyron, était le 
trésorier des ducs de Gène vois-Nem ours à Anney. 
A ce titre, il était chargé de percevoir leurs reve- 
nus dans nos contrées, de payer les salaires de 
tous leurs fonctionnaires et serviteurs et de leur 
envoyer le reste à Paris pour briller à la cour, ou 
pour alimenter leur résistance à Henri IV. 
Comme nos receveurs généraux d'aujourd'hui, 
ceux du XVI e siècle faisaient sans doute un peu 
de banque. Lorsque l'on ne rencontrait pas l'oc- 
casion d'un parent, d'un ami, d'un concitoyen, 
l'on devait avoir recours à eux, notamment, pour 
faire parvenir les sommes nécessaires à l'entretien 
des jeunes gens étudiant â Avignon, Valence, 
Louvain, Paris, Lyon, Turin, Padoue. C'est pré- 
cisément à un envoi de ce genre que la lettre de 
M. de Moyron fait allusion. Mais ce transport 
d'argent dont il veut bien se charger pour M. de 
Boisy, il ne le lui fera pas payer. C'est un service 

(1) Boisy est un château de la paroisse de Groisy-en-Bor- 
nes (Pourpris hist., p. 544). 11 y a une autre seigneurie de 
Boisy près de Genève; la famille de Budé en étail titulaire 
au XVIII' siècle. 



457 

qu'il veut rendre. A son tour, il ne se gène pas 
pour prier Madame de Boisy d'attendre quelques 
jours avant d'aller à Genève, afin qu'il puisse la 
charger cVy faire qu Ique chose pour lui. Fran- 
çois Paquelet avait été, le 12 mai 1560, l'un des 
témoins du contrat 'de mariage du père et de la 
mère de saint François de Sales et l'amitié conti- 
nuait entre eux. 

Le fils de M. de Boisy, auquel il s'agissait d'en- 
voyer de l'argent à Lyon, n'est pas François, car, 
en 1590, il se trouvait à Padoue, où il fut reçu 
docteur es droits le jeudi 5 septembre 1591. 
C'est peut-être Louis, dont l'éducation parait avoir 
été aussi fort soignée. 

Quant au neveu de M. de Boisy, c'est très proba- 
blement un fils du sieur de Monpiton, fils aîné de 
Jean de Sales, et qui fut appelé ensuite sieur de 
Sales. Le second frère de M. de Boisy, Louis, ma- 
rié à Jeanine de Gasquis, avait d'ailleurs trois fils. 
Le troisième était né en 1567, comme saint Fran- 
çois. (Pourpris historique, passim.) 

Monsieur de Boysi, 

Monsieur suyvant ce qu'il vous a pieu mescripre par 
Falquet mon cousin qui fust vers vous vendredy der- 
nier Je vous envoie ce porteur mon serviteur auquel 
Je vous suplie vouloir bailler lobligation des sept cents 
florins que me doibt Monsieur de Sales votre nepveuz 
avec le roole des laouds dont il m'est comptable affin 
que de tout je puisse fere ung compte final avec le dict 
sieur de Sales lequel parla lettre quil ma escript vendre- 



458 

dy dernier ma prié luy précompter sur les dits sept cents 
florins les trois cents livres qu'il dict avoir droict de 
messieurs ses frères de se retirer de moy pour la moitié 
de vre pention des trois années escheues a Sainct André 
dernier ce que Je suis contant de fere si le trouvé bon a 
la charge quil me face comptant pe qui restera des dits 
700 llorins et aussi les laouds qu'il se trouve a debvoir 
selon la modération qu'il vous plaira den fere a quoy je 
me soubmettray tousiours vous supliant de luy fere en- 
tendre. Du reste touchant aux cinquante escus que desi- 
rez fere tenir a Monsieur Buysson pour Monsieur votrî 
fils s'il vous plaict de me les envoier par ce pourteur 
ou bien mardy au plus tard je les ferai tenir au dict sieur 
Buysson par le dict Falquet mon cousin qui partira 
mescredi prochain pour aller à Lyon et par ce vous en 
ferez ainsi qu'il vous plaira Vous remerciant au surplus 
bien humblement de l'advis que me donnez du voiage 
que doibt fere madame de Boysi a Genesve laquelle je 
desirerois mestre loisible daccompagner. Que si elle ne 
part de sept ou huict jours Je tacheray de vous aller 
veoir pour la su plier de fere quelque chose pour moy au 
dict Genesve Vous me ferez donc ceste faveur de me 
mander quand elle espère de partir se quen attendant je 
vous baize les mains et a ma dicte dame de Boisy 
comme faict ma femme priant Dieu vous donner 

Monsieur, en santé longue et contante vie 
dAnnessy le 11 février 1590 

Votre humble nepveuz et 

serviteur F. Paquellet. 

Au doSj on lit, de la main do M. de Boisy, sans 
doute : 



459 

« Jay avoies l'oblige de mon nepveu de la some de vij 
cents florins et lanotte des louz 1590 par Pierre Pelisson 
dit Bouchent serviteur de M. de Moyron. » Plus bas : 
« atquitté suivant reçu par Grillet notaire le xxvij mars 
1590. » Et enfin : «Je lay. » 

FILIGRANES. 

Les deux pièces qui précèdent sont écrites sur 
papier. Celui du petit registre du Sénat (Cham- 
béry; fin du xvi e siècle; 10 feuilles) a pour fili- 
grane les lettres romaines A R avec la lettre P 
placée au-dessous et au milieu des deux autres. 
Au-dessus est une espèce de double parallélo- 
gramme à coins arrondis, surmonté d'une très 
petite étoile; le tout a une hauteur de quatre centi- 
mètres. 

La missive de François Paquellet (Annecy, 
1590; 1 feuille grand format) a pour filigrane les 
lettres romaines, moins épaisses que les précéden- 
tes, B V, surmontées d'une couronne de marquis, 
au-dessus de laquelle est une fleur de lys héraldi- 
que; le tout a trois centimètres de hauteur. Les 
pontuseaux de ces diverses feuilles de papier sont 
très fins (1). 

(1) Consulter, sur les filigranes des anciens papiers en Sa- 
voie, le travail que nous avons publié en 1888, au tome 
XXVII des Mémoires de notre société d'histoire : Lettres des 
Princes de la Maison de Sar<»'c à la Ville de Chambèry ■ 
pages 76 à 81 . 



460 

III 

Testament de Jean-Louis de la C/tarnée , écuyer. 

Cette pièce n'est pas seulement intéressante 
parce qu'elle se rapporte à un parent maternel de 
saint François de Sales (!)_, et qu'elle nous révèle 
le nom d'un dignitaire du prieuré des Bénédictins 
de Bellevaux dans la seconde moitié du xvi e siè- 
cle. Elle l'est surtout à raison de l'indication qu'on 
y trouve du douaire qu'un noble des Bauges y 
fait à celle qui va être sa veuve, afin d'assurer son 
existence. On voit là combien, à cette époque, il 
fallait peu de chose pour vivre. Les besoins n'é- 
taient pas grands ; à raison d'ailleurs de l'exiguïté 
des ressources et de la difficulté des communica- 
tions. La nourriture n'avait rien de recherché. 
La veuve de Jean-Louis de la Charnée aura donc 
deux chambres pour son habitation, trois seitiers 
de froment (environ 240 litres), autant d'orge, une 

(1) Suivant Charles-Auguste de Sales, Pourpris histori- 
que, p. 518, Claudine de la Charnée femme de Jacques de 
Sionnaz et bisaïeule du bienheureux François, était fille de 
Georges seigneur de la Charnée et de Philiberte de Forrier. 
Les la Charnée portaient d'azur à la bande d'or surban- 
dèe de gueules et chargée de trois étoiles d'or. 

Le personnage marquant de cette famille fut Augustin de 
La Charnée, abbé des Cisterciens de Tamié et conseiller du 
duc de Savoie, Charles I", décédé le 27 mai 1492. (Voir les 
Bauges, par M. le chanoine Morand, tome I, p. 217. 



461 

bicliette de lentilles fraîches, un quartant de bœuf 
salé, un quart de...., un pot d'huile de noix, 
six livres de beurre, du bois à brûler et cinq 
sommées de vin (environ 600 litres). La vigne ne 
poussant pas dans les Bauges, il est certain que 
le sieur de la Charnée possédait un vignoble assez 
important, probablement dans la vallée de Cham- 
béry ou dans celle de Saint-Pierre d'Albigny. 

On sortait alors peu de chez soi et l'on ne chan- 
geait guère de vêtements. On avait soin, du reste, 
de les choisir d'étoffe solide ; aussi la dame de la 
Charnée recevra-t-elle de son fils une paire de 
souliers forts à l'année, une paire de chausses en 
drap noir tous les trois ans, et trois aunes de 
drap noir tous les quatre ans, sans doute pour se 
faire un corps accompagné de sa cotte. 

13 juin 1557. 

Au nom de Dieu soit. A tous soit notoire et manifeste 
comme l'an 1557 et le 13° de Juin pardevant moi no- 
taire royal (1) s'est establi en personne Jehan Loys de la 
Charnée escuyer du Chastellard de Bauge lequel. . . con- 
sidérant. . . a fait son testament et a requis que. . . fut 
mis en escript à perpétuelle mémoire au mode suivant, 
en disant : In nomine. . . . Premièrement [donne] son 
corps et son ame a Dieu le créateur a la glorieuse vierge 
Marie sa bénigne mère a monsieur Saint Jehan Bap- 
tiste son patron et a toute la court celestielle du Paradis 
humblement dautant qu'il peut il les recommande. Item 

(1) La Savoie était alors française. 



462 

veut commande et ordonne son corps estre enseveli dans 
l'église du Chatelard estre pour la dite intumulation con- 
voque 50 prêtres chantans et disans messes et autres 
divins offices encluses trois grandes messes. . . autant i\ 
son anniversaire ou l'on chantera les Exaudi, Salve Re- 
ginaeX autre exequies (sic) ;. . . ordonne être habillés 
trois pauvres de drap du pays jusqu'à une aune et de- 
mie pour chacun avec une chandelle de cire ardente pen- 
dant que le divin office se dira. Item... une aumône 
générale selon la qualité et faculté de ses biens (1). 
Item donne a damoiselle Henriette de la Charnée sa fille 
femme de Guillaume Manuel escuyer de S 1 Jean en 
Maurienne, outre le mariage a elle par le dit testateur 
donné 10 florins p.p. pour une fois , payable après le 
trépas du testateur ; — a messire Jean François de la 
Charnée son fils sacretain de Bellevaux, a savoir 5 flo- 
rins p.p., monnoiede Savoie courante ; et, attendu que 
le dit sacretain est bénéficié et que le testateur a sup- 
porté et payé pour lui beaucoup d'escus et d'argent, plus 
de six vingt escus tant pour secretanie de Bellevaux que 
payement faits pour ledit sacretaire et qu'il n'a esté 
obéissant. .. pourtant le testateur le dejette mancipe et 
exclud de tous et un chacun ses biens. . . et s'il arrivait 
que le dit sacretain vulsisse repeter et avoir sa légitime, 
les payements faits pour lui seront comptés pour sa lé- 
gitime. 

Item donne à Marie D'alex (2) sa femme le vivre et le 

(1) Cet usage persiste encore eu Savoie, surtout à la cam- 
pagne. Il s'appelle la donna:. 

(2) Suivant M. Morand, loc. cit. Jean-Louis de la Char- 
née aurait été marié en premières à Marie Boissière, veuve 
de N. Jean Ju Puits, et en deuxièmes à François de Les- 

laine qui testa le 8 septembre 1547, Marie d'Alex sciait 
donc une troisième femme. 



4(33 

couvert avec ses héritiers et clans le cas où elle ne pour- 
rait vivre avec eux lui laisse une pension annuelle de 3 
seitiers cle froment, 3 seitiers d'orge, 1 bichetle de len- 
tilles neusves de Bauges, un demi quintal de fromage, 
1 quartier de chair de bœuf salé, demi-moitié de. . . 
un pot d'huile de noix,, 6 livres de beurre, un pair cle 
solliers doubles, 2 florins d'argent pour ses. . . ; 12 ligies 
de bois apportées en sa maison, 5 sommées cle vin, item 
sa tornellette pour faire sa demourance avec la salle es- 
tant du dessus ; de trois ans en trois ans un pair de 
chausses drap noir ; de quatre ans en quatre ans trois 
aunes drap noir bcnetrecevable. 

Institue héritiers universels pour le surplus ses fils 
Antoine (1) et Jehan de la Charnée, les substituant l'un à 
l'autre. . . et s'ils allaient de vie a trépas sans enfans na- 
turels et légitimes il institue en ses dits biens Maurice 
Dixins escuyer son neveu et Jacques fils de feu Claude 
Dixins son autre neveu et leur substitue Philippe (ou 
Philibert) et Maffroys de la Charnée ses neveux. 

Fait à la Mothe en la maison de la cure, présents 
messires Claude Fornier curé du dit lieu, Aymé Petit, 
prebtre, vicaire du dit lieu, Claude de Bellevaux preb- 
tre, Claude à'Escalettes du Chatelard, Aymon et An- 
toine Brachet frères et Humbert Cirise (2). — signé 
C irise not. 



(1) M. Morand à tort, croyons-nous, en fait une fille 
Antoine. 

(2) Ces Cerise deviennent nobles au siècle suivant. 



464 

IV. 

Ecussons des habits des serviteurs de ville à Annecy, 
brodés par Madame de Chantai et ses religieuses 
en 1614. 

Il ne nous a pas semblé inutile de recueillir ici 
cette bribe de l'histoire de la Visitation. La note 
du registre de la ville d'Annecy prouve que Ma- 
dame de Chantai et ses religieuses cherchaient à 
être agréables au conseil de ville, en reconnais- 
sance de l'hospitalité qu'il avait donnée au nouvel 
Ordre établi à Annecy depuis environ trois ans. 
Nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'un travail 
payé et auquel les religieuses auraient dû se li- 
vrer à raison de l'état de pénurie du couvent, 
car le registre ne porte l'indication d'aucun sa- 
laire. L'on n'eût pas manqué de noter cette dépense 
si elle avait été faite. 

Etoffe délivrée p r les habis des serviteurs de ville 

Pour faire faire les quatre escussons sur manches déli- 
vré à madame de Chantai Abbesse de la Visitation 
une once et demye soye platte a 4 florins 6 sols l'once 
monte fl. 6. 9 

Trois bobines d'or de bolongne a 18 sols la 

pièce, monte 4. 6 

Une once incarna, un sizain soye jaulne a 32 
sols l'once 2. 6 

Huilt onces tresses croisées rouges fortes a 3 



465 

sols l'aulne 2. » 

4 paires de semelles pour les bas et les chaus- 
ses a 10 quarts la paire et 2 sols de fillies 

(fil) J^_» 

16. 9 



(Areh. niim. d'Annecy. Reg. des délibérations ; 
26 mai 1614, folio 279). 



30 



TABLE 



Présentation des magistrats à la nomination du duc 

de Savoie 437 

Renonciation d'A. Favre, président de Genevois, à ses 

gages de sénateurs 131) 

Erreurs de Charles- Auguste de Sales sur divers points 

de la vie de saint François de Sales 440 

Registre de présentation 443 

Lettre de F. Paquelet à M. de Boisy 456 

Filigranes 459 

Testament de Jean-Louis de la Chaînée 460 

Eeussons brodés par M ms de Chantai 464 



TABLE DES 



BULLETIN 



I. Travaux de la Société. 



Pages. 



Séance du 15 juillet 1888. —Charte de septembre 
1404, relative à l'exploitation d'un bois à Ayse 
( Communication de M. Ch. Cabaud.) v 

Affranchissement do taillàbles à miséricorde, à 
Sallanches. (M. Mugnier.) vi 

Séance du 5 août 1888. — Dons d'ouvrages à la 
Société. Congrès des Sociétés savantes de la Sa- 
voie à Rumilly ™ 

Séance du 11 novembre 1888. — Circulaire relative 
au Congrès de la Sorbonne de 1889 ix 

M. Gustave Loustau est nommé membre honoraire. » 

MM. Louis Crochet, avocat à Lyon; Berthet, doc- 
teur en médecine à Albertville ; Pierre Proust, 
notaire à Ugines, sont nommés membre effectifs. x 

Quittance de dot du 9 septembre 1392, par Pond, 
de Lescheraine. (M. Mugnier.) x 

Le général Demotz de la Salle, dit de Lallée. (M. 
Croisollet.) 

Séance du 16 décembre 1888. — MM. Léon Mottel , 
conseiller de préfecture à Grenoble ; Joseph 
Mottet, propriétaire à Aix-les-Bains ; François 
Burnier, avoué à Chambéry; Jules Armand, 
docteur en médecine à Albertville, sont nommés 
membres effectifs de la Société XI(I 



X! 



468 

Plaques de cheminées armoriées à Chamoux, Ver- 
themex, Montmélian et St-Genix. (M. M''-Girod.) xiv 

Inscription lapidaire à. Cruet (M. Marie-Girod.). . vv 

Jeton au Chàtelet, trouvé au Bourget-du-Lac. (M. 

Latlioud.) xv 

Cheminée renaissance a Chambéry. (M. Lathoud.). xv 

Invitation par le Ministre cle l'Instruction publi- 
que, aux Sociétés savantes de France, de com- 
prendre l'exposition cle leurs travaux dans l'ex- 
position de son Ministère xvi 

Une opération césarienne, à Rumilly, on 1702. 

(M. Mugnier.) xvu 

Séance du 27 janvier 1889. — La Société autorise 
le transfert au Musée municipal des objets qu'elle 
a déposés au Musée départemental xvm 

M. J.-M. Blanchard, inspecteur des forets à Cham- 
béry, est nommé membre effectif xix 

Lettre du prince Thomas de Savoie à M. de Belle- 
garde., du 23 août 1627; — un mémoire d' Ar- 
naud, garde au fort de Miolans; — Supplique de 
LavinisLU. roi de Sardaigne. (Communications de 
M. François Veyrat.) xx 

Description de portraits dessinés par Latini. (Com- 
munication de M. Mugnier) xxv 

Séance du 17 février 1889. — Circulaire du Minis- 
tre de l'Instruction publique. — Envoi des tomes 
XVII à XXVII à l'Exposition universelle xxvi 

Acte de rachat des droits féodeaux par les commu- 
nes de St-Pierre d'Albigny, Grésy-sur-Isère el 
Fréterive. (M. Fr. Veyrat.) xxvn 

Réception d'un habitant au nombre des bourgeois 

de Chambéry au xvuf siècle. (M. Mugnier.).. . . xxix 

Séance du 10 mars 1889. — MM. Jean Zeller, rec- 
teur de l'Académie et M. Charles Guillermin, 
sont nommés membres honoraires xxx 

Situation financière de la Société >> 



469 

Pièces du xvi* siècle relatives à la famille Déage. 
(M. Lathoud.) xxxi 

Projet de réédiflcation du portail de St-Dominique 
à Chambéry; proposition de M. Guinard xxxn 

Rapport de M. Mugnier sur une Histoire de la 
Maison de Savoie, manuscrit du chanoine Jac- 
ques Rambert xxxm 

Séance du 7 avril 1889. — M. Emile Rey est nom- 
mé membre effectif xxxvii 

Envoi d'ouvrages par le ministère de l'instruction 
publique " 

Bertier, peintre de Chambéry, en 1681 ; nouveaux 
dessins de Larini. (M. Mugnier.) xxxvm 

Note sur l'émigration du village de Méry près 
Chambéry, dans la République argentine, par 
M. Pierre Girod xxxix 

Inscription à St-Genix-d'Aoste, (M. Marie-Girod). xl 

Séance du 16 mai 1889. -- Regrets de la Société à 
l'occasion de la mort de M. À. Dufour, président 
honoraire xu 

Sceaux de Gallois Regard, évêque de Bagneray et 
de janus Regard, prieur de Lovagny xlii 

Patentes du 13 février 1583, relevant Claude Dela- 
marchede Rumilly, de la déchéance du bénéfice 
d'inventaire de la succession d'un pestiféré ; 
(Communication de M. Mugnier.) xi.m 

Vies des hommes illustres, de Plutarque, incuna- 
ble de la bibliothèque de l'Hôtel-Dieu de Cham- 
béry, 7 décembre 1 491 . (M Marie-Giood.) xlv 

Séance du 2 juin 1889. — M. Jules Milan, notaire 
à la Rochette, est nommé membre effectif xi.vi 

Lettre de Madame Dufour à la Société 

Quittance de laods du 10 mai 1487, par la famille 
Portier, de Rumilly. (M. Croisollet.) xlvii 

Charte du 5 mars 1385; vente à Rumilly; -- sau- 
vegarde à Jean-Claude do Mouxy par le duc de 



470 

Genevois, 2 décembre 1600. (M. Mugnier.) xlviii 

Séance du 7 juillet 1889. — Le Sophologium Ja- 
cobi Ma (jui, incunable de la Bibliothèque publi- 
que de Chambéry; description et comparaison 
avec les exemplaires des bibliothèques de Paris, 
par M. Mugnier li 

Un livre de prières de Louis de Savoie, manus- 
crit de la Bibliothèque nationale ; description 
par M. Mugnier lv 

Quatre chartes relatives au château de la Croix à 
Saint-Alban près Chambéry. (Communication 
de M. Ch. Schefer) lxu 

Louage des revenus de l'église de Rumilly, à Rd 

Bernard de Gralier en 1621. (M. Mugnier.). . . . lxvii 

Mariage de Louis Deschamps de Chaumont, à 

Turin en 1684. (M. Aug. Dufour.) lxix 

II. Membres de la Société et Sociétés corres- 
pondantes. — Bureau et Commissions. . . lxxi 

Mémoires. 

La Confrérie de Saint Nicolas à Samoëns et à 

Taninge, par Hippolyte Tavernier 1 

Les Savoyards et Saint-Louis des Français 
(Rome), par l'abbé Joseph Maillard SI 

Les Maillard, seigneurs et barons du Bouchet, etc. 
Notes généalogiques, par Auguste Dufour , édi- 
tées et annotées par François Mugnier 257 

Notes et Documents sur le château d' Annecy , par 
Eloi Serand I!!) 

Registre du Sénat de Savoie pour la présentation 
des magistrats au xvi* siècle ; pièces relatives au 
Président Favre, à la famille de saint François 
de Sales, etc. ; par F. Mugnier 135 



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FIN DU TOME YLNGT-HUITIEMF. 



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