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MEMOIRES.
POUR SERVIR.
A LHISTOIRE
D'ANNE D'AUTRICHE.
EPOUSE DE
LOUIS XIII.
' KOI DE FRANCE.
( Par MADAM3 diMottsville
Une de fès Favorites.
TOME rSiOlSIEME,
A AMSTERDAM,
Chez François Changuion
M. Dec. XXIII.
'T. 3
MEMOIRES
Pour fervir à l'Hidoiro
D' A N N E
D'AUTRICHE
EPOUSE DE
LOUIS X 1 1 L
Roi de Vrance & de N^zv/irrCn
E vingt cinquième les Députez i6\^^
de Paris arrivérenc , & le pié- ^^ ^S-
ïfnîer Préfidcnc , qui fui vit l'éxeai- ^^^^^^*^'
pic du Nonce , fut traité de mê-
me manière. Il avoir accoatamé de
parler avec beaucoup de hardi^iie
fur les Defordres de l'Etat , ôi le
Miniftre avoit toujours une gran-
de part dans fes Harangues , qui
Teme 1 1 L A etoienc
2. Memôtrei pour ferv'r
1^49. étoîent plutôt des Libelles diffama-,
toires contre lui , que des Remon-
trances à la Reine. Celle , qu'il fit
en cette occalion , fut de la nature
des autres. Après avoir fur ce Cha-
pitre contenté fon Parti , & la plus
grande partie de fon Auditoire , il îup-
plia la Reine défaire cefler les Delor-
dies5de leur donnex la Paix, & de
revenir à Paris , y ramener le Roi <Sc
par confcqueiit le bonheur & la joie.
Jl dit ces mêmes mots , parlant de
rintcllîgence , que quelques-uns du
Parti avoient cûë avec l'Archiduc , ôc
voulant juftifier le Parlement , ^ue
€ette grande & îllujîre Compagnie
éivolt fon intérêt fi étroitement uni à
cehti du Rsî & de l'Etat , & avok
Jionné en toutes rencontres de fi glo"
rieufes marques du z^êîe quelle avoitpour
le foHîien de l'Autorité Rotalte , (juil
/toit Jipcile de s'Imaginer ^tie e^ueU
(^u€S-ms de ceux ^ni la cornpofoient ,
fujlent capables d'oublier le premier &
le plus jufle de [es devoirs: que ce z^ele
j/izi.oh paru avec éclat , non [euiement
Aiit^ms d4 nos Pères , par et fameux
yfimt mil md^ré les artifcis des
Etran»
i r H' ftoîre i* jd^ine d'Autriche, ç
^tr Angers rendit a la Loi SaiicjHe fji 164Q,
première vigueur , & fer vit fi fort k
la confervition de la Couronne dans
iaugufle Maifon de Bourbon , mais
encor de leur tems . par le foin que lent
Compa^^iie avoit eu d' affermir , durant
Its Minoritez. des Rois , les Régences
dc's Relues Heyes. Sur quoi la Reine
■èc M. le Prince dirent quelques pa-
roles de refTenrimenc , qui cémoi-
gnoient qu'elle ni lui , n'approuvoient .
pas ce qu'il avoir dit des Arrêts da
Parlement touchant la Loi Saliqac , 6c
des Régences : & le Chancelier dit
en s'éciiant contre cela , Que le Roi
et oit le Maître des Ordonnd^ces j qu'il
les faifoit , & defa'ifoit , comme il lui
plaifoit ; Ô" que les Compagnies dé-
voient feulement apporter une oheijfance
aveugle à leurs volonté'^ Mais , tou-
tes ces colueftations & ct^ hardieifes
ne brouilloient point à la Couir ce vé-
nérable Magîftrat. Le Cardinal Ma-
zarin avoit fait àts injures , ce que
Mitridate avoit fait du Poîfon , qui ,
au lieu de le tuer , vîm '^nfin par la
coutume à lui fervîr de nourriture. Le
Miniftre , de même , Tembloit paf ^oti
A A adïeife
4 jMemoîres pour fervîr
164.^^ adrefTe faire un bon ufage des Malc-
didtions publiques : il bcn fervoit pour
acquérir auprès de la Reine le mérite
de fouffrir pour elle , ôc d'être la vic-
time des injuftcs paflions des Sujets
du Roi ; & beaucoup davantage ,
pour cacher l'Amicié de Tes Amis ,
qui dans le vrai ne l'étoîenc guère. Il
le voîoic bien fans doute ^ mais , ne
pouvant mieux faire , il confenroîc
qu'ils en ufairent aîn(î , pour mainte-
nir leur crédit , Ôc pour erre mieux en
état de le fervir dans les bonnes oc-
cafîons En effet ^ des le foir même,
le Premier Préfîdent 6c le PrcTident de
Même , vinrent trouver la Reine com-
' me des Particuliers , ôc conférèrent
dans fon Cabinet avec le Mînîftre , où
fe trouvèrent les Princes , & malgré
TArrêt que leur Compagnie avoît
donné contre lui , ils le traîtterent
toujours de premier Miniftrc. Ils
firent efpérer à la Reine , avant que
de partir , une autre Députatîon ,
pour parler tout de bon de la Paix ,
de lui demandèrent finement des vi-
vres & du bled , pour autant de jours
qu'on y travailkroic ^ fupputant pour
cha-
à /' H\flohe d' Anfie d' Autriche. |
chaque jour ce qui écoit à peu près i^4c;,
nccedaire poiu* fournir Paris. La
Reine ne lenr accorda pas leur de-
maïKie , mais leur fit cfperer que
s'ils agllfoienc fidèlement , elle ne leuï
refiiferoit rien de tout ce qui feroit
raifonnablc. Les Députez tâchoienr,
fous l'apparence de la Paix , d'obtenir
des vivres ; car ils commençoient à
enchérir , &: le Peuple patilToic déjà
beaucoup, mais pas alTcz pour eu
être humilié. La Reine aufîî de fou
côté 5 Croioit bien faire en leur faifant
efpérer qu'elle leur on donneroit ; elle
vouloit embarquer le Parlement , par
la néceiïité du Peuple , à confentir à
fes voloncez , & à réduire les Géné-
raux de Paris à l'Accommodement,
auquel ils s'oppofoient de toutes
leurs forces.
A la féconde Députatîon les bleds
furent accordés ; mais , la Reine eue
fujet de fe repentir d'avoir eu pitié
de ceux qui fouffroîent. Elle re-
donna des forces à ce Parti , & ne
diminua pas leur malice , Ç\ bien
qu'elle perdit les avantages qu'elle
auroît pu tirer de leur foufFrance.
A ? Cette
6 Mémoires pour Jervtr
164^» Cette Prîncelîe 3 après les avoir fi fa-
vorablement traités , leur fît donner
une RéponTe par écrit , qui , poui:
être inftriidîve , peut tenir fa place.
dans ces Mémoires.
R E P O N S E
De sa Majesté* Aujt
De'putez du PAaxE^
M E N T.
5, T" E Roi étant au. Confeîl 3 par-
^, JL/ l'Avis de la Reine Régente fai
5, Mcre préfente , où étoient auflî
,, Monfeigneur le Duc d'Orléans ,
,, Mr. le Prince , de autres notables
j . Perionnages dudit Confeir , déii-
3, bérant fur ce qui lui a été repré-
,, fente par les Députez dé la Com-
^, pagnie fe difant tenir le Parlement
35 de Paris , a commandé la ptéfente-
,, Réponfe leur être baillée.
5, Sa Majefté auroit- eu très grande
^, raifon de n'admettre pas à fa pré--
5, fcncc:
à rH'flolre d* Anne d* A- triche, y
5, fence ledits Députez , aiant cha* 1(^49.
^ qa jour de nouveaux fujets d'ctrc
,y plus indignée conçue leur Conduite,
ys & de ladite Compagnie , ôc en ce-
3, tui notamment dont ils viennent
y, de lui rendre comotc , & dont elle
3j avoît d.^ja eu l'avis , d'avoir reçu
y, un E^ivoié de la part des Ennemis^
y, de l'Etat.
,, Sa Majefté efl: d'ailleurs très
3^ bien informée des allées & venue*»*
y, qui fe font faites de Paris à Bru-
y, xelles , du (ujet de la venue de
5^ Saînt-lbai & de Sauvetar :, dont le
,j premier eft avec le Duc de Lon-
3j gueville ^ & l'autre eft ici prifonnier,-
,> après s'être aboucliés avec la Du-
5, cheiïe de Chevreufe, 6c avec des-
,5 Minîftres d'Efpagnc.
„ Elle fçait que Laigue , envoie à
,5 Bruxelles par quelques Particuliers
35 qui ont conjuré la ruine de l'Etat ,
35 en tant qu'elle pourroît dépendre
3, de leur malice , a été celui qui a
3> recherché & fait refondre l'Archî-
3, duc & le Comte de Pigneranda
3i.qui le confeille , d'envoier une
A4. ,, per-.'
8 Mémoires pour Çervlr
ï é45>. 35 perfonne exprtiîe à ladite Qom-
i^ pagn'e avec une fimple Lettre donc
35 la créance feroit faite a Paris mê-
5, me , par ceux qui l'avoîent en-
,, voie • fvlon Itérât où fe trouve-
„ roîenr pour lors le^ afFa res. Le-
j, êi\i Laigue ne fe contentant pas
^jd'alTiirer Ici'dits Minières qu'ils en
35 tireroîent de très grands avantages^
33 pour les intérêts du Roi leur Maî-
tre ; mais 3 ce qui fait horreur à
le dire 3 qu'ils cauferoient un bou-
leverfemcnr général dans la France<»
s'ils fçavoicnt bien profiter de cet-
te occ afion , par les moi eus qu'il
leur en fuggéreroit.
33 Comme ceux qui 3 contre Vm-*
^, tention & au defçu de ladite Com-
^, pagnie , ont formé les Mémoires
^, dont Laîgue a été chargé 3 font les
^^ sncmes , qui avant que le Roi par-
33 tic de Paris entretenoient les intel-
3, ligcnces avec les Ennemis de TE-
^3 tat 5 pour fe faiûr de la perfonne
33 de Sa Majefté.
33 Comme ce font îes mêmes, qui
„ cravalll©ient alors à exciîer des Sé-^
du
»
rt fl-iiflolre ^Anm d'Antrlche, 9
,5 dirions dans Paris ; les mêmes <]ui r.^j^
5, ie partageoîent dedans ôc dehors
3a la Ville 3 pour traiter avec des
53 Princes qui font depuis entrez dans
3> le Parti 5 les mêmes qui , après
35 l'Accommodement fait en ce liea
35 au mois d'Ocflobre dernier , par
3, la Déclaration que Sa Majefté y
35 fit expédier , qui fembloit avoir
35 ôté pour jamais la racine de toute
33 divifion ,- reconnoilfans que le&
3, Ennemis fe reToudroicnt peut-être
,3 à faire la Paix fur ce qu'ils au*
>3 roient perdu refpcrancc de voir
3, naitre des Troubles dans le Roîau-
33 me , leur firent fçavoir aufïï-tôr
33 qu'ils ne dévoient point fe mettre*
3, en peine de cet Accommodement,
3-3 & qu'ils fcroienr en forte qu'avant
,3 qu'il fe palfàt fîx femaines 3 le Par-
3; lement remueroic tout de iiou-
3, veau 3 & mettroit plus d'Affaires^
3, que jamais fur les bras, de la Reî-
35 ne ; les aifùrant même , qu'il fe-
33 roit alors fortifié par l'attachement
_3, de divers Princes ^ autres perfon-
„ nés de qualité»
yy Comme ce font les mêmes 3 qui
A % 33 onç
lO ) Mémoires pourfervir
»é45?, i> Q^^f ^^ ^e crédit dans ladite Com-
» P^g^iie 3 au grand regret des bons ,
,^, de la porter à faire tant de chofes,
^5 extraordinaires , qui Iç font paf-
^5 Çècs depuis la fortie du Roi de Pa-
^, ris : on n'a pas fujet d'être fin-pris :
j, qu'ils aient encore eu le pouvoir
^, de Uîi faire exercer cet Ade de
^5 Souvérainteté , de recevoir des En-
^3 voies des Princes , & qui plus efti
^y d'un Prince Ennemi de TEtat , en .
^5 même tems quelle venoît . de refii-
^j fer. d'écouter ceux qui lui avoicnc
^^ été envoies par le Rgi fon Maître^
^y ôc fon Souverain .
^5 Le Sieur de l'Ifle , Lieutenant?
33^ des Gardes du Corps de Sa Majet"
^y té > qui alloit de fa , part vers ladite
33 Compagnie 5 n'y fut. pas reçu, ki
jj cauft; des formes. Cependant , elle >
3j en -trouve pour recevoir l'Envoie ^
^^ de l'Archiduc , qui ; a les , armes à =.
35^^ là-main contre le Roi; mais non*
35 pas. dans fes Regiflres ., ni même •
35 dans ceux du Parlement de la Li*.
' ,, Elle refufe l'entrée à Paris à un i
;)^ Héraut, envoie de la part du Roî , ,
;,,, prenant prçce^^te fur. ce que ceux :
àrl'HIfioire d'Anne d'Autriche, 1 1
a, -qui la compofent n^étant pas Sou- i6^<)^
5, verains , ils aiiroîcnt manqué an
,, refpcd: qu'ils doivent à Sa Majefté
5, en l'admettant i mais , ils oublient
5, qu'ils font Sujets , & agilfent en
3, Souverains , quand il eft queftioii
53 de recevoir un AmbaûTadcui de la
53 part des Ennemis de l'Etat , qui
5, cïl un Moine , Aumônier du
j5 Comte de Garcies , Gouverneui:.
55 de Cambrai 5 lequel avoir de lon-
^3 gue main des intelligences dans Pa--
53 ris 5 & y donnoit des avis toutes
53 les femaines , & en recevoir j y
5, aiant même demeure long - tcms
53 depuis la mort du feu Roi , Se fait
yr diverfes menées très préjudiciables
55 au Service de Sa Majeftc , avec des .
53 Prifonniers de Guerre Efpagnols ^ .
^3 qui obligèrent à prendre la réfolu--
53 tion de l'arrêter 3 dont Ton évafion '
5> empêcha l'effet.
5 5 II a été aifé à voir que fii créan-
3> ce a cté compofée à Paris par ceux :
33 là même qui l'y ont attiré : autre-
33 ment 5 l'Artifice des Minières ■
53 d'Efpagne auroit été trop grofîîer , ,
53 & même de faire dire à ladite -
33 Compagnie qu'on leur a tout of-
A6 fcit:
î2i Jt^emotres four fervTr
*^49*. »^^^^ P^"^ conclure promprcmcn.r
5,, la Paix 5 à condition qu'ils aiïîfte-
^, roienc le Roi è(Q% forces d'Elpagne
^5 pour oppiimcr ladite Compagnie^
3.5 & ruiner Paris : en même teins
3,, que le Comte de Pigneranda , écrî-
^, vant ici le douzième Février , fe
^5 plaint qu'on ne lui air rien faîr
>, fçavoir par le retour du Sieur Frîr
>, quet qui iôic précis & individuel
^j fur les intérêts du Roi fon Maître,
3., & de Mr. de Lorraine ; & que
^5 par la même Lettre ledit Comte
35 prie qu'on lui dépêche une Perr
^, fonne exprefîc avec quelque plus
^3 grand. EclaircîiTemenc des inten.-
,3 tiens du Roi : ce qui fait bien
5., voir évidemment qu'il n'a pas rc»-
^3 eu des offres fi avantageufes ponr
35 la Paix 3 & qu'il ne refufc pas de
^3. la, traiter ici , pour ne le^ juger ni
3.3 honnête ni far , comme on a fait
^3 dire à lad-ite Compagnie par ce-
' 3,3. Moine. Et 3 en cfFet , enûiite de
,^ cette Lettre , Sa K^jefté a choiû
;>., le Sieur de Vautorte, Confeiller
^3 d'Etat y pour, aller à Bruxelles 5 où
^y'û. négocie prêfentement- 3 aiant
^trouvé un fauf-conduit de rArchî-
;«,du£:
n rHifloire a Amie à* Autriche, i }
,5 ^WQ. à Cambrai , pour y paiîcr ca i (?45?^»
r, toute fureté.
55 Sa Majeftc , qui veut bien doiv
5,5 ner à ladite Compagnîe toutes les
5-5 lumières qui dépendent d'elle,
>5 pour l'empêcher d'être furprife
,5 par cet Artifice 5 a eu la bonté
,5 d'ordonner qu'on falfe voir aafdits.
,5 Députez les Originaux d.iditcs.
55 Lettres du Comte de Pigne anda,.
3, dans lefquelles ils verront aufîi
,5 comme il fe préparoit à s'avancer
,5 de deçà pour conférer avec les Mi-
>5 nîftres du» Roi 5 & donner la der-
,5 nicre main au Traité de Paix : &.
,5 il feroit déjà en France , fî les ef-
ip pérances qu'il a conçiies de tirer
;5j de plus grands avantages de ces
yi Divifîons , & les inftances qui lut
^5 ont été faites à Bruxelles par ceux.
5.5 qui ont follicicé l'Archiduc à Bruxelr-
5.5 les d'envoîer vers ladite Com-
5.5 pagnie , ne lui avoient fait cher*
5.5 cher des prétextes de différer fom:
5-5 voiagc. Ib pourront aulîi remar-
>5 qucr dans lefditcs Lçttres , que ce
^5 que l'Envoie a dit dé la- part div
», Roi Catholique eft une manifefte
ajj.fupofition a^ puis q}i'il lui étoit
V, iuit-
1 4 ' Mémoires pour fervlr
j^4p., a> inipofïïble de donner des ordres
a, fur des AlFaires dont il ne pou-
,3 voie avoir encore aucune connoiC
5, fan ce.
35 Tout cela , &: beaucoup d'au-
35 très circonftances que l'on obniet , ,
fembloient obliger Sa Majcfté à ne
pas recevoir les Députez j mais , .
55 confidérant qu'il y a dans ladite
5 5 Compagnie nombre de bons Fran^
3, cois 5 bien intentionnés pour TE-
P5 rat 5 ôc à qui le cœur faigne de
j5 voir pratiquer à tous momcns ce.-
05 que la plus grande malice auroic .
35 eu peine à concevoir 5 Sa Majefté
35 a voulu en u fer comme bon pcre.
55 dé Famille , qui 5 quelques grandes •
^5 que puilfent être les fautes de fcs -
5, Enfms , ne fe lalïe jamais de leur
3, tendre la main , pour tâcher à les.
3, remettre dans le bon chemin 3 <Sc a .
55 refolu de lui donner encor cette
55 marque de fa bonté , lors qu'elle
;» a plus fujet d'être ofFenfée. . Ainfi ^
3 5 toute la France verra qu'elle n'a ^
3> oublié aucune voie imaginable •
3, pour la ramener à fon devoir 5 6c .
3, pour f'obh'ger à faire cefTer les mi-
3, fer es de Paris 3 ^ à prévenir celles.
-^ donti
ai'HIflotre â' Ame d* Autriche, ij
„ dont le Roîaiime efl menacé par 1649,
5j les Ennemis Domeftiqucs & E-
,3 trangcrs. Et , à tout événement,
,, Cl les cœurs c'coienc encore après
„ cela fî endurcis , que de ne pas
3> vouloir rendre au Roi robéiiîance
,, qui lui eft due 5 elle feroîi: feule
33 refponrable devant Dieu , devant-
3, le Roi , la Maifon Roiale , de tous
5, les Ordres du Roiaume . des maux.
^j qui en arriveront.
3, Pour ce qui efl; de la Paix , qui
53 eft un prétexte qui ne manque ja-
Jamais à ceux mêmes qui l'appré-
5, hendent le plus , 6c qui ont le
5, plus de paflîon de brouiller ; il n'y
yy a perfonne tant foit peu informé
yyàts Aflfiîres , qui- ne fçache que
35. comme les Impériaux. ont été o-
..blieés de confentir à celle d'Allé--
3^ magne qui a cre conclue avec tant:
yy de gloire & d'avantage pour cette
,vCouronne , & où elle a eû-mcmc
^ylieu ; de faire paroître, fa modéra-
yy toîn en : rendant grand nombre de •
jy Places importantes &: des Etats en- -
5^ tiers \ les Efpagnols ~ auroienr été -
53^ auffi contraints de donner les mains -.
,>, à un. Accommodement , fi la con-^-
,;,duitec
V^'
î 6 Afemotres pour fer vtr
1^40. ^> duîte de quelques Facftieux ne lent
,5- eut fait concevoir de fi fortes et
^j péranccs de ces Divifions , & de
, ces Rcmûmens dans le Roiaume,
j qu*ils ont crû en de voir" attendre
'^ l'événement pour en profiter.
' y y Car , pour ce qui eft de l'offre
9, que l'on a fait faire par le Moine,
,5 comme de la part de PArchiduc,
j5 de rendre ladite Compagnie arbi-
^y tre de cette grande Affaire , quand
yy la Propofition feroit aufÏÏ finccrc
55 que toute apparence & raifon ne
„ veut pas qu'elle le foie , ce n'eft
,5 pas un Honneur que les Efpagnols
y, lui rendent ; c'cft une Injure <Sc
yy un Affuont qu'ils font à tout ledit
„ Corps.
5, La France a fou vent offert aux
yy ETpagnols de fe foumettre à tous
,5 les points indécis & qui font de-
,5 mcurez en différend , à l'Aibitra-
33 ge &: à la Décifion , ou des Pro-
„ vinccs-Unies , avec le Prince d'O-
range , ou dudit Sieur Prince d'O-
range appellent avec lui quelques-
,y uns^ des Minières des Etats , ou
,5 de la Reine de Suéde , ou des Prin-
^ ce S' ou Etats de TEmpire , con-^
ipin-
yy
à l H'Ilotre d' Anne d*AuHche. iy
,5 joînrement ou fcparcmcnc ; ainfîi(?45?*
3, qu'ils aimeroicnc le mieux ; ce
3, qu'ils ont toigours conftammcnt
35 refufc 5 & ils s'adrelfenr aujour-
,5 d'huî à ladite Compagnie pour lui
35 déférer ce Jugemeut , co.^ a-dire
3. la Dirpoficîon des plus grands in-
y, réices que leur Couromie ait à
3^, démêler avec celle-ci.
55 Ne lui feroir-ce pas une tache,
3 5 qu'étant toute compofée de Fran-
35 çoîs , le Roi d'Efpagne la jugâc
35 plus portée en fa faveur 5 & s'en
35 promît un meilleur traitement^
33 que de la Reine même qui eft fa
3, Sœur 3 ou que de tant de Princes
3i ôc Potentats Etrangers 3 avec qui
:,, il eft CD Paix 3 de même en Liai-
35 fon.
35 Les Efpagnols ont fait voir par
,3 leur conduite en tout tems , qu'ife.
33 ne fouhaitent rien tant que la di-
35 mînution de la Puiflance , de la
33 Grandeiu- , & de l'Autorité du Roi^
33 & cependant ils ont recours à ladi-
3, te Compagnie par préférence à
,3 tous autres , & déclarent qu'ils la
33 GhoififlTcnt pour Arbitre de tous
a leurs Differens, Peuvent-ils ofFen.-
iS Memo-re.f pour fef'O'r
Z<^49. s> Ter plus fenfibleneiit de bons F"rati3»
j, cois 6c des OS.iers , que de les
,5 croire capables d'êcre fous un pré--
yj texte fpécieux , des InftrumenS'
^3 propres a l'abaiiremenc de leur
„ R )i (5^ à l'afFoibliirement dé cette
3, M )uarchie , qai eft toujours la
jj principale vifée qu ils ont toujours
y, en ronces leurs Adîons ?
5 3 Ceux , qui ont formé Tlnflruc-
53 tîon du Moine , ont bien mal rai-
.y, (bniîé 3 de ne s'être pas apper^ûS'
5, qu'ils lui ont fait détruire d'un
,3 coté ce qu'ils lui faifoicnt établir
3, de l'autre. Les Efpagnols fouhai-
^3 tent 3 dit il , la Paix avec palfîon ,.
^3 & pour preuve de cela ils font
jjdifpofs d^en paflfer par le juge-
33 ment de ladite Compagnie ; mais ,,
33 Ç\ cette palîîon étoit véritable &'
3j (incere , refuferoîent - ils tant de
33 Places & de Provinces entières ,
,., qu'ils difent que le Roi leur a of-
33 fert 3 pour s'adrelTer à d'autres ,
3, dont tout ce qu'ils pourroicnt at-
3, tendre de plus favorable Se de plus
33 avantageux ne fçauroit ctre que la
3, promclTe de la même chofe , fans
3.3 efpérance d'aucune exécution ,
5î p.uiC
à /' H^-o're d' Anne à' Autriche. 1 9
5, puis qu'elle ne peut jamais dépendie i^4^«
53
que des Ordres du Roî.
,, Y auroit-il quelqu'un affez fim-
,j pie 5 pour fe perfuadcr qu'ils veuil-
,3 leur épargner la France ? ils y en-
55 trcronc avec tnures leurs forces , &
,j profiteront de ces Emotions , ài'iiS
5, qu'ils en auront le moien , & qu'ils
5, verront jour à nous faire du mal ;
„ mais , l'intérêt particulier de la^lite
53 Compagnie ne les pou fiera , ni ne
33 les arrêtera un feul moment : cette
33 réiolution dépendra purement de
,3 l'état de leur Armée ; & s'ils ne le
3, font pas 3 on n'en devra avoir obli-
33 gatîon qu'à la failon 3 & à leur foi-
33 blelfe 3 & à la crainte d'expofer leurs
3.3 Troupes mal à propos..
3, Pouvoîent-ils faire une OfFenfe
,5 plus fanglante à ladite Compagnie 3,
33 que de la croire une matière facile »
33 6^: toute difpofée à leur mettre la
3, France en proie ; que de s'adreifer
33 à elle 3 fous les fpécieux prétextes
53 de la Paix 3 ^ de l'affifter , quand-
3, îls n'ont autre dcflein que de bien
3, allumer la Guerre Civile dans le
33 Roîaume 6c de l'enfevelir dans fcs
^, ruines.
33 Leurs*'
10 Mémoires pour fertjîf
,, Leurs Affaires de to i s cotez, font
5, en pire érar ( ncore cju'eiles ne pa-«
„ roilfciit 1 erre j & il eil comme in-
,, dubitabic , que fi ces Defovlres in-
3, t(rftins peuvent celfer bientôt , com-
,, me Sa Majefté y contribue de fa
53 part , ils feront forcés à donner les
,5 mains fans délai à une Paix , avec
3, des conditions avantageiUes pour
35 cette Coaronne,
i5 Ceft à quoi Sa M^jefté s'app'î-
35 que 5 & continuera de le faire , avec
53 tous les foins poffibles , fans ou-
35 blîcr aucun des moiens qui peuvent
35 le plutôt produire ce grand bien.
35 Qiie fi contre les apparences , les
,5 Ennemis refufent un Accommode-
ment honnête <5c équitable , & s'o-
piniâtrenc à prétendre des condi-
tions înjuftes & exorbitantes , telles
que l'Envoie a fupofé qu'on leur a
offertes , en ce cas , comme la plus
forte paiïîon de la Reine & fa prîii-
cîpalle vifée eft le bien de TEtar,
la Grandeur du Roi fon Fils , «&
Si
Si
sy
yy
iy
^3 de lui pouvoir nn jour rendre
33 compte de fon Adminîftratîon , fans
35 qu'il ait occafion de lui en faire le
^3 moindre reproche j Sa Majefté ne
fera.
il r Htflolre d* Anne d'^titrtche, i i
3, fera pas à la vcrîtd affez hardie Je i^Ag^
3, difpofer , quoi qu'à l'avantage d'un
,5 Frx^re , de ce donc un Roi pupil Se
3, Ton Fils ic trouve en poireflion pai*
3, une jufte Guerre , Ôc principale-
33 mène voîanc que l'Efpagne tient
3, encor aujourd^'huî divers Roiaumes
35 que la France a autrefois polfcdés
33 à jufte titre. Elle ne voudra pas
3, répondre, fi mal aux bencdidlions
33 que Dieu a vcriccs fi abondamment
33 fur cet Etat , que d'abandooner en
33 un feul jour aux E pagnols le fruit
33 des travaux de tant d'années , toutes
35 pleines de bons fucccs : àc ce qui a
5, coûté tant de peines au feu Roi 3 ôc
33 tant de fo'ns à Monfeigneur le Duc
33 d'Orléans & à M. le Prince , qui
33 ont expofé Ci librement jcurs x'ks à
^3 mille périls pour conferver les Con-
,3 quêtes du feu Roi , ôc pour les au-
,3 gmenter 3 comme ils ont fait 3 de
33 quantité de Places importantes , &
^3 d''une grande étendue de Pais , ôC
33 mondit Seigneur le Duc d'Orléans ,
53 ôc M. le Prince 3 ont déclaré qu'ils
3, ne fe porteroient jamais à ôter le
33 confeiller à Sa Majcfté. Ceft pour-
f> 4^oi 9 en ce cas , elle fe croiroit
obii-
'ïl Mémoires pour fervtr
55 obligée de confiiltcc l'Avis des
,, Etats Généraux du Roîanmc , qui
,, font d'jjà intimez ôc qui feront
55 bientôt aircmblez, fin la Réfolution
„ qu'elle auroit à prendre ; ne pou-
iy vaut douter qu'elle ne fiic la meil-
,5 leure , puifqu'elle auroit été prife
,, par le confeniemenr général de tous
.,5 les Ordres du RoiaiiUie.
55 Pour ce qui cil des Inftances
^,que lesdits Dépurez ont faites à Sa
,, Majcfté , quand après fa fortie de
.3, Paris elle a transféré la Séance de
.5, laiite Compagnie , ce n'a point été
55 à delTein de punir , ni les excès paf-
^5 fés 5 ni de toucher aux perfonnes ,
35 ou aux biens d'aucun de ceux qui
,5 la compofent : fon but n'a été que
-9, de travailler & remédier aux Def-
yj ordres qui ont travaillé l'Etat 5 par
55 la continuation de leurs AfTem-
,5 blées . rétablir parmi eux la liberté
^, des fufFragcs , qui étoic étouffée
5, par des menaces continuelles , &
.55 par des Billets qu'on jettoît pour
,5 rendre odieux au Peuple ceux qui
.5, vouloient demeurer dans la modé-
55 ration , éteindre la Fadîon qui (e
1,5 formoic dzns Paris , & qu'on a de-
5, puis
a l* fl'Jtoire a' Anne d' Autrlhe, i^
j, puis vu éclore fi puilîance ; lafTcr- i^-i5-
5, mil- la tranquiliré de la Ville , & ia
,, mettre en état que le Roi y pûc
.^, demeurer en fùrcté.
a, Sa Majcftc depuis avoir envoie
^, un Héraut à ladite Compagnie ,
.,, pour lui faire fçavoîr qu'elle don-
^, noit alfùrance des Perlonnes , des
3, Charges , ôc des Biens , à tous ceux
qui (e rendroicnt près d'elle fans
exception d'aucun. Elle lui coî>
firme encor la même grâce , pour
tous ceux qui s'y rendront dans le
^, lixiéme du mois prochain.
5, Et a l^égard de l'Envoie de l'Ar-
33 chiduc 5 comme il eût été à foii-
,5 haitter pour l'honneur de la Com-
.^, pagnie , que l'Avis des foixante Sc
fy douze qui vouloient qu'on ne l'in-
55 troduifit pas , Se qu'on l'envoiâf au
„ Roi 5 eût prévalu ; auflî la meilleu-
,5 rc Réponfe , ôc celle que Sa Ma-i
yy jefté entend qu'on lui falTe , c'efl:
3, de ne lui en donner aucune ; pour
yy faire connoître à Ton Maître , que
„ Cl la Compagnie a été facile à l'é-
#5 coûter y die eft incapable d'entrer
ôj en aucune Intelligence & Négocia-
j,y tien avec les Ennemis de la Cou-
^^ romic, 5j Pour
1 4 Mémo 1res pour fervir
r€4g. ^> ^ou^ ce qui eft de PInftance
55 que Icfdics Dvpucez font a Sa Ma-
t> jeil::^ , à ce qu'il lui plaife retirer
3i (es Troupes des cnviio:is de Paris ,
a, <S<: lallfer le partage ^oar l'cmrée
:,> àcs Vivres , Tëxécution en dépend
s> purement de ladite Compagnie ,
3, 6c de la Réfolution qu'elle prendra
j5 de fe rendre près de Sa Majtfté ,
o, avec les iûrecez qu'elle lui donne.
5, Ceft ce que Sa Majcfté attend
„ de la Fidélité , que lefdits Députez
,, lui font venus protefter j & que
,, ladite Compagnie par une prompte
,, ObéilTance fera celler les louffran-
3, ces de la Viile de Paris , &: les mi-
sj feres du pauvre Peuple ; afin que
,, le calme une fois rétabli dans le
35 Roiaume , puilTe produire bicn-tôc
5, la conclufion de la Paix générale ,
»5 Se le repos de la Chrétienté. Fait
55 au Confeil d'Etat du Roi , tenu à
3, Saint Germain en Laye , le vingt-
„ cinquième jour de Février mil fix
^, cent quarante- neuf. 5,
Signé , De Guenegauo*
Les Députez, étant arrivez à Pa-
ris ,
àl*H>.jlmr^ d*Anne d*y^ri friche, iç
lis , firent leur rapport à la Compa- 1643^,
gnie . félon cette Rcponfe Se leurs
particulières Audianccs. Le Premier
Préfident y reçut des reproches , pour
a\ oir conféré avec le Cardinal fans le
relie des Députez, La dediis s'éleva
dans le Palais un grand bruit , & des
cris effroiablcs , qui de ce lieu allè-
rent au Peuple aflemblé dans la gran-
de Salle , dans la Cou: , ôc dans les
Rues. Tous demandent des nouvel-
les de la Dépuration , & comme le
bruit courut que le Premier Préfi-
denr avoît conféré avec le Miniftre ,
ils fe mutinèrent & dirent tous qu'ils
ne vouloient point de Paix avec le
Mazarin ,* ik quelques-uns propofé-
rent d'aller chez le Premier Préfident,
pour le piller , & le punir de ce qu'il
vouloit s'accommoder avec lui.
La canaille étoît paiée pour crier
contre les commenccmens de la Paix.
Les Frondeurs , qui ne la vouloient
point 5 ou plutôt qui vouloicn qu'el-
le fe fit par eux , avoient fait faire
cette Sédition contre le Premier Pré-
fîdent j exprès pour l'embarafTer , Sc
l'intimider ; mais cet homme , aiaat
déjà montré fa fermeté en beaucoup
Tomg IIJ^ S d'oc^
±6 Mémoires pour fervir
164^ • d^'occafions , fit voir encor en celle-ci
autant de courage qu'en toutes les
autres ; ôc fans s'étonner , il dit au
Duc de Beaufort , qu'il devoit faire
appaifer ce Tumulte : autrement,'
que le Defordre fe feroit fi ,;grand,
que peut-être lui-même n'en pouvanr
pas être le maître , il en feroit facile,
par les grands maux qu'il pourvoie
caufer à toute la Ville j ôc beaucoup
des plus con/îdérables de cette Com-
pagnie fe réiinîrent au Premier Pré-
fîdent. Ce Prince , k Chef des
Crieurs , fut enfin contraint , pour
éviter un plus grand mal que celui
de revoir le Mazarin dans Paris, d'al-
ler lui-même appaifer le Defordre^ Il
> aiTûra le Peuple , qu'on ne le trom-
poit point, en leur difant à tous, ^'il
'çhajfcroît le Maz^arîn. Ce bruit étant
appaifé y on réfolut d'envoier tout de
nouveau des Députez à la Cour , fepc
de chaque Chambre , pour aller trai-
îer la Paix; ce qui donna quelque
©fperancc aux gens de bien , & fit
croire à la Reine que les chofcs fe.
©aflerojent comme elle le defiroîr.
Elle ne pouvoir pas s'imaginer que
|cs Députez ôfalfent lui demander
ce
à /' fJifto ire d'Anne d* Autriche, 1 7
ce qu'ils içavoîent certainement qu'cl- 1649,
le ne vouloic pas Iciu- accorder.
Le Premier Préfidenr , après avoir
'fait ce coup , fortanî de la Galerie du
^Palais pour entrer chez lui, une gran-
de mLiicitiide de coquins le vinrent
actaquer. Un de la troupe , Paiant
menacé de le tuer , ce grave Magiftrat
■lui die froidement , Mon Ami, qiimd
je ferai mort , il ne me faudra cjue Jix
pieds de terre ; & fans fe hâter d'un
pas 5 il s'en alla chez lui , fort fatisfaît
d'avoir fait ré foudre cette féconde
Députation. S'il en éroît content^
les Généraux ne Pctoient pas de mê-
me : elle leur déplut infiniment. Ils
voioîent que les principaux de la
Compagnie panchoicnt du côté de
la Cour i qu'ils n'étoîent pas les Maî-
tres du Parti , & que la Paix ne pour-
roît pas à leur gré être le prix de leur
ambition , de de leurs defîrs : mais,
ils fe confolérent dans la réfolutîoii
qu'ils' firent de ne nommer pour
aller à la Cour que ceux dont ils
étoient aflurez j & par cette voie,
ils efpérerent > que l'Accommode-
ment dépendroît toujours de leur vo-
ionté.
i 8 2lIemolres pour pervlr
"i(j49. Pendant toutes ces Négociations
l'Armée du Roi prît par force Bric-
Comte - Robert , qui étoit un boa
Pofte pour les Révoltez , & dont la
privation les devoir infiniment in-
commoder. D'autre côté les Pari-
/lens enlevèrent aulîî fur les Gens du
Roi un grand Convoi de Pain de
Gonefle , parceque la faim donne du
courage aux hommes les plus pol-
trons y mais , ce fecours étoit de peu
de durée , & n'aiant plus à eux de
paflfages libres ^ ils étoient en mauvais
ét^vt.
Ces mêmes jours , on arrêta à
Saint-Germain le Maréchal de Rant-
zau. Il fut foupçonné de favorifer
le Parti Parificn -, 6<: comme il étoîc
Gouverneur de Gravelines , le Minif-
tre crut qu'il ne pouvoit prendre
trop de précautions , pour fe garantir
des maux qui pouvoient arriver de la
mauvaife volonté de ce Maréchal. Il
avoir jufqu'alors bien fervi le Roi j
mais , la confiance n'a pas été donnée
aux hommes pour une qualité qui
leur foit naturelle. Les apparences
de Ton changement firent aufli chan-
ger fa fortune.
Le
À l'H'flnre d'Ame d' A'* triche. 1 9
Le deuxième jour du mois de 1^49.
Mars , les G.ns du Roi vinrent à ,
Saint - Germain trouver la Reine , Mars.*
pour lui dire la Dépuration ordonnée
par le Parlement. Ils lui demandè-
rent des Paiîepoits , Se la flippliérenc
d^ordonnerdu lieu de leur Conféren-
ce. Ils firent aufîî quelques inftan-
ces de la part des Ducs de Beau fort
ôc de Bouillon , pour y être admis ;
mais , aiant été bien reçus à leur c-
gard 5 ils Furent refufez fur l'article
des autres. On choillt pour le lieu
de la Conférence le Château de Ruel,
comme étant à moitié chemin de Pa-
ris Se de Saint- Germain ; ôc les Géné-
raux , qui en particulier redoublè-
rent leurs inftances , n'y furent point
admis.
Le Duc d'Orléans , le Prince de
Condé 5 le Miniftre , l'Abbé de la
Rivière , & le Tellier , allèrent au
rendez - vous , où fe trouvèrent les
Députez 5 avec ordre exprès de leur
Compagnie , de ne point conférer
avec le Cardinal Mazarin. Déjà on
en avoît eu avis à la Cour ; ôc
Champlatreux 5 Filsdu Premier Pré-
fidcnt y qui Tavoit dit par ordre du
B 3 Par-
jo Momolres pour fervîr
1^49. Parlement, fut en apparence traîré
avec beaucoup de rigneur : on kû
donna même des Gardes pour quel-
que peu de tems , pour faire voir aux
Ennemis du Miniftre , que cette Pro-
pofitîon éio'x odieufe à la Reine , &
feroît combattue par les Princes du
Sang ; mais , cette rigueur n'empêcha
pas que les Députez ne refufafrent
abfolument de conférer avec lui : ce
qui caufa un grand embarras entre les*
deux Partis 3 & donna fans doute
beaucoup de honte à celui qui en
ëtoît le fîijer. Le foir du même jour:>.
que les Princes étoient allez à Ruel,.
j^'^toîs auprès de la Reine , qui atten-
doit avec impatience le fucccs de cet-
te Difpure , fans pourtant en faire
part aux Spectateurs. Chamarante,
pranier Valet de Chambre du Roi
arriva fort tard , qui vint lui dire,
que la Confc'rence étoît rompue:
puis 5 s'approchant de la Reine , il-
lui en dit tout bas à Poreille la véri-
table caufc. La Reine , qui ne vou-
loît pas montrer de fentîr ni de voir
TafFront que le Parlement faifoit à
fon Miniftre en cette occafion , fe mie
à lire , & nous dit : // ny a point de
Co'rl»
à t Hlflolre à'y^nne d'Jmrkhe, 51
Conférence ipar conféquent il ny a point I ^49,
de Paix : ta^n pis pour eux.
Pendant que ces Difficuîtez arrê-
tèrent la Conférence , les Généraux,
qui n'avoient point de part que par V,
leurs Cabales à cette AirembUe , fe
vinrent camper avec du Canon à Vil-*
le juive , menaçant le Mazarin de
Pembarader , & de lui faire toujours
naître des obftacles invincibles. Ils
lui vouloîent faire peur de la haine
du Peuple , dont ils difoient qu'ils
ieroient les Maîtres , malgré le Parle-
ment , & malgré leurs Trairez. Ce
qui en effet pouvoir donner de Pin-
quiétude au Miniftre étoic de voir
que le Parlement paroîfToit approuver
le^ fentimens de la Populace , & des
Ge'néraux 5 puifque fî conftammenc
les Députez refufoîent de s'aboucher
avec lui en cette occafîon , où il s'a-
gilToit d'un bien qui leur étoit fî
confidcrable.
Le lendemain , comme ils furent
"prêts de fe fe parer à caufe de cette
difficulté 5 le Duc d'Orléans , vou-
lant toujours avoir quelque part à la
Paix y au lieu de celle que le Prince
de Condc avoic eue] à la Guerre,
B 4 trou^
31 Ji^cmolrespouy fervlr
l6^-c). trouva un Accommodemenr quî fut
que lui , nf Mr. le Prince , n'affillaf-
fent point à c*ette ConFcrence. Il fut
rér.>lLi qu'ils fe tiendroient à part , ^
le M.'niftrc avec eux , qu'on y lailfe-
roit feulement le Chancelier &: le Tel-
lîer; & trouvèrent qu'une Chambre
entre eux Se le lieu de la Conférence
ir'empêchero't pis «-l'entrer en matiè-
re ; ce qu'ils firent : & alors il fembla
que les Sujets vouloient donner des
Loix a celui dont ils les dévoient re-
cevoir.
Tout ce jour , les Parlementaires
furent fiers ^ & ceux qui venoîent de
Rucl à Saint Germain , ne croioîeni
pas que les Affaires fe pulTenc accom-
moder ; car > la manière dont ils par-
loient faifoit croire qu'ils fe ren-
droient difficiles fur l'Article du Mî-
niftre;maîs cette férocité fe trouva
confîftcr en bonne mine , & ces ap-
pareiices n'alloient qu'à contenter les
Sots , les Emportez , de le Peuple.
Le jour d'après , ils changèrent de
méthode , èc les Députez , prenant
l'air de la Cour , montrèrent en effet
que ce charme avoit autant de pou-
voir fur eux que fur les autres hom-
mes.
à VH'iflolre d'Anne d'Autriche, 3 5
mes. Cependant , les Parifiens , par 1^49.
'ordre des Gc!néraux & du Parle-
ment 5 ne lailloient pas de continuer
à vendre publiquement les meubles
du Cardinal Mazarin , qui , depuis
PArrct donné contre lui , avoîent été
à l'encan , vendus aux pallans , à tel
prix qu'on vouloit en donner ; ôc fa
Bibliorheque , ramaflée avec tant de
foin , fut difperfée à tous ceux qui la
voulurent piller.
Le fixîeme , le Cardinal vint faire
un petit voiage à Saint - Germain ^
pour inftruire la Reine de tout ce
qui fe padoîr. Le foir , après qu'il
l'eut quirce , comme ceux qui l'en-
vîronnoicnr ccoîent curieux d'appren-
dre des nouvelles , la Reine nous dit
à Mr. le Premier , & à moi , Qh'U
n'y avait encore rien d'avancé : m aitcu-
nefolide efpérance d'obtenir ce cjucn de-
firolt, qui étoit que le Parlement s'hu-
miliât : puis nous dit cju'k la jîn
"pourtant , elle croioit que tout irait bien.
Les Députez avoient dit avoir reçu
de nouveaux ordres de leur Compa-
gnie ^ de demander l'éloignement du
Miniflrc ; & il falut que le Duc
d'OrIcans fe trouvât fouvcnt à la
B j Cou-
? 4. Mémoires pour fervîr
1^4^. Cônh?rencc , pour dcffendre cckiî
qu'ils vouloienc attaquer. Maïs en«
fin , la Difpute fe termina à une Co-
médie qiii fut habilement jciice j car-
ceux 3 qui demandoîenc l'abfence du..
Mîniftre , fçavoient bien qu'ils ne
Pobticndroient pas , & comme je l'aL
déjà dît , ils ne la defiroient peuc-écreL-
pas beaucoup.
Pendant cette Conférence ,. il. arri-
va une Nouvelle qui fit changer les;
Rcfolutions de plufieurs , qui aug-
menta les forces du Roi , & dimînua^.
un peu l'orgueil 6c la fierté des Pari-
siens. Le Vicomte de Turenne , qui.
commandoît l'Armée du Roi en AU
lemagne , & qui s'étok peu, aupara-
vant déclaré du Parti ^qs Parlemen--
taîres ^ à caufe que le Duc de Bouil-
lon fon Frère eu éioît , & aiant vou-
lu amener fes Troupes au fecours du
Parti Parifien , avoît été abandonné
de toute l'Armée ,.qui voulant être
fîdelle au> Roi , alla fe rejoindre à Er-
l'ac y AUeman au fervice de la France.
Il ne refra à ce Général que deux
ou trois Régimens 5 en.qai il n'ôfa.
fe confier ; &: fe voiant lans puit
fanes 5 pleia de confwfion ^ <^e re-
pentir,.
1
al'Hlftotre d'Anne et Atiir'chi. 5;
pentir , il fc retira fciil à Heilbrun. 1^49.
Cette même nuit que le Miniftrc
coucha à Saint-Germain , Mr. le
Prince lui cnvoia une Lettre qu'il
avoit rcçuif du Vicomte de Turenne,
qui , mallieurcux &c humilie , deman-
do'r nardon de fa faute. Il le fup-
plibic par cette Lettre , de lui conti-
nuer (a Protection , &i d'obtenir à\i
M. al lire fa ^race & l'abfolution de
fon pec' e.
Cette Nouvelle ab.itft pour quel-
ques jours les forces des Parlementai-
res & des Généraux ; car , ils avoienc
une grande cfpérance en cette Armée.
Ce fecours leur aîant manqué , le
Cardinal crut qu'il aiiroit alors de
Tavantagc fur fcs Advcrfaires , & que
le rétabliffcment de fon Autorité , ie
fero't aifement. Il commença donc
à reprendre de l'audace \ mais , ks
Ennemis, malgré leur mauvaife avan-
ture , ne diminuèrent ^ueres de cel-
le qu'ils avoient accoutumé d'avoir.
Le Coadjuteur ,. vouLanr cacher
aux Pa'ifiens cette fàchcufe Nouvelle
d*Allemagne autant qu'il lui feroit
pofTible , parut au Parlement ce mê-
me jour 5^ par une Harangue clo-
B 6 quente
5 6 Me ?nù:yes po ur fi rvî>'
1^49. ciiK-ate 5 leur otîrit les Troupes de ce
General , qui n'en avoir plus , ce qui
fervit de pâcure à la Populace mal in-
formée de la vérité.
Le Miniftre rempli d'efpérance ôc
de joie retourne à Ruel : il y trouve
fes Ennemis bien dirpofcz ^ mais pas
Cl ioumis qu'il Pavoit cru. Deux on
trois jours fe pallerent en petites chi-
caneries : il y avoir des heures où les
apparences de Paix fe changeoient eu
des apparences de Guerre -, mais mal-
gré ces fiéquenres variations , il étoît
facile de jvigcr , que ce qui croit fou-
haité des deux cotez ne manqueroît
pas d'ariiver. Maulevrier , Gentil-
homme de grand mérite, & qui avoit
beaucoup d'efprît , dîfoit fur cette Af-
faire , que la Conférence reifembloît
aux grandes maladies , qui empirent
d'oidinaire fur le foir, les matins don-
nent des marques d'un grand amande-
ment , &: dont les jours de crile font
toujours bons.
Les Généraux , qui voui oient fbu-
tenir leurs intérêts par quelque inven-
tion , s'aviférenc de faire donner un
Arrêt de furféance à la Négociation >
aiundu que la Reine avoit manqué à
doii-
a l'Hlfioire d'Anne â^u4iitriche, 57
cîonner les cent muids de bled qu'elle iCa^,
avoir promis , chaque jour que dure-
roit la Conférence. La Reine ^ aîanï
ciLi qu"'ellene durcroit que trois jours^
ne s'étoit engagée qu'à trois cens
nuiids i & le Miniftre leur avoit, fait
cct'.e jufte chicanerie , de peur que ce
qui fe faiioit à Ruel ne fervît feule-
ment à leur redonner des forces po.ir
combattre tout de nouveau contre !c
Roi. Selon cette prudente raifon 3 il
avoit jugé à propos de faire celîer les
libéralitez Roiales ; & comme les
trois jours étoîent palFez , que la Con-
férence continuoit , &: que le bled ne
venoit plus , il fe fit à Paris une gran-
de crièrie. Les Députez , alarmés de
cet Arrêt , envolèrent fe plaindre à la
Reine , de ce qu'on avoit manqué à
leur donner les cent muids de bled
qu'ils prérendoient leur avoir été pro-
mis 5 pendant le tems de leur Négo-
ciation 3 & dirent aux Princes qu'ils
n'avoient plus de pouvoir de traitter ,
& qu'on leur permît de s'en aller.
Monfieur le Prince leur répondit fiè-
rement 5 Hé bien , Adcjfieurs , puis que
vous navez. fins de ponvolr , allez.-
vous- en : je fenfe que vous ferez, bien-
m
5 8 Monolres pourfervïr
1^40. ^^^ forcés ae revenir. Comme îcs-
Dépurez eurent pris leur congé ^ &
qu'ils Furent forcis du lieu où écoîenr
les Princes , Monfieur dit à M> le^
Prince 5 Aion Coujîn , fi ces gens- ci
gag?jent le Prlntems ^ ils fe joindront a
l- Archiduc , & feront un Parti fi
dangereux a i*Etat , qu alors ce fera à
notre tour a nous humilier, Prejente--
ment que nous les tenons , profitons de^
r oc c a/ion , c^' falfons la Paix : C(fi'
ce que les ç^ens de bien doiver,t fouhai-
ter. Les Députez 3 de leur coté , qur
n'avoîent pas envie de s'en allerjmon^-
îrerent que fi on vouloir fe radoucir
pour eux , ils ne feroienc pas difficiles'
à retenir ; fi. bien qu'il fut conclu>.
que !c3' Députez envoieioîent à l'aris-
a(furer leur i^aiti que le bled leur fe--
roit livré , & par même m oit n prier
leur Compagnie de trouver bon qu'ils^
coniinualfent leur utile travail. Tou-
tes ces Conférences eurent un fi fa--
te 1 1 vorable fuccés , que l'onzième au ma-
^^"» tin , le Maréchal de Villeroi , qui
avoir reçu des Lettres de Ruel , vint
aiïurer la Reine que roue alloit bien;&
à midi arriva un ( ourrier du Minif-
îre 5 qui lui apiit que la Paix ctoit af^
furée^,
à /* Hîflolre d' A fi ne d" Ant rîche, ^ 9
farce , & que tous les articles étoient 1^45^^
accordez- de part & d'aurre, <5c qu'elle
croit prête à iigiier.
Les Généraux de Paris Furent con-
viés d'entrer dans ce Traité. On leur
donna quatre jours pour prendre ce
parti , au Duc de Longueville huidl,
a caufe de fon éloignemcnt , avec cC-
prrance qu'on lui pourra accorder des
Articles fecrcts dignes de le conten-
ter ; (Sconfit éfpérer aux- autres quel*
ques douceurs. Ge grand enchante-
ment défait^ le foir de ce même jouri
la Paix fut fignée , & la Reine une
heure après en reçut la Nouvelle avec.
beaucoup de joie. On peut dire qu'el-
le étoît prefque la feule qui goutoic ce
bien félon toute fa grandeur. L'amer-
tume 5 que beaucoup de Particulier s^^
fcntoîènt dans leur ame , de voir que
toute cette Guerre ne leur ôroit point:
ce qu'ils croioicnt être leur véritable
mal , étoît fi grande , que la douceur
de là. Paix & du Repos ne leur pou-
vo't plaire entièrement. Leur imagi-
nation étoit frapée d'une fi grande
haine contre la conduite du Minift're,
elle leur étoit fi odicufc ^.^ leur fem-
blûic fi mépriiablc^quc les plus grands
biens
40 A4e7noir€s Pour fcrvîr
1649» biens ^v(^c jui, ne leur pouvoient erre
agréables. Cette aveiTion écoic un
criftal qui changeoît les objets ■ par
où ils voioient groffir tous leurs maux,
& diminuer tous leurs biens , & Çon
avarice leur donnoit lieu de croire ,
qu'étant récabli dans fa première Puif-
fàncejelle feroit plus înfuportable que
jamais Beaucoup de perfonnes dé-
voient fouhaitter néanmoins , aînfî
que je l'ai déjà dit , qu'il dcme'urâr.
i.QS perfonnes , qui écoient en pofte
de fe faire craindre , dévoient s'ac-
commoder de lui 5 mieux que d'un
plus ferme ; & il eft vrai auffi qu'ils
n'ont jamais voulu le chaiîer tout de
bon. Les petites gens y rencontroienc
de même de grands avantages ; car ,
s^'iîs pouvoient trouver le moien de
fe rendre nécedaires à fcs intérêts
& à fon Service , il leur donnoit les
Dîgnitez qu'on avoit accoutumé de
réferver aux anciens Officiers , 6c à
ceux qui dans la Guerre , ou dans la
Robe 5 avoient coniumé leurs vies
au Service du Roi : 6c les Armées
étoient commandées par des Lieute-
nans Généraux , qui , du tems de nos
Pères , aurçienc été au Régiment des
Gar-
à r Hlflolre à* Anne d'Autriche, 4 1
Gardes , pour apprendre leur mérier. i6^^l
Il école cncor propre aux Grands Sc^î-
gneurs ; car , il écoîr prodigue d'hon-
neurs. Ces iortes de biens ne lui Lil-
foicnt pas de peine à donner , parce
qu'il les eftîmoîc moins que l'argent ;
éc Tes Ennemis , qui lui arrachoienc
toujours par Force ce qu'ils en defi-
roicnt , ont eu fujet de ie louer de fa
foibieife & de fa libéralité. Avec
toutes ces qualitez G accommodantes
à TAmbition , ôc au dérèglement de
rEfprît humain , il écoit ha'f dans le
Cabinet , & (î les Courtîfans ne fou-
haitoient pas toujours fa perte , du
moins on peut dire que tous les Fran-
çois le méprifoient. Ce mépris étoic
à la mode ; ôc cette moie 5 qui tenoîc
de la folie plus q';e de la rai Ion , les
occupoit entièrement : elle les privoît
de cette modération nécelTIure aux
hommes fa^^cs , oui doivent faire des
jugemens équitables. Aucun ne vou-
îoit loiier les bonnes qualitez qui
étoîent en lui. Sa lumière, (à clémen-
ce, & fa grande capacité , n'ont point
trouvé de langues dans ces tems-là
qui aient ôfé parler en leur faveur ; &
fes Domeftiques mêmes , qui le con-
noit^
4 1 Mémoires pour fervtr
,"1^49. noînfoîent pins partlcaliereraent^âttrf*
biioîcnr fouvent à tîmiJîté ce qui pa-
roifloit de bon en lui. Miis , malgré
fesdeffaurs Se le murmure qui attaque
toujours la Faveur & k PuifTance,-
ceux qui confideieL-ont ce qu'il avoîc
de bon, lui donneront infailliblement
des loiia'igcs : les abailTemens où la
fortune l'a réduit , Se les grandes élé-
vations qui paroifTcnt orner fa defti-
née, rempliront fa vie d'une éclatante^
gloire i &c ces extraordin"'*res événe-
mens , qui nous ont caufé de l'éton-
nement , lui feront partager l'immor-
talité avec les hommes les plus illut
très.
Il y eut encor quelques Difficultez:
peur figner la Paix 5 parce que les-
Députez, pour conferver leur crédit à
Paris , firent mine de s'oppofer à la
part que le Cardinal comme Premier-
Miniftre y devoir avoir. Il fallut que
le Duc d'Orléans montrât qu'il vou-
loit abfolument qu'il fignât avec eux
les Articles accordez ; & après cette
conteftation, ils y confentîrent. Cette
grimace faite , on vit alors les Dépu-
tez s'adoucir pour lui ôc entrer en
compte fur le rcfpecl qu'ils dévoient
à l'HlfloIre à'yînne d'Autriche 4 $
aux volontcz du Roi , de la Reine^ i^4 5?-
& des Princes. Ils revinrent tous à
Sainr-Gcrmain annoncer la fin de la
Guerre , dont quelques perfonncs^
outre cette haine générale dont je
viens de parler , furent For: adligécs.
Madame la Princelîe fut du nombre^
qui 5 voiant ce grand ouvrage achevé
fans la participation du Piince de
Contij&: Madame de Longuevillc, ne
pouvoit s'empêcher d^en témoigner du
chagrin : & ceux qui avoicnt des Pa-
rens ou àts Amis dans ce Parti , en
ttoient au defefpoir , parce qu'il leur-
écoit dur de voir le mauvais état où
ils fe trouvoienr 5 & le mauvais fuc-
cès de cette Guerre , dont on avoît
efpéré la perte du Minîftrc , & de
grands avantages pour les Particuliers,.
Cette cou fternation devint fi univer-
felle 3 qu'il y en eut d'afiez emportez^
pour dire publiquement que cttXQ Paix
n'étoic pas avantageufe , & qu'il eue
mieux valu faire la Guerre 3 & qu'il
étoit du devoir du Roi de punir la
Révolte de fes Sujets. Sans ôfer dire
la véritable caufe de leur chagrinjtous
allaient cherchans'millc fauiTesraifons;
pour condamner la Paix , 6c couvrît
leui
4 i Adem'f'ref pour Cervlr
i^4p, l<^i-^i* <^onlear. Ils voLiloieiit paroîcre
zélez pour TEcar , &: aif^ctoienu d'être
de grands Politiques , lors qu'en ef-
fet ils n étoient remplis que de paf-
/îon , Se de haine, il ne Faur pas ou-
blier de remarquer ici la fermeré def-
intércllee de NÎ. le Prince qui 9 fans
confUérer ni fa Famille, ni Tes Amis,
alla toujours droitement aux intérêts
du Roi ; & fi le Djc d'Orlcans eut
agi avec cette même force , la Paix Te
feroic faite avec beaucoup plus de
gloire
Cette Paix , fi peu approuvée , de-
voit être heureufe , parce qu'en ef-
fet la Rai fou l'a voit faite. La Reine
même à la fin l'avoît fouhaittéc 5 fé-
lon fes fentimens , elle avoît voulu
dompter le Parlement , & l'obliger à
rendre au Roi la foumilîîon & le reC-
pedt qu'il lui c^evoii \ mais fa charité 9
en qualité de Chrétienne , lui faifoir,
préférer le remède des maux particu-
liers que les pauvres fouffroient , non
feulement au plaifir d'une vengeance,
mais auiîî à la fatisfadion particulière:
& comme les principaux de cette
compagnie avoient , en ces dernières
occurenccs y montré de vouloir faire
leur
à l'Hlftolre d'Anne d^Aanîche. a S
leur devoir, elle étoît allez contente , , ^^^^;
n'aiant jamais eu que des intentions
favorables pour tous , elle fouhaitroîc
autant que cela auroit été poffible ,
que le Roi fut obéi , & que tous Tes
Sujets fulfenc contents & heureux.
Mais , fa joie ne dura guère , parce
que la bonne foi ne confirma pas cet
Accomodement. Les Peuples, après
avoir été ralfafiés de bled <Sc de vivres,
ne fondèrent plus à leur néceillté paC-
iee 5 qui même n avoit pas ete rorc
grande ; & l'emportement des Parî-
liens , qui fe réveilla , par les foins
que les Généraux prirent de les ani-
mer , troubla tout de nouveau le Re-
pos de la Reine , & caufa de nouvel-
les Perfécutions à celui qui commen-
çoit d'efpércr quelque tranquilité-
dans l'Etat.
Au(îî-tôt que les Députez eurent fa-
lué la Reine, ils retournèrent à Paris,
efcortez par le Maréchal de Gramont:
ils^furent mal reçus . & fort mal traît-
tés. La Paix avec le Mazarîn n'etoît
point un charme pour les Parifiens ,
parce qu'elle déplaifoit à ceux qui les
gouvernoient. Pluficurs , g^giiés par
les Généraux y furent crier au Parle-
ment ,
ié Mémoires pour fervlr
S ^45. nientj Qdils vouloient la Guerre , pîn^
tôt que de confemlr qvie l'Enrernl des
bons François demeurât ^« France,
Comme Ruel n'avoit renfermé qu'un
petit nombre de fages 3 & que l'efprit
de fagelfe n'etoit point encoi-e répan-
du par tout 3 la Paix 5 le bonheur des
Peuples , n'étoit pas reçue" à Paris
agréablement. Les Provinces fe ré-
voltoient de toutes parcs. Le Duc de
la Trimcuille ^ le Marquis d'EftiiTac,
(k beaucoup d'autres^adembloient des
Troupes contre le Service du Roi.
Aladame de la Trimouille , qui étoit-
habille Se ambicicufe, vouioic que foiî
Mari fut Prince , comme i(Iu par
Femmes de Charlotte d'Araî^on Hé-
ritiere du Roiaume de Naples. Elle
crut que pour parvenir à fes delfeins,
il falloit faire quelque mal ou quel-
que peur au Miniftre 5 (?<: comme ils
font grands Seigneurs , & qu'ils a-
voient beaucoup de crédit & de puiP.
Tance dans leur Province , il leur fut
aifé d'émouvoir des Troubles en leur
Pais. Ces Nouvelles donnèrent de
mauvaifes heures au Minière, & Mr.
le Prince en reçut auflî du chagrin. Il
ayoit répondu de la Famille de la Tri-
mouille,
k l*Hîflotre à* Ar.m à* Autriche. 47
ïiiouille, qui avoît riionneur de lui 1649,
apparrenii" \ ôc pour ne pas paiîèr
pour duppe en cecce affaire, il moncra
dans le Confeil une Lettre du Prince
de Tarente , Fils aine du Duc , qui
le fupplioit d'affûrer le Roi & la Reine
de fa fidélité. Il voulut par là rejeter
la honte qu'il en avoir reçue , fur ce-
lui qui lui avoit manqué de parole;,&
par la réponfe qu'il lui fit qui fut fçûë
à S.Germaîn , il montra qu'il n'ap-
prouvoic pas Ton procédé.
Le Samedi treizième on s'affembla Le 13.
au Parlement , pour voir les Articles Mars.
de la Paix. Les Généraux firent
grand bruit , ôc fe plaignireiif haute-
ment des Députez , qui Pavoient fi-
gnée fans attendre leur confentemenr.
Les Fadions furent fi fortes en leur
faveur , que le Premier Préfident ne
put jamais rendre compte à la Com-
pagnie de fa Dépuration , Se tous lui
reprochèrent qu'il avoit abandonné
ceux de Ton Parti. Il leur dit qu'ils
avoîent traitté avec PEnnemî,pendanc
qu'ils étoient à Ruel , ôc que cette
procédure marquoit de la diference
<lans leurs Sentiments , puis que tra-
^'âillantàla Paix de leur confentc-
'4 S A^émolres f>our fervîr
r ^45. ment , ils avoienc travaillé a !a Guerre
/ans leur aveu ; 6c leur déclara que
fon delîein écoic de préférer le bien
public à touces les haines parciculieres.
Ce reproche éroir véritable ; car ils
avoienc envolé coût de nouveau à
l'Archiduc , 6c à Madame de Che-
vreufe en Flandres , pour cacher de
trouver les moiens de foutenir leur
Parti fans le Parlement , dont ils fe
voiolenc abandonnes. Les Généraux ,
&: ceux qui éroicnt de leur Fa6tion ,
répondirent qu'ils ne Pavoienc pas fait
fans le confentement de quelques-uns
de leur Compagnie ; fur quoi le Pre-
mier Préfidcnc rempli de courage &
de zélé pour le repos de la France ,
leur die hardiment , Nomme\J-er^ &
mus leur ferons leur Procès , comme à
des Criminels de Lez.c - MajeUe, Le
Peuple cependant faifoic le bruic ac-
coutumé autour du Palais. & fcachanc
que le Cardinal avoir Hgné la Paix ,
quelques-uns de cecce canaille , paies
pourmal Faire, s'aviférenc d'aller qué-
rir le Bourreau, /70rtr brûler^ à ce qu'ils
difoient les Anicles de cette Paix ,
qu'ils ne pouvoîent foulfrir , &: mena-
cèrent à leur ordinaire le Premier Pré-
fident
à /' H'flolre d* Anne et Autriche . 4 9
fidentdclc tuer. Mais lui , qui étoit 164.
accoutume a ces douceurs . /ans en
faire grand cas , envoya dire aux Bour-
geois de prendre les armes , afin de fai-
re tenir le Traité fait par eux ; & leur
manda qu'ils a voient înrcrét au Re-
pos public , & qu'ils dévoient alors
mv)nfrer s'ils écolent gens de bien.
Ils lui obéirent, & les Généraux Te
trouvèrent fort incommodes de fa
réiîflance. Cela fat caufe que les Con-
fcils redoublèrent dans la ruelle de
Madame de Longaeville. Cette Prin-
ceiîè , auffi bien que les autres , étoît
fort mai fatisfaite du mauvais état de
leurs affaires ; &: n'oublioit rien pour
le rendre meilleur.
Le Premier Préfidenc n'étoît pas
tout à-fait le Maître , à cauTe que
les Princes avoîent beaucoup de pou-
voir fur le Peuple , & de grandes
Cabales dans le Parlement II en-
voia rendre compte à la Cour de
tout ce qui fc palloit , & demander
avis fur ce qu'il avoit à faire , pour
vaincre toutes les Difficultcz qui fe
rencontroient à l'exécution du Trai-
té. La Reine lui cnvofa Sain tôt lui
ordonner de faire enregiftret la Paix,
7ome III. C 2>c
jo Mémoires pour fervlr
640, ^ liiî promettre qu'après cela on ne
refuferoit point d'accorder aux Gé-
néraux les Demandes qu'ils pour-
roient faire , quand ils n'auroient que
des prétentions raifonnables. Les Gé-
néraux emploiérent toute la nuit du
quatorze au quinze à folliciter leurs
Amis 5 ôc à fortifier leurs Cabales,
afin de pouvoir réiiflir au defleiii
qu'ils avoient de s'accommoder avan-
tageufemcnt. Le lendemain , le Par-
lement s'aifembla , pour la ratifica-
tion de la Paix , & poar tâcher
d'établir le repos de la France ,, mal-
gré les Troubles qui l'agitoient ; mais
les Fadions furent fi fortes > 5c les
Difficultcz fi grandes , que la Com-
pagnie demeura afiemblée jufques à
îix heures du foîr , dans une conteC-
tatîon continuelle. A dix heures,
Saintot arriva à Saint-Germain com-
me la Reine foupolt ^ qui lui dît, Que
la Taix êiolt reçut . a oinàîtlon que les
mêmes Députez. "'!e:idrdîcnt vers elle,
pour traiter des tr,té} et: s des Princes , &
de tous ceux di) Parti , & faire très
humbles Rèmonftrance s fur ûjHelques Ar-
ticles du Traite qu'iu demandaient être
révoqués. Voici quels écoîent les Ar-
d-
?î rHifloire d'Anne d'Autriche 5 1
tîclcs de cette i^aix (î contcftce. Les 16;^
ciiricnx prendront la peine de les li-
re s'ils les veulent fcavoi-L : Ils ont
éié écrits fur l'Imprimé (^ui en fuc
fille alors.
,, T E Roî 5 voulant faire connoî-
,, Ly cre à fi Cour de Parlement &
), au^ Habîtans de fa bonne Ville de
.j, Paris , combien fa Majefté à agréa-
5, ble les foumîfïîons refpcdlucu-
j, fes qui lui ont été rendues de
3, leur part , avec aflfûrance de teurs
55 Fidélités & obéilîance , après avoir
„ coniidéré leurs Proportions qui
53 ont été faites , a volontiers , par
j, TAvis de la Reine Régente fa Me-
,5 re accorde les Articles qui enfui-«
5, venc.
5, I. Le Traité d'Accommodement
,, étant (igné , tous ades dlioftilité
5, celTeront , tous les palfages tant par
35 eau que par terre feront libres , & le
35 commerce rétabli. Le Parlement fe
35 rendra , félon l'ordre qui luy en fera
„ baillé par fa Mijefté , à Saint Ger-
5, main en Laye , où fera tenu uti
35 Lit de Jijftîce par Sad. Majefté,
,3 auquel la Déclaration contenant les
G 2 Ar-
5 2. Mémoires tôUr fervtr
^49.! 5, Articles accordez par Sa Majedé
,3 fera publiée feulement apre's quoi
3 5 le Parlement retournera à Paris
,, faire fes fonctions ordinaires.
„ 1 1. Ne fera point fait d'Affem-
55 blée de Chambres pendant l'année
j5 mil fix cens quarente neuf , pour
3 5 quelque caufe que ce foît , fi ce
j, n eft pour la Réception d'Officiers
33 & par Mercuriales : & aux dites
33 AfTemblées , ne fera traité que de la'
5, dite Réception d'Officier , & de
33 Matière Mercuriale.
3,1 II. Dans le narré de la Déclara-
33 tion qui fera publiée 3 il fera enon-
33 ce que la volonté de Sa Majeflc
33 eft que fes Déclarations des mois
33 de Mai &: Odobre mil fîx cens
33 quarente huit 3 vérifiées en Parle-
33 ment 3 feront exécutées , excepté
53 en ce qui regarde les prêts 3 ainfî
3, qu'il fera expliqué ci après.
33 1 V. Que tous les Arrêts , qui
33 ont été rendus par ladite Cour de
33 Parlement de Paris , depuis le
33 (îxiéme de Février dernier jufques
3.5 à préfent 3 demeurei^nt nuls , cora-
„ me non avenus 3 excepté ceux qui
a, ont été rendus 3 tant avec le Pro-
cureur
à P H'^oîre d' Ame d* Autriche, j 5
5, ciireiir Général qu'avec les Parti- 1649
3, CLilicrs pr^'fciis , tant en Matière
5, Criniincrlle que Ci ville , Ajiidîca-
,,tion par Décrets , Ôc Receptipa
„ d^Ofticiers.
3, V. Les Lettres de Cachet de Sa
,, Mij 'lié . qui ont été expédiées,
,, fur le mouvement arrivé en la Vil-
)) le de Paris comme auflî les De-
j, claratîons qui ont été publiées en
)) Ton C )n(eil , Arrêts dudit Con-
55 feil fur le même fujet , depuis le
fy cinquième de Janvier , demeure-
j, roiit nuls comme non avenus,
,, VL Qiie les gens de Guerre » qui
,3 ont été levez , tant en la ditte
3, Ville de Paris , que dehors , en
„ vertu des pouvoirs donnez tant
„ par le Parlement que la Ville de
35 Paris , feront après l'Accomode-
5, ment fait lîcentiez ; Se alors Sa
35 Majcfté fera retirer fes Troupes
5, des environs de la Ville de Paris,
a, ôc les renvoyera au lieu des Gar-
j, nifons , qu'il leur ordonnera , ainfî
35 qu'il a été pratiqué les années précé-
,5 dentés.
„VII. Les Habîtans de la Villa
j) de Paris poferont les armes bas,
C 3 après
j4, Mémoires pour fer vîr
1^45?. :» après PAccomodcmenr fait & fîgne, .
55 fans qu'ils puilfenr les reprendre que
55 par l'ordre & eommanGlemeiir exprès
5 5 de Sa Majcrfté.
5, VIIL Qiie le Dépuré de l^Archî-
55 duc 5 qui efl à Paris , fera renvoyé
55 fans réponfe le plûroc qu'il fe pourra
55 après la Signature du préfent Article.
55 1 X Qiie tous les Papiers <5c
55 meubles , qui ont été levez appar-
5, tenans a Particuliers qui font en
3,. nature leurs (èront rendus.
3, X. La Bidille , enfemble P Ar-
as fenal y avec tous les canons 5 bou-
:» lets , grenades 5 poudres 5 & autres
3, munitions de Guerre , feront re-
35 mis es mains de Sa Majefté 5 après
33 l'Accomodemcnt fait.
55X1. Que le Roi pourra cm-
.5 prunter les deniers que fa Majefté
:,3 jugera necelTaires pour les dépen-
55 fes de l'Etat 5 en payant l'intéréc
55 à raifon du denier douze , du-
5,rant la préfente année & la fuivan-
55 te feulement.
5, X 1 1 Qiie Monficur le Prince
3» de Conty , & autres Princes,
3, Ducs 5 Pairs 5 Se Officiers 5 de la
3, Couronne , Seigneurs Gentils-
ho m-
à r Htfloîre d'Anne à* Autriche, ^ j
5, hommes , Villes , Communautez , 1645;,
^^&c ancres Per Tonnes de quelque
,, condition de qualité qu elles foient ,
3 qui auront pris les arn)es durant
,5 les Mouvemens arrivez dans la Vil-
55 le de Paris , depuis le cinquième
,, Janvier dernier , jufqucs à-prefent ,
55 feront confervés dans leurs biens ^
55 droits , offices 5 honneurs 5 privile-
>» g^s , prérogatives , charges , ôc
55 gouvernemens , Ôc en tel & fcm-
5, blable état qu'ils étoient avant la
55 prife des armes , fans qu^ils puiC
55 lent être recherchés ny inquiétés
55 pour quelque caufe & occafion que
,5 ce (bit 5 en déclarant par les deflfus
3^ dits nommez , fçavoîr pour Mr.
,,de Longueville dans dix jours, &C
^5 pour les autres dans quatre jours ,
5, à compter de celui que les pafTa-
55 ges tant pour les Vivres que le
,5 commerce feront ouverts , s'ils
j, veulent bien être compris au pré-
35 fent Article.
55X111. Et 5 à faute par eux
5, de faire leur Déclaration dans
55 ledit tems 5 îcelui pafTé 5 le
5, Corps de la Ville de Paris , ni
yy aucuns Habitans d'icelle 5 de qucl-
C 4 que
f 6 Jldf^motres pour f^rvîr
i6'4 9. ,, que cond.'cion cju'ils foienc , ne
^, pré-ndronr plus aucune part a leur
3, incéréc , & ne les aideront ni affif-
„ rcronr en chofe quelconque ^ fous
,, qu 'Ique prétexte que cc lb;t.
55 X I V^. Le Roi 5 pour témoîgnei:
55 Ton affedion aux Habitans de la
, 5, bonne Ville de Paris , a rëfolu d'y
5, retourner faire foi (cjoir au plu-
5, tôt que les Affaires de TEcac lui
5, permetront.
5, X V. Sera accordé Quittance
5, générale pour deniers pris & le-
55 vez ou reçus , tant du Public que
5, èLQ% Particuliers , meubles vendus
55 tant à Paris qu^'ailleurs 5 comme
35 auflî pour les commillîons don-
5, nées pour la levée des Gens de
55 Guerre ; même pour enlèvement
5, d\irmes , poudres 5 & autres mu-
^, nitions de Guerre & de bouche 5
' 55 enlevez de l'Arfcnal de Paris.
,, XVI. Les Elevions de Xaintes ,
55 Coîgnac , &: Saint Jean d'Angeli 5
55 diftraittes de la Cour des Aides de
55 Guyenne , feront reiinîes à la dite
5, Cour des Aides de Paris comme
55 elles c: oient auparavant TEdit ô^
5, Déclaration de. . . ,
XVIL
hrHifloireà^Anne à' Autriche. 57
,5 X V I I. Au cas que le Parlement 1^45;.
,5 de Rolien accepte le préfcnt Traît-
5, te dans dix jours , Sa Majefté
5, pourvoira à la Supreffion de nou-
3, veau Semeftre , ou renvoiera de
,, tous lesdits Officiers dudit Semeftre
,, ou de partie d'iceux au Corps dudic
,5 Parlement.
,, X V I 1 1. Le Traîtcé , fait avec
3, le Parlement de Provence , fera
35 exécute félon fa forme & teneur ,
,3 & Lettres de Sa Majefté expédiées
35 pour la Revocation & Supreffion
35 du Semeftre d'Aîx (5c Chambre des
^35 Requêtes , fui vaut les Articles en-
35 tre les Députez de Sa Majefté & dti
5, Parlement du Pais de Provence le
35 douzième jour de Février dernier ,
3, dont copie a été donnée aux Dépu-
35 tés de ia Ville de Paris.
55 X IX. Qiiand à la décharge des
,> Tailles propofée pour l'Election de
3, Paris 5 le Roi fe fera informer de
35 PEtat auquel Te trouvera ladite Elec-
35 tfon lors que les Troupes en feront
35 retirées éc pourvoira au foulage-
35 ment des contribuables de ladite
35 Eledîon comme Sa Majefté jugera
5, iiéceiliure.
Cj 3, XX.
5 8 Mémoires pour ftrvlr
1649. *j>XX. Lors que Sa Majefté en-
5, voicra des Dépucez pour traitccr la
y. Paix avec l^£(pagne , elle choifira
,^ voioiuiers quelqu'un des Officiers
iy dudic Parlement 5 pour affifter aa-
^ dît Traître avec le même pouvoir
33 qui fe donnera aux autres.
5, X X I. Au moien du préfent
35 Trairté les Prîfonnîers qui ont été
3, pris de part & d'autre feront mis
3, en liberté du jour de la fignature
yy d'icelui. Fait & arrêté à Ruel , le
35 douzième jour du mois de Mars mil
,, fîx cens quarante neuf.
;>5 Gafton.
^j Loiiîs de Bourbon,
^i Le Cardinal Ma-
zarin.
55 De Mêmes
d'Avaux.
j, Segu'er, Chan-
celicr.
De Lomenîe,
yy La Meîlîeraîe , Ma-
i'échai de Finance.
y y La rivière,
j, Le Tellier.
^ef^
n IHlftoire d'Anne d* Autriche, j 5)
Mejfienrs du Parlement,
,, Mole 5 Premier ,, BrifTonnct.
Préfidenr.
3, De Mêmes, ,, Mcnardeau.
55 Le Coigneux. ,3 Viole.
5, De Nemond. 3, Le Fcbvre.
5, Bkaac . ;5,DelaNoue
5, De Longlieil ^5 Le Cocq Cour-
„ Paluaa. beville.
Mejfieurs de la Chambre des Comptes,
j5 Nîcolaï. 5, Paris. 3, L'Efcuyer.
Mejfieurs de la Cour des Aides,
3, Amelor.
^, Brageloyne. 53 Qnatrchomme.
Mejfieurs de l'Hôtel de Fille,
3,Tournîer.
5, Hehot. 35 Barthelcmî.
Cette Conteftatîon foutennë avec
tant de malignité par les Chefs du
C 6 Parti
(f o Aismo ire: pour ftrvtr
1^4.0. Parti Parifien j qui rcgardoient fcLiIe-
menc à leur intérct particulier , fie
croire que ce n^écoir pas une fin à la
Guerre y ni une véritable concliilioii
de la Paix. hç.s railonnemcns qui fc
£rent alors par les Politiques con-
cluoienr , que le Miniftre n'étoic pas
encore tout à fait en fureté j ce qui
fut à beaucoup de perfonnes qui àeCi"
roîent le Defordrc un renouvellement
d'efpérance qui leur plailoit infiniment:,
mais , comme le bon fcns faîfoit claî-
rement voir aux Gens de Li Cour , que
les Généraux VxO. vouloic^nt faire du
brait que pour s'accommoder plus
avantageufement , ils voioicnt à leur
extrême regret que cet eipoir écoit
mal fondé.
Les Députez des Généraux , vien-
nent à Sainr-Germain , ils font leuc
Remontrance à la Reine , qui fut
liumblc & courte ; mais les Difficultcz>
qu'ils fiiroîcnc fur les principaux Ar-
ticles de la Paix déjà fignée , mon-
troient a&z qu'elle écoit reculée. Les
Généraux s'étoient rendus les Maîtres
de Paris , & ils fc trouvèrent en état
de pouvoir contraindre les plus figes
à ne rien faire de tout ce que leur de-
voir
k rHlfîolre d'Anne d* Autriche. 6 r
voir leur inipofoir. Comme ils n'a- 1(^45?»
voient pas de confiance à la Déptua-
tion du Parlement 5 ils firent fupplier
la Reine , Se le Miniftre , qu'il leur
fût permis d'envoier des Députez de
leur part. Cela leur aiant été accordé ,
ils nommèrent le Duc de Briiïac , Bar-
rière 5 &c Grecî , pour venir traitter de
leurs Demandes & Prétentions, Ils
arrivèrent à Saint Germain le dixhui- ^ ^^'
tiéme , ôc par leurs Cahiers ils dc-
mandoient toute la France.
La Reine en fut outrée de douleur y
ôc me fît l'honneur de me dire ce mê-
me jour 5 qu'elle ne pouvoit foufïiit-
fans horreur , que des gens , qui
avoient voulu détrôner le Roi Ton Fils,
( voilà Tes mêmes mots , ) deman-
dadént des récompeiifes , quand ils
méritoicnt des chatimcns & des puni-
tions de leurs crimes. Notre Miniftre
n'étoit pas non plus fort fatisfaît. CcC
Hidre , qu'il combattoîu înceiîammcni:
fans le pouvoir terraifer tout- à- fait ,
Pincommodoit beaucoup ; mais , com-
me ces Demandes étoicnt le prix de fa
rançon , ôc le rachat de fa PuilTàncc ,
il s'en confoloît , & ne doutoit pas
que demeurant dans fon pofte , il
n*euC
ô 1 Mémoires pour fervir
i.^4p. n'eût un jour le molen de s'en vanger
& de les punir.
Ceux 5 qui verîcablemenc écolenc
à plaindre , croient les gens de
bien , qui compofoîent la Cour , qui
étoient privez des récompenfes qu'ils
croioient mériter par leur fidélité l!s
voioient que toutes les grâces tom-
boient fur la tête des Criminels de
Leze - Majefté , fans que ceux qui
avoîcnt toujours été zélez pour le Ser-
vice du Roi pufTent rien efpérer en
fuivant les bonnes voies , qu'ils n'a-
voîent pas envie de quitter. La rage
remplilibit leur cœur d'autant plus
amèrement , qu'il falloit en apparence
moncrer quelque joie , & qu'il en fal-
loit avoir en efFedb , cette l'aix fe fai-
faut en un tems où elle étoit necefîaire
au bien de la France , qui ne pouvant
foucenir en même tems une Guerre
civile & une Guerre étrangère , fans
une prompte Paix alloic être entière-
ment rainée par la Révolte générale
des Peuples y 8c le peu de pouvoir
qu'auroient les Parlements de les con-
tenir , quand les bien-intentionnez y
feroient même les plus Forts , l'Armée
des Ennemis étant déjà fur la frontière
toute
à l'H'iflolre d'Anne d' Autriche, 6^
tonte prête à profiter de nosDefordres, 1^49,
Les Généraux aiant un peu de hon-
te d'avoir fait tant; de bruit contre le
Mazarin ^ & de fe relâcher tout d'un
coup 3 ou plutôt pour en tirer plus
de bien en témoignant de lui vouloir
fliire plus de mal , s'avifcrent d^envoier
une nouvelle Députation contre lui;
& pour cela ils allèrent au Parlement
faire une Déclaration autencique ,
Qti'ils n'avoîent prétendu des Places
(Se des Grâces ^ que pour leur feureté ,
pendant que leur Ennemi demeure-
roit en France j mais , que s'il plaî-
foit au Roi &: à la Reine de le chafîer
du Roîaume , pour montrer qu'ils
n'affedionnoient rien que le bien pu-
blic qui les faifoit agir , ils promet-
toient de ne rien demander :,èc àc Çc
contenter de l'honneur qu'ils auroient
d'avoir rendu ce fcrvice iignalé à l'E-
tat. C'efi; pourquoi ils demandèrent
un A6te public de leur Déclaration ,
qui demeurât au Greffe du Parlement,
pour marque éternelle de leur defînté-
relTement.
Le Comte de Maure , Frère du
Duc de Mortemar de l'illudrc Maîfoo
de la Rochechouart , fut choifi pour
cet-
^4 Aiemolres j)otty fervîr
lC^45). cette ccicbrc Ccmniilîîon , & fl arri-
va à la Cour le vingricmc de Mars ,
ou il dit hautement que fou dclfeiii
ctoît de travaillera challer le Minière.
Il ctoit Ton graud Ennemi , & préten-
doic en avoir été maltraitté. La Corn-
telFc de Maure , Nîece du Maréchal
de Marillac . étoic une Dame dont la
beauté avoit fliic autrefois beaucoup
de bruit. Elle avoit une veitu écla-
tante »3v: (ans tache , de la génétofité ,
avec une éloquence extraordinaire ,
une ame élevée , des fentimcns no-
bles , b:'auc()up de lumière ^ de pé-
nétration. Elle croioit en fon parti-
culier avoir quelque fujet de fe plain-
dre de la Reine ; maïs , la vivacité
de fon efprif qui la rendoit trop feiih-
ble au bien »;?v: au mal , l'emportoic
quelquefois au delà de la raifon & de
la prudence. Selon la vérité la Reine
ne l'avoit pas defoblîgéc , d^ Ç\ elle
n'étoit pas entrée dans les fentimens
de vengeance , que la Comteile de
Maure avoit fouhaittcz d'elle , au kijet
de la mort du Maréchal de Marillac ,
donc elle prctendoic faire revoir le
Procès comme aiant été condamné
injuitemcnt , c'étoic à caufe des gran-
des
à l' Fffloîre d' Anne à' A itrhhe, 6f
des D'rHcultcz qui s'y rcticonrroient , ^^^9
C]ui fjifoicnc que malgré les plaiiKcs
& les moiiveiîiens impétueux de ccrtc
Dime , elle ne laîduir pis d'avouer
qu'il écoir difficile de la iatis^aire , &C
derc^nnoirre que ce que le Comte
deMiure vouloir faire contic le Mi-
n'ftre ne réLifîiroit pas. Au(îi , elle
dcTipprouva Ton eng ii^emenr , jugeant
bien, comme il arriva, qu'au lieu de
fe vanger du M niftre , cccre Dépura-
tion ne ferviroit qu'à raffermir d'avan-
tage Ton Autorité. Mais lai , qui
avoit l'amc inrrépide fur la haine com-
ine liir l'amitié , fe réfolut malgré la
déférence qu'il avoit accoutumé d'a-
voir pour ia Femme , de pouffer le
Cardinal aux dernières cxrrémitcz 11
en eut peu de fatisfadion ; car il fut i
reçu à la Cour comme un homme
qui venoic joiier la Farce de la Co-
médie fcrieufe qui venoit de finir : ÔC
toute la plaifanterie tomba fur lui.
L'intention de ceux qui avoicnt defiré
fon voyage , n'étant pas de fe con-
tenter de cette gloire dont il devoît
pour eux faire parade , mais de traît-
ter en particulier, La confiance Se la
fermeté avec laquelle il parloit tour de
bon
66 2t^^motres pour f^er^tr
I<;49.boii, ne Fur pas fonceniic par ceux
qui l'ivoient envoie , qui voiiLinc
cacher le digoiic qui fe po'ivoît ren-
contrer en cccce KardiefTe , prirent
plaîfir à la condamner , $<. fe moquer
gaiement de rAmoafTaHeur qui ne s"'é-
toit pas apperçLi qii^il feroir abandon-
né , & ne lailferent pas de. profiter
de fa bonne foi. Le foir de ce jour ,
revenant d'une prom?nade que j'etoîs
allé faire à Maifons , la Reine en riant
me demanda ce que je difoîs du Voia-
ge de mon bon Ami le Comte de
^Maure ; car elle fçavoit bien que lui
ôc fa Feiiime éroîenr de mes Amîs. Je
ne voulus entrer en rien contre une
perfonne que j'eftîmoîs alTez pour ne
ni^en pas moquer. Il avoit de Phon-
neur Se. de la probité , mais , il étoît
entêté de fes opinions , & avoit le
malheur de n*avoir pas autant d'ap-
probation dans le monde qu'il avoit
effe(5tivcmcnt de vertu. Je répondis
d®nc alTez froidement à la Reine , &
lui dis feulement que le Comte de
Maure étoit à plaindre d'être pcrfuadé
que fon honneur l'obligeoît à venir
demander une chofe qu'il pouvoît bien
juger qu'il n'obtiendroit pas. En ef-
fet ,
a l' R'ifloire à^ Anne à* Autriche, 6y
fec , il exécuta avec tant d'exacftitude 1^49,
la Commiflion qu'on lui avoit don-
née , & donc il s'étoît bien voulu char-
ger , q le malgré les railleries qui 'e
fircnr concre lui dans le Cabinet , il ht
dans le Coufe^l fa Diclaraiion en for-
me contre le Miniftre promerranr,
de la parc des Généraux , un généreux
dédain des Dignicez , Richeifes , ik
Gouvememens , à condiiion que par
eux la France fût délivrée de celui
qu'ils nommoient l'Ennemi de l'Etat.
Le Chancelier , rejcttant bien loin
cette Proportion, lui dit que cela étoic
une affaire finie , que de leur ccté
comme de celui du Roi la Paix étoit
faite ; ôc que toutes haines 6c ani-
mofîtez étoient terminées Se abolies.
Cette célèbre Harangue ne fut donc ni
approuvée ni utile, &c ne fit autre cho-
fe que d'arrêter la Paix , pendant
quinze jours : Se tout l'avantage qu'en
tira celui qui la fie , fut le plaifir de fe
venger de Ton Ennemi , qui eft beau-
coup pour un homme qui préfère la
liberté de dire Tes fentîmens à fa For-
tuneJl crut peut-être faire voir au Mî-
niftre qu'il étoit un homme à crain-
dre ', ôcii eft vrai que cette Protefta-
tîon.
68 Mémoires pou^ fervlr
i^4€). tion qu^ avoît quelque chofe en foi
q lî lui pirut beau . fie beaucoup par-
ler ie lui. Mais , on écoit avcouiumé
à faire des Chaiifons contre lui fur
tour ce qu'"l faifoit. En voici quel-
ques Couplets, qu'on chanta à la Cour
& a la Ville.
Bujjie a manches de velours noîr
, Portoît le qrand Comte dr /1/fore,
Sur ce Guer, ler fjifoit beau voir
Bujjie à manches de veloU'S noir,
Condé, rentre dans ton devoir ,
Si tu ne veux ait' il te dévore.
Buffle a manches de velours noir
Port oit le grand Cornte de More,
Cefi un Tigre afimi de Sang ,
Que ce brave Comte de More,
Quand il combi-n au premier rang »
Cefî un Tigre affamé de Sang.
Jl ne s'y trouve pas fouvent ,
C'e fi pourquoi Condé vit encore,
Ceft ttn Tigre affamé de Sang ,
Que ce brave Comte de More,
1)e More confent a la Paix ,
Et U vafigner tout a l'heure ;
Si Maz.arin part pour jamais ,
a V FTiftoîre cl^ Anne d* Autriche , 6^
De l.ofc conferit a U i u/.v. l6^^,
J^*o ^ JupprtThe Us l'y ioiets ,
Et que Le Bnfji Lui de/nenre.
De A^ore c nfcnt a ia Fa'iX ,
Et la va figncr (ont a t heure.
Malgré cet cntoiifiafme de géné-
rofité 6c de beaux fentimens , je n^au-
rois pas voulu jurer qu'il eut refufé
qudquc'S Digniuez , fi on les lui avoic
otFcices ; de je ne fçai u la confidéra-
tion Se la faveur du Dac de Mortemar
Ciicvalier de l'Ordre ne lui donnoit
point de jaloufie: car entre les Deman-
des paiticiiliercs de tous ceux du Parti
la liene étoic pour avoir le Cordon
bleu, qpand on fcroîc des Chevaliers.
Les Conférences , qui fc faifoienC
à St. Germain fur leurs Prétentions
furent interrompues par l'entrée de
TArchiduc en France. Les Ennemis
du Cardinal Pavoîent fait venir pour
empêcher l'Accommodement que le
Premier Préfident , & les gens de bien
de fa Compagnie avoient voulu faîie:
ôc cela ne fervit qu'à les preflfer d'y
travailler , 5c réveiller la fidélité natu-
rellement attachée à leur Corps &
jdonc il a donné dans tous les tems des
niar-
7 Mémoires pour fervlr
4^49. marques : de forte qu'à l'exception de
quelques emportez qui étoient en petit
nombre , le murmure fut grand con-
tre le Prince de Conti , Madame de
Longueville , & b Coadjuteur , qui
ferabioient vouloir continuer & entre-
tenir la Guerre avec le fecours des Es-
pagnols. Ils avoîent fait confeiller à
l'Archiduc de faire fommer Guife de
ie rendre ; & il avoit bien voulu voir
s'ils y avoienc quelque intelligence;
mais 5 aiant trouvé que Bridieu , qui
y commandoit , ne paroiiToit pas
avoir envie de l'y laifTer entrer , il fe
retira fans entreprendre de l'attaquer.
Aufîî on crut alors , que ce n'étoit
qu'une feinte qu'ib l'avoient obligé
de faire , pour s'en fervir dans les deC-
feîns differens qu'ils avoient C\ ce
n'efl; qu'en effet il eut lui même quel-
ques vues qu'on ne fçavoit pas.
Les Généraux , voianr que l'ap-
proche de l'Armée des Efpagnols,
étoitplus capable, en l'état des chofes,
de leur faire perdre le peu de crédit
qui leur reftoit , que de l'augmenter,
pour tirer du Mi ni lire ce qu'ils pour-
rolent , firent donner un Arrêt par le-
quel on ordonna que Ja vente de Tes
m eu-
à VHljloire d'Anne d^ Aîttvî.he, tj
nieubles (croie conriiuiec. Cela lui iÇac^
fit btaucoup de peine ; car i! a'rnoic
ce qui eioic a lui , ôc parciculiercmenc
ce quil avoit fait venir des i'aïs
Ecrangers avec tant de foin. Sa Mai-
fon ecoit magnihquemenc meublée,
il y avoit de belles Tapilferies, des Sta-
tues , des Tableaiix. Cette perte fut
caufe que- Tes Ennemis gaignérent
beaucoup avec lui , qu'il leur accorda
la Paix avec la plus grande partie de
toutes leurs Demandes , ôc que les
Conférences redoublèrent matin ôC
foir chez le Chancelier à St, Ger-
main.
Le Parlement , profitant de la réfif-
tance des Généraux , infifta fortement
-à demander la Révocation des trois
principaux points qui pou voient en
quelque façon rendre l'Accommode-
ment , que le Roi avoit fait avec Ces
Sujets , tant foit peu honorable. On
fe portoit néanmoins à les révoquer,
dont la Reine étoit au defefpoir ; cai*
elle vouloit rétablir TAurorité RoiaU
ie : m.ais ^ il falloir encor qu'elle con-
fentît à fa diminution , & qu'elle
agréât les Demandes des Généraux,
qui ne lui plaifoient pas. Voici quel-
les
7 1 Mémoires pour fe^vlr
)64p. les étoîent celles qui parurent au Pu-
blic : les principales propoiuiuns , dc
celles qui fc dcfiroient le pms , fe faî-
foienc par des voies particulières > ôC
tons 3 en faiCinr femblant de vouloir
chafler le Mïmftre , traiioîent avec
lui y & lui prometioient Amitié Sc
Attachement , pourvu que leur Am-
' bition fe trouvât iatisfaitc.
Demandes Parti-
culières DE Mes-
sieurs LES Géné-
raux, ET AUTl^ES
Intéresse' s.
MOnfieur le Prince de Contî
demande pour lui Place
,',dans le Confeil d'enhaut & une
'^ Place forte dans Ton Gouvernement
'l de Champ.igne. Plus demande
5, mondit Sieur'le Prince, pour Mr.
„ le Praice de Marhllac , que l'on
,, donne le Tabouret à fa Fem-
„ me : qu'on lui paie tous les Ap-
„ pointements du Gouvernement de
„ Poitou , qui confident en quatre
55 cent
a l'prfl'lre d" An fie d^Autykhe, 7 ?
5, cent mil cinq cens livres , «Se qu'oli 3(5.,-,
„ lui ctnifervc l'augmentation de dix
3, huit mille livres levées pour les Fu-
3, feliers , donc le payement liîi fera
5, concinué foie quMs fubfîltent ou
:,, non. Plus demande , pour Mr.
,, de Saint Ibal , qu'on lui pave les
„ aiTCîiges de fa Penfion de ciiK] n)il
3, livres , & qu'a l'avenir elle lai oit
5 a/Tignée fur une Abbaie , ou fur un
5, fond alîûrë. Plus demande , que les
„ Maifons & Edirices tant publics
5, que particuliers , appartenances &
5, dépendances de l'Abaye de S De-
35 nis , & fituez en la Ville de Saint:
3, Denis , foîent remis & rétablis en
35 l'état qu'ils étoîenr avant le fixie-
35' me Janvier dernier,
„ Monfieur le Duc d'Elbeuf,
3j qu'on lui paie les Sommes qui re-
35 gardent l'entretennement de Mad.
35 fa Femme , le Gouvernement de
5, Montreuil pour le Prince de Har-
55 court Ton Fils , vacant par la
,5 mort du Comte de Lannoy fon
,5 beau Père , quî avoit acheté ledit
„ Gouvernement. Plus demande
„ pour le Comte de Rieux fon Fils
)>le payement de la Somme de CQni
Tome IIL D ,,mli
7 4 Mémo Ires pour fervir
iGa^* „ mille livres à lui accordé en Faveur
,5 de Mariage par aquit daté du
,5 dernier Juillet mil iix cent qnaran-
,, te cinq , vëuifié en la Chambre
^, des Comptes le vingtième Février
55 mil fix cent quarante fix i & outre
,, ce , Emploi dans la Guerre , tant
,5 pour ledit Sieur Comte de Ricux,
3, que pour le Sieur Comte de Lil-
35 lebonne Ton autre Fils.
.jMonfieur de Beaufort demande
j^quon rende à Monf. Ton Père le
3, Gouvernement de Bretagne , qui
35 lui fut donné en mariage , &
3, qu'on lui a ôté fans récompenfe,
35 ou qu'on lui donne la Charge de
^, Grand Maître des Mers , avec le
35 Gouvernement de la Rc5Phelle qui
35 lui ont été promis par la Reine,
33 en échange du fufdit Gouverne-
35 ment 5 fuivant le Traité fait par
35 Mr. le Comte de Briennc fondé de
3, pouvoir fpécial du neuf Août mil
35 fîx cent quarante trois , le dédom-
^5 magement des Maifons & Cha-
3 5 teaux rafez en Bretagne que Sa
35 Majefté a promis , ôc que la Pro-
3, vince dç Bretagne lui doit lui*
p^vmt h Déclaration des Etats.
à V M'iftolre d' Anne d' Autriche, tj
»,Le rctablilîcmcnt des Vendons 1 6 j^ç^,
3, de mon dit Sieur Père , ^ des
„ Biens dont la jouilfance lui a -Jcé
,, orée par Arrêt du Confcil. Le
„ payement de ce qui lui ed: léai-
,, rimement ôc par fpccial dû par\
i, Roi , le retour de Bcaupuy ôc Con
5, iccablilîeme :;t dans Tes Charges <S^
„ Pen(îons. La grâce & le pardoa
„ de ceux qui ont f^cWké la fortîe
„de mondit Sieur de BeauFort da
,^ Bois de Vincennes , &: entre autre
,5 du Sieur de Vaugriman,
„ Mr de Bo;iilion demande fon ré^
,, rabli(remcnt dans Sedan , Ci mieux
,, n'aime la Reine fliire faire préfen-
3, tcment l'eftimarîon à un prix cer-
yy tain : le Rang promis ôc dà k Qi
^.Maifon : Qj.ie les Terres qu^oii
„ donnera en échange de Sedan , fe-
>, ront prefentement fpécifiées , êc
,y pris terme pour l'en mettre eu
,, polfcffion enfemble pour faire faî-
„re les vérifications au Parlement,
5, & en la Chambre des Comptes;
,, ce que faute d^executer dans ledit
5> terme rentrera le ait Sieur de
,, Bouillon dans Sedan 3c dans tous
„ les Droits qui en dépendent. Que
D z. pour
yé Mémoires pour fervîr
i^45?. 35 pour les Sommes d'argent dues au
j, dit Sieur de B uillon on les lui
5, payera argent comptant , ou en
5, Fonds certains , ou en Terres en-
5, gagées : Q;.i'on ne louftraira au-
j, cuns Fiefb de la Mouvance des
^, Terres qui luy feront données en
j5échange , & qu^'-n retirera des
^^mains de Mr. de Channes \c Guu-
3, vernement d'Auvergne , moyen-
35 nant récompcnfe , lequel fera don-
né au dit Sieur de Bouillon en dé-
duction de ce qui lui peut être du.
,5 Monfîcur le Maréchal de Tu-
3^ renne demande le Gouvernement
33 de la haute & baffe Alface avec
33 celui de Philifbourg , aînfi qu'on
^y lui a promis Qu'il lui foit don-
35 né en propre le baul^ Fo- k^e de
35 Haguenau , & les autres Domaines
que le Roi pofTede dans la ditte
Alface. Le payement des afîîgna-
35 tions à lui données pour fes Ap-
35 pointemens Se Pendons qui lui ie-
3, ront dûs. Qiie fi on confervc les
3, Armées en Allemagne 5 ce fera
55 fous fon Commandement , & que
j, le Traitté de Briffac fera exécuté
,3 envers îçs Troupes demeurées avec
.>, lui. ,> Mr.
33
5:
3i
3i
à t Hi^olre d'u4>we d* Autriche, 77
3, Monficur ie Maréchal de la 1649.
5, M )the demande la rccompenfe du
,5 Gouvernement de Siierre , ou un
5, autre de pareille valeur ; cent mil^
,^ le livres de la rançon du Marquis
55 de Puuare. Qjiaire années du re-
,s venu du Dachq^ de Cardonne
yy montant à près de cinq cens mille
„ livres. Cent mille livres qui lui
j, ont été données par le feu Roi à
jj prendre fur les deniers revénans
3, boiis de Catalogne pendant l'année
yy mil fix cent quarante trois. Qpe
33 tous Tes Etats , Pen fions , ôc A-
55 pointements lui feront payez. Qiie
3, fon Rég'ment de Cavallcrie , com-
aj'rneune Charge de Guerre lui folt
55 rendu. Que les Sieurs de Saint
5, Germain , Moniauban
5, . . . foient confervez dans les Ré-
3, gîmens de Gavai Icrie qu'ils ont eii
5, ces Troupes nouvelles , fans nou-
,3 velles Commiffions : Et que l'on
3, conferve les Peniîons au dit Sr, de
35 St. Germain.
3 5 Monfieur ie Duc de Retz de-
35 mande fon rctabUlfement dans fa
35Charge de General des Galleres,
3>ou qu'on lui paie ce qui lui e 11
D 3 du
7^ Mémoires pour fervir
I ^4^. ,, dû ÉÎe re/le du TraJtte qu'il a fait de
>^ fa dfrte Charge.
,, Monfieur de la Trîmouille de-
,, mande le Comte de Rouiïillon,
5^ ou du moins les' Villes , Places,
,5 & Châteaux , Terres , & Seigneu-
^, ries de Ville- franche , Ville neuve,.
^^PcrufiTe , Flayac , le Muac , Laio-
,,quebolac Marcillac , CalTencieu,,
,5 Courrava , Salnr Antoine , Ver-
yy fueil Comperîe , Comb^niks , Vas-
y^ feu , Sauveterre ,- Saint Gcneft^,
5, Derlbedon , & autres Terres &
35 Seigneuries du Comté de Rouer-
ai gue lui feront rendus à caufe du
^, Contrat de Mariage de Frédéric
>j d'Arragon & Anne de Savoie fes
>, trifayeuls en datte du onzième Fe-
>, vrîer mil quatre cents quatre vingt
3, un 5 vérifié le dîxneuviéme Janvier
5-, mil quatre cents quatre vingt deux.
:K>Qii'on lui rende Amboife , Mont-
3> richard, & Bleré , dépendant de
„ la Succefîîon d'Amboife , dont il
yy eft feul héritier. Qiron lui rende
. 3> le Comté dé Guyenne , ancien
„ Domaine de la Maifon de la Tri-
3, mouille. Qii'on lui falTe expédier
>, Lettres pouc dîflraire le Corcté
de
à r fî'ifiolre â' A>ine d'Antriche. 75?
, de Laval du Piéfidial de Château- 164^
, Go :ihier , conformément aux
, Lettres d'Erection d'iceux vérifiées *
,en la Cour. Et qu'on lui ren-
, de la Baronîe de l^fle-Bouchard ,
, qu'il a vendue à feu Mr.le Cardinal.
,de Richelieu , en rendant ce qu'il
, a reçu.
3, Mr. le Mirquis de Vîtri de-
^ mande , tant pour lui que pour
, quelques autres Officiers ^ l'Exé-
, cution de l'Article concernant k
, rétablilTcment des Charges de la
, Guerre ; Et des Lettres patentes
, de Duc & Pair , telles qu'on a
„ accordées à Mrs. de Lîancourt ,
Damville , de la Meilleraye , &
autres , par les mêmes raifons que
;, celles qui les leur ont fait accor-
,5 der , avec le Tabouret & Pré-
, rogatives pour Madame fa Fcm-
5 me.
,, Mr. le Marquis de la Boullaye
5 demande la furvivance de la Char-
, ge de Mr. de Bouillon fon Beau
5 Père , ou qu'il y foit prefentement
reçu fur fa démilîîon.
„ Monfieur de Lu y nés demande
„ le payement de quatre années de
D 4 Hi
53
0>
8,0 Jldemoîres pour fervlr
164^, a, fa Charge de grand FauconniVr >
,y échues a la fin de Tannée mille lîx
,/cenr tjuarante huit , montant à
j, vingt deux mille écus. Le dédom-
^, magement de la perte de Tes mea«
,3 blés, & bruiement de fa baffe cour
y, de Lefîgny , montant à près de vingc
j3 mille écns, Ôi le retour de Madem*
j, de Chevrcufe,
j5 Monfieur le Marquis de Noir-
y^ monticr demande des Lettres de
yy Doc. plus de quarante deux mille
livre*; qu'il a payé de rançon lorî
qu'il fur prifonnier en Allemagne.
yi Mr. le Comte de Matha deman-
^5 de le payement de fa Pen(ion
j3 de douze cents écus , de laquelle
y^ il n'a rien reçu depuis fîx ans.
33 Ql^ï'on révoque la Lettre envoyée
y^ à Mr. de Fontraîlles ; & un Bre-
3, vec de Maréchal de Camp pour
^^ Mrde Crenan.
,5 Mr. de Cugnac demande , con-
jj formément à TArticle de rétablif-
yy fément pour les Charges de la Guer-
,y re & Penfîons, qu'on le rétabliflfe ea
33 la poOTcflion de fon Régiment , 6c
^3 jouïlfe de fa penfion.
yy Monfr. de Fruecs demande auf-
a
à
à VHiJloîre t^Anne d'Autriche, 8i
'5 fî d'ctre rétabli dans le Comman- 1^45),
,, dément du Régiment de Cavalle-
35 rie de la Reine , dans la joliiCIancc
„ de Tes Penfions , & confervé dans
,, les grâces que Sa Mijefté lui acGor-
3, da lors de la mort de Me. fa Mère,
,, Mr. le Marquis d'Alluye de-
a, mande qu'on retire par récompen-
5, fe-de Mr. de Treville le Gouver-
, , ment du Comté de Foîx , qu'il a
^j perdu par la mort du Comte de
,,CramaiI fon Grand - Père , qu'il
,, avoit achetté , & qu'on lui donne
3, la fiirvivance de celui du Marquis
„ de Sourd is fon Père.
55 Monfieur le Comte de Maure
35 demande le Cordon bleu , lors
33 qu'il plaira à Sa Majcfté de faire
,5 des Chevaliers. La Révifion du
,, Procès du feu Maréchal de Maril-
3, lac , & s'il eft déclaré innocent
3, qu'on lai rende la Charge^ de
3, Lieutenant de Roi des Terres &C
3-j Evêché du Gouvernement de^Vcr-
3,dun, ou qu'on lui rende les cîn-
5j quante mil Ecus que ledit feu Ma-
„ réchal avoic paies pour ladite Char-
Far toutes ces Demandes ,
D j on
i(S49'
8t Mémoires pouy fervlr
on peut voir fi la Guerre fe faifbît
pour k Bien public , pour le Service
du Roi , &c pour chalfer le Mazarin.
Il faut reprendre le £1 de THiftoire j,
le en lai (Ter le Jugement à ceux qui li-
ront quelque jour ces Mémoires.
L'Abbé de la Rivière , qui avoic:
toujours un infaciable defir du Cha-
peau 5 ne penfoit qu'à l'obtenir da
Pape. Il avoit le confenrement de la
Reine , & de Monfieur le Prince j,
mais 5 il n'avoît pas celui du Prince
de Contî y ôc ne le tenant point eiij
fureta du côté de ce Prince , il cher-
choît de lui plaire, afin de l'obliger
à lui céder ce qu'il ne fouhaîtoic:
point pour lui. Ce Prince répondit-
aux offres qu'il lui fit faire , que
s'il vouloit porter fon Maître à lui.
faire accorder les Articles qu'il de-
mandoît , que très volontiers il lui'
laîîTero^ la Nomination du: Chapeau:
de Cfardînal. t^ela fit que \e Duc
d'Orléans , preflé par l'Abbé dé lai
Rivière , eut tant de palTîon pour la;
Paix ,* ce qui contribua beaucoup^
à la faire conclure, defavantageufe-
ment: pour le Roil. Oii peut juger,
par là quÊL les fcntimcns ni les intc-
I
a l'Ht/fotre d'Anne â* Autriche, S 5
têts du Miniftre n'étoicnt pas toû- 1^45).
jours la caufc de Tes apparentes foi-
blefles ; & que fcs fautes écoient fou-
I v-ent eau fées par celles des autres.
Le vingtième au matin , comme je
fortois de la Meflfe de la Reine , un
de mes Amis me vint dire à l^oreîlle ,
que tout étoit rompu : puis le foir ,
au fortir de la Conférence , la même
perfonnc me dit que tontes les Con-
teftations écoient accommodées. Les
Députez du Parlement de Norman-
die 5 qur étoient venus à Saint Ger-
main 3 au nombre de quinze Confeil-
lërs & d'un Prélldcnt , obtinrent
aiiffi en ce jour la Revocation du Se-
meftre , que le feu Roi , ou plutôt
le Cardinal de Richelieu, leur avoît '
créé malgré eux. Tant de Préten-
tions à fatisfaîre embarrairoient infini-
ment le Miniftre , & à mefure qu'il
accordoit des grâces , foir aux Com-
pagnies , foit à quelque Particulier ,
il renailfoit de nouveaux Prétendans ,
qui faifoicnt de nouvelles Demandes ;
& cette mifere s ongmcntoir touiours
au lieu de diminuer. La faute qu'on
avoit faite de déboucher Paris en
étoit la caufe, La charité de la Rei-
D 6 ne
84 Mémoires pcHr fervir
1649 .ne I*avoit forcée à la commettre. Elle
ëtoîc eflimable > & belle ^ mais il n'y
a voit plus moien de menacer la Ville
de la famine : iifalloîinécelîairemenc
fervîr le Roî en i'appau vrillant , &
mettre la Paix dans fôn Roiaiime par
des voies fort contraires au bien de
fon Etat.
Les Généraux entrèrent en de gran-
des deffiances les uns des autres j &
à leurs infatiables defîrs fe joignit la
jalouiïe. Ils avoicnt chacun dans
Saint-Gcrmaîn des Députez à bafî'es
notes 3 qui traittoient pour eux , 62
qui tîrannî(oient celui qui fouhaittoic
de les tîrannifer à fon tour. Le Duc
de Beaufort n^étoit pas content de ce
qu'on lui faifoit offrir fous main-.. Il
demandoit beaucoup parce qu'il (q\\^
toit encor dans fon cœur t'en Bure or--
gueîlleufe que lui laîtïbient les reftes^
de fa faveur pafîée. îl vouloir que le
Miniflre lui paiàt fes fers &c fa prifoni
il parloît fièrement ; il difoit toutL
haut 5 qu'il ne vouloît point s'accom-
inoder avec le Mazarin » &: portant
fon reffentîment plus loin que les au-
tres il rendît fon Accommodement
plus difHcîko Cette fierté fut caufe-
qu'eiaK
a l 'Hlfiolre d'Ange tTAittriehe, S'f
qu'enfin la Paix fe fit , & qiiMl dcmcu- j C^^^
ra fans aucune confolation , que celle
d'avoir traître Ton Ennemi avec beau-
coup cle hauteur ; ce qui faifoit voir
en lui une certaine grandeur d'ame ,
qui en eiïet avoir quelque beauté. Ce
Prince voulant fe defFendre jufques x
rcxtremité , pour exciter une nouvel-
le tempête , fit donner un autre Ar-
rêt contre le Miniftre , par lequel il fit
enjoint aux Députez d'inlifter à cha -
fer le Cardinal d'auprès de la Reine ,
niais il ne lui fervit de rien ; Tintérêt
public l'emporta fur le particulier j 6c
quand les principaux du Parti furent
contents , ceux qui reftérent qui ne
l'ctoîent pas demeurèrent au nombre
des Malheureux ,. & des Ennemis de
la Reine, ils étoient deftinez à la faire:
fouffi-ir ce que le Ciel avoir ordonné
d'elle, par des Arrêts plus irrévocables;
que ceux d u Parlement.
Le Premier Préfident , & le Prefî--
dent de Mêmes , pour obéir à leur-
Compagnie , en préfence des Princes
dirent qu'ils avoîent ordre de fiplier
la Reine de donner à. fes P'euples le
contentement de voir éloigner d'elle ,
& de fcs> Confc'ils , un Miniftre qui;
s 6 Mémoires pour Jèr vlr
]î:^45?. ^voîc mérké leur haine. Le Duc d'Or-
léans leur répondit , Qhs la Reine ne
'votiloit point accorder leur Demande ;
^ue lui & [on Coufin le Prince de
Condé , ^ui avaient le plus d'intérêt
k l'Etat & a la Conronne , ne lut con^
feilloienî pas de chaffer M, le Cardi^
nal M^z^arin j Qu'il etoit capable &
habile a bien fervlr le Roi , & l'Etat ;;
^tiils en étoient contents \ & o.uils
étaient refolus de le fotttenir. Il parla
fort hautement à tous les Députez.
M. le Prince ne s'étendit pas tant ;
mais il dit quafî la même chofc , &
pour marque que les Députez ai-
roient pas fâchés qu'on les refufàt , ni
la Reine ofFenfée de leur Harangue ,
elle leur fit donner à diner , & leur té-
moigna la bonne volonté ^ parlant du
Premier Piéiident , comme d'un hom-
me eflimable. Ils defiroient tous la
Paix ; mais cette dernière inftance fut
faire feulement pour contenter les
Peuples, & les rendre plus Tufcepti-
- blés de Te ranger à leur devoir , par
Pimpolîibilicé d'obtenir ce qu'ils de-
inandoient : la Reine agréa donc ce-
que les Députez avoient fait , qu'elle
jugea procéder feulement de l'intrigue
des Généraux.. Ce
à l* Hlflolye d* Anne JC Autriche , 87
Ce même joui* les Dcpiuez bien iCjL^I
nourris Ôc bien concens , retôuniércnc
à Paris achever leur ouvrage ; Ils ne.
virent point la Reine , parce qu'il au-
roit fallu qu'ils lui eulTent fait la mê-
me Harangue qu'ils avoîent faite aux.
Princes. Beaucoup de perfonnes les
en blâmèrent, particulièrement les Dé-
purez des Généraux de Paris , qui tà^
choient toujours par toutes voies d'a-
rêter la conclufion du Traité , afin
d'avoir plus de tems de ménager leurs
intérêts. Madame de Montbazon 3
qui étoic aimée du Duc de Beaufort 5
fit efpérer qu'elle le feroit contenter à
moins , Ci on lui donnoic à elle ce
qu'elle defiroît. Elle obtînt de l'Ar-
gent Se des Abbayes : & le Duc de
Beaufort ,. qui l'aimoît , trouva bon;
que cette Dame profitât de l'inclina-
tion qu'il avoît pour elle j mais il n'en-
far pas plus docile.
Le CoadJLiteur , Tame qui faîfoît re^
muer une partie de ce grand Corps ,,
aîant fait plus de mal que les autres ,
en devoir tirer de plus grandes recom-
penfes ; mais alors il voulut être alîez^
généreux pour ne demander que pour
les Amis,. Il avoic de hautes penfées 5-,
8 S Mémoires pour fer vlr
Jl^4p, ildefiroît feulement l'éclat & le hmty
& fon defTeîn étoît de fe faire des liai-
fous confidcrables qui pu ifenc augmen-
ter fa réputation ôc fa gloire. Son
principal de^Tcin étoit de pouvoir gou-
verner l'Etat 5 ou ceux qui voudroienr
le détruire , ^ d'avoir part aux grands
biens , ou auxgrands maux qui pou-
voient arriver. Il obtint donc pour le*
Marquis de Noirmoutier, & pour Lai-
gue fes Amis 5 beaucoup de grâces'
considérables & des biens faits folides.
Le Marquis de Vitri eut un Brevet de
Duc 5 qu'il ne méritoit pas d'avoir en
cette o:ca(ion. Le Duc d'Elbeuf le
Duc de Bouillon , 6c tous les autres ,
aiant chacun arraché quelque beau,
Lambeau des Lîbéralitez Roiales, tous
fè réfolurent de fouffrir que la Paix fc
fit ; & ce fut au Roi , qui par grâce
Jâ leur devoit donner , à la recevoir de
fes Sujets ; après l'avoir achcttée che-
^ rcment.
Les Députez du Parlement arrivè-
rent à Paris , remplis de joie des hono-
rables conditions qu'ils raportoîent de
Saint Germain j car , comme je l'ai re-
marquéjils avoient obtenu de la Reine
par leur habileté a <5c par les différentes
eau-
à l'h' /foire d' Anne d' Autriche. 8 9
caufes qui faifoient agir les principaux 1^451.
Adeurs, d'être déchargés des ArticUs
qu'on Lur avoir impoiez au premier
Traité. On fe relâcha de l'obligation
qu'ils avoicnc de venir a S. Germain,
où étoic le Roi , tenir Ton Lit de Jaf-
tice : On leur permit er.core de s'af-
fembler quand b-ni leur {embleroit,6^
ils reçurent auffi quelques autres grati-
fications touchant les Finances toutes
en faveur du peuple. Ib firent affem-
bler le Parlement, pour rendre compte
de leur heureux voiage. Le Prince de
Conti ne s'y trouva point : il parut
malade , exprés pour donner ce rcfte
de tcms aux N'-gocîatcurs , d'achever
leur Accommodement à la Cour.
Mais enfin , le Mercredi Saint la Rei-
ne étant aux Ténèbres dans la Cha-
pelle du Château de S. Germain , il
arriva un Courrier de Paris que le
Tellier amena, qui apporta la Paix en-
tiérement reçue 5 par le Parlement, les
Généraux & le Peuple , tous mon-
trans d'en être fort contens. Cette
Paix donna quelque repos à la Reine,
de la joie au Miniftre , & de la dou-
leur à Tes ennemis. Le mois de Mars
finit avec cette Guerre , qui avoit cou-
té
po Memo'respourfervïr
[j6^cf. té beaucoup de maux à la France , 5^
qui n'avoit pas Fait beaucoup de bien
au Roi , ni f icisfait entièrement les dé-
iirs de la Re'ne , qui auroit fouhaîcté
nioi'n> de foufFrance pour le Public , 6c
un peu plus de mortification aux Par-
ticuliers 5 à ceux qu'elle aceufoit d'ê-
tre la caufe de toutes ces brouilleries ,
êc de to u ce que TEtat avoit foufFerc
de ces Révoltes.
Les dévorions de la Semaine Sainte
fe p.ilférent dans la Chapelle de S\t
G:rmain , où la véritable piété de la
Reine , & d'un petit nombre de bon-
nes amjs , fut mêlée avec la Galante-
rie ôc l'Indévotion de toutes les autres-
perfonnes qui compofent la Cour , ÔC
qui font gloire pour l'ordinaire de n'ef-
rimer que la Vanité, l'Ambition , l'In-
térêt 5 & la Volupté.
La Fête de Pâques étant palTée , les
Députez du Parlement de Paris & de
Normandie vinrent remercier la Reine
de la Paix qu'elle leur avoit donnée.
Le Clergé y vînt , toutes les autres
Compagnies de la Ville , les Corps des
Marchands &c des Métiers , chacun fé-
lon leur ordre , tous avec des vifages
Gontens , ôc tous demandans avec ar-
deur
4 l^H'floWe (Jt Anne d'^.'tfriche. 9 1
êcUT le retoui" du Roi , dans fa bonne 1(3491
Ville de Paris. La Reine n'avoic pas
fujet de l'eftimcr fi bonne , qu'elle eut
un grand dcfir d'y retourner. Elle fa-
voit que le Peuple parloit encor avec
înfolence ; qu'il difoic publiquement
qu'il ne falloir rien |.:aycr ar- Roi , s'il
_ne revenoit bientôt ;& qu'il y avoir
de la canaille allez bardie , pour dire
tout haut dans les rues , qu'ils ne vou-
loient point de Mazarin Ces efprits
farouches étoîent (î accoutumez à
la Rébellion & au Defordre , qu'il
étoit difficille, fans quelque chaûimenr
exemplaire, qu'ils puifent reprendre la
coutume de refpedtcr la i uilTancc lé-
gitime.
La Reine , pour donner le rems aux
Parifiens d'éteindre ce refte de feu,
qui alumoît encor quelquefois leurs
efprîts & lailfcr évaporer la chaleur &
la fumée , qui en reftoit fe refolut dé
n'y pas retourner fi tôt : elle fit deC-
fein après qu'elle auroit vu tous fes En-
nemis réconciliés , d'aller palTer quel-
que temps à Compîegne.
Le Marquis de Roquelaure fie l'în-
" termede de toutes ces Harangues û
ennuyeufcs. Il fut difgracié , c'eft-à-
dire-
9 1 Ti^emoires ^our fervW
léAa t^ire éloigné de la Cour, parce qif on
avoir dir au Miniftre ^ que pendant le
Siège de Paris ,11 avoit écrit au Prin-
ce de Conri , que sMl n'eut poiinr été
attache au Service du Roi, par fa Char-
ge le Giaud Maître de la Garde- Ro-
be , il auroit été combattre fou-, Ces
Enleîgnes j & le Cardinal , qui pré-
tendoit l'avoir obligé en certaines oc-
cafions, (entit vîvemaïc le mépris qu'ail
avoit fait de lui en cette rencontre. Le
foir 5 qui précéda le commande ment
qu'il eut de fe retirer de la Cour,
étant avec nous dans le Cabinet de la
Reine , Comingcs , Lieutenant des
Gardes de la Reine , fur quelque ba-
gatelle qui fe di<oît alors, le tira à part,
* pour lui dire quelque petit fccret tout
bas. Cinq ou ilx perfonnes qui étions
cnfemble entendîmes qu'il lui répondit,
JSl*efi ce cjue ctla f Je vous avoue (jue
fai cru (jHe vous me ventés arrêter;
car, je fens hlen , ajouta-t-il , parlant
tout haut , que je nenfnis pas bien loin:
& comme il étoit haidi , grand par-
leur 5 & Gafcon , s'approchant de
nous 5 il nous conta (î plailamment le
fujet de fa Dif grâce , &C des Plaintes
cjue faifoit contre lui le Minière , que
bien
bien que la caufe n en fin pas pLv fan i<^45>
te pour Lu , nous ne laillamcs pas 'j'en
rire Nous conclmiics tous enfin,
q.ic pavmi tant de criminc^ls a qui on
falfoitt-lcs grâces, il n'ctoit pas jafte
qu'il reçut lui fcol le châtiment qu'il
medcoit du peu de zé\c c|u il avoit te-
nioigné pour le Service du Roi Mal-
gré notre avis , il fut alors le feul en
France qui fut puni pour avoir n>an-
qué ai refpcâ: qu'on devoit au Roi,
ôc au Miniftre. Mais , cette puni-
tion fut de peu de durée ; bientôt
après il revint a la Cour : il fut reçu
au nombre de ceux qui paroilfoient
fîdelles , ôc dont le cœur avoit été lé-
eérement sâté par la corruption de
Taîr qui etoïc contagieux quali pour
toiis.
Les Finances étoient encore entre
les mains du Marcchal de la Meille-
raye , quoi que dcjà on eût fait ce ju-
gement de lui , qu il étoit plus propre
à faire des Conquêtes avec des Ar-
mées , qu'à faire venir de l'Argent
avec fa plume. Le Cardinal de Riche-
lieu fon Parent , du tems de fa Puif-
fance , lui avoit donné de beaux Em-
plois y ÔC comme il avoit joint le cou-
rage.
94 Memoîfes pour fervtr
î.(>45). rage , & ia bonne conduire à la fa-
veur , il avoir fair de belles Allions;
mais , comme je l'ai déjà àk ailleurs,
il éroir de dificile humeur & colère.
Il n'étoir pas habile en mariere de Fi-
nances &: les €cns d'Affaires fe piaf-
gnoienc , &L difoienr que les Peuples
n'érant pas fournis , ils râchoient à
l'ombre de la Révolté de s'exempter
des Taxes des Impôts , & des Tailles;
(\\\\\ leur falloir une perfonne qui en-
tendit mieux la manière de les faire
paier fi bien qu'il parur nccelfairc pour
le Service du Roi de lui ôter les Fi-
nances , en donnant cetre Charge à un
homme plus parient , plus vigilant,
plus expérimenré , & plus fain que lui.
Il étoit goûteux ; & fans avoir les
années qui donnent la vieil lelfe , fori
corps étoit plus calfé , que ceux qui
en peuvent compter quatre vingts. Il
croît perclus des mains & des pieds, &c
fouvenr il avoir des emplaftres fur
toute fa perfonne , qui croient fa plus
ordinaire parure. Mais enfin , il étoit
honnêre-homrae , bon Ami , & vî-
voit tout- à- fait en grand Seigneur. Il
avoit une belle & jeune Femme
4ame la Maréchale de la Mcill
,Ma- I
leraîc, |
Fille 1
n tH'fiotre â* Anne â* Autriche. 95
Fille du Duc de Biiilac. j»a beauté « ^49,
■couiiltoit dans la delicacc lit des traits
de fvjii v*ia£"e , dnns un cirand ^iité-
ment , <S^ une belle raille Lllc étoic
fage ; mais , clie avoit un trop giand
dclii- qu'on le içût. .tUc répan ioit fa
vertu prétendue en mille petites fa-
çons extérieures : & ces façons , qui
auroieni été un grand détfaut en une
autre , ctoienr en elle moins blâma-
bles ; parce qu'elles fe méloieivc avec
Ton agrément naturel , qui de toutes
manières la faifcient paroître aimable.
Elle avoit fi peur qu'on ne crût qu'el- ^
le n'aimoit point Ton Mari , à caufe de
fes maux , qu'elle alloit difant à tout
le monde qu'elle ne croioir pas qu'il
y eut un homme exemt de fes incom-
moditez. Elle alluroit qu'elle le trou-
voit beau , & à fon gré ; &: quand
elle en étoic féparée , elle tâchoic de
perfuader par fes difcours , qu'elle
s'emiuioic de ne le point voir. Ce
n'eft pas une chofe impoffible à une
honnête Femme , d'aimer un Mari
goûteux & malade , qui avoit du mé-
rite & de belles qualitez , & dont elle
ctoit aimée ; mais , cette affectation
ctoit caufe qu'elle ne trouvoit point
de
^S Jidemolref pduy fervtr
ï^49. de créance parmi Tes Auditeurs : ^
comme la vertu folide doit être fîn-
cere , & toute naturelle , les artihcieu-
fes façons pcrfuaduient d'ordinaire le
contraire de ce qu'elle vouloii établir.
Elle iiM un peu hichee de ce qu'il fal-
loit quitter les Finances , parce qu'elle
crai^noit d'être obl"cree de s'éloigner
de la Cour i car , quoi que le Maré-
chal de la Mcillciaie les perdit fans
difgrace , fa Femme jugea que fes in-
commoditez le remenaeroient louvenc
€n Brcragnc , & qu'elle feroit forcée de
le fuivre. Mais , comme elle éroic
ambitieuie , elle fe confola en ce
qu'on propofoit de les lui oter , en
lui donnant de grands avantages. Le
Duc d'Orléans,, & le Cardinal, fu-
rent le vifiter , 6c demeurèrent d'à-
cord enfemble des grâces qu'il fou-
haîttoit. Il demanda d'avoir place dans
JeConfeil du Roi, la furvivance de
fes Gouvernemens pour un Fils uni-
que qu'il a voit de fa première Femme»
èc la furvivance de la Charge de
Grand Maître d'Artillerie. Cette Af-
faire étant fccrétcment en c^t éta.r,
elle s'exécuta quelque tems après ; &
nous verrons d'Hemery revenir occu-
pei:
!
à l' Ml/loir e à' Ame d'Autriche, 97
fa première place , avec l'applaiiillfe- 1^40^
nient de Tes Amis , & malgré la hai-
ne de fes Ennemis. Les derniers firent
ce qu'ils purent pour l'en empê-
cher j mais enfin , fcs rivaux le virent
emporter la Victoire fur eux. Il fut
rétabli avec beaucoup de fatisfadtion
de fa part ^ car il avoit fenti fa Difgra-
ce comme un hom.me qui étoic fort
attaché à la terre , Se qui avoit peu
d'amour & de refped: pour celui qui
en efl: le Créateur , & le Souverain
Maître.
Le Prince de Conti fut le premier
qui fortit de Paris , pour venir falucr
la Reine. Il fut préfenté par M. le
Prince , & reçu en préfence de ceux
du Confeil. Après les complîmens
ordinaires , M. le Prince lui fit em-
braiïer le Cardinal Mazarîn , & ré-
chauffa leur converfation autant qu'il
lui fut poflible. Le Prince de Conti
ne l'alla point voir chez lui pour cette
première fois , afin de garder quelque
mefure entre la Guerre & l'Accom-
tnodement , & M. le Prince le fit
trouver bon à la Reine.
Monfieur Oncle du Roi préfenta le
Ducd'Elbcufj &le Prince de Conti,
Tom§ IIU E après
9 8 Mémoires four fervlr
i^49. après avoir fatisfaîc pour lui , fut celui
qui préfenta les autres à fon tour , qui
furent le Duc de Bouillon , le Prince
de Marfillac , le Comte de Maure , &
beaucoup d'autres. La Reine les re-
çut afTez froidement. Le Miniftre,
tout au contraire , ne manqua pas de
joiicr Ton pcrfonnage ordinaire de
tempérance , di de douceur j leur dî-
fant lui même , qu'il croioit avoir eu
tort envers eux > & qu'ils étoient ex-
cufables d'en avoir eu du refiTentiment,
Ce même jour arriva à Paris Ma-
dame de Chevreufe , qui fut avertie
de la Paix , par fes Amis. Comme
elle avoir eu part aux fautes publiques,
elle en voulut avoir au pardon géné-
ral. Elle leur avoit fait donner la pro-
tection de l'Archiduc , qui avoit fervi
à foutenir les forces des Rebelles con-
tre le Roi : il étoît jufte qu'elle fût
récompenfée de fes peines , puis que
celles de tous les autres Tétoîent auffi.
Cette Princelfe , étant donc arrivée de
Bruxelles à Parîs^envoîa auffi-tôt négo-
cier avec le Miniftre , qui à fbn ordi-
naire 5 ne la rebuta point : il voulut
feulement par quelque délai la morti-
fier un peu. La Reine , par Çon
à rHlftoired*Anne â' Autriche» 99
avis j refufa le Duc de Chcvrcufe, iG^^*
qui vînt à Saint-Germain , lui de-
mander pour fa Femme la permiiïion
de demeurer à Paris. Elle lui die
qu'elle ne la pouvoic pas fouffrir dans
une Ville encore toute pleine de l'Ef-
prie de Rébellion ; qu^elle avoit fait
mille Caballes contre Ton Service j &
qu'elle ne pouvoit pas être contente
d'elle , ni fatisfaîte de fes foumiffions,
(1 elle ne lui faifoit voir un véri-
table repentir de fa dernière condui-
te. Ce Prince , qui fourd , & âgé de
quatre vingts ans , avoit cncor bonne
mine , lui voulut répondre de la fidé-
iité de cette Princeife : mais la Reine
s'en moqua > & ne crut pas qu'il
pût lui en être un bon garand ; lui
faifant entendre aifez librement 5 qu'il
n'auroit pas un grand pouvoir fur
elle. J'etois préfente à cette converfa-
tion. Il dit à La Reine , qu'il avoit
trouvé Madlle. de Clievreufe fa Fille
fort embellie , & qu'elle avoir des
yeux capables d'embrafer toute la ter-
re. La Reine fourit , & lui répondît
en criant de toute fa force , qu'il
avoit trop d'amour pour la Beauté,
& qu'il falloit qu'il commençât à ai-
E 2 iTier
loo Mémoires pourfervîr
l^4p. mer le Ciel & la Vertu. Madlle. de
Chevreufe écoît belle : elle avoit en
effet de beaux yeux , une belle bou-
che , & un beau tour de vîfage;
inaîs , elle étoîc maigre , & n'avoît pas
alTez de blancheur pour une grande
Beauté. Sans doute qu'elle n^'étoît
point embellie depuis que la Difgra-
ce de Made. de Chevreufe /a Mère
les avoit éloignées toutes deux de la
Cour ; car il eft rare de voir que les
années embellifTent les Dames paffe
dix-huit ans. '
Mon (leur Oncle du Roi alla faire
un Voiàge de deux jours à Paris où
il reçut de grands honneurs. Le Par-
lement , aîant confulté fes Regîftres.,
trouva qu'ils avoient autrefois députe
vers un Duc d'Orléans comme lui.
Lieutenant General de l'Etat & Cou-
ronne de France ; fi bien que deux
Préfidents & fix Confeillers le furent
vifiter en Corps , pour lui rendre
grâces de ce qu'il avoit contribué à la
Paix.
Ce Prince , pour complaire à la
Reine , fit prier Madame de Chevreu-
fe de fortir de Paris , lui faifant dire
qu'elle obligeroit la Reine à la bien
traitter
àVHlflolre cCj4nr,e d'^atrlchf» 161
traîrccr , (1 elle lui montroic de ne 16^^*
point vouloir profitei: du mauvais
ctac où i'efpric de la Fronde le met^
toit -y mais elle , qui avoit connu par
{es expériences que la Reine ne la
confidéroic plus , n'en voulut rien
faire. Elle continua fa Négociation
avec le Miniftre ; Se comme il faifoit
profcfîîon publique de bonté , 8c de
vouloir pardonner à Tes Ennemis , elle
en tira ce quelle voulut , Ôc même
avec Facilité.
M. le Prince fut auflî à ParîSjquî n^
reçut pas le même applaudilTemenr;»
que le Duc d'Orléans. On Pavoit trou-
vé plus indiferent pour la Paix , & plus
âpre au Combat j & par conféquent il
n'y fut pas fi bien traitcé , mais pour
ne pas faire une fi notable différence
entre les deux , on lui députa un Préfi-
dent & deux Confeillcrs ^ qui lui
firent les mêmes compliments. Dans
les EcclairciiTemens qu'il eut avec
Made. de Longueville , elle travailla
ibigneufement à le détacher des inté-
rêts de la Reine. Elle lui fit com-
prendre qu'il avoit tort de fe defunir
de fa Famille & qu'elle pouvoit être
utile à fa Grandeur. Il vit que le
L 3 Prince
10 1 Âiemolres pour fervîr
164^. Prince de Conti tîroit de grands
avantages de la Cour j que Madem. de
Longuevilîe ^ qui l'avoit conduit à
cette confideration , étoît digne
li'écre ccoute'e ; & qu'elle lui pour-
roit être propre à beaucoup de gran-
des chofes. Il prit goût enfin aux fla-
teufes illufions de cette PrincefTe , &
le Sang , joint à la Politique , le liè-
rent à elle par de nouveaux liens. Ce
redoublement d'Amitié & de confian-
ce fit qu'infenfiblement il fe forma
dans l'Ame de M. le Prince des
fentimcns diflcmblables à ceux qu'il
avoit eu par le palTé ^ & qu'il s'ac-
coutuma peu à peu à parler du Maza-
rîn , avec le même mépris , que les
Frondeurs. Ce fut la fource du chan-
gement qui parut depuis dans fa con-
duite 5 & qui caufa fa haute & dure
manière d'agir avec la Reine &: foa
Miniftre. Elle prôduifit enfuitte ces
grandes Révolutions de la Cour ,
qui caufcrent de fi grands Defordres
dans le Roiaume , & dans la Famille
Roîale.
Le Coadjuteur fe tînt dans fa For-
tereOfe , & ne voulut point venir à Sr,
Gcraiaiii comme les autres j mais,
trouvans
à l' Hlflolre d* Anne d' Autriche^ 1 5
trouvant à propos de paroître de 1^45^^
loin 5 il pria le Dac de Liancour de
faire fes complimcns à la Reine , de
TaQurer qu'en fon particulier il etoîc
fon très fidèle Serviteur , & qu'il la
reconnoîtroît toujours pour fa bieii^
fadtrice ôc fa maître ffe ; mais , la Rci^
jie les reçut avec mépris , & ordonna
à fon Ambafladcur de lui dire , qu^el-
le ne le confidereroit jamais pour
tel , que premièrement il ne fut Ami
du Cardinal Mazarin ; qu'il étoît
fon Minière j qu'elle vouîoit que
ceux qui lui avoient de l'obligation y
comme lui , fuiviffent en cela fes
mêmes fentimens. Cependant , le
Coadjureur , comme j'ai déjà dit ,
traicoit avec le Minière ^ dont il
avoic reçu beaucoup de grâces pour
fes Amis , de des promefTes à foa
égard , qui dans leur tems eurent
leur effet.
Le Duc de Longuevîllc arriva de
Normandie avec une grande fuitte.
Il vint faluer la Reine , qui le reçue
gravement. Je remarquai que ce Prin-
ce en parut interdit , & qu'il ne pue
jamais lui dire une parole de bon
iens. C'étoit un homme de grande
E 4 coniîdeiatÎQn
10 4 HdemoVres pour fervîr
1^49. confidcratîon ; il voîok qu'il lui é-
toit honreux d*avoir fait cette faute
contre le Service du Roi & de la
Reine , dont il n'avoit nul fujct de
fe plaindre ; & qu'il étoît tombé
dans ce malheur , plutôt par légère-
té 5 que par raifon. Qiiand il arrî-
ra 5 chacun fe prelTa autour de cette
Prînceire , pour entendre ce qu'il lui
diroit 'y car il eft difficile de bien def-
fendre une mauvaife caufe ; mais ,il
n'eût jamais la hardiefTe de parler : il
pâlie , puis il devint rouge ; & ce fut
toute fa Harangue. Apres cet élo-
quent repentir , il falua le Cardinal
Mazarin , & un moment après ils fe
retirèrent auprès d'une fenêtre : ils fe
parlèrent long-tems Si enfliite ils fè
vifitérent réciproquement , & demeu-
rèrent amis en apparence.
Le Comte d'Harcourt vînt à la
Cour comme les autres. Il fut reçu
différemment félon les apparences &
les careiTes j • mais différemment atîïîî
pour les rècompcnfes -, car elles ne
furent pas fi grandes pour lui , que
pour ceux qui avoient été contre le
Service du Roi. Il avoit manqué de
«onduicte à fe faific de la Ville de
Rolien
à l*Htjîoire d'Arjfte d'Autrîcht, lOf
Roiicn ; mais , il avoic bien /èrvi, ^^4 ^
ai a ne ron jours occupe un pofte en
Normandie, qui Icrvoic de barrière
contre les attaques des Ennemis , &
mettait le Roi en fureté contre ce que
le Duc de Longue ville auroît pu faire,
avec peu de Troupes Se moins d'ar-
gent. Il avoit enfin donné le nioîeii
au Roi de demeurer en fureté à Saint
Germain , ce qui n'étoit pas un petit
Service. On lui donna enfuîte le Gou^
vernement d'Alface , & une Abbaye
pour un de fes Enfans.
Ce même jour le Duc d'Yorcic
vînt aufîi à la Cour. Il n'avoit point
cncor vu le Roi ni la Reine 3 à eau-
fe qu'il étoit arrivé à Paris pendant
le Siège de cette Ville où les vifites^
n'étoient guère de fai(bn. Il croît de-
meuré auprès de la Reine fa Mère,
pendant cette mauvaife conftellation
contre les Rois , qui l'avoît priv4
d'un Père , & avoic donné beaucoup
d'affaires au nôtre. La Reine lui fit
de grands honneurs , Si lui donna
une chaife à bras , de même que le
ï)ue d'Orléans en avoit obtenu une de
la Reine d'Angleterre fa fœur» Cet*
te belle foule fut augmentée par la
£ jF venuç
î <j Mémoires pourfirvlr
1^45?. venue de Madame de Longue ville ^
èi de Madllc. de Longuevilie fa bel=
le Fille , qui aufli bien que les au-
tres , avoît été une grande Frondeu-
fe. bile a voie de la vertu , 6c beau-
coup d'efprit , & il lui étoic pardon*
nable d'avoir fuivi les fentimens de
fon Père. Qiiand ces Princeffcs arri-
vèrent 3 la Reine etoît au lit pour fe
repofcr de toutes fes fatigues, J'a-
voîs l'honneur d'être feule auprès
d'elle 3 & dans cet inftant elle me fai-
foit l'honneur de me parler de l'em-
barras qu'avoit eu le Duc de Lon-
guevilie en la faluanr. Comme je
fçus que Made. de Longuevilie al-
loit venir , je me levai y car , j'étois
à genoux devant fon lît y Se me mis
auprès de la Reine , réfolue de n'en
point partir 3c d'écouter de près Ci
cette Prînctife fi fpîrituelle feroit
plus éloquente que le Prince fon Ma-
ri. Comme elle étoît naturellement
timide y ôc fujette à rougir y toute fa
capacité ne ta fauva pas de l'embaras
qu'elle avoir eu en abordant la Rei-
ne. Je me panchai alTez bas entre ces
Acnx lUuftres Perfonnes , pour fçavoîr
es qu'elles diioientj mais, je a'emendis
lien
à Vfltflolre à^A-nnc 3l Autriche, 1 07
rien que Madame ^ ôc quelques mots l6j^^^
qu'elle prononça Ci bas , que la Reine ,
qui écoutoii: avec application ce qu'el-
le lui diroic , ne pur jamais y tien
comprendre. Mademoifelle de Lon-
gueville , après la révérence de Ma^
dame (a belle Mère , fe contenta de
baifer le drap de la Reine , fans ou-
vrir la bouche : puis , fe mettant tout-
tes deux fur les Sièges qu'on leur ap-
porta , elles furent fort heureufes de
ce que je commençai la converfation ,
en demandant à Made. de Longue-
ville 5 à quelle heure elle etoît partie
de Paris 3 parce qu'il n"*étoic pas
deux heures après midi j de pour
les foulager de la confusion qu'elles
avoicnt , qui les incommodoit beau-
coup 5 j'exagérai leur diligence. Cet-
te converfation , dont les matières
frivoles furent le fujet , & cette vî-
iitc il feichement palTée , ne fervic
qu'à augmenter le reflTentiment que
h\ Reine avoit contre cette Princeile 3
qui y n'aiant jamais pris foin de lui
plaire 3 ne lui plaifoit pas auffi. Elle
confirma de même Madame de Lon^
gueville 5 dans les raauvaifes inten*
tions qu*clle confervoît dans fon cœuir
ï 08 Mémoires pour fervtr
!(?45). contre le repos de la Reine j car
quand les difpofîtions font mauvaî-
fo j <3c que ceux qui ne s'aiment pas
ne s'écîaircîlîent point fur les fujets
qu'fls ont de fe plaindre les uns àcs
autres , ce filence augmente Hnimi-
tié 3 & empcche qu'elle ne finiffe.
La joie de la Paix fut alors tra-
verf^e par les Ennemis , qui affiégc-
rent la Ville d/Ipres. Gerfc fut com-
mandé pour aller avec quelques
Troupes , faire quitter If s armes au
Marquis de la Boullaie. il faifoit fon
polîlble pour émouvoir dans la
Champagne quelques nouvelles Ré-
volutions y mais , il n'y réuffit pas.
Le dégât que firent les Troupes da
Roi donna un faux prétexte au Parle-
ment de vouloir s^affembler exr-
prcs pour y donner ordre j voulant
encore fe mêler de toutes les chofes
dont il ne lui appartenait pas de con-
iioître.
En même tems 5 (e fit KAccomode-
inent du Duc de Vendôme y qui
n'éfoît point venu à la Gour , depuis
qu'il en avoît été chaffé par l'établif-
fement du Cardinal Mazarin. Il avoic
profité d-e ces Defordres , en mon-
trant
à t Hlftolre d* Anne d' Autriche, l o 9
trant qu'il naproiivoic pas le proce- iGj^^^
dé audacieux de l'on Fils le Duc de
Beaufoit , de qu'il defiroit infiniment
de devenir Ami du Miniftre. Pour mar-
que àccG. defir , il piopofa le Mariage
de Ton Fils le Duc de Mercœur ,
avec l'ainée Mancini , Nièce du
Cardinal. Cette propofition ne fiiit
point rtfufée : elle étoit avantageufè
au Minîdre , & pouvoit donner de
orandes commodîtez à ce Prince , qui
en defiroit l'exécution , afin de rentrer
dans la faveur.
Cette Guerre civile , ou le Cardin-
nal Mazarin avoit été mal- traité , lui
avoir déplu , il trouva que des Places
& des Alliaiices le rendroient plus
confidcrable ^ & le mettroient en
état de fe pouvoir dcfFendre par lui
même , fans mandier continuellemcnc
la Protedtion du Duc d'Orléans , &:
du Prince de Condé. En changeant
de conduite > il devint plus intcrelfë
qu il n avoit été jufques alors , & les
mauvais tours de Tes Ennemis lui
firent defirer de it faire redouter de
ceux qui lui avoicnt fait beaucoup de
mal , & beaucoup de peur. Par ces
iraifoiis , il traiua le Duc de Vendô-
me
1^45)
1 1 o JHemslres pour fèrvlt^
me comme Ton Ami ; Se ce Prmce
fut de même reçu par la Reine , a-
vec beaucoup de démonftration de
bonne volonté.
Monfîcur le Prince étoît un peu J
dégoûté de la conduite du Mîniftre , 1
que fes Ennemis décrioîcnt tout-à-
feit. Il érolt 5 comme je le viens de di-
re 5 prefié par fa Famille d'entrer dans
leurs delTcins , afin de fe faire le
Maître de la Cour , au lieu qu'il n'c-
toît ( à ce qu'ils difoienr ) que le
Vallet du Cardinal. Made. de Lon-
gueville Te fervit de cette union du
Miniftre , avec le Duc de Vendôme ,
pour faire haïr à Mr le Prince cel-
le qu'il avoit eue jufques alors avec lui»
Elle lui die que c'étoit ime marque
indubitable qu'il ne vouloit plus le
confiderer pour Ion principal appui y
puis qu'il entroit dans d'autres inté-
rêts Ôc pcenoit dans la Cour ^ une au-
tre protecHiion que la Cienne j & qu'il
ccoit à croire que le Duc de Vendô-
me 5 devenant Parent du Miniftre ,.
feroic plus confîderé que perfonne
auprès du Roi ôc de la Reine» Ces
raisons , repréfentécs par une Sœur
^u'ii avoi: fort aimée , furent des ar-
mes
I
à l'Ulftorre d'Anne d'Antrlche. \\i
mes , pour combattre dans le cœur de i^49v
M. le Prince inclination qu'il avoir à
la Paix , & à ne fe point brouiller à la
Cour. Ce Prince , qui eût été au de-
fefpoîr fi on eût cru que quelqu\ui
Teùt gouverné/e lailla néanmoins con-
duire par cette Princeffe à ce que^ lui-
inême de fon mouvement n auroit ja«
mais fait.
Cet éloîgncment de volonté porta.
M. le Prince à s'éloigner de la Cour
pour quelque tems, il Et dellein d'alleE
en Bourgogne j & auflitôt qu'il mon-
tra d'avoir cette penfée , la caufe en
fut facilement apperçûë par le Minif-
tre 5 qui ne manqua pas d'avoir des
avis fur les dégoûts qui commen-
çoient à fe foimer contre lui dans l'a-
me de ce Prince.Le Cardinal Mazarin^.
pour adoucir fon cœur . lui fit parler
de la propofition que le Duc de Ven-
dôme lui avoit faite , & lui^ ^i dire
tout ce qui pouvoir le raffiirer , fur
les craintes qu'on lui avoit fait conce-
voir i mais , il ne reçut pas ce qui
venoit de fa part avec ce même efprit
qu'îl.auroiteu, fi Madame de Lon-
gueville n'eût point commencé à l'em-.
poifonner. Le Miniftie eu, eût du
1 1 2 2t4emoîres pour fervtr
[1^49* chagrin , & tout ce qui lui parut pro-
pre à raccommoder ces mauvais com-
mencemens fe fie en fuite de fa parc
ians aucun effet.
Je finirai les Avanturcs de Saint-
Germain par l'Arrivée du Marquis de
Vitri , du Marquis de Noirmoutier,
& de Laigue. Le premier avoit du
mcrice , & de la qualité'. Sur quel-
ques dégoûts que j'ignore il éroic en-
tré dans ce Parti , étant aduellemenc
attaché au Service de la Reine y en
quoi fa faute étoit plus grande , de
rnoins pardonnable. Pour les deux
autres , l'un avoit beaucoup de naif-
fance , tous deux étoienr honnêtes
gens , & tous deux avoient été grands
Frondeurs 5 ôc avoient comme ' je l'ai
déjà dit traitté publiquement avec le
Roi d'Efpagne. Ils vinrent donc fous
la foi publique fakier la Reine , avec
la même hardiefle que s'ils euffent tra-
vaillé à fauver TEtat ; Se comme les
autres 5 ils en furent quitte pour un
peu de froideur ôc de mauvais vifage.
lis éroienr de ma connoiflance , ÔC
dans le moment que je fiis apperçeue
^ par eux , ils vinrent me témoigner
beaucoup de joie de me rencontrée.
a l'H'.flolre â^Anne d* Autriche. Jf 5
Je Ic-iir dis touc bas que j^étoîs fort aife 1 6^^
de les voir ; mais , qu'en cette occa-
fîon 5 je les prioîs de ne m'aimer pas
tant , vu que l'Amitié de telles gens
n'étoit nullement de bon augure dans
la Chambre de la Reine. Comme je
raîllois avec eux ^ Monfieur pafla , qui
leur fit mille carefles. En me retirant ,
je lui dis , que je croiois avoir mérité
la corde , par la bonté que j'avois tîi'è
de les fouifrir , ôc que j'en étois en
fcrupule. Je les laifTai , Se lui dis en-
core que pour lui qui étoit le Maître y
& qui n'avoit rien à craindre , il pou-
voir leur faire grâce ôc les bien trait-
ter ; mais que pour moi , je croiois
en devoir ufer autrement. Monfieur
me répondit que j'étois bien fage , &
que pour nVempêcher d'aller à la Grè-
ve > il alloit les emmener. U les prît
en effet , de les pouffant dans une fe-
nêtre 5 il demeura quelque tems à les
entretenir. Cette Converfation fut
aulTi-tôt remarquée 3c tellement fentîe
par le Miniftre , qu'un de fes Domef-
tîques m'alfura , qu'il en avoit eu de
l'inquiétude : ôc enfuite l'Abbé de la
Rivière me conta que le Cardinal lui
eu avoit fait des reproches , fe plai-
gnauc
1Î4 Ademolres pour fervlr
1045). gnant à lui de Ton Maître , d'avoir fi
bien traître ces deux hommes. Je
connus par cette petite Avanture, que
les adions des Grands font toujours
grandes quelques petites qu'elles
foicnt ; Sz que ce Prince^quoî qu'il eût
de bonnes intentions , n'étoit pas En-
nemi mortel de ceux qui avoient mor-
tellement ofFcnfé TEtat.
Peu après , je quittai la Reine , &
vins faire un' petit voiage à Paris, Je
trouvai cette grande Ville encore plei-
ne de cet Efprit de Rébellion , qui
depuis quelque tems Pavoit entière-
ment occupée ; & fans être Aftro-
logue , je prévis aifément , que cette
Paix ne fcroir pas de longue durée,
j^g En ce même tems , la Reine partie
Mars, po'^i-' aller à Compiegnc , donner or-
dre aux Affaires que les anciens En-
nemis de PEtat lui donnoient fur la
frontière. Ils continuoîent le Siège
dTpres , 011 Beaujeu fe deirendit d
bien , qu'il le fit diirer plus long- tems
qu'on n'avoit cru. Palluau , qui ne s'y
ëtoît pas trouvé au commencement ,
fut blâmé de tout le monde j mais , il
avoit fçCi fe mettre fi bien auprès du
Miaiftre , qu'il ne fut pas fl abbatû <àe
ce
à l'H'jîoîre d'Anne d'Autriche, \\y
ce malheur , qu\m antre l^auroit été. ^C^c^
QLioi qu il n'eut aucune étude , &
nu il beguaiât en parlant^ comme il
avoic un grand fcns naturel , & le gé-
nie de la Cour , il avoic trouvé moien
de fe mettre en polTeffion de fc fervir
plus ordinairement de Vlntrigue àx
Cabinet , que d'une grande affiduité a
l'Armée , pour avoir les plus beaux
Emplois que les Gens d'Epée puiiknc
obtenir. Qijoi qu'il eut du cœm- com-
me un autre , il trouvoic toujours plus
à propos de combattre fes Ennemis
particuliers , que ceux de l'Etat. Il
fut aftligé de perdre cette place , parce
que ce Gouvernement lui valloit beau-
coup i mais , avec de l'efprit , de la
hardiefTe , ^ du bonheur , on va bien
loin. Pour marque de cette vérité^
quelques années après , cet habile
Courtifan , malgré toutes fes facheu-
fes Avantures , parvint à la Dignité de
Maréchal de France , à laquelle ks
Officiers qui croioient la mritei'
mieux que lui difoient que fes Bons-
Mots & fes agréables railleries
avoient eu plus de part que fes gran-
des Adions.
Le rejoue de la Reine à Compiegne
Il 6 Mémoires pour fer vlr
1^45? . fervit un peu à délaflcr fon efprlc des
Affaires qui en avoieiic troublé le re-
pos. La Forêt & la Rivière qui font
Porncment de cette petite Vilic lui
firent pafFer d'agréables heures , &
donnèrent" beaucoup de di vertî^Tement
au Roi & à Monfieur , qui étans touj
deux trop jeunes pour prendre part
aux maux de l'Etat ne penfoient qu'à
chercher du plaifîr par tout ou ils fe
trou voient.
Pendant ce petit intervalle de plaî-
fir , le Duc & la Ducheirc de Vendô-
me 5 qui vouloient l'Alliance du Mî-
niftre , firent ce qu'ils purent pour
obliger le Duc de Bcaufort à confcntir
au Mariage de M. de Mercœur avec
l'aînée Mancîni ; mais , il ne voulut
pas l'agréer. Pour le fatîsfaire , on
lui offrit le Gouvernement d'Auver-
gne ; mais il le refudi : <Sc dans ce
rems là , étant revenue à Paris , & le
rencontrant un jour chez Mde. la Du-
chelfe de Nemours fa Sœur , il me die
qu'on fe moquoit de lui ; car , en
même tems qu'on lui offroit ce Gou-
vernement 5 on le vouloit donner au
Duc d'Elbeuf , pour récompenfe de
celui de Picardie , que le Cardinal
VQUr.
à rfTtflolre d^Amie d* Autriche» 1 1 f
voaloic avoir. Mais , comme cet 1(^40,
échange ne fe fit point , je croi que le
Duc de Beaiifort fe trompoit lui-mê-
me , ou qu'il faifoic fcmblant de le
croire , pour ne fc point accumoderj
voulant , fclon toutes les apparences,
©u plus qu*on ne lui offroit , ou ne
voulant rien pour demeurer toujours
en état de tout vouloir.
Qiieiques jours après , ce Prince
tomba malade d'une colique (1 violen-
te , qu'il crût être empoifonné , &
prit publiquement du contrepoifon;
ce qui fait connoitre le dcllein qu'il
avoit de réveiller l'Amitié du Peuple
de Paris pour lui. Il en avoit plus
befoin contre fcs anciennes liaifons,
que contre aucun breuvage qu'on lui
eût fait prendre ; car , il faut avoiicr,
que le Cardinal Mazarin ne nous a
point paru vouloir ufer de mauvaifes
voies pour fe défaire d'aucuns de ks
Ennemis ; & que jamais Favori , éle-
vé à la plus grande PuiiTance qu'un
homme puifTe avoir , n'a eu plus de
clémence & de douceur que lui. Auflî
Tavons nous vu vifiblement protégé
de Dieu , pour marque évidente à
tous les hommes ^ que comme il en
eft
T T 8 Mémoires pottr fervtr
iC^^, eO: le Créateur , il hait celui qui ré-
pand leur Sang , & conferve le pacifi-
que. Le peuple de Paris fut voir ce
Prince malade > & la foule devint fi
grande chez lui ^ qu'à la fin il falut
ouvrir toutes les portes qui alloienc
à fa Chambre , haufier les rideaux
de Ton lit , & Pexpofer à la vue du
Public. Ce grand concours , & la
flaterie de quelques uns de les amis,
achevèrent de le rendre irréconcilia-
ble avec le Minière. 1 1 crut faire une'
Action héroïque de ne fe point acom-^
moder , & les adulations de ceux,
qui vouloient toujours avoir un Cher
€n fa perfonne furent cauie qu'il ne
fut point auffi Satisfait de la Cour
qu'il le devoit être,
le ^. Ypres fe rendit aux Ennemis le
Mai. huitième jour de mai 1649. après
que Beaujeu l'eut defFendue , aiTez de
tems pour mériter beaucoup de louan-
ges de fa réiiftance. L'Intrigue da
Cabinet occupoit tellement le Minis-
tre 5 que cette perte aie put pas trou-
ver en lui aflez de place pour lui
caufer de nouveaux chagrins. Ses
plus grands maux ne venoient pas des
Ennemis de i'Etac y mais plutôt de
ceux
à l'Hlflolre i Anne à' Autriche, iip
ceux qui voulant paroître Tes Amis, \G^^%
ne l'eftoicnt point , & qui pour tirer
de lui des grâces & des bien- faits,
lui faîfoient naître de continuelles Af-
faires 5 afin de le forcer, à leur don-
ner davantage. Le dcfiein que le
Cardinal confervoit toujours de faire
revenir d'Hcniery , étoît pour loi^
un de fes plus grands embarras : le
defordre où étoîent les Affaires du Roi
lui faifoit de(uer de plus en plus de
le pouvoir rappeller ; mais ce chan-
gement n'etoît pas encore en état de
le faire. Il ne voaloit pas qu'il parut
venir de lui , de peur de fe faire haïr
par le Parlement , (5c les Peuples , qui
avoîent en horreur le nom de cet
homme. Il faifoit femblant ^ au con-
traire 3 de favorifer ceux qui afpi-
r oient à cette Charge , & leur faifoit
efpérer qu'il leur fcroit favorable.
Le Preiident de Maîfons étoit celui
qui avoît paru fe déclarer d'avantage
fur cette prétention , cù par bonheur
pour lui il avoît trouvé des perfonnes
qui Pavoient fervi folidement , & avec
une grande application à fes intérêts.
On parla dans le Confeil de cette Af-
faire. Le Cardinal montra de protc-
î 2 o Mémoires pour fervlr
1H9* H^* ^^ Pré(]aenr, & en même tcms
il avoicfiiplié Monfîeur Oncle du Roî
de s'y oppofer. Cette oppo/îcion ayant
cte^faite, le Miniflre témoigna au
Préiîdent de Maifons qu'il étoit fâ-
ché de 1 obftacle que Je Duc d'Or^
leans avoit apporté à Tes de/îrs , &
crût par cette fineffe Tavoir fatisfaft.
Il crût auffi avoir de même caché au
Public la réfolutîon qu'il avoit faire
. d'y^ remettre d'Hemery ; mais , il
etoit aifé de voir où alloient fes in-
tentions. Nous conclûmes auffi-tôr,
qu'il falloir faire changer le Duc
d^Orleans, afin de montrer au Miniftve
qu'il étoit difficile de tromper les
Gens de la Cour. L'Abbé de la Ri-
vière étoit lefeul qui fût capable de
cela : je me chargeai de lui en parler,
^ trouvant par Te moien de la Mar-
quife de Sablé un intérêt particulier
qui lui pouvoir faire fouhaitter pour
Sur-Intendant celui que Ton Maître
avoit paru rebutter. Je le perfuadai à'y
travailler ; & il le fit Ci bien , que Je
Duc d'Orléans changea tout à fait àc
fentiment j & peu de tems après ce
Prince fit dire au Préfident de Mai-
fons , qu'il n'avoit été contre lui que
par
à t Hlflotre ^ Anne à' Autriche, 1 1 \
par complaifimce , & que dans le vraî 16^^.
il dciuoic l'obliger , ôc lui donner fa
voix. Ce bon oHice n*étoic pas fufli-
fànc pour faire conclure l'Affaire à
l'avantage du Piéfidcnc de Maifons,
parce que dans le vrai le Miniftrc étoic
le Miîrre abfolu de toutes les Réfb-
lutions de cette nature ; mais , cette
Protedion du Duc d'Orléans lui fut
.tout-à-fait avantageule 5 dans le tems
011 fà deftînéc le porta à cette Charge-
elle nécedîta le Cardinal de lui don-
ner la fienne , ne pouvant pas lui refa-
fcr ce que déjà il lui avoit fait efpe'rer,
en faifant femblant de lui être favo-
rable.
En ce même tems , j'allai à Com- ^^ ^j^
piegne trouver la Reine. Je fis ce pe- Ma;
tît voyage ; car 5 il étoîc difficile de
vivre avec plaifir dans Paris à caufe
des Dii putes continuelles qu'il falloîc
avoir avec fcs Ennemis. Ils la bla-
moient incelîamment de la Proiecliou
qu'elle donnoît à fon Miniftrc , & ne
pouvoient bien entendre qu'il feroîc
injufte &; d'une dangercufe confë-
quence , que les Souverains accou-
ru maffent leurs Sujets à faire leurs vo-
lontez : la voie de la defobéiflànce (3c
Tome IIL F de
1 1 1 Mémoires pour fervlr
16^49. ^^ ^^ rébellion eft toujours criminel-;
* le. Si cette P incelTe avoit été un peu;
plus jaloule de Ton Autorité &c de fa
puidance , 6c fi elle fe fut contentée
de (outenir Ton Miniftre , fe fervanc
de fon habileté fans affedcr la plus^
part du tems de n'avoir part à rien,
elle auroit acquis une réputation plus
éclatante que celle des Reines les
plus eftimees i mais fon indifférence,
qui la portoit a négliger la gloire de
gouverner par elle même un grand
koiaume , a caché la beauté de fa
réfiftaivce , & le tems feul a fait con-
noître , que les meilleures & les p'us
hardies refolutions ont été nour^'es la
plus grande partie dans fa prudence
6<: fa fermeté.
Madame la Prînceffe étoit allée à
Paris revoir Madame de Longue-
ville 3 & fe rejoindre à fa Famille. On
crut qu elle prit un peu de leurs Senti-
mens parccqu'clle s'imagina que la Rei-
îie avoir méprifé fa douleur à St. Ger-
main quand le Prince de Conii en
croît paru , Bc qu'elle avoir eu quel-
que dcffiance d'elle. Je croîs qu'elle
fcrrompoic j cardans ce tems là , un
iom Dâiiant à la Reine , de Madame
■ ^ la
à /' H' loutre d* Âvne à* Autriche. 1 1 5
làPrîncenè , je lui dis , comme il ctoî: i 649,
jvrai qu'en arr vaut a Paris , je l'a-
Ivois trouvée remplie d'une grande
itriftcde ,ranc fur ce qui regardoic fa
|Majei>c,que fur Ic-s intérêts de Ma-
;d.ame de Longucvillc , 6l que j'avois
léré étonnée de la trouver fi fenfiblc
là deux choies , qni étoîcnt fi contrai-
res : fur quoi ede me ^i l'honneur
ide me rép(Midre , qu'il éroit vrai
i qu'elle lui éioit obligée, & qu'elle
avoir bien vu , malgré la tendreife
qu'elle avoir pour fes Enfans , qu'el-
le avoit fenti leur fcparacion de la
Cour 5 auranc parce qu'elle avoit pa-
ru contraire au fervice du Roi , que
par les mauvaifes fuites qu'elle pou-
voit avoir à leur domage \ ôc qu'enfin
fclle ne trouvo.it point étrange qu'elle
eût commerce avec eux , parce qu'el-
le ne la loupçonneroit pas aîfément
de lui manquer de fidélité. Cepen-
dant , l'Hiftoire du Tems veut que
cetrc Princeifc , charmée de la haute
Réputation où elle voioit alors Ma-
d.ame de Longueville , fur de concert
avec ^4le . ( quoi qu'elle ne fçûr pas
"tous fes fecrers , ) pour travailler una-
nimeraent à dégoûter M.le Prince de la
Fi liaifoo
114 lidemotres pour fervtr
1640, liaîfon qu'il avoir eue jufqueslà avcC
la Reine Ôc fon Miniltie. Le Mariage,
que vouloir faire le Cardinal lui dé-
plut 5 par fa propre inclination , parce
que la Maifon de Vendôme avoir tou-
jours été oppofée à celle de Conde'j
êc quelques perfonnes confidentes de
Madame de Longueville me dirent,
que M. le Prince quittant fa Famille à
Paris pour aller en Bourgogne , il leur
dk^jQîiil avoît fait ce qu'il avoit au
€71 foHtenant le Cardinal Ma^arin^
farce quîl avoit promis de le faire i
mais , qua ï avenir , fi les chofes pre-
noient un autre chemin , il verroit ce
^hil aurait à faire. Il alla à Corn-
picgne prendre congé de la Reine,
pour aller à ce Voiage 5 & quand il
la quitta , elle qui fçavoit ce qui fe
pafloit,lui dit tout haut. Quelle croyait
qu'ils fe féparer oient bons amis , &
truelle tenoit pour affuré que leur Ami^
tié derheureroit entre eux aujfi parfaite
quelle avoit été depuis la 'Régence^
ajoutant » quil fallait que cela futy
pialgré ceux qui dejiroient le contrai-
re. Comme les paroles des Rois &
leurs adions font qua(î toujours defa-
jpronvéss , beaucoup de perfonnes blâ-
mé-
à rHl(îolre d'Ame à* Autriche. 12 f
mcrenc la Reine de lui avoir parlé de 1649,
cette force , parce qu'elle rciidoit cette
petite mésintelligence trop publique,
& donnoît lieu de croire qu'il étoic
vrai que ce Prince fe vouloir (éparer
d'elle. Avant que de partir , il pré-
fcnca à la Reine , le Maréchal de la
Morlie , qui n'avoic point encore pa-
ru 5 parce que demandant beaucoup il
avoit fallu plus de tems au Miniftrc
pour Te réfoudre de lui accorder ce
qu'il fouhaittoic. La Reine , parlant
de lui 3 & de quelques excufes qu'il
lui avoit fait faire fur fon retardement,
avoit dit tout haut qu'elle ne fe fou-«
doit pas de le voir. Il crût par là être
obligé de fe hâter davantage j & ce
fut feulement pour être mal reçu. On
fe mocqua d'un Eclairciirement public
qu'il fit avec le Cardinal Mazarin en
le faluant ; car d'ordinaire ces fortes
de Converfations ont befoin de fecrer.
Sa Harangue , quoi que mal tilTue,
In'empêcha pas qu'il ne reçut de l'ar-
^gcnt en quantité. En ce feul point
ife renfermèrent tous fes defirs : il
avoit déjà toutes les Dignitez où pou-
voic afpircr la plus grande ambition
d'un Gentilhomme j ^k. néanmoins on
F 3 m'af-
1^40. "'i'^^J'a qu'erm de rc^roiir à Pariî
quelqu'un lui denuindaiu s"*]! etoit d<
venu Roîalifte , il avoit lépondu , {.
jReine m'^t fatf jHjtice , m .na'it f^itu
fat \maîs the ne m^ po'y.t f^it' ù
gy'iiic •, &j ne fuis pas p us [on S"'V'm
$e^*y que ie i' étais H y a pe > de tews:
Parole; , quî me flmblcnt honreufcs
dans la bouche d'un Frant^ôîs , 6d
d'un officier de la Couronne , qui
ctoîr devenu Maréchal d- Fr mce 8c
Duc de Cai donne , par les bienfaits
du feu Roî.
Le Miniftre , voulant donner quel-
ques foins à la confervatîon de noî
frontières , fie réfoudre la Reine de
changer fon féjour de Compiegne eji
celui d*Amîens. Il forma des delTeins
avantageux à la France , afin de don-
ner des bornes aux progrès des En-
nemis 3 & plus encore pour calmer les
tempêtes du dedans du Roîaume , par
les bons fuccès que les armes du Roî
lui pouvoient faire efpérer. Il fuplia
le Duc d'Orlean d'aller paiTer quelque
tems à Paris , afin d^alToupîr par fa
prcfence le bruit qui fe faifoit encore
contre le Mazarin , ce qui lui don noie
beaucoup d'inquiétude y ôc lui faifoic
craiii-
k r F^î/lore d'Anne d' Autriche, 1 1 y
CrainJre que le reftc Je cette malice i^±<^^
publique ne s'opofa a Çow bonheur
pai'.icLilîer , & ne l'eaipêcha d'avoir
pa. t a la Pai\ Ce Prince q li voliIuc
obliger la Reine, la fuivit jufqaes dans
Amiens : il lui aida a prendre les réfb-
Litions nécclfaiies au Service du Roi;
puis revint prendre Madame qui i'at-
tendoir à Compiegne , & qui par
grande merveille Pavoic fui vie cette
année De là , il s'en retourna prépa-
rer rentrée de celui qui avoit befolii
de Ton afîîftance <3c de fa protection ;
mais 5 qui apparemment commençoît
à fe laflfer de cette dépendance.
Je partis de Compiegne pour rêve- Le 7.
nîr à Paris le même jour que la Cour Juin,
parti't pour Amiens , & ne fuivîs point
la Reine. A mon retour , je trouva
les efprîts au (fi mal intenrîonnez que
jamais , & les Libelles Aqs Séditieux
plus dangereux à l'Etat , que ceux ,,
qui jufqu'alors avoient feulement atta-
qué la perfonne du Cardinal. Un de
ceux-là prononçoit hardiment , Que
quand les Révoltes étolem générales ,
les Peuples avoient un jufte droit de
faire la Guerre contre leur Roi ; cjue
leurs Griefs dévoient être décide'^ par
F 4 les
î 1 8 Àîemolres pour fervlr
1649. Us Armes , & qu'ils pouvaient dan^
ce tem^ la porter la Couronne dans
d'antres Ftm>lles , ou charnier de Loix,
Et dans cet Ecrit il y avoir des Exem-
ples aîiégiiés d Etats y qui avoienr
changé la Monarchie en un Gouver-
nement de plu (leurs , vonlans par là
faire naître au Parlement le defir de
fc fa're p.ireil au Sénar de Venife , ou
de fuivre l'exemple de celui d'Angle-
j* Mon ï^rre. * Toutes ces hardielfes , qu'on
Frtre , pcut nommer de grands Crimes , &
à fon même fi énormes qu'ils font de la
retour \ • \ r 'a • j
, peme a penler , procedoient de ceux
jnagne , '^'■^^ vouloient augmenter les Defor-
lépon. dres , dc les augmenter autant qu'ils
^itàcet le fouhaîttoîent. Le Parlement fans
^crit^ Se (Jo^ite j-j^y avoir alors nulle part , & il
ponfc parut que cet Ecrit avoît donné de
fut efti l'horreur à tous, & même aux plus
lî^ée. Il malins.
*^°^^ A l'arrivée de la Cour dans Amîensa
moins ^^ Cardinal Mazarin manda au Mar-
fore quis d'Hocqu incourt , Gouverneur de
Kunc« Peronne 5 de le venir trouver pouï
l'entretenir de quelques affaires im-
portantes. Il n'étoit pas content de
ce qu'il avoit lai (Té paffer Madame de
Chevreufe , qui étoitrçvenue de Flan-
dres
à r Hlflolre à' Anne à* Autriche • 129
dres fans le confentcment du Roi ; îl ié49*
lui monrroic aiiffi de le vouloir ré-
compcnfer (Ii Place , pout la rejoin-
dre au Gouvernemcnc de Picardie :
qu'il fcmblorc avoir deffein de pren-
dre. Le Marquis d'Hocquîncourt
croit un homme vaillant & de grand
cœur , mais le^er ^ facile à décrouter.
Il avoit pris liaifon avec les Fron-
deurs (ar quelque petit mécontente-
ment , ^ avoit quitté TArmée pour
aller fe renfern^er dans fa Place , dî-
fant qu'il avoit eu avis qu'on le vou-
loit arrêter. Sur l'ordre qu'il reçût
du Miniftic , il vint le trouver avec
un bonne eicorte ; érans convenus ,
avant leur entrevue 5 du lieu , & de
la quantité de gens qu'ils dévoient
avoir l'un & ranrre , & de toutes
leurs furetez. Ils fe virent enfin dans
une Campagne , au milieu de cin-
quante hommes de Cheval de chaque
côté. Hocquincourt étoit un bon
Picard 5 franc Chevalier y Ôc bon
Ami. H dit au Cardinal , qui lui
témoignoit vouloir ctre de fes Amis à
des conditions avantageufes, qu'il ne
lui pouvoir accorder fon Amitié , ni
yecevoii: fes offres > s'il ne lui permet-
F 5 xoïc
1^0 Mémoires po^r fin t'y
1640. foît de travailler à les remettre bîifiï ^
enfemhle , lui & le Duc de Beaiifortv ]
aiant promis de ne rien faire fans ce
Prince. Le Miniftre , qui ne déman-
doit que la Paix , lui donna pouvoir
d'aller traîtter avec Ton Ami le Duc
de Beaufort , & confentic même à
quelques oiïres ^ quil lui permit da
lui faire de fa part. Hocquincourt
partit enfuitte de Peronne , & vint k
Paris chercher ce Prince , pour tacher
délai perfuadcr cet Accomodemenr..
Il le trouva embaraifc dans une gran-
de brouillerie , qu'il avoir eue avec
' beaucoup de perfonncs de lai Cour ,,
& mal intentionné pour le Cardinal;
fi bien que ne pouvant réuiTir dans fa
Négociation , Se voiant qu'il étoîc
^ obligé an Miniftrc , il fe dégagea dite
Parti de k Fronde ^ & s'accumoda^.
avec le Cardinal , fans pourtant fe
défaire de fon Gouvernement. (* )
*)î:étcit Le Duc de Beaufort avoir un gran-
Gouvcr- de Qiierelle fur les bras 3 qui étoÎG
"^"«^ alors le fujec de toutes les converfa-
'^^^^' tions des eens du erande mondes
ïonne, , .^ ^ 1 n • ^
Qiielques jours avant que la Keme-
parut de Compiegne pour Amiens le-
Duc de Candallc \ le Commandeur de."
à VHljiolre d'Anne à" Autriche, 1 5 1
Sonvrc , Manicamp , Ruvîgni , Ger- i^49-
fe , le Commandeur de Jars , & quel-
ques autres voulurent aller à Paris fai-
re une petite courfe , à delTein d'aller
bientôt après rejoindre la Cour dans
Amiens. Comme ils prirent congé
de la Reine , Gerfé , le moins fagc
de tous les hommes , lui dit en fou-
riant qu'ils alloientbien foutenirleur
Parti. La Reine lui répondit , par-
lant aufïï à tous les autres ? Ha \ mon
Dieu, foîez tous bien fages , & vous
ferez, bien. Etans donc à Paris , ils
Ye rencontrèrent les deux Partis en-
femble un foir dans les Tuillerîes. La
troupe de gens de la Cour étant dans
La grande allée , ils virent le Duc de
Bcaufort . qui vcnoit vers eux , ac-
compagné du Duc de Retz , Se d'un
bon non-ibre de Confeillers Fron-
deurs. Soit que le Duc de Beaufort
voulut éviter de rencontrer de front
tant de ces Mazarins , foît que cela.
arrivât fans deOéin , quoiqu'il en foît ,
comme il approcha d'eux il prît un
jeune Confeiller - Se au lieu d'aller
droit par cette allée > il fe détourna
pour en prendre une petite , témcî-
snaiit de vouloir entretenir en partî-
^ E 6 cil-
I j 1 Afemolres pôitr fer vïr
cuiicr celui qu'il avoir obligé de fe
fuivre. Gerfé ^ d'humeur incompa-
tible avec le boa fcns , voulant s'ac-
^uerir quelque mérlre auprès du Mi-
nière > fit à^s railleries du Duc de
Beauforr , ài(:àm que le Champ de
Bataille leur éroic demeuré , que ce
brave Prince avoir évité leur rencon-
tre y &c que les Frondeurs n'avoie^t
ofé paroi tre devant les Mazarins, Ali
fortîr des Thuilleries , il alla vifîter
des Dames : il coma dans les ruelles
cette Avanture dans les mêmes ter-
mes ; ôc le lendemain il en fit des
plaifanreries à ceux qui les voulurent
entendre. Auffi - tôt que le Duc de
Beau Fort en fut averti » au Tieu de
délibérer fagement à ce qu'il éroîr bon
& à propos de faire , il fc rcfolut
brufquement de s'en vanger ., ôz le fie-'
4'une manière a-llez bizarre. Nos
CourtifanSj qui ne penfoicnr- qu'à joiilr
de la vie & de les douceurs ;, & Ger-
fé qui ne penfoit pas avoir trouvé de
fî bons Echos , propoférent en mên:e
tems d'aller fouper fur la terralTe dit
Jardin du Renard, & paîcrent cha-
cun, deux- piflolles pour leur repas.
Ce même |our oii dit à Gerfé que le
Duc
k r HlfloWe d'Arme à' Autriche, i ^ }
Dnc de Bcaufort avoit fçù ce qa il i ^^^l
avoic dit de lui , & qu il avoir juré de
le maltraitter. Il rcpondic avec une la-
gclfe à coïKi-c-rcn-is , qu il n avoir rien
dit qui le pût oftenfer , ^ q^^^'i^^ "^^
craignoît rien d^in Prince aulli géné-
reux' que celui - là. Cette prudence
forcée nétant pas naturelle iVeut
point de bon cfret , ^ ne le fauva
point de la colère du Duc de iicau-
fort y qui , pour être trop excciïive ^
&c palTer bien audelà de l'offenfe , fiî«
avec raifon defaprouYée de tout k
inonde.
L'heure du fonper étant venue , k
Duc de Candalle , & toute la Com.-
pagnie , au nombre de douze perfoiv
nés , fe rendirent au Jardin , avec in-
tention- de fe réjouir , & de faire bon-
ne chère. Le Commandeur de Soa-
vré fut averti par fa Nièce Made^
moifelle d^ TouiTi , de ne fe point
trouver à cette Fête. Elle étoit inf-
truite par un Ami du Duc de Beau--
fort y par le Maréchal de la Mothe
qui l'aimoit & qui l'époufa peu ds
tcms après. Toute k Compagnie ap-
prit de cette manière qu'elle avoit
quelque chofe à craindre r mais conv
1 5 4 Mémoires pour fc rv'r
î^'^^r me ils écoient déjà tous prêcs de fe
mettre à la table quand l'avis arriva ,
\\s jugèrent à propos de ne rien chan-
ger en leur deffein , & de faire bonne
mine. Ils etoicnt encore au premier
Service , lorfque le Duc de Beauforc
arriva dans le Jardin , fuivi du Maré-
chal de la Morhe , du Duc de BriC-
fac , du Comte de Fiefque , de Du-
ras , 3c de beaucoup d'autres perfon-
nes de marque , avec quantité de-
Gentilshommes à lui : il y avoit auf.^
fi des Pages & des Laquais en quan-
tité. Ces derniers avoienr des Epées
& des Piftolcts , &: les perfonnes de
qualité n'en avoient point. Cette
grande troupe parut en ce lieu public
avec un grind bruit & beaucoup d'é-
clat. J'ai oui dire à ceux qui les vi-
rent arriver , &: qui avoient intérêt à
cccce Promenade que du bout de la
Terralfe ils virent quantité d'Epées
toutes portées en haut , les unes tou-
tes nues , Se les autres non. Ceux:
qui loupoient , voîant cet appareil ,
jugèrent aulîi-tôt qu'ils étoient defti-
nez à un autre divertiirement qu'à ce-
lui de faire bonne chère ; mais , ne
pouvant s'empêcher de danfer , il fal-
lût ,
a l'Hifloire £ Anre à' Autriche, T 5 j
lut attendre pour voii- fur quelle ca- 1^455^
-dence ou les réjoiiiroir. Ils firent
donc femblant de ne penfer à rien , «Se
fe lailîanc approcher du Duc de Beau-
fort , lui «5c toute (a compagnie envi-
ronnèrent la table. Il les falua avec
un peu de trouble fur Ton vifage , &:
Ton falut fut reçu avec civiiicé de
ceux qui étoîent aiîLs : il y eût même
quelques-uns d'eux , dont furenc R '-
vigni (Se le Commandeur de Jars , qui
fe loulevérent en le faluant , pour lui
rendre plus de refpedt. Ce Prince ,
dont la mine étoit haute & fiere ,
leur dit , A/Lffiettrs vous foupeX^de bon-
ve heure. Ils répondirent peu de pa-
roles , toujours en podure civile »
afin de finir une convcrfacîon qu'ils
ne jugeoicnt pas leur devoir êcre-
Gommode. Le Duc de BeauFort , la;
continuant malgré eux , demanda s'ils
avoient des Violons. Eux lui dirent
que non, &: lui en même tems leur
repartit qu'il en étoit bien fâché 5.^
parce qu'il avoit intention de les leur
ôter : (3c continua difànt qu'il y avoic
des gens en leur Compagnie qui fe
niêloicnt de parler de lui , & qu'il
- étoit venu poui' les en faire repentir ?
5s:
1^6 Aîeniolres -pour fervtr
164^. & prenant la nappe , il la tira rticîe-
men: par le coin , ôc rcnvcrfa des
plats donc quelques uns delà Com-
pagnie de ceux qui pretendoient les
vuider furent falis. Au/îî-tôt après
cette adion , tous fe levèrent , de tous
demandèrent leurs Epées. Le Duc
de Candalle étoit Coufîn germain du
Duc de Beaufort : il écoit Fils d'une
Fille bâtarde du Roi Fienri I V , ain-
fî que ce Prince Técoit du Duc de
Vendôme , bâtard de ce mcmc Roi.
Ce jeune Seigneur , dont la feule con-
iîdération devoit empêcher le Duc de
Beaufort de fe vanj^er de cette manie-
le ; le Duc de Candalle , dis-je , fe
fentanr vivement offenfe de ce procé-
dé , faute à un de Tes pages , lui
prend Ton Epée , Se fe met aufTi-tôc
en devoir de réparer l'affront que
toute la Compagnie venoir de rece-
voir en fa préfence. Non feulement
il fè mit fur la dtffenfive , mais il alla
attaquer ceux qui étoient les plus
forts y 6c tous les témoins de cette ac-
tion la loiiérent infiniment , ôc di-
rent qu'en cette occafion , il montra
beaucoup de courage &c de valeur.
On lui porta quelques coups^ & peur-
\ être
à l'H'l^oîre d*Anne d'Autriche, 1 57
être qu'il aurolt paie pour tous faiib le \^^^l
foin que le Duc de Bcauforc pnc auf-
h-toc d'empêcher ce malhcui- Lui ,
qui n'en vouloir qu'à G^v(è , voianc
ion parent en pédl , fe jetca entre les
Epées , 6c^z et qu'il put pour em-
pêcher qu'il ne fût bh (le , & lui pro-
tcfti qu'il ne lui en vouloit point , &
le pria inftamment de ne point prendre
de part à ce qu il avoir fait. Le Duc
de Candalle ne reçut point fes civili-
tez : il lui dit tout haut , qu'il n'en
pouvoir que trop prendre , puifquil
Tavoit fi peu confidéié > que de les at-
taquer tous enfemble. Pendant que ce
Dialoeue fe faifoit , l'Hiftoire veut
que Gcrfé fut maltraité pir les Pages
& les Laquais , & qu'il fe coula com-
me il put hors de la prelfe. Le Com-
mandeur de Jars , & Ruvigni , qui
furent refpcctcz des AdaîHans , de-
meurèrent parmi eux , blamans cette
adion , & demandans raifon de Pln-
fulte aux pcrfonnes de qualité qui ac-
compagnoient le Duc de Beaufort.
Us leur dirent eux mêmes qu'ils ne
pouvoîent l'approuver , ^ qu'etans
cent contre un , ils n'en prétendroient
aucune gloire : aufli tous ne s'env
ploié^
î 1 8 Mémoires pour férvlr
S^4p. pioiérent qu'a mpecn.r !e d -fordre ^
$L comme ils f^avoi;.mt qii- le l>ic
de B^-aiifort n'eu vouloir qu'a Gcrle ,
ils b )j:hér?nr les yeux à ùm égard ,
& ea'eiic lom de rraicet- cîvilem m les
aiirr s Le F-etoîr , premier Eciier
dj Midanie 'a DachefTc d Orléans , (e
trou VI par hafard , de même que le
Dlic de CinJ.il le , avec une Epée qu'il
avoir pris a un de /es Laquais , Sc
defirant s'en ferv^ir , le Duc d- Bcau-
forc , qui n'en avoir point , vinr à lui ,
& lui dit qi'il ne lui en vouloir poinr ^
& qu'il fe rînr en repos C^nni' il
vîr que ce G^-nril-homme n'éroir pas
fatîsfair de cectc déclaration , il lui dit,
VoHS d'Oez. être content de ce Que je
vous dis : ce ne[l pas à vous k c^y.i j'en
veux : & pafTant à côté de lui il luî
arraclia ion Epée. Ce Prince , qui
en effet ne vouloir offenfcr qu'une feule
pcrfonne , & qui par cette rai Ton em-
ploîoit rous Tes foins à s'oppofer au
DefordrCjdefcendit de la Terraflc dans
le Partere , où Saînr Germain d'A-
chon , qui étoit Frondeur , Se qui vc-
noit d'entendre le Freroir fe plaindre
hautement de ce qu'on lui avoir ot«
fon Epée , lui confeilla de la lui ren-
voieir
voicr. Le Pu ■ de B^aiiforc le ht aul- ^649
(î-tôt , C'.n-nma.d.iiir a un des ir^ib de
la lu: icpoirer Le Fretoiv , en la prc-
n.mr , à'w à celui de qui il la reçnr,
qu'il n'écoit pas fatlsfait , & qu'il fal-
lu t qu'on la lai otât Il le féconde fois
de meilleure gra e. Le brave , qui en
avoir ce? chargé , lui rc pondit auffi-
ton que la chofe étoit aT.e à Faire , ^
qu'a llrure même s'il le defiroit , ils
pouvoient faire cette Epreuve ; à quo-i
le Fritoir repartit froidement qu il ne
prenoît pas le change.
Cette Avanture finie , tous fe reti-
rèrent. Le Duc de Beauforc croîoiî
avoir fait une Adion héroïque , & fes
Amis étoient contcns de lui avoir ren-
du ce fervice ,• mais , ceux qui avoient
été ofFvrnfez furent fenfiblement ^irri-
tez contre ce Prince , & demeurèrent
avec un grand defir de fe venger. Le
Duc de Candalk j en fon particulier^
s'en alla le lendemain au Bois de Bou-
logne , d'où il envoia Saint Megrin,
qui étoit du nombre des Mazarins,
appeller le Duc de Beaufort. Il ré-
— pondit qu'il ne fe vouloit point battre
contre fon Coufui germain , qu'il
avoit delTcin de k contenter par tou-
tes.
ï4o Mémoires pour fe^vîr
tes les voies qui lui feroienc poflîblesj
& que s'il ne pouvoit y réiilîir qu'on
l'aiTaquâc dans les rues , <5^ qu'alors il
taclieroit de fe defF'ndre. Saint- Megrîn
lui répondit , que c'étoit propofer
l'îm -(olîible 5 puifque de fe barne con-
tre lui dans les rues , vu l'aue<5i:ion
que le Peuple lui portoit , c'étoit aller
au Suplice , & non pas au Combat , &
qu'il ne croioît pas que ce parti fe pût
acceptf^r.
Enfuite de cet Appel du Duc de Can-
dalle au Duc de Beaufort , ce Prince,
pendant plufieurs jours , crut qu'on
Tattaqueroit hors des rues , c'eft-à-dire
dans le Cours & les Promenades pu-
bliques. Il y fut foîgneufement avec
une grande fuite d'Amis : il y fie mener
des Chevaux de main , & porter
quantité de Piftolets & d'Epées. Cet
Appareil de Guerre paroilfoit attendre
le (îgaal d'un grand combat qui ne fe
donna point : il fut plus femblable aux
Exploits de Dom Qiiichotte contre les
Moulins , qu'à une Qiierelle de vail-
lans hommes , tels que l'étoient ce
Prince & Tes Amis , & ceux qu'il
avoît offcnfez, Prefque tous l'au-
roicnt ^ fans doute , emporte par leur
Cou-
à r H'floîre d' Anfte d* Autriche, 1 41
Courage fur les douze 1 aladins , s'ils 1(34^,
avoicnt pii avoir quelque chofc à ae-
mêler enlcmble. Les Marccliaux de
France s'emploiéreiit forrcniCnc pour
accommoder cette Aifairejmais,le Duc
de Caudalle refufa de donner fa paro-
le , de quelques autres fe cachèrent de
peur d'être obligés à la donner. En-
fin Monfieur de Mets , Oncle du Duc
de Candalle , Frère de fa Mère , ôc ^
Fils bâtard de Henri le Grand , s'cm-
ploia avec tant de foin pour empêcher
qu'il n'en arrivât du malheur , qu'il fie
rcfoudre le Duc de Candalle , par
l'impolTibilité de fe battre , d'aller à
Verneuil avec lui. On força Gerfé
d'aller en quelque autre lieu y & de
cette forte l'Affaire fut mife en état de
fe pouvoir terminer par les voies ordi-
naires.
La Reine reçût cette Nouvelle avec
chagrin. Elle écrivit auffi-tôt au
Chancellier , qu'elle vouloir qu'il in-
formât de cette adion comme d'un
Afifafïïnat ; mais , comm.e Ces ordres
n'étoient pas alors obfervez , & qu'el-
le trouvoit dans toutes les occafions
qui fe préfentoient peu d'obéiifance
dans Paris , ni lui, ni le^Prémier Préfi-
denc
T4i Mémoire f pdur (ervlr
t^Ao. clent n'en furent pas d'avis. Le Car-
dinal Mazarin confeilla la Reine d'en-
voîcr quérir les makraitrcz 5 Ôi quand
ils Furent venus auprès du Roi;, Mon-
lieur Oncle du Roi prit le foin de les
accommoder.
Le Duc de Mercœnr prît le parti
du Duc de Beauforc (on Frère , contre
ceux de la Cour , dont le Miniftre fut
mal content , difant qu'il ne vouloic
point donner fa Nîecc au Frère d'un
Extravagant , qui le hailfoic , ôc qui
malgré Ion Alliance fe joindroît peut-
être avec fcs Ennemis pour l'offenfer.
Ce chagrin , Se l'embarras que le Duc
de Bea'ufort apporta à cette Affaire,
€n demandant fon partage avant la
conclufion des noces , y mit encore de
grands obftaclcs 5 & la chofe demeura
quelque tems comme aHoupie. Les
plus politiques difoîent que le vérita-
ble fujet de ce retardement étoit , que
le Duc de Vendôme , fe voiant de re-
tour à la Cour , ne vouloit pas fe ha^
ter de lier fon Fils , l'ainé de fa Maî^
fon , à la Fortune d'un Miniftre dont
la Grandeur ctoit diminuée , dont
l' Autorité étoit nffoiblie , Se de qui
l'état ne paroiflbit pas devoir être per-
manent, La
a ^ H'fîolre ^ Anne à* Autriche, \^\
La Reine étant revenue à Com- 1^4^;
pîcgne , le Piince de Conri & le Prin-
ce de Marlillac y furent , pour ache-
ver de tirer du Mîniftre tous les avan-
tages qu'ils en prétendoient. Madame
de Longueville n'avoît rien oublié
pour faire , que toutes les grâces de la
Cour tombaient fur la tête du Prince
de Marlillac. Il en reçcut aiiffi 3 &
fut traitté comme un homme que la
Reine avoit lieu de craindre , 6c qu'il
falloit ménager. On crût néanmoins
que malgré ces belles apparences , lui
^ le Prince de Conti pourroient être
arrêtez. Madame de Longueville &:
toute cette Cabale en eut peur ; mais,
la Reine n'étoit pas en état de faire
de (î grands coups. Ain(î , elle prit le
parti de leur cacher fa haine , & de
leur montrer de ,a douceur. Le Prince
de Conti n'en fut pas plus traitable:
il ne vîhta point le Mîniftre , & eut la
hardielle d'approuver l'Adion du Duc
de Beaufort , & de dire tout haut en
préfence de la Reine , qu'il s'étoit of-
fert à lui dans cette occafion. Il l'a-
voir fait , quoi que dans le vrai il ne
l'aimât pas ; mais , c'c'toit alors avoir
î'ame belle 6c généieufe que de mon-
trer
t44 Mémoires pour fervïr
^Ao^ trer de l'oppofirioii aux fentîmcns tc
aux intérêts de la Reine : on appelloïc
vertu & fermeté ce qui fe faifoic pour
fe conferver en répuration parmi les
Méconrens & les Revoirez , dont le
nombre etoic en effet fî grand , qu'il
fèmbloit que d'être avec eux c'étoît au
conrraire fe' mettre du nombre des plus
forts. Autant que je liai Tadulation^
la flarerie , & refclavage ordinaire de
ceux qui approchent des Rois Ôv! qui
les empoîfonnent & les perdent par
CQ.S mauvaifes voies^, autant fuis-je En-
nemie de la Faulfe raifon de ceux qui
croient que c'eft l'amour de l'équîtd
qui les porte à blâmer toâjours les
a6tions de nos Souverains , éc de haïr
inceifammcnt ceux qu'ils aiment.Nous
devons de l'obéilfance à nos Rois , &
à ceux qui nous commandent de leur
parc. Saint Paul ordonne aux Chré-
tiens de refpeder les PuiiTances ^ &
dît que toute PuifFance vient à'cn"
haut. Pourvii que nous évitions de
Jeur obéir en des chofes qui feroient
contre la Loi de Dieu & contre les
Maximes de la Probité , que nous ne
les flattions point dans leurs Pallions
déréglées , èc que nous ne trempions
point
à r Hiflolre d* Anne d* Autriche, 145»
point dans leurs Injaftices s'ils en ont, 1(^49,
|alors nous fonimes dans le véritable
ichemîn de la vertu & de la générofîté;
5c nous avons tort fi , pour acquéric
le la gloire , nous travaillons à les
ieslîonnorer. Leurs Miniftres , qui
font ceux que nous cenfurons avec le
plus de liberté doivent être regardez
:omme ce prochain que l'Evangile
nous commande d'aimer. Le refped,
que nous devons à nos légitimes Maî-
tres 3 nous oblige d'en avoir auiïî pour
eux , & nous ne pouvons nous dif-
pcnferde ce devoir; mais les hom-
mes 5 pour l'ordinaire , s'imaginent
qu'il y a de l'honneur à n'être pas
dans ces Sentîmens : ôc quand ils veu-
lent paroîcre avoir de meilleures ôc de
plus droites intentions , c'eftquafi tou-
jours par de fauiTes vertus qu'ils affec-
tent de fuivre y Se l'intérêt ou lapafîîon
produifent quelque fois leurs plus
belles adîons , tant il efl: vrai que dans
celles des pdus fages il y a toujours du
moins un mélange honteux du mal
avec le bien qui nous doit tous humi-
lier.
Alors nôtre Armée à demi paîée par Le 17,
des créations de quelques nouvelles J^^'*'
' Tome II L - G Char-
Ï4 ^ Mémoires pour fêrvîr
'j6i9' Charges , ôc par Jes foîns du Cardinal
Mazarîn , écoic belle , puilTante , ôc
compofée de trente deux mille hom-
mes , avec quatre vingt pièces d'Artil-
lerie. Dans cet état , par l'ordre da
Minière , elle afficgca Cambrai , & en
peu de tems la circonvallation en fut
faite y moiennant vingt mille écus que
Ton donna aux foldats , un écu par
chaque toife. Ce deffcin , dans ua
tems fi mauvais parut grand & digne
d'eftîme : il devoit faire voir aux Fron-^-
dcurSjque le Minière éroit capable des
pins hautes entreprifes,&: que celui qui
rcfiftoit à tant d'Ennemis par la dou-
ceur ôc la Paix , faifoit la Guerre aiilîî
hardiment quand il la falloît faire , ôc
ctoît un homme qui malgré la foi-
blelTe qu'on croîoît être en lui , ctoît
à craindre , de difficile à chaflTer. Le
Comte d'Harcourt commandoit l'Ar-
mée ; 6c de fi bonnes Troupes ; fous un
Général qui avoir été jufques alors fort
heureux , faifoit efpérer à la Reine la
prife de cette Place : mais , par un
malheur effroiable , lors qu'elle étoic
pleine de cette croiance , elle reçut un
Courrier de la part de ce Général ,
<jui lui aprit que les Allemans com-
man-
à iH-floWe d'Ame d* Autriche. 1 47
mandez par Erlac , avoicnt laiiTé palier i ^4^.
les Ennemis par leur quartier , que la
f lace éroit fecouruc , 6i qu'il avoit le-
vé le Siège. Cette mauvaife Nouvelle
donna une fi grande douleur à la Rei-
ne 3 qu'elle caufa de la joie à fcs Enne-
mis ; & fon Miniftre , contre fa cou-
tume en parut vifiblemenc affligé. Les
Troupes Allemandes avoient bien fer-
vî le Roi depuis qu'elles avoient quit-
tées M. de Turenne. Elles avoient
néanmoins commis de fi grands Sacri-
lèges , èc fait de fi grands maux , que
leur fecours ne pouvoir pas être eÎH-
nié par des Catholiques : & en cette
occafion Dieu nous fit bien voir , qu'il
nous vouloir punir par eux mêmes de
leurs impiétez. On foupçonna le Vi-
comte de Turrcnne d'avoir , par les
Amis qu'il avoit dans ces Troupes,
fait faire cette trahifon , pour fe faire
regretter ou rappeller par le Miniftre.
Le Comte d'Harcourt demanda pour
là ratisfa6lion qu'on informât contre
ces Etrangers. Il avoit intercepté une
Lettre Efpagnole écrite au Comte
Dom Garcia qui coiiimandoit dans
Cambrai , où l'on avertifToit ce Gou-
verneur qu'un tel jour l'Archiduc fe-
G i roic
î 4 s Mémoires pour fervlv
164^, roit Tes efforts pour fecourir la Place,
& qu'on attaqueroir par deux endroits
afin de pouvoir enrrcr par le troîfîéme.
Ce Général publia cette Lettre par le
Camp y exhorta fes gens à bien faire,
anima route- l'Armée à fe bien defFen-
dre, n'oublia pas les Allemans , Se
prit Ton pofle en un lieu où la circon-
vallation n'étoit pas encore achevée,
^ qui étok le plus périlleux. Ce jour
venu 5 ôc les ordres donnés pour fe
bien deffenJre , les Ennemis payèrent
par une barrière qui étoit dans le
quartier d'Erlac , réfervée dans cet en-
droit pour aller au fourage , fans qu'il
fe tirât un feul coup de moufquet/ans
bruit , ôc fans oppolition. Ils entrè-
rent en difant E^lac , Erlac , en tel
nombre qu'il leur plut , ôc fans que les
autres quartiers purent le fçavoir.
Ceux de la place , pendant que les
Troupes de l'Archiduc accomplîfloient
leur defTein , attaquèrent vigoureufe-
ment le quartier de Villcquîer par une
fortie qu'ils firent fur lui ; & dans
le tems qu'il fc defFendoit , les Allcr
mans contre leur ordre , étoîent ve-
nus le fecourir. Ce fut la feule rai-
fon qu'ils donnèrent au Comre d'Har-
COLUt,
a l'Hlftolre à' Anne à' Ai triche. 149
court, quand il leur fît des plaînics 1^4^,
du malheur qui étoit arrivé. Ils lui
dirent qu ils avoient cru bien faire d'y
aller ; ce quî n eft pas dans la Guerre,
à ce que j'ai olii dire , une bonne rai-
ion 5 mais au contraire fort condam-
imble , chacun ctant obligé de demeu-
rer dans Ton pofte : aufîî ne fut elle
pas bien reçue. Le Cardinal Maza-
rîn blâma le Comte d'Harcourt d'avoir
levé le Siège , fans ordre du Roi , &
difoit que sll fût demeuré devant
cette Place , il auroit pu le continuer
avec fucccs. Ce Miniftre vit donc en
un moment ce grand projet ruiné ^
fes efpérances perdues. Il fallut alors
qu'il fe fervit de fes fînefles , 6c de fa
méthodique bénignité , pour fe garen-
tir des coups de fes Ennemis , qui par
cette mauvaife Avanture devinrent
plus forts & plus dangereux.
Dans ce même tems , le Coadju-
teur donna des marques du mépris
qu'il fai foie du Miniftre, par la ma-
nière dont il en ufa dans fon Voiage
de la Cour ; car enfin aiant réfoiu de
rendre fes refpeds à la Reine , il partît
de Paris , proteftant tout haut qu'il
ne vificeroic point le Cardinal. La
G 3 Rci^
I y o Mémoires pour fsrvîr
1^49. Reine 5 comme je l'ai déjà dit , avait
e'ré long-tems fans ^vouloir recevoir fa
Vifîre ; mais fon Miniftre lui confeil-
la lui même de le voir : il crut qu'éranc
fà Bienfaitrice elle le convertiroir. Cet-
te Princeire , qui tournoie agréable-
ment toutes les chofes qu'elle vouloit
dire , lui fît des reproches obligcans
fur fa conduite , & lui dit qu'elle ne
pouvoît pas être fatîsfaite de lui tant
qu'il ne verroit point celui qu'elle
vouloit foutenir contre toutes leurs
Fadtîons, Elle lui dit de plus , qu*il
devoît penfer qu'elle ne le croiroit
jamais dans fes intérêts , s'il n'entroit
dans fes fentimens ; & qu'elle deman-
doit de lui cette preuve de fa Recon-
noinfance. Le Coadjuteur , fans fe
relâcher de fa première réfolution , lui
répondit qu'elle avoît un Pouvoir ab-
folu fur k^ volontez ; mais qu'il la
fuplioit très humblement de trouver
bon qu'il ne vit pas Ci tôt le Cardinal
Mazarin , parceque ce feroît lui faira
perdre fon crédit dans Paris , que de
l'obliger à faire des actions ii contrai-
res à fa deraîere conduite ; que cette
apparente légèreté le deshonorant lui
ôceroit le moien de la pouvoir fervir
utî-
à l'HîJîoîre d'j4nne â* Autriche i f i
nrîlcment dans les occurrences qui 1^45,
pourroieiir arriver ; mais , que quand
il feroîc tcmSjil fçauroit bien faire tout
ce qui feroic de Ton dévoir , pour lui
montrer qu'il ctoit Ton Serviteur. De
cette forte , il vit la Reine , il eût la
joie'de mcprifer le Cardinal , & il eût
la gloire de cette hauteur , & l'efpé-
rance que le Miniftre ne le pouvant
dérraire , & aiant fujet de le craindre,
feroic tous fes efforts pour l'acquérir ^
fans que pour cela il l'en aimât d'a-
vanrage. Il ne fe trompa pas j car
cette audacieufe fineUe jointe à beau-
coup d'autres , & à une infinité d'intfî-
gues lui firent enfuite obtenir le Cha-
peau de Cardinal ; mais , il fallut qu'il
le fouhaitât encore luelque tems.
Le Duc d'Or^ > aiant appris la
Nouvelle de C ..nbrai , après avoir
donné dans Paris le meilleur ordre
qu'il lui fut poffible , en partit pour
aller témoigner à la Reine la douleur
qu'il avoît de ce malheur. Avant que
de quitter cette Ville mutine , dont le
Peuple par fa préfence commençoît à
reprendre de meilleures inclinations^il
a(rùra le Parlement ^ les Echevîns de
Ville ^ le Corps des Marchands , &
G 4 les
T j 2 Mewo\res -pour fervlr
1^4^. les Bourgeois , que le Roi n'avcic
plus nulle mauvaife intention contre
eux , que tout ëtoit pardonné , 6c que
Ja Reine vouloit revenir y faire fa de-
meure , comme fi elle n'avoir eu nul
fujet de fc plaindre d'eux \ mais , il
leur dit qu'il falloir lui lever tous les
obftacles qui pourroient empêcher
fon retour , & l'y convier par leur
obéiiïance , leur foumifïïon , & leur
refpcâ:. Il les conjura auflî d'aider
à châtier ceux qui publioient des Li-
belk s contre l'Autorité du Roi & de
Ja Reine , qui étoienc faits pour exci-
ter de la haine contre le Cardinal j
car les Auteurs jufqu'alors n'avoient
pu encore en recevoir la jufte puni-
tion qu'ils en méritoient , quoique
la Reine l'eut ordonné. Enhn , ce
Prince prcfîli les Mutins de fe remet-
tre en leur devoir , & fie iincercmenc
tout Ton polîîble pour contribuer à la
perfedion de la Paix , qu'il avoît de-
firée de tout fon cœur.
le 8. Il arriva à la Cour le huitième , &
Juiilct. ^^^ auilî-tôt qu'il y fut , il s'apliqua
foîgneufement aux moiens d'accomo-
dcr la querelle du Duc de Beauforc ,
de Candalle , & des autres ofFenfez.
Les
a l'HifloWe ai Anne à' Autriche. 1/5
tes premières Propofuîons , qui fè .^.^^
firent fur cette Affaire , furent Je per*
mettre le Combat leion l'ancien ufage
«ntre le Duc de Beauforc , <3c de
quelques autres Braves de ce Parti
Frondeur 5 & le Duc de Candallc,
Boutteville , Sx.. Megrin ^ le Com-
mandeur de Souvré > Ruvîgni , le
Frctoir , 6c Gerfé \ mais la Reine
aiant horreur d'une telle chofe , com-
me tout-à-fait contraire au Chrifti^-^
nifii*-! , pria Monfieur de prendre le
parti de TAccommodemcnt , & d'é-
pargner comme Chrétien tant de
braves gens qui pourroient fervir le
Roi en de bonnes occaflons. Elle lui
èÀx. même qu'il falloit avoir de la bon-
té pour les Ennemis de l'Etat , qui
étans nez François pourroient un
jour fe repentir de leurs fautes. Mon-
fieur 5 qui les confidéroit tous , qui
aimoit le Duc de Beaufort , & qui
n'avoît fait cette Propoiîcîon , que
pour fatisfaire en apparence ceux qui
i'avoient conjuré de leur obtenir cet--
te grâce , fe trouva de même fen ri-
ment que la Reine ; & après avoir'
ton fuite les Maréchaux de Francv- , il
lui apporta 2far Ecrit les parolles qu il
I j" 4 Mémoires pour fervlr
i(î^p, fût d'avîs que le Duc de Beaufort de-
voir dire au Duc de Candalle , (Se aux i
autres , qui fuienc uouvez rai(onna«.
blcs par la Rtine ; mais , l'Accomo-
dément ne put ie faire /î-tôr , à cau-
fe que le Duc de Candalle y réliftoit ,
<3c qu'il fut difficile à fatisfaire. Mon-
fîeur à peine écoit parti de Paris pour
Amiens , qu'il arriva une autre Avan-
ture auffi honteufe 'x ccnx qui la iî-
rent naître ^ que TAd'on du Duc de
BeauFort étoît hardie 6c imprudente.
Le Duc de Briflac , Matha , Fon-
trailles , & quelques autres Fron-
deurs 5 aprèi. avoir fait un grand re-
pas chez Termes > d'où ils foi tirent
tous en mauvais état , fe mirent à
courir les rues ^ & à faire mille Ex-
travagances. Comme en effet îls n'a-
Voient plus de Raifon , l'impreiîîon!
des chofes qui demeurent d.ins l'E(^
prît 5 quoique le bon fens n'y foie
plus j fit un fi grand effet en eux ,
que rencontrant dans leur chemin
deux Valets de pied du Roi , le ref^
ped qu'ils dévoient à ce Nom aîanc
cté banni depuis, long-tems de leurs
âmes ^ ils les appellérent , & leurs dî-
Jfcp; mille Lijures :> <Sc ^e& battirent
ou-
à F Hîflo Ire à' Anne à" Atttrlche , 155
^outrageiifemenr. Ces pauvres gar- 1^4?.
çons qui pafloîent leur chemin , &
qui ne fongeoient à rien , connoiflTant:
qu'iis etoient maltraités par des per-
Tonnes de qualité 3 qui dcvoienc a-
voir refpecfté les livrées de leur Mai^
tre Commun , leur dirent qu'ils s'é-
tonnoient qu'étant au Roi , ils en
ufaifcnt de cette forte. Ces Empor-f
tez leurs répondirent qu'ils le faî-
foïcnt pour cette même raifon \ ôc
ajourèrent , Portez, cela à votre MaU
tre , a U Reine , -& au Cardinal Mat"
z,arw. Il y eût un de ces Valets de
pied Cl bleffe , qu'il fallût le mettre
entre les—mains des Chirurgiens , ôC
l'autre alla trouver la Reine ^ pour
lui faire des plaintes des coups qu'ils
avoient reçus. Elle voulut le voir ,
êc parler à lui , pour fçavoir le détail
de cette Affaire. Elle en fut touchée ,
ëc envoîa ordonner au Chancellier ^ ôC
au Premier Préiîdent , d'^en informer ;
leur mandant ^ que pour cette fois
elle vouloit que la Judice en fut fai*
te 3 & très exadement : mais , cette
Petite Fille de tant d'Empereurs , 6c
de tant de Rois , ôc le Petit-Fils de
Saint Lquïs , eurent le dcplaiiîr de
ï/ ^ Mémoires psurftrvlr
I(j4c). n'être pas obéis. Les Bourgeoîsi J,
qui avoienc été les témoins de cette
aélion , en furent néaninoins fcandali-
fés 5 Si quelques uns dirent qu'elle:
étoic bien vilaine. Oï\ en fit les In-
formations ,& le Procureur du Koi
n'âîant point voulu nommer le Duc;
de BrilTac pour lui rendre plus de
lefpeâ: ce Duc alla lui - même pré-
fenter une Requête 5,011 il fe nomma.
exprès 5 afin de faire prendre à cette-^
Affaire la voie du Parlement, qvû eft.
le Juge des Ducs & Pairs.. Ils crû-^
rent que cette Compagnie connoit-
fant de leur Crime , ils en feroienc
favorablement, traités ; & de plus ils
jugèrent que cela. ferviixDÎt à. faire af-
fcmblcr les Chambrcs ^ & que par ce:
moien beaucoup de chofès fe pour-
roicnt remettre en queftion. Le Mi-^
niflre , adverti de cette finelTe , peut*
être par les. Amis de cqs Débauchés ^^
confeilla lai K eine d-oublier cet Ou-
trage , & de le fouffrir avec autant:
de patiencrr que tant d'autres qu'elle;
avoit. re^iiy. ce que cette Piincefie fic:
avecbeaucûup" de peine. Elle aimoît:
la juftice ,, 6i auroit volontieis fou-
haité de la pouvoir; faire au Roi' Ton»
Eils V..
a IHifîoîre d'Anne d* Autriche, rf 7
Fils 3 n\cant pas raifonnable que pour i(j4^*.
être Roi il futle feul offenfé avec
impunicé..
La préfcnce de nos Roîs eft ua
grand charme pour les Parifîens : elle
Lur eil: utile, [-"ar cectè raifbn y ils.
la délirent ; &L dans toutes nos Guer-
res y. ceux, qui ont voulu brouiller
TEtat & faire des Séditions , fe font
toùjOLU-s fervis envers le Peuple 5,
pour Temouvoir , & Le faire révolter 5
de la crainte de perdre le Roi , &: de
le voir forcir de leur Ville. Les Fron-
deurs fâchant cette vérité , n'apréhen-
doicnt rien tant au monde que fou
retour : c'eft ce qui leur faifoit faire:
des choies (1 extrêmes pour l'cmpê>
cher d*y venir , & d'y amener le Mi-
nistre. Toute leur Domination n'e«-
toit fondée que fur leur dérèglement y,
ëc par là ils eipéroient pouvoir faire-
peur au Cardinal y mais iis voioient:
en. même tems que s'il n^en vouloir
point avoir , la préfcnce du Roi leur,
feroit quitter leur fortereffe 5 ^ ^^s
feroit devenir les Efclaves de celui
i^u'ils. avoicnt fait profefEon de mé-
prifer..
^Accommodement: da Madame:
àt
ï j" 8 Mémoires pour fer vlr
1^4^, de Chevreufc étoic alors en bon état.
Apres avoir obtenu 'i^ow amniftic , elle
écoic fur la parole du Cardinal à Dam-
pierre > afin de pouvoir revenir de
meilleur grâce à la Cour.
Le Coadjureur faifoic efperer de
s'adoucir 5 ùc Madame de Clievreufe
qui étoit Ton Amie , afsûroic de Tes
bonnes intentions , ce qui faifoic
croire au Miniftre , que malgré les
Frondeurs il pourroit ramener le
Roi à Paris. Le refte des Révoltez,
ainfi que je viens de le dire , ne fubiï-
ftoic encore que fur le doute de ce
retour. Lui même étoit perfuadé
qu'il étoit necelfaîre » tant pour réta-
blir la créance de la Paix dans les Pais
Etrangers, que les revenus du Roi <3c
fes Finances. Les provinces ne paioient
plus 5 les Tailles n'etoient.plus levées
éxademenr, les Peuples' par tout vou-
loient refpirer le doux air de la Li-
berté ; & à leur ordinaire , fe plai-
gnoîent des Impôts & àts Subiîdes.
Les pauvres Pa'ifans & les Laboureurs
gemidoîent y mais \\ étoit impoiE-
ble de comprendre la raifon de leurs
fouftrances , vu les grandes diminu»
îious qui avoient été faites en leur fa-
veur.
à l'Hijlolre à'j4mie d'Autriche. 15^
veur. Il falldît néceflairement l^attri- i64^«
buer au Defoidi-e qu'avoic caiifc la
faillie Réformation des Revoirez. La
Maifon duRoi éroit plus véritablement
encore en picoiable état : elle étoit
mal en: retenue , fa Table étoît fbu-
vcnt renverfée , une partie des Pierre-
ries ^e la Couronne éroient en gage ,
les Armées rtoient fans folde , & les
Soldais 5 quoique fidcles , n^étant
point paies , ne pouvoîent combat-
tre. Les grands & les petits Officiers
fans gage , ne vonloient plus fervir ,
& les Pages de la Chambre étoient
renvoies chez leurs parens ^ parcequc
les premiers Gentilshommes de la
Chambre n'avoient pas de quoi les
entretenir. Cette Monarchie enfin y
fi grande 3 fi riche , & fi opulente »
dont le Souverain a une Cour qui e(l
l'Admiration de toute l'Europe , en.
peu de tems fut réduitte à une gran-
de mifere. Par conféquent on peut
dire ^ que tous les biens , qui font Cv
admirables , &c qui nous paroifïenr ft
dignes de nôtre eftime , ne (ont en
effet ni bons ni effentielîemenr efti-
rnables , puîfqulls fe perdent fi aifé-
laenr»
le
léo Mémoires pdurfervïr
«645!. Le Roi d'Angleterre alors vînt -em ;y
France y après avoir été reconnu Roi ' ^
par elle. Il revenoic de Hollande , "^
pour voir la Reine fa Mère , qu'il
n'avoir point vue depuis leur mal-'
heur. Il logea à Saint-Germain , que \
la Reine lui avoir envoie offrir à -
Peronne par le Duc de Vendôme ,
pour y demeurer tant qxi'il lui plaîioîc
- d'être en. France. Il l'accepta volon-
tiers ; car 3 dans l-état où il étoit 5
chargé d'un deuil aufîî doublement
fimcite qu'étoit le ficn , il devoit de-
firer de n'être pas à Paris..
Quand il arriva , le Duc de Yen^ .
dôme lui mena les CaroiTes du Roi,, .,
il s'arrêta à Compiegne où il vît la.
Roi qui alla au devant de lui demi
lieue 5 & fut reçu de lui (Se de la Rei-
ne avec toutes les marques d'affedioii
€jiic Leurs Majeftcz dévoient à un fi; ■
grand Prince. Le Roi lui donna un
Dîner véritablement Roial ; mais ce
fat plutôt par les Perfonncs Roiales
qui s'y Trouvèrent ^ que par l'appa-
reil & la magnificence. Il n'y eut à'
table que les deux Rois , la Reine j.
Monfîeur Frcre du Roi ,. le Duc
i.'Orleans^ Oncle du. Roi ^ 6c Made-
moii-
à VHîflolre à' Anne â* Autriche, 1 6
/elle Fille du Duc d'Orléans. La 1^4^,
l'rinccfTc de Carignan , comme Piîn-
cclîe du Sang , infifta pour être de ce
repas ; mais le Dac d'Orléans s'y op-
pofa , difant que fi elle en croie , il
vouloir que Madame de Loraîne y
fiit aufîi 5 qui étoic la belle Sœur Se
la Confine germaine de Madame la
Ducbelfc d'Orlcans fa Femme, Ma-
dame de Carignan , qui avoir prcicn-
du cette grâce par le nom de Bour-
bon qu'elle avoir riionneur de porter
(*) 5 fur (î vivement piquée de ce /*v
refus , que ne pouvant le fouffrir el- Prin-
le partit de la Cour , & marcha toti- ceiTe de
te la nuit pour retourner à Paris , dî- ^^"'
faut qu'elle ne reverroit jamais la Rcî- ?"^jj
ne ; mais , comme cette Princellc n*é- Sœuc
toit pas toujours fiable en fv-^s plus ^^ ^cn
jufles réfolutions , Ton dcp't , félon ^°"^-.^
la raifon , fe palTa bien vite , & quel- 'ç^^^
ques petites douceurs de la part de la
Reine guérirent fon cœur de ce cha-
grin. Cette Cour Angloife demeura
quelque tems à Saint Germain , où
elle fut peu fréquentée de nos Fran-
çois : quafî pcrfonne n'alloît v fîtcr ,
ri la Reine d'Angleterre , ni le Roi
foa FilSc 11 y avok de grands Sel-
gneu35-
j6i Ademolres four fcrvîr
1649. gi^'-^J-^i'S Anglois 5 qui avoient fulvîs la
dcflînée de leur Prince , & qui com-
pofoicnr leur Cour. Il ne faut pas
s'étonner de leur folitude , le mal-
heur écoit de la partie , ils n'avoicnt
•pas de grâces à faire , ils avoient des
Couronnes fans puiiTanee , qui ne
leur donnoient point les moiens d'é-
lever les hommes , & de leur faire du
bien. Leur fuite avoit été grande ,
quand les richelfes , la grandeur , &
Jes dignitez étoîent en leurs poflef.
fions ; car , ils avoient de la foule au-
tour de leurs perfonnes. Cette Rei-
ne malheureufe avoit eu de la joie ,
des trefors ^ & de l'abondance , &
j'ai ouï dire à Madame de Chevreu-
fe 3 & à beaucoup d'autres qui l'a-
voienc veu dans fa fplendeur , que
la Cour de France n'avoir pas alors la
beauté de la fienne ; mais , fa joie
n'étoît plus que le fujet de Ton àtÇ^Ç^
poir 5 & fcs richedes pafTées lui faî-
foîent fcntir d'avantage fa pauvreté
pré(ente. Dieu veut que les grands
aulTi bien que les petits éprouvent les
maux de la Vie ,* & comme dit le
fage Seneque , la Nature tempère totit
cet Empire dn Monde par des Change»
mens
(i l'H'fioîre â' Anne d'Autriche, i ^ 5
mens contmuels , & la durée des chofes j^^.>
f foinient par leurs contraires. Cette
.^ivcrfitë fait la beauté de l'univers, '
?c n la grandeur des Rois n'étoic
lomt fajccte aux coups de la Foitu-
le , ils ne fcroient plus hommes. Il
Faut donc admirer le pouvoir de
Dieu dans la foiblelfe de Tes plus iU
liiflres Créatures , & dans l'élévation-
qu'il lui plait pour Tordinairc de leur
donner.
Comme les Rois ne font pas toû-
loars malheureux , ou qu'ils ne le
font pas tous , il y eut une Reine
qui après avoir fouffert la dure liai»
fon d'un fâcheux Mari , époafa en
fécondes noces un Roi dont elle étoîc
aimée , 6c qui même par cette aâriorr
donnoît lieu de croire qu'il pouvoir
être honnête homme. La Pleine de
Pologne , après avoir perdu un Mari ^
qu'elle n'aimoit gueres , fe trouva
aimée de fon Frère , qui prétendoit à
la Couronne , &: qu'un jeune Frère
fon Cadet , fous prétexte qu'il' avoic
eu quelque engagement à l'Eglife , lui
difputa quelque tcms. La Reine veu-
ve , ainfî que je l'ai dit , étoic de-
meurée riche d' Argent & d'Amis;
^ elle
1 6 4 Memoïre ; four ferv'r
j[64o, ^^^^ avoir acquis da crédit parmi les
Peuples : il bien que le Prince qui
l'eftîmoir la trouva en état de lui aider
à fur monter les difficultez qu'il ren-
controit dans fon Elecflion , ôc ca-
pable de le rendre heureux par la
podeffion de (a Perfonne , aufn bieix
cjue par celle de fes tréfors. Quoi-
<iu'il fût Frère du feu Roi , 3c par
eonféquent dans un degré de proxi-
mité dtffendu , il cfpéra , comme il
arriva en effet , que le Pape ne lui re-
fuferoit pas la Difpenfe néce flaire
pour l'accompliflement de fon Mariagej
mais 3 cette Princeffe alors ctoir
malade , & n'ôfoit penfer qu'à la
mort. Elle en approcha d'aflez près,
pour y penfer tout de bon. Elle fit
fon teftam nt , & laiffa fa Sœur la
Princclfe Palatine , qui étoir en Fran-
ce , hériciere de tous f^s biens. Le-
Prince de Polo^^ne en étoit au dcCeC*
poîr ; & à ce que j*ai oliî dire , lui
rendoît par fes foins ôc fes inquiétudes
des mavques de fon amitié. Enfin,
la fanté lui étant un peu revenue , le
defir de régner tout de nouveau , dC
de régner avec un Prince qu'elle pou-
voie aimer , l'obligea de travailler
pour
à l'Hlfîoire d' Anne d'Autriche, i ^5
! pour elle Ôc pour lui. Comme les i (^4»;
I Peuples écoienc déjà accoutumez à fa
domination , ôc qu'elle leur croie
agréable par fa capacité ôc fa dou-
ceur y ils le laiirérent atfez aifémenc
pcrfuadcr par elle , ôc les Créatures
qu'elle avoic faîtes dans cette Cour
lui fervirent utîlemenr. Son âge un
peu bien avancé ne leur déplaifofc.
pas : ils voient toujours avec joie la
flérilité de ceux qu'ils ont mis fur le
Trône; à caufe que ks Grands du
Roiaume , ne fçauroient preiquc leur
rcfufer d'élire leurs EntiUis , quand
ils en ont qui font capables de fuc-
ccder à leurs Pères, Cette complaî-
fânce leur coûte le plaîfir d'en cKoIdr
un autre ; ce qui leur eft toujours
agréable. Qi^ioiqr.e l'inclination , que
ce Prince avoir poui' la Reine de Po-
logne 5 l'eut porté à la fouhaiter , je
fçai d'une perfonne qui étoit alors au-
près de lui en qualiré d'Agent pour
le Roi j qu'il avoir fenti de la peine
de ce qu'elle n'étoîc plus jeune 5 ôc
quand il fe vît Roi , il lui dit qu'il
etoit vrai que la Reine avoic beau-
coup de mérite , qu'il ne pouvoir la
trop eflimer , mais , qu'il voioit ce
qu'il
1^6 Mémoires pour fey vlr
î<?45?. 4"^'^^ cîonnoiu à cette eftîmc , & à foa
inclination j & qu'il fçavoit bien qu'il
auroit pu trouver une PrinceflTe plus
jeune 5 plus riche , 6c qui lui aurolc
pu donner des Alliances plus avanra-
geufes que celles qu'il auroit gar elle,
qui dans (on Pais ne lui pouvoient
fervîr de rien.
Ce Mariage fe célébra au bout de
Pannée du Deuil de cette Reine vcu^
ve j avec toutes les magnificences re-
quifes en ces occafions. Nos rela-
tions en furent alors remplies : elles
nous aprirent qu'elle avoit été portée
à l'Eglife en triomphe dans un Char
d'argent d'oré , doublé de toile d'ar-
gent 5 que le Feftin fut beau , quoi-
que les viandes- y fulTent apprêtées à
la mode du Pais , fort éloignée de
nôtre délicatelTe & de nos ragoutsj
& fur tout , que le Roi & la Reine
de Pologne y parurent contents,
C'eft un double bonheur à une Reine
des Scythes , d'avoir un Mari capa-
ble de quelque Société : leur Cour
efi: d'ordinaire fort deferte , & les
DivertifTemens n'y font pas fréquens.
C'eft une famille particulière : on n'y
voit nulles perfonnes de qualité , qup
dans
k l'HIJlolre à' Anne à' Autriche, \Cy
dans les tems des Diettcs ; & quoique i^49«
je fois pcifuadée que la raifon habire
en tous Pais en général , on peut di-
re 5 qu'un bon Mariage , qui cft ua
bonheur en tous lieux , doit être plus
cftimable dans un Roiaume , ou la
proximité des Turcs ^ dont les couru-
nnes font oppofez aux nôtres donne du
delavantage aux Dames.
Laiflbns les Etrangers , pour parler
delà France. Le Duc d'Orléans , vou-
lant finir la Querelle du Duc de Beau-
fore 5 après avoir fait avec tous les In-
téreiles beaucoup de Confulcatîons ,
lui écrivît une Lettre pour le convier
de l'aller trouver à Nanteuil. Il lui
donna fa parolle pour fureté à lui ôc
à toute fa troupe , & lui même alla Le 15.
le trouver le quinzième du mois au Juillec,
rendez-vous qu'il lui avoir donné. Le
Duc de Briiïàc , le Maréchal de la
Mothe 5 & les autres nommez d^ms
l'Hiftoîre du Jardin , fuîvirent le pue
de Beaufort ; & Fontrailles , & Ma-
tha 5 quoique plus criminels que les
autres , à caufe des Valets de pied
qu'ils avoient battus , furent aufîî de fa
Troupe. Quand le Dr-c d'Orléans le
fçut i il le trouva mauvais , 6c envoîa
le
! o 3 Mémoires pour fervlr
1-645) • ^^ Miii'échal d'Eftrées dire à ce Prince
Frondeur , qu'il ne vouloir point voir
cts deux derniers , qui écoienr dignes
de punition , aiant manqué au refpedl
qu'ils dévoient au Roi & à Tes livrées.
Le Duc de Beaufort y qui s'étoit enga-
gé de les mener fur la Lettre que le
Duc d'Orléans lui avoic écritte , fe
fâcha contre le Maréchal d'Eftrées fon
Opcle 5 Frère de fa Grand Mère la
Duchelfe de Beaufort , & il lui dit que
n'aîant point eu de deffenfes de la part
de Monfieur contre aucun particulier,
il n'étoit point coupable de les avoir
reçus en fa compagnie ; que le Duc
d'Orléans ne les voulant point voir,
, & lui ne les pouvant quitter , il falloit
qu'on lui permit de s'en retourner a
Paris. Il propofa de s'accomoder pour
tous 5 tant pour fon affaire où tous fes
Amis n'avoient nul intérêt que le lien,
que pour ces Débauchés \ 3c offrît de
fe mettre entre les mains du Duc
d'Orléans fon Protedeur particulier,
ôc de donner en fa perfonne toute la
fatis^adîon qu'on pouvoit cfpérer de
tous les coupables enfemble : en quoi
il fut louable , 3c tout ce qu'il fit
alors paroilToit partir d'un grand cœur.
Plu-
^V Hi {loir e d' Anne d'Autriche. i(<9
Piiificurs petices Négociations fc 1^4?.
I firent encre les deax Partis , & la con-
iClufion fat enfin que les deux honi"
imes 5 que Mondeur ne vouloit point
roir » dcmeurcroient avec quelques-
ans de leurs Amis éloignés de (a pré-
fence ; que les principaux Adcurs pa-
:oitroient fculs devant lui ; & que
ceux la s'accomm jieroient pour eux,
fe pour les abfens. Le Duc de Beau-
'ort avoit remis tous fes intérêts entre
es mains du Duc d'Orléans , & Taf-
'edtion d'un (i grand Protedeur l'a-
roit fait espérer de fe pouvoir tirer
lifcment de cet Embarras ,• ma'S , fou
\fFiire étoit (i mauvaile que Monfieur
le put pas s'empêcher de le condam- «
1er lui même à de grandes fatisfac-
:ions. On fit ledure d'un Papier , oi
;lles étoient très amples , où fc trou-
vèrent écrits les mots de repentir &
îe pardon \ de il fallut qu'il le deman-
iâc au Duc de Candallc , & à route la
"roLipe offenfée. Ils s'embrafTérent
rnfuite , Sc demeurèrent enfemble le
refte de la journée , occupez à faire la
Cour au Prince qui les avoîc accomo-
iez. Il n'étoit gucres moins refpec-
cé en France que s'il eut été le Roi,
Jorne 111. H uucrc
1 - o Mémoires pour fervîr
i6^^, outre qu'il écoîc eft'mable par Tes bon-
nes qualiccz. Les Princes du Sing
les plus proches de la Couronne onc
de grands avantaçies pendanc les Mîno-
ritez j U il ne taur pas s étonner 11
r Autorité étant ainii d'fpcnfee , les
Régentes ont toujours à loufFrir de
fâcheufes tempëccb dans l'htar.
Pendant que ces petites Avanturcs
fe pairoienc , le Miniftrc travaiiloit à
diminuer la haine que le Peuple avoic
contre lui. Il fit ù mblant de faire une
Paix plus importante à la France que
celle des Braves de la Cour & de la
Fronde. Pour cet effet , il partit de
Le 11 Compiegne le vingt deuxième du
Juillet j^o's (ie Juillet, pour aller à Saine-
Quentin s'aboucher avec Pigneranda
Miniftre d Efpagne , & dans le vrai
avec le Comte d'Harcourt , fur une
Entreprife qui regardoit la Guerre.
Aufïï-tôt après le retour du Cardi-
nal Mazarîn , le Prince de Condé re-
vint de Bourgogne ,* Se comme il
a étoit pas encore rcfolu de s'aban-
donner à toutes les paffîons d'une
Sœur 5 qui ne le gouvernoit pas tou-
jours autant qu'elle le fouhaittoit , il
parut avoir la même chaleur pour lec
mtc«
Il l*Hl[îolre â*Anrte â* Autriche, 171
întérérs de la Reine que pAi* le pade. 16 [5).
Madame de Longueviile , qni ràchoit
par mille foins de changer (on efprir,
avoit déjà tellement alréré celui de
Madame la PrincelTe , que depuis la
Paix elle n'avoic point vu la Rine, &
paroi doit en tous fes dîfcours enticrc-
nienr refro'die pour elle. Cette Prlii-
celle Frondcufc , après avoir fait ce
grand changement , en la perfonne de
Madame la Princefe fa Merc , pour
racommoder Monlieur le Prince fon
Frère avec les Peuples , fit courir le
bruit qu'il étoit devenu dévot en fbti
voîage , & qu'un Chartreux cftîmc
d'une grande vertu l'avoir converti.
Elle faifoit toutes ces chofes en lui dî-
faut qu'il feroit trop heureux un ioiir
de fuivre fes Confcils , & eh lui prc-
difant j qu'il fe repenti roit de la pro-
tedîon qu'il avoir jufqucs-la donnée
au Cardinal Mazarîn.
Le deuxième , il partît de Paris pour Le u
aller à la Cour , & féjourna quelques Août
jours à Chantîlli. Il arriva le fixié-
me du mois à Corapiegne ; & fans
faire nulle façon , il alla d'abord vîfi.
ter le Cardinal Mazarîn , & lui fit pa-
toicrc beaucoup de bonne volonté , &c
H i^ moa«
î 7 1 Mémoires pour fer vit ^
^(\ç), montra qu'il écoit tont-à-faît éloigne^
des penfées donc on le fbupçonnoic.
îl vît enfuite la Reine , & lui dit en
riant , que tout ce qu'on avoit publié
de lui ctoît faux j qu'il n'étoîc devenu,
ni Frondeur , ni Dcvot , & ralTûra
qu'il renonçoit de bon cœur aux fenti-
mens de fa Famille , qu'il avoiia fran-
chement d'être un peu gâcée. Il lui
promît de travailler à la ramener
âans les bonnes voies , & répondit de
leur fidélité. La Reine en fut fatis-
faite 5 & crut avoir fujet d'être en re-
pos far tous les bruits contraires qui
^voient courus. Une perfonne fort
.éclairée fur toutes les chofes du monde
^^Jle^*)^^ qui connoifToit ce Prince,
./'f ^m'expliq liant fes contrarierez, me die
?r.ohan- ri ^ ^ /x^ j j
Lh^m ^lors 5 qu 11 n avoir écoute Madame de
i^ongueville & fa Famille , que pour
ft faire honneur à leur égard , parce-
<que cette Prînccfle , & le Prince de
Contï j avoîenc accoutumé de l'appe-
ler foible5& l'accufoient d'avoir trop de
BafTcffe pi^ur le Favori. Il m'affûra
qu'il n'avoît jufqu'alors en aucun def-
/eîn de fe brouiller à la C^ur ; mais,
<:j,ii'après avoir contenté fa Famille par
€t%TyZ voie de .eomplaiûnce ^ il vouloir
enço*
à Y HiftoWe d'Anne et Autriche, 17 5
i:nc.oxQ que cela lui fervic avec le Mî- 1^40.
nirtre , en lui donnant une grande
ciainre de le perdre ; & cette perfon-
ne prophetilant l'avenir me dit que
Mc-nlieur le Prince aimant la Paix &
ne vouianr point Te laifler gouverner,
il arriveroit néanmoins que peu à
peu fes fentimens fe changeroient , èc
que Madame de Longueville avoit
bien la mine de le faire aller plus loin
qu'il n'en avoit envie ; parce , me dit-
il qu'il n'y a rien de fi aifé que de
trouver les moyens d'irriter un Prince
du Sang qui veut toujours plus qu'on
ne lui veut donner.
Le Duc de Bcaufort , pour fatîsfâire
au refpedl qu'il devoit à la Reine , lui
fit demander fi elle auroit agréable
qu il allât lui rendre fes devoirs ; mais
le Miniftre , qui n' avoit pas rélifli en
fà politique de confentîr qu'elle vît le
Coa-Ijuteur ^ dont elle avoit été Ç\ ^^ P^^c-
hardiment refufée , n'approuva pas ?'"
qu elle traittat favorablement le Roi jg ^g.
des Frondeurs. Aînfi , le Duc de Beau- vins ce
fort fut rejette , &: la Reine me fit Jo^"^ l^
l'honneur de me dire ce jour même» F*^".
que j'étois revenue auprès d'elle, Com-
qu'elle ne l'avoit point voulu voir , <^ picgnc.
H 5 que
174 Mémoires pour fervïr
3 ^45?. celui là, qu'elle avoît auti efoîs confide-
xé , lui étoit plus en horreur que les
autres, par ce te rai Ton qu'on hait beau-
coup d'avantage les Ennemis qui onr été
Amis que ceux qui nous onr toujours
cté in differen s. Le Due de Beau fort en
croît de même , & l'aiant rencontré
dans des Vifites à Paris )e trou vois
qu'il avoir plus d'aigreur contre la
Reine que ceux de ce Parti qui n'a-
voienr jamais été dans fcs intérêts
Madame de Chevreufe aiant été
malade depuis qu'elle avoit quitté Pa-
ris , n'avoîi pu jouir encore de la per-
niîflîon qu'elle avoit obtenue de venir
voir la Reine Elle arriva le huitième
à Compîegne , le vîfage pâle de Ca
maladie , & le cœur fournis , à ce
qu'il parut , à toutes les vo^ontez de
la Reine , & de fon Mînîftre. Elle
fut reçue à l'heure du Confcil ^ ou
ctoient le Duc d'Orléans y Mr. le
Prince , & le refte des Miniftres. Le
Tel lier , qui avoît fait Con Accommo-
dement , me dit ce même foir , qu'il ^
avoit eu de la peine à rafTurer fon eC-
prit fur les foupçons qu'elle avoît ; car
malgré la parole de la Reine qu'if
avoit portée , elle craignoit qu'étant
revenue
à V Ht finir e â* Anne à' Autriche, 17 f
tcvenuc en France fans f^m confence- 1^40;
ment , elle ne la fie arrétet. Cette
Princefe écoic fi lalfe de TExil c^ des
Banilîcmens , qu'elle les craignoît in-
finiment ; &: pour plus grande fure-
té 5 elle avoir voulu que le Premier
Préfident lui promît aufli de la part
de la Reine quMle feioit bien traittée.
La Keine , qui ne baifoit que la Du-
cheffe d'Orléans , Mademoîfelle , &
quelque fois Madame la PrincefTe ,
par la qualité de fa Favorite , l'avoit
diftînguée des autres Princcffes & a«
voit accoutumé de lui faire cet hon-
neur ; mais alors elle en fut privée , 5^
la Reine lui voulut montrer qu'elle a-
voit fenti ce qu'elle avoir fait contre
elle. Cette PrincelTe fuplia la Reine
de lui pardonner tout le pafTé ^ & luî
promît pour l'avenir une grande fidé-
lité. Ses promelTes furent reçues avec
douceur & fans reproches , mais avec
un air bien différent des carefTes qu'el-
le lui faifoît quand elle en étoit fatîs-
faîte. Après avoir faliié le Roi , &
parlé un moment au Mîniftre , elle fe
retira , & la Reine dit avec exclama-
tion à une Perfonne du Confcil ,
Qvten toutes choffs elle nétoît plus
H 4 Madame
iy6 Mémoires pour fer vîr
1^45?. M^à^rne de Lbevreufe , & qu^elle îa
trou voie auffi changée , qu'elle Véioit
pour elle , voulant particulièrement
parler de Ton vi (âge , qui n'avoit plus
gueres de traces de fa beauté pairée.
Il y eut une grande prefTe dans 1 Anti-
chambre de la Reine, pour la voir
palfrr , & je remarquai par cette cu-
rîolité publique , combien le bruit des
chofes exfaordînaires donne d'éclac*
Mademoifelle de Chevreufe fa Fille^
dont la beauté étoit célébrée , quoi
qu'elle ne fut pas parfaite , reçut de
grandes louanges de ceux qui la virent;,
tant ce qui eft nouveau plair prefque
^ toujours , & ce qui ne plait pas ne
laifTe pas d'être admiré. La complaifan*-.
ce ou la mode compoient fouvent cet-
te admiration , plutôt que le fentiment
de ceux qui Joiient.
Le neuvième , le Prince de Contî ,
convié par la bien-feance , par Moni-
teur le Prince fon Frère , & par foa
intérêt particulier , vînt à la Cour , à
delTeîn d'y faire parade de fa fierté ; «
maïs alors ,il avoit befoin du Minif-
tre. Les LîcV^ois lui avoient fait of-
frîr la Coadjutorerie de Liège , pourvu,
^u'il leur aidât à faire la Guerre à
leuiz
a l'Hlflolre à' Anne d'Autriche, 177
kur Eyéqiie , & il avoir écouté leur 1(^4^^
propofîtion avec quelque defir d'y
penfcr. La hauteur , & les prétentions,
ne s'accordent pas bien cnfemble. Il
avoit promis aux Frondeurs en partant
de Paris , qu'il ne verroît point le Mî-
niftre ; mais , ayant des affliires , il n'y
pouvoit travailler fans choquer fa pro-
mefife. Il fallut donc qu'il le vît : on
l'y força doucement , (:k il le fouffric
doucement auffi. Le Duc d'Orléans &
My. le Prince fuivans le Roi , le con-
vièrent d'aller diner avec eux chez le
Cardinal , 6c il le fit de bonne grâce.
Iln'auroit pu même le refufer , puîs^
que le Roi y étoît. Sa proposition de
Liège ne fut pas agréée : les difficuU
rez fe trouvèrent trop grandes pour
l'exécution; & le Minière n'étoit paS'
obligé à le fervir.
Ce même jour au Confell , fur
quelque intérêt du Cardinal, la Reine
regardant le Prince de Conti , lui en
demanda fon avis \ & comme il ne
répondit rien , elle en fat irritée. Le
fbir , me faifant l'honneur de m'en
parler , elle me dît qu'elle n'avoir ja-
mais vu une telle hardîeife 3 & qu'elle
en avoit fentî du dépit , parce que
H ç c'étoîc
178 Mémoires fof^fervlr
649. c'étoît plutôt manquer de refpca en-
vers elle ,, que de juftice envers Ion
Mîtiiftce. Dans ce même confeil , il
fiitréfolu que le Roi iroic bien-tôt à
Paris. Monfieur & Mr. k Prince ,
pour obliger les Parifiens , prefferen:
la Reine de s'y refondre > & affure-
rent le Cardinal de leur Protediori.
Ih avoient tous deux de bonnes & de
louables intentions ; mais , il eft à
croire quMls fc foucîoîent fort peu de
l'événement , & que l'état des choies
ncleur déplaifoit pas.
'^C'cft j^i^ fj^lio nannancU de Pefi adores.^
le gam ^
chcurt> Le Minière y confentît auffi , ef^-
qoe rantque la préfence du Roi étouffe-
i'^aa roît peut-être le refte delà Sédition |,
^*^" ^, mais , comme il avoit vu affez fou-
'''''^ vent que ce remède ii avoit pas ete
fuffifant pour guérir le mal , il^ fut
Jouable de s'y réfoudre , maigre le
péril que raifonablement il pouvoir y
craindre. Il 6t plus , il ne voulut pas^
même témoigner de croire qu'il put y
en avoir. Us. fouffranecs abbatcnc
joûjotirs la furie des. Peuples , & quoi
que Paris u'cut pas été réduit a unc>
^ grandie
à tHlflolre à^ Anne ^Autriche, 179
grande famine , il eft pourtant vrai 1^45?»
que la Populace avoit fenti la néceffi-
té : une grande quantité de pauvres
gens étoient morts ; & ce qui reftoîc
de canaille mutine n'étoit plus qu'une
troupe de coquins payée par les Fron-
deurs , pour faire du bruit & pour
crier.
Madame de Montbazon , voîant
que Ion Ami le Duc de Beau fort fe-
roit à la fin contraint de fuir la pré-
fence du Roi , manda au Minifïre ,
que ce Prince croioit être obligé pour
fa gloire de ne le point voir , & le
pria qu'il pût foufFrir qu'il falua le
Roi & la Reine à leur arrivée , ÔT
qu'enfuite il lui promettoît qu'il fe re-
tireroit de Paris , ou qu'il le verroic.
Le Cardinal , qui depuis longtems
étoîc accoutumé à de telles douceurs ,
^ qui ne vouloir pas montrer qu'il fê
mît en peine du falut ni du mépris dii
Duc de Beaufort , confentità ce qu'il
defiroît , & crut faire une aâ:ioiY^^
prudence , de lever cet obftacle de fon
chemin. Le Duc d'Orleaws répondiç
aulïï pour lui , & promit de l'aban-
donner entièrement , s'il vouloît con-
tinuer à faire le méchant perfonnage
^ Frondeur, . H 6 Le
l-S'a 'Memûires ptur férvtr
lié 4^. Le fêjour du Prince de Conci à la,
Cour -y l'union qui parollfoit maigre
les delFeins de Madame de Longuevil-
le y., entre la Reine , les Princes du
Sang 3 & le Miniftre y Madame la.
PrincefTe , qui enfin étoit revenue à.
Compîegne , Ôc qui rémoignoïc être,
fatisfaice d'un Eclaircifiemenc qu'elle
avoit eu avec la Reine j TAccommo-
- dément de Madame de Chevreufe ;>,
qui faifoît efpérer à la Cour celui du-
Coadjuteur ; le foupçon qu'on avoiCi
que le Duc de Beaufort commençoit;
à s'humilier ; ôc fur tout la joie pu-
blique que les Bourgeois avoient duî
Retour du Roi , metoient les Mécon-
tens hors de cette efpérance de pou-
voir, fe foutenir contre la Gour. Ils-
ctoient triftes Se commençoient à fe
juftifier, du paflfé , à craindre l'avenir 3,
& à dire que le Cardinal faifoît unj
tour d'habile homme de revenir , ôC
de n'avoir point de peur. Ils hauf-^
foîent les épaules , quand on leur?
parloir de lui , & difoient pour toute-
reponfe 3 qu'il étoit plus heureux qu'il:
ne mérifQît; de l'être. Parmi cette
confteination 3. il y en avoir encore
eaicre: eux d'aflcz fols pour efpérer ,,
que
krH'iJlolre- d' ^me d'Autriche. i%i
Ijne cecte journcc y dans laquelle il 1^45?^
entieioic à Paris poiirroic lui êrrc fa-
tale ; &c difoient , que fî le Peuple
s'avifoic de crier Vive le Roi , & non
point Maz^arin , il étoit perdu. \\
y. eut des perfonnes de cette Fa6tioa
fcdltieufe , qui donnèrent de Pargent 3.
pour elfaycr ce dernier remcde ; mais 3
cette pauvre invention , tant de foisr ,
pratiquée , ôc dont les fots mêmes
commençoient à fe dégoûter , ne leur
reuflît point , & le tems étoit venu ^
qu'il falloit que le Mazarin commen*
çât à refaire craindre de Tes Ennemis..
La Reine , ne voulant point donner
le moien aux Mal-întentionez de faire
quelque rrouvcauté , fe hâta, de partir
de Compiegne. Le Roi ôc elle arri-
vèrent a Paris le dix-huitiéme du mois
d^AoÛt.l
Nous admirâmes une merveille ^Jeig;.
qui à peine ctoit croîable , vu les cho- r^"^'
fes paflëes.Le Koi ôc la Reine furent ^u Roi
reçus avec tous les applaudilfemens ôc&c àc Is.
les cris de joie accoutumez , ôc prati- R^me â
qués par les Peuples en de telles occa- ^"x^ ',
fions. On ne parla point du tout du Guerre»
iViazarin 5 ôc toutes ces Acclama-
tions publiques 5 fembloient préfager •
uiie:
1 8 2 Mémoires pour fer vlr
5^4P. pne véritable Paîx. Le Prince àç
Contî , qui avoir été malicieufemenc
(ieftiné par la Reine pour être mis à
la portière du Caroffe avec le Minif-
tre 5 prévint la Cour de quelques
jours y ne voulant pas , à ce qu'il di-
foît , être témoin de la gloire d'un
homme dont il s'étoît déclaré l'En-
nemi. La Reine , qui croioit qu'il
étoit permis de tirer ks avantages des
occurrences qui (è peuvent préfcntcr ,
eut raifon de vouloir mener en triom-
phe Ton Ennemi défait , & la pruden-
ce de ce Prince lui déplut un peu,
(^land elle arriva à Paris , elle me fie
l'honneur de me dire en riant , quel-
le éroit au defefpoir de n'avoir pu
réuiîîr à cette innocente vangcance.
Ce fut donc un véritable prodige
que l'Entrée du Roi en ce jour , &
une grande Vî6toire pour le Miniftrej.
Jamais la foule ne fut ii grande à fui-
vre le Carofïe du Roi , & il fembloit
par cette allegrede publique , que le
pade fût un (bnge. Le Mazarin fi
hai étoit à la portière avec Mr. Le
Prince , qui fut regardé attentivement
de tous ceux qui fui voient le Roi. Us
fe difûîent les uns aux autres , com-
me
i VHlftoîre d* Anne d* Autriche, iSj
tne s'ils ne l'eulTenc jamais vu , f^oilk i C4^p
le Mazarin, Q^ielques uns voîanc
arriver un Caroire du Corps tout fer-
mé , dirent qu'il étoit caché dedans ,
êc volurent y voir ; mais , ce fut plu-
tôt une raillerie qu'une malice. Qnand
le Roi & la Reine arrivèrent , la fou-
le répara du Carode du Roi les Gen-
darmes , les Clievaux - légers , Ôc
toute la fuite Roîale. Les Peuples ,
qui les arrêtoient par la prelTe qui fe
rencontra dans les Rues, benîflbient
le Roi & la Reine , & parloicnt à l'a-
vantage du Mazarin. Les uns difoient
qu'il eftoit beau , les autres lui ten-
floient la main , ôc l'alfùroient qu'ils
Taimoient bien , Ôc les autres difoienr
qu'ils alloîent boire à fa fancé. Apres
que la Reine fut entrée chez elle , ils
fe mirent tous à faire des feux de
)oye yôck bénir le Mazarin , qui leur
avoit rammené le Roi. Il leur avoit
fait fous main diftribuer de l'argent t
c'eft pourquoi ils juroîent qu'il étoîc
un bon homme , ôc difoient qu'ils
avoient été trompez y quand ils
avoient tant crié contre lui. La Reine
fut ravie de cette réception^ r il lui
fembloLt cpc^ ces applaudiiremens
ëtoien^
r§4 Mémoires pour fervir
;jJ<x4,5.. toîent des marques de l'Aprobatîoiî
qui éroic due à fa fermeté ; & cette
joie publique lui fut d'autant plus
agréable , qu'elle s'y atrendoit moins.
La raifon avoît voulu fon retour , la'
même raifon l'avoit confeillee de s'a-
bandonner au Peuple , fans nulle pré-
caution , pour leur montrer plus de
confiance,& même il avoit fallu le fai-
re 5 ainfi 5 pour faire voir aux Ennemis'
de l'Etat , que le Roi ni elle ne craig-
noîent rien ; mais , dans le vrai cette'
journée avoit été appréhendée par le'
Mîniftre, qui avoit reçu plufieurs avis,
envoies fans douce par ceux qui craig-
noient fon retour , qu'il eut à fe gar-^
der , & que le Petiple à fa vue fe foule--
veroit contre lui.
La Reine en arrivant me dît 5
qu'elle avoit été furprile de l'excelîîve
Allegrede des Parifiens , & qu'elle ne;
s'écoit pas attendue à une telle fête.
Les Fondeurs ^ ^n\Ç\ qu'il cfl: à croire ,.
furent au dcfefpoir de ce changement ;"
les indifférens le regardoient avec'
étonnement ; & tons eurent lieu d'être
à jamais perfuadez delà légèreté àts!
Peuples 5 & de la facilité qu'ils ont'
de joindre les conrraiies eufemble. Le
Palais ■
à l'Hlj}otre d'Anne d^A^'t^lche. 1 8 ^
Palais Roial fe crouva auiîi rempli de ^'^-^O*
pcrfonncs principales & de qualité ,
que les Kuës l'écoieiit de menu Peu-
ple. Le Roi &: la Reine fiiienc fakicz
de ceire illuftre croupe , & en particu-
lier par le Duc de Beauforc que le
Duc d'Orléans ammena du milieu de
eette fouUe dans le petit Cabinet. Le
Minillre n'y étoir pas : il étoit allé fe
repofer dans (on appartement. Ce
Prince fit à la Reine , après avoir falué
te Roi 5 un compliment compofé d'u-
ne proteftation de fidélité. Elle lui ré-
pondit feulement que les effets la per-
diaieroient de la Vérité de fes parol-
les. Le Duc d'Orléans , qui fçavoîc
que cet entretien ne pouvoit pas durer
long-tems , dit tout haut qu'il falloic
kilfer repofer la Reine de la fatigue
qu'elle a voit eue , & fortit aufïï-tôc ,.
en protcftant qu'il éroît lui-même bien
las. Monficur le Prince le fuîvit , 55
k Duc de Beaufort eu fit autrant. La
Reine donna le bon foîr de bon
cœur à toute la. compagnie ; 5^
après qu'elle fe fut déshabillée & queU
le eut vificé fou Oratoire , pour ren-
dre grâces à Dieu des affiftances vifij-
blcs qu'elle reçevoit de fa maîu toute-
guilTante.
1 s rf J\4ernoires pour fer vif
t6^^, puiffanre , elle parla toiu le foîr avec
pi ofîr des applaiidillcmtns de fo/ En-
trée , & nous coiita routes les dou-
ceurs qur les Lava'.dieres , les Kavau-r
deufes , Kk les Femmes des Halles , a-
voîent dites à Ton Mîniftre , qui fans
donre furent alors plus agiéab'es
au Cardinal Mazarin , que ne l'au-
roîent été celles des plus belles
Dames de PEurope.
Le lendemain , le Coadjuteur , à
la tête du Clergé , vînt faliicr le oî
& la Keîne. Il tit à Leurs Mr j flea
une Harangue , qui pu* fa br'éveté
montroit afPz qu'il éroît au d-fe poîr
d'être obl'gé de leur en ^aire II pa-
rut interdit Son audace , fà hardiclfe ,
& la force de fon Efprît , ne l'empê-
chèrent pas en cette occafion de fen-
tîr ce refped: êc cette crainre que la
coutume hc le devoir ont fi fort im-
primé dans iios âmes pour les Perfon-
nes Roiales. La terreur , que la fin-
derefe donne Infailliblement à tous les
coupables , fe fit voir fur fon vifage.
Etant auprès de la Reine , je remar-
quai qu'il devint pâle , & que fes lè-
vres tremblèrent toujours , tant qu'il
parla devant le Roi & elle. Le Mi-
nière
k /* H'tjioWe d' Anne à! Autr'tche. 1 8 7
/liftre étoit debout auprès de la Chaife ,^^q '
du Roi , qui parut en cette rencontre
avec un vifage qui marquoic fa Vidtoî-
rc ; & fans doute qu'il fentit de la )oîc
de voir Ton bnnemi dans cette angoîfl
fe. Je remarquai aufïi que le Coad-
jureur, malgré cetrc grande frayeur qui
l'avo't faifi , eut la fierté de ne pas re-
garder le Cardinal : il fit fa révérence
au Roi & à ia Reine , fans jetter les
yeux fur lui , & s^en alla bien fâché
fans doute contre lui même , d'avoir
donné des marques publiques du
trouble de fa confcîence. La Reine en
reçut de la joie. Ce tremblement ha-
noroît la fermeté de fon courage , qui
avoît réfifté li conftammcnt à tant
d'obftacics ; & comme j'avoîs l'hon-
neur d*être auprès d'elle , quand le
Coadjuteur lui parla , aufîî-tôt qu'il
fut parti , elle me fit un figne de l'ocîl;
& m'étanr bailTée pour l'écouter , elle
me demanda fi je n'avois pas bien vu
au vîfage du Harangueur Combien l'hu
nocence eft une belle chiffe ? Enfuîtc
elle ajouta , Sa. home me fait fïaîfir , &
fi f avais de la vanité , je pourrais dire
même quelle me denne de la Gloire^
maïs
1 1 8 Mémoire s pouf fervîr
>^49. maison eft Jans doute , .mt dît- elle;
cjuelle doit être bien honorable à Morf'^
Jîeur Le Cardinal,
Enfuire de ccrre Harangue , vînt le
Parlement la Chambre des Gt)mp-
tes 5 la Cour des Aides , le Grand
Confeil , les Maîtres des Requêtes,
le Corps des Marchands , la Ville , &
tous ceux enfin qui ont accoutumé de
faliier le Roi ^ quand il revient dans
Paris. Toutes les Compagnies par
leurs paroles témoignèrent qu'elles
ëtoient fort foumifes. Le Parlement
en général parut être bien intention-
né ; mais , comme il voioit qu'il avoît
eu la force de réfiftcr au Roi , &
qu'il n'avoit pu le chàrier félon qu'il
avoit montré à'^n avoir le deflcin,.
cette Compagnie fe croîoîc en état de
tenir bon contre la Pu ifance Royale
quand bon lui fembleroit \ & on pou-
voit craindre qu'elle ne fût pas encore
dans les difpoiitions de fid^'licé &: de
re/pe£t qu'elle devoit avoir. Il n'efl
que trop vrai que les fuîtes eu
furent mauvaifes , &: que les fautes
qu'elle a depuis faites contre le Servi-
ce du Roi procédoicnt de ce premier
Engage-
à V Hifiolre ^ An ne à* Autriche . 1^9
Engagement ou plufRurs de ce Corps 1^4^;
s'étoienr mis , qui paroilloit coloré du
Bien public , & dont néanmoins la
fourcc étoit la paliion 6c Tintcrêc de
ceux en qui l'Ambition eut toujours
trop de pouvoir.
Le Coadjuteur n'éroft pas en feu-
reté à Paris (ous la • u (Tcxnce Roîalc.
Il falloit qu'il rendit hou)age au Mî-
Jiiitre , ou qu'il quittât ce grand Pof-
te 5 d'où il l'avolt fi fièrement fron-
dé. La nécefîîté de lui faire une vî-
fîte le fit réfoude d'y aller le lende-
main de fa Harangue , & par le con-
fcii de Tes Amis il ^'acquitta de ce de-
voir, lis parlèrent du paffé, l'avenir
parut douteux , & de grandes jufti-
fications fe firent de part & d'autre.
Elles dévoient être un pea plus for-
tes du côté »du Coadjuteur que du
Minifi:re ; car ce dernier n'avoit de
crimes ^ qu^ine raillerie foufferte , &
une trop grande tolérance pour fup-
portcr les menaces du Coadjuteur;
mais 5 comme le Mînîftre ne fe fou-
cîoît pas de fe vanger ; qu'il vouloîc
feulement aller a Tes fins appaifer la
Révolte 3 & alfoupir la haine publi-
que a étouffant celle de ks Ennemis
par-
i 9 ô Mémo îrJf pour fèrvtr
1^45). particuliers , il lai fir mille flatterie!?;
Ôc lui lai'iîa concevoir quelque cfpéran-
ce qu'il le ferviroit , dans le defîr
qu'il avoit de le faire Cardinal Ces
deux hommes qui ne pouvoicnt avoir
de finceres intenrions à l'égard l'uirdc
l'autre demeurèrent alors avec quel-
que apparence de Réconciliation, fans
qu:^ pourtant le Coadjutcur cellât de
pailer mal du Miniflre : ii lui avoit
dît à lui même 5 qu'il le fa! 'oit ainfi
pour conferver fou crédit dans les Ca-
balles qui lui étoient contraires , 3c
dilbit à Tes Amis , que le Cardinal
éroit un homme , dont il vouloit tirer
cous les avantages qu'il en pouvoit e(l
pérer j qu'il n'avoit nulle eftime pour
lui ; & qu'il feroit toujours profedîoa
publique de méprifer fon amitié , 6c
de ne la rechercher , que quand clic
lui {croit commode.
Le Prince ce Conti ne lailTa pas de
traîtter cette vifite de lâcheté , & de
foiblcde ; & comme ils n'étoient plus
dans la même intelligence que par le
paffé 3 il fe moqua de lui d'avoir été
fe foumettre à une per(bnnc qu'il dî-
foit lui même fi méprifable. Ce Mî-
niftrc a eu cette deftinée qui eft afTez
cxtraor-i
d î* H'floîre et Anne à* Autriche i^ i
extraordinaire, il n'y a po;nt eu de i <^45^<
Titan tjoi n'ait eu fcb /\niis & tes
Créatures ; mais lui, fans cruauté p:.ur
fc!) Ennemis , aiant Fait beaucoup ic
bien tant a les Amis , qu'a ceux qu'il
acu lujct de- liait qali tous dan b ce
teii.ii la le ioiu moqués de lui , & les
uns 6l lej» autres ne le raccommodoienC
avec lui j ainli que je l ai déjà remar-
que , qu'à condition qu'il fouffriroît
leur médaance , & leuis mépris. Il
s'y accordoit aifement pour- û qu'il
put cfpéier de le m ^q.ier d'eux à Ton
tour ; ce qui de voit arriver quand
l'Autoticé légitime le retablîroic , puis-
que Ton affoiblîiremenc étoit la caulc
de cette hardielle.
La Keine étant à Paris , voulant
commencer fa première vifite par No-
tre Dame , elle y fut entendre la Met
fe 5 le premier Samedi en fuivant , &
y voulut mener le Roi. En palTant
par les Riies , fon Carodc fut conti-
nuellement (în'vi du Peuple ; & toute
cette Canaille , qui lui avoit manqué
de Rcfpe<5t & de Fidélité , lui donna
mille bénédictions. Dans le Mar-
ché neuf , les Harangeres , qui avoîent
tant crié contre elle , la penférent,
par
ï9 i Mémoires pdurfervlr
164^» par amîtîé , arracher de fou CarolfcJ
Elles fe jcttércnc tomes en foale fur
elle : chacune de ces Mégères voiiloic
toucher fa Robbe ; ôc il s'en fallut
peu qu'elle ne fût déchirée de cette
villaine Troupe Elles crioîent toa-
tes 5 qu'elles écoieiu bien aifes de la
revoir , Se lui dcmandoient pardon d.c
leurs fautes palîées , avec tant de cris,
de larmes , & de tranfports de joie,
que la Keîne même , ôc ceux de /a
compagnie en furent étonnez , & re-
gardèrent ce changement comme un
petit miracle. Il Fallut dans l'Eglifc
{bulever le Roi en haut , Se le mon-
trer au Peuple , qui par des cris re-
doublez de K'z;.-^ e Ro , montra
combien eft grande l'împrc^fîîon de
fidwliré ôc d'amour , qui le trouve na-
turellement dans le cœur des Sujets
envers leur Koi. Elle y ed variable,
ôc defedueufe 5 mais , elle y revient
facilement-
Le Duc de Beauforr , quelques^*
jours après , vint au Cercle , fe pré-
fenter devant la Keinc comme les
autres ; mais elle irritée de ce
^ Qu'il n'avoit pas vu le Cardinal,
aufli-tôt qu'elle le vie paroître , fe le-
va
a !''Hijhrre â' Anne d^Anfuchs. 19 ^
va 5 d< .'en- alla s'cni-ermer dans fa p:, :(^j.o,
titc Chaiiîbre.
Les Farigues des premiers jours s'e-
tant paHecs , la Reine alla vifitcr la
Reine d'Angleterre a Sainr Germain,
Elle y trouva le Roi d'Angleterre
fon Fils 5 qui atcendoit auprès de la
Reine Ci M:ne , quelcjue favorable
occalion pour rccourner en fon Pais
faire la Guerre à Tes rJ-)eiles fujets.
iCes deux Piinceiîcs ne s'étoient point
ivLics depuis la déplorable Mort du
Roi d'Angleterre , que toutes les
deux dévoient pleurer , l'une. comme
fa Femme bien aime'e , l'autre com-
me Ton Amie ; mais , la Pleine évita
de parler à la Reine d'Angleterre de
fon Malheur , pour ne pas renouve-
ler Tes larmes , & après les premières
;parolles de douleur , que Poccafioii
îles força de dire l'une à l'autre , la
civilité ordinaire & les difcours com-
muns firent leur entretien. Cette
; même journée fe termina par l'ad:îon
, que fit Soyon , Fille d'honneur de
; Madame , qui , malgré la pafîion que
; le Duc d'Orléans avoît pour elle ,
^ lalla s'enfermer dans les Carmélites.
Ce Prince en fut au derefpoir. Il
Tome II L I fie
î 9 4 Mémoires four fervtr
f.6^c^, fit des chofes fort extraordinaires^
pour l'en faire fortîr : il fe dtclara
Ennemi de cette Mai Ton Se de ces
faintes Filles , fi elles ne la mettoieni:
dehors ; 3c fe fervit , pour les y obli-
ger 5 de toute la puîiTance qu'un On-
cle du Roi peut avoir en France. EU
le en fortit en effet , & fon retour fut
caufe en partie de beaucoup de chan-
gcmens dans la Maifon de ce Prince,
qui étoit une Cour coiTjpofée de beau^
coup de Perfonnes de qualité & de
différentes Cabales. Il fembla que Tln-
trîgue avoit ea quelque part à la rc^
traite de cette Fille j mais je Tignore,
êc n'en puis parler avec connoîlfance.
Elle ctoit aimable -, elle avoit les
yeux beaux , de belles dents , Ôc une
belle bouche , mais elle étoit fort
fcrunc ; & fans avoir tontes les gran-
c'.cs beautez qui félon les règles compo*
fent la beauté ^ elle pou voit dire Nigra
fîtmfedformofd.
Le Roi pour réveiller d'autant
- |)lus l'amour de fes Peuples envers f^.
perfonne , voulut aller le jour de S.
î^ouis à cheval viiiter l'Eglife des
|efuircs , dans la rue Saine Antoine.
Il V fut paré de fa bonne mine , dfit
6
a /' Hljloirc >? Anne i J miche . i o y
•fa belle uiilé , Si d'an habic admira- l^-f^.
•fclcmenr beau. Monliear le Prince,
.& le Prince de Concî Raccompagné-
renc en cette dévotion de parade , &
beaucoup de Seigneurs le fui virent,
•pour avoir parc à cette Allegrelle pu-
blique.
Le Cardinal j dont les ennemis
publîoient qu'il n'ofcroîc plus fortîi:
idu Palais Roial fans mourir de peur»
ce jour même infpiié par la politi-
que 3 par Ton courage , ou par les af-
furances qu'il devoit prendre en la joie
du peuple , lortit dans (on carolfc
une heure avant le Roi , quafî fcul,
avec deux ou trois Evêques & Ab-
bez 3 fans fuite ni fans cortège 5 &
traverfant toute la Ville , s'en alla le
premier aux Jefuites attendre le Roû
il y reçut fa part des benediclions
publiques ; Si avant que d'entrer
dans l'Eglife , il demeura quelque
temps au milieu du peuple, pour être
I] vu , & pour montrer qu'il ne crai-
gnoit pas d'en être maltraitté. Le
Roi étant arrivé dans ce magnifique
Temple , eut fujet de rendre grâces à
Dieu , qui avoît prcfervé la France
des malheurs dont elle avoir para
I X menacée
ic; ô Mémoires pour fervîr
■49. menacée. Le Miniftre en eut aiiflî
de le remercier de l*avo;r protégée
contre les Ennemis particuliers , le
faifanc arriver au terme favorable du
changement de fa deftinée. Il fem-
ble que le malheur le plus grand ne
manque gueres d'être fuivî de quel-
ques favorables Evénemens. Ceux-
ci 5 néanmoins , ne durèrent gueres ,
ôi nous verrons ce Minîdre fentir en--
core pour quelque tems 3 & bien a-^
mérement , combien la, confcrvatioii >
des Places élevées coûte aux hommes
qui les polTedent.
Les Bourdelois continiioîent leurs
anciennes broiiilleries : ils fe plaî-
gnoient de leur Gouverneur le Duc
4d'Epernon ; & malgré la Paix de
, Paris 5 Us ne laîlTérent pas d'envoyer
.au Parlement lui demander protec-
vtîon. Les Provençaux en firent au-,
tant: ils demandoient jondion avec
cet iUuftre Corps , & vouloient lui
perfurder qu'ils fe dévoient lier en-
semble pour le fccours commun de
leurs Compagnies. Ces Députations
ne déplaifbient pas au Parlement de
paris 5 & beaucoup de ceux de cette *
Compagnie demandèrent de faire aG.
fembler
a VH'fîoîreci'u4nne à' Autriche, 19 7
femblcr les Ciiambrcs pour en déli-i^^^,
bcrtr \ mais , le Premier Préfident
éluda cette Propofitron , difanc qu'il
ne falloît point parler de cela j que
c^étoit l'Efprit de DifTention qui con-
tinuoit encore ; qu'ils ne dévoient
point ouvrir leurs Pacquers , èc que
ces Affaires s'acccmoderoîent fans
qu'ils donnafTent du fecours à leurs
Confrères qui en demandoient. Oit
rapporta ces paroles aux Chambres
des Enquêtes : ils crièrent tous , Ôi
dirent^ qu'ils vouloient s'alfembler;
qu'il étoit jufte de leur donner de
l'aide ; & que leur force confiftoît
feulement en l'Union de tous les
Parlemens, Ils continuèrent plufieurs
jours à demander qu'on ouvrit les
Paquets , & le bruit fut Ci grande
qu'enfin le Premier Préfident , ne
pouvant plus y réfifler , dit qu'il
ccoit jufte de les voir ,* mais , que c'é-
toient Lettres de vieille datte ; &
qu'ainfi il étoit d'Avis d'envoier les
Gens du Roi chez le Chancelier,
pour fçavoir de lui avant que de par-
ler de cette Aflfîiire , ni en faire des
Remontrances à la Reine , en quel
è:at clic étoit. Cet Avis fut fuivi de
I ; tous
1 9 s /i/lCTry^res pour fervlr
1^45). tous Comine très-raîlonnable : il fut
exécuté j & ie Chancelier repondir
qu'ils avoienf fait fagement d'en ufer
ainfi; que la chofe étoit accommodée,
6^ que les Députez de Bourdeaux é-
toîent contens de ce qu'on leur ac-
cordoit j ce qui en quelque façon-
croît véritable. Le Parlement de Pro-
vence , qui avoît eu fa part de cette
contagion étoîr auiïî en mêmes ter-
mes , parce que les plus grands foins
t^u Mîniftre étoîent de lever les obf-
tacles qui pouvoient s'oppofer à fon
repos. On envoîa donc une inter-
didtîon à Bourdeaux , pour reparer
par une apparente punition les fau-
nes qui avoicnt été commifes contre
le refped: qui étoit dû au Roi j;
mais , ce fut à condition qu'elle fe-
roit révoquée huit jours après. Cet-
te douceur ne fut pas le remède de-
^ leur mauvaife humeur , & nous ver-
rons bien-tot cette Ville mutine fervir
d'azile aux Ennemis du Roi,
En ce même temps , on reçut Nou-
velles , que l'Armée du Roi étoit aux
portes de Bruxelles , qui faifoit un
grand dégât dans le Pais ennemi y
qu'elle avoit pris Condé , & un:
Coiii
a r fifjffoire d' Anne d' A îi triche, i p 9
Convoi de bîcJs confiJciable. i(^49<
L'Empereur , depuis la mort de
rimperau-ice Sœur de la Reine, avoît
époufé en fécondes noces la Fille de
l'Aichiduc dlnfprucA , belle , jeune,
& digne par fa vcrcu de l'eftime pu-
blique. La mort lui vint ravîr cette
Princeffe peu de temps après Ton ma-
riage ; ce qui lui fut d'autant plus
fenfible ^ que ce bien avoît encore
pour lui les grâces de la nouvauté.
Le Roi d'Angleterre fçut alors que
quelques Troupes , qui tenoient en-
core pour lui en Angleterre , avoient
été défaites ; ce qui l'affligea beau-
coup : & voiant toutes fes efperan-
ces prefque détruites il fe refoluc
d'aller aux lies de Gerfey & de
Guernefey jdont Milord Germain, at-
taché au fervice de la Reine fa mè-
re , étoit Gouverneur. Il voulut al-
ler en Irlande , voir fila Fortune lui
ouvriroît quelque voie pour rentrer
dans Ton Roiaume. Ce Lord lui aiant
confeillé de ne fe pas hâter d'y allet
dans le temps de cette déroute , il lui
repondit: ^/'ï//vï//o/V donc y aller pour
mourir ; -puis qu'il étoit honteux
a un Prince comme lut de vivre ail'
I 4 leurs
2 oo Jl/fem^î^s f pour prvlr
leurs. Ce Difcoiirs paroiflbic procé-
der d'un grand Cœur : les pins grands
Pîommes de l'Antiquité n'ont pas
m^'enx parlé ; mais , de jeunes gens
^zÇi^nt aiféiTient de cette roide vertu
au relâche lient : ils foufïrent enfuice
avec indifférence des maux qui d'a-
bord leur ont paru les. plus infupor-
tables de la Vie j Se le plai/fr qu'ils
rencontrent en cette même vie en efl
caufe. C'eft ce qui arriva à ce Prin-
ce , qn naturellement aimoît les Da-
mes . & plusieurs de Tes -années , foie
en France , foit ailleurs, fe font paf-
{éç:^ dans une grande oifivete. Elle
a été gloiieufcraent în-terrompuë par
ce Prince , quand la Fortune lui a
donné lieu de mieux faire , & qiund
il a pu travailler à fon rétabliflTement»
Le Minière y qui vouloir devenir
le Maître abtolu àc la Cour , faifotc
ce qu'il pouvoir pour gagner le Prin-
ce de Conci ; mais ce Prince , infpiré
par Madame de Longuevillc ,demeu-
roic dans le delfein de fe confervcr le
Chef des Mécontents. Un Prince
du Sang mal intentionné eft toujours
à craindre : fon nom efl: d'une grande
confidéracion parmi les Efprits f;îc-
tieuv
à rHlfloire d*Anne dt Autriche, 2 o i
deux 6c il peut être en tous-tems la i(?4p.
caufe de beaucoup de maux. La
Reine par cette même confidération,
fe contraignit de lui faire bonne mi-
ne : elle traîttoit de même tous les
autres i mais , il falloit toute Tapplica-
tion du Cardinal Mazarin , pour la
réduire à cette diffimulation.
Ce Miniftre , malgré le chagrin
I que Monfieur le Prince avoir mon-
j tré de la propofition qui s'étoic
' faite du Mariage du Duc de Mer-<
' cœur 5 &c de Mademoi Celle de Man-
cini 5 refolut d'achever cette Affai-
re , & de fe donner par Tes Nîecesi
des Alliances confidérables. Son def-
fcin n'étoit pas de fâcher les Princes
du Sang. Au contraire , il defiroir
ardemment de confcrver leur Ami-
tié ; mais 5 il vouloit fub^irer par lui
mcme , & n'avoir plus befoin de Pro-
rccleur. Il envoia donc le Teilier à
Monfieur le Prince , pour lui dire
qu'enfin il fouhaittoit d'achever ce
Mariage , qu'il ne pouvoir pas refufcr
un Prince de cette qualité qui defiroîc
erre fon Parent, ni manquer de re-
connoître cette obligation en accsp-
I 5 tanr
202 Mèmsnes pmr fervîr
^A,j^ une fes offres. Il lui manda auffi que
* ceux qii! étoient de Tes Amis , & qui:
connoilîbienc le Duc de Beauforc,
l'avoicnt affLiré que cécoit^ le plus
rude, coup quil pût recevoir , P^i*-
ce que c'étoic. témoigner de ne le
pasfûucier de lui;, que de f^^'^*^ <j^
mariage en dépit, de lui , & quille
fuplioit d'y confentîr , ôc de croire
que cela ne le détacheroit nullement,
de fes intérêts. Le Tellier m'a^ con-
té que Mr le Prince répondit^ en,
riant , & en fe mocquant du Minif-
tre, H^, Monfmr , h voilà donc mort^
£€ grand Prince , tjue Mo^fieur le Car^
dînd craint d^me fi hr^nge manière..
En vérité , le voilà bim vange ! Et:
âpres un grand éclat de rire ^ il repric:
auiE tôt le parti de la civilité , 6c lui,
dit que la Reine écoit la. Maîtreffe;,
qu'elle pouvoit faire ce quil lui plai-*-
roit , & Mr, le Cardinal auflî ; &
qu'aiant déjà donné Ton confentemenE^
dès Compiegne, il ne vouloit pas s'en-
dédire. Ce l^rince alors reprit cette:
petite froideur qui avoit. déjà paru»
dans fa manière d'agir avant fon vo«
yage de Bourgogne : & fes Créature»
alléxenc publiant par le moiide , que:
Mr,.
a i* Hlflûîrè â* Ame â* Autriche, 205
Kir. le Prince avoir fiijet de fe plain- i^^p^
dre qu'on mcpnToit Ton Amitié &
qu'on poiîiToic bien sqw repentir. Il
montra aulîî dans quelques occa/ious
qu'il avoir du reffenciment de cette
Alliance : car aiant toujours paru
allez fournis à la PuifTance de la Rei-
ne y il commença d'avoir de l'aigreur
pour toutes chofes ; & l'on remar-
<iua , que dans le Confeil , il n'avoir
plus de complaifance pour les Avis
du Miuiftre. Il s'emporta un jour
contre le Maréchal de Villeroî , qui
vouloir empêcher quelques propo--
/irions avantageufes qui fe faifoielir
en faveur àc$ Bourdelois ; parce
quil jageaque cet habile Courtifaa
ne leur croit pas contraire fans mv
ordre p-irticulier : & comme il con>-
mençoic à fe dégoûter du Parti
Roial , il croit bien aife d'obliger*
ces Peuples mutins. Ce dégoût qu'il
eut poi.r le Minière , le lia d'autant
plus a Madame de Longueville, qu il
s'cio'gnoit moins de fes fenrimens^ &
elle fut ravie de le voir mécontent &s
plaintif. Sans elle , le Miniftrc au-
roit pu le guérir facilement par les
foins qu'il prit de fe juftifier à lui
I 6 fur
lèic,.
204 Mémoires pour fervtr
fur fon chagrin;, maïs y comme elle-
travailloix à l'augmenter , elle fuc
cauie que ce Prince demeura quelque
tems dans un écat indécis ,. ne fça»-
chanc 3 ni ce qu'il hai(îbic , ni ce qu'il
almoîc, Il fembloit au Minière qu'il
revenoic quelque fois à lui , il recher-
choic enfui ce fon Frère le Prince ds
Conti 3 il avoir des Conférences avec
les plus dangereux Efprics , il penfoic
ai tout y il écoutoit tour , & ne vou.-
loît rien. J'ai oiii dire à une Perfon-
jie qui cou choit auprès de lui en
qualité de premier Gentil- homme de
fï. Chambre y qu'il éroit alors dans
dfs, îiiqaiétudes extrêmes, chagrin ^
&. mal farîsfaic déroutes cliofes , par-
ce que dans toutes il trouvoit du de-»
faut & du mal. Le Minîftre efperoît „
vu la conduire qu'il avoit eue par \&
paffé: y qu'il ne quitteroit que difïî*
ciîement le Parti de la Reine. Ma*
dame de Longueville, Qc les autres ^
par cç petit changement qui ctoit er»
lui y cioioienr de'jà le tenir engagé,
dans leurs delfeins : & l'aiant pour
Chefs- n'erpcroîent rien moins que
de chaffer le Minière , pour fe faire-
Iksj Maîtres de la Cour., ^ des gra^
ceâ»
krHtftolre d'Anne d'Autriche, icj
ces j ou bien , diminuant encore le i6^.çy
pouvoir du Cardinal , le mettre en
état qu'il n'auroit été qu'un Miniftre
en peinture. Pour parvenir à leurs
anciens ôc nouveaux delfeins , ils tra-
vailloient de tout leur pouvoir à ra-
nimer la malignité du Parlement ^
afin de faire naître de nouveaux em-
barras à la Reine ;,. ôc de nouvelles
peines au Cardinal.
Le Parlement , aiant cnûn fait quel- Le t.
que bruit fur les Requêtes que leur Septen;^'
faifoient les Bourdelois , la Reine le ^^'^*
manda en Corps. La Chancelier leur
montra le tort qu'ils avoîent de pro^
pofer l'Alfcmblce des Chambres vu
que cela ctoit formellement contre
ce qui avoît été arrêté par la Décla*
don dernière. Il leur dit , que com-
me la Reine n'avoic pas intention de
manquer de parolle , fur tout ce qu'el-
le leur avoît promis , qu'anfîi clic ^
demandoit de leur part la même fi-
délité ; que le prétexte qu'ils pre—
noient n'avoit plus de fondement ; que
l'Affaire de Provence étoit accomo-
dée 5 la Paix qu'on leur avoit en-
v-oiée aîant été acceptée publiquement,,
& qi-i'il école à crpiic que celle de,
Bour--
ro ^ A^'émolres pour fervîr
X^4^, Bourdeaux fe Fcroic de même , vu
qu^on leur avoir envoie par leurs Dé-
putez des condirions douces & raifon-
nables. Il leur die ^ qu'ils dévoient-
penicr aux moiens de la donner à^
tout le Roiaume y ôc qu'ils dévoient
craindre 3 que quand ils auroient les
meilleures intentions du monde , per-
mettant aux Chambres de s'aflcmbler ,
ce ne fut donner un moien à ceux qui-
n'étoient pas fages de troubler encore
le Repos de l'Etar par les Mutineries-
êc Faâions ordinaires.
La Reine 5 & le Duc d'Orléans,
leur dirent fuccinteiTient la même"
ohofè 5 les exhortant à bien faire pour
le bien 6c l'avantage du Roi , ôc de Tes-
fujets.
Le Premier Préfidènt , ^^*^ danj
ces occahons paroilToic tOLijours dans^
les fentimens de la Compagnie , ré--
pondit qu'ils ctoient obligez au fe-
oours de leurs Confrères ; que leurs
detîcîns ne dévoient pas déplaire a fa
Ma je fié ; qu'ils n'avoient point d'in-
tention de marquer à ce qu'ils dé-
voient au Roi ; que déjà s'ils vou-
loient ils auroient eu fujer de fe plain-
dre , de ce qu'on leur avoit manqué
à rHiflolre d'Anne d'Autriche, 207
en certains points de la Dcclarauion , lC^^^
mais qu'ils ne le vouloient pis faire ;
isil'afsùra en général qu'ils étoicnc bons-
Serviteurs du Roi , <S^ e|u'ils le témoi-
gneroient toujours en toutes occafions».
Cette Compagnie aiant honte de
deiobéir (itôt à la Reine , malgrs.-
les Cabales des Particuliers , & leurs
Fadions couvertes , ils réfolurent d©-
n'ouvrir les Lettres de Bourdeaux, qne
dans la Grand' Chambre^tSc ils députè-
rent quelques uns pour y faire réponic.
Ce jour 5 cinquième de Septembre ,,
que le Roi accomplilToît onze ans y,
pour marque de la joie que la Ville
de Paris avoit eue de le revoir, elle
voulut lui donner le Bal à l'Hôtel
de Ville , & une magnifique Colla-
tion. Toute la Cour , par l'ordre
de la Reine , s'y trouva , & les Da»-
mes y furent parées autant à leur a--
vantage qu'il leur fut poffible. On
y danla de jour , exprès pour éviter
la crainte que' le Roi pouvoir a voie;
avec àQS Sujets (î nouvellement repen»
tis. *La nuit auroîc été plus favora-
ble que la clarté , s'il avoit été poffi-
ble que cette Fête eût été le prétexte
de quelque fmilire: àf^Sdn 3 mais
comme-
2 o 8 Ji^emolres pour fervir
.11^4^, comme cette pcnfée n'etoît fondée
que fur une prévoyance que la Saget
fe avoir infpirée à la. Reine , fans au-^
cun fondement elfentiel , elle nous
dit , pour cacher fa crainte , qu'elle
avoit fait cette malice exprés pour in-
commoder les Dames fardées , donc
quelques unfs qui avoient étc fron-
deufcs ne lui plaifoienr pas. Mada-
me de Longueville , que le dg(pit de
voir le Roi & la Reine dans Paris
malgré elle , retenoit à Chantillî
fous prétexte d'y boire à^s Eaux,,
voulut fe fervir de cette occafiou
pour y revenir de bonne grâce. Elle
avoit régné dans THotel de Ville
pendant le Siège de cette grande Ville,
elle y avoit comm.andé , & fans
doute que ce fut pour elle une cho-
fe defagréable d*y voir fi Puilfance
effacée , par une plus grande que la-
fîenne. Elle dclira , pour guérir ce
dégoût 5 que la Reine l'envoiàt con-
vier au Bal. Elle l'en fit prier pat
Madame la Princcde , & lui en fît"
parler par fes Amies ; mais la Reine,
qui n'avolt nul cnvicf de la traitter Ç\.
bien , répondît froidement à Mada-
me la PrincelTe , qif elle ciraignoic de
liincom*-
k l'Hlilntre à' Anne à^ Autriche, ioc^
rincommo.^er; Il faillie tx\^\^ que 1^45?^:
MonfievJi- le Prince s'en mêlât . ce
qu'il fie de concert avec Madame la
Princclfe fa Mère , afin qu'il pu ut au
public que cette Prîn celle , malgré les
Divi lions paiTées , ctoit recherchée
de la Reine.
La Reine , céJant à cette dernferc
atr.ique me fie Phonneur de m'en iiir-
Icr avec chagrin , & me dit qu'elle
s'éronnoit que cette gloricufe Mi-ia-
me de Longucvîlle , eut fait raac
d'efforts pour obtenir fi peu de chofcv
Je conclus avec elle , que cette mê-
ime gloire avoit fins doute convie
Mi-laaie de Lono^neville à cette hu-
milice , & qu'elle avoit voulu que fes
carefifes fiifent voir qu'en tous Partis
^elle étoit confidérée.
, Ce Régal Roial fut donné & re-
;|çû avec une pleine fatisfadion , tant
du côté du Roi , de la Reine , & de
toute la Cour , que du côté des Bour-
geois. Le jour fut beau &: frais ^ 5i
les Dames n'eurent point trop chaud
3arce que les Fenêtres demeurèrent
oûjours ouvertes pour les rafraîchir.
Le Roi 5 félon fa coutume , mena
ianfcr Madcaioifelic. , k Prince de
Condé
210 JHemofref pntrpyvir
'S^;j.o, Condé, Mademoifeile de Ch^vreiife^;-
Madame de Longueviîle far menée
par le D ic de Ronan , & le Duc de*
Mercœar fe déclarant de v )nloir é-
pOLifer Madcinoifelle de Mancini faç
celui qui danfa avec elle. Cette jour-
née finir par une magnifique Colla-
tion ; ^ fur le foîr il y eût un Feu
d'Artifice qui fur beau. La Re'ne en-
fuite ranmiena le Roi au Palais Roîalj
qu'il étoir encore de bonne heure.
Pendant que la Cour paroit en bon
état y le Parlement fronde toiîjouis
un peu 3 & n'en laiiTe pas pa(îcr une
feule occafion. Le Ma'iage , qui de-
plait à Monlieur le Prince , s'avance ,.
les Articles fe drefî^jnt : on proiiec
l'Amirauté au Duc de Vendôme , &
la fuivivance à fon Fils , pour dot de
deux cens mil Ecus , & le prémici
Gouvernement qui vacquera. Mr
Prince ne dît plus mot là delTiis ;
mais 5 il relTemble au Parlement : il
gronde fur d'autres Sujets. Le Duc
■ de Bouillon , & le Vicomte de Tu-
renne , pourfuivent leur rembourfe-
ment de Sedan: on leur avoîc fait ef-
pérer l'Auvergne , Chateau-Thierî
^ plufieur^ autres Villes ; ce qu'ils
n'ayoicnC
à l'H'ifiolre d'Anne d'Autriche, % i r
n'avoienr point encore. Monfieiii le i64^>
Prince les procege hautement ; &
parlant de leur Affaire au Chance-
lier , il s'emporta & jura contre lui ,
difant d'un ton de grande colère 5
que Mr^ le Cardinal lai avoît pro-
mis de les fatisfaîrê , & qu'il Falloir
qu'il le fit. Le Duc de Longue-
ville 5 qui vouloit profiter des Intri-
gués de M idamc fa Femme , fe dé-
clara vouloir qu'on lui donnât le Pont
de l'Arche , fîtué fur la Rivière de
Seine à quatre lieues de Roiien. Le
Prince de Condé en fait fon Afïaire ,
il en parle au Miniftre , <Sc dit au
Duc de Longueville , que c'efi: une
AfFiiire faite , & que le Cardinal ne
lui avoît demandé que huit jours pour
y faire refoudre la Reine.
D'autre côté , on prede le Cardi»
nal de raccomoder l'Affaire des Capi-
taines des Gardes , qui depuis leur
Defordre & leur Exil étoic demeu-
rée fans remède. Il répond à leurs
Amis , qu'il en parle fouvent à la
Reine , mais qu'il n'a pu gagner fur
fon efprit de leur pardonner. La
Reine , fouvent d'accord avec fou
Miniflrc pour fe faire plus terrible
qu'elle.
111 Aïe moires pour fervlr
qu'elle ne Pétoir , mais à quî par fou
propre moiivem »ît V hŒ\ou des Ca-
pitaines des Gardes avoir déplu, pro-
tefte publiquement qu'ils ne fervî-
ront jamais tant qiiVle aura du pou-
voir en France. Le Ca-Jn.;! M^za-
fin 3 qui ne cralgnoit pas en ce ren-
contre de diminuer iVclat de fa fa-
veur , envoie le Tcllier à la Reinc^
pour lui en parler de fa part , afin
qu'il puîffe fervîr de témoin que c'eft
elle 5 & non pas lui ^ qui ne veut pas
leur retour.
La Reine ne manque pas de ré-
pondre à le Tfllier , qu'elle efl; r^foluë
de ne fe point reUcher ; qu'en d au* '
très occa(]ons , elle prendroit le Con-
feil de Mr. le Cardinal , comme plu^
capable qu'elle fur toutes les Affaires
de grande importance ; mais , qu'en
cela 5 elle croit en pouvoir juger elle
feule , puis qu'il s'agit de la Maifon
du Roi , dont elle fçait mieux que
perfonne l'ordre Se la coutume ; que
ce font des Officiers qui doivent
obéir pondtuellement aux ordres du
Roi ; qu'ils avoicnt témoigné trop
peu de Rerpe6i: pour clic , pour leur
pouvoir piu donner II facilement. Le
Tcllier
n V H' flaire à' Ayine d'Aumehe. ii^
Tellicr , foie qu'il eût aperçu que la 1^407
KeiiK avolc p-iit à cc rcFus , ioic qu'il
fût lui mèiiie trompe par le Cardi-
nal , ou qu'il aidac a jouer la Comé-
die , protciloic a tous les Amis de
ces malheureux , que le Miniftre n'é-
toit point caufe de ce délai 5 ^ qu'il
ai'avo.c pu JLin.|ucs alors obtenir leur
grâce de la Reine.
\Jr\ joor le Tcllier , fur l'Affaire
des Capitaine^ des Gardes , me parue
Veiicablement perfuadé , que l'obila-
cle de leur retablillemcnt venoit de la
Reine ; 6c pailanc de la foumiffion
d'efpric qu il fembloît que la Reine
avoit pour les Confeils du Cardinal
Mazarin , qui écoit condamné de
beaucoup de gens , il me dit , qu'el-
le n'étoit pas toujours (î grande qu'on
fc l'imaginoit \ qu'elle avoit beau-
coup de lumières , & qu'elle connoiC-
foic clairement que la conduite de fou
Minirtre ctoit niauvaife en de certai-
nes chofes j qu'elle voîoit bien qu'il
faifoit trop languir après les grâces j
que cela étoit caufe qu'il lui reftoic
peu d'Amis de ceux mêmes qui les
recevoient , & lui rendoit Ennemis
tous ceux qui s'cngageoienc à y pré-
tendre
i î4 Mémoires four fervlr
tendre par fes demi promeflTes , Bc fe^
iongueurs ; que ceCrc MîéthGds lui
faifoit perdre beaucoup de créatures;
qu'il ne fçavoit fe déterminer fur
rien ; qu'il ne fe précautionoît pas at
fez contre la haine de fes Ennemis ,
& de même n'aimoit pas alPez fes A-
mis. Il m'aOTura de plus , que fou-
vent elle lui avoit commandé d'a-
vertir le Cardinal de toutes ces fau-
tes 5 afin qu'il s'en corrigeât , & que
par fon changement il pCic appaifer
le murmure de ceux , qui avec quel-
que rai fon fe plaignoient de lui. Mais ,
quoi qu'elle n'approuvât pas toute la
conduite de fon Miniftre , elle ne
faifoit jamais de plaintes contre lui ,
que celles qui pouvoîent lui acquérir
l'Amité pubh'que , celles qui étoîent
fondées fur fa trop grande Douceur ,,
i5c fur ce qu'il pardonnoit trop aîfé-
ment. Elle fe croioit obligée à le
foutenîr : Elle craignoir de s'afFoiblîr
elle même en raffoiblilfant. Il me
femble encore à propos de rapporter
fur ce même fujet une converfatîon
que le Commandeur de Tars & moi
^umes avec elle vers ces mêmes
ccms 3 qui s'accorde avec ce que le
à fHffloIre ^Jme â* Autriche, i r f
Tellier m'avoir dîr. Cetce i^rinceife .r.^.
nous parlant un forr des Affaires pu- "^^^
1 Cliques , elle vint fur les particuliè-
res , Ôc en détail fur ie-s perfonnes .
& nous dk , frôlez, vous , on fe trompe
fort .cjuand on croit que la Confidéra*
:tion cjne nous avons pour ceux en qui
nous nous contons , aye le pouvoir as
nous cacher Uws défauts. Je les con*
■ mis fort clairement m eux : mats , com-
^^meperfonne nen esî éxemt , je les ex^
\€Hfe. fcn f;ds fachee , & ne les aime
: fas moins quand je trouve en eux les
principales ci'iofes . dont la fidélité & la
feureté font les premières, Je me fatis^
fais de celle là , cr foujfre le reHe. fai
même cefeniiment en leurs faveurs , que
se naime pas k publier leurs deffauts ^
ni a me plairid?edes fautes qu'ils font
avec une bonne intention , & par leur
.^t^rnetar ^naturelle y dont ils ne font pas
les AJMtres. Je ne fuis pas perfuadéc
que cette Piincellc , fi équitable dans
les fenrimens^ ait connu alors tout ce
qui éfoit blâmable dans Tame du
Cardinal Mazarîn. Je croiois qu'el-
le avoitfouventàfon égard des mo-
niens d'un grand difcerncmenr , ÔC
qu'elle n'approuvoic pas toujours
fa
2 ï /î Mémoires pour ferw
f ^^p.faconduitte ni ronces les adîons. El-
le avoit de même la bonté de Ls ex-
cufer , comprenant bien que nul
homme n'eH: pai-fait i mais , Tes Ré-
flexions 5 & (es lumières éroîenr un
peu obfcurcies j parce qu'il [ravaîlloîc
avec foin à coniervcr Ton ell:ime , &
que l'iniquité vi/ible qui le perfecu-
toit lui fai foie voir ce Vîiniilre coni^
me la Vidrime des malheurs qui fui-
vent d'ordinaire les Klinoritez àcs
Rois. Elle croioit dans ce tems - là
qu'il portoit iniuftcment fur lui la
haine que les envieux de fa faveur a-
vûîent conçue contre fa place ^ plutôt
que contre fes défauts ; & la pitié ,
de même que la raifon & la juftice ,
avoient beaucoup de parc à fa conf-
tance. On peut dire de plus , & avec
vérité 5 pour faire connoître les fcn-
tîmens de la Reine fur cet article ,
qu'elle n'étoît pas touta-faîc aveu-
gle dans la confiance qu'elle avoit en
lui 3 bc les remarques que j'en ai fai-
tes ailleurs le peuvent prouver. Ceux ,
qui voioient le Miniftre , m'ont dit
que la fermeté de la Reine , dont il
reçevoit toute fa puilfance , & toute
£i Gloire , lui déplaifoic quelquefois ,.
autant
a r f-ffroirê X Ame à' Autriche . ix-;
«ntaiit qu'elle lui écoîc nccc(Tàire & 1^40.
avuitag^a(e \ qu'il s'en piaignoic a
eux , Icui dilanr qu'elle i'embaria(îoic
dans les ciîofes qircl.'c reçirdok cotn-
lîie ccaRC utiles au lervice de Dieu , à
ri^iitoi'ité Roiale 5 & au Bien public
ou paiticuilcT ; qu'il craîgiîoic l'op-
polîcioa qu'eii,e lui falloit en ces ren-
coïKies, &: que la Reine s'amufoît a ce
que les Devors lui difoieni ; qu'elle
éroir op'!n àtre ; &: qu'il avoir de l'in-
quiétude 5 toutes les ù)is qu'il falloir
choquer (on opinion fuc les Affaues
qui touchoicnt fon Qrur , par rapjrt
à fa Confcience : & aux Intérêts du
Roi. Ses plaintes avoieiit coumieu-
cée:> avec fa faveur ,& eîles s'étoienC
augmentées à mefiire que la Reine de-
venoit moins parenTeufe , & plus fen-
fible au bien de i'Erar , &; à ce que fa
v^nw l'obligeoit de faire.
Le Prince de Condé commençok
alors à donner la gène au Cardinal
|Vlizarîn , pour avoir le Pont-de i'Ar-
:he , & déjà le Miiiirtre avoir mis cet-
e Aiïliire au rang des chofes que la
^<cine ne vouloir pas. Il eft aifé de
juger par les fentimens de cette Prin-
xlfe , qu'elle n écoit par capable êiZ
Tome II L K conter
i ï 8 Mémoires pour fervlr
164^, goutei* Cette propofition ,* maïs il liîî
eut été avantageux , à elle &c à fou
Miniflre , que Mr. le Prince eut pu
croire cette difficulté aulîi véritable
qu'elle Tétoît en effet , & qu'il eue
pu s'imaginer être refufé plutôt par
elle , que par lui ; car , comme toute
la Cour , ôc le Prince de Condé en
particulier , étoît trop perfuaclé de fon
crédit , les excufes de cette nature ne
lui fer voient de rien. Pendant le Siè-
ge de Paris , le Duc de Longueville
demanda cette Place : le Miniftre qui
promettoit aifément , pourvu qu'il put
avoir quelque tcms à délibérer lur
Péxécution , avoît répondu à Mt. l^
Prince qui lui en parla fur quelques
Propoiitions d'Accomodement qui fe
firent alors , que cette grâce fe pour-
voit facilement accorder. Depuis cet-
te efpece de confentement Mr. le
prînce^mal content de lui , & raccom-
modé avec fa Famillejravoit prefle 5 ^
en avoir tiré des paroles plus pofiti-
vcs. Il en vouloît la conclufîon , ôc
le Cardinal ne le fatisfaifoît point , par
Î^Ê îo lui dire que la Reine y réfiftoit.
5ep- Voilà donc Mr. le Prince animé par
^ Il
à J^Hiflolre ^ Anne d'Autriche. 1 1 9
ïl parle en Mnîrre , ^ montre au Car- i^ .p-
dinal Mazirin de l'audace , ^ du dé-
pit. Le Miniitrc , fm- les Plaintes de
ce Prince , lui répond potii' la deiifen-
fe , que cerre l-jace écoit d'mie teU
le conféqnence , qu'elle rendoit le
Dv- de Longui-viUe le Maicre ab-
folu de la Normandie ; & c,ue lui , qui
avoir Phonncur d'être premier Mînit
tre 5 & en qui le Roi (î^c la Reine
avoîent remis Je foin de fourenir les
intérêts de PEtat , il étoît obligé de le
delfendre. Comme fur les înllances
de Mr. le Prince le Minîftre eut fou^
vent répondu de pareilles raifons , Mr,
le Piince , ne pouvant pins fouffrlr
qu'il Ôfât lui parler de la Force qu'il
devoir avoir à defFendre l'Etat , lui,qui
l'avoic vu fi foîble , & qui croioit l'a-
voir foutenu par fa Protedion , en fie
des railleries : & fe mocquant de fa
vaillance en cette occafion , ou dans
quelque autre femblable , il lui dît un
jour en le quittant Adieu Aiu- s -^ ^
le traittant de ridicule , il alla fe van-
ter dans fa Famille de cette parole,
comme fi elle eut été digne de l'ini^
mortali^er. Le Minîftre fentîc cet ou-
trage : toute la Cour fe troubla fuu
K i cette
2 20 Mémoires pmr fervtr
1(^49, cette querelle , &: chacun forma des
defleins fur le mécontcnremcnc du
Prince de Condé. Les Frondeurs fe
réveillent^quî n'étoient pas fort endor-
mis j le Parlement fait du bruit j ^
toute la Cour par cette brouiilerie Te
trouva partialifée. L'inquiétude fut
grande parmi les faux Amis du Mi-
siîdrc : les bien faits qu'ils tenoient de
lui les obligeoient par honneur à de-
meurer dans fes intérêts : ils étoien:
^u defefpoir de ne les pouvoir quit-
ter , & commençoient à méditer par
quelles voies ils s'en déferoienr. Ils
s'imaginèrent , qu^'aiant déjà la haine
de tout le Roiaumc il ne pourroit fub-
fifter s'il perdoit T Amitié de Mr. le
Prince, ^ que c'ecoit mauvais ligne
pour lui de ce que ïe Sang Roial l'ab-
î>andonnoîc. La Reine , fuîvanc fon
jnclinanon naturelle , qui alloit à la
..fermeté, auffi vigilante, auffi forte,
^' auffi confiante fur elle même qu'à
fim ordinaire, dit tout haut , Ocelle ne
^oKKcra point le Tont^de'l'u4rche au
Duc de léfnguevllle ; que cela étoît tout'
fi fcùt contre Us Aîaxlmes de ÏEtAt j &
m* élit ne fe fonde pas de totit ce qui
^n peut arriver , pourvu qHellef'.ffefon
ievQks» Cette
k rHijlnîre d' Anne d' Autriche, i i t
Cette RcTolurion etoit louable , i!?^ 1(^45;,
le Minière faifoit Ton devoir , de re-
fufcr cette Place au Prince de Conde^
en fe fervant des raifons de la Reine
pour éviter de lui fliire ce préfent;
mais , il ne voioit pas qu'il éroit dans
une trop grande foiblcffe pour ôfer
foutenir la colère d'un Prince du Sang
dans une Régence , qui naturellement
diminue la Puiiîance Roiale , & aug-
mente celle des Princes. Nous le ver-
rons donc en cecî^comme en beaucoup
d'autres occafions , contraint de cé-
der à leur Autorité , & confeiller à
la Reine malgi'é elle , & mal<^ré
lui 5 de fe laîiîer vaincre. Nous ver-
rons auiïî bien tôt aprcs^ qu'il eft dan-
gereux aux Princes du Sang , d'offen-
fer leurs Rois qui font quelquefois
obligés de faire de grands coups , pour
imaintenîr leur Autorité j & à leurs
Miniftresjde promettre légèrement des
igraces de grande importancc.a des Per-
Ifonnes d'une qualité à fe faire tenir ce
iqu'on leur promet. Pendant deux ou
jtrois jours , la Reine , Mr. le Prince,
j& le Miniftre,fe regardoient avec alfez
jd'embarras. Un jour néanmoins , lui
'&fe Miniftre parlèrent au Confcil af-
2 i i Mémoires pour fervlr
1645? ^^z long-tems enfemble ; maïs , ce ne
fiitenr que des difcours indifFérens^
QiianJ la Reine ctoit contrainte par
bienfcance de lui répondre y elle le
faifoît civilement ÔC fans entrer en ma-
tière ; mais, elle évitoit le plus qu'il lui
éioh pofïible de fe laifler entamer fur
cette AfFaîre.
t<- T4. Enfin le Tcllîer alla trouver Mr. le
Scptttjiî- Prince de la part du Cardinal. Il lui
^i^' dit qu'il avoic encore parlé à la Reine
de ^a prétention , & que Sa Majefté,
connoîlîant de quelle importance étoit
celte Place, ne pouvoit confentir qu'el-
le demeurât au pouvoir du Duc de
]LongucviHe , parce qu'elle craignoi?
qu'un jour le Roi fon Fils ne lui ei:
fit rcprochcjqu'aînfi il étoit contraint de
lui dire 5 qu'il n'avoit pià gagner cek
lùr fon Efprît : qu'il le fuplioit de vou-
loît coniiJérer fcs raîfons > ôc ne pas
trouver mauvais s'il ne pouvoit le fer-
vlr en cette occafion.
Mr. le Prince répondît à cet Am-
balTadeur , qu'il le priait d'aller trou-
ver Mr. le Cardinal , pour lui dire^
qu'il ne veut plus être fon Ami j qu'il
fe tient offenfé de ce qu il manque de
parole , &: qu'il n'eft pas réfolu de le
fouflii;
à ifJ'Iîoire d'Anne d' Autriche, iz 5
foufFrii- ; qu'il ne le verra jamais que iC^i^f},
dans le Confeil \ de qu'au lieu de la
Protedion qu'il lui avoic donnée inC-
ques alors , il Ce déclaroir (on Enne-
mi capital. Sur cette Réponfe , le Car-
dinal manda à Mr. le Prince , que cela
étoit bien étrange , qu'il fe laiiîât gou-
verner par Madame fa Sœur , ôc par le
Prince de Conti fon Frere^après ce que
lui même lui avoit dit de l'un 6c de l'au-
tre -y ôc que pour lui , il feroit toujours
fon Serviteur. Cette harangue déplut à
Mr. le Prince : il ne voulut pas qu'on
pût croire de lui qu'il fe laiOât gou-
; verner -, mais elle fut agréable à Ma*
I dame de Longueville : ce fut une mar**
j que certaine &c publique du pouvoir
i qu'elle commençoit d'avoir fur Mr. le •
Prince.
. Voilà toute la Cour à ce' bruit qui
court chez Mr. le Prince. Les Fron-
deurs furent ravis de le voir leui*
Chef 5 ôc d'éfpérer qu'ils pourroîent
un jour combattre fous fes Enfeignes r
ils ne doutoient pas qu'ils ne pûflTent
avec lui renverfer la France à leur gré;.
& cette illufion leur étoît agréable.
Quelques uns même de ceux qui
avoient les premières Charges de la
K 4 Maifoii
2 2 4 2i^emoires pour fervir
J640, Maifon du Roi , Officiers de la Con-
ronne , le fiircnt voir ; Ôc le périt nom-
bre de fid elles en apparence qui n'y
alla pas ne l'en a*a?oir pas moins. Lc3
perfbnnes attachées au Duc d'OrUans
Juivirent l'exemple des autres ,& di-
jfoienr pour leur excufe que Mr. le
Pnncc étoît l'arent de leur Maître.
Ceux , qu' étofent attachés au Roi &
à la Reine . alléguoîenr pour leur juf-
tificatîon , que le Roi Ôc elle étoient
jieurres ; que cette querelle étoît par-
ticulière entre le ! rince de Condé , ôc
le Miniftre j qu'ils étoient bons-Ser-
vîteurs de Leurs Majeftez j que fi Mr.
le l rince faifoit un Parti ils Pabban-
donneroicnt auffi-tôt j mais que les
chofes demeurant dans les termes oit
elles étoient , ils ne pouvoient pas
iTianquer d'offrir leurs fervîces à un
Premier Prince du Sang. Leur pro-
cédé néanmoins étoit blâmable : cette
querelle étoit celle du Roi ôc de
la Reine ; le Droit ^ Ôc \z Raifon,
ctoient du côté de la Régente ôc de
{on Miniftre. Il y eut donc peu de
Sages , qui demeurèrent attachés à leur
Devoir ; ôc ceux que l'honneur ôc la
probité ten oient dans cet état violent
parloic!^;
a d'Hlflolred*^nne d'Autriche, ii^
parloicnr peu , balançoîent entre les ^ ^.n
deux y 6c demeuroient ambigus fans fe
déclarer ni pour ni contre.
Du nombre de ceux qui fe dirent
du Parti ôc des Amis du Miniftre,
deux eurent à fe juflifier à lui d'a-
voir vifité Mr. le Prince. Leur excu-
fe fut qu'ils Pavoient vu fans lui
parler , ni faire offre de leur Service.
Ces deux furent le Duc de Candalle, 6c
Gerfé.Le dernier étant chez Mr.lePrîn-
ce 5 pour réparer les Vifires qu'il lui
faifoit^, en parlant du Minière, die
qn1l étoît bien fier , 6c qu'il témoin
gnoit par fon indifférence , qu'il ne
craignoit rien. Le Cardinal , en effet,
faifoic la meilleure mine du monde;
& quand quelqu'un lui faifoit des
complimens fur cette Aïfahe, Il répon-
doit froidement qu'il n'avoit point
d'Ennemi; qu'il fouliairoit fervîr Mr.'
le Prince ; qu'il étoit fâché de fon mé-
contentement ; que la Reine étoît ccU
|lequine vouloir pas lui accorder ce '
iqu'il dcmandoiti& qu'on lui faifoic
jplaifir de ne lui point faire d'offres fur
'ce fujet. Il difoit de plus , qu'il ne von-
loit point fe déclarer contre Mr. le
Piince.à qui il avoir de l'obligation, &
K j qu'alant
ti6 Mémoires potfrfervir^
i é49. q^ï'aî^"^ po^^^ procedeurs le Roi; ^. la
Reine il ne craignoit rien..
Beaucoup de fages ambigus ttavail-
loient à la Paix , ôc particulièrement
le Duc de Rohan , qui étoit. obligé-
au Prince de Condé , & au, Miniftre^
tout endmble , & qui voulant fe con-
fervcr avec tous les deux fouhaitoit,
^e les voir accomodez ; mais, il fal-
loit pour y parvenir une plus grande
voiç y c^cft à dire que rintérêt ,, le
M^tre de la Cour , s'en mêlât. Le
Duc d'Orléans pour plaire à la Reine ,.
qui ne. pouvoit plus diffimuler , de
qui. avoitde la peine à ne pas'éclatcr
contre Mr. le Prince , y contribua,
beaucoup* En voici les motifs. L'Ab-
hé àc la Rivière , pour obliger le Car-
dinal ^^foutenir fa Nomination à Ro-
me , 6c pour le Bien commun de PE*
tat^preffa Ton Maître d'y travailler.
Monfièur , par fon propre fentiment ,..
voiant le Miniftre en. mauvais etac>,
auroit- été alTez contem alors de Pa-
bandonner , & en ce cas auroit defiré
d'en mettre un en fa. place qui auroit
été^ de fes. Créatures.. Il' craignoit ,-
foutenant davantage le Cardinal, qu'il,
«e lui atrivât: d'avoir, part à la hamc:
publique
nrHlfioïre^tA'mtd^Amncloe, 217
publique 5 & à celle de tous les hon- i^4p<
iietes gens du Roiaume , qui fans ua
véritable fondement de juftice <Sc de
raifon faifoient proFeffion de le niéprî-
fer. Mais ^ fon Favori n'aimoît pas les
Frondeurs; fi bien qu'il craignoit l'em-
pire que facilement ils pourroient ac-
quérir fi.îr l'efpric de fon Maître s'il en-
troit dans leurs fcntimens ; il lui dir
donc 5 à ce qu'il me conta lui-même y
qu'il étoît dangereux de laifTer former
à Mr. le Prince de Çi hautes Entreprî-
(es ; que dans la Conjondlurc du tems
I il auroit toute la France pour lui 3 6c
i qu'il valoir mieux le lailîer vivre à la
Cour 3 &: conferver fa fupériorité fur
lui ; que le laiffer faire un fi grand
Parti 5 dont les' maux pourroient aller
I à de fàcheufes extréniitez : il lui fie
! enfin connoître y que félon l'état pré-
I fent des chofes , il falloit qu'il main-
'tint le Miniftre. La Reine fit aufiiî-tôr
de grands reproches à ce Prince , de
ce qu'il ne s'étoit pas aflez déclare
! pour elle -, ôc prefTé de tant de cotez ^
jil fallut qu'il montrât publiquement
1 qu'il vouloit fe mêler de cette grande
lAffaire. Mr. le Prince ^ qui par fon
'inclination n'avoit pas de pente à h
K 6 Guerre
iiS Mémoires -pvHrfirvîr
ié45. Guerre Civile , fâchant l'intention du
Duc d'Orléans , alla le voir , & de-
meura long-tems enfermé avec lui.
Ce Prince le pria de ne point fouffrir
qu'un Parti fe formât par cette prelTe :
de Mutins , & d'Efprits fadieux , qui
l'cnvironnoient déjà , & le conjura de
préférer le Repes public aux fentimens
particuliers. Mr. le Prince lui promic
de fuir pour quelques jours cette inii-
^ tile oilcnration : il lui remit fes inté-
rêts entre les mains, & donnèrent tous
deux la commiiïion à TAbbé de la Ri-
vière de travailler à cette Paix. Ma-i
dame de Longueville > ^ le Prince de i
Contî ne le vouloient pas : ils avoiens .
de vades delTeins , qui leur faifoienc j
peut-être fouhaiter de devenir comme
avoit été autrefois fous Charles VIIU
Madame de Beaujeu & fon Mari,
qui avoit chaffi le Duc d'Orléans , Ô5
qui gouvcrncrem l'Etat à leur fan-
taifie une affez longue fjite d'années.
Quand ils virent que TEntremctteus
ctoît nommé 5 ils lui firent offrir fous
main , à ce qu'il m'a dit depuis ,, qu'ils
confentiroientà l'établir premier Mi-
nière à la place du Cardinal , s'il vou-
loit s'accommoder avec eux ;> & porter
fou
i
a rn^ftolre d'Aritt^ d'Autriche, iiy
Ion Maître à confentir à la ruine de i6'45>v
celui qu'ils dellroicnc chalTer. L'Abbc
de la Rivière ne voulut point écouter
cette propolkion : il faiioit profeilioii
d'aimer l Erac ; mais , il crut peut-être
auili que n'étant point encore Cardi-
nal 3 il ne pourroit pas fe foutenir
dans cette grande Place. Il eut peur,
voiant de l'incompatibilité à pouvoÎL*
accomoder les intérêts de Ton Mure
avec l'ambition de Madame de Lon»
gueville , que le Prince de Conti^.
pour le perdre enfuite de leur Traité,,
ne lui otât tout de nouveau la Nomi-
nation de toute la France ; & aa
milieu de tant de périls, il fut adcz
iage pour les vouloir tons éviter.
Cette Propolitîon , qui le faifoit pre-
mier Minière , qui de foi étoit chi-
mérique , devoir paroître telle à ce-
lui à qui elle fut faite ; & il eft à prc-
fumer que l'impofTibilité en fut con-
nue de Me. de Longueville , du
Prince de Contî, & du Prince de Mar-
fillac. Us la firent fans doute à l'Ab-
bé de la Rivière 5 fur ce fondement,
qu'il faut tout bazarder avec ceux qui
ont un grand intérêt , à caufe qu'il eft
ailé de ks éblouir , eu leur faifant voir
les.
1 ; o Aiemoîres pour fervîr
j|^4p. les moîcns d'ariiver à ce qu'ils dcfi^^
rciir : il n'importe qu'ils foienc bons ^ I
leurs paillons pour l'ordinaire les em-
pêche de les cfxaminer , & le moindre
cfpoîr leur ôce la raifon. Je ne fçai fi
la fienne ne fut point altérée par une
ï\ belle tentation ; mais alors, comme
on ne vit en lui que de droites inten-
tions 5 il eft jufte de lolier fa retenue.
Les dedeins de Me. de Loneruevil-
le étant échoués , ou n'ayant été com-
me je Tai cru 5 que foiblement propo-
fèz , & de n^ême légèrement reçus ,
on en demeura dans les termes dé
FAccommodement:il fallut de tous coû-
tez y penfer tout de bon. Me la Prin-
cefle 5 nonobftant cette querelle , ne
hiiroit pas de venir chez la Reine , &"-
demeuroit quelquefois long-tems avec
elle , parlant de chofes indifférentes ;
mais quand il y a des Sujets de dé-
goût entre les perfonnes qui fe vo-
ient , ces fortes de vîfires font cn-
îîuîcufes de part &r d'aurre,& il eft né-
cedairc pour le bien de la Société de
les écouter autant que la bienléance le
peut permettre. La Reine , en ce
rems là étoît alfez fouvent feule. Les
Ducheilcs de Chevrcufe , ^ de Mont-
ba«
à rHijlotre d'Anne (^Autriche, r 5 r
bazon , anciennes Ennemies de Me, i ^4^^
de LongLieville , vinrent s'offrir à elle.
En même tems aufîî le Duc de Beau-
forc j attache' de tous tems à Mr. Iq
Duc d'Orléans , & malgré l'oppofition
qu'il avoît toujours eue à la FamilU
de Condé , alla s'offrir à Mr. le Prin-
ce 3 parce que dans la Cour , l'inréréc
l'emporte toujours fur la Haine & fur
l'Amitié , ô<: que le plus grand qu'il
€Ût alors croît de fe faire craindre du
Cardinal Mazarin.
Mr. le Prince vint chez la Reine , te ir
fuivi d'une grande troupe de Courtî- Sept,
fans. Il fut affcz long- tems avec el-
le , & le Miniftrc étoit en tiers. Leurs
difcours furent de chofes communes j
maisjle Prince de Condé adreffa fa pa-
role au Cardinal par d'eux ou troi$
fois , qui fut une marque de quelque
radoucilfement. Me. de Longucville ,
I allarmée de cette viiite , & qui avoit
j peur que Mr. le Prince ne fe relâchât
I de fa prétention du Pont-de- l'Arche ,
difoit à fes Confidcns , qu'il avoît de
la peînc à fe féparer de la Cour ,• qu'il
n'auroir pas été fi terrible , s'il eut
ftnti plus de vîgeur & de force dans
liEL Cabinet, ôcmurmuroit contre lui ^
de
151 Mémoires pour fervW
^1^45). de ce qu'il ne foutenoit pas ce qu'il
ciKL-eprenoît avec aflfez de hauteur. Le
Duc de Rohaii me dit alors , qu'eu
trois jours de brouillerie , ce Prince
s'étoic repenti plus de trois cens fois,
tant il lui étoit difficile d'aller contre
fon inclination.
Le lendemain , feîzieme du mois,
îl vint au Confeil , où il entretint le
Duc d'Orléans de fa prétention , ^
affedade parler tout haut, afin que-
la Reine le pût entendre. Il die à
Monfîeur ^ qu'il le fuplioit de fe fou-
venir , que" le Ponc-de-l' Arche lui
avoit été promis par le Miniftre , de
fon confentement ; & que cela étant,
il étoii obligé de foutenir fcs intérêts.
Qiiand il fut parti , de grandes couver-
fations fe firent entre ta Reine , le
Duc d'Orléans , le Minière , l'Abbe
de la Rivière , cSi le Tellier. Ce fur
en ce Confeil , que l'on prit des me-
fures pour appaifer ce Difierent , qui'
furent enfin au defavantage du Roi
^ de la Reine ; & cette PrincefiTe,.
malî^rc fes fcntimens magnanimes , eue
\x honte de fe dédire de toutes les
protcftations qu'elle avoir faîtes de ne
donner jamais cette Place au Duc de
Loi>
à l'Hi^oîre d'Anne d' Autriche. 1 5 3
Longneville. Elle n'en doit point i6\cf^
être blanicc : elle fou tint l'intérêt dii
Roi tant C|u'il iiii fut pofîlble ; mais,
elle fut abandonnée de tous ceux , de
qu' elle pouvoir avoir du fccours : le
Cardinal Mazarin n'ofanr parler contre
Mr, le Prince j ôc le Duc d'Orlcans,
par le conlei! de l'Abbé de la Riviè-
re , fut d'avis de le contenter Avec
ce lecourS;,le prétendant devint fi fort,
qu'il étoit impoiîible de lui rien refu-
ier. Après ce Cunfeil , le Prince de
Marfillac parla long-tem s à l'Abbé de
k Rivière , &: le preiTa inftammcnr
id'entrer dans leurs de (Teins , &c d'ac-
jcepter les offres qu'on lui avoic faites;
ce qu'il refufa tout de nouveau par
;les raifons que j^aî déjà dites ; mais,
félon mes lumières, cette (econde atta-
que fut plus forte que la première. La
Reine s'en apperçût , de comme le
Prince de Marfillac lui étoîr fufped,
par l'étroite liaifon qu'il avoir avec
Me» de Longueville , elle demanda à
l'Abbé de la Rivière de quoi ils
avoient parlé enfemble. Il difïîmula,
&: lui . répondit froidement qu'ils
avoient parlé en termes généraux de
l'Affaire préfente. Il m'a dit depuis.
2 5 4 Mémoires pom fervïr
lê4^ en me contant cette Avantare .qu'il
ne fui jamais fi enabarafië , parceque
cette penfee l'occupoit de forte, quand
la Reine lui fit cette quiftion , qu'il
ne put s'empêcher de rougir , <ik de
fenrir quelque trouble dans fou ame ,
par Tim i^ination de la grandeur de la
chofe dont il étoit queftîon. Si cllô
eut pu Tçavoir la caiife de leur Entre-
tien , elle lui auroit fçû bon gré de ce
qu'il venoit de refufer, parce que c^tte
liaifon du Duc d'Orléans , de Mr le
Pli nce , du Prince de Conti , & de
Me. de Longueville , fi , par un pro-
dige qui ne fe peut quaii comprendre ,
eut pu fe faire , auroit fans doute cau-
(é beaucoup de maux à l'Etat : mais,
la Reine auroit pu lui dire qu'il ne rc-
fufoit rien,& qu'il étoit impoffiblc
d'afFoiblir fa PuiflTance au point d'être
forcée de prendre un Miniftre par le
choix Se la volonté de Me. de Lon-
gueville ; ny même que cette P^incef-
fe 5 le lui pouvant donner , eût voulu
deftiner le Favori du Duc d'Orléans ï
cette Place. La Reine pouvoit lui
dire encore , qu'il auroit^ mieux fait ,
s'il n avoir point favorifé auprès du
Duc d Orléans la prétention du Pont
de
à r H'ftoire d' Anne d'j4utrîche 1 5 y
de r Arche \ car, fi par Pintérét de i^4^v
ion Chapeau , il n%avoir^as cru devoir
obh'ger le Prince de Conti , &c Me.
de Loi.giicville , la Reine & le Duc
d'OrL ans , étant de même (c-ntimc nt^
Mr. le Prince , qui n'a voit pas d'in-
elinaticiU a la Guerre , ne l'auroir pas
Ça\x peur agrandir d'une Place le
G uverncment du Duc de Longueviî-
le. la conduite de l'Abbé de la Rf-
vîfre pou voit donc alors être d'une
dai.gercuf conlequence au Service du
Roi & de la Reine. Il étoît néan-
moins bien intentionné , pour confer-
ver la Paix de la Famille Roiale : il en
jnfpîroit le defir dans Pâme de Ton Mi-
riftre ; mais, il vouloît peut-être laif-
fer voir à la Reine , qu'elle pouvoir
perdre l'Amitié de ce Prince , afin que
cette crainte forçât le Miniftre à le
confidérer davantage. Les oreilles^
du Duc d'Orléans étoient toujours fa-
vorables aux Frondeurs : il étoit ieuc
Confident fur les Bravades qii'ils fai*
foîent en peftant contre le Miniftre ; &r
k jour qu'il les avoir écoutez , il re*
prenoit des forces pour le lendemain.
Cette condefcendence augmentoit leur
àardieire , ôc leur Rébellion : elle aug-
mentoiç- *
1^6 Memnres pour fervtr
1^49 mentoic aiiffi la timidité de l'Abbé d^c
la Rivière : il fe connoîir^it pecît pau
lai même , & il craîgnoît toures les
Puiifances , tant légitimes , que celles
qui ne l'éto'ent pas. Outre le refpedt
qu'il devoir à Mr. le rince , il le re-
doutoit beaucoup , Si lui vonloîc
montrer qu'il défit' )it de le fervir. Il
Voulo'T par les ra^fons déjà diceS;, plai-
re au Prince de Conti, & à Me. de
Longneville. Il ne vouloir pas non
plus paroîcre contraire aux Frondeurs,
de peur à'^w être hai , & opprimé par
la liberté qu'ils a voient de parler aiî
Duc d'Orléans conrre lui , de même
que contre le M*n!n:re. Si bien , que
fans manqu-r de fi-Jélitéàce Prince,
ni de bonnes intentions pour le Servi-
ce du Roi 5 on peut dire avec vérité
qu'il ne faifoit pas alTez pleinemens
fon devoir , Se que cette ambiguïté
caufaît de grands embaras au Mîniftrcj
qui fe voîoit en butte à tous les dif-
ferens Partis des Peuples , quand on
vouloit qu'il le fut ; balotté par l'in-
trigue des Cabales , menacé par le
premier Prince du Sang , & fa Place
offerte à d'autres 5 comme fi en "effet
il eut été le rebut de la Fortune. Ce-
pendant,
à VHlfioîre d'Anne d' Autriche, 257
pcniint, "lie le tenoic roujoars pai: la i^4^7
main , & le dcflinoic par les maux
qu'elle lui Failoic fendr à de plus
grands biens que ceux qu'elle lui avoic
fa'tsjufques alors ; ^ ia fermeté de la
Reine lui pouvoir faire efpérer de
nouvelles élévations , lors qu'il fem-
bloit le plus ab ;tîé. Mais , comme
le monde fc laîlîè toujours emporter
aux apparences des cliofcs préfentes,
il y avoic alor de la gloire à le mé-
prifer j & les graiids , Ôç les petits; en
faifoient pvofedion publique. Le Che-
valier de Guiie , qui jufques là avoic
été de Tes Aaiis , lui demanda une
Abbaie. Il la lui refufa , pour l'avoir
déjà promiie à un autre. Ce Prince
Lorrain , étant picqué de ce refus , &
«e craignant plus fa faveur , lui die
qu'il fe tenoit defobli^é d- ce procédé.
Le Cardinal lui répond; aoidemenr,
qu'il falloir fc ré foudre a \c tenir pour
offenié ; mais lui » fans l'écouter , fe
plaignant hautement , lui répliqua;
qu'il lui avoir promis cccte Abbafe,
qu'il ne tenoit point fa parole ; & que
pour lui 5 il ne vouloir plus être de fes
Amis. De ce pas-là , il alla faire of-
i fre de fon Service , & de fon Amitié,
à
a ; S Mémoires pur fervtf
joie.
Le dix feptieme Septembre , l'Abbc
de la Rivière , après avoir pris Tes
mefurcs de parc Ôc d'autre , va trouver
Mr. le Prince , & lui accorde le Ponc
de l'Arche de la part de la Reine,
avec mille douceurs de celle du Minif-
tre, qui lui manda qu'il avoir toujours
eu intention de le iervir ; mais , que
jufques là il ne l'avoit pu perfua der
à la Reine. L'Abbé , de fon côté,
n'aianc que trop bien Fait , pour faire
îéliffir cette Négociation à Ton conten-
tement 5 lui fit fentir qu'il avoir tra-
vaillé avec foin à fa fatisFadion -, &
fcs peines avoient pour fondement
i'efpoir de la rétribution.
Le Duc de Saint Simon , fidèle au
Roi , & qui avoît l'honneur , par la.
DuchelTe fa Femme , d'être parent
de Mr. le Prince , l'aiant vu dans cec
engagement , s'en étonna. Il avoît été
le trouver , pour lui dire , qu'il étoit
au defefpoîr de le voir fi attaché à cet-
te prétention du Pont de- l'Arche,^
lui avoît repréfenté les périls où îl
s'expofoit , en irritant la Reine , de en
pouffant les chofes à cetce extrémité.
à FFT.floire d'J»»e d^ Autriche. 1 19
LcPrincç I«î répondît qu'il avoir rai- ,^4,;
ion ; qu il |,„ «oit obligé de f« cou-
l;'ls_; qu'il les cftimoic'; mais, qu'il
serou engagé à Me. de Long.ieville,
& q« il lui droit impoiTiblc de fe tirer
de cet e.nba.rasi qu'il lui feroit plaù
fcr^ aller trouver le Duc de Lon^e-
perfuader de fuivre fes avi.. Le Duc
de Siint-S.mon , comme je l'ai fçû
par lu. même, y fut; &, après lui
avor reprefenté qu'il feroit une aftioii
Iounble&jufte,des'oppoferauxde-
fcdeMe deLongueville,cePrince.
ap.es I avou- écouté , bi fit un grand
«lac de ru-e, & voulant tourner ea
nd.cule fa fidélité & fes fages Avis,
Il lui dit, >y-^^,- ^,,.„,^., i i^conr
qjieje me veux faire Duc de Norman.
^■^■}e nenaip^s le delfein, & vot
femr»e,s font beaux & généreux ; mm,
<Woue^.le vai , ce feroit un hem coup
y^ire, a- a vous , de vous faire Duc
de Gu.en.e Ces paroles du Duc de
Longueville font méprîfabies , & la
Raillene ne les excufe point ; mai,,
le defir , que le Prince de CondI
avoit témoigné de vouloir fe délivrer
ûe cet engagement , marque que fes
mten-
1 40 Mémoires pour fervîr
ï^45, intentions étoicnt innocentes. ÏI ne
put donc éviter ce malheur q;ii ter-
nillbît la gloire des belles & grandes
adtîons de la vie , qui toutes avoienc
été juiques la avantageufes à l'Etat,
.^ utiles au Service du Roi. Malgré
fes kimieres & fa raifon , il per/îlla
à vouloir participer à raveuglemenc
oiî fa Famille étoit tombée : il vou-
kic cette Place ; 6^ il fallut le faris-
faire.
Le Cardinal s'éto't donc rélolu à
contenter le Grince de Condé , quand
il avoit vu les embarras qui lui tom-
beroient (\n les bras , s'il y réfiftoit d'a-
yantage : il ne fouliaittoit pas alors
un plus grand bien que celui d'éviter
les périls préiens pour arriver à la Ma-
jorité du Koi , & par elle il attendoîc
le remède de tous fes maux. Audi , le
Tellier , qui le connoilloit parfaite-
ment , diioit de lui , qu'il fongeoic
feulement à palier la journée en la-
quelle il vivoit.
Qiiand Mr. le Prince eut accepté le
don qu'on lui faifoit , il alla aulîî-
tôt trouver le Duc d'Orléans pour
Pén remercier. Il le luiyic enfuite
chez la Reine , à qui il rendit les grâ-
ces
I à l'Hlfiolre ^Jnne i Autriche, 141
cesqulllui devolt de cepréfenr.ElJe ^
commanda auiïï-tôc qu'on allât quérir ^ '^^*
Ton Minîftre , afin qu^il vint prendre
paît à cet Accommodement , ôc à la
I I Converfacion , qui fut publique , aiTez
I civile de la part de Mr. le Prince , Si
entièrement foumife de celle du Car-
dinal. Le Maréchal de Villeroî , un
peu après , tira Mr. le Prince à part,
& lui demanda s'il étoit content , s'il
n'étoit rien rcfté dans Ton Cœur , qui
pût troubler la Cour à l'avenir ; &
que fi le mariage du Duc de Mercœur
, lui déplaifoit encore , qu'on le prîoîc
I de le dire , parce qu'il écoit inutile de
lui accorder les autres grâces qu'il
avoir demandées , fi elles ne pouvoient
pas produire j'cntîcre union que le
Miniftre deuroit d'avoir avec lui ? Mr.
le Prince lui répondit , à ce que me
I conta ce Maréchal le jour même,
qu'il étoit content, & que pour le
Mariage , foit qu'il lui déplût ou non,
qu'aiant donné Ton confentement pour
cela , il ne s'en vouloît plus plaindre;
& que pour lui il feroic toujours por-
té à rendre à la Reine tous les refpeds
qu'il croioit lui devoir. Quoi que
fes paroles parurent cacher un certain
Toms HL L me-
î^i Mémoires pQur fervlr
i^4j). mécontentement fecrec , elles n'aii-
roient point eu fans doute de mauvais
effets y Cl ce Prince n'avoît point eu de
Sœur ; mais , il étoit fi puillamm^ent
prelfé du côté de cette Princefife , que
ce bienfait de la Reine j qu'il connue
lui avoir été accordé par elle contre
fon gré 3 ne fervit qu'à lui faire pren-
dre goût à la tirannie. Le Mariage
du Duc de Mercœur & de Mademoî-
felle de Mancini , qui fans cela ne
Teut point fâché , fut le prétexte,
dont Madame de Longueville fe fer-
vîc encore pour l'animer contre le
Miniilre. Toute cette Cabale diioir,
que le Cardinal ne pouvoit plus dou-
ter qu'il n'offensât Mr. le Prince en
le faifanr , puifque la chofe aîant cté
en état de fc rompre , Mr. le Prince
lai avoît dit , qu'il lui faifoit un fort
grand plaîfir de lui apprendre cette
nouvelle , & qu'il en verroît toûjoi:
la rupture avec joie. La Reine n
fit Hionneur de me dire auiîi ce mcn
jour y comme je lui parlois des dit-
cours que les Serviteurs de Mr. le
Prince faifoîent fur ce fujet , qu'il ne
lui avoir jamais témoigné d'avcrfion
€ontre C*tte Affaire , de qu'enfin elle
n'c-
à r Hîfloîre d'Anne â* Autriche, 145
î3*etoîc pas obligée de fuivre aveugle- j^ia.
ment toutes Tes fantaîfies ; qu'elle
vouloîc l'achever j <k. qu'elle connoif-
ibit par l'aveiTion que tout le monde
avoit à ce Mariage combien cette Al-
liance étoit avancageufc au Cardinal.
La Reine voioic clairement que Ton
Minière étoit étrangement ha'f , pulf-
qu'elle jugeoit elle-même , que ce
qu'on croioic lui être un bien étoic
«ftimé un grand mal par tous ceux
qui compofoient la Cour. El le connoif-
foit elle même , que cette haine étok
injufte , de que le Prince de Coudé,
qui ne pouvoit raifonnablement de-
mander à ion Minîftre de ne pas don-
ner fa Nièce au Duc de Mercœur^
lui devoir être du moins obligé de fa
refpcducufe foumifîîon. Elle étoic
grande en effet , puifqu'il lui avoit fait
dire , qu'il delîroit préférer fon Ami-
tié aux avantages de fa Famille , & à
ies propres intérêts.
Le foir de cet Accommodement^
*Mr. le Prince voulut donner à fou-
■per au Duc d'Orléans , & au Cardinal
•Mazarîn ^^qui fut mené par Monfieur^
•qui voulut perfedîcnner fon œuvre
far cette familiarité. Apres les faluts
L 1 or*
144 Memo*res pour fervlr
iG^cs, oi'dinaîres 3 les deux Ennemis Tecc:
cillés entréi'enr feuls dans un Gabîner
où ils furent afTez long tems cnfemble^
Us parurent en fortant de ce lieu aiFei
fatîsfaits j & néanmoins on remarqua
que le refte du foir fut îirave & froid lé-.
on jugea par ce filence que les AfFai*
res n'écoient pas en bon érat , quand
ils fe quittèrent. Le Duc d'Orléans
s'en retourna chez lui à Luxembourg^
& laiffa le Cardinal Mazarin feul chez
Mr. le Prince , reprendre Ton chemin
vers le Palais Roial ; ce qui donna
une grande terreur à quelques Italiens
de fa fuite , qui eurent peur d'un coup
à la mode de leur Pais. Un d'eu^i
me le dit en confidence.
L'intervalle de cette Réconciliation
fut il petit 3 que le lendemain Mr le
Prince , à qui on avoit propofé d'aller
foLipcr chez le Cardinal n'y fut point:
au contraire , on fçut qu'il avoit pris
Médecine fans nul befoin ; & chacun
diloit ce fecret à l'oreille de fou Amî.
Le jour d'après , le Prince de Condé
mena fouper chez Prud-homme , Bai-
gneur renommé , une troupe de Fron-
deurs 3 tous Ennemis déclarez du Mî-
niftre. Les Conviés ctoicnc le Duc
de
à l'I^îfloire d'Anne â* Autriche, 24/
^e Beaufort , le Duc de Rcrz , le Duc 1^49;?
de Rohan , le Maréchal de la Morhe,
le Marquis de Noirmoutier , Laigue,
6c le Coadjuteur, Le Vicomte de
Turenne y fut auffi , qui pour lors
ctoic aflTez brouillé avec le Miniftre;
"mais 5 qui néanmoins gardoit encore
quelques mcfures à [on égard. Tou-
tes ces perfonnes ne defiroient rien
tant que d'engager Mr. le Prince dans
jeur Qiierelle , & dans leurs intérétsj
il bien qu'il fut dit en ce repas beau-
coup de paroles trop fortes & trop"
hardies pour être fouiTcrtes par un
Prince , qui dans le vrai n'avoît nul
ûijet de fe plaindre , èc à qui la Rei-
ne venoic de faire un facrificc , qui
par la douleur qu'elle en avoit eue ne
devoir pas être conté à rien. Le
bruit en eut été encore plus grand,
fans la fagelTe du Duc de Rohan , qui
rabatit par fon férieux , tant qu'il lui
fut poffible , les effets de la gaieté
frondeufe. La Difcrétîon de ce Duc,
attira celle de Mr. le Prince , quî^
trouvant à propos de modérer cet ex-
cès 5 & de ne pas porter les chofcs à
l'extrémité , dit tout haut^ parlant du
.Cardinal , qu'ils étoient^raccommodez
L ^ Civ
1^6 Mémoires pour fervîr
k(?4p. enfemble ^ 6c qu'il iroit chez lui com-
me chez les autres.
Ce foir fut d'un grand fcandale à la
Cour. On tira delà des conféquences
infaillibles de Tétac où étoit l'Efprîc
&c le Cœur de Mr. le Prince. La
Reine en fut picquée : elle me fie
Mionneur de m'en parler , rougiflanc
de dépit , de voir qu'elle venait de
lui accorder le Pont-de- l'Arche , 6c
que ce bienfait fi contraire aux inté-
rêts du Roi ne finifloit point fa mau-
vaife humeur. Quand on demanda
raîfon à Mr. le Prince de ce procédé,
Ji répondit que puifque le Cardinal
prenoîr liaifon avec ^cs Ennemis , il
en vouloîc faire de même avec les
Frondeurs , afin de lui rendre la pa-
lelllc. Le Cardinal , peu de jours
après 5 eut la goûte. Mr. le Prince le
fut voir 5 mené par le Duc d'Orléans;
mais , il n'y tarda gueres , puis revint
chez la Reine. Elle lui nomma le
Cardinal , & le mêla dans fa Conver-
làtion 5 pour voir ce qu'il diroit. il
n'y entra nullement , & afFeda de
changer de difcouis aux endroits où
la bicnfcance l'obligeoit de répondre.
Il n'y vetourpa pas fi-tôt , ôc ne laif-
foit
a VHlftolre c?Anne à'j4utriche, -ÏAy
fok pas de venir au Confeil chez la i CàfC^,
Reine , montrant avec audace de ne
fc (oucier de rien. Il agififoic d'ail-
leurs avec le Duc d'Orléans d'une
manière extrêmement foumife : il le
rechei choit beaucoup \ 3c fans fe
-plaindre davantage du Mariage du
Duc de Mercœur , il lai difoit qu'à
fa ieule confidération il ligneroit au
Contracl avec joie , pulfqu'il temoi-
gnoit l'intérelTer en cette Affaire:
mais 5 qu'il le fuplioît très humble-
ment de lui ki(fer fes fentîraens libres,
à l'égard du Duc de Mercœur , de fa
Famille , 6c du Cardinal.
Le Duc de Vendôme , Père du Duc
de Mercœur , qui ne vouloit pas fans
Faveur de fans Puiflance y s'alier au
Miniftrc , voiant fes delfein^ travcrfés,
ôc que tant d'obftacles embaraffoient
le Cardinal , lui dit ^ qu'il s'étonoic
de voir qu'il ne lui parloir plus de ce
Mariage ; qu'il devoir confidérer que
c'étoic fon avantage autant que le
iîen ; qu'il croîoit que fon Fils étoit
un alfez bon parti pour fa Nièce , pour
l'obliger à tenir bon contre les atta-
ques de Mr. le Prince ; que néan-
înoins s'il ne vouloit plus le faire , îî
L 4 i'aver^
14^ Mémoires pour fer vir
lé^p, l'avertîûToit qu'il étoit obligé de lui fai^
re juftice fur Tes prctentIons,-&: que s'il
abandonnoit fcs intérêts y il trouvoïc
où prendre parti ailleurs de même que
pluîieurs autres l'avoient déjà fait. Le
Cardinal Mazarin , pîcqué de ce dif-
coiirs 5 de ne fçachant plus quel parti
il devoir prendre , lui reprocha qu'il
ne confidéroît que l'Amirauté , èc le
Gouvernement de Bretagne 5 fon an-
cienne prétention , de fort peu fon
Alliance j que par conféquent , il avi-
feroit à ce qui lui feroît le meilleur.
Le 13 Le Cardinal guéri de la goûte vmt
^^Pf» au Confeil. Mr. le Prince &: lui fe
virent & fe parlèrent , mais feulement
€n préfence de la Reine , Au fortîr de
ce Confeil , le Duc d'Orléans dit tout
haut au Duc de Vendôme que les
chofes fe tournoient à un Accomode-
iiient plus véritable que par le palTé;
ôc Mr. le Prince en dit autant à Ces
Amis, Ce fecret aîant paffé aufîi-tôc
dans la bouche de plufieurs , les Fron-
deurs , toujours Ennemis de tout ce
qui s'appelloit la Paix , 3c Amis du
De Tordre , dirent à Mr.le Prince , qu'il
jétoît oblige de pouffer le Cardinal , ôc
^uc puis qu'il étoit déjà déclaré , fou
Enne*
à l^Hlfloire à* Anne X Autriehe, 149
Hunemî , il ne falloir pas marchaiiJer 164p.
^ l'être feulement à demi ; que ce
n'écoic pas à lui à négocier \ qu'il n'a-
voir qu'à vouloir ^ & que tout le moix^
de obeûoic à fcs ordres &: à Çç,^ vo-
iontez , qui dévoient êcre la Règle de
rEcac.
Les partifans de Chavîgnî l'anî-
moient auflî à fa perce , croiant par
ce chemin faire une voie fùre à leur
kxm pour arriver à la Faveur. Ceux,
qui porroienc Chateau-neuf , ne ppu*
vant fouffrir celui là , confeiiloienc au
Duc d'Orléans , au cas que le Cardinal
fût chafTe par les Fadions qui fe for-
moienc contre lui, de ne pas confen-
tir que Mr. le Prince devint le Maître
abfolu de la Cour , en y mettant un
Miniftre attaché à lui j & lui faifoienc
voir l'intérêt qu'il avoit à y placer
Chateau-neuf. L'Abbé de la Rivière
Gcoit Ennemi de Chavîgni , 6c n'ai-
moît pas alTcz fon Rival , pour le laii^
fer jouir d'une Place qu'il auroit peut-
être fouhaitée pour lui mcme , s'il eut
pii y parvenir fans crainte ni fans dan-
ger ; mais , ne trouvant pas la chofè
facile 5 il s'oppofoit à l'un & à l'au-
U-e , 2c travailloit à faire quelque Ac- -
L j com-;
1 j ô Aiemoîrej pour fervlr
l^i9* ccmmodement entie M. le Prince <3s.'
le Minière. Il vouloir fauver le Car-<
dînai , ou du moins le faire durer,
attendant que la Fortune en le faifanc
Cardinal lui même , l'élevât aux grau*
des chofes , qui lui pouvoîent arriver
dans le pofte où il étolt déjà , AinCiy
il defîroit que le Miniftre demeurât
embaraffé , qu'il eut beaucoup d'Affai-
res fur les bras 5 mais en état de iub-
iîfter encore quelque tems ; ou , s'il
avoic à demeurer, îi fouhaitoit que ce
fut fans puiifance , ni crédit. Pour
réiifîîr dans Tes deffeins , il lui fallut
avoir de fréquenres &: de longues con-
verfations avec M. le Prince , ôc avec
toute cette Caballe. Ses Intrigues le
rendirent enfin rufped au Minîflre,,
ëc au Duc de Vendôme , qui conx-
mençoif à fe plaindre de lui ; ôc cha-
cun murmuroit en fon particulier de
ce que le Duc d'Orléans ne les fou-
Benoit pas aiïcz vigoureufemenr.
Quelques jours fe palferent en Ne^
gociarîons» Le Cardinal , dont TEC
prit étoît plein de lumières , & qui
fçavoit fe tourner de plufieurs côcez^
fc parler à Me de Longue ville , par
€]uclc]ucs unes de fcs Corfidcntes^
îl l'allùra c^u'il vouloit ctre de fcs
AniiSr
à rnifioîre à* Anne â* Autriche, 251
Amis,& que pour acquérir Tes bonnes i^p,
grâces , il vouloir Faire tout ce qui fe-.
roic poffible pour la iacisfaire. La
Propoiition fur reçue* agréablemenc»
lUle ne travailloic que pour avoir ài
crédit 5 & croioic en pouvoir efpéret
par cette voie. Le Duc d'Orléans^
èc le Prince de Condé , fouhaitoîenc
chacun pour foi une grande PuifTan-'
ce . Me. de Longueviiie Si le Prince
de Conti vouloîcnt auiîî en leur par-^,
tîculfer avoir part à la Faveur. Tous,
par rétac où étoit le Miniflre pré-
tendoient mieux faire leurs afaireS
avec lui qu'avec w\\ autre. Ain fi , il
ne leur étoit pas difficile de le laiirer
comme il étoit , pourvu qu'ils puC«
fent contenter leurs defirs j & des
Difficukez qu'ils trouvoient à le chaf-
fer 3 ils pailoient aifément au dcfTcin
de le fouiîrir en cette place , à con-
dition de tirer de lui ce qu'ils en vou-
loîcnt avoir. Le Cardinal , plus fin
que tous les autres , pour gagner du
tcms 3 travailloit lui même à les per-
fuadcr par ces mêmes raifons , qui
paroilToient lui être fi contraires , S^
leur faifoic dire par des gens qui pa*
roillbienc être de leurs Amis ;, qu'il
L 6 h\xs,
1^1 Mémoires pour fer vlr
leur ctoît à tous plus commode de îe
laîfl'er jouir des avantages que fa fa-
veur lui donnoic , puis qu'un autre
que lui en uferoit avec plus de hau-
teur.
Pendant que le Cardinal Mazarîn
penfoit à fa confervation , la Reine fe
trouva mal , fans doute , du chagrin
qu'elle reçût ^ voîant que ces brouille-
ries ne pouvoient finir , malgré tout
ce qu'elle faifoit pour les appaifer.
Elle eut de grands vomi:femcns de
bile 5 ^ même un peu de fièvre ; &
elle fur quelque jours fans voir que
€eux qu'elle ne pouvoîc chaflTcr. Elle
reçut alors le Duc de Longueville,
qui avoir été mandé pour venir faire
fon Remcrciment , de ce qu'on lui
avoit promis le Pont-de-1'Arche. Com-
me il fçavoit que ce préfent lui avoir
cté Fait malgré la Reine , fes complî-
mens furent fuccints , & la Reine de
fon coté le trairra froidement. Il lui
promit néanmoins de faire ce qu'il
pourroît 3 pour porter Mr. le Prince
à la douceur j mais , il eft à croire,
qu'il ne prît pas beaucoup de peine à
le pcrfuadcr > car, (i ce Prince du Sang
€Ut été pacifique , il n'aurgic pas eu
ce
à l'Hljlûlre à' Ame à* Autriche. 253
€C qu il vcnoit d'obtenir par fa hau- 1(^49,
reiir.
Les defTcîns déréglez de Me.dc Lon-
gueville étoienc la véritable fource de
raiic de maux : elle n'êtoic pas tout-à-
faît contente de ce qu'elle avoit fait.
Pour la fadsfaîre ampleinent , outre
cette P'acif qui venoît de lui ctre
donnée ., i) filoîc a^^c^randir le Prince
de MaifiilûC ; & ce fut en cette con-
jondture c^u'elie tut le Tabouret pour
fa Fvmme , ^ permiiïion d'entrer
dans le Louvre en Caroffc. Ces
avantages les mettoient au dclTiis à^s
Ducs , & à l'égal des Princes / quoi
qu'il ne fut ni l'un ni Tautre. Il n'é-
toîc pas de Maif -n Souveraine ; il
n'étoit que Gentil- homme ^ & {on
Père le Duc de la Rochefoucault n'é-
toit pas mort , mais , il éroit affez
grand Seigneur, & avoit a(ïcz de confi-
dératîon dans le monde , pour pouvoir
fou tenir une folle chimère.
Me. de LongevîUe avoir mis 'au
rang d'une de fes meilleures Amies
Me. de Ponts ^ Fille de du Vigean ^ &
Veuve de Mr. de Ponts , qui pré-
tendoit être de l'iiluftre Maifon d'Al-
brec
2 54 Mémoires pour fervtr
bret. Cette Dame etolt aflez aîm^
ble 5 civile , ôc honnête en fon pro-
cédé. Ce qu'elle avoîc d'efprîc étoit
tourné du côté de la flatterie. Elle
n'étoit nullement belle j mais , elle
avoît la taille fort jolie , ôc la gorge
belle. Elle plaifoît enfin par /es louan-
ges réitérées , qui lui donnoient des
amis 5 ou de faux approbateurs;
& l'Amitié , que Me. de Longuevîlle
avolf pour elle, lui donnoît alors du
crédit. L'Abbé de la Rivière , de-
puis quelque tems , s étoit attaché à
elle par les liens de l'inclination Sc
de la politique ,• car , regardant Me»
de Longuevîlle comme une perfbnne
qui faifoit une grande figure à la.
Cour^ il crut que Me. de Ponts lui
pourroit être neccïraiie pour fa pié^
îention du Chapeau de Cardinal. It
trouva donc fort à propos de fe fai-
re une Amie auprès de cette Prince t
fe 5 qui pût y foutcnir Tes intérêts^
Ôc lui lervir de liaifon , pour traittcr
par elle les Affaires qui pourroicnr
arriver. Madame de Ponts étoit fine
êc arabitieufe , autant qu'elle étoîc
adulanice. Elle n'ctoît non plus cjuc
le Prince de MarfiUac ^ ni Duchcf^
à l'FUfloîre d* Anne d'Autriche. 25/
fe , ni Princcire 5 mais ^ feu Ton Mari iCà^^l
ctoic aine de ceux quî fe diient de la
véiicablc Maif 11 d'Aîbrcc , &: il lui
avt)it lailîe allez de qualité ou du
moins alFez de chimère , pour afpirei*
à cette prérogative. Elle demanda
au Minière que la Reine lui donnât
le Tabouret , & TAmitié de Me. de
Longue ville qui la protégeoit , jointe
à celle de l'Abbé de la Rivière , qui
£cd le Négociateur de cette Affaire,
furent des raifons affez fortes pour
lui faire obte'ûr ce qu'elle fouhaitoir^
Voila ce qui caufa cette faulfe appa-
rence de Paix , & ce qui fut une tré«
ve à cette véritable QLierelle : voilà
ce qui a fait dire au Duc d'Orléans
peu de jours auparavant >. que toutes
chofcs alloient s'accomoder ; 6c pour
conclufion , voilà une des fources de
tous les Deibrdres qui fout depuk-
arrivez à la Cour.
Aulîî-tôt que ces grands Articles,,
qui regardoient le Prince de Marfillac.
êc Me. de Ponts furent accordez,
Mr. le Prince devint doux & rraita-
ble , il parut vouloir rendre à la Reî*
ne le refpeâ: qu'il lui devoit. Il fe
fournie fans referve à toutes fcs vo^
lonrea
1^6 A^f moires pour fervlr
'i^4p. lontez j & l'Abbe de laRîyîere , par-
lant à la Reîne devant moi de cette
Affaire , lui dit , qu'il avoit exigé de
Mr. le Prince qu'il s'accomoderoît
avec Mr. le Cardinal fans nulle ilipu-
larion 5 qu'il feroit à l'avenir de {ts
amis ; fk que c'eroii tout de bon qu'il
le promettoit. Mr. le Prince die ces
mêmes chofes à la Reine : il ralfura
de fa fidélité : il emb:a(fa le Miniftre,,
lui promit Ton Amitié , protcfta qu'il
vouloît être dans Tes intérêts. Il pa-
rût alors une entière fatisfa<5i;ion dans
tous les efprits. Il y eut feulement
cette réferve , qu-e Mr. le Princcg
promettant de fon côté toute fureté,
ne voulut point répondre pofitive-
mcnt du Prince de Conti ; mais ^ ce-
la ne donna nulle inquiétude au Mf-
niftre 5 parce qu'il croîoit avoir con-
tenté Me. de Longueville y & s'ima-
gînoit que le dégoût que Mr. le Prin-
ce avoit eu de la conduite du jeune
Prince , quand il le quitta pour aller
fourenir le Siège de Paris ;, étoit cau/e
de fa retenue. La Reine fut à demi
contente , de penfer qu'après tant de
troubles elle pouvoir efpérer quelque
repos.Le Miniftre étoit fatisfait de voir
un
à IHlfloWe à* Anne à* Autriche. 257
tin fi grand nombre d'Ennemis de i<?49*
moins. L'Abbé de la Rivière regardoic
cet Accomodemcnt comme un Ouvra-
ge de fcs mains. Les defirs de Me. de
Longueville , & du Prince de 'Marfil-
lac 5 étoienc remplis j & fc voiant les
Maîrrcs de la Cour , ils n'avoient
qua(i plus rien à fouhaitter , que la
durée de leur bonheur ; mais :, les
Frondeurs ou les Malcontens , furent
au defefpoir de voir cette grande di-
vîfîon fe terminer par une bagatel-
le 5 &: leurs deffeins s'évanouir comme
une fumée.
Les Etoilles , qui domînoient alors,
ctoîenc trop contraires à la Paix pour
laiffer la Cour en repos. Ce calme
ne dura gueres : il fut auffi-tôt trou-
blé par le reiîcntiment que rputcs les
Perfonnes de qualité eurent contre
ces deux Tabourets. Ceux , qui
portent le nom d'Albret , s'ils le por-
tent à jufte titre , comme ils le pré-
tendent , peuvenr compter des Rois
parmi leurs Ayeux ,* mais , outre que
le doute d'une NaiiTance légitime eft
un Nuage qui obfcurçit toutes les
grandeurs de cette nature , beaucoup
d'autres Maifons en France préten-
dent
2 5 s Aîemolres pour fervlr
ï(?4.p. cienc avoir de grandes pierogarîvc
Celle de la RocheFoucauc eft illulli.,
& ancienne , mais les Fils des Duc:;
n'avoienc jamais eu ces avantages ôc
coûte la Noblelfe fe trouva offenfée
dans cette préférence. Chaque par*
ticulier alla chercher dans fes Titres,
des marques de Princîpauié & d'an^
cîennes Alliances , qui eulTent le pou-
voir de les élever. Dans cette mul-
titude de grands Seigneurs qui rem-
plilloîent la Cour , il n'y en eut pas
un qui ne voulût être Prince , aufîî
bien que ces deux- là , & qui même
n'alléguât des cauics effenticllcs de fes
/ prétentions.
Les Ducs &: Maréchaux de France,
qui vouloient détruire la Principauté
du Prince de Marfillac 6i de Mada-
me de Ponts , difoient qu'ils étoienc
les Grands du Roiaume , & qu'ils ne
s'oppofoient point aux Tabourets fans
Duchez qui venoient d'ctre-donnez;
mais , qu'ils vouloient être traittés
également & que leurs Enfans , avant
qu'ils hériradcnt de la Duché , euC
fent le même rang que celui qu'on
venoit de donner au Prince de Mar-
fillac,
u
i
à l'H'iftolre à* Anne à' Autriche. 159
La Reine , qui haiffoic le Prince 1645^,
^c MarliUac , 6c qui ne fe foucioic
gLieres de Madame de Ponts 3 écoii-
toit paifiblemenc les plaintes des Gen-
tils-hommes ; mais , comme elle
ûvoic efperé par cette voie de rétablir
la Paix dans fa Cour , cette rai fou
Tobligeoit de foatenir ce qu'elle avoic
fait. Un foir quelqu'un ( "^ ) de la "^ ^^
Compagnie lui par loi t de la rumeur ^°"^'
qui le fliifoit contre les Tabourets, (jeuj-*^j.
Elle répondit , qiton crloit toujours Jars.
contre toutes chofes : que les Brevets des
nouveaux Ducs , CjU'ells avolt faits il y
avoh quelques années.Avolenî ftik ce rnS"
me bruit : & que celui-là fer oh de rfiêwe,
& s'appdiferoit auffi aiférnent que le pré^
Piler» Elle fe trompa j car j les grâ-
ces des Rois 3 qui élèvent aux premiè-
res Dîgnitéz du Roiaume certains
Particuliers , peuvent bien donner de
l'envie à leurs Egaux : mais , c'ell in-
juftement j car il eft raifonnable que
nos Maîtres puilTent choifir ceux qui
leur plailent le plus pour les en gra^
tifier : au lieu que ce qui donnoit le
rang de Prince étoit ertimc d'une na-
ture toute différente , de ofFenfoit
toutes-
1 ëo Aie moires pôur ftrvlr
% 64^ . toutes les grandes Mairons qui pou-
voient fe former de pareilles préten-
tions. La Reine connut en cette oc-
cafion que les Rois ne peuvent pas
toujours Faire tour ce qu'il leur plair,
ôc qu'il faut qu'ils obier vent certaines
régies : autrement ils tombent dans de
grands embarras.
Ce murmure commun dt naître
enfin une Alîemblée de la Noblelîe,
qui fut aflcz forte pour détruire les
nouveaux Tabourets , ôc pour anéan-
tir toute cette importante Négocia-
tion qui venoit d'être faite. Le Mar-
quis de Cœuvrcs , Fils du Maréchal
d'Etrées , le Marquis de Leuville,
Se quelques autres , propolérent de
fe plaindre à la Reine , Ôc réfolurent
de s'aQembler. Ils fe donnèrent un
rencîez-vous chez le Marquis de
Montglas y Grand Maître de la Gar-
derobe , où fe trouvèrent dix ou
douze Pcrionnes de qualité. Là fut
propofé d'élire un Chef , qui pût
propofer leurs raifons. Le Maréchal
de rHopîtal fut celui qu'ils choi fi-
rent pour cet Emploi. Il agréa vo-
lontiers leur Prière ; car , il ctoit mal
content de ce que quelques autres
Ma^
i
à l'Hlflolre â* Anne d'Autriche, i éî
Maréchaux de France avoîenc eu des
Brevêcs de Ducs , & que luî qui
avoic autrefois bien fervi l'Etat . &
qui étoit des plus anciens , n'en avoît
point eu. Beaucoup de perfonnes de
qualité fe joignirent à cette AfTem-
blée : Saint Luc , St. Mégrin , Bran-
cas 5 6c beaucoup d'autres , fans déli-
bérer plus long-rems , y allèrent. Le
même ' jour , ils furent trouver la
Reine 5 qui étoit dans Ton Cercîe,
fans rien fçavoir de leur delfein. Elle
fut d'abord étonnée de voir la No-
bleGTe en Corps , & un Chef à leui*
tête. Tout ce qui remplilToit Tes
Cabinets y ôc ceux mêmes qui étoienc
de Tes plus Familiers , s'y trouvèrent
comme les autres : le Commandeur
de Jars y de Souvré , & les premiers
Officiers de la Maifon du Roi , tous
furent prefque de la partie. Ils
étoient aflurez qu'elle ne fe foucioit
pas beaucoup de maintenir des Grâ-
ces qu'elle avoit accordées par politi-
que 5 plutôt que par inclination , de
crurent même avec fondement lui fai-
re quelque elpece de plaifir. Com-
me elle vît dans cette troupe beau-
coup de ceux qu'elle affedionnoic le
plusi
I ^45^'
2.{>i /Mémoires four fervlr
1^49. piî-îs ,' elle la reçut avec douceur, ^z
leur répondit feulement , qu elle avi-
ferok à ce qu'elle avoît a faire. Leurs
fupplicatîons eurent le fuccès qu'ih
a voient efpere' ; c^eft à dire que leurs
plaintes venant d'une caule , où elle
ni fon Miniftre n'avoient nulle parr>
ne lui déplurent nullement : & ceux
qui les faifoient purent efpérer que,
ces Tabourets , qui n^'avoîent été don-
nez que par force , pourroient être
agréablement révoquez par elle , fans
que Mr. le Prince teut droit de s'en
plaindre. Cette Nouvelle répandue
dans Paris donna de la joie à tous
ceux qui aîmoient Pordre , & le <\çiÇ-
ordre. Les Sages trouvèrent qu'il,
étoit jufte de s'oppofer à l'Ambition
déiéglée des Particuliers ; & les autres
fe réjoiiiiToient en général de la Ré-
volte de la Noblelfe. Mr. le Prince
fut blâmé d'avoir donné fa protec*
tion à des prétentions chimériques,
qui offenfoîent toutes les Pcrfonnes
de grande qualité : Me. de Longue-
ville ctoit attaquée de la médifance;
& PAbbé de la Rîvicrre fut déchire
par beaucoup d'invecSlives , menace,
ÔC traité comme un Favori ^ que l'en-
vie
à l 'Hijlolre £ Anne d^Auirlche, iC^ "^
\îe faifoic hair 5 qui étoit de balfe 1^4^,
«ailfance , & qui parmi quelques bon-
nes qualicez eu avoit auiïi de mau-
vaîfcs.
Le lendemain , cette noble troupe
s'allembla tout de nouveau , pour
penfer aux moiens de fe foutenir. Ib
ne vouloient pas que la home leur
demeurât de fuccoinber en leur pro-
jet , & defiroient que leur partie fui:
fi bien fliîte , qu'elle ne put manquer
d'avoir fon effet. Us ne trouvèrent
pas-à-propos , fans cet avantage y d'of-
fcnfer Mr. le Prince , & d'acquérir
fa haine inutilement. Ils députe'rent
donc huit d'entre eux y pour aller fa-
luer le Duc d'Orléans , & le fu plier
très humblement de confidérer la
juftice de leurs plaintes. Les Dépu-
tez furent St Luc , St. Mégrin,
Manicamp , le Marquis de Cœuvres,
Villarceau , FoiTeufe , le Ville , & le
Commandeur de Souvre. Monficur
leur répondit , que la Reine , &: Mr.
le Prince , avoient voulu ce qui avoîc
été fait 5 & que pour lui il n^^y avoic
nulle part.
De là , ils allèrent faliicr Mr. le
-Prince y qui les reçut affez froiJe-
- ment»
1 6^ Mémoires pour fervlr
164^. ment. Il leur dit que la Reine , &
Monfîeur , étoient ceux , qui favo-
rîfoienc cette Affaire ; que pour lui,
il n'avoit que fa voix comme les au-
tres , mais qu'étant engagé par beau-
coup de raifons à la foutenir , il s'é-
tonnoît > que fes Amis lui voulue
fent faire ce déplaifir de s'oppofer à
fes defleîns , par des tumultes di af-
femblées publiques ^ qui lui atti-
roîent la haine de toute la Noblefie;
qu^il le fouffroit patiemment de ceux
qui ne lui avoient point promis d'A- ,
mitié ; mais que pour ceux qu'il
avoir crû de fes Amis , il ne leur
pardonneroit jamais. Il avoit déjà
prié le Marquis de Montaufier de
s'en retirer , èc Boutteville auflî ^ qui
avoit l'honneur d'êrre fon Parent,
ôc ils l'avoient fait. Le Comman-
deur de Souvré , après ce DifcourS,
n'eue pas la force de réfiftcr à ks
menaces , accompagnées de douceurs.
Ils s'étoicnt tous obligés par Serment,
tant pour les préfens , que pour ceux
qui à l'avenir voudroient fe joindre
à eux 5 de ne quiter jamais ce parti
qui étoit fait pour foutenir les inté-
rêts communs de toute la Noblelfe.
Le
à VH'jlolre d* Ame X Autriche, ic;^
;. Le^Duc de Bcauforc , qui aimoit 1^49,
tout ce qui pouvoir brouiller la Cour^
voulant pldii-e à cette Alîèmblée , en-
vola de (a paît un Gentil homme
Ifur offrir fou Service , ou comme
leur Chef, s'ils Peu jugeoient digne,
ou comme Lur Compagnon pour en-
trer dans tous leurs intérêts. Ils le
remercièrent civilement , Se députè-
rent quelques uns de leur corps pour
lui en rendre grâces , fans vouloir
accepter Tes -offres , parce qu'ils ne
vouloient point de Princes ,& moins
encore le Chef des Frondeurs , pour
ne pas faire croire à la Reine , qu'ils
cuilènt des pcnfées différentes de leurs
innocentes actions.
Dans les premiers fentiments d'em-
portement & de colère que ceux qui
compofoient cette Affemblée avoienc
€us contre les Tabourets , quelques-
uns de la Compagnie propoferent
d'envoicr des Dépurez à l'Abbé de
la Rivière ; pour lui dire le tort
qu'il leur avoir fait à tous ^ en faifant
agréer cette affaire à Ton Maître , con- "
tre les intérêts de tant de pcrfonnes
■de^ qualité 4 & leur deifein étoît de
mêler à cet honneur quelques par v*s
Tome IIL M offcncan-
1 66 Mémoires pour fer vtr
iî>4^. ofFençeantes : mais , fcs Amis dcrour-î
nérent cet orage. Il leur dit , pour
le publier parmi les autres , qu'il ne
S^étoit porcé a cela , que par l'enga-
gement qu'il avoit eu avec Miolleiis
beau Frère de Madame de Ponts , à
qui Monfîtur , à ce qu'il difoîr,
avoit fait efpérer un Tabouret pour fa
Belle-Sœur. La Grandeur de cette
Dame étoit confi iérable à Mioiîens , à
caufe qu elle avoit un Fils qui étoîc
l'aîné de fa Maifon. Il leur dit en-
core que Mr. le Prince de Conti , &
Me. de Longueville aiant fait deman-
der à la Reine un Brevet pour le
Prince de MaiiîUac , il avoit crû de-
voir fervir (on Ami en cette occa-
sion ; mais' 3 que fî Mr. le Prince ,
en confidtration de leurs plaintes , fe
rclâclioijc pour Marfillac , que volon-
tiers il fupliroit fon Maître d'en faire
autant à l'égard de Madame de Ponts,
(& qu'il ne vouloir point pour des
particuliers mécontenter le public.
Mr. le Prince , fçachant fa Répon-
fc 5 lui en fit des reproches , lui dî-
nant qu'il lui mettoit toute cette Af-
emblée fur les bras , ^ l'allura , de-
riî pn riaiK , qu'illui feroic toûj<^urg
fore
i I* H' jtolre i Ame i Autriche, idj
fcrr ^ glorieux de partager quelque ^^^
choie avec lui , quand même ce feroic
la haiiîc de la Noblelle. Cependant,
ce Prince , qui n\'toit pas aifëàctoii-
lier , le fut un peu , quand il vit,
qu'après les Déclarations qu1l avoit
faites contre ceux de Tes Amis qui s'é-
toient joints à cette Affembiée , peu
^e ceux U quittèrent le parti. Il {c
plaignit hautement de Gc-rië , qui,
içachant le malheur qu'il avoit eu de
lui déplaire , le fut trouver. II s'en-
ferma avec lui , à ce qu'il me die lui
même , & lui répréfenca que chacun
s'ctonnoît comment pour un Ami de
fa Sœur & de Ion Frère , qui n'étok
nullement des fiens , il vouloit attirer
contre lui la haine de tant de braves
gens , & de perfonncs de qualité. Il
me dit que Mr. le Prince lui avoît
répondu de bon ton , Th as raifon,
mon pauvrt Gerfe j mah , jefnts réfolit
de ne me dgfumr jamais de ma Famille,
Je connolî t^a force , cjuand je les al de
mon coté j & tu^n^s quk choîfîr de md
Colère , on de mon Amitié % Gerfé,
qui ne vouloit pas perdre les bonnes
grâces de c€ Prhicc , lui répondit que
puifqu'il faloîc prendre parti , il quic-
M i teroic
2 é s Aiemàlres pour fervtr
1/345). teroic la NobJefTe , ôc renonçeroft
plutôt à la qualité de Gentilhonv
me , qu^à ccrlle de fon Seivitcur ; ôc
.comme il iVétok pas aimé , parce
qu'il étoit d'an naturel biulque,
qu'il éroit vain , railleur , 5c léger,
ceux qull abbandonna ne l'épargnè-
rent pas : ôc tous prirent cette occahon
-de l'infulter à leur manière ordinai-
xc y qui alloit au delà de la juftice
que les honeftes gens fe doivent les
X3ns aux autres. Je ne veux blâmer
ni aprouver les railleries qui fe firent
contre Gerfé ; mais , on le pou voit
défendre en cecte occafion , ou il
préferoit l'Amitié d'un grand Prince
a un intérêt public , qui auroit été
une grande chofc à un Romain , <Sc
de petite confidtration pour un Fran-
<;ois ; mais , il faut avouer auffi que
Çerfé, quafi en toutes les aérions de Çx
vie , a pu être blâmé fans injufticcj
parccquc , manquant de jugement , fa
conduite a été defedueufe en toutes
chofcs. Dans l'attachement qu'il a
£\\ pour Mr. le Prince , il n'a que
jtrop fait voir cette vérité . puifqu'il
fut canfe en quelque manière de
t?e,^icoup de maux , cjui fans lui ne
fci'oieni:
a l'H'flolre d' Anne d'Autriche, i ^9
feroienc pcut-êcre pas arrivez à ce i<?45»
grand Prince.
Les Piinces s'alfeaiblérenc au/ïï a
l'Hôrel de Chevreafe , parce qu'ils
éroient choqués de ce qne le Duc de
Boiiiilon , <Sc le Maréchal de Tureii-
ne fou Frère , voMloîenc prendre cet-
te qualité. Les véritables Princes vou-
lurent s'unir à la Noblefle , pouc
s'oppoicr à l'élévation de cette Famil-
le , & à ceux qui par des intrigues
vouloîent fe mettre de leur rang. Le
Duc de Vendôme fut député pour
aller informer le Reine de leurs def-
feins , & la fu plier très humblement
•de ne point trouver mauvais qu'ils
travaillalfent à conferver les avanta-
ges que leur Naiflance leur donnoit.
Cette AfTembléc ne déplut nullement
au Miniftre : il voioit avec joie que'
Mr. le Prince de Conti , &: Me.^ de
Longueville , Protecteurs du Prince
de Marilllac , Monfieur le Prince
proredeur de Mrs. de Bouillon , &
l'Abbé de la Rivière , de Me. de
Ponts , alloient être haïs des Princes,
& de la Nobleife \ &c foiihaitroit qu'on
pût mettre de l'oppo^rion à des chi-
mères y qui ne pouvoicnc aoporrer
M 3 c]^ue
2 " O Mémoires pour fervlr
l^4p. que du trouble dans la Conr. La
Reine , qui d'abord avoir vouUi par
prudence maintenir les Tabourets,
luivanc ^on inclination , &: les Senti-
mens de Con Miniftre , montra auflî-
tôr de ne point de fa gréer re qui (ê
faifoit, , & les Toirs a ^on coucher,
elle foî^fFroif que ceux qui étoic^nt les
plus animc2 contre l^s faax Piinccs
lui parîaiTtnt librement contre eux.
Les Pnî 'tiques difoient que la Reî-
îie devoir prendre cette occafion poiir
attirer ^ elle route la Nobk(îc , en-
la favorifânt oiivertemei.t conrre }Ar^
le Prince ; mais , le Cardinal , qui ne*
vouloit pas l'ofFenfcr , gardoit le
filence ; & croianr que fa retenue ne
pouvoit produire que de bons effets
pour lui , il fè tcnoit en repos , &
faifoit bonne mine à tous. Il fallut
en effet que Mr. le Prince revint à la
Heine , & par la même raifon le Priiv
ce de Conti / & Me. de LongueviU
le 5 furent aufïi conrraints de recher-
cher à lui plaire , & de demander dit
fecours à fon Miniftre afin de k
pouvoir garentir de cette haine pu-»,
blique par la Protedion Roialc.
Après pluficurs Négociations de leur
part.
a /^ fl' (l ire d' Anne d' Autriche. 1 7 1
pan , le Prince de Conci q'ii n'a- ^49^
vo't po"nc encore paru entièrement
réiini a la Keîne , réfolut enhn de
$'accomoJe^• avec le Cardinal , ou du
moins Vcn faire le femb'anc. Le
Duc d'Orléans le préfenta à la Rei-
ne , lui répondit de fon afFedioii au
Service du Koî y l'aifùra qu'à l'avenir,
il feroit tout- à fait des Amis du Car-
dinal. L'Abbé de la Rivière , aiant
inénagé route cette lîâîfon , par celle
qu'il avoit voulu prendre avec Me.
de Longueville , fut caufe que fon
Maître voulut ctrc le Médiateur de
cette Paix ; & la Réconciliation pa-»
rut y félon les paroles qui fe dirent de
part & d'autre , devoir être très (in-
cere & durable : mais , ces fortes de
perfonnes n'ont pas accoutumé d'Cilr-
mer la fidélité , ni d'en faire une ver-
tu ; & pour l'ordinaire , la diflî-
inulation eft une de leurs plus belles
qualitez. Me. de Longueville fut
de la partie en ce racomraodement ,
qui n'étoit à Ton égard qu'une con-
firmation du premier. Le Cardinal
lui fit faire de grandes Protcftations
^c fervice , & cette Prî nceffe de fon
€Ôté lui promît fon Amitié & lui fit
M 4 dire
î 7 i Afemolrtf pour fervîr
dire qiiMlc vouloit être de Tes A.
mies ; qu'elle ne fe meleroit plus d'au-
eune choie qui put être contraire à Tes
intcfréts ; & qu elle ne vouloit plus
de plaire à la Reine par aucunes à&
fes allons. Elle fut en eifet quelque
tems 5 qu\lle difoit elle-même publi-
quement qu'aiant fait ce qu'elle avoit
pu pour chafler le Minillrc , les diffi-
cultez l'en a voient dégoûtée ; qu'el-
le étoit laflTe de Pintrigue,& qu'elle ne
voulait plus penfcr qu'à fe divertir.Cet*
tu union de la Famille Roiale devoft
préfager quelque repos; mais le feul ef-<
îet qu'elle produifit fut défaire différer
le Mariage du Duc de Mercœur.
Le Duc d'Orléans , pour éviter lai
haine de la Nobîeffe ^ fe réfolut d'a-^
feandonner les Tabourets. Son Favo-
ri y confcntît , parce qu'il aimoit.
mieux fe confcrver des Amis dans le-
Roiaume , que de fervir MioiTens tout
feul & Me. de Ponts. Il aimoit
la Dame , comme une Perfonne qui
lui pkifoit 5 ou qu'il eroioit utile.
à fes intérêts , & Mioffens com-
me un honnête homme , & comme
fon Ami ; mais , il fe confidéroit
trop lui-mcme , pour bazarder fa for-
tune
à VHlflolre et Anne d'Autriche, 27 5
tune afin de leur plaire. Le Duc 1(^45?
d'Orléans témoigna donc à l'Alfem-
blée des Nobles , qu'il ne vouloir pas
les deibbliger , ni en Corps , ni pas
un en particulier j & fit en cela ce
que la Keine eût pu faire elle feule ,
afin de les gaigner tous. Elle fut ar-
rêtée en cette occafion par les fines
circonfpcdions du Cardinal , qui
étoit pcrfuadé que la fouffrance étoic
alors néceiraire à fa confervation ,
qu'il confidéroit autant que celle de
l^Etat. ^
Le Parlement , malgré les vaca-
fions 5 ne laillbit pas de donner toû--
jours quelques petites marques de fa
lîiaavaile volonté. Il continuoit de
protéger les Bourdelois , dont la Ré-
volte prenoit de nouvelles forces ,
plutôt , que de diminiier. Beaucoup
de gens raifonnables difoicnt , que le
Duc d'Epernon , naturellement via-
lent , s'ëtoit attiré la haine de ces mu-
tins avec quelque fondement, & qu'ils
n'étoient pas tout- à-fait coupables de
lui réfider, en demendant un autre
Gouverneur. Selon les Loix de Té-
quité de de la juftice , nos Rois ne
doivent- pas donner des Tirans a Icnirs
M y Peu*
i 74 Afemoirfs pour fer vif •
i545?. Peuples pour les gouverner .-ils font
leurs Pères 3 au (îî bien que leurs Maî-
tres 5 & doivent les gareinir de l'op-
preflîon & de la malice da eeux quîi
les commandent > fous leur Autori-
té. Mais 5 il eft vrai q-ue cette Ville.
a toujours été icditienie &: mutine ^
^ que fes habitans éloignés de la
Cour 5 & qui ont long - rems ©béïs,
aux Loîx Angloifes , font facilement
excitez à la Révolte. La Reine , &;
fon Con feil 5 depuis quelque tems ,,
avoicnt jugé à propos d'y envoler le
Maréchal du PleiTîs , pour apporter,
quelque remcdc à leur defobéïirance ;,
maïs 3 comme il reconnut l'état àts
Efprîts 3 il écrivît à la Cour , qu'il;
avoit trouvé les Affaires en fi mauvais;
ctat 3 qu'il ne les croiôit point reme-
diables, , que par une puifTante Ar--
mée , qui pût donner au Duc d'E-.
pernonle moien de fe vanger pleine*-
ment. îi manda de plus à. la Reine ,,
qu'il n'avoit pas trouvé à propos d'y,-
cntrer^,^ parceque les Bourgeois n'à--
voient: pas voulu faire cefiation d'ar-
mes pour le recevoir. Les Bourde--
loîs en, effet, avoient menacé de Tllc p,
tieiitenant des. Gardes du Corps >
qiii-
a l'Hîjlolre d^Ame et Autriche, 273"
qui peu auparavant avoît été porter i C\^<
au Parlement quelques ordres de la
part du Roi , de le lapider ; ce qui
faifoit voir clairement le Defordre de
la Révolte de cette Province , & le
peu d'inclination qu'elle avoit à la
Paix.
L'AfTemblée de la Noblefle contî-
tiuoit 3 & devenoit formidable à ceux
même à qui elle ne déplaîfoic pas.
Ceux 5 qui en étoient les principaux 5
propofércnr d'envoier par ks mai-
fons 5 faire figner tous les Gentils*
hommes , qui pour lors fe trouve-
roient à Paris j mais , ce deffein ne
fe put exécuter , pour beaucoup de
difficulcez qu'ils y trouvèrent. Le
Prince de MarfiUac s'en étonna, il-
crut qu'il ne pouvoit plus foutenîr fa-
prcrention , fans cmbai-afTcr Tes Pro-
tecteurs & fe réfolut de montrer en
apparence qu'il la vouloir abandon-
ner jufques à une autre conjondiure.
Il communiqua fa penfée à Miolfens ,
qui parloit pour Me. de Ponts , &
^us deux (ans montrer de fcntir les
déclarations que le Duc d'Orléans
avoit faites,, contre eux , allèrent Is
|rouv€ra.6c lui dirent qu'ils étoient
M 6 ri^
xjG Mémoires pour fer vlr
x645.réfolus de ne le plus importuner de-
leurs intérêts. Ils le remercièrent très-
humblement de la bonne volonté'
qu'il leur avoir témoignée , ^ le fu-
pliérent de n'y plus p en fer. Le Prin-
ce de Marfillac , par le Confeil du
Prince de Conti , & de Madame de
Longueville , alla trouver Mr. le-
Prince , à qui il en dit autant , avec
des fcntimens accompagnez d'unt re*
eonnoififance plus particulière. Mr;
le Prince n'aprouva point ce defTein i,
& ne pût confcntir à ce dcfiftement ,,
ce qui ne déplût pas à Madame de
Longueville ; car y elle avoir eu in^-
tention que ce compliment attirât,
cette réfiftance. La Famille tintconj-
i^eil là-deflus , & cette Princcfle y fit
conclure même par la Princefle /a.
Mère 5 que Mr. le Prince devoir fou-
tenir cette Affaire. Il le fit donc ^ 6^
Mr. le I rince crût qu'aiant montre
de la dc/îrer , c'étoit allez pour To*
bliger à. ne fe plus relâcher , puifque
l'intérêt de fa gloire étoit mêlé dans>
ceux du Prince de Marfillac. Selon
ce Sentiment, il lui ordonna d'aller
tout de nouveau chez le Duc d'Or^
leanSylui dire qu'il avoit fçû qu'on
avoir
a l'Hîfloire â*A)ine ^Autyîche, lyj
avoir imputé à foibleire la réfolurioii 1649...
c]u'il avoir faite de quîrer cerre En-
crcpiife i & que fe rrouvanr ci^gagc
d'honneur à la foutenir , il le fup-
plioîr très humblement , de lui re-
donner fa parole & fa protedlion. Le
même jour , il fit fçavoir à MiolTèns
ce qu'il avoit fait par ordre de Mr.
le Prince , & le pria de continuer Tes-
Sollicitations envers le Duc d Or-
léans y ôc particulièrement avec fon
Favori , Protedeur de /a chimère ,.
comme Mr. le Prince l'étoit de la-
ficnne. ils firent enfin tous leurs ef-
forts pour empêcher que leurs Ta-*
bourets ne fu'Jent détruits ; mais ,
cette opiniâtreté fut bien-tot vaincue'
par la continuation de l'Airemblée ,.
ôc par les forces qu'elle prenoit à tou-
tes les heures du jour.
Le quatrième du mois d'Octobre ,. Le 44
le Maréchal de l'Hôpital , qui corn- OcIoh
me j'ai dit en ctoit le Chef , préfenta^^^'
à la Reine un Mémoire de la part de
ce Corps , où toutes leurs Raifons
étoient exactement écrites. Par les
demandes qu'ils fiiifoient , il étoir
aifé à juger que cette Affaire alloic.
devenir une chofe. de grande confé-»
quencee.
£ 7^ Mémoires pour fervlr
l^ip. quencc. Pluficiirs Efpnrs bronîllons*
s'y croient mêlez trop avant avec des
delTciiis dangereux à l'Etat , ôc au;
Miniftre en fon particulier. Les
grands Seigneurs , ôc les bonnes têtes,
eommençoient à parier de réforma-
tion fur tous les abus qui s'étoient
glKfez dans le Roiaume. Certaines
gens', qui font des Brutes, & des-
CafTics , Amis de la Liberté , & par
Gonféqucnt oppofez au Pouvoir des
Favoris , &' plus encore à la Monar-
ehie , demandoient la Gonvocatioir
des Etats , ôc que les Defordres qui
ie commettoient contre les Loîx de
l'Etat fulTent remédiez par cette
voie. Ces Propoilrions , qui fervent
toujours de prétexte à PlnfiJélité y
épouvantèrent le Duc d^Orleans , Mr.
le Prince , ôc le Miniftre ; car , ils
ne vouloient ni les uns ni les autres
pafler par la Réforniation. On ré-
folut au Confeil de leur lailfer efpé-i.
i?er la Révocation de? Brevets dont
l'Aifea^biée fe pla'gîioit, ôc le Duc
d'Orléans 5 en fortant de chez la Rei-
ne , dit tout haut ce jour-là 5 qu'on
remc'tcroit l'Affaire a la Majorité.
Malgré cecte Réfolution , le Duc
de
a VHijlolre d'Anne d'Autriche, ijc^
de Vendôme fut Député de la parc 16^^^
des Princes y vers l'AlTeipblée des
Nobles, Il y parla, avec éloquence
^ vigueur , 6c repréfenta Tinréréc
commun tant des Princes , que des
Gentilshommes » de s'oppofer aux
Dcfordres qui s'éroient glilfés depuis
quelques années dans la Cour. Il fe
plaignit de la prétention du Duc de
Bouillon 5 ôc du confentement qu'il
ièmbloit avoir obtenu en fa faveur ^.
Ôc les pria tous de s'unir avec eux
pour leur deffenfe commune 5 pro-
mettant aufïi de la part, des Princes y
d'en faire autant pour eux , 6c pour
cous les intérêts de cette nature. Il^
le reçurent 5 (5c lui donnèrent la pre-
mière place : pui^ , après avoir déli-
béré fur fa Requête ,- ils réfolureur
d'accepter l'Union , aux conditions-^
qu'elle leur étoit demandée , c'eft-à*
dire de s'oppofer à la qualité de Prin-
ce que le Duc de Bouillon deman*
doit comme Souverain de Sedan , ÔC
à celle de Me. de Ponts , Si du Prin-
ce de Marfillac.
Les Gentils- hommes députèrent:
quelques-uns d'entre eux pour al err
sjemercicr les Princes de Fhonneur-
qu'îisN
i8o Mémoires pour fervlr
qu'ils a voient reçus , 6c les Princes
leurs donnèrent la main droite. ^ &"
les furent conduire jufques à leurs Ca-
roflTes. Ils firent tous enfemble uir
Concordat qu'ils iignérent , par ou
ils fc promettoient réciproquement ,^
affîflrance , & protedtion , & promi-
rent de ne fe point defalîembler , que
la Reine ne leur eut accordé leurs
Demandes, ll^ entendoient par là
ia Réformation de cous les Abus de
cette nature , faits depuis la Régence.
Elle regardoit , non feulement le Duc
de Bouillon , le Prince de MarfiUac ,
& Me. de Ponts ; mais aufîî Me. la
ComtcfTe de Flex , qui déjà étoit en'
polfedion de cet honneur par les rai-
fons que j'ai déjà dites. Les plaintes
de la Nobledc la mirent au rang des'
griefs dont l'Airemblée fc plaignoit ,
Ôc la qrace qu'on avoit accoricc à la'
Fille en confidcration de Me. de Sé-
nécé y fa Mcre , dont le fang de Foix
avoit été le jnftc prétexte • fut révo-
qué par l'importante raifon du Bien"
pub'ic. Us firent aufîi des plaintes'
de ce que la Reine avoit donné le
Tabouret à Madcmoifclle de Mont-
bafon : la Grandeur de la Maifon de
Ro-
à
a /' Hljîoire d' An ne et Am nche . i S^ r
Rohan ne les en empêcha pas Ce- i(345?\
toir la vouloir priver d'une chofe
dont elle étoit en podeiTion depuis
long-tems , & cet article penfà trou-
bler toute la Cour. Ils parlèrent au (II'
contre Me. de la Tri mouille , qui
avoir le Tabouret , non Teulemenr
pour elle , qui le devoir avoir com^
meDuchefTei mais pour Tes Filles,
qui ne le poavoient poiféder à ce
qu'elle difoit qu'en qualité de Prin-
celî'es , puifque les Filles de Duc ne
t'ont pas.
Le Duc de la Trihiouille portoit
le Nom de La Val , qui eft illuftrc ,
mais qui ne le faifoit point Prince.
\ Cette prétention de Principauté étoit
I fondée fur ce qu'un de leurs Ancê-
. très de leur Branche de Laval avoir
; époufé THéritiere du Roiaume de
I Naples & d'Aragon. Ils difoient a-
i voir droit à cette Couronne , qui
' pourtant avoir été donnée par Fréde-
: rie d'Aragon Père de cette Fille par
A6le authentique au Roi de France ;
Se nonobitant cette Donation , ils.
foutenoient être devenus Princes ,
étant fortls d'un Souveraine ; particu-
lièrement , depuis que dans l'Adem-
blis:
iSi 7i4emoî ef pour ff'rvlr
1^4.9. f'iéc de Munfter, leur Dioir y avoir été
repréfetiréau Nc>nre,6cà l'Ambaiîadciiu
de Veii'Te. Le Comte ^e Servîen ayanc
cet ordre du Koi de favorifer ccce Fa-
mile aman; i.yx'\\ L- pourro'c faire, faiisi
choquer L?s Orots de la Couronne,or^
donna à mon Frère , qui écoîr auprès
de lui & que* le defir de voyager
avoic conduit en ce lieu , d'expliquer
aux Médiareurs Ic*^ raifons qu'elle avoit
de fvj déclarer fur cette haute préten-.-
tîon. Il le fit , ^' protc fia anfîî con-
tre tout ce qui pourroît fe faire , qui
leur aui oit pu erre contraire. En mê-
' me rems , Monfîeur Servien protefta-
auflî 5 que ce qui en ce fujet , fe faî-
foit pour gratifier le Duc de la Trf*
mouille , ne pourroit être d'aucun
préjudice au véritable Droit du Roî..
Toutes ces chofes ayant été propofées
par cette AfTemblée ^ la Cour étoit
prête d'en recevoir de grand î trou-»
blés 5 Ç\ elle eut continué davantage.
Montréfor &: le Comte de Bethune ,.
ctoîent des gens entêtez de leurs opî^
nions, &" capables d'avoir des dclTeins
fâcheux. Us voulurent faire recevoir
flans cette AlTcmblce le Chevalier de^
Gui*
k l'Htjlolre à' Anne â* Autriche, i S 5
Gnife 5 en qualité de Gcntilhoirme, 1(3451*
àdcficiii d'incroduiie un Piiucc j. armî
eux 5 qui aî.roir peut être pu (eivirà
faire naîrre de nouvelles Biouilcries.
Ainfi 5 tout etoit à craindre de cette
EnioJon \ de cela Fut caufe que U 'Mi-
nière , quand il en vit les conféqnen-
ces , fouha'ta ardemment de la faire
Énfr. L'Airrmbléc refufa le Ch'.'va-
lier de Guife , & réfolut en même
tcms d'envoyer des [dépurez vers le'
Clergé 5 pour le convid de prendre
part à leur Caufe commune jVii qu'il
fc tr »uvoit dans leur Corps beaucoup
de P.rQ)imes de Condition , qui
avoîent auranc de fujet qu'eux , de ne
pas fouffrir que ces Prérogatives fuC»
fent accordées C\ Icgéicment à leurs
femblables. Le Chevalier de la Vie-
villejC^^ Laîgue , qui avoien: été choi/îs
pour cette Députatîon , fçachant que
cinq ou fix Evêques dinoient ce jour
là chez l'Archevêque d'Ambrun . les
furent trouver , pour s'acquitter en-
vers eux de leur Commiffîon. La
plupart de ces Prélats ne penfoîent
qu'à faire bonne chère ; mais , le
Coadjuteur , qui étoit du nombre , de
qui avoit fait infpirer es defleln à l'Af-
fcm-
1^4 Mefno'res pour feyvir .
femblée , témoigna fouhairer , que le^
aiure.'^ entralîcnt dans les ii tcrécs de la^
NobîefTe, Le delir d'une Faulle gloi-
re qu'il s iniaginoît reç voir par le-
bruit de re«. intrigues , lui Faîfoit cm-
braiTer avec joye toutes les occafions-
oàilpourroît faire parler de lui. Aînfi'
tous rék lurent de s'airembier aux-
Augudins 5 pour aviier à ce qu'ils-
avoîent à répondre aux Députez. Ils
prirent jour pour cet effet , afin d'en-
^çagcr leurs Confrères à ce même AçÇ--
iein.La Reine fçachanî leur réfolution'
envoya quérir les Evéques , & leur
^ir qu'elle vouloir contenter la No--
bleîTe fur toutes leurs Demandes , &
qu'elle avoit voulu leur faire part de*
fès delleins, afin qu'ils ne penfafrent
point à s'aifembler , puiique l'Affaire
lî'étoit plus en état que la Nobleflc'
pût en avoir aucun befoin. Les Evê-
ques firent fçavoir à l'Alfemblée les»
promelTes que la Reine leur avoir fai-
tes de la fatisfaîre , & le refped): qu'ils-
étoîent réfolus de lui rendre , obéif-
fants au commandement qu'elle leur
avoit fait. La Nobleilc n'en fut pas-
contente 5 & toute cette AfTemblée
nuumuia contre eux ;, avec autant de i
haii^
îiaureiir , que s'ils eudent tous ctéi^^c^^
chacun en particulier les Mutres de
TEtac. Si le C'ergé fe fur joint avec
eux , le PaïknienL y aurcût peut être
pris part , & quafi fans y loi^gcr les
Etats fe feroltnt trouvez formez. '
Cette audace s'augnicntoit en eux à
îiiefurc que leur Corps grofîîflfbit \ Se
plus elle continuoit , 6c plus elle fe
xendoit puiilante.
Les Ducs réfoîurent de s'anTemblec
comme les autres , ôc députèrent le
Maréchal de Schomberg Duc d'Al-
luin vers la Noblede , pour leur de-
mander l'Union réciproque , tendante
à la conftrvatîon de leurs Dignitez , &
à la Siipprcffion des grâces qui fe fai-
foient fans fondement à leurs fembla-
bles : puis , il en vint rendre compte
à la Reine , dont l'inquiétude com-
anençoit à devenir trop forte , pour
lailTer plus long-tems cette Affaire fans
remède. On tint un confeil pour avi-
ser aux moyens de la finir entière-
ment. La réfolution y fut prife d'en-
voyer à TAflemblée quatre Maréchaux
<le France , lui iiguifier autentîque-
ment les volonrez de la Reine , ce
^ui fe fit le lendemain avec toute la
gra-
l8 6 Mémoires pour fèrvlr
téi^, giavîtc rcquifc en telle occafîon,
Cjmme l<;s Nobles propololcnt de
dép icer loiu de nouveau vers le Cier-
ge , pour le forcer de s^'incéreder en
leur Caufe , on leur vint dire que les
Maréchaux de France vLnoient les
vilîter de ki paît de la Reine j ôc quoi
-qu'ils fçeuiîeni: déjà qu'ils apporcoienC
tout ce qu"'ils avoieut demandé , ilsx)e
îaiirérenc pas d achever tumultuaîre-
mène leur Délibération : cSc les mal-
inrcncionnez furent quafi fâchés de ce
qu'on les craircoic Ci bien.
Le Maréchal d'Errées , le Maréchal
ÛQ Schombcrg , de THopital , 6c de
Vnieroi , étant entrez dans l'Ali em-
blée , y prirent la place qu'ils dé-
voient occuper , comme Chefs , ÔC
Préfidens de la Noblede. ils lignè-
rent d'abord le Concordat fait entre les
premiers Gentilshommes qui avoienc
commencé l'Alfembléc : puis , le plus
ancien , & tous quatre enfcmble , par-
lèrent à la Compagnie de la part de
la Reine. Ils dirent que Sa Majcfté ,
ayant eu égArd à leurs très humbles
fupplicatîons pour leur témoigner la
bonne volonté êc l'elh'me qu'elle
faifoit d'un Corps fî célèbre , elle
aYOÎt
a r H'flolre d' A^ne â'Jutr 'che, 1 8 7
tvoic bien voiilii les envoyer affûrei- 1(^4^;
par eux qu'elle rcvoqnoit les Tabou-
rets du Prince dj Marlîllac,5c de Me.de
Ponts , <Sc l'Enaée du Louvre au Prin-
ce de Marfi lac ,• qu'elle leur proniec-
toic qu'il n'en feroit jamais parlé , &
qu'elle leur permectoit de s'aflembler
tout de nouveau , il elle ne leur te-
iioit pas la parole qu'elle leur don-
îioic ; qu'à l'égard de la Com-rcife de
Flcx , elle leur déclaroit , que c'étoit
feulement à ia pcrfonne , & en confi-
^ération des Services qu'elle avoit re-
^us de Madame de Senecey Ql Mère,
quelle lui avoit accordé cette grâce, Ôc
point du tout à fa qualité , ny aii
îang de Foix ; que néanmoins , pour
lie les point inquiéter , elle lui ote-
roit auffi le Tabouret ; que pour ce
>qui regardoit le Duc de Bouillon, Sa
Majcfté leur promettoit encore de ne
lien innover en fa faveur , & qu'elle
îie lui donneroit point les prérogatives
^Li'il demandoit , quoique fon inten-
tion auroit été de les lui accorder, fans
leur confidération. Les Maréchaux de
france leur offrirent de leur répondre
des promeflTes de la Reine , en leur
%nant eux mêmes qu'elles s'éxécutc-
roieiît
2^8 Mémoires pour fer vIy
jS^c), roienr. On peut voir par la Reponfè
de la Reine , qu'elle etoîc déterminée
k donner au D.ic de Bouillon les hon-
neurs qu'il demandoit , étant perfua-
dée qu'elle ne les lui pouvoir rrfufer,
après que le Pape les lui avoit accor-
dez 5 8c que cette réiolution hu retar-
dée avec deOein de reiîc(3:uer quand
elle en auroit le pouvoir.
En fuite de cette favorable Haran-
gue 5 il fut conclu j qu'on envoieroic
vers les Princes , pour fça voir s'ils
étoient contens , &c réfoLrent de ne
point accepter les grâces que la Reine
leur faifoit , avant leur Réponfc. Le
Duc de BcauFort en même tems fe
préfenta à l'Alfemblée , qui vcnoit de
la part des Princes , pour prier la No-
blelfe d'avoir égard à leurs Intérêts*
Il y eut de Tembarras fur le rang qu'on
lui donneroit , les Maréchaux de
France étant à la Place qu'ils dévoient
nécelfairement occuper. Il fut réfolu
qu'il parleroit debout , & qu'il fcroîc
écouté en la même manière. Ils dé-*
putérent aufîî vers les Ducs pour les
remercier Se Içavoir leurs volontez.
Les Ducs donnèrent place à leurs Dé-
putez après le premier Duc.
M.
' ^iHljlolre à* Anns <t Autriche. iJ^p
M. LePrinœ , en mauvaife hu- 1^45.
■ fîaeur de lyavoiu pas réuiîi en cecte
Affaire , propefa dans le Gonfeil da
Roi d'orer à tous les Piinces Etran-
gers le Privilège qu'ils ont de fe cou..
vr:r devant le Roi-^, quand il vient des
Ambafladeurs. Le Duc d'Orléans s'y
oi^pofa 3 à câufe de l'intérêt qu'il pre-
noic à u Maifon de Loraîne , grande
jeneifct , & une des plus anciennes
? SoLiverainecez de rEurope.
Les Brouillons de PAfïemblée
voulurent en piéfence du Maréchal
d'Etrces attaquer les Brevets que la
Reine avoit donnez dans les prémie-
»T. années de fa Régence , à lui & à
d'autres , 8i voulurent lui perfuader
q^i'ils étoient compris dans les pro-
mcllesqae la Reine venoit de faire
par la boud^ie. Cette malicîeufe Pro-
po'KÎon caufa une grande rumeur , Se
ie xViaréchal a Etrécs , tranfporté de
colerc , quitta l'AfTc-rablée , difanc
qu'il éfoit injufte aux François de crier
contre les Dignitez que les^Rois feloa
leur coutume , & les Loix de l'Etat .
ipeuvent faire aux Gentilshommes l
3c que tous avoient intérêt à les fou-
-enir 5 puifque tous dévoient efpére;:
Tom IIL N tue
ijo Memmres four ffrvlr
y par leurs Services , & la faveur , d'en
''^^" avoir leur part. Après ce bruit, tou-
tes les difficultez fe terminèrent a
trouver de la fureté dans les paroles
de la Reine , & après beaucoup de
Dépurations faites de part & .d'autre ,
trop longues à remarquer en détail ,
tous conclurent à demander un Bre-
vet à la Reine, figné d'Elle, & des
■cuatre Secrétaires d'Etat , ou notoi-
rement let>uc de Bouillon fût excms de
fes démandes , afin de fatisfaire les
Princes >& que les autres Gfaccsre-^
voquées en faveur de la Nobleffe de-
meurartént annéanties. Il y eut des
gens mal intentionnez , qui demandè-
rent outre le Brevet une Déclaration
du Parlement ; mais , les fages voiant
que cette chicaonerie procédoit d'une
mauvaife caufe , réfutèrent cet avis ,
le trouvant honteux au Roi & a eux.
La Reine , voiant que cette Aflcm-
blée dégéneroit en quelque choie de
fâcheux , réfolut d'y envoyer les Ofti-'
cirrs de la Couronne , & toutes les-
Perfonncs de Qi^alité attachées au^
Roi . à Elle , & au Duc d'Orléans ,
& ;, Mr. le Prince = dont quelques-
*ms «'çtoient retirez . voiant qu'on-
paiioit
^ l^Hlftolre iAnne ^Autriche. 19 i
prloïc de réformer les Abus de TEtat ,
Beaucoup d'autres auffi , à caufc de '^^^•
Mr.lePrihce , qcii jufqu^alors avoit
protège ^affaire des Tabourets com-
me liemie , Pavoient déjà quitée ;
«lais, enHn, il fallut qu'ils y retournaf-
cnt pout y fervir de baricades contre
ifs Miitins. Ce gros amas de tant
de Perfonnes de qualité , qui avoient
<ie la puiffance par leurs Dignitcz, &
par leur Naiifance , Remporta fur la
Troupe féditieufe , ^ fut caufe que la
Rdolution fut prife dans PAHembiée
d'en demeurer au Brevet conçu dans
\^s termes qU^ils le demandoient. On
conclut enfin , qu'ils remercieroient
très humblement la Reine des bontez
quelle avoit eues pour eux , & qu^iis
lelepareroient tous fans parkr d'a^ an-
tage de jondion. Ils cnvoieient auf^
il remercier le Clergé , qu'ils a-
voient forcé de s'aOèmblcr depuis
leur refus ; mais leur Aifcmblée ,
pour ne point déplaire à \2i Reine,
^etoit faite chez le Minillre Le
Maréchal de l'Hôpital . pour avoit
«e leur Chef, eut une promellè fe-^
erete d'un Brevet de Duc ; mais, n'a-
yaut fça faire, dans le Poftc 011 il ctoit
! N z Gou^
z^t Mémoires pour fervîr
164p. Gouverneur de Paris, alîèz de bîem,
de avoir eu quelque pent<2 au mal
cette prcmefse fut fans effet.
La feule chofe , qui refloît indécî-
fe a fut l'Affaire de Mademoifelle de
Monrbafon. Comme ce Tabouret a-
voit c'té attaqué pendant les rumeurs
de TAffemblée , Mr. le Prince, 6c Me.
de Longueville , qui la haïnoîent , fi-
rent remettre cette queftion en difpu-
ce. Elle étoic alTez difficile à juger;
car les Filles de la première Branche
de la Maifon de Rohan avoient cejc
avantage du tems d'Henri ÏV, comme
aiant l'honneur d'être de \t% proches
Parentes. La Princeffe de Guemné ,
lorfqiï'elle époufa le Prince de Gueme».
né Fils aine du Duc de Montb*-
fon 5 qui croie auflî bien qu'elle de la
jMaifon de Rohan , fans être ni Prin*»
ceiTe ni DuchefTe , eut le Tabouret en
fe mariant. Elle obtint cette Préroga-
4:îye , dans un tems que la Reine Ma^
riç de Médicis , qui n^étoic pas hura-
fole 5 ne la donnoit pas légèrement %
mais 5.on,difoit à cela qu'elle l'avoic
eu par faveur, 6c que le Connétable de 1
Iviiynec le lui avoic fait donner , à j
^;pfr .au';l avQÎc f-poufé Mademoifelle ;
itH'floîreà*Ameà'Auîriche. 25J3
de Monrbafori , depuis Madame de i64f<
Cbevreuffc , Fille de la première Fem-
me du Duc de Montbafon. Madamet
de Gnemené néanmoins prétendoic a«
voir ea le Tabouret à jufte tirre , §£
vouloir être PrinceiTe , comme celles
qui en tenoienr le rang par une ancien-
ne & légitime poiTeflion. Elle difoit
que les Filles des iîmples Ducs n'aianc
jamais eu le Droit , Elle , & tou-.
tes celles de fon Nom , mêlées au Sang
de Bourbon ^ n'en avoient pu joliir ,
qu'en cette q;Ualité de véritable Prin-
:€e(re. Quoi qu'elle n aimât pas Ma-
jdame de Montbafon belle Mère de Ion
jmari , elle s'intereiToit autant qu'elle
le devoit au Tabouret de fa petite bel^
le-Sœur ; & comme elle étoit mieux
à la Cour qu€ cette Dame , elle en
parla fou vent au Miniftre, & avec cha-
leur. Madame de Montbafon avoit
des Amis. Les Dames de cette qualité
avec une grande beauté , n'en man-
quent pas. Moîifieur , Oncle du Roi ,
s'intereflbit en fa caufe , & le parti des
Frondeurs étoit à elle. Elle faifoit
grand bruit > & fe plai^noit hautement
de ce qu on mettoit en doute une
shofe établie depuis lon^tems , aiant
N 5 déjsr
2^4 Mémoires p$ur fervtr
i6^^, déjà eu d'autres de fes Filles qui s'é-
toient aflifes devant la Reine j de quoi
qu'en effet on put trouver des raifons
pour la combattre , fa poiîèffion ^ &
la grandeur du Nom de Rohan ^ lut
faifoit dire avec fiijet qu'elle vouloir
aller au Cercle , & que fî on ne don-
noit un Tabouret à celle qu'elle avoit
alors auprès d*elle , elle lui donneront
la moitié du ficn. La Reine fut oon»
trainte de lui envoler commander de
n'y pas venir , pendant que Mr. le
prince lui feroit contraire j Se pour
appai(er ce vacarme, qui pouvoir ca^i-
fer de nouveaux troubles y la Reine
lui fît dire en fecret , qu'elle lui pro-
mettoit de conferver le Tabouret à fa
Fille, pourvu qu'elle eût affez de faget
fe pour laiifer auifoupir le bruit par
le tems , ôc qu'avec ce remède Ci falu-
taire à tous maux , elle la garentiroit
de celui dont elle fe plaignoit. Ainfi
finit l'A(femblée Se toutes les chofes
qui la fuivirent , pour faire place à
d'autres Evénemens beaucoup plus
grands , & plus confidérables.
A cette Affaire fuccédcrcnt les brouil-
leries du Parlement , qui s'alfembla en
faveur des Bourdelois. Il fut arrêté
que
a L Hijlolre à' Anne d^ Autriche» i^f
que l'on feuoit des Remontrances à la
Reine fur leurs intérêts ; ôc cela vou-
loit dire en déffenfe de leur Révolte»
Le PréfîJent de Novion fut chargé de
les faire ; Se comme il avoit Tinclina-^
tioii un peu fronde u le avec beaucoup
d'efprit , il s'en acquitta avec force ÔC
vigueur. Il en fat eftimé par ceux qui
dans ce temslà tenoientà gloire à'è-^
tre toujours contre la Cour. Cette
Harangue fut accompagné de la Nou-»
velle qui arriva en même tems que
ceux de Bourdeaux avoient pris le
Château Trompette , ôc le démolif-
foient y afin de n'avoir plus rien qui
les put empêcher d'être les Maîtres de
leur Ville & de leur Province.
Ces Defordres , foit dans la Cour y
foit dans le Parlement ôc dans les Pro-
vinces , ne rempliflbient pas les Cof-
fres du Roi. Les Princes du Sang
aidoient à les vuider , ôc le peu de
foumiflîon du Parlement empêchoit
les Peuples de paiér. Le Maréchal
de la Meillcraie ne fe mêloit plus des
Finances , Ôc le Miniftre n'ôfant enco-
re fe déclarer tout- à- fait fur le delTein
qu'il avoit d'y remettre d'Hemeri , les
avoit lailTé adminiftrcr par deux Di-
N 4^ recteurs
^^6 Mémoires pour fervir
^ ^49r redciirs , d'Alegre 62 Morangis ; gen^
de probité , mais qui auroient été plus.,
propres fous le Règne d'un Roi ha-
bile , qui n'auroic eu befoin que de-
fidélité , que (biis un Règne troublé-
par milles Révoltes y 6c fous un Mi-
niftre avare accablé des, befoins du^
Roi 3 ôc des fîens propres. Gcvte^
charge s*annéantiflbtr entièrement fous;
îa conduitte des Directeurs , qui i'e-
xerçoiênt; & celui qui gouverhoit crut
qu'il étoit nécelTair^ de leur donner uni
Chef , fous qui la Puifsance du RoL
reprît plus de forces. Par toutes ces.
xaifons ;, il feréfolut enfin de faire r-e-
"vemx d'Hemeri ; car , il avoit connus
Har expérience 3. qu'il ne faut, pas 's'i--
jnaginer qu^on puifse jamais iatisfairet
le Phiblic fur fes fantaifies.
Quand les Sujets fs révoltent,, ils;
y font poufsez par des caufes qu'ils;
ignorent , ôc pouï l'ordinaire ce qu'ils
demandent n'eft pas ce qu'il faut fairc-
pour les appaifer. Les Partifans qui
avoient été chafsez avec d'Hemeri pro-
met toient de grandes fommes pour--
vû qu'on le fît revenir , & difoient
qu'il écoic le feul capable de trouver
îes remèdes à la pauvreté qui acca-
bloiPi
éi'JfllJloireâ'AnneiMtrlche. 1^7
bloïc la Cour. Ils avoient fait de ,^40
grands prêts au Roi fur Pautorite de
ce Surintendant difgracié : ils é oient
întérefsez à fon rétablifsement ; &
pour retirer leur argent , ils étoienc
prêts de faire de nouvelles avances.
Les particuliers , tant de la Coût
que du Parlement , qui étoient enga-
gez dans les prêts , dcfiroîeiit auffi fon
retour : ils s^imagînoient que fa prc
fence pourroi: rétablir la confiance
publique ; & comme il avoir reçii
leur argent, ils efpéroient qu'il feroic
àts efforts pour les payer , qu\in au-
tre ne feroir pas.
D'autres perfonnes , pre'tendant à
la Sur-Intendance , fe fervoicnt , pour
s^oppofer à d'Heméri de cts mors vc<
«érables , du Repos public , & du Bien
deTEtat ; & difoient qu^l remet-
troit )ts impots , & Que fon retour fe-
roit du défordre, à de la fédition.
J^ii an ailleurs que îe Pré/ident de
Mutons, après avoir été exclus par
Moiificur, avoît reçu des afsûrances de
ce Prince, quUl ne lui ferait plus con-
traire . & qiill éroic changé en fa fa-
veur. Le Mîniftre voulant donc pro-
pofer ei^fin le rapel d^Hemcri , fut
N s bien
^,tj 8 Memùlres ponr fervlr
bien étomé quand il trouva le Duc
'^^^*' d^Orleans pour obftacle à fon deiTein ,
& qu'au lieu d'Hemeri , il nomma le
Préfident de Maifons à cette Charge ,
comme le plus capable pour la bien
faire ; qu'il feroit au gré de tout le
monde , 6c même du Parlement. Il
dit auiîl , q«c cette Compagnie fe
fentiroit obligée à la Reme de ce qu'el-
le auroit choili un de leur Corps pour
lui donner l'Adminiftration de fes Fi»
nances ,, & s'adreiTant au Cardinal
Mazarin y\^i confeilla de le faire , a-
fin de leur montrer de la confiance ,
& leur donner par là des marques af-
fûrées qu'il ne craignoit pas d'être ac-
cufé par eux de vouloir fouiller dans
les Coffres du Roi.. Cette propoii-
tion fâcha toucha- fait le Miniftre , &
oblio;ea d-Hemeri de chercher de la
prot^dion du côté 'de Mr. le Prince ,
parle Prince, de MarfiUac. Il y reuf-
fit , & par cette même voie il eut
auffi celle du Prince de Conti , & de
Madame de Longueville,qui portèrent
fts intérêts en tout ce qui leur fur
poffible. Beaucoup de Placards , s'af-
fichèrent alors dans les rues ,& dans
les Places publiques de Pans . qui
^ predi»
à VHlJloîre d'Anne d'^Htrîce, i^c^
prédifoient la ruine de la France , par iG^^.
\t retour d'Hcmeri. Le Miniftre y
fut menacé avec infolence , & traite
de même manière , qu'il Tavoic été
pendant la Guerre. La crainte de
quelque rumeur l'obligea de fufpen-
dre encore pour quelque tems Tac-
complilTement de fes volontez. Il
crut avec alTez de fondement que ces
Libelles venoient de Longueuil Frère
^u Prcfident de Maifons ^ ÔC Confeil-
1er au Parlement , qui aimoit la Nou-
veauté & l'Intrigue. Il avoit de la lu-
mière 5 & beaucoup de hardieiTc. Il
entreprcnoit toujours tout ce que {on
caprice lui faifoit juger pouvoir être
•utile à fes dedeins , fans que perfonne
eut le pouvoir de lui faire changer de
conduite.
La VieuviTle , qui avoit été Sur- In-
tendant du tems du feu Roi Louis
XIII 5 qui avoit été banni & relégué
en Hollande^^ar le Cardinal de Riche-
lieu 5 où il avoit paifé beaucoup d'ark-
nées étant revenu en France , par la
permilïion de la. Reine , avoit tou-
jours 5 depuis fon retour , defiré de
rentrer dans la première Place. La
jouilFance de ce bien Pavoit fi peu dé-
N 6 gou-
^oo Mémoires pdur ftrvir
goutc^ qu'il n''oublioit rien > pour
parvcîlir au bonheur de le poîîedei
îout de nouveau. îl faifoit de gran-
des offres au Miniftre , & lui promet-
toit; une fomme immenfe , s'il vouloir
lui donner le pouvoir de faire for tic.
ies deniers , qu'il piétçndoit pouvoir
lever fur le Peuple fans l'incommo-
der j C\ bien que le Miniftre , , dans
Tincertitade de pouvoir faire revenir
d'Hemeri , Éc fcmblant détourner Çqs
penfées de fon coté 3.& le fit propofet
à.Mon(îcur.3 difant que. puifqu'il n'a-
prouvoit pas d'Bemeri s & que la Rei-
ne ne y ouloit point. le Pré/îdent-de
Maifons-, elle fouhaiteroit qu il .vou^
lût donner fa, voix., au Marquis de, la
Vieuville. Le Duc, d'Orléans , qui
'vouioit obliger ce Prélident fans dé-
plaire à la Reine 5. ne put s'empêcher
de confenrir à cette propofiûon , puiC»
qu'elle étoit jufte & dans j'ordre ; &
comme il fc fut relâ.çb^ fur cet article ,
ks Amis de d'Hemeri travaillèrent aii-
prcsdehii, U auprès du Miniftre. avec
tant de force & de fiiccè^ , qu'enfin
ils obtinrent fecretemcnt du Miniftre
feul>, qued'Hemeripût revenir à Pa-
^i3^. W f demeura, caché qiielqt?^$
|oui:5
a l'Hifioîre à*Anm âtAntrlcy, %o z
jours 3 occupé à travailler 2ik^ Affai- i,(?4^j
res , dont la plus grande étoit de chan-
ger entièrement en fa faveur les Sentl-
mens de Monfieur. . Ce Prince ,
aiant tenu bon encore quelque tcms 3
fe rendit enfin à tant de combats à
ce que le Cardinal Mazarin defiroit..
L'Abbé de la Rivière.;, qui avoit été
des Amis d'Hemcri. , qui n'avoit
nul fujet de fc plaindre de lui., Ôc qui
ne lui avoît été contraire que pour
faire plaifir au préiident de Maifons ^
& pour mettre un homme dans les.
Finances qui lui fût entièrement obli-
gé , ne put y réhfter davantage.; &
il fallut qu'il Paiffat alLer cttte Affaire
félon le torrent qui Temportoit, Ain«
Çiy d'Hemeri fut tour de nouveau, nom--
nié àla Sur-Intendance , an conten-
tement du Public , & de fes Amisi
particuliers. Il promit à fon retour/
de paîer les Rentiers fur la Ville , .^:
deftina pour cet effet certain fonds
qui fe diftribuoit toutes les Semaines»
Gomme il y avoît beaucoup de per-
fonnes dans Paris qui avoient intérêt
à cette forte de. bien » chacun fc tut
fiiir fon retour. Il fe fit des Amis
4àns. le Parlement^ & celui qui , un>
/
30 2- Mémoires pour ftrvir
1^49. an auparavanr^avoîc eré clialTé avec dés^
marques de la haine publique,, fuc re-
çu de tous âvcc joie ôe bénédiction :
tant il eft vrai que les Peuples ne fe
gouverncnc que par caprice y ou par
quelque petit intérêt. Si cet homme
fût revenu avec autant de fanté que
de paix , il auroît eu lieu félon fes
propres maximes , de s'eftimer heu-
reux, il aimoit la vie voluptueufe ^
& par conféquent la faveur , & les
richeïT^s.
Chavignî, depuis qu'il étoît fortî à<^
prifon 5 avoft été toujours exilé ; mais ^
aiant un Procès contre le Préfident le
Cogneux 5 qui lui demandoît certains
rembourfemens fur fa Charge de
Chdncellîer de Monfîeur , qu'il avoir
autre fois poffédéejil fe fervi'c de ce pré-
texte pour demander permiffion à la
Reine de revenir à Paris. Le Cardi-
nal Mazarin naturellement doux , &
preiïe par le fouvenir dtv pallé , y con-
fcntitjà condition qu'il ne verroit point
la Reine. Qttaiîd il fut arrivé , toute
la Cour Palla vifiter. Mr. le Prince
«y fut auiïî , qui lui promît cout de
nouveau Ion Amitié ; ^ ce Minîftre
siial content <3c difgracié lui renou-
vella
^l*Hlfîoîre d'Anne (VAnmchr, 505;
yella les vœux de fon attachement, 1^45;
qui etoit déjà bien grand , &c que le
mauvais traitement , qu'il prétendoic
avoir reçu du Miniftre , avoit rendu
plus fort & plus étroit. Il fit deman-
der au Duc d'Orlcans , s'il auroit
agréable ^ qu'il allât à Luxembourg-
lui faire la révérence. Ce Prince l'a-
gréa 5 & il en fut alfez bien reçu. Son
Favori , & Chavigni , qui étoient En-
nemis 3 fe vifitérent , avec cette civi-
lité apparente qui fe pratique dans le
monde , au milieu de la haine & de
l'envie.
L'Ambition , qui cft fans doute la;
pafîion dominante de la Cour , nous
va faire voir une des plus bizares'
Avanrures qui foient arrivées dans
celle de la Reine. Gerfé , malgré l'at-
tachement qu'il avoit pour Mr. le
Prince , qu'il cachoit avec foin , s'é-
toit confcrvé dans les bonnes grâces
du Miniflre^par le moica defquelles ii:
avoit obtenu de pouvoir venir chez la
Reine dans les heures du foir. Faute
de fagelTe & de raifon , il s'étoit niis
en tête 5 à la faveur des faullès exa-
gérations qui fe pratiquent avec Ic5
Grands;)de lui faire paroître de grands
atten^
^o^ Mémoires pmr fervir
attendrilTemens par les louanges coti-
nuelles qu'il lui donnoir, de lui mon-
trer , que par fon zélé & fcs (cniu
mens , il alloic pour elle fort au delà^
de la fidélité que les Sujets doivent à-
leurs Souverains. Gomme cette vai-
ne imagination étoit ridicule en foi ,
la Reine ne la' vit point : elle lui ré-
pondoit toujours en nôtre piéfence
comme à des railleries extravagantes,
dx)ntelle ne faifoit pas grand cas. En',
mon particulier 5 je fus la dernière à
m'apercevoir de fes façons^ &: à les re-
marquer : je ne les croiois pas dignes-
d'être comptées pour quelque chofe»
Un foir ^ qu'enfin j avois^ ouvert \t%
yeux , comme nous allions nous rcd--
rer , le Commandeur de Jars , Made-
moifelle de Beaumont , 5c moi , je
voulus leur faire part de mapcnfce, .
Après mille précautions que je pri^,,
pour les obliger a ne fe point mocqucr
de moi 3 je leur dis ce que j'avois;
aperçu de Gerfé, & leur en demandai
la raifon, aiant quafi honte d'avoir pu
imaginer une chofe fi éloignée du bon
fens. Elle Tétoit en efiet ^ tant à
caafe de la folide vertu de la Reine,
^ue pour les qualitez du perfonnage.
aTHlflnlre d' Anne à'^Auf riche, 7,c\^
Eux, qui plus malicieux & p!u'> rinst^4î>.
que moi , avoîenc depuis ua afTcz
long temps été éclairez fur les tracall^-
ries de Gcrfé , commencéicnt à faire
de grands éclats de rire. Ils me de-
mandèrent fi je venois du Japon , on
de la Cour dii Grand Mo2:ol ; & fe
mocqucrent , noii pas de ce que fa-
vois eii d-es yeux , mais de ce que je
n'en avois point encore eu. Après
cette raillerie y nous nous mîmes à
parler de cette Affaire plus férieiife-
ment. Le Cpmmandeur de Jars nous .
conta 5 que déjà elle faifoic du briiîc
pac le monde , que Mr, le Prince ^Sc
Gerfé étoient en confidence enfemble
fur cette importante folie , & difoient
qu'une Femme Efpagnole , qvioique
dévote 5c fage , fe pouvoit toujours
attaquer avec quelque efperance.
Alors nous pénétrâmes dans les mo-
tifs de cette chimérique Entreprife ^
& nous trouvâmes qu'elle étoît fon-
dée , fur ce que Madame de Bauvais
première Femme de Chambre de la
Reine étoît Amie de Gerfé , qui n'é-
tant ni belle , ni jeune , & voulant
avoir des Amis , avoir flatté Gerfé de
!| cette- penfée^ qu'elle le r.endroît a^r^.a-
i " ble:
5 <? Jlîemoires pour fervîr
l^4p. ble à la Reine , & lui feroît de bonâ
offices. Cette promelîe , dans l'in-
tention de cette Femme , ne rcgar-
doit que la fortune de Gerfc : mais ,
comme il avoic beaucoup de vanité y
ÔC d'imprudence , & qu'il ne bomoit
par fes defirs dans les juftcs Hmices
de la raifon , il la prit de travers , ÔC
au lieu de prétendre plaire à U Rei-
ne , Comme tous les Courtifans veu-
lent plaire à l:ur Maître ^ il tic deffeiii
de lui montrer que fon cœur écoic
allumé d'une flame involontiire qui
nailToit en lui par l'inclinaîion , que
le refped étoufloit , &c qu'il n'ofoic-
■ montrer que par les yeux. Il crue
peut être qu'avec les foins de fon A-
mie 5 il pourroic parvenir à plaire
comme un fol ^ qui auroic perdu la
Raifon par une belle caufe. Sur cet-
te penfée extravagante y, ils avoîent
fait Mr. le Prince &: lui ( a ce qu'on?
a crû) des projets qui avoient quel-
ques fondements ferieux , & qui a-
voient pour but la ruine du Mîniftie.
Gerfé , fans confidérer la vertu de 1*
Reine , fou âge , fa vie , fes mœurs ,
& le refpeâ: qu'il lui devoît , s'eni-
yra de la beauté de ce delfcin y ôc crut
que
à VHlflolre d'Anne d'Autriche. 5 07
que fa chute (au cas qu'elle arrivât j^^^cj,
par cette haute Entreprife ) lui fe-
roit plus honorable , que la grandeur
& l'élévation ne le pourroit être aux
autres. Ces chofes furent bien vite
aux oreilles du Cardinal j & déjà Tes
Efpions 5 pour faire leur cour , lui
avoîent fait de cette Atfaire une In-
trigue de grande importance. Il ai-
moit la Reine en Miniftre , & fe croi-
ant néceiraire à Ton fervice, il fe tenoit
afTûré de fa bonne volonté. Il ne
craignoit pas non plus que fa gran-
deur \\.n put donner de l'ombrage ,
parce qu'il la connoififoit exempte de
la domination . & un peu parcileufe ;
mais , fans avoir peur d'une légèreté
indigne d'une ame Roialc , il ne laif-
fa pas de fe troubler à cette Nouvelle»
Il ne la fentit pas comme un Ami ja,-
loux , qui auroit apréhendé de per-
dre ce qu'il aimoit , puifque l'attache-
ment qu'il avoit pour la Reine n'étoic
pas de cette nature , mais bien com-
me un avare à qui on veut ôter foii
tréfor. La Reine étoit fi incapable
de fouffrir l'extravagance de Gerfé y
qu'elle ne pouvoit pas s'imaginer
qu'il put avoir ceite penfée. Je Tçai
même-
308 2\^îcmoîres f-our feYvir
y 64^. même q.ifelle eue une peine încroîa-
ble à re'pond.re férieufement à ce que
leC:^rdinaî Mcizaim lui en voulut di-
re. Elle avoît jugé des fenciniens de
cet homme félon (on tempérament:
nararcl , qui h porroit à parler tou-
jours fabuleufemert ^ Se elle prenoîtr
de cette manière toutes Tes louanges.
Le Mlnîftre le fçavoit bien , & ne
pouvoir pas douter par mille raifons^
que cela ne fut tourné de cette fortç^
mais comme les gens qui fçavent plaJ-
fànter fur toutes matières font à crain-
dre /quand ils font capables d'y mê-
ler des deifeins malicieux , le Cardinal
ne put fe refoadre à le îaifTer à la
Cour fous aucune figure , particulier
Tement le voiant attaché aux intérêts
de Mr. le Piînce , fon ennemi , a-
près que par de confid érables bien-
faits 5 il pouvoir prétendre de lui une
fidélité toute entière. Cette folie de
Gerfé fit donc rcfbudre le Miniftre à
le perdre. Il y relifïît aifénient , ôc
il étoit raîfbnnablc qu'il \t put faire.
Il conçut aufli une grande haine con-
tre Me. de Bauvais , & fit defi'eîn de
îa faîre^chaOTer. Il en parla à la Rei-
sae ^. & fçut fi bien toiunci: cette Af-
faire
4 VHÏjioWe c^Anne et Autriche, 305)
fore du côté de la bonne volonté que 16^^*
Mr. le Prince a voit pour Gcr'é , &
des dangereufcs confcquences de cette
Intrigue , que la Reine qui confidé-
roit le Cardinal Mazarin , &c qui efti-
moit fes confeils fur de plus impor-
tantes Affaires que celle de Gerfé , le
liti abandonna aiiffi tôt , ôi lui promit
de le traiter dv^ telle force , qu'il fen-
îiroit tout^' fe vicj c[uel malheur c'étoît
ique de manquer de SagelTe & de Rai-
fon. La Reine fit quc4ques efforts pour
iauver fa première Femme de Cham-
bre 5 & foutlnt longtems au Cardinal
Mazarin^ qu'il étoit impoffible qu elle
eut eu aucune part a cette extrava-
gance. Le Miniftre fçavoîc que cetce
Femme étoit libte , capable de tout di-
re & de tout penfer , hc qu'elle avoir
niontré à la Reine par manière de jeu
des Lettres que Gerfé lui écrivit. H
voulut lui faire voir par là , qu^il avoic
fujet de lui demander l'éloignemenc
d'une perfonne ^ qui dans fon inten-
tion paroifloit avoir eu delîein de le
perdre. Il trouva mauvais qu'elle eut
voulu /outcnir un homme qui étoii:
afîez artificieux & alfez hardi , pour
cacher fous i'enjoûmeut &: la gaieté
les
5 to Jldéwoîres peur Jervtr
^ les mauvais offices qa'aparemment il
a voit dc/iré de lui rendre. La Rtine ,
qui confideroit Me. de Beaavais , non
pas par Tes vertus , ni par la beauté de
ion ame , ni par celle de (on viiage ,
mais à caufe de Tadreile de Tes doits ,
ôc de Ton extrciTie propreté , aflTûra le
Cardinal ( comme il étoit vrai ) que
dans les Lettres qu'elle lui avoit mon-
trées 5 il n"*y avoit rien dont Gerfé ni
elle pufseiK être blamtz. Elle lui die
qu'elles avoient fan fi peu d'imprefîion
dans Ton efprit , qu'elle ne fe iouve-
noit pas même de ce qii'il y avoit j
■&c que Catau ( c^cd ainh qu elle l'ap*
peloit ) lui avoit toujours parlé de Ger-
fé comme d'un honnête Boufîon , qui
avoit i'efprlt agréable , &: de qui on
pouvoit foufFiir les Contes pour diver-
tir le public 3 6c q./enfin toutes Tes
femmes lui parloicnt de tant de ba-
gattelles , qu^clIe ne prenoit pas I4
peine de les remarquer , ni de. les é-
couter. L'Efprit du Cardinal ne fut
point guéri par toutes ces chofes : au
contraire , elles angmentérent ion in-
<iuiétudc. Il fallut que la Reine fe rc-
folut d'abandonner Me. de Beauvais ,
Se qu'elle lui promît que cette Femme
auroîc
J rHijloîre à* Anne à^ Autriche. 3 j r
niuoîc fon congé. Sa Difgracc tcanr 1^4^;
îéfolue , la Reine fonic le lendemain
de bonne hcLUC , pour aller à quelque
Couvent. Avani: que de paidr , elle
commanda à un des iiens , Ton Ar-
gentier 5 d'aller de fa part lui ordonner
de fortîr è^w Palais Roîal , elle , fou
Mari , & Tes Enfans j avec comman-
dement de rendre les clefs de fes cof-
fres. Me. de Bcauvais fut étonnée de
cette Difgrace. Elle venoit de quit-
ter la Reine ^ qu elle avoic eu Thon-
ncur dliabiller , ^ qui lui avoît fait
au/ïï bonne mine qu'a l'ordinaire. El-
le réhfta quelque tems , & dit qu'elle
vouloir voir fa MaîrreiTe. Elle fui con-
trainte d'obéir , parceque le Comman-
dement a voit été trop précis ; ôc {^^
Amis lui confeiilérent de 11e pas ré-
fifter. J'étois haie de cette Dame ,
«Se je puis dire avec vérité qu'elle
avoit été injude pour moi. Il cft en-
core vrai que je ne fentis nulle joie
de ion cloignement. Le foîr de ce
jour ,, me trouvant chez la Reine , au
milieu de beaucoup de perfonncs quî
parloient d'elle avec mépris , comme
c'cft l'ordinaire de parler ainfi des
malheureux, je me fentis Tamc aufH
tranquil-
^3 i'i Mémoires four fervlr
1^40» cranquUe fur fon fujct , que fî je ne
i'eufl'e jamais connue. La Reine s'en
apperçut, & me voiantavcc cette mo-
dération elle m'appela, & me die qu'il
fembiaic que j'avois en"vîe de pleurer
i'abrence de Catau. Je lui répondis
froidement , que je n'avois pas befeia
de mouchoir , pour affuicr mes lar-
mes ; mais auffi , que je la pou vois
atilirer , que je n'avoîs point de joie ,
^ qu'on ne m'entendroit point par-
ler de Tes deffauts , comme je l'aurois
pu Faire eu un autre tems. La Rei-
ne , prenant alors un vifage férleux ,
me fit l'honneur de me dire , qu'elle
m'en eftimoit davantage. Je n'avois
pas toujours été ii fage ; mais , fans •
doute que Ton malheur me tenoit lieu
de vengeance , & par confcquent ma
douceur étoîc plutôt une marque de
jTia fatisfadlion que de ma bonté.
C^^elques jours après la Heine , eii
fe couchant , dit à Mlle.de Beaumont ,
^ à Cominges , qui Te trouvèrent (èuls
auprès d'elle , qu'elle avoit un Amanr,
^ qu'elle avoît apris par des Amis R-
df lies ce qui fe difoit par le monde
fur la folie de Gerfé. Elle ajouta d'un
mn mocqueur , oii la colère fe pouvoic
rçnurquer
à VHljlolre d'Anne d* Autriche. 515
remarquer, qu'il étok bien impcrti- i^4p.
nent, & qu'elle étoîc bien fâchée,
qu'il eut porté fa folie , jufques à lav
forcer d'en prendre connoifTance. Ce
difcours vouloir beaucoup dire, &
fans doute qu'elle étoît convenue
avec le Cardinal de parler de lui en
ces termes , devant des perfonnes qui
pûaenc l'en avertir. Cominges , qui
apperçuc le deffein de la Reine , le
volant venir le lendemain au Palais
Roial , eut la volonté de lui parler,
jpour l'empêcher d'entrer où elle
étoît i mais , n'aîant fçu l'aborder dans
cet inftantàcaufe de quelqu'un qui
l'aborda , il le laiifa paQer dans le Ca-
jbinet où la Reine s'habilloic. Corn-
Ime Gerfé fçavoit à peu près , par la
Difgrace de fon Amie Me. de Beau-
vais , l'état où il étoit à la Cour , H
crue faire un tour d'habile politique,
de montrer de ne penfer à rien , & de
jne rien craindre ; mais , l'heure éroic
jvcnuë , qu'il devoit être puni de fou
imprudence. La Reine aîanc dans
|l efprit de le maltraitter,auiîî-tôt qu'ei-
le l'aperçût,ne manqua pas de l'at-
jraquer , & de lui dire avec un ton
pcprifant , ces mêmes paroles : Frau
Tome II U O mm
314 Mémoires pour fer vlr
1^49, ^ent i Monfieur de Gerfé ^ vous êtes
bien riàlcuU » On rn'a dît que vous fal^
tes C amoureux, Voîe^un peu le joli Git^
lant» Fous me faites pitié. Il faudroit
vous envoler aux Fetites-Maifons , mais
il efi vrai qu'il ne f^ut pas s'étonner de
votre Folie ; car , vous la tenez, de Race,
Voulant citer en cela le Maréchal de
Lavardin , qui autrefois avoît été paf-
fionément amoureux de la feue Rei-
ne Marie de Medicîs & dont le Roi
fon Mari Henri le Grand fe mocquoit
lui même avec elle. Le pauvre Ger-
fé fut accablé de ce coup de foudre.
Il n'ôfa rien dire à fa juftification. Il
fortit du Cabinet , en begaïant , plein
de trouble , pâle , & défait ; mais,
malgré fa douleur , peut-être qu'il fe
flatoit déjà de cette douce penfée,
que TAvanture étoit belle ^ que ce
Crime étoit honorable , & qu'il n'é-
toit pas honteux d'en être accufc.'
Toute la Cour fut auffi-tôt remplie de
cet Evénement , & les Ruelles des
Dames retentiflfoient du bruit de ces ;■
Roiales paroles. Ow fut long-tems, '^
que le nom de Gerfé s'éntendoit nom-
mer par tour , dans Paris ; & les Pro-
vinces en curent bien vite leur part.
Beaucoup
h iHlflolrt à' Anne d'Autriche. 5 r;
Beaucoup de gens blamcrcnc la Rei- ,^.^
ne cl\ivoir voulu montrer ce reflTemi-
ment , ôc d'iloknz qu^^lle avolt fait
trop d'Honneur à Gerfé , d'avoir daU
gné Ce rabaîlîcr jufques à cette colc-
I re , & c]ue la Dignité de la Couron-
ne en avoit été blelTée. Aufïï peur-
on dire , pour reparer cette petite
faute qu'elle ne l'auroit pas faite , H
elle n'y avoit été forcée par les crain-
tes du Alini/lre, qui voiant Gerfé
fidèle à Mr. le Prince , Se ingrat envers
lui j nepouvoitpas manquer de croi^
re , que fous cette afFedation de bouf-
fonnerie , il y avoit quelque malignité
frondeufe contre fa fortune.
La fuite de cette Hiftoire fut din^
gei-eufe à l'Etat par Cqs Evénemens.
Ce qui n^écoît qu'une bagatelle y [^
mêlant à de plus grandes chofes.,
vint à jproduii-e de terribles effets. Mr.
le Prince , pour confoler Gerfé dé
fon afrliclion , le mena deux jours
après à Saine Maur avec lui ; &
faifant peu de cas de l'éclat que la
Reine avoic fait contre lui , déclara
publiquement qu'il étoit Ton Ami,
& qu'il l'aîmoit. Il dit à tous ceux
qui le voulurent entendre , que pen-
O i dant
$lS Mémoires pour fervW
1^40. ^^"^ fa brouillerie avec le Miniflre,
quoi que Gcrfé eut fait femblant d'ê-
tre attaché à la Cour , il étoit vrai
néanmoins qu'il éroit demeuré dans
fcs intérêts , & qu'il n'avoît gardé des
mefures avec le Cardinal , que parce-
' qu'il avoît voulu qu'il confervât fk
Charge de Capitaine des Gardes , &
celle de Mr. le Duc d'Anjou le véri-
table Monfîeur , dont il étoit afTûré.
Mr. le Prince fit plus ; & comme fi
la Reine n'eut pas été la MaîtreiTe de
fes paroles , & de Tes fentimens , il fe
plaignoit hautement de ce qu'elle
avoit gourmande Gerfé (ans l'en aver-
tir 5 & de ce que le Cardinal l'avoic
foufferr , fans Ton confentement : di-
fant que puifque la Reine avoît par-
lé au Duc d'Orléans & à lui du dcf-
feîn qu'elle avoit eu de chaffcr fa
première Femme de Chambre , ne
leur aiant point fait de fecret de la
folie de Gerfé^elle devoît de même lui
faire part de la réfolution qu'elle
avoit prife de le maltraitter , puif-
qu'elle fçavoit qu'il étoit de Ces Amis.
La Reine repondit à cela qu'elle avoit
pris toutes fcs précautions , pour faire
qu'il fc retirât de lui-m.cme ^ fans
être
à rHlflolre d'Anne d'Autriche. 517
ctic obligée d'en venir aux extrcmî- i^4«,
tcz. Elle diloit qu^elle avoir parlé
.-.de lui avec mépris devant Comingcs,
^ Me. de Beaumont le Soir précé-
dent , efpérant qu'ils ne manqueroient
pas de l'en avertir ; & que Taîant re-
vu devant Tes yeux , la mauvaife hu-
meur où elle étoit contre lui Ta-
voit emporté fur la civilité. La Rei-
ne fe juftitioit en cette occafion avec
beaucoup de peine : elle ne trouvoit
pas bon que Mr. le Prince voulût
exiger d'elle une fi grande dépendan-
ce i & le même jour que Mr. le Prin-
ce nicna Gerfé à Saint Maur , elle me
nt Phonneur de me dire avec beau-
coup de chagrin , qu'elle commcn-
çoitafe laflTer de la fuperbe manière
d'agir de Mr. le Prince , & que la
proteétîon qu'il donnoic à Gcrfé lui
déplaifoit infiniment. Ce Prince,
qui par fa hauteur , travailloit à fon
abbaifenient , prit cette afi'aire avec
tant de chaleur , qu'il fit fuplier la
Reine de revoir Gerfé , & de lui par- ^ ,
donner. Un de Tes Serviteurs * me dit peti^
a moi même , parlant de cette Avan- Arnaud
tu te , que fi la Reine ne lui pardon-
nou , & qu'elle tint bon là delTus,
O i il
3 1 8 Afemolrâs fonrfervlr
il y auroîr bien du bruit au quar-
tier 5 Si que Mr. le Prince crioit bien
haut. Voilà les mêmes mots. La
Phrafe en écoît commune ; mais le
fens des paroles étoit extraordinaire^
car 3 il n'y a point de Demoi Telle , à
qui fur une Affaire de cette nature
on ne dût lailler la liberté d'agir à fa
fantaifîe. Ce fut alors que le Mi-
nière connut vîfiblement , que la
douceur que Mr. le Prince de Condé,
Madame de Longueville , Ôc le Prin-
ce de Conti , avoient eue pour lui,
n'avoit été qu'une feinte , à defTeiii
feulement de tirer de la Reine le Bre-
vet du Prince de MarfiUac ; & leur
artificieufe manière d'agir lui fit ju-
ger 5 qu'il ne falloic point qu'il efpé-
rât de finccre reconciliation de leur
coté.
Ce trouble réveilla le Parlement ^
la Fronde. Comme ils ne pou voient
/oulf rir le racommodement de Mr. le
Prince avec la Cour , quoi que très-
amparfaît , ils commencèrent à re-
prendre des forces. Toi:s vouloient
la divifion du Cabinet , oc voioîenc
avec joie que le Cardinal Mazarin ne
pouvoit être content de Mr. le Prin-
ce
à l*H'floire d'Anne d'Autriche. 3 15?
ce. Les Frondeurs efpererent que les 1649.
chofcs venant dans les dernières ex-
tremitcz , il arriveroit qu'ils rcpren-
droient liaifon y foit avec le Miniftre ,
foit avec le Prince de Condé,
La Famille de Longueil ^ ^ celle
de la Vi eu ville , qui vouloicnt encore
pouffer d'Hemcri , faifoient ce qu'ils
pouvoient pour parvenir à la Sur-In-
tendance par quelque nouveauté. Le
quatrième de Décembre il y eût un
grand bruit au Parlement , à caufe
des Rentes. Les Sindics demandè-
rent à être reçus afin de travailler
à 11 fureté des Rentes de l'Hôtel de
Ville. Ceux , qui faifoieiH naître
ces embarras excitoient le Peuple à
vouloir des Sindics , afin que par leur
intérêt ils euflfent fujet d'émouvoir
quelque fédition contre le Miniftre ,
éi particulièrement contre d'FIemerî.
Ils vouloient malicieufement mettre
les chofes en tel état , que s'il venoit à
manquer au paiement qu'il avoit
promis , on pût l'attaquer là-deffus.
Ce jour , quelques Députez étant
aGTemblez chez le Premier Préfident ,
pour travailler à cette Affaire , ces
Sindics , élus tumultuai rement par le
O 4 Peu-
3 z o Mémoires four fervtr
^^45). Peuple, leur vinrent faire un grand
vacarme. Entre autres \ un nommé
Joli parla infolemment au Premier
Préfident & tous dirent à fon Fils
Champlâtreux , en le menaçant , qu'il
n'auroit jamais la Charge de fon Pè-
re. Le Piéfident le Coigneux , dont
]a Fille avoit époufé le Fils d^Heme-
ri 5 fut maltraité par eux. Ils lui
reprochèrent , qu'il avoit reçu plus
d'argent que les autres , en la diftri-
Ijution du paiement des Rentes,
A ces defordres fe joignirent ceux
de Bourdcaux. Ces Peuples étoient
protégés par Mr. Prince , qui n'ai-
moit pas le EXic d'Epernon , 6c qui
n'étoit peut être pas fâcl-^é d'avoir en
France un lieu de fureté contre la
Cour. Le Duc d'Orléans de fort
côté ^ aiant toujours eu cette inclina-
tion d'accommoder les affaires ^ plu-
tôt que de les aigrir , voulut auflî
que cette Affaire s'accommodât. Il
jBt en forte , conjointement avec Mr,
le Prince , que malgré leur Rébellion
le Miniftre fut oblige d'envoier un
ordre fecret au Maréchal du Pleflis
de faire la Paix avec ces Mutins j
pourvu qu'ils la vouluflent fouhai-
ter*
a l*H:floire ^ Anm d'Autriche] 5 i i
ter .On lui envola de quoi foutenir la ^ i «
Guerre langniiramment ; mais, non
pas afiez de quoi la finir par la force :
Il bien que ces Peuples fe fenranc foi^.
tenus par des Princes fî puîfTants , &u
mal attaqués par le Roi , allèrent de
pis en pis, & nous ne verrons de loncr-,
tems la fin de cette petite Guerre. ^
Dans la dernière brouillerie de Mr.
le Prince , & du Miniftre , Mr. le
Prince s^étoic trouvé de même fenti-
ment que ceux de la Fronde , tou-
chant la ruine apparemment tant defî-
rée du Cardinal Mazarin ; & Madame
de Longueville avoir travaillé àPunîoti
de Mr. le Prince , & du Duc de Beau-
fort , avec kz Amis \ mais, cette Prin-
c^^^ 5 n'avoir pu les, acquérir enriêre-
ment , pour les faire entrer dans tous
les incérêts de Mr. le Prince. Ils de-
meurèrent fermes dans la refolutioii
de s'unir avec lui feulement pour la
perte du Cardinal. Leur refiftance
avoit obligé Mr. le Prince , jurre les
avantages du Prince de Marfîllac, de
le raccomoder avec la Cour plutôt que
de s'engager dans une Cabale , donc
les progrèrs apparemment n'auroîenc
fcrvisqu^à rérablitfement du Duc de
^ / Beaufpic
5 1 1 Mémoires pour ftrvlr
xé^9 Beaufort , du Coadjuteiir , de dé Châ-
reamieuf j mais , le Prince de Gonde ,
qui méprifoit le Cardinal , quoi qu il
fui- quelque fois dans le deffein de le
préférer aux autres , rraictoît avec lui ,
plucôc comine fon Ennemi , que com-
me Ton Ami. il s'oppoloit aux avan-
tages de fa Famille , &c faifoit gloire
de le maltraiccer ; fi bien que cette
Paix ne fervir qu*à le précipirer dans
le malheur que le Miniitie fuc forcé de
liii procurer , Ôc faire que les ^ Fron-
deurs qui ne fe pouvoienc fouftrir dans
l^étac douteux 3c incertain où ils
éroient , firent tous leurs efforts pour
en fortir. ,
Enfuite de cç qui étoit arrive fe
quatrième Décembre, chez le Premier
Piéfident , le douzième du même mois
il parut que par une brigue apparem-
îïient faite par le Coadjuteur , & les
principaux Frondeurs , ce Joli , qui
avoir parlé infolemment àChampla-
treux , reçût un favorable coup de Pif-
tolet , comme il étoit dans fon Carof-
fe , allant chez le Prétident Charton ;
èc\\ arriva , ou par choix, ou par
^vanture , que ce fut dans fa rue , &
proche de b porte de ce PréfideBt ,
* que
à l*Hlfldlre d'Anne d'Autriche, 325
que ce coup de Pidolec fut tiré. Il 1(^45?.
cria , & fît ce qu'il put pour émou-
voir le Peuple à fédition. Le Pré/î-
dent Ciiartoii vint à fon fecours , qui
fit beaucoup de bruit j mais le Peu-
ple n'y prit point de part , & parut
aniïi peu offenfé de ce coup , que Joli
en parut peu bielle. Ils laiffirent fai-
re à lui 6c à fon Ami toute leur ru-
meur 3 fans y entrer en aucune fa-
çon , parceque le Peuple commençoit
à goûter le repos ^ & hormis «ux qui
furent paiez pour crier, nul ne fe trou-
va en volonté de malFaire. Joli &
deux autres Sindics , avec le Préfident
Charton , ne laiU'érent pas d'achever
leur Enrreprife. Ils allèrent droit au
Palais demander juftice fur cet a(ïaffi-
nat. D'abord il fe fit un grand va-
carme ; & les Frondeurs , qui félon
toutes les démonftrations qu'ils en fi-
rent , vouloient que cela produifit
quelque événement qui changeât la
f^ce du Théâtre , fe mirent tumukuai-
rement à faire de grands cris , pour
animer la Compagnie , & le Peuple,
Brouffel propofa de faire fermer les
Portes de Paris , afin de renfermer
dans la Ville celui qui avoit fait le
O 6 coup
3 1 4 Mémoires pour fervlr
i64(^. coup ; maïs , les plus fages , après
avoir opiné là de^Tus , demeurèrent les
maures, & firent arrêter , qu'on iii-
formeroit félon l'ordre ordinaire.
En ce même tcms , le iMarquîs de
la BouUaye , ^rand Frondeur , ôc Ami
des Chefs de"" la Cabale Frondeufe ,.
afin d'émouvoir le Bourgeois , le mit
à courir parla Ville le Piftolet a la
main , criant au Peuple , Aiix Armcsy
Trahi fon au Maz,arin, En cet état .
il va au Palais , il crie en ce lieu enco.
re plus haut , de amatfe quelque Co-^
quins pour crier avec lui y mais , nul
honnête-homme ne s'émut à fa voix ,
jû nefe laiffa duper par cette fourbe
îT^anifcfte-.fibîenque ce gentil-hom-
Bie , indigne de ce nom , quoique
vaillante qualifié , fut contraint de
s'aller cacher chez le Coadjuteur (oitl
bon Ami , avec la honte qui fiait d^-
^ flinaire un mauvais fiiccès tonde iur
ttn honteux delTein.
On vint avertir la Reine de ce De-
fodre 3 & le Palais Roîal fut a^ffi-
rôt rempli des plus confiderables ^e
k Cour , dont le Duc d'Orléans , ÔC
U Prince de Condé furent des pre-^
miefs. lï ^toit Samedi , ôc félon lat
coutamfr
0-VHiJîolre d*Arin€ d* Autriche. 525
coutume elle voulut aller à Nôtre Da- 1^4^*
tiie j mais , on douta , fi elle devoîc
faire fon Voiage. La fermeté iné-
branlable de fon ame la fit conclure elle
même qu'elle y devoit aller : elle fouf-
fric feulement que Mr. le Prince rac-
compagnât y ce qu'il fit , & de bonne
grâce, l our le Duc d'Orléans , il
avoît fait deffein d'aller à Limours , de
voiant les chofes appaifces , il acheva
fon Voiage.
Au diner de la Reine , le Duc de
Bouillon , la MarcK , beau- Père de lai
Boullaie , vint trouver la Reine , pour
lui dire , que fon Gendre aîant apn's
qu'on vouloit lui rendre de mauvais
office auprès de Sa Majefté , Ta-
voit prié de la venir a(Turer ^ qu'ort
l^accufoît à tort d'avoir voulu émoii-
voir k Peuple à Sédition ^ qu'il n'a»-
voit point eu cette penfée > & n'en
étoit pas capable. Il lui dit qu'il étoic
bien vrai , qu*aiant trouvé d*es gens ,,
qui l'avoient voulu aflafîîner , il avoic
appelé à fon fecours , feulement pour
fa delFenfe , & point du tout avec iiin
îention de manquer au rcfpeâ: qu'il lut
devoit, La Reine lui répondit froi-
dement ces mêmes mots ^ que je pris
IbliV
3 2. 6 Afemoires pour fer vtr
l6^^, (oln de rccenir ; yW hle» oh$ dire
(jiton a tiré un coup de Piftolet fur
un ConfelUer du Chatelet * mais non
pas quon ait attaqué votre Gendre,
Au contraire , on rna ajfurée c^itil
avoit couru les rues avec un Piflolet à
la main , pour émouvoir le Peuple , &
crié dans le Palais , Aax Armes. Je
fopihaite ^ue ce que vous me dites en fa
dejfenfe fe trouve vrai. Cependant »
je ferai in former , pour fçotvoir ce qui
en efi. La Boulaie aiant mal réiiiîî
dans Ton DefTein , le Coadjuteur &
lui avoient trouvé qu'il falloir faire
cette mauvaife excufc , afin de mon-
trer du moins , qu'il n'avoir pas la
hardie(re de l'avoiier. Après cette
pauvre Comédie , dont ils apréhendé-
rent les fuites , ils cherchèrent d'au-
tres rcmedeSjqui leur réuiîirent mieux.
Le tems écoir favorable aux Crimi-
nels : celui-là demeura impuni , de
me me que la caufe de fon crime a
été cachée par fon iilcnce , & celui de
fes Complices. Peut-être que les Fron-
deurs avoient efpérc par là remettre le
Defordre dans Paris , 6*: fe trouver au
' pouvoir d'attaquer la vie du Minîftre ,
ou de quelque autre. Pour moi , je
n'ai
à l'H'jîolre à* Anne à^ Autriche, \ 17
n'ai point fçû qu'il y eût d'autres mo- 1(^4^,
tirs de ces deux prétendus aflaffinats ,
quoi que je l'aie fouvent démandé à
ceux qui apparemment ne le pouvoienc
ignorer. Toute cette intrigue à toii-
jours été couverte d'un voile fort
épais, (ï^ perfonne n'a paru en rien fça-
voir de particulier. Q^ielques uns de
cette Cibale , fi la hoace d'y avoir eu
pirt ne les en empêche , laiferont ce
îccret à la poftcrité.
Les cris de la Boulaîe , n'aîant pas
eu plus d'effet que ceux de Joli 3 le-s
Fron leurs jugèrent peut être à propos
déftaçer le fouvenir de l'Avanture du ^
matin , par quelque Evénement plus
confidérable. Ce même jour , des ^^^ ^^^
perfonnes ( ^ ) arrachées à Mr.le Prin- naui ,
ce 3 me dirent coiPime par Prophétie ^ & le
que les Frondeurs en vouloicnt à Mr. P^\'^ ^
le Prince. En eftet , le loir après le
ConfeiljCc Prince étant allé chez Prud-
homme. Baigneur 5 un de Tes Ecuiers-,
l'y vint trouver , pour l'avertir de la
part du Préfident Péraulc , Ton Inten-
dant , qu'un Marchand venoit de lui
dire qu'on avoit delfein de PalTafîîner ;
& l'Ecuier lui conta , pour apuier foa
avis , qu'en palfanc par la Place Dau-
phiiic
3 1 8 Mémoires pourfervîr
1 C^f, phine , étant dans un de Ces Carofifès ,
des Coqiiîns qui étoîent amalTez en
cet endroit , lui avoîent tire cinq ou
fîx coups de Carabine , fans que par
bonheur il eût été blenfé. Ce raporc
aîant été fait à Mr. le Prince , le Che-
valier de Gramont , attaché à Mr. le
Prince , envoia Ton Carolfe avec Ces
livrées paiïer fur ie pont neuf ^ pour
voir ce qui en arriveroît. Le fuccès
fut tel qu'on s'étoît imaginé : on tira
dans ce Carolîe ; ôc comme il n'y
a voit perfonne dedans , les afTaflîns ,
ou qui faifoicnt femblant de Tétre ,
n'attrapèrent rien. Le Caroffe de Du-
ras , qui venoit après , où il n'y avoîc
que des Laquais , fut traitté de la mê-
me forte , & un de fes Laquais fiiÇ
tué. Des gens de Mr. le Prince me
dirent alors qu'ils étoient quarante oa
cinquante hommes à cheval , & ce
même nombre avoit paru le matin
aupiès de la Maifon de la Boulaie > on
logeoît le Duc de Beaufort.
Le lendemain , toute la Cour fut
troublée de cette Avanturc. La Reine
manda les Gens du Roi , & leur or-»
donna de faire informer de cette A&
faire i témoignant beaucoup de cha-
km
à l*Hifioire d'Anne d'Autriche. 3 2 9
leur pour les incércrs de Mr. le Prin- 1^49,
ce. Le Procureur du Roi du Cha-
telet fit informer de celle de Joli , &
deux Confeillers de la Cour furent dé-
putez pour cet effet. Ils raportérent
que Joli n'étoit point bielle 3 mais ,
que félon les trous qui croient à fou
habit il le devoit être. La Reine man-
da aufîi le Prévôt des Marchands ,
Mcflicurs de Ville , & tous les Colo-
nels des Qiiartiers , qu'elle iolia de ce
qu'ils n'avoient point écoutez les
voix raalicieufes de ceux qui avoienc
eu deffcin de les embarquer tout de
nouveau à quelque fédicion ; & les
exhorta à continuer à bien faire. Pour
les récompenfcr , elle leur promit que
le Roi à Pavenîr auroit une entière
confiance en leur fidélité.
Les chofes étoient alors fi brouil-
lées 5 qu'il étoit difficile de difcerncr ,
qui étoit Ami , ou Ennemi. Le Pa-
lais Roial étoit rempli d'une furieufc
prelfe, & tous defiroient de voir com-
ment fe pourroient démêler ces em-
i>àrras. La Reine , au milieu de ce
trouble , me parut fatisfaite plus qu"'à
fon ordinaire. Elle difoit à fes fami-
liers , qu'elle s'en confoloit , vu qu'el-
le
5 50 Mémoires four fervlr
i^^o.le n'ctoit point mêlée à toutes ces
querelles. Un jour me difant la mê-
me chofe 3 elle y ajouta , que peut-être
elle en projiterolt 5 & qdeile étolt en
état i cjH il f Allait néceffalrement , cjpte Les
uns ou les autres , enjjefit befoin d'eile.
Le lendemain , le Duc d'Orléans ,
Mr. le Prince y ôc le Prince de Conti ^
allèrent au Parlement ; ôc fur la Re-
quête des Gens du Roi , il fut or-
donné , qu'il feroit. informé fur le
prétendu AlfaŒnat de Juli , ôc contre
ceux qui avoient voulu foulever le
Peuple. Mv, le Prince ne voulut pas
alors parler de lui . parce qu'il vouloir
avoir des preuves fuffifantesjpour pou-
voir attaquer fes Ennemis par les for-
mes.
Ils retournèrent le jour d'après.
On décréta prife de corps contre la
Boulaie Mr. le Prince fe déclara de
fon Aifciffinat , 6i en fît fes plaintes.
Les chofes étant dans cette extrémité ,
le Coacijuteur alla voir Mr. le Prince,
dans le dcllcin , à ce que j'ai oiii dire
de former de nouvelles liaifons avec
lui 5 <Sc de voir fi de tant de maux , il
jî'en pourroit point tirer quelque a-
yantage à fon égard ôc contrai le au
Repos
à rHifiolre d'Ame d'Autriche, 3 3 1
Repos public ; mais 5 ce Prince irri- ^649,
te le rebuta , & ne le voulut point
voir. Il alla même chez Perault,
pour lui parler , où il fut traité froi-
dement ; & ne fe tenant pas pour
réfufé , il demanda à voir la Mouf-
faie , ou Toulonjon. Mr. le Prince
leur ordonna de lui mander qu'ils
n'y étoieat pas. Ces perfonnes me
Tout dit eux mêmes.
Le Cardinal Mazarîn étoit traité
de la même forte. Les Frondeurs le
recherchoient. Le Duc de Vendô-
me lui offrit alors TAmitié du Duc
de Beaufort fon Fils , à telle condi-
tion qu'il lui plaireit de la recevoir;
mais 5 la Comédie n'étant pas encore
au dernier Ade , le Miniftre lui ré-
pondit que le Duc de Beauforr,
étant foupçonné d'avoir part à la
Conjuration qui avoir paru avoir été
faite contre Mr. le Piince , il ne pou-
voit pas recevoir fes oftres , que pre-
mièrement il ne fut purge de cettô
Accufation. QLiclques jouis après,
foit que ce Prince eut honte d'avoir
été refufé , ou qu'il fût vrai que le
Duc de Vendôme fon Père , l'eût of-^
feit fans fon confeiitement , il defa-
volia
I
5 5 1 Ademoîres pour fervlr
l645j.voua publiquement d'avoir eu cetre
pcnfée 5 ni d'en avoir jamais prié le
Duc de Vendôme ion Père.
Le Coadjuteur , le Duc de Brîf-
fac , & toute la Cabale Frondcufe,
fans paroître abbatus de Terat où ils
étoicnt 5 fe rcTolurent d'aller tenir
leur place au Parlement , le jour que
les Princes avoîent fait deffein d'y
aller porter les Informations faites
contre la Boulaie &: contre eux. Ils
y allèrent ; & comme on voulut
parler de cette Affaire , Coulon s'op-
pofa ouvertement au Duc d'Orléans,
& dit qu'il n étoit pas tems de par-
ler de cela , &: que les Députez de
Bourdeaux écoient à la porte , qui
demandoîcnt d'entrer. Le Duc d'Or-
léans dit 5 que l'Affaire de Bourdeaux
étoit accommodée , & il eut la har-
die Ife de lui foutenir que non.
Les Frondeurs furent (1 bien fer-
vis , qu'on éluda fur le principal ; &
fur ce que Mr. le Prince demanda,
que le Préfident Cliarton ne demeu-
rât pas dans la Chambre , pour ccre
Juge d'une Affiire y où il étoit nom-
mé , on fît durer cette Difpiite (\
long- tems , qu'enfin l'heure fonna.
Tou-
à VHtflotre â*Ame d* Autriche, 3 5 5
Toure k conclufion fut d'ordonner i^49<
qu'il fortii'oit , & tontes chofes re-
mifes au vingt-deuxième , qui étoit
le Mercredi en fuivant. Pendant cet
intervalle , on réfolut au Conleil du
Roi , d'envoîer une Déclaration fa-
vorable au Parlement de Bourdeaux,
afin d'ôter tout prétexte à ceux du
Parlement , qui favorifoient les Fron-
deurs , de parler d'aucune autre Af-
faire y que des Intérêts du Prince de
Condé.
Monfieur , & Mr. le Prince , allè-
rent au Parlement , le vingt-deuxiè-
me. Ils y eurent tant d'occupation,
qu'ils y demeurèrent jufqucs à cinq
heures du foir. On y lût les Infor-
mations faites contre toute la Fron-
de. Le Duc de Beaufort , Ôc le
Coadjuteur , voulurent fortîr ; mais,
le Premier Préfident les retint. Les
Gens du Roi , après la ledure des
Informations , fignifierent ajourne-
ment perfonncl au Coadjuteur , au
Duc de Beaufort , Se au Confeiller
BrouîTel , parce qu'il ctoit nommé
dans le Procès , comme celui chez
qui toutes les Affemblèes s'ètoient
faites. Ils fe préfcntèrent enfuite pour
ré"
3 34 Me??iolref pour fervlr
16^^, répondre, <5c demandèrent qnc Mr.
le Prince eue auffi à iortir. On dé-
libéra fur ces matières. Il fut or-
donné y que Brouffel foirtiroit. Pla-
ceurs de fes Amis , ou intéreOes cm
fa juflificaîion , dirent en faifant
grand bruit qu'on attaquoit un
homme de bien , qui étoit de leur
Corps,
Le lendemain , le Coadjureur , Se
le Duc de Beau fort , allèrent au Par-
lement , demander d'être jugés ; &
d'être reçus à récufer le Premier Préfi-
dent i difant qu'il étoit Ami partial
de Mr. le Prince. Un de la Com-
pagnie , fortifiant cette Requête , dit
publiquement , qu'elle devoir être
lalTe d'avoir pour Chef un Traître,
& un Parti fan de la Cour ^ & cet
Homme vénérable fut contraint d'al-
ler au Barreau comme un Particulier,
pour fe deifendre. Il fut conclu
qu'on opineroit là-delfus , «Si l'heure
fonna.
Deux jours après , Mr. & Mr. le
Prince furent encore au Parlement,
Pour éviter les embarras qu'on faî-
foit naître tous les jours dans cette
Affaire , ils déclarèrent qu'ils ne vou-
loienc
à l' H! flaire d'Anne d* Autriche, 3 3 f
loicnt plus demeurer en ce lieu pallé 16^5;.
onze heures. Le Duc de Beau fort,
& le Coadjuteur fe préicntérent , qui
dirent qu'ils avoienc une telle impa-
tience d'être juftifiés , que fi 011
vouloit les juger à Theure même ,
ils ne recuferoient perfonne , pas mê-
me le Premier Préiident , & fouffii-
roîent que Mr. le Prince y demeu-
rât. On délibéra fur la recufation
faîte en la perfonne du Premier Préfi-
dent , & cette délibération fut fî
longue , qu'elle ne pue être achevée,
quand les Princes fortirent. On cria
Vive le Rot & le Duc de Beaufort,
Monfieur le trouva mauvais , & fit
taire cette canaillcjqu'on voioit vifiblc-
ment être paiée pour cela.
Monfieur le Prince étoit cmbaraf-
fé de cette Affaire. La Cour paroif-
foit entrer dans fcs intérêts , & la
Reine momroit tant de chaleur con-
tre Tes Ennemis , que les Courtifans
croioient lui plaire en faifant des
vœux pour lui. Le Duc d'Orléans
paroîlfoit dans ce commencement af-
fez difpofé à le vouloir défendre. Ce
Prince fe croioît affùré de fa protec-
tion 3 mais , ce n'étoit que des ap-
pa-
3 5 ^ Mémoires pour fervîr
164p. parences , & les Spectateurs étoicnc
trompez. Il fencoit foii mal fans le
connoître : car , malgré la confiance
qu'il avoir dans les belles apparewces
de la Reine , & du Duc d'Orléans,
il écoit inquiété , & paroiflbît cha*
grin de cette Affaire. Celui , qui
fçavoit vaincre Tes Ennemis dans les
Batailles , ne pouvoit fouffrir d'être
maltraité dans le Parlement. Il n'a-
voit pas lieu en apparence de fe
plaindre du Duc d'Orléans : mais y il
voioit néanmoins qu'en de certaines
occaiîons , il penchoit à favorifer le
Duc de Beaufort , qu'il avoir tou-
jours aimé ; & il étoit fâché de ce
qu'il gardoit des mefures avec tous,
ne voulant attirer la haine d*aucun
Parti.
La Fête de Noël n^appaifa point
ces Defordres. Le Roi fit en ce
Saint jour fa première Communion
à Saint Euftachc fa ParoilTe , avec
beaucoup de marques d'une grande
inclination à la Piété ; & le lende-
main il arriva une Nouvelle , qui
dirprît la Reine , qui fâcha le MîniC-
trc , & qui acheva de gâter entière-
ment les Affaires de Mr. le Prince,
qui
liV H'fkire â* Anne (^ Autrîthe, 3J7
qrîi , par coures voies , courroie à i.C:>^c)
fon malheur. Ce fut celle <lu Ma-
riage d-Li Ï)vkC de-RîcheiieiiNavcc Ma-
dar^ie de Ponts.
Madame de Ponts , comme je l'ai
dcja dit , écoit Fille de Madame du
.Vigcaîi , &c (a Mcre avoit été juf.
qiR's alors chèrement aimée de la
Daclîciïe d'Aiguillon. Cette union,
du tems du Cardinal de Richelieu,
z-'.'oii appoitc beaucoup de biens à
leur Famille , par rcclac que lui don-
Hoit rAmiiié d'une per/onne , quî^
étant Nfece d'un (i pu-iilanc Miniflre,
Ke pouvolt manquer de leur écrc
licile. Madame de Ponts étoic veuve
d'un homme de naifiance , & de peu
de bien. La Duchelfe d'Aiguillon,
par la tendreffe qu'elle avoit pour
Madame du Vigean fa Mère , lui
avoir louvcnt dit , qu'elle ne fe 'mit
point en peine de ce qu'elle n'étoic
pas riche , & qu'elle lai promettoit
de partager Tes trefors avec elle. Ma-
dame de Ponts, moins occupée de la
E.econnoi{rance qu'elle devoit à la
Duchelîe d'Aiguillon , que de fes in-
tércis , & qui vouloît des rîcheiïes
plus alTùrées , prie foin de plaire eu
Toîne III. P Duc
5 v8 Mémoires pour fervtr
164^. Duc de Richeliea , Neveu de la Da-
chefîè d'Aiguillon. Elle y reuffit
facilement ; car 5 il ecoic jeune , 6c
elle étoit alTez aimable & bien faite,
pour pouvoir être aimée avec paC-
ïîon. Madame d'Aiguillon l'avoît priée
à'çn faire un honnête-homme 3 ôc
comme il auroit quafi pu être ion
Fils y il reçut fcs cnfeignemens avec
foumiffion. Madame de Ponts , fans
beatué , avoit de bonnes qualitez Ôc
du mérite : elle étoit bonne , dou-
ce 3 aimant à obliger j fa Réputation
étoit fans tâche. Elle étoit des plus
habiles , en matière d'une Galanterie
plus affedée que véritable , pour
fçavoir adroitement triompher d'un
cœur tout neuf , qui ^ manquant de
hardieiïe 3 n'ofoit entreprendre des
Conquêtes plus difficiles. Cette Da-
jnc , naturellement libérale de dou-
ceurs 5 animée de fes propres defirs^
n'oublia rien fans doute pour fe faire
.aimer de celui de qui elle le vouloît
,€tre j ôz pour lui ^ comme il man^
<qua de difccrnement , pour connoî-
£re ce qu'il lui convenoit de croire,
,ôc de faire , le plaifir de pouvoir s'i*
ii-iiaf^înc;: d'é.rre véritablement aime
àV H'flolre d'Ange d'Autriche, 5 x 9
eut de grands charmes pour lui. La 1^40
Duchelîc d'Aiguillon avoic cté choific
par le feu Cai dînai de Richelieu ion
•Oncle , pour être tuuri ce de les petits .
Neveux ; ôc ce grand homme n'avoin
pas crû pouvoir trouver un moien
pins affùré pour conferver fou nom,
que de laliler ceux qui le portoient du
cote des Femmes , fous la conduite
de leur Tante. Il jugea que fa vertu
fon efprit , de (on courage , les pour-
roit protéger contre les effets de Ten-
vîe , de de la hiine^ qui font d'ordi-
naire les fuites facheafes des grandes
fortunes des Favoris. Cette illuftre
Tante , malheureufe dans tous fes pro-
jets , voiant un jour fon Neveu ren-
dre de petits fer vices à Madame de
Ponts , lui dit qu'elle fouhaitoit
qu'il fût affez honnête homme pour
être amoureux d'elle ; & Madame
de Ponts , qui avoit fon deifein for-
me y lui répondit en riant , qu'elle l'a-
veitilfoit c]ue s'il iiu parlo't d'Amour,
ôc qu'il voulut devenir fon Mari , elle
n'auro't point ade^ de force pour le.
refufer. Ce difcaurs fut pris par la
D^xthelTc d'Aigudlon comme une raîU
lerie ^ dont elle ne fit que fc divertir;
P z nuls
l&
5^40 MemoWes pmr fervlr
4c). mais. Madame de Ponts , qui pen-
* foit ferieufemenc à cette Affaire , crut
par cet avcrtilTement être quitte de
tout ce qu'elle de voit à la Duclufle
d'Aiguillon j & fe cro'iant obligée
de le préférer à elle., & à tout auu-e, |
€Île eniploia , pour faire réuffir fon ma- J
rîae,e , un homme qui ctoit auprès |
de œ Duc , qu'elle gagna , & quMle
engagea dans fes Intérêts. Elle fe fer-
vit^pour fon grand relfort , de l'Amitié
que' Madame de Longueville avoic
pour elle i ^ .par cette Princeffe,
elle obligea Mr. le Prince à protéger
fon Maris oe comme une chofe qui
lui pouvoir être avantageufe. Ma-
.dame de Ponts vouloir un Mari , Se
.Madame de Longueville vouloir que
Ton Amie eut le Gouvernement du
•Havre^de-Grace , Place , qui pouvoir
lendre le Duc de Longueville Maure
abfolude la Normandie. Son deilein,
ôc celui de Mr. le Prince , fut , qu'en
.protégeant Madame de Ponts , elle fe-
iroit obligée de fe lier entièrement à
!eux,. Valeur fortune. Des Marets.,
xelui qui confeilloit le Duc de Richc-
fiieu en faveur de Madame de Ponts^
M faillit de belles chimères fur cet-
' ' ■ S^
à rHlflolre à* Anne à^ Autriche, 3 41
tè Union \ mais , la Duchefle d'Aîguil- 1(^40.
Ion traveiToic leurs pcnfécs fccrectes,
par le ded'cni qu'elle avoir de faire
epoufer Mademoi Telle de Cbevreufe au
Duc è<i Richelieu Ton Neveu , qui,
malgré fon A'rncié pour Madame dé
Ponts 5 paroifsoît un peu amoureux
de cette PrinceOe, Elle étoit vérlta-i
blemenc belle , d'une naîfsance iiiuf-
trc , & devoît avoir de grands biens^
mais , cet Ami infidelle fcit fi bien
mettre en œuvre Tes illufidns , aidé
par la puîfsance d'une Hatterîe honnête, , '^
mais foigneufement pratiquée , qu'il Mada.
perfuada le Duc de Richelieu , qu'il me de
feroit mieux d'époufer cette laide ^^'^^^
Hélène (* ) deftinée à faite du bruit, f'^'j-'
\' 3.10»!
que cette belle perfdnne que fa Tante appc- '
lui deftinoit. Il l'afsûra , qu'étant du lée par
Parti de Mr. le Prince , il n'avoit nul ^^^
fujer tl'apréhender que la Duchefse ^r^^'
d Aiguillon delaprouvat Ion choix,
ni le pût jamais inquiéter. Toutes
ces chofes enfemble firent ce Marîaee,
qui fut fatal à Mr. le Prince , peu
heureux a ceux qurs'cpoulerent , dou-
loureux à Madame d'Aiguillon , &
nullement utile à Madame de Lon- "
gyeviUe , qui , dans la fuite des rem 9,
P - ; elle ■
5 4^ Mémoires pourfervlr
i<^4P« elIeqiiîPavoIt faîc ne trouva pas dans^
le Havre lefecours qu'elle a\^;c efpéré;
6 il s'en fallut peu enfin , qu'il ne
caufàî autant de maux aux Franç'u's,
que celui de Paris & de la belle Prin-
ctffç de Qy^cc en fît aux Troyens, Il
fe célébra à la Campagne , en prcfen-
ce de Mr. le Prince , qui voulut y
être , & qui fit ce que les Pères Se
Mères ont accoutumé de faire en ces
Gccafions. La Reine fut donc fur-
prîfe , quand elle aprît que ces noces
s'étoîcnt célébrées de cette manière,
£Ile connut audî-rôt avec quel defTeia
Mr. le Prince en faifolt fon Affaire;,
& cet Evénement fervit beaucoup à le
ruiner entièrement , dans ion efpric,
par le confeil du Cardinal, Sa perte-
fiit alors réfolue* , comme d'un Prin-
ce 5 en qui on voîoit de continuelles
marques d'un efprît gâté \ mais , la
Reine ne laîila pas de lui faire bonne
mine , & le Miniflre aufîî.
La' Ducheffe d'Aiguillon > a pre-
nant cette Nouvelle , fut au defefpoir.
Ceux qui ont des Enfms , ou des Ne-
veux qui leurs tiennent lieu d'Enfans,
qui ont de T Ambition Si de grands
biens , le peuvent aifémenr juger.
Cette.-
a 'C Hi(lolre à' Arme d' Autriche, 5^ 5
Gette Dame , qui avoir du mérite ôc i64pl
du courage , ioutenant fon malheur
par la force de fon ame , dépécha auC-
ficôc un Courtier au Havre , ou elle'
commandoit par ordre du feu Cardi-
nal de Richelieu , jufqucs à la Majo^
rite de fon Neveu , pour empêcher
qu'il n'y fut reçu d'abord. Mr. le
Prince , le lendemain des noces , ï'z-^
voit fait partir pour y aller , & lui a-
voit dit , qu'en toutes façons il falloit
qu'il s'en rendît le Maître. La Rei-
ne 3 de fon côté , envoia de Bar , pouc
Ce faifir de cette Place j de pour em-
pêcher s'il le pouvoit , que Mr. le
Prince par cette voie ne donnât atf
Duc de Longneville fon Bcau-Frere \z
pofleiïipn entière de la Normandie,
Quand Mr. le Prince fut de retour de
cette expédition , il vint chez la Rei-
ne 3 avec le même vifage qu'à l'ordi-
naire ; Se quoi qu'il fçût qu'elle
avoit defiprouvé cette action , 5c qu'il
fçût auffi que Bar étoit parti pour al-
ler s'oppofer à fcs dcHTeins , il ne laif-
fa pas de l'entretenir des avantures de
la noce , & en fit devant elle des con-
tes avec beaucoup de £;aieté & de hau-
teur. La Reine lui dit que Madame
P 4 d'Aiguil-
^ 44 Mémoires four fervir
i^efp, d'Aiguillon pretendoit faire rompre îè
Mariage , à caufe que fou Neveu n'e-
toît pas en âge II lui répondit ficre-
Bienr 5 qu'une chofe de cette naturç
faite devant des témoins comme lui ,
ne fe rompoic jamais. Enfin ce Prin?
ce , qui avoit trouvé mauvais que la
Reine eût gourmande Gerfé, fans lai
en parler , ne put trouver juftc .^ qii'eU
le fcntît comme une Kebdlion , qu'il
eut marié un Dac &Pair de France 5
iàns la permiffion du Roi 3 5»: avec
des denfcins vifiblemcnt mauvais. Il
efl: du dv^voir des Perfonnes de cette
.qualité , àt ne le point faire fans l'a-
grément du Roi , vu le rang qu'ils ;
tiennent dans Ton Roiaume ; mais a-
lors , il fallut feindre; & la Reine le
fit fi bien , que Mr» le Prince y fut
trompé à foa tour.
Deux jours après, les nouvelles arri-
vèrent que le Duc de Richelieu avoit
Été reçu au Havre , que Bar l'avcit
vil 3 & lui avoit perfuadé , qu'il fal^
loit pour fon propre intérêt qu'il gar*. .
dât cette place au Roi , & qu'il fedçw
tachât de Mr^ le Prince. Ce; jeune
Duc envola à la Reine un Gentilhom-
me^ & lui écrivit 3 pour lui faire àQ% ,
ex eu le s .
à l'Hlflolre StAnm d'Autriche, 34^
eVctifcsde Ton adion. La Reine lui 1^45.
répondit, qu'il croît vrai qu'elle Tavoic
blâmée , & dit à ce Gentilhomme ,
que Ton Maître portoit un nom , qui
devoît toute fa grandeur au feu Roi ,
fon Seigneur 5 &: que par conféqucnc
il avoir eu grand tort , de manquer au.
refpeâ: qu'il lui devoît ; mais , que (î
à l'avenir , il rép^iroit fa faute par une
grande fidélité 5 il n'étoit pas im'pofïï- '
ble d'en obtenir le pardon.
Pendant que des acteurs particuliers \ •^' P'
preparoient une bçcne dont les grans "^
Evénemens dévoient étonnera & fur-
prendre toute l'Europe , le Parlement
s'occupoit à juger du Différent qui é-
toît entre Mr. le Prince^le Coadjureur, •
& le Duc de Bcaufott. Après la Dé- "
libération faite, fur la récufatlon du , V
Tï ' • r> T j M ' " 1 j ♦ Janvier;
Premier Preiidentjil y eut plus de voix
pour lui , &: le nombre étant plus
grand de fon côté , il fut arrêté qu'il ^
refteroit le Juge de cette Affaire. Les '
Créatures du Prince de Condé avoienc ^
follicité tout le Parlement avec une'
chaleur extraordinaire , n'épargnant ^
ni les promeffes ni les menaces pour
lui acquérir quelques voix , ce qui ne ;
leur ctoît pas impoiîîble : car , malgré ' *
P J ) 'l2 •
^4^> Mèmoh et pour fervîr-
i^^0\ le pouvoir des Frondeurs , le Premier:
Préiidenr étant de fes Amis , il pou-,
yoic avoir beamoup de voix dans cer-
X^: Compagnie, Le lendemain , il
fot qneftion. de délibérer fur la Re-
quête préfentée par le Duc de Beau-
fore & \t Coajjuteur , qui demau-
doient a écre reçus à récufer Mr. le
Prince leur paicie , comme ne pou--
vant être Juge en fa propre Caufc y
mais ,, comme cette Caballe tramoic
de- plus grands delfcins , tout d'un
coup ils demandèrent, à retirer leurr
Requête 5 & confenrirent au Juge-,
ment : difant 5 qu'ils fe connoifîbient:
innocens , & que par confcquent ils
ne craignoient rien. Ils demande'rent
feulement d'être ji^gés & juftifîês à^
l'heure • même. Cette- Aclion parut:
belle 5 hardie , <Sc pleine de confiance.
en leur juflice , & leurs Amis la célé-
brèrent infiniment; Les Courtifans;
ne la loliJrent pas devant, la Reine ;:
ils. auroient: crû lui déplaire 5 car 5,
quoiqu'on jugeât qu'elle n'avoit pas
fujetd'aimer Mf. le Prince > on croi--
ciitt néânttTK>in'i qu'elle haifloit beau-
cpupplùs lés Frondeurs que lui. Elle.
a^Fedoit de porter fçs^ intérêts avec.;
ch^kurc
a l' Hiflolre a Anne d'Autriche. 3 47
chaleur , & paroiiToît recevoir avec 1.6^0,
joie ce qui lui ctoic avantageux. On
difci:: qu'il y avoit un homme pris
en Normandie , appelé Martineau ,
nommé dans les Informations , que
l'on ammenoit prifonnier, & que Tin-
rention des' Frondeurs étoit de hâteir
leur Jugement", afin d'éviter le témoi-
gnage de cet homme. Les Amis de
Mr. le Prince le difoient a-ufîî , avec
d'autant plus de zèle 3 qu'ils avoicnc
plus d'intérêt à foutenir le droit de fa
C aufc ; mais v^i^cun d'eux n'alloic ail
but de la vérité ^ & toutes ces cho-
£^s n'étoient plus que des illufionSjr
dort on amufoit le Prince de Condé ^
les Courtifan.^, <3<: le Peuple.
Les Frondeurs , fâchant afîez com-
bien le Carâinal avoic fujetde haïr le
Prince de Cop.'^é , & fe voiant eus-
mcmcs embaralTés dans une Affaire ^
qi-i leur metfoit fur les bras un En-
nemi tel que lui , voulurent chercher
de voies plus fûres que celles dn Par-
lement pour le deffendre contre lui.
Ils crûrent avec fujet , que toute la
mauvaife volonté que le Cardinal
leur portoit le céderoîc dans fon
cccur à fes -intérêts , & qu'en l'état ou
P 6 il
^io.
^48 ^ Àiemoires pour fervlr
' i éralt , le plus grand bonheur qui
iui pouvoîc arriver écoit la perre du
Prince de Condé ^ fans le trouble de
l'Etar, Ces raifons firent que cette
Cabale , ou plutôt ceux qui en étoienc
TAme ôc rEfprit , pour fe fauver
eux-mêmes , & pour perdre Mr. le
Prince , propoferent au Cardinal de
rarrcter , & lui dirent , qu'eux fe mec-
îant de fon Parti , ils fcroienc en for#
te par leurs liaîfons & leurs Amis
qu'ils avoîent d.ins le Parlement , que
ic: Prince prifonnier ne trouveroîc
point de lecourSj&quc perfonnc ne ,
parleroît en fa faveur.
Cette propodrion fat agréée , com ^:
me le faltu des deux Partis ^ ik peu de
perfonnes la fçurent. Il n'y eût que
Madame de Chevreufe , ôc Laigue 5
«qui traîtte'rent cette grande , Affaire
avec le Minifîre. La Reine enfuité
en. fit part au Due d'Orléans , de elle
ki^, fit approuver ce. deOein. Ce fuc
3 condition qu'il n'en diroit rien à
l'Abbé de la Rivière , à caufe de l'At-
tachement qu'il paroiflbit avoir pour
Mf,: le Prince 3 & de la liaifon qu'il
avoir prife pour Madame de Ponts >
^uî .pour lors écoit devenue Ducheflc ",
a tHljloîre â'Anne â* Autriche, 3 4^
de Richelieu. Pendant que ce pro- K^rov
jet fe préméditoît 5 le Parlement con^
tinuoit dans les procédures , & le
douzième du mois il fut ordonné que
l'Affaire du Coadjuteur , du Duc de
Beaufort , & de BroulTel , feroit fé-
parée de celle , de la Boullaie 3 de Jo-
li , & de Tes Complices. Le Duc
d'Orléans fut le premier 3 qui de Ton
propre, mouvement , propofa , on de
les juger vréfcntement , ou de fépa-
rerieur Affaire y ce qui fut une mar--
que vifible de l'Affedion que ce.
Prince avoit • pour les Chefs de
la : Fronde s ^ du defîr intérieur
qu'il avoit , que Mr. le Prince n'em-
portât pis la Vicfloire fur eux. La
jaloufie avoit été toujours grande en-
tre ces Princes , & pour lors elle,
ccoit beaucoup augmentée dans l'ame
du Duc d'Orléans , par Pextrcme Al!« ■-
torité qiîe Mr. le Prince prenoit daas
l'Etat ; ^ comme les Frondeurs a-
voîent du crédit auprès de lui , ils
îi'oublioient pas d'empoifonner (oxï^
cœur , en lui parlant contre lui /or :
toutes . les Gccafîons qu'ils en pou-
voient trouver. La Duchelfe de
Cheyreufç,6c celle de Mombafon ^
les ^
5 'j o Mcmotres peur fervir
i^jo. les principales perfbnnes de ce Parti ,
qui avoienc du Pouvoir fur fon Ef-
pric , ne manquèrent pas de fujets ,
pour lui donner de raverfion contre
fes Entreprifes continuelles. Elles y
-réiiffirent il bien , que Mr. le Prince
commença de -s'apercevoir alors que
le Duc d'Orléans l'abandonnoit , Se
n'alloit plus au Palais qu'à regret. Il
ne fe trompoit pas ; car déjà le Duc
d'Orléans , aiant pris gouc aux cou-
feils des Frondeurs , avoit impatien-
ce de profiter à fon avantage de la
Difi^race du Prince de Condé. Il lui
icmbla que la Cour lui donnoit une
belle occaiîon d'ccre le Maître de la;
France 5 c'eil; à dire de jouir lui fcul
de toute la faveur , de de toutes les
grâces de la Régei-.tc.
D'autre côte , Li Reine & fon Mî-
niftre 5 lalTés de la Domination d^
Mr. le Prince , le régardoient com-
me l'Uiurpatcur de l'Autorité Roiai-
\e j Si comme un Prince qui étoit à
crg^ndre par fa hauteur , & par (on
ambition. L'Affaire de Gerfé ^ le
Pônr-dc-l'Arche , le Mariage du Duc
de F. ichcliea , ëc fon avcrfion pour
le Mariage de la Niecc du Cardinal ^ ,
avoienï-
a l'Hlfioire à' Anne d' Autriche, 5/1
avoicnt tellement comblé ia meftire , i6joi
que la Reine, ni fou Miniftie, ne
poLivoient plus fouffrir cette gran-
deur il formidable , qui , félon les-
apparences , poavoit devenir dangc-
reufe à l'Etat. Elle écoit de mau-
vais augure au moins pour le Minii-
tre en fon particulier , Se par cette
raifon le Cardinal Mazarin entra vo-
lontiers dans . toutes les Propofitions
de fcs Ennemis. Il crut que ce qu'il
devoit au Roi , 6c ce qu'il fc devoir
à lui même , Tobligeoient de mettre
des bornes à la Puiiïance de ce Prin-
ce , qui n'en vouloit plus avoir fur
aucun fujet. Le» Frondeurs , pour
reiidir dans leurs deffeins , rendirent
PxA.bbé de la Rivière fufpe^t à la
Reine , au Miniftre , &: à fon Maî-
tre , félon que lui même en .avoît
donné d'amples matières ; & n'ou-
bliant rien de touc ce qui pouvoit le~
décruire , n'aliégucreut point en Ca,
faveur les marques qu'il avoit don--
nées d'aimer fon devoir , & de ne
s'en être jamais écarté fur aucun fu^
jet , qui put être entièrement con-
traire au Bien de rEtàt.,Ce Favori,,
trop alIùré de. la chofe du monde qui
parr
lyr ' Mémoires pour firvîr'
téfo, par fa nature doit être la plus incer-
taine 5 agidoit comme s'il lui eue
prefquc écé impofîîblè de perdre les
bonnes grâces de Ton Maître , & ha-
zardoitde lui déplaire en prenant des
liaifons qui lui pouvoient être fuf^
pe6le§. Ses intérêts Paveuglérent , &
cette conduite fut caufe que le Duc
d'Orléans lui cacha toujours les har-
dis denTeîns de ceux qui le haiffoient ,
èc qui fçurent donner à toutes fcs
actions une mauvaîfe explication. Ce
demi Mînîftre s'aperçut alors , qu'il
y avoit un grand refroidiiTement dans
IVme du Duc d'Orléans pour Mr.'
le l^rîncc ; & ne volant point la
grandeur de ce mal , Tes caufes , nî
les effets jbîen loin de fuivre les kn^
tîmens de fon Maure , il voulut s'y
oppofer. Il le fie 5 tant pour obliger
Mr. le Prince , que pour détruire le
pouvoir de la Cabale Frondeufe ,
dont il étoît haï. Il difoit alors à
fes Amis , pour fe juftifier de ce
qu'il paroilfoit avoir des fentimens
contraires & dîffcrens de ceux de
Mohficur , qu'il ctoît incapable' de
fc féparer de fon devoir ; mais , qu'iî
2ie -vouloit pas laifler arriver de la àU
viiîo«
rt VHlflbhe à' Ame à' Autriche. % ç j
VÎfion encre ces depx Princes, parce- ijjo.
que la Cour n'écoir pas en crac de
faire un grand coup , qui pnc abacre
la Paiîlance de Mr. le- Prince; qu'il
craignoit que celle dn Y)'^c .d'Or-
léans ne fe trouvât anneanrie , fous
rcclat de l'ancre ; ^ qu'elle ne fûc
mal foutenue de. rAurorîté Roiale ,
qin* parcllfoit fans force & fans vi-
geur ; mais 5 la vérité eft , qu'il ew
péiott tontes les femaines fa promo-
tion au Cirlin.ilat. Ses defîlins n'al-
laient qu'à temporifer i pour gigner-
le tems où Ton amb'tion devoit être
fatîsFaite ; 6c comme les hommes fe
font toujours à eux mêmes des cxca-
fes pour leur fautes prefentes , qu'ils
réparent par des defirs vertueux pour
l'avenir , il s'imaginoit fans celle , .
qu'après Ton clévatiort , qui le mer-
troit dans un état de habilité , il
travailleroit fortement à la grandeui?
du Duc d'Orléans , au Bonheur de
l'Etat 5 & à l'AbbailTcment de Mr. îe
Prince. Il fui voit fa pafïion , & a-
giOToit 5 félon que tous les hommes
ont prefque accoutumé de le faire 5
qui , en croiant fe fauver ^ travail-
knc foavent .à leur perte. Les chos-
es..
-?
^ y 4 Msm dires pour /ervîf
't^jo. fes 5 qui Ce paflToient , ôc qu'on lui
cachoic foigneufcmenc , alloienc an-
néancir en lui toute fon ambition. ,
par la fin de fon crédit , (Se de fa fa-
veur ; &c il auroit été heureux , Ci par
un fage décrompement de toutes ces
ehofes , il eût apris à connoître ce
qu'elles font en effet.
Pour bien admirer le changemeitt
que nous allons voir , il faut fc fou-
venir du Siège de Paris , de de la*
Guerre fomenrc'e par le Coadjuteur ,
& le Duc de Beau fort ; qu'alors Mr.
Prince avoir été Tapui da Mi;iin:re ,
celui feul q li a fon ég;ard n? bab.nca-
jamais , de qui dans cette occiCion
avoît marché le plus dro.t à mainte-
nir fa fortune penchante , & la fou-
rien de l'Autorifé Roiale. M faut fe
fouvenir , qu'après avoir gagné qua-
tre Batailles contre les Etrangers , il
avoit acquis la haine publique 5 Sc
toute fa Famille en particulier ^ pouc
cette querelle Roiale , dont il s'étoit
fait le deffenfcur. il ne faut pas ou-
blier y que Madame de Chevreufe ,
étant en Flandres , avoit été d'intel-
ligence avec les Frondeurs , que Lai-
gue avoit été traiter avec l'Efpagnol ,
par
a r iTiflolre d' Anne d'Autriche, jj j
par le moien de cette Priucelîc ; que i^^co,
le Duc de Bcaufort avoit été mis a la
Baflille , en partie à la fulciiation da
feu Mr. le Prince , &c que Madame
de Monrbazoa avoIt été exilée pour
avoir été l'Ennemie de Madame la
Princtile , qui , Mcre d'un Fils audi:
puiffant que Pcioîc alors le Duc
d'Anguîcn 5 avoit fièrement bravé fcs
Ennemis , & n\avoit rien oublié pour
fatisfaire fa vengeance-
La Diichefife d Aiguillon qui eue:
part à :e confeil , étoit auffi dans un:
pofte qui mérite d'être remarqué.
Dans le commencement de la Ré-
gence elle avoit à peine fauve- le Hii-
vre ; <Sc ce fut un grand bonheur
pour elle d'avoir échapé les effets de
la haine , que vrai femblablemcnt , la
Reine devoit avoir contre elle. Le
feu Prince de Condé , & Mr. le
Prince fon ^'Is , Pavoicnt fort tour-
menté en lui fufcitant des Procès fur-
la fuccefîîon du jeune Duc de Brezé,
Frère de Madame la Princelfe la Fil-
le ; mais enfin , les chofes venant à
changer , comme Ennemie de Mr. le
Prince , elle eue part à fa prîfon , &C
comme habile , elle trouva le moien
d'en*-
5 V (? Aîémo'res Vo^ïy fe''-v'r
ri^co. d'entrer dans ccîte Luîgue ^ par la
voie da Dmc d'Orléans, Voici com-
me elle y rcuiîît.
Le Duc d'Orléans , comme je Paî
<léjà dir , avoit tendrement aimé
Soyon 5 Fil'e dlionneur de Madame.
Cette Fille , touchée de dévotion,
ou de quelque chagrin ^ s'ctoit jettéc
dans le grand Couvent des Carmeli-
te<s , à defseîn de fe faire Religienfe.
Monncur , ne pouvant fouirl-ir ion ab-
fence fe fervit de l'Autorité Roîale,
de celle du Parlement & de la fîen-
ne propre , & des Confeils de toutes
les Amies de Sbyon , pour l'en' faire
fortir. Celle , f^ort il reçut le plus
de fecours , fut Madame d'Aiguil-
lon toute puifsante fur le Père Léon
ConFe'seur de Soyon , Carme , q«î
avoit pour le moins autant d'Ambi-
^ tîon que de Piété. Elle s'y appliqua
avec tant de force , qu'enfin elle
trouva le moîen de rafsûrer la con-
fcîencc de cette Fille, & de la faire
revenir à la Cour , avec efpcrance de
devenir bientôt Dame d'Atoiîrde
Madame , afin de pouvoir rcfter dans ■
le monde fans fe marier, il faut de- -
meurer d'accord ^ qu'elle y a véca ••■
avec •"
arH:flo:re.^\4-^-<^ d:Jn-lche. 5.J7
avec tint de pièce ck c!c \c\:V\ , & »(Jjx>.
qu'elle a moïKié H n^tf^incnt le^OLi-
loir mépr.'cr, c^ul- l'on doi;: plutôt
eitiinci' (ou i-i^tivur , qu'y trouvera
redire. Madame d'Aiguillon , pour
tirer quelque avantage de Çx Négo-
ciacion , perfuada au Duc d'Orléans,
qiîe l'Abbé de la Rî\ iere , jaloux de
la Faveur de Madcmoifclle de 6oyon,
r^ivoît par. Tes intrigues prcfsce de (e
faire Rcligieufe. Elle n'en avoit , à
ce que j'ai oliî dire , nulle marque
véritable ; mais 3 comme elle vouloic
b perte du Prince de Condé , qu'elle
crciolt l'Abbé alTcdionné à Tes intc-
rjcts 5 (Se Ami de la nouvelle Duchclîè
de Richelieu , qu'elle avoit fujct de
haïr 5 elle crut qu'il ctoit nccelTai-
re 5 de lui faire perdre les bonnes
grâces de Ton Maître. Il cfb a pré-
fumer 5 qu'elle a pu fçavoir des cho-
ies fur ce fujet , que j'ai ignorées , &
qu'elle pouvoir fans fcrupule i'accufer
de cette pafîîon , qui vrai femblablc'
ment devoir être dans fbn ame.
Comme cette Dame , .par fa fcience,
ou par Tes foupçons , fur facilement
portée à croire que ce Favori avoir
été fufceptiblc d'une grande jaloufîe,
le
Ijî Mémoires pour p, rvlr
îl?/o. ^^ ^uc d'Orléans en fuc de même
aifément perfuadé \ de fans beaucoup
examiner Ci ce qu'on lui difoii: étoit'
vrai 3 il le crue , à canfe des auri^s
douces qu'il commençoic d'avoir
contre lui. Il s'imagina du moins
que l'Abbé de la Rivière avoic fou-
liaicé que Mademoifelle de Soyon fut
demeurée aux Carmélites ; de cette
peuiée étant reçue par une ame déjà
mal difporée fut capable de le détrui-
re aupics de lui. Ce fut par là que
les Frondeurs , qui haiîloiert l'Abbé
d-e la Rivière fe lièrent à Madame
d'Aiguillon ; <S^ ce fut la voie qu'el-
le prît , pour entrer dans le fccrec de
cette grande Négociation. Elle lui
fut confiée par les Frondeurs ôc le
Miniftre, qui tous étoieifc réiolus de
perdre la Rivière. Elle avoît les
Clefs de la Citadelle du Havre , qui ,
par la fidélité de de Bar , lui écoienc
demeurées , malgré fon Neveu le
Duc de Richelieu 5 <Sc malgré les di-
ligences de Mr. le Prince ; fi b ii
que le Miniftre la trouvant propre à
bien des chofes , lani par la (urcté
qu'on devoir prendie dans Ql haine,
que par l'opinioii qu'il avoic de .à
ca-
a r HJflolre d'Anne d'Autriche, ^^c}
..capacité 3 il ne fit point de difficulté 16^0}.
-de lui parler de ce grand projet. Ce
fut donc le Coadjuteur , Madame
.de Clievreufe , Madame d'Aiguillon ,
le Marquis de Noirmoutier , ôc Lai-
,gue , qui traitèrent cette Affaire avec
Ta Reine , le Duc d'Orléans , & le
Miniftre. Le Duc de Beaufort n'en
fçût rien 3 parceque la Cabale Fron-
deufe crut qu'il le diroit à Madame
.de Montbazon ; ôc cette Dame n'é-
toit pas affez eftimée de toute la
Troupe 3 pour la rendre maîtreife de
leur fort..
Ce defTcin de faire arrêter Mr. le
^Prince plut au Minière , non feule-
ment pour fe voir délivré d'un Prin-
ce du Sang qui le méprifoît , mais
encore parce qu'il crut qu'il alloîc
être le Maître de la France. Il voioit
une des Cabales détruite par la perte
de leur Chef • l'autre , qui fembloit fe
donner à lui , ne lui faifoit plus de
peur ;& par ladifgrace de l'Abbé de
la Rivière , il efpéroit qu'à l'avenir ,
il auroit le même crédit auprès du
Duc d'Orléans , que jufques alors il
avoir eu auprès de la Reine, & qu'ainfi
& Domijiation feroit entière ôc aflurée.
Les
3 ^o Memo'ires four fcrvly
nJ^o ^'^ Froideurs avoicnc d'antres
penlécs. Ils enrroient en apparence
dans les inrerecs du Minière j mais,
n'aia'ic plus ce reioucable Prince
pr^uv ennemi, ils s'imaginoîcnc que
le Cardinal , foible & haï , n'oferoîc
leur rien -reculer- 5 & qu'il leur feroic
touc-à £iît fournis ; que le Duc d'Or-
léans n'aiant plus la Rivîwre , le
Coadjureur leur Ami le gouverne-
ro'c , pour lequel il monrroic avoir
de l'inclination & de l'eftime \ que
ce Prince s étant conduit par eux,
fe readroit le Maître de la Cour , &
que par lui leur Pu'lfance s'écablircic
fur tons , d'une manière fiable & per-
manente. Madame de CKevreufe fe
vit en état alors de faire revivre les
anciens dciirs , qu'elle avoît conçus
an commencement de la Régence , de
gouverner la Reine; & (on clperancc
£iit d'autant mieux fondée , qu'elle
& fa Cabale précendoient à l'avenir
la poifeder par force , & par confe-
quent avec plus de fureté.
La Cour intérieurement en cet
ctat prend la réfolurion d'exécuter
promprement fon dclTcin , ^ d'arrê-
ter Mr. le Prince , le Prince de Coiv-
ti.
^ a PffJflolre ^ Ame À^Autridie, 3 Ci
û , & le Duc de Longueviilc , afin ,,(^j.o.
que ^ks deux derniers ne jpudent par
une Guerre Civile fecourir le pre-
mier. J'ai oiii dire depuis à la Kci-
nc , parlant de la Prifon de ce Pria.
ce , qu'cranc un jour an Confeil avec
\c Duc d'Orléans & Ton Mini/Ire ,
cUe , & eux ., s'cEoienc écries , que
ce feroic un beau coup a faire , que
d'.irrêrer Mr. le Prince^ qu après y
avoir bien penfd, la chofe leur parût
necefîaire Ôc faiTabl^ ; qu'cnfuice par
les evcnemens & le rems , dl^ leur
-avoît paru Facile ; & qu'ils l'avoieiit
euhn exécuté fans nulle peine. Qnand
la Reine , pour .la féconde fois parla
de cette Affaire au Duc d'Orléans,
elle le conjura tout de nouveau , de
lie point confier ce fecer à la Rivie-^
re. Cette prière étoit par iculicre-
inent fond^-e , fur ce que xians le dcr^
mer Accommo<-!ement du Prince dé
Condé avec le Cardi :al , dor.r l'Ab,
befut le Ncuociatcur, Mr. le V^m^
ce dcfira qu'il lui donnât ia parole
que le Duc d'Orléans ne confc»ntiroil
jamais a fa Prf fon , au cas qu on vint
i y penfcr , fans qull Vtn avertit ;
^ fouhaita que Je Diic d'Orlea^is
Tome IIL (^ ;^
3 6i Mémoires pour fervtr
i^co. en fa prefencc , raffûrât de la même
' chofe. Il crut que la Reine n'aurok
jamais ce defTcIn fans que le Duc
d'Orléans y eut parc , Se qu étant en
fureté du côté de ce Prince y 6c de ,
fon Favori , il n'avoit rien à craindre. '
UAbbé de la Rivière , qui ne vou-
lut pas lui donner fa parole , fur une ■
chofe de cette ccnfequence , fans la
participation de la Cour , prie celle .
àc la 'Reine , & de fon Miniftre,
avant que de s'engager au Prince de
Condc;& enfuiie lui donna cette
fureté , en préfence même de fon
Maître. La Reine Se le Cardinal h
donnèrent de bon cœur pour avoir-
• la Paix i car, alors, ils ne penfoienc
pas encore à fe fcrvir contre lui des-
f emedes extrêmes i mais le tems^ les
aîait perfuadez que l'ufage en étoif
utile à l^Etat , l'Abbé de la Rivière,
-qui n étok coupable eii cela que par*
trop d'empreflcment à fcrvir Mr. le
Prince, fut la vidime offerte pour
|:ous les Adeurs , en faveur de ce,
<Tnnà detfein. La dcfflance ,^que h
%dm mt de lui , fut ca-^'^e de fa..
mm ' ce fut un rideau qu'on m^
^ ' ' ^ ■ hi Duc d'Orléans^
' J2JUÎ
i
a VHifloîre d'Anne d* Autriche, 3 ^5
qui lui fie voir des crimes en la per- 1:^50.
fonne de celui qu'il avoit aime , qu^il
crut être obligé de punir. Il eft à
croire néanmoins , que ce Favori ie
feroit accommodé de cecce avancure-,
qnl l'aiiroit délivré de la crainte éter-
n.Uc du Prince de Conti , qui, fe-
icii (on caprice , pouvoit toujours lui
c-rîa Noiiiination de Ton Chapeau;
m:iis , Çon innocence lui Rit inutile,
a caufe de Tes fautes apparentes.
Celui, dont la liberté étoic mena-
cée ,^ paroinToic embaralTé. Le Pu-
blic étoit attentif à voir comment il
4écideroit fa querelle, & de quelle
manière elle palferoit au Parlement.
Ce Prince fen^oit que Ç^s intérêts n'é-
toient pas f utenus : il fulmînoît con-
tre les Frondeurs , & pubiioir haute-
ment , que s':i n'en rîroit raifon par
la Juftice, il fe la féroît luf n;ême,
-& le plus fortement qu'il lui feroic
poiîîbic. Il fe plaîgnoit du Duc
d'Orlcan<; , qui Pabandonnoîc , dî-
fant à les Amis qu'il faîfoit le malade
quaiîd il le prioit d'aller au Parle-
rnent ; & pAbbé de ia Rivière,
inutilement occupé du defir de la
l^^ix , travâilloît à la maintenir entre
q. 1 ces
$ ^4 Mémoires pour fervtr
^^jO. ces deux Piinces , comme à la pluî
importante Affaire de l'Ecat.
Le feiziemc Janvier , Marrineau^
ce Pr il on nier qu'on avoit aiTêtc .en
balfe Normandie , arrive à Paris. Le
Plince de Condé redouble fes follici-
îations , ôc on députa deux Confeil-
1ers pour examiner ce Prifonnier. La
Fronde devenue* plus puidame , on
ordonna que fans délai , le Prifonnier
examiné , on jugeroit l'Atfairc du
Duc clr Bcauforc de du Coadjutcur,
feparément de celle <le la Boullaic,
^infi qu'il a été déjà dit , .& fans
^ucun retardement. Comme le Prin-
ce de Condé apperçûc le .crédit de fes
Ennemis , il en témoigna de grands
:reflentimens ; & un de fes .Domiefti-
.ques , perfonne de qualité , me con-
ta que fon chagrin alors l'eitpêcha
de dormir plufîeurs nuits , qu'il fe
promenoit fouvent dans fa chambre,
ik: qu'il paîloit beaucoup d'heures à
.écrire 6c à conliiltcr fes Affaires:
ruais, pendant qu'il menace fes En-
jnemis^qn'l prie fes Amis , & qu'il
^ plainj: d'un petit mal , de plus
jgra^id^ mallieurs étoient prêts de
U>^h^x fiix (a. j:ête,^ pour lui montrer
a /' H'.fiolre £ Ame d* Autriche, * 5 6^
(J'ie tous les hommes , Je quelque i^cq^
coiidicioii qu'ils foienc , ne pcuvcnc
jamais être eiiciérenienc heureux.-
Qioi que fa miuvaife fortune ait^
toujours été environnée de Gloire ,
& que fa Prifon même , ait ctéfuivic
c^'un bonheur éclatant , on peut dire"
néanmoins qu'il perdît avec la liber-
té , une gran ieur , & une puîfïance »
qui jufqaes à' ce jour , aVoient été'
accompagnées de toute la félicî«é ,
qui Te pouvoit fouhaiter dans la vîe
d'un grand Prince. Dieu fe plaît
d'ordinaire , dans le tems de la prof-
périté , de nous faire voir la fragilité
des biens pafTagers : Enfin . les me-
fures furent prifcs pour exécuter ce
qui dsvoît changer tant de chofes.
Le Duc de Longuevilleétoit malade
à Chailbt : il avoic montré afTez d'à-
verfion pour venir chez le Roi , à'
caufe de certains Avis qu'il avoit re-
çus ; mais , aiant promis de fe trou-
ver au Confeil pour une Affaire déi
Marquis de Bsuvron dont on devoît
parler , la Reine délibéra de prendre
c '"te occafion pour exécuter (on def-
Ç[n, Elle fit femblant de fe trouver
mal , 6c cette feinte indifpofitioa lui
Q.5 do:;-
3 ^ <? Mémoires pour fervîr
i6S^' donna le prétexte défaire fermer Tes
portes , de peur du bruit. Le Con-
leil amenoit une grande foule de
niondc au Palais Roial , &: cette ac-
tion demandoit la fureté de par con-
féqucnt la foliiude. Cette raifon
obligea la Reine d'ordonner au Capi-
taine de ks Girdes , de ne laîlîer
entrer perfonne que ceux qui de^
voient tenir le Confeil , le Duc d'Or-
kans n'y vînt point , pour ne pas
être le témoin oculaire du malheur
de ce Prince , qui vivoit en fureté
fin: fa parole.
La Reine fe mit fur fon lit , dî-
fant qu'elle avoit mal à la tétc j ôc
je lui ai oiii dire depuis , qu'elle eut
befoin de s*y mettre pour cacher le
trouble de fbn ame , qui fut grand3-
quand elle* fcntit que l'heure du con-
feil approchoit. Madame la Prin-
celFe 3 qui avoit le privilège de la
voir , quand même elle ne voioit
perfonne ^ vint la vifiter à cette mê-
me heure ; ce qui augmenta beau-
coup l'émotion de la Reine : car,
elle avoit de la bonne volonté pour
elle , & fçavoît qu'elle n'avoit nulle
part dans la conduite de Mr. le Piiiw
ce.
à l'Hlflovn à'Jnne d'Autriche. ^Cf
ce. Dans cette occafion , elle fe fou- i^rçy^
vint avec beaucoup de regret & de
compailîon , à ce qu'elle m'a fait
l'honneur de me dire , que Madame
la PrincelTe avoit toujours reçu Tes
careires avec une reconnoiilance , qui
approchoit de Pidolatrie , &c qu'elle
ne méritoit pas qu'elle la privât de
joie le refte de (a vie. Cette Mère
infortunée , bien ignorante de fon
malheur , s'alîît au chevet du lit dç la
Reine , & lui fit mille queftions fur (i
maladie ^ qui toutes procedoient d'une
véritable inquiétude j car la Reine
ctoit toujours (i faîne , qu'il étoit dif-
ficile de ne fe pas étonner quand elle
fe plaîgnoit : mais , toutes fes" paroles
furent de nouvelles matières de dou-
leur à celle qui avoit plus de fanté
que de repos , Se autant de volonté
de lui faire du bien , que de ncceilîcé
de lui faire du mal.
Le matin de ce jour , le Prince de
Condé alla voir le Cardinal , qu'il
trouva occupé à parler à Priolo Do-
meftique du Duc de Longucvillc , à
qui le Cardinal dit mille douceurs
pour fon Maître , le priant de fe trou-
ver après midi au Confeil. Mr. le
Q^ 4 Prince
Jv 8" Mémoire f pour fervtr
léjx)i, l^rince , entrant dans la Chambre da»
Miniftre , lui dit de continuer Ton
difcours : puis , s'approchant du feu',,i
il trouva de Lionne . Secrétaire da 1
Cardinal , qui écrivoit , fur une pttirc
table 5 certains ordres nécefTaires poiîr
l'exécution de TA^aire du jour. De
Lionne les cacha foîgneufement fous
le tapis 5 faifant enfuite la^ meilleure
mine qu'il lui fut poffible. Gette Vi-
fîtc finie 5 le Prince de Gondé alla du.
lier chez Madame fa. Mère. Elfe
avoir eu quelque avis , ou quelque
preflentiment de faDifgrace , fi bien,
qu'après le dîner , aiant tiré ? part
Mrs. (e& Enfans, elle dit au Prince
de Condé de prendre garde à lui , dc
qu'aflTûrément la Cour ne lui étok
point favorable. Mr. le Prince lui
lépondit que la Reine Ta voit encore
afTuré depuis peu de Ton Amitié , qu«
îé Cardinal vivoit fort bien avec lui.,
mzïs que fans doute le tnal venoit de-
là Rivière qui le trahilToit , & quîr
fàifoit pancher Ton Maître du côté des
frondeurs. Puis ^ il dit au Prince dc
Conti fon Frère , qu'il vouloit ce jour
ipême ^en fa préfence le gourmander
«omme il le méritoit. Le Prince dr
Mary-
a l'Hifîotre d'Anne d* Autriche. ^ 69
Marfillac , par un cfprit de pénétra- i^cç*
tion & d'habileté , avoir fouveiît jugé
que les Aftaires alloicnc mal pour
leur Parti j &: dans cette pcnfce , il
leur recommandoit toujours de ne fc
trouver jamais tous trois au Gonfeil ;
mais , l'ordre de Dieu éroit qu'ils ne
profiteroient point de Tes Avis. Le
Prince de Coudé fut le premier qui
alla chez la Reine , & les deux autres '
le fuivirent bien-tôt après." Il y trou-
va Madame fa Mère , & demeura
quelque tems dans la ruelle dit lit de
la Reine 5 en fimple converfation.'
Gomme il avoit beaucoup d'AfFair^ •
& beaucoup de chagrin dans l'efprit >
après quelques difcours communs il
quitta la Reine , & laKfa Madame la
Princcffe auprès d'elle. Ce fur la
dernière fois qu'il la vit , & le dernier-
moment "qui les fépara pour jamais. •
Le Prince de Condé parfa dans le pe- '
tit Cabinet , d'où Ton entre par uri^
autre en forme de paiTage dans une •
Gallerie , où d'ordinaire fe tenoit le^^
Gonfeil. De ce petit paGTage , on '
alloit aufîî dans l'Appartement du *
Cardinal. Mr. le Prince y voulue al-»- ~
1er ^ mais > il le rencontra dans ce mê*^ "
370 Mémoires pourfervlr
jo. me lien 5 qui venoît chez la Reîhe.
Ils s'arrêtèrent en cet endroit , & ce
Prince paria long-tems des Affaires
qui le touchoîent alors le plus fenlj-
blement. Il lui témoigna de fentîr
infiniment la protedion que le Parle-
ment donnoit à Tes Ennemis , & le
refroidifTement qu'il reconnoiiroit pour
lui dans Pefprit du Duc d'Orléans. Il
vint enfuite à fe plaindre de TAbbë
de la Rivière , qu'il foupçonnoit de
favorifer auprès de fou Maître le
Parti de la Fronde. Il dit au Cardi-*
' nal 5 qu'il auroit infiniment fouhaîté
- de lui parler en fa préfence ; & fça-
chant qu'il étoit chez le Maréchal de
Villeroi , Gouverneur du Roi s qui
étoit malade , ils renvoiérent quérir..
L'Abbé de la Rivière ^ aprcnant que
de telles perfonnes le demandoienr^
le hâta de venir j mais , il trouva pour
entrer chez la Reine de fi grandes
i]ifficultcz , à la porte de la Salle de
fes Gardes , qu'il eut peur que cette
fe vérité ne le regardât ; car , fans rien
fcavoir de particuh'er, il voîoitles cho-
ses brouillées, ^ ne fe fentoit pas fr.
bien avec Ton Maître qu'à Pordînaire.
Gominges :> alors Lieutenant des Gar-
des
à ? H'jiolre à* Anne d'Autriche, ; 7 1
des de la Rcîne , qui a voit reçu l'or- 16^0,
dre conjointement avec Guitaut foa
Oncle , pour cet Empriionnemenc,
voiant que les Gardes ne vouloîenc
point lailfer palfer , félon l ordre don-
né , les Gentilshommes qui fuivoienc
là Rivière , eue peur que leur éxade
obcilfance ne lui donnât quelque foup-
çon. Il lui en fit des excufes , Ôz
commanda de le laitier entrer , lui 6u
Tes gens. Cette douceur le raffùraj
ôc comme il fut arrivé Mr. le Prin-
ce & le Miniftre fermèrent la porte
fur eux. Alors , le Prince de Condé
commença fortement à fe plaindre de
lui , lui difant qu'il le trahilîbit aupr«s
de fon Maître j qu'il voioir trop qu'il
étoit abandonné , & qu'il l'en accufoit
entièrement. Il lui dit qu'il fe devoir
fouvenir de toutes les promefics que
le Duc d'Orléans , & lui en fon par-
ticulier 5 lui avoicnt faîtes ; cjue ce-
pendant fes Ennemis avoîeat plus de
protedion qae^lui ; mais , qu'il fe fe-
roit juftice à lui même , &c fçauroit Ce
vanger de ceux qui lui manq noient
en cette occalion En parlant de tou-
tes ces chofes , il fe mît à crier (i
haut , que la Reine, qui étoit atten«
j^'i. MeTnoîfes four fervîr
>j6'49, ^ ^ve à tout ce qui fe paifoit , eut quei--
que, légère crainte . de ce bruit , s'ima- -
ginant que peut-être iMi'. le Prince fe
plaignoit d\ni plus grand m aL. Peza-
dant q Je ces . trois per Tonnes s'entre-
tenoient avec. chaleur ^ le Comte ^ de
•Strvien arriva. 5 qui avoit le Tecre: 4a.
U grande AtTaire de la Cour j car 5 il
^toit , confidérç du. Cardinal : . mais ^ ,
comme il youlut entrer , ils le repouf-
férent, eu Iç renvoiant comme un im-
portun , U continuèrent leurs dis-
cours ^ jufques à ce o^uc le Duc de
Longue ville arriva,, Alors , Mr. le
Prince pria le Cardinal , Si l'Abbé àç.
I4 Rivière , de cclTcr de parler df
c^tte. Affaire devant lui. Ce Prince
rj'avoit pas approuvé, qpe le Prince de ■
Gondé eût entrepris cette Accufation :
contre le Coadjoteur, qyi ctoit en.
quelque façon de fes Amis Vil lui'.
ay oit, dit qu'il ne le vouloit point:
abandonner ^, qu'il n'eût vu clairement :
fijn. Grime j & ce, partage ambigu t
avoir déplu à Mr. le Prince. Leur -
cpnvcrfation aiant été interrompue :
pour quelques moments , ils s'occupc-r -
rent à parler dç chofes communes , .
^ peu après k Pnue.ç de C.pnti arriva^.
a^VHiflûîre ^Anne ^Autriche, ^75
lie Miniftre , voîant alors ces trois i (>^y^^'
perfonncs en état de fubir la Loi du
Souverain , manda à la Reine en leur*
préfence que tout étoit prêt , & qu'eK
le pouvoit . venir au Gonfeil , ce qui
vouloit dire qu'elle pouvoit donner le
dernier Commandements' La Reine
auffi- tôt. donna congé à Madame la
PrinceflTe, difant qu'elle alloit au Con-
feil \ ôc ce fut auffi la - dernière fois
qu'elle la .vit. Madame la PrinccfTe,
malgré fes foupçons , fortit fans au-
cune penfée du mal qui dans ce mo-
ment lui devoit arriver , & la Reine
manda aux Princes qui Pattcndoîene
qu'ils pouvoîent; toujours pafTer dans
là Gallerie^j &c q^u'ellc alloit les trou-'
ver^ .
Le Prince de Condé paffa- le pre-
mier, le Prince dç Conti fon Frere^-
aprcs 5 enfuite le Duc de Longueville,,
& le refte des Miniftres, Mr. le
Prince 5 en attendant la Reine , s'a-
mufa à parler au Comte d'Avau3Q\
dtAffaires de Finances , ôc difputa
contre lui fur quelque article qui re-
gijrdoit les intétêts d'un de fes Amis.
Le Cardinal 5 qui étoit refté tians ce .-
petit palfage , voiaut les Princes cn-..-
-r îresA
I
374 Mémoires pour fervlr
ïC<o ^^'^"^ ^'^^^ ^^ Gallerîe , au lieu de !es>
fuivre 5 prît l'Abbé de la Rivière par'
^ la main , ôc lui dit tour bas , ^.cpaf.
fons dans ma Chambre , ] aï quelcjuc
chofi de confecjuence à vous dire. Ils
s'en allèrent enfemble : le premier
. entièrement occupé de Ton delfein;
& le (econd , comme lui même me
Ta conté , fort en peine de ne fçavoîr
que penfer de cette retraite fi extraor-
dinaire qui paroifoit lui annoncer
quelque grand Evénement.
La Reine , d'autre côté , aîant qui-
tc fon lit 5 où elle s'étoit tenue toute
îiabillée , donna l'ordre neccfifairc à
Guîtaut Capitaine de Tes Gardes Elle
prit le Roi , à qui /afqu'alors elle n'a-
voit rien dit de cette réfoUuion , &
' Sf'en ferma avec lui dans Ton Oratoire.
Corn. ne elle n'étoit pas conduite à
cette . aclion par aucun fentîment de
vengeance , elle fit mettre ce jeune ^
Monarque à genoux , lui apprit ce
qui fe devoir txecuter en cet inflanr,
èc .ui ordonna de prier Dieu avec
elle , afin dj lui recommander le fuccès
de c:tte Entrepife , dont elle atten«
doit la fin avec beaucoup d'émotionj
&.de bactcmcnï de cœur. Au lieu de
la
^
a VHiflolre d'Anne d'Autriche, ^7 j
lu Reine qu'on attendoic au Confcil, k^cç,
Guitaut entra dans la Gallerie. Mr.
le Prince 3 qui s'amufoic à caufer,
comme je l'ai déjà dît , car toutes
ces chofes fe firent en un même tems,
voiant Guitaut qu'il aimoît venir à \m^
crut qu'il avoit quelque graçe à lui de-
mander. Il s'avança vers lui dans cet-
te Penfée , & lui demanda ce qu'il
defiroit. Guitaut lui répondit tout bas^
AiQhjicur i ce que je vous veux y cefi
c^ue fat ordre de vous arrêter , vousy
Aionfienr le Prince de Conti lotre Fre-
re j & Monfieur de LonguevtUe^ Mr,
le Prince lui répondit brufquemcnr^
jMoi ! Aionfieur dt Gnitara , vous rnar-
réte\. Puis 5 aiant un peu rêvé , An
Nom de Dieu , dit- il , iCtomnez. à la
Reine , & d'tes lui que je la [i^pvlie
que je lui pr^ijft: p-irUr. Guitaut lui
dit , que cela/^/wJ doute r,e ftvviyolt de
rien \ mais , que pour le fatis faire il s'y
en allait. Comme le Prince s'étoî:
écarté des autres pour parler a Guitaut^
& que Guicaut lui avoit parlé bas^
perfonne de la Compagnie n'avoir en-
tendu prononcer cet Arrêt contre îa.
libcrti de ce trois peribnnes \ fi bien
que Guîtauc le quittant pour aller par-
ler
y; 6 Mémoires pour fervîr
î^jfo. 1er à la Reine félon Ton defir , M. le '
Prince revint à eux , avec le vifage un
peu cmû , & leur dit à tous > Mef-
fieurs , la Reine me fait arrêter , 5<: fe
tournant vers le Prince de Conti (5c le
Duc de Longueville ^ il leur dit , &
voHs aujfi rmn Frère , & vous aujfi
Mn de Longueville, Continuant foa
lîifcouf s 5 il s'adrefTa à route la Com-
pagnie 5 & leur dit à to\is ^ f avoue quie
cela m étonne y moi qui ai toujours fi
bien fervi ' le Roi , & qui croiois
être fi affitré de l'Amitié de Air, le
Cardinal, Puis , fe tournant vcrS
lô Chancellier , il le pria, tout de nou-
veau d'aller trouver la Reine , pour
k prier de fa part qu'il pût lui par-
ler , & pria aufîi le Comte de Servien
d'aller chez le Cardinal lui dire la
même chofe.
Le Chancelier partit pour aller
«ouver la Reine; mais, il ne revint
point : Se Servien , qui s'en alla chez
le Cardinal 5 en fit autant. Cependant,
Guitaut revint , qui lui dit de la part
de la Reine , qu^elle ne le pouvoit
voir 3 Se qu'il avoir ordre d'éxécutet
fds volontez. Alors » le Prince de
Qonàé lui rcpçndit d'un ton de voix
aVHlflolre â'Ahne d' Autriche, 377
tout' à fait paifible , Et ^hn ,^ js le icîjo.
venx , obeijfons j mais oît notis alleX^
voHf inemr ije vous prie ai^e- es folt
dans un lUn chatid, Guiraar lui ré-
pondit qu'il a voit ordre de les mçr
ner au Bois de Vinccnnes. Mr. le
Prince lui dit , Et bien , allons. En
ce même tcms , il vouîar s^'àvançcr
vers le bout de k Galleiie , ou cft
une porte qui alloit à l'Appartement
du Cardinal 5. croiantTans doute poi2- -
voir fortir parla; mais, comme û
voulut l'ouvrir, Guitaut lui dit , Adon^
peur , 'VOUS ne pottvel^f&rtir par tette
porte ; car Comln^^s y eft avec douz.e
Gardes, Alors , il Ce tourna vers là
Compagnie fans nulle marque de cha-
grin 5 aiant le vifage ferain , & tran-
quille , ôc en ks faltiant tous leur die
adieu , les priant de fe fouvcnir de luî,.
de vouloir témoigner dans lés occa-
iions 5 comme gens de bien qu'ils»
Gtoient 3 combien il avoit été bon Ser^
viteur du Roi , aiant toujours vécu
comme tel , ôc qu'il étoit leur Servi-
teur à tous. Puis 5 s'adrelTant aa
Comte de Brienne , Secrétaire d'Etat -^
il l'embrafTa , Se lui dit , Pour vous<^
vous êtes mon parent. Dans ce même
tcms . .
I - 8 Mémoires pour fervlr
1(5/0^ tems 5 Gaitant fit encrer ComingeS
Ton Neveu , &: les douze Gardes , par
la porte du bout de la Gallciie où ils
étoient attendant l'ordre. il les fit pafTer
pour lui ouvrir la petite porte quidonnc
au Jardin , afin d'y pouvoir defcendre
par un petit efcalier dérobé , par où il
falloir les mener. Mr. h Prince^voiant
qu'il falloir fuivre cette Efcorte, avant
que d'entrer dans l Efcalier , s'addr^lîi-
à Comînges , & lui dit, Coml^ge^y
vous êtes homme d'honneur & GtmïU
homme^ N'ai je rien a cyahdre ? Puis,
il lui reinîc devant les yeux en un mo-
menc toutes les chofes l\u \ avoir faites
pour luîj &: l'Amitié k\\\''.\ avoir pit^ui- le
» Ce P^^^*^ Gi^itaur fou coufii "^ , & rout ce-
petit qu'il put enfin pour lui faire pcn er
Guitaut qu'il en devoir avoir quelque recoii'»
croit au noîffance. Ce fut Comîtiees . qui me
lervice , . >y ^
de Mr. *^<^"ta peu de jours après toures c^s
le i^rin- partîcularirez , s'éronnant de la pré-
s^» fence d'efprir de ce Prince , & avec
qu'elle promptitude il l'avoit fait fou-
venir de la manière dont il l'avoit trai-
té en toutes occafions. Cominges
aiant donc vu par les chofes qu'il lui dit,
qu'il craîgnoît quelque dellcin contre
à t Hlflo're d* Anne d' Autriche. 57^
fa vie 5 Iiiî répondit qu'il écoit homme , ^^q,
de bien , & Gentilhomme , 6c que
fur fa parole il dévoie s'alluier qu'il
ji'y avo'r rien à craindre pour lui , &:
.qu'il n'avoir nul commandement que
celui de le mener au Bois de Vinccn-
nés. Sur cette aifùrance , il le fuivît,
fans plus témoigner aucune inquiétu-
de 5 & fans dire même aucune paroi le
contre fes Ennemis. Le Prince de
Conti ne parla p-'int du tour : il de-
meura toujours aiïîs fur le pe^it lie de
repos 5 qui étoit dans la Gallerîe , fans
montrer ni peur , ni chagrin , <Sc fe
laiflia conduire fans nulle réf fiance là
où on voulut le mener. Le Duc de
Longueville , qui avoît mal à une
jambe , & qui ne trouvoîi pas agréable
de s'en fervit en cette occafion alloîc
lentement , & mal volontiers. Guî-
taut Fut obligé de commander à deux
Gardes de lui aicîer à marcher ; &
comn-i? dans l'âge avancé les efprîts
aiant moins de chalçur , les maux que
l'on fouffre abbatent fans doute d'a-
vantage , Guitaut me dit ce même
jour , qu'il avoir trouvé ce dernier ac-
cablé de triftelTe , & qu'on voyoit dans
ion
^So Mémoires ^onr ferviy
[ï^jo. fon vii'age qu'il avoir regarde certê"
Dilgracc comme un malheur qui 1er
meneroit au tombeaLi,
Monfî:i'n- le Prince , marchanr le
premier . a riva plaçât qie les autres
ail porte d-i Jaidin qui donne dans
là rue . par ou il devoir forrir. Il fat
lut atrendr? les deux Princes qui le
fui voient , pour faire ouvrir la porte ,
afin d'enrrer dans un CaroiTe qui les
attendoit , & qui les devoit mener aU
Bois de Vincennes Dans cet inter-
valle de repos , M. le Prince deman-
da à Giiiraut s'il comprenoit la raifon
de cerce avanture , & lui dit qu'il s'é-
tonnoic infiniment , qu'il eût vouîà
prendre cette coaimiîîî'jii , vu qui!
favoit bien qu'il l'aimoit. Guiraut kd
repondit , qu'il le fuplioit de confiié-
rer ce que les hommes attachez à
leurs Maîtres , & au Service du Roi ,
étoient obligez de faire , quand il s*a-
ollfoit de leur obéir. Il lui témoiena
le regret qu'il avoit d'avoir été con-
traint par fon devoir de faire ce qu'il
f:iifoit. Ce Prince parût fatisfiit dé
ces fcntimens. Les deux autres Pri-
fonniers arrivèrent , comme ils par-
loient'
n TFÎllioWe à' Anne cl* Autriche. 5 S i
ïoienc enfcmble ; <^ Giiicaur alors ou- j ^yo^
vianr la porte , le .Caroirc fe trouva
to>iK prêt pour le recevoir , avec Co-
duinges ^ & quelques Gardes. On les
fit forcir par la l^orte de Richelieu,
pour ne point traverfer Paris , avec
cette proye ; ce qui les obligea de
prendre un grand tour , & par de
fort mauvais clicmins.
Mioffens , avec la Compagnie des
^Gendarmes du Roi , e'toit pofté au
Marché aux Chevaux , près de cette
Porte de Riclieh'eu. Il avoir eu or-
<!ilre du Mîniftre de s^y trouver , pour
■detfcndre contre le Duc de Beaufort,
certains Prifonnicrs qu^on vouloir
prendre ; & le Cardinal , pour lui
orer la connoiiTance de la vérité .> lui
fit quafi comprendre qu'il auroît à fe
battre contre .ce Prince Frondeur^
AliolTens accepta cette Entreprife com-
me brave & de grand coeur , mais
avec quelque chagrin , ne voyant p*s
.clairement , ni ce qu'il avoir à faire,
ni ce qu'on vouloir de lui, La Salle,
fon Lieutenant , lui donna quelque
îumîére de ce deffein ; & dans la colc-
are qu'il eût , de voir que le Miniftre
£)'avûit point eu de confiance en lui,
al
% î t Mémoires pour fervîr
'tiêfO» îl m'a dit qu'il chercha foigneLuemcr^
Flamariii , un de Tes Amis , afin d'en
avertir par Uii le Pfince de Condé. U
crut n'être point obligé de garder iiti
fecret qu'on ne lui avoit point confié;
maïs, n'ayant peint trouvé r>n Ami , il
fut contraint de fc ta' re ji.fqu'au mo-
ment que le Prince de Coudé fut ar-
rêté : Ôc alors . étant allé au Palais
Royal , pour être jnflruît pleînemen t,
on lui apprit quelle étoit l'Allaîre donc
on lui avoit parlé avec obfcurîté. M, ;
le Prince lui avoit fîgné cet ordre,
croyant travailler pour lui-même , ôC
que ces Prifcnniers qu'on vouloir
prendre écoicnt les Complices de Tes
Ennemis j mais, fa croyance fe trou-
va diffci ejite en fes fins ^ ôc fes yeux
propres lui apprirent quels écoîent ces
Prifonnîcrs que MiofTens devoit con-
duire.
Comme la route par où on vouloît
conduire les Princes étoît détournée
ôc difficile, leC^rolTe vcrfa dans un
mauvais pas, AuHi tôt qu'il fut à ter-
re.M.le Prince, donc lab'clle taille,ra-
gilité 5 ôc l'adrefl'e étoient incompara-
bles , fe trouva hors du Caroffe , ôc aui
milieu de la Campagne,plus vice qu'un
Oiicatt
k VH'jloire d'Ame d'Autriche, ^Sj
•Cîfeauquî feroic ce happé de fa Cage; k^jo;
&c déjà prenanc un faux-faiant , il
s'éloignoic de ks Gardes. Miolfens,
qui le vie , mie pied à terre , & fe mie
à courre après lui. Il rarrêca fu le
bord d'un fofsé , où il vouloir fe jec-
ter. Le Prince de Condc lui dit , ( à
xe que le même Miolfens m'a conté |
Ne craignez, point , Mioffens , y^ ne pré*
4ens pas me fauver -^ mais véritablement^
fi vous voHile'^ y vo);e<. ce que vous
pouvez, faire. Sur quoi û. lui répon-
dit qu'il le fuplioirtrcs humblement de
Jie lui point demander une chofe, qu'il
.ne pouvoit faire comme homme d'hon-
neur , & l'afsûra qu'il étoit fâché d'é-
stre obligé à cette fidélité , mais qu'il
falloit obéir au Roi & à la Reine. On
^pcut remarquer par cette Réponfc^,
quelle eft la diff. r. ncc du procédé d'un
honnête-homme , quand on fe confie
en lui 3 ou qu'on !e traite de fufpcd,
f uifque ce Miofîèns avoir eu le dclfciii
de fauver ce Prince lors qu'il n'a-
voit point encore eu les ordres du Roi
avec évidence. Je ne fçai s'il difoîfr
^vrai , quand il dît toutes ces cho-
fes^car^il eut éré prefque en tout
«ûimabJe , par les belles qualitez qui
m~ éioienc
^$t4 Membres pourfervlr
^/o. toîent en lui , s'il eut eu autant âé
Vertus Chrétiennes , que de morales,
ôc Cl en refpedlant la vérité dans TE-
vangile., il eut ha'i le menfonge , Ôc la
vanicé dans Ces difcours. M. le Prin-
ce étant donc arrêté par-MiolTens , il
fallut attendre que le CarolTe fut re-
levé. Alors Cominges ôc les Gardes
fe mirent en état de prendre foin de fa
perionne ., ôc de celles des deux autres
Princes. Q>iand ils furent remonter,
•Cominges commanda au Cocher d'aï-
iei-le plus vite qu'il lui feroit poiïîblc,
M. le Prince 5 l'entendant parler, lui
«dit en s'éclatant de rire , Ne craîgnt^
rien , Cominges , perfenne ne doit venir
kifnonfecoHrs \ car je v-oys affure cjue je
îijii prit milles précautions contre ce
voyage. Peu après . il lui demanda ce
qju'il pcnfoit du fujec de fa Prifon , y
^joutant que pour lui il ne le devînoît
pas. Cominges , qui avoît de l'Efpr't
6c qui avoît beaucoup lu , lui repartit
•qu'/7 nenfçnfvoit rien , thaïs qu'il de-'
idoit Croire avte fon plus grand crU
me etoît pareil a celai de Germa^
meus , t^ui devînt fufpeB k l^Enfcreur
^tbere , ponr valoir trop , pour être
ttrojf aimé i & pour être trop grande
Cette
^ rNIfloire d'Anne cl^^Htrlche, jSj
Cette Réponfe le fit rêver quelques 16^0,
momens ; puis il s'écria, A l'heure
cjh'il efi , Monfieur efl bien eontent^
de m' avoir joïic ce tour 3 & [on traître
de Favori , ( voulant parler de l'Ab-
bé de la Rivière ) a fans doute tramé
toute cette Affaire, En entrant au
Bois de Vincennes , il parut un peu
touché 3 & dit à Miofifcns , qui au bas
du Donjon prit congé de lui , qu'il le
I prioit d'aiïurer la Reine qu'il étoit fou
très- humble Serviteur. Quand ils fu-
; rent arrivez dans la Chambre qu'ils
; dévoient occuper , ils n'y trouvèrent
: point de Lit pour les coucher. Ils
'furent contraints tous trois, pour fe
divertir , de jolier aux cartes. Ils paf-
ferent toute la nuit dans cette occupa-
tion ; & Cominges m'a dit , que c&
fut avec gayeté & beaucoup de repos
d'efprit. Le Prince de Condé , rail-
lant le Prince de Conti 6c le Duc de
Longueville , leur die mille chofes
agréables ; ce qui témoîgnoît allez la
fermeté de Ton courage , Se que s'il
avoir paru ému , & s'il avoit tant de
fois inutilement demandé à voir la
Reine 6c le Miniftre , la vivacité de
fou Efprit & la force de fes naffions,
Tornt II L R * y
I
3 s ^ Mémoires pour ferv'r
1(3 fO. y avoîcnt plus départ que fa foibleffe.^
M. le Prince ajouta à l'occupation,
outre le jeu , une grande Difpute qu'il
eut avec Cominges touchant l'Aftro-
logie : & j'ai oiii dire à ce même Co-j*!
mînges , qui demeura huit jours au-
près de lui 5 qu'il n'avoît jamais palTé
de fi bonnes heures , que celles qu'il,
eut dans fa converfation ; Se que s'il
eut pu n'être pas touché de compaC-
fion de fon malheur , & qu'il eut étQ
capable de cette feverîté , qu'il faut
avoir pour garder des perfonnes de cet-
te conféquence , il auroit fouhaité de-
meurer avec lui tout le tems de fa
Prifon. QLiand , au bout de peu de
jours 3 il fut contraint de le quitter,
il me dît qu'il avoît pleuré en fe fe-
parant de lui , & que M. le Prince en
l'embralTant avoit aufîî eu les larmes
aux yeux. Il eft certain néanmoins
que le Prince ni le Gentilhomme n'é-
toient pas tous deux accufez d'être
fufceptîbles d'une grande tcndrelTe.
J'ai lailfé la Reine dans fon Ora-
toire ^quî ne vouKit point écouter les
prières du Prince de Condé. Comme
elle fçut qu'ils croient tous defcendus,
& montez en Caroife , elle demeura
en-
a rHljlolre ci' Ame d* Autriche, 5 S 7
encore quelque tems dans cette tran- i<îjo,
quilité , afin de laifler achever de con-
duire les Prifonniers. J'ai auffi lallfé
le Cardinal Mazarin paffant dans fa
Chambre , & avec lui l'Abbé de la
Rivière. Il lui die , quand il y fur,
qu'il l'avoit emmené avec lui au lieu
d'entrer au Confeil , parce que la
Reine faifoit arrêter M. le Prince , le
Prince de Contî , & le Duc de Lon-
gueville. L'Abbé de la Rivière fut
d'abord fi étonné de cette Nouvelle,
que ne la pouvant croire , il la traita
de fabuleufe , & y répondit affez long-
tems comme à une raillerie ; jurant
qu'il étoit îm.poiïible que cela fut , juf-
ques là que l'un &: l'autre en vinrent
au point d'en rire de toutes leurs
forces. Le premier rioit de ce que la
chofe étoit véritable , & l'autre de ce
qu'il la croioît faulTe. Enfin , l'Abbé
de la Rivière , voîant entrer le Com-
te de Servien , qui vint dire en fa pré-
fence au Cardinal , que M. le Prince
demandoit à lui parler , & Miofifens
venir recevoir le dernier ordre de la
bouche du Miniftre , alors l'Abbé de
la Rivière ne douta pins de la vérité
de l'Hiftoire y de s'adrciTant au Car-
R i di-
3 8 s Mémoires pour fervîr
ï(3jO, dinal 5 bien changé de fa première
gaïecé 3 lui dit qu'il éroit étonné qu'il
lui eut caché cette Affaire ; qu'il fc
voioit perdu ; & qu'il n'avoir pas mé-
rité de la Reine , ni de lui , ce mau-
vais traitement. Le Cardinal fe juf-
tifia autant qu'il lui fat poiTible > lui
difant que la raifon , qui l'avoit obli-
gé à lui celer ce delleîn , étoit à caufe
de l'engagement qu'il avoit avec M,
le Prince , lui ayant donné parole de
la part de Ton Maître le Duc d'Orléans,
qu'il ne fouffrîroit point qu'on le mît
en prifon. L'Abbé de la Rivière n'é-
tant point fatisfait de cette raifon , &
voulant effacer dans l'efprit du Minif^
tre l'opinion qu'il auroit fauve le Prin-
ce de Condé de ce péril ^ s'emploîa
de tout fon pouvoir pour lui prouver
qu'il auroit trouvé des biais pour man-
quer à la parole qu'il avoit donné à
M. le Prince , tant à caufe que la vo-
lonté abfoluë de fon Maître devoir
être la règle de la fienne , que pour les
nouveaux manquemcns du Prince en-
vers la Reine , qui lui en auroienc
donné affez de prétextes. Il l'allura
de plus 5 que lui ôter le Prince de
Conti étoit lui faire le plus grand
bien
à r Hiflolre d* Anne d'Autriche, 585?
bien du monde. Il lui dit > qu'il ne 16 §0,
pouvoir douter de cette vérité , &
qu'aînli il voioit clairement , qu'il l'a-
voit voulu perdre. Le Cardinal , ne
fçachant que lui répondre , le prit par
la main ^ & le mena chez la Reine,
qu'ils trouvèrent encore enfermée dans
fon Oratoire. Cette PrîncefTe étoic
préparée à ce qu'elle devoir lui dire.
Elle les fit entrer dans le lieu où elle
ctoit i ,& fermant la porte fur eux ,
elle lai fit des excufes de ce qu'elle ve-
noit de faire contre lui , & l'afsûra
qu'elle lui conferveroit le Chapeau.de
Cardinal^&: le racommodcroir avec fon
Maitre. Ce n'écoit pas le dcfîein de
la Reine , & moins encore celui du
Miniftre , qui ne vouloit point fouf-
frir 5 dans le pofte où alloit être le
Duc d'Orléans , un Favori auprès de
fa perfonne , qui , voulant être Cardi-
nal , auroit été fon égal en Dignité,
& peut-être plus puififant que lui.
L'Autorité Roiale étant afi:oiblie , il
auroit eu lieu de craindre que venann
à perdre cet efprit pacifique qu'il
a voit eu jufqu'alors , il ne lui donnât
des Affaires. Mais , comme les plus
habiles fe trompent fouvent en leurs
R 3 rai-
Î90 2ï4emolres penr fervlr
iSjQ^ raiTonnemens 3 peu après le Cardinal'
connue qu'il avoir mal pris fes mcfu-
res i car , il rencontra véritablement
dans les Frondeurs ce qu'il avoir ap-
préhendé dans la perfonne de celui là.
Après cette iJouce converfation , l'Ab-
bé s'en alla trouver fon Maître à
Luxembourg , plein de troublejd'efpé-
rance , & de crainte. Il trouva que
le Duc d'Orléans étoit ravi du bon
fuccès de cette Avanture , & fort em-
bara(ïe avec lui. Il s'approcha de ce
Prince ^ lui reprocha Ja défiance qu'il
avoir eue de lui , & tacha de lui prou-
ver qu'il avoic eu tort de le loupçon-
iier d'infidélité ; mais , fur toutes ces
paroles , ce Prince fut fans cœur èc
îans oreilles. Les fincfles du Minif^
tre 3 l'Affaire de Madcmoifelle ds
^ Soyon , l'Intrigue de la Duchefle d'Ai-
guillon 5 & toute la Fronde qu'il
avoir méprifée pour Mr le Prince ^ &
pour Madame de Longuevilie, avoienc
donné de fi rudes alfauts à la bonne
volonté que le Duc d'Orléans avoic
eue pour lui , qu'enfin fa perte étoit
icfoluc. Il n'en falloic pas moins
pour ruiner la Fortune de ce Favori:
elle avoic paru fortement établie j &:
peu
À VHifioire d'Anne d'Antriche, 55)1
peu d'hommes en ce tems-là , fournis j ^c o,
à la faveur des Caidinaux de Riche-
lieu & de Mazarin , ont eus plus de
Bonheur & de PuKTance. Le Duc
d'Orléans étant donc changé pour Itii
il l'abandonna à fes Ennemis , & leur
promit qu'il i'éloigneroit d'auprès de
lui. La colère , que M. le Prince
avoit eue contre lui un moment avant
fa prifon , ne lui fervit de rien. Le
Dac d'Orléans demeura toujours per-
fuadé que fon Chapeau lui avoit ren-
verfé îa raifon , & que cet intérêc l'a-
voie fait manquer à (on fervice , & à
ce qu'il lui dévoie ; ce que , félon les
apparences ^ il avoit eu quelque fujet
de croire. Qiiand la Reine fçût que
les Princes étoient en chemin & pres-
que en fureté , elle envoia au(îi-tôt
après M. de la Vrilliere Secrétaire d'E-
tat 3 mandera Madame de Longuevil-
le , de la part du Roi & de la fîenne ,
de la venir trouver au Palais Royal ,
où le deflein écoit de Parréter. On
ne la trouva pas chez elle , & fes gens
lui allèrent apprendre fDn malheur chez
la PrincefTe Palatine où elk étoit. Cet-
te Nouvelle la fit évanouir, à ce que
m'a dit depuis la même PrincefTe Pa^
R 4 latine.
m
3 5) 1 Mémoires pour fervir
i<pjo. latine, & jamais peiTonne n'a paru
plus touchée qu'elle le fut alors. Elle
alla aulîi toc après à THôtcl de Condé,
pour y voir Madame la Princelfe fa
Mère , à qui elle cria en entrant dans
fa Chambre , Ha , M^tdame ! mes
Frères , . . . Madame la PrinceiTe îgno-
roît encore la deftinée de fes En-
fans. Le Comte de Brîenne étoit ve-
nu la trouver par le commandement
de la Reine , pour lui apprendre leur
malheur , mais , il n'avoit encore ôfé
lui donner ce coup mortel. Cette
PrinceiTe alors entendant ainfi crier
Madame fa Fille , furprife d'ctonne-
nient lui répondit , Helas \ qu'y a til'^
JHes Fils , mes En fan s , fem ils morts?
& quen a-t-on fait ? Le Comte de
Brîenne s'étant approché d'elle lui die
que non , mais que la Reine les avoic
fait arrêter , & qu'il étoit venu de fa
part pour l'en avertir. Il lui ordonna
en même tems de la part du Roi d'al-
ler en l'une de fes Terres , & d'em-
mener avec elle , fa belle Fille , & le
Duc d'Anguien fon Petit Fils.
La Vrillierre , qui étoit allé cher-
cher Madame de Longuevillc pour lui
porter le commandement d'aller trou-
ver
l
à /' Hiflotre d' A'^me d' Autriche» 595
ver la Reine au Palais Roial , ne l'a- K^ro.
yant point rencontrée chez elle , la
vint chercher à l'Hôtel de Condé.
Elle répondit à cette AmbalTade,
u'elle alloit denivinder avis à Madame
a Mère 3 de ce qu'elle feroit , 6c ces
deux Princeifes dans cet Entretien
foaffrirent enfemble tout ce que la
douleur ad coutume de faire fentir
en de femblables occafions. Madame
de Longueville 5 prenant confeil de
Madame (a Mère , jugea que la Reine
ne la voulait voir , que pour l'arrêter.
Elle fît femblant de vouloir obéir;
& voiant qu'il n'étoic pas tems de
s'amufer à pleurer, au lieu d'aller trou-
ver la Reine , elle pria la Princefïe
Palatine fa meilleure Amie , de la me-
ner hors de l'Hôtel de Condé , pour
avifer avec elle^ ce qu'elle avoir à fai-
re. La Princeffe Palatine la prit auf-
C\ tôt dans Ton Carofîe , & la mena
dans une petite Maifon du Faubourg
St. Germain , d'où elle envoya quérir
Mademoifclle de Longueville fa Belle-
Fille , afin de la mener avec elle. Ses
Amis la vinrent trouver en ce lieu.
Le Prince de Marfillac , & Ton beau-
Fiere le Marquis de Silleri , lui of-
R 5 frirenc
JO,
5^4 Mémoires pour ferv'.r
f rirent de la faivre , 6c de la fervir
dans cette occafion , ce qu'elle accep-
ta volontiers , comme le feul fecours
qui lui reftoit. Elle fe mit dans le
CarofTe de fon Amie , qui l'afTura de
la fervir fidèlement pendant fa difgra-
ce ; ce qu'elle effccl:ua depuis avec
beaucoup d'habileté j & de courage.
Madame de Loneaeville partit
pai
a
l'heure même , marchant toute la
nuit 3 à delTein de gagner prompte-
ment la Normandie. Elle y arriva le
lendemain , auffi laiîe qu'elle étolt af-
fligée ; & pour comble de défola-
îion 3 elle n'y fut pas ; favorablement
reçue. Ses EnFans demeurèrent au-
près de Madame la PrincelTe fa Mère y
qui n'aîant pas eu de part à fes Intri-
gues 3 en eût une toute entière aux
malheurs que lui caufa fon ambition ^
& à ceux qu'elle avoit procurez à toute
iâ Famille.
Une demie heure après que le
Prince de Condè fut arrêté , Cha-
vigui a qui étoit dans fes intérêts ,
Ignorant encore cette Nouvelle , alla
vifirer Madame du Pleffis Guenegaud ,
qui venoîî de la fçavoir par un La-
quais que fon Mari lui avoit envoyé ^
car 3
à l'Hifioire à! Anne d'Autriche. 3 9 y
c<ir, étant Secrétaire d'Etat , il avoîti^jo,
été au Confeil un des témoins de cet
Emprifonnement. Cette Dame étoic
Fille du feu Maréchal de Praflin. Sa
naillance lui donnoit pour Parents
beaucoup de personnes de grande
qualité , & Ton mérite lui donnoic
aufîî beaucoup d'Amis. La Reine ,
qui ne la connoiifoit pas particulière*
ment , ne la traitoit pas avec les dif^
tinétions que Tes bonnes qualitez
pou voient mériter : & Ton cœur rem-
pli de ce noble orgueuil , qui paroic
légitime à la raifon humaine , lui fai-
foit defirer de fe faire à elle même , 6c
chez elle , une efpece de domination ,
qui la put confoler de ces privations j
car , elle ne les pouvoit foufïrir fans
peine quand elle étoit à la Cour. Pac
toutes ces raifons , elle recevoir beau-
coup de vifites 5 & il y avoit peu de
fecrcts dans le Cabinet , qui lui fiif-
fent cachés. Elle étoit naturelle-
ment fufceptible de beaucoup de hai-
ne , & de beaucoup d'amitié : fa ten-
drelTe pour fes Amis l'obligeoit de
prendre part à leurs intérêts ; & elle
(ê trouvoit fans y penfer , & fans con-
liikir la raifon , prefque toujours op-
R 6 po-
3 9 <^ 2liemolres pour fer vir
i6jO, pofée ) à tout ce qui leur étoit con-
traire. Ceux j qui haïiroienc le Mi-
niflre , rencontroient en elle de la fidé-
lité 5 de la lumière , ôc beaucoup
d'animofité contre lui , quoique peut-
être ce fut injuftement , ôc plus par
fantaifie que par aucun fujet appa-
rent qu'elle eut de le plaindre de lui.
Comme ils la croioient capable de fe-
cret , & aufïi propre à les confeiller
dans leurs Affaires , qu'à les confoler
de leurs chagrins y ils alloient en foule
décharger dans Ton ame les inquié-
tudes que le commerce du monde
fait fenrir à ceux qui l'aiment le plus.
Par fes propres fentimens , elle pre-
noit part à l'emportement des autres,
& ce mélange la rendoit trop fen(î-
ble à tout ce qui , à cet égard , pou-»
voit lui plaire , ou lui déplaire. Outre
ces qualitez bonnes Se mauvaifes , el-
le avoit une vertu fans tache , elle
étoit aflez aimable de fa perfonne,
ôc parmi un ferieux capable des plus
grandes chofes , elle avoit une gaieté
extrême , qui par le plaifir de la So-
ciété faifoit rencontrer dans fa con-
verfatîon beaucoup de biens enfem-
blc. Cette Dame , telle que je la
re-
à /' Hljhire d' Amie d'Autriche , 3 5? 7
rcprcfente , étoit chèrement aimée de ifjjo,
Chavignî : il n'avoir rien de caché
pour elle , & l'écroite liaifon qu'il
avoir prifc avec Mr. le Prince contre
le Miniftre lui étoit connue. Qpand
elle le vie , ne doutant pas de la pei-
ne que lui cauieroit fa Prifon , elle
lui en parla en le plaignant. Chavi-
gnî 5 qui ne la fçavoir point encore,
apprenant cette Nouvelle , fut faîfî
d'une vive douleur : elle le fur prit,
& l'étonna ; & après avoir rêvé
quelques momens , il leva les yeux au
Ciel , & frappant des mains l'une con-
tre l'autre il dit , Vollk un ^r and mal-
, hfur pour Monfieur le Prince , & pour
fes amis ; mats , il faut avouer le vrai,
le Cardinal a bien fait : fans cela , Il
étoit perdu. Ces Paroles cachoient
fans doute beaucoup de miftcres ; &
vu l'état des chofes , on peut dire
que le Miniftre en cette occafion n'a-
voit pas été mal-habile , & qu'il mé-
rîtoit un favorable fupcès de fa har-
dieffe.
La Reine , aiant appris qwe les
Princes étoicnt arrivez &i qu'ils
étoient environnez des groffes murail-
les du Donion du Bois de Viacennes,
fit
î 9 s Aiemolres pour fervlr
iGso, ^^ ouvrir les portes du Palais Roîal ,
afin d'y lailfer entrer tout le monde.
Cette Nouvelle aiant été divulguée ,
la foule fut grande chez la Reine.
Les Frondeurs avoient fi bien frondé ,
qu'ils avoient mis leur Ennemi hors
de combat , & ils fe hâtèrent de ve-
nir jouir de leur vidoire dans un lieu
où peu auparavant ils étoient haïs &
rraités d'Ennemis. Les curieux ne
manquèrent pas d'y venir aufîî , pour
favoir les caufes èc les particularitez
de ce grand Evénement. Ceux mê-
me 3 qui plaignoient les Princes y ac-
coururent de même , les uns pour fai-
re bonne mine , & pour ne fe point
rendre fufpedts , les autres pour ap-
prendre quelles en feroient les fuites ,
6c pour former déjà des projets pour
Tavenir.
J'étois au coin de mon feu , quand
j'appris cette Nouvelle , & le Mar-
quis de Villequier 5 Capitaine àçs
Gardes du Corps , qui depuis a été
Duc & Maréchal de France , étoit
avec moi. Il fut furpris du malheur
du Prince de Condé. Il écoic allez
de fes Amis y ôc fe difoic fon Servi-
teur s mais ^ comme les moindres in-
I
à l'Hifiolre d'Anne d'Autriche. ^c)Cf
tciêts des hommes les touchent beau- i6 jo,
coup pUis fenfiblement que les gran-
des infortunes qui arrivent à ceux
qu'ils aiment ^ au lieu de fentir la dif-
grâce de ce grand Prince , par TA-
mitié qu'il avoit pour lui , il s'écria
cv me dît 3 Cette exécution mafparte-
hoiî : je devoir t arrêter. Je fuis perdu;
ca on na pas eu de confiance en mot»
Je kii répondis^qu'il ne devoit s'affliger
de cette deiïiance , à laquelle n'aiant
pas donné lieu , il devoit le confo-
1er de n'avoir pas mis un Ami en Pri-
Ibn. Il en demeura d'accord avec
înoi 5 par la honte qu il eut de foa
Emportement , & s'en alla chez la
Reine plein de douleur , & de furie.
Il en fit de grandes plaintes au Miniftre^
& peut-être qu'il les redoubla foîg-
neufemcnt , afin d'etfacer par fa fenS-
bilité une tache qu'il craignoit d'a-
voir fur le front , d'être parti fan du
Prince de Condé ^ qui n'auroit pas
été fort agréable , en la perfonne
d'un Capitaine des Gardes du Corps?
mais 5 elle n'y étoit pas en effet ; car,
il étoit incapable de manquer à fou
devoir. Auffi-tôt que Villequier
m'eut quittée ^ je m'en allai chez ta
Reiae
400 Mémoires pour fer vîr
léçQ. Reine en qualité decurieu/e, ne pre-
nant part à cette Avanture , qu'au-
tant qu'elle étoit utile à Ton Service.
En entrant dans fa Chambre , je fus
furprife de voir tant de vifages nou-
veaux ; tous les Frondeurs ^ les En-
nemis de nôtre Miniftrc , la remplif-
foient entièrement. Ils tenoient cha-
cuns leurs Epées à la main ^ mais
dans leur foureau , jurant qu'ils
étoient bons Serviteurs du Roi , &
<\\x'i\s alloient être les DefFenfeurs de
la Reine , & la force de TEtat. Je
trouvai leur orgueil ridicule ^ Se leurs
fanfaronnades un peu trop fortes j &c
comme il y avoit d'honnêtes gens
dans cette Cabale , qui etoient de mes
Amis 5 je leur dis ma penfée ^ ôc je
hs fis demeurer d'accord que j'avois
raîfon de me mocquer d'eux. Enfui-
te de cela , je me mis à parler avec
quelques gens fages Se modérez. Ils
trouvérenr que la Prifon de Mr. le
Prince éroir fans doute une action vi--
goureufe & hardie 5 qui vrai fembla-
blement devoit faire du bien à la Fran-
ce 5 Se devoit même calmer les pat
fions trop violentes de cet illuftre
Prifonnier j mais , comme les corps
in-
à r Hiflolre â*Anne d* Autriche, 40 1
infirmes , & donc les mauvaifes hu- i<^jO,
meurs fc font trop ébranlées , ne peu-
vent fouffrir les médecines , fans
Une trop grande émotion , ils jugè-
rent ce même jour j que la Cour
étant agitée de toutes les Faétions,
qui depuis longtems altèrent Ton re-
pos 5 il étoit à craindre qu'elle ne pût
profiter de ce remède. Par cette ac-
tion y le Cardinal Mazarin 'montra
clairement qu'il n'étoit pas fi foible
qu'il ne -fit des actions de grande for-
ce , quand il lui plaifoit , 6^ un de
ceux , qui avoient traitez cette Affai-
re avec lui * ^ me dit alors > que a^ l^j,
quand il lui avoit proprCi^ d'ar**-^J'çr - ç fut
Mr. le Prince , il n'avoît pas Tiéfirc dû- ««- ?i&-
moment à s'y réfoudre. Il eft cer- ^'^^^
tam néanmoins, qu il avoit montre ^r^ ^^
tant de crainte de lui déplaire , 6c Minif-
avoic vécu avec lui , avec tant de fou- ^re d'a-
mifîîon , qu'il Ta voit lui même par î!^/^'^,
• . / ,, , ^ Jjf Mr. le
cette voie convie d en abuier. Mr. pj-i^cç -
le Prince de fon naturel n'étoit pas fi &cefuc
redoutable dans le Cabinet qu'à la -ui «lui
Guerre ; &: pour peu qu'il eût ren- ''^' ^"
contré de fermeté dans l'Ame du Mi- ^^
iiiftrc , ceux qui le connoilToient à
fonds diioient , qu'il auroit été doux
&
401 Mémoires pour fer vlr
K^fo. 6c traitable 3 & que Tes derniers Em-
porcements ne procédoîent que du
mépris ou il s'imaginoit que le Cardi-
nal ecoit tombe y ôc des flatteries de
fes Courcifans , qui en lui parlant du 3
Miniftre Tappeloient toujours fon
Efciave.
Il y eût ce même jour des perfon-
nes qui avoient ccé dans les intérêts
de Mr. le Prince , qui me dirent ,
parlant des eau fes de fa Priibn , que
de l'aveu du Miniftre il avoit promis
pendant la Guerre le Pont-de-1'Arche
au Duc de Longuevîlle . afin de l'at-
tirer par cet efpoir au Parti du Roi >
Z^. G>'/à 1^ ^^.^ix 5 cette promefle avoîc
- ce^- xOiffitZ)*'-^ entre eux. Ils y ad-
joutoient qLi'il y avoit eu avai,; U
Guerre une Négociation fecrcte en-
tre le Cardinal Mazarin 6c le Duc de
Longue ville par où le Miniftre avoit
fait efpérer à ce Prince le Havre de
Grâce , molennanc qu'il fit en forte
avec le Prince de Condé fon Beau-
Frcre , que Mademoifeile d'Alais ,
Fille du Duc d'Angoulefme , fa Cou-
fîne Germaine , époufàt fon Neveu
Mancini j que le Cardinal , pour
lui pouvoir donner des qualités
qui
à r Hlftolre d'Anne d'Autriche, 40 j
qui le pufTent rendre digne Mari 16^0^
d'une Princeiïe qui portoît le nom de
Vallois 5 comme Petite-Fille d'un
Bâtard de Charles IX. &: Nièce de
Madame la PrincefTe , avoit propofé
de lui donner la Souveraineté de
Charlevillc , & l'Amirauté \ mais', que
le Prince de Condé , ne voulant point
manquer de parole au Duc de
Joieufe Frère du Duc de Guifè , à
qui il avoit promis MademeifcHe
d'Alais 5 rompit ce Traité , & ne
voulut point en entendre parler,
d'autant plus volontiers , qu'il fou-
fiaitoit cette Souveraineté pour lui
même.
Mr. le Prince , dans la fuite des
tems j fe fervit de ces mêmes chofes,
pour dire qu'il n'étoit pas criminel,
d'avoir voulu que le Havre fût entre
les mains du Duc de Richelieu , fon
Ami 3 puifque le Miniftre l'avoir fuie
cfperer au Duc de Longueville fon
Beau -Frère , par la feule confidéra-
tion de la Grandeur de fa Maifon:
& quand Mr. le Prince fe lâcha du
Mariage du Duc de Mercœur , le
Cardinal difoit de même qu'il avoit
prémiéremeuc recherché de s'allier
avec
404 Mémoires pour fer tir
léjo. avec lui 5 par le Mariage de fou Ne-
veu 5 avec fa Parente , &c qu'il l'avoic
refuic.
Les Serviteurs & les Amis des
Princes les voiant arrêtez , fe iauvé-
rent dans les Places où ils comman-
doient , avec le plus de diligence qu'il
leur fut poffible. Le Duc de Bouil-
lon 5 ôc le Vicomte de Turenne , fu-
rent les premiers à prendre la fuite.
On les manqua feulement de quel-
ques momcns , eux Se le Prince de
Mavfîllac. Selon la réfolution de la
Reine , ils dévoient avoir la même
deftînée ; mais , ils furent avertis de
bonne heure. Le Vicomte de Tur-
renne fe retira à Stenai 5 qui apparte-
noie au Prince de CondéjÔ: le Prélident
Perauît , Intendant de fa Maîfon, &c de
ùs Alïiiircs , fut mené enfuite au Bois
de Vincennes.
Le foir de ce jour fi célèbre , la
Reine fe montrant à toute la Cour,
parla du Prince de Condé avec une
grande modération. Elle dît à tous,
qu'elle étoit fâchée d'avoir été forcée
pour le repos de l'Etat de le faire ar-
rêter , vu fon Mérite , fa Naîlfance,
Ôc fes Services 3 mais , que les inté-
rêts
à VHljloîre à* Anne d* Autriche, 40 f
rets du Roi l'avoient emporté par def- i^cq,
fus ces confidcrations. Elle reçut froi-
dement Madame de Montbazoïi , qui
vint lui faire les complimens avec l'em-
portement qu'on a d'ordinaire pour ce
qui plaît. La Reine lui dit qu'elle
n étoit pas capable de fentir de la joie
d'une chofe de cette nature ; qu'elle
l'avoit crue neceflaire 5 mais , qu'elle
ne la trouvoit nullement deledable , ÔC
qu'elle fe feroît eftimée heureufe , fi
M. le Prince eut bien voulu ne l'y pas
obliger. Cette Réponfe me parut
procéder d'une Ame vraiement Roiale:
l'équité m'obligea d'en avoir de la
joie. Je m'approchai de cette Prin-
cefle 5 & après l'avoir loiiée tout bas
de cette humanité , je pris la liberté
de lui baifer la main , comme pour
l'en remercier En mon particulier,
je n'avois nul attachement à cet illuf-
tre Prifonnier. J'avoue néanmoins
que la deftinée d'un fi grand homme
me fit pitié , & j'eus dépit de voir Tes
Ennemis triompher de fi^n malheur.
A l'égard de la Reine , ils étoienc
mille fois plus coupables que lui ; ôc
n'avoîent eu de leur côté que du bon-
heur , 6c de favorables conjondures,
qui
40^ Mémoires pour fervîr
i^/o. qui les avoient fauvez. Enfin cette
journée finit par un entretien d'une
heure , que Laigue eut avec la Reine.
Elle étoit dans fon lit quand il lui par-^
la , & ce fut lui qui à minuit lui fer-
ma fon rideau. Ce grand Amateur
de chofes nouvelles , étcîc hardi à les
propofer , ferme à les foutcnir , &
fort habile à les perfuader ; mais , tout
ce que la Reine fut obligée de faire en
faveur de ces nouveaux Se mauvais
Serviteurs ne l'empêcha pas de parler
de M. le Prince avec l'eftîme qu'elle
lui devoir ; & fa Sagefse fut caufe que
cette Cabale fut obligée de mettre
les premiers jours des bornes à leur
joie. Leur modération ne dura gue-
res. Qiielque tems après , fans que
la Reine y contribuât en fon particu-
lier , la Prîfon des Princes devint le
fujet de la joie , & de la gaieté des
Courtîfans ; & chacun , croîant fe
rendre agréable par cette voie, tâchoît^
d'en témoigner de la fatisfadion. flj
La nuit fuîvante , le Duc de Beau-
fort , par l'avis du Duc d'Orléans , fut
à cheval dans les rues pour fe montrer
au Peuple , & pour rafsûrcr quelques
petites gens , qui difoient qu'on les
trom-
k VHlfloîre à'Anr.e à' Autriche. 407
trompoic , & que fans doute c^étoit k^^q;
leur bon Prince qu'on avoît mis en
prifon. Les feux de joie furent grands
dans Paris , pour la Prifon du Prince
de Condé 5 car , le Peuple le haïfsoir,
\ caufe de l'oppofîcion qu'il avoir tou-
jours eue contre leur Protecteur le
Duc de Beaufort. Ce Favori du Peu-
pie j fe voiant alors en état de pou-
vj:'r profiter des faveurs de la Cour,
fe voulut raccommoder avec le Minif-
tre. It lui envoya faire un compli-
ment 5 & voulut même , pour lui
montrer plus de foumiflion , envoyer
prendre ordre de lui , pour la marche
dangereufe qu'il fit cette nuit dans les
rues.
Le lendemain , avant que la Reine
fût éveillée , fon grand Cabinet , &
fon Appartement tout enticr.éroient fi
pleins de monde , qu'à peine y pou-
voit-on paffer. Auiïî-tôt qu'elle le
fut , le Duc d'Orléans la vint voir. Ils
furent quelque tems à parler enfem-
ble , elle étant encore dans fon lit 5 &
il fut aifé aux Spedateurs , de devi-
^^^\ ^^.,C^J\^de leur converfation. J'a-
vois oiii dire le foir auparavant , que
l^Abbé de la Rivière étoit mal dans
fes
4o8 Mémoires pour fervir
î6jO, Tes Affaires , ôc qu il n'avoir point feu
le fecret de cette Avanture. Je m'ap-
prochai de lui , pour (avoir ce qui en
écoir. Il me répondit qu'il étoit vrai,
qu'il n'avoit eu nulle connoiflancc de
cet Emprifonnement. Comment ! lui
dis- je. Fous êtes donc perdu ? N'en dou-'
te'^pas , me dit-il : mon Mahre ne me
parie plus , & le pied me gllfe : & je
ne laljfs pas d'être tranquille. Il me
quitta 5 pour fuivrc le Duc d'Orléans
chez le Cardinal Mazarin , qui con-
fervoit avec lui toutes les apparences
d'une grande Amitié. Auflî-tôt que
la Reine fut levée , elle reçut les com-
plimens de toutes les perfonnes de
qualité 5 qui rafsûrérent de leur fidé-
lité ;, ôc quelques Parens des Prifon-
niers furent du nombre.
La Reine envoia ordre en Catalo-
gne , à Dom Jofeph Marguerite , ôC
à de Marca , Intendant de Juftice
en ce Pais , pour arrêter Marcin,
qui commandoit l'Armée. Il étoic
créature du Prince de Gondé , ôc
avoir eu cet Emploi par lui ; ce qui fut
ponduellement exécuté. Le Parle-
ment 5 ôc les autres Cours Souverai-
nes , furent mandées. La Reine leur
fit part des raifonsqui Pavoient obli-
gée
^ a VH'fiiAre â* Anne dC Autriche. -409
^gée de s'alfLU-'erdcla perfonne de M. 16^0
k Prince-, du Prince de Conti M du
Duc de Longucville , Se leur en aiaiic
die les caulcs [outcs ces Compaanfes
en parurent fatisfaites.
Madame la Piinccffe envoia fup- '
pUer la Reine de lui permettre de de-
î^'^elI^er encore un jour chez elle , &
dans l s grandes Carnielites ; ce
^ 'elle lui accorda volontiers. Pçn-
a.Hit ces deux jours /tout ce qu'il y
î?voic deperfonnes de qualité à Paris ^^
la i-urenc-vifiter , pour lui ténio'gner
la pattqu'ils prenoient à fa douleur ^
ce Princciîe ctoit en (on particu-
dans une grande coniîdération,
^ lui venoit en partie par elle me-
Ses Enfans ne lui faifoient oue«
ne part de leurs dclîeins , m de
Autorité îmais,ceiiequ1isavoienc
menroit la fîenne.
'-c Commandeur de Jars fut la
^ ■ avec les autres. Il étoit de la
de de "Chaccauneuf , contraire à
-Vlaifon de Condé 5 maïs , Madame
la Princefïe le croiant homme d^hon-
Deur , Pembraffa, & pleura amère-
ment avec lui. Elle lui dit enfuire ,
Tome II L S Com^
^ , Mémoires peur fervîr ^
eela foît en mon pouvoir , U »} ".'
^cctte Pnnccfle affligée, efl 'f'nc,de
iJ«ande ^uon le lui envoyé, &J^
ceU je ferai en quelque f^çon fouH^''
Le Commandeur de Jars . a,a„: tm
vrai cœur de Gentilhomme , partie
SpS d'elle à deffein de lu r^-
dre ce petit fervice & dans le me.
T'-^Tla^ReL^Ilirc^lS
£"X:liS^;èluiavoit^C
MadamelaPrinceire,ceqmfutreçu
delaReine avec bonté; fi b^nq"«
. le même jour le Valet de Chamb e
fut envo é au Bois de Vmcennes ,
ponr le foulagement du Pnnce de
Conti , que Madame fa Mère am.oit
elprs avec de grandes tendreffes.
à ?Hl(loWe d'Ame d* Autriche. 41 1
le Dlic de Beaufort ^ & le Côadjuteur j ^
n^avoieiK point encore vu le Roi ôc la
■Reine , à caufe qu'ils étoient accu fez
d\m Crime , &c qu'il failoit fuivre
Tordre de leur juftifîcation. ïls allè-
rent ce jour vingt & unième du mois
au Palais, pour y être lavez de toutes
leurs caclv.o. Il eft aifé déjuger qu'ils
en revinrent revêtus de la robbe d'In-
nccence. Se qu'ils y allèrent fans nulle
îiîqi'îJtudc d'être condamnez, quoique
pur dire alors le nouveau Prifonnier
Martmeau.
Le lendemain les Frondeurs rem-
plis de gloire apparente où vérita-
ble , ôc fij'sfaits de leur deflinée , aU
iercnt au Palais Roial , faluer Leurs
Majcftez , Si le Duc d'Orléans les
piéfcnta. Ils furent reçus félon le
tems, c'cft- à- dire comme des perfon-
nés à qui toutes chofes arrivoient
plutôt félon leurs fouhaits que félon
leurs ferviccs. L'Abbé de la Riviè-
re ne leur reilembloit pas : fa faveur
étoit mourante y & fon courage le fou-
tenoic encore pour quelques jours
feulement. Il ne fe trouva point à
cette préfentatîon ; mais il arriva
chez la Reine peu de tems après. Jc-
S 2, ' bî
4ï2 Mémoires pour fervlf ^
ïéfo. lui demandai en quel état ctoient fei
* Affaires. Il me dit en riant ,^ f''^
étoit foihle , & qu'il vhoit de rég'mf^
Il difoit vrai ; mais , malgré fon r&.
oime , fa maladie ne Uitroit pas
d'empirer.: le Miniftre commençoiî:
démontrer le peu de volonté qu^îl
avoit de lui tenir fa parole j & par
conféqiient, fa faveur étolt menacée
d'une prompte fin. La Reine , eu
nm préfençe , ne laiffa pas de lui de-
mander auffi , Comment H etoit avec
Mo-npeur ? Et lui , comme fi c'eûc^
àe un -jeu, lai répondit en raillant,
que foii Maître ne le regardoit plus ,
.& que n'aianr plus de nourriture , il
falloir périr par inanition.
Cet Abbé , voiant qu'il écoit per-
du . jugea qu'il falloit finir de bonne
grâce, il voulut encore parler au
Duc a^Orleans , pour tâcher de fe
Juftifierà lui j mais , ce Prince évita
fon entretien , & ne voulut jamais
1^'cQ^ter. .Qiiand il connue claire-
'menc que (on malheur n'avoit poînC
de jeipcde., & que fon Maître n'a-
'voit pUis d'oreilles pour lui , il m
> Jg'demandçr ^ pg^r fon Ami le Mai>
"fim à^ Termes . la permiffion d'allej:
'"" ' ■ ^"' '" pailqr
d tH'fiov'e d' Anne d* Autriche. 41^
paffer quinze joars à fa maifoii de I^^JO,
Pctic-BoLirg. Cette grâce lui fut ac-
cordée avec facilité 5 6c même avec
apparence de quelque prolongation;
Il donna ce même foir à fouper à
Beaucoup de Tes Amis , & montra
tant de gaieté ^ que placeurs crurent
qu'il étoit raccomodé. Le lende-
main , il partit à fix heures du ma-
tin 5 fans montrer ni trouble ni cha-
grin. Il perdit en même tems la Fa-
veur , le Chapeau , & l'efpérance
qu'il avoit eue' qu'au déifaut du
Chapeau , il pourroit erre , Archevê-
que de Reims \ mais , en ré(ignant à
un autre refpérance d'être Cardinal,
il fembia aulïi perdre Ton ambition ,
& en vouloir lai^fer les inquiétudes à
fon SucceflTeur II fut trahi dans k
Maifon du D ic d'Orléans , de ceux
qu'il avoît obligés , & qui lui dévoient
leur fortune , & fuivî feulement de
quelques uns qui ne lui dévoient rien ;
ce qui arrive quafi toujours à ceux ,
quife font vus en état d'obliger. Il
rendit à ces derniers ce qu'il avoît re-
çu des autres : ils en furent mal pa-
ies. Les grands biens qui lui refté-
rent auroient pu néanmoins lui àon-
S 4 net
1
I
414 Jl/iemolres pour firvîr
ï^fo. beaucoup de facilité pour en ufer
mieux ; maïs , il étoît homme , & ret
fembloîc fore aux hommes ordinai-
res,
Qiielqoe tems après , le Duc d'Or
leans lui envoîa commander d'aller en
une de fes Abbaies , puis enfuite à
Aurillac dans le fond de l'Auvergne ,
avec commandement de rendre les
Sceaux de l'Ordre , qu'il avoir ache-
tez du Garde des Sceaux de Châ-
teauneuf trois cens mille livres. Il ne
fit pas toujours bonne mine à foa
malheur : il fouffrit avec peu de pa-
tience & beaucoup de chagrin tous
ces maux j mais , aianc de l'efprît , it
parut d'abord avoir du courage , dC
de la fermeté de foutenir fa difgrace >
dont il reçût les plus grands coups
d'une manière eftimable. Il joua fort
bien le premier ade de la Camédie ^,
le reftc ne mérite aucune loiiange :
nulle vertu ne fublifte , fi elle n'eft
fondée fur la piété,
te 13. Boutteville , avec quelques autres >
Janvier, fous prétexre de l'Affaire qui écoit ar-
rivée antre fois au jardin c^e Renard ,
firent appeler le Duc de Beaufort
pour fc bactre , qui n'en voulut rien
faire
à W'ftoîre d'Anm £ Autriche, 41J
faire ; non par manque de cœur , car kJjo.
certainement il étoic brave , il avoîc
auelque chofe de grand dans l'ame :
mais 5 il ne voulut pas s'embaralTer
dans ces querelles particulières , qui
lui avoienc donné des Affaires. Il
crut qu'il valloit mieux vivre, pouir
jouir des fruits des pénibles Intrigues
où il s'étoit trouvé. Les Princes onC
fouvent affedé d'éviter les combats
aveclcs particuliers , & celuMà fuivîc
volontiers cette Maxime. Sur la ^n
du mois 3 on eut nouvelle que le Vi-
comte de Turenne avoir déjà pris la
qualité de Lieutenant Général de
l'Armée du Roi pour la Liberté àt^
Princes. La Reine , aiant depuis
congédié les Troupes que ces Prin-
ces commandoient , beaucoup de cel-
les-là furent trouver le Vicomte de
Turenne à Sienal , ^ (ç rallièrent , à
ce qui fut dit à la Reine , environ
jufque au nombre de trois mil hom-
mes. On rcfolût auffi-tôt d'cnvoîcr
le Duc de Vendôme avec une Armée
en Champagne , pour s'oppofer à cet
Ennemi , avec les provifions du Gou-
vernement de Bourgogne 5 qui étoic
au Prince de Conde.
S 4 La
41^ Aîemotres pour fervîr
éjQ, La Reine , de fon côté , fe réfolus:
d'aller en Normandie , pour s'alfùrcr •
de cette Province , de toutes les Pia^
ces qui y font ^ qu'elle ne jug?a pas,
devoir laifTer fous la domination dci
Madame de Longueville. Le Parli
ment de Roiien & beaucoup de per-f
fonnes de qualité cuiTent eu affez de •
difpofiiîon pour faire du bruit en fa-
veur de cette PrincelTe frottdeufe j,
mais , le Marquis de Beuvron , a:>
cien Ami du Duc de Longueville ,
quoique peut être malgré lui , fe ré-
foiut de faire fon devoir , & lui aiaiat :
ixiontré clairement qu'il ne la pouvok :
fervîr , lui fit connoître qu'elle?
n'en devoir pas attendre grand fc-
cours. Madame de Longueville , (e*
voîant mal reçue , réfolut de s'en al--
1er à Dieppe , à deifein de chercher r
«en ce lieu quelque foulagemento.
Beaucoup de Gentilshommes du Païs;
la furent vifîter : ils lui menèrent quel-
ques SolJats 5 de d'autres lui offri-
rent & lui prêtèrent de l'argent. Le •
Prince de MarfiUac l'ayoit déjà qui-
tée 3 pour aller en Touraînc , à foiii
Gouvernement , travailler à former i
^n Parti en ce Pais où il ctoit puif--
faut .
à rHijîotre ^ Anne à^Antrlche, 4 1 7
ianCjparfes Amis ,& par fon cré- i<?;o.
dit. Il ne refta auprès d'elle de
pcrfonnes importantes , & de quali-
té , que Saint- Ibal , Tracy , 6c Bar-
rière , avec un certain Saint- André ,
fort^ habile pour les Fortifications. Il
y eût auflî quelques Provinciaux de
conféquence , qui ne l'abandonnèrent
pas. Elle fit deifcin de fe tenir dans
cette Place , tant qu'il lui feroit pof-
ilble ; & /île Roi Pen chafToit , de
fe mettre dans un Vaiflcau , & d'al-
ler chercher dans les Pais Etrangers ^ '
à l'exemple de Madame de Chevreu-
fe , le refuge que les malheureux y
trouvent toujours.
Montigni , Gouverneur de Dîep-.
pe , & homme de bien , en recevant
Madame de Longueville , ne* laiiîa '
pas d'envoïer alTirer la Reine de fa
fidélité. Le Marquis de Beuvron eri •
avoir fait autant. En cela il étoic ■
loiiable. Tous deux avoient de gran-
des obligations au Duc de Longue- '
ville, & dans une pareille, conduite ^
ils eurent peut-être des fentimens dif-
férens. viadame de Longueville a- '
voit tenré d'aller au Havre ; mais ^ '
k Dtie de Richelieu ne put la reçe-'
S s voir '
4 1 8 Mernolres four fer vtr
U'îo v°^^ > ^ ^^^^^^ ^^'^'^ ^^'^^^ ^'^^'^ P^^
' tout à fait le Maître : les principaux
Officiers éiroient. tous à Madame
d'Aiguillon , qui devoît haïr un Ne-
veu rebelle & ingrat ; fi bien y que
Madame de Longueville , qui avoic
fait avoir ce Gouvernement à fork
Amie , dans le deffein d'en profiter
pour elle-même , eut le déplaifir de
voir que ce Mariage , en partie , étoît
caufe cle fes maux , & qu'elle n'en
put pas même recevoir le moindre
foulagement dans fa Difgracc.
La Reine y fuîvant fa Réfolutioii
partit de Paris , le premier Février ^
& arriva à Roiien le troifieme dit
mois. Avant que de partir ^ elle en-
voia arrêter la Ducheire de Bouillon ,.
qui fiit fi habile , qu'à la vue même
de celui qui l'arrêta , elle fie fauvcr
fes Enfans mâles , & les enyoia en
îîeu de fiireté. Cette Dame a été
îlkiftre par l'amour qu'elle a eue
pour Ton Mari , par celui que fou
Mari a eue pour elle , par fa beauté^
èc par la part que la fortune lui a
donnée aux Evénemens de la Cour.
Elle accoucha le même jour qu'elle
fut arrêtée i mais , faus nulle incom^
le t
Icuier
à l'Hlfmre d'Anne d' Autriche, 4 1 9
5nodiré à l'égard de (à perfonne. El- ,^.q
le reçût par Tordre de la Reine tous
les recours , qui en cet état lui étoient
îiéceffaires. Dans routes les occafions
d'une fé vérité forcée , telle que les
Rois font obligez d'en avoir ^ la Rei-
ne ne manquoic quaiî jamais de don-
ner aux malheureux tous les adoucif-
femens que la Raiion d'Etat lui pou-
voit permettre.
La Cardinal demeum quelques
jours à Paris \ pour donner ordre à
toutes fes Affaires.
Madame de Soyon , devenue Da-
me d'Atour de Madame , par l'éloî-
.gncment de TAbbé de la Rivière ,
fe lia entièrement au Miniftre. Ceux
de cetfe Caballe , qui régnoit alors
auprès du Duc d'Orlcans , dont étoît
Razé & Bclloy , Enfeigne de fes Gar-
des 5 firent revenir Goulas Secrétaire
des. Commandcmens du Duc d'Or-
léans 3 que PAbbé delà Rivière te-
noit injuftement éloigné de fon Maî-
tre. Il étoît fon Ennemi , & par cet-
te raifon il croioit devoir' lui nuire;
mais , cette conduite n'écoit ni loua-
ble ni légitime , quoi qu'elle foit
fouvent ufitée , & profitable. Tous
S 6 en
4 ?^ - Mémoires pour jh'vîr'
.650.; ^enfcmble promirent au Mîiiiftre une
entière fidélité , & en tirèrent alors
de petites commoditez , & de gran-
des promefTes pour l'avenir. L'in-
tention du Cardinal étoît de fe fervk
de ces petits Favoris , qu'îL pouvoir
paier • de peu de chofes , & empêcher
par> eux que le Duc d'Orléans ne fc
livrât : aux- Frondeurs. Toutes fes
précautions ne lui fervirenc de- rîenv°
Il connut bien vite qu'ils alloîent à
î'ilCurpation de la faveur > & déjà il \
commençoit de méditer les moiens ?
de les humîlkr & de les perdre \\
leur tour. Ils vouloicnt être de tous
ie^ Confeils : ils ne le quittoient plus , ,
(&'-prétendoîene ordonner de la CoUt- .
duiîe de l'Etat. Le Cardinal Ma>-i.
zarîn n'étoit pas libéral de fon pou*.»^
^oîr 5 ni de ies honorables Emplois* ;
il -les aîmoîctrop pour en faire part à
d'autres. îl faifoit lui même toutes
les Dépêches des Affaires étrangères x ,.
luî feul éxerçoît prefque toutes lesS
grandes Charges de Ja; Cour.. Il efi??
a troirc; que des Compagpns ;, fî nou-i».
Tellement de fes Amis» lui étoîene-j
fufpeds ^, mais ^ il falloît faire bonnet
Mîingi ii^:i*é£oic pas.jçerQ^,, démontre rss
H l' Hlfioîre,(t Afine à* Autriche, 4r-i
encore ce qu'il avoît dans le cœar. i^joi^..
IL fut donc forcé de lai (Ter Madame
de Chevreufe auprès du Duc d'Or-
léans , avec peu de fureté fur la con^
duite de ce Prince , oC d'abandonner
à . toute la Fronde ^ le Parlelnent , la
Cabale des Princes , & Paris tout en-
tier. Pour gage de leur fidélité Frorr-
deufe 5 il fit fuivre au Voiage le Mar-
quis de Noîrmoutîer , grand Fron-
deur y afin d'avoir par lui commerce
avec les autres j & s'en alla enfuitè
rejoindre la Reine , pour travailler
à chafiTer de Dieppe la DuchelTe did
Longueville, .
Le Comte d'Harcourt , qui avoir
eu les provifions du Gouvernement
de Normandie , commandoit TAr-
mée du Roi qui étoît foible. Sar
Pérfonne Roiale ne fut pas fuivic à
fbn ordinaire : il n'avoir que quarai>*
te Gardes , trente Ckcvaux-legcrs ^
&; trente Gens^d'atmes. il avoit peu:
d'argent , & peu de Troupes ; mais ^ .
l'Autorité de la PuiflTance légitime-
égale fouvent la force des plus gros* .
Bataillonsi- Le Roi & la Reine fui-
rent reçus à Roiien avec de grandes »
marques, de i joie ^ telles que le meri^
4 i 2. Mémoires pour fervlr
lëçQ, î^'ï't un jeune Roi dont la beauté &
l'innocence dévoie plaire à ces Peu-
ples. Ils ne l'avoient jamais vu , non
plus que la Reine , qui , aîant voiagé
par toute la France , n'avait point
encore été dans cette giande Se im-
portante Ville. Le fcptieme du
mois , Chamboy , qui commandoît ]
dans le Pont-de-l'Arche , ôc qui a-
voit ordre de Madame de Longue-
ville de rendre la Place à la première
fommation du Roi , la remît aulE-
tôt 5 moiennant deux mille piRolles
qu'il demanda pour les frais de h
Garni Ton.
La Reine > en arrivant à Roiicn 3
ota le Marquis de Beuvron du vieux
Palais j car , encore qu'il eût prefque
chafTé de Roiien Madame de Lon-
gueyille on ne voulut pas néan-
moins fe fier à un homme , dont la
conduite étoit incertaine ; ôc qui
n'agi^foit par aucun motif que par
celui de la crainte , 8c par Tinclina-
tion qu'il avoit d'êcre toujours pour
celui dont les Affaires alloient le
mieux. Elle y mit en fa place un
Capitaine du Regimenr des Gardes"
îiommé Fouiillc , pour y comman-
der
à l'Hijîoîre d'Anne cCAntrlchc, 425
det feLilemenc par commifîîon. 16^0
La Reine manda au Duc de Ri-
chelieu de la venir trouver. L'Abbé
de Richelieu vint à la Cour , alTùrer
Leurs Majeftez des bonnes intentions
de Ton Frère , de de Mamade de Ri-
chelieu 5 fa belle Sœur. Cette Da-
me vouloit faire confirmer fon Ma-
riage par le Roi & la Reine. Elle y
travailla par fes Négociations avec le
Mîniftre y qui à la fin fe lailTa per-
fuader par elle. Il lui fit dire , que
fî elle de fon Mari demeuroient ^^
dcllcment attachez à leur devoir , la
Reine lui donneroit le Tabouret , &
qu'elle feroit traitée comme Ducheife
de Richeh'eu ; ce qui ^exécuta quel-
ques jours après.
La Croifctte , qui commandoÎE
dans Caen , avec cinquante mille li-
vres de Rente , que le Duc de Lon-
gucville fon Maître lui avoit don-
nées 5 envoia auffi-tôt alTûrer leurs
Majeftez de fa fidélité , & reçût dans
la ville & le Château un Exempt
pour y commander en fli place.
Mademoifcllc de Longueville quit-
ta Madame fa Belle-Mcre , & avec la,
permiflîon de la Renie elle s'en alla à
Co-
4i4 Mémoires pour fervlr
^€jO, Colommîers , pour y palfeu les pte-
miers mois de la Prifon du Duc de
Longueville fou Père. Elle avoîc
beaucoup d'efprit & du mérite. Sa
vertu y Ôc la tranquilké de fa vie , la
mirent à couvert des orages de la
Cour ; 3c quoi que cette Prînce(îb
ait porté le nom de Froiideufe , la
Reine , qui fçavoit le peu de liaifou
qui étoit entre elle &c Madame (a
Belle- Mêrc , trouva qu'il éroit jufte
de la lai (Ter en repos , jouir de Ces
plus grands plaifirs , qui étoient ren-
fermez dans les Livres y & dans Pai{€
d'une innocente parelTe. Par toutes
ces raifons , fa retraite fut eflimée de
tous , &c lui fut à elle fort commode.
Le defîr de fçavoir , & la folitude %
conviennent à la triftefle , quand Ton
cft afTez fage pour fentir tout ce que
l'on doit fentir. La Reine envoia
commander à Madame de Longue-
ville de quitter Dieppe , ôc d'aller
auiîi à Colommiers ; mais , cette Prin-
cefTe avoît le cœur trop ulcéré con*
tre fes Ennemis , pour obéir à deà
ordres qu'elle difoit venir de leur
part , fous le nom de la Reine. Elle
fe ientoic capable des plus grande^
En*-
a l'H'flolre d'Anne d'Autrkhe. 4tf
Enri-eprifes , ôc clic jngea qu'il val- t^^o;
Ibic mieux fe rcferver à quelque cho-
fe de plus utile à Ton Parri , qu'ait
repos de cette maifori , ou elle crur
ne pouvoir rencontrer une fur?ré en-
tière. En recevant l'ordre de • la Rci^
ne 3 elle fit fembiant d'ccre malade ,
6: promit d'y obéir aa/ïi-tôt- qu'elle
feroit en fanré. Le Pleiîis Bellievre
fat commandé pour aller à Dieppe ,
avec quelques Troupes ; & comme
elle vit qu elles s'approchoient , elFe
fk Ton poiTible pour gagner îe Gou-
verneur de cette t'iace , lui voulajit
perruaicr de tenir bon conti'e lès
Forces R'oîales. Mr. de Montigny ,
qui , à ce que l'on a crû , vouloir
être fidèle au Roi , kii repré(ênta la
difiScalté de l'Entrcprife , 6c lui ik
voir qu'il ne pouvoit pas lui feu! ^
fans argent , & fans troupes , faire
ce qu'elle fooha'toit. La contluiion
fut de lui confeiller de fuir par Mer,
& de s'en aller en Flandres attendre
quelque meilleure faifon. Madame
de Longueville , CfUr fçavoic que le
plus grand fer vice qu'elle eut pu rcn»
dre aux Princes , étoit de leur con*
fcrverJa.. Normandie, ne fe reniée-
point :
1
41 <3 Mémoires pôur fermoir
[l^fo. point à ce dernier coup. Elle vou*i
lut eflTaîer , (î elle pourroit engagea:
dans fon Parti les Bourgeois , les Of-
ficiers . & le menu Peuple de la Vil-
le. Elle leur parla vigoureufement y
elle ufa de prières douces Se hum-
bles , & n'oublia rien à leur dire ,^
de tout ce qui pouvoit les animera;!
prendre fa defFenfè. Elle fe fervit '
de la haine publique du Mazarin ,
& leur reprcfenta , qu'il leur feroit
glorieux , s'ils vouloient mander ail
Roi qu'ils lui ouvriroient les portes >
pourvu qu'il ne voulut point l'am-
mener avec lui. Eux ^ qui airaoient
leur repos , & qui n'avoîent nulle
inquiétude du Gouvernement dw
Mazarin , à qui ils aimoîent autant
obéir qu'à un autre , répondirent
fort naturellement qu'ils ccoient Ser-
viteurs du Roî , & qu'il n'étoîf pas
jufte de lui ôtcr la liberté de fe fer-
vir de qui bon lui femblcroit. Ils
déclarèrent à cette PrîncefTe , que
leur réfolution étoît d'envoicr vers
Leurs Majeftez , les alfùrer de leur
fidélité y & mandèrent au Roi qu'il
feroit toujours ie Maître de leur Vil-
le 3 quand il lui plairoit d'y venir.
Ma-
à V H'(^0 We d'Amie d'Autriche. 417
Iviadame de Longiieville , fe trou- i^^yo,
vant fans relTource ,\vit toutes Tes et
pérances évanouies j mais , Ton grand
cœur ne Païant pas abandonnée , elle
penfa cour de bon à le fauver. Elle
fit aloi'S une confeiïîon générale , qui
parut avoir toutes les marques à'^ûw^
véritable contrition ; & quoi qu'elle
confervât le delfein de faire la Guer-
re 5 elle n'en eût point alTez de fcru-
pule , parce qu'elle crut alors , en
flattant fa palîion , que la deffenfe étoic
permife.
Qiiand cette PrîncelTe fe vît prêt
fée par le Pleflîs-Bellievre , qui la me-
naçoît d'aiîîéger le Château où elle
étoit 3 elle fortit par une petite poite
de derrière , qui n'étoit pas gardée.
Elle fut fuivie de (qs Femmes , de
celles qui eurent le courage de ne la
pas quitter , & de quelques Gentils-
hommes. Elle alla deux lieues à
pied 5 pour gagner un petit Port , où
elle ne trouva que deux Barques de
Pécheurs. Elle voulût s'embarquer
en ce lieu , contre l'avis des Mari-
niers 5 & fon delfein étôit de gagner
un grand VailTeau , qu'elle faifoic
tenir à la Rade ^ exprès pour fe fau-
vec
4'i S JlfePiolres pour (ervîr
v^crt ^^^ q'Jand eilc feroir forcée de lè-
faire. Le venr fe trouva alors il"
grand ,& la marée (î forte , que le
Marinier , qui Tavoît prife entre fès*
bras , pour la porter dans la Cbaloa-
pe , ne pouvant réiïfter à l'un , & à
Tatitre , la laifTa tomber dans la Mer,
Elle penfa (c noïer ,* mais , enfin , el-
le fut reprife 5 & tirée de ce péril 5^
pi us touchée de Tes malheurs , qu'el-
le n'ccoit abbatnë de cer accident, ■
Aiant repris Tes fctce^ , & ranimé foa
couraee » elle voulut tenter tout àt
îiouveaa àç (q remettre dans le péril.-
Le vent , qui s^iugmentoîr à tous
momcns , l'en empêcha , & la fit
ré foudre de prendre des chevaux , de
de fe mettre en croupe ; ce que fi-
rent auffi les Femmes & les Filles de
fa fuite. Elle marcha dans cet état le
reftc de la nuit ^ & arriva chez un •
Gentilhomme du Pais de Caux , qui
la rtçut & la cacha avec beaucoup
d'affeàion & de bonté. De là , elle
envoia un des fiens pour ' fiîre venir
le Navire qui l'attendoit , cotoïer le
lieu où elle étolt ; mais , on décoir-
vrit que le Patron avoît été gagné
jar les deniers du Miniibe 5 5c qu'el-
'If eut ctc arrêtée fi elle s'en fut (er- i^jQ."
vie, quand clic l'avuit voula faire.
En fui ce de cette Avanture , die de-
meura environ «quinze jours ie ca-
chant de lieu en. autre , félon les a-^
vis qu'elle avoic ; 6c enfîn , elle en^
voia au Havre , où elle g^gna le Ca-i
pitaine d'un Vailfeau Anglois. Elle
y fut reçue fous le nom d'un G^n^
'jtilhomme qui s'ctoit battu en duel j
ôc cet homme aîant été bien paie , ne
s'en informa pas davantage , & la
.vînt trouver à quelque petit Port
particulier. Ce Vaillcau la palîa en
Hollande , où elle fut viliée du
prince d'Orange 5 de la Princede Ro-
jale fa Femme , &c de la PrinceiTe (a
^elle Mece. Puis , elle s'en alla à
.Stenai. Quand elle y fut , elle écri-
vit au Roi une Lettre , en forme de
Manifelle , qui fut cflimée. Elle
écDÎt pleine d'artificieufcs plaintes ,
3c fans doute qu'elle l'avoit compo-
iee elle-même , aiant toujours cent
.auiîî-bîen que pcrfonne du monde.
Pendant que le Roi eit heureux
.tn Normandie » il ne l'eft pas moms
^n Champagne. Le Chevalier de la
iR.Qchefoucauk étoit dans Danviiliers ^
&
450 Mémoires pour fervh
S^jo. & y ^ommandoic pour le Prîncé dé
Conti. Les Officiers , qui étoîent
fous lui 5 le lièrent , & le mirent en
cet erat au pouvoir du Roi , avec
cette place , que le Prince de Conti
avoit obtenue par le Traicé de la
Paix de Paris. Clermont de même
fut repris fur ceux du Parti des Prin-
ces. Le Maiéchal de la Fercé y con-
tribua beaucoup par les intelligences
qu'il avoic dans la Place.
La Reine , croiant au raport de
Du - Plelîîs - Belliere , qui écoit entre
dans Dieppe , que Madame de Lon-
guevîlle ctoît embarquée , puifqu'il
ne Pavoit pu trouver , fe reiolut de
venir à Paris. Elle partît de Roiien
le vingc-deuxiéme de Février , après
avoir vu Madame de Richelieu , &
lui avoir donné le Tabouret. Elle
pafla par Gai lion , pour voir cette
- belle demeure de nos AN:he\éques,
où elle reçût un Courrier du Comte
d'Harcourt , qui alors l'afsûra de
l'embarquement de Madame de Lon-»
guevillc.
La Reine , à fon retour ^ reç4^
toute la Cabale Frondcufe avec des
lémoignages de bonne volonté , qui
leur
I
a YHlJloire d*Ânne et Autriche, 4 3 f
leur furent agréables ; mais, comme 16 {Ol
ils cil voulurent des marques effedi-
vcs 3 ils lui demandèrent le retour
de Chateauneuf , avec les Sceaux
pour lui. Ils alloient tous bieli droit
à fe foûtcnîr les uns 6c les autres,
particulièrement cet homme , qu'ils
regardoîent comme leur chef , 6c à
qui ils vouloicnt donner la Place dit
Miniftre.
Le Cardinal , qui connoilToît où
tendoicnt leurs delirs , écouta leurs
Proportions avec peine : il y réiîfta
quelque temps : mais n'aiant nul fu-
jet de douter de la fermeté de la
Reine 3 il crut qu'il étoit de fa pru-
dence de contenter cette Cabale , &
de donner quelque autorité à Cha-»
teauneuf , afin de leur faire voir à
tous qu'il étoit en état de ne rien
craindre. Ce Miniftre voulut leur
montrer que leurs fouhaits demeurc-
roient fans effet y ôc ne fcrviroient
qu'à les détromper de la créance
qu'ils avoient que leur Ami appro-«
chant de la Reine , elle le confîderc-
ro't à fon préjudice. Ces intrigues,
qu'il avoit faites contre le Service du
Koi, avoient dé^plû à cette Princeffc,
conv
4^1 '?JefffOh'êf pêurfervîr
lï^^-o, comme Mère , &c comme Régente ri
& coaime ë^jiûtable elle ne pou-
voir plus reftlmer. Le Cardinal c-
tant donc prciTé par ces faux Amis.,
ôc par fa Raifon ., fe ré fol ut de les
obliger de bonne grâce. Il efpéra
^ue le Garde des Sceaux de Cha-
teauiieuf, comme habile Courtîfan.,
venant à connoître qu'il ne pouvoir
avoir la première Place y fe conren-
C^roit de la féconde , & que peut-
être il fe ferviroit de lui pour mo-
dérer l'ardeur impétueufe de la Fron-
de. Le Coadjuteur avoir lui feul
une il grande Cabale ^ une ame fi
hardie , un cœur fi rempli de paC-
fions , <Sc an génie li puiffant pour fc
faire aio";er de ceux qui le connoiC-
fpient 5 qu'il croit allez difficile au
Miniftre de Tempécher d'entrer dans
le Cœur du Duc d'Orléans , & par
conféquent împofTible de leur refufcr
-3 tous ce qu'ils vouloieut déterminé-
ment. A'iant déjà mis ce Prince de
leur côté , ils avoient fujet de ^croire .,
que leurs volontés dévoient être des
ioix immuables .; mais , les habiles
diffimulations de celui dont ils cro-
lïoient devenir ici Maîtrea ^ furmon-
térciiÊ
cncàla fin la force des plus forts. i<co:
Le rctoiu- de ce iccoiid Miniftre
'«tant r^ifolu dc-s deux cotez , le prc-
•«nier jour de Mars , fur les Icpt heu-
rtes du foir, la Vrilliere , alla de k
.part du Roi & de Ja Reine demander
Jes Sceaux au Chancelier Seguier. Il
•les rendît , & lui ait qu // croioit ■
-avoir bien fervi le Roi ; & s être di~
^nemem ac^juïté de cette Charge , de^
>fuîs dlx^feft ans quïl en ételt foffef
^feur '^ qu'il fçavok bien -que U Raifon
•^^Et.n ,'flmot qiîe'fQiî démérite y'cbli',
jeoit la Reir.e à cela -, c'eft pourquoi il
la fiipHoit de creire e^iéil les rendait
{a^is reojret . efperam quelle kifiroit
toujours la grdce de le trmer cQm?ne
frès-fidete Serviteur du Roi & d'elle.
Le Chancelier , qui fçavoit Tetat des,
chofes, & qui fentoit que Ton ambi-
tion étoit bornée dans la cafere des
Sceaux , ne douta nullement de la
peine que le Mîniftre reçevok de ce
changcmenr. Ccd pourquoi-, il les
rendit fans témoigner beaucoup de
regret , & fit ce que les hommes
Celiorçent de faire en de pareilles oc-
:alions , qui eft de recevoir avec fer-
Tome llh T meré
4 3 4 Mémoires four fervtr
i6}0. mecé les rudes coups du malheur , 5C
de rinfortune.
Je vis rapporter les Sceaux dans l U-
ratoire de la Reine, comme elle prioit
DKi. Ils y demeurèrent jufquVi Icii-
demaîiT. qu'on les porta à Mont-rou-
ce , au Garde des Sceaux de Château,
neuf. On les lui avoir ôtez autrefois,
pour les donner au Chancelier Se-
cuier , qui les perdoit alors de la mê-
me manière que l^autrc les avoît perdus
àfon tour. Ces Evénemens font des
jeux de la Fortune , conduite de la
volonté du Souverain Roi des Rois,
quidifpofe de la deftinèe de fes Créa-
tures comme il lui plait ; & la Cour
cft remplie de ces divers changemens.
Ce nouveau 5c ancien Garde des
Sceaux reçût cette Nouvelle grâce a
fjîxante ôc dix ans palTez , plein de
fanté , de courage , & d'Ambition 11
formolt encore de grands defleins
pour l'avenir , fans penfer que cet
avenir avoir un efpace trop court pour
y placer tant de Projets de de grandes
Chimères» ,. i '#- •
Le lendemain , Mercredi des Cen-.
arcs , il vint faluer le Roi , & temer-
de^ iâ Eeine, U eft à croire qu'il
a voit
A V Hl/loire d'y^nfie d'Amrlche, 4 3 y
avoir commence Tes coinplimcns par
le Minifti-e ; ^ Yon m'afsara qu'il l'a-
voit fait foicement , & qu-ii lui avoic
ait qu il vGuloit être foa véritable
Ami. Le Palais Roial fut en ce jour
•rempli de beaucoup de monde. Cet
homme , qui étoit tant vidtéà Mont-
roage , lorfqull étoit fans pouvoir,
devint aifément l'Idole de tous les
■Courtifans. On crut qull alloit chat
fer le Miniftrc , ou tout au moins
avoir part au Miniftere. Quand il
arriva , il flu fuivi d'un chacun , tous
le voiiloient voir. Il fembla que le
Cardinal JVlazarln étoIt déjà déchu de
fa Grandeur , qu'il n'étoit plus le Mi-
niftre de la Reine qu'elle étoît chan-
gée ,& que toute l'Autorité étoit re«
mife entre les mains de ce nouveau
Tenu.
Le lendemain , il entra au Confeil,
&rcpiic fon ancienne Place > avec la
i-néme preflTe. On croioit peut-être
devoir rendre fes hommages à un
homme qui avoir fçû par fon habileté
triompher du Mirilhc , en le forçant
de le mettre dans une Place , d'où
vrai femblablement il paroilïbit devoir
bien tôt monter à la première.
T 2, U
\6 o
4 3'é Mémoires pour fervlr
lîîjo. t-^ Reine trouva mauvais qu'on
donnât à ce retour tant de marque^
.de joie publique ,& me fit l'honneur
de.me dire alors , qu'elle ne fçavoit
pas pourquoi on faifoit tant de bru k
.de cet homme , & qu'on Te trompoit
.d'efpérer qu il fut jamais plus que ce
,qu'il ttoit. Gomme en effet elle confi-
déroit fon Miniftre , bc qu'elle trou-
voit qu'il écoit de fon devoir & de fa
gloire de le fouteriir. Cet applaudilTe.
inent fut caufe qu'elle fe fortifia con-
tre les amateurs -de la nouveauté. Elle
iit dellein d'empêcher , que le Garde
des Sceaux de Chateauncuf fon ancien
Servitem-, qui avoir été difgracié pac
cette ïeule Raifon , ne parvint au def-
fcin qu'il avoir de lui dérober fa con-
fiance , lors qu'elle ne vouloir pas b
Jii\i donner.
Le. Cardinal , qui avoir de grands
defirs-de fe foutenir dans la Place qu'il
avoir ^ rit bonne mine à fon Rival,
.^ ne mpntra point le craindre. Il lui
,offrir fa maifon , il voulut qu'il y lo-
geât quelque tems , & le traita fi
ar^îabiement. qu'il l'obligea à fe loiier
;#'iut*i&''^â publier hautement qu'il
fei-éi;^ Redevable , ôc au il erolt foa
k F Hljloire d' Anrtt d' Au triche, 4 3 7'
Serviteur & Ton Ami. La Reine, i6jOi
pour gratifier la Fronde de toutes ma-
ancres , confirma au Fils de Broiiilel
le Gouvernement de la Baftillc , qu'il
avoît ufLU'pé pendant la Guerre. Elle
fir venir en pleia cercle cet homme
qui lui avoit donné de fi mauvaifes
heures , & le traita bien. Toutes*
CCS chofes fe firent par le confeil dii'^
Cardinal y Se félon fa politique ordi-
naire , qui étoit de gagner le tems^
&: de di(ïîmuler,-
En fuite de l'Ecablififement iu Gar-"
de des Sceaux de Ghateauneuf, lîl'
Reine fe réfolut d'aller en Bourgogne,
pour affermir entièrement l^Aurorité
du Roi par la prife de Bellegarde , qui
tenoit pour le Prince de Condé. Elle
partit le cinquième de Mars, fuivic
feulement de fes Dames , de la Prin-
cefTe de Carîgnan , de de la Princeflc
Loiiife fa Fille.
Le Cardinal demeura un jour après •
la Reine , pour fe recommander aux
charitables foins de Madame de Chc-
vrcufe , de Laigue , du Coadjuteur, ^
& des principaux Chefs de cette
Troupe. Les chofes étoient fi trou-
vées , l'orage paroilToit (î près d'écla-
T 3 ter.
4 î ^ Mémoires pour fervlr
'650. ^^^ ' ^ ^^^ Prophéties étoicnt fi fu-
neftes , que ce jour beaucoup de gens
àQ Parti & d'autre crurent que le
Cardinal feroit alTaflîné , & plufieurf.
avis lui en furent donnez. Il partir
enfin , & lailTa dans Paris le Duc
d'Orléans ^ le Garde des Sceaux , 5^:
toute la Sedc Frondeufc. Le Tellier;
èc Servien , emploies par la Reine^
dans le fecret des -Affaires , y demeu-
rèrent auflî 5 pour fervir le Roi , &.'
pour être les Champions fidèles du*
Miniftre , contre fes mauvais Amis,,
Les Politiques remarquèrent , qu'en
partant de Paris , ce Miniftre plein de'
finelTe avoît témoigné beaucoup de-
bonne volonté aux Serviteurs des;
Princes , & que voulant peut être
donner de la crainte à la Cabale d'Or-
Icans , il avoir affcdlé de bien traiter-
ceux du Parti contraire , pour leur-
montrer , que s'ils en ufoienr mal avec
lui , il pourroît fe defFendre de leur
oppreiîîon par Mr. le Prince. Dans^
ce même tems , parlant du Prince de
Condé 5 il dit publiquement de lui,,
une chofe fort remarquable , qu7/ an^
mît été le plus ora.nà homme du mon'
de 5 & le plus hcptreux j s'il avott pw
croire^
a l'H'î/lolre d'Anne i Autriche. 459
traire que U Reine et oit capable de faire i^^o,
ce quelle avait fait,
La Reine , en partant 3 donna à
Cominges le Gouvernement de Sau=
mur , vacant par la mort du Duc de
Brezé , Père de Madame la PrinceGTe ,
Femme du Prince de Condë. Il alla
peu de tems après pour en prendre
folTeflion ; mais , on lui en refufa.
l'entrée. Le Prince de Marfillac , de*
venu depuis peu de jours Duc de la
Rochefoucault , ôc qui avoit des in-
telligences dans cetce Ville , fut caufc
de ce refus. Sous prétexte des funér
railles du Duc fon Père , il affembU
deux mille Gentilshommes , pour aller
fccourir cette Ville quafi Rebelle j
mais Cominges , plus heureux qucT
lui^aiant offert de' l'argent , de la
part du Roi , à celui qui y comman-
doit 5 fit fon traité & en prit poiTef-
fion avant que ce Seigneur y pût ar->
river.
Auflî-tôt après le départ de la Rei-
îic , la DuchelTe de Bouillon , arrêtée
dans fa Maifon à Paris par Pordre du
Roi 5 trouva le moien de tromper fes
Gardes , de de fe faaver finement de
fa Chambre. Mademoifelle de Bouil-
T 4 Ion
44^ - Mémoires pùur fervir
le
>.
î^jpv Ion fa Fille 3 qu^elle avoic avec cl!
la vînt voir ;& faifant fci-nblant d^
r^avoîi* trouvée endormie 3 elle parut;
vouloir retourner à fa Chambre , 6i
pria la Sentinelle , qui éroit dans P An^
îichamhre de laDuckefiTe de Bouillon
fa Mère 9 de lui éclairer. La Senti-
nelle prit la lumière , & marchant de-
vant la petite Demoifelle de Bouillon ^
donna lieu à Madame de Bouillon ^
fui vaut fa Fille^ & marchant après ells
coûte courbées de gagner l'efcalier ^
de defcendre dans, la cave , ou la pe* .
îite Maderaoifellc de Bouillon ^ & fcç .
Femmes ^ l'aiant été trouver , elles fs _>
fauvérent par le foupirail de la Cave y
à Taide de quelques uns des liens , qui^
Iqs tirèrent avec dcs- cordes. Elle fc -
cacha enfuîte dans q uel que maifbîEi.,
paiticuliere > & comme elle étoit prê-
te de fe fauver de Paris , Mademoi-.
fclle de Bouillon eut la petite vérolci.
Cette généreufe Mère , ne la voulant •
point quitter 3 elle fut Qw^n trouvée -
chez Bartet , Agent du Roi de Folor-
gne 5& menée à la Baftille avec M a-
demoifelle de Bouillon > Sœur , & -
îrèsbon ne Sœur du Duc de Bouillon j
ion Mayi, Ces deux . perfonnes ^ .
^ " voienç ^
k VHlflolre tfAnne d'Autriche. 4 4 1
Voient de ^Ambition: & même on di- k^jq.
fbit qu'elles en avoient trop , & que
cette paflTion dans Tame de Mademof-
felle de Bouillon ôc de fa belle Sœur ,
écoit caufe des malheurs de fon Mari,
Se des fiens ; fi bien que c'etoit avec
raifon que la Reine les craignoit.Elles
y demeurèrent jufques à la Paix de
Bourdeaux , 3c en forcirent enfuite •
avec Peftime unîverfelle de tout le
monde qui connoiflbit leur mérite.
Les Partifans du Prince de Conde
né dormoient pas. Us travailloientà
éiHouvoir le Parlement en leur fa- -
veur ; & fuivant les exemples paf-
fcz, ils râchoient d'émouvoir le public
par fon intérêt. On s'alTembla le .
vingt-neuvicme au Parlement \ pour ["/ ^^•
établir une Chambre de Juftice à la ^^^'''
Maifon de Ville , & pour faire païer
les Rentiers, Qiiclques particuliers \,
pour obtenir de la Cour ce qu'ils fou-
haitoient , fomentoient ces remue^
mens. Longueil , pour faire fon Frew
re Sur-Intendant ^s'occupoit toujours -
à brouiller toutes chofes , & les Ser- -
viteurs des Princes fe fervoient de lui, ,
pour parvenir à leurs fins ; mais , kl ^
Fîiondeurs^/aifant mine d'être pour h ■
T ^/ Reine ^ ,
o.
442. Mémoires pourférv'if
Reine, fuioient en effet le changemenr
à l'éaard des Princes , & par- leur pro-
pre intérêt ils appaiférentce petitbruit-
avec facilité. .
Le Fils du Préfident le Coigneiix „
en l'une des Charabi-es des Enquêtes ,
ctk la h.uiie(r;;de propofer le premier-
défaire le Procès aux Princes, ahm
qu'ils fuirent traités félon la D'Jclata-
tion donnée à Saint Germain a la Paix
de Paris, où le Roi prometcoit au.
bouc d'un certain tems fort bref , qu il
ne retiendroit point de Pnfonniers ,
fans leur faire leur Procès ,. orf les,
a'afoudre s'ils étoienî innoccns U;
demanda qu'ils fulfent traites lelon.
cette promeOé ; mais le Parti des.
Princes étant encore fbible , le soi-
gneux fut fifflé de toute la Compagnie,.
& fa Propofition fut fans effet.
La PrincelTe Palatine travailloit de.-
fon côté en faveur des Prifonmers.:.
Elle avoit déjà trouvé moien de leur?
faire tenir He fes Lettres , & chez elle:
^'âllcmbloient fonvent ceux qur tra-
Vaillôient à, leur liberté. Cette Priiv
ceffe femblable à beaucoup d autres;
Dames , ne haiffoit pas les conquêtes,
de Tes yeux , qui étoknt en effet forte
1
al'Hifioire d'Ame d* Autriche, 445
î>eaux ; mais , outre cet avantage trop 1 6jo,
dangereux à nôtre fexe , elle avoit ce
qui val oit mieux-; je veux dire de l'ef-
prit 5 dç Tadrelfe , de la capacité pour
conduire une intrigue , dz une grande
facilité à trouver un exp dient pour
parvenir à ce qu^elie entrepreiioir.
Auffi-tôt qu'elle fe fur rérdue à fervir
les Princes 3 elle s'appliqua avec foin
aux moiens de rédffir dans Ton deC-
Um 5 comme il lui parut nécelfaire
d'attirer les Frondeurs à leur Parti ^
elle fe fervit de Madame de Rodes , .
qui étoit Ton Amie, pour propoferà'
Madame de Chevreufe le Mariage du
Prince de Conti avec fa Fille Mad*
moiielle de Chevreufe ;& chercha ,
pour gagner les autres Chefs , quel-
que autre intérêt confiiérable , capa-
ble de les toucher chacun en particu-
lier : & cela n'étoit pas difficile â
trouver j car tous en avoi^nt de grands
ôc de petits. Le Duc de Nemours ,
qui étoit Ami du Prince deCondé,
& mal fatisfait du Miniftre, croît un ,
de ceux qui agiiloit le plus puinfam-
ment par Tes Amis , à la Liberté des-
Prifonnicrs. Le Préfident Violle étoit
un violent foUiciteur > & Longîieii
X 6 y/
4 4 1 2lie moires p»ur férvîr ■
ï^jo, y faifoit des merveilles , en cçqu'H
ne fe lafiToîc jamais dej ^intrigue»
Tous approuvèrent les penfées de la
PrincefTe Palatine , partieuliéremcnt
celle qu'elle avoic eue far. le Mariage
du Prince de Conti <5c> de Mademoi^ j,
felle de Chevrcufe. Madame de Lot^
guevilîe , qui en fut avertie par elle y
lui manda auffi de Stenay qu'elle l'eC-
îimoiî bonne ^ ôc qu'on y ~ tr^vaiUât^
Enfin ^ cette Princelfe n'oubliant, rien .
pour parvenir à la conclusion de fou x
loquvre 5 ne perdoit pas un moment -
fans y avancer quelque pas. Mais., ^"^
cç^s grandes chofes , ne Te font pas ;
aifément : le tems /eut les conduit -
doucement à leur fin > qui le plus ;
foavent n^cft pas celle que. les^ hom- .
mes y veulent .chercher. Dieu , qui \
les change 3 ôc les perfedionne , leusr j-
donne, celle qu'il leur, plait quelle?.^
aient..
Pendant -que tmites ces Intrigues ^f
fe. .. préii:îedicoient à Paris , la Reine •
croit en Bourgogne , où elle ,avoit été f
reizaé avec beaucoup de marques d'af? Z
fe(àioî3>, L'Armée du Roi , ne put, -
il- rôt qu'elle le fouhaitoît entrcprcn- .
éi€ le Siège de Beilegarde j a caufe des ^ '
grofles s
I
a THtfloîrls d^JÎmedt Autriche, 44^ - *
grofTes eaux: il fallut attendre quel- i^jol^
•que tems. Le quatrième d'Avril on Le 4.
commença la circonvallation de cette Avril.
Place y de le Miiiiftre , qui la fut vifi-
ter en perfonne 5 en approcha de (i
près qu il y penfa être tué , un de Tes .
Gentilshommes aiant été blclTé proche
de lui. .
Le douzième âa même mois , la^Le 12.^.
Reine avertie qu'on travailloit à fou- ''^^^^ ^^
lever ,1e Parlement en faveur des Prin-*
ces 5 envoîa commander à Madame la
Princefle la Mère d'aller à Mouron ^
at;tendu qu'elle avoit des intellîgcpces .
avec. les Ennemis de l'Etat, En mê-
me tems , on commanda à un Lieu-
tenant des Gardes du Corps d'arrêter
Madame la Prince (Te fa Belle-Fille , 6>C :
de la garder à Chantilli. Cette Prin-»
celTe .5 en aiant eu avis , Se confeilléc
par ceux qui croioient fa pcrfonne -
néce(Talre à leurs delTeins , mit une de
fes Filles dans . fon lit 5 !& fe fauva ^
malgré les Gardes , elle ôc le Duc
d'Anguien fon Fils , & s'en alla à
M'otiron avant que les Gens du Roi
y ^/utTeut arrivez.- On crût que la-
Reine avoit commandé à Madame la
P^LnceflTe la Mère d'aller en ce lieu ^ ,
44'^' Mémoires poitrfervtr
péjo, afin que rcfcoitc du Roi qui la coft^
duiroit fe pût faifir de cette maifon ,.|
qui eft force , & capable de quelq'^c'
réiiftance j mais elle ,aa lieu d'y aller,
fe faava de luiii: de Ghantilli , & de- 1
meura cachée quelque te m s fans que la^ '
Reine pût fçavoir où elle ëcoit. Pcn-
dant qu'elle le cache , Madame la
Princefïe fa Belle-Fille fut menée à
Mouron par ceux de fon Parti qui fe
faiiîrent de cette Place , à delTein de
s'en fervîr pour leur fureté. Déjà le
Duc de la Roehefoucault , Se les-
principaux Amis- des Princes , qui vo-
ioient bien que Mouron n'étoit pas
capable de tenir contre des forces con^
fidérables , travailloient à gagner les
Bourdclois 5 fomentant leurs mécon-
rentemens contre la Cour ^ ôc leur
haine contre le Duc d'Epernon. On
leur faifoit voir aufîî les obligations
qu'ils a voient d'^entrer dans les Inré--
rêtsde Mr. le- Prince , puisqu'une des
principales eau Tes de fa Prifon étoit
( k ce qu'ils difoient ) le iecours Ôc
là protec1:ion qu'il leur avoir toujours
donnée dans le Confeil du Roi-; mais,
ils eurent d'abord de la peine à leur-
faire naître le defir de fe mettre dans
fôa Parti, 6c il falut ç\i\q les Créatu^
rcs^
a l^Hlfloire d'Anne d^ Autriche. 447
res des Princes y emploialTent avec foin i^^ç*.
tûLite leur habilité èc leur afFcdtion.
En Bourgogne , le Sicge de Belle-
garde continuoit , & beaucoup de
vœux fe faifoient , tant par les Fron-
deurs j que par les Créatures des Prin-
ces , afin ^u'il ne fe pût pas finir fitôt ;•
tous elpérant que le mauvais état êiÇS
Affaires leur feroit avantageux quoi»
que ce fut par des fins bien différen-
tes. Le Roi 5 quoique jeune, alla dans
le Camp fc montrer à fon Armée.
Les Soldats furent ravis de le voir , &
fouffrirent fans murmurer , qu'on les
paiàt de cette monnoye feule. Le à^Ç-
ordre de les Affaires en mettoir un fort,
grand dans fes Finances , & les Trou-
pes par cette raifon étoientmal pafées.
Celui 5 qui commandoic dans la
Place fit tirer a la vue du Roi ; mais ,
aiant reconnu fa faute , il en envoia
faire des excufes* La préfence de ce
jeune Monarque animant ceux qui
Gombattoient pour lui leur redonna
des forces , & les Révoltez qui
commandoient dans Bellegarde en fu-
rent affoiblis. Au bout de quelques
jours 3 ils demandèrent à capituler , àc
pjromirent de fe rendre auffi-tôt qu'ils
[l<|o,
448 ' Mémoires pôui^ fervîr ^
, auroienr envoie à Stenai. PènJanfr?:
la Trêve qui leur fur accordée , ceux •
du Camp & de la Ville fe vifitérenc ,
& comme ils étoient tous François,
Parens , & Atnis les uns des" autres,
ils fe firent de grandes careflTes , avec
un fendble regret d'avoir à fe tuer ;
comme s'ils enflent été Ennemis;
Voilà le malheur de la Guerre QU
v'ûc, .
Le vingt feptiéme d'Avril , jour de
la Mercuriale , auquel les Chambres
s'alfcmblent , Madame la Princeife la
Mère , qui depuis qu'elle étoît difpa-
rue de Chantilii , avoit écé 'cachée
dans Paris , parut au Parlement à cinq
hèuucs du matin 5 accompagnée da
Marquis de St. Simon & de la Dv^
chelTe de Chatilion , pour y deman-» •
dei* fuftice , fur la détention des Prin-
ces fes Enfans 5 &: de fon Gendre le
Duc de Longuevillc. Elle préfenta fa
Requête à tous les Confeillers de la
Grand' Chambre. Beaucoup la réfu-
férent ; mais , un nommé Des-Lan-
des-Payen la reçût , arec deflein de la
rapporter à fa Compagnie. Elle de-
mandoit par elle fureté pour fa pcrfou- •
hôî; elle icpréfentoit la nouvelle perfé-
eu -*■
à ' V Hifl'o'ire d*j4nne d'' Autriche. 44%
tnitiôn qu'on lui avoit faite pour la fai- j 5j^^'
re fortir de Chantilli , où elle vivoir
fans penfer à autre choie qu'à prier.
Dieu ; &c dcmandoic au ParlemcnL
qu'il lui plût de prendre connollfance.
de la dérention des Princes, & que
félon la Déclaration faîte à Sainr-Ger-
main en faveur des- Prifonniers d'Etat^ .
on fît leur Procès , s'ils avoienr failli
contre le Service du Roi , ou fmow
qu'ils puiTent jouir des Privilèges que
le Rpi ay oit accordez à tous fes Su-,
jets. .
Après que Dès-Landés-Payen l'eut
rapportée , le Pre'mier Pré/ident fur
député de la Compagnie vers le Duc
d'Orléans ^ pour lui demander de la,
part du Parlement fureté pour cette
Prîncedè. Le Duc dOrléans dit ^
q,u'i,l fallolt qu'elle obéit au Roi, pour
déterminer ce qu'il avoît à lui dire
de plus précis. Pendant cette Dépu-
tation 3 Madame la Princellè alloit de
Chambre en Chambre , demandant:-
juftice 6c grâce tout enfemble. Elle
jettoit des larmes , qui marquoient la.
foiblciïe de nôtre Sexe , & difoit des
parolles qui faifoîent voir la force de
îa dgaleui: 6ç la graridqur de fa difgra-r
4f o MemoWss psnr fervïr
j(^49. ce. La Rcponie que le Duc d^Orleani
* avoic faite au Premier Préfidenc n'é-
tant pas définitive , on ordonna que >
s'agiiTant de la fureté de Madame la^
PrincelTe , en attendant ce que le Dug
d^Oileans répondroit 3 le Parlement
la prendroît en fa protedion , d>Cr .
qu'elfe feroit préc de demeurer dans-
t'enceinte du Palais , dans telle mai*
fon qu'il lui plairoic de eholfir.
Cette première journée aiant fi bieti»,
rédffià Madame liPrincefle, Tes A*
mis en eurent de la joie , & Tes Enne-
mis de l'inquiétude. On crûç que les
Frondeurs , voulurent fe fervir de cet*
te occafion pour faire chalfer le Mî-
niftre ; & qu'aiant ce delfein Us Ercnc^
fous main concilier à Madame la>
PrincelTe de fe déclarer ouvertement-
partie du Cardinal Mazadn i mais y
leur fineflTe aiant été aperçue , de ceux:|
du Parti des Princes , ils eurent peur ,
que fi on cntammoit tout de nouveau*
le Cardinal , & qu'il vint à être chaf-
fé ,les Frondeurs ne' mirent le Garde"
des Sceaux à fa Place. Leur crainte les^
obligea de lui confeiller de fe plaindre-
feulement de Vn dans fa Requête v
mais , de n'en pas faire davantage*
Us
I
à l' Hiftotre d' Anne â' Autriche, 451
Ils eurent peur qu'elle n'empirât (ts i^e^^
Affiiires 5 6c qu'elle ne travaillât pour
fes Ennemis plutôt que pour elle. En
l'état où étoît la Cour , ils n'étoient
pas hors d'espérance , de voir le MU
niftre fe brouiller avec les Frondeurs:
& déjà on voioît vilîblemt-nt ; que
l'ancienne h line ^ qui avoit cté entre
eux , produifbit du moins de grands-
dégoûts de chaque côté j ce qui ren-
d'oit leur nouvelle Union plus fufcep-
tible de Guerre > que de Paix.
Le lendemain , le Parlement députa
tout de nouveau le Premier Préfidcnt
vers le Duc d'Orléans , pour lui par-
1er des intérêts de Madame la Prince^
fe ; mais ce Prince le gourmanda , 6c
le traita de Partifan des Princes. Les-
Frondeurs , qui ne voulaient pas que
le Parlement leur échapât , & fe mît
du côté des Ptifonniers , fervirent
fïiélemcn: le Roi en- cette occafion,
& emploiérent toutes leurs forces , Sc
tout leur crédit , pour faire , que ia^
Requête de Madame la Princeffe ^dz
fans effet. Le Duc d'Orléans , qui
avoit aufli un grand intérêt à empê-
cher que Mr. le Prince fortît de pri-
fon y maintint l'Autorité du Roi , <S^"
dit:
'^Si Mémoires pour femlr
[T4f0, dit qu'il falioic que Madame la Prirfi-
celTe lui obéit , ôc qu'elle s'en allât d©'
Paris 5 puifqu'elle y étoit contré les
ordres du Rois. Ils réiiffirent tous^
dans leur deiTein ,• car le Parlement
n'eut pas la hardi efle de fe déclares'
contre un-Q Cabale^ dont le Duc d'Or-
îeans étoic ie Chef ^ & qui étant fou-^
tenue de l'Autorité Rorale ofFufquoit
celle du Premier Prélident , d'autant
plus que Longueur! qui étoit paiîîon-
île pour le fcrvice des Princes , 8c qui
auroit pu foutenir cette Affaire , n'ô-
fa montrer publiquement fes fent!-
mens , de peur d'ofFenfer le Miniftre;
ôc ne vouloir pas non plus afFoîblîr la
bonne difpafitlon où le Duc d'Orléans
paroillbît être pour faire plajfiràfca
Frère. 5 dans les prétentions qu'il avoit
à la Gour.
Le vingt neuvième 3 le Duc d'Or-
léans alla au Parlement , où la Répon-
se définitive touchant le Requête, de
Madame la Princeffe fe devoît faire»
Il étoit queftion de rçavoirfion lui ■
accorderoit la fureté qu'elle deman-*
doit pour fa perfonne. Cet enaage^
nient , qu'elle iouhaitoît qiîe le Parle-
racnt voulût prendre avec elle , éroic '
d'une dangci'cufe coniequcnce. Il ne -*
faut=:
-n VH'iihlre d'Anne d'Autriche. 47^^
faut pas s'éconner (î elle y trouva i^.cf^
^e l'oppo(îtion. Le Duc vd^Orieans
^tanc aiiivé , après avoir pris feance^
•fit une récapitulation de tcuc ce qui
•s'etoit pallc depuis la détention des
Princes : il reprélenta la douceur que
.^a Pvcine avoit eue pour Madame la
Princelîe , la laKTant à Chantilli fans
<îardes3&dir quecex^ui avoit obii-
'ge la Reine àlui ordonner de quitter
•ce lieu étoient les intelligences que
^-CQlic Princelîe avoit avec ceux de Bel-
Regarde ; & que pour empêcher cette
^communication ; il avoit fallu Terh.
-voier plus loin. H die encore , que
Madame la PrincelTe n'aîant point
ohéi , il croîoît qu^iî y alloit du Ser-
vice du Roi de fouftrir fa ré/iftancq
^u'en fon particulier il la ferviroit s'il
pouvoit auprès de la Réincarnais , qu'il
ialloit qu'elle montrât d'aquiefcer aux
ordres du Roi. Qiiand il étoft entre
au Palais , Madame la Princelîe Pavok
-prié de lui être favorable , ^ de fc
•iouvenir que fes Enfans avoient Phon-
ateur de porter fon nom. Il lui avoir
arépondu , qu'il falloit faire ce tjue le
•Roi iui^ avoit commandé , & qu'après
/on cbcilTance il la ferviroit en tout ce
^ui lui feroit pofllble. Le Premier
Pré^-
1
414 Mémoires pmr fsrvtr
ii^iO. ^ï-'^fi^^"^ 5 ^'^^^ obftant la Harangué
du Duc d'Orh ans , infifla toujours,
pour demander que quelque grâce fùc
accordée à N madame la Princelle , &
-qu'elle pût demeurer en état de tra-
vailler auprès de la Reine à la Liberté ^
des Princes fes Enfans ; afsùrant qu'el
le n'avoit point de manvaifes înten
tîons contre le Service du Roi. En- |
fin 3 le Duc d'Orléans , confeillé par-
les Créatures du Cardinal qui étoient
-demeurées auprès de lui, accorda à Ma-
dame la Princelle trois jours de fûretc
après le retour de la Cour , pour pou-
voir implorer la mifericorde de la Reî-
îie 3 qui devoit revenir bientôt,
moiennant qu'elle quittât Paris , &
qu'elle s'en allât à quelque Maifon
voifîne attendre fes ordres. Le Pre-
mier Préiident fut content de cette
grâce : il prit la parole du Duc d'Or-
léans , & ne voulut point qu'on déli-
bérât davantage fur cette Affaire , de
peur que les Frondeurs ne fiffent per-
dre cet avantage à Madame la PrînceC*
fe. Il étoit Serviteur du Prince de
Condé j maïs , en même tems , ii
itoit perfuadé que la réunion de la Fa-
mille Roiale , étoit avantageufe à l'E-
tai;
rft VHlflolre à' Anne d'Ai.trîche, 45 ^
i^tyôc qu'il éroit glorieux à lui, ôc k^^^.
à fa Compagnie , d'être les Arbitres
«ntre le Roi ôc les Princes. li voulut
auflî > en travaillant a cette Paix par les
fuffrages de fa Compagnie , empêcher
qu'elle ne perdit les avantages de la
dernière Déclaration du Roi , en déli-
bérant fur la Requête de Madame la
PrincefTe j car alors , félon l'Avis des
Frondeurs.elle auroit été fans doute re-
butée. En d'autres tems , ces mêmes
Frondeurs avoient crié pour augmen-
ter le pouvoir du Parlement , en fa-
veur du Parlement , en faveur du Pu-
blic , afin de diminuer , à ce qu'ils di-
foient 3 la Puilfance tyrannique des Fa*-
vorîs j mais , ils changèrent de coa-
duite, parce qu'ils avoient changé d'in-
térêts , ôc que leur paffion les obli-
geoit à parler d'un autre manière.
Ainfi, la chofc fe paHTa moins avanta^
geufement pour Madame la Princefïc,
que fes Amis ne l'auroient f<>«haictè;
&c comme on ne délibéra point fur fa
Requête , cette Affaire demeura pout
quelque tems enfevelie. Elle quitta
Paris , Se s'en alla à Chilli , pour y at^
tendre le retour de la Reine , ôc pafler
les trois jours qui lui furent accordez
par le Duc d'Orléans. La
-ifj-ê Memirefpffurfervir
k^ifxo, -^^ Reîne , revenant de Bourgogtie^l
parue mal Satisfaite de Madame la
-Princefle , Ôc ic c^ux qiii l'avoienÇ
vifitée pendant Ton féjour , ce que peu
de perfonnes avoîent manque de faire,,
•même les Domcfti<|ues du Roi. Elle
-fit quelques plaintes -contre le Marquis
de St. Simon , Frère aîné du DuCs
<]i]i avoit Phonneur d'être ion allic^
tnafs , comme dans l'état où ctoit
«Madame la Prin-celfe , la igénérofuc
^ouloit qu'on affilât une pcrfonne de
•cette qualité , qui -étoit affligée , ÔC
'qui en eftet étoit à plaindre , le nié»-
•contentement de la- Reine n'éclata
•contre perfonne. Elle comprit fans
doute par fa propie bonté , que ceux
«qui avoient l'honneur d'appartenir à
«cette Princelfe 5 firent bien de la fèr^
vir , en lui rendant des reipedts inno-
cens y^ûx dépens de leur fortune : fi
bien qu'il fut difficile de s'app«rçcvoirj
iquand elle vit ces mêmes perionncs,
dont elle avoit fait des plaintes j fi elle
îcur en avoit voulu du mal.
La Reine , auffi-tot après fon re-
tour 5 envoia le Maréchal de l'Hopi*
tal à Madame la PrincefTe , lui ordon-
ner de partir ; mais , elle s'excula fur
^ucl^ues incoûiiiaoditez qui poiivoient
à l'Hlfiolre ^ Anne (^Autriche. 4^j
r^n empêcher. Le fixieme , l'afFaiie K^r^.
crant entrée en Négociarion , &: trai-
tée par le Préfîdenc de Nemond , elle
confentic de partir , & de s'en aller ,
au lieu de Mouron , à Valleri , Mai-
fon qui appartient au Prince de Cou-
dé ; remettant à une autre fois Ja
poLirfuite de ià Requête , à caufe du
crédit des Frondeurs. Le Prince de
, Condé, qui avoir appiiié la Déclaration
Ma deuxième Odobre 1^48, donnée à
Saint-Germain , jfi favorable auxPri^
fonniers d'Etat , ne pur jouir à^s VïU
vileges qu'elle lui donnoir , parcequc
ceux mêmes qui Pavoient arrachez du
Roi , par leur brigue & leur rébellion,
n'étoient pas dignes de faire une bon-
ne œuvre , qui félon l'équité , & les
Loix du Roiaume , pût être légitime-
ment ordonnée en faveur de ce bien
public , dont ils avoicnt paru Ci zélez.
Pour récompeafer les Frondeurs,
de l'oppoficion qu'ils avoient faite à
Madame la PrinceflTe , la Reine , à
Ton retour , leur fît alfez bonne mine,
& le Cardinal leur cacha tout ce qui
lui avoit déplu de leur conduite. Le
Duc de Vendôme reçût alors de la
Reine l'Amirauté , 6c on en donna la
Tomt 111. V fur-
45 s Mémoires pourfervlr
i^jo. Survivante au Duc de Bcaufort , appa-
remment racommodc avec le Miniitre.
Ce préfent déplut au Duc de Mer-
cœnr , Ton Frère aîné , qui avoir eu
cette même prétention , de qui croioir,
ai. ait delTcin d'époufer la Nièce du
Cardinal Mazarin , avoir un grand
mérice envers lui. Il écrivît de Ca-
talogne 5 où il écoît , au Duc de Beau*
fort 5 qu'il fe vouloir battre contre lui :
êc ces deux Frères en furent long-tems
mal enfemble ; mais le tems qui chan-
ge toutes chofes mie fin à cette co-
lère
La Cour étant à Paris , on déclara
Madame de Longueville , le Duc de
Bouillon 3 le Vicomte de Turenne ,
&c le Dec de la RochefoLicaulc , cri-
minels de Leze-Majefté. On envoîa
cette Déclaration a tous les Parlemens
de France.
Madame de Longueville , & le
Maréchal de Turenne , étant à Ste-
nai 5 avoienr Fait leur Traité avec les
Efpagnols , & prétendoicnt , qu'il leur
étoit avantageux , à caufe qu'ils a-
voienc fauve Stenai , dont ils demeu-
roîentles Maîtres, aiant de plus at-
tachez à la Paix générale la Liberté
des
i V H'fiolre d'Arme d* Autriche, 4.5 9
des Princes : comme auffi eux , de 16 jo,
leur côté , avoient promis aux Efpa-
giiols 5 qu'ils ne s'accorderoîent point
avec le Roî , que premièrement , on
ne leur eut rendu toutes les places
que le Roi tenoit fur eux. Le Duc
de la RocheFoucault ayant alFemblé
grand nombre de Nobleife , fe décla-
ra ouvertement contre le Roi. Il vou-
lut pour fon premier Exploit , aîn-
fî que je Tai déjà dit , le faifir de
Saumur ; mais aiant manqué fon
Entreprife ^ &c fçachant que le Maré-
chal de la Meillcraie Gouverneur de
Bretagne , marchoit déjà contre lui
avec quelques Troupes, il refolut d'en."
voier quatre cens Gentils-hommes à
Mouron , Se de s'en aller trouver le
Duc de Bouillon , qui avoir de gran-
des intelligences dans Bordeaux. Ces
deux Revolcez refolureut enltmble de
fomenter autant qu*il leur feroît pofïï-
ble la rébellion de ces Peuples , afin
de s'en fervir , pour foûtenir la guer-
re contre le Roi. Ils y envolèrent
Langlade, Secrétaire du Duc de Bouil-
lon , afin de travailler par lui à ce
grand ouvrage. Langlade , aiant l'ef-
prit vif Ôc plein de lumières , parloic
y 1 à
4 ^o Mem oires pour fervlr
i^jo^ à la mode de ceux qui font propres
pour tromper les duppes. Avec ces
qiialitez, Se la necefficé qui le pielïoit
de rendre ce fervice à Ton Maître , qui
fans ce refuge fe voioïc perdu , &
leur parti décruîr, il travailla fi bien,
& avec tant de dextérité ^ qu'il aida à
perfuader ceux de Bourdeaux d'encrer |
dans les intérêts des Princes. Ce ne
fut pas fans beaucoup de peine , par-
ce qu'il y avoir dans cette Ville , à ce,
qu'il m'a dit lui-même, de s gens afîez
fôges pour connoître le danger de cet
Engagement. En même temps y les
Ducs de Bouillon & de la Rochefou-
cault , fçachant le commencement de
cette Négociation , envolèrent Cha-
vagnac enlever de Mouron Madame
la PrincelTe Femme du Prince de Cou-
dé , & le petit Duc d'Anguein Ton
Fils , parce qu'ils jugèrent que le Roi
venait les attaquer où ils étoient n*au-
roient pas pu s'y delfendre long tems.
Us furent au devant d'elle avec trois
cens Gentils-hommes , que leur am-
mena le Marquis de Silleri , Beau-
Frcue du Duc de la Rochefoucault.
Ils les menèrent dans la Vicomte de
Turenne , où ils demeurèrent quel-
ques
a r Hifiolre c^^nne d'Autriche, 461
c[ues jours , pour avifer à ce qu'ils itfjo,
avoient à faire. Ils y firent quelques
Exploits de Guerre , de peu de confé-
qucnce , mais toujours de grande ré-
putation -y outre que les Rebelles ,
pour en acquérir , 6c foutenîr un Par-
ti 3 doivent faire du bruit. Tout ce
qni fe faifoit alors contre le Roi ,
étoit toujours fort célébré. Ils furent
pareillement traitez à leur tour , par
les Troupes du Roi , que comman-
doient le Chevalier de la Valette , Ôc
le Duc d'Epernon.
Les Condudeurs de Madame la
Princelfe & du Duc d'Anguicn , fe
réfolurent enfin d'aller à Bourdeaux»
tenter cette Avanture. A leur vue ,
la Ville leur ferma les portes : le Par-
lement 5 & les Bourgeois , rcfafcrent
de les recevoir , elle , d< le Duc
d'Anguien Ton Fils. Il y avoit dans
Bourdeaux bcaiKoup de Créatures de
Monfieur le Prince , qui difoient ne
demander pour Madame la Princelfe
que la ffireté ; aEn qu'elle pût être
à couvert des violences du Cardinal.
Ils continuoient de dire que les Bour-
delois ne pouvoient refufer ce fccours
à Li Femme 6c au Fils d'un Prince ^
V 3 qui
4 ^ i Ai? moire s po nr fervïr
i6jO. qui n'étoit en Prifon 3 que parcequ^îl
a voit foutenu leurs intérêts , dans le
Confeil du Roi. Avec cette humble
modération ^ ils avoient échauffé les
e/prits 5 & ils avoient gagné plulieurs j
perfonnes j mais , beaucoup d'autres
s'opporoient à leurs foUicitaiions , de
préféroient avec raifon leur repos &C
leur devoir , à la Guerre de au crime
de Leze-Majefté. Toutes ces con-
trarietez firent une Ci grande rumeur
dans la Ville ^ qu'enfin il fut refolu
dans le Parlement , que Madame la
Lerj Prince(fe ôc le Duc d'Anguien fe-
J ''n , roîent reçus dans Bourdeaux , avec
Mada- jg^^.g Domeftiques feulement ; Se dé-
pr-a- nièrent d'abord aux Ducs de BouiU
caU Ion 5 & de la Rochefoucault , la mê-
cftrc- me grâce. Madame la Prince{fe alla
au Parlement , & leur demanda à ge-
noux la fureté qu'elle defiroit pour
elle 5 & le Duc d'Angulen j ôc cette
Compagnie , après une longue Déli-
bération , la lui accorda. Les Chefs
de leur Parti , que le Parlement n'a-
voit pas voulu recevoir , ne s'étonne-*
rent pas : ils fc logèrent à un Faux-;
bourg de la Ville , & y reçurent plii-^
tkurs vifites de ceux qui leur étoient
affec^
CMC- 1
ucaux.
k l*Hlftolre d'Anne d'Autriche, 46 5
afFedlonnez , & qui négocioienc pour i6^0,
eux. Laine , Serviteur du Priiice de
Condé , écoit entré avec Madame
la PrincelTe : il travailla fortement
pour clic , & fçût perfuader ks plus
entêtez du bien public ^ qu'il étoit
juftc d'iffiilcr Monfieur le 'rince.
Comme il écoit éloquent Se hardi , il
trouva le moien d'augmenter le nom-
bre des infidèles Sujets du Roi , en
affoiblifTant la Raifon des plus Sages.
Ces favorables difpofîtîons firent ré-
foudre les Ducs de Bouillon , ÔC de
la Rochefoucault , à fe hazarder à la
honte d'un refus. Us demandèrent ,
qu'on leur permît au moins de pou-
voir vifiter uns fois Madame la
PancelTe , fous prétexte qu'ils avo-
ient à l'entretenir de fes Affaires : ôc
après en avoir obtenu la permifïîon ,
ils y furent un foir fort tard ; ôc
comme ils y virent que le Peuple
fouffroit leur préfence patiemment ,
ils y demeurèrent. Chacun d'eux
préfenta une Requête au Parlement :
ils implorèrent fa protection pour fix
femaines , promettant pendant ce
tcms-là de fe juftifier auprès du Roi,
Ils avoient amraenez. quelques
V 4 Trou-
4^4 Mémoires pour fervir
1(^50. Troupes , qui demeurèrent aux en-
virons de Boudeaux , affez incom-
modées. Us n'oférent d'abord par-
ler de Guerre : c'étoîc une propod-
tion trop délicate , & il falloit lailTei"
engager les Boardelois dans leur Par-
ti 3 par les grandes chofes qui nécef- ;
faîrement dévoient arriver. Ils jugè-
rent feulement , qu'il falloit s'y pré-
parer 5 & ils s'y appliquèrent comme
d'habiles gens le dévoient faire , de
qui étoient réfolus de fe bien deffen-
dre. il leur falloit de l'argent , car
les particuliers ne peuvent pas d'eux
mêmes faire (ubliftcr un Parti contre^
leur Roi. Le Duc de Bouillon en-
vola en Efpagne im Gentilhomme à
lui , nommé de Bas , qui avoir de
rcfpric, afin d'obliger le Roi Catho-
lique de paier leurs Troupes , Se fe
fervir de leur Rébellion pour dimi-
nuer les forces du Roi à leur avan-
tage commun. Le Roi d'Efpagne
reçût de Bis avec joie : il goûta cet-
te propofition. Le Miniftre d'Efpa-
gnc le traita bien , & de Marolles
aufîî , Gentilhomme attaché à Mr.
le Prince , qui fit ce Voiagc dans le
même deflein. On leur promît tout
ce qu'ils demandoienc , de l'argent , i6jO,
des vaiffeaux , &c des Troupes. L'eC
poîr de ce fecoars confirma les Bour-
delois dans le delTein de protéger les
Piînces 3 &c les fit rcibudre de Ce
vangcr du Duc. d'Epernon * , en C^) Les
f-iiiant la Guerre contre le Roi. Ils ^'Ou»^de-
fe déclarcrenc en fuite , de reçurent le ?^?
Duc d'Anguien pour Généralifîime , moienc
ëi les Ducs de Bouillon ôc de la Ro- pas leur
clicfoucault pour Généraux j ôc pour ^o^ver.
Lieutenans Généraux , les Marquis f^^^*
de Saubeuf de de Lufignan. d'Epcr-
Ce grand Parti commençant à nom ils-
prendre des forces , les Généraux ju- ^'^^
gèrent à propi^s de renvoier en Efpa- ^o'*'^*
gne une féconde Ambaflade plus depuis
confidéral^le que la première 3. afin de long-
hâter le fccours qu'ils en efpéroienCi cems»
Le Mojrquîs de Silleri y fut ^ qui
traita avec eux avec tant de fuccès ,
qu'il fit envoîer à Bourdeatix Dom
Jorcph Oforio , de la part du Roi
d'Efpagne , viliter Madame la Prin«
celfe , de le jeune Duc d'Anguien. Il
apporta toutes les confolations nccef-
fàires pour guérir leur inquiétude»
lie Roi d'Efpagne trouva ^ qu'il lui
«toit avantageux d'cmbaralTer le Roi'
V ^ dans. '
4<3 G Mémoire.^ pour fer vlr
/;jo. ûansia Guienne ,& ailleurs , favori-
fant à Stenai Madame de Longuevil-
le , & à Bourdeaux Madame la Priii-
ctÇic ôc le Duc d'Angaien. Le Duc
de la Rochefoucault , fortement oc-
cupé des intérêts de Madame de
Longueville y envola Gourvilie l'a-
verti^- de leurs favorables fucccs ; ôc
bien înftruîte par lui de leurs dedeins .,
elle n'oublia rien pour faire voir à
k Reine , ôc à toute TEurope , que
fi fon cœur , faîvant le tempérament
de fon ame un peu trop paflîonnée ,
avoir donné quelques marques de foi-
MelTe, ce même cœur avoît toute la
force 8c toute ^élévation qu'un illuU
tre Sang étoît capable de lui înfpirer.
Si la fourcc de fes adîons n étoîc pas
tourna fait nette , on ne peut pas
nier , qu'il n*y eut toujours de la
£;randeur ; ^^ sll y a eu quelque
chofe de criminel , on peut dire que
ce n^ctoient que des crimes de Leze
\Hr(ié , qui ctoîent honorables en
ces tems-îà. Le Duc de la Roche-
foucauk , qu^elle voîoit Pépée a k
main pour la caufe de fon Mari & de
^ès Frères , lui donnoit lieu d'attri-
buer les confidcracioi-is qu'elle avoîe
poat
à l'Hîfioîre d* Anne d'Autriche, ^Gy
pour lui , à l'utilité qu'ils en tiroient ^ i t?;a*.
ik de faire valoir Tes fervices , pour
-réparation de tous les maux qu'ils
foufïl'oient y pour avoir fuivi Çqs
Confeils. Pendant que fon ambition
Te rcpalfoit des applaudiflemens des
Peuples , qui entroient dans fon Par-,
ti y bi fe contentoit des loiianges que
les Etrangers donnoient à fa beauté,
à fon efprit , à fon courage , & à
toutes les antres belles qualitez , qui
lui avoient attiré jufques alors l'ad-
mirarion de toute la France , Gour-
ville fut pris dans fon voiage par les
Troupes du Roi ; mais , comme fous
une apparence limple & grofîîere il
cachoit beaucoup d'efprit & d'habile-
té , & de la fineffe , il fçuc fi bien fe
déguiler que Madame de Longuevil-
le , avec la rançon ordinaire , l'en-
voia dégager avant que la Cour fçût
qu'il fût prifonnier. Il étoit né pour
les grandes chofes , avide d'Emplois ,
touché du plailir de plaire , & de
bien faire. Il avoit beaucoup de
cœur , &: de génie pour l'întrigue :
il fçavoit marcher facilement par les
chemins raboteux , & tortus , com-
me par les plus droits. Il pcrfuadoic
V 6 prêt
. 1
4^S Mémoires pour fervîr
prefqiie toujours ce qu'il vouloît
qu'on crût , & trouvoic à peu près
les moiens de parvenir à coût ce qu'il
entreprenoir. Il étoic alors confî-
(lent &c domeftique du Duc de la,
RocheFoucaulc , qui paroiiToit fenfî-.>
blenient atcaché à Madame de Loii-
gueviile , quoi que ceux qui prcteu-
doient en juger plus finement y ôc le
mieux fçavoir , fullenc perfuadcz qu'il
ne conûderoit que la Grandeur de
celle qu'il paroilloît aimer 5 & qu'ili.
a voie plus d'ambition que de tens--
dreiFe.
Pendant que pluficurs chofts fe
pallent dans les Provinces Ôc ailleurs,
le Sur- Intendant d'Hemeri meurt, à..
Paris 5 fans avoir reçu aucun avanta-
ge de fon retour , que celui qu'il an>-
roit pli acquérir par la connoiflance
de la fragilité des félicitez de ce
îiionde ; mais, comme il n'avoit pas
deiiré le Ciel , il quitta la Terre a-
v,cc regrec , ôc félon les apparences,
a^vec peu de préparation pour l'étar-
blifTement de fon bonheur éterncL
Avanc qu'il mourut 5 le Marquis d&
Senneterrc lui perfuada de confeiller
ui Minière d'établir à ùl place le-
2i^
àrHijlotre d'Anne d'Autriche, 4^9-
Prcfîdent de MaiTons ^ le faifant Ton i^,j^
Saccclîeur dans la Sur- Intendance..
Le Cardinal Pallaiic voir y il lui en
parla 5 îk lui die qu'il voioit , qu'il
n'y avoir point d'homme en France
plus capable que celui-là , pour bien,-
fcrvir le Roi j &c ces paroles firent;
beaucoup d'imprelîîon fur l'efpric du
Miniftrc. Ce qui parut procéder d'une
reconnoilfance defintéreiTee de la Ve'-
Ttké 5 ne.procédoit que du de(ir que
S.enneterre eut d'avoir un Sur~Inten>
dant qui lui eut de l'obligacion , <Sc
pour obliger une perfonne qui Tavois
prié de fervir ce Préfidenc.
Le lendemain de la mort die c^t
homme , le Préfident dt Maifons^
fur nommé Sur Inrendanc des Finan^
ces. Il parvînt ciiFm à cette Char-
ge , par les bons offices de fes Amis^j.
& par la crainte que le Miniftre con*
fervoit dans fon ame des intrigues de-
Longue ili , Frère du Préfidenc , &
Confeillcr au Parlement. La. Mar-
quife de Sablé étoit mon amie : ella-
m'avoic engagée dans les Intérêts de:
ce nouveau Sur-Intendanr. Je puis di-
se que j'eus quelque part au choîxi
^iii fe. fit de là. perfonne 5 mais. je.
47 O Mémoires -pour fer vlr
j(5jo. n'en eus aucune aux avantages qu*il
en reçût , n'aîant fait que me prêter 'ï
vingt mille francs en Rente , que je
lui ai depuis rembourfez. Il . y de-
meura peu . & il eO; vrai que ce rems
là aiant été fâcheux à pa(îèr , tout ce
qu'il put, profiter dans la Charge ^ il
le garda pour lui ,* ce qui fie dire
qu'il s'en étoit bien acquitté. Il en
acheta fecrettemcnt auiîi quelques
Amis 5 dont il crût alors avoir be-
foin. Les différentes Caballes de la
Cour 5 qui alors étoit remplie de
beaucoup de Factions, lui firent peur ,
& lui firent oublier ceux qui l\a-
voient fervi , & dont il étoit aifûré,
Aufîi-tôt que ce Préfident fut le
Maître des Finances , le Comte d'A-
vaux 5 qui juiques là avoir paru
occuper cette Place , la quitta , Parce
qu'il ne voulut pas être fon fécond.
Les Suinfcs fe révoltèrent bien-tôt
après 5 faute de paiement , & comme
les Coffres du Roi étoient vuides , il
falut , de peur qu'*ils ne s'en retour-
nalfent en leurs Cantons , que la Rei-
ne mît le reftedc fes Pierreries en ga-
ge pour les fatisfaire.
Le Duc de Saint-Simon , Gon-
ver-»
à l' Fil (loir e d'Ame d* Autriche, 47 1
verncLir de Blaye , fut alors convié i6jQ^
par Madame de Longueville de fe
lier à leur Parti. Comme cette Pla-
ce 5 où il commandoic , étoic de
grande conféquence , & qu'elle eft
proche de Boiu'deaux , le Parti qu'il
pouvoir prendre devoir être d'une
grande confidération , ou pour le
Service du Roi , ou pour fortifier fes
Ennemis. Il balança quelque tems
entre Pattachement qu'il avoir pour
le prince de Condé y joint à la haine
qu'il avoir contre le Cardinal Mazâ-
rîn ; Se ce qu'il devoir au Roi dont
le Perc ^ l'avoir fait Duc , avec de '^ Le
grands établilfemens qu'il lui avoir feu Ro*
donnez Son efprit eut de la peine Louis
à fe dérerminer à faire du mal au
Prince de Condé ; mais k devoir
l'emportant fur le rcfte , il de-
meura ferme dans le Service du Roi »
& fir ce qu'Hun homme d'honneur f©
doîr à foi-même. Il m'a dir depuis ^
qu'il refufa huit cens mille francs
que le Roi d'Efpagne lui fit offrir^
éc qu'il \qs refufa avec fatisfadion ^
voianr qu'il faifoir ce qu'il éroir
obligé de faire. Dans ce même rems^,
les Eanemis parurent fur la Frontic?
472 M'€7f}olres pour pfYvtT
l^ço. ^^ ' ^^'^"^ ^^'"'^ puiQante Armée , c^i\e
> eommandoit l'Archiduc , auquel le
Vicomte de Turenne s'etoit joirrr.
La Reine ^ voulant aller defFendi-je
les Provinces & les Frontières , àos
inliilres de ceux qui les vouloient
attaquer , partit pour Compiegne le-
deuxième Juin , avec inrencion de
s'oppofèr à cette grande Armée ,, qui
venolc braver la lienne alors fort pe-
tite. Elle pouvoir craindre de voir
prefqne de les yeux les vi£loîres de
k's Ennemis j mais , fi elle manquoic
de Soldats 3. elle ne manquoit pas de
courage. Pendant que nos Troupes
s'ailf mbloicnt , TArmée de PArchiduc
aflii-^gea le Carelet. Le Cardinal alla;
lui même à l'Armée ^ Si la mit bien
îiôt en état à^ Çq pouvoir faire craiui-
dre. A Paris , où les defirs étoient:
fans règle ,. où les Ennemis du Mî^
Jiidre avoient de mauvaifes inten^
tions 5 (k. où tons les elprits étoienc
gâtez 3 on fe î;éjouiiroir du mauvais
état des Affaires. Oa crioit gaiemenr
eoncre le Cardinal , & cette joie s'au^»;-
ïnenta , par la Nouvelle qxii arriva
alors des chofes que j'ai déjà dites ,:
^i. s'écoieu: pailees à Bourdeaux ,,
A l'fJifloîre ^Anne d'Autriche, 47 5
eu faveur de Madame la Princefle. i (jJO,
Ceux même , comme bons François ,
qui voioient avec regret profpérer le
parti oppofé à celui du Roi n'en é-
toienc pas toujours Fâchez , parccque
chacun par le de Tordre général efpé-
roit trouver des momens heureux ,
par où il pourroît rencontrer fon
bonheur particulier , de même que
beaucoup d'autres Tavoîent déjà
trouvé. Ils eurent tout fujet d'être
contcns. Le Carelct , n'étant pas
bien fortifié , fut pris par les Enne-
mis. Vandi , qui commandoit dans
cette Place , s'y deffendit vaillam-
ment , & il y tua deux hommes de
fa main , qui lui vinrent propofcr de
fe rendre. Cette action y par les Ma-
ximes terribles de la Guerre y reçût
de grandes loiianges des hommes : je
ne fçai Ç\ elle fut approuvée des An-
ges ; mais enfin 5 malgré fa réiiftan-
ce 5 il fut pris par ceux de fa Garni-
fon : ils le lièrent , & enfuîte de cette
révolte ils firent leur compoficioh &
le donnèrent aux ennemis.
L'Archiduc , qui vouloir profiter
de nos defordres , au(îi-t6t après af-
fiégea Guife. Le Comte de Fuen,-
4^4 Aie moire s pour ftrvlr
j^ faldagne 5 avec vingt mille hommes ,
par les ordres de ce Prince , vint
fe camper aux environs de cette Pla-
ce. Le Vicomte de Turenne étoit
avec lui , & toutes fes Troupes, Bri-
dieu étoit Gouverneur de Guife , qui
réfolut de fe defFendre de la manière
qu'il étoit attaqué. Il y avoît dans
la Place le Régiment de Guife , celui
de Pei'fan , trois cens SuiiTes , & quel-
ques Polonnois ; mais , il y avoît peu
de munitions de Guerre. Le Cardi-
nal 3 fâchant qu'elle n'étoit pas ea
bon état , fit favoir à ceux qui é-
toient dedans , qu'il vouloît les fe-
courir , &: par ccite efpcrance , leur
augmenta le dcfir d'y acquérir de la
gloire 5 par une génereufe réfiftance.
Le Maréchal Du Pleffis , Gouverneur
de Mon lieu r Frère du Roi , corn-
iTiandoit nôtre Armée ; mais le de-
fordrc de nos Affaires étoit caufe
qu'elle manquoit d'argent , & par
conféquent elle n'étoit pas en état
de rien faire.
Le Miniftre fit plufieurs volages
fur la Frontière , &: fâchant que
Eourdeaux , par les chofcs qui s'y
padbienc , demandoic la picfcnce du
Roi,
à l'Hljîotre à* Anne ^Autriche, ^yf
Roi , il s'appliqua au (ccours de Gui- i6 ^o*
Ce. Il porta de Targenr , des habits,
& des ibuliers , pour les Soldats ; &
n'oublia rien pour fe deffcndre de Tes
Ennemis particuliers , en s'oppofant
à ceux de TEtar. Il fçavoic que fi les
Affaires du Roi alloient mal y les
/îenncs empireroienc entièrement , ôc
que Coït le Parti d(^s Princes , ou celui
des Frondeurs , tous deux profite-
roienr, à fon dommage, des coups que
la France recevroic de PEfpagne,
Il réufiic dans fon defiein. Les En-
nemis , après avoir donné Palfaut, dc
s'être rendus les Maîtres de la Vil-
le , furent contraints de lever le fie-
ge. Ils ne pouvoienc y recevoir des
vivres , parce que la Garnifon de la
Chapelle les empêchoit de palfer, ôc
que Brîdieu & fes gens fe deffendî-
renc vaillamment dans le Château.
Les Ennemis crûrent que TArméc
du Roi^ qui faifoit bonne mine , les
incommoderyit > dc furent affez faces
pour la vouloir éviter. Elle écoit en-
viron de quatorze mille hommes.
Le Général étoit un homme de
grande réputation. Il avoir pour
Lieucenaus Généraux le Marquis
dl-Ia
47^ Mémoires pour fervlr
t6jo. cl'Hoquïncourc 5 la Feité-Sennererre,!
& Viîleqiîier. Il y eue quelques pe- :
tics diffciens encre eux ôc le Maré-
chal du Piciîîs 5 qui les commandoir j
mais le Miniflre y mîc la paix : ôc
dans peu nous verrons ce Gene'ral
fliire des Adtious dignes de la Gloire
qu'il avoir acquife en beaucoup d'au-
tres occafîons.
Les Frondeurs cependant 3 qui vo-
îoîent que les Affaires de Mr. le
Prince alloîenc bien , & qui craigne- •
ient que le Minière , pour fe fauver
de leur mauvaife volonté , ôc des
maux que la Fadion des prifonnîers
lui pouvoient faire , fe réfoudroic
peut-être à leur redonner la Liberté ,
eurent peur qu'un fâcheux recour
_du malheur ne les remît dans le mê-
me état y dont ils écoient fortis. Cet-
te peur les convia de travailler puiC-
famnient à changer les fentiniens du
Duc d'Orléans à l'égard du Cardi-
nal , en lui difant continuellement ,
qu'aiant eu parc à la Prifon du Prin-
ce de Condé , il ne falloir pas qu'it
devint heureux malgré lui ; qu'il n'é-
toit pas jufte de laiffir Minifcre le
Maîcre de fa Liberté , 6c lui con-
feil-
k l*Hifloire êi Anne à* Autriche, 477
feîllérent de demander à la Reine, 1^50,
i^u'elle mît les Princes dans la Bastil-
le 5 au lieu qu'ils écoient dans le Bois
de Vincennes , parce que dans ce
lieu 5 donc le Fiîs de Brouflel étoic
Gouverneur , ils ne feroîenc plus fous
rAucoriré du Roi , & qu'ainfi le
Minîftie ne feroit plus en pouvoir
d'en difpofer à Ton avantage , &:
fans fa participation. Ces propofi-
tions eurent le pouvoir de le peiTua-
der , & de lui faire naître dans l''amc
le defir de iuivre leurs avis \ qui lui
parurent tout- à-fait félon fes intérêts.
Il gronda , il fut inquiet & de mau-
vaife humeur ; mais , la Reine faifoic
ce qu'elle pouvoir , pour calmer ces
orages. Ce Prince fur à Compiegne
la voir , ^ comme elle avoit eu de
tout temps de Pafcendant fur fon ef-
prit , elle emploia toute la force de
fes raifons, & {ç.s agréables manières,
à lui prouver , qu'il ne devoir point
fe laiifer aller aux pernicieux confeils
de ceux , qui vouloient les brouiller.
Elle l'afsiira tout de nouveau , qu'on
ne mctrroit jamais les Princes en li-
berté fans fon confcntement ; ^ ,
lui païknc du dcffeiii qu'elle avoit
d'aller
47^ ^ MewêJres pour/ervîr
i6jo. d'aller en Guienne , pour extermîiiei*
le parti des Princes ; elle lui die ,
que demeurant le Maître dans Paris,
Ôc dans toute cette Partie de la Fran-
ce audeçà de la Loire , il n'auroic
pas de fujet de craindre , qu'on put
penfer à rien innover fur une chofe
fi importante , fans qu'elle lui en fie
part. Elle fçût enfin Ci bien ména-
ger fon efprit , qu'elle amortît pour
quelque temps les facheufes agitations
de fon ame, de le fit refoudre à ne plus
parler de ce changement.
La Reine ne laiifa pas de juger,
qu'il y avoit lieu de craindre , que
l'efprît du Prince qui commençoit à
fe dévoier du bon chemin y ne fe
gâtât davantage. Cette inquiétude l'o-
bligea de mander au Cardinal , qui
etoit fur la Frontière de fe rendre
promptement auprès d'elle , lui faî-
fant fçavoir le dellein qu'elle avoit de
revenir à Paris , remédier à ces
broliilleries. Elle commanda même
à celui qu'elle lui envoia , de l'é-
veiller à quelque heure qu'il arrivât,
ôc de le faire partir aufîî-tôt pour la
venir trouver. Le Mîniftre aîant fuî-
vi les ordres de la Reine , revint
aulîî^
I
à l'ffifloîre â*Ame d'Autriche, 479
au (ïi- tôt 5 & toute la Cour arriva à k^^o.
I Paris le vingt-neuvicme Juin. Sa pré-
fence diffipa pour quelques jours les
Fadions des Frondeurs ; & le Duc
d'Orléans , dont l'efpric étoit facile
à fe tourner vers la douceur , cm-
bralfa cordialement le Cardinal Ma-
zaïin 5 & parut fort content de lui :
mais ce calme relîembloit à cc4ui de
la Mer , qui change félon les vents ,
6c d'un inftant à un autre.
Les Frondeurs virent avec regret
que les Ennemis venoient de lever le
Siège de Guifc. Ils avoient vus la
Normandie , & la Champagne , s'hu-
milier à la vue du Roi , & quoi
qu'ils eufTent de la haine pour la
profperité des Princes , ils ne vou-
îoient point que Bourdeaux fût châ-
tié : ils dclnoîent à leur ordinaire ,
préférablemenr 9 routes chofes , l'af-
foibh'lfement de la Roiauté , que les
Affaires du Roi allaOent mal , & que
le Miniftrc fût toujours embara(fé.
Ils n'approuvoîenr pas le deffein que
la Reine avoir fait d'aller en Guîen-
nc 5 Se foutenoient toujours dans le
Parlement ceux que le Parlement de
Bourdeaux leur cnvoioic pour fe
plain-
4S0 Mémoire t ^Qur fervir
î^/o. plaindre du Duc d'Epernon. Le
Miiiiftrc , voiant la maligne variété
de leurs penfées , offrit au Duc d'Or-
léans d'aller en Guienne , vaincre les
Rebelles , avec les forces nécelfaires
à ce deffein. Le Duc d'Orléans ne
voulut point entendre à cette propo-
fîtion \ car , outre qu'il aimoit à de-
meurer à Paris , les Frondeurs ks
Amis 5 qui s'y plaifoient encore da-
vantage y travailloîent inccfTammenc
à lui donner leurs propres (êncîmens.
Il rcfuiâ d'aller en Guienne , & ré-
fblut néanmoins , comme il parut de-
puis , de ne pas laiiler accabler les
Bourdeloîs.
La Reine , confeillée par elle-mê-
me Se par Ton Miniftre , jugea qu'il
falloît mener le Roi à Bourdeaux ,
& qu'il étoit néceifaire félon l'érac
des chofes , d'affoiblîr un Parti , afin
de pouvoir perdre l'autre. Cette ré-
fokuion prife , la Cour , peu de jours
après Ton retour , partit pour ce
d voiane. Ce ne fut pas fans
Tan
pas
inquiétude , que la Reine exécuta ce
delfein , vu la mauvaife volonté des
Frondeurs , avec une Armée Enne*
mie fur la Frontière , puilfantc > &
com-
ci VHlplre cî'Jnfîe ^'AttfYhhe, 4 J? r
•'Con>ivaî.dt'c par des Gens , qui ddl i^ça
roicnc lui hiirc beaucoup déniai. '
Le ^liniitre avoir de la confiance
en la valeur &: la conduite du Maré-
chal du Pieffis ;^mais il fçavoir qu^f!
lie lui laillbic gueres d'argent , qu'il
avoir beaucoup dTnnemis fur les
•bras , & qu^il avoit iujec de craindre
de tcus cotez de facheufes avantures»
Il fallut aller néanmoins à ce qui
•prelTcit le plus, ôc lailler le refte à
la conduite de Dieu.
Dans le téms que la Conr fut à
Paris , le Prince de Condé , fâchant
ks degours du Miniftre à Pégari des
Frondeurs -, lui manda par' de Bar,
celui qui le gardoit , que s'il vouloit
le ir.ctrre en lîberce il deviendroit
ion Ami plus fortement que jamais;
qu'il trouveroit toujours plys de fu-
mé en lui, que dans ceux dont if
avoir voulu fc fervir ; qu'il étoît ca-
pable d'oublier fa Trifon^ Ôc qu'il le
fliuroit maintenir avec plus de vigcur
•& de fermeté , qu'il n'en trouveroit
en ceux qu'il avoir choifî pour fes
'Amis. Mais le Cardinal , fe rcfTou^
'venant^de la hauteur de Mr. le Prin-
'cc , n'ôfa fe confier en ces belles pt-
^'^ome IJL X rôles.
4S2. Mémoires four fervîr
, ^ rôles, a^ jugea plus à propos de re-
^^ tenir cet Ennemi en prifon , que d^eii
aiiomQnter le nombre par lui , qui
en^'valoic plus de mille. Comme il
Vâvoit abatu , lui qui étoit le plus
puîflànt de tous , il efpéroit , qu'en-
fin il pourroît vaina'e les autres par
fa pacience , ôc par Ton habileté.
Avant que de partir , il reçut encore
le déplaifir de fc voir contraint mal-
are lui de mettre un Prévôt des Mar-
chands de la main des Frondeurs , un
nommé le Fevre ; ce qui , dans Pétat
des choies , n'étoit pas une aftaire de
petite conféquence. Il étoit aifé de
voir , que par cette conduite , ils
vouloient demeurer les Maîtres dans
Paris , non feulement par la Puiflance
du Duc d'OrIcans , mais encore par
la leur p- opre. Il fembloit auiïi , que
le Du' cle Beaufort , après avoir at-
trap- la Survivance de PAmirauté,
voLiloit tout de nouveau , & malî-
cieufemei-it - fc remettre aux bonnes
grâces du Pcople . en publiant , com-
îue il atudtoir de le faire , qu'il étoic
niai atisfait du Miniftre.
Toutes ces Perfidies Frondeufes,
n^empêchérent point la Reine de
k rfl'iflolre ^Ame (f Autriche. 485
çartir pour aller en Guicnne. Elle i^.-q
courue où la necelTicé rappelloîc ; 6l
r.'aînnt tardé à Paris que quatre ou
cirq jours , elle en partie le quatric-
inc ae Juillet , pour aller par Funtaî-
nebiàu, où elle fe repofa quelques
jours. On laifTa donc à Paris le Duc
d'Odeans , ie Garde des Sceaux de
Chareauneuf 5 & toute la Fronde ; &
des perfonnes fidèles à la Cour , le
feu! \ç Teiiicr , Secrétaire d'Erat , y '■
dciueura , pour s'appliquer tout en-
tier au Service du Roi , d<. aux inté-
rêts; particuliers du M.n^iftre , dont il
s'acquitta fidèlement , & ^vqc cette
habile Ôc finguliere prudence qui lui
étoit naturelle.
Les Ducs de Bouillon & de la
Hochefoucault , connoiiîant que le
deffein , que la Reine avoit fait d'al-
ler en Guienne , leur donneroît beau-
coup de peine , engagèrent de plus
en plus le ParLment de Bourdeaux
dans leur Révolte , & par conléquent
dans les intérêts des Princes. Pour
embrouiller davantige les Affa'rcs ,
ils firent réfoudre cette Compagnie
d'envoier une célèbre Députation au
Parlement de Paris , elle arriva aufii- -
X 2 mr
4^4 Mémoires four fervtr
léjO, tôt après que la Reine en fut par-
tie.
Ces Depiucz fe prcTenterent au
Parlement le fixieme de Juillet. Ils
furent reçus les Chambres anbmblécs,
& traitez favorablement. Celui , qui
portoit la parole , nt un long Dii-
cours : il demanda la protedtion de
cette Compagnie fur les infractions
que le Duc d'Epernon avoir faites
de la Paix , qu'ils avoient obtenue
du Roi par leur recommandation:
il exagéra infinimicnt les violences de
ce Duc : il juftifia fa Compagnie,
fur ce qu'elle avoit fait en faveur de
Madame la Princeire , & protefta de
leur fidélité au Roi : il conjura le
Parlement , de ne les pas abandonner,
,& lui fit connoitre de quelle conlé-
quence ctoit pour leur Compagnie,
pour eux , & pour tous les Françoif.,
PObrervation à^s Privilèges de la
Déclaration du Roi , du vingtième
i-Odobre , donnée à Saint Germain.,
,cn faveur àçs Prifonniers d'Etat : &c
ipour CQt effet il fuplia ttès humble-
.ment le Parlement , de fe vouloir
i|oinGre ,avec eux , pour enfemble de^
î$Hai\42/ .au .Kvoi & à la Reine la Li-
J^erti
al' Hlfîo Ire d* Anne à' Autriche, 4 8 y
terré des Princes , que tous les gens i^cq.
de bien dévoient fouhaiter. Le Duc
d'Orléans , qui éroit préfent , & qui
ne vouloir pas Liiiîer aller cetre Affaire
/î avant , dit tout haut , qu'il ne fal-
loir point écouter ni répondre à ces
Députez 5 puifqu'ils venoient d'ua
Parlement rebelle , qui publiquement
avoit traité avec l^'Elpagne.
Le Député répondit hardiement i •
ce Prince , qu'il n'étoit pas vrai que
le Parlement de Bourdeaux eut traite
avec les Ennemis , qu'il étoic fidèle an
Roi 5 exenit de ce Reproche , & nul-
lement capable de manquer à la fidé-^
lire qu''il lui devoit \ que quand mê-
me cela feroit , ils n'auroient fuivl
que l'exemple des plus qualifiés de
France , qui dans leurs befoins en
a voient fait autant : voulant peut-être
parler du même Duc d'Orléans , &
de quelque Particuliers de ce même
Parlement à qui fa Harangue s'a-
drelToit. L'Avocat général , parlant
de la Prifon du Prince de Condé,
conclut que cette Affaire étoit le fe-
cret de l'Etat , & qu'il n'appartenoit
point aux Sujets de diipofer ni ordon-
aier de ce* chofes.
X 3 On
j^Z6 2\4emoîres pour fe^vlr
éfo. On délibéra là-deffus. Plufieurs
du Parlement paroilloient affedion-
îiez aiix Princes , Se leur chaleur étoît
vifiblcment augmentée en leur faveur.
Quelqu'un exagéra fort éloquemment,
qu'il étoit honteux à la Compagnie
d'avoir befoiu des Remontrances du
Parlefîient de Bourdeaux , pour penfer
à la Liberté d'un Pr'nce , que Pari*?,,
plus que ntalle autre ViHe , devoit ho-
norer. Il dit qu'ils avoient tous ref-
lentis les efFccs de fa valeur , aîant af-
fûré leur repos ^ ôc leurs vies , par fcs
Veilles Se par les belles Adlions qu'il
avoir faites. Un autre dit , qu'il en
falloir venir à la fource de rous ces
maux , & qu'il falloir chaflfer le Car-
dinal , Se s'en tenir à l'Arrêt pronon-
cé contre lui dans leur Compagnie
Sur cet Avis , plufieurs crièrent , que
cela étoît bien dit. Ce bruit fut ap-
paîfé par l'heure qui fonna , Se qui fit
finir l'AlFemblée ; Sc le réfultât fat
remis au lendemain.
Le feptieme , on acheva la Délibé-
ration commencée. Soixante Se dix
allèrent à faire des Remontrances à
la Reine , pour la Liberté des Prjnces^
€: quelques autres à faire fortir feule-
ment
^l'Hlftolred' Anne d'Autriche, 487
ment le Prince de Conti , à caufe de i^jo,
la foibleire de fa fantc. Le Premier
Préii-ient , malgré PAffedlon qu'il
avoir pour ce Parti , fat d'avis qu'il
ctoit boii de demander la Liberté de
tous ; mais , qu'il falloit attendre que
les chofvjs fulfenr en état , que pac
leur fortie la Paix demeurât ferme-
ment établie en France j & dit , qu'il
n'y avoit pas d apparence , de dcman-»
der cette grâce à la Reine , lorfqu'unc
Guerre Civile allumie pour eux étoic
prête de mettre la France à feu & à
fang. Cet Avis fut fuivi de pla-
ficurs j m lis eufin , celui de Broulfei
prévalue hir les autres qui far de dépu-
ter vers la Reine , pjur lui faire de
très humbles Remontrances fur les
plaintes 6c la Requête du Parle-
ment de Bourdeaux , fans expli-
quer comment , & particularifer le
point principal des Princes^laKrant par
cette voie une certaine liberté aux
Députez de traiter doucement avec la
Cour j ^ de s'accomoder aux volon-»
tes dur Miniftre ,* ce qa'il fit exprès
pour favorifer les Frondeurs , qui,
fir le Chapitre de la Prifon des Prin-
ces 3 croient de même fcntîment que
X 4 ' le
4^8 Mémoires pour.fervîr
le Cardinal. Les partifans de BroiifTéî'^.
ajoutèrent à fon Avis , de faire choi-
fir ceux de la Compagnie , c^ui dé-
voient être les plus agréables à la.
Reine On nomma le Préfident de
Bailleul , pour Chef de la Dcputacion,
hcmme de bien , & fort obligé à cet-
te Princeiïe par les bien- faits qu'il en
avoît reçus ; & par conféqueni , il
ne pouvoit lui dire que. des chofcs
propcntionne'cs à fon devoir.
Le Duc d'Orléans , pour em^pêcher
que le Parlement ne s'engageât trop
fortement à- fa vorifer la fortie àos
Princes y fous prétexte de contenter k
Parlement , de Bourdcaux > promit en
pleine Alîcmblée de faire rappeler le
Duc d'Epernon , & affùra la Compa-
gnie , qu'il ne retourneroit plus dans
fon Gouvernement. Il donna cette
parole fans l'aveu de la Cour., 6c le
Miniftre en fut fâché , par ce qu'il fa-
vorifoit le Duc d'Epernon : non qu'il
approuvât fa hautaine & fupeibe ma-
nière d'agir , qui a toujours été blâ-
mée de ceux qui le connoifloicnt >
niais , parccqo'il dcftinoic une de fcs
Kieces, Madcmoilelle de Maitinozzi ,
au Duc de Caudale, Les deffauts du
Père
a /' Hifloire / Anne d'Autriche, 4, S 9
Pcre eroîenc excnfcz par les belles qua-^^i^i
lirez du Fils ; qui , ourre Ton mérite ,
avoir encore de Grands Etabliiîcmenrs,
qui plaifoient à celui qui en vouloîc
faire un Neveu.
Le Cardinal , fâchant ce que le Duc
d'Orléans avoir promis aux Bourdc-
lois , contre le Duc d'Epernon , fçut
auffi que ce Prince avoit dit tout hauc
parlant de lui , qu'il le chaireroic s'il
ne faifoît revenir ce Duc. Le Minif-
tre , oubliant faf^ement cette dure me-
nace , afin d'ocer au Duc d'Orléans le
prétexte de fe plaindre de lui , & â la "
Guienne celui de fe révolter contre le
Roi , manda au Duc d'Epernon de ve-
nir à la Cour : & comme il y réfif-
toit , il lui envoia Roquelaure ; lui
dire que c'étoit tout de bon , qu'il
defiroit qu'il fe rendit auprès du Roi ;
mais ,il lui fit favoir le volontez avec
tous les adoucîiTemens néceffaîres à
guérir ce Cœur fi hantain , & ils n'ea ■
furent pas plus mal enfcmblc.
Pendant que toutes ces cho^^^ ^^
paCToient , le Roi co>ntinuoît fon vola-
ge 5 & approchoir de Bourdeau^ ^^
plus qu'il lui étoit pofîîble. Les ^^"
ges de cette Ville voulurent confei^^^^
X 5 les
45^0 Aie moires pour fervir
i<<;o. \qs autres d'obéir au Roi. il y en:
eut qui parlèrent fortement dans leSc
Alfemblées publiques contre Li Ré-
bellion , & félon ce qu'ils dévoient au^
Roi. Beaucoup de ceux de ce Parle-
ment > qui vouloit é virer les maux de
la Guerre y firent leur pofîible pour
perfuâder leur Compagnie , de fe dé»
tacher àts intérêts du Prince de Con-
dé^ & de chader de leur Ville , tout au
moins , les Ducs de Bou lion & de la
Roche Foucault. Madame la PrincelTe ,,
Gonfeiliée par ces deux Généraux ^ les.
feules colomnes qui ioutenoient Ço\%
Partîj s'en alla au Parlement, & favori--
lée du Peuple ^ qui choiiit toujours ce
qui lui eft le plus contraire , fçût £
fortement renouvcller par la pitié les
fentimèns d'afFcdion qu'ils avoîenc
pour MonGeur le Prince , que ce mê-
me jour il fut refolu , que l'Union dca
Princes, , & du Parlement , fubfifte*
roîent ^ & qu'on fe prépareroît à fou-
tenir la Guerre ; déclarant néanmoins^
comme font àcs Révoltez ordinaire-
ment 5 qu'ils étoient bons Serviteurs
du Roi.» Ils ne députèrent point vers
Leurs Majeftez ,' mais , ils envoîérent
Mm nommé. Voiiîn à Paris , avec àçs
Lettres.
a l'Hlflolre à* Anne d'Autriche, 49 i
Lettres pour Gayonnet , leur Dépii- 1Ô50,
té ordinaire, pour avertir le Parlement
de leur Arrêté , & pour le prier de
leur donner fa protecfjtion. Ils afïuié-
rent Madame la Princede , le jeune
Duc d'An^iiien fon Fils , & leurs
Serviteurs ik Amis , qu'ils pouvoîenc
vivre en repos fous l'Autorité Roiale ,
t\. celle de leur Compagnie.
La Reine envoîa de Poitiers un d.e{^
fcin à Bourdeaux , avec des Lettres
du Roi pour le Parlement , & d'autres
du secrétaire d'Eeat à l'ordinaire ,
pour les avertir de la venue du Roi &
de la R iiie , afin qu'ils députaHenC
vers Leurs Majcftcz y félon la coutu-
me , & leur devoir.
On réf^lut dans ce Parlement de
ne point députer , mais de faire de
très humbles Remontrances par écrit:
ix pour faire connoîcre qu'ils ne voii-
loient point abbandoiiner les intérêts
de Madame la Prince (fe , ils dirent
qu'ils ouvrîroîent leurs portes au Roi
comme bons & fidèles Sujets de Sa
Majefté ; mais , qu'ils ne vouloient
point de Mazarin , qui étoit l'eur En-
nemi capital ; qu'il avoir toujours pro-
tégé IwS injuftices du Duc d'Epernon j
X 6 contre
49 i Mémoires pour Jervlr . '
.éj[0. conrre eî.ix 5 & que cela ccant ils n® -
pouvoi'ent pas avoir de confiance en ^
lui. Apres avoir faiç de. relies Décla--
ratîons , afin qu'ils pulTem dire, qu'ils »
îi'ccoîenr pas rebelles au Roi , ils trou-
vèrent à propos de renvoier de leur •
Ville cet Efpagnol nommé Dom Ofo- .
rîo 5 pour le cacher dumpins aux yeux .;
àc leur véritable Maître,
Le Miniftre ne s'étonna pas de cet- ..
te- hardielTè ; mais , connoilîant com- .
bien il écoit dilîicile d'entreprendre le ;
châtîment d'une Province ,; foutenut :_
par ie Roi d'Efpagne 3 & par tant d'ha-
biles gens 5 il voulut fcion fa coutume -
Hiettre. l'Affaire en Négociation. Il -;
£î écrire , par, un nommé la Vie , à i
Tun Confeilier de ce Parlement nom- .
mé M;rat , «3c lui ,fit donner un Ren- .
dez-vous pour conférer, enfcmble des ^
Propofitions qui fe pouvoîent faire au ■,
Parlement. Le Cardinal leur fit efpé- .
rer. , que moiennant leur obéïiTance ^
il ..redonnerait la liberté aux Princes^
On écouta , on répondit ; mais , com- .
me le , Parlement > & les Ducs de -•
Bouillon &.de la Rochefoucault , k ,r
t^ui on.en fit part , ne trouvèrent pas ,
de fureté dâjis ces douces paroles, do. _
a tHîfiolre d' j^nne d^Autrkhe. 4^ ^,
les n'eurent d'autre effet ^ que celui î^j®>
d'un amafément inutile. .
La Cour étant arrivée à Lîbourne ,
le Parlement alors , ne pouvant évi-
ter de rendre à Leurs Majeftez les
marques de leur rcfpcét , leur envoia
une Députation de pluficurs Confeît-
1ers , & d\m Préfident. Ce Préfident
dit de belles paroUes au Roi & à la
Reine , qui ne fignifîoient rien ; &
de même 5 la Reponfe fut douce , &
capable de les convier à quelque re-
pentir.
Le Comte d'Qgnon , Lieutenant
de Roi dans le Gouvernement de la
Rochelle , de l'Ile de Ré , d'Olleron ,
&de Broiiage , depuis la mort du Duc
de Brezé fon Maître , étoit demeuré
dans ce Pofle de fa propre Autorités
Le Roi lui envoîa commander de le
venir trouver : il s'excufa fur les in-
commoditez , &: n'alla point à la
Cour. Le Miniftre vit alors claire-
ment qu'il y avoît beaucoup à crain-
dce de ce coté la ; mais, comme il con- •_
nût que c'éroit . un mal fans remède \
îl fit fcmblant de le tenir pour cxcuféj .
îlijngea que le dcfir de la Duché ^ ou
é'iin Bâton .de Maréchal de France ^
ctoh .
4^4 Mémoires pmr fervir
jléjo. étolt la caufe de fa Defobeifrance 5 5^
qu'avec l'un de ces avantages il i
fcroit content. Il lie négocier avec
lui 3 de ce Rebelle fit efpéier au Mi-
niftre , qu'il ne fcroit pas Ci cruel à
lui même 5 que de refuicrjes grâces
qu'on lui cffroir.
Les Efpagnols voulant reparer leurs
pertes palfécs par l'érat préfent de nos-
Affaires, aflicgér-nr & prirent en Italie
Portolongone , ôc Piombino y qui nous
avoient coure b'MUcoup d'argent & de
peines. l's gagnèrent alors en tous
lieux. Ils aiîiégcrent la Chapelle ,,
qu'ils p'-iiciic fortaifément y parcequc
le Maréchal Du Pleffis , depuis le
départ de la onr ^ n'avoir reçu au-
cun (ecours ; & fon Armée , n^ifant
poi.it été paiée y ne pou volt Un fervir
qu2 pour i'ecoiirir les places les plus-
importantes. A'prè^ avoir vu malgré'
lui la perte de la Chapelle , qui avoir
été accompagnée de la préfence de
l'Archiduc 5 il fe recira vers Reims ,
afin de conserver la Champagne. Le/
Vicomte de Turenne , afîîllr des for-
ces du Roi d'Efpagne y alla, afficgcr
Rhetel , & en deux jours il fe rendit
le Maître de cette Place,
Guion-
a tHlfiolre a Anne d^Autnche, 4^f
Guionnet ;, Député de Bourdeaux , i^cç^;,
après avoÎL- reçu l^s ordres de fa
Compagnie , qui lui avoient été en-
voiez , comme je l'ai déjà dit 3 par
Voiiiu , demanda Audience au Par^N
lemenc. Le Duc d'Orléans la retar-
da quelques jours ; mais enfin , les
Chambres s'étant alfemblées , elle lui
fuc accordée le fixiéme d'Août. Le
Duc d'Orléans , pour arrêter le bruit
qui fe faifoit en fa faveur , propofa.
de lui même au Parlement, la Ré-
vocation certaine du Duc d'Eper-
non , qu'il avoît déjà promife 3 l'E*
labliffement d'un autre Gouverneur
à fa Place , fureté pour Madame lat
PrinceOTe 5c pour le Duc d'Anguien 5,
Amniftle générale pour rci.ix de
Bourdeaux , 6c Abolition pour tous^^
ceux du Parti des Princes qui la de-
manderoient , 6c rentreroîent dans leur
devoir ; & voulut que le Regiftre àas
Parlement en fut charfié.
Il y eût graiide conte ftatibn entre-
les Serviteurs du Duc d'Oilems , 6c
ceux des Princes , içavoir Ci on ac-
cepteroir les Propofitions du Duc
d'Orléans , qui , paroilloîent judes
aux gens de bien , qui plailoîent aux:
Froa^
4-9^ -Mémoires pour ftrvîr
Frondeurs , & qui d'ailleurs étoîent ï!;
dures à ceux du Parti des Princes.
Elles préfagoient la Paix de Bour-
deaux 5 & la durée tranquille de leur
Prifon. C'ëtoïc ce qui , de toutes
les manières leur devoir ênre le plus ■
contraire. Il fut enfin réfolu , qu'on
en délibéreroic 5 & les Gens du Roi
prirent leurs Conclufions , qui al-
loient à les recevoir. Ils y ajoutèrent
feulement de fuplier le Roi ^ d'em-
ploier les remèdes extraordinaires , ,
pour appaîfer Iss Troubles de l'Etat',
^^lui fembloienc devoir augmenter
tous les jours , & la Délibération fut
remife au huitième.
(^z jour là , plufieurs Avis furent
ouverts. Broulfel , le Coadjuteur ,,
ti beaucoup d'autres du Parti des
Frondeurs , furent d'Avis d'accepter
les Propofitions du Duc d'Orléans.
Des-Landes-Paien ouvrit l'Avis pour
la Liberté des Princes , .& y mêla
quelques paroles contre le Cardinal,
Le Prcfident Viole s^étendit fort au
long: j & conclut ouvertement qu'il
falloîf éloigner le Miniftre ; &: s'cx-
pliquant p'us particulièrement , il dit,
qu'il ne le croioit pas mal intention-
n4
a l'H'flohe à* A' ne à' AutY'che 497-
Î1C , pu)Tqi-c les grands liens q^i'il i^ q.^
avoit icçùs de la Fiaixc , î'obMgeoicnt
aifez a la lervîr de coures Tes forces j;
mais qu'il le fallait éloigner olî
comme ignorant , ou comme mal-
heureux. Cocle , homme de bieii
^' fans Fadion , en ouvrit . un autre ^
qui alloit à oire des Remontrances
an Roi pour nu^trre les Princes en
Libefé , lorsque le bon état de la
France le permcttroic 3 & que ceux
qui avoicnc pris les armes pour eux
les auroienr quitécs. Il ajouta que •
M^nfieur le Duc d'Orléans feroit .
fi'plié d'en ctre le Médiateur.; .
D'autres Confeillers en propoférenr
de fort ridicules ; mais, il n'eft pas
jufte , pour l'honneur de cette gran-
de Compagnie , de les faire fçavoiiv
Comme les Serviteurs des Princes
ctoient inftruits par l'exemple des
Frondeurs , ils firent crier ce jour là
au tour du Palais , Peïm de Maz^arln.
Ils avoient intention , en lui faifant
peur , de l'obliger à s'accommoder
avec eux . &: de leur ouvrir les pertes
de leur Pri-fon.
Lorfque le Duc d'Orléans voulut
fortir du Palais ;, il fut incommodé
de.
49^ 2lf€fm*res pour fer vlr
de la preîTe des Criears , ôc l'on cria
l ^S^' fortement auffi contre le Duc de
Bcaiiforc , Pappellant Mazarin ; ce
qui fit apperçcvoir à la Fronde , que
de la même manière qu'elle avoir
frondé le Minillre , les Princes le
fronderoienc à leur tour , Ik qu'il
falloir qu'ils fe puéparaifent à fe bien
défendre. Ces favonbles dirpoiltions
pour les Princes rendoienr les efprîts
de leurs Eiinem'^ plus fu^ceptibles de
fe lier à eux. EU .s furenr caufe que
les ioins de l.i PrincenTe Palatine
couimençoîenr à produire de grands
effets. Elle rraitoit avec tous , Se
particulièrement avec Madame de
Chevreufe : elle étoît celle , qui lalf^
foît le plus voir , qu'elle étoit aflTez
difpofée à écouter les propoiitîons
qu'on lui faifoit , 5c que Talliance du
Sang de Bourbon ne lui déplaifoir
pas ; mais , tous ces deifcins n'étoienc
pas encore dans leur perfediion. Le
Coadjureur y rédftoit plus opiniâtre
ment que les autres , éc le Duc d'Or-
léans en étoit encore entière mène
éloigné.
Le neuvième , le Prcfidcnt de
Thoré > Fils du feu Siu* - Intendatu
d^He-
a P Hlfloire d^Anne d'Autriche. 499'
d'Hemeri , à qui ctoic demeLiié \^ i(^eQ^
voix j recommença la Délibcration.
Comme il n'étoic pas tour-a Pair fage,
fon Avis fut à demi contre le Ca dî-
nai , & à demi pour les Princes. Il
y en eut beaucoup qui furent d'Avis
d'ajouter quelque chofe aux Proposi-
tions de Monfieur le Duc d'Or-
léans. En voici les principaux Arti-
cles. Qj_ie les Ducs de Bouillon &
de la Rochefoucault , & ceux mêmes
qui avoient été forcés de recourir à
des remèdes étrangers , funfcnt nome-
ment compris dans TAmniftie ; que
le Vicomte de Turenne pût revenir;.-
que l'on fie furfeoir le rafement de
V erteuîl , Mai fon du Duc de la Ro-
chefoucault ; que dans la révocation
du Duc d'Epernon , on expliqueroÎE
aufïî l'exclu fion du Duc de Candale.
fon Fils , & du Chevalier de la Va-
lette fon Frère bâtard ; que l'on fie
furfeoir tous actes d^hoftilîtez ; que
cependant le Parlement continueroic
d'être alfemblé , jufques à rentière
exécution de \\ Paix de Bourdeaux;
que le Duc d'Orléans promcttroîc
fureté qu'on ne rétabliroit point le
Château Trompette y ôc qu'on ex-
.-if*
fOO Mfwolre^pouy fervîr |
ié;o. pllqneroic le mot de foun-iffion qntf^
dcvoi.nc rendre ceux de UouîdcauX''
au Ro! , afin qu'ils ne folle nt poinl^
obligez de voir malgié eux le Car-i
dinal,
D^Aîrres fiu-eni: à'hvU de faire
inftancepour la Liberté des Prlncesj^
t>c à caiife des maux qui en pou-v
voient aniv r , de députer trois de '
Mcdieurs du Parlement , pour aller
traiter avec eux dans le Bois de Vin-
cennes , & prendre fûiefé defdits
Princf s , pont ce qui regarderoit la
Paix du Roiaume. Pluiieurs autres
furent ouvertement d'Avis de faire
des Rcmor:trances à la Reine contre
le Cardinal Mazarin ; difant qu'il
étoît la eau Te de tous ces maux , &
que la réconciliation de la Maifon
Roiale ne fe pouvoit faire , qu'après
qu'il ne feroit plus à la Cour. Us
firent enfuite contre lui toutes fortes
d'imprécations , avec des paroles qui
marquoient leur mépris & leur hai-
ne.
Le Duc d'Orléans les interrompît
par plu fleurs fois , dîfant qu'il ne
s'aqiiroit pour lors que de la Paix de
Boiu'deaux ; &: que ceux de ce Parle-
> nient -
a TH'ftcJre d'Jrjre ^Autriche, joi
lîiicnr ].c pailoiciu poiuivcmenr dans K^j't)*
ifiiib Lettres , ni des l'rinces , ni du
Cardinal ; qu'ils demandoient feiile-
ir.cnt pour principal anivle d'ccre dé-
livrez du Duc d'Eperr.on j 6c que fi
ou faifoic tant de ia-opofitions nou-
velles , qu'il rctirei'oit fa parole , de
ne le méieroic plus de cecte Affaire.
Tous ces Avis dîrfcrens revinrent
à deux principaux , qui furent long-
'tems balances ,; celui d'acceprer les
Proportions du Duc d'Orléans , 6^
celui de la Liberté des Princes,
quand les Rebelles aiiroicnc mis bas
les armes. De celui-ci , il y en eut
foixarte &.dix j car , la plus grand^
partie de ceux qui avoîent été contre
le Cardiral , dont il y eni avoic eu
environ quaranre , revinrent à cet
A vis. 5 hormis treize : & du premier.,
il y en eût cent douze , qui .fit que
Ton accepta purement & lîmplcmcnt
les Propof irions du Duc d'Orléans.,
fans les expliquer , ni les entendre
autrement ; & on ajouta même de
fîgnifier au Parlement de Bourdeaux;,
que le Parlement de l^irîs les trou-
voit jufles , Se tout-à fait équitables,
& qu'ils s'en dévoient contenter.
Comme
s^;o.
1
3*01 Mémoires pour fervlf ^
Comme on avoîc envoie au Roî dcS .
Députez 5 pour lui rendre raifon de
ce qui avoîc écé fait au Parlement,
en faveur des Bour-ielois , auiii-tôc
après le parlement de Sa Majelié , il
fut anété auffi qu'on envoieroît lef-
4ites Propohtions à leurs Députez,
afin de les faire agiéer au Roî.
Le Duc d'Oileans à\i aufîî qu'il
ecriroît au Roi , pour faire furicoiu
tous ades d'hoflilité. On voulut
faire auili tôt entrer les Députez da
Parlement de Bourdeaux , pour leur
iigniiier T Arrêt ; mais , comme ils
avoient p rein nri ,• que ceux qui leur
gtoient aff^-dionez n'avolent pas pu
faire aller les cliofes dans l'c^xrrémité
du defordre , Guionnet feul s'y trou-
va 5 qui n'étoit pas celui qui avoic
été envoie porter la Lettre , & il fuC
. dit que le Duc d'Orléans leur en-
voieroît feS ordres. Ce Prince , cti
s'en allant , trouva encore des Crieurs
contre le Mazarin ; mais , cela fe
paffa plus modérément que le jour
précédent. Il attira même le refpedl
de cette Populace ; par la grande
quantité de perlonnes de qualité,
qui , ce jour-là , voulurent l'accom-
pagner. Tan-
a t H'iftoire à'Jnne d'J ut riche. 50^
Tandis que îoutes ces chofes fe i^r^;
partent à Paris , le Roi , qui écoit à
Libourne , avec une aiïez belle Ar-
mée , témoigna vou oir aiîîéger la
Ville de Bouideaux. La preTcnce
du Souverain déplaît toujours aux
Sujets Rebelles. Des Canons , de
bons Soldats , ôc de bons Capitaines,
font des objets fâcheux à des Crimi-
nels , qui Tentent leur faute , ôc qui
connoiirent qu'ils méritent de grands
Châtlmens. Les Bourdelois en fo-
rent étonnez , & fans l'efpoir qu'ils
avoicnt au fecours du Parlement, de
Paris , qu'ils voioient être auffi mal
intentionné qu'eux , ils auroicnt ea
de plus grandes fraïeurs. Enfin ,
prcffez par leur devoir , & par leur
crainte , ils envolèrent d'autres Dé-
putez au Roi& à la Reine. Ils fu-
rent plus humbles que les premiers,
& firent à Leurs Majeftez une Ha-
rangue plus foumîfe , & qui parollfoit
implorer leur mifericorde, La Rei^
ne même à fon retour , me fit l'hon-
neur de me le dire. Ce ne fut pas
(ans remarquer la peur qu'on lui
avoir voulu faire de ces Peuples , pour
l'empêcher d'y aller , ôc cette Prin-
cefïe
yo 4 Memotfes pour firvir
fjgjo. celîe y ajoiua qu'elle avoir toûjoiTPS
reconnu que la prélcnce du Roi avofc
Le 1. ^c grands charmes , pour changer les
Agûc. cœurs qui lui font foumîs par Tordre
de Dieu , ôc de leur Naîllaq^ce.
Ce fut en ce même mois , la veille
de la Fête de Nôtre Dame d'Août,
que ma Sœur me quitta, pour entrer
dans le Couvent des Filles de Sainte
Marie de Saint Antoine , où elle a pris
Thahit en mille fix cens cinquante.
Sa vertu étoit eftimée de tous ; elle
ëtoit aimable ,bienfaite 5 intérieure-
ment toute fainte , de Texccs de fà"
Sagdïe joint à la beauté de (on Efprit,
lui avoir fait donner le nom de So-
cratine. Malgré les charmes de la
Cour 5 elle préfcroit fou vent les Maî-
fons des Pauvres au Cabinet de la
Reine ; Se l'Amitié qu'elle avoit pour
mon Frère & pour moi , quoique
grande , le ccda à TAmour qu'elle
eut pour Dieu. Je veux mettre ici
la Lettre qu'elle m'écrivit en me qui-
îant 5 ôc qu'elle lailfa fur fa table. El-
le ne convient point à mon fujcr^
mais , j'efpcre , du moins,, qu'elle èdi-
jSera ceux qui préfèrent le Ciel à la
Terre , 5c qu'on me pardonnera , iî
^cnvhonore d^etre la Sœur d\me fi -jvç.^
i- E T T R È
B£ LA M E R E M A G BE-
LE iNE Eugénie Ber-.
T A U T.
-> 4^ '^^ ^ genoux 5 ïTîa très cherc
^^ ^^—^Sœur , que je vous deman-
73 de pardon de vous avoir quitee , ^
>, que je vous conjure de vouloir imf-
î, ICI- notre bon Père Abraham , qui,
*> à la voix de Dieu , qui lui dcniau-
« doit Ton Fils bien aimé , pr:: la{
V même le couEcau , pour le lui la-
>3 cniîcr , Se avec lui tcmr ion Amour ,
:,, ôc toutes fes tendreifes. Comme
« alors Dieu voulut bien fc contenter
>, de l^obéilfance du Pcre & du Fils/
:,, peut être auffi le coiKentera-r-il de
^, la nôtre ,& nous fera la g-acc un
y, jour de nous réunir cnfèmblc , en
5^ lui 3 & peur lui , plus éiroitemenc
„>.5 encore que nous ne Tavons été,
5^ Mais , cependant ^ mettons-nous
Ti^^e lîl^ Y ..eu
i7>
j 0^ Mémoires pour fevvlr
i<?/0, 55 Cil érat l'une & l'autre, d'accom^
5, plir fa fainte volonté , fans aucu-
5j ne réferve \ car > autrement , nôtre
;, facrifice ne lui feroit pas agréable.
35 Après cela , attendons de fa bonté
55 & de fa miféricorde ce qu'il ordon-
5 5 nera pour nôtre bien , & fa plus
55 grande Gloire. J'aurois plutôt cxé-
55 cutée mon delTein , fi j'avois pu plû-
35 tôt m'arracher d'auprès de vous $
55 & je ne crois pas que je l'euflfeja^
5, mais pu faire 5 Ç\ Dieu ne m'eut
55 donné pour cela une force extra-
55 ordinaire , 6c ne m'y eût néceflîtée,
5, en me mettant en état de ne pou-
55 voir demeurer auprès de votîs fans
5, fouffrir des maux étranges : princi-
^55 paiement depuis que l'Affaire de
5, Madcmoifelle de Bui arriva 5 qui
j5 vous fit deviner la mienne ; car , en .
55 cette occaf on 3 vous me témoigna*
55 testant de bonté & de tendreife,
35 &; ce fut pour la mienne une {\ ru-
,5 de épreuve 5 que vous me penfâtes
55 faire monrir Je vous conjure , fi
^. vnns vouiez que je vive 5 de vous
^, rcrfoler de rptie féparation préfen- ,
j93,te , ,& d'acquiefçer aux volontez de '
^^^.iQt,re^J.^ere 5 6c fouvexaiu Maître.
P -à r Hlfloire & Anne X Autriche^ J07
%5 Je vous promers que je vous tien-
^5 drai ii oaroUe que je vous ai don-
,j née , ^ que de plus je ne ni'enga
,;, gér:ii a 'len fans vôtre permifîion.
35 Ne liie venez point voir li tôt ;
35 car 5 je vous avoue ^ que je n'ai pas
55 encore de force à vôtre éprca- e :
55 6c 11 je ne vous avois fuie , je
55 n'aurois pas vaincu en ce combat ^
55 où il falloit que Dieu reftâc le Maî-
iy tre. 55
La Reine repondît par écrit à la
Dépuration des Bourdclois. On leur
fit (avoir que le Roi étoit aflez bon ,
pour leur pardonner , ^ leur donner
■ramniflie dont ils avolcnc befoin ,
pour effacer le crime de leur Rébel-
lion ; mais , qu'il vouloît fa voir , pre-
mièrement que de traiter avec eux
d'aucune chofe , s'ils vouloienc rece-
voir le R6Î comme leur Mairre , avec
la dignité & la fureté requife à fa
Perfonne , ou maintenir contre lui les
Ducs de Bouillon & delà Rochefou-
cauît, déclarez Criminels de Leze-Ma-
jefté par tous les Parlemens r Ils di-
rent qu'ils n'avoient point le pouvoir
de répondre à ces Articles j mais ,
Y 2. qu'ils
5'0"S Mémoires pourprvtf
li^'jo. qu'ils en feroicnt kur rapport à leur
Compagnies ^ en rtndroitnt répoii-
fe avaiu le cinquième àii même mois.
Le Miniftre , pour coiuinuçr de mon-
trer aux BoUrtlcloi> , & à ceux qui
lourcnoicnt leur devoir , envoîa quel-
ques trouppes com.mandées . par le
Maréchal de la Meiiieraie affiegcr im
petit Fort nomme Voies , qui fut pris
aufficôt : & pour épouvanter ceux
deBourdcaux il fît pendre celui qui y
com.ir.ancioic ; leur montrant par cette
rigueur 5 qu'ils dévoient tout craîn-^
dre 5 ôc qu'il eft dangereux de man-
quer de iiiélîté à Ton Roi.
Le Duc de Bouillon , Maître de
Bouidcaux & de la Populace , aianc
fçû xctre éxecution , les anima tous à
]a vengeancciôcfans tarder uniTiomenr^
il envola quérir un Capitaine du Ré-
giment de Navaiiles , qui avoit été
prisprifonnîer dans quelque autre oc-
cafion. On trouva ce Gentilhomme
,q.ui iouoit avec des Dames , éxemt de
ttcute crainte. Il le fît prendre , &
tdans la même heure le fît mourir , le
fâifant pendre par irepréfailleB 5 .& en-
ifait.e -attacher Ton corps fur la m.urail- >"
â^ Je ia yilb. Cetf e av^ÎQii fuc lou^ç
a r FTiflolre à* Arir^e ^Autriche, j'o^^
viC ceux qui ont pour Maxime qu'il i^jd
rtp faut point être tiran à demi, &
que les grands hommes ne fçauroient
(outcnir de hautes Entreprifes , s'ils
ne fc)nt capables des grands crimes,
comme des grandes veicus ; les unes-
étant quelques fois nécelîaires pour'
foutenir ks autres. Mais ceux , qui
en jugèrent lur la Loi de l'Evangile,
félon que le nom de Chrétien les y
obligeoît , en eurent horreur ; & la
Reine m'a f.iit l'honneur de me dire
depuis , qu'elle en fut touchée d'une
douleur Teniible. JeTçaide Langlade,
qui éroit alors auprès de ce Duc , que
lui même en fouffrît de la peine : il
connût le mal qu'il faifoit •, mais , il
fe laiffa conduire à la raifon politique,
qui le força de fuivre les cruelles cou-
tumes de la Guerre. Ser Amis ont
dit de lui 5 qu'il éroit bon de Ton na^
lUrel 5 & que ce qui l'avoit rendu ca-
pable de cette barbare adlion ne l'em-
pêchoit pas d'avoir dans fon tempéra-
ment de la douceur & de la cordialité.
Il fut fort malheureux d'avoir cru
qu'un crime pouvait trouver une ex^
cufe : il n'en a point contre la Loi -de
Dieu^ & l'Equité naturelle.
a 3 Par
j lo Mémoires pour fervîr
i6jo. Par l'ordre de la Reine , on con-
tinua la Guerre avec chaleur. Le
Maréchal de ia Meilleraie attaqua
l'Ile Saint-George , où ceux de la
Ville avoîent des Troupes , dont ils-
faifoient leur capital. Apres quel-
ques volées de Canon, ils fe rendi-
rent à compofîtion. Les Soldats , au
nombre de trois cens , prirent parti
dans les Troupes du Roi. Soixante
& dix Officiers, qui s'y trouvèrent ,,
jurèrent de ne plus fervir contre le
Roi 3 & furent traitez humainement , ,
pour faire honte à l'inhumanité du;
Duc de BouiHon.
Le Duc de Caudale fut envoie à.
Loches , où étoit alors le Duc d'E-
pernon fon Père , qui n'étoît point
venu à la Cour , malgré les ordres ;
qu'il en avoit reçus.' Le deffein da;_
Mîniflre étoit de le faire confentir •
que l'on donnât le Gouvernement de
Guienne à Monfieur Frère uniquedu
Roi y afin d'oter aux Rebelles tour
prétexte de fe plaindre. Ces Peuples
avoienc une jufte averfion pour leur
Ennemi le ï)\ic d'Epcrnon , qu'ils
appel loient leur Tiran ; car , félon ce ,
'i',^'- fe difoir^ il en avoit fait les ac-
tions, .
à t Hlfloire a Anne d* Autriche, ;it
tions. Dans toute fa vie il a paru, ,^jo.
qu'il étoit dur , & trop hautain. Il
étoit foupçonné d'avoir empoifonné
fa première Femme, la Dachellede
la Valette , Sœur bâtarde du feu
Roi , fur des jaloufies , peur être mal
fondées. J'ai oui dire à la Reine
d'Angleterre , qui l'a voit vue à (a
Cour 3 & à la Reine auflTi , qu'il
avoit fort aimé Madame de la Valet-
te , avant que de l'époufer ; mais ,
que cette paîîîon , au lieu de produi-
re en lui les effets de l'Amitié , ra-
voir porté à lui donner alors un
foufïlet 5 fur quelque petit dépit
qu'elle lui avoit fait : que le feu
Roi , le connoiirant de cette humeur
voulut rompre le Mariage , 6e que
cette jeune PrinceiTe , qui aimoic déjà
le Duc d'Epernon , lui pardonna ,
& ne laKTa pas de le prendre pour
fon Mari. Elle eût fujec de s'en re-
pentir ; car , comme je le viens de
dire y félon l'opinion des médiians ,
qui eft d'ordinaire le plus vraie , il
lui en coûta la vie. Il avoit époufé
enfuîte une Nièce du Cardinal de Ri-
chelieu 5 qui , dans los commence-
mens de leur Mariage , avoit vécu
Y 4 avec
j I z Afemoîres pour fervîr
éjo. avec lui avec beaucoup de vertu. Ej-
le Tavoit fui vi en Angleterre d,ins Tes
difgraces 5 contre la volonté de (on.
Oncle. Malgré cette conduite , il
Tavoit fi mal traitée , qu'elle auroic
été un objet de compaiîîon à touee •
la Cour 3 £i dans la fuite de fa vie
elle n'avoic fait voir quelque diminij-
uon à fes premiers fentimens. Eîi-.
jSn 5 ce Duc , qui n'étoit point Priiv
. ce 3 quoi qu'il eut. envie de l'étiC:,:
n'avoit. rien de bon que la Maf>nifî-
cence.. Il vivoir en grand Seigneurie
mais 3 cette feule bonne qua icé , pou-
vant avoir pour fondement fa vanité
èi fon orgueil ^ on ne devoit pas YcBi
cftiraer davantage.
Lss Députez de Bourdeaux ne rs-^
vinrent point trouver le Roi , com-
me ils l'avoienc proivls. Le Duc de
Bouillon ie$ eaipêcha de tenir leur ■
parole. Son dcl&in étoit , de faire
pouffer leur Révolte le plus loin
qu'il lui feroit poITible ^ tant pour
tâcher d'obtenir la Liberté des Prin-.
ces 5 que pour en tirer de plus grands
avantages en fon particulier. Ce qui ,
^ depuis peu , s'étoic palfé au Parle-
Tiicnt de Paris ^ & les Propofîtions
dU:
à J^Hlflolre à' Anne et Autriche, ^\%
du Duc d'Orléans les embarrafToienr, téf'O'
Ou ne Faifoit point de mention du
Prince de Condé ; & pour lui , & !e
Duc de la Rochcfoucaulc , ils n*â-
voîent tout au plus que le pardon ^
la fureté ; mais ils fe deffendirent il
^habilement , que leur conduite pair
leur réfiilance fut eftîmée dans les
dtux Partis , & les Princes eurent fu-
jet de fe lolicf de leurs fervices , &
de leur fidclicé. Comme je ne Sui-
vis point la Reine en ce Volage , &
que je n'aime à écrire que ce que je
fçai parfaitement , peut être que j'i-
gnore beaucoup dé Particularitez ^
qui font pour Tordinaire inféparables
des grands Evénemens. Je puis dire
néanmoins avec vérité, que les cho-
fes » dont mes yeux ne font point leè
témoins , je n'en parle que fur le ré-
cit des Acleurs , & fur ce que^ la
Reine même m'a fait l'Honneur de
m'en dire.
Environ dans ces mêmes jours que
ja Reine êtoît occupée à vaincre lest
Bourdeloîs , la Duchefle d'Orléans'
accoucha à Paris d'un Fils , dont la'
Bâiflance donna une grande joie au*
Y j Diic^-
f 1 4 Mémoires pour fervlr ■
650. ^^^^ d'Orléans. Le Peuple fit voii
celle qu'il en reçût , par les feux de
Joie qui firent dajis les rues & pàt
à^s marques d'une allegrefie publî-
que & tues feufible \ mais , cet En-
fant ne vécue gueres , & fa naiifance
fut fuivie d'une prompte mort.
L'Aimée Efpagnole étoit alors fur
nôtre Frontière , puifl'ante , & pleine
de belles efpérances 3 qu'elle devoîl
concevoir de fa force , & de nôtre
foiblelTe. Elle s'avança vers Reims;
niais , cette Ville fut confervée par
la préfence du Maréchal du Plelîîs ,
qui prit toutes les précautions nécef-
faires pour empêcher fès progrès,
L'Archiduc occupa Neucaftel , Pon-
taverre 5 & Bafoches , où il voulut
demeurer, quelques jours. Le Mar-
quis d Hocquîncourt , qui eût la
hardieffe d'attaquer quelques Trou-
pes des Ennemis fut batu , 5^ pouiïe
jufqucs dans Soiffons 5 & peu s'qxi
fallut qu'il ne fût pris prifonnîer.
Qiîclques autres Troupes de l'Armée
du Vicomte de Turenne comman-
dées par Boutteville ^ vinrent hardi-
ment jufques à dix lieues de Paris ,
pour nous faire la Guerre ^ de beau-
coup,
à VMîfioîre à* Annt d' Autriche . j 1 5
coup plus pour nous faire peur, i^fô.
Bouttcville réiiQît dans Ton def-
fein. Les Paifans , de toute la No-
blefTe de Picardie , qui vint Te fauver
dans Paris ^ y caufa une étrange ru-
meur. Ce lieu écoic plein de tant
de Fadlions , que les Grands Se les
Petits avoient plus de joie que de
douleur , de voir TArchiduc proche
de nous j Se chacun ctoic plus atten-
tif à faire fervir ce defordre à (es dei^
feins , qu'à s'oppofer à l'Ennemi. Le
Duc d'Orléans , qui vit que le Vi-
comte de Turennc avec fes Troupes
pouvoit venir jiirqu'au Boi* de Vin-
cennes enlever Moiifieur le Prince ,
reprit de nouvelles inquiétudes » &
les Frondeurs fe fervirtnt de cette oc-
ca(ion pour lui confeiller de le faire
am ner à la BaftîUe , de feule Au-
torité, il en parla à le Tel lier , Se-
crétaire d'Etat 5 qui s'y oppofa vi-
gouredfem;.nc : 6c après beaucoup
de conrultaticns Se de mauvaifes heu-
res , fur l'inquiétude que cette Affai-
re donna aux uns Se aux antres 3 il
fut conclu qu'on les ôteroit du Bois
de Viucennes , Se qu'on les meneroîc
àMaicouflî, fous bonne garde , au
Y é delà
ifcj'0<
f I ^ Mémoires pour fervtf
delà de la Rivière de Seine & de
la Marne 5 attendant que la Reine en
ordonnât à fa volonté.
Madame , dans ces occurrences j>
confeilla Monfieiir de mettre le Prin-
ce de Condé en liberté , 6c de mariei:
Ion Fils le jeune Due d'Anguien à
une de fes Filles. Il n'approuva point
alors cette propofition , quoiqu'elle
fût raifonnable à fon égard. Il n'é-
toit pas d'humeur à fe refoudre Ci
facilement , & il fallolt qu'il attendît
quelque temps , & que les confeils de
fes Condudeurs le forçadent d'y pen-
ier. Les Frondeurs ne lui parloieryt
encore que àc k rendre le Maî-
tre des Prifonniers ^ afin d^en diiy
pofer à fa fantaific ; & cependant ^
ils donnoient de dtAices ciperances à
ceux de leur parti , & afsûroient leuiî
Ami$ ^que (i une fois le Duc d'Ci»-
leans les avoit en fon pouvoir ^ il
les feroir fortîr auiîi-tôt : mais eujg
ji'ofoient fe confier en leurs promet
fes 3, & auroient mieux aimé traiter
avec le Miniftre. Le Coadjuteur , fur
tout , leur étoit odieux, parce qu'lï
avoit fait connoître dans tous les
itms qu'il B'^âiiiiîQit pas Mr, le Prin^
/
à VHlftoîre à* Anne à' Autriche: j i 7
ce 5 & qu'il étok incapable de de-
meurer dans un état de modération &
de TagelTe.
Parmi ce trouble unîverfel , il ar-
riva un Trompetce de l'Archiduc,
qui , paroiiToit envoie par lui au Dihc
d'Orléans 5 ôc qui difoit s'adreffcr à
tous les bons François. Ce Prince
Allemand lui îémoîgnoic de/irer la
Paix 5 & ofFroit d'y travailler avec
lui , en lui faifant efpérer ce bonheur
à des conditions raifonnables. Cetce
Nouvelle donna de l'émotion & de
la joie aux Parifiens : ils crûrent que
c'étoit tout de bon que les Etran-.
gers ctoient devenus leurs Amis , &
n'en apperçurent . point la tromperie.
Le Duc d'Orléans , aufîi trompé que
les autres , & enivré de la gloire qu'il
crût recevoir en donnant la Paix à la-
France 5 répondit à l'Archiduc en des»
termes de grande civiliic , & lui dé-
pêcha un Gentilhomme , pour l'alfû^
rer qu'il étoiî prêt d'en conférer avec*
lui. Il envoia auili-tôt rà la Cour ,
pour inftruire la Pleine <5i le Miniftre
des offres de l'Archiduc , &deman^
da le pouvoir de- la traiter avec ce
Prjnce, Lç Miiiiflrc connut de quelle.-
5 1 8 Mémoires pour fervîr
X^jo. importante éioh cette Affaire , de
d'où venoit cette Intrigue. Il crut
que Madame de Longue ville , & \t
Vicomte de Turenne , a voient fait
faire ce pas à P Archiduc , pour Ic^
charger de plus en plus de la haine
publique , «S: pour émouvoir - aiis
contre lui. Il ne fut pas conteni fans
doute àa D.ic d'0;leans , de ce
qu'il av^oit écoaté ces Propoilcions ;
mais , pnir ne lui pas donner fujet
à:ic plaindre , ^ aux Panficns de
Crier , il lui envoia les pouvoirs n?-
celfaires pour cela. Le Comte d'A-
vaux s'en mêla : il fut avec le Nonce
à SoilTons 5 pour s'aboucher avec les
Députez d'Ei pagne j mais ils ne s'y
trouvèrent point.
Il vint enûr.te à Paris un certain
Grabriel de ToleJo , qiiî fut long-,
tcms logé à Ifîî ; Il faifoit efpérer de ■
la part de l'Archiduc de gran les
chofcs. Le Peuple , par ces Foibles
apparences , aimoit déjà ce Prince
d'Autriche , d^ dans les rues on lui
donnoit de continuelles bénédicftions.
Le Vicomte de Turenne fit écrire au
Peuple de Paris , ou bien les Créa-'
tares du Pvince écrivirent pour lui
louc
a l'Hifloîre d*Anne d^Antrlchs, eja
tout ce qu'ils defirérenc. Ces Pla-
cards furent affichez par les Gare-
fours de la Ville , où le Mazarin
étoit injurié , Ôc PArcliiduc loué,
comme celui qui pouvant tout dé-
truire vouloir néanmoins rétablir le
Repos ôc la Paix dans TEtar. En-
fin , toutes ces illu/îons s'évanoui-
rent ; & ce qui en refta fut la honte
que dévoient avoir ceux qui les a-
voient reçues comme des vérirez.
La Reine , cependant , étoit occu-
pée aux foins que lui donnoient le
Siège de Bourdeaux. Les Propofi-
tîons de Paix que le Duc d'Orléans
avoit ^ arrêtées dans le Parlement ,
n'avoient pas été tout à-fait agréables
au Miniftre ; mais , il jugea qiVil s'en
pouvoir - fervir , pour obrger les
Bourdeloîs à ne pas demander du ;
Roi plus que ce qu'elles leur accor-
doient. Il voîoit bien que le Parle-
ment avoit en cette occafion trop
entrepris fur l'Autorité du Roi, ôc
que le Duc d'Orléans , malgré fes
bonnes intention? , lui avoit laiiTé
prendre trop d'avantage. U reçut
néanmoins tout ce qui venoit de*fa
Pfrc avec refped , ôc montra de vou-
loir r
y 1 o Mémoires peur fervir
4^jo, loir fuivre fes fentimens ; maïs , îî
fe réfolut en faifant attaquer Bour-
dcaux , de fe mettre en état de ne
prendre confeil que de lui même.
Le Maréchal de la Meilleraîe pref-
fala Ville : il donna le Commande-
ment de TAttaque du Fauxbourg
Saint Seurin aux Marquis de Roque-
laure , ôc de Saînt-Negrin. Ces deux
braves gens s^engagérent fi avanr j
que le Maréchal de la Meilleraîe
aiant jugé à Dropos de changer Ces
ordres , ils ne purent pas lui obéir.
Le Combat fut rude des deux cotez.
Ceux , qui y commandoient y firent
des merveilles. De Chouppes , Rf-
bérpré , ôc Gailis , y furent blefiTez.
Du coté des Aiïiégés , les deux Gé-
néraux , les Ducs de Bouillon ôc de
la Rochefoucault , fe trouvèrent pair
tout à la dcffence de leurs gens. Les
Roialifles attaquèrent toujours vail-
lamment 5 Se les Rebelles fe deffendî-
rent de même. Le Comte de Fal-
lu au fut re pou (Té enwne demie lune '
qu'il voulut emporter , ôc par trois -
fois le Due de la Rochefoucault la;
lui fit quitter , affifté des Gardes du
Pi:ince de Condé ôc des liens y êé
a rHfflnîre d'Anne d'Atft'Hkc, fvi
s*îl n'avoir point cc^uibattu contre îè j^^^^^
Roi 5 il auioîc m^^rité beaucoup ds
loliangesde fi valeur.
Pcn.iar.t que lé Minière Fa ifoir Li
Guerre , il penfoit (don fa coutume
à la Paix. Il confenîlt que: le D0.2
de Caudale fit venir Goiuvii'e à
Bourg, Plulieurs grandes marî?rcs
furent tritees en cette Conférence;
Gourvîlle , homme hardi fur les
Proportions , di qui , feîon ce qu'il
lui convenoit à< d\w , Se ce que là
iiéceiîité le forçoit de faire , fc fer*
voit ét-'-alcment du O^i , comme du
2\^o-.' , ouviit au Mînîrrre , à ce qu'il
m'a dit depuis , & fans df-f[- in de le
tromper , toutes les vce* p ^fTibles
pour l'Accommodement, îl omit le
Marin ge du Prince de Conti avec
Mademoille de Marrinozzi fa- Nié*-
ce : il lui offrit aufîî que s'il vouloir
mettre Mr. le Prince en liberté , les
Ducs de Bouillon Se de la Roche-
Foucault fe mettroîent volontaire-
ment en prifon , pour lui répondre
en leurs propres perlonnes de la fidé-
îité Se fincérité de Mr. le Prince. Il
chercha les moiens de pouvoir lé fa-
îi$faiî£ Cil vOUtes chofes ^ 6c n'oublia.-
y 1 1 Mémo *res pour ft rvlr
pGiO. i^îen à lui dire de ce qui auroît dû-
liû plaire. Le Cardînai refufa tous
ces Accommodcmens ;> parce qu'il n'ô-
foit fe confier au Prince de Condé ,
dont il avoit été fi mal traire, parce
qu'il ne crut pas devoir manquer au
Duc d'Orléans , à qui il avoit promis
de ne rien chan^ycr Çiw: cet article fans
fa participation. Il en falut donc
venir aux Propofirîons de ce Prince,
telles qu'elles étoicnt. Les Ducs dé
Bouillon & de la RocheFoucault , qui
avaient amufé le Peuple de Bbur-
deux 5 par rdpérance d^un grand
fecours d'Efpagne , & d'une ATméc
Navale , ne pouvoient plus le trom-
per. Ils furent forcés de confehtîf à
l'Accommode m eni , & à fu ivre les
fcntîm^ns de ceux qui étoient cfFraiés
des Armées du Roj. Le Duc d'Or«
leans envoia tout de nouveau du
Coudraî-Montpenfier au Cardinal ^
avec deux Confeillers du Parlement
de Paris , pour le convier de donner
la Paix à cette Ville rébelle , & n'ou-
blia rien pour la faire conclure félon
les afiurances qu'il en avoit déjà don-
nées.
Toutes les Négociations de part &
d'au*
a VHljlolre d*'j4n''e d'Aktr-che. 5 2 5
d'autre aiant eu leur efFc:c , la Paix fut 1 C^o
accordée aux Bourdelois , félon la Dé-
claration donnée au Parlement de
Paris. L'AmniftLe générale Fut don-
née à tous. Il fut permis à Madame
la Princedè de fe retirer dans l-une
de fes Miifons avec le Duc d'En-
guien Çon Fils en Anjou , ou bien à
Mouron ; le nombre de la Garnifon
aiant été limité par le Roi. Les
Ducs de Bouillon > & de la Roche-
foucaalr, eurent fureté d'aller en leurs
Maifons, & jouiiTance de leurs biens,
avec t JUtes Ir^s douceurs qui accom--
pagncnt d'ordinaire une Paix : & la
Déclaration du Roi en fut donnée le
premier Odobre.
Le quatrième du même mois s
Madame la PrinceOe partit de Bour-
deaux av?c le Duc d'Enguein fon
Fils j les Ducs de Boiiillon & de la
Rochefouc.iult , & grand nombre de
gens attachés à fon Service. Elle a-
voit delTcin d'aller à Coutras. Le
Maréchal de la Meilleraie , l'aîant
rencontrée dans fa petite Galère , fît
approcher fon Bateau, pour la fa'uër,
& lui faire la révérence. Elle lui dit
qu'elle , s'en alloit palTer à Bourg , a-
vec
f2'4 A^fviolrfs pour fervïr
2^^^ a v-c UiCeation fie rentrr les moiens c?^
voir la Reine , pour fc jetrcr a (es
pieds ; qu'acné Cîoî'^ic ne le |?onvofr
mieux ad ^.'cîl^^r ou'à lui , pour en
obtenir la f erm ilion j ^ qu'elle, k
pri»>ic de le^oiiraer à Bôur^, Il ac-
cepta c- rte co.-nî-niiîic>n , & alla le
dire à la Reine , en péfenc-e de tout
le mond". D'abc d elle en parût
furpiife , & lui répondit qu'elle ne
pouvoit pas la uç^voir , ik qu'elle
n'avoit point de mai Ton pour, la- 'Dgcr.
Le Maréchal de la Me-'llcraiè , plein
de bonne volonté , Ur. die qu^, xM a da-
me la PrînGeiîe étoit léroîuedc. paircr
la nuit dans fa Galère , plutôt que de
ïie la point voir ; mais , que fi elle 1 a-
voit agréable , fa Femme la logeroit
chez elle pour cette mût. La Réinc
ne pouvant plus s^éxcufer y confentir^
&c lin moment -rprès on vit paroitrc
fur la Rivière cette Princefle ^vcc
' toute fa Suite. La Reine envoia à
fa defcente , pour Talfùrer qu'elle fe-
roit la bien venue ; & Madame de la
Meilleraie y alla aufïi , pour l'accom-
pagner chez elle. Dans ce même
tems 5 le Miniftre étoit aile à mi ren-
dcx-vous qu'il avoit donné au Duc
a THlflolre d'Anne â'Jmrkhe, |.i,j
de Bouillon. La Reine lai dcpccna j^^^.
un Courrier , pour le faire revenir ^
^L à Ton retour il trouva le ]J{ic de
Bouîliori J^£z lui. Ils furent long-
tems enfenible , .^cenfiiite il fut chez
Ici Reine , où un moment apre^ fe
rendit Ma -p.me la Princefie. Elle fut
reçne de la Reine xrn particulier .- &
le Minîftre fcul fut témoin des larmes
qn'clle répandit. Elle fe jctta a ge-
noux devant la Reine ^ tenant le Dv\c
d/Ano-uien fon Fils de la main , & lut
ne ion compliment avec quelques lan-
'glors ; & un de m.es Amis , qui m'é-
crivit ce détail , me manda que la
douleur l'avoir embellie. Cette Prin-
ccfle n'avoir pas été jufqu'alors fou
confiderée dans fa Famille. Sa Naif-
fancc y quoique très noble , étoit fort
au dcffous de celle de Mcnfieur le
Prince , & la folîdité de fon efprit
ne repa^oit pas ce défaut. Madame
de Longueviik* , dont le mérite é-
ciatoit en tous lieux , ne rcftimoic
pas , & le mépris que Madame la
'PrincelTe fa Belle Mère a voit pour fa
race , &c pour elle , jf int à toutes ces
xhofes 5 n'avc.ic pas pea contribué à
îfpii annéantiflctnent. Llle avoir réan-
îTioms
|4i MemHrts f^urftrvir
moins des qualitcz affez lciial)!e$.'
Elic parloir fpiriruellemeiit , quand
il lui plaifoic de parier ^ & dans cette
GaeiTC elle avoit paru fort zélée à
s'acquiter de fes devoirs. Elle n*é-
toît pas laide : elle avoît les yeux
beaux , le teinc beau , & la taille jo-
lie. Sans fe faire toujours admirer
de ceux qui la conduifoient , & de
ceux qui étoient auprès d'elle , elle
a du moins cet avantage d'avoir eu
l'honneur de partager les malheurs
de Mr. le Prince; ce qui répare en
quelque manière le malheur qu'elle a
eu de n avoir pu perfonnellement mé-
riter,parde plus emînentes vertus, une
Teputation plus éclatante , & mîeux
établie.
Après quelle eut faluc la Reine,
les Ducs de Bouillon &: de la Roche-
foucault allèrent fouper chez le Mî^
nîftre , où il efl: à croire qu'ils ne
parlèrent pas de bagatelles. Ils s'en
.aliérent enfuite chez eux > laffés fans
doute de leur mauvaife forïune j car
c'eft toujours une chofe facheufe,
<|ue de faire la guerre contre fon
Roi & fon Maître. Qvioi que cette
Paix ne fut pas conclue tout à l'a-
vantage
ai'Mflalre d*Jnne d'Autriche, yiy
vanrage du Roi, ni faite avec cette i6^q:
hauteur nécefîkîre au récablKTemenc
de l^Autorité Roiale , il fembloic
néanmoins qu'elle écoit commode au
Miniftre , & fort utile au fervice du
Roi. Par cette méilie raifon , les Erv.
nemis de l'Etat , les Frondeurs pcqt-
-etre,& fur tout ceux qui ctoient du
Parti des Princes , en étoient au det
efpoir. Le Roi & la Reine entrè-
rent dans Bourdeaux , & n'y furent
pas reçus avec la joie publique , qui
accompagne pour l'ordinaire les vi-
sites de ccttç nature. La Ville don-
na au Roi &c kh Reine une Colla-
tion fort mauvaife , ôc un feu d'Arti-
fice de peu de beauté. Mademoifelle,
qui avoit fuivi la Reine en ce Voiagc
^qua^l malgré elle , eut un Bal , &:
tout ce qui s'y palTa de plus mémo- -
rable , c'eft que la Reine s'y enrhu-
ma de chaud Q| fut elle-même,
qui à fon retour me conta toutes ces
particularitez ; & qui me fit l'hon-
neur de me dire que les mauvaifes
dirpofitions des efprits , plutôt que
le climat , avoient été caufe de fon
mal. Les chagrins qu'elle avoit re-
çus en ce lieu , avoient été extrêmes.
Xa
f ?.^ Mémoires pDur fervîy
'^.éio, ^'^ corrnpnon de la Révolte avole
iai primée , dans les Cœurs des Grands
Ôc des Petits de cette Province , un
dégoat de leur véritable di voir ^ qui
força cette Priucetîè d'en avoir beau-
coup pour eux.
Le Cardinal Mazarîn y fut mai re-
çu : on ne lui fie point les compli-
mens dûs , en de telles occaiions , à
fil qualité de Premier Miniftrc j & la
Reine le fenrir comme un outraee fait
3. fa perfonne. Elle ne tarda que dix
jours dans Bourdeaux , de cette Ville
ne -méritoit pas d'en être honorée plus
long tems. Sa préfence croit nécet
laire à Paris. Elle partit malade de
•ce rhume 5 qui , au lieu de dim'uuer
étoit beaucoup augmenté. En arri-
vant à Poitiers , elle tomba malade
tout de bon d'une petite fièvre con-
tijiuc ; & au bout de deux jours-,
fon courage , qui^ne Pabbandçtn'fibit
jamais dans les .grandes occafions' , la
£t partir diligemment , pour avancer
Son chemin , vers Paris. En arrivant
à Amboife , elle fut contrainte d'y
rcficr douze jours , parce que fa fièvre
&: Cl maladie augmentèrent beaucoup ,
6:Ja forcèrent de fe faire faigner plu-.
iîeurs
a r H: hlre d'/t^ne d* Autriche, fi^
*^<^urs Fuis. Madame de Biicnue , (^tii i^^o.
'eut l'honiieui- de la fuivre feule en
î'abience de Çq€ Dames , me conra à
fon reionr , que pendant ce voiaf^e
la Reine endura de grandes inconv
moditcz. Sa maladie ne l'empcchoît
pas de Te ivçmç en caiofle^depuis le ma-
tni jufqnes au loîr.de la même manière
que (i elle eut ér-é en parfaire fanté.
Bile étoit trifte , tant parce qu'elle
fouffioic de fa hewe , que parce
qu^41e n'éroit pas ktisfaiie de l'état
de fes Afraires. Avec tous ces 4n aux,
elle ne le plaignolt point : elle voïoic
avec patience dans fon caroflc les
jrux du -Roi & de Moniteur, que la
Jeuneife & PEnfance ccnvîoicnt à fe
divertir , fans montrer d'en -être in-
^commodée, quoi qu'en effet elle le
fm beauccup. Un jour , -que fa
première Chambre manqua d'arriver,
cette grande Princede avec un accès
da fievie fort violent , & la lalîltude
du Voiage, fut contrainte d'attendre
quatre heures , c^uc fon lit fut arri-
vé , dans une méchante hôtellerie,
ou pour tout meuble on ne trouva
<?^u'uae grande chaife de bois. La
Heine s'y mit , & y demeura fans fc
53Û Mémoires pmr férvlr
16 jo, plaindre , ni ^muimurer contre k$
Officiers ; difant à Madame de Bricn-
ne , qui lui tenoit la tête , Nohs jom^
njes îoHjQurs trop a notre atfe , nous au-
tres : il eji jujh ^tie nous fotijfrions ciml-
que fois. Etant arrivée à Fontaine-
bleau , elle convia le Duc d'Orléans
de la venir voir ; mais , les Fron-
deurs voulurent l'en détourner ^ par
de mauvaifes raifons. Ils fouhaitoienc
de le mettre en mauvaife humeur
contre le Miniftre , fur ce que l'on
avoir mandé à ce Prince les longues
; Conférences que les Ducs de Bouil-
lon & de la Rochefoucault avoient
eues avec lui. Ce prétexte donna un
fujet apparent aux Frondeurs de le
-décrier auprès de ce Prince, &: de
lui faire voir encore davantage com-
bien il lui étoit impo tant de ne' pas
lailfer les Princes fous la Pui(îànct du
Miniftre. La fidélité , qui l'avoic
obligé de fermtir les orcîilies aux
Propofitîons qu'on loi avoit faites à
Bourdeaux , ne lui le» vît de rieîi ; &
fes Enneinî<i , fuît qu'il fit bien ou
.^u'il fît mal 3 de toutes les manières
*travailloient inceifamment à le dé-
{îiuireo Le Telliçr me dit alors , que
.daii;S
k THt/}c!re â"A?me cHAnfrlche, j 31
dans le rems , que les Priionniers k^^o.
avoient été cianfporcez à Marcoiiffi,
le Duc d'Orléans voîanc combien (es
intirées iVoli^coicnt à fe conferver
Ci
la part qu'il devoît avoir à leur Li-
berté , ou à ieur Prifon , iui avoit dit;
^e pti bien ce qpte je pourrois faire là
dejjns ,* mais , j^ fçi^i h'en auffi , qua^
près ce prcf/jUr p<^s ^ il m en faudrait
fdire d'autres : & cela , je ne U' veux
pas. Voulant dire , qu'il eut fallu
s'embarquer après cette adtion à faire
la Guerre à la Reine pour fe faire
Régent.
Le Duc d'Orléans alla à Fontai-
nebleau , après avoir montré publi-
quement fe pi lindre du Cardinal , &C
avoir témoigné peu de defir de voir
la Reine, Le Roi , accompagné du
Miniftre , fut au devant de lui. D'a-
bord ce Prince ne parut point mal
fatisfait : il embrafTa le Cardinal , Se
après quelques petites plaintes , qui
furent adoucies par les juftili.Mtions
du Miniftre , Se le bon traitement
de U Reine , tout parut racommo-
dé. Il fut parlé entre eux de TAf-
fairc qui preiToit le plus , ôc du lieu
OÙ les Princes feroie;it tranfportez,
Z z La
5 5 2. Mémoires pour fervtr
; f> 5 o. La. Reine me fit 1/honneur de me cîke
aufîi-iôt après {o\\ retour à Paria^
qu'elle avoit parle au Duc d Orléans
.du dellein qu'elle avoît eu de les fai-
r€ conduire au Havie , <^ qu'ils n'a-
voit point montré de s'y oppofer,;
mais 3 qu'il avoit feulement répondu
( voilà le s mêmes mots ) n.cz^o fi^
^ ... mez.0 ;7c.*. Sur cela , . les ordres fu-
.i OUÏ, renp^ dontiez en diligence au Comte
).oitiè d'HarcGurt , avec un bon nombre de
• '•• Troupes pour les y mener , & la
Reine fui: en -ce xenconfre obéie
pondlucllcmenr.
Madame de Cbevreufe , étant à
Fontainebleau , procéda au Cardinal
des bonnes intentions du Coadjuteur,
^ l'allùra , qu'il vouloit être tout-à-
fait de Tes Amis , pourvu qu'il le fit
- dardinal. Elle -lui .donna beaucoup
d'Avis contre ceux qui traitoient les
i\fî'aires des Princes , & parut avoir
.^lors beaucoup de defir de s'unir aux g
intérêts de la Reine. Le Garde Aqs
Sceaux de Chateauneuf, qui pendant
ttouc le Volage avoit fait la figure
,d'un bon Serviteur du Roi parut^
,aiiiii -vouloir fe lier entièrement aii;f
icie ,^ '.Sf .Piên^e on .a crû qu'il lui»!;
&
a Vf^'jtolie X Ame d' AhHche, 1^5
fie confciller d'arrérer le Duc de ,^.q
BeauForc , ôc- le Coadjuceur ; difant^
malgré rcxtiêinc liaiion qu'il avoît
eue avec cas , que ces deux hommes
feroient toujours pernicieux au repos
de TEtat : mais , le Cardinal \\6C2L
ie confier en lui. Il avoit eu d'é-.
tranges relations des Frondeurs , pair
les Créatures des Princes qui l'ea
vouloient détacher. Son cœur étok
ulcéré courre eux , & Ton mcconten-
tement fut caufe que Madame de
Chevreufe ne pur porter au Coadja-
•teur que de lointaines e'pérances du
Chapeau , qu'il dciîroit Le dépit
qu'il en eue augmenta fa haine con*
tre le Cardinal Mazarin , & fît que
le Cardinal eniuite en eut encore da-
vantage pour lui. Toutes ces chofes
eurent auffi cet effet , que le Garde
des Sceaux de Chateauneuf , que le
Mîniftre regardoit toujours comme
fon Ennemi , s'éloigna d'autant plus
de l'Amitié du Miniftrc , que les
bons momcns qu'il avoît eus pour
lui ne lui avoient fcrvi de rien.
Le Coacljuteur en ce même tem?,
pour ne rien oublier , & peut-être
par un équitable reper,tir du paire,
Z 3 fit
5 34 Mémoires pour fervîf
16 {& ^^ ^iicore offrir au Cardinal , que s'il
avoir peur de lui , il s'en iroit à Ro-
me , èc qu'étant fatisfait ,11 ne ie
mêleroit plus de rien ; mais , toutes'
CCS belles & louables apparences ne
purent convier le Miniftre à lui faire
du bien , & fon malheur voulut aaiïî
qu'il n'ofa lui faire du mal , eu
écoutant les Propofitions du Garde-
des Sceaux de Chaceauneuf , qui en
ce renconrre parurent {Inceres. S'il
y eut alors en eux quelques favora-
bles momcns pour lui 3 il fut mal-
heureux de ne les pas connoître , &
fort excu fable : y aiant été jufqucs là
toujours fort maltraité , il ne les put
regarder comme àts gens qui pou*
voient devenir fes Amis. Si le Car*-
dinai eut pu efperer alors quelque:
véritable Amitié du Prince 'de Con'
dé \ & quelque docilité dans fa con-
duite , il auroît préféré de fe racom-
moder avec lui à toutes les autres
chofes , tant il étoît las des Fron-
deurs. Peu avant fon retour , il
avoir été peniu en efSgîe dans tous
les Carrefours de la Ville de Paris,
avec des Vers infâmes , &: il avoit fal-
• lu que le Lieutenant Criminel eut
en-
à T Hiflolre d'Ame d'Autriche, $ 5 $
enlevé ces Potences publiquement. Le iG^ol
Cardinal avoit attribue cette hardieflTe
à fes bons Amis les Frondeurs ; mais ,
dans le vrai on crut avec qitelqae fon-
dement que ceux dû Parti des Princes ^
y avoienc eu plus de part que les au-
tres.
La Reine retînt le Duc d'Orléans
auprès d elle à Fontainebleau , tant
qu'il lui fut poflible , & le lailla par-
tir aflfez content , un jour feulement'
avant qu'elle revint à Paris , qai fut
le quinzième de Novembre. Elle Le ij.
nous parut fort changée de fa maladie. 1
Elle étoît foible , & trifte. A fon ar-
rivée toute la Cour la reçût au Palais
Roial , & toute la Fronde s*y trouva
tant en gros qu'en détail.
Le D^\c de Beaufort , qui , à ce
qu'on m'affiira , eût quelque peur
d'être arrêté , vint lui rendre fes de-
voirs. Elle le reçût froidement. Il
en ufa de même avec le Mîniftre , afin
de fe rétablir en honneur avec le Peu-
ple de Paris , qui avoir crié contre lui
AU Ma{arln, Le Coadjuteur vint
aufîî faire la révérence à Leurs Majef-
tez 5 ôc la Reine , lui fit de grands re-
proches de fa conduite.
Z 4 En-
f;y&: A<hmotres pour fervîr
yCiOi^ Environ dans ce même tcms ar*-.,
riva la Nouvelle de lâ mort du Princî-
d''Orange , qui avoit Thonncur d'écre
Gendre de la Reine d'Ang.!ererre. Sa
perte redoubla les chagrins "de cttre
Keioe affligée. Elle le pleura en ma
^ préfence ^ éi me témoigna en être Fot:^:.
touchée, I-l étoit jeune , ô£ dcja ^raiidi
Gapiraînc , aiant donné à toute' l'Ea-
jope des marques de la valeur , de
(à capacité , & de fa bonne conduite.
Ce là je. fus chez la Reine , c]ue' je
trouvai , à ce qu'elle me fie l'honnetir
de me dire ^.plus malade Si plus aboa*.
t-uë qu'a' l'ordinaire. La mort de et
Prince , qu'elle regreta auffi , lui avoIt
xenjpli l'cfprit du louvenir de les pro*
près chagrins; èc des malheurs delà
Reine d'Angleterre ^ palTant à ceux;
qui la regardoient ,. je conclus avec
elle 3 que nôtre Siècle nous àvoit plus
fourni de fujcts de méditer fur la
miferc humaine , que d'occafions dan* .
gereufes de nous perdre par la joie , ôî
le diverti ifement.
La Reine , deux jours après fon re-
tour , prit médecine , pour tâcher de
finir fa maladie. Ce remède , Talanç
beaucoup émue* , la nuit fuiyan^.e
à rHtffotre . d'Anne d'Autriche, 537
elle fe trouva plus mal j la fièvre lui léjO,
reprit violemment , qui lui dura
continue avec redoublement. Jufques
à l'onzième d<,' fa maladie , Ton mal
fÎLit dangereux : il fut caufe , que beau-
coup de perfonnes eurent de la crain-
te Se de la joie , félon les diverfes
paflions & les divers intérêts de
chacun.
Les Princes arrivèrent au Havre le Le ^T-
vingt-cinquième du mois , jour de ^^^
Sainte Catherine. Ils ècoient partis- ^^"^ ^
le quinzième , & marchoiént à petites-
journées , à caufe des Troupes qui les
conduifoienr. Ils elpèrèrent toujours
qu'on les fauveroit ,* & M. le Prince
tenta de fe fauver lui-même dans une
hôtellerie ; mais , de Bar les veilloie
de fi près , que la chofe lui fut impoi-
fible. il fe plaignoît de fes foins , &
dé fa fèvèrîré , & avoit une grande
haine pour lui. Ce fut pour ce Prin-
ce une (cnfiblc douleur 3 dé fe voir'
entre les mains & fous la domina-
tion de la Ducheffe d'Aiguillon fort ■
Ennemie, & une grande mortifica-
non au Duc de Longueville , de rra-
VCrfer en cet état les terres de fon Goa-
vernemcnr. La Duchelîe d'Aiguiilon \
Z j de
jiM 8 Memoly-es pour fervif
vyo, ie fon ;côré , n'en far pas fâchée; ^
quand ils y furent,, elle dit alors à ta
Marqaîfe de Sablé Ton Amie , en rou-
lant les yeux au Ciel , & paroiiîanc
touchée de leur infortune , que depuis
(jm ces pauvres Princes et oient an Ha-
v^e y elle avoif oublie toute U hi^lne
quelle devolt avoir pour eux 5 c^hU lui
femblott depuis cela , (jtt'ils et oient de m .
venHs fes En f Ans -, & qu'en vérité »
aujfî'tot q'4e U Paix générale /eroit fai-
te , elle avjît réfolu dx^is fon ame de -
les bien ferv'r. Le Marquife. , atta-
chée aux intérêts des Princes- , lui ré-
pondît qu'elle les renietcoit à bien;
loin , & que des fentimens, auiîî cha-
ritables 5 6^ auffi chrétiens que les .
fîens dévoient avoir une plus promp-
te exécution. Cette Dame , don: l'ef-
prit pénétrant Hivoit fonder les plis & -
replis du cœur humain * fe mocqua
avec moi de cette bonté afFedée 5
bien contraire , à ce qu'elle croïoit 5
aux véritables fentimens de Madame
d'Aiguillon. P.*ur-ctre qu'elle fe trom-
poir : cette Dame paroilfoît avoir de-
là Piété.'.
La réputation de Monsieur le Prin-
ce imprimpit dans cous les. homm es
une •
à VH'ifloîre d'Ame d'Autriche, $ 3 9
Q^e fî particulière véncratlon pour fa 16 jo,
perfonne , que la Chambre où il avoic
été à Vinccnncs fut vîlltée avec curie-
iité , & avec rcfpcd , de plusieurs
pcrfontics. Madlle. de Scudcri ;,
dont les beaux Ouvrages ont été cé-
lèbres en nôtre Siècle , y alla conime
les autres j 6c venant des œilets
dans àcs pots , que Mr. le Prince
avoît puis plaifir de cultiver , & d'ar-
ro:er poor les tenir fur une terra{Tè ,
où il allûit quelquefois fe divertir ^ el-
le fit ces verb qu'elle laiiîa écrits fur les
niUL ailles de la Chambre , ou de cett«
TcrraiTè , où avoient été ces fleurs.
En vdUnt ces œillets ^ qn^nn illuBre
Guerrier
jirrofoi dune main , qui gagne les
B.itallles 5
Souviens toi qu Apollon a bâti des
murailles ,
Et ne téîonne pas de voir M^rs
Jardinier »
La Reine , après le quatorzième
jout de fa maladie , fe porta un peu
mieux , & cet amandement doruia le
moien au Cardinal de penfer à réca,-
Z 6 bltc -
fj^o Mémoires pour fo'vir
iGjo, ^J^ii' ies Affaires du Roi , qui etoicntc
en mauvais état Tu r la. frontière. Sans
perdre de rems , il partie de Paris le
pre'mîer Décembre , pour aller à l'Ar-
mée. Son delîeiri éroic de retirer
Rliétei des mains des Ennemis , qu'ils
venoient de prendre , & qui paroiC-
foîent vouloir le fortifier , pour y
prendre leur quartier d'hiver. Tou-^
tçs les Trouppes qui étoient à Bour«-
deaux , aiant rejoint nôtre Armée en '
Champagne :, elle fe trouva de prés*dé
vingt-mille hommes, . Le, Miniftre , .^
malgré la faifon qui étoïc avancée j ,
voulût entreprendre quelque chofc'a ,
qui pût réparer, le deshonneur de la:
Campagne ^ îk celui du Maréchal Du-
Pjeiîîs 3 qui avoir été dans l'impulH-
Tance de montrer aux Ennemis ce qu'il]
fçavoît faire* Les pette^ que nous faî-
ifiôns alors en Catalôgne^dont les Efpa- -
gnols prenoient les meilleurs Places ^ ,^
faîfoient aufî! un mauvais effet contre
lé Cardiîial , & donnoient watiere de
crier à ces fortes de gens qui en font.:
profefllon ^ & qui. croient que toute
là. vertu Romaine eft palfée en eux
ppuîvu^ qu'ils aient peflé contre celui [
^m gouyernca ,
aTBlfloîre â* Ame d'Autriche, fi^i-
Beaucoup de raifonncmcns fe firent iC'jqî
fur le dépare du Mmiflre. Il y en eût
<jui crurent 3 qu'il n'étoit pas fâché de
s'él-oigner de la Reine pendant fa ma-
ladie , parce que s'il reur perdue , il
eut été heureux de fe trouver hors de
Paris , où fa vie en tel cas n'auioît ^
pas été en grande fureté j mais cette.
Prînceflc n'étoit plus en péril , quantf ■
W la quitta , & le delféin de ce voiage
étoît fi^t avant même qu il arr'vàt de
Guiénne. Oh l'advertit en partant 3 ,
que les Frondeurs travailloîent puilîa-
ment à corrompre tout à- fait les bon-i-
nes intentions^ du Duc d'Orléans , &t
que ce Prince avoit fait de grandes»
plaintes contre lui , de ce qu'il avoir
ôfé envoîer les Princes au Havre 3
fans un plein conlentement de fa part,; .
Il voioit 5 que depuis fon retour dé ;
Fontainebleau 3 il paroilTôît refroidi: .
avec la Reine ,& qu'ils étoient em-
baralfés quand ils étoient cnfemble, St
particulièrement quand lui-même y,'
étoît. On l'avertit aulfi que le Par-
lement feroir du btuit- en fiiveiir des >
Princes 5 de que Hntrigucde leurs
Serviteurs augmentoit à leur-avanrage^
Tiî)utes . CCS . chofes.; ne Tétonnérent :
point o î
J 4 *- ^^ moires pour fervir
;î^/0o poinr : il crût qu'il falloîc travaillera
ce qui paroi(îoic le plus important , &
de plus grande réputation , ppur lui ,
& iailUr au tems a déaiêlei le refte.
La .'veine me fit l'iioiineuc de me
dire , quelques jours après qu'il fut
parti 5 qu'en la quîtanc ^ il lui avoit
dit , q'-i'il la laifloit làns craitue , quoi-
que bcaucou^> de gens IVuflenr àveiti ,
q'i'il devoir apprehen ter qu'en fc^j
abfenc» on :ie lui lendir de mauvais
offices auprès delle j 6c qu'elle lui
^ avoit répondu , qu'elle éc-nc bien ai(c
que cette o cifijn fe préfentât , pour
lui cémo'gner la fureté qu'il devoir
avoir en fa bonne volonté.
Selon ce qu'on avoir prédît eu Car-
dinal , auiïi rot qu'il fur part!-; le Par-
lement s aîïtmbiaj bi Midamela Prîn-
celTe ^ F mme du Prince de Coudé ,
(car Mi:'ia-ne la Prince (Te fa Mère
etoit alors Fort malade ) préfenra une
Requête , par laquelle elle fe plaignoit
du Cardinal Mazar'n , qui avoir en^
volé M:>nfienr le Prince fon Mari
dan^ un lien , dont Tes plus grands
Ennemis éroient les Maîtres , & dont
ils pouiroient , quand il leurplairoir ,
l'euvoiet dans les Pais étrangers i qufc ^
ceU'
à V Hîflolre et Arme £ Autriche . / 4 5
cela écaiic , elle fuplioit la Cour , d'à- j(j*^\
voir égard a fa Requête , & d'ordon-
ner que les Princes , fclon les Loîx de
l'Etat , & nottament feloala Déclara-
tion dernière du mois d'Odobre fuf-
fent amenez au Louvre , & gardez par -
un Gentilhomme Officier de la Mai-
ion du Roi.
Ce tteRequête fut préfcntée par Des- -
Landes Payen , Confeiller au Parle-
ment , & fort zélé pour les Prînc s.
Elle fut reçue de la Compagnie , avec
applaudiflfement , & donnée aux ^ens
du Roi 3 pour y donner leurs conclu-
rions 5. qui furent que la Requête fe-
roît préfeiitée à la Reine, & quelle
feroit fappliée d'y avoir égard.
Ce même jour arriva la Nouvelle
de la mort de Madame la Piinceire la
Mère qui fut regrettée d'une infinité
de-perfoiincs ; & Ton ne manqua pas
de dire , que le chagrin , <Sc la dou-
leur lui avoient ôté la vie. Cette
Princelfe étoit dans un âge qui pou-
voie encore lai faire efpcrer une lon-
gue fuite d'années. Elle paroifToit :
faine., elle avoir encore de la beauté s .
&. l'on peut croire en effet , que l'a- -
îîU'rtume . de. fa difgrace contribua <.
beaii^ *
j 44 Mémoires pour fervlr
;1^^0, beaucoup, à fa fin. Elle écoit , côirf*
me je crois l'avoir déjà dit lorfque j'ai "
parlé d'elle 3 un peu trop fiere , haiC.
Sfànt trop (qs Ennemis , 6c ne pouvant
leur pardonner. Dieu voulut fans
doute Hiumifîer avant fa mort , pour
ià prévenir de fés grâces , & la faire
mourir plus- chrétiennement. Sans
ce fecours , félon (on tempérament ,
elle auroit fentî avec de grandes impa-
tiences 5 îa peine de fé voir exilée ^
fés EnFans en prifon , & fes Ennemis
triompher d'elle ; mais , Dieu chan-
gea fes fentimens en dé très vcrtueti--
fes difpo(icions. Elle montra d'accep-
ter volontiers toutes ces peines 5 aiia
de participer par cette croix à celle de
Nôtre Seigiieur. Elle fit une Confef.
lion générale à l'Archevêque de Sens ,
qui étoit de ks Amis , & qui par dés
lîîotifs moins folîdes avoît accoutumé
pendant (on bonheur de la vifirer foiL-
vcnt. C'étoit un homme , qui , dans
ce tems-là 5 étoit plein de l'efprit du :
monde. Il avoît beaucoup de lumiè-
res & de hauteur dans l'ame. Sa
réputation étoit nette du côté des
Fèmrnes. Il' foutenoit dîgnemens
la grandeur di la puiirince de TË-
gli-» •
à l' Hljîo tre d'Anne d' /Autriche, . f 4 1
gUfe , & dans les Allemblces du iC^<xl.
ÇAzï2^é il a Tçû plu(ienrs fois porter
fes intérêts avec gloire \ nrïis , il nér-
toic pas égal dans fa conduite : il ai-
moic trop îaCour &:l'lntrigncj& peur-
être que ia vanité plùrôt cjue fa vtrrii
le faifoic foLivcnt agir veitueuremcnr.
En ceite occafion , Ton caractère lai
attira le reipe£t de certe Princelfe ; -5*:
les fer.rimcns de fa Piété , à ce qu'il
m'a dit depuis , lui en donnèrent' à
lui-même. Madame la Princflfe or-
domia à TAbbé de Roquette , cPaller
trouver la Reine de fa part , pour Vaf^
furer , qu'elle mouroit (a îrcs hun^blè-
fervante , quoiqu'elle mourût des dé-
pliifo qu'elle avoit eus de la perfécii-
tion faite à elle & à fes Enfans. Eî^
le lui manda qu'elle la conjuroît , par
le Sani^ dif Jefus Chrift , de Faire quel-
que réflexion fur fa mort , & à^ Çt-
fou venir que perfonne n'étoit exempt
des coups de la fortune. Enfin , cet*
te Princeife finit fa vie dans les maux „
& les fouff/it avec patience. îl eft à-
croire que Dieu l'en a recompenfée ^
& lui a fait mitericorde.
La Reine étoît alors malade. La
dièflince de Midame UPrincedi lui fit .
pitiés.
f 4 G Mémoires po Ur fervW
%6jo. P'"^ • e^le rc^iit fon compliment avêè
ce refpeifl c|iî\ine Chrétienne devoir
avoir pour une pcrfonne , qui en mou-
rant lui parloitau nom de leur Maître
à toutes deux ; mais , elle étoic fi oc-
cupée de fes propres miferes , ôc fi-
abbatuë de fa maladie , qu'elle ne
penfoîc qu'à fe plaindre elle même :
J'avois l'honneur d'être feule auprès
d'elle 5 a la ruelle de fon liCj^^'îand^
cet Abbé lui vint faire ce t.irte com-
pliment. Elle y répondit peu de cho-
fes ; mais , fcloa le chagrin que je vis
dans Tes yeux je fuis perfiadée qu*el--
le p'^nfa bea icoup,& que fes réflexions
furent grandes.
Midame , 6c Ma lemôifclle , ne fii-
renr pas fort aîïl'gées de cette mort ;
mais 5 elle fit celfer leur haine. iMa-
dame étoit confeillée par le Duc de
Lorraine fon Frère , que Madame de
Longueville avoit gagnée , par les in-
telligences qu'elle avoit eues avec les
Efpagnols ; ôc Madame , ne voîant
plus Madame la PrînceiTe , dont la
hauteur lui faifoit de la peine , elle fe
ti'ouva toute difpofée d'entrer plus for^ -
tement dans' les intérêts du Pdnce de
Coudé. Elle redoubla fes confeils
envers m
À r Hlplre d'Anne d'Autriche. 5 47
envers le Duc d'Orléans Ton Mari , & 16 ^ol
Mademoifelle fut de ce même fenti-
ment jmais alors , leur crédit a toates
deux étoit médiocre à l'égard du Prin-
ce
Je ne veux pas finir de parler de la
Mort de Madame la Piincede , fans
remarquer une chofe , que Madame
de Br.'enne me dit alors de cette Prin-
celTe , qui eft digne de Mémoire.
Quaiid cette Dame fut de retour da
Voiatre de Bourdeaux , où comme je
l'ai dit elle avoît fuivi la Reine, &
fervî fidèlement , elle s en alla voir
Madame la Princelîe , de qui elle
avoit Phon eur d'être parente, &
qui Pavoit toujours particulièrement
aîmée» Elle la trouva déjà fort ma-
lade, & quand elle fut dans les agonies
de la mort , elle fe tourna de Ton co-
té 5 & lui dit , en lui tendant la main.
Mi chère Amie » m^ndel^à cette pau-
vre mîfé^Me c^id eft à Stenai ( vou-
lant parler de Madame de Longue-
ville fa Fille ) létat ou vous me votez.-,
& cjudl" apprenne a mourir. Ces
belles parolles ont eu leur effet : Ma--
dame de Longue ville , peu après dé-
tuompée par. fes propres infortunes de
la
y 4 ^ yi^cwffîres pour fervir
î^jo. la faiiiferé des grandeurs de la terr?^.
a fait voir à'toure l'Emopc , par la fc-
vérité d'une ri de penicence , qu'elle a
voulu préférer une vie auftere , & une
bonne mort , à une vie déiicicufe &C
mondaine. C'ed une grande occupa-
tion , que d'apprendre a inoitrir : c'ed
nôrre plus impoi tante affaire y car les
:5atnt cho/ej viJïhUs jet ppur un ier/js , m^h
*• les inv'jjhhs (ont ètfrntllcs.
Madame la Princelfe avoit été foiw
tement occupée de l'amour d'elle mê-
me , & des créatm-fs. Je lui" ai oiii
dire , un i.our qu'elle railloit avtc là
Reine fur Tes Avanturcs pafTées , par-»
iant du Cardinal Pamphile devenu Pa-
pe 5 qu'elle avoit regret de ce que le
Cardinal Béntivoglîo fon ancien: Amf:^
qui vivoit encore lors- de cette élec-*
tion , n'avoit point été élu en &■
place ; afin , lui dît-elle yde fe pouvchr
vanter d'avoir eu des Amans de toî4îes
conditions ; des Papes , des Rois , des
CardinauXy des Princes ^des Tjucs , dit$
Maréchaux de prance , & même des
Gentilshommes , Quand elle devine
veuve 5 comme elle n'avoit pas eii
beaucoup d'amitié pour Monficur le
liince fon Mari, on admira fon bon-
heur^
à VH'(l»tre a Ame d*Amnche, 549
îîc?-.r , fcs richeiles , & fa puidaiicc; j^j.rg^
ir«als 5 depuis ce moment , elle fut ac-
cablée de mille maux , 6c ce fut le
te.ms de Tes plus grands dcplaifirs. Ses
Erifans , qui éco.ciit le fenliblc de Ton
C'Xur 5 lui cauleicnt de grands cha-
grins , &: enfuit-e leur di (grâce la lit
mourir, Leschofes de ce monde font
prefque toutes de cette nature. Nous
y vivons dans une ctcrnclle tromperie:
Kous délirons pour Tordmaire ce .que
130US n'avons point ; & quand ces
biens nous avrivi.nt , c'ell quali toii-
purs pour notie malheur , ou bien
dans un rems , qu il les Faut quitter
Kiial^rc nous.
Madame la PrincclFe n'étant pIuSj
il Falloit que Madame la Princelfe fà
Pelle- Fille , Fut celle Fous le nom de
^ui.on travaillât à la Liberté des Prin-
ces. Le jour pris pour délibérer Fur
la Requête qu'elle avoit déjà préfen-
tée j les < bambies s'alîemblérent. Le
Premier Prcfiient , pour .ne pas mon-
'Xztï de porter les intçrêrs des Princes
svec trop de clialeur , fit difriculcé fur
Cf'tte Requête , à ciule que Madame
3a Pnncede n'étoit pas auc:>n[ee;
^ais , xout-îà-pixipos on heurt.i a la
pQL'Ce
s ( d Mémoire f pour fcrvlr
fi^jO. ^onç de la Grand' Chambre , & îl%
trouva que c'étolt un Gentilhomme
de la parc àcs Princes , qui apportoit
une Lettre fignce des trois Prifon-
niers , qui paroiflbit écrite dans leur
marche , & qui apparemment é- oit con-
tre-faîte. Le Pr mlcr Pieiidenc dit
qu'il étoît difficile , qu'il ( parlant àcs
Princes , ) pulfent écnrtrj5c comme (e
mocquant de tous^ d t ^pas ïmpojfible
poHïtint . m t s difficile : ëc pour
tourmenter le Coadjutcur , ôc le Duc
de Beaufort , n ajouta en leur préfcn-
ce , Ce neft ^^as éjue nous n'alons vti
pendant la Guerre des Lettres de Itt
part de l' Archiduc venir tout k propos
comme celle la , écrites fans doute dans
la rué Saint Denis, Sur cts petits
démêlez , il fe fit un grand bruit dans
la Grand Chambre , que le Premier
Préfidcnt blâma infiniment > difanc
qu'il n'y avoit plus d'ordre dans le
Parlement , que tous vouloient parler
tout-à-la fois j & pour faire remar-
quer en paiîant leur autorité , leur
dit , ijuils avaient tort de parler avec
tant de defordres , vu , (jue par /<*
grâce de Dien ^ ils éto'ent en pouvoir,
de dire lenrs Avis fur les pins granm
de^
atHlftoire â! Antje d'Autriche- f j'i
des affaires de l'Etat. Enfin, on de- i<jO^
libéra ii on donneroit feance au Gen-
tilhomme 5 mais on reçue encore une
autre Rcquêce de la part de Made-
moirelle de Longueville , qui deman-
doit pour le Duc de Longueville fou
Père , la même grâce que Madame U
PrinceiTe 5 pour Monfieur le Prince
Ton Mari , ôc le Prince de Conti fon
Bcau-Frere. Le tems aîant été cou-
fommé à toutes ces procédures, & à
faire des queftions au Gentilhomme,
il fut arrêté par les Gens du Roi , que
vu l'incertitude , fç^voir s'il étoic
<ie la part des Princes , ou non , il
n'entreroit point : vu auili qu'il dit,
, qu'il n'étoit pas envoie par eux , mais
qu'un Garde gagné par les Princes lui
avoit apporté cette Lettre , pour la'
présenter à la Cour. La Délibération
fur la Requête & fur la Lettre fut
donc remife au lendemain neuvième
de Décembre.
La Reine , quoique malade, tînt le «^
Confeil ce même jour , dans la ruelle ^^^
de fon lit , où affiftércnt le Garde des""*'
Sceaux , le Maréchal de Viileroî,
Servien , & le Tcllier. Il y fut réfo-
iiu qu'elle envoieroic quérir les ôens
du
jr^z Mémoire f pour fe^vir
du Roi j ce qu'elle ht : & quand ife
fuient arrivez , elle leur deinanJa ce
que c'ëtoit qu'une Lettre , qui leur
avoit été .préfentée y&c s'informa de
tout ce qui s'étoit paile dans leur
Compagnie.
Le lendemain -^ comme les Cham-
bi'cs s'airembloienr , elle envoia une
Lercre de cachet , par laquelle elle
mandoit les Gens du Roi. Elle leur
dit de demiiider au Parlement , delà
part 5 qaelv]ue tems pour penfer à Tes
Aifaircs ; qu'elle ne trouvoit point
mau\ais Qu'ils délibérafTent fur cette
Requête de Madame la l-rinceilej
niais., que comme le Roi (on Fils y
avoir un aflfez grand intirèt qu elle de-
nianior: huit jours , pour voir de
cyielle manière elle devoir agir en ce
iTnconrre j la maladie l'empêchant
enriércment de s'appliquer à de telles
aîTaires. Cette Dcputacion des GcnB
du Roi vers la Reine occupa le jour
tout entier^
Ce 10 Le Samedi les Gens du Roi firent
'^^'. leur raport aux Chambres alfemblées,
fur ce que la Reine leur dcmandoit.
On délibéra : & le Parlement, par une
libéralité admirable^ donna à la Reine
quatre
a l'B'ijfolre d'Anne à' Autriche, jy^
quatre joLus , au lieu de huit qu'elle kJ^o
avoir déliré; la zwikànt en cela p'u^ du-
rement 5 que la moindre pcnonne de
ion Roiaume.
La Reine commença dès lors à fe
mieux porter , & Vaukier Médecin
du Roi foutinr contre les autres qu'ci-
le avoir jetcée un abcès qu'elle avoit
dans le mcfencere , ce qui étonna tou-
te la Cour, vu le péril où elle avoic
été. Malgré cet am.endement , la
^evre ne la quita pas encore tout-à-
fait.
Le quatorzième on voulut délibérer
au Parlement fur les Affaires pré'en-
tes. Le tems Ce palTa en Difputes
entre les Frondeurs & les Parti fans
àes Princes , de à crier contre le Car^
dinal Mazarin. Ils vomirent contre lui
mille injures ; quafi tous le traitèrent
de Perturbateur du Repos public , ôc
conclurent enfin qu^il falloir fupplicr
le Duc d'Orléans de fe trouver à leurs
Délibérations Ainfîja chofe fut remiic
à une autre fois.
Quoique le Cardinal eut trop nè-«
glîgè d'acquérir des Créatures dans
cette Compagnie , ôc que la Reine
ne prît nul foin d'en avoir par elle-
Tome IIL A a me-
j^4 Mémoires pour fervtr
même velle en avoit néamiioins quel-
i^* que petit nombre , qui fervoient le •
Roi , en cela feuleiiieut d'elnder les
grands coups , & de gagner du tems.
La différence des intcreis,& des La-
balles , étoit grande : elle caaioïc
beaucoup de confufion , & ces UiU
putes faifoienc que leurs Délibérations
n^allôicnt pas fouvent à la concluiion
' des Affaires quiis entre prenoienc.
Chaque Parti n'avoît pas allez de pou-
voir pour faire réiiffir ce qu^l voii-
loif, mais , ils n en avoient que trop ,
tous en général & en particulier pour
brouiller , & pour mettre le delordre
dans l'Etat , & dans la Cour. Les
Princes en profitèrent -, car , les Fron-
deurs étant tout-à-fait dégoutL^ du
Cardinal & trouvant qu'ils etoient
trop foibles pour furmonter ce Pai^ti ,
qui chaque jour augmentoit de for-
ces ,ilsréfalurentdefe rednir enfem-
ble , pour voir s^ils n'y trouveroient
pas mieux leur compte.
^ Le quinzième , Meilleurs du Par-
te if-lement députèrent vers le Duc d'Or-
^-, leans . pour le prier d'affifter a leur^
''"'^^- Délibérations , & cependant refolu-
ttnt , de demeurer incelTament aikm-
I
a t H' floir e d' Anfie d' Autriche, j^y
Hez. Le Duc d^Orlcans qui fur le i^;o-
Chapirrc du Prince de Coi.dë étok
prefquc encore du mcme fcncimenc
que la Reine , pour empêcher , que
la Requcre de Madame la Princeffc
lie fut trop favorablement reçue , !eur
déclara hautement , qu'il ne pouvoic
pas le refoudre. d'y aller s'il n'y étoit
reçu d'une autre manière , qu'il ne
i'avoit été les jours precédens ; que
<^<'aque Particulier y éroit le Maîcre ;
&quc ledefordre étoit tel, que lui
niéme^ n'y étoit pas écouré ; que tout
ce qu'ils faifoîent alors ne fcroit point
lortir les Princes ; quil ne con feillok
pas a la Reine de le faire 5 qu'elle ks
avoit fait conduire au Havre , par de
bonnes raifons ; & que c'étoir lui iri-
nie , qui lui avoir confeiîlé d Je fai-
re. Il le difoit aînfi , pour faire fi-
nir la rumeur du larlemcnt , qui ^e
faifoic en faveur des Princes ; & néan-
moins il avoit fouvent dit fur ce Cha-
pitre , qn^il fe plaignoit de la Reine ,
de ce qu elle les avoit envoyés en ce
lieu 5 fans lui en avoir parlé policive-
ment.
Ce même jour , arriva Nouvelle
•d'une Défaite des Ennemis par Mi-
A a 2 lord
57^ Mémoires peur fervîr
KjJo. ^°^'^ ci*Igbi 5 Anglois qui commandoît
alors dans nos Troupes , àc j'en vis
apporter à la Reine une Enfeigne , ce
c|u'elle eftima beaucoup d'avantage
que le plus beau diamanc du monde.
Elle en reçût auffiiôt après , une au-
tre infiniment plus conlîdérable. Un
Courrier arriva de la part du MinJRre,
qui lui apprit la prife de Rhétel , qui
avoît été emporté par l'Armée du
Roi y en deux ou trois jours , fans y '
faire de circonvallation. Le Cardinal
pouvoir partager avec le Maréchal Du-
Plciîîs 5 une grande portion de la
Gloire , qui en étoît due à ce Général,
par les foins qu'il avoir pris de mettre
r Armée en état de faire de telles
Conquêtes. Voilà cet homme con-
damné par un Arrêt du Parlement , &
pendu en Effigie , qui , malgré la hai-
ne publique , fubfifte dans la Gran-
deur. Il ajoute à fa qualité de Mi-
nîftre celle de Conquérant à la tête
de vingt mille hommes , & prend des
, Places 5 fans montrer de fc foncier de
toutes les injures de fès Ennemis. Se
volant kai des Grands du Roiaume,
& des Peuples , il tachoît de fe con-l
ferver rAmitié des Soldats. Sa ma-
xime
a l' Hlflo We d' Anhe d' Autriche, yf
xime étoic d'aller à l'Armée le plus \6^o.
foLivent q l'il poavoic , & d'y porter
toujours de l'argent ; & il prenoit foin
de régaler les Soldats fur toutes leurs
pedtes nécefîîrez. Cette année , il
leur avoir porté des jufte-au- corps,
pour les garantir du froid ^ qui étoic
déjà grand. Il tenoic trois ou quatre
tables 5 où il reçevoit les OfficierSj,
afin de les acquérir à lui par cette
bonne chère ; fe montrant d'ailleurs
plus doux & plus traittable , que
quand il étoit dans le Cabinet de la
Reine , où pour l'ordinaire il étoic
inaccefîible à tous. La Reine reçut
cette Nouvelle avec beaucoup de joie.
Elle l'accompagna de la modération
qui doit paroitre dans les occafîons
de cette nature , & fouhaita que dans
ce même inftant, que Rhétel pris , ou
pût aller au Maréî:hal de Turenne , le
barre , & le défaire : ce qui fur une
efpéce de prophétie ; car , à l'heure
même qu'elle faifoit ce iouhaîr^l'Armée
du Roi étoit aux mains avec celle des
Ennemis , où commandoit le Maré-
chal de Turenne.
Ce Général rebelle , & Dom Ere-
van de G.imarre , incontinent après
A a ; la
57 s A^emoires pour fervir
i6j;o, la-prife de Rhétel , avec ptes de huit
mille chevaux y ôc plus de quatre mille
hommes de pied, n'étant pas encore a-
vcrcis de la victoire des nôtres ^ corti-
nucrent leur marche , vers cette Ville
qu'ils avoicnr intention de fecourîr,
Ôc ils Pavoîent promis aux afîiégés.
Lorfque les Nouvelles de leur appro-
che furent fues dans TArmée du Roi,
le Confeil de Guerre s'aflembla , Se
le Miniftre y fit réfoudre de donner
Bataille.
Le General , ôc les autres Officiers
de Guerre aiant approuvez cette rc-
folution 3 la plus grande partie de
l'Armée , Ôc qui fe trouvoit au meil-
leur état de combattre ^ fut comman-
dée pour cet efFet. Sept mille Fantal-
fins 3 ôc cinq mille chevaux , marchè-
rent avec toute la diligence poiTible^
pour aller au devant de TArmée Efpa-
gnolle. Les nôtres , n'aiant pour
toute Artillerie que deux Pièces de
Campagne , n'eurent pas plutôt fait
quatre lieues , qu'ils eurent avis par
leurs coorreurs , que le Maréchal de
Turenne paroilfoit au delà d'une ra^
vine 3 qui pouvoic être à trois quarts
de llcucs d'eux, ôc que fur l'avis qu'il
a\oit
à rHlfloîre cC Anne d'Autriche, 579
avoit eu de nôtre marche, il avoir fait j^ ^o.
faire halcc aux Efpagnols, pour délibé-
rer , s'ds feroicnt leur retraire 3 ou
s'ils viendroient affronter nôtre Ar-
mée. Il palTa à poiirfuivrc leur mar-
che 5 11 bien qu'après avoir fait deux
ou trois mille pas le long d'une ravi^
ne 5 qui empéchoit que ces deux Ar-
mées ne fe vifTent , elles defcendirenc
prefque en même tems dans une plai-
ne , où le Combat fe donna , tel
qu'on le peut imaginer entre deux
Armées , toutes deux commandées
par de bons Chefs , munis de vail-
lants Officiers , & de bons Soldats,
accoutumez à fe bien battre. Le Ma-
réchal Du Pleffis , qui fut vu des pre-
miers & en tous lieux l'épée à la main
commandant fes Troupes , ôc comba-
tant les Ennemis , emporta la Victoi-
re fur le Maréchal de Turenne , qui,
pour n'être pas fi heureux que lui,
n'en eut pas moins de réputation.
La Reine fut ravie de voir que /es
fouhaits avoient été accomplis. Il lui
fembla que Dieu , par cette Défaite,
vouloit confondre la malice de fes
perfecuteurs , honorant par un fi fa-
vorable fuccès celui qu'ils avo'ent
A a 4 tort
/ 8 o Mémoires pour fervîr
($/o. rort de méprifcr , & qu'ils haïirofen^
tant /ans fçavoir pourquoi. A cette
Nouvelle je m'approchai de la Rei-»
ne , qui etoit au lit , pour lui témoi-
gner la part que je prenois à fon con-
tentement. Je la trouvai toute péné-
trée de reconnoifîance envers le Ciel^
& après avoir adoré la Providence
divine , en me donnant fa main dans
la mienne j elle me fit l'honneur de
me dire , Prions Dteu , & ne nous
amufons point à autre chofe , qu'à le
yemercier de toutes fes bontez>. Cefi
lui qui m'ajfifte. Le plaîfir , que - le
Maréchal Du-Pleflis reçût de fa Vic-
toire fut balancé par la perte de fon
Fils le Comte Du-PlefTis , Tainé de
la Maifon , 6c honnête homme. Il
en avoir déjà perdu un autre en pa-
reille occafion , en gagnant une autre
Bataille devant Crémone ; & cette
féconde perte lui aîaiit renouvelle
la douleur de la première , il en fut
doublement affligé. Ce même Ma-
réchal m'a néanmoins avoué depuis,
en me parlant de la mort de fes deux
Fils 5 que la joie de gagner une Batail-
le eft fi fwnfible , qu'elle enlevé l'ame
d'un homaie audclfus de tout ce qui
la
a l*Hiflotre â'Anne d* Autriche, $ Z t
la peut toucher dans le monde; me i^jcr.
faifant enceiidre que ce qui regarde
nôtre honneur de notre gloire , nous
pauoit plus propre , Se nous efl: pkis
cher 5 que nos Ènfans , que nous ne
fçaurions aimer que comme d'autres
nous-mêmes , au lieu que r.ous-nous
ahuons bien moins nous mêmes que
nôtre honneur , pour lequel rous-nous
facrifions tous les jours.
Pendant que le Miniftre s'occupe à
gagner des Batailles contre ks Enne-
mis de TEtat , les (iens particuliers,
malgré Tes heureux fuccès , combat-
tent contre lui avec toutes leurs for-
ces 3 & fans qu'il le fâche lui prépa-
rent de grands maux. La PrincefTe
Palatine acheva dans ce tcms-la dt
gagner entièrement Madame de Che-
vreufe , en lui promettant , de la part
des Princes , le Mariage du Prince de
Conti avec Mademoifelle de Che-
vreufe. Ce n'étoit pas un avantage
fort extraordinaire à une PrincefTe de
la Mai Ton de Lorraine , qui étolc
belle & riche , que d'époufer un
prince du Sang afTez mal compofë de
fa perfonnc ; mais , les grands (.\e(^
feins qui furent imaginez fur cetie
A a j Uai«
5 s i Mémoires pour fervlr
ii^/o. liai Ton firent que l'Affaire étant tour-
née par le beau coté qu'on pouvoir
lui donner , devint à Madame de
Chevreufe une chofe d'une giande
confequrnce. Elle entra dans cette
penlée par l'état de la Cour , par le
peu de fiircté qu'il y avoir en l'hu-
meur du Duc d'Orléans , par la
grandeur du Prince de Condé , &
par la confidéracion où ie mcttoit le
Parlement , qui commençoit de lui
être affc(51:îonné. Elle crût enfin,
qu'elle pouvoit beaucoup efpérer de
cette alliance , & que Mr. le Prince à
la tête de les Amis , & de ceux
qu'elle lui donneroir , pourroit tout
ce qu'il lui prendrait envie de pré-
tendre.
Le Coadjuteur , plus difficile que
les autres ^ ne fe lailTbit point gagner
par ceux que la PrincefTe Palatine en-
voioit traiter avec lui ; mais , le ju-
geant entièrement necelTaire à Tes
defTeins , elle alla le trouver elle mê-
me , & fçut fi bien le perfiiader , à
ce qu'elle m'a dît depuis . tant par
fes intérêts que par ceux de Made-
moifelle de Chevreufe qu'il aimoît
tendrement , qu'elle l'engagea dans
ce
à l'H'flotre d'Anne â' Autriche, j 8 5
ce Parti. Elle lui promit , que leiétf©.
Prince de C( ndé le ierviroit dans fa
prétention du Chapeau , 6c lui dit de
plus qu'à Ton défaut , elle le feroit
nommer par la Reine de Pologne fa
Sœur 5 qui avoit un Chapeau a don-
ner : &: Madame de Chcvrcuie , déjà
liée à ce Projet , aida beaucoup à l'en-
gager dans cette Ligue. Le ( oadju-
teur s'étant ^nxin promis aux intérêts
des Princes , travailla aufli tôt à la
liaifon du Duc d'Orléans & des Pri-
fonniers. On avoit fouvent de leurs
Nouvelles par certaines gens qu'ils
avoienc achetez ; & toutes ces propo-
jGtions reçurent leur perfection , par
leur confentement , & leur confirma-
tion.
Le Cardinal kxi averti fur la Fron-
tière de ce qui fe paffoit au Parle-
raent en faveur des Princes \ maisj
il ne fçLir point ce qui fe traitoît fe-
crettement entre les Princes , les Fron-
deurs 5 & la Princelfe Palatine. Ces
Emotions publiques , quoi que d'el-
les mêmes alTez fortes , ne furent pas
capables de l'étonner. Il y eut de
fes Amisj qui lui confeillérent , voîanc
tant de r.umcur dans Paris con-
tre
J §4 Mémoires pour fervîr
i^jo. ^le l^ïi àc ne point revenir ; mais,
ignorant les liaifons qui venoient de
fe faire > il ne s'arrêta pas à leur con-
feil , Se réroKit fou retour à Paris. Il
s'amfflfa quelques jouis feulement dans
Amiens , pour fçavoîr le fucccs de
cette Déiibiratioa 3, Ôc des AlFemblées
du Parlement,
Le même joui' dix-feptieme , que
ia . Nouvelle du gain de la Bataille
étoit arrivée , on délibéra au Parle-
ment fur la Requête de Madame la
Prince (Te , préfentée par Des- Landes-
Païen. B:aucoap opinérenr de faire
des Remontrances à la Reine , difant
quelle feroit très huinblement fu-
pliéede mettre les Princes en liberté,
6c d'éloigner le Cardinal Mazarin des
Affaires , comme incapable , Se Per-
turbateur du Repos public 5 mais,
l'heure venant à fonner avant -que
tous les Confeillers culfent opiné , ni
que le Premier Préfilenc eut recueil-
li les voix de la Compagnie , l'Af-
femblée fut rompue Se remite à une
autre fois. Dans cette journée , un
nommé Menardcau , des Amis du
Cardinal , Se Serviteur du Roi , dit
que les Princes du Sang , étoient
comme
II
à PH-floire d*Anne d'Autriche, ;8y
comme les Enfansde la Maifon Roia- i^jcr;
le j que le Père pouvoit corriger Tes
En Lins fans qu'on pût y trouver à
redire ; que le Parlement anticipoic
fur les droits de l'Autorité Roialcj
qu*il n'avoic point de Jurididion fur
ies x^ctions des Rois , qu'il n'avoic
que le Droit d'exception , c'eft- à-di-
re 3 qu'entre plufîeurs chofês que ies
Rois demandoient au Parlement , il
avoit droit d'en excepter quelques-
unes 5 qui feroient à la foule du Peu-
ple, Mais , ce bonhomme fut fifflé,
& mocqué de route la Compagnie,
comme s'il eut dit des extravagances.
Le Parlement , au fortir de cette
Délibération , fut invité par le Roi
de fe trouver à Nôtre- Dame , au Te
Deurn qui fe chanta ce jour-là , pour
«endre grâces à Dieu du gain de la
Bataille. Le Cardinal envoia orner
l'Eglife des dépouilles àzs Ennemis,
^ cette Gloire augmenta plutôt la
rage de ceux qui vouloient le defor-
Àrç. , qu'elle ne la diminua. Il y a
des maladies où les meilleurs remè-
des fe tournent en poifon à ceux qui
les prennent , à caufe que les hu-
meurs font mal difpofez. La Rei-
ne
58^ Mémoires -pour ftrvlr
'ïl;o. ne , qui voioic le Duc d'Oilcans aii-
toriier tout ce qui le faifoic cnrre el-
le , lui en faifoit beaucoup de plain-
tes ; mais lui , fans déclarer entière-
ment fcs fentimens , qui écoienc en-
core incertains dans Ton ame , lui ré-
pondit toujours qu'il avoit emploie
les Frondeurs à fervir le Roi pendant
fon voiage de Bourdeaux, «5c qu'il ne
pouvoit pas les abandonner , leur
a'ant même promis de les raccommo-
der avec elle ; ce qui , à ce qu'il lui
diioît 5 ne lui devoit pas être tout- à-
faît impofïible.
Le vingr-neuviéme du mois , cette
célèbre l3élibération en faveur à.QS
Princes s'acheva entièrement. Je ne
répéterai point les Avis de chaque
Parti tant de redîtes m'importunent
moi-même. La conclufion fut , (^ue
Remontrances feroiem fuîtes a la Rei> e ,
fur la Prlfon des Princes , & e^H*elle/e'
roît très humblement fup plié c de les rnet*
tre en liberté , ri éiunt point accufez^
d*aucHn crime : Sc les Gens du Roi
■^ furent chargés de demander Audien-
ce à la Reine pour être écoutez. Ils
le firent , &c elle les remit à quel-
ques jours après qu'elle fe portetoic
^ mieux.
a l'H'fiolre d'Ame à* Autriche. 587
aiieux. On ne nomma point le Mi- i^e^^
niftre dans cet Arrête , ies Amis des
Prii'Ccs l'.'iaiK ainfi deiué , à caufe
C|ue le Cardinal , voiant le bonheur fe
tourner de kur côté , par cette fine &
îrompeufe politique , qu'il obfervoic
dans toutes les occafions où il fc
trouvoît embaralfé , leur avoit envoie
donner de grandes efpérances de les
contenter , & leur avoit témoigné
vouloir revenir à Paris avec deflein
de s 'accommoder avec eux.
Le trente & unième de Décembre
nous le vimes arriver , fort bien reçu
de la Reine & du Peuple ^ qui s'a(^
feinbla d^ns les rues , pour le voir
palier. Le Duc d'Orieans n'étoic
point chez la Reine , mais le lende-
main il alla à l'Hôtel de Chevreufè ,
d'où il envoia quérir le Garde des
Sceaux de Chateauneuf , & le Tcl-
licr , & leur dit qu'il n'alloit point
au Palais Roi al ^ parce que de tous
cotez on Pavoit averti qu'on le voii-
loit arrêter. Ces deux hommes re-
venant diie à la Reine les foupçons
de ce Prince , elle les 1 envoia lui don-
ner parole de lûreté , ^ lui dite que
la chofe étoit trcs-fauirc. Le Duc
d'Or-
/ s 8 Mémoires four fervlr
hCfo* d'Orléans aîant repris courage , vînt
alors chez la Reine , & le Cardinal
alla au devant de lui , jufques dans
TAnci-Chambre. Ce Prince en Tem-
braffant lui die quelques paroles aflez
civiles & obligeances $ mais , il n'alla
point chez lui.
Fin du II 1^ Tome,
Cleaned & Oiled
5e^-icv))\^cr Jt
■^^