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Full text of "Memoires, pour servir a l'histoire d'Anne d'Autriche : epouse de Louis XIII., roi de France"

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MEMOIRES. 

POUR SERVIR. 

A LHISTOIRE 

D'ANNE D'AUTRICHE. 

EPOUSE DE 

LOUIS XIII. 

' KOI DE FRANCE. 
( Par MADAM3 diMottsville 
Une de fès Favorites. 
TOME rSiOlSIEME, 




A AMSTERDAM, 
Chez François Changuion 

M. Dec. XXIII. 



'T. 3 



MEMOIRES 

Pour fervir à l'Hidoiro 
D' A N N E 

D'AUTRICHE 

EPOUSE DE 

LOUIS X 1 1 L 

Roi de Vrance & de N^zv/irrCn 



E vingt cinquième les Députez i6\^^ 
de Paris arrivérenc , & le pié- ^^ ^S- 
ïfnîer Préfidcnc , qui fui vit l'éxeai- ^^^^^^*^' 
pic du Nonce , fut traité de mê- 
me manière. Il avoir accoatamé de 
parler avec beaucoup de hardi^iie 
fur les Defordres de l'Etat , ôi le 
Miniftre avoit toujours une gran- 
de part dans fes Harangues , qui 
Teme 1 1 L A etoienc 



2. Memôtrei pour ferv'r 

1^49. étoîent plutôt des Libelles diffama-, 
toires contre lui , que des Remon- 
trances à la Reine. Celle , qu'il fit 
en cette occalion , fut de la nature 
des autres. Après avoir fur ce Cha- 
pitre contenté fon Parti , & la plus 
grande partie de fon Auditoire , il îup- 
plia la Reine défaire cefler les Delor- 
dies5de leur donnex la Paix, & de 
revenir à Paris , y ramener le Roi <Sc 
par confcqueiit le bonheur & la joie. 
Jl dit ces mêmes mots , parlant de 
rintcllîgence , que quelques-uns du 
Parti avoient cûë avec l'Archiduc , ôc 
voulant juftifier le Parlement , ^ue 
€ette grande & îllujîre Compagnie 
éivolt fon intérêt fi étroitement uni à 
cehti du Rsî & de l'Etat , & avok 
Jionné en toutes rencontres de fi glo" 
rieufes marques du z^êîe quelle avoitpour 
le foHîien de l'Autorité Rotalte , (juil 
/toit Jipcile de s'Imaginer ^tie e^ueU 
(^u€S-ms de ceux ^ni la cornpofoient , 
fujlent capables d'oublier le premier & 
le plus jufle de [es devoirs: que ce z^ele 
j/izi.oh paru avec éclat , non [euiement 
Aiit^ms d4 nos Pères , par et fameux 
yfimt mil md^ré les artifcis des 

Etran» 



i r H' ftoîre i* jd^ine d'Autriche, ç 
^tr Angers rendit a la Loi SaiicjHe fji 164Q, 
première vigueur , & fer vit fi fort k 
la confervition de la Couronne dans 
iaugufle Maifon de Bourbon , mais 
encor de leur tems . par le foin que lent 
Compa^^iie avoit eu d' affermir , durant 
Its Minoritez. des Rois , les Régences 
dc's Relues Heyes. Sur quoi la Reine 
■èc M. le Prince dirent quelques pa- 
roles de refTenrimenc , qui cémoi- 
gnoient qu'elle ni lui , n'approuvoient . 
pas ce qu'il avoir dit des Arrêts da 
Parlement touchant la Loi Saliqac , 6c 
des Régences : & le Chancelier dit 
en s'éciiant contre cela , Que le Roi 
et oit le Maître des Ordonnd^ces j qu'il 
les faifoit , & defa'ifoit , comme il lui 
plaifoit ; Ô" que les Compagnies dé- 
voient feulement apporter une oheijfance 
aveugle à leurs volonté'^ Mais , tou- 
tes ces colueftations & ct^ hardieifes 
ne brouilloient point à la Couir ce vé- 
nérable Magîftrat. Le Cardinal Ma- 
zarin avoit fait àts injures , ce que 
Mitridate avoit fait du Poîfon , qui , 
au lieu de le tuer , vîm '^nfin par la 
coutume à lui fervîr de nourriture. Le 
Miniftre , de même , Tembloit paf ^oti 
A A adïeife 



4 jMemoîres pour fervîr 

164.^^ adrefTe faire un bon ufage des Malc- 
didtions publiques : il bcn fervoit pour 
acquérir auprès de la Reine le mérite 
de fouffrir pour elle , ôc d'être la vic- 
time des injuftcs paflions des Sujets 
du Roi ; & beaucoup davantage , 
pour cacher l'Amicié de Tes Amis , 
qui dans le vrai ne l'étoîenc guère. Il 
le voîoic bien fans doute ^ mais , ne 
pouvant mieux faire , il confenroîc 
qu'ils en ufairent aîn(î , pour mainte- 
nir leur crédit , Ôc pour erre mieux en 
état de le fervir dans les bonnes oc- 
cafîons En effet ^ des le foir même, 
le Premier Préfîdent 6c le PrcTident de 
Même , vinrent trouver la Reine com- 
' me des Particuliers , ôc conférèrent 
dans fon Cabinet avec le Mînîftre , où 
fe trouvèrent les Princes , & malgré 
TArrêt que leur Compagnie avoît 
donné contre lui , ils le traîtterent 
toujours de premier Miniftrc. Ils 
firent efpérer à la Reine , avant que 
de partir , une autre Députatîon , 
pour parler tout de bon de la Paix , 
de lui demandèrent finement des vi- 
vres & du bled , pour autant de jours 
qu'on y travailkroic ^ fupputant pour 

cha- 



à /' H\flohe d' Anfie d' Autriche. | 
chaque jour ce qui écoit à peu près i^4c;, 
nccedaire poiu* fournir Paris. La 
Reine ne lenr accorda pas leur de- 
maïKie , mais leur fit cfperer que 
s'ils agllfoienc fidèlement , elle ne leuï 
refiiferoit rien de tout ce qui feroit 
raifonnablc. Les Députez tâchoienr, 
fous l'apparence de la Paix , d'obtenir 
des vivres ; car ils commençoient à 
enchérir , &: le Peuple patilToic déjà 
beaucoup, mais pas alTcz pour eu 
être humilié. La Reine aufîî de fou 
côté 5 Croioit bien faire en leur faifant 
efpérer qu'elle leur on donneroit ; elle 
vouloit embarquer le Parlement , par 
la néceiïité du Peuple , à confentir à 
fes voloncez , & à réduire les Géné- 
raux de Paris à l'Accommodement, 
auquel ils s'oppofoient de toutes 
leurs forces. 

A la féconde Députatîon les bleds 
furent accordés ; mais , la Reine eue 
fujet de fe repentir d'avoir eu pitié 
de ceux qui fouffroîent. Elle re- 
donna des forces à ce Parti , & ne 
diminua pas leur malice , Ç\ bien 
qu'elle perdit les avantages qu'elle 
auroît pu tirer de leur foufFrance. 
A ? Cette 



6 Mémoires pour Jervtr 

164^» Cette Prîncelîe 3 après les avoir fi fa- 
vorablement traités , leur fît donner 
une RéponTe par écrit , qui , poui: 
être inftriidîve , peut tenir fa place. 
dans ces Mémoires. 



R E P O N S E 

De sa Majesté* Aujt 
De'putez du PAaxE^ 

M E N T. 



5, T" E Roi étant au. Confeîl 3 par- 
^, JL/ l'Avis de la Reine Régente fai 
5, Mcre préfente , où étoient auflî 
,, Monfeigneur le Duc d'Orléans , 
,, Mr. le Prince , de autres notables 
j . Perionnages dudit Confeir , déii- 
3, bérant fur ce qui lui a été repré- 
,, fente par les Députez dé la Com- 
^, pagnie fe difant tenir le Parlement 
35 de Paris , a commandé la ptéfente- 
,, Réponfe leur être baillée. 

5, Sa Majefté auroit- eu très grande 
^, raifon de n'admettre pas à fa pré-- 

5, fcncc: 



à rH'flolre d* Anne d* A- triche, y 
5, fence ledits Députez , aiant cha* 1(^49. 
^ qa jour de nouveaux fujets d'ctrc 
,y plus indignée conçue leur Conduite, 
ys & de ladite Compagnie , ôc en ce- 
3, tui notamment dont ils viennent 
y, de lui rendre comotc , & dont elle 
3j avoît d.^ja eu l'avis , d'avoir reçu 
y, un E^ivoié de la part des Ennemis^ 
y, de l'Etat. 

,, Sa Majefté efl: d'ailleurs très 
3^ bien informée des allées & venue*»* 
y, qui fe font faites de Paris à Bru- 
y, xelles , du (ujet de la venue de 
5^ Saînt-lbai & de Sauvetar :, dont le 
,j premier eft avec le Duc de Lon- 
3j gueville ^ & l'autre eft ici prifonnier,- 
,> après s'être aboucliés avec la Du- 
5, cheiïe de Chevreufe, 6c avec des- 
,5 Minîftres d'Efpagnc. 

„ Elle fçait que Laigue , envoie à 
,5 Bruxelles par quelques Particuliers 
35 qui ont conjuré la ruine de l'Etat , 
35 en tant qu'elle pourroît dépendre 
3, de leur malice , a été celui qui a 
3> recherché & fait refondre l'Archî- 
3, duc & le Comte de Pigneranda 
3i.qui le confeille , d'envoier une 
A4. ,, per-.' 



8 Mémoires pour Çervlr 

ï é45>. 35 perfonne exprtiîe à ladite Qom- 
i^ pagn'e avec une fimple Lettre donc 
35 la créance feroit faite a Paris mê- 
5, me , par ceux qui l'avoîent en- 
,, voie • fvlon Itérât où fe trouve- 
„ roîenr pour lors le^ afFares. Le- 
j, êi\i Laigue ne fe contentant pas 
^jd'alTiirer Ici'dits Minières qu'ils en 
35 tireroîent de très grands avantages^ 
33 pour les intérêts du Roi leur Maî- 
tre ; mais 3 ce qui fait horreur à 
le dire 3 qu'ils cauferoient un bou- 
leverfemcnr général dans la France<» 
s'ils fçavoicnt bien profiter de cet- 
te occ afion , par les moi eus qu'il 
leur en fuggéreroit. 
33 Comme ceux qui 3 contre Vm-* 
^, tention & au defçu de ladite Com- 
^, pagnie , ont formé les Mémoires 
^, dont Laîgue a été chargé 3 font les 
^^ sncmes , qui avant que le Roi par- 
33 tic de Paris entretenoient les intel- 
3, ligcnces avec les Ennemis de TE- 
^3 tat 5 pour fe faiûr de la perfonne 
33 de Sa Majefté. 

33 Comme ce font îes mêmes, qui 
„ cravalll©ient alors à exciîer des Sé-^ 

du 



» 



rt fl-iiflolre ^Anm d'Antrlche, 9 
,5 dirions dans Paris ; les mêmes <]ui r.^j^ 
5, ie partageoîent dedans ôc dehors 
3a la Ville 3 pour traiter avec des 
53 Princes qui font depuis entrez dans 
3> le Parti 5 les mêmes qui , après 
35 l'Accommodement fait en ce liea 
35 au mois d'Ocflobre dernier , par 
3, la Déclaration que Sa Majefté y 
35 fit expédier , qui fembloit avoir 
35 ôté pour jamais la racine de toute 
33 divifion ,- reconnoilfans que le& 
3, Ennemis fe reToudroicnt peut-être 
,3 à faire la Paix fur ce qu'ils au* 
>3 roient perdu refpcrancc de voir 
3, naitre des Troubles dans le Roîau- 
33 me , leur firent fçavoir aufïï-tôr 
33 qu'ils ne dévoient point fe mettre* 
3, en peine de cet Accommodement, 
3-3 & qu'ils fcroienr en forte qu'avant 
,3 qu'il fe palfàt fîx femaines 3 le Par- 
3; lement remueroic tout de iiou- 
3, veau 3 & mettroit plus d'Affaires^ 
3, que jamais fur les bras, de la Reî- 
35 ne ; les aifùrant même , qu'il fe- 
33 roit alors fortifié par l'attachement 
_3, de divers Princes ^ autres perfon- 
„ nés de qualité» 
yy Comme ce font les mêmes 3 qui 
A % 33 onç 



lO ) Mémoires pourfervir 

»é45?, i> Q^^f ^^ ^e crédit dans ladite Com- 
» P^g^iie 3 au grand regret des bons , 
,^, de la porter à faire tant de chofes, 
^5 extraordinaires , qui Iç font paf- 
^5 Çècs depuis la fortie du Roi de Pa- 
^, ris : on n'a pas fujet d'être fin-pris : 
j, qu'ils aient encore eu le pouvoir 
^, de Uîi faire exercer cet Ade de 
^5 Souvérainteté , de recevoir des En- 
^3 voies des Princes , & qui plus efti 
^y d'un Prince Ennemi de TEtat , en . 
^5 même tems quelle venoît . de refii- 
^j fer. d'écouter ceux qui lui avoicnc 
^^ été envoies par le Rgi fon Maître^ 
^y ôc fon Souverain . 

^5 Le Sieur de l'Ifle , Lieutenant? 
33^ des Gardes du Corps de Sa Majet" 
^y té > qui alloit de fa , part vers ladite 
33 Compagnie 5 n'y fut. pas reçu, ki 
jj cauft; des formes. Cependant , elle > 
3j en -trouve pour recevoir l'Envoie ^ 
^^ de l'Archiduc , qui ; a les , armes à =. 
35^^ là-main contre le Roi; mais non* 
35 pas. dans fes Regiflres ., ni même • 
35 dans ceux du Parlement de la Li*. 

' ,, Elle refufe l'entrée à Paris à un i 
;)^ Héraut, envoie de la part du Roî , , 
;,,, prenant prçce^^te fur. ce que ceux : 



àrl'HIfioire d'Anne d'Autriche, 1 1 
a, -qui la compofent n^étant pas Sou- i6^<)^ 
5, verains , ils aiiroîcnt manqué an 
,, refpcd: qu'ils doivent à Sa Majefté 
5, en l'admettant i mais , ils oublient 
5, qu'ils font Sujets , & agilfent en 
3, Souverains , quand il eft queftioii 
53 de recevoir un AmbaûTadcui de la 
53 part des Ennemis de l'Etat , qui 
5, cïl un Moine , Aumônier du 
j5 Comte de Garcies , Gouverneui:. 
55 de Cambrai 5 lequel avoir de lon- 
^3 gue main des intelligences dans Pa-- 
53 ris 5 & y donnoit des avis toutes 
53 les femaines , & en recevoir j y 
5, aiant même demeure long - tcms 
53 depuis la mort du feu Roi , Se fait 
yr diverfes menées très préjudiciables 
55 au Service de Sa Majeftc , avec des . 
53 Prifonniers de Guerre Efpagnols ^ . 
^3 qui obligèrent à prendre la réfolu-- 
53 tion de l'arrêter 3 dont Ton évafion ' 
5> empêcha l'effet. 

5 5 II a été aifé à voir que fii créan- 
3> ce a cté compofée à Paris par ceux : 
33 là même qui l'y ont attiré : autre- 
33 ment 5 l'Artifice des Minières ■ 
53 d'Efpagne auroit été trop grofîîer , , 
53 & même de faire dire à ladite - 
33 Compagnie qu'on leur a tout of- 

A6 fcit: 



î2i Jt^emotres four fervTr 

*^49*. »^^^^ P^"^ conclure promprcmcn.r 
5,, la Paix 5 à condition qu'ils aiïîfte- 
^, roienc le Roi è(Q% forces d'Elpagne 
^5 pour oppiimcr ladite Compagnie^ 
3.5 & ruiner Paris : en même teins 
3,, que le Comte de Pigneranda , écrî- 
^, vant ici le douzième Février , fe 
^5 plaint qu'on ne lui air rien faîr 
>, fçavoir par le retour du Sieur Frîr 
>, quet qui iôic précis & individuel 
^j fur les intérêts du Roi fon Maître, 
3., & de Mr. de Lorraine ; & que 
^5 par la même Lettre ledit Comte 
35 prie qu'on lui dépêche une Perr 
^, fonne exprefîc avec quelque plus 
^3 grand. EclaircîiTemenc des inten.- 
,3 tiens du Roi : ce qui fait bien 
5., voir évidemment qu'il n'a pas rc»- 
^3 eu des offres fi avantageufes ponr 
35 la Paix 3 & qu'il ne refufc pas de 
^3. la, traiter ici , pour ne le^ juger ni 
3.3 honnête ni far , comme on a fait 
^3 dire à lad-ite Compagnie par ce- 

' 3,3. Moine. Et 3 en cfFet , enûiite de 

,^ cette Lettre , Sa K^jefté a choiû 
;>., le Sieur de Vautorte, Confeiller 
^3 d'Etat y pour, aller à Bruxelles 5 où 
^y'û. négocie prêfentement- 3 aiant 
^trouvé un fauf-conduit de rArchî- 

;«,du£: 



n rHifloire a Amie à* Autriche, i } 
,5 ^WQ. à Cambrai , pour y paiîcr ca i (?45?^» 
r, toute fureté. 

55 Sa Majeftc , qui veut bien doiv 
5,5 ner à ladite Compagnîe toutes les 
5-5 lumières qui dépendent d'elle, 
>5 pour l'empêcher d'être furprife 
,5 par cet Artifice 5 a eu la bonté 
,5 d'ordonner qu'on falfe voir aafdits. 
,5 Députez les Originaux d.iditcs. 
55 Lettres du Comte de Pigne anda,. 
3, dans lefquelles ils verront aufîi 
,5 comme il fe préparoit à s'avancer 
,5 de deçà pour conférer avec les Mi- 
>5 nîftres du» Roi 5 & donner la der- 
,5 nicre main au Traité de Paix : &. 
,5 il feroit déjà en France , fî les ef- 
ip pérances qu'il a conçiies de tirer 
;5j de plus grands avantages de ces 
yi Divifîons , & les inftances qui lut 
^5 ont été faites à Bruxelles par ceux. 
5.5 qui ont follicicé l'Archiduc à Bruxelr- 
5.5 les d'envoîer vers ladite Com- 
5.5 pagnie , ne lui avoient fait cher* 
5.5 cher des prétextes de différer fom: 
5-5 voiagc. Ib pourront aulîi remar- 
>5 qucr dans lefditcs Lçttres , que ce 
^5 que l'Envoie a dit dé la- part div 
», Roi Catholique eft une manifefte 
ajj.fupofition a^ puis q}i'il lui étoit 

V, iuit- 






1 4 ' Mémoires pour fervlr 

j^4p., a> inipofïïble de donner des ordres 

a, fur des AlFaires dont il ne pou- 

,3 voie avoir encore aucune connoiC 

5, fan ce. 

35 Tout cela , &: beaucoup d'au- 

35 très circonftances que l'on obniet , , 
fembloient obliger Sa Majcfté à ne 
pas recevoir les Députez j mais , . 
55 confidérant qu'il y a dans ladite 
5 5 Compagnie nombre de bons Fran^ 
3, cois 5 bien intentionnés pour TE- 
P5 rat 5 ôc à qui le cœur faigne de 
j5 voir pratiquer à tous momcns ce.- 
05 que la plus grande malice auroic . 
35 eu peine à concevoir 5 Sa Majefté 
35 a voulu en u fer comme bon pcre. 
55 dé Famille , qui 5 quelques grandes • 
^5 que puilfent être les fautes de fcs - 
5, Enfms , ne fe lalïe jamais de leur 
3, tendre la main , pour tâcher à les. 
3, remettre dans le bon chemin 3 <Sc a . 
55 refolu de lui donner encor cette 
55 marque de fa bonté , lors qu'elle 
;» a plus fujet d'être ofFenfée. . Ainfi ^ 
3 5 toute la France verra qu'elle n'a ^ 
3> oublié aucune voie imaginable • 
3, pour la ramener à fon devoir 5 6c . 
3, pour f'obh'ger à faire cefTer les mi- 
3, fer es de Paris 3 ^ à prévenir celles. 
-^ donti 



ai'HIflotre â' Ame d* Autriche, ij 
„ dont le Roîaiime efl menacé par 1649, 
5j les Ennemis Domeftiqucs & E- 
,3 trangcrs. Et , à tout événement, 
,, Cl les cœurs c'coienc encore après 
„ cela fî endurcis , que de ne pas 
3> vouloir rendre au Roi robéiiîance 
,, qui lui eft due 5 elle feroîi: feule 
33 refponrable devant Dieu , devant- 
3, le Roi , la Maifon Roiale , de tous 
5, les Ordres du Roiaume . des maux. 
^j qui en arriveront. 

3, Pour ce qui efl; de la Paix , qui 
53 eft un prétexte qui ne manque ja- 
Jamais à ceux mêmes qui l'appré- 
5, hendent le plus , 6c qui ont le 
5, plus de paflîon de brouiller ; il n'y 
yy a perfonne tant foit peu informé 
yyàts Aflfiîres , qui- ne fçache que 
35. comme les Impériaux. ont été o- 
..blieés de confentir à celle d'Allé-- 
3^ magne qui a cre conclue avec tant: 
yy de gloire & d'avantage pour cette 
,vCouronne , & où elle a eû-mcmc 
^ylieu ; de faire paroître, fa modéra- 
yy toîn en : rendant grand nombre de • 
jy Places importantes &: des Etats en- - 
5^ tiers \ les Efpagnols ~ auroienr été - 
53^ auffi contraints de donner les mains -. 
,>, à un. Accommodement , fi la con-^- 

,;,duitec 



V^' 



î 6 Afemotres pour fer vtr 

1^40. ^> duîte de quelques Facftieux ne lent 
,5- eut fait concevoir de fi fortes et 
^j péranccs de ces Divifions , & de 
, ces Rcmûmens dans le Roiaume, 
j qu*ils ont crû en de voir" attendre 
'^ l'événement pour en profiter. 
' y y Car , pour ce qui eft de l'offre 
9, que l'on a fait faire par le Moine, 
,5 comme de la part de PArchiduc, 
j5 de rendre ladite Compagnie arbi- 
^y tre de cette grande Affaire , quand 
yy la Propofition feroit aufÏÏ finccrc 
55 que toute apparence & raifon ne 
„ veut pas qu'elle le foie , ce n'eft 
,5 pas un Honneur que les Efpagnols 
y, lui rendent ; c'cft une Injure <Sc 
yy un Affuont qu'ils font à tout ledit 
„ Corps. 

5, La France a fou vent offert aux 
yy ETpagnols de fe foumettre à tous 
,5 les points indécis & qui font de- 
,5 mcurez en différend , à l'Aibitra- 
33 ge &: à la Décifion , ou des Pro- 
„ vinccs-Unies , avec le Prince d'O- 
range , ou dudit Sieur Prince d'O- 
range appellent avec lui quelques- 
,y uns^ des Minières des Etats , ou 
,5 de la Reine de Suéde , ou des Prin- 
^ ce S' ou Etats de TEmpire , con-^ 

ipin- 



yy 



à l H'Ilotre d' Anne d*AuHche. iy 
,5 joînrement ou fcparcmcnc ; ainfîi(?45?* 
3, qu'ils aimeroicnc le mieux ; ce 
3, qu'ils ont toigours conftammcnt 
35 refufc 5 & ils s'adrelfenr aujour- 
,5 d'huî à ladite Compagnie pour lui 
35 déférer ce Jugemeut , co.^ a-dire 
3. la Dirpoficîon des plus grands in- 
y, réices que leur Couromie ait à 
3^, démêler avec celle-ci. 

55 Ne lui feroir-ce pas une tache, 
3 5 qu'étant toute compofée de Fran- 
35 çoîs , le Roi d'Efpagne la jugâc 
35 plus portée en fa faveur 5 & s'en 
35 promît un meilleur traitement^ 
33 que de la Reine même qui eft fa 
3, Sœur 3 ou que de tant de Princes 
3i ôc Potentats Etrangers 3 avec qui 
:,, il eft CD Paix 3 de même en Liai- 
35 fon. 

35 Les Efpagnols ont fait voir par 
,3 leur conduite en tout tems , qu'ife. 
33 ne fouhaitent rien tant que la di- 
35 mînution de la Puiflance , de la 
33 Grandeiu- , & de l'Autorité du Roi^ 
33 & cependant ils ont recours à ladi- 
3, te Compagnie par préférence à 
,3 tous autres , & déclarent qu'ils la 
33 GhoififlTcnt pour Arbitre de tous 
a leurs Differens, Peuvent-ils ofFen.- 



iS Memo-re.f pour fef'O'r 

Z<^49. s> Ter plus fenfibleneiit de bons F"rati3» 
j, cois 6c des OS.iers , que de les 
,5 croire capables d'êcre fous un pré-- 
yj texte fpécieux , des InftrumenS' 
^3 propres a l'abaiiremenc de leur 
„ R )i (5^ à l'afFoibliirement dé cette 
3, M )uarchie , qai eft toujours la 
jj principale vifée qu ils ont toujours 
y, en ronces leurs Adîons ? 

5 3 Ceux , qui ont formé Tlnflruc- 
53 tîon du Moine , ont bien mal rai- 
.y, (bniîé 3 de ne s'être pas apper^ûS' 
5, qu'ils lui ont fait détruire d'un 
,3 coté ce qu'ils lui faifoicnt établir 
3, de l'autre. Les Efpagnols fouhai- 
^3 tent 3 dit il , la Paix avec palfîon ,. 
^3 & pour preuve de cela ils font 
jjdifpofs d^en paflfer par le juge- 
33 ment de ladite Compagnie ; mais ,, 
33 Ç\ cette palîîon étoit véritable &' 
3j (incere , refuferoîent - ils tant de 
33 Places & de Provinces entières , 
,., qu'ils difent que le Roi leur a of- 
33 fert 3 pour s'adrelTer à d'autres , 
3, dont tout ce qu'ils pourroicnt at- 
3, tendre de plus favorable Se de plus 
33 avantageux ne fçauroit ctre que la 
3, promclTe de la même chofe , fans 
3.3 efpérance d'aucune exécution , 

5î p.uiC 



à /' H^-o're d' Anne à' Autriche. 1 9 
5, puis qu'elle ne peut jamais dépendie i^4^« 



53 



que des Ordres du Roî. 

,, Y auroit-il quelqu'un affez fim- 
,j pie 5 pour fe perfuadcr qu'ils veuil- 
,3 leur épargner la France ? ils y en- 
55 trcronc avec tnures leurs forces , & 
,j profiteront de ces Emotions , ài'iiS 
5, qu'ils en auront le moien , & qu'ils 
5, verront jour à nous faire du mal ; 
„ mais , l'intérêt particulier de la^lite 
53 Compagnie ne les pou fiera , ni ne 
33 les arrêtera un feul moment : cette 
33 réiolution dépendra purement de 
,3 l'état de leur Armée ; & s'ils ne le 
3, font pas 3 on n'en devra avoir obli- 
33 gatîon qu'à la failon 3 & à leur foi- 
33 blelfe 3 & à la crainte d'expofer leurs 
3.3 Troupes mal à propos.. 

3, Pouvoîent-ils faire une OfFenfe 
,5 plus fanglante à ladite Compagnie 3, 
33 que de la croire une matière facile » 
33 6^: toute difpofée à leur mettre la 
3, France en proie ; que de s'adreifer 
33 à elle 3 fous les fpécieux prétextes 
53 de la Paix 3 ^ de l'affifter , quand- 
3, îls n'ont autre dcflein que de bien 
3, allumer la Guerre Civile dans le 
33 Roîaume 6c de l'enfevelir dans fcs 
^, ruines. 

33 Leurs*' 



10 Mémoires pour fertjîf 

,, Leurs Affaires de to i s cotez, font 
5, en pire érar ( ncore cju'eiles ne pa-« 
„ roilfciit 1 erre j & il eil comme in- 
,, dubitabic , que fi ces Defovlres in- 
3, t(rftins peuvent celfer bientôt , com- 
,, me Sa Majefté y contribue de fa 
53 part , ils feront forcés à donner les 
,5 mains fans délai à une Paix , avec 
3, des conditions avantageiUes pour 
35 cette Coaronne, 

i5 Ceft à quoi Sa M^jefté s'app'î- 
35 que 5 & continuera de le faire , avec 
53 tous les foins poffibles , fans ou- 
35 blîcr aucun des moiens qui peuvent 
35 le plutôt produire ce grand bien. 

35 Qiie fi contre les apparences , les 
,5 Ennemis refufent un Accommode- 
ment honnête <5c équitable , & s'o- 
piniâtrenc à prétendre des condi- 
tions înjuftes & exorbitantes , telles 
que l'Envoie a fupofé qu'on leur a 
offertes , en ce cas , comme la plus 
forte paiïîon de la Reine & fa prîii- 
cîpalle vifée eft le bien de TEtar, 
la Grandeur du Roi fon Fils , «& 



Si 

Si 
sy 
yy 
iy 

^3 de lui pouvoir nn jour rendre 
33 compte de fon Adminîftratîon , fans 
35 qu'il ait occafion de lui en faire le 
^3 moindre reproche j Sa Majefté ne 

fera. 



il r Htflolre d* Anne d'^titrtche, i i 
3, fera pas à la vcrîtd affez hardie Je i^Ag^ 
3, difpofer , quoi qu'à l'avantage d'un 
,5 Frx^re , de ce donc un Roi pupil Se 
3, Ton Fils ic trouve en poireflion pai* 
3, une jufte Guerre , Ôc principale- 
33 mène voîanc que l'Efpagne tient 
3, encor aujourd^'huî divers Roiaumes 
35 que la France a autrefois polfcdés 
33 à jufte titre. Elle ne voudra pas 
3, répondre, fi mal aux bencdidlions 
33 que Dieu a vcriccs fi abondamment 
33 fur cet Etat , que d'abandooner en 
33 un feul jour aux E pagnols le fruit 
33 des travaux de tant d'années , toutes 
35 pleines de bons fucccs : àc ce qui a 
5, coûté tant de peines au feu Roi 3 ôc 
33 tant de fo'ns à Monfeigneur le Duc 
33 d'Orléans & à M. le Prince , qui 
33 ont expofé Ci librement jcurs x'ks à 
^3 mille périls pour conferver les Con- 
,3 quêtes du feu Roi , ôc pour les au- 
,3 gmenter 3 comme ils ont fait 3 de 
33 quantité de Places importantes , & 
^3 d''une grande étendue de Pais , ôC 
33 mondit Seigneur le Duc d'Orléans , 
53 ôc M. le Prince 3 ont déclaré qu'ils 
3, ne fe porteroient jamais à ôter le 
33 confeiller à Sa Majcfté. Ceft pour- 
f> 4^oi 9 en ce cas , elle fe croiroit 

obii- 



'ïl Mémoires pour fervtr 

55 obligée de confiiltcc l'Avis des 
,, Etats Généraux du Roîanmc , qui 
,, font d'jjà intimez ôc qui feront 
55 bientôt aircmblez, fin la Réfolution 
„ qu'elle auroit à prendre ; ne pou- 
iy vaut douter qu'elle ne fiic la meil- 
,5 leure , puifqu'elle auroit été prife 
,, par le confeniemenr général de tous 
.,5 les Ordres du RoiaiiUie. 

55 Pour ce qui cil des Inftances 

^,que lesdits Dépurez ont faites à Sa 

,, Majcfté , quand après fa fortie de 

.3, Paris elle a transféré la Séance de 

.5, laiite Compagnie , ce n'a point été 

55 à delTein de punir , ni les excès paf- 

^5 fés 5 ni de toucher aux perfonnes , 

35 ou aux biens d'aucun de ceux qui 

,5 la compofent : fon but n'a été que 

-9, de travailler & remédier aux Def- 

yj ordres qui ont travaillé l'Etat 5 par 

55 la continuation de leurs AfTem- 

,5 blées . rétablir parmi eux la liberté 

^, des fufFragcs , qui étoic étouffée 

5, par des menaces continuelles , & 

.55 par des Billets qu'on jettoît pour 

,5 rendre odieux au Peuple ceux qui 

.5, vouloient demeurer dans la modé- 

55 ration , éteindre la Fadîon qui (e 

1,5 formoic dzns Paris , & qu'on a de- 

5, puis 



a l* fl'Jtoire a' Anne d' Autrlhe, i^ 
j, puis vu éclore fi puilîance ; lafTcr- i^-i5- 
5, mil- la tranquiliré de la Ville , & ia 
,, mettre en état que le Roi y pûc 
.^, demeurer en fùrcté. 

a, Sa Majcftc depuis avoir envoie 
^, un Héraut à ladite Compagnie , 
.,, pour lui faire fçavoîr qu'elle don- 
^, noit alfùrance des Perlonnes , des 
3, Charges , ôc des Biens , à tous ceux 
qui (e rendroicnt près d'elle fans 
exception d'aucun. Elle lui coî> 
firme encor la même grâce , pour 
tous ceux qui s'y rendront dans le 
^, lixiéme du mois prochain. 

5, Et a l^égard de l'Envoie de l'Ar- 
33 chiduc 5 comme il eût été à foii- 
,5 haitter pour l'honneur de la Com- 
.^, pagnie , que l'Avis des foixante Sc 
fy douze qui vouloient qu'on ne l'in- 
55 troduifit pas , Se qu'on l'envoiâf au 
„ Roi 5 eût prévalu ; auflî la meilleu- 
,5 rc Réponfe , ôc celle que Sa Ma-i 
yy jefté entend qu'on lui falTe , c'efl: 
3, de ne lui en donner aucune ; pour 
yy faire connoître à Ton Maître , que 
„ Cl la Compagnie a été facile à l'é- 
#5 coûter y die eft incapable d'entrer 
ôj en aucune Intelligence & Négocia- 
j,y tien avec les Ennemis de la Cou- 
^^ romic, 5j Pour 



1 4 Mémo 1res pour fervir 

r€4g. ^> ^ou^ ce qui eft de PInftance 
55 que Icfdics Dvpucez font a Sa Ma- 
t> jeil::^ , à ce qu'il lui plaife retirer 
3i (es Troupes des cnviio:is de Paris , 
a, <S<: lallfer le partage ^oar l'cmrée 
:,> àcs Vivres , Tëxécution en dépend 
s> purement de ladite Compagnie , 
3, 6c de la Réfolution qu'elle prendra 
j5 de fe rendre près de Sa Majtfté , 
o, avec les iûrecez qu'elle lui donne. 

5, Ceft ce que Sa Majcfté attend 
„ de la Fidélité , que lefdits Députez 
,, lui font venus protefter j & que 
,, ladite Compagnie par une prompte 
,, ObéilTance fera celler les louffran- 
3, ces de la Viile de Paris , &: les mi- 
sj feres du pauvre Peuple ; afin que 
,, le calme une fois rétabli dans le 
35 Roiaume , puilTe produire bicn-tôc 
5, la conclufion de la Paix générale , 
»5 Se le repos de la Chrétienté. Fait 
55 au Confeil d'Etat du Roi , tenu à 
3, Saint Germain en Laye , le vingt- 
„ cinquième jour de Février mil fix 
^, cent quarante- neuf. 5, 

Signé , De Guenegauo* 

Les Députez, étant arrivez à Pa- 
ris , 



àl*H>.jlmr^ d*Anne d*y^ri friche, iç 
lis , firent leur rapport à la Compa- 1643^, 
gnie . félon cette Rcponfe Se leurs 
particulières Audianccs. Le Premier 
Préfident y reçut des reproches , pour 
a\ oir conféré avec le Cardinal fans le 
relie des Députez, La dediis s'éleva 
dans le Palais un grand bruit , & des 
cris effroiablcs , qui de ce lieu allè- 
rent au Peuple aflemblé dans la gran- 
de Salle , dans la Cou: , ôc dans les 
Rues. Tous demandent des nouvel- 
les de la Dépuration , & comme le 
bruit courut que le Premier Préfi- 
denr avoît conféré avec le Miniftre , 
ils fe mutinèrent & dirent tous qu'ils 
ne vouloient point de Paix avec le 
Mazarin ,* ik quelques-uns propofé- 
rent d'aller chez le Premier Préfident, 
pour le piller , & le punir de ce qu'il 
vouloit s'accommoder avec lui. 

La canaille étoît paiée pour crier 
contre les commenccmens de la Paix. 
Les Frondeurs , qui ne la vouloient 
point 5 ou plutôt qui vouloicn qu'el- 
le fe fit par eux , avoient fait faire 
cette Sédition contre le Premier Pré- 
fîdent j exprès pour l'embarafTer , Sc 
l'intimider ; mais cet homme , aiaat 
déjà montré fa fermeté en beaucoup 
Tomg IIJ^ S d'oc^ 



±6 Mémoires pour fervir 

164^ • d^'occafions , fit voir encor en celle-ci 
autant de courage qu'en toutes les 
autres ; ôc fans s'étonner , il dit au 
Duc de Beaufort , qu'il devoit faire 
appaifer ce Tumulte : autrement,' 
que le Defordre fe feroit fi ,;grand, 
que peut-être lui-même n'en pouvanr 
pas être le maître , il en feroit facile, 
par les grands maux qu'il pourvoie 
caufer à toute la Ville j ôc beaucoup 
des plus con/îdérables de cette Com- 
pagnie fe réiinîrent au Premier Pré- 
fîdent. Ce Prince , k Chef des 
Crieurs , fut enfin contraint , pour 
éviter un plus grand mal que celui 
de revoir le Mazarin dans Paris, d'al- 
ler lui-même appaifer le Defordre^ Il 
> aiTûra le Peuple , qu'on ne le trom- 

poit point, en leur difant à tous, ^'il 
'çhajfcroît le Maz^arîn. Ce bruit étant 
appaifé y on réfolut d'envoier tout de 
nouveau des Députez à la Cour , fepc 
de chaque Chambre , pour aller trai- 
îer la Paix; ce qui donna quelque 
©fperancc aux gens de bien , & fit 
croire à la Reine que les chofcs fe. 
©aflerojent comme elle le defiroîr. 
Elle ne pouvoir pas s'imaginer que 
|cs Députez ôfalfent lui demander 

ce 



à /' fJifto ire d'Anne d* Autriche, 1 7 
ce qu'ils içavoîent certainement qu'cl- 1649, 
le ne vouloic pas Iciu- accorder. 

Le Premier Préfidenr , après avoir 
'fait ce coup , fortanî de la Galerie du 
^Palais pour entrer chez lui, une gran- 
de mLiicitiide de coquins le vinrent 
actaquer. Un de la troupe , Paiant 
menacé de le tuer , ce grave Magiftrat 
■lui die froidement , Mon Ami, qiimd 
je ferai mort , il ne me faudra cjue Jix 
pieds de terre ; & fans fe hâter d'un 
pas 5 il s'en alla chez lui , fort fatisfaît 
d'avoir fait ré foudre cette féconde 
Députation. S'il en éroît content^ 
les Généraux ne Pctoient pas de mê- 
me : elle leur déplut infiniment. Ils 
voioîent que les principaux de la 
Compagnie panchoicnt du côté de 
la Cour i qu'ils n'étoîent pas les Maî- 
tres du Parti , & que la Paix ne pour- 
roît pas à leur gré être le prix de leur 
ambition , de de leurs defîrs : mais, 
ils fe confolérent dans la réfolutîoii 
qu'ils' firent de ne nommer pour 
aller à la Cour que ceux dont ils 
étoient aflurez j & par cette voie, 
ils efpérerent > que l'Accommode- 
ment dépendroît toujours de leur vo- 
ionté. 



i 8 2lIemolres pour pervlr 

"i(j49. Pendant toutes ces Négociations 
l'Armée du Roi prît par force Bric- 
Comte - Robert , qui étoit un boa 
Pofte pour les Révoltez , & dont la 
privation les devoir infiniment in- 
commoder. D'autre côté les Pari- 
/lens enlevèrent aulîî fur les Gens du 
Roi un grand Convoi de Pain de 
Gonefle , parceque la faim donne du 
courage aux hommes les plus pol- 
trons y mais , ce fecours étoit de peu 
de durée , & n'aiant plus à eux de 
paflfages libres ^ ils étoient en mauvais 
ét^vt. 

Ces mêmes jours , on arrêta à 
Saint-Germain le Maréchal de Rant- 
zau. Il fut foupçonné de favorifer 
le Parti Parificn -, 6<: comme il étoîc 
Gouverneur de Gravelines , le Minif- 
tre crut qu'il ne pouvoit prendre 
trop de précautions , pour fe garantir 
des maux qui pouvoient arriver de la 
mauvaife volonté de ce Maréchal. Il 
avoir jufqu'alors bien fervi le Roi j 
mais , la confiance n'a pas été donnée 
aux hommes pour une qualité qui 
leur foit naturelle. Les apparences 
de Ton changement firent aufli chan- 
ger fa fortune. 

Le 



À l'H'flnre d'Ame d' A'* triche. 1 9 
Le deuxième jour du mois de 1^49. 
Mars , les G.ns du Roi vinrent à , 
Saint - Germain trouver la Reine , Mars.* 
pour lui dire la Dépuration ordonnée 
par le Parlement. Ils lui demandè- 
rent des Paiîepoits , Se la flippliérenc 
d^ordonnerdu lieu de leur Conféren- 
ce. Ils firent aufîî quelques inftan- 
ces de la part des Ducs de Beau fort 
ôc de Bouillon , pour y être admis ; 
mais , aiant été bien reçus à leur c- 
gard 5 ils Furent refufez fur l'article 
des autres. On choillt pour le lieu 
de la Conférence le Château de Ruel, 
comme étant à moitié chemin de Pa- 
ris Se de Saint- Germain ; ôc les Géné- 
raux , qui en particulier redoublè- 
rent leurs inftances , n'y furent point 
admis. 

Le Duc d'Orléans , le Prince de 
Condé 5 le Miniftre , l'Abbé de la 
Rivière , & le Tellier , allèrent au 
rendez - vous , où fe trouvèrent les 
Députez 5 avec ordre exprès de leur 
Compagnie , de ne point conférer 
avec le Cardinal Mazarin. Déjà on 
en avoît eu avis à la Cour ; ôc 
Champlatreux 5 Filsdu Premier Pré- 
fidcnt y qui Tavoit dit par ordre du 
B 3 Par- 



jo Momolres pour fervîr 

1^49. Parlement, fut en apparence traîré 
avec beaucoup de rigneur : on kû 
donna même des Gardes pour quel- 
que peu de tems , pour faire voir aux 
Ennemis du Miniftre , que cette Pro- 
pofitîon éio'x odieufe à la Reine , & 
feroît combattue par les Princes du 
Sang ; mais , cette rigueur n'empêcha 
pas que les Députez ne refufafrent 
abfolument de conférer avec lui : ce 
qui caufa un grand embarras entre les* 
deux Partis 3 & donna fans doute 
beaucoup de honte à celui qui en 
ëtoît le fîijer. Le foir du même jour:>. 
que les Princes étoient allez à Ruel,. 
j^'^toîs auprès de la Reine , qui atten- 
doit avec impatience le fucccs de cet- 
te Difpure , fans pourtant en faire 
part aux Spectateurs. Chamarante, 
pranier Valet de Chambre du Roi 
arriva fort tard , qui vint lui dire, 
que la Confc'rence étoît rompue: 
puis 5 s'approchant de la Reine , il- 
lui en dit tout bas à Poreille la véri- 
table caufc. La Reine , qui ne vou- 
loît pas montrer de fentîr ni de voir 
TafFront que le Parlement faifoit à 
fon Miniftre en cette occafion , fe mie 
à lire , & nous dit : // ny a point de 

Co'rl» 



à t Hlflolre à'y^nne d'Jmrkhe, 51 
Conférence ipar conféquent il ny a point I ^49, 
de Paix : ta^n pis pour eux. 

Pendant que ces Difficuîtez arrê- 
tèrent la Conférence , les Généraux, 
qui n'avoient point de part que par V, 
leurs Cabales à cette AirembUe , fe 
vinrent camper avec du Canon à Vil-* 
le juive , menaçant le Mazarin de 
Pembarader , & de lui faire toujours 
naître des obftacles invincibles. Ils 
lui vouloîent faire peur de la haine 
du Peuple , dont ils difoient qu'ils 
ieroient les Maîtres , malgré le Parle- 
ment , & malgré leurs Trairez. Ce 
qui en effet pouvoir donner de Pin- 
quiétude au Miniftre étoic de voir 
que le Parlement paroîfToit approuver 
le^ fentimens de la Populace , & des 
Ge'néraux 5 puifque fî conftammenc 
les Députez refufoîent de s'aboucher 
avec lui en cette occafîon , où il s'a- 
gilToit d'un bien qui leur étoit fî 
confidcrable. 

Le lendemain , comme ils furent 
"prêts de fe fe parer à caufe de cette 
difficulté 5 le Duc d'Orléans , vou- 
lant toujours avoir quelque part à la 
Paix y au lieu de celle que le Prince 
de Condc avoic eue] à la Guerre, 
B 4 trou^ 



31 Ji^cmolrespouy fervlr 

l6^-c). trouva un Accommodemenr quî fut 
que lui , nf Mr. le Prince , n'affillaf- 
fent point à c*ette ConFcrence. Il fut 
rér.>lLi qu'ils fe tiendroient à part , ^ 
le M.'niftrc avec eux , qu'on y lailfe- 
roit feulement le Chancelier &: le Tel- 
lîer; & trouvèrent qu'une Chambre 
entre eux Se le lieu de la Conférence 
ir'empêchero't pis «-l'entrer en matiè- 
re ; ce qu'ils firent : & alors il fembla 
que les Sujets vouloient donner des 
Loix a celui dont ils les dévoient re- 
cevoir. 

Tout ce jour , les Parlementaires 
furent fiers ^ & ceux qui venoîent de 
Rucl à Saint Germain , ne croioîeni 
pas que les Affaires fe pulTenc accom- 
moder ; car > la manière dont ils par- 
loient faifoit croire qu'ils fe ren- 
droient difficiles fur l'Article du Mî- 
niftre;maîs cette férocité fe trouva 
confîftcr en bonne mine , & ces ap- 
pareiices n'alloient qu'à contenter les 
Sots , les Emportez , de le Peuple. 
Le jour d'après , ils changèrent de 
méthode , èc les Députez , prenant 
l'air de la Cour , montrèrent en effet 
que ce charme avoit autant de pou- 
voir fur eux que fur les autres hom- 
mes. 



à VH'iflolre d'Anne d'Autriche, 3 5 
mes. Cependant , les Parifiens , par 1^49. 
'ordre des Gc!néraux & du Parle- 
ment 5 ne lailloient pas de continuer 
à vendre publiquement les meubles 
du Cardinal Mazarin , qui , depuis 
PArrct donné contre lui , avoîent été 
à l'encan , vendus aux pallans , à tel 
prix qu'on vouloit en donner ; ôc fa 
Bibliorheque , ramaflée avec tant de 
foin , fut difperfée à tous ceux qui la 
voulurent piller. 

Le fixîeme , le Cardinal vint faire 
un petit voiage à Saint - Germain ^ 
pour inftruire la Reine de tout ce 
qui fe padoîr. Le foir , après qu'il 
l'eut quirce , comme ceux qui l'en- 
vîronnoicnr ccoîent curieux d'appren- 
dre des nouvelles , la Reine nous dit 
à Mr. le Premier , & à moi , Qh'U 
n'y avait encore rien d'avancé : m aitcu- 
nefolide efpérance d'obtenir ce cjucn de- 
firolt, qui étoit que le Parlement s'hu- 
miliât : puis nous dit cju'k la jîn 
"pourtant , elle croioit que tout irait bien. 
Les Députez avoient dit avoir reçu 
de nouveaux ordres de leur Compa- 
gnie ^ de demander l'éloignement du 
Miniflrc ; & il falut que le Duc 
d'OrIcans fe trouvât fouvcnt à la 
B j Cou- 



? 4. Mémoires pour fervîr 

1^4^. Cônh?rencc , pour dcffendre cckiî 
qu'ils vouloienc attaquer. Maïs en« 
fin , la Difpute fe termina à une Co- 
médie qiii fut habilement jciice j car- 
ceux 3 qui demandoîenc l'abfence du.. 
Mîniftre , fçavoient bien qu'ils ne 
Pobticndroient pas , & comme je l'aL 
déjà dît , ils ne la defiroient peuc-écreL- 
pas beaucoup. 

Pendant cette Conférence ,. il. arri- 
va une Nouvelle qui fit changer les; 
Rcfolutions de plufieurs , qui aug- 
menta les forces du Roi , & dimînua^. 
un peu l'orgueil 6c la fierté des Pari- 
siens. Le Vicomte de Turenne , qui. 
commandoît l'Armée du Roi en AU 
lemagne , & qui s'étok peu, aupara- 
vant déclaré du Parti ^qs Parlemen-- 
taîres ^ à caufe que le Duc de Bouil- 
lon fon Frère eu éioît , & aiant vou- 
lu amener fes Troupes au fecours du 
Parti Parifien , avoît été abandonné 
de toute l'Armée ,.qui voulant être 
fîdelle au> Roi , alla fe rejoindre à Er- 
l'ac y AUeman au fervice de la France. 
Il ne refra à ce Général que deux 
ou trois Régimens 5 en.qai il n'ôfa. 
fe confier ; &: fe voiant lans puit 
fanes 5 pleia de confwfion ^ <^e re- 

pentir,. 



1 



al'Hlftotre d'Anne et Atiir'chi. 5; 
pentir , il fc retira fciil à Heilbrun. 1^49. 

Cette même nuit que le Miniftrc 
coucha à Saint-Germain , Mr. le 
Prince lui cnvoia une Lettre qu'il 
avoit rcçuif du Vicomte de Turenne, 
qui , mallieurcux &c humilie , deman- 
do'r nardon de fa faute. Il le fup- 
plibic par cette Lettre , de lui conti- 
nuer (a Protection , &i d'obtenir à\i 
M. al lire fa ^race & l'abfolution de 
fon pec' e. 

Cette Nouvelle ab.itft pour quel- 
ques jours les forces des Parlementai- 
res & des Généraux ; car , ils avoienc 
une grande cfpérance en cette Armée. 
Ce fecours leur aîant manqué , le 
Cardinal crut qu'il aiiroit alors de 
Tavantagc fur fcs Advcrfaires , & que 
le rétabliffcment de fon Autorité , ie 
fero't aifement. Il commença donc 
à reprendre de l'audace \ mais , ks 
Ennemis, malgré leur mauvaife avan- 
ture , ne diminuèrent ^ueres de cel- 
le qu'ils avoient accoutumé d'avoir. 

Le Coadjuteur ,. vouLanr cacher 
aux Pa'ifiens cette fàchcufe Nouvelle 
d*Allemagne autant qu'il lui feroit 
pofTible , parut au Parlement ce mê- 
me jour 5^ par une Harangue clo- 
B 6 quente 



5 6 Me ?nù:yes po ur fi rvî>' 

1^49. ciiK-ate 5 leur otîrit les Troupes de ce 
General , qui n'en avoir plus , ce qui 
fervit de pâcure à la Populace mal in- 
formée de la vérité. 

Le Miniftre rempli d'efpérance ôc 
de joie retourne à Ruel : il y trouve 
fes Ennemis bien dirpofcz ^ mais pas 
Cl ioumis qu'il Pavoit cru. Deux on 
trois jours fe pallerent en petites chi- 
caneries : il y avoir des heures où les 
apparences de Paix fe changeoient eu 
des apparences de Guerre -, mais mal- 
gré ces fiéquenres variations , il étoît 
facile de jvigcr , que ce qui croit fou- 
haité des deux cotez ne manqueroît 
pas d'ariiver. Maulevrier , Gentil- 
homme de grand mérite, & qui avoit 
beaucoup d'efprît , dîfoit fur cette Af- 
faire , que la Conférence reifembloît 
aux grandes maladies , qui empirent 
d'oidinaire fur le foir, les matins don- 
nent des marques d'un grand amande- 
ment , &: dont les jours de crile font 
toujours bons. 

Les Généraux , qui voui oient fbu- 
tenir leurs intérêts par quelque inven- 
tion , s'aviférenc de faire donner un 
Arrêt de furféance à la Négociation > 
aiundu que la Reine avoit manqué à 

doii- 



a l'Hlfioire d'Anne â^u4iitriche, 57 
cîonner les cent muids de bled qu'elle iCa^, 
avoir promis , chaque jour que dure- 
roit la Conférence. La Reine ^ aîanï 
ciLi qu"'ellene durcroit que trois jours^ 
ne s'étoit engagée qu'à trois cens 
nuiids i & le Miniftre leur avoit, fait 
cct'.e jufte chicanerie , de peur que ce 
qui fe faiioit à Ruel ne fervît feule- 
ment à leur redonner des forces po.ir 
combattre tout de nouveau contre !c 
Roi. Selon cette prudente raifon 3 il 
avoit jugé à propos de faire celîer les 
libéralitez Roiales ; & comme les 
trois jours étoîent palFez , que la Con- 
férence continuoit , &: que le bled ne 
venoit plus , il fe fit à Paris une gran- 
de crièrie. Les Députez , alarmés de 
cet Arrêt , envolèrent fe plaindre à la 
Reine , de ce qu'on avoit manqué à 
leur donner les cent muids de bled 
qu'ils prérendoient leur avoir été pro- 
mis 5 pendant le tems de leur Négo- 
ciation 3 & dirent aux Princes qu'ils 
n'avoient plus de pouvoir de traitter , 
& qu'on leur permît de s'en aller. 
Monfieur le Prince leur répondit fiè- 
rement 5 Hé bien , Adcjfieurs , puis que 
vous navez. fins de ponvolr , allez.- 
vous- en : je fenfe que vous ferez, bien- 

m 



5 8 Monolres pourfervïr 

1^40. ^^^ forcés ae revenir. Comme îcs- 
Dépurez eurent pris leur congé ^ & 
qu'ils Furent forcis du lieu où écoîenr 
les Princes , Monfieur dit à M> le^ 
Prince 5 Aion Coujîn , fi ces gens- ci 
gag?jent le Prlntems ^ ils fe joindront a 
l- Archiduc , & feront un Parti fi 
dangereux a i*Etat , qu alors ce fera à 
notre tour a nous humilier, Prejente-- 
ment que nous les tenons , profitons de^ 
r oc c a/ion , c^' falfons la Paix : C(fi' 
ce que les ç^ens de bien doiver,t fouhai- 
ter. Les Députez 3 de leur coté , qur 
n'avoîent pas envie de s'en allerjmon^- 
îrerent que fi on vouloir fe radoucir 
pour eux , ils ne feroienc pas difficiles' 
à retenir ; fi. bien qu'il fut conclu>. 
que !c3' Députez envoieioîent à l'aris- 
a(furer leur i^aiti que le bled leur fe-- 
roit livré , & par même m oit n prier 
leur Compagnie de trouver bon qu'ils^ 
coniinualfent leur utile travail. Tou- 
tes ces Conférences eurent un fi fa-- 
te 1 1 vorable fuccés , que l'onzième au ma- 
^^"» tin , le Maréchal de Villeroi , qui 
avoir reçu des Lettres de Ruel , vint 
aiïurer la Reine que roue alloit bien;& 
à midi arriva un ( ourrier du Minif- 
îre 5 qui lui apiit que la Paix ctoit af^ 

furée^, 



à /* Hîflolre d' A fi ne d" Ant rîche, ^ 9 
farce , & que tous les articles étoient 1^45^^ 
accordez- de part & d'aurre, <5c qu'elle 
croit prête à iigiier. 

Les Généraux de Paris Furent con- 
viés d'entrer dans ce Traité. On leur 
donna quatre jours pour prendre ce 
parti , au Duc de Longueville huidl, 
a caufe de fon éloignemcnt , avec cC- 
prrance qu'on lui pourra accorder des 
Articles fecrcts dignes de le conten- 
ter ; (Sconfit éfpérer aux- autres quel* 
ques douceurs. Ge grand enchante- 
ment défait^ le foir de ce même jouri 
la Paix fut fignée , & la Reine une 
heure après en reçut la Nouvelle avec. 
beaucoup de joie. On peut dire qu'el- 
le étoît prefque la feule qui goutoic ce 
bien félon toute fa grandeur. L'amer- 
tume 5 que beaucoup de Particulier s^^ 
fcntoîènt dans leur ame , de voir que 
toute cette Guerre ne leur ôroit point: 
ce qu'ils croioicnt être leur véritable 
mal , étoît fi grande , que la douceur 
de là. Paix & du Repos ne leur pou- 
vo't plaire entièrement. Leur imagi- 
nation étoit frapée d'une fi grande 
haine contre la conduite du Minift're, 
elle leur étoit fi odicufc ^.^ leur fem- 
blûic fi mépriiablc^quc les plus grands 

biens 



40 A4e7noir€s Pour fcrvîr 

1649» biens ^v(^c jui, ne leur pouvoient erre 
agréables. Cette aveiTion écoic un 
criftal qui changeoît les objets ■ par 
où ils voioient groffir tous leurs maux, 
& diminuer tous leurs biens , & Çon 
avarice leur donnoit lieu de croire , 
qu'étant récabli dans fa première Puif- 
fàncejelle feroit plus înfuportable que 
jamais Beaucoup de perfonnes dé- 
voient fouhaitter néanmoins , aînfî 
que je l'ai déjà dit , qu'il dcme'urâr. 
i.QS perfonnes , qui écoient en pofte 
de fe faire craindre , dévoient s'ac- 
commoder de lui 5 mieux que d'un 
plus ferme ; & il eft vrai auffi qu'ils 
n'ont jamais voulu le chaiîer tout de 
bon. Les petites gens y rencontroienc 
de même de grands avantages ; car , 
s^'iîs pouvoient trouver le moien de 
fe rendre nécedaires à fcs intérêts 
& à fon Service , il leur donnoit les 
Dîgnitez qu'on avoit accoutumé de 
réferver aux anciens Officiers , 6c à 
ceux qui dans la Guerre , ou dans la 
Robe 5 avoient coniumé leurs vies 
au Service du Roi : 6c les Armées 
étoient commandées par des Lieute- 
nans Généraux , qui , du tems de nos 
Pères , aurçienc été au Régiment des 

Gar- 



à r Hlflolre à* Anne d'Autriche, 4 1 
Gardes , pour apprendre leur mérier. i6^^l 
Il école cncor propre aux Grands Sc^î- 
gneurs ; car , il écoîr prodigue d'hon- 
neurs. Ces iortes de biens ne lui Lil- 
foicnt pas de peine à donner , parce 
qu'il les eftîmoîc moins que l'argent ; 
éc Tes Ennemis , qui lui arrachoienc 
toujours par Force ce qu'ils en defi- 
roicnt , ont eu fujet de ie louer de fa 
foibieife & de fa libéralité. Avec 
toutes ces qualitez G accommodantes 
à TAmbition , ôc au dérèglement de 
rEfprît humain , il écoit ha'f dans le 
Cabinet , & (î les Courtîfans ne fou- 
haitoient pas toujours fa perte , du 
moins on peut dire que tous les Fran- 
çois le méprifoient. Ce mépris étoic 
à la mode ; ôc cette moie 5 qui tenoîc 
de la folie plus q';e de la rai Ion , les 
occupoit entièrement : elle les privoît 
de cette modération nécelTIure aux 
hommes fa^^cs , oui doivent faire des 
jugemens équitables. Aucun ne vou- 
îoit loiier les bonnes qualitez qui 
étoîent en lui. Sa lumière, (à clémen- 
ce, & fa grande capacité , n'ont point 
trouvé de langues dans ces tems-là 
qui aient ôfé parler en leur faveur ; & 
fes Domeftiques mêmes , qui le con- 

noit^ 



4 1 Mémoires pour fervtr 

,"1^49. noînfoîent pins partlcaliereraent^âttrf* 
biioîcnr fouvent à tîmiJîté ce qui pa- 
roifloit de bon en lui. Miis , malgré 
fesdeffaurs Se le murmure qui attaque 
toujours la Faveur & k PuifTance,- 
ceux qui confideieL-ont ce qu'il avoîc 
de bon, lui donneront infailliblement 
des loiia'igcs : les abailTemens où la 
fortune l'a réduit , Se les grandes élé- 
vations qui paroifTcnt orner fa defti- 
née, rempliront fa vie d'une éclatante^ 
gloire i &c ces extraordin"'*res événe- 
mens , qui nous ont caufé de l'éton- 
nement , lui feront partager l'immor- 
talité avec les hommes les plus illut 
très. 

Il y eut encor quelques Difficultez: 
peur figner la Paix 5 parce que les- 
Députez, pour conferver leur crédit à 
Paris , firent mine de s'oppofer à la 
part que le Cardinal comme Premier- 
Miniftre y devoir avoir. Il fallut que 
le Duc d'Orléans montrât qu'il vou- 
loit abfolument qu'il fignât avec eux 
les Articles accordez ; & après cette 
conteftation, ils y confentîrent. Cette 
grimace faite , on vit alors les Dépu- 
tez s'adoucir pour lui ôc entrer en 
compte fur le rcfpecl qu'ils dévoient 



à l'HlfloIre à'yînne d'Autriche 4 $ 
aux volontcz du Roi , de la Reine^ i^4 5?- 
& des Princes. Ils revinrent tous à 
Sainr-Gcrmain annoncer la fin de la 
Guerre , dont quelques perfonncs^ 
outre cette haine générale dont je 
viens de parler , furent For: adligécs. 
Madame la Princelîe fut du nombre^ 
qui 5 voiant ce grand ouvrage achevé 
fans la participation du Piince de 
Contij&: Madame de Longuevillc, ne 
pouvoit s'empêcher d^en témoigner du 
chagrin : & ceux qui avoicnt des Pa- 
rens ou àts Amis dans ce Parti , en 
ttoient au defefpoir , parce qu'il leur- 
écoit dur de voir le mauvais état où 
ils fe trouvoienr 5 & le mauvais fuc- 
cès de cette Guerre , dont on avoît 
efpéré la perte du Minîftrc , & de 
grands avantages pour les Particuliers,. 
Cette cou fternation devint fi univer- 
felle 3 qu'il y en eut d'afiez emportez^ 
pour dire publiquement que cttXQ Paix 
n'étoic pas avantageufe , & qu'il eue 
mieux valu faire la Guerre 3 & qu'il 
étoit du devoir du Roi de punir la 
Révolte de fes Sujets. Sans ôfer dire 
la véritable caufe de leur chagrinjtous 
allaient cherchans'millc fauiTesraifons; 
pour condamner la Paix , 6c couvrît 

leui 



4 i Adem'f'ref pour Cervlr 

i^4p, l<^i-^i* <^onlear. Ils voLiloieiit paroîcre 
zélez pour TEcar , &: aif^ctoienu d'être 
de grands Politiques , lors qu'en ef- 
fet ils n étoient remplis que de paf- 
/îon , Se de haine, il ne Faur pas ou- 
blier de remarquer ici la fermeré def- 
intércllee de NÎ. le Prince qui 9 fans 
confUérer ni fa Famille, ni Tes Amis, 
alla toujours droitement aux intérêts 
du Roi ; & fi le Djc d'Orlcans eut 
agi avec cette même force , la Paix Te 
feroic faite avec beaucoup plus de 



gloire 



Cette Paix , fi peu approuvée , de- 
voit être heureufe , parce qu'en ef- 
fet la Rai fou l'a voit faite. La Reine 
même à la fin l'avoît fouhaittéc 5 fé- 
lon fes fentimens , elle avoît voulu 
dompter le Parlement , & l'obliger à 
rendre au Roi la foumilîîon & le reC- 
pedt qu'il lui c^evoii \ mais fa charité 9 
en qualité de Chrétienne , lui faifoir, 
préférer le remède des maux particu- 
liers que les pauvres fouffroient , non 
feulement au plaifir d'une vengeance, 
mais auiîî à la fatisfadion particulière: 
& comme les principaux de cette 
compagnie avoient , en ces dernières 
occurenccs y montré de vouloir faire 

leur 



à l'Hlftolre d'Anne d^Aanîche. a S 
leur devoir, elle étoît allez contente , , ^^^^; 
n'aiant jamais eu que des intentions 
favorables pour tous , elle fouhaitroîc 
autant que cela auroit été poffible , 
que le Roi fut obéi , & que tous Tes 
Sujets fulfenc contents & heureux. 
Mais , fa joie ne dura guère , parce 
que la bonne foi ne confirma pas cet 
Accomodement. Les Peuples, après 
avoir été ralfafiés de bled <Sc de vivres, 
ne fondèrent plus à leur néceillté paC- 
iee 5 qui même n avoit pas ete rorc 
grande ; & l'emportement des Parî- 
liens , qui fe réveilla , par les foins 
que les Généraux prirent de les ani- 
mer , troubla tout de nouveau le Re- 
pos de la Reine , & caufa de nouvel- 
les Perfécutions à celui qui commen- 
çoit d'efpércr quelque tranquilité- 
dans l'Etat. 

Au(îî-tôt que les Députez eurent fa- 
lué la Reine, ils retournèrent à Paris, 
efcortez par le Maréchal de Gramont: 
ils^furent mal reçus . & fort mal traît- 
tés. La Paix avec le Mazarîn n'etoît 
point un charme pour les Parifiens , 
parce qu'elle déplaifoit à ceux qui les 
gouvernoient. Pluficurs , g^giiés par 
les Généraux y furent crier au Parle- 
ment , 



ié Mémoires pour fervlr 
S ^45. nientj Qdils vouloient la Guerre , pîn^ 
tôt que de confemlr qvie l'Enrernl des 
bons François demeurât ^« France, 
Comme Ruel n'avoit renfermé qu'un 
petit nombre de fages 3 & que l'efprit 
de fagelfe n'etoit point encoi-e répan- 
du par tout 3 la Paix 5 le bonheur des 
Peuples , n'étoit pas reçue" à Paris 
agréablement. Les Provinces fe ré- 
voltoient de toutes parcs. Le Duc de 
la Trimcuille ^ le Marquis d'EftiiTac, 
(k beaucoup d'autres^adembloient des 
Troupes contre le Service du Roi. 
Aladame de la Trimouille , qui étoit- 
habille Se ambicicufe, vouioic que foiî 
Mari fut Prince , comme i(Iu par 
Femmes de Charlotte d'Araî^on Hé- 
ritiere du Roiaume de Naples. Elle 
crut que pour parvenir à fes delfeins, 
il falloit faire quelque mal ou quel- 
que peur au Miniftre 5 (?<: comme ils 
font grands Seigneurs , & qu'ils a- 
voient beaucoup de crédit & de puiP. 
Tance dans leur Province , il leur fut 
aifé d'émouvoir des Troubles en leur 
Pais. Ces Nouvelles donnèrent de 
mauvaifes heures au Minière, & Mr. 
le Prince en reçut auflî du chagrin. Il 
ayoit répondu de la Famille de la Tri- 
mouille, 



k l*Hîflotre à* Ar.m à* Autriche. 47 
ïiiouille, qui avoît riionneur de lui 1649, 
apparrenii" \ ôc pour ne pas paiîèr 
pour duppe en cecce affaire, il moncra 
dans le Confeil une Lettre du Prince 
de Tarente , Fils aine du Duc , qui 
le fupplioit d'affûrer le Roi & la Reine 
de fa fidélité. Il voulut par là rejeter 
la honte qu'il en avoir reçue , fur ce- 
lui qui lui avoit manqué de parole;,& 
par la réponfe qu'il lui fit qui fut fçûë 
à S.Germaîn , il montra qu'il n'ap- 
prouvoic pas Ton procédé. 

Le Samedi treizième on s'affembla Le 13. 
au Parlement , pour voir les Articles Mars. 
de la Paix. Les Généraux firent 
grand bruit , ôc fe plaignireiif haute- 
ment des Députez , qui Pavoient fi- 
gnée fans attendre leur confentemenr. 
Les Fadions furent fi fortes en leur 
faveur , que le Premier Préfident ne 
put jamais rendre compte à la Com- 
pagnie de fa Dépuration , Se tous lui 
reprochèrent qu'il avoit abandonné 
ceux de Ton Parti. Il leur dit qu'ils 
avoîent traitté avec PEnnemî,pendanc 
qu'ils étoient à Ruel , ôc que cette 
procédure marquoit de la diference 
<lans leurs Sentiments , puis que tra- 
^'âillantàla Paix de leur confentc- 



'4 S A^émolres f>our fervîr 

r ^45. ment , ils avoienc travaillé a !a Guerre 
/ans leur aveu ; 6c leur déclara que 
fon delîein écoic de préférer le bien 
public à touces les haines parciculieres. 
Ce reproche éroir véritable ; car ils 
avoienc envolé coût de nouveau à 
l'Archiduc , 6c à Madame de Che- 
vreufe en Flandres , pour cacher de 
trouver les moiens de foutenir leur 
Parti fans le Parlement , dont ils fe 
voiolenc abandonnes. Les Généraux , 
&: ceux qui éroicnt de leur Fa6tion , 
répondirent qu'ils ne Pavoienc pas fait 
fans le confentement de quelques-uns 
de leur Compagnie ; fur quoi le Pre- 
mier Préfidcnc rempli de courage & 
de zélé pour le repos de la France , 
leur die hardiment , Nomme\J-er^ & 
mus leur ferons leur Procès , comme à 
des Criminels de Lez.c - MajeUe, Le 
Peuple cependant faifoic le bruic ac- 
coutumé autour du Palais. & fcachanc 
que le Cardinal avoir Hgné la Paix , 
quelques-uns de cecce canaille , paies 
pourmal Faire, s'aviférenc d'aller qué- 
rir le Bourreau, /70rtr brûler^ à ce qu'ils 
difoient les Anicles de cette Paix , 
qu'ils ne pouvoîent foulfrir , &: mena- 
cèrent à leur ordinaire le Premier Pré- 

fident 



à /' H'flolre d* Anne et Autriche . 4 9 
fidentdclc tuer. Mais lui , qui étoit 164. 
accoutume a ces douceurs . /ans en 
faire grand cas , envoya dire aux Bour- 
geois de prendre les armes , afin de fai- 
re tenir le Traité fait par eux ; & leur 
manda qu'ils a voient înrcrét au Re- 
pos public , & qu'ils dévoient alors 
mv)nfrer s'ils écolent gens de bien. 
Ils lui obéirent, & les Généraux Te 
trouvèrent fort incommodes de fa 
réiîflance. Cela fat caufe que les Con- 
fcils redoublèrent dans la ruelle de 
Madame de Longaeville. Cette Prin- 
ceiîè , auffi bien que les autres , étoît 
fort mai fatisfaite du mauvais état de 
leurs affaires ; &: n'oublioit rien pour 
le rendre meilleur. 

Le Premier Préfidenc n'étoît pas 
tout à-fait le Maître , à cauTe que 
les Princes avoîent beaucoup de pou- 
voir fur le Peuple , & de grandes 
Cabales dans le Parlement II en- 
voia rendre compte à la Cour de 
tout ce qui fc palloit , & demander 
avis fur ce qu'il avoit à faire , pour 
vaincre toutes les Difficultcz qui fe 
rencontroient à l'exécution du Trai- 
té. La Reine lui cnvofa Sain tôt lui 
ordonner de faire enregiftret la Paix, 
7ome III. C 2>c 



jo Mémoires pour fervlr 

640, ^ liiî promettre qu'après cela on ne 
refuferoit point d'accorder aux Gé- 
néraux les Demandes qu'ils pour- 
roient faire , quand ils n'auroient que 
des prétentions raifonnables. Les Gé- 
néraux emploiérent toute la nuit du 
quatorze au quinze à folliciter leurs 
Amis 5 ôc à fortifier leurs Cabales, 
afin de pouvoir réiiflir au defleiii 
qu'ils avoient de s'accommoder avan- 
tageufemcnt. Le lendemain , le Par- 
lement s'aifembla , pour la ratifica- 
tion de la Paix , & poar tâcher 
d'établir le repos de la France ,, mal- 
gré les Troubles qui l'agitoient ; mais 
les Fadions furent fi fortes > 5c les 
Difficultcz fi grandes , que la Com- 
pagnie demeura afiemblée jufques à 
îix heures du foîr , dans une conteC- 
tatîon continuelle. A dix heures, 
Saintot arriva à Saint-Germain com- 
me la Reine foupolt ^ qui lui dît, Que 
la Taix êiolt reçut . a oinàîtlon que les 
mêmes Députez. "'!e:idrdîcnt vers elle, 
pour traiter des tr,té} et: s des Princes , & 
de tous ceux di) Parti , & faire très 
humbles Rèmonftrance s fur ûjHelques Ar- 
ticles du Traite qu'iu demandaient être 
révoqués. Voici quels écoîent les Ar- 

d- 



?î rHifloire d'Anne d'Autriche 5 1 
tîclcs de cette i^aix (î contcftce. Les 16;^ 
ciiricnx prendront la peine de les li- 
re s'ils les veulent fcavoi-L : Ils ont 
éié écrits fur l'Imprimé (^ui en fuc 
fille alors. 

,, T E Roî 5 voulant faire connoî- 
,, Ly cre à fi Cour de Parlement & 
), au^ Habîtans de fa bonne Ville de 
.j, Paris , combien fa Majefté à agréa- 
5, ble les foumîfïîons refpcdlucu- 
j, fes qui lui ont été rendues de 
3, leur part , avec aflfûrance de teurs 
55 Fidélités & obéilîance , après avoir 
„ coniidéré leurs Proportions qui 
53 ont été faites , a volontiers , par 
j, TAvis de la Reine Régente fa Me- 
,5 re accorde les Articles qui enfui-« 
5, venc. 

5, I. Le Traité d'Accommodement 
,, étant (igné , tous ades dlioftilité 
5, celTeront , tous les palfages tant par 
35 eau que par terre feront libres , & le 
35 commerce rétabli. Le Parlement fe 
35 rendra , félon l'ordre qui luy en fera 
„ baillé par fa Mijefté , à Saint Ger- 
5, main en Laye , où fera tenu uti 
35 Lit de Jijftîce par Sad. Majefté, 
,3 auquel la Déclaration contenant les 
G 2 Ar- 



5 2. Mémoires tôUr fervtr 

^49.! 5, Articles accordez par Sa Majedé 
,3 fera publiée feulement apre's quoi 
3 5 le Parlement retournera à Paris 
,, faire fes fonctions ordinaires. 

„ 1 1. Ne fera point fait d'Affem- 
55 blée de Chambres pendant l'année 
j5 mil fix cens quarente neuf , pour 
3 5 quelque caufe que ce foît , fi ce 
j, n eft pour la Réception d'Officiers 
33 & par Mercuriales : & aux dites 
33 AfTemblées , ne fera traité que de la' 
5, dite Réception d'Officier , & de 
33 Matière Mercuriale. 

3,1 II. Dans le narré de la Déclara- 
33 tion qui fera publiée 3 il fera enon- 
33 ce que la volonté de Sa Majeflc 
33 eft que fes Déclarations des mois 
33 de Mai &: Odobre mil fîx cens 
33 quarente huit 3 vérifiées en Parle- 
33 ment 3 feront exécutées , excepté 
53 en ce qui regarde les prêts 3 ainfî 
3, qu'il fera expliqué ci après. 

33 1 V. Que tous les Arrêts , qui 
33 ont été rendus par ladite Cour de 
33 Parlement de Paris , depuis le 
33 (îxiéme de Février dernier jufques 
3.5 à préfent 3 demeurei^nt nuls , cora- 
„ me non avenus 3 excepté ceux qui 
a, ont été rendus 3 tant avec le Pro- 
cureur 



à P H'^oîre d' Ame d* Autriche, j 5 
5, ciireiir Général qu'avec les Parti- 1649 
3, CLilicrs pr^'fciis , tant en Matière 
5, Criniincrlle que Ci ville , Ajiidîca- 
,,tion par Décrets , Ôc Receptipa 
„ d^Ofticiers. 

3, V. Les Lettres de Cachet de Sa 
,, Mij 'lié . qui ont été expédiées, 
,, fur le mouvement arrivé en la Vil- 
)) le de Paris comme auflî les De- 
j, claratîons qui ont été publiées en 
)) Ton C )n(eil , Arrêts dudit Con- 
55 feil fur le même fujet , depuis le 
fy cinquième de Janvier , demeure- 
j, roiit nuls comme non avenus, 

,, VL Qiie les gens de Guerre » qui 
,3 ont été levez , tant en la ditte 
3, Ville de Paris , que dehors , en 
„ vertu des pouvoirs donnez tant 
„ par le Parlement que la Ville de 
35 Paris , feront après l'Accomode- 
5, ment fait lîcentiez ; Se alors Sa 
35 Majcfté fera retirer fes Troupes 
5, des environs de la Ville de Paris, 
a, ôc les renvoyera au lieu des Gar- 
j, nifons , qu'il leur ordonnera , ainfî 
35 qu'il a été pratiqué les années précé- 
,5 dentés. 

„VII. Les Habîtans de la Villa 

j) de Paris poferont les armes bas, 

C 3 après 



j4, Mémoires pour fer vîr 

1^45?. :» après PAccomodcmenr fait & fîgne, . 
55 fans qu'ils puilfenr les reprendre que 
55 par l'ordre & eommanGlemeiir exprès 
5 5 de Sa Majcrfté. 

5, VIIL Qiie le Dépuré de l^Archî- 
55 duc 5 qui efl à Paris , fera renvoyé 
55 fans réponfe le plûroc qu'il fe pourra 
55 après la Signature du préfent Article. 

55 1 X Qiie tous les Papiers <5c 
55 meubles , qui ont été levez appar- 
5, tenans a Particuliers qui font en 
3,. nature leurs (èront rendus. 

3, X. La Bidille , enfemble P Ar- 
as fenal y avec tous les canons 5 bou- 
:» lets , grenades 5 poudres 5 & autres 
3, munitions de Guerre , feront re- 
35 mis es mains de Sa Majefté 5 après 
33 l'Accomodemcnt fait. 

55X1. Que le Roi pourra cm- 
.5 prunter les deniers que fa Majefté 
:,3 jugera necelTaires pour les dépen- 
55 fes de l'Etat 5 en payant l'intéréc 
55 à raifon du denier douze , du- 
5,rant la préfente année & la fuivan- 
55 te feulement. 

5, X 1 1 Qiie Monficur le Prince 
3» de Conty , & autres Princes, 
3, Ducs 5 Pairs 5 Se Officiers 5 de la 
3, Couronne , Seigneurs Gentils- 

ho m- 



à r Htfloîre d'Anne à* Autriche, ^ j 
5, hommes , Villes , Communautez , 1645;, 
^^&c ancres Per Tonnes de quelque 
,, condition de qualité qu elles foient , 
3 qui auront pris les arn)es durant 
,5 les Mouvemens arrivez dans la Vil- 
55 le de Paris , depuis le cinquième 
,, Janvier dernier , jufqucs à-prefent , 
55 feront confervés dans leurs biens ^ 
55 droits , offices 5 honneurs 5 privile- 
>» g^s , prérogatives , charges , ôc 
55 gouvernemens , Ôc en tel & fcm- 
5, blable état qu'ils étoient avant la 
55 prife des armes , fans qu^ils puiC 
55 lent être recherchés ny inquiétés 
55 pour quelque caufe & occafion que 
,5 ce (bit 5 en déclarant par les deflfus 
3^ dits nommez , fçavoîr pour Mr. 
,,de Longueville dans dix jours, &C 
^5 pour les autres dans quatre jours , 
5, à compter de celui que les pafTa- 
55 ges tant pour les Vivres que le 
,5 commerce feront ouverts , s'ils 
j, veulent bien être compris au pré- 
35 fent Article. 

55X111. Et 5 à faute par eux 
5, de faire leur Déclaration dans 
55 ledit tems 5 îcelui pafTé 5 le 
5, Corps de la Ville de Paris , ni 
yy aucuns Habitans d'icelle 5 de qucl- 
C 4 que 



f 6 Jldf^motres pour f^rvîr 

i6'4 9. ,, que cond.'cion cju'ils foienc , ne 
^, pré-ndronr plus aucune part a leur 
3, incéréc , & ne les aideront ni affif- 
„ rcronr en chofe quelconque ^ fous 
,, qu 'Ique prétexte que cc lb;t. 

55 X I V^. Le Roi 5 pour témoîgnei: 
55 Ton affedion aux Habitans de la 
, 5, bonne Ville de Paris , a rëfolu d'y 
5, retourner faire foi (cjoir au plu- 
5, tôt que les Affaires de TEcac lui 
5, permetront. 

5, X V. Sera accordé Quittance 
5, générale pour deniers pris & le- 
55 vez ou reçus , tant du Public que 
5, èLQ% Particuliers , meubles vendus 
55 tant à Paris qu^'ailleurs 5 comme 
35 auflî pour les commillîons don- 
5, nées pour la levée des Gens de 
55 Guerre ; même pour enlèvement 
5, d\irmes , poudres 5 & autres mu- 
^, nitions de Guerre & de bouche 5 
' 55 enlevez de l'Arfcnal de Paris. 

,, XVI. Les Elevions de Xaintes , 
55 Coîgnac , &: Saint Jean d'Angeli 5 
55 diftraittes de la Cour des Aides de 
55 Guyenne , feront reiinîes à la dite 
5, Cour des Aides de Paris comme 
55 elles c: oient auparavant TEdit ô^ 
5, Déclaration de. . . , 

XVIL 



hrHifloireà^Anne à' Autriche. 57 

,5 X V I I. Au cas que le Parlement 1^45;. 
,5 de Rolien accepte le préfcnt Traît- 
5, te dans dix jours , Sa Majefté 
5, pourvoira à la Supreffion de nou- 
3, veau Semeftre , ou renvoiera de 
,, tous lesdits Officiers dudit Semeftre 
,, ou de partie d'iceux au Corps dudic 
,5 Parlement. 

,, X V I 1 1. Le Traîtcé , fait avec 
3, le Parlement de Provence , fera 
35 exécute félon fa forme & teneur , 
,3 & Lettres de Sa Majefté expédiées 
35 pour la Revocation & Supreffion 
35 du Semeftre d'Aîx (5c Chambre des 
^35 Requêtes , fui vaut les Articles en- 
35 tre les Députez de Sa Majefté & dti 
5, Parlement du Pais de Provence le 
35 douzième jour de Février dernier , 
3, dont copie a été donnée aux Dépu- 
35 tés de ia Ville de Paris. 

55 X IX. Qiiand à la décharge des 
,> Tailles propofée pour l'Election de 
3, Paris 5 le Roi fe fera informer de 
35 PEtat auquel Te trouvera ladite Elec- 
35 tfon lors que les Troupes en feront 
35 retirées éc pourvoira au foulage- 
35 ment des contribuables de ladite 
35 Eledîon comme Sa Majefté jugera 
5, iiéceiliure. 

Cj 3, XX. 



5 8 Mémoires pour ftrvlr 

1649. *j>XX. Lors que Sa Majefté en- 
5, voicra des Dépucez pour traitccr la 
y. Paix avec l^£(pagne , elle choifira 
,^ voioiuiers quelqu'un des Officiers 
iy dudic Parlement 5 pour affifter aa- 
^ dît Traître avec le même pouvoir 
33 qui fe donnera aux autres. 

5, X X I. Au moien du préfent 
35 Trairté les Prîfonnîers qui ont été 
3, pris de part & d'autre feront mis 
3, en liberté du jour de la fignature 
yy d'icelui. Fait & arrêté à Ruel , le 
35 douzième jour du mois de Mars mil 
,, fîx cens quarante neuf. 



;>5 Gafton. 



^j Loiiîs de Bourbon, 



^i Le Cardinal Ma- 
zarin. 



55 De Mêmes 
d'Avaux. 



j, Segu'er, Chan- 
celicr. 



De Lomenîe, 



yy La Meîlîeraîe , Ma- 
i'échai de Finance. 



y y La rivière, 
j, Le Tellier. 



^ef^ 



n IHlftoire d'Anne d* Autriche, j 5) 

Mejfienrs du Parlement, 

,, Mole 5 Premier ,, BrifTonnct. 

Préfidenr. 

3, De Mêmes, ,, Mcnardeau. 

55 Le Coigneux. ,3 Viole. 

5, De Nemond. 3, Le Fcbvre. 

5, Bkaac . ;5,DelaNoue 

5, De Longlieil ^5 Le Cocq Cour- 
„ Paluaa. beville. 

Mejfieurs de la Chambre des Comptes, 

j5 Nîcolaï. 5, Paris. 3, L'Efcuyer. 

Mejfieurs de la Cour des Aides, 

3, Amelor. 

^, Brageloyne. 53 Qnatrchomme. 

Mejfieurs de l'Hôtel de Fille, 

3,Tournîer. 

5, Hehot. 35 Barthelcmî. 

Cette Conteftatîon foutennë avec 

tant de malignité par les Chefs du 

C 6 Parti 



(f o Aismo ire: pour ftrvtr 

1^4.0. Parti Parifien j qui rcgardoient fcLiIe- 
menc à leur intérct particulier , fie 
croire que ce n^écoir pas une fin à la 
Guerre y ni une véritable concliilioii 
de la Paix. hç.s railonnemcns qui fc 
£rent alors par les Politiques con- 
cluoienr , que le Miniftre n'étoic pas 
encore tout à fait en fureté j ce qui 
fut à beaucoup de perfonnes qui àeCi" 
roîent le Defordrc un renouvellement 
d'efpérance qui leur plailoit infiniment:, 
mais , comme le bon fcns faîfoit claî- 
rement voir aux Gens de Li Cour , que 
les Généraux VxO. vouloic^nt faire du 
brait que pour s'accommoder plus 
avantageufement , ils voioicnt à leur 
extrême regret que cet eipoir écoit 
mal fondé. 

Les Députez des Généraux , vien- 
nent à Sainr-Germain , ils font leuc 
Remontrance à la Reine , qui fut 
liumblc & courte ; mais les Difficultcz> 
qu'ils fiiroîcnc fur les principaux Ar- 
ticles de la Paix déjà fignée , mon- 
troient a&z qu'elle écoit reculée. Les 
Généraux s'étoient rendus les Maîtres 
de Paris , & ils fc trouvèrent en état 
de pouvoir contraindre les plus figes 
à ne rien faire de tout ce que leur de- 
voir 



k rHlfîolre d'Anne d* Autriche. 6 r 
voir leur inipofoir. Comme ils n'a- 1(^45?» 
voient pas de confiance à la Déptua- 
tion du Parlement 5 ils firent fupplier 
la Reine , Se le Miniftre , qu'il leur 
fût permis d'envoier des Députez de 
leur part. Cela leur aiant été accordé , 
ils nommèrent le Duc de Briiïac , Bar- 
rière 5 &c Grecî , pour venir traitter de 
leurs Demandes & Prétentions, Ils 
arrivèrent à Saint Germain le dixhui- ^ ^^' 
tiéme , ôc par leurs Cahiers ils dc- 
mandoient toute la France. 

La Reine en fut outrée de douleur y 
ôc me fît l'honneur de me dire ce mê- 
me jour 5 qu'elle ne pouvoit foufïiit- 
fans horreur , que des gens , qui 
avoient voulu détrôner le Roi Ton Fils, 
( voilà Tes mêmes mots , ) deman- 
dadént des récompeiifes , quand ils 
méritoicnt des chatimcns & des puni- 
tions de leurs crimes. Notre Miniftre 
n'étoit pas non plus fort fatisfaît. CcC 
Hidre , qu'il combattoîu înceiîammcni: 
fans le pouvoir terraifer tout- à- fait , 
Pincommodoit beaucoup ; mais , com- 
me ces Demandes étoicnt le prix de fa 
rançon , ôc le rachat de fa PuilTàncc , 
il s'en confoloît , & ne doutoit pas 
que demeurant dans fon pofte , il 

n*euC 



ô 1 Mémoires pour fervir 

i.^4p. n'eût un jour le molen de s'en vanger 
& de les punir. 

Ceux 5 qui verîcablemenc écolenc 
à plaindre , croient les gens de 
bien , qui compofoîent la Cour , qui 
étoient privez des récompenfes qu'ils 
croioient mériter par leur fidélité l!s 
voioient que toutes les grâces tom- 
boient fur la tête des Criminels de 
Leze - Majefté , fans que ceux qui 
avoîcnt toujours été zélez pour le Ser- 
vice du Roi pufTent rien efpérer en 
fuivant les bonnes voies , qu'ils n'a- 
voîent pas envie de quitter. La rage 
remplilibit leur cœur d'autant plus 
amèrement , qu'il falloit en apparence 
moncrer quelque joie , & qu'il en fal- 
loit avoir en efFedb , cette l'aix fe fai- 
faut en un tems où elle étoit necefîaire 
au bien de la France , qui ne pouvant 
foucenir en même tems une Guerre 
civile & une Guerre étrangère , fans 
une prompte Paix alloic être entière- 
ment rainée par la Révolte générale 
des Peuples y 8c le peu de pouvoir 
qu'auroient les Parlements de les con- 
tenir , quand les bien-intentionnez y 
feroient même les plus Forts , l'Armée 
des Ennemis étant déjà fur la frontière 

toute 



à l'H'iflolre d'Anne d' Autriche, 6^ 
tonte prête à profiter de nosDefordres, 1^49, 

Les Généraux aiant un peu de hon- 
te d'avoir fait tant; de bruit contre le 
Mazarin ^ & de fe relâcher tout d'un 
coup 3 ou plutôt pour en tirer plus 
de bien en témoignant de lui vouloir 
fliire plus de mal , s'avifcrent d^envoier 
une nouvelle Députation contre lui; 
& pour cela ils allèrent au Parlement 
faire une Déclaration autencique , 
Qti'ils n'avoîent prétendu des Places 
(Se des Grâces ^ que pour leur feureté , 
pendant que leur Ennemi demeure- 
roit en France j mais , que s'il plaî- 
foit au Roi &: à la Reine de le chafîer 
du Roîaume , pour montrer qu'ils 
n'affedionnoient rien que le bien pu- 
blic qui les faifoit agir , ils promet- 
toient de ne rien demander :,èc àc Çc 
contenter de l'honneur qu'ils auroient 
d'avoir rendu ce fcrvice iignalé à l'E- 
tat. C'efi; pourquoi ils demandèrent 
un A6te public de leur Déclaration , 
qui demeurât au Greffe du Parlement, 
pour marque éternelle de leur defînté- 
relTement. 

Le Comte de Maure , Frère du 
Duc de Mortemar de l'illudrc Maîfoo 
de la Rochechouart , fut choifi pour 

cet- 



^4 Aiemolres j)otty fervîr 

lC^45). cette ccicbrc Ccmniilîîon , & fl arri- 
va à la Cour le vingricmc de Mars , 
ou il dit hautement que fou dclfeiii 
ctoît de travaillera challer le Minière. 
Il ctoit Ton graud Ennemi , & préten- 
doic en avoir été maltraitté. La Corn- 
telFc de Maure , Nîece du Maréchal 
de Marillac . étoic une Dame dont la 
beauté avoit fliic autrefois beaucoup 
de bruit. Elle avoit une veitu écla- 
tante »3v: (ans tache , de la génétofité , 
avec une éloquence extraordinaire , 
une ame élevée , des fentimcns no- 
bles , b:'auc()up de lumière ^ de pé- 
nétration. Elle croioit en fon parti- 
culier avoir quelque fujet de fe plain- 
dre de la Reine ; maïs , la vivacité 
de fon efprif qui la rendoit trop feiih- 
ble au bien »;?v: au mal , l'emportoic 
quelquefois au delà de la raifon & de 
la prudence. Selon la vérité la Reine 
ne l'avoit pas defoblîgéc , d^ Ç\ elle 
n'étoit pas entrée dans les fentimens 
de vengeance , que la Comteile de 
Maure avoit fouhaittcz d'elle , au kijet 
de la mort du Maréchal de Marillac , 
donc elle prctendoic faire revoir le 
Procès comme aiant été condamné 
injuitemcnt , c'étoic à caufe des gran- 
des 



à l' Fffloîre d' Anne à' A itrhhe, 6f 
des D'rHcultcz qui s'y rcticonrroient , ^^^9 
C]ui fjifoicnc que malgré les plaiiKcs 
& les moiiveiîiens impétueux de ccrtc 
Dime , elle ne laîduir pis d'avouer 
qu'il écoir difficile de la iatis^aire , &C 
derc^nnoirre que ce que le Comte 
deMiure vouloir faire contic le Mi- 
n'ftre ne réLifîiroit pas. Au(îi , elle 
dcTipprouva Ton eng ii^emenr , jugeant 
bien, comme il arriva, qu'au lieu de 
fe vanger du M niftre , cccre Dépura- 
tion ne ferviroit qu'à raffermir d'avan- 
tage Ton Autorité. Mais lai , qui 
avoit l'amc inrrépide fur la haine com- 
ine liir l'amitié , fe réfolut malgré la 
déférence qu'il avoit accoutumé d'a- 
voir pour ia Femme , de pouffer le 
Cardinal aux dernières cxrrémitcz 11 
en eut peu de fatisfadion ; car il fut i 
reçu à la Cour comme un homme 
qui venoic joiier la Farce de la Co- 
médie fcrieufe qui venoit de finir : ÔC 
toute la plaifanterie tomba fur lui. 
L'intention de ceux qui avoicnt defiré 
fon voyage , n'étant pas de fe con- 
tenter de cette gloire dont il devoît 
pour eux faire parade , mais de traît- 
ter en particulier, La confiance Se la 
fermeté avec laquelle il parloit tour de 

bon 



66 2t^^motres pour f^er^tr 

I<;49.boii, ne Fur pas fonceniic par ceux 
qui l'ivoient envoie , qui voiiLinc 
cacher le digoiic qui fe po'ivoît ren- 
contrer en cccce KardiefTe , prirent 
plaîfir à la condamner , $<. fe moquer 
gaiement de rAmoafTaHeur qui ne s"'é- 
toit pas apperçLi qii^il feroir abandon- 
né , & ne lailferent pas de. profiter 
de fa bonne foi. Le foir de ce jour , 
revenant d'une prom?nade que j'etoîs 
allé faire à Maifons , la Reine en riant 
me demanda ce que je difoîs du Voia- 
ge de mon bon Ami le Comte de 
^Maure ; car elle fçavoit bien que lui 
ôc fa Feiiime éroîenr de mes Amîs. Je 
ne voulus entrer en rien contre une 
perfonne que j'eftîmoîs alTez pour ne 
ni^en pas moquer. Il avoit de Phon- 
neur Se. de la probité , mais , il étoît 
entêté de fes opinions , & avoit le 
malheur de n*avoir pas autant d'ap- 
probation dans le monde qu'il avoit 
effe(5tivcmcnt de vertu. Je répondis 
d®nc alTez froidement à la Reine , & 
lui dis feulement que le Comte de 
Maure étoit à plaindre d'être pcrfuadé 
que fon honneur l'obligeoît à venir 
demander une chofe qu'il pouvoît bien 
juger qu'il n'obtiendroit pas. En ef- 
fet , 



a l' R'ifloire à^ Anne à* Autriche, 6y 
fec , il exécuta avec tant d'exacftitude 1^49, 
la Commiflion qu'on lui avoit don- 
née , & donc il s'étoît bien voulu char- 
ger , q le malgré les railleries qui 'e 
fircnr concre lui dans le Cabinet , il ht 
dans le Coufe^l fa Diclaraiion en for- 
me contre le Miniftre promerranr, 
de la parc des Généraux , un généreux 
dédain des Dignicez , Richeifes , ik 
Gouvememens , à condiiion que par 
eux la France fût délivrée de celui 
qu'ils nommoient l'Ennemi de l'Etat. 
Le Chancelier , rejcttant bien loin 
cette Proportion, lui dit que cela étoic 
une affaire finie , que de leur ccté 
comme de celui du Roi la Paix étoit 
faite ; ôc que toutes haines 6c ani- 
mofîtez étoient terminées Se abolies. 
Cette célèbre Harangue ne fut donc ni 
approuvée ni utile, &c ne fit autre cho- 
fe que d'arrêter la Paix , pendant 
quinze jours : Se tout l'avantage qu'en 
tira celui qui la fie , fut le plaifir de fe 
venger de Ton Ennemi , qui eft beau- 
coup pour un homme qui préfère la 
liberté de dire Tes fentîmens à fa For- 
tuneJl crut peut-être faire voir au Mî- 
niftre qu'il étoit un homme à crain- 
dre ', ôcii eft vrai que cette Protefta- 

tîon. 



68 Mémoires pou^ fervlr 

i^4€). tion qu^ avoît quelque chofe en foi 
q lî lui pirut beau . fie beaucoup par- 
ler ie lui. Mais , on écoit avcouiumé 
à faire des Chaiifons contre lui fur 
tour ce qu'"l faifoit. En voici quel- 
ques Couplets, qu'on chanta à la Cour 
& a la Ville. 

Bujjie a manches de velours noîr 
, Portoît le qrand Comte dr /1/fore, 
Sur ce Guer, ler fjifoit beau voir 
Bujjie à manches de veloU'S noir, 
Condé, rentre dans ton devoir , 
Si tu ne veux ait' il te dévore. 
Buffle a manches de velours noir 
Port oit le grand Cornte de More, 

Cefi un Tigre afimi de Sang , 
Que ce brave Comte de More, 
Quand il combi-n au premier rang » 
Cefî un Tigre affamé de Sang. 
Jl ne s'y trouve pas fouvent , 
C'e fi pourquoi Condé vit encore, 
Ceft ttn Tigre affamé de Sang , 
Que ce brave Comte de More, 

1)e More confent a la Paix , 
Et U vafigner tout a l'heure ; 
Si Maz.arin part pour jamais , 



a V FTiftoîre cl^ Anne d* Autriche , 6^ 

De l.ofc conferit a U i u/.v. l6^^, 

J^*o ^ JupprtThe Us l'y ioiets , 
Et que Le Bnfji Lui de/nenre. 
De A^ore c nfcnt a ia Fa'iX , 
Et la va figncr (ont a t heure. 

Malgré cet cntoiifiafme de géné- 
rofité 6c de beaux fentimens , je n^au- 
rois pas voulu jurer qu'il eut refufé 
qudquc'S Digniuez , fi on les lui avoic 
otFcices ; de je ne fçai u la confidéra- 
tion Se la faveur du Dac de Mortemar 
Ciicvalier de l'Ordre ne lui donnoit 
point de jaloufie: car entre les Deman- 
des paiticiiliercs de tous ceux du Parti 
la liene étoic pour avoir le Cordon 
bleu, qpand on fcroîc des Chevaliers. 

Les Conférences , qui fc faifoienC 
à St. Germain fur leurs Prétentions 
furent interrompues par l'entrée de 
TArchiduc en France. Les Ennemis 
du Cardinal Pavoîent fait venir pour 
empêcher l'Accommodement que le 
Premier Préfident , & les gens de bien 
de fa Compagnie avoient voulu faîie: 
ôc cela ne fervit qu'à les preflfer d'y 
travailler , 5c réveiller la fidélité natu- 
rellement attachée à leur Corps & 
jdonc il a donné dans tous les tems des 

niar- 



7 Mémoires pour fervlr 

4^49. marques : de forte qu'à l'exception de 
quelques emportez qui étoient en petit 
nombre , le murmure fut grand con- 
tre le Prince de Conti , Madame de 
Longueville , & b Coadjuteur , qui 
ferabioient vouloir continuer & entre- 
tenir la Guerre avec le fecours des Es- 
pagnols. Ils avoîent fait confeiller à 
l'Archiduc de faire fommer Guife de 
ie rendre ; & il avoit bien voulu voir 
s'ils y avoienc quelque intelligence; 
mais 5 aiant trouvé que Bridieu , qui 
y commandoit , ne paroiiToit pas 
avoir envie de l'y laifTer entrer , il fe 
retira fans entreprendre de l'attaquer. 
Aufîî on crut alors , que ce n'étoit 
qu'une feinte qu'ib l'avoient obligé 
de faire , pour s'en fervir dans les deC- 
feîns differens qu'ils avoient C\ ce 
n'efl; qu'en effet il eut lui même quel- 
ques vues qu'on ne fçavoit pas. 

Les Généraux , voianr que l'ap- 
proche de l'Armée des Efpagnols, 
étoitplus capable, en l'état des chofes, 
de leur faire perdre le peu de crédit 
qui leur reftoit , que de l'augmenter, 
pour tirer du Mi ni lire ce qu'ils pour- 
rolent , firent donner un Arrêt par le- 
quel on ordonna que Ja vente de Tes 

m eu- 



à VHljloire d'Anne d^ Aîttvî.he, tj 
nieubles (croie conriiuiec. Cela lui iÇac^ 
fit btaucoup de peine ; car i! a'rnoic 
ce qui eioic a lui , ôc parciculiercmenc 
ce quil avoit fait venir des i'aïs 
Ecrangers avec tant de foin. Sa Mai- 
fon ecoit magnihquemenc meublée, 
il y avoit de belles Tapilferies, des Sta- 
tues , des Tableaiix. Cette perte fut 
caufe que- Tes Ennemis gaignérent 
beaucoup avec lui , qu'il leur accorda 
la Paix avec la plus grande partie de 
toutes leurs Demandes , ôc que les 
Conférences redoublèrent matin ôC 
foir chez le Chancelier à St, Ger- 
main. 

Le Parlement , profitant de la réfif- 
tance des Généraux , infifta fortement 
-à demander la Révocation des trois 
principaux points qui pou voient en 
quelque façon rendre l'Accommode- 
ment , que le Roi avoit fait avec Ces 
Sujets , tant foit peu honorable. On 
fe portoit néanmoins à les révoquer, 
dont la Reine étoit au defefpoir ; cai* 
elle vouloit rétablir TAurorité RoiaU 
ie : m.ais ^ il falloir encor qu'elle con- 
fentît à fa diminution , & qu'elle 
agréât les Demandes des Généraux, 
qui ne lui plaifoient pas. Voici quel- 
les 



7 1 Mémoires pour fe^vlr 

)64p. les étoîent celles qui parurent au Pu- 
blic : les principales propoiuiuns , dc 
celles qui fc dcfiroient le pms , fe faî- 
foienc par des voies particulières > ôC 
tons 3 en faiCinr femblant de vouloir 
chafler le Mïmftre , traiioîent avec 
lui y & lui prometioient Amitié Sc 
Attachement , pourvu que leur Am- 
' bition fe trouvât iatisfaitc. 

Demandes Parti- 
culières DE Mes- 
sieurs LES Géné- 
raux, ET AUTl^ES 

Intéresse' s. 

MOnfieur le Prince de Contî 
demande pour lui Place 
,',dans le Confeil d'enhaut & une 
'^ Place forte dans Ton Gouvernement 
'l de Champ.igne. Plus demande 
5, mondit Sieur'le Prince, pour Mr. 
„ le Praice de Marhllac , que l'on 
,, donne le Tabouret à fa Fem- 
„ me : qu'on lui paie tous les Ap- 
„ pointements du Gouvernement de 
„ Poitou , qui confident en quatre 

55 cent 



a l'prfl'lre d" An fie d^Autykhe, 7 ? 
5, cent mil cinq cens livres , «Se qu'oli 3(5.,-, 
„ lui ctnifervc l'augmentation de dix 
3, huit mille livres levées pour les Fu- 
3, feliers , donc le payement liîi fera 
5, concinué foie quMs fubfîltent ou 
:,, non. Plus demande , pour Mr. 
,, de Saint Ibal , qu'on lui pave les 
„ aiTCîiges de fa Penfion de ciiK] n)il 
3, livres , & qu'a l'avenir elle lai oit 
5 a/Tignée fur une Abbaie , ou fur un 
5, fond alîûrë. Plus demande , que les 
„ Maifons & Edirices tant publics 
5, que particuliers , appartenances & 
5, dépendances de l'Abaye de S De- 
35 nis , & fituez en la Ville de Saint: 
3, Denis , foîent remis & rétablis en 
35 l'état qu'ils étoîenr avant le fixie- 
35' me Janvier dernier, 

„ Monfieur le Duc d'Elbeuf, 
3j qu'on lui paie les Sommes qui re- 
35 gardent l'entretennement de Mad. 
35 fa Femme , le Gouvernement de 
5, Montreuil pour le Prince de Har- 
55 court Ton Fils , vacant par la 
,5 mort du Comte de Lannoy fon 
,5 beau Père , quî avoit acheté ledit 
„ Gouvernement. Plus demande 
„ pour le Comte de Rieux fon Fils 
)>le payement de la Somme de CQni 
Tome IIL D ,,mli 



7 4 Mémo Ires pour fervir 

iGa^* „ mille livres à lui accordé en Faveur 
,5 de Mariage par aquit daté du 
,5 dernier Juillet mil iix cent qnaran- 
,, te cinq , vëuifié en la Chambre 
^, des Comptes le vingtième Février 
55 mil fix cent quarante fix i & outre 
,, ce , Emploi dans la Guerre , tant 
,5 pour ledit Sieur Comte de Ricux, 
3, que pour le Sieur Comte de Lil- 
35 lebonne Ton autre Fils. 

.jMonfieur de Beaufort demande 
j^quon rende à Monf. Ton Père le 
3, Gouvernement de Bretagne , qui 
35 lui fut donné en mariage , & 
3, qu'on lui a ôté fans récompenfe, 
35 ou qu'on lui donne la Charge de 
^, Grand Maître des Mers , avec le 
35 Gouvernement de la Rc5Phelle qui 
35 lui ont été promis par la Reine, 
33 en échange du fufdit Gouverne- 
35 ment 5 fuivant le Traité fait par 
35 Mr. le Comte de Briennc fondé de 
3, pouvoir fpécial du neuf Août mil 
35 fîx cent quarante trois , le dédom- 
^5 magement des Maifons & Cha- 
3 5 teaux rafez en Bretagne que Sa 
35 Majefté a promis , ôc que la Pro- 
3, vince dç Bretagne lui doit lui* 
p^vmt h Déclaration des Etats. 



à V M'iftolre d' Anne d' Autriche, tj 
»,Le rctablilîcmcnt des Vendons 1 6 j^ç^, 
3, de mon dit Sieur Père , ^ des 
„ Biens dont la jouilfance lui a -Jcé 
,, orée par Arrêt du Confcil. Le 
„ payement de ce qui lui ed: léai- 
,, rimement ôc par fpccial dû par\ 
i, Roi , le retour de Bcaupuy ôc Con 
5, iccablilîeme :;t dans Tes Charges <S^ 
„ Pen(îons. La grâce & le pardoa 
„ de ceux qui ont f^cWké la fortîe 
„de mondit Sieur de BeauFort da 
,^ Bois de Vincennes , &: entre autre 
,5 du Sieur de Vaugriman, 

„ Mr de Bo;iilion demande fon ré^ 
,, rabli(remcnt dans Sedan , Ci mieux 
,, n'aime la Reine fliire faire préfen- 
3, tcment l'eftimarîon à un prix cer- 
yy tain : le Rang promis ôc dà k Qi 
^.Maifon : Qj.ie les Terres qu^oii 
„ donnera en échange de Sedan , fe- 
>, ront prefentement fpécifiées , êc 
,y pris terme pour l'en mettre eu 
,, polfcffion enfemble pour faire faî- 
„re les vérifications au Parlement, 
5, & en la Chambre des Comptes; 
,, ce que faute d^executer dans ledit 
5> terme rentrera le ait Sieur de 
,, Bouillon dans Sedan 3c dans tous 
„ les Droits qui en dépendent. Que 
D z. pour 



yé Mémoires pour fervîr 

i^45?. 35 pour les Sommes d'argent dues au 
j, dit Sieur de B uillon on les lui 
5, payera argent comptant , ou en 
5, Fonds certains , ou en Terres en- 
5, gagées : Q;.i'on ne louftraira au- 
j, cuns Fiefb de la Mouvance des 
^, Terres qui luy feront données en 
j5échange , & qu^'-n retirera des 
^^mains de Mr. de Channes \c Guu- 
3, vernement d'Auvergne , moyen- 
35 nant récompcnfe , lequel fera don- 
né au dit Sieur de Bouillon en dé- 
duction de ce qui lui peut être du. 
,5 Monfîcur le Maréchal de Tu- 
3^ renne demande le Gouvernement 
33 de la haute & baffe Alface avec 
33 celui de Philifbourg , aînfi qu'on 
^y lui a promis Qu'il lui foit don- 
35 né en propre le baul^ Fo- k^e de 
35 Haguenau , & les autres Domaines 
que le Roi pofTede dans la ditte 
Alface. Le payement des afîîgna- 
35 tions à lui données pour fes Ap- 
35 pointemens Se Pendons qui lui ie- 
3, ront dûs. Qiie fi on confervc les 
3, Armées en Allemagne 5 ce fera 
55 fous fon Commandement , & que 
j, le Traitté de Briffac fera exécuté 
,3 envers îçs Troupes demeurées avec 
.>, lui. ,> Mr. 



33 

5: 



3i 
3i 



à t Hi^olre d'u4>we d* Autriche, 77 
3, Monficur ie Maréchal de la 1649. 
5, M )the demande la rccompenfe du 
,5 Gouvernement de Siierre , ou un 
5, autre de pareille valeur ; cent mil^ 
,^ le livres de la rançon du Marquis 
55 de Puuare. Qjiaire années du re- 
,s venu du Dachq^ de Cardonne 
yy montant à près de cinq cens mille 
„ livres. Cent mille livres qui lui 
j, ont été données par le feu Roi à 
jj prendre fur les deniers revénans 
3, boiis de Catalogne pendant l'année 
yy mil fix cent quarante trois. Qpe 
33 tous Tes Etats , Pen fions , ôc A- 
55 pointements lui feront payez. Qiie 
3, fon Rég'ment de Cavallcrie , com- 
aj'rneune Charge de Guerre lui folt 
55 rendu. Que les Sieurs de Saint 

5, Germain , Moniauban 

5, . . . foient confervez dans les Ré- 
3, gîmens de Gavai Icrie qu'ils ont eii 
5, ces Troupes nouvelles , fans nou- 
,3 velles Commiffions : Et que l'on 
3, conferve les Peniîons au dit Sr, de 
35 St. Germain. 

3 5 Monfieur ie Duc de Retz de- 

35 mande fon rctabUlfement dans fa 

35Charge de General des Galleres, 

3>ou qu'on lui paie ce qui lui e 11 

D 3 du 



7^ Mémoires pour fervir 

I ^4^. ,, dû ÉÎe re/le du TraJtte qu'il a fait de 
>^ fa dfrte Charge. 

,, Monfieur de la Trîmouille de- 
,, mande le Comte de Rouiïillon, 
5^ ou du moins les' Villes , Places, 
,5 & Châteaux , Terres , & Seigneu- 
^, ries de Ville- franche , Ville neuve,. 
^^PcrufiTe , Flayac , le Muac , Laio- 
,,quebolac Marcillac , CalTencieu,, 
,5 Courrava , Salnr Antoine , Ver- 
yy fueil Comperîe , Comb^niks , Vas- 
y^ feu , Sauveterre ,- Saint Gcneft^, 
5, Derlbedon , & autres Terres & 
35 Seigneuries du Comté de Rouer- 
ai gue lui feront rendus à caufe du 
^, Contrat de Mariage de Frédéric 
>j d'Arragon & Anne de Savoie fes 
>, trifayeuls en datte du onzième Fe- 
>, vrîer mil quatre cents quatre vingt 
3, un 5 vérifié le dîxneuviéme Janvier 
5-, mil quatre cents quatre vingt deux. 
:K>Qii'on lui rende Amboife , Mont- 
3> richard, & Bleré , dépendant de 
„ la Succefîîon d'Amboife , dont il 
yy eft feul héritier. Qiron lui rende 
. 3> le Comté dé Guyenne , ancien 
„ Domaine de la Maifon de la Tri- 
3, mouille. Qii'on lui falTe expédier 
>, Lettres pouc dîflraire le Corcté 

de 



à r fî'ifiolre â' A>ine d'Antriche. 75? 
, de Laval du Piéfidial de Château- 164^ 
, Go :ihier , conformément aux 
, Lettres d'Erection d'iceux vérifiées * 
,en la Cour. Et qu'on lui ren- 
, de la Baronîe de l^fle-Bouchard , 
, qu'il a vendue à feu Mr.le Cardinal. 
,de Richelieu , en rendant ce qu'il 
, a reçu. 

3, Mr. le Mirquis de Vîtri de- 
^ mande , tant pour lui que pour 
, quelques autres Officiers ^ l'Exé- 
, cution de l'Article concernant k 
, rétablilTcment des Charges de la 
, Guerre ; Et des Lettres patentes 
, de Duc & Pair , telles qu'on a 
„ accordées à Mrs. de Lîancourt , 

Damville , de la Meilleraye , & 

autres , par les mêmes raifons que 
;, celles qui les leur ont fait accor- 
,5 der , avec le Tabouret & Pré- 
, rogatives pour Madame fa Fcm- 
5 me. 

,, Mr. le Marquis de la Boullaye 
5 demande la furvivance de la Char- 
, ge de Mr. de Bouillon fon Beau 
5 Père , ou qu'il y foit prefentement 

reçu fur fa démilîîon. 

„ Monfieur de Lu y nés demande 
„ le payement de quatre années de 

D 4 Hi 



53 

0> 



8,0 Jldemoîres pour fervlr 

164^, a, fa Charge de grand FauconniVr > 
,y échues a la fin de Tannée mille lîx 
,/cenr tjuarante huit , montant à 
j, vingt deux mille écus. Le dédom- 
^, magement de la perte de Tes mea« 
,3 blés, & bruiement de fa baffe cour 
y, de Lefîgny , montant à près de vingc 
j3 mille écns, Ôi le retour de Madem* 
j, de Chevrcufe, 

j5 Monfieur le Marquis de Noir- 
y^ monticr demande des Lettres de 
yy Doc. plus de quarante deux mille 
livre*; qu'il a payé de rançon lorî 
qu'il fur prifonnier en Allemagne. 
yi Mr. le Comte de Matha deman- 
^5 de le payement de fa Pen(ion 
j3 de douze cents écus , de laquelle 
y^ il n'a rien reçu depuis fîx ans. 
33 Ql^ï'on révoque la Lettre envoyée 
y^ à Mr. de Fontraîlles ; & un Bre- 
3, vec de Maréchal de Camp pour 
^^ Mrde Crenan. 

,5 Mr. de Cugnac demande , con- 
jj formément à TArticle de rétablif- 
yy fément pour les Charges de la Guer- 
,y re & Penfîons, qu'on le rétabliflfe ea 
33 la poOTcflion de fon Régiment , 6c 
^3 jouïlfe de fa penfion. 

yy Monfr. de Fruecs demande auf- 

a 



à 



à VHiJloîre t^Anne d'Autriche, 8i 
'5 fî d'ctre rétabli dans le Comman- 1^45), 
,, dément du Régiment de Cavalle- 
35 rie de la Reine , dans la joliiCIancc 
„ de Tes Penfions , & confervé dans 
,, les grâces que Sa Mijefté lui acGor- 
3, da lors de la mort de Me. fa Mère, 

,, Mr. le Marquis d'Alluye de- 
a, mande qu'on retire par récompen- 
5, fe-de Mr. de Treville le Gouver- 
, , ment du Comté de Foîx , qu'il a 
^j perdu par la mort du Comte de 
,,CramaiI fon Grand - Père , qu'il 
,, avoit achetté , & qu'on lui donne 
3, la fiirvivance de celui du Marquis 
„ de Sourd is fon Père. 

55 Monfieur le Comte de Maure 
35 demande le Cordon bleu , lors 
33 qu'il plaira à Sa Majcfté de faire 
,5 des Chevaliers. La Révifion du 
,, Procès du feu Maréchal de Maril- 
3, lac , & s'il eft déclaré innocent 
3, qu'on lai rende la Charge^ de 
3, Lieutenant de Roi des Terres &C 
3-j Evêché du Gouvernement de^Vcr- 
3,dun, ou qu'on lui rende les cîn- 
5j quante mil Ecus que ledit feu Ma- 
„ réchal avoic paies pour ladite Char- 

Far toutes ces Demandes , 
D j on 



i(S49' 



8t Mémoires pouy fervlr 
on peut voir fi la Guerre fe faifbît 
pour k Bien public , pour le Service 
du Roi , &c pour chalfer le Mazarin. 
Il faut reprendre le £1 de THiftoire j, 
le en lai (Ter le Jugement à ceux qui li- 
ront quelque jour ces Mémoires. 

L'Abbé de la Rivière , qui avoic: 
toujours un infaciable defir du Cha- 
peau 5 ne penfoit qu'à l'obtenir da 
Pape. Il avoit le confenrement de la 
Reine , & de Monfieur le Prince j, 
mais 5 il n'avoît pas celui du Prince 
de Contî y ôc ne le tenant point eiij 
fureta du côté de ce Prince , il cher- 
choît de lui plaire, afin de l'obliger 
à lui céder ce qu'il ne fouhaîtoic: 
point pour lui. Ce Prince répondit- 
aux offres qu'il lui fit faire , que 
s'il vouloit porter fon Maître à lui. 
faire accorder les Articles qu'il de- 
mandoît , que très volontiers il lui' 
laîîTero^ la Nomination du: Chapeau: 
de Cfardînal. t^ela fit que \e Duc 
d'Orléans , preflé par l'Abbé dé lai 
Rivière , eut tant de palTîon pour la; 
Paix ,* ce qui contribua beaucoup^ 
à la faire conclure, defavantageufe- 
ment: pour le Roil. Oii peut juger, 
par là quÊL les fcntimcns ni les intc- 



I 



a l'Ht/fotre d'Anne â* Autriche, S 5 
têts du Miniftre n'étoicnt pas toû- 1^45). 
jours la caufc de Tes apparentes foi- 
blefles ; & que fcs fautes écoient fou- 
I v-ent eau fées par celles des autres. 

Le vingtième au matin , comme je 
fortois de la Meflfe de la Reine , un 
de mes Amis me vint dire à l^oreîlle , 
que tout étoit rompu : puis le foir , 
au fortir de la Conférence , la même 
perfonnc me dit que tontes les Con- 
teftations écoient accommodées. Les 
Députez du Parlement de Norman- 
die 5 qur étoient venus à Saint Ger- 
main 3 au nombre de quinze Confeil- 
lërs & d'un Prélldcnt , obtinrent 
aiiffi en ce jour la Revocation du Se- 
meftre , que le feu Roi , ou plutôt 
le Cardinal de Richelieu, leur avoît ' 
créé malgré eux. Tant de Préten- 
tions à fatisfaîre embarrairoient infini- 
ment le Miniftre , & à mefure qu'il 
accordoit des grâces , foir aux Com- 
pagnies , foit à quelque Particulier , 
il renailfoit de nouveaux Prétendans , 
qui faifoicnt de nouvelles Demandes ; 
& cette mifere s ongmcntoir touiours 
au lieu de diminuer. La faute qu'on 
avoit faite de déboucher Paris en 
étoit la caufe, La charité de la Rei- 
D 6 ne 



84 Mémoires pcHr fervir 

1649 .ne I*avoit forcée à la commettre. Elle 
ëtoîc eflimable > & belle ^ mais il n'y 
a voit plus moien de menacer la Ville 
de la famine : iifalloîinécelîairemenc 
fervîr le Roî en i'appau vrillant , & 
mettre la Paix dans fôn Roiaiime par 
des voies fort contraires au bien de 
fon Etat. 

Les Généraux entrèrent en de gran- 
des deffiances les uns des autres j & 
à leurs infatiables defîrs fe joignit la 
jalouiïe. Ils avoicnt chacun dans 
Saint-Gcrmaîn des Députez à bafî'es 
notes 3 qui traittoient pour eux , 62 
qui tîrannî(oient celui qui fouhaittoic 
de les tîrannifer à fon tour. Le Duc 
de Beaufort n^étoit pas content de ce 
qu'on lui faifoit offrir fous main-.. Il 
demandoit beaucoup parce qu'il (q\\^ 
toit encor dans fon cœur t'en Bure or-- 
gueîlleufe que lui laîtïbient les reftes^ 
de fa faveur pafîée. îl vouloir que le 
Miniflre lui paiàt fes fers &c fa prifoni 
il parloît fièrement ; il difoit toutL 
haut 5 qu'il ne vouloît point s'accom- 
inoder avec le Mazarin » &: portant 
fon reffentîment plus loin que les au- 
tres il rendît fon Accommodement 
plus difHcîko Cette fierté fut caufe- 

qu'eiaK 



a l 'Hlfiolre d'Ange tTAittriehe, S'f 
qu'enfin la Paix fe fit , & qiiMl dcmcu- j C^^^ 
ra fans aucune confolation , que celle 
d'avoir traître Ton Ennemi avec beau- 
coup cle hauteur ; ce qui faifoit voir 
en lui une certaine grandeur d'ame , 
qui en eiïet avoir quelque beauté. Ce 
Prince voulant fe defFendre jufques x 
rcxtremité , pour exciter une nouvel- 
le tempête , fit donner un autre Ar- 
rêt contre le Miniftre , par lequel il fit 
enjoint aux Députez d'inlifter à cha - 
fer le Cardinal d'auprès de la Reine , 
niais il ne lui fervit de rien ; Tintérêt 
public l'emporta fur le particulier j 6c 
quand les principaux du Parti furent 
contents , ceux qui reftérent qui ne 
l'ctoîent pas demeurèrent au nombre 
des Malheureux ,. & des Ennemis de 
la Reine, ils étoient deftinez à la faire: 
fouffi-ir ce que le Ciel avoir ordonné 
d'elle, par des Arrêts plus irrévocables; 
que ceux d u Parlement. 

Le Premier Préfident , & le Prefî-- 
dent de Mêmes , pour obéir à leur- 
Compagnie , en préfence des Princes 
dirent qu'ils avoîent ordre de fiplier 
la Reine de donner à. fes P'euples le 
contentement de voir éloigner d'elle , 
& de fcs> Confc'ils , un Miniftre qui; 



s 6 Mémoires pour Jèr vlr 
]î:^45?. ^voîc mérké leur haine. Le Duc d'Or- 
léans leur répondit , Qhs la Reine ne 
'votiloit point accorder leur Demande ; 
^ue lui & [on Coufin le Prince de 
Condé , ^ui avaient le plus d'intérêt 
k l'Etat & a la Conronne , ne lut con^ 
feilloienî pas de chaffer M, le Cardi^ 
nal M^z^arin j Qu'il etoit capable & 
habile a bien fervlr le Roi , & l'Etat ;; 
^tiils en étoient contents \ & o.uils 
étaient refolus de le fotttenir. Il parla 
fort hautement à tous les Députez. 
M. le Prince ne s'étendit pas tant ; 
mais il dit quafî la même chofc , & 
pour marque que les Députez ai- 
roient pas fâchés qu'on les refufàt , ni 
la Reine ofFenfée de leur Harangue , 
elle leur fit donner à diner , & leur té- 
moigna la bonne volonté ^ parlant du 
Premier Piéiident , comme d'un hom- 
me eflimable. Ils defiroient tous la 
Paix ; mais cette dernière inftance fut 
faire feulement pour contenter les 
Peuples, & les rendre plus Tufcepti- 
- blés de Te ranger à leur devoir , par 
Pimpolîibilicé d'obtenir ce qu'ils de- 
inandoient : la Reine agréa donc ce- 
que les Députez avoient fait , qu'elle 
jugea procéder feulement de l'intrigue 
des Généraux.. Ce 



à l* Hlflolye d* Anne JC Autriche , 87 
Ce même joui* les Dcpiuez bien iCjL^I 
nourris Ôc bien concens , retôuniércnc 
à Paris achever leur ouvrage ; Ils ne. 
virent point la Reine , parce qu'il au- 
roit fallu qu'ils lui eulTent fait la mê- 
me Harangue qu'ils avoîent faite aux. 
Princes. Beaucoup de perfonnes les 
en blâmèrent, particulièrement les Dé- 
purez des Généraux de Paris , qui tà^ 
choient toujours par toutes voies d'a- 
rêter la conclufion du Traité , afin 
d'avoir plus de tems de ménager leurs 
intérêts. Madame de Montbazon 3 
qui étoic aimée du Duc de Beaufort 5 
fit efpérer qu'elle le feroit contenter à 
moins , Ci on lui donnoic à elle ce 
qu'elle defiroît. Elle obtînt de l'Ar- 
gent Se des Abbayes : & le Duc de 
Beaufort ,. qui l'aimoît , trouva bon; 
que cette Dame profitât de l'inclina- 
tion qu'il avoît pour elle j mais il n'en- 
far pas plus docile. 

Le CoadJLiteur , Tame qui faîfoît re^ 
muer une partie de ce grand Corps ,, 
aîant fait plus de mal que les autres , 
en devoir tirer de plus grandes recom- 
penfes ; mais alors il voulut être alîez^ 
généreux pour ne demander que pour 
les Amis,. Il avoic de hautes penfées 5-, 



8 S Mémoires pour fer vlr 

Jl^4p, ildefiroît feulement l'éclat & le hmty 
& fon defTeîn étoît de fe faire des liai- 
fous confidcrables qui pu ifenc augmen- 
ter fa réputation ôc fa gloire. Son 
principal de^Tcin étoit de pouvoir gou- 
verner l'Etat 5 ou ceux qui voudroienr 
le détruire , ^ d'avoir part aux grands 
biens , ou auxgrands maux qui pou- 
voient arriver. Il obtint donc pour le* 
Marquis de Noirmoutier, & pour Lai- 
gue fes Amis 5 beaucoup de grâces' 
considérables & des biens faits folides. 
Le Marquis de Vitri eut un Brevet de 
Duc 5 qu'il ne méritoit pas d'avoir en 
cette o:ca(ion. Le Duc d'Elbeuf le 
Duc de Bouillon , 6c tous les autres , 
aiant chacun arraché quelque beau, 
Lambeau des Lîbéralitez Roiales, tous 
fè réfolurent de fouffrir que la Paix fc 
fit ; & ce fut au Roi , qui par grâce 
Jâ leur devoit donner , à la recevoir de 
fes Sujets ; après l'avoir achcttée che- 
^ rcment. 

Les Députez du Parlement arrivè- 
rent à Paris , remplis de joie des hono- 
rables conditions qu'ils raportoîent de 
Saint Germain j car , comme je l'ai re- 
marquéjils avoient obtenu de la Reine 
par leur habileté a <5c par les différentes 

eau- 



à l'h' /foire d' Anne d' Autriche. 8 9 
caufes qui faifoient agir les principaux 1^451. 
Adeurs, d'être déchargés des ArticUs 
qu'on Lur avoir impoiez au premier 
Traité. On fe relâcha de l'obligation 
qu'ils avoicnc de venir a S. Germain, 
où étoic le Roi , tenir Ton Lit de Jaf- 
tice : On leur permit er.core de s'af- 
fembler quand b-ni leur {embleroit,6^ 
ils reçurent auffi quelques autres grati- 
fications touchant les Finances toutes 
en faveur du peuple. Ib firent affem- 
bler le Parlement, pour rendre compte 
de leur heureux voiage. Le Prince de 
Conti ne s'y trouva point : il parut 
malade , exprés pour donner ce rcfte 
de tcms aux N'-gocîatcurs , d'achever 
leur Accommodement à la Cour. 
Mais enfin , le Mercredi Saint la Rei- 
ne étant aux Ténèbres dans la Cha- 
pelle du Château de S. Germain , il 
arriva un Courrier de Paris que le 
Tellier amena, qui apporta la Paix en- 
tiérement reçue 5 par le Parlement, les 
Généraux & le Peuple , tous mon- 
trans d'en être fort contens. Cette 
Paix donna quelque repos à la Reine, 
de la joie au Miniftre , & de la dou- 
leur à Tes ennemis. Le mois de Mars 
finit avec cette Guerre , qui avoit cou- 
té 



po Memo'respourfervïr 

[j6^cf. té beaucoup de maux à la France , 5^ 
qui n'avoit pas Fait beaucoup de bien 
au Roi , ni f icisfait entièrement les dé- 
iirs de la Re'ne , qui auroit fouhaîcté 
nioi'n> de foufFrance pour le Public , 6c 
un peu plus de mortification aux Par- 
ticuliers 5 à ceux qu'elle aceufoit d'ê- 
tre la caufe de toutes ces brouilleries , 
êc de to u ce que TEtat avoit foufFerc 
de ces Révoltes. 

Les dévorions de la Semaine Sainte 
fe p.ilférent dans la Chapelle de S\t 
G:rmain , où la véritable piété de la 
Reine , & d'un petit nombre de bon- 
nes amjs , fut mêlée avec la Galante- 
rie ôc l'Indévotion de toutes les autres- 
perfonnes qui compofent la Cour , ÔC 
qui font gloire pour l'ordinaire de n'ef- 
rimer que la Vanité, l'Ambition , l'In- 
térêt 5 & la Volupté. 

La Fête de Pâques étant palTée , les 
Députez du Parlement de Paris & de 
Normandie vinrent remercier la Reine 
de la Paix qu'elle leur avoit donnée. 
Le Clergé y vînt , toutes les autres 
Compagnies de la Ville , les Corps des 
Marchands &c des Métiers , chacun fé- 
lon leur ordre , tous avec des vifages 
Gontens , ôc tous demandans avec ar- 
deur 



4 l^H'floWe (Jt Anne d'^.'tfriche. 9 1 
êcUT le retoui" du Roi , dans fa bonne 1(3491 
Ville de Paris. La Reine n'avoic pas 
fujet de l'eftimcr fi bonne , qu'elle eut 
un grand dcfir d'y retourner. Elle fa- 
voit que le Peuple parloit encor avec 
înfolence ; qu'il difoic publiquement 
qu'il ne falloir rien |.:aycr ar- Roi , s'il 
_ne revenoit bientôt ;& qu'il y avoir 
de la canaille allez bardie , pour dire 
tout haut dans les rues , qu'ils ne vou- 
loient point de Mazarin Ces efprits 
farouches étoîent (î accoutumez à 
la Rébellion & au Defordre , qu'il 
étoit difficille, fans quelque chaûimenr 
exemplaire, qu'ils puifent reprendre la 
coutume de refpedtcr la i uilTancc lé- 
gitime. 

La Reine , pour donner le rems aux 
Parifiens d'éteindre ce refte de feu, 
qui alumoît encor quelquefois leurs 
efprîts & lailfcr évaporer la chaleur & 
la fumée , qui en reftoit fe refolut dé 
n'y pas retourner fi tôt : elle fit deC- 
fein après qu'elle auroit vu tous fes En- 
nemis réconciliés , d'aller palTer quel- 
que temps à Compîegne. 

Le Marquis de Roquelaure fie l'în- 

" termede de toutes ces Harangues û 

ennuyeufcs. Il fut difgracié , c'eft-à- 

dire- 



9 1 Ti^emoires ^our fervW 

léAa t^ire éloigné de la Cour, parce qif on 
avoir dir au Miniftre ^ que pendant le 
Siège de Paris ,11 avoit écrit au Prin- 
ce de Conri , que sMl n'eut poiinr été 
attache au Service du Roi, par fa Char- 
ge le Giaud Maître de la Garde- Ro- 
be , il auroit été combattre fou-, Ces 
Enleîgnes j & le Cardinal , qui pré- 
tendoit l'avoir obligé en certaines oc- 
cafions, (entit vîvemaïc le mépris qu'ail 
avoit fait de lui en cette rencontre. Le 
foir 5 qui précéda le commande ment 
qu'il eut de fe retirer de la Cour, 
étant avec nous dans le Cabinet de la 
Reine , Comingcs , Lieutenant des 
Gardes de la Reine , fur quelque ba- 
gatelle qui fe di<oît alors, le tira à part, 
* pour lui dire quelque petit fccret tout 
bas. Cinq ou ilx perfonnes qui étions 
cnfemble entendîmes qu'il lui répondit, 
JSl*efi ce cjue ctla f Je vous avoue (jue 
fai cru (jHe vous me ventés arrêter; 
car, je fens hlen , ajouta-t-il , parlant 
tout haut , que je nenfnis pas bien loin: 
& comme il étoit haidi , grand par- 
leur 5 & Gafcon , s'approchant de 
nous 5 il nous conta (î plailamment le 
fujet de fa Dif grâce , &C des Plaintes 
cjue faifoit contre lui le Minière , que 

bien 



bien que la caufe n en fin pas pLv fan i<^45> 
te pour Lu , nous ne laillamcs pas 'j'en 
rire Nous conclmiics tous enfin, 
q.ic pavmi tant de criminc^ls a qui on 
falfoitt-lcs grâces, il n'ctoit pas jafte 
qu'il reçut lui fcol le châtiment qu'il 
medcoit du peu de zé\c c|u il avoit te- 
nioigné pour le Service du Roi Mal- 
gré notre avis , il fut alors le feul en 
France qui fut puni pour avoir n>an- 
qué ai refpcâ: qu'on devoit au Roi, 
ôc au Miniftre. Mais , cette puni- 
tion fut de peu de durée ; bientôt 
après il revint a la Cour : il fut reçu 
au nombre de ceux qui paroilfoient 
fîdelles , ôc dont le cœur avoit été lé- 
eérement sâté par la corruption de 
Taîr qui etoïc contagieux quali pour 
toiis. 

Les Finances étoient encore entre 
les mains du Marcchal de la Meille- 
raye , quoi que dcjà on eût fait ce ju- 
gement de lui , qu il étoit plus propre 
à faire des Conquêtes avec des Ar- 
mées , qu'à faire venir de l'Argent 
avec fa plume. Le Cardinal de Riche- 
lieu fon Parent , du tems de fa Puif- 
fance , lui avoit donné de beaux Em- 
plois y ÔC comme il avoit joint le cou- 
rage. 



94 Memoîfes pour fervtr 

î.(>45). rage , & ia bonne conduire à la fa- 
veur , il avoir fair de belles Allions; 
mais , comme je l'ai déjà àk ailleurs, 
il éroir de dificile humeur & colère. 
Il n'étoir pas habile en mariere de Fi- 
nances &: les €cns d'Affaires fe piaf- 
gnoienc , &L difoienr que les Peuples 
n'érant pas fournis , ils râchoient à 
l'ombre de la Révolté de s'exempter 
des Taxes des Impôts , & des Tailles; 
(\\\\\ leur falloir une perfonne qui en- 
tendit mieux la manière de les faire 
paier fi bien qu'il parur nccelfairc pour 
le Service du Roi de lui ôter les Fi- 
nances , en donnant cetre Charge à un 
homme plus parient , plus vigilant, 
plus expérimenré , & plus fain que lui. 
Il étoit goûteux ; & fans avoir les 
années qui donnent la vieil lelfe , fori 
corps étoit plus calfé , que ceux qui 
en peuvent compter quatre vingts. Il 
croît perclus des mains & des pieds, &c 
fouvenr il avoir des emplaftres fur 
toute fa perfonne , qui croient fa plus 
ordinaire parure. Mais enfin , il étoit 
honnêre-homrae , bon Ami , & vî- 
voit tout- à- fait en grand Seigneur. Il 



avoit une belle & jeune Femme 
4ame la Maréchale de la Mcill 



,Ma- I 

leraîc, | 
Fille 1 



n tH'fiotre â* Anne â* Autriche. 95 
Fille du Duc de Biiilac. j»a beauté « ^49, 
■couiiltoit dans la delicacc lit des traits 
de fvjii v*ia£"e , dnns un cirand ^iité- 
ment , <S^ une belle raille Lllc étoic 
fage ; mais , clie avoit un trop giand 
dclii- qu'on le içût. .tUc répan ioit fa 
vertu prétendue en mille petites fa- 
çons extérieures : & ces façons , qui 
auroieni été un grand détfaut en une 
autre , ctoienr en elle moins blâma- 
bles ; parce qu'elles fe méloieivc avec 
Ton agrément naturel , qui de toutes 
manières la faifcient paroître aimable. 
Elle avoit fi peur qu'on ne crût qu'el- ^ 
le n'aimoit point Ton Mari , à caufe de 
fes maux , qu'elle alloit difant à tout 
le monde qu'elle ne croioir pas qu'il 
y eut un homme exemt de fes incom- 
moditez. Elle alluroit qu'elle le trou- 
voit beau , & à fon gré ; &: quand 
elle en étoic féparée , elle tâchoic de 
perfuader par fes difcours , qu'elle 
s'emiuioic de ne le point voir. Ce 
n'eft pas une chofe impoffible à une 
honnête Femme , d'aimer un Mari 
goûteux & malade , qui avoit du mé- 
rite & de belles qualitez , & dont elle 
ctoit aimée ; mais , cette affectation 
ctoit caufe qu'elle ne trouvoit point 

de 



^S Jidemolref pduy fervtr 

ï^49. de créance parmi Tes Auditeurs : ^ 
comme la vertu folide doit être fîn- 
cere , & toute naturelle , les artihcieu- 
fes façons pcrfuaduient d'ordinaire le 
contraire de ce qu'elle vouloii établir. 
Elle iiM un peu hichee de ce qu'il fal- 
loit quitter les Finances , parce qu'elle 
crai^noit d'être obl"cree de s'éloigner 
de la Cour i car , quoi que le Maré- 
chal de la Mcillciaie les perdit fans 
difgrace , fa Femme jugea que fes in- 
commoditez le remenaeroient louvenc 
€n Brcragnc , & qu'elle feroit forcée de 
le fuivre. Mais , comme elle éroic 
ambitieuie , elle fe confola en ce 
qu'on propofoit de les lui oter , en 
lui donnant de grands avantages. Le 
Duc d'Orléans,, & le Cardinal, fu- 
rent le vifiter , 6c demeurèrent d'à- 
cord enfemble des grâces qu'il fou- 
haîttoit. Il demanda d'avoir place dans 
JeConfeil du Roi, la furvivance de 
fes Gouvernemens pour un Fils uni- 
que qu'il a voit de fa première Femme» 
èc la furvivance de la Charge de 
Grand Maître d'Artillerie. Cette Af- 
faire étant fccrétcment en c^t éta.r, 
elle s'exécuta quelque tems après ; & 
nous verrons d'Hemery revenir occu- 

pei: 



! 



à l' Ml/loir e à' Ame d'Autriche, 97 
fa première place , avec l'applaiiillfe- 1^40^ 
nient de Tes Amis , & malgré la hai- 
ne de fes Ennemis. Les derniers firent 
ce qu'ils purent pour l'en empê- 
cher j mais enfin , fcs rivaux le virent 
emporter la Victoire fur eux. Il fut 
rétabli avec beaucoup de fatisfadtion 
de fa part ^ car il avoit fenti fa Difgra- 
ce comme un hom.me qui étoic fort 
attaché à la terre , Se qui avoit peu 
d'amour & de refped: pour celui qui 
en efl: le Créateur , & le Souverain 
Maître. 

Le Prince de Conti fut le premier 
qui fortit de Paris , pour venir falucr 
la Reine. Il fut préfenté par M. le 
Prince , & reçu en préfence de ceux 
du Confeil. Après les complîmens 
ordinaires , M. le Prince lui fit em- 
braiïer le Cardinal Mazarîn , & ré- 
chauffa leur converfation autant qu'il 
lui fut poflible. Le Prince de Conti 
ne l'alla point voir chez lui pour cette 
première fois , afin de garder quelque 
mefure entre la Guerre & l'Accom- 
tnodement , & M. le Prince le fit 
trouver bon à la Reine. 

Monfieur Oncle du Roi préfenta le 

Ducd'Elbcufj &le Prince de Conti, 

Tom§ IIU E après 



9 8 Mémoires four fervlr 

i^49. après avoir fatisfaîc pour lui , fut celui 
qui préfenta les autres à fon tour , qui 
furent le Duc de Bouillon , le Prince 
de Marfillac , le Comte de Maure , & 
beaucoup d'autres. La Reine les re- 
çut afTez froidement. Le Miniftre, 
tout au contraire , ne manqua pas de 
joiicr Ton pcrfonnage ordinaire de 
tempérance , di de douceur j leur dî- 
fant lui même , qu'il croioit avoir eu 
tort envers eux > & qu'ils étoient ex- 
cufables d'en avoir eu du refiTentiment, 
Ce même jour arriva à Paris Ma- 
dame de Chevreufe , qui fut avertie 
de la Paix , par fes Amis. Comme 
elle avoir eu part aux fautes publiques, 
elle en voulut avoir au pardon géné- 
ral. Elle leur avoit fait donner la pro- 
tection de l'Archiduc , qui avoit fervi 
à foutenir les forces des Rebelles con- 
tre le Roi : il étoît jufte qu'elle fût 
récompenfée de fes peines , puis que 
celles de tous les autres Tétoîent auffi. 
Cette Princelfe , étant donc arrivée de 
Bruxelles à Parîs^envoîa auffi-tôt négo- 
cier avec le Miniftre , qui à fbn ordi- 
naire 5 ne la rebuta point : il voulut 
feulement par quelque délai la morti- 
fier un peu. La Reine , par Çon 



à rHlftoired*Anne â' Autriche» 99 
avis j refufa le Duc de Chcvrcufe, iG^^* 
qui vînt à Saint-Germain , lui de- 
mander pour fa Femme la permiiïion 
de demeurer à Paris. Elle lui die 
qu'elle ne la pouvoic pas fouffrir dans 
une Ville encore toute pleine de l'Ef- 
prie de Rébellion ; qu^elle avoit fait 
mille Caballes contre Ton Service j & 
qu'elle ne pouvoit pas être contente 
d'elle , ni fatisfaîte de fes foumiffions, 
(1 elle ne lui faifoit voir un véri- 
table repentir de fa dernière condui- 
te. Ce Prince , qui fourd , & âgé de 
quatre vingts ans , avoit cncor bonne 
mine , lui voulut répondre de la fidé- 
iité de cette Princeife : mais la Reine 
s'en moqua > & ne crut pas qu'il 
pût lui en être un bon garand ; lui 
faifant entendre aifez librement 5 qu'il 
n'auroit pas un grand pouvoir fur 
elle. J'etois préfente à cette converfa- 
tion. Il dit à La Reine , qu'il avoit 
trouvé Madlle. de Clievreufe fa Fille 
fort embellie , & qu'elle avoir des 
yeux capables d'embrafer toute la ter- 
re. La Reine fourit , & lui répondît 
en criant de toute fa force , qu'il 
avoit trop d'amour pour la Beauté, 
& qu'il falloit qu'il commençât à ai- 
E 2 iTier 



loo Mémoires pourfervîr 
l^4p. mer le Ciel & la Vertu. Madlle. de 
Chevreufe écoît belle : elle avoit en 
effet de beaux yeux , une belle bou- 
che , & un beau tour de vîfage; 
inaîs , elle étoîc maigre , & n'avoît pas 
alTez de blancheur pour une grande 
Beauté. Sans doute qu'elle n^'étoît 
point embellie depuis que la Difgra- 
ce de Made. de Chevreufe /a Mère 
les avoit éloignées toutes deux de la 
Cour ; car il eft rare de voir que les 
années embellifTent les Dames paffe 
dix-huit ans. ' 

Mon (leur Oncle du Roi alla faire 
un Voiàge de deux jours à Paris où 
il reçut de grands honneurs. Le Par- 
lement , aîant confulté fes Regîftres., 
trouva qu'ils avoient autrefois députe 
vers un Duc d'Orléans comme lui. 
Lieutenant General de l'Etat & Cou- 
ronne de France ; fi bien que deux 
Préfidents & fix Confeillers le furent 
vifiter en Corps , pour lui rendre 
grâces de ce qu'il avoit contribué à la 
Paix. 

Ce Prince , pour complaire à la 
Reine , fit prier Madame de Chevreu- 
fe de fortir de Paris , lui faifant dire 
qu'elle obligeroit la Reine à la bien 

traitter 



àVHlflolre cCj4nr,e d'^atrlchf» 161 
traîrccr , (1 elle lui montroic de ne 16^^* 
point vouloir profitei: du mauvais 
ctac où i'efpric de la Fronde le met^ 
toit -y mais elle , qui avoit connu par 
{es expériences que la Reine ne la 
confidéroic plus , n'en voulut rien 
faire. Elle continua fa Négociation 
avec le Miniftre ; Se comme il faifoit 
profcfîîon publique de bonté , 8c de 
vouloir pardonner à Tes Ennemis , elle 
en tira ce quelle voulut , Ôc même 
avec Facilité. 

M. le Prince fut auflî à ParîSjquî n^ 
reçut pas le même applaudilTemenr;» 
que le Duc d'Orléans. On Pavoit trou- 
vé plus indiferent pour la Paix , & plus 
âpre au Combat j & par conféquent il 
n'y fut pas fi bien traitcé , mais pour 
ne pas faire une fi notable différence 
entre les deux , on lui députa un Préfi- 
dent & deux Confeillcrs ^ qui lui 
firent les mêmes compliments. Dans 
les EcclairciiTemens qu'il eut avec 
Made. de Longueville , elle travailla 
ibigneufement à le détacher des inté- 
rêts de la Reine. Elle lui fit com- 
prendre qu'il avoit tort de fe defunir 
de fa Famille & qu'elle pouvoit être 
utile à fa Grandeur. Il vit que le 
L 3 Prince 



10 1 Âiemolres pour fervîr 
164^. Prince de Conti tîroit de grands 
avantages de la Cour j que Madem. de 
Longuevilîe ^ qui l'avoit conduit à 
cette confideration , étoît digne 
li'écre ccoute'e ; & qu'elle lui pour- 
roit être propre à beaucoup de gran- 
des chofes. Il prit goût enfin aux fla- 
teufes illufions de cette PrincefTe , & 
le Sang , joint à la Politique , le liè- 
rent à elle par de nouveaux liens. Ce 
redoublement d'Amitié & de confian- 
ce fit qu'infenfiblement il fe forma 
dans l'Ame de M. le Prince des 
fentimcns diflcmblables à ceux qu'il 
avoit eu par le palTé ^ & qu'il s'ac- 
coutuma peu à peu à parler du Maza- 
rîn , avec le même mépris , que les 
Frondeurs. Ce fut la fource du chan- 
gement qui parut depuis dans fa con- 
duite 5 & qui caufa fa haute & dure 
manière d'agir avec la Reine &: foa 
Miniftre. Elle prôduifit enfuitte ces 
grandes Révolutions de la Cour , 
qui caufcrent de fi grands Defordres 
dans le Roiaume , & dans la Famille 
Roîale. 

Le Coadjuteur fe tînt dans fa For- 
tereOfe , & ne voulut point venir à Sr, 
Gcraiaiii comme les autres j mais, 

trouvans 



à l' Hlflolre d* Anne d' Autriche^ 1 5 
trouvant à propos de paroître de 1^45^^ 
loin 5 il pria le Dac de Liancour de 
faire fes complimcns à la Reine , de 
TaQurer qu'en fon particulier il etoîc 
fon très fidèle Serviteur , & qu'il la 
reconnoîtroît toujours pour fa bieii^ 
fadtrice ôc fa maître ffe ; mais , la Rci^ 
jie les reçut avec mépris , & ordonna 
à fon Ambafladcur de lui dire , qu^el- 
le ne le confidereroit jamais pour 
tel , que premièrement il ne fut Ami 
du Cardinal Mazarin ; qu'il étoît 
fon Minière j qu'elle vouîoit que 
ceux qui lui avoient de l'obligation y 
comme lui , fuiviffent en cela fes 
mêmes fentimens. Cependant , le 
Coadjureur , comme j'ai déjà dit , 
traicoit avec le Minière ^ dont il 
avoic reçu beaucoup de grâces pour 
fes Amis , de des promefTes à foa 
égard , qui dans leur tems eurent 
leur effet. 

Le Duc de Longuevîllc arriva de 
Normandie avec une grande fuitte. 
Il vint faluer la Reine , qui le reçue 
gravement. Je remarquai que ce Prin- 
ce en parut interdit , & qu'il ne pue 
jamais lui dire une parole de bon 
iens. C'étoit un homme de grande 
E 4 coniîdeiatÎQn 



10 4 HdemoVres pour fervîr 

1^49. confidcratîon ; il voîok qu'il lui é- 
toit honreux d*avoir fait cette faute 
contre le Service du Roi & de la 
Reine , dont il n'avoit nul fujct de 
fe plaindre ; & qu'il étoît tombé 
dans ce malheur , plutôt par légère- 
té 5 que par raifon. Qiiand il arrî- 
ra 5 chacun fe prelTa autour de cette 
Prînceire , pour entendre ce qu'il lui 
diroit 'y car il eft difficile de bien def- 
fendre une mauvaife caufe ; mais ,il 
n'eût jamais la hardiefTe de parler : il 
pâlie , puis il devint rouge ; & ce fut 
toute fa Harangue. Apres cet élo- 
quent repentir , il falua le Cardinal 
Mazarin , & un moment après ils fe 
retirèrent auprès d'une fenêtre : ils fe 
parlèrent long-tems Si enfliite ils fè 
vifitérent réciproquement , & demeu- 
rèrent amis en apparence. 

Le Comte d'Harcourt vînt à la 
Cour comme les autres. Il fut reçu 
différemment félon les apparences & 
les careiTes j • mais différemment atîïîî 
pour les rècompcnfes -, car elles ne 
furent pas fi grandes pour lui , que 
pour ceux qui avoient été contre le 
Service du Roi. Il avoit manqué de 
«onduicte à fe faific de la Ville de 

Rolien 



à l*Htjîoire d'Arjfte d'Autrîcht, lOf 
Roiicn ; mais , il avoic bien /èrvi, ^^4 ^ 
ai a ne ron jours occupe un pofte en 
Normandie, qui Icrvoic de barrière 
contre les attaques des Ennemis , & 
mettait le Roi en fureté contre ce que 
le Duc de Longue ville auroît pu faire, 
avec peu de Troupes Se moins d'ar- 
gent. Il avoit enfin donné le nioîeii 
au Roi de demeurer en fureté à Saint 
Germain , ce qui n'étoit pas un petit 
Service. On lui donna enfuîte le Gou^ 
vernement d'Alface , & une Abbaye 
pour un de fes Enfans. 

Ce même jour le Duc d'Yorcic 
vînt aufîi à la Cour. Il n'avoit point 
cncor vu le Roi ni la Reine 3 à eau- 
fe qu'il étoit arrivé à Paris pendant 
le Siège de cette Ville où les vifites^ 
n'étoient guère de fai(bn. Il croît de- 
meuré auprès de la Reine fa Mère, 
pendant cette mauvaife conftellation 
contre les Rois , qui l'avoît priv4 
d'un Père , & avoic donné beaucoup 
d'affaires au nôtre. La Reine lui fit 
de grands honneurs , Si lui donna 
une chaife à bras , de même que le 
ï)ue d'Orléans en avoit obtenu une de 
la Reine d'Angleterre fa fœur» Cet* 
te belle foule fut augmentée par la 
£ jF venuç 



î <j Mémoires pourfirvlr 

1^45?. venue de Madame de Longue ville ^ 
èi de Madllc. de Longuevilie fa bel= 
le Fille , qui aufli bien que les au- 
tres , avoît été une grande Frondeu- 
fe. bile a voie de la vertu , 6c beau- 
coup d'efprit , & il lui étoic pardon* 
nable d'avoir fuivi les fentimens de 
fon Père. Qiiand ces Princeffcs arri- 
vèrent 3 la Reine etoît au lit pour fe 
repofcr de toutes fes fatigues, J'a- 
voîs l'honneur d'être feule auprès 
d'elle 3 & dans cet inftant elle me fai- 
foit l'honneur de me parler de l'em- 
barras qu'avoit eu le Duc de Lon- 
guevilie en la faluanr. Comme je 
fçus que Made. de Longuevilie al- 
loit venir , je me levai y car , j'étois 
à genoux devant fon lît y Se me mis 
auprès de la Reine , réfolue de n'en 
point partir 3c d'écouter de près Ci 
cette Prînctife fi fpîrituelle feroit 
plus éloquente que le Prince fon Ma- 
ri. Comme elle étoît naturellement 
timide y ôc fujette à rougir y toute fa 
capacité ne ta fauva pas de l'embaras 
qu'elle avoir eu en abordant la Rei- 
ne. Je me panchai alTez bas entre ces 
Acnx lUuftres Perfonnes , pour fçavoîr 
es qu'elles diioientj mais, je a'emendis 

lien 



à Vfltflolre à^A-nnc 3l Autriche, 1 07 
rien que Madame ^ ôc quelques mots l6j^^^ 
qu'elle prononça Ci bas , que la Reine , 
qui écoutoii: avec application ce qu'el- 
le lui diroic , ne pur jamais y tien 
comprendre. Mademoifelle de Lon- 
gueville , après la révérence de Ma^ 
dame (a belle Mère , fe contenta de 
baifer le drap de la Reine , fans ou- 
vrir la bouche : puis , fe mettant tout- 
tes deux fur les Sièges qu'on leur ap- 
porta , elles furent fort heureufes de 
ce que je commençai la converfation , 
en demandant à Made. de Longue- 
ville 5 à quelle heure elle etoît partie 
de Paris 3 parce qu'il n"*étoic pas 
deux heures après midi j de pour 
les foulager de la confusion qu'elles 
avoicnt , qui les incommodoit beau- 
coup 5 j'exagérai leur diligence. Cet- 
te converfation , dont les matières 
frivoles furent le fujet , & cette vî- 
iitc il feichement palTée , ne fervic 
qu'à augmenter le reflTentiment que 
h\ Reine avoit contre cette Princeile 3 
qui y n'aiant jamais pris foin de lui 
plaire 3 ne lui plaifoit pas auffi. Elle 
confirma de même Madame de Lon^ 
gueville 5 dans les raauvaifes inten* 
tions qu*clle confervoît dans fon cœuir 



ï 08 Mémoires pour fervtr 
!(?45). contre le repos de la Reine j car 
quand les difpofîtions font mauvaî- 
fo j <3c que ceux qui ne s'aiment pas 
ne s'écîaircîlîent point fur les fujets 
qu'fls ont de fe plaindre les uns àcs 
autres , ce filence augmente Hnimi- 
tié 3 & empcche qu'elle ne finiffe. 

La joie de la Paix fut alors tra- 
verf^e par les Ennemis , qui affiégc- 
rent la Ville d/Ipres. Gerfc fut com- 
mandé pour aller avec quelques 
Troupes , faire quitter If s armes au 
Marquis de la Boullaie. il faifoit fon 
polîlble pour émouvoir dans la 
Champagne quelques nouvelles Ré- 
volutions y mais , il n'y réuffit pas. 
Le dégât que firent les Troupes da 
Roi donna un faux prétexte au Parle- 
ment de vouloir s^affembler exr- 
prcs pour y donner ordre j voulant 
encore fe mêler de toutes les chofes 
dont il ne lui appartenait pas de con- 
iioître. 

En même tems 5 (e fit KAccomode- 
inent du Duc de Vendôme y qui 
n'éfoît point venu à la Gour , depuis 
qu'il en avoît été chaffé par l'établif- 
fement du Cardinal Mazarin. Il avoic 
profité d-e ces Defordres , en mon- 
trant 



à t Hlftolre d* Anne d' Autriche, l o 9 
trant qu'il naproiivoic pas le proce- iGj^^^ 
dé audacieux de l'on Fils le Duc de 
Beaufoit , de qu'il defiroit infiniment 
de devenir Ami du Miniftre. Pour mar- 
que àccG. defir , il piopofa le Mariage 
de Ton Fils le Duc de Mercœur , 
avec l'ainée Mancini , Nièce du 
Cardinal. Cette propofition ne fiiit 
point rtfufée : elle étoit avantageufè 
au Minîdre , & pouvoit donner de 
orandes commodîtez à ce Prince , qui 
en defiroit l'exécution , afin de rentrer 
dans la faveur. 

Cette Guerre civile , ou le Cardin- 
nal Mazarin avoit été mal- traité , lui 
avoir déplu , il trouva que des Places 
& des Alliaiices le rendroient plus 
confidcrable ^ & le mettroient en 
état de fe pouvoir dcfFendre par lui 
même , fans mandier continuellemcnc 
la Protedtion du Duc d'Orléans , &: 
du Prince de Condé. En changeant 
de conduite > il devint plus intcrelfë 
qu il n avoit été jufques alors , & les 
mauvais tours de Tes Ennemis lui 
firent defirer de it faire redouter de 
ceux qui lui avoicnt fait beaucoup de 
mal , & beaucoup de peur. Par ces 
iraifoiis , il traiua le Duc de Vendô- 
me 



1^45) 



1 1 o JHemslres pour fèrvlt^ 

me comme Ton Ami ; Se ce Prmce 
fut de même reçu par la Reine , a- 
vec beaucoup de démonftration de 
bonne volonté. 

Monfîcur le Prince étoît un peu J 
dégoûté de la conduite du Mîniftre , 1 
que fes Ennemis décrioîcnt tout-à- 
feit. Il érolt 5 comme je le viens de di- 
re 5 prefié par fa Famille d'entrer dans 
leurs delTcins , afin de fe faire le 
Maître de la Cour , au lieu qu'il n'c- 
toît ( à ce qu'ils difoienr ) que le 
Vallet du Cardinal. Made. de Lon- 
gueville Te fervit de cette union du 
Miniftre , avec le Duc de Vendôme , 
pour faire haïr à Mr le Prince cel- 
le qu'il avoit eue jufques alors avec lui» 
Elle lui die que c'étoit ime marque 
indubitable qu'il ne vouloit plus le 
confiderer pour Ion principal appui y 
puis qu'il entroit dans d'autres inté- 
rêts Ôc pcenoit dans la Cour ^ une au- 
tre protecHiion que la Cienne j & qu'il 
ccoit à croire que le Duc de Vendô- 
me 5 devenant Parent du Miniftre ,. 
feroic plus confîderé que perfonne 
auprès du Roi ôc de la Reine» Ces 
raisons , repréfentécs par une Sœur 
^u'ii avoi: fort aimée , furent des ar- 
mes 



I 



à l'Ulftorre d'Anne d'Antrlche. \\i 
mes , pour combattre dans le cœur de i^49v 
M. le Prince inclination qu'il avoir à 
la Paix , & à ne fe point brouiller à la 
Cour. Ce Prince , qui eût été au de- 
fefpoîr fi on eût cru que quelqu\ui 
Teùt gouverné/e lailla néanmoins con- 
duire par cette Princeffe à ce que^ lui- 
inême de fon mouvement n auroit ja« 
mais fait. 

Cet éloîgncment de volonté porta. 
M. le Prince à s'éloigner de la Cour 
pour quelque tems, il Et dellein d'alleE 
en Bourgogne j & auflitôt qu'il mon- 
tra d'avoir cette penfée , la caufe en 
fut facilement apperçûë par le Minif- 
tre 5 qui ne manqua pas d'avoir des 
avis fur les dégoûts qui commen- 
çoient à fe foimer contre lui dans l'a- 
me de ce Prince.Le Cardinal Mazarin^. 
pour adoucir fon cœur . lui fit parler 
de la propofition que le Duc de Ven- 
dôme lui avoit faite , & lui^ ^i dire 
tout ce qui pouvoir le raffiirer , fur 
les craintes qu'on lui avoit fait conce- 
voir i mais , il ne reçut pas ce qui 
venoit de fa part avec ce même efprit 
qu'îl.auroiteu, fi Madame de Lon- 
gueville n'eût point commencé à l'em-. 
poifonner. Le Miniftie eu, eût du 



1 1 2 2t4emoîres pour fervtr 
[1^49* chagrin , & tout ce qui lui parut pro- 
pre à raccommoder ces mauvais com- 
mencemens fe fie en fuite de fa parc 
ians aucun effet. 

Je finirai les Avanturcs de Saint- 
Germain par l'Arrivée du Marquis de 
Vitri , du Marquis de Noirmoutier, 
& de Laigue. Le premier avoit du 
mcrice , & de la qualité'. Sur quel- 
ques dégoûts que j'ignore il éroic en- 
tré dans ce Parti , étant aduellemenc 
attaché au Service de la Reine y en 
quoi fa faute étoit plus grande , de 
rnoins pardonnable. Pour les deux 
autres , l'un avoit beaucoup de naif- 
fance , tous deux étoienr honnêtes 
gens , & tous deux avoient été grands 
Frondeurs 5 ôc avoient comme ' je l'ai 
déjà dit traitté publiquement avec le 
Roi d'Efpagne. Ils vinrent donc fous 
la foi publique fakier la Reine , avec 
la même hardiefle que s'ils euffent tra- 
vaillé à fauver TEtat ; Se comme les 
autres 5 ils en furent quitte pour un 
peu de froideur ôc de mauvais vifage. 
lis éroienr de ma connoiflance , ÔC 
dans le moment que je fiis apperçeue 
^ par eux , ils vinrent me témoigner 
beaucoup de joie de me rencontrée. 



a l'H'.flolre â^Anne d* Autriche. Jf 5 
Je Ic-iir dis touc bas que j^étoîs fort aife 1 6^^ 
de les voir ; mais , qu'en cette occa- 
fîon 5 je les prioîs de ne m'aimer pas 
tant , vu que l'Amitié de telles gens 
n'étoit nullement de bon augure dans 
la Chambre de la Reine. Comme je 
raîllois avec eux ^ Monfieur pafla , qui 
leur fit mille carefles. En me retirant , 
je lui dis , que je croiois avoir mérité 
la corde , par la bonté que j'avois tîi'è 
de les fouifrir , ôc que j'en étois en 
fcrupule. Je les laifTai , Se lui dis en- 
core que pour lui qui étoit le Maître y 
& qui n'avoit rien à craindre , il pou- 
voir leur faire grâce ôc les bien trait- 
ter ; mais que pour moi , je croiois 
en devoir ufer autrement. Monfieur 
me répondit que j'étois bien fage , & 
que pour nVempêcher d'aller à la Grè- 
ve > il alloit les emmener. U les prît 
en effet , de les pouffant dans une fe- 
nêtre 5 il demeura quelque tems à les 
entretenir. Cette Converfation fut 
aulTi-tôt remarquée 3c tellement fentîe 
par le Miniftre , qu'un de fes Domef- 
tîques m'alfura , qu'il en avoit eu de 
l'inquiétude : ôc enfuite l'Abbé de la 
Rivière me conta que le Cardinal lui 
eu avoit fait des reproches , fe plai- 

gnauc 



1Î4 Ademolres pour fervlr 

1045). gnant à lui de Ton Maître , d'avoir fi 
bien traître ces deux hommes. Je 
connus par cette petite Avanture, que 
les adions des Grands font toujours 
grandes quelques petites qu'elles 
foicnt ; Sz que ce Prince^quoî qu'il eût 
de bonnes intentions , n'étoit pas En- 
nemi mortel de ceux qui avoient mor- 
tellement ofFcnfé TEtat. 

Peu après , je quittai la Reine , & 
vins faire un' petit voiage à Paris, Je 
trouvai cette grande Ville encore plei- 
ne de cet Efprit de Rébellion , qui 
depuis quelque tems Pavoit entière- 
ment occupée ; & fans être Aftro- 
logue , je prévis aifément , que cette 
Paix ne fcroir pas de longue durée, 
j^g En ce même tems , la Reine partie 

Mars, po'^i-' aller à Compiegnc , donner or- 
dre aux Affaires que les anciens En- 
nemis de PEtat lui donnoient fur la 
frontière. Ils continuoîent le Siège 
dTpres , 011 Beaujeu fe deirendit d 
bien , qu'il le fit diirer plus long- tems 
qu'on n'avoit cru. Palluau , qui ne s'y 
ëtoît pas trouvé au commencement , 
fut blâmé de tout le monde j mais , il 
avoit fçCi fe mettre fi bien auprès du 
Miaiftre , qu'il ne fut pas fl abbatû <àe 

ce 



à l'H'jîoîre d'Anne d'Autriche, \\y 
ce malheur , qu\m antre l^auroit été. ^C^c^ 
QLioi qu il n'eut aucune étude , & 
nu il beguaiât en parlant^ comme il 
avoic un grand fcns naturel , & le gé- 
nie de la Cour , il avoic trouvé moien 
de fe mettre en polTeffion de fc fervir 
plus ordinairement de Vlntrigue àx 
Cabinet , que d'une grande affiduité a 
l'Armée , pour avoir les plus beaux 
Emplois que les Gens d'Epée puiiknc 
obtenir. Qijoi qu'il eut du cœm- com- 
me un autre , il trouvoic toujours plus 
à propos de combattre fes Ennemis 
particuliers , que ceux de l'Etat. Il 
fut aftligé de perdre cette place , parce 
que ce Gouvernement lui valloit beau- 
coup i mais , avec de l'efprit , de la 
hardiefTe , ^ du bonheur , on va bien 
loin. Pour marque de cette vérité^ 
quelques années après , cet habile 
Courtifan , malgré toutes fes facheu- 
fes Avantures , parvint à la Dignité de 
Maréchal de France , à laquelle ks 
Officiers qui croioient la mritei' 
mieux que lui difoient que fes Bons- 
Mots & fes agréables railleries 
avoient eu plus de part que fes gran- 
des Adions. 

Le rejoue de la Reine à Compiegne 



Il 6 Mémoires pour fer vlr 
1^45? . fervit un peu à délaflcr fon efprlc des 
Affaires qui en avoieiic troublé le re- 
pos. La Forêt & la Rivière qui font 
Porncment de cette petite Vilic lui 
firent pafFer d'agréables heures , & 
donnèrent" beaucoup de di vertî^Tement 
au Roi & à Monfieur , qui étans touj 
deux trop jeunes pour prendre part 
aux maux de l'Etat ne penfoient qu'à 
chercher du plaifîr par tout ou ils fe 
trou voient. 

Pendant ce petit intervalle de plaî- 
fir , le Duc & la Ducheirc de Vendô- 
me 5 qui vouloient l'Alliance du Mî- 
niftre , firent ce qu'ils purent pour 
obliger le Duc de Bcaufort à confcntir 
au Mariage de M. de Mercœur avec 
l'aînée Mancîni ; mais , il ne voulut 
pas l'agréer. Pour le fatîsfaire , on 
lui offrit le Gouvernement d'Auver- 
gne ; mais il le refudi : <Sc dans ce 
rems là , étant revenue à Paris , & le 
rencontrant un jour chez Mde. la Du- 
chelfe de Nemours fa Sœur , il me die 
qu'on fe moquoit de lui ; car , en 
même tems qu'on lui offroit ce Gou- 
vernement 5 on le vouloit donner au 
Duc d'Elbeuf , pour récompenfe de 
celui de Picardie , que le Cardinal 

VQUr. 



à rfTtflolre d^Amie d* Autriche» 1 1 f 
voaloic avoir. Mais , comme cet 1(^40, 
échange ne fe fit point , je croi que le 
Duc de Beaiifort fe trompoit lui-mê- 
me , ou qu'il faifoic fcmblant de le 
croire , pour ne fc point accumoderj 
voulant , fclon toutes les apparences, 
©u plus qu*on ne lui offroit , ou ne 
voulant rien pour demeurer toujours 
en état de tout vouloir. 

Qiieiques jours après , ce Prince 
tomba malade d'une colique (1 violen- 
te , qu'il crût être empoifonné , & 
prit publiquement du contrepoifon; 
ce qui fait connoitre le dcllein qu'il 
avoit de réveiller l'Amitié du Peuple 
de Paris pour lui. Il en avoit plus 
befoin contre fcs anciennes liaifons, 
que contre aucun breuvage qu'on lui 
eût fait prendre ; car , il faut avoiicr, 
que le Cardinal Mazarin ne nous a 
point paru vouloir ufer de mauvaifes 
voies pour fe défaire d'aucuns de ks 
Ennemis ; & que jamais Favori , éle- 
vé à la plus grande PuiiTance qu'un 
homme puifTe avoir , n'a eu plus de 
clémence & de douceur que lui. Auflî 
Tavons nous vu vifiblement protégé 
de Dieu , pour marque évidente à 
tous les hommes ^ que comme il en 

eft 






T T 8 Mémoires pottr fervtr 
iC^^, eO: le Créateur , il hait celui qui ré- 
pand leur Sang , & conferve le pacifi- 
que. Le peuple de Paris fut voir ce 
Prince malade > & la foule devint fi 
grande chez lui ^ qu'à la fin il falut 
ouvrir toutes les portes qui alloienc 
à fa Chambre , haufier les rideaux 
de Ton lit , & Pexpofer à la vue du 
Public. Ce grand concours , & la 
flaterie de quelques uns de les amis, 
achevèrent de le rendre irréconcilia- 
ble avec le Minière. 1 1 crut faire une' 
Action héroïque de ne fe point acom-^ 
moder , & les adulations de ceux, 
qui vouloient toujours avoir un Cher 
€n fa perfonne furent cauie qu'il ne 
fut point auffi Satisfait de la Cour 
qu'il le devoit être, 
le ^. Ypres fe rendit aux Ennemis le 
Mai. huitième jour de mai 1649. après 
que Beaujeu l'eut defFendue , aiTez de 
tems pour mériter beaucoup de louan- 
ges de fa réiiftance. L'Intrigue da 
Cabinet occupoit tellement le Minis- 
tre 5 que cette perte aie put pas trou- 
ver en lui aflez de place pour lui 
caufer de nouveaux chagrins. Ses 
plus grands maux ne venoient pas des 
Ennemis de i'Etac y mais plutôt de 

ceux 



à l'Hlflolre i Anne à' Autriche, iip 
ceux qui voulant paroître Tes Amis, \G^^% 
ne l'eftoicnt point , & qui pour tirer 
de lui des grâces & des bien- faits, 
lui faîfoient naître de continuelles Af- 
faires 5 afin de le forcer, à leur don- 
ner davantage. Le dcfiein que le 
Cardinal confervoit toujours de faire 
revenir d'Hcniery , étoît pour loi^ 
un de fes plus grands embarras : le 
defordre où étoîent les Affaires du Roi 
lui faifoit de(uer de plus en plus de 
le pouvoir rappeller ; mais ce chan- 
gement n'etoît pas encore en état de 
le faire. Il ne voaloit pas qu'il parut 
venir de lui , de peur de fe faire haïr 
par le Parlement , (5c les Peuples , qui 
avoîent en horreur le nom de cet 
homme. Il faifoit femblant ^ au con- 
traire 3 de favorifer ceux qui afpi- 
r oient à cette Charge , & leur faifoit 
efpérer qu'il leur fcroit favorable. 
Le Preiident de Maîfons étoit celui 
qui avoît paru fe déclarer d'avantage 
fur cette prétention , cù par bonheur 
pour lui il avoît trouvé des perfonnes 
qui Pavoient fervi folidement , & avec 
une grande application à fes intérêts. 
On parla dans le Confeil de cette Af- 
faire. Le Cardinal montra de protc- 



î 2 o Mémoires pour fervlr 
1H9* H^* ^^ Pré(]aenr, & en même tcms 
il avoicfiiplié Monfîeur Oncle du Roî 
de s'y oppofer. Cette oppo/îcion ayant 
cte^faite, le Miniflre témoigna au 
Préiîdent de Maifons qu'il étoit fâ- 
ché de 1 obftacle que Je Duc d'Or^ 
leans avoit apporté à Tes de/îrs , & 
crût par cette fineffe Tavoir fatisfaft. 
Il crût auffi avoir de même caché au 
Public la réfolutîon qu'il avoit faire 
. d'y^ remettre d'Hemery ; mais , il 
etoit aifé de voir où alloient fes in- 
tentions. Nous conclûmes auffi-tôr, 
qu'il falloir faire changer le Duc 
d^Orleans, afin de montrer au Miniftve 
qu'il étoit difficile de tromper les 
Gens de la Cour. L'Abbé de la Ri- 
vière étoit lefeul qui fût capable de 
cela : je me chargeai de lui en parler, 
^ trouvant par Te moien de la Mar- 
quife de Sablé un intérêt particulier 
qui lui pouvoir faire fouhaitter pour 
Sur-Intendant celui que Ton Maître 
avoit paru rebutter. Je le perfuadai à'y 
travailler ; & il le fit Ci bien , que Je 
Duc d'Orléans changea tout à fait àc 
fentiment j & peu de tems après ce 
Prince fit dire au Préfident de Mai- 
fons , qu'il n'avoit été contre lui que 

par 



à t Hlflotre ^ Anne à' Autriche, 1 1 \ 
par complaifimce , & que dans le vraî 16^^. 
il dciuoic l'obliger , ôc lui donner fa 
voix. Ce bon oHice n*étoic pas fufli- 
fànc pour faire conclure l'Affaire à 
l'avantage du Piéfidcnc de Maifons, 
parce que dans le vrai le Miniftrc étoic 
le Miîrre abfolu de toutes les Réfb- 
lutions de cette nature ; mais , cette 
Protedion du Duc d'Orléans lui fut 
.tout-à-fait avantageule 5 dans le tems 
011 fà deftînéc le porta à cette Charge- 
elle nécedîta le Cardinal de lui don- 
ner la fienne , ne pouvant pas lui refa- 
fcr ce que déjà il lui avoit fait efpe'rer, 
en faifant femblant de lui être favo- 
rable. 

En ce même tems , j'allai à Com- ^^ ^j^ 
piegne trouver la Reine. Je fis ce pe- Ma; 
tît voyage ; car 5 il étoîc difficile de 
vivre avec plaifir dans Paris à caufe 
des Dii putes continuelles qu'il falloîc 
avoir avec fcs Ennemis. Ils la bla- 
moient incelîamment de la Proiecliou 
qu'elle donnoît à fon Miniftrc , & ne 
pouvoient bien entendre qu'il feroîc 
injufte &; d'une dangercufe confë- 
quence , que les Souverains accou- 
ru maffent leurs Sujets à faire leurs vo- 
lontez : la voie de la defobéiflànce (3c 
Tome IIL F de 



1 1 1 Mémoires pour fervlr 
16^49. ^^ ^^ rébellion eft toujours criminel-; 
* le. Si cette P incelTe avoit été un peu; 
plus jaloule de Ton Autorité &c de fa 
puidance , 6c fi elle fe fut contentée 
de (outenir Ton Miniftre , fe fervanc 
de fon habileté fans affedcr la plus^ 
part du tems de n'avoir part à rien, 
elle auroit acquis une réputation plus 
éclatante que celle des Reines les 
plus eftimees i mais fon indifférence, 
qui la portoit a négliger la gloire de 
gouverner par elle même un grand 
koiaume , a caché la beauté de fa 
réfiftaivce , & le tems feul a fait con- 
noître , que les meilleures & les p'us 
hardies refolutions ont été nour^'es la 
plus grande partie dans fa prudence 
6<: fa fermeté. 

Madame la Prînceffe étoit allée à 
Paris revoir Madame de Longue- 
ville 3 & fe rejoindre à fa Famille. On 
crut qu elle prit un peu de leurs Senti- 
mens parccqu'clle s'imagina que la Rei- 
îie avoir méprifé fa douleur à St. Ger- 
main quand le Prince de Conii en 
croît paru , Bc qu'elle avoir eu quel- 
que dcffiance d'elle. Je croîs qu'elle 
fcrrompoic j cardans ce tems là , un 
iom Dâiiant à la Reine , de Madame 
■ ^ la 



à /' H' loutre d* Âvne à* Autriche. 1 1 5 
làPrîncenè , je lui dis , comme il ctoî: i 649, 
jvrai qu'en arr vaut a Paris , je l'a- 
Ivois trouvée remplie d'une grande 
itriftcde ,ranc fur ce qui regardoic fa 
|Majei>c,que fur Ic-s intérêts de Ma- 
;d.ame de Longucvillc , 6l que j'avois 
léré étonnée de la trouver fi fenfiblc 
là deux choies , qni étoîcnt fi contrai- 
res : fur quoi ede me ^i l'honneur 
ide me rép(Midre , qu'il éroit vrai 
i qu'elle lui éioit obligée, & qu'elle 
avoir bien vu , malgré la tendreife 
qu'elle avoir pour fes Enfans , qu'el- 
le avoit fenti leur fcparacion de la 
Cour 5 auranc parce qu'elle avoit pa- 
ru contraire au fervice du Roi , que 
par les mauvaifes fuites qu'elle pou- 
voit avoir à leur domage \ ôc qu'enfin 
fclle ne trouvo.it point étrange qu'elle 
eût commerce avec eux , parce qu'el- 
le ne la loupçonneroit pas aîfément 
de lui manquer de fidélité. Cepen- 
dant , l'Hiftoire du Tems veut que 
cetrc Princeifc , charmée de la haute 
Réputation où elle voioit alors Ma- 
d.ame de Longueville , fur de concert 
avec ^4le . ( quoi qu'elle ne fçûr pas 
"tous fes fecrers , ) pour travailler una- 
nimeraent à dégoûter M.le Prince de la 
Fi liaifoo 



114 lidemotres pour fervtr 
1640, liaîfon qu'il avoir eue jufqueslà avcC 
la Reine Ôc fon Miniltie. Le Mariage, 
que vouloir faire le Cardinal lui dé- 
plut 5 par fa propre inclination , parce 
que la Maifon de Vendôme avoir tou- 
jours été oppofée à celle de Conde'j 
êc quelques perfonnes confidentes de 
Madame de Longueville me dirent, 
que M. le Prince quittant fa Famille à 
Paris pour aller en Bourgogne , il leur 
dk^jQîiil avoît fait ce qu'il avoit au 
€71 foHtenant le Cardinal Ma^arin^ 
farce quîl avoit promis de le faire i 
mais , qua ï avenir , fi les chofes pre- 
noient un autre chemin , il verroit ce 
^hil aurait à faire. Il alla à Corn- 
picgne prendre congé de la Reine, 
pour aller à ce Voiage 5 & quand il 
la quitta , elle qui fçavoit ce qui fe 
pafloit,lui dit tout haut. Quelle croyait 
qu'ils fe féparer oient bons amis , & 
truelle tenoit pour affuré que leur Ami^ 
tié derheureroit entre eux aujfi parfaite 
quelle avoit été depuis la 'Régence^ 
ajoutant » quil fallait que cela futy 
pialgré ceux qui dejiroient le contrai- 
re. Comme les paroles des Rois & 
leurs adions font qua(î toujours defa- 
jpronvéss , beaucoup de perfonnes blâ- 
mé- 



à rHl(îolre d'Ame à* Autriche. 12 f 
mcrenc la Reine de lui avoir parlé de 1649, 
cette force , parce qu'elle rciidoit cette 
petite mésintelligence trop publique, 
& donnoît lieu de croire qu'il étoic 
vrai que ce Prince fe vouloir (éparer 
d'elle. Avant que de partir , il pré- 
fcnca à la Reine , le Maréchal de la 
Morlie , qui n'avoic point encore pa- 
ru 5 parce que demandant beaucoup il 
avoit fallu plus de tems au Miniftrc 
pour Te réfoudre de lui accorder ce 
qu'il fouhaittoic. La Reine , parlant 
de lui 3 & de quelques excufes qu'il 
lui avoit fait faire fur fon retardement, 
avoit dit tout haut qu'elle ne fe fou-« 
doit pas de le voir. Il crût par là être 
obligé de fe hâter davantage j & ce 
fut feulement pour être mal reçu. On 
fe mocqua d'un Eclairciirement public 
qu'il fit avec le Cardinal Mazarin en 
le faluant ; car d'ordinaire ces fortes 
de Converfations ont befoin de fecrer. 
Sa Harangue , quoi que mal tilTue, 
In'empêcha pas qu'il ne reçut de l'ar- 
^gcnt en quantité. En ce feul point 
ife renfermèrent tous fes defirs : il 
avoit déjà toutes les Dignitez où pou- 
voic afpircr la plus grande ambition 
d'un Gentilhomme j ^k. néanmoins on 
F 3 m'af- 



1^40. "'i'^^J'a qu'erm de rc^roiir à Pariî 
quelqu'un lui denuindaiu s"*]! etoit d< 
venu Roîalifte , il avoit lépondu , {. 
jReine m'^t fatf jHjtice , m .na'it f^itu 
fat \maîs the ne m^ po'y.t f^it' ù 
gy'iiic •, &j ne fuis pas p us [on S"'V'm 
$e^*y que ie i' étais H y a pe > de tews: 
Parole; , quî me flmblcnt honreufcs 
dans la bouche d'un Frant^ôîs , 6d 
d'un officier de la Couronne , qui 
ctoîr devenu Maréchal d- Fr mce 8c 
Duc de Cai donne , par les bienfaits 
du feu Roî. 

Le Miniftre , voulant donner quel- 
ques foins à la confervatîon de noî 
frontières , fie réfoudre la Reine de 
changer fon féjour de Compiegne eji 
celui d*Amîens. Il forma des delTeins 
avantageux à la France , afin de don- 
ner des bornes aux progrès des En- 
nemis 3 & plus encore pour calmer les 
tempêtes du dedans du Roîaume , par 
les bons fuccès que les armes du Roî 
lui pouvoient faire efpérer. Il fuplia 
le Duc d'Orlean d'aller paiTer quelque 
tems à Paris , afin d^alToupîr par fa 
prcfence le bruit qui fe faifoit encore 
contre le Mazarin , ce qui lui don noie 
beaucoup d'inquiétude y ôc lui faifoic 

craiii- 



k r F^î/lore d'Anne d' Autriche, 1 1 y 
CrainJre que le reftc Je cette malice i^±<^^ 
publique ne s'opofa a Çow bonheur 
pai'.icLilîer , & ne l'eaipêcha d'avoir 
pa. t a la Pai\ Ce Prince q li voliIuc 
obliger la Reine, la fuivit jufqaes dans 
Amiens : il lui aida a prendre les réfb- 
Litions nécclfaiies au Service du Roi; 
puis revint prendre Madame qui i'at- 
tendoir à Compiegne , & qui par 
grande merveille Pavoic fui vie cette 
année De là , il s'en retourna prépa- 
rer rentrée de celui qui avoit befolii 
de Ton afîîftance <3c de fa protection ; 
mais 5 qui apparemment commençoît 
à fe laflfer de cette dépendance. 

Je partis de Compiegne pour rêve- Le 7. 
nîr à Paris le même jour que la Cour Juin, 
parti't pour Amiens , & ne fuivîs point 
la Reine. A mon retour , je trouva 
les efprîts au (fi mal intenrîonnez que 
jamais , & les Libelles Aqs Séditieux 
plus dangereux à l'Etat , que ceux ,, 
qui jufqu'alors avoient feulement atta- 
qué la perfonne du Cardinal. Un de 
ceux-là prononçoit hardiment , Que 
quand les Révoltes étolem générales , 
les Peuples avoient un jufte droit de 
faire la Guerre contre leur Roi ; cjue 
leurs Griefs dévoient être décide'^ par 

F 4 les 



î 1 8 Àîemolres pour fervlr 

1649. Us Armes , & qu'ils pouvaient dan^ 
ce tem^ la porter la Couronne dans 
d'antres Ftm>lles , ou charnier de Loix, 
Et dans cet Ecrit il y avoir des Exem- 
ples aîiégiiés d Etats y qui avoienr 
changé la Monarchie en un Gouver- 
nement de plu (leurs , vonlans par là 
faire naître au Parlement le defir de 
fc fa're p.ireil au Sénar de Venife , ou 
de fuivre l'exemple de celui d'Angle- 
j* Mon ï^rre. * Toutes ces hardielfes , qu'on 
Frtre , pcut nommer de grands Crimes , & 
à fon même fi énormes qu'ils font de la 

retour \ • \ r 'a • j 

, peme a penler , procedoient de ceux 

jnagne , '^'■^^ vouloient augmenter les Defor- 
lépon. dres , dc les augmenter autant qu'ils 
^itàcet le fouhaîttoîent. Le Parlement fans 
^crit^ Se (Jo^ite j-j^y avoir alors nulle part , & il 
ponfc parut que cet Ecrit avoît donné de 
fut efti l'horreur à tous, & même aux plus 
lî^ée. Il malins. 

*^°^^ A l'arrivée de la Cour dans Amîensa 

moins ^^ Cardinal Mazarin manda au Mar- 
fore quis d'Hocqu incourt , Gouverneur de 
Kunc« Peronne 5 de le venir trouver pouï 
l'entretenir de quelques affaires im- 
portantes. Il n'étoit pas content de 
ce qu'il avoit lai (Té paffer Madame de 
Chevreufe , qui étoitrçvenue de Flan- 
dres 



à r Hlflolre à' Anne à* Autriche • 129 
dres fans le confentcment du Roi ; îl ié49* 
lui monrroic aiiffi de le vouloir ré- 
compcnfer (Ii Place , pout la rejoin- 
dre au Gouvernemcnc de Picardie : 
qu'il fcmblorc avoir deffein de pren- 
dre. Le Marquis d'Hocquîncourt 
croit un homme vaillant & de grand 
cœur , mais le^er ^ facile à décrouter. 
Il avoit pris liaifon avec les Fron- 
deurs (ar quelque petit mécontente- 
ment , ^ avoit quitté TArmée pour 
aller fe renfern^er dans fa Place , dî- 
fant qu'il avoit eu avis qu'on le vou- 
loit arrêter. Sur l'ordre qu'il reçût 
du Miniftic , il vint le trouver avec 
un bonne eicorte ; érans convenus , 
avant leur entrevue 5 du lieu , & de 
la quantité de gens qu'ils dévoient 
avoir l'un & ranrre , & de toutes 
leurs furetez. Ils fe virent enfin dans 
une Campagne , au milieu de cin- 
quante hommes de Cheval de chaque 
côté. Hocquincourt étoit un bon 
Picard 5 franc Chevalier y Ôc bon 
Ami. H dit au Cardinal , qui lui 
témoignoit vouloir ctre de fes Amis à 
des conditions avantageufes, qu'il ne 
lui pouvoir accorder fon Amitié , ni 
yecevoii: fes offres > s'il ne lui permet- 
F 5 xoïc 



1^0 Mémoires po^r fin t'y 

1640. foît de travailler à les remettre bîifiï ^ 
enfemhle , lui & le Duc de Beaiifortv ] 
aiant promis de ne rien faire fans ce 
Prince. Le Miniftre , qui ne déman- 
doit que la Paix , lui donna pouvoir 
d'aller traîtter avec Ton Ami le Duc 
de Beaufort , & confentic même à 
quelques oiïres ^ quil lui permit da 
lui faire de fa part. Hocquincourt 
partit enfuitte de Peronne , & vint k 
Paris chercher ce Prince , pour tacher 
délai perfuadcr cet Accomodemenr.. 
Il le trouva embaraifc dans une gran- 
de brouillerie , qu'il avoir eue avec 
' beaucoup de perfonncs de lai Cour ,, 
& mal intentionné pour le Cardinal; 
fi bien que ne pouvant réuiTir dans fa 
Négociation , Se voiant qu'il étoîc 
^ obligé an Miniftrc , il fe dégagea dite 
Parti de k Fronde ^ & s'accumoda^. 
avec le Cardinal , fans pourtant fe 
défaire de fon Gouvernement. (* ) 
*)î:étcit Le Duc de Beaufort avoir un gran- 
Gouvcr- de Qiierelle fur les bras 3 qui étoÎG 
"^"«^ alors le fujec de toutes les converfa- 

'^^^^' tions des eens du erande mondes 

ïonne, , .^ ^ 1 n • ^ 

Qiielques jours avant que la Keme- 

parut de Compiegne pour Amiens le- 

Duc de Candallc \ le Commandeur de." 



à VHljiolre d'Anne à" Autriche, 1 5 1 
Sonvrc , Manicamp , Ruvîgni , Ger- i^49- 
fe , le Commandeur de Jars , & quel- 
ques autres voulurent aller à Paris fai- 
re une petite courfe , à delTein d'aller 
bientôt après rejoindre la Cour dans 
Amiens. Comme ils prirent congé 
de la Reine , Gerfé , le moins fagc 
de tous les hommes , lui dit en fou- 
riant qu'ils alloientbien foutenirleur 
Parti. La Reine lui répondit , par- 
lant aufïï à tous les autres ? Ha \ mon 
Dieu, foîez tous bien fages , & vous 
ferez, bien. Etans donc à Paris , ils 
Ye rencontrèrent les deux Partis en- 
femble un foir dans les Tuillerîes. La 
troupe de gens de la Cour étant dans 
La grande allée , ils virent le Duc de 
Bcaufort . qui vcnoit vers eux , ac- 
compagné du Duc de Retz , Se d'un 
bon non-ibre de Confeillers Fron- 
deurs. Soit que le Duc de Beaufort 
voulut éviter de rencontrer de front 
tant de ces Mazarins , foît que cela. 
arrivât fans deOéin , quoiqu'il en foît , 
comme il approcha d'eux il prît un 
jeune Confeiller - Se au lieu d'aller 
droit par cette allée > il fe détourna 
pour en prendre une petite , témcî- 
snaiit de vouloir entretenir en partî- 
^ E 6 cil- 



I j 1 Afemolres pôitr fer vïr 

cuiicr celui qu'il avoir obligé de fe 
fuivre. Gerfé ^ d'humeur incompa- 
tible avec le boa fcns , voulant s'ac- 
^uerir quelque mérlre auprès du Mi- 
nière > fit à^s railleries du Duc de 
Beauforr , ài(:àm que le Champ de 
Bataille leur éroic demeuré , que ce 
brave Prince avoir évité leur rencon- 
tre y &c que les Frondeurs n'avoie^t 
ofé paroi tre devant les Mazarins, Ali 
fortîr des Thuilleries , il alla vifîter 
des Dames : il coma dans les ruelles 
cette Avanture dans les mêmes ter- 
mes ; ôc le lendemain il en fit des 
plaifanreries à ceux qui les voulurent 
entendre. Auffi - tôt que le Duc de 
Beau Fort en fut averti » au Tieu de 
délibérer fagement à ce qu'il éroîr bon 
& à propos de faire , il fc rcfolut 
brufquement de s'en vanger ., ôz le fie-' 
4'une manière a-llez bizarre. Nos 
CourtifanSj qui ne penfoicnr- qu'à joiilr 
de la vie & de les douceurs ;, & Ger- 
fé qui ne penfoit pas avoir trouvé de 
fî bons Echos , propoférent en mên:e 
tems d'aller fouper fur la terralTe dit 
Jardin du Renard, & paîcrent cha- 
cun, deux- piflolles pour leur repas. 
Ce même |our oii dit à Gerfé que le 

Duc 



k r HlfloWe d'Arme à' Autriche, i ^ } 
Dnc de Bcaufort avoit fçù ce qa il i ^^^l 
avoic dit de lui , & qu il avoir juré de 
le maltraitter. Il rcpondic avec une la- 
gclfe à coïKi-c-rcn-is , qu il n avoir rien 
dit qui le pût oftenfer , ^ q^^^'i^^ "^^ 
craignoît rien d^in Prince aulli géné- 
reux' que celui - là. Cette prudence 
forcée nétant pas naturelle iVeut 
point de bon cfret , ^ ne le fauva 
point de la colère du Duc de iicau- 
fort y qui , pour être trop excciïive ^ 
&c palTer bien audelà de l'offenfe , fiî« 
avec raifon defaprouYée de tout k 
inonde. 

L'heure du fonper étant venue , k 
Duc de Candalle , & toute la Com.- 
pagnie , au nombre de douze perfoiv 
nés , fe rendirent au Jardin , avec in- 
tention- de fe réjouir , & de faire bon- 
ne chère. Le Commandeur de Soa- 
vré fut averti par fa Nièce Made^ 
moifelle d^ TouiTi , de ne fe point 
trouver à cette Fête. Elle étoit inf- 
truite par un Ami du Duc de Beau-- 
fort y par le Maréchal de la Mothe 
qui l'aimoit & qui l'époufa peu ds 
tcms après. Toute k Compagnie ap- 
prit de cette manière qu'elle avoit 
quelque chofe à craindre r mais conv 



1 5 4 Mémoires pour fc rv'r 

î^'^^r me ils écoient déjà tous prêcs de fe 
mettre à la table quand l'avis arriva , 
\\s jugèrent à propos de ne rien chan- 
ger en leur deffein , & de faire bonne 
mine. Ils etoicnt encore au premier 
Service , lorfque le Duc de Beauforc 
arriva dans le Jardin , fuivi du Maré- 
chal de la Morhe , du Duc de BriC- 
fac , du Comte de Fiefque , de Du- 
ras , 3c de beaucoup d'autres perfon- 
nes de marque , avec quantité de- 
Gentilshommes à lui : il y avoit auf.^ 
fi des Pages & des Laquais en quan- 
tité. Ces derniers avoienr des Epées 
& des Piftolcts , &: les perfonnes de 
qualité n'en avoient point. Cette 
grande troupe parut en ce lieu public 
avec un grind bruit & beaucoup d'é- 
clat. J'ai oui dire à ceux qui les vi- 
rent arriver , &: qui avoient intérêt à 
cccce Promenade que du bout de la 
Terralfe ils virent quantité d'Epées 
toutes portées en haut , les unes tou- 
tes nues , Se les autres non. Ceux: 
qui loupoient , voîant cet appareil , 
jugèrent aulîi-tôt qu'ils étoient defti- 
nez à un autre divertiirement qu'à ce- 
lui de faire bonne chère ; mais , ne 
pouvant s'empêcher de danfer , il fal- 

lût , 



a l'Hifloire £ Anre à' Autriche, T 5 j 
lut attendre pour voii- fur quelle ca- 1^455^ 
-dence ou les réjoiiiroir. Ils firent 
donc femblant de ne penfer à rien , «Se 
fe lailîanc approcher du Duc de Beau- 
fort , lui «5c toute (a compagnie envi- 
ronnèrent la table. Il les falua avec 
un peu de trouble fur Ton vifage , &: 
Ton falut fut reçu avec civiiicé de 
ceux qui étoîent aiîLs : il y eût même 
quelques-uns d'eux , dont furenc R '- 
vigni (Se le Commandeur de Jars , qui 
fe loulevérent en le faluant , pour lui 
rendre plus de refpedt. Ce Prince , 
dont la mine étoit haute & fiere , 
leur dit , A/Lffiettrs vous foupeX^de bon- 
ve heure. Ils répondirent peu de pa- 
roles , toujours en podure civile » 
afin de finir une convcrfacîon qu'ils 
ne jugeoicnt pas leur devoir êcre- 
Gommode. Le Duc de BeauFort , la; 
continuant malgré eux , demanda s'ils 
avoient des Violons. Eux lui dirent 
que non, &: lui en même tems leur 
repartit qu'il en étoit bien fâché 5.^ 
parce qu'il avoit intention de les leur 
ôter : (3c continua difànt qu'il y avoic 
des gens en leur Compagnie qui fe 
niêloicnt de parler de lui , & qu'il 
- étoit venu poui' les en faire repentir ? 

5s: 



1^6 Aîeniolres -pour fervtr 

164^. & prenant la nappe , il la tira rticîe- 
men: par le coin , ôc rcnvcrfa des 
plats donc quelques uns delà Com- 
pagnie de ceux qui pretendoient les 
vuider furent falis. Au/îî-tôt après 
cette adion , tous fe levèrent , de tous 
demandèrent leurs Epées. Le Duc 
de Candalle étoit Coufîn germain du 
Duc de Beaufort : il écoit Fils d'une 
Fille bâtarde du Roi Fienri I V , ain- 
fî que ce Prince Técoit du Duc de 
Vendôme , bâtard de ce mcmc Roi. 
Ce jeune Seigneur , dont la feule con- 
iîdération devoit empêcher le Duc de 
Beaufort de fe vanj^er de cette manie- 
le ; le Duc de Candalle , dis-je , fe 
fentanr vivement offenfe de ce procé- 
dé , faute à un de Tes pages , lui 
prend Ton Epée , Se fe met aufTi-tôc 
en devoir de réparer l'affront que 
toute la Compagnie venoir de rece- 
voir en fa préfence. Non feulement 
il fè mit fur la dtffenfive , mais il alla 
attaquer ceux qui étoient les plus 
forts y 6c tous les témoins de cette ac- 
tion la loiiérent infiniment , ôc di- 
rent qu'en cette occafion , il montra 
beaucoup de courage &c de valeur. 
On lui porta quelques coups^ & peur- 

\ être 



à l'H'l^oîre d*Anne d'Autriche, 1 57 
être qu'il aurolt paie pour tous faiib le \^^^l 
foin que le Duc de Bcauforc pnc auf- 
h-toc d'empêcher ce malhcui- Lui , 
qui n'en vouloir qu'à G^v(è , voianc 
ion parent en pédl , fe jetca entre les 
Epées , 6c^z et qu'il put pour em- 
pêcher qu'il ne fût bh (le , & lui pro- 
tcfti qu'il ne lui en vouloit point , & 
le pria inftamment de ne point prendre 
de part à ce qu il avoir fait. Le Duc 
de Candalle ne reçut point fes civili- 
tez : il lui dit tout haut , qu'il n'en 
pouvoir que trop prendre , puifquil 
Tavoit fi peu confidéié > que de les at- 
taquer tous enfemble. Pendant que ce 
Dialoeue fe faifoit , l'Hiftoire veut 
que Gcrfé fut maltraité pir les Pages 
& les Laquais , & qu'il fe coula com- 
me il put hors de la prelfe. Le Com- 
mandeur de Jars , & Ruvigni , qui 
furent refpcctcz des AdaîHans , de- 
meurèrent parmi eux , blamans cette 
adion , & demandans raifon de Pln- 
fulte aux pcrfonnes de qualité qui ac- 
compagnoient le Duc de Beaufort. 
Us leur dirent eux mêmes qu'ils ne 
pouvoîent l'approuver , ^ qu'etans 
cent contre un , ils n'en prétendroient 
aucune gloire : aufli tous ne s'env 

ploié^ 



î 1 8 Mémoires pour férvlr 

S^4p. pioiérent qu'a mpecn.r !e d -fordre ^ 
$L comme ils f^avoi;.mt qii- le l>ic 
de B^-aiifort n'eu vouloir qu'a Gcrle , 
ils b )j:hér?nr les yeux à ùm égard , 
& ea'eiic lom de rraicet- cîvilem m les 
aiirr s Le F-etoîr , premier Eciier 
dj Midanie 'a DachefTc d Orléans , (e 
trou VI par hafard , de même que le 
Dlic de CinJ.il le , avec une Epée qu'il 
avoir pris a un de /es Laquais , Sc 
defirant s'en ferv^ir , le Duc d- Bcau- 
forc , qui n'en avoir point , vinr à lui , 
& lui dit qi'il ne lui en vouloir poinr ^ 
& qu'il fe rînr en repos C^nni' il 
vîr que ce G^-nril-homme n'éroir pas 
fatîsfair de cectc déclaration , il lui dit, 
VoHS d'Oez. être content de ce Que je 
vous dis : ce ne[l pas à vous k c^y.i j'en 
veux : & pafTant à côté de lui il luî 
arraclia ion Epée. Ce Prince , qui 
en effet ne vouloir offenfcr qu'une feule 
pcrfonne , & qui par cette rai Ton em- 
ploîoit rous Tes foins à s'oppofer au 
DefordrCjdefcendit de la Terraflc dans 
le Partere , où Saînr Germain d'A- 
chon , qui étoit Frondeur , Se qui vc- 
noit d'entendre le Freroir fe plaindre 
hautement de ce qu'on lui avoir ot« 
fon Epée , lui confeilla de la lui ren- 

voieir 



voicr. Le Pu ■ de B^aiiforc le ht aul- ^649 
(î-tôt , C'.n-nma.d.iiir a un des ir^ib de 
la lu: icpoirer Le Fretoiv , en la prc- 
n.mr , à'w à celui de qui il la reçnr, 
qu'il n'écoit pas fatlsfait , & qu'il fal- 
lu t qu'on la lai otât Il le féconde fois 
de meilleure gra e. Le brave , qui en 
avoir ce? chargé , lui rc pondit auffi- 
ton que la chofe étoit aT.e à Faire , ^ 
qu'a llrure même s'il le defiroit , ils 
pouvoient faire cette Epreuve ; à quo-i 
le Fritoir repartit froidement qu il ne 
prenoît pas le change. 

Cette Avanture finie , tous fe reti- 
rèrent. Le Duc de Beauforc croîoiî 
avoir fait une Adion héroïque , & fes 
Amis étoient contcns de lui avoir ren- 
du ce fervice ,• mais , ceux qui avoient 
été ofFvrnfez furent fenfiblement ^irri- 
tez contre ce Prince , & demeurèrent 
avec un grand defir de fe venger. Le 
Duc de Candalk j en fon particulier^ 
s'en alla le lendemain au Bois de Bou- 
logne , d'où il envoia Saint Megrin, 
qui étoit du nombre des Mazarins, 
appeller le Duc de Beaufort. Il ré- 
— pondit qu'il ne fe vouloit point battre 
contre fon Coufui germain , qu'il 
avoit delTcin de k contenter par tou- 



tes. 



ï4o Mémoires pour fe^vîr 

tes les voies qui lui feroienc poflîblesj 
& que s'il ne pouvoit y réiilîir qu'on 
l'aiTaquâc dans les rues , <5^ qu'alors il 
taclieroit de fe defF'ndre. Saint- Megrîn 
lui répondit , que c'étoit propofer 
l'îm -(olîible 5 puifque de fe barne con- 
tre lui dans les rues , vu l'aue<5i:ion 
que le Peuple lui portoit , c'étoit aller 
au Suplice , & non pas au Combat , & 
qu'il ne croioît pas que ce parti fe pût 
acceptf^r. 

Enfuite de cet Appel du Duc de Can- 
dalle au Duc de Beaufort , ce Prince, 
pendant plufieurs jours , crut qu'on 
Tattaqueroit hors des rues , c'eft-à-dire 
dans le Cours & les Promenades pu- 
bliques. Il y fut foîgneufement avec 
une grande fuite d'Amis : il y fie mener 
des Chevaux de main , & porter 
quantité de Piftolets & d'Epées. Cet 
Appareil de Guerre paroilfoit attendre 
le (îgaal d'un grand combat qui ne fe 
donna point : il fut plus femblable aux 
Exploits de Dom Qiiichotte contre les 
Moulins , qu'à une Qiierelle de vail- 
lans hommes , tels que l'étoient ce 
Prince & Tes Amis , & ceux qu'il 
avoît offcnfez, Prefque tous l'au- 
roicnt ^ fans doute , emporte par leur 

Cou- 



à r H'floîre d' Anfte d* Autriche, 1 41 
Courage fur les douze 1 aladins , s'ils 1(34^, 
avoicnt pii avoir quelque chofc à ae- 
mêler enlcmble. Les Marccliaux de 
France s'emploiéreiit forrcniCnc pour 
accommoder cette Aifairejmais,le Duc 
de Caudalle refufa de donner fa paro- 
le , de quelques autres fe cachèrent de 
peur d'être obligés à la donner. En- 
fin Monfieur de Mets , Oncle du Duc 
de Candalle , Frère de fa Mère , ôc ^ 
Fils bâtard de Henri le Grand , s'cm- 
ploia avec tant de foin pour empêcher 
qu'il n'en arrivât du malheur , qu'il fie 
rcfoudre le Duc de Candalle , par 
l'impolTibilité de fe battre , d'aller à 
Verneuil avec lui. On força Gerfé 
d'aller en quelque autre lieu y & de 
cette forte l'Affaire fut mife en état de 
fe pouvoir terminer par les voies ordi- 
naires. 

La Reine reçût cette Nouvelle avec 
chagrin. Elle écrivit auffi-tôt au 
Chancellier , qu'elle vouloir qu'il in- 
formât de cette adion comme d'un 
Afifafïïnat ; mais , comm.e Ces ordres 
n'étoient pas alors obfervez , & qu'el- 
le trouvoit dans toutes les occafions 
qui fe préfentoient peu d'obéiifance 
dans Paris , ni lui, ni le^Prémier Préfi- 

denc 



T4i Mémoire f pdur (ervlr 
t^Ao. clent n'en furent pas d'avis. Le Car- 
dinal Mazarin confeilla la Reine d'en- 
voîcr quérir les makraitrcz 5 Ôi quand 
ils Furent venus auprès du Roi;, Mon- 
lieur Oncle du Roi prit le foin de les 
accommoder. 

Le Duc de Mercœnr prît le parti 
du Duc de Beauforc (on Frère , contre 
ceux de la Cour , dont le Miniftre fut 
mal content , difant qu'il ne vouloic 
point donner fa Nîecc au Frère d'un 
Extravagant , qui le hailfoic , ôc qui 
malgré Ion Alliance fe joindroît peut- 
être avec fcs Ennemis pour l'offenfer. 
Ce chagrin , Se l'embarras que le Duc 
de Bea'ufort apporta à cette Affaire, 
€n demandant fon partage avant la 
conclufion des noces , y mit encore de 
grands obftaclcs 5 & la chofe demeura 
quelque tems comme aHoupie. Les 
plus politiques difoîent que le vérita- 
ble fujet de ce retardement étoit , que 
le Duc de Vendôme , fe voiant de re- 
tour à la Cour , ne vouloit pas fe ha^ 
ter de lier fon Fils , l'ainé de fa Maî^ 
fon , à la Fortune d'un Miniftre dont 
la Grandeur ctoit diminuée , dont 
l' Autorité étoit nffoiblie , Se de qui 
l'état ne paroiflbit pas devoir être per- 
manent, La 



a ^ H'fîolre ^ Anne à* Autriche, \^\ 
La Reine étant revenue à Com- 1^4^; 
pîcgne , le Piince de Conri & le Prin- 
ce de Marlillac y furent , pour ache- 
ver de tirer du Mîniftre tous les avan- 
tages qu'ils en prétendoient. Madame 
de Longueville n'avoît rien oublié 
pour faire , que toutes les grâces de la 
Cour tombaient fur la tête du Prince 
de Marlillac. Il en reçcut aiiffi 3 & 
fut traitté comme un homme que la 
Reine avoit lieu de craindre , 6c qu'il 
falloit ménager. On crût néanmoins 
que malgré ces belles apparences , lui 
^ le Prince de Conti pourroient être 
arrêtez. Madame de Longueville &: 
toute cette Cabale en eut peur ; mais, 
la Reine n'étoit pas en état de faire 
de (î grands coups. Ain(î , elle prit le 
parti de leur cacher fa haine , & de 
leur montrer de ,a douceur. Le Prince 
de Conti n'en fut pas plus traitable: 
il ne vîhta point le Mîniftre , & eut la 
hardielle d'approuver l'Adion du Duc 
de Beaufort , & de dire tout haut en 
préfence de la Reine , qu'il s'étoit of- 
fert à lui dans cette occafion. Il l'a- 
voir fait , quoi que dans le vrai il ne 
l'aimât pas ; mais , c'c'toit alors avoir 
î'ame belle 6c généieufe que de mon- 
trer 



t44 Mémoires pour fervïr 
^Ao^ trer de l'oppofirioii aux fentîmcns tc 
aux intérêts de la Reine : on appelloïc 
vertu & fermeté ce qui fe faifoic pour 
fe conferver en répuration parmi les 
Méconrens & les Revoirez , dont le 
nombre etoic en effet fî grand , qu'il 
fèmbloit que d'être avec eux c'étoît au 
conrraire fe' mettre du nombre des plus 
forts. Autant que je liai Tadulation^ 
la flarerie , & refclavage ordinaire de 
ceux qui approchent des Rois Ôv! qui 
les empoîfonnent & les perdent par 
CQ.S mauvaifes voies^, autant fuis-je En- 
nemie de la Faulfe raifon de ceux qui 
croient que c'eft l'amour de l'équîtd 
qui les porte à blâmer toâjours les 
a6tions de nos Souverains , éc de haïr 
inceifammcnt ceux qu'ils aiment.Nous 
devons de l'obéilfance à nos Rois , & 
à ceux qui nous commandent de leur 
parc. Saint Paul ordonne aux Chré- 
tiens de refpeder les PuiiTances ^ & 
dît que toute PuifFance vient à'cn" 
haut. Pourvii que nous évitions de 
Jeur obéir en des chofes qui feroient 
contre la Loi de Dieu & contre les 
Maximes de la Probité , que nous ne 
les flattions point dans leurs Pallions 
déréglées , èc que nous ne trempions 

point 



à r Hiflolre d* Anne d* Autriche, 145» 
point dans leurs Injaftices s'ils en ont, 1(^49, 
|alors nous fonimes dans le véritable 
ichemîn de la vertu & de la générofîté; 
5c nous avons tort fi , pour acquéric 
le la gloire , nous travaillons à les 
ieslîonnorer. Leurs Miniftres , qui 
font ceux que nous cenfurons avec le 
plus de liberté doivent être regardez 
:omme ce prochain que l'Evangile 
nous commande d'aimer. Le refped, 
que nous devons à nos légitimes Maî- 
tres 3 nous oblige d'en avoir auiïî pour 
eux , & nous ne pouvons nous dif- 
pcnferde ce devoir; mais les hom- 
mes 5 pour l'ordinaire , s'imaginent 
qu'il y a de l'honneur à n'être pas 
dans ces Sentîmens : ôc quand ils veu- 
lent paroîcre avoir de meilleures ôc de 
plus droites intentions , c'eftquafi tou- 
jours par de fauiTes vertus qu'ils affec- 
tent de fuivre y Se l'intérêt ou lapafîîon 
produifent quelque fois leurs plus 
belles adîons , tant il efl: vrai que dans 
celles des pdus fages il y a toujours du 
moins un mélange honteux du mal 
avec le bien qui nous doit tous humi- 
lier. 

Alors nôtre Armée à demi paîée par Le 17, 
des créations de quelques nouvelles J^^'*' 
' Tome II L - G Char- 



Ï4 ^ Mémoires pour fêrvîr 
'j6i9' Charges , ôc par Jes foîns du Cardinal 
Mazarîn , écoic belle , puilTante , ôc 
compofée de trente deux mille hom- 
mes , avec quatre vingt pièces d'Artil- 
lerie. Dans cet état , par l'ordre da 
Minière , elle afficgca Cambrai , & en 
peu de tems la circonvallation en fut 
faite y moiennant vingt mille écus que 
Ton donna aux foldats , un écu par 
chaque toife. Ce deffcin , dans ua 
tems fi mauvais parut grand & digne 
d'eftîme : il devoit faire voir aux Fron-^- 
dcurSjque le Minière éroit capable des 
pins hautes entreprifes,&: que celui qui 
rcfiftoit à tant d'Ennemis par la dou- 
ceur ôc la Paix , faifoit la Guerre aiilîî 
hardiment quand il la falloît faire , ôc 
ctoît un homme qui malgré la foi- 
blelTe qu'on croîoît être en lui , ctoît 
à craindre , de difficile à chaflTer. Le 
Comte d'Harcourt commandoit l'Ar- 
mée ; 6c de fi bonnes Troupes ; fous un 
Général qui avoir été jufques alors fort 
heureux , faifoit efpérer à la Reine la 
prife de cette Place : mais , par un 
malheur effroiable , lors qu'elle étoic 
pleine de cette croiance , elle reçut un 
Courrier de la part de ce Général , 
<jui lui aprit que les Allemans com- 

man- 



à iH-floWe d'Ame d* Autriche. 1 47 
mandez par Erlac , avoicnt laiiTé palier i ^4^. 
les Ennemis par leur quartier , que la 
f lace éroit fecouruc , 6i qu'il avoit le- 
vé le Siège. Cette mauvaife Nouvelle 
donna une fi grande douleur à la Rei- 
ne 3 qu'elle caufa de la joie à fcs Enne- 
mis ; & fon Miniftre , contre fa cou- 
tume en parut vifiblemenc affligé. Les 
Troupes Allemandes avoient bien fer- 
vî le Roi depuis qu'elles avoient quit- 
tées M. de Turenne. Elles avoient 
néanmoins commis de fi grands Sacri- 
lèges , èc fait de fi grands maux , que 
leur fecours ne pouvoir pas être eÎH- 
nié par des Catholiques : & en cette 
occafion Dieu nous fit bien voir , qu'il 
nous vouloir punir par eux mêmes de 
leurs impiétez. On foupçonna le Vi- 
comte de Turrcnne d'avoir , par les 
Amis qu'il avoit dans ces Troupes, 
fait faire cette trahifon , pour fe faire 
regretter ou rappeller par le Miniftre. 
Le Comte d'Harcourt demanda pour 
là ratisfa6lion qu'on informât contre 
ces Etrangers. Il avoit intercepté une 
Lettre Efpagnole écrite au Comte 
Dom Garcia qui coiiimandoit dans 
Cambrai , où l'on avertifToit ce Gou- 
verneur qu'un tel jour l'Archiduc fe- 
G i roic 



î 4 s Mémoires pour fervlv 
164^, roit Tes efforts pour fecourir la Place, 
& qu'on attaqueroir par deux endroits 
afin de pouvoir enrrcr par le troîfîéme. 
Ce Général publia cette Lettre par le 
Camp y exhorta fes gens à bien faire, 
anima route- l'Armée à fe bien defFen- 
dre, n'oublia pas les Allemans , Se 
prit Ton pofle en un lieu où la circon- 
vallation n'étoit pas encore achevée, 
^ qui étok le plus périlleux. Ce jour 

venu 5 ôc les ordres donnés pour fe 
bien deffenJre , les Ennemis payèrent 
par une barrière qui étoit dans le 
quartier d'Erlac , réfervée dans cet en- 
droit pour aller au fourage , fans qu'il 
fe tirât un feul coup de moufquet/ans 
bruit , ôc fans oppolition. Ils entrè- 
rent en difant E^lac , Erlac , en tel 
nombre qu'il leur plut , ôc fans que les 
autres quartiers purent le fçavoir. 
Ceux de la place , pendant que les 
Troupes de l'Archiduc accomplîfloient 
leur defTein , attaquèrent vigoureufe- 
ment le quartier de Villcquîer par une 
fortie qu'ils firent fur lui ; & dans 
le tems qu'il fc defFendoit , les Allcr 
mans contre leur ordre , étoîent ve- 
nus le fecourir. Ce fut la feule rai- 
fon qu'ils donnèrent au Comre d'Har- 

COLUt, 



a l'Hlftolre à' Anne à' Ai triche. 149 
court, quand il leur fît des plaînics 1^4^, 
du malheur qui étoit arrivé. Ils lui 
dirent qu ils avoient cru bien faire d'y 
aller ; ce quî n eft pas dans la Guerre, 
à ce que j'ai olii dire , une bonne rai- 
ion 5 mais au contraire fort condam- 
imble , chacun ctant obligé de demeu- 
rer dans Ton pofte : aufîî ne fut elle 
pas bien reçue. Le Cardinal Maza- 
rîn blâma le Comte d'Harcourt d'avoir 
levé le Siège , fans ordre du Roi , & 
difoit que sll fût demeuré devant 
cette Place , il auroit pu le continuer 
avec fucccs. Ce Miniftre vit donc en 
un moment ce grand projet ruiné ^ 
fes efpérances perdues. Il fallut alors 
qu'il fe fervit de fes fînefles , 6c de fa 
méthodique bénignité , pour fe garen- 
tir des coups de fes Ennemis , qui par 
cette mauvaife Avanture devinrent 
plus forts & plus dangereux. 

Dans ce même tems , le Coadju- 
teur donna des marques du mépris 
qu'il fai foie du Miniftre, par la ma- 
nière dont il en ufa dans fon Voiage 
de la Cour ; car enfin aiant réfoiu de 
rendre fes refpeds à la Reine , il partît 
de Paris , proteftant tout haut qu'il 
ne vificeroic point le Cardinal. La 
G 3 Rci^ 



I y o Mémoires pour fsrvîr 
1^49. Reine 5 comme je l'ai déjà dit , avait 
e'ré long-tems fans ^vouloir recevoir fa 
Vifîre ; mais fon Miniftre lui confeil- 
la lui même de le voir : il crut qu'éranc 
fà Bienfaitrice elle le convertiroir. Cet- 
te Princeire , qui tournoie agréable- 
ment toutes les chofes qu'elle vouloit 
dire , lui fît des reproches obligcans 
fur fa conduite , & lui dit qu'elle ne 
pouvoît pas être fatîsfaite de lui tant 
qu'il ne verroit point celui qu'elle 
vouloit foutenir contre toutes leurs 
Fadtîons, Elle lui dit de plus , qu*il 
devoît penfer qu'elle ne le croiroit 
jamais dans fes intérêts , s'il n'entroit 
dans fes fentimens ; & qu'elle deman- 
doit de lui cette preuve de fa Recon- 
noinfance. Le Coadjuteur , fans fe 
relâcher de fa première réfolution , lui 
répondit qu'elle avoît un Pouvoir ab- 
folu fur k^ volontez ; mais qu'il la 
fuplioit très humblement de trouver 
bon qu'il ne vit pas Ci tôt le Cardinal 
Mazarin , parceque ce feroît lui faira 
perdre fon crédit dans Paris , que de 
l'obliger à faire des actions ii contrai- 
res à fa deraîere conduite ; que cette 
apparente légèreté le deshonorant lui 
ôceroit le moien de la pouvoir fervir 

utî- 



à l'HîJîoîre d'j4nne â* Autriche i f i 
nrîlcment dans les occurrences qui 1^45, 
pourroieiir arriver ; mais , que quand 
il feroîc tcmSjil fçauroit bien faire tout 
ce qui feroic de Ton dévoir , pour lui 
montrer qu'il ctoit Ton Serviteur. De 
cette forte , il vit la Reine , il eût la 
joie'de mcprifer le Cardinal , & il eût 
la gloire de cette hauteur , & l'efpé- 
rance que le Miniftre ne le pouvant 
dérraire , & aiant fujet de le craindre, 
feroic tous fes efforts pour l'acquérir ^ 
fans que pour cela il l'en aimât d'a- 
vanrage. Il ne fe trompa pas j car 
cette audacieufe fineUe jointe à beau- 
coup d'autres , & à une infinité d'intfî- 
gues lui firent enfuite obtenir le Cha- 
peau de Cardinal ; mais , il fallut qu'il 
le fouhaitât encore luelque tems. 

Le Duc d'Or^ > aiant appris la 
Nouvelle de C ..nbrai , après avoir 
donné dans Paris le meilleur ordre 
qu'il lui fut poffible , en partit pour 
aller témoigner à la Reine la douleur 
qu'il avoît de ce malheur. Avant que 
de quitter cette Ville mutine , dont le 
Peuple par fa préfence commençoît à 
reprendre de meilleures inclinations^il 
a(rùra le Parlement ^ les Echevîns de 
Ville ^ le Corps des Marchands , & 
G 4 les 



T j 2 Mewo\res -pour fervlr 

1^4^. les Bourgeois , que le Roi n'avcic 
plus nulle mauvaife intention contre 
eux , que tout ëtoit pardonné , 6c que 
Ja Reine vouloit revenir y faire fa de- 
meure , comme fi elle n'avoir eu nul 
fujet de fc plaindre d'eux \ mais , il 
leur dit qu'il falloir lui lever tous les 
obftacles qui pourroient empêcher 
fon retour , & l'y convier par leur 
obéiiïance , leur foumifïïon , & leur 
refpcâ:. Il les conjura auflî d'aider 
à châtier ceux qui publioient des Li- 
belk s contre l'Autorité du Roi & de 
Ja Reine , qui étoienc faits pour exci- 
ter de la haine contre le Cardinal j 
car les Auteurs jufqu'alors n'avoient 
pu encore en recevoir la jufte puni- 
tion qu'ils en méritoient , quoique 
la Reine l'eut ordonné. Enhn , ce 
Prince prcfîli les Mutins de fe remet- 
tre en leur devoir , & fie iincercmenc 
tout Ton polîîble pour contribuer à la 
perfedion de la Paix , qu'il avoît de- 
firée de tout fon cœur. 
le 8. Il arriva à la Cour le huitième , & 
Juiilct. ^^^ auilî-tôt qu'il y fut , il s'apliqua 
foîgneufement aux moiens d'accomo- 
dcr la querelle du Duc de Beauforc , 
de Candalle , & des autres ofFenfez. 

Les 



a l'HifloWe ai Anne à' Autriche. 1/5 
tes premières Propofuîons , qui fè .^.^^ 
firent fur cette Affaire , furent Je per* 
mettre le Combat leion l'ancien ufage 
«ntre le Duc de Beauforc , <3c de 
quelques autres Braves de ce Parti 
Frondeur 5 & le Duc de Candallc, 
Boutteville , Sx.. Megrin ^ le Com- 
mandeur de Souvré > Ruvîgni , le 
Frctoir , 6c Gerfé \ mais la Reine 
aiant horreur d'une telle chofe , com- 
me tout-à-fait contraire au Chrifti^-^ 
nifii*-! , pria Monfieur de prendre le 
parti de TAccommodemcnt , & d'é- 
pargner comme Chrétien tant de 
braves gens qui pourroient fervir le 
Roi en de bonnes occaflons. Elle lui 
èÀx. même qu'il falloit avoir de la bon- 
té pour les Ennemis de l'Etat , qui 
étans nez François pourroient un 
jour fe repentir de leurs fautes. Mon- 
fieur 5 qui les confidéroit tous , qui 
aimoit le Duc de Beaufort , & qui 
n'avoît fait cette Propoiîcîon , que 
pour fatisfaire en apparence ceux qui 
i'avoient conjuré de leur obtenir cet-- 
te grâce , fe trouva de même fen ri- 
ment que la Reine ; & après avoir' 
ton fuite les Maréchaux de Francv- , il 
lui apporta 2far Ecrit les parolles qu il 



I j" 4 Mémoires pour fervlr 
i(î^p, fût d'avîs que le Duc de Beaufort de- 
voir dire au Duc de Candalle , (Se aux i 
autres , qui fuienc uouvez rai(onna«. 
blcs par la Rtine ; mais , l'Accomo- 
dément ne put ie faire /î-tôr , à cau- 
fe que le Duc de Candalle y réliftoit , 
<3c qu'il fut difficile à fatisfaire. Mon- 
fîeur à peine écoit parti de Paris pour 
Amiens , qu'il arriva une autre Avan- 
ture auffi honteufe 'x ccnx qui la iî- 
rent naître ^ que TAd'on du Duc de 
BeauFort étoît hardie 6c imprudente. 
Le Duc de Briflac , Matha , Fon- 
trailles , & quelques autres Fron- 
deurs 5 aprèi. avoir fait un grand re- 
pas chez Termes > d'où ils foi tirent 
tous en mauvais état , fe mirent à 
courir les rues ^ & à faire mille Ex- 
travagances. Comme en effet îls n'a- 
Voient plus de Raifon , l'impreiîîon! 
des chofes qui demeurent d.ins l'E(^ 
prît 5 quoique le bon fens n'y foie 
plus j fit un fi grand effet en eux , 
que rencontrant dans leur chemin 
deux Valets de pied du Roi , le ref^ 
ped qu'ils dévoient à ce Nom aîanc 
cté banni depuis, long-tems de leurs 
âmes ^ ils les appellérent , & leurs dî- 
Jfcp; mille Lijures :> <Sc ^e& battirent 

ou- 



à F Hîflo Ire à' Anne à" Atttrlche , 155 
^outrageiifemenr. Ces pauvres gar- 1^4?. 
çons qui pafloîent leur chemin , & 
qui ne fongeoient à rien , connoiflTant: 
qu'iis etoient maltraités par des per- 
Tonnes de qualité 3 qui dcvoienc a- 
voir refpecfté les livrées de leur Mai^ 
tre Commun , leur dirent qu'ils s'é- 
tonnoient qu'étant au Roi , ils en 
ufaifcnt de cette forte. Ces Empor-f 
tez leurs répondirent qu'ils le faî- 
foïcnt pour cette même raifon \ ôc 
ajourèrent , Portez, cela à votre MaU 
tre , a U Reine , -& au Cardinal Mat" 
z,arw. Il y eût un de ces Valets de 
pied Cl bleffe , qu'il fallût le mettre 
entre les—mains des Chirurgiens , ôC 
l'autre alla trouver la Reine ^ pour 
lui faire des plaintes des coups qu'ils 
avoient reçus. Elle voulut le voir , 
êc parler à lui , pour fçavoir le détail 
de cette Affaire. Elle en fut touchée , 
ëc envoîa ordonner au Chancellier ^ ôC 
au Premier Préiîdent , d'^en informer ; 
leur mandant ^ que pour cette fois 
elle vouloit que la Judice en fut fai* 
te 3 & très exadement : mais , cette 
Petite Fille de tant d'Empereurs , 6c 
de tant de Rois , ôc le Petit-Fils de 
Saint Lquïs , eurent le dcplaiiîr de 



ï/ ^ Mémoires psurftrvlr 

I(j4c). n'être pas obéis. Les Bourgeoîsi J, 
qui avoienc été les témoins de cette 
aélion , en furent néaninoins fcandali- 
fés 5 Si quelques uns dirent qu'elle: 
étoic bien vilaine. Oï\ en fit les In- 
formations ,& le Procureur du Koi 
n'âîant point voulu nommer le Duc; 
de BrilTac pour lui rendre plus de 
lefpeâ: ce Duc alla lui - même pré- 
fenter une Requête 5,011 il fe nomma. 
exprès 5 afin de faire prendre à cette-^ 
Affaire la voie du Parlement, qvû eft. 
le Juge des Ducs & Pairs.. Ils crû-^ 
rent que cette Compagnie connoit- 
fant de leur Crime , ils en feroienc 
favorablement, traités ; & de plus ils 
jugèrent que cela. ferviixDÎt à. faire af- 
fcmblcr les Chambrcs ^ & que par ce: 
moien beaucoup de chofès fe pour- 
roicnt remettre en queftion. Le Mi-^ 
niflre , adverti de cette finelTe , peut* 
être par les. Amis de cqs Débauchés ^^ 
confeilla lai K eine d-oublier cet Ou- 
trage , & de le fouffrir avec autant: 
de patiencrr que tant d'autres qu'elle; 
avoit. re^iiy. ce que cette Piincefie fic: 
avecbeaucûup" de peine. Elle aimoît: 
la juftice ,, 6i auroit volontieis fou- 
haité de la pouvoir; faire au Roi' Ton» 

Eils V.. 



a IHifîoîre d'Anne d* Autriche, rf 7 
Fils 3 n\cant pas raifonnable que pour i(j4^*. 
être Roi il futle feul offenfé avec 
impunicé.. 

La préfcnce de nos Roîs eft ua 
grand charme pour les Parifîens : elle 
Lur eil: utile, [-"ar cectè raifbn y ils. 
la délirent ; &L dans toutes nos Guer- 
res y. ceux, qui ont voulu brouiller 
TEtat & faire des Séditions , fe font 
toùjOLU-s fervis envers le Peuple 5, 
pour Temouvoir , & Le faire révolter 5 
de la crainte de perdre le Roi , &: de 
le voir forcir de leur Ville. Les Fron- 
deurs fâchant cette vérité , n'apréhen- 
doicnt rien tant au monde que fou 
retour : c'eft ce qui leur faifoit faire: 
des choies (1 extrêmes pour l'cmpê> 
cher d*y venir , & d'y amener le Mi- 
nistre. Toute leur Domination n'e«- 
toit fondée que fur leur dérèglement y, 
ëc par là ils eipéroient pouvoir faire- 
peur au Cardinal y mais iis voioient: 
en. même tems que s'il n^en vouloir 
point avoir , la préfcnce du Roi leur, 
feroit quitter leur fortereffe 5 ^ ^^s 
feroit devenir les Efclaves de celui 
i^u'ils. avoicnt fait profefEon de mé- 
prifer.. 
^Accommodement: da Madame: 

àt 



ï j" 8 Mémoires pour fer vlr 

1^4^, de Chevreufc étoic alors en bon état. 
Apres avoir obtenu 'i^ow amniftic , elle 
écoic fur la parole du Cardinal à Dam- 
pierre > afin de pouvoir revenir de 
meilleur grâce à la Cour. 

Le Coadjureur faifoic efperer de 
s'adoucir 5 ùc Madame de Clievreufe 
qui étoit Ton Amie , afsûroic de Tes 
bonnes intentions , ce qui faifoic 
croire au Miniftre , que malgré les 
Frondeurs il pourroit ramener le 
Roi à Paris. Le refte des Révoltez, 
ainfi que je viens de le dire , ne fubiï- 
ftoic encore que fur le doute de ce 
retour. Lui même étoit perfuadé 
qu'il étoit necelfaîre » tant pour réta- 
blir la créance de la Paix dans les Pais 
Etrangers, que les revenus du Roi <3c 
fes Finances. Les provinces ne paioient 
plus 5 les Tailles n'etoient.plus levées 
éxademenr, les Peuples' par tout vou- 
loient refpirer le doux air de la Li- 
berté ; & à leur ordinaire , fe plai- 
gnoîent des Impôts & àts Subiîdes. 
Les pauvres Pa'ifans & les Laboureurs 
gemidoîent y mais \\ étoit impoiE- 
ble de comprendre la raifon de leurs 
fouftrances , vu les grandes diminu» 
îious qui avoient été faites en leur fa- 
veur. 



à l'Hijlolre à'j4mie d'Autriche. 15^ 
veur. Il falldît néceflairement l^attri- i64^« 
buer au Defoidi-e qu'avoic caiifc la 
faillie Réformation des Revoirez. La 
Maifon duRoi éroit plus véritablement 
encore en picoiable état : elle étoit 
mal en: retenue , fa Table étoît fbu- 
vcnt renverfée , une partie des Pierre- 
ries ^e la Couronne éroient en gage , 
les Armées rtoient fans folde , & les 
Soldais 5 quoique fidcles , n^étant 
point paies , ne pouvoîent combat- 
tre. Les grands & les petits Officiers 
fans gage , ne vonloient plus fervir , 
& les Pages de la Chambre étoient 
renvoies chez leurs parens ^ parcequc 
les premiers Gentilshommes de la 
Chambre n'avoient pas de quoi les 
entretenir. Cette Monarchie enfin y 
fi grande 3 fi riche , & fi opulente » 
dont le Souverain a une Cour qui e(l 
l'Admiration de toute l'Europe , en. 
peu de tems fut réduitte à une gran- 
de mifere. Par conféquent on peut 
dire ^ que tous les biens , qui font Cv 
admirables , &c qui nous paroifïenr ft 
dignes de nôtre eftime , ne (ont en 
effet ni bons ni effentielîemenr efti- 
rnables , puîfqulls fe perdent fi aifé- 
laenr» 

le 



léo Mémoires pdurfervïr 

«645!. Le Roi d'Angleterre alors vînt -em ;y 
France y après avoir été reconnu Roi ' ^ 
par elle. Il revenoic de Hollande , "^ 
pour voir la Reine fa Mère , qu'il 
n'avoir point vue depuis leur mal-' 
heur. Il logea à Saint-Germain , que \ 
la Reine lui avoir envoie offrir à - 
Peronne par le Duc de Vendôme , 
pour y demeurer tant qxi'il lui plaîioîc 
- d'être en. France. Il l'accepta volon- 
tiers ; car 3 dans l-état où il étoit 5 
chargé d'un deuil aufîî doublement 
fimcite qu'étoit le ficn , il devoit de- 
firer de n'être pas à Paris.. 

Quand il arriva , le Duc de Yen^ . 
dôme lui mena les CaroiTes du Roi,, ., 
il s'arrêta à Compiegne où il vît la. 
Roi qui alla au devant de lui demi 
lieue 5 & fut reçu de lui (Se de la Rei- 
ne avec toutes les marques d'affedioii 
€jiic Leurs Majeftcz dévoient à un fi; ■ 
grand Prince. Le Roi lui donna un 
Dîner véritablement Roial ; mais ce 
fat plutôt par les Perfonncs Roiales 
qui s'y Trouvèrent ^ que par l'appa- 
reil & la magnificence. Il n'y eut à' 
table que les deux Rois , la Reine j. 
Monfîeur Frcre du Roi ,. le Duc 
i.'Orleans^ Oncle du. Roi ^ 6c Made- 

moii- 



à VHîflolre à' Anne â* Autriche, 1 6 



/elle Fille du Duc d'Orléans. La 1^4^, 
l'rinccfTc de Carignan , comme Piîn- 
cclîe du Sang , infifta pour être de ce 
repas ; mais le Dac d'Orléans s'y op- 
pofa , difant que fi elle en croie , il 
vouloir que Madame de Loraîne y 
fiit aufîi 5 qui étoic la belle Sœur Se 
la Confine germaine de Madame la 
Ducbelfc d'Orlcans fa Femme, Ma- 
dame de Carignan , qui avoir prcicn- 
du cette grâce par le nom de Bour- 
bon qu'elle avoir riionneur de porter 
(*) 5 fur (î vivement piquée de ce /*v 
refus , que ne pouvant le fouffrir el- Prin- 
le partit de la Cour , & marcha toti- ceiTe de 
te la nuit pour retourner à Paris , dî- ^^"' 
faut qu'elle ne reverroit jamais la Rcî- ?"^jj 
ne ; mais , comme cette Princellc n*é- Sœuc 
toit pas toujours fiable en fv-^s plus ^^ ^cn 
jufles réfolutions , Ton dcp't , félon ^°"^-.^ 
la raifon , fe palTa bien vite , & quel- 'ç^^^ 
ques petites douceurs de la part de la 
Reine guérirent fon cœur de ce cha- 
grin. Cette Cour Angloife demeura 
quelque tems à Saint Germain , où 
elle fut peu fréquentée de nos Fran- 
çois : quafî pcrfonne n'alloît v fîtcr , 
ri la Reine d'Angleterre , ni le Roi 
foa FilSc 11 y avok de grands Sel- 

gneu35- 



j6i Ademolres four fcrvîr 

1649. gi^'-^J-^i'S Anglois 5 qui avoient fulvîs la 
dcflînée de leur Prince , & qui com- 
pofoicnr leur Cour. Il ne faut pas 
s'étonner de leur folitude , le mal- 
heur écoit de la partie , ils n'avoicnt 
•pas de grâces à faire , ils avoient des 
Couronnes fans puiiTanee , qui ne 
leur donnoient point les moiens d'é- 
lever les hommes , & de leur faire du 
bien. Leur fuite avoit été grande , 
quand les richelfes , la grandeur , & 
Jes dignitez étoîent en leurs poflef. 
fions ; car , ils avoient de la foule au- 
tour de leurs perfonnes. Cette Rei- 
ne malheureufe avoit eu de la joie , 
des trefors ^ & de l'abondance , & 
j'ai ouï dire à Madame de Chevreu- 
fe 3 & à beaucoup d'autres qui l'a- 
voienc veu dans fa fplendeur , que 
la Cour de France n'avoir pas alors la 
beauté de la fienne ; mais , fa joie 
n'étoît plus que le fujet de Ton àtÇ^Ç^ 
poir 5 & fcs richedes pafTées lui faî- 
foîent fcntir d'avantage fa pauvreté 
pré(ente. Dieu veut que les grands 
aulTi bien que les petits éprouvent les 
maux de la Vie ,* & comme dit le 
fage Seneque , la Nature tempère totit 
cet Empire dn Monde par des Change» 

mens 



(i l'H'fioîre â' Anne d'Autriche, i ^ 5 
mens contmuels , & la durée des chofes j^^.> 
f foinient par leurs contraires. Cette 
.^ivcrfitë fait la beauté de l'univers, ' 

?c n la grandeur des Rois n'étoic 
lomt fajccte aux coups de la Foitu- 
le , ils ne fcroient plus hommes. Il 
Faut donc admirer le pouvoir de 
Dieu dans la foiblelfe de Tes plus iU 
liiflres Créatures , & dans l'élévation- 
qu'il lui plait pour Tordinairc de leur 
donner. 

Comme les Rois ne font pas toû- 
loars malheureux , ou qu'ils ne le 
font pas tous , il y eut une Reine 
qui après avoir fouffert la dure liai» 
fon d'un fâcheux Mari , époafa en 
fécondes noces un Roi dont elle étoîc 
aimée , 6c qui même par cette aâriorr 
donnoît lieu de croire qu'il pouvoir 
être honnête homme. La Pleine de 
Pologne , après avoir perdu un Mari ^ 
qu'elle n'aimoit gueres , fe trouva 
aimée de fon Frère , qui prétendoit à 
la Couronne , &: qu'un jeune Frère 
fon Cadet , fous prétexte qu'il' avoic 
eu quelque engagement à l'Eglife , lui 
difputa quelque tcms. La Reine veu- 
ve , ainfî que je l'ai dit , étoic de- 
meurée riche d' Argent & d'Amis; 
^ elle 



1 6 4 Memoïre ; four ferv'r 
j[64o, ^^^^ avoir acquis da crédit parmi les 
Peuples : il bien que le Prince qui 
l'eftîmoir la trouva en état de lui aider 
à fur monter les difficultez qu'il ren- 
controit dans fon Elecflion , ôc ca- 
pable de le rendre heureux par la 
podeffion de (a Perfonne , aufn bieix 
cjue par celle de fes tréfors. Quoi- 
<iu'il fût Frère du feu Roi , 3c par 
eonféquent dans un degré de proxi- 
mité dtffendu , il cfpéra , comme il 
arriva en effet , que le Pape ne lui re- 
fuferoit pas la Difpenfe néce flaire 
pour l'accompliflement de fon Mariagej 
mais 3 cette Princeffe alors ctoir 
malade , & n'ôfoit penfer qu'à la 
mort. Elle en approcha d'aflez près, 
pour y penfer tout de bon. Elle fit 
fon teftam nt , & laiffa fa Sœur la 
Princclfe Palatine , qui étoir en Fran- 
ce , hériciere de tous f^s biens. Le- 
Prince de Polo^^ne en étoit au dcCeC* 
poîr ; & à ce que j*ai oliî dire , lui 
rendoît par fes foins ôc fes inquiétudes 
des mavques de fon amitié. Enfin, 
la fanté lui étant un peu revenue , le 
defir de régner tout de nouveau , dC 
de régner avec un Prince qu'elle pou- 
voie aimer , l'obligea de travailler 

pour 



à l'Hlfîoire d' Anne d'Autriche, i ^5 
! pour elle Ôc pour lui. Comme les i (^4»; 
I Peuples écoienc déjà accoutumez à fa 
domination , ôc qu'elle leur croie 
agréable par fa capacité ôc fa dou- 
ceur y ils le laiirérent atfez aifémenc 
pcrfuadcr par elle , ôc les Créatures 
qu'elle avoic faîtes dans cette Cour 
lui fervirent utîlemenr. Son âge un 
peu bien avancé ne leur déplaifofc. 
pas : ils voient toujours avec joie la 
flérilité de ceux qu'ils ont mis fur le 
Trône; à caufe que ks Grands du 
Roiaume , ne fçauroient preiquc leur 
rcfufer d'élire leurs EntiUis , quand 
ils en ont qui font capables de fuc- 
ccder à leurs Pères, Cette complaî- 
fânce leur coûte le plaîfir d'en cKoIdr 
un autre ; ce qui leur eft toujours 
agréable. Qi^ioiqr.e l'inclination , que 
ce Prince avoir poui' la Reine de Po- 
logne 5 l'eut porté à la fouhaiter , je 
fçai d'une perfonne qui étoit alors au- 
près de lui en qualiré d'Agent pour 
le Roi j qu'il avoir fenti de la peine 
de ce qu'elle n'étoîc plus jeune 5 ôc 
quand il fe vît Roi , il lui dit qu'il 
etoit vrai que la Reine avoic beau- 
coup de mérite , qu'il ne pouvoir la 
trop eflimer , mais , qu'il voioit ce 

qu'il 



1^6 Mémoires pour fey vlr 
î<?45?. 4"^'^^ cîonnoiu à cette eftîmc , & à foa 
inclination j & qu'il fçavoit bien qu'il 
auroit pu trouver une PrinceflTe plus 
jeune 5 plus riche , 6c qui lui aurolc 
pu donner des Alliances plus avanra- 
geufes que celles qu'il auroit gar elle, 
qui dans (on Pais ne lui pouvoient 
fervîr de rien. 

Ce Mariage fe célébra au bout de 
Pannée du Deuil de cette Reine vcu^ 
ve j avec toutes les magnificences re- 
quifes en ces occafions. Nos rela- 
tions en furent alors remplies : elles 
nous aprirent qu'elle avoit été portée 
à l'Eglife en triomphe dans un Char 
d'argent d'oré , doublé de toile d'ar- 
gent 5 que le Feftin fut beau , quoi- 
que les viandes- y fulTent apprêtées à 
la mode du Pais , fort éloignée de 
nôtre délicatelTe & de nos ragoutsj 
& fur tout , que le Roi & la Reine 
de Pologne y parurent contents, 
C'eft un double bonheur à une Reine 
des Scythes , d'avoir un Mari capa- 
ble de quelque Société : leur Cour 
efi: d'ordinaire fort deferte , & les 
DivertifTemens n'y font pas fréquens. 
C'eft une famille particulière : on n'y 
voit nulles perfonnes de qualité , qup 

dans 



k l'HIJlolre à' Anne à' Autriche, \Cy 
dans les tems des Diettcs ; & quoique i^49« 
je fois pcifuadée que la raifon habire 
en tous Pais en général , on peut di- 
re 5 qu'un bon Mariage , qui cft ua 
bonheur en tous lieux , doit être plus 
cftimable dans un Roiaume , ou la 
proximité des Turcs ^ dont les couru- 
nnes font oppofez aux nôtres donne du 
delavantage aux Dames. 

Laiflbns les Etrangers , pour parler 
delà France. Le Duc d'Orléans , vou- 
lant finir la Querelle du Duc de Beau- 
fore 5 après avoir fait avec tous les In- 
téreiles beaucoup de Confulcatîons , 
lui écrivît une Lettre pour le convier 
de l'aller trouver à Nanteuil. Il lui 
donna fa parolle pour fureté à lui ôc 
à toute fa troupe , & lui même alla Le 15. 
le trouver le quinzième du mois au Juillec, 
rendez-vous qu'il lui avoir donné. Le 
Duc de Briiïàc , le Maréchal de la 
Mothe 5 & les autres nommez d^ms 
l'Hiftoîre du Jardin , fuîvirent le pue 
de Beaufort ; & Fontrailles , & Ma- 
tha 5 quoique plus criminels que les 
autres , à caufe des Valets de pied 
qu'ils avoient battus , furent aufîî de fa 
Troupe. Quand le Dr-c d'Orléans le 
fçut i il le trouva mauvais , 6c envoîa 

le 



! o 3 Mémoires pour fervlr 

1-645) • ^^ Miii'échal d'Eftrées dire à ce Prince 
Frondeur , qu'il ne vouloir point voir 
cts deux derniers , qui écoienr dignes 
de punition , aiant manqué au refpedl 
qu'ils dévoient au Roi & à Tes livrées. 
Le Duc de Beaufort y qui s'étoit enga- 
gé de les mener fur la Lettre que le 
Duc d'Orléans lui avoic écritte , fe 
fâcha contre le Maréchal d'Eftrées fon 
Opcle 5 Frère de fa Grand Mère la 
Duchelfe de Beaufort , & il lui dit que 
n'aîant point eu de deffenfes de la part 
de Monfieur contre aucun particulier, 
il n'étoit point coupable de les avoir 
reçus en fa compagnie ; que le Duc 
d'Orléans ne les voulant point voir, 
, & lui ne les pouvant quitter , il falloit 

qu'on lui permit de s'en retourner a 
Paris. Il propofa de s'accomoder pour 
tous 5 tant pour fon affaire où tous fes 
Amis n'avoient nul intérêt que le lien, 
que pour ces Débauchés \ 3c offrît de 
fe mettre entre les mains du Duc 
d'Orléans fon Protedeur particulier, 
ôc de donner en fa perfonne toute la 
fatis^adîon qu'on pouvoit cfpérer de 
tous les coupables enfemble : en quoi 
il fut louable , 3c tout ce qu'il fit 
alors paroilToit partir d'un grand cœur. 

Plu- 



^V Hi {loir e d' Anne d'Autriche. i(<9 
Piiificurs petices Négociations fc 1^4?. 
I firent encre les deax Partis , & la con- 
iClufion fat enfin que les deux honi" 
imes 5 que Mondeur ne vouloit point 
roir » dcmeurcroient avec quelques- 
ans de leurs Amis éloignés de (a pré- 
fence ; que les principaux Adcurs pa- 
:oitroient fculs devant lui ; & que 
ceux la s'accomm jieroient pour eux, 
fe pour les abfens. Le Duc de Beau- 
'ort avoit remis tous fes intérêts entre 
es mains du Duc d'Orléans , & Taf- 
'edtion d'un (i grand Protedeur l'a- 
roit fait espérer de fe pouvoir tirer 
lifcment de cet Embarras ,• ma'S , fou 
\fFiire étoit (i mauvaile que Monfieur 
le put pas s'empêcher de le condam- « 

1er lui même à de grandes fatisfac- 
:ions. On fit ledure d'un Papier , oi 
;lles étoient très amples , où fc trou- 
vèrent écrits les mots de repentir & 
îe pardon \ de il fallut qu'il le deman- 
iâc au Duc de Candallc , & à route la 
"roLipe offenfée. Ils s'embrafTérent 
rnfuite , Sc demeurèrent enfemble le 
refte de la journée , occupez à faire la 
Cour au Prince qui les avoîc accomo- 
iez. Il n'étoit gucres moins refpec- 
cé en France que s'il eut été le Roi, 
Jorne 111. H uucrc 



1 - o Mémoires pour fervîr 
i6^^, outre qu'il écoîc eft'mable par Tes bon- 
nes qualiccz. Les Princes du Sing 
les plus proches de la Couronne onc 
de grands avantaçies pendanc les Mîno- 
ritez j U il ne taur pas s étonner 11 
r Autorité étant ainii d'fpcnfee , les 
Régentes ont toujours à loufFrir de 
fâcheufes tempëccb dans l'htar. 

Pendant que ces petites Avanturcs 
fe pairoienc , le Miniftrc travaiiloit à 
diminuer la haine que le Peuple avoic 
contre lui. Il fit ù mblant de faire une 
Paix plus importante à la France que 
celle des Braves de la Cour & de la 
Fronde. Pour cet effet , il partit de 
Le 11 Compiegne le vingt deuxième du 
Juillet j^o's (ie Juillet, pour aller à Saine- 
Quentin s'aboucher avec Pigneranda 
Miniftre d Efpagne , & dans le vrai 
avec le Comte d'Harcourt , fur une 
Entreprife qui regardoit la Guerre. 

Aufïï-tôt après le retour du Cardi- 
nal Mazarîn , le Prince de Condé re- 
vint de Bourgogne ,* Se comme il 
a étoit pas encore rcfolu de s'aban- 
donner à toutes les paffîons d'une 
Sœur 5 qui ne le gouvernoit pas tou- 
jours autant qu'elle le fouhaittoit , il 
parut avoir la même chaleur pour lec 



mtc« 



Il l*Hl[îolre â*Anrte â* Autriche, 171 
întérérs de la Reine que pAi* le pade. 16 [5). 
Madame de Longueviile , qni ràchoit 
par mille foins de changer (on efprir, 
avoit déjà tellement alréré celui de 
Madame la PrincelTe , que depuis la 
Paix elle n'avoic point vu la Rine, & 
paroi doit en tous fes dîfcours enticrc- 
nienr refro'die pour elle. Cette Prlii- 
celle Frondcufc , après avoir fait ce 
grand changement , en la perfonne de 
Madame la Princefe fa Merc , pour 
racommoder Monlieur le Prince fon 
Frère avec les Peuples , fit courir le 
bruit qu'il étoit devenu dévot en fbti 
voîage , & qu'un Chartreux cftîmc 
d'une grande vertu l'avoir converti. 
Elle faifoit toutes ces chofes en lui dî- 
faut qu'il feroit trop heureux un ioiir 
de fuivre fes Confcils , & eh lui prc- 
difant j qu'il fe repenti roit de la pro- 
tedîon qu'il avoir jufqucs-la donnée 
au Cardinal Mazarîn. 

Le deuxième , il partît de Paris pour Le u 
aller à la Cour , & féjourna quelques Août 
jours à Chantîlli. Il arriva le fixié- 
me du mois à Corapiegne ; & fans 
faire nulle façon , il alla d'abord vîfi. 
ter le Cardinal Mazarîn , & lui fit pa- 
toicrc beaucoup de bonne volonté , &c 
H i^ moa« 



î 7 1 Mémoires pour fer vit ^ 

^(\ç), montra qu'il écoit tont-à-faît éloigne^ 

des penfées donc on le fbupçonnoic. 

îl vît enfuite la Reine , & lui dit en 

riant , que tout ce qu'on avoit publié 
de lui ctoît faux j qu'il n'étoîc devenu, 
ni Frondeur , ni Dcvot , & ralTûra 
qu'il renonçoit de bon cœur aux fenti- 
mens de fa Famille , qu'il avoiia fran- 
chement d'être un peu gâcée. Il lui 
promît de travailler à la ramener 
âans les bonnes voies , & répondit de 
leur fidélité. La Reine en fut fatis- 
faite 5 & crut avoir fujet d'être en re- 
pos far tous les bruits contraires qui 
^voient courus. Une perfonne fort 
.éclairée fur toutes les chofes du monde 
^^Jle^*)^^ qui connoifToit ce Prince, 

./'f ^m'expliq liant fes contrarierez, me die 
?r.ohan- ri ^ ^ /x^ j j 

Lh^m ^lors 5 qu 11 n avoir écoute Madame de 
i^ongueville & fa Famille , que pour 
ft faire honneur à leur égard , parce- 
<que cette Prînccfle , & le Prince de 
Contï j avoîenc accoutumé de l'appe- 
ler foible5& l'accufoient d'avoir trop de 
BafTcffe pi^ur le Favori. Il m'affûra 
qu'il n'avoît jufqu'alors en aucun def- 
/eîn de fe brouiller à la C^ur ; mais, 
<:j,ii'après avoir contenté fa Famille par 
€t%TyZ voie de .eomplaiûnce ^ il vouloir 

enço* 



à Y HiftoWe d'Anne et Autriche, 17 5 
i:nc.oxQ que cela lui fervic avec le Mî- 1^40. 
nirtre , en lui donnant une grande 
ciainre de le perdre ; & cette perfon- 
ne prophetilant l'avenir me dit que 
Mc-nlieur le Prince aimant la Paix & 
ne vouianr point Te laifler gouverner, 
il arriveroit néanmoins que peu à 
peu fes fentimens fe changeroient , èc 
que Madame de Longueville avoit 
bien la mine de le faire aller plus loin 
qu'il n'en avoit envie ; parce , me dit- 
il qu'il n'y a rien de fi aifé que de 
trouver les moyens d'irriter un Prince 
du Sang qui veut toujours plus qu'on 
ne lui veut donner. 

Le Duc de Bcaufort , pour fatîsfâire 
au refpedl qu'il devoit à la Reine , lui 
fit demander fi elle auroit agréable 
qu il allât lui rendre fes devoirs ; mais 
le Miniftre , qui n' avoit pas rélifli en 
fà politique de confentîr qu'elle vît le 
Coa-Ijuteur ^ dont elle avoit été Ç\ ^^ P^^c- 
hardiment refufée , n'approuva pas ?'" 
qu elle traittat favorablement le Roi jg ^g. 
des Frondeurs. Aînfi , le Duc de Beau- vins ce 
fort fut rejette , &: la Reine me fit Jo^"^ l^ 
l'honneur de me dire ce jour même» F*^". 
que j'étois revenue auprès d'elle, Com- 
qu'elle ne l'avoit point voulu voir , <^ picgnc. 
H 5 que 



174 Mémoires pour fervïr 

3 ^45?. celui là, qu'elle avoît auti efoîs confide- 
xé , lui étoit plus en horreur que les 
autres, par ce te rai Ton qu'on hait beau- 
coup d'avantage les Ennemis qui onr été 
Amis que ceux qui nous onr toujours 
cté in differen s. Le Due de Beau fort en 
croît de même , & l'aiant rencontré 
dans des Vifites à Paris )e trou vois 
qu'il avoir plus d'aigreur contre la 
Reine que ceux de ce Parti qui n'a- 
voienr jamais été dans fcs intérêts 

Madame de Chevreufe aiant été 
malade depuis qu'elle avoit quitté Pa- 
ris , n'avoîi pu jouir encore de la per- 
niîflîon qu'elle avoit obtenue de venir 
voir la Reine Elle arriva le huitième 
à Compîegne , le vîfage pâle de Ca 
maladie , & le cœur fournis , à ce 
qu'il parut , à toutes les vo^ontez de 
la Reine , & de fon Mînîftre. Elle 
fut reçue à l'heure du Confcil ^ ou 
ctoient le Duc d'Orléans y Mr. le 
Prince , & le refte des Miniftres. Le 
Tel lier , qui avoît fait Con Accommo- 
dement , me dit ce même foir , qu'il ^ 
avoit eu de la peine à rafTurer fon eC- 
prit fur les foupçons qu'elle avoît ; car 
malgré la parole de la Reine qu'if 
avoit portée , elle craignoit qu'étant 

revenue 



à V Ht finir e â* Anne à' Autriche, 17 f 
tcvenuc en France fans f^m confence- 1^40; 
ment , elle ne la fie arrétet. Cette 
Princefe écoic fi lalfe de TExil c^ des 
Banilîcmens , qu'elle les craignoît in- 
finiment ; &: pour plus grande fure- 
té 5 elle avoir voulu que le Premier 
Préfident lui promît aufli de la part 
de la Reine quMle feioit bien traittée. 
La Keine , qui ne baifoit que la Du- 
cheffe d'Orléans , Mademoîfelle , & 
quelque fois Madame la PrincefTe , 
par la qualité de fa Favorite , l'avoit 
diftînguée des autres Princcffes & a« 
voit accoutumé de lui faire cet hon- 
neur ; mais alors elle en fut privée , 5^ 
la Reine lui voulut montrer qu'elle a- 
voit fenti ce qu'elle avoir fait contre 
elle. Cette PrincelTe fuplia la Reine 
de lui pardonner tout le pafTé ^ & luî 
promît pour l'avenir une grande fidé- 
lité. Ses promelTes furent reçues avec 
douceur & fans reproches , mais avec 
un air bien différent des carefTes qu'el- 
le lui faifoît quand elle en étoit fatîs- 
faîte. Après avoir faliié le Roi , & 
parlé un moment au Mîniftre , elle fe 
retira , & la Reine dit avec exclama- 
tion à une Perfonne du Confcil , 
Qvten toutes choffs elle nétoît plus 
H 4 Madame 



iy6 Mémoires pour fer vîr 
1^45?. M^à^rne de Lbevreufe , & qu^elle îa 
trou voie auffi changée , qu'elle Véioit 
pour elle , voulant particulièrement 
parler de Ton vi (âge , qui n'avoit plus 
gueres de traces de fa beauté pairée. 
Il y eut une grande prefTe dans 1 Anti- 
chambre de la Reine, pour la voir 
palfrr , & je remarquai par cette cu- 
rîolité publique , combien le bruit des 
chofes exfaordînaires donne d'éclac* 
Mademoifelle de Chevreufe fa Fille^ 
dont la beauté étoit célébrée , quoi 
qu'elle ne fut pas parfaite , reçut de 
grandes louanges de ceux qui la virent;, 
tant ce qui eft nouveau plair prefque 
^ toujours , & ce qui ne plait pas ne 
laifTe pas d'être admiré. La complaifan*-. 
ce ou la mode compoient fouvent cet- 
te admiration , plutôt que le fentiment 
de ceux qui Joiient. 

Le neuvième , le Prince de Contî , 
convié par la bien-feance , par Moni- 
teur le Prince fon Frère , & par foa 
intérêt particulier , vînt à la Cour , à 
delTeîn d'y faire parade de fa fierté ; « 
maïs alors ,il avoit befoin du Minif- 
tre. Les LîcV^ois lui avoient fait of- 
frîr la Coadjutorerie de Liège , pourvu, 
^u'il leur aidât à faire la Guerre à 

leuiz 



a l'Hlflolre à' Anne d'Autriche, 177 
kur Eyéqiie , & il avoir écouté leur 1(^4^^ 
propofîtion avec quelque defir d'y 
penfcr. La hauteur , & les prétentions, 
ne s'accordent pas bien cnfemble. Il 
avoit promis aux Frondeurs en partant 
de Paris , qu'il ne verroît point le Mî- 
niftre ; mais , ayant des affliires , il n'y 
pouvoit travailler fans choquer fa pro- 
mefife. Il fallut donc qu'il le vît : on 
l'y força doucement , (:k il le fouffric 
doucement auffi. Le Duc d'Orléans & 
My. le Prince fuivans le Roi , le con- 
vièrent d'aller diner avec eux chez le 
Cardinal , 6c il le fit de bonne grâce. 
Iln'auroit pu même le refufer , puîs^ 
que le Roi y étoît. Sa proposition de 
Liège ne fut pas agréée : les difficuU 
rez fe trouvèrent trop grandes pour 
l'exécution; & le Minière n'étoit paS' 
obligé à le fervir. 

Ce même jour au Confell , fur 
quelque intérêt du Cardinal, la Reine 
regardant le Prince de Conti , lui en 
demanda fon avis \ & comme il ne 
répondit rien , elle en fat irritée. Le 
fbir , me faifant l'honneur de m'en 
parler , elle me dît qu'elle n'avoir ja- 
mais vu une telle hardîeife 3 & qu'elle 
en avoit fentî du dépit , parce que 
H ç c'étoîc 



178 Mémoires fof^fervlr 

649. c'étoît plutôt manquer de refpca en- 
vers elle ,, que de juftice envers Ion 
Mîtiiftce. Dans ce même confeil , il 
fiitréfolu que le Roi iroic bien-tôt à 
Paris. Monfieur & Mr. k Prince , 
pour obliger les Parifiens , prefferen: 
la Reine de s'y refondre > & affure- 
rent le Cardinal de leur Protediori. 
Ih avoient tous deux de bonnes & de 
louables intentions ; mais , il eft à 
croire quMls fc foucîoîent fort peu de 
l'événement , & que l'état des choies 
ncleur déplaifoit pas. 

'^C'cft j^i^ fj^lio nannancU de Pefi adores.^ 
le gam ^ 

chcurt> Le Minière y confentît auffi , ef^- 
qoe rantque la préfence du Roi étouffe- 
i'^aa roît peut-être le refte delà Sédition |, 
^*^" ^, mais , comme il avoit vu affez fou- 
'''''^ vent que ce remède ii avoit pas ete 
fuffifant pour guérir le mal , il^ fut 
Jouable de s'y réfoudre , maigre le 
péril que raifonablement il pouvoir y 
craindre. Il 6t plus , il ne voulut pas^ 
même témoigner de croire qu'il put y 
en avoir. Us. fouffranecs abbatcnc 
joûjotirs la furie des. Peuples , & quoi 
que Paris u'cut pas été réduit a unc> 
^ grandie 



à tHlflolre à^ Anne ^Autriche, 179 
grande famine , il eft pourtant vrai 1^45?» 
que la Populace avoit fenti la néceffi- 
té : une grande quantité de pauvres 
gens étoient morts ; & ce qui reftoîc 
de canaille mutine n'étoit plus qu'une 
troupe de coquins payée par les Fron- 
deurs , pour faire du bruit & pour 
crier. 

Madame de Montbazon , voîant 
que Ion Ami le Duc de Beau fort fe- 
roit à la fin contraint de fuir la pré- 
fence du Roi , manda au Minifïre , 
que ce Prince croioit être obligé pour 
fa gloire de ne le point voir , & le 
pria qu'il pût foufFrir qu'il falua le 
Roi & la Reine à leur arrivée , ÔT 
qu'enfuite il lui promettoît qu'il fe re- 
tireroit de Paris , ou qu'il le verroic. 
Le Cardinal , qui depuis longtems 
étoîc accoutumé à de telles douceurs , 
^ qui ne vouloir pas montrer qu'il fê 
mît en peine du falut ni du mépris dii 
Duc de Beaufort , confentità ce qu'il 
defiroît , & crut faire une aâ:ioiY^^ 
prudence , de lever cet obftacle de fon 
chemin. Le Duc d'Orleaws répondiç 
aulïï pour lui , & promit de l'aban- 
donner entièrement , s'il vouloît con- 
tinuer à faire le méchant perfonnage 
^ Frondeur, . H 6 Le 



l-S'a 'Memûires ptur férvtr 

lié 4^. Le fêjour du Prince de Conci à la, 
Cour -y l'union qui parollfoit maigre 
les delFeins de Madame de Longuevil- 
le y., entre la Reine , les Princes du 
Sang 3 & le Miniftre y Madame la. 
PrincefTe , qui enfin étoit revenue à. 
Compîegne , Ôc qui rémoignoïc être, 
fatisfaice d'un Eclaircifiemenc qu'elle 
avoit eu avec la Reine j TAccommo- 
- dément de Madame de Chevreufe ;>, 
qui faifoît efpérer à la Cour celui du- 
Coadjuteur ; le foupçon qu'on avoiCi 
que le Duc de Beaufort commençoit; 
à s'humilier ; ôc fur tout la joie pu- 
blique que les Bourgeois avoient duî 
Retour du Roi , metoient les Mécon- 
tens hors de cette efpérance de pou- 
voir, fe foutenir contre la Gour. Ils- 
ctoient triftes Se commençoient à fe 
juftifier, du paflfé , à craindre l'avenir 3, 
& à dire que le Cardinal faifoît unj 
tour d'habile homme de revenir , ôC 
de n'avoir point de peur. Ils hauf-^ 
foîent les épaules , quand on leur? 
parloir de lui , & difoient pour toute- 
reponfe 3 qu'il étoit plus heureux qu'il: 
ne mérifQît; de l'être. Parmi cette 
confteination 3. il y en avoir encore 
eaicre: eux d'aflcz fols pour efpérer ,, 

que 



krH'iJlolre- d' ^me d'Autriche. i%i 
Ijne cecte journcc y dans laquelle il 1^45?^ 
entieioic à Paris poiirroic lui êrrc fa- 
tale ; &c difoient , que fî le Peuple 
s'avifoic de crier Vive le Roi , & non 
point Maz^arin , il étoit perdu. \\ 
y. eut des perfonnes de cette Fa6tioa 
fcdltieufe , qui donnèrent de Pargent 3. 
pour elfaycr ce dernier remcde ; mais 3 
cette pauvre invention , tant de foisr , 
pratiquée , ôc dont les fots mêmes 
commençoient à fe dégoûter , ne leur 
reuflît point , & le tems étoit venu ^ 
qu'il falloit que le Mazarin commen* 
çât à refaire craindre de Tes Ennemis.. 
La Reine , ne voulant point donner 
le moien aux Mal-întentionez de faire 
quelque rrouvcauté , fe hâta, de partir 
de Compiegne. Le Roi ôc elle arri- 
vèrent a Paris le dix-huitiéme du mois 
d^AoÛt.l 

Nous admirâmes une merveille ^Jeig;. 
qui à peine ctoit croîable , vu les cho- r^"^' 
fes paflëes.Le Koi ôc la Reine furent ^u Roi 
reçus avec tous les applaudilfemens ôc&c àc Is. 
les cris de joie accoutumez , ôc prati- R^me â 
qués par les Peuples en de telles occa- ^"x^ ', 
fions. On ne parla point du tout du Guerre» 
iViazarin 5 ôc toutes ces Acclama- 
tions publiques 5 fembloient préfager • 

uiie: 



1 8 2 Mémoires pour fer vlr 

5^4P. pne véritable Paîx. Le Prince àç 
Contî , qui avoir été malicieufemenc 
(ieftiné par la Reine pour être mis à 
la portière du Caroffe avec le Minif- 
tre 5 prévint la Cour de quelques 
jours y ne voulant pas , à ce qu'il di- 
foît , être témoin de la gloire d'un 
homme dont il s'étoît déclaré l'En- 
nemi. La Reine , qui croioit qu'il 
étoit permis de tirer ks avantages des 
occurrences qui (è peuvent préfcntcr , 
eut raifon de vouloir mener en triom- 
phe Ton Ennemi défait , & la pruden- 
ce de ce Prince lui déplut un peu, 
(^land elle arriva à Paris , elle me fie 
l'honneur de me dire en riant , quel- 
le éroit au defefpoir de n'avoir pu 
réuiîîr à cette innocente vangcance. 

Ce fut donc un véritable prodige 
que l'Entrée du Roi en ce jour , & 
une grande Vî6toire pour le Miniftrej. 
Jamais la foule ne fut ii grande à fui- 
vre le Carofïe du Roi , & il fembloit 
par cette allegrede publique , que le 
pade fût un (bnge. Le Mazarin fi 
hai étoit à la portière avec Mr. Le 
Prince , qui fut regardé attentivement 
de tous ceux qui fui voient le Roi. Us 
fe difûîent les uns aux autres , com- 
me 



i VHlftoîre d* Anne d* Autriche, iSj 
tne s'ils ne l'eulTenc jamais vu , f^oilk i C4^p 
le Mazarin, Q^ielques uns voîanc 
arriver un Caroire du Corps tout fer- 
mé , dirent qu'il étoit caché dedans , 
êc volurent y voir ; mais , ce fut plu- 
tôt une raillerie qu'une malice. Qnand 
le Roi & la Reine arrivèrent , la fou- 
le répara du Carode du Roi les Gen- 
darmes , les Clievaux - légers , Ôc 
toute la fuite Roîale. Les Peuples , 
qui les arrêtoient par la prelTe qui fe 
rencontra dans les Rues, benîflbient 
le Roi & la Reine , & parloicnt à l'a- 
vantage du Mazarin. Les uns difoient 
qu'il eftoit beau , les autres lui ten- 
floient la main , ôc l'alfùroient qu'ils 
Taimoient bien , Ôc les autres difoienr 
qu'ils alloîent boire à fa fancé. Apres 
que la Reine fut entrée chez elle , ils 
fe mirent tous à faire des feux de 
)oye yôck bénir le Mazarin , qui leur 
avoit rammené le Roi. Il leur avoit 
fait fous main diftribuer de l'argent t 
c'eft pourquoi ils juroîent qu'il étoîc 
un bon homme , ôc difoient qu'ils 
avoient été trompez y quand ils 
avoient tant crié contre lui. La Reine 
fut ravie de cette réception^ r il lui 
fembloLt cpc^ ces applaudiiremens 

ëtoien^ 



r§4 Mémoires pour fervir 
;jJ<x4,5.. toîent des marques de l'Aprobatîoiî 
qui éroic due à fa fermeté ; & cette 
joie publique lui fut d'autant plus 
agréable , qu'elle s'y atrendoit moins. 
La raifon avoît voulu fon retour , la' 
même raifon l'avoit confeillee de s'a- 
bandonner au Peuple , fans nulle pré- 
caution , pour leur montrer plus de 
confiance,& même il avoit fallu le fai- 
re 5 ainfi 5 pour faire voir aux Ennemis' 
de l'Etat , que le Roi ni elle ne craig- 
noîent rien ; mais , dans le vrai cette' 
journée avoit été appréhendée par le' 
Mîniftre, qui avoit reçu plufieurs avis, 
envoies fans douce par ceux qui craig- 
noient fon retour , qu'il eut à fe gar-^ 
der , & que le Petiple à fa vue fe foule-- 
veroit contre lui. 

La Reine en arrivant me dît 5 
qu'elle avoit été furprile de l'excelîîve 
Allegrede des Parifiens , & qu'elle ne; 
s'écoit pas attendue à une telle fête. 
Les Fondeurs ^ ^n\Ç\ qu'il cfl: à croire ,. 
furent au dcfefpoir de ce changement ;" 
les indifférens le regardoient avec' 
étonnement ; & tons eurent lieu d'être 
à jamais perfuadez delà légèreté àts! 
Peuples 5 & de la facilité qu'ils ont' 
de joindre les conrraiies eufemble. Le 

Palais ■ 



à l'Hlj}otre d'Anne d^A^'t^lche. 1 8 ^ 
Palais Roial fe crouva auiîi rempli de ^'^-^O* 
pcrfonncs principales & de qualité , 
que les Kuës l'écoieiit de menu Peu- 
ple. Le Roi &: la Reine fiiienc fakicz 
de ceire illuftre croupe , & en particu- 
lier par le Duc de Beauforc que le 
Duc d'Orléans ammena du milieu de 
eette fouUe dans le petit Cabinet. Le 
Minillre n'y étoir pas : il étoit allé fe 
repofer dans (on appartement. Ce 
Prince fit à la Reine , après avoir falué 
te Roi 5 un compliment compofé d'u- 
ne proteftation de fidélité. Elle lui ré- 
pondit feulement que les effets la per- 
diaieroient de la Vérité de fes parol- 
les. Le Duc d'Orléans , qui fçavoîc 
que cet entretien ne pouvoit pas durer 
long-tems , dit tout haut qu'il falloic 
kilfer repofer la Reine de la fatigue 
qu'elle a voit eue , & fortit aufïï-tôc ,. 
en protcftant qu'il éroît lui-même bien 
las. Monficur le Prince le fuîvit , 55 
k Duc de Beaufort eu fit autrant. La 
Reine donna le bon foîr de bon 
cœur à toute la. compagnie ; 5^ 
après qu'elle fe fut déshabillée & queU 
le eut vificé fou Oratoire , pour ren- 
dre grâces à Dieu des affiftances vifij- 
blcs qu'elle reçevoit de fa maîu toute- 

guilTante. 



1 s rf J\4ernoires pour fer vif 

t6^^, puiffanre , elle parla toiu le foîr avec 
pi ofîr des applaiidillcmtns de fo/ En- 
trée , & nous coiita routes les dou- 
ceurs qur les Lava'.dieres , les Kavau-r 
deufes , Kk les Femmes des Halles , a- 
voîent dites à Ton Mîniftre , qui fans 
donre furent alors plus agiéab'es 
au Cardinal Mazarin , que ne l'au- 
roîent été celles des plus belles 
Dames de PEurope. 

Le lendemain , le Coadjuteur , à 
la tête du Clergé , vînt faliicr le oî 
& la Keîne. Il tit à Leurs Mr j flea 
une Harangue , qui pu* fa br'éveté 
montroit afPz qu'il éroît au d-fe poîr 
d'être obl'gé de leur en ^aire II pa- 
rut interdit Son audace , fà hardiclfe , 
& la force de fon Efprît , ne l'empê- 
chèrent pas en cette occafion de fen- 
tîr ce refped: êc cette crainre que la 
coutume hc le devoir ont fi fort im- 
primé dans iios âmes pour les Perfon- 
nes Roiales. La terreur , que la fin- 
derefe donne Infailliblement à tous les 
coupables , fe fit voir fur fon vifage. 
Etant auprès de la Reine , je remar- 
quai qu'il devint pâle , & que fes lè- 
vres tremblèrent toujours , tant qu'il 
parla devant le Roi & elle. Le Mi- 
nière 



k /* H'tjioWe d' Anne à! Autr'tche. 1 8 7 
/liftre étoit debout auprès de la Chaife ,^^q ' 
du Roi , qui parut en cette rencontre 
avec un vifage qui marquoic fa Vidtoî- 
rc ; & fans doute qu'il fentit de la )oîc 
de voir Ton bnnemi dans cette angoîfl 
fe. Je remarquai aufïi que le Coad- 
jureur, malgré cetrc grande frayeur qui 
l'avo't faifi , eut la fierté de ne pas re- 
garder le Cardinal : il fit fa révérence 
au Roi & à ia Reine , fans jetter les 
yeux fur lui , & s^en alla bien fâché 
fans doute contre lui même , d'avoir 
donné des marques publiques du 
trouble de fa confcîence. La Reine en 
reçut de la joie. Ce tremblement ha- 
noroît la fermeté de fon courage , qui 
avoît réfifté li conftammcnt à tant 
d'obftacics ; & comme j'avoîs l'hon- 
neur d*être auprès d'elle , quand le 
Coadjuteur lui parla , aufîî-tôt qu'il 
fut parti , elle me fit un figne de l'ocîl; 
& m'étanr bailTée pour l'écouter , elle 
me demanda fi je n'avois pas bien vu 
au vîfage du Harangueur Combien l'hu 
nocence eft une belle chiffe ? Enfuîtc 
elle ajouta , Sa. home me fait fïaîfir , & 
fi f avais de la vanité , je pourrais dire 
même quelle me denne de la Gloire^ 

maïs 



1 1 8 Mémoire s pouf fervîr 

>^49. maison eft Jans doute , .mt dît- elle; 
cjuelle doit être bien honorable à Morf'^ 
Jîeur Le Cardinal, 

Enfuire de ccrre Harangue , vînt le 
Parlement la Chambre des Gt)mp- 
tes 5 la Cour des Aides , le Grand 
Confeil , les Maîtres des Requêtes, 
le Corps des Marchands , la Ville , & 
tous ceux enfin qui ont accoutumé de 
faliier le Roi ^ quand il revient dans 
Paris. Toutes les Compagnies par 
leurs paroles témoignèrent qu'elles 
ëtoient fort foumifes. Le Parlement 
en général parut être bien intention- 
né ; mais , comme il voioit qu'il avoît 
eu la force de réfiftcr au Roi , & 
qu'il n'avoit pu le chàrier félon qu'il 
avoit montré à'^n avoir le deflcin,. 
cette Compagnie fe croîoîc en état de 
tenir bon contre la Pu ifance Royale 
quand bon lui fembleroit \ & on pou- 
voit craindre qu'elle ne fût pas encore 
dans les difpoiitions de fid^'licé &: de 
re/pe£t qu'elle devoit avoir. Il n'efl 
que trop vrai que les fuîtes eu 
furent mauvaifes , &: que les fautes 
qu'elle a depuis faites contre le Servi- 
ce du Roi procédoicnt de ce premier 

Engage- 



à V Hifiolre ^ An ne à* Autriche . 1^9 
Engagement ou plufRurs de ce Corps 1^4^; 
s'étoienr mis , qui paroilloit coloré du 
Bien public , & dont néanmoins la 
fourcc étoit la paliion 6c Tintcrêc de 
ceux en qui l'Ambition eut toujours 
trop de pouvoir. 

Le Coadjuteur n'éroft pas en feu- 
reté à Paris (ous la • u (Tcxnce Roîalc. 
Il falloit qu'il rendit hou)age au Mî- 
Jiiitre , ou qu'il quittât ce grand Pof- 
te 5 d'où il l'avolt fi fièrement fron- 
dé. La nécefîîté de lui faire une vî- 
fîte le fit réfoude d'y aller le lende- 
main de fa Harangue , & par le con- 
fcii de Tes Amis il ^'acquitta de ce de- 
voir, lis parlèrent du paffé, l'avenir 
parut douteux , & de grandes jufti- 
fications fe firent de part & d'autre. 
Elles dévoient être un pea plus for- 
tes du côté »du Coadjuteur que du 
Minifi:re ; car ce dernier n'avoit de 
crimes ^ qu^ine raillerie foufferte , & 
une trop grande tolérance pour fup- 
portcr les menaces du Coadjuteur; 
mais 5 comme le Mînîftre ne fe fou- 
cîoît pas de fe vanger ; qu'il vouloîc 
feulement aller a Tes fins appaifer la 
Révolte 3 & alfoupir la haine publi- 
que a étouffant celle de ks Ennemis 

par- 



i 9 ô Mémo îrJf pour fèrvtr 
1^45). particuliers , il lai fir mille flatterie!?; 
Ôc lui lai'iîa concevoir quelque cfpéran- 
ce qu'il le ferviroit , dans le defîr 
qu'il avoit de le faire Cardinal Ces 
deux hommes qui ne pouvoicnt avoir 
de finceres intenrions à l'égard l'uirdc 
l'autre demeurèrent alors avec quel- 
que apparence de Réconciliation, fans 
qu:^ pourtant le Coadjutcur cellât de 
pailer mal du Miniflre : ii lui avoit 
dît à lui même 5 qu'il le fa! 'oit ainfi 
pour conferver fou crédit dans les Ca- 
balles qui lui étoient contraires , 3c 
dilbit à Tes Amis , que le Cardinal 
éroit un homme , dont il vouloit tirer 
cous les avantages qu'il en pouvoit e(l 
pérer j qu'il n'avoit nulle eftime pour 
lui ; & qu'il feroit toujours profedîoa 
publique de méprifer fon amitié , 6c 
de ne la rechercher , que quand clic 
lui {croit commode. 

Le Prince ce Conti ne lailTa pas de 
traîtter cette vifite de lâcheté , & de 
foiblcde ; & comme ils n'étoient plus 
dans la même intelligence que par le 
paffé 3 il fe moqua de lui d'avoir été 
fe foumettre à une per(bnnc qu'il dî- 
foit lui même fi méprifable. Ce Mî- 
niftrc a eu cette deftinée qui eft afTez 

cxtraor-i 



d î* H'floîre et Anne à* Autriche i^ i 
extraordinaire, il n'y a po;nt eu de i <^45^< 
Titan tjoi n'ait eu fcb /\niis & tes 
Créatures ; mais lui, fans cruauté p:.ur 
fc!) Ennemis , aiant Fait beaucoup ic 
bien tant a les Amis , qu'a ceux qu'il 
acu lujct de- liait qali tous dan b ce 
teii.ii la le ioiu moqués de lui , & les 
uns 6l lej» autres ne le raccommodoienC 
avec lui j ainli que je l ai déjà remar- 
que , qu'à condition qu'il fouffriroît 
leur médaance , & leuis mépris. Il 
s'y accordoit aifement pour- û qu'il 
put cfpéier de le m ^q.ier d'eux à Ton 
tour ; ce qui de voit arriver quand 
l'Autoticé légitime le retablîroic , puis- 
que Ton affoiblîiremenc étoit la caulc 
de cette hardielle. 

La Keine étant à Paris , voulant 
commencer fa première vifite par No- 
tre Dame , elle y fut entendre la Met 
fe 5 le premier Samedi en fuivant , & 
y voulut mener le Roi. En palTant 
par les Riies , fon Carodc fut conti- 
nuellement (în'vi du Peuple ; & toute 
cette Canaille , qui lui avoit manqué 
de Rcfpe<5t & de Fidélité , lui donna 
mille bénédictions. Dans le Mar- 
ché neuf , les Harangeres , qui avoîent 
tant crié contre elle , la penférent, 

par 



ï9 i Mémoires pdurfervlr 

164^» par amîtîé , arracher de fou CarolfcJ 
Elles fe jcttércnc tomes en foale fur 
elle : chacune de ces Mégères voiiloic 
toucher fa Robbe ; ôc il s'en fallut 
peu qu'elle ne fût déchirée de cette 
villaine Troupe Elles crioîent toa- 
tes 5 qu'elles écoieiu bien aifes de la 
revoir , Se lui dcmandoient pardon d.c 
leurs fautes palîées , avec tant de cris, 
de larmes , & de tranfports de joie, 
que la Keîne même , ôc ceux de /a 
compagnie en furent étonnez , & re- 
gardèrent ce changement comme un 
petit miracle. Il Fallut dans l'Eglifc 
{bulever le Roi en haut , Se le mon- 
trer au Peuple , qui par des cris re- 
doublez de K'z;.-^ e Ro , montra 
combien eft grande l'împrc^fîîon de 
fidwliré ôc d'amour , qui le trouve na- 
turellement dans le cœur des Sujets 
envers leur Koi. Elle y ed variable, 
ôc defedueufe 5 mais , elle y revient 
facilement- 

Le Duc de Beauforr , quelques^* 
jours après , vint au Cercle , fe pré- 
fenter devant la Keinc comme les 
autres ; mais elle irritée de ce 
^ Qu'il n'avoit pas vu le Cardinal, 

aufli-tôt qu'elle le vie paroître , fe le- 
va 



a !''Hijhrre â' Anne d^Anfuchs. 19 ^ 
va 5 d< .'en- alla s'cni-ermer dans fa p:, :(^j.o, 
titc Chaiiîbre. 

Les Farigues des premiers jours s'e- 
tant paHecs , la Reine alla vifitcr la 
Reine d'Angleterre a Sainr Germain, 
Elle y trouva le Roi d'Angleterre 
fon Fils 5 qui atcendoit auprès de la 
Reine Ci M:ne , quelcjue favorable 
occalion pour rccourner en fon Pais 
faire la Guerre à Tes rJ-)eiles fujets. 
iCes deux Piinceiîcs ne s'étoient point 
ivLics depuis la déplorable Mort du 
Roi d'Angleterre , que toutes les 
deux dévoient pleurer , l'une. comme 
fa Femme bien aime'e , l'autre com- 
me Ton Amie ; mais , la Pleine évita 
de parler à la Reine d'Angleterre de 
fon Malheur , pour ne pas renouve- 
ler Tes larmes , & après les premières 
;parolles de douleur , que Poccafioii 
îles força de dire l'une à l'autre , la 
civilité ordinaire & les difcours com- 
muns firent leur entretien. Cette 
; même journée fe termina par l'ad:îon 
, que fit Soyon , Fille d'honneur de 
; Madame , qui , malgré la pafîion que 
; le Duc d'Orléans avoît pour elle , 
^ lalla s'enfermer dans les Carmélites. 
Ce Prince en fut au derefpoir. Il 
Tome II L I fie 



î 9 4 Mémoires four fervtr 
f.6^c^, fit des chofes fort extraordinaires^ 
pour l'en faire fortîr : il fe dtclara 
Ennemi de cette Mai Ton Se de ces 
faintes Filles , fi elles ne la mettoieni: 
dehors ; 3c fe fervit , pour les y obli- 
ger 5 de toute la puîiTance qu'un On- 
cle du Roi peut avoir en France. EU 
le en fortit en effet , & fon retour fut 
caufe en partie de beaucoup de chan- 
gcmens dans la Maifon de ce Prince, 
qui étoit une Cour coiTjpofée de beau^ 
coup de Perfonnes de qualité & de 
différentes Cabales. Il fembla que Tln- 
trîgue avoit ea quelque part à la rc^ 
traite de cette Fille j mais je Tignore, 
êc n'en puis parler avec connoîlfance. 
Elle ctoit aimable -, elle avoit les 
yeux beaux , de belles dents , Ôc une 
belle bouche , mais elle étoit fort 
fcrunc ; & fans avoir tontes les gran- 
c'.cs beautez qui félon les règles compo* 
fent la beauté ^ elle pou voit dire Nigra 
fîtmfedformofd. 

Le Roi pour réveiller d'autant 
- |)lus l'amour de fes Peuples envers f^. 
perfonne , voulut aller le jour de S. 
î^ouis à cheval viiiter l'Eglife des 
|efuircs , dans la rue Saine Antoine. 
Il V fut paré de fa bonne mine , dfit 

6 



a /' Hljloirc >? Anne i J miche . i o y 
•fa belle uiilé , Si d'an habic admira- l^-f^. 
•fclcmenr beau. Monliear le Prince, 
.& le Prince de Concî Raccompagné- 
renc en cette dévotion de parade , & 
beaucoup de Seigneurs le fui virent, 
•pour avoir parc à cette Allegrelle pu- 
blique. 

Le Cardinal j dont les ennemis 
publîoient qu'il n'ofcroîc plus fortîi: 
idu Palais Roial fans mourir de peur» 
ce jour même infpiié par la politi- 
que 3 par Ton courage , ou par les af- 
furances qu'il devoit prendre en la joie 
du peuple , lortit dans (on carolfc 
une heure avant le Roi , quafî fcul, 
avec deux ou trois Evêques & Ab- 
bez 3 fans fuite ni fans cortège 5 & 
traverfant toute la Ville , s'en alla le 
premier aux Jefuites attendre le Roû 
il y reçut fa part des benediclions 
publiques ; Si avant que d'entrer 
dans l'Eglife , il demeura quelque 
temps au milieu du peuple, pour être 
I] vu , & pour montrer qu'il ne crai- 
gnoit pas d'en être maltraitté. Le 
Roi étant arrivé dans ce magnifique 
Temple , eut fujet de rendre grâces à 
Dieu , qui avoît prcfervé la France 
des malheurs dont elle avoir para 
I X menacée 



ic; ô Mémoires pour fervîr 

■49. menacée. Le Miniftre en eut aiiflî 
de le remercier de l*avo;r protégée 
contre les Ennemis particuliers , le 
faifanc arriver au terme favorable du 
changement de fa deftinée. Il fem- 
ble que le malheur le plus grand ne 
manque gueres d'être fuivî de quel- 
ques favorables Evénemens. Ceux- 
ci 5 néanmoins , ne durèrent gueres , 
ôi nous verrons ce Minîdre fentir en-- 
core pour quelque tems 3 & bien a-^ 
mérement , combien la, confcrvatioii > 
des Places élevées coûte aux hommes 
qui les polTedent. 

Les Bourdelois continiioîent leurs 
anciennes broiiilleries : ils fe plaî- 
gnoient de leur Gouverneur le Duc 
4d'Epernon ; & malgré la Paix de 
, Paris 5 Us ne laîlTérent pas d'envoyer 
.au Parlement lui demander protec- 
vtîon. Les Provençaux en firent au-, 
tant: ils demandoient jondion avec 
cet iUuftre Corps , & vouloient lui 
perfurder qu'ils fe dévoient lier en- 
semble pour le fccours commun de 
leurs Compagnies. Ces Députations 
ne déplaifbient pas au Parlement de 
paris 5 & beaucoup de ceux de cette * 
Compagnie demandèrent de faire aG. 

fembler 



a VH'fîoîreci'u4nne à' Autriche, 19 7 
femblcr les Ciiambrcs pour en déli-i^^^, 
bcrtr \ mais , le Premier Préfident 
éluda cette Propofitron , difanc qu'il 
ne falloît point parler de cela j que 
c^étoit l'Efprit de DifTention qui con- 
tinuoit encore ; qu'ils ne dévoient 
point ouvrir leurs Pacquers , èc que 
ces Affaires s'acccmoderoîent fans 
qu'ils donnafTent du fecours à leurs 
Confrères qui en demandoient. Oit 
rapporta ces paroles aux Chambres 
des Enquêtes : ils crièrent tous , Ôi 
dirent^ qu'ils vouloient s'alfembler; 
qu'il étoit jufte de leur donner de 
l'aide ; & que leur force confiftoît 
feulement en l'Union de tous les 
Parlemens, Ils continuèrent plufieurs 
jours à demander qu'on ouvrit les 
Paquets , & le bruit fut Ci grande 
qu'enfin le Premier Préfident , ne 
pouvant plus y réfifler , dit qu'il 
ccoit jufte de les voir ,* mais , que c'é- 
toient Lettres de vieille datte ; & 
qu'ainfi il étoit d'Avis d'envoier les 
Gens du Roi chez le Chancelier, 
pour fçavoir de lui avant que de par- 
ler de cette Aflfîiire , ni en faire des 
Remontrances à la Reine , en quel 
è:at clic étoit. Cet Avis fut fuivi de 
I ; tous 



1 9 s /i/lCTry^res pour fervlr 

1^45). tous Comine très-raîlonnable : il fut 
exécuté j & ie Chancelier repondir 
qu'ils avoienf fait fagement d'en ufer 
ainfi; que la chofe étoit accommodée, 
6^ que les Députez de Bourdeaux é- 
toîent contens de ce qu'on leur ac- 
cordoit j ce qui en quelque façon- 
croît véritable. Le Parlement de Pro- 
vence , qui avoît eu fa part de cette 
contagion étoîr auiïî en mêmes ter- 
mes , parce que les plus grands foins 
t^u Mîniftre étoîent de lever les obf- 
tacles qui pouvoient s'oppofer à fon 
repos. On envoîa donc une inter- 
didtîon à Bourdeaux , pour reparer 
par une apparente punition les fau- 
nes qui avoicnt été commifes contre 
le refped: qui étoit dû au Roi j; 
mais , ce fut à condition qu'elle fe- 
roit révoquée huit jours après. Cet- 
te douceur ne fut pas le remède de- 
^ leur mauvaife humeur , & nous ver- 
rons bien-tot cette Ville mutine fervir 
d'azile aux Ennemis du Roi, 

En ce même temps , on reçut Nou- 
velles , que l'Armée du Roi étoit aux 
portes de Bruxelles , qui faifoit un 
grand dégât dans le Pais ennemi y 
qu'elle avoit pris Condé , & un: 

Coiii 



a r fifjffoire d' Anne d' A îi triche, i p 9 
Convoi de bîcJs confiJciable. i(^49< 

L'Empereur , depuis la mort de 
rimperau-ice Sœur de la Reine, avoît 
époufé en fécondes noces la Fille de 
l'Aichiduc dlnfprucA , belle , jeune, 
& digne par fa vcrcu de l'eftime pu- 
blique. La mort lui vint ravîr cette 
Princeffe peu de temps après Ton ma- 
riage ; ce qui lui fut d'autant plus 
fenfible ^ que ce bien avoît encore 
pour lui les grâces de la nouvauté. 

Le Roi d'Angleterre fçut alors que 
quelques Troupes , qui tenoient en- 
core pour lui en Angleterre , avoient 
été défaites ; ce qui l'affligea beau- 
coup : & voiant toutes fes efperan- 
ces prefque détruites il fe refoluc 
d'aller aux lies de Gerfey & de 
Guernefey jdont Milord Germain, at- 
taché au fervice de la Reine fa mè- 
re , étoit Gouverneur. Il voulut al- 
ler en Irlande , voir fila Fortune lui 
ouvriroît quelque voie pour rentrer 
dans Ton Roiaume. Ce Lord lui aiant 
confeillé de ne fe pas hâter d'y allet 
dans le temps de cette déroute , il lui 
repondit: ^/'ï//vï//o/V donc y aller pour 
mourir ; -puis qu'il étoit honteux 
a un Prince comme lut de vivre ail' 
I 4 leurs 



2 oo Jl/fem^î^s f pour prvlr 

leurs. Ce Difcoiirs paroiflbic procé- 
der d'un grand Cœur : les pins grands 
Pîommes de l'Antiquité n'ont pas 
m^'enx parlé ; mais , de jeunes gens 
^zÇi^nt aiféiTient de cette roide vertu 
au relâche lient : ils foufïrent enfuice 
avec indifférence des maux qui d'a- 
bord leur ont paru les. plus infupor- 
tables de la Vie j Se le plai/fr qu'ils 
rencontrent en cette même vie en efl 
caufe. C'eft ce qui arriva à ce Prin- 
ce , qn naturellement aimoît les Da- 
mes . & plusieurs de Tes -années , foie 
en France , foit ailleurs, fe font paf- 
{éç:^ dans une grande oifivete. Elle 
a été gloiieufcraent în-terrompuë par 
ce Prince , quand la Fortune lui a 
donné lieu de mieux faire , & qiund 
il a pu travailler à fon rétabliflTement» 

Le Minière y qui vouloir devenir 
le Maître abtolu àc la Cour , faifotc 
ce qu'il pouvoir pour gagner le Prin- 
ce de Conci ; mais ce Prince , infpiré 
par Madame de Longuevillc ,demeu- 
roic dans le delfein de fe confervcr le 
Chef des Mécontents. Un Prince 
du Sang mal intentionné eft toujours 
à craindre : fon nom efl: d'une grande 
confidéracion parmi les Efprits f;îc- 

tieuv 



à rHlfloire d*Anne dt Autriche, 2 o i 
deux 6c il peut être en tous-tems la i(?4p. 
caufe de beaucoup de maux. La 
Reine par cette même confidération, 
fe contraignit de lui faire bonne mi- 
ne : elle traîttoit de même tous les 
autres i mais , il falloit toute Tapplica- 
tion du Cardinal Mazarin , pour la 
réduire à cette diffimulation. 

Ce Miniftre , malgré le chagrin 
I que Monfieur le Prince avoir mon- 
j tré de la propofition qui s'étoic 
' faite du Mariage du Duc de Mer-< 
' cœur 5 &c de Mademoi Celle de Man- 
cini 5 refolut d'achever cette Affai- 
re , & de fe donner par Tes Nîecesi 
des Alliances confidérables. Son def- 
fcin n'étoit pas de fâcher les Princes 
du Sang. Au contraire , il defiroir 
ardemment de confcrver leur Ami- 
tié ; mais 5 il vouloit fub^irer par lui 
mcme , & n'avoir plus befoin de Pro- 
rccleur. Il envoia donc le Teilier à 
Monfieur le Prince , pour lui dire 
qu'enfin il fouhaittoit d'achever ce 
Mariage , qu'il ne pouvoir pas refufcr 
un Prince de cette qualité qui defiroîc 
erre fon Parent, ni manquer de re- 
connoître cette obligation en accsp- 
I 5 tanr 



202 Mèmsnes pmr fervîr 

^A,j^ une fes offres. Il lui manda auffi que 
* ceux qii! étoient de Tes Amis , & qui: 
connoilîbienc le Duc de Beauforc, 
l'avoicnt affLiré que cécoit^ le plus 
rude, coup quil pût recevoir , P^i*- 
ce que c'étoic. témoigner de ne le 
pasfûucier de lui;, que de f^^'^*^ <j^ 
mariage en dépit, de lui , & quille 
fuplioit d'y confentîr , ôc de croire 
que cela ne le détacheroit nullement, 
de fes intérêts. Le Tellier m'a^ con- 
té que Mr le Prince répondit^ en, 
riant , & en fe mocquant du Minif- 
tre, H^, Monfmr , h voilà donc mort^ 
£€ grand Prince , tjue Mo^fieur le Car^ 
dînd craint d^me fi hr^nge manière.. 
En vérité , le voilà bim vange ! Et: 
âpres un grand éclat de rire ^ il repric: 
auiE tôt le parti de la civilité , 6c lui, 
dit que la Reine écoit la. Maîtreffe;, 
qu'elle pouvoit faire ce quil lui plai-*- 
roit , & Mr, le Cardinal auflî ; & 
qu'aiant déjà donné Ton confentemenE^ 
dès Compiegne, il ne vouloit pas s'en- 
dédire. Ce l^rince alors reprit cette: 
petite froideur qui avoit. déjà paru» 
dans fa manière d'agir avant fon vo« 
yage de Bourgogne : & fes Créature» 
alléxenc publiant par le moiide , que: 

Mr,. 



a i* Hlflûîrè â* Ame â* Autriche, 205 
Kir. le Prince avoir fiijet de fe plain- i^^p^ 
dre qu'on mcpnToit Ton Amitié & 
qu'on poiîiToic bien sqw repentir. Il 
montra aulîî dans quelques occa/ious 
qu'il avoir du reffenciment de cette 
Alliance : car aiant toujours paru 
allez fournis à la PuifTance de la Rei- 
ne y il commença d'avoir de l'aigreur 
pour toutes chofes ; & l'on remar- 
<iua , que dans le Confeil , il n'avoir 
plus de complaifance pour les Avis 
du Miuiftre. Il s'emporta un jour 
contre le Maréchal de Villeroî , qui 
vouloir empêcher quelques propo-- 
/irions avantageufes qui fe faifoielir 
en faveur àc$ Bourdelois ; parce 
quil jageaque cet habile Courtifaa 
ne leur croit pas contraire fans mv 
ordre p-irticulier : & comme il con>- 
mençoic à fe dégoûter du Parti 
Roial , il croit bien aife d'obliger* 
ces Peuples mutins. Ce dégoût qu'il 
eut poi.r le Minière , le lia d'autant 
plus a Madame de Longueville, qu il 
s'cio'gnoit moins de fes fenrimens^ & 
elle fut ravie de le voir mécontent &s 
plaintif. Sans elle , le Miniftrc au- 
roit pu le guérir facilement par les 
foins qu'il prit de fe juftifier à lui 
I 6 fur 



lèic,. 



204 Mémoires pour fervtr 

fur fon chagrin;, maïs y comme elle- 
travailloix à l'augmenter , elle fuc 
cauie que ce Prince demeura quelque 
tems dans un écat indécis ,. ne fça»- 
chanc 3 ni ce qu'il hai(îbic , ni ce qu'il 
almoîc, Il fembloit au Minière qu'il 
revenoic quelque fois à lui , il recher- 
choic enfui ce fon Frère le Prince ds 
Conti 3 il avoir des Conférences avec 
les plus dangereux Efprics , il penfoic 
ai tout y il écoutoit tour , & ne vou.- 
loît rien. J'ai oiii dire à une Perfon- 
jie qui cou choit auprès de lui en 
qualité de premier Gentil- homme de 
fï. Chambre y qu'il éroit alors dans 
dfs, îiiqaiétudes extrêmes, chagrin ^ 
&. mal farîsfaic déroutes cliofes , par- 
ce que dans toutes il trouvoit du de-» 
faut & du mal. Le Minîftre efperoît „ 
vu la conduire qu'il avoit eue par \& 
paffé: y qu'il ne quitteroit que difïî* 
ciîement le Parti de la Reine. Ma* 
dame de Longueville, Qc les autres ^ 
par cç petit changement qui ctoit er» 
lui y cioioienr de'jà le tenir engagé, 
dans leurs delfeins : & l'aiant pour 
Chefs- n'erpcroîent rien moins que 
de chaffer le Minière , pour fe faire- 
Iksj Maîtres de la Cour., ^ des gra^ 

ceâ» 



krHtftolre d'Anne d'Autriche, icj 
ces j ou bien , diminuant encore le i6^.çy 
pouvoir du Cardinal , le mettre en 
état qu'il n'auroit été qu'un Miniftre 
en peinture. Pour parvenir à leurs 
anciens ôc nouveaux delfeins , ils tra- 
vailloient de tout leur pouvoir à ra- 
nimer la malignité du Parlement ^ 
afin de faire naître de nouveaux em- 
barras à la Reine ;,. ôc de nouvelles 
peines au Cardinal. 

Le Parlement , aiant cnûn fait quel- Le t. 
que bruit fur les Requêtes que leur Septen;^' 
faifoient les Bourdelois , la Reine le ^^'^* 
manda en Corps. La Chancelier leur 
montra le tort qu'ils avoîent de pro^ 
pofer l'Alfcmblce des Chambres vu 
que cela ctoit formellement contre 
ce qui avoît été arrêté par la Décla* 
don dernière. Il leur dit , que com- 
me la Reine n'avoic pas intention de 
manquer de parolle , fur tout ce qu'el- 
le leur avoît promis , qu'anfîi clic ^ 
demandoit de leur part la même fi- 
délité ; que le prétexte qu'ils pre— 
noient n'avoit plus de fondement ; que 
l'Affaire de Provence étoit accomo- 
dée 5 la Paix qu'on leur avoit en- 
v-oiée aîant été acceptée publiquement,, 
& qi-i'il école à crpiic que celle de, 

Bour-- 



ro ^ A^'émolres pour fervîr 
X^4^, Bourdeaux fe Fcroic de même , vu 
qu^on leur avoir envoie par leurs Dé- 
putez des condirions douces & raifon- 
nables. Il leur die ^ qu'ils dévoient- 
penicr aux moiens de la donner à^ 
tout le Roiaume y ôc qu'ils dévoient 
craindre 3 que quand ils auroient les 
meilleures intentions du monde , per- 
mettant aux Chambres de s'aflcmbler , 
ce ne fut donner un moien à ceux qui- 
n'étoient pas fages de troubler encore 
le Repos de l'Etar par les Mutineries- 
êc Faâions ordinaires. 

La Reine 5 & le Duc d'Orléans, 
leur dirent fuccinteiTient la même" 
ohofè 5 les exhortant à bien faire pour 
le bien 6c l'avantage du Roi , ôc de Tes- 
fujets. 

Le Premier Préfidènt , ^^*^ danj 
ces occahons paroilToic tOLijours dans^ 
les fentimens de la Compagnie , ré-- 
pondit qu'ils ctoient obligez au fe- 
oours de leurs Confrères ; que leurs 
detîcîns ne dévoient pas déplaire a fa 
Ma je fié ; qu'ils n'avoient point d'in- 
tention de marquer à ce qu'ils dé- 
voient au Roi ; que déjà s'ils vou- 
loient ils auroient eu fujer de fe plain- 
dre , de ce qu'on leur avoit manqué 



à rHiflolre d'Anne d'Autriche, 207 
en certains points de la Dcclarauion , lC^^^ 
mais qu'ils ne le vouloient pis faire ; 
isil'afsùra en général qu'ils étoicnc bons- 
Serviteurs du Roi , <S^ e|u'ils le témoi- 
gneroient toujours en toutes occafions». 

Cette Compagnie aiant honte de 
deiobéir (itôt à la Reine , malgrs.- 
les Cabales des Particuliers , & leurs 
Fadions couvertes , ils réfolurent d©- 
n'ouvrir les Lettres de Bourdeaux, qne 
dans la Grand' Chambre^tSc ils députè- 
rent quelques uns pour y faire réponic. 

Ce jour 5 cinquième de Septembre ,, 
que le Roi accomplilToît onze ans y, 
pour marque de la joie que la Ville 
de Paris avoit eue de le revoir, elle 
voulut lui donner le Bal à l'Hôtel 
de Ville , & une magnifique Colla- 
tion. Toute la Cour , par l'ordre 
de la Reine , s'y trouva , & les Da»- 
mes y furent parées autant à leur a-- 
vantage qu'il leur fut poffible. On 
y danla de jour , exprès pour éviter 
la crainte que' le Roi pouvoir a voie; 
avec àQS Sujets (î nouvellement repen» 
tis. *La nuit auroîc été plus favora- 
ble que la clarté , s'il avoit été poffi- 
ble que cette Fête eût été le prétexte 
de quelque fmilire: àf^Sdn 3 mais 

comme- 



2 o 8 Ji^emolres pour fervir 

.11^4^, comme cette pcnfée n'etoît fondée 
que fur une prévoyance que la Saget 
fe avoir infpirée à la. Reine , fans au-^ 
cun fondement elfentiel , elle nous 
dit , pour cacher fa crainte , qu'elle 
avoit fait cette malice exprés pour in- 
commoder les Dames fardées , donc 
quelques unfs qui avoient étc fron- 
deufcs ne lui plaifoienr pas. Mada- 
me de Longueville , que le dg(pit de 
voir le Roi & la Reine dans Paris 
malgré elle , retenoit à Chantillî 
fous prétexte d'y boire à^s Eaux,, 
voulut fe fervir de cette occafiou 
pour y revenir de bonne grâce. Elle 
avoit régné dans THotel de Ville 
pendant le Siège de cette grande Ville, 
elle y avoit comm.andé , & fans 
doute que ce fut pour elle une cho- 
fe defagréable d*y voir fi Puilfance 
effacée , par une plus grande que la- 
fîenne. Elle dclira , pour guérir ce 
dégoût 5 que la Reine l'envoiàt con- 
vier au Bal. Elle l'en fit prier pat 
Madame la Princcde , & lui en fît" 
parler par fes Amies ; mais la Reine, 
qui n'avolt nul cnvicf de la traitter Ç\. 
bien , répondît froidement à Mada- 
me la PrincelTe , qif elle ciraignoic de 

liincom*- 



k l'Hlilntre à' Anne à^ Autriche, ioc^ 
rincommo.^er; Il faillie tx\^\^ que 1^45?^: 
MonfievJi- le Prince s'en mêlât . ce 
qu'il fie de concert avec Madame la 
Princclfe fa Mère , afin qu'il pu ut au 
public que cette Prîn celle , malgré les 
Divi lions paiTées , ctoit recherchée 
de la Reine. 

La Reine , céJant à cette dernferc 
atr.ique me fie Phonneur de m'en iiir- 
Icr avec chagrin , & me dit qu'elle 
s'éronnoit que cette gloricufe Mi-ia- 
me de Longucvîlle , eut fait raac 
d'efforts pour obtenir fi peu de chofcv 
Je conclus avec elle , que cette mê- 
ime gloire avoit fins doute convie 
Mi-laaie de Lono^neville à cette hu- 
milice , & qu'elle avoit voulu que fes 
carefifes fiifent voir qu'en tous Partis 
^elle étoit confidérée. 
, Ce Régal Roial fut donné & re- 
;|çû avec une pleine fatisfadion , tant 
du côté du Roi , de la Reine , & de 
toute la Cour , que du côté des Bour- 
geois. Le jour fut beau &: frais ^ 5i 
les Dames n'eurent point trop chaud 
3arce que les Fenêtres demeurèrent 
oûjours ouvertes pour les rafraîchir. 
Le Roi 5 félon fa coutume , mena 
ianfcr Madcaioifelic. , k Prince de 

Condé 



210 JHemofref pntrpyvir 

'S^;j.o, Condé, Mademoifeile de Ch^vreiife^;- 
Madame de Longueviîle far menée 
par le D ic de Ronan , & le Duc de* 
Mercœar fe déclarant de v )nloir é- 
pOLifer Madcinoifelle de Mancini faç 
celui qui danfa avec elle. Cette jour- 
née finir par une magnifique Colla- 
tion ; ^ fur le foîr il y eût un Feu 
d'Artifice qui fur beau. La Re'ne en- 
fuite ranmiena le Roi au Palais Roîalj 
qu'il étoir encore de bonne heure. 

Pendant que la Cour paroit en bon 
état y le Parlement fronde toiîjouis 
un peu 3 & n'en laiiTe pas pa(îcr une 
feule occafion. Le Ma'iage , qui de- 
plait à Monlieur le Prince , s'avance ,. 
les Articles fe drefî^jnt : on proiiec 
l'Amirauté au Duc de Vendôme , & 
la fuivivance à fon Fils , pour dot de 
deux cens mil Ecus , & le prémici 
Gouvernement qui vacquera. Mr 
Prince ne dît plus mot là delTiis ; 
mais 5 il relTemble au Parlement : il 
gronde fur d'autres Sujets. Le Duc 
■ de Bouillon , & le Vicomte de Tu- 
renne , pourfuivent leur rembourfe- 
ment de Sedan: on leur avoîc fait ef- 
pérer l'Auvergne , Chateau-Thierî 
^ plufieur^ autres Villes ; ce qu'ils 

n'ayoicnC 



à l'H'ifiolre d'Anne d'Autriche, % i r 
n'avoienr point encore. Monfieiii le i64^> 
Prince les procege hautement ; & 
parlant de leur Affaire au Chance- 
lier , il s'emporta & jura contre lui , 
difant d'un ton de grande colère 5 
que Mr^ le Cardinal lai avoît pro- 
mis de les fatisfaîrê , & qu'il Falloir 
qu'il le fit. Le Duc de Longue- 
ville 5 qui vouloit profiter des Intri- 
gués de M idamc fa Femme , fe dé- 
clara vouloir qu'on lui donnât le Pont 
de l'Arche , fîtué fur la Rivière de 
Seine à quatre lieues de Roiien. Le 
Prince de Condé en fait fon Afïaire , 
il en parle au Miniftre , <Sc dit au 
Duc de Longueville , que c'efi: une 
AfFiiire faite , & que le Cardinal ne 
lui avoît demandé que huit jours pour 
y faire refoudre la Reine. 

D'autre côté , on prede le Cardi» 
nal de raccomoder l'Affaire des Capi- 
taines des Gardes , qui depuis leur 
Defordre & leur Exil étoic demeu- 
rée fans remède. Il répond à leurs 
Amis , qu'il en parle fouvent à la 
Reine , mais qu'il n'a pu gagner fur 
fon efprit de leur pardonner. La 
Reine , fouvent d'accord avec fou 
Miniflrc pour fe faire plus terrible 

qu'elle. 



111 Aïe moires pour fervlr 

qu'elle ne Pétoir , mais à quî par fou 
propre moiivem »ît V hŒ\ou des Ca- 
pitaines des Gardes avoir déplu, pro- 
tefte publiquement qu'ils ne fervî- 
ront jamais tant qiiVle aura du pou- 
voir en France. Le Ca-Jn.;! M^za- 
fin 3 qui ne cralgnoit pas en ce ren- 
contre de diminuer iVclat de fa fa- 
veur , envoie le Tcllier à la Reinc^ 
pour lui en parler de fa part , afin 
qu'il puîffe fervîr de témoin que c'eft 
elle 5 & non pas lui ^ qui ne veut pas 
leur retour. 

La Reine ne manque pas de ré- 
pondre à le Tfllier , qu'elle efl; r^foluë 
de ne fe point reUcher ; qu'en d au* ' 
très occa(]ons , elle prendroit le Con- 
feil de Mr. le Cardinal , comme plu^ 
capable qu'elle fur toutes les Affaires 
de grande importance ; mais , qu'en 
cela 5 elle croit en pouvoir juger elle 
feule , puis qu'il s'agit de la Maifon 
du Roi , dont elle fçait mieux que 
perfonne l'ordre Se la coutume ; que 
ce font des Officiers qui doivent 
obéir pondtuellement aux ordres du 
Roi ; qu'ils avoicnt témoigné trop 
peu de Rerpe6i: pour clic , pour leur 
pouvoir piu donner II facilement. Le 

Tcllier 



n V H' flaire à' Ayine d'Aumehe. ii^ 
Tellicr , foie qu'il eût aperçu que la 1^407 
KeiiK avolc p-iit à cc rcFus , ioic qu'il 
fût lui mèiiie trompe par le Cardi- 
nal , ou qu'il aidac a jouer la Comé- 
die , protciloic a tous les Amis de 
ces malheureux , que le Miniftre n'é- 
toit point caufe de ce délai 5 ^ qu'il 
ai'avo.c pu JLin.|ucs alors obtenir leur 
grâce de la Reine. 

\Jr\ joor le Tcllier , fur l'Affaire 
des Capitaine^ des Gardes , me parue 
Veiicablement perfuadé , que l'obila- 
cle de leur retablillemcnt venoit de la 
Reine ; 6c pailanc de la foumiffion 
d'efpric qu il fembloît que la Reine 
avoit pour les Confeils du Cardinal 
Mazarin , qui écoit condamné de 
beaucoup de gens , il me dit , qu'el- 
le n'étoit pas toujours (î grande qu'on 
fc l'imaginoit \ qu'elle avoit beau- 
coup de lumières , & qu'elle connoiC- 
foic clairement que la conduite de fou 
Minirtre ctoit niauvaife en de certai- 
nes chofes j qu'elle voîoit bien qu'il 
faifoit trop languir après les grâces j 
que cela étoit caufe qu'il lui reftoic 
peu d'Amis de ceux mêmes qui les 
recevoient , & lui rendoit Ennemis 
tous ceux qui s'cngageoienc à y pré- 
tendre 



i î4 Mémoires four fervlr 
tendre par fes demi promeflTes , Bc fe^ 
iongueurs ; que ceCrc MîéthGds lui 
faifoit perdre beaucoup de créatures; 
qu'il ne fçavoit fe déterminer fur 
rien ; qu'il ne fe précautionoît pas at 
fez contre la haine de fes Ennemis , 
& de même n'aimoit pas alPez fes A- 
mis. Il m'aOTura de plus , que fou- 
vent elle lui avoit commandé d'a- 
vertir le Cardinal de toutes ces fau- 
tes 5 afin qu'il s'en corrigeât , & que 
par fon changement il pCic appaifer 
le murmure de ceux , qui avec quel- 
que rai fon fe plaignoient de lui. Mais , 
quoi qu'elle n'approuvât pas toute la 
conduite de fon Miniftre , elle ne 
faifoit jamais de plaintes contre lui , 
que celles qui pouvoîent lui acquérir 
l'Amité pubh'que , celles qui étoîent 
fondées fur fa trop grande Douceur ,, 
i5c fur ce qu'il pardonnoit trop aîfé- 
ment. Elle fe croioit obligée à le 
foutenîr : Elle craignoir de s'afFoiblîr 
elle même en raffoiblilfant. Il me 
femble encore à propos de rapporter 
fur ce même fujet une converfatîon 
que le Commandeur de Tars & moi 
^umes avec elle vers ces mêmes 
ccms 3 qui s'accorde avec ce que le 



à fHffloIre ^Jme â* Autriche, i r f 
Tellier m'avoir dîr. Cetce i^rinceife .r.^. 
nous parlant un forr des Affaires pu- "^^^ 
1 Cliques , elle vint fur les particuliè- 
res , Ôc en détail fur ie-s perfonnes . 
& nous dk , frôlez, vous , on fe trompe 
fort .cjuand on croit que la Confidéra* 
:tion cjne nous avons pour ceux en qui 
nous nous contons , aye le pouvoir as 
nous cacher Uws défauts. Je les con* 
■ mis fort clairement m eux : mats , com- 
^^meperfonne nen esî éxemt , je les ex^ 
\€Hfe. fcn f;ds fachee , & ne les aime 
: fas moins quand je trouve en eux les 
principales ci'iofes . dont la fidélité & la 
feureté font les premières, Je me fatis^ 
fais de celle là , cr foujfre le reHe. fai 
même cefeniiment en leurs faveurs , que 
se naime pas k publier leurs deffauts ^ 
ni a me plairid?edes fautes qu'ils font 
avec une bonne intention , & par leur 
.^t^rnetar ^naturelle y dont ils ne font pas 
les AJMtres. Je ne fuis pas perfuadéc 
que cette Piincellc , fi équitable dans 
les fenrimens^ ait connu alors tout ce 
qui éfoit blâmable dans Tame du 
Cardinal Mazarîn. Je croiois qu'el- 
le avoitfouventàfon égard des mo- 
niens d'un grand difcerncmenr , ÔC 
qu'elle n'approuvoic pas toujours 

fa 



2 ï /î Mémoires pour ferw 
f ^^p.faconduitte ni ronces les adîons. El- 
le avoit de même la bonté de Ls ex- 
cufer , comprenant bien que nul 
homme n'eH: pai-fait i mais , Tes Ré- 
flexions 5 & (es lumières éroîenr un 
peu obfcurcies j parce qu'il [ravaîlloîc 
avec foin à coniervcr Ton ell:ime , & 
que l'iniquité vi/ible qui le perfecu- 
toit lui fai foie voir ce Vîiniilre coni^ 
me la Vidrime des malheurs qui fui- 
vent d'ordinaire les Klinoritez àcs 
Rois. Elle croioit dans ce tems - là 
qu'il portoit iniuftcment fur lui la 
haine que les envieux de fa faveur a- 
vûîent conçue contre fa place ^ plutôt 
que contre fes défauts ; & la pitié , 
de même que la raifon & la juftice , 
avoient beaucoup de parc à fa conf- 
tance. On peut dire de plus , & avec 
vérité 5 pour faire connoître les fcn- 
tîmens de la Reine fur cet article , 
qu'elle n'étoît pas touta-faîc aveu- 
gle dans la confiance qu'elle avoit en 
lui 3 bc les remarques que j'en ai fai- 
tes ailleurs le peuvent prouver. Ceux , 
qui voioient le Miniftre , m'ont dit 
que la fermeté de la Reine , dont il 
reçevoit toute fa puilfance , & toute 
£i Gloire , lui déplaifoic quelquefois ,. 

autant 



a r f-ffroirê X Ame à' Autriche . ix-; 
«ntaiit qu'elle lui écoîc nccc(Tàire & 1^40. 
avuitag^a(e \ qu'il s'en piaignoic a 
eux , Icui dilanr qu'elle i'embaria(îoic 
dans les ciîofes qircl.'c reçirdok cotn- 
lîie ccaRC utiles au lervice de Dieu , à 
ri^iitoi'ité Roiale 5 & au Bien public 
ou paiticuilcT ; qu'il craîgiîoic l'op- 
polîcioa qu'eii,e lui falloit en ces ren- 
coïKies, &: que la Reine s'amufoît a ce 
que les Devors lui difoieni ; qu'elle 
éroir op'!n àtre ; &: qu'il avoir de l'in- 
quiétude 5 toutes les ù)is qu'il falloir 
choquer (on opinion fuc les Affaues 
qui touchoicnt fon Qrur , par rapjrt 
à fa Confcience : & aux Intérêts du 
Roi. Ses plaintes avoieiit coumieu- 
cée:> avec fa faveur ,& eîles s'étoienC 
augmentées à mefiire que la Reine de- 
venoit moins parenTeufe , & plus fen- 
fible au bien de i'Erar , &; à ce que fa 
v^nw l'obligeoit de faire. 

Le Prince de Condé commençok 
alors à donner la gène au Cardinal 
|Vlizarîn , pour avoir le Pont-de i'Ar- 
:he , & déjà le Miiiirtre avoir mis cet- 
e Aiïliire au rang des chofes que la 
^<cine ne vouloir pas. Il eft aifé de 
juger par les fentimens de cette Prin- 
xlfe , qu'elle n écoit par capable êiZ 
Tome II L K conter 



i ï 8 Mémoires pour fervlr 
164^, goutei* Cette propofition ,* maïs il liîî 
eut été avantageux , à elle &c à fou 
Miniflre , que Mr. le Prince eut pu 
croire cette difficulté aulîi véritable 
qu'elle Tétoît en effet , & qu'il eue 
pu s'imaginer être refufé plutôt par 
elle , que par lui ; car , comme toute 
la Cour , ôc le Prince de Condé en 
particulier , étoît trop perfuaclé de fon 
crédit , les excufes de cette nature ne 
lui fer voient de rien. Pendant le Siè- 
ge de Paris , le Duc de Longueville 
demanda cette Place : le Miniftre qui 
promettoit aifément , pourvu qu'il put 
avoir quelque tcms à délibérer lur 
Péxécution , avoît répondu à Mt. l^ 
Prince qui lui en parla fur quelques 
Propoiitions d'Accomodement qui fe 
firent alors , que cette grâce fe pour- 
voit facilement accorder. Depuis cet- 
te efpece de confentement Mr. le 
prînce^mal content de lui , & raccom- 
modé avec fa Famillejravoit prefle 5 ^ 
en avoir tiré des paroles plus pofiti- 
vcs. Il en vouloît la conclufîon , ôc 
le Cardinal ne le fatisfaifoît point , par 
Î^Ê îo lui dire que la Reine y réfiftoit. 
5ep- Voilà donc Mr. le Prince animé par 

^ Il 



à J^Hiflolre ^ Anne d'Autriche. 1 1 9 
ïl parle en Mnîrre , ^ montre au Car- i^ .p- 
dinal Mazirin de l'audace , ^ du dé- 
pit. Le Miniitrc , fm- les Plaintes de 
ce Prince , lui répond potii' la deiifen- 
fe , que cerre l-jace écoit d'mie teU 
le conféqnence , qu'elle rendoit le 
Dv- de Longui-viUe le Maicre ab- 
folu de la Normandie ; & c,ue lui , qui 
avoir Phonncur d'être premier Mînit 
tre 5 & en qui le Roi (î^c la Reine 
avoîent remis Je foin de fourenir les 
intérêts de PEtat , il étoît obligé de le 
delfendre. Comme fur les înllances 
de Mr. le Prince le Minîftre eut fou^ 
vent répondu de pareilles raifons , Mr, 
le Piince , ne pouvant pins fouffrlr 
qu'il Ôfât lui parler de la Force qu'il 
devoir avoir à defFendre l'Etat , lui,qui 
l'avoic vu fi foîble , & qui croioit l'a- 
voir foutenu par fa Protedion , en fie 
des railleries : & fe mocquant de fa 
vaillance en cette occafion , ou dans 
quelque autre femblable , il lui dît un 
jour en le quittant Adieu Aiu- s -^ ^ 
le traittant de ridicule , il alla fe van- 
ter dans fa Famille de cette parole, 
comme fi elle eut été digne de l'ini^ 
mortali^er. Le Minîftre fentîc cet ou- 
trage : toute la Cour fe troubla fuu 
K i cette 



2 20 Mémoires pmr fervtr 
1(^49, cette querelle , &: chacun forma des 
defleins fur le mécontcnremcnc du 
Prince de Condé. Les Frondeurs fe 
réveillent^quî n'étoient pas fort endor- 
mis j le Parlement fait du bruit j ^ 
toute la Cour par cette brouiilerie Te 
trouva partialifée. L'inquiétude fut 
grande parmi les faux Amis du Mi- 
siîdrc : les bien faits qu'ils tenoient de 
lui les obligeoient par honneur à de- 
meurer dans fes intérêts : ils étoien: 
^u defefpoir de ne les pouvoir quit- 
ter , & commençoient à méditer par 
quelles voies ils s'en déferoienr. Ils 
s'imaginèrent , qu^'aiant déjà la haine 
de tout le Roiaumc il ne pourroit fub- 
fifter s'il perdoit T Amitié de Mr. le 
Prince, ^ que c'ecoit mauvais ligne 
pour lui de ce que ïe Sang Roial l'ab- 
î>andonnoîc. La Reine , fuîvanc fon 
jnclinanon naturelle , qui alloit à la 
..fermeté, auffi vigilante, auffi forte, 
^' auffi confiante fur elle même qu'à 
fim ordinaire, dit tout haut , Ocelle ne 
^oKKcra point le Tont^de'l'u4rche au 
Duc de léfnguevllle ; que cela étoît tout' 
fi fcùt contre Us Aîaxlmes de ÏEtAt j & 
m* élit ne fe fonde pas de totit ce qui 
^n peut arriver , pourvu qHellef'.ffefon 
ievQks» Cette 



k rHijlnîre d' Anne d' Autriche, i i t 
Cette RcTolurion etoit louable , i!?^ 1(^45;, 
le Minière faifoit Ton devoir , de re- 
fufcr cette Place au Prince de Conde^ 
en fe fervant des raifons de la Reine 
pour éviter de lui fliire ce préfent; 
mais , il ne voioit pas qu'il éroit dans 
une trop grande foiblcffe pour ôfer 
foutenir la colère d'un Prince du Sang 
dans une Régence , qui naturellement 
diminue la Puiiîance Roiale , & aug- 
mente celle des Princes. Nous le ver- 
rons donc en cecî^comme en beaucoup 
d'autres occafions , contraint de cé- 
der à leur Autorité , & confeiller à 
la Reine malgi'é elle , & mal<^ré 
lui 5 de fe laîiîer vaincre. Nous ver- 
rons auiïî bien tôt aprcs^ qu'il eft dan- 
gereux aux Princes du Sang , d'offen- 
fer leurs Rois qui font quelquefois 
obligés de faire de grands coups , pour 
imaintenîr leur Autorité j & à leurs 
Miniftresjde promettre légèrement des 
igraces de grande importancc.a des Per- 
Ifonnes d'une qualité à fe faire tenir ce 
iqu'on leur promet. Pendant deux ou 
jtrois jours , la Reine , Mr. le Prince, 
j& le Miniftre,fe regardoient avec alfez 
jd'embarras. Un jour néanmoins , lui 
'&fe Miniftre parlèrent au Confcil af- 



2 i i Mémoires pour fervlr 
1645? ^^z long-tems enfemble ; maïs , ce ne 
fiitenr que des difcours indifFérens^ 
QiianJ la Reine ctoit contrainte par 
bienfcance de lui répondre y elle le 
faifoît civilement ÔC fans entrer en ma- 
tière ; mais, elle évitoit le plus qu'il lui 
éioh pofïible de fe laifler entamer fur 
cette AfFaîre. 
t<- T4. Enfin le Tcllîer alla trouver Mr. le 
Scptttjiî- Prince de la part du Cardinal. Il lui 
^i^' dit qu'il avoic encore parlé à la Reine 
de ^a prétention , & que Sa Majefté, 
connoîlîant de quelle importance étoit 
celte Place, ne pouvoit confentir qu'el- 
le demeurât au pouvoir du Duc de 
]LongucviHe , parce qu'elle craignoi? 
qu'un jour le Roi fon Fils ne lui ei: 
fit rcprochcjqu'aînfi il étoit contraint de 
lui dire 5 qu'il n'avoit pià gagner cek 
lùr fon Efprît : qu'il le fuplioit de vou- 
loît coniiJérer fcs raîfons > ôc ne pas 
trouver mauvais s'il ne pouvoit le fer- 
vlr en cette occafion. 

Mr. le Prince répondît à cet Am- 
balTadeur , qu'il le priait d'aller trou- 
ver Mr. le Cardinal , pour lui dire^ 
qu'il ne veut plus être fon Ami j qu'il 
fe tient offenfé de ce qu il manque de 
parole , &: qu'il n'eft pas réfolu de le 

fouflii; 



à ifJ'Iîoire d'Anne d' Autriche, iz 5 
foufFrii- ; qu'il ne le verra jamais que iC^i^f}, 
dans le Confeil \ de qu'au lieu de la 
Protedion qu'il lui avoic donnée inC- 
ques alors , il Ce déclaroir (on Enne- 
mi capital. Sur cette Réponfe , le Car- 
dinal manda à Mr. le Prince , que cela 
étoit bien étrange , qu'il fe laiiîât gou- 
verner par Madame fa Sœur , ôc par le 
Prince de Conti fon Frere^après ce que 
lui même lui avoit dit de l'un 6c de l'au- 
tre -y ôc que pour lui , il feroit toujours 
fon Serviteur. Cette harangue déplut à 
Mr. le Prince : il ne voulut pas qu'on 
pût croire de lui qu'il fe laiOât gou- 
; verner -, mais elle fut agréable à Ma* 
I dame de Longueville : ce fut une mar** 
j que certaine &c publique du pouvoir 
i qu'elle commençoit d'avoir fur Mr. le • 
Prince. 

. Voilà toute la Cour à ce' bruit qui 
court chez Mr. le Prince. Les Fron- 
deurs furent ravis de le voir leui* 
Chef 5 ôc d'éfpérer qu'ils pourroîent 
un jour combattre fous fes Enfeignes r 
ils ne doutoient pas qu'ils ne pûflTent 
avec lui renverfer la France à leur gré;. 
& cette illufion leur étoît agréable. 
Quelques uns même de ceux qui 
avoient les premières Charges de la 
K 4 Maifoii 



2 2 4 2i^emoires pour fervir 

J640, Maifon du Roi , Officiers de la Con- 
ronne , le fiircnt voir ; Ôc le périt nom- 
bre de fid elles en apparence qui n'y 
alla pas ne l'en a*a?oir pas moins. Lc3 
perfbnnes attachées au Duc d'OrUans 
Juivirent l'exemple des autres ,& di- 
jfoienr pour leur excufe que Mr. le 
Pnncc étoît l'arent de leur Maître. 
Ceux , qu' étofent attachés au Roi & 
à la Reine . alléguoîenr pour leur juf- 
tificatîon , que le Roi Ôc elle étoient 
jieurres ; que cette querelle étoît par- 
ticulière entre le ! rince de Condé , ôc 
le Miniftre j qu'ils étoient bons-Ser- 
vîteurs de Leurs Majeftez j que fi Mr. 
le l rince faifoit un Parti ils Pabban- 
donneroicnt auffi-tôt j mais que les 
chofes demeurant dans les termes oit 
elles étoient , ils ne pouvoient pas 
iTianquer d'offrir leurs fervîces à un 
Premier Prince du Sang. Leur pro- 
cédé néanmoins étoit blâmable : cette 
querelle étoit celle du Roi ôc de 
la Reine ; le Droit ^ Ôc \z Raifon, 
ctoient du côté de la Régente ôc de 
{on Miniftre. Il y eut donc peu de 
Sages , qui demeurèrent attachés à leur 
Devoir ; ôc ceux que l'honneur ôc la 
probité ten oient dans cet état violent 

parloic!^; 



a d'Hlflolred*^nne d'Autriche, ii^ 

parloicnr peu , balançoîent entre les ^ ^.n 
deux y 6c demeuroient ambigus fans fe 
déclarer ni pour ni contre. 

Du nombre de ceux qui fe dirent 
du Parti ôc des Amis du Miniftre, 
deux eurent à fe juflifier à lui d'a- 
voir vifité Mr. le Prince. Leur excu- 
fe fut qu'ils Pavoient vu fans lui 
parler , ni faire offre de leur Service. 
Ces deux furent le Duc de Candalle, 6c 
Gerfé.Le dernier étant chez Mr.lePrîn- 
ce 5 pour réparer les Vifires qu'il lui 
faifoit^, en parlant du Minière, die 
qn1l étoît bien fier , 6c qu'il témoin 
gnoit par fon indifférence , qu'il ne 
craignoit rien. Le Cardinal , en effet, 
faifoic la meilleure mine du monde; 
& quand quelqu'un lui faifoit des 
complimens fur cette Aïfahe, Il répon- 
doit froidement qu'il n'avoit point 
d'Ennemi; qu'il fouliairoit fervîr Mr.' 
le Prince ; qu'il étoit fâché de fon mé- 
contentement ; que la Reine étoît ccU 
|lequine vouloir pas lui accorder ce ' 
iqu'il dcmandoiti& qu'on lui faifoic 
jplaifir de ne lui point faire d'offres fur 
'ce fujet. Il difoit de plus , qu'il ne von- 
loit point fe déclarer contre Mr. le 
Piince.à qui il avoir de l'obligation, & 
K j qu'alant 



ti6 Mémoires potfrfervir^ 

i é49. q^ï'aî^"^ po^^^ procedeurs le Roi; ^. la 
Reine il ne craignoit rien.. 

Beaucoup de fages ambigus ttavail- 
loient à la Paix , ôc particulièrement 
le Duc de Rohan , qui étoit. obligé- 
au Prince de Condé , & au, Miniftre^ 
tout endmble , & qui voulant fe con- 
fervcr avec tous les deux fouhaitoit, 
^e les voir accomodez ; mais, il fal- 
loit pour y parvenir une plus grande 
voiç y c^cft à dire que rintérêt ,, le 
M^tre de la Cour , s'en mêlât. Le 
Duc d'Orléans pour plaire à la Reine ,. 
qui ne. pouvoit plus diffimuler , de 
qui. avoitde la peine à ne pas'éclatcr 
contre Mr. le Prince , y contribua, 
beaucoup* En voici les motifs. L'Ab- 
hé àc la Rivière , pour obliger le Car- 
dinal ^^foutenir fa Nomination à Ro- 
me , 6c pour le Bien commun de PE* 
tat^preffa Ton Maître d'y travailler. 
Monfièur , par fon propre fentiment ,.. 
voiant le Miniftre en. mauvais etac>, 
auroit- été alTez contem alors de Pa- 
bandonner , & en ce cas auroit defiré 
d'en mettre un en fa. place qui auroit 
été^ de fes. Créatures.. Il' craignoit ,- 
foutenant davantage le Cardinal, qu'il, 
«e lui atrivât: d'avoir, part à la hamc: 

publique 



nrHlfioïre^tA'mtd^Amncloe, 217 
publique 5 & à celle de tous les hon- i^4p< 
iietes gens du Roiaume , qui fans ua 
véritable fondement de juftice <Sc de 
raifon faifoient proFeffion de le niéprî- 
fer. Mais ^ fon Favori n'aimoît pas les 
Frondeurs; fi bien qu'il craignoit l'em- 
pire que facilement ils pourroient ac- 
quérir fi.îr l'efpric de fon Maître s'il en- 
troit dans leurs fcntimens ; il lui dir 
donc 5 à ce qu'il me conta lui-même y 
qu'il étoît dangereux de laifTer former 
à Mr. le Prince de Çi hautes Entreprî- 
(es ; que dans la Conjondlurc du tems 
I il auroit toute la France pour lui 3 6c 
i qu'il valoir mieux le lailîer vivre à la 
Cour 3 &: conferver fa fupériorité fur 
lui ; que le laiffer faire un fi grand 
Parti 5 dont les' maux pourroient aller 
I à de fàcheufes extréniitez : il lui fie 
! enfin connoître y que félon l'état pré- 
I fent des chofes , il falloit qu'il main- 
'tint le Miniftre. La Reine fit aufiiî-tôr 
de grands reproches à ce Prince , de 
ce qu'il ne s'étoit pas aflez déclare 
! pour elle -, ôc prefTé de tant de cotez ^ 
jil fallut qu'il montrât publiquement 
1 qu'il vouloit fe mêler de cette grande 
lAffaire. Mr. le Prince ^ qui par fon 
'inclination n'avoit pas de pente à h 
K 6 Guerre 



iiS Mémoires -pvHrfirvîr 

ié45. Guerre Civile , fâchant l'intention du 
Duc d'Orléans , alla le voir , & de- 
meura long-tems enfermé avec lui. 
Ce Prince le pria de ne point fouffrir 
qu'un Parti fe formât par cette prelTe : 
de Mutins , & d'Efprits fadieux , qui 
l'cnvironnoient déjà , & le conjura de 
préférer le Repes public aux fentimens 
particuliers. Mr. le Prince lui promic 
de fuir pour quelques jours cette inii- 
^ tile oilcnration : il lui remit fes inté- 
rêts entre les mains, & donnèrent tous 
deux la commiiïion à TAbbé de la Ri- 
vière de travailler à cette Paix. Ma-i 
dame de Longueville > ^ le Prince de i 
Contî ne le vouloient pas : ils avoiens . 
de vades delTeins , qui leur faifoienc j 
peut-être fouhaiter de devenir comme 
avoit été autrefois fous Charles VIIU 
Madame de Beaujeu & fon Mari, 
qui avoit chaffi le Duc d'Orléans , Ô5 
qui gouvcrncrem l'Etat à leur fan- 
taifie une affez longue fjite d'années. 
Quand ils virent que TEntremctteus 
ctoît nommé 5 ils lui firent offrir fous 
main , à ce qu'il m'a dit depuis ,, qu'ils 
confentiroientà l'établir premier Mi- 
nière à la place du Cardinal , s'il vou- 
loit s'accommoder avec eux ;> & porter 

fou 



i 



a rn^ftolre d'Aritt^ d'Autriche, iiy 
Ion Maître à confentir à la ruine de i6'45>v 
celui qu'ils dellroicnc chalTer. L'Abbc 
de la Rivière ne voulut point écouter 
cette propolkion : il faiioit profeilioii 
d'aimer l Erac ; mais , il crut peut-être 
auili que n'étant point encore Cardi- 
nal 3 il ne pourroit pas fe foutenir 
dans cette grande Place. Il eut peur, 
voiant de l'incompatibilité à pouvoÎL* 
accomoder les intérêts de Ton Mure 
avec l'ambition de Madame de Lon» 
gueville , que le Prince de Conti^. 
pour le perdre enfuite de leur Traité,, 
ne lui otât tout de nouveau la Nomi- 
nation de toute la France ; & aa 
milieu de tant de périls, il fut adcz 
iage pour les vouloir tons éviter. 
Cette Propolitîon , qui le faifoit pre- 
mier Minière , qui de foi étoit chi- 
mérique , devoir paroître telle à ce- 
lui à qui elle fut faite ; & il eft à prc- 
fumer que l'impofTibilité en fut con- 
nue de Me. de Longueville , du 
Prince de Contî, & du Prince de Mar- 
fillac. Us la firent fans doute à l'Ab- 
bé de la Rivière 5 fur ce fondement, 
qu'il faut tout bazarder avec ceux qui 
ont un grand intérêt , à caufe qu'il eft 
ailé de ks éblouir , eu leur faifant voir 

les. 



1 ; o Aiemoîres pour fervîr 

j|^4p. les moîcns d'ariiver à ce qu'ils dcfi^^ 
rciir : il n'importe qu'ils foienc bons ^ I 
leurs paillons pour l'ordinaire les em- 
pêche de les cfxaminer , & le moindre 
cfpoîr leur ôce la raifon. Je ne fçai fi 
la fienne ne fut point altérée par une 
ï\ belle tentation ; mais alors, comme 
on ne vit en lui que de droites inten- 
tions 5 il eft jufte de lolier fa retenue. 
Les dedeins de Me. de Loneruevil- 
le étant échoués , ou n'ayant été com- 
me je Tai cru 5 que foiblement propo- 
fèz , & de n^ême légèrement reçus , 
on en demeura dans les termes dé 
FAccommodement:il fallut de tous coû- 
tez y penfer tout de bon. Me la Prin- 
cefle 5 nonobftant cette querelle , ne 
hiiroit pas de venir chez la Reine , &"- 
demeuroit quelquefois long-tems avec 
elle , parlant de chofes indifférentes ; 
mais quand il y a des Sujets de dé- 
goût entre les perfonnes qui fe vo- 
ient , ces fortes de vîfires font cn- 
îîuîcufes de part &r d'aurre,& il eft né- 
cedairc pour le bien de la Société de 
les écouter autant que la bienléance le 
peut permettre. La Reine , en ce 
rems là étoît alfez fouvent feule. Les 
Ducheilcs de Chevrcufe , ^ de Mont- 

ba« 



à rHijlotre d'Anne (^Autriche, r 5 r 
bazon , anciennes Ennemies de Me, i ^4^^ 
de LongLieville , vinrent s'offrir à elle. 
En même tems aufîî le Duc de Beau- 
forc j attache' de tous tems à Mr. Iq 
Duc d'Orléans , & malgré l'oppofition 
qu'il avoît toujours eue à la FamilU 
de Condé , alla s'offrir à Mr. le Prin- 
ce 3 parce que dans la Cour , l'inréréc 
l'emporte toujours fur la Haine & fur 
l'Amitié , ô<: que le plus grand qu'il 
€Ût alors croît de fe faire craindre du 
Cardinal Mazarin. 

Mr. le Prince vint chez la Reine , te ir 
fuivi d'une grande troupe de Courtî- Sept, 
fans. Il fut affcz long- tems avec el- 
le , & le Miniftrc étoit en tiers. Leurs 
difcours furent de chofes communes j 
maisjle Prince de Condé adreffa fa pa- 
role au Cardinal par d'eux ou troi$ 
fois , qui fut une marque de quelque 
radoucilfement. Me. de Longucville , 
I allarmée de cette viiite , & qui avoit 
j peur que Mr. le Prince ne fe relâchât 
I de fa prétention du Pont-de- l'Arche , 
difoit à fes Confidcns , qu'il avoît de 
la peînc à fe féparer de la Cour ,• qu'il 
n'auroir pas été fi terrible , s'il eut 
ftnti plus de vîgeur & de force dans 
liEL Cabinet, ôcmurmuroit contre lui ^ 

de 



151 Mémoires pour fervW 
^1^45). de ce qu'il ne foutenoit pas ce qu'il 
ciKL-eprenoît avec aflfez de hauteur. Le 
Duc de Rohaii me dit alors , qu'eu 
trois jours de brouillerie , ce Prince 
s'étoic repenti plus de trois cens fois, 
tant il lui étoit difficile d'aller contre 
fon inclination. 

Le lendemain , feîzieme du mois, 
îl vint au Confeil , où il entretint le 
Duc d'Orléans de fa prétention , ^ 
affedade parler tout haut, afin que- 
la Reine le pût entendre. Il die à 
Monfîeur ^ qu'il le fuplioit de fe fou- 
venir , que" le Ponc-de-l' Arche lui 
avoit été promis par le Miniftre , de 
fon confentement ; & que cela étant, 
il étoii obligé de foutenir fcs intérêts. 
Qiiand il fut parti , de grandes couver- 
fations fe firent entre ta Reine , le 
Duc d'Orléans , le Minière , l'Abbe 
de la Rivière , cSi le Tellier. Ce fur 
en ce Confeil , que l'on prit des me- 
fures pour appaifer ce Difierent , qui' 
furent enfin au defavantage du Roi 
^ de la Reine ; & cette PrincefiTe,. 
malî^rc fes fcntimens magnanimes , eue 
\x honte de fe dédire de toutes les 
protcftations qu'elle avoir faîtes de ne 
donner jamais cette Place au Duc de 

Loi> 



à l'Hi^oîre d'Anne d' Autriche. 1 5 3 
Longneville. Elle n'en doit point i6\cf^ 
être blanicc : elle fou tint l'intérêt dii 
Roi tant C|u'il iiii fut pofîlble ; mais, 
elle fut abandonnée de tous ceux , de 
qu' elle pouvoir avoir du fccours : le 
Cardinal Mazarin n'ofanr parler contre 
Mr, le Prince j ôc le Duc d'Orlcans, 
par le conlei! de l'Abbé de la Riviè- 
re , fut d'avis de le contenter Avec 
ce lecourS;,le prétendant devint fi fort, 
qu'il étoit impoiîible de lui rien refu- 
ier. Après ce Cunfeil , le Prince de 
Marfillac parla long-tem s à l'Abbé de 
k Rivière , &: le preiTa inftammcnr 
id'entrer dans leurs de (Teins , &c d'ac- 
jcepter les offres qu'on lui avoic faites; 
ce qu'il refufa tout de nouveau par 
;les raifons que j^aî déjà dites ; mais, 
félon mes lumières, cette (econde atta- 
que fut plus forte que la première. La 
Reine s'en apperçût , de comme le 
Prince de Marfillac lui étoîr fufped, 
par l'étroite liaifon qu'il avoir avec 
Me» de Longueville , elle demanda à 
l'Abbé de la Rivière de quoi ils 
avoient parlé enfemble. Il difïîmula, 
&: lui . répondit froidement qu'ils 
avoient parlé en termes généraux de 
l'Affaire préfente. Il m'a dit depuis. 



2 5 4 Mémoires pom fervïr 

lê4^ en me contant cette Avantare .qu'il 
ne fui jamais fi enabarafië , parceque 
cette penfee l'occupoit de forte, quand 
la Reine lui fit cette quiftion , qu'il 
ne put s'empêcher de rougir , <ik de 
fenrir quelque trouble dans fou ame , 
par Tim i^ination de la grandeur de la 
chofe dont il étoit queftîon. Si cllô 
eut pu Tçavoir la caiife de leur Entre- 
tien , elle lui auroit fçû bon gré de ce 
qu'il venoit de refufer, parce que c^tte 
liaifon du Duc d'Orléans , de Mr le 
Pli nce , du Prince de Conti , & de 
Me. de Longueville , fi , par un pro- 
dige qui ne fe peut quaii comprendre , 
eut pu fe faire , auroit fans doute cau- 
(é beaucoup de maux à l'Etat : mais, 
la Reine auroit pu lui dire qu'il ne rc- 
fufoit rien,& qu'il étoit impoffiblc 
d'afFoiblir fa PuiflTance au point d'être 
forcée de prendre un Miniftre par le 
choix Se la volonté de Me. de Lon- 
gueville ; ny même que cette P^incef- 
fe 5 le lui pouvant donner , eût voulu 
deftiner le Favori du Duc d'Orléans ï 
cette Place. La Reine pouvoit lui 
dire encore , qu'il auroit^ mieux fait , 
s'il n avoir point favorifé auprès du 
Duc d Orléans la prétention du Pont 

de 



à r H'ftoire d' Anne d'j4utrîche 1 5 y 
de r Arche \ car, fi par Pintérét de i^4^v 
ion Chapeau , il n%avoir^as cru devoir 
obh'ger le Prince de Conti , &c Me. 
de Loi.giicville , la Reine & le Duc 
d'OrL ans , étant de même (c-ntimc nt^ 
Mr. le Prince , qui n'a voit pas d'in- 
elinaticiU a la Guerre , ne l'auroir pas 
Ça\x peur agrandir d'une Place le 
G uverncment du Duc de Longueviî- 
le. la conduite de l'Abbé de la Rf- 
vîfre pou voit donc alors être d'une 
dai.gercuf conlequence au Service du 
Roi & de la Reine. Il étoît néan- 
moins bien intentionné , pour confer- 
ver la Paix de la Famille Roiale : il en 
jnfpîroit le defir dans Pâme de Ton Mi- 
riftre ; mais, il vouloît peut-être laif- 
fer voir à la Reine , qu'elle pouvoir 
perdre l'Amitié de ce Prince , afin que 
cette crainte forçât le Miniftre à le 
confidérer davantage. Les oreilles^ 
du Duc d'Orléans étoient toujours fa- 
vorables aux Frondeurs : il étoit ieuc 
Confident fur les Bravades qii'ils fai* 
foîent en peftant contre le Miniftre ; &r 
k jour qu'il les avoir écoutez , il re* 
prenoit des forces pour le lendemain. 
Cette condefcendence augmentoit leur 
àardieire , ôc leur Rébellion : elle aug- 

mentoiç- * 



1^6 Memnres pour fervtr 

1^49 mentoic aiiffi la timidité de l'Abbé d^c 
la Rivière : il fe connoîir^it pecît pau 
lai même , & il craîgnoît toures les 
Puiifances , tant légitimes , que celles 
qui ne l'éto'ent pas. Outre le refpedt 
qu'il devoir à Mr. le rince , il le re- 
doutoit beaucoup , Si lui vonloîc 
montrer qu'il défit' )it de le fervir. Il 
Voulo'T par les ra^fons déjà diceS;, plai- 
re au Prince de Conti, & à Me. de 
Longneville. Il ne vouloir pas non 
plus paroîcre contraire aux Frondeurs, 
de peur à'^w être hai , & opprimé par 
la liberté qu'ils a voient de parler aiî 
Duc d'Orléans conrre lui , de même 
que contre le M*n!n:re. Si bien , que 
fans manqu-r de fi-Jélitéàce Prince, 
ni de bonnes intentions pour le Servi- 
ce du Roi 5 on peut dire avec vérité 
qu'il ne faifoit pas alTez pleinemens 
fon devoir , Se que cette ambiguïté 
caufaît de grands embaras au Mîniftrcj 
qui fe voîoit en butte à tous les dif- 
ferens Partis des Peuples , quand on 
vouloit qu'il le fut ; balotté par l'in- 
trigue des Cabales , menacé par le 
premier Prince du Sang , & fa Place 
offerte à d'autres 5 comme fi en "effet 
il eut été le rebut de la Fortune. Ce- 
pendant, 



à VHlfioîre d'Anne d' Autriche, 257 
pcniint, "lie le tenoic roujoars pai: la i^4^7 
main , & le dcflinoic par les maux 
qu'elle lui Failoic fendr à de plus 
grands biens que ceux qu'elle lui avoic 
fa'tsjufques alors ; ^ ia fermeté de la 
Reine lui pouvoir faire efpérer de 
nouvelles élévations , lors qu'il fem- 
bloit le plus ab ;tîé. Mais , comme 
le monde fc laîlîè toujours emporter 
aux apparences des cliofcs préfentes, 
il y avoic alor de la gloire à le mé- 
prifer j & les graiids , Ôç les petits; en 
faifoient pvofedion publique. Le Che- 
valier de Guiie , qui jufques là avoic 
été de Tes Aaiis , lui demanda une 
Abbaie. Il la lui refufa , pour l'avoir 
déjà promiie à un autre. Ce Prince 
Lorrain , étant picqué de ce refus , & 
«e craignant plus fa faveur , lui die 
qu'il fe tenoit defobli^é d- ce procédé. 
Le Cardinal lui répond; aoidemenr, 
qu'il falloir fc ré foudre a \c tenir pour 
offenié ; mais lui » fans l'écouter , fe 
plaignant hautement , lui répliqua; 
qu'il lui avoir promis cccte Abbafe, 
qu'il ne tenoit point fa parole ; & que 
pour lui 5 il ne vouloir plus être de fes 
Amis. De ce pas-là , il alla faire of- 
i fre de fon Service , & de fon Amitié, 

à 



a ; S Mémoires pur fervtf 

joie. 

Le dix feptieme Septembre , l'Abbc 
de la Rivière , après avoir pris Tes 
mefurcs de parc Ôc d'autre , va trouver 
Mr. le Prince , & lui accorde le Ponc 
de l'Arche de la part de la Reine, 
avec mille douceurs de celle du Minif- 
tre, qui lui manda qu'il avoir toujours 
eu intention de le iervir ; mais , que 
jufques là il ne l'avoit pu perfua der 
à la Reine. L'Abbé , de fon côté, 
n'aianc que trop bien Fait , pour faire 
îéliffir cette Négociation à Ton conten- 
tement 5 lui fit fentir qu'il avoir tra- 
vaillé avec foin à fa fatisFadion -, & 
fcs peines avoient pour fondement 
i'efpoir de la rétribution. 

Le Duc de Saint Simon , fidèle au 
Roi , & qui avoît l'honneur , par la. 
DuchelTe fa Femme , d'être parent 
de Mr. le Prince , l'aiant vu dans cec 
engagement , s'en étonna. Il avoît été 
le trouver , pour lui dire , qu'il étoit 
au defefpoîr de le voir fi attaché à cet- 
te prétention du Pont de- l'Arche,^ 
lui avoît repréfenté les périls où îl 
s'expofoit , en irritant la Reine , de en 
pouffant les chofes à cetce extrémité. 



à FFT.floire d'J»»e d^ Autriche. 1 19 
LcPrincç I«î répondît qu'il avoir rai- ,^4,; 

ion ; qu il |,„ «oit obligé de f« cou- 
l;'ls_; qu'il les cftimoic'; mais, qu'il 
serou engagé à Me. de Long.ieville, 
& q« il lui droit impoiTiblc de fe tirer 
de cet e.nba.rasi qu'il lui feroit plaù 
fcr^ aller trouver le Duc de Lon^e- 

perfuader de fuivre fes avi.. Le Duc 
de Siint-S.mon , comme je l'ai fçû 
par lu. même, y fut; &, après lui 
avor reprefenté qu'il feroit une aftioii 
Iounble&jufte,des'oppoferauxde- 
fcdeMe deLongueville,cePrince. 
ap.es I avou- écouté , bi fit un grand 
«lac de ru-e, & voulant tourner ea 
nd.cule fa fidélité & fes fages Avis, 
Il lui dit, >y-^^,- ^,,.„,^., i i^conr 
qjieje me veux faire Duc de Norman. 
^■^■}e nenaip^s le delfein, & vot 
femr»e,s font beaux & généreux ; mm, 
<Woue^.le vai , ce feroit un hem coup 
y^ire, a- a vous , de vous faire Duc 
de Gu.en.e Ces paroles du Duc de 
Longueville font méprîfabies , & la 
Raillene ne les excufe point ; mai,, 
le defir , que le Prince de CondI 
avoit témoigné de vouloir fe délivrer 
ûe cet engagement , marque que fes 



mten- 



1 40 Mémoires pour fervîr 
ï^45, intentions étoicnt innocentes. ÏI ne 
put donc éviter ce malheur q;ii ter- 
nillbît la gloire des belles & grandes 
adtîons de la vie , qui toutes avoienc 
été juiques la avantageufes à l'Etat, 
.^ utiles au Service du Roi. Malgré 
fes kimieres & fa raifon , il per/îlla 
à vouloir participer à raveuglemenc 
oiî fa Famille étoit tombée : il vou- 
kic cette Place ; 6^ il fallut le faris- 
faire. 

Le Cardinal s'éto't donc rélolu à 
contenter le Grince de Condé , quand 
il avoit vu les embarras qui lui tom- 
beroient (\n les bras , s'il y réfiftoit d'a- 
yantage : il ne fouliaittoit pas alors 
un plus grand bien que celui d'éviter 
les périls préiens pour arriver à la Ma- 
jorité du Koi , & par elle il attendoîc 
le remède de tous fes maux. Audi , le 
Tellier , qui le connoilloit parfaite- 
ment , diioit de lui , qu'il fongeoic 
feulement à palier la journée en la- 
quelle il vivoit. 

Qiiand Mr. le Prince eut accepté le 
don qu'on lui faifoit , il alla aulîî- 
tôt trouver le Duc d'Orléans pour 
Pén remercier. Il le luiyic enfuite 
chez la Reine , à qui il rendit les grâ- 
ces 



I à l'Hlfiolre ^Jnne i Autriche, 141 
cesqulllui devolt de cepréfenr.ElJe ^ 
commanda auiïï-tôc qu'on allât quérir ^ '^^* 
Ton Minîftre , afin qu^il vint prendre 

paît à cet Accommodement , ôc à la 

I I Converfacion , qui fut publique , aiTez 
I civile de la part de Mr. le Prince , Si 

entièrement foumife de celle du Car- 
dinal. Le Maréchal de Villeroî , un 
peu après , tira Mr. le Prince à part, 
& lui demanda s'il étoit content , s'il 
n'étoit rien rcfté dans Ton Cœur , qui 
pût troubler la Cour à l'avenir ; & 
que fi le mariage du Duc de Mercœur 
, lui déplaifoit encore , qu'on le prîoîc 
I de le dire , parce qu'il écoit inutile de 
lui accorder les autres grâces qu'il 
avoir demandées , fi elles ne pouvoient 
pas produire j'cntîcre union que le 
Miniftre deuroit d'avoir avec lui ? Mr. 
le Prince lui répondit , à ce que me 
I conta ce Maréchal le jour même, 
qu'il étoit content, & que pour le 
Mariage , foit qu'il lui déplût ou non, 
qu'aiant donné Ton confentement pour 
cela , il ne s'en vouloît plus plaindre; 
& que pour lui il feroic toujours por- 
té à rendre à la Reine tous les refpeds 
qu'il croioit lui devoir. Quoi que 
fes paroles parurent cacher un certain 
Toms HL L me- 



î^i Mémoires pQur fervlr 
i^4j). mécontentement fecrec , elles n'aii- 
roient point eu fans doute de mauvais 
effets y Cl ce Prince n'avoît point eu de 
Sœur ; mais , il étoit fi puillamm^ent 
prelfé du côté de cette Princefife , que 
ce bienfait de la Reine j qu'il connue 
lui avoir été accordé par elle contre 
fon gré 3 ne fervit qu'à lui faire pren- 
dre goût à la tirannie. Le Mariage 
du Duc de Mercœur & de Mademoî- 
felle de Mancini , qui fans cela ne 
Teut point fâché , fut le prétexte, 
dont Madame de Longueville fe fer- 
vîc encore pour l'animer contre le 
Miniilre. Toute cette Cabale diioir, 
que le Cardinal ne pouvoit plus dou- 
ter qu'il n'offensât Mr. le Prince en 
le faifanr , puifque la chofe aîant cté 
en état de fc rompre , Mr. le Prince 
lai avoît dit , qu'il lui faifoit un fort 
grand plaîfir de lui apprendre cette 
nouvelle , & qu'il en verroît toûjoi: 
la rupture avec joie. La Reine n 
fit Hionneur de me dire auiîi ce mcn 
jour y comme je lui parlois des dit- 
cours que les Serviteurs de Mr. le 
Prince faifoîent fur ce fujet , qu'il ne 
lui avoir jamais témoigné d'avcrfion 
€ontre C*tte Affaire , de qu'enfin elle 

n'c- 






à r Hîfloîre d'Anne â* Autriche, 145 
î3*etoîc pas obligée de fuivre aveugle- j^ia. 
ment toutes Tes fantaîfies ; qu'elle 
vouloîc l'achever j <k. qu'elle connoif- 
ibit par l'aveiTion que tout le monde 
avoit à ce Mariage combien cette Al- 
liance étoit avancageufc au Cardinal. 
La Reine voioic clairement que Ton 
Minière étoit étrangement ha'f , pulf- 
qu'elle jugeoit elle-même , que ce 
qu'on croioic lui être un bien étoic 
«ftimé un grand mal par tous ceux 
qui compofoient la Cour. El le connoif- 
foit elle même , que cette haine étok 
injufte , de que le Prince de Coudé, 
qui ne pouvoit raifonnablement de- 
mander à ion Minîftre de ne pas don- 
ner fa Nièce au Duc de Mercœur^ 
lui devoir être du moins obligé de fa 
refpcducufe foumifîîon. Elle étoic 
grande en effet , puifqu'il lui avoit fait 
dire , qu'il delîroit préférer fon Ami- 
tié aux avantages de fa Famille , & à 
ies propres intérêts. 

Le foir de cet Accommodement^ 
*Mr. le Prince voulut donner à fou- 
■per au Duc d'Orléans , & au Cardinal 
•Mazarîn ^^qui fut mené par Monfieur^ 
•qui voulut perfedîcnner fon œuvre 
far cette familiarité. Apres les faluts 
L 1 or* 



144 Memo*res pour fervlr 
iG^cs, oi'dinaîres 3 les deux Ennemis Tecc: 
cillés entréi'enr feuls dans un Gabîner 
où ils furent afTez long tems cnfemble^ 
Us parurent en fortant de ce lieu aiFei 
fatîsfaits j & néanmoins on remarqua 
que le refte du foir fut îirave & froid lé-. 
on jugea par ce filence que les AfFai* 
res n'écoient pas en bon érat , quand 
ils fe quittèrent. Le Duc d'Orléans 
s'en retourna chez lui à Luxembourg^ 
& laiffa le Cardinal Mazarin feul chez 
Mr. le Prince , reprendre Ton chemin 
vers le Palais Roial ; ce qui donna 
une grande terreur à quelques Italiens 
de fa fuite , qui eurent peur d'un coup 
à la mode de leur Pais. Un d'eu^i 
me le dit en confidence. 

L'intervalle de cette Réconciliation 
fut il petit 3 que le lendemain Mr le 
Prince , à qui on avoit propofé d'aller 
foLipcr chez le Cardinal n'y fut point: 
au contraire , on fçut qu'il avoit pris 
Médecine fans nul befoin ; & chacun 
diloit ce fecret à l'oreille de fou Amî. 
Le jour d'après , le Prince de Condé 
mena fouper chez Prud-homme , Bai- 
gneur renommé , une troupe de Fron- 
deurs 3 tous Ennemis déclarez du Mî- 
niftre. Les Conviés ctoicnc le Duc 

de 



à l'I^îfloire d'Anne â* Autriche, 24/ 
^e Beaufort , le Duc de Rcrz , le Duc 1^49;? 
de Rohan , le Maréchal de la Morhe, 
le Marquis de Noirmoutier , Laigue, 
6c le Coadjuteur, Le Vicomte de 
Turenne y fut auffi , qui pour lors 
ctoic aflTez brouillé avec le Miniftre; 
"mais 5 qui néanmoins gardoit encore 
quelques mcfures à [on égard. Tou- 
tes ces perfonnes ne defiroient rien 
tant que d'engager Mr. le Prince dans 
jeur Qiierelle , & dans leurs intérétsj 
il bien qu'il fut dit en ce repas beau- 
coup de paroles trop fortes & trop" 
hardies pour être fouiTcrtes par un 
Prince , qui dans le vrai n'avoît nul 
ûijet de fe plaindre , èc à qui la Rei- 
ne venoic de faire un facrificc , qui 
par la douleur qu'elle en avoit eue ne 
devoir pas être conté à rien. Le 
bruit en eut été encore plus grand, 
fans la fagelTe du Duc de Rohan , qui 
rabatit par fon férieux , tant qu'il lui 
fut poffible , les effets de la gaieté 
frondeufe. La Difcrétîon de ce Duc, 
attira celle de Mr. le Prince , quî^ 
trouvant à propos de modérer cet ex- 
cès 5 & de ne pas porter les chofcs à 
l'extrémité , dit tout haut^ parlant du 
.Cardinal , qu'ils étoient^raccommodez 
L ^ Civ 



1^6 Mémoires pour fervîr 
k(?4p. enfemble ^ 6c qu'il iroit chez lui com- 
me chez les autres. 

Ce foir fut d'un grand fcandale à la 
Cour. On tira delà des conféquences 
infaillibles de Tétac où étoit l'Efprîc 
&c le Cœur de Mr. le Prince. La 
Reine en fut picquée : elle me fie 
Mionneur de m'en parler , rougiflanc 
de dépit , de voir qu'elle venait de 
lui accorder le Pont-de- l'Arche , 6c 
que ce bienfait fi contraire aux inté- 
rêts du Roi ne finifloit point fa mau- 
vaife humeur. Quand on demanda 
raîfon à Mr. le Prince de ce procédé, 
Ji répondit que puifque le Cardinal 
prenoîr liaifon avec ^cs Ennemis , il 
en vouloîc faire de même avec les 
Frondeurs , afin de lui rendre la pa- 
lelllc. Le Cardinal , peu de jours 
après 5 eut la goûte. Mr. le Prince le 
fut voir 5 mené par le Duc d'Orléans; 
mais , il n'y tarda gueres , puis revint 
chez la Reine. Elle lui nomma le 
Cardinal , & le mêla dans fa Conver- 
làtion 5 pour voir ce qu'il diroit. il 
n'y entra nullement , & afFeda de 
changer de difcouis aux endroits où 
la bicnfcance l'obligeoit de répondre. 
Il n'y vetourpa pas fi-tôt , ôc ne laif- 

foit 



a VHlftolre c?Anne à'j4utriche, -ÏAy 
fok pas de venir au Confeil chez la i CàfC^, 
Reine , montrant avec audace de ne 
fc (oucier de rien. Il agififoic d'ail- 
leurs avec le Duc d'Orléans d'une 
manière extrêmement foumife : il le 
rechei choit beaucoup \ 3c fans fe 
-plaindre davantage du Mariage du 
Duc de Mercœur , il lai difoit qu'à 
fa ieule confidération il ligneroit au 
Contracl avec joie , pulfqu'il temoi- 
gnoit l'intérelTer en cette Affaire: 
mais 5 qu'il le fuplioît très humble- 
ment de lui ki(fer fes fentîraens libres, 
à l'égard du Duc de Mercœur , de fa 
Famille , 6c du Cardinal. 

Le Duc de Vendôme , Père du Duc 
de Mercœur , qui ne vouloit pas fans 
Faveur de fans Puiflance y s'alier au 
Miniftrc , voiant fes delfein^ travcrfés, 
ôc que tant d'obftacles embaraffoient 
le Cardinal , lui dit ^ qu'il s'étonoic 
de voir qu'il ne lui parloir plus de ce 
Mariage ; qu'il devoir confidérer que 
c'étoic fon avantage autant que le 
iîen ; qu'il croîoit que fon Fils étoit 
un alfez bon parti pour fa Nièce , pour 
l'obliger à tenir bon contre les atta- 
ques de Mr. le Prince ; que néan- 
înoins s'il ne vouloit plus le faire , îî 
L 4 i'aver^ 



14^ Mémoires pour fer vir 
lé^p, l'avertîûToit qu'il étoit obligé de lui fai^ 
re juftice fur Tes prctentIons,-&: que s'il 
abandonnoit fcs intérêts y il trouvoïc 
où prendre parti ailleurs de même que 
pluîieurs autres l'avoient déjà fait. Le 
Cardinal Mazarin , pîcqué de ce dif- 
coiirs 5 de ne fçachant plus quel parti 
il devoir prendre , lui reprocha qu'il 
ne confidéroît que l'Amirauté , èc le 
Gouvernement de Bretagne 5 fon an- 
cienne prétention , de fort peu fon 
Alliance j que par conféquent , il avi- 
feroit à ce qui lui feroît le meilleur. 
Le 13 Le Cardinal guéri de la goûte vmt 

^^Pf» au Confeil. Mr. le Prince &: lui fe 
virent & fe parlèrent , mais feulement 
€n préfence de la Reine , Au fortîr de 
ce Confeil , le Duc d'Orléans dit tout 
haut au Duc de Vendôme que les 
chofes fe tournoient à un Accomode- 
iiient plus véritable que par le palTé; 
ôc Mr. le Prince en dit autant à Ces 
Amis, Ce fecret aîant paffé aufîi-tôc 
dans la bouche de plufieurs , les Fron- 
deurs , toujours Ennemis de tout ce 
qui s'appelloit la Paix , 3c Amis du 
De Tordre , dirent à Mr.le Prince , qu'il 
jétoît oblige de pouffer le Cardinal , ôc 
^uc puis qu'il étoit déjà déclaré , fou 

Enne* 



à l^Hlfloire à* Anne X Autriehe, 149 
Hunemî , il ne falloir pas marchaiiJer 164p. 
^ l'être feulement à demi ; que ce 
n'écoic pas à lui à négocier \ qu'il n'a- 
voir qu'à vouloir ^ & que tout le moix^ 
de obeûoic à fcs ordres &: à Çç,^ vo- 
iontez , qui dévoient êcre la Règle de 
rEcac. 

Les partifans de Chavîgnî l'anî- 
moient auflî à fa perce , croiant par 
ce chemin faire une voie fùre à leur 
kxm pour arriver à la Faveur. Ceux, 
qui porroienc Chateau-neuf , ne ppu* 
vant fouffrir celui là , confeiiloienc au 
Duc d'Orléans , au cas que le Cardinal 
fût chafTe par les Fadions qui fe for- 
moienc contre lui, de ne pas confen- 
tir que Mr. le Prince devint le Maître 
abfolu de la Cour , en y mettant un 
Miniftre attaché à lui j & lui faifoienc 
voir l'intérêt qu'il avoit à y placer 
Chateau-neuf. L'Abbé de la Rivière 
Gcoit Ennemi de Chavîgni , 6c n'ai- 
moît pas alTcz fon Rival , pour le laii^ 
fer jouir d'une Place qu'il auroit peut- 
être fouhaitée pour lui mcme , s'il eut 
pii y parvenir fans crainte ni fans dan- 
ger ; mais , ne trouvant pas la chofè 
facile 5 il s'oppofoit à l'un & à l'au- 
U-e , 2c travailloit à faire quelque Ac- - 
L j com-; 



1 j ô Aiemoîrej pour fervlr 
l^i9* ccmmodement entie M. le Prince <3s.' 
le Minière. Il vouloir fauver le Car-< 
dînai , ou du moins le faire durer, 
attendant que la Fortune en le faifanc 
Cardinal lui même , l'élevât aux grau* 
des chofes , qui lui pouvoîent arriver 
dans le pofte où il étolt déjà , AinCiy 
il defîroit que le Miniftre demeurât 
embaraffé , qu'il eut beaucoup d'Affai- 
res fur les bras 5 mais en état de iub- 
iîfter encore quelque tems ; ou , s'il 
avoic à demeurer, îi fouhaitoit que ce 
fut fans puiifance , ni crédit. Pour 
réiifîîr dans Tes deffeins , il lui fallut 
avoir de fréquenres &: de longues con- 
verfations avec M. le Prince , ôc avec 
toute cette Caballe. Ses Intrigues le 
rendirent enfin rufped au Minîflre,, 
ëc au Duc de Vendôme , qui conx- 
mençoif à fe plaindre de lui ; ôc cha- 
cun murmuroit en fon particulier de 
ce que le Duc d'Orléans ne les fou- 
Benoit pas aiïcz vigoureufemenr. 

Quelques jours fe palferent en Ne^ 
gociarîons» Le Cardinal , dont TEC 
prit étoît plein de lumières , & qui 
fçavoit fe tourner de plufieurs côcez^ 
fc parler à Me de Longue ville , par 
€]uclc]ucs unes de fcs Corfidcntes^ 
îl l'allùra c^u'il vouloit ctre de fcs 

AniiSr 



à rnifioîre à* Anne â* Autriche, 251 
Amis,& que pour acquérir Tes bonnes i^p, 
grâces , il vouloir Faire tout ce qui fe-. 
roic poffible pour la iacisfaire. La 
Propoiition fur reçue* agréablemenc» 
lUle ne travailloic que pour avoir ài 
crédit 5 & croioic en pouvoir efpéret 
par cette voie. Le Duc d'Orléans^ 
èc le Prince de Condé , fouhaitoîenc 
chacun pour foi une grande PuifTan-' 
ce . Me. de Longueviiie Si le Prince 
de Conti vouloîcnt auiîî en leur par-^, 
tîculfer avoir part à la Faveur. Tous, 
par rétac où étoit le Miniflre pré- 
tendoient mieux faire leurs afaireS 
avec lui qu'avec w\\ autre. Ain fi , il 
ne leur étoit pas difficile de le laiirer 
comme il étoit , pourvu qu'ils puC« 
fent contenter leurs defirs j & des 
Difficukez qu'ils trouvoient à le chaf- 
fer 3 ils pailoient aifément au dcfTcin 
de le fouiîrir en cette place , à con- 
dition de tirer de lui ce qu'ils en vou- 
loîcnt avoir. Le Cardinal , plus fin 
que tous les autres , pour gagner du 
tcms 3 travailloit lui même à les per- 
fuadcr par ces mêmes raifons , qui 
paroilToient lui être fi contraires , S^ 
leur faifoic dire par des gens qui pa* 
roillbienc être de leurs Amis ;, qu'il 
L 6 h\xs, 



1^1 Mémoires pour fer vlr 
leur ctoît à tous plus commode de îe 
laîfl'er jouir des avantages que fa fa- 
veur lui donnoic , puis qu'un autre 
que lui en uferoit avec plus de hau- 
teur. 

Pendant que le Cardinal Mazarîn 
penfoit à fa confervation , la Reine fe 
trouva mal , fans doute , du chagrin 
qu'elle reçût ^ voîant que ces brouille- 
ries ne pouvoient finir , malgré tout 
ce qu'elle faifoit pour les appaifer. 
Elle eut de grands vomi:femcns de 
bile 5 ^ même un peu de fièvre ; & 
elle fur quelque jours fans voir que 
€eux qu'elle ne pouvoîc chaflTcr. Elle 
reçut alors le Duc de Longueville, 
qui avoir été mandé pour venir faire 
fon Remcrciment , de ce qu'on lui 
avoit promis le Pont-de-1'Arche. Com- 
me il fçavoit que ce préfent lui avoir 
cté Fait malgré la Reine , fes complî- 
mens furent fuccints , & la Reine de 
fon coté le trairra froidement. Il lui 
promit néanmoins de faire ce qu'il 
pourroît 3 pour porter Mr. le Prince 
à la douceur j mais , il eft à croire, 
qu'il ne prît pas beaucoup de peine à 
le pcrfuadcr > car, (i ce Prince du Sang 
€Ut été pacifique , il n'aurgic pas eu 

ce 



à l'Hljlûlre à' Ame à* Autriche. 253 
€C qu il vcnoit d'obtenir par fa hau- 1(^49, 
reiir. 

Les defTcîns déréglez de Me.dc Lon- 
gueville étoienc la véritable fource de 
raiic de maux : elle n'êtoic pas tout-à- 
faît contente de ce qu'elle avoit fait. 
Pour la fadsfaîre ampleinent , outre 
cette P'acif qui venoît de lui ctre 
donnée ., i) filoîc a^^c^randir le Prince 
de MaifiilûC ; & ce fut en cette con- 
jondture c^u'elie tut le Tabouret pour 
fa Fvmme , ^ permiiïion d'entrer 
dans le Louvre en Caroffc. Ces 
avantages les mettoient au dclTiis à^s 
Ducs , & à l'égal des Princes / quoi 
qu'il ne fut ni l'un ni Tautre. Il n'é- 
toîc pas de Maif -n Souveraine ; il 
n'étoit que Gentil- homme ^ & {on 
Père le Duc de la Rochefoucault n'é- 
toit pas mort , mais , il éroit affez 
grand Seigneur, & avoit a(ïcz de confi- 
dératîon dans le monde , pour pouvoir 
fou tenir une folle chimère. 

Me. de LongevîUe avoir mis 'au 
rang d'une de fes meilleures Amies 
Me. de Ponts ^ Fille de du Vigean ^ & 
Veuve de Mr. de Ponts , qui pré- 
tendoit être de l'iiluftre Maifon d'Al- 

brec 



2 54 Mémoires pour fervtr 
bret. Cette Dame etolt aflez aîm^ 
ble 5 civile , ôc honnête en fon pro- 
cédé. Ce qu'elle avoîc d'efprîc étoit 
tourné du côté de la flatterie. Elle 
n'étoit nullement belle j mais , elle 
avoît la taille fort jolie , ôc la gorge 
belle. Elle plaifoît enfin par /es louan- 
ges réitérées , qui lui donnoient des 
amis 5 ou de faux approbateurs; 
& l'Amitié , que Me. de Longuevîlle 
avolf pour elle, lui donnoît alors du 
crédit. L'Abbé de la Rivière , de- 
puis quelque tems , s étoit attaché à 
elle par les liens de l'inclination Sc 
de la politique ,• car , regardant Me» 
de Longuevîlle comme une perfbnne 
qui faifoit une grande figure à la. 
Cour^ il crut que Me. de Ponts lui 
pourroit être neccïraiie pour fa pié^ 
îention du Chapeau de Cardinal. It 
trouva donc fort à propos de fe fai- 
re une Amie auprès de cette Prince t 
fe 5 qui pût y foutcnir Tes intérêts^ 
Ôc lui lervir de liaifon , pour traittcr 
par elle les Affaires qui pourroicnr 
arriver. Madame de Ponts étoit fine 
êc arabitieufe , autant qu'elle étoîc 
adulanice. Elle n'ctoît non plus cjuc 
le Prince de MarfiUac ^ ni Duchcf^ 



à l'FUfloîre d* Anne d'Autriche. 25/ 
fe , ni Princcire 5 mais ^ feu Ton Mari iCà^^l 
ctoic aine de ceux quî fe diient de la 
véiicablc Maif 11 d'Aîbrcc , &: il lui 
avt)it lailîe allez de qualité ou du 
moins alFez de chimère , pour afpirei* 
à cette prérogative. Elle demanda 
au Minière que la Reine lui donnât 
le Tabouret , & TAmitié de Me. de 
Longue ville qui la protégeoit , jointe 
à celle de l'Abbé de la Rivière , qui 
£cd le Négociateur de cette Affaire, 
furent des raifons affez fortes pour 
lui faire obte'ûr ce qu'elle fouhaitoir^ 
Voila ce qui caufa cette faulfe appa- 
rence de Paix , & ce qui fut une tré« 
ve à cette véritable QLierelle : voilà 
ce qui a fait dire au Duc d'Orléans 
peu de jours auparavant >. que toutes 
chofcs alloient s'accomoder ; 6c pour 
conclufion , voilà une des fources de 
tous les Deibrdres qui fout depuk- 
arrivez à la Cour. 

Aulîî-tôt que ces grands Articles,, 
qui regardoient le Prince de Marfillac. 
êc Me. de Ponts furent accordez, 
Mr. le Prince devint doux & rraita- 
ble , il parut vouloir rendre à la Reî* 
ne le refpeâ: qu'il lui devoit. Il fe 
fournie fans referve à toutes fcs vo^ 

lonrea 



1^6 A^f moires pour fervlr 
'i^4p. lontez j & l'Abbe de laRîyîere , par- 
lant à la Reîne devant moi de cette 
Affaire , lui dit , qu'il avoit exigé de 
Mr. le Prince qu'il s'accomoderoît 
avec Mr. le Cardinal fans nulle ilipu- 
larion 5 qu'il feroit à l'avenir de {ts 
amis ; fk que c'eroii tout de bon qu'il 
le promettoit. Mr. le Prince die ces 
mêmes chofes à la Reine : il ralfura 
de fa fidélité : il emb:a(fa le Miniftre,, 
lui promit Ton Amitié , protcfta qu'il 
vouloît être dans Tes intérêts. Il pa- 
rût alors une entière fatisfa<5i;ion dans 
tous les efprits. Il y eut feulement 
cette réferve , qu-e Mr. le Princcg 
promettant de fon côté toute fureté, 
ne voulut point répondre pofitive- 
mcnt du Prince de Conti ; mais ^ ce- 
la ne donna nulle inquiétude au Mf- 
niftre 5 parce qu'il croîoit avoir con- 
tenté Me. de Longueville y & s'ima- 
gînoit que le dégoût que Mr. le Prin- 
ce avoit eu de la conduite du jeune 
Prince , quand il le quitta pour aller 
fourenir le Siège de Paris ;, étoit cau/e 
de fa retenue. La Reine fut à demi 
contente , de penfer qu'après tant de 
troubles elle pouvoir efpérer quelque 
repos.Le Miniftre étoit fatisfait de voir 

un 



à IHlfloWe à* Anne à* Autriche. 257 
tin fi grand nombre d'Ennemis de i<?49* 
moins. L'Abbé de la Rivière regardoic 
cet Accomodemcnt comme un Ouvra- 
ge de fcs mains. Les defirs de Me. de 
Longueville , & du Prince de 'Marfil- 
lac 5 étoienc remplis j & fc voiant les 
Maîrrcs de la Cour , ils n'avoient 
qua(i plus rien à fouhaitter , que la 
durée de leur bonheur ; mais :, les 
Frondeurs ou les Malcontens , furent 
au defefpoir de voir cette grande di- 
vîfîon fe terminer par une bagatel- 
le 5 &: leurs deffeins s'évanouir comme 
une fumée. 

Les Etoilles , qui domînoient alors, 
ctoîenc trop contraires à la Paix pour 
laiffer la Cour en repos. Ce calme 
ne dura gueres : il fut auffi-tôt trou- 
blé par le reiîcntiment que rputcs les 
Perfonnes de qualité eurent contre 
ces deux Tabourets. Ceux , qui 
portent le nom d'Albret , s'ils le por- 
tent à jufte titre , comme ils le pré- 
tendent , peuvenr compter des Rois 
parmi leurs Ayeux ,* mais , outre que 
le doute d'une NaiiTance légitime eft 
un Nuage qui obfcurçit toutes les 
grandeurs de cette nature , beaucoup 
d'autres Maifons en France préten- 
dent 



2 5 s Aîemolres pour fervlr 
ï(?4.p. cienc avoir de grandes pierogarîvc 
Celle de la RocheFoucauc eft illulli., 
& ancienne , mais les Fils des Duc:; 
n'avoienc jamais eu ces avantages ôc 
coûte la Noblelfe fe trouva offenfée 
dans cette préférence. Chaque par* 
ticulier alla chercher dans fes Titres, 
des marques de Princîpauié & d'an^ 
cîennes Alliances , qui eulTent le pou- 
voir de les élever. Dans cette mul- 
titude de grands Seigneurs qui rem- 
plilloîent la Cour , il n'y en eut pas 
un qui ne voulût être Prince , aufîî 
bien que ces deux- là , & qui même 
n'alléguât des cauics effenticllcs de fes 
/ prétentions. 

Les Ducs &: Maréchaux de France, 
qui vouloient détruire la Principauté 
du Prince de Marfillac 6i de Mada- 
me de Ponts , difoient qu'ils étoienc 
les Grands du Roiaume , & qu'ils ne 
s'oppofoient point aux Tabourets fans 
Duchez qui venoient d'ctre-donnez; 
mais , qu'ils vouloient être traittés 
également & que leurs Enfans , avant 
qu'ils hériradcnt de la Duché , euC 
fent le même rang que celui qu'on 
venoit de donner au Prince de Mar- 
fillac, 

u 



i 



à l'H'iftolre à* Anne à' Autriche. 159 
La Reine , qui haiffoic le Prince 1645^, 
^c MarliUac , 6c qui ne fe foucioic 
gLieres de Madame de Ponts 3 écoii- 
toit paifiblemenc les plaintes des Gen- 
tils-hommes ; mais , comme elle 
ûvoic efperé par cette voie de rétablir 
la Paix dans fa Cour , cette rai fou 
Tobligeoit de foatenir ce qu'elle avoic 
fait. Un foir quelqu'un ( "^ ) de la "^ ^^ 
Compagnie lui par loi t de la rumeur ^°"^' 
qui le fliifoit contre les Tabourets, (jeuj-*^j. 
Elle répondit , qiton crloit toujours Jars. 
contre toutes chofes : que les Brevets des 
nouveaux Ducs , CjU'ells avolt faits il y 
avoh quelques années.Avolenî ftik ce rnS" 
me bruit : & que celui-là fer oh de rfiêwe, 
& s'appdiferoit auffi aiférnent que le pré^ 
Piler» Elle fe trompa j car j les grâ- 
ces des Rois 3 qui élèvent aux premiè- 
res Dîgnitéz du Roiaume certains 
Particuliers , peuvent bien donner de 
l'envie à leurs Egaux : mais , c'ell in- 
juftement j car il eft raifonnable que 
nos Maîtres puilTent choifir ceux qui 
leur plailent le plus pour les en gra^ 
tifier : au lieu que ce qui donnoit le 
rang de Prince étoit ertimc d'une na- 
ture toute différente , de ofFenfoit 

toutes- 



1 ëo Aie moires pôur ftrvlr 

% 64^ . toutes les grandes Mairons qui pou- 
voient fe former de pareilles préten- 
tions. La Reine connut en cette oc- 
cafion que les Rois ne peuvent pas 
toujours Faire tour ce qu'il leur plair, 
ôc qu'il faut qu'ils obier vent certaines 
régies : autrement ils tombent dans de 
grands embarras. 

Ce murmure commun dt naître 
enfin une Alîemblée de la Noblelîe, 
qui fut aflcz forte pour détruire les 
nouveaux Tabourets , ôc pour anéan- 
tir toute cette importante Négocia- 
tion qui venoit d'être faite. Le Mar- 
quis de Cœuvrcs , Fils du Maréchal 
d'Etrées , le Marquis de Leuville, 
Se quelques autres , propolérent de 
fe plaindre à la Reine , Ôc réfolurent 
de s'aQembler. Ils fe donnèrent un 
rencîez-vous chez le Marquis de 
Montglas y Grand Maître de la Gar- 
derobe , où fe trouvèrent dix ou 
douze Pcrionnes de qualité. Là fut 
propofé d'élire un Chef , qui pût 
propofer leurs raifons. Le Maréchal 
de rHopîtal fut celui qu'ils choi fi- 
rent pour cet Emploi. Il agréa vo- 
lontiers leur Prière ; car , il ctoit mal 
content de ce que quelques autres 

Ma^ 



i 



à l'Hlflolre â* Anne d'Autriche, i éî 
Maréchaux de France avoîenc eu des 
Brevêcs de Ducs , & que luî qui 
avoic autrefois bien fervi l'Etat . & 
qui étoit des plus anciens , n'en avoît 
point eu. Beaucoup de perfonnes de 
qualité fe joignirent à cette AfTem- 
blée : Saint Luc , St. Mégrin , Bran- 
cas 5 6c beaucoup d'autres , fans déli- 
bérer plus long-rems , y allèrent. Le 
même ' jour , ils furent trouver la 
Reine 5 qui étoit dans Ton Cercîe, 
fans rien fçavoir de leur delfein. Elle 
fut d'abord étonnée de voir la No- 
bleGTe en Corps , & un Chef à leui* 
tête. Tout ce qui remplilToit Tes 
Cabinets y ôc ceux mêmes qui étoienc 
de Tes plus Familiers , s'y trouvèrent 
comme les autres : le Commandeur 
de Jars y de Souvré , & les premiers 
Officiers de la Maifon du Roi , tous 
furent prefque de la partie. Ils 
étoient aflurez qu'elle ne fe foucioit 
pas beaucoup de maintenir des Grâ- 
ces qu'elle avoit accordées par politi- 
que 5 plutôt que par inclination , de 
crurent même avec fondement lui fai- 
re quelque elpece de plaifir. Com- 
me elle vît dans cette troupe beau- 
coup de ceux qu'elle affedionnoic le 

plusi 



I ^45^' 



2.{>i /Mémoires four fervlr 

1^49. piî-îs ,' elle la reçut avec douceur, ^z 
leur répondit feulement , qu elle avi- 
ferok à ce qu'elle avoît a faire. Leurs 
fupplicatîons eurent le fuccès qu'ih 
a voient efpere' ; c^eft à dire que leurs 
plaintes venant d'une caule , où elle 
ni fon Miniftre n'avoient nulle parr> 
ne lui déplurent nullement : & ceux 
qui les faifoient purent efpérer que, 
ces Tabourets , qui n^'avoîent été don- 
nez que par force , pourroient être 
agréablement révoquez par elle , fans 
que Mr. le Prince teut droit de s'en 
plaindre. Cette Nouvelle répandue 
dans Paris donna de la joie à tous 
ceux qui aîmoient Pordre , & le <\çiÇ- 
ordre. Les Sages trouvèrent qu'il, 
étoit jufte de s'oppofer à l'Ambition 
déiéglée des Particuliers ; & les autres 
fe réjoiiiiToient en général de la Ré- 
volte de la Noblelfe. Mr. le Prince 
fut blâmé d'avoir donné fa protec* 
tion à des prétentions chimériques, 
qui offenfoîent toutes les Pcrfonnes 
de grande qualité : Me. de Longue- 
ville ctoit attaquée de la médifance; 
& PAbbé de la Rîvicrre fut déchire 
par beaucoup d'invecSlives , menace, 
ÔC traité comme un Favori ^ que l'en- 
vie 



à l 'Hijlolre £ Anne d^Auirlche, iC^ "^ 
\îe faifoic hair 5 qui étoit de balfe 1^4^, 
«ailfance , & qui parmi quelques bon- 
nes qualicez eu avoit auiïi de mau- 
vaîfcs. 

Le lendemain , cette noble troupe 
s'allembla tout de nouveau , pour 
penfer aux moiens de fe foutenir. Ib 
ne vouloient pas que la home leur 
demeurât de fuccoinber en leur pro- 
jet , & defiroient que leur partie fui: 
fi bien fliîte , qu'elle ne put manquer 
d'avoir fon effet. Us ne trouvèrent 
pas-à-propos , fans cet avantage y d'of- 
fcnfer Mr. le Prince , & d'acquérir 
fa haine inutilement. Ils députe'rent 
donc huit d'entre eux y pour aller fa- 
luer le Duc d'Orléans , & le fu plier 
très humblement de confidérer la 
juftice de leurs plaintes. Les Dépu- 
tez furent St Luc , St. Mégrin, 
Manicamp , le Marquis de Cœuvres, 
Villarceau , FoiTeufe , le Ville , & le 
Commandeur de Souvre. Monficur 
leur répondit , que la Reine , &: Mr. 
le Prince , avoient voulu ce qui avoîc 
été fait 5 & que pour lui il n^^y avoic 
nulle part. 

De là , ils allèrent faliicr Mr. le 
-Prince y qui les reçut affez froiJe- 
- ment» 



1 6^ Mémoires pour fervlr 
164^. ment. Il leur dit que la Reine , & 
Monfîeur , étoient ceux , qui favo- 
rîfoienc cette Affaire ; que pour lui, 
il n'avoit que fa voix comme les au- 
tres , mais qu'étant engagé par beau- 
coup de raifons à la foutenir , il s'é- 
tonnoît > que fes Amis lui voulue 
fent faire ce déplaifir de s'oppofer à 
fes defleîns , par des tumultes di af- 
femblées publiques ^ qui lui atti- 
roîent la haine de toute la Noblefie; 
qu^il le fouffroit patiemment de ceux 
qui ne lui avoient point promis d'A- , 
mitié ; mais que pour ceux qu'il 
avoir crû de fes Amis , il ne leur 
pardonneroit jamais. Il avoit déjà 
prié le Marquis de Montaufier de 
s'en retirer , èc Boutteville auflî ^ qui 
avoit l'honneur d'êrre fon Parent, 
ôc ils l'avoient fait. Le Comman- 
deur de Souvré , après ce DifcourS, 
n'eue pas la force de réfiftcr à ks 
menaces , accompagnées de douceurs. 
Ils s'étoicnt tous obligés par Serment, 
tant pour les préfens , que pour ceux 
qui à l'avenir voudroient fe joindre 
à eux 5 de ne quiter jamais ce parti 
qui étoit fait pour foutenir les inté- 
rêts communs de toute la Noblelfe. 

Le 



à VH'jlolre d* Ame X Autriche, ic;^ 
;. Le^Duc de Bcauforc , qui aimoit 1^49, 
tout ce qui pouvoir brouiller la Cour^ 
voulant pldii-e à cette Alîèmblée , en- 
vola de (a paît un Gentil homme 
Ifur offrir fou Service , ou comme 
leur Chef, s'ils Peu jugeoient digne, 
ou comme Lur Compagnon pour en- 
trer dans tous leurs intérêts. Ils le 
remercièrent civilement , Se députè- 
rent quelques uns de leur corps pour 
lui en rendre grâces , fans vouloir 
accepter Tes -offres , parce qu'ils ne 
vouloient point de Princes ,& moins 
encore le Chef des Frondeurs , pour 
ne pas faire croire à la Reine , qu'ils 
cuilènt des pcnfées différentes de leurs 
innocentes actions. 

Dans les premiers fentiments d'em- 
portement & de colère que ceux qui 
compofoient cette Affemblée avoienc 
€us contre les Tabourets , quelques- 
uns de la Compagnie propoferent 
d'envoicr des Dépurez à l'Abbé de 
la Rivière ; pour lui dire le tort 
qu'il leur avoir fait à tous ^ en faifant 
agréer cette affaire à Ton Maître , con- " 
tre les intérêts de tant de pcrfonnes 
■de^ qualité 4 & leur deifein étoît de 
mêler à cet honneur quelques par v*s 

Tome IIL M offcncan- 



1 66 Mémoires pour fer vtr 
iî>4^. ofFençeantes : mais , fcs Amis dcrour-î 
nérent cet orage. Il leur dit , pour 
le publier parmi les autres , qu'il ne 
S^étoit porcé a cela , que par l'enga- 
gement qu'il avoit eu avec Miolleiis 
beau Frère de Madame de Ponts , à 
qui Monfîtur , à ce qu'il difoîr, 
avoit fait efpérer un Tabouret pour fa 
Belle-Sœur. La Grandeur de cette 
Dame étoit confi iérable à Mioiîens , à 
caufe qu elle avoit un Fils qui étoîc 
l'aîné de fa Maifon. Il leur dit en- 
core que Mr. le Prince de Conti , & 
Me. de Longueville aiant fait deman- 
der à la Reine un Brevet pour le 
Prince de MaiiîUac , il avoit crû de- 
voir fervir (on Ami en cette occa- 
sion ; mais' 3 que fî Mr. le Prince , 
en confidtration de leurs plaintes , fe 
rclâclioijc pour Marfillac , que volon- 
tiers il fupliroit fon Maître d'en faire 
autant à l'égard de Madame de Ponts, 
(& qu'il ne vouloir point pour des 
particuliers mécontenter le public. 

Mr. le Prince , fçachant fa Répon- 
fc 5 lui en fit des reproches , lui dî- 
nant qu'il lui mettoit toute cette Af- 
emblée fur les bras , ^ l'allura , de- 
riî pn riaiK , qu'illui feroic toûj<^urg 

fore 



i I* H' jtolre i Ame i Autriche, idj 
fcrr ^ glorieux de partager quelque ^^^ 
choie avec lui , quand même ce feroic 
la haiiîc de la Noblelle. Cependant, 
ce Prince , qui n\'toit pas aifëàctoii- 
lier , le fut un peu , quand il vit, 
qu'après les Déclarations qu1l avoit 
faites contre ceux de Tes Amis qui s'é- 
toient joints à cette Affembiée , peu 
^e ceux U quittèrent le parti. Il {c 
plaignit hautement de Gc-rië , qui, 
içachant le malheur qu'il avoit eu de 
lui déplaire , le fut trouver. II s'en- 
ferma avec lui , à ce qu'il me die lui 
même , & lui répréfenca que chacun 
s'ctonnoît comment pour un Ami de 
fa Sœur & de Ion Frère , qui n'étok 
nullement des fiens , il vouloit attirer 
contre lui la haine de tant de braves 
gens , & de perfonncs de qualité. Il 
me dit que Mr. le Prince lui avoît 
répondu de bon ton , Th as raifon, 
mon pauvrt Gerfe j mah , jefnts réfolit 
de ne me dgfumr jamais de ma Famille, 
Je connolî t^a force , cjuand je les al de 
mon coté j & tu^n^s quk choîfîr de md 
Colère , on de mon Amitié % Gerfé, 
qui ne vouloit pas perdre les bonnes 
grâces de c€ Prhicc , lui répondit que 
puifqu'il faloîc prendre parti , il quic- 
M i teroic 



2 é s Aiemàlres pour fervtr 
1/345). teroic la NobJefTe , ôc renonçeroft 
plutôt à la qualité de Gentilhonv 
me , qu^à ccrlle de fon Seivitcur ; ôc 
.comme il iVétok pas aimé , parce 
qu'il étoit d'an naturel biulque, 
qu'il éroit vain , railleur , 5c léger, 
ceux qull abbandonna ne l'épargnè- 
rent pas : ôc tous prirent cette occahon 
-de l'infulter à leur manière ordinai- 
xc y qui alloit au delà de la juftice 
que les honeftes gens fe doivent les 
X3ns aux autres. Je ne veux blâmer 
ni aprouver les railleries qui fe firent 
contre Gerfé ; mais , on le pou voit 
défendre en cecte occafion , ou il 
préferoit l'Amitié d'un grand Prince 
a un intérêt public , qui auroit été 
une grande chofc à un Romain , <Sc 
de petite confidtration pour un Fran- 
<;ois ; mais , il faut avouer auffi que 
Çerfé, quafi en toutes les aérions de Çx 
vie , a pu être blâmé fans injufticcj 
parccquc , manquant de jugement , fa 
conduite a été defedueufe en toutes 
chofcs. Dans l'attachement qu'il a 
£\\ pour Mr. le Prince , il n'a que 
jtrop fait voir cette vérité . puifqu'il 
fut canfe en quelque manière de 
t?e,^icoup de maux , cjui fans lui ne 

fci'oieni: 



a l'H'flolre d' Anne d'Autriche, i ^9 
feroienc pcut-êcre pas arrivez à ce i<?45» 
grand Prince. 

Les Piinces s'alfeaiblérenc au/ïï a 
l'Hôrel de Chevreafe , parce qu'ils 
éroient choqués de ce qne le Duc de 
Boiiiilon , <Sc le Maréchal de Tureii- 
ne fou Frère , voMloîenc prendre cet- 
te qualité. Les véritables Princes vou- 
lurent s'unir à la Noblefle , pouc 
s'oppoicr à l'élévation de cette Famil- 
le , & à ceux qui par des intrigues 
vouloîent fe mettre de leur rang. Le 
Duc de Vendôme fut député pour 
aller informer le Reine de leurs def- 
feins , & la fu plier très humblement 
•de ne point trouver mauvais qu'ils 
travaillalfent à conferver les avanta- 
ges que leur Naiflance leur donnoit. 
Cette AfTembléc ne déplut nullement 
au Miniftre : il voioit avec joie que' 
Mr. le Prince de Conti , &: Me.^ de 
Longueville , Protecteurs du Prince 
de Marilllac , Monfieur le Prince 
proredeur de Mrs. de Bouillon , & 
l'Abbé de la Rivière , de Me. de 
Ponts , alloient être haïs des Princes, 
& de la Nobleife \ &c foiihaitroit qu'on 
pût mettre de l'oppo^rion à des chi- 
mères y qui ne pouvoicnc aoporrer 
M 3 c]^ue 



2 " O Mémoires pour fervlr 
l^4p. que du trouble dans la Conr. La 
Reine , qui d'abord avoir vouUi par 
prudence maintenir les Tabourets, 
luivanc ^on inclination , &: les Senti- 
mens de Con Miniftre , montra auflî- 
tôr de ne point de fa gréer re qui (ê 
faifoit, , & les Toirs a ^on coucher, 
elle foî^fFroif que ceux qui étoic^nt les 
plus animc2 contre l^s faax Piinccs 
lui parîaiTtnt librement contre eux. 

Les Pnî 'tiques difoient que la Reî- 
îie devoir prendre cette occafion poiir 
attirer ^ elle route la Nobk(îc , en- 
la favorifânt oiivertemei.t conrre }Ar^ 
le Prince ; mais , le Cardinal , qui ne* 
vouloit pas l'ofFenfcr , gardoit le 
filence ; & croianr que fa retenue ne 
pouvoit produire que de bons effets 
pour lui , il fè tcnoit en repos , & 
faifoit bonne mine à tous. Il fallut 
en effet que Mr. le Prince revint à la 
Heine , & par la même raifon le Priiv 
ce de Conti / & Me. de LongueviU 
le 5 furent aufïi conrraints de recher- 
cher à lui plaire , & de demander dit 
fecours à fon Miniftre afin de k 
pouvoir garentir de cette haine pu-», 
blique par la Protedion Roialc. 
Après pluficurs Négociations de leur 

part. 



a /^ fl' (l ire d' Anne d' Autriche. 1 7 1 
pan , le Prince de Conci q'ii n'a- ^49^ 
vo't po"nc encore paru entièrement 
réiini a la Keîne , réfolut enhn de 
$'accomoJe^• avec le Cardinal , ou du 
moins Vcn faire le femb'anc. Le 
Duc d'Orléans le préfenta à la Rei- 
ne , lui répondit de fon afFedioii au 
Service du Koî y l'aifùra qu'à l'avenir, 
il feroit tout- à fait des Amis du Car- 
dinal. L'Abbé de la Rivière , aiant 
inénagé route cette lîâîfon , par celle 
qu'il avoit voulu prendre avec Me. 
de Longueville , fut caufe que fon 
Maître voulut ctrc le Médiateur de 
cette Paix ; & la Réconciliation pa-» 
rut y félon les paroles qui fe dirent de 
part & d'autre , devoir être très (in- 
cere & durable : mais , ces fortes de 
perfonnes n'ont pas accoutumé d'Cilr- 
mer la fidélité , ni d'en faire une ver- 
tu ; & pour l'ordinaire , la diflî- 
inulation eft une de leurs plus belles 
qualitez. Me. de Longueville fut 
de la partie en ce racomraodement , 
qui n'étoit à Ton égard qu'une con- 
firmation du premier. Le Cardinal 
lui fit faire de grandes Protcftations 
^c fervice , & cette Prî nceffe de fon 
€Ôté lui promît fon Amitié & lui fit 
M 4 dire 



î 7 i Afemolrtf pour fervîr 

dire qiiMlc vouloit être de Tes A. 
mies ; qu'elle ne fe meleroit plus d'au- 
eune choie qui put être contraire à Tes 
intcfréts ; & qu elle ne vouloit plus 
de plaire à la Reine par aucunes à& 
fes allons. Elle fut en eifet quelque 
tems 5 qu\lle difoit elle-même publi- 
quement qu'aiant fait ce qu'elle avoit 
pu pour chafler le Minillrc , les diffi- 
cultez l'en a voient dégoûtée ; qu'el- 
le étoit laflTe de Pintrigue,& qu'elle ne 
voulait plus penfcr qu'à fe divertir.Cet* 
tu union de la Famille Roiale devoft 
préfager quelque repos; mais le feul ef-< 
îet qu'elle produifit fut défaire différer 
le Mariage du Duc de Mercœur. 

Le Duc d'Orléans , pour éviter lai 
haine de la Nobîeffe ^ fe réfolut d'a-^ 
feandonner les Tabourets. Son Favo- 
ri y confcntît , parce qu'il aimoit. 
mieux fe confcrver des Amis dans le- 
Roiaume , que de fervir MioiTens tout 
feul & Me. de Ponts. Il aimoit 
la Dame , comme une Perfonne qui 
lui pkifoit 5 ou qu'il eroioit utile. 
à fes intérêts , & Mioffens com- 
me un honnête homme , & comme 
fon Ami ; mais , il fe confidéroit 
trop lui-mcme , pour bazarder fa for- 



tune 



à VHlflolre et Anne d'Autriche, 27 5 
tune afin de leur plaire. Le Duc 1(^45? 
d'Orléans témoigna donc à l'Alfem- 
blée des Nobles , qu'il ne vouloir pas 
les deibbliger , ni en Corps , ni pas 
un en particulier j & fit en cela ce 
que la Keine eût pu faire elle feule , 
afin de les gaigner tous. Elle fut ar- 
rêtée en cette occafion par les fines 
circonfpcdions du Cardinal , qui 
étoit pcrfuadé que la fouffrance étoic 
alors néceiraire à fa confervation , 
qu'il confidéroit autant que celle de 
l^Etat. ^ 

Le Parlement , malgré les vaca- 
fions 5 ne laillbit pas de donner toû-- 
jours quelques petites marques de fa 
lîiaavaile volonté. Il continuoit de 
protéger les Bourdelois , dont la Ré- 
volte prenoit de nouvelles forces , 
plutôt , que de diminiier. Beaucoup 
de gens raifonnables difoicnt , que le 
Duc d'Epernon , naturellement via- 
lent , s'ëtoit attiré la haine de ces mu- 
tins avec quelque fondement, & qu'ils 
n'étoient pas tout- à-fait coupables de 
lui réfider, en demendant un autre 
Gouverneur. Selon les Loix de Té- 
quité de de la juftice , nos Rois ne 
doivent- pas donner des Tirans a Icnirs 
M y Peu* 



i 74 Afemoirfs pour fer vif • 
i545?. Peuples pour les gouverner .-ils font 
leurs Pères 3 au (îî bien que leurs Maî- 
tres 5 & doivent les gareinir de l'op- 
preflîon & de la malice da eeux quîi 
les commandent > fous leur Autori- 
té. Mais 5 il eft vrai q-ue cette Ville. 
a toujours été icditienie &: mutine ^ 
^ que fes habitans éloignés de la 
Cour 5 & qui ont long - rems ©béïs, 
aux Loîx Angloifes , font facilement 
excitez à la Révolte. La Reine , &; 
fon Con feil 5 depuis quelque tems ,, 
avoicnt jugé à propos d'y envoler le 
Maréchal du PleiTîs , pour apporter, 
quelque remcdc à leur defobéïirance ;, 
maïs 3 comme il reconnut l'état àts 
Efprîts 3 il écrivît à la Cour , qu'il; 
avoit trouvé les Affaires en fi mauvais; 
ctat 3 qu'il ne les croiôit point reme- 
diables, , que par une puifTante Ar-- 
mée , qui pût donner au Duc d'E-. 
pernonle moien de fe vanger pleine*- 
ment. îi manda de plus à. la Reine ,, 
qu'il n'avoit pas trouvé à propos d'y,- 
cntrer^,^ parceque les Bourgeois n'à-- 
voient: pas voulu faire cefiation d'ar- 
mes pour le recevoir. Les Bourde-- 
loîs en, effet, avoient menacé de Tllc p, 
tieiitenant des. Gardes du Corps > 

qiii- 



a l'Hîjlolre d^Ame et Autriche, 273" 
qui peu auparavant avoît été porter i C\^< 
au Parlement quelques ordres de la 
part du Roi , de le lapider ; ce qui 
faifoit voir clairement le Defordre de 
la Révolte de cette Province , & le 
peu d'inclination qu'elle avoit à la 
Paix. 

L'AfTemblée de la Noblefle contî- 
tiuoit 3 & devenoit formidable à ceux 
même à qui elle ne déplaîfoic pas. 
Ceux 5 qui en étoient les principaux 5 
propofércnr d'envoier par ks mai- 
fons 5 faire figner tous les Gentils* 
hommes , qui pour lors fe trouve- 
roient à Paris j mais , ce deffein ne 
fe put exécuter , pour beaucoup de 
difficulcez qu'ils y trouvèrent. Le 
Prince de MarfiUac s'en étonna, il- 
crut qu'il ne pouvoit plus foutenîr fa- 
prcrention , fans cmbai-afTcr Tes Pro- 
tecteurs & fe réfolut de montrer en 
apparence qu'il la vouloir abandon- 
ner jufques à une autre conjondiure. 
Il communiqua fa penfée à Miolfens , 
qui parloit pour Me. de Ponts , & 
^us deux (ans montrer de fcntir les 
déclarations que le Duc d'Orléans 
avoit faites,, contre eux , allèrent Is 
|rouv€ra.6c lui dirent qu'ils étoient 
M 6 ri^ 



xjG Mémoires pour fer vlr 
x645.réfolus de ne le plus importuner de- 
leurs intérêts. Ils le remercièrent très- 
humblement de la bonne volonté' 
qu'il leur avoir témoignée , ^ le fu- 
pliérent de n'y plus p en fer. Le Prin- 
ce de Marfillac , par le Confeil du 
Prince de Conti , & de Madame de 
Longueville , alla trouver Mr. le- 
Prince , à qui il en dit autant , avec 
des fcntimens accompagnez d'unt re* 
eonnoififance plus particulière. Mr; 
le Prince n'aprouva point ce defTein i, 
& ne pût confcntir à ce dcfiftement ,, 
ce qui ne déplût pas à Madame de 
Longueville ; car y elle avoir eu in^- 
tention que ce compliment attirât, 
cette réfiftance. La Famille tintconj- 
i^eil là-deflus , & cette Princcfle y fit 
conclure même par la Princefle /a. 
Mère 5 que Mr. le Prince devoir fou- 
tenir cette Affaire. Il le fit donc ^ 6^ 
Mr. le I rince crût qu'aiant montre 
de la dc/îrer , c'étoit allez pour To* 
bliger à. ne fe plus relâcher , puifque 
l'intérêt de fa gloire étoit mêlé dans> 
ceux du Prince de Marfillac. Selon 
ce Sentiment, il lui ordonna d'aller 
tout de nouveau chez le Duc d'Or^ 
leanSylui dire qu'il avoit fçû qu'on 

avoir 



a l'Hîfloire â*A)ine ^Autyîche, lyj 
avoir imputé à foibleire la réfolurioii 1649... 
c]u'il avoir faite de quîrer cerre En- 
crcpiife i & que fe rrouvanr ci^gagc 
d'honneur à la foutenir , il le fup- 
plioîr très humblement , de lui re- 
donner fa parole & fa protedlion. Le 
même jour , il fit fçavoir à MiolTèns 
ce qu'il avoit fait par ordre de Mr. 
le Prince , & le pria de continuer Tes- 
Sollicitations envers le Duc d Or- 
léans y ôc particulièrement avec fon 
Favori , Protedeur de /a chimère ,. 
comme Mr. le Prince l'étoit de la- 
ficnne. ils firent enfin tous leurs ef- 
forts pour empêcher que leurs Ta-* 
bourets ne fu'Jent détruits ; mais , 
cette opiniâtreté fut bien-tot vaincue' 
par la continuation de l'Airemblée ,. 
ôc par les forces qu'elle prenoit à tou- 
tes les heures du jour. 

Le quatrième du mois d'Octobre ,. Le 44 
le Maréchal de l'Hôpital , qui corn- OcIoh 
me j'ai dit en ctoit le Chef , préfenta^^^' 
à la Reine un Mémoire de la part de 
ce Corps , où toutes leurs Raifons 
étoient exactement écrites. Par les 
demandes qu'ils fiiifoient , il étoir 
aifé à juger que cette Affaire alloic. 
devenir une chofe. de grande confé-» 

quencee. 



£ 7^ Mémoires pour fervlr 

l^ip. quencc. Pluficiirs Efpnrs bronîllons* 
s'y croient mêlez trop avant avec des 
delTciiis dangereux à l'Etat , ôc au; 
Miniftre en fon particulier. Les 
grands Seigneurs , ôc les bonnes têtes, 
eommençoient à parier de réforma- 
tion fur tous les abus qui s'étoient 
glKfez dans le Roiaume. Certaines 
gens', qui font des Brutes, & des- 
CafTics , Amis de la Liberté , & par 
Gonféqucnt oppofez au Pouvoir des 
Favoris , &' plus encore à la Monar- 
ehie , demandoient la Gonvocatioir 
des Etats , ôc que les Defordres qui 
ie commettoient contre les Loîx de 
l'Etat fulTent remédiez par cette 
voie. Ces Propoilrions , qui fervent 
toujours de prétexte à PlnfiJélité y 
épouvantèrent le Duc d^Orleans , Mr. 
le Prince , ôc le Miniftre ; car , ils 
ne vouloient ni les uns ni les autres 
pafler par la Réforniation. On ré- 
folut au Confeil de leur lailfer efpé-i. 
i?er la Révocation de? Brevets dont 
l'Aifea^biée fe pla'gîioit, ôc le Duc 
d'Orléans 5 en fortant de chez la Rei- 
ne , dit tout haut ce jour-là 5 qu'on 
remc'tcroit l'Affaire a la Majorité. 
Malgré cecte Réfolution , le Duc 

de 



a VHijlolre d'Anne d'Autriche, ijc^ 
de Vendôme fut Député de la parc 16^^^ 
des Princes y vers l'AlTeipblée des 
Nobles, Il y parla, avec éloquence 
^ vigueur , 6c repréfenta Tinréréc 
commun tant des Princes , que des 
Gentilshommes » de s'oppofer aux 
Dcfordres qui s'éroient glilfés depuis 
quelques années dans la Cour. Il fe 
plaignit de la prétention du Duc de 
Bouillon 5 ôc du confentement qu'il 
ièmbloit avoir obtenu en fa faveur ^. 
Ôc les pria tous de s'unir avec eux 
pour leur deffenfe commune 5 pro- 
mettant aufïi de la part, des Princes y 
d'en faire autant pour eux , 6c pour 
cous les intérêts de cette nature. Il^ 
le reçurent 5 (5c lui donnèrent la pre- 
mière place : pui^ , après avoir déli- 
béré fur fa Requête ,- ils réfolureur 
d'accepter l'Union , aux conditions-^ 
qu'elle leur étoit demandée , c'eft-à* 
dire de s'oppofer à la qualité de Prin- 
ce que le Duc de Bouillon deman* 
doit comme Souverain de Sedan , ÔC 
à celle de Me. de Ponts , Si du Prin- 
ce de Marfillac. 

Les Gentils- hommes députèrent: 
quelques-uns d'entre eux pour al err 
sjemercicr les Princes de Fhonneur- 

qu'îisN 



i8o Mémoires pour fervlr 
qu'ils a voient reçus , 6c les Princes 
leurs donnèrent la main droite. ^ &" 
les furent conduire jufques à leurs Ca- 
roflTes. Ils firent tous enfemble uir 
Concordat qu'ils iignérent , par ou 
ils fc promettoient réciproquement ,^ 
affîflrance , & protedtion , & promi- 
rent de ne fe point defalîembler , que 
la Reine ne leur eut accordé leurs 
Demandes, ll^ entendoient par là 
ia Réformation de cous les Abus de 
cette nature , faits depuis la Régence. 
Elle regardoit , non feulement le Duc 
de Bouillon , le Prince de MarfiUac , 
& Me. de Ponts ; mais aufîî Me. la 
ComtcfTe de Flex , qui déjà étoit en' 
polfedion de cet honneur par les rai- 
fons que j'ai déjà dites. Les plaintes 
de la Nobledc la mirent au rang des' 
griefs dont l'Airemblée fc plaignoit , 
Ôc la qrace qu'on avoit accoricc à la' 
Fille en confidcration de Me. de Sé- 
nécé y fa Mcre , dont le fang de Foix 
avoit été le jnftc prétexte • fut révo- 
qué par l'importante raifon du Bien" 
pub'ic. Us firent aufîi des plaintes' 
de ce que la Reine avoit donné le 
Tabouret à Madcmoifclle de Mont- 
bafon : la Grandeur de la Maifon de 

Ro- 



à 



a /' Hljîoire d' An ne et Am nche . i S^ r 
Rohan ne les en empêcha pas Ce- i(345?\ 
toir la vouloir priver d'une chofe 
dont elle étoit en podeiTion depuis 
long-tems , & cet article penfà trou- 
bler toute la Cour. Ils parlèrent au (II' 
contre Me. de la Tri mouille , qui 
avoir le Tabouret , non Teulemenr 
pour elle , qui le devoir avoir com^ 
meDuchefTei mais pour Tes Filles, 
qui ne le poavoient poiféder à ce 
qu'elle difoit qu'en qualité de Prin- 
celî'es , puifque les Filles de Duc ne 
t'ont pas. 

Le Duc de la Trihiouille portoit 
le Nom de La Val , qui eft illuftrc , 
mais qui ne le faifoit point Prince. 
\ Cette prétention de Principauté étoit 
I fondée fur ce qu'un de leurs Ancê- 
. très de leur Branche de Laval avoir 
; époufé THéritiere du Roiaume de 
I Naples & d'Aragon. Ils difoient a- 
i voir droit à cette Couronne , qui 
' pourtant avoir été donnée par Fréde- 
: rie d'Aragon Père de cette Fille par 
A6le authentique au Roi de France ; 
Se nonobitant cette Donation , ils. 
foutenoient être devenus Princes , 
étant fortls d'un Souveraine ; particu- 
lièrement , depuis que dans l'Adem- 

blis: 



iSi 7i4emoî ef pour ff'rvlr 

1^4.9. f'iéc de Munfter, leur Dioir y avoir été 
repréfetiréau Nc>nre,6cà l'Ambaiîadciiu 
de Veii'Te. Le Comte ^e Servîen ayanc 
cet ordre du Koi de favorifer ccce Fa- 
mile aman; i.yx'\\ L- pourro'c faire, faiisi 
choquer L?s Orots de la Couronne,or^ 
donna à mon Frère , qui écoîr auprès 
de lui & que* le defir de voyager 
avoic conduit en ce lieu , d'expliquer 
aux Médiareurs Ic*^ raifons qu'elle avoit 
de fvj déclarer fur cette haute préten-.- 
tîon. Il le fit , ^' protc fia anfîî con- 
tre tout ce qui pourroît fe faire , qui 
leur aui oit pu erre contraire. En mê- 
' me rems , Monfîeur Servien protefta- 
auflî 5 que ce qui en ce fujet , fe faî- 
foit pour gratifier le Duc de la Trf* 
mouille , ne pourroit être d'aucun 
préjudice au véritable Droit du Roî.. 
Toutes ces chofes ayant été propofées 
par cette AfTemblée ^ la Cour étoit 
prête d'en recevoir de grand î trou-» 
blés 5 Ç\ elle eut continué davantage. 
Montréfor &: le Comte de Bethune ,. 
ctoîent des gens entêtez de leurs opî^ 
nions, &" capables d'avoir des dclTeins 
fâcheux. Us voulurent faire recevoir 
flans cette AlTcmblce le Chevalier de^ 

Gui* 



k l'Htjlolre à' Anne â* Autriche, i S 5 
Gnife 5 en qualité de Gcntilhoirme, 1(3451* 
àdcficiii d'incroduiie un Piiucc j. armî 
eux 5 qui aî.roir peut être pu (eivirà 
faire naîrre de nouvelles Biouilcries. 
Ainfi 5 tout etoit à craindre de cette 
EnioJon \ de cela Fut caufe que U 'Mi- 
nière , quand il en vit les conféqnen- 
ces , fouha'ta ardemment de la faire 
Énfr. L'Airrmbléc refufa le Ch'.'va- 
lier de Guife , & réfolut en même 
tcms d'envoyer des [dépurez vers le' 
Clergé 5 pour le convid de prendre 
part à leur Caufe commune jVii qu'il 
fc tr »uvoit dans leur Corps beaucoup 
de P.rQ)imes de Condition , qui 
avoîent auranc de fujet qu'eux , de ne 
pas fouffrir que ces Prérogatives fuC» 
fent accordées C\ Icgéicment à leurs 
femblables. Le Chevalier de la Vie- 
villejC^^ Laîgue , qui avoien: été choi/îs 
pour cette Députatîon , fçachant que 
cinq ou fix Evêques dinoient ce jour 
là chez l'Archevêque d'Ambrun . les 
furent trouver , pour s'acquitter en- 
vers eux de leur Commiffîon. La 
plupart de ces Prélats ne penfoîent 
qu'à faire bonne chère ; mais , le 
Coadjuteur , qui étoit du nombre , de 
qui avoit fait infpirer es defleln à l'Af- 

fcm- 



1^4 Mefno'res pour feyvir . 

femblée , témoigna fouhairer , que le^ 
aiure.'^ entralîcnt dans les ii tcrécs de la^ 
NobîefTe, Le delir d'une Faulle gloi- 
re qu'il s iniaginoît reç voir par le- 
bruit de re«. intrigues , lui Faîfoit cm- 
braiTer avec joye toutes les occafions- 
oàilpourroît faire parler de lui. Aînfi' 
tous rék lurent de s'airembier aux- 
Augudins 5 pour aviier à ce qu'ils- 
avoîent à répondre aux Députez. Ils 
prirent jour pour cet effet , afin d'en- 
^çagcr leurs Confrères à ce même AçÇ-- 
iein.La Reine fçachanî leur réfolution' 
envoya quérir les Evéques , & leur 
^ir qu'elle vouloir contenter la No-- 
bleîTe fur toutes leurs Demandes , & 
qu'elle avoit voulu leur faire part de* 
fès delleins, afin qu'ils ne penfafrent 
point à s'aifembler , puiique l'Affaire 
lî'étoit plus en état que la Nobleflc' 
pût en avoir aucun befoin. Les Evê- 
ques firent fçavoir à l'Alfemblée les» 
promelTes que la Reine leur avoir fai- 
tes de la fatisfaîre , & le refped): qu'ils- 
étoîent réfolus de lui rendre , obéif- 
fants au commandement qu'elle leur 
avoit fait. La Nobleilc n'en fut pas- 
contente 5 & toute cette AfTemblée 
nuumuia contre eux ;, avec autant de i 

haii^ 



îiaureiir , que s'ils eudent tous ctéi^^c^^ 
chacun en particulier les Mutres de 
TEtac. Si le C'ergé fe fur joint avec 
eux , le PaïknienL y aurcût peut être 
pris part , & quafi fans y loi^gcr les 
Etats fe feroltnt trouvez formez. ' 
Cette audace s'augnicntoit en eux à 
îiiefurc que leur Corps grofîîflfbit \ Se 
plus elle continuoit , 6c plus elle fe 
xendoit puiilante. 

Les Ducs réfoîurent de s'anTemblec 
comme les autres , ôc députèrent le 
Maréchal de Schomberg Duc d'Al- 
luin vers la Noblede , pour leur de- 
mander l'Union réciproque , tendante 
à la conftrvatîon de leurs Dignitez , & 
à la Siipprcffion des grâces qui fe fai- 
foient fans fondement à leurs fembla- 
bles : puis , il en vint rendre compte 
à la Reine , dont l'inquiétude com- 
anençoit à devenir trop forte , pour 
lailTer plus long-tems cette Affaire fans 
remède. On tint un confeil pour avi- 
ser aux moyens de la finir entière- 
ment. La réfolution y fut prife d'en- 
voyer à TAflemblée quatre Maréchaux 
<le France , lui iiguifier autentîque- 
ment les volonrez de la Reine , ce 
^ui fe fit le lendemain avec toute la 

gra- 



l8 6 Mémoires pour fèrvlr 
téi^, giavîtc rcquifc en telle occafîon, 
Cjmme l<;s Nobles propololcnt de 
dép icer loiu de nouveau vers le Cier- 
ge , pour le forcer de s^'incéreder en 
leur Caufe , on leur vint dire que les 
Maréchaux de France vLnoient les 
vilîter de ki paît de la Reine j ôc quoi 
-qu'ils fçeuiîeni: déjà qu'ils apporcoienC 
tout ce qu"'ils avoieut demandé , ilsx)e 
îaiirérenc pas d achever tumultuaîre- 
mène leur Délibération : cSc les mal- 
inrcncionnez furent quafi fâchés de ce 
qu'on les craircoic Ci bien. 

Le Maréchal d'Errées , le Maréchal 
ÛQ Schombcrg , de THopital , 6c de 
Vnieroi , étant entrez dans l'Ali em- 
blée , y prirent la place qu'ils dé- 
voient occuper , comme Chefs , ÔC 
Préfidens de la Noblede. ils lignè- 
rent d'abord le Concordat fait entre les 
premiers Gentilshommes qui avoienc 
commencé l'Alfembléc : puis , le plus 
ancien , & tous quatre enfcmble , par- 
lèrent à la Compagnie de la part de 
la Reine. Ils dirent que Sa Majcfté , 
ayant eu égArd à leurs très humbles 
fupplicatîons pour leur témoigner la 
bonne volonté êc l'elh'me qu'elle 
faifoit d'un Corps fî célèbre , elle 

aYOÎt 



a r H'flolre d' A^ne â'Jutr 'che, 1 8 7 
tvoic bien voiilii les envoyer affûrei- 1(^4^; 
par eux qu'elle rcvoqnoit les Tabou- 
rets du Prince dj Marlîllac,5c de Me.de 
Ponts , <Sc l'Enaée du Louvre au Prin- 
ce de Marfi lac ,• qu'elle leur proniec- 
toic qu'il n'en feroit jamais parlé , & 
qu'elle leur permectoit de s'aflembler 
tout de nouveau , il elle ne leur te- 
iioit pas la parole qu'elle leur don- 
îioic ; qu'à l'égard de la Com-rcife de 
Flcx , elle leur déclaroit , que c'étoit 
feulement à ia pcrfonne , & en confi- 
^ération des Services qu'elle avoit re- 
^us de Madame de Senecey Ql Mère, 
quelle lui avoit accordé cette grâce, Ôc 
point du tout à fa qualité , ny aii 
îang de Foix ; que néanmoins , pour 
lie les point inquiéter , elle lui ote- 
roit auffi le Tabouret ; que pour ce 
>qui regardoit le Duc de Bouillon, Sa 
Majcfté leur promettoit encore de ne 
lien innover en fa faveur , & qu'elle 
îie lui donneroit point les prérogatives 
^Li'il demandoit , quoique fon inten- 
tion auroit été de les lui accorder, fans 
leur confidération. Les Maréchaux de 
france leur offrirent de leur répondre 
des promeflTes de la Reine , en leur 
%nant eux mêmes qu'elles s'éxécutc- 

roieiît 



2^8 Mémoires pour fer vIy 
jS^c), roienr. On peut voir par la Reponfè 
de la Reine , qu'elle etoîc déterminée 
k donner au D.ic de Bouillon les hon- 
neurs qu'il demandoit , étant perfua- 
dée qu'elle ne les lui pouvoir rrfufer, 
après que le Pape les lui avoit accor- 
dez 5 8c que cette réiolution hu retar- 
dée avec deOein de reiîc(3:uer quand 
elle en auroit le pouvoir. 

En fuite de cette favorable Haran- 
gue 5 il fut conclu j qu'on envoieroic 
vers les Princes , pour fça voir s'ils 
étoient contens , &c réfoLrent de ne 
point accepter les grâces que la Reine 
leur faifoit , avant leur Réponfc. Le 
Duc de BcauFort en même tems fe 
préfenta à l'Alfemblée , qui vcnoit de 
la part des Princes , pour prier la No- 
blelfe d'avoir égard à leurs Intérêts* 
Il y eut de Tembarras fur le rang qu'on 
lui donneroit , les Maréchaux de 
France étant à la Place qu'ils dévoient 
nécelfairement occuper. Il fut réfolu 
qu'il parleroit debout , & qu'il fcroîc 
écouté en la même manière. Ils dé-* 
putérent aufîî vers les Ducs pour les 
remercier Se Içavoir leurs volontez. 
Les Ducs donnèrent place à leurs Dé- 
putez après le premier Duc. 

M. 



' ^iHljlolre à* Anns <t Autriche. iJ^p 
M. LePrinœ , en mauvaife hu- 1^45. 
■ fîaeur de lyavoiu pas réuiîi en cecte 
Affaire , propefa dans le Gonfeil da 
Roi d'orer à tous les Piinces Etran- 
gers le Privilège qu'ils ont de fe cou.. 
vr:r devant le Roi-^, quand il vient des 
Ambafladeurs. Le Duc d'Orléans s'y 
oi^pofa 3 à câufe de l'intérêt qu'il pre- 
noic à u Maifon de Loraîne , grande 
jeneifct , & une des plus anciennes 
? SoLiverainecez de rEurope. 

Les Brouillons de PAfïemblée 
voulurent en piéfence du Maréchal 
d'Etrces attaquer les Brevets que la 
Reine avoit donnez dans les prémie- 
»T. années de fa Régence , à lui & à 
d'autres , 8i voulurent lui perfuader 
q^i'ils étoient compris dans les pro- 
mcllesqae la Reine venoit de faire 
par la boud^ie. Cette malicîeufe Pro- 
po'KÎon caufa une grande rumeur , Se 
ie xViaréchal a Etrécs , tranfporté de 
colerc , quitta l'AfTc-rablée , difanc 
qu'il éfoit injufte aux François de crier 
contre les Dignitez que les^Rois feloa 
leur coutume , & les Loix de l'Etat . 
ipeuvent faire aux Gentilshommes l 
3c que tous avoient intérêt à les fou- 
-enir 5 puifque tous dévoient efpére;: 
Tom IIL N tue 



ijo Memmres four ffrvlr 
y par leurs Services , & la faveur , d'en 
''^^" avoir leur part. Après ce bruit, tou- 
tes les difficultez fe terminèrent a 
trouver de la fureté dans les paroles 
de la Reine , & après beaucoup de 
Dépurations faites de part & .d'autre , 
trop longues à remarquer en détail , 
tous conclurent à demander un Bre- 
vet à la Reine, figné d'Elle, & des 
■cuatre Secrétaires d'Etat , ou notoi- 
rement let>uc de Bouillon fût excms de 
fes démandes , afin de fatisfaire les 
Princes >& que les autres Gfaccsre-^ 
voquées en faveur de la Nobleffe de- 
meurartént annéanties. Il y eut des 
gens mal intentionnez , qui demandè- 
rent outre le Brevet une Déclaration 
du Parlement ; mais , les fages voiant 
que cette chicaonerie procédoit d'une 
mauvaife caufe , réfutèrent cet avis , 
le trouvant honteux au Roi & a eux. 
La Reine , voiant que cette Aflcm- 
blée dégéneroit en quelque choie de 
fâcheux , réfolut d'y envoyer les Ofti-' 
cirrs de la Couronne , & toutes les- 
Perfonncs de Qi^alité attachées au^ 
Roi . à Elle , & au Duc d'Orléans , 
& ;, Mr. le Prince = dont quelques- 
*ms «'çtoient retirez . voiant qu'on- 

paiioit 



^ l^Hlftolre iAnne ^Autriche. 19 i 
prloïc de réformer les Abus de TEtat , 
Beaucoup d'autres auffi , à caufc de '^^^• 
Mr.lePrihce , qcii jufqu^alors avoit 
protège ^affaire des Tabourets com- 
me liemie , Pavoient déjà quitée ; 
«lais, enHn, il fallut qu'ils y retournaf- 
cnt pout y fervir de baricades contre 
ifs Miitins. Ce gros amas de tant 
de Perfonnes de qualité , qui avoient 
<ie la puiffance par leurs Dignitcz, & 
par leur Naiifance , Remporta fur la 
Troupe féditieufe , ^ fut caufe que la 
Rdolution fut prife dans PAHembiée 
d'en demeurer au Brevet conçu dans 
\^s termes qU^ils le demandoient. On 
conclut enfin , qu'ils remercieroient 
très humblement la Reine des bontez 
quelle avoit eues pour eux , & qu^iis 
lelepareroient tous fans parkr d'a^ an- 
tage de jondion. Ils cnvoieient auf^ 
il remercier le Clergé , qu'ils a- 
voient forcé de s'aOèmblcr depuis 
leur refus ; mais leur Aifcmblée , 
pour ne point déplaire à \2i Reine, 
^etoit faite chez le Minillre Le 
Maréchal de l'Hôpital . pour avoit 
«e leur Chef, eut une promellè fe-^ 
erete d'un Brevet de Duc ; mais, n'a- 
yaut fça faire, dans le Poftc 011 il ctoit 
! N z Gou^ 



z^t Mémoires pour fervîr 
164p. Gouverneur de Paris, alîèz de bîem, 
de avoir eu quelque pent<2 au mal 
cette prcmefse fut fans effet. 

La feule chofe , qui refloît indécî- 
fe a fut l'Affaire de Mademoifelle de 
Monrbafon. Comme ce Tabouret a- 
voit c'té attaqué pendant les rumeurs 
de TAffemblée , Mr. le Prince, 6c Me. 
de Longueville , qui la haïnoîent , fi- 
rent remettre cette queftion en difpu- 
ce. Elle étoic alTez difficile à juger; 
car les Filles de la première Branche 
de la Maifon de Rohan avoient cejc 
avantage du tems d'Henri ÏV, comme 
aiant l'honneur d'être de \t% proches 
Parentes. La Princeffe de Guemné , 
lorfqiï'elle époufa le Prince de Gueme». 
né Fils aine du Duc de Montb*- 
fon 5 qui croie auflî bien qu'elle de la 
jMaifon de Rohan , fans être ni Prin*» 
ceiTe ni DuchefTe , eut le Tabouret en 
fe mariant. Elle obtint cette Préroga- 
4:îye , dans un tems que la Reine Ma^ 
riç de Médicis , qui n^étoic pas hura- 
fole 5 ne la donnoit pas légèrement % 
mais 5.on,difoit à cela qu'elle l'avoic 
eu par faveur, 6c que le Connétable de 1 
Iviiynec le lui avoic fait donner , à j 
^;pfr .au';l avQÎc f-poufé Mademoifelle ; 



itH'floîreà*Ameà'Auîriche. 25J3 
de Monrbafori , depuis Madame de i64f< 
Cbevreuffc , Fille de la première Fem- 
me du Duc de Montbafon. Madamet 
de Gnemené néanmoins prétendoic a« 
voir ea le Tabouret à jufte tirre , §£ 
vouloir être PrinceiTe , comme celles 
qui en tenoienr le rang par une ancien- 
ne & légitime poiTeflion. Elle difoit 
que les Filles des iîmples Ducs n'aianc 
jamais eu le Droit , Elle , & tou-. 
tes celles de fon Nom , mêlées au Sang 
de Bourbon ^ n'en avoient pu joliir , 
qu'en cette q;Ualité de véritable Prin- 
:€e(re. Quoi qu'elle n aimât pas Ma- 
jdame de Montbafon belle Mère de Ion 
jmari , elle s'intereiToit autant qu'elle 
le devoit au Tabouret de fa petite bel^ 
le-Sœur ; & comme elle étoit mieux 
à la Cour qu€ cette Dame , elle en 
parla fou vent au Miniftre, & avec cha- 
leur. Madame de Montbafon avoit 
des Amis. Les Dames de cette qualité 
avec une grande beauté , n'en man- 
quent pas. Moîifieur , Oncle du Roi , 
s'intereflbit en fa caufe , & le parti des 
Frondeurs étoit à elle. Elle faifoit 
grand bruit > & fe plai^noit hautement 
de ce qu on mettoit en doute une 
shofe établie depuis lon^tems , aiant 
N 5 déjsr 



2^4 Mémoires p$ur fervtr 
i6^^, déjà eu d'autres de fes Filles qui s'é- 
toient aflifes devant la Reine j de quoi 
qu'en effet on put trouver des raifons 
pour la combattre , fa poiîèffion ^ & 
la grandeur du Nom de Rohan ^ lut 
faifoit dire avec fiijet qu'elle vouloir 
aller au Cercle , & que fî on ne don- 
noit un Tabouret à celle qu'elle avoit 
alors auprès d*elle , elle lui donneront 
la moitié du ficn. La Reine fut oon» 
trainte de lui envoler commander de 
n'y pas venir , pendant que Mr. le 
prince lui feroit contraire j Se pour 
appai(er ce vacarme, qui pouvoir ca^i- 
fer de nouveaux troubles y la Reine 
lui fît dire en fecret , qu'elle lui pro- 
mettoit de conferver le Tabouret à fa 
Fille, pourvu qu'elle eût affez de faget 
fe pour laiifer auifoupir le bruit par 
le tems , ôc qu'avec ce remède Ci falu- 
taire à tous maux , elle la garentiroit 
de celui dont elle fe plaignoit. Ainfi 
finit l'A(femblée Se toutes les chofes 
qui la fuivirent , pour faire place à 
d'autres Evénemens beaucoup plus 
grands , & plus confidérables. 

A cette Affaire fuccédcrcnt les brouil- 
leries du Parlement , qui s'alfembla en 
faveur des Bourdelois. Il fut arrêté 

que 



a L Hijlolre à' Anne d^ Autriche» i^f 
que l'on feuoit des Remontrances à la 
Reine fur leurs intérêts ; ôc cela vou- 
loit dire en déffenfe de leur Révolte» 
Le PréfîJent de Novion fut chargé de 
les faire ; Se comme il avoit Tinclina-^ 
tioii un peu fronde u le avec beaucoup 
d'efprit , il s'en acquitta avec force ÔC 
vigueur. Il en fat eftimé par ceux qui 
dans ce temslà tenoientà gloire à'è-^ 
tre toujours contre la Cour. Cette 
Harangue fut accompagné de la Nou-» 
velle qui arriva en même tems que 
ceux de Bourdeaux avoient pris le 
Château Trompette , ôc le démolif- 
foient y afin de n'avoir plus rien qui 
les put empêcher d'être les Maîtres de 
leur Ville & de leur Province. 

Ces Defordres , foit dans la Cour y 
foit dans le Parlement ôc dans les Pro- 
vinces , ne rempliflbient pas les Cof- 
fres du Roi. Les Princes du Sang 
aidoient à les vuider , ôc le peu de 
foumiflîon du Parlement empêchoit 
les Peuples de paiér. Le Maréchal 
de la Meillcraie ne fe mêloit plus des 
Finances , Ôc le Miniftre n'ôfant enco- 
re fe déclarer tout- à- fait fur le delTein 
qu'il avoit d'y remettre d'Hemeri , les 
avoit lailTé adminiftrcr par deux Di- 
N 4^ recteurs 



^^6 Mémoires pour fervir 

^ ^49r redciirs , d'Alegre 62 Morangis ; gen^ 
de probité , mais qui auroient été plus., 
propres fous le Règne d'un Roi ha- 
bile , qui n'auroic eu befoin que de- 
fidélité , que (biis un Règne troublé- 
par milles Révoltes y 6c fous un Mi- 
niftre avare accablé des, befoins du^ 
Roi 3 ôc des fîens propres. Gcvte^ 
charge s*annéantiflbtr entièrement fous; 
îa conduitte des Directeurs , qui i'e- 
xerçoiênt; & celui qui gouverhoit crut 
qu'il étoit nécelTair^ de leur donner uni 
Chef , fous qui la Puifsance du RoL 
reprît plus de forces. Par toutes ces. 
xaifons ;, il feréfolut enfin de faire r-e- 
"vemx d'Hemeri ; car , il avoit connus 
Har expérience 3. qu'il ne faut, pas 's'i-- 
jnaginer qu^on puifse jamais iatisfairet 
le Phiblic fur fes fantaifies. 

Quand les Sujets fs révoltent,, ils; 
y font poufsez par des caufes qu'ils; 
ignorent , ôc pouï l'ordinaire ce qu'ils 
demandent n'eft pas ce qu'il faut fairc- 
pour les appaifer. Les Partifans qui 
avoient été chafsez avec d'Hemeri pro- 
met toient de grandes fommes pour-- 
vû qu'on le fît revenir , & difoient 
qu'il écoic le feul capable de trouver 
îes remèdes à la pauvreté qui acca- 

bloiPi 



éi'JfllJloireâ'AnneiMtrlche. 1^7 
bloïc la Cour. Ils avoient fait de ,^40 
grands prêts au Roi fur Pautorite de 
ce Surintendant difgracié : ils é oient 
întérefsez à fon rétablifsement ; & 
pour retirer leur argent , ils étoienc 
prêts de faire de nouvelles avances. 

Les particuliers , tant de la Coût 
que du Parlement , qui étoient enga- 
gez dans les prêts , dcfiroîeiit auffi fon 
retour : ils s^imagînoient que fa prc 
fence pourroi: rétablir la confiance 
publique ; & comme il avoir reçii 
leur argent, ils efpéroient qu'il feroic 
àts efforts pour les payer , qu\in au- 
tre ne feroir pas. 

D'autres perfonnes , pre'tendant à 
la Sur-Intendance , fe fervoicnt , pour 
s^oppofer à d'Heméri de cts mors vc< 
«érables , du Repos public , & du Bien 
deTEtat ; & difoient qu^l remet- 
troit )ts impots , & Que fon retour fe- 
roit du défordre, à de la fédition. 
J^ii an ailleurs que îe Pré/ident de 
Mutons, après avoir été exclus par 
Moiificur, avoît reçu des afsûrances de 
ce Prince, quUl ne lui ferait plus con- 
traire . & qiill éroic changé en fa fa- 
veur. Le Mîniftre voulant donc pro- 
pofer ei^fin le rapel d^Hemcri , fut 
N s bien 



^,tj 8 Memùlres ponr fervlr 

bien étomé quand il trouva le Duc 
'^^^*' d^Orleans pour obftacle à fon deiTein , 
& qu'au lieu d'Hemeri , il nomma le 
Préfident de Maifons à cette Charge , 
comme le plus capable pour la bien 
faire ; qu'il feroit au gré de tout le 
monde , 6c même du Parlement. Il 
dit auiîl , q«c cette Compagnie fe 
fentiroit obligée à la Reme de ce qu'el- 
le auroit choili un de leur Corps pour 
lui donner l'Adminiftration de fes Fi» 
nances ,, & s'adreiTant au Cardinal 
Mazarin y\^i confeilla de le faire , a- 
fin de leur montrer de la confiance , 
& leur donner par là des marques af- 
fûrées qu'il ne craignoit pas d'être ac- 
cufé par eux de vouloir fouiller dans 
les Coffres du Roi.. Cette propoii- 
tion fâcha toucha- fait le Miniftre , & 
oblio;ea d-Hemeri de chercher de la 
prot^dion du côté 'de Mr. le Prince , 
parle Prince, de MarfiUac. Il y reuf- 
fit , & par cette même voie il eut 
auffi celle du Prince de Conti , & de 
Madame de Longueville,qui portèrent 
fts intérêts en tout ce qui leur fur 
poffible. Beaucoup de Placards , s'af- 
fichèrent alors dans les rues ,& dans 
les Places publiques de Pans . qui 
^ predi» 



à VHlJloîre d'Anne d'^Htrîce, i^c^ 
prédifoient la ruine de la France , par iG^^. 
\t retour d'Hcmeri. Le Miniftre y 
fut menacé avec infolence , & traite 
de même manière , qu'il Tavoic été 
pendant la Guerre. La crainte de 
quelque rumeur l'obligea de fufpen- 
dre encore pour quelque tems Tac- 
complilTement de fes volontez. Il 
crut avec alTez de fondement que ces 
Libelles venoient de Longueuil Frère 
^u Prcfident de Maifons ^ ÔC Confeil- 
1er au Parlement , qui aimoit la Nou- 
veauté & l'Intrigue. Il avoit de la lu- 
mière 5 & beaucoup de hardieiTc. Il 
entreprcnoit toujours tout ce que {on 
caprice lui faifoit juger pouvoir être 
•utile à fes dedeins , fans que perfonne 
eut le pouvoir de lui faire changer de 
conduite. 

La VieuviTle , qui avoit été Sur- In- 
tendant du tems du feu Roi Louis 
XIII 5 qui avoit été banni & relégué 
en Hollande^^ar le Cardinal de Riche- 
lieu 5 où il avoit paifé beaucoup d'ark- 
nées étant revenu en France , par la 
permilïion de la. Reine , avoit tou- 
jours 5 depuis fon retour , defiré de 
rentrer dans la première Place. La 
jouilFance de ce bien Pavoit fi peu dé- 
N 6 gou- 



^oo Mémoires pdur ftrvir 
goutc^ qu'il n''oublioit rien > pour 
parvcîlir au bonheur de le poîîedei 
îout de nouveau. îl faifoit de gran- 
des offres au Miniftre , & lui promet- 
toit; une fomme immenfe , s'il vouloir 
lui donner le pouvoir de faire for tic. 
ies deniers , qu'il piétçndoit pouvoir 
lever fur le Peuple fans l'incommo- 
der j C\ bien que le Miniftre , , dans 
Tincertitade de pouvoir faire revenir 
d'Hemeri , Éc fcmblant détourner Çqs 
penfées de fon coté 3.& le fit propofet 
à.Mon(îcur.3 difant que. puifqu'il n'a- 
prouvoit pas d'Bemeri s & que la Rei- 
ne ne y ouloit point. le Pré/îdent-de 
Maifons-, elle fouhaiteroit qu il .vou^ 
lût donner fa, voix., au Marquis de, la 
Vieuville. Le Duc, d'Orléans , qui 
'vouioit obliger ce Prélident fans dé- 
plaire à la Reine 5. ne put s'empêcher 
de confenrir à cette propofiûon , puiC» 
qu'elle étoit jufte & dans j'ordre ; & 
comme il fc fut relâ.çb^ fur cet article , 
ks Amis de d'Hemeri travaillèrent aii- 
prcsdehii, U auprès du Miniftre. avec 
tant de force & de fiiccè^ , qu'enfin 
ils obtinrent fecretemcnt du Miniftre 
feul>, qued'Hemeripût revenir à Pa- 
^i3^. W f demeura, caché qiielqt?^$ 

|oui:5 



a l'Hifioîre à*Anm âtAntrlcy, %o z 
jours 3 occupé à travailler 2ik^ Affai- i,(?4^j 
res , dont la plus grande étoit de chan- 
ger entièrement en fa faveur les Sentl- 
mens de Monfieur. . Ce Prince , 
aiant tenu bon encore quelque tcms 3 
fe rendit enfin à tant de combats à 
ce que le Cardinal Mazarin defiroit.. 
L'Abbé de la Rivière.;, qui avoit été 
des Amis d'Hemcri. , qui n'avoit 
nul fujet de fc plaindre de lui., Ôc qui 
ne lui avoît été contraire que pour 
faire plaifir au préiident de Maifons ^ 
& pour mettre un homme dans les. 
Finances qui lui fût entièrement obli- 
gé , ne put y réhfter davantage.; & 
il fallut qu'il Paiffat alLer cttte Affaire 
félon le torrent qui Temportoit, Ain« 
Çiy d'Hemeri fut tour de nouveau, nom-- 
nié àla Sur-Intendance , an conten- 
tement du Public , & de fes Amisi 
particuliers. Il promit à fon retour/ 
de paîer les Rentiers fur la Ville , .^: 
deftina pour cet effet certain fonds 
qui fe diftribuoit toutes les Semaines» 
Gomme il y avoît beaucoup de per- 
fonnes dans Paris qui avoient intérêt 
à cette forte de. bien » chacun fc tut 
fiiir fon retour. Il fe fit des Amis 
4àns. le Parlement^ & celui qui , un> 



/ 



30 2- Mémoires pour ftrvir 
1^49. an auparavanr^avoîc eré clialTé avec dés^ 
marques de la haine publique,, fuc re- 
çu de tous âvcc joie ôe bénédiction : 
tant il eft vrai que les Peuples ne fe 
gouverncnc que par caprice y ou par 
quelque petit intérêt. Si cet homme 
fût revenu avec autant de fanté que 
de paix , il auroît eu lieu félon fes 
propres maximes , de s'eftimer heu- 
reux, il aimoit la vie voluptueufe ^ 
& par conféquent la faveur , & les 
richeïT^s. 

Chavignî, depuis qu'il étoît fortî à<^ 
prifon 5 avoft été toujours exilé ; mais ^ 
aiant un Procès contre le Préfident le 
Cogneux 5 qui lui demandoît certains 
rembourfemens fur fa Charge de 
Chdncellîer de Monfîeur , qu'il avoir 
autre fois poffédéejil fe fervi'c de ce pré- 
texte pour demander permiffion à la 
Reine de revenir à Paris. Le Cardi- 
nal Mazarin naturellement doux , & 
preiïe par le fouvenir dtv pallé , y con- 
fcntitjà condition qu'il ne verroit point 
la Reine. Qttaiîd il fut arrivé , toute 
la Cour Palla vifiter. Mr. le Prince 
«y fut auiïî , qui lui promît cout de 
nouveau Ion Amitié ; ^ ce Minîftre 
siial content <3c difgracié lui renou- 

vella 



^l*Hlfîoîre d'Anne (VAnmchr, 505; 
yella les vœux de fon attachement, 1^45; 
qui etoit déjà bien grand , &c que le 
mauvais traitement , qu'il prétendoic 
avoir reçu du Miniftre , avoit rendu 
plus fort & plus étroit. Il fit deman- 
der au Duc d'Orlcans , s'il auroit 
agréable ^ qu'il allât à Luxembourg- 
lui faire la révérence. Ce Prince l'a- 
gréa 5 & il en fut alfez bien reçu. Son 
Favori , & Chavigni , qui étoient En- 
nemis 3 fe vifitérent , avec cette civi- 
lité apparente qui fe pratique dans le 
monde , au milieu de la haine & de 
l'envie. 

L'Ambition , qui cft fans doute la; 
pafîion dominante de la Cour , nous 
va faire voir une des plus bizares' 
Avanrures qui foient arrivées dans 
celle de la Reine. Gerfé , malgré l'at- 
tachement qu'il avoit pour Mr. le 
Prince , qu'il cachoit avec foin , s'é- 
toit confcrvé dans les bonnes grâces 
du Miniflre^par le moica defquelles ii: 
avoit obtenu de pouvoir venir chez la 
Reine dans les heures du foir. Faute 
de fagelTe & de raifon , il s'étoit niis 
en tête 5 à la faveur des faullès exa- 
gérations qui fe pratiquent avec Ic5 
Grands;)de lui faire paroître de grands 

atten^ 



^o^ Mémoires pmr fervir 

attendrilTemens par les louanges coti- 
nuelles qu'il lui donnoir, de lui mon- 
trer , que par fon zélé & fcs (cniu 
mens , il alloic pour elle fort au delà^ 
de la fidélité que les Sujets doivent à- 
leurs Souverains. Gomme cette vai- 
ne imagination étoit ridicule en foi , 
la Reine ne la' vit point : elle lui ré- 
pondoit toujours en nôtre piéfence 
comme à des railleries extravagantes, 
dx)ntelle ne faifoit pas grand cas. En', 
mon particulier 5 je fus la dernière à 
m'apercevoir de fes façons^ &: à les re- 
marquer : je ne les croiois pas dignes- 
d'être comptées pour quelque chofe» 
Un foir ^ qu'enfin j avois^ ouvert \t% 
yeux , comme nous allions nous rcd-- 
rer , le Commandeur de Jars , Made- 
moifelle de Beaumont , 5c moi , je 
voulus leur faire part de mapcnfce, . 
Après mille précautions que je pri^,, 
pour les obliger a ne fe point mocqucr 
de moi 3 je leur dis ce que j'avois; 
aperçu de Gerfé, & leur en demandai 
la raifon, aiant quafi honte d'avoir pu 
imaginer une chofe fi éloignée du bon 
fens. Elle Tétoit en efiet ^ tant à 
caafe de la folide vertu de la Reine, 
^ue pour les qualitez du perfonnage. 



aTHlflnlre d' Anne à'^Auf riche, 7,c\^ 
Eux, qui plus malicieux & p!u'> rinst^4î>. 
que moi , avoîenc depuis ua afTcz 
long temps été éclairez fur les tracall^- 
ries de Gcrfé , commencéicnt à faire 
de grands éclats de rire. Ils me de- 
mandèrent fi je venois du Japon , on 
de la Cour dii Grand Mo2:ol ; & fe 
mocqucrent , noii pas de ce que fa- 
vois eii d-es yeux , mais de ce que je 
n'en avois point encore eu. Après 
cette raillerie y nous nous mîmes à 
parler de cette Affaire plus férieiife- 
ment. Le Cpmmandeur de Jars nous . 
conta 5 que déjà elle faifoic du briiîc 
pac le monde , que Mr, le Prince ^Sc 
Gerfé étoient en confidence enfemble 
fur cette importante folie , & difoient 
qu'une Femme Efpagnole , qvioique 
dévote 5c fage , fe pouvoit toujours 
attaquer avec quelque efperance. 
Alors nous pénétrâmes dans les mo- 
tifs de cette chimérique Entreprife ^ 
& nous trouvâmes qu'elle étoît fon- 
dée , fur ce que Madame de Bauvais 
première Femme de Chambre de la 
Reine étoît Amie de Gerfé , qui n'é- 
tant ni belle , ni jeune , & voulant 
avoir des Amis , avoir flatté Gerfé de 
!| cette- penfée^ qu'elle le r.endroît a^r^.a- 

i " ble: 



5 <? Jlîemoires pour fervîr 
l^4p. ble à la Reine , & lui feroît de bonâ 
offices. Cette promelîe , dans l'in- 
tention de cette Femme , ne rcgar- 
doit que la fortune de Gerfc : mais , 
comme il avoic beaucoup de vanité y 
ÔC d'imprudence , & qu'il ne bomoit 
par fes defirs dans les juftcs Hmices 
de la raifon , il la prit de travers , ÔC 
au lieu de prétendre plaire à U Rei- 
ne , Comme tous les Courtifans veu- 
lent plaire à l:ur Maître ^ il tic deffeiii 
de lui montrer que fon cœur écoic 
allumé d'une flame involontiire qui 
nailToit en lui par l'inclinaîion , que 
le refped étoufloit , &c qu'il n'ofoic- 
■ montrer que par les yeux. Il crue 
peut être qu'avec les foins de fon A- 
mie 5 il pourroic parvenir à plaire 
comme un fol ^ qui auroic perdu la 
Raifon par une belle caufe. Sur cet- 
te penfée extravagante y, ils avoîent 
fait Mr. le Prince &: lui ( a ce qu'on? 
a crû) des projets qui avoient quel- 
ques fondements ferieux , & qui a- 
voient pour but la ruine du Mîniftie. 
Gerfé , fans confidérer la vertu de 1* 
Reine , fou âge , fa vie , fes mœurs , 
& le refpeâ: qu'il lui devoît , s'eni- 
yra de la beauté de ce delfcin y ôc crut 

que 



à VHlflolre d'Anne d'Autriche. 5 07 
que fa chute (au cas qu'elle arrivât j^^^cj, 
par cette haute Entreprife ) lui fe- 
roit plus honorable , que la grandeur 
& l'élévation ne le pourroit être aux 
autres. Ces chofes furent bien vite 
aux oreilles du Cardinal j & déjà Tes 
Efpions 5 pour faire leur cour , lui 
avoîent fait de cette Atfaire une In- 
trigue de grande importance. Il ai- 
moit la Reine en Miniftre , & fe croi- 
ant néceiraire à Ton fervice, il fe tenoit 
afTûré de fa bonne volonté. Il ne 
craignoit pas non plus que fa gran- 
deur \\.n put donner de l'ombrage , 
parce qu'il la connoififoit exempte de 
la domination . & un peu parcileufe ; 
mais , fans avoir peur d'une légèreté 
indigne d'une ame Roialc , il ne laif- 
fa pas de fe troubler à cette Nouvelle» 
Il ne la fentit pas comme un Ami ja,- 
loux , qui auroit apréhendé de per- 
dre ce qu'il aimoit , puifque l'attache- 
ment qu'il avoit pour la Reine n'étoic 
pas de cette nature , mais bien com- 
me un avare à qui on veut ôter foii 
tréfor. La Reine étoit fi incapable 
de fouffrir l'extravagance de Gerfé y 
qu'elle ne pouvoit pas s'imaginer 
qu'il put avoir ceite penfée. Je Tçai 

même- 



308 2\^îcmoîres f-our feYvir 

y 64^. même q.ifelle eue une peine încroîa- 
ble à re'pond.re férieufement à ce que 
leC:^rdinaî Mcizaim lui en voulut di- 
re. Elle avoît jugé des fenciniens de 
cet homme félon (on tempérament: 
nararcl , qui h porroit à parler tou- 
jours fabuleufemert ^ Se elle prenoîtr 
de cette manière toutes Tes louanges. 
Le Mlnîftre le fçavoit bien , & ne 
pouvoir pas douter par mille raifons^ 
que cela ne fut tourné de cette fortç^ 
mais comme les gens qui fçavent plaJ- 
fànter fur toutes matières font à crain- 
dre /quand ils font capables d'y mê- 
ler des deifeins malicieux , le Cardinal 
ne put fe refoadre à le îaifTer à la 
Cour fous aucune figure , particulier 
Tement le voiant attaché aux intérêts 
de Mr. le Piînce , fon ennemi , a- 
près que par de confid érables bien- 
faits 5 il pouvoir prétendre de lui une 
fidélité toute entière. Cette folie de 
Gerfé fit donc rcfbudre le Miniftre à 
le perdre. Il y relifïît aifénient , ôc 
il étoit raîfbnnablc qu'il \t put faire. 
Il conçut aufli une grande haine con- 
tre Me. de Bauvais , & fit defi'eîn de 
îa faîre^chaOTer. Il en parla à la Rei- 
sae ^. & fçut fi bien toiunci: cette Af- 
faire 



4 VHÏjioWe c^Anne et Autriche, 305) 
fore du côté de la bonne volonté que 16^^* 
Mr. le Prince a voit pour Gcr'é , & 
des dangereufcs confcquences de cette 
Intrigue , que la Reine qui confidé- 
roit le Cardinal Mazarin , &c qui efti- 
moit fes confeils fur de plus impor- 
tantes Affaires que celle de Gerfé , le 
liti abandonna aiiffi tôt , ôi lui promit 
de le traiter dv^ telle force , qu'il fen- 
îiroit tout^' fe vicj c[uel malheur c'étoît 
ique de manquer de SagelTe & de Rai- 
fon. La Reine fit quc4ques efforts pour 
iauver fa première Femme de Cham- 
bre 5 & foutlnt longtems au Cardinal 
Mazarin^ qu'il étoit impoffible qu elle 
eut eu aucune part a cette extrava- 
gance. Le Miniftre fçavoîc que cetce 
Femme étoit libte , capable de tout di- 
re & de tout penfer , hc qu'elle avoir 
niontré à la Reine par manière de jeu 
des Lettres que Gerfé lui écrivit. H 
voulut lui faire voir par là , qu^il avoic 
fujet de lui demander l'éloignemenc 
d'une perfonne ^ qui dans fon inten- 
tion paroifloit avoir eu delîein de le 
perdre. Il trouva mauvais qu'elle eut 
voulu /outcnir un homme qui étoii: 
afîez artificieux & alfez hardi , pour 
cacher fous i'enjoûmeut &: la gaieté 

les 



5 to Jldéwoîres peur Jervtr 

^ les mauvais offices qa'aparemment il 
a voit dc/iré de lui rendre. La Rtine , 
qui confideroit Me. de Beaavais , non 
pas par Tes vertus , ni par la beauté de 
ion ame , ni par celle de (on viiage , 
mais à caufe de Tadreile de Tes doits , 
ôc de Ton extrciTie propreté , aflTûra le 
Cardinal ( comme il étoit vrai ) que 
dans les Lettres qu'elle lui avoit mon- 
trées 5 il n"*y avoit rien dont Gerfé ni 
elle pufseiK être blamtz. Elle lui die 
qu'elles avoient fan fi peu d'imprefîion 
dans Ton efprit , qu'elle ne fe iouve- 
noit pas même de ce qii'il y avoit j 
■&c que Catau ( c^cd ainh qu elle l'ap* 
peloit ) lui avoit toujours parlé de Ger- 
fé comme d'un honnête Boufîon , qui 
avoit i'efprlt agréable , &: de qui on 
pouvoit foufFiir les Contes pour diver- 
tir le public 3 6c q./enfin toutes Tes 
femmes lui parloicnt de tant de ba- 
gattelles , qu^clIe ne prenoit pas I4 
peine de les remarquer , ni de. les é- 
couter. L'Efprit du Cardinal ne fut 
point guéri par toutes ces chofes : au 
contraire , elles angmentérent ion in- 
<iuiétudc. Il fallut que la Reine fe rc- 
folut d'abandonner Me. de Beauvais , 
Se qu'elle lui promît que cette Femme 

auroîc 



J rHijloîre à* Anne à^ Autriche. 3 j r 
niuoîc fon congé. Sa Difgracc tcanr 1^4^; 
îéfolue , la Reine fonic le lendemain 
de bonne hcLUC , pour aller à quelque 
Couvent. Avani: que de paidr , elle 
commanda à un des iiens , Ton Ar- 
gentier 5 d'aller de fa part lui ordonner 
de fortîr è^w Palais Roîal , elle , fou 
Mari , & Tes Enfans j avec comman- 
dement de rendre les clefs de fes cof- 
fres. Me. de Bcauvais fut étonnée de 
cette Difgrace. Elle venoit de quit- 
ter la Reine ^ qu elle avoic eu Thon- 
ncur dliabiller , ^ qui lui avoît fait 
au/ïï bonne mine qu'a l'ordinaire. El- 
le réhfta quelque tems , & dit qu'elle 
vouloir voir fa MaîrreiTe. Elle fui con- 
trainte d'obéir , parceque le Comman- 
dement a voit été trop précis ; ôc {^^ 
Amis lui confeiilérent de 11e pas ré- 
fifter. J'étois haie de cette Dame , 
«Se je puis dire avec vérité qu'elle 
avoit été injude pour moi. Il cft en- 
core vrai que je ne fentis nulle joie 
de ion cloignement. Le foîr de ce 
jour ,, me trouvant chez la Reine , au 
milieu de beaucoup de perfonncs quî 
parloient d'elle avec mépris , comme 
c'cft l'ordinaire de parler ainfi des 
malheureux, je me fentis Tamc aufH 

tranquil- 



^3 i'i Mémoires four fervlr 
1^40» cranquUe fur fon fujct , que fî je ne 
i'eufl'e jamais connue. La Reine s'en 
apperçut, & me voiantavcc cette mo- 
dération elle m'appela, & me die qu'il 
fembiaic que j'avois en"vîe de pleurer 
i'abrence de Catau. Je lui répondis 
froidement , que je n'avois pas befeia 
de mouchoir , pour affuicr mes lar- 
mes ; mais auffi , que je la pou vois 
atilirer , que je n'avoîs point de joie , 
^ qu'on ne m'entendroit point par- 
ler de Tes deffauts , comme je l'aurois 
pu Faire eu un autre tems. La Rei- 
ne , prenant alors un vifage férleux , 
me fit l'honneur de me dire , qu'elle 
m'en eftimoit davantage. Je n'avois 
pas toujours été ii fage ; mais , fans • 
doute que Ton malheur me tenoit lieu 
de vengeance , & par confcquent ma 
douceur étoîc plutôt une marque de 
jTia fatisfadlion que de ma bonté. 

C^^elques jours après la Heine , eii 
fe couchant , dit à Mlle.de Beaumont , 
^ à Cominges , qui Te trouvèrent (èuls 
auprès d'elle , qu'elle avoit un Amanr, 
^ qu'elle avoît apris par des Amis R- 
df lies ce qui fe difoit par le monde 
fur la folie de Gerfé. Elle ajouta d'un 
mn mocqueur , oii la colère fe pouvoic 

rçnurquer 



à VHljlolre d'Anne d* Autriche. 515 
remarquer, qu'il étok bien impcrti- i^4p. 
nent, & qu'elle étoîc bien fâchée, 
qu'il eut porté fa folie , jufques à lav 
forcer d'en prendre connoifTance. Ce 
difcours vouloir beaucoup dire, & 
fans doute qu'elle étoît convenue 
avec le Cardinal de parler de lui en 
ces termes , devant des perfonnes qui 
pûaenc l'en avertir. Cominges , qui 
apperçuc le deffein de la Reine , le 
volant venir le lendemain au Palais 
Roial , eut la volonté de lui parler, 
jpour l'empêcher d'entrer où elle 
étoît i mais , n'aîant fçu l'aborder dans 
cet inftantàcaufe de quelqu'un qui 
l'aborda , il le laiifa paQer dans le Ca- 
jbinet où la Reine s'habilloic. Corn- 
Ime Gerfé fçavoit à peu près , par la 
Difgrace de fon Amie Me. de Beau- 
vais , l'état où il étoit à la Cour , H 
crue faire un tour d'habile politique, 
de montrer de ne penfer à rien , & de 
jne rien craindre ; mais , l'heure éroic 
jvcnuë , qu'il devoit être puni de fou 
imprudence. La Reine aîanc dans 
|l efprit de le maltraitter,auiîî-tôt qu'ei- 
le l'aperçût,ne manqua pas de l'at- 
jraquer , & de lui dire avec un ton 
pcprifant , ces mêmes paroles : Frau 
Tome II U O mm 



314 Mémoires pour fer vlr 
1^49, ^ent i Monfieur de Gerfé ^ vous êtes 
bien riàlcuU » On rn'a dît que vous fal^ 
tes C amoureux, Voîe^un peu le joli Git^ 
lant» Fous me faites pitié. Il faudroit 
vous envoler aux Fetites-Maifons , mais 
il efi vrai qu'il ne f^ut pas s'étonner de 
votre Folie ; car , vous la tenez, de Race, 
Voulant citer en cela le Maréchal de 
Lavardin , qui autrefois avoît été paf- 
fionément amoureux de la feue Rei- 
ne Marie de Medicîs & dont le Roi 
fon Mari Henri le Grand fe mocquoit 
lui même avec elle. Le pauvre Ger- 
fé fut accablé de ce coup de foudre. 
Il n'ôfa rien dire à fa juftification. Il 
fortit du Cabinet , en begaïant , plein 
de trouble , pâle , & défait ; mais, 
malgré fa douleur , peut-être qu'il fe 
flatoit déjà de cette douce penfée, 
que TAvanture étoit belle ^ que ce 
Crime étoit honorable , & qu'il n'é- 
toit pas honteux d'en être accufc.' 
Toute la Cour fut auffi-tôt remplie de 
cet Evénement , & les Ruelles des 
Dames retentiflfoient du bruit de ces ;■ 
Roiales paroles. Ow fut long-tems, '^ 
que le nom de Gerfé s'éntendoit nom- 
mer par tour , dans Paris ; & les Pro- 
vinces en curent bien vite leur part. 

Beaucoup 



h iHlflolrt à' Anne d'Autriche. 5 r; 
Beaucoup de gens blamcrcnc la Rei- ,^.^ 
ne cl\ivoir voulu montrer ce reflTemi- 
ment , ôc d'iloknz qu^^lle avolt fait 
trop d'Honneur à Gerfé , d'avoir daU 
gné Ce rabaîlîcr jufques à cette colc- 
I re , & c]ue la Dignité de la Couron- 
ne en avoit été blelTée. Aufïï peur- 
on dire , pour reparer cette petite 
faute qu'elle ne l'auroit pas faite , H 
elle n'y avoit été forcée par les crain- 
tes du Alini/lre, qui voiant Gerfé 
fidèle à Mr. le Prince , Se ingrat envers 
lui j nepouvoitpas manquer de croi^ 
re , que fous cette afFedation de bouf- 
fonnerie , il y avoit quelque malignité 
frondeufe contre fa fortune. 

La fuite de cette Hiftoire fut din^ 
gei-eufe à l'Etat par Cqs Evénemens. 
Ce qui n^écoît qu'une bagatelle y [^ 
mêlant à de plus grandes chofes., 
vint à jproduii-e de terribles effets. Mr. 
le Prince , pour confoler Gerfé dé 
fon afrliclion , le mena deux jours 
après à Saine Maur avec lui ; & 
faifant peu de cas de l'éclat que la 
Reine avoic fait contre lui , déclara 
publiquement qu'il étoit Ton Ami, 
& qu'il l'aîmoit. Il dit à tous ceux 
qui le voulurent entendre , que pen- 
O i dant 



$lS Mémoires pour fervW 
1^40. ^^"^ fa brouillerie avec le Miniflre, 
quoi que Gcrfé eut fait femblant d'ê- 
tre attaché à la Cour , il étoit vrai 
néanmoins qu'il éroit demeuré dans 
fcs intérêts , & qu'il n'avoît gardé des 
mefures avec le Cardinal , que parce- 
' qu'il avoît voulu qu'il confervât fk 
Charge de Capitaine des Gardes , & 
celle de Mr. le Duc d'Anjou le véri- 
table Monfîeur , dont il étoit afTûré. 
Mr. le Prince fit plus ; & comme fi 
la Reine n'eut pas été la MaîtreiTe de 
fes paroles , & de Tes fentimens , il fe 
plaignoit hautement de ce qu'elle 
avoit gourmande Gerfé (ans l'en aver- 
tir 5 & de ce que le Cardinal l'avoic 
foufferr , fans Ton confentement : di- 
fant que puifque la Reine avoît par- 
lé au Duc d'Orléans & à lui du dcf- 
feîn qu'elle avoit eu de chaffcr fa 
première Femme de Chambre , ne 
leur aiant point fait de fecret de la 
folie de Gerfé^elle devoît de même lui 
faire part de la réfolution qu'elle 
avoit prife de le maltraitter , puif- 
qu'elle fçavoit qu'il étoit de Ces Amis. 
La Reine repondit à cela qu'elle avoit 
pris toutes fcs précautions , pour faire 
qu'il fc retirât de lui-m.cme ^ fans 

être 



à rHlflolre d'Anne d'Autriche. 517 
ctic obligée d'en venir aux extrcmî- i^4«, 
tcz. Elle diloit qu^elle avoir parlé 
.-.de lui avec mépris devant Comingcs, 
^ Me. de Beaumont le Soir précé- 
dent , efpérant qu'ils ne manqueroient 
pas de l'en avertir ; & que Taîant re- 
vu devant Tes yeux , la mauvaife hu- 
meur où elle étoit contre lui Ta- 
voit emporté fur la civilité. La Rei- 
ne fe juftitioit en cette occafion avec 
beaucoup de peine : elle ne trouvoit 
pas bon que Mr. le Prince voulût 
exiger d'elle une fi grande dépendan- 
ce i & le même jour que Mr. le Prin- 
ce nicna Gerfé à Saint Maur , elle me 
nt Phonneur de me dire avec beau- 
coup de chagrin , qu'elle commcn- 
çoitafe laflTer de la fuperbe manière 
d'agir de Mr. le Prince , & que la 
proteétîon qu'il donnoic à Gcrfé lui 
déplaifoit infiniment. Ce Prince, 
qui par fa hauteur , travailloit à fon 
abbaifenient , prit cette afi'aire avec 
tant de chaleur , qu'il fit fuplier la 
Reine de revoir Gerfé , & de lui par- ^ , 
donner. Un de Tes Serviteurs * me dit peti^ 
a moi même , parlant de cette Avan- Arnaud 
tu te , que fi la Reine ne lui pardon- 
nou , & qu'elle tint bon là delTus, 
O i il 



3 1 8 Afemolrâs fonrfervlr 
il y auroîr bien du bruit au quar- 
tier 5 Si que Mr. le Prince crioit bien 
haut. Voilà les mêmes mots. La 
Phrafe en écoît commune ; mais le 
fens des paroles étoit extraordinaire^ 
car 3 il n'y a point de Demoi Telle , à 
qui fur une Affaire de cette nature 
on ne dût lailler la liberté d'agir à fa 
fantaifîe. Ce fut alors que le Mi- 
nière connut vîfiblement , que la 
douceur que Mr. le Prince de Condé, 
Madame de Longueville , Ôc le Prin- 
ce de Conti , avoient eue pour lui, 
n'avoit été qu'une feinte , à defTeiii 
feulement de tirer de la Reine le Bre- 
vet du Prince de MarfiUac ; & leur 
artificieufe manière d'agir lui fit ju- 
ger 5 qu'il ne falloic point qu'il efpé- 
rât de finccre reconciliation de leur 
coté. 

Ce trouble réveilla le Parlement ^ 
la Fronde. Comme ils ne pou voient 
/oulf rir le racommodement de Mr. le 
Prince avec la Cour , quoi que très- 
amparfaît , ils commencèrent à re- 
prendre des forces. Toi:s vouloient 
la divifion du Cabinet , oc voioîenc 
avec joie que le Cardinal Mazarin ne 
pouvoit être content de Mr. le Prin- 
ce 



à l*H'floire d'Anne d'Autriche. 3 15? 
ce. Les Frondeurs efpererent que les 1649. 
chofcs venant dans les dernières ex- 
tremitcz , il arriveroit qu'ils rcpren- 
droient liaifon y foit avec le Miniftre , 
foit avec le Prince de Condé, 

La Famille de Longueil ^ ^ celle 
de la Vi eu ville , qui vouloicnt encore 
pouffer d'Hemcri , faifoient ce qu'ils 
pouvoient pour parvenir à la Sur-In- 
tendance par quelque nouveauté. Le 
quatrième de Décembre il y eût un 
grand bruit au Parlement , à caufe 
des Rentes. Les Sindics demandè- 
rent à être reçus afin de travailler 
à 11 fureté des Rentes de l'Hôtel de 
Ville. Ceux , qui faifoieiH naître 
ces embarras excitoient le Peuple à 
vouloir des Sindics , afin que par leur 
intérêt ils euflfent fujet d'émouvoir 
quelque fédition contre le Miniftre , 
éi particulièrement contre d'FIemerî. 
Ils vouloient malicieufement mettre 
les chofes en tel état , que s'il venoit à 
manquer au paiement qu'il avoit 
promis , on pût l'attaquer là-deffus. 
Ce jour , quelques Députez étant 
aGTemblez chez le Premier Préfident , 
pour travailler à cette Affaire , ces 
Sindics , élus tumultuai rement par le 
O 4 Peu- 



3 z o Mémoires four fervtr 
^^45). Peuple, leur vinrent faire un grand 
vacarme. Entre autres \ un nommé 
Joli parla infolemment au Premier 
Préfident & tous dirent à fon Fils 
Champlâtreux , en le menaçant , qu'il 
n'auroit jamais la Charge de fon Pè- 
re. Le Piéfident le Coigneux , dont 
]a Fille avoit époufé le Fils d^Heme- 
ri 5 fut maltraité par eux. Ils lui 
reprochèrent , qu'il avoit reçu plus 
d'argent que les autres , en la diftri- 
Ijution du paiement des Rentes, 

A ces defordres fe joignirent ceux 
de Bourdcaux. Ces Peuples étoient 
protégés par Mr. Prince , qui n'ai- 
moit pas le EXic d'Epernon , 6c qui 
n'étoit peut être pas fâcl-^é d'avoir en 
France un lieu de fureté contre la 
Cour. Le Duc d'Orléans de fort 
côté ^ aiant toujours eu cette inclina- 
tion d'accommoder les affaires ^ plu- 
tôt que de les aigrir , voulut auflî 
que cette Affaire s'accommodât. Il 
jBt en forte , conjointement avec Mr, 
le Prince , que malgré leur Rébellion 
le Miniftre fut oblige d'envoier un 
ordre fecret au Maréchal du Pleflis 
de faire la Paix avec ces Mutins j 
pourvu qu'ils la vouluflent fouhai- 

ter* 



a l*H:floire ^ Anm d'Autriche] 5 i i 
ter .On lui envola de quoi foutenir la ^ i « 
Guerre langniiramment ; mais, non 
pas afiez de quoi la finir par la force : 
Il bien que ces Peuples fe fenranc foi^. 
tenus par des Princes fî puîfTants , &u 
mal attaqués par le Roi , allèrent de 
pis en pis, & nous ne verrons de loncr-, 
tems la fin de cette petite Guerre. ^ 

Dans la dernière brouillerie de Mr. 
le Prince , & du Miniftre , Mr. le 
Prince s^étoic trouvé de même fenti- 
ment que ceux de la Fronde , tou- 
chant la ruine apparemment tant defî- 
rée du Cardinal Mazarin ; & Madame 
de Longueville avoir travaillé àPunîoti 
de Mr. le Prince , & du Duc de Beau- 
fort , avec kz Amis \ mais, cette Prin- 
c^^^ 5 n'avoir pu les, acquérir enriêre- 
ment , pour les faire entrer dans tous 
les incérêts de Mr. le Prince. Ils de- 
meurèrent fermes dans la refolutioii 
de s'unir avec lui feulement pour la 
perte du Cardinal. Leur refiftance 
avoit obligé Mr. le Prince , jurre les 
avantages du Prince de Marfîllac, de 
le raccomoder avec la Cour plutôt que 
de s'engager dans une Cabale , donc 
les progrèrs apparemment n'auroîenc 
fcrvisqu^à rérablitfement du Duc de 
^ / Beaufpic 



5 1 1 Mémoires pour ftrvlr 
xé^9 Beaufort , du Coadjuteiir , de dé Châ- 
reamieuf j mais , le Prince de Gonde , 
qui méprifoit le Cardinal , quoi qu il 
fui- quelque fois dans le deffein de le 
préférer aux autres , rraictoît avec lui , 
plucôc comine fon Ennemi , que com- 
me Ton Ami. il s'oppoloit aux avan- 
tages de fa Famille , &c faifoit gloire 
de le maltraiccer ; fi bien que cette 
Paix ne fervir qu*à le précipirer dans 
le malheur que le Miniitie fuc forcé de 
liii procurer , Ôc faire que les ^ Fron- 
deurs qui ne fe pouvoienc fouftrir dans 
l^étac douteux 3c incertain où ils 
éroient , firent tous leurs efforts pour 
en fortir. , 

Enfuite de cç qui étoit arrive fe 

quatrième Décembre, chez le Premier 

Piéfident , le douzième du même mois 

il parut que par une brigue apparem- 

îïient faite par le Coadjuteur , & les 

principaux Frondeurs , ce Joli , qui 

avoir parlé infolemment àChampla- 

treux , reçût un favorable coup de Pif- 

tolet , comme il étoit dans fon Carof- 

fe , allant chez le Prétident Charton ; 

èc\\ arriva , ou par choix, ou par 

^vanture , que ce fut dans fa rue , & 

proche de b porte de ce PréfideBt , 

* que 



à l*Hlfldlre d'Anne d'Autriche, 325 
que ce coup de Pidolec fut tiré. Il 1(^45?. 
cria , & fît ce qu'il put pour émou- 
voir le Peuple à fédition. Le Pré/î- 
dent Ciiartoii vint à fon fecours , qui 
fit beaucoup de bruit j mais le Peu- 
ple n'y prit point de part , & parut 
aniïi peu offenfé de ce coup , que Joli 
en parut peu bielle. Ils laiffirent fai- 
re à lui 6c à fon Ami toute leur ru- 
meur 3 fans y entrer en aucune fa- 
çon , parceque le Peuple commençoit 
à goûter le repos ^ & hormis «ux qui 
furent paiez pour crier, nul ne fe trou- 
va en volonté de malFaire. Joli & 
deux autres Sindics , avec le Préfident 
Charton , ne laiU'érent pas d'achever 
leur Enrreprife. Ils allèrent droit au 
Palais demander juftice fur cet a(ïaffi- 
nat. D'abord il fe fit un grand va- 
carme ; & les Frondeurs , qui félon 
toutes les démonftrations qu'ils en fi- 
rent , vouloient que cela produifit 
quelque événement qui changeât la 
f^ce du Théâtre , fe mirent tumukuai- 
rement à faire de grands cris , pour 
animer la Compagnie , & le Peuple, 
Brouffel propofa de faire fermer les 
Portes de Paris , afin de renfermer 
dans la Ville celui qui avoit fait le 
O 6 coup 






3 1 4 Mémoires pour fervlr 
i64(^. coup ; maïs , les plus fages , après 
avoir opiné là de^Tus , demeurèrent les 
maures, & firent arrêter , qu'on iii- 
formeroit félon l'ordre ordinaire. 

En ce même tcms , le iMarquîs de 
la BouUaye , ^rand Frondeur , ôc Ami 
des Chefs de"" la Cabale Frondeufe ,. 
afin d'émouvoir le Bourgeois , le mit 
à courir parla Ville le Piftolet a la 
main , criant au Peuple , Aiix Armcsy 
Trahi fon au Maz,arin, En cet état . 
il va au Palais , il crie en ce lieu enco. 
re plus haut , de amatfe quelque Co-^ 
quins pour crier avec lui y mais , nul 
honnête-homme ne s'émut à fa voix , 
jû nefe laiffa duper par cette fourbe 
îT^anifcfte-.fibîenque ce gentil-hom- 
Bie , indigne de ce nom , quoique 
vaillante qualifié , fut contraint de 
s'aller cacher chez le Coadjuteur (oitl 
bon Ami , avec la honte qui fiait d^- 
^ flinaire un mauvais fiiccès tonde iur 
ttn honteux delTein. 

On vint avertir la Reine de ce De- 
fodre 3 & le Palais Roîal fut a^ffi- 
rôt rempli des plus confiderables ^e 
k Cour , dont le Duc d'Orléans , ÔC 
U Prince de Condé furent des pre-^ 
miefs. lï ^toit Samedi , ôc félon lat 

coutamfr 



0-VHiJîolre d*Arin€ d* Autriche. 525 
coutume elle voulut aller à Nôtre Da- 1^4^* 
tiie j mais , on douta , fi elle devoîc 
faire fon Voiage. La fermeté iné- 
branlable de fon ame la fit conclure elle 
même qu'elle y devoit aller : elle fouf- 
fric feulement que Mr. le Prince rac- 
compagnât y ce qu'il fit , & de bonne 
grâce, l our le Duc d'Orléans , il 
avoît fait deffein d'aller à Limours , de 
voiant les chofes appaifces , il acheva 
fon Voiage. 

Au diner de la Reine , le Duc de 
Bouillon , la MarcK , beau- Père de lai 
Boullaie , vint trouver la Reine , pour 
lui dire , que fon Gendre aîant apn's 
qu'on vouloit lui rendre de mauvais 
office auprès de Sa Majefté , Ta- 
voit prié de la venir a(Turer ^ qu'ort 
l^accufoît à tort d'avoir voulu émoii- 
voir k Peuple à Sédition ^ qu'il n'a»- 
voit point eu cette penfée > & n'en 
étoit pas capable. Il lui dit qu'il étoic 
bien vrai , qu*aiant trouvé d*es gens ,, 
qui l'avoient voulu aflafîîner , il avoic 
appelé à fon fecours , feulement pour 
fa delFenfe , & point du tout avec iiin 
îention de manquer au rcfpeâ: qu'il lut 
devoit, La Reine lui répondit froi- 
dement ces mêmes mots ^ que je pris 

IbliV 



3 2. 6 Afemoires pour fer vtr 

l6^^, (oln de rccenir ; yW hle» oh$ dire 
(jiton a tiré un coup de Piftolet fur 
un ConfelUer du Chatelet * mais non 
pas quon ait attaqué votre Gendre, 
Au contraire , on rna ajfurée c^itil 
avoit couru les rues avec un Piflolet à 
la main , pour émouvoir le Peuple , & 
crié dans le Palais , Aax Armes. Je 
fopihaite ^ue ce que vous me dites en fa 
dejfenfe fe trouve vrai. Cependant » 
je ferai in former , pour fçotvoir ce qui 
en efi. La Boulaie aiant mal réiiiîî 
dans Ton DefTein , le Coadjuteur & 
lui avoient trouvé qu'il falloir faire 
cette mauvaife excufc , afin de mon- 
trer du moins , qu'il n'avoir pas la 
hardie(re de l'avoiier. Après cette 
pauvre Comédie , dont ils apréhendé- 
rent les fuites , ils cherchèrent d'au- 
tres rcmedeSjqui leur réuiîirent mieux. 
Le tems écoir favorable aux Crimi- 
nels : celui-là demeura impuni , de 
me me que la caufe de fon crime a 
été cachée par fon iilcnce , & celui de 
fes Complices. Peut-être que les Fron- 
deurs avoient efpérc par là remettre le 
Defordre dans Paris , 6*: fe trouver au 
' pouvoir d'attaquer la vie du Minîftre , 
ou de quelque autre. Pour moi , je 

n'ai 



à l'H'jîolre à* Anne à^ Autriche, \ 17 
n'ai point fçû qu'il y eût d'autres mo- 1(^4^, 
tirs de ces deux prétendus aflaffinats , 
quoi que je l'aie fouvent démandé à 
ceux qui apparemment ne le pouvoienc 
ignorer. Toute cette intrigue à toii- 
jours été couverte d'un voile fort 
épais, (ï^ perfonne n'a paru en rien fça- 
voir de particulier. Q^ielques uns de 
cette Cibale , fi la hoace d'y avoir eu 
pirt ne les en empêche , laiferont ce 
îccret à la poftcrité. 

Les cris de la Boulaîe , n'aîant pas 
eu plus d'effet que ceux de Joli 3 le-s 
Fron leurs jugèrent peut être à propos 
déftaçer le fouvenir de l'Avanture du ^ 
matin , par quelque Evénement plus 
confidérable. Ce même jour , des ^^^ ^^^ 
perfonnes ( ^ ) arrachées à Mr.le Prin- naui , 
ce 3 me dirent coiPime par Prophétie ^ & le 
que les Frondeurs en vouloicnt à Mr. P^\'^ ^ 
le Prince. En eftet , le loir après le 
ConfeiljCc Prince étant allé chez Prud- 
homme. Baigneur 5 un de Tes Ecuiers-, 
l'y vint trouver , pour l'avertir de la 
part du Préfident Péraulc , Ton Inten- 
dant , qu'un Marchand venoit de lui 
dire qu'on avoit delfein de PalTafîîner ; 
& l'Ecuier lui conta , pour apuier foa 
avis , qu'en palfanc par la Place Dau- 

phiiic 



3 1 8 Mémoires pourfervîr 

1 C^f, phine , étant dans un de Ces Carofifès , 
des Coqiiîns qui étoîent amalTez en 
cet endroit , lui avoîent tire cinq ou 
fîx coups de Carabine , fans que par 
bonheur il eût été blenfé. Ce raporc 
aîant été fait à Mr. le Prince , le Che- 
valier de Gramont , attaché à Mr. le 
Prince , envoia Ton Carolfe avec Ces 
livrées paiïer fur ie pont neuf ^ pour 
voir ce qui en arriveroît. Le fuccès 
fut tel qu'on s'étoît imaginé : on tira 
dans ce Carolîe ; ôc comme il n'y 
a voit perfonne dedans , les afTaflîns , 
ou qui faifoicnt femblant de Tétre , 
n'attrapèrent rien. Le Caroffe de Du- 
ras , qui venoit après , où il n'y avoîc 
que des Laquais , fut traitté de la mê- 
me forte , & un de fes Laquais fiiÇ 
tué. Des gens de Mr. le Prince me 
dirent alors qu'ils étoient quarante oa 
cinquante hommes à cheval , & ce 
même nombre avoit paru le matin 
aupiès de la Maifon de la Boulaie > on 
logeoît le Duc de Beaufort. 

Le lendemain , toute la Cour fut 
troublée de cette Avanturc. La Reine 
manda les Gens du Roi , & leur or-» 
donna de faire informer de cette A& 
faire i témoignant beaucoup de cha- 

km 



à l*Hifioire d'Anne d'Autriche. 3 2 9 
leur pour les incércrs de Mr. le Prin- 1^49, 
ce. Le Procureur du Roi du Cha- 
telet fit informer de celle de Joli , & 
deux Confeillers de la Cour furent dé- 
putez pour cet effet. Ils raportérent 
que Joli n'étoit point bielle 3 mais , 
que félon les trous qui croient à fou 
habit il le devoit être. La Reine man- 
da aufîi le Prévôt des Marchands , 
Mcflicurs de Ville , & tous les Colo- 
nels des Qiiartiers , qu'elle iolia de ce 
qu'ils n'avoient point écoutez les 
voix raalicieufes de ceux qui avoienc 
eu deffcin de les embarquer tout de 
nouveau à quelque fédicion ; & les 
exhorta à continuer à bien faire. Pour 
les récompenfcr , elle leur promit que 
le Roi à Pavenîr auroit une entière 
confiance en leur fidélité. 

Les chofes étoient alors fi brouil- 
lées 5 qu'il étoit difficile de difcerncr , 
qui étoit Ami , ou Ennemi. Le Pa- 
lais Roial étoit rempli d'une furieufc 
prelfe, & tous defiroient de voir com- 
ment fe pourroient démêler ces em- 
i>àrras. La Reine , au milieu de ce 
trouble , me parut fatisfaite plus qu"'à 
fon ordinaire. Elle difoit à fes fami- 
liers , qu'elle s'en confoloit , vu qu'el- 
le 



5 50 Mémoires four fervlr 

i^^o.le n'ctoit point mêlée à toutes ces 
querelles. Un jour me difant la mê- 
me chofe 3 elle y ajouta , que peut-être 
elle en projiterolt 5 & qdeile étolt en 
état i cjH il f Allait néceffalrement , cjpte Les 
uns ou les autres , enjjefit befoin d'eile. 

Le lendemain , le Duc d'Orléans , 
Mr. le Prince y ôc le Prince de Conti ^ 
allèrent au Parlement ; ôc fur la Re- 
quête des Gens du Roi , il fut or- 
donné , qu'il feroit. informé fur le 
prétendu AlfaŒnat de Juli , ôc contre 
ceux qui avoient voulu foulever le 
Peuple. Mv, le Prince ne voulut pas 
alors parler de lui . parce qu'il vouloir 
avoir des preuves fuffifantesjpour pou- 
voir attaquer fes Ennemis par les for- 
mes. 

Ils retournèrent le jour d'après. 
On décréta prife de corps contre la 
Boulaie Mr. le Prince fe déclara de 
fon Aifciffinat , 6i en fît fes plaintes. 
Les chofes étant dans cette extrémité , 
le Coacijuteur alla voir Mr. le Prince, 
dans le dcllcin , à ce que j'ai oiii dire 
de former de nouvelles liaifons avec 
lui 5 <Sc de voir fi de tant de maux , il 
jî'en pourroit point tirer quelque a- 
yantage à fon égard ôc contrai le au 

Repos 



à rHifiolre d'Ame d'Autriche, 3 3 1 
Repos public ; mais 5 ce Prince irri- ^649, 
te le rebuta , & ne le voulut point 
voir. Il alla même chez Perault, 
pour lui parler , où il fut traité froi- 
dement ; & ne fe tenant pas pour 
réfufé , il demanda à voir la Mouf- 
faie , ou Toulonjon. Mr. le Prince 
leur ordonna de lui mander qu'ils 
n'y étoieat pas. Ces perfonnes me 
Tout dit eux mêmes. 

Le Cardinal Mazarîn étoit traité 
de la même forte. Les Frondeurs le 
recherchoient. Le Duc de Vendô- 
me lui offrit alors TAmitié du Duc 
de Beaufort fon Fils , à telle condi- 
tion qu'il lui plaireit de la recevoir; 
mais 5 la Comédie n'étant pas encore 
au dernier Ade , le Miniftre lui ré- 
pondit que le Duc de Beauforr, 
étant foupçonné d'avoir part à la 
Conjuration qui avoir paru avoir été 
faite contre Mr. le Piince , il ne pou- 
voit pas recevoir fes oftres , que pre- 
mièrement il ne fut purge de cettô 
Accufation. QLiclques jouis après, 
foit que ce Prince eut honte d'avoir 
été refufé , ou qu'il fût vrai que le 
Duc de Vendôme fon Père , l'eût of-^ 
feit fans fon confeiitement , il defa- 

volia 



I 



5 5 1 Ademoîres pour fervlr 
l645j.voua publiquement d'avoir eu cetre 
pcnfée 5 ni d'en avoir jamais prié le 
Duc de Vendôme ion Père. 

Le Coadjuteur , le Duc de Brîf- 
fac , & toute la Cabale Frondcufe, 
fans paroître abbatus de Terat où ils 
étoicnt 5 fe rcTolurent d'aller tenir 
leur place au Parlement , le jour que 
les Princes avoîent fait deffein d'y 
aller porter les Informations faites 
contre la Boulaie &: contre eux. Ils 
y allèrent ; & comme on voulut 
parler de cette Affaire , Coulon s'op- 
pofa ouvertement au Duc d'Orléans, 
& dit qu'il n étoit pas tems de par- 
ler de cela , &: que les Députez de 
Bourdeaux écoient à la porte , qui 
demandoîcnt d'entrer. Le Duc d'Or- 
léans dit 5 que l'Affaire de Bourdeaux 
étoit accommodée , & il eut la har- 
die Ife de lui foutenir que non. 

Les Frondeurs furent (1 bien fer- 
vis , qu'on éluda fur le principal ; & 
fur ce que Mr. le Prince demanda, 
que le Préfident Cliarton ne demeu- 
rât pas dans la Chambre , pour ccre 
Juge d'une Affiire y où il étoit nom- 
mé , on fît durer cette Difpiite (\ 
long- tems , qu'enfin l'heure fonna. 

Tou- 



à VHtflotre â*Ame d* Autriche, 3 5 5 
Toure k conclufion fut d'ordonner i^49< 
qu'il fortii'oit , & tontes chofes re- 
mifes au vingt-deuxième , qui étoit 
le Mercredi en fuivant. Pendant cet 
intervalle , on réfolut au Conleil du 
Roi , d'envoîer une Déclaration fa- 
vorable au Parlement de Bourdeaux, 
afin d'ôter tout prétexte à ceux du 
Parlement , qui favorifoient les Fron- 
deurs , de parler d'aucune autre Af- 
faire y que des Intérêts du Prince de 
Condé. 

Monfieur , & Mr. le Prince , allè- 
rent au Parlement , le vingt-deuxiè- 
me. Ils y eurent tant d'occupation, 
qu'ils y demeurèrent jufqucs à cinq 
heures du foir. On y lût les Infor- 
mations faites contre toute la Fron- 
de. Le Duc de Beaufort , Ôc le 
Coadjuteur , voulurent fortîr ; mais, 
le Premier Préfident les retint. Les 
Gens du Roi , après la ledure des 
Informations , fignifierent ajourne- 
ment perfonncl au Coadjuteur , au 
Duc de Beaufort , Se au Confeiller 
BrouîTel , parce qu'il ctoit nommé 
dans le Procès , comme celui chez 
qui toutes les Affemblèes s'ètoient 
faites. Ils fe préfcntèrent enfuite pour 

ré" 



3 34 Me??iolref pour fervlr 

16^^, répondre, <5c demandèrent qnc Mr. 
le Prince eue auffi à iortir. On dé- 
libéra fur ces matières. Il fut or- 
donné y que Brouffel foirtiroit. Pla- 
ceurs de fes Amis , ou intéreOes cm 
fa juflificaîion , dirent en faifant 
grand bruit qu'on attaquoit un 
homme de bien , qui étoit de leur 
Corps, 

Le lendemain , le Coadjureur , Se 
le Duc de Beau fort , allèrent au Par- 
lement , demander d'être jugés ; & 
d'être reçus à récufer le Premier Préfi- 
dent i difant qu'il étoit Ami partial 
de Mr. le Prince. Un de la Com- 
pagnie , fortifiant cette Requête , dit 
publiquement , qu'elle devoir être 
lalTe d'avoir pour Chef un Traître, 
& un Parti fan de la Cour ^ & cet 
Homme vénérable fut contraint d'al- 
ler au Barreau comme un Particulier, 
pour fe deifendre. Il fut conclu 
qu'on opineroit là-delfus , «Si l'heure 
fonna. 

Deux jours après , Mr. & Mr. le 
Prince furent encore au Parlement, 
Pour éviter les embarras qu'on faî- 
foit naître tous les jours dans cette 
Affaire , ils déclarèrent qu'ils ne vou- 

loienc 



à l' H! flaire d'Anne d* Autriche, 3 3 f 
loicnt plus demeurer en ce lieu pallé 16^5;. 
onze heures. Le Duc de Beau fort, 
& le Coadjuteur fe préicntérent , qui 
dirent qu'ils avoienc une telle impa- 
tience d'être juftifiés , que fi 011 
vouloit les juger à Theure même , 
ils ne recuferoient perfonne , pas mê- 
me le Premier Préiident , & fouffii- 
roîent que Mr. le Prince y demeu- 
rât. On délibéra fur la recufation 
faîte en la perfonne du Premier Préfi- 
dent , & cette délibération fut fî 
longue , qu'elle ne pue être achevée, 
quand les Princes fortirent. On cria 
Vive le Rot & le Duc de Beaufort, 
Monfieur le trouva mauvais , & fit 
taire cette canaillcjqu'on voioit vifiblc- 
ment être paiée pour cela. 

Monfieur le Prince étoit cmbaraf- 
fé de cette Affaire. La Cour paroif- 
foit entrer dans fcs intérêts , & la 
Reine momroit tant de chaleur con- 
tre Tes Ennemis , que les Courtifans 
croioient lui plaire en faifant des 
vœux pour lui. Le Duc d'Orléans 
paroîlfoit dans ce commencement af- 
fez difpofé à le vouloir défendre. Ce 
Prince fe croioît affùré de fa protec- 
tion 3 mais , ce n'étoit que des ap- 

pa- 



3 5 ^ Mémoires pour fervîr 

164p. parences , & les Spectateurs étoicnc 
trompez. Il fencoit foii mal fans le 
connoître : car , malgré la confiance 
qu'il avoir dans les belles apparewces 
de la Reine , & du Duc d'Orléans, 
il écoit inquiété , & paroiflbît cha* 
grin de cette Affaire. Celui , qui 
fçavoit vaincre Tes Ennemis dans les 
Batailles , ne pouvoit fouffrir d'être 
maltraité dans le Parlement. Il n'a- 
voit pas lieu en apparence de fe 
plaindre du Duc d'Orléans : mais y il 
voioit néanmoins qu'en de certaines 
occaiîons , il penchoit à favorifer le 
Duc de Beaufort , qu'il avoir tou- 
jours aimé ; & il étoit fâché de ce 
qu'il gardoit des mefures avec tous, 
ne voulant attirer la haine d*aucun 
Parti. 

La Fête de Noël n^appaifa point 
ces Defordres. Le Roi fit en ce 
Saint jour fa première Communion 
à Saint Euftachc fa ParoilTe , avec 
beaucoup de marques d'une grande 
inclination à la Piété ; & le lende- 
main il arriva une Nouvelle , qui 
dirprît la Reine , qui fâcha le MîniC- 
trc , & qui acheva de gâter entière- 
ment les Affaires de Mr. le Prince, 

qui 



liV H'fkire â* Anne (^ Autrîthe, 3J7 
qrîi , par coures voies , courroie à i.C:>^c) 
fon malheur. Ce fut celle <lu Ma- 
riage d-Li Ï)vkC de-RîcheiieiiNavcc Ma- 
dar^ie de Ponts. 

Madame de Ponts , comme je l'ai 
dcja dit , écoit Fille de Madame du 
.Vigcaîi , &c (a Mcre avoit été juf. 
qiR's alors chèrement aimée de la 
Daclîciïe d'Aiguillon. Cette union, 
du tems du Cardinal de Richelieu, 
z-'.'oii appoitc beaucoup de biens à 
leur Famille , par rcclac que lui don- 
Hoit rAmiiié d'une per/onne , quî^ 
étant Nfece d'un (i pu-iilanc Miniflre, 
Ke pouvolt manquer de leur écrc 
licile. Madame de Ponts étoic veuve 
d'un homme de naifiance , & de peu 
de bien. La Duchelfe d'Aiguillon, 
par la tendreffe qu'elle avoit pour 
Madame du Vigean fa Mère , lui 
avoir louvcnt dit , qu'elle ne fe 'mit 
point en peine de ce qu'elle n'étoic 
pas riche , & qu'elle lai promettoit 
de partager Tes trefors avec elle. Ma- 
dame de Ponts, moins occupée de la 
E.econnoi{rance qu'elle devoit à la 
Duchelîe d'Aiguillon , que de fes in- 
tércis , & qui vouloît des rîcheiïes 
plus alTùrées , prie foin de plaire eu 
Toîne III. P Duc 



5 v8 Mémoires pour fervtr 
164^. Duc de Richeliea , Neveu de la Da- 
chefîè d'Aiguillon. Elle y reuffit 
facilement ; car 5 il ecoic jeune , 6c 
elle étoit alTez aimable & bien faite, 
pour pouvoir être aimée avec paC- 
ïîon. Madame d'Aiguillon l'avoît priée 
à'çn faire un honnête-homme 3 ôc 
comme il auroit quafi pu être ion 
Fils y il reçut fcs cnfeignemens avec 
foumiffion. Madame de Ponts , fans 
beatué , avoit de bonnes qualitez Ôc 
du mérite : elle étoit bonne , dou- 
ce 3 aimant à obliger j fa Réputation 
étoit fans tâche. Elle étoit des plus 
habiles , en matière d'une Galanterie 
plus affedée que véritable , pour 
fçavoir adroitement triompher d'un 
cœur tout neuf , qui ^ manquant de 
hardieiïe 3 n'ofoit entreprendre des 
Conquêtes plus difficiles. Cette Da- 
jnc , naturellement libérale de dou- 
ceurs 5 animée de fes propres defirs^ 
n'oublia rien fans doute pour fe faire 
.aimer de celui de qui elle le vouloît 
,€tre j ôz pour lui ^ comme il man^ 
<qua de difccrnement , pour connoî- 
£re ce qu'il lui convenoit de croire, 
,ôc de faire , le plaifir de pouvoir s'i* 
ii-iiaf^înc;: d'é.rre véritablement aime 



àV H'flolre d'Ange d'Autriche, 5 x 9 
eut de grands charmes pour lui. La 1^40 
Duchelîc d'Aiguillon avoic cté choific 
par le feu Cai dînai de Richelieu ion 
•Oncle , pour être tuuri ce de les petits . 
Neveux ; ôc ce grand homme n'avoin 
pas crû pouvoir trouver un moien 
pins affùré pour conferver fou nom, 
que de laliler ceux qui le portoient du 
cote des Femmes , fous la conduite 
de leur Tante. Il jugea que fa vertu 
fon efprit , de (on courage , les pour- 
roit protéger contre les effets de Ten- 
vîe , de de la hiine^ qui font d'ordi- 
naire les fuites facheafes des grandes 
fortunes des Favoris. Cette illuftre 
Tante , malheureufe dans tous fes pro- 
jets , voiant un jour fon Neveu ren- 
dre de petits fer vices à Madame de 
Ponts , lui dit qu'elle fouhaitoit 
qu'il fût affez honnête homme pour 
être amoureux d'elle ; & Madame 
de Ponts , qui avoit fon deifein for- 
me y lui répondit en riant , qu'elle l'a- 
veitilfoit c]ue s'il iiu parlo't d'Amour, 
ôc qu'il voulut devenir fon Mari , elle 
n'auro't point ade^ de force pour le. 
refufer. Ce difcaurs fut pris par la 
D^xthelTc d'Aigudlon comme une raîU 
lerie ^ dont elle ne fit que fc divertir; 
P z nuls 



l& 



5^40 MemoWes pmr fervlr 
4c). mais. Madame de Ponts , qui pen- 
* foit ferieufemenc à cette Affaire , crut 
par cet avcrtilTement être quitte de 
tout ce qu'elle de voit à la Duclufle 
d'Aiguillon j & fe cro'iant obligée 
de le préférer à elle., & à tout auu-e, | 
€Île eniploia , pour faire réuffir fon ma- J 
rîae,e , un homme qui ctoit auprès | 
de œ Duc , qu'elle gagna , & quMle 
engagea dans fes Intérêts. Elle fe fer- 
vit^pour fon grand relfort , de l'Amitié 
que' Madame de Longueville avoic 
pour elle i ^ .par cette Princeffe, 
elle obligea Mr. le Prince à protéger 
fon Maris oe comme une chofe qui 
lui pouvoir être avantageufe. Ma- 
.dame de Ponts vouloir un Mari , Se 
.Madame de Longueville vouloir que 
Ton Amie eut le Gouvernement du 
•Havre^de-Grace , Place , qui pouvoir 
lendre le Duc de Longueville Maure 
abfolude la Normandie. Son deilein, 
ôc celui de Mr. le Prince , fut , qu'en 
.protégeant Madame de Ponts , elle fe- 
iroit obligée de fe lier entièrement à 
!eux,. Valeur fortune. Des Marets., 
xelui qui confeilloit le Duc de Richc- 
fiieu en faveur de Madame de Ponts^ 
M faillit de belles chimères fur cet- 
' ' ■ S^ 



à rHlflolre à* Anne à^ Autriche, 3 41 
tè Union \ mais , la Duchefle d'Aîguil- 1(^40. 
Ion traveiToic leurs pcnfécs fccrectes, 
par le ded'cni qu'elle avoir de faire 
epoufer Mademoi Telle de Cbevreufe au 
Duc è<i Richelieu Ton Neveu , qui, 
malgré fon A'rncié pour Madame dé 
Ponts 5 paroifsoît un peu amoureux 
de cette PrinceOe, Elle étoit vérlta-i 
blemenc belle , d'une naîfsance iiiuf- 
trc , & devoît avoir de grands biens^ 
mais , cet Ami infidelle fcit fi bien 
mettre en œuvre Tes illufidns , aidé 
par la puîfsance d'une Hatterîe honnête, , '^ 
mais foigneufement pratiquée , qu'il Mada. 
perfuada le Duc de Richelieu , qu'il me de 
feroit mieux d'époufer cette laide ^^'^^^ 
Hélène (* ) deftinée à faite du bruit, f'^'j-' 

\' 3.10»! 

que cette belle perfdnne que fa Tante appc- ' 
lui deftinoit. Il l'afsûra , qu'étant du lée par 
Parti de Mr. le Prince , il n'avoit nul ^^^ 
fujer tl'apréhender que la Duchefse ^r^^' 
d Aiguillon delaprouvat Ion choix, 
ni le pût jamais inquiéter. Toutes 
ces chofes enfemble firent ce Marîaee, 
qui fut fatal à Mr. le Prince , peu 
heureux a ceux qurs'cpoulerent , dou- 
loureux à Madame d'Aiguillon , & 
nullement utile à Madame de Lon- " 
gyeviUe , qui , dans la fuite des rem 9, 
P - ; elle ■ 



5 4^ Mémoires pourfervlr 
i<^4P« elIeqiiîPavoIt faîc ne trouva pas dans^ 

le Havre lefecours qu'elle a\^;c efpéré; 

6 il s'en fallut peu enfin , qu'il ne 
caufàî autant de maux aux Franç'u's, 
que celui de Paris & de la belle Prin- 
ctffç de Qy^cc en fît aux Troyens, Il 
fe célébra à la Campagne , en prcfen- 
ce de Mr. le Prince , qui voulut y 
être , & qui fit ce que les Pères Se 
Mères ont accoutumé de faire en ces 
Gccafions. La Reine fut donc fur- 
prîfe , quand elle aprît que ces noces 
s'étoîcnt célébrées de cette manière, 
£Ile connut audî-rôt avec quel defTeia 
Mr. le Prince en faifolt fon Affaire;, 
& cet Evénement fervit beaucoup à le 
ruiner entièrement , dans ion efpric, 
par le confeil du Cardinal, Sa perte- 
fiit alors réfolue* , comme d'un Prin- 
ce 5 en qui on voîoit de continuelles 
marques d'un efprît gâté \ mais , la 
Reine ne laîila pas de lui faire bonne 
mine , & le Miniflre aufîî. 

La' Ducheffe d'Aiguillon > a pre- 
nant cette Nouvelle , fut au defefpoir. 
Ceux qui ont des Enfms , ou des Ne- 
veux qui leurs tiennent lieu d'Enfans, 
qui ont de T Ambition Si de grands 
biens , le peuvent aifémenr juger. 

Cette.- 



a 'C Hi(lolre à' Arme d' Autriche, 5^ 5 
Gette Dame , qui avoir du mérite ôc i64pl 
du courage , ioutenant fon malheur 
par la force de fon ame , dépécha auC- 
ficôc un Courtier au Havre , ou elle' 
commandoit par ordre du feu Cardi- 
nal de Richelieu , jufqucs à la Majo^ 
rite de fon Neveu , pour empêcher 
qu'il n'y fut reçu d'abord. Mr. le 
Prince , le lendemain des noces , ï'z-^ 
voit fait partir pour y aller , & lui a- 
voit dit , qu'en toutes façons il falloit 
qu'il s'en rendît le Maître. La Rei- 
ne 3 de fon côté , envoia de Bar , pouc 
Ce faifir de cette Place j de pour em- 
pêcher s'il le pouvoit , que Mr. le 
Prince par cette voie ne donnât atf 
Duc de Longneville fon Bcau-Frere \z 
pofleiïipn entière de la Normandie, 
Quand Mr. le Prince fut de retour de 
cette expédition , il vint chez la Rei- 
ne 3 avec le même vifage qu'à l'ordi- 
naire ; Se quoi qu'il fçût qu'elle 
avoit defiprouvé cette action , 5c qu'il 
fçût auffi que Bar étoit parti pour al- 
ler s'oppofer à fcs dcHTeins , il ne laif- 
fa pas de l'entretenir des avantures de 
la noce , & en fit devant elle des con- 
tes avec beaucoup de £;aieté & de hau- 
teur. La Reine lui dit que Madame 
P 4 d'Aiguil- 



^ 44 Mémoires four fervir 
i^efp, d'Aiguillon pretendoit faire rompre îè 
Mariage , à caufe que fou Neveu n'e- 
toît pas en âge II lui répondit ficre- 
Bienr 5 qu'une chofe de cette naturç 
faite devant des témoins comme lui , 
ne fe rompoic jamais. Enfin ce Prin? 
ce , qui avoit trouvé mauvais que la 
Reine eût gourmande Gerfé, fans lai 
en parler , ne put trouver juftc .^ qii'eU 
le fcntît comme une Kebdlion , qu'il 
eut marié un Dac &Pair de France 5 
iàns la permiffion du Roi 3 5»: avec 
des denfcins vifiblemcnt mauvais. Il 
efl: du dv^voir des Perfonnes de cette 
.qualité , àt ne le point faire fans l'a- 
grément du Roi , vu le rang qu'ils ; 
tiennent dans Ton Roiaume ; mais a- 
lors , il fallut feindre; & la Reine le 
fit fi bien , que Mr» le Prince y fut 
trompé à foa tour. 

Deux jours après, les nouvelles arri- 
vèrent que le Duc de Richelieu avoit 
Été reçu au Havre , que Bar l'avcit 
vil 3 & lui avoit perfuadé , qu'il fal^ 
loit pour fon propre intérêt qu'il gar*. . 
dât cette place au Roi , & qu'il fedçw 
tachât de Mr^ le Prince. Ce; jeune 
Duc envola à la Reine un Gentilhom- 
me^ & lui écrivit 3 pour lui faire àQ% , 

ex eu le s . 



à l'Hlflolre StAnm d'Autriche, 34^ 
eVctifcsde Ton adion. La Reine lui 1^45. 
répondit, qu'il croît vrai qu'elle Tavoic 
blâmée , & dit à ce Gentilhomme , 
que Ton Maître portoit un nom , qui 
devoît toute fa grandeur au feu Roi , 
fon Seigneur 5 &: que par conféqucnc 
il avoir eu grand tort , de manquer au. 
refpeâ: qu'il lui devoît ; mais , que (î 
à l'avenir , il rép^iroit fa faute par une 
grande fidélité 5 il n'étoit pas im'pofïï- ' 
ble d'en obtenir le pardon. 

Pendant que des acteurs particuliers \ •^' P' 

preparoient une bçcne dont les grans "^ 

Evénemens dévoient étonnera & fur- 

prendre toute l'Europe , le Parlement 

s'occupoit à juger du Différent qui é- 

toît entre Mr. le Prince^le Coadjureur, • 

& le Duc de Bcaufott. Après la Dé- " 

libération faite, fur la récufatlon du , V 
Tï ' • r> T j M ' " 1 j ♦ Janvier; 
Premier Preiidentjil y eut plus de voix 

pour lui , &: le nombre étant plus 

grand de fon côté , il fut arrêté qu'il ^ 

refteroit le Juge de cette Affaire. Les ' 

Créatures du Prince de Condé avoienc ^ 

follicité tout le Parlement avec une' 

chaleur extraordinaire , n'épargnant ^ 

ni les promeffes ni les menaces pour 

lui acquérir quelques voix , ce qui ne ; 

leur ctoît pas impoiîîble : car , malgré ' * 

P J ) 'l2 • 



^4^> Mèmoh et pour fervîr- 

i^^0\ le pouvoir des Frondeurs , le Premier: 
Préiidenr étant de fes Amis , il pou-, 
yoic avoir beamoup de voix dans cer- 
X^: Compagnie, Le lendemain , il 
fot qneftion. de délibérer fur la Re- 
quête préfentée par le Duc de Beau- 
fore & \t Coajjuteur , qui demau- 
doient a écre reçus à récufer Mr. le 
Prince leur paicie , comme ne pou-- 
vant être Juge en fa propre Caufc y 
mais ,, comme cette Caballe tramoic 
de- plus grands delfcins , tout d'un 
coup ils demandèrent, à retirer leurr 
Requête 5 & confenrirent au Juge-, 
ment : difant 5 qu'ils fe connoifîbient: 
innocens , & que par confcquent ils 
ne craignoient rien. Ils demande'rent 
feulement d'être ji^gés & juftifîês à^ 
l'heure • même. Cette- Aclion parut: 
belle 5 hardie , <Sc pleine de confiance. 
en leur juflice , & leurs Amis la célé- 
brèrent infiniment; Les Courtifans; 
ne la loliJrent pas devant, la Reine ;: 
ils. auroient: crû lui déplaire 5 car 5, 
quoiqu'on jugeât qu'elle n'avoit pas 
fujetd'aimer Mf. le Prince > on croi-- 
ciitt néânttTK>in'i qu'elle haifloit beau- 
cpupplùs lés Frondeurs que lui. Elle. 
a^Fedoit de porter fçs^ intérêts avec.; 

ch^kurc 



a l' Hiflolre a Anne d'Autriche. 3 47 
chaleur , & paroiiToît recevoir avec 1.6^0, 
joie ce qui lui ctoic avantageux. On 
difci:: qu'il y avoit un homme pris 
en Normandie , appelé Martineau , 
nommé dans les Informations , que 
l'on ammenoit prifonnier, & que Tin- 
rention des' Frondeurs étoit de hâteir 
leur Jugement", afin d'éviter le témoi- 
gnage de cet homme. Les Amis de 
Mr. le Prince le difoient a-ufîî , avec 
d'autant plus de zèle 3 qu'ils avoicnc 
plus d'intérêt à foutenir le droit de fa 
C aufc ; mais v^i^cun d'eux n'alloic ail 
but de la vérité ^ & toutes ces cho- 
£^s n'étoient plus que des illufionSjr 
dort on amufoit le Prince de Condé ^ 
les Courtifan.^, <3<: le Peuple. 

Les Frondeurs , fâchant afîez com- 
bien le Carâinal avoic fujetde haïr le 
Prince de Cop.'^é , & fe voiant eus- 
mcmcs embaralTés dans une Affaire ^ 
qi-i leur metfoit fur les bras un En- 
nemi tel que lui , voulurent chercher 
de voies plus fûres que celles dn Par- 
lement pour le deffendre contre lui. 
Ils crûrent avec fujet , que toute la 
mauvaife volonté que le Cardinal 
leur portoit le céderoîc dans fon 
cccur à fes -intérêts , & qu'en l'état ou 
P 6 il 



^io. 



^48 ^ Àiemoires pour fervlr 
' i éralt , le plus grand bonheur qui 
iui pouvoîc arriver écoit la perre du 
Prince de Condé ^ fans le trouble de 
l'Etar, Ces raifons firent que cette 
Cabale , ou plutôt ceux qui en étoienc 
TAme ôc rEfprit , pour fe fauver 
eux-mêmes , & pour perdre Mr. le 
Prince , propoferent au Cardinal de 
rarrcter , & lui dirent , qu'eux fe mec- 
îant de fon Parti , ils fcroienc en for# 
te par leurs liaîfons & leurs Amis 
qu'ils avoîent d.ins le Parlement , que 
ic: Prince prifonnier ne trouveroîc 
point de lecourSj&quc perfonnc ne , 
parleroît en fa faveur. 

Cette propodrion fat agréée , com ^: 
me le faltu des deux Partis ^ ik peu de 
perfonnes la fçurent. Il n'y eût que 
Madame de Chevreufe , ôc Laigue 5 
«qui traîtte'rent cette grande , Affaire 
avec le Minifîre. La Reine enfuité 
en. fit part au Due d'Orléans , de elle 
ki^, fit approuver ce. deOein. Ce fuc 
3 condition qu'il n'en diroit rien à 
l'Abbé de la Rivière , à caufe de l'At- 
tachement qu'il paroiflbit avoir pour 
Mf,: le Prince 3 & de la liaifon qu'il 
avoir prife pour Madame de Ponts > 
^uî .pour lors écoit devenue Ducheflc ", 



a tHljloîre â'Anne â* Autriche, 3 4^ 
de Richelieu. Pendant que ce pro- K^rov 
jet fe préméditoît 5 le Parlement con^ 
tinuoit dans les procédures , & le 
douzième du mois il fut ordonné que 
l'Affaire du Coadjuteur , du Duc de 
Beaufort , & de BroulTel , feroit fé- 
parée de celle , de la Boullaie 3 de Jo- 
li , & de Tes Complices. Le Duc 
d'Orléans fut le premier 3 qui de Ton 
propre, mouvement , propofa , on de 
les juger vréfcntement , ou de fépa- 
rerieur Affaire y ce qui fut une mar-- 
que vifible de l'Affedion que ce. 
Prince avoit • pour les Chefs de 
la : Fronde s ^ du defîr intérieur 
qu'il avoit , que Mr. le Prince n'em- 
portât pis la Vicfloire fur eux. La 
jaloufie avoit été toujours grande en- 
tre ces Princes , & pour lors elle, 
ccoit beaucoup augmentée dans l'ame 
du Duc d'Orléans , par Pextrcme Al!« ■- 
torité qiîe Mr. le Prince prenoit daas 
l'Etat ; ^ comme les Frondeurs a- 
voîent du crédit auprès de lui , ils 
îi'oublioient pas d'empoifonner (oxï^ 
cœur , en lui parlant contre lui /or : 
toutes . les Gccafîons qu'ils en pou- 
voient trouver. La Duchelfe de 
Cheyreufç,6c celle de Mombafon ^ 

les ^ 



5 'j o Mcmotres peur fervir 

i^jo. les principales perfbnnes de ce Parti , 
qui avoienc du Pouvoir fur fon Ef- 
pric , ne manquèrent pas de fujets , 
pour lui donner de raverfion contre 
fes Entreprifes continuelles. Elles y 
-réiiffirent il bien , que Mr. le Prince 
commença de -s'apercevoir alors que 
le Duc d'Orléans l'abandonnoit , Se 
n'alloit plus au Palais qu'à regret. Il 
ne fe trompoit pas ; car déjà le Duc 
d'Orléans , aiant pris gouc aux cou- 
feils des Frondeurs , avoit impatien- 
ce de profiter à fon avantage de la 
Difi^race du Prince de Condé. Il lui 
icmbla que la Cour lui donnoit une 
belle occaiîon d'ccre le Maître de la; 
France 5 c'eil; à dire de jouir lui fcul 
de toute la faveur , de de toutes les 
grâces de la Régei-.tc. 

D'autre côte , Li Reine & fon Mî- 
niftre 5 lalTés de la Domination d^ 
Mr. le Prince , le régardoient com- 
me l'Uiurpatcur de l'Autorité Roiai- 
\e j Si comme un Prince qui étoit à 
crg^ndre par fa hauteur , & par (on 
ambition. L'Affaire de Gerfé ^ le 
Pônr-dc-l'Arche , le Mariage du Duc 
de F. ichcliea , ëc fon avcrfion pour 
le Mariage de la Niecc du Cardinal ^ , 

avoienï- 



a l'Hlfioire à' Anne d' Autriche, 5/1 
avoicnt tellement comblé ia meftire , i6joi 
que la Reine, ni fou Miniftie, ne 
poLivoient plus fouffrir cette gran- 
deur il formidable , qui , félon les- 
apparences , poavoit devenir dangc- 
reufe à l'Etat. Elle écoit de mau- 
vais augure au moins pour le Minii- 
tre en fon particulier , Se par cette 
raifon le Cardinal Mazarin entra vo- 
lontiers dans . toutes les Propofitions 
de fcs Ennemis. Il crut que ce qu'il 
devoit au Roi , 6c ce qu'il fc devoir 
à lui même , Tobligeoient de mettre 
des bornes à la Puiiïance de ce Prin- 
ce , qui n'en vouloit plus avoir fur 
aucun fujet. Le» Frondeurs , pour 
reiidir dans leurs deffeins , rendirent 
PxA.bbé de la Rivière fufpe^t à la 
Reine , au Miniftre , &: à fon Maî- 
tre , félon que lui même en .avoît 
donné d'amples matières ; & n'ou- 
bliant rien de touc ce qui pouvoit le~ 
décruire , n'aliégucreut point en Ca, 
faveur les marques qu'il avoit don-- 
nées d'aimer fon devoir , & de ne 
s'en être jamais écarté fur aucun fu^ 
jet , qui put être entièrement con- 
traire au Bien de rEtàt.,Ce Favori,, 
trop alIùré de. la chofe du monde qui 

parr 



lyr ' Mémoires pour firvîr' 
téfo, par fa nature doit être la plus incer- 
taine 5 agidoit comme s'il lui eue 
prefquc écé impofîîblè de perdre les 
bonnes grâces de Ton Maître , & ha- 
zardoitde lui déplaire en prenant des 
liaifons qui lui pouvoient être fuf^ 
pe6le§. Ses intérêts Paveuglérent , & 
cette conduite fut caufe que le Duc 
d'Orléans lui cacha toujours les har- 
dis denTeîns de ceux qui le haiffoient , 
èc qui fçurent donner à toutes fcs 
actions une mauvaîfe explication. Ce 
demi Mînîftre s'aperçut alors , qu'il 
y avoit un grand refroidiiTement dans 
IVme du Duc d'Orléans pour Mr.' 
le l^rîncc ; & ne volant point la 
grandeur de ce mal , Tes caufes , nî 
les effets jbîen loin de fuivre les kn^ 
tîmens de fon Maure , il voulut s'y 
oppofer. Il le fie 5 tant pour obliger 
Mr. le Prince , que pour détruire le 
pouvoir de la Cabale Frondeufe , 
dont il étoît haï. Il difoit alors à 
fes Amis , pour fe juftifier de ce 
qu'il paroilfoit avoir des fentimens 
contraires & dîffcrens de ceux de 
Mohficur , qu'il ctoît incapable' de 
fc féparer de fon devoir ; mais , qu'iî 
2ie -vouloit pas laifler arriver de la àU 

viiîo« 



rt VHlflbhe à' Ame à' Autriche. % ç j 
VÎfion encre ces depx Princes, parce- ijjo. 
que la Cour n'écoir pas en crac de 
faire un grand coup , qui pnc abacre 
la Paiîlance de Mr. le- Prince; qu'il 
craignoit que celle dn Y)'^c .d'Or- 
léans ne fe trouvât anneanrie , fous 
rcclat de l'ancre ; ^ qu'elle ne fûc 
mal foutenue de. rAurorîté Roiale , 
qin* parcllfoit fans force & fans vi- 
geur ; mais 5 la vérité eft , qu'il ew 
péiott tontes les femaines fa promo- 
tion au Cirlin.ilat. Ses defîlins n'al- 
laient qu'à temporifer i pour gigner- 
le tems où Ton amb'tion devoit être 
fatîsFaite ; 6c comme les hommes fe 
font toujours à eux mêmes des cxca- 
fes pour leur fautes prefentes , qu'ils 
réparent par des defirs vertueux pour 
l'avenir , il s'imaginoit fans celle , . 
qu'après Ton clévatiort , qui le mer- 
troit dans un état de habilité , il 
travailleroit fortement à la grandeui? 
du Duc d'Orléans , au Bonheur de 
l'Etat 5 & à l'AbbailTcment de Mr. îe 
Prince. Il fui voit fa pafïion , & a- 
giOToit 5 félon que tous les hommes 
ont prefque accoutumé de le faire 5 
qui , en croiant fe fauver ^ travail- 
knc foavent .à leur perte. Les chos- 



es.. 



-? 



^ y 4 Msm dires pour /ervîf 
't^jo. fes 5 qui Ce paflToient , ôc qu'on lui 
cachoic foigneufcmenc , alloienc an- 
néancir en lui toute fon ambition. , 
par la fin de fon crédit , (Se de fa fa- 
veur ; &c il auroit été heureux , Ci par 
un fage décrompement de toutes ces 
ehofes , il eût apris à connoître ce 
qu'elles font en effet. 

Pour bien admirer le changemeitt 
que nous allons voir , il faut fc fou- 
venir du Siège de Paris , de de la* 
Guerre fomenrc'e par le Coadjuteur , 
& le Duc de Beau fort ; qu'alors Mr. 
Prince avoir été Tapui da Mi;iin:re , 
celui feul q li a fon ég;ard n? bab.nca- 
jamais , de qui dans cette occiCion 
avoît marché le plus dro.t à mainte- 
nir fa fortune penchante , & la fou- 
rien de l'Autorifé Roiale. M faut fe 
fouvenir , qu'après avoir gagné qua- 
tre Batailles contre les Etrangers , il 
avoit acquis la haine publique 5 Sc 
toute fa Famille en particulier ^ pouc 
cette querelle Roiale , dont il s'étoit 
fait le deffenfcur. il ne faut pas ou- 
blier y que Madame de Chevreufe , 
étant en Flandres , avoit été d'intel- 
ligence avec les Frondeurs , que Lai- 
gue avoit été traiter avec l'Efpagnol , 

par 



a r iTiflolre d' Anne d'Autriche, jj j 
par le moien de cette Priucelîc ; que i^^co, 
le Duc de Bcaufort avoit été mis a la 
Baflille , en partie à la fulciiation da 
feu Mr. le Prince , &c que Madame 
de Monrbazoa avoIt été exilée pour 
avoir été l'Ennemie de Madame la 
Princtile , qui , Mcre d'un Fils audi: 
puiffant que Pcioîc alors le Duc 
d'Anguîcn 5 avoit fièrement bravé fcs 
Ennemis , & n\avoit rien oublié pour 
fatisfaire fa vengeance- 
La Diichefife d Aiguillon qui eue: 
part à :e confeil , étoit auffi dans un: 
pofte qui mérite d'être remarqué. 
Dans le commencement de la Ré- 
gence elle avoit à peine fauve- le Hii- 
vre ; <Sc ce fut un grand bonheur 
pour elle d'avoir échapé les effets de 
la haine , que vrai femblablemcnt , la 
Reine devoit avoir contre elle. Le 
feu Prince de Condé , & Mr. le 
Prince fon ^'Is , Pavoicnt fort tour- 
menté en lui fufcitant des Procès fur- 
la fuccefîîon du jeune Duc de Brezé, 
Frère de Madame la Princelfe la Fil- 
le ; mais enfin , les chofes venant à 
changer , comme Ennemie de Mr. le 
Prince , elle eue part à fa prîfon , &C 
comme habile , elle trouva le moien 

d'en*- 



5 V (? Aîémo'res Vo^ïy fe''-v'r 

ri^co. d'entrer dans ccîte Luîgue ^ par la 
voie da Dmc d'Orléans, Voici com- 
me elle y rcuiîît. 

Le Duc d'Orléans , comme je Paî 
<léjà dir , avoit tendrement aimé 
Soyon 5 Fil'e dlionneur de Madame. 
Cette Fille , touchée de dévotion, 
ou de quelque chagrin ^ s'ctoit jettéc 
dans le grand Couvent des Carmeli- 
te<s , à defseîn de fe faire Religienfe. 
Monncur , ne pouvant fouirl-ir ion ab- 
fence fe fervit de l'Autorité Roîale, 
de celle du Parlement & de la fîen- 
ne propre , & des Confeils de toutes 
les Amies de Sbyon , pour l'en' faire 
fortir. Celle , f^ort il reçut le plus 
de fecours , fut Madame d'Aiguil- 
lon toute puifsante fur le Père Léon 
ConFe'seur de Soyon , Carme , q«î 
avoit pour le moins autant d'Ambi- 
^ tîon que de Piété. Elle s'y appliqua 
avec tant de force , qu'enfin elle 
trouva le moîen de rafsûrer la con- 
fcîencc de cette Fille, & de la faire 
revenir à la Cour , avec efpcrance de 
devenir bientôt Dame d'Atoiîrde 
Madame , afin de pouvoir rcfter dans ■ 
le monde fans fe marier, il faut de- - 
meurer d'accord ^ qu'elle y a véca ••■ 

avec •" 



arH:flo:re.^\4-^-<^ d:Jn-lche. 5.J7 
avec tint de pièce ck c!c \c\:V\ , & »(Jjx>. 
qu'elle a moïKié H n^tf^incnt le^OLi- 
loir mépr.'cr, c^ul- l'on doi;: plutôt 
eitiinci' (ou i-i^tivur , qu'y trouvera 
redire. Madame d'Aiguillon , pour 
tirer quelque avantage de Çx Négo- 
ciacion , perfuada au Duc d'Orléans, 
qiîe l'Abbé de la Rî\ iere , jaloux de 
la Faveur de Madcmoifclle de 6oyon, 
r^ivoît par. Tes intrigues prcfsce de (e 
faire Rcligieufe. Elle n'en avoit , à 
ce que j'ai oliî dire , nulle marque 
véritable ; mais 3 comme elle vouloic 
b perte du Prince de Condé , qu'elle 
crciolt l'Abbé alTcdionné à Tes intc- 
rjcts 5 (Se Ami de la nouvelle Duchclîè 
de Richelieu , qu'elle avoit fujct de 
haïr 5 elle crut qu'il ctoit nccelTai- 
re 5 de lui faire perdre les bonnes 
grâces de Ton Maître. Il cfb a pré- 
fumer 5 qu'elle a pu fçavoir des cho- 
ies fur ce fujet , que j'ai ignorées , & 
qu'elle pouvoir fans fcrupule i'accufer 
de cette pafîîon , qui vrai femblablc' 
ment devoir être dans fbn ame. 
Comme cette Dame , .par fa fcience, 
ou par Tes foupçons , fur facilement 
portée à croire que ce Favori avoir 
été fufceptiblc d'une grande jaloufîe, 

le 



Ijî Mémoires pour p, rvlr 
îl?/o. ^^ ^uc d'Orléans en fuc de même 
aifément perfuadé \ de fans beaucoup 
examiner Ci ce qu'on lui difoii: étoit' 
vrai 3 il le crue , à canfe des auri^s 
douces qu'il commençoic d'avoir 
contre lui. Il s'imagina du moins 
que l'Abbé de la Rivière avoic fou- 
liaicé que Mademoifelle de Soyon fut 
demeurée aux Carmélites ; de cette 
peuiée étant reçue par une ame déjà 
mal difporée fut capable de le détrui- 
re aupics de lui. Ce fut par là que 
les Frondeurs , qui haiîloiert l'Abbé 
d-e la Rivière fe lièrent à Madame 
d'Aiguillon ; <S^ ce fut la voie qu'el- 
le prît , pour entrer dans le fccrec de 
cette grande Négociation. Elle lui 
fut confiée par les Frondeurs ôc le 
Miniftre, qui tous étoieifc réiolus de 
perdre la Rivière. Elle avoît les 
Clefs de la Citadelle du Havre , qui , 
par la fidélité de de Bar , lui écoienc 
demeurées , malgré fon Neveu le 
Duc de Richelieu 5 <Sc malgré les di- 
ligences de Mr. le Prince ; fi b ii 
que le Miniftre la trouvant propre à 
bien des chofes , lani par la (urcté 
qu'on devoir prendie dans Ql haine, 
que par l'opinioii qu'il avoic de .à 

ca- 



a r HJflolre d'Anne d'Autriche, ^^c} 
..capacité 3 il ne fit point de difficulté 16^0}. 
-de lui parler de ce grand projet. Ce 
fut donc le Coadjuteur , Madame 
.de Clievreufe , Madame d'Aiguillon , 
le Marquis de Noirmoutier , ôc Lai- 
,gue , qui traitèrent cette Affaire avec 
Ta Reine , le Duc d'Orléans , & le 
Miniftre. Le Duc de Beaufort n'en 
fçût rien 3 parceque la Cabale Fron- 
deufe crut qu'il le diroit à Madame 
.de Montbazon ; ôc cette Dame n'é- 
toit pas affez eftimée de toute la 
Troupe 3 pour la rendre maîtreife de 
leur fort.. 

Ce defTcin de faire arrêter Mr. le 
^Prince plut au Minière , non feule- 
ment pour fe voir délivré d'un Prin- 
ce du Sang qui le méprifoît , mais 
encore parce qu'il crut qu'il alloîc 
être le Maître de la France. Il voioit 
une des Cabales détruite par la perte 
de leur Chef • l'autre , qui fembloit fe 
donner à lui , ne lui faifoit plus de 
peur ;& par ladifgrace de l'Abbé de 
la Rivière , il efpéroit qu'à l'avenir , 
il auroit le même crédit auprès du 
Duc d'Orléans , que jufques alors il 
avoir eu auprès de la Reine, & qu'ainfi 
& Domijiation feroit entière ôc aflurée. 

Les 



3 ^o Memo'ires four fcrvly 
nJ^o ^'^ Froideurs avoicnc d'antres 
penlécs. Ils enrroient en apparence 
dans les inrerecs du Minière j mais, 
n'aia'ic plus ce reioucable Prince 
pr^uv ennemi, ils s'imaginoîcnc que 
le Cardinal , foible & haï , n'oferoîc 
leur rien -reculer- 5 & qu'il leur feroic 
touc-à £iît fournis ; que le Duc d'Or- 
léans n'aiant plus la Rivîwre , le 
Coadjureur leur Ami le gouverne- 
ro'c , pour lequel il monrroic avoir 
de l'inclination & de l'eftime \ que 
ce Prince s étant conduit par eux, 
fe readroit le Maître de la Cour , & 
que par lui leur Pu'lfance s'écablircic 
fur tons , d'une manière fiable & per- 
manente. Madame de CKevreufe fe 
vit en état alors de faire revivre les 
anciens dciirs , qu'elle avoît conçus 
an commencement de la Régence , de 
gouverner la Reine; & (on clperancc 
£iit d'autant mieux fondée , qu'elle 
& fa Cabale précendoient à l'avenir 
la poifeder par force , & par confe- 
quent avec plus de fureté. 

La Cour intérieurement en cet 
ctat prend la réfolurion d'exécuter 
promprement fon dclTcin , ^ d'arrê- 
ter Mr. le Prince , le Prince de Coiv- 

ti. 



^ a PffJflolre ^ Ame À^Autridie, 3 Ci 
û , & le Duc de Longueviilc , afin ,,(^j.o. 
que ^ks deux derniers ne jpudent par 
une Guerre Civile fecourir le pre- 
mier. J'ai oiii dire depuis à la Kci- 
nc , parlant de la Prifon de ce Pria. 
ce , qu'cranc un jour an Confeil avec 
\c Duc d'Orléans & Ton Mini/Ire , 
cUe , & eux ., s'cEoienc écries , que 
ce feroic un beau coup a faire , que 
d'.irrêrer Mr. le Prince^ qu après y 
avoir bien penfd, la chofe leur parût 
necefîaire Ôc faiTabl^ ; qu'cnfuice par 
les evcnemens & le rems , dl^ leur 
-avoît paru Facile ; & qu'ils l'avoieiit 
euhn exécuté fans nulle peine. Qnand 
la Reine , pour .la féconde fois parla 
de cette Affaire au Duc d'Orléans, 
elle le conjura tout de nouveau , de 
lie point confier ce fecer à la Rivie-^ 
re. Cette prière étoit par iculicre- 
inent fond^-e , fur ce que xians le dcr^ 
mer Accommo<-!ement du Prince dé 
Condé avec le Cardi :al , dor.r l'Ab, 
befut le Ncuociatcur, Mr. le V^m^ 
ce dcfira qu'il lui donnât ia parole 
que le Duc d'Orléans ne confc»ntiroil 
jamais a fa Prf fon , au cas qu on vint 
i y penfcr , fans qull Vtn avertit ; 
^ fouhaita que Je Diic d'Orlea^is 
Tome IIL (^ ;^ 



3 6i Mémoires pour fervtr 
i^co. en fa prefencc , raffûrât de la même 
' chofe. Il crut que la Reine n'aurok 
jamais ce defTcIn fans que le Duc 
d'Orléans y eut parc , Se qu étant en 
fureté du côté de ce Prince y 6c de , 
fon Favori , il n'avoit rien à craindre. ' 
UAbbé de la Rivière , qui ne vou- 
lut pas lui donner fa parole , fur une ■ 
chofe de cette ccnfequence , fans la 
participation de la Cour , prie celle . 
àc la 'Reine , & de fon Miniftre, 
avant que de s'engager au Prince de 
Condc;& enfuiie lui donna cette 
fureté , en préfence même de fon 
Maître. La Reine Se le Cardinal h 
donnèrent de bon cœur pour avoir- 
• la Paix i car, alors, ils ne penfoienc 
pas encore à fe fcrvir contre lui des- 
f emedes extrêmes i mais le tems^ les 
aîait perfuadez que l'ufage en étoif 
utile à l^Etat , l'Abbé de la Rivière, 
-qui n étok coupable eii cela que par* 
trop d'empreflcment à fcrvir Mr. le 
Prince, fut la vidime offerte pour 
|:ous les Adeurs , en faveur de ce, 
<Tnnà detfein. La dcfflance ,^que h 
%dm mt de lui , fut ca-^'^e de fa.. 
mm ' ce fut un rideau qu'on m^ 
^ ' ' ^ ■ hi Duc d'Orléans^ 



' J2JUÎ 



i 



a VHifloîre d'Anne d* Autriche, 3 ^5 
qui lui fie voir des crimes en la per- 1:^50. 
fonne de celui qu'il avoit aime , qu^il 
crut être obligé de punir. Il eft à 
croire néanmoins , que ce Favori ie 
feroit accommodé de cecce avancure-, 
qnl l'aiiroit délivré de la crainte éter- 
n.Uc du Prince de Conti , qui, fe- 
icii (on caprice , pouvoit toujours lui 
c-rîa Noiiiination de Ton Chapeau; 
m:iis , Çon innocence lui Rit inutile, 
a caufe de Tes fautes apparentes. 

Celui, dont la liberté étoic mena- 
cée ,^ paroinToic embaralTé. Le Pu- 
blic étoit attentif à voir comment il 
4écideroit fa querelle, & de quelle 
manière elle palferoit au Parlement. 
Ce Prince fen^oit que Ç^s intérêts n'é- 
toient pas f utenus : il fulmînoît con- 
tre les Frondeurs , & pubiioir haute- 
ment , que s':i n'en rîroit raifon par 
la Juftice, il fe la féroît luf n;ême, 
-& le plus fortement qu'il lui feroic 
poiîîbic. Il fe plaîgnoit du Duc 
d'Orlcan<; , qui Pabandonnoîc , dî- 
fant à les Amis qu'il faîfoit le malade 
quaiîd il le prioit d'aller au Parle- 
rnent ; & pAbbé de ia Rivière, 
inutilement occupé du defir de la 
l^^ix , travâilloît à la maintenir entre 
q. 1 ces 



$ ^4 Mémoires pour fervtr 
^^jO. ces deux Piinces , comme à la pluî 
importante Affaire de l'Ecat. 

Le feiziemc Janvier , Marrineau^ 
ce Pr il on nier qu'on avoit aiTêtc .en 
balfe Normandie , arrive à Paris. Le 
Plince de Condé redouble fes follici- 
îations , ôc on députa deux Confeil- 
1ers pour examiner ce Prifonnier. La 
Fronde devenue* plus puidame , on 
ordonna que fans délai , le Prifonnier 
examiné , on jugeroit l'Atfairc du 
Duc clr Bcauforc de du Coadjutcur, 
feparément de celle <le la Boullaic, 
^infi qu'il a été déjà dit , .& fans 
^ucun retardement. Comme le Prin- 
ce de Condé apperçûc le .crédit de fes 
Ennemis , il en témoigna de grands 
:reflentimens ; & un de fes .Domiefti- 
.ques , perfonne de qualité , me con- 
ta que fon chagrin alors l'eitpêcha 
de dormir plufîeurs nuits , qu'il fe 
promenoit fouvent dans fa chambre, 
ik: qu'il paîloit beaucoup d'heures à 
.écrire 6c à conliiltcr fes Affaires: 
ruais, pendant qu'il menace fes En- 
jnemis^qn'l prie fes Amis , & qu'il 
^ plainj: d'un petit mal , de plus 
jgra^id^ mallieurs étoient prêts de 
U>^h^x fiix (a. j:ête,^ pour lui montrer 



a /' H'.fiolre £ Ame d* Autriche, * 5 6^ 
(J'ie tous les hommes , Je quelque i^cq^ 
coiidicioii qu'ils foienc , ne pcuvcnc 
jamais être eiiciérenienc heureux.- 
Qioi que fa miuvaife fortune ait^ 
toujours été environnée de Gloire , 
& que fa Prifon même , ait ctéfuivic 
c^'un bonheur éclatant , on peut dire" 
néanmoins qu'il perdît avec la liber- 
té , une gran ieur , & une puîfïance » 
qui jufqaes à' ce jour , aVoient été' 
accompagnées de toute la félicî«é , 
qui Te pouvoit fouhaiter dans la vîe 
d'un grand Prince. Dieu fe plaît 
d'ordinaire , dans le tems de la prof- 
périté , de nous faire voir la fragilité 
des biens pafTagers : Enfin . les me- 
fures furent prifcs pour exécuter ce 
qui dsvoît changer tant de chofes. 
Le Duc de Longuevilleétoit malade 
à Chailbt : il avoic montré afTez d'à- 
verfion pour venir chez le Roi , à' 
caufe de certains Avis qu'il avoit re- 
çus ; mais , aiant promis de fe trou- 
ver au Confeil pour une Affaire déi 
Marquis de Bsuvron dont on devoît 
parler , la Reine délibéra de prendre 
c '"te occafion pour exécuter (on def- 
Ç[n, Elle fit femblant de fe trouver 
mal , 6c cette feinte indifpofitioa lui 
Q.5 do:;- 



3 ^ <? Mémoires pour fervîr 
i6S^' donna le prétexte défaire fermer Tes 
portes , de peur du bruit. Le Con- 
leil amenoit une grande foule de 
niondc au Palais Roial , &: cette ac- 
tion demandoit la fureté de par con- 
féqucnt la foliiude. Cette raifon 
obligea la Reine d'ordonner au Capi- 
taine de ks Girdes , de ne laîlîer 
entrer perfonne que ceux qui de^ 
voient tenir le Confeil , le Duc d'Or- 
kans n'y vînt point , pour ne pas 
être le témoin oculaire du malheur 
de ce Prince , qui vivoit en fureté 
fin: fa parole. 

La Reine fe mit fur fon lit , dî- 
fant qu'elle avoit mal à la tétc j ôc 
je lui ai oiii dire depuis , qu'elle eut 
befoin de s*y mettre pour cacher le 
trouble de fbn ame , qui fut grand3- 
quand elle* fcntit que l'heure du con- 
feil approchoit. Madame la Prin- 
celFe 3 qui avoit le privilège de la 
voir , quand même elle ne voioit 
perfonne ^ vint la vifiter à cette mê- 
me heure ; ce qui augmenta beau- 
coup l'émotion de la Reine : car, 
elle avoit de la bonne volonté pour 
elle , & fçavoît qu'elle n'avoit nulle 
part dans la conduite de Mr. le Piiiw 

ce. 



à l'Hlflovn à'Jnne d'Autriche. ^Cf 
ce. Dans cette occafion , elle fe fou- i^rçy^ 
vint avec beaucoup de regret & de 
compailîon , à ce qu'elle m'a fait 
l'honneur de me dire , que Madame 
la PrincelTe avoit toujours reçu Tes 
careires avec une reconnoiilance , qui 
approchoit de Pidolatrie , &c qu'elle 
ne méritoit pas qu'elle la privât de 
joie le refte de (a vie. Cette Mère 
infortunée , bien ignorante de fon 
malheur , s'alîît au chevet du lit dç la 
Reine , & lui fit mille queftions fur (i 
maladie ^ qui toutes procedoient d'une 
véritable inquiétude j car la Reine 
ctoit toujours (i faîne , qu'il étoit dif- 
ficile de ne fe pas étonner quand elle 
fe plaîgnoit : mais , toutes fes" paroles 
furent de nouvelles matières de dou- 
leur à celle qui avoit plus de fanté 
que de repos , Se autant de volonté 
de lui faire du bien , que de ncceilîcé 
de lui faire du mal. 

Le matin de ce jour , le Prince de 
Condé alla voir le Cardinal , qu'il 
trouva occupé à parler à Priolo Do- 
meftique du Duc de Longucvillc , à 
qui le Cardinal dit mille douceurs 
pour fon Maître , le priant de fe trou- 
ver après midi au Confeil. Mr. le 
Q^ 4 Prince 



Jv 8" Mémoire f pour fervtr 
léjx)i, l^rince , entrant dans la Chambre da» 
Miniftre , lui dit de continuer Ton 
difcours : puis , s'approchant du feu',,i 
il trouva de Lionne . Secrétaire da 1 
Cardinal , qui écrivoit , fur une pttirc 
table 5 certains ordres nécefTaires poiîr 
l'exécution de TA^aire du jour. De 
Lionne les cacha foîgneufement fous 
le tapis 5 faifant enfuite la^ meilleure 
mine qu'il lui fut poffible. Gette Vi- 
fîtc finie 5 le Prince de Gondé alla du. 
lier chez Madame fa. Mère. Elfe 
avoir eu quelque avis , ou quelque 
preflentiment de faDifgrace , fi bien, 
qu'après le dîner , aiant tiré ? part 
Mrs. (e& Enfans, elle dit au Prince 
de Condé de prendre garde à lui , dc 
qu'aflTûrément la Cour ne lui étok 
point favorable. Mr. le Prince lui 
lépondit que la Reine Ta voit encore 
afTuré depuis peu de Ton Amitié , qu« 
îé Cardinal vivoit fort bien avec lui., 
mzïs que fans doute le tnal venoit de- 
là Rivière qui le trahilToit , & quîr 
fàifoit pancher Ton Maître du côté des 
frondeurs. Puis ^ il dit au Prince dc 
Conti fon Frère , qu'il vouloit ce jour 
ipême ^en fa préfence le gourmander 
«omme il le méritoit. Le Prince dr 

Mary- 



a l'Hifîotre d'Anne d* Autriche. ^ 69 
Marfillac , par un cfprit de pénétra- i^cç* 
tion & d'habileté , avoir fouveiît jugé 
que les Aftaires alloicnc mal pour 
leur Parti j &: dans cette pcnfce , il 
leur recommandoit toujours de ne fc 
trouver jamais tous trois au Gonfeil ; 
mais , l'ordre de Dieu éroit qu'ils ne 
profiteroient point de Tes Avis. Le 
Prince de Coudé fut le premier qui 
alla chez la Reine , & les deux autres ' 
le fuivirent bien-tôt après." Il y trou- 
va Madame fa Mère , & demeura 
quelque tems dans la ruelle dit lit de 
la Reine 5 en fimple converfation.' 
Gomme il avoit beaucoup d'AfFair^ • 
& beaucoup de chagrin dans l'efprit > 
après quelques difcours communs il 
quitta la Reine , & laKfa Madame la 
Princcffe auprès d'elle. Ce fur la 
dernière fois qu'il la vit , & le dernier- 
moment "qui les fépara pour jamais. • 
Le Prince de Condé parfa dans le pe- ' 
tit Cabinet , d'où Ton entre par uri^ 
autre en forme de paiTage dans une • 
Gallerie , où d'ordinaire fe tenoit le^^ 
Gonfeil. De ce petit paGTage , on ' 
alloit aufîî dans l'Appartement du * 
Cardinal. Mr. le Prince y voulue al-»- ~ 
1er ^ mais > il le rencontra dans ce mê*^ " 



370 Mémoires pourfervlr 
jo. me lien 5 qui venoît chez la Reîhe. 
Ils s'arrêtèrent en cet endroit , & ce 
Prince paria long-tems des Affaires 
qui le touchoîent alors le plus fenlj- 
blement. Il lui témoigna de fentîr 
infiniment la protedion que le Parle- 
ment donnoit à Tes Ennemis , & le 
refroidifTement qu'il reconnoiiroit pour 
lui dans Pefprit du Duc d'Orléans. Il 
vint enfuite à fe plaindre de TAbbë 
de la Rivière , qu'il foupçonnoit de 
favorifer auprès de fou Maître le 
Parti de la Fronde. Il dit au Cardi-* 
' nal 5 qu'il auroit infiniment fouhaîté 
- de lui parler en fa préfence ; & fça- 
chant qu'il étoit chez le Maréchal de 
Villeroi , Gouverneur du Roi s qui 
étoit malade , ils renvoiérent quérir.. 
L'Abbé de la Rivière ^ aprcnant que 
de telles perfonnes le demandoienr^ 
le hâta de venir j mais , il trouva pour 
entrer chez la Reine de fi grandes 
i]ifficultcz , à la porte de la Salle de 
fes Gardes , qu'il eut peur que cette 
fe vérité ne le regardât ; car , fans rien 
fcavoir de particuh'er, il voîoitles cho- 
ses brouillées, ^ ne fe fentoit pas fr. 
bien avec Ton Maître qu'à Pordînaire. 
Gominges :> alors Lieutenant des Gar- 
des 



à ? H'jiolre à* Anne d'Autriche, ; 7 1 
des de la Rcîne , qui a voit reçu l'or- 16^0, 
dre conjointement avec Guitaut foa 
Oncle , pour cet Empriionnemenc, 
voiant que les Gardes ne vouloîenc 
point lailfer palfer , félon l ordre don- 
né , les Gentilshommes qui fuivoienc 
là Rivière , eue peur que leur éxade 
obcilfance ne lui donnât quelque foup- 
çon. Il lui en fit des excufes , Ôz 
commanda de le laitier entrer , lui 6u 
Tes gens. Cette douceur le raffùraj 
ôc comme il fut arrivé Mr. le Prin- 
ce & le Miniftre fermèrent la porte 
fur eux. Alors , le Prince de Condé 
commença fortement à fe plaindre de 
lui , lui difant qu'il le trahilîbit aupr«s 
de fon Maître j qu'il voioir trop qu'il 
étoit abandonné , & qu'il l'en accufoit 
entièrement. Il lui dit qu'il fe devoir 
fouvenir de toutes les promefics que 
le Duc d'Orléans , & lui en fon par- 
ticulier 5 lui avoicnt faîtes ; cjue ce- 
pendant fes Ennemis avoîeat plus de 
protedion qae^lui ; mais , qu'il fe fe- 
roit juftice à lui même , &c fçauroit Ce 
vanger de ceux qui lui manq noient 
en cette occalion En parlant de tou- 
tes ces chofes , il fe mît à crier (i 
haut , que la Reine, qui étoit atten« 



j^'i. MeTnoîfes four fervîr 
>j6'49, ^ ^ve à tout ce qui fe paifoit , eut quei-- 
que, légère crainte . de ce bruit , s'ima- - 
ginant que peut-être iMi'. le Prince fe 
plaignoit d\ni plus grand m aL. Peza- 
dant q Je ces . trois per Tonnes s'entre- 
tenoient avec. chaleur ^ le Comte ^ de 
•Strvien arriva. 5 qui avoit le Tecre: 4a. 
U grande AtTaire de la Cour j car 5 il 
^toit , confidérç du. Cardinal : . mais ^ , 
comme il youlut entrer , ils le repouf- 
férent, eu Iç renvoiant comme un im- 
portun , U continuèrent leurs dis- 
cours ^ jufques à ce o^uc le Duc de 
Longue ville arriva,, Alors , Mr. le 
Prince pria le Cardinal , Si l'Abbé àç. 
I4 Rivière , de cclTcr de parler df 
c^tte. Affaire devant lui. Ce Prince 
rj'avoit pas approuvé, qpe le Prince de ■ 
Gondé eût entrepris cette Accufation : 
contre le Coadjoteur, qyi ctoit en. 
quelque façon de fes Amis Vil lui'. 
ay oit, dit qu'il ne le vouloit point: 
abandonner ^, qu'il n'eût vu clairement : 
fijn. Grime j & ce, partage ambigu t 
avoir déplu à Mr. le Prince. Leur - 
cpnvcrfation aiant été interrompue : 
pour quelques moments , ils s'occupc-r - 
rent à parler dç chofes communes , . 
^ peu après k Pnue.ç de C.pnti arriva^. 



a^VHiflûîre ^Anne ^Autriche, ^75 
lie Miniftre , voîant alors ces trois i (>^y^^' 
perfonncs en état de fubir la Loi du 
Souverain , manda à la Reine en leur* 
préfence que tout étoit prêt , & qu'eK 
le pouvoit . venir au Gonfeil , ce qui 
vouloit dire qu'elle pouvoit donner le 
dernier Commandements' La Reine 
auffi- tôt. donna congé à Madame la 
PrinceflTe, difant qu'elle alloit au Con- 
feil \ ôc ce fut auffi la - dernière fois 
qu'elle la .vit. Madame la PrinccfTe, 
malgré fes foupçons , fortit fans au- 
cune penfée du mal qui dans ce mo- 
ment lui devoit arriver , & la Reine 
manda aux Princes qui Pattcndoîene 
qu'ils pouvoîent; toujours pafTer dans 
là Gallerie^j &c q^u'ellc alloit les trou-' 
ver^ . 

Le Prince de Condé paffa- le pre- 
mier, le Prince dç Conti fon Frere^- 
aprcs 5 enfuite le Duc de Longueville,, 
& le refte des Miniftres, Mr. le 
Prince 5 en attendant la Reine , s'a- 
mufa à parler au Comte d'Avau3Q\ 
dtAffaires de Finances , ôc difputa 
contre lui fur quelque article qui re- 
gijrdoit les intétêts d'un de fes Amis. 
Le Cardinal 5 qui étoit refté tians ce .- 
petit palfage , voiaut les Princes cn-..- 

-r îresA 



I 



374 Mémoires pour fervlr 

ïC<o ^^'^"^ ^'^^^ ^^ Gallerîe , au lieu de !es> 

fuivre 5 prît l'Abbé de la Rivière par' 

^ la main , ôc lui dit tour bas , ^.cpaf. 
fons dans ma Chambre , ] aï quelcjuc 
chofi de confecjuence à vous dire. Ils 
s'en allèrent enfemble : le premier 

. entièrement occupé de Ton delfein; 
& le (econd , comme lui même me 
Ta conté , fort en peine de ne fçavoîr 
que penfer de cette retraite fi extraor- 
dinaire qui paroifoit lui annoncer 
quelque grand Evénement. 

La Reine , d'autre côté , aîant qui- 
tc fon lit 5 où elle s'étoit tenue toute 
îiabillée , donna l'ordre neccfifairc à 
Guîtaut Capitaine de Tes Gardes Elle 
prit le Roi , à qui /afqu'alors elle n'a- 
voit rien dit de cette réfoUuion , & 

' Sf'en ferma avec lui dans Ton Oratoire. 
Corn. ne elle n'étoit pas conduite à 
cette . aclion par aucun fentîment de 
vengeance , elle fit mettre ce jeune ^ 
Monarque à genoux , lui apprit ce 
qui fe devoir txecuter en cet inflanr, 
èc .ui ordonna de prier Dieu avec 
elle , afin dj lui recommander le fuccès 
de c:tte Entrepife , dont elle atten« 
doit la fin avec beaucoup d'émotionj 
&.de bactcmcnï de cœur. Au lieu de 

la 



^ 



a VHiflolre d'Anne d'Autriche, ^7 j 
lu Reine qu'on attendoic au Confcil, k^cç, 
Guitaut entra dans la Gallerie. Mr. 
le Prince 3 qui s'amufoic à caufer, 
comme je l'ai déjà dît , car toutes 
ces chofes fe firent en un même tems, 
voiant Guitaut qu'il aimoît venir à \m^ 
crut qu'il avoit quelque graçe à lui de- 
mander. Il s'avança vers lui dans cet- 
te Penfée , & lui demanda ce qu'il 
defiroit. Guitaut lui répondit tout bas^ 
AiQhjicur i ce que je vous veux y cefi 
c^ue fat ordre de vous arrêter , vousy 
Aionfienr le Prince de Conti lotre Fre- 
re j & Monfieur de LonguevtUe^ Mr, 
le Prince lui répondit brufquemcnr^ 
jMoi ! Aionfieur dt Gnitara , vous rnar- 
réte\. Puis 5 aiant un peu rêvé , An 
Nom de Dieu , dit- il , iCtomnez. à la 
Reine , & d'tes lui que je la [i^pvlie 
que je lui pr^ijft: p-irUr. Guitaut lui 
dit , que cela/^/wJ doute r,e ftvviyolt de 
rien \ mais , que pour le fatis faire il s'y 
en allait. Comme le Prince s'étoî: 
écarté des autres pour parler a Guitaut^ 
& que Guicaut lui avoit parlé bas^ 
perfonne de la Compagnie n'avoir en- 
tendu prononcer cet Arrêt contre îa. 
libcrti de ce trois peribnnes \ fi bien 
que Guîtauc le quittant pour aller par- 
ler 



y; 6 Mémoires pour fervîr 
î^jfo. 1er à la Reine félon Ton defir , M. le ' 
Prince revint à eux , avec le vifage un 
peu cmû , & leur dit à tous > Mef- 
fieurs , la Reine me fait arrêter , 5<: fe 
tournant vers le Prince de Conti (5c le 
Duc de Longueville ^ il leur dit , & 
voHs aujfi rmn Frère , & vous aujfi 
Mn de Longueville, Continuant foa 
lîifcouf s 5 il s'adrefTa à route la Com- 
pagnie 5 & leur dit à to\is ^ f avoue quie 
cela m étonne y moi qui ai toujours fi 
bien fervi ' le Roi , & qui croiois 
être fi affitré de l'Amitié de Air, le 
Cardinal, Puis , fe tournant vcrS 
lô Chancellier , il le pria, tout de nou- 
veau d'aller trouver la Reine , pour 
k prier de fa part qu'il pût lui par- 
ler , & pria aufîi le Comte de Servien 
d'aller chez le Cardinal lui dire la 
même chofe. 

Le Chancelier partit pour aller 
«ouver la Reine; mais, il ne revint 
point : Se Servien , qui s'en alla chez 
le Cardinal 5 en fit autant. Cependant, 
Guitaut revint , qui lui dit de la part 
de la Reine , qu^elle ne le pouvoit 
voir 3 Se qu'il avoir ordre d'éxécutet 
fds volontez. Alors » le Prince de 
Qonàé lui rcpçndit d'un ton de voix 



aVHlflolre â'Ahne d' Autriche, 377 
tout' à fait paifible , Et ^hn ,^ js le icîjo. 
venx , obeijfons j mais oît notis alleX^ 
voHf inemr ije vous prie ai^e- es folt 
dans un lUn chatid, Guiraar lui ré- 
pondit qu'il a voit ordre de les mçr 
ner au Bois de Vinccnnes. Mr. le 
Prince lui dit , Et bien , allons. En 
ce même tcms , il vouîar s^'àvançcr 
vers le bout de k Galleiie , ou cft 
une porte qui alloit à l'Appartement 
du Cardinal 5. croiantTans doute poi2- - 
voir fortir parla; mais, comme û 
voulut l'ouvrir, Guitaut lui dit , Adon^ 
peur , 'VOUS ne pottvel^f&rtir par tette 
porte ; car Comln^^s y eft avec douz.e 
Gardes, Alors , il Ce tourna vers là 
Compagnie fans nulle marque de cha- 
grin 5 aiant le vifage ferain , & tran- 
quille , ôc en ks faltiant tous leur die 
adieu , les priant de fe fouvcnir de luî,. 
de vouloir témoigner dans lés occa- 
iions 5 comme gens de bien qu'ils» 
Gtoient 3 combien il avoit été bon Ser^ 
viteur du Roi , aiant toujours vécu 
comme tel , ôc qu'il étoit leur Servi- 
teur à tous. Puis 5 s'adrelTant aa 
Comte de Brienne , Secrétaire d'Etat -^ 
il l'embrafTa , Se lui dit , Pour vous<^ 
vous êtes mon parent. Dans ce même 

tcms . . 



I - 8 Mémoires pour fervlr 
1(5/0^ tems 5 Gaitant fit encrer ComingeS 
Ton Neveu , &: les douze Gardes , par 
la porte du bout de la Gallciie où ils 
étoient attendant l'ordre. il les fit pafTer 
pour lui ouvrir la petite porte quidonnc 
au Jardin , afin d'y pouvoir defcendre 
par un petit efcalier dérobé , par où il 
falloir les mener. Mr. h Prince^voiant 
qu'il falloir fuivre cette Efcorte, avant 
que d'entrer dans l Efcalier , s'addr^lîi- 
à Comînges , & lui dit, Coml^ge^y 
vous êtes homme d'honneur & GtmïU 
homme^ N'ai je rien a cyahdre ? Puis, 
il lui reinîc devant les yeux en un mo- 
menc toutes les chofes l\u \ avoir faites 
pour luîj &: l'Amitié k\\\''.\ avoir pit^ui- le 
» Ce P^^^*^ Gi^itaur fou coufii "^ , & rout ce- 
petit qu'il put enfin pour lui faire pcn er 
Guitaut qu'il en devoir avoir quelque recoii'» 

croit au noîffance. Ce fut Comîtiees . qui me 

lervice , . >y ^ 

de Mr. *^<^"ta peu de jours après toures c^s 

le i^rin- partîcularirez , s'éronnant de la pré- 
s^» fence d'efprir de ce Prince , & avec 
qu'elle promptitude il l'avoit fait fou- 
venir de la manière dont il l'avoit trai- 
té en toutes occafions. Cominges 
aiant donc vu par les chofes qu'il lui dit, 
qu'il craîgnoît quelque dellcin contre 



à t Hlflo're d* Anne d' Autriche. 57^ 
fa vie 5 Iiiî répondit qu'il écoit homme , ^^q, 
de bien , & Gentilhomme , 6c que 
fur fa parole il dévoie s'alluier qu'il 
ji'y avo'r rien à craindre pour lui , &: 
.qu'il n'avoir nul commandement que 
celui de le mener au Bois de Vinccn- 
nés. Sur cette aifùrance , il le fuivît, 
fans plus témoigner aucune inquiétu- 
de 5 & fans dire même aucune paroi le 
contre fes Ennemis. Le Prince de 
Conti ne parla p-'int du tour : il de- 
meura toujours aiïîs fur le pe^it lie de 
repos 5 qui étoit dans la Gallerîe , fans 
montrer ni peur , ni chagrin , <Sc fe 
laiflia conduire fans nulle réf fiance là 
où on voulut le mener. Le Duc de 
Longueville , qui avoît mal à une 
jambe , & qui ne trouvoîi pas agréable 
de s'en fervit en cette occafion alloîc 
lentement , & mal volontiers. Guî- 
taut Fut obligé de commander à deux 
Gardes de lui aicîer à marcher ; & 
comn-i? dans l'âge avancé les efprîts 
aiant moins de chalçur , les maux que 
l'on fouffre abbatent fans doute d'a- 
vantage , Guitaut me dit ce même 
jour , qu'il avoir trouvé ce dernier ac- 
cablé de triftelTe , & qu'on voyoit dans 

ion 



^So Mémoires ^onr ferviy 
[ï^jo. fon vii'age qu'il avoir regarde certê" 
Dilgracc comme un malheur qui 1er 
meneroit au tombeaLi, 

Monfî:i'n- le Prince , marchanr le 
premier . a riva plaçât qie les autres 
ail porte d-i Jaidin qui donne dans 
là rue . par ou il devoir forrir. Il fat 
lut atrendr? les deux Princes qui le 
fui voient , pour faire ouvrir la porte , 
afin d'enrrer dans un CaroiTe qui les 
attendoit , & qui les devoit mener aU 
Bois de Vincennes Dans cet inter- 
valle de repos , M. le Prince deman- 
da à Giiiraut s'il comprenoit la raifon 
de cerce avanture , & lui dit qu'il s'é- 
tonnoic infiniment , qu'il eût vouîà 
prendre cette coaimiîîî'jii , vu qui! 
favoit bien qu'il l'aimoit. Guiraut kd 
repondit , qu'il le fuplioit de confiié- 
rer ce que les hommes attachez à 
leurs Maîtres , & au Service du Roi , 
étoient obligez de faire , quand il s*a- 
ollfoit de leur obéir. Il lui témoiena 
le regret qu'il avoit d'avoir été con- 
traint par fon devoir de faire ce qu'il 
f:iifoit. Ce Prince parût fatisfiit dé 
ces fcntimens. Les deux autres Pri- 
fonniers arrivèrent , comme ils par- 

loient' 



n TFÎllioWe à' Anne cl* Autriche. 5 S i 
ïoienc enfcmble ; <^ Giiicaur alors ou- j ^yo^ 
vianr la porte , le .Caroirc fe trouva 
to>iK prêt pour le recevoir , avec Co- 
duinges ^ & quelques Gardes. On les 
fit forcir par la l^orte de Richelieu, 
pour ne point traverfer Paris , avec 
cette proye ; ce qui les obligea de 
prendre un grand tour , & par de 
fort mauvais clicmins. 

Mioffens , avec la Compagnie des 
^Gendarmes du Roi , e'toit pofté au 
Marché aux Chevaux , près de cette 
Porte de Riclieh'eu. Il avoir eu or- 
<!ilre du Mîniftre de s^y trouver , pour 
■detfcndre contre le Duc de Beaufort, 
certains Prifonnicrs qu^on vouloir 
prendre ; & le Cardinal , pour lui 
orer la connoiiTance de la vérité .> lui 
fit quafi comprendre qu'il auroît à fe 
battre contre .ce Prince Frondeur^ 
AliolTens accepta cette Entreprife com- 
me brave & de grand coeur , mais 
avec quelque chagrin , ne voyant p*s 
.clairement , ni ce qu'il avoir à faire, 
ni ce qu'on vouloir de lui, La Salle, 
fon Lieutenant , lui donna quelque 
îumîére de ce deffein ; & dans la colc- 
are qu'il eût , de voir que le Miniftre 
£)'avûit point eu de confiance en lui, 

al 



% î t Mémoires pour fervîr 

'tiêfO» îl m'a dit qu'il chercha foigneLuemcr^ 
Flamariii , un de Tes Amis , afin d'en 
avertir par Uii le Pfince de Condé. U 
crut n'être point obligé de garder iiti 
fecret qu'on ne lui avoit point confié; 
maïs, n'ayant peint trouvé r>n Ami , il 
fut contraint de fc ta' re ji.fqu'au mo- 
ment que le Prince de Coudé fut ar- 
rêté : Ôc alors . étant allé au Palais 
Royal , pour être jnflruît pleînemen t, 
on lui apprit quelle étoit l'Allaîre donc 
on lui avoit parlé avec obfcurîté. M, ; 
le Prince lui avoit fîgné cet ordre, 
croyant travailler pour lui-même , ôC 
que ces Prifcnniers qu'on vouloir 
prendre écoicnt les Complices de Tes 
Ennemis j mais, fa croyance fe trou- 
va diffci ejite en fes fins ^ ôc fes yeux 
propres lui apprirent quels écoîent ces 
Prifonnîcrs que MiofTens devoit con- 
duire. 

Comme la route par où on vouloît 
conduire les Princes étoît détournée 
ôc difficile, leC^rolTe vcrfa dans un 
mauvais pas, AuHi tôt qu'il fut à ter- 
re.M.le Prince, donc lab'clle taille,ra- 
gilité 5 ôc l'adrefl'e étoient incompara- 
bles , fe trouva hors du Caroffe , ôc aui 
milieu de la Campagne,plus vice qu'un 

Oiicatt 



k VH'jloire d'Ame d'Autriche, ^Sj 
•Cîfeauquî feroic ce happé de fa Cage; k^jo; 
&c déjà prenanc un faux-faiant , il 
s'éloignoic de ks Gardes. Miolfens, 
qui le vie , mie pied à terre , & fe mie 
à courre après lui. Il rarrêca fu le 
bord d'un fofsé , où il vouloir fe jec- 
ter. Le Prince de Condc lui dit , ( à 
xe que le même Miolfens m'a conté | 
Ne craignez, point , Mioffens , y^ ne pré* 
4ens pas me fauver -^ mais véritablement^ 
fi vous voHile'^ y vo);e<. ce que vous 
pouvez, faire. Sur quoi û. lui répon- 
dit qu'il le fuplioirtrcs humblement de 
Jie lui point demander une chofe, qu'il 
.ne pouvoit faire comme homme d'hon- 
neur , & l'afsûra qu'il étoit fâché d'é- 
stre obligé à cette fidélité , mais qu'il 
falloit obéir au Roi & à la Reine. On 
^pcut remarquer par cette Réponfc^, 
quelle eft la diff. r. ncc du procédé d'un 
honnête-homme , quand on fe confie 
en lui 3 ou qu'on !e traite de fufpcd, 
f uifque ce Miofîèns avoir eu le dclfciii 
de fauver ce Prince lors qu'il n'a- 
voit point encore eu les ordres du Roi 
avec évidence. Je ne fçai s'il difoîfr 
^vrai , quand il dît toutes ces cho- 
fes^car^il eut éré prefque en tout 
«ûimabJe , par les belles qualitez qui 
m~ éioienc 



^$t4 Membres pourfervlr 
^/o. toîent en lui , s'il eut eu autant âé 
Vertus Chrétiennes , que de morales, 
ôc Cl en refpedlant la vérité dans TE- 
vangile., il eut ha'i le menfonge , Ôc la 
vanicé dans Ces difcours. M. le Prin- 
ce étant donc arrêté par-MiolTens , il 
fallut attendre que le CarolTe fut re- 
levé. Alors Cominges ôc les Gardes 
fe mirent en état de prendre foin de fa 
perionne ., ôc de celles des deux autres 
Princes. Q>iand ils furent remonter, 
•Cominges commanda au Cocher d'aï- 
iei-le plus vite qu'il lui feroit poiïîblc, 
M. le Prince 5 l'entendant parler, lui 
«dit en s'éclatant de rire , Ne craîgnt^ 
rien , Cominges , perfenne ne doit venir 
kifnonfecoHrs \ car je v-oys affure cjue je 
îijii prit milles précautions contre ce 
voyage. Peu après . il lui demanda ce 
qju'il pcnfoit du fujec de fa Prifon , y 
^joutant que pour lui il ne le devînoît 
pas. Cominges , qui avoît de l'Efpr't 
6c qui avoît beaucoup lu , lui repartit 
•qu'/7 nenfçnfvoit rien , thaïs qu'il de-' 
idoit Croire avte fon plus grand crU 
me etoît pareil a celai de Germa^ 
meus , t^ui devînt fufpeB k l^Enfcreur 
^tbere , ponr valoir trop , pour être 
ttrojf aimé i & pour être trop grande 

Cette 



^ rNIfloire d'Anne cl^^Htrlche, jSj 
Cette Réponfe le fit rêver quelques 16^0, 
momens ; puis il s'écria, A l'heure 
cjh'il efi , Monfieur efl bien eontent^ 
de m' avoir joïic ce tour 3 & [on traître 
de Favori , ( voulant parler de l'Ab- 
bé de la Rivière ) a fans doute tramé 
toute cette Affaire, En entrant au 
Bois de Vincennes , il parut un peu 
touché 3 & dit à Miofifcns , qui au bas 
du Donjon prit congé de lui , qu'il le 
I prioit d'aiïurer la Reine qu'il étoit fou 
très- humble Serviteur. Quand ils fu- 
; rent arrivez dans la Chambre qu'ils 
; dévoient occuper , ils n'y trouvèrent 
: point de Lit pour les coucher. Ils 
'furent contraints tous trois, pour fe 
divertir , de jolier aux cartes. Ils paf- 
ferent toute la nuit dans cette occupa- 
tion ; & Cominges m'a dit , que c& 
fut avec gayeté & beaucoup de repos 
d'efprit. Le Prince de Condé , rail- 
lant le Prince de Conti 6c le Duc de 
Longueville , leur die mille chofes 
agréables ; ce qui témoîgnoît allez la 
fermeté de Ton courage , Se que s'il 
avoir paru ému , & s'il avoit tant de 
fois inutilement demandé à voir la 
Reine 6c le Miniftre , la vivacité de 
fou Efprit & la force de fes naffions, 
Tornt II L R * y 



I 

3 s ^ Mémoires pour ferv'r 
1(3 fO. y avoîcnt plus départ que fa foibleffe.^ 
M. le Prince ajouta à l'occupation, 
outre le jeu , une grande Difpute qu'il 
eut avec Cominges touchant l'Aftro- 
logie : & j'ai oiii dire à ce même Co-j*! 
mînges , qui demeura huit jours au- 
près de lui 5 qu'il n'avoît jamais palTé 
de fi bonnes heures , que celles qu'il, 
eut dans fa converfation ; Se que s'il 
eut pu n'être pas touché de compaC- 
fion de fon malheur , & qu'il eut étQ 
capable de cette feverîté , qu'il faut 
avoir pour garder des perfonnes de cet- 
te conféquence , il auroit fouhaité de- 
meurer avec lui tout le tems de fa 
Prifon. QLiand , au bout de peu de 
jours 3 il fut contraint de le quitter, 
il me dît qu'il avoît pleuré en fe fe- 
parant de lui , & que M. le Prince en 
l'embralTant avoit aufîî eu les larmes 
aux yeux. Il eft certain néanmoins 
que le Prince ni le Gentilhomme n'é- 
toient pas tous deux accufez d'être 
fufceptîbles d'une grande tcndrelTe. 

J'ai lailfé la Reine dans fon Ora- 
toire ^quî ne vouKit point écouter les 
prières du Prince de Condé. Comme 
elle fçut qu'ils croient tous defcendus, 
& montez en Caroife , elle demeura 

en- 



a rHljlolre ci' Ame d* Autriche, 5 S 7 
encore quelque tems dans cette tran- i<îjo, 
quilité , afin de laifler achever de con- 
duire les Prifonniers. J'ai auffi lallfé 
le Cardinal Mazarin paffant dans fa 
Chambre , & avec lui l'Abbé de la 
Rivière. Il lui die , quand il y fur, 
qu'il l'avoit emmené avec lui au lieu 
d'entrer au Confeil , parce que la 
Reine faifoit arrêter M. le Prince , le 
Prince de Contî , & le Duc de Lon- 
gueville. L'Abbé de la Rivière fut 
d'abord fi étonné de cette Nouvelle, 
que ne la pouvant croire , il la traita 
de fabuleufe , & y répondit affez long- 
tems comme à une raillerie ; jurant 
qu'il étoit îm.poiïible que cela fut , juf- 
ques là que l'un &: l'autre en vinrent 
au point d'en rire de toutes leurs 
forces. Le premier rioit de ce que la 
chofe étoit véritable , & l'autre de ce 
qu'il la croioît faulTe. Enfin , l'Abbé 
de la Rivière , voîant entrer le Com- 
te de Servien , qui vint dire en fa pré- 
fence au Cardinal , que M. le Prince 
demandoit à lui parler , & Miofifens 
venir recevoir le dernier ordre de la 
bouche du Miniftre , alors l'Abbé de 
la Rivière ne douta pins de la vérité 
de l'Hiftoire y de s'adrciTant au Car- 
R i di- 



3 8 s Mémoires pour fervîr 
ï(3jO, dinal 5 bien changé de fa première 
gaïecé 3 lui dit qu'il éroit étonné qu'il 
lui eut caché cette Affaire ; qu'il fc 
voioit perdu ; & qu'il n'avoir pas mé- 
rité de la Reine , ni de lui , ce mau- 
vais traitement. Le Cardinal fe juf- 
tifia autant qu'il lui fat poiTible > lui 
difant que la raifon , qui l'avoit obli- 
gé à lui celer ce delleîn , étoit à caufe 
de l'engagement qu'il avoit avec M, 
le Prince , lui ayant donné parole de 
la part de Ton Maître le Duc d'Orléans, 
qu'il ne fouffrîroit point qu'on le mît 
en prifon. L'Abbé de la Rivière n'é- 
tant point fatisfait de cette raifon , & 
voulant effacer dans l'efprit du Minif^ 
tre l'opinion qu'il auroit fauve le Prin- 
ce de Condé de ce péril ^ s'emploîa 
de tout fon pouvoir pour lui prouver 
qu'il auroit trouvé des biais pour man- 
quer à la parole qu'il avoit donné à 
M. le Prince , tant à caufe que la vo- 
lonté abfoluë de fon Maître devoir 
être la règle de la fienne , que pour les 
nouveaux manquemcns du Prince en- 
vers la Reine , qui lui en auroienc 
donné affez de prétextes. Il l'allura 
de plus 5 que lui ôter le Prince de 
Conti étoit lui faire le plus grand 

bien 



à r Hiflolre d* Anne d'Autriche, 585? 
bien du monde. Il lui dit > qu'il ne 16 §0, 
pouvoir douter de cette vérité , & 
qu'aînli il voioit clairement , qu'il l'a- 
voit voulu perdre. Le Cardinal , ne 
fçachant que lui répondre , le prit par 
la main ^ & le mena chez la Reine, 
qu'ils trouvèrent encore enfermée dans 
fon Oratoire. Cette PrîncefTe étoic 
préparée à ce qu'elle devoir lui dire. 
Elle les fit entrer dans le lieu où elle 
ctoit i ,& fermant la porte fur eux , 
elle lai fit des excufes de ce qu'elle ve- 
noit de faire contre lui , & l'afsûra 
qu'elle lui conferveroit le Chapeau.de 
Cardinal^&: le racommodcroir avec fon 
Maitre. Ce n'écoit pas le dcfîein de 
la Reine , & moins encore celui du 
Miniftre , qui ne vouloit point fouf- 
frir 5 dans le pofte où alloit être le 
Duc d'Orléans , un Favori auprès de 
fa perfonne , qui , voulant être Cardi- 
nal , auroit été fon égal en Dignité, 
& peut-être plus puififant que lui. 
L'Autorité Roiale étant afi:oiblie , il 
auroit eu lieu de craindre que venann 
à perdre cet efprit pacifique qu'il 
a voit eu jufqu'alors , il ne lui donnât 
des Affaires. Mais , comme les plus 
habiles fe trompent fouvent en leurs 
R 3 rai- 



Î90 2ï4emolres penr fervlr 
iSjQ^ raiTonnemens 3 peu après le Cardinal' 
connue qu'il avoir mal pris fes mcfu- 
res i car , il rencontra véritablement 
dans les Frondeurs ce qu'il avoir ap- 
préhendé dans la perfonne de celui là. 
Après cette iJouce converfation , l'Ab- 
bé s'en alla trouver fon Maître à 
Luxembourg , plein de troublejd'efpé- 
rance , & de crainte. Il trouva que 
le Duc d'Orléans étoit ravi du bon 
fuccès de cette Avanture , & fort em- 
bara(ïe avec lui. Il s'approcha de ce 
Prince ^ lui reprocha Ja défiance qu'il 
avoir eue de lui , & tacha de lui prou- 
ver qu'il avoic eu tort de le loupçon- 
iier d'infidélité ; mais , fur toutes ces 
paroles , ce Prince fut fans cœur èc 
îans oreilles. Les fincfles du Minif^ 
tre 3 l'Affaire de Madcmoifelle ds 
^ Soyon , l'Intrigue de la Duchefle d'Ai- 
guillon 5 & toute la Fronde qu'il 
avoir méprifée pour Mr le Prince ^ & 
pour Madame de Longuevilie, avoienc 
donné de fi rudes alfauts à la bonne 
volonté que le Duc d'Orléans avoic 
eue pour lui , qu'enfin fa perte étoit 
icfoluc. Il n'en falloic pas moins 
pour ruiner la Fortune de ce Favori: 
elle avoic paru fortement établie j &: 

peu 



À VHifioire d'Anne d'Antriche, 55)1 
peu d'hommes en ce tems-là , fournis j ^c o, 
à la faveur des Caidinaux de Riche- 
lieu & de Mazarin , ont eus plus de 
Bonheur & de PuKTance. Le Duc 
d'Orléans étant donc changé pour Itii 
il l'abandonna à fes Ennemis , & leur 
promit qu'il i'éloigneroit d'auprès de 
lui. La colère , que M. le Prince 
avoit eue contre lui un moment avant 
fa prifon , ne lui fervit de rien. Le 
Dac d'Orléans demeura toujours per- 
fuadé que fon Chapeau lui avoit ren- 
verfé îa raifon , & que cet intérêc l'a- 
voie fait manquer à (on fervice , & à 
ce qu'il lui dévoie ; ce que , félon les 
apparences ^ il avoit eu quelque fujet 
de croire. Qiiand la Reine fçût que 
les Princes étoient en chemin & pres- 
que en fureté , elle envoia au(îi-tôt 
après M. de la Vrilliere Secrétaire d'E- 
tat 3 mandera Madame de Longuevil- 
le , de la part du Roi & de la fîenne , 
de la venir trouver au Palais Royal , 
où le deflein écoit de Parréter. On 
ne la trouva pas chez elle , & fes gens 
lui allèrent apprendre fDn malheur chez 
la PrincefTe Palatine où elk étoit. Cet- 
te Nouvelle la fit évanouir, à ce que 
m'a dit depuis la même PrincefTe Pa^ 
R 4 latine. 



m 

3 5) 1 Mémoires pour fervir 

i<pjo. latine, & jamais peiTonne n'a paru 
plus touchée qu'elle le fut alors. Elle 
alla aulîi toc après à THôtcl de Condé, 
pour y voir Madame la Princelfe fa 
Mère , à qui elle cria en entrant dans 
fa Chambre , Ha , M^tdame ! mes 
Frères , . . . Madame la PrinceiTe îgno- 
roît encore la deftinée de fes En- 
fans. Le Comte de Brîenne étoit ve- 
nu la trouver par le commandement 
de la Reine , pour lui apprendre leur 
malheur , mais , il n'avoit encore ôfé 
lui donner ce coup mortel. Cette 
PrinceiTe alors entendant ainfi crier 
Madame fa Fille , furprife d'ctonne- 
nient lui répondit , Helas \ qu'y a til'^ 
JHes Fils , mes En fan s , fem ils morts? 
& quen a-t-on fait ? Le Comte de 
Brîenne s'étant approché d'elle lui die 
que non , mais que la Reine les avoic 
fait arrêter , & qu'il étoit venu de fa 
part pour l'en avertir. Il lui ordonna 
en même tems de la part du Roi d'al- 
ler en l'une de fes Terres , & d'em- 
mener avec elle , fa belle Fille , & le 
Duc d'Anguien fon Petit Fils. 

La Vrillierre , qui étoit allé cher- 
cher Madame de Longuevillc pour lui 
porter le commandement d'aller trou- 
ver 



l 



à /' Hiflotre d' A'^me d' Autriche» 595 
ver la Reine au Palais Roial , ne l'a- K^ro. 
yant point rencontrée chez elle , la 
vint chercher à l'Hôtel de Condé. 
Elle répondit à cette AmbalTade, 
u'elle alloit denivinder avis à Madame 
a Mère 3 de ce qu'elle feroit , 6c ces 
deux Princeifes dans cet Entretien 
foaffrirent enfemble tout ce que la 
douleur ad coutume de faire fentir 
en de femblables occafions. Madame 
de Longueville 5 prenant confeil de 
Madame (a Mère , jugea que la Reine 
ne la voulait voir , que pour l'arrêter. 
Elle fît femblant de vouloir obéir; 
& voiant qu'il n'étoic pas tems de 
s'amufer à pleurer, au lieu d'aller trou- 
ver la Reine , elle pria la Princefïe 
Palatine fa meilleure Amie , de la me- 
ner hors de l'Hôtel de Condé , pour 
avifer avec elle^ ce qu'elle avoir à fai- 
re. La Princeffe Palatine la prit auf- 
C\ tôt dans Ton Carofîe , & la mena 
dans une petite Maifon du Faubourg 
St. Germain , d'où elle envoya quérir 
Mademoifclle de Longueville fa Belle- 
Fille , afin de la mener avec elle. Ses 
Amis la vinrent trouver en ce lieu. 
Le Prince de Marfillac , & Ton beau- 
Fiere le Marquis de Silleri , lui of- 
R 5 frirenc 



JO, 



5^4 Mémoires pour ferv'.r 
f rirent de la faivre , 6c de la fervir 
dans cette occafion , ce qu'elle accep- 
ta volontiers , comme le feul fecours 
qui lui reftoit. Elle fe mit dans le 
CarofTe de fon Amie , qui l'afTura de 
la fervir fidèlement pendant fa difgra- 
ce ; ce qu'elle effccl:ua depuis avec 
beaucoup d'habileté j & de courage. 
Madame de Loneaeville partit 



pai 



a 



l'heure même , marchant toute la 
nuit 3 à delTein de gagner prompte- 
ment la Normandie. Elle y arriva le 
lendemain , auffi laiîe qu'elle étolt af- 
fligée ; & pour comble de défola- 
îion 3 elle n'y fut pas ; favorablement 
reçue. Ses EnFans demeurèrent au- 
près de Madame la PrincelTe fa Mère y 
qui n'aîant pas eu de part à fes Intri- 
gues 3 en eût une toute entière aux 
malheurs que lui caufa fon ambition ^ 
& à ceux qu'elle avoit procurez à toute 
iâ Famille. 

Une demie heure après que le 
Prince de Condè fut arrêté , Cha- 
vigui a qui étoit dans fes intérêts , 
Ignorant encore cette Nouvelle , alla 
vifirer Madame du Pleffis Guenegaud , 
qui venoîî de la fçavoir par un La- 
quais que fon Mari lui avoit envoyé ^ 

car 3 



à l'Hifioire à! Anne d'Autriche. 3 9 y 
c<ir, étant Secrétaire d'Etat , il avoîti^jo, 
été au Confeil un des témoins de cet 
Emprifonnement. Cette Dame étoic 
Fille du feu Maréchal de Praflin. Sa 
naillance lui donnoit pour Parents 
beaucoup de personnes de grande 
qualité , & Ton mérite lui donnoic 
aufîî beaucoup d'Amis. La Reine , 
qui ne la connoiifoit pas particulière* 
ment , ne la traitoit pas avec les dif^ 
tinétions que Tes bonnes qualitez 
pou voient mériter : & Ton cœur rem- 
pli de ce noble orgueuil , qui paroic 
légitime à la raifon humaine , lui fai- 
foit defirer de fe faire à elle même , 6c 
chez elle , une efpece de domination , 
qui la put confoler de ces privations j 
car , elle ne les pouvoit foufïrir fans 
peine quand elle étoit à la Cour. Pac 
toutes ces raifons , elle recevoir beau- 
coup de vifites 5 & il y avoit peu de 
fecrcts dans le Cabinet , qui lui fiif- 
fent cachés. Elle étoit naturelle- 
ment fufceptible de beaucoup de hai- 
ne , & de beaucoup d'amitié : fa ten- 
drelTe pour fes Amis l'obligeoit de 
prendre part à leurs intérêts ; & elle 
(ê trouvoit fans y penfer , & fans con- 
liikir la raifon , prefque toujours op- 
R 6 po- 



3 9 <^ 2liemolres pour fer vir 
i6jO, pofée ) à tout ce qui leur étoit con- 
traire. Ceux j qui haïiroienc le Mi- 
niflre , rencontroient en elle de la fidé- 
lité 5 de la lumière , ôc beaucoup 
d'animofité contre lui , quoique peut- 
être ce fut injuftement , ôc plus par 
fantaifie que par aucun fujet appa- 
rent qu'elle eut de le plaindre de lui. 
Comme ils la croioient capable de fe- 
cret , & aufïi propre à les confeiller 
dans leurs Affaires , qu'à les confoler 
de leurs chagrins y ils alloient en foule 
décharger dans Ton ame les inquié- 
tudes que le commerce du monde 
fait fenrir à ceux qui l'aiment le plus. 
Par fes propres fentimens , elle pre- 
noit part à l'emportement des autres, 
& ce mélange la rendoit trop fen(î- 
ble à tout ce qui , à cet égard , pou-» 
voit lui plaire , ou lui déplaire. Outre 
ces qualitez bonnes Se mauvaifes , el- 
le avoit une vertu fans tache , elle 
étoit aflez aimable de fa perfonne, 
ôc parmi un ferieux capable des plus 
grandes chofes , elle avoit une gaieté 
extrême , qui par le plaifir de la So- 
ciété faifoit rencontrer dans fa con- 
verfatîon beaucoup de biens enfem- 
blc. Cette Dame , telle que je la 

re- 



à /' Hljhire d' Amie d'Autriche , 3 5? 7 
rcprcfente , étoit chèrement aimée de ifjjo, 
Chavignî : il n'avoir rien de caché 
pour elle , & l'écroite liaifon qu'il 
avoir prifc avec Mr. le Prince contre 
le Miniftre lui étoit connue. Qpand 
elle le vie , ne doutant pas de la pei- 
ne que lui cauieroit fa Prifon , elle 
lui en parla en le plaignant. Chavi- 
gnî 5 qui ne la fçavoir point encore, 
apprenant cette Nouvelle , fut faîfî 
d'une vive douleur : elle le fur prit, 
& l'étonna ; & après avoir rêvé 
quelques momens , il leva les yeux au 
Ciel , & frappant des mains l'une con- 
tre l'autre il dit , Vollk un ^r and mal- 
, hfur pour Monfieur le Prince , & pour 
fes amis ; mats , il faut avouer le vrai, 
le Cardinal a bien fait : fans cela , Il 
étoit perdu. Ces Paroles cachoient 
fans doute beaucoup de miftcres ; & 
vu l'état des chofes , on peut dire 
que le Miniftre en cette occafion n'a- 
voit pas été mal-habile , & qu'il mé- 
rîtoit un favorable fupcès de fa har- 
dieffe. 

La Reine , aiant appris qwe les 
Princes étoicnt arrivez &i qu'ils 
étoient environnez des groffes murail- 
les du Donion du Bois de Viacennes, 

fit 



î 9 s Aiemolres pour fervlr 

iGso, ^^ ouvrir les portes du Palais Roîal , 
afin d'y lailfer entrer tout le monde. 
Cette Nouvelle aiant été divulguée , 
la foule fut grande chez la Reine. 
Les Frondeurs avoient fi bien frondé , 
qu'ils avoient mis leur Ennemi hors 
de combat , & ils fe hâtèrent de ve- 
nir jouir de leur vidoire dans un lieu 
où peu auparavant ils étoient haïs & 
rraités d'Ennemis. Les curieux ne 
manquèrent pas d'y venir aufîî , pour 
favoir les caufes èc les particularitez 
de ce grand Evénement. Ceux mê- 
me 3 qui plaignoient les Princes y ac- 
coururent de même , les uns pour fai- 
re bonne mine , & pour ne fe point 
rendre fufpedts , les autres pour ap- 
prendre quelles en feroient les fuites , 
6c pour former déjà des projets pour 
Tavenir. 

J'étois au coin de mon feu , quand 
j'appris cette Nouvelle , & le Mar- 
quis de Villequier 5 Capitaine àçs 
Gardes du Corps , qui depuis a été 
Duc & Maréchal de France , étoit 
avec moi. Il fut furpris du malheur 
du Prince de Condé. Il écoic allez 
de fes Amis y ôc fe difoic fon Servi- 
teur s mais ^ comme les moindres in- 



I 



à l'Hifiolre d'Anne d'Autriche. ^c)Cf 
tciêts des hommes les touchent beau- i6 jo, 
coup pUis fenfiblement que les gran- 
des infortunes qui arrivent à ceux 
qu'ils aiment ^ au lieu de fentir la dif- 
grâce de ce grand Prince , par TA- 
mitié qu'il avoit pour lui , il s'écria 
cv me dît 3 Cette exécution mafparte- 
hoiî : je devoir t arrêter. Je fuis perdu; 
ca on na pas eu de confiance en mot» 
Je kii répondis^qu'il ne devoit s'affliger 
de cette deiïiance , à laquelle n'aiant 
pas donné lieu , il devoit le confo- 
1er de n'avoir pas mis un Ami en Pri- 
Ibn. Il en demeura d'accord avec 
înoi 5 par la honte qu il eut de foa 
Emportement , & s'en alla chez la 
Reine plein de douleur , & de furie. 
Il en fit de grandes plaintes au Miniftre^ 
& peut-être qu'il les redoubla foîg- 
neufemcnt , afin d'etfacer par fa fenS- 
bilité une tache qu'il craignoit d'a- 
voir fur le front , d'être parti fan du 
Prince de Condé ^ qui n'auroit pas 
été fort agréable , en la perfonne 
d'un Capitaine des Gardes du Corps? 
mais 5 elle n'y étoit pas en effet ; car, 
il étoit incapable de manquer à fou 
devoir. Auffi-tôt que Villequier 
m'eut quittée ^ je m'en allai chez ta 

Reiae 



400 Mémoires pour fer vîr 
léçQ. Reine en qualité decurieu/e, ne pre- 
nant part à cette Avanture , qu'au- 
tant qu'elle étoit utile à Ton Service. 
En entrant dans fa Chambre , je fus 
furprife de voir tant de vifages nou- 
veaux ; tous les Frondeurs ^ les En- 
nemis de nôtre Miniftrc , la remplif- 
foient entièrement. Ils tenoient cha- 
cuns leurs Epées à la main ^ mais 
dans leur foureau , jurant qu'ils 
étoient bons Serviteurs du Roi , & 
<\\x'i\s alloient être les DefFenfeurs de 
la Reine , & la force de TEtat. Je 
trouvai leur orgueil ridicule ^ Se leurs 
fanfaronnades un peu trop fortes j &c 
comme il y avoit d'honnêtes gens 
dans cette Cabale , qui etoient de mes 
Amis 5 je leur dis ma penfée ^ ôc je 
hs fis demeurer d'accord que j'avois 
raîfon de me mocquer d'eux. Enfui- 
te de cela , je me mis à parler avec 
quelques gens fages Se modérez. Ils 
trouvérenr que la Prifon de Mr. le 
Prince éroir fans doute une action vi-- 
goureufe & hardie 5 qui vrai fembla- 
blement devoit faire du bien à la Fran- 
ce 5 Se devoit même calmer les pat 
fions trop violentes de cet illuftre 
Prifonnier j mais , comme les corps 

in- 



à r Hiflolre â*Anne d* Autriche, 40 1 
infirmes , & donc les mauvaifes hu- i<^jO, 
meurs fc font trop ébranlées , ne peu- 
vent fouffrir les médecines , fans 
Une trop grande émotion , ils jugè- 
rent ce même jour j que la Cour 
étant agitée de toutes les Faétions, 
qui depuis longtems altèrent Ton re- 
pos 5 il étoit à craindre qu'elle ne pût 
profiter de ce remède. Par cette ac- 
tion y le Cardinal Mazarin 'montra 
clairement qu'il n'étoit pas fi foible 
qu'il ne -fit des actions de grande for- 
ce , quand il lui plaifoit , 6^ un de 
ceux , qui avoient traitez cette Affai- 
re avec lui * ^ me dit alors > que a^ l^j, 
quand il lui avoit proprCi^ d'ar**-^J'çr - ç fut 
Mr. le Prince , il n'avoît pas Tiéfirc dû- ««- ?i&- 
moment à s'y réfoudre. Il eft cer- ^'^^^ 
tam néanmoins, qu il avoit montre ^r^ ^^ 
tant de crainte de lui déplaire , 6c Minif- 
avoic vécu avec lui , avec tant de fou- ^re d'a- 

mifîîon , qu'il Ta voit lui même par î!^/^'^, 
• . / ,, , ^ Jjf Mr. le 

cette voie convie d en abuier. Mr. pj-i^cç - 

le Prince de fon naturel n'étoit pas fi &cefuc 

redoutable dans le Cabinet qu'à la -ui «lui 

Guerre ; &: pour peu qu'il eût ren- ''^' ^" 

contré de fermeté dans l'Ame du Mi- ^^ 

iiiftrc , ceux qui le connoilToient à 

fonds diioient , qu'il auroit été doux 

& 



401 Mémoires pour fer vlr 

K^fo. 6c traitable 3 & que Tes derniers Em- 
porcements ne procédoîent que du 
mépris ou il s'imaginoit que le Cardi- 
nal ecoit tombe y ôc des flatteries de 
fes Courcifans , qui en lui parlant du 3 
Miniftre Tappeloient toujours fon 
Efciave. 

Il y eût ce même jour des perfon- 
nes qui avoient ccé dans les intérêts 
de Mr. le Prince , qui me dirent , 
parlant des eau fes de fa Priibn , que 
de l'aveu du Miniftre il avoit promis 
pendant la Guerre le Pont-de-1'Arche 
au Duc de Longuevîlle . afin de l'at- 
tirer par cet efpoir au Parti du Roi > 
Z^. G>'/à 1^ ^^.^ix 5 cette promefle avoîc 
- ce^- xOiffitZ)*'-^ entre eux. Ils y ad- 
joutoient qLi'il y avoit eu avai,; U 
Guerre une Négociation fecrcte en- 
tre le Cardinal Mazarin 6c le Duc de 
Longue ville par où le Miniftre avoit 
fait efpérer à ce Prince le Havre de 
Grâce , molennanc qu'il fit en forte 
avec le Prince de Condé fon Beau- 
Frcre , que Mademoifeile d'Alais , 
Fille du Duc d'Angoulefme , fa Cou- 
fîne Germaine , époufàt fon Neveu 
Mancini j que le Cardinal , pour 
lui pouvoir donner des qualités 

qui 



à r Hlftolre d'Anne d'Autriche, 40 j 
qui le pufTent rendre digne Mari 16^0^ 
d'une Princeiïe qui portoît le nom de 
Vallois 5 comme Petite-Fille d'un 
Bâtard de Charles IX. &: Nièce de 
Madame la PrincefTe , avoit propofé 
de lui donner la Souveraineté de 
Charlevillc , & l'Amirauté \ mais', que 
le Prince de Condé , ne voulant point 
manquer de parole au Duc de 
Joieufe Frère du Duc de Guifè , à 
qui il avoit promis MademeifcHe 
d'Alais 5 rompit ce Traité , & ne 
voulut point en entendre parler, 
d'autant plus volontiers , qu'il fou- 
fiaitoit cette Souveraineté pour lui 
même. 

Mr. le Prince , dans la fuite des 
tems j fe fervit de ces mêmes chofes, 
pour dire qu'il n'étoit pas criminel, 
d'avoir voulu que le Havre fût entre 
les mains du Duc de Richelieu , fon 
Ami 3 puifque le Miniftre l'avoir fuie 
cfperer au Duc de Longueville fon 
Beau -Frère , par la feule confidéra- 
tion de la Grandeur de fa Maifon: 
& quand Mr. le Prince fe lâcha du 
Mariage du Duc de Mercœur , le 
Cardinal difoit de même qu'il avoit 
prémiéremeuc recherché de s'allier 

avec 



404 Mémoires pour fer tir 
léjo. avec lui 5 par le Mariage de fou Ne- 
veu 5 avec fa Parente , &c qu'il l'avoic 
refuic. 

Les Serviteurs & les Amis des 
Princes les voiant arrêtez , fe iauvé- 
rent dans les Places où ils comman- 
doient , avec le plus de diligence qu'il 
leur fut poffible. Le Duc de Bouil- 
lon 5 ôc le Vicomte de Turenne , fu- 
rent les premiers à prendre la fuite. 
On les manqua feulement de quel- 
ques momcns , eux Se le Prince de 
Mavfîllac. Selon la réfolution de la 
Reine , ils dévoient avoir la même 
deftînée ; mais , ils furent avertis de 
bonne heure. Le Vicomte de Tur- 
renne fe retira à Stenai 5 qui apparte- 
noie au Prince de CondéjÔ: le Prélident 
Perauît , Intendant de fa Maîfon, &c de 
ùs Alïiiircs , fut mené enfuite au Bois 
de Vincennes. 

Le foir de ce jour fi célèbre , la 
Reine fe montrant à toute la Cour, 
parla du Prince de Condé avec une 
grande modération. Elle dît à tous, 
qu'elle étoit fâchée d'avoir été forcée 
pour le repos de l'Etat de le faire ar- 
rêter , vu fon Mérite , fa Naîlfance, 
Ôc fes Services 3 mais , que les inté- 
rêts 



à VHljloîre à* Anne d* Autriche, 40 f 
rets du Roi l'avoient emporté par def- i^cq, 
fus ces confidcrations. Elle reçut froi- 
dement Madame de Montbazoïi , qui 
vint lui faire les complimens avec l'em- 
portement qu'on a d'ordinaire pour ce 
qui plaît. La Reine lui dit qu'elle 
n étoit pas capable de fentir de la joie 
d'une chofe de cette nature ; qu'elle 
l'avoit crue neceflaire 5 mais , qu'elle 
ne la trouvoit nullement deledable , ÔC 
qu'elle fe feroît eftimée heureufe , fi 
M. le Prince eut bien voulu ne l'y pas 
obliger. Cette Réponfe me parut 
procéder d'une Ame vraiement Roiale: 
l'équité m'obligea d'en avoir de la 
joie. Je m'approchai de cette Prin- 
cefle 5 & après l'avoir loiiée tout bas 
de cette humanité , je pris la liberté 
de lui baifer la main , comme pour 
l'en remercier En mon particulier, 
je n'avois nul attachement à cet illuf- 
tre Prifonnier. J'avoue néanmoins 
que la deftinée d'un fi grand homme 
me fit pitié , & j'eus dépit de voir Tes 
Ennemis triompher de fi^n malheur. 
A l'égard de la Reine , ils étoienc 
mille fois plus coupables que lui ; ôc 
n'avoîent eu de leur côté que du bon- 
heur , 6c de favorables conjondures, 

qui 



40^ Mémoires pour fervîr 
i^/o. qui les avoient fauvez. Enfin cette 
journée finit par un entretien d'une 
heure , que Laigue eut avec la Reine. 
Elle étoit dans fon lit quand il lui par-^ 
la , & ce fut lui qui à minuit lui fer- 
ma fon rideau. Ce grand Amateur 
de chofes nouvelles , étcîc hardi à les 
propofer , ferme à les foutcnir , & 
fort habile à les perfuader ; mais , tout 
ce que la Reine fut obligée de faire en 
faveur de ces nouveaux Se mauvais 
Serviteurs ne l'empêcha pas de parler 
de M. le Prince avec l'eftîme qu'elle 
lui devoir ; & fa Sagefse fut caufe que 
cette Cabale fut obligée de mettre 
les premiers jours des bornes à leur 
joie. Leur modération ne dura gue- 
res. Qiielque tems après , fans que 
la Reine y contribuât en fon particu- 
lier , la Prîfon des Princes devint le 
fujet de la joie , & de la gaieté des 
Courtîfans ; & chacun , croîant fe 
rendre agréable par cette voie, tâchoît^ 
d'en témoigner de la fatisfadion. flj 

La nuit fuîvante , le Duc de Beau- 
fort , par l'avis du Duc d'Orléans , fut 
à cheval dans les rues pour fe montrer 
au Peuple , & pour rafsûrcr quelques 
petites gens , qui difoient qu'on les 

trom- 



k VHlfloîre à'Anr.e à' Autriche. 407 
trompoic , & que fans doute c^étoit k^^q; 
leur bon Prince qu'on avoît mis en 
prifon. Les feux de joie furent grands 
dans Paris , pour la Prifon du Prince 
de Condé 5 car , le Peuple le haïfsoir, 
\ caufe de l'oppofîcion qu'il avoir tou- 
jours eue contre leur Protecteur le 
Duc de Beaufort. Ce Favori du Peu- 
pie j fe voiant alors en état de pou- 
vj:'r profiter des faveurs de la Cour, 
fe voulut raccommoder avec le Minif- 
tre. It lui envoya faire un compli- 
ment 5 & voulut même , pour lui 
montrer plus de foumiflion , envoyer 
prendre ordre de lui , pour la marche 
dangereufe qu'il fit cette nuit dans les 
rues. 

Le lendemain , avant que la Reine 
fût éveillée , fon grand Cabinet , & 
fon Appartement tout enticr.éroient fi 
pleins de monde , qu'à peine y pou- 
voit-on paffer. Auiïî-tôt qu'elle le 
fut , le Duc d'Orléans la vint voir. Ils 
furent quelque tems à parler enfem- 
ble , elle étant encore dans fon lit 5 & 
il fut aifé aux Spedateurs , de devi- 
^^^\ ^^.,C^J\^de leur converfation. J'a- 
vois oiii dire le foir auparavant , que 
l^Abbé de la Rivière étoit mal dans 

fes 



4o8 Mémoires pour fervir 
î6jO, Tes Affaires , ôc qu il n'avoir point feu 
le fecret de cette Avanture. Je m'ap- 
prochai de lui , pour (avoir ce qui en 
écoir. Il me répondit qu'il étoit vrai, 
qu'il n'avoit eu nulle connoiflancc de 
cet Emprifonnement. Comment ! lui 
dis- je. Fous êtes donc perdu ? N'en dou-' 
te'^pas , me dit-il : mon Mahre ne me 
parie plus , & le pied me gllfe : & je 
ne laljfs pas d'être tranquille. Il me 
quitta 5 pour fuivrc le Duc d'Orléans 
chez le Cardinal Mazarin , qui con- 
fervoit avec lui toutes les apparences 
d'une grande Amitié. Auflî-tôt que 
la Reine fut levée , elle reçut les com- 
plimens de toutes les perfonnes de 
qualité 5 qui rafsûrérent de leur fidé- 
lité ;, ôc quelques Parens des Prifon- 
niers furent du nombre. 

La Reine envoia ordre en Catalo- 
gne , à Dom Jofeph Marguerite , ôC 
à de Marca , Intendant de Juftice 
en ce Pais , pour arrêter Marcin, 
qui commandoit l'Armée. Il étoic 
créature du Prince de Gondé , ôc 
avoir eu cet Emploi par lui ; ce qui fut 
ponduellement exécuté. Le Parle- 
ment 5 ôc les autres Cours Souverai- 
nes , furent mandées. La Reine leur 
fit part des raifonsqui Pavoient obli- 
gée 



^ a VH'fiiAre â* Anne dC Autriche. -409 
^gée de s'alfLU-'erdcla perfonne de M. 16^0 
k Prince-, du Prince de Conti M du 
Duc de Longucville , Se leur en aiaiic 
die les caulcs [outcs ces Compaanfes 
en parurent fatisfaites. 

Madame la Piinccffe envoia fup- ' 
pUer la Reine de lui permettre de de- 
î^'^elI^er encore un jour chez elle , & 
dans l s grandes Carnielites ; ce 
^ 'elle lui accorda volontiers. Pçn- 
a.Hit ces deux jours /tout ce qu'il y 
î?voic deperfonnes de qualité à Paris ^^ 
la i-urenc-vifiter , pour lui ténio'gner 
la pattqu'ils prenoient à fa douleur ^ 
ce Princciîe ctoit en (on particu- 
dans une grande coniîdération, 
^ lui venoit en partie par elle me- 
Ses Enfans ne lui faifoient oue« 
ne part de leurs dclîeins , m de 
Autorité îmais,ceiiequ1isavoienc 
menroit la fîenne. 
'-c Commandeur de Jars fut la 
^ ■ avec les autres. Il étoit de la 
de de "Chaccauneuf , contraire à 
-Vlaifon de Condé 5 maïs , Madame 
la Princefïe le croiant homme d^hon- 
Deur , Pembraffa, & pleura amère- 
ment avec lui. Elle lui dit enfuire , 
Tome II L S Com^ 



^ , Mémoires peur fervîr ^ 

eela foît en mon pouvoir , U »} ".' 
^cctte Pnnccfle affligée, efl 'f'nc,de 

iJ«ande ^uon le lui envoyé, &J^ 
ceU je ferai en quelque f^çon fouH^'' 
Le Commandeur de Jars . a,a„: tm 
vrai cœur de Gentilhomme , partie 
SpS d'elle à deffein de lu r^- 
dre ce petit fervice & dans le me. 

T'-^Tla^ReL^Ilirc^lS 
£"X:liS^;èluiavoit^C 
MadamelaPrinceire,ceqmfutreçu 

delaReine avec bonté; fi b^nq"« 
. le même jour le Valet de Chamb e 

fut envo é au Bois de Vmcennes , 
ponr le foulagement du Pnnce de 
Conti , que Madame fa Mère am.oit 
elprs avec de grandes tendreffes. 



à ?Hl(loWe d'Ame d* Autriche. 41 1 
le Dlic de Beaufort ^ & le Côadjuteur j ^ 
n^avoieiK point encore vu le Roi ôc la 
■Reine , à caufe qu'ils étoient accu fez 
d\m Crime , &c qu'il failoit fuivre 
Tordre de leur juftifîcation. ïls allè- 
rent ce jour vingt & unième du mois 
au Palais, pour y être lavez de toutes 
leurs caclv.o. Il eft aifé déjuger qu'ils 
en revinrent revêtus de la robbe d'In- 
nccence. Se qu'ils y allèrent fans nulle 
îiîqi'îJtudc d'être condamnez, quoique 
pur dire alors le nouveau Prifonnier 
Martmeau. 

Le lendemain les Frondeurs rem- 
plis de gloire apparente où vérita- 
ble , ôc fij'sfaits de leur deflinée , aU 
iercnt au Palais Roial , faluer Leurs 
Majcftez , Si le Duc d'Orléans les 
piéfcnta. Ils furent reçus félon le 
tems, c'cft- à- dire comme des perfon- 
nés à qui toutes chofes arrivoient 
plutôt félon leurs fouhaits que félon 
leurs ferviccs. L'Abbé de la Riviè- 
re ne leur reilembloit pas : fa faveur 
étoit mourante y & fon courage le fou- 
tenoic encore pour quelques jours 
feulement. Il ne fe trouva point à 
cette préfentatîon ; mais il arriva 
chez la Reine peu de tems après. Jc- 
S 2, ' bî 



4ï2 Mémoires pour fervlf ^ 
ïéfo. lui demandai en quel état ctoient fei 
* Affaires. Il me dit en riant ,^ f''^ 
étoit foihle , & qu'il vhoit de rég'mf^ 
Il difoit vrai ; mais , malgré fon r&. 
oime , fa maladie ne Uitroit pas 
d'empirer.: le Miniftre commençoiî: 
démontrer le peu de volonté qu^îl 
avoit de lui tenir fa parole j & par 
conféqiient, fa faveur étolt menacée 
d'une prompte fin. La Reine , eu 
nm préfençe , ne laiffa pas de lui de- 
mander auffi , Comment H etoit avec 
Mo-npeur ? Et lui , comme fi c'eûc^ 
àe un -jeu, lai répondit en raillant, 
que foii Maître ne le regardoit plus , 
.& que n'aianr plus de nourriture , il 
falloir périr par inanition. 

Cet Abbé , voiant qu'il écoit per- 
du . jugea qu'il falloit finir de bonne 
grâce, il voulut encore parler au 
Duc a^Orleans , pour tâcher de fe 
Juftifierà lui j mais , ce Prince évita 
fon entretien , & ne voulut jamais 
1^'cQ^ter. .Qiiand il connue claire- 
'menc que (on malheur n'avoit poînC 
de jeipcde., & que fon Maître n'a- 
'voit pUis d'oreilles pour lui , il m 
> Jg'demandçr ^ pg^r fon Ami le Mai> 

"fim à^ Termes . la permiffion d'allej: 
'"" ' ■ ^"' '" pailqr 



d tH'fiov'e d' Anne d* Autriche. 41^ 
paffer quinze joars à fa maifoii de I^^JO, 
Pctic-BoLirg. Cette grâce lui fut ac- 
cordée avec facilité 5 6c même avec 
apparence de quelque prolongation; 
Il donna ce même foir à fouper à 
Beaucoup de Tes Amis , & montra 
tant de gaieté ^ que placeurs crurent 
qu'il étoit raccomodé. Le lende- 
main , il partit à fix heures du ma- 
tin 5 fans montrer ni trouble ni cha- 
grin. Il perdit en même tems la Fa- 
veur , le Chapeau , & l'efpérance 
qu'il avoit eue' qu'au déifaut du 
Chapeau , il pourroit erre , Archevê- 
que de Reims \ mais , en ré(ignant à 
un autre refpérance d'être Cardinal, 
il fembia aulïi perdre Ton ambition , 
& en vouloir lai^fer les inquiétudes à 
fon SucceflTeur II fut trahi dans k 
Maifon du D ic d'Orléans , de ceux 
qu'il avoît obligés , & qui lui dévoient 
leur fortune , & fuivî feulement de 
quelques uns qui ne lui dévoient rien ; 
ce qui arrive quafi toujours à ceux , 
quife font vus en état d'obliger. Il 
rendit à ces derniers ce qu'il avoît re- 
çu des autres : ils en furent mal pa- 
ies. Les grands biens qui lui refté- 
rent auroient pu néanmoins lui àon- 
S 4 net 



1 



I 



414 Jl/iemolres pour firvîr 
ï^fo. beaucoup de facilité pour en ufer 
mieux ; maïs , il étoît homme , & ret 
fembloîc fore aux hommes ordinai- 
res, 

Qiielqoe tems après , le Duc d'Or 
leans lui envoîa commander d'aller en 
une de fes Abbaies , puis enfuite à 
Aurillac dans le fond de l'Auvergne , 
avec commandement de rendre les 
Sceaux de l'Ordre , qu'il avoir ache- 
tez du Garde des Sceaux de Châ- 
teauneuf trois cens mille livres. Il ne 
fit pas toujours bonne mine à foa 
malheur : il fouffrit avec peu de pa- 
tience & beaucoup de chagrin tous 
ces maux j mais , aianc de l'efprît , it 
parut d'abord avoir du courage , dC 
de la fermeté de foutenir fa difgrace > 
dont il reçût les plus grands coups 
d'une manière eftimable. Il joua fort 
bien le premier ade de la Camédie ^, 
le reftc ne mérite aucune loiiange : 
nulle vertu ne fublifte , fi elle n'eft 
fondée fur la piété, 
te 13. Boutteville , avec quelques autres > 
Janvier, fous prétexre de l'Affaire qui écoit ar- 
rivée antre fois au jardin c^e Renard , 
firent appeler le Duc de Beaufort 
pour fc bactre , qui n'en voulut rien 

faire 



à W'ftoîre d'Anm £ Autriche, 41J 
faire ; non par manque de cœur , car kJjo. 
certainement il étoic brave , il avoîc 
auelque chofe de grand dans l'ame : 
mais 5 il ne voulut pas s'embaralTer 
dans ces querelles particulières , qui 
lui avoienc donné des Affaires. Il 
crut qu'il valloit mieux vivre, pouir 
jouir des fruits des pénibles Intrigues 
où il s'étoit trouvé. Les Princes onC 
fouvent affedé d'éviter les combats 
aveclcs particuliers , & celuMà fuivîc 
volontiers cette Maxime. Sur la ^n 
du mois 3 on eut nouvelle que le Vi- 
comte de Turenne avoir déjà pris la 
qualité de Lieutenant Général de 
l'Armée du Roi pour la Liberté àt^ 
Princes. La Reine , aiant depuis 
congédié les Troupes que ces Prin- 
ces commandoient , beaucoup de cel- 
les-là furent trouver le Vicomte de 
Turenne à Sienal , ^ (ç rallièrent , à 
ce qui fut dit à la Reine , environ 
jufque au nombre de trois mil hom- 
mes. On rcfolût auffi-tôt d'cnvoîcr 
le Duc de Vendôme avec une Armée 
en Champagne , pour s'oppofer à cet 
Ennemi , avec les provifions du Gou- 
vernement de Bourgogne 5 qui étoic 
au Prince de Conde. 

S 4 La 



41^ Aîemotres pour fervîr 
éjQ, La Reine , de fon côté , fe réfolus: 
d'aller en Normandie , pour s'alfùrcr • 
de cette Province , de toutes les Pia^ 
ces qui y font ^ qu'elle ne jug?a pas, 
devoir laifTer fous la domination dci 
Madame de Longueville. Le Parli 
ment de Roiien & beaucoup de per-f 
fonnes de qualité cuiTent eu affez de • 
difpofiiîon pour faire du bruit en fa- 
veur de cette PrincelTe frottdeufe j, 
mais , le Marquis de Beuvron , a:> 
cien Ami du Duc de Longueville , 
quoique peut être malgré lui , fe ré- 
foiut de faire fon devoir , & lui aiaiat : 
ixiontré clairement qu'il ne la pouvok : 
fervîr , lui fit connoître qu'elle? 
n'en devoir pas attendre grand fc- 
cours. Madame de Longueville , (e* 
voîant mal reçue , réfolut de s'en al-- 
1er à Dieppe , à deifein de chercher r 
«en ce lieu quelque foulagemento. 
Beaucoup de Gentilshommes du Païs; 
la furent vifîter : ils lui menèrent quel- 
ques SolJats 5 de d'autres lui offri- 
rent & lui prêtèrent de l'argent. Le • 
Prince de MarfiUac l'ayoit déjà qui- 
tée 3 pour aller en Touraînc , à foiii 
Gouvernement , travailler à former i 
^n Parti en ce Pais où il ctoit puif-- 

faut . 



à rHijîotre ^ Anne à^Antrlche, 4 1 7 
ianCjparfes Amis ,& par fon cré- i<?;o. 
dit. Il ne refta auprès d'elle de 
pcrfonnes importantes , & de quali- 
té , que Saint- Ibal , Tracy , 6c Bar- 
rière , avec un certain Saint- André , 
fort^ habile pour les Fortifications. Il 
y eût auflî quelques Provinciaux de 
conféquence , qui ne l'abandonnèrent 
pas. Elle fit deifcin de fe tenir dans 
cette Place , tant qu'il lui feroit pof- 
ilble ; & /île Roi Pen chafToit , de 
fe mettre dans un Vaiflcau , & d'al- 
ler chercher dans les Pais Etrangers ^ ' 
à l'exemple de Madame de Chevreu- 
fe , le refuge que les malheureux y 
trouvent toujours. 

Montigni , Gouverneur de Dîep-. 
pe , & homme de bien , en recevant 
Madame de Longueville , ne* laiiîa ' 
pas d'envoïer alTirer la Reine de fa 
fidélité. Le Marquis de Beuvron eri • 
avoir fait autant. En cela il étoic ■ 
loiiable. Tous deux avoient de gran- 
des obligations au Duc de Longue- ' 
ville, & dans une pareille, conduite ^ 
ils eurent peut-être des fentimens dif- 
férens. viadame de Longueville a- ' 
voit tenré d'aller au Havre ; mais ^ ' 
k Dtie de Richelieu ne put la reçe-' 

S s voir ' 



4 1 8 Mernolres four fer vtr 

U'îo v°^^ > ^ ^^^^^^ ^^'^'^ ^^'^^^ ^'^^'^ P^^ 
' tout à fait le Maître : les principaux 

Officiers éiroient. tous à Madame 
d'Aiguillon , qui devoît haïr un Ne- 
veu rebelle & ingrat ; fi bien y que 
Madame de Longueville , qui avoic 
fait avoir ce Gouvernement à fork 
Amie , dans le deffein d'en profiter 
pour elle-même , eut le déplaifir de 
voir que ce Mariage , en partie , étoît 
caufe cle fes maux , & qu'elle n'en 
put pas même recevoir le moindre 
foulagement dans fa Difgracc. 

La Reine y fuîvant fa Réfolutioii 
partit de Paris , le premier Février ^ 
& arriva à Roiien le troifieme dit 
mois. Avant que de partir ^ elle en- 
voia arrêter la Ducheire de Bouillon ,. 
qui fiit fi habile , qu'à la vue même 
de celui qui l'arrêta , elle fie fauvcr 
fes Enfans mâles , & les enyoia en 
îîeu de fiireté. Cette Dame a été 
îlkiftre par l'amour qu'elle a eue 
pour Ton Mari , par celui que fou 
Mari a eue pour elle , par fa beauté^ 
èc par la part que la fortune lui a 
donnée aux Evénemens de la Cour. 
Elle accoucha le même jour qu'elle 
fut arrêtée i mais , faus nulle incom^ 



le t 

Icuier 



à l'Hlfmre d'Anne d' Autriche, 4 1 9 
5nodiré à l'égard de (à perfonne. El- ,^.q 
le reçût par Tordre de la Reine tous 
les recours , qui en cet état lui étoient 
îiéceffaires. Dans routes les occafions 
d'une fé vérité forcée , telle que les 
Rois font obligez d'en avoir ^ la Rei- 
ne ne manquoic quaiî jamais de don- 
ner aux malheureux tous les adoucif- 
femens que la Raiion d'Etat lui pou- 
voit permettre. 

La Cardinal demeum quelques 
jours à Paris \ pour donner ordre à 
toutes fes Affaires. 

Madame de Soyon , devenue Da- 
me d'Atour de Madame , par l'éloî- 
.gncment de TAbbé de la Rivière , 
fe lia entièrement au Miniftre. Ceux 
de cetfe Caballe , qui régnoit alors 
auprès du Duc d'Orlcans , dont étoît 
Razé & Bclloy , Enfeigne de fes Gar- 
des 5 firent revenir Goulas Secrétaire 
des. Commandcmens du Duc d'Or- 
léans 3 que PAbbé delà Rivière te- 
noit injuftement éloigné de fon Maî- 
tre. Il étoît fon Ennemi , & par cet- 
te raifon il croioit devoir' lui nuire; 
mais , cette conduite n'écoit ni loua- 
ble ni légitime , quoi qu'elle foit 
fouvent ufitée , & profitable. Tous 
S 6 en 



4 ?^ - Mémoires pour jh'vîr' 
.650.; ^enfcmble promirent au Mîiiiftre une 
entière fidélité , & en tirèrent alors 
de petites commoditez , & de gran- 
des promefTes pour l'avenir. L'in- 
tention du Cardinal étoît de fe fervk 
de ces petits Favoris , qu'îL pouvoir 
paier • de peu de chofes , & empêcher 
par> eux que le Duc d'Orléans ne fc 
livrât : aux- Frondeurs. Toutes fes 
précautions ne lui fervirenc de- rîenv° 
Il connut bien vite qu'ils alloîent à 
î'ilCurpation de la faveur > & déjà il \ 
commençoit de méditer les moiens ? 
de les humîlkr & de les perdre \\ 
leur tour. Ils vouloicnt être de tous 
ie^ Confeils : ils ne le quittoient plus , , 
(&'-prétendoîene ordonner de la CoUt- . 
duiîe de l'Etat. Le Cardinal Ma>-i. 
zarîn n'étoit pas libéral de fon pou*.»^ 
^oîr 5 ni de ies honorables Emplois* ; 
il -les aîmoîctrop pour en faire part à 
d'autres. îl faifoit lui même toutes 
les Dépêches des Affaires étrangères x ,. 
luî feul éxerçoît prefque toutes lesS 
grandes Charges de Ja; Cour.. Il efi?? 
a troirc; que des Compagpns ;, fî nou-i». 
Tellement de fes Amis» lui étoîene-j 
fufpeds ^, mais ^ il falloît faire bonnet 
Mîingi ii^:i*é£oic pas.jçerQ^,, démontre rss 



H l' Hlfioîre,(t Afine à* Autriche, 4r-i 
encore ce qu'il avoît dans le cœar. i^joi^.. 
IL fut donc forcé de lai (Ter Madame 
de Chevreufe auprès du Duc d'Or- 
léans , avec peu de fureté fur la con^ 
duite de ce Prince , oC d'abandonner 
à . toute la Fronde ^ le Parlelnent , la 
Cabale des Princes , & Paris tout en- 
tier. Pour gage de leur fidélité Frorr- 
deufe 5 il fit fuivre au Voiage le Mar- 
quis de Noîrmoutîer , grand Fron- 
deur y afin d'avoir par lui commerce 
avec les autres j & s'en alla enfuitè 
rejoindre la Reine , pour travailler 
à chafiTer de Dieppe la DuchelTe did 
Longueville, . 

Le Comte d'Harcourt , qui avoir 
eu les provifions du Gouvernement 
de Normandie , commandoit TAr- 
mée du Roi qui étoît foible. Sar 
Pérfonne Roiale ne fut pas fuivic à 
fbn ordinaire : il n'avoir que quarai>* 
te Gardes , trente Ckcvaux-legcrs ^ 
&; trente Gens^d'atmes. il avoit peu: 
d'argent , & peu de Troupes ; mais ^ . 
l'Autorité de la PuiflTance légitime- 
égale fouvent la force des plus gros* . 
Bataillonsi- Le Roi & la Reine fui- 
rent reçus à Roiien avec de grandes » 
marques, de i joie ^ telles que le meri^ 



4 i 2. Mémoires pour fervlr 

lëçQ, î^'ï't un jeune Roi dont la beauté & 
l'innocence dévoie plaire à ces Peu- 
ples. Ils ne l'avoient jamais vu , non 
plus que la Reine , qui , aîant voiagé 
par toute la France , n'avait point 
encore été dans cette giande Se im- 
portante Ville. Le fcptieme du 
mois , Chamboy , qui commandoît ] 
dans le Pont-de-l'Arche , ôc qui a- 
voit ordre de Madame de Longue- 
ville de rendre la Place à la première 
fommation du Roi , la remît aulE- 
tôt 5 moiennant deux mille piRolles 
qu'il demanda pour les frais de h 
Garni Ton. 

La Reine > en arrivant à Roiicn 3 
ota le Marquis de Beuvron du vieux 
Palais j car , encore qu'il eût prefque 
chafTé de Roiien Madame de Lon- 
gueyille on ne voulut pas néan- 
moins fe fier à un homme , dont la 
conduite étoit incertaine ; ôc qui 
n'agi^foit par aucun motif que par 
celui de la crainte , 8c par Tinclina- 
tion qu'il avoit d'êcre toujours pour 
celui dont les Affaires alloient le 
mieux. Elle y mit en fa place un 
Capitaine du Regimenr des Gardes" 
îiommé Fouiillc , pour y comman- 
der 



à l'Hijîoîre d'Anne cCAntrlchc, 425 
det feLilemenc par commifîîon. 16^0 

La Reine manda au Duc de Ri- 
chelieu de la venir trouver. L'Abbé 
de Richelieu vint à la Cour , alTùrer 
Leurs Majeftez des bonnes intentions 
de Ton Frère , de de Mamade de Ri- 
chelieu 5 fa belle Sœur. Cette Da- 
me vouloit faire confirmer fon Ma- 
riage par le Roi & la Reine. Elle y 
travailla par fes Négociations avec le 
Mîniftre y qui à la fin fe lailTa per- 
fuader par elle. Il lui fit dire , que 
fî elle de fon Mari demeuroient ^^ 
dcllcment attachez à leur devoir , la 
Reine lui donneroit le Tabouret , & 
qu'elle feroit traitée comme Ducheife 
de Richeh'eu ; ce qui ^exécuta quel- 
ques jours après. 

La Croifctte , qui commandoÎE 
dans Caen , avec cinquante mille li- 
vres de Rente , que le Duc de Lon- 
gucville fon Maître lui avoit don- 
nées 5 envoia auffi-tôt alTûrer leurs 
Majeftez de fa fidélité , & reçût dans 
la ville & le Château un Exempt 
pour y commander en fli place. 

Mademoifcllc de Longueville quit- 
ta Madame fa Belle-Mcre , & avec la, 
permiflîon de la Renie elle s'en alla à 

Co- 



4i4 Mémoires pour fervlr 
^€jO, Colommîers , pour y palfeu les pte- 
miers mois de la Prifon du Duc de 
Longueville fou Père. Elle avoîc 
beaucoup d'efprit & du mérite. Sa 
vertu y Ôc la tranquilké de fa vie , la 
mirent à couvert des orages de la 
Cour ; 3c quoi que cette Prînce(îb 
ait porté le nom de Froiideufe , la 
Reine , qui fçavoit le peu de liaifou 
qui étoit entre elle &c Madame (a 
Belle- Mêrc , trouva qu'il éroit jufte 
de la lai (Ter en repos , jouir de Ces 
plus grands plaifirs , qui étoient ren- 
fermez dans les Livres y & dans Pai{€ 
d'une innocente parelTe. Par toutes 
ces raifons , fa retraite fut eflimée de 
tous , &c lui fut à elle fort commode. 
Le defîr de fçavoir , & la folitude % 
conviennent à la triftefle , quand Ton 
cft afTez fage pour fentir tout ce que 
l'on doit fentir. La Reine envoia 
commander à Madame de Longue- 
ville de quitter Dieppe , ôc d'aller 
auiîi à Colommiers ; mais , cette Prin- 
cefTe avoît le cœur trop ulcéré con* 
tre fes Ennemis , pour obéir à deà 
ordres qu'elle difoit venir de leur 
part , fous le nom de la Reine. Elle 
fe ientoic capable des plus grande^ 

En*- 



a l'H'flolre d'Anne d'Autrkhe. 4tf 
Enri-eprifes , ôc clic jngea qu'il val- t^^o; 
Ibic mieux fe rcferver à quelque cho- 
fe de plus utile à Ton Parri , qu'ait 
repos de cette maifori , ou elle crur 
ne pouvoir rencontrer une fur?ré en- 
tière. En recevant l'ordre de • la Rci^ 
ne 3 elle fit fembiant d'ccre malade , 
6: promit d'y obéir aa/ïi-tôt- qu'elle 
feroit en fanré. Le Pleiîis Bellievre 
fat commandé pour aller à Dieppe , 
avec quelques Troupes ; & comme 
elle vit qu elles s'approchoient , elFe 
fk Ton poiTible pour gagner îe Gou- 
verneur de cette t'iace , lui voulajit 
perruaicr de tenir bon conti'e lès 
Forces R'oîales. Mr. de Montigny , 
qui , à ce que l'on a crû , vouloir 
être fidèle au Roi , kii repré(ênta la 
difiScalté de l'Entrcprife , 6c lui ik 
voir qu'il ne pouvoit pas lui feu! ^ 
fans argent , & fans troupes , faire 
ce qu'elle fooha'toit. La contluiion 
fut de lui confeiller de fuir par Mer, 
& de s'en aller en Flandres attendre 
quelque meilleure faifon. Madame 
de Longueville , CfUr fçavoic que le 
plus grand fer vice qu'elle eut pu rcn» 
dre aux Princes , étoit de leur con* 
fcrverJa.. Normandie, ne fe reniée- 

point : 



1 

41 <3 Mémoires pôur fermoir 
[l^fo. point à ce dernier coup. Elle vou*i 
lut eflTaîer , (î elle pourroit engagea: 
dans fon Parti les Bourgeois , les Of- 
ficiers . & le menu Peuple de la Vil- 
le. Elle leur parla vigoureufement y 
elle ufa de prières douces Se hum- 
bles , & n'oublia rien à leur dire ,^ 
de tout ce qui pouvoit les animera;! 
prendre fa defFenfè. Elle fe fervit ' 
de la haine publique du Mazarin , 
& leur reprcfenta , qu'il leur feroit 
glorieux , s'ils vouloient mander ail 
Roi qu'ils lui ouvriroient les portes > 
pourvu qu'il ne voulut point l'am- 
mener avec lui. Eux ^ qui airaoient 
leur repos , & qui n'avoîent nulle 
inquiétude du Gouvernement dw 
Mazarin , à qui ils aimoîent autant 
obéir qu'à un autre , répondirent 
fort naturellement qu'ils ccoient Ser- 
viteurs du Roî , & qu'il n'étoîf pas 
jufte de lui ôtcr la liberté de fe fer- 
vir de qui bon lui femblcroit. Ils 
déclarèrent à cette PrîncefTe , que 
leur réfolution étoît d'envoicr vers 
Leurs Majeftez , les alfùrer de leur 
fidélité y & mandèrent au Roi qu'il 
feroit toujours ie Maître de leur Vil- 
le 3 quand il lui plairoit d'y venir. 

Ma- 



à V H'(^0 We d'Amie d'Autriche. 417 
Iviadame de Longiieville , fe trou- i^^yo, 
vant fans relTource ,\vit toutes Tes et 
pérances évanouies j mais , Ton grand 
cœur ne Païant pas abandonnée , elle 
penfa cour de bon à le fauver. Elle 
fit aloi'S une confeiïîon générale , qui 
parut avoir toutes les marques à'^ûw^ 
véritable contrition ; & quoi qu'elle 
confervât le delfein de faire la Guer- 
re 5 elle n'en eût point alTez de fcru- 
pule , parce qu'elle crut alors , en 
flattant fa palîion , que la deffenfe étoic 
permife. 

Qiiand cette PrîncelTe fe vît prêt 
fée par le Pleflîs-Bellievre , qui la me- 
naçoît d'aiîîéger le Château où elle 
étoit 3 elle fortit par une petite poite 
de derrière , qui n'étoit pas gardée. 
Elle fut fuivie de (qs Femmes , de 
celles qui eurent le courage de ne la 
pas quitter , & de quelques Gentils- 
hommes. Elle alla deux lieues à 
pied 5 pour gagner un petit Port , où 
elle ne trouva que deux Barques de 
Pécheurs. Elle voulût s'embarquer 
en ce lieu , contre l'avis des Mari- 
niers 5 & fon delfein étôit de gagner 
un grand VailTeau , qu'elle faifoic 
tenir à la Rade ^ exprès pour fe fau- 

vec 



4'i S JlfePiolres pour (ervîr 
v^crt ^^^ q'Jand eilc feroir forcée de lè- 
faire. Le venr fe trouva alors il" 
grand ,& la marée (î forte , que le 
Marinier , qui Tavoît prife entre fès* 
bras , pour la porter dans la Cbaloa- 
pe , ne pouvant réiïfter à l'un , & à 
Tatitre , la laifTa tomber dans la Mer, 
Elle penfa (c noïer ,* mais , enfin , el- 
le fut reprife 5 & tirée de ce péril 5^ 
pi us touchée de Tes malheurs , qu'el- 
le n'ccoit abbatnë de cer accident, ■ 
Aiant repris Tes fctce^ , & ranimé foa 
couraee » elle voulut tenter tout àt 
îiouveaa àç (q remettre dans le péril.- 
Le vent , qui s^iugmentoîr à tous 
momcns , l'en empêcha , & la fit 
ré foudre de prendre des chevaux , de 
de fe mettre en croupe ; ce que fi- 
rent auffi les Femmes & les Filles de 
fa fuite. Elle marcha dans cet état le 
reftc de la nuit ^ & arriva chez un • 
Gentilhomme du Pais de Caux , qui 
la rtçut & la cacha avec beaucoup 
d'affeàion & de bonté. De là , elle 
envoia un des fiens pour ' fiîre venir 
le Navire qui l'attendoit , cotoïer le 
lieu où elle étolt ; mais , on décoir- 
vrit que le Patron avoît été gagné 
jar les deniers du Miniibe 5 5c qu'el- 



'If eut ctc arrêtée fi elle s'en fut (er- i^jQ." 
vie, quand clic l'avuit voula faire. 
En fui ce de cette Avanture , die de- 
meura environ «quinze jours ie ca- 
chant de lieu en. autre , félon les a-^ 
vis qu'elle avoic ; 6c enfîn , elle en^ 
voia au Havre , où elle g^gna le Ca-i 
pitaine d'un Vailfeau Anglois. Elle 
y fut reçue fous le nom d'un G^n^ 
'jtilhomme qui s'ctoit battu en duel j 
ôc cet homme aîant été bien paie , ne 
s'en informa pas davantage , & la 
.vînt trouver à quelque petit Port 
particulier. Ce Vaillcau la palîa en 
Hollande , où elle fut viliée du 
prince d'Orange 5 de la Princede Ro- 
jale fa Femme , &c de la PrinceiTe (a 
^elle Mece. Puis , elle s'en alla à 
.Stenai. Quand elle y fut , elle écri- 
vit au Roi une Lettre , en forme de 
Manifelle , qui fut cflimée. Elle 
écDÎt pleine d'artificieufcs plaintes , 
3c fans doute qu'elle l'avoit compo- 
iee elle-même , aiant toujours cent 
.auiîî-bîen que pcrfonne du monde. 

Pendant que le Roi eit heureux 
.tn Normandie » il ne l'eft pas moms 
^n Champagne. Le Chevalier de la 
iR.Qchefoucauk étoit dans Danviiliers ^ 

& 



450 Mémoires pour fervh 
S^jo. & y ^ommandoic pour le Prîncé dé 
Conti. Les Officiers , qui étoîent 
fous lui 5 le lièrent , & le mirent en 
cet erat au pouvoir du Roi , avec 
cette place , que le Prince de Conti 
avoit obtenue par le Traicé de la 
Paix de Paris. Clermont de même 
fut repris fur ceux du Parti des Prin- 
ces. Le Maiéchal de la Fercé y con- 
tribua beaucoup par les intelligences 
qu'il avoic dans la Place. 

La Reine , croiant au raport de 
Du - Plelîîs - Belliere , qui écoit entre 
dans Dieppe , que Madame de Lon- 
guevîlle ctoît embarquée , puifqu'il 
ne Pavoit pu trouver , fe reiolut de 
venir à Paris. Elle partît de Roiien 
le vingc-deuxiéme de Février , après 
avoir vu Madame de Richelieu , & 
lui avoir donné le Tabouret. Elle 
pafla par Gai lion , pour voir cette 
- belle demeure de nos AN:he\éques, 
où elle reçût un Courrier du Comte 
d'Harcourt , qui alors l'afsûra de 
l'embarquement de Madame de Lon-» 
guevillc. 

La Reine , à fon retour ^ reç4^ 
toute la Cabale Frondcufe avec des 
lémoignages de bonne volonté , qui 

leur 



I 



a YHlJloire d*Ânne et Autriche, 4 3 f 
leur furent agréables ; mais, comme 16 {Ol 
ils cil voulurent des marques effedi- 
vcs 3 ils lui demandèrent le retour 
de Chateauneuf , avec les Sceaux 
pour lui. Ils alloient tous bieli droit 
à fe foûtcnîr les uns 6c les autres, 
particulièrement cet homme , qu'ils 
regardoîent comme leur chef , 6c à 
qui ils vouloicnt donner la Place dit 
Miniftre. 

Le Cardinal , qui connoilToît où 
tendoicnt leurs delirs , écouta leurs 
Proportions avec peine : il y réiîfta 
quelque temps : mais n'aiant nul fu- 
jet de douter de la fermeté de la 
Reine 3 il crut qu'il étoit de fa pru- 
dence de contenter cette Cabale , & 
de donner quelque autorité à Cha-» 
teauneuf , afin de leur faire voir à 
tous qu'il étoit en état de ne rien 
craindre. Ce Miniftre voulut leur 
montrer que leurs fouhaits demeurc- 
roient fans effet y ôc ne fcrviroient 
qu'à les détromper de la créance 
qu'ils avoient que leur Ami appro-« 
chant de la Reine , elle le confîderc- 
ro't à fon préjudice. Ces intrigues, 
qu'il avoit faites contre le Service du 
Koi, avoient dé^plû à cette Princeffc, 

conv 



4^1 '?JefffOh'êf pêurfervîr 

lï^^-o, comme Mère , &c comme Régente ri 
& coaime ë^jiûtable elle ne pou- 
voir plus reftlmer. Le Cardinal c- 
tant donc prciTé par ces faux Amis., 
ôc par fa Raifon ., fe ré fol ut de les 
obliger de bonne grâce. Il efpéra 
^ue le Garde des Sceaux de Cha- 
teauiieuf, comme habile Courtîfan., 
venant à connoître qu'il ne pouvoir 
avoir la première Place y fe conren- 
C^roit de la féconde , & que peut- 
être il fe ferviroit de lui pour mo- 
dérer l'ardeur impétueufe de la Fron- 
de. Le Coadjuteur avoir lui feul 
une il grande Cabale ^ une ame fi 
hardie , un cœur fi rempli de paC- 
fions , <Sc an génie li puiffant pour fc 
faire aio";er de ceux qui le connoiC- 
fpient 5 qu'il croit allez difficile au 
Miniftre de Tempécher d'entrer dans 
le Cœur du Duc d'Orléans , & par 
conféquent împofTible de leur refufcr 
-3 tous ce qu'ils vouloieut déterminé- 
ment. A'iant déjà mis ce Prince de 
leur côté , ils avoient fujet de ^croire ., 
que leurs volontés dévoient être des 
ioix immuables .; mais , les habiles 
diffimulations de celui dont ils cro- 
lïoient devenir ici Maîtrea ^ furmon- 



térciiÊ 



cncàla fin la force des plus forts. i<co: 
Le rctoiu- de ce iccoiid Miniftre 
'«tant r^ifolu dc-s deux cotez , le prc- 
•«nier jour de Mars , fur les Icpt heu- 
rtes du foir, la Vrilliere , alla de k 
.part du Roi & de Ja Reine demander 
Jes Sceaux au Chancelier Seguier. Il 
•les rendît , & lui ait qu // croioit ■ 
-avoir bien fervi le Roi ; & s être di~ 
^nemem ac^juïté de cette Charge , de^ 
>fuîs dlx^feft ans quïl en ételt foffef 
^feur '^ qu'il fçavok bien -que U Raifon 
•^^Et.n ,'flmot qiîe'fQiî démérite y'cbli', 
jeoit la Reir.e à cela -, c'eft pourquoi il 
la fiipHoit de creire e^iéil les rendait 
{a^is reojret . efperam quelle kifiroit 
toujours la grdce de le trmer cQm?ne 
frès-fidete Serviteur du Roi & d'elle. 
Le Chancelier , qui fçavoit Tetat des, 
chofes, & qui fentoit que Ton ambi- 
tion étoit bornée dans la cafere des 
Sceaux , ne douta nullement de la 
peine que le Mîniftre reçevok de ce 
changcmenr. Ccd pourquoi-, il les 
rendit fans témoigner beaucoup de 
regret , & fit ce que les hommes 
Celiorçent de faire en de pareilles oc- 
:alions , qui eft de recevoir avec fer- 
Tome llh T meré 



4 3 4 Mémoires four fervtr 
i6}0. mecé les rudes coups du malheur , 5C 
de rinfortune. 

Je vis rapporter les Sceaux dans l U- 
ratoire de la Reine, comme elle prioit 
DKi. Ils y demeurèrent jufquVi Icii- 
demaîiT. qu'on les porta à Mont-rou- 
ce , au Garde des Sceaux de Château, 
neuf. On les lui avoir ôtez autrefois, 
pour les donner au Chancelier Se- 
cuier , qui les perdoit alors de la mê- 
me manière que l^autrc les avoît perdus 
àfon tour. Ces Evénemens font des 
jeux de la Fortune , conduite de la 
volonté du Souverain Roi des Rois, 
quidifpofe de la deftinèe de fes Créa- 
tures comme il lui plait ; & la Cour 
cft remplie de ces divers changemens. 
Ce nouveau 5c ancien Garde des 
Sceaux reçût cette Nouvelle grâce a 
fjîxante ôc dix ans palTez , plein de 
fanté , de courage , & d'Ambition 11 
formolt encore de grands defleins 
pour l'avenir , fans penfer que cet 
avenir avoir un efpace trop court pour 
y placer tant de Projets de de grandes 

Chimères» ,. i '#- • 

Le lendemain , Mercredi des Cen-. 

arcs , il vint faluer le Roi , & temer- 

de^ iâ Eeine, U eft à croire qu'il 

a voit 



A V Hl/loire d'y^nfie d'Amrlche, 4 3 y 
avoir commence Tes coinplimcns par 
le Minifti-e ; ^ Yon m'afsara qu'il l'a- 
voit fait foicement , & qu-ii lui avoic 
ait qu il vGuloit être foa véritable 
Ami. Le Palais Roial fut en ce jour 
•rempli de beaucoup de monde. Cet 
homme , qui étoit tant vidtéà Mont- 
roage , lorfqull étoit fans pouvoir, 
devint aifément l'Idole de tous les 
■Courtifans. On crut qull alloit chat 
fer le Miniftrc , ou tout au moins 
avoir part au Miniftere. Quand il 
arriva , il flu fuivi d'un chacun , tous 
le voiiloient voir. Il fembla que le 
Cardinal JVlazarln étoIt déjà déchu de 
fa Grandeur , qu'il n'étoit plus le Mi- 
niftre de la Reine qu'elle étoît chan- 
gée ,& que toute l'Autorité étoit re« 
mife entre les mains de ce nouveau 
Tenu. 

Le lendemain , il entra au Confeil, 
&rcpiic fon ancienne Place > avec la 
i-néme preflTe. On croioit peut-être 
devoir rendre fes hommages à un 
homme qui avoir fçû par fon habileté 
triompher du Mirilhc , en le forçant 
de le mettre dans une Place , d'où 
vrai femblablement il paroilïbit devoir 
bien tôt monter à la première. 

T 2, U 



\6 o 



4 3'é Mémoires pour fervlr 

lîîjo. t-^ Reine trouva mauvais qu'on 
donnât à ce retour tant de marque^ 
.de joie publique ,& me fit l'honneur 
de.me dire alors , qu'elle ne fçavoit 
pas pourquoi on faifoit tant de bru k 
.de cet homme , & qu'on Te trompoit 
.d'efpérer qu il fut jamais plus que ce 
,qu'il ttoit. Gomme en effet elle confi- 
déroit fon Miniftre , bc qu'elle trou- 
voit qu'il écoit de fon devoir & de fa 
gloire de le fouteriir. Cet applaudilTe. 
inent fut caufe qu'elle fe fortifia con- 
tre les amateurs -de la nouveauté. Elle 
iit dellein d'empêcher , que le Garde 
des Sceaux de Chateauncuf fon ancien 
Servitem-, qui avoir été difgracié pac 
cette ïeule Raifon , ne parvint au def- 
fcin qu'il avoir de lui dérober fa con- 
fiance , lors qu'elle ne vouloir pas b 
Jii\i donner. 

Le. Cardinal , qui avoir de grands 
defirs-de fe foutenir dans la Place qu'il 
avoir ^ rit bonne mine à fon Rival, 
.^ ne mpntra point le craindre. Il lui 
,offrir fa maifon , il voulut qu'il y lo- 
geât quelque tems , & le traita fi 
ar^îabiement. qu'il l'obligea à fe loiier 
;#'iut*i&''^â publier hautement qu'il 
fei-éi;^ Redevable , ôc au il erolt foa 



k F Hljloire d' Anrtt d' Au triche, 4 3 7' 
Serviteur & Ton Ami. La Reine, i6jOi 
pour gratifier la Fronde de toutes ma- 
ancres , confirma au Fils de Broiiilel 
le Gouvernement de la Baftillc , qu'il 
avoît ufLU'pé pendant la Guerre. Elle 
fir venir en pleia cercle cet homme 
qui lui avoit donné de fi mauvaifes 
heures , & le traita bien. Toutes* 
CCS chofes fe firent par le confeil dii'^ 
Cardinal y Se félon fa politique ordi- 
naire , qui étoit de gagner le tems^ 
&: de di(ïîmuler,- 

En fuite de l'Ecablififement iu Gar-" 
de des Sceaux de Ghateauneuf, lîl' 
Reine fe réfolut d'aller en Bourgogne, 
pour affermir entièrement l^Aurorité 
du Roi par la prife de Bellegarde , qui 
tenoit pour le Prince de Condé. Elle 
partit le cinquième de Mars, fuivic 
feulement de fes Dames , de la Prin- 
cefTe de Carîgnan , de de la Princeflc 
Loiiife fa Fille. 

Le Cardinal demeura un jour après • 
la Reine , pour fe recommander aux 
charitables foins de Madame de Chc- 
vrcufe , de Laigue , du Coadjuteur, ^ 
& des principaux Chefs de cette 
Troupe. Les chofes étoient fi trou- 
vées , l'orage paroilToit (î près d'écla- 
T 3 ter. 



4 î ^ Mémoires pour fervlr 
'650. ^^^ ' ^ ^^^ Prophéties étoicnt fi fu- 
neftes , que ce jour beaucoup de gens 
àQ Parti & d'autre crurent que le 
Cardinal feroit alTaflîné , & plufieurf. 
avis lui en furent donnez. Il partir 
enfin , & lailTa dans Paris le Duc 
d'Orléans ^ le Garde des Sceaux , 5^: 
toute la Sedc Frondeufc. Le Tellier; 
èc Servien , emploies par la Reine^ 
dans le fecret des -Affaires , y demeu- 
rèrent auflî 5 pour fervir le Roi , &.' 
pour être les Champions fidèles du* 
Miniftre , contre fes mauvais Amis,, 
Les Politiques remarquèrent , qu'en 
partant de Paris , ce Miniftre plein de' 
finelTe avoît témoigné beaucoup de- 
bonne volonté aux Serviteurs des; 
Princes , & que voulant peut être 
donner de la crainte à la Cabale d'Or- 
Icans , il avoir affcdlé de bien traiter- 
ceux du Parti contraire , pour leur- 
montrer , que s'ils en ufoienr mal avec 
lui , il pourroît fe defFendre de leur 
oppreiîîon par Mr. le Prince. Dans^ 
ce même tems , parlant du Prince de 
Condé 5 il dit publiquement de lui,, 
une chofe fort remarquable , qu7/ an^ 
mît été le plus ora.nà homme du mon' 
de 5 & le plus hcptreux j s'il avott pw 

croire^ 



a l'H'î/lolre d'Anne i Autriche. 459 
traire que U Reine et oit capable de faire i^^o, 
ce quelle avait fait, 

La Reine , en partant 3 donna à 
Cominges le Gouvernement de Sau= 
mur , vacant par la mort du Duc de 
Brezé , Père de Madame la PrinceGTe , 
Femme du Prince de Condë. Il alla 
peu de tems après pour en prendre 
folTeflion ; mais , on lui en refufa. 
l'entrée. Le Prince de Marfillac , de* 
venu depuis peu de jours Duc de la 
Rochefoucault , ôc qui avoit des in- 
telligences dans cetce Ville , fut caufc 
de ce refus. Sous prétexte des funér 
railles du Duc fon Père , il affembU 
deux mille Gentilshommes , pour aller 
fccourir cette Ville quafi Rebelle j 
mais Cominges , plus heureux qucT 
lui^aiant offert de' l'argent , de la 
part du Roi , à celui qui y comman- 
doit 5 fit fon traité & en prit poiTef- 
fion avant que ce Seigneur y pût ar-> 
river. 

Auflî-tôt après le départ de la Rei- 
îic , la DuchelTe de Bouillon , arrêtée 
dans fa Maifon à Paris par Pordre du 
Roi 5 trouva le moien de tromper fes 
Gardes , de de fe faaver finement de 
fa Chambre. Mademoifelle de Bouil- 
T 4 Ion 



44^ - Mémoires pùur fervir 



le 



>. 



î^jpv Ion fa Fille 3 qu^elle avoic avec cl! 

la vînt voir ;& faifant fci-nblant d^ 
r^avoîi* trouvée endormie 3 elle parut; 
vouloir retourner à fa Chambre , 6i 
pria la Sentinelle , qui éroit dans P An^ 
îichamhre de laDuckefiTe de Bouillon 
fa Mère 9 de lui éclairer. La Senti- 
nelle prit la lumière , & marchant de- 
vant la petite Demoifelle de Bouillon ^ 
donna lieu à Madame de Bouillon ^ 
fui vaut fa Fille^ & marchant après ells 
coûte courbées de gagner l'efcalier ^ 
de defcendre dans, la cave , ou la pe* . 
îite Maderaoifellc de Bouillon ^ & fcç . 
Femmes ^ l'aiant été trouver , elles fs _> 
fauvérent par le foupirail de la Cave y 
à Taide de quelques uns des liens , qui^ 
Iqs tirèrent avec dcs- cordes. Elle fc - 
cacha enfuîte dans q uel que maifbîEi., 
paiticuliere > & comme elle étoit prê- 
te de fe fauver de Paris , Mademoi-. 
fclle de Bouillon eut la petite vérolci. 
Cette généreufe Mère , ne la voulant • 
point quitter 3 elle fut Qw^n trouvée - 
chez Bartet , Agent du Roi de Folor- 
gne 5& menée à la Baftille avec M a- 
demoifelle de Bouillon > Sœur , & - 
îrèsbon ne Sœur du Duc de Bouillon j 
ion Mayi, Ces deux . perfonnes ^ . 
^ " voienç ^ 



k VHlflolre tfAnne d'Autriche. 4 4 1 
Voient de ^Ambition: & même on di- k^jq. 
fbit qu'elles en avoient trop , & que 
cette paflTion dans Tame de Mademof- 
felle de Bouillon ôc de fa belle Sœur , 
écoit caufe des malheurs de fon Mari, 
Se des fiens ; fi bien que c'etoit avec 
raifon que la Reine les craignoit.Elles 
y demeurèrent jufques à la Paix de 
Bourdeaux , 3c en forcirent enfuite • 
avec Peftime unîverfelle de tout le 
monde qui connoiflbit leur mérite. 

Les Partifans du Prince de Conde 
né dormoient pas. Us travailloientà 
éiHouvoir le Parlement en leur fa- - 
veur ; & fuivant les exemples paf- 
fcz, ils râchoient d'émouvoir le public 
par fon intérêt. On s'alTembla le . 
vingt-neuvicme au Parlement \ pour ["/ ^^• 
établir une Chambre de Juftice à la ^^^''' 
Maifon de Ville , & pour faire païer 
les Rentiers, Qiiclques particuliers \, 
pour obtenir de la Cour ce qu'ils fou- 
haitoient , fomentoient ces remue^ 
mens. Longueil , pour faire fon Frew 
re Sur-Intendant ^s'occupoit toujours - 
à brouiller toutes chofes , & les Ser- - 
viteurs des Princes fe fervoient de lui, , 
pour parvenir à leurs fins ; mais , kl ^ 
Fîiondeurs^/aifant mine d'être pour h ■ 
T ^/ Reine ^ , 



o. 



442. Mémoires pourférv'if 
Reine, fuioient en effet le changemenr 
à l'éaard des Princes , & par- leur pro- 
pre intérêt ils appaiférentce petitbruit- 
avec facilité. . 

Le Fils du Préfident le Coigneiix „ 
en l'une des Charabi-es des Enquêtes , 
ctk la h.uiie(r;;de propofer le premier- 
défaire le Procès aux Princes, ahm 
qu'ils fuirent traités félon la D'Jclata- 
tion donnée à Saint Germain a la Paix 
de Paris, où le Roi prometcoit au. 
bouc d'un certain tems fort bref , qu il 
ne retiendroit point de Pnfonniers , 
fans leur faire leur Procès ,. orf les, 
a'afoudre s'ils étoienî innoccns U; 
demanda qu'ils fulfent traites lelon. 
cette promeOé ; mais le Parti des. 
Princes étant encore fbible , le soi- 
gneux fut fifflé de toute la Compagnie,. 
& fa Propofition fut fans effet. 

La PrincelTe Palatine travailloit de.- 
fon côté en faveur des Prifonmers.:. 
Elle avoit déjà trouvé moien de leur? 
faire tenir He fes Lettres , & chez elle: 
^'âllcmbloient fonvent ceux qur tra- 
Vaillôient à, leur liberté. Cette Priiv 
ceffe femblable à beaucoup d autres; 
Dames , ne haiffoit pas les conquêtes, 
de Tes yeux , qui étoknt en effet forte 



1 



al'Hifioire d'Ame d* Autriche, 445 
î>eaux ; mais , outre cet avantage trop 1 6jo, 
dangereux à nôtre fexe , elle avoit ce 
qui val oit mieux-; je veux dire de l'ef- 
prit 5 dç Tadrelfe , de la capacité pour 
conduire une intrigue , dz une grande 
facilité à trouver un expdient pour 
parvenir à ce qu^elie entrepreiioir. 
Auffi-tôt qu'elle fe fur rérdue à fervir 
les Princes 3 elle s'appliqua avec foin 
aux moiens de rédffir dans Ton deC- 
Um 5 comme il lui parut nécelfaire 
d'attirer les Frondeurs à leur Parti ^ 
elle fe fervit de Madame de Rodes , . 
qui étoit Ton Amie, pour propoferà' 
Madame de Chevreufe le Mariage du 
Prince de Conti avec fa Fille Mad* 
moiielle de Chevreufe ;& chercha , 
pour gagner les autres Chefs , quel- 
que autre intérêt confiiérable , capa- 
ble de les toucher chacun en particu- 
lier : & cela n'étoit pas difficile â 
trouver j car tous en avoi^nt de grands 
ôc de petits. Le Duc de Nemours , 
qui étoit Ami du Prince deCondé, 
& mal fatisfait du Miniftre, croît un , 
de ceux qui agiiloit le plus puinfam- 
ment par Tes Amis , à la Liberté des- 
Prifonnicrs. Le Préfident Violle étoit 
un violent foUiciteur > & Longîieii 

X 6 y/ 



4 4 1 2lie moires p»ur férvîr ■ 

ï^jo, y faifoit des merveilles , en cçqu'H 
ne fe lafiToîc jamais dej ^intrigue» 
Tous approuvèrent les penfées de la 
PrincefTe Palatine , partieuliéremcnt 
celle qu'elle avoic eue far. le Mariage 
du Prince de Conti <5c> de Mademoi^ j, 
felle de Chevrcufe. Madame de Lot^ 
guevilîe , qui en fut avertie par elle y 
lui manda auffi de Stenay qu'elle l'eC- 
îimoiî bonne ^ ôc qu'on y ~ tr^vaiUât^ 
Enfin ^ cette Princelfe n'oubliant, rien . 
pour parvenir à la conclusion de fou x 
loquvre 5 ne perdoit pas un moment - 
fans y avancer quelque pas. Mais., ^"^ 
cç^s grandes chofes , ne Te font pas ; 
aifément : le tems /eut les conduit - 
doucement à leur fin > qui le plus ; 
foavent n^cft pas celle que. les^ hom- . 
mes y veulent .chercher. Dieu , qui \ 
les change 3 ôc les perfedionne , leusr j- 
donne, celle qu'il leur, plait quelle?.^ 
aient.. 

Pendant -que tmites ces Intrigues ^f 
fe. .. préii:îedicoient à Paris , la Reine • 
croit en Bourgogne , où elle ,avoit été f 
reizaé avec beaucoup de marques d'af? Z 
fe(àioî3>, L'Armée du Roi , ne put, - 
il- rôt qu'elle le fouhaitoît entrcprcn- . 
éi€ le Siège de Beilegarde j a caufe des ^ ' 

grofles s 



I 



a THtfloîrls d^JÎmedt Autriche, 44^ - * 

grofTes eaux: il fallut attendre quel- i^jol^ 
•que tems. Le quatrième d'Avril on Le 4. 
commença la circonvallation de cette Avril. 
Place y de le Miiiiftre , qui la fut vifi- 
ter en perfonne 5 en approcha de (i 
près qu il y penfa être tué , un de Tes . 
Gentilshommes aiant été blclTé proche 
de lui. . 

Le douzième âa même mois , la^Le 12.^. 
Reine avertie qu'on travailloit à fou- ''^^^^ ^^ 
lever ,1e Parlement en faveur des Prin-* 
ces 5 envoîa commander à Madame la 
Princefle la Mère d'aller à Mouron ^ 
at;tendu qu'elle avoit des intellîgcpces . 
avec. les Ennemis de l'Etat, En mê- 
me tems , on commanda à un Lieu- 
tenant des Gardes du Corps d'arrêter 
Madame la Prince (Te fa Belle-Fille , 6>C : 
de la garder à Chantilli. Cette Prin-» 
celTe .5 en aiant eu avis , Se confeilléc 
par ceux qui croioient fa pcrfonne - 
néce(Talre à leurs delTeins , mit une de 
fes Filles dans . fon lit 5 !& fe fauva ^ 
malgré les Gardes , elle ôc le Duc 
d'Anguien fon Fils , & s'en alla à 
M'otiron avant que les Gens du Roi 
y ^/utTeut arrivez.- On crût que la- 
Reine avoit commandé à Madame la 
P^LnceflTe la Mère d'aller en ce lieu ^ , 



44'^' Mémoires poitrfervtr 
péjo, afin que rcfcoitc du Roi qui la coft^ 
duiroit fe pût faifir de cette maifon ,.| 
qui eft force , & capable de quelq'^c' 
réiiftance j mais elle ,aa lieu d'y aller, 
fe faava de luiii: de Ghantilli , & de- 1 
meura cachée quelque te m s fans que la^ ' 
Reine pût fçavoir où elle ëcoit. Pcn- 
dant qu'elle le cache , Madame la 
Princefïe fa Belle-Fille fut menée à 
Mouron par ceux de fon Parti qui fe 
faiiîrent de cette Place , à delTein de 
s'en fervîr pour leur fureté. Déjà le 
Duc de la Roehefoucault , Se les- 
principaux Amis- des Princes , qui vo- 
ioient bien que Mouron n'étoit pas 
capable de tenir contre des forces con^ 
fidérables , travailloient à gagner les 
Bourdclois 5 fomentant leurs mécon- 
rentemens contre la Cour ^ ôc leur 
haine contre le Duc d'Epernon. On 
leur faifoit voir aufîî les obligations 
qu'ils a voient d'^entrer dans les Inré-- 
rêtsde Mr. le- Prince , puisqu'une des 
principales eau Tes de fa Prifon étoit 
( k ce qu'ils difoient ) le iecours Ôc 
là protec1:ion qu'il leur avoir toujours 
donnée dans le Confeil du Roi-; mais, 
ils eurent d'abord de la peine à leur- 
faire naître le defir de fe mettre dans 
fôa Parti, 6c il falut ç\i\q les Créatu^ 

rcs^ 



a l^Hlfloire d'Anne d^ Autriche. 447 
res des Princes y emploialTent avec foin i^^ç*. 
tûLite leur habilité èc leur afFcdtion. 

En Bourgogne , le Sicge de Belle- 
garde continuoit , & beaucoup de 
vœux fe faifoient , tant par les Fron- 
deurs j que par les Créatures des Prin- 
ces , afin ^u'il ne fe pût pas finir fitôt ;• 
tous elpérant que le mauvais état êiÇS 
Affaires leur feroit avantageux quoi» 
que ce fut par des fins bien différen- 
tes. Le Roi 5 quoique jeune, alla dans 
le Camp fc montrer à fon Armée. 
Les Soldats furent ravis de le voir , & 
fouffrirent fans murmurer , qu'on les 
paiàt de cette monnoye feule. Le à^Ç- 
ordre de les Affaires en mettoir un fort, 
grand dans fes Finances , & les Trou- 
pes par cette raifon étoientmal pafées. 
Celui 5 qui commandoic dans la 
Place fit tirer a la vue du Roi ; mais , 
aiant reconnu fa faute , il en envoia 
faire des excufes* La préfence de ce 
jeune Monarque animant ceux qui 
Gombattoient pour lui leur redonna 
des forces , & les Révoltez qui 
commandoient dans Bellegarde en fu- 
rent affoiblis. Au bout de quelques 
jours 3 ils demandèrent à capituler , àc 
pjromirent de fe rendre auffi-tôt qu'ils 



[l<|o, 



448 ' Mémoires pôui^ fervîr ^ 

, auroienr envoie à Stenai. PènJanfr?: 
la Trêve qui leur fur accordée , ceux • 
du Camp & de la Ville fe vifitérenc , 
& comme ils étoient tous François, 
Parens , & Atnis les uns des" autres, 
ils fe firent de grandes careflTes , avec 
un fendble regret d'avoir à fe tuer ; 
comme s'ils enflent été Ennemis; 
Voilà le malheur de la Guerre QU 
v'ûc, . 

Le vingt feptiéme d'Avril , jour de 
la Mercuriale , auquel les Chambres 
s'alfcmblent , Madame la Princeife la 
Mère , qui depuis qu'elle étoît difpa- 
rue de Chantilii , avoit écé 'cachée 
dans Paris , parut au Parlement à cinq 
hèuucs du matin 5 accompagnée da 
Marquis de St. Simon & de la Dv^ 
chelTe de Chatilion , pour y deman-» • 
dei* fuftice , fur la détention des Prin- 
ces fes Enfans 5 &: de fon Gendre le 
Duc de Longuevillc. Elle préfenta fa 
Requête à tous les Confeillers de la 
Grand' Chambre. Beaucoup la réfu- 
férent ; mais , un nommé Des-Lan- 
des-Payen la reçût , arec deflein de la 
rapporter à fa Compagnie. Elle de- 
mandoit par elle fureté pour fa pcrfou- • 
hôî; elle icpréfentoit la nouvelle perfé- 

eu -*■ 



à ' V Hifl'o'ire d*j4nne d'' Autriche. 44% 
tnitiôn qu'on lui avoit faite pour la fai- j 5j^^' 
re fortir de Chantilli , où elle vivoir 
fans penfer à autre choie qu'à prier. 
Dieu ; &c dcmandoic au ParlemcnL 
qu'il lui plût de prendre connollfance. 
de la dérention des Princes, & que 
félon la Déclaration faîte à Sainr-Ger- 
main en faveur des- Prifonniers d'Etat^ . 
on fît leur Procès , s'ils avoienr failli 
contre le Service du Roi , ou fmow 
qu'ils puiTent jouir des Privilèges que 
le Rpi ay oit accordez à tous fes Su-, 
jets. . 

Après que Dès-Landés-Payen l'eut 
rapportée , le Pre'mier Pré/ident fur 
député de la Compagnie vers le Duc 
d'Orléans ^ pour lui demander de la, 
part du Parlement fureté pour cette 
Prîncedè. Le Duc dOrléans dit ^ 
q,u'i,l fallolt qu'elle obéit au Roi, pour 
déterminer ce qu'il avoît à lui dire 
de plus précis. Pendant cette Dépu- 
tation 3 Madame la Princellè alloit de 
Chambre en Chambre , demandant:- 
juftice 6c grâce tout enfemble. Elle 
jettoit des larmes , qui marquoient la. 
foiblciïe de nôtre Sexe , & difoit des 
parolles qui faifoîent voir la force de 
îa dgaleui: 6ç la graridqur de fa difgra-r 



4f o MemoWss psnr fervïr 
j(^49. ce. La Rcponie que le Duc d^Orleani 
* avoic faite au Premier Préfidenc n'é- 
tant pas définitive , on ordonna que > 
s'agiiTant de la fureté de Madame la^ 
PrincelTe , en attendant ce que le Dug 
d^Oileans répondroit 3 le Parlement 
la prendroît en fa protedion , d>Cr . 
qu'elfe feroit préc de demeurer dans- 
t'enceinte du Palais , dans telle mai* 
fon qu'il lui plairoic de eholfir. 

Cette première journée aiant fi bieti», 
rédffià Madame liPrincefle, Tes A* 
mis en eurent de la joie , & Tes Enne- 
mis de l'inquiétude. On crûç que les 
Frondeurs , voulurent fe fervir de cet* 
te occafion pour faire chalfer le Mî- 
niftre ; & qu'aiant ce delfein Us Ercnc^ 
fous main concilier à Madame la> 
PrincelTe de fe déclarer ouvertement- 
partie du Cardinal Mazadn i mais y 
leur fineflTe aiant été aperçue , de ceux:| 
du Parti des Princes , ils eurent peur , 
que fi on cntammoit tout de nouveau* 
le Cardinal , & qu'il vint à être chaf- 
fé ,les Frondeurs ne' mirent le Garde" 
des Sceaux à fa Place. Leur crainte les^ 
obligea de lui confeiller de fe plaindre- 
feulement de Vn dans fa Requête v 
mais , de n'en pas faire davantage* 

Us 



I 



à l' Hiftotre d' Anne â' Autriche, 451 
Ils eurent peur qu'elle n'empirât (ts i^e^^ 
Affiiires 5 6c qu'elle ne travaillât pour 
fes Ennemis plutôt que pour elle. En 
l'état où étoît la Cour , ils n'étoient 
pas hors d'espérance , de voir le MU 
niftre fe brouiller avec les Frondeurs: 
& déjà on voioît vilîblemt-nt ; que 
l'ancienne h line ^ qui avoit cté entre 
eux , produifbit du moins de grands- 
dégoûts de chaque côté j ce qui ren- 
d'oit leur nouvelle Union plus fufcep- 
tible de Guerre > que de Paix. 

Le lendemain , le Parlement députa 
tout de nouveau le Premier Préfidcnt 
vers le Duc d'Orléans , pour lui par- 
1er des intérêts de Madame la Prince^ 
fe ; mais ce Prince le gourmanda , 6c 
le traita de Partifan des Princes. Les- 
Frondeurs , qui ne voulaient pas que 
le Parlement leur échapât , & fe mît 
du côté des Ptifonniers , fervirent 
fïiélemcn: le Roi en- cette occafion, 
& emploiérent toutes leurs forces , Sc 
tout leur crédit , pour faire , que ia^ 
Requête de Madame la Princeffe ^dz 
fans effet. Le Duc d'Orléans , qui 
avoit aufli un grand intérêt à empê- 
cher que Mr. le Prince fortît de pri- 
fon y maintint l'Autorité du Roi , <S^" 

dit: 



'^Si Mémoires pour femlr 

[T4f0, dit qu'il falioic que Madame la Prirfi- 
celTe lui obéit , ôc qu'elle s'en allât d©' 
Paris 5 puifqu'elle y étoit contré les 
ordres du Rois. Ils réiiffirent tous^ 
dans leur deiTein ,• car le Parlement 
n'eut pas la hardi efle de fe déclares' 
contre un-Q Cabale^ dont le Duc d'Or- 
îeans étoic ie Chef ^ & qui étant fou-^ 
tenue de l'Autorité Rorale ofFufquoit 
celle du Premier Prélident , d'autant 
plus que Longueur! qui étoit paiîîon- 
île pour le fcrvice des Princes , 8c qui 
auroit pu foutenir cette Affaire , n'ô- 
fa montrer publiquement fes fent!- 
mens , de peur d'ofFenfer le Miniftre; 
ôc ne vouloir pas non plus afFoîblîr la 
bonne difpafitlon où le Duc d'Orléans 
paroillbît être pour faire plajfiràfca 
Frère. 5 dans les prétentions qu'il avoit 
à la Gour. 

Le vingt neuvième 3 le Duc d'Or- 
léans alla au Parlement , où la Répon- 
se définitive touchant le Requête, de 
Madame la Princeffe fe devoît faire» 
Il étoit queftion de rçavoirfion lui ■ 
accorderoit la fureté qu'elle deman-* 
doit pour fa perfonne. Cet enaage^ 
nient , qu'elle iouhaitoît qiîe le Parle- 
racnt voulût prendre avec elle , éroic ' 
d'une dangci'cufe coniequcnce. Il ne -* 

faut=: 



-n VH'iihlre d'Anne d'Autriche. 47^^ 
faut pas s'éconner (î elle y trouva i^.cf^ 
^e l'oppo(îtion. Le Duc vd^Orieans 
^tanc aiiivé , après avoir pris feance^ 
•fit une récapitulation de tcuc ce qui 
•s'etoit pallc depuis la détention des 
Princes : il reprélenta la douceur que 
.^a Pvcine avoit eue pour Madame la 
Princelîe , la laKTant à Chantilli fans 
<îardes3&dir quecex^ui avoit obii- 
'ge la Reine àlui ordonner de quitter 
•ce lieu étoient les intelligences que 
^-CQlic Princelîe avoit avec ceux de Bel- 
Regarde ; & que pour empêcher cette 
^communication ; il avoit fallu Terh. 
-voier plus loin. H die encore , que 
Madame la PrincelTe n'aîant point 
ohéi , il croîoît qu^iî y alloit du Ser- 
vice du Roi de fouftrir fa ré/iftancq 
^u'en fon particulier il la ferviroit s'il 
pouvoit auprès de la Réincarnais , qu'il 
ialloit qu'elle montrât d'aquiefcer aux 
ordres du Roi. Qiiand il étoft entre 
au Palais , Madame la Princelîe Pavok 
-prié de lui être favorable , ^ de fc 
•iouvenir que fes Enfans avoient Phon- 
ateur de porter fon nom. Il lui avoir 
arépondu , qu'il falloit faire ce tjue le 
•Roi iui^ avoit commandé , & qu'après 
/on cbcilTance il la ferviroit en tout ce 
^ui lui feroit pofllble. Le Premier 

Pré^- 



1 

414 Mémoires pmr fsrvtr 
ii^iO. ^ï-'^fi^^"^ 5 ^'^^^ obftant la Harangué 
du Duc d'Orh ans , infifla toujours, 
pour demander que quelque grâce fùc 
accordée à N madame la Princelle , & 
-qu'elle pût demeurer en état de tra- 
vailler auprès de la Reine à la Liberté ^ 
des Princes fes Enfans ; afsùrant qu'el 
le n'avoit point de manvaifes înten 
tîons contre le Service du Roi. En- | 
fin 3 le Duc d'Orléans , confeillé par- 
les Créatures du Cardinal qui étoient 
-demeurées auprès de lui, accorda à Ma- 
dame la Princelle trois jours de fûretc 
après le retour de la Cour , pour pou- 
voir implorer la mifericorde de la Reî- 
îie 3 qui devoit revenir bientôt, 
moiennant qu'elle quittât Paris , & 
qu'elle s'en allât à quelque Maifon 
voifîne attendre fes ordres. Le Pre- 
mier Préiident fut content de cette 
grâce : il prit la parole du Duc d'Or- 
léans , & ne voulut point qu'on déli- 
bérât davantage fur cette Affaire , de 
peur que les Frondeurs ne fiffent per- 
dre cet avantage à Madame la PrînceC* 
fe. Il étoit Serviteur du Prince de 
Condé j maïs , en même tems , ii 
itoit perfuadé que la réunion de la Fa- 
mille Roiale , étoit avantageufe à l'E- 

tai; 



rft VHlflolre à' Anne d'Ai.trîche, 45 ^ 
i^tyôc qu'il éroit glorieux à lui, ôc k^^^. 
à fa Compagnie , d'être les Arbitres 
«ntre le Roi ôc les Princes. li voulut 
auflî > en travaillant a cette Paix par les 
fuffrages de fa Compagnie , empêcher 
qu'elle ne perdit les avantages de la 
dernière Déclaration du Roi , en déli- 
bérant fur la Requête de Madame la 
PrincefTe j car alors , félon l'Avis des 
Frondeurs.elle auroit été fans doute re- 
butée. En d'autres tems , ces mêmes 
Frondeurs avoient crié pour augmen- 
ter le pouvoir du Parlement , en fa- 
veur du Parlement , en faveur du Pu- 
blic , afin de diminuer , à ce qu'ils di- 
foient 3 la Puilfance tyrannique des Fa*- 
vorîs j mais , ils changèrent de coa- 
duite, parce qu'ils avoient changé d'in- 
térêts , ôc que leur paffion les obli- 
geoit à parler d'un autre manière. 
Ainfi, la chofc fe paHTa moins avanta^ 
geufement pour Madame la Princefïc, 
que fes Amis ne l'auroient f<>«haictè; 
&c comme on ne délibéra point fur fa 
Requête , cette Affaire demeura pout 
quelque tems enfevelie. Elle quitta 
Paris , Se s'en alla à Chilli , pour y at^ 
tendre le retour de la Reine , ôc pafler 
les trois jours qui lui furent accordez 
par le Duc d'Orléans. La 



-ifj-ê Memirefpffurfervir 

k^ifxo, -^^ Reîne , revenant de Bourgogtie^l 
parue mal Satisfaite de Madame la 
-Princefle , Ôc ic c^ux qiii l'avoienÇ 
vifitée pendant Ton féjour , ce que peu 
de perfonnes avoîent manque de faire,, 
•même les Domcfti<|ues du Roi. Elle 
-fit quelques plaintes -contre le Marquis 
de St. Simon , Frère aîné du DuCs 
<]i]i avoit Phonneur d'être ion allic^ 
tnafs , comme dans l'état où ctoit 
«Madame la Prin-celfe , la igénérofuc 
^ouloit qu'on affilât une pcrfonne de 
•cette qualité , qui -étoit affligée , ÔC 
'qui en eftet étoit à plaindre , le nié»- 
•contentement de la- Reine n'éclata 
•contre perfonne. Elle comprit fans 
doute par fa propie bonté , que ceux 
«qui avoient l'honneur d'appartenir à 
«cette Princelfe 5 firent bien de la fèr^ 
vir , en lui rendant des reipedts inno- 
cens y^ûx dépens de leur fortune : fi 
bien qu'il fut difficile de s'app«rçcvoirj 
iquand elle vit ces mêmes perionncs, 
dont elle avoit fait des plaintes j fi elle 
îcur en avoit voulu du mal. 

La Reine , auffi-tot après fon re- 
tour 5 envoia le Maréchal de l'Hopi* 
tal à Madame la PrincefTe , lui ordon- 
ner de partir ; mais , elle s'excula fur 
^ucl^ues incoûiiiaoditez qui poiivoient 



à l'Hlfiolre ^ Anne (^Autriche. 4^j 
r^n empêcher. Le fixieme , l'afFaiie K^r^. 
crant entrée en Négociarion , &: trai- 
tée par le Préfîdenc de Nemond , elle 
confentic de partir , & de s'en aller , 
au lieu de Mouron , à Valleri , Mai- 
fon qui appartient au Prince de Cou- 
dé ; remettant à une autre fois Ja 
poLirfuite de ià Requête , à caufe du 
crédit des Frondeurs. Le Prince de 
, Condé, qui avoir appiiié la Déclaration 
Ma deuxième Odobre 1^48, donnée à 
Saint-Germain , jfi favorable auxPri^ 
fonniers d'Etat , ne pur jouir à^s VïU 
vileges qu'elle lui donnoir , parcequc 
ceux mêmes qui Pavoient arrachez du 
Roi , par leur brigue & leur rébellion, 
n'étoient pas dignes de faire une bon- 
ne œuvre , qui félon l'équité , & les 
Loix du Roiaume , pût être légitime- 
ment ordonnée en faveur de ce bien 
public , dont ils avoicnt paru Ci zélez. 
Pour récompeafer les Frondeurs, 
de l'oppoficion qu'ils avoient faite à 
Madame la PrinceflTe , la Reine , à 
Ton retour , leur fît alfez bonne mine, 
& le Cardinal leur cacha tout ce qui 
lui avoit déplu de leur conduite. Le 
Duc de Vendôme reçût alors de la 
Reine l'Amirauté , 6c on en donna la 
Tomt 111. V fur- 



45 s Mémoires pourfervlr 
i^jo. Survivante au Duc de Bcaufort , appa- 
remment racommodc avec le Miniitre. 
Ce préfent déplut au Duc de Mer- 
cœnr , Ton Frère aîné , qui avoir eu 
cette même prétention , de qui croioir, 
ai. ait delTcin d'époufer la Nièce du 
Cardinal Mazarin , avoir un grand 
mérice envers lui. Il écrivît de Ca- 
talogne 5 où il écoît , au Duc de Beau* 
fort 5 qu'il fe vouloir battre contre lui : 
êc ces deux Frères en furent long-tems 
mal enfemble ; mais le tems qui chan- 
ge toutes chofes mie fin à cette co- 
lère 

La Cour étant à Paris , on déclara 
Madame de Longueville , le Duc de 
Bouillon 3 le Vicomte de Turenne , 
&c le Dec de la RochefoLicaulc , cri- 
minels de Leze-Majefté. On envoîa 
cette Déclaration a tous les Parlemens 
de France. 

Madame de Longueville , & le 
Maréchal de Turenne , étant à Ste- 
nai 5 avoienr Fait leur Traité avec les 
Efpagnols , & prétendoicnt , qu'il leur 
étoit avantageux , à caufe qu'ils a- 
voienc fauve Stenai , dont ils demeu- 
roîentles Maîtres, aiant de plus at- 
tachez à la Paix générale la Liberté 

des 



i V H'fiolre d'Arme d* Autriche, 4.5 9 
des Princes : comme auffi eux , de 16 jo, 
leur côté , avoient promis aux Efpa- 
giiols 5 qu'ils ne s'accorderoîent point 
avec le Roî , que premièrement , on 
ne leur eut rendu toutes les places 
que le Roi tenoit fur eux. Le Duc 
de la RocheFoucault ayant alFemblé 
grand nombre de Nobleife , fe décla- 
ra ouvertement contre le Roi. Il vou- 
lut pour fon premier Exploit , aîn- 
fî que je Tai déjà dit , le faifir de 
Saumur ; mais aiant manqué fon 
Entreprife ^ &c fçachant que le Maré- 
chal de la Meillcraie Gouverneur de 
Bretagne , marchoit déjà contre lui 
avec quelques Troupes, il refolut d'en." 
voier quatre cens Gentils-hommes à 
Mouron , Se de s'en aller trouver le 
Duc de Bouillon , qui avoir de gran- 
des intelligences dans Bordeaux. Ces 
deux Revolcez refolureut enltmble de 
fomenter autant qu*il leur feroît pofïï- 
ble la rébellion de ces Peuples , afin 
de s'en fervir , pour foûtenir la guer- 
re contre le Roi. Ils y envolèrent 
Langlade, Secrétaire du Duc de Bouil- 
lon , afin de travailler par lui à ce 
grand ouvrage. Langlade , aiant l'ef- 
prit vif Ôc plein de lumières , parloic 

y 1 à 



4 ^o Mem oires pour fervlr 
i^jo^ à la mode de ceux qui font propres 
pour tromper les duppes. Avec ces 
qiialitez, Se la necefficé qui le pielïoit 
de rendre ce fervice à Ton Maître , qui 
fans ce refuge fe voioïc perdu , & 
leur parti décruîr, il travailla fi bien, 
& avec tant de dextérité ^ qu'il aida à 
perfuader ceux de Bourdeaux d'encrer | 
dans les intérêts des Princes. Ce ne 
fut pas fans beaucoup de peine , par- 
ce qu'il y avoir dans cette Ville , à ce, 
qu'il m'a dit lui-même, de s gens afîez 
fôges pour connoître le danger de cet 
Engagement. En même temps y les 
Ducs de Bouillon & de la Rochefou- 
cault , fçachant le commencement de 
cette Négociation , envolèrent Cha- 
vagnac enlever de Mouron Madame 
la PrincelTe Femme du Prince de Cou- 
dé , & le petit Duc d'Anguein Ton 
Fils , parce qu'ils jugèrent que le Roi 
venait les attaquer où ils étoient n*au- 
roient pas pu s'y delfendre long tems. 
Us furent au devant d'elle avec trois 
cens Gentils-hommes , que leur am- 
mena le Marquis de Silleri , Beau- 
Frcue du Duc de la Rochefoucault. 
Ils les menèrent dans la Vicomte de 
Turenne , où ils demeurèrent quel- 
ques 



a r Hifiolre c^^nne d'Autriche, 461 
c[ues jours , pour avifer à ce qu'ils itfjo, 
avoient à faire. Ils y firent quelques 

Exploits de Guerre , de peu de confé- 
qucnce , mais toujours de grande ré- 
putation -y outre que les Rebelles , 
pour en acquérir , 6c foutenîr un Par- 
ti 3 doivent faire du bruit. Tout ce 
qni fe faifoit alors contre le Roi , 
étoit toujours fort célébré. Ils furent 
pareillement traitez à leur tour , par 
les Troupes du Roi , que comman- 
doient le Chevalier de la Valette , Ôc 
le Duc d'Epernon. 

Les Condudeurs de Madame la 
Princelfe & du Duc d'Anguicn , fe 
réfolurent enfin d'aller à Bourdeaux» 
tenter cette Avanture. A leur vue , 
la Ville leur ferma les portes : le Par- 
lement 5 & les Bourgeois , rcfafcrent 
de les recevoir , elle , d< le Duc 
d'Anguien Ton Fils. Il y avoit dans 
Bourdeaux bcaiKoup de Créatures de 
Monfieur le Prince , qui difoient ne 
demander pour Madame la Princelfe 
que la ffireté ; aEn qu'elle pût être 
à couvert des violences du Cardinal. 
Ils continuoient de dire que les Bour- 
delois ne pouvoient refufer ce fccours 
à Li Femme 6c au Fils d'un Prince ^ 
V 3 qui 



4 ^ i Ai? moire s po nr fervïr 
i6jO. qui n'étoit en Prifon 3 que parcequ^îl 
a voit foutenu leurs intérêts , dans le 
Confeil du Roi. Avec cette humble 
modération ^ ils avoient échauffé les 
e/prits 5 & ils avoient gagné plulieurs j 
perfonnes j mais , beaucoup d'autres 
s'opporoient à leurs foUicitaiions , de 
préféroient avec raifon leur repos &C 
leur devoir , à la Guerre de au crime 
de Leze-Majefté. Toutes ces con- 
trarietez firent une Ci grande rumeur 
dans la Ville ^ qu'enfin il fut refolu 
dans le Parlement , que Madame la 
Lerj Prince(fe ôc le Duc d'Anguien fe- 
J ''n , roîent reçus dans Bourdeaux , avec 
Mada- jg^^.g Domeftiques feulement ; Se dé- 
pr-a- nièrent d'abord aux Ducs de BouiU 
caU Ion 5 & de la Rochefoucault , la mê- 
cftrc- me grâce. Madame la Prince{fe alla 
au Parlement , & leur demanda à ge- 
noux la fureté qu'elle defiroit pour 
elle 5 & le Duc d'Angulen j ôc cette 
Compagnie , après une longue Déli- 
bération , la lui accorda. Les Chefs 
de leur Parti , que le Parlement n'a- 
voit pas voulu recevoir , ne s'étonne-* 
rent pas : ils fc logèrent à un Faux-; 
bourg de la Ville , & y reçurent plii-^ 
tkurs vifites de ceux qui leur étoient 

affec^ 



CMC- 1 

ucaux. 



k l*Hlftolre d'Anne d'Autriche, 46 5 
afFedlonnez , & qui négocioienc pour i6^0, 
eux. Laine , Serviteur du Priiice de 
Condé , écoit entré avec Madame 
la PrincelTe : il travailla fortement 
pour clic , & fçût perfuader ks plus 
entêtez du bien public ^ qu'il étoit 
juftc d'iffiilcr Monfieur le 'rince. 
Comme il écoit éloquent Se hardi , il 
trouva le moien d'augmenter le nom- 
bre des infidèles Sujets du Roi , en 
affoiblifTant la Raifon des plus Sages. 
Ces favorables difpofîtîons firent ré- 
foudre les Ducs de Bouillon , ÔC de 
la Rochefoucault , à fe hazarder à la 
honte d'un refus. Us demandèrent , 
qu'on leur permît au moins de pou- 
voir vifiter uns fois Madame la 
PancelTe , fous prétexte qu'ils avo- 
ient à l'entretenir de fes Affaires : ôc 
après en avoir obtenu la permifïîon , 
ils y furent un foir fort tard ; ôc 
comme ils y virent que le Peuple 
fouffroit leur préfence patiemment , 
ils y demeurèrent. Chacun d'eux 
préfenta une Requête au Parlement : 
ils implorèrent fa protection pour fix 
femaines , promettant pendant ce 
tcms-là de fe juftifier auprès du Roi, 
Ils avoient amraenez. quelques 
V 4 Trou- 



4^4 Mémoires pour fervir 

1(^50. Troupes , qui demeurèrent aux en- 
virons de Boudeaux , affez incom- 
modées. Us n'oférent d'abord par- 
ler de Guerre : c'étoîc une propod- 
tion trop délicate , & il falloit lailTei" 
engager les Boardelois dans leur Par- 
ti 3 par les grandes chofes qui nécef- ; 
faîrement dévoient arriver. Ils jugè- 
rent feulement , qu'il falloit s'y pré- 
parer 5 & ils s'y appliquèrent comme 
d'habiles gens le dévoient faire , de 
qui étoient réfolus de fe bien deffen- 
dre. il leur falloit de l'argent , car 
les particuliers ne peuvent pas d'eux 
mêmes faire (ubliftcr un Parti contre^ 
leur Roi. Le Duc de Bouillon en- 
vola en Efpagne im Gentilhomme à 
lui , nommé de Bas , qui avoir de 
rcfpric, afin d'obliger le Roi Catho- 
lique de paier leurs Troupes , Se fe 
fervir de leur Rébellion pour dimi- 
nuer les forces du Roi à leur avan- 
tage commun. Le Roi d'Efpagne 
reçût de Bis avec joie : il goûta cet- 
te propofition. Le Miniftre d'Efpa- 
gnc le traita bien , & de Marolles 
aufîî , Gentilhomme attaché à Mr. 
le Prince , qui fit ce Voiagc dans le 
même deflein. On leur promît tout 



ce qu'ils demandoienc , de l'argent , i6jO, 
des vaiffeaux , &c des Troupes. L'eC 
poîr de ce fecoars confirma les Bour- 
delois dans le delTein de protéger les 
Piînces 3 &c les fit rcibudre de Ce 
vangcr du Duc. d'Epernon * , en C^) Les 
f-iiiant la Guerre contre le Roi. Ils ^'Ou»^de- 
fe déclarcrenc en fuite , de reçurent le ?^? 
Duc d'Anguien pour Généralifîime , moienc 
ëi les Ducs de Bouillon ôc de la Ro- pas leur 
clicfoucault pour Généraux j ôc pour ^o^ver. 
Lieutenans Généraux , les Marquis f^^^* 
de Saubeuf de de Lufignan. d'Epcr- 

Ce grand Parti commençant à nom ils- 
prendre des forces , les Généraux ju- ^'^^ 
gèrent à propi^s de renvoier en Efpa- ^o'*'^* 
gne une féconde Ambaflade plus depuis 
confidéral^le que la première 3. afin de long- 
hâter le fccours qu'ils en efpéroienCi cems» 
Le Mojrquîs de Silleri y fut ^ qui 
traita avec eux avec tant de fuccès , 
qu'il fit envoîer à Bourdeatix Dom 
Jorcph Oforio , de la part du Roi 
d'Efpagne , viliter Madame la Prin« 
celfe , de le jeune Duc d'Anguien. Il 
apporta toutes les confolations nccef- 
fàires pour guérir leur inquiétude» 
lie Roi d'Efpagne trouva ^ qu'il lui 
«toit avantageux d'cmbaralTer le Roi' 

V ^ dans. ' 



4<3 G Mémoire.^ pour fer vlr 

/;jo. ûansia Guienne ,& ailleurs , favori- 
fant à Stenai Madame de Longuevil- 
le , & à Bourdeaux Madame la Priii- 
ctÇic ôc le Duc d'Angaien. Le Duc 
de la Rochefoucault , fortement oc- 
cupé des intérêts de Madame de 
Longueville y envola Gourvilie l'a- 
verti^- de leurs favorables fucccs ; ôc 
bien înftruîte par lui de leurs dedeins ., 
elle n'oublia rien pour faire voir à 
k Reine , ôc à toute TEurope , que 
fi fon cœur , faîvant le tempérament 
de fon ame un peu trop paflîonnée , 
avoir donné quelques marques de foi- 
MelTe, ce même cœur avoît toute la 
force 8c toute ^élévation qu'un illuU 
tre Sang étoît capable de lui înfpirer. 
Si la fourcc de fes adîons n étoîc pas 
tourna fait nette , on ne peut pas 
nier , qu'il n*y eut toujours de la 
£;randeur ; ^^ sll y a eu quelque 
chofe de criminel , on peut dire que 
ce n^ctoient que des crimes de Leze 
\Hr(ié , qui ctoîent honorables en 
ces tems-îà. Le Duc de la Roche- 
foucauk , qu^elle voîoit Pépée a k 
main pour la caufe de fon Mari & de 
^ès Frères , lui donnoit lieu d'attri- 
buer les confidcracioi-is qu'elle avoîe 

poat 



à l'Hîfioîre d* Anne d'Autriche, ^Gy 
pour lui , à l'utilité qu'ils en tiroient ^ i t?;a*. 
ik de faire valoir Tes fervices , pour 
-réparation de tous les maux qu'ils 
foufïl'oient y pour avoir fuivi Çqs 
Confeils. Pendant que fon ambition 
Te rcpalfoit des applaudiflemens des 
Peuples , qui entroient dans fon Par-, 
ti y bi fe contentoit des loiianges que 
les Etrangers donnoient à fa beauté, 
à fon efprit , à fon courage , & à 
toutes les antres belles qualitez , qui 
lui avoient attiré jufques alors l'ad- 
mirarion de toute la France , Gour- 
ville fut pris dans fon voiage par les 
Troupes du Roi ; mais , comme fous 
une apparence limple & grofîîere il 
cachoit beaucoup d'efprit & d'habile- 
té , & de la fineffe , il fçuc fi bien fe 
déguiler que Madame de Longuevil- 
le , avec la rançon ordinaire , l'en- 
voia dégager avant que la Cour fçût 
qu'il fût prifonnier. Il étoit né pour 
les grandes chofes , avide d'Emplois , 
touché du plailir de plaire , & de 
bien faire. Il avoit beaucoup de 
cœur , &: de génie pour l'întrigue : 
il fçavoit marcher facilement par les 
chemins raboteux , & tortus , com- 
me par les plus droits. Il pcrfuadoic 
V 6 prêt 



. 1 

4^S Mémoires pour fervîr 
prefqiie toujours ce qu'il vouloît 
qu'on crût , & trouvoic à peu près 
les moiens de parvenir à coût ce qu'il 
entreprenoir. Il étoic alors confî- 
(lent &c domeftique du Duc de la, 
RocheFoucaulc , qui paroiiToit fenfî-.> 
blenient atcaché à Madame de Loii- 
gueviile , quoi que ceux qui prcteu- 
doient en juger plus finement y ôc le 
mieux fçavoir , fullenc perfuadcz qu'il 
ne conûderoit que la Grandeur de 
celle qu'il paroilloît aimer 5 & qu'ili. 
a voie plus d'ambition que de tens-- 
dreiFe. 

Pendant que pluficurs chofts fe 
pallent dans les Provinces Ôc ailleurs, 
le Sur- Intendant d'Hemeri meurt, à.. 
Paris 5 fans avoir reçu aucun avanta- 
ge de fon retour , que celui qu'il an>- 
roit pli acquérir par la connoiflance 
de la fragilité des félicitez de ce 
îiionde ; mais, comme il n'avoit pas 
deiiré le Ciel , il quitta la Terre a- 
v,cc regrec , ôc félon les apparences, 
a^vec peu de préparation pour l'étar- 
blifTement de fon bonheur éterncL 
Avanc qu'il mourut 5 le Marquis d& 
Senneterrc lui perfuada de confeiller 
ui Minière d'établir à ùl place le- 

2i^ 



àrHijlotre d'Anne d'Autriche, 4^9- 
Prcfîdent de MaiTons ^ le faifant Ton i^,j^ 
Saccclîeur dans la Sur- Intendance.. 
Le Cardinal Pallaiic voir y il lui en 
parla 5 îk lui die qu'il voioit , qu'il 
n'y avoir point d'homme en France 
plus capable que celui-là , pour bien,- 
fcrvir le Roi j &c ces paroles firent; 
beaucoup d'imprelîîon fur l'efpric du 
Miniftrc. Ce qui parut procéder d'une 
reconnoilfance defintéreiTee de la Ve'- 
Ttké 5 ne.procédoit que du de(ir que 
S.enneterre eut d'avoir un Sur~Inten> 
dant qui lui eut de l'obligacion , <Sc 
pour obliger une perfonne qui Tavois 
prié de fervir ce Préfidenc. 

Le lendemain de la mort die c^t 
homme , le Préfident dt Maifons^ 
fur nommé Sur Inrendanc des Finan^ 
ces. Il parvînt ciiFm à cette Char- 
ge , par les bons offices de fes Amis^j. 
& par la crainte que le Miniftre con* 
fervoit dans fon ame des intrigues de- 
Longue ili , Frère du Préfidenc , & 
Confeillcr au Parlement. La. Mar- 
quife de Sablé étoit mon amie : ella- 
m'avoic engagée dans les Intérêts de: 
ce nouveau Sur-Intendanr. Je puis di- 
se que j'eus quelque part au choîxi 
^iii fe. fit de là. perfonne 5 mais. je. 



47 O Mémoires -pour fer vlr 

j(5jo. n'en eus aucune aux avantages qu*il 
en reçût , n'aîant fait que me prêter 'ï 
vingt mille francs en Rente , que je 
lui ai depuis rembourfez. Il . y de- 
meura peu . & il eO; vrai que ce rems 
là aiant été fâcheux à pa(îèr , tout ce 
qu'il put, profiter dans la Charge ^ il 
le garda pour lui ,* ce qui fie dire 
qu'il s'en étoit bien acquitté. Il en 
acheta fecrettemcnt auiîi quelques 
Amis 5 dont il crût alors avoir be- 
foin. Les différentes Caballes de la 
Cour 5 qui alors étoit remplie de 
beaucoup de Factions, lui firent peur , 
& lui firent oublier ceux qui l\a- 
voient fervi , & dont il étoit aifûré, 
Aufîi-tôt que ce Préfident fut le 
Maître des Finances , le Comte d'A- 
vaux 5 qui juiques là avoir paru 
occuper cette Place , la quitta , Parce 
qu'il ne voulut pas être fon fécond. 
Les Suinfcs fe révoltèrent bien-tôt 
après 5 faute de paiement , & comme 
les Coffres du Roi étoient vuides , il 
falut , de peur qu'*ils ne s'en retour- 
nalfent en leurs Cantons , que la Rei- 
ne mît le reftedc fes Pierreries en ga- 
ge pour les fatisfaire. 

Le Duc de Saint-Simon , Gon- 

ver-» 



à l' Fil (loir e d'Ame d* Autriche, 47 1 
verncLir de Blaye , fut alors convié i6jQ^ 
par Madame de Longueville de fe 
lier à leur Parti. Comme cette Pla- 
ce 5 où il commandoic , étoic de 
grande conféquence , & qu'elle eft 
proche de Boiu'deaux , le Parti qu'il 
pouvoir prendre devoir être d'une 
grande confidération , ou pour le 
Service du Roi , ou pour fortifier fes 
Ennemis. Il balança quelque tems 
entre Pattachement qu'il avoir pour 
le prince de Condé y joint à la haine 
qu'il avoir contre le Cardinal Mazâ- 
rîn ; Se ce qu'il devoir au Roi dont 
le Perc ^ l'avoir fait Duc , avec de '^ Le 
grands établilfemens qu'il lui avoir feu Ro* 
donnez Son efprit eut de la peine Louis 
à fe dérerminer à faire du mal au 
Prince de Condé ; mais k devoir 
l'emportant fur le rcfte , il de- 
meura ferme dans le Service du Roi » 
& fir ce qu'Hun homme d'honneur f© 
doîr à foi-même. Il m'a dir depuis ^ 
qu'il refufa huit cens mille francs 
que le Roi d'Efpagne lui fit offrir^ 
éc qu'il \qs refufa avec fatisfadion ^ 
voianr qu'il faifoir ce qu'il éroir 
obligé de faire. Dans ce même rems^, 
les Eanemis parurent fur la Frontic? 



472 M'€7f}olres pour pfYvtT 

l^ço. ^^ ' ^^'^"^ ^^'"'^ puiQante Armée , c^i\e 
> eommandoit l'Archiduc , auquel le 
Vicomte de Turenne s'etoit joirrr. 

La Reine ^ voulant aller defFendi-je 
les Provinces & les Frontières , àos 
inliilres de ceux qui les vouloient 
attaquer , partit pour Compiegne le- 
deuxième Juin , avec inrencion de 
s'oppofèr à cette grande Armée ,, qui 
venolc braver la lienne alors fort pe- 
tite. Elle pouvoir craindre de voir 
prefqne de les yeux les vi£loîres de 
k's Ennemis j mais , fi elle manquoic 
de Soldats 3. elle ne manquoit pas de 
courage. Pendant que nos Troupes 
s'ailf mbloicnt , TArmée de PArchiduc 
aflii-^gea le Carelet. Le Cardinal alla; 
lui même à l'Armée ^ Si la mit bien 
îiôt en état à^ Çq pouvoir faire craiui- 
dre. A Paris , où les defirs étoient: 
fans règle ,. où les Ennemis du Mî^ 
Jiidre avoient de mauvaifes inten^ 
tions 5 (k. où tons les elprits étoienc 
gâtez 3 on fe î;éjouiiroir du mauvais 
état des Affaires. Oa crioit gaiemenr 
eoncre le Cardinal , & cette joie s'au^»;- 
ïnenta , par la Nouvelle qxii arriva 
alors des chofes que j'ai déjà dites ,: 
^i. s'écoieu: pailees à Bourdeaux ,, 






A l'fJifloîre ^Anne d'Autriche, 47 5 
eu faveur de Madame la Princefle. i (jJO, 
Ceux même , comme bons François , 
qui voioient avec regret profpérer le 
parti oppofé à celui du Roi n'en é- 
toienc pas toujours Fâchez , parccque 
chacun par le de Tordre général efpé- 
roit trouver des momens heureux , 
par où il pourroît rencontrer fon 
bonheur particulier , de même que 
beaucoup d'autres Tavoîent déjà 
trouvé. Ils eurent tout fujet d'être 
contcns. Le Carelct , n'étant pas 
bien fortifié , fut pris par les Enne- 
mis. Vandi , qui commandoit dans 
cette Place , s'y deffendit vaillam- 
ment , & il y tua deux hommes de 
fa main , qui lui vinrent propofcr de 
fe rendre. Cette action y par les Ma- 
ximes terribles de la Guerre y reçût 
de grandes loiianges des hommes : je 
ne fçai Ç\ elle fut approuvée des An- 
ges ; mais enfin 5 malgré fa réiiftan- 
ce 5 il fut pris par ceux de fa Garni- 
fon : ils le lièrent , & enfuîte de cette 
révolte ils firent leur compoficioh & 
le donnèrent aux ennemis. 

L'Archiduc , qui vouloir profiter 
de nos defordres , au(îi-t6t après af- 
fiégea Guife. Le Comte de Fuen,- 



4^4 Aie moire s pour ftrvlr 
j^ faldagne 5 avec vingt mille hommes , 
par les ordres de ce Prince , vint 
fe camper aux environs de cette Pla- 
ce. Le Vicomte de Turenne étoit 
avec lui , & toutes fes Troupes, Bri- 
dieu étoit Gouverneur de Guife , qui 
réfolut de fe defFendre de la manière 
qu'il étoit attaqué. Il y avoît dans 
la Place le Régiment de Guife , celui 
de Pei'fan , trois cens SuiiTes , & quel- 
ques Polonnois ; mais , il y avoît peu 
de munitions de Guerre. Le Cardi- 
nal 3 fâchant qu'elle n'étoit pas ea 
bon état , fit favoir à ceux qui é- 
toient dedans , qu'il vouloît les fe- 
courir , &: par ccite efpcrance , leur 
augmenta le dcfir d'y acquérir de la 
gloire 5 par une génereufe réfiftance. 
Le Maréchal Du Pleffis , Gouverneur 
de Mon lieu r Frère du Roi , corn- 
iTiandoit nôtre Armée ; mais le de- 
fordrc de nos Affaires étoit caufe 
qu'elle manquoit d'argent , & par 
conféquent elle n'étoit pas en état 
de rien faire. 

Le Miniftre fit plufieurs volages 
fur la Frontière , &: fâchant que 
Eourdeaux , par les chofcs qui s'y 
padbienc , demandoic la picfcnce du 

Roi, 



à l'Hljîotre à* Anne ^Autriche, ^yf 
Roi , il s'appliqua au (ccours de Gui- i6 ^o* 
Ce. Il porta de Targenr , des habits, 
& des ibuliers , pour les Soldats ; & 
n'oublia rien pour fe deffcndre de Tes 
Ennemis particuliers , en s'oppofant 
à ceux de TEtar. Il fçavoic que fi les 
Affaires du Roi alloient mal y les 
/îenncs empireroienc entièrement , ôc 
que Coït le Parti d(^s Princes , ou celui 
des Frondeurs , tous deux profite- 
roienr, à fon dommage, des coups que 
la France recevroic de PEfpagne, 
Il réufiic dans fon defiein. Les En- 
nemis , après avoir donné Palfaut, dc 
s'être rendus les Maîtres de la Vil- 
le , furent contraints de lever le fie- 
ge. Ils ne pouvoienc y recevoir des 
vivres , parce que la Garnifon de la 
Chapelle les empêchoit de palfer, ôc 
que Brîdieu & fes gens fe deffendî- 
renc vaillamment dans le Château. 
Les Ennemis crûrent que TArméc 
du Roi^ qui faifoit bonne mine , les 
incommoderyit > dc furent affez faces 
pour la vouloir éviter. Elle écoit en- 
viron de quatorze mille hommes. 
Le Général étoit un homme de 
grande réputation. Il avoir pour 
Lieucenaus Généraux le Marquis 

dl-Ia 



47^ Mémoires pour fervlr 
t6jo. cl'Hoquïncourc 5 la Feité-Sennererre,! 
& Viîleqiîier. Il y eue quelques pe- : 
tics diffciens encre eux ôc le Maré- 
chal du Piciîîs 5 qui les commandoir j 
mais le Miniflre y mîc la paix : ôc 
dans peu nous verrons ce Gene'ral 
fliire des Adtious dignes de la Gloire 
qu'il avoir acquife en beaucoup d'au- 
tres occafîons. 

Les Frondeurs cependant 3 qui vo- 
îoîent que les Affaires de Mr. le 
Prince alloîenc bien , & qui craigne- • 
ient que le Minière , pour fe fauver 
de leur mauvaife volonté , ôc des 
maux que la Fadion des prifonnîers 
lui pouvoient faire , fe réfoudroic 
peut-être à leur redonner la Liberté , 
eurent peur qu'un fâcheux recour 
_du malheur ne les remît dans le mê- 
me état y dont ils écoient fortis. Cet- 
te peur les convia de travailler puiC- 
famnient à changer les fentiniens du 
Duc d'Orléans à l'égard du Cardi- 
nal , en lui difant continuellement , 
qu'aiant eu parc à la Prifon du Prin- 
ce de Condé , il ne falloir pas qu'it 
devint heureux malgré lui ; qu'il n'é- 
toit pas jufte de laiffir Minifcre le 
Maîcre de fa Liberté , 6c lui con- 

feil- 



k l*Hifloire êi Anne à* Autriche, 477 
feîllérent de demander à la Reine, 1^50, 
i^u'elle mît les Princes dans la Bastil- 
le 5 au lieu qu'ils écoient dans le Bois 
de Vincennes , parce que dans ce 
lieu 5 donc le Fiîs de Brouflel étoic 
Gouverneur , ils ne feroîenc plus fous 
rAucoriré du Roi , & qu'ainfi le 
Minîftie ne feroit plus en pouvoir 
d'en difpofer à Ton avantage , &: 
fans fa participation. Ces propofi- 
tions eurent le pouvoir de le peiTua- 
der , & de lui faire naître dans l''amc 
le defir de iuivre leurs avis \ qui lui 
parurent tout- à-fait félon fes intérêts. 
Il gronda , il fut inquiet & de mau- 
vaife humeur ; mais , la Reine faifoic 
ce qu'elle pouvoir , pour calmer ces 
orages. Ce Prince fur à Compiegne 
la voir , ^ comme elle avoit eu de 
tout temps de Pafcendant fur fon ef- 
prit , elle emploia toute la force de 
fes raifons, & {ç.s agréables manières, 
à lui prouver , qu'il ne devoir point 
fe laiifer aller aux pernicieux confeils 
de ceux , qui vouloient les brouiller. 
Elle l'afsiira tout de nouveau , qu'on 
ne mctrroit jamais les Princes en li- 
berté fans fon confcntement ; ^ , 
lui païknc du dcffeiii qu'elle avoit 

d'aller 



47^ ^ MewêJres pour/ervîr 
i6jo. d'aller en Guienne , pour extermîiiei* 
le parti des Princes ; elle lui die , 
que demeurant le Maître dans Paris, 
Ôc dans toute cette Partie de la Fran- 
ce audeçà de la Loire , il n'auroic 
pas de fujet de craindre , qu'on put 
penfer à rien innover fur une chofe 
fi importante , fans qu'elle lui en fie 
part. Elle fçût enfin Ci bien ména- 
ger fon efprit , qu'elle amortît pour 
quelque temps les facheufes agitations 
de fon ame, de le fit refoudre à ne plus 
parler de ce changement. 

La Reine ne laiifa pas de juger, 
qu'il y avoit lieu de craindre , que 
l'efprît du Prince qui commençoit à 
fe dévoier du bon chemin y ne fe 
gâtât davantage. Cette inquiétude l'o- 
bligea de mander au Cardinal , qui 
etoit fur la Frontière de fe rendre 
promptement auprès d'elle , lui faî- 
fant fçavoir le dellein qu'elle avoit de 
revenir à Paris , remédier à ces 
broliilleries. Elle commanda même 
à celui qu'elle lui envoia , de l'é- 
veiller à quelque heure qu'il arrivât, 
ôc de le faire partir aufîî-tôt pour la 
venir trouver. Le Mîniftre aîant fuî- 
vi les ordres de la Reine , revint 

aulîî^ 



I 



à l'ffifloîre â*Ame d'Autriche, 479 
au (ïi- tôt 5 & toute la Cour arriva à k^^o. 
I Paris le vingt-neuvicme Juin. Sa pré- 
fence diffipa pour quelques jours les 
Fadions des Frondeurs ; & le Duc 
d'Orléans , dont l'efpric étoit facile 
à fe tourner vers la douceur , cm- 
bralfa cordialement le Cardinal Ma- 
zaïin 5 & parut fort content de lui : 
mais ce calme relîembloit à cc4ui de 
la Mer , qui change félon les vents , 
6c d'un inftant à un autre. 

Les Frondeurs virent avec regret 
que les Ennemis venoient de lever le 
Siège de Guifc. Ils avoient vus la 
Normandie , & la Champagne , s'hu- 
milier à la vue du Roi , & quoi 
qu'ils eufTent de la haine pour la 
profperité des Princes , ils ne vou- 
îoient point que Bourdeaux fût châ- 
tié : ils dclnoîent à leur ordinaire , 
préférablemenr 9 routes chofes , l'af- 
foibh'lfement de la Roiauté , que les 
Affaires du Roi allaOent mal , & que 
le Miniftrc fût toujours embara(fé. 
Ils n'approuvoîenr pas le deffein que 
la Reine avoir fait d'aller en Guîen- 
nc 5 Se foutenoient toujours dans le 
Parlement ceux que le Parlement de 
Bourdeaux leur cnvoioic pour fe 

plain- 



4S0 Mémoire t ^Qur fervir 
î^/o. plaindre du Duc d'Epernon. Le 
Miiiiftrc , voiant la maligne variété 
de leurs penfées , offrit au Duc d'Or- 
léans d'aller en Guienne , vaincre les 
Rebelles , avec les forces nécelfaires 
à ce deffein. Le Duc d'Orléans ne 
voulut point entendre à cette propo- 
fîtion \ car , outre qu'il aimoit à de- 
meurer à Paris , les Frondeurs ks 
Amis 5 qui s'y plaifoient encore da- 
vantage y travailloîent inccfTammenc 
à lui donner leurs propres (êncîmens. 
Il rcfuiâ d'aller en Guienne , & ré- 
fblut néanmoins , comme il parut de- 
puis , de ne pas laiiler accabler les 
Bourdeloîs. 

La Reine , confeillée par elle-mê- 
me Se par Ton Miniftre , jugea qu'il 
falloît mener le Roi à Bourdeaux , 
& qu'il étoit néceifaire félon l'érac 
des chofes , d'affoiblîr un Parti , afin 
de pouvoir perdre l'autre. Cette ré- 
fokuion prife , la Cour , peu de jours 
après Ton retour , partit pour ce 
d voiane. Ce ne fut pas fans 



Tan 



pas 



inquiétude , que la Reine exécuta ce 
delfein , vu la mauvaife volonté des 
Frondeurs , avec une Armée Enne* 
mie fur la Frontière , puilfantc > & 

com- 



ci VHlplre cî'Jnfîe ^'AttfYhhe, 4 J? r 
•'Con>ivaî.dt'c par des Gens , qui ddl i^ça 
roicnc lui hiirc beaucoup déniai. ' 

Le ^liniitre avoir de la confiance 
en la valeur &: la conduite du Maré- 
chal du Pieffis ;^mais il fçavoir qu^f! 
lie lui laillbic gueres d'argent , qu'il 
avoir beaucoup dTnnemis fur les 
•bras , & qu^il avoit iujec de craindre 
de tcus cotez de facheufes avantures» 
Il fallut aller néanmoins à ce qui 
•prelTcit le plus, ôc lailler le refte à 
la conduite de Dieu. 

Dans le téms que la Conr fut à 
Paris , le Prince de Condé , fâchant 
ks degours du Miniftre à Pégari des 
Frondeurs -, lui manda par' de Bar, 
celui qui le gardoit , que s'il vouloit 
le ir.ctrre en lîberce il deviendroit 
ion Ami plus fortement que jamais; 
qu'il trouveroit toujours plys de fu- 
mé en lui, que dans ceux dont if 
avoir voulu fc fervir ; qu'il étoît ca- 
pable d'oublier fa Trifon^ Ôc qu'il le 
fliuroit maintenir avec plus de vigcur 
•& de fermeté , qu'il n'en trouveroit 
en ceux qu'il avoir choifî pour fes 
'Amis. Mais le Cardinal , fe rcfTou^ 
'venant^de la hauteur de Mr. le Prin- 
'cc , n'ôfa fe confier en ces belles pt- 
^'^ome IJL X rôles. 



4S2. Mémoires four fervîr 
, ^ rôles, a^ jugea plus à propos de re- 
^^ tenir cet Ennemi en prifon , que d^eii 
aiiomQnter le nombre par lui , qui 
en^'valoic plus de mille. Comme il 
Vâvoit abatu , lui qui étoit le plus 
puîflànt de tous , il efpéroit , qu'en- 
fin il pourroît vaina'e les autres par 
fa pacience , ôc par Ton habileté. 
Avant que de partir , il reçut encore 
le déplaifir de fc voir contraint mal- 
are lui de mettre un Prévôt des Mar- 
chands de la main des Frondeurs , un 
nommé le Fevre ; ce qui , dans Pétat 
des choies , n'étoit pas une aftaire de 
petite conféquence. Il étoit aifé de 
voir , que par cette conduite , ils 
vouloient demeurer les Maîtres dans 
Paris , non feulement par la Puiflance 
du Duc d'OrIcans , mais encore par 
la leur p- opre. Il fembloit auiïi , que 
le Du' cle Beaufort , après avoir at- 
trap- la Survivance de PAmirauté, 
voLiloit tout de nouveau , & malî- 
cieufemei-it - fc remettre aux bonnes 
grâces du Pcople . en publiant , com- 
îue il atudtoir de le faire , qu'il étoic 
niai atisfait du Miniftre. 

Toutes ces Perfidies Frondeufes, 
n^empêchérent point la Reine de 



k rfl'iflolre ^Ame (f Autriche. 485 
çartir pour aller en Guicnne. Elle i^.-q 
courue où la necelTicé rappelloîc ; 6l 
r.'aînnt tardé à Paris que quatre ou 
cirq jours , elle en partie le quatric- 
inc ae Juillet , pour aller par Funtaî- 
nebiàu, où elle fe repofa quelques 
jours. On laifTa donc à Paris le Duc 
d'Odeans , ie Garde des Sceaux de 
Chareauneuf 5 & toute la Fronde ; & 
des perfonnes fidèles à la Cour , le 
feu! \ç Teiiicr , Secrétaire d'Erat , y '■ 
dciueura , pour s'appliquer tout en- 
tier au Service du Roi , d<. aux inté- 
rêts; particuliers du M.n^iftre , dont il 
s'acquitta fidèlement , & ^vqc cette 
habile Ôc finguliere prudence qui lui 
étoit naturelle. 

Les Ducs de Bouillon & de la 
Hochefoucault , connoiiîant que le 
deffein , que la Reine avoit fait d'al- 
ler en Guienne , leur donneroît beau- 
coup de peine , engagèrent de plus 
en plus le ParLment de Bourdeaux 
dans leur Révolte , & par conléquent 
dans les intérêts des Princes. Pour 
embrouiller davantige les Affa'rcs , 
ils firent réfoudre cette Compagnie 
d'envoier une célèbre Députation au 
Parlement de Paris , elle arriva aufii- - 
X 2 mr 



4^4 Mémoires four fervtr 
léjO, tôt après que la Reine en fut par- 
tie. 

Ces Depiucz fe prcTenterent au 
Parlement le fixieme de Juillet. Ils 
furent reçus les Chambres anbmblécs, 
& traitez favorablement. Celui , qui 
portoit la parole , nt un long Dii- 
cours : il demanda la protedtion de 
cette Compagnie fur les infractions 
que le Duc d'Epernon avoir faites 
de la Paix , qu'ils avoient obtenue 
du Roi par leur recommandation: 
il exagéra infinimicnt les violences de 
ce Duc : il juftifia fa Compagnie, 
fur ce qu'elle avoit fait en faveur de 
Madame la Princeire , & protefta de 
leur fidélité au Roi : il conjura le 
Parlement , de ne les pas abandonner, 
,& lui fit connoitre de quelle conlé- 
quence ctoit pour leur Compagnie, 
pour eux , & pour tous les Françoif., 
PObrervation à^s Privilèges de la 
Déclaration du Roi , du vingtième 
i-Odobre , donnée à Saint Germain., 
,cn faveur àçs Prifonniers d'Etat : &c 
ipour CQt effet il fuplia ttès humble- 
.ment le Parlement , de fe vouloir 
i|oinGre ,avec eux , pour enfemble de^ 
î$Hai\42/ .au .Kvoi & à la Reine la Li- 

J^erti 



al' Hlfîo Ire d* Anne à' Autriche, 4 8 y 
terré des Princes , que tous les gens i^cq. 
de bien dévoient fouhaiter. Le Duc 
d'Orléans , qui éroit préfent , & qui 
ne vouloir pas Liiiîer aller cetre Affaire 
/î avant , dit tout haut , qu'il ne fal- 
loir point écouter ni répondre à ces 
Députez 5 puifqu'ils venoient d'ua 
Parlement rebelle , qui publiquement 
avoit traité avec l^'Elpagne. 

Le Député répondit hardiement i • 
ce Prince , qu'il n'étoit pas vrai que 
le Parlement de Bourdeaux eut traite 
avec les Ennemis , qu'il étoic fidèle an 
Roi 5 exenit de ce Reproche , & nul- 
lement capable de manquer à la fidé-^ 
lire qu''il lui devoit \ que quand mê- 
me cela feroit , ils n'auroient fuivl 
que l'exemple des plus qualifiés de 
France , qui dans leurs befoins en 
a voient fait autant : voulant peut-être 
parler du même Duc d'Orléans , & 
de quelque Particuliers de ce même 
Parlement à qui fa Harangue s'a- 
drelToit. L'Avocat général , parlant 
de la Prifon du Prince de Condé, 
conclut que cette Affaire étoit le fe- 
cret de l'Etat , & qu'il n'appartenoit 
point aux Sujets de diipofer ni ordon- 
aier de ce* chofes. 

X 3 On 



j^Z6 2\4emoîres pour fe^vlr 
éfo. On délibéra là-deffus. Plufieurs 
du Parlement paroilloient affedion- 
îiez aiix Princes , Se leur chaleur étoît 
vifiblcment augmentée en leur faveur. 
Quelqu'un exagéra fort éloquemment, 
qu'il étoit honteux à la Compagnie 
d'avoir befoiu des Remontrances du 
Parlefîient de Bourdeaux , pour penfer 
à la Liberté d'un Pr'nce , que Pari*?,, 
plus que ntalle autre ViHe , devoit ho- 
norer. Il dit qu'ils avoient tous ref- 
lentis les efFccs de fa valeur , aîant af- 
fûré leur repos ^ ôc leurs vies , par fcs 
Veilles Se par les belles Adlions qu'il 
avoir faites. Un autre dit , qu'il en 
falloir venir à la fource de rous ces 
maux , & qu'il falloir chaflfer le Car- 
dinal , Se s'en tenir à l'Arrêt pronon- 
cé contre lui dans leur Compagnie 
Sur cet Avis , plufieurs crièrent , que 
cela étoît bien dit. Ce bruit fut ap- 
paîfé par l'heure qui fonna , Se qui fit 
finir l'AlFemblée ; Sc le réfultât fat 
remis au lendemain. 

Le feptieme , on acheva la Délibé- 
ration commencée. Soixante Se dix 
allèrent à faire des Remontrances à 
la Reine , pour la Liberté des Prjnces^ 
€: quelques autres à faire fortir feule- 
ment 



^l'Hlftolred' Anne d'Autriche, 487 
ment le Prince de Conti , à caufe de i^jo, 
la foibleire de fa fantc. Le Premier 
Préii-ient , malgré PAffedlon qu'il 
avoir pour ce Parti , fat d'avis qu'il 
ctoit boii de demander la Liberté de 
tous ; mais , qu'il falloit attendre que 
les chofvjs fulfenr en état , que pac 
leur fortie la Paix demeurât ferme- 
ment établie en France j & dit , qu'il 
n'y avoit pas d apparence , de dcman-» 
der cette grâce à la Reine , lorfqu'unc 
Guerre Civile allumie pour eux étoic 
prête de mettre la France à feu & à 
fang. Cet Avis fut fuivi de pla- 
ficurs j m lis eufin , celui de Broulfei 
prévalue hir les autres qui far de dépu- 
ter vers la Reine , pjur lui faire de 
très humbles Remontrances fur les 
plaintes 6c la Requête du Parle- 
ment de Bourdeaux , fans expli- 
quer comment , & particularifer le 
point principal des Princes^laKrant par 
cette voie une certaine liberté aux 
Députez de traiter doucement avec la 
Cour j ^ de s'accomoder aux volon-» 
tes dur Miniftre ,* ce qa'il fit exprès 
pour favorifer les Frondeurs , qui, 
fir le Chapitre de la Prifon des Prin- 
ces 3 croient de même fcntîment que 

X 4 ' le 



4^8 Mémoires pour.fervîr 

le Cardinal. Les partifans de BroiifTéî'^. 
ajoutèrent à fon Avis , de faire choi- 
fir ceux de la Compagnie , c^ui dé- 
voient être les plus agréables à la. 
Reine On nomma le Préfident de 
Bailleul , pour Chef de la Dcputacion, 
hcmme de bien , & fort obligé à cet- 
te Princeiïe par les bien- faits qu'il en 
avoît reçus ; & par conféqueni , il 
ne pouvoit lui dire que. des chofcs 
propcntionne'cs à fon devoir. 

Le Duc d'Orléans , pour em^pêcher 
que le Parlement ne s'engageât trop 
fortement à- fa vorifer la fortie àos 
Princes y fous prétexte de contenter k 
Parlement , de Bourdcaux > promit en 
pleine Alîcmblée de faire rappeler le 
Duc d'Epernon , & affùra la Compa- 
gnie , qu'il ne retourneroit plus dans 
fon Gouvernement. Il donna cette 
parole fans l'aveu de la Cour., 6c le 
Miniftre en fut fâché , par ce qu'il fa- 
vorifoit le Duc d'Epernon : non qu'il 
approuvât fa hautaine & fupeibe ma- 
nière d'agir , qui a toujours été blâ- 
mée de ceux qui le connoifloicnt > 
niais , parccqo'il dcftinoic une de fcs 
Kieces, Madcmoilelle de Maitinozzi , 
au Duc de Caudale, Les deffauts du 

Père 



a /' Hifloire / Anne d'Autriche, 4, S 9 
Pcre eroîenc excnfcz par les belles qua-^^i^i 
lirez du Fils ; qui , ourre Ton mérite , 
avoir encore de Grands Etabliiîcmenrs, 
qui plaifoient à celui qui en vouloîc 
faire un Neveu. 

Le Cardinal , fâchant ce que le Duc 
d'Orléans avoir promis aux Bourdc- 
lois , contre le Duc d'Epernon , fçut 
auffi que ce Prince avoit dit tout hauc 
parlant de lui , qu'il le chaireroic s'il 
ne faifoît revenir ce Duc. Le Minif- 
tre , oubliant faf^ement cette dure me- 
nace , afin d'ocer au Duc d'Orléans le 
prétexte de fe plaindre de lui , & â la " 
Guienne celui de fe révolter contre le 
Roi , manda au Duc d'Epernon de ve- 
nir à la Cour : & comme il y réfif- 
toit , il lui envoia Roquelaure ; lui 
dire que c'étoit tout de bon , qu'il 
defiroit qu'il fe rendit auprès du Roi ; 
mais ,il lui fit favoir le volontez avec 
tous les adoucîiTemens néceffaîres à 
guérir ce Cœur fi hantain , & ils n'ea ■ 
furent pas plus mal enfcmblc. 

Pendant que toutes ces cho^^^ ^^ 
paCToient , le Roi co>ntinuoît fon vola- 
ge 5 & approchoir de Bourdeau^ ^^ 
plus qu'il lui étoit pofîîble. Les ^^" 
ges de cette Ville voulurent confei^^^^ 
X 5 les 



45^0 Aie moires pour fervir 
i<<;o. \qs autres d'obéir au Roi. il y en: 
eut qui parlèrent fortement dans leSc 
Alfemblées publiques contre Li Ré- 
bellion , & félon ce qu'ils dévoient au^ 
Roi. Beaucoup de ceux de ce Parle- 
ment > qui vouloit é virer les maux de 
la Guerre y firent leur pofîible pour 
perfuâder leur Compagnie , de fe dé» 
tacher àts intérêts du Prince de Con- 
dé^ & de chader de leur Ville , tout au 
moins , les Ducs de Bou lion & de la 
Roche Foucault. Madame la PrincelTe ,, 
Gonfeiliée par ces deux Généraux ^ les. 
feules colomnes qui ioutenoient Ço\% 
Partîj s'en alla au Parlement, & favori-- 
lée du Peuple ^ qui choiiit toujours ce 
qui lui eft le plus contraire , fçût £ 
fortement renouvcller par la pitié les 
fentimèns d'afFcdion qu'ils avoîenc 
pour MonGeur le Prince , que ce mê- 
me jour il fut refolu , que l'Union dca 
Princes, , & du Parlement , fubfifte* 
roîent ^ & qu'on fe prépareroît à fou- 
tenir la Guerre ; déclarant néanmoins^ 
comme font àcs Révoltez ordinaire- 
ment 5 qu'ils étoient bons Serviteurs 
du Roi.» Ils ne députèrent point vers 
Leurs Majeftez ,' mais , ils envoîérent 
Mm nommé. Voiiîn à Paris , avec àçs 

Lettres. 



a l'Hlflolre à* Anne d'Autriche, 49 i 
Lettres pour Gayonnet , leur Dépii- 1Ô50, 
té ordinaire, pour avertir le Parlement 
de leur Arrêté , & pour le prier de 
leur donner fa protecfjtion. Ils afïuié- 
rent Madame la Princede , le jeune 
Duc d'An^iiien fon Fils , & leurs 
Serviteurs ik Amis , qu'ils pouvoîenc 
vivre en repos fous l'Autorité Roiale , 
t\. celle de leur Compagnie. 

La Reine envoîa de Poitiers un d.e{^ 
fcin à Bourdeaux , avec des Lettres 
du Roi pour le Parlement , & d'autres 
du secrétaire d'Eeat à l'ordinaire , 
pour les avertir de la venue du Roi & 
de la R iiie , afin qu'ils députaHenC 
vers Leurs Majcftcz y félon la coutu- 
me , & leur devoir. 

On réf^lut dans ce Parlement de 
ne point députer , mais de faire de 
très humbles Remontrances par écrit: 
ix pour faire connoîcre qu'ils ne voii- 
loient point abbandoiiner les intérêts 
de Madame la Prince (fe , ils dirent 
qu'ils ouvrîroîent leurs portes au Roi 
comme bons & fidèles Sujets de Sa 
Majefté ; mais , qu'ils ne vouloient 
point de Mazarin , qui étoit l'eur En- 
nemi capital ; qu'il avoir toujours pro- 
tégé IwS injuftices du Duc d'Epernon j 
X 6 contre 



49 i Mémoires pour Jervlr . ' 

.éj[0. conrre eî.ix 5 & que cela ccant ils n® - 
pouvoi'ent pas avoir de confiance en ^ 
lui. Apres avoir faiç de. relies Décla-- 
ratîons , afin qu'ils pulTem dire, qu'ils » 
îi'ccoîenr pas rebelles au Roi , ils trou- 
vèrent à propos de renvoier de leur • 
Ville cet Efpagnol nommé Dom Ofo- . 
rîo 5 pour le cacher dumpins aux yeux .; 
àc leur véritable Maître, 

Le Miniftre ne s'étonna pas de cet- .. 
te- hardielTè ; mais , connoilîant com- . 
bien il écoit dilîicile d'entreprendre le ; 
châtîment d'une Province ,; foutenut :_ 
par ie Roi d'Efpagne 3 & par tant d'ha- 
biles gens 5 il voulut fcion fa coutume - 
Hiettre. l'Affaire en Négociation. Il -; 
£î écrire , par, un nommé la Vie , à i 
Tun Confeilier de ce Parlement nom- . 
mé M;rat , «3c lui ,fit donner un Ren- . 
dez-vous pour conférer, enfcmble des ^ 
Propofitions qui fe pouvoîent faire au ■, 
Parlement. Le Cardinal leur fit efpé- . 
rer. , que moiennant leur obéïiTance ^ 
il ..redonnerait la liberté aux Princes^ 
On écouta , on répondit ; mais , com- . 
me le , Parlement > & les Ducs de -• 
Bouillon &.de la Rochefoucault , k ,r 
t^ui on.en fit part , ne trouvèrent pas , 
de fureté dâjis ces douces paroles, do. _ 



a tHîfiolre d' j^nne d^Autrkhe. 4^ ^, 
les n'eurent d'autre effet ^ que celui î^j®> 
d'un amafément inutile. . 

La Cour étant arrivée à Lîbourne , 
le Parlement alors , ne pouvant évi- 
ter de rendre à Leurs Majeftez les 
marques de leur rcfpcét , leur envoia 
une Députation de pluficurs Confeît- 
1ers , & d\m Préfident. Ce Préfident 
dit de belles paroUes au Roi & à la 
Reine , qui ne fignifîoient rien ; & 
de même 5 la Reponfe fut douce , & 
capable de les convier à quelque re- 
pentir. 

Le Comte d'Qgnon , Lieutenant 
de Roi dans le Gouvernement de la 
Rochelle , de l'Ile de Ré , d'Olleron , 
&de Broiiage , depuis la mort du Duc 
de Brezé fon Maître , étoit demeuré 
dans ce Pofle de fa propre Autorités 
Le Roi lui envoîa commander de le 
venir trouver : il s'excufa fur les in- 
commoditez , &: n'alla point à la 
Cour. Le Miniftre vit alors claire- 
ment qu'il y avoît beaucoup à crain- 
dce de ce coté la ; mais, comme il con- •_ 
nût que c'éroit . un mal fans remède \ 
îl fit fcmblant de le tenir pour cxcuféj . 
îlijngea que le dcfir de la Duché ^ ou 
é'iin Bâton .de Maréchal de France ^ 

ctoh . 



4^4 Mémoires pmr fervir 
jléjo. étolt la caufe de fa Defobeifrance 5 5^ 
qu'avec l'un de ces avantages il i 
fcroit content. Il lie négocier avec 
lui 3 de ce Rebelle fit efpéier au Mi- 
niftre , qu'il ne fcroit pas Ci cruel à 
lui même 5 que de refuicrjes grâces 
qu'on lui cffroir. 

Les Efpagnols voulant reparer leurs 
pertes palfécs par l'érat préfent de nos- 
Affaires, aflicgér-nr & prirent en Italie 
Portolongone , ôc Piombino y qui nous 
avoient coure b'MUcoup d'argent & de 
peines. l's gagnèrent alors en tous 
lieux. Ils aiîiégcrent la Chapelle ,, 
qu'ils p'-iiciic fortaifément y parcequc 
le Maréchal Du Pleffis , depuis le 
départ de la onr ^ n'avoir reçu au- 
cun (ecours ; & fon Armée , n^ifant 
poi.it été paiée y ne pou volt Un fervir 
qu2 pour i'ecoiirir les places les plus- 
importantes. A'prè^ avoir vu malgré' 
lui la perte de la Chapelle , qui avoir 
été accompagnée de la préfence de 
l'Archiduc 5 il fe recira vers Reims , 
afin de conserver la Champagne. Le/ 
Vicomte de Turenne , afîîllr des for- 
ces du Roi d'Efpagne y alla, afficgcr 
Rhetel , & en deux jours il fe rendit 
le Maître de cette Place, 

Guion- 



a tHlfiolre a Anne d^Autnche, 4^f 
Guionnet ;, Député de Bourdeaux , i^cç^;, 
après avoÎL- reçu l^s ordres de fa 
Compagnie , qui lui avoient été en- 
voiez , comme je l'ai déjà dit 3 par 
Voiiiu , demanda Audience au Par^N 
lemenc. Le Duc d'Orléans la retar- 
da quelques jours ; mais enfin , les 
Chambres s'étant alfemblées , elle lui 
fuc accordée le fixiéme d'Août. Le 
Duc d'Orléans , pour arrêter le bruit 
qui fe faifoit en fa faveur , propofa. 
de lui même au Parlement, la Ré- 
vocation certaine du Duc d'Eper- 
non , qu'il avoît déjà promife 3 l'E* 
labliffement d'un autre Gouverneur 
à fa Place , fureté pour Madame lat 
PrinceOTe 5c pour le Duc d'Anguien 5, 
Amniftle générale pour rci.ix de 
Bourdeaux , 6c Abolition pour tous^^ 
ceux du Parti des Princes qui la de- 
manderoient , 6c rentreroîent dans leur 
devoir ; & voulut que le Regiftre àas 
Parlement en fut charfié. 

Il y eût graiide conte ftatibn entre- 
les Serviteurs du Duc d'Oilems , 6c 
ceux des Princes , içavoir Ci on ac- 
cepteroir les Propofitions du Duc 
d'Orléans , qui , paroilloîent judes 
aux gens de bien , qui plailoîent aux: 

Froa^ 



4-9^ -Mémoires pour ftrvîr 
Frondeurs , & qui d'ailleurs étoîent ï!; 
dures à ceux du Parti des Princes. 
Elles préfagoient la Paix de Bour- 
deaux 5 & la durée tranquille de leur 
Prifon. C'ëtoïc ce qui , de toutes 
les manières leur devoir ênre le plus ■ 
contraire. Il fut enfin réfolu , qu'on 
en délibéreroic 5 & les Gens du Roi 
prirent leurs Conclufions , qui al- 
loient à les recevoir. Ils y ajoutèrent 
feulement de fuplier le Roi ^ d'em- 
ploier les remèdes extraordinaires , , 
pour appaîfer Iss Troubles de l'Etat', 
^^lui fembloienc devoir augmenter 
tous les jours , & la Délibération fut 
remife au huitième. 

(^z jour là , plufieurs Avis furent 
ouverts. Broulfel , le Coadjuteur ,, 
ti beaucoup d'autres du Parti des 
Frondeurs , furent d'Avis d'accepter 
les Propofitions du Duc d'Orléans. 
Des-Landes-Paien ouvrit l'Avis pour 
la Liberté des Princes , .& y mêla 
quelques paroles contre le Cardinal, 
Le Prcfident Viole s^étendit fort au 
long: j & conclut ouvertement qu'il 
falloîf éloigner le Miniftre ; &: s'cx- 
pliquant p'us particulièrement , il dit, 
qu'il ne le croioit pas mal intention- 

n4 



a l'H'flohe à* A' ne à' AutY'che 497- 
Î1C , pu)Tqi-c les grands liens q^i'il i^ q.^ 
avoit icçùs de la Fiaixc , î'obMgeoicnt 
aifez a la lervîr de coures Tes forces j; 
mais qu'il le fallait éloigner olî 
comme ignorant , ou comme mal- 
heureux. Cocle , homme de bieii 
^' fans Fadion , en ouvrit . un autre ^ 
qui alloit à oire des Remontrances 
an Roi pour nu^trre les Princes en 
Libefé , lorsque le bon état de la 
France le permcttroic 3 & que ceux 
qui avoicnc pris les armes pour eux 
les auroienr quitécs. Il ajouta que • 
M^nfieur le Duc d'Orléans feroit . 
fi'plié d'en ctre le Médiateur.; . 
D'autres Confeillers en propoférenr 
de fort ridicules ; mais, il n'eft pas 
jufte , pour l'honneur de cette gran- 
de Compagnie , de les faire fçavoiiv 
Comme les Serviteurs des Princes 
ctoient inftruits par l'exemple des 
Frondeurs , ils firent crier ce jour là 
au tour du Palais , Peïm de Maz^arln. 
Ils avoient intention , en lui faifant 
peur , de l'obliger à s'accommoder 
avec eux . &: de leur ouvrir les pertes 
de leur Pri-fon. 

Lorfque le Duc d'Orléans voulut 
fortir du Palais ;, il fut incommodé 

de. 



49^ 2lf€fm*res pour fer vlr 
de la preîTe des Criears , ôc l'on cria 
l ^S^' fortement auffi contre le Duc de 
Bcaiiforc , Pappellant Mazarin ; ce 
qui fit apperçcvoir à la Fronde , que 
de la même manière qu'elle avoir 
frondé le Minillre , les Princes le 
fronderoienc à leur tour , Ik qu'il 
falloir qu'ils fe puéparaifent à fe bien 
défendre. Ces favonbles dirpoiltions 
pour les Princes rendoienr les efprîts 
de leurs Eiinem'^ plus fu^ceptibles de 
fe lier à eux. EU .s furenr caufe que 
les ioins de l.i PrincenTe Palatine 
couimençoîenr à produire de grands 
effets. Elle rraitoit avec tous , Se 
particulièrement avec Madame de 
Chevreufe : elle étoît celle , qui lalf^ 
foît le plus voir , qu'elle étoit aflTez 
difpofée à écouter les propoiitîons 
qu'on lui faifoit , 5c que Talliance du 
Sang de Bourbon ne lui déplaifoir 
pas ; mais , tous ces deifcins n'étoienc 
pas encore dans leur perfediion. Le 
Coadjureur y rédftoit plus opiniâtre 
ment que les autres , éc le Duc d'Or- 
léans en étoit encore entière mène 
éloigné. 

Le neuvième , le Prcfidcnt de 
Thoré > Fils du feu Siu* - Intendatu 

d^He- 



a P Hlfloire d^Anne d'Autriche. 499' 
d'Hemeri , à qui ctoic demeLiié \^ i(^eQ^ 
voix j recommença la Délibcration. 
Comme il n'étoic pas tour-a Pair fage, 
fon Avis fut à demi contre le Ca dî- 
nai , & à demi pour les Princes. Il 
y en eut beaucoup qui furent d'Avis 
d'ajouter quelque chofe aux Proposi- 
tions de Monfieur le Duc d'Or- 
léans. En voici les principaux Arti- 
cles. Qj_ie les Ducs de Bouillon & 
de la Rochefoucault , & ceux mêmes 
qui avoient été forcés de recourir à 
des remèdes étrangers , funfcnt nome- 
ment compris dans TAmniftie ; que 
le Vicomte de Turenne pût revenir;.- 
que l'on fie furfeoir le rafement de 
V erteuîl , Mai fon du Duc de la Ro- 
chefoucault ; que dans la révocation 
du Duc d'Epernon , on expliqueroÎE 
aufïî l'exclu fion du Duc de Candale. 
fon Fils , & du Chevalier de la Va- 
lette fon Frère bâtard ; que l'on fie 
furfeoir tous actes d^hoftilîtez ; que 
cependant le Parlement continueroic 
d'être alfemblé , jufques à rentière 
exécution de \\ Paix de Bourdeaux; 
que le Duc d'Orléans promcttroîc 
fureté qu'on ne rétabliroit point le 
Château Trompette y ôc qu'on ex- 



.-if* 



fOO Mfwolre^pouy fervîr | 

ié;o. pllqneroic le mot de foun-iffion qntf^ 
dcvoi.nc rendre ceux de UouîdcauX'' 
au Ro! , afin qu'ils ne folle nt poinl^ 
obligez de voir malgié eux le Car-i 
dinal, 

D^Aîrres fiu-eni: à'hvU de faire 
inftancepour la Liberté des Prlncesj^ 
t>c à caiife des maux qui en pou-v 
voient aniv r , de députer trois de ' 
Mcdieurs du Parlement , pour aller 
traiter avec eux dans le Bois de Vin- 
cennes , & prendre fûiefé defdits 
Princf s , pont ce qui regarderoit la 
Paix du Roiaume. Pluiieurs autres 
furent ouvertement d'Avis de faire 
des Rcmor:trances à la Reine contre 
le Cardinal Mazarin ; difant qu'il 
étoît la eau Te de tous ces maux , & 
que la réconciliation de la Maifon 
Roiale ne fe pouvoit faire , qu'après 
qu'il ne feroit plus à la Cour. Us 
firent enfuite contre lui toutes fortes 
d'imprécations , avec des paroles qui 
marquoient leur mépris & leur hai- 
ne. 

Le Duc d'Orléans les interrompît 

par plu fleurs fois , dîfant qu'il ne 

s'aqiiroit pour lors que de la Paix de 

Boiu'deaux ; &: que ceux de ce Parle- 

> nient - 



a TH'ftcJre d'Jrjre ^Autriche, joi 
lîiicnr ].c pailoiciu poiuivcmenr dans K^j't)* 
ifiiib Lettres , ni des l'rinces , ni du 
Cardinal ; qu'ils demandoient feiile- 
ir.cnt pour principal anivle d'ccre dé- 
livrez du Duc d'Eperr.on j 6c que fi 
ou faifoic tant de ia-opofitions nou- 
velles , qu'il rctirei'oit fa parole , de 
ne le méieroic plus de cecte Affaire. 

Tous ces Avis dîrfcrens revinrent 
à deux principaux , qui furent long- 
'tems balances ,; celui d'acceprer les 
Proportions du Duc d'Orléans , 6^ 
celui de la Liberté des Princes, 
quand les Rebelles aiiroicnc mis bas 
les armes. De celui-ci , il y en eut 
foixarte &.dix j car , la plus grand^ 
partie de ceux qui avoîent été contre 
le Cardiral , dont il y eni avoic eu 
environ quaranre , revinrent à cet 
A vis. 5 hormis treize : & du premier., 
il y en eût cent douze , qui .fit que 
Ton accepta purement & lîmplcmcnt 
les Propof irions du Duc d'Orléans., 
fans les expliquer , ni les entendre 
autrement ; & on ajouta même de 
fîgnifier au Parlement de Bourdeaux;, 
que le Parlement de l^irîs les trou- 
voit jufles , Se tout-à fait équitables, 
& qu'ils s'en dévoient contenter. 

Comme 



s^;o. 



1 

3*01 Mémoires pour fervlf ^ 

Comme on avoîc envoie au Roî dcS . 
Députez 5 pour lui rendre raifon de 
ce qui avoîc écé fait au Parlement, 
en faveur des Bour-ielois , auiii-tôc 
après le parlement de Sa Majelié , il 
fut anété auffi qu'on envoieroît lef- 
4ites Propohtions à leurs Députez, 
afin de les faire agiéer au Roî. 

Le Duc d'Oileans à\i aufîî qu'il 
ecriroît au Roi , pour faire furicoiu 
tous ades d'hoflilité. On voulut 
faire auili tôt entrer les Députez da 
Parlement de Bourdeaux , pour leur 
iigniiier T Arrêt ; mais , comme ils 
avoient p rein nri ,• que ceux qui leur 
gtoient aff^-dionez n'avolent pas pu 
faire aller les cliofes dans l'c^xrrémité 
du defordre , Guionnet feul s'y trou- 
va 5 qui n'étoit pas celui qui avoic 
été envoie porter la Lettre , & il fuC 
. dit que le Duc d'Orléans leur en- 
voieroît feS ordres. Ce Prince , cti 
s'en allant , trouva encore des Crieurs 
contre le Mazarin ; mais , cela fe 
paffa plus modérément que le jour 
précédent. Il attira même le refpedl 
de cette Populace ; par la grande 
quantité de perlonnes de qualité, 
qui , ce jour-là , voulurent l'accom- 
pagner. Tan- 



a t H'iftoire à'Jnne d'J ut riche. 50^ 
Tandis que îoutes ces chofes fe i^r^; 
partent à Paris , le Roi , qui écoit à 
Libourne , avec une aiïez belle Ar- 
mée , témoigna vou oir aiîîéger la 
Ville de Bouideaux. La preTcnce 
du Souverain déplaît toujours aux 
Sujets Rebelles. Des Canons , de 
bons Soldats , ôc de bons Capitaines, 
font des objets fâcheux à des Crimi- 
nels , qui Tentent leur faute , ôc qui 
connoiirent qu'ils méritent de grands 
Châtlmens. Les Bourdelois en fo- 
rent étonnez , & fans l'efpoir qu'ils 
avoicnt au fecours du Parlement, de 
Paris , qu'ils voioient être auffi mal 
intentionné qu'eux , ils auroicnt ea 
de plus grandes fraïeurs. Enfin , 
prcffez par leur devoir , & par leur 
crainte , ils envolèrent d'autres Dé- 
putez au Roi& à la Reine. Ils fu- 
rent plus humbles que les premiers, 
& firent à Leurs Majeftez une Ha- 
rangue plus foumîfe , & qui parollfoit 
implorer leur mifericorde, La Rei^ 
ne même à fon retour , me fit l'hon- 
neur de me le dire. Ce ne fut pas 
(ans remarquer la peur qu'on lui 
avoir voulu faire de ces Peuples , pour 
l'empêcher d'y aller , ôc cette Prin- 

cefïe 



yo 4 Memotfes pour firvir 

fjgjo. celîe y ajoiua qu'elle avoir toûjoiTPS 

reconnu que la prélcnce du Roi avofc 

Le 1. ^c grands charmes , pour changer les 

Agûc. cœurs qui lui font foumîs par Tordre 

de Dieu , ôc de leur Naîllaq^ce. 

Ce fut en ce même mois , la veille 
de la Fête de Nôtre Dame d'Août, 
que ma Sœur me quitta, pour entrer 
dans le Couvent des Filles de Sainte 
Marie de Saint Antoine , où elle a pris 
Thahit en mille fix cens cinquante. 
Sa vertu étoit eftimée de tous ; elle 
ëtoit aimable ,bienfaite 5 intérieure- 
ment toute fainte , de Texccs de fà" 
Sagdïe joint à la beauté de (on Efprit, 
lui avoir fait donner le nom de So- 
cratine. Malgré les charmes de la 
Cour 5 elle préfcroit fou vent les Maî- 
fons des Pauvres au Cabinet de la 
Reine ; Se l'Amitié qu'elle avoit pour 
mon Frère & pour moi , quoique 
grande , le ccda à TAmour qu'elle 
eut pour Dieu. Je veux mettre ici 
la Lettre qu'elle m'écrivit en me qui- 
îant 5 ôc qu'elle lailfa fur fa table. El- 
le ne convient point à mon fujcr^ 
mais , j'efpcre , du moins,, qu'elle èdi- 
jSera ceux qui préfèrent le Ciel à la 
Terre , 5c qu'on me pardonnera , iî 



^cnvhonore d^etre la Sœur d\me fi -jvç.^ 



i- E T T R È 

B£ LA M E R E M A G BE- 
LE iNE Eugénie Ber-. 

T A U T. 

-> 4^ '^^ ^ genoux 5 ïTîa très cherc 
^^ ^^—^Sœur , que je vous deman- 
73 de pardon de vous avoir quitee , ^ 
>, que je vous conjure de vouloir imf- 
î, ICI- notre bon Père Abraham , qui, 
*> à la voix de Dieu , qui lui dcniau- 
« doit Ton Fils bien aimé , pr:: la{ 
V même le couEcau , pour le lui la- 
>3 cniîcr , Se avec lui tcmr ion Amour , 
:,, ôc toutes fes tendreifes. Comme 
« alors Dieu voulut bien fc contenter 
>, de l^obéilfance du Pcre & du Fils/ 
:,, peut être auffi le coiKentera-r-il de 
^, la nôtre ,& nous fera la g-acc un 
y, jour de nous réunir cnfèmblc , en 
5^ lui 3 & peur lui , plus éiroitemenc 
„>.5 encore que nous ne Tavons été, 
5^ Mais , cependant ^ mettons-nous 
Ti^^e lîl^ Y ..eu 



i7> 



j 0^ Mémoires pour fevvlr 
i<?/0, 55 Cil érat l'une & l'autre, d'accom^ 
5, plir fa fainte volonté , fans aucu- 
5j ne réferve \ car > autrement , nôtre 
;, facrifice ne lui feroit pas agréable. 
35 Après cela , attendons de fa bonté 
55 & de fa miféricorde ce qu'il ordon- 
5 5 nera pour nôtre bien , & fa plus 
55 grande Gloire. J'aurois plutôt cxé- 
55 cutée mon delTein , fi j'avois pu plû- 
35 tôt m'arracher d'auprès de vous $ 
55 & je ne crois pas que je l'euflfeja^ 
5, mais pu faire 5 Ç\ Dieu ne m'eut 
55 donné pour cela une force extra- 
55 ordinaire , 6c ne m'y eût néceflîtée, 
5, en me mettant en état de ne pou- 
55 voir demeurer auprès de votîs fans 
5, fouffrir des maux étranges : princi- 
^55 paiement depuis que l'Affaire de 
5, Madcmoifelle de Bui arriva 5 qui 
j5 vous fit deviner la mienne ; car , en . 
55 cette occaf on 3 vous me témoigna* 
55 testant de bonté & de tendreife, 
35 &; ce fut pour la mienne une {\ ru- 
,5 de épreuve 5 que vous me penfâtes 
55 faire monrir Je vous conjure , fi 
^. vnns vouiez que je vive 5 de vous 
^, rcrfoler de rptie féparation préfen- , 
j93,te , ,& d'acquiefçer aux volontez de ' 
^^^.iQt,re^J.^ere 5 6c fouvexaiu Maître. 



P -à r Hlfloire & Anne X Autriche^ J07 
%5 Je vous promers que je vous tien- 
^5 drai ii oaroUe que je vous ai don- 
,j née , ^ que de plus je ne ni'enga 
,;, gér:ii a 'len fans vôtre permifîion. 
35 Ne liie venez point voir li tôt ; 
35 car 5 je vous avoue ^ que je n'ai pas 
55 encore de force à vôtre éprca- e : 
55 6c 11 je ne vous avois fuie , je 
55 n'aurois pas vaincu en ce combat ^ 
55 où il falloit que Dieu reftâc le Maî- 
iy tre. 55 

La Reine repondît par écrit à la 
Dépuration des Bourdclois. On leur 
fit (avoir que le Roi étoit aflez bon , 
pour leur pardonner , ^ leur donner 
■ramniflie dont ils avolcnc befoin , 
pour effacer le crime de leur Rébel- 
lion ; mais , qu'il vouloît fa voir , pre- 
mièrement que de traiter avec eux 
d'aucune chofe , s'ils vouloienc rece- 
voir le R6Î comme leur Mairre , avec 
la dignité & la fureté requife à fa 
Perfonne , ou maintenir contre lui les 
Ducs de Bouillon & delà Rochefou- 
cauît, déclarez Criminels de Leze-Ma- 
jefté par tous les Parlemens r Ils di- 
rent qu'ils n'avoient point le pouvoir 
de répondre à ces Articles j mais , 
Y 2. qu'ils 



5'0"S Mémoires pourprvtf 
li^'jo. qu'ils en feroicnt kur rapport à leur 

Compagnies ^ en rtndroitnt répoii- 
fe avaiu le cinquième àii même mois. 
Le Miniftre , pour coiuinuçr de mon- 
trer aux BoUrtlcloi> , & à ceux qui 
lourcnoicnt leur devoir , envoîa quel- 
ques trouppes com.mandées . par le 
Maréchal de la Meiiieraie affiegcr im 
petit Fort nomme Voies , qui fut pris 
aufficôt : & pour épouvanter ceux 
deBourdcaux il fît pendre celui qui y 
com.ir.ancioic ; leur montrant par cette 
rigueur 5 qu'ils dévoient tout craîn-^ 
dre 5 ôc qu'il eft dangereux de man- 
quer de iiiélîté à Ton Roi. 

Le Duc de Bouillon , Maître de 
Bouidcaux & de la Populace , aianc 
fçû xctre éxecution , les anima tous à 
]a vengeancciôcfans tarder uniTiomenr^ 
il envola quérir un Capitaine du Ré- 
giment de Navaiiles , qui avoit été 
prisprifonnîer dans quelque autre oc- 
cafion. On trouva ce Gentilhomme 
,q.ui iouoit avec des Dames , éxemt de 
ttcute crainte. Il le fît prendre , & 
tdans la même heure le fît mourir , le 
fâifant pendre par irepréfailleB 5 .& en- 
ifait.e -attacher Ton corps fur la m.urail- >" 
â^ Je ia yilb. Cetf e av^ÎQii fuc lou^ç 



a r FTiflolre à* Arir^e ^Autriche, j'o^^ 
viC ceux qui ont pour Maxime qu'il i^jd 
rtp faut point être tiran à demi, & 
que les grands hommes ne fçauroient 
(outcnir de hautes Entreprifes , s'ils 
ne fc)nt capables des grands crimes, 
comme des grandes veicus ; les unes- 
étant quelques fois nécelîaires pour' 
foutenir ks autres. Mais ceux , qui 
en jugèrent lur la Loi de l'Evangile, 
félon que le nom de Chrétien les y 
obligeoît , en eurent horreur ; & la 
Reine m'a f.iit l'honneur de me dire 
depuis , qu'elle en fut touchée d'une 
douleur Teniible. JeTçaide Langlade, 
qui éroit alors auprès de ce Duc , que 
lui même en fouffrît de la peine : il 
connût le mal qu'il faifoit •, mais , il 
fe laiffa conduire à la raifon politique, 
qui le força de fuivre les cruelles cou- 
tumes de la Guerre. Ser Amis ont 
dit de lui 5 qu'il éroit bon de Ton na^ 
lUrel 5 & que ce qui l'avoit rendu ca- 
pable de cette barbare adlion ne l'em- 
pêchoit pas d'avoir dans fon tempéra- 
ment de la douceur & de la cordialité. 
Il fut fort malheureux d'avoir cru 
qu'un crime pouvait trouver une ex^ 
cufe : il n'en a point contre la Loi -de 
Dieu^ & l'Equité naturelle. 

a 3 Par 



j lo Mémoires pour fervîr 
i6jo. Par l'ordre de la Reine , on con- 
tinua la Guerre avec chaleur. Le 
Maréchal de ia Meilleraie attaqua 
l'Ile Saint-George , où ceux de la 
Ville avoîent des Troupes , dont ils- 
faifoient leur capital. Apres quel- 
ques volées de Canon, ils fe rendi- 
rent à compofîtion. Les Soldats , au 
nombre de trois cens , prirent parti 
dans les Troupes du Roi. Soixante 
& dix Officiers, qui s'y trouvèrent ,, 
jurèrent de ne plus fervir contre le 
Roi 3 & furent traitez humainement , , 
pour faire honte à l'inhumanité du; 
Duc de BouiHon. 

Le Duc de Caudale fut envoie à. 
Loches , où étoit alors le Duc d'E- 
pernon fon Père , qui n'étoît point 
venu à la Cour , malgré les ordres ; 
qu'il en avoit reçus.' Le deffein da;_ 
Mîniflre étoit de le faire confentir • 
que l'on donnât le Gouvernement de 
Guienne à Monfieur Frère uniquedu 
Roi y afin d'oter aux Rebelles tour 
prétexte de fe plaindre. Ces Peuples 
avoienc une jufte averfion pour leur 
Ennemi le ï)\ic d'Epcrnon , qu'ils 
appel loient leur Tiran ; car , félon ce , 
'i',^'- fe difoir^ il en avoit fait les ac- 
tions, . 






à t Hlfloire a Anne d* Autriche, ;it 
tions. Dans toute fa vie il a paru, ,^jo. 
qu'il étoit dur , & trop hautain. Il 
étoit foupçonné d'avoir empoifonné 
fa première Femme, la Dachellede 
la Valette , Sœur bâtarde du feu 
Roi , fur des jaloufies , peur être mal 
fondées. J'ai oui dire à la Reine 
d'Angleterre , qui l'a voit vue à (a 
Cour 3 & à la Reine auflTi , qu'il 
avoit fort aimé Madame de la Valet- 
te , avant que de l'époufer ; mais , 
que cette paîîîon , au lieu de produi- 
re en lui les effets de l'Amitié , ra- 
voir porté à lui donner alors un 
foufïlet 5 fur quelque petit dépit 
qu'elle lui avoit fait : que le feu 
Roi , le connoiirant de cette humeur 
voulut rompre le Mariage , 6e que 
cette jeune PrinceiTe , qui aimoic déjà 
le Duc d'Epernon , lui pardonna , 
& ne laKTa pas de le prendre pour 
fon Mari. Elle eût fujec de s'en re- 
pentir ; car , comme je le viens de 
dire y félon l'opinion des médiians , 
qui eft d'ordinaire le plus vraie , il 
lui en coûta la vie. Il avoit époufé 
enfuîte une Nièce du Cardinal de Ri- 
chelieu 5 qui , dans los commence- 
mens de leur Mariage , avoit vécu 
Y 4 avec 



j I z Afemoîres pour fervîr 

éjo. avec lui avec beaucoup de vertu. Ej- 
le Tavoit fui vi en Angleterre d,ins Tes 
difgraces 5 contre la volonté de (on. 
Oncle. Malgré cette conduite , il 
Tavoit fi mal traitée , qu'elle auroic 
été un objet de compaiîîon à touee • 
la Cour 3 £i dans la fuite de fa vie 
elle n'avoic fait voir quelque diminij- 
uon à fes premiers fentimens. Eîi-. 
jSn 5 ce Duc , qui n'étoit point Priiv 
. ce 3 quoi qu'il eut. envie de l'étiC:,: 
n'avoit. rien de bon que la Maf>nifî- 
cence.. Il vivoir en grand Seigneurie 
mais 3 cette feule bonne qua icé , pou- 
vant avoir pour fondement fa vanité 
èi fon orgueil ^ on ne devoit pas YcBi 
cftiraer davantage. 

Lss Députez de Bourdeaux ne rs-^ 
vinrent point trouver le Roi , com- 
me ils l'avoienc proivls. Le Duc de 
Bouillon ie$ eaipêcha de tenir leur ■ 
parole. Son dcl&in étoit , de faire 
pouffer leur Révolte le plus loin 
qu'il lui feroit poITible ^ tant pour 
tâcher d'obtenir la Liberté des Prin-. 
ces 5 que pour en tirer de plus grands 
avantages en fon particulier. Ce qui , 
^ depuis peu , s'étoic palfé au Parle- 

Tiicnt de Paris ^ & les Propofîtions 

dU: 



à J^Hlflolre à' Anne et Autriche, ^\% 
du Duc d'Orléans les embarrafToienr, téf'O' 
Ou ne Faifoit point de mention du 
Prince de Condé ; & pour lui , & !e 
Duc de la Rochcfoucaulc , ils n*â- 
voîent tout au plus que le pardon ^ 
la fureté ; mais ils fe deffendirent il 
^habilement , que leur conduite pair 
leur réfiilance fut eftîmée dans les 
dtux Partis , & les Princes eurent fu- 
jet de fe lolicf de leurs fervices , & 
de leur fidclicé. Comme je ne Sui- 
vis point la Reine en ce Volage , & 
que je n'aime à écrire que ce que je 
fçai parfaitement , peut être que j'i- 
gnore beaucoup dé Particularitez ^ 
qui font pour Tordinaire inféparables 
des grands Evénemens. Je puis dire 
néanmoins avec vérité, que les cho- 
fes » dont mes yeux ne font point leè 
témoins , je n'en parle que fur le ré- 
cit des Acleurs , & fur ce que^ la 
Reine même m'a fait l'Honneur de 
m'en dire. 

Environ dans ces mêmes jours que 
ja Reine êtoît occupée à vaincre lest 
Bourdeloîs , la Duchefle d'Orléans' 
accoucha à Paris d'un Fils , dont la' 
Bâiflance donna une grande joie au* 
Y j Diic^- 



f 1 4 Mémoires pour fervlr ■ 
650. ^^^^ d'Orléans. Le Peuple fit voii 
celle qu'il en reçût , par les feux de 
Joie qui firent dajis les rues & pàt 
à^s marques d'une allegrefie publî- 
que & tues feufible \ mais , cet En- 
fant ne vécue gueres , & fa naiifance 
fut fuivie d'une prompte mort. 

L'Aimée Efpagnole étoit alors fur 
nôtre Frontière , puifl'ante , & pleine 
de belles efpérances 3 qu'elle devoîl 
concevoir de fa force , & de nôtre 
foiblelTe. Elle s'avança vers Reims; 
niais , cette Ville fut confervée par 
la préfence du Maréchal du Plelîîs , 
qui prit toutes les précautions nécef- 
faires pour empêcher fès progrès, 
L'Archiduc occupa Neucaftel , Pon- 
taverre 5 & Bafoches , où il voulut 
demeurer, quelques jours. Le Mar- 
quis d Hocquîncourt , qui eût la 
hardieffe d'attaquer quelques Trou- 
pes des Ennemis fut batu , 5^ pouiïe 
jufqucs dans Soiffons 5 & peu s'qxi 
fallut qu'il ne fût pris prifonnîer. 
Qiîclques autres Troupes de l'Armée 
du Vicomte de Turenne comman- 
dées par Boutteville ^ vinrent hardi- 
ment jufques à dix lieues de Paris , 
pour nous faire la Guerre ^ de beau- 
coup, 



à VMîfioîre à* Annt d' Autriche . j 1 5 
coup plus pour nous faire peur, i^fô. 

Bouttcville réiiQît dans Ton def- 
fein. Les Paifans , de toute la No- 
blefTe de Picardie , qui vint Te fauver 
dans Paris ^ y caufa une étrange ru- 
meur. Ce lieu écoic plein de tant 
de Fadlions , que les Grands Se les 
Petits avoient plus de joie que de 
douleur , de voir TArchiduc proche 
de nous j Se chacun ctoic plus atten- 
tif à faire fervir ce defordre à (es dei^ 
feins , qu'à s'oppofer à l'Ennemi. Le 
Duc d'Orléans , qui vit que le Vi- 
comte de Turennc avec fes Troupes 
pouvoit venir jiirqu'au Boi* de Vin- 
cennes enlever Moiifieur le Prince , 
reprit de nouvelles inquiétudes » & 
les Frondeurs fe fervirtnt de cette oc- 
ca(ion pour lui confeiller de le faire 
am ner à la BaftîUe , de feule Au- 
torité, il en parla à le Tel lier , Se- 
crétaire d'Etat 5 qui s'y oppofa vi- 
gouredfem;.nc : 6c après beaucoup 
de conrultaticns Se de mauvaifes heu- 
res , fur l'inquiétude que cette Affai- 
re donna aux uns Se aux antres 3 il 
fut conclu qu'on les ôteroit du Bois 
de Viucennes , Se qu'on les meneroîc 
àMaicouflî, fous bonne garde , au 
Y é delà 



ifcj'0< 



f I ^ Mémoires pour fervtf 
delà de la Rivière de Seine & de 
la Marne 5 attendant que la Reine en 
ordonnât à fa volonté. 

Madame , dans ces occurrences j> 
confeilla Monfieiir de mettre le Prin- 
ce de Condé en liberté , 6c de mariei: 
Ion Fils le jeune Due d'Anguien à 
une de fes Filles. Il n'approuva point 
alors cette propofition , quoiqu'elle 
fût raifonnable à fon égard. Il n'é- 
toit pas d'humeur à fe refoudre Ci 
facilement , & il fallolt qu'il attendît 
quelque temps , & que les confeils de 
fes Condudeurs le forçadent d'y pen- 
ier. Les Frondeurs ne lui parloieryt 
encore que àc k rendre le Maî- 
tre des Prifonniers ^ afin d^en diiy 
pofer à fa fantaific ; & cependant ^ 
ils donnoient de dtAices ciperances à 
ceux de leur parti , & afsûroient leuiî 
Ami$ ^que (i une fois le Duc d'Ci»- 
leans les avoit en fon pouvoir ^ il 
les feroir fortîr auiîi-tôt : mais eujg 
ji'ofoient fe confier en leurs promet 
fes 3, & auroient mieux aimé traiter 
avec le Miniftre. Le Coadjuteur , fur 
tout , leur étoit odieux, parce qu'lï 
avoit fait connoître dans tous les 
itms qu'il B'^âiiiiîQit pas Mr, le Prin^ 



/ 



à VHlftoîre à* Anne à' Autriche: j i 7 
ce 5 & qu'il étok incapable de de- 
meurer dans un état de modération & 
de TagelTe. 

Parmi ce trouble unîverfel , il ar- 
riva un Trompetce de l'Archiduc, 
qui , paroiiToit envoie par lui au Dihc 
d'Orléans 5 ôc qui difoit s'adreffcr à 
tous les bons François. Ce Prince 
Allemand lui îémoîgnoic de/irer la 
Paix 5 & ofFroit d'y travailler avec 
lui , en lui faifant efpérer ce bonheur 
à des conditions raifonnables. Cetce 
Nouvelle donna de l'émotion & de 
la joie aux Parifiens : ils crûrent que 
c'étoit tout de bon que les Etran-. 
gers ctoient devenus leurs Amis , & 
n'en apperçurent . point la tromperie. 
Le Duc d'Orléans , aufîi trompé que 
les autres , & enivré de la gloire qu'il 
crût recevoir en donnant la Paix à la- 
France 5 répondit à l'Archiduc en des» 
termes de grande civiliic , & lui dé- 
pêcha un Gentilhomme , pour l'alfû^ 
rer qu'il étoiî prêt d'en conférer avec* 
lui. Il envoia auili-tôt rà la Cour , 
pour inftruire la Pleine <5i le Miniftre 
des offres de l'Archiduc , &deman^ 
da le pouvoir de- la traiter avec ce 
Prjnce, Lç Miiiiflrc connut de quelle.- 



5 1 8 Mémoires pour fervîr 

X^jo. importante éioh cette Affaire , de 
d'où venoit cette Intrigue. Il crut 
que Madame de Longue ville , & \t 
Vicomte de Turenne , a voient fait 
faire ce pas à P Archiduc , pour Ic^ 
charger de plus en plus de la haine 
publique , «S: pour émouvoir - aiis 
contre lui. Il ne fut pas conteni fans 
doute àa D.ic d'0;leans , de ce 
qu'il av^oit écoaté ces Propoilcions ; 
mais , pnir ne lui pas donner fujet 
à:ic plaindre , ^ aux Panficns de 
Crier , il lui envoia les pouvoirs n?- 
celfaires pour cela. Le Comte d'A- 
vaux s'en mêla : il fut avec le Nonce 
à SoilTons 5 pour s'aboucher avec les 
Députez d'Ei pagne j mais ils ne s'y 
trouvèrent point. 

Il vint enûr.te à Paris un certain 
Grabriel de ToleJo , qiiî fut long-, 
tcms logé à Ifîî ; Il faifoit efpérer de ■ 
la part de l'Archiduc de gran les 
chofcs. Le Peuple , par ces Foibles 
apparences , aimoit déjà ce Prince 
d'Autriche , d^ dans les rues on lui 
donnoit de continuelles bénédicftions. 
Le Vicomte de Turenne fit écrire au 
Peuple de Paris , ou bien les Créa-' 
tares du Pvince écrivirent pour lui 

louc 



a l'Hifloîre d*Anne d^Antrlchs, eja 
tout ce qu'ils defirérenc. Ces Pla- 
cards furent affichez par les Gare- 
fours de la Ville , où le Mazarin 
étoit injurié , Ôc PArcliiduc loué, 
comme celui qui pouvant tout dé- 
truire vouloir néanmoins rétablir le 
Repos ôc la Paix dans TEtar. En- 
fin , toutes ces illu/îons s'évanoui- 
rent ; & ce qui en refta fut la honte 
que dévoient avoir ceux qui les a- 
voient reçues comme des vérirez. 

La Reine , cependant , étoit occu- 
pée aux foins que lui donnoient le 
Siège de Bourdeaux. Les Propofi- 
tîons de Paix que le Duc d'Orléans 
avoit ^ arrêtées dans le Parlement , 
n'avoient pas été tout à-fait agréables 
au Miniftre ; mais , il jugea qiVil s'en 
pouvoir - fervir , pour obrger les 
Bourdeloîs à ne pas demander du ; 
Roi plus que ce qu'elles leur accor- 
doient. Il voîoit bien que le Parle- 
ment avoit en cette occafion trop 
entrepris fur l'Autorité du Roi, ôc 
que le Duc d'Orléans , malgré fes 
bonnes intention? , lui avoit laiiTé 
prendre trop d'avantage. U reçut 
néanmoins tout ce qui venoit de*fa 
Pfrc avec refped , ôc montra de vou- 

loir r 



y 1 o Mémoires peur fervir 
4^jo, loir fuivre fes fentimens ; maïs , îî 
fe réfolut en faifant attaquer Bour- 
dcaux , de fe mettre en état de ne 
prendre confeil que de lui même. 

Le Maréchal de la Meilleraîe pref- 
fala Ville : il donna le Commande- 
ment de TAttaque du Fauxbourg 
Saint Seurin aux Marquis de Roque- 
laure , ôc de Saînt-Negrin. Ces deux 
braves gens s^engagérent fi avanr j 
que le Maréchal de la Meilleraîe 
aiant jugé à Dropos de changer Ces 
ordres , ils ne purent pas lui obéir. 
Le Combat fut rude des deux cotez. 
Ceux , qui y commandoient y firent 
des merveilles. De Chouppes , Rf- 
bérpré , ôc Gailis , y furent blefiTez. 
Du coté des Aiïiégés , les deux Gé- 
néraux , les Ducs de Bouillon ôc de 
la Rochefoucault , fe trouvèrent pair 
tout à la dcffence de leurs gens. Les 
Roialifles attaquèrent toujours vail- 
lamment 5 Se les Rebelles fe deffendî- 
rent de même. Le Comte de Fal- 
lu au fut re pou (Té enwne demie lune ' 
qu'il voulut emporter , ôc par trois - 
fois le Due de la Rochefoucault la; 
lui fit quitter , affifté des Gardes du 
Pi:ince de Condé ôc des liens y êé 



a rHfflnîre d'Anne d'Atft'Hkc, fvi 
s*îl n'avoir point cc^uibattu contre îè j^^^^^ 
Roi 5 il auioîc m^^rité beaucoup ds 
loliangesde fi valeur. 

Pcn.iar.t que lé Minière Fa ifoir Li 
Guerre , il penfoit (don fa coutume 
à la Paix. Il confenîlt que: le D0.2 
de Caudale fit venir Goiuvii'e à 
Bourg, Plulieurs grandes marî?rcs 
furent tritees en cette Conférence; 
Gourvîlle , homme hardi fur les 
Proportions , di qui , feîon ce qu'il 
lui convenoit à< d\w , Se ce que là 
iiéceiîité le forçoit de faire , fc fer* 
voit ét-'-alcment du O^i , comme du 
2\^o-.' , ouviit au Mînîrrre , à ce qu'il 
m'a dit depuis , & fans df-f[- in de le 
tromper , toutes les vce* p ^fTibles 
pour l'Accommodement, îl omit le 
Marin ge du Prince de Conti avec 
Mademoille de Marrinozzi fa- Nié*- 
ce : il lui offrit aufîî que s'il vouloir 
mettre Mr. le Prince en liberté , les 
Ducs de Bouillon Se de la Roche- 
Foucault fe mettroîent volontaire- 
ment en prifon , pour lui répondre 
en leurs propres perlonnes de la fidé- 
îité Se fincérité de Mr. le Prince. Il 
chercha les moiens de pouvoir lé fa- 
îi$faiî£ Cil vOUtes chofes ^ 6c n'oublia.- 



y 1 1 Mémo *res pour ft rvlr 

pGiO. i^îen à lui dire de ce qui auroît dû- 
liû plaire. Le Cardînai refufa tous 
ces Accommodcmens ;> parce qu'il n'ô- 
foit fe confier au Prince de Condé , 
dont il avoit été fi mal traire, parce 
qu'il ne crut pas devoir manquer au 
Duc d'Orléans , à qui il avoit promis 
de ne rien chan^ycr Çiw: cet article fans 
fa participation. Il en falut donc 
venir aux Propofirîons de ce Prince, 
telles qu'elles étoicnt. Les Ducs dé 
Bouillon & de la RocheFoucault , qui 
avaient amufé le Peuple de Bbur- 
deux 5 par rdpérance d^un grand 
fecours d'Efpagne , & d'une ATméc 
Navale , ne pouvoient plus le trom- 
per. Ils furent forcés de confehtîf à 
l'Accommode m eni , & à fu ivre les 
fcntîm^ns de ceux qui étoient cfFraiés 
des Armées du Roj. Le Duc d'Or« 
leans envoia tout de nouveau du 
Coudraî-Montpenfier au Cardinal ^ 
avec deux Confeillers du Parlement 
de Paris , pour le convier de donner 
la Paix à cette Ville rébelle , & n'ou- 
blia rien pour la faire conclure félon 
les afiurances qu'il en avoit déjà don- 
nées. 
Toutes les Négociations de part & 

d'au* 



a VHljlolre d*'j4n''e d'Aktr-che. 5 2 5 
d'autre aiant eu leur efFc:c , la Paix fut 1 C^o 
accordée aux Bourdelois , félon la Dé- 
claration donnée au Parlement de 
Paris. L'AmniftLe générale Fut don- 
née à tous. Il fut permis à Madame 
la Princedè de fe retirer dans l-une 
de fes Miifons avec le Duc d'En- 
guien Çon Fils en Anjou , ou bien à 
Mouron ; le nombre de la Garnifon 
aiant été limité par le Roi. Les 
Ducs de Bouillon > & de la Roche- 
foucaalr, eurent fureté d'aller en leurs 
Maifons, & jouiiTance de leurs biens, 
avec t JUtes Ir^s douceurs qui accom-- 
pagncnt d'ordinaire une Paix : & la 
Déclaration du Roi en fut donnée le 
premier Odobre. 

Le quatrième du même mois s 
Madame la PrinceOe partit de Bour- 
deaux av?c le Duc d'Enguein fon 
Fils j les Ducs de Boiiillon & de la 
Rochefouc.iult , & grand nombre de 
gens attachés à fon Service. Elle a- 
voit delTcin d'aller à Coutras. Le 
Maréchal de la Meilleraie , l'aîant 
rencontrée dans fa petite Galère , fît 
approcher fon Bateau, pour la fa'uër, 
& lui faire la révérence. Elle lui dit 
qu'elle , s'en alloit palTer à Bourg , a- 

vec 



f2'4 A^fviolrfs pour fervïr 
2^^^ a v-c UiCeation fie rentrr les moiens c?^ 
voir la Reine , pour fc jetrcr a (es 
pieds ; qu'acné Cîoî'^ic ne le |?onvofr 
mieux ad ^.'cîl^^r ou'à lui , pour en 
obtenir la f erm ilion j ^ qu'elle, k 
pri»>ic de le^oiiraer à Bôur^, Il ac- 
cepta c- rte co.-nî-niiîic>n , & alla le 
dire à la Reine , en péfenc-e de tout 
le mond". D'abc d elle en parût 
furpiife , & lui répondit qu'elle ne 
pouvoit pas la uç^voir , ik qu'elle 
n'avoit point de mai Ton pour, la- 'Dgcr. 
Le Maréchal de la Me-'llcraiè , plein 
de bonne volonté , Ur. die qu^, xM a da- 
me la PrînGeiîe étoit léroîuedc. paircr 
la nuit dans fa Galère , plutôt que de 
ïie la point voir ; mais , que fi elle 1 a- 
voit agréable , fa Femme la logeroit 
chez elle pour cette mût. La Réinc 
ne pouvant plus s^éxcufer y confentir^ 
&c lin moment -rprès on vit paroitrc 
fur la Rivière cette Princefle ^vcc 
' toute fa Suite. La Reine envoia à 
fa defcente , pour Talfùrer qu'elle fe- 
roit la bien venue ; & Madame de la 
Meilleraie y alla aufïi , pour l'accom- 
pagner chez elle. Dans ce même 
tems 5 le Miniftre étoit aile à mi ren- 
dcx-vous qu'il avoit donné au Duc 



a THlflolre d'Anne â'Jmrkhe, |.i,j 
de Bouillon. La Reine lai dcpccna j^^^. 
un Courrier , pour le faire revenir ^ 
^L à Ton retour il trouva le ]J{ic de 
Bouîliori J^£z lui. Ils furent long- 
tems enfenible , .^cenfiiite il fut chez 
Ici Reine , où un moment apre^ fe 
rendit Ma -p.me la Princefie. Elle fut 
reçne de la Reine xrn particulier .- & 
le Minîftre fcul fut témoin des larmes 
qn'clle répandit. Elle fe jctta a ge- 
noux devant la Reine ^ tenant le Dv\c 
d/Ano-uien fon Fils de la main , & lut 
ne ion compliment avec quelques lan- 
'glors ; & un de m.es Amis , qui m'é- 
crivit ce détail , me manda que la 
douleur l'avoir embellie. Cette Prin- 
ccfle n'avoir pas été jufqu'alors fou 
confiderée dans fa Famille. Sa Naif- 
fancc y quoique très noble , étoit fort 
au dcffous de celle de Mcnfieur le 
Prince , & la folîdité de fon efprit 
ne repa^oit pas ce défaut. Madame 
de Longueviik* , dont le mérite é- 
ciatoit en tous lieux , ne rcftimoic 
pas , & le mépris que Madame la 
'PrincelTe fa Belle Mère a voit pour fa 
race , &c pour elle , jf int à toutes ces 
xhofes 5 n'avc.ic pas pea contribué à 
îfpii annéantiflctnent. Llle avoir réan- 

îTioms 



|4i MemHrts f^urftrvir 
moins des qualitcz affez lciial)!e$.' 
Elic parloir fpiriruellemeiit , quand 
il lui plaifoic de parier ^ & dans cette 
GaeiTC elle avoit paru fort zélée à 
s'acquiter de fes devoirs. Elle n*é- 
toît pas laide : elle avoît les yeux 
beaux , le teinc beau , & la taille jo- 
lie. Sans fe faire toujours admirer 
de ceux qui la conduifoient , & de 
ceux qui étoient auprès d'elle , elle 
a du moins cet avantage d'avoir eu 
l'honneur de partager les malheurs 
de Mr. le Prince; ce qui répare en 
quelque manière le malheur qu'elle a 
eu de n avoir pu perfonnellement mé- 
riter,parde plus emînentes vertus, une 
Teputation plus éclatante , & mîeux 
établie. 

Après quelle eut faluc la Reine, 
les Ducs de Bouillon &: de la Roche- 
foucault allèrent fouper chez le Mî^ 
nîftre , où il efl: à croire qu'ils ne 
parlèrent pas de bagatelles. Ils s'en 
.aliérent enfuite chez eux > laffés fans 
doute de leur mauvaife forïune j car 
c'eft toujours une chofe facheufe, 
<|ue de faire la guerre contre fon 
Roi & fon Maître. Qvioi que cette 
Paix ne fut pas conclue tout à l'a- 
vantage 



ai'Mflalre d*Jnne d'Autriche, yiy 
vanrage du Roi, ni faite avec cette i6^q: 
hauteur nécefîkîre au récablKTemenc 
de l^Autorité Roiale , il fembloic 
néanmoins qu'elle écoit commode au 
Miniftre , & fort utile au fervice du 
Roi. Par cette méilie raifon , les Erv. 
nemis de l'Etat , les Frondeurs pcqt- 
-etre,& fur tout ceux qui ctoient du 
Parti des Princes , en étoient au det 
efpoir. Le Roi & la Reine entrè- 
rent dans Bourdeaux , & n'y furent 
pas reçus avec la joie publique , qui 
accompagne pour l'ordinaire les vi- 
sites de ccttç nature. La Ville don- 
na au Roi &c kh Reine une Colla- 
tion fort mauvaife , ôc un feu d'Arti- 
fice de peu de beauté. Mademoifelle, 
qui avoit fuivi la Reine en ce Voiagc 
^qua^l malgré elle , eut un Bal , &: 
tout ce qui s'y palTa de plus mémo- - 
rable , c'eft que la Reine s'y enrhu- 
ma de chaud Q| fut elle-même, 
qui à fon retour me conta toutes ces 
particularitez ; & qui me fit l'hon- 
neur de me dire que les mauvaifes 
dirpofitions des efprits , plutôt que 
le climat , avoient été caufe de fon 
mal. Les chagrins qu'elle avoit re- 
çus en ce lieu , avoient été extrêmes. 

Xa 



f ?.^ Mémoires pDur fervîy 
'^.éio, ^'^ corrnpnon de la Révolte avole 
iai primée , dans les Cœurs des Grands 
Ôc des Petits de cette Province , un 
dégoat de leur véritable di voir ^ qui 
força cette Priucetîè d'en avoir beau- 
coup pour eux. 

Le Cardinal Mazarîn y fut mai re- 
çu : on ne lui fie point les compli- 
mens dûs , en de telles occaiions , à 
fil qualité de Premier Miniftrc j & la 
Reine le fenrir comme un outraee fait 
3. fa perfonne. Elle ne tarda que dix 
jours dans Bourdeaux , de cette Ville 
ne -méritoit pas d'en être honorée plus 
long tems. Sa préfence croit nécet 
laire à Paris. Elle partit malade de 
•ce rhume 5 qui , au lieu de dim'uuer 
étoit beaucoup augmenté. En arri- 
vant à Poitiers , elle tomba malade 
tout de bon d'une petite fièvre con- 
tijiuc ; & au bout de deux jours-, 
fon courage , qui^ne Pabbandçtn'fibit 
jamais dans les .grandes occafions' , la 
£t partir diligemment , pour avancer 
Son chemin , vers Paris. En arrivant 
à Amboife , elle fut contrainte d'y 
rcficr douze jours , parce que fa fièvre 
&: Cl maladie augmentèrent beaucoup , 
6:Ja forcèrent de fe faire faigner plu-. 

iîeurs 



a r H: hlre d'/t^ne d* Autriche, fi^ 
*^<^urs Fuis. Madame de Biicnue , (^tii i^^o. 
'eut l'honiieui- de la fuivre feule en 
î'abience de Çq€ Dames , me conra à 
fon reionr , que pendant ce voiaf^e 
la Reine endura de grandes inconv 
moditcz. Sa maladie ne l'empcchoît 
pas de Te ivçmç en caiofle^depuis le ma- 
tni jufqnes au loîr.de la même manière 
que (i elle eut ér-é en parfaire fanté. 
Bile étoit trifte , tant parce qu'elle 
fouffioic de fa hewe , que parce 
qu^41e n'éroit pas ktisfaiie de l'état 
de fes Afraires. Avec tous ces 4n aux, 
elle ne le plaignolt point : elle voïoic 
avec patience dans fon caroflc les 
jrux du -Roi & de Moniteur, que la 
Jeuneife & PEnfance ccnvîoicnt à fe 
divertir , fans montrer d'en -être in- 
^commodée, quoi qu'en effet elle le 
fm beauccup. Un jour , -que fa 
première Chambre manqua d'arriver, 
cette grande Princede avec un accès 
da fievie fort violent , & la lalîltude 
du Voiage, fut contrainte d'attendre 
quatre heures , c^uc fon lit fut arri- 
vé , dans une méchante hôtellerie, 
ou pour tout meuble on ne trouva 
<?^u'uae grande chaife de bois. La 
Heine s'y mit , & y demeura fans fc 



53Û Mémoires pmr férvlr 
16 jo, plaindre , ni ^muimurer contre k$ 
Officiers ; difant à Madame de Bricn- 
ne , qui lui tenoit la tête , Nohs jom^ 
njes îoHjQurs trop a notre atfe , nous au- 
tres : il eji jujh ^tie nous fotijfrions ciml- 
que fois. Etant arrivée à Fontaine- 
bleau , elle convia le Duc d'Orléans 
de la venir voir ; mais , les Fron- 
deurs voulurent l'en détourner ^ par 
de mauvaifes raifons. Ils fouhaitoienc 
de le mettre en mauvaife humeur 
contre le Miniftre , fur ce que l'on 
avoir mandé à ce Prince les longues 
; Conférences que les Ducs de Bouil- 
lon & de la Rochefoucault avoient 
eues avec lui. Ce prétexte donna un 
fujet apparent aux Frondeurs de le 
-décrier auprès de ce Prince, &: de 
lui faire voir encore davantage com- 
bien il lui étoit impo tant de ne' pas 
lailfer les Princes fous la Pui(îànct du 
Miniftre. La fidélité , qui l'avoic 
obligé de fermtir les orcîilies aux 
Propofitîons qu'on loi avoit faites à 
Bourdeaux , ne lui le» vît de rieîi ; & 
fes Enneinî<i , fuît qu'il fit bien ou 
.^u'il fît mal 3 de toutes les manières 
*travailloient inceifamment à le dé- 
{îiuireo Le Telliçr me dit alors , que 

.daii;S 



k THt/}c!re â"A?me cHAnfrlche, j 31 
dans le rems , que les Priionniers k^^o. 
avoient été cianfporcez à Marcoiiffi, 
le Duc d'Orléans voîanc combien (es 
intirées iVoli^coicnt à fe conferver 

Ci 

la part qu'il devoît avoir à leur Li- 
berté , ou à ieur Prifon , iui avoit dit; 
^e pti bien ce qpte je pourrois faire là 
dejjns ,* mais , j^ fçi^i h'en auffi , qua^ 
près ce prcf/jUr p<^s ^ il m en faudrait 
fdire d'autres : & cela , je ne U' veux 
pas. Voulant dire , qu'il eut fallu 
s'embarquer après cette adtion à faire 
la Guerre à la Reine pour fe faire 
Régent. 

Le Duc d'Orléans alla à Fontai- 
nebleau , après avoir montré publi- 
quement fe pi lindre du Cardinal , &C 
avoir témoigné peu de defir de voir 
la Reine, Le Roi , accompagné du 
Miniftre , fut au devant de lui. D'a- 
bord ce Prince ne parut point mal 
fatisfait : il embrafTa le Cardinal , Se 
après quelques petites plaintes , qui 
furent adoucies par les juftili.Mtions 
du Miniftre , Se le bon traitement 
de U Reine , tout parut racommo- 
dé. Il fut parlé entre eux de TAf- 
fairc qui preiToit le plus , ôc du lieu 
OÙ les Princes feroie;it tranfportez, 
Z z La 



5 5 2. Mémoires pour fervtr 

; f> 5 o. La. Reine me fit 1/honneur de me cîke 

aufîi-iôt après {o\\ retour à Paria^ 

qu'elle avoit parle au Duc d Orléans 

.du dellein qu'elle avoît eu de les fai- 

r€ conduire au Havie , <^ qu'ils n'a- 

voit point montré de s'y oppofer,; 

mais 3 qu'il avoit feulement répondu 

( voilà le s mêmes mots ) n.cz^o fi^ 

^ ... mez.0 ;7c.*. Sur cela , . les ordres fu- 

.i OUÏ, renp^ dontiez en diligence au Comte 

).oitiè d'HarcGurt , avec un bon nombre de 

• '•• Troupes pour les y mener , & la 

Reine fui: en -ce xenconfre obéie 

pondlucllcmenr. 

Madame de Cbevreufe , étant à 
Fontainebleau , procéda au Cardinal 
des bonnes intentions du Coadjuteur, 
^ l'allùra , qu'il vouloit être tout-à- 
fait de Tes Amis , pourvu qu'il le fit 
- dardinal. Elle -lui .donna beaucoup 
d'Avis contre ceux qui traitoient les 
i\fî'aires des Princes , & parut avoir 
.^lors beaucoup de defir de s'unir aux g 
intérêts de la Reine. Le Garde Aqs 
Sceaux de Chateauneuf, qui pendant 
ttouc le Volage avoit fait la figure 
,d'un bon Serviteur du Roi parut^ 
,aiiiii -vouloir fe lier entièrement aii;f 
icie ,^ '.Sf .Piên^e on .a crû qu'il lui»!; 

& 



a Vf^'jtolie X Ame d' AhHche, 1^5 
fie confciller d'arrérer le Duc de ,^.q 
BeauForc , ôc- le Coadjuceur ; difant^ 
malgré rcxtiêinc liaiion qu'il avoît 
eue avec cas , que ces deux hommes 
feroient toujours pernicieux au repos 
de TEtat : mais , le Cardinal \\6C2L 
ie confier en lui. Il avoit eu d'é-. 
tranges relations des Frondeurs , pair 
les Créatures des Princes qui l'ea 
vouloient détacher. Son cœur étok 
ulcéré courre eux , & Ton mcconten- 
tement fut caufe que Madame de 
Chevreufe ne pur porter au Coadja- 
•teur que de lointaines e'pérances du 
Chapeau , qu'il dciîroit Le dépit 
qu'il en eue augmenta fa haine con* 
tre le Cardinal Mazarin , & fît que 
le Cardinal eniuite en eut encore da- 
vantage pour lui. Toutes ces chofes 
eurent auffi cet effet , que le Garde 
des Sceaux de Chateauneuf , que le 
Mîniftre regardoit toujours comme 
fon Ennemi , s'éloigna d'autant plus 
de l'Amitié du Miniftrc , que les 
bons momcns qu'il avoît eus pour 
lui ne lui avoient fcrvi de rien. 

Le Coacljuteur en ce même tem?, 

pour ne rien oublier , & peut-être 

par un équitable reper,tir du paire, 

Z 3 fit 



5 34 Mémoires pour fervîf 
16 {& ^^ ^iicore offrir au Cardinal , que s'il 
avoir peur de lui , il s'en iroit à Ro- 
me , èc qu'étant fatisfait ,11 ne ie 
mêleroit plus de rien ; mais , toutes' 
CCS belles & louables apparences ne 
purent convier le Miniftre à lui faire 
du bien , & fon malheur voulut aaiïî 
qu'il n'ofa lui faire du mal , eu 
écoutant les Propofitions du Garde- 
des Sceaux de Chaceauneuf , qui en 
ce renconrre parurent {Inceres. S'il 
y eut alors en eux quelques favora- 
bles momcns pour lui 3 il fut mal- 
heureux de ne les pas connoître , & 
fort excu fable : y aiant été jufqucs là 
toujours fort maltraité , il ne les put 
regarder comme àts gens qui pou* 
voient devenir fes Amis. Si le Car*- 
dinai eut pu efperer alors quelque: 
véritable Amitié du Prince 'de Con' 
dé \ & quelque docilité dans fa con- 
duite , il auroît préféré de fe racom- 
moder avec lui à toutes les autres 
chofes , tant il étoît las des Fron- 
deurs. Peu avant fon retour , il 
avoir été peniu en efSgîe dans tous 
les Carrefours de la Ville de Paris, 
avec des Vers infâmes , &: il avoit fal- 
• lu que le Lieutenant Criminel eut 

en- 



à T Hiflolre d'Ame d'Autriche, $ 5 $ 
enlevé ces Potences publiquement. Le iG^ol 
Cardinal avoit attribue cette hardieflTe 
à fes bons Amis les Frondeurs ; mais , 
dans le vrai on crut avec qitelqae fon- 
dement que ceux dû Parti des Princes ^ 
y avoienc eu plus de part que les au- 
tres. 

La Reine retînt le Duc d'Orléans 
auprès d elle à Fontainebleau , tant 
qu'il lui fut poflible , & le lailla par- 
tir aflfez content , un jour feulement' 
avant qu'elle revint à Paris , qai fut 
le quinzième de Novembre. Elle Le ij. 
nous parut fort changée de fa maladie. 1 
Elle étoît foible , & trifte. A fon ar- 
rivée toute la Cour la reçût au Palais 
Roial , & toute la Fronde s*y trouva 
tant en gros qu'en détail. 

Le D^\c de Beaufort , qui , à ce 
qu'on m'affiira , eût quelque peur 
d'être arrêté , vint lui rendre fes de- 
voirs. Elle le reçût froidement. Il 
en ufa de même avec le Mîniftre , afin 
de fe rétablir en honneur avec le Peu- 
ple de Paris , qui avoir crié contre lui 
AU Ma{arln, Le Coadjuteur vint 
aufîî faire la révérence à Leurs Majef- 
tez 5 ôc la Reine , lui fit de grands re- 
proches de fa conduite. 

Z 4 En- 



f;y&: A<hmotres pour fervîr 

yCiOi^ Environ dans ce même tcms ar*-., 
riva la Nouvelle de lâ mort du Princî- 
d''Orange , qui avoit Thonncur d'écre 
Gendre de la Reine d'Ang.!ererre. Sa 
perte redoubla les chagrins "de cttre 
Keioe affligée. Elle le pleura en ma 
^ préfence ^ éi me témoigna en être Fot:^:. 
touchée, I-l étoit jeune , ô£ dcja ^raiidi 
Gapiraînc , aiant donné à toute' l'Ea- 
jope des marques de la valeur , de 
(à capacité , & de fa bonne conduite. 
Ce là je. fus chez la Reine , c]ue' je 
trouvai , à ce qu'elle me fie l'honnetir 
de me dire ^.plus malade Si plus aboa*. 
t-uë qu'a' l'ordinaire. La mort de et 
Prince , qu'elle regreta auffi , lui avoIt 
xenjpli l'cfprit du louvenir de les pro* 
près chagrins; èc des malheurs delà 
Reine d'Angleterre ^ palTant à ceux; 
qui la regardoient ,. je conclus avec 
elle 3 que nôtre Siècle nous àvoit plus 
fourni de fujcts de méditer fur la 
miferc humaine , que d'occafions dan* . 
gereufes de nous perdre par la joie , ôî 
le diverti ifement. 

La Reine , deux jours après fon re- 
tour , prit médecine , pour tâcher de 
finir fa maladie. Ce remède , Talanç 
beaucoup émue* , la nuit fuiyan^.e 



à rHtffotre . d'Anne d'Autriche, 537 
elle fe trouva plus mal j la fièvre lui léjO, 
reprit violemment , qui lui dura 
continue avec redoublement. Jufques 
à l'onzième d<,' fa maladie , Ton mal 
fÎLit dangereux : il fut caufe , que beau- 
coup de perfonnes eurent de la crain- 
te Se de la joie , félon les diverfes 
paflions & les divers intérêts de 
chacun. 

Les Princes arrivèrent au Havre le Le ^T- 
vingt-cinquième du mois , jour de ^^^ 
Sainte Catherine. Ils ècoient partis- ^^"^ ^ 
le quinzième , & marchoiént à petites- 
journées , à caufe des Troupes qui les 
conduifoienr. Ils elpèrèrent toujours 
qu'on les fauveroit ,* & M. le Prince 
tenta de fe fauver lui-même dans une 
hôtellerie ; mais , de Bar les veilloie 
de fi près , que la chofe lui fut impoi- 
fible. il fe plaignoît de fes foins , & 
dé fa fèvèrîré , & avoit une grande 
haine pour lui. Ce fut pour ce Prin- 
ce une (cnfiblc douleur 3 dé fe voir' 
entre les mains & fous la domina- 
tion de la Ducheffe d'Aiguillon fort ■ 
Ennemie, & une grande mortifica- 
non au Duc de Longueville , de rra- 
VCrfer en cet état les terres de fon Goa- 
vernemcnr. La Duchelîe d'Aiguiilon \ 

Z j de 



jiM 8 Memoly-es pour fervif 

vyo, ie fon ;côré , n'en far pas fâchée; ^ 
quand ils y furent,, elle dit alors à ta 
Marqaîfe de Sablé Ton Amie , en rou- 
lant les yeux au Ciel , & paroiiîanc 
touchée de leur infortune , que depuis 
(jm ces pauvres Princes et oient an Ha- 
v^e y elle avoif oublie toute U hi^lne 
quelle devolt avoir pour eux 5 c^hU lui 
femblott depuis cela , (jtt'ils et oient de m . 
venHs fes En f Ans -, & qu'en vérité » 
aujfî'tot q'4e U Paix générale /eroit fai- 
te , elle avjît réfolu dx^is fon ame de - 
les bien ferv'r. Le Marquife. , atta- 
chée aux intérêts des Princes- , lui ré- 
pondît qu'elle les renietcoit à bien; 
loin , & que des fentimens, auiîî cha- 
ritables 5 6^ auffi chrétiens que les . 
fîens dévoient avoir une plus promp- 
te exécution. Cette Dame , don: l'ef- 
prit pénétrant Hivoit fonder les plis & - 
replis du cœur humain * fe mocqua 
avec moi de cette bonté afFedée 5 
bien contraire , à ce qu'elle croïoit 5 
aux véritables fentimens de Madame 
d'Aiguillon. P.*ur-ctre qu'elle fe trom- 
poir : cette Dame paroilfoît avoir de- 
là Piété.'. 

La réputation de Monsieur le Prin- 
ce imprimpit dans cous les. homm es 

une • 



à VH'ifloîre d'Ame d'Autriche, $ 3 9 
Q^e fî particulière véncratlon pour fa 16 jo, 
perfonne , que la Chambre où il avoic 
été à Vinccnncs fut vîlltée avec curie- 
iité , & avec rcfpcd , de plusieurs 
pcrfontics. Madlle. de Scudcri ;, 
dont les beaux Ouvrages ont été cé- 
lèbres en nôtre Siècle , y alla conime 
les autres j 6c venant des œilets 
dans àcs pots , que Mr. le Prince 
avoît puis plaifir de cultiver , & d'ar- 
ro:er poor les tenir fur une terra{Tè , 
où il allûit quelquefois fe divertir ^ el- 
le fit ces verb qu'elle laiiîa écrits fur les 
niUL ailles de la Chambre , ou de cett« 
TcrraiTè , où avoient été ces fleurs. 

En vdUnt ces œillets ^ qn^nn illuBre 

Guerrier 
jirrofoi dune main , qui gagne les 

B.itallles 5 
Souviens toi qu Apollon a bâti des 

murailles , 
Et ne téîonne pas de voir M^rs 

Jardinier » 

La Reine , après le quatorzième 
jout de fa maladie , fe porta un peu 
mieux , & cet amandement doruia le 
moien au Cardinal de penfer à réca,- 

Z 6 bltc - 



fj^o Mémoires pour fo'vir 

iGjo, ^J^ii' ies Affaires du Roi , qui etoicntc 
en mauvais état Tu r la. frontière. Sans 
perdre de rems , il partie de Paris le 
pre'mîer Décembre , pour aller à l'Ar- 
mée. Son delîeiri éroic de retirer 
Rliétei des mains des Ennemis , qu'ils 
venoient de prendre , & qui paroiC- 
foîent vouloir le fortifier , pour y 
prendre leur quartier d'hiver. Tou-^ 
tçs les Trouppes qui étoient à Bour«- 
deaux , aiant rejoint nôtre Armée en ' 
Champagne :, elle fe trouva de prés*dé 
vingt-mille hommes, . Le, Miniftre , .^ 
malgré la faifon qui étoïc avancée j , 
voulût entreprendre quelque chofc'a , 
qui pût réparer, le deshonneur de la: 
Campagne ^ îk celui du Maréchal Du- 
Pjeiîîs 3 qui avoir été dans l'impulH- 
Tance de montrer aux Ennemis ce qu'il] 
fçavoît faire* Les pette^ que nous faî- 
ifiôns alors en Catalôgne^dont les Efpa- - 
gnols prenoient les meilleurs Places ^ ,^ 
faîfoient aufî! un mauvais effet contre 
lé Cardiîial , & donnoient watiere de 
crier à ces fortes de gens qui en font.: 
profefllon ^ & qui. croient que toute 
là. vertu Romaine eft palfée en eux 
ppuîvu^ qu'ils aient peflé contre celui [ 
^m gouyernca , 



aTBlfloîre â* Ame d'Autriche, fi^i- 
Beaucoup de raifonncmcns fe firent iC'jqî 
fur le dépare du Mmiflre. Il y en eût 
<jui crurent 3 qu'il n'étoit pas fâché de 
s'él-oigner de la Reine pendant fa ma- 
ladie , parce que s'il reur perdue , il 
eut été heureux de fe trouver hors de 
Paris , où fa vie en tel cas n'auioît ^ 
pas été en grande fureté j mais cette. 
Prînceflc n'étoit plus en péril , quantf ■ 
W la quitta , & le delféin de ce voiage 
étoît fi^t avant même qu il arr'vàt de 
Guiénne. Oh l'advertit en partant 3 , 
que les Frondeurs travailloîent puilîa- 
ment à corrompre tout à- fait les bon-i- 
nes intentions^ du Duc d'Orléans , &t 
que ce Prince avoit fait de grandes» 
plaintes contre lui , de ce qu'il avoir 
ôfé envoîer les Princes au Havre 3 
fans un plein conlentement de fa part,; . 
Il voioit 5 que depuis fon retour dé ; 
Fontainebleau 3 il paroilTôît refroidi: . 
avec la Reine ,& qu'ils étoient em- 
baralfés quand ils étoient cnfemble, St 
particulièrement quand lui-même y,' 
étoît. On l'avertit aulfi que le Par- 
lement feroir du btuit- en fiiveiir des > 
Princes 5 de que Hntrigucde leurs 
Serviteurs augmentoit à leur-avanrage^ 
Tiî)utes . CCS . chofes.; ne Tétonnérent : 

point o î 



J 4 *- ^^ moires pour fervir 

;î^/0o poinr : il crût qu'il falloîc travaillera 
ce qui paroi(îoic le plus important , & 
de plus grande réputation , ppur lui , 
& iailUr au tems a déaiêlei le refte. 

La .'veine me fit l'iioiineuc de me 
dire , quelques jours après qu'il fut 
parti 5 qu'en la quîtanc ^ il lui avoit 
dit , q'-i'il la laifloit làns craitue , quoi- 
que bcaucou^> de gens IVuflenr àveiti , 
q'i'il devoir apprehen ter qu'en fc^j 
abfenc» on :ie lui lendir de mauvais 
offices auprès delle j 6c qu'elle lui 
^ avoit répondu , qu'elle éc-nc bien ai(c 
que cette o cifijn fe préfentât , pour 
lui cémo'gner la fureté qu'il devoir 
avoir en fa bonne volonté. 

Selon ce qu'on avoir prédît eu Car- 
dinal , auiïi rot qu'il fur part!-; le Par- 
lement s aîïtmbiaj bi Midamela Prîn- 
celTe ^ F mme du Prince de Coudé , 
(car Mi:'ia-ne la Prince (Te fa Mère 
etoit alors Fort malade ) préfenra une 
Requête , par laquelle elle fe plaignoit 
du Cardinal Mazar'n , qui avoir en^ 
volé M:>nfienr le Prince fon Mari 
dan^ un lien , dont Tes plus grands 
Ennemis éroient les Maîtres , & dont 
ils pouiroient , quand il leurplairoir , 
l'euvoiet dans les Pais étrangers i qufc ^ 

ceU' 



à V Hîflolre et Arme £ Autriche . / 4 5 
cela écaiic , elle fuplioit la Cour , d'à- j(j*^\ 
voir égard a fa Requête , & d'ordon- 
ner que les Princes , fclon les Loîx de 
l'Etat , & nottament feloala Déclara- 
tion dernière du mois d'Odobre fuf- 
fent amenez au Louvre , & gardez par - 
un Gentilhomme Officier de la Mai- 
ion du Roi. 
Ce tteRequête fut préfcntée par Des- - 
Landes Payen , Confeiller au Parle- 
ment , & fort zélé pour les Prînc s. 
Elle fut reçue de la Compagnie , avec 
applaudiflfement , & donnée aux ^ens 
du Roi 3 pour y donner leurs conclu- 
rions 5. qui furent que la Requête fe- 
roît préfeiitée à la Reine, & quelle 
feroit fappliée d'y avoir égard. 

Ce même jour arriva la Nouvelle 
de la mort de Madame la Piinceire la 
Mère qui fut regrettée d'une infinité 
de-perfoiincs ; & Ton ne manqua pas 
de dire , que le chagrin , <Sc la dou- 
leur lui avoient ôté la vie. Cette 
Princelfe étoit dans un âge qui pou- 
voie encore lai faire efpcrer une lon- 
gue fuite d'années. Elle paroifToit : 
faine., elle avoir encore de la beauté s . 
&. l'on peut croire en effet , que l'a- - 
îîU'rtume . de. fa difgrace contribua <. 

beaii^ * 



j 44 Mémoires pour fervlr 

;1^^0, beaucoup, à fa fin. Elle écoit , côirf* 
me je crois l'avoir déjà dit lorfque j'ai " 
parlé d'elle 3 un peu trop fiere , haiC. 
Sfànt trop (qs Ennemis , 6c ne pouvant 
leur pardonner. Dieu voulut fans 
doute Hiumifîer avant fa mort , pour 
ià prévenir de fés grâces , & la faire 
mourir plus- chrétiennement. Sans 
ce fecours , félon (on tempérament , 
elle auroit fentî avec de grandes impa- 
tiences 5 îa peine de fé voir exilée ^ 
fés EnFans en prifon , & fes Ennemis 
triompher d'elle ; mais , Dieu chan- 
gea fes fentimens en dé très vcrtueti-- 
fes difpo(icions. Elle montra d'accep- 
ter volontiers toutes ces peines 5 aiia 
de participer par cette croix à celle de 
Nôtre Seigiieur. Elle fit une Confef. 
lion générale à l'Archevêque de Sens , 
qui étoit de ks Amis , & qui par dés 
lîîotifs moins folîdes avoît accoutumé 
pendant (on bonheur de la vifirer foiL- 
vcnt. C'étoit un homme , qui , dans 
ce tems-là 5 étoit plein de l'efprit du : 
monde. Il avoît beaucoup de lumiè- 
res & de hauteur dans l'ame. Sa 
réputation étoit nette du côté des 
Fèmrnes. Il' foutenoit dîgnemens 
la grandeur di la puiirince de TË- 

gli-» • 



à l' Hljîo tre d'Anne d' /Autriche, . f 4 1 
gUfe , & dans les Allemblces du iC^<xl. 
ÇAzï2^é il a Tçû plu(ienrs fois porter 
fes intérêts avec gloire \ nrïis , il nér- 
toic pas égal dans fa conduite : il ai- 
moic trop îaCour &:l'lntrigncj& peur- 
être que ia vanité plùrôt cjue fa vtrrii 
le faifoic foLivcnt agir veitueuremcnr. 
En ceite occafion , Ton caractère lai 
attira le reipe£t de certe Princelfe ; -5*: 
les fer.rimcns de fa Piété , à ce qu'il 
m'a dit depuis , lui en donnèrent' à 
lui-même. Madame la Princflfe or- 
domia à TAbbé de Roquette , cPaller 
trouver la Reine de fa part , pour Vaf^ 
furer , qu'elle mouroit (a îrcs hun^blè- 
fervante , quoiqu'elle mourût des dé- 
pliifo qu'elle avoit eus de la perfécii- 
tion faite à elle & à fes Enfans. Eî^ 
le lui manda qu'elle la conjuroît , par 
le Sani^ dif Jefus Chrift , de Faire quel- 
que réflexion fur fa mort , & à^ Çt- 
fou venir que perfonne n'étoit exempt 
des coups de la fortune. Enfin , cet* 
te Princeife finit fa vie dans les maux „ 
& les fouff/it avec patience. îl eft à- 
croire que Dieu l'en a recompenfée ^ 
& lui a fait mitericorde. 

La Reine étoît alors malade. La 
dièflince de Midame UPrincedi lui fit . 

pitiés. 



f 4 G Mémoires po Ur fervW 
%6jo. P'"^ • e^le rc^iit fon compliment avêè 
ce refpeifl c|iî\ine Chrétienne devoir 
avoir pour une pcrfonne , qui en mou- 
rant lui parloitau nom de leur Maître 
à toutes deux ; mais , elle étoic fi oc- 
cupée de fes propres miferes , ôc fi- 
abbatuë de fa maladie , qu'elle ne 
penfoîc qu'à fe plaindre elle même : 
J'avois l'honneur d'être feule auprès 
d'elle 5 a la ruelle de fon liCj^^'îand^ 
cet Abbé lui vint faire ce t.irte com- 
pliment. Elle y répondit peu de cho- 
fes ; mais , fcloa le chagrin que je vis 
dans Tes yeux je fuis perfiadée qu*el-- 
le p'^nfa bea icoup,& que fes réflexions 
furent grandes. 

Midame , 6c Ma lemôifclle , ne fii- 
renr pas fort aîïl'gées de cette mort ; 
mais 5 elle fit celfer leur haine. iMa- 
dame étoit confeillée par le Duc de 
Lorraine fon Frère , que Madame de 
Longueville avoit gagnée , par les in- 
telligences qu'elle avoit eues avec les 
Efpagnols ; ôc Madame , ne voîant 
plus Madame la PrînceiTe , dont la 
hauteur lui faifoit de la peine , elle fe 
ti'ouva toute difpofée d'entrer plus for^ - 
tement dans' les intérêts du Pdnce de 
Coudé. Elle redoubla fes confeils 

envers m 



À r Hlplre d'Anne d'Autriche. 5 47 
envers le Duc d'Orléans Ton Mari , & 16 ^ol 
Mademoifelle fut de ce même fenti- 
ment jmais alors , leur crédit a toates 
deux étoit médiocre à l'égard du Prin- 

ce 

Je ne veux pas finir de parler de la 
Mort de Madame la Piincede , fans 
remarquer une chofe , que Madame 
de Br.'enne me dit alors de cette Prin- 
celTe , qui eft digne de Mémoire. 
Quaiid cette Dame fut de retour da 
Voiatre de Bourdeaux , où comme je 
l'ai dit elle avoît fuivi la Reine, & 
fervî fidèlement , elle s en alla voir 
Madame la Princelîe , de qui elle 
avoit Phon eur d'être parente, & 
qui Pavoit toujours particulièrement 
aîmée» Elle la trouva déjà fort ma- 
lade, & quand elle fut dans les agonies 
de la mort , elle fe tourna de Ton co- 
té 5 & lui dit , en lui tendant la main. 
Mi chère Amie » m^ndel^à cette pau- 
vre mîfé^Me c^id eft à Stenai ( vou- 
lant parler de Madame de Longue- 
ville fa Fille ) létat ou vous me votez.-, 
& cjudl" apprenne a mourir. Ces 
belles parolles ont eu leur effet : Ma-- 
dame de Longue ville , peu après dé- 
tuompée par. fes propres infortunes de 

la 



y 4 ^ yi^cwffîres pour fervir 
î^jo. la faiiiferé des grandeurs de la terr?^. 
a fait voir à'toure l'Emopc , par la fc- 
vérité d'une ri de penicence , qu'elle a 
voulu préférer une vie auftere , & une 
bonne mort , à une vie déiicicufe &C 
mondaine. C'ed une grande occupa- 
tion , que d'apprendre a inoitrir : c'ed 
nôrre plus impoi tante affaire y car les 
:5atnt cho/ej viJïhUs jet ppur un ier/js , m^h 
*• les inv'jjhhs (ont ètfrntllcs. 

Madame la Princelfe avoit été foiw 
tement occupée de l'amour d'elle mê- 
me , & des créatm-fs. Je lui" ai oiii 
dire , un i.our qu'elle railloit avtc là 
Reine fur Tes Avanturcs pafTées , par-» 
iant du Cardinal Pamphile devenu Pa- 
pe 5 qu'elle avoit regret de ce que le 
Cardinal Béntivoglîo fon ancien: Amf:^ 
qui vivoit encore lors- de cette élec-* 
tion , n'avoit point été élu en &■ 
place ; afin , lui dît-elle yde fe pouvchr 
vanter d'avoir eu des Amans de toî4îes 
conditions ; des Papes , des Rois , des 
CardinauXy des Princes ^des Tjucs , dit$ 
Maréchaux de prance , & même des 
Gentilshommes , Quand elle devine 
veuve 5 comme elle n'avoit pas eii 
beaucoup d'amitié pour Monficur le 
liince fon Mari, on admira fon bon- 
heur^ 



à VH'(l»tre a Ame d*Amnche, 549 
îîc?-.r , fcs richeiles , & fa puidaiicc; j^j.rg^ 
ir«als 5 depuis ce moment , elle fut ac- 
cablée de mille maux , 6c ce fut le 
te.ms de Tes plus grands dcplaifirs. Ses 
Erifans , qui éco.ciit le fenliblc de Ton 
C'Xur 5 lui cauleicnt de grands cha- 
grins , &: enfuit-e leur di (grâce la lit 
mourir, Leschofes de ce monde font 
prefque toutes de cette nature. Nous 
y vivons dans une ctcrnclle tromperie: 
Kous délirons pour Tordmaire ce .que 
130US n'avons point ; & quand ces 
biens nous avrivi.nt , c'ell quali toii- 
purs pour notie malheur , ou bien 
dans un rems , qu il les Faut quitter 
Kiial^rc nous. 

Madame la PrincclFe n'étant pIuSj 
il Falloit que Madame la Princelfe fà 
Pelle- Fille , Fut celle Fous le nom de 
^ui.on travaillât à la Liberté des Prin- 
ces. Le jour pris pour délibérer Fur 
la Requête qu'elle avoit déjà préfen- 
tée j les < bambies s'alîemblérent. Le 
Premier Prcfiient , pour .ne pas mon- 
'Xztï de porter les intçrêrs des Princes 
svec trop de clialeur , fit difriculcé fur 
Cf'tte Requête , à ciule que Madame 
3a Pnncede n'étoit pas auc:>n[ee; 
^ais , xout-îà-pixipos on heurt.i a la 

pQL'Ce 



s ( d Mémoire f pour fcrvlr 
fi^jO. ^onç de la Grand' Chambre , & îl% 
trouva que c'étolt un Gentilhomme 
de la parc àcs Princes , qui apportoit 
une Lettre fignce des trois Prifon- 
niers , qui paroiflbit écrite dans leur 
marche , & qui apparemment é- oit con- 
tre-faîte. Le Pr mlcr Pieiidenc dit 
qu'il étoît difficile , qu'il ( parlant àcs 
Princes , ) pulfent écnrtrj5c comme (e 
mocquant de tous^ d t ^pas ïmpojfible 
poHïtint . m t s difficile : ëc pour 
tourmenter le Coadjutcur , ôc le Duc 
de Beaufort , n ajouta en leur préfcn- 
ce , Ce neft ^^as éjue nous n'alons vti 
pendant la Guerre des Lettres de Itt 
part de l' Archiduc venir tout k propos 
comme celle la , écrites fans doute dans 
la rué Saint Denis, Sur cts petits 
démêlez , il fe fit un grand bruit dans 
la Grand Chambre , que le Premier 
Préfidcnt blâma infiniment > difanc 
qu'il n'y avoit plus d'ordre dans le 
Parlement , que tous vouloient parler 
tout-à-la fois j & pour faire remar- 
quer en paiîant leur autorité , leur 
dit , ijuils avaient tort de parler avec 
tant de defordres , vu , (jue par /<* 
grâce de Dien ^ ils éto'ent en pouvoir, 
de dire lenrs Avis fur les pins granm 

de^ 



atHlftoire â! Antje d'Autriche- f j'i 
des affaires de l'Etat. Enfin, on de- i<jO^ 
libéra ii on donneroit feance au Gen- 
tilhomme 5 mais on reçue encore une 
autre Rcquêce de la part de Made- 
moirelle de Longueville , qui deman- 
doit pour le Duc de Longueville fou 
Père , la même grâce que Madame U 
PrinceiTe 5 pour Monfieur le Prince 
Ton Mari , ôc le Prince de Conti fon 
Bcau-Frere. Le tems aîant été cou- 
fommé à toutes ces procédures, & à 
faire des queftions au Gentilhomme, 
il fut arrêté par les Gens du Roi , que 
vu l'incertitude , fç^voir s'il étoic 
<ie la part des Princes , ou non , il 
n'entreroit point : vu auili qu'il dit, 
, qu'il n'étoit pas envoie par eux , mais 
qu'un Garde gagné par les Princes lui 
avoit apporté cette Lettre , pour la' 
présenter à la Cour. La Délibération 
fur la Requête & fur la Lettre fut 
donc remife au lendemain neuvième 
de Décembre. 

La Reine , quoique malade, tînt le «^ 
Confeil ce même jour , dans la ruelle ^^^ 
de fon lit , où affiftércnt le Garde des""*' 
Sceaux , le Maréchal de Viileroî, 
Servien , & le Tcllier. Il y fut réfo- 
iiu qu'elle envoieroic quérir les ôens 

du 



jr^z Mémoire f pour fe^vir 

du Roi j ce qu'elle ht : & quand ife 

fuient arrivez , elle leur deinanJa ce 

que c'ëtoit qu'une Lettre , qui leur 

avoit été .préfentée y&c s'informa de 

tout ce qui s'étoit paile dans leur 

Compagnie. 

Le lendemain -^ comme les Cham- 
bi'cs s'airembloienr , elle envoia une 
Lercre de cachet , par laquelle elle 
mandoit les Gens du Roi. Elle leur 
dit de demiiider au Parlement , delà 
part 5 qaelv]ue tems pour penfer à Tes 
Aifaircs ; qu'elle ne trouvoit point 
mau\ais Qu'ils délibérafTent fur cette 
Requête de Madame la l-rinceilej 
niais., que comme le Roi (on Fils y 
avoir un aflfez grand intirèt qu elle de- 
nianior: huit jours , pour voir de 
cyielle manière elle devoir agir en ce 
iTnconrre j la maladie l'empêchant 
enriércment de s'appliquer à de telles 
aîTaires. Cette Dcputacion des GcnB 
du Roi vers la Reine occupa le jour 
tout entier^ 
Ce 10 Le Samedi les Gens du Roi firent 
'^^'. leur raport aux Chambres alfemblées, 
fur ce que la Reine leur dcmandoit. 
On délibéra : & le Parlement, par une 
libéralité admirable^ donna à la Reine 

quatre 



a l'B'ijfolre d'Anne à' Autriche, jy^ 
quatre joLus , au lieu de huit qu'elle kJ^o 
avoir déliré; la zwikànt en cela p'u^ du- 
rement 5 que la moindre pcnonne de 
ion Roiaume. 

La Reine commença dès lors à fe 
mieux porter , & Vaukier Médecin 
du Roi foutinr contre les autres qu'ci- 
le avoir jetcée un abcès qu'elle avoit 
dans le mcfencere , ce qui étonna tou- 
te la Cour, vu le péril où elle avoic 
été. Malgré cet am.endement , la 
^evre ne la quita pas encore tout-à- 
fait. 

Le quatorzième on voulut délibérer 
au Parlement fur les Affaires pré'en- 
tes. Le tems Ce palTa en Difputes 
entre les Frondeurs & les Parti fans 
àes Princes , de à crier contre le Car^ 
dinal Mazarin. Ils vomirent contre lui 
mille injures ; quafi tous le traitèrent 
de Perturbateur du Repos public , ôc 
conclurent enfin qu^il falloir fupplicr 
le Duc d'Orléans de fe trouver à leurs 
Délibérations Ainfîja chofe fut remiic 
à une autre fois. 

Quoique le Cardinal eut trop nè-« 

glîgè d'acquérir des Créatures dans 

cette Compagnie , ôc que la Reine 

ne prît nul foin d'en avoir par elle- 

Tome IIL A a me- 



j^4 Mémoires pour fervtr 
même velle en avoit néamiioins quel- 
i^* que petit nombre , qui fervoient le • 
Roi , en cela feuleiiieut d'elnder les 
grands coups , & de gagner du tems. 
La différence des intcreis,& des La- 
balles , étoit grande : elle caaioïc 
beaucoup de confufion , & ces UiU 
putes faifoienc que leurs Délibérations 
n^allôicnt pas fouvent à la concluiion 
' des Affaires quiis entre prenoienc. 
Chaque Parti n'avoît pas allez de pou- 
voir pour faire réiiffir ce qu^l voii- 
loif, mais , ils n en avoient que trop , 
tous en général & en particulier pour 
brouiller , & pour mettre le delordre 
dans l'Etat , & dans la Cour. Les 
Princes en profitèrent -, car , les Fron- 
deurs étant tout-à-fait dégoutL^ du 
Cardinal & trouvant qu'ils etoient 
trop foibles pour furmonter ce Pai^ti , 
qui chaque jour augmentoit de for- 
ces ,ilsréfalurentdefe rednir enfem- 
ble , pour voir s^ils n'y trouveroient 
pas mieux leur compte. 
^ Le quinzième , Meilleurs du Par- 
te if-lement députèrent vers le Duc d'Or- 
^-, leans . pour le prier d'affifter a leur^ 
''"'^^- Délibérations , & cependant refolu- 
ttnt , de demeurer incelTament aikm- 



I 



a t H' floir e d' Anfie d' Autriche, j^y 
Hez. Le Duc d^Orlcans qui fur le i^;o- 
Chapirrc du Prince de Coi.dë étok 
prefquc encore du mcme fcncimenc 
que la Reine , pour empêcher , que 
la Requcre de Madame la Princeffc 
lie fut trop favorablement reçue , !eur 
déclara hautement , qu'il ne pouvoic 
pas le refoudre. d'y aller s'il n'y étoit 
reçu d'une autre manière , qu'il ne 
i'avoit été les jours precédens ; que 
<^<'aque Particulier y éroit le Maîcre ; 
&quc ledefordre étoit tel, que lui 
niéme^ n'y étoit pas écouré ; que tout 
ce qu'ils faifoîent alors ne fcroit point 
lortir les Princes ; quil ne con feillok 
pas a la Reine de le faire 5 qu'elle ks 
avoit fait conduire au Havre , par de 
bonnes raifons ; & que c'étoir lui iri- 
nie , qui lui avoir confeiîlé d Je fai- 
re. Il le difoit aînfi , pour faire fi- 
nir la rumeur du larlemcnt , qui ^e 
faifoic en faveur des Princes ; & néan- 
moins il avoit fouvent dit fur ce Cha- 
pitre , qn^il fe plaignoit de la Reine , 
de ce qu elle les avoit envoyés en ce 
lieu 5 fans lui en avoir parlé policive- 
ment. 

Ce même jour , arriva Nouvelle 

•d'une Défaite des Ennemis par Mi- 

A a 2 lord 



57^ Mémoires peur fervîr 
KjJo. ^°^'^ ci*Igbi 5 Anglois qui commandoît 
alors dans nos Troupes , àc j'en vis 
apporter à la Reine une Enfeigne , ce 
c|u'elle eftima beaucoup d'avantage 
que le plus beau diamanc du monde. 
Elle en reçût auffiiôt après , une au- 
tre infiniment plus conlîdérable. Un 
Courrier arriva de la part du MinJRre, 
qui lui apprit la prife de Rhétel , qui 
avoît été emporté par l'Armée du 
Roi y en deux ou trois jours , fans y ' 
faire de circonvallation. Le Cardinal 
pouvoir partager avec le Maréchal Du- 
Plciîîs 5 une grande portion de la 
Gloire , qui en étoît due à ce Général, 
par les foins qu'il avoir pris de mettre 
r Armée en état de faire de telles 
Conquêtes. Voilà cet homme con- 
damné par un Arrêt du Parlement , & 
pendu en Effigie , qui , malgré la hai- 
ne publique , fubfifte dans la Gran- 
deur. Il ajoute à fa qualité de Mi- 
nîftre celle de Conquérant à la tête 
de vingt mille hommes , & prend des 
, Places 5 fans montrer de fc foncier de 
toutes les injures de fès Ennemis. Se 
volant kai des Grands du Roiaume, 
& des Peuples , il tachoît de fe con-l 
ferver rAmitié des Soldats. Sa ma- 
xime 



a l' Hlflo We d' Anhe d' Autriche, yf 
xime étoic d'aller à l'Armée le plus \6^o. 
foLivent q l'il poavoic , & d'y porter 
toujours de l'argent ; & il prenoit foin 
de régaler les Soldats fur toutes leurs 
pedtes nécefîîrez. Cette année , il 
leur avoir porté des jufte-au- corps, 
pour les garantir du froid ^ qui étoic 
déjà grand. Il tenoic trois ou quatre 
tables 5 où il reçevoit les OfficierSj, 
afin de les acquérir à lui par cette 
bonne chère ; fe montrant d'ailleurs 
plus doux & plus traittable , que 
quand il étoit dans le Cabinet de la 
Reine , où pour l'ordinaire il étoic 
inaccefîible à tous. La Reine reçut 
cette Nouvelle avec beaucoup de joie. 
Elle l'accompagna de la modération 
qui doit paroitre dans les occafîons 
de cette nature , & fouhaita que dans 
ce même inftant, que Rhétel pris , ou 
pût aller au Maréî:hal de Turenne , le 
barre , & le défaire : ce qui fur une 
efpéce de prophétie ; car , à l'heure 
même qu'elle faifoit ce iouhaîr^l'Armée 
du Roi étoit aux mains avec celle des 
Ennemis , où commandoit le Maré- 
chal de Turenne. 

Ce Général rebelle , & Dom Ere- 
van de G.imarre , incontinent après 
A a ; la 



57 s A^emoires pour fervir 

i6j;o, la-prife de Rhétel , avec ptes de huit 
mille chevaux y ôc plus de quatre mille 
hommes de pied, n'étant pas encore a- 
vcrcis de la victoire des nôtres ^ corti- 
nucrent leur marche , vers cette Ville 
qu'ils avoicnr intention de fecourîr, 
Ôc ils Pavoîent promis aux afîiégés. 
Lorfque les Nouvelles de leur appro- 
che furent fues dans TArmée du Roi, 
le Confeil de Guerre s'aflembla , Se 
le Miniftre y fit réfoudre de donner 
Bataille. 

Le General , ôc les autres Officiers 
de Guerre aiant approuvez cette rc- 
folution 3 la plus grande partie de 
l'Armée , Ôc qui fe trouvoit au meil- 
leur état de combattre ^ fut comman- 
dée pour cet efFet. Sept mille Fantal- 
fins 3 ôc cinq mille chevaux , marchè- 
rent avec toute la diligence poiTible^ 
pour aller au devant de TArmée Efpa- 
gnolle. Les nôtres , n'aiant pour 
toute Artillerie que deux Pièces de 
Campagne , n'eurent pas plutôt fait 
quatre lieues , qu'ils eurent avis par 
leurs coorreurs , que le Maréchal de 
Turenne paroilfoit au delà d'une ra^ 
vine 3 qui pouvoic être à trois quarts 
de llcucs d'eux, ôc que fur l'avis qu'il 

a\oit 



à rHlfloîre cC Anne d'Autriche, 579 
avoit eu de nôtre marche, il avoir fait j^ ^o. 
faire halcc aux Efpagnols, pour délibé- 
rer , s'ds feroicnt leur retraire 3 ou 
s'ils viendroient affronter nôtre Ar- 
mée. Il palTa à poiirfuivrc leur mar- 
che 5 11 bien qu'après avoir fait deux 
ou trois mille pas le long d'une ravi^ 
ne 5 qui empéchoit que ces deux Ar- 
mées ne fe vifTent , elles defcendirenc 
prefque en même tems dans une plai- 
ne , où le Combat fe donna , tel 
qu'on le peut imaginer entre deux 
Armées , toutes deux commandées 
par de bons Chefs , munis de vail- 
lants Officiers , & de bons Soldats, 
accoutumez à fe bien battre. Le Ma- 
réchal Du Pleffis , qui fut vu des pre- 
miers & en tous lieux l'épée à la main 
commandant fes Troupes , ôc comba- 
tant les Ennemis , emporta la Victoi- 
re fur le Maréchal de Turenne , qui, 
pour n'être pas fi heureux que lui, 
n'en eut pas moins de réputation. 

La Reine fut ravie de voir que /es 
fouhaits avoient été accomplis. Il lui 
fembla que Dieu , par cette Défaite, 
vouloit confondre la malice de fes 
perfecuteurs , honorant par un fi fa- 
vorable fuccès celui qu'ils avo'ent 
A a 4 tort 



/ 8 o Mémoires pour fervîr 
($/o. rort de méprifcr , & qu'ils haïirofen^ 
tant /ans fçavoir pourquoi. A cette 
Nouvelle je m'approchai de la Rei-» 
ne , qui etoit au lit , pour lui témoi- 
gner la part que je prenois à fon con- 
tentement. Je la trouvai toute péné- 
trée de reconnoifîance envers le Ciel^ 
& après avoir adoré la Providence 
divine , en me donnant fa main dans 
la mienne j elle me fit l'honneur de 
me dire , Prions Dteu , & ne nous 
amufons point à autre chofe , qu'à le 
yemercier de toutes fes bontez>. Cefi 
lui qui m'ajfifte. Le plaîfir , que - le 
Maréchal Du-Pleflis reçût de fa Vic- 
toire fut balancé par la perte de fon 
Fils le Comte Du-PlefTis , Tainé de 
la Maifon , 6c honnête homme. Il 
en avoir déjà perdu un autre en pa- 
reille occafion , en gagnant une autre 
Bataille devant Crémone ; & cette 
féconde perte lui aîaiit renouvelle 
la douleur de la première , il en fut 
doublement affligé. Ce même Ma- 
réchal m'a néanmoins avoué depuis, 
en me parlant de la mort de fes deux 
Fils 5 que la joie de gagner une Batail- 
le eft fi fwnfible , qu'elle enlevé l'ame 
d'un homaie audclfus de tout ce qui 

la 



a l*Hiflotre â'Anne d* Autriche, $ Z t 
la peut toucher dans le monde; me i^jcr. 
faifant enceiidre que ce qui regarde 
nôtre honneur de notre gloire , nous 
pauoit plus propre , Se nous efl: pkis 
cher 5 que nos Ènfans , que nous ne 
fçaurions aimer que comme d'autres 
nous-mêmes , au lieu que r.ous-nous 
ahuons bien moins nous mêmes que 
nôtre honneur , pour lequel rous-nous 
facrifions tous les jours. 

Pendant que le Miniftre s'occupe à 
gagner des Batailles contre ks Enne- 
mis de TEtat , les (iens particuliers, 
malgré Tes heureux fuccès , combat- 
tent contre lui avec toutes leurs for- 
ces 3 & fans qu'il le fâche lui prépa- 
rent de grands maux. La PrincefTe 
Palatine acheva dans ce tcms-la dt 
gagner entièrement Madame de Che- 
vreufe , en lui promettant , de la part 
des Princes , le Mariage du Prince de 
Conti avec Mademoifelle de Che- 
vreufe. Ce n'étoit pas un avantage 
fort extraordinaire à une PrincefTe de 
la Mai Ton de Lorraine , qui étolc 
belle & riche , que d'époufer un 
prince du Sang afTez mal compofë de 
fa perfonnc ; mais , les grands (.\e(^ 
feins qui furent imaginez fur cetie 
A a j Uai« 



5 s i Mémoires pour fervlr 

ii^/o. liai Ton firent que l'Affaire étant tour- 
née par le beau coté qu'on pouvoir 
lui donner , devint à Madame de 
Chevreufe une chofe d'une giande 
confequrnce. Elle entra dans cette 
penlée par l'état de la Cour , par le 
peu de fiircté qu'il y avoir en l'hu- 
meur du Duc d'Orléans , par la 
grandeur du Prince de Condé , & 
par la confidéracion où ie mcttoit le 
Parlement , qui commençoit de lui 
être affc(51:îonné. Elle crût enfin, 
qu'elle pouvoit beaucoup efpérer de 
cette alliance , & que Mr. le Prince à 
la tête de les Amis , & de ceux 
qu'elle lui donneroir , pourroit tout 
ce qu'il lui prendrait envie de pré- 
tendre. 

Le Coadjuteur , plus difficile que 
les autres ^ ne fe lailTbit point gagner 
par ceux que la PrincefTe Palatine en- 
voioit traiter avec lui ; mais , le ju- 
geant entièrement necelTaire à Tes 
defTeins , elle alla le trouver elle mê- 
me , & fçut fi bien le perfiiader , à 
ce qu'elle m'a dît depuis . tant par 
fes intérêts que par ceux de Made- 
moifelle de Chevreufe qu'il aimoît 
tendrement , qu'elle l'engagea dans 

ce 



à l'H'flotre d'Anne â' Autriche, j 8 5 
ce Parti. Elle lui promit , que leiétf©. 
Prince de C( ndé le ierviroit dans fa 
prétention du Chapeau , 6c lui dit de 
plus qu'à Ton défaut , elle le feroit 
nommer par la Reine de Pologne fa 
Sœur 5 qui avoit un Chapeau a don- 
ner : &: Madame de Chcvrcuie , déjà 
liée à ce Projet , aida beaucoup à l'en- 
gager dans cette Ligue. Le ( oadju- 
teur s'étant ^nxin promis aux intérêts 
des Princes , travailla aufli tôt à la 
liaifon du Duc d'Orléans & des Pri- 
fonniers. On avoit fouvent de leurs 
Nouvelles par certaines gens qu'ils 
avoienc achetez ; & toutes ces propo- 
jGtions reçurent leur perfection , par 
leur confentement , & leur confirma- 
tion. 

Le Cardinal kxi averti fur la Fron- 
tière de ce qui fe paffoit au Parle- 
raent en faveur des Princes \ maisj 
il ne fçLir point ce qui fe traitoît fe- 
crettement entre les Princes , les Fron- 
deurs 5 & la Princelfe Palatine. Ces 
Emotions publiques , quoi que d'el- 
les mêmes alTez fortes , ne furent pas 
capables de l'étonner. Il y eut de 
fes Amisj qui lui confeillérent , voîanc 
tant de r.umcur dans Paris con- 
tre 



J §4 Mémoires pour fervîr 
i^jo. ^le l^ïi àc ne point revenir ; mais, 
ignorant les liaifons qui venoient de 
fe faire > il ne s'arrêta pas à leur con- 
feil , Se réroKit fou retour à Paris. Il 
s'amfflfa quelques jouis feulement dans 
Amiens , pour fçavoîr le fucccs de 
cette Déiibiratioa 3, Ôc des AlFemblées 
du Parlement, 

Le même joui' dix-feptieme , que 
ia . Nouvelle du gain de la Bataille 
étoit arrivée , on délibéra au Parle- 
ment fur la Requête de Madame la 
Prince (Te , préfentée par Des- Landes- 
Païen. B:aucoap opinérenr de faire 
des Remontrances à la Reine , difant 
quelle feroit très huinblement fu- 
pliéede mettre les Princes en liberté, 
6c d'éloigner le Cardinal Mazarin des 
Affaires , comme incapable , Se Per- 
turbateur du Repos public 5 mais, 
l'heure venant à fonner avant -que 
tous les Confeillers culfent opiné , ni 
que le Premier Préfilenc eut recueil- 
li les voix de la Compagnie , l'Af- 
femblée fut rompue Se remite à une 
autre fois. Dans cette journée , un 
nommé Menardcau , des Amis du 
Cardinal , Se Serviteur du Roi , dit 
que les Princes du Sang , étoient 

comme 



II 



à PH-floire d*Anne d'Autriche, ;8y 
comme les Enfansde la Maifon Roia- i^jcr; 
le j que le Père pouvoit corriger Tes 
En Lins fans qu'on pût y trouver à 
redire ; que le Parlement anticipoic 
fur les droits de l'Autorité Roialcj 
qu*il n'avoic point de Jurididion fur 
ies x^ctions des Rois , qu'il n'avoic 
que le Droit d'exception , c'eft- à-di- 
re 3 qu'entre plufîeurs chofês que ies 
Rois demandoient au Parlement , il 
avoit droit d'en excepter quelques- 
unes 5 qui feroient à la foule du Peu- 
ple, Mais , ce bonhomme fut fifflé, 
& mocqué de route la Compagnie, 
comme s'il eut dit des extravagances. 

Le Parlement , au fortir de cette 
Délibération , fut invité par le Roi 
de fe trouver à Nôtre- Dame , au Te 
Deurn qui fe chanta ce jour-là , pour 
«endre grâces à Dieu du gain de la 
Bataille. Le Cardinal envoia orner 
l'Eglife des dépouilles àzs Ennemis, 
^ cette Gloire augmenta plutôt la 
rage de ceux qui vouloient le defor- 
Àrç. , qu'elle ne la diminua. Il y a 
des maladies où les meilleurs remè- 
des fe tournent en poifon à ceux qui 
les prennent , à caufe que les hu- 
meurs font mal difpofez. La Rei- 
ne 



58^ Mémoires -pour ftrvlr 
'ïl;o. ne , qui voioic le Duc d'Oilcans aii- 
toriier tout ce qui le faifoic cnrre el- 
le , lui en faifoit beaucoup de plain- 
tes ; mais lui , fans déclarer entière- 
ment fcs fentimens , qui écoienc en- 
core incertains dans Ton ame , lui ré- 
pondit toujours qu'il avoit emploie 
les Frondeurs à fervir le Roi pendant 
fon voiage de Bourdeaux, «5c qu'il ne 
pouvoit pas les abandonner , leur 
a'ant même promis de les raccommo- 
der avec elle ; ce qui , à ce qu'il lui 
diioît 5 ne lui devoit pas être tout- à- 
faît impofïible. 

Le vingr-neuviéme du mois , cette 
célèbre l3élibération en faveur à.QS 
Princes s'acheva entièrement. Je ne 
répéterai point les Avis de chaque 
Parti tant de redîtes m'importunent 
moi-même. La conclufion fut , (^ue 
Remontrances feroiem fuîtes a la Rei> e , 
fur la Prlfon des Princes , & e^H*elle/e' 
roît très humblement fup plié c de les rnet* 
tre en liberté , ri éiunt point accufez^ 
d*aucHn crime : Sc les Gens du Roi 
■^ furent chargés de demander Audien- 
ce à la Reine pour être écoutez. Ils 
le firent , &c elle les remit à quel- 
ques jours après qu'elle fe portetoic 

^ mieux. 



a l'H'fiolre d'Ame à* Autriche. 587 
aiieux. On ne nomma point le Mi- i^e^^ 
niftre dans cet Arrête , ies Amis des 
Prii'Ccs l'.'iaiK ainfi deiué , à caufe 
C|ue le Cardinal , voiant le bonheur fe 
tourner de kur côté , par cette fine & 
îrompeufe politique , qu'il obfervoic 
dans toutes les occafions où il fc 
trouvoît embaralfé , leur avoit envoie 
donner de grandes efpérances de les 
contenter , & leur avoit témoigné 
vouloir revenir à Paris avec deflein 
de s 'accommoder avec eux. 

Le trente & unième de Décembre 
nous le vimes arriver , fort bien reçu 
de la Reine & du Peuple ^ qui s'a(^ 
feinbla d^ns les rues , pour le voir 
palier. Le Duc d'Orieans n'étoic 
point chez la Reine , mais le lende- 
main il alla à l'Hôtel de Chevreufè , 
d'où il envoia quérir le Garde des 
Sceaux de Chateauneuf , & le Tcl- 
licr , & leur dit qu'il n'alloit point 
au Palais Roi al ^ parce que de tous 
cotez on Pavoit averti qu'on le voii- 
loit arrêter. Ces deux hommes re- 
venant diie à la Reine les foupçons 
de ce Prince , elle les 1 envoia lui don- 
ner parole de lûreté , ^ lui dite que 
la chofe étoit trcs-fauirc. Le Duc 

d'Or- 



/ s 8 Mémoires four fervlr 
hCfo* d'Orléans aîant repris courage , vînt 
alors chez la Reine , & le Cardinal 
alla au devant de lui , jufques dans 
TAnci-Chambre. Ce Prince en Tem- 
braffant lui die quelques paroles aflez 
civiles & obligeances $ mais , il n'alla 
point chez lui. 



Fin du II 1^ Tome, 



Cleaned & Oiled 



5e^-icv))\^cr Jt 




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