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' f -
s^.
MEMOIRES,
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE
D'ANNE D'AUTRICHE
EPOUSE DE
LOUIS XIII.
ROI DE FRANCE.
ParMaBAMI DîMoTTEyiH.Ï
Une de fes Favorites.
TOME QyATRJEME.
A AMSTERDAM ,
Chez Fr A h? Ç I S C H A N G U I o ^.
M. DCC. XXIIJ.
IK-
•r> ,.
MEMOIRES
Pour fervir à J'Hiftoirc
• D' A N N E
D'AUTRICHE,
EPOUSE DE
LOUIS XIII
Koy de France O^ de Navarre*
LE troîficme Janvier de la non- i^r t^
velle Année , le Duc d'Or- Le 5.
leans alla au Palais Royal , de y janvier
demeura fort peu, fans entrer
avec le Miniftrc en nulle matière de
conféquencc.
Le quatrième , le Duc d'Orléans
aîla voir le Cardinal. Ce Prince ce^^nvic'
jour là e'toit un peu mieux difpofé |
par les diligences que le Miniflrc fai-
ibit faire fous main pour le regagner.
Ils demeurèrent affez long-tems en-
jfcmble en convcrfation fecrctte , & on
Tmi Jp^. A si-
2 Jldemolres "pour fcrvlr
j(^f I. s'Imagina que tomes ces divîfions al-
loicnc fe raccommoder. Dans le vrai
ce ne furent que reproches de part dc
d'autre , 6c de grandes juftifications
du côte du Minière , que le Duc
d'Orléans reçût alTcz gravement. Il
éroît Ç\ grand par lui-même , & alors
fi confidcrable , qu'on peut quafi dire
qu'il étoitaufïi ablolucn France que s'il
en eut été le Roi. Dieu lui avoit don-
né de l'efpric Se de la raifon , &
toutes ces chofcs enfemble pouvoicnt
rétablir dans une félicité fiable &
permanente autant qu'un homme la
peut avoir. Mats, agi(îant toujours
par les fcntîmens d'autrui , fans fe
confeiller foi-mcme , il alfujocilToit Tes
intérêts , Tes penfées , ^ fcs jugemens,
aux paiïîons de ceux dont il vouloir
croire les confeils. Il avoir été le
folliciceur du Chapeau de TAbbé delà
Rivierre ;,6c, juU|u'à l'extrémité, ï[
avoit à peu-prés Uiivi toutes les vo-
lontés de ce Favori. Il faifoit alors
la mcmc chofe pour le Coadjuteur ,
qui , voulant être Cardinal , gâtoic
l'efprit de ce Prince ; & , par la perfë-
csrionque le Miniitrc en fouffroit, il
pvétcndoi: le forcer à le facisfaire. Le
D«c
a THlflolre ^ Anne à*Avitnche, 5
Duc d'Orléans fc laiffant conduire il i^Ji.
facilemenc ^ fe privoic de cous les a-
vantages qu'il auroic pu Icgitimenienc
précendre pour lui-même ; &c on ne
içauroic allez s'éconner de Ton aveugle-
nienc. , Il n'avoic que des filles. L'aî-
née 5 qu'il avoir eue de Mademoifellc
de Moncpeniier fa première femme ,
avoir beaucoup d'années plus que le
Roi 5 la Reine craignoic un peu
[on humeur crop fcnfible à coût ce
qui pouvoir lui déplaire 5 mais , il en
avoîc d'autres de Ton fécond Mariage ;
ôc la plus grande de ces Prîncefles é-
toit belle ôc pas fort éloignée de l^âgc
du Roi. Cette alliance pou voit con-
venir à tous ; du moins y elle éroîc
fortable , Se le Duc d'Orléans devoir
employer tous Tes foins à la faire réiif-
fîr : la Reine naturellement n'y au-
roit pas eu d'inclination : elle fouhaî-
loît l'Infante d'Efpagne fa Nicce ;
mais, comme elle auioîc dû efpcrer
que ce Prince, devenant Beau-Pcre du
Roi ) n'auroit pu avoir d'autres inté-
rêts que les liens , & auroit du en ce
cas fe féparer de toutes les Fc^bîons
qui troubloient l'Etat , elle y auroic
iCçnfenci volontiers 3 car , la Raifoii
A 2. avoic
4 Mémoires pourfervlr
I ^5 1, avoir beaucoup de pouvoir fur elle.
Le Minillre au mit au (Il fans doute
fait quelque difficulté à s'engager fî-
tôt à une chofc de cette conféquence,
dont le tcms le devoit rendre le Maî-
tre , ^ par elle il pouvoît cfperer de
fe voir en ctat d'en tirer de grands
avantages pour le Royaume y ôc pour
. lui ; mais y les conjonctures pafTées Se
prcfentcs étoient (i favorables au Duc
d'Orléans , que s'il avoir vou(u en
profiter , il auroit réduit le Miniftre
à le Icrvir fur ce grand article s'il lui
eut donne une entière fureté de {on
affedtion : ce qu"'il ne pouvoir faire a-
lors qu'en fe féparant de ceux qui lui
étoicnc contraires. Il auroit fans pei-
ne , par une conduire fondée fur la
juftice , obrenu rour ce que de légiti-
mes fouhairs peuvenr donner à un
Fils de France : mais, il ne penfoit
point à fa propre Grandeur ; & ceux
qui l'approchoienr n'a voient garde de
l'en faire fouvenir. Ils vouloienr que
leur faveur fervît à leur faire donner
par lui les dignités qu'ils fouhaito-
îenr. Ils les reçurent de la fortune ,
par le malheur qu'il eut de les croire
toujours j ôc pour lui , il ne rencon-
àtHifiolre à' Anne d* Autriche, 5
tra dans tonte la conduite de fa vie ^ 165 i,
que le rfpentir inutile de Tavoîi' mal
emploiée j fans pourtant qu'on lui
puilTe reprocher d'avoir eu ju^ques-là
de mauvaifes intentions contre les inté-
rêts du Roi.
Une Dame * , qui a été dans la con- ^Mac^e.
fîdence du Cardinal , m'a depuis dit moifcl-
que le Duc d'Orléans , peu de jours [^ ^.
après s'être déclaré contre le Miniftre j^^c
& en faveur des Princes , elle avoir eii Fille
ordre de lui d'aller offrir à Mademoîfel- d'Hon-
le le Roi pour Mari , pourvu qu'el- ^^^J^ \ ^
le empêchât le Duc d'Orléans Ton Pe- „g^ ^^,j
re de fe joindre au Prince de Con- depuis
dé ; que cette Princefle lui répondit à été
en fe moquant d'elle , qu'ils vouloient ^'rr
tenir la parole donnée à M. Le Prince, i^ |>^ .
Elle . qui fut étonnée de ces paroles vailles,
il légèrement prononcées , lui dit ,
Jldademolfelle , faites vous Reine ; & ,
après que vous le ferez, , vms ferez for-
tir les Princes, Ce Confeil étoît bon ;
mais 3 il ne fut pas fuivi , non feule-
ment par les difficultez qu'elle auroit
pu y rencontrer du côté du Duc d'Or-
léans 5 qui félon que je viens de le dire
ne y'Ciifbit nullement à fe faire du bien
à lui-même ^ mais parccque Madamoi-
A 2. felle
6 AIc'}?iolres four fervlr
réçr. ^^^^^ avec b.^auconp d'efprk 5 de lumiè-
re , de capacité , & pleine de dcfirs
pour la Couronne fermée , n'a jamais
içii dire un O^a , qui pût lui être
avantageux. Ses propres fentimens ,
& iouhaits 5 onr toûjo.irs été furmontés
en elle par Ôlqs Fantaifies palfageres ; &
ce cjuVlle a le plus voulu elle ne I"'a
jamais accepté quand elle a pu l'a*
voir.
Le C3nquî::me Janvier , le Duc
d'Orléans , qui n'a voit point encore de
relolurion formée retourna chez le
Cardinal, ou il demeura quatre heures
enfermé avec lui. Il lui dit qu'il vou-,
loit oublier pour toujours ce qui avoît
pii lui déplaîre & tpe fou delTein étoic
de vivre cornais par le pafTé. Le Mi-
iiifcre 5 animé de quelque efpcrance de
le pouvoir tout de nouveau engager
dans fcs intérêts , le prefifa fortement ,
de lui abandonner le Coadjutcur , &
le Duc de Beaufort ; mais , il ne pat
gagner fur lui d'y confentir : ils avoient
pris de trop fortes racines dans cette
Ame 3 pour en pouvoir erre chaffés Ci
promptement. Il auroit fallu pour rélif-
fîr à lui faire faire ce grand coup ,
qu il eut été touché de quelque defîr
parti-
à rHifiolre d'Anne d'Autriche j
particulier, & il n'en avolu poînr. Le \G)}.
Minîilre alors fat contraint de fe tenir
pour content de ces bonnes appareî:ices.
ce moment fut celui qui décida de la
deftince de ce Prince, 6c du Miniftrej
car , dépuis ce jour , il arriva beau-
coup de chofes qui les feparerenr entiè-
rement.. Il faut donc conclure en cet
endroit , que c'eft un grand malheur à
un homme de cette nailTance de ne ic
pas conduire , du moins quelques fois ,
par Tes propres lumières , quand il eft
capable d'en avoir , &c qu'il ne lui
manque que l'application nécefTaire à
tout homme de bon fens 5 pour pen-
fer à ce quil fait, pourquoi il le fait,
& à ce qui convient à fa gloire. Mais
pour agir en tout droite ment 3 envers
foi-même , & envers les autres » il faut
fe poffeder , & fçavoîr tirer le bien du
mal. Ce fût le Marquis de Senneterrc ,
qui me conra le détail de cette con-
verfation , qui pour n'avoir pas été
poufTée alTcz avant ne pût produire de
folides effets II me fit remarquer ce
que le Duc d'Orléans avec fes avanta-
ges auroit pu faire ; car , en prenant
de véritables liaifons avec le Miniftre ,
la fouvcraine pui (lance lui auroit don-
A 4 né
s Mémoires pour fervîr
16 ji, née des moiens de contenter l'ambîtîon
de ceux qu'il ne vouloir pas aban-
donner , en les privant feulement fé-
lon la raifon d'une confiance dont il
voîoit qu'ils faifoient un mauvais ufa-
ge. Le foir chez la Reine 5 en me
ferrant la main , il me dit , Nous aU
loyis voir , M^àAme , êi étranges Révo^
lutlons. Le Cardinal , néanmoins ,
convia le Duc d'Orléans à foupcr chez
lui avec le Roy , pour y paffer la veille
des Rois. Ce Prince y demeura. Et
ce repas le paiTa avec alTez de liberté &
de licence. Le Duc d'Orléans lui mê-
me , dans la chaleur du vin , donna
lieu ,fur quelque parole qu il dit, à pou-
voir faire une raillerie contre les
Frondeurs. Le Chevalier de Guîfè ,
radouci par le Cardinal , la voulut con-
tinuer j & 5 s'animant tout de bon ,
commença à chanter des Chanfbns
qu'on avoir faîtes contre le Duc de
Beaufort , &: dit tout haut , quîl fallait
jetter le Cojtâjuteur par les fenêtres : &
îl i'auroir fait volontiers , le croiant
Ennemi de Mr. le Prince , de qui il
éroit aimé. Ce Prince ajouta , qu'en
buvant à la fanté de la Reine qui étoic
malade de chagrin , il falloir ce remè-
de
k VHlftmre d'Anne i<*Autriche, ^
de pour la guérir tout-à-fair. Le Roi 165 i.
étoit encore trop jeune , pour foutenîr
le bruit de Tes Chanions libertines. Par
Tavis du Cardinal , il fe leva de table,
& y lai (Ta le Duc d'Orléans 6c les au-
tres , qui s'emportèrent à de grandes
craïetez. Le Minière n'y voulût pas non
plus demeurer , ni entrer dans les rail-
leries qui fe faifoîent contre Tes Enne-
mis ; mais , ce qui fe palToic ne lui
dcplaîfoit pas , &: par SagelTe il fe reti-
ra avec le Roy dans un Cabinet à
parte
La Reine nous conta le lendemain ,
& avec plaifir , le difcours du Cheva-
lier de Guife , qui fut renommé 6^
traité d'Illuftre. L'état des chofcs
étoit tel ;, que cette acflion , produite
par le hafard & par l'entgufiafme de
la gaieté ;, devint confîdérable , & on en
loiia ce Prince comme de la plus hé-
roïque adtion du Monde.
Ce qui donna de la joie à la Reine
fat ce qui enfuite augmenta fes cha-
grins. Les Frondeurs , voiant cette
Déclaration publique , qui fe faifoit
contre eux , crurent qu'il falloit fe pref-
fer de perdre le Miniftre , & le Duc
d'Orléans n'aiant point abandonné les
A a j Fron-
I o Mémoires pour fervlr
t^jr, FrDn:{eiirs, ces belles & douteufes dé-
mondratioas en faveur da Cardinal
finirent aiteaieiir. Il y avolc un Ecrie
entre la Reine 3c Moniîeur ou ils fe
prDai:?ccoienc réciproquement de ne
point donner la libeirté au Prince de
Condé , fans le confentemcnt commun
de l'un 8L de l^autre. Cette promeiTc
ne raiTiiroît pas le Duc d'Orléans. Il
voyoît qu'il defoDlIgeoit alTez le Minif-
tre pour le convier de fe raccoipmoder
avec les Prilonniers : il fçavoit même
qu'il commencoit à les favori(er ; 6c
fcs ConfeîUers , pour Tanimer à haïr
davantage le Cardinal , l'aflfùrerent
qull avoit le deiTein de leur ouvrir les
portes . du Havre.
Le Duc d'Orléans s'étant éloigné du
Minirtre par fantaifîe , par les dégoûts
qui s'écoient gUlfés dans fon ame con-
tre lui , prsiTé par les Frondeurs , qui
s'écoienc liés fecrettement au Prince de
Condé , &c par la crainte de perdre le
îiierite de l'obliger ; fe laiiïa enfin
conduire à ce que les ennemis du Car-
dinal voulurent , Sc s'engagea peu-à-
peu , à travailler lui-même à la liber-
té de ce Prince , qu'il refp^cba davan-
tage , quand il vie que le Parlement
com-
à rffiftoire â' Anne a Autriche» X i
Gommençoic d'entrer fortement dans i é j i
fes intérêts. Laîgue , qui pour fauvei*
le Coadjuteur avoir le premier propofe
de mettre le Prince de Conde en prî-
fon 5 fut celui qui frappa les plus grands
coups pour Ten faire fortlr , difanc
tout ce qu'il put au Duc d'Orléans ,
contre le Cardinal , pour l'en détacher
entièrement. Il parut ^ que le princi-
pal motif qu'il eut, en detruifant Ton
propre o.uvrage , fut le refus que fit le
Cardinal à Madame de Chevreufe du
Chapeau du Coadjuteur , quand à fon
retour de Bourdeaux elle lui avoit de-
mandé de l'^n gratifier. Les petites
chofes 5 pour l'ordinaire , en produî-
fcnt de s-randes : elles nous font voir
que tout ce qui arrive de plus remar-
quable dans le monde ell fouveut
digne de mépris.
Le Miniftre aufli-tôt après fon retour
prefenta à la Reine quelques-uns de ceux
qui avoicnt contribué par leur valeur
au gain de la bataille de Rhétel. J'é-
tois auprès de la Reine ^ quand elle lei
reçut. Elle leur témoigna que leurs
bons fervices lui avoicnt plu , & fe
tournant vers moi , me fit Thonneur
de me dire , Ha , mon Dieu 3 que j'aU
A 6 ms
1 1 Afsmolres four fervlr
I ^ j I . me ces braves Gens , qui ont fl bien
fervl le Roy, Les priacipauK en fu-
rent pea à pea récompciifez. Ville-
quier , le Marquis d'Hoquincourt: , la
Fei:tc-Semietei'i'e,<Sc la Ferté-Iiiibaulc^eu-
rent chacun le Bâton de Maréchal de
France. Villequier prit le nom de fa
Maifon d'Aumont , Hoquincourt gar-
da le fîen , & la Fcrté-Scnneterre auflî ;
mais la Ferté Inibault prit celui d'Etam-
pes. Le Marquis de Grancé , Gou-
verneur de Gravelines , qui ne fut
point Maréchal de France , à caufè
je penfe que le Duc d'Orléans s'y op-
pofa , s^'cn alla à Ton Gouvernement ,
mécontent & plaîntifjmais , il fe racom-
moda facilement avec le Miniftrc , &C
enfuite il reçue la même grâce. Manî-
camp y qui avoit bien fait de fa per-
fbnne en cette occa(ion , eut le Gou-
vernement de la Fére , qu'on lui ôta
quelques années après , à caufe de fcs
extrêmes violences.
Sur la fin de Tannée précédente étoîent
morts le Comte d'Avaux Se le Préft-
dent de Même Ton Frère , deux
hommes d\in mérite Se d'awQ capacité
cxtraordiiiiire , que Ton ne pouvoir ja-
mais ^iî:z re^re:cer. L\i:a écoic habi-
le
à l'Hlflolre d'Anne â* Autriche, 13
le dans les Négociations , 6ifut em- i5ji,
ploie dans les plus belles AmbafTades.
L'autre étoit un Magiftrac qui admi-
ni droit la Juflice avec une grande in-
tégrité.
Le Duc de la Rochefoucault , voîant
les bonnes intentions du Parlement , &
n'aîant jamais eu d'eftime ni d'amitié
pour les Frondeurs , voulût perfuader
au Miniftre de mettre les Princes en ^
liberté , & de s'acquérir lui feul le
mérite de leur avoir fait ce bien. Il
étoit alors venu fe cacher chez la Prin-
cq{^q Palatine , où , fans que le Duc de
Bcaufort , Madame de Chevreufe , ni
le Coadjuteur , le fçulTent , on luî
communîquoît toutes les Proportions
qui fe faifoient fur cette Négociation.
Qiiand il vit toutes leurs Affaires fe
difpofer à une heureufe fin , il fouhaita
que ce fût le Cardinal Mazarin , qui
pût y mettre la conclusion. La voie
des Frondeurs ne lui plaifoit point ^ 6c
celle de la Cour lui auroic été fort
agréable. Les grands S:;iv7neurs trou-
vent toujours leur avantage à s'attacher
au Roi 5 &: à leurs Minidres : c'eft de
cette feule relfource , d'où leur peuvent
venir les grâces 6c les bienfaits. Il s'ima-
A7 gî
14 Jlïemolres four fervlr
i5ji.gînoît avec raifon que remettant la
paix & runioii entre Monfieur le
Prince , & Monfieur le Cardinal , il
en poiirroît recevoir une haute recom-
penfcj &C il voyoit avec plaîiir qu'en
cette occaiîon Tes intetéts & Ton de-
voir (c rcncontrcroient enfemble. Il
fit donc Tçavoirau Minière qu'il dciiroit
de le voir , ^ lui demanda fureté pour
fa perfonne , par un écrit de fa main ;
ce qu'il obtint facilement , & le Mi-
nière lui garda une fidélité tout entiè-
re. Bartet , Créature du Cardinal ,
qui ne l'étoit qu'autant qu'il lui con-
venoit paroître tel , & qui étoit mêlé
dans plufieurs intrigues , tant par la
Princeiïe Palatine , que par d'au-
tres 5 mena fouvent le Duc de la
Rochefoucault chez le Cardinal
pour traittcr' avec lui. Il enrroic
dans fon appartement du Palais
Royal par un petit efcalier dérobé ^ Sc
le Mîniftre feul avec une bougie à la
main , leur venoît ouvrir la porte. J'ay
ouy dire au Dac de la Rochefoucault ,
que le Cardinal venant feul leur ou-
vrir la porte , il auroit pu facilement
le tuer, & qu'il avoit fouvent admiré
fa confiance , ôc le hazard où il fe
mettoît.
à l'Hljholre d'Anne d'Autriche i $
mcttoic , fe livrant au meilleur Ami i(?jf,
qu'eue alors Mr. le Prince ôc Madame
de Longueville. Le Miniilre, de mê-
me 5 l'auroic pu faire arrêter j mais ,
la fidélité ayant été égale des deux co-
tez le Duc de la Rochefoucault n'oU- *■
blîa rien pour convier le Miniftre à fe
tourner du côté du Prince de Condé.
Il lui dit fouvent , fans lui découvrir
le fond du miftcre , qu'il verroît bien-
tôt éclatter de grandes perfécutions
contre lui. Il dz ce qu'il put pour
lui faire voir qu'il avoic quelque cho-
fc à craindre ; mais , le Minière , qui
ne fçavoit rien de la liailon des Prin-
ces avec les Frondeurs , qui avoît peur
de l'audace du Prince de Condé , de
l'intrigue de Madame de Longueville ,
& de l'ambition du même Duc de la
Rochefoucault, n'y voulut point en-
tendre , 5c ne voulut jamais lui en
donner aucune parole pofîtive. Tou-
tes ces Conférences n'ayant eu aucun
effet, Iç Duc de la Rochefoucault
fe refblut de lai (Fer conclure les Traités ,
de confentîr que la PrincelTc Palatine
achevât fon ouvrage avec le Duc de
Nemours , qui fervit le Prince de
Condé de tout fon poflible.
La
1 6 Mémoires pour fervlr \
1651. La Princefle Palatine, de foncôté,
en fît amant qu'en avoit fait le Duc ,
de la Rochefoucaiilr. Elle confeilla à
Mr. le Prince de s'accommoder avec
la Cour 5 plutôt qu'avec les Frondeurs.
Apres avoir apprêté toutes Tes batte-
ries ^ elle fa dire auffi au Cardinal par
Bartet qu'il étoit perdu s'il ne fe ré-
folvoît pas de mettre les Princes en
liberté ; l'afllirant , que s'il ne le faîfoic
promptemenc , il verroit dans peu de
jours toute la Cour , & toutes les
Cabales liées contre lui , & que toute
aiïiftance lui manqueroit. Ces mena-
ces & ces Prophéties Ci certifiées l'é-
tonnerent un peu , & lui firent dou-
ter de ce qu'il feroit y mais , il ne put
fe refondre d'ouvrir les portes à fon
Ennemi. Il temporifa , pour éviter
d'être pris pour duppc : il \^ulut
travailler à découvrir la fource de fes
maux , & voir par quel moyen il pour-
roîr dénouer toutes ces Intrigues,
pour commencer à prendre fes pré-
cautions j il envoya prier la Princefle
Palatine de différer quelque tcms à lui
faire tout le mal dont elle le mena»-
çoit 5 afin 4e lui laîfî'cr penfer à ce
qu'il avoit à faire. Elle lui en don-
na >
il VHlJiolre d'Anne d'Autriche, 17
na 5 à ce qu'elle m'a dit , autant 16^1^
qu'elle le put fans rien négliger de [qs
autres Négociations ; mais enfin vo-
yant que le Minîftre fe mocquoit d'el-
le , & qu'elle ne pouvoir plus retarder
raccompliiïement des chofès qu'elle
avoir commencées avec un fî heureux
fuccés, elle figna quatre traités par-
ticuliers 5 avec ceux qu'elle avoir en-
gagés dans les intérêts des Princes. Le
premier étoit avec le Duc d'Orléans ,
où le Mariage du jeune Duc d'An-
guien & d'une des Filles de ce Prince
fut arrêté : lui qui ne vouloît point
avoir de grands intérêts , s'avifa d'en
avoir un , qui lui étoit raifonnable
de defirer , mais qui ne devoir point
l'obliger à rien d'extraordinaire II
fut confeillé d'y pcnfer par ceux qui
avoient du pouvoir auprès de lui , qui
crurent que cette liaifon rendroit l'A-
mitié de ces deux Princes plus forte &
plus fure. Comme cette Alliance fut
facilement promife , elle fut rompue
de même , OC Mr. le Prince ne l'eftî-
ma guerre. Le fécond avec Madame
de Chevrcufe , pour le Mariage du
Prince de Conti , avec Madcmoifelle
de Chevreufe qui n'eut pas un meil-
leur
1 8 Mémoires four fervlr
i^/i. leur fuccés. Un autre avec le Coad-
jutcur pour le Chapeau , qu'il n'eut
point par cette voyc, Et la quatrième
avec le Garde des Sceaux de Chateau-
neuf, pour le faire premier Miniflre.
Ce dernier fut iîgné en fecrct > à cau-
fe de la Place qu'il occupoir : il ne
voulut jamais être nommé en rien.
Enfuite de tant de chofes , tout écla-
ta contre le Mîuîftre , & il ne vit qt»e
trop que les menaces , qu'on lui avoir
faites, avoient la vérité pour fonde-
ment.
Le feptiéme , le Parlement envoya
fes Députés au Duc d'Orléans, pour
le fupplier d'être le médiateur , en-
vers la Reine de la liberté de Mr.
le Prince. Il leur répondit qu'il le
feroît volontiers , 6«: qu'il fe chargeoic
de fçavoir fur cela fa volonté. Il pa-
rut alors par cette conduite que ce
Pnnce vouloir commencer à fe décla-
rer en faveur des Princes. La Reine
en fut étonnée j mais elle crût que
ce n'étoit pas tout de bon , parce que
ce Prince ne voulut pas encore s'en
expliquer nettement , ^ le Minifire
de même y fut trompé.
Le dix-huit la Reine reçût les Dé-
putés
à tHifiotre ^Anne d'Autriche, 1 9
putes du Clergé , qui lui firent une i<î/i,
trés-humblc fupplication fur le même
fujet 5 6c particLilieremenc en faveur
du Prince de Conti , qu'ils prëtendo-
ient être de leur corps. Le vingtiè-
me 5 cette Princerte encore malade ,
reçut dans (on lit cette cclebre Dépu-
ration du Parlement ^ qui a voit déjà
fait du bruit par le conlentemenc que
ie Duc d'Orléans avoit parut y don-
ner ; & qui en effet fut fuivîe de
grands <Sc fâcheux évcncmens. Il y
eut ce jour-là une furîcufc preiTe dans la
chambre de la Reine , & au tour de
fon lit : chacun voulolt entendre la
Har.mgae qui alloît être faite,
Ctux de cette Compagnie , qui e-
toicnt aff~6tIoiinés aux Princes difo-
ient hautement, qu'ils vouloient com- '
menccr par la prière & par les re-
montrances i mais , que s'il^ n'obce-
noient pas par cette voye ce qu'ils de-
mandoient à la Reine , ils fe fervi-
roicnt de celles que la force leur pou-
voir permettre. Le premier Préiîdcnc
Mole , fans parler des heureux fuccés
de la Régence ni de la dernière Ba-
taille gagnée , cita les mauvais avec
une liberté démefurée , & les exagéra
comme
/
le Mémoires -pour fervîr _
iC^i. comme plus grands qu'ils n'étoîent ca
effet 5 au détriment de la Majcfté Ro-
ialc 3 &: de la conduite du Miniftre,
Il demanda à la Reine la liberté ^qs
Princes plutôt en Maitre qu'en Su-
plîanc ; montrant à cela qu'il étoit fore
inftruit de leurs intérêts & des Négo-
ciations qui avoient été faites en leur
faveur. La Reine en eut dépit ; &
le Miniftre , iriiilgré fa difîîmulatioii
ordinaire , en parut altéré. Le Duc
d'Orléans , après avoir écouté ce Dif-
cours 5 le defapprouva , & Mademoî-
felle 5 qui ne fçavoic pas encore tout
ce qui fc pafïbit , après la Harangue
finie , me dit qu'elle avoit rougi deux
fois de colère , & que la Reine eue
bien fait de faire jetter le Premier
Préfidcnt par les fenêtres. Il eft néan-
moins certain que le Premier Préfî-,
dent jufqu'alors avoit été Serviteur du
Roi: il fouhaitoit fervir les Princes par
le Miniftre ; mais , pour lui vouloir
faire peur , il alla trop loin , & palTa
en cette occasion les juftes bornes de
fon Devoir. Il ne manqua pas auffi
d'y travailler par les voies de la dou-
ceur 5 prefTant le Cardinal de même
que les autres ,, d'y confentîr 5 & , -
com-
à V Hlfloîre d* Anne d' Autriche, 21
comme il n'y gagna rien , & qu'il léji.
vouloir y réiifîîi- il fut contraint à
caufc de fa reiîftance , de le prelTer
par cette voye. Elle ne convenoit pas
à un fujetj qui paroiHbit vouloir être
fidèle , &c il fut blâmable d'en avoir
ufé de cette manière. La corruption
de quelques Efprits de fa Compagnie ,
ne fçauroit lejuftifier : il faut en tout
tems connoître fon devoir & le fui-
vre.
Ce même jour là , Chandenicr , qui
avoit été remis dans fa Charge de Ca-
pitaine des Gardes , de même que Tes
Confrères qui enfin étoient renurés en
grâce , reçut le commandement de
quitter le Bâton , 6^ de fe retirer chez
lui 5 difgracié pour la troiiîéme fois.
Il étoit ennemi déclaré du Miniftre ,
îl faifoit oftentâtion de fa haine ,• <5c ,
comme il en avoit été maltraité, il
avoit toujours confcrvé ce refien ci-
ment contre lui malgré fon retour ,
qui paroiOToit l'avoir raccommodé
avec lui. Il avoit pris de grandes liai-
fons avec le Coadjuteur : fi bien que
le Cardinal crut être obligé de s'çïi
défaire \ ôc la Reine par cette même
raifon, en fut mal contente. Elle l'a-
voic
2 1 M moires pour fervlr
T ^j I . voit toujours eftimé <Sc bien traité, il
avoit du mcrîte & de bones qualités;
mais , il fe lailla trop facilement per-
fuadcr , que c'étoit être généreux,
que de s'oppofer en apparence ou en
elF.tà la faveur du Cardinal. Il vou-
lut parler à la Reine avant que de ic
croire entièrement malheureux. Il le
fit , & cette Princede lui donna une
afTez longue Audiance , &i comme j'é-
tois auprès d''elle j'entendis qu'elle lui
dît, Cefl affez.^ Chandenlcr Ceft ^-Jfez,
Apres ces paroles , il fe fepara de la
Cour pour toujours y ôc , voulant
chercher dans le repos d'une agréable
retraite un bonheur véritable de folide ,
il l'a trouvé 6c vit heureux.
La Chambre des Comptes vînt aufïi
fupplier la Reine , de redonner la
liberté au Préfident Perrault, Inten-
dant de la Maifon du Prince de Con-
dé , de qui avoit été arrêté, comme
je l'ay die , le même jour que ce Prin-*
ce. Cette Harangue fut faite par le
Préfidcnt Nicolai & d'une manière
refpedueufe. La Reine l'en loiia, ôe
leur fit répondre par le Garde dcg
Sceaux 5 qu'elle confidcreroit favora-
blement leur prière.
Le
à l'Hlfiroîre d'Ame d'Autriche. 1 3
Le Cardinal , afin d'éviter cet ora-
ge , donc il fe trouvoit accablé fans
Içavoir de quel côré il venoic , mon-
tra de vouloir fe lier tout de nouveau
avec le prince de Condé 5 pour en
donner quelques marques évidentes ,
qui pulTcnc perfuader & les uns Se les
autres , il die au Maréchal de Gram-
mont , que pour lui il fouhaiceroit leur
liberté 5 qu'il y travaillcroit volontiers
auprès de la Reine ; mais que le Duc
d'Orléans s^^y opporeroîc, de qu'il fe-
roit fans doute un obftacle invincible
à ce dclfein , il fut mocqué des Ac-
teurs : les Traités fecrets a voient chan-
gé le cœur du Duc d'Orléans , &
le Miniilre les ignoroit. Ce Prince ie
picqua de ce difcours. Il répondit
au Maréchal de Grammont quand
il lui en parla , que le Cardinal avoic
tort de lui vouloir mettre cette Affaire
fur le dos ; que pour lui il étoit
prêt de confentir qu'ils fuffent mis e»
Liberté > de lui donna charge com-
me Ami particulier de Monfieur le
Prince , de dire de fa part à la Reine
& au Cardinal Mazarin , qu'il en fe-
roit une Déclaration publique quand
il plaii-oit à $a Majeflé. La Rein«
fttt
16^1.
1 4 Mémoires pour fervîr
iCji, fut alors véritablement furprifc de ce
difcours. Elle avoit dit affez haute-
ment y que tout ce que le Parlement
faifoit n'auroit point d'autre effet ,
que de faire fermer davantage les por-
tes de la Prifon des Princes , mais a-
lors elle connut que cette réfolution
du Duc d'Orléans étoit facheufe , le
Miniftre en fut d'abord fort embaraf-
fé , mais comme il ne pcnfoît qu'à \ts
tromper tous , il crut qu'ils en ufoienc
de même à Ton égard , & que le Duc
d'Orléans ne parloir de cette forte
que pour le tourmenter, & pour faire
plaifir au Coadjuteur, qui étoit bien
aife de lui donner des affaires. Cela
fut caufe qu'il ne décida pas encore s'il
pourroit fortir les Prifonnicrs , & qu'il
fe contenta feulement d'en faire le fem-
blant.
Le Cardinal voulant en cette ren-
contre rendre la pareille au Duc d'Or-
léans , croyant finement lui déplaire ,
ne manqua pas de dire au Maréchal
de Grammont qu'il étoit ravi d'avoir le
confenrement du Duc d'Orléans, pour
la liberté des Princes : il lui dit que
la Reine y confcntoit auflî , & de très
bon cœur, & quiUlloity travailler,
auûîo
a r Hlftolre à' yinne d* Autriche, i j
auffi-rôr spres II manda le Duc de la i6f?,
RoclicFoLîcaulr , &c ie Marquis de Sil-
leri , pour traitrcr avec eux , à Stenaï ,
avec Madaœe de LonGucville, de le
Maréchal de Turcnnc, Toutes ces cho-
fes s'éxécnrerent avec un crand dcçont
de part ëc d'autre , &c avec le lucces
c]ue devoît avoir une Négociation for-
cée ôc dont la fincerlté étoic bannie*
Le Parlement demanda une réponfe
|)ofitive à la Reine , fur les Remon-
trances qu'on lui avojt faites , de cette
Princelle les fit venir dans fa Cham-
bre 5 où le Garde des Sceaux leur
promit ce qu'ils dcm.andoicnt j ma^s
il leur dit par fon ordre , queprcmic-
rement il falloit envoyer à Stenaï , afiii
que Madame de Longueville fe pu:
retirer des mains des Efpsgnols. îi les
affûra de la part de la Reine , qu'elle
alloit faire drelTer une Abolition en
faveur des Prifonnicrs , de qu'en la
leur envoyeroit. Le lendemain, il y eut
encore une grande prelTe au Palais
Royal pour entendre cette réponfe
qui fe fit dans la ruelle du lit de cette
PrincefTe, où elle étoit retenue par les
reftes de fa maladie. Le Garde dc>
Sceaux parla fi bas ôc fi mal , que pcr-
Tome Ir* B fonnc
2 6 Jlfemo'tres potir feyvîr
'6yï, fonne n'î put quafi rien comprendre ;
& dans cette occalion , non plus que
dans beaucoup d'autres , il n'acquit pas
la eloire d'être çrand Orateur : il efl
à croire auffi que le remords de la
Confcîence rempêchoit de parler fur
ce fujet.
Le premier , le Parlement s'alTcmbla
,,,^V'''pour la même Affaire. Cette Compa-
gnie doutoit avec quelque iujct , des
bonnes intentions de la Reine. Ce n'é-
roit pas une chofe agre'able à une fî
grande Reine , de fe voir forcée par
les Sujets du Roi fon Fils à faire ce
qu'elle ne defîroit pas : & comme ils
cherclicrent les moyens de lui faire
exécuter ce qu'elle leur avoir promis ,
la Fortune leur en donna de tels, qu'ils
eurent lieu d'en être contens.
Le Coadjuceur , jugeant qu'il e'toît
tems de fe déclarer ouvertement , prit
cette occafion pour faire voir fes fen-
timens. Il die dans la grand' Cham-
bre 5 que la Liberté des Princes étoic
un bien nécelTaire à l'Etat & au Pu-
blic y qu'il y falloit travailler tous
unanimement , que c'étoit fon avis ,
^< qu'il avoit ordre de Monfieur le
Duc d'Orléans d'alfurer la Compa-
gnie
a l'Hiflolre à' Anne d'Autriche, 1 7
gnîeqiie Son AlteiTe Roiale defirok la 16^1 ,
même chofe y qu'il êtoit prêt de tra-
vailler à ce deifcin avec tout le pou-
voir que fa NaifTance lui donnoit dans
le Royaume. Le Duc de Beaufort con-
firma ce que venoic de dire le Coad-
juteur^ ôc témoigna aufîi defircr la
Liberté des Princes. Quialî tous furent
furpris de ce difcours , ils croïoient
félon ce qui avoit paru pendant le
voyage de Bordeaux , que le Duc
d'Orléans étoit fur ce chapitre de mê-
me avis que la Reine, ôc ce change-
ment caufa une joïe univerfelle à toute
la grand' Chambre. Il y en avoit peu
qui ne fuiTent favorables aux Prifon-
niers , ôc ceux qui ne Tofoient être y
à caufe du Duc de Beaufort & du
Coadjuteur , fe trouvèrent alors en
pleine liberté de fuivre leurs fentimens.
Le Coadjuteur enfuîte fut rendre
compte au Duc d'Orléans de ce qu'il
avoir fait , qu'il accompagna d'une "
infinité de loiian^cs , que la voix
publique avoit donné à fa gencrofiré.
Ce Prince en fentit de la joye : il n'é*
xamina point les m.otifs qui lui avo-
ient fait prendre cette Refolution ,
qui font les fculsqui font les adions
B 2. bonnes
i8 Mémoires poHr fervir
bonnes on mauvaifes j «Se , avant que
' -^"^'dc fuuiil 1er dans Ton cœur , il fe crut
gcnei'ci X , il fc crnt bon , ôi s'imagina
qu'il avoit fait une a6tion tout-à-faic
Héroïque. Si le Duc d'Orlcans , par
un lentimcnt de Vertu , <Sj par des
voyes toutes légitimes s'ctant entière-
ment réuni à la Reine, avoit procure
la fortîe des Princes , & la Paix de la
Cour , félon qr/ii lui auroit été facile
d'en trouver les moyens , fa conduite
en ce cas auroit été loiiable , & pleine
de gloire y ôc la Reine qui feroit vo-
lontiers entrée dans ce defTein , lui en
auroit été obligée. Mais , dans le vrai
ce Prince n'en merîtoit nulle cftime ;
piîifqu'il étoit vifible que Plntrigue
des Frondeurs ôc fa facilité à fuivre
leurs Confcils , en étoit la feule caa-
fe. Ces évenemens (i extraordinaires é-
tonnerent infiniment le Mîniftre. Il
voyoit que la liberté des Princes étoit
devenue l'Affaire de tous , & il nç
pouvoir deviner les relforts de ces
g/ands mouvcmcns , ni ce qui avoir
eu le pouvoir de changer ii prompte-
menr les Cœurs , les Efprits , les In-
térêts, de tant de différentes Cabales.
Ce mémx jour , le Duc d'Orléans
vint
à rHlflolre à^ Anne à' Autriche , 1 9
vint au Palais Royal 3 le Mîniftre vou- 165!
lut lui parler contre le Coadjnreuf , &:
fc juftiiicr à lui fur les chofes dont il
le blamoit. Dans ctiiç: converfation ,
il arriva que le Miniftre ,■ parlant du
Parlement , en fit quelque comparai-
fon à celui d'Angleterre ^ & des Fron-
deurs à Fairfax & à Cromvvel , mais
d'une manière qui pouvoit avoir un
fens fort raifonnable , & dont il ne
devoit point être blâme. Le Duc
d'Orléans, ne fçachant que lui dire pour
fe défaire de lui , prit pour prétexte
de fc fâcher de ce Difcours , & s^en
alla brufquement de chez la Reine,
Le Tellîcr lui demanda , fi tout ce que
le Coadjuteur avoit dit de fa part en
faveur des Princes étoîr véritable , &
approuvé de lui / Le Duc d'Orleant
lui répondît fierem.ent , qu'il avoit
parlé félon fes fentilnens , & (elon fes
ordres , 6c qu'il approuveroît tou-
jours tout ce qu'il vonloit dire &
faire. Alors le Cardinal Mazarin , vo-
yant bien qu'il failoit que les Princes
fortilTent de Prifon, envoya le Maré-
chal de Grammont & de Lionne ,
traitter avec eux. Goulas , Secrétaire
des Commandemens de Mr. le Duc
B 5 d'Or-
3 o Mémoires pour fervtr
1 6p. d'Orléans , accompagna les deux au-
ircs j par Tordre de Ton Maître.
Le lendemain, le Duc d'Q^'leans ,
ponire par le Cjadjurear , envoya qué-
rir le MAréchal de Villeroy ôc le Tel-
lier. Il leur ordonna de dire de fa
part à la Reine , qu'il étoic mal fatis-
faitdu Cardinal , qu'il lui avoir parlé
infolcmmcnr , qu'il lui en demandoit
rai Ion & le pria de lui déclarer ,
qu'il deiiroît qu'elle l'éloignat de Tes
Confcils 5 & qu'il n'y prendroit jamais
place qu'elle ne Teuc chalTé. Il dit au
Maréchal de Villeroy , qu'il vou-
loit qu'il lui. répondit de la perfonnc
du Roi 5 Se qu'il le lui ordonnoît en
qualité de Lieutenant Général du
Roi a urne.
Le • ► Le jour fuîvant , ce Prince , qui juf-
^'^'^^'•qucs alors eut tant de confîderation
pour la Reine , fe portant quafi aux
dernières extrémités ., manda aux quar-
tiers de la Ville ^ détenir leurs Armes
prêtes pour le fervice du Roi j leur def-
fendant abiolument de recevoir d'autres
ordres que les liens, Il dit auflî au
Garde des Sceaux , & à le Tellier ,
de ne rien expédier fans lui être
communiqué. En même tems , il en-
vo}a
a r HJjlolre d'Anne d'Autriche, 5 i
voya le Coadjntenr au Parlement pour i C <: i .
rinrtriiire des defirs qu'il avoit de fai-
re fortir les Princes , & pour leur ap-
prendre à tous qu'il fe déclaroit con-
tre le Miniftre. Il prit un prétexte
fort indigne de lui , pour fe dire fon
Ennemi. Le Coadjuteur leur annonça
de la part de ce Prince , qu'il avoit
querelle' le Cardinal , parce qu'il avoit
eu la hardieffe, enprefcnce de la Reine >
de comparer leur Compagnie au Par-
lement d'Angleterre j ôc qu'il avoit
appelle les Frondeurs des Faîrfax &
des Cromwels. Celui qui faifoit la^
Narration , polir la ren-ire plus odieuie,
l'amplifia de toutes les paroles, qu'il
jugea devoir fâcher les Auditeurs , Se
leur rendit coa)pte auffi de ce que le
Duc d'Orléans avoit mandé à la Rei-
ne par le V^aréchal de Villcroy ôc par
le Tellier Ce Difcours excita une
furîeufe rumeur dans le Parlement
contre le Cardinal : on y fit des Pro-
portions contre fa Liberté ôc fa Vie.
Il y en eut trois de terribles 1. la pre-
mière de le faire arrêter : la féconde ,
dont fut Auteur le Préfident Viole ,
de le faire venir au Parlement, pour
y répondre de fon Adminîftration , &:
B 4 faire
3 1 Mémoires potir fervlr
ïéji. faire réparation de ce qu'il avoît dit
contre l'honneur de là Nation Cou-
Ion , fur d'avis de faire faire des Re-
montrances à la Reine , pour l'éloi-
gner 5 & Oii cria l'^ros le Roy ^ & jtoint
de Jïd.tx.a'i;^.
Ce mêaie joir , pendant que les
voyages fe faifoîcnt du Palais Royal
au Luxembourg, le Mînîilre vint chez
la Reine. îl dit tour liant , en prefen-
ce de tout le monie , qu'il avoit pré-
vu cet oracle. Il tic un c^ran-l raîfonne-
ment fur les caufes du mauvais état
de la Cour , les attribua qua(î toutes
a l'aaibîtioa déréglée du Coadjutcur :
& dit que pour lui , il étoic prêt de
partir, fî fou abience pouvoir redon-
ner le calme à la France. Il offrit à la
Reine de s'en aller , & l'airùra que le
zèle qu'il avoic pour Ton fervice &
pour TEcat le feroît toujours très
volontiers facrifier fa vie pour fa con-
fervation, mais, il protcfta en même
tems , que (i le Roy & la Reine ne le
vouloientpas lailfer aller, îl demcureroît
fort conftam Tient auprès de leurs
Majeftez , pour les fervir, & n'épar-
gnsroit pour cela , m ia Vie , ni fon
Hjnneiir. Beaucoup d'Officiers de
Gucr-
a i Hlftolre a Anne d' Autriche, 5 3
Guerre s'ofirircnt à kii pour faire 1^51.
tout ce qu'il lui plaîroit ^ & quelques-
uns lui conrcîUcrcnt alors de faire ve-
nir des Troupes , & de tenir bon dans
Paris ; mais, il n'ôfa haiarder la Famil-
le Roialc : Si la Reine , plus inréreffée
que lui à la confcrvation du Roi &
de Monfîeur , ne voulue entrer dans
aucune de ces Propoiijions. Elle fut
touche'e de douleur j''quand elle fut
ce que le Duc d'Orléans avoir dit au
Maréchal de Viileroî , &: connut la
conicqaencc xlu Commandement qu'il
avoir faîr aux Qiiarrcniers , ôc au Pré-
vôt des Marchands. Elle crut alors
qu'elle devolt tout craindre de ce
Prince , qui , malgré fa bonté natu-
relle 5 étoit capable des plus grandes
violences , quand il écoutoit de mé-
chans Confeils. Dans cette extrémité
elle fe refolut d'elTaïer , fi ce pouvoir
qu'elle avoir toujours eu fur lui ne
lui laillcroît point quelque refte d'é-
-quité pour elle. Elle lui envola dire ,
qu'elle vouloir l'aller voir , & qu'elle
fouhaitoît que le Cardinal le vît, afin
qu'il pût fe juftifîcr à lui des calom-
nies de fes Ennemis. Le Duc d'Orléans
répondit durement à cette civilité , &:
B ; lui
Ifjj I
3 4 Aiemo'.res pourfervtr
lui manda qu'il ne lui confeilleroît
pas d'y venir , de qu'il n'i avoir poinc
de fûrcté pour elle. La Reine lui en-
voïa dire , qu'elle ne craignoic poinc
le Peuple ; qu'elle fçavoit alTcz qu'il
avoir du refpecl pour elle ; ôc qu'elle
vouloir y aller rouce feule , puifque
la vue du Cardinal Mazarin pouvoir
lui déplaire. Il répliqua à ceccc féconde
AmbalTade , qu'elle n'y vinr pas , de
qu alTuremenr elle ne feroir pas en fii-
reté. Elle jngea par cercs Re'ponfe ,
qu'il ne la vouloir pas voir , Se fe re-
pofa fur la Confiance qu'elle avoir en
Dieu , ôc fur les forces de fon propre
courage. Le Tellier m'a die de-
puis 5 que dans ce rems iî broiiillé ,
où la Reine vie TErar menacé de ranr
d'orages , elle l'appella un jour Se lui
dit , qu'elle voyoir bien que rour croit
à craindre : que cecrc vue lui faifoic
préférer le bien de la France , le re-
pos de l'Erar , ôc fur rour les inrêrêrs
du Roi , à routes chofes : que fes in-
tenrîons avoicnr roûjours éré droires :
qu'elle confideroir le Cardinal , qu'el-
le le croioit fidèle , Se que jufques-là
elle avoir éré perfuadée , qu'elle étoit
obligée de le foutenir : qu'elle le cro-
* * •
XOiC
a C Hlfiolre d' Arme ^Autriche, 3 f
ioic encore , & que c*étoit Ton fenti- 1^5
ment j mais , que craignant de fe trom-
per 3 elle avoit voulu lui demander
Confcil fur ce qu^elle avoit à faire ;
& qu'elle le conjuroit , comme fidel
Serviteur du Roi , de lui dire au
vrai ce qu'il croioir qu'elle devoit fai-
re 3 pour farisfaire à fon devoir , con-
noiffanc qu'elle avoit à fe craindre elle-
même fur une affaire de cette impor-
tance. Ce fa^e Minière m'a die ,
qu'il fut furpris d'une telle Déclara-
tion 5 & fort embaraffé , & que ne
fâchant en effet ce qui fe devoit , où
ce qui fe pourroît faire de mieux il
confeilla la Reine de fuivre fes pre-
miers fcntîmens , comme les croyant
les meilleurs. On peut juger par là
que cette PrinceiTe , en foutenant foi
Miniftre i avec tant de confiance, m
l'avoît pas fait fans examiner avec cllj
même , & avec ceux qu'elle a cra
gens de biens & fidèles, les motifs qui
la dévoient faire agir , & fans con-
fulter fes devoirs, qui paroifTent par /
cette Converfation avoir été les Con-
dudteurs fecrets de fa fermeté , & de
fes adions. Te ne fcaifî le Tellier^,
qui pouvoic erre occupé auffi du dcf-
B 6 fein
3 ^ ][d' moires pour fervlr
16 J ^* ^cin Je confcrver ia Faveur , ne fie pas
cctce Reponfe , par la peur de déplai-
re au Cardinal. Dans la confidence
qu'il m'a fait de ce grand endroit ,
j'ai , ce me femble , apperça , qu'il
avoit été touché ; & que n'ofant efpe-
rer qu'an changement fe put Faire fî
facilement , il crut être obligé de ne
rien hazarder. Il douta , &: eut peur
que la Reine , h Ton Confcil venoit à
manquer de bonheur , ne le dît au
Cardinal : & il m'avoua fmcerement ,
^ auc toutes ces craintes lui étant ve-
nues dans l'Efprit , il penfal'en avertir ;
mais qu'enfin , aianc exactement fuivi
ion devoir , & ce qu'il croioit être le
meilleur parti , il avoit gardé le fc-
cret à la Reine , ^ qu? jamais le Car-
dinal n'en avait rien içû.
1^-4. Le Duc d'Orléans , voulant achever
v"viicr- Ton œuvre , alla au Parlement le qua-
trième de Février de ^rand matin ,
avec intention de Faire donner un Ar-
rêt contre le Carlinal Alazarin. Il
.voulut s'oppofer au Premier Pré(ident ,
qui , de(ii-ant travailler à la Paix de la
Maifjn Roîale , avoit déjà dit dans
rA'Temblée dernière , que puifque la
Reine confentolt à la Liberté des Prin-
ces,
à l'Hlflolre d Anne â* Autriche, 37
ces y il écoic jiifle que les Prifonniers i^çi.
la reçLiiTcnr par elle ; mais , ce n'éroit
pas ce que les Frondeurs delîroienr. Le
Duc d'Orléans y fut accompagné
des Ducs de Beaufort , de Joieufe, de
Retz , du Coadjuceur , &c de beau-
coup de Grands du Roiaume qui ont
Séance au Parlement. Il parla lon^ tems
6c fort bien : en ces occalions ce Prin-
ce faiioît alfez connoicre qu^il avoit
du favoir , de l'efprit & que fa jeunelTe
avoit été utilement occupée. Il informa
la Compagnie des fujets qu^il croioic
avoir de le plaindre du Cardinal : il
exagéra les Calomnies qu'il avoit dites
contre leur iiluftre Corps , &C confirma
lui-même en faveur des Princes tout
ce que le Coadjuteur leur avoit dit de
fa part. Il déclara qu'il n'avoir jamais
confenti à la détention des Princes ,
que malgré lui , & pour complaire à la
Reine , qui , par les mauvais Confeils de
fon Minière , avoir delîré de les faire
arrêter.! 1 leur dit que fa conduite étoic
blâmable en toutes chofes , & que
volant PEtat perdu , &: la Finance
mal gouvernée , il avoit fait cette Ré-
folution : de ne plus furvre les fcntî-
meas de la J^ciiie ; qu'il avoit tou-
B 7 jours
3 8 Ademoîres pour fervlr
/^ jours eu pour elle beaucoup de defFe-
rence , &: de refpeâ: : qu'il continue-
roit d'avoir ces mêmes fentîmens ;
mais 3 qu'il lui avoir mandé, qu'il ne
vouîoit plus aller au Confeil , que pre-
mièrement elle n'eût chafié d'auprès
d'elle le Cardinal ; & qu'aïant fait cette
réfolution , il venoit leur demander avis
fur ce qu'il avoir à faire.
Cette déclaration du Duc d'Orléans
plût à toute la Compagnie. Elle étoit
depuis long-tems mal intentionnée , ^
avoit pris le Cardinal pour Y objet de
fa mauvaife humeur. Les deux Cabal-
\qs étoient unies , qui compofoient un
grand nombre de Gens tous difpofez à
fronder.
Le Premier Préfident , qui ne s'é-
cartoit pas fouvent de fon devoir , ré-
pondit au Duc d'Orléans , avec des
marques d'eftime & de refped: pour
tout ce qui venoit de lui j mais , vou-
lant modérer cette impétuofité , il die
que Monsieur le Maréchal de Gra-
mont étoit parti , pour aller faire for-
tir les Princes, qu'en fbn particulier il
fouhairoit que fa Négociation eut une
heureufc fin ; mais que la Reine l'a-
yant envoie dans ce defiTein il n'étoïc
pas jufte de lui en ôtcr la gloire , puif-
qu'enfin
à r Hlflolre d'Anne et Autriche , 3 9
qu'enfin le Roy devoit erre Maître ab- k^j r,
folu de tous : & quant à ce qui le
regardoît en particulier 5 fur le fujcc
des plaintes qu'il faifoic du Miniftre ,
qu'il ofoit bien lui dire , que c'êtoit à
lui à V chercher , par fa prudence , des
remèdes qui fuHent plus doux que
ceux qu'on propoioîc ; puifqu'il étoit
raifonnable que nos Rois enlTent le
choix de leurs Minières ; & qu'il n'étoit
pas de fa bonté , de vouloir mettre le
feu au quatre coins de la France , pour
des refifentimens pafTagers qui fe pour-
roientaife'ment effacer.
Pendant que ces raifonnemens fc
font dans le Parlement , la Reine ctoit
occupée au Palais Roïal de ces mêmes
chofes j c'eft-à-dire , qu'elle vouloic
faire rompre cette affembiée , & fe
plaindre à Ton tour. Elle envoïa au
Parlement de Rodes , grand Maître
des Cérémonies , &: leur manda de ve-
nir au Pala's Royal trouver le Roy. Le
premier Pré(ident fâchant l'intention de
1^ Reine , voulut faire finir l'AflTcm-
blée ; mais le Duc d'Orléans fit opiner
là-delTus , 6c fir arrêter qu'ils demeure-
roient afî'emblez , j ufqu'au retour du
premier Préfîdent 6^. de ceux de fa
4 o Mémoires pour fervlr
Compagnie , qui dévoient aller fa voir
les volonrez de la Reine.
Notre Régente reçût ceux qu'elle
avoit mandé dans fa petite Galleric en
préfence de tous , coiffée de nuit , en
habit de malade. Le Miniftre étoic
debout près de fa chaîfe , & le Gsrde
des Sceaux étoit près de lui. Le der-
nier parla long tcms \ mais ^ à Ton or-
dinaire , c'eft-à dire fort mal. Il jufti-
fîa , par Tordre de la Reine, la Con-
verfarion du Cardinal Mazarin avec le
Duc d'Orléans. DuPlelîis Guénegault ,
Secrétaire d'Etat , lut publiquement
une Relation particulière de cet En-
tretien 5 faite par le Cardinal même ,
où il nia nettement d'avoir rien die
contre le Parlement , fe laiflfant enten-
dre qu'il n*av.oit eu intention de blâmer
perfonne , que le Coadjuteur.
La Reine parla près d'un quart
d'heure , & toujours de bon fcns 5 6i
gravement. Elle fe plaignît de TEfprit
fadieux du Coadjuteur, qui lui avoir
fait perdre l'Amitié du Duc d'Orléans ,
qui de tous tems lui avoit été chère.
Elle leur dit qu'elle avoit plus de defir
que lui , de faire fortir les Princes ; leur
promit de travailler inceflament à leur
Li-
à VHlfiolre à' Anne à' Autriche, 41
Libercé , & leur montra combien elle i6^î,
relTentoic le mépris du Duc d'Orléans ,
qui n''avoic pas voulu recevoir fa vi(i-
te. Le Premier Préfîdent , qui déc-
roît fcrvir les Princes fans l'inique
mélange de la Fronde , invita & prelTa
la Reine de donner de plus certaines
paroles de leur fortie ; mais elle , fans
s'expliquer d'avantage , lui répondit
toujours qu'elle lui avoit fait allez con->
noitre Tes intentions , & qu'elle n'e^i
pouvoit pas dire d'avantage.
Le Premier Préfîdent , retournant
au Parlement qui Pattendoit tout
ademblé , rendit compte à fa Com-
pagnie de ce que la Reine lui avoit dît \
Ôc le Comte de Brienne , Secrétaire
d'Etat qui l'avoît accompagné par (on
ordre , leur dit à tous en préfence du
Duc d'Orléans , que la Reine avoit
un grand regret de voir que des Efprits
brouillons &c fadieux lui eulTent fait
perdre l'Amitié de Mon (leur : &c que
quoiqu'elle eut été déjà refufée dans
l'offre qu'elle avoit faite à ce Prince de
l'aller vifiter , malgré fa foiblefTe , ôc
les relies de fa maladie , elle vouloit lui
faire dire en prefence de toute la
Compagnie , qu'elle étoit encore prê-
te
4 i Mémoires four fervlr
i^/i.te de Taller voir, pour lui montrei'
qu^clle ne defiroit rien tant au monde ,
que de le fatisfaire fur les plaintes qu'il
faiioit d'elle. Le Premier Préiîdent
rendit compte aufïi de la Narration ,
qu'on avoit fait lire devant lui, tou-
chant la converfation que le Cardinal
avoit eue avec le Duc d'Orléans \ ce
qui fut reçu avec mépris , & traité de ri-
dicule : éi j fur ce que le premier Pré-
/ident prelfa le Duc d'Orléans de re-
voir la Reine , ce Prince , pour s'en
défaire , lui répondît , qu'il vouloir
que la Compagnie opinât là-dciTuSjne
trouvant pas jufte de fuivre fes fentî-
mens fur une affaire de cette confé-
quence.
Le Premier Préfident , fans s'éton-
ner , dit que la Reine l'avoit afluré
"qu'elle alloit expédier un ordre au Ha-
1 vre 3 pour faire fortir les Princes ; fur
quoi le Duc d'Orléans dit tout haut
que cela éroit faux. Apres toutes ces
Difputes 5 & beaucoup de Contefia-
tions fur les Avis , qui alloient tous
contre le Cardinal , l'Arrêté fut enfin ,
que la 'Reine [erolt très - humblement
fuppliée de donner une VécU^.ratlon
d'Innocence en faveur des Princes , pour
les
à l'Htfiolre d'Ame d'Autriche, 45
les faire fortir \ & truelle feroit aujfi 16$ J»
très -humblement fuppliée d'éloigner le
Cardinal Adaz^arin de Ces Confei's , at-
tendu que Mr, le Duc di Orléans , Lieu^
tenant General du Royaume , ne pouvait
& ne voulait nullement y entrer tant
qu'il y fer oit,
La Reine , ce même matin , me fît
l'honneur de me dire , parlant de tou-
tes ces chofes ^ qu'elle ctoit refoluë de
tenir boij , & de ne pas faire fortir les
Princes fans leur Amitié j qu'elle vou-
loir fe mocquer de tous leurs Arrêts ;
bc qu'ayant les clefs du Havre , on ne
pouvoit pas la forcer de leur ouvrir les
Portes. Champlatrcux , Fils du Premier
Préfîdcnt , alla dire encore ce même
jour au Cardinal , que s'il vouloir en-
voyer vîtement l'ordre de faire fortir
les Prifonniers , fon Père & fes Amis
efperoient qu'on pourroit le fauver 5
mais 5 fans cela , qu'il n'y avoît point
d'efperance pour lui. Arnauld , grand
Confident du Prince de Condé, & de
mes Amis , me vint de dire pour le
faire fçavoir à la Reine , que fî dans
ce même jour on envoyoit un ordre ^
peut être Monfieur le Prince s'en tien-
droit obligé. Ce peut-être Siyant déplut
44 Mémoires pourfervîr 1
16 ji» à la Reine , à qui je le dis, elle s'en}
trouva fi defobligée , qu'elle me com-
manda de dire à ce Gentilhomm.e , que
je n'avois pu lui parler de cette Affai-
re.
Le lendemain , le Duc d'Orléans
manda le Duc d'Epernon , ÔC le Maré-
chal de Schomberg , Tun Colonel de
l'Infanterie Françoife , de Tautre des
SuilTes 3 & leur dit qu'étant Lieutenant
Général dt la Couronne , il prétcndoit
qu'ils dévoient recevoir de lui les ordres
qui regardoîent leurs Charges. Ils lui
répondirent , qu'ils favoîent le refpcék
qu'ils lui dévoient ; mais , que le Roi
étant préfènt , ils croioicnt ne devoir
dépendre que de lui feulement. Les
autres Ducs & Maréchaux de France
répondirent tous la même chofe , ôc
montrèrent de ne fe point vouloir deC-
unir de leur véritable devoir. Le Duc
de Mercœur fut Ci paffionné pour les
intérêts du Mmîftre , qu'il fit appeler
ce même jour Ton Frcrc le Duc de
Beaufort , pour fe battre contre lui ;
mais , il n'en fit rien , & ne fuivit point
fon premier mouvement.
La Reine manda Meflîeurs de
Ville , à oui on commanda de ne re-
cevoir
à l'Hifiolre a Anne d* Autriche, 4j
cevoir nul ordre , que du Roi , de la i(> j r
Reine , & des Secrétaires d'Etat, Ils
répondirent comme gens fidèles & bien
intentionnés ; mais , dans le vrai ils fi-
rent peu de tcms après auflî mal ^ que
s'ils entrent eu une volonté déterminée
au Crime. Le Duc d'Orléans les
manda en même tcms , pour aller par-
ler à lui. Ils vinrent auffi-tôt chez la
Reine , favoir d'elle s'ils iroient le
trouver. La Reine d'abord en fut fa-
tisfaite ; & , pour ne point montrer
d'aigreur contre ce prince , leur per-
mit d'y aller : mais , on leur deffendît
tout de nouveau de ne pas recevoir
d autres ordres que du Roi. Ils pro-
mirent d'obéir ; mais , malgré leurs pro-
melTes &c les Dcffenfes de la Reine ,
elle fut mal obéie : le Peuple fut en-
fuite réduit par mille artifices. C'cft
ce cjui les fit manquer à leur obliga-
tion.
Le Garde des Sceaux de Chatieau-
neuf, <5c le Maréchal de Villeroi , Né-
gociateurs fecrcts pour faire charfer le
Cardinal , étoient accompagnez de le
Tellier , qui n'avoit pas les mêmes in-
tentions 5 mais , celui-ci agiffant droî-
tement laiffoit néanmoins entendre
qu
11
^6 Afemolres ^our fervlr
iC<i, ^u'il ne Tadmiroîc pas toujours. Beau-
coup de voyages fe faifoitnt au Luxem-
bourg de la part de la Reine par les
trois Médiateurs , pour trouver les
moyens de pacifier les Affaires. L^ Ar-
ticle du Miniftre plaiioiraux deux pre-
miers : ils trouvoient, félon leur iou-
haits, que ce Prince étoit refolu de te-
nir bon fur cela , & leurs peines n'ap-
porcoient nuls remèdes à ce mal qui
choquoit directement TAutorité Roya-
le. Ces AmbalTadeurs interefîés Pa-
rens & Amis , 6c remplis d'un même
defir , eulfent été bien fâches à'cn
trouver à cet égard ; mais l'un & l'au-
tre étoient gens , qui aimoient l'Etat à
leur mode , Se qui n'auroient pas vou-
lu pour voir leurs palîîons particulières
fatisfaites , travailler à la diminution de
la PuilTance Souveraine : ils vouloient
éloigner le Cardinal , pour demeurer à
fa Place, ôc par même moyen ils au-
roient employé de bon cœur tous leurs
foins pour le fervice de Roi. Le Gar-
de des Sceaux , par ce fentiment , mé-
nagea avec le Duc d'Orléans, & les
Amis des Princes , un Traité particu-
lier avantageux à la Cour , où le Coad-
juteur n'avoit point de parts ^ même,
en
à l'Hîflolre d'Anne d'Autriche ^ 47
en ce cas , fa perte étoit refoluë entre i^ji.
eux fans la participation du Duc d'Or-
léans. Les Amis des Princes , ravis
de pouvoir efperer la perte du Chef
des Frondeurs qu'ils n'aimoient pas ,
s'obligèrent défaire figner aux Prifon-
niers ce Traité , qui en effet etoit utile
à l'Etat ; & , quoyqu il allât en beau-
coup de chofes à diminuer la pu'lîance
de Mr. le Prince, ils ne laiflerent pas de
l'approuver ;, par le plaifîr qu'ils curent
de penfer , que le Duc d'Orléans de
même ,. en perdant le Coadjuteur ,
n'auroit pas Ton compte. Si la Reine
eût pu juger alors de ces Affaires ^ ôc
"de leurs conleils fans préoccupation ,
elle auroit peut- être accepté ce parti ;
quoique félon les apparences elle au-
roit paru infenfible à fon Miniftre y
car 5 rien ne lui étoit fî cher que l'a-
vantage du Roi 5 & le repos de la
France : mais :, toutes leurs négocia-
tions en particulier furent inutiles ,
& ne fervirent de rien^parce que tout ce
qui venoit du Duc & du Maréchal de
Villeroy étoit fufpe6tt à cette PrincefTe ,
qui les foupçonnoit d'être d'intelligen-
Ce avec le Duc d'Orléans qu'elle voyoît
vifîblement fe déclarer contre elle 3 & ,
fes
V
48 Afemolres pour fervlr
r^ji. fes foiipçons n'étoient que trop bien
fondez. |
j^ç Sur le foir de ce jour , les Gens du
Février. Roi vlnienc exécuter leur Arrêté , &
Tupplicr la Reine de contenter les fou-
haits du Public. Le Premier Préfident
n'y fut point : il envola les Gens du
Roi exprès , afin que cette Députation
ne fut pas fi remarquable , & pour
laifler ce tems à la Reine, qui lui don-
noit le moicn de les remettre à une
autre fois. On les reçut donc au Con-
fcil 5 & on leur promit leur Réponfe
pour le lendemain. Dans Tétat où
étoît le Cardinal , un jour feulement
lui étoit important , parcequ^il retar*
doit TArrêt , qu'il voioit bien que le
Parlement méditoit de prononcer contre
lui.
Le lendemain fixieme , le Parlement
s'aifembla. Tous fe plaignirent du Pre-
mier Préfident , qui a voit fait faire les
Remontrances par les Gens du Roi.
Ils arrêtèrent qu'il lesîroit faire lui mê-
me 5 mais , il demanda du tems , fei-
gnant de n'être pas préparé , & dit
que les Gens du Roi viendroîcnt de-
mander Audiance à la Reine. La ru-
meur, fut grande au Palais : tous fc
mi-
à tHlflûlre â^Anne d'Autriche^ 49
mirent à crier , que le CardinM férljfe , i^ 1 1
quil foît chajfé , & point de A^^aza^
ri}K
Tontes ces tempères (étonnèrent 4e
Mîniftre 3 de le firent penfer à la Re-
traite. Plùileurs de Tes Amis lui of-
frirent tout de nouveau des Places^:
des Troupes , & les Maréchaux de
France qu'il venoit de faire avoient en-
vie de le fervir. Ceux même y qui
defiroient le plus fou éloignement ,
dirent dans le Confeil du Roi qu'il y
avoit des moiens pour le loutenir. Oa
propofade faire venir des Troupes dans
PariSjde cantonner le Quartier du Palais
Roial 5' & de tenir bon contre le Duc
d'Orléans. Toutes ces chofes ne fu-
rent peint approuvées de la Reine , ni
de Ton Minidre 5 par la raifon que j'ai
dite 5 & à caufe des maux que cette
réfi fiance âuroit du eau fer. Madame
de Chevreufe , qui depuis la Prifon du
Prince avoit paru afTez attachée à la
i Reine , 5< qui faifoit mine d'être x\mic
du Cardinal , & de lui donner de fa-
kitaires Av{s , lui confellla de s'éloî*
gner pour quelque tems , afin de laifl
fer palTer l'orage. Elle promit à la
Reine ^ qu'elle travailleroîtàleracom-
Teme IF^ C aiodec
5 o. Mémoires pourfervlr
i6ji, moder avec le Duc d'Orléans- , ôc
qu'enfuite il feroit facile d'engager ce
Prince à confentir à fon retour. Peut-
ctre qu'elle l'auroit fait pout obliger la
Reine , ôc même pour y chercher le
plaifîr de l'Intrigue & de la Nouveau-
té ; mais 3 avant que delà fervira^ par
préférence à toutes chofes, elle vou-
îoit voir les Princes fortir de Prifon ,
Ôc que le Mariage de fa Fille fe fit.
C'eft ce qui Pobligeoit de prefTer fi
charitablement le Cardinal de î>'cn al-
ler. Madame la DuchelTe d'Aiguil-
lon lui donna le même Confeil , ôc
courroît le peu d'Amitié qu'elle avoît
pour lui . du bien de l'Etat, difant au
Cardinal qu'il merîteroît de cette Ac-
tion beaucoup de gloire , fe facrifîant
pour la Paix publique , Ôc pour le re-
pos de la Reine.
L'ame du Minîflre étant agitée de
tant de trouble , pleine de tant de fu-
jets de crainte , ôc touchée de tant de
différentes paillons qui le travailloient,
n'ofant ufer de remèdes extrêmes ,
choifit enfin , à ce qui parut , de s"'en
aller au Havre délivrer lui-même les
Princes. Il prit un ordre fecret de la
Reine adrefTé à de Bar , par lequel elle
lui ordonnoît d'obcïr ponduellement
au
a PHlfioire d'A'/ine (^Autriche, j r
au Cardinal. Ce Miniftre crût peuc- ï(?5i
être fe pouvoir rendre le Maître de ieui:
Prifon pour les y retenir y ou qu^en ou-
vrant lui-même la porte il feroic fon
accommodement avec eux , & que de-
vant compter la Reine pour beaucoup
ils voudroient fe remettre de Ton côté ;
mais > il fut trompé en tout ^ & il con-
nût que les grâces , qui fe font par for-
ce 5 n'obligent point ceux qui les reçoi-
vent. Le Cardinal communiqua fou
deiïèin à la Pleine. Elle y confentît ,
parce qu'il étoit difficile que le regar-
dant comme un Miniftre fidele,le feul
qui fut dans les intérêts , & qui lui pa-
roififoit defirer le plus (încerement le
bien de l'Etarjelle ne pût éviterde fuivre
fes fentimens jmaiSi de la manière qu'-
elle me fit l'honneur de m'en parler^el-
le me fit voir , fans s'expliquer entière-
ment, qu'elle ne Tavoit pas approuvé.
Elle crût de plus que ce voyage pour-
roit avoir de facheufes fuites. Les vou-
lant évîter,elle & fbn Miniftre jugerenc
qu'il feroit avantageux au Service du
Roi de le tirer de Paris , & à elle de le
fuivre ; & par leur retraite commune
échapper aux trahKbns des Factieux.
La Reine fut perfuadée qu'étant hors
de cette confufion , elle pourroit avec
C % fes
5 2 " Afe moires poHr fèrvîr
]6j i. Tes Armes ôc les Clefs du Havre , dont
elle croioic être encore la Maîtrefle ,
remédier à des maux qui paroi (ïbienc
la devoir accabler j mais ^ félon ce que
j'en peus juger , fes vues ne furent pas
des réfolutions , parcequ'elle ne pou-
voît pas agir fur un fondement certain;
6 5 G dans ce tems-là elles ont été fai-
tes 5 du moins elles n'ont point été
feues ; mais, à la vérité , la Reine en a
été fortement foubçonnée : dans cette
extrémité , les dIus extrêmes réfolu-
tions fe dévoient prendre.
Le Cardinal étant donc réfolirte
partir , il vint chez la Reine le (ôir de
ce jour fixieme de Février. Elle lui
parla long tems devant tont le monde ,
dans la créance que vrai fcmblablcment
ce fcroit la dernière fois qu\4le le ver-
roit. Nous 5 qui étions préjfentes à
cette Conférence , Ôc moi comme les
autres 5 ne pûmes apercevoir aucune
altération dans fon vifage. Sa gravité
ne l'abandonna point. Son Cœur ^ qui
étoit touché fans doute, de colère , de
haine , de pitié , de douleur , & de dé-
pit j ne laifla rien voir au dehors de
tous ces fentimens , ôc jamais je ne
'l'ai vue plus tranquille qu'elle le parût
alors
à rniflolfe d'Anne d'Autriche, f^
dors. Le Cardinal étant enfuîte de- 1651
meure au Confeil , qui entretenoît la
Reine de Tes malheurs , l'Abbé de Pal-
luau 5 Ton Maître de Chambre , lui
vînt dire que dans les rues le Peuple
paroiflbit fort emû Ôc qu'on crioic par
tout , Aux Armes. Comme fon def-
fein étoit de s'en aller , il prit dès le
moment congé de la Reine , fans té-
moigner de le prendre , de peur de
marquer aux Spectateurs ce qu'il no,
vouloir pas qu'ils fçufTent. Quand il
fut dans Ton Appartement , il fe vetic
d'une Cafaque rouge , prit un Cha-
peau avec des plumes , 6c fortit à pied
du Palais Roial fuivi de deux de ies.
Gentilshommes. Il alla par la Porte
de Richelieu 3 où il trouva de Tes gens
que Pàttendoient avec des Chevaux , 6c
delà il alla pafifer la nuit à Saint Ger-
main. Son premier deflein fut de for-
tir par la Porte de la Conférence ;
mais , il eut avis qu'on avoit voulu .
tuer de fes Domeftiques devant le lo-
gis de Mademoifelle , qui logeoit aux
Tuilleries ^c cette rumeur l'obligea de
fuir par le plus court chemin. Déjà
le bruit étoit répandu par tout , qu'il
devoit partir , fans pourtant que l'on
C 5 fçu^
54 Mémoires four fervlr
i6<t, ïçut au vray s'il le feroit ^ ni quel
etoit fon defTcîn,
Le Cardinal connut alors que la
Princeffe Palatine lui avoitdit vrai, &
qu'il avoit eu tort de ne la pas croire, lï
lui écrivît de Saint-Germain, qu'il Ta-
vertifToit qu'il alloit faire fortir les
Princes, ôc que félon cette promelïe
qu'il lui faifoit,il lui dcmandoit qu'elle
lui tint Iaparo!e qu'elle lui avoit don-
née , de l'obliger en ce qu'elle pour-
roit 3 ôc de s'attacher à la Reine y lors-
que le Prince de Condé feroit en liber-
ré. Elle lui avoit toujours fait dire ,
qu'elle s'étoît engagée de fervir les
Princes ; mais , que n'aimant point les
Frondeurs , lorfqu'elle feroit iatisfaite
par l'heureufc fin de fa Négociation ^
Ton feul defir étoit d'entrer dans les in-
térêts de la Reine , & de fe lier entière-
ment à elle. Le Mînîllre n'oublia rien
pour l'engager dans fon Parti : il Jui
fît offrir de dignes recompenfes des
foins qu'il fouhaitoit qu'elle voulût
prendre de fes Affaires , ôc particuliè-
rement la Charge de Sur-Intendante
de la Maifon de la Reine future.
N La PrincefTe Palatine , par qui j'aj
été inftruice du détail de fa conduite
ac-
' à VHtfioire à' Anne à Autriche. 5 5
accepta ces avantages. Elle vouloic iG
s'établir par la Reine , de qui feule el-
le pouvoir recevoir des grâces propor-
tionnées à fa NaifTance ;, & à fa Gran-
deur. En fe procurant du bonheur ,
elle fauva la Reine & lui donna le
moyen de foûtenir le Cardinal. Cette
Princeffe adroite & habile , qui avoît
alors la confidence entière des deffeins
des Princes & des Frondeurs , fe gou-
verna fi judicieufement qu^elle les rom-
pit quafi tous. Elle ralentit d'abord
l'ardeur impetueufe des Frondeurs , &
fit naître enfuite des dégoûts pour eux
dans Tefprit du Prince de Condé , qui
firent changer les intérêts , ôc les fcn-
timens de tous les Adeurs.
" La Reine j après que le Cardinal fut
parti , demeura le reftc du foir à s'en-
tretenir de chofes iudifFerentes. Elle
parut la même qu'elle avoit accoutu-
mée d'être. Ceux qui l'obferverent ,
& nous-mêmes , en furent étonnés 5
car , il étoit împofiSble d'attribuer fa
confiance à fon infenfibilité. Aufli ,
doit-on dire à fa loiiange , pour fatis-
faire fimplement à la vérité, que dans .
toutes les grandes occafions , nous l'a-
yons toujours vue recevoir d'un vifage
C 4 égal
^€ Jkfemoires pour fervlr
1 ^ J î » ^S^^ '^s peines qui font accoutumées;
de troubler tons les aiuires.
Le lendemain , comme j'approchai
d'elle 5 je lui demandai en lui baifant la^
main , comment elle iè poreoit. Elle
me dit , Fopu le pouve'^juger vous me-
me. Et , fe confiant affez en moi pour
me montrer (înccrement quelque cho-
fe des fentîmens de Ton amc , elle me
^x. entrer dans Ton Oratoire , & me-
commanda d'en fermer la porte..
Alors 5 nvétant jette à fes pieds , elle,
me fit l'honneur de me dire , Que dl'
tes vous de l'état ou je fuis r* Je lui ré-
pondis ,Je dis y Madame ^.qu il efl
ejfroiaMe , & que vous avez, hefoîn d'u^
ne gra?7de Grâce de Dieu , & d'une
extrême Sagejfe , four vous en tirer. On
vous arrache un Ministre ^ar force : c*efi
une marque de lafoihle^e de votre Au^
torltéy& que peut-être fi vous r endu-
rez. , cette violence pourra la détruire
tout-à-falt, Aldls Madame , lui dis-
jc , pardonnez, - mol fi je vous dis
OHjfi , dans la feule vue de vos intérêts ,
ijjue Aïrje Cardinal alant , de l'Avis
des plus Sages , manqué de Conduite en
beaucoup de chofes , ceux qui vous font
jideks font bien fâchés de voir que vou^
fonf-
àr Hlflolre â'Anne ^Atitrlche. 57
foujfrlés de [es fautes , oh de fort mal- 16^1
heur : & je ne fç^l f unijornmc cholfî
•par vous même , & détaché de toutes
ces Caballes , qui vohs font od'eufes ,
m vous ferolt pas plus mile , dans des
tems comme ceptx cl , oh vous avez,
bien befoln de Confill, Penfez^y hlenyMa^
dame , lui dis-je 5 car , pour mol ^
comme je ne fuis pas capable de décider
de ces chofes , tout ce que je puis dire
à F'otre Majefïé , cef; que je fnls prête
de la fervir fidellement en tout ce qu el-
le me commandera, y aurai Pour fes
volontez une oheljfance toute entière : je
fuis toute à elle j & quoique Air, le
j Cardinal m^alt toujours maltraitée ,&
qull ne m'ait jamais fait de bien con-
fidérable , Votre Majefié fe peut affurer
que lui devant tout k elle , je ferai à
fa feule confédération tout ce qui me fera
Pojfible pour la fervir. Pendant que je
lui parlai :, elle m'écouta toujours avec
une grande application. Elle me ré-
pondit ^ Vous avez, raifon fur tout ce
que vous me dites ; mais , il efl ajpz,
difficile de trauver cet homme defi-ntê-
reffé , qui ne foit de nulle Cahalle ,&'
dlfcerner ce qui me convient. Ne le
foHvant pas juger moi -même- , je crol
C J que
5 8 Mémoires pour fervlr
16^1, que je fuis obligée de dejfendre un IUl-
râftre que l'on mote par force, J'ejpe-
re toujours que Dieu anra pitié du Roy ,
dr quîl ne vjudrd pas abandonner fin
innocence, ni le faire fouffrlr de mes
malheurs , & de ceux du Cardinal, Je
fçay y comme vous dîtes , qull a des dé-
fauts y ér quil a fait beaucoup de fau»
tes. Je fçay auffi quîl a certainement
de très-bonnes intentions , pour le Servie
ce du Rot & le mien ; qull a ghrieu-
fement conduit fis Affaires , Iwfquon
l'a l ai Jfé faire ; que les cinq premières
Années de ma Régence , ont été heur eu-
fis '-, et qu ayant été trahi de ceux qu'il
^La a obligé "^ y il efi difficile que cette inl-
•*^^^"^ quiié ne lui foît nuifible \ & cela, me
parler fi^^^^^ s m'oblige d'en avoir plus dâ:
au Ma\P^^^^' Apres ces paroles 3 étant tom-.
lêchal bée dans une profonde rêverie 5 elle y
àt Vil demeura quelque tems^ puis me die ,
'' J^ ^^ veux plus parler fur ce Chapitre ;
car je craindrais me fouvenant de /V-
tat ou je fuis d'être trop folble^ Et
pour vous y me dit cette grande Prîn-
ceiTe 3 ]'avou'é que le Cardinal n'en a
pas ajjez. bien ufé avec vous ^ maïs , je
"VOUS fiay un fort grand gré d'en agir
C9mrm vçmfét§i i.c.efi um marque ds
à VHlfloire à* Ame d'Autriche, $ 9 ,
là bonté de votre cœur^ dont ]Ay ton-- 16 j il.
jours eu bonne opinion j & je me char^
ge de lui mander , que vous méritez.
plus que ce que vous avez,. Elle le fîc
en e&c ; car le Cardinal le die alors
à quelqu'un de mes Amis. Comme je
ne m'aydai pas , & que je me contentai
de bien faire ^ fans m'en faire valoir au-
près de lui 5 il fe contenta aufïi de me
faire de grands complimens , & de
grandes promefïes , qui m'ont été fore
inutiles.
Tout ce jour y la Reine fit bonne
mine , & demeura tranquillement au
Cercle, avec les Princefles qui vinrent
Ja vifîter. Le foir , étant dans Ton pe-
tit Cabinet avec fa Cour ordinaire ,
après avoir long-tems écouté Nogcnt y
qui entretenoît la Compagnie de ces
mêmes faribolles qu'il avoir acoutumé
de dire , la Reine , me faifant figne de
m'approcher d'elle , me dit tout bas ,
y avoué que ce que me dit aujourd'hui cet
homme , me paraît plus ridicule qu'à
l'ordinaire : ôc après avoir un peu rê-
vé , elle continua , & me ûz Thonneur '
de me dire , Je voudrlos qullfut toM--.
jours nuit , car quoique je ne ppiijfs
. dormir ilefiknçç & la foUtude me plal-
G ^ fenty
€o Mémoires pour fervlr
i(jAiifi^^^ 5 pfircequs dans le jour je ne f a^'
que des gens qui me trahîjfent.
Quand on Içut dans Paris que le. -
.^ Miniftre étoit parti ;, cjuil étoic à St.
Germain, & qu'il pouvoit aller au Ha»-
vre où étoient les Princes y l'înquiétu- .
de fut grande dans tous les Partis,^
On crût qu'il ail oie refférer les Portes
de leur Prifon ; ou , qu'il ne les ouvri- •
roit , que quand il auroit une certitude
eiitierc de l'Amitié du Prince de Cou-
dé , &; dans le ccms qu'il pourroit \m
en être obligé. Par cette raîfon , tous .
les intérefTez au retour des Princes réfcif- ,
lurent de prelîer d'avantage la Reine. ^
Ce même jour , cette Princeife avoit
envoie le Maréchal de Villcroi , &le
Garde des Sceaux , avec le Tellier ,
prier le Duc d'Orléans de venir au ,
Confcil j mais , ce Prince par l'Avis du .
Coadjuteur n'y voulut point aller , &
s'excufa \ dlfant , qu'il n'y pouvoîc
avoir de fiireté pour lui , que premiè-
rement il ne vît les Princes fortis da
Havre. La Reine y envoia tout^ de •
nouveau , S^ lui écrivit de fa main ,
pour l'en convier ^ s étonnant de ne le •
point voir après ce qu'elle vcnoît de
faire à fa ç onûderatîonjmais^il demcti-
à T Hlfloîre d'Anne- d^ Autriche, 6 1
ra ferme dans fa première réfolution , î Cj-i i
& dit qu'il n'y reviendroic point,
qu'il n'eut une. fureté entière , tant fur
la Liberté des Princes , que fur réloî-
gneraent du Cardinal , qui ne paraif-
ioit pas être banni pour jamais.
Le Parlement avoir député à la Rei-
ne- , pour la remercier de Péloîgnc-
mentdu Cardinal , & pour la fupplier
de donner promptemcnc fes ordres 3
pour la fortic des Princes.. Elk leur
répondit 5 qu'elle étoit toute difpofée
à cela ; mais , que premièrement
elle vouloir conférer avec Monfieur
le Duc D'Orléans fur cette Affaire , ,
chez elle , chez lui , ou en lieu neu- .
tre; ne trouvant pas jufte qu'il refufât .
de venir prendre fa place au Confeil ^
après ce qu'elle vcnoit de : faire poiir
lui.'
Le jour fuivant, té Piarîemcnt é-
tant. alTemblé , le Premier Préfîdcnt
rendît compte à fa Compagnie, en.
préfehce du Duc d'Orléans , de ce •
que la Reine lui avoir dit. Ce Pdn-
ce lui' répondit qu'il nétoît point né-
cefTaîre qu'il arlât au .Palais Royal $ ,
pour dire fon Opinion fur la fortîe
■de^, Pnnç^S'5 puifq«'ii n'a voit lien à i
CL 7 dire,-
6z Jliêmolres pourferw
ï6ji, dire que les mêmes chofes qu*ll avoîc
déjà dites > qu'il étoîr prêt de confcn-
tir à leur liberté , Se que Ton defTein
étoit d'éloigner entièrement le Cardi-
nal des Confeils du Roy ; qu'en ces
deux points confilloit le repos de TE-
^ tâz^ôc CsL propre fatisfadion j que la
Reine fe mocquoît d'eux , quand elle
leur promettoit l'un de l'autre , &
qu'elle avoit feulement changé la de-
meure du Minîftre du Palais Royal au
Château de Saint Germain ; qu'il gou^
vernoit de ce lieu comme dans le tems
.qu'il étoit auprès d'elle j qu'il falloir
chaffer fes Créatures , fes Nièces , ôC
fon Neveu , qui étoient demeurés à
la Cour ; que leur prcfence faifoit ai-
fez voir , que l'intention de la Reine
étoit qu"*il revînt , ôc qu'elle ne vou-
loit point faire fortîr les Princes de
Prifon. Il y eut grand bruit au Pa-
lais. Plufîeurs avis furent contre le
Cardinal : quelques-uns voulurent que
l'on décrétât contre lui , fes fauteurs
& adhérans , 6C ceux qui Tavoienc
fuivi. Le Duc d'Orléans s'y oppofa >
di(ant que cela n'étoit pas jufte ; que
fes Amis étoient loiiablcs de l'avoir
£4ivi y de en avoicjit ufc en Gens
d'hoîx-^
à VHiffoîre d'Anne d'Autriche 6 y
d'honneur. Quelques autres vouloient i6j i,,.
qu'on allât faccager fa maifon , &
qu'on le déclarât Perturbateur du re-
pos public. Des - Landes - Payen fut
d'avis de deffendre pour jamais aux
Cardinaux l'adminîftration des affai-
res d'Etat 5 vu qu'ils avoîent juré de
promis fidélité au Pape , ôc qu'ainfi ils
ne pouvoient pas fervir à deux Maî-
tres. Il y en eut qui allèrent jufqu'à
cette înfblente tyrannie de deffendrc
tous Favoris en France ; ce qui tenoîc
un peu du ridicule. Le Duc d'Or-
léans répondit fagement , difant qu'ils
étoient tous fujets du Roy , ôc que
quoyqu'il le fût en un degré plus
éininent que les autres , il étoit pour-
tant un de ceux qui lui dévoient obeïr
en cette qualité , ôc qu'il n étoit pas
jufte qu'ils donna{fent des Loixà leur
Souverain. Il ajouta ces belles paro-
les : Véritablement , il fer oit à fouljaiter
que les Roys ri eu(fent jamais de Favoris i
mais y nous ne devons fas les empêcher
par force, La modération de ce Prin-
ce les rendit plus humblesc II fut ar-
rêté que les gens du Roi iroient trou^
ver la Reine, pour lui faire de nou-»
vellcs Inftances fur k forcie des Pxin*
ses--
6 4 Mémoires pour fervlr
iG^ji. ces & l'éloignemcnt da Cardinal.
Les Princes / Ducs & Pairs , Ôc
Maréchaux de France , s^afTemblercnc
par l'ordre de la Reine , pour avifer
aux moïens de remédier à ces defor-
dres. La Reine , leur difant Tétac où
ellcécoic, ôc comme elle avoir éloi^
gné le Cardinal, pour complaire au :
Duc d^Orleans , exagéra , avec des pa-
roles pleines de douceur ôc d^honnéte-
té, le peu de fatîsfadion qu'elle re-
cevoir de Ton procédé. Elle leur de-
manda Confdl fur ce qu'elle avoir à .
faire , Ôc lear témoigna vouloir pren-
de confiance en leur fidélité. Ils ré-
folurent de députer quelques - uns
d'entre eux vers le Duc d'Orléans ,
pour le convier de revenir au Confeil ,
ôc pour lui répondre en Corps de la
part de la Reiiie de la fureté qu'il y
trouveroit pour fa Perfonne. Cette •
précaution étoit neceiïaire , pour raf-
fûrer ce Prince, qui avoir lieu de
craindre, qu'en travaillant à la Liber-
té d autrui il ne perdit là fîenne.
Le Duc d'Elbcuf, portant là paro- '
îé, fut maltraité par le Duc d'Or- -
Icans. Il lui dit, ^fte cela étoit joli,,
dçvQÎr qH*U étm contre le Carâind' ,
quandii
a l^Hlftolre à' Anne d* Autriche . 6 f
^uand lui en avolt été le ProteEleur \ & i ^ j j ,
quà préfent qu'il s'étoit déclaré fin En-
nemi , il fut four lui i Si le. fit taire
avec affez de hauteur : Madame lui
dit 5 quelle êtolt au defejpoir qu'il fut
du Sang de Lorraine , & lui parla avec
un grand relTentimcnt de fa conduite.
Enfuîte de cette réprimande j le Duc
d'Orléans s'adrefTa aux Ducs de Ven-
dôme & d'Epernons, leur die , qu'il
ne pouvoit aller au Palais Royal fans
y conduire les Princes.
Sur le fôîr de ce même jour , les
Gens du Roy étant venus trouver la
Reiene, pour lui repréfenter ce que le
Parlement avoir arrêté , elle leur pro-
mît pofîtivcment la fortie des Princes ,
& leur dit que puifque le Duc d'Or-^v
leans ne voutoît pas îa voir , elle en-
voïeroit le Garde Sceaux conférer
avec lui de ce deffein. Cet homme ,
qui fe voïoit alors dans la Place de
Premier Minîftre qu'il avoit tant foUr
haitée, pour empêcher, à ce qu'il
difoit , les furiéufes Réfolutions du
Parlement, conleilia à la Reine de
leur promettre Péloignement du Car-
dinal, fans efpérance de retour.. Ij-
tuî die qu'elle devoit faire paroître
que.
66 Afe??zolres pour fervlr
i(?/i.que cette refolution vcnoît cîe (on
propre mouvement. Elle le fît , pour
le tromper lui-même : & lui aufïï de
fbn côté trompoit la Reine à Ton tour.
Il vouloît qu'elle s'engageât publique-
ment à ne plus rappeller Ton Mîniftrc j
fçachant bien que fur les paroles de
cette Prînce(re le Parlement ne man-
queroit pas de fe déchaîner contre lui.
Alors 5 le Cardinal envoya fupplier la
Reine , de faire fortir Tes Nièces &
fon Neveu de Paris. L'Abbé Onde-
dei les mena à la Maréchale d'Ho-
quîncourt j 6c cette Dame les mena
à Peronne j après qu'elles curent
été cachées quelques jours dans la
chambre de Madcmoîfelle deNeuïI-
l^e ^ lant devenue* Madame de Navailes ,
Fèytier. mais dont le Mariage n'étoit point dé-
claré.
Le jour d'après 5 les Gens du Roi^
ayant fait leur relation au Parlement , ^
^ le Duc d'Orléans accepta la conferen* '*
ce avec le Garde des Sceaux, ^lesaffû-
ra qu'en deux heures avec luijtoutcs les
chofes nécelTaîres feroient expédiées,^
que même laDéclaration touchant l'in-
nocence des Prifonnîers feroit drelTéc.
Toute la Compagnie fe rcpofa fur la
à VHifiolre d'Anns (^Autriche, Gj
parole du Duc d'Orléans \ &C la Rci- 1(^51,
ne 5 paroifTant vouloir abandonner le
Cardinal , ils furent tous d'une voix
à donner un Arrêt contre lui , qui
portoit,
" Qii'en conféquence de ladite ^.
» Déclaration , ôc volonté du Roy 6c
>' de la Régente , dans le quinzième
» du jour de la publication du prc-
" fent Arrêt , ledit Cardinal Mazarin^.
" fes Parens ôc Domeftiqucs étran-
" gers 5 vuideroient le Royaume de
" France , Terres 3c Place:> de TO-
" beïflance du Roy ; ôc faute de ce
faire , ledit tems paffé , feroit con-
tre eux procédé extraordinaire-
ment, permis aux Communes Ôc
*' tous autres de leur courre fus 5 fana
qu'ils puifTent revenir pour quel-
ques prétextes , caufes , emplois ,
*' ôc occafîons que ce foit : Ôc dcfFen-
" fes faîtes , ledit tems palTé , à tous
" Gouverneurs de Provinces , Maires
" ôc Echcvins de Ville , de les rece-
»
if
" voir.
» Fait au Parlement ce neuvième
w Février 1651. »
Pendant toutes ces Difputcs , les A-
mia.
é8 JMemolres four fervlr
i^jr.Amîs des Princes n'étoienc pas con*
tens. Ils appréhendoient toujours les
artifices ôc la mauvaife volonté du
Coadjuteur. Arnaud ^ ce même jour ,
me vint voir , le foir fore tara >_pôur
n^e prier de parler à- la Reine , & de
lui dire jque plus elle rctardbît de plus
elle engageoit Mr. le Prince avec fcs
Ennemis. Je lui en parlai ; mais , com-
me elle avoic pris fa Réfolution avec
le Cardinal , rien ne la pouvoit faire
cBanger.La Princeiïe Palatine ralTûroit
ceux qui étoient du Parti des Princes >.
quis'inquiétoient de Te'tat incertain où
ils étoient. Elle avoît fa promeflTe de
celui 5 qui apparement étoit le Maitrc
de leur Prifon. Elle etoit en couche,
quand; toute cette Négociation fe fit j
ëc 3 malgré fes délicatefTcs, elle ne laif-'
foît pas de conférer avec tous ceux ,
qui avoîent bcfbin de parler à elle. Les
Frondeurs , dans ce commencement ,
voulurent pouffer la Reine àPextrémî-
té î mais ^ cette Princelfe , leur Amie
en apparence 3 fur la parole du Cardi-
nal arrêta leur mauvais delTeiuj&difoic
aux Créatures du Prince de Condé en
qui elle s'intéreffoit véritablement,
^l'il falioit fe fervir des Frondeurs ,
fans
à T Hijlolre â*Ame d'Autriche, 6^
fans entrer dans leur paffion ; & qu'ils 1 6^ ï,
feroienc de fort Méchants Maîtres ,
s'ils le dcvenoient tout -à- fait ; que
rintéret de Mr. le Prince étoît fort
contraire à cela -, ÔC qu'il falloir tenir
les chofcs en état , qu'à Ton retour il
fur en pouvoir de choifir le parti qui
lui plairoit , ÔC même de dominer les
autres.
La Reine , fe voiant trahie de tout
le monde , fe réfolut de prendre con-
iiancc en Senneterrc , Comme elle fca-
voit qu il etoit de mes Amis , elle me
ht riionncur de m'en parler 3 & de me
demander Ci elle en pourroit cfpércr
des Confeils defintérclfés. Je lui dis y
ce qui croît vérirable , qu'avec l'cfpric
ÔC la capacité qu elle lui connoiiïoir ^
fa finelTc lui étoir alors necclfaire pour
la conduiredans le pas douteux où elle
étoir. Il avoir toujours paru Ami du
Garde des Sceaux de Chateauneuf ^
ÔC du Maréchal de Villeroi , la Reine,
par conféquent , doutoît de fa fineffc ;
mais , je fçavois qu'il n'avoir point de
parr dans leurs Inrriguesparriculicrcs,
&: qu'il fe mocquoît aflcz fouvenr de
leur conduire. Je le dis à la Reine ;
6: fur cerre affùrance ^ elle me corn-
mandaj
70 A'femolres pour fervlr
lé^î, manda' de lai parler. Il reçût avec ref-
peâ: la part qu'elle lui vouloit donner
dans fa confiance ; mais j^'ofe dire que
ce nefutpas fans de grandes réflexions
ni fans craindre de parrîciper aux
maux dont elle étoit menacée : & , je
vis clairement qu'il n'eut pas été bien
aife d'attirer fur lui les loupçons du
Duc d'Orléans, Il me donna d'abord
des Mémoires pour donner à la Reine,
ou il lui donnoit des avis fur fa con-
duite. Il la vit aufîi quelques fois , ôc
eut de longues Conférences avec elle j
mais 3 il y obferva toujours des mode-
rations extraordinaires, dç telles que
j'en fus étonriée. La faveur des Rois
n'efi; defirée parles Ambitieux, que
quand ils en peuvent efpererde grands
biens. Leur Couronne , ôc les avan-
tages qu'ils ont reçus de Dieu , par
l'élévation de leur naifTance , ne les
rend confiderables aux hommes qu'au-
tant qu'ils ont de pouvoir de les élever,
ou de les détruire.
Quand ces importunes Harangues du
Parlement venoient tourmenter la Rei-
ne j j'alloîs vifiter le Premier Prefi-
dent , pour le confulter fur les intérêts
de cette Princeflè , & fur fa conduite ;
cac
à l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche. 7 i
car le Marquis de Sennctcrre, félon ii^ji.
cette dilcrction politique dont je viens
de parler 3 ne vouloit pas aller fouvent
chez lui 5 de peur d'être remarqué.
Ce grand MagUtrac n'aimoit pas les
Frondeurs : il donnoît toujours quel-
ques avis à la Reine propres à la dé-
fendre de la perfecution ; èc , en faveur
de ces petits fecours , elle pardon-
noit fes fautes. Mais à l'égard des
autres , elle avoit une peine extrême
de fe voir trahir de ceux dont elle étoit
forcée de fe fcrvîr. Par cette même
raîfon, cUerccevoit un grand foulagc-
ment de ceux en qui elle croyoit pou-
voir trouver quelque fureté.
Parmi tant de confufions, il arriva
que le Duc d'Orléans crût que la Rei-
ne vouloit fortir de Paris , & mener
le Roi avec elle. "La vérité j qui fe
fait fentîr^ lui avoit infpiré cette crain-
te; &3 félon ce que j'en ay déjà die,
peut-être qu'elle n'étoit pas foupçon-
née fans raifon. Il étoit a(fcz vray-
femblable , qu'en l'état où elle étoit >
elle devoit fouhaiter de fe voir hors de
la Tyrannie de tant de gens , qu'elle
rcgardoit comme fes Ennemis. Ces
mêmes Ennemis néanmoins , c'eft-à-
dire
7 1 J^e moires pour fervlr
^ ^- j^ dire le Garde des Sceaux de Chateau-
neiif , le Maréchal de Villeroi , ôc
quelques-uns de la Caballe des Prin-
ces prétendirent en cette occafion
avoir empêché Is Duc d'Oleans de
prendre contre elle des réiolutions ex-
trêmes. Ils ne fe vantoient pas à faux ;
j'en eus alors quelque connoî (Tance :
6c on m'aiîura qu'au Luxembourg
d'étranges Proportions avoient été
faîtes contre elle,
La nuic La nuit du neuvième au dixième ,
^" ^ ^^^ la Reine avoit fai t dcfTein de fuir cette
^^■^ ' grande Ville , ou autrefois elle avoit
joui de tant de douceurs , ou elle avojt
été 11 aimée ^ &ou pour lors elle gour
toit tant d'amertumes. Le Duc d'Or-
léans dit tout haut qu'un à^s Premiers
Officiers du Roi l'avoit averti d'y
♦On en P^^"<^J^c garde j"^ 6c publiant fa crain-
foup- te 5 il l'imprima bien vite dans Tame
çonna de tous les autres. Les Parîflens font
IcMare- ^{Xe^ aifés à s'émouvoir fur la peur
chai de j.i /-, . j 11 r
V licroi ^^ lis ont toujours de perdre la preicn-
& d'au- ce du Roi. Cette nouvelle donna auf-
tres au- /i-tôt l'alarme à toute la Ville, <Sc cette
^\ alarme eut de trcs fâcheux effets con-
tre le repos de la Reine. Le Duc
d'Orléans fe voulut fervir de la fraïeur
du
a VHlfloire d'Anne d'<ty^utrtche. 7 5
du peuple pour faire prendre les armes i ^j i.
aux Bourgeois ; car , il avoir un grand
intérêc d'empêcher que le Roi ne fortic
de Paris.
Le bruit & le défbrdre fut grand ,
^ la Reine voyant cette émotion pu-
blique , qu'elle ne vouloît pas lailTer
augmenter fous aucun prétexte ^ fie
promptement expédier les ordres pour
la fbrtie des Princes. Elle envoya la
Vrilliere , Secrétaire d'Etat y les porter
lu Havre , 6i Comînges avec lui,
pour féliciter les Princes de fa part. Ce
Traité ayant cté fait dans ces momens
où il ne paroilToit plus c/i la Reine
aucune liberté de ne le pas faire , ne
put produire non - feulement aucune
gratitude ; mais, il falloit alors l'expé-
dier pur & fimple , 6c perdre les avan-
tages 5 que le Garde des Sceaux, corn-
me habile homme , auroît procuré au
Roi, par celui qui avoir été projette
par lui , du confentement du Duc
d'Orléans. Le Duc de la Rochefou-
caut accompagna cette Ambaffade.
A.rnaud y alla , chargé des compli-
mens du Duc d'Orléans , & de Mada-
me. Le Préfident Viole y fut de la
part du Parlement j & Champlât^eux,
Toms m D FiU
74 Mémoires pour frvlr
J ^Ji. Fils du Premier Préfidcnr 5 comme fer-
viteiir du Prince deCondé, fie volon-
tiers ce voyage.
Le Duc d'Orléans voyant Comînges
parti 5 fit mine de venir chez la Reine;
mais , il s'arrêta tout court , fur l'avis
certain qu'il cut^ que le Cardinal Ma-
zarinétoit allé au Havre. Il s'imagina
qii'il pourroit retenir les Princes en
leur Prifon , malgré les efforts qu'il fai-
foît pour les en faire fortir j ou bien
qu'il les pourroir faire enlever. Cette
apprehenfion avoît quelque vraifenv-
blance; & même on n'a pas trop bien
fçû quel avoit été le deffein du Cardi-
nal : c'eft pourquoi le Duc d'Orléans
crût 5 que fon falut coniîfloit en cela
fcukmentjde travaillera retenir la Rei^
ne dans Paris ; Ôc , bien loindela venir
voir , il redoubla fes inquiétudes & Ççs
per récurions. Il manda à l'Hôtel de
Ville 3 qu'il avoit des avis de tous
cotez que la Reine vouloit s'en aller:
il commanda aux Bourgeois de prendre
les armes , de garder les portes ^ les
avenues du Palais Royal ; & ils lui
obéirent contre la défenfc qu'ils en
avoient reçue de la Reine.
Les rues furent auffi-tôt pleines de
Bour-
Bourgeois en armes , 6c pleines d*Ar- iej' k,
ifanSj &de Pauvres , qui fouscrioient^
îHX armes, La Reine eue des avis ,
pie le Duc d'Orléans vouloic faire pis
|ue de rempêchcr de farcir , ôc que
elon toutes les apparences il vouioic
ui enlever le Roi. Cette Princefie
l'e'toitpas infenfible à fes maux, ôcil
ft fort impofïible de Têtre en de telles
ccafions 5 mais, elle lesfoûtint avec
ourage , & tâcha d y remédier d'une
lanière tout-à-fait cfti iiable. Elle
nvoya quérir celui qui en abfènce du
Maréchal de Grammont commandoit
? Régiment des Gardes i elle lui or-
onna de redoubler les Gardes ^ & de
î tenir prêt félon le bcfoin Qu'elle
lourroît avoir de lui» Elle avertit le
etit nombre de Serviteurs qui étoient
our le Roi ^ le Duc d'Epernon 6C
lufieurs autres. Il eft à croire que
)us fe feroient venus ranger aupre's
elle Cl elle en avoit eu befoia j mais,
ous ne les vîmes pas. Ceux , qui
:oient au Palais Royal vinrent la trou-
r 'y car , à l'heure que la Reine eut
t avis , elle étoit au lit , & il étoit
^jàprés de minuit. Madc moîfelle de
eaumont ôc moi, qui avions tout le
' D 2. jouï
7 6 A^emolres pourfervir
6j I. je ur été auprès d'elle, eûmes paît à fcs
maux 5 ôc à toutes fes inquiétudes. Je
crois que chacun trembloit; mais ,
pour moi , je fçay bien que j'eus une
très grande peur ^ & que les chofes
les plus funeftes me palTerent dans
rcfpric 3 comme n'étant pas impofïî-
ble qu'elles arrivaient : & tout
étoit à craindre des Confeils vioicns
du Coadjuteur. La Reine feule fai-
foit bonne mine : elle difoit que ce ne
fcroit rien 5 qui c'étoit une folle émo-
tion du peuple , qui s'appaifcroir, ô<
qui n'avoit nul fondement. Elle pro-
refta à ceux qui éroient prefens, qu'el-
n'avoit nulle envie de s'en aller , &
leur dit à tous qu'elle promettoit vo-
lontiers au peuple d'en donner telle
certitude qu'on voudroit. En fouriani
quelque fois elle difoit , que n'ayant ei
nulle pcnfée de s'en aller , tout c(
bruit ne lui faifoit point de penie ^ ^
qu'elle confentoit que les Portes de li
Ville fuffent crardées avec toute la rL
gueur qu'on y voudroit obferver.
Ce que la Reine difoit à ceux qn
étoient auprès d'elle ne faifoit nul cffe
fur le Peuple , qui ne l'cntendoit pas,
Le btjiiît augmentcit à tousmcmen
daii
à l'Hlfiolre d'Anne d Autriche. 77
dans les rues , ^ l'horreur des ténèbres 165?
le rendoit plus effroyable. Mademoi-
felle de Beaumonc éc moi , pour re-
connoître un peu ce que c'écoit , en-
voyâmes nos laquais parmi les mutînr,
pour écouter ce qu'ils difoîent. Ils
nous rapportèrent qu'ils avoient vu
deux Efcadrons de Cavalerie , dont
Tun étoit arrêté à la Croix du Tiroir ,
diC l'autre plus proche du Luxembourg.
Ils nous dirent aulîl qu'ils avoient en-
tendu force cris de Bourgeois &: de
Peuple 5 qui crioient qu'on vouloît en-
lever le Roi 3 (Se qu'il le falloit empê-
cher. Cette Cavalerie nous fit peur ,
& nous vimes bien qu'elle ne plaifoit
pas aux plus vaîUans , non plus qu'à
nous. Selon toutes les apparences ,
elle paroifïbît y être avec un mauvais
deffein , ôc plutôt en volonté d'atta-
quer que de fe deffendre. Nous avons
fçu dépuis , que dans les premiers
jours 5 le Coadjuteur propofa fouvcnt
au Duc d'Orléans d'enlever le Roi , &
de mettre la Reine dans un Couvent ;
fa maxime étant celle de Machiavel ,
qu'il ne faut point être tyran a demi: ,
mais 5 la douceur naturelle du Duc
d'Orléans corrigea fans doute ce qu'il
D 3 y
7 s H^émoh-es pmr fervlr
i jr. y avoît de trop hardi & de barbare
^ • dans l'ame du Coadjuteur ; & le Com*
mandciir de Jars m'a dît dépuis que
foa ami le Garde des Sceaux de Cha-
teauneuf fit fon devoir fur de telles
propoficions : comme homme de bien,
il lui fut impoflîble de panicber à de
tels fentlmens.
Le Duc d^Orleans envoya de Sou-
ches à la Reine la fupplier de faire cef*
fer ce bruit. Il lui manda qu'il etoit
au defefpoir de ce defordre, & plus
encore de l'inquiétude qu'il jugeoît
bien qu'elle en devoit avoir j que de
tous cotez on lai donnoit des avis
<][u'elle avoit eu le deffcin de fortir
cette nuit , & qu'il ne pouvoît pas
moins faire , que de dire aux Bour-
geois de s'y oppofer.
La Reine répondit à de Souches ^
que c'étoit fon Maître qui avoit fait
prendre les armes aux Bourgeois , &
que par conféquent il étoit le feul
«qui pût faire taire le peuple ; que fes.
frayeurs étoient mal fondées ; que le
feul remède qu'il pouvoit apporter
ctoit de protefler tout haut , & à tout-
le monde , qu'elle n'avoic point eu la \
penfée dont on la vouloit foupçonner ;.
que
à tHiftoire d'Anne â* Autriche, 75?
que pour marque qu'elle difoit la ve- i 65 i .
rite 3 le Roi écoît couché y ôc Mon-
fîeur de même , Ôc qu'ails dormoienc
tous deux paîfiblement j qu'elle éiolt
au lit j qu'il la voyoic peu en état de
fortîr j & que pour plus grande (uretc,,
& afin qu'il le pût témoigner au Duc
d'Orléans , elle vouloir qu'il allât lui-
même voir le Rot dans Ton lit , étant
certaine que ce bruit ne l'éveiileroïc
pas. De Souches alla chez le Roi ;
ôc y félon le commandement qu'il en
avoit reçu de la Reine ^ il leva le ri-
deau de ce jeune Monarque , le regar-
da long-tems dormant d'un profond
fommeil : puis fortit du Palais Royal,
entièrement perfuadé que la Reine
n'avoît nul dedr de quitter Paris , 8c
i^ue toute cette perfécution lui étoit
itifcitée par ceux qui confeilloient alors
fon Maître. Comme il étoit bien in«
tcntionné, ôc qu'aifcmenton a compaf-
fion de l'innocence opprimée ^ en re-
tournant au Luxembourg il fît ce qu*il
put pour appaiicr les Parifiens. It
parloit beaucoup , Si par conféquenc
il harangua le peuple qu'il trompa dans
les rues. Il dit à tous qu'ils fc dévoient
tenir en repos , qu'il venoit de voir le
«
^o Jiiemoires pour fervîr
. Roî qui dormoît , & qu'il les confeit-
^ ' loir de fuivrc Texeniple de leur Maître
commun , qui pour lors ne penfoit à
rien. Ils difoient qu^ils vouloient eux
mêmes le voir. Il y en eut donc qui
entrèrent jufque dans le palais Royal
criant qu'on leur montrât le Roî , &C ;
qu'ils le vouloient voir. La Reine le
fâchant , commanda auiîi - tôt qu'on
ouvrît toutes les portes , & qu'on les
menât dans la Chambre du Roi. Ces
Mutins furent ravis de cette fran-
chife : ils fe mirent tous auprès du lit
du Roi 5 dont on avoit ouvert les
rideaux ; & reprenant alors un efpric
V- d'amour^liiî donnèrent mille bénédic-
tions. Ils le regardèrent long-tems
dormir , & ne pouvoient alTez l'admi-
rer. Cette vue leur donna du refpeâ:
pour lui : ils defirérent davantage de
ne pas perdre fa pré fence ; mais ce
fut par des fentimcns de fidélité qu'ils
le témoignèrent. Leur emportement
celTa ; & an lieu qu'ils étoient entrez
comme des gens remplis de furie , ils
en fortirent comme des ilijets remplis
de douceur , qui demandoient à Dieu
de tout leur cœur qu'il lui plût leur
conferver leur jeune Roi ^. dont la pré-
fencc
à iHlftolre à' Anne â^ Autriche,, 8 i
fence avoic eu le pouvoir de les char- .
*• 1051.
mer, -'
La Reine , voyant que ce Rcmcde
reuflîfoic , envoya quérir deux Offici-
ers de la G-irde Bourgcoife qui avoic
été mife par eux auprès du Palais Ruîal.
Elle leur parla elle mémeamiablemenr,
& leur rendît compte de les intentions,
fe tenant plus airùrée de les avoir
auprès d'elle que les deux plus grands
Princes du Monde qui auroient pu y
être fans puilTance. Elle leur fit voir
le Roi comme aux autres , & les en-
voya par deux fois parler au Peuple.
Ces deux hommes alloient crians dans .
les rues , qu'ils venoient de parler à la
Reine , qu'elle étoit dans Ton lit , que
le Roi dormoit , 6c qu'il n'y avoic
rien à craindre. 'Ces paroles dites par
des perfonnes qui pouvoient les per-
fuader , & qui étoient de leur Confrè-
res 3 firent le meilleur effet du monde ,
& ils acheve'rent de pacifier celte gran-
de rumeur. Un de ceux-là s'appelloic
Du Laurier. La Reine l'avoit entre-
tenu , & l'avoit fouvent appllé Air,
Dh LaHrler. Il lui répondit qu'il avoic
eu l'honneur de fuîvre lon^-tems la
Cour ,^ Ô2 qu'il avoit été Laquais de
D 5 feil
8 i- Aiemolres fopir fervlr
1.6 ju Ton Maître d^Hôtel , qu^il nomma ;
~ mais dontfay oublié le nom. Cette
reconnoillauce réciproque nous fit rire ,
de nous admirâmes avec quelle cordia-
lité la Reine & Mr. da Laurier par-
loienc enfemble. La nuit écoic af-
fez avancée , 5c par la mîfericorde de
Dieu 5 3c la lx)nne conduite de la Rei-
ne , nos frayeurs commenccrenc à fe
diffiper. Nous fongeâmes alors à nous
aller repofer des fatigues que les
malheurs de cette PrincelTe nous cau~
foienr. il étoit fête , Se il étoit déjà
plus de trois heures du matin. Elle
nous propofa de nous faire entendre
fa Meife , avant que de nous aller cou-
cher. Nous le trouvâmes à propos ;
&, afin de paffer encore deux heures ,
le Commandeur de Souvré ôc Made-
nioifelle de Beaumont , 3c quelques au-
tres , fe mirent à jouer en prefence de
la Reine. Pour moi , je m^endormis ;
couchée fur foh tapis de pied , 3c la
îêtc appuyé contre fon lit 5 car , je
nen pouvois plus, A l'heure de la
Mefle, la Reine fe releva, prît une
irobbe, de chambré:, & pour recompen-
ferceux qui Tayioent fi bien fecou rue.
t41e ks meng; elle-même voir fon Ora-
19m ^
à rHlfioîre d'Anne â* Autriche, S 3
toire , éc les diamans qui enfermoient 1 6j i.
(es reliques. Ces gens en furent ravis ôc
clirem à la Reine qu'ils alloienc enco-
re bien affurer leur Camarades , que
leur bon Roi , Se leur bonne Reine ,
ne les vouloient point quitter. Ils nous
dirent cnfuite^à Mademoifellede Beau-
mont ôc à moi 5 de de bon fens, qu'ils
s'eftimoicnt heureux de Te pouvoir
vanter d'avoir été nécefTaircs trois
heures de tems à la plus grande Reine
de la terre. Ils difoient vrai , 6l leur
prëfomption e'tôit jufte.
On peut juger par toutes ces chofcs
de l'érat miferable où etoit une Pnn-
ccÇCc (î grande par fa naiiîance Se par
le rang qu'elle tenoît dans le Royaume.
Cette inquiétude lui dura quafi de Ja
même forte plufieurs nuits. Se la chofe
enfin fe termina en une*manîere de prl-
fon 5 où le Roi Se elle furent arrcrés
plus d'un mois fans pouvoir forrîr du .
Palais Royal. Il y avoit dans toutes les
rues de Paris des Corps de Garde , Se les
portes étoîent fî bien gardées , qu'il ne
îbrtoit perionne à pied ni en carofie,-.
qui ne fut examinée , Se point de fem-
me qui ne fût démafquéc , poux voir ii
elle n'écoit point k Reine.
U6 L^'>-
§4 Afemoires poptr fervlr
l(?/i. Les vives alarmes des premiers
jours firent beaucoup de peine à la
Reine. Sa Prifon , qui étoic plus véri-
table qu^clle ne le paroilToic, ne lui
étoit pas agréable ^ ôc fouvent elle di-
foit en riant , qu'au moins fa Prifon
étoic belle Ôc commode , puifqu elle
Tavoîtaflez aimée autrefois pour croire
qu'elle ne pourroic jamais y écrémai.
Quand elle étoit feule, elle fentoîc in-
finiment cette violence ; ôc un.foîr ,
que j'avoîs Thonneur d'être en particu-
lier avec elle , ôc que je lui demandois
il en effet elle avoir eu le delfein de
forcir ce Paris le jour qu'elle en avoic
cté foupçonnée , elle leva les yeux au
Ciel y ôc liauiTant les épaules elle me
iît l'honneur de médire fort librement.
Ha ! Afadame de Mattevtlle , ou fuis-
je 5 & ou. ne fer ois- je pas mieux ?- A
votre avis , quel moyen de ne fe pasfok-
halter aîlleursrVms s'humiliant devant
Dieu 3 dit 3 . Fous le voulez. , Seîgneun 5
(JT il vous faut obéir.
Cette pérfécution alla fi avant> que
îe Due d'Orléans envoya direà laRéî-
ne,quil avoit continuellement Jes avis
qi^'elIe.p^-eKaédicoitde s'en aller, quUl
la;
A-rHifiotre â*Anne d'Autriche, S /
la Tupplioit de lui ôter cette înquiétu- i<$ji:
de 3 6c de lai donner des afllirances du
contraire j qu'autrement, il Teroit con-
traint d'en prendre lui même ; voulant
fc lailTer entendre^, qu il lui ôteroît le
Roi : & véritablement ce fut un mira-
cle de ce qu'il ne le fit pas. La Reine
lui répondit qu'elle ne pouvoit lui don-
ner de plus grandes alfùrances qiK fa
parole : mais que s'il en vouloit d'au-
tres , elle confentoit pour Ton repos
qu'il envoyât de Tes propres Gardes
coucher dans la Chambre du Roi.
Pendant que la Reine étoit éxpofe'e
aux infultes qu'on lui faifoit., les Nou-
velles arrivèrent qu'enfin le Cardinal
ctoit allé au Havre , & qu'il avoit ou-
vert la porte à ces il lu lires Prifonniers, .
En arrivant dans cette Place , il mon-
tra l'ordre de la Reine à de Bar ;, donc
voici les mots 5 écrits de la- propre
main de la Reine»
. Jidonjîeur de Bar, je z/ous fais celk—
cl) pour vous dire 3 qu^vouséxécutiés
p^nÙuellement tout ce que mon Coujîn ^
le Cardinal AiaXarln vous fera fçavoir
de mon intention touchant la Liberté de
mêi Confins les Princes de Condé i d§.
D 7 Cmm
S^^ JUtemolres pour fervîr
16 §1» Coml i & Duc de Lcngu- ville , qnl
font en votre ^a.v"^^e , fans vous àirreter à
quelqu autre que vous pourries cl-aprés
recevoir du Roi Monfiettr mon fis , oh
de mol ^ contraire à- celui-ci. Priant '
Dieu, Mr. de Bar ^ qu'il vous ait en'
fa falnte garde.
Ecrit à P^.rls le 6, Février 16 yi.
Par les chofes que me fît l'honneur"
de m s dire la Reine , de par mille an-
tres conje6bures , je croîs pouvoir dire •
au Iiazard que l'intention du Cardinal
étoit de demeurer le Maître au Ha-
vre , & qu'il efpera que de Bar lui
obeïroît j qu'en ce cas , le projet de
ia Reine eut été de fortir de Paris , 5i
qu'elle fe fcroit mocquée par cette
voye de toutes les intrigues qui s'y faî-
foîent contre elle ; mais , le Cardinal
fe trouva furpris quand il vit que de-
Bar , qui gardoit cette Place à la Du-
chefTe d'Aiguillon , ne voulut lailTer
entrer que lui fcul , & Palluau avec
lui. Ce fâcheux événement, félon
toutes les apparences , changea fa con-
duite à l'égard àt$ Princes , & rendît
&11 voyagç inutile 6c ridicule.
à l'Hîfiotre â'Ame â^Antrlche, 8 7
La Reine étant donc arrêtée "^ à 1^51,, ,
î>aris 3 & le Cardinal fans autorité * Alors
au Havre, il lui fallut fimplcmcnt ou- "^a
vrir les portes de la Prifbn des Pi*in- ^^^^^
ces ; 6c il vit fans doute avec peine l'i^^l,,;^
que fon voyage n'auroit point d'auax de Re-
fuccés que celui de fcrvir par fa pre- î'gieufe
fence à l'augmentation du triomphe ^^^^ï'
de fes ennemis. Son action, qui i^c sce Ma-
fut pas libre , ne mérita. aucune re- rie de
connoiflance , & chacun demeura '^ ^^'^
étonné de voir que ce Minière, fi . ^'^^'
r o 1 n ^
confiderable par le polie qu'il ^voitL^j^^j,
occupé jufques alors , eût voulu aller ne n/v
fi loin, exorcs feulement pour don- P^c al-
ner la liberté maleré lui à des Prîn- ; j^
ces qui étoienr en Prifon par fes con- ç^ pjj,_
feils. Ayant donc parlé à de Bar , il foQ.
voulût être le premier qui annoce-
roit aux Princes cette bonne nouvel-
le ; & ne pouvant en cette occafion
faire une aélîon de Miniflre , il en
%^oulût du moins faire une de Gou-
rîer„ Il entra dans la Chambre du
Prince de Condé 5 èc lui dit d'une
a^anierc douce & humble ^ qu'il lui ;
apportoît lui-même l'ordre de la Rei-
ne pour fa liberté, & celle du Prince.-
de^Cpati ^ &_ceUe diL.D.ac de Lon»-
guo*.
S^8 Mémoires pour fervlr
ï6si. gueville, qu'elle leur redonnoîc fans
condition aucune, que néanmoins la
Reine le prioit d'aimer VEzslz, le Roi,-
elle , &laperfonne de lui. Le Pria-
cède Condé l'embralTanc luidic grave-
ment qu'il étoit obligé à Sa Majcfté
de la jufticc qu'elle lai faifoic, qu'il
feroic toujours très bon Serviteur du
Roi ÔC d'elle ; ôc ajoura , s'adrelfanf
au Cardinal '3 & de vous auffi. Mon-
fteur. Le Cardinal , lui répliqua , que
ks Portes étoîent ouvertes , ôc qu1l
pouvoit fortir ; mais Mr. le Prince
bien afTùré qu'il ne les pouvoit plus
fermer , ne fa hâta point de les palfer
& demanda qu'on leur donnât à dîner
avant que départir ; ce qui Te fit , de
tous dînèrent enfemble : c*ell:-à-dire ,
les trois Princes & le Cardinal , le x\îa-
réchal de Grammont qui étoit allé le
premier au Havre , & ceux qui l'a-
voient fuivi depuis. Ce Repas fe fit
dans la même liberté que s'ils euffènt
été tous fatisfairs les uns des autres :
la Comédie du Monde le vouloit ain-
il. Celle là étoit belle : les Adeurs
en étoient grands 6i illuftres, & \qs
événcmens plus véritables qu'il ne
convenoic pour le repos de la Reine.
En.
à rHlfioîre d'Anne d'Autriche, ^p
Enfuite de ce repas , Mr. le PririT j 6^ r*
ce 5 Se Mr. le Cardinal , eurent en«
fêmble une petite converfation. Le Mi-
niftre fit fans doute ce qu'il pût pour
entrer en matière ^ & eut bien vola
par cet entretien renoiier quelque liai-
fon avec Mr. le Prince -, mais la fuite
fit voir qu'elle fut feiche , puifqu'elle - •
ne pût produire rien de bon pour le
Mîniftre. Après qu'elle fut finie , les
Princes fortirent gaiement de leurPri-
fon y 6c allèrent de même fe mettre
dans le CarofTc du Maréchal de Gra-
mont 5 qui les attendait dam la gran-
de Place de la Citadelle. Le Cardi-
nal les fuivit y qui les vît lui-même tri-
ompher de la vidoire qu'ils empor-
toient fur lui. Il fit un grand falut à
Mr. le Pirince , qui ne fut pas pvefque
remarqué de lui 5 & ce Prince , fe
jetcant brufquement dans le Carofle ,
commanda au Cocher de toucher
promptement. Il le dit en s'éclarànt de
rire, &d'un ton moqueur ; ce qui
fît croire à ceux qui étoient préfens
à cette adîon , qu'il s'en alloit avec
une grande difpofition de fe ven-
ger du Cardinal. Il vint de là cou-
chex à Gi'omeni à quatre lieues delà-
chezs
3a Du
chefle
de Na
vailles
iong-
teras
depuis
avoir
90 2làer^70ires four feriitr
iC^l, chez un Geiicilhomme de mesparens
qui faiibic bonne chère à tous ceu]!
qui le venoîenc voir *, maïs, qui' n<i
s'atrendoit pas d'avoir une ii grandi
compagnie. Le Prince y dit en riant
^ J'ay que de Lionne . qui ne Pavoic pa;
f^û de fLiivi ^ ^fQÎt demeure au Havre , poui
confoler le Cardinal. ^'
Le Duc d'Orléans , fçacKant le:
Princes en liberté , &: n'ayanr pUî!
d'excufe, vint enfin vifîrer la Reine.
Cette entrevue fut accompagnée de
froideur & de debout • & la Pleine fil
ér.ritces Voir à Pcmotîon de fbn vîfage qu'el-
n-icmoi Jg avoit eu de la peine à la fouffrir.
res,c]uc Q^ p^ij^cg f^. j^^ devant de ceux qu'il
Ion Ma . . . 1 /p t r> T Tî
ji croioit avoir délivrez cie Priion. Il
qu'elle alla jufqu'à Se. Denis , &: le Prince
époufa Je Condé en le faluant , lui proteftâ
®" publiquement une reconnoiflance in-
lorfque ^^i^ > ^ u" attachement éternel à fes
Je Car- . înte-
dinal parcic pour aller au Havre , s'éranr obligé de le
fuivre par rattachement qu'il avoir à ceMiniilre, Sc
fort affligé de la quittée , il lui dit en confi.'ience qu'il
alloit le fervir , dans le defTcin qu'il avoit de fe ren-
dre Maître de la Prifon àcs Princes , & qu'il efperoit,
par la crainte qu'on auroit de ce qu'il pourroir faire,
remciier au mauvais état ou étoit U Reine i ce coi
s'accordoit aflez bien aux Iimiercs, & aux frayeurs ,'
que le Duc d'Orléans & les Serviteurs du priucc de
Condé eurent de ce voyage^-
à l^Hlfioh'e d*^Ame d'Autriche 91
jrnterécs. Il embrafifa le Coadjuteur i^/f,
Uvec des marques d'une forte amicié ,
& témoigna au Duc de Beau fort ^
qu'il lui étoic obligé. La prelTe fut
grande dans les ruësde Paris pour les
voir arriver , de le peuple témoigna
beaucoup de joye de leur retour.
Comme leur captivité leur en avoir
donné , leur liberté leur en donna
aulîî j mais 5 rien n'efl: égal à la
quantité, de monde qui ic trouva chez
la Reine ce même jour au foir , que
tous enfemble ils vinrent chez elle la
fâluer. Elle étoit au lit quand le Duc
d'Orléans les lui prefenta. Les corn-
plimens furent courts de la part du^
prince de Condé , 6c des deux autres ^
& la Reine , qui leur avoîc déjà fait
faire un compliment , leur parla peu»
Après qu'ils eurent été dans fa ruelle
un petit quart d'heure , ils s'en allè-
rent chez le Duc d'Orléans , qui leur
donna un grand foupé. Les Princes,
avant que de fe coucher, allèrent vi-
fiter le Duc de Nemours qui étoit
malade , & la PrincelTe Palacine. Ces
deux perfonnes mericoient plus que
des complîmens & des vifites , yû les
grandes chpfes qu'elles avoient faites
pour.
^ 5)2. Mémoires four fer vïr
^^i^' poLir^x ; particLilieremenr la Prîii.
ccflc Palatine , dont Ja conduite t
rhabileré avoir été admirable dan
tous fes effets.
Les Princes allèrent le lendemaii
matin au Parlement faire leurs remer !
ciemens à cette compagnie, qui furen '
reçus avec applaudi/fement/ Le Pre
mier Prefident loiia inHiiiment 1
Prince de Condé , & fît remarque
les maux que fa Prifon avoir caufs .
'PEtat. La Compagnie fut requi(
de rravailler. à leur juflifîcation , <3c le
gens du Rovfe chargèrent de la foi
licirer.
Apres que le Cardinal eut reccnni
la mauvaife difpofîtion des Princes
^ qu'il eur fçCi précifémcnt i'érar oi
m éroît la Reine , & que fes affaire
empîroienr , il refolur de s'achemine
vers la fronriere de Picardie , fuiv
d'environ cenr chevaux. Ses amis
& ceux qui croient à lui , compo
foient ce cortège. Il ne reçut aucui
déplaifîr que de ceux d'Abbeville
qui lui refufcrent le paiîagc ; mais , i
fut reçu dans Dourlens par de Bar
qui en étoit Gouverneur, & qui etoit
avec lui. Il s'arrêta quelque reniî
dans
à l*HifloU'e d'Anne d'Autriche, 9 5
ans cette Place , croyant y pouvoir iC^ i,
ttendre des nouvelles de ce qui fe
•afToit à Paris. Elles furent mauvaî-
zs y d^ le murmure y fut Ci grand
outre la Reine qu'elle fut contrainte
c lui envoyer Beringhen & Ru-
igni 5 le prier de s'éloigner plus loin ;
e qu'il fit après avoir refufé les of-
res que lui réitérèrent les Gouver-
leurs des Places de cetre Frontière ,
juî lui furent plus fidèles que Tes
imis de la Cour. Il écrivit à la Reine
me lettre qui fut lue en plein Con-
Hl 5 qui fut trouvée alTez belle pour
:t:re louée publiquement. En voici la
:opie prife fur TOriginal.
M A D A M E.
„ Auffi-tôt que j'ay vu dans la 1er-
.5 tre que Votre Majefté m'a fait
35 l'honneur de m'écrire ^ & reconnu
„ parce que Mr. de Ruvignî a ajoû-
:„ té de fa part , que le fcrvice
„ ,du Roi & le vôtre demandoient
35 que ma retraite de la Cour fût fui-
53 vie de ma fortie hors du Royaume,
35 j'ay fourcrît trés-refpeâneufemenc
ij l'Arrêt de V. M. 5 dont les Corn-
,5 m an-
9 4 A^e?notres pour fervtr
16 ji. mandemens & les Loix feront toâ-
" jours l^'unique régie de ma vie. J'ay
'' déjà dépêché un Gentilhomme
" pour m aller chercher quelque a-
*' zile 5 & 3 quoique je fois fans
" éqiiîppage, ëc dénué de toutes les
" chofes néceffaires pour un long vo-
yage , je partirai demain fans faute»
pour m'en aller droit à Sedan ôc de
là palTer au lieu que l'on aura pu
obtenir pour ma demeure. Je dois
trop déférer aux Ordres de V. M. ,
pour avoir héfîté le moins du
monde à prendre cette relblurion.
Ce n'eft pas. Madame , que beau-
coup d'autres qui feroient en ma
place avec la juftîce & le nombre
d'amis que je puis avoir , n'euflént
'•' pu trouver des moyens pour fe
mettre à couvert des perftcutions
que je foufFre , aufquelles je ne
veux point penfer , aimant mieux
^' contenter la pafîlon de mes enne-
mis 5 que de rien faire qui puiife
préjudicier à TEtat ou déplaire à
V. M. Encore qu'en cette occa-
" fîon ils ayent eu le pouvoir d'em-
" pêcher S. À. R. de fuivre les mou-
'' vemens de fa bonté naturelle , ils
>' n'ont
93
33
3)
3>
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3*
1)
33
33
33
33
33
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ce
3 rN:f^o7re d*Anne d'Autriche, ^j
*on' as lai (Té de lui témoigner « i(?ji«
Diitic ivur inteniion ^ qu'ils avo- «
:jK fort bonne op'nion de ma fi- «
éiifc, de mon zélé pour le bien
z PErat, <S^ de mon entière red-
iiation aux ordres de V. M. Car ^ «
moins que d'être entièrement per- »<
ladez que je fuis inébranlable dans «
^s fentimens là, ils n'aùroient pas «
é allez peu prudens pour me «
^ufler avec tant de violence , fans «
ire aucune réflexion fur la con- <>
Dilfance que je dois avoir des plus «
crettes ôc importantes affaires du «
.oyaume, doni j'ay eu fi long-tems «
: maniement , ni fur Ses amis que "
i-es fervices & la bienveillance de «
'. M. m'ont acquis , & qui Ibnt "
lèz confiderables par leur nombre ,
ar leur qualité , éc par la paffion
u'ils m'ont témoigné en cette ren- "
Dntre. Mais , )'ay trop de reffen- "
ment , Madame ; èçs grâces que
ly reçues de V. M. pour être ca-
îble de lui déplaire j 6c quand il "
Ludroit facriher ma vie , je le fc-
)îs avec plaifir pour la moindre
s fesfatisfadions. J'en aurai beau- «
nip dans mon malheur , fi V. M. «
(i
(t
te
ft
p^ Jl^emolres peur fervlr
iSji, " â ^^ bonté de conferver quelque
" fouvenîr des fervices que j'ai rendus
f> à l'Etat depuis que le feu Roi de
»j glorleure mémoire me fit Thonneur
>' de me confier la principale direc-
»^ tion de fes affaires , 6c de prier
" plu fîeurs fois V. M. avant fa mort
35 de me maintenir dans la même pla-
5, ce. Je me fuis acquitté de cet em-
3, ploy avec la fidélité , le zélc , & le
5, désintéreffement que V. M. fçait;
3, ôc, s'il m'eft bien féant de le dire ,
3, avec quelque fuccés puifque toutes
35 les perfonncs fcnfées, ôc les Efpa-
33 gnols même , avouent qu'ils fe font
55 moins étonnés des grandes con-
33 quêtes que les armées ont faites
• 3 dans les cinq premières années de
33 vôtre Régence , que de voir que
53 pendant les trois dernières on eut
33 pu foûtenîr les aifauts , & fauver du
35 naufrage le Vairfeau battu de tous
35 cotez 3 ôc fi furîeufement agité dé
33 la tcmpcte que les divi fions do-
,3 meftiques avoient excitées. J'euffe
33 bien fouhaîté Madame , de cacher
3, aux étrangers le mauvais traitement
,5 que je reçois, pour empêcher que.
•J3 le blâme n'en rejalliffe fur une na-*.
tion
4 VHipotre à* Anne à' Autriche, $y
,tion que j'ai toujours honorée & kSjî^
, chcrie avec tant de tcndrefle ; maîs> '
, quand ils me verront errant parmi
, eux , avec les pcrfonnes qui me
, font plus proches , pour chercher
, un abri , ils auront quelque fujet
, de s'étonner qu'un Cardinal , qui
,à l'honneur d'écre Parrain du Roi ,
, foit traité de cette forte, & que
, vingt-deux Ans de Service fidcle ne
, lui ait pu acquérir une Retraite
, fiire en quelque endroit du Roiau-
, me , dont les limites ont été alTez
, notablement étendus par fes foins»
, Je prie Dieu , Madame , que corn-
il, me ce qui m'eft arrivé n'altérera
cl, jamais la palTîon inviolable que je
lljConferveraî jufques à la mort pour
, les Profpérités de vos Majeftez, &
^ pour la Grandeur de l'Etat, ils puif.
(i§, fent au flii bien- tôt en faire cefTcr les
j Defordres , & montrer que ceux
jqui m'ont attaqué ji'en vouloient
„ qu'à ma Perfbnne,
De Dourlens le Cardinal s*cn alla
Allemagne, & fa plus longue Sta-
ion fut à Breull. On lui fit de grands
onneurs fur routes les Terres du Roi
'Efpagne. Il eft à croire que les
Tome IK E Etraa-
tioi
^î Jldemoîres pour fervir
■'^ J::trangcrs avoient del'amicic pour Iiiî
' puifque la Perfecucion qu'on lui faifoi
leur étoît fî avanrageufc.
La Reine ayant paru abbandonnéi
au Parlement le Cardinal Mazarîn , î
fut rcTolut qu'on drelTcroîtunc Dec! a
ration contre lui , telle que la compa
gnîela defiroit. Dans cette Déclaratioi
il s^y trouva que tous \çs Cardinaux
tant les François que les Etrangers
•feroicnt exclus du Gouvernement ; 5
on crût alors que le Duc de Beau for
mécontent du Coadjuteur de ce qu'ei
deux ou trois occadons , il lui avoi
caché les principaux Mifttrcs d<
leurs Négociations , pour fe vengei
de lui , fit glilTer cet Article. Il étoî
fondé fur ce que les uns & les autreî
faifoient fermeuc de fidélité ali Pape
înais i ce qui (^n ce fait avoir été pro-
pofé en de cert^aines occa fions n'àyoïi
point encore été décidé : ôc pour Ion
le Parlement, en deffendant le rctoui
du Cardinal Mazarin excluoit du Mî-
nîfterc tous ceux qui auroient pu ref
fcmbler au Coadjuteur, dont la gran-
de Pàjîîon étoit de devenir Cardinal ^
Premier Mîniftrc,
La Reine, croïant embarraifer cet;
Ara-
â VHtflolre ^ Anne ^ Autriche o ^p
ambitieux, fur ravie de ce que le Pair- * ^j ^'
iement avoit fait en cette occafion , ôc
s'offrit de bon cœur de leur envoïer la
Déclaration en cette même fotme. Le
Premier Préfident lui manda qu'elle
tint bon là-de(ïi.]S , qu'il foutiendroic
cet Article , ôc la ferviroîc en tout ce
qu'il lui feroit poffible. Le Coadju-
teur 5 qui n'y trouva pas Ton compte ,
fit tant d'intrigues , Ôc travailla Ci bien
que le Clergé s'y oppofa. Ce Corps ,
I où il y a pour le moins en certains-
particuliers , autant d'Ambition que
de Pièce , & plus de Defîrs pour les
Honneurs de la Terre , que pour la
Gloire du CieljS'afTembla pour fe plain-
dre du tort qu'on luifailoit de les exclu-
re du Miniltere. Ils députèrent T Ar-
chevêque d'x\mbrun à la Reine, pour
la fuplier de ne point donner cette Dé-«
claration au Parlement , puîrqu'ellc
lui ôtoit la liberté de fe fcrvir de ceuîC
de leur profelîîon , dont le Mérite 6c
la capaciié avoit donné quelque fois à
nos Rois de très habiles Miniftres. Le
Duc d'Orléans s'y oppofa auffi , &
icette conteftation d tra lonc^.cems :
Wais 5 à la fin , comme je le dirai ail-
leurs 3 elle n'eut foiiit d'effet à Pégavrf
E 2,
1 oCf Mémoires tour fervlr
1 6j I. clés CarHînaiix François ; quoique 1<
Premier Préfidcnt fit de grands effort;
pour la maîntenîf , &r pour embaraf
fer le Coadjureur, aînH qu'il l'avoî
promis à la Reine.
La Reine donna la Déclaration qu(
les Princes lui demandèrent en des ter
mes fort honorables. Elle reconnoif
foie leur Innocence, & déclaroitre
donner leur Liberté aux vœux de 1;
France, les remettant en la polfefîîoi
de tous leurs Biens & de toutes leur
Dîgnitez. Elle annullolt auiîî toute
les Déclarations qui avoient été don
nées contre Madame de Lon^ueville
le Vicomte de Turenne, &"rous ceu:
de leur Parti, & les rjemcttoît en leu
premier état.
Bcringhen, qui étoît allé trouver l
Cardinal de la part de la Reine en me
me tems que Ruvîgnî, revint le pre
mier de Mars, Il nous dit qu'il l'avoî
laiffé dans une grande nécefîîté, qu'i
ctoit embaraffé de fes Nièces ^ de (o!
Neveu ; qu'il n'a voit ni cquipa^^e n
argent, & qu'il lui avoir fait pitié
Comme alors le Cardinal craiiinoî
routes choies , & qu'il ne méprifbî
plus perfonne, Beringhen me dit qu'i
lu
(
ii)fi
ïij
k l'H'jJ-o're et Anne d' Autriche, i G i
iH* avoir parlé de moi, comme dcfî- K^ji,,
anc que je fu^fc d: fes Amis ; mais,
" ne fus pas aifcz habile, ni alT % ap-
!fquee à mes intérêts, pour profiter dç
es bons momcns, y
Le Parlement, volant que le Carcîî-
al né s'éloignoir pas afllz prompte-
icnt de la Frontière àcaufe de la dif-
culté qu'il y trouva &c des PafTe ports
u'il atrendoit, donna encore un Ar-
k contre lui j &, pour montrer de
uells manière il a été traitté des
rinces 5c du Parlement, j'ai voulu le
liettre îcî tout entier. Il porte les
larques de ce que les hommes font
pables de faire, quand ils font em-
orcez par leur palEon.
EXTRAIT
>Es Regitres du Par^
L E M £ N T.
E jour, la Corn* toutes les
Chambres aflTemblées , aianc
» délibéré fur l'exécution des Arrêts
>4'icelle y des fepc , neuf, & vingtic-
ne Février, Se dzaxïQmi de ce
|noîs3c aiî^ coiicjmiic Is Giriiai
a Ma-
:C
ÏG2 Ji^ewoîrespourfèrvtr
I ^5 1 . 35 Mazarîn , Se oui fur ce les Gens da
5, Roi 5 a écé arrêté 6c ordonné que
,5 Icidits Arrêts feront exécurez , Sc
35 fiiivant iceux à là Requête ôc dili-
33 gence du Procureur General inceiTa-
3, menr informé contre le dit Cardinal
35 Mazarîn , fcs Parens Se Domefti-
3, ques 3 des contraventions par eux
33 faites à l'Exécution des dits Arrêts ;
3, Se enfemble de*ia déprédation faite
3, par ledit Cardinal, ou par fes ordres,
3, fur les Vaiifeaux étrangers , difïîpa-
3, tion des Finances , tranfport des
deniers hors du Roïaume , empê-
chement à la Paix , Se mauvaifeJ
imprelîîons par lui données au Roi ,
33 circonftances Se dépcndences , St
3, contre ceux qui l'ont fuivi^affifté, Se
retiré , & qui ont eu commerce Si
correfpondance par Lettres Se autre-
ment avec ledit Cardinal , depuis Si.
au préjudice de la Publication dudit
53 Arrêt du neuvième Février. A
33 cette fin a commis Se commet , oii-
33 tre les deux Confeillers commis pai
33 l'Arrêt du neuf de ce mois , Mrs.
3, François Bithault îk Pierre Pithou
33 Confeillers de la dite Cour , pour
^, procéder au fait de ladite informa-
tion
>5
33
35
35
33
àrniflolre à' Anne â* Autriche , lOf
on : lefqucls fe , tranfponeronc *' i^y\
1 la Ville de Doarleans , & par tout '^
iilears où bcfoin fera. Ordonne '*.
1 outre 3 qu'on le Cardinal fera '*
ouvé en France ou es Places ôc ^'
"hatcauxde TobéilTance & procec- *^
oi\ du Roi 5 de fe fâifir de fa per- «^
jnne 5 <3<: de Tamencr Prifonnier"
1 la Conciergerie du Palais , pour "
rc contre lui procédé extraordinaî- '^
.mcnr. Enjoint à tous Couver- ^^
eurs , ôc Officiers du Roi tenir '^
L main à Téxécution de préfent ^'.
itrét : ordonne auffi qu^à la Requê "
î du dit Procureur Général tous les '^
îens dudit Cardinal ôc revenus de "
bénéfices feront faifis. A cette fin ^ "
ura commifîion pour compulfer '^
ms Regîftres de Banquiers ôc Per- '^
^nncs publiques , Ôc lui fera délîrvé **
ou tes Lettres Monîtoires en forme '*
e droit. Enjoint auflî à toutes Per-*5
bnnes qui ont connoiffance des dits '^
>icns 3 ou qui en ont , de le déclarer '^^
peine de punition : ôc fera le pré- ^^
çnt Arrêt affiché , lu , & publié à '^
hn de trompe & cri public par tous ^^
es Carrefours de cette Ville &c ^'
îçiubourgs^^ envoie auxBaillages , "
E 4 ''Se-
104 Afemolrtf pour Jirvtr
ti^i, » Senechaiifîées & Sièges du reflTorfj
*> pour y être , lu , publié , & exécute
»» à la Requête du Procureui- General
" & diligence de fes Subftituts , & er
** fera donné avis aux autres Par-
» lemens , qui feront convies de don-
'^ ner Arrêt. Fait en Parlement l'on- i
" ziéme Mars mille fix cens cinquante
" & Un. Signé G u i E x*
Qiielqucs jours après cet Arrêt, fe
Cardinal écrivit une grande Lettre i
Berînghcn , qu'on appelloit Mr. \i
Premier , pour l'informer des difficul-
tés Je fa marche. Par elle ,- on peu'
juger en quelle perplexité il étoit , Ô<
combien fes Ennemis lui donnèrent d<
peine avant qu'il pût trouver un lieu d<
furcré 3 dans lequel il pût pafTer 1(
tems de fon exil. Comme elle eft xc
niarquable , yen ai gardé la Copie qu<
YO'CÎ.
MoNSIEURy
" Je prévois que mal aîfément y
»> puis éviter que mes malheurs n<
»^ foient fuivis d'un plus grand. J(
*» fuis errant d'un côté de d'autre , fan
'' avoi.
à Htjlolre (^Anne ^ Autrîcpje ^ i o j"
avoir une rctraîce tant folt peu af « i^ji.
fûrée, j'avoîs pris la route d'Aile- «
magne , comme je vous a vois écrit; ,^
mais 5 j'ai rencontré le Alarêchal de
la Fercé , auquel aïant communiqué
ma refolution , & après avoir bien
examiné la chofe avec lui y nous
avons trouvé que de dix Villes Im-
périales qui font en Alface fous la
protedion du Roi , il n'y a que
Sclielcftat de Catholique , fans
appartenir ou avoir dépendance de
la Maifon d'AutricheJaquelle a été u
Cl maltraittée des François qui y ont
tenu garnifon long-tems^, qu'elle eft
trés-partiaiedes ennemis de la Fran-
ce : outre que les habirans étant
extrêmement pauvres, je courrois «
grand rifque d'êtie facritié pour de
l'argent , &: que je dépendrois d'un
Bourg-Mêtre que j'ai eu avis certain «
être un homme mal-întcntîonné
pour la France , Se capable d'être
aifément corrompu ; de forte que
nous n'avons nullement juge à pro-
pos que je cherchaflfe mon azile en <i
ce lieu là. A Mayence , je n'y puis ^^
aller , fans fçavoir fi je ferois bien *^
r^çu 3 ce qui m'obligeroît à denicu- '^
E ç rcr "
r<
ce
(C
<t
Cl
et
ce
(t
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C(
ce
c«
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ce
et
ce
53
ïo6 Ji^emolref pour fervîr
i6^i, 3î l'cr quinze jo'uis eu in-ance : &c p
5, vous jure devant Dieu que ma plus
^5 grande rnquiétude efl d^en fcrtir,
33 Ec > pour les SuîtTcs , j'ai été bien
,5 aveuglé ^ quand j'y ai penfé ; car
55 leur Alliance avec la France finit à
5, prefent. Il y a quantité d'Officiers
reformés mal contents, qui me croi-
ront l'Auteur de leurs malheurs ,.
puifqu'on fe prend d'ordinair^c de
„ tout à celui qui a eu la principale
55 direction des " Affaires» Les Suif-
fes ont été maltraitez , pendant^
mon Adminiftration ; Se comme on
ne leur a pas tenivce qui leur avoit
,5 été promis 5 &c qu'on leur doit des
fommes immenfes , ôc qu'ils n*cn-
,5 tendent aucune raifon où il y va^
de leurs intérêts 5,il y a lieu de crain-.
5 3 dre qu'ils ne s'en prilïent à moi ;,
55 ôc qu'ils ne voulu{ï>-nt en m'arrêtanc
55 m'obliger à leur Paiement : &c ainfî ,
vous jugerez bien il c'efl; un lieu ou.
je dois être..
Je vous dirai de plus que je fuis
guetté de tous cotez -, ôc je vois^
55 bien que mes Ennemis de Paris y
55 travaillent à bon efcient , ôc qu'ils.
53 n'auront point de repos qu'ils na;:
..^^m'âïeat.:
33
33
35
.33
33
3»
33 ^
33
?3 '
à fHlfiolre d'Anne d'Autriche, 107
m'ayent achevé tout -à-falc : Se mes ^^ 1 Cyi
Amis 5 contre leur întention > y '^
contribueront en me prelîant fans ^^
relâche de fortîu du Roiaume , fans ^^
me confciller ce que je puis faire , ^^
ni coniiderer où je pourroîs avoir '^
une apparence de fureté. J'ai appris ^^
auiïi bien par le Maréchal de la Fer- '^
té 5 que fur le , Rhin la Garnifon de ^^
Frankendal j qui cH: extrêmement "
forte 3 court par tout ; 6c on fait dans "
tous ces endroits là , même en Alface "
des levées pour les Ennemis qui '^
ne m'épargneroient pas. \<7'irtem-/^
ber^ elc venu dans le Luxembourg "
avec huit cent chevaux ; & aiant *'
nouvelle de mon paffagC;,!! lui feroit ^^
aifé de me drefler un embufcade. *'
J'avois écrit pour fçavoir fi je ^^
pourrois demander palfe - port aux '*^
Efpagnols ; mais , jamais on ne '^
m*a fait réponfe là-deffus : & je vous '^^
prie de nouveau de me faire fcavolr "
les volontez de leurs Majeftez fur ce ^^
fujer. ««
Enfin 5 voïant qu'il n'y avoîcmul- **
le fureté de ce côté-là ^ &: ne pou- '^ .
-vant pas faire la diligence que ^c fe- '*
rois iÀ je n'a vois pas mes Nièces , '^
E (S avec ^^
3i
r o S JUIemoîres pour fervlr
l\6yi, „ avec moi, ce qui cil: un plus grand
5, embarras que vous ne fçauriés vous
imaginer ; & confidcrant, d'ailleurs
„ qu''allant dans le plus prochain lieu
5> d'Allemagne, on ne fçaurdit avoir
3, nouvelle à Paris que je fuis forti
„ des Terres de robéiirance du Roi
,5 que dans douze jours , j'ai refolii
,, de m'en aller droit à Bouillon où
3, je ferai Dieu aidant après demain j..
55 avec defl'ein de pafler à Dînant ou
5,. à Cologne , lorfque j'aurai permiC-
5, fîon de prendre un Paffcport des
,, Efpagnols : <5<; ainfi on fcaura
^y dans cinq jours à Paris que je fuis-
33 hors du Royaume 3 ô^: dés à pre-.
33 fent on peut adùrer que dçs.Same-
,^ dy, ou Dimanche matin cela fera,.
j, fi ce n'efi que le Maréchal de Tu--
^, renne me falfe abréger le chemin ,.
,^ étant obligé de pafTer àtrois lieuëSs
,, de Stenaï, où nous avons avis qu'il-
^j a des Troupes avec lui. Ce qui;
3, m'a principalement obligé à pren--
„ dre ce parti 3 c'a été que lorfque-
3j j'étoîs le plus.cn fufpens 3 6c dans,
^3 Pîrrefoîution de ce que j'avois à>
53 faire, ilcft arrivé que le Couver-
ai nenr de Bouillon étpic venu à Re»
theî;
n.
ce
Si
ce
ce
à rHlflolre d'Anne d'Autrtche^ 1 09
chcl 5 pour m'apporter des Lettres " i Gjic.
de Ton Maître ^ & pour m'afliirer
àc fa part que je pouvois aller à
Bouillon , à Dînant ^ ou en tel au- **-
tre lieu de Tes Etats que je vou-
drois 5 avec alTûrance que f y feroîs
reçu comme lui-même :& . m'a- '^
yant trouvé parti de Rhetcl , il m'a
envoyé: la Lettre de TEleâieur qui
eil très-civile j accompagnée d'une
des fiennes où il me fait le com- '*
pliment dont il é toit chargé. Vous ^^
trouverez ici la Lettre du Gouver- *^
neur.. Je ne vous envoyé pas celle
de TEledeur , parce que j'en pour
ray avoir bcfoin. '^
Si 5 lorfquc j'étoîs à Rlietel , je
n'avojs cru que je ne pourrois pas
avoir réponfe de fept ou huit jours
de l'Eledeur^, & que je fuife allé
droit à Sedan 3. comme c'étoit ma
penfée , dés Lundy pafiTé j'euflfe été
hors du Royaume, . G'efl. un mal- ^^
heur que je ne pouvois pas préve-
nir , ôc qui me coûte beaucoup
d'incommodité & de chagrin. La
plus force raifon que j'aye pour
m'en aller à Bouillon 5 c'efi que je
fors par: là plutôt du Royaume 5 «
E 7, iiiai5>.
ce.
ce
ce,
ce
ce;
ce
ec
ce
ce .
ce.
ec.
3i
3>
1 1 o JHemolres pour fer vlr
l fU }) l'Omis 3 c'cft un lieu où il n'y a paj
_,, apparence que je pulTe demeurci
,3 quinze jours en fureté. Le Villac^ç
„ eft tout ouvert , le Château très
,5 petit , Se je n'y ferois pas le plus
fort. En outre , le Père du Gou-
verneur eft. celui ,3 ce qu'on dît,
5 3 qui a le plus agît contre les Fran-
33 cois à Liège ; & le Gouverneur
33 même eft Beau Frère de Madame
de Marfin. De plus , il y auroît
toujours aux Portes des Partis
d'Efpagnc , de Lorraine , &c de Air,
" de Turenne.
" Si Mr. PEledeur vouloît me
*^ donner le Châfcau de Dînant . qui
" eft à dix-huit lieues de Bouillon ,
" à condition que j'y pourrois met--
" tre deux cens hommes en Garni-
fon 3 je crois que j'y pourrois être
fort bien ôc en quelque fureté , jus-
qu'à tems que je puifte prendre
quelque autre demeure. C'cft une
étrange condition que la mienne ,,
" d'avoir confommé ma vie en fer—
" vant utilement la France 3 avec "la-
'' dernière fidélité & paffion 3 & que
" cela ne. m'aye fervi qu'à me faire^
-*^ perdre, la liberté , que fans cela:.
j'ciifïè^
9>
3*
N w
à tHlfto ire d'Ame d'Autriche., m
j'eiilfe eu de pouvoir aller <3c de- « iCji,
meurer par tout avec une entière «
fureté. Peut-être cela eft fans «
exemple. <.
Au nom de Dieu , voyez Mr. le ,i
Maréchal de Gramont , qui a fort «
pratiqué du Pays. Examinez avec «
ni & mes autres amis , ce que je «
devrai faire ; car alfûremcnt, je fe- «.
:ai en danger à Bouillon, Cepen- «
iantj j'oferois prier que le Roy é- «
:rivit une lettre à l'Electeur de «
Cologne en ma faveur , le remer- «
nant de Toffre & des civilités qu'il c«
iTi'a faîtes : & peut-être feroit-il «
bon aufïi d'en écrire une au Gou- «
verneur de Bouillon ; mais , je me '«
remets en tout à ce qu'on jugera de «
delà pour le mieux , & demeure, (s,
styecla plusforte paiîion^ct
N.
Mon si e u r 3.,
Vôtre trés-afFedîonné
Serviteur le Cardinal
M-A.Z A R I N,
rt
tt
^* =^. Clermont ^ h I o. , yî/^r/ 1(3 5 ï o >
Ma--
ni;- Mémoires pour fervlr
\6si,. Madame de Longucville , juftifiée
& triomphante , ne penfoit plus qu'au
moyen de revenir à Paris ^ îSi de fatis-
faire les Efpagnols avec lefquels elle
avoitfait un traité. Ils Tavoient faîc
prier , voyant Tétât des affaires de
la Cour de France , de Te fouvenîr"
qu'elle étoit engagée à ne fe point
leparer d'eux que la Paix générale ne
fut faite j mais , elle leur manda qu'el-
le dcfîroît venir àParis^pour y travail-
ler & Il après qu'elle auroit fait Tes ef-
fortspour y parvcnir^ilsn'étoiécpas con-
tents qu' elle leur promcttoit de reve-
nir à Stenaï 5 afin de iatisfaire entiè-
rement à Tes engagcmens 5 elle envoya^
Sarafin à Bruxelles , pour remercier'
l'Archiduc & le Comte de Fuenfalda-
gne des aflîftanccs qu'elle en a voit rc--
çûës .- & ce Prince par le confeil dii'
Miniflre du Roy d'Efpagne fe contenta
de ce qu'elle leur promit, lis la laifïe-
rent revenir à la Cour dans l'efperance
du moins qu'elle y fèroit de nouveaux
embarras 3 dont ils pourroient profiter;
autant que de la Paix qu'elle leur of-
froit & qu'elle ne pou voit pas faire. Au
bout de quelques jours, elle arriva à
Paris 5 aufli contente de la profperité-
àtS"
{
et l*'H'Lfioîre £ Anm ^ Autriche, 1 1 j
rfes Princes Tes Frères , quelle avoir i<?|f»
été affligée de leur infortune. A Ton
retour , elle fît paroître quelque def-
fcin défaire ce qu\4le avoit promis aux
Etrangers. On envoya Croiifi à Ste-
nai au Maréchal de Turenne : il fe fie
quelques négociations , & l^on vit à
Paris des Efpagnols qui faifoient mine
d'être occupés à de grandes affaires ;
mais 5 je n'en fçay point le détail : 6c
comme la Reine n'y avoit nu'> le parc,
je n'en puis rien dire , (î non que tou-
tes ces propoiîtionsfervîrenc feulement
a tirer honnêtement le Maréchal de
Turenne de l'engagement qu'il avoit
pris avec les Etrangers..
Ylw l'état où fe trouvoîcnt alors le
Prince de Condé , 5c Madame de Lon-
gueville , on peut juger que s'ils euf-
Tenc fçû porter leur bonheur jufques où
il pouvoir aller, cette Famille fe feroit
élevée jufqu'au dernier degré de la
plusexceffive puilfance où des Princes
du Sang puifiTenr arriver. Mais Dieu ,
qui vouloir protéger la France contre
leur ambition , permît que Monfieur
le Prince fit une heurcufe faute qui lui
ota its nouveaux amis , ^ qui les
obligea de le hair plus que jamais. li
4î I Afsmolres pourfrvir
i^^/I» le contenta d'arrêter encre le Duc
d'Orléans ^ lui le Mariage projette,
entre le Dnc d'Anguien Ton Fils &
Mademoiielle d'Alençon Fille du Duc
d'Orléans , fans en prelTcr la conclu-
fion ; &ci\ fuîvit les fcntimcns de Ma-
dame de Longueville fur celui du Prin-»,
ce de Conti avec Mademoîfelle de
Chevreufe , qu'elle lui confeilla de.
rompre , fi-tot qu'elle fut revenue. El-
le ne trouva pas à propos de mettra,
une perfonne dans fa famille , qui ,
étant Femme de fon Frère , l'auroîc
précédée par tout , & qui plus jeune
&auffi belle l'auroit pu effacer 5 ou du
moins partager avec elle le plaifir de
plaire & d'être loliée. Elle ne voulue
pas non plus qu'elle lui pût ôter le cré-
dit qu'elllî? vouloit avoir fur l'efprit du
Prince de Conti , fon jeune Frerc , par
où jufques alors elle s'étoit rendue con-
fidcrablc à la Famille. Pour perfuader
Mr. le Prince , elle trouva le moyen de
lui faire fcntir que le Prince de Contî,
venant à fe marier , lui oteroît le par-
tage qu'il dcvoit faire en ce cas avec
lui des biens de leur Maifjn. Par cet
intérêt , elle le fît refoudre de man-
quer de parole à Madame de Chevreu*
fe ;
I
à rHiflolre ^Anne à' Autriche, i\y
è ■,• & ce changement fut un grand i^/î»
>b{lacie à fa grandeur j car cette Prin-
elfe avoit trop d'habileté & de crédit,
)Our recevoir cet outrage , fans trou-
ver les moyens de s'en venger. Le
Duc de la Rochefoucault avoit fortifie
Vladame de Longueville dans ce mau-
/ais delFein. Il haiiToîc les Frondeurs
3c prétendoît que Madame de Che-
/reufe n^avoit pas reconnu les grands
fervices quMl lui avoit rendu autrefois,
pendant les diigraces qu'elle eut à
fouffrir fans la faveur du Cardinal de
Richelieu ; fi bien qu''il contribua
beaucoup à cecce rupture.
La PrîncefTe Palatine , de Ion côté,
voyant qu'elle étoit quitte de la pro-
meffe qu'elle avoit fait à Madame de .
Longueville , ne fongea plus qu'à bien
fcrvir la Reine. Elle l'alla voir en fe*
crer, prit des mefures avec elle ;, & tâ-
cha de s^oppofer au delTein que le Prin-
ce deCondé avoit de poulTcr les chofes
à l'extrémité. Il vouloit fuivre les
Confeils de fes créatures , qui par de
mauvaifes voies defiroîent fa grandeur.
On propofa tout de nouveau dans les
premiers jours de fon retour d'enlever
le Roi , éc de le mettre entre les mains
du
Ji6 Alemoires pour fervîr
t6ji, du Duc d'Orlcans. La PrincelTc Palati-
ne à ce qu'elle m'a conté, dît là deffiT^
àMonfieiir le Prince , qu'il ne falloir
pas aller (i vire , n'y donner tant de
piulfance au Duc d'Orlcansj en quoi el-
le (ervoit utilenient la Reine, <5c ne
trompoit pas Monfieur le Prince., Elle
avoir le dclTein de les raccomoder cn-^
fembic y &c , dans cette intention, elle
confeilla à la Reine de lui donner le
Gouvernement de Guienne, afin d'arrê-
ter par cet Engagement les autres Pro-
portions qui fe Faifoient contre le re-
pos de la Reine. Mr^Je Prince eut pd-
aller plus loin par le chemin qu'on lui.
\oaloît faire prendre ; car le Duc d'Or-
léans n'aiant que des Filles, c^ une
d'elles devant être mariée au Duc
d'Angirîen il cft mdub'table que cette
même Grandeur feroit retombée fur
lui ; 5c s'ils fe fulfent faifis du Roî ,
leur Domination , du moins jufqu'à la
Majorité, n'auroît été bornée que par
leurs dcGrs. Mais, Dieu donna des
forces à la Reine , pour fe deffendre
heureufement des m uvais dcffeins qui
fc penférent former contre elle, ôc qui 1
manquèrent en partie d'être exécutez, '
parceque dans le fond du cœur du Duc
d'Or^
a tHlftolre êiAnne ^ Avttrlche, wj
d^Orlcans il y avoir de la bonté, & 1^51.
que dans l'aine de Mr. le Prince, on a
dû y remarquer une naturelle averiion
lau mal. Cefl ce qui les rendoît fi fa-
ciles l'un & l'autre à recevoir des Con-
feils conformes à l'cquîtë & à la dou-
ceur. Il cft à croire aufîî que Mr. le
Prince n'avoir pas oublié que le Coad-
juteur. Madame deChevreufc, & Laî-
gue, Tavoienr mis en Prifon, 6c que ce
fouvenîr afoiblifToit dans fon ame
celui de Ton retour & de fa Liberté.
Il cft vrai que Madame de Chcvreufe
ne mériroit pas qu'il lui manquât de
parole. Elle en avoir ufé fort honnê-
tement avec lui dans la première vifite
qu'elle avoît reçue de lui. Elle lui re-
donna fa parole & fon écrit, & lui die
généreufcmenr qu'elle vouloir rcnîr
l'honneur de fon Alliance de fa propre
volonté. Ce procède devoir obliger Mr.
le Prince à la rechercher avec de grands
foins ; mais, il étoir à propos qu'il fe
trompâr : de fî grandes Caballes liées
à Lui 'auroienr accablé la Reine , qui
aparemment auroit beaucoup plus
foufferr 5 s'il avoir éré plus pondluel
à tenir ce qu'il avoir promis.
La Reine , qui comprit aifément
Combien le Mariage du Prince de Con*-
^
1 1 8 Ji^emolres pour fervîr
IJjjfi, ci avec Mademoifelle de Chevreuf
lui écoic à craindre, vit avec graiii
plailir les obftacles que Madame d
LongLievillc y apporta 5 & le fcrvic
qu'elle lui rendit , fans en avoir Tir
tendon , diminua la douleur qu'ell
eut de la voir travailler publiquemcn
à la paix avec les Efpagnols , fan
qu'elle lui fit la grâce de la compte
pour quelque choie , ôc recevoir ave
un fouris dédaigneux qui lui étoi |
ordinaire , non- feulement le peupl
de Paris , mais les plus grands Seig '
neurs qui venoienc à Tadoratioi
chez elle.
Servicn , Se de Lionne qui avo
icnt pris quelque lîaifon avec Mr. h
Prince , lui laliroient efperer de grand
avantages du Roy Ôc de la Reine ; 6
ce qu'ils faiioient pour le fcrvir , S
peut " être en même tems pour jfi
maintenir dans le pofte où ils étoîent
\ entretenoit une négociation qui c
toit encore utile à le féparer de U
Cabale des Frondeurs, ôc le raprochcr
de cette Princefïe. Monfieur le Prin-
ce 5 ayant donc déterminé de rompre
le Mariage du Prince de Contî , fil
entendre à la Reine par de Lionne ,
qu'i*
à PHi/tolre ^Anne d'Autriche* ii^
qu'il iouhaitoit qu'elle employât Tau- i ^J i ;
torité du Roi pour en empêcher la
conclufion , &lui fit dire qu'il lui en
feroic obligé. Le Prince de Conti ne
haiffoir pas Mademoifelle de Che-
vrcufe : il avoir intelligence avec elle ,
par Laigue Confident de Madame
de Chevreufe : mais , le Prince de
Condé 5 pour l'en dégoûter , lui fit
dire qu'elle avoit deb Amans qui ne
lui déplaifoient pas , diC par cette voye
lui fit naître dans l'ame quelque peti-
te jalou fie 5 qui fit l'effet qu'il defi-
roit. Aînfi la Reine , après beau-
coup de négociations ; du confente-
|ment déroute la famille de Condé,
'■ 'fit fçavoir à Madame de Chevreufe
qu'elle ne defiroit pas que ce Mariage
fe fit , parce qu'il avoit été concerté
pour des fins contraires au fervice da
Roi. Ce Commandement fut caufe
que toutes ces propofitions s'évanoui-
rent 5 & qu'on n'en parla plus.
Mr. le Prince ^z cet outrage à Ma-
dame de Chevreufe , fans même lui
en faire aucune excufe , ni travail-
ler à guérir le dépit qu'elle en devoic
avoir par aucun adouciilement ; ce
qui lui fit perdre l'amitié de cette
Prin^
ïio Ji^emotres pour feriAr
i^ci. PnnceiTe , qui, ëcant convertie e»
haine contre lui, telle qu'il la méritoit,
fut caufe que cette Prîncefle pour fc
venger de lui, fe tourna du côte de h
Reine , qu'elle fervit (î utilemcn,
qu'elle contribua beaucoup au retouj
du Cardinal Mazarin, Mr. le Princ(
perdit aufîi le Coadjuteur , tant :
caufe qu'il s'intérefToit en toutes le.
chofes qui regardoienc Madame &
Mademoifelle de Chevreufe , qui
par l'impuifiTance où il fe trouva d(
lui pouvoir faire donner le Chapeau
qui-ctoît la feule Hn de Tes Intrigues
on le peut dire de fes crimes & de fe
vertus j fi bien qu'aiant changé de fen jj
riment pour ce Prince, auflitôt qu'i |
n'efpera rien de lui, il fit enfuire paris:
à la Reine, par tous fes Amis &. fe
Amies, pour tâcher de fe raccomode;|
avec elle ; & fans doute qu'il n'oublii
pas d'envoîer traiter avec le Cardi
nal.
Dans ces tems fi brouillés, il f{
pafia un fi grande Confufion de Né
gociations, qu'il faut nccefiairemcni
que j'en aie ignore une grande partie
J'avois une continuelle aflîJuiré au-
près de la Reine , qui me faifoir cc\
hoi)
1
IHiftolre d'Anne (^Autriche, iii
\ inciir de prendre quelque confiance e (? j î ,
n noî ; mais elle ne fçavoit pas elle-
r ne les particularités des inrrigues
renvironnoîent j & la fidélité que
. jis pour elle me rendit fufpeârc à
x.^ qui n'avoîent pas ces mêmes icw-^ .
V cns. Je icai feulement , par les cho-
.|ui venoient à elle, &par celles qui
nt été dites en confidence par les
près A6leurs , les évenemens les
il| ; confidcrables , dont il y a fans
c te un détail fecret qu'il m^a été im-
i îbl'e de pénétrer entièrement à Té^
1 1 duCoadjuteLir, La Reine , dans
e:ms là, me dit un jour parlant de
I, qu'il lui faiioît parler par tout le
1 ide ; que Madame la Ducheiïe
' iguillon la prelfoitdc lui pardonner
Ciicfe fervir de lui pour fe tirer de
'ut où elle étoit. Elle ajouta ces
1 nés mors , qtielle voyoît bien quet^
' ['olt ralfon ^ que la politique le voti»
n ahifi y mais quelle avoit une tellâ "^
eur de cet homme , qull lui étoit
'î.ojjlhle de s'y refondre. Je la pref^
a le feindre en cette occafion , ôc de
ifi point écouter fon refTentimcnt ,
[l'ique raifonnablc ;, afin qu'elle put
t bien-tôt en état d'agir librerneuc
"orne If^, F f\ii
■111 Alémoîres pourfervîr
i6<j, fur ramitié & fur la. haine. Quelqi
tems après , elle fut prcfque forcée d**;
voir commerce avec lui , pour voir
elle pourroit par le dérèglement de i
P a fiions trouver quelque remède à i
maux propres. De Lionne le vie p
fon ordre. Je penfe que ce fut ch'
Montréfor. Les Propofirions furc
cruelles5du côté du Coadjutcur , co:
tre la vie de Mr. le Prince. Elles f
rent telles que la Reine , qui écc
bonne & généreufe ; ne les put a
prouver ; & Taverfion qu'elle en t
moigna rallentit ces fortes de Conf
rences. On a cru que le même <
Lionne , ne voulant pas perdre M
le Prince , en avertit le Maréch
de Gramont , qui aufïï-tôt le c
à Chavîgni a & Chavîgni le découv]
à ce Prince ; ce qui produifit enfui
de grands événemens par les préca
tions néceffaircs qu'il crut fe devoir
lui même. La Reine ne voulut doi
point de repos en fe défaifant d'un Enn
mi par des voies iniques. Une Princcf
Chrétienne 3 qui avoitde lamodératic
& de la vertu ^ n'étoit pas capable c
fimpacifer en rien avec des fentîmej'
auffi emportez que rétoient ceux c
Coa
î rfllflolre à' Anne d'Autriche, ii$
Cadjuteur. La piété , qlie fou -Ca- i6yi,
nlere lui dévoie infpirer , & les ver-
:i moirales dont il faifoit profeiïïoii ,
s'accordoient guerres avec l'Ambi-
1 qui ne lui permettoit de fentir que
pi pouvoir contribuer à la fatisfai-
Son grand defintéreiTement & ies
res qualitez^qui lui donnoient tant
.mis y leur pouvoîent faire croire
; s'il defiroit du bien , ce n'étoit
; pour leur en faire part y Ôc que
la Reine fe vouloir fervîr de fes
iifeils 3 l'élévation de Ton Efprît qui
coit plein que de grands deffeîns ,
, adtivité , fa hardielTe , de fa fcrme-
vîendroient à bout de toutes les dif*
iltez que la foîblelTe du Cardinal
.zarin ne pouvoit furmontcr. Mais,
expédiens qu'il propofoit étoient G.
cez 5 qu'ils ne pouvoîent pas aifé»
nt s'attribuer à magnanimité.
Le Prince de Condé perdit encore
Premier Préfïdent Mole , à caufc
'il avoit dit qu'il ne feroit jamais con-
t qu'il n'eut fait chafiTer le Tellier du.
nfeil de du Service du Roi 5 afin de
ivoîr faire mettre à fa place le Préfi-
it Viole 3 qu'il préféra à Champla-
ux Fib du Premier Préûdent ^ qui
F i avoic
Ûl
114 Afefnolres pour fervlr
i^/i^ avoir cfpcré de pouvoiu devenî
Secrétaire d'Etat. Les hommes le
plus fâges ceflent de l'écre , quand i
s'aeît de leurs intérêts. Voilà la four
ce de toutes les fautes de ce isge Ma
giftrat. Sa fermeté , la probité , le zc
le quil avoît pour le bien de l'Etat «5
le fervice du Roy qui avoit paru a
travers de fa foiblefTc ; toutes Tes ver
tus perdirent leur éclat , parce qu^il n
fit pas tout ce qu il devoît faire ; & pa
là feulement il fe priva de l'avantag
qu'il auroit pu avoir d'être cftimé ui
des premiers hommes de fon fiécle. S;
prétention l'avoit rendu trop partial di
Prince de Condé , & l'avoit fou vent fai
manquer à fon devoir ; mais , les dé
goûts qu'il eut d^ ce Prince, qui fe mul
tiplierent beaucoup , le rendirent plu
fidèle. Il eft à fouhaiter qu'il puifle fer-
vir de leçon à ceux qui le fuivronr.
Mr. le Prince perdit aulîî dans I*
fuite des tems le Duc de Boiiillon & 1(
Vicomte de Turenne ; pour avoir , \
ce qu'ils difoient , foutenu foiblemem
leurs intérêts en quelques occalions
La PrinceiTe Palatine , qui ne Çwx. pa* I
lion plus fatisfaite de fa Recc-nrroîiTan-
ce ;, parut en quelque façon moins at- -
tachée
a rHlfiolre d'Anne d'Autriche, 12 y
achée à lui. Elle voulut qu'il ôtat i^ji*
es Finances au Prëfîdenc de Malfons ,
)our les donner au Marquis de la
/ieu ville. Le Chevalier de la Vieuville
on Fils étoîc de Tes intimes: elle vou-
oit qu'il lui eut cette obligation , ou
plutôt elle prétendoit devenir riche par
eur moyen j & com.me elle fe vit pri-
vée de cet efpoir & du plaifir qu'elle
■royoit trouver à favorifer ceux qu'el-
s con/ideroitjellefuivitfon inclination
huî la prelToit de fe donner entîérc-
nent à la Reinc^^ fit voir par fa con-
|iui£e qu'elle étoit dans fcs intérêts.
:lle fît tout pe qu'elle put pour obh'ger
Mr. le Prince à fe mettre tout- à- fa le
Dien avec la Ricne , Madame de
Longueville fut quelque temsà douter
Prince ne p'ut ciin^i-Xaîi-j» • maïs , ce
fitîon 3 à caufe des obligations qu'il
avoit nouvellement au Duc d'Orléans,
dont il ne crut pas fe devoir féparer. Il
eft à croire aufîi que l'engagement où
il étoit de haïr le Cardinal Mazarin ,
plus par honneur que par fentiment ,
Tembaraffoit , &: qu'il ne vouloit fui-
vre en rien l'exemple des Frondeurs ,
qui fcîgnoient incelTament tous les
F 3 con- ^
^1 & Jtdemolres pour fervlr
ï^^i. contraires cnfemble. Ce font là , ft
Ion toutes les apparences , les. véritî
blés raifons qui Tempechérent de
lier avec la Reine5& par cet état doutet
arrêter les Projets légitimes qu'il ai
roît pu former à l^avantage de fa Grai
deur. Il eft difficile à Thomme c
vouloir fatisfaire à toutes fes oblige
rions , à fes intérêts ^ & à fes fent
mens : toutes ces chofes portent e
elles des difficultez qui le font cgan
au milieu de cette multiplicité de per ,
fées ôc de defirs , qu'il fe produit j
lui-même & le forcent fouvent à fui ^
vre ce qu'il ne voudrolt pas faire.
Le Prince de Condé demeura don
îndï^cîs à la vue de tout ce qui fe prc
fentoit à lui : ^ o^ia^uvaenlinqu'i
n'eut pas tout celui qu'il pouvoit avoir
Il eut feulement intelligence avec h
Reine^ pour faire quelque changcmen
au Confeil Se pour obtenir le Gouver-
nement de Guienne , que Servien &
de Lionne , enfuite des Confeils de la
Princefïe Palatinejlui firent cfpérer. Ce
fut fous l'apparence du bien public
qu'ils y travaillèrent , mais , ce fut
plus véritablement encore par j'efpé-'
vmcp
A Hifiolre et Anne à' Autriche, 127
Xnce qu'ils eurent que ce Prince fc- 1^51.
oit chaffer le Tcllier qu ils n'aîmoicnt
»as 5 5c dont peut-être ils vouloient la
:harge. Il le fut en effet quelque
ems après 5 dont il reffentît beaucoup
ic peines \ mais , fa difgrace ne lui fit
ien perdre. Il eut le bonheur & la
idélité tout enfemble : c e^^ ' e qui
irrive raremcnr
,^_ .-/^iiL que toutes ces brouiUenes
c démêlent , beaucoup d'autres évcne-
liens remplilToîent le Théâtre, La
sIoblefTc voîoit de toutes parts de la
onfu/îon , le Parlement agiffoit com-
ne s'il eut été le Maître du Roiaumc ,
k le Clergé s'affembloît pour fes in-
éréts. Qiiand les Princes , les Sei-
gneurs 3 & Gentilshommes , eurent
:emarqué que tous les Corps ^ excepté
mx 5 avoient part à la chofe publique ,
Is réfolurent auffi deprendre celle qui
eur appartcnoic , & demandèrent les
Etats. La Reine , qui ne fçavoit plus
:c qui lui étoit bon ou mauvais 5 6r
qui félon le dire du Marquis de Sen-
netcrre ,fe laiffoit confeiller par la n€-
cellîté 5 n en fut point d'abord trop fâ-
chée 5 parcequ'elle vit que cela déplaî-
foic air Parlement. Avant la fortie des
F 4 Prin-
î 2 s Mémoires -pour fervlr
16 ju Princes , phifieiirs Députations avoi(
éré faites entre le Clergé ôc la NobI
fcy routes en leur faveur, ôc afin
fupplier la Reine unaniment de
mettre en liberté. La Nobleffe,
voiant alors Tortis de Prifon , déj;
ta vers le Duç^^Orleans le Marqi
de Sourdis pour len remei^cier & ]
-^fs marques de leur 10
commune. Il s en aç^u^v., . j.^^ '
ilavoit beaucoup d'efprit «Se de fçavo
Le Duc d'Orléans avoir confenti
cette AfTembiéede la Noble (Te ,
Mr. le Prince auffi. Quiand ils vire
qu'elle dcmandoit la Convocation d
Etats 3 ils voulurent fe fervir d'el
pour de plus grands defTeins ,
crurent qu'ayant à eux le Parleme:
avec beaucoup de ceux qui comp
foîent le Corps de la NobielTe , êc c
Clergé , ils en feroient les Maître
Leur delTcin étoit de les faire tenir-
Paris dont le peuple étoit à eux , i
avant la Majorité qui approchoit
afin peut-être de faire revivre les an
cîenncs Loix du Royaume , qui , à c
qu'ils difoienc , dcffendentque les Roi
oient Majeurs 11 jeunes. Ils cruren
vainement qu'ils pourroient ôter 1
Régence à la Reine^ pour fe faire le
à rHlftolre à* Anne a (iAntrlchc , 129
Maîtres de l'état \ mais elle qui , fut .
|leur defTein , bien confeillée & bien ^
linftruîce , s'y oppofa foitemcnc , appu-
yée du premier Prefidenc 5 & meme.de
"out le Corps du Parlement, qui en ce '
rasétoit pour ellc.Cette Compagnie eO:
:oûjours oppoféc aux Etats , à caufe
p'ils ofFufquent Ton pouvoir,& que le
not de Tiers » Etat ne lui plaie pas.
!.e Garde des Sceaux de Chateaunenf
avoriibit ceux qui demandoient les
kats. L'autorité de la Reine lui écoic
afpede , ,& il fçavoit d'ailleurs que le
)remier Prefîdent ne l'aimoit pas. Ce
lit donc à fon extrême regret qu'il vît
]ue la Reine , tenant' bon , repren-
îroît des forces & qu'étant appuyée
le ce Corps , eile réiiffiroit dans fon
lefifeîn 3 qui étoit de les empêcher
out - à - fait. C'ell pourquoy il con-
cilia les Princes de confentir qu'ils fuf-
ent convoques à Tours , le premier
rOélobre, auffi-tot après la Majorité.
La Reine ne pouvant reculer , y con-
entit au ^rand regret de ceux du Par-
ement y mais^ils fe confolerent en ce
qu'ils crurent que fon intérêt l'oblige»
oit toujours de les éviter , & qu'alors
îUeauroit fans doute plus dePuiffàn-
;e pour ■■ faire obeïr le Roi, cette
F> j'. Prln-
T 3 o MemoW^s four fervlr
16^1, Pnncciïe 3 dans le dcffcin de feînd
de n^y confentir jamais , envoia enf
Je Maréchal de l'Hôpital pour fépar
i^Afifemblée de la Noblcife , ôc le
promettre de convoquer lès Etats î
premier d'06tobre ; mais ^ (es partifa
des Princes n'en parurent pas tout-
fait fatisfaitSi
Le dix neuvième , lé Duc d'Orleai
Ciivoia quérir le P. Paulin , Jéfuite ,
GonfefTeur du Roi^pour lui dire qu
le prioit d'avertir la Reine que cet
Convocation des Etats après la Major
té^nc plàifoit à perfonne ; que la Nt
blefïe ne vouloit point fe defunir j qu"
craignoit qu*il n'arrivât de grands de
ordres dans. Paris ; ôc qu'elle devc
favoir. que peut-être avant qu'il fi
rrois jours jtout feroit à feu& à far
dans la Ville. . Le P. Paulin revii
trouver la Reine , ôc lui rendit comj
te de la Harangue du Duc d'Orlean
21 accompagna fa Narration d'une a
freufe peinture de tous les maux qi
pouvoîent arriver de cette affaire. L
K-cine. l'écouta fans s'étonner : eli
connut, d'où venoit ce Difcours 5^
qu'il étoir fait : à dcflein de lui faîi
|fyi*;6ç.d(? Tobligerpar cette fraieur
convoque
à rHiftoire Sl Anne à* Autriche, 131
convoquer les Etats avant la Majorité, i ,5 j i .
lElle vît clairement que fcs intérêts ne
pouvoient compatir avçc ceux des Prin-
l:es 3 & que fous le nom du Mazariniîs
luroient eu pouvoir de la perfécutei:
:out de nouveau. Le foir de ce même
ourle Duc d'Orléans & Mr. le Prince
j tinrent la voir. Elle dit au Duc d'Orle-
îns,que s'il avoit voulu lui faire peur,
i\\ lui mandant ce que le Père Paulin
ui avoit dit de fa part , il n'avoit pas
.'cufïi dans fon delTcin. Le Duc d'Orle-
ms &: Mr. le Prince la prelTérent in flâ-
nent deconfentir^que les Etats fe tinf-
fent avant la Majorité , afin à ce qu'ils
iifoient de contenter la NoblefTe^qui ne
vouloir pas fe féparer fans obtenir cette
^race ; mais la Reine , qui fe fentoic
appuiée , tint ferme contre eux,^ ne fe
relâcha jamais. Elle parla même au
Prince de Condé avec un peu de fierté,
ne montrant nullement de les craindre
ni l'un ni l'autre j & ils la quittèrent
fort mal Tatisfaits de fa fermeté.
Le Garde des Sceaux alla le lende-
main au Luxembourg , pour accom-
moder ce différent. Il rapporta à la
Reine , que le Duc d'Orléans iouhai-
toit au moins q^u'ils fufient commen-
Fi6> ces
1 3 i Jl^emolres pourfervlr
tÇ^ ï . ces cinq ou fix jours avant la Majori
\ téjntaisj la Reine ne fe rendit poir
à' cette dernière attaque : elle eut pen
que ce peu de jours ne lui fiiflent fu
ncftes ; Se leur emprelTement fortiii
fà refiftance , & lui en fît connoitr
vifibiement le danger. Le Duc d'Or
Icans fe fondoit à infifter là deHlis
fur ce qu'il difoit y avoir des éxem
pies que les Etats avoient fouvent et
tenus fous les Minorités. Il alla mê
me au Parlement diiputer fa préteiî
tion j Se , comme les intérêts chaii
gent les fentimens des hommes, il ]
trouva Ton crédit diminué , Se qui
n'en a voie pas autant pour faire teni<
les Etats , qu'il en avoit eu en faveui
des Princes , Se contre le Mazarin. La
NoblefTe députa à THÔtel de Ville .
pour lui demander jon<Stion j mais lej
Bourgeois , qui n avoient plus cet ob^
jet du Mazarin , qui avoit produit
leur entêtement , etoîent revenus à
leur devoir , Se iVétoient plus capables
d'y manquer , fans de grands foins à
les tromper par d'autres inventions.
îlsrefuferent leur Requête : puis en-
fo toutes ces contcftations fe ralenti-
î(Ç^t >^ô^dc plus grandes avantures les
a rHljlolre ^ Annt à* Autriche^ 1 5-3
etonfferenr. Cette difpute néanmoins i6j\,.
fut foûtenuë des Princes , îufqu'à la
veille de la Majorité, i^pparament
elle étoît fondée fur quelque deflcia
nuifible au Roy, à la Reine , ôc à
TEtat, ôc comme le Mazarin leur à-
voit fervi de prétexte à tous pour fa*
tîsfaîre leurs pallions , un des jours
que le Duc d'Orléans fut au Parle- _
ment pour cette affaire , il fe plaignit
hautement de la Reine , Se dit qu'elle
n'agi {foie que par les confeils du Mi-
niftre de Breull * ; qu elle étoit envî-^ q^^^{^
ronnée de Mazarins ; qu'il ne. pou^^nal y
voit pas répondre du repos de l'Etat , étoic. .
que le Tellier , Scrvien , Se Madame
de Navailles ne fulfenc chaiftes de la
Gour ; Se que toutes ces perfonnes
étant créatures du Cardinal , la Rei-
ne n'agi{foit jamais que par les avis ^ ,
qu'ils lui donnoientde fa part.^. Brévec
Navailles étoit un Gentilhomme de fut don-
bonne maifon , bien-fait 6^ forthon^ né à Ton .
nête homme. Qiîand le Miniftrepar- ^^^^ »
tit de France ; il lui fit donner le Brc- [!|i"jQjj.-
vet de Duc "^ , Se pria la Reine de lui ncr l'a- ,
faire époufer Mademoifelle de Neuil-! vantagç. -.
laatrqui l'eftîmoît. Pour; lui , il l3.^',^"f
fouliaitcoitpour fon mérite , fa fagelfe,- j^'^^^^
I '3 4 ^^ mohres four fervir
li^j.r. fanaitTance, ôc fes riche (Tes. Ce Ma--
riage , comme je l'ai dcjà dit , aianc:
écé fait au Palais Roial en fecret , de
du confentement de la Reine , Na-
vaîllestravailloirinceffamment à paier-'
le Cardmal des obligations qu'il lui
avoît , & Madame de Navailles , après ^
avoir déclaré fon Mariage , étoit de-
meurée auprès de la Reine , pour être
celle qui par Ion Mari lui faifoit te-
nir toutes les Lettres du Cardinal. Il
lui écrivoit à elle ^^ lui commettoîc-
le foin d'une grande partie de fes in-
térêts. J'en ai vu tous les Originaux ; .
car Madame de Navailles , quelques-
années après devenue mon Amie , me
les a depuis montrez. Voilà la rai- -
fon qui obligeoît le Duc d'Orléans de
parler d'elle au Parlement : dont on
s'étontia ; car notre Sexe doit avoir;
certains privilèges qui le peuvent"
exempter d'aller dans les Lieux pu-
blics. Le Duc d'Orléans voulut aufÏÏ
chaflei: le Tellier , comme attaché aux
intérêts du Cardinal. Ce Prince étoit
fur cet article de concert avec Mr. le
Prince , qui fe plaignoit hautement
de lui 5 de ce que l'aiant toujours cra-
de fes Amis ^ il l'avoic abandonné , &
al*Hiftoireà'Afine d'Autriche,. X'^ 5
ne Tavoît pas averti quand il fut ar- 16 jx^
récé. Il le blamoîc d'une chofe dont
il paroifToit louable. Il ne faut jamais
trahir le fecret de fon Ami 5 à plus,
forte raifon celui de fon Maître , ôc
celui de l'Erar. On a cru qu'il le
poufTà auffi par l'engagement qu'il
avoit pris avec de Lionne , qui avoic
paru agir avec le deffein de faire chaf-
fer ce Miniftre , & que Servien étant
Oncle de de Lionne , n'avoit été
nommé en cette occafion que pour
mieux couvrir le defir que les Princes
avoient de perdre entièrement le Tel-
lîer. Je croi devoir dire néanmoins ^ .
que je n'ai point de connoifFance par;
moi mêiTiC-, que de Lionne aie voulu -
travailler à la ruine d^m Miniftre
qui fervoit le Roi fidèlement ; mais^ ,
je fçai que la Reine l'en a foupçonné ,
ôc que le Tcllier en a été fortement
perfuadé. Ge font de ces chofes qu on i
ne peut démêler que difficilement , dc
dont par équité on doit toujours
douter. Il y a dans le cœur de Hiom-
mc un grand mélange de bons & de
mauvais fentimens ^ & Dieu feul en \
peut être le Juge,.[^Le Garde des.
Sgeaux voiant qu il avoit contribué à ^
1^6 Afemotres pour fervlr
t^fi» chafTer le Cardinal pour être auprès ,
de la Reîne un Miniftfe en figure .
étoic rempli d'amertume & de dou-
leur. Il fcavoit qu'elle Te confîoit i
d-'aucres.qua lui , & qu'elle le regar-
doit comme Ton Ennemi. Il tâchoît
par toutes voyes d'acquérir fa confian-
ce. Il lui protefta fouvent qu'il vou-
loit être attaché à Tes intérêts. Il lui
ofïrît de fe féparer du Duc d'Orléans,
& de toutes les perfonnes qui lui don-
noient de l'ombrage. Il offrit de la
raccommoder avec les Princes , &
n'oublia rien pour lui dire qu'elle
rrouveroit en lui un Miniftre plus
utile à Ton fervice que celui qu'elle
avoît perdu. Sa confiance étoit don-
née à un autre.. La Reine reçut Ces
offres avec une apparente bonne vo-
lonté; mais en effet 5 elle ne fe laifîa
point toucher à Çqs promeffes. La
Reine , croyant faire fon devoir n'étoic"
^ pas capable de changer foiblemenc
d'avis j fî bien 5 qu'elle n'écoutoic
toutes fes paroles que pour amufèr le
Garde des Sceaux. Il devoir connoi-
îre rimpoflîbilité de fon deffein par i
les intrigues qu il ramaffoit eafaper- - '
fonne^ que la Reine devoir craindre fi
a r Hîfiolre et Arme d'Autriche , 137
êc s'il eut été fage , il auroit vu que i^JT
tous CCS Princes n'auroient pour re-
compenfes que le repentir. x
La Reine, oour contenter les Prin-
€es qui demandoient toujours Téloig-
nement de Tes Mîniftres Se des amis
du Cardinal a leur oflFnCa du confen-
tement de le Tellier^ qu'il ne fer-
viroit point ^ ôc qu'elle fcroit faire fa
Charge par un autre y bien refoluë
néanmoins de la lui conferver , 3c de
',^*^f?^V:^ îà-delTus toute la iuftîce qu'il
:..ii. i^î. 't.n^.vfion n: cron
qu'elle voaloit chafler'm. 1' "°^^^
le Duc d'Orléans avoïc nommé au
Parlement , la Reine, craignant
que ce bruit ne lui fît tort , déclara
publiquement que fi les Princes ne
vouloient venir au Confeil , elle k
tiendroit toute feule 3 ôc n'en chafife-
roît perfonne. Les Princes > fçachant
que la Reine avoit parlé de cette for-
te 5 lui mandèrent qu'ils ne vouloient
point venir au Confeil;, de qu'elle fit
ce qu*il lui plairoit. Le Garde des
Sceaux fut d'avis de le retarder afin
de voir s'il n'y avoit point quelque
voye d'accommodement ; mais , la
Rejne le voulut tenir, ôc lui répondit
^ for-
ï 5 s Mémoires four fervlr
i^ji. fortement ^ que fa volonté feule dévolu^
régler cette Affaire , & cruelle le voU"
, loît alnfi. Le foir même les Princes ,
un peu étonnez de fa fermeté , vin-
rent la voir ; & , parce que les Portes
de Paris étoient encore gardées , le
Duc d'Orléans preiïà d'en faire ôter
les Gardes , comme une chofe qui
devoit déplaire à la Reine & il la fup-
plia de commander qu'elles fuffent
levées ► Elle y con£èntit ; & de cette
forte la Reine fe tjgnpj^.î;' ^^,11^^^^
£?."^?airoit; Mais , fes Affaires n'é.
tant pas qu'elle dut le defirer ^ elle y
demeura tout le tems qu'elle le jugea
néceffaire.
La Reine , ne pouvant plus fouf-
frir le Garde ^ç.% Sceaux :, voulut don-
ner les Sceaux au Premier Président ,
qui l'avoit bien fervie depuis la fortîe
des Princes ; & depuis que , détaché
du Prince de Condé , il s'éroit tout-
à-fait appliqué à Tes intérêts. Car
alors il prétendoit recevoir par elle les
Grâces qu'il avoit efpérées des au-
tres. Le Maréchal de Gramont , A-
mi de Chavigni , Longueuil qui étoîc
devenu Chancelier des la Reine, 6^
quel»
I
à VHijiotre d'Anne d'Autriche. 1 59
quelques autres, gagnèrent Servicn & i^jr*
de Lionne , pour favori fer auprès de
la Reine & du Cardinal , le recour de
leur Ami à la Cour. Ils firent tous
entendre à cette PrlncelTe , que pour
faire les changemens qu'elle defiroit ,
& pour acquérir quelque créance dans
le Parlement , il falloit qu'elle feignît
de ne vouloir plus de Mazarin , &
qu'elle fît revenir Chavigni , le plus
grand Ennemi qu il eut. Servien , 6c
' de Lionne , entrèrent dans cette pcn-
fée 5 pour avoir en lui un Ami auprès
du Prince de Condé , qu'ils paroif-
foient regarder comme leur Protg^j-,
teur. On en écci^cuiiinârque le re-
(6ur de ce Miniftre étoit nécefTaire
pour éblouir le Peuple : & de plus
qu'il éroit meilleur d'avoir celui-là
dans le Confeîl , que le Garde des
i Sceaux de Chateauneuf ; parce qu'il
fembloit que la Cabale de ce dernier
étoit la plus dominante , & que par
Gonféquent Chavigni éroit moins à
craindre. Quoi qu'il en foit , le Car-
iinal y confentit , parce qu'alors fa-
plus grande paffion , ainfi qu'il l^avoic.
Tiandé à fes. Amis, étoit de changer
140- JHemolres -pour fervir
\6ji. le Confeil , ôc d'en ôter le Garde d(
Sceaux. C'eft une de ces chofes qv
j'av depuis vues dans les Lettres au'
ecrivoit en ce tems-là à Madame c
Navailles,
Sennetere ne fcut rîen du n
>
tour de Chavio;nî. On lui cacha c
dedein avec foin. Il 11e raimoir pas
êc il avoir paru avoir plus de liaifo
avec Chateauneuf ; mais , comme
n'avoir pas approuvé fa conduite , l
qu'il s'écoir attaché à la Reine , il i
confola aifément de la refolurio
qu'elle avoir piife de le chafler. ,
^ l'égard de Chavignî , il fe refolut é
rorcTiâ^''?-t'"*^"'"/out ce qu'il poui
lui en feroit obligé" ," -^^.leide Brcu.
froit (on retour par la feule raife
qu'il étoic fon Ennemi déclaré. C
ne fut pas fans étonnement que Vc
vit alors la haine avoir les mêmes c
fers que l'amitié. Il ne falloir p:
s'en étonner : l'intérêt peut lui fci
joîndi-e tant de contrariétés enfembl
il eft le maître des cœurs , c efl li
qui gouverne le monde , qui fait foi
vent agir les hommes en bien & c^
îîial , qui fait naître la haine, ôc ci
prc
à r Hîfiolre â* Anne et Autriche 141
produit les apparences de l^amitié que 1^51,
les gens de la Cour femblent avoir les
Lins pour les autres. Ce changement
étant concerté de cette forte, Chavigni
irrlva le deuxième Avril , & le foir
iiême il vît la Reine dans fon Oratoi-
'e. Il y fut par un efcalier dérobé
\xi\ alloit dans ce lieu fccret , oii elle
aifoit venir ceux qu'elle vouloit ca-
her à ^qs efpions.
Le lendemain , ' le Duc d'Orlcans ,
[ui fembloit n'avoir eu nulle part au
etour de Chavigni , & à qui la Rei-
le n'en avoitrien dit , parut le fentîr
'ivement. Il vint au Palais Royal ,
)lein de colère contre elle , & fuivi du
'l^nce de Condé, qui avoit été de ce
ecrei , 6^ en étoit bien content ; mais
clon les maximes de la Cour , il dif^
imuloit fes fentîmens , de peur de
hoquer le Duc d'Orléans qui en é-
oit outré de dépit. Ce Prince , en
refence de plus d'une douzaine de
*erfonnes , dit à la Reine , qu'il jV-
onnoh Infiniment ; que tenant le rang
H il tenait dans le Roymme ^ & félon lit
art quil devait avoir dans les Confeils
u Roi , elle eut voulu faire revenir un
hiftre fans lui en farter \ & qu'elle
Im
142, JHêmoires pour fervîr
I <^5 1 . lui avolt en cela donné beaucoup de mar»
ques de me fris & de défiance, La Rei-
ne lui répondît tout haut , que depuh
quelque tems il avoit fait tant de chofes
fans elle , ni fans fa participation , quil
ne devoir pas trouver étrange ^ fi de fon
coté elU en faifolt de même , & fîpar
fa manière d'agir avec elle , elle croioit
être difpenfée d'en ufer avec lui de la fa^
çon quelle /îvoit accoutumée de le faire ^
que quand il vivait avec elle comme fon
Ami & jon Frère , alors il fçavoit bien
quelle n avolt jamais rien fait , même
dans les bagatelles ^ que premièrement
elle neut pris fon avis 5 mais qu enfin ,
fon procédé avolt fait changer tefien > &
quelle était fâchée de ce quil r avoit con^
tralnt à cela. Il lui répondit , quîi
n avoit fait que fe âeffendre \ quelle ^-
voit commencé a méprifer fon Amitié ,
envolant Monfieur le Prince au Havre
malgré lui ; & que le Cardinal avoit
été aujfi le premier a l' offhifer '^^ qu* enfuit e
il n avolt pu faire autre chofe que ce quil
et oit obligé de faire , pour fa confervatlon
& l'intérêt de fon honneur. Pendant
cette grande Dîfpute , je remarquai
que Mr. le Prince les écouta fans dire
une feule parole ; (3c je fuis perfuadé
que
à t*H!fioire d^Ame d'Autriche, 145
que dans fou Ame il n'ctoit pas fâché 1 6§ i;
de la colère de tous les deux 5 car , il
fît quelque fourîs qui me le fît juger
ilnii. Le Duc d'Orléans avoir néan-
iioins eu part au retour de Chavignî
^ar ceux qui l'avoient traité avec le
Dardiual j mais , ce Prince voulue
"aire voir à la Reine combien il avoir
ènti ce fecret qu'elle lui en avoit
air.
Le Parlemenr vînt au Palais Roial
uî obligea la Reine de cefTer fa Dif-
ute avec le Duc d'Orléans , pour al-
;r entendre les Remontrances que le
rémier Prcfident lui vint faire fur
ette Déclaration qu'il demandoîc
ontre les Cardinaux. J'ai déjà dit
illeurs , que cette Compagnie avoir
fopofé de les exclure tous du Minîf-
re. Le Premier Préfîdent , alors de
Micert avec la Reine , lui parla de ce
île dont il avoit accoutumé de fe
rvir en de femblables occafîons ;
'liais 5 après avoir harangué conrre le
[azarîn , il n'épargna pas le Coadju-
I j|Ur 5 difanr de lui 5 que c'étoit un
ïprît plein d'Ambition de de Def-
llins fadieux , qui troubloit la Paix
J: la Maifon Roiale , de qu'il étoic
■it
!)
11'
m
m
tl
144 2\4emotresf>our fervîr
giè^ î . jufte de réloigii^r de i'erpoîr du Mî-
nifterc. Le Duc d'Oirlcans en rougît
deux fois : il fentic que ces paroles
s'addreiToient à lui , Se elles lui firent
connoitre que la Reine n'étoit pas a-
bandonnée , que le Parlement reve-
noic à elle , &c que c'eft une grande
folie à l'homme que de fe confier aur
hommes,
La Reine au lieu de répondre à
Ton ordinaire , &c dire qu'elle deman-
doîc avis à Monlieur le Duc d'Or-
Icans , & à Mr. le Prince , de ce
qu'elle avoit à faire, un peu en colè-
re contre le Duc d'Orléans , répondit
au Premier Préiident fans parler aux
Princes , quelle accordait là Déclaration
telle que le Parlement la dejïroît ; &
ajoura trés-judicieufement , qu'elk cro^
y oit le pouvoir faire . pulfque Aionjieur &
Air» h Prince étoient prefens quand elle
fut propofée au Parlement, Elle fe tour-
na enfuire vers le Garde des Sceaux ,&
lui commanda à l'inftant même de la
fceller. Il reçut cet ordre comme un
homme qui n'a voit plus guerre de
momens à polTeder cette autorite'
dont il fe fervoit malgré la Reine. A
ces mots déciiîfs de la Reine , Ma- ;
dame
s l'Hifloîre Jl Anne à* Autriche, 1 4 j
ame de Chevrcufc rougit à Ton tour \ \C^\
c je connus à fon vifage , qu'elle vo-
oit avec beaucoup de peine le Coad-
iteurj^: le même Garde des Sceaux
e Chateauneuf 5 exclus de pouvoir
)îndre le Miniftere à la Calote rougej
laîs , comme beaucoup de diligences
voient déjà été faites pour empêcher
Lie cet avantage ne fut ôté aux Car-
naux François , tant d'intrigues fe fi-
nt encore alors , qu'enfin la choie
: éludée &c demeui-a , comme je l'ay
'jà dit 5 tout- à-fait alfoupie.
Cette Cérémonie achevée, les Prin-
'S s'en allèrent. Le Duc d'Orléans
/oit de la douleur & delà tri ftefle dans
cœur , & le Prince de Condé étoîc
mtent. Ce qui fachoît le Duc d'Or-
ns à Pégard du Coadjuteur lui don-
Dit de la joye , & de plus il étoit fâ-
:faît du retour de Chavîgnî. La
eine, fortant de fa Galleric où elle
^oit tenu le Confeil , fe recîru dans
n Cabinet. Elle y reçut publique-
ent Chavignî, qu^cllc traitra comme
Il homme defliné à lui plaire. Ceux
î contribuèrent à ion retour vîrenc
apparences de fa faveur avec plai-
j: ; mais le Cardinal , qui Pavoit ap-
Ybme //K G prou-
i4^ 2\^emoîres pour fervlr
i(f)i. prouvé malgré lui, ne put pas s'en
pécher d'en relTentir de la douleur , <
de tenir pour ennemis ceux qui avoiei
fçû trouver l'invention de le rappi
1er.
Pendant que toutes ces chofes
paîTerent dans le Cabinet, leGardedi
Sceaux 3 qui les avoit ignorées ;, qi
hailfcit Chavigni , & qui fcntoit l
apparences de fa difgrace, fut toûjou
appuyé contre le coin de la table , n
veur 5 cha2i*in , de fort euibarr^d.
Cette Place qu'"Il avoit tant dcfirée
lui donnoit plus de licnte que deglo;
i'e. Il voyoit que les grandes aflrairc
fe faifoîent fans lui , & contre lui : t
dans ces momens il connut fans dout
qu'il alloit perdre les Sceaux j car ,
devoit croire que la Reine n''avoît pa,
changé le Confeil malgré le Ducd'Orl|
leans , pour en demeurer là , & ne pî _
fatisFaire fon refifentiment. Deux heu
rcs après , comme il fut retourné chc
lui 3 elle lui envoya commander de le
rendre. Il le fît , & en même tem
.le Premier Prefident les eut , à condi
tion qu'il ne quitteroft point fa Chai-
re de Premier Préfident. La Reine
enluke , dépêcha vers le Chanceliei
Se
à l'Hlfiolre iAnne £ Autriche \ 47
îcgiiîcr , pour le faire revenir à la iGs^i
Zour 5 afin d'y tenir le Confeil des
)art;ics , & affilier à tons les Confeils
lu Roi 5 comme Chancelier de France*
.Ir. le Prince fçavoit TEledion du
dernier Preiident \ ôc par Chavigni
: de Lionne eut pour ces changemens
luelqucs intelligences avec la Reine ^
ui les fie d'autant plus hardiment ,
u'clle croioit qu'ils pouvoienc le ten-
n* de revenir à elle.
Ce que fouffrit Chateaimeuf, quand
. fe vit fans les Sceaux , ne fe peut af-
zz fortement reprefcnter, & celui feul
ont l'ambition ed extrême peut s'en
Drmer quelque idée. Il eut la penfée
e fe fauver au Luxembourg, d'y por-
^r les Sceaux , & de demander la pro-
^â:ion du Duc d'Orléans pour tenir
on contre la Reine. Apres les avoir
endus 5 il fe repentit de n'avoir pas
xécucé ce deifein 5 mais , la Reine le
irpric y elle envoya Ci promptement
Ihez lui , auffi-tôt après qu'il l'eut
uittéc, qu'elle ne lui lailTa pas letems
e délibérer ce qu'il avoir à faire. Dieu
p permît ainfî^pourla confervation
e la France , à qui cette aélion auroïc
lis doute coûté beaucoup de fang. Je
G 2 veux
1 4 8 A<fé: m oires four fervîr
165 r. veux croire au fîî que îa volonté c
quelque part à fa retenue , & qu'a
niant l'Etat il ne voulut pas peut-ct
pour fes intérêts hazardcr de le perd
entièrement. Cet homme avoir ■
grandes qualités : il avoit l'ame fcrm^
Ttlprit hardi, & le cœur rempli 1
gloire 5 il etoit habile dans Tintrigu
il avoit une grande expérience da
les affaires. Il étoit tellement refpc
té de Tes amis & de fes ennemis
qu'il refufoit aux uns & aux autr
également ce qu'il ne croyoit pas jul
de leur donner , lans qu'ils ofaifent s'<
plaindre, il avoit aulli beaucoup (
quoi s'humilier devant Dieu &: I
hommes, ayant autres fois fous IcR
gne du Cardinal de Richelieu condar
né à mort finnoccnt Maréchal <
Marillac ; & l'opinion univerfclle étc
que fon ambition l'avoit alors fait 1
chement trahir fa confcience & fc
honneur, il avoit encore un défa
qui le rendoit ridicule. Il aimoit trc
les Dames : leur converfation ,
leurs flatteries lui plaiioient ^ 6c 1
Dames pour leurs intérêts le rechc
choient avec trop d'avidité. Sa fo,
blelfe ctoir caufc de celles qu'cll
avoie;
al'Hlfiolre d' Arme â' Autriche, 149
voleur pour lui. Elles ont par leurs K^jr,
irrigues beaucoup contribué à fa
îrandeur & à fa Fortune , de même
u'à le rendre méprifable. Outre ces
onrcufes taches , on peut dire encore,
lie les defîrs que la faveur excitoit en
va anie , écant excefïifs ôc déréglés ,
' renaoienr indigne de vivre , puîfque
3ur vivre dans rélevarion ilfaifoitdes "
aifeffes qui ne convenoient pas à un
amme tel qu'il avoir intention de le
îroitre.
La Nouvelle de la dif^race de cet
omme étant venue au Luxembourg ,
Duc d'Orléans en fut troublé d'une
lanîere toute terrible , 6-: fa colère
enfa caufcr d'étrangjes effets. Il fui-
lîna contre la Reine , & jura qu'ail fe
îlTentiroît de CQi affront. Le Coad-
iteur y ou Montrefor par fon ordre ,
u tous deux enfemble , dirent à ce
rince, qaepuifque la Reine avoit ofé
lire des coups de Régente y il devoir
Il faire de Licarenanr General du Ro-
aume. Ils propofcrenr de faire pren-
re les armes aux Bourgeois. Le
)uc de Beaiiforr oïfrir fon cred^it pour
e deffein. lis direnr qu'il falloir ani-
ler la canaille , qu'il falloir aller au
i G 3 Pa-
î j' o Memoh es -pour fervh
R±i Palâîs Royal enlever le Roi 5 aller clies^'!
le premier Preiidcnrjlni ôter les Sceau>
de force ; & ^ s'il faifoit quelque refif.
tance > le tuer, & le jercer par les fenê.
très. Enfin , tout ce qui fe peut ima-
giner de pkTs cruel , &: de plus violent ;
même contre la pcrfonne de la Reine .
fut propofé en cette occafion. Selor
les apparences , Téxécution en fut ar^
dament defîrée par le Coajutcur , &
fans doute queChateauneufauiïi,com-
me je le viens de dire^, eut des mo-
mens fort criminels ; ces deux hom-
mes étant remplis \\\n & l'autre deî
- plus violentes pafîionsqui puiiTent oc-
cuper le cœur humain. Âiadame de
Chevreufe qui étoit alTez bien difpo-
fée à fe bien remettre avec la Reine 3
eut fa part de la douleur du Duc d'Or-
léans. Elle fut fans doute au defefpoî ri
du changement du Garde des Sceaux ,
6^ eut de la peine à le fouffrir ; mais,!
je ne ^entendis point nommer parmi
les coupables. On m'aifura que Ma»
dcmoifelle avoit paru pafïîonnée pour
la réparation de la gloire du Duc d'Or-
léans 5 & que n'étant pas fatisfaite de
la Reine elle voulut alors en tout com-
plaire à ce Prince. Le Prince de Con-
h l'Wflolre d'Anne d^ Autriche, 1 5 x
é j qui fur prefenn à toutes ces furîeu- i ^j iJ..
?s propofîcions , après avoir protellé
Il Duc d'Orléans qu'il n'assoit nulle
art au retour de Chavigni , & l'avoir
iTtiré qu'il vouloit demeurer inviola-
lement attaché à Tes intérêts déclara
u'îl ne pouvoit approuver des Con-
.^ils fi violens , dont réxécution fe-
.)it difficile & blâmable. Il dit au
)uc d'Orléans , qu'il ctoit prêt de fe
Kttre à la tête de Tes Troupes , & de
i^pandre pour Ton fervice jufqu'à la
erniere goûte de Ton fang ; mais y ■
u'il ne pouvoit prendre de part à des
hofes qui fans doute feroient deiap-
rouvées des gens de bien. Ce fage
ifcours fit taire les plus mutins^ par-
c que la raifon & l'autorité enfemblc
)nt de grandes forces. Ces obligations
écentes que Mr. le Prince avoit au
^remier Prefident , l'amitié qu'il a voi c
sour Chavigni , la confidence qu'on
ui avoit faite de Ton retour y ôc quel-
[ues humanités naturelles qui n'aban-
lonnent guerres les âmes héroïques ,
ui firent tenir ce langage. Il deiiroit
ilors 5 comme je l'ay écrit, d'obtenii
le la Reine le Gouvernement de Gui-
mnç 3 dont il n'étoit pas encore tout-
G 4 à-
:ati
1 5 1 Afemolres pour fervlr ' 1 j|
l6^i' à-fak afluré , & Ton intérêt le forçoi
à chercher à hii plaire. Il le fit avan
tageufement pour elle , en dctournan
cet orage , dont les feules apparence
écoient horribles.
Ccft donc à Mr. le Prince feul
f qui on doit donner la gloire d'avoî
empêché ce furieux projet ^ qui auroî
été fans doute une féconde Saint Barthe
Icmi fous le nom des Mazarins. Ma
dame de Longuevillc m'a dit depuis
que ce jour là elle crut que Paris fc
roit détruit par le feu & par le fang
que le trouble fut grand dans toute h
Maîfon Royale5& qu'elle paifa la nuii
fans fe coucher dans l'inquiétude de
malheurs qui pouvoient arriver ; qu
fur le matin voyant que l'éxécucior
n'avoit point fuivi les delfeins dt
Coadjuteur , elle fe jetta far le lit d<
Mr. le Prince fon Frère, toute habil-
lée 5 pour feulement dormir quelqLieî
heures ; mais qu'elle fut long-tcms que
fon efprit ctoit rempli d^'une idée fu-
nefbe de toutes les chofcs que ce Coa«-
feil auroit pu produire ; 6c que fon
amc en fut long-tems abbaruë de trif-
tt^Q. 5 6c pleine d'étonnement. Pour la
Reine , elle n'eut aucune part de
cette
i(
a rniftolre d'Anne d'Autriche, ij^
crte inquiétude , & ne Içuc le péril où i 6 j i .
Ile avoir été 3 qu'après qu'il fut padé.
Le Chancelier Sec^uier arriva le len»»
^jmain, & fut reçut de la Reine avec
eaucoup de demonftrarion de bonne
oloncé. S'il avoir eu cerre cmprelTe-
i?nt qui eft louable quand legirime-
i:nc on peut prétendre aux grandeurs
e la fortune , il auroit peut-être rem-
lit cette place toute entière. Il croie
;avant5 éloquent , (Se habile dans les
f aires du Confeil. La Reine a voie
sfoin de Miniftre 6: d'un Minidre
omme de bien^qui avec de drcices in-
:ncions entreprit de la bien fcrv'r.
i avoir une partie de ces bonnes qua-
tés j mais , il n'avoir pas l'anie aiTez
.^mplîe du deiir de la gloire , que
i feule vertu peut donner. Il ne pou-
oit prefque reuderà la faveur , <Sir il
e fe faiioir pas e.ftimer autant peat-
:re qu'il meritoit de l'être. Ses amis
ouloient qu'il occupât alors cette pre-
liere place , quifaifoît naître des de-
rs à tant d'autres , &: qui n'*cn exci-
DÎt pas alTez en lui. Beaucoup de
ens de bien auroient trouvé ce re-
icde propre à difïîper toutes les Ca-
alks qui travaîlloicnt pour <3c contre
G j 1(
154 Jl^emoires pour fervlr
î()f I, le Cardinal Mazaiin j &, n'étant pas
trop paffionnc de cette Primauté , il
auroif pu gouverner de attendre paifî-
Hement ou le retour ou la perte dm
Miniftre. Mais 5 enfin, il avoit trop
peu de cette mauie qui donnoît tant-
de peines a Chatcauncuf , & n'ayant
pas la force de fe foûtenir 3 il fut auf-
fî-tôt après accablé par Tes ennemis.
Nous les vîmes bien vite retourner
dans le néant , & en fortir de mcme ,
fans pourtant avoir jamais eu ce qu^on
appelle de la faveur <S^de la canfidéra-
tion. Il fut fî mauvais Courtifan ,.,
q,u il demanda à la Reine ce qu'il avoir
à faire , &, la Reine lui aiant dit qu'il
fe repofât , & qu'il ne fe donnât pas la
peine fans befoin de venir au Palais
Roial , il accepta ce parti ^ & y alla fî
peu , que bientôt' après il n'y alla point
du tout. Il fe pîquoit d'une certaine
humilité 5 de ne fe foncier point de
TAutorité , & d'aimer à obéir conti-
nuellement à quelque Supérieur. Cet*
te foùmiilion ell caufe qu'il a joui d'u-
ne fortune plus douce , & de plus 1
Iqngue durée \ mais auiïi moins écla-
tante»
Le Duc d'Orléans étoît tout à falçi j
à rHlflolre d'Anne â* Autriche, 155
en colère : il ne venoît plus chez ia 165 i.
Reine ^ ni au Confeil. Il difoît hau-
tement qu'il vouloit qu'on ôtâc les
Sceaux au Premier Préfîdenr, & qu'on
chafTât du Confeil Chavienijdeclarant
qu'il ne reverroic jamais la Reine , fi
elle ne le fatisfaifoir. On travaille de
part & d'autre pour adoucir Ton cha-
grin : le Duc d'Orléans ne paroit point
s'afoîblir dans faréfblution , & la Rei-
ne aifure qu'elle ne veut chaflrerperfon-
ne. Pendant que cette Négociation
occupoit les efprits^Chavigni trouvais
moyen de fe raccomodcr avec le
Duc d'Orléans : Tes Amis lui rendirent
ce bon office ; 3^ l'ayant été faluer , il
en fut bien reçu. Par cette voye , la
moitié delà colère de ce Prince fe dif-
fipa 5 mais il demeura inflexible con-
tre le Premier Préfident. Il demanda
à Mr. le Prince de l'abandonner en fa
confideratîon. Ce Prince s'y accorda ^
dont il fut blâmé j & ceux , qui fe mê-
lent de juger les autres ^difoient que lui
ayant de fi fortes obligations , il pou-
voit, fans choquer ce qu'il devoit au
Duc d'Orléans , travailler à diminuer
fa colère. Il facri fia donc fbn ami ,
pour, rendre au plus puiiTant ce qu1l
G '6^^^ crovoic -
1
1^6 Alemolres pour fer vlr
i(^jl, croyolt lui devoir ; <k , entre deux obli-
garionSjil paya celle qui coura le moins
à fa gencroficé. Il en loufFric , 6c la gê-
ne où il Te vît en plufieurs occafions
de cette nature , où il fallut fatisfaire
ceux qui l'avoient fervi'^ lui fit dire ,
ijîiil cfilmolt le Duc de Beau fort he^ireux
de ne devoir fa liberté qua lui-même &
à fes dornefilques. Ce fut dans cette
conjondlure , que le Premier Prefi-
dent , déjà mal fàtisfait ^ feparc de l[
ce Prince , non- feulement le déta-
cha entièrement de lui , mais de plus
fe fentît vivement offenfé de fe voif
la vicflime de fes intérêts j lui ^ qui
les avoit portes , même aux dépens-
de fa gloire. Sa modcftie ne le pur
empêcher de faire connoitre au pu*,
blic fon relFentiment s ^ la douleur
qu'il en avoit eu-. Quand le Coaju-.
leur vit que fes terribles Confeils n'a--
voient point été fuivis , il voulut fe
retirer de la Gour , d<. dit au Duc
d'Orléans que n'étant point utile à'
fon fervice , il vaîoit mieux cju'il (e
fép^ra de lui , Se que la Pleine qui
le ha i (Toit fe rendroit peut-être plus-,
trairable quand il n'y fcrpît plus. Les- '
i^.rviteurs de Mr, le Prince me dirent;
alors j^
I
à rniflo.lre d'Ame a Autriche, 157
lors c^u une des raifons , qui le for- i d^ i»
^; erent le plus d'abandonner le Pre-
■ lier Prefîdcnta, fur la feinte retraite
u Coadjuteur ; car voyant qu'en ef-
• .^t le Duc d'Orléans avoir fujct de fe
) 'laind're^ôi demeurant feul dans facon-
• iance 5 il ne pur éviter d'entrer tout-
-fait dans Tes intérêts. Mais , la fépa-
ation du Coadjuteur ne fut qu'une
■ lîffimulation. Il prit congé du Duc
l'Orléans la Semaine fainte : il fut.
• [uelque tems , qu'il ne le voyoît plus
' |u'cn fecret ; & bien-tôt après il le
^ evit publiquement. Je n'ay pu fçavoir.
' m vrai laraifon de cette feinte.
Le Duc d'Orléans , cependant 9^
■ :ontinuoit à fe plaindre de la Reine 3.
■ 'k, la Reine fe deffendoir. Cette
Brouiller îe menacoit la France d'une
■ Grande Guerre , ^ donnoit de l'iur
L]uiétude à ceux qui font alTez fages
pour fouhalcer le bien de l'Etat 5 ,
mais, il' fallut enfin que là fermeté;
de la Reine fut vaincue , 6c qu'elle
leredât à fa raifon, ^ à la colère du
Duc d'Orléans. Les .Miniftres , pour
plaire à ce Prince, travaillèrent tous
à faire changer la Reine, 6c. les amis
4ii Prc.mie}:, Prefidcnt furent les pre-
miers,.
I j" 8 Jldémohes pour fervlr
î-tîji. miers à confeiller cette PrîncefTe àc
rab^ndonner ; luî dlfant qu'il valoîi
mieux lui ôter les Sceaux , que d'en«
gager le Duc d'Orlean? à une Guern
Civile. La Reine, étant pc'rfuadéc
par de fî fortes raifons , confentit à fa-
tisfaire le Duc d'Orléans. Le nou-
veau Garde des Sceaux n'ayant étc
qu'une fois ou deux au Confeil , fut
contraint de retourner en fon premiei
état. Ce fut malgré lui , & il le fil
néanmoins de fort bonne grâce,
La Reine envoya quérir le Premîei:
Préfident j, & toute honteufe de ce
qu'elle faifoit le pria de fouffrir avec
patience ce facrifice au repos de l'Erat.
Elle lui dit que pour fatisfaire Mon-
fieur 5 elle étoit contrainte de lui re-
demander ce qu'elle lui avoit donnée
qu'elle en étoic au defefpoîr ; mais,
qu'elle l'afTûroit qu'aufïi-tôt qu'elle
pourroît, il reverroit les Sceaux entre
{^s mains. Le Premier Préfident ,
fans s'étonner , avec un vifage riant
lui dit j qu'il étoit trop heureux de
connoitre par là l'eftime qu'elle faifoîr
dé fa.fidelité , & trop heureux encore
de pouvoir contribuer à fon repos: de y
mant -dô fou col la clef des Sceaux
à rHifiotfe d'Anne d'Autriche, 159
, c^u'il y tenoit pendue , la lui donna ,1(35 !»>,
attendant quelle les envoyât quérir
chez lui, . La Reine en demeura très-
^ fatisfaite : ils furent raportés ; & on les .
' :lonna au Chancelier Seguier, qui ne
Fut pas fiché de les ravoir en fapuif-
"ance : .;il y avoit eu déjà difpute entre-
;es deux hommes. Le Duc d'Orléans
lyant été farisfait par cette voye , les
}erronncs qu'il avoit entrepris de chaf-
er du Confell demeurèrent en appa-
ecce en repos , & la Reine crut pou»
oir alors efperer quelque trêve à Tes
)eines. Pour en être plus ailurée , el-
e refblut de donner au Prince de Con- ~
é le Gouvernement de Guienne» .
\yant appaifé le Duc d'Orléans ^ elle
voulut aufîi acquérir ce Prince, elTa-
/anc véritablement de gaener Ton ami-
ié 3 foit en l'obligeant , foit en lui faî- -
ant parler par Tes créatures , & parti-
:ulierement par la PrincelTe Palatine 3 ,
«aïs 5 toutes ces chofes lui furent.trés .
Inutiles. Si da coié àc la politique il
i.mal fait , en fe tenant fi ferme Gon-
[re la Reine , je le laifTc à juger à ceux .
.Vilyoudront raifonner làdelîus&n^eii ;
«lis pas dire davantage que j'en ay dé-
dit j piais 5 fi l'ofois ^ |e trouver ois ;
t
ï6o Afcmoircs pour fervlr
1.6^ I. à redire à la difîimiilation dont il ufa >
envers la Reine , pour avoir le Gou- \
vernement j car alors il lai faifoit tout i
cfpcrer , & quand j? pris la liberté de I
lui en parler , elle me fit l'honneur de
me dire , qu'elle cioyoît par ce bienfait
qu'il deviendroic eniicrcmcnc de Tes
amis, ^ qu'il en avoît parle de cette
manière. Sur le bruit qui fc fie, que
la Reine lui devolt donner le Gouver-
nement de Guienne , plufieurs pcrfon-
ncs lui reprcfenterent qu'elle fe pcrdoit,
& qu'elle ne fuivoitpas les maximes de
la prudence , ni celle de TEtar. La Rei-
ne , touchée des rai Ton s de Tes fervi-
teurs , s'arrêta , (Se fut quelque tems en
«loure. Il elle devoit paflTer à l'éxecu-
tion, de ce Traité. Le prince de Cou-
dé étant averti de ce refroidifTcment,
en prefence de Chavigni, propofaà la
Reine de s'en défîfter , lui proteftant
qu'il ne vouloir rien qui lui put don-
ner de l'inquiétude. Chavigni , pour-
plaire à la Reine , dit à Monfieur le
Prince devant elle , Monfieur , efi-ce
Uut de bon y que VQits remettez, a la Rei-
ne la parole quelle vous a donnée fiir
cette affaire ? Ce Prince ayant répondu
«ju'oui, la Reine le remercia:, & ne
s'ex-
à rHlflolre d'Anne â^Atitnche, iGi
l'expliqua pas davantage ; fî bien que i 6j f ,
es chofes demeurèrent quelque tems
ncertaines : raais Mr. le Prince ,d'hu-
neur a bien vouloir ce qu'il avoit une
ibis defîré > ÔC qui trouvoit en cela un
,;rand avantage , fit agir en fa faveur
es créatures du Cardinal , Servien Se
le Lionne , qui en cette rencontre lui
urent plus Edeles que Chavigni foa
.ncien ami. En cet endroit , il fut
oiiable, eux fort dignes de blâme ,
'il efl: vrai que leur intérêt les convi-
lît à ce relâchement. Je fai que la Reî-
lieles en a fbupçonnés. Enfin cette Prîn-
efle fc refolut par leur Confeil , &
'oicî leurs raifons. Ils' difoicnt qu il
'toit avantageux de donner la Guienne
t Mr. le Prince , afin de le détacher
■nquelque manière du Duc d'Orléans,
k, l'engager de ie réunir à la Reine ;.
[ui avoit déjà l'afFcdlion de ceux de
:ette Province ; ôc que les ayant tous
lui 5 on ne lui donnoit rien de nou-
:eau. Le Duc d'Epernon , par cette
oye céda d'être le prétexte des plaintes
les Bourdelois y Se le Gouvernement
iC Bourgogne , qu'avoit Mr. le Prince,
m fut donné,, au lieu de celui quon
xû ôtoit. Dans les conditions de cet
cchan-
1 6t 2i/ùmoires pour fervlr
tG^i, échange ^ il fat conclu aiiffi que mo-
yennant quelque accommodement , le
Duc de Candale donneroit TAuvercjnc
au Duc de Mercœur. La Reine le fou-
haîttoit y à caufe qu'il devoit bien-tôt
* Nièce époufer Mademoifelle de Mancîni ^ .
du Cau- & que pour le coniirmer dans ce def-
dinal fèin elle vouloit lui faire des çrraccî
^^^". qui pu dent l'engager encore davanta-
née*des g^' ^^^î^^ volonté en la Freine ;, ne lu; \
Manci- pouvant être infpirce que par for
^^* premier Miniftre , fait voir que le;
Négociateur^ n'agiÛbient que félon le^
ordres qu'ils rccevoient de fa part .
c'efi: ce qui les peut juftifier à Tégard
de la Guienne.
Le Duc de Longueville s^etoit reti-
ré un peu à quartier \ Se après avoir
fait tenter la Reine par plufieurs voyes,
enfin s'érant addredé à de Lionne ^ il
prit par lui quelque liaifon avec elle ;
ôc fans doute que ce fut comme de
toutes les autres chofes de concert avcé
le Cardinal Mazarin,
Madame de Longueville , qui étoit
mal avec fon Mari y qui avoir fes in-
trigues particulières ^ Ôc fes intérêts dd
l^ntaifie à ménager à la Cour, ne
voulant pas avoir la Reine tout-à-faîc
conî
a- VHîfiolre êi Anne Sl Autriche, x 6y
outre elle, envoya la Princeffe Pala- i6tT.
ine fon amie promettre à la Reine tout
e qu'elle ponvoit defirer ; ôc , après
caucoiipde grandes confultations ;, la
alatine dépêcha Bartec au Cardinal ,
our TaCTûrer de raffeécion de Madame
e Longuevillc , & par même moyen
li fit efperer qu'elles travaîlleroient
ifemble à gagner en fa faveur le
rince de Condé ; mais, toucts ces
elles apparences n'eurent aucun efFec>
: Mr. le Prince > par aucune de ces
lofes, ne fe voulut rélinir à la ReinCo '
Plufîeurs perfonnes avoîenc corn-
lerce avec le Cardinal ; car la fermeté
e la Reine étonnoit toute la Cour 5
: on jugea bien vite que ce Miniftre
ourroic revenir. Par cette raifon j
lacun de fes amis de ennemis voulue
aiter avec lui :& tous, excepté Mn
Duc d'Orléans & Mr. le Prince 5,
hvoyérent le vi/îter , Se lui demande-
bnt faprote6tîon fur différentes matie-
:s. Ces voyages firent naître de gran-
ds ncgociationsjmais, rien n'égala les
:ux pâlîionnés amans de la Fortune :
[j'appelle ainfi le vieillard de Cha-
fauneuf, & le Coadjuteur. ) Le pre-
;r ^ à l'extrémité de fa vie > après;
avoir:.
1^4 Afemoires pour fervir
t^jî, avoir renverfé l'Etat poiu* chafTer l(
Cardinal , ôc après en avoir été pan
par fa dirgrace > vouloit rentrer rout d(
nouveau dans le Cabinet. Il forma um
intrigue en faveur de celui qu'il ve-
noit de perdre 5 afin d'attraper la corti
fiance delà Reine malgré elle 5 de
fans avoir honte de Tes variétés conti
nuelles , il pria le Marquis de Senne
rere , le Maréchal d'Etrée , de pro
pofer à la Reine , que fi elle vouloî
remettre à fa place le Garde de
Sceaux ^ il promettoit d'être ferviteu
ôc ami du Cardinal Mazarin, Si afiu
LM la Reine qu'il les remcttroit elle , â
le Duc d'Orléans , dans une parfait
union.
La Reine d'abord n'écouta poîn
cette propofition , tant parce qu'elle n
la croyolt pas finccre.que parce qu^cll
avoît un grand mépris pour Château
neuf-, mais lui , fans fe rcbiuer , envo
ya Madame de Vaucclas fa Sœur,con
jurer le Marquis de Scnnetere de U
voir. Sennetcre, fâchant le dégoût à>
la Reine fur tout ce qui venoit du côti
de cet homme , n'y voulut point aller
Il lui envoya le Maréchal d'Etrée^quI
l'ayant vu pria Sennetere de fa parc d(
coii^
à l'Hî/lolre et Anne d* Autriche, i6^
, colifenrir que Brachet , un homme i^jr,
qui ctoîr à lui , &c qu'il avoir donné au
Cardinal , allât le trouver pour Taffû-
rer de Ton afFc(5lion & lui promettre
une entière fidélité , pourvu qu'il vou-
lut le racommoderavec la Reine , 6c le
remettre dans fa place de Garde des
; Sceaux. Il promit humblement la vou-
loir tenir de lui , Se fe confelTer à ja-
' mais Ton obligé. Il faut remarquer ici
cette grande cîrconftance , que Cha-
[eauncuf,faifant porter parole au Mar-
quis de Sennetere de ce nouvel enga-
^ementjfe fit entendre par le Maréchal
d'Etrce , qu'après cette liaifon faite
avec le Cardinal Mazarin , il convien-
:lroit qu'ils s'accordalTent tons une fé-
conde fois , pour rcmetrre Mr. le Prin-
ce en Prifon j mais Sennetere , à ce
au'il me dît alors , n'approuva pas
cette proportion, & vit bien que la
paffion ik le defir de fc venger l'a voit
infpiré à celui qui la faifoit , & que
d'ailleurs elle lui vcnoit encore du
Coadjutcur 3 Se peut être de Madame
de Chevreufe. Elle fut donc éludée
de ion côté , Brachet partit pour al-
ler faire les complimens de ce pauvre
forcené. Voilà comme il faut appeler
ceux
i6b A'femoîres poptr fervïr
iT^ji.ceux qui ont de ces defirs déréglés
donc les Coiirtlfans font remplis ; la fo
lie qui les fait toujours courir après le
honneurs , aux dépens de leur repo
ôc de leur falut , eft un aveuglemen
horrible , qui les empêche de voir qu
ces dignités dont ils font Ci amateurs
jie font que des biens imaginaires
qu'il faut quitter tout au plus au bon
de quatre vingt ans. Senneterre n^étoi
pas un homme détrompe de la vanité
ni de l'ambition: fon ame n'étoit qu
trop attachée à la terre ^ mais, com
me il éroît fage Se raifonnable, en m
faiiant part de Tes fecrets , il ne celToi
de s'étonner de l'excefîive avidité qu
ces deux hommes avoient pour la fa
veur , de ce qu^ils fouffroicnt pour elle
ôc de la facilité qu'ils avoient à tout en
^reprendre pourvu qu'"ils pulTent arri!
ver à leurs fins, _
Le Cardinal n'ayant point d'autre 1
re(ïburces , 6c voyant que la Guienm
n'avoit pu obliger Mr. le Prince àbieil
vivre avec la Reine, écouta les propo
fîtions de Chateauneuf , où le Coad
juteur avoit part; qui , malgré le pafTc
en écrivit à la Reine , parce que m
^■)0uvant être Cardinal par d'autres vol
y es.:
à r Hlfioîre à' Anne d'Autriche, 1 6j
'cs 5 il le vouloitécre par elle. Jen'ay i ^51.
)oinc fçû toutes les particularités de la
hite de cette négociation ; car elle
haneca d^Adleurs. Servien Se de Lion-
le , y furent mêlés , & Montrcfor
I uiîî ; mais^il m^aparu qu'on continua
e propofer Tunion du Duc d'Orléans
vec la Reine ^ pourvu qu"'clle Ht mct-
•e une leconde fois Mr. le Prince en
rilon 5 félon les Propofitions qu'on a
\i en avok été faites , & en ce cas
rmectre Chatcaunenf dans les affaires
fqu'au retour du Cardinal Mazarin.
e Coadjuteur promettoit d'y travail-
r ; mais , dans toute fa conduite il
e fembloit , vu ce que la Reine me
.ifoit l'honneur de m'en dire , qu'il
I loît plus droit à perdre Mr. le Prince
-l'à favorifer le Cardinal. Toutes
s proportions ne plaîfoient pas à la
eine ,' qui les écouta toutes, àét^Ç-
,|nt lesmauvaifes , & cloutant fur les
très. Elle demanda confeil à quel-
les perfonnes fur celles qui fe pou-
tîcnt faire en confcience. Scnnctcre ,
Iqui elle en parla y & dont elle cfti-
oit la capacité , lui dit franchement
quoiqu'il ne fut pas ferviteur partî-
(kr du Prince de Condé , ) qu'il ne
lui
i'6S Mémoires four fervlr
i6§i, lui confeilloic point de hazarder de 1
remettre en Prifon , parceque ceux qii
commençoient à le haïr & à fe plain
dre de lui, le voyant dans le maîheui
recommenceroicnt à le fervir , t
qu'elle donneroit matière aux Brouil
Ions de brouiller tout de nouveau
que de plus elle rétablirait par là le Du
d'Orléans ôi toute fa Caballe ; qu'ell
ctoit grande , & compofée de Tes cr
nemis , du Coadjuteur , de Chateai
neuf, de Madame de 'Chevreufc , d
Duc de Bcaufort, & de toute la Froi
de j qu'elle deviendroit leurefclavc
& que le Cardinal qu'elle confideroii
6c dont elle fouhaitoit trouver 1<
avantages , n'y rencontreroît qu'ur
ruine toute manifefte ; étant certai
que s'ils étoient les Maîtres , ils r
voudroicnt jamais le lailTer venir.
lui dit enfin , à ce qu'il me conta
qu'il la confeilloit de bonne foy , i
qu'il ofoit l'afFùrer que fa penfée éto
la meilleure. La Reine trouvant f<
raifons fortes & judicieufes , monti
aux Frondeurs plus de froideur qu'i
' n'avoient cfperés car ils avoient ci
que cette propofition devoit être reçt
avec plus de chaleur. Il me fut dit cr
COI
i tHlfiolre ^ Anne i Autriche, 1 6^
ire parla même perfoniic en grand i<?jï,
1 rec 3 que la Reine ayant parlé en
iifiance à un Do6teur , Religieux
|n Ordre célèbre , des plus fortes
hpofîcions faites contre Mr. le Prince
\- Ces ennemis, il lui avoit dit qu'el»-
t e pouvoit traiter comme un Crimî-
Ij èc Ennemi de l'Etat; maisj la
'ne 3 ayant horreur de ces maximes.
Ta le Cafuifbe pour fuivre Pavîs dii
itique. Celui-ci avoit de la Relî-
1 & dlionnêtes fentîmens fur tou-
rhofes ; mais , il n'étoit pas ibup«
né d'être rempli de bonté ; & il ie
iva néanmoins plus conforme aux
î de l'Evangile , ôc aux inclina-
s de cette PrincelTe , que le Reli*-
xdont la décilîon fur les chofcs les
cruelles fut étonnante , puîfque
lus douces avoient été rejettes par
geffe humaine. Le Reine demeu-
uelque tcms fans rendre r^ponfe
:e quiregardoit le rétabliiTement
hateauneuf , parce qu'elle voulut
r Tavis du Cardinal Mazarin*
•s donc que beaucoup de Conriers
at été bien employés > l'Abbé On-
i
î & plufîeurs autres ayant travail-
cette négociation , il arriva enfin
m ir, H <jue
170 JHemolres Vour fervlr
16^1, que le Cardinal luivancfa coutm
qui étoîc de tout écouter, & de fe
vir de tour, fe raccomoda avec C
teauneuf,le Coadjuteur^ôi Madam
Chevreuie j &'ils conclurent entre
qu'à la Majorité du Roi , qui ap'
choit , Chateauneuf feroit remis
près de la Reine , en qualité de
mîer Miniftre. Le Premier Préli
eut promefl'e de r'avoîr les So
qu'on venoit de lui ôter , & par le
triques de la Princefîe Palatine la V
ville fut ailûré des Finances, att<
que le Préfîdent de Maifons en a
mal ufé avec le Cardinal: il n'avoi
lui envoier de Pargenr , & il
foupçonné d'are partial pour Q\
gnî, Longueil,par les mêmes f
mens des autres, c'eft-à-dire pour
re à la Reine, & conferver fbn ]
dans les Finances, fit deflTein de (Ifj
le Cardinals^: le promît à la Reine; Vç^^
le Cardinal ne lui avoit rien répcp^^
non plus qu'à la plus part de ccu:l{|,j(,
l'étoîent ailes trouver, finon qu'il
voit nul defir de revenir en Fi
commeMinifl:re;qu'il fouhaîttoît f || \
ment de pouvoir être juftifié au PIl,
ment de toutes les Calomnies <\
lui avoit impofées5 & qu'aiant fei
l
k
\
qD
à VHiflolre d'Anne et Autriche, 1 7 1
ance fidèlement , il fouhaîctoic au
31115 que Ton honneur fût rétabli de
1 innocence reconnue. Longucuil,
mt beaucoup d' Avilis dans cette
impagnie, il l'engagea de s'intéreirer
cernent en fa juftification, & fcntoic
lucoup de joie de ce qu'il ne vouloir
s que de Tlionneur j mais le Mi»
:re n'eftimoit pas Tes Offres, il le
îoît trop Ami de Chavigni. C'ed
:|ui l'obligea de fe moquer de lui
lui faifant cette Réponfe. Il différa
endant l'exécution de Tes dernières
"olutions autant qu'il lui fut pofîi-
, Se ne fe hatoit fur rier. Il efl:
Icîle de fe confier à des ennemis,
3uvez ennemis par des rechutres iî
ibreufcs, ôc ïi auroit fouhaité fans
te que de plus favorables evéne-
is l'eufient pu fauver de cette fa-
.ife Se dure nécefîîtc.
ilromaie il n'y a point de fecret qui
fe être caché , Mr. le Prince fuc
lemcnt informé de toutes ces Né-
ations. Il avoir déjà fu les propo-
1ns qui avoient été faites contre fa
iit|& fa liberté ; Se depuis les avis
l en avoît reçus, îl avoir vécu avec
raudes précautions. Daus cet état,
M H 4 un
i6;i
27i J\4c moires pour fervlr
i^ji.un foîr qu'il étoit au lit caufs
avec Tes familiers , Vineuil l'avei
qu'il y avoit un defleiii contre fa p^
fonne Ôc qu'il y avoit des compagn ,
des Gardes qui étoient commam
pour aller vers THôtel de Condé. (
chofes s'étant confirmées par le r< :
d.es pcrfonnes qui les avoientfçucs, •
les firent peur à ce Prince. Il fe 1 1
auffi-tôt 5 monta à Cheval , & s'en ; ;
enhâteàSt. Maur, fuivi de toute fa .
mille 3 du Prince de Conti , de Ms
me de Longueville , de Madame
Princefife du Duc de la Rochefouc
du Duc de Richelieu , du Marêcha
la Mothe, &de plufîeurs autres.
Reine, dés cinq heures du matin
éveillée par Cominges , qui vini
apprendre cette nouvelle. Elle em
auffi-tôt au Duc d'Orléans IcMaré
de Villeroi. Ce Prince la vint v
<S£ l'aflura que ce n'éroit point d
Connoilfance que le Prince de C<
s'en cioit allé , & en ufa aifez
avec elle. Dépuis quelques jour
la vifitoit civilement , (k fa do(
marquoit le bon (uccés de la néo{
tîon de Breull.
On entendit dire alors y que c
, à l^H^flolre £ Anne à^ Autriche, î 7 3
[voit fait peur à Mr. le Prince écoît i G y u
lu'un Capitaine du Régiment des Gar-
,es j pour faire patTcr certaine Provi—
|0n de vin fans impôt , avoît mis de
\)\'i chef Line troupe de Soldats à la
orte Sr. Germain. Ces hommes ar-^
liés ayant été remarqués par les Servi-
urs de Monfieur le Prince , il l'en
sertirent. Il y envoya , & trouva qu'ils
[foîent vrai ; fi bien qu'il ne douta
DÎnt qu'il n'y eue quelque entreprii.":
irmée contre fa liberté &: fa vie : &
ignant ces circonftances avec les avis
•écedens , il refolut de s'en aller.
liais, ce qui l'y obligeoit le plus,
oit la manière dont il vivoit avec la
eine , car il devoit connoitrc qu'elle
i pouvoit pas être fort fatisfaite de
:i. Elle venoic de lui faire toutes les
•aces qu'il lui avoit demandées , &
;pendant il ne la voyoit point , & pir
)Utes Tes adîons il marquoit avoir de
averfion pour elle. Si par la condui-
: de Mr. le Prince cette PrincelTe eut
lors des penfées contraires aux cou-
lis que le Marquis de Sennetcre lui
voit donnés , & qu'elle avoit paru
pprouver ., je l'ignore ^ 6<: n'en ai ja-
mais rien apperçu par aucune voye.
H 5 Mr.
174 Mémoires pour fcrvîr
ï^f I. ^^- ^^ Prince étant parti, le Confells
tint auPalais Roîal pour avifcr au -
. mede de ce inal : le Duc de la Rocl -
foucault de St. Maur alla trouver z
Duc d'Orléans, pour PalTûrer des r
pe6ls & de Paiiitié du Prince , &
protefteF tout de nouveau de fa p
une rcconnoiflànce entière de toutes S
obligations qu'il lui avoit^ Il lui ren t
compte ^Qs fujets qui Tavoîcnt force t
craindre & de fuir.ll vint enfuite au] -
lais Roîal, où il conféra avec le Ma -
chai de Villcroi, ôc dit à la Reine c ?
Mi*, le Prince étoit parii de la Col ,
ne croîant pas y pouvoir demeurer \
fûrctc. Il lui dit aufîî qu'elle étoit co -
pofée de deux Caballes, dont il av t
à fc garder 5 des Mazarins , & <J
Frondeurs ; & de plus il fe plaign c
de ce qu'elle n^avoit pas fait pour i
de certaines chofcs dont il l'avoit Tl -
pliëe, qui dans le vrai n'étoient c] ;
des bac^atclles. La Reine avolia ter
haut qu'elle n"*avt)ît pas voulu ;
exécuter 3 quoiqu'elle les lui eut pi-
mîfes , depuis qu'il avoît cç^é de l
voir. Elle réfolut d'y cnvoîer le M-
réchal de Gramont de fa part, & :
«celle de Mr» le Duc d'Orléans po*
rail.
il
al'Hlftolre d'Anne à' Autriche, ij ^
lififùrer de leurs bonnes intentions, i (3_^ T.
;j;tte PrincclTe lui fie dire qu'il n'a-
ij ic rien à craindre de ceux de qui
I diToit devoir tout apréhender , &
îjies'il vouloit revenir, on lui don-
lit parole d'une entière fureté pour
Perfonne.
il Le Prince de Condé répondit au
Ijaréchal de Gramont avec Çicr^^^ ^
jieife: il lui parla foit relpedtueuf-
't'nt du Du<^ ^ ^-^î^^^aiis, 3c fort mal
^ ]o Kcine, difant qu'il lui étoit in:>-
jfïible de s'alTûrer en fa parole 5
l'elle Pavoit déjà trompé , qu'elle
t)îc habile à ce métier, <!^ qu'il ne
1 Liloit plus fe mettre dans le hazard
i l'être encore une fois 5 qu'il ne
jLivoit fouffrir la Caballcdes Maza-
lis ; quêtant qu'il verroit les Valets
c Cardinal avoir du Crédit, il ne
^aendroît jamais à la Cour Ôc que
jiir l'obliger d'y retourner il deman-
(it à la Reine qu'elle chaffât d'au-
jès d'elle. Lionne, Servien , ôc le
'dlîer. Le Maréchal de Gramont 5
^mme bon Serviteur du Roi &c de
] Reine, n'approuva nullement la ré-
^>nfe que lui fit Mr. le Prince : elle
dégoûta de la Négociation, ôc fut
H 4 caufc
I
lj& Mémoires pmr fervtr M
lé^i. caufe qu'il partit bientôt pour s'en t-
1er en Bearn dans fdn Gouvernem it.
La Reine, le foir de ce jour , ma la
les Gens du Roi pour venir fça' ir
fes volontez avant que le Parlen [i:
écoutât & reçut le Prince de Coii,
qui de voit y aller le lendemain. De
que Mr. le Prince avait dit contre le
Lioiwp lui f^ir utile à l'égard d(.a
Reine , à cau{e des chagrins qu' le
avoit cas contre lui , Ce fervit be i-
coup auiîi à fa réputation.
Ce jour feptîenie de Juillet
Chambres aiant été aflemblées p
délibérer fur l'éxecution de eerii
Arrêt donné contre le defordrs
Gens de Guerre, le Duc d'OrlcanJ
alla prendre fa place accompagné
Prince de Contî, des Ducs de Joieil
& de BriiTac, des Maréchaux de G
mont & de PHôpital. Le Duc dXl
leans parla à la Compagnie fiir cet i
rêt qu'elle avoit donné contre les G(
de Guerre, qu'il n avoit pas apprcl
vé , (5c qui avoit un peu étonné
Officiers de l'Arm.éc. Le Prince
Conti prit la parole & dit enfuitJ
qu'il croioit que la Compagnie fecd
bieu aife d'appreudre. paK fa bouche
fu:-
i à rHljloîre d'Anne d'Autriche. 177
nujet que Mr. le Prince avolc eu de fe 1 6j ï.
'étirer dans fa Maifon de S'. Miiir;
'jue le foir auparavant il avoir eu avis
[lie quelques Soldais des Gardes
• voient dit qu'ils avoîent eu ordre de
' trouver à deux heures au drapeau;
ue cet avis aîant été précédé de
' eau coup d'autres qui lui donnoienc
cjudcs défiances, il avoit envoie de
I îs Gentils- hommes pour fçavoîr fî ce
u'on lui avoit dit croit véritable.
Lie trois ou quatre cent Soldats corn-
landez ou du moins afTemblez mar-
loient encore ; ce qui l'avoir obligé
s monter à Cheval ; quepaffant ler-
ere le Luxembourg , il avoit tr uvé
narante chevaux en corps , co r.mc
cns de Guerre, & non pas des G ns
ai fe fulTent trouvé enfcmblc ^-ar
ncontre ; que cela l'avoit obligé de
)uper à travers champ du côcé de
eurî 5 d'où il s'étoit rendu enfuit" à
'. Maifon de St. Maur ; qu'aufïï ôc
d'il fut fort! , il avoir prié le Duc
î la Rochefoucault d'en aller aver-
i Mr. le Duc d'Orléans 5<Sc lui dire
>utes ces circonftances, qui étant ac-
)mpagiiées par tant d'autres fjjets de
ïfficinccs^il a voit cru néccfTaiiTc de peu-
fer
1 7 s Méinolreu pour fervir
i^j'i., fer à fa Gireré ; qu'il fcavoit les N(
gociatûyjis qui fe faifoicnr contîmielh
mène avec le Cardinal Mazarin ,
commerce des Couriers , & le voiaî
^du Duc de Mercoc'.r à Breull ^ qi
éroit allé y epoiifer fa Nîecc , qu^aii
il , il croioit qu^il ne pouvoir pi
être en fureté à la Cour. Il die qi
toutes ces clu^fes avoient fait croire
Monfieur Ton Frère ^ que Tes fou
çons croient bien fondez , & qU
avoît fujet d'apréhender d'être empi
fonné une fecon.de fois par les mène
du Cardinal, puifquc tout le mon'
voioit bien, qu'il gouvernoîc plus a
foiument de Breull qu'il n'avoir 'l
mais fait étant à Paris ; que Servie
îe Tcliier, 6^ de Lionne , n'agiflToiel
que par fes ordres & par ia conduit
que cela étant, il venoir faire u
t Déclaration de fa part, qu'il n'avrl
jamais eu que des intentions tout-
faic droites pour le Service du Roi
& pour le Bien de l'Etat j qu'il ne si
loit point retiréj^ par aucun m'écontcj
îeraenc particulier j 6c qu'il déclai
qu'il n'avoic ni pour lui, ni pour il
-Amis, aucune prétention ni intérêj
3J dît i^tt'il éroit bicii aife. de faire ce]
i l'H'tfloire iAme et Autriche 179
te Déclaration à la Compagme delà iGyi.
part de Mr. le Prince , pour le faire
coiinoîrre à tonte la France 5 qu^aii
refle, il e'toic prêt de venir rendre Tes
refpecfls à Leurs Majeftez , de les af-'
fîfter de Tes Confcils 6c de fes ibins,
comme il avoir accoutumé y pourvu
que le Cardinal fut fans efpérancc
d'aucun retour , & que réloignemenc
de fes Créatures qtiî venoient d'être
nommées pût lui faire trouver fa fû- .
reté, puifque lans elle il ne pouvoic
revenir. Il prcfenta une Lettre du
Prince deCondé, qui s'adreiToit àda
Compagnie , & dit que la Lettre qu'il
fcrivoit au Parlement explîqueroit en- -
:orc mieux fes véritables fentiniens,
.]u'il n'avoit fait par ce qu'il venoj'c
le dire. Le Prince de Conti aiant fi-
li, le Premier Pré/îdcnr, dît que ron
it entrer le Gentilhomme qui appor-
oit la Letrre de Mr. le Prince. Cct-
e Lettre étant préfentée par lui , un
Zlonfeiller nommé Menardeau en fie
A Ledure,
K (^ LE T-
\6-Sio.
iS'cjr Mémoires" four ferv»r
LETTRE
l>u Prince de Conde
AU P ARLEM.:^NT.v
M
E s s I E U R S ..
33
3,L'eftinie que j'ai toujours fait i
votre Compagnie , de fa juftice
& de fou zèle pour le Bien 3e TE
tac, & ies preuves obligeantes qu
, j^en ai reçues, par la Prot^^dion qu
vous avez doiuipe à mon inno
^jCence 4urant ma, Prifon , m'obli|
^^ gent à vous informer des fùjets qu
33 m^ont porté à me retirer de Pari
3^ dans, ma Maifon de St. Maur
,3, pour empêcher que les Calomnie
55 Ôc les Artifices, de mes Ennemis
ne firTenc quelque im.prefîîon fui
vos, efprits. Je vous dirai donc _
Meffieurs, qu^après le grand norti'
bre d'Avis qui m'ont été donnez dèi
mauvais delfeinsque l'on avoit con-
5;>tre moi, des faux bruits que V
>^ ifeliàQÎc^ 4^$, ^p public pour rendt
3»
3.3
33
33
:».
À rHlfitîre êk Anne d'Autriche, i%t
nia Conduite fiirpedte au Roi , & "^
odieufè à tout le monde , j'ai éié^^ ^^S/^*
eontraint de nVàbftenir de rendre ^^
mes refpeds à Leurs Majeftez , (^ • '
d'afîifter en leurs Confeils aufîi fou- '^•
rentque j'auroîs fouhaité. pai at~^*^-
tendu , comn^.e chacun fçait , la '^•
meilleure fùrecc de Mr. le Duc ^^^
d'Orléans , efpéranr que Son Itefle ^'^
Roiale diiîîpeioit les.deffianccsque ^^
mes Ennemis auroient pu donner ^^•
de moi à la Reine , & rétabliroit^*^-
enfin la confiance Se la réunion' ''^-
. dans la Maifon Roiale , tant défi- "
rée Se Cl néceflaire à l'Etat, Ôc que S. ^^
AltelTe Roiale ôc moi avons tou- ^^
jours recherchée depuis ma Liberté^ ^^
comme âl étoit de notre devoir. '^-
Mais, voiant que les foins dé Son
AltelTe Roiale n'ont pu produire '^
PefFét que j-efperois d'une entremît ^^
k auffi confiderablc , entre plu-^^
fieurs Avis d'Entreprife contre nia^'^
Perfônne , les divers voiagcs faits à^^-
Cologne , Se particulièrement celui '^
de Mr. dé Mercœur dans le tems ^^'
que vous renouveliez vos deffenfes ; ^^^
lies mauvais effets de ce Commerce , '^-
ÎR^ Négociations de S.edan, ce qui ^^
I^jl.
ï 8 r JHÎemolres four fervir
5, s'eft palTé à Briiîac, & enfin tourçoii
,j les chofes furpenducs à la Cour juf |
^, qu'à ce qu'on ait reçu les dernières I
,, réiolutîons du Cardinal Mazarin .
,^ le Crédit extraordinaire de fcs Créa-
3, tures engagées à ma perte, qui om
3, été déjà nommées dans la Compa-
,, gnie; j'ay cru devoir, non feule-
5, ment pour la fureté de ma Perfbn-
,5 ne, mais auffi pour celle de ITitat,
55 me mettre à couvert âcs^ accidens
que j'ai déjà éprouvez, dont les fuites
ne pourroient être que funeftes à
la France, qui ne foufFriroit non
plus que Tannée pafTée qu'un Prin- il
3, ce qui a eu ['^honneur de rendre des
3, Services allez avantageux au Roi 6C
à TEtat , 6c qui n'a pas eu la moin-
dre penféc comme il protefte d'en
avoir jamais contre le Service diii
Roi ôc le Bien public, fût enco-
re une fois opprimé pour les inté^
rets ëc par les Confeîls du Cardînaïll
Mazarîn, parccqu'il n'a jamais vou-
lu confcntîr à fon retour. Je n'-a-
, jouterai rien , finon la proteftatîoiï.
5, que je vous fais, & qui eft la me-
9, me que j'ai donné charge de faire J
» à laReine^ que je n'ai a4icune pré*
S3
9)
à l'Hlfimre d'Anne d'Autriche . 183
rencîon ni pour moi, ni pour rces iCji^
Amis , ôc que lorfqu'oii pourra
s'aiTiirer que le Cardinal Mazaria
fera hors d'efpéraiice de retour , &
que l'élolgneiiîenc de Tes Créatures,
me donnera ma fiireté , je ne nian». s
,,querai pas de me rendre auprès de
„ Leurs Majeftez , pour continuer
„ mes foins au Service du Roi <^ de
TEtat, Je fuis.
53
^, M E S S I E U R S ,,
Xi
Votre afFcdionné'
y. Serviteur
,, L O U r s DE B G U R B O N^
De Se Mamv le 7. Juiltiet 165 1. ,,
* Apres la Lecflure de cette Lettre ^
îe Premier Pré(îdent dit que la Com-
pagnie y aianc travaillé avec tant de
foin pour procurer la Liberté de Mr..
ie Prince, elle avoit eu fujet d'cfpérer
que fa préfènce (ècondant les foins de-
Mr. le Duc d'Orieans remettroit le.
calme dans l'Etat, de feroîc cenfcr tanc:
de defordres qui l'avoient afïligé de-
|uis- longtcra5 3, mais , qu'elle voioit
1 8'4 JHemolres pourferv'r- r
r<2 J I . avec regret fa retraite hors de Paris-;
qu^'ellc pouvoir venir d'un defTcir
prémédité, ou de crainte ; que fi c'é-
roit un delfcin, cela étoit fâcheux j que
fi c'étoit peur, il fallolt qu^il revint. Le
Prince de Conti Taiant interrompu lui
dit 5 que perfonne ne croioir que a.
fut par dertein , puifque ceux de Mr
le Prince a voient toujours tendu au
Service du Roi Se au Bien de l'Etat..
êc qu'il n'y avoit point de meilleuij
garand des bonnes intentions de Mr.
ion Frère, que Mr. le Duc d'Orléans,
auquel il avoit im attachement tout
entier ; que pour la crainte, elle étoit
bien fondée.
Le Duc d'Orléans, prenant la paro^
le, dit qu'il étoit vrai que Ton Coufîn
le Prince de Condé avoit toujours eu
de bonnes întentiorts ; que les grands'
Services qu'il avoir rendus à la FrarÊ-
ce ne permettoient pas que l'on en pikt
douter j Se qu'il étoit témoin que deSt*
puis fa Liberté il avoit toujours defîré!
le Bien de l'Etat; que la Reine lui
avoit dit qu'elle n'avoit jamais Tongé
à faire entreprendre fur fa Perfonne j >
qu'il étoit obligé de croire ce qu'elle i'
lui avoit dit; qu'il avoit travaillé à
gixx ces foupçons de l'efpric de Mr* \
à l*Hlfiolre â*Arine à^ay^utriche. i %$
le Prince^ & qu'il croîoic bien que s'il , ,
flic venu chez lui il auroic été en fù- ^
reté; mais, qu'il n'écoic pas étrange
qu'un homme qui avoir été une fois
Prifonnier eut de la défiance, &: qu i!
étoit vrai que l'Efprit du Cardinal ré-
gnoît toujours dans le Confeil. Le Pre-
mier Préfidenr, reprenant la parole^dic .
qu'il ne doutoic pas des bonnes inten-
tions de Mr. le Prince j mais , qu'il
falloît qu'il revînt. Sur quoi le Prince
de Contî , lui dit , que lui Mr. le
Premier Préfidenc en étoit meilleur
témoin que perfonne , connoiflanc
Mr. le Prince comme il /aifoit ; 6c de-
manda qu on délibérât fur la Lettre
de Mr. Ton Frère. Le Premier Pré-
fidenc dît que la Reine, le {bir précé-
dent, aiant fçu , que lui Mr. le Prin-
ce de Contî dévoie venir au Parle-
ment , & qu'on y devoit apporter
une Lettre de Mr. le Prince,, lui avoic
envoie ordonner à cinq heures à\x
matin, qu'elle ne defîroit pas qu'on
prie aucune Délibération fur cette Af-
faire, qu'elle n'eut fait fçavoir fa va*
lontéy
Le préfidenc le Cogneux , prenant
la parole, dit q^u'il fembloit que l'Af-
1 8 6 Mémoires pour fervlr
faire etoic en bon chemin puîfqac
i ^ J I . Mr. le Prince témoignoit être dans
les inrcrers de Mr. le Duc d'Orléans ^
lequel airùroit la Compagnie des bon-
nes intentions de la Reine j ôc que
c'étoit un garand qui n'étoïc pas {iif-
pe6t à Mr. le Prince. Le Prince de
Conti répondit que la feule fùrcté de
de Mr. fon Frère ctoic l'éloi^nement
des Créatures du Cardinal Mazarin.
Le Prc/Ident le Cogneux repondit que
c'étoit une condition un peu dure à la
Reine.; 5i le Premier Préiident ajouta
que Mr. le Duc d'Orléans recevant la
parole de la «Reine pouvoir en être,
un bon îjarand à Mr. le Prince de
Condé ; que la Reine donnanc auiîî
fa parole au Parlement , il n'y auroit-
rien a craindre pour Mr. le Prince j
& quant à rempêchement qu'on dl-
foit qu'apportoicnt certaines Perfon-
ncs du Confeil à Tordre que Mr. le
Duc d'Orléans &: Mr. le Prince pour-,
roient mettre dans les Affaires, quand
Mr. le Prince feroit venu. 3c qu^il.
feroit avec Mr. le Duc d'Orléans &
Mr. le Prince de Conti dans le , Con--
feil, étant cnfemble & aiîîftcz s'il étoîc
bcfoin de rAutorité que le Parlement
a Y oie
à l'Hiflolre d'Anne ^Autriche, 1 87 ^
avok dans le Roiaume, ils ne pou- 1651,
voient douter qu'ils n'culîenc la latis-
fâ(5tion qu'ils pouvoient délirer 5 & ne
Hifcnt rêiiiïïr toutes les Affaires qu'ils
jugeroient ncceflaires pour le Bien de
TEtar. Le Premier Préfidcnt dit cn-
fuire aux Gens du Roi, qu'ils allalTenc
favoir la volonté de la Reine, pour la
faire favoir le lendemain à la Compa-
gnie. Le lendemain le Duc d'Orléans,
le Prince de Conti, 6c les autres écanc
allez au Parlement , prendre leurs „ ,
places 5 les Gens du Roi rendirent ç^ ^^^
leur Réponfe , & dirent qu'aîant été Gcnsda.
trouver la Reine , & lui aiant rendu ^'=»' ^^
compte de ce qui s'étoît paffé le jour f P^"
précèdent félon l'ordre qu'ils en avoîent j^e^e
reçu delà Compagnie,!^ avoîent com- dans les
muniqué à Sa Majefté laLetti%de Mr. mêmes
. le Prince écrite au Parlement; qu^a- ^^^."^^^'
près l'avoir lue & conférée avec fes y ^
Miniftres, Sa Mâjefté leur avoit répon- porrée
du , quelle ne crololt ^as que Mx. le .m Par-
Vrince dut conferver les foptPçons qu'il lemenc,
avolt pris pour fe retirer de la Cour ,
VPt que Sa Mdjeflê lui avolt donne des
ajfurances vèritahles qu'elle navo't j^-
mals en de penfées qui lui en pujfcnt
donner aucun fujet j que Mr, le Duc
1 8 8 Mémoires pour fervlr
l6ji. d'Orléans avoh connu la fincerlté de fes
intentions , & luUmerne avolt confirmé
à A<fr, le Prince la vérité des paroUi
^îie fa Tidajeftê lui avolt données j ^
i^u elle n avait pas eu la moindre penfét
d' entreprendre fur la liberté de fa per-
fonne 3 que Air, le Maréchal de Gra-
mont avoit porté parole àe fureté a Mr. U
Prince , & mil pourroït donner pari
à la Compagnie de ce qui s et oit pajfé.
Ils dirent de plus que Sa Maje(l(
ayant donné pouvoir à Mr. le Dw
d'Orléans de travaillera raccommode,
menr de cette affaire, elle avoit for
agréable la prière que le Parlemea
lui avoit faite de s'en entremettre
que fi Mr. le Prince avoît d'autres fa*
jets de douter de la fureté de fa per-
fonne fi|r la Créance qu'il prend di
retour du Cardinal Mazarin , Sa Mai
je fté déclare qu'elle continue dans le;
mêmes penfées qu'elle à toûjowrs ei
de ne le pas faire revenir , qu'elle i
donné fa parole au Parlement , &
qu'elle la veutreligieufementobferver
Q.uant au voyage du Duc de Mer»
cœur 3 Sa Majcfté n'en n'a jamais et
aucune connoilfance ; Se ^fur ce qu'or,
acciife par cette lettre ceux qui ont em
l'ho
a l'Hlfioîre d'Anne (^Autriche» i S^
l^honneur de fervirleRoy dans fesCon- i è^ i,
fcilsj & un Officier domeftique delà
Reine "^^S. M. répond qu'elle peut choî- * i^ion-
lîr ainli qu'il lui plaira : que quant aux ne étoic
premiers, ils avoient fervi lei oy défunt ^^^^^'
en des Charges aflez confidcrablcs, i^ r ^
& , de les
avec tant de fidélité que Mr le Com-
Prince n'avoît point de fujct d^avoir mandc-
aucune défiance de leur conduite j "^^"s.
que Sa Majefté pouvoit afTùrer avec
toute veiité qu'ils n'auroient jamais
des fentimens contraires au fervice
du Roy 5 & qu^'aucun d'eux ne s'étoic
employé en aucune négociation pour
le retour du Cardinal Mazarîn ; que
ci - devant on avoit fait les mêmes
propofitions de les éloigner de la
Cour , & que Mr. le Duc d'Orléans
& Mr. le Prince après avoir- été bien
informez de la fincerité de leurs inten-
tions y en avoient paru fatisfaits : &
conclurent par dire de la part de la
Reine 3 que iî après les afTûrances que
Sa Majefté donneroit à Mr le Prince,
il continuoit de s'éloigner du Roi , on
auroit tout fujet de croire qu'il y auroic
d'autres confiderations qui l'erapé-
clioîent de fe rendre prés de fa Per-
fonne, pour le fervir avec l'obeillan-
ce & le rcfped qu'il lui devoît , ôc
1 9 o Mémoires four ÇervW
\G^i* <l^e la Reine en auroit un extrême
regret, puifqu'ellc ne defiroit rien
tant que de voir une union parfaite
dans la Maifon Roiale fi neccfîaire au
Bien de l'Etat.
Après cette reponie , il s'clcva un
grand bruit dans la Compagnie , &
rous dirent qu'il falloit donner fatîs-
fadlion à Mr. le Prince, & exterminer
les refies du Mazarîn, qui ne de- 1
voient entrer en aucune confidérationt
avec les Princes du Sang. Ce tumulte
dura (\ longtems , que le Premier
Préfident en fut furpris^ & j^g^^ P^^
ce bruit qu'il falloit changer le deft
fein qu'il avoir eu de mettre l'Affaire
en Délibération. Il s'adreffa au Duc
d'Orléans pour l'engager de faire cet
Accommodement du Prince de Condé^
& l'exhorta d'y travailler. Le Préfi-
dent le Cogneux aiant voulu, pour
fortifier le Premier Préfident, témoî-
gnei qu'en effet cela étoit digne des
foins de Son AltefTe Roiale , dit que
c'étoit un moien pour fauver les for-
mes. Sur ce Difcours il s'éleva en-
core un fi grand murmure, qu'il ne
put achever d'opiner. Toutes le§
Enquêtes grondèrent difant, que c'ë-»
toit
a l*H'ifloye â*Anne d'Autriche, 191
toit prévenir les efprics, afin d'empê- iCki
cher ia Liberté de la Délibération j
dont il fallut qu'il fe deffendit, té-
moignant que dans les occafions qui
s'éroient préfcntces il avoit fervi Mr.
le Prince , & qu'il avoit encore une
dirpoiition toute entière à continuer
de le faire, avoiiant que fes défiances * -
méritoient d'être coniîdérécs.
Le Premier Préfidcnr, voulant câl-
iner le bruit des Enquêtes & appaî-
fer les efpritSj dit que cette Affaire
étoit des plus importantes qui fe fuf-
fent jamais vues , 6c que la Compa-
gnie fe dcvoit conduire de telle forte
que fî par malheur la retraite de Mr.
le Prince de Condé caufoit une Guer^
re Civile, Ion ne pût lui en rien im-
puter. Le Prince de Contî , Taianc
interrompu , lui dit avec beaucoup de
reffentiment, qtie toutes les adlions 4c
Mr. le Prince avoîcnt été telles que
Perfonne ne pouvoit avoir la moindre
penlée qu'il voulût faire la Guerre ;
que cela n'avoit point dû être avancé
dans la Compagnie ; &: qu'il ne le
pouvoit fouffrîr. Le Premier Préfîdenç
s'ecria que perfonne ne lui pouvoit
ôter la Parole , aiant l'honneur de
pré-
ï 9 1 Mémoires four fervlr
ï'é^ j I, pi'éfîder la Compagnie , ôc d'y tenir
la Place du Roi ; que Mr. le Prince
<le Conti n'y avoir que fa voix 5 &
yoîant que les autres Préfidens etoienc
dans ce même fenrimenc , ôc faifoîent
des plaintes de cette interruption com-
ï"ne fi on eut voulu ôter la Liberté à
la Compagnie , il infilla plus forte-
ment : ■& le Prince de Concî repli-
Equant dit, que Mr. Ton Frère temoî-
gnoit allez par fa Conduite qu'il n'a-r
voit point de mauvais deffein , puif-
qu'il s'écoit addrelTé au Parlement, &
l'avoit informé des raiibns qui Pa-
voîent obligé de fe retirer.
Le Duc d'Orléans prenant la paro-
le rendit des témoignages très favora-
bles au Prince de Condé, & dit qu'il
avoir des fujcts de craindre les Créa-
tures du Cardinal Mazarin ; que tous
fes Amis avoient confcrvé leur crédit
à la Cour , ôc qu'il y en a voit même
auprès du Roi qui lui parloient de
lui.
Ce différent prit fa conclufîon par
un compliment que le Prince de Con-
ti fît à la Compagnie difant qu'il
fçavoit la Confédération qu'il en de-»
voit faire ,. les obligations que lui *'
et rHlfiûlre à' Anne à'AuiYichs, i^ f
îi*. Ton Frerc lui avoient ; mais qu'il r^fl.
oit bien dur d'entendre que Ton
îc préfumer que la conduite de Miv
n Frère l'engageât à une Guerre Ci-
lle , Se qu'il n'avoit pu s'empechec
' relever cette parole, afin de foutc-i
r fa réputation/
Le Premier Préfidenc prdteflà en (bit
rdculîer , & au nom de toute la
)mpagnie , qu'elle écoic perfuadéc
î bonnes intentions de Mr. le Prince,^
dit qu'elle écoit prctc, comme elle
voit toujours été 5 à prendre foin dC
intérêts ; Sc addreffant fa parole à
:. le Duc d'Orléans , le convia en-
'c.de travailler à cette Accommode-
nt. Il s'excufamême de délibérer fur
qu'il étoit dix heures , & far ce que
l'ffaire ne fe pouvoit pas terminer
d is la matinée , Se promît de contî-
n^r l'Alfemblée le Lundi fuivant dC
. autres jours.
[]hateauneuf , qui avoir fait fbit
Tiîtéavec le Cardinal , ôc qui efpe-
par certe voye rentrer aux bon-ies
:es de la Reine , étoit bien aife de
e éloigner les Créatures du Cardî-
oar Mr. le Prince j afin que les
>i (Tant il eut toute la confiance de la
ï^t jMemoires -pour fervlr
ï-^ji, préiider la Compagnie, & d'y tenît
la Place du Roi ; que Mr. le Prince
de Conti n'y avoîc que fa voix 5 &
voiant que les autres Préfidens éroîenc
dans ce même fenriment , & faifoient
des plaintes de cette interruption com-
ité il on eut voulu oter la Liberté à
la Compagnie , il infifta plus forte-
ment : & le Prince de Conti repli-
Equant dit, que Mr. fon Frère temoi-
gnoît afï'ez par fa Conduite qu'il n'a-
voit point de mauvais delTein , puif-
qu'il s'étoit addreiïe au Parlement, &
l'avoit informé àts raifons qui i'a-
Voîent obligé de fe retirer.
Le Duc d'Orléans prenant la paro-
le rendit des témoignages très favora-
blés au Prince de Condé, & dît qu'il
avoir des fujcts de craindre les Créa-
tures du Cardinal Mazarîn ; que tous
fes Amis avoient confcrvé leur crédit
à la Cour , & qu'il y en avoit même
auprès du Roi qui lui parloient de
lui.
Ce différent prit fa conclu/îon par
un compliment que le Prince de Con-
ti fit à la Compagnie difant qu'il
fçavoit la Confidération qu'il en de-»
voit faire ,, les obligations que lui «
a l'Hlfiolre À* Ame d* Autriche, î^ f
^i'. Ton Frerc lui avoicnt; mais qu'il i^cj^
'toit bien dur d'entendre que Von
>uc préfumer que la conduite de Mr^
on Frère l'engageât à une Guerre Ci-
^4 > ^^ <\\Ji'i\ n'avoit pu s'empechcc
)iii.P*c relever cette parole, aliu de foute-»
éiliir fa réputation.
«e-l Le Premier Préfideiït prôteflà tn (bh
pli.l >arciculîer , & au nom de toute lâi
noi.| compagnie , qu'elle étoît perfuadéc
ïi'aJ es bonnes intentions de Mr. le Prince,
}iii[.|cdit qu'elle étoic prête, comme clic
t,&| avoit toujours été, à prendre foin de'
l'a.l ;s intérêts ; & addretfant fa parole à
I ir. le Duc d'Orléans , le convia en-
)3ro.|3i'«,de travailler à cette Accommode-
,ûra.| lent. Il s'excufaméme de délibérer fur
Qu'ill - q^i'î^ ^^oî'^ <iix heures , & fur ce que
jéâJ Affaire ne fe pouvoit pas terminer
tous! ans la matinée , & promît de contî-
reditl uer l'Artemblée le Lundi fuivant ^
,i^ni{Bîs autres jours.
^j{jjt Chateauneuf , qui avoit fait (bit
I 'raîté avec le Cardinal , & qui efpe-
3it par certe voyc rentrer aux bon'ies
races de la Reîne , étoit bien aîfedc
lire éloigner les Créatures du Gardi-
^j^jjç, al oar Mr. le Prince 5 afin que les
_ I j lialfant il eut coûte la confiance de la
^ Tome ir, l Rei*
npar
fil
de-
ip^ JUsmolres pour fervlr
x^^ji. ne. D'autres auffi, qui ctoîent c
vieux de la Grandeur & de la Favc :
de ces deux ou trois hommes aiden c
à les pouffer par leur intérêt , co .
me Mr. le Prince par le flcn.
Sans s'amuferà particularifer ce < i
fe pafla fur les délibérations du P .
lement 5 dans Taffaire du Prince 1
fufHt de dire que la Conclufion t
que la Reine feroic trés-humblera
fuppliée de donner une nouvelle j
vclaration à part contre le Cardi
Mazarin 3 qui pût ra(îurcr Icsefp
6c donner à Mr. le Prince toutes
Xùretés nécefTaires pour fa Perfbr
L'on n'y parla point néanmoins
ceux qui avoîent été nommés. ,
Cet Arrêts plût à la Reine, à ci
ft que Tapparence de l'Autorité il
yal y ctoit gardée, que Pon fa»]
ceux que le Prince de Condë avoir
•mandé qu'on chaflât , tk qu'elle
nieuroit en apparence dans le pou^l
à'QW ufcr à fa volonté.
Le Parlement vint en corps ttl
ver la Reine , le Premier Préfîc|
lui fit des Remontrances fur leur
iêts de la part de leur Compagnl
dguccs ^ refpedueuies* La J
à l* Hiflolre a Anne â* Autriche . if)j
'iclul rcpondîc, que pour la Décla- K^j t,
arîoii contre le Cardinal Mazarin
ui'il dcmandoir , elle defiroic qu'ils
a drcllanfent eux mêmes , ôc qu^'elle la
cur cnvoyeroic telle qu'ils la demau-
oient , que pour le relie , elle y avi-
. roit avec (on Confeil : les furctés ,
ae x\U\ le Prince demandoît alors,
Uoicnt à faire bannir de la Cour
cux , que par refpedl le Parlement
'avoit point nommés. La Reine
aiançoit entre le oiii & le non. El-
: ne lavoit s'il falloit chafler Tes créa-
ires 5 ou les maintenir. Son fentîraent
lia d'abord à ne pas les éloignerjmais,
omme on lui reprefenta , que c'étoit
ne choie qui s'étoît pratiquée autre-
jis à la demande des Princes du Sang,
n lui dit auflî qu il falloit qu'elle
rv^t à Mr. le Prince le prétexte de
duvoir faire la Guerre Civile , «3^
li'ells ëtoit obligée par ces grandes
aifcns d'empêcher ce malheur , tant
u'elle p")urroît. Suivant ce Confeil,
Uc rcfolut de les éloigner , Se de don-
cr cette marque à toute la Fraa-
c de Tamour qu elle avoit pour la
aix ôc pour le Repos de l'Etat.
oint k cela que les petits dégoûts
I 1 qu'el-
I p8 Mcviolres four fervlr
i.<jji. qu'elle avoit eus contre de Lîonnc ^
Servicn , lui en ôtércnt ia douleur.
Le Tcllier s"'en alla avec une efoe'
rcnce certaine de retour. La Rein
avoic beaucoup de bonne volonr
pour lui. Il étoit brouillé avec Mr. 1
y Prince j çi-^ais bien aimé du Cardinal
fi bien ^ qu'il n'avoir rien à craindi
que i'abfcnce , qui peut toujours éti
dangereufe à ceux qui ont des Envieuj
ik par conftquent des Ennemis ; ma:
il emportoit avec lui la fatisfadtio
d'avoir eu une Conduite fans reprocb
& uniforme dans le bien, & d'être 1
fcul des trois dont la pobité ne fil
point foupçonnce. îls partirent 3 apni
avoir pris congé de la Reine, Tavo
entretenu chacun en particulier. I
emmenèrent avec eux leurs Femmes (|
leurs Enfans & s'en allèrent dans Icu.
maiîons.
Servîen (5^ de Lionne , fe voïail
chaffés par Mr. le Prince à qui ils n*d
voient que trop adhéré, & mal av<j
les deux Partis , connurent ccrtairi<
ment que Chavigni , par envie cntt
eux , éc pour fc mettre à leur Place
avoit quelque parc à la haine que M'
ic Prince leur avoit témoignée \ fî bîci|
qui
1
a rnlfiolre d'Arme â' ay^^ttrlche., i pp
ni'il s firent ce qu'ils parent en par- i6ji,
aïK, pour perfuader à la Reine qu'il
'toit l'auteur de leur ruine, & des ]n-
rigues qui fe faifoîent contre TAuto-
ité Ro'iale. Il ne fut pas difficile de
ai nuirejparceque la Reine ne l'a voit
ait revenir que pour cacher les àc[-
ûns qu'elle confervoit à l'avantage
a Cardinal Mazarîn , de qui Chavi-
ni 3 c^mmc je l'ai dit, s'étoit déclaré
nnemis mortel. Il s'étoit toujours
laîntcnu dans cette réfolurlon y mal-
ré fon retour & les recherches que le
lardinal lui avoit fait faire , & qu'il
voit mëprilées. Il crut qu'avec le
rince de Conié, & les Ennemi<î du
Cardinal , qui étoient en grand noni-
re j & dont la Cour étoit compofée,
pourroit venir à bout de fon det
in , qui ctoit de s'emparer de la fa-
sur i & il s'imagina que fon crédit &
[réputation en feroient mieux établies
par lui même il pouvoit parvenir à
î bonheur. La Reine , qui fuivoit fes
rïtimens , & qui fe fouvcnoît toû-
mrs qu'on lui avoit ôté un Miniftre
r force , ne fe laiiToic pas gagner
r la qualité d'Ennemi du Car-
inal j de comme elle étoit difficile
I 3 à
1 co Mémoires pour fervîr
*^^ji. pfi*riiader, quand elle ne le voiiîo
pas être , il fut aiTé à ces Exilés , f<
Ion qu'ils s'en vantèrent deux jou
aupcrav^nt, delui faire de mauva
offices 3 & an lieu de le laifTerà Ici
Place 3 le mettre plus loin qu^eiix <
la confiance. Chavignî , ayant fer
i'ctat où il étoît à la Cour , & le m
contentement de ceux qui étoîe
partis . avec ce qu'ils avoient dit
lui, voulut fe raccomoder avec la R<
ne par un éclaîrcifTement \ mais ,
arriva que cette Princelle , au lieu
s'adoucir fur fcs plaintes , lui dit
brement qu'il ëtoit vrai qu'elle et*
mal fatisfaîte de (on procède.
Chavignî lui difant y qu'il n'ofoic ,
ne vouloir point venir au Con(|
tant qu'elle ne feroit pas perfuadée
fa fidélité & de Ton affedion à il
fervice, elle ne lui répondit là-def
ni olii ni non. Enfuite de ce iîler
ilgnificatif, il demeura comme exc|
du Confeil , fans fçavoir en quel él
il étoir, c'eft-à-dire embrouillé ds
une difgrace fans éclat, mais plus n
en effet dans l'efprît de la RcirI
qu'il ne le croîoit lui-même. Il
il duppe fur ce qui fe palfoit à
yen'
ÀrHijholre à' Anne à*Antnchs, ioi
:ux , qu'il crut toujoars que la Rei- \G^\y
c ne fongcoir plus au Cardmal Ma-
irin, & qu'il ne reviendroic jaipais.
lui arriva de lui en parler fur ce
icme ton \ ce qui donna de mauvai-
.'S impreiîîons de lui à la Reine, &
i perfuada , à ce qu'elle me fie '
honneur de me dire, qu*il avoir ou
loins de luiviiere, ou plus de malî-
e, que n'en devoir avoir un Minif-
rc^ qui avoir eu l'honneur d'ètr€
ans la confiance du feu Roi , ôi
l[a*elle avoir foufferr auprès d'elle.
Le Parlement aiant été mandé, le
[Chancelier leur parla de la part de la
eine, pour leur dire que l'affcdion
jue Sa Majefté avoir pour l'Etat, (Se le
leiir dcconferver l'union de la Maifoii
oialc, l'avoir obligée , pour donner
ne entière fureté à Mr. le Prince ,
éloigner des Confeils du Roi ceux
ui lui étoienr fufpeârs. Il exhorta
a Compagnie à contribuer à la Paix
qui fe devoir fouhaiter entre la Reine
& les Princes du Sang ,^ à travailler
au Repos de l'Etat avec le zèle & l'af-
fedion qu'ils dévoient avoir au Servi-
ce du Roi.
Mr, le Prince fut peut-être fâché
de
2-©i Memoites ponr fer^vîr
1 ^ ç î. ^c n'avoir plus de préccxte de fe plaii
drc y ôc témoigna de J'éconncment c
çc que la, Reine a voit fait. Il revii
à Paris , & alla au Parlcmeni:. Il d
manda que ceux qui écoient pan
fulTent compi-is dans la Déclaratic
qui fe devoir faire contre le Cardina
afin qu'ils fuflent fans efpérance de r
tour j mais ^ le Premier Préfident 1
dit que Mr. le Prince de Conti n'
voie point parlé de celao qu'il ave
affez fuffifament déclare fa volonté
ce qu'il demandoit pour fa fureté, qu
avoit dît de fa part n'avoir rien à d
fîrer , ôc n'ayoir nulle autre prét;e:
tion que celle de Péloigncment d
Créatures du Cardinal ; qu'ainii ,
qu'il demandoit étant chofe nouvelle 1
îl ne pouvoit erre reçu en fa d
mande , ôc que ce feroit toujours
recommencer. Toute la Compagr]
s'accorda , ÔL ils. opinèrent tous (
bonnet. Aînfi Mr. le Prince dcmci
ra exclus de fa prétention , dont il t
nioîgna du chagrin.
Ceux 5 qtii étoient de Parti coil
traire à Chateauneuf , voulurent en
pêcher fon retour. Pour y réuflir , j|
tâchèrent de fe fervir du Prince de Coi
dé
k l'Hlfiotre d'Anne à* Autriche. 203
ié , lui confcillanc de revenir à la i^j i.
3our , pour prendre fa Place , & s'o-
•)ofer au Cliangement qui Te prémédî-
oit 5 mais, fesdefïiances n'ctantpas fi-
nes pour l'éioîgnemer de ces trois hom-
nes 3 il ne vinc poinc voir la Reine ;"
< cette Conduite ne manqua pas d'à-
oir fon effet , & de faire avancer les
Vffaires de Chateauneuf. Car , le
Cardinal voianc le Prince de Condé
ntiéremenc aliéné de la Reine &c de
ji, fe confirma dans la néceflirc de fe
îer avec ceux qui avoient intérêt de
2 pouiïer. Ce Prince fe rcpofoîc 'uc
e que le Duc d'Orléans lui avoic
roillis 3 qu'il ne feroit point revenir
ihateauneuf , fans fa participation &z
DU coiircntemcnt ; ôc il ne vit pas
ails pouvoient être trompez tous
eux : 6c ils le furent en effet j car ,
o„!ihat^auneuf & le Coadjuteur ^ qui
onnoicntà la faveur toute leur fidélité,
e confîdcroient le Duc d'Oi-leans
la'autant qu'ils leur pouvoir ctrc
ommode pour l'acquérir:
Les chofes étant en xec état , • le
'îoadjutcur cur commerce avec la
leîne & Chateauneuf la vit deu>:
& en particulier , fans que les Pria-
104 Mémoires pour f rvlf
I (j/ I. CCS en fulTcnc partîcipans j mais, cor
me les fecrets de la Cour ne font f
crets que poL\r quelque tems feulemei
Wr.lc Prince le fâchant ^i de grand
plaintes au Duc d'Orléans de ce qu
lui avoir manqué de parole. Ce Pri
ce lui protefta n'^avoir point fçu q
la Reine dût voir ces deux homme
Pafluranc que lui même en c'toit n
content» Et comme il vit par lei
iecretes vifîtes, qu'ils s'attachoient à
Reine ^ au Cardinal Mazarin, il co:
menca aufïl tôt de les haïr, ou de
aimer, félon qu''il s'aecommodoit
leur conduite ^ qu'il croioit toujoi
appuiée fur de bonnes internions à i
égard. Et de toutes ces contrarie
ce qui parut de plus vrai, fut qu'il
fît des railleries publiques ; mais, eij
ne firent rien voir que l'incertitude
fes penfées fur les de'gouts qu'il devi
avoir alors de leur nouvelles Ini
gués, Mr.. le Prince enfin ffe décLl
va Mr. le Duc d'Orléans, de ne p
Ivoir plus (ôufFrir le Coadjuteur ,1
.\ette déclaration ne le brouilla ]|
'javec lui.
t^ Ces mêmes jours > il vint voir
ï^clne d'Angleterre à Chaillor^ I'
a.v
/
i VfJlfiolre XAnm $ Autriche, 105
javoic fait de cette Maifoii un Couvent kJ j- 1»
deRelîgîeufesdc SteMarie. J'y avoîs
contribué par mes confeils & mes
foins. Ma Sœur y étoit venue- Novi-
ce, avec la fondation fortîe de St. An-
toine. Elle en avoît été la première
Profelfe , & j'y entrois en qualité de
Bienfaitrice. Ce Prince dit à la Reine
fa Sœur en riant , c^hq Mr, le Prince
& le Coadjuteur écolent fort md en-*
ÇanhU y & qu'il allait avoir bien dîi
flalfir de leur Chamailleries, Voilà Tes .-
propres mots : ils marquent la foU
Dlclfe de fes fentimens, tant fur la hai-
ne que fur l'amitié ; mais, celle à qui
le difcours s'adreifa en fut furprife.
Elle le trouva aiifîî incompréhcnfible
-qu'il l'étoir en effet j &, après qu'elle
m'^euc permis d'en examiner les con-
féqucnces avee elle, elle conclut félon
la raifon ôc la vérité , que les chofes
de cette importance fe dévoient regar-
der plus ferieufement, ôc femir avec
plus de vivacité,
Mr. le Prince étant à Paris , ren-
contra un jour le Roi au Cours, donc
il fut blâmé de tout le monde. Il ne
voioit ni le Roi , ni la Reine , ôc il
icmbloit par cette bravade ne plus^:
I 6 compter
, ic6 Afemotrespourfirvlr
i6ji, compter à rien le refpccfl qu'il devoir
à leur Perfonne & à la Couronne.
La Reine avoic intérêt de ne pas
Pou (Ter le Prince de Condc , de peur
d'augmenter par Tes malheurs les liens
propres ; mais iès Frondeurs , pou?
être les Maitres , avoient bien cnviô
à'^çn faite un Criminel déclaré de TE-
tat. Il fcmble que ce Prince , moins
habile en cet endroit que fesAd^er-
fatres , ne prit point aflez de foin d'é--
viter comme il le pouvoir les occafîons
defâcher la Reine. Il écouta les Brouil-
lons qui étoîent auprès de lui , qui ne
dcmandoient que la Guerre , ôc s'y
laifTa conduire fans que peut-être fa
volonté y eut aucune part. S'il n'e t
point quitté la Cour , il eut fans douce
bien embaraflfc ceux<iui voulôicat Ten
chaffer j Ôc les gens de bien en euflfent
€té fort contens. Il ne lui auroit pas
été difficile d'y trouver fa fureté, tant
par les voies publiques du Duc d'Or-
léans 6c du Parlement , que par h^
particuliers 3 qui étoient les meilkures. ,
Il l'auroir rencontrée toute entière dans
le cœur de la Reine , fi tout de bon il ,
cu:;;Voulu oublier le pafTé , 3c vivre
avec elle felpn qu'il eut été à^ propes
à THifioîre ^Anne à! Autriche, loj -
pour cette Princcfle , pour iTtat , & iC>$ï^
pour lui ; quand même H lui en eur
dû coûter l'envoi de quelque Courier,
au Mînîftre éloigne j-puifque les peti-
tes chofes le doivent toujours céder au.
grandes , quand les pctites-nl les gran«r
des ne choquent point l'equicé. Eu
"état ou elles- éroienc , les Frondeurs
î-étant détachés du Duc d'Orléans mé--
ritoient d'en être abandonnez , ôc plus
encore du Prince de Condé , qu'ils
ivoient vouki: perdre ; & , par confc-
juenC' 5 tous- deux dévoient fe.. réunir
L la Reine-, & fe moc.ucr de la folle
Hiblique qui fans un Julie fujet avcjc
^até les efprits de tous par la chiméri-
jjue haine du Nom de Mazarin.
Monfieur le i^rincc aiant donc re.-
loncé à la Paix , & voulant s'oppofsr
L Chateauneiif , il prit la voie du Par-
ement , où il alla le deuxième Août
\' fe fervit du remède qui étoit à la ,
nodc 3 c'efl: à dire de ce fantôme dont
Q viens de parler qui fut la raifon
[u'il allégua pour pouvoir batre en
aine fes Ennemis. Il fit entendre .,
ans les nommcr^quils avoîent envoîé( T^jCaY--
i>aiter>à Coloene avecie Cardinal (■^) ^»"-Ma-.
i. cm, contre. Biachec fou. Couriez , y ^j^jg ^
^ ■- #
1 o8' Mémoires four fervlr
x\&ç I contre Bartet Confident & Courîe
de la Palatine, Se contre tous ccu
qui avoient commerce avec le Mazarii
Il fut arrêté, qu'on informeroîc conti
eux , &: qu'ils feroient ou is. On m'ai
fiira qu'il avoît eu intention de noir
mer Cliateauneuf, &c on le lui avo
Gonfeillé j mais, il ne le fit pas :
n'en fai pas la caufe. Il fut dit auf
qu'on envoieroit dire au Duc de Me:
cœur de venir prendre fa place, poi
rendre compre à la Compagnie de fc
Mariage hors du Roiaume , fans pc;
mi filon du Roi ; car ce Prince éto
revenu de Breull , où il avoit épou
publiquement Mademoifclle de Mai
GÎni , Nièce du Cardinal. Onordonr
de plus , que la Deblaration que '.
Reine avoit promife contre ce Minift
etoic drelTée la plus ample & la pli
forte qu'elle fe pourroit faire.
Le Prince de Condé fe juftifia d
Parlement d'avoir rencontré le Roi i\
Cours. Il dit que s'il avoit cru y tro
ver Sa Majefté, il n'y feroit pas all<
quil fçavoit le refpeâ: qu'il lui devoil
proteftant de nouveau , de vouloir d
meurer fidèle dans fon Service. ]j
Ptémier Préfîdent rexhortarforcemc:
à l*Hîftoîre d'Anne d*' Autriche. 209
à rendre fcs devoirs au Roi & à la i (3 j f ,
Reine ; Se , quelques jours après aîanc
lionte de n'y point fatisfairc & n'avoir
nul fujcr apparent d'en ufcr aînfi , il
fut confeillé par fes Amis & Serviteurs
d'aller au Palais RoîaL Le Duc
d'Orléans l'amena faluer le Roi Se la.
Reine. Leur entrevue fut froide, la.
Converfation fc palïa publiquement
en difcours de bagatelles ; & la vi/îte
fut courte. Puis, tout d'un coup, prcf-
fe par fa peur , il n'y revint plus dtt
tour,.
Les Brachet Se Bertet furent ouïso.
Ils fe defFendîrent fî bien , qu'ils ne
donnèrent point de prife fur eux y
mais Mr. le Prince 3, & ceux de fa Ca-
balle, continuèrent à faire demander
au Parlement que le Duc de Mercœur
fut ouï.. Il fut interrogé au Parlement
le douze ou treizeîmc Août, & fort
prefle par le Premier Préfîdent de re- ^; ^ ^^
pondre précifement fur l'Intcrrosation ^." Â ^ °
qu on lui faiioit 5 içavou* , s u etoit
marier* Il dit d'abord, qu'il ne croîoit
pas être obligé de répondre j mais, il
affûra la Compagnie, qu'en cas qu'il le
lâcjjl étoit fans crime. Le Premier?
ïtéûdentlui dit ^, Cela veut dire qn^
vous
M
2. 1 o Mcmolres p(yur fervlr
\6ji, Vavcz. êpoufée , avant que le Cardin al
fon Oncle fut déclaré Criminel. Il ri-
pondit que oui ? qu'il écoic marie
avant le parteraent du Cardinal. Le.
Gens du Roi donnèrent fur cette Dé-
claration leurs Concluions , & dîren
qu'ils étoient d'avis que le DuC d(
M e r ç œ u r j uft i 6â t fon d i re.
Beaucoup de ceux du Parlemen
vouloient paflcr plus outrerai faut qu'i
n'ayoit pu fe marier fans permifîion di
Roi ; qu'on fçavoit qu'il avoit cpou(«
la Nièce du Cardinal à fon voîage qu'i
venoit de faire à Breuil j & que C(
qu'il difoit etoit faux., & ne le pou
voit prouver. Il s'éleva un murniun
dans le Parlement ., qui fit dire à plu-
sieurs 5 que cela étoit tout-à-fait con-
tre la Reine, L'Affaire n'étoît pa:
fans embarras , parcequ'en effet la Cé-
rémonie du Mariage s'étoît faite publi-
quement au lieu où étoit le Cardinal
& le Duc de Mercœar n'eut pu prou-
ver le contraire : (î bien que les Servi-
teurs de la Reine en eurent de l'inquié-
tude , à caufc que les Princes pou-
Toient s'en fervîr pour la chicaner,|
Maïs , cette Famille étant appuiée
rAffaîre demeura affbupie par lesibîns
de leurs Amis»..
- i.l'Hlflolre à* Anne â^ Autriche, ri r
Mr. le Prince tenant tête au Roi i. J i^
lans Paris , & la Reine aiant alors,
anc de fujets ck fe plaindre de lui ^
bngea tout de bon à fe garantir. Elle
)rit enfin fes mefures avec les Fron-
leurs 5 qui par leur raccomodement
vcc le Cardinal s'étoient remis alTez
)icn avec elle , t< avoient par force
[uelquc part dans fa confiance. D'au-
rc côté 5 Mr. le Prince s'cloîgnant
eus les jours d'avantage de l'Accomo*
iement , pcnfoit à la Guerre , & àfe
iréparer à tout ce qui pouvoit lui ar-
ivcr. Il envoia en Efpagne , & fît
ont ce que la Ptudence , ( vii le maur
ais état où il étoit , ) l'obligeoît de
iaire. Madame de Longueville defî-
oit la Guerre , pour ne point retour-
ler avec fon Mari , qui la vouloir
voir , & avec qui elle étoit brouillée,
.e Duc de la Roch^faucault 5^ cequ'il
n'a conté depuis , fouhaito^ la Paix-, . "
»arcequ'il avoit fenti les Malheurs de
a Guerre Civile ^ 6c que ia Maîfon
afée lui faifoit haïr ce qu'il avoit é-
^rouvé lui avair été li^ domageable ,
vlais j ne pouvant manquer de fuivre
es fentimens de Madame de Longuc-
'iliô , Gami»e il vit les apparences
^ d'unsj
211 Mémoires pom fèrvîr
t6^ I. d'une vîfîble rupture , qui devoir bien
tôt engager Mr. le Prince à s'éloigne
delà Cour, il fut d'avis qu'elle s'e
allât à Mouron , attendre les événc
mens de toutes les intrigues qu'ell
même avoit faites. Mr. le Prince ayai
approuvé ce Confeil , elle partît de S
Maur avec Madame la Princeffe ôc
petit Duc d'Anguien , ôc fut attend
en ce lieu ce que dcviendroit ce Prii
ce, qui, fans avoir un véritable de
fein défaire la Guerre, ainfi que
viens de le remarquer , fe trouva nécc
fité par fa conduite de la faire mal g
luî ; & 5 grâces à Dieu , ce fut lo
jours à ion defavantage.
Le Duc de Longucville parut ak
fe féparer entièrement du Prince
Condé, Mademoifelle de Longiicv
le 5 fa Fille , y contribua beaucou
car 5 quoiqu'elle eut palTé pour Frc
deufe dans les tems où ce Prince 5
toit trop légèrement abandonné s
vaines entreprifes de Madame deL(
guevillc ôc du Prince de Contî, ce
PrincelTe n'y étoit entrée que par
obligations , qui l'avoient engagée '
raifon dans un Parti , dont le Duc
Longucville fon Pcre étoit tm
prem
a l'Hiflotre ^ Anne à' Autriche» 2 1 j
premiers Chefs, &' par l'écac où la i^j^i»
^rifon l'avoir rcdiilr : car, par çllc-niê-
ne, étant Fille d'un Prince du fanîT
[e la troifiéme Branche Royale , par
onféquent Nièce du dernier Comte
le SoiiTons , que fa pitoyable deftinét
it périr à la Bataille de Sedan , elle ne
>ouvoit guerres aimer les Princes de
]ondé , &: particulièrement Madame
le Longueville fa Belle Mère , donc .
Ile ne croyoit pas être afTez confidc-
ée. C'cft ce qui lui fît fouhaiter ar-
lament ce qui de toute manière lui
urut avantageux au Duc de Longue^
/ille , & aux Princes Tes Frères , En-
fans de Madame de Longueville , ^ ,
par cette Conduite , elle fit voir la
bonté de Ton Efprit , & la droiture de
Tes intentions qui la portèrent à vou-
loir que ceux en qui clic prenoit inté-
rêt s'attachafifent à leur véritable de-
voir. Le Duc d'York avoit defîré d*ê-
poufer cette fage Princelïe. La Reine
d'Angleterre m^avoit commandé d'en
parler à la Reine , Je le fis. Elle me
répondit , que ce Prince , étant Fils de
Roi , étoit trop grand pour le pouvoir
lailTer marier en France ; & , par cette
ijraifon politique , l'Affaire ne put
n - , réiiffir»
174 Afemoires pour fervïr
j;6/i.. réiifflr. Ce Prince en fut fâché : il efll
nioît cette PrincefTe ia vertu , & f
Perfonne lui plaifoient : &: {i:^ lichcfTes
étant héritière du feu Comte tU Soil
fons , lui auroienrété aufïi fort agrc
ables \ car alors il n'en avoit pas beau
coup. En tout tems 5 ce Mariage étoi
convenable à lui & à elle,..
La Reine, voîant donc qu'elle n
pouvoir plus efperer de Paix avec 1
Prince de Condé , & ne voulant poîi
tifer des remèdes violens qu'on li
avoit confeillés , prît, pour fe de
fendre contre lui , le plus doux &1
moins hazardeux ; a(Hftcc du Confei
de Sennetcre , dont la fagefî'e & la fî
ne Modération étoit d'un grand fc
cours , pour oppo fer aux extrême
fentimens de ceux qu'elle n'efl:im<?i
pa5.Ce vieux Seigneur la voyoit alo?^s|
fans crainte de déplaire au Duc d'Or
leans , pour qui il avoit toûjou;:s cij
quelque attachement ; mais malgn
\ç.s circonfped^ions qu'il avoit obfervéei
auprès de cette. PrincelTe , il lui avoi
donné de falutaircs Confeils. Il avoi i
été fidèle des deux cotez ; & poi
lors il efpéroit , vu la nouvelle Liai'
feu des Frondeurs avec le Cardinaij
à l^Hlflolre it^me d'Autriche, 1 1 j
.lazarin , de voir bicii-îôc une entière
cunion entre la Reine & le Duc
'Orléans. Dam cet efpoîr , ils y tra-^
aillèrent tous : puis enfin il fut con-
!u entre elle , & Chateauncuf , le
laréchal de Villeroi , & le Coadju-
;ur , que le Roi Ôc la Reine feroienc
ne Déclaration contre Mr. Le Prince
ai feroit portée au Parlement & à
)utes les Cours Souveraines , où la
eînc feroit connoître au Public les
iftes fujets de fes plaintes Cette Dé-
a ration fut aufîi communiquée au
rcmier Pré/idcnt , qui alors étoît
iccommodé avec Chaceauneuf & le
oadjuteur , par Ïqs dégoûts qu'il
voit eus du Prince de Condé. Cet
omme delîroît de ravoir les Sceaux,
ihateauneuf, & le Coadjuteur étant
iccoramodez avec la Reine, ils cfpé-
)ient de rentrer tout - à - fait dans
L confiance, & fe mettre à la Place
'-\ Mîniflre. Sur ce fondement , Se
:ir les Conjonctures entièrement favo-
ibles au Premier Préfident , ils furent
)rcez de lui faire dire qu'ils avoient
eflcin 5 cela arrivant , de chafTer le
hancclier , & lui promirent de
^ntribuer de tout leur poflible à les
lui
iC^u
1 1 6 Adcmoîres pour fervlr
i^ji.lui faire redonner, pourvu qu*
voulue ctre de leurs Amis. Chateai
neuf s'accoxnmodoic en cet article à 1
volonté de la Reine , qu'il voyoit êti
tournée de ce côté-la. Lui-même
qui les avoit depuis perdus malgré lui
les fouhaittoit aufïi ; mais, il fe ferv
alors de cette prudente moderatîc
pour plaire à cette Princefle , &
contenta de ce qu'il alloit , du moii
en apparence 5 pofTcder la premie
Place. Cette intelligence étant doi
bien établie , le Premier Pre/îdent e
connoiffance de cette Déclaration fai
par la Reine contre Mr. le Princ
Il Papprouva & corrigea même
quelque chofc qu'il ne jugea pas et
félon l'ordre.
Pour bien exécuter cette refolutioi
il falloit i^acTner le Duc d'Orleau
qui paroi (foit de jour en jour plus d
taché des Frondeurs ; mais , pour
raccommoder avec ce Prince , ils ]{
manquèrent pas de lui dire que
Cardinal écoit un homme qu'ils voij
loient perdre , & que s'ils avoient fa
quelques pas vers lui , c'étoît qu'i
vouloient par là rentrer dans le cœi
de la Reine j afin de le poull'er to\
il à VHlJiolre â* Anne à' Autriche, 1 1 7
nouveau , ^ faire que la Reine Ta- i^jl.
bandonnât tout- à fait. Le Duc d'Or-
léans quelques fois diloit lui-même,
qu'il écoit a(Iùré que les Frondeurs
haïiToient le Cardinal Mazarîn , 6c
tfQuioienc l'accabler davantage , &
^ue leur intention éroît telle ; mais,
rcrre intelligence ne laiifoit pas de fai-
e quelque impreiïion fur Ton Efprir.
3'autre coié , Mr. le Prince , leur
Minemî déclaré , droit à lui le Duc
l'Orléans , qui ne vouloit pas non
)lus fe fcparer de lui , pour ne lui
>as lailTer l'avantage de l'applaudiffc-
lient des peuples & des mécon-
cns. Il craignoit que la Reine , qu il
Lvoit ofFenfée , s'il fe féparoit du Prin-
:e de Condé , ne le laiifàt du moins
ans autorité , ou ne prit peut-être
le pires réfolutions contre lui ; ce
lui 5 dans Tétac des chofès , n'étoit
>as tout-à-fait impoiTible. Ces raî-
bns ayant en quelque manière féparé
c Duc d'Orléans d'avec les Fron-
leurs , & l'ayant lié davantage au
^rince de Condé , les Frondeurs fe
roiîverent embarrafTés. Ils s'étoîcnt
antés à la Reine de lui redonner
amitié du Duc d'Orkans : & ils
î /S Mcmmes pourfervlr
t^jï* ne purent effcdtuer leur promefTe. E!
le ne laifla pas de les recevoir , para
fjue c'etoit déjà une chofe refoluë
<]u'on fe ferviroic d'eux pour les ot
pofer à Mr. le Prince- La Déclaratio
fut donc dreflee , telle q^i'il conveno
c[u'elle fur. !l ctoit ne'ceffaire enfuii
de la montrer au Duc d'Orléans. L
Reine le fit.» Elle le pria de la lit
dans Ton Oratoire , le foir auparavar
qu'elle fut envoïce au Parlement. C
Prince en fut furpris , Se tâcha cl
détourner la Reine de ce deffein ; ma
elle lui témoigna vouloir abfolumer
la .fair-e paflcr. Le Duc d'Orléans
après avoir fait ce qui lui fut poflibl
pour l'empcchcr dé le faire j monti
<i'y confentir. Il y corrigea kii me
me deux Articles , qui ne fe pou
^ voient prouver contre lui , de s'en ail
fe coucher plein d'inquiétude ôc de cha
orîn - fans (c déterminer entre ces deu
Partis.
Pour rendre cette Déclaration pin
agréable au Public , on y mit en tét
une proteflation c-ontre le Cardina
Mazarin, qui devant être lue &c pu
bliée en pefence de Leurs Majeftez
devoir avoir la force , de perfuader 1
Publi
4 l'fllfiolre lïAme ctAutnchie, tt^
blic que la Reine ne peniok pliis
tout au Cardinal. On manda le
ricmenr , & le Comte de Brieniic ,
i:rctaii'e d'Etat, lut c^tte Déclara-
il en la même forme que la voici*.
[ qui fut remarquable en cette occa-
i i , fut que le Prince de Conti , qui
tmienc alloit i^hcz la Reine, fc
nva par hazard prefcnr à ceite lec-
B , 6c dit tout haut que Mr. le
^iicefe jufliheroic aifémentde tovi^
81 ces calomnies^
P'
T-
'1* \
n*
&1
i '
!.
ttir.
4651.
\
120 Afemolres pour fervlr
D I S C O U R
t %
Qjj eleRoietlaRi'
N E Régente,
Ajjîftés de Monfelgneur le Duc d' -
lea?]s y des Princes , Ducs & Pa. ,
Officiers de la Couronne , & GrA s
du RevAume , ont fait lire en r
trefence aux Députés du Parlemt ,
Chambre des Comptes y Cours des '•
des , & des Corps de Fille de Pa ,
au fujet de la Refolutlon quils
prijè de l' Elol^nement pour touj
du Cardinal Aial^rin hors du Ro^
nie , & fur la Conduite prefenti It
Ji/fr. le Prince de Condé , le dix-
liéîne d'Août i 6_) 1 ,
5, /"^^'Efl avec un extrême dcplail
,5 V_v qu'après toutes les Déclarât
,, que nous avons ci-devant faitesjj
„ tant de folemnité contre le rci
j5 du Cardinal Mazarin ^ nous vo)|
que les ennemis du repos de
tat Te fervent encore de ce prél
te pour y .fomenter les divif]
\
33
33
3 3
kTHifiolre à^ ^nne â* Autriche, ni
u'ils y ont allumées. C'eft: ce qui *^ iG$t,
DUS obîlige à vous envoyer quérir
pur vous déclarer de noavveau,
.le nous voulons & entendons ex
lare pour jamais ledit Cardinal,
4»n- (culemenr de nos Confeils ,
Iaîs de notre Royaume, Pays, &
aces , de nôrre ObeifTance hc Pro-
t^ion , faîfant défenfes à cous nos *^
^jccs d'avoir aucune rorreipon- ^'^
cice avec lui : Enjoignant très- «
creircment que toutes pcrfonnes
"1 contreviendront à cç:aç: nôtrcL
onté encourent les peines por-
î par les anciennes Ordonnan-
des Rois nos prédécefTeiirs , Se
les derniers Arrêts de nos
irs fouveraines ; voulans que
tes Déclarations nécelTaires pour "
i foient expédiées. "
près avoir donné cçs alTûran- **
Il tous nos Sujets , nous ne pou-
s plus d.lTimuler, fans bleffer
l'e autorité, ce qui fe pafTe. Un
:un fçaît les grâces que la
fon de Condé , 6>: liiy en par-
|.ier,ont reçues du feu Roi de "
îeufe mémoire, mon ttés-ho- '^
l'^tScigncur & Père, & de la
<c
ce
«
c;
ce
ce
(C
ce
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<c
ce
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ce
ce
ce
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y
ce
ce
ce
ce
112 ^îéni ôiresfotir fi rvlr
î6^i^ 3> Rcîne ma trés-hor.oréc Dame
j. Mère Régente. Après avoir accc
y^ dé fa liberté aux inftantes prie:
5, de mon tré -cher & rrés-amé O.n
^3 le Duc d'Orléans., Se aux trcs-hu •
3, blés upplicatîons de mon Parlent :
55 de Paris, Apres lui avoir rendi ;
3, rang qu'il avoir dans me? Confei ,
33 rcftitué le Gouvernement des P •
33 vinces Se Places que lui & les fi >
33 tienncjit dans mon Royaume c i
33 grand nombre 3 qu'il eft aîfé de -
33 ger que celui qui les a defirces v -
33 ïoit prendre le chemin de Ce f; '
33 craindre 3 plûtôc que de fe faire -
33 mer. Apres avoir rétabli les Tr
^, pcs levées fous fon nom, capali
3, de compofer une Armée, Apres
33 avoir accordé le Change du G
3, vernenient de Bourgogne 3 avec
3, lui de Guienne j lui ayant permij
33 retenir les Places qu'il avoit dar^t
,5^ province qu'il laiifoit ; ce xju
.3 s'étoit jamais pratique. Apres
.3 avoir fait payer les fommes iran
33 fcs qu'il difoit lui être dues d'arr
i> g^s 3 de Penfions , d' pointent
j, de defîntereflemcnc de Montre:]
33 fcsTroupes 5c Garnifons 3 qui
tl
C
al* ^Uflolre et Anne d' A'4trlche, iï^
[les que pour le contenter on a *^
i contraint de divertir les fonds ^ i6jr.
. îlinés à Tentretien de ma Malfon ''
. fublîilance de mes Armées, Bref, '^
niant rien omis de ce qui lui *^^
j avoir apporter une entière fatis- «
i:bîon,"& le dîfpofer à emploier les ^
I nnesqualitez que Dieu lui a don- *'
i:Sy ôc qu^Il a fait paroitre autre- '*"
i s à Pavantaf^e de notre Service , "
lus avions conçu cette efpérance , '^
î s qu'à notre très grand regret elle '*
iézé détrompée par des Allions''
[n contraires aux Proteftations "
c'il nous avoît faîtes folcmneile- '
r'ut dans l'Airembiée de notre Par- ''
1 nent. *'
Nous' ne dirons rien de ce que"
sfïi-tôt après fa liberté Pardear de ''
( pourfuites nous porta à faire les''
cangemens que vous avez vu dans *'
1 Confeîl. Cette Entrepvife lui '*
Zmt réiifîî, il eut la hardielTc d'ac- ^*
^c^rer &c de Ce plaindre de trois de
lis Officiers , où de la Reine notre
ts honorée Dame & Mère, la-^*
9elle leur commanda de fe retirer,
nn feulement de notre Cour, mais
<i notre bonne Ville de Paris, pour'*
K 3 " ôter
ce
ce
ce
- 1 i 2 4 JHemolres four fervîr
ï^fi. 3> ôter à nêtre dit Confia tour prête
^, te de plainte , & pour étou&r 1
5, tumultes qu'il excitoit. Nous i
perions que toutes cqs grâces le di
poferoîent à nous complaire en que
que cho^e , ou pour le moins l'er
pêcheroîcnt de continuer (qs ma
vais deifeins ^ lorfqu'avec un extr
>5
j-, me regret nous avons vu des eflS
contraires à ceux que nos bont
avoient tâché de provoquer. No
,, avons remarqué qu"*aprés que nôl
très- cher Se aimé Oncle le D
d'Orléans lui a donné de nôt
parc 5 &c a porté à nôcrc Parlemen
nos paroles Royalcs^qui lui otFroie
toutes les fûretés qu'il pouvoît d
iîrer ; ôc qu'il avoit requifes , il d
meura quelques jours fans fe po
voir refondre à nous voir , qiu
qu'il fe fùz une fois rencontré
>Quand^' "^""^ paiTage^. Enfin, prelfé pi
Mn le »5 notre trés-cher & très- amé Oncle
Prince 3, Duc d'Orléans, ôc par nôtre Pari
reiico - ^^ ment , de nous rendre Ces devoir;
^^,^^ „ il prît refolution de nous voir ui
Roi au /• t r • ^ •! r ^^
Cours • 3' leulc mis , ou il tut reçu par no
& par la Reine nôtre trés-honor]
33
33
3'
35
33
3>
^3
53
33
33
33
Dame , Mcre , ôc Régente , avi
33
tout!
i l'Hijhire et Anne d'Autriche, 1 2 j
LKcs les démonftrations d'une par- « 1 6 j x.
I[e bienveillance, qui eue été ca- «
ible de le guérir de toutes fes apré- «
mfîons , (\ elles ne venoient plu- «
r de (a propre confcience > que des «
auvais offices qu'il veut croire lui a
re rendus. «
Nous fommcs obligés de vous di „
ce qui eO: venu à notre connoif- .*
net touchant fes menées^ tant au- «
■dans comme au dehors de notre «
oiaumc. Pour commencer par les r,
lofes qui font publiques, chacun <»
vu que notre ditcoulin s'cft abfen- ,,
depuis deux mois de nos Con- ,,
ils, qu'il les a décriés dans nos .c
irlemens, & par tout ailleurs \ dl- c.
nt qu'il ne fe pouvoit fier en nous,
M. en ceux qui nous approchoicnt ;
ant écrit à tous nos Parlemens, &:
uelques unes de nos bonnes Vil
s , pour leur donner de mauvaifes a.
prcffions de nos intentions ; en- «
géant en même rems dans toute
s Provinces plufieurs Gentilshom-
es & Soldats à prendre les Armes «
(lîtôt qu'ils en feroicnt requis de c«
i part. Il a aufîi dans notre bon- a
Ville de Paris , qui donne le «
K 4 mou-
Ci
ft
et
et
11 6> Jï^e moires four fer vlir '
ï ^j î , 55 mouvement à toutes les autre*
_,, fait femer de mauvais bruits den»
5, intentions. Nous avons appris au
fy fi qu"'il renforçoit les Garnîfons d
35 Places que nous lui avons confiée
,. les munifioit de toutes chofes néc€
5, faircs, & faifoît fans nos ordres trj
5,vaîller endilîgçnceaux fortification
5j employant à cela nos. Sujets , & 1
55 contraignant d'abandonner leurs r
55 coite. Il a fait retirer nos Cet
,3 fines , fa Femme &c fa Sœur:, dans
53 fort Château de Mouron. Il a n
5, malfc de toutes parts des Sommt
5, notables de deniers. Enfin , il prî
55 tique publiquement tout ce qui noi
5, peut donner fujet de croire fes mai
55 vaifcs intentions. Nous avons et
55 confirmez en notre créance par de
5, Avis certains que nous avons reçu
5, de divers endroits des intelligence
,5 qu'il formoit avec les Ennemis
55 tant à Bruxelles avec l'Archiduc
55 que dans le Camp avec le Comt
55 Fueufaldagne ; faifant efcorter le
55 Couriers jufques dans les Portes d(
55 Cambrai par quelque Cavallerie ti
55 rée des Troupes qui n'obe'ifieii'
j5 qu'à lui fcul. Ces Pratiques é ta m
a l'Hlfloire à* Anne ^l Autriche . iij
lires à notre infca^fans nos Pafïè-**^ \6y^
orts , & contre notre volonté, qui ''
jeiic douter de fbn intelligence avec ^^
îLix contre lefquels nous fbnimes^^
2 Guerre ouverte ? Il n'a voulu "
)n plus faire forrir les Efpagnols ^^
! la Ville de Stenai, ainfî qu'il s'é- ^^
it obligé de le faire ; cette feule ^^
' iidirion aiant été exigée de lui , '*
i Tqu'il fut retiré de Prifon. Sa "
( mduîte eft caufe que T>ow\ Efte- "
■^ 1 de G amarre s'efl approché de la '^
\ nife avec Ton Armée ; qu'il a ra- '^
\aillé Mouzon , & s'efl coiifervé '^
llPaffage de Dan, qui mec en con- "
r )Utîon une Partie de la Champa- '^
gî: pour donner auiïi plus de *^
nien à nos Ennemis d'entrepren- '^
d contre nous , & arrêter les Pro- "-^
g s que notre Armée plus pulifant - ^^
^ ■ la leur pourroit faire dans le ^
.' s-Bas. Par une entreprife qui "^
nijamaisété vue dans notre Roiau-'^
m , quelques ordres exprès qii" ^'
aht été donnez , ceux, qui com- '^
midoienc ces Troupes n*ont ja- "
mis voulu obéir aux Commande- "'*
vensqûe nous leur avons Fait de '^
ioidre les fîennes au Corps d'Ar- "
K 5 s.miL'
1 1 s Jidêrnolres ponr fcrvlr
I^'J I. *•■ niée où ils avoienc été deftinccs p
t» nous 5 & par notre Oncle le D
« d'Orlcaiis. Ce qui a renvcrfé j;
a ques à préfent tous nos defTein
i> tant à caufe de la juftc défiai:
» que nous avons eu de ceux de r
« tre Coufîn , comme aufîî parceqi
» a donné loifir aux Ennemis de
»:> recohnoîire , &: de fe mettre en é
»:> de s'oppofer à nos forces : ou :
» que leur réfolution s'eft augm< •
>j tce par les efpérances , ou pc
» mieux dire par les ailùrances qu .
»^ leur a données de quelques mou •
?^ mens dans notre Roiaume.
'- Nous ne pouvons nous empêd '
»> de dire toutes les défolations c
'^ les Gens de Guerre comman( :
*' par notre Couïin ont faites , :
»' qu'ils continuent de faire, en :
»' maintenant en Picardie & Chs •
*' p^gne 5 qu'ils achèvent de ruîn( ;
'^ au lieu d'être dans les Païs En
" mis à leur faire la Guerre. La
'= berté , que prennent Tes. Trou
" de piller nos Sujets, fait auflî <
» pluiieurs de nos Soldats aband<
" nenc notre Camp , pour aller d s
^" k fien*.
il'Hiftoîre d'Anne à' Autriche^ ii^
Nous avons biea voulu voul « tCji\
lonncr parc de toutes ces chofes, en- «
:orc que la plus grande Partie fût «
léja connue. Nous croîons que «
70US jugerez par ces Déporcemens «
)ublics de notre die Cou(in, que «
es menées fecreres ne font pas « "■
noins dan^ereufcs. La connoîffance *
|uc nous en avons ne nous permet
)as de le pouvoir dijflîmuler plus
ong - tems , fans abandonner le '^
jouvernail de cet Etat, que Dieu
lous a mis en main , & que nous ^^
bmmes refolus de tenir avec ferme-'*
é. Nous fçavons que fi nous n'a- '^
)ortons un prompt remède au àcÇ-^^
)rdre qu'on veut jetter dans notre '*
itat 5 nous ne pouvons obliger nos '*
Ennemis d'entendre à la Paix que',^
iQUS defirons de conclure , ni ré- ^^
rmer les abus qui Te font gliffez '^
ans notre Roiaume , ainfi acuité '*
r tant de pernicieux deueins & '*
treprifes , fi nous ne les préve- '^
ions & en arrêtions le cours ^ com- '^
e nous fommes réfolus de faire '^
r les moîensque Dieu nous a mis ^*^
tn main , dans l'afTûrance que nous '*
vons & que VOUS nous avez tou- '^
K6 «jours
2- JO Aîemaires pour fervlf-
l(^/r..,5' jo'^rs témoigné de votre fiJélî^ !
5, afFedIon à maînrenir notre Aiito.
55 té , enrrecenir nos Sujets dans I .
j^béilTance qu'ils nous doivent ,
3, que nous vous alfurons que vc
,5 continuerez à aportcr tour ce c
3i d'ipcndra de vos foins pour fa
35 valoir nos bonnes intentions, pc
55 le Bien 6>c le Repos dé notre Roia
5, me. Fait à Paris , le dlx-fept Ac
5>mil fix cent cinquante-un.
,> Signe LOUIS,
fi,Et plus bas , ^
j5 D E G.U E NI G AU D.
Le lendemain le Prince de Côn»
alla au Parlement, & dit à la Comp
gnie qu'il avoit été entiéremem f»
pris d'apprendre les Calomnies qiiei
Ennemis lui impofoienti & qu'ils .
fervilTent pour cela de rAutorirë d
Roi î que Tes Services- & fa Nailïani:
parloient afTez pour4uî ; qu'il croiol
que^Son AlteiTe Roiale fçavoit le ài\
taîl de toute fa conduite ôc La faafTexj
des chafes qu'oiîlui ii"npiU9it^& enin'
àTHJflolre â'j^nne ^Autriche, lyj ■
jpformcroit la Compagnie ; & que pour i^jc^s,
le rcde il lui feroic ailé de s'en jufti fier.
Il parla afTez fiéremenr, & fe tournant
du côté du Coadjuteur, quand il par-
la de Tes Ennemis ; car , il n'ignoroi'r
as les propofitions qu'il avoit faites .
entre lui , 6c Tes Conférences avec -
s Miniftres dé la Reine.
Cette Affaire étant de grande coiï- -
quence, on députa deux Confeillers
vers le Duc d'Orléans j pour le prier
ie venir au Parlement. L'embarras
oà étoit ce Prince de ne fçavoir que
faire entre la Reine 6»: Mr. le Prince,
ic rendôÎE incertain. Il dit à ceux qui
i^lléreiît trouver 5 qu'il étoit malade;
& qu'il alloit être faigné , & qu'il n'^
50urroit pas aller. Ils le prelTérenCi
e leur- donner jour, 6til leur dit que
iir les fix heures du loir il leur fèroÎE ii:
iâvoir quand il pourront y a 1er.
Le lendemain dix-neuvîeme Aoura,,
f^îPrîncc de Condé vint au Parle-
nty.avec un Ecrit en main du Duc
^X)rieans , par lequel ce Prince, mai-
llé ce qui s'étoit pafTé entre la Reine
lui , & le confentement qu'il avoit
quelque, façon donné à la Décla« -
âùôa faite contre le Prince de Con-
ï. fi Afemoîres pour fsrvîr
i(>ji. dé, le juftîfîoit fur les prlnclpau?
Chefs dont la Reine Taccufoîr. Cette
contrariété d'adîons , qui à l'ég;arc
du Dac d'Orléans n'étoît pas fans ex-
Gufe, donna fujet à la Reine de ft
plaindre de lui ; mais , il difoic poui
fes raifons , qu'il avoit voulu balança
les chofes, afin de porter la Reine ^\
Mr. le Prince à l'Accommodement, &
empêcher la Guerre Civile ; qu'en-
fin , fe voulant lier avec le Prince d<
Condé j comme aiânc tous deux of-
fenfé la Reine, & tous deux aian
fujet de la craindre , il l'avoit aban
donnée en cette occafion , en donnan
àts forces à Mr. le Prinre, pour lu
réiifter. Cet Ecrie étoit tel..
Dl
ilHlfiotre â' A?7n€ â' Autriche , xj^
DECLARATION
DE Monsieur le Duc
D'O RLE ans envoi e'e
auParlement pour
LA Jus TIFICATION DE
LA Conduite DE
Monsieur le Prin-
ce.
165 K,
N
o u S , Gaston, Fils de ^
France , Oncle du Roi, décla- '^
bons que nous n'avons fçu que Mer- "
:rédi dernier, à fept heures du foîr, ^^'
j^ar Mr. de Brienne,, la Réfolution ^^
ique la Reine avoir prife de mander '"^
llks Compagnies Souveraines 6c la *
Ville, pour leur déclarer qu'elle n'a-
ilFoît aucune penfée pour le Retour
idu Cardinal Mazarin, & qu'elle fe-
l^ioît expédier toutes Déclarations né-^*^
ccflaires pour cet effet } 6c qu'elle
pourroit aufli parler de ce que Mr.
le Prince n'avoit été au Palais Roîal,
depuis a[ue nous le lui aurions me- *^*
3f L.&
ce
2 54'
>r
a
Mémoires four fervir .
r, , ,, Le lendemain, qui étoic le Jeu
3jdi , y écanc allé furies onze heures
,3 la Reine nous auroir fait lire l'Ecrit
^, fans que noub en enflions eu com
5, munication auparavant < auquel nou:
aurions trouvé beaucoup de chofe;
à redire 3 & particulièrement en a
33 qui regarde l'intelligence avec l'EC
3,pagne j & aurions jugé à propos de
3rn'cn point faire la Ledture : mais la
55:Reîne le voulût abfolument , difani
3, que cela étoit ncceflaire pour fa dé-
53 charge 3 le Roi devant être Majeur
)3 dans vingt deux - jonrSo
33 Nous déclarons- au fîî 3 que Mr. le
33 Prince à pp.pofé à la Reine en no»
33.tre prefence 3 ^ depuis au Goiifeîl',
3, après le retour du Marquis de Sil*
3, leri de Bruxclles3 où il a voit été en^
33 voie par Sa Majefté, qu'il y avoir
33 deux moiensde faire fortir les Efpa-
33 gnols de, Stenai : . l un par la Négo-
33 ciatîon 3,les Efpagnols aiant offert
33 audit Marquis de Silleri de fortir de
33 la dite Ville de Stenai 3 moiennant
33 une fu fpenfion d'armes entre Stenai
33 & les Places de Luxembourg pouc
55 le rcfte de la Campagne j ce que la
„ReU
il'H'iflolre d'Anne d^ Autriche, i^f
iRLcine aiaiic refiifé abfoliimenra Mr. ^' i6yx.
e Prince nous ht entendre qu'avec'^
leux cent hommes qui etoient '*
llans la CitadeUe, il ne ponvoit en'*
halTer cinq cens qui éroicnc dans "
a Ville 5 & qui pouvoient erre ra- '*"
raichîs à toute heure par PArmée **
es Enïtemis} & que fi la Reine'*
ouloit lui donner deux mille hom- '^
ics 5 il les contraindroit d'en for >• ^^
r. «
ce
ce-
c»
Nous témoignons auffi, que tou-
's les Troupes (\'\i font fous le
om de Mr. le Prince , & qui ont
:é devinées par nous pour l'Ar-
lée de Picardie , y iont prefente-**
lent 5 à la referve du Régiment ^^
t Cavallerie, & la Compagnie de **
hevaux - Légers d^Anguien ; & '*
lie pour les -autres qui étoient def- "
nés pour l'Armée dé Champagne,**
j; le dit Régiment d'Anguien, Mr.**
Prince n'aiant pas jugé qu elles **
^(^ent fous le Commandement du'*
iréchal de la Ferté , parcequ'il'*
attaché au Cardinal Mazarin , **
l'avoir efcorté pendant Çts Voîa- **
;s & même, reçu dans fes Places'*
**d£^^
ht
1^6 Mémoires four fervlr
i^^i» 3, depuis les Arrêts du Parlement j î
5, nous auroit prié d*cn voler une Per
j, Tonne qui fut à nous pour les com
3, mander avec afîùrancc qu'elles lu
,, obeiroient aveuglément. Nou
5, nommâmes à Sa Majefté le Sîeu
,3 àc Vallan pour cet Emploi ^ leque
^jetant prêt départir reçut un ordr
„ contraire de Sa Majefté ^ ce qui ;
,j oblige les dîtes Troupes de demeu
,, rcr en attendant le dit Sieur de Val
,, lan , qui les de voit commar
j.der.
5, Nous déclarons encore , que le
,5 foupcons 6c défiances de' Mr. 1
^, Prince ne font pas fans fonde
ment 3 amfi que nous l'avons di
dans le Parlement , aîant fçu qu':
ij y avoît eu quelques Négociation
„ faîtes à fon préjudice: &: , depuii
,3 que nous le menâmes au Palaij
Roial 3 où il ne fut pas trop bioj
reçu 3 nous ne l'aurions pas invij
té dV retourner.
„ Nous aifùrons aufli , que noiij
,3 ne croîons pvoint que Mr. le Prînj
53 ce air éré capable d'avoir eu jamaij
„ de mauvais dcffeins contre le Sci
„ YÎcc du Roi & le Bien de L'Etat. Fail
»
3^'
aVHlfioîre (^ Anne d'Autriche, 137
i Paris 3 le dix-huîtieme jour d'A- " i é j 1
nk mil iix cent cinquanre-un.
««
Signe GASTON,
Et plus bas y
DE FrEMONT,
Mr. le Prince, outre cette juftifî-
ïtion, apporta une réponfe à la
éclaration de la Reine , qui fut lue
In prcfence de tous , par laquelle il
îndoît raifon de fa conduite fur
>us les Chefs qui le condamnoîenr»
Coadjuteur j qui en cette occafîoii
/entendit nommer , voulut fe deffcn-
|ire. Le Prince de Condé ôc lui f»
îprochcrent beaucoup de chofes , S<,
b Coadjuteur dit à Mr. le Prince ,
[u'il avoir manqué k fa parole. Je ne
jaî pas bien le détail de cette con-
ferfation j voici TEcrir,
MESSIEURS,
r
C^^^Eft avec un extrême dcplai/îr, '^
j qu'après avoir tant de fois dé- ^^
laré à vôtre compagnie ôc au pu- '^
biic «
>5
z 3 S Mémoires pour fervtr
tôyi. 3>blic la fincerîté de mes intentions
^juftîfiée par une Conduite recon
,, nue de toute la France , &c qui n
^, reproelie rien à ma Confclcnce , j
^3 me trouve encore obligé de voii
s y donner un EclaircîiTemcn'- fur 1
fujec d'un Ecrie que je rcfpeâje
parcequ^il porte le nom du Roî
mais lequel contient une Diffama
tion de ma Perfonne «S«r de mes De
^, portemens. On ne peut trouve
y, étrange qu'avec tout: le rcipe(
5,5. que je dois à Sa Majeflé", fiirprii
^, par l'arcifice de mes Ennemis , j
^j fatisfaffc à ma réputation , t
5^ d'autant plus que ce Difcours n'
,, aucune des marques par le/quelle
, les Rois ont accoutumé de fair
^^fçavoîr à leurs Peuples leurs voîon
^5 tez contre des Princes de ma Naîi
,^ fance d<. de mon Rang,
^, Il femblc qu'on me veuille imj
3, puter que je me ferve du nom di
,, Cardinal Mazarîn :, comme d'ui
5, prétexte pour fomenter les Divi
,^ iions que l'on dit être dans PEtai
5, Toute la France fçait que je n'aj
,, eu aucune part à ce qui s'efl dit
^,faic contre lui auparavant ma Prii
,, foi
ce
ce
ce
ce
,'À rnifloire à* Anne d'Autriche 23^
bn j qu'il a écé profcrît avant ma *^ i^jx
ibercé j Se que ii dépuis je me "
iiis uni de femiment avec tous les ^^
^arlemens du Royaume, & aux "
'œux de tous les peuples , ce n'a
;té que pour maintenir le repos
k la tranquillité de TEtat , que Ton
ctour pou voit altérer. Et fi le
ZonfeilduRoy avoit pris autant de
oin qu'il dévoie de lever fur ce fu-
et les ombrages & dcffiances auf- "
juelles tant de voyages faits à Co- "
<:>g\\Q ont donné lieu , le Parle- ^^
iient n'auroit pas été en peine , pour "
iiilîpcr les craintes que Ton avoit "
ie ion rérablifTement de dcman- ^^
der une Déclaration confit mat îvc ^
de Tes Arrêts , laquelle il Temble "
iqu'on ait voulu éluder par ce Pa- ^^
ipier 5 qui étant fans forme ne doit *^
être d'aucune confidcration. "
Cela fuffiroit pour dire que je '*
n'ai pas befoin d'y répondre , fî ce ^*
n'étoit qu'ayant été lu en prefence
:dc vôtre Compagnie & de toutes
jlcs antres , même du Corps de Vil
Ile , & ayant été enfuîte imprimé ^ il *^
'efl: jufte que je defabufè ic public '*
de toutes les calomnies qui y font '^
irépanduëes contre moi. ^* L'on
ce
ce
ce
1 4« Afemotre pour fervlr
^6^1, yy L'on me reproche les grâces det i
„ feu Roy faites à Ma Maifon , com-
5 5 nie fi feu Mr. mon Père , n'en avoit
,5 meriré aucune par fes fei-vices ; car,
,5 pour les Places de Stenaï & Cler-
5, mont, qui m'ont ccé données de'puîs
5, la Régence pour recompenfe de l'A-
5, mirante qu'avoit feu Mr. le Duc de
„ Brezé mon Beau-Frerc , &c que je
55 perdis par fa mort 5 je n'eftime pas
^, qu'on les doive envier à ce que
5, j'ay fait pour l'Etat , non plus que
5, les Charges & les Gouvernemens
55 que je pofTede, qu'on ne me pou-
55 voit ôtcr fans quelque injuftice ,.
55 puifque feu Mr. mon Père les avoit.
5, J'ai reconnu publiquement être
55 obligé de ma délivrance à la bontés
35 de leurs Majeftés , aux inftances
,5 qi>e M. lepuc d'Orléans en a fâî-
55 ti^s avec tous les témoignages d'af-
.3, fe6tîoi> que |e-pauyois defirer d'un
5, trincé-defa generofitc ,-& aux fup-
5, plicarions du Parlemcntjque j'en ay
„ remercié j maïs , je ne croirai point
3, manquer à la gratitude que je dois,
5, fi je fais entrer la juftîce en part de
55 cette obligation : & la Déclaration
.5, d'Innocence, qu'il a plu à fa Ma-
jcflc
à VHljiolre et Anne et Autriche 141
jefte m'accorder 5 étant une preuve *' léjl
de i'oppreiîîon qui m*a été faite , il *'
eft extraordinaire qu'après une Prî- '^
fon de treize mois fans caufe & fans "
fondement on veuille faire pafler
ma liberté pour un bicnfaic.
L'on dit que l'on m'a rendu le
rang que j'avoîs dans le Confcil
du Roi , lequel ayant été à feu M.
mon Pcre auquel j'ai fuccedé par
le Tcftament du feu Roi de glorieu-
fe mémoire , & dépuis par vôtre
Arrêt lors de la Régence : & m'ap-
partenant par ma nailTance , je ne
crois pas qu'on puîiïe traitter défa-
veur un droit que j'ai comme aiant
l'honneur d'être Prince du Sang , "
&: du quel on ne pouvoit pas par '^
confêquent me priver , non plus que *^
de mes Gouvernemens & de mes '^
Places fans injures : étant au furplus ^*
ridicule que les nouveaux Confi- '^
dens du Cardinal Mazarin , qui ©nt
vrai femblablemcnt didé cet Ecrit ,
publient que par ce grand nombre
déplaces qu'ils difentquc je polTc- ^^
de , quoique je n'aie que Stcnay & "
Clermont , outre celles qui étoient
ans majvlaifon , j'ai plus affedlé de
rac
ce
te
<c
(C
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ee
ce
ce
ce
ce
ce
Si
ii
>:
-93
9i
141 Mémoires pour fervîr
%'è$i, i3 '^1^ faire cralndix <juc de me faÎK
aimer.; -puk qu'on n'a jamais faii
„ aucune plainte d'aucune violence de
la parc de ceux qui y commandent
Et je ne ferois point en peine de
me dcffendre de la haine que Por
me -reproche , fî je n'avois er
^, quelque façon facrifié mes intérêts
„& ma propre gloire à robeffTancc
que je croiois devoir au Roi , Se de
55 laquelle néanmoins Ton fe prëvam
3, à préfcnc pour me décrier ; laîfiani
5, à juger au Parlement (î ces afEde2
yy au Cardinal Mazarîn peuvent me
reprocher le nombre de mes Gou-
vernemens; puis que le Cardinal
fous le nom de Tes Domeftiqaes
35 polTcde Pignerol, en Italie ; Salks,
^, Perpignan , & Roze en Rouffilon;
3, Brefl: , Dunquerquc , Mardîc , Ber-
3j gue, Dourlens, Bapaume, la Baflee,
3j Ypre , Courtraî , Portolongone , &
ajPiombino , qu'il avoit & qu'il a
55 laiflc perdre*, fans compter une in-
,5 finité d'autres dont les Gouverneurs
, font dans fa dépendance :: ce qui
55 fait aflez connoure s^il ne faut point
,5 autre chofe que des paroles, pour aC*
a^ fùrer l'éloigncment hors du Roiau-
jne
>5
te
r
■ w- (C
et
à tHiflolre d'Anne cC^utriche^ ^41
\z ôi'm-). homme qui a tant de por- >^ ^ ^X î-
9 pour y entrer , &: dont ou (cak .-^
une expérience trop fatale a la rs
. ance , -que la politique a toujours
1^ de fe rendre redoutable.
L'on fait dire au Roy, qu'il à re
1 3li les Troupes qui écoîenc <Sc qui
j it encore lous mon nom^ capa- «
1 :s de compofer une Armée , con> «
i Cl elles n'avoient pas afTcz bien «
utilement fervi , pour mériter «
:te jullice , étant connu à toute «
France , aue les avantaçrcs que Sa ce
ajefte a remporté fur les Ennemis c€
t été en partie les fruits de leurs te
îgues & de leurs travaux ; & ce
mme fî Sa Majefté pouvoir avoir «
•p de Regimens qui ont porté par «
it la gloire de fes armes avec des <e
:ces qui auroient donné la paix à fc
îte l'Europe,^ le Cardinal "vraza- ce
. ne les eut rendues inutiles par «
mauvaîfc ^pernlcieufe conduite. f«
Idevoit fe fouv-fuîr qu'ayant eu '^
\ix Regimens d'jîifamerie Italien- «
5 deux autres Regimens d'Aile- ",
ms &c Polonois, quatre Regimens '*.
Cavalerie de même Nation , Tes «
ïltipagnîes de Gendarmes & de «
\Tom] ir. t Che-'
244 Afemoh es pour fervir
i6^i, ^y Chevcaux Légers, & fcs Gan
qu'il a eu jufquts dans le Palais R
yaljqui efl une infolence (ans exci
pie 5 fans faire mention de vingt a
très Rcgimens qui étoient pour
garde de Tes Places , ou fous le ne
de fcs Domeftiques ou Affides ,
ne me dcvoît nas faire rcprocl
que j'avois allez de Rfgîmens pc
faire une Armée , puilque je
les ay jamais employés que pour
fcrvicc du Roy ck le bien du R
5, yaume, & qu'au contraire on a te
fujet d'appréhender qu'il n'abufe c
fiens 5 pour troubler par Tes arme
ii comme il a fait par Tes intrigue
3, notre repos & notre tranquillité
35 J'avoue que )'aî accepté le Gc
J3 vernement de Guienne pour ce.
iî de Bourgogne que le Roi a don
3i à Mr^ d'Epcrnon , fur les indanc
33 qui m'en furent faites de la parc
35 la Reine , plus pour donner la pa
J5 à cette Province , & fatisfaire JV
3» d'Epernon par cet accommodemei
» que paraucuncconildération:(3cni
a me j'ay fuplié ia Majefté de n'y poî
33 penier & un des Minières prefc-
^ Cha- » ( "^j m'ayanc demandé fi je le dife
35
3>
53
45
3)
55
35
33
33
33
33
?3
J5
CÇ
(C
àl^Hlftolre d'Anne (^Auîriche^ x^t
e bon cœur , &: qu'après avoir ré~ *^ i^j r,
indu que olii , la Reine dit qu'elle ^^
vouloic abfolumcnt -, cx)mme ^^
ic choie néccifaire pour la cran- <^
lillité de la Guienne , 5c pour la '^
tisfadion dudic Sieur Duc d'E- "
rnon , qui n'y pouvoir retouncr ^^
ce fuccés pour le iervice du Roi , ^^
fureté de fa perfonne étant étran-
3 que dans la condefcendance que
rendis en cette occafîon , on s'en "
t fervî pour me calomnier dans '^
public. *^
Qiie fi j'ay confervé les Places ou ^^
commande pour le Roi en Bour- '^
^ne 5 c'eft parce qu'on ne m'en *^
nnoit aucune en Guienne , & *^
s les ayant achetées, il n'étoit pas ^^
;e de me les ôter , fans m'en ^^
I— mer d'autres en échange , ou *^
pn payer la recompenfe , que feu *^
mon Père en avoit donnée à ^^
Mr. de Bellegarde *<^
i.^our les fommes immenfes qu'on *^
m'avoir été payées pour arre- ^^
[es de mes Penfîons , Appointe- ^^
lis j appointé des intcrefifemens & ^'^
jntres de Troupes, qui font fous ^^
nom 5 & Garnifons ^ celui qui "
lîé cec Ecrie , n'a pas eu de ^'^
La bons !*
1^6 Afemoîrrs pour fervîr
%6§i^ bons Mémoites ; étant certain c
» je n'ai eu que des AlTignatîons p
« ablcs feulement en 1652.
« i^Sl' com me étant fur Timpc
tîon de 1 65 I . & 1 65 2 , & qui
confcquent n'ont pu donner 1
au rcnverfement des Tables
Roi pour lequel on fçait le dém
que j'ai eu avec le Confeil ,
33 au manque de fonds pour la fui
» tance des Troupes qui eft une
>j pcnfe prefente & qui ne fou
point de retardement : pouv
i>
91
iJ
,>3
93
33
i3
protefler à la Compagnie avec
» rite 5 que de toutes ces Affig:
93 tions 3 je n'en ai pas reçu c
33 quante mille livres , Se que le i
5' plus de ce qui me refce à pa
étoit échu devant ma prifon p
la plus grande partie , de m'aui
*> cré payé des ce rems là , fi on
>' l'avoir dîverci par l'ordre & p
" le compte du Cardinal Maza
ôc des fîens avec la plus grai
partie 5 fuivant les mémoires cl
je puis donner à la Compagnie,
cû. étrange qu'on me veuille imjj
ter que je fois à charge à l'Etat , p;
ce qu'on m'a payé en papier ce (]\
je devroîs rec^-voir en argent.
3}
33
3i
33
33
33
3)
a
dPH'tfiolre ^' Anne ^ Autriche . 147
ine donnois davantage à là né-
cîité de l'Ecar qu'à mes interécs.
i^ïi
a
ce
Cf.
((
ce
ce
£ particiiliérenienc me montrant
f^aî^é envers mes Créand.ers de
risdedenx millions pour dépeni^
c:^ j'ay faîte pour le fervice de Sa
^ijeiléi & qu'ainfî Ton veut re-
j( ec fur moi le défordre des Fi- <r
tiices 5 comme s^'l ne provenoit '*
p de la profuiîon qu'en a fait *^^
fie le Cardinal , & de ce nom- ^^
innombrable de Comptant que
|*arlement fe peut faire rapporter,
ir connoître qui en a profité ;
at certain que rien n^efl: venu à
n avantage de ce qui m'ed dû ,
: la Reine m'eft redevable enco- '*
de deux cent cinquante mille H- "
|s y que feu Madame ma Mère
jmoi lui avons prêtées dans fcs
s grandes neceffitez , & dont
encore fes promelTes en main. *^
L'înjufte Prifon dans la quelle
|tïi'a mis , & détenu pendant '^
5« mois 3 m'*a empêché avec "
icouD de re^^ret de faire valoir "
bonnes qualitez que me donne ^'
Ecrit : & , fi les intentions de *^
|x qui Tout fait étoieat^aufiî fin- ^*
f s pour le bien de l'Etat que les ^^
L 3 „mien-
tC-
(C
c<
14^ Mcmoires pour fer vtr
1^/1. y, miennes, on verroit bien-tôt cej
toutes les défiances qui nVemp
chcnt d'en iifer pour le fervicc
Ro comme je le voudroîs,
,5 ]e n'ai point pouifuivi le cha
genicnt qui a été fait dans le Ce
(eil ; &:, pour peu que l'on eut cor
dcré la manière avec laquelle A
le premier Prefidenr 6c moi av(
été dépuis , tout ce qui fe pa
en cette occasion, onieperfuad
difficilement que jaye témoigné ;
cune ardeur ni emprelTcmcnt p»
demander cet établiiTement , Ôc <
j'aye eu d'autre part à cette mu
tien , que l'obftacle que j'appor
au (Il bien que fon Alteuc Roy
à la propofîtion qui fut faite
^1r. de Montrefor ôc appuyé
Mr. le Coadjuteur, de faire pr
dre les armes à Paris , d'ôter
force les Sceaux à Mr. le pren
Préfident , de d'aller droit au Pai
Te , qui Royal ( * ) ; & cela , en prcfe e
pour ^^ de Mr. de Beaufort ôc de quantît< c-
perfonnes de condition quipeuv't
en dire la vérité.
La pourfuite que j'ai faîte p t
Péloigncment de Sieurs Servien e
P> Tellicr, & deLionnc^^ n'eft p^^^
» »
3i
?a
perle de
cela fur '*
le lecit >^
des ré' 5>
n.oi ns , jy
& par-
iiculie-
icnaeat ^'
fur ce- >'
lui de „
Mâda-
jne de
Ion- ^'
gucvil 3
lors
fn*cn
conta
les Par-
ticulari
les.
>}
1
al' Hlfloîre ^ Anne à^ Autriche » ià^^
le conciiinatîon d'Entreprife fur '^
\iiton*té Roiale, paifeiue le Par- " i^Jï»
nent à juftifié ma Conduite par '*
i Remontrances, & le Public par '
; Applaudilfemens à une demande ''
)n feulement jufte mais ne'celîaire *^
■LU* établir la fureté de tous les Gens '^
, bien, & la mienne particulière.*'
Si cet éloiiinement avoit été exé- "
( té comme le Bien du Roiaume *^
'. reqiieroit, la France auroit eu l'ac- ^
( mplifTementde fes vœux par mon '*
;:achcment aux volontcz de la''
^nnc : mais, aiant vu qii'aumê-'^
:e tems que l'on me donne cette*'
]cisfa6tion apparente , Pon renou-''
Uoit en effet mes deffiances , par ''
r Commerce continuel avec le '*
rdinal Mazarîn , & avec mes pUis ''
Bands Ennemis, j'ai cru être obli- "
■î de pourvoir à ma tûreté , fans *'
anmoîns manquer au refpc6t que '*
dois au Roi, dont je ne me depar- "
ai jamais , quelque effort que'*
(Tcnt ceux qui veulent troubler ''
tat,pour nVengager à une Con-
itc contraire. Et iî \z n'ai eu
onneur de voir Lears Majeflez ''
'une fois ^ je protefte à vôtre ''
tompagnie que j'en ai tout le dé- '*
L 4 plaifir
ce
i^€ J\4emoîres pour fervtr
ïé/ 1. 3)P^ai^ii-* qu'on fe peut imagînet à\
* I?rince de ma NailTance y qui
refldit très oblige àcs bontez qi
le Roi m'a toujours fait paroit
& dont jeufle tâché de mérit
la continuation par mes foum:
fions , fi pour me ravir cet
vanrage , l'on ne fe fût étudié «
me donner de nouveaux foupçon.
par les Couricrs qu'on cnvoioîc î
Cardinal , & les nouveaux établifl
mens qu'on veut faire dans
Confcil 5 fans ma participation
mon confentemenr, 5c de Perfoi
ncs nouvellement engagées d'affo
tion ^ d'intérêt avec le Cardinal
puifque c'cft par lui qu'ils y ei
trent j ce qui m'a oblige de ne pî
hazardcr d'avantage ma Liberi
entre les mains de Gens dont l'An
bition règle toute la Conduite , <
qui m'ont par conféquent donr
jufte fujet d'appréhender tout c
leurs Confeils : & c'ell ce qui m'c
bli^e de vous déclarer , que toun
les fois qu'ils entreront dans 1
Confeil contre mon confentemeni
je n'y pourrai jamais prendre ai,
cune confiance, &: n'y pourrai avoi
aucune fureté. J
à rWftoîre ^A7me à* Autriche. 2 j i
le reconnois que ces deffian- <c \Cy\.
:s continuans je me luis abfte-
j d'afliftcr aux Confcils , pour
fqucls néanmoins je n'ai eu jamais
.le les mêmes fentimcns que Son „
ItefTcRoia le a témoignés dans cet- «
Compagnie , les quels n'auroicnt
)int été expofez à la Ccnfure pu-
ique . Cl l'on eut autant affedé
les rendre utiles ôc glorieux à
.•rat ;, que fournis à la volonté
m. Cardinal , dont on fçait que
In a toujours attendu jufqu'ici les
as 5 pour former les réiolutîons
cjs Ton a voit à prendre , foit pour
grâces , ou pour les ordres ge-
aux du Roiaume, ainfi que Son
. :e{fe Roiale a témoigné plufieurs
fis. Si j'ai écrîc aux Parlemens ^
d Roiaumc , de à quelques Villes , ^
:'n'a été que pour rendre compte
lia Conduite & de mes Adions , ^t
C^pour diiîîper les bruits que l'on ,,
fi^oit courir, que je voulois faire ce
u; Guère Civile, & en confé- «
;nce des Lettres que l'on en fît .-
ire par le Roi dans toutes les c
P|>vinces depuis ma Retraite dans ce
W Maifon de S. Maur .* ôc je m'éton-
L 5 ne
ce
((
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
ce
3>
iji Alémoîres pour fervîr
l^j I oj "^ <l^ic ce procédé aiant été trou
;,, JLiRe &c légitime par votre Comp
53 gnie, qui à jaflîfîé toute ma Co
35 duîte en cette rencontre, puifqu'i
le a reçu favorablement mes L(
très 5 on s'efforce d'y trouver
35 redire, Ôc de le rendre criminel p
„ cet écrit , étant chofe très contra
35 à la vérité, que j'aie écrit pc
35 faire aucune levée extraordinaire
J3 Soldats , aufîi bien que ce qu'<
55 débite que j'ay renforcé les Gari
3. Tons des Places dont je fuis Go
33 verneur , que je les fortifie de no
3j veau 5 & que j'oblige les habita
„ des lieux, circonvoifins aux corvée
35 quoique les Garnifons n'excède
3 5 pas le nombre porté par les Eta
3, du Roi, de que j'aie ordre & a
„ gent de Sa Majefté pour les àk
fortifications 5 & c|U il feroit à foi
,5 haiter que tous les Gouverneu:
35 des Places Frontières en ufaiTent.c
,5. même.
3, La Retraite de ma Femme i
,3 de ma Sœur en mon Château d
5, Mouron étant un effet de l'obligS'
35 tion que j'ai eu de travailler à I'
35 confci-yatiQa.de ma Maifon , qtii
ni
3J
33
a l*Hlfiolre d'Arme d'Autriche, 25-3
: n'ai pas crus après tant de déftan- *' i ôj"^!
es légitimes devoir cxpofcr toute, **
11 uti même lieu , il n'y a que '^
eux qui en veulent la Ruine qui '^
puiirenc trouver à redire ; les *^
uels , s'ils étoient mieux avertis, *^
u moins artificieux , fâchant que *^
la Sœur eft dans les Carmélites à '^
ourles , & ma Femme dans une ''
e mes Maifons , qui lui avoit été ^*
lême donnée pour JKetraite pen- *^
ant ma Priion , ne ^uendroient ^'
oint occafion de donner ombrage '^
a Public d'une Adtîon non fcuîc- ^•
lent permife mais tout- à - fait in-^*
iffcrente , ni d'interpréter ma'î- '• .
ieufement la Recette que je fais ^'
e mes Revenus > pour le Paiement-
e mes Dettes & l'entretien de ma'*
daifon. *^
Lors de ma fortie du Havre , ^•
on n'a cxicré aucune Condition **
e moi pour Stenai , à la quelle'^
n jugera bien que je n'ai pu m'o-'*
liger. puifqu'elle n'éto't pas en '•
lon pouvoir : Mr. le Duc d'Or- ^^
. pans faifanc aiTez connoitre par la ^*
)éclaration, que je n'ai point min- '*
iUG à ce que je dois au Roi tk à '^
iJ
i)
3)
254 Aiemolres pour fervlr
16 ji, ma Naidance car ^ comme il j
^ " moigna s'offrir après le retour
'•' Marquis de Silicrî , qui étoic a ■
à EriiXclles par ordre du R.o ,
^ d'en faire foitir les E/pagiioIs p •
voie de Négociation, poinvu q'
Ton promît de ne point faire
'^ Courfes encre ia Ville de Stené
»' ôc le Luxembourg , ou bien q
»' me lallFant deux mille hommes,
' les conrraindrois de s^en retirer;
' que la Reine n'aiant pas voulu <
' ne peut à prcfent m'impurer que
»- Garnifon de la Citadeile de Stena
' qui n'eft que de deux cens hoi
" mes, ne chaffe pas cinq cens El
»^ pagnols qui font dans la Ville ,
" qui peuvent être rafraichis par 1
'' Troupes de TArrhidue autant <
'- fois qu'il le voudra.
' Pour ce qui ed du paflTàgc <
"Dan , il eft fi peu coniidérabl<|
'■ que trois cent hommes en peuve
'-' chadcr les Ennemis , lefquels ne il
'^ roient pas en état de le confervc
'^ non plus que Mouzon , ôc les ai
'' très Places qu'ils conquirent l'ann*
*- paifée pendant ma Priion ; fî li
*' âvoit occupé r Armée cgmme on-
3^
îj
jj
a l'Hifiolre d'Anne â''Apitriche, 3-5^
pouvok des le commencement de « i^X^^
la Campagne , 6c que Ton ne la..'<
confervât pas pour des delTeins que «
le tcms fera connoicre être bien u
contraires à ce que Ton publie par u
cet Ecrie, c.
Qtiant aux Troupes qui font^rc
fous mon nom ^ & au fcjour qu'elles
fon: fur la Frontière 5 ma Condui- «
t3 ne peut être mieux jufl-Iiiée que a
par Mr. le Duc d'Orléans, qui dé- '^
clare que je n'ai rien fait que par «
ies ordres, &C pour empêcher la «
diffipation des Troupes qui peu* «
vent être très utiles au Roi, ik'^
dont la ruii^e eut été la fuite infail-
lible de leur' jon6tion à des Corps*'
commandez par des Généraux ô^ '^
OfHciers étant entièrement dans la*'
dépendance du Cardinal Mazarin. ''
Etilparoit afifezque le bruit, que''~
l'on fait contre le Séjour de ces '*
Troupes en France, n'efl qu\m*^'
artifice pour me décrier, puifqu^on:'/
ne dit rien de celles de Mrs. de Ta- *^
ïenne , 3c de Vendôme , ôz des '^
Régimens de Chak , ôc de Met- '' ^
tencoiu't , qui font logés auprès , *'
1 j G jH^émoîres pour fervlr
i£ji, ,, & qa*on ne fait point marcher pou
,* TArmce.
,, Les défolations que l'on impu
3, te aux dîtes Troupes cft un m*
,, ge'néral & non point un particullei
3, auquel le Parlement aiant pourv
,. par fes Arrêts, j'ai déclare , corr
5, me je déclare encore, que je tier
,5 drai toujours la main à ce qu
5, ceux d/entr' elles qui auront fail
,, foient punis lelon la rigueur éi
yy Ordonnances,
5, Si je ne m'étois point fî ouver
,, temenc déclaré contre le Cardina
5, Mazarin par ce que j'ai temoîgn
, dans cette Compagnie , 3c en pu
,, blic, 6c parl'oppofition que j'ai fai
,, au Commerce de ces Couriers d.
>, Cologne je n'aurois pas bcfoin di
,, me juftifîer de ces Pratiques qu<
,j l'on dit que j'entretiens ôc dedan
^y Se dehors du Roiaume ; de Ci l'or
5 5 fait réflexion que Cambrai eft I(
55 pa^^gs ^s^ Couriers que l'on en-
3, voie au Cardinal , ainfi.quil paroîî
par la Lettre de Mr. le Maréchal
d'Hbquincourt, dont Metaïer étoit
„ Porteur , il fera difficile de conce-.
voir que j'aie fait prendre la même
lourc
3'.
3:
39
3i
3>
à rHîftolre et Anne à* Autriche^ ijj
route pour communiquer avec. '* i C^th
rArchiduc , & que j'aie expofe '^
trente hommes pour refcortc. de **
ceux que j'cnvoîois qui cuiTcjit ère"
autant de témoins contre moi j ce'*
qui cil fï ridicule ,. qu'il. ne mérite *'
point deréponfc."
Je conclurai enfin cette Rcponfe '^-
parce qui eft de. plus important *^-
3ans ce Difcours , dans lequel on **
oi'accule d'avoir intcllif^cnct avec ^*
les Efpagnoîs ; & oui cfl: fauffe- "■
nent controuvé par mes Eiincmis: *'
:.'eft pourquoy j'en demande rcpa- '^'
ration comme du plus erand outra- *^
ge 5 qui puiiïe être fait à mon '^
^ang de à ma Dignité de grince '^^
iu Sang &c fupplie la Compagnie ''
d'interpofcr Ton Autorité pour me la ^^
aire obtenir , de de prier le Roi &/*
^ Reine de nommer les Auteurs '^
cette Calomnie, ôc de vouloir*^
îôcelTamment envoler ces Mémoires'^
ces Avis qu'on dit être certains , **
nt de la dite intelligence, qnc'^-
l'engagement de Soldats cxtraor- ^*
ryinaires dans le Roîaume pour mon *^
' Service particulier;: me foumettanc '^
kyQtxo Jugement 5 ,ai.,cas que j'aie^^-
z^^ Aiêmolres pourfervîr
îi^jTi. 3 j rien fait contre le devoir de m
j^NaifTance.
Mr. le Prince 6c Mr. le Coadju-I
reur étant Ennemis déclarez, chacmr.
pour s'en tenir fur la defcnfîve, me-l
noît an Palais quantité de fuite.l
Le Prince de Condé , par fa Naif
fànce &c par Ton Autoricé y avoii
beaucoup d'Amis 5 & de Servi: eurs;
& le Coadjuccur , par la force de fà
Gabaile , en avoit auiîi u fort grand
nombre ; & Ton avoit raifon de
croire que cette Qj.icrclle ne (c ter-
mîneroic pas fa-:; y avoir du Sang
de répandu 3
Le vingt & unième Août, on s'af-
fembla pour délibérer fur les J iftifc
cations du Prince de Condé que le
Duc d'Orléans par Ton Ecrit avoic
rendu plus aifées qu'elles ne l'avoîenc
paru à Tes Ennemis. L'an^-nofité étoîc
telle, que chacun vouloit être en état
d'attaquer, & de fe deffendre. Le
Coadjuteur , ce jour là que tout leJ
monde foupçon noit devoit être terri-
ble, craignant que Tes Amis ne fufl
fent pas en affez grand nombre pour
égaler la fuite & la Puiflance duPrin-,
cède Condé^ fupplia. la Reine qu'on^i
lui
aVHîfioire d'Am^eâ' Autriche. 155^
ji prêtât qaelqncs Gens de la Gar- i^ft^
e. L^igne, qui avok été Capitaine
Li Régiment des Gardes lui mena
Liancité de Soldats : &L le Palais fè
;oava plein d hammes armez, prêts
donner Bataille au premier lignai,
^iiand tous les Chefs de part ^ d'au-
:e eurent pris leurs Places, ont vint
vcrtir Mrs. de la Grand' Chambré,,
ue la grande Salle ctoit pleine de
ens armez, & qu'il étoit impoffiblc
'opiner en fureté. Mr. le Prince pria
i Duc de la Rochefoucault d'aller
lire forcir Ç^i-^ Gens. Le Coadju-
im dît auiîi qn'il al loir prier fcs Amis
c fè retirer , & partit brufquemenc
our cela. Il s'avança hors de la por*
?, premier que le Duc de, la Roche-
Ducault. Auffirôt qu'il parut , dans
1 grand-Salle du Palais^ &: que ceux
u Parti du Prince le virent , ils mi-
ent tous Pépée à la main. Ceux da
voadjuteur en firent d^ même , &c
ans cet , inftant il s'en fallut peu
u'ils ne fe tualTcnt tous les uns les
L
utres , fans nul ordre particulier de
aire c:e qu'ils faîfoient. Le Coaju-i
eur , voiant cet embarras , 6c crai-
;nent de fe trouver engagé parmi taïK.
l6o Ji'temolres pourfervlr
I-/I. depécs tirées contre lui, voulut rcr
trer dans le petit Parquet des Huil
fiers d'où il éroit déjà forti ; mais
'û rencontra le Duc de la Rochefoi:
cault à la porte, qui la lui ferma a
nez. Le Coadjutcur poufTe & heurc(
Le Duc continue à la lui tenir fei
mée , 6c Tcntr'ouvroit feulement
pour voir qui accompagnoit le Coac
jutcur. Le Coadjuteur , voîant ceti
Porte entr'ouverte , la pouffa fort<
ment pour entrer ; mais , il ne pi
palTer tout-à- fait, ôc demeura comn:
a demi écrafé en cette Porte dtj
mi-ouverte^, ne pouvant entrer ni foi
tir. Le Duc de la Rochefoucault 1
lailFa long tems dans cet état, & arr
ta la Porte par un Crochet de fér
qui etoic derrière qu'il y renconti
le tenajit, là pour empêcher qu'elle ri
s'ouvrft d'avantage. Beaucoup d(|
Amis du Coadjuteur 6c des Gens d
Mr. le Prince qui fe trouvèrent dai
le Parquet, dirent qu'il fallolt ouvfij
au Coadjuteur j 6c Montrefor , qi
ctoit Ton Ami , fe tourmentoit poi
le faire entrer j mais le Duc de la R<
chefoucault Pempêcha toujours. C(
gendant , le Coadjuteur n'étoit pas
à mfiolre d*Ame ctAntrlche. 16 1
on aife ; car, outre que la pofture 16 ji
coït fortdefagréabîe;, il devoir crain-
re que quelque Poignard ne vint lui
'Lcrla vie, par le refte de fon Corps
ui étoit demeuré derrière. Pendant
es fâcheux momens , il entendoic
■roche ^de lui ces deux Troupes feme-
laccr terriblement , $c il eut befoin
le toutes fa fermeté, pour n'avoir pas
lorreur de l'état où il étoit.. On cii^
'ers la Grand Chambre j & , aux.
ris de quelques uns , Champlatreux^
'ils du premier Président fortit, qui
le fon autorité fit ouvrir la porte ».
nalgré le Duc de la Rochefoucaulr,
U Coadjuteur, rentré & affis à fa
jlace, le plaignît de ce Duc ôc de fa
nolence. Il lui reprocha qu'il Tavoîc
voulu alTaflîner. Le Duc de la Ro-
jchefoucaulc , qui fe trouva aflîs au-
irés de lui, répondit brufquement,
lue ce n'auroît pas été grand domma-
ge , de qu'en effet , ne fâchant pour-
quoi tant d'épées étoîcnt tirées , il
avoit feulement fongé k la conferva-
tion de Mr. le Prince. Le Duc de-
BrilTac , qui fe trouva de l'autre côté ,
du Duc delà Rochefoucault , ^ qui ■
étoit parent du Coadjuteur, lui rc-.
pOlXp
2fji Alemolres pour fervlr
î^ji. pondît en le menaçant. Le Duc J<
la Rochcfoucauk , étant au miliei.
des deux , leur dit que s'il ctoît hor
de ce lieu , il les étrangleroit tou
deux ; & le Coadjuteur , fe fervan
à\\\\ Certain nom de Guerre qu'ils lu
avoient donné autrefois dans la Guer-
re de Paris étant de même Partial ni di
Jldorî Ami la Franchlfe , ?ie faites pas L
méchant : vopts êtes Poltron ,- & moi j<
fuis Prêtre j c'efl pourquoi nous ne non.
ferons pas ^rand ?naL Cette rude Con-
verfation Te conclut par un rendez-
vous que fe donnèrent, le Duc de
Briifac , Se le Duc de la Rochefaucouh
pour fe battre ; mais , TAfFaire fut ac-
commodée aufli-tôt après. Ce matin
fut feulement emploie à calmer ce def-
ordre , & à faire fortir toutes ces
7 roupes (î animées au Combat , afin
qu'on pût fortir de la Grand' Cham-
bre en iLii-eté , <k dix heures fonncrcnt
avant que toutes chofes puffent être
appaifées. Ce fut une merveille ,
que cette journée fe paffa fans malheur
éc fans carnage , & que quelque em-
porté n'avoit tué de Coadjuteur à cet-
te Porte. Ce qui le fauva fat qucl-
q__ucsLuns de fes Gentils-hommes , qui
dc;.
à rHlftolre et Anne â* Autriche. 16^
[emeurcrent toujours derrière lui, IlK^iî.
le parut en rien que l'on en eut eu
c defTein : le hazard feul eut part à
et événement , excepté rad:ion du
)ac de la Rochefoucault , qui fut ..,
m peu dure j mais excu fable en des
cms comme ceux-là , Se à l'^égard
un Ennemi auffi dangereux que Té-
dk le Coadjuteur,
Le vingt-deuxiénie on opina fur la
iftification du Prince de Condé,
'iuficurs furent à le juftifier ; mais
afin le premier Prélîdcnt fît revenir
caucoup de gens à foti avis ; & il fut
rrccé , c^u'on porterait a la Reine tous
'S Ecrits, & qu'elle fer oit fuppUée de fat-
c confideratlon fur V importance de la cho^
', & três-humhlemeno fuppllée auffi de
mnir la Maifm Royale : & que le Vue
Orléans ferait prié de s'en mêler.
Le ving -fixiéme , le Parlement vint
ouver la Reine , & le premier Pré-
dent lui fit fa harangue en faveur de
\\\ le Prince 3 félon leur dernier Ar-
ête. Il prefla la Reine de lui donner
X paix ; il lui exagéra Tinnocence
u Prince , & combien il étoit nécefi-
lire qu'il parût innocent, afin d'évi-
er les maux qui en pouvoient arriver
a
z(p4 JVfemcires pour fervlr
t6s I. ^ ^^ France , donc il fut loué j car
" le fit malgré fa haine.
Une perfbnne dit au premier Prél
dent, qu'on avoir trouvé étrange i
voulu faire trouver mauvais à la Rc
ne 5 qu'il l'eut tant prelTée pour
Prince de Condé. Il répondit , cju\
Palais Royal ou en prefence de la Rt
ne y II croyo'it être obligé, pour le bien (
le repos de l'Etat de parler de l'innocen.
de A4r, le prince j mais , que dans
Palais 5 il faliolt y faire cennohre j
fautes.
Le Parlement 5 les Princes , le Ca
dinal Mazarin , & ceux qui en \
ha infant coûroicnt-à lui, occupoiei
entièrement les efprîts , èc toutes h
nouvelles du tems fe terminoîent
parler de ces chofes. Il fembioit qu
Paris feûl fut toute la France , & qu
liors de l'enclos de Tes murailles , :
n'y eût rien au n:ionde qui put tou
cher les hommes d'auctme curioficc
Nous avions toutefois une belle Ar
mée 5 que l'on ne con)ptoît ài'ien , par
ce que les Brouillerics de Paris la te
noient en l'étargie. La Reine , craî.
gnant d'en avoir à faire pour remediei
à quelque mal extiême , où le Roi «Si
cil
a l'Hîfiolre d'^Ame à' Autriche. 2 (j 5
?île fc pou voient trouver , n'ofoit i^ji,
'cmploier contre les Ennemis ; parce-
]iie les François Tes Ennemis domefti-
|ues 5 lui faifoient plus de peine que
es Etrangers,
Le même jout , vîngt-fîxîme , le Le 1^.
)uc d'Orléans vint voir la Reine. Il Aouft.
Lii demanda une Audiance particulie-
t» Ce fut pour lui faire encore de
ouvelles inllances pour ^obliger de
âîrc tenir les Etars avant la Majorî-
5 î ce qui marquoit alTcz les defleins
ue les Princes avoient de faire pro-
Ci'>nger la Régence ; & peut- erre aufïï
ifil y avoir des Particuliers qui
lÉâr leur înte'rêts les portoient à cette
©urfuite ; mais , la Reine y reiîfta
|)mme elle avoir déjà fait plufieui^s
Sis. Enfuite de cetce convcrfation ,
iDuc d'Orléans , un peu en mauvai-
ï\ humeur de ce dernier refus , s'en
lia chez lui àLîmours, on la Reine
||nvoya vifircr par le Comte de Brien-
jf, pour lui demander avis de ce
a'elle avoir à ré^^ondre au Parlement
ajpr la Juftifîcation de Mn le Prince.
£ Duc d'oi^lcans fuc radouci par cet-
1^ civilité de la Reine. Il lui manda ,
yil lui confeilloit de témoigner au
' Par-
itj6 lidemalres pour fsrvlr
tG^i, Parlement qu'elle croioit le Prince «
Condé moins coupable qu'elle le fa
foie 5 avant la rcponfe qu'il avoir fe
te à la Déclaration du Roi ; que pon
vu qu'il envoyât Tes troupes à l'Arm
du Roi 5 qu'il fit fortîr les Elpagm
de Stenaî , & qu'il témoignât defii
les bonnes grâces du Roy &c d'ell
jcrés-volontiers elle le recevroit en le
Amitié. Elle le fit ainfi ; & , po
faire voir combien de contrariétés
trouvent en la vie des hommes^ le
que le Duc d'Orléans fut de retc
de Limours , il prcfenta lui-même
Coadjuteur à la Reine , qu'elle rec
comme un mauuais prefent qu'c
faifoit femblant d'eftimer. Ce Pr:|
ce , qui faifoi: profeiîion /d'une
Cjrande liaifon avec le Prince de Ce
dé, avoit de longues convcrfatic
arec le Coadjuteur , qui depuis pi
de jours s'étoit remis bien avec k
ce qui fit dire aux Amis du Prii
de Condé de même qu'à beau col
d'autres , que le Duc d'Orléans et
încompréhenfible. Le Parlementl
cependant , travailloit à la juftificatî
de Mr. le Prince , 6c leur Arrêté
de fuplier la Reine de leur cnv<
1)
à THlfiolre ^ Anne ^Autriche, 1 6j
I e Déclaration en fa faveur relie qu'il i6^ï
l pourroic fouhaîter, Sc une au:re
( ntre le Cardinal , fi ample 6c fi for-
I , qu il fuc impoffible de meccre (on
; :tour en doute.
Pendant qu'on s'amufoît à ces divi-
ns publiques , la Majorité appro-
. oit, & la Reine ne pouvait pas doa-
quelle ne dût être le fouverain re-
i îde de fes maux. Elle efperoit y
uver de la puiifance , & par elle
dégager de la fcrvîtude où elle fc
mvoit réduite , aiant à rendre comp-
de fes adions au Duc d'Orléans , 5C
.Prince de Condé. Elle cfperoit y
)uver un Fils Roy Majeur , 6c revê-
de la fouveraine puifiance qui lui
fpartenoità lui feul.Elle étoit afîuréc
: la bonté de fbn cœur pour elle , Se
ir les bonnes qualités qu'elle voyoît
i lui 3 elle avoit lieu de croire , vu fa
:^vicé 3c fa fagefie , qu'il rérabliroit
fa perfonne la légitime autorité , en
ftruifant dans les autres celle qui lui
;I/oit été injuftement ufurpée par l'état
: fon enfance.
Les Articles accordés entre le Car-
nal & les Frondeurs ayant été fecret-
mcnt divulgués,ils furent alors impri-
Toms ir* M mez ,
H
s
2 é 8 Mémoires pour fervtr
I 6) I . mcz 5 & coururent par Paris , par 1 :
drc des Princes. Comme ils pcu'
fervîr d'inftrudlion pour fçavoir
changemensqui furent faits par la 1
ne 3 auffi-tôt apre's la Majorité , je es
ay mis ici , avec le récit de cette
rénionîe. Elle fut accompagnée d'
Déclaration d'innocence en faveu 1
Prince de Condé ^ qui pendant ces jo s-
îà alla faire une petite courfe \\t
Campagne , n^étanc pas affez l :
avec la Reine , pour y pouvoir c-
cuper la place que fa naiiTancc ui
donnoir.
i-
c-
Ll
n
4 i*Hlftolre ^Anns à' Autriche xG<)
ARTICLES ACCORDEZ '^'^^^
Entremis, le Car-
dinal M azar in , LE
Garde DE ScEAUxDE
Chat EAUN EUE, le
C O A D j U T E U R DE P A-
Ris> ET Madame la
Duchesse de Chè-
vre u s e.
Lefdîts Articles furent trouvés fur
Chemin de Cologne , d^ns tm p^queù
'té par un Courier appartenant an
^.arquis de Noirrnoutier , Gouverneur
Charleville.
iUe le Coadjiitcitr paiir fe bien
maintenir dans la créance des
uples 3 fe rcfcrve de pouvoir par- «
: au Parlement, & ailleurs , con- «
: le Cardinal Mazarin , jufqu'à ce «
•/il ait trouvé un tems favorable «
fe déclarer pour lui fans rien ha- «
rder ; & que cependant Mr de «
lateauneuf & Madame de Chc-
eufe feront femblant d'être mal
'cc lui , pour pouvoir traiter fépa-
tixient avec ledit Sr. Cardinal , &:
M 2. pof- «
re
ce
ce
ce
ce
ce
2 7C> Afemolres pour f rvlr
>j /^. j^ ,, poîTeder l'cfpL-it de la Reine ^ 5«:fe
^■' conferver en mêine tems dans le 1 -
'- blic parle moyen dudit Sieur C;-
'^ dinal,
3, Qiie Madame de C.hcvrcurc , :
,, icfdirs Sieurs de Charcauneuf :
:, CoadjUteur , feront tous leurs -
yj forts pour détacher Mr. le I :
y, d'Orléans des intérêts de Mr, i
3, Prince , fans pourtant l'obliger :
^, rompre abfolument avec lui ; -
,3 chantbien qu'ils n'en ont pasle p -
^5 voir, & qu'ils perdroient par la 1
^, crédit avec Son AltefTe Royale, à
,, quelle ils n'oferoient rien propc
, , qui fut directement en faveur di
y Sieur Cardinal j connoiil'ant Tafî
,, tion que Son Altelfe Royale a p
., le Public, & Paverfion qu'il a p
5, ledit Sieur Cardinal , & qu'il
,5 peut fe fier en lui après les ch<
^j c]ui fe font palTées. Il fuffira p
55 intisfaire à leur parole qu'ils fafl
j. tout ce qui dépendra d'eux p
.5 empêcher que Son Alteffe Ro)
.5 ne pouffe tout- à- fait ledit Sieur C
,, dinal.
55 0^1 e Mr. de Chateauneuf i
.,. Premier Minidrcj qu'il fuffira qu
le:
a l'fJlflolre â'Ame ^Autriche. 271
ndc les Sceaux pour quelque tems '' , ^ç
Mr. le Premier Préfîdent , lequel ^^
iîî lui cédera le premier rang.
Que Mr. le Marquis de la Vieu- '^
[le fera Sur-Intendant des Flnan '^
5 moyennant quatre cent mille li- ^^
es qu'il donnera audit Sieur Car- "
lal , Ôl' cinquante tant de mille '^
res au Sieur Bartet , qui a néjTocie "
ur lai à Cologne j & ce , pour "^
ider à payer la Charge de Sccre- ^^
re du Cabinet qu'il a eu permif- '^
m d'acheter. Que ledit Siçur Car- "
lalfera donner audit Sieur de Cha -^
luneuf toutes les afTùrances nécef- '^^
îres de la Charge de Chancelier , *^
elle vaque durant que les Sceaux "
roicnr en d'autres mains que les ^^
înnes.
Qiie ledit Sieur Cardinal fera '^^
)nner toutes les paroles èc ex-*^*^
ditions nécerfaires pour la Nomi- *^^
itîou du Roi au Cardinalat 6c ^^
mr la Charge de Miniftre d'Etat ^^
idit Sieur Coadjuteur , pour en '^
iiîr incontinent après la tenue des ''^
câts généraux ; n'étant pas à pro- ^^
)s que cela fe faiTe auparavant : le- '^
i-icl pourra fcrvii* très utilement '*
M 3 le ^'
2 7 i Afemolres pour fervlr
l^^i, » ledit Sr. Cardinal dans TAfTei •
35 blée des Etats pourvu qu'il ne f( ;
35 pas connu être fon ami. Et q !
fi ladite AfTemblée des Etats :
porte ( comme ledit Sieur Coa .
juteur l'efpcre ) à demander
Roi qu'il fbît appelle dans i
Conieil 5 ledit Sr. Cardinal pi •
met de le faire établir Mîniftre
la prière defdîts Etats , afin q :
paroinfanr obligé au Public plû :
qu'audit Sieur Cardinal , il le pr
le fervir plus utilement en ce ;
Place.
5, Comme aufîî ledit Sieur Coad ■
juteur promet d'employer fon c; ■
,5 dit pour faire calTer par TAlIemb :
des Etats la Déclaration que :
Parlement à fait donner contre f
avis pour exclure les Cardina:
François.
_55 Que ledit Sieur Cardinal f
joiiir dès à prefent le Marquis
Noirmouticr des honneurs &c av2 •
rages accordés aux Ducs , en ce •
féquence des Lettres qu'il lui ci
fait accorder par la Reine.
y, Q^ie ledit Sr. Cardinal fe
doaner la fomme de cent mille ■
55 Yj;
>5
»
3J
>3
3>
9>
39
a
(C
Ci
ce
ce
ce
à t Hlfioire d'Anne d'Autriche, 175
es aa Sieur de Laîguc fur la Fi- " 1651
aiice que payera le Sieur de Nou- *^'
sau pour une Charge de Secretai-
; d'Etat y laquelle ledit Sieur
ardinal lui a fait promettre , en
.■connoiiTance des bons OHices '^
ii'il lui a rendus , fournîifant
^s Courriers confidens pour la né-
Dciation d'entre ledit Sieur Car- '*^
înal , Madame de Chevreufe , & "
:dit Sieur de Chateauneuf. /'
„ Que ledit Sieur Cardinal don- ^^
era au Sieur Mancini le Duché de ''^
levers , ou celui de Rhételois , '^
vec le Gouvernement de Proven- **
e 3 & lui fera cpoufer Mademoi-
ïlle de Chevreufe , auflî-tôt qu'il
ra en poffeflîon dcfdits Duché
i Gouvernement 6^ d'une Charité "
.ans la Maifon du Roi , auprès du-
[ucl lefdits Sieur 6^ Dame favorî-
èront fon retour 5c fon rétablifle-
ncnt. ^'
Qiie ledit Sieur Cardinal empê- '*"
thera que Mr. de Beaufort ne puif- '^
ie avoir aucune part dans la con- *^
îàncede laReine;>ni du Roi ^ & ne '^
Fera aucun accommodement avec lui, "
ins le confiderera comme fon En- ^^
M 4 nemi ^^
et
(C
ce
ec
ce
i
33
>3
274 Mémoires pmr fervlr
i<?ji. ,j nemi 5 aiiffi-bieu que lefdits Sîcii
3, &: Dame en ce que les abandonna :
55 il s'efl; attaché à Mr. le Prince , no .
obftant qu'il aie eu la Charge \
l'Amirauté, par les foins àcÇài
Sieurs & Dame , & par Tautor :
,, dudic Sieur Cardinal.
,, Que ledit Sieur Cardinal aui
5, ri fera auprès de la Reine Mrs.
55 Chateauneuf & le Coadjuteur ,
5, Dame de Chevreufe^ & aura i;
55 entière confiance en eux , fur
,, paroles que ledit Sieur de Chatei
;,, neuf lui donne , par lui^ & ]
55 Mrs. de Villeroî , d'Etrée , de S(
55nctere, & de Jars, qui fe rend»
,5 fes cautions j d'être tout-à-fait
^5 taché aux intérêts dudit Si<
^, Cardinal , & de vouloir fcrvir à j
55 retour toutes fois & quantes qu'i
55 pourra. Comme auflî , Mada
55 de Clievreufc & ledit Sieur
55 Chateauneuf s*obligenet à la mê
55 chofe envers ledit Sieur Cardi
55 pour ledit Sieur Coadjuteur leq
55 n'entre point dans le prcfcnt Trsp
5> pour les raifons fufdites , & dem -
35 re libre pour defa voiler ce ( i
^ pQurroit çcre dit de lui fur ce fuj< .
ce
ce
à rHîfiôlre (^ Anne d'Autriche, 175
il cas que ledit Sieur Cardinal"^ i6ji.
Dulût dire ou faire entendre qu'il *^^
li eue rien promis ; le tout à condi-
on qu'il ne fe parlera plus des cho-
s paiTées, avant , durant, ou de- ^^
lis la Guerre de Paris , & auffi ^^
."puis raccommodement defdits'^
eurs èc Dame avec ledit Sieur '^
ardinal & dépuis Pemprifonne- '^
cht de Mrs. les Princes, contre'^
(quels fe fait principalement la "
efente Union : l'intérêt com- *^
un defdits Sieurs Cardinal Maza- '^
1 , Garde des Sceaux de Château- "
ufj Coadjuteur, & Madame de '*^
levrcufe , étant fondé fur la rui- "
de Mr. le Prince , ou du moins "
r fon éloignement de la Cour , & ^^
omet ledit Sieur Cardinal auf- '^
:s Srs. dz Dame d'empêcher que ^^
r. le Duc d'Orléans n'ait con- ^^
âlTance duprefent Traité, ni des '^
înférences ou Négociations , que "
iite Dame de Chevreufe 6c le '*
: Sieur de Chateauneuf ont eu ou ■*
ront ci-aprês avec ledit Sieur '^
irdinal Mazarin, "
M % LA
l'jG Jiiemoires tour Jervlr
^^^^' LA CELEBRE
CAVALCADE
Faite pour la Majorit]
DU Roy.
Trlfe fur l'hnprmé qui en far ut alot
L
„ I E Sieur de Sainrot , Maît
j> L# des Cérémonies , ayant xo
y, du Sieur de Rhodes Grand Mî
3, tre d'icelles , \qs ordres que let
55 Majeilés lui avoienc donnés que
5, ques jours auparavant celui de cet j
,, Majorité , afin de faire preparl
j, tour ce qui feroit nécefTaire à l''a|
^5 compliffemenc d'une action Ci a
„ gufte , furent le cinquième de
5, mois avertir le Parlement que
35 Roi devoit y aller le feptiéme,
35 y tenir Ton Lit de Juftice , pour
5, Déclaration de fadite Majorité.
55 Le fixiéme 5 fur le foir 5 le Marqil
de Gevres, Capitaine des Gard
du Corps 5 lefdirs Grand Mail
55 &: Maître des Cérémonies 5 le Siej
52 de Reau Lieutenant des Gardes <
Corîl
33
■a*
ce
ce
ce
I
à l'Hljlolre ^Anne d'Autriche, 277
Corps , avec des Exempts des ^^ 16$ i
némes Gardes , furent, apre's avoir ^^
/Livle Premier Président : viliter tout "
e Palais & les Prîfons , où ce Mar- ^*
|uîs laiifa un Exempt & quatre Gar ^^
les qu'il chargea de leurs clefs ; & "
es Sieurs de Reau & de Saîntot *^^'
efterent pour vacquer aux foîns des ^^
rcparatifs du Parlement juiques au '*
:ndemain huit heures , que le Sieur
e Rhodes s'alla faifîr du polie du-
it Parlement , ôc y donner toutes
fs Séances, *^
Cependant , les Sieurs de Saintot '^
lièrent au Palais du Cardinal , pour
:s Cérémonies qu'il falloit obfcrver
après de leurs Majeflés ^ donner
ms les ordres de leur Marche de ^^
î lieu audit Parlement. ^^
Le feptiéme , fur les huit heures ^*
imatin, la Cour s'étant rendue au- '"'
t Palais du Cardinal le Maitre ^^
ps Cérémonies alla dire au P.oi , ''
rs dans fa Chambre , que la Reine ^^
venoit voir accompagnée de Mon- '^
;ur fon Frère unique , de fon Al- "
ffe Royale 3 de la Princeifc de Ca- ""^
gnan , des Ducs de Vendôme , de '*■
.ercœur^ de Chevreufe, d'Elbeuf, "'
M 6 d€ ''
ce
ce
ce
tï
'•f
lyS Jldémolres pour fsyvlr
l6j t, 3, de Beaufort , du Prince d'Harcourt
^, du Chevalier de Guife^du Duc de lli
35 lebonne , des Ducs d'Ufez^ de Roa
53 nez d'Epernon , de Candalle , è.
„ d'Ai"nville , des Mare'chaux de Frar
yyCCy des Officiers de la Couronne
5 Se des autres Grands du Royaum
3, lors en Cour.
5, ufïï-tôt y Sa Majcfté envoya 1
3, Duc de Joîcufe (on Grand Chambe
3j lan & le Marquis de Souvré Genti
,3 homme de fa Chambre , la rec(
9, voir à la Porte , 3c ledit Maîti
35 des cëre'monies conduifant tout
55 fa Compagnie à la ruelle du lit d
35 Roi , Sa Majefté s'avança à Tentré
55 de la Baluftrade , ÔC reçut la Rei
3, ne qui le falua , puis l'ayant tendre
53 ment embralîé lui fit un bref di
55 coui'S , à la fia duquel Monfieur li
35 donna pareillement un falut tr
5, refpediueux comme par hommage
55 ainiî que firent après ce Prince , Se
55 Altede Royale ôc tous les Princes
55 Ducs , & Officiers de la Couronr
5, ôc Grands du Royaume. Enfuii
55 de quoi le Roi commanda au Maît:
55 des cérémonies de faire mont
5, chacun à cheval , ôc à fou ordre j (
à VHljiolre et Anne ^Autriche, 279
u'il exécuta , faifant partir du " i ^/ 1;
alaîs ces Seigneurs & Grands du ^'
;,oyaumc , qui étoient dans îcs^*=^
Jours & Jardins de ce même Palais "
lans l^état fuivant , en prefence de ^^
i Reine , de Monfieur , de Son "
dtefTe Royale , qui étoit fur un^^
es Balcons de la première Cour ^^
a deflTous de la Montre , chacun de ^*
es Seigneurs les faluant en fc met- "•
mt dans Ton rang. ^
Deux Trompettes marchoîent ^^
evant , fuivis du Sieur de Ter- ^^
an , Confeiller & Maitre d'Hô- '^
si ordinaire du Roi , èc Capitaine '^
;énéral des Guides de Sa Majefté ,
ie fes Camps & Armées , marchant ^^
ivec le Sieur de la Chapelle Ton *^
Confrère fort bien vêtus & mon- *^
•es a la têce de cinquante Guidas
rouverts de leurs cafaques des li-
vrées de Sa Majefté j conduifantla ^^
fête où étoit toute la NoblefTe fui-'^
vant la Cour, avec celle des Princes j ^^
Ducs , Pairs , & Grands du Roy an- '^
e , fans préféance ^ deux à deux ,
;<ps- ta?és - leftemenc cquippés &
mes , & faifant fept à huit cent
Ljemils hommes ai trois Troupes^
ce
ce
ce
ce
ce
ce.
ce
1 8 o Mémoires four fervir
ïSci '* ^^^ ^^^ P^^ ^^ ^^ §^^^ ^^ Noble
"^ * ,, fe marchoient en trés-bel ordre .
„ Compagnie des Chevaux-Légers c
„ la Reine , compofée de plus de cci
55 Maîtres , conduite par le Chevali(
" de Sr. Maîgrin Lieutenant d'îcclle
,5 vêtu d'un habit couvertde Broder;
„ d'or de d'argent, Se monté ft
yy un Cheval blanc trés-bean , capan
„ çonné , dont les crins érolent garn
„ pareille à celle de Ton Habit ; aiar
„ devant lui quatre Trompettes habil
,5 lés de Velours noir chamaré d
„ palTemenr d'argent , Se leurs Cafa
„ ques croîiiées de Toile femblable
^, ment d'argent.
„ Après venoit la Compagnie de
3, Chevaux-Légers du Roi de deu:
y y cens Maîtres, en Habits de paffe
,5 mens d'or Se d'argent Se monte's fui
yy de grands Chevaux fort beaux,étan:
j, précédés de quatre Trompettes vêtuî
yy de Velours bleu chamarré d'or &
5, d^argent , commandée par le Comte
y, d'Olonne, Cornette d'îcelle CoR»
^ Pagnie , couvert d'un vêtement d(
p, Broderie d'or Se d'argent , avec un
à rHlflolre d'Anne d'Autriche, x S i
rîer garni de belles Perles, 3c des '^ 1 6^ r»
lûmes blanche , feuille morte, dC^^
louleur de feu, avec un Cordon ^^
'or, fur un Clicval blanc très bien ^^
jufté , dont la HoiiiTe d'ecarlatte '^
:oit garnie de même c[ue fon Ha- *^
il.''
Enfuite alloit la Compag;nie du^^
irand Prévôt à pied, 6^ lui avec un '^.
ïa,bît fore fuperbe, (eul fur un beau ^^
!heval paré d'une HoulTc de Brode- "
e d'or. Cette Compagnie étoic^^
)inte immédia temcnc par celle des "^
snr Suides ve'tus de neuf avec les ^^
oques de Velours noir 3 le Cor-'^
on d^or, &C des Plumes de Livrée '^
u Roi, allant à pied, avec TEnfeigne ^^
ortanc le Drapeau 3c fon Survivant^^
côté de lui , conduits par le Sieur '^
fceSte. MarieLieutenant François des *^
ieux ornez d\m Habit tout chargé *^^
Broderie d'or, en HouITe de pa- ^^
ille étoffe fur un beau Cheval bai- '^
un, & par le Sieur Diefpach , au- ^^
le Lieutenant de la même Compa-
iiie , des plus illuftres Maifons de
Suiffe , de àçs plus attachés de - ^^
is longues années au Service de ^^
n^ Rois ;j, vêtu, à Tanciennc Suifïé «^
ce
ce.
2 g2 Mémoires pourfèrvîr
I é^j I, ,5 d'un Habit de Satin couleur de feu
,5 avec le Manteau couvert d^me la
,, ge Dentelle d'or & d'argent , doub
,5 d'une Brocatelle de même que
„ Pourpoint , & le Haut-de-Chauf
j, de'coupé par bandes aufîi de Satir
3, couvert d'or de d'argent , defque
j, les boufFoit un autre Brocatelle.
j, étoît en foullers , ôc bas de Soie , c
" ^y femblable couleur de feu , avec 1
3, Jarretières & les Rozes d'or & d'à
5> gent , 6c une Chaîne d or au o
3, faifant plusieurs tours , d'où pei
55 doit auia une grande Médaille d'oi
3, la Toque de Velours noir en têi
3, garnie d'une Aigrette de Héron (
3, de quantité de belles Plumer agr;
3, phées d^une Attache de Diamar
9, avec un Cordon de même , étai
monté avantageufement fur un Bai
be , qui auflî avoir un Panache d'Ai
j;, grette des plus beaux , les crins oi
,, nés & tous garnis de diverfes grau
5, des houpes , Ôc galons d'or ôc d'âi
3, gent , la HoufTe de Velours de cou
a, leur de feu couverte d'une hauD
o Dentelle ôc Broderie d'or ik d'an
35 gent 5 & l'or moulu appliqué Se bru
3^ ni avec autant d'art fur le Mors , i<
a, boa
Xi
à l'Hlflolre d'Anne d'Autriche . 2^5
oucles Se les etriers , qui fem- '^ 16^ f»
loient d'or maffif. Autour de ce **
ieutcnanc étoienc douze petits Suif- '*
s portans leurs Hallebardes de fort '*
onne grâce, auiîi avec les Toques**
e Velours , ondoîées de Plumes , **
: au refte très bien ajuftez, de for-**
; qu il n'eft point de mémoire "
a'aucun autre de cette Nation ait 'î
iru plus leftement , 6c eu plus ^*
applaudiffemens 5*:: d'approbateurs *•
i Peuple ôc de toute la Gour. '*^
L'aide des Cérémonies fuivant **
Ghcval , puis les Seigneurs de la ^*
|)our 3 Gouverneurs des Places , '*
Licutenans Généraux des Provinces* **
pus très magnifiquement vetus&fu-'*
lerbemcnt montej en Houffes de *
irodcrîe d'or fur diverfes couleurs/^
Entre autres le Comte de Clere *^
fils du Marquis de Fontaine- Martel, '*
retu d'un Pourpoint de Toille d'or '*
inrichi de Clinquant & Dentelle de^^
lême , le haut de chauffe de Ca- "
iclot de Hollande rouge cramoîii,pa-^*
îUcment étoffé avec unç fort belle **
;arniture que le plus groffier vul- "
;aîre appelle une petite-oie, les Plu- '*
tes blanches & rouges^ôc fon Bau- "
drier
2 §4 Mémoires pâur fervlr
T^J i.j><ii'ier en Broderie d'or, monté {
33 un cheval gris - pomelé donc 1
5, Crins écoient fi bien frifes & li
„ de Rubans jiirques au bout de
35 queue pendante à tcrrCj que l'on (
35 (bit par galanterie que ce ne po
33 voit être que l'ouvrage d'un Coifife
3 5 de Dames ; fa Houlfe étoit auiîi
35 Toille d'or de même Chamari
3 3 que THabitj 6c le mords5 les étrie
33 & les bouches, des mieux dor
35 Avec le Comte alloîc le Marq
33 d'Arci Ton Frere3 yetu de même :
3, un Cheval baî-clair dont la garni
33 re étoit argentée, & la HoufTc
. 33 Velours cramoifi clinquante d'or
j3 d'argent.
33 Le Chevalier Paul 3 fameux
55 nos Combats de Mer , bien qi
3, n'eut jamais monté à Cheval, pc
33 faire voir fon zèle au Service du R
3, voulut paroitre en cette Cérémorl
33 étant vêtu en Broderie d'or & d';
5 3genc&dc Pierreries, avec fa Cn
3, de Chevalier cftimée dix mille éc\
35 & un Bodrîer couvert de Figures
33 relief en Brodrie d'or 6c d'argent
33 prix de huit cent lîvresjmonté fur
ô Cheval bai-clair difficile à gouv-
IJ
et
ce
1
i VHlflolre d'Anne â*Apitrlche. 2 S j-
:ï y donc la Hoiilïe ccoic de Ve- « léjî
urs ièmé de Perles } aiant enfuice
i la Cavalcade fplendidemenr traî-
à dîner pluiîeurs Seigneurs de la «<
oiir 3 où l'alTûrance avec laquelle u
Chevalier avoit en la préfence du «
oi manié ion Cheval ^ n'en aiant a
mais monté, fie diminuer celle du «
oi Abatalippa, que les Efpagnols «
altent tant pour ne s'en être point f<
ià la première rencontre d'un Che-f»
.1 dans la Bataille qu'ils lui donné- «
nt au nouveau Monde , n'en aiant «
iffi jamais vu. «
Deux autres Trompettes étoîent à «
tête des Gouverneurs de Provinces, m
i Sieur du Pleffis - Belliere , des n
aevalicrs de l'Ordre, de la Garde- <c
be 5 premiers Gentilshommes de f«
Chambre , & grands Officiers de
Maifon du Roi , tous aufïî en ri- c«
le équipage & fur des Chevaux des a
us beaux , harnachés avec des c«
oufles en Broderie d'or. «
Six Trompettes du Roi habillés «
î Velours bleu fuivoient préccdans «
c Héraults à Cheval, revêtus de «
rs Cottes d'Armes de Velours cra- «
d(î femé de Fleurs de Lis d'or , «
leurs
5>
93
i26 Mémoires fd'tr fervlr
ï^/i .,j leurs Caducées en main, & les Ta
_jj qucs de Velours en tête.
35 Derrière eux paroîffoit leSîeurd-
^jSaintot Maître des Cérémonies allan
35 & venant pour mettre chacun ci
5'5 ran^3 puis le Marquis de la MeHle
35 raye Grand Maître de l'Artillerie
35 comme OfKcicr de la Couronne
55 les Maréchaux de France , d'Etrée
3, de la Mothe Houdancourt^ de l^Ho
35pîcal5 du PleiSs-Pralin 3 d'Eftampc
„ & d'Hoquincourt , marchant deu
à deux tous richement vêtus t
montez fur de grands Chevaux dor
35 les Houfles €toient chargés d'or t
3, d'argent.
35 A leur dos marchoît feul le Con:
3, te d'Harcourt Grand Ecuyer d
33 France , portant en écharpe TEpc
33 du Roi attachée à fon Baudrier 3 i
jjdans fon Foureau de Velouts bienfi
53 mé de Fleurs de Lis d'or5 qu'il rc
35levoic fur fon bras. Il étoit vet
3, d'un Pourpoint de toille d'or l
35 d'argent & d'un Haut de chaulîj
55 plein de Broderie fcmblable5 morj
33 té fur un Cheval de Bataille gr,
5. pomclé en HoufTe de Velours cra
j^moifi, garnie de parfemens d'or
iitHiflolre ^ Anne (^Autriche. 2S7
^ point d'Efpagne & chiffres de me- i(?ji,
^ me, ayant au lieu de^ennes deux
,Echarpes de Taffetas noir^
55 Les Pages & Valets de Pied en
.srand nombre vctus de neuf . arec
, forces Plumes blanches, bleues ; &
, rouge, d>c la tête nue, fuivoîent ce
„ Comte devant les Gardes du Corps
, à pied, comme aufli le Porte-Man-
,, teau 5 & les Huiflîers & Mafïicrs.
3, Alors paroiflbit le Roi ^ que fou
, augufte contenance & fa douce gra-
, vite véritablement Roiale, avec fa ci-
, vilité naturelle, faifoient remarquer
L à tous pour les Délices du Genre Hu-
L main, & redoubler aux grands ô<
Laux petits les vœux qu'ils font or-
dinairement pour fa faute &: profpé-
i> rite.
35 5. Majeilé, vêtue d'un habit tel-
, lemenc couvert de Broderie , d'or
qu'on n'en pouvait difcerner l'étoffe
,, ni la couleur, paroiffoic de fi haute
„ ftature , qu'on avoir peine à croire
„ qu'elle n'eue pas encore paffé fa
„ quatorzième année , ce qui, joint à
,a l'impatience de pluiieurs , fit que
, voiant un des jeunes Seigneurs qui
„ marchoit devant elle, ils s'emporté-
„, renc
1)
2 8 s Mémoires pour fervlr
t^/i, ^ rcnt aux cris Vive le Roi ^ avai
>^ qu'il y eut paru. Mais , ils furent d^
r« trompez auflirôt qu'ils eurent appei
" çu fa grâce & fon adrefle à manier fc
*' Barbe de poil ifabelle, couvert d'i
•' ne Houffc route parfemée de Cro
*' du St. Efprit & de Fleurs de Lis(
•' Broderie d'or , lequel par fa gaiet
"qui le Htfoulever &c aller plu (îei
'' fois à courbettes , vérifie le dire *
" Plutarque^ que les Chevaux ne fl^
rcnt point les Rois j ce qui a don
fujcc au notre de fe rendre un d
" meilleurs Ecuiers de fon Roiaun:
" Auprès du Roi de l'Eperon en
" vaut marchoicnt à pied fes Ecuie
" favoîr les Sieurs de Vanteletj de R
" que, de Bournonville , & du Da
" fin j Ecuiers de la grande Ecurie .
•' fa main gauche : ôc les Sieurs T
jjnillyj de Varmante ; de Ste, Croî:j
33 ô.rde la Chenaye, Ecuiers delà fl
93 tite Ecurie à fa droite ; auffi à pîcj
3, vêtus d'habits couverts d'or & d'î
>/genr.
3, Les Exempts àt^ Gardes & .
55 Gardes Ecoffois étoient autour
5, proche de S. Majefté , faifant dej
j> files j aiant à leur têce le Sieur II
^9
[-
% l'Hifloire à' Anne à' Autriche. 289
on Licutenanc defdits Gardes pa-
nlleirient a pied, fuivi d'Exempts 5
le Sieur de Canavallec, Lieiite-
ant, près du Roi encore à pied."
A c-oré de la droite de fadite Ma-
|fl:é, étoit le Duc de Joieufe^ Grand
hambellan; &, derrière elle, lé Mâ-
chai de Villeroi Ton Gouverneur^
s Marquis de Gevres Si de Ville-
uer Capitaines de fes Gardes, & le
sur de Beringhen , " Ton premier
nier, leftement vêtus & montez.
Les Princes fuivoient en grand
jinbre, & les Ducs & Pairs auflî,
;is rang Se enconfufion, fermoîent
1 marche de cette Cavalcadej enfui-
i de laquelle alloient les SuifTes de
Garde de la Reine, fes Pages &
ilets de pied, quelques Gardes, le
ic d'Ufez fon Chevalier d'Hon-
î ar, 6^ le Comte d'Orval fon pre-
i er Ecuîer, à cheval. "
Le CarofTe du Corps de la Rei-
r venoît après, dans lequel étoient
î^)n{îeur Frère unique du Roî , S-
JR, les Princes de Carignan 6<: la
nceffe Louifc , la DuchelTe d'Ai-
gillon, la Marquife de Senecei Da-
n d'Honneur de la Reine , & la
^irquife de Souvré. '' Les
\
i^A
1^9 Mémoires four fervîr
l^ji, 5, Les Excmps & les Gardes mai
,j choient autour , le Sieur de Ce
^, minges , Capitaine de {qs Garde
„ derrière, le Lieutenant plus bas, pu
„ TEnfcigne , l'Ecuicr ordinaire, celi
a, de quartier, le Sous-Gouverneur c
Moniîeur, la Compagnie des Gen
d'Armes du Roi , de plus de ce
5, cinquante Maîtres avantageufemc
montez , le Comte de MioflTans
leur ûiQ ÔC des mieux équipe2
,, quatre Trompettes au devant. C<
le de la Reine faifant plus de j
,, vingt Maîtres avantageufemc
montez ôc conduits par le Cou
5, de Mouchard leur Lieutenant,
3, Trompettes devant , les Caro(
j,5 des Filles d^Honneur, ceux <
^jPrincelTes de la Cour de fuite
5, Leurs Majeftez.
,, Toute cette pompeufe Cavales
^, marcha le long des Rdes de Sa|
5, Honoré , de la Ferronnerie, de
Denis, devant le Chatelet par
Rue du Crucifix , S. Jaques ,
Pont Notre-Dame, le Marché Ncl
de entra par la Rue & Porte î
a, Anne en la Cour du Palais. T,
a> ces chemins fourmilloîent de m^
>9
93
f9
«5
>3
55
53
\ i l' Hîfl'olre d' Anne â* Antrlche , 2^1
|: , étant bordés d'Amphitheacres ^' i^fr*
fqii'au fécond ctagC;, où une oar- *-
i du plus beau monde de la Ville '^
oit placée. '^
Le refte des Spccftatenrs c'roîent^'
IX fenêtres qui avoient érc accrues ^^
X louvcrture des murailles de ton- ^^
s les Chambres où la même ar- *^
ur avoit ramaifé tous ceux qui fc ^^
Duvoient lors en cette Ville , dont '^
. ; toits même étoient couverts '^
» d'où , comme de tous les autres ^*^
I droits 5 les cris de l^ive le Roy y^^
,i n'étoient interrompus que par '^
. larmes de joye , s'elevanc jufqu'au **
cl, épanouflfoient les Cœurs de **
te l'aiïiftancc , & conduifoicn •«
M. jufqu'au pied de rdcalierde
faînte Chapelle, où les principaux
cicrs fe trouvèrent plantés fur
1 premier Pallier, dépuis lequel le '^
îgîmenc des Gardes faifoit une '^
ublc baye. Sa Majefté étant defcen- ^*
ë , ils raccompagnèrent jufque fur ^^
fccond Pallier : puis elle fut re- ^^
jc en la même Chapelle par l'Eve- *^
[c de Bayeux , Treforier d'icelle , ^^
etu d'Habîrs Pontihcaux , 5c ac- '^
pagné de fou Clergé y laquelle '*=
Tomf IK N ,> aiant
1
ce
ce
ce
Si
291 Mémoires four fervtr
1 u j 1 . 3, ayant doctement harangué,îl lace >
„ duîdt au Chœur où elle cnrendit u :
5> Mcfle baÛTe , célébrée par un Chaj .
laîn de la Chapelle du Roi , dun :
laquelle ce Prélar , comme Trefor :
de cette Sainte Chapelle , demei i
le plus prés de 5. M. encre les -
vêques & les Aumôniers.
55 La MefTe dite , quatre Prédd s
55 & fix Confe illers de la Cour et t
3j venus au-devant du Roi pour le -
,5 cevoir comme fit le Sieur de R «
des 5 après avoir donné les Seai ;s
dans le Parlement , & laiflTé er a
place le Sieur de Saintot , qui 1'; ^i
relever /S. M. partît de cet Eg e
& marcha avec Tordre accoûti
devancée des cent SuîfTes, Tamt ir
battant, des Tambours & Trom t-
tes de fa Chambre , de fix Her; t$
d'Armes , de deux Huîfficrs-^ T-
fiers , environnée de tous ceux
Tavoient accompagnée j &laRp-
proche de fa Perfonne fuîvie dSi
55
3J
33
33
33
I
33
33
33
33
35
,, A, R. Ledit Sieur de Rhodes ik
9» retourne au Parlement , où le
3, arrivant dans la Grand' Chamb»
»>
33 ^
9>
monta en Ton Lit de Juflice.il
Reine fe mit fur la gauche enn-
JitHlfiolre ^Anne d'Autriche, 2^5
ant i qui étok la main droite du ^'K^ « f ,
.oî , & cufuite eroîenc aflïs Mon- '«
eur , S. A, R. , le Prince de Con- '"^
, les Dacs de Mercœur , d'Ufèz , '^
L Beauforc , de BrifTac ^ de Candal- '*"
, de la Rochefoucault , les Mare-
laux de France ci-devant nom- '^
ésySc le Grand Maître de rArtîlle- ^"^
". Sur le coin du tetour du banc '^
i 'autre bout du côté droit en en- "^^
tint , qui étoic la main gauche de ^^
M. étoient alïïs l'Archevêque de ^^
leims Duc ôc Pair , les Evéqucs '^
Beauvais, de Chalons,& de No- ^^
tî Comtes & Pairs , le Grand ^^
ambellan au pied du Roi fur la ^^
mierc Marche , & à la féconde ^^
peu en retour le Comte d'Har- '<^
irt. Aux pieds de la Reine à ^^
tre côté » fur la même Marche *^
îent a (lis le Comte de Trêmes , *^
jMarquis de Gcvres , le Comte de
rôt, le Sieur Chapes , & Ville-
r , Capitaines des Gardes.
-e Chancelier de France , qui '^
t arrivé une heure avant le Roi '^
cédé des Hui (fiers ôc Maflicrs du '*
nfeil , avoir été reçu par deux '^
fcillcrs qui lui furent envoyés '^
N 1, ex- '!
9>
i ç
1^4 Mémoires pour fervlr
î 6 Çi . '' cxp^'^s dans le Parquet & avoir j: s
j, fa place au dcflus de tous les Pn.
,5 dcns jufqu'à l'arrivée du Roi^fe pL' i
,, lors en une chaife au-delTous de S. „
5 5 dans Tangle , à Tordinaire iSc IcP -
,j vôt de Paris fur la première iti ^
,,che.
5, aorés que chacun des fufdlts t
j^aînii pris fa fëance au-dcdans di t
5j Parquet , comme auffi les Prince s
, de Carignan & Guife, avec la h,'. -
s, quife de Séiiécey , la DuchclTe d' -
j guillon 5 la Marquife de Souvré
,, les Filles delà Reine fur un ba ,
5, [çs Gentilshommes de la Chamt ,
3, les Maîtres de Garderobe , le gr â
3, Maréchal des Logis , le grand ]
'j vôt 5 l?s Chevaliers & les Licutei
5,.Généraux des Provinces fur \
3, autres. Les Confeillers d'Etat ,
5", Maures des Requêtes venus avcfft
33 Chancelier fur deux , les Secr '
5, rcs d'"Etat fur un , le Grand Mi rc
3, d^s cérémonies fur un CKgc M.
3 3 Maître d'icelles à l'entiée du Parq ^
y a,&le Baiilif du Palais entre lei
'55 cretaircs d'Etat , avec le Grcffie]
,, Parlement. Mademoifelledansl
•»* dçs deux Lanternes, ou étoienla
I
d l'HlfioiYe d'Ame â' Autriche, loy
lieine d'AngletciTC , les DuchclTes*' ï^J^*
: autres perfomies de remarque : en
,utre , les Ambaffadeurs , ôcfur nii "^
ne au dehors du Barreau les Ré- '*
dens. Le filence fut fait , ÔC le Roi "
irla en cette forte :
Messieurs,
ce
Je fuis Vf nu en mon Parlement , *
\mr vous dire , que futvant la Loy "
? mon Etat , f en veux prendre mol-''
uême le Gouvernement j & j'efperc ^'
I? la bonté de Dteu , que ce fera ^'
fec p'tété & jufike. Mon Chance- "
\er vous dira plus particulièrement
les intentions, <<
Suivant lequel Commandement de '^
|a Majerté , le Chancelier , qui ^*
tavoit reçu de bout , s'étant remis '
Infon lîége 5 fie une Harangue en*'
iquelle il s'étendit à fon ordinai *'
le fort éloquemment fur ce qu'a- '^
Joit dit le Roy , y ajoutant des ''
Réflexions trés-judicieufes fur le naf- "
lé & fur le prefent. Après quoi , la '"•'
Keinc s'inclinant un peu de fon fie- '*
;e fit ce Difcours au Roi.
N 3
M0*N-
i^;i,
if}6 Afe moires pour fêrvtr
, ^M O N s I E U R , ,
5., Piolet U neuvième Ann^^ que f
53 la volonté dernière du dejfum Rol^n :
^3 très honoré Seigneur y ]' al pris le j.
a de votre Education & du Gonven >
i^mera de votre Eat. Dieu ayant y
sifii Bonté donné hénédlUlon à n ^
yi travail , & conservé votre Perfon .
3j qui rnefi fi chère & pretieufe C !
i9. tous vos Sujets, Apréfent que la . !
:>y du RoîauTKe vous appelle au Gouv •
53 nement de cette Monarchie y je v f
a remets avec grande Satisfaction '
iiPuljfance qui m' avolt été donnée pi
Si la gouverner \ & j'efpere que h
^y VOUS fera la grâce de vous ajjlfier '
yyfon Ejprlt de Force & de Prudem »
^ pour rendre votre Règne heureux,
3, Sa Majeflé lui répondît , M^t •
3> w^j je vous remercie du foin qt
^y VOUS à plu prendre de mon Edut
oytîon i & de l' Adminlft ration
y y mon Roîaume, Je vous prie de C\
•yytinuer a rne donner vos bons Avis\
syje defire qu après moi vous foyez.
à3 Chef de mm Confeil. La Reine
^ leva ciifuîte de fa place , & s'api
c
99
kl' Hiftolre d'Ame ^Autriche. 297
la du Roi pour le faluer; mais** t^ji..
i Majcfté defcendant de (on Lit"
! Juilicc, vînt à elle 6c l'embraf- "
11c la baifa, puis chacun d'eux s'en <^^*
tourna dans fa Séance. ^'
I Monfieur j Frerc unique de Sa '*
ajefté, fut enfuîte fléchir un des"
noux en terre à Tes pieds , & bai- **
la Main de Sa Majefté lui pro- "
lia de fa Fidélité. Soii Altefle "
. :)iale en fît autant , comme aufïï *'
Prince de Conti 5 mais avec une ^'
j .13 profonde humilité v & tous les '*
.'très Princes, le Chancelier, les ^"^
lies & Pairs, les Eccle/îaftique^, «^
li Maréchaux de France , les 0^~ '^
jiiers de la Couronne , & tous '^^
IX qui étoient en Séance fc levé- **
it, & rendirent en même tems de "
lit place Hommage au Roi. "
Alors 5 le Premier Prcfident, de "
■lut ôc tête nue , de même que '^
Us les autres Préfidens au Mor-'*
tr, prit la parole; ÔC , après une '^
pfonde révérence tous aîant le *^
înouil fur le banc , il fît un très ^^
^ave Difcours fur la fage Conduî- *^
tde la Reine pendant fa Régence , ^•
f: fcs Roiales Vertus , dont elle **
N 4 "avoit
1 c) 8 Aiemoh es pour fervlr
i 6/1., avoir compofé un augufte Mod c
,3 à Sa Majeftc, enfin fur toute la b f^
3, ne Education qu'elle lui avoir d t-
i, née.
^jjPuis le Chancelier dît qu'on i-
,5 vrîc les Portes , & qu'on fit en ^r
5, le Peuple ; Se le Sieur Gu ,
3, Greffier de ce Parlement, fit le£ :e
5, des Edirs aportez par le Roi ( i-
, tre les Blafphemes éc les Duels ?c
^, de la Déclaration d'Innocence u
,, Prince de Condé \ celle-ci port t,
,5 fuivant les Concluiious des ( is
5, du Roi , que tous les Avis ni
3 avoienr été donnez que ce Pr :e
j, tramoit contre le Service du oî
,, des intelligences tant dedans que z-
^, hors du Roiaume avec (es Enne s,
n'éroient pas crues par Sa Maje ,
laquelle au contraire les cond n-
_ noit comme faux & artificieufer ni
5, ruppofez. Veut ôc lui plait
5, tous les Ecrits qui ont été doi eî
5, fur ce fujer à la Cour de Parler i:
5,deParisj & qui ont été envoi< i
3, fes autres Cours &: à fa bonne ^ *-
,5 de Paris, demeurent fupprimcz cS
, entant que befoin feroit les à cip^
4,0c revoquéj 6c annuliez , co\^
55
3J
/;
À l'Hlflolre à* Anne d* Autriche, 295?
aux de fuppofez , fans qu'à ravenir '' ^^j ' •
,ii en puiiïc être rîen imputé à Ton *'
lit ou (111 le Prince de Conié. '^
ur le fujec defquels Edits Sc Dé- *^
laratîons le Sieur Talon Avocat ^'
:;énéral , après un fa vaut Dlfcours "
our le Procureur Général, conclut ''
leur enre^itrement conformrment **
.IX Ordonnances, ce qui fur fait. ''
Le Chancelier, aîant pris les '^
•VIS de Leurs Majeftez , des Princes, '^^
|:*de toute la Compagnie , pronon- *^
fuivant les mêmes onclufioas '*
|:s mêmes Gens dq Roi , que fur
: repli des Lettres en forme d'Edlt, '
toit mis tej", publiées, & enre-'^
\firees : Sc lors chacun fe levant, '*"
Grand Maitre des Cérémonies'^
marcher tout au même Ordre '^
le le Roi étoit venu jufqu au bus "^
rEicalier de la Ste. Chapelle ;''
Ixepté que Sa Majellé monta en '^
irolle,^^ le Maître des * érémo^ ,.,
lies aiant fait mettre tout le Monde '*
ordre 5 Leurs iVajeftez, la No-''
lefTe , les Seigneurs Se Grands du '
loîaume , palTérent, pour retour- ''^
ir au Palais du Cardinal , par '^
*ffus le Pont-neuf, & par la Croix'''
N J dii;
ce
a
Si
y>
3 @o Mémoires fmr Jervlr
16^ î, s du Tiroir , donc le Sieur Françoî
,, Intendaiii: général des Fontaines
Aqueducs de France , pour fa
voir fon allegrefle particulière :
yy cette journée , & contribuer mêi i
,, à la publique, avoic arrêté le Coi !
de {es Eaux, pour laîfTer la libe ;•
à celui du Vin , qui en coula ' •
5^ puis neuf heures du matin jufq ;
3, à fix heures du Toir.
3, Leurs Majeftez arrivant au ] -
„ lais Cardinal parmi les Acclar •
y y dons redoublées de Fhe le H ,
par lefquelles le Peuple continu t
d'exprimer le Plaifir qu'il reffen
„ d'avoir un prince iî accompli,:
„ donc il concevoic de Ci hautes -
35 pérances. L'Artillerie du p c
„ Fort , que le Roi a fait conftri c
dans le Jardin de ce même Pah
les falua, à laquelle il fut répai
par les Canpns de la Baftille ôc
„ la Vide.
jjEc comme la joie qui procède
,5 ces grands fujecs ne peuc fe reftî
5, dre dans les lîmices des Allègre s
^, ordinaires, cec agréable tintarnsc-
^ redoubla fur le foir , êC concii »
' prefquc toute la nuic^ avec les i>
yy
33
33
33
33
«J '^
\
éi /' HtfioWe â^Anne â* Autriche, 5 o r
aes cirîs de Vive le Roi , accompa-'* i^^ci.
nés de fréquentes fantez de Sa ^**
/lajefté , 6i des feux qui furent ^^
Humez tant dans le Palais Cardinal^*
ont on vous a parlé, que par tou- '^
îslcs Rues, en telle forte que la '^
larcé de ces feux , avec celles des '^
.anrernes aufli pofées fur toutes les *^
;nétres, fit recevoir le jour au mî- *^
eu des ténèbres. La terre même "^
joutant un nombre infini d'Etoil- ^^
;s artificielles à celles du Cicl,com-^*
le pour lui contefter la gloire d'ë- *^
aîrcîr feul une fî heureufe nuit , '^
ont la joie s'étendoic par toutes Ics*^
Tilles de la France ^ qui fâchant le '^
ms de cette Solennité, donnoient **
utes les marques poffibles de leur**
ntentemcnt au même tems que^'/
aris.
Madame de Brienne, que la Reîne
îmoit pour (on mérite & fa piété ,
ant un jour dans fa Chambre , me
c, qu'une certaine Coureufe nom-
ée , Dame Anne , qui dans Paris
gnoit de l'Argent en chantant par
s Rues des Chanfons infâmes cou-
le Refped qui croit dû à cette
N 6 Prin-
V.}
m
3 91 Mémoires pour fervîr
j^j-j^ Princeffe, croît alors en Prifon ,
dans un pitoiable état. Je le dis à
Reine , à la prière de Madame <
Briennc, qui ne voulût pas lui en pa
1er, par quelque motif que je ne p
favoir. Cette Princeffe ne me répo
dit rien, ^k je ne lui en parlai pli
Quelques jours après, la même M
dame de Brienne me dit qu'elle ave
cté voir cette Dame Anne , & qu'e'
ne Tavoit plus trouvé dans fa Prifo
qu'elle étoit alors dans une Chamb
voifine, bien fervie , bien couche
ôc bien nourie , & qu'on ne fav(
pas d'où pouvoit procéder cette me
veille. Nous fçûmes alors que la Ri
ne feule avoît fait cctiQ belle A6tio
&, quand nous lui en parlâmes, el
ne voulût pas nous écouter, & TH
toîre finit ainfi.
La Reine vie la fin de fà Régen
avec une véritable joie -, èc Ç\ elle étc
mêlée de quelque chagrin , c'étoit
ne pas remettre entre les mains <|
Roi fon Fils, l'Autorité Souverain
aufïï abfollie qu'elle l'auroit fouhaiil
Elle avoit tant de tendreffe pour lu
qu'elle auroit été capable d'en dij
comme cette ambitîeufe Romaine t
a l'Hlflolre êi Anne à' Autriche , 305
:elui dont elle confultoit la deftinée , i^fî>
Oj\e je [meure, pourvi^ qu'il folt Empe-
eur y Cl ce n'eft: qu'elle étolc trop
)onne Chrétienne pour fouhaitcr la
nort par un motif de vanité, Ôc pour
lire autre chofe que ce que je lui ai
intendu dire en plufieurs occafions ,.
Qu'il foh le Maitre^ çfr qu€ je ne fois
Ans rien. Mais , la jeunefïe de ce
^rince, & l'état oùétoit alors la Fran-
:e 5 rempêchoient ■ d'efpérer de le voir
î:ôt tout- à-fait affermi fur fon Trô-
le j & les nouveaux mouvemens 5.
lont il étoit ébranlé , lui rendoient
rncore fes confeils trop néce(faiies5pour
ui permettre d^fatisfaîre Tenvie qu'el-
.e avoit depuis longtems de fe retirer
ians le Val de Grâce.
La Majorité du Roi n'apporta
donc pas à la Reine le repos auquel
:lle s'attendoit ; mais elle lui donna
'des forces , pour fe deffendre contre
ceux qui lui préparoienc un:e féconde
Guerre pins dangereufeque la prémie-
jce, par la confîdération du Chef qui
l'avoîc entreprife , & llntriguc qui
ifortifioic depuis longtems fon Parti,
Chateauneuf étant rétabli dans le-
Minîilere, & le Marquis de la V ieu-
N 7 - ville
3 04 Âièmolrer pour fervlr
«/->.• ville dans la Sur-Intendance des F
nances, qu il avoir eue autrefois ,
Premier Préfidenc eut les Sceau
Auflîcôc après ces grands Changemcn
la Reine cnvoia le Maréchal d'Ai
mont avec des Troupes , pour att;
quer celles du Prince de Condé , qi
fè retirèrent à Srcnai. & dans fts aucr*
Places. Il étoit encore indécis fur «
qu'il avoit à faire, aiant alïVz d'cnv
de s'accommoder. Il alla à Ange
ville , Maifoii du Préfident Pcrraut
où il attendit un jour tout entier 1
réponce du Duc d'Orléans fur un A(
commodément que ce Prince avo
propoff^ ; mais, celui qui le devoit a!
1er trouver aiant par quelque accider
n>aiiqué d'a:'-iver au jour qu'il avo;
marqué, Monfîeur le Prince en part:
le lendemain pour aller à Bourges
qui s'étoit déclare pour lui. Croill
l'y vint trouver, pour lui dire de I
part de la Reine , & de Tavis de fo
nouveau Miniftre Chateauneuf,. qi"
si] vouloir fe tenir paifiblement dai
Tune de Tes Places jufqu'à la convocj
tion des Etats , on lui donneroit
bons quartiers paur fes Troupes :
lui gromicdc la part- du Duc d'OrJ
icaa:
i- rniftolre d'Ame â Autriche 5,0 ^f
.•ans que s'il pouvoir il obtiendroic de 1 6^^„
i Reine de tenir lefdits Ecats à St..
)enis ou en lieu qui ne lui pût tre
ifpeéb. Mr. le. Prince avoit encore
lors afifez d'inclination à la Paix, &
lême on a crû, qu'il y eut des mo-
lensoùil n'auroit pas été implacable
ar le retour du Cardinal, parcequ'ii
aïdbît naturellement Chateauneuf,'
'il avoit ôfe fe defunîr d'avec le Duc.
.'Orléans, qui par fes fentimeus par-
tculiers paroiiroit s'y oppofer, quoi;
[ue foîblement & d'une manière plei-
ne d'incertitude & de contrarïetéo.
]havigni , & tous ceux qui appro-
iioient de Mr. le Prince , étoienti
lans le même efprit. Le Duc de Ne-
nours n'étoit Ennemi du Cardinal,
^ue par intervalles , & fe laifToit
:onduire par fes fantaifies, plutôt que
i3ar des defifeins bien formez. Le.
bue de la Rochefoucalt, qui paroîf^
faicétrei & qui étoit en ef^t le pre-
mier mobile de tous ces grands moa-~
^mens, à ce qu'il m'a dit lui même ,
avoit de l'adverfîon à la Guerre; maîs^
il la vouloir , parceque Madame de
liQiigueville la fouhaittoit pailLoné-
mcnt.. Mr*.. le Piinc© les aiant con^-
^o6 Afemoîres pour fervlr
tS^i, fultcz fur ces dernières Propofîtions
ils concliirrent tous à la Guerre , di
fane qu'à la tére d'une Armée , fo
' que le Mînîftre voulût revenir ou nor
il feroît forcé de eompccr coujoui
avec lui, ôc que fans douce le Card;
nai lui accorderolc les plus grande
chofes qu'il voudroit lui demande;
Ce Prince, malgré leurs confeils , n
voulut point encor fe déterminer :
voulût aller à Mont-rond, où étoit Ma
dame de Longueville , pour prendr
fa dernière réfolution avec elle. Ccfu
là qu'il fut comme forcé de fe dccla
rer contre le Roi. Et^pour dire comm
les chofes fe pafTcrent, c? fut une Fem
rae qui dans ce Confcil opina pour h
Guerre , (k l'emporta contre le pIu:
grand Capitaine que nous aïons eu d<
nos jours.Il s'v refolut donc,^ leur dii
à tous, que puifqu'ils la vouloient il la
falloît faire; mais, qu'ils fe fouvinifeni
qu'il tircroit l'épée malgré lui, & qu'il!
feroit peut être le dernier à la remettre
dans le fourreau : voulant leur faire em
tcndre5qu'ils l'cngageoient en une mau*
vaîfe AÂFaîre^dans laquelle ils ne le fui
vroienc pas peut-être jufqu'au bout
lePriace de Conti, Madame de Loi
gU(
irniftolre â' Anne d' Autriche. 307
juevillc , les Ducs de Nemours &: de Kjj'T.
a Rochefoucault , &c le Préfident
» iole 5 le volant dans cet engagement
nalgré lui , & craignant qu'il ne fe
avisât, firent un Traire particulier par
cquel ils fe promettoient les uns aux
lutres de demeurer unis pour leurs în-
éréts communs , afin de tenir ferme
:ontre lui s'il étoit capable, en s'ac-
:ommodanfj de manquer à leur faire
)btenir les grâces qu'ils prétendoient
le la Cour. Mr. le Prince, renvoiant
Zroiflî , ne lai(Ta pas de garder une
)orte de derrière pour rentrer en Né-
gociation , afin de n'être pas fans en
ivoir quelqu'une. Cependant , il dif-
pofa toutes chofes a la Guerre. Il
laifTa Madame la PrinceiTe, Ôc le Duc
d'Anguîen fon Fils à Mont- rond : en-
voia le Prince de Conti & iv adame
de Longueville à Bourges ; &, partant
de v'ont-rond le fcizieme de Septem-
bre 5 avec les Ducs de Nemours
ôc de la Rochefoucault pour aller en
Guiennc , il paffa par Verteuil N' aî-
fondu Duc de la Rochefoucault, qui
Tannée précédente avoit été à moitié
rafée, pour avoir été engagé dans Ton,
Paiti, Il fut reçu dans Bourdeaux
avec
5o8 JJ/femotref pour fervîr
f^ji.avec beaucoup de demonftratro
d'aîlegrcfTe & daffedion. Il en chî
fa le Premier Préfident> comrac Se
^iteur du Roi & dépêcha en Efpag
L'aine homme d'efprit , qui y fit \
Traité auiîi avantageux (ju'il le fa lie
pour obliger Mr. le Prince à s'engag
tout-à-faic à la Guerre , & pour I
donner de grandes idées des bons fu
ces qu'il s'en dcvoîc promettre,
diftribua beaucoup de eommiiïior
& il trouva a-flez de gens qui en pi
rent; ce qui accrédita d'abord f(
Parti 5 dans lequel il fit ce qu'il p
pour faire entrer Mr. de Turennc
& débaucher fon Armée y mais,
n'y réiiffit pas.
Comme tout le monde avoît înt
rêt à la Paix , il n'y avoir perfoni
qui par foi même, ou par {es Amîi
ne travaillât cependant à la négocie
Gourville, homme d'efprit & d'expc
diens , qui de Confident du Duc d
la Rochefoucault , l'étoit devenu d
M. le Prince , étoit demeuré à Par
pour découvrir tout ce qui s'y pal
foit & lui en raporter des nouvelles
ne defefpéroic pas que les chofes n
puffenc encor s'accommoder. Il de
voi
kî^Hîfloîre d'Anne d'Autriche, 30^
)îc même aller à Poidliers, dcfcendre 16 ^%
lez mon Frère , qui avoir fuîvi le
oî, à caufe de fa Charge de Ledeur
. la Chambre; afin quille fie par-
.: à la Reine, fans qu'il fût aperçu
I perfonnc. Mais la PrinceiTe Pa-
tine en ces tems-là y voulut aller el-
même, quoi qu'il fut encor trop
c y pour rompre les iiaifons que tant
^gens avoicnt prifes dans la chaleur
leurs premiers mouvemens, & les
ndes eipérances qu*ils avoientcon-
< es.
Le Coadjuteur, qui voîoît que tou-
15 les Négociations qui fe faifoient à
î Cour & à Paris auprès du Duc
(Drleans par plufieurs perfonnes d>c
(tre autres par Madame du Plcflîs-
<jcnegaud , mon Amie , Sœur de la
i aréchale d'Etampes , Dame d'Hon-
lur de Madame la Duchcfife d'Or-
hns , alloient toutes directement à
«nvier Mr. le Prince de fe remettre
Icn avec la Reine ; 6c craignant que
da n'arrivât , il dépêcha Bartet au
•ardinal Mazarîn, pour lui offrir de
iire confentîr le Duc d'Orléans à fou
J cour en France, en fe remettant bien
î'ec lui , pourvu, qu'en récompenfe
,1 de
3 ' ® Mémoires pour fervlr
1^51. tle ce fervice il lui fie donner la N<
minarîon du Roi au Chapeau , po
la première Promotion. Madame 1
Chevreufe , & le Marquis de No
moutîer j Amis du Coadjuteur, fe
tifiérent ces offres , par les affaranc
qu'ils donnèrent de fa fidélité &
fa Réconnoiffancc. Bartec , gra
débiteur de paroles fabuleufes , di^j
Cardinal, que le Coadjuceur avoit 1
me belle & geneureufe , &c qu'il fer<
^fon Ami , fi bien qu'enfin ce Minif
abfent , preifé de tant de cotez , fl;
té de tant de belles apparences , lui
donner par le Roy cette Nominaiî
qu'il fouhaittoic avec tant d'ardciJ
éc qu'il fit mettre entre les mains
Duc d'Orléans , dans la crainte qi
témoigna ^ qu'une recommandât!
qui paroitroît venir du Cardinal M
zarîn > qui n'étoit pas aimé du Paj
ne gâtât fon affaire à Rome.
Le Miniftre fut mal payé de 1
bienfait : le Coadjutëur , au lieu
reconnoitrc la fincerité de fon prcx
dé par une conduite pareille , quad
il eut ce qu'il demandoit , & qu'il
Mr. le Prince s'en^a^er à la Guerr
fe mocquadu Cardinal , & parut iï"
il Hlftoire et Anne â* Autriche , 3 1 1
nnemi avec la même hauteur qu'il i^jln
voit eue par le parte. La Reine, pour
miedier par Ton courage à toutes Tes
ahifons, & i la Guerre qui fe fomen-
)it dans laGuienne & dans le Berri,
fiolut d'y aller, pour s'oppofer à leurs
crnicieux defTeins. Le Roi 6^ elle
artirent pour ce grand Volage le vingt
Liatrieme de Septembre , luivis de
lonficur Frère du Roi, de Tes Mini-
:res. & de toute la Cour.
Les Ennemis qui voulurent pro-
ter de la Guerre Civile , prirent
l'urnes, & Berc^ues, St. Vinox proche
lîcDunquerque: ils prirenraufli Linck,
pannuie , & Bourbourg. Le Roi &
Reine étant à Fontainebleau furent
lonfeillezparChâteauneuf d'aller droit
Bourges , où lui même par Tes co-
[efpondances avoit difpofé les habitans
principaux à recevoît Leurs Majeflez,
X Roi & la Reine fe réfolurent à cet-
te Entreprife ; &, malgré la préfence
lu Prince de Conti & de Madame de
<ongucvillc, elle leur réiiiïit heureu-
fcment. Le Garde des Sceaux s'en
retoutna à Paris , pour foutenîr les
Intérêts du Roi, fous l'Autorité du
>uc d'OrleanSj avec la VieuvilleSur-
Intendaiu
5 1 1. Mémoires peur fervlr
ï ^r I . Intendant , Ôc Guënégaud Sécréta'
d'Etat.
Le Roi , avant que de partir
Fontainebleau, le deuxième Oétob;
donna le Commandement de TArm
de Guienne au Comte d'Harcour
éc la Reine envoia Ondedei àBrei
porter au Cardinal Mazarîn Tore
de revenir à la Cour, Il étoit toujoi
le Maitre, & Chateauneuf fc plaign»
«qu'ion n'avoit pas afTez de confiar
en lui. Il prit aufîîtôt des PaiTepo
d'Efpagne ; & > étant venu à Dins
où Navailles, Brogle , & plusieurs a
très de fes Amis à qui il avoir f;
donner des Gouvernemcns l'étoie
venus trouver. Il réfolut de lever d
Troupes pour le Service du Roi,
de rentrer en France à la tête d'u:
Armée,
Madame de Chevrcufc, & le Coa
juteur, qui ne penfoicnt qu'à fe de
faire de M. le Prince, & du Carc
nal Mazarin , travailloienr auprès c
Duc d'Orléans à le faire cntr
dans ces mêmes fentimens. Ch
vigni s'y oppofbit tant qu'il lui étc
poffible, tant pour les intérêts de N
le Prince qui avoir plus de confiais
à THlflolre ^ Anne iC Autriche. 315
« lui qu'en pcrfonne, que pour fou i^j î^*
itérée particulier , qui étoic d'entretc-
3 L' une parfaite union entre ces deux
îinces, & de pouffer le Cardinal, qui
î voit chafle du Miniftere , quoi qu'il
H fut, à ce qu'il prétcndoit , rede-
'ble de fa Fortune, Taiantmis bien
i près du feu Roi & du Cardinal de
J cliel-ieu.
Le Prince de Conti bc Madame de
jmgueville , à la vue du Roi, prî-
\ it la fuite, quittèrent Bourges , &
i érent à Mont- rond, & de là à Bour-
< aux.
Marfin fe croyant oblige au Prince
c Condé, & fâchant la réfolutîon de
l Guerre, abandonna fa fortune pour
iîvre la fîenne. S'il fut demeure en-
cre quelques jours , il eut reçu des
I tentes de Vice Roi de Catalogne ,
<!i lui furent envoyées de la Cour ,
\ \k Tobliger de demeurer dans le Ser-
ve du Roi. Le Comte d'Ognon,
<)uverncurde Brouagc, de la Ro-.
<:clle, d'Oleron, & de Tlflede Ré,
i la même chofe. L'Inquictude,qu*cuc
1 Reine de voir tant de gens fe dé-
cirer pour M. le Prince , l'obligea de
envier M, le Duc d'Orléans , d'un
cote
5 T 4 Ademolrts pour fervlr
l^ii.coré de faire quelques Propofitîo
de Paix à M. le Prince j pendant q
le Cardinal , qui avoic peur -que
Guerre Civile avec l'étrangère n'acc
blât le Roi, fit la même tentative par
Duc de Bouillon , & M. de Turent
Il envoiérent Gourvillc lui offrir to
les avantages qu'il pouvoit fouhait
M. le Prince leur répondit fiéreme
que s'ils vouloient s'engager avec 1
èc que M. de Turenne voulût co
mander Ton Armée, il feroit alors
qu'ils lui confeillcroient & refi
d'aller à Richelieu pour s'aboucher
vec eux,
M. le Prince, trouvant dans t(
fes defleins le Coadjuteur pour obfi
de, fe réfblut de le faire enlever,
de le mener à une de fes Places. Goi
ville, à ce qu'il m'a dit depuis,
chargea de cette Expédition. Ilyt
vailla, & quoi qu^il ne manquât :
d'efprit ni de hardiclTe, il n'y put rc
{îr. Le hazard peut-être fut favoi
ble au Coadjuteur, pour fe fauvcr
pîcges qu'il lui tendit. Il eft à crc
qu'il fe précautionnoîr non feulem»
contre lui; mais encore contre tous»
accidcns qu'un homme qui avoit t '
d'Ennej ^
: à rniflolre d'Anne d'Autriche 3 i j
^Ennemis pouvoir railonnablcment léji.
^aindrc. Le Baron de Batteville Fran-
fmtois 5 Se par conféqucnt Sujet du
. n d'Efpagne , fut envoyé avec rrei-
\ Vaiireaux , de Targent & des
'oupes , au fccours de M, le Prince,
] Reine pour s'oppofcr aux coin*
^Miccmens d'un Parti li formidable ,
ji-tit de Bourges pour aller à Poi-
trs, d'où le Roi écrivit au Cardi-
1 1 j pour le preffer de faire des le-
\^.s , &c de le venir trouver, 6c en-,
^ya en même rems Pordre au Marê-
c il dl-iocquincourt de fe joindre à lui
^ de kr obéir.
M. le Prince s'afifùre d'Agen en
Cfcogneiôc voianr S, Luc fe fortî-
É: dans Montauban & Cahors ,
iife faifir de Xainres , que PEvêquc,
Çs bâtard du feu Marcclial de Bat
flnpiere , homme de bien fc bon Ser-
veur du Roi , lui abandonna malgré
l a & de Tiliebourg II prérendoic
emême rems fe rendre Maître d'An-
giilême i mais n'ofant Partaquer , à
c|.ife que le Marquis de Montauficr
Cjmverneur d'Angoumois ôc de Xain« ^
tôge y avoit affcmblé beaucoup de
(ntilshommes de fes Amis, il alla
Tomç ir. ' O droic
3 I ô Memoirei pourfervlr
i6j I. droit à Cognac. Avec cette Place
s'écoîc rendu Maître de tout le p^
qui eO; delà la Charantc jufqu'à
Garonne &: Dordogne. Il y lailfa :
Duc de la Rochefoucauk , éc le Pr
cède Tarente-, pour s'en ictoiirnc .
Bourdeaux , où il avoit à traiter a^
les Mîniflrcs d'Efpagne. Il fit prei
le Comte d'Omion de lui laiffer met
des Troupes dans la Rochelle , pc
la fortifier autant qu'il lui feroît po
ble ; mais 5 quoiqu'il eût été le tix
ver à Bourdeaux pour traitter avec 1 ,
il ne voulut point le rendre plus M -
trc de Ton gouvernement que lui-n •
me.
Le Roi étoît à Poitiers , «S: Cl •
teaaneuf le lervoit avec une grande •
feilion non - feulement pour gag::
du ciédit auprès de la Reine , mais i
core par le plaifir qu'il avoit de travi •
1er à la ruine de M. le Prince i i
ancien Ennemi. Il confeiila le Roi '■
la Reine de pcnferpromprementà ti :
la Rochelle des mains de leurs En •
mis. Il en fit donner le Gouvcri
ment à PEftiflac Frerc du feu Duc '
la uvochefoucaulr, qui y entra a^;
quelques Troupes i ôc , malgré Teni •
gem c
à tHlftolre à^Anne i<tAutrtche, 5 1 7
cment de fon Neveu dans un Parti i6;i,
:)ntraire à Ton devoii: , comme il a-
Dit beaucoup d'amîs dans cette Fro-
nce , & que le Comte d^Ognon y
;oic hai à caufc de Tes violences de-
eurant fidèle au Roi il la fçuc main-
nir dans Ion fervice.
Le Comte d'Harcourt cependant n'é-
it pas oiiiF : il avoît alfemblé des
roupes , &c tâchoit de fe mettre en
at de faire voir à M. le Prince, qu'u-
: bonne caufe , entre les mains d'un,
sneral qui avoit été quali coûjoui^s
. ureux , lui devoir faire peur. Il
I nnuc l'importance de fecourir Cog-
1 c : il s"*)' appliqua entièrement ; ôc
i y réiiffit. Non-feulement il fit lever
1 Siège au Prince de Tarente & au Duc
i la Rochefoucault , mais à la vue de
]. le Prince qui y accourut de Paucrc
(té de la Charente , il tailla enpîéces
lie bonne partie des Troupes qu'il
coit laifTces retranchées dans le Faux-»
lurg. Sqs gens furent tous tués ou
f es prifonniers en fa prefence y fans
1 pouvoir fecourir , dont il reçut un
cplaifir extrême j & comme il vou-
l: fe retirer , le Comte d'Harcourt lui
{îc une partie de fon bagage, il fut
O r enfuice
1
2, 1 % Mémoires popir fervlr
; 6;. a., en faite toujours bartu par ce Princ
ce qui commença à diminuer fa repi
- ration, fcs efperances, 6<: les forces c
ion Parti.
Le Comte d'Harcourt voulut achi
ver de mettre Efciffac en polTcffion c
îâ Rochelle : les Tours tenoie:
encore en faveur du Comte d'Oi
t\on , parce qu'il y avoir mis" d
troupes ; mais il fie delfein d'aller 1
même en pcrfonne le attaquer. Cei
qui étoient dans les Tours y trembl
rcnt à la vue de l'Armée du Roy :
ce Gênerai leur ayant commandé <
jetter par les fenêtres celui qui les cor
mandoitj ils le firent, & le poigna
dérent eux-mêmes. Ce fut une a
tion cruelle , mais pardonnable , pi
que ceux qui font rebelles à leur R
méritent la mort félon les Loix.
Le Roi envoya au Parlement de P
ris une Déclaration contre M. le PrîB»
ce ; mais Pefprit de la Révolte regn(
il fortement dans cette o-rande Vil!
qu'on ne pouvoit pas y punir le crin
de Lcze-Majefté 3 ^ par une terrib
révolution la Rébellion y tenoit lieui
fidélité. Le premier Préfident, q
^'loit bon Serviteur du Roi, voul
fâii
4 l'Hlflolre Sl Anne à' Autriche, ^ i cj
yreenregiflrer cette Déclaratioiiimais i G^ i,
?lle ne le put être qu'avec de certaines
modifications , & on murmura contre
ui , de ce qu'il obeifToit aux volonté:?
le fon Souverain,
\]ï\ jour érant chez lui, où fe te-
loît le Confeil du Roi , le Marquis de
a Vieuville, le Maréchal de l'Hopiral
jouverneur de Paris , & du Pleiîi?
jucnegaud Secrétaire d'Etat jpîulieurs
oquins s'affemblerent 5c vinrent crier
ontrc lui , difant qu'il le falloit tuer.
Ui lieu de faire fermer fcs pones , il
ss fit ouvrir, «3^ alla leur parler îui-
néme. Sa fermeté étonna cette Ca-
laille 5 c^ enfin la rumeur s'apnaifa à
on égard. Le Marquisde la Vieuville,
n voulant fortir de chez le Premier pré-
ident, pour lors Garde des Sceaux, ces
iloux rattaquerenr^luichanterent mil-
e injures , le voulurent tirer de ion -
^arorfe , ôc lui firent du moins une
grande peur. Le Maréchal de l'Hô-
)ital eut la lâcheté de quitter le Pr<i-
nierPréfident, de de s'en aller che^
uî 5 fans lui envoyer aucun fccours. Dil
?le(îîs Guenegaud , bon Serviteur du
^oi 3 demeura toujours avec cevéné-
■able Magiftrac 3 & , pour avoir mieux
O y fai-
(
3 1<D ,][iemoiYes ^our ftrvlr
i6^i, fait qnc les autres , il n'en eut pas tar
de mal.
Le Cardinal félon les ordres d
Roi , penfoit alors à revenir en Franc(
11 Ce mît en état d'exécuter ce deflein
mais les Efpagnols lui ayant refufé d
paiTeports, il partit de Dinant par d<
chemins remplis de Troupes Efpagnc
les , & de celles de M. le Prince poi
ic rendre enfin à Bouillon.
Cette nouvelle donna de furieuil
aîarm>cs à Tes Ennemis. LeParlemei
xedoubla fes Arrêts ; de les mutins d
cette Compagnie en firent donner un
par lequel ils mertoieut fa tête à pri
Ôc promettoîent cinquante mille écus
celui qui le tueroit. Cette femme de
voit être prife fur le prix de fes mcu
blés & de fa Bibliothèque , qu'ils ci
donnèrent de vendre entièrement.
Toute l'Europe regarda avec cton
nement cet Arrêt dont la plus faine
mais la moindre partie de ce Corps
qui a ^donné en tant d'occafîons de
marques de fa fidélité envers nos Roi
fut fcandalifce.
La Reine m'a dît depuis que cet Ar
rct , bien loin de la refroidir pour li
retour du Cardinal ^ lui en donna ui
plu
4 l'Hifieire ^ Anne à' Autriche» ^lî
lus véritable deiir. Elle connut par 16^1
i , con^bien il étoit nécefTaire de faire
oir aux Sujets du Roi , qu'il ne leur
ppartienr pas d'ordonner malgré lui de
i qu'il doit faire. Chateauneuf fans
Dnner des Arrêts, étoit qua(i de me-
ic fencimcnt que le Parlement de Pa-
s : fur les avis que les amîs qu'il a-
m à la Cour curent , que le Cardi-
il fe preparoît à revenir ,'ils difoient
.le les affaires du Roi alloient bien ,
je fi îe Prince de Condé étoit demi
uncu , que fî le Cardinal Mazarin
venoîtiîtôt, le prétexte de la Gucr-
qui commençoit à s'annéantir aug-
enteroit beaucoup. Le Garde des
;eaux , qui étoit venu trouver le Roi
Poitiers , & quelques autres étoienc
avis contraire ; &c les vrais Amîs du
ardinal , Senneterre, le Maréchal du
[efïïs , ôc le Tel lier , vouloient fon
tour. La Reine le vouloit aufiî ;
ais 5 elle vouloit le bien de l'E:ac
:éFérablement à toutes chofes : ôc la
ainte qu'elle a voit que ce retour ne
donnât des forces à M. le Prince j la
iroît balancer (ur le tems. La Du-
lefle de Navailles m'a depuis conté ,
ïétanc un jour avec elle , & la pref-
O 4 fant
4^
yii Aîemolres poîfT fervlr
16^1* fanr de faire revenir le Cardinalice
ce Princciïe lui dit ces mêmes parole
Je connais la fidélité de M^ le Caro.
ndl , & combien le Roi & mol avo.
befoln d'unAilnifl^re qui foit toHt k nou
afin de faire ceffer les intrigues de
Cour, & de ceux qui fe veulent mett
a fa Place, Je fçal que l'Infolence t
Parlement de Paris doit être punie , 1
quelle ne le fçauroit mieux être que p
fan retour i mais, il faut avouer , i
dit-elle , que je crains le malheur
JH. le Cardinal y & que fin retour tr
trêcifité ri cm'pire nos Affaires, C
fourquoy f ai de la feine k me deterv
ner la dcpts. Cette Dame , qui eu
intéreflee au retour du Cardinal p
rattachement que le Duc fon M-
ri avoit à ce Miniftre , m'a dit que
Difcours de la Reine lui fit une (isr^ •
de fraicur , qu'au lieu de le prenc
comme un effet de fa fac^effe, elle cr
que c'étoit une marque de fon cha
gcment. Elle écrivit promptemcnt ;
Cardinal qu'il vint, Ôc qu'il étoit pc
du s'il ne fe hâtoit de reprendre .
place. Cet Avis fît l'effet qu'il c-
voit faire. Ce Miniftre n'oublia ri
pour fe mettre en état de fuivre
Con
à l'FUftolre d'Anna (^Apttrlche, 313
^onfeîl qu'on lai avoir donné; S<, iG^i.
euc-êrre qu'une fi grande prudence en
i Reine dans la conjondlure de ces
rnis-Ià , lui aiant déplu , le fouvenir
uil en conferva diminua la Rccon-
oilîance envers elle.
Cliateauneuf 5 pour empêcher ce re-
)ur , écrivit aux Amis qu'il avoir au-
:ès du Duc d'Orléans, pour le pcr-
adcr de venir à Poiciers, croianc que
i Teul écoic capatic de s'y oppofer :
ais 5 le Coadjuteur craîgnanc que fî
Reine l'en prioic elle même , il ne
1: ce qu'elle dcmanderoit de lui l'en
fCOLirna ; de forte qu'il fe contenta
cnvoier Verdronne à la Reine, pour
opofer l'Entremife de Cliavigni qui
î lui fut point agréable. Pendant que
[, Damville fit quelques Voîages de
oitiers à Paris, Vincuil y palfa de la
rtdeM. le Prince , aufïi bien que
urville, qui ne s'y arrêta pas , fça-
ant bien qu'il n'y avoit rien à faire;
i lieu que Vineuil y fut arrêté, pour
voir pas bien pris fes niefures. En
et, il n'étoît plus queftionde traiter;
r le Mîniftre, qui le prelïoit de re-
nir fuîvant le confeil de fes Amis,
évint les delfeins de tous fes Enn/*-
O y: miv
514 JHemolres pour fervlr
tÇjl* mis y Se rentra dans le Royaume en
bonne compagnie , que le Marêchi
d'Hocquincourt , Navailles^ Brogl ,
Manican , Beaujeu y de Bar , ôc en
tous les Gouverneurs de cette front ■
re 5 Tavant joint le deuxième Ja-
vîer , il fe vit à la tête d'une pet ^
Armée ; mais , compofee de tant ;
braves gers , &c commandée par ;
û bons Officiers qui voulurent en c -
teoccafîon montrer au Cardinal 1( :
aff:6lion ôc leur reconnoi (Tance < >
grâces qu'ils en avoicnt reçucs>5i qu ;
en cfperoient encore ; qu'il lui kit a t
de preferver fa tête des menaces i
Parlement , ôc de vaincre les obftac .
que le Duc d'Orléans voulut mettrij
fon palTage. Ce Prince envoya qu -
ques gens de guerre contre lui , «
n'ofercnt paroître. Deux Confèill
du Parlement allèrent faire rom.pre
ponts qui fe dévoient trouver fur :
pafTage. L'un d'eux nommé Bitam
pris prifonnier , ôc l'autre qui s'ap[
îoit Coudrai Gêniez prit la fuite ;
bien que le Cardinal arriva hcurci
nient à Poitiers le vingt-huitième
Janvier.
Le Roi alla au-devant ;> avec toui
a'
Ji
i
krHlflolre à* Anne â^Aiur'che^ 325
qu'il y avoit à la Cour; & la Rcia * \6y2..
comme celle qui l'avok toujours pro-
tégé , 6c foûtenu , s'il faut aînli dire ,
contre toute la France , ne put le re-
voir qu'avec beaucop de joye. Le
Confcil du Roi avoit cafTé l'Arrêt du
Parlement donné contre le Cardinal
Mazarîn, & fait deiFences de vendre
es biens ; mais , ce n'écoît pas aflfez
)Our rétablir Taucorité du Roi qui é-
oit en quelque façon attachée à la
lenne. C'eft pourquoi cette tcte , at-
aquée de tous cotez , & mîfe à prix
)ar des Arrêts , au lieu de Tinquiétude
les intrigues de la Cour qui l'auroic
)Ien plusembaraiTée , que les menaces
lu Parlement , fut dans le même tems
emplie du foin de toutes les affaires
lu Royaume qui étoient aiTcz grandes
•our occuper toute fa capacité.
M. le Prince avoit envoyé le Duc
e Nemours en Flandres , pour fe met»
le à la tête des Troupes que le Roi
/Efpagnc luienvoyoit ; &: ne pouvant
lus reiifter au Comte d'Harcourr,.
ui le pourfuivoit avec l'Autorité légi-
ime , il mit fes Troupes dans les quar-
• iers d'Hiver 5 &: s'appliqua entièrement
fomenteï la révolte de Bourd;aaA.
O é Le
zi6 Mémoires pour ferznr
î^Ji- Le Duc de Rohan-Chabot , q;
avoir toujours été dans les intérêts :
M. le Prince , quoi qu avec plus ;
retenue que les autres à Tégard
Miniftre,. étant Gouverneur d'Anjoi,
voulue faire foulever Angers ; ce c
oblif^ea le Cardinal Mazarin, qui coi .
mençoit à former lesdelfeins de rédi .
re la Ville de Bourdeaux, qui étoit
Siège de l'Empire de M. le Prince . .
changer de rélolution ,. pour al
promptement à 5aumur remédier
mal que le Duc de Rohan vouloir fai ,
La Cour 5 pour cet effet , partit
Poitiers le (ixieme de Février. '.
Maréchal d'Hoquincourt, Brogle,
NavailleSj qui commandoient fous 1
attaquèrent le Duc de Rohan , &
prelTérent de ii près, qu'il fut contra
de demander une rufpcnlion d'Arm
dans le tems de laquelle il fut arr
quilfe retîreroit à Paris & abandom
roit fon Gouvernement pour un tcrr.
& que le Roi mettroit dans la Ville
Château d'Angers tel de Tes Servitei
qu'il lui plairoit pour y command
Le Pont de Ce, attaqué par le mê^
Maréchal , fuîvit l'exemple de la.V-
le. capitale de cette. Province. .
aTHiflolre d'Arme d'Autriche, yij
Avant que la Cour partit de Saumur, i (î j i«.
Cliateauneuf, dégoûté de fe voir inu-
tile, prit congé du Roi de de la Rei-
ne, èc fe retira à Tours , d'où quel-
que tems après le Miniflre lui envoia;
ordre de s'en retourner en fa Maifoii
de Mont-rouge , où il mourut enfin-
chargé d'années Se d'intrigues , qui
font des œuvres bien vuides devant
Dieu. Le Commandeur de Jars fon
Ami fe retira auffi j mais , il fe rac-
commoda après quelques tems de pé-
nitence. Le Vicomte dé Tarenne ^
entièrement détaché de M. lePrincCj
&c remis aux bonnes grâces du Roi &c
de la Reine , vint à la Cour, où il
fut reçU'de Leurs Majefl'ez avec beau-
coup dé marques de leur bienveil-
lance ; auffi bien que le Tellier, qui
fut le premier de tous ceux qui en a-
voient été exilez pour l'amour de lui ^ .
qui fur rétabli,.
Les Viélbrieux ne font pas toujotrrs^
invincibles. S. Luc fut un peu battu par
u. le Prince ; mais auffi , le Marcpis -
de Montauiier , & du Pleffis-Bellîere 3-,
reprirent Xàintcs D'autre côté, le
Die de Nemours entrant en France
Q j, av«a:
fiS Aiémoïres ponrfervlr
i Sji, avec les Troupes qu'il amenoic d
Flandre ; un fecours (î confiderable
ôc la réputation dj M. le Prince rclevan
fon Parti qui commençoit à chance
1er , fît croire aux mauvais François
que le Roi étoit perdu. La Noblef
fe du Vexin voulut s'oppofcr au pa(
fage des Troupes étrangères > mais
le Duc d'OiIeans coniideranc cect
Armée comme fi c'étoic la (ienne
elle palTa la Seine à Mantes , ôc fc mi
entre Chartres Se Paris, où le Du,
de Nv^mours , Tavanes , Clinchara
& les Officiers d'Efpagne s'enallercn
recevoir les bénédi6i:ions que les Bour
geoîs leur donnèrent comme aux rell
taurateurs de leur liberté. Mais
pendant que les plaifirs les y amul
foîenc , ôc que leurs Troupes prc
noient du repos , le Miniftre achevjJ
l'entreprifc d'Angers , du Pont
Ce 5 & de Xaintes , ôc mît la Rocheli
le en fureté. Après cela , il juge?
qu'il étoit nécefTaire de s^approcher d«
Paris avec TArmée du Roi , pour ennj
pêcher les progrés de celle que comj
mandoît le Duc de Nemours, Ls
Cour fut à Tours, où le Roi ôc la Rei-]
^ ne reçurent une célèbre Dépuratîoi
à l'Hlftoïre à* Anne â^ Autriche, j i ^r
Cierge de Fiance , pour faire des Re- i ^5 ^«
montrances au Roi fur le tore que le -
Parlement avoit fait à leur Corps , ne
refpedbant point la perfonne d'un Car-
dinal. L'Archevè uc de Roiien oui
i.
portoic la parole avoit pris lî bien
Ton tems pour faire fa Harangue , que
la loiiange qu'il fît de ce /Vliniilre ,
j' peut-être une approbation autenrîque
b par le premier & le plus coniïderable ,
ij ics troi^ Etats du Royaume de la refb-
lution que leurs Majeftés avoient
prife de le rappeller.
De Tours la Cour vînt à Blois 5,
t|oÙ Servîen eut ordre de revenir. It
len avoit été exilé avec leTellier, a
îjcaufequc les Princes le demandoientj
f mais quelques-uns croîoîenc que le
j Cardinal \\f^\\ étoit pas content non
plus que de Lionne fon Neveu , qui
ifut quelque tems dans une manière de
diigrace 3 Servien , qui avoit vu au-
tres fois le Cardinal lui faire la Cour 3,
pendant qu'il étoit Secrétaire d'Etat ,
étant foupçonné , auffi-bien que de.
ILîonne, d'avoir voulu s'établir l'un:
6c l'autre auprès de la Reine par leur
grande capacité pour les affaires d'E-
îar pendant l'abfence de fon premier
5' 30 Mémoires ponrfervtr
îS^l^ Miniftre , pour l'accourunier à fe paf
fer de lui. Mais, cette Difgrace m
dura pas longtems , 6c leur promp
retour fît voir que les foupçons qu'oi
avoir eu de leur fidélité , avoient et'
fort mal fondez ; la crainte du crédi
que Monfieur avoit dans Orléans
qui étoit fon Appanage, & le peu d
confiance qu'on avoit au Gouverneui
qui étoit le Marqpis de Sourdîs , fi
rent refondre la Cour à quitter l
grand chemin qui étoit d'y pafic
pour aller à Gergeau , où Vaubecouri
ôc Palluau fe dévoient joindre pour at
tendre le Maréchal de Turenne qu'oi
^ y envoioit avec deux mil cinq ccn
hommes pour tes commander. L
Duc de Nemours fit prendre la mém
route à l'Armée des Ennemis , pou
fe faifir de Glen ou de Gergeau , o
1& Duc de Beaufort fe devoit rendr
avec celle du Duc d'Orléans ; maif
le Maréchal de Turenne les aiant pré
venus, le Duc de Reaufort , qui von
Ibit l'en cha^fer , y perdit bien di
monde , &c fut obligé de fe retirer
L'on dit alors, que l'habileté de nô.
tre nouveau Général avoit Xauvé l
Koi', la Reine, .^ toute la Maifoi
Rola
a V Hlftolre d' Anne d'Autriche, 331
loiale, qui fans cela feroît demeurée K^cr,
;n proie aux Ennemis, dont toute
'Armée fe vint camper autour d'Or-
eans.
Le Dac d'Orléans avolt éré con-
cilié d'y aller lui même, pour empê-
her le Roi d'y entrer j mais, il trou-
a plus à propos de ne pas quitter
'aris , & d'y envoler Mademoifelle»
Jle y alla avec beaucoup de joie & de
éfolution , flilvie des ComtcfTes de
icique 6c de Frotenac , dc de plu-
eurs autres Dames habillées en Ama-
onnes, accompagnée du Duc de Ro-
.an , de quelques Confeillers du Par-
ement, & de plufîeurs jeunes gens de
'aris. J'ai quelque connoilfance des
entunens de cette PrîncefTe , qui , de
[uelque manière qu'on les tournât ,
toient criminels ; mais, on peut dire
n fa faveur, que fa pafïïon étant lé-
;îtime > il y avoit quelque chofe de
;rand &c d'excufable dans Ion adîon.
^abonne mine du Roi, la Majeftéquil
)ortoit dans Tes yeux, fa taille, & tou-
es Tes grandes éc belles Qiialitez-, n'a-
.'oient point de charmes pour elle : la
Couronne fermée , étoit le feul objet
le Ton Ambition , de fi Alexandre
pour
53 2. M(^molres pourjervlr
1^)2. pour une pareille pafîîon a reçu tar
de louanges de fes injuftcs conquêtes
n^eft-elle pas en quelque façon excu
fable , fi étant: du Sang de nos Rois
elle avoir fouhaité de voir fa t-éte cou
verte de la même couronne, Auiïi
j'ai oiii dire à la Reine , qu^^elle r
Tavoit point blâmée d'avoir été de c
Parti donc le Duc d^Orleans Ton Pei
étoic le chef, d'avoir fait la Guerre
ni d*avoir eu des defîrs aufli noblt
que les fiens y mais qu^cUe la blanio
de Ton cm por cernent , Se des rudelT
qu'elle avoît eues à fon égard. M.
demoi Telle a toujours gité toutes f
affaires , par l'aétîvité de fon temp
rament , qui l'a fait aller trop vite <
trop loin , en tout ce qu'elle entn
prenoit; au lieu que fi elle eut eu ui
conduite plus modérée , routes chof
lui auroient peut-être mieux reiif:
Madcmoifelle fe preienta à une d
portes d'Orléans &c le Garde des Se
aux dans le même tems étoit à ui
autre porte , qui demandoît à y ei
trer de la part du Roi ; car il y ave
été envoyé pour arrêter ce Peuple foi
fon obéifiance , & pour prelîentir p;
la manière dont on le recev roit ce que
Coi
à VHlp^olre d'Amie ^Autriche. 333 ^
]oiir en devoir éfperer : mais les prin- ^ \
ipaux de la Ville ccoient ailemblés &
soient fort empêchés de ce qu'ils
iroieut à faire. Ce qui fair voir qu'ils
ifleiit reçu le Roi , s'il y ëroit allé
abord , fans héfîtcr j car les habîrans
ouvroient la porte ni à Madcmoifel-
, ni au Garde des Sceaux. Dans
i intervalle , Mademoifelle qui fe
omenoit volontiers s'avança de de{l
s le fofTé jufques fur le bord de
au. Les Batteliers la voyant la vîn-
it tous faluer, avec de grands cris
idlegrelTe. Le Comte de Fiefque,
< i étoit dans la Ville , lui avoir ça-
|é le Peuple par de l'argent qu'il
:oît donné. Soit donc par le peu-
Y qui étoit dehors , ou par celui qui
oit dedans, la vérité eft qu'elle pa{^
f par une petite porte ronde qui don-
I fur la Rivière , qui étoit alors mu-
I!, & que l'on abbattit pour la faire
c;rcr. Aufîî-tôt qu'elle fut dans la
Mie, elle fut fuivie de tout le pcu-
\' avec admiration & applaudiirc-
r. nt. Elle alla à rHÔtel de Ville : elle
ft-cndit la MaîcrelTe des plus puiflans ,
6 empêcha que fc Garde des Sceaux
n pu entrer. Le Marquis de Sour-
dis>
l
3 34 Mémoires pourfrvtr
l6^i, disjquoiqne Serviteur du Duc d*0
Icans 3 ne fut pas content delà ven
de Mademoifelle j il borna fa pu i (Ta
ce autant qu'il lui fut pofîible: fa f<
meté , (Se le droit que lui donnoit
qualité de Gouverneiir , l'empêcl-
rent de fe foumettre entièrement
robéi'Qance que cette PrinceiTe de
roit de lui.
Le lendemain , Mademoifelle ,
Duc de Nemours , & le Duc
Beau fort , fe trouvèrent au Fauxbo
d'Orléans pour avifer enfemble à
qu'ils avoient à faire , & pour te
confeil ; mais au lieu d'établir
ordre dans leur conduite , il arriva
grand defordre qui fut avantageux
Service du Roi. Les Ducs de Be
fort ^ & de Nemours, fe quereller
Le Duc de Beaufort lui donna à
mi un foufïlet. On les accomm<
auffi-tôt j & le Duc de Beaufort ,
avoir de TAmiiié pour Madame
Nemours fa Sœur , dit les lad
aux yeux au Duc de Nemours
Beau-Frere tout ce que Tailiance 6
bonté lui pouvoit faire dire ; ms
ec fut inutilement. Le Duc de !
mours dépuis cette fâcheufe avant
I
à VHlftolre à* Anne d'Autriche, 3 3 j
ut une haine implacable contre ce 16 si,
rince , ôc cette haine eut enfin une
litc fiincfte contre kii-même.
QLielqae tems avant l'entrée de Ma-
smoifcllc da4is Orléans 3 elle avoit
:rit une Lettre à Madame de Navall-
s , pour la faire voir à la Reine ,
ir où cette PrincefTe marquoit beau-
)ap de dclirs de la fervir, de mon-
oit d'entrer par compîaifance ieule-
ent dans tout ce qui fe palfoit à Pa-
; ; mais elle faifoit entendre forte-
ent 5 qu'elle defîroit qu'on la rcgar-
llt comme une perfonne qui pouvoit
retendre à la Couronne fermée. C et-
Lettre , que j'ai vue , fut mal re-
le par la Reine , qui étoit trop ac-
»ûtumée à n'avoir pas grande con-
deration pour elle. Mademoifelle fut
infiblcment touchée de ce que Tes
nncs volontés n'avoient pas été af-
bien reçues. Elle en écrivit une
tre à la même perfonne , par la-
elle on voyoît qu'elle étoit perfua-
ê d'être MaîtreUe du Parti. Elle
î mandoit avoir toujours hay le Mi-
re 5 comme n'en ayant jamais été
n traitée , dcclaroit de vouloir
oufer le Roi , ôc fe vantoit qu'elle
feule
É
)
5 5^ Mémoires four fervîr
iCji, feule avoir empêché les Troupes R
yales d'entrer dans Orléans. EUcl
marqiioit , qu'on ne la devoir pas m
prifer , ôc qu'elle pouvoir être utili
pourvu qu'elle fut fatisfaite ; itjî
qu'elle ne la pouvoir être fans et
Reine. Enfin elle témoîgnoic qu'(
le pouvoir mettre les chofes en é\
qu'on la demanderoit à genoux ,
ajoûtoît ces mêmes mots, que j'ai p
dans l'original, ^te cjuolque le Cha^
tre lut foltfort a^réable^elle efi toutes f
trop importunée d'erj entendre parler y p
ce que tevis ceux de [on Parti , croyant
p aire , ne hil parlaient d'autrç chofe.
y avoit beaucoup d'efprit dans ce
Lettre j comme il y en a dans tou
celles qu'elle écrit , mais la Reine
vouloit pas cette Princelfe pour
Belle-Fille ^ Ôc la Guerre qui fe faif
entre elle &c le Roi n'étoit pas u
bonne voye pour y parvenir. Ce q
lui fit alors Mademoifelie, fur unel-
gatelle que la Reine à fon retour i
fit l'honneur de me conter , lui C'
plût. On vcnoit acheter à Ories
ce qu'il falloir pour la Cour j à,
comme on lui appora certaines pi •
viiions pour la cuiiîne du Roi , ;
i
i rnlfiolre ^Anne (^Autriche. 357
a Reine & des autres , après les avoir j Cti.
egardées , elle y trouva des moufle-
ons , qu'elle prit & les jetta, difanr,
^.eU ejî trop délicat j je ne veux pas qut
i|r C^ràlrmi en mange,
\ Les ordres du Duc de Nemours
ui vcnoienc du Prince de Condé à
)n Ai'mce étoient de paiTer la rivière
e Loire pour fecourîr Mont-rond , &
larcher vers la Guienne \ ôc ceux du
'Lie de Beaufort , qui venoit à la
ême Armée de la part du Duc
Orléans , qui étoit à Paris , e'toient
îpofés à ceux-là 5 parce qu^il vouloit
'oir des forces pour fe pouvoir def-
iidre contre le Roi , au cas qu'il en
t attaqué , fbûtenir fa réputation
ms le Parlement Ôc parrni le peuple ,
le$ empêcher de quitter Ton Parti ,
qui auroît pu arriver s'il étoit de-
uré fans d'autres forces que celles
r Intrigue.
Le Coadjuteur , qui avoît alors
cela confiance du Duc d'Orléans ,
yoit ce deflein , ôc augmentoit fa
iînte , afin de rendre cette Armée
[Utile à Mr. le Prince qu'il haïlToit.
vouloit encore être confideré à la
j)ur , en faifanc voir que la Puilfancc
çtoic
i6ji.
358 /t/fémolres pour fervlr
etoîc toiu-à-fait de Ton côte. Qcx\
politique lui fervic à obtenir promj^l
tement le Chapeau qu'il reçut en
tems là félon l'engagement que
Cardinal Mazarîn avoit pris avec li
& dont j'ai déjà parlé.
Chavignî prétendoit gouverner 1
deux Princes* Il étoit confideré p
lui-même ^ par les Emplois que
confiance du Prince de Condé !
donnoir. Il avoit part à celle du D
d'Orléans : il avoit aufîi fcs intelligej
ces avec le Cardina^par Faber^pour
chofes qui lui convcnoientu. Il vc
loit faire la Paix de la Cour, qua
les tems fc rencontreroient propre!
y Trouver fes avantages , & il afpir
à la Gloire d'être employé à la P
générale. Il crut que pour cont<
ter ceux qui demandoient réloigil
nient du Cardinal, on pourroit Yy
voyer la traiter hors du Royaume a'I
les Efpagnols j & lui , qui alloil
tout , croioit , étant nommé à cet E
ploy avec le Miniflre, fe faire val
par Mr. le Prince avec les étrange
6c en dérober toute la gloire au G
dinal. Toutes ces raifons le perfua
rent quil avoit befoin de la prefeie
f
àniifiohe d'Ame â' Autriche. 53,^
irce Prince à Paris , &C robiigérer.r c^je^
lîlui confeiller de venir à i'Aniîéc,.
de quitter la Guienne, CcCosîifci4
t reçu volontiers de celui à qui il
t donné , à caufe qu'en tous iicuîc
r, le Prince fe crouvoit battu parle
Dmte d'Harcourt ; Dieu ie permet-
iit ainfî 5 pour lui faire voir (ans
.'•ute, par le malheur de Ces armes.
4ui où il écoic tombe eu fe feparanc
( > intérêts du Roi,
Le Prince de Condc fe réfoluc donc
< quitter la Giiienne, 6i de venir à
il Armée, Il choifit le Duc delà
])chefoucault pour Paccompagner ,
tlaiifa Mar fin auprès du Prince de
•nti y Ôc Madame de Longueviiic,
tit pour les maintenir unis , que
pr avoir foin de confervcr Bour-
iiux dans .fes intérêts. Les Fadions
ykoient grandes , ôc Pintelligcnce
ni établie dans fa Famille, Madame
<l LonCTuevîlle étoit mal à la Cour:
;[|| y craîgnoit fon Elprit j ôc -, quoi
"elle eut travaillé par la Princeffe
J^aiine à fe rétablir dans les bonnes
gjces de la Reine, elle ne les avok
obtenir. Les Dames , qui ont le
r rempli de paillons j éc qui en
me ih P veu^
' 3 4^ Mémoires pour fervlr
1 65 1 . veulent donner a ceux mêmes qu'ell
n^aimcnt pas, font à craindre en to
[Partis 5 & en peut difficilement
prendre confiance. Par cette raifo
le Prince de Condé ne trouvoît pas(
cette Princefie, quoi qu'elle fût
Sœur 5 une fureté toute entière i
le Prince de Conri , peut- être po
Paimer trop , la hailfoit quclqucfo
car, voulant qu'elle le préférât à te
le monde, il avoit de la peine à vc
qu'il n'avoir pas affez de part à Tes j
crets. Ces diffiérens fèntimens y à
que m'ont dit ceux qui pour lors '
étoicnt les confidens , failoicnt naît
entre eux de grandes divifions. Se \
intrigues des partie ilîers faifoîe
beaucoup de defordre dans leur pet:
Cour. Le Prince de Conti ; gag
par le Miniftre fans qu'il le crût et;
vouloit la Paixi ôc Madame de Lo
guevillc, ne la pouvant avoir avec
Cour, ni avec elle même , voiil*|
fe faire craindre. Se de la Cour,
de Tes Frères. Elle fomentoit le Guc|
retant qu'il lui étoit pofliblej Sc
Prince de Conti , Se elle, par des m\
tifs différens , tâchoient de Ce reiidj
les Maîtres tant du Parlement
4
I à fHliloire ai Anne à^ Autriche, 541
1 Peuple de Bourdeaux lis appu- ifîji,
h'ent particLilicrcmenc le Peiipie ,
mt les Affemblées le fairolenc en un
■u nommé l'Ormêe y qui donna le
, )m à la Fadlion de cette Ville, tant
S.e la GueiTC dura.
Le Duc de la Rochefoucault qnic-
t volontiers Bourdeaux , pour fuivre
l Prince de Condé ; car , les char-
r s de Madame de Longueville, qui
a)îenc fait toute fa joie, faifoienc
àrs [on defefpoir. Sa palîîon avoîc
c ngé de nature; &, au lieu d'elle,
l^jaloufie occupoit entièrement fbn
f'ir. li la foupçonnoit d'avoir vou-
^laire au Duc de Nemours, & ce
lujçon lui caufoit de grandes zn^
7 Tes. Il ne fe peut pas faire, qu'a»
la: eu tant de parc aux bonnes gra-
i'une fî grande Princeflfe, il n'en
ntît la perte avec beaucoup d'a-
:ume ; mais , outre la préférence
:lination qu'il croioît qu'elle n'a-
plus pour lui , il crut qu'elle
- renoic plus de part à fes intérêts,
u'elle avoît abandonné le foin de
3rtune , qu'il confî-léroîc autant
celle qu'il aimoit. Il avoit fur-
pi'iie fes Lettres, à ce qu'd m*a dîc
P 2. de-
2 42- JWemo'res four Jervîr
16^1 ^"P^^^^ lui-même, par lefquelles il 1 ;
fcmbloit qu'elle le vouloic perdre a |
près du Prince de Condé ion Frer
ôc qu'elle avoît oublié fes fervices
fes maifons rafées. Il ne faut do;
pas s'ctonncr s'il fut fenfible à tant {.
grandes chofes , Se C\ Tîncouftance i
parut un crime le plus énorme c :
Ton puiiTc commettre ', car , plu; l
lui étoit glorieux d'avoir eu quel( ;
part dans un C œur que tant d'hon -
tes gens defiroîent pofTcder , j s
aufli lui devoit - il être dur de n
voir charte par un autre. Il c
fpntit auiîî avec trop d'excès , de i:
blamé avec jufticc d'avoir fuivi i f
aveuglement (on dépit , & de i-
voîr porté trop loin ; car ce dépi Iç
fit devenir d'Amant ennemi , -^
d'ennemi, ingrat, par les cruelles
fenfes qu il fit alors à cette Prince
qui allèrent au delà de ce qu'un C
tien doit à Dieu > de de ce q:
Homme d'honneur doit à une D
de cette qualité i le fouvcnir de
mitié pa(Ï€e<ievantce me femble
fer dans l'ame une impreflîon d
connoi (Tance ÔC de douceur , cap
4'empêcher que U vangeancç n'à^^K:
4 rH'iflolre d'Anne d'Autriche 543
Il dehors, lors même qu'intérieure- 1652'^
lent l^ame cft remplie de rage & de
erefpoir. Leur changement commun
uelqiic tems après en fit un autre
ien plus grand en- Madame de Lon-
uevilje : il lui fit connoitre que les
Créatures étoient indignes de Ion ef-
me , & de Ton affection : elîe en à
lit dépuis un meilleur uiage , fe dou-
ant elle-même entièrement , &: d'u-
z manière tout-à-faît admirable , à
ikii qui étant Ton Créateur méritoit
ul 3 qu'elle fut uniquement à lui.
i vertu a été (i grande , & fa conver-
on fi parfaite , que par elle on a eu
iijct d'admirer en nôtre Siècle , lès
Fets de la Grâce , & les merveilles
ac Dieu opère dans nos âmes , quand
lui plait de les éclairer de fa lumie*
; 5 & que d'un grand pécheur il veuc
ire un St. Paul & un St. Au2;ufl:in.
Monfieur le Prince , ayant donné les
dres nécelTaires pour obvier à tous
s maux que pouvoicnt produire les
vifions de fa Famille , fe fépara du
:ince de Conti à Agen , où il eut à
lûtenir l'effort de ce Peuple , qui
)ulant faire Ton d evoir fe révolta
mcrc lui. Le Pri nce de G)ndc ,
P 3 ^uk-
344 Jl^emolres j>oHr ferv'ir
ï6ji» quittant le Prince de Conti fon Frc
re, lui recommanda de fe confier
Marfîn de à Laine, de tous Tes intc
rets ; puis il partit pour l'Armée
fuivi du Duc de la Rochefoucault
du Prince de Marfillac, fon Fils, d
Guîtaur, Chavagnac , & Gourville
d'un Valet de Chambre, ^ de quel
ques autres. Ils fuivircnt tous 1
Marquis de Levi , qui avoit un Pal
fcport du Comte d'Harcourt , pou
fe retirer lui 3c fon train en fa Mai
/on en Auvergne. Mr. le Prince
faifant cette courfe , travcrfa toute 1
France, avec de grands périls j mais
^ Padrcd'e Se Thabileté de Gourvill
Fen fauvércnt.
En arrivant dans la Forêt d'Ot
leans, il fut reconnu par quelques Ca
valliers de TAvancçarde de Ion Ar
mée ; ce qui leur donna une joie in
croïable, à caufe du beioin qu'elle a
voit de lui. La divifioii des Chef
qui la commandoient, & l'arrivée di
Roi avec fon Armée , les mettoit ei
état qu'ils ne pou voient efpérer d
reiFource qu'en la veniie de M. le Prin-
ce, qui, par fa valeur & fa conduite
pouvok faire des miracles que ceux d
à l Hl Ivoire à' Anne êH Autriche » ^45
ai Parci n'ofolcnt cfpércr que délai 1(3/2,
uL
AulîiLoc après qii? le Prince de
Diidé fat arrivé , il fie marcher fou
rmée à Montargîs qu'il prît , 6c le
"(fa rempli de Bled & de Vin pour
a lervir en un befoinrde là, elle
; a à Chaceau-Regnard. Gourville
' irriva en même tems, qui revenoic
i Paris , ou le Prince de Condé Ta-
^ "c envoie de la Charité, vers le Duc
c )rleans5 ôc vers Tes Amis du Parle-
ï nt pour (çavoir leurs fentimens fur
cqu'ilavoità faire. Les Avis qu'il
rut par lui furent difFérens. Gour-
\ le m'a dit qu'une partie lui confeil-
1' : de (e tenir à l'Armée ; étant cer-
t.i que le tems qu'il y feroît, toute
lîPuiirancc refîderoît en fa perfbnne,
ô qu'il feroit le Maître du Parti du
P-lement, & de la Cour : tous néan-
nins s'accordoient en cela, qu'il fal-
^ attaquer l'Armée du Roi, & fai-
nquelque Action d'éclat , qui leur
Konnât du crédit & des forces. Cha-
vî'ii étoît d'Avis qu'il revint à Paris,
q ind il le pourroit faire , attendu
qi; le crédit du Coadjuteur, alors de-
v<.u Cardinal de Rets , augmentoit
P 4 trop.
p
54 é Aûmoîres pour fèrvlr
yiéji, rrop 5 auÛI^bîcn que les Caballcsde i
Cour dans le Parlemenr. Il voul \
auiîi , par la prefence du Prince , ' .
miniier la faveur de Ton Rival, :
augmenter la iîennc.
Dans ce moment , le Prince j
Condé reçut avis que la Brigade t
Maréchal d'Hocquincourt étoit en .
re dars des Quartiers Téparés ai i
proche de Chateau-Regnard , de ( i
ie lendemain elle fe dévoie joîndri I
celle du Vicomte de Turenne 5 ce- î
le fît réfoaJre à l'^heure même a :
toute Ton Armée d'aller droit ai -
quer le Maréchal d'Hocquincoui ,.
devant qu'il eut le tems de la rafTc •
bler 3 & de fe retirer vers le Mâ-
chai de Turenne. Il le fit , & ci -
va d'abord cinq Qiiartiers. Il mit 1
déroute les Troupes du Roi ^ &c ] t
leur bagage. Trois mille Chevifr
furent pris , tout fut renverfé , 1 1
partie le fauva, le refte fut poier
prés de quatre heures vers Auxe -.
Cette défaite eut été encore jis
grande , Ci M. le Prince n'eut r '^'
avis que le Vicomte de Turenne ^-
roififoit , lequel par fa fage condui
fa prudence^ &faferaiecé, arrêt: ^
13
2t
à rHtfiotre d*Jme d'Autriche, 347
Vîdoire de M. le Prince, & fauva ce 1(^51
ourla, le Roi, & la France, qui fe
ârent dans cet înilanr, en un grand
')éril , par les heureux fuccés de M.
c Prince. Les Ducs de Nemours &
c Beaufoic montrèrent en ce jour ,
[Ue s'ils n'avoient de la modération,
Is avoient du moins beaucoup de va-
;ur. Le premier eut un coup Je
iftollet au travers du corps , qui fuc
rand , mais favorable. Le Dac de
i Rochefoucaulc ^ b Prince dé Mar--
llac Ton Fils, y firent des Aélions
ui auroient été dit^ncs de louansies ,
.il étoic poffiblc d'en donner à des
ançois , qui , au lieu de fervir leur
,oî , travail loient à le perdre.
Gn vint à Gien donner au Roi , &
la Reine la Nouvelle de la Déroute
s Troupes du Maréchal d'Hoquin-
llirt, avec amplification j ôc l'alarme
fut grande. Le Roi, à ce que m'é-
;ivit alors mon Frère qui l'avoit fui-
\ en tout ce Voiage , monta à cheval
ec ce qu'il y avoit auprès de lui de
ns de qualité , "& fortit de la' Ville;
ais 5 le Miniftre Paîant arrêté au
|)mmenccment de la Plaine , Pempê-
jia de fuivre fes généreux fentimens,
P s a^îî
3 4 5 ^cmoires ^ourfkrvir
léji, qui dans fa plus grande jeunede Ii
eue fait aimer la Gloire. Pcndai
■qu'on chargeoit le Bagage , & qu'c
falloir tenir les Caroffes rous prêts
p^lfer le Pont, qr/on fongeoit nién
à rompre en cas de bcfoin, après q^\
la Cour y auroit parte , tous 1
Volontaires furent avec le Duc
j Bouillon à TArm^e , où ils trouv
rcnc une grande allegrelfe parmi 1
Soldats , parce que le bruit a voit co
ru que le Roi y venoît : tous criérc
Vive le Roi , ^ Bataille j mais ,
Nouvelle arriva peu de tems après q
la. perte n'avolt pas été fort granc
ôc que M. le Prince s'croît retiré da
fcs Quartiers , & le Vicomte de T
renne dans ks fiens.
L'Armée du Roi étant retirée , ]
lie Prince fit prendre à la fienne le cl:
min de Chatillon. Il y tarda de
jours 5 puis de là il s'en alla à Par
Ôc lailTa le Commandement de foni^
nié" à Cl inchamp , 8c au Comte
Tavanes, Il amena avec lui les Di
de Nemours , de Beaufort, & de
Rochefoucault , & alla jou ir des A ■
plaudiflenicns qui l'artendoîenr, api
un Volage fi. périlleux, de eafuitc à'-
à l'Hlfiolre â'Anne d'Autriche, 549
ne Vidloire accoQipagnée de tant d'é- 16 ji,
clat &c de î^loire. Ils furent en cfFcc
allez grands pour le pouvoir plaine-
, mène i au i s fa ire.
Madame de Chevreufe Se le Coad-
jiiteur tirent beaucoup d'Intrigues,
pour le priver de ce Triomphe. Ils a-
voîent même gagné le Maréchal de
l'Hôpiral, pour empêcher qu'il ne fût
;eca dans Paris ; mais, le Duc d'Or-
eans, qui aimolt à avoir des seconds,
X)rtifié par les Serviteurs du Prince de
Ilondé, le ioutînt malgré leurs obfta-
:les. Alors on vivoit dans Paris avec
)eu de feureté , & beaucoup de trou^
)les. L'Hôtel de Ncvers penfa être
>illé , attendu qu on foupçonna Ma-
iame du Plcilis-Guenegaud à qui eft
ecte Maifon, de travailler a la Paix ,
cêtre fidelle au Roi. Elle n'en école
as accufée à tort j car elle faifoic
lors tous Tes efforts ^ pour lui rendre
rvice , étant en grand commerce a-
c Fouquet 3 Créature du Cardinal
azarin. Des Dames de quah'té, en
(Tan: par le Ponc-neuf un dj ces
urs là, coururent Fortune d'être jet-
tes dans la Rivière par des Coquins
ni faifoient impunément beaucoup
P S dm^
53*0 Afémoîres pour fer vlr
ï^ri. ci'infolences& de méchancctez. L'Ar|
mce des Princes, manquant de foura
ge vers Chatillon fut conduite à Eram-
pes a où ils crurent qu'elle pourroî i
îubfîftcr longtems avec abondance d< i
vivres.
Le vingt deuxième, M. le Prino
alla au Parlement prendre fa fcancc a
vec le Duc d'Orléans. Il y fat reçu
venant de donner un Combat contr
le Roi. Ges Princes proteftérenc ai
Parlement de leurs bonnes intentions
en juilification de leurs Armes, 5
dirent qu'ils déclaroient encore , qu
pourvu que le Mazarin s'éloignât d
la Cour , lui & Tes Adhérans , il
mertroîcnc auiïîtôt les Armes bas. Il
mirent cette dernière ciaufe , afii
qu'en cas qu'on leur ôtâr leprétcxt
du Mazarin^ il cnreftât encore ui|
qui pût durer dix ans , taxant tou
les jours quelque nouvelle perfomT
d'être de ce Parti , attendu qu'ils pou
voient comprendre coûte la Cour fbuj
Iç Nom de Mazarius & d' Adhérans |
Ce jour, il y eut de grands crij
d'allegrefTe en faveur des Princes, 5
n«l n'ôfa jamais parler pour le Roij
i^ reprçfenter qu'il n'écoit pas jufte d<f
recç,;
a l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche, ^^i
recevoir le Prince de Condé , tout id|2:^
fanglant encore des Combats qu^il ve-
noîc de donner contre lui. Les Dé-
putez du Parlement , qui avoicnt cté
porter au Roi les Remontrances pat"
écrit que le Parlement avoit ordon-
lées contre le retour du Cardinal Ma-
2arin, firent ce jour-là leur relationnel
"e plaignirent de n'avoir pas été bien
cçus , ni les Remontrances lues en^
u'éfence du Roi félon l'ancien ufa^e.
Toute la Compagnie en fut fcandalî^--
ëe : les Gens du Roi firent de gran--
Ics Exclamations , & dirent que le ■
loi leur avoit répondu , qu'il envoie*
oie qucrir lés Informations contre le •
Cardinal, qu'après les avoir lues dû
^ues, il les manderoît pour leur faire
éponfê. La Compagnie cria forte-
ment contre cela, quoi que ce fût une
hofe dans l'ordre , & confeillée par-
e Premier Préfident, qui ëtoit alors^.
out à fait attaché au Service du Roi ^ ,
^ qui en fçavoit plus qu'eux.
On donna avis à Paris à M. le Prîn-«
e, qise MioÏÏans & le Marquis de Si:.
viegrin , LicutenansGénéraux, mar=-«
ihoienc de S. Germain à S. Cloud, a-*
cc.deiix Caii©ns> à deffein- de ehaf-'
P., 7; fCil
9^ A
571' Mémoires pour fervîir .
fer cent hommes du Régiment d
r.&ji QQiy^^ ^ qui s'étoient retranchez fu
le Pont, éc qui en avoient rompu un
arche. M. le Prince monta à cheva
avec ce qui fe trouva auprès de lui ,
deiïein d'y aller. Le bruit de cet Ex
ploit aiant été répandu par Paris, hai
ou dix mille hommes le fuivircnt^tan
' honnêtes gens que Bourgeois , ce qu
fit que les Troupes du Roi fe conten
térent de tirer quelques coups de Ca
non, 6c de fe retirer. M. le Prince
voulant profiter de la bonne volont
de ces Bourgeois, les mena à S.Do.
nis , où il y avoit une garnifon d
deux cens SuiflTes. Ses Troupes '
arrivèrent à Tentrée de la nuit j 6
ceux de dedans aiant pris l'alarme , 1;
donnèrent aux aiïîégeans. Le Duc d.
la Rochefoucault m'a dit, queM.L
Prince étant au milieu de 3oo.Che.
vaux y Se cette Compagnie étant com-
pofée de tout ce qu'il y avoit de per-
fonnes de qualité dans Ton Parti, s'cr
vit abandonné dés qu'on eut tiré troii
moufquetadcs , & qu'il demeura au-
près de lui , feptieme. Ce Prince
lit entrer fes gens dans S. Denis, pa^
ks vieilles brèches qui n'étoient point
defFeiiw
aTHlftolre d'Anne d'Autriche, f j^
dcfFendiies ; & après , tout ce qui l'a- i6^.u
voir abandonné le vint trouver ^ cha-
cun alléguant une excufe particulière
ie fa. faute j dont la honte étoir com-
.nune à tous. Les SuiiTes voulurent
léfendre quelques Barricades dans la
Ville; mais, étant preifez ils fe retirè-
rent dans l'Abbaie , ôc fe rendirent
leux jours après prifonniers-de Guerre..
Dn n'y fît point de dcfordre ; mais 3.
e foîr de ce même jour les Troupes
iu Roi la reprirent ; & Dcflande, Ca-
pitaine du Régiment de Condé,. que
VI. le Prince y avoir lailTé pour com-
nander, fe retira à Ton tour dans l'E-
. ^life , où il tint trois jours. Qiioi
^ue cette A6lion ne fut, pas célèbre ^^
îlle ne lai (Ta pas d'avoir quelque é—
!:lat : elle augmenta la bonne volonté
its Bourgeois en faveur du Prince
ie Condé 5 car, chacun étoit bien aife
de pouvoir dire qu'il avoir été à la-
Guerre avec lui»
Le Duc de Rohan travailloit à Ton
ordinaire à porter les Princes à l'Ac-
commodement.. Chavigni , quoi>
qu'Ennemi du Cardinal , vouloit la>.
même chofe ^ afin de parvenir à Tes.
fins, qvii, ailûienc à: vouloir toujours 3,,
f foit:
3-X4 Ademoîres pour fervïîr
é'j 1 . foie d'une façon foît d'une autre , fai
re un beau perfonnage fur le Théa
trc. Tous deux confeille'rent à M. 1
Prince de penfer à une Paix avama
geufe. Les Propofit ions , qui avoicr
été faîtes en particulier à Chavigr
par Fabcrt , lui plaifoienr beaucoup
car , comme il a éré dit : pour engs
ger par lui le Duc d'Orléans , Sc M
le Prince à penfer à s'accommoder
le Cardinal l'a voit lailfé efpérer qu'il
iroicnc enfemble traiter la Paix ge'nc
raie ; ôc , fur cette efperance , Ghav
giii vouloit celle de la Cour & de
Princes : ce qui plaifoit au Miniftrc
non feulement pour en prétendre c
bon effet, mais encore plus pour al
foiblir rintrigue , & defunir les Con
jurez. Se ceux qui défîroient fa pei
te, & pour empêcher les progrès qu
. le Prince de Condé auroit pu faire
la tête d'une Armée.
En cette occafîon fa fînelTe ordi
naire lui fucceda félon fes dcfifeins.M
le Prince confentîtàlai{feraller àS.Ger
main où étoit la Cour , le Duc d'
Rohan 5 Chavigni , ôc Coulas, tou
trois chargés des Intérêts du Dm
d'Orlcans- ôc- des- fiens* Le prémie
ni
a l'HlJioîre i^Anne d'Autriche, 3 j f
le demandok que réioîgnement ài\ i6&i^
Vfînîftre y ôc M. le Prince vouloir la
îiême cliofè ^ avec de grands acconi-
)agnciTicns. Il avoir beaucoup de
)crronncs à contenter , Tes amis j.
es Bourdelois ^ Tes Troupes, le Prin-
. :c de Contî , ôc le Public. Il deman-
loîr i'etabliffemenr d^'un Confeil >
5c pouvoir du Roi de traiter la Paix
;. ;énérale , & d^y pouvoir travailler fc-
on les P'ropofîtions juftes & raifon»
lables dont on conviendroit. Cet
Vrticîe étoît agréable à Chavignî , par
a part qu'il prétendoft y avoir , ÔC
)ar refpoir de fe voir bien-tôt en pou-
voir de fe vanger entièrement- du Gar-
linal Mazarin. L^ordre exprès qu'it
eçût en même tems des deux Princes^
le ne le point voir , & de ne point
raiter avec lui , ne lui déplaifoic pas
ion plus ; car ne l'aimant point , il
ui fcmbloit 5 que fon abbaifTcment lui
lonnoit à lui en fon particulier une-
gloire bien relevée , mais , fôuvenc-
lous nous trompons dans nos proj-
ets.
Le voyage de Chavîgnî ne lui fut
nillement avantas:eux. Il revint fan&^
ivoirrien conclu j ce qui étonna tous-
ce ux^
53^ J\/femoirer pour JervJr
I^ji, ceux de Ton Parti, qui avoicnt cru
le voiaiit Ci emprelTé Se Ci occupé c
defir de îa Paix , qu'il avoir fureté d
la parc du Miniftre d'y pouvoir réuffi
Non-feulement il avoir rraîré avec 1
Cardinal, ce qui dans le viai n'érc
pas un grand crime j mais , M, 1
Prince avoir trouvé mauvais ^ de c
qu'il n'avoit inlifté , que fur Péra
bliffemeut d'un Confeil néccffàire
pareil à celui que le feu Roi par fo
avis , avoît ordonné peu avant f
mort 5 &c que moyennant cela il devoi
porter M. le Prince à confentir que 1
Miniftre & lui al aifenttraîrer la Pai
générale. L'Article fecret étoit , qu
le Cardinal , après la conclufion de 1
Paix , pourroit demeurer en France
Ce Traité fi raccourci ne plût poin
à M. le Prince il fe refolut de n
plus donner de part dans fes affaire
à Chavî^ni ; car lui même dciuoi
être celui qui devoir aller traitrcr h
Paix générale. Il voulut donc en
voycr de fa part Gourville à la Cour
chargé d'une Inftrudtion drcffée pai
lui j en prefence de la DucheflTe de
Chatillon , Se des Ducs de Nemourî.
ôc de la Rochefoucauld
Voici
i l'Hlfioîre d'Anne d'Autriche, 3^7
Voici à peu près ce que coiitenoic i^yi,
erte Inftrudtîon de Gourvilie ^ ^
eft de lui-même que je l^aî fçù.
Premièrement , M. le Prince ne
ouloic plus traiter pafTe cette fois. Il
romettoît finceremcnt d^éxccuter ce
ui feroir accordé ; comme de même
vouloit qu'on lui tint ce qu'on lui
"omettroit. Il dtmandoit précifé-
lent que le Cardinal Mazarin fortîc
1 Royaume , & allât à Bouillon.
II. Qiie M. le T>i\c d'Orléans , Se
'.. le Prince , eu(Tent le pouvoir de
ire la Paix générale, ôc que M, le
ince pût envoyer en Efpagnc , ^ a-
(ler le lieu de la Conférence.
III. Il demandoit un Conieil coni-
ifé de gens tels qu'ils en convien-
' oient. Il vouloit reder les Finan-
«s, Amniftie générale, de rccom-
]nCe pour ceux qui les avoient fervis ;
I s Grâces pour les Bourdeloîs , di-
linution des Tailles de la Guienne ,
< grands avantages pour le Prince
< Contî 5 pour le Duc de Nemours,
u Gouvernement Se un Brevet de Prin-
< pour le Duc de la Rochefoucault ,
lireil à celui du Duc de Bouillon Se
c Guîmené , Se un Gouvernemcnc.
oa
3 jS* Mémoires four fervlr
tS^.i, ou de l'Argent pour les Particuliers
que Matiîn & du Dogiion fi?(îei
Maréchaux de France, le Rétabiiir
ment de M. de la Force dans le
Gouvernement de Bergerac , &
refte : moyennant quoi M. le Pl'ini
prometroit de bonne foi de quitter 1
Armes j. Ôc confentîr à tous ks ava
tages du Cardinal , à fa jaftificatioi
&c à fon retour en France dans m
mois 5 dans le tems que le Princ(
ayant ajufté les points de la Paix g
nérale avec les Efpagnols , feroit i
le lieu de la Conférence avec les l/.
niftres , & promettoit de ne point fi
ner la Paix q^u'après le retour <
Cardinal,
Le Cardinal écouta les Propofitio
deGourville ôc y parut facile. Sa
doute que cette facilité étoîc feint
& qu'il efpera le remède de ce q
pouvoir lui en déplaire , par les d
jicultés qui naturellement dévoient
trouver à les exécuter. Il arriva '
effet 5 que le Duc de Bouillon s'y o
pofa auffi-tôt 5 ôc demanda , pour 1
un Duché, qu'il de firoit qu'on rei
j?ât des mains de M. le Prince, po
Êaîre partie de fa. Recompenfe de S
da
â VHlfiolre à* Anne ilt Autriche. 559
an. Cette demande arrêta la Né- r6/U
;odatîon chîmcrique de Gourville j
'< le Cardinal fe comcnca de le ren-
^oier a M. le Prince , pour lui ex-
jûfer cette difficulté, afin d'_y trouver
lu remède.
Comme les grands defîeins lont
bu vent traverfés par les fantaifîes &c
es incér.êts des particuliers, le Cardi-
lal de Rets s^oppofa auflî à cette der-
ûerc Négociation , parce qu'elle fc
eroit faite fans lui., il crut que le
Duc d'Orléans, .& M. le Prince , d-
ant réunis à la Cour , il perdroit foii
:rédit : que la Guerre qui apparem-
iient éloîgneroît ou perdroit M. le
Prince , le rendroît en ion particulier
[c Maitre de l'efp^ît du Duc d'Orléans,
3i que par là il le feroît confîdérer da-
vantage. Chavignî fc joignit à lui pat*
cet intérêt foit de concert avec lui ,
ou agifTant lui fcul 5 il détourna le
Duc d'Orléans d'y pcnfer , parce qu'il
ne vouloir point d'une Paix, qu'il
n'auroit point faite , ni propofée.
Dans cet c'tat, une Dame voulut a-
voîr la gloire de décider de la deftî-
née d'un grand Prince , & d'avoir
part à la plus éclatante Affaire de
l'Eu.
3 6o JHemolres pour fervlr
î^ji. l'£^ïi'opp » 4^1 ëtoic alors cette Paî
de la Cour , qui paroiiToit devoir étr
fuivie de la générale 5 c'eft à dire
s'il eut e'té pofiible de la faire an
Conditions qui avoient été propofée:
Madame de Chatilîon haifloit Ma
dame de Longueville: l'émulation d
leur beauté , & du cœur du Duc d
Nemours , qu'elles vouloient polTéde
Tune & Tautre , faifoit leur haim
Madame de Chatilîon avoit vangé 1
Duc de la Rochefoucault. en ce qu'el
le avoit emporté fur Madame de Lor
gueville l'inclination de ce Prince : qii
s'étoit donné entièrement à elle. Cet
te belle Veuve ne haiifoit pas le Du-
de Nemours : cette conquête lui plai
foit; mais, alant toujours eu quelqui
prétention fur les bonnes grâces di
M. le Prince , elle n'ctoit pas fachéi
non plus de conferver quelque domî
nation fur Pefprit de ce Héros , qu(
toute l'Europe eftimoit : fi bien qu'el
le fit deffein de l'engager à laifTer con-
duire cette Négociation par elle. Son
delTein fut de faire la Paix, fans que
Madame de Longueville y eût aucune
part, ni par la gloire , ni par fcs in-
térêcs j &, ne voulant pas faire de
perfi-
^ rnî^olre ^Anm S^ Autriche, zèi
cifidic au Duc de Nemours, elle le l6^i^
n dx trouver bon , & rengagea de
)mpre roue commerce avec Madame
: Longueviile. Elle fe fervit du Duc
i la Rochefoucaulr & de Tes pallions,
)iir taire approuver fa conduite au
Lie de Nemours , ôc pour prcffer
r, le Prince de [q confiera elle, &
vouloir écouter Tes confeils. Le
K de la Rochcfoucanlt m'a dit ,
e la Jaloulie &c la Vengeance le fi-
:it agir foigneulement, de qu'il fie
i.it ce qu'elle voulut. Comme cec-
iDame defiroit aufli fe faire riche,
<e fçut tirer alors un prcfcnt de Mr.
1 Prince, qui, pouffé à cette libéra*
H nar (on jaloux Négociateur ,
1 donna en qualité de Parent , la
'rre de Marlou, 5c fur tout un pou-
^ir très ample de traiter la Paix avec
liCardinal Mazarin, Elle alla donc
ài Cour, Ôc y parut avec l'éclat que
l devoit donner une fi grande appa-
rice de crédit fur l'efprit de Mr. le
r nce j mais, le Cardinal ne crut pas
piîîble qu'elle pût être fi abfolue
^utre(fe de fon fort. Il s'imagina,
fon la raifon , que Mr. le Prince
â^it voulu lui complaire, mais que
de
i^éz Afémoîres pour fertirr
t ^J i» de tels Traitez ne fe pouvoient pas faîr
de cette forte : où platôc il ne vouli
pas faire la Paix dans le tcms, où
ne l'auroîc pas faite ^{îcz avantagewj
pour le Roi &: pour lui j mais, agii
fantà fon ordinaire, il gagna du tem
. te amufa le Prince de Condé , per
dant qu'il faifoit la Guerre tout c
bon en Guïenne , 6c que par tout L
Armes du Roi étoient viâiorieufe
Madame de Chaftillan revint à Pai
pleine d'efpérances & de promelTe;
& le Cardinal , plus habile & pi
fin que fes Ennemis, tira de fa Nég(
cîation un plus folide bien, qu'il n\
auroit reçu alors de PAccommod
ment.
Le \farecbal de Turcnnc , aîa
avis que Mademoîfelle paffant p
Etampes avoit voulu voir TArm
des Princes en Bataille , fit march
fes Troupes , & arriva au Fauxbou
d'Etampes, avant que celles de 1'^^
m-ee qui etoit logée dans cette Vil
fuffent en état de deffendre leur Q112
tier. Il fut forcé 6c pillé, Mr. >
Turenne & d'Hoquincourt fe rei
rérentau leur, après avoir deffait m
le ou douze cens Chtv*ux dts me
leu
i
1 à l' Hîftoire â' Anne à' Autriche, ^6^
dmrs Troupes de Mr. le Prince, éci6^i.
mené plufieurs Prîfonniers. Dans
zs mêmes tems fe faifoienr pliilieurs
légociatlons , ôc plufieurs \ oiages
ar les Députez du Parlement vers le
.oi\ tous demandans Péloicnement
.! Miniftre j de , lelon les occiiren-
is 3 ils étoient traités avec douceur ,
i rudeffe.
L'heureux faccés d'Erampes fît ré-
udrc le Cardinal de Tafl^éger avec
ute l'Armée Roiale. Il y avoir lieu ,
)ur plufieurs raifons , d'en erpérer
le bonne iiTue ; le deffcin en étoit
au , 6c pouvoir faire voir aux En-
mis de l'Etat, que le Roi ne man-
loit pas de forces , ni fou Pv iniftre
courage: mais le Duc de Lorraine
t arrêter ce dtlleîn. Il y avoit
g tem.s que les Princes l'attendoîcnt
ce impatience , & le MiniRre avoit
péché ce fccours par quelque Ac-
rnodemiCnt, qu'il prétcndoit avoir
t avec ce Duc ; mais fa légèreté or-
riaîre ne pût le fixera ce qiv pcur-
c lui auroit été plus avantageux. Il
t avec fes Troupes, qui campèrent
es de Paris : elles firent de grands
fordres , &i furent à quelques uns
3 ^4 A^emoireJ pour fervlr
i6ji, de très juftes chatimens de leurs fai
tes. Ils n'ofcrent s'en plaindre :
crimes volontaires rendent d'ordina
les hommes plus patiens , que la PI
lofophie des plus feveres Stoiques.
Le peuple ayant demandé à THô .
de Ville que la ChalTe de Sainte C
nevieve fût defcenduë , & portée .
Procefîlon y pour chalTer le Mazari ,
<& avoir la Paix , la Procelîîon fe :
avec la Cérémonie ordinaire. P •
dant cette picufe a6tion , Mr. le Pr •
ce , pour gagner le Peuple , & fe f a ;
Roy des Halles aufîî-bîen que le E :
de Bcaufort , fe tint dans les Rues :
parmi la Populace , lorfque le I :
d'Orléans ôc tout le monde étoit î i
fenêtres , pour voir pafler la Proi •
fîon. Quand les Chafles vinren ï
palier, Monfieur le Prince couru i
toutes , avec une humble & appare e
dévotion , faifant baifer (on Cha^
let 5 Ôc faifant toutes les grimaces (|
les bonnes Femmes ont accoutumé
faire ; mais quand celle de Ste. Gçj
vîeve vint à pa(îer , alors comme
forcené , après s'être mis à gen( x
dans la Rue* , il courut fe jetrer er
les Prêtres & baifant cent fois c<e
faite
k l'Hiftolre (i*Anne à' Autriche^ 3 6^
LÎnce Chafle , il lui fie baifer encore iC^%,
)n Chapeliet , 6^ fe retira avec Pap-
audifTemenc du Peuple. Ils crioient
,»us après lui, difanr, Ha ! le bon Prin^
! Et qu'il efi dévot \ Le Duc de
raufort , que Mr. le Prince avoir
focié à cette feinte dévotion , en fie
■ même , & tous deux reçurent de
andes bénédictions , qui , n'étant
s accompagnées de celles du Ciel ^
ir dévoient être funeftes fur la Ter-
1 Cetie /lébion parut étrange à
us ceux qui la virent. Il fut aifé
en deviner le motif qui n'étoit
js obligeant pour le Roy , mais il ne
1 fit pas grand mal.
Le Roi , qui alors recevoît de con,
t uelles Dépurations du Parlement ,
lant par une Réponfe écrite témoig-
defirer de contenter fes Peuples ,
montré de vouloir faire quelques
férencesfur ce fujet, avoir ordon-
iqu'on dépurât tour de nouveau les
mes Dépurés. L'Affaire à leur re-
t'ir ayant été mife en délibération
dis la Compagnie en prefence des
fnces, il fut dit que les deux Dé-
fiés , les Préfidens de Maifons , &
i Nçmond > retourneroicnt vers le
Q. i Roi.
^66 A΀?noîres pokr fervîr
i^f 1, ^°^'* ^^^ partirent le 1 5.de Juin po
Melun, 6c deux jours auparavant (
avoîc accordé entre le Roi d'une par
le Duc de Lorraine & les Princes
l'autre 5 une Sufpenfion d'Armes de
jours, afin de travailler à la Paix.
Il y eut quelque Difpute entre h
le Prince , & le Duc de Lorraîn{
touchant leurs rangs , mais le dern •
fembla s'en relâcher j & , comme .
traitoit avec tous, il traicoic aufïi x :
le Roi. Lui , qui ne cherchoit c
Tes iiatéréts , prit ce parti, comme -
lui dans lequel il devoit trouver 5
avantages. Les chofes étant en 1 1
état, S^ le Duc de Lorraine et; t
dans Ton Armée, le Roi fit approc r
la fiennc pour l'obliger à conclu ,
ou à combatre. Le Roi en me i
tems écrivit au Roi d'Angleterre , :
le pria comme Ton bon Frère, qui -
fîroît le Bien pubh'c &: la Paix
nérale , d'aller voir ce Duc ,
l'obliger à le venir trouver. Le ]
d'Angleterre, qui étoit à Paris, \
tic aufîicôt , quoiqu'il vît clairem
qu'ail derobligeoir Ton Oncle le I
d'Orléans, de s'ea alla au Camp ^
lie
à fHîfioîre d'Anne d'Autriche, 5^7
uc àt Lorraine 5 qui étoic à trois 1652.
znts de Paris. Il trouva en arrivant
le les deux Armées fe battoient , &:
leTAvanr-garde du Roi coramencoic
ja d^ataquer les Troupes Lorraî-
s. Le Roi d'Angleterre 5 qui étoic
, pour parler de Paix , s'arrêta tout
uirt, & manda au Duc de Lorraine,
('il étoît venu pour travailler à le
rttre d'acord avec le Roi, & qu'il
îtonnoit de trouver les chofcs en cet
i t. Le Duc, le venant aufTicôt trou-
\', lui témoigna en être aufli furprîs
celui ; &, foit en effet, ou en ap-
f :ence, il {c plaignit de la Cour , di-
i; t qu'on l'amufoit par des Négocia-
nis & des Traités de Paix , & que ce-
pidant on l'attaquoit par force. Dans
cmêmc moment , Beanjeu arriva de
iipart du Roi, qui aifùra le Duc de ,
raine , que cette Attaque n'éroîr
que pour le Forcer à s'accommo-
[4 & fupplîa le Roi d'Angleterre
ravaîiler à la Paix. On mit pa-
le fur table & ce jour Samedi 15.
n , venant fur le 1 6. on fit un Ac-
modemcnt qui parut plus avanta-
IX au Roi qu'à ce Prince 5 car , il
3^8 Mémoires four [ervlt
j^y2, ^^^ ^^^^ point d'autre profit que i
s'en retourner fans aucune perte.
La rage du Peuple & la colère c3
Pdnces fut grande , quand ils vire
TefFec de cette Négociation, l
Bourgeois de Paris témoi^noient
l'amour aux Ennemis du Roi^ &
la haine à Tes amis , ou à ceux (
celToient de l'être , tant cette V:
étoit alors éloignée des fentimcns (
de bons Sujets doivent avoir p<
leurs Souverains. Lorfque le I
de Lorraine ctoit arrivé dans o
Ville mutine ^ & qu'il avoît entei
les cris de joye que le Peuple jette
Ton arrivée , il avoît dit u'il n
jamais cru pouvoir entrer dans P
coirr.ne Eiii-icmi du Roy , 6c y
auiii bien reçu qu'il l'étoir.
Eafuite de cet Accommodemc
Mr. le Prince fe réfol ut d'aller à
Armée , de peur que celle du Ro;
l'attaquât en chemin. L'ayant i
d'Etampes , il la rejoignit à Lin:
& la mena loger vers Villejuifve j
à St. Cloud , où elle fut zS^z 1
tems. J'étoîs demeurée jufqu'*
dans Paris , ou l'abfence de la R
1 il'Hlftoîre à* Anne à' Autriche^ 5 69
la vue de la Révolte m'avoît in- i6j2,
tmmodée j mais , façhanc la Cour
St. Denis , je fis refoliirion d'y aller
m'échaper de Paris , d'où il étoit
((ïîcile de forcir fans quelque péril,
iraufe que les portes étoîent gardées,
le fis 5 à l'aide d'un CarofTc de Ma-
cnoifelle , qui me mena julqaes à
(laliot : puis de là je fus efcortée par
I )n Frère , lequel , étant venu de S.
Jnis pour me quérir , avoic été re-
cinoître les endroits par où nous
{avions pafTer; & quoique ce jour
cis les environs de Paris fuiTent cou-
\ ts des Troupes du Roi ^ de Mon-
£ir le Prince , nous pafiâmes heureu-
fnent par un chemin de craverfe, &
aimes rcjoindee la Cour qu'il y avoit
I<:g-tems que j'avois quittée. Nous
.Auvâmes que l'Armée étoit occupée
j^fler la Rivière , pour aller battre
Ennemis à St. Cloud , où ils
IJienc encore ; mais Mr. le Cârdi-
ayanc eu avis qu'ils quittoient ce
e j & qu'ils marchoicnt cette nuic
premier au fécond , pour aller à
rcnton , fit auffî-tôt repalTer nôtre
ée pour prendre cette même roii-
0.4 te.
37^ Mémoires pour fervlr
I ^5 1. te , & nous vîmes de nos fenêtres , 1
matin à notre réveil à Sr* Denis , le
dernières Troupes de l'Arriere-gard
iîler vers Paris , pour aller attaque
celles des Princes que la nôtre rencoi
tra vers le Fauxbour^ de Saint-Ma
tin, tirant vers celui de Saint Anto
ne.
D'autre côté , Mr. le Prince v
iant 1^ Armée du Roi groflie c
Troupes du Maréchal de la Fercé ,
qu'il ne pouvoit faire pafler la Tien
par Paris comme il l'avoir cfpér
pour s'aller poîler dans cette lang
de terre qui fait la jondion de
Marne avec la Seine, fut obligé de
faire marcher à l'entrée de la nuît
I . de Juillet i & pour arriver fûrem
où il vouloir aller, avant que l'Arn
du Roi le pût joindre , il les fît \
fer par le Cours &c par le dehors
la Ville , qui étoit ce même cher
que nous avions pris peu d'heures
paravant ^ où nous penfames renc
ter , & paffer avec les premières Tï
pes de fon Avant-garde. Ceft
terrible Avanture pour une Feu
poltronne , que de fe voir en t
compagnie ^ mais, comme fes {
m
a VHlflêiré d'Anne d'Autriche. 374
larchoîent en ordre, & que leurs Of- i ^j2,
ciers étoient à leur tête, il ne nous
Liroîent pas fait de mal. Il faut dire
liïi 5 à la louange de tous , que ja-
uaîs il n'y a €u de Guerre, qui fc
)!C faite avec moins d'animofiLé.
'DUS avons ouf &c vu des menaces,
"S infolenccs j & des crieries, mêmes
Miiauvaifes Aètions ; mais, non pas
s Maflacres & Barbaries, que nous
ons dans les Hiftoires , & que le»
itres Révoltes ont produites. Ces
curons de Mr. le Prince, car ils pa-
iffoicnt tels croianr toujours qu'on
jr ouvriroit quelqu'une des Portes^
.fTérent en cotoîant Paris, depuis la
)rte Saint-Honoré , jufques à celle
' Saint Antoine , pour prendre le
'.emin que j'ai marqué. Je ne con-
;[S le péril, 01^ j'avois été , qu'après
ii'il fut padé , ic que le lendemain
I grand marin je me vis reveillée du
uit des Tambours de l'Armée du
-DÎ, qui félon que je l'ai déjà dit al-
.ir à celle de Mr, le Prince pour la
' tiibattre. Dans ce dcffcin , on fit
;ler le Roi à Cliaronne. Il fe plaça
r un petit coteau, afin qu'il pûc
m de ce lieu une A^tîoa qui devoit
Q^ 5 êae
^ji Jlfemolres pour fervlr
i(?j2, être félon toutesles apparences lapert
de Mr. le Prince , & la ruine d
Parti rebelle, avec la fin de laGueri
Civile.
La Reine fe leva ce jour- là de gran
^^^' matin , 6c alla aux Carmélites '^ , pa
duCon f^^* ^^^ pieds des Autels une fi impo
venc de tante journée. Je fus Ty trouva
Se. De- auffi-tôt , avec Pémotion éc le batt
^^^* ment de cœur qu^on dcvoit avoir da
une pareille occafion , où l'on voyc
de {\ prés la perce inévitable de ta
de braves gens , qui compofoient c
. deux Partis. Là , elle fçut aulîî-t
que Saint Megrin , pour avoir eu tr
de chaleur, & s'être trop précipit
avoit éîé tué dans une Rue étroit
où il avoit imprudemment fait aval
cer la Compagnie de Chevaux- Legt
du Roî qu'il commandoir. Le Foli|
loux 5 Enfcigne des Gardes de la Ri
ne 3 y fut tué aufii. Mancinî , ^]
veu du Cardinal Mazarin , brave
jeune & déjà honnête homme , y 'il
blefie à mort : il paya de fa vie ^
jfon fans l^ malheur de (on Oncll
qui paroi (Toit être le prétexte de ce
injuftc Guerre. La Reine les regref
m^i. îiifîninxenc j ^^ comme il
El
à VHiftoîre à Anne à' Autriche, 3 7,5
:>loit qu'ils étoîent tués à fes yeux léji.
;lle en parut beaucoup plus touchée ,
:|ue dans les autres occafions où le Roi
5i elle avoîent perdu de bons Servî-
:ears. Cette PrinceflTe fu.t toujours
rendant ce Combat à genoux devant
le Saint Sacrement ^ excepté les mo-
yens qu'elle recevoit des Couriers qui
lafaifoient aller à la Grille aprendre la
inort de quelqu'un du Parti du Roî»
Sa fouffrance fut grande, pulfqae je
puis dire que le crime de fes ennemis
n'effaçoît point en elle le regret qu'elle
avoit de leur perte : elle fenroit de la
doulenr pour ceux qui mouroient pour
le Service du Roy ; & ceux, qui périf-
foient dans le Parti contraire, avoîenc
encore quelque part à fa piété. Je vis
fes peines : car j'eus l'honneur d'être
feule auprès d'elle prefque tout le jour.
Madame de Senecey., quil'avoit fuivie,
fe trouva mal : elle demeura toujours
dans une Cellule du Couvent _, fans ap-
procher de la Reine j mais, la Prin-
celTe Palatine la vint tiouver fur le
foir de ce terrible jour. Mr. le Prince
y acquît une éclatante Gloire, par les
belles actions que fa valeur lui fit fai-
re j, par fa conduite qui fut eftimée &
(ié louée
574 Jïdemolres pour fervlr
léji. loliéc dans tous les deux Partis, & pai
l'avantage qu'il eut de ne pas périr lu
&i toutes fes Troupes , comme fcloi
toutes les maximes de la Guerre , à c<
que dirent les plus vaillans , devoi
arriver. Il ne fut attaqué que dans h
moment qu^il fe put fervir des retran
chemens que les Bourgeois du Faux
bour^ Saint Antoine avoient faits
pour les garantir d'être pillés des Trou
pes du Duc de Lorraine ; & ce bon
heur fut ce qui le fauva , en lui don
nant le moyen d^employer à fàdefFenf
le grand cœur de cette extrême capacî li
té qui le rendoit un des plus grand
Capitaines qui ait été dans TEuropel
Heureux en toute manière , s^il n'avoi
point terni par fa Révolte les grand
Services qu'il a rendus à la France ,
laquelle on peut dire qu'il a fait beaul
coup de bien , & beaucoup de mal. li
Le Duc de Nemours , qui combar
rît toujours auprès du Prince de Con
dé, eut treize coups fur lui ou dans (à
armes. On vint dire à la Reine , qur
étoit mort. Je remarquai qu'elle ei
la bonté de le rec^retter , comme
Ennemi qui avoit du mérite , &C ej
qui même elU croioic d'aûTez bonnt
I»
à r Ht fi olre d'Anne d'Autriche, 575
intentions pour la Paix. Le Duc de i(?ji,
la Rocliefoucaulc y reçût une Mouf-
quetade y qui lui perça le vifage au
delTous des yeux , dont à l'inftant il
perdît quafî la vue*. On vit le jeune
Prince de Mardllac , Ton Fils , le ra-
mener au travers de Paris dans cet ctat
pitoyable , qui lui faifoit voir en fa
propre perfonne. Terreur univerfelledc
tous les hommes , qui pour Tordinaire
trouvent leur perte où ils ont cru trou-
ver leur bonheur, lia depuis recou-
vré la vue j Se à peu prés dans le mê-
me tems fa raifon lui a fait connoitre ,
qu encore que l'aveuglement de Pâme
paroiffe accompagné de quelques char-
mes , il efl: pire que celui des yeux , ôc
nous caufe des maux bien plus vérita-
bles. Je lui ay oui dire depuis à lui-
même 5 admirant Papplîcatîon qu^il
avoir eiie à ce qui fe pafTbit alors ,
qu'en Térat ou il étoit , fa feule penf je
fut de faire pitié au Peuple ^ par Phor-
reur de fa bletfure » ôc que depuis la
Porte Saint Antoine jufqu'à PHôtel de
Liancourt , où il fut porté , il parla
continuellement à tous ceux que la
çompailîjn obligeoît de s'irréter à le
regarder, les exhortant d'aller fecourîr
Q,7 Moii*
3 7 <> A^femo'ires four fervîr
^*^-î^* Monfieur le Prince, ce qui peut-être
ne lui fut pas nuifîble. Le Duc de
Navailles, qui commandoic les Trou-
pes du Roi du côté de Piquepuce .
après les avoir portées avantagcufement.
poufTa celles de Monfieur le Prince , &
ce fut là où furent tués , & blefés tani
de perfonnes de marque , tous brave:
gens ^ de mérite & entre autres Flama-
rin 5 qui fut un des plus regrettés.
Les Parifiens jufques alors avoieni
été Spectateurs paifîbles de ce granc
Combat : une partie étoit gagnée pai
les Serviteurs du Roi- & même onij
dit que les Officiers de la Colonelle
' qu? étoit alors en garde à la Porte Sti
Ànro'ne, étoîent du nombre, car il
empêchoienr de fortir & d'entrer dan
la Vii'e. Ll' Duc d^'Orleans étoît ai
Luxembouig obfedé par le CardinaJ
de Retz, qui vo^loit fe dé aire di
Prince de Condé , S< lelaiflci périr
Il difolc qu'il avoît fait Ton accommo-i
dément avec la Cour , ^ que Je C.om-i
bar ctoîr vne ( cméd-'c. Ce Prince
demeuroit occupé de Tes doutes ,
• ne faiïoit nul effort pour fêconrir Mi
le Pnnce. Madcmoiftlle, voîant cett^
perplexité , le vinc réveiller > en lui
IàrHîftoîre d'Ame (^Autriche, 377 \
(reprefentanc fortement fon devoir , & 16 ^i
robligatîon où rhonneur & le fang
l'engageoient enverrs celui qui hazar-
doit fa vie & celle de fes amis pour la
caufè commune. Elle lui dit que les
bleffés & les mourans , qu*on rappor-
toit du Combat , faifbicnt aflez & trop
funeftement voir , que Mr. le Prince
n'avoît point fait Ion accommodement
fans lui. Enfin , le Duc d'Orléans fe
laiiTa toucher à (es perfuafions. Elle
alla porter fes ordres à THôtel de Vil-
le , pour faire prendre les armes aux
Bourgeois, De là , elle alla voir le
Combat de detfus les Tours de la Baf-
tille : on a même crû qu'elle comman-
da au Gouverneur de faire tirer le Ca-
non fur les Troupes du Roi j mais
elle m^a dépuis dit que cela n avoit
point été fait par fbn ordre. Je fçay
pourtant que le Roy & la Reine en
furent perfuadés , & peuf-én*e que ce
fur avec raifon. Qiioîqu'il en foît y
elle alla elle-même à la Porte de Saint-
Antoine , difpofer non - feulement
tous les Bourgeois à recevoir Mr. le
Prince &: fon Armée : mais encore à
fortir 'S: combattre pour luû Elle fit
ouvrir les Portes ;> 5c ammanc les Bour-
geois
3 7 s 2idêmoires pour Jervlr
i^ji. geois à le favorifer, elle le faiiva &
l'empêcha de périr j ce qui étoit indu-
bitable, s'il fut demeuré plus long-
tems expofé aux Forces du Roi , & à
la vaillance des nôtres. Tanr de gens
de qualité , que Ton rapportoit du
Combat ou morts ou bleffés , achevè-
rent par cet objet d'émouvoir le Peu-
ple en faveur de Mr, le Prince. Il hit
donc reçu en triomphe , & entra dans
la Ville, l'cpée à la main , & vérita-
blement couvert de fang & de pou&
fîere. il fut loiié <5^ reçut mille béné-
didtions de tout le Peuple.
Le Mïnîftre , voiant que le Canon
de laBaftille avoit criminellement tiré
fur les Troupes du Roi , les fie fage-
ment retirer ; & quoi que cette jour-
née ne lui fût pas favorable , commt
îl avoir eu lieu de l'efpércr , il ne
montra point de fe laiifer abâtre à la
roauvaife fortune, & fouffrit la perte
de fon Neveu avec une eonftance très
grande ; quoi qu'il en fut en effet fen-
fiblcment affligé.
Moniieur le Prince , & Mademol-
feîle, qui en ce jour firent chacun de
leur côté des Adions mémorables, fu-
secnt tous deux à plaindre, d'être en*
gagez
k l'Hiflolre d'Anne d'Autriche, 3 79
7a^ez à foutenîr une injuftc Guerre, i^ji*
qui les priva des louanges qu'en une
autre occa(îon ils auroient méritées.
J'aurois un grand plaifir à leur en pou-
voir donner autant qu'en ce cas ils en
mériteroient 5 s'ils avoient combattu
pour une Caufe légitime ; mais, une
bonne Françoife n'en peut pas dire
dat^antagc.
Le foir de ce grand jour , la Reine'
fut occupée au foin de fecourir les Sol-
dats blelTés , qu'on avoit apportez à
Saint-Denis, pendant & après le Com-
bat.- On. fit une Infirmerie de la Halle
& de la grande Salle de l'Abbaîe; maïs,
on eut de la peine à trouver aiTcz de
paille pour les coucher , Se des bouil-
lons pour les nourir, J'étoîs logée
dans la grande Chambre au deffus de
cet Appartement, faute de logis 5 je
n'avois pas eu le loifir d'aller coucher
dans le Monaftere des Filles de Sainte
Marie , où elles n'étoient pas, &c que
la Reine m'avoit fait marquer le foir
précèdent. Aînfi , il m'y fallut de-
meurer encore la nuit. Le lendemain,
fortant de cette Chambre , je pafiTaî
dans cette Sale , où je vis beaucoup
de blelTés, dont la plus grande partie
fe
j
3 8 ô Mémoires pour fervî y
i^/i» fe mouroîenti mais , quafi tous de-
mandoîent à manger avec une avidité
non-pareille , & pas un ne penfoit à fon
falut. Ce tableau de la mifere humaine
me fit faire quelque lamentations fur
le malheur de la Guerre ^ mais en-
fin il n'y a rien dans la Cité que le
Seigneur n'ave fait : il tire fa j^loire de
tout 3 &c en toutes choies il faut tou-
jours dire , Gloria in exceljîs Deo,
Les Négociations des Particuliers
qui agiflbient par intérêt recommen-
cèrent ; mais Mr. le Prince par le bon
état de fes affaires ne vouloir plus de
Paix. Le Cardinal ce jour là reçut
par moi un Billet de Longœuil , qui
par les ordres de Chavigni renouvel-
loît au Cardinal la Propofiiion d'aller
à la Paix générale. Il la goûta de
telle forte alors que le Pue de Bouil-
lon me vint trouver de fa part dans la
Chambre de la Reine , & mé deman-
da avec empreflemcnt fi Longœuil par-
loit ds la part du Prince de Condé ?
Je lui dis qu*ouï , parce que je le cro-
yois ainfi ; mais après que j'eus écrit à
Longœuil je vis bien que non , à cau-
fe qu'il ne me fit pas de réponfe pofitî-
ve. En agiflant de cette manière, il
fui voit
à l'Hlfiolre £Anne d' Autriche, 3 S i
uivoit fon naturel j car, comme je \é^i,
enfe l'avoir déjà dit , il cntamoit
toujours de nouvelles matières, & ne
ur donnoic point de forme , ni de
n.
Chavîgnî , qui s'etoît alors racom-
odé avec le Prince de Condé , Se
DUS ceux de c£ Parti , furent d'Avis
fl[u'il profitât de la bonne dirpofîtion
où le Peuple paroiiïbit être pour lui.
Is propoférent une Airemblée à l'Hô-
tel de Ville, pour y faire rcconoître le
uc d'Otleans Lieutenant Général de
Couronne de France ; qu'en fuitte
n s'uniroit inféparablement , pour
procurer Teloignement du Cardinal,
qu'on pourvoiroit le Duc de Bcaufort
du Gouvernement de Paris , en la
place du Maréchal de l'Hôpital ; &
qu'on établiroît BroulTel Prévôt des
Marchands au lieu de le _Febvre :
mais cette AlTcmblée , dont on croioit
tirer de fi grands avantages, fut une des
prmcipalescaufesde la ruine de cePar-
-, ti, dont le crédit diminua vifiblement
après une violence horrible qui fe fit
en cette occafion,^: penfa faire périr
tout ce qui fe trouva à l'Hôtel de Ville.
Dieu» qui vouloit regarder la France
en
3 s 1 Mémoires four f rvtr
î 6 j 1 . en pitié, fit perdre à Mr. le Prince par [1
cette voie tous les avantages que le Faux-
bourg S . Antoine lui avoit donnez.Lors
que rAffemblée fe tenoît , on fufcita!
une troupe compofée de toutes fortes
de gens armez, qui vinrent crier aux
Portes de la Maifon de Ville , qu'il
falloit qu'on leur livrât à Theure mê-
me tous les Amis du Cardinal Maza-
rin. Se que tout paiTât félon les vo-
■ lontez de Monfieur le Prince.
D'abord , on crut que ce bruit n'e-
toit qu'un effet ordinaire de l'impatien-
ce du menu Peuple ; mais , quand
ceux qui étoient affemblez virent que
la foule, le bruit, ôc le tumulte aug-
mcntoient , qu'on mettoit le feu auX!
portes , Se qu'on tîroît aux fenêtres,
alors ils fe crurent tous perdus. Plu-
fieurs, pour éviter le feu , s'cxpofe-
rent à la fureur du Peuple, Se beau-
coup de gens y furent tuez de toutes
forces de conditions , & de tous les
Partis. Voilà la feule fois que cette
Guerre Civile a produit des Aâ:ions
de cruauté; mais celle là, comme telle,
en fut aufîî le remède. J'étois auprès
de la Reine à Saint Denis, quand on
lui vint dire cette Nouvelle. On y
ajouta
à l'H'iftolre à* Anne d'Autriche. 585
ajouta que THôtel de Ville écoit en iC^ii
feu 3 & toute la \ ille à feu d>c à fang j
ce qui peu d'heures après ne fe trouva
pas tout' à-fait véritable, La Reine
apprît ce funefte accident , ôc le fentit
avscrhprreur que meritoit un tel de-
Tordre. Chacun de nous fit des vœux
pour le falut de cette Ville , où la con-
fusion étoit (î grande , &c que nous re-
gardions enfin , avec cet amour que
l'on doit avoir pour fa Patrie.
Qiielques jours après le feu de l'Hô-
tel de Ville , je partis de Saint Denis ,
pour m*en aller à la campagne palfer le
rems fâcheux de la Guerre , où j'atten-
dis paisiblement que la Paix fût faite ,
pour revenir à la Cour. On ne pou-
voit vivre à Saint dénis, qu'en allant
au fourage : & je n'avoîs pas a fiez de
valetspoury êtrefcrvie commodément:
par cette raifon je me privai moi-même
de la prefence de la Reine, qui faifoic
toujours toute ma joye. J'ai lieu de
croire qu'en la quittant , je perdis auf.
fi ce favorable moment de la fortune ,
qui ne revient prefque jamais, quand
on eft aflfez malheureux pour le lai (Ter
échapper. Le Miniftre mêdîtoit une
rolontaire abfence ^ pour ôter aux
Prin-
384 Jl<femolres pour fervtr
îGji, Princes & aux Peuples, le prétexte di
Mazarîn; ôc me voiant alors auprès di
la Reine, la feule en qui il pût prendn
quelque confiance , il me demanda ui
jour, fans préambule, ni fans me riei
expliquer , ce que je defirois pour êtn
fatisfaite? Moi^quin^'avoîs dans refpri
que les horreurs delà Guerre» &qu
en voulois fuir les incomoditez, je lu
répondis imprudemment que je m'ei
alloîs en Normandie, qu il n'étoit pa
tems qu'il penfât à moi, ôc qu'à loi
retour j'efpérois qu'il ne m'oublieroi
pas. Je ne m'aperçus de la faute qud
j'avois faire, & de fon deffein, qu'a-
près que je-fus partie. J'en reçus hl
punition que je mëritoîs 5 car, encore
qu'il eût fujet d'écre content de msj
Conduite, il me fit connoitrc enfuitc.i
que les hommes ne penfent à bien
faire, que félon leurs befoins, ou leur!
fantaifics. Je laiiïai la Reine dans dd
grandes efpéranccs de pouvoir vaîncr<
bientôt fcs Ennemis, par les intelli-
gences qu'elle & fon Miniflre avoîei
dans Paris 5 ôc ce qui étoit arrivé
l'Hôtel de ^« ille en paroifioit une puiCI
fànre raifbn. Je vis même, avant que
départir, quelques Préfidens du Par-
à VHlfiolre d'Anne d'Autriche. 385
emenc , qui fe vinrent rendre auprès ^^S^*
lu Roi ; les fages de cette Compagnie,
lont les intentions en gênerai n^'a»
'oient point été fans doute déterminé- '
nent criminelles , reprenant des lu-
nieres plus conformes à la raifon , fè
;uerirent de l'entouiîarme de vouloir
eformer l'Etat. Ils fe féparerent des
lus faâ:îeux j Se peu après fe retirant
uafî tous de Paris , fe rangèrent à
^ur devoir , & firent voir , que les
rançois ne font pas (\ infidèles en ef-
:^t , qu'ils le paroifTenc quelques fois.
Un chacun demandoit la caufe & la
3urce de ce qui s'étoit fait à l'Hôtel
e Ville, non - feulement on ne la
fUt pas à St. Denis, mais on ignore
iicore qui eft celui qui a pu autorifer
ne a6lion fi barbare , qu'on a toû-
)urs attribuée à Mr. le Prince plus
u'à aucun autre. Mais ceux , qui en
sulcnt juger plus favorablement ,
:oyent que Mr. le Duc d'Orléans S<,
Ir. le Prince , s'étoîent tous deux fer-
is de l'entrcmife du De de Beauforr ,
our faire peur à ceux qui étoicnt
our le Roi , &c que les ordres de ce
rince étant mal donnes , ou mal en-
;ndus, le mal fut plus grand qu'ils
n'avoicnt
3 ^ ^ Mémoires pour fervîr
j^-^^n'avoienc voulu , & les intention
moins terribles 6c moins pernicieufc
qu'elles ne parurent par les effets. C
qui le devoit pcrfuader à tous , fut qi
Mr. le Prince fit ce qu'il put e
cette occafîon pour empêcher Tau^
mentation du mal j mais , cela n'e
faça nullement Timpreflion que cet
violence fit dans tous les efprits , ]
la haine qui la devoit fuivre. Par <
foupçon incertain , la puifTancc d
Princes devint en horreur aux gens <
bien , (Se les yeux de tous s'ouvrirc
. pour voir le malheur où leur R'
volte les engageoit : la jufte & dou
domination de leur Souverain lei
parut un bien ineflimable ; & ils
rent deilein de la rechercher comn
leur unique bonheur. Cependant 1
Princes , ne croyant pas être fi prés <
la fin de leur puiffancc qu'ils Tétoîe
en effet , ne pcnf oient qu'à Tétabl
par de nouveaux moyens.
Ils propoferent de créer un Confc
comporc des Princes du Sang & <
Chancelier Seguier , à qui la per
des Sceaux avoir fait perdre la p
tience. On y ajoûtoit les Princes «
leur Parti ,. les Ducs 6c Pairs, Mar
kVHlftoîre â* Ame d* Autriche, 3S7
:haux de France, & Officiers gêné- i^Ji^
^aux, deux Prélidens du Parlement,
&: le Prévôt des Marchands ^ pour
uger définitivement de tout ce qui
:oncernoît la Guerre & la Police.
Mais, ce defTein leur réiiiîit aulïi mal
juc l'autre; car il eut des fuites très
uneftes , en ce que le Duc de Ne-
nours, 6c le Duc de Beau fort , déjà
laturellemcnt ennemis , quoi que
5eau-Freres , fe querellèrent tout de
louveau pour les rangs, èc fe batti-^
ent à Paris derrière l'Hôtel de Ven-
orne à coups de Piftolet. Le Duc
e Nemours attira fur lui la colère
lU Ciel, en ce qu'il força le Duc de
leaufort à ce Combat. Il y fut tué,
'<, fa mort fut pleurée de tous ceux
[uî connoiiToient le mérite de ce
Mnce , infiniment aimable , & doiic ^
le beaucoup de belles qualitez. Ce
le fut pas fans fu jet, que je vis la
leine regretter fa perte, quand à la
ournée de St. Antoine elle le crut
nort ; car il en âvoit ufé fî généreu-
ement à Pégard du Roi, qu'il avoîc
iiandc au Miniftre , que fes préten-
tions n'empêcheroîent point la Paix,
& qu'il renonçoit dç bon caur à tous
388 Memolrîs pour fervir
j^o'ies avantages, pour rcnrrer dans /on
devoir , donc il ne s'etoic écai-té que
par malheur , ôr par l'engagcmeni
d'Amitié où il s'etoît trouvé avec
Mr. le Prince. Le Duc de la Roche-
foucatik m'a dit depuis y qu'il y avoii
renoncé auffi, quoi que dans le vra
on ait eu fujet de croire ^ qu'il n'é-
toit pas indiffèrent aux Articles qu
fe propofoîent toujours pour lui, lor.
^u'on parloir de Paix.
Depuh ces Defordres , PAutoritc
du Roi commença à reprendre de
forces, & celles des Princes diminua;
tout-à-faîr. Le Prince de Condé
n'aiant plus fes deux Amis, les Duc
de Nemours , & de la Rochefou
cauk, qui le poufiToient toujours i
i'Accommodemcnr 5 fêlai (Ta enfin en
gager avec les Efpagnols , d'autan
plus que h adamc de Longueville l'er
prefToit. Il fc voïoit liai dans Pari:
depuis le feu de l'Hôtel de Ville. I
étoît tenté par les belles promeifes de:
Etrangers ; & les charmes de Mad,
de Chatillon qu'il ne hailToît pas
n'eurent point afïez de forces poU]
l'empêcher de s'embarquer avec eux
Il fie néanmoins dans ces dernier
ccm!
a VH*fioirç d'Ame (C Autriche. 38^
ems quelque fcmblant de vouloir i^;V*
raiteravccle Mîniiliej mais, il pic-
loit en effet fes iTiefures j^onr la
jucn-e. Il offrit au Duc de la Ro-
lieFoucault le ir«ême Emploi du Duc
le Ncinours : il ne Tacccfta point, à
aufe de fa blciîûre 5 qi7i le meiisçoîc
ncore alors <ie perdre la vue j fi bien
ne le Commandement àc VAxvr^éc
n donné au Prince de Tareme, Fils
u Duc de la Trimcuille. Eile étoic
ans Paris 5 n'ôfsnt tenir la Cam-
îgne 5 & une fî n auvaife Compa»
nie faîfoit haïr davantage Mr. le
rince , dont les Affaires cmpiroienc
)us les jours. Les Erpagi.ols , qui
lîle vouloicnt pas la lOcr périr» fîrcnr
avenir une féconde fois le Duc de
>rraîne , avec un Corps affezconfî-
rable. Ce Prince crut avoir tlTegé
Lrmée du Roi , &; il fe trcn pa^ car
Hc fe retira hcureufemcnt de fe^ re-
inchem,en?.
Dans ce même rems, M. le Fiînce
|mba malade d une fcvre continue.
la fan de fa m.aladie , Chavignf,
dam été voir jCe Prince fur quelques
fgouts qu'il avoir eu? de fa conduit-
J'aigûc contre lui, & lui dit quel-
R i
CfUC.S
3 5)0 Afemolrcs pour fervlr
! ^j 2. ques paroles facheufes, dont Chavi
gni fut fi touché, que revenant che:
lui , il tomba malade & mourut d
rage. M. le Prince , qui fe portoi
mieux alors , Tétant allé voir comm
il écoit à Textrémitc , parut le regret
ter ; & une perfonnc qui étoît pré
fente à cette vifite, m'a dit que le
yeux lui rougirent , & qu'il voulu
par une manière de defcfpoir s'arrs
cher les cheveux ; mais, après Tavoj
regardé, il dit en s'en allant , & 1
moquant de fon agonie , Qu'il éto.
^^ 1 laid en Diable ^,
me 'ia ^^ Miniftre infidèle à fon R(
PIcfTis- mourut confommé par l'ardeur c
Gueae fon ambition, & par les rudes effe
gaud, jç ^gjjg d'autrui. Il fe repentit
de Cha- ^'^^^'^ ^^ ^^ ^"^o^'^ y ^^ s'étrc laid
vigni, emporter à la vanité de fes defirs ; dc\
ma dit pour fatisfaire à la Juftice de Dieu
ces Par- [\ l^ifia unc erande fommc de dénie:
ticuia* *^ . , r • I
aux pauvres, mais qui ne rurent poii
donnez, parce que la prudence hi
maine & les intérêts de fa Famîl!
changèrent fes ordres. Sa faveur d
voit été Cl grande dans les tems
feu Roi, & du Cardinal de Richelieu
qu'elle l'avoit mis en ctac d'en proci
icuia'
liccz.
à l^I-fi/lolre d'Anne d* Autriche, 391
er aux autres. Il avoit eu l'honneur 16 ji,
/être mis au nombre de ceux qui à
a Régence fembloicnt dcfllnez au
jQUvernemenr de l'Etat. Etant dé-
hu de cette Place , il avoit travaillé '
^utilement par toutes voyes pour s'y
établir. Domînus aute'n îrUebit eum y
uoniam proyicit qmd venît dies e*
Les Affaires des Princes empî-
oîent -y ôc le Cardinal, pour donner
ï tems aux bons Serviteurs du Roi
e le fervir, & de faire connoître aux
'arifiens la tromperie où les tenoit la
aine opiniâtre Se extravagante qu'ils
voient contre lui , fe réfolut enfin
e quiter la Cour pour quelque
ems j mais , comme Pabfence eft tou-
Durs dangereufe à un Miniftre\, a-
ant que de partir, il voulut encore
enter un Accommodement avec M.
s Prince. Il envoia Langlade au
)uc de la Rochefoucault , avec des
onditîons de Paix prefque conformes
ce que Mr. le Prince avoit paru
buhaitter ; mais ce Prince étant cn-
rainé par fa deftinée ne les voulut pas
coûter , & les offres du Roi d'Elpa-
;nc lui firent naître de nouvelles pen-
R 3 fées
39- jMémoîres pour fervlr
i^$i, fées dans l'crpiîr. Il fe mît parcett
voye dans la néceffiré de qaîrtcr 1
France ^ ce c^ui arriva peu de ten
après.
Le Mîniflre , partît aufîî ; maïs
âvanr qu'il s'cloîgnât , le Prince c
Condé fit donner un dernier Arr
contre lui ^ où il ctoit accufé de ten
le Roi Prifonnicr. Le Duc d'O;
ieans le lit déclarer Genéraliiïlmc d
Armées du Roi ; èc tous deux firc
ce qu'''ls purenr , pour faire valc
l'Autorité du- Confeil qu'ils a voie
mal établi. Toutes ces Entreprif
leur ayant mal rédffi , Mr. le Prin»
fur enfin contraint de s'en aller c
Flandres cueillir de nouveaux Lai
rierç. Ils ont eu le malheur . de d
plaire à fou légiiîme Seigneur *, mai*
ils n'ont pas laifTé d'augmenter t
tous lieux fa Gloire , & fa hau
if Le réputation. Il eft même à préfuuK
Cardi qu'il fentic beaucoup de joyc d';
liai par- y^j^. fo^cé foii Ennemi le Mazarin
lie de r • I
p^^^ fuir le premier,
toife Après le départ du Cardîni
le • ip, Mazarin 5 qui eut la fatîsfadion d
At}ùc. laiffer un Parlement établi à Ponte
fe * , des principaux de celui de Paris,
Rc
À rjzflfiôire dAnne d'Aittrlche, 35)3
R.ûi alla à Compiegne ^ ou il reçue de i ^jz.
coures pans des marques de la fin pro-
chaine de la Révolte , & du repentir
ic Tes peuples. Le Parti des Princes
^tantaifoibli par l'abfence du Minière,
& le prétexte de l'iilurion dans laquel- ^
c ilsavoient vécujufqu'alorsannéancî^
ous les bons François rentrèrent dans
eur devoir.
Le Cardinal de Retz fe voulut den-
ier le mérite de la Paix,&: fuivanc Pin-
:lination du Duc d'Orieans fe remettre
mr cette belle voyc aux bonnes grâces
iu Roi. Il prétendit en ces derniers
;ems l'avoir bien fervi , & fes Amis le
difoient ainfî 3 mais^ tant de perfbn-
aes alors s'emprejGTerent de bien faire ,
que Çqs ferviccs n'eurent pas beaucoup
de mérite ^ ou s'ils en eurent , il fut
aifément effacé parle fouvenîrdesfac-
cieufes entreprifes qui les avoîent pré-
cédés & qui étoient fortement gravées
dans le cœur de la Reîne^
La Cour étant à Compiegne, îc
'Roi y reçut les Proteftations de fidé- /
;lité de fes Peuples j d>c^ voulant revc-
inîr à Paris , il y envoya une Aminîftîe
gênerai^. Il chalfa les principaux Fron-
de u s^ ^ força par fa prefence lemê-
R 4 me
3 p 4 JHemolres pour fervlr
1651. me Duc d'Orléans de quitter ccttc<j
grande Ville , où il joniiToît d'une
Puiffance înjufte. Ce Prince fut obli-
gé de fuir à la vue du Roi , qu'il n'a-
voit point voulu venir trouver , quoi
que le D^jlc d'A-iiville avant que le Roi
y arrivât, lui en eut porté l'ordre. En
reFufant de voir le Roi, qui avoit eu
la bjnté ds le vouloir foufrir , & de
lui offrir le pardon des chofes palRes,
il Falut qu'il évicâc par fon exil le cha-
grin de voir roiites Tes Enrreprifes ac-
compagnées de honte , 6< de malheur: [
mais, comme il demeura quelque tems
indJcis fur ce qu'il avoir à Faire , le
Roi & la Reine qui regarloient fon
abfence comme néceffaire. approchant
au Roi ^^ Paris , &:voiant qu'il y écoitenco-
â Paris, re , tinrent confeîl dans leur Caroffe ,
ic *!• pour y prendre leur réfolurîon-, & il y
fut conclu 3 félon ce que la Reine ma|
fit l'honneur de me dire à mon retoi
de Normandie , d'envoîer des Troupe
droit au Luxembourg , pour fe faifii
de fa perfonne. Le Duc d'Orléans, ci
aîant été averti, 6i fçachant lesjmaiu
dont il étoit menacé, partit de Paris à
l'inftant même que le Roi y entra,
& fut fe repofer de fes facheufes &
înu-
à /' Hlflolre ^ Anne à* Autriche . 5 9 j
inutiles follicitudes, en (on Charcaude 1 éji
3lois 5 où le détrompement des vaines
antaifies de la Grandeur & de l'Am-
Mtîon produîhc en lui ledefîrdcsve-
itables & folidcs biens qui durent
rerneirement ; & , il eut fujec alors
e s'eftiraer heureux d'avoir été maU
leureux.
Mademoifeile eut ordre de quitter
;s Tuiileries^où elleavoit logéjufqu'a-
>rs. Elle partit donc , pour aller à
t. Fargeau regretter toutes fes peines,
ufîî mal païées qu'elles avoient ^té
eu méritoires , ^ peu agréables à
elui qui en avoit été la caufc.
Cette heureufe Paix ramena le Roî qq^^'
ans Paris le z i . d'Odobre. Il entra à ^rç,
Iheval, accompagné du Roi d'Angle-
^rre, & fuivi du Prince Thomas qui
;mbloit être demeuré à la Place du
Cardinal Mazarin, de plufieurs Prîn-
;s 3 Ducs , Pairs , Maréchaux de
lance j & Officiers de la Couronne^
:c. La Reine venoit après en Carolïc,
: \''onfieur étoit avec elle. Cette
ntrée fut vue des Pariliens avec une
itréme joie, & leurs Acclamations fu-
;nt infinies. Le Cardinal de Retz
5 6 Mémoires pour fervir
l^jX. complimenta le Roi & la Reine, à
l'entrée du Louvre avec tout le Cler-
gé ; ce qui ne leur fuc pas un Spe£la*
bie delagréable. ^Aaflîcôt après , le
Roi rédnîi: les deux Parlemens en un ,
lui dcfFendic de fe mêler d'Affaires d'E-
tat 5 exila qui il lui plut, de logea au
Louvre , pour ne le plus quitter ;
aiant éprouvé par les facheufes Avau-
tures ou'il avoit eues au Palais Roîal,
que les Maifons particulières 8c. fans
folTez ne iont pas propres, pour lui.
Le lendemain ii. par l'ordre du Roi.
le Parlement fut alTemblé dans la Gal-
lerie du Louvre, où le Roi, étant en Ion
Lit de Juftîce , leur otdonna ce que je
viens de dire..
Après le retour du Roi' ,. environ
versNoifl, le Cardinal de Retz , for-
ce Da.r la néceflité de la bienfeance,
vint au Louvre pour faluer le Roi de
la Reine. Ces deux Roiales Perfon-
nes a voient réColu de le faire arrêterj
quand il vîendroît leur faire la rcvé
rcnce; mais , il avoit été longtems
fe refondre d'y venir. Sa vifitc foula
gea. la Reine d'une grande inquiétude
Il y, avoit deux mois que le Roi & cV
h aiteadoknc nus. baivie occafioni
à l'Hiftohe ^ Anne et 'Autriche 35/7-^
pour cxécLiter leurdefTein romine né- i6\Z\
cedaîrc à leur Repos. PradcUe , qui
avoir cecordre, avoir lupplic le Roi,de
le lui donner figné de fa maînj parce*
qu'il JLigeoîc, que ne devant pas man-
quer ce coup 3 il fe trouv€roît peut-
jtre forcé de lui faire perdre la vie,
plutôt que de le iaifïer échapcr. Mais
[1 Reine, plus Chrétienne quePoliti-
:jue5 ne pouvoir fe réfoudre par aucun-
intérêt de confentir à une aâ:ion de-
/engeance & de cruauté j Ç\ bien que-
e Roi & elle^. étant de même fenti-
nent , artcndôient que Dieu voulue
•n benilfant leurs bonnes de juftes in-
entions leur donner le moiende s'affii-
*cr de lui d'une manière plus douce :;
:e qui arriva en effet félon leurs fbu^
laits. Ce fameux Perturbateur de la;
2"oar^ s'étant donc réfblu d'aller rendre
es devoirs à Leurs Màjeftez, fe rendit:
l'abord chez le Maréchal de Villcroî,
)uis de la, voulant aller chez le Roî ^,
ijui avoic été averti par l'Abbé Fou-
^uet qu'il étolt. dans le LouvrCj il le-
enconcra comme il defcendoit chez la^
ileine fti Mère j 6c , fe feivant en ce?-»
e occafion de cet^e judîcîeufe modéra*
ion quia paru depuis fi exceliemmencr
3 9^ Mémoires ponr fervlr
^^S^* pratiquée par lui en toutes Tes adîonSj
il lui fit bon vi^ac^e, ^ lui demanda s'il
avoît vu la Reine ? Le Carénai de
Rets lui aîant répondu que non, il le
convia amîablement de le fuivre, & en
même tems commanJa à Villequier,
Capitaine de fes Gardes , de l'arrêter
quand il fortiroic de chez la Reine^ ce
qui s'éxécura pondtaellement. A in fi
ûnk en lui le refte de la Fronde 11 en
avoir été le Chef & la'Source, Ôc il fat
le dernier abbatu. J'ai oui depuis con-
ter ces particularitez au Roi & à la
Reine fa Mère, un jour qu'ils en par-
lèrent ensemble devant moi.
Le Cardinal Mazarin étoit à Se-
dan , attendant l'exécution de ce
grand Exploit. Comme il avoît fcn-
ti de l'incommodité de n'avoir pas
eu alfez d'argent pour fe défendre
puiffamment contre fes malheurs , il
voulut reparer ce défaut ; ôc , plus par
^ amour pour lui même , qu'en haine
de fes Ennemis, il fe voulut vanger de
toute la France, en l'épuifant d'argent
pour en remplir fes coffres. Il revînt
à Paris le 3 . Février i (^ 5 3 . & , dans ce
même tems, je revins aulîî de Nor-
mandie 5 defortt que mes Mémoires
ne
! I
à l'Ht[loîred* Anne d'Autriche, ^99 1
ne feronc plus mêlez des luaiîcres 1^/5,
d'aucrui. Je n'écris d ordinaire , que
ce que je fçai par moi-même , &
ceux qui en font ou les A(2:eurs ou
hs Confîdens.
Après le glorieux Recour du Car-
dinal, la Cour 5 le Parlement, &
toute la France, commença à fe ran-
ger fous fa Puilfance : les Efprits dé-
trompez de leurs dégoûts apperçurene
par l'expérience qu ils avoient faite
de tant de maux, que fa Domina-
tion valoit mieux que ia fauffe liberté
qu'ils avoient ibuhaittée. Les Peu-
ples , qui l'avoient meprifé , cam-
mencérent à le craindre : ôc , aiant
repris plus de refpe6t pour luij qu^ils
n'en avoient jamais eu, ils s^accoutu-
mérent, non feulement à le fouffrir^
mais encore à Tencenfer , Se compri-
rent alors qu'il fallo't en faveur de
fon bonheur, ou de fes bonnes qua-
litez ," lui pardonner Tes déFaurs. Il
s'apliqua auffi-tot à fîiîr la Guerre
de Bourdeaux , afin d'être plus en
pouvoir de fe deff-ndrc contre l'étran-
gère»
Le Prince de Coati , & Madame
de Longueville , qui étoîenc encore
R. 7 dai:is
40O Mémoires pour fer w
î.<?<3. <i^"S cette Vlile rebelle, roiuenant les
relies d'un Parti entièrement abatu,
fe deffendirenc contre lui par toutes
les mauvaifes voies que la- Tirannie
leur put fournir. Ils perfécutérent
tous ceux qni montrèrent vouloir ler-
vîr le Roi, & firent de grandes in-
iuftices , dont l*un & l'autre ont eti
beaucoup de repentir:, le Prince de
Confi étant devenu dévot aufîi bien
que Me. de Longueville fa Sœur y.
en a depuis fait dans ce même lieu de
publiques réparations, & la beauté de
fa pénitence a furpaffe de beaucoup
îe laideur de fes fautes^ Cette Puif*
iance, qu'ils gardèrent quelque tems
de cette forte, ne pouvant fubfîfter
îong-tems contre ^Autorité légitime,.
il fallut enfin abandonner leur Forte-
relTe, & fe foûmettre à ce qu'il plut
au Roi de leur ordonner. Mad. la.
Frinceffe^ le Duc d'Anguicn, le Prin-
ce de Gond , &, Mad. de Lonçucvi!-
Icy en partirent le 24. Juillet 1653.
pour aller chacune dans lesLieux dont
on étoit convenu avec eux,.
Le Duc de Gandallc eut l'honneur
dé finir- cette Guerre ^ ou la facilité
qii'il eut à vaincre ne diminua pas fory
ms^
à r Hlflolre £ Anne à' Autriche . 4 © r
itnérice, à Tegard du Roi c\^ du Mu
Iniftre.. Il paroifloic deftuie à époufer
IMademoifellc de Maninozzi ^ Nièce
i4u Cardinal : aln(î ^^ il ne pouvoir
iqu^il ne fuc loué fur toutes fes ac-
tions, puilque le raioii de la faveur
Ifenvironnoir ; mais , il avoir tant de
belles qualicez qu'il auroic pu la pré-
tendre par lui-même, fije mérite la
ipouvoît donner^.
Le Prince de Contî, après îà Guer*
re, fe voiant exilé & mal à la Cour y^
ouîtta Tes. Bénéfices, ^ fît demander.
Madlle, de Martinozzi pour lui-mê--
liie , s'eftimant heureux de devenir-
le Neveu de celui qu'il avoit haï, &
méprifé pour Ami; Cette Alliance*
ne parut pas d'abord convenir à lai
Grandeur <Sc à la NailTance de ce Prin-
ce; mais 5. l'éclat de la Fortune du*
Cardinal Mazarin étoit (i grand, qu iL
pouvoir en effaçant la bafTcfTe de fa-.
Race élever fa Famille à la participa-
tion des plus fuprêmcs Dignitez,. Le:
Prince de Conti trouva plufieurs a--
vantagcs dans le choix qu'il fît de \zj.
pcrfonne de Màdlle.dc Martinozzi;,
car , avec de la beauté , elle avoit;
beaucoup iç doiiceur dans i'humcur,.
4 ô i JHemolres four fervlr
léj 3. beaucoup d'efprit & de raifon. Ccî
qnalîtez fî agréables à un Mari ont
éié perfcélionnécs par fa pieté, qui a
été u grande, qu'elle a eu l'honneur
de fuivre le fien dans le chemin aufté-
re de la plus fevére dévotion j mais ,
elle a eu cet avantage fur lui , qu'elle
a donné à Dieu une ame toute pure 5
& dont rinnocence a fervi de fonde-,
ment à fa Vertu, à l'amour qu'elle a
eue pour lui, à l'eftime qu'elle a fai-
te de fes bonnes qualitez, & à la rc-
connoiffance qu'elle a eue de l'hon-
njeur qu'il lui avoit fait.
Mad. de Longueville , aîant quitté
Bourdeaux, fut encore quelque tems
à iVonrreuil - Bellaî puis le moment
étant venu où elle devoir connoitre
la vérité & la fuivre, elle fe retira à
Moulins dans le Couvent des Filles
de Ste. Marie, auprès Mad. de Mont-
morenci fa Tante. C'eft là , qu'ainfî
que j'en ai déjà parlé , elle a vuidé
fon cœur dys faulTes illufions du Mon-
de, & l'a rempli de dedrs pour les
folides Biens & les Grandeurs vérita- |
^^x 5ç blés; qu'elle a connu, que la figure
jP4uI. «le ce Monde palfe (*); & que
le regardant avec mépris, elle a de-
puis
r.
/
it /' Hlfloîre d'Anne Jt Autriche, 40 5
puis emploie fa vie au Service de i^c 3,
Dieu, & à faire une crés auftere pé-
lîtence. Je lui ai oui dire avec dou-
eur, qu'elle ne croîoic jamais aflfcz
aire j vu ce qu'elle dévoie à la Jufti-
:e Divine , par la part qu'elle avoic
sue à la Guerre Civile. Comme la
jrace changea fes Sentimens en tou-
;cs chofes, ils le furent auQî à l'égard
iu Duc de Longueville fon Mari , a-
ec qui elle fouhaîrta infiniment de fe
raccommoder 5 ce qui arriva depuis
ivec fatisfadion de l'un & de l'autre.
Cette même Grâce, aiant jeté répan-
due dans le cœur du Prince de Con-
:i 5 caufa la réunion entre le Frère ôi
la Soear, qui depuis Bourdeaux é-
coienc demeurez mal enfemble : &
cette Famille , qui par la folie & la
vanité du Monde avoit été defunîc
fut par la Vertu Chrétienne rétablie
dans une entière Paix.
Peu de tems après fon Mariage ,
le Prince de Conti vint un jour chez
la Reine. Il fe trouva fcul avec elle ,
& pour témoins il ne s'y rencontra
que la ComtelTe de Flex & moi. La
Reine par hazard lui parla des chofes
pâlfécs, ôc de la Guerre que Mon-
fieur
404 Afemoîres four fervtr
î^f2. (^^^^ Is Prince avoit faite contre
Roi. Elle lui, fit des queftions fu
quelques Particuliers qui avoîent vou
lu paroître fidèles , & qui ne Tavoien
pas ère en effet 5 car > en ces occa.
fions, beaucoup veulent tenir de
deux côrez. Il lui rendit un campr
fort éTàù, des paffionnés pour le Par
lement , des zélés pour le Roi , ô
des îndifFcrens qui n'avoîent conten
\é aucuiv des Partis» Enfuîtc de o
Difcours , la Rcitie , lui faifant de
reproches amiables des maux qu
lui avoit fait feuffirir , lui demanda
s'il étoit vray ^ comme on Pavoit di^
alors que Mr> k Prince fon Frère .
avant la première Guerre de Paris , où
il avoit fi bien, feivi le Roi , eut eu
quelque penfée de faire un Parti , &
de fe réparer de la Cour , & s'il étoii
vrai encore, qu'ail eut eu pour cet ef-
fet quelque inteUigence à Noifi avec
le Coajutcur ,: dépuis devenu Car-
dinal de Retz /* Le Prince de Conti
iui répondit, qu'il étoit vray queMr,
fi)n Frère avoit eu une fois en ce
eems-là une longue Conférence avec
k Coadjuteijr ; qu'il ne croyoit pas
pour cela que fon. delTein eut été de
fe
k l'Hlflotre d'Anne â'Au triche» 405
fe lier avec Un ; mais, qu'à la vérité , ^^Sh
Voîanr quelques nuages dans Pair , il
avoic voulu râcer de tour , pour voir
de quel côté il fe jectcroîr.. il ajouta
franchement à ce Difcours, que Mad,'
de Longue ville & lui avoient en peur
de cette Converfacion ; parce qu'aiaHT
pris toutes leurs mcfures pour être les
Chefs du Parti qui fe formoic alors
contre le Roi, ils auroient été fache's
que Mr. le Prince fut venu les incom-
moder; avouant à la Reine j ( ce que
l'^on avoir toujours dit, & que je
fQwÇè avoir fuccîndljmenr marqué
faîlleurs ) qu'ils n'avoient été du cô-
té des Rebelles, que parce que Mr,
fon Frère étoic de celui du Roi: &c ^
que (i au contraire il fe fût mis à la
tête du Parlement, ils feroient indu-
bitablement venus a Saint Germaîa
ne cherchant & ne voulant point
d'autre avantage en cela, que le plaî-
iir d'être les Chefs d'un Parti dont
Mr. le Prince ne fur point». H lui
dit qu ils avoient été mal enfemble ^
par mille petits intérêts de Famillc:,
& que lui en Ton particulier n'avoir pu
fbuffrir quand la réfolution fut priie
d'afSéger Earis^ qu'il eût répondu de
lui
40^ Mémoires ponr fervlr
i6f ^» lui au Roi, 3c à elle, fans lui avoî
demandé Ton confentement ; que o
mépris l'avoir touché , ôc l'avoit en
tîérement déterminé de quitter 1:|
Cour à Saint Germain, pour lui mon-
trer qu'il n'etoit pas un petit Garçon B;
"& qu'il pouvoitdc lui-même faire du
bien ou du mal. En cet endroit lî
Reine fe refîbuvînt des larmes que re
pandit feu Mad. la PrîncefTe leur Me
re, quand elle aprit qu'il étoit allé f
rendre à Paris, ëc quelle douleur ell
avoir eue de le voir lui & Mad. d«
Longuevilk dans cet engagement. I
lui répondit , qu'il ne s'étonnoit pa
de fon fcntimcnt , vu Famitic ôc U\
tendrelTc qu'elle avoir pour eux
puis que c'êtoit une chofe bien dûnl
à elle, qui n'aîmoit point alors Mr
le Prince, de le voir dans le Parti oiJ
elle fe rencontroit par devoir ÔC pai
inclination. Se ceux de fes Enfanjj
qu'elle aimoit le plus dans un tout
contraire. Le Prince de Contî, ai
milieu de cet Entretien , comme re-
venant d'un profond fommeil , com-
mença à s'écrier qu'il croioit être de-
venu fou, de parler de toutes ces
chofes qui pouvoient faire renaitrc
contr(
à l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche, 407
roiirre lui une juftc haine ; mais la i^/'j»
R.einc , fe mettant à rire , lui dît
^ull pouvoir continuer fans nulle
rrainii: ; qu'elle l'alTûroît qu'elle é-
:oit entièrement revenue pour lui j
ie forte qu'il étoît impofîÎDle de rc-
/eiller dans fon cœur aucun des fen-
:imens qui avec raifon y avoîent été
lutrefois. Elle lui avolia de plus >
qu'elle n'étoit en cet état bien parfai-
ement , que pour lui «5c pour Mr. de
Furenne ^ & que pour les autres ils
l'avoient de leur côté que le Com-
JTiandement de Dieu, fans lequel el-
e auroîc eu de la peine à les fouf-
Tir.
Le Cardinal , depuis fon retour à
|?arîs aîant été follicité par le Maré*-
:hal de la Meilleraie de lui confier le
[Cardinal de Retz, parent & allié de
ia Maréchalle de la Meilleraie fa
'cmme , le Minîftre fe réfolut de lui
:corder cette grâce , & de s'afTûrer
Tur la parole qu'il lui en donna , qu'il
le fortiroit point de fes mains , que
ir les ordres du Roi. En cette oc-
ifion , le Cardinal Mazarin fit con-
loitre que la douceur qu'îh^voit juf-
malors é^iercée à Tendroic de fes
la
40"^ Ilfeinoires pourfervtr
i6^z. Ennemis, pouvoit avoir fonvcnt ù
fource dans fa bonté naturelle , puif-
fiu'il e'toit dans une G entière piiif
ancc, qu'il ctoit in^pcff.ble de h foup-
çonner ^ue ce fcnt iiT.cnt pût erre ci
lui par aucune foiblefle , ni- par aiKJ
cune craînrc. Il fut n:al iéccn pcnfiJ
de fa facilité à bien faire ; car le Maré-
chal de la Méilîeraie, eu mal fervî .
ou trop négligent , ou trcir.pé par Ci
Femme , eut le déplaifir quelque terni
après de voir ce Prifonnier s'e'chaper de
fa Prifon. Le Cardinal, pour ccmbl<
de douceur, ôc par une louable géné«
rofiré de cœur, ne lui en voulut poîni
de mal: ôc fut perfuadé que le Cardi-
nal de Retz avoit rompu fes fers fansl
fa participation. Ce Prélat étant libre
s'en alla à Rome, où il fit toutes les
Intrigues qu'il lui fut pcffible contre le
Miniftre, tant auprès du Pape , que
par fes Ecrits 5 & un Manifefte., qu'il
cnvoia depuis à Paris > fut brûlé paw
la main du Eoureau. Il y eut dans ceS'i
tems-là quelque mefintellîgence entrci
la Cour de Rome, ôc la nôtre. Lei
Roi fit faire en plein Confeil par foni
Chancelier des plaintes conne le Chef!
de l'Eglife ^ dout il eft le Fils aine. L<
à t'Htflolrc d*Anne d* Autriche, 409
Cardinal Mazarin, après avoir donné ^
II Pape cette mortificacion , lui en fie '
es excufes , difant que ce qui avoîc
:é dit, avoir été au delà de (es ordres.
!elai qui avoit trouvé des remèdes à
z fî grands maux n'étoit pas enibaraC
par de fî petites Avantures. Les
rccs du Cardinal de Retz ne furent
is Tuffifantcs pouï le mettre à couvert
: l'habileté du Cardinal Mazarin:
^uthorité légitime^ la jufte déffiancc
i Roi, 6c les emportemens criminels
l'Exilé, furent d'un grand poids
cette Affaire. Elle fut néanmoins
[èz vigoureufement foutenuë par les
nis du Cardinal de Retz : ils le fer-
rent du fcrupule qu'on vouloîc fou-
nt jetter dans les confciences ^ tou-
Mant le Gouvernement de l'Eglife de
.rîsj 6c par fa qualité d'Archevêque,
iMui donnoir, alors une jufle puif-
ce fur les efprits àcs Peuples.
La Guerre étrangère fut toujours
itenue de la même manière qu'elle
y0Ît été. M. le Prince redonnoîc
forces aux Ennemis i mais le plus
ivent le Roi avoit l'avantage fur
U j 6c' fes Armées fe font toujours
tuvées , non feulement fuffifantcs
pour
4 1 o Mémoires four fervîr
tC^l» pour leur réfîfter, mais encore pour le
vaincre. Les lignes d'Arras glorieufc
ment forcées par fes Troupes en fu
rent de gloricufes Preuves j & ce gran
Projet, exécuté le ij. Août avecbeai
coup de bravoure , fut une des pk
belles Adions qui fe foîent faites per
dant la Guerre. On y perdit le Duc d
Joïeufe, qui fut infiniment regretté d
toute la Cour.Chaquc Campagne enfi
a produit de grandes ou de petites Vi<
toires. Ces rofes ont été quelquefo
accompagnées d^épincs ; mais ces ép
lies n'étoient pas iî fâcheufes que h
fleurs en étoient agréables à ceuillî
Le Parlement, qui n'étoit humil
que par ce qu^il n'avoit pu réiîfter à 1
Puiflance Roiale , faîfoit de tems c
tems quelques efforts pour reprend]
des forces, & même il y eut des o«
cafions où la police & le Service d
Roi les obligèrent à vouloir s'afleiï
blcrj mais, ces AfTemblées aiant é\
trop funeftes à la France , & ce m<
feulement étant en horreur au Mini
tre, le Roi s'y oppofa , & vint ui
fois du Bois de Vincennes au Pari
ment en grofles Bottes , Icux dcifendi
de s'affeiîibler.
à rHiftoîfe à' Anne à'Auirld.e, 4 1 1
Le Garde de Sceaux , qui fous le 16^^^,
Dm de Premier Piéfident avoir jolie
fi grand rolle pendant les Guerres,
oit mort, & le Chef de cettte Com-
ignie étoit alors le Préfidcntde Bellie-
e. C'etoît un homme habile , que
Courtifans révéroicnr^ non icule-
ent par pîufieurs bonnes qualité z qui
DÎent en lui, mais encore par ce que
j Amis etoient des crens à faire croire
l'il penfoit à autre choie qu'à pio-
incer des Arrêts, Madame de Che-
sufe, Laigue j ôc beaucoup d'autres,
ii n*étoient pas Amis du Miniflre ,
oient Tes plus confidens ; & il fem-
oit qu'en lui fe pûtrairem.bler le rcf-
de la Fronde \ mais , ne voulant pas
brouiller à la Cour mal à propos ,
|> finefles du Miniftre , & fa douceur
avent arrificieufei menoient ce Ma-
(Irat à peu près à ce qu'il vouloir ; &
même le Premier Prefidenr tiroic
fon tour une partie de ce qu'il lui
landoit en faveur du Public.
Après ces Deffenfes faites au Parle-
ient, cette Compagnie fit des Re-
montrances au F oi fur ce fujet j ^c le
iîniftre , qui etoit fage, ïz crut obli-
I: de faire de grands radQUçificrncns
\Tm^ IV* S au
412. Mémoires pour fervlr
1 ^i 1. au premier Préfident , ^ de Confeîll
le Roy d'ccourer leurs raifons avec
bonté d'un Père , qui fçaît pardonn
& punir équirablemenr. Une autr
fois , le Parlement aiant reHfté aux v
Ipntés du Roi , fur quelque Réglcme
qui rcgardoit la Monnoye, le Cardir
Mazaiin, qui ne vouloît point fotrff
que cette Compagnie reprît des fore
fur aucun Chapitre , fe refolut d' i
exiler quelques uns. 0\\ leur envo
commander de fe retirer chacun aul:
qui leur fut ordonné. La Reine n •
toit pas fâchée d'avoir un prétexte r
mortifier un peu ceux du Parlcnici
qui lui avoient donné de ii mauvai
heures , &: de fi mauvaifes anné .
En entrant ce même jour là dans i
Chambre, elle me fit Thonneur en :
voyant de s^approcher de moi , 6c
me dire tout bas avec un vifage ria •
Madame il y en d dix d'exilés , ou
prîfonmers. Je lui répondis de me:
en riant > f^otre M^jcffé efi donc /?
alfe^ Je le fuis en vsriîé y me dit- •
le ; maïs pas t ou' "à -fait : car je l'c
lots qtioH les mit tous a la BaftlUe ; C .
par la douceur ordinaire de Afr. '
Cardinal , il ri y en ^ qu'un. Enfi.i -
cî
ktHlflolrs Jt Anne â* Autriche, 415
le ajoLua que (î le premier Préddent £ ^51,
lifoic le méchant , 011 le traicteroit de
L même forte. Le Maréchal de Vil-
roi arriva là-delfus, &: la Reine é'.e-
int fa voix , le mit à parler de ces mê-
les chofes tout haut & des lieux où
;s Confeillers avoient eu commande-
icnt d'aller. XJn d'eux fît pirie a tou-
: la Compagnie, à caufc qu'il alloit à
[uimpercorantin en baflc Bretagne;
irce que les chofes , qui ne fe con-
DÎflent point , font pour l'ordinaira
:gces ou plus mauvailes , ou meil-
;ures , qu'elles ne four. Au retour
a Louvre , avant que de me retirer
mon Appartement du Palais Roial ,
allai rendre mes devoirs à la Reine
'Angleterre. Je lui contai THiUoire
a jour. Elle me fit l'honneur de me
ire 3 en fe moquant de moi, que
Juîmpercorantin étoitleplus agréable
îjour du monde. Elle y avoit palTé -
venant d Angleterre en France, èc
'en fit une 11 belle defcription , tant
fa fituation , que de la bonne Com-
gnîe qu'elle y avoit vue , qu'elle me
t quafi eftimer heureufe la deflinés
e l'Exile' ; ce qui me fie conclure avec
fQçce Italien.
S \ Ch'a
4^4 Aicmolres pourfervlr
Ch'a valet' huomo ognl paefe epatrla
Le Parlement Et de grandes inftar
l","^^ * ÇÇ5 ^^^ Mini lire, en faveur de Tes Exi
Hcwme ta • ^ -n j
trouve icz. Les Avocats prirent des Robe
en tous courtes, les Procureurs , &c toute cei
Fais fr i;e Nation étrangère du Palais bic
lanie. ^iç[A^~çy^^Q ce nie femble du Monde qu
les autres gens habitent , (e révolté
rent , &c ceiîerent de travailler. Le
Prélidens prirent de la un prétexte foi
fpécîeux de prelîer le Miniitre de lei;
acorder le retour de leurs Confrères
ce qui fe fît bientôt après, ôc toute
chofes furent appaifec?.
D'autres Intriç^ues fe fomentérer
encor par ceux qui etoient attache
aux intérêts du Prince de Condé, pou
perdre le Cardinal Mazarin. K aJnm
de Chatillon fut accufée d'avoir voul
attaquer fa vie par d'autres armes^qn
par celles de fes yeux. Il y eut de
hommes roiiés ^ pour avoir été con
vaincus de ce defP^in: il parut qu'elle ]
avoit eu quelque pecîtc part ; ôc Pheu
reufe dcllinée du Cardinal le fauva d
tous ces maux. L'intrigue a fait nom
mer cette Dame en pluheurs occauons
mais
à rHlflolrs ÔL Anne d'Autriche, 4 1 j
mais, comme fa gloire fc trouveroîc un i 65 5.
Deu flétrie par cette NaiTacion^ je n'en
îarle point , non plus que de mille
lurrcs particularitez dont je ne puis
ne bien fouvenir , parce que la pa-
•clle y qui quelque fois l'emporte fur
Tîon adtivité, a fait que je n'ai pas
ké allez cxa<^c à les écrire. Il fuffit
le dire que cette Dame étoît belle,
râlante, & ambiiicufe , autant que
lardie , à entreprendre , 6<r à tout
lazardcr , pour fatisfaire Tes paf-
îons ; artifîcicufe pour cacher les
nauvaiies Avantures qui lui arrîvoienr,
mtant qu'elle étoit habile à fe parer
âe celles qui croient à Ton avantagée,
kns la douceur du Mînîftre , elle
ïuroît fans doute fuccombé dans quel-
ques unes ; mais , par ces mêmes
i'oîes elle trouvoit toujours le moien
de fe faire valoir auprès de lui , &
d'en tirer des grâces^, qui fouvent ont
raît murmurer contre lui celles de nô-
:re Sexe qui étoient plus modérées.
Le don de la beauté & de ra^rément ,
qu'elle pofTédoIt aufouverain dégrés,
la rendoit aimable aux yeux de tous •
il étoit même difficile aux Particuliers
d'échapper aux charmes de fes flattc-
S 5 riesj
4 1 <> Mémoires pour frvtr
î^jl, ries ; car elle fçavoit obliger de bar
ne grâce , & join.ire au Nom d
MontîTïorenci une civilité extrême
qui Paaroît rendue digne d'une efti
me tout extraordinaire , (î on avoi
pu ne pas voir en toutes Tes paroles
îcs fcntimens 5 & (es a6tions unca
radtcre de dé^aifement, d>C des façon
aiFcdées , qui dèp'âifcnt toujours au
perfonnes qui aiment la fincerité.
Apres avoir écrit ponfliiellemen
les chofes qui font arrivées dépuis 1
>^ajorîté jafqaes a ce tcms - ci , i
faut à Tavenir donner une erand
partie de mes applications à la P^rfon
ne diî Roy , à les fcnirimens , & à Te
actions 5 nul ont été co.ii ne les pre*
miers traits du Portrait , que de plu:
içivans Peintres que moi auront 1«
gloire d'achever. L'amour , que lî
Reine fa Merc avoit pour lui , occu.
poît rendremcnc fon coeur. Il étol
Tobjet des défirs du Cardinal Mnza-t
rin , & tous fes foins dés lors étoicnii
de chercher les moyens de lui plaire;
Il om nençoit auflî d'attirer à lui les-
^ cœurs , & les yeux de (es Sujets j
mais comme les hommes n'aiment 5
ne cherchent dans la Pcrfonne de
Rois,
pi
f
I
à rirllfioire J^Arme d'^y^^fntriche. 417
llois, que ce qui pear convenir à 1653.
l-ciirs incercts panicuiiers , & que
lous étoîenr pcriuadts 5 que la faveur
lu Miniftre dureroit autant que fa
'le i qu'ils jugeoïent devoir erre cn-
;ore longne , ils regardoienc l'enrie-
:c domination du Roi j par des vues
î éloignées , que fa véritable Puidan-
:e n'en étoit pas alors 3 ni plus célé-
brée 5 ni plus fui vie.
Dépuis la Paix &c fon glorku • Re-
rour à Paris , il éroit ans-menté en
[QUtes chofes : ia belle railk- cv fa bon-
ne mine fe faifoîent admirer , ôc il
)ortoit dans les yeux & dans Pair de
ISoute fa Perfonnc le caradlere de la
[iMajefté , qui par fa Couronne étoit
«clTentiellement en lui. Auflî-tôt que
la tranquillité publique eut rétabli les
plaî/îrs dans la Cour , ce Prince ^ qui
Voioit les Mieces du Cardinal Kiazarin
[|>lus fou vent que les autres , s'attacha,
l^onàlaplus belle, mars à Mademoi-
felle deMancinij Sœur de Madame
^e Mercœtîr -^^ui n'avoir gueres moins
^d'années qu'elle. Selon la Defcrip-
'tîon que j'en ay faite , quand elle arrl-
*va d'Italie , il fembloit que tous les
efforts de la nature de de la jeunefle
S 4 ,ne
41 s Mémoires "pour fervlr Hii
i(>j3.ne poiirroient pas rcmbellîr. Elk
avoir les yeux pleins de fea ; 5c, mal-Boi
gré les défauts de Ton vifage ^ l'âge
de dix huit ans uC eu elle fou effet ;
pour reuibonpolnc elle devint blanche,
elle eut le teint beau , & le vifage
moins long , fes jolies eurent des fof-
fertes , qiii lui donnoîent un grand
agrément , & fa bouche devint plu!
^z6iz \ elle eut de beaux bras . & ai
belles mains , & la faveur avec h
^ran.l aj amènent donnèrent du bril
lama cette médiocre beauté. Enfin
elle parut aimable aux yeux du Roi
& auez jo'ieà tous les îndifferens. Il
la voyoit fouvent , &"cet amufemeni
lie prefque craindre que cette pafïîon .
quoique légère, ne le portât à vou-
loir lui faire plus d^honneur qu'elle
n'en meritoit, La Reine , qui fça-
voit la fagelTe du Roi , & celle de
Mademoifelle de Mancini , ne fe fa-
choit point de cette attachement , par-
ce qu'elle le croioit innocent ; mai&j
elle ne pouvoit foufFrir pas même
en riant , qu'on parlât de cet ami-l
tié , comme d'une chofe qui pourroît'
tirer au Icgîrime. La grandeur de'
fon ame avoit de Thorreur pour ce
^ ra-
k FNijîoIre d'Ari'/je d'Autriche^ 419
rabaiiremenc , & dans le vrai il a pa- 1^53.
:a que le Roi n'eiK jamais cette peu-
je. Mlle, de Mancini elle-même ,
]ai fcntoit qu'elle n'étoit pas defti-
ice à être Reine, foncreoit à Tes af-
aii'cs 5 6'v: vouloit devenir Princeile
:omme Tes Sœurs. Dijà on Tavoîc
)6rerte an Grand Maure Fils du Ma-
êchai de la Mc!Ileraie ; mais, il l'a-
'oit refufée. Ce refus ne lui £t pas
le peur : elle vit que Mlle.de ^^Jarti-
lozzi (a Confine germaine 5 qui avoic
te pareillement nc'gligc'e par le Duc
e Candalle avoit époufé le Prince
le Conti, Elle arpiroît à quelque
îonhcnr femblable , ou approchant;
inais comme elle n'en eroin pas en-
cre alfùrée 5 elle fut au defefpoir de
a Grandeur de Mlle, de Martinozzi
à Confine ; & fon dcpic éclata pu-
tliquement, par mille marques qu'el-
z en donna la veille & le jour de ce
/laria^e. La beauté & la modeflie
e. Madlie. de Martinozzi lui avoîent^ ^
.j^iré en cette occafion Thcnneur de
i préférence ; car , on avoic donné
i choix au Prince de Conti , d'elle ,
É de fa Confine Mlle, de Mancini :
bien qu'elle avoit été forcée pour
S 5 CCttv
'n' s r '"^^tC
:#
>
42.0 Aiemoires j)our fervîr
i6^^. ctizQ fois de fe contenter des belle
apparences de fa faveur, ôc des fabu
leufes flatteries que fes Amis In
faifoient fur la Couronne fermée. L
Roi demeura quelque tems dans ce
^tat , qui dans le vrai paroifToit plu
un fentiment , qui le portoit à i
plaire avec cette Fiile, qu'une grand
palîîon^ L'inclination qu'il avo
pour elle j lui donnoit néanmoins e
i'abfenccde Mademoifelle , & de Mi
de Longucville , les honneurs & les i
vantages de la Cour. Le Roi I
menpît toujours danfer t elle paroilTo
la première dans toutes les préferei
ces que les dignités Ôi' la faveur pei
vent donner; 5c il ferabloît que h
Bals, les Divertiiremens, & les pla
fiïs-y n'étoient faits que pour ell
Mad. de xVIercœur en avoit fa part,
caufe de fa qualité. Le Roi la ni<
noit quelques fois danfer la première
mais, elle étoit obligée d'être foi
vent à THÔcel de endome : de corr
me elle eut des enfans aufîî-tôt apt<
ctre mariée , elle n'ètoic pas toûjoU.
en état d'^ttn profiter.
L'Année 1^55. il fe fit pîu/îeiî
jfctits Bals., & le Roi alloic fouvei
^ /' Hlfioire d'Amie cT Autriche, 421
en mafque il y eut une grande Fête i^JJ
chez le Chancelier Seguier , & les
Plaiiirs turent fréc]uens parmi toute
la belle JeuncOfe, La Reine , ayant
un jour prié la Reine d'Angleterre de
venir voir danfer It Roi un ioîr eu
particulier , elle s'y accorda j & la
Reine ayant mis une Cornette ^ un
Habit de nuit , pour marquer qu'elle
^ardoit la Chambre, reçut la Reine
d'Angleterre de cette manière , ôL ne
voulut 5 pour compoier ce petit Bal,
que de (es Filles «Se quelques jeunes.
Dames & DuchefTes, Femmes des Of-
ficiers de la Couronne. Il n'étoic
fait que pour admirer le Roi , dc pour
divertir la PrincelTe d'Angleterre , qui
Leommcnçoit à fortir de l'enfance , ôc
là faire voir qu'elle alloît devenir aî-
Imable. La Reine mit tous fes foins
là faire que la Compagnie quoique
Ipctite ftît belle , & qu'elle fut digne
Id^-î Pcrfonncs Royales qui la compo^*
■fbient. Le Roi , trop accoutumé à
reiriiC tous les honneurs aux Nièces
lu Cardinal , quand il voulut com-
lencer le branle 5 ai la prendre M ad»
le Mercœur, La Reine y furprifo
cette Faute, fe leva bruf^uement
^'
S (^ ds
4ii Mémoires popirfervtr
i6)^» de fa chaile, lai alla arracher Ma^J.
de Mcrcœiir , &c lui dk tout bas d'aU
prendre la PriiicelTe d'Angleterre»
La Reine. d'Angleterre , qui s'apper-
ciit de la colère de la Reine , courut
après elle , & lui dit tout bas qu'elle
la prioît de ne point contraindre le
Roi, que fa Fille avoir mal au pied ,
& qu'elle ne pouvoir danfer. La
Rcîne lui die , que h la PrincelTc ne
danfoit , le Roi ne danferoit point du
tout. Ainfî, la Reine d'Angleterre,
pour ne point faire de défordre, lall-
fa danfer la Princelfe fa Fille , Sc dans
fon ame fut mal fatîsfaite du Roi. Il
fut encore grondé le loir en particu-
lier, par la Reine (a Mère: mais il
lui répondit , qu'il n'aîmoit point les
petites Filles. Cependant la Princcffe
d'AnHeterre avoir alors onze ans , 3c
lui feizc venant à dix-fept ; de forte
qu'il n'y avoir pas entre eux une gran-
de difporportîon : mais il cft vrai que
îe Roi paroiifoit en avoir vingt. La
Pleine devant le monde vîvoîc avec lui
d*une manière tendre ôc rcfpedlueufc ;
mais , quand il faifoit quelque petire
faute , elle en ufoîr en Mère : & pouri
cette fois fa colcrc avoîc écé jade ;
maia
a l'Hlf^oîre d'Anne (^Autriche. 4^3
mais elle ne lailPa pis de dire le (oir '^^SS*
devanc pliilîcurs perfonnes qu'elle a-
hvok été un pea trop prompte , pour
lUn audi bon Fils que le Roi , &
(qu'elle en feroîc honteufe , fi Tocca-
iîon eut été moindre ; avouant qu'elle
avoir été iî étonnée de le voir man-
quer à la Civilité qu'il dévoie à la
Princeire d'Angleterre, qu'elle n'avoic
pu fe retenir.
L'Année d'après , le Roy continuant
d'aim^^r Madlle. deMancini , quelques
fois plus , 6l d'autres fois moins , vou-
lu: pour fe divertir faire une célèbre
Courfe de Bague , qui eut quelque
rapport à l'ancienne Chevalerie. Il fe-
para toute la belle Cour en trois Ban-
des de huit Chevaliers chacune. Il é-
toit le Chef de la première ^ le Duc de
Guife de la féconde , & le Duc de
Candalle de la troifiéme. La Livrée
de celle du Roy ctoît incarnat 62
blanc , la féconde bleu & blanc , ôc la
troifiéme vert & blanc. Ils avoîenc
tons des Habits en Broderie d'or SC
d'ai*eeiic faits à la Romaine, avec de
perirs Cafques en tête couverts de ,
<]uantîté de plumes , ôc chacun une
^îgretce à Isi tête. Leurs Chevaax
^ 7 é^
414 Mémoires four Jervir
i6jj, étoicnt ornés de même forte, & tous! A
étoient chargés de quantité de Ru-fct
bans. Ils firent cette Courfe entre lîoi
le Jardin du Palais Royal > de le Lo- jkc!
gis où lo^eoît alors la Reine d'An- liai
gleterre. Le Roi vint s'habiller dan^ lip
le Palais Brion , qui efl: un petit Bâ-
timent que le Duc d'Amville , autres
fois appelle Brion , avoit fait bâtir
dans le Jardin du Palais Royal quand
il y avoit logé , ^ qui avoit ferviau
Roi y quand il log^oit dans cette Mai-
fon . à faire des repas & de collations
familières. Tous montèrent à Cheval
da>ns le Jardin dont ils fortirent après >
pour fe venir montrer aux Dames,
qui ocupoient les Balcons ôc les Fenê»
très du Palais Royal. Chacune des
Troupes avoit fon Maréchal de Camp;
il bien qu'ils s'étoient aflemblés en or-
dre 5 fous chacune des Allées du Jar-
dîn 3 dont il faifoit beau les voir for-
tir en cet équippage. L'éclat de leurs
Couleurs , le brillant de leurs Habits>
leur bonne mine , & la beauté de-
leurs Chevaux, me fît rcffbuvenir avec
plaifir d'avoir lu dans les Romans , ôC
particuliér-cmenc dans les Aiiiadfs ^
^uel(}iie «hofc de f oreiX
à r Hlftolre d'Anne ^Autriche, 425'
A la tête de la Troupe du Roi , 16^6^
parurent quatorze Pages vêtus de
Toile d'Argent , avec des Rubans
incarnat & argent. Ils portoient les
Lances & les Deviies des Chevaliers.
Après eux alioient fijc Trompettes ^
enfuite de ces Trompettes alloic le
premier Ecuier du Roî , habillé de
même manière. Il écoit fuîvi de
douze Pages du Roi, bien montés ^
richement habillés , & chargés de
-Plumes 5c de Rubans , dont les deux
derniers portoient , Tun la Lance du
Roi , & Tautre l'Ecu , où il y avoic
un Soleil avec ces mots ,
Ne fm , ne fart *»
Le Maréchal de Camp aîloit après
qui étoit habillé richement 3 mais fé-
lon Tufage ordinaire. Se n'avoît poinc
de mafque. Le Roi paroiiTort après
kii , fuivi des autres Chevaliers , tous
mafqucs 6c tous richement àc galam*
ment ornés, mais le Roi les furpaC*
ibit aat-i'U par <a bonne mine , fa gra*
ce : 5c Ton addrefTe , ^le par fa qua*»
liié de Souverain de de Maître.
La
^ ^ un {hs ^md , ni h» fareiL
426 Mémoires pour fervîr '
La Troupe bleiie & blanche {ui-
voît celle du Roi , dans le même or-
dre , qui parut agréable aux yeux par
la douceur de Tes couleurs , éc la bon-
ne, mine du Duc de Guife , dont le
Génie Romanefque , s'accommodoic
aux Tournois. Il était fuivi d'un
Cheval qui paroitroit devoir fervîr à
quelque Abencerrage , ou quelque
Zegri j car , il etoit mené par deux
Mores , qui le faifoient luivre la
Troupe à pas lents & pompeux. Son
Ecu avoit pour Devî(e un Bûcher fur
lequel étoit un Phénix , & un Soleil
au de(Tus qui lui redonnoit la vîe>
avec ces motS;^
Qu'îmforta que mat en , fi ref^tcltan K' m
Le Duc de Candalle parut enfuitc,
qui ne fut pas moins admiré , 6c le
verr , Por , &c l'argent parurent avec
éclat en fa Troupe , & fur tout fa^
belle taille, & fa belle tête blonde,
reçurent les loiianges qu'il méritoit.
Son Ecu avoit pour Devife unç. Mai-
fue ôc CCS mots ,.
* §j*m^om (^îi'il tne , ^îî re^ufcits^
Elh
a l'jHfljlolrc d'Âfins d* Ah triche, 417
Elle petit 7n:me me placer pirml les
Aftre\
L'Eté venu , le Roi ^<. la Reîiie al-
lèrent à Coni3Îe^ne , félon leur cou-
:\\mz penfer aux Axiîres de la Giier-
:z. Je demeuraî cette année quelque
rcius à Frêne, avec Madame du Plef-
!.ls mon A:nie. Elle avoit un grand
nérite^ beaucoup d'cfprit , ^ de boii-
é pour Tes Amis, &c on goutoit avec
'rlle le véritable plaifîr de la Société
i^^réable & vertueufe. T'en partis le Le 2^,
x(j. x'ioût, pour aller trouver la Reine. ^^^^*
Eu arrivant à Compic;:^n3 , il me pa-
rut que cette Prince (Te vouloir paroî-
tre fort confolée de la perte de Valeu- ,
cîeunes & de Condé , que les Efpa-
gnols avoîent pris. Les Ennemis a-
voienc eu ces avantages fur nous . &
il fembloît que les Partilans de Mr. le
Prince s^imaginoienc déjà qu*on le re-
chercheroic, & que pour le tirer des
Pais Etrangers , ou lui offriroit de
grandes chofes ; mais la Reine iVétoîc
pas aîfée à étonner , & le Cardinal
Mazarîn étoit trop habile pour lailTer
long-tems à ce Prince quelque fujet:
d^eC
4^^ Ji^cmolres pour fervîr
lSs6» ^'cfpérer ce qu'il n'auroit pas été raî-
fonnablc de faire. La Reine me Çi\
rhonneur de me dire en riant^ fur k
chapitre de Valencicnnes , qu'il y a-
roit de la préfomption à croire, qu'i
n'y eût des Vi6toires que pour nous
que les Prières des Efpagnols devoien
quelquefois obtenir des grâces du Ciel
telles qu il lui plaifoit de les diftri
buer y tantôt aux uns, Ôc tantôt au:
autres ; 6c qu'il ne falloit pas s'éton
lier de ces événemens. Ils furent eau
fe néanmoins que le Parlement , qu
ne manquoic guère de fe prévaloir d<
toutes les occahons, donna un Arrc
qui attaquoit le Confcil. Il ordon
n'^it que les Maîtres des Requêtes fe
ïoient à l'avenir oblii'cs de leurrendr
compte des Arrêts du Confeil , l
qu'ils feroicnt mandes, par eux pou
leur en aller rendre raifon. Les Ma-i
très des Requêtes députèrent auflî-t€
quelques-uns de leur Compagnie
pour en aller faire de^ Plaintes au Rg:
Le 19, d'Août, Gaumin lui fit fur t:
fujct une Harangue , qui fut trouvé
belle, parce qu'elle fut hardie, lla^
taqua le Parlement avec vigueur,'
grande Liberté : il cita un de nos voi
£1
à l^HtJl^re et Anne d'Autriche, 429
fins Mîaiiire d'Efpa^ne, qniavoit dk l6jê,
autrefois , que jamais la France ne
fer oit dans une entière PuilTance, que
les Princes ne fuiFent fans Pouvoir ,
les Huguenots fans Places. & les Par-
lemens fans droit de faire des Re-
montrances. Il exagéra les Entreprî-
fes, & dit qi^il anéanciifoit tant qu'il
pouvoît l'Autorité du Roi. La Rei-
ne écouta ce Difcoars avecplaiiir, par
la mauvaife împrefli) 1 que les Révol-
tes du Parle^n mic avoient laiirées dans
ion efprir. O 1 fit de grands raifon-
nemens dans b Cib* i3t (ar ces matiè-
res > vSc p!a(i':urs perfonn^s difoienc
au-li, qu'il écoic vrai qu'alors il y
avoir d;^s d jfor ires au Conseil. Je ne
ijçai s'ils avoient tort, ou raiion ; maiS;^
tous coii:luoient que le Miniftre au-
01c bien fait, s'il fe fat appliqué au
emede de ces ma* a Aies intellines, qui
erdoient PE:at , Se qui pouv oient
ontinuellement donner un jufte pré-
:exte aux Brouillons de crier contre
ai.
Nous vîm?s alors arriver à "^om-
îegne la Reine de Suel^ , dont ou
voit ouï conter tant de chofes ex-
aordiiiaires» Cette Princefle , qui
avoÎE
le
4^0 Mémoires pour fervlr
i6)é. avoit qaîté Ton Roiaume , fembloît
l^avoîr fait par un généreux dédain de
la V ouronne , & pour ne pas forcer
~ fon inclination, en faveur de Ton plus
proche Parent, que Tes Sujets avoient
fouhaitc qu^'cUe époufâr. Elle avoic
embra(fé notre Religion , & avoic re-
nonce à l'Here/îe entre les mains du
Pape. Qiielques - uns eftimoient infi-
niment cette Adtion, & croioient que
cette PrincelTe , en quittant la Cou-
ronne de Suéde , méritoîc celle du
Monde entier. D'autres l'avoient ac-
cufée d'avoir quitté fon Roiaume par
force 5 ou par légèreté, 6i d'avoir ai-
mé tendrement , en Suéde , & en
Flandres , un Efpagnol nommé Pi-
mentel, qui avoit été dans fa Cour
de la part êia Roi fon Maitrc. On
Tavoit beaucoup loiice^ & infiniment
blâmée. Elle paflbit pour une Pcr-
fonne illuflrc : les Plumes des plus
fameux Auteurs , tant flir la Loiianv
gc, que fur la Satire , n'étoient em-
ploiées qu'à parler de fes vertus hé-
rojques, ou bien de fes défauts. En
quittant la Suéde , elle avoit été en
Flandres , puis à Rome. Enfuitc de
ces Voiages, elle voulut voir la Fran-
ce!
\[
k rHlfioire êi Anne à* Autrkhe 451
:e aufîi-bien que lltalie j & cette 16^ é,
n'ande réputation;, qu'elle avoit acqui-
c, fît que la Reine fut alTez aife de la
ûir. Le Roi de Suéde, à qui cette
Icine du Non: avoit laiifé fonRoîau-
ne, étoit un Prince belliqueux : il fe
aifoit craindre & confidérer. Il avoit
emandé au Cardinal que cette Prin-
cire fut bien traitée en France , ôc le
/liniftre par Tes propres fcntimcns
'eftimoit. Elle y fut reçue de la mc-
le manière nue le fut autrefois Char-
:s-QLiint5 quand il palTa par la Fran-
ce, pour aller en Flandres. Le Roi
li envoia le Duc de Guife pour la
rcevoîr à fon Entrée fur fes Etats ,
: pour la complimenter de fa part,
a Reine lui envoia Comincres , fou
Capitaine des Gardes , pour la même
nofe. Le premier écrivit à quelqu'un
e fes Amis une Lettre qui fut lue du
.oi 3c de la Reine avec plaifir. Je
ai gardée . par ce qu'elle repréfen-
)it au naturel cette PrincelTe dont il
5 t'
i6^6*
451 Mémoires pour fervîr
L ETTRE DU Duc D E
Guise.
J>
Jj
i)
M
33
>J
JJ
53
93
il
fi
33
93
33
V
33
3i
»3
JE veux 5 dans le tems que je
m^ennuie cruellement , penfer
à vous divertir, en vous envolant
ie Portrait de la Reine que j'accom-
pagne. Elle n'eft pas grande, mais,
elle a la raille fournie , ôc la croupe
large, le bras beau, la main blan-
che ôc bien Faîte, mais plus d'hom-
me que de femme , une épaule
haute , dont elle cache Ci bien le
défaut par la bizarrerie de fon ha-
bit , fa démarche , ôc ies actions ,
que l'on en pourroît faire des ga-
geures. Le vifage eft grand fans
être défedbucux , tous les traits font
de même , 6c fort marquez ; Iç
nez aquilain , la bouche allez gran-
de » mais pas defagréable fes dentsi
palTables, fes yeux fort beaux 8c\
pleins de feu, fon teint nonobflanc
quelques marques de petite verolej
alTez vif & afTez beau , le tour duj
vifage adcz raîfônnable, accompa-
gné d'une coiffure fort bizarreJ
3 f«
C<
à l Hiftolre et Anne à* Autriche , 453
C'cfl: une Perruque d'homme fort « 16^6,
grolTe & fort relevée fur le front
fort épai(ïe fur les cotez , qui en
bas a des pointes fort claires, le dcC^
fus de la tête cft d'un tKTu de che- «
veux 5 Se le derrière a quelque cho- «
fe de la coiffure d'une femme. «
Qiieiquefois elle porte un Chapeau. «
Son corps , la (Té par derrière , de "
biais 5 efl: quad fait comme nos «
pourpoints 5 fa chemife fortant tout «
au tour au deflus de fa jupe , qu'el- ce
le porte arfez mal attachée , Se pas «
trop droite. Elle cft toujours fort
poudrée , avec force pommade , Se
ne met quafi jamais de gans. Elle
efl chaulîée comme un homme ,
dont elle a le ton de voix. Se quafi
outes les Actions. Elle affeéle fort
e faire TAmazone. Elle a pour
e moins autant de gloire Se de «
erté, qu'en pouvoit avoir le grand ce
uftave, fon Pcrc. Elle eft fort
ivile & fort carefTante, parle huit
angues. Se principalement la Fran- ce
oife comme fi elle étoit née àPa- ce
s. Elle fçait plus que toute notre «c
cadémîc jointe à la Sorbonne , fc a
onooit admirablement en Peinture, ,«
<4 com»
ce
ce
ce
ex
ce
ce
ce
ce
ce
434 Mémoires pour fervlr
t6j6, ,> comme en toutes les autres chofes :
fcait mieux toutes les Intrigues de
notre Cour que moi. Enfin , c'eft
une Perfonne tout- à- fait extraordi-
naire. Je l'accompagnerai à la Cour
par le chemin de Paris ; ainfi ^ vous
pourrez en juger vous même. Je
croi n'avoir rien oublié à la Pein^
ture 3 hormis qu'elle porte quelc]ue-
foîs une Epée avec un collet de
buffle 3 & que fa Perruque eft noi-
' re , & qu'elle n'a fur fa gorge
' qu'une écharpe de même. •>
Cette Reine connoilToit fî parfaite-
ment toute la Cour ^ qu'en voianc
Comîntres , elle lui demanda des nou-
velles du bon homme Guitaut fon
Oncle , (SvT fi elle ne le verroic point
en colère ; car , il étoit fujct à cette
paiïïon 5 & s'en fervoit habilement:
elle lui avoit aidé à faire fa fortune,
^ la Reine de tout tems avoit pris
plaifir à le voir en cet état. La Rciiiç
de Suéde n'ignoroit donc rien de tou-
tes les grandes chofes , & de toutes les
petites. Elle dît en quelques occa-
fions , qu'elle fçavoit qu'on avoit dît
d'elle beaucoup de bieu & de mal, &
qu'on coxmoiuoû çn la voiaut, qu'il
n'y
a l*Hifioïre â*Jnne d' Jutrkhe. 43 j*
n'y avoir ni Tun ni l'antiT. Elle ne i6^i5,
difoit pas la vérité ; car en effet, on
y trouva un mélange de beancup de
grandes vertus , & de grands deffauts.
Elle fit Ton Entrée à Paris le huitième
de SepteiTibrc ^ après avoir été régalée
1 Efîbnne par Heficlin , d'un Eallet,
i'un feu d'Artifice , d'une Ccmédie,
k de quantité de Dames j qui la fu-
ent voir en ce lieu. Les Bourgeois
le Paris en Armes , & avec de beaux
habits , la furent recevoir en bon or-
re , hors les Portes de la Ville , &
l'Ordercnt Ton chemin dans toutes les
.ués dépuis Confîans où elle avoir
louché, jufques au Louvre où elle
evoit loger. Leur nombre fut inlî-
î , aufli-bien que des Famées , & des
erfonnes de qualité , qui aux Fenêtres
: aux Balcons la voulurent voir paf-
r 3 & la foule fut grande dans les
les. Elle tarda à traverfer la Ville,
|?puîs deux heures , jufques à neuf
pures , du foir qu'elle arriva au Lou-
)c. Elle fut logée à l'Appartement
I Roi , où croit la belle Tapîfleric
|: Scipion , ôc un Lit de Satin blanc
Broderie d'or, que le feu Cardî-^
^1 de Richelieu en mourant lailla au
Tom€ /^ T feu
43^ 2l^€mohes four fervlr
16^6, feu Roî. En arrivant, elle demanda
à boire. Le Prince de Conti , qui
rétoit allé vifiter de recevoir , lui don-
na la Serviette , qu'elle prit après^
quelques complimens répétés. Co-^
iiiînges nous dit que le Duc d'Eper-
non , alors Gouverneur de Bourgog*
ne , l'a-voit magnfiiqiiement rcçiie 5
Se quoy qu'elle afFcdàt de ne rien
admirer , elle trouva néanmoins que
la France éroît belle , riche , Ôc bien
remplie de peuples. Elle voulut qu'on
crût que Rome l'emportoit dans fan
inclination &C Ton cftîme fur Paris^
êc difoit que l'Italie avoit de grands
charmes: mais ,3 ce qu'il parut de-
puis , les Plaîfirs de Paris ne lui dé-
plurent pas 5 6c je penfe qu'elle aurait
volontiers , quitté tout autre Pays
pour le nôtre , s'il elle avoir pu y de-
meurer,
A ce premier abord , elle parut ai-
mable à tous les honnêtes gens. Sqji
Habit , (î extravagant k l'entendre dé-
crire , ne l'ctoit point trop z la voir ,
ou du moins on s'y accoùtumoît facile-
ment. Son vîfage parut aflTcz beau,
Se chacun admira la vivacité de {o
efprit 5 ôc les chofes , p^r .'culiere
qu Cl
1(
à VH'îfioîré à* Anne à*Aiitr]che, 437
qu'elle içavoît de la France. Elle ccn- i6ji
noinoit non-fcukment les ir.aifons &
les armes 5 iViais elle fcavoir les întri-
guesÔi les Galanteries , & n'ignoroît
pas mérne les noras de cci x qni ai-
n oient la Peinture eu la Mudque.
Elle dît au Ivlarquis de Scurdis les
Tableaux de prix qu'il avcit dans Ton
Cabinet 5 & kavoit cx^ç. le Duc de
Lianccurt en avoit de fort beaux ;
jufques là neir.e qu'elle appenoit
aux François ce qu'ils ne fçavoient pas
de leur Fatrit. Elle diijuta contre
quelques-uns, qu'il y a^oit dans la
Sainte ( l.spellc ire/csthe de grand
prix , qu'elle voulut voir , 6c qui en-
fin Te trciiva à Sr. I^cnis, Elle parut
civile particulière ncnt atxl.cn mes,
mais brifquc d: en pcrtéc fans don-
ner aucun fujet cflcdlif de croire les
mauvais C crtes qu'en avoit faits d'el-
le. Ils s'etcient rcjaicus dans toute
l'Europe à fon cefavartage, & l'a-
Hoicnt fait pafïcr d^ns J'ep'nion de
tous les fagcs 5 jour une peifcnne qui
ne l'étoit gueies.
Notre Ams7cne Suedoîfc gagna
tous les caurs à Paris , qu'elle auroïc
pcut-dt^c fcrdui» bien- têt aptes ; iî cl-
H X le
4 3 s Mémoires pour fervir
16^6, le y fut demeurée plus long-tems. A-
près y avoir vu tout ce qu'elle crut
digne de fa curiofitc , elle quitta cette
grande Ville , où elle avoit été tou-
jours environnée d'une furieufe prefTe ,
pour venir voir leurs Majeftés à
Compiegne. Elle y fut reçue , non
feulement en Reine , mais en Reine
bien aimée du Miniftre. Le Cardi-
nal Mazarîn partit le même jour de
Compiegne ^ pour être à Chantilli ,
quand elle y arriveroit pour y dîner.
Deux heures après ce Repas le Roi
Se Monfieur y arrivèrent comme des
Particuliers. Le Roi entra par une
porte qui étoit au coin du Baluftre
du Lit ôc fe montra avec toute la
foule , qui étoit au tour d'elle & du
Cardinal. Aullî-tôt qu il furent ap-
perçus par lui , il les prefenta à la
Reine de Suéde , & lui dit que c'é-
toit deux Gentilshommes des plus
qualifiés de la France. Elle les con- -
nut en les regardant , pour avoir vu
leurs Portraits au Louvre , & lui ré-
pondit qu'elle le croioit aînfî , ôc
qu'ils paroîfïbient être nés à porter
des Couronnes. Le Cardinal Maza-
rin lui repartie , qu'il voyoit bien qu'il
. étoit
le
à rHîfioîre iAnne à* Autriche, 439
étoit difficile de la tromper , & qu il \ 6^ 6,
étoic vrai que c'êtoîc le Roi & Mon-
fieur. Le Roi lui die de bonne gra»-
ce 5 qu'il étoît fâché de ce qu'elle
^ avoir été Ci mal reçue* dans Tes États ,
u'il n'avoir pas manqué de donner
"es ordres pour la traîtter félon ce qui
lui étoit du : mais que fa veniie (i
précipitée avoit empêché ceux à qui il
les avoit donnés de lui rendre le réf.
pedt qu'il auroit déliré de lui faire
rendre. Elle repartit à fes civilités
avec reconnoiffance de ce qu'on avoir
fait pour elle 3 (Se ne manqua pas d'é-
xagerer en de beaux termes la fatîf-
faàion qu'elle avoit reçue en France..
e Roi 5 quoyque timide en ce tems- ~
là 3 ôc nullement fçavant , s'accom-
moda fi bien de cette Princefle har-
ie , fçavante ôc fiere , que dés ce
oremier inftant , ils demeurèrent en-
emble avec liberté de agrément , de
rt & d'autre. Il fut aifé d'en trou-
er la raifon : ceux qui voulurent la
phcrcher jugèrent, que c'étoit une
arque indubitable , que le Roi a-
oît en lui par inclination , 6c par na-
re 3 les femences de ce qu'il y avoit
aquîs ÔC de louable en la perfonne
T 5 de
4-{-o M' moire s pour fervlr
, 5j,5. de cette Rsine , 6>C qae la timidité qui
paroi (rjic en lai procédait alors de fa
gloire (3c d^ fon jagemeric , qui lui fai-
foieiit defîrer d'être parfait en toattes
cUofes , ÔC craindre en même tems de
ma iqiî^r en quelqu'une. Apres cette
converfacioîi , il ta quitta , ôc revint
trouver la R-^îne, qui le lendemain alla
la recevoir , accompagnés du Roi 5i
de coure fa fuite Royale. Ce fut 2
crois lieues de Compiegne , au Fayec^
Maifon appartenante au Maréchal de la
Morte - H ^udancourc , où fe fit cetu
célèbre Eatreviie, Les Chevaux • Lé-
gers, les Grniarmes 5 & les Gardes,.
alloient au-devant du CarolTc de leuri
M-ijefrés par gros Efcadrons ; 6c , com-
me ils écoient parés , cet accompagne-
ment école véritablement Royal. Il J
avoir avec le Roi ÔC la Reine > Mon-
iîeur y Frère unique du Roi , Madame
la Duched'e de Lorraine , Madame de
M-Tcœur, ôc MidamelaComteffe S
Ficx , Dame d Honneur de la Reine,
Qjiand la Reine fat arrivée, elle ne
voulut point entrer dans cette Miifoi^
parce qu'elle fçivolt que la Reine de
Suéde dévoie arriver bien-tor. Elle de-
meura a/ec coucefa Cour fur nue Ter-
ra lie
a V Hlfi OIT e â^ Anne à^ Autriche, 441
raflTe qui cft devant le Logis, d'où Ton \6^G.
, defcend par quelques degrés dans une
grande Cour , où étoienc rangés cH
• haie les Gardes & toute la Cavalerie.
Beaucoup de Perfonnes de qualité y
étoient , avec des Habits en Broderie
, d'or & d'argent , 5c quantité d'autres^
qui tous compofoient un grand Cor-
tège, Comme on n'avoit laîfifé entrer
dans cette Cour que les CaroiTes de la
RcinCj & qu'on en avoit banni la Ca-
naille, la Reine (Se toute fa belle Com-
pagnie paroiflfoit fur cette TerrafTe ,
comme fur un Amphitéatre. Ce fut
à mes yeux une des plus belles & des
plus agréables chofes du monde. Cette
Maifon avoit la grâce de la nouveauté:
elle étoit neuve 6c régulière , & la
Cour étoit grande 6c quarrée. Le ga-
zon en étoit coupé par bandes, &: il
étoit impoffible de voir un objet plus
aeréablc. La Reine, a qui je le fis
il remarquer dans ce moment, en de-
meura d'accord : & pour dire la véri-
té, quoi qu'elle ne ^ut pas la plus jeu-
ne de la Troupe , elle étoit pour le
moins celle qui avoit la meilleure mi-
ne , & qui paroilToir la plus aimable^
Le Duc de la Rochefoucâult, &
T 4 quel-
442- Mémoires pour frvlr
t (>^6, quelques auttes, qui depuis que cette
Reine étrangère étoit à Paris, avoient
été les plus allidus auprès d'elle , arri-
vèrent les premiers, ôc bien-tôt après
fon Caroflfe entra au bruit des Trom-
pettes. Le Cardinal Mazarin ôc le Duc
de Guife etoient feuls avec elle j car ,
elle n'avoît que quelques Femmes fort
chétives pour la iervir, qui ne fe mon-
trèrent point. Auiîi-tôt qu'elle vit la
Reine, elle defcendit de CarofiTej de la
Reine s^'avança aufîî deux ou trois pas,
au dehors de la TerrafTe , pour l'aller
recevoir. Elles fefaluérent toutes deux
civilement. La Reine de Suéde vou-
lut faire quelques Complimens y ôC
remercier la Reine du bon traitement
qu'elle avoit reçu en France ; mais, ces
paroles furent interrompues par celles
de la Reine, qui lui témoigna la joie
qu'elle avoit de la voir. L'impatience^
qu'eurent tous ceux qui les environ-
aïoient de voir cette Reine, fut Ci gran- .
de, qu'elle obligea les deux Reines à
finir. leurs Complimens, pour fuir la
foule qui les accabloit. Le Roi , qui
avoit déjà fait connoi (Tance avec l'E-
trangère, lui donna la main pour la
faire entrer dans la Maifon. Elle paffa
de-
à V Hlflo're d'Anne JJ Autriche, 443
devant la Reine, &: fe laifTa conduire i(?j^,
où l'on voulut la mener. Plufîeurs
ont trouvé que la Reine fut troo civi-
le, de lui lailfer prendre cet avantage ;
& le Roi ipême devenu plus grand eu
a ea depuis de la douleur, & du cha-
grin, &: en plufieurs occailons a repro-
ché à la Reine fa Mere^ qu^elle avoic
eu tort d'avoir cédé chez elle à cette
Reine, àc à celle de Pologne , vu la
Grandeur de fa Naîirance, 6c le haut
Rang que lui donnoit la Couronne de
France. J'étois une de celles qui me
Touvai le plus près de ces deux Roîa-
|[es Perfonnes, ic quoi que les defcrip-.
:îons fi particulières que Ton avoir faî-
:es de la Reine de Suéde, me l'euiTentfi-
l^urée dans mon imagination, j'avoue
Néanmoins que d'abord fa vue me fur-
prit. Les cheveux de fa Peruque
ftoîent ce jour là defrifez, le vent en
lefcendant de CarolTe les enleva , &
:omme le peu de foin qu'elle avoit de
|bn teint lui en faifoit perdre la blan-
iheur, elle me parut d'abord comme
line Egîptienne dévergondée , qui par
lazard ne feroit pas trop brune. En
îgardant cette Princefle , tout ce qui
Uns cet iaftant remplît mes yeux , me
T j jparui
444 Al^molres pour firv'y
16^6, parac extraorditiaîremeiic étrange, &
plus capable d'éfïrakr que de plaire
Son Habic e'coît compofé d'un psric
Corps 5 qui avoit à moitié la figure
d'un Pourpoint d'honime, & l'autre
moitié celle d'une Hoa2:relinede Feni-
me, mais qui étoic fi mal ajuflé fur
fon Corps, qu'une de Tes épaules for-
toit toute d'un côté , qui étoic celle
qu'elle avoir plus grolTc que l'autre.
Sa Chemife étoic faite à la mode des
hommes: elle avoic un colec qui étoic
rataché fous fa gorge d'une épingle
feulement , ôc lui laiiroît tout le dos
découvert: & ce Corps qui étoic éclian-
cré fur la gorge, bv*aucoup plus qu'un
Pourpoint , n'étoîc point couvert de
ce colec. C^cce même Cliemife fbr-
toîcpar embas de fon demi - Pourpoint
comme celles des hommes ^ elle fai-
iôic (brcir au bout de fes bras 6c fur fes
mains la même quantité de toile que
les hommes en laîlfoienc voir alors au
deffaut de leur Pourpoint & de leurs
Manches. Sa f upe , qui étoic grife
chamiréede petits paflfemens d'or SC
d'argent, de même que fa Hongreline,
étoic courte , ^ au lieu que nos Robes
font traînantes , la ficnne lui faifo*C'|
voir
- N
à V Hlflolre d'Anne d'Autriche, 445*
voir les pieds découverts. Elle avoit 16^6,
des Rubans noirs renoliez en manière
de petite oye, fur la ceinture de fa Ju-
pe. Sa Chaunfure ctoit tout-à-fait fem-
blable à celle des hommes , ôc n'étoîc
pas fans grâce. Le Roi la mena dans
une grande SalejOÙ Me. la Maréchale
de la Motte avoit fait préparer une
grande Collation. Le Roi, les deux.
Reines , &c Monficur , entrant s^aC-
iirent à table. Se nous l'*environnâmes
pour voir cette Perfonne , en tout fî
différente des autres femmes , & donc
la Renommée avoit tant fait de bruit.
Après Tavoir regardée avec cette appli-
cation que la Curioiité infpire en de
relies occafioiis, je commençai à m'ac-
coutumer à Ton Habit , ôc à fa Coef-
fure, ôc à fon Vifage. Je trouvai qu'el-
le avoit les yeux beaux & vifs, qu^elle
avoit de la douceur dans le vifage, ôc
que cette douceur étoit mêlée de fierté.
Enfin, je m'aperçus avec étonnemenr,
qu'elle me plaifoit , &c d'un înftant à
un autre, je me trouvai entièrement
changée pour elle. Elle me parut plus
[grande qu'on ne nous Tavoît dite, Sc
moins bolTue ; mais , fes mains qui
.voient été loljées comme belles, ne "^
T 6 l'étoienc
44 <^ Aiemolres pour fervlr
16^6, rétoîeiit guère : elles étoient feulement
aGTez bien faites ^ &c pas noires ; mais
ce jour - là elles étoienr fi cralTeufes ,
qu il étoî: impoflîble d'y apperçevoîr
quelque beauté. Pendant cette Colla-
tion 3 elle mangea beaucoup , de ne
parla que de Difcours fort communs.
Le Duc de Guife lui montra Melle. de
Mancini , qui étoit auprès d^elle à la
regarder comme les autres* Elle lui fit
un grand faluc, ôc fe pancha tout en
bas de fa chaife, pour lui faire plus de
civilité. Au forcir de là, le Roi, les
Reines, Moniîeur, & le Cardinal Ma-
zarîn , fe mirent dans le CarolTe de la
Reine, avec le refte de la Compagnie
que j'ai n")mmce, & la Converfation
y fut agréable. Qiiand la Reine fut
arrivée à Compîegne ^ après avoir con-
duit fon Hotelfe dans fon Apparte-
ment, elle nous fit Thonneur de nous
dire , qu'elle étoit charmée de cette-
Reine , de nous avoiia que le premier
quart d'heure, elle en avoit été effraice
comme les autres ; mais , qu'après l'a-
voir vue, Se l'avoir entendu parler,
cette furprife s'étoit changée en incli-
nation. Elle nous dit que cette Prin-
celTe , faifanc femblanc de vouloir eoic
lel
à VHlflolre d'Anne d' ^Autriche , ^^j
le Portrait du Roi & de Monfieur , 16^6.
que la Reine porcoic au bras, elle lui
avoit fait ôceu fou gant^ Se qu'elle lui
avoit dit les chofes du monde les plus
jolies fur la beauté de Tes mains , la
louant de les avoir fçu louer fans
l'embaraflTer. Aufli-tôt que la Rein«
de Suéde fe fut un peu repoféc dans
fa Chambre, elle vint faire vifice à la
Reine d'où on la mena à la Comédie
Italienne. Elle la trouva fort mau-
vaife 5 & le dit librement. On Pafïiira
que les Comédiens avoient accoutume
de mieux faire. Elle répondît froi-
dement qu'elle n'en doutoit pas , puis
qu'on les gardoit. Après cela , on la
mena dans fa Chambre, où elle fut
fervie par les Officiers du Roi. Il
fallut qu'on lui donnât jufques à des
Valets de Chambre pour la lervir , ôC
pour la deshabiller ; car elle étoit
leule 5 elle n'avoit ni Dames , ni Of-
ficiers , ni Equipage , ni Argent : elle
compofoit elle feule toute fa Cour.
Chanut, qui avoit été Rendent pen-
dant fon Règne, étoit auprès d'elle,
. & d^ux ou trois hommes mal bâtis,
à qui par honneur elle don -oit le
:3 ^om de Cgmies. On pou voie dire
^1 T 7 avcQ
ÎZ
448 Mémoires popir fervîr
16^6, avec vérité , qu'elle n'a voit perfonnci
car outre ces médiocres Seigneurs ,
nous ne lui vimes que deux femmes
qui refTembloient plutôt à des Reven-
deufes , qu'à des Dames de quelque
Condition. Enfin, je feroîs tentée,
en faifant la Defcription de cette
PrincciTe , de la comparer aux Héroï-
nes des AmadiS;, dont les Avantures
écoient belles , dont le train étoît
prefque pareil au ficn , & de qui la
fierté avoit du rapport à celle qui pa-
toîiïbit en elle. Je penfe même , vu
Ton Equipage ôc fa Pauvreté , qu'elle
ne faifoit pas plus de repas^ Se ne dor-
moit pas mieux, que Marfife ou Bra-
damante, ôc qu'à moins d'arriver par
hazard chez quelque grand Roi com-
me le nôtre, elle ne faifoit pas fou-
venr bonne chère. Le premier jour,
elle obferva de parler peu ; ce qui pa-
roilîbîc marquer en elle de la diicré-
tîon. Le Comte de Nogent , ieloii -
fa coutume , s'emprcfTant devant elle
de dire des vieux Contes , elle lui dîç
gravement qu'il étoit fort heureux
d'avoir beaucoup de mémoire. Le
Cardinal Mazarin, le lendemain Pal la
ViCmK en Camail, ôc tous les Evê-
qucs
àfHlftolre d'Amie d'Autriche, 449
ques la faluéren: eu Cérémonie. Ce i<?j^.
joLiL- elle parut avec un Juilaiicorps
de Camcloc de coalear de feu , ôc u-
ne Jupe grife , Van Se l'autre chamar-
rez de pairemens d'or ôc d'argent :- fa
Peruque écoit frifée ôc poudrée ^ Ton
ceint par le repos de la nuit avoit
quelque beauté, Tes mains étoient dé-
rraiTées ; ôc il elle eut été capable de
fe foncier des louanges, je croî qu'on
m en auroit pu donner en ce moment
ivec juilice, car elle parut à tous plus
limable qu'elle ne le vouloît être.
Elle vint voir la Reine le matin , ôc
la Reine lui rendit fa vî/îte aufîî-tôt
iprès - dîné. La converfation y fut
^aie, Se dans plufîeurs rencontres cet-
:e Reine Etrangère fît voir qu'elle é-
:oit fpîrituelle, ^ de bonne compa-
gnie. Elle railla le Chevalier de Gra-
Tijnc fur la paiïion qu'il avoit alors
■)our Maie. deM^rcoeura Se ne l'é-
pargna nullemant far le peu de re-
connoiffance qu'il en pouvoir cfpérer.
JDelà elle fut a la ChaTe du Sanglier
ovL le Roi la convia d'aller. Elle lui
avoit dit néannoins, qiand il lui pro-
pofa d'y, aller , qu'elle ne l'aimoic
point , parce qu'elle étoic périlleufe,
ÔC
450 Aïemoins pour fervlr
ï6s6, ^ qu'elle ne pouvoic foufFrîr qu'on
ne s'exposât à quelque péril , que pour
acquérir de la gloire. Le Toit, à lai'
Comédie Françoife elle montra d'avoir
Tame paiïionnée : elle s'écria fouvcnt
fur les beaux endroits, paroiiTanc fen-
tir de la joie , ou de la douleur , fé-
lon les differens feniimens qui étoient
exprimez par les vers qui fc récitoienc
devant elle : puis, comme lî elle eut
été toute feule dans Ton Cabinet fe
lairtknt aller fur le dos de fa Chaife,
après fes exclamations, elle dcmeuroic
dans une rêverie profon Je. La Rei-»
ne même ne l'en pouvoit tirer , quoi
que fouvent^lle voulût lui parler. Le
foir, étant retirée avec quelques hom*
mes de la Cour , entre autres Corn-
minges qui n'étoic pas ignorant , ils-
parlèrent de beaucoup de chofes , ôc
enfuite de la fidélité qu'on devoir
aux Rois ; bc quelqu'un lai difant
que tous les honnêtes gens en avoienr,
elle répondit qu'en tous les Païs cela
étoit vrai , mais qu elle avoit remar-
qué qu'en France cen'etoit pas un
deffauc que d'y ms nqucr ^ 'Si qu'il é-
toît commun parmi les personnes de
mérite, ^ de qualité. Enfin , cette
jour»
à l'Hlfiolre "d'Anne d'Autriche, 4 j i
journée lui attira beaucoup d'appro- 16^6 ^
bation , de chez la Reine ce même
foir on ne parla que d'elle. Plufîeurs
de nos rudes Railleurs avoîent eu le
deirein de la tourner en ridicule , ÔC
d'accabler par là ceux qui lî légère-
ment rav^oicnc encenfée ; mais , Ils ne
purent alors en trouver les moyens ,
foir par fon mérite , ou par la hau-
teur qu'elle eut pour eux , ou foie
^ndii parce qu'elle fut fouteniie par
i'eftime que le Miniftre témoigna d'en_
^aire, & par la bonne réception du R oi
5c de la Reine. Le peu de rems
p'elle demeura a la Cour lui fut fa-
vorable ; car fes defFauts qui étoienc
grands furent ofFufqués par les belles
k, brillantes qualitez qui étoient en
;llc 3 ÔC par le plaîfir de la nouveauté,
[ui eft d'un grand prix dans le cœur
'es hommes. Nous lui verrons bîen-
Dt perdre honteufemeut tous ces a-
antages ; car, comme les Rois {ont
xpofezaa public. Se que ce qu'ils ont
e bon les rend célèbres , de même
iurs defFauts fçavent en peu de tems
étruirc ou diminuer leur réputa-
ion:
Le 18, Septembre, les Reines fu-
rent
451 Mémoires pour fervtr
I6j6. j-entà une Tragédie des Jcfuites, do!
celle de Saede fe moqua hardimer
Le lendemain, le Roi lui donna i
Feftin Roial, qui fut comme de t(
Repas on: accoutumé d'être , où
profufion fatigue plus l'efprît , qu'el
ne nourrît le corps. Peu après cei
incommode Cérémonie , il arriva '
Courier qui apprit au Roi de à
Reine la prife de Valence par le D
de Mercœur. La Reine étrang<
vint aufïi-tôt s'en réjouir avec la r
tre , d'une manière fi libre , qi
fembloît qu'elle y prît une grar
part. El'e trouva la Reine joiiant a
Cartes. Elle s'aflîc auprès d'elle ; i
s'appuiant nochalamment fur la tab
il parut qu'elle s'occupa agréablem<
à regarder les belles mains de la R
ne : elle les loiia, & lui dit d'un
galant , qu'elle eftîmtroît fon voÎî
de Rome en France bien empîc
quand elle n'auroit point eu d'an
avantage que celui de voir en c
feulement la plus belle chofe du M<
de.
Nogent, qui parloît toujours, V(
lut lui dire , qu'on avoît remarc
dans l'Hiftoire y qu'il y avoit c
à l* Hl/ï-olre d'Anne d* A ft triche, 455
'ans que Valcncieiines ôc Valence a- 16 ^3,
Voient été affiégés par les François ;
'que l'une n'avoir pu être prife, Ôc que
l'aucre Pavoîc été. Après Tavoir écou«
'té , elle fouhaica que dans ce même
terme les mêmes pcrfonnes en pufTenc
faire aucanc ; & , fe tournant vers No-
-getit , lui dit ; Et que vous , Mr. de
JSfo^ent , eHiJiès encore votre Cafaque
femlle^morte , Ô* fijfi?s les mêmes Con*
tes que vous faites a prefent ; car , a
vous dire le vrai , j' aimer 01 s 7n'eux les
enteni^e dms cent ans , qita cette heU"
re. Ce qui fît qu elle le pou (Ta tou-
jours de mêai" force, fut qu'on lui
-avoit dit , qu'il avoit voulu la mêler
<lans fes railleries.
Le lendemain , le Père Annat , Con-
felTeur du Roi , fut parler à la Reine
<de Suéde, fur quelques plaintes qii'eU-
le avoit faîtes centre leur Ordre. L'une
étoit qus le Père Général des Jefuites
ne l'avo't point été faluèr à Rome : je
ne me fouvicns pas des autres. Après
les excufes que lui fît le R^^verend Pè-
re , elle lui dit d'un ton moqueur , «5^
-avec cette brufque manière qui lui ëtok
naturelle , qu'elle fcroit 'îichéQ de [q^
•-^avoir pour Ennemis, fâchant leurs
forces 3
v
454 Mcmolres four fervlr
1 6j 6» forces , & qu'elle choifiroit plutôt d'a-
voir querelle avec un Prince Souverain
qu'avec eux j que par cette raifon , elle
vouloit bien être ratisfaite,mais,qu''ellc
PalTuroit , qu'yen cas de Confeflîon, &
de Tragédie , elle ne les choifîroit ja-
mais : voulant leur reprocher par là
qu'ils étoient accu Tes d'avoir une Mo-
rale trop indulgente , & fe moquer de
la mauvaife Tragédie , où elle avoît
été le jour précédent ; mêlant aînfî le
burlefque avec leférieux, afin de fè
vanger de l'offenfe qu'elle croioit avoir
reçue de leur Compagnie.
Cette PrinceiTe Gothique témoîgnoît
cftîmer l'efprit & la capacité du Cardi-
nal , ôc lui de même paroiflbît avoir
beaucoup de vénération pour elle. Son
extérieur , à qui en eut voulu juger à
fôn defavantage , étoit digne de rifée,
ôc de moquerie : quafî toutes fes ac-
tions avoient quelque chofè d'extrava-
gant} ôc on pouvoit avec juftice la blâ-
mer , comme on pouvoit avec fujet la
louer extrêmement. Elle ne reffem-
bloit en rien à une Femme : elle n'en
avoit pas même la modeftie néceffairc.
Elle fe faifoit fervir par des hommes
dans les heures les plus particulières.
Elle
!
k rH'tflolre d'Anne d'Autriche, 4/ j
Elle affedtoit de paroître homme en 1(3/ ^.
:outes fes adlions. Elle rioic déméfiire-
nenc quand quelque chofe la touchoir,
k particulièrement à la Comédie Ita-
ienne, lorfque par hazard les Bouf-
onneries en étoient bonnes. Elle ccla-
3it de même en louantes & en fou-
1rs , comme je l^ay déjà dit , quand
'S ferieufes lui plaifoicnc. Elle chan-
)ic fouvent en compagnie j elle revoit,
: fa rêverie alloît jnCqu^'à rafToupiffe-
enr. Elle paroîfToit inégale, brufque,
libertine , en toutes fes paroles , tant
r la Religion , que fur les chofes à
lî la bienféance de Ton féxe Pobli-
oît d'être retenue. Elle juroit le nom
Dieu y 3c Ton libertinage s'étoit re-
ndu de Ton efprit dans fes allions.
Ile ne pouvoit demeurer long - tems
c même place. En prefcnce du Roî
«la Reine , ôc de toute la Cour , elle
auyoit fes jambes fur des ficgcs aufîî
les que celui où elle étoit alîife, 6c
M laiîToi^ voir trop librement. Elle
fi oit profeffion de méprifer toutes les
Fiâmes à caufe de leur ignorance, ôc
pinoît plaifir de converfer avec les
Hmmes,fur les mauvaifes matières,
<i^même que fur les bonnes. Elle
n'ob -^
45 6 Mémoires pour fervlr
i6§6» n'obfervoît nulle règle de routes celle<
que les Rois ont accoûtiuTié Regarder
à regard du rcfped: qu'on leur porte
Ses deux Femmes , tout hideufes &
miférables qu'elles etoient , Te coucho
ient fur Ton Lit familérement , & fai
foient avec elle à moitié de tout. Ce
pendant , la Reine , qui étoit au con
traire la plus régulière perfone di
Monde trouvoit des charmes dans l'a
grément de fon vilage , & dans la ma
nîere libre de toutes Tes allions. E;
effet, il étoit difficile:, quand on l*a.
voit bien vue , ôc fur tout écoutée , d
ne lui pas pardonner toutes fes iriégu
larités , particulièrement celles C;ui n
paroifîoient point eflenticllemjcnt bl3
niables. Cette douceur ôc cet «agrc
ment étoient mêlés d'une rude fierté
ôc la politefle fî naturelle à nôtre Ns
tion ne fe rencontroit point en t\h
Qiielqucsuns dirent qu'elle reffemblo:
à Fontainebleau, dent les Eâtîmcr
font beaux &c grands j mais qui ri'or
point de Simétrie. Elle partit de Coir
picgne j le 2 3. de Septen bre : la Rein
la fut conduire à deux liéués de Y? , ^|i
ces deux Prirxcflès fe féparerent avéIq
quelques ixiarqucs dattendrifiurcn
à rHl(totre et Anne d'Autriche, 457
Le Marquis de Saint-Simon la traiita à i ^5 ^,» v.
Senlîs , & Mr. & Me. du Plcfîis la re-
çurent à leur belle Maifon de Frêne 3
'avec une magnificence extraordinaire.
iPafTantà un certain Bourg proche de
^ ce lieu -, elle voulut voir une Demoir-
fclle qu'on appelloît Ninon , célèbre
3ar Ton vice, par fon libertinage , ôc
I a beauté de ion efprit. Ce fut à elle
eule de toute les femmes qu'elle vie
?n France , à qui elle donna quelques
narques d'eftime. Le Maréchal d'Al-
)ret5 & quelques autres en furent cau-
e 5 par les louanges qu'ils donnèrent
i cette Courtifane de nôtre Siècle. De
à cette Amazone Suedoife prit desC. a-
'olTes de loiiage que le Roi lui fît don-
ner , 6c de Targent pour les pouvoir
»ayer : elle s'en alla fuivie feulement
lie la chetive troupe , fans train fans
;randeur , fans lit , fans vaidelled'ar-
rent, ni aucune marque Royale. Con
effein fut de recourner à Rome, ôc
epafferpar la Savoye, où elle reprit
[mbn perfonna^;e de Reine : elle y reçut
fli beaucoup d'honneurs.
L'Armée du Roi ayant alors afliégc
Capelle , le Roy ëc le Cardinal Ma-
in partirent le lendemaiii , pour al-
45 s Mémoires pour fervîr
i4s^» ^^^ ^ I^ Ferre , donner ordre aux Affaî-
rcs de la Guerre. La Reine deineura
à Compiegne , pour attendre en ce lieu
le retour du Roy, Monfieur de Tu-
renne commandoic l'Armée du Roi
devant la Capelle , Ôc les Enncmîî
la voyant aj[îîégée avoient quitté Saint-
Guilaîn , pour venir la fecourir, ou
pour donner Bataille. Ils étoient ve-
nus Ce camper avec toutes leurs forces
à deux lieues de l"* Armée : de Mr. de
Turenne , bien loin de montrer de les
craindre, fît applanir Its tranchées de
leur côté , afin que s'ils vcnoient Tat-
taquer il pût avoir une plus belle place
pour combattre ; mais , ne voulant pas
que la Ville afïîégée Tamufât davanta-
ge y il fit fçavoir aux Afliégés que s'ils
ne fe rendoient le lendemain , ils n'au-
roient plus de c uartier. Celui qui y
commandoît;, nomamé Chamillii qui
étoit à Mr. le Prince , trouva plus à
propos de lui obéir, que de fe mettre
à ce hazard. Le 2 , la Place fe rendit
au Roi, à la vue de TArmée Ennemie,
qui eut la honte de lever le Siège de
Saint Guîlaîn , & de ne pas faire lever
celui de la Capelle, dont la prife étoîc
capable de leparei le malheur de a-
Icn-
a VÏ-f'Jiolre d'Ame à* /Autriche. 4j^
îcncîeniies ; maïs ce qui reftoît à'En^ iCsi
lem's au Miniftre , quoique cachés
5c honteux , ne celebroîent pas nos
iTidoiresavec la même joye qu'ils fcn-
oient nos Pertes , & ne faifoient pas
ant de bruit des biens que des maux.
!^ctte iniquité s'eft pratiquée dans tous
îstems ; car^ naturellement les Hom-
les ont plus de pente à blâmer ceux
uî gouvernent , qu'à leur donner des
manges 5 &mêmc j'ofedire que cha-
ue particulier à Tégard de ceux avec
ui la Société Civile l'engage, fe laifîc
Jller à cette malice. Il n'ya point de
3nté dans Thomme^ du moins elle
1: rare.
On difoît alors que Mr. le Prince
70Ît fait ce qu'il avoir pu pour faire
îfoudre les Efpagnoîs à donner Ba-
ille ; maïs ; que D, Juan d'Autriche
; l'avoît pas voulu. Ainfi , nôtre Vie-
tire fut grande , & nullement perîl-
u(è. Le Vicomte de Turenne , en
ttc occafion comme en toutes les au-
S , continua de montrer que ce n'c-
ît pas fans raîfon , qu'il étoît eftimé
i des premiers & des plus grands Ca-*
taîncs de nôtre Siècle,
M Le Roi après avoir tardé quelques
^ 4(jO A^emolres pour fervîr
ï6j6,jours à Guife 3 & vu de ce pofte ta
Prife de la Capelle , joignit fon Ar-
mée 5 & alla en perfonne conduire un
Convoi à Saint-Guilain , où l'on mit
des vivres en grande quantité , avec
tout ce qui efb néceffaire à une Place
de Guerre , pour bien fbutenir ur
Siège. Cette Action fe fit à la vûi
des Ennemis , dont TArmée ne paru
point, quoiqu'elle fut proche de cel
le du Roî. Ce fut une chofe liono
rabieau Miniftre, d'avoir en lî pe
de tems rétabli la réputation des Ai
mes du Roi, & remis Tes Troupes e
état d'emporter des Vidoircs fur ceu
qui paroîfïbient les Maîtres de jj
Campagne. Enfuîtc de cette Exp<
dirion , il ramena le Roi à la Reii
fa Mère , qui l'attcndoic avee impl
tience. Il arriva le fixîéme Odobrej
6i toute la Cour étant rejointe cnfenl
ble àConipîegne, elle en partit dei
jours après pour aller à Paris , M
l'Autorité du Roi le récabliiToit tp"^
jours de plus en plus , où les p,e|
fonnes les plus gâtées étoîenc contrai
tes d'avouer , du moins , que le W]
nlilrr étoit heureux.
Le Cardinal à fon retour à Pa 1
à rHlfioîre à* Anm i Autriche 4^1
lit donner un Arrêt du Confcil d'E- i(^^G.
tat, qui caflbit ceux du Parlement
contre ledit Confeil j ^ par là il fit
voir à cette Compagnie , qu'il étoît
tems qu'elle s'humiliât fous le joug de
la puiifance légitime de Ton Roi. Il
débrouilla mille embarras que Tablèn-
ce du Cardinal de Retz lui donnoit
touchant le Gouvernement ^c l'Eglife
■de Paris 3 qui pour la fureté des Con-
fciences devoit être légitime , 6c ne le
pouvoit être que fous Tautorité de
fon Archevêque j mais il fcut,, mai-
gre les Intrigues qui fe faiibîcnt fous
ce prétexte , en trouver les moyens ,
tels qu'il les falloir pour fatislaire le
[Public , & contenter les bonnes Ames
qui ne cherchoient que la Paix &c leur
iSalut i ôc empêcher que le Cardinal
tde Retz ne pue troubler par PAutori-
|ité Canonique ^ le Repos de l'E-
tat.
Le Cardinal Mazarrn ^ bien-tôt a-
près fon dernier retour , avcit fait
venir en France deux de fes Saurs.
Me. de Martînozzi, ôc Me, de Man-
cînî , tontes deux vcrtueufès Femi-
mes. La Première fe vît Mère de
4eux Priacçfles, de Me. !a Princeiïe
V ;; de
51
4^i Mémoires pour fervlr
i6jC, de Conti & de Me de Modenc.
L'autre , Me de Mancînî , etoic Mè-
re de Me. de Mcrcœur, Mlle, de
Mandni que le Roi aîmoît alors.
& de trois de Tes Sœurs , qui étoicnt
arrive'es en France avec elle en 16/3,
avec un Fils qui lui étoit relie. Me,
de Martinozzi , après le Mariage de
la PrincerTe de Conti , & de Me. de
Modene , étoîc retournée en Italie \
ôc Me de Mancini étoit reliée en
France auprès de la Reine , cftîi-née
de toute la Cour par fa douceur ôc fa
vertu, vivantd'une vie retirée & qui
ne fe mêloît d'aucunes Affaires , que
de gouverner fagement fa Famille.
H. j^ç Cette Dame mourut encore jeune .
ï9. De fur la fin de Tannée*, au grand re-
ceinbrc. grec du Cardinal Mazarîn Ion Frère.
Il l'aiïilla à la mort , ôc il parut en
cette occafion qu'il étoit touche de
piété à Tégard de Dieu , Ôc d'une
grande tcndrclTe pour fa Sœur. En
mourant elle lui recommanda (on Fils
&fcs Filles, ôc lui dit furtout qu'el-
le le prioît de mettre en Religion ù
troîfiéme Fille, quîs'appelloit Marie, Pv
parce que celle-là lui avoît toujours
paru d'un mauvais naturel , ôC que
Feu
\ii
à VHlflaîre d'Anne d'Autriche, ^6^
feu fon Mari , qui avoit ézé un grand i^r^^
Aftiologue, lui avoic dit qu'elle fe-
roît caufe de beaucoup de maux.
Son Mari lui avoit aufîi prédît
qu'elle mourroic fur la fin de fa 42.
année : il avoit prédit la mort de Ton
Fils tué à la journée de Sr. Denis; ôc
l avoit prédit fa propre mort au tems
Tiême qu'elle étoit arrivée : Ci bien
juc Me. de Mancini , voyant qu'il
ivoît été véritable en tout ce qu"'il a-
foit dit des autres , avoit appréhendé
'effet de la Prédidîon qui la regar-
bit ^ & , pendant toute cette année
.'lie avoit fouvent dit qu'elle ne vivroîr
")lus guère. Trois jours devant que de
omber malade , elle dît à fcs Fcm-
Ines , qu'elle commcnçoît à fè rejoiiîr ,
à efperer qu'elle ne mou ri oit
s , puifqu'elle n'avoît plus guère
iC jours à paffet avant la fin du tcms
ui la menaçoît , ôc qu'elle fe portoît
ien : maïs enfin , elle tomba inaîa»
,e 3c ne le fut qu'onze jours, AufE-
t qu'elle fut (moi te , le Cardinal
ion Frère dît qu'il falloît faire comme
avid^quipria & pleura pendant la
aladîe de fon Filf , 5c qui joua de la
arpe après fa mort , louant Dieu
V 3 des
464 Atemolres poHrfervlr
16 yS. des Arrêts de fa Providence, 11 panîC
enfuite aaffi rranqaillc , que s'il n'eac
point eu d'affliction y & travailla tout
le jour à faire fes dépêches.
Au cominenccment de 1* Année
^^-^^^ 1^57. TEvêque de Montauban fit
l'Oraîfon funcbre de Me. de Mancî-
ni , dans TEglife des Augaftins , ou
le Clergé de France qui étoit lors aC
feniHlé fît faire à fa mémoire un Ser-
vice foîemacl , & les louanges qui C
do:"in?rent au nom Mazarin , 5c Man
ci ni , y furent excefÏÏves, Me. d<
Ivln-cœar, Fille aînée de Me, di
V Mancini , fut fenfîb^ e^Tient touché
de fa m:)rt. Cette PrînceiTe étaî
grofTe , quand elle la perdit , p^u a
près 3 étant accouchée fort heurcufe
ment, elle mourut elle-mêmî , fan
avoir donné le loifîrà ceux qui pr€
noient inicrêt à fa vie d'aprchenJc
fa mort. Elle éroît en couche d
quelques jours feulement , lorfqtt
tout d'un coup elle tomba paralitîqil
- de la moitié du Corps, & perdît l
parole, le Cardinal , fon Oncle
dans ce mom::nt n'en fut point îd
quiète , parceque les Médecins I
vinrent trouyer , qui raflUrercnt qu
à rFIlftolre d'Anne d'Autriche, ^6$
ce ne feroir rien. Cela fut caufe qu'il 1 6 < (?.
nelaifTa pas d'aller à un Ballet que
le Roi danfoit ce même jour j mais ,
comme il en fortoit , on lui vint dire
que Me. de Mercœur fe trou voit
beaucoup plus mal. H y courut auffî-
rot 5. en fe jetrant dans le premier Ca-
rofle qu'il rencontra. En arrivant à
PHôtel de Vendôme, il trouva qu'el-
le fe mouroît \ ôc que ne pouvant par-
ier^ elle ne pût lui faire qu'un fourir.
Comme elle ne fouffroit pas , Se
qu'elle avoit encore de la connoif-
lance , la mort ne fît point en elle
les changemens efFroîables qu'elle cau-
fe en tous les autres. Un beau ver-
millon que la fièvre lui donnoit avoic
augmenté fa beauté naturelle. Elle é-
toit jeune^ & avoit de Tembonpoinc :
le fcul deffaut y qui étoit en elle ,
étoit que fans avoir la raille gâtée,
elle ne l'avoit pas affez belle ^ en ce
qu'elle étoit un peu cntafTée ; mais ,
ce deffaut ne fe volant point dans le
lit, j'ai ouï dire à ceux qui la virent
en cet état, qu'elle leur avoit paru la
plus belle perfonnc du monde, 8c fa
beauté augmenta leur rci^ret. Le Car-
dinal en fut il touché, qu il ne put fe
V 4 re-
4^6 Mémoires pour fervtr
4 éj7. retenir d'en donner des marques très
fortes. Il fi: des crîs qui parurent pro-
céder d'une douleur fenfible. La perte
de fa Sœur lui étoû toute récente ,
& cette dernière venant attaquer Con
cœur par u^ie double afïiidion , il en
fut accabli Se cncîéreinent abbatu. Le
monie injufle, quî refufe toujours fous
de faux précexccs de donner fon appro**
bacion aux meilleures chofes , voulue
que fon chagrin procédât de quelques
Prophéties qu'on avoît faîtes contre
lui. Beaucoup s'imaginèrent qœ Me,
de Mancihî en mourant lui avoit an-
noncé des Arrêts funeftes contre fa
propre, vie comme prononcés par la
bouche de (on Mari , à qui on fit dire
tout ce que l'on voulut.
Cette belle mouraïKe Me. de Mer-
cœur, n'aianr été malade qu*un jour
Le 8. & une nuit , mourut le huitième Fe-
février, vrîer , fenfiblement regrettée de fcs
Proches , Scde toute la Cour \ car la
vertu Se la beauté attirent la bonne vo-
lonté des hommes. Cette mort /î
prompte & fî furprenante , qui paroîf-
foit triompher d'une jeune Princeffe ,
faine , belle , & Nièce d'un Favori iî
puidanc , à qui toute la France étoît
fou-
À rHlfioire d'Anne d'Autriche. 4^7
foumife , éconna les plus endurcis , fit ^^57*
faire des Réflexions aux plus enjôliez \
ôc fut à tous un grand exemple de Va-
nité qui fe trouve dans les Gran-
deurs y ^ dans les fauffes joies de
la Terre. 1
Sur la fin du même mois , Made-
imoirelle de Mancini , Sœur de Me.de
Mcrcœur, <Sc qui jufques alors avoit
eu rhonncur d'occuper le cœur da
Roi 3 quittant enfin ces flareufes appa-
rences qui ne la contentoient pas tout-
i-faît , époufa le Prince Eugène , Fils
lu Prince Thomas, Elle avoit apper-
ju que PAmitié du Roi n'écoît qu'un
amuiemenr, de même elle n'étoitpas
atisfa'te de voir que le Cardinal Ma-
!arin Con Oncle • n"'aiant point d'égard
i fa Fortune j n'égligeoit de la marier,
k fe fer voit d'elle feulement pour con-
ervcr fon crédit auprès du Roi , 5^ le
enfermer dans fa Famille. EUen'avoît
>as beaucoup de compkifance pour le
^rince dont elle fentoit que l'Amitié
lilimînuoit tous les jours envers elle ^ ôc
raignoit de que les petits chagrins ÔC
s dégoûts qui n'ailfent des réflexions,
e la fîflcnt bientôt entièrement finir,
€ fut donc avec beaucoup de raifon ,
' - ' ■ ■ y S qu'elle
4^8 Me moires pour fervlr
iô^y, qu'elle fbahaka de pouvoir proâtci
plus folidemeiK de fa faveur, par le
grau-i'3<: glorieux écabliiremenc qu'elle
trouva en la perfoaneduPrince Eugène,
qui étant de la Maifon de Savoie, par
fon Père, Petit -Fîls de Charles QLiinc
par fa Grand - Mère, 8c du Sang de
France par la PrincefTe de Carignan fa
Mère, il écoit ditfi:ile qu'elle put trou-
ver un Mari plus conddérable , n*)
d'une plus grande Naiirance. Sor
bonheur fut grand en toutes façons
elle rencontra en ce Prince un alTe:
honnère honms, de fur tout un bot
Mari : (i bien qu'elle eut fujet de s'e{
tinier heureufe. Made. la PrincciTe d
Carignan étoit Fille du Coince d
SoiflTons y Se Coïï Frère le dernier Com
te de Solifons l'avoit lailTée héficicr
en partie de cet illuftre Maifon , qi
était une Branche de celle de Bou:
bon. Le Prince Eugène fon Fils
prit le Nom de Coinre de Soi (Tons , l
nous l'avons vu fous ce Nom partie
per en quelque façon a la faveur d
Miniflre , dont il avoic cpoufé la Ni
ce , &: aTez ai né dans la Cour. I
Roi la vît marier fans douleur ni ch
gïb. Par cette ii^ififéjcence oaconn
àtHlfiolre â' Anne à' Autriche, 4(^9
TrfibUment que fa pafîîon avoir été i^jj»
iiiédiocre , & que les François j du
moins quelques uns, avoîent eu des in-
quiétudes bien mal fondées. La Rei-
ne aufïi avoit toujours dit, a ceux qui
lui en vouloient faire craindre l'<:vcne-
menr, qu'il étoit ridicule d'imaginer
feulement que le Roi fût capable de
cette fûibleiTe , & avoît répondu for-
tement de la netteté des intentions de
fbn Miniftre. Elle difoit qu'il n'y a-
voit rien à craindre de Ton Ambition,-
& que l'Amitié que le Roi avoit pour
Mlle, de Mancini étoit honnête , 6^
fans foupçon qu'elle pût dégénérer err
ïien de mauvais. Un jour que ce Ma-
riage étoit réfolu , la Reine voiant le
Cardinal Mazarin 5c la PrincelTe de
Carignaii parler enfemble de cette Al-
liance 5 m.e dit en ie tournant vers-
moi ôc me les montrant , Ne vous l'a^
vois 'je pas bien dît , qu'il ny avoit
rien >a cralndro, de cet Attachement ?
Lé Cardinal, après le Mariage de
Madame laComtelTe deSoiffons, mal-
gré les Prières de fa Sœur mourante^
mit fur le Théâtre de la Cour, la nroi-
I fîeme des 5œurs Mancini , qu'il retirai
^des Filles is Sainte Marie , où elle
470 Mémoires pûPirfervtr
1 6jj. avoir été quelque cems. Il voulut don-
ner en elle, dc en fa Sœur Hortenfc,
qui étoît parfaitement belle, une Com-
pagnie au Roi, qui pût lui être agréa-
ble. La plus âgée , nommée Mauie »
Cadette de la ComtclTe de SoilFons^
étoit laide. Elle pouvoit efpérer d'être
de belle taille, parce qu'elle étoit gran-
de pour fon âge, de bien droite ; mais
elle étoit fi maigre, & Tes bras & fon
col paroilToient fi longs Se Ci déchar-
ncz, qu'il étoit impoffible de la pou-
voir loiier fur cet article, EUeétoic
brune Se jaune : .fes yeux , qui étoienc
grands Se noirs , n'aiant point encore
de feu, paroilToient rudes , fa bouche
étoit grande Se plate , Se hormis les
dents qu'elle avoit très belles , on la
pouvoit dire alors toute laide. Sa qua-
lité d'aînée fie néanmoins que le Roi
préféra de s'amufer à elle, plutôt qu'à
fa Sœur Hortenfe , par ce que celle-là
. étoit encor enfant , Se que les perfon-
- nés de l â^e où étoit le, Roi alors ha if-
fent naturellement les petites Filles , à
^ caufe qu'elles ont quelque raport à cet
^ état dont ils ne font que de for tir , ÔC
qui leur paroit méprifable. Cette pré-
.féreuce fut pouj: quelq^uç tçms fi me-
*i«
d fHlfiolre d'Anne ^AutrUhê 47 1
diocre , qu'elle ne pouvoir pas être 1^57*
comptée pour quelque chofe. Il ne
voîoic plus (î fouvent Me. la Comtcffe
de Soi {Tons, & il ne paroifTok pas que
cela lui fit aucune peine, au contraire^,
ce nouvel Amufément le delivroîc des
pîcoceries continuelles d'une per(bnn@
qu'il avoic aimée. Le Roi. étoît dans
cet état d'indifférence , lors que touc
d'un coup il parut amoureux d'une jeu*»
ne Fille que la Reine avoit prife depuis
peu> nommée de la Morte d'Argcn*
cour. Elle n'avoit ni une éclatante
beauté^, n'y un efprULforcextraordinai-'
re : mais , toute fa perfonne étoît ai«
mable. Sa peau n'étok ni fort delîca- i
te, ni fort blanche; mais. Tes yeux blcu5;
ècScs cheveux blonds avec la noirceur
de fes fourcis;, 8c le brun de fon teint,
faifbient un mélange de douceur & de
vivacité /î agréable^ qu'il étoit difficile
de fe deffcndre de fes charmes. Com-
me à conlîderer les traits de Ton vifage
on pouvoit dire qu'ils étoient parfaits,
qu'elle avoit un très bon air , 6c uuc
fort belle taille j qu'elle avoit une ma-
nière dç parler qui plaifoifj 6c qu'elle
danfoit admirablement bien, iî tôt
qu'çUe.fiit.; ^di^nife à un petit jeii_pu
X Z h
9
^-jx Alemoîres pour fsrvir
lé^j» le Roi fe diverrilToit quelques fois les
foirs , il fentic une fi violente paiïion-
pouï -die, que le Miniftrc en fut in-
quiet. Il ne voulut pas montrer Tes
fentimens au Roi , mais entra dans
ceax de la Reine, à qui cette Inclina-
tion donna une extrême peur , qu elle
ne le portât à offenfer Dieu. Elle s^y
©ppofa fortement , dc le gronda fort
un foir qu'il demeura trop Ion tems à
caufer avec cette Fille. Le Roi reçut
avec bonté <S*: refpc6bla réprimande de
îa Reine j mais, il lui dit tout bas
qu'il la fupplioitde ne lui pas montrer
ee chagrin devant tout le mondcj par-
ce quelle faifoit voirpar là au Public
«[u elle defaprouvoîc Ces actions. Le
Cardinal , au contraire, diibît au Roi,,
pour s'infinuer dans fes bonnes grâces,,
que la Reine fa Mtre avoir trop de ri-
gueur, qu'elle ctoit fcrupuleufe, 3c
qu'il faifoit bien de fe divertir de de*
s'amufer. A la fin, il fallut qu^il-
montrât auffi bien que la Reine fes-
fentimens -, car cette paflidn prenant?
chaque jour de grandes forces devint
en peu de tems extrême. Le Roi uni
pur parla à Mlle, de la Morte comme
]aa homme ^inoureux ^iii o'étoit plus;
j&ge i,
I
àTHlfiolre â* Anne d^ Autriche , 475
iage : il lui offrit même C\ elle vouloît 1657»
l'aimer, qu'il réllfteroic à la Reine fa
Mère & au Cardinal ; mais^ elle n*a-
îint poiat voulu, ou n'aianc ofé entrer *
da:is ces Propodtions qu'elle voioic
choquer dîre(£^ment la Vertu, dont les
nuximes ne s'cffaçenc d'un cœur qui a
de riionnccé^ refufa tout ce qui pou-
vait être coacre fou devoir. La Rei-
ne, qui ctoit très chèrement aimée dit
Roi ion Filsj., (çiit par lui même l'état
de fou ame, car la douceur ôc l'amour
d''uae il bonne Mère l'obligea à une-
telle confiance envers, elle, qu'il ne pue
^as d abord lui cacher fes fentimens ,
&, quoi qu'elle fut fa. Partie,, elle ne
lailfa pas d'être- fa Confidente. Cette
Princetfe ne manqua pas de lui faire
voir le danger où il étoit d'offenfcr
Dieu : elle lui fit remarquer , à ce
qu'elle me fit Phonneur de me dire ^
combien en peu de tems ils'étoit dé- •
volé des fcncîers de l'Innocence de de
la Vertu: 3c, le Roi touché d'un vé-
ritable fentiment de Chrétien , fans.
qne la timidité y eût part, dit lui niê-
me à la Reine , qu'il fe fentoit fort -
différend' de ce qu'il avoit accoutume
d^êcre ^ c^% çxoiQit être obligé en
I
474 Mémoires pour fer vlr
j^y^^ confcîence de s^éloigncr des occa fions
du Crime. Cecte réfolution ne fe
forma pas en lui fans peine : il gémîc ,
il foupira ; mais enfin il vainquir. Il
{ê confefla , & puia lui-même la Rei-
ne , que ce put être dans Ton Oratoire^
afin que peribnne ne le Tçut : puis il
alla faire un petit Voiage à Vinccnnes,
où il remporraJur Tes propres defirs une
'Vîdoîre plus grande 6^ plus louable 5
que celle don-C les plus vaillans fe glo-
rifient. Je ne doute point que ce
Sacrifice n aurc fur le refte de fa Vie
la béncdidtian divine , & que dans les
mêmes occa fions où fa Vertu peut-être
affoiblie par la perte de Tinnocence^ il
ne reçoive une force intérieure dont
la 5ource fe trouvera dans cette pre-
mière grâce..
Le Roi , après avoir triomphé de
lui-même , revint à Paris , en reTolu-
tion de ne plus parler à cette Fille. Il
le hz\ mais, il arriva deux jours après
qu'étant au Bal , Mlle, de la Motte alla,
prendre le Roi pour danfer. En ce mê-
me moment , n'étant pas encore rout-
à-falt fortifié, on remarqua qu'il de-
vînt pâle, àc ensuite fort rouge j & Iâ=
; Fille conta depuis, à fcs finies , que Ij
a: l'Hljtolre £ Anne £ Autriche^ 47 f
main du Roi lui trembla toac le tems 1^57^'
qu'il tînc la fîeniie. Le Cardinal ,
pour lefecourîr, luidir que Madlle;
de la Motte avoir abusé de Tes fècrets,
qu'elle a voit conté tour ce qu'il lui
avoir dît à fes Amies , & peut-être à
quelqu'un de fes Amans , 6c que par^,
là il lui fembloîc qu'elle étoît indigne
de fes bonnes grâces. Il eft vrai que
la Mère de Mile, de la Motte , pour
faire fa Cour, avoîc fait dire au Car*
dinal ce que le Roi avoir dit à fa Fille,
croiant par cette foumîlîion pouvoir
obtenir du Minîftre, qu'il confenrîroît
que le Rai demeurât {^oa Amant & fît
fa Fortune. Mlle, de la Motte , à ce
qu'elle m'a depuis dît-elle même, n'eut
nulle parc à cette Harangue ; mais, le
inî(ïre , qui ne voulait point de
Compagnon, ni de Compagne, ^t
Fervir cette faufïc confidence à fes def-
[eîns , qni lui réiiflîrent, parce que la
Vertu de la Reine , & la véritable Pie-
té du Roi , furent les féconds pour le
faire vaincre en ce Combat. Dans le
Liême tems , la Femme de l'Amant qui
Lvoît prévenu ion cœur , avoît conçu
ne jaloufic furieufe de fon Mari , fit
trer fa Merc dans fes Sentimens ,
pria
47^ Mémoires pour fer vlr
îé/7.priala Reine d'éloigner Mlle, cîe U
Motte de la Coiir^ & de l'envoier dans
le Couvent des Filles de Sainte-Marîe
de Chailiot , où, quoi qu'elle ne fût
pas retirée par (on choix , détronipée
de la vanit« de la Cour & delà Pamori
qu'elle avoit eue pour cet Amant qu'el-
le trouva n'avoir pas fait ce qu'il de-
voît en c^tte occafion^elley eft demeu-
rée volontairement, &,s'€ft fait une
vie fort tranquille & fon heureufe.
Alors mourur Pompone de BcUîc-
vre , Premier Préiident au Parlement
de Paris, IlKillre par le Poftc qu'il te-
noît^ par fa réputation, par fes Amis ,
& par une habile modération^ accom-
pagnée dv? fermeté, dont il ufoit avec
bcàucoap d'art & de finelle. Il étoir,
comme je Pal déjà dit ^ craint à la
Cour> ^ confidéré dans fa Compa*
gnîe. Il agilToit fi fagcmcnt dans la
conduite des Affaires générales , qu'il
donnoit des chagrins au Minîilre, fans
lui donner aucun juRe fujet de fe plain-
dre de lui. A Pégard de ceux dont
il ctoit le Chef, il donnoit de la force
au foiblc, & fçavoît corriger l'empor
temcnt des cfprits violens. Il étoîi
cloquent. Il aîmoit les plaifirs : û
Mai-
' a rHlfidîre d'Ame à* Autriche. 477
Maifon étoîc un lieu rempli de tou- i éj ^;
tes fortes de délices poar les volup-
tueux j la magnificence > la bonne
chère , & la îvlufîque , y pouvoienc
accompagner gayement les ferieus
raifonnemens de la politique : & tou-
tes ces chofes plaifbicnc a ceux qui a-
vcc les diveutilTemens , y chcrchoient
de Tappuî' de du fecours. Ces mêmes
qualités , félon les règles de la vertu ,
lui pouvoîcat avec jndice attirer beau-
coup de blâm^ ; car la véritable oc-
cupation d'un bon Juge eft de rendre
la Ja!T:ice à ceux qui la demandent,
C:;Uû-là , étant rempli de la Gloire &
du Fade du Mond^, n'écoît point la-
borieux : il n*étoit pas même eftîmé
fçiv^-ic , Se fa vie avolc quelque cho-
Çq d^ (canialeux. On voyoit d'ordi-
naire chez lui une Mère 'v une Fille ^
qui paroi iTj 'eut les MaatrelF^s de la
Mai fou , o:i plutôt de celui qui en é»
toit le Maître ; (1 bien qu'on peut di-
re de lui , quil a été peur-êcre plus
loué quMl ne lemeritoit en efF^r5mais
qu'enfin il ^roit/eliXi les faufTes Maxi-
mes d-s Monda'ns , un honiéte hom-
me. Par ces me nés r a Ions , fa mort
fut agréable à celui C[ui le craîgnoic
irop ^
4 7 s Mémoires pour fervlr
r^57, trop, pour le pouvoir regretter.
Tous les évenemens de la Cour
e'toîeiit alors à la gloire du JViîniftre.
Le Duc d'Orléans , pour Taugmen-
ter , fut par fon moicn remis aux
bonnes grâces du Roi & de la Reine.
Il vint à Paris , où il fut reçu du Roi
avec bonté r il fut viiîté des Courti-
fans fans empreffement , & àts Com-
pagnies Souveraines par devoir ; mais ,
comme il avoit eu fur elles un crédit
fort grand , mais fort inutile , fa pre-»
fence ne fut nullement célébrée. Il
montra , par la manière dont il traitta
le Miniftrc » qui lui fut rendre* Çt%
refpe(5b au Luxembourg , qu'il rccon-
noifToit fa pui^ance , & la force de fa
deftinée j ou , pour mieux dire , celle
du Souverain Auteur , dont les juftes
Arrêts élèvent & abbaiffent qui il lui
plaît. Ce Prince, dans fa Retraite
à Bloîs y s'étoic pieufement fournis aux
volontés divines : il étoît devenu dé-
vot, fa vie étoit exemplaire , il avoit
fes heures de retraittc & de prières,
il ne jcuoîr plus , & jamais Prince n'a
plus goûté le repos que lui» Sa pîetc
feroit entièrement eftimable ; fi fa pa-
afcffe ni avoit point eu quelque petite
pan
a V Hlfiolre â'Anne d'Autriche» 4 7 ^
part à fa vertu , & (î Ton tempéram- lé/J*
ment ennemi de l'embarras & des
grands delTeîns, n'avoit pas e'té com-
. me le {auvagcon fur lequel Dieu avoît
cnré Ton Amour & fa Grâce. L'in-
trigue & TAmbition de ceux qui a-
voient été fes Favoris, Tavoient fou-
vent embarqué dans la Révolte &
dans les Con(pîrations , qui s'étoienc
faites du tems du feu Roi fon Frère
contre le Miniftrc de ce tems-là. Les
malheurs de la Reine Marie de Medi-
cîs fa Mère, & ks mauvais Confeils
qu'on lui avoît donnez y avoicnt eu
plus de part que fon inclination natu-
relle ; car , on peut dire que pcrfon-
ne n'a plus aimé le Repos que lui,
& que perfonne n'en a eu fi peu, n*a-
iant proprement joui de cette Paix
intérieure qui la donne que dans fes
dernières années , qAii font celles de
fa retraittc , où il a rencontré fon Sa-
lut & fon Bonheur. Il fembla qu'il
n'étoit venu à Paris , que pour voir
cet homme qu il avoit voulu chafler
du Roiaumc , & pour lui avoir l'o-
bligation de /on raccommodemenc
avec le Roi dc la Reinej car , il s'en
retourna peu après «lans fa Solitude ,
.. . qui
480 Mémoires four firvtr
î"^J7« ^'^^ l^î é'^oï*^ devenue plus chère que
ia gi'olfe Cour qu'il avoir eue au Lu-
xembourg.
Ce grand Prince , Oncle du Roi ,
qu'on avoic vu dans fes premières an-
ne'es héritier préfomptif de la Couron-
ne , &: qui en aToîc été déclare' Lieu-
tenant General dans les dernières, a-
iant reconu Tautorké Souveraii'e
du. Mîniftre , les autres Princes le
Parlement , & enfin toute la France ,
n*eut plus de honte de s'y foumcttrc.
Ce fut alors qu'on peut dire qu'il
triompha de tous fes Ennemis j éc il
€uc été le plus glorieux homme du
monde , s'il fe fût contenté d*abbat-
tre ceux qui lui avoicnt refifté ÔC de
|oiiir paifiblement de l'excès de gran-
deur où la Fortune Tavoît porté , fans
vouloir détruire la Puiffance légitime
de celle qui l'avoît foûtenu fi haute-
ment , comme il fit auilî-toc qu^il fc
vit rétabli dans fà première Place.
Car il réunit tout d*un coup en fa
perfonne rAutoriié de la Mère 6c du
Fils, & fe rendit le Tiran de leurs
volontés plutôt que le Minière. Il
devint la feule Idole des Courtîfans »
si, ne voulut plgs que perfom^ 5'ad-
dreC'
à VHifiolre A'Annt ê^ Autriche» 481
drelTâtà d'autrfes qu^'à lui , pour de- i^j j*
mander des grâces, & s*applîqua avec
foin à éloigner d'auprès du Roi tous
ceux qui avoienèété mis par la Reine
fa Mère. La Porte , à qui elle avoir
fait donner une Charge de premier
Valet de Chambre du Roi , pour le
irécompenfer de fa fidélité à fon Servi-
ce, & des pcrlécurions qu'il avoir
foufFertes pour elle du tems du Cardi-
nal de Richelieu , fut obligé de s'en
défaire : il me dît , qu'il croioit que
mon Frère ne fcroît pas long tems
fans fe iintir du malheur de la defti-
née de toutes les Créatures de la Rei-
ne y car:, il me conta que le Cardinal ,
entrant un jour dans la Chambre du
Roi qui étoit couché pour une légère
indifpofîtîon , & voiant que mon
Frère lui lifoît quelque chofe auprès
de fbn Lit , peut-être étoit-ce le Ro-
man de Scarron , pour le divertir , il
avoit remarqué qu'il en avoit eu du
chagrin , blâmant cela , comme iî
c'eut été un grand Crime. La Reine
lui avoit donné la Charge de Lcdeur
de la Chambre, & le Roi la lui faî-
foit exercer fort fouvent , particulière-
ment dans les Voyages , 6c loi;s qu'il
gar=
- 4^* Jidemoîres pour fervir
Ï^J3. gardoît le Lit. Il lui faifoîc quelques
fois les foîrs chanter des Dialogues a-
vec la Chênaie Gentilhomme de la
Manche, & dans les Concerts de Guî-
tarre qu'il faifoit quafi tous les jours ,
îl lui donnoît une partie à joLier avec
Commingcs> Capitaine des Gardes de
la Reine, de il lui faifoit des queftîons
même dans fbn Etude ; ce qui aida à
porter Mr. de Rhodes fon Précepteur ,
quand le Roi fut plus avancé en âge ,
d'empêcher que perfbnnc n'entrât plus
dans l'Etude, pas même le Maréchal de
Villeroî , ni le Lieutenant àcs Gardes ,
comme n'étant plus une Etude, mais
une Converfatîon particulière , après
laquelle il montoit auiïî-tôt chez le
Cardinal , pour lui en rendre compte ,
à caufc de ia qualité de Surintendant
de l'Education Roiale. Mais , ce qui
lui déplut d'avantage fut que les pre-
miers jours que le Roi entra au Con-
feil , comme il s'y cnnuioît affez fou-
vent , une fois il vint entr ouvrir la
porte de la Chambre , où il n'y avoîc
que la Reine & lui avec le Minîftre,
pour voir qui ctoît dans le Vcftibulc,
oùaiant vu mon Frère , îl lui fit fîgne
te, lui dit d'entrer ^ de le fuîvre dans
à VHlfiohe (^Anne â! Autriche, 485
le Cabinet des Bains, où on ne pou- i^cy.
voie encrei' alors que par là, foie pour
lui parler d'un defl'ein de Ballet, pour
accorder fa Guîtarre, ou lui lire quel-
que Bagatelle : de forte qu'il demeura
feul avec lui tout le tems que le Con-
feil dura, ce qui lui arriva encor une
fois ou deux , Si quelques autres fois
avec fon Maître à defîîner, & d'aûères
de fa petite Cour, avant le Confeii, ou
\ alloit &: venoit de tems en tems. La
^eine me témoigna alors, qu'elle é-
oit bien aîfe que le Roi s'accommodât
1 bien de mon Frère, aiant bonne opi-
lion de fa SagelTe ; mais comme il
ivoitcu cette Charge fans la participa-
ion du Cardinal qui ne m'aimoiç pas»
î ne manqua pas de repréfenter^ au'
loi qu'il ne falioit pas qu'il fe familia-.
(at avac perfonne jafqii'à ce poîiît,
^ qu'il parût qu'il quittoic le Conieil
our s'amufer à des Bagatelles ; & fie
bien , que tous mes Aniis furent
avis que mon Frère s'abicntât pour
uclque tems \ ôc la Reine me le con«
illa elle-même. C'eft ce qui me fie
foudre d'écouter les propofitlcnj
a^on m'a voit faites de vendre cette
harge, qui ne lui avoit rien coûté ,
Toms IK X niak
4^4 Afe?notres pour ftrvlr
j^j7, mais qui lui doniicroit plus de cliâ-
grill que de plaîfir, & dont il ne rire-
roit aucun avantage , tant que le Car-
dinal qui e'toit pour vivre long-tems
eouvcrneroit.
Environ dans ce même tcms , Ma-
dame de Senecei aiant envie d'avoir la
Survivance de fa Charc^e de Dame
d'Honneur pour la ComtcQe de Flex
fa Fille en parla à la Reine. Cette Prin-
ce{rej qui n étoit pas trcp fatîsfaitc du
defîr trop âpre que fon Minidre faiioît
paroitre depuis fon retour d*ctre le icul
qui pouvoir tout édifier ^ tout détrui-
re, hc qui étoit bien aife que cette Af-
faire l'éufîit, trouva qu'il e'ioit à pro-
pos qu'elles allaient le prier de lui en
parler. La Mère & la fille le firent,
Il fut fort content de leur foumilîîon ;
il en vint faire la demande à la Reine
& la chofc fut bientôt conclue j mais.,
ce ne fut pas fans nous moquer en-
fcmble de la folie &: de la malice dc!
hommes, qui par des voies oblique:
& corrompues s'écartent fouvent di
droit chemin, comme faifoit le Car-
dtnaî , qui ne dcvoît pas agir de certt
manière avec celle qui i'avoit choisi
pour le mettre fur le pinacle, & quf
l'y
k r Ht fi olre d'Anne d^ Autriche. 48jr
l'y avoit maintenu par le palîe, ôc ëtoit 1 658»
fort refoluë de l'y iTiaintenir cncor à
ravenirjn'y aianc aucune apparence ni
aucune raifon de changer un Miniftrc>
quoi que défectueux, qui lui étoic re-
devable de route fa grandeur; pour un
autre qui le feroit peut être davantage,
de qui croiroit ne devoir Ton bonheur
qu'à fon fça voir faire, ô^ au dégoût
•qu'elle auroit eu de celui qu'elle aban-
donneroit. La (^oi-nteffe de FLx fuc
vue dans cette Place 3 non feulement
avec TAgrément de la Reine qui i'aî-
nioit Bc cilimoit , mais aiifïï avec l'a-
probation générale j à caufe de fou
mérite Se de fa vertu, '^^ais , ces Par-
xiculïaritez, dont elle m^avoit fait part
fontaifez connoitre que ce Miniftrc
étoit revenu à la Cour moins recon-
noi^Tant qu'il ne le devoit être envers
une Bienfaitrice qu'il fçavoic bien n'é*
tre pas de Hiumeur de Marie de Me-«
idicis.
Jufqae-îà,, il n'avoir jamais vu d'In-
trigues dans norrc Conr , qui lui puf-
lent donner aucune inquiétude : c'efl
Ipourquoi , s'il avoit envie de prendre
Ides mefures pour fc maintenir auprès
\éi\ Roi hn VPs , c'civsiz plûcô: avec. la
X 2, Reine
3 8 ^ A'femolres pmr fervlr
'S-fjjj, Reine fa Merc que contre elle. Cc-
pcndanc , il n'étoic pas toujours de Ton
ïèntiment fur beaucoup de choies. Li
fçavoicque le Roi avoit paru capable
d'avoir inclination pour quelques gens:
par exemple , il en avoit eu quelque
tems pour Fouilloux , en fuitte il en
avoir eu une plus forte pour Mancini
fon Neveu ; Ôc pour lors, il femblolc
avoir quelque penchant pour le Prince
de MarfillaCa Fils du Duc de la Roche-
Foucault 5 qui avoit des Amis ; & au-
quel Vardes qui avoic beaucoup d'Ei-
prit ôc ctoit capable dlntrigue, s'ccolc
lie. Le Comte de SoilTons le Com-
te de Guiclie3VilIeqaIcr,& TAbbé Fou-
quet qui compofoient une autre aba-
Ic 5 voulant s'oppoTcr à la faveur nail-
fantedu Prince de Maunllac,râchoient
de le pouffer en toutes occafions. Le
Cardinal Mazarin, foutcnant ceux qui
ctoienc attachés au Comte de Soiiîons
fon Neveu , Se ne pouvant confentir
que le Roi eut la liberté de bien traiter
pcrfonne fans fa permilllon, le voulue
obliger à témoigner plus d'indifférence
au Prince de MarfîUac. La Reine prit
fon parti , non feulement par la bonne
opinion qu'elle avoic de lui j mais par
là
y
a rHiflolre d'Anne d* Autriche^ 487
la crainte qu'elle avoir du Comte de \6^i,
Giiiche j agréable de fa perfonne, fça-
vanc 3 plein d'eipric , mais qui étant
fort perîliadé de ia capacité aifeâ:oîtde
paroitre avoir moins de Religion qu'il
n'en avoîc oeut être en effet \ ce qui
diminuoic l'ellime que toutes Tes bon-
nes qualitez lai failoient mériter. Son
plus grand attachement iembloit néan-
moins être pour Moniicur, qui témoî-
gnoit i^aimer ; mais, la Reine me fie
1 honneur de me dire , qu'elle lui avoit
eonfeillé comme fon Amie, 6c com-
înandé comme fa Mère, de le voir ra-
rement , 6<. de ne lui pas donner trop
de marques de bonne volonté &depré-
férence. Lans^lade eut ordre en ce
tcms-là de fe deifaire de fa Charge de
Secrétaire du Cabinet j ^ Carnavalet,
qui avoit été Page de la Reine , d<. au-
iquel elle avoit fait avoir une Charge
de Lieutenant des Gardes du Corps ,
après avoir été quelque tems à ia Baf.
Itille , fut obligé de s'en aller dans foiî
iPaïs , d'où il revint quelque temiS aprèf
|Ia mort du Cardinal»
Madame de Monbazon étoit aiiflî
revenue à Paris depuis quelques tems,
mais avec des fentimens fore différent
X i de
4^8 mémoires pour fervlr
X^/7. de ceux qui obligeoient Mr. le Duc
d'Orieans à'i:n partir. Elle étoit en-
cor belle 5 '5c anlîi enchantée de la Va*
nîié que fi elle n'avoir eu que vîngD.
cinq ans. Elle n^avoit point encore eu
la permifîîon de revoir la Reinci maîs>
fô-.is quelque prétexte , elle avoit ctt-
celle de Ton retour à Paris. Elle y-
trouva les mêmes charmes ; car, elle
y revint avec les mêui-^s defirs de plai-
re, & ceux qui la virent m'afîurércnt
que le deuil qu'elle portoit alors com-
me Veuve d<. qu'elle accompagnoit de
tous les agrémens qu:^ l'amaur propre
lui pouvoic fuggérer, la rendoit fi beU
le 5 qu'en elle on pouvoit dire que l'or-
dre de la nature fe trouvoit changé»
puifquc beaucoup d'années 5i de beaiv-
té fe pouvoic rencontrer enfemble,
Dans cet état , la mort qui ne refpec-
te perfonne la vint fur prendre , & une
maladie qui ne parut qu'unRhume l'ô*
ta da monde en peu de tems.Elle fut peu
regrettée de la Reine -, car fouvent elle
avoir aban Jofîé fcs intérêts, pour fuivre
fes caprices. Le M iniftre vit fa mort avec
les fentimens qu'on a pour fesEnnemis.
Ses anciens Amants la regardèrent avec
mépris , & ceux qui l'âimoienc encor
n'en
à t Hiftolre â'Anrjt â* Autriche . /f^^
k-ïQXï furent pas touches , parce que 1 6$jv
chacun , jaloux de fon Rival, lalffa les
larmes 6i ladouleut en partage au Duc
de Beau fort , qui en ctoit alors le
mieux aime. Les feaimcs férieufes ,
& qui avoienr fait profeiïion de verta
& de pieté^y trouvèrent qu'elles avoienr
de grandes grâces à rendre à Dieu , ds
k'.ir avoir fait hair la Vanité ^ & les
Coquettes curent lujet de craindre la^
même deftinéé , c'elVà-dire uiie fin de
la Vie fa4is fruits^ & fans avoir risu'
profité , à Tc'gard de l'Eternité, Cet-
te illuftre Mondaine n''eut que trois
heures à ce préparer à ce grand volage:
il parut' néanmoins, qu'elle les emploia
bien. Elle fe confelTa • & reçut tous
les Sacremens avec beaucoup de mar-
ques de pieté & de repentir de n'avoir
pas fuivi des^'lvlaximes plus foiides ôC-
plus Chrétiennes ; difant à fa Fille'
pAbefTe de Caen , qui alors fe trouva
la auprès d'elle, qu'elle étoit fâchée de
n'avoir pas été toujours comme elle
dans un Cloître, & que fentant appro-
cher l'heure dé fon Jugement , elle
avoit de l'horreur de fa vie pafTée. Ce
reguet peut faire efpérer que la grâce
aura reparé toutes les foiblefles de fa
vie i
49^ Ji^emoîres pour fervlr
"téjy, vie, maïs enfin , que refte-t il Je cette
beauté qui avoitreçii tant de louanges,
ôc que les hommes avoient idolâtrée,
qu'un jufte mépris de Ton néant /* Ne
peut-on pas dire de cette Dame , ce
que le Prophète remarque dans fe^
Pfcaumes , parlant des Hommes qui
ont fuîvi la volupté , J'ai va le P^
chettr élevé comme le Cèdre du Liban >
tnals je fuis repajfé y & il n'y êtolî plus
je l'ai cherché , & ne V al point trouve ?
Je ne puis m'empccher de parler ici
^e Cromvvel j qui gouvcrnoît alors eu
Angleterre avec une Pui (Tance tout à-
fait abfolue, <î^^ tout-à faicinjufte. Le
Roi avoît été obligé de faire un Traité
iolemnel avec lui , pour empêcher que
le Roi d'Efpagne ne le prévînt , èc
n'en fit un qui fut dommageable à TE-
tat. Le Roi 6c la Reine , à leur ex-
trême regret, avoient reçu un Am-
fcafladeur de fa part & il avoît été
traité comme ceux des Têtes Couron-
nées. Le Roi d* Angleterre , 6c le
Duc d'York Ton Frère , furent obligés
de lortir de France ^ pour aller cher-
cher un Azilc en Flandre. La Reine
leur Mère j qui étoit demeurée à la
Cour , en fut fenfîblement affligée &
plus
^ rnifrolre d'Anne â* Autriche, ^^î
plus encore quand au bouc de quelque ^^S7'
rems elle vie cet Ufurpateur par fa ca*
pacîué & fe intrigues; forcer le Parle-
ment 8c le Royaume d'Angleterre à lui
offrir la Couronne. Il parut qu il avoîc
rcfufé le Ticre de Roi pour fe conteii-
ter de celui de Protedcur de la Répu-
blique j quoique dans le vrai , à ce que
me dit cette Reine malheureufe , ce
fut par ce que T Armée ne lui fut pas
favorable. Il fît drciTer par le Parle-
nienc dix-neuf Articles., contenant le
Pouvoir que les Roys d'Angleterre
avoient acoûtumé d^avoir fur leurs
Peuples, & -qui renfermoient toutes
l'es Préror^arîves dont ils iouiifoienr. Il
alla au Parlement fur la fin. de Juin ,
félon le compte d'Angleterre ;, il fe vê-
tir du Manteau Royal , prit le Sceptre
&c PEpc'e pour marquer la Puî (Tance
qu'il pvenoît fur la Juftice & lur la
Guerre. Les trois plus grands Seig-
neurs d'Angleterre en cette Ce'remo-
■nie fervîrenr à tenir devant lui les trois
Epécsquî /ignifenr les trois Royaumes
dont il prenoit polTclïïon j mais, il ne
mit paintdeCooTonnefur fa tête , pour
marquer qu'il ne prenoît poiat le nom.
ic: Rai- ;,. dbnr clîe eit îa plus vifibic'
X ^ uiar-
4^^ Jflemotres pour fervlr
I^JJ. marque. Apres ce grand 6^ terrîbîer
coup, qui écoit (i funefte à toute lau
Famille Roiale de Stuart , la. Reine
d'Angleterre, pour tirer Tavantage de
fcs propres malheurs , pria le Cardinal
Wazarm d'écrire de la part du Roi à^
Cromvvel;,qu'on appelloit Milord Pro--
îedfceur, pour lui demander la joiii {Tan-
ce de fon bien &c de Ton Douaire ; car,
quoiqu''ellc fut afTez bien payée de ce
que le Roi lai donnoit , elle regardoier
toujours cet érat comme une de'pen-
dance fâcheufe , dont elle auroit bien?
voulu fe pouvoir tirer. Le Cardinal
le fit, non- feulement pour lui complai-
re 5 mais beaucoup plus pour foulacrer-
les Coffres du Roi de cette depenfe j;
car j[a grande éconoaiie faifoic quil"
écoit toujours fâché d'en voir fortir de
Targentjpour d'autres que pour luî^.
Au. bout de quelque tems, le Cardinal;
venant voir la Reine d'Angleterre ^ lui-
apporta la réponfe de Cromvvel , Ôc lui?
dit que ce Lord Protecteur lui avoîte
mandé infblemmem qu'il ne lui donne--
roit point ce qu'elle dcmandoit , parce-
qu'elle n'avoit jamais été reconnue
pour Reine en Angleterre, Cette inî-
q^ue Ôc monilrueulc hardiefle donna?.
d'â«-
a rFIiflolre <^ Anne d' Autriche, 495
d'abord une extrême douleui: à cette 1^57,
Reine i mais , auffi.tôc après , elle ie
remit, & dit au Miniftre , que ce
n'écoit point à elle à fe icandaliier de
cet outrage 5 mais bien au Roi , qui
ne dcvoit pas foufFrir qu'une Fille de
France fut traittée de Concubine 5
qu'elle étoit facîsfaite du feu Roi Ton
Sx^igneur , de toiue l'Angleterre; &
que les affronts qu'elle recevoît alors
éîoîcnt plus honteux à la France , qu'à
elle. Après, ce difcours , elle , ôi le
Cardinal Mazarin 3 parlèrent de la-
Paix générale ; & 5. comme elle en et-
peroir de grands avantages pour le"
Roi Ton Fils 5 en quoi véritablement
elle ne fe trompa pas, elle l'exhorta-
fortement à la faire. Déjà il- avoir
envoie en Efpagne ^ de Lionne fa^ •
C réature , afin à'cvi faire le premier
plan avec Don Louis de Haro Minif-
tre d'Efpagne : mais , il lui dit que
cette négociation n'avoit point enco-
re eu le favorable fuccés qu'elle té-
moîgnoit dcfirer. Il afllira qu'il y
rravailloit tout de bon : puis il lui de»
manda ce qu'elle en croioit j &, corn»
me à ce qu'elle me-fic l'honneur de me
corner le même joar, elle fut quelque
X 6 sems
494 jMemolres -pour fervlr
>^57. tems fans lui répondre, le Cardinal
devinant fa penfée lui dit ^Je vois bien ^
Jidaàame , que vous najoHtez.pas de fol
à mes parole ; mais y je vous fupplie de
€rolre que je vous dis vrai & que je la
fouhaite passionnément ^ La Reine d'An-
gleterre , qui avoit de l'agrément dans
Telprit ^ lui avoiia de bonne foi qu'eU
Je en doutoit > 6c le preiTa fort inftani-
ment défaire qu^elle en pût être per-
fuadée. Il lui promît , & ce Miniftre-
fveu de tems après lui tint fa paro-
e.
Patis cette Campagne , le Maiê^
chai de Turenne ^ qui commandoic
î'Arinée du Roi , voulut aiîîéger
CâiTibraî. Le Prince de Condé y qui.
étoît à \ alenciennes , averti de cette
Eacreprife la nuit fuivante , fe jetta
iîedans en peribnne ^ par le quartier
©ùi ^foit le Maréchal de.Ciérambauc>.
qui fit toute la reîîftance pofîibie.
Le Matêchal de la Ferte ^ avec
d'autres Troupes , affiégea Mon- Me-
di 5c y (ervic utilement le Roi. I,e
Duc de Navaîlies > qui commandoic;,
{bus lui y témoigna, autant de coi>
«luite y que de valeur. Le Roi y
^lU , & ks Eanemis le far haut furenj.
k rHiftolre d'Anne d Autriche, 495
deux heures fans tirer. L^inclinatîon , i ^57*
qu'il avoir à la guerre , lui faiPoic fai-
re ces courfes avec plaifir \ Se s'il n'eut
point été retenu par le Cardinal , qui
ie fcrvoit de la rai Ton Sc de la néceC-
Cité de fa confervation , pour l'en em-
pêcher y il y auroit demeuré plus long-
tems.
Madcmoifeile revint alors à la Cour»
Ce fut le Comte de Bcchune , qui né-
gocJa Ton Raccommodement avec te
Mîniftre. Ce n'étoit pas un petit ou-
vrac^e : car malgré la facilité qu'il a-
voit à oublier les injures , celles qu'il a-
voit reçues de Madcmoifeile étoîent gra-
vées bien avant dans fon cœur : mais,,
agiffant à (on ordinaire ^ il ne laîiTa pas.
de lui pardonner ^ étant alors en état
de n'en plus rien craindre. D^un autre-
côté , le long exil que cette Prîncefle
avoit fouffert avoit un peu diminué fa.
fierté , ôc la defabufant enfin de la vai-
ne efperance qu^elle avoit eue d'obligcr
le Roi à l'époufer > lui faifoit voir
qu'elle ne pouvott pcnfer à aucun éta-
blilTementj (oit dedans foit dehors le*
Royaume , que par le confeîl ou Ten-
tremife du Cardinal ; Sc qu'ainfi il fal-
kïii \. ;'i'^^^ ^ réfbudîre-
49 ^ Mémoires pour fervir
ï^j7, à fe foumettre à fes volontés Le
Comre de Bethune étoît une homme
d'honneur., dont la capacité étoit mé-
diocre , qui étoit curieux de Pièces
antiques 5 de Livres ,, 6i de Tableaux,.
Il avoit affez l'eflhne générale , & le
Miniftre le confideroit comme un En-
nemi , qu'il avoit forcé à Paimer par
fes bienfaits. Il reçut plus volontiers
par lui 5 qu'il n'auroit fait par d'autreSj .
les aOûranecsque Mademoifelle voulus
lui donner de fes bonnes înrentions,
& du defir qu'elle avoir de ne jamais
déplaire au Roi , ni à la Reine , par-
aucune de fes a<Stions. Elle vint donc,
à St. Cloud attendre le retour de la-
Cour 5 & toutes les perfonnes de-
quelque qualité qui étoient à Paris al-
lèrent lui témoigner la joye qu'ails a-
voient de fon retour.. Elle éroît forr-j
année ^ d>c meritoitde l'être , non-feu-
îement parce qu'elle avoit de belles
qualités , mais de plus par une manié-:
re obligeante & pleine d'honnêteté
qui ju^ques alors lui avoit acquis i'ef-
dme des honnêtes gens.
Mont-Medi refifta long tems aux ar-
mes du Roi 3 parce que celui qui com«=
snandok.daas-ççtte Place étoit un Ef--
à' V Hlflolre à' Anne ^Autriche, 497
pagnol naturel. 3 jeune &: brave-, qui iCifi.
ioitoic de Page, de la Cour du Roi
d'Efpagne.. Il fe dcffcndic fi Hlen , que
le Siège dura jufques au lixicme
d'Aoûr. 11 avoît éré commence le-
douzième de juin j mais, ce Gouver-
neur aiant aérué , la Ville fc rendit
deux jours après j & la fermeté dà
Gouverneur ^\:m louée tant des Fran-*
çois , que de ceux de fa nation.
La Cour revint à Paris ^. après avoir
été à Metz a (fez long-tcms. Le Roi,
pendant le fcjour de la Reine en ce
lieu 5 avoir été faire une petite courie
à Nancî,. Le Cardinal ^qui l'accom-
pagna fur les fins de cette campagne 3,,
fe fentic de la gravelle, & quand il
arriva à Paris , il n'étoit pas en bon é-
tat. La diminution de fafanté fit re-
veiller les Cabalies ; & ceux ^ qui
pou voient prétendre au Miniflcre ; fu-
rent foupçonnés d'en vpir l'af^olbliffe-»
ment avec beaucoup de joie, Made-
moifelle àfon retour fut bien reçue de
la Reine, bi toutes les chofes paf-
fée parurent effacées àfon égard.
Environ ce tems là ^ la Reine de;
Suéde 5. fans ê:re fouhaitée ^ 6c qua/it
mai---
49 s ■ Mémoires ^our fervlr
!(jf(j. malgré le Roi, vint faire un fécond
voyage en France , qui ne lui rélifîic
pas fi bien que le premier. Elle fut
contrainte par l'ordre qu'elle en re-
çut de s'arrêter àFontaincbleau.où elle
s'ennuya beaucoup \ car peu de pcr-
fonnes la furent villter , & Ton volage
fans précautions , & (ans fureté d'être
bien recûë eut la deflinéedes adtions-
imprudentes, qui d'ordinaire appor-
tent du chagrin. Cette Pnnceiîe ne
fê contenta pas de montrer qu'elle le
laliroit aller à toutes fes fantaiïïes fans
trop de réflexion , û\ç, fît voir encore
qu'elle avoit beaucoup de cruauté y,
& qu'ainfi fes vices & fes clefFauts éga-
loient du moins fes vertus. Elle fit
mafïacrcr à fes yeux , & dans Fon-
tainebleau , un Homme qui lui avoit
déplu , & voici qu'elle fut fa conduite
pour cette belle Action. Elle envoîa
quérir le Père Mathurin de la Chapel-
le , elle lui donna à ferrer un Paquet
de Lettres : nuis aîant donné {zs or-
dres 5 elle fît appell'er un noni-
mè Monaldefqui Gentilhomme y.
qui étoit à elle \ èc i'aiant menée
«iâ]3:& la. Gaiciib dss Cerfs proche cf'e
à l*HiJfoîrt d'Âme à* Autriche, 4^5?
fa Chambre, elle lui die qu'il l'a voit 1^/7»
trahie , & qu'il falloir qu'il en fut
puni. Sur ce qu'il nia la chofe , le
Père Mathurin qu'elle avoir envoie
quérir j entra , 6c lui aiant demandé
fes Lerrres, elle les montra à cet Hom-
me , dont il demeura furpris. Alors,
)I fe jetta à fes pies , & lui demanda
pardon. Elle lui dit qu'il étoît un
traître , & qu'il ne meriroit pas de
grâce; &, aiant dit au Père de le
confeiTer , elle les quitta tous deux
pour rentrer dans fon Appartement /
d'où elle envoia dans la Galierie Sen-
tinelli , fon Cipitaine des Gardes, qui
avoir ordre de faire l'Execution. Il
étoit Frcre d'un SentincUî , Fa 'ori de
cette PrincefTc ; & Monaldefqui , à
ce qu'on dîfoit , par jaloufîe l'avoîc
accufé faulîement de beaucoup de cri-
mes: mais, nul n*a été fen inftruîc
de la vérité de cette Hiftoîre. C'cll
pourquoi je ne puis parler que de
l'Adîon 5 & point de la caufe. Mo-
naldefqui refufa long tcms de fe con-
felfer , demanda pardon à fon Bour-
reau Sentîneili, &leprla d'aller de faf
part implorer la mi(èricorde de la
Reine leur MaitrelTe 5 ce qu'il fie
mais
joo 2\/fem6ires pour fervïr
/f^j7. maïs îl ne put rien obcenir qifune
confirmation de fon premier Arrcto
Elle fe moqua du Criminel , de ce
qu'il avoit peur de la more, l"'apella
poltron, & dit à fon Capitaine des-
Gardes, Allez, y il faut cju' il meurt ^
#* 5 afin de l'obliger kfe confejfer , blef-
fez. le» Scntincïli revint annoncer à
ce Miférable TArrêt définitif de fa
mort , ôc en même tems lui- voulut
donner quelqiie coup d'épée : mais ,
il trouva qu'il étoit armé fous fon
pourpoînt'i il bien que l'épée ne le^
>ut blelTcr qu'au bras , dont il para^
coup, lien reçut encore un à la
t€tej ôc y comme il fe vit baigné dans
fon fang, alors il fe confelfa à ce Perc
Marhurin, qui éroir auffi effraie qur
fon Pénitent, Le Père , après l'avoir
confcfTé, alla fe jçtter aux pieds de
cette Reine impitoîable , qui le refufa;
tout de nouveau. Enfin , Sentînelli
lui palTa fon épée au travers de la gor-
ge , ôc la lui coupa à force de le chî-
coter. Qjiând il fut expiré , on prie
fon corps , Se on l'emporta enterrer
fans bruit. Cette barbare Princeffc ,.
aprs une Adion aufll cruelle que cel- ,
ie-là , demeura dans fa Chambre à rire
t"
a r fHfiolre d'Anne <t Autriche, jot
&;àcaufer auiG tranquillemenc , que i£e^,
(l elle eut fait une chofe indifférente ^
ou fort louable. La Reine -Mère, \
toute Chrétienne , qui avoit eu tant
d'Ennemis , qu'elle auroit pu faire
punir , qui n'avoient reçu, d'elle
que des marques de fa bonté , en fut
fcandalifée. Le Roi &: Ivionfieur la
blâmèrent j ôc le Miniftre , qui n é-
toît point cruel , en fut étonné. En-
fin , toute la Cour eut horreur d'une
fi laide vangeance. Se ceux qui avoient
tant eftimée cette Reine furent hon-
teux^de lui avoir donné des louanges^
mais 3 ce ne fut pas fans fe moquer
du pauvre mort , qui n'avoît pas eu
te courage , ni de fe fauver , ni de fe
deffendre , ôc d'avoir eu contre cet
accident une précaution fi inutile; car,
du moins il devoit avoir un poignard,.
& s'en fervir avec valeur. On lailfa
cette Reine languir long-tems à Fon-
tainebleau , pour lui montrer le mé-
pris qu'on avoit pour elle ; mais en-
fin, elle fupplîa tant de fois le Mi-
niftre de la lailfer venir à Paris , qu'il
fut impoflible de la refufer. Elle
vint donc voir le Ballet , que le Roi
danfa cette année pour le Carnaval, ôc
elle
5" 02 ][démolres pour fervlr
ï^jS.elle arriva le vingt quatre Février
i6j8. Il eft à croire qifellc auroît
foLihaité de pouvoir s^etablir rout-«^
fait en France ; mais on ne iiii fit ef-
pérer de Vy fouffrir, que quelques
jours feulement. On la logea dans le
Louvre j à l'Apartemcnt du Cardinal
Mazarîn j ce qui fut concerté exprès,
pour lui montrer qu'il falloit qu'elle
le quittât prompcemcnc. Malgré
toutes les précautions de la Reine ,
elle y pad'a les jours gras ,- qu'elle em-
ploia k mieux qu'elle put. Rien ne
parut en elle de contraire à l'honneur,
je veux dire à cet honneur qui dépend
de la chafleté , <^ , (i elle s"*étoit laifTé
entamer fur ce chapitre , les charita*
blés gens de la Cour n'auroîent pas
oublié de le publier : mais y en tout
le rcfle, elle montra peu de fageffe ,
peu de conduite , & beaucoup d'em-
portement pour le pîailir. Elle cou-
roic les Bals en mafque ,- elle alloît
fans celTe à la Comédie avec des hom-
mes toute feule , dans les premiers
CarofTcs qu"*clle rencontroîc , iz jamais
perfonne n'a paru plus éloignée de la
Philofophie que celle-là. Elle partît
enfin les premiers jours du Carême ,
aiant
à l' H'iftolre d'Anne d'Autriche, j o 5
aîant reçu quelque argent du Roi, & ifjjS.
s'en retourna à Rome où l'Aâ;ion
qu'elle avoit faite en France ne la fie
pas eftiracr.
1^ Le Prince de Condé , qui etoit en
Flandres , tomba malade environ dans
ce tcms-Ià. Il dépêcha aufTi-tôc un
Courrier à la Reine , pour la fupplier
de lui envoler Guenaut, Médecin en
qui il avoit beaucoup de créance. Elle
le fit partir avec foin 3 ôc le Miniftre y
contribua de tout Ton pouvoir y pour
montrer à ce grand Prince , que leur
malheur, & non fa haine, les tenoit fé-
parez. Il fut fort malade , Se mon-
tra dans cette maladie, à ce qui en
fut dit alors , des fentiraens fort Chré-
tiens y donc il avoit jufques là paru
fort peu touché ; mais j'ai lieu de
croire , qu'il avoîc dans Pâme un fon-
dement de Vertu . qui produifoit en
lui dans les grandes occafions des re-
tours vers Dieu , donc il adoroit la
Puiffanee fans fe foumcttre commue il
devoit à fes Commandcmens. Car ,
j'ai ouï dire à quelqu'un de fes Servi-
teurs, que fur ce Chapitre il avoic
quelques fois donné des marques par-
ticulières d'ctre fufceptible de pieté,
quoi
j 04 Mêmoirçs ^our ÇerlTtr
t6^j, quoique d'ailleurs on ne k crût pas
dévor. Les jugemens des hommes
font incertains : il n'y a que Dieu>
qui connoilîe les plis ôc repli* du
Cœur humain.
Le Duc de Candallc, le premier de
la Cour en bonne mine, en magnifi-
cence , Ôc en richcife j celui que tous
les Hommes envioienr, Se donc toutes
les Dames galantes fouhait. oient de
mériter l'efl-ime. Ci elles n'en pouvoienc
faire le trophée de leur i^loire : ce jeu-
ne SLÎgncur 3 qui en effet étoît aima-
ble, revenant de Catalogue où il avoir
xrommandé cette année les Armées du
Roi , mourut à Lion comme il reve-
noîtà Paris. Il fit paroîcre beaucoup
de repentir de Tes fautes , Se reçut fort
Chrétiennement tous les Sacremens,
Les prières de Melle. d'Epernon fa
Sœur , qui avoit préféré le Couvent
des Carmélites aux Duchez que le
Duc d'Epernon fon Pcre lui pou-
voit donner , attirèrent fans doute
une il bonne mort de la Miferîcorde
de Dieu, Elle voulue que l'Abbé de
Roquette fît fon Oraifon funèbre
S'écanc heureufement trouvé à Lion ,
il Tavoît aififté à la mort. Il prît pour
fou
al'Hîfiolre â*Anf7€ â' Autriche, joy
&n Texte, ce Vcrfet dti Pfeaumc i6j7«
LXîI. Tes mlfértcordes^ Seigneur , V^-
7^;7r beaucoup mieux que la vie.
La Vertu de Mlle. d'Epenion hc
rempêchà pas de pleurer amèrement
cet iiluftre Frère. 11 fut aaffi infini-
ment rcgreté de toute la Cour , & fa
^n parut ctonante à toute la France :
il fembîolt que la Mort en fa perfon-
ne avoît fait un coup trop hardi ;
dont (î on eut ôfé on lui eût fait des
reproches ; mais , cette rigoureufe
Ennemie du Genre humain ne fait pas
grand cas de nos plaintes : elîenerefl
pcd:e ni lés Jeunes, ni les Grands; il
femble au contraire qu''elle fe divertît
à ceuiHir les plus belles Fleurs à\i
Partcre du Monde Qiielques uns s'i-
rnagîncrent qu^il avoit été empoifon-
né ; mais le ioupçon ne parut pas a-
voîr aucun fondement.
Dans ce même tems , îe Roi alla
au Parlement , pour faire recevoir une
Bulle <^ue le Pape avoit envoîée con-
tre les Janféniflcs. La Reine, animée
A'wn Zêlc véritatlement loliabîe , .
croïou avec raîfon devoir fa Roiale
Protedion à la véritable Dodrine de
i'Eglife , qui ftnibloiî être attaquée
# par
j o (> Mémoires pour fervlr
t^j'7. parles Opinions du Janfénifmc tou-
chant la Grâce , & le Libre Arbitre
de l'Homme qu'ils ont paru vouloir
combatre j mais , les gens de bien
ëtoient perfuadcz que ceux qui la
confeiiloient , fous l'apparence de la
Gloire de Dieu & de la Religion ,
l'engageoîent fouven: à des choies qui
en toutes leurs circonftances ne pa-i
roifloient pas conduites par l'Efprit de
Charité : & , comme ils étoient fans
paffion, ils fouhaîttoient que la Paix
fe pût rétablir entièrement parmi les
Fidelles & que Ton rravailiât /încé-
rement à ramener à l'Obéllfance ceux-
qu'ils croïoient s'éloigner des Senti-
mens Orthodoxes. On les accufoic ,
6c peut-être injuftement , de vouloii*
rei^arder cette Affaire comme Une
loarce de la quelle ils pourroient tou-
jours tirer des matières agréables à la
Piété de la Rcîne, & par elles demeu-
rer les Maîtres de la deftinéc de beatl-
coup de Gens. On peut tourner rou-
tes chofes en bien êc en mal; maisr^
ce qui paroifToit véritable , «5c que les
ïgnorans & les Femmes pouvoicnc
connoitre , étoit que les Janfeniftes
montroienc eflimer ^ fbutenir la
Doc-
à rHtflolre à* Anne (Jt Autriche 507
Doctrine de Janfénius condamnée par i éj 8.
les Déçiiîons de Rome , 6c que par
conféquent les Jéfuites ne les accii-
foicnt pas fans fujet; que les Janfé-
niftes, qui paroiflbient le foumettre de
parole feulement à la Condamnation
des cinq Propofitions , dcffendoienc
méthodiquement, & avec une pafîion
extrême , le Livre qui les contenoit,
mais qu'en effet aufîi ilsdonnoient au
Public par leurs Ouvrages une Mora-
le j ou la Pratique de la parfaite Ver-
tu Chrétienne étoit éloquemnient en-
feîgnée. Leur vie étoit conforme à
leurs Ecrits : ils faifoicnt piofcfïïon
d'eftimer & de fuivre les plus étroites
Maximes de l'Evangile. Me. de
Longueville qui après fa Converfion
S'étoit déclarée de leur Parti, & vou-
loit régler fa Conduite par leurs Con-
feils 5 faifoit voir par l'auflerité de fa
• Vie combien ils ctoient bons 6c loua-
bles.
Les Pères Jéfuites portent à jufle
titre le nom d'Apôtres des Indes &
de la ^ hine , puifqu'au prix de leur ,
vie & de leur fang ils ont eu l'hon-
neur par tant de fouffrances de faire
adorer le Nom de Jefus-Chrift pref-
7Qm6 IK X <iuç
joS Afcn?oires ponr fervl'/
j^j8. que dans toute l'étendue de la terre 5
éc particulièrement dans les Contrées
barbares où il n'étoit point connu au-
paravant. C'efl une Compagnie ; qui '
a toujours été remplie de grands Hom-
nicSj tant par leur Science, que par leur
Piété, qui lésa fait confjdércr com-
me des Colonnes de l'Egli (c ; mais,
plufieurs des plus grands Evêques de
France, Ôc des plus cftimez , étoient
les Chefs de ceux qu'ils accufoîenc
d'Héréfîe. Un de leurs Pères , plein
de Vertu , ôc des plus renommez de
notre Siècle , parlant un jour à une Da-
me de mes Amies des Conreftations
de ce temps-la, qui étoient nées 6< fo-
mentées entre les Janfénifles ôc eux, il
dît fans blâmer les Adverlaîres de fa
Compagnie, Se avec un fenrimenc ex-
trême de douleur, qui lui faifoit fou-
hai.ttcr ardarament TUnion de tous les
Chrétiens, que l'orgueil de l'Efprithir-
main étoit la fource de ces dei'ordres,
ôc qu'il prîoît fans cefle notre Seigneur
de tuer en lui & dans les autres cet En-
nemi mortel^ de ceux qui afpircnt à la»
Vie éternelle. Ce Saint Homme avolt>
raifon d'en parler de cette manière; ^'
car, j'ai toujours oui dire, que ces
Con-
a C Hlftolre â* Anne â^ Autriche, 50^
Conteftations de Dodiine avoient été \6j%x
caiifées par des animofirez particulières.
Le Gouverneur de Hedin , Belbru-
ne, mourut alors, &c cette Place fuc
aufïitôt donnée à Moret , Frerc de
Vardes, qui depuis quelque tenips s'*é-
toît attaché au Cardinal. Qi-iand il fut
en prendre pofTelîion, la Fargue, Lieu-
tenant de Roi , & la Rivière, tous
deux Officiers dans Hedin, lui fermè-
rent les Portes. Le Maréchal d'Hc-
quincourt > Gouverneur de Peronne,
gagné par les charmes & les Confeils
de Me.de Châciilon, avoir traîitéavec
Monfieur le Prince : ilavoit corrompu
en fa faveur ceux qui commandoienc
dans Hedin ; &c le defTein de ce Maré-
chal avoit été de lui donner pafTage par
Peronne. Mais, cette Confpiratîon ,
qui auroit pu rendre les Ennemis Maî-
tres de cette Frontière, aîant été dé-
couverte par le Miniflre, ce Maréchal
en perdit Ton Gouvernement i & tout
ce que put gagner la Maréchale d'Ho-
quîncourt fa Femme par Négociation
fur de le faire redonner au " arquis
d'Hoquincourt Ton Fils, que le Cardi-
nal Mazarinedimoit fidclle au Roy,ô^
digne de fa Clémence, Le Pcre, de-
Y i ^V'is
^ j I o Mémoires pour fcrvlr '
I C> f 8« P"^^'^ c.^^^^ mauvaife Avanturc, fe rroii-
voit dans une firuation fort raalheurcu-
fe. Les Difgraces & la Galanterie ne
fubfiftcnt guère enfemble : lapaiïion
qu'il avoît eue pour Me. de Châtillon
étoit paflée : fes Rivaux & Tes perces
Tavoient détrompé, llvoioitbien qu'il
avoit fait un mauvais pas j mais, il n^y
avoitplus moyen de reculer. Ufejet-
ta dans Hesdîn, pour entretenir la Ré-
volte de la Fargue d<. de la Rivière; &:,
comme il vit qu'il n'y étoit pas le
Maître, il fut contraint de paifer en
Flandres, où il fut bien reçu du Prince
de Condé &: des Efpagnols , qui lui
donnèrent de grands Apointemens ,
avec la Dignité de grand Baillif de
Gand. Sa Femme & fon Fils fauvércnt
fon bien , & comme la Cour voulut
aller au Printemps vers la frontière
commencer la Campagne, le Roi com-
manda à la Maréchale d'Hoquincourc
de fuivre, & an lui donna de l'argent
pour obéir.
Le Roi & la Reine partirent le len-
demain des Fêtes de Pâques. Ils qui-
térent le repos plutôt qu'à Pordinairc,
afin d'aller par leuf préfcnce réparer les
mauvais fiicccs qui pou voient arriver de
a l*Hîfloîre à* Anne ^Autriche, 5 1 1
réquipéedu Maréchal d'Hoquincoiirr. \C\%,
Avant que de partir , ils virent le Duc
de Beaufort , qui depuis la Paix avoîc
toujours été exilé: il avoit montré beau-
coup de fermeté 6c de hauteur , en ne
recherchant par aucune baiTeflc TAmi-
tié du Miniftre. Il voulut même laif^
fer d u tems entre ce qu^il avoit fait con-
tre luia ^ Ton Raccommodement: puis
enfin il le fit avantageufement pour lui.
Le Duc de Vendôme fon Perc^, ayant
defiré de le revoir à la Cour propofa
fon Retour au Cardinal j & le Minifi.
tre, oubliant toutes les haines paffées, ,
le regarda comme Frère du Duc de Mer-
coeur 5 qui avoit épouzé fa Nièce : le
recevant enfuite au nombre de Tes A-
mis , il lui donna la furvîvance de l'A-
mirauté que le Duc de Vendôme avoic
eue pendant la Guerre.
Le Roi alla d'abord à Amiens, où
il fcjourna quelque tems pour avifer
aux moiens de fauver Hefdin. Le Roi
même fe préfenta en perfonne devant
cette Place ; mais , la Révolte de ceux
qui y commandoient étoit trop bien af-
fermie : ils ne lui rendirent pas le reC-
peâ: qui lui étoit dû. Le Miniftre ,
voiant cette Affaire fans remède , fie
Y 3 ré-
5 T 1 Afemoires poptr fervîr
i6j 8. réfoLU^rc le Roi d'aller à Calais ^ pour
travailler an f^rand dclTeiii dcxretccaii-
née, qui école la prife dj Dunckcrque,
que nous devions attaquer conjointe -
ment avec les Angloîs y & le Projet
étoicde la laiffer à Cromvvel , quand
elle feroit prîfe.Cc dcik in parut odieux
à tous les G JUS de Bien, ôc on ne man-
qua pas de blâmer le Miniflre de cet
avantage qu'il donnoit aux anciensEii-
nemis de la France, à un Hérétique, à
nnUiurpaceur; mais, il avoit Tes rai-
fons : il crut qu^iléroit impofîîble fans
cela de fauvcr TEtac de beaucoup de
maux, 6c fut per Iliade au contraire que
parcjtte vole il forcerolt le Roi d'Ef-
pague à Faire la Paix. C^^ux, qui mur-
rauroîent contr» cette llaifon des An-
glois avec nous, diioiencque fans Côm-
ter Tinterét de la Religion il y avoîc
cncor à craindre que ce ne fut donner
des forces à des Voidns , qui ne pou-
voîent nous aimer, 6< que cette Place
mettoit en état de nous faire un jour la
Guerre. Malgré ces raifons , que le
CardinalMazarîn (ans doute avoit bien
examinées,, les Angloîs payèrent la
Mer : nous afliigeanics la Place. Cet-
te Entreorife , dont le fucccs fut aulli
heu-
k l'Hlfioire d^Anne d'Autriche^ 513
heureux qn^on le pouvoir louhauter ,i6^è.
penfa être funefte à la France.
Le Roi voulut aller vifiter l^'Arméc.
Il fut à Mardik, où il demeura quel-
que cems. Ce lieu étoît infecté par
les corps morts qui étoient reftez des
années précédentes à demi enterrez dans
le fable fans pourrir: la fechcrciTe du
terroir les en cmpêchoit. il n'y avoic
à Mardik nulle commodité , on man-
quoit d'eau , & de toutes chofes ; &
la chaleur étoit excclîive. Le Cardinal,
qui en toutes occafions avoit toi^ijours
pour principale occupation de gagner
de Parfjent s'avifa de devenir le Vîvaii-
dier , 6c le Munitionaire de l'Armée :
il faifoic vendre à ce qu'on a dît , le
Vîn 5 la Viande, le Pain , 6c TEau , &
regagnoit fur tout ce qui fe vendoit. Il
faifoit la Charge de Grand Maître de
l'Artillerie 3 & depuis les premières juC-
qu'aux dernières , il profîtoit fur tou-
tes. Les foufFrances par cette railon
furent grandes en ce Siège , &c même à
'Calais, où toutes les denrées nécelfaî-
res à la vie ctoient fort chères. Le Roî, ,
quand il alîoit à Mardik vifiter fon Ar-
mée , vivoîc comme un Particulier : il
dinoit chez le Cardinal Mazarîn , où
Y 4 chez
j 1 4 JHémoîres four fervlr
f (?/5« chez le Vicomte de Tuueniiej il 0^*3-
voîc point d'Officiers & manquoit de
fervice & d'argent, Qtiand il alloit à
TArmée, il rencontroic de pauvres foU
dats : il ne leur donaoit rien , parce
qu'il n'avoit point de quoi le faire ; Se
le pis étoit que le MÎnîftre , corrom-
pant les fentimens du Roi , travail loît
à lui en ôter l'inclination , afin de lui
en pouvoir ôter le moien : ce qui fai-
foit , à ce que me dirent ceux qui étoî-
ent à ce Siège , le plus méchant effet
du monde i car les foldats deviennent
puis avares de leur vie^ quand on leur
eft avare de quelques piiloles.
Monfieur le Prince , & D. Juan a-
vcc toutes les Forces d'Efpagne , s'ap-
prochèrent de Dunkercpe^ pour en
empêcher la priie. Le Vicomte de Tu-
renne en avertit le Miniflre , & lui
manda que Ton fcntiment étoit de les
aller combattre. Le Cardinal vigilant
<Sc habile autant qu'il étoit ménager,
fâchant par cette voie & par fes propres
intelligences, que les Ennemis les ve-
noient trouver, fut de ce même Avis ,
& envoîa ordre à ce General de donnei:
Bataille. Ce grand Capitaine , qui en
de pareilles occalîons ne mâqua jamais
d'à-
à l'Hlfiolre d*Anne d'Autriche, y i $
d'acquérir une grande réputation,fortît i ^ j 8»
de fes Retranchemens pour aller atta-
quer r Armée Efpagnole , & la furpre-
nant il la deffir. Le Maréchal d'Ho-
quincourt, qui s'étoît avancé plus que
les autres pour reconnoître nos lignes,
fut le premîeF qui fe fentit de la raau-
vaifc deflinée du Parti où il étoic. il
y perdit la vie, qu'il quitta avec un Çqïi-
iible regrec de mourir hors du fervicc
du Oî. Il vécut quelques jours, dans
Icfquelsil fît paroître ces fentimens,
6c fit fupplier le Roi , qu'en lui pardon-
nant Ton crime , Ton corps pût être en-
terré à Nôtre Dame de Liefï'e , ce qui
lui fut accordé facilement. Toute la
vaillance èc la fermeté de Mr. le Prin-
ce ne fut pas capable d'arrêter la fuite
de fes Soldats , & la déroute en fuc
grande. Les Ducs d'Iork & de Glo-
cefter , qui étoient dans cette Armée ^
y firent des allions dignes de mémoi-
re 5 & leur valeur à combattre les no-
tre étoît d'autant plus grande , qu'elle
écoit animée par la haine qu'ils avoienc
contre les Anglois qui étoient joints
avec nous Cette Vîètoîre, qui futglo-
rieule à Vlr. deTurenne^redonna beau-
coup de force au Roi , abbatît celles des
Y ; Ef^
5 I (? JMemolres pour frvlr
1^58. Èrpagnolsaiiousairùralaprife cieDiin-
kerqiic, & nous mk dans le chemin de
la Paix. Ce fut le 14. Juin, que ce
bonheui' arriva à la France. Il fut bien-
tôt fuivie de la Capitulation de la Pla-
ce , qui fe rendit peu de tems après,
La Reine n'eut pas le tems de fen-
tîr cette joïe. Environ le zi. du mê-
me mois 5 le Roi tomba malade à Ca-
lais , d'une fièvre continue , avec le
Eourpre , qui fit craindre pour fa vie,,
es fatigues qu'il a voit eues à Mardi k,
6 à r Armée 5 allant lui-même malgré
le Cardinal vifitcr les Gardes , avec les
incommodités que j'ai dites & la cha-
leur qu'il y fouffroît , Pavoit mis eiir
cet état. Il fut quinze jours dans un pé-
ril extrême,& la Reine en fentit toute la.
douleur que l'amour qu'elle avoir pouL*
lui de voit caufer. Elle fit le defTein ,
\ ce qu'elle m'a fait l'honneur de me
dire depuis , fi elle le perdoîc , de fe re-
tirer au Val-de* Grâce \ Ôc néanmoins
elle inavolia en même tems qu'en cette
©ccafionelle avoir été infiniment fatis-
faite du bon naturel de Monfieur. Il
lui témoigna route la, tendrefie poflîr
y.e 5 ôc montra de craindre fcnfible--
ment de perdre le Roi, Quand la Rei-.
2ïe<
à V Hîfiolre d'Anne à' Autriche, ^ij
ne lui die qu'il ne falloir plus qu'il ap- 1(358.
prochât de lui , de peur de gagner fou
mal y il le mie à pleurer ; mais , ce fuc
avec un tel ferrement de cœur , qu il
fat long- rem s fans pouvoir prononcer
feulement une parole. La Reine, de
qui je içus ces particularités y lui en
fcat bon çré : fon cœur en fut touché
par l'eftime qu'elle conçut de fa bonte^
& dés ce moment elle Taîma beaucoup
plus tendrement qu'elle n'avoît fait par
le paiTé. Le Roi prit du Vin émétî-
quc par deux fois ; Sc Dieu , qui ne
voulut pas priver la France de ce Prin-
ce enrichi de tant d'éminentes qualités
qui devoît le rendre un Roi digne de
rétre 5 par fa mifericorde reçut une
nouvelle vie, 8c ce bonheur caufk
beaucoup de joie à la Reine Mei;e,k
Monfieur , de à tous les bons François.
Le Miniftre en fut aafli fort content 2
mais, il parut qu'il y regarda fon inté-
rêt préferablement à toutes chofes : il
fit en cette occafion des actions qui
dévoient déshonorer ^a mémoire^
Comme il n'ofa rien efperer de Mon-
fieur , il envoya enlever fcs Trefors 3C
les meubles de fa Mai fon de Paris, pour
les faire porter au Bois de Vincenne^^
Y 6 lii
5 1 8 Mémoires pourfervlr
C^Z, Il prit néanmoins Tes mefures le mieux
qu'il pût 3 avec le Maréchal du Pleffis,
Gouverneur de Monfîcur : il lui fit de
grandes promelTcs , & alla vifîcer tous
ceux qui étoienc peu ou beaucoup dans
les bonnes grâces de ce jeuns Prince ,
particulièrement le Comte de Guiche,
à qui il fit des avances , qui parurent
fortir d'une ame baffe &: foible.
Après l'heureufe guérifba du Roi ,
la Cour revînt à Compiegne , où leurs
Majeftés reçurent les premières mar-
ques de la joie publique : ils n'y tardè-
rent gueres^parce que le Roi avoit def-
fein de fe montrer à Ton Peuple , 6c de
là s'en aller à Fontainebleau. Il ne pa-
rut point changé de fa maladie : auiïï-
tôt qu*il eut pris l'air , les forces lui
revinrent ; ÔC quand il arriva à Paris,
moi-même 5 qui ne l'avois point vu
malade , Se qui n'avois point été au
Toiagc, je le trouvai aufîi gras & d'auf-
fi bonne mine qu'à l'ordinaire. Il reçut
avecplaifir, d<. quelques marques de
bonne Volonté , ceux qui avoient jet-
té des larmes pour lui. Comme j'avois
été de ce nombre , & qu'il l'avoit fçû,
il me fit l^honneur de m'en remercier
de la meilleure grâce du monde. Le
Roi
à rH''}oire d'Anne d'Autriche, j 1 9
Roîécoîc férieux, grave, & fort aima- K^cg,
ble. Sa Grandeur , jointe à Tes gran-
des qualités,imprimoientle refpedldans
Tame de ceux qui l'approchoieiit. Il
parloic peu , & bien : fes paroles
avoîenc une grande force , pour infpi-i'
rer dans les cœurs , & Taniour, -v la
crainte , félon qu'elles écoient ou dou-
ces ou feveres.
Le Cardinal Mazarîn demeura flir la
frontière , pour finir le Siège de Gra-
veline, qu'il avoir fait attaquer par \z
Marérhal d^- la Ferté. Cette Place fut
en effet fi bien attaquée, qu'elle fe ren-
dit au Roi le 3 o. Août. Après cette
Expédition , le Vliniftre revint trouver
le Roi & la Reine à Fontainebleau ,
environ quinze jours après leur arri-
vée.
Le Duc de Modene, qui comman-
doit l'Armée du Roî en Italie , & avoit
le Duc de Navailles pour Lieutenant
Général , prie en même tems Mortare,
qui fc rendit le 25. Août : les nouvel-
les en arrivèrent au Miniflre , lorfqu'il
paiTa par Paris vidorieiîx de Graveli-
ne.
Ceux5q'iî aimoîent la Judice , &
les particuliers Serviteurs de la Reine
Y 7 d^An«
5 1 o Afe?noires pour fervlr
\6<Z. d'AnglereiTc , reçurent alors une agré-
able nouvelle pendant le réjour du Roi
s Fontainebleau , qui fut celle de la
mort de Cromvvel. Le Miniflre ne'an-
nioîns 3 en parut fâché, & même il
fcmbla quîl n'approuvoît pas la joie
publique j mais je fuis bienaifede re-
marquer en cet endroit , par la réponfe
que cette Piinccfle fît alors à la Lettre
que je me donnai Lhonncnr de lui
écrire fur ce fujct , avec quelle modé-
ration elle app-ît que Dieu i^avoic ven-
eée de ce cruel Ennemi.
Copie de la Lettre d" Henriette Ma-
rie Reine d' Angleterre ^ écrite de fa pro'
pre main à Me. de Mottevllle , le Me^
credi dix huit Septembre i6j8.
'' \ T Ous pourries m'accufer avec raî-
V ^on de peu de (èntimcnt des té-
moignages que me rendent mes A-
»^ mies de leur Amitié , fî je ne vous
" difois que je n^ai reçu vôtre Lettre
» que ce matin , quoiqu'elle foît dat-
w tée de Dimanche, tn vérité y j'ai
'^ fbngé que vous recevriés de la joïc
'■> de la mort de ce fcelcrat: & je
^' vaus dirai c][ue je ne fçai fi c'eft que
5' moB"
ce
ce
ce
à V Hifiolre ^ Ann"^ â' Autriche. 521
mon cœur efl fi enveloppé de mélan- \^ i (^j 8 ,
colie , qu'il efl: incapable d'en rece-
voir j ou que je ne vols pas encore de
grands avantages qui nous en peu- ,«
venc arriver ; mais , je n'en ai pas ,^
reffenti uns fort grande , & la plus
grande que j'aie efl: de voir celle de
tous mes Aaiis. Je vous prie de
bien remercier Madame du Pie (lis, rc
& Melle. de Bellenave. Je voudrois ce
bien avoir fait la quarriéine de vôtre «
Compagnie , pour me rejoiiir avec ce
vous. Je voudrois vous dire bien «
des amitiés ; mais en vérité , elles u
font dans mon cœur plus que je «
ne les puis exprimer , & mes ac- «
tions vous le feront voir en toutes. <-.
occafions. Je vous conjure de le «
croire , ou vous me faites grand ce
tort ; car , je fuis au fonds de mon ce
ame de vos Amies. «
Le Miniflrre eut aufîî alors la joïede
voir Me la Princcfle de Conti (a N'e-
ce 3 qui venoit d'accoucher d'un Prin-
ce du Sang 5 qui mettoit un de Tes
Neveux dans le nombre des Héritiers
de la Couronne. La mort de cet En-
fant i, qui ne vécue que peu.dc jours ^,
h oblif*
j 2 2 JHemoires pour fervlr
ïéç8. ob^ig^^ ^' le Cardinal d'aller à Paris,
viiirer cette Prince{rei& comme il écoîc
perfuacié que l'air de Fontainebleau
ne lui étoit pas bon , il envoia fup-
plier le Roi de faire une petite Cour-
fe à Paris , afin de lui pouvoir com-
muniquer quelques affaires. Le Roi
y alla , 5c ne coucha qu'une nuit au
Bois de Vincennes ; puis étant revenu
trouver la Reine , il la perfuada de
s'en revenir à Paris ^ & par conféquenc
route la Cour y arriva le i^^^ào, Sep-
tembre«
Comme le Parlement êtoît depuis
deux ans fans premier Préfident le
Cardinal ^ pour faire une Adion d'é-
clat 5 qui put établir fa réputation ,
dans Topinion des hommes , S>c faire
voir qu'il fcavoit connoitre &: recom*
penfer la vertu ôc le mérite , voulut
mettre à la tête de ce grand Corps un
Chef qui eût l'approbation des gens
de bien. Pour cet effet , il jetta les
yeux fur Lamoignon, Maître des Re-
quêtes , qu'il ne cohnoifToît que par
l'eflime univerfelle que jufqu'alors il
avoir acquife dans le Public par Ton
habileté & fon intégrité. Le Procu-
reur General Fouquet , Sur-Intendant
dos
a VHlflolre d' Anne d'Autriche , y i j
-des Finances , qui fut un des premiers léjS,
qui le propoféreac, ne fe fervit en ef-
fet que des grandes qualîtez deLamoi-
gnon pour perfuader le Cardinal Ma-
zarinde le nommer, en le flattant de
rhonneur qu'il auroît d'avoir fait ce
choix par le feul motif du bien public,
lien reçut aufîî des louanges de tout
le monde ; & la Reine fur- tout , qui
fçavoit que l'intérêt n'y avoit eu au-
cune part, en faifanc goûter à ce Minif-
trc par fon approbation les prémices
de la récompcnfe dont une bonne ac-
tion doit être fuivie, lui devoit en mê-
me tems faire regretter d'avoir tant né-
gligé par le palîé les occafions de fe
procurer à lui même la joiiilTance d*un
il grand bien.
Le Roi , depuis l'inclination qu'il
avoit eue pour xtelle. la Motte , étoic
demeuré demi enchanté dans un reftc
d'inclination qu'il avoit toujours con-
fervé pour la ComtelTe de SoifTons ;
fe divertiflant néanmoins par occadon
avec les autres Nièces qui étoient de-
meurées au Louvre; mais, il fe fatigua
d'aller à l'Hôtel de SoifTons iî fouvenc,
ou plutôt fon cœur fe lafla de n'être
pas aflTez occupé. Pendant le (éjour
que l'on fit à Fontainebleau, il parut
j" 2 4 Meynolres pour fervlr
I 68 j . s'attacher d'avantage à Mclle. de 2vîan-
cini: il parloit à elle avec application;
& , malgré fa laideur , qui dans ce
tems-làétoit cxcciîîve , il ne lailTa pas
de fc plaire dans fa converfation. Cet-
te Fille croit hardie , & avoit de Tef-
prit 5 mais un efprit rude & emporté.
Sa paflîon en corrigea la rudeiTe, &
fon emportement fervit à lui montrer
c]a^elle n''y étoit pas infenfible. Le Roi
s'en apperçut, & cette reconnoîfîan- ^
ce dans le commerce particulier que la
PuHrance de l'Oncle Tobligeoit d'avoir
avec Tes Nièces , l'expofoit à une
Avanture qui fut d'autant plus belle
pour Me lie. de Mancîni, que fe trou-
vant fort touchée du defîr de plaire
au plus gra^d & au plus aimable Roi
du Monde, elle eut la fatisfadion d'a-
voir réiifli dans fon deffein , & de
rencontrer dans la tendrelTe de ce
Prince de quoi paier fes emprefifèmcns,
& la facilité qu'elle eut à l'aimer trop,
quoi que ce trop ne fut pas tout-a-
fait fans bornes ; car on a toÛK)urs
cru que cette Pafîîon , quoi que vio-
lente 5 avoit été accompagnée de taM
de fageflfe, ou plutôt de tant d'ambi-
tion 5 qu'elle s'y étoit engagé fans
crain-
à l'Hiftolre à^Amie d' AMrlche, 5 2 j
:i'abr:e d'elle-meaie , étant alfurée de 1^5 S.
.a'verta du i^oi , & (î elle en doLUoir,
ce doute ne lai faifoic pas de peur.
EUe voioit que l'Amitié qu'il avoit
eue pour la Comteire de SoiHbns ,
bien loin de lui avoir fait tort , lui a-
voit procuré un grand Etabli (femenc.
Une pareille Avanture lui fembloic
être le moins qu'elle e'n put efpérer.
C'ed pourquoi , rien ne lui en pou- ^
voit défaire. Ses fentimens paiïion-
nez, & ce qu'elle avoit d'efprit, quoi
que mal tourné , fupeléérent à ce qui
lui manquoit du côté de la beauté.
Il n'y a point de plus forte chaîne
pour lier une belle ame , que celle de
fe fencîr aimé. Elle fçut fi bien per-
fuader au Roi qu'elle raimoit , qu'il
ne put s'empêcher de l'aimer , 6c il
eft aiféde concevoir que des deux co-
tez leur Amitié devint aufli forte
qu'elle étoit fcnfible. Les effets en
furent grands ; mais , ils auroienc
peut-être été plus extraordinaires, fans
la fage conduire de \'i Reine à qui
Dieudonn^ des forces pour réfiftcr à
ce qu'on dit èexe le plus fort dans le
mnde ; & fans la modération du
Cardinal , qui ne peut jamais être af«-
fez loué fur ce fujec. Pen-
ji(? Mémoires pour fer vîr
1^5%, Pendant que le Roi s'engageoît în-
fenilblement à une violente Paillon ,
toute TEurope regar»loit de quel côté
il fe tourneroit pour choifîr une Fem-
me ; & toutes les PrincelTes, qui pou-
voîent afpirer à cet honneur , étoicnc
attentives à l'Evénement de cette E-
ledîon.
Il y avoit long tems que la Duchei>
fe de Savoie preflbit le Miniftre de fe
déclarer fur le Mariage du Roi & de
la Princefl'e Marguerite fa Fille. Cette
Princelfe étoit aînée de la Duchefle de
Bavière , que ce Duc avoit choifîe
par préférence à fa Sœur, à caufe de
fa beauté 6c parce que la Prince(fc
Marguerite n'en avoit guère. Le
Roi, qui avoit toujours dit qu'il vou-
loit une Femme qui fût belle , fèm-
bloit néanmoins être réduit à celle-là;
car, le Minillre , qui ne le vouloic
point marier , que quand il y feroit
forcé, fe trouvoit porté en cas de né-
ceflîté de préférer cette Princelfe à
toutes celles de ce Rang. Sa Nièce
la Comteife de Soiffons, avoit époufé
le Fils aîné du Prince Thomas, On-
cle du jeune Duc de Savoie , & (qs
Enfans ctoient les Héritiers de ce
Pria-
à rUlflolre â'Anne d'Autriche J17
Prince. Les Nicces du Cardinal Ma- 1657.
zarin étant nées, pour faire la dcfli-
née de cous les Princes de l'Europe ,
il fembloit qu'étant trop fage pour en-
treprendre d'en mettre une fur le
Trône , il ne pouvoic s'en approcher
d'avantage qu'en y plaçant la Prin-
cc(re Marguerite fon Alliée \ Se ce pou-
voit être la rai Ton pour laquelle il pa-
roilToit qu'il fe laillat plutôt arracher
un confentement en fa faveur , que
pour toutes les autres qui pouvoienc
y précendre. Il accorda donc à Ma-
dame de Savoie, non pas entièrement
ce qu'elle demandoit , mais feulement
de lui mener le Roi. La Reine , a-
giffant comme Mère , alloit droit à
Tavantage du Roi fon Fils. Elle a-
voit toujours paffionnément fouhaitté
la Paix, Se l'Infante d'Efpagne, com-
me feule digne d'époufer le Roi; mais,
de la façon qu'elle en parloit, on ju-
gcoit aifément qu'elle le fouhaittoit
fans en ôter efpérer l'effet, Jufques
là , ce Mariage lui avoit paru impof-
fible, à caufe que le Roi d'Efpagne
n'avoic point de Fils Ôi que llnfan-
te fa Niecc étoît héritière de tous Ces
Etats 3 mais, depuis quelque tems ,
il
4 j" 1 8 Afernolres pour feri;lr
1(^58. il en avoit un, 6: la Reine d'Efpagne
étoit préce d'acconchcr , fi bien que
ce Mariage ne paroiiïbic plus hors d'é-
tat de fe pouvoir cfperer , quoi qu'il
y eût toujours peu d'apparence qu'il
/e put faire, à caufe des maximes qua-
jfi inébranlables des Efpagnols , c ui
ne veulent rien bazarder. La Reine,
au défaut de l'Infante , auroît mieux
aimé la Princcfle d'Angleterre , que
nulle autre,- parce qu'elle l'aimoit dé-
jà , & que cette jeune Princeffe pa-
roiffoit alors avoir un tel rcfped; pour
la Reine, qu'il fembloit qu'elle ne la
confidéroit pas moins que la Reine fa
Mère: mais , le Roi feul en France
ne la trouvoit pas à fon gré ; ou pour
mieux dire, le MÎniftre n''avoit point
d'intérêt qui l'obligeât de pancher de
fon côté. La Reine, au contraire ,
avoit accoutumé de dire que fi elle
ne pou voit avoir fa Nièce pqur Rei-
ne, qu'elle fouhaîttoit celle-là, & que
fon déplaîfir étoit de ce qu'elle n'a*
voit pas trois ans d'avantage , afin
qu'elle pût plaire au Roi, qui paroif-
foit la négliger parce qu'elle étoic
plus jeune que lui , & qu'il mon-
troic de vouloir une Fille plus faite.
Par
à VH'ifiolre ^Anne d'Autriche, 5 2. 9 s
Par l'événement on a vu que dans 1658,
le fonds du cœur du Miniilre , il y
avoit un grand dcfo de faire époufer
au Roi la Princefle de Savoie , ôc que
d'ailleurs n'aiant pas d'averfion à la
Paix, il avoit en i^énéral une allez fni-
cere intention d'aller au bien de l'E-
tat. Il ne douroit pas , que fi en
pouvoit avoir l'Infante pour Reine ,
ce ne fût par fa Naitfance la plus di-
gne Femme que le Roi pût avoir. Il
connoilloit auffi , que la Reine ne
pouvoit être contente fans elle ; mais,
en lui montrant pour la farisfaire ,
qu'il fouhaitoit la même chofe, il ef-
péroit fans doute, que les difEcultez
en feroient fi grandes , que fans lui
déplaire il pouroit parvenir à fcs fins.
Pour faire parler le Roi d'Efpagne , il
falloir lui montrer publiquement , que
le Roi fe vouloit marier ailleurs. Ain-
fi, le. delTein du Cardinal fut de faire
le Voiage de Lion , pour tâcher
d'embarquer le Roi avec la Princeffc
Marguerite , montrant toujours par
là 5 que fon intention croît de preffer
le Roi d'Efpagne de fe déclarer. A-
SÎfTanr de cette manière , il faifoir ce
qu'il pouvoit, pour travailler au con-
tente-
1
j 5 o 2\4émoîres pmr fervlr
i^j8, tcntement de la Reine. Le Roî par
là devoir voir la Princcfîc de Savoie ,
& de cette vue le Cardinal en cfperoît
lin bon effet , car , il mettoit lescho-
fcs en état ^ qu'en cas que le Roi d'Ef-
pagne demeurât muet , ce qu'il cro-
yoit devoir arriver , il pût par le pro-
pre goût du Roi lui laider choilîr une
Femme : & , il ne doutoit pas que
dans le defir qu'il avoir de fe marier ,
ne lui lai (Tant voir que celle-là , il ne
la prît. Outre l'engagement où il
l'expofoit 5 il étoit perluadé avec raî-
fbn ; que malgré le peu de beauté de
cette PrincefTe , le Roi en feroit con-
tent ôc fatisfait , parce qu'elle étoit ai-
mable 5 fpirituclle & fsge ; ce qui
félon fon humeur lui devoir plaire.
Le Cardinal , trouvant dans ce Voya^
ge 5 l'une de ces deux chofes , ou la
fatisfadion de la Reine , à qui il de-
voir toute fa grandeur , ou une Reine
qui étoit Coufîne Germaine de fa Niè-
ce , y fît refoudre le Roi 5 mais, il
cft indubitable qu'il préferoit dans Çts
defirs fcs propres intérêts à ceux de la
Reine. Il le fît auffi pour évirer de
marier le Roi à la Princeffee d'Angle-
terre , qui devenant grande & agréa-
ble.
à rHi/lotre (JtAfine à* Autriche, j 3 1
ble, pouvoit enfin lui îplaiic. Melle. kJjS.
d'Orlcans, feconcie Fille du Duc d'Or-
léans, dont on lui parloit fouvent , é-
toit encore une digne Alliance pour le
Roi : elle éroit fort belle , & à^digo.
propre à lui plaire ; mais, le Cardinal
ne lui vouloit pas donner une Couron-
ne fermée j parce que It Duc d'Orléans
ne Tavoit pas oblige à le fcrvir. Il voï-
oit beaucoup de perfonnes de la Cour
fouhaitter ce Mariage, ccn.ne fortable
au Roi, par la Naiiîance 6c la Beauté
de cette Prînccfle \ mais il lie trouvoic
pas ? propos de donner cet avantage aux
louhaits du Public 5 de peur de perdre
le mérite qu'il \ouloit avoir auprès de
la Reine future, d'être celui fcul à qui
elle dût Ton bonheur. N adcmoifelle,Fil-
leaince du Duc d'Orléans, qui en partie
avoit fait la Guerre pour être Reine de
France, fe voioit par cette même raifon
hors d'état d'y prétendre, miême à cau-
fe des années qu'elle avoit plus que le
Roi. Elle croit de toutes façons mal-
latisfaite de fa deflinéc, ôc ne pouvoit
fouffrir non plus fans un extrême cha-
grin, que fa Sceur fût propofée pour
occuper cette émincnte Place. Elle au-
rcîr fans doute mieux aimé voir fur le'
ToThs IF. Z TrG«
5" 3 2. * Mcmoires ponrfervîr
i6jB, Trône toute antre PrincciTe qu'elle;
car 5 la Jaloufie que l'amour propre
produit 5 etïaçoit en elle la force du
Sang & de la Nature , ôc la rendoit in-
capable de louffrir patiemment cette
préférence.
Le Cardinal , par le parti qu'il avoîc
pris , avoit mis ces deux Sœurs en re-
pos ; mais , la Reine d'Angleterre , qui
confentoit parjuftice, que la Reine
préférât l'Infante d'Efpagne à la Prin-
ceiTe fa Fille^ne pouvoit d'ailleurs fup-
porter fans une douleur extrême , que
la PrincefTe Marguerite de Savoye ia
Nièce , quoiqu'inferieure à fa Fille ,»
tant par la nailîance que par la beauté ,
l'emportât fur elle ; &c , fans en rien
témoigner, elle en rcQcnroic autant de
peine , que la chofe le meriroît.
Il y avoit en Portugal une PrincciTe,
qui fans doute ne manquoit pas de
prendre part à ce noble chagrin, Co-
mînges , qui étoit alors Ambalfadeur en
Portugal , qui avoit envoyé à la Reine ^
un Portrait de cette PrincelTe , qui laj
faifoît belle , quoiqu'elle ne Icfôt pas,
m'a depuis conté, que la Reine de Por-
tucral fa Mère ofFroit au Mîniftrc de
grands Trcfors , pour obtenir que la
Prin-
à VHtflo'ire à* Anne d'Autriche. 535
Princefle fa Fille fut Reine de France ; i r 5 S.
& j que ne pouvant fe retenir fur le
ûépit qii elle eut du voyage de Lyon ,
elle lui dît un jour qu'elle cioît éton-
née de ce que le Roi de France choillf-
ioit Cl mal.
Melle. de Mancîni , quoiqu'elle ne
fût pas Princeiïe , prenoit aufli fa part
de rinquîétudecomnnine à tant d'illu-
ftres perfonncs 5 & , quoiqu'en toutes
chofes elle fut indigne de leur être
comparée, elle ne laiiloit pas d'avoir des
defirs bien relevés. Elle ne quitroic
point le Roi , elle le fuivoit partout ,
& le Roi montroit de fe plaire avec el-
le : l'afFiduité qu'ils avoient l'un pour
l'autre , commençoit même à déplaire
à Ja Reine j & dans ce tems-là ^ je re-
marquai qu'elle avolt beaucoup de
chagrin. La Femme , qu'il fcmbloit que
le Roi alloit prendre en Savoy e , ne lui
plaifoit pas , ôc Melle. de Mancini ^
qui paroiiFoir être la mieux placée dans
le cœur du Roi , ne lui éroit pas agréa-
ble. Cette m.aniere de l'obirdcr con-
tinuellement lui donnoit de la tridcfTe;
Ôc y malgré fa difcrction , Se la qualité
de Nîcce du Minijflre (i confidciable en
l^rance ^ la Reine montroit affez libre- ,
Z 2. mène l
/ 3 4 A^emolres pour fervlr
i{jj8. ment à Tes Confidens , combien cette
Fille lui deplaifoit. Elle n'en ufa pas
de même à l'égard à^s fcntimcns qu'el-
le avoitpour la Princeile Marguerite ;
car^. elle en parloit raifonnablemenr,
difant que ce n'croit pas Une Affaire
faite, mais que le principal étoit que
le Roi ^\xi content & heureux , & que
cela étant elle feroit fatisfaite.
La Reine , d'abord par le dégoût
qu'elle avoit de ce Mariagc,n'eut point
d'envie d'aller à Lion : puis, elle fe
ravifa , & voulut y aller, pour travail-
ler à le rompre. Sa tranquillité paroif-
foir égale a celle qu'elle avoit accoutu-
mé d'avoir j mais, elle auroit fans dou-
te pris volontiers beaucoup de peine ,
pour réufîir à y mettre de l'obftacle.
Elle fe réfolut donc d'aller au Voiage,
même par le confcil du Minillre , qui
ne voulant pas lui déplaire en fut auiîî
d'avis, La Providence Divine parut
y avoir une grande part ; car^ les quin-
ze joers,qu'il falut retarder de partir de
Paris, pour mettre en Ordre l'Equipa-
ge delà Reine, furent caufe que nous
avons rinfante d'Elpagne pour Reine,
parce que ce peu de jours donna le
moien à celui, qui vînt d'Efpagne pro-
pofei'
^■'
à V Hlftoire êi Anne d'Autriche, j 5 j
pofer le Mariage, d'arriver à Lion dans i(^j8.
le cems qa il falloir qu'il arrivât, pour
rompre celui de Savoie. Un de ces
jours- là , que la Reine étoic prête de
partir, j^'pris la liberté de lui dire,
que j'avois de la peine de voir qu'elle
alloit faire un ii grand Voyage, dans
une (1 froide failon comme le devoir
être celle où nous allions entrer. Elle
me fît l'honneur de nie dire alors, en
me prcfTant le bras, & -pourquoi^ vous^
c^uî vous intérejfez a ce qui me touche ^
me dites-vous cela, f Ne voîez.-vous pas
qu'il fdHt que j'y aille f Un autre jour.
Me. de Sénécei, & Me. la Comtefle
de Flex^ qui ne la fui virent point dans
cette importante occafîon , lui difant
que (î le Roi Te marioit , elles la fup-
plioient de les en avertir , afin qu'^elles
y puflent aller, & qu'elles me mene-
roient avec elles j cette grande Princef-
fc , ayant l'efprit rempli d'un delTein
contraire , nous dit en nous faifant un
fîgne de la tête , qui marquoit fa pcn-
féc , Tene\^ vous en repos : fefpere que
je ne vous manderai point. Mais ,
quand elle en parioit publiquemcntjcl-
le montroit une grande indifférence fur
cet Affaire j ce qui s'accordoit à fa
Z 3 Sa-
5 3^ M-cmoires four fervîr
x(Dj8. SageHc & à fa Raîfon. La Reîne en
effet me fie rhonnear de me dire en
ces mêmes tems , me parlant du Ro i
confid emmène , que fi cecre PrincefTe,
qui à ce qii^on lui difoît écoit vertueu-
le 5 lui plaifoit :5 elle confentiroit vo-
lontiers qu'il lY^poufâc , parce qu'elle
étoic perfuadée que ï\ Dieu le permet-
toit ainfi , ce feroir pour Ton avantage:
6c cela me fît croire , que iî le Roi
trouvoit cette Princeffe à fon gré , la
Reincparrairons'accommoderoicàfoii
choix. Il ell; certain néanmoins ^ que
les fentimens de fon ame alloîent à Pa^
verfîon de ce Mariage , & qu'elle ne
nous paroifToîc s'y pouvoir accorder ,
que parce que dans toutes chofes fa vo-
lonté a toujours été entièrement fbu-
mife à celle du 5ouverain Maître des
Rois. Par toutes les adtions de fa vie ,
on a pu remarquer au(E , qu'elle n'a
jamais évité ce quiauroitpû lui déplai-
re en fon particulier , quand elle a cru
que ces mêmes chofes , feroîent de quel-
que utilité au Roi Ion Fils , & au bien
de PEtat. Ce ' oyage étant donc re-
C6lo. ^^^^^3 toute la Cour partît le 25. Oc-
Î5;e, tobre.
Me de Savoie , de fon côté , n'é- •
toîc
à V fjiflolre à'Anns £ Aptirlche . j 3 7
toit pas fans inquiétude; mais elle é- \6^%,
toit celle qui en avoit le moins. Elle
voyoit que l'intérêt du Miniftre étoîc
de faire le Mariage du Roi & de fa Fil-
Je : elle ne voyoit nulle apparence à ce-
lui d'Efpagne ; fi bien qu^clle fe per-
fuadoit 5 que la PrincelTe Marguerite
ayant du mérite & de refprit , engage-
roitle Roi à l'eftimer. Ceux , qui Ta-
voient vue , en parloicnt avantageuse-
ment. Ils difoient qu'elle étoit fort
fage , qu'elle avoit beaucoup de raifon,
& que fi on ne la pouvoit dire belle ,
on pouvoit du moins la trouver aima-
ble. Enfin , Me. de Savoie efperoît
que ce Volage ne lui pouvoit être que
glorieux & utile, ô^ ne s'imagînoit pas
que le Roi , la Reine 6: le Miniftre ,
faifant ce pas vers elle , puflenc lui
manquer , & ne la pas fatisfaire. La
Princeiïe Marguerite , à ce qu on a fçii
depuis , avoit des fentimens contraires
à ceux àc Me. Roîaleielle trouvoît
que ce Volage lui devoit être d'une
dangercufe conf-'qucnce: il lui fembloic
qu'on ralloit offrir à qui peut-être ne
la prendroît pas : ôc , comme elle
ctoit prudente , èc qu elle fe voyoit cx-
Z 4 pofée
/ 3 5 Mémoires pour fervlr
1 6^ 8. pofée au psril de déplaire , cette avan-
ture lai paroi (Toit fàcheufc. On a Ç(^\i
qu'elle avoir refifté à ce Voiage , 6c
qu'elle avoit même feinr d'écre malade,
pour ne le pas faire \ mais , toutes Tes
précautions ne la purent exempter de
cette humiliation, elle fervit à lui don-
ner Tellime de tous ceux qui la virent
à Lionj& Ç\ elle manqua d'être Reine
d'un gran.i Royaume , elle acquit du
moins la reputanon d'en être digne : ce
n'eft pas peu de chofe,
La Cour arriva à Lion le 23» de
Novembre , & celle de Savoie le vingt
huit du même mois. CViand on fçut
que Me. Roîale ccoîr à trois Heuës de
la Ville 3 le Cirdinal Mazarin alla au
devant d'elle environ deux lieues, Mon-
fîeur y fut après , qui la rencontra , eL
le & les PrincelFes fes Filles à une lieue" ,
& le Roi & la Reine allèrent enfemble
jufqu'à demie lieue. Qiiand le Roi les
fçut fort proche, alors il monta à Che-
val . & poulTa jufqu'à dix pas du Ca-
roîTe de Me Roiale. QLiand cette Prin-
.- ceflfe le vit , elle en defcendit pour le
recevoir, & les Princelfesde Savoie fes
Filles en firent autant ; car , il y avoir
une ainée de la PrincelTe Marguerite,
qui
à TH'fiolre d'Anne d'îy^utnche, y 3^
qui étoit Veuve de ion Oncle le Prince i ^j8.
Maurice, qu'on avoît appelle le Car-
dinal de Savoye , 5c que la Raifon d'E-
tar avoit fait Ton Mari. Le Roi avoir
témoigné defircr avec impatience de
voir la Pi-ince(re Marguerite , qui fem-
bloît lui être deftince , Sc fans doute
qu'il ne les aborda point fans quelque
émotion. Après le falut ordinaire , ôc
après avoir à ce qu'il eft à croire , fi-
xement regardé la Princelfe Margueri-
te , il revint Brufquement au CarofTe de
la Reine , & lui parut très- fatisfait de
cette vûcjlui difant avec une grande
gayeté ces propres mots: E/Z^f/?- /or/- (^-
gréahle : elle rejfemhle fort afes Portraits,
Elis eft un feu ^d'^anée \ mais , ceint
neinvêche vas quelle ne Coh bien faîte,
Auiii-tôt après les CaroflTes fe ioÎCTrii-
rent , Me. de Savoie defcendit du (len,
^ la Reine en fit autant. Me. Roiale,
en la ialuant , femitquafî à genoux
devant elle , lui prit la main , & la lui
baifi par force avec de très ojrandesfou-
miffions. La Reine l'cmbralTa , Ôc les
PrincefTes Tes Filles qui toutes deux ea
la faluant mirent les genoux enterre
Mademoifellefalua Me.de Savoiecom-
me fa Tante , 6c toutes ces Prince(ïes
Z 5 s'em-
j4<5 JUfemôtres-pour fervlr
I<?j8. s'embrafferent comme écant proches
Parentes. La Reine remonta en Ca-
roffe & fie mettre Me. de Savoie au-
près cVelle , au devant , qui ëtoit fa
place ordinaire. Mademoifelle fe mie
au derrière , ôc fit mettre auprès d'elle
Me. de Carignan , quiavoit été au de-
vant de Me. de Savoie , comme étant
de fa Maifon par Ton Mari. Monfîeur
fe mit en une portière avec la Princelfe
Louife Veuve ; & le Roi eut auprès de
lui, à l'autre portiere,la PrincciTe Mar-
guerite. Pendant le chemin , il parue
toujours Tentretenir arec gayeté , &
contre fa coutume il lui parla beaucoup
& cl e à lui. La Reine , qui étoit at-
tentive à tout ce que faifoit le Roi ,
me fit rhonneur de me dire à Ton re-
tour à Paris qu'elle en avoit été éton-
née 5 & qu'elle avoit fen'^i de la peine
de les voir d abord fi bien enfemblc,
5elon le récit des témoins de cette En-
trevue 5 & de la Reine même , la Prîn-
cefFe Marguerite parut à cous dans ces
premiers momens , de joh'e taille , d^
l>ienfaîte:on lui trouva les yeux beaux ,
les foarclls bien faits, les joues im peu
pendantes , tenant en cela par Me. la
Merc 3 du côté des Bourbons quand ils
font
à r Hlfiolre JJ Anne d'Autriche, 541
font ieuncs. Elle avoir la bouche gran- 1 6j 8.
de , &c un peu grolfe , le teint brun ,
mais alfez uni & pas laid au flambeau,
de le nez pas beau. Une perfonne^ qui
étoit dans le Carolfe de la Reine , me
manda qu'elle leur avoit paru fiere , 3C
point embaraflee de fe trouver dans cec-
re occaiion l'objet de tous les yeux des
François. Toute cette Royale Com-
pagnie arriva dans le plus bel ordre du
monde à Lion , Ôc ceux qui étoient de
cette iuite ont dit que la grandeur de
nôtre Cour , & Téclat de celle de Sa-
voye i qui s'ecoit parée avec foin de
tous Ces ornemens , ctoit une belle cho-
fe à voir. Ces deux Cours enfembl©
vinrent defcendre au Logement de la
Reine , où Me. Roiale remercia pu-
bliquement le Roi &c Mr. le Cardinal
Mazarin ^ de ce qu'on lui avoit rendu
la Citadelle de Turin, exagérant To-
bligation qu'elle avoit à la France , a-
vec toutes les flatteries les plus exceflî-
ves dont elle fe pût imaginer ; ce qui
ne plût pas à la Reine : car , elle n'ai-
moit pas les louanges , les paroles fu-
perflucs , ni les façons. Cette Souve-
raine n'oublia pas de dire au Minière
tout ce qu'elle put pour lui plaire, le
Z <p re-
J^i Aîemolres pour fervlr
i6j$. remerciant de ce qu'il a voie emploie le
crédit qu'il avoit auprès de leurs Ma-
jeftés , pour cette reftitutioii. Après*
quelques momcns de converfatîon , le
Roi & Moufieur allèrent la mener
chez elle , & toutes chofes ce foir là fe
paOTercnt à l'avantage de Me. Roiale ,
S>C de la PrincefTe Marguerite.
Dieu , qui avoit deftine le ^•loi à une
autre PrincefTe , la première de TEuro-
pe &c la plus grande du monde , avoir
ordonné par fa providence , que le Roi
d'Efpagne, au bruit du Volage de Lion ,
s'étoit alarmé ; & j'ai fçu par celle qui
depuis a été notre Reine que le Roî
fbn Père , entendant dire que le Roî
^ , alloit fe marier , avoit répondu , Eft(^
fie peut ^^ p^teâe fer , y no fera. * C-tte Prin-
■bas être celTe , dépuis qu'elle efl: en France ,
& nefe- m'a fait l'honneur de me dire que ces
m ^M- paroles du Roi Ton Père lui plurent , 6c
que le Voiage de Lion ne luiétoit pas
agréable. Elle avoit dans le cœur un
preGTentîment qui l'avertiflToit que le
Roi devoit être Ton Mari , & elle fça-
voît qu'elle f^ule étoit entièrement dig-
ne de lui ; fi bien que pour guérir Tin-
quiétude que le nom de la PrinceffeMar-
guérite lui donuoic , elle eut befoin à^
fe
a l'Hlflolre d'Anne â'AHtrîche, 543
fedire foLiveiit à elle-même ce qu'elle \6^%»
avoir oui dire au Roi Ton Pcre. Le
Roid'Efpagiie , pour rendre Tes paroles
véritables , crac qu'il falloir alors qui-
rer toute fineire, & montrer vi/ible-
rnent le defir & le befoin qu'il avoit de
la Paix : il ordonna à D. Antonio Pi-
mentelde venir en France conférer avec
le Miniftre , & lui offrir <Sc la Paix &
l'Infante. Pimentel, que j'ai vu depuis à
St. Jean de Luz , m'a dit , que comme
il connoiffoit le Cardinal Mazarin de-
puis long-tems il avoit fouvent alTûré
le Roi d'Efpagne Ton Maitre de ^ts
bonnes inten[ions,& qu'il defîroït fin-
ceremcnt finir la Guerre \ que les Mî-
niftres de cette Cour n^avoient pas
approuvé fa confiance ; de que pour
avoir parlé de cette forte , il en avoîç
pcnfé perdre fa Fortune. Le Roi fon
Maitre l'envoia donc promprcmcnt en
France , fans paHfeports , & au hazard
d'être pins prifonnier: car le tems étoit
arrivé que toutes les animofités dévo-
ient finir. Il venoit dans cette penfëe ,
qu'en cas qu'il fut arrêté , il demande-
roîtà parler au Minière j & qu'ainfi ,
foit comme libre , ou comme prifon-
nier 3 il trouveroit le moyen de traitter
Z 7 avec
^ 44 Mémoires pourfervir
^ o avec le Cardinal du Mariage qu'ail ve-
* noir propofer. Il fçut enfin fi bien (e
déguifer 5 & fi bien conduire Ton Voia-
gc , qu'il arriva dans Lion , le même
jour que Me. de Savoie y arriva ; & ,
à la même heure qu'elle y entroit ve-
nant du côré de Savoie , D. Antonio
Pimentel y entroit auffi , venant du
côté d'Efpagne. Ces deux PuiiTan-
ces ctoient deilinées à combattre l'une
contre Tautrc , & le Roi devoit être le
prix du Parti victorieux. Comme elles
font inégales , il ne faut pas s'étonner
C\ rEfpagne l'emporta fiir la Savoye^ &
ù l'excefîive grandeur de l'Infante &C
la Paix furent préférées à la PrincelTe
Marguerite , qui en toutes chofes de-
vant céder à cette Fille & Petite - Fille
de tant de Rois & d'Empereurs , lui
devoit céder encore en la beauté j car
elle en avoit beaucoup. Pimentel ne
parut point avoir vu le Cardinal Ma-
zarin, que le lendemain de l'arrivée
de Me. de Savoie. Qiielques-uns ont dit
qu'il l'avoît vu plutôt , & qu'il l'avoit
celé à la Reine. Je l'ignore & m'en
rapporte à ce qui en eft j mais , je ne
le crois pas. Ce Miniftre d'Efpagne
- connoiljbit un des Domeftiques du
Car-
à VHifiolre ^ Anne â* Autriche, J45
Cardinal Mazarin , nommé Colbcrc. Il j ^e g^
fe découvrit à lui ; & celui-là , à ce
que Pîmenrel lui-même me conca de-
puis , fut avertir fon Maître de fa ve-
nue. Le Cardinal , qui étoit înterelTé
à (on Voiage , le vouFut entretenir , &
eut fans doute beaucoup d'impatience
de fçavoir _, qu'elles feroîent fes propo-
fîtions.
La Reine , de Ton côté , étoit de-
meurée extrêmement trille de l'entre-
vue de Madame de Savoie. EUe n'a-
voit point trouvé la PrinceiTe Margue-
rite à fon gré y elle ne l'a voit pas trou-
vée belle ; & quand elle i'auroit été ^
elle voyoit par ce Mariage la Guerre
s'établir entre la France & rEfpagneç,
plus fortement que par le padé. Elle
rcgardoir le Roi fon Fils , par fa Cou-
ronne & par fa perfonne ^ comme le
plus digne Mari qui Ç\xz alors fur la
Terre , & elle ne voyoit rien de grand
dans la PrincefTe Marguerite , que la
Vertu, &: une Naî (Tance , qui toute
grande qu'elle étoit le devoit céder à
l'Infaiîte. Elle avoic été le rebut da
Duc de Bavière , qui lui avoit: préféré
fa Cadette , à caafe de fa beauté. Elle
ne connoiflbit pas encore fes bonnes
qua-
^^6 Jldémolres four fervlr
^c^^ qualîtez, qui dans le féjour qiiMle fît à
Lion parurent à la Reine même fort ef^
timables j mais, quand elle les au-
roit pu remarquer telles qu^ellesétoienr,
elle perdoit enfin l'efpérance de voir fa
Nièce, l'Infante d'Efpagne, lui donner
de petits Enfans , qui dévoient être de
fon Sang de tous cotez. Comme elle
avoit négligé les intérêts, de fa Famille,
quand ceux du Roi fon Fils demandoi-
ent qu'elle y fût infenfible , en cette
occafion qu'elle pouvoit faire des veux
pour la Paix , qui étoit fouhaîttée de
tous les François , èc donner au Roi
fon Fils la plus élevée & la plus illuftre
PrinceflTe du Monde, elle en faifoit qui
étoient auiïi légitimes , qu'ils étoienc
remplis d'ardeur.Ces premiers momens
lui furent d'autant plus douloureux ,
qu'il fallut qu'elle les fouffrit feule, ôc
fans en cfpérer le remède de la part du
Roi fon Fils ; car, elle avoit vu par la
manière dont il avoir vécu avec la Prin-
ceffe Marguerite, que ce Parti ne lui
déplaifoit pas. Elle voulut néanmoins
lui en parler le foir de l'arrivée de Me.
de Savoie, & au Cardinal Mazarin, &
leur faire voir fes {cntimens; maisle
Roi, qui avoir envie dç fe marier , &
qui
à /* Hlftolre d'Anne â* Autriche, 547
qui n'avoic point été choqué da Vi- i^jS»
fagc & de la Perfonne de la PrincelTe
Marguerite , y refîfta forcement. Il
dit à la Reine, qu'il la vouloit , &
poafla fa réfîftance jufques à lui dire
qu'enfîii il étoir le Maicre. La Rei-
ne, qui ne plearoit pas fouvent, jetta
des larmes, & ientic une vive douleur
de Técat de cette A^iire. Elle or-
donna à Çox\ ConFelTeur , à ce qu^il
m'a dît depuis , de faire faire des
Prières dans tous les Gouvens de
Lion , & fit tout ce qu'elle put ,
polir obuenir de Dieu ce qu'elle lui
demandoit.
Bsringhen m'a conté, que voîant
ce foîr même , le Roi fe déclarer Ci
ouvertement en faveur de la PrincefTe
Marguerite, Se fâchant alTez l'avcrfion
que la Reine avoir à ce Mariage , il
s'approcha d'elle & lui dit. Que dltes^
vous i MtLtmey fur tout cecly & cjue
dit Mrafisur le Qtrdlnal /* Elle lui ré-
pondit , qu'elle voioit trop tout ce
qu'il y avoit à voir j mais, qu'elle ne
fçavoit quel remède y apporter ,puis
que le Roi paroiiToit aller à cela a-
vec împetuofité , Se que le Cardinal
ne montroit point de la vouloir fe-
con-
54^ Ms^olres pour fèrvlr
i6j8. couder. Bcringhen , autrement Mr.
le Premier , comme homme d'hon-
neur , allant droit à la fatisfaétion de
la Reine , à qui il devoir toute fa
fortune, lui dit qu'il s^étonnoit du
procédé du Miniftre , ÔC qu'il vou-
loit lui en parler. De ce moment , il
alla le trouver, êc lui voulant repré-
fenter l'obligation où il étoît de s'op-
pofer à la volonté du Roi , comme à
un Torrent qui alloit trop vire , ôc
prendre part aux fentîmens de la Rei-
ne , qui étoient contraires à ce Maria-
ge, ce Miniftre lui répondit , qu'il
ne fe mêloit point de cela ; que pour
lui il n'éroit pas caufe de l'Inclination
que le Roi paroifibît avoir pout cette
PrincelTe; ôc que ce n'étoit pas là
fes Affaires, Il avoit accoutumé de
faire cette même Réponfe aux Ira-
pottuns dont il fe vouloit dtffaire.
Quand il la donnoit , on fe pouvoir
tenir pour refufé, de les Sa^csvoioicnt
clairement , qu'il les traittoit de ridi-
cules, &c qu'il fe moquoic d'eux. Un
homme , qui faifoit tout , qui com-
mandoit abfolument dans le Roîaume,
Se qui ne vouloit pas que la moindre
Affaire fe fit fans être ordonnée par
lui ,
kl* Hlflolrea Amie d'Autriche, ^45)
lui, paroiiroic - il pas Te moquet de ^^/7'
la Reine , quand il difoit qu'il ne fe
mêloit pas de marier le Roi ? Si par
de telles Réponfes les Particuliers fe
croîolent rebutez èc moqués , il eft
aifé de juger ce que cette PrincelTe en
devoir croire ; fi elle pouvoir s'ima-
giner qu'il put être infenfible à la plus
importante Affaire du Monde ;, & à
celle qui le regardoit plus queperfon-
ne j Ôc s'il n'étoît pas ingrat en cet
endroit à fa Bienfaitrice , de la traiter
de cette manière.
Mais enûii y le Miracle qui devoît
arriver, cC qui arriva le lendemain
par l'Entretien que Pimentel eut avec
ce Mîniftre, le fit changer de Con-
duite, 5c donna lieu à la Reine d'ef-
pérer Taffidance du Ciel , qu'elle
trouvoit toujours propice dans tous
fes de(reins 3 & fes jattes defirs. Le
foir de ce ^rand jour où toutes cho-
fes changèrent de face, le Cardinal,
entrant dans la Chambre de la Reine,
qu'il trouva réveufe & mélancolique,
lui dît en riant, Bonnes Nouvelles^ Mn^
dame : Eh cjHoî y lui dit la Reine ; y^-
r oit -ce la Paix ? Il y a plus Madame :
f apporte à F'otre Majeflé y & U Paix,
^^o Afemoires pourfervîr
I^j8. & Hrifame, Il eft iniuile de repré-
fenter ce que le cœur de cette Prin-
ceffe fentit , dans cette furprenante
Nouvelle : il eft fans doute qu'elle
eut une grande joie : mais, comme el-
le avoit une Sagefle profonde , &
qu'elle étoit d'humeur fort égale, ni
la joie ni la douleur ne paroifloient
pas extérieurement en elle. Dans ce
même inftant, la Reine t< le Cardinal
aiant conféré enlemble en parlèrent
au Roi , qui goûta infiniment cette
Propofition. Il ne vouloît la Prin-
cclïe Marguerite, que parccqu'il vou-
loit fe marier, & qu'elle ne lui avoit
pas déplu ; mais , connoifTant par la
bonté de fon jugement la diftance in-
finie qu'il y avoit entre l'Infante &
elle, pouvant efpérer cet avantage , il
ne balança pas un moment à don-
ner fon conkntement à cette préfé-
rence.
Mlle, de Mancini; qui avoit alors
moins de maigreur , & beaucoup de
feu dans les yeux, n'étoit plus fi lai-
de qu'elle l'avoit été. Sa Pafîîon
l'embelilToit : elle éroît même a fiez
hardie pour être jaloufe , d)C déjà elle
avoit fait de grands reproches au Roi
de
,1
i
à l'H'ifiotre d'Anne â* Autriche, ^ / 1
de fa légèreté, 6c de l'agrément qu'il i^j8»
avoit eu d'abord pour la PrincefTe
Marguerite. Comme le Roi ne craî-
gnoit pas que cette Princefle le refu-
fât , la Galanterie &: l'Amour préfenc
Pavoient emporté ce jour là fur le
légitime ; & , pour fatisfaire cetie Fil'
Je palîionnée, il avoit paru plus froid
pour la Princelfe Marguerit-e. Cette
modération avoit été vilible aux fpec-
tateurs j car , ceux qui nous écrivi-
rent de Lion nous mandèrent l'agré-
ment de l'arrivée du premier jour ,
& le changement du lendemain,
Mais , quand le Roi apprit qu'il étoic
deO-iné à une plus illuftre Alliance ,
& qu'il en comprit les avantages , ce
qu'il avoit fait pour Mlle.de Manci-
nî fut alors confirmé dans fon ame
par des raifons plus folides ; (î bien
que depuis ce fécond jour , Ci funefte
à la Grandeur de la Princedc de Sa-
voie , il fat toujours plus indiffèrent
pour elle. Mile, de Mancini , de
Ion côcé . admirant la lîdcliié du Roi
& la PuiHance qu'elle avoit eu fur lui,
reprit fon Pofte ordinaire , qui etoic
d'être toujours auprès de lui, a l'en-
tretenir, (î^c à le fuivre , autant qu'il
lui
j 5 1 Jl^émolres pourfervlr
i6i8, lui écoît pofTible ; hc la fatisfadîon.
qu'elle reçue de fe croire aîmée , fie
qu^elle aima cncor d'avantage celui
qu'elle n'aimoit déjà que trop.
Voilà un endroit où la Prîncc(ïe
Marguerite aquit beaucoup d'cftimc
& de gloire , &c beaucoup de louan-
ges de la Reine même ; car, foit que
le Roî ne la regardât pas, foit qu'il
lui parlât , elle demeura toujours é-
gale en routes Tes actions, vivant ci-
vilement avec tous, mais ne montrant
point fe foucier de plaire. Comme
les liailbns que le Cardinal avoit prifes
avec Madc. de Savoie étoient grandes,
que ce Voiage fait à la face de tou-
te l'Europe étoit de lui mcme un
grand Engagement, & qu'elle prefToit
la Reine &c le Miniflre de la fatisfaîre,
il y avoit des jours qu'il fembloit que
ce Mariage alloit bien, & d'autres où
par les reflforts de la Reine & de Pi-
mentel il paroifToît rompu ; mais,ni le
bien ni le mal ne fe voioicnr point fur
le vifage de la Princefle Marguerite ,
& fa noble fierté ne l'abandonna ja-
mais. C'cft la Reine , qui m'a fait
l'honneur de m'en parler ainfi , ôc
c'eft d'elle même de qui je fçai toutes
CCS
à l'Hifiolre d^Anne à! Autriche, j / 5
ces Parcicularitez. Enfin, le Cardi- f6j8.
liai fie connoicre à Madame de Savoie
l'obligation où la Reine étoic de tra-
vailler aux moiens de donner la Paix
à TEurope , & lui dit qu'elle devoir
trouver bon que la Reine préférât à
fa Fille, Tlnfante d'Efpagne , Ci elle
la pouvoit avoir : il lui fit efpërer
aufli, qu'en cas que cela ne put être,
le Roi s'engageoit pofitivement d'c-
poufer la Princefle Marguerite. La
Reine lui en parla en ces mêmes ter-
mes ; 6c, comme la chofe étoit plaufî-
blc & raifomiable , Madame de Sa-
voie ne pût pas s'en fâcher. Pen-
dant qu'on l'entrctenoit de belles pa-
roles , la Négociation Efpagnole s'a-
vançoit fccretement ; & les defirs de
cette Princede fouveraine , Fille du
Roi Henri i V". fervoient feulement
à l'éloigner du bonheur où elle af-
piroît.
Le Duc de Savoie vînt quelques
jours après Madame Roiale fa Mère ,
vifiter le Roi : il en fut bien reçu , &
aquic par fa préfence la réputation
d'être aimable , & d'avoir de l'efprir.
Il vécut avec le Roi avec un grand
refpe^l j mais , quoi que nos Princes
« du
\
J 5 4 Mémoires pour fervîr
i6^%, du Sang rcuflenr difpnté au Duc de
Savoie {on Père ^ loiTqu'il vint épou-
fer Madame comme depuis la Ré-
gence , pour le gratifier ; on lui a-
voit fait la grâce de traiiter Tes Am-
bafifadcurs comme ceux des Têtes cou-
ronnées, cet avantage qu'il ne tenoit
que de la bonté du Roi, & de la fa-
cilité du Miniftre, fut caufe qu'il eut
Taudace de ne pas vifiter Mcnfieur ,
parce qu'il prétendoît la main chez
lui , ce qui étonna toute la Cour ,
& fît grand dépit à la Reine oc à
Monfieur. La différence devoir être
/î grande entre eux, que le feu Duc
Ton Père, devant Madame Roiale, ne
fe couvroît jamais , à caufe qu'elle é-
toit Fille de France , & en toutes
chofes y malgré la qualité de Mari , il
lui rendoit de grands refpedts. Ma-
demoîfelle prétendoît que les Princef-
fcs de Savoie n'avoient de rang confî-
dérable à fon égard que parce qu'el-
les étoient petites Filles de France : el-
le croîoit le devoir emporter fur elles,
à caufe qu'elle étoit Fille du Duc
d'Orléans Fils de France, & Frerc
aîné de Madam.e Roiale , ô«: qu'il a-
voic été long tems préfomptif héritier
de
à l*Hlj}olrâ d*Anne d'Autriche, j 5 j
de la Couronne ; mais, il faillir qu elle i^rS,
obéit aux ordres du Roi , qui voulut
qu'elle les traitât également. Elle fe
confola de ce chagrin , par le plaifir de
voir le Duc de Savoie , & de fe lailfer
voir à lui. On lui avoit fouvent pro-
pofé ce Prince pour mari ; & dans
les rems qu'elle en defiroit un autre
plus grand que lui , elle l'avoît négli-
gé ; mais, alors , ce Parti ne lui anroic
pas dépleii. Le Duc de Savok de
même la devoir regarder comme une
Princelfe qu^il lui feroit avanrageux
d'époufer , ranr par la grandeur de fa
Naîlfance , que par fes grandes Ri-
chefîes : mais , Çqs années lui firent
peur ; car , il de/iroir des Enfans , & fa
beauté qui commençoit un peu à dé-
choir n'eut pas le pouvoir de Iji faire
oublier ce que tous les hommes fou-
baittent naturellement à l'égard de leur
poftérité. Mademoifelle , par fes kn-*
timens impétueux , que la prudence
ne gouvernoir pas roûjours , avoir elle--
^. même contribué au malheur de fa def-
tinée : en fouhairant de fe marier , el-
le n'avoit pu encor y parvenir j elle
avoir toujours rebuté brufquemenr les
Partis qui lui coiivenoient , parce qi^e
Tome l F^ A a dans
Jj6 Msmohes fourfirvir
iVjo <^^i^s le tems qu'ils lui avoient cte of-
ferts 5 Tes fantaifîts lui en avoient fait
defîrer d'autres qu'elle n'avoit pu
avoir. Ainii , par an retour continuel ,
& à contre-teiTJS , (ur tous les grands
Princes de l'Europe , on peut dire
qu'elle les avoîc qua(i tous rcfufez , &
que de même ils avoient eu leur tour
à la négliger. Les qu alitez de fon ef-
prit , tant les bonnes que les mauvai-
les 3 en toutes occafions lui avoient
été nuifîblcs. Madame de Savoie /a;
Tante , qui vouloit gouverner , avoit
toujours été fortement oppoféc aux
dellrs du Duc fon Fils , quand Madc-
moifelle étant plus jeune il avoit voulu^
répoufer , parce qu'elle craignoit d'a-
voir «ne Belle-Fille trop éclairée j &
cachant cette foibleirc , elle avoit ren-
fermé toute la: force de Tes raifons ,
pour empêcher ce Mariage , dans le:
tempéramment de cette Princefî'e ^
qu'elle fçavoit être capable d'emporte-
ment & de hauteur , & par confe«
quent , fujete aux extrêmes pallions ,
qui peuvent troubler le repos d'un
Etat 3 ^ d'une Famille. Mais , ce fut
alors le Duc de Savoie même , qui ne
témoigna nul emprelTement à la defî-
à l*Hl/îolre d^Antie d* Autriche, j^j
rer ; il vécut même fi froidement i^eç^^
avec elle, tout le tems qu'il fuc à Lion,
que Mademoifelle crût avoir fujet de
fe plaindre de lui,pour quelques raille-
ries qu'elle s'imagina qu'il avoit faites
contre le refped qu'il lui devoit ; ÔC
lui , fâchant fes plaintes , fc crût obli-
ge de s'en juftifier , Ôc de lui en faire
parler par le Duc de Navailles qu'il
connoilfoit. Il y eût un Bal pendint
que les deux Cours furent enfemble y
où elles firent paroître , à l'envi l'une
de l'autre , tout ce qu'elles avoient de
plus beau. Mademoifelle , à ce qu'on
me manda , y fit voir fa bonne mine 3.
ÔC fa belle taille , qui la firent remar-
quer pour ce qu'elle étoît en effet ; &
quoi qu'elle n'eût plus fur le vifage la
fraîcheur des rofes nouvellement épa-
nouies , elle ne lailfa pas , à ce qu'on
m'alfûra , de parer l'Alfcmblée , par
l'éclat qui lui reftoic d'une beauté qui
avoit été parfaite.
La PrincefTe Marguerite y fit voir
auiïi qu'elle pouvoit être belle quel-
quefois. Un teint brun a de l'avan-
âge aux flambeaux , & on m'a depuis,
dit qu'elle étoit ce jour-là bien habiU
léce ,0c quelle danfa d'une manière à-
558 Mémoires pour fervîr
5^j8. fe faire admirer. Le Duc de^ Savoie ,
qui s'en aquictoic dign enicnc , & qiû
à ce que me contèrent ceux qui l'a-
voient vu , quoi que de médiocre tail-
le , ne lailToit pas de l'avoir belle , ne
voulut point dan fer : on crût que ce
fut encore par fierté , 6c pour ne pas
danfer après Monfîeur. Il fe tint
toujours auprès de la Reine , qu'il cn-^
tretinc galamment & avec beaucoup
d'efprit. Par hazard la Reine aianc
ôté fes gans , il fe jetta à genoux de-
vant elle 5 6c faifant de bonne grâce
une exclamation fur leur beauté , il
en prit une qu'il bai fa d'une m^anic-
re fi agréable , fi enjouée , & C ref-
peducufe tout enfemble , qu'il fallut
que la Reine le trouvât bon. Je lui
ai oiii dire , qu'elle n'avoit jamais vîi
nn plus aimable homme que lui. Il
étoit en réputation d'être débauché ,
léger, frivole, & nullement appliqué à
fes Affaires : Ton agrément l'emportoi&
fans 4i?"^c f^ir fa capacitéo.
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