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Full text of "Memoires, pour servir a l'histoire d'Anne d'Autriche : epouse de Louis XIII., roi de France"







• J 




' f - 



s^. 



MEMOIRES, 

POUR SERVIR 

A L'HISTOIRE 

D'ANNE D'AUTRICHE 

EPOUSE DE 

LOUIS XIII. 

ROI DE FRANCE. 

ParMaBAMI DîMoTTEyiH.Ï 

Une de fes Favorites. 
TOME QyATRJEME. 




A AMSTERDAM , 

Chez Fr A h? Ç I S C H A N G U I o ^. 
M. DCC. XXIIJ. 



IK- 



•r> ,. 



MEMOIRES 

Pour fervir à J'Hiftoirc 
• D' A N N E 

D'AUTRICHE, 

EPOUSE DE 

LOUIS XIII 

Koy de France O^ de Navarre* 

LE troîficme Janvier de la non- i^r t^ 
velle Année , le Duc d'Or- Le 5. 
leans alla au Palais Royal , de y janvier 
demeura fort peu, fans entrer 
avec le Miniftrc en nulle matière de 
conféquencc. 

Le quatrième , le Duc d'Orléans 
aîla voir le Cardinal. Ce Prince ce^^nvic' 
jour là e'toit un peu mieux difpofé | 
par les diligences que le Miniflrc fai- 
ibit faire fous main pour le regagner. 
Ils demeurèrent affez long-tems en- 
jfcmble en convcrfation fecrctte , & on 
Tmi Jp^. A si- 



2 Jldemolres "pour fcrvlr 

j(^f I. s'Imagina que tomes ces divîfions al- 
loicnc fe raccommoder. Dans le vrai 
ce ne furent que reproches de part dc 
d'autre , 6c de grandes juftifications 
du côte du Minière , que le Duc 
d'Orléans reçût alTcz gravement. Il 
éroît Ç\ grand par lui-même , & alors 
fi confidcrable , qu'on peut quafi dire 
qu'il étoitaufïi ablolucn France que s'il 
en eut été le Roi. Dieu lui avoit don- 
né de l'efpric Se de la raifon , & 
toutes ces chofcs enfemble pouvoicnt 
rétablir dans une félicité fiable & 
permanente autant qu'un homme la 
peut avoir. Mats, agi(îant toujours 
par les fcntîmens d'autrui , fans fe 
confeiller foi-mcme , il alfujocilToit Tes 
intérêts , Tes penfées , ^ fcs jugemens, 
aux paiïîons de ceux dont il vouloir 
croire les confeils. Il avoir été le 
folliciceur du Chapeau de TAbbé delà 
Rivierre ;,6c, juU|u'à l'extrémité, ï[ 
avoit à peu-prés Uiivi toutes les vo- 
lontés de ce Favori. Il faifoit alors 
la mcmc chofe pour le Coadjuteur , 
qui , voulant être Cardinal , gâtoic 
l'efprit de ce Prince ; & , par la perfë- 
csrionque le Miniitrc en fouffroit, il 
pvétcndoi: le forcer à le facisfaire. Le 

D«c 



a THlflolre ^ Anne à*Avitnche, 5 
Duc d'Orléans fc laiffant conduire il i^Ji. 
facilemenc ^ fe privoic de cous les a- 
vantages qu'il auroic pu Icgitimenienc 
précendre pour lui-même ; &c on ne 
içauroic allez s'éconner de Ton aveugle- 
nienc. , Il n'avoic que des filles. L'aî- 
née 5 qu'il avoir eue de Mademoifellc 
de Moncpeniier fa première femme , 
avoir beaucoup d'années plus que le 
Roi 5 la Reine craignoic un peu 
[on humeur crop fcnfible à coût ce 
qui pouvoir lui déplaire 5 mais , il en 
avoîc d'autres de Ton fécond Mariage ; 
ôc la plus grande de ces Prîncefles é- 
toit belle ôc pas fort éloignée de l^âgc 
du Roi. Cette alliance pou voit con- 
venir à tous ; du moins y elle éroîc 
fortable , Se le Duc d'Orléans devoir 
employer tous Tes foins à la faire réiif- 
fîr : la Reine naturellement n'y au- 
roit pas eu d'inclination : elle fouhaî- 
loît l'Infante d'Efpagne fa Nicce ; 
mais, comme elle auioîc dû efpcrer 
que ce Prince, devenant Beau-Pcre du 
Roi ) n'auroit pu avoir d'autres inté- 
rêts que les liens , & auroit du en ce 
cas fe féparer de toutes les Fc^bîons 
qui troubloient l'Etat , elle y auroic 
iCçnfenci volontiers 3 car , la Raifoii 

A 2. avoic 



4 Mémoires pourfervlr 

I ^5 1, avoir beaucoup de pouvoir fur elle. 
Le Minillre au mit au (Il fans doute 
fait quelque difficulté à s'engager fî- 
tôt à une chofc de cette conféquence, 
dont le tcms le devoit rendre le Maî- 
tre , ^ par elle il pouvoît cfperer de 
fe voir en ctat d'en tirer de grands 
avantages pour le Royaume y ôc pour 
. lui ; mais y les conjonctures pafTées Se 
prcfentcs étoient (i favorables au Duc 
d'Orléans , que s'il avoir vou(u en 
profiter , il auroit réduit le Miniftre 
à le Icrvir fur ce grand article s'il lui 
eut donne une entière fureté de {on 
affedtion : ce qu"'il ne pouvoir faire a- 
lors qu'en fe féparant de ceux qui lui 
étoicnc contraires. Il auroit fans pei- 
ne , par une conduire fondée fur la 
juftice , obrenu rour ce que de légiti- 
mes fouhairs peuvenr donner à un 
Fils de France : mais, il ne penfoit 
point à fa propre Grandeur ; & ceux 
qui l'approchoienr n'a voient garde de 
l'en faire fouvenir. Ils vouloienr que 
leur faveur fervît à leur faire donner 
par lui les dignités qu'ils fouhaito- 
îenr. Ils les reçurent de la fortune , 
par le malheur qu'il eut de les croire 
toujours j ôc pour lui , il ne rencon- 



àtHifiolre à' Anne d* Autriche, 5 
tra dans tonte la conduite de fa vie ^ 165 i, 
que le rfpentir inutile de Tavoîi' mal 
emploiée j fans pourtant qu'on lui 
puilTe reprocher d'avoir eu ju^ques-là 
de mauvaifes intentions contre les inté- 
rêts du Roi. 

Une Dame * , qui a été dans la con- ^Mac^e. 
fîdence du Cardinal , m'a depuis dit moifcl- 
que le Duc d'Orléans , peu de jours [^ ^. 
après s'être déclaré contre le Miniftre j^^c 
& en faveur des Princes , elle avoir eii Fille 
ordre de lui d'aller offrir à Mademoîfel- d'Hon- 
le le Roi pour Mari , pourvu qu'el- ^^^J^ \ ^ 
le empêchât le Duc d'Orléans Ton Pe- „g^ ^^,j 
re de fe joindre au Prince de Con- depuis 
dé ; que cette Princefle lui répondit à été 
en fe moquant d'elle , qu'ils vouloient ^'rr 
tenir la parole donnée à M. Le Prince, i^ |>^ . 
Elle . qui fut étonnée de ces paroles vailles, 
il légèrement prononcées , lui dit , 
Jldademolfelle , faites vous Reine ; & , 
après que vous le ferez, , vms ferez for- 
tir les Princes, Ce Confeil étoît bon ; 
mais 3 il ne fut pas fuivi , non feule- 
ment par les difficultez qu'elle auroit 
pu y rencontrer du côté du Duc d'Or- 
léans 5 qui félon que je viens de le dire 
ne y'Ciifbit nullement à fe faire du bien 
à lui-même ^ mais parccque Madamoi- 

A 2. felle 



6 AIc'}?iolres four fervlr 

réçr. ^^^^^ avec b.^auconp d'efprk 5 de lumiè- 
re , de capacité , & pleine de dcfirs 
pour la Couronne fermée , n'a jamais 
içii dire un O^a , qui pût lui être 
avantageux. Ses propres fentimens , 
& iouhaits 5 onr toûjo.irs été furmontés 
en elle par Ôlqs Fantaifies palfageres ; & 
ce cjuVlle a le plus voulu elle ne I"'a 
jamais accepté quand elle a pu l'a* 
voir. 

Le C3nquî::me Janvier , le Duc 
d'Orléans , qui n'a voit point encore de 
relolurion formée retourna chez le 
Cardinal, ou il demeura quatre heures 
enfermé avec lui. Il lui dit qu'il vou-, 
loit oublier pour toujours ce qui avoît 
pii lui déplaîre & tpe fou delTein étoic 
de vivre cornais par le pafTé. Le Mi- 
iiifcre 5 animé de quelque efpcrance de 
le pouvoir tout de nouveau engager 
dans fcs intérêts , le prefifa fortement , 
de lui abandonner le Coadjutcur , & 
le Duc de Beaufort ; mais , il ne pat 
gagner fur lui d'y confentir : ils avoient 
pris de trop fortes racines dans cette 
Ame 3 pour en pouvoir erre chaffés Ci 
promptement. Il auroit fallu pour rélif- 
fîr à lui faire faire ce grand coup , 
qu il eut été touché de quelque defîr 

parti- 



à rHifiolre d'Anne d'Autriche j 
particulier, & il n'en avolu poînr. Le \G)}. 
Minîilre alors fat contraint de fe tenir 
pour content de ces bonnes appareî:ices. 
ce moment fut celui qui décida de la 
deftince de ce Prince, 6c du Miniftrej 
car , dépuis ce jour , il arriva beau- 
coup de chofes qui les feparerenr entiè- 
rement.. Il faut donc conclure en cet 
endroit , que c'eft un grand malheur à 
un homme de cette nailTance de ne ic 
pas conduire , du moins quelques fois , 
par Tes propres lumières , quand il eft 
capable d'en avoir , &c qu'il ne lui 
manque que l'application nécefTaire à 
tout homme de bon fens 5 pour pen- 
fer à ce quil fait, pourquoi il le fait, 
& à ce qui convient à fa gloire. Mais 
pour agir en tout droite ment 3 envers 
foi-même , & envers les autres » il faut 
fe poffeder , & fçavoîr tirer le bien du 
mal. Ce fût le Marquis de Senneterrc , 
qui me conra le détail de cette con- 
verfation , qui pour n'avoir pas été 
poufTée alTcz avant ne pût produire de 
folides effets II me fit remarquer ce 
que le Duc d'Orléans avec fes avanta- 
ges auroit pu faire ; car , en prenant 
de véritables liaifons avec le Miniftre , 
la fouvcraine pui (lance lui auroit don- 

A 4 né 



s Mémoires pour fervîr 

16 ji, née des moiens de contenter l'ambîtîon 
de ceux qu'il ne vouloir pas aban- 
donner , en les privant feulement fé- 
lon la raifon d'une confiance dont il 
voîoit qu'ils faifoient un mauvais ufa- 
ge. Le foir chez la Reine 5 en me 
ferrant la main , il me dit , Nous aU 
loyis voir , M^àAme , êi étranges Révo^ 
lutlons. Le Cardinal , néanmoins , 
convia le Duc d'Orléans à foupcr chez 
lui avec le Roy , pour y paffer la veille 
des Rois. Ce Prince y demeura. Et 
ce repas le paiTa avec alTez de liberté & 
de licence. Le Duc d'Orléans lui mê- 
me , dans la chaleur du vin , donna 
lieu ,fur quelque parole qu il dit, à pou- 
voir faire une raillerie contre les 
Frondeurs. Le Chevalier de Guîfè , 
radouci par le Cardinal , la voulut con- 
tinuer j & 5 s'animant tout de bon , 
commença à chanter des Chanfbns 
qu'on avoir faîtes contre le Duc de 
Beaufort , &: dit tout haut , quîl fallait 
jetter le Cojtâjuteur par les fenêtres : & 
îl i'auroir fait volontiers , le croiant 
Ennemi de Mr. le Prince , de qui il 
éroit aimé. Ce Prince ajouta , qu'en 
buvant à la fanté de la Reine qui étoic 
malade de chagrin , il falloir ce remè- 
de 



k VHlftmre d'Anne i<*Autriche, ^ 
de pour la guérir tout-à-fair. Le Roi 165 i. 
étoit encore trop jeune , pour foutenîr 
le bruit de Tes Chanions libertines. Par 
Tavis du Cardinal , il fe leva de table, 
& y lai (Ta le Duc d'Orléans 6c les au- 
tres , qui s'emportèrent à de grandes 
craïetez. Le Minière n'y voulût pas non 
plus demeurer , ni entrer dans les rail- 
leries qui fe faifoîent contre Tes Enne- 
mis ; mais , ce qui fe palToic ne lui 
dcplaîfoit pas , &: par SagelTe il fe reti- 
ra avec le Roy dans un Cabinet à 
parte 

La Reine nous conta le lendemain , 
& avec plaifir , le difcours du Cheva- 
lier de Guife , qui fut renommé 6^ 
traité d'Illuftre. L'état des chofcs 
étoit tel ;, que cette acflion , produite 
par le hafard & par l'entgufiafme de 
la gaieté ;, devint confîdérable , & on en 
loiia ce Prince comme de la plus hé- 
roïque adtion du Monde. 

Ce qui donna de la joie à la Reine 
fat ce qui enfuite augmenta fes cha- 
grins. Les Frondeurs , voiant cette 
Déclaration publique , qui fe faifoit 
contre eux , crurent qu'il falloit fe pref- 
fer de perdre le Miniftre , & le Duc 
d'Orléans n'aiant point abandonné les 

A a j Fron- 



I o Mémoires pour fervlr 

t^jr, FrDn:{eiirs, ces belles & douteufes dé- 
mondratioas en faveur da Cardinal 
finirent aiteaieiir. Il y avolc un Ecrie 
entre la Reine 3c Moniîeur ou ils fe 
prDai:?ccoienc réciproquement de ne 
point donner la libeirté au Prince de 
Condé , fans le confentemcnt commun 
de l'un 8L de l^autre. Cette promeiTc 
ne raiTiiroît pas le Duc d'Orléans. Il 
voyoît qu'il defoDlIgeoit alTez le Minif- 
tre pour le convier de fe raccoipmoder 
avec les Prilonniers : il fçavoit même 
qu'il commencoit à les favori(er ; 6c 
fcs ConfeîUers , pour Tanimer à haïr 
davantage le Cardinal , l'aflfùrerent 
qull avoit le deiTein de leur ouvrir les 
portes . du Havre. 

Le Duc d'Orléans s'étant éloigné du 
Minirtre par fantaifîe , par les dégoûts 
qui s'écoient gUlfés dans fon ame con- 
tre lui , prsiTé par les Frondeurs , qui 
s'écoienc liés fecrettement au Prince de 
Condé , &c par la crainte de perdre le 
îiierite de l'obliger ; fe laiiïa enfin 
conduire à ce que les ennemis du Car- 
dinal voulurent , Sc s'engagea peu-à- 
peu , à travailler lui-même à la liber- 
té de ce Prince , qu'il refp^cba davan- 
tage , quand il vie que le Parlement 

com- 



à rffiftoire â' Anne a Autriche» X i 
Gommençoic d'entrer fortement dans i é j i 
fes intérêts. Laîgue , qui pour fauvei* 
le Coadjuteur avoir le premier propofe 
de mettre le Prince de Conde en prî- 
fon 5 fut celui qui frappa les plus grands 
coups pour Ten faire fortlr , difanc 
tout ce qu'il put au Duc d'Orléans , 
contre le Cardinal , pour l'en détacher 
entièrement. Il parut ^ que le princi- 
pal motif qu'il eut, en detruifant Ton 
propre o.uvrage , fut le refus que fit le 
Cardinal à Madame de Chevreufe du 
Chapeau du Coadjuteur , quand à fon 
retour de Bourdeaux elle lui avoit de- 
mandé de l'^n gratifier. Les petites 
chofes 5 pour l'ordinaire , en produî- 
fcnt de s-randes : elles nous font voir 
que tout ce qui arrive de plus remar- 
quable dans le monde ell fouveut 
digne de mépris. 

Le Miniftre aufli-tôt après fon retour 
prefenta à la Reine quelques-uns de ceux 
qui avoicnt contribué par leur valeur 
au gain de la bataille de Rhétel. J'é- 
tois auprès de la Reine ^ quand elle lei 
reçut. Elle leur témoigna que leurs 
bons fervices lui avoicnt plu , & fe 
tournant vers moi , me fit Thonneur 
de me dire , Ha , mon Dieu 3 que j'aU 

A 6 ms 



1 1 Afsmolres four fervlr 

I ^ j I . me ces braves Gens , qui ont fl bien 
fervl le Roy, Les priacipauK en fu- 
rent pea à pea récompciifez. Ville- 
quier , le Marquis d'Hoquincourt: , la 
Fei:tc-Semietei'i'e,<Sc la Ferté-Iiiibaulc^eu- 
rent chacun le Bâton de Maréchal de 
France. Villequier prit le nom de fa 
Maifon d'Aumont , Hoquincourt gar- 
da le fîen , & la Fcrté-Scnneterre auflî ; 
mais la Ferté Inibault prit celui d'Etam- 
pes. Le Marquis de Grancé , Gou- 
verneur de Gravelines , qui ne fut 
point Maréchal de France , à caufè 
je penfe que le Duc d'Orléans s'y op- 
pofa , s^'cn alla à Ton Gouvernement , 
mécontent & plaîntifjmais , il fe racom- 
moda facilement avec le Miniftrc , &C 
enfuite il reçue la même grâce. Manî- 
camp y qui avoit bien fait de fa per- 
fbnne en cette occa(ion , eut le Gou- 
vernement de la Fére , qu'on lui ôta 
quelques années après , à caufe de fcs 
extrêmes violences. 

Sur la fin de Tannée précédente étoîent 
morts le Comte d'Avaux Se le Préft- 
dent de Même Ton Frère , deux 
hommes d\in mérite Se d'awQ capacité 
cxtraordiiiiire , que Ton ne pouvoir ja- 
mais ^iî:z re^re:cer. L\i:a écoic habi- 
le 



à l'Hlflolre d'Anne â* Autriche, 13 
le dans les Négociations , 6ifut em- i5ji, 
ploie dans les plus belles AmbafTades. 
L'autre étoit un Magiftrac qui admi- 
ni droit la Juflice avec une grande in- 
tégrité. 

Le Duc de la Rochefoucault , voîant 
les bonnes intentions du Parlement , & 
n'aîant jamais eu d'eftime ni d'amitié 
pour les Frondeurs , voulût perfuader 
au Miniftre de mettre les Princes en ^ 
liberté , & de s'acquérir lui feul le 
mérite de leur avoir fait ce bien. Il 
étoit alors venu fe cacher chez la Prin- 
cq{^q Palatine , où , fans que le Duc de 
Bcaufort , Madame de Chevreufe , ni 
le Coadjuteur , le fçulTent , on luî 
communîquoît toutes les Proportions 
qui fe faifoient fur cette Négociation. 
Qiiand il vit toutes leurs Affaires fe 
difpofer à une heureufe fin , il fouhaita 
que ce fût le Cardinal Mazarin , qui 
pût y mettre la conclusion. La voie 
des Frondeurs ne lui plaifoit point ^ 6c 
celle de la Cour lui auroic été fort 
agréable. Les grands S:;iv7neurs trou- 
vent toujours leur avantage à s'attacher 
au Roi 5 &: à leurs Minidres : c'eft de 
cette feule relfource , d'où leur peuvent 
venir les grâces 6c les bienfaits. Il s'ima- 



A7 gî 



14 Jlïemolres four fervlr 

i5ji.gînoît avec raifon que remettant la 
paix & runioii entre Monfieur le 
Prince , & Monfieur le Cardinal , il 
en poiirroît recevoir une haute recom- 
penfcj &C il voyoit avec plaîiir qu'en 
cette occaiîon Tes intetéts & Ton de- 
voir (c rcncontrcroient enfemble. Il 
fit donc Tçavoirau Minière qu'il dciiroit 
de le voir , ^ lui demanda fureté pour 
fa perfonne , par un écrit de fa main ; 
ce qu'il obtint facilement , & le Mi- 
nière lui garda une fidélité tout entiè- 
re. Bartet , Créature du Cardinal , 
qui ne l'étoit qu'autant qu'il lui con- 
venoit paroître tel , & qui étoit mêlé 
dans plufieurs intrigues , tant par la 
Princeiïe Palatine , que par d'au- 
tres 5 mena fouvent le Duc de la 
Rochefoucault chez le Cardinal 
pour traittcr' avec lui. Il enrroic 
dans fon appartement du Palais 
Royal par un petit efcalier dérobé ^ Sc 
le Mîniftre feul avec une bougie à la 
main , leur venoît ouvrir la porte. J'ay 
ouy dire au Dac de la Rochefoucault , 
que le Cardinal venant feul leur ou- 
vrir la porte , il auroit pu facilement 
le tuer, & qu'il avoit fouvent admiré 
fa confiance , ôc le hazard où il fe 

mettoît. 



à l'Hljholre d'Anne d'Autriche i $ 
mcttoic , fe livrant au meilleur Ami i(?jf, 
qu'eue alors Mr. le Prince ôc Madame 
de Longueville. Le Miniilre, de mê- 
me 5 l'auroic pu faire arrêter j mais , 
la fidélité ayant été égale des deux co- 
tez le Duc de la Rochefoucault n'oU- *■ 
blîa rien pour convier le Miniftre à fe 
tourner du côté du Prince de Condé. 
Il lui dit fouvent , fans lui découvrir 
le fond du miftcre , qu'il verroît bien- 
tôt éclatter de grandes perfécutions 
contre lui. Il dz ce qu'il put pour 
lui faire voir qu'il avoic quelque cho- 
fc à craindre ; mais , le Minière , qui 
ne fçavoit rien de la liailon des Prin- 
ces avec les Frondeurs , qui avoît peur 
de l'audace du Prince de Condé , de 
l'intrigue de Madame de Longueville , 
& de l'ambition du même Duc de la 
Rochefoucault, n'y voulut point en- 
tendre , 5c ne voulut jamais lui en 
donner aucune parole pofîtive. Tou- 
tes ces Conférences n'ayant eu aucun 
effet, Iç Duc de la Rochefoucault 
fe refblut de lai (Fer conclure les Traités , 
de confentîr que la PrincelTc Palatine 
achevât fon ouvrage avec le Duc de 
Nemours , qui fervit le Prince de 
Condé de tout fon poflible. 

La 



1 6 Mémoires pour fervlr \ 

1651. La Princefle Palatine, de foncôté, 
en fît amant qu'en avoit fait le Duc , 
de la Rochefoucaiilr. Elle confeilla à 
Mr. le Prince de s'accommoder avec 
la Cour 5 plutôt qu'avec les Frondeurs. 
Apres avoir apprêté toutes Tes batte- 
ries ^ elle fa dire auffi au Cardinal par 
Bartet qu'il étoit perdu s'il ne fe ré- 
folvoît pas de mettre les Princes en 
liberté ; l'afllirant , que s'il ne le faîfoic 
promptemenc , il verroit dans peu de 
jours toute la Cour , & toutes les 
Cabales liées contre lui , & que toute 
aiïiftance lui manqueroit. Ces mena- 
ces & ces Prophéties Ci certifiées l'é- 
tonnerent un peu , & lui firent dou- 
ter de ce qu'il feroit y mais , il ne put 
fe refondre d'ouvrir les portes à fon 
Ennemi. Il temporifa , pour éviter 
d'être pris pour duppc : il \^ulut 
travailler à découvrir la fource de fes 
maux , & voir par quel moyen il pour- 
roîr dénouer toutes ces Intrigues, 
pour commencer à prendre fes pré- 
cautions j il envoya prier la Princefle 
Palatine de différer quelque tcms à lui 
faire tout le mal dont elle le mena»- 
çoit 5 afin 4e lui laîfî'cr penfer à ce 
qu'il avoit à faire. Elle lui en don- 
na > 



il VHlJiolre d'Anne d'Autriche, 17 
na 5 à ce qu'elle m'a dit , autant 16^1^ 
qu'elle le put fans rien négliger de [qs 
autres Négociations ; mais enfin vo- 
yant que le Minîftre fe mocquoit d'el- 
le , & qu'elle ne pouvoir plus retarder 
raccompliiïement des chofès qu'elle 
avoir commencées avec un fî heureux 
fuccés, elle figna quatre traités par- 
ticuliers 5 avec ceux qu'elle avoir en- 
gagés dans les intérêts des Princes. Le 
premier étoit avec le Duc d'Orléans , 
où le Mariage du jeune Duc d'An- 
guien & d'une des Filles de ce Prince 
fut arrêté : lui qui ne vouloît point 
avoir de grands intérêts , s'avifa d'en 
avoir un , qui lui étoit raifonnable 
de defirer , mais qui ne devoir point 
l'obliger à rien d'extraordinaire II 
fut confeillé d'y pcnfer par ceux qui 
avoient du pouvoir auprès de lui , qui 
crurent que cette liaifon rendroit l'A- 
mitié de ces deux Princes plus forte & 
plus fure. Comme cette Alliance fut 
facilement promife , elle fut rompue 
de même , OC Mr. le Prince ne l'eftî- 
ma guerre. Le fécond avec Madame 
de Chevrcufe , pour le Mariage du 
Prince de Conti , avec Madcmoifelle 
de Chevreufe qui n'eut pas un meil- 
leur 



1 8 Mémoires four fervlr 

i^/i. leur fuccés. Un autre avec le Coad- 
jutcur pour le Chapeau , qu'il n'eut 
point par cette voyc, Et la quatrième 
avec le Garde des Sceaux de Chateau- 
neuf, pour le faire premier Miniflre. 
Ce dernier fut iîgné en fecrct > à cau- 
fe de la Place qu'il occupoir : il ne 
voulut jamais être nommé en rien. 
Enfuite de tant de chofes , tout écla- 
ta contre le Mîuîftre , & il ne vit qt»e 
trop que les menaces , qu'on lui avoir 
faites, avoient la vérité pour fonde- 
ment. 

Le feptiéme , le Parlement envoya 
fes Députés au Duc d'Orléans, pour 
le fupplier d'être le médiateur , en- 
vers la Reine de la liberté de Mr. 
le Prince. Il leur répondit qu'il le 
feroît volontiers , 6«: qu'il fe chargeoic 
de fçavoir fur cela fa volonté. Il pa- 
rut alors par cette conduite que ce 
Pnnce vouloir commencer à fe décla- 
rer en faveur des Princes. La Reine 
en fut étonnée j mais elle crût que 
ce n'étoit pas tout de bon , parce que 
ce Prince ne voulut pas encore s'en 
expliquer nettement , ^ le Minifire 
de même y fut trompé. 

Le dix-huit la Reine reçût les Dé- 
putés 



à tHifiotre ^Anne d'Autriche, 1 9 
putes du Clergé , qui lui firent une i<î/i, 
trés-humblc fupplication fur le même 
fujet 5 6c particLilieremenc en faveur 
du Prince de Conti , qu'ils prëtendo- 
ient être de leur corps. Le vingtiè- 
me 5 cette Princerte encore malade , 
reçut dans (on lit cette cclebre Dépu- 
ration du Parlement ^ qui a voit déjà 
fait du bruit par le conlentemenc que 
ie Duc d'Orléans avoit parut y don- 
ner ; & qui en effet fut fuivîe de 
grands <Sc fâcheux évcncmens. Il y 
eut ce jour-là une furîcufc preiTe dans la 
chambre de la Reine , & au tour de 
fon lit : chacun voulolt entendre la 
Har.mgae qui alloît être faite, 

Ctux de cette Compagnie , qui e- 
toicnt aff~6tIoiinés aux Princes difo- 
ient hautement, qu'ils vouloient com- ' 
menccr par la prière & par les re- 
montrances i mais , que s'il^ n'obce- 
noient pas par cette voye ce qu'ils de- 
mandoient à la Reine , ils fe fervi- 
roicnt de celles que la force leur pou- 
voir permettre. Le premier Préiîdcnc 
Mole , fans parler des heureux fuccés 
de la Régence ni de la dernière Ba- 
taille gagnée , cita les mauvais avec 
une liberté démefurée , & les exagéra 

comme 



/ 



le Mémoires -pour fervîr _ 

iC^i. comme plus grands qu'ils n'étoîent ca 
effet 5 au détriment de la Majcfté Ro- 
ialc 3 &: de la conduite du Miniftre, 
Il demanda à la Reine la liberté ^qs 
Princes plutôt en Maitre qu'en Su- 
plîanc ; montrant à cela qu'il étoit fore 
inftruit de leurs intérêts & des Négo- 
ciations qui avoient été faites en leur 
faveur. La Reine en eut dépit ; & 
le Miniftre , iriiilgré fa difîîmulatioii 
ordinaire , en parut altéré. Le Duc 
d'Orléans , après avoir écouté ce Dif- 
cours 5 le defapprouva , & Mademoî- 
felle 5 qui ne fçavoic pas encore tout 
ce qui fc pafïbit , après la Harangue 
finie , me dit qu'elle avoit rougi deux 
fois de colère , & que la Reine eue 
bien fait de faire jetter le Premier 
Préfidcnt par les fenêtres. Il eft néan- 
moins certain que le Premier Préfî-, 
dent jufqu'alors avoit été Serviteur du 
Roi: il fouhaitoit fervir les Princes par 
le Miniftre ; mais , pour lui vouloir 
faire peur , il alla trop loin , & palTa 
en cette occasion les juftes bornes de 
fon Devoir. Il ne manqua pas auffi 
d'y travailler par les voies de la dou- 
ceur 5 prefTant le Cardinal de même 
que les autres ,, d'y confentîr 5 & , - 

com- 



à V Hlfloîre d* Anne d' Autriche, 21 
comme il n'y gagna rien , & qu'il léji. 
vouloir y réiifîîi- il fut contraint à 
caufc de fa reiîftance , de le prelTer 
par cette voye. Elle ne convenoit pas 
à un fujetj qui paroiHbit vouloir être 
fidèle , &c il fut blâmable d'en avoir 
ufé de cette manière. La corruption 
de quelques Efprits de fa Compagnie , 
ne fçauroit lejuftifier : il faut en tout 
tems connoître fon devoir & le fui- 
vre. 

Ce même jour là , Chandenicr , qui 
avoit été remis dans fa Charge de Ca- 
pitaine des Gardes , de même que Tes 
Confrères qui enfin étoient renurés en 
grâce , reçut le commandement de 
quitter le Bâton , 6^ de fe retirer chez 
lui 5 difgracié pour la troiiîéme fois. 
Il étoit ennemi déclaré du Miniftre , 
îl faifoit oftentâtion de fa haine ,• <5c , 
comme il en avoit été maltraité, il 
avoit toujours confcrvé ce refien ci- 
ment contre lui malgré fon retour , 
qui paroiOToit l'avoir raccommodé 
avec lui. Il avoit pris de grandes liai- 
fons avec le Coadjuteur : fi bien que 
le Cardinal crut être obligé de s'çïi 
défaire \ ôc la Reine par cette même 
raifon, en fut mal contente. Elle l'a- 

voic 



2 1 M moires pour fervlr 

T ^j I . voit toujours eftimé <Sc bien traité, il 
avoit du mcrîte & de bones qualités; 
mais , il fe lailla trop facilement per- 
fuadcr , que c'étoit être généreux, 
que de s'oppofer en apparence ou en 
elF.tà la faveur du Cardinal. Il vou- 
lut parler à la Reine avant que de ic 
croire entièrement malheureux. Il le 
fit , & cette Princede lui donna une 
afTez longue Audiance , &i comme j'é- 
tois auprès d''elle j'entendis qu'elle lui 
dît, Cefl affez.^ Chandenlcr Ceft ^-Jfez, 
Apres ces paroles , il fe fepara de la 
Cour pour toujours y ôc , voulant 
chercher dans le repos d'une agréable 
retraite un bonheur véritable de folide , 
il l'a trouvé 6c vit heureux. 

La Chambre des Comptes vînt aufïi 
fupplier la Reine , de redonner la 
liberté au Préfident Perrault, Inten- 
dant de la Maifon du Prince de Con- 
dé , de qui avoit été arrêté, comme 
je l'ay die , le même jour que ce Prin-* 
ce. Cette Harangue fut faite par le 
Préfidcnt Nicolai & d'une manière 
refpedueufe. La Reine l'en loiia, ôe 
leur fit répondre par le Garde dcg 
Sceaux 5 qu'elle confidcreroit favora- 
blement leur prière. 

Le 



à l'Hlfiroîre d'Ame d'Autriche. 1 3 
Le Cardinal , afin d'éviter cet ora- 
ge , donc il fe trouvoit accablé fans 
Içavoir de quel côré il venoic , mon- 
tra de vouloir fe lier tout de nouveau 
avec le prince de Condé 5 pour en 
donner quelques marques évidentes , 
qui pulTcnc perfuader & les uns Se les 
autres , il die au Maréchal de Gram- 
mont , que pour lui il fouhaiceroit leur 
liberté 5 qu'il y travaillcroit volontiers 
auprès de la Reine ; mais que le Duc 
d'Orléans s^^y opporeroîc, de qu'il fe- 
roit fans doute un obftacle invincible 
à ce dclfein , il fut mocqué des Ac- 
teurs : les Traités fecrets a voient chan- 
gé le cœur du Duc d'Orléans , & 
le Miniilre les ignoroit. Ce Prince ie 
picqua de ce difcours. Il répondit 
au Maréchal de Grammont quand 
il lui en parla , que le Cardinal avoic 
tort de lui vouloir mettre cette Affaire 
fur le dos ; que pour lui il étoit 
prêt de confentir qu'ils fuffent mis e» 
Liberté > de lui donna charge com- 
me Ami particulier de Monfieur le 
Prince , de dire de fa part à la Reine 
& au Cardinal Mazarin , qu'il en fe- 
roit une Déclaration publique quand 
il plaii-oit à $a Majeflé. La Rein« 

fttt 



16^1. 



1 4 Mémoires pour fervîr 

iCji, fut alors véritablement furprifc de ce 
difcours. Elle avoit dit affez haute- 
ment y que tout ce que le Parlement 
faifoit n'auroit point d'autre effet , 
que de faire fermer davantage les por- 
tes de la Prifon des Princes , mais a- 
lors elle connut que cette réfolution 
du Duc d'Orléans étoit facheufe , le 
Miniftre en fut d'abord fort embaraf- 
fé , mais comme il ne pcnfoît qu'à \ts 
tromper tous , il crut qu'ils en ufoienc 
de même à Ton égard , & que le Duc 
d'Orléans ne parloir de cette forte 
que pour le tourmenter, & pour faire 
plaifir au Coadjuteur, qui étoit bien 
aife de lui donner des affaires. Cela 
fut caufe qu'il ne décida pas encore s'il 
pourroit fortir les Prifonnicrs , & qu'il 
fe contenta feulement d'en faire le fem- 
blant. 

Le Cardinal voulant en cette ren- 
contre rendre la pareille au Duc d'Or- 
léans , croyant finement lui déplaire , 
ne manqua pas de dire au Maréchal 
de Grammont qu'il étoit ravi d'avoir le 
confenrement du Duc d'Orléans, pour 
la liberté des Princes : il lui dit que 
la Reine y confcntoit auflî , & de très 
bon cœur, & quiUlloity travailler, 

auûîo 



a r Hlftolre à' yinne d* Autriche, i j 
auffi-rôr spres II manda le Duc de la i6f?, 
RoclicFoLîcaulr , &c ie Marquis de Sil- 
leri , pour traitrcr avec eux , à Stenaï , 
avec Madaœe de LonGucville, de le 
Maréchal de Turcnnc, Toutes ces cho- 
fes s'éxécnrerent avec un crand dcçont 
de part ëc d'autre , &c avec le lucces 
c]ue devoît avoir une Négociation for- 
cée ôc dont la fincerlté étoic bannie* 

Le Parlement demanda une réponfe 
|)ofitive à la Reine , fur les Remon- 
trances qu'on lui avojt faites , de cette 
Princelle les fit venir dans fa Cham- 
bre 5 où le Garde des Sceaux leur 
promit ce qu'ils dcm.andoicnt j ma^s 
il leur dit par fon ordre , queprcmic- 
rement il falloit envoyer à Stenaï , afiii 
que Madame de Longueville fe pu: 
retirer des mains des Efpsgnols. îi les 
affûra de la part de la Reine , qu'elle 
alloit faire drelTer une Abolition en 
faveur des Prifonnicrs , de qu'en la 
leur envoyeroit. Le lendemain, il y eut 
encore une grande prelTe au Palais 
Royal pour entendre cette réponfe 
qui fe fit dans la ruelle du lit de cette 
PrincefTe, où elle étoit retenue par les 
reftes de fa maladie. Le Garde dc> 
Sceaux parla fi bas ôc fi mal , que pcr- 

Tome Ir* B fonnc 



2 6 Jlfemo'tres potir feyvîr 

'6yï, fonne n'î put quafi rien comprendre ; 
& dans cette occalion , non plus que 
dans beaucoup d'autres , il n'acquit pas 
la eloire d'être çrand Orateur : il efl 
à croire auffi que le remords de la 
Confcîence rempêchoit de parler fur 
ce fujet. 

Le premier , le Parlement s'alTcmbla 
,,,^V'''pour la même Affaire. Cette Compa- 
gnie doutoit avec quelque iujct , des 
bonnes intentions de la Reine. Ce n'é- 
roit pas une chofe agre'able à une fî 
grande Reine , de fe voir forcée par 
les Sujets du Roi fon Fils à faire ce 
qu'elle ne defîroit pas : & comme ils 
cherclicrent les moyens de lui faire 
exécuter ce qu'elle leur avoir promis , 
la Fortune leur en donna de tels, qu'ils 
eurent lieu d'en être contens. 

Le Coadjuceur , jugeant qu'il e'toît 
tems de fe déclarer ouvertement , prit 
cette occafion pour faire voir fes fen- 
timens. Il die dans la grand' Cham- 
bre 5 que la Liberté des Princes étoic 
un bien nécelTaire à l'Etat & au Pu- 
blic y qu'il y falloit travailler tous 
unanimement , que c'étoit fon avis , 
^< qu'il avoit ordre de Monfieur le 
Duc d'Orléans d'alfurer la Compa- 
gnie 



a l'Hiflolre à' Anne d'Autriche, 1 7 
gnîeqiie Son AlteiTe Roiale defirok la 16^1 , 
même chofe y qu'il êtoit prêt de tra- 
vailler à ce deifcin avec tout le pou- 
voir que fa NaifTance lui donnoit dans 
le Royaume. Le Duc de Beaufort con- 
firma ce que venoic de dire le Coad- 
juteur^ ôc témoigna aufîi defircr la 
Liberté des Princes. Quialî tous furent 
furpris de ce difcours , ils croïoient 
félon ce qui avoit paru pendant le 
voyage de Bordeaux , que le Duc 
d'Orléans étoit fur ce chapitre de mê- 
me avis que la Reine, ôc ce change- 
ment caufa une joïe univerfelle à toute 
la grand' Chambre. Il y en avoit peu 
qui ne fuiTent favorables aux Prifon- 
niers , ôc ceux qui ne Tofoient être y 
à caufe du Duc de Beaufort & du 
Coadjuteur , fe trouvèrent alors en 
pleine liberté de fuivre leurs fentimens. 
Le Coadjuteur enfuîte fut rendre 
compte au Duc d'Orléans de ce qu'il 
avoir fait , qu'il accompagna d'une " 
infinité de loiian^cs , que la voix 
publique avoit donné à fa gencrofiré. 
Ce Prince en fentit de la joye : il n'é* 
xamina point les m.otifs qui lui avo- 
ient fait prendre cette Refolution , 
qui font les fculsqui font les adions 

B 2. bonnes 



i8 Mémoires poHr fervir 

bonnes on mauvaifes j «Se , avant que 
' -^"^'dc fuuiil 1er dans Ton cœur , il fe crut 
gcnei'ci X , il fc crnt bon , ôi s'imagina 
qu'il avoit fait une a6tion tout-à-faic 
Héroïque. Si le Duc d'Orlcans , par 
un lentimcnt de Vertu , <Sj par des 
voyes toutes légitimes s'ctant entière- 
ment réuni à la Reine, avoit procure 
la fortîe des Princes , & la Paix de la 
Cour , félon qr/ii lui auroit été facile 
d'en trouver les moyens , fa conduite 
en ce cas auroit été loiiable , & pleine 
de gloire y ôc la Reine qui feroit vo- 
lontiers entrée dans ce defTein , lui en 
auroit été obligée. Mais , dans le vrai 
ce Prince n'en merîtoit nulle cftime ; 
piîifqu'il étoit vifible que Plntrigue 
des Frondeurs ôc fa facilité à fuivre 
leurs Confcils , en étoit la feule caa- 
fe. Ces évenemens (i extraordinaires é- 
tonnerent infiniment le Mîniftre. Il 
voyoit que la liberté des Princes étoit 
devenue l'Affaire de tous , & il nç 
pouvoir deviner les relforts de ces 
g/ands mouvcmcns , ni ce qui avoir 
eu le pouvoir de changer ii prompte- 
menr les Cœurs , les Efprits , les In- 
térêts, de tant de différentes Cabales. 
Ce mémx jour , le Duc d'Orléans 

vint 



à rHlflolre à^ Anne à' Autriche , 1 9 
vint au Palais Royal 3 le Mîniftre vou- 165! 
lut lui parler contre le Coadjnreuf , &: 
fc juftiiicr à lui fur les chofes dont il 
le blamoit. Dans ctiiç: converfation , 
il arriva que le Miniftre ,■ parlant du 
Parlement , en fit quelque comparai- 
fon à celui d'Angleterre ^ & des Fron- 
deurs à Fairfax & à Cromvvel , mais 
d'une manière qui pouvoit avoir un 
fens fort raifonnable , & dont il ne 
devoit point être blâme. Le Duc 
d'Orléans, ne fçachant que lui dire pour 
fe défaire de lui , prit pour prétexte 
de fc fâcher de ce Difcours , & s^en 
alla brufquement de chez la Reine, 
Le Tellîcr lui demanda , fi tout ce que 
le Coadjuteur avoit dit de fa part en 
faveur des Princes étoîr véritable , & 
approuvé de lui / Le Duc d'Orleant 
lui répondît fierem.ent , qu'il avoit 
parlé félon fes fentilnens , & (elon fes 
ordres , 6c qu'il approuveroît tou- 
jours tout ce qu'il vonloit dire & 
faire. Alors le Cardinal Mazarin , vo- 
yant bien qu'il failoit que les Princes 
fortilTent de Prifon, envoya le Maré- 
chal de Grammont & de Lionne , 
traitter avec eux. Goulas , Secrétaire 
des Commandemens de Mr. le Duc 

B 5 d'Or- 



3 o Mémoires pour fervtr 

1 6p. d'Orléans , accompagna les deux au- 
ircs j par Tordre de Ton Maître. 

Le lendemain, le Duc d'Q^'leans , 
ponire par le Cjadjurear , envoya qué- 
rir le MAréchal de Villeroy ôc le Tel- 
lier. Il leur ordonna de dire de fa 
part à la Reine , qu'il étoic mal fatis- 
faitdu Cardinal , qu'il lui avoir parlé 
infolcmmcnr , qu'il lui en demandoit 
rai Ion & le pria de lui déclarer , 
qu'il deiiroît qu'elle l'éloignat de Tes 
Confcils 5 & qu'il n'y prendroit jamais 
place qu'elle ne Teuc chalTé. Il dit au 
Maréchal de Villeroy , qu'il vou- 
loit qu'il lui. répondit de la perfonnc 
du Roi 5 Se qu'il le lui ordonnoît en 
qualité de Lieutenant Général du 
Roi a urne. 
Le • ► Le jour fuîvant , ce Prince , qui juf- 
^'^'^^'•qucs alors eut tant de confîderation 
pour la Reine , fe portant quafi aux 
dernières extrémités ., manda aux quar- 
tiers de la Ville ^ détenir leurs Armes 
prêtes pour le fervice du Roi j leur def- 
fendant abiolument de recevoir d'autres 
ordres que les liens, Il dit auflî au 
Garde des Sceaux , & à le Tellier , 
de ne rien expédier fans lui être 
communiqué. En même tems , il en- 



vo}a 



a r HJjlolre d'Anne d'Autriche, 5 i 
voya le Coadjntenr au Parlement pour i C <: i . 
rinrtriiire des defirs qu'il avoit de fai- 
re fortir les Princes , & pour leur ap- 
prendre à tous qu'il fe déclaroit con- 
tre le Miniftre. Il prit un prétexte 
fort indigne de lui , pour fe dire fon 
Ennemi. Le Coadjuteur leur annonça 
de la part de ce Prince , qu'il avoit 
querelle' le Cardinal , parce qu'il avoit 
eu la hardieffe, enprefcnce de la Reine > 
de comparer leur Compagnie au Par- 
lement d'Angleterre j ôc qu'il avoit 
appelle les Frondeurs des Faîrfax & 
des Cromwels. Celui qui faifoit la^ 
Narration , polir la ren-ire plus odieuie, 
l'amplifia de toutes les paroles, qu'il 
jugea devoir fâcher les Auditeurs , Se 
leur rendit coa)pte auffi de ce que le 
Duc d'Orléans avoit mandé à la Rei- 
ne par le V^aréchal de Villcroy ôc par 
le Tellier Ce Difcours excita une 
furîeufe rumeur dans le Parlement 
contre le Cardinal : on y fit des Pro- 
portions contre fa Liberté ôc fa Vie. 
Il y en eut trois de terribles 1. la pre- 
mière de le faire arrêter : la féconde , 
dont fut Auteur le Préfident Viole , 
de le faire venir au Parlement, pour 
y répondre de fon Adminîftration , &: 

B 4 faire 



3 1 Mémoires potir fervlr 

ïéji. faire réparation de ce qu'il avoît dit 
contre l'honneur de là Nation Cou- 
Ion , fur d'avis de faire faire des Re- 
montrances à la Reine , pour l'éloi- 
gner 5 & Oii cria l'^ros le Roy ^ & jtoint 
de Jïd.tx.a'i;^. 

Ce mêaie joir , pendant que les 
voyages fe faifoîcnt du Palais Royal 
au Luxembourg, le Mînîilre vint chez 
la Reine. îl dit tour liant , en prefen- 
ce de tout le monie , qu'il avoit pré- 
vu cet oracle. Il tic un c^ran-l raîfonne- 
ment fur les caufes du mauvais état 
de la Cour , les attribua qua(î toutes 
a l'aaibîtioa déréglée du Coadjutcur : 
& dit que pour lui , il étoic prêt de 
partir, fî fou abience pouvoir redon- 
ner le calme à la France. Il offrit à la 
Reine de s'en aller , & l'airùra que le 
zèle qu'il avoic pour Ton fervice & 
pour TEcat le feroît toujours très 
volontiers facrifier fa vie pour fa con- 
fervation, mais, il protcfta en même 
tems , que (i le Roy & la Reine ne le 
vouloientpas lailfer aller, îl demcureroît 
fort conftam Tient auprès de leurs 
Majeftez , pour les fervir, & n'épar- 
gnsroit pour cela , m ia Vie , ni fon 
Hjnneiir. Beaucoup d'Officiers de 

Gucr- 



a i Hlftolre a Anne d' Autriche, 5 3 
Guerre s'ofirircnt à kii pour faire 1^51. 
tout ce qu'il lui plaîroit ^ & quelques- 
uns lui conrcîUcrcnt alors de faire ve- 
nir des Troupes , & de tenir bon dans 
Paris ; mais, il n'ôfa haiarder la Famil- 
le Roialc : Si la Reine , plus inréreffée 
que lui à la confcrvation du Roi & 
de Monfîeur , ne voulue entrer dans 
aucune de ces Propoiijions. Elle fut 
touche'e de douleur j''quand elle fut 
ce que le Duc d'Orléans avoir dit au 
Maréchal de Viileroî , &: connut la 
conicqaencc xlu Commandement qu'il 
avoir faîr aux Qiiarrcniers , ôc au Pré- 
vôt des Marchands. Elle crut alors 
qu'elle devolt tout craindre de ce 
Prince , qui , malgré fa bonté natu- 
relle 5 étoit capable des plus grandes 
violences , quand il écoutoit de mé- 
chans Confeils. Dans cette extrémité 
elle fe refolut d'elTaïer , fi ce pouvoir 
qu'elle avoir toujours eu fur lui ne 
lui laillcroît point quelque refte d'é- 
-quité pour elle. Elle lui envola dire , 
qu'elle vouloir l'aller voir , & qu'elle 
fouhaitoît que le Cardinal le vît, afin 
qu'il pût fe juftifîcr à lui des calom- 
nies de fes Ennemis. Le Duc d'Orléans 
répondit durement à cette civilité , &: 

B ; lui 






Ifjj I 



3 4 Aiemo'.res pourfervtr 

lui manda qu'il ne lui confeilleroît 
pas d'y venir , de qu'il n'i avoir poinc 
de fûrcté pour elle. La Reine lui en- 
voïa dire , qu'elle ne craignoic poinc 
le Peuple ; qu'elle fçavoit alTcz qu'il 
avoir du refpecl pour elle ; ôc qu'elle 
vouloir y aller rouce feule , puifque 
la vue du Cardinal Mazarin pouvoir 
lui déplaire. Il répliqua à ceccc féconde 
AmbalTade , qu'elle n'y vinr pas , de 
qu alTuremenr elle ne feroir pas en fii- 
reté. Elle jngea par cercs Re'ponfe , 
qu'il ne la vouloir pas voir , Se fe re- 
pofa fur la Confiance qu'elle avoir en 
Dieu , ôc fur les forces de fon propre 
courage. Le Tellier m'a die de- 
puis 5 que dans ce rems iî broiiillé , 
où la Reine vie TErar menacé de ranr 
d'orages , elle l'appella un jour Se lui 
dit , qu'elle voyoir bien que rour croit 
à craindre : que cecrc vue lui faifoic 
préférer le bien de la France , le re- 
pos de l'Erar , ôc fur rour les inrêrêrs 
du Roi , à routes chofes : que fes in- 
tenrîons avoicnr roûjours éré droires : 
qu'elle confideroir le Cardinal , qu'el- 
le le croioit fidèle , Se que jufques-là 
elle avoir éré perfuadée , qu'elle étoit 
obligée de le foutenir : qu'elle le cro- 

* * • 

XOiC 



a C Hlfiolre d' Arme ^Autriche, 3 f 
ioic encore , & que c*étoit Ton fenti- 1^5 
ment j mais , que craignant de fe trom- 
per 3 elle avoit voulu lui demander 
Confcil fur ce qu^elle avoit à faire ; 
& qu'elle le conjuroit , comme fidel 
Serviteur du Roi , de lui dire au 
vrai ce qu'il croioir qu'elle devoit fai- 
re 3 pour farisfaire à fon devoir , con- 
noiffanc qu'elle avoit à fe craindre elle- 
même fur une affaire de cette impor- 
tance. Ce fa^e Minière m'a die , 
qu'il fut furpris d'une telle Déclara- 
tion 5 & fort embaraffé , & que ne 
fâchant en effet ce qui fe devoit , où 
ce qui fe pourroît faire de mieux il 
confeilla la Reine de fuivre fes pre- 
miers fcntîmens , comme les croyant 
les meilleurs. On peut juger par là 
que cette PrinceiTe , en foutenant foi 
Miniftre i avec tant de confiance, m 
l'avoît pas fait fans examiner avec cllj 
même , & avec ceux qu'elle a cra 
gens de biens & fidèles, les motifs qui 
la dévoient faire agir , & fans con- 
fulter fes devoirs, qui paroifTent par / 
cette Converfation avoir été les Con- 
dudteurs fecrets de fa fermeté , & de 
fes adions. Te ne fcaifî le Tellier^, 
qui pouvoic erre occupé auffi du dcf- 

B 6 fein 



3 ^ ][d' moires pour fervlr 

16 J ^* ^cin Je confcrver ia Faveur , ne fie pas 
cctce Reponfe , par la peur de déplai- 
re au Cardinal. Dans la confidence 
qu'il m'a fait de ce grand endroit , 
j'ai , ce me femble , apperça , qu'il 
avoit été touché ; & que n'ofant efpe- 
rer qu'an changement fe put Faire fî 
facilement , il crut être obligé de ne 
rien hazarder. Il douta , &: eut peur 
que la Reine , h Ton Confcil venoit à 
manquer de bonheur , ne le dît au 
Cardinal : & il m'avoua fmcerement , 
^ auc toutes ces craintes lui étant ve- 
nues dans l'Efprit , il penfal'en avertir ; 
mais qu'enfin , aianc exactement fuivi 
ion devoir , & ce qu'il croioit être le 
meilleur parti , il avoit gardé le fc- 
cret à la Reine , ^ qu? jamais le Car- 
dinal n'en avait rien içû. 
1^-4. Le Duc d'Orléans , voulant achever 
v"viicr- Ton œuvre , alla au Parlement le qua- 
trième de Février de ^rand matin , 
avec intention de Faire donner un Ar- 
rêt contre le Carlinal Alazarin. Il 
.voulut s'oppofer au Premier Pré(ident , 
qui , de(ii-ant travailler à la Paix de la 
Maifjn Roîale , avoit déjà dit dans 
rA'Temblée dernière , que puifque la 
Reine confentolt à la Liberté des Prin- 
ces, 



à l'Hlflolre d Anne â* Autriche, 37 
ces y il écoic jiifle que les Prifonniers i^çi. 
la reçLiiTcnr par elle ; mais , ce n'éroit 
pas ce que les Frondeurs delîroienr. Le 
Duc d'Orléans y fut accompagné 
des Ducs de Beaufort , de Joieufe, de 
Retz , du Coadjuceur , &c de beau- 
coup de Grands du Roiaume qui ont 
Séance au Parlement. Il parla lon^ tems 
6c fort bien : en ces occalions ce Prin- 
ce faiioît alfez connoicre qu^il avoit 
du favoir , de l'efprit & que fa jeunelTe 
avoit été utilement occupée. Il informa 
la Compagnie des fujets qu^il croioic 
avoir de le plaindre du Cardinal : il 
exagéra les Calomnies qu'il avoit dites 
contre leur iiluftre Corps , &C confirma 
lui-même en faveur des Princes tout 
ce que le Coadjuteur leur avoit dit de 
fa part. Il déclara qu'il n'avoir jamais 
confenti à la détention des Princes , 
que malgré lui , & pour complaire à la 
Reine , qui , par les mauvais Confeils de 
fon Minière , avoir delîré de les faire 
arrêter.! 1 leur dit que fa conduite étoic 
blâmable en toutes chofes , & que 
volant PEtat perdu , &: la Finance 
mal gouvernée , il avoit fait cette Ré- 
folution : de ne plus furvre les fcntî- 
meas de la J^ciiie ; qu'il avoit tou- 

B 7 jours 



3 8 Ademoîres pour fervlr 

/^ jours eu pour elle beaucoup de defFe- 
rence , &: de refpeâ: : qu'il continue- 
roit d'avoir ces mêmes fentîmens ; 
mais 3 qu'il lui avoir mandé, qu'il ne 
vouîoit plus aller au Confeil , que pre- 
mièrement elle n'eût chafié d'auprès 
d'elle le Cardinal ; & qu'aïant fait cette 
réfolution , il venoit leur demander avis 
fur ce qu'il avoir à faire. 

Cette déclaration du Duc d'Orléans 
plût à toute la Compagnie. Elle étoit 
depuis long-tems mal intentionnée , ^ 
avoit pris le Cardinal pour Y objet de 
fa mauvaife humeur. Les deux Cabal- 
\qs étoient unies , qui compofoient un 
grand nombre de Gens tous difpofez à 
fronder. 

Le Premier Préfident , qui ne s'é- 
cartoit pas fouvent de fon devoir , ré- 
pondit au Duc d'Orléans , avec des 
marques d'eftime & de refped: pour 
tout ce qui venoit de lui j mais , vou- 
lant modérer cette impétuofité , il die 
que Monsieur le Maréchal de Gra- 
mont étoit parti , pour aller faire for- 
tir les Princes, qu'en fbn particulier il 
fouhairoit que fa Négociation eut une 
heureufc fin ; mais que la Reine l'a- 
yant envoie dans ce defiTein il n'étoïc 
pas jufte de lui en ôtcr la gloire , puif- 

qu'enfin 



à r Hlflolre d'Anne et Autriche , 3 9 
qu'enfin le Roy devoit erre Maître ab- k^j r, 
folu de tous : & quant à ce qui le 
regardoît en particulier 5 fur le fujcc 
des plaintes qu'il faifoic du Miniftre , 
qu'il ofoit bien lui dire , que c'êtoit à 
lui à V chercher , par fa prudence , des 
remèdes qui fuHent plus doux que 
ceux qu'on propoioîc ; puifqu'il étoit 
raifonnable que nos Rois enlTent le 
choix de leurs Minières ; & qu'il n'étoit 
pas de fa bonté , de vouloir mettre le 
feu au quatre coins de la France , pour 
des refifentimens pafTagers qui fe pour- 
roientaife'ment effacer. 

Pendant que ces raifonnemens fc 
font dans le Parlement , la Reine ctoit 
occupée au Palais Roïal de ces mêmes 
chofes j c'eft-à-dire , qu'elle vouloic 
faire rompre cette affembiée , & fe 
plaindre à Ton tour. Elle envoïa au 
Parlement de Rodes , grand Maître 
des Cérémonies , &: leur manda de ve- 
nir au Pala's Royal trouver le Roy. Le 
premier Pré(ident fâchant l'intention de 
1^ Reine , voulut faire finir l'AflTcm- 
blée ; mais le Duc d'Orléans fit opiner 
là-delTus , 6c fir arrêter qu'ils demeure- 
roient afî'emblez , j ufqu'au retour du 
premier Préfîdent 6^. de ceux de fa 



4 o Mémoires pour fervlr 

Compagnie , qui dévoient aller fa voir 
les volonrez de la Reine. 

Notre Régente reçût ceux qu'elle 
avoit mandé dans fa petite Galleric en 
préfence de tous , coiffée de nuit , en 
habit de malade. Le Miniftre étoic 
debout près de fa chaîfe , & le Gsrde 
des Sceaux étoit près de lui. Le der- 
nier parla long tcms \ mais ^ à Ton or- 
dinaire , c'eft-à dire fort mal. Il jufti- 
fîa , par Tordre de la Reine, la Con- 
verfarion du Cardinal Mazarin avec le 
Duc d'Orléans. DuPlelîis Guénegault , 
Secrétaire d'Etat , lut publiquement 
une Relation particulière de cet En- 
tretien 5 faite par le Cardinal même , 
où il nia nettement d'avoir rien die 
contre le Parlement , fe laiflfant enten- 
dre qu'il n*av.oit eu intention de blâmer 
perfonne , que le Coadjuteur. 

La Reine parla près d'un quart 
d'heure , & toujours de bon fcns 5 6i 
gravement. Elle fe plaignît de TEfprit 
fadieux du Coadjuteur, qui lui avoir 
fait perdre l'Amitié du Duc d'Orléans , 
qui de tous tems lui avoit été chère. 
Elle leur dit qu'elle avoit plus de defir 
que lui , de faire fortir les Princes ; leur 
promit de travailler inceflament à leur 

Li- 



à VHlfiolre à' Anne à' Autriche, 41 
Libercé , & leur montra combien elle i6^î, 
relTentoic le mépris du Duc d'Orléans , 
qui n''avoic pas voulu recevoir fa vi(i- 
te. Le Premier Préfîdent , qui déc- 
roît fcrvir les Princes fans l'inique 
mélange de la Fronde , invita & prelTa 
la Reine de donner de plus certaines 
paroles de leur fortie ; mais elle , fans 
s'expliquer d'avantage , lui répondit 
toujours qu'elle lui avoit fait allez con-> 
noitre Tes intentions , & qu'elle n'e^i 
pouvoit pas dire d'avantage. 

Le Premier Préfîdent , retournant 
au Parlement qui Pattendoit tout 
ademblé , rendit compte à fa Com- 
pagnie de ce que la Reine lui avoit dît \ 
Ôc le Comte de Brienne , Secrétaire 
d'Etat qui l'avoît accompagné par (on 
ordre , leur dit à tous en préfence du 
Duc d'Orléans , que la Reine avoit 
un grand regret de voir que des Efprits 
brouillons &c fadieux lui eulTent fait 
perdre l'Amitié de Mon (leur : &c que 
quoiqu'elle eut été déjà refufée dans 
l'offre qu'elle avoit faite à ce Prince de 
l'aller vifiter , malgré fa foiblefTe , ôc 
les relies de fa maladie , elle vouloit lui 
faire dire en prefence de toute la 
Compagnie , qu'elle étoit encore prê- 
te 



4 i Mémoires four fervlr 

i^/i.te de Taller voir, pour lui montrei' 
qu^clle ne defiroit rien tant au monde , 
que de le fatisfaire fur les plaintes qu'il 
faiioit d'elle. Le Premier Préiîdent 
rendit compte aufïi de la Narration , 
qu'on avoit fait lire devant lui, tou- 
chant la converfation que le Cardinal 
avoit eue avec le Duc d'Orléans \ ce 
qui fut reçu avec mépris , & traité de ri- 
dicule : éi j fur ce que le premier Pré- 
/ident prelfa le Duc d'Orléans de re- 
voir la Reine , ce Prince , pour s'en 
défaire , lui répondît , qu'il vouloir 
que la Compagnie opinât là-dciTuSjne 
trouvant pas jufte de fuivre fes fentî- 
mens fur une affaire de cette confé- 
quence. 

Le Premier Préfident , fans s'éton- 
ner , dit que la Reine l'avoit afluré 
"qu'elle alloit expédier un ordre au Ha- 
1 vre 3 pour faire fortir les Princes ; fur 

quoi le Duc d'Orléans dit tout haut 
que cela éroit faux. Apres toutes ces 
Difputes 5 & beaucoup de Contefia- 
tions fur les Avis , qui alloient tous 
contre le Cardinal , l'Arrêté fut enfin , 
que la 'Reine [erolt très - humblement 
fuppliée de donner une VécU^.ratlon 
d'Innocence en faveur des Princes , pour 

les 



à l'Htfiolre d'Ame d'Autriche, 45 
les faire fortir \ & truelle feroit aujfi 16$ J» 
très -humblement fuppliée d'éloigner le 
Cardinal Adaz^arin de Ces Confei's , at- 
tendu que Mr, le Duc di Orléans , Lieu^ 
tenant General du Royaume , ne pouvait 
& ne voulait nullement y entrer tant 
qu'il y fer oit, 

La Reine , ce même matin , me fît 
l'honneur de me dire , parlant de tou- 
tes ces chofes ^ qu'elle ctoit refoluë de 
tenir boij , & de ne pas faire fortir les 
Princes fans leur Amitié j qu'elle vou- 
loir fe mocquer de tous leurs Arrêts ; 
bc qu'ayant les clefs du Havre , on ne 
pouvoit pas la forcer de leur ouvrir les 
Portes. Champlatrcux , Fils du Premier 
Préfîdcnt , alla dire encore ce même 
jour au Cardinal , que s'il vouloir en- 
voyer vîtement l'ordre de faire fortir 
les Prifonniers , fon Père & fes Amis 
efperoient qu'on pourroit le fauver 5 
mais 5 fans cela , qu'il n'y avoît point 
d'efperance pour lui. Arnauld , grand 
Confident du Prince de Condé, & de 
mes Amis , me vint de dire pour le 
faire fçavoir à la Reine , que fî dans 
ce même jour on envoyoit un ordre ^ 
peut être Monfieur le Prince s'en tien- 
droit obligé. Ce peut-être Siyant déplut 



44 Mémoires pourfervîr 1 

16 ji» à la Reine , à qui je le dis, elle s'en} 
trouva fi defobligée , qu'elle me com- 
manda de dire à ce Gentilhomm.e , que 
je n'avois pu lui parler de cette Affai- 
re. 

Le lendemain , le Duc d'Orléans 
manda le Duc d'Epernon , ÔC le Maré- 
chal de Schomberg , Tun Colonel de 
l'Infanterie Françoife , de Tautre des 
SuilTes 3 & leur dit qu'étant Lieutenant 
Général dt la Couronne , il prétcndoit 
qu'ils dévoient recevoir de lui les ordres 
qui regardoîent leurs Charges. Ils lui 
répondirent , qu'ils favoîent le refpcék 
qu'ils lui dévoient ; mais , que le Roi 
étant préfènt , ils croioicnt ne devoir 
dépendre que de lui feulement. Les 
autres Ducs & Maréchaux de France 
répondirent tous la même chofe , ôc 
montrèrent de ne fe point vouloir deC- 
unir de leur véritable devoir. Le Duc 
de Mercœur fut Ci paffionné pour les 
intérêts du Mmîftre , qu'il fit appeler 
ce même jour Ton Frcrc le Duc de 
Beaufort , pour fe battre contre lui ; 
mais , il n'en fit rien , & ne fuivit point 
fon premier mouvement. 

La Reine manda Meflîeurs de 
Ville , à oui on commanda de ne re- 



cevoir 



à l'Hifiolre a Anne d* Autriche, 4j 
cevoir nul ordre , que du Roi , de la i(> j r 
Reine , & des Secrétaires d'Etat, Ils 
répondirent comme gens fidèles & bien 
intentionnés ; mais , dans le vrai ils fi- 
rent peu de tcms après auflî mal ^ que 
s'ils entrent eu une volonté déterminée 
au Crime. Le Duc d'Orléans les 
manda en même tcms , pour aller par- 
ler à lui. Ils vinrent auffi-tôt chez la 
Reine , favoir d'elle s'ils iroient le 
trouver. La Reine d'abord en fut fa- 
tisfaite ; & , pour ne point montrer 
d'aigreur contre ce prince , leur per- 
mit d'y aller : mais , on leur deffendît 
tout de nouveau de ne pas recevoir 
d autres ordres que du Roi. Ils pro- 
mirent d'obéir ; mais , malgré leurs pro- 
melTes &c les Dcffenfes de la Reine , 
elle fut mal obéie : le Peuple fut en- 
fuite réduit par mille artifices. C'cft 
ce cjui les fit manquer à leur obliga- 
tion. 

Le Garde des Sceaux de Chatieau- 
neuf, <5c le Maréchal de Villeroi , Né- 
gociateurs fecrcts pour faire charfer le 
Cardinal , étoient accompagnez de le 
Tellier , qui n'avoit pas les mêmes in- 
tentions 5 mais , celui-ci agiffant droî- 
tement laiffoit néanmoins entendre 



qu 



11 



^6 Afemolres ^our fervlr 

iC<i, ^u'il ne Tadmiroîc pas toujours. Beau- 
coup de voyages fe faifoitnt au Luxem- 
bourg de la part de la Reine par les 
trois Médiateurs , pour trouver les 
moyens de pacifier les Affaires. L^ Ar- 
ticle du Miniftre plaiioiraux deux pre- 
miers : ils trouvoient, félon leur iou- 
haits, que ce Prince étoit refolu de te- 
nir bon fur cela , & leurs peines n'ap- 
porcoient nuls remèdes à ce mal qui 
choquoit directement TAutorité Roya- 
le. Ces AmbalTadeurs interefîés Pa- 
rens & Amis , 6c remplis d'un même 
defir , eulfent été bien fâches à'cn 
trouver à cet égard ; mais l'un & l'au- 
tre étoient gens , qui aimoient l'Etat à 
leur mode , Se qui n'auroient pas vou- 
lu pour voir leurs palîîons particulières 
fatisfaites , travailler à la diminution de 
la PuilTance Souveraine : ils vouloient 
éloigner le Cardinal , pour demeurer à 
fa Place, ôc par même moyen ils au- 
roient employé de bon cœur tous leurs 
foins pour le fervice de Roi. Le Gar- 
de des Sceaux , par ce fentiment , mé- 
nagea avec le Duc d'Orléans, & les 
Amis des Princes , un Traité particu- 
lier avantageux à la Cour , où le Coad- 
juteur n'avoit point de parts ^ même, 

en 



à l'Hîflolre d'Anne d'Autriche ^ 47 
en ce cas , fa perte étoit refoluë entre i^ji. 
eux fans la participation du Duc d'Or- 
léans. Les Amis des Princes , ravis 
de pouvoir efperer la perte du Chef 
des Frondeurs qu'ils n'aimoient pas , 
s'obligèrent défaire figner aux Prifon- 
niers ce Traité , qui en effet etoit utile 
à l'Etat ; & , quoyqu il allât en beau- 
coup de chofes à diminuer la pu'lîance 
de Mr. le Prince, ils ne laiflerent pas de 
l'approuver ;, par le plaifîr qu'ils curent 
de penfer , que le Duc d'Orléans de 
même ,. en perdant le Coadjuteur , 
n'auroit pas Ton compte. Si la Reine 
eût pu juger alors de ces Affaires ^ ôc 
"de leurs conleils fans préoccupation , 
elle auroit peut- être accepté ce parti ; 
quoique félon les apparences elle au- 
roit paru infenfible à fon Miniftre y 
car 5 rien ne lui étoit fî cher que l'a- 
vantage du Roi 5 & le repos de la 
France : mais :, toutes leurs négocia- 
tions en particulier furent inutiles , 
& ne fervirent de rien^parce que tout ce 
qui venoit du Duc & du Maréchal de 
Villeroy étoit fufpe6tt à cette PrincefTe , 
qui les foupçonnoit d'être d'intelligen- 
Ce avec le Duc d'Orléans qu'elle voyoît 
vifîblement fe déclarer contre elle 3 & , 

fes 



V 



48 Afemolres pour fervlr 

r^ji. fes foiipçons n'étoient que trop bien 

fondez. | 

j^ç Sur le foir de ce jour , les Gens du 

Février. Roi vlnienc exécuter leur Arrêté , & 
Tupplicr la Reine de contenter les fou- 
haits du Public. Le Premier Préfident 
n'y fut point : il envola les Gens du 
Roi exprès , afin que cette Députation 
ne fut pas fi remarquable , & pour 
laifler ce tems à la Reine, qui lui don- 
noit le moicn de les remettre à une 
autre fois. On les reçut donc au Con- 
fcil 5 & on leur promit leur Réponfe 
pour le lendemain. Dans Tétat où 
étoît le Cardinal , un jour feulement 
lui étoit important , parcequ^il retar* 
doit TArrêt , qu'il voioit bien que le 
Parlement méditoit de prononcer contre 
lui. 

Le lendemain fixieme , le Parlement 
s'aifembla. Tous fe plaignirent du Pre- 
mier Préfident , qui a voit fait faire les 
Remontrances par les Gens du Roi. 
Ils arrêtèrent qu'il lesîroit faire lui mê- 
me 5 mais , il demanda du tems , fei- 
gnant de n'être pas préparé , & dit 
que les Gens du Roi viendroîcnt de- 
mander Audiance à la Reine. La ru- 
meur, fut grande au Palais : tous fc 

mi- 



à tHlflûlre â^Anne d'Autriche^ 49 
mirent à crier , que le CardinM férljfe , i^ 1 1 
quil foît chajfé , & point de A^^aza^ 
ri}K 

Tontes ces tempères (étonnèrent 4e 
Mîniftre 3 de le firent penfer à la Re- 
traite. Plùileurs de Tes Amis lui of- 
frirent tout de nouveau des Places^: 
des Troupes , & les Maréchaux de 
France qu'il venoit de faire avoient en- 
vie de le fervir. Ceux même y qui 
defiroient le plus fou éloignement , 
dirent dans le Confeil du Roi qu'il y 
avoit des moiens pour le loutenir. Oa 
propofade faire venir des Troupes dans 
PariSjde cantonner le Quartier du Palais 
Roial 5' & de tenir bon contre le Duc 
d'Orléans. Toutes ces chofes ne fu- 
rent peint approuvées de la Reine , ni 
de Ton Minidre 5 par la raifon que j'ai 
dite 5 & à caufe des maux que cette 
réfi fiance âuroit du eau fer. Madame 
de Chevreufe , qui depuis la Prifon du 
Prince avoit paru afTez attachée à la 
i Reine , 5< qui faifoit mine d'être x\mic 
du Cardinal , & de lui donner de fa- 
kitaires Av{s , lui confellla de s'éloî* 
gner pour quelque tems , afin de laifl 
fer palTer l'orage. Elle promit à la 
Reine ^ qu'elle travailleroîtàleracom- 

Teme IF^ C aiodec 



5 o. Mémoires pourfervlr 
i6ji, moder avec le Duc d'Orléans- , ôc 
qu'enfuite il feroit facile d'engager ce 
Prince à confentir à fon retour. Peut- 
ctre qu'elle l'auroit fait pout obliger la 
Reine , ôc même pour y chercher le 
plaifîr de l'Intrigue & de la Nouveau- 
té ; mais 3 avant que delà fervira^ par 
préférence à toutes chofes, elle vou- 
îoit voir les Princes fortir de Prifon , 
Ôc que le Mariage de fa Fille fe fit. 
C'eft ce qui Pobligeoit de prefTer fi 
charitablement le Cardinal de î>'cn al- 
ler. Madame la DuchelTe d'Aiguil- 
lon lui donna le même Confeil , ôc 
courroît le peu d'Amitié qu'elle avoît 
pour lui . du bien de l'Etat, difant au 
Cardinal qu'il merîteroît de cette Ac- 
tion beaucoup de gloire , fe facrifîant 
pour la Paix publique , Ôc pour le re- 
pos de la Reine. 

L'ame du Minîflre étant agitée de 
tant de trouble , pleine de tant de fu- 
jets de crainte , ôc touchée de tant de 
différentes paillons qui le travailloient, 
n'ofant ufer de remèdes extrêmes , 
choifit enfin , à ce qui parut , de s"'en 
aller au Havre délivrer lui-même les 
Princes. Il prit un ordre fecret de la 
Reine adrefTé à de Bar , par lequel elle 
lui ordonnoît d'obcïr ponduellement 

au 



a PHlfioire d'A'/ine (^Autriche, j r 
au Cardinal. Ce Miniftre crût peuc- ï(?5i 
être fe pouvoir rendre le Maître de ieui: 
Prifon pour les y retenir y ou qu^en ou- 
vrant lui-même la porte il feroic fon 
accommodement avec eux , & que de- 
vant compter la Reine pour beaucoup 
ils voudroient fe remettre de Ton côté ; 
mais > il fut trompé en tout ^ & il con- 
nût que les grâces , qui fe font par for- 
ce 5 n'obligent point ceux qui les reçoi- 
vent. Le Cardinal communiqua fou 
deiïèin à la Pleine. Elle y confentît , 
parce qu'il étoit difficile que le regar- 
dant comme un Miniftre fidele,le feul 
qui fut dans les intérêts , & qui lui pa- 
roififoit defirer le plus (încerement le 
bien de l'Etarjelle ne pût éviterde fuivre 
fes fentimens jmaiSi de la manière qu'- 
elle me fit l'honneur de m'en parler^el- 
le me fit voir , fans s'expliquer entière- 
ment, qu'elle ne Tavoit pas approuvé. 
Elle crût de plus que ce voyage pour- 
roit avoir de facheufes fuites. Les vou- 
lant évîter,elle & fbn Miniftre jugerenc 
qu'il feroit avantageux au Service du 
Roi de le tirer de Paris , & à elle de le 
fuivre ; & par leur retraite commune 
échapper aux trahKbns des Factieux. 
La Reine fut perfuadée qu'étant hors 
de cette confufion , elle pourroit avec 

C % fes 



5 2 " Afe moires poHr fèrvîr 

]6j i. Tes Armes ôc les Clefs du Havre , dont 
elle croioic être encore la Maîtrefle , 
remédier à des maux qui paroi (ïbienc 
la devoir accabler j mais ^ félon ce que 
j'en peus juger , fes vues ne furent pas 
des réfolutions , parcequ'elle ne pou- 
voît pas agir fur un fondement certain; 

6 5 G dans ce tems-là elles ont été fai- 
tes 5 du moins elles n'ont point été 
feues ; mais, à la vérité , la Reine en a 
été fortement foubçonnée : dans cette 
extrémité , les dIus extrêmes réfolu- 
tions fe dévoient prendre. 

Le Cardinal étant donc réfolirte 
partir , il vint chez la Reine le (ôir de 
ce jour fixieme de Février. Elle lui 
parla long tems devant tont le monde , 
dans la créance que vrai fcmblablcment 
ce fcroit la dernière fois qu\4le le ver- 
roit. Nous 5 qui étions préjfentes à 
cette Conférence , Ôc moi comme les 
autres 5 ne pûmes apercevoir aucune 
altération dans fon vifage. Sa gravité 
ne l'abandonna point. Son Cœur ^ qui 
étoit touché fans doute, de colère , de 
haine , de pitié , de douleur , & de dé- 
pit j ne laifla rien voir au dehors de 
tous ces fentimens , ôc jamais je ne 
'l'ai vue plus tranquille qu'elle le parût 

alors 



à rniflolfe d'Anne d'Autriche, f^ 
dors. Le Cardinal étant enfuîte de- 1651 
meure au Confeil , qui entretenoît la 
Reine de Tes malheurs , l'Abbé de Pal- 
luau 5 Ton Maître de Chambre , lui 
vînt dire que dans les rues le Peuple 
paroiflbit fort emû Ôc qu'on crioic par 
tout , Aux Armes. Comme fon def- 
fein étoit de s'en aller , il prit dès le 
moment congé de la Reine , fans té- 
moigner de le prendre , de peur de 
marquer aux Spectateurs ce qu'il no, 
vouloir pas qu'ils fçufTent. Quand il 
fut dans Ton Appartement , il fe vetic 
d'une Cafaque rouge , prit un Cha- 
peau avec des plumes , 6c fortit à pied 
du Palais Roial fuivi de deux de ies. 
Gentilshommes. Il alla par la Porte 
de Richelieu 3 où il trouva de Tes gens 
que Pàttendoient avec des Chevaux , 6c 
delà il alla pafifer la nuit à Saint Ger- 
main. Son premier deflein fut de for- 
tir par la Porte de la Conférence ; 
mais , il eut avis qu'on avoit voulu . 
tuer de fes Domeftiques devant le lo- 
gis de Mademoifelle , qui logeoit aux 
Tuilleries ^c cette rumeur l'obligea de 
fuir par le plus court chemin. Déjà 
le bruit étoit répandu par tout , qu'il 
devoit partir , fans pourtant que l'on 

C 5 fçu^ 



54 Mémoires four fervlr 
i6<t, ïçut au vray s'il le feroit ^ ni quel 
etoit fon defTcîn, 

Le Cardinal connut alors que la 
Princeffe Palatine lui avoitdit vrai, & 
qu'il avoit eu tort de ne la pas croire, lï 
lui écrivît de Saint-Germain, qu'il Ta- 
vertifToit qu'il alloit faire fortir les 
Princes, ôc que félon cette promelïe 
qu'il lui faifoit,il lui dcmandoit qu'elle 
lui tint Iaparo!e qu'elle lui avoit don- 
née , de l'obliger en ce qu'elle pour- 
roit 3 ôc de s'attacher à la Reine y lors- 
que le Prince de Condé feroit en liber- 
ré. Elle lui avoit toujours fait dire , 
qu'elle s'étoît engagée de fervir les 
Princes ; mais , que n'aimant point les 
Frondeurs , lorfqu'elle feroit iatisfaite 
par l'heureufc fin de fa Négociation ^ 
Ton feul defir étoit d'entrer dans les in- 
térêts de la Reine , & de fe lier entière- 
ment à elle. Le Mînîllre n'oublia rien 
pour l'engager dans fon Parti : il Jui 
fît offrir de dignes recompenfes des 
foins qu'il fouhaitoit qu'elle voulût 
prendre de fes Affaires , ôc particuliè- 
rement la Charge de Sur-Intendante 
de la Maifon de la Reine future. 
N La PrincefTe Palatine , par qui j'aj 

été inftruice du détail de fa conduite 

ac- 



' à VHtfioire à' Anne à Autriche. 5 5 
accepta ces avantages. Elle vouloic iG 
s'établir par la Reine , de qui feule el- 
le pouvoir recevoir des grâces propor- 
tionnées à fa NaifTance ;, & à fa Gran- 
deur. En fe procurant du bonheur , 
elle fauva la Reine & lui donna le 
moyen de foûtenir le Cardinal. Cette 
Princeffe adroite & habile , qui avoît 
alors la confidence entière des deffeins 
des Princes & des Frondeurs , fe gou- 
verna fi judicieufement qu^elle les rom- 
pit quafi tous. Elle ralentit d'abord 
l'ardeur impetueufe des Frondeurs , & 
fit naître enfuite des dégoûts pour eux 
dans Tefprit du Prince de Condé , qui 
firent changer les intérêts , ôc les fcn- 
timens de tous les Adeurs. 
" La Reine j après que le Cardinal fut 
parti , demeura le reftc du foir à s'en- 
tretenir de chofes iudifFerentes. Elle 
parut la même qu'elle avoit accoutu- 
mée d'être. Ceux qui l'obferverent , 
& nous-mêmes , en furent étonnés 5 
car , il étoit împofiSble d'attribuer fa 
confiance à fon infenfibilité. Aufli , 
doit-on dire à fa loiiange , pour fatis- 
faire fimplement à la vérité, que dans . 
toutes les grandes occafions , nous l'a- 
yons toujours vue recevoir d'un vifage 

C 4 égal 



^€ Jkfemoires pour fervlr 

1 ^ J î » ^S^^ '^s peines qui font accoutumées; 
de troubler tons les aiuires. 

Le lendemain , comme j'approchai 
d'elle 5 je lui demandai en lui baifant la^ 
main , comment elle iè poreoit. Elle 
me dit , Fopu le pouve'^juger vous me- 
me. Et , fe confiant affez en moi pour 
me montrer (înccrement quelque cho- 
fe des fentîmens de Ton amc , elle me 
^x. entrer dans Ton Oratoire , & me- 
commanda d'en fermer la porte.. 
Alors 5 nvétant jette à fes pieds , elle, 
me fit l'honneur de me dire , Que dl' 
tes vous de l'état ou je fuis r* Je lui ré- 
pondis ,Je dis y Madame ^.qu il efl 
ejfroiaMe , & que vous avez, hefoîn d'u^ 
ne gra?7de Grâce de Dieu , & d'une 
extrême Sagejfe , four vous en tirer. On 
vous arrache un Ministre ^ar force : c*efi 
une marque de lafoihle^e de votre Au^ 
torltéy& que peut-être fi vous r endu- 
rez. , cette violence pourra la détruire 
tout-à-falt, Aldls Madame , lui dis- 
jc , pardonnez, - mol fi je vous dis 
OHjfi , dans la feule vue de vos intérêts , 
ijjue Aïrje Cardinal alant , de l'Avis 
des plus Sages , manqué de Conduite en 
beaucoup de chofes , ceux qui vous font 
jideks font bien fâchés de voir que vou^ 

fonf- 



àr Hlflolre â'Anne ^Atitrlche. 57 
foujfrlés de [es fautes , oh de fort mal- 16^1 
heur : & je ne fç^l f unijornmc cholfî 
•par vous même , & détaché de toutes 
ces Caballes , qui vohs font od'eufes , 
m vous ferolt pas plus mile , dans des 
tems comme ceptx cl , oh vous avez, 
bien befoln de Confill, Penfez^y hlenyMa^ 
dame , lui dis-je 5 car , pour mol ^ 
comme je ne fuis pas capable de décider 
de ces chofes , tout ce que je puis dire 
à F'otre Majefïé , cef; que je fnls prête 
de la fervir fidellement en tout ce qu el- 
le me commandera, y aurai Pour fes 
volontez une oheljfance toute entière : je 
fuis toute à elle j & quoique Air, le 
j Cardinal m^alt toujours maltraitée ,& 
qull ne m'ait jamais fait de bien con- 
fidérable , Votre Majefié fe peut affurer 
que lui devant tout k elle , je ferai à 
fa feule confédération tout ce qui me fera 
Pojfible pour la fervir. Pendant que je 
lui parlai :, elle m'écouta toujours avec 
une grande application. Elle me ré- 
pondit ^ Vous avez, raifon fur tout ce 
que vous me dites ; mais , il efl ajpz, 
difficile de trauver cet homme defi-ntê- 
reffé , qui ne foit de nulle Cahalle ,&' 
dlfcerner ce qui me convient. Ne le 
foHvant pas juger moi -même- , je crol 

C J que 



5 8 Mémoires pour fervlr 

16^1, que je fuis obligée de dejfendre un IUl- 
râftre que l'on mote par force, J'ejpe- 
re toujours que Dieu anra pitié du Roy , 
dr quîl ne vjudrd pas abandonner fin 
innocence, ni le faire fouffrlr de mes 
malheurs , & de ceux du Cardinal, Je 
fçay y comme vous dîtes , qull a des dé- 
fauts y ér quil a fait beaucoup de fau» 
tes. Je fçay auffi quîl a certainement 
de très-bonnes intentions , pour le Servie 
ce du Rot & le mien ; qull a ghrieu- 
fement conduit fis Affaires , Iwfquon 
l'a l ai Jfé faire ; que les cinq premières 
Années de ma Régence , ont été heur eu- 
fis '-, et qu ayant été trahi de ceux qu'il 
^La a obligé "^ y il efi difficile que cette inl- 
•*^^^"^ quiié ne lui foît nuifible \ & cela, me 
parler fi^^^^^ s m'oblige d'en avoir plus dâ: 
au Ma\P^^^^' Apres ces paroles 3 étant tom-. 
lêchal bée dans une profonde rêverie 5 elle y 
àt Vil demeura quelque tems^ puis me die , 
'' J^ ^^ veux plus parler fur ce Chapitre ; 
car je craindrais me fouvenant de /V- 
tat ou je fuis d'être trop folble^ Et 
pour vous y me dit cette grande Prîn- 
ceiTe 3 ]'avou'é que le Cardinal n'en a 
pas ajjez. bien ufé avec vous ^ maïs , je 
"VOUS fiay un fort grand gré d'en agir 
C9mrm vçmfét§i i.c.efi um marque ds 



à VHlfloire à* Ame d'Autriche, $ 9 , 
là bonté de votre cœur^ dont ]Ay ton-- 16 j il. 
jours eu bonne opinion j & je me char^ 
ge de lui mander , que vous méritez. 
plus que ce que vous avez,. Elle le fîc 
en e&c ; car le Cardinal le die alors 
à quelqu'un de mes Amis. Comme je 
ne m'aydai pas , & que je me contentai 
de bien faire ^ fans m'en faire valoir au- 
près de lui 5 il fe contenta aufïi de me 
faire de grands complimens , & de 
grandes promefïes , qui m'ont été fore 
inutiles. 

Tout ce jour y la Reine fit bonne 
mine , & demeura tranquillement au 
Cercle, avec les Princefles qui vinrent 
Ja vifîter. Le foir , étant dans Ton pe- 
tit Cabinet avec fa Cour ordinaire , 
après avoir long-tems écouté Nogcnt y 
qui entretenoît la Compagnie de ces 
mêmes faribolles qu'il avoir acoutumé 
de dire , la Reine , me faifant figne de 
m'approcher d'elle , me dit tout bas , 
y avoué que ce que me dit aujourd'hui cet 
homme , me paraît plus ridicule qu'à 
l'ordinaire : ôc après avoir un peu rê- 
vé , elle continua , & me ûz Thonneur ' 
de me dire , Je voudrlos qullfut toM--. 
jours nuit , car quoique je ne ppiijfs 
. dormir ilefiknçç & la foUtude me plal- 

G ^ fenty 



€o Mémoires pour fervlr 

i(jAiifi^^^ 5 pfircequs dans le jour je ne f a^' 
que des gens qui me trahîjfent. 

Quand on Içut dans Paris que le. - 
.^ Miniftre étoit parti ;, cjuil étoic à St. 

Germain, & qu'il pouvoit aller au Ha»- 
vre où étoient les Princes y l'înquiétu- . 
de fut grande dans tous les Partis,^ 
On crût qu'il ail oie refférer les Portes 
de leur Prifon ; ou , qu'il ne les ouvri- • 
roit , que quand il auroit une certitude 
eiitierc de l'Amitié du Prince de Cou- 
dé , &; dans le ccms qu'il pourroit \m 
en être obligé. Par cette raîfon , tous . 
les intérefTez au retour des Princes réfcif- , 
lurent de prelîer d'avantage la Reine. ^ 
Ce même jour , cette Princeife avoit 
envoie le Maréchal de Villcroi , &le 
Garde des Sceaux , avec le Tellier , 
prier le Duc d'Orléans de venir au , 
Confcil j mais , ce Prince par l'Avis du . 
Coadjuteur n'y voulut point aller , & 
s'excufa \ dlfant , qu'il n'y pouvoîc 
avoir de fiireté pour lui , que premiè- 
rement il ne vît les Princes fortis da 
Havre. La Reine y envoia tout^ de • 
nouveau , S^ lui écrivit de fa main , 
pour l'en convier ^ s étonnant de ne le • 
point voir après ce qu'elle vcnoît de 
faire à fa ç onûderatîonjmais^il demcti- 



à T Hlfloîre d'Anne- d^ Autriche, 6 1 
ra ferme dans fa première réfolution , î Cj-i i 
& dit qu'il n'y reviendroic point, 
qu'il n'eut une. fureté entière , tant fur 
la Liberté des Princes , que fur réloî- 
gneraent du Cardinal , qui ne paraif- 
ioit pas être banni pour jamais. 

Le Parlement avoir député à la Rei- 
ne- , pour la remercier de Péloîgnc- 
mentdu Cardinal , & pour la fupplier 
de donner promptemcnc fes ordres 3 
pour la fortic des Princes.. Elk leur 
répondit 5 qu'elle étoit toute difpofée 
à cela ; mais , que premièrement 
elle vouloir conférer avec Monfieur 
le Duc D'Orléans fur cette Affaire , , 
chez elle , chez lui , ou en lieu neu- . 
tre; ne trouvant pas jufte qu'il refufât . 
de venir prendre fa place au Confeil ^ 
après ce qu'elle vcnoit de : faire poiir 
lui.' 

Le jour fuivant, té Piarîemcnt é- 
tant. alTemblé , le Premier Préfîdcnt 
rendît compte à fa Compagnie, en. 
préfehce du Duc d'Orléans , de ce • 
que la Reine lui avoir dit. Ce Pdn- 
ce lui' répondit qu'il nétoît point né- 
cefTaîre qu'il arlât au .Palais Royal $ , 
pour dire fon Opinion fur la fortîe 
■de^, Pnnç^S'5 puifq«'ii n'a voit lien à i 

CL 7 dire,- 



6z Jliêmolres pourferw 
ï6ji, dire que les mêmes chofes qu*ll avoîc 
déjà dites > qu'il étoîr prêt de confcn- 
tir à leur liberté , Se que Ton defTein 
étoit d'éloigner entièrement le Cardi- 
nal des Confeils du Roy ; qu'en ces 
deux points confilloit le repos de TE- 
^ tâz^ôc CsL propre fatisfadion j que la 
Reine fe mocquoît d'eux , quand elle 
leur promettoit l'un de l'autre , & 
qu'elle avoit feulement changé la de- 
meure du Minîftre du Palais Royal au 
Château de Saint Germain ; qu'il gou^ 
vernoit de ce lieu comme dans le tems 
.qu'il étoit auprès d'elle j qu'il falloir 
chaffer fes Créatures , fes Nièces , ôC 
fon Neveu , qui étoient demeurés à 
la Cour ; que leur prcfence faifoit ai- 
fez voir , que l'intention de la Reine 
étoit qu"*il revînt , ôc qu'elle ne vou- 
loit point faire fortîr les Princes de 
Prifon. Il y eut grand bruit au Pa- 
lais. Plufîeurs avis furent contre le 
Cardinal : quelques-uns voulurent que 
l'on décrétât contre lui , fes fauteurs 
& adhérans , 6C ceux qui Tavoienc 
fuivi. Le Duc d'Orléans s'y oppofa > 
di(ant que cela n'étoit pas jufte ; que 
fes Amis étoient loiiablcs de l'avoir 
£4ivi y de en avoicjit ufc en Gens 

d'hoîx-^ 



à VHiffoîre d'Anne d'Autriche 6 y 
d'honneur. Quelques autres vouloient i6j i,,. 
qu'on allât faccager fa maifon , & 
qu'on le déclarât Perturbateur du re- 
pos public. Des - Landes - Payen fut 
d'avis de deffendre pour jamais aux 
Cardinaux l'adminîftration des affai- 
res d'Etat 5 vu qu'ils avoîent juré de 
promis fidélité au Pape , ôc qu'ainfi ils 
ne pouvoient pas fervir à deux Maî- 
tres. Il y en eut qui allèrent jufqu'à 
cette înfblente tyrannie de deffendrc 
tous Favoris en France ; ce qui tenoîc 
un peu du ridicule. Le Duc d'Or- 
léans répondit fagement , difant qu'ils 
étoient tous fujets du Roy , ôc que 
quoyqu'il le fût en un degré plus 
éininent que les autres , il étoit pour- 
tant un de ceux qui lui dévoient obeïr 
en cette qualité , ôc qu'il n étoit pas 
jufte qu'ils donna{fent des Loixà leur 
Souverain. Il ajouta ces belles paro- 
les : Véritablement , il fer oit à fouljaiter 
que les Roys ri eu(fent jamais de Favoris i 
mais y nous ne devons fas les empêcher 
par force, La modération de ce Prin- 
ce les rendit plus humblesc II fut ar- 
rêté que les gens du Roi iroient trou^ 
ver la Reine, pour lui faire de nou-» 
vellcs Inftances fur k forcie des Pxin* 

ses-- 



6 4 Mémoires pour fervlr 

iG^ji. ces & l'éloignemcnt da Cardinal. 

Les Princes / Ducs & Pairs , Ôc 
Maréchaux de France , s^afTemblercnc 
par l'ordre de la Reine , pour avifer 
aux moïens de remédier à ces defor- 
dres. La Reine , leur difant Tétac où 
ellcécoic, ôc comme elle avoir éloi^ 
gné le Cardinal, pour complaire au : 
Duc d^Orleans , exagéra , avec des pa- 
roles pleines de douceur ôc d^honnéte- 
té, le peu de fatîsfadion qu'elle re- 
cevoir de Ton procédé. Elle leur de- 
manda Confdl fur ce qu'elle avoir à . 
faire , Ôc lear témoigna vouloir pren- 
de confiance en leur fidélité. Ils ré- 
folurent de députer quelques - uns 
d'entre eux vers le Duc d'Orléans , 
pour le convier de revenir au Confeil , 
ôc pour lui répondre en Corps de la 
part de la Reiiie de la fureté qu'il y 
trouveroit pour fa Perfonne. Cette • 
précaution étoit neceiïaire , pour raf- 
fûrer ce Prince, qui avoir lieu de 
craindre, qu'en travaillant à la Liber- 
té d autrui il ne perdit là fîenne. 

Le Duc d'Elbcuf, portant là paro- ' 
îé, fut maltraité par le Duc d'Or- - 
Icans. Il lui dit, ^fte cela étoit joli,, 
dçvQÎr qH*U étm contre le Carâind' , 

quandii 



a l^Hlftolre à' Anne d* Autriche . 6 f 
^uand lui en avolt été le ProteEleur \ & i ^ j j , 
quà préfent qu'il s'étoit déclaré fin En- 
nemi , il fut four lui i Si le. fit taire 
avec affez de hauteur : Madame lui 
dit 5 quelle êtolt au defejpoir qu'il fut 
du Sang de Lorraine , & lui parla avec 
un grand relTentimcnt de fa conduite. 
Enfuîte de cette réprimande j le Duc 
d'Orléans s'adrefTa aux Ducs de Ven- 
dôme & d'Epernons, leur die , qu'il 
ne pouvoit aller au Palais Royal fans 
y conduire les Princes. 

Sur le fôîr de ce même jour , les 
Gens du Roy étant venus trouver la 
Reiene, pour lui repréfenter ce que le 
Parlement avoir arrêté , elle leur pro- 
mît pofîtivcment la fortie des Princes , 
& leur dit que puifque le Duc d'Or-^v 
leans ne voutoît pas îa voir , elle en- 
voïeroit le Garde Sceaux conférer 
avec lui de ce deffein. Cet homme , 
qui fe voïoit alors dans la Place de 
Premier Minîftre qu'il avoit tant foUr 
haitée, pour empêcher, à ce qu'il 
difoit , les furiéufes Réfolutions du 
Parlement, conleilia à la Reine de 
leur promettre Péloignement du Car- 
dinal, fans efpérance de retour.. Ij- 
tuî die qu'elle devoit faire paroître 

que. 



66 Afe??zolres pour fervlr 
i(?/i.que cette refolution vcnoît cîe (on 
propre mouvement. Elle le fît , pour 
le tromper lui-même : & lui aufïï de 
fbn côté trompoit la Reine à Ton tour. 
Il vouloît qu'elle s'engageât publique- 
ment à ne plus rappeller Ton Mîniftrc j 
fçachant bien que fur les paroles de 
cette Prînce(re le Parlement ne man- 
queroit pas de fe déchaîner contre lui. 
Alors 5 le Cardinal envoya fupplier la 
Reine , de faire fortir Tes Nièces & 
fon Neveu de Paris. L'Abbé Onde- 
dei les mena à la Maréchale d'Ho- 
quîncourt j 6c cette Dame les mena 
à Peronne j après qu'elles curent 
été cachées quelques jours dans la 
chambre de Madcmoîfelle deNeuïI- 

l^e ^ lant devenue* Madame de Navailes , 
Fèytier. mais dont le Mariage n'étoit point dé- 
claré. 

Le jour d'après 5 les Gens du Roi^ 
ayant fait leur relation au Parlement , ^ 

^ le Duc d'Orléans accepta la conferen* '* 
ce avec le Garde des Sceaux, ^lesaffû- 
ra qu'en deux heures avec luijtoutcs les 
chofes nécelTaîres feroient expédiées,^ 
que même laDéclaration touchant l'in- 
nocence des Prifonnîers feroit drelTéc. 
Toute la Compagnie fe rcpofa fur la 



à VHifiolre d'Anns (^Autriche, Gj 
parole du Duc d'Orléans \ &C la Rci- 1(^51, 
ne 5 paroifTant vouloir abandonner le 
Cardinal , ils furent tous d'une voix 
à donner un Arrêt contre lui , qui 
portoit, 

" Qii'en conféquence de ladite ^. 
» Déclaration , ôc volonté du Roy 6c 
>' de la Régente , dans le quinzième 
» du jour de la publication du prc- 
" fent Arrêt , ledit Cardinal Mazarin^. 
" fes Parens ôc Domeftiqucs étran- 
" gers 5 vuideroient le Royaume de 
" France , Terres 3c Place:> de TO- 
" beïflance du Roy ; ôc faute de ce 
faire , ledit tems paffé , feroit con- 
tre eux procédé extraordinaire- 
ment, permis aux Communes Ôc 
*' tous autres de leur courre fus 5 fana 
qu'ils puifTent revenir pour quel- 
ques prétextes , caufes , emplois , 
*' ôc occafîons que ce foit : Ôc dcfFen- 
" fes faîtes , ledit tems palTé , à tous 
" Gouverneurs de Provinces , Maires 
" ôc Echcvins de Ville , de les rece- 



» 



if 



" voir. 



» Fait au Parlement ce neuvième 
w Février 1651. » 

Pendant toutes ces Difputcs , les A- 

mia. 



é8 JMemolres four fervlr 

i^jr.Amîs des Princes n'étoienc pas con* 
tens. Ils appréhendoient toujours les 
artifices ôc la mauvaife volonté du 
Coadjuteur. Arnaud ^ ce même jour , 
me vint voir , le foir fore tara >_pôur 
n^e prier de parler à- la Reine , & de 
lui dire jque plus elle rctardbît de plus 
elle engageoit Mr. le Prince avec fcs 
Ennemis. Je lui en parlai ; mais , com- 
me elle avoic pris fa Réfolution avec 
le Cardinal , rien ne la pouvoit faire 
cBanger.La Princeiïe Palatine ralTûroit 
ceux qui étoient du Parti des Princes >. 
quis'inquiétoient de Te'tat incertain où 
ils étoient. Elle avoît fa promeflTe de 
celui 5 qui apparement étoit le Maitrc 
de leur Prifon. Elle etoit en couche, 
quand; toute cette Négociation fe fit j 
ëc 3 malgré fes délicatefTcs, elle ne laif-' 
foît pas de conférer avec tous ceux , 
qui avoîent bcfbin de parler à elle. Les 
Frondeurs , dans ce commencement , 
voulurent pouffer la Reine àPextrémî- 
té î mais ^ cette Princelfe , leur Amie 
en apparence 3 fur la parole du Cardi- 
nal arrêta leur mauvais delTeiuj&difoic 
aux Créatures du Prince de Condé en 
qui elle s'intéreffoit véritablement, 
^l'il falioit fe fervir des Frondeurs , 

fans 



à T Hijlolre â*Ame d'Autriche, 6^ 
fans entrer dans leur paffion ; & qu'ils 1 6^ ï, 
feroienc de fort Méchants Maîtres , 
s'ils le dcvenoient tout -à- fait ; que 
rintéret de Mr. le Prince étoît fort 
contraire à cela -, ÔC qu'il falloir tenir 
les chofcs en état , qu'à Ton retour il 
fur en pouvoir de choifir le parti qui 
lui plairoit , ÔC même de dominer les 
autres. 

La Reine , fe voiant trahie de tout 
le monde , fe réfolut de prendre con- 
iiancc en Senneterrc , Comme elle fca- 
voit qu il etoit de mes Amis , elle me 
ht riionncur de m'en parler 3 & de me 
demander Ci elle en pourroit cfpércr 
des Confeils defintérclfés. Je lui dis y 
ce qui croît vérirable , qu'avec l'cfpric 
ÔC la capacité qu elle lui connoiiïoir ^ 
fa finelTc lui étoir alors necclfaire pour 
la conduiredans le pas douteux où elle 
étoir. Il avoir toujours paru Ami du 
Garde des Sceaux de Chateauneuf ^ 
ÔC du Maréchal de Villeroi , la Reine, 
par conféquent , doutoît de fa fineffc ; 
mais , je fçavois qu'il n'avoir point de 
parr dans leurs Inrriguesparriculicrcs, 
&: qu'il fe mocquoît aflcz fouvenr de 
leur conduire. Je le dis à la Reine ; 
6: fur cerre affùrance ^ elle me corn- 

mandaj 



70 A'femolres pour fervlr 
lé^î, manda' de lai parler. Il reçût avec ref- 
peâ: la part qu'elle lui vouloit donner 
dans fa confiance ; mais j^'ofe dire que 
ce nefutpas fans de grandes réflexions 
ni fans craindre de parrîciper aux 
maux dont elle étoit menacée : & , je 
vis clairement qu'il n'eut pas été bien 
aife d'attirer fur lui les loupçons du 
Duc d'Orléans, Il me donna d'abord 
des Mémoires pour donner à la Reine, 
ou il lui donnoit des avis fur fa con- 
duite. Il la vit aufîi quelques fois , ôc 
eut de longues Conférences avec elle j 
mais 3 il y obferva toujours des mode- 
rations extraordinaires, dç telles que 
j'en fus étonriée. La faveur des Rois 
n'efi; defirée parles Ambitieux, que 
quand ils en peuvent efpererde grands 
biens. Leur Couronne , ôc les avan- 
tages qu'ils ont reçus de Dieu , par 
l'élévation de leur naifTance , ne les 
rend confiderables aux hommes qu'au- 
tant qu'ils ont de pouvoir de les élever, 
ou de les détruire. 

Quand ces importunes Harangues du 
Parlement venoient tourmenter la Rei- 
ne j j'alloîs vifiter le Premier Prefi- 
dent , pour le confulter fur les intérêts 
de cette Princeflè , & fur fa conduite ; 

cac 



à l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche. 7 i 
car le Marquis de Sennctcrre, félon ii^ji. 
cette dilcrction politique dont je viens 
de parler 3 ne vouloit pas aller fouvent 
chez lui 5 de peur d'être remarqué. 
Ce grand MagUtrac n'aimoit pas les 
Frondeurs : il donnoît toujours quel- 
ques avis à la Reine propres à la dé- 
fendre de la perfecution ; èc , en faveur 
de ces petits fecours , elle pardon- 
noit fes fautes. Mais à l'égard des 
autres , elle avoit une peine extrême 
de fe voir trahir de ceux dont elle étoit 
forcée de fe fcrvîr. Par cette même 
raîfon, cUerccevoit un grand foulagc- 
ment de ceux en qui elle croyoit pou- 
voir trouver quelque fureté. 

Parmi tant de confufions, il arriva 
que le Duc d'Orléans crût que la Rei- 
ne vouloit fortir de Paris , & mener 
le Roi avec elle. "La vérité j qui fe 
fait fentîr^ lui avoit infpiré cette crain- 
te; &3 félon ce que j'en ay déjà die, 
peut-être qu'elle n'étoit pas foupçon- 
née fans raifon. Il étoit a(fcz vray- 
femblable , qu'en l'état où elle étoit > 
elle devoit fouhaiter de fe voir hors de 
la Tyrannie de tant de gens , qu'elle 
rcgardoit comme fes Ennemis. Ces 
mêmes Ennemis néanmoins , c'eft-à- 

dire 



7 1 J^e moires pour fervlr 

^ ^- j^ dire le Garde des Sceaux de Chateau- 
neiif , le Maréchal de Villeroi , ôc 
quelques-uns de la Caballe des Prin- 
ces prétendirent en cette occafion 
avoir empêché Is Duc d'Oleans de 
prendre contre elle des réiolutions ex- 
trêmes. Ils ne fe vantoient pas à faux ; 
j'en eus alors quelque connoî (Tance : 
6c on m'aiîura qu'au Luxembourg 
d'étranges Proportions avoient été 
faîtes contre elle, 
La nuic La nuit du neuvième au dixième , 
^" ^ ^^^ la Reine avoit fai t dcfTein de fuir cette 
^^■^ ' grande Ville , ou autrefois elle avoit 
joui de tant de douceurs , ou elle avojt 
été 11 aimée ^ &ou pour lors elle gour 
toit tant d'amertumes. Le Duc d'Or- 
léans dit tout haut qu'un à^s Premiers 
Officiers du Roi l'avoit averti d'y 
♦On en P^^"<^J^c garde j"^ 6c publiant fa crain- 
foup- te 5 il l'imprima bien vite dans Tame 
çonna de tous les autres. Les Parîflens font 

IcMare- ^{Xe^ aifés à s'émouvoir fur la peur 
chai de j.i /-, . j 11 r 

V licroi ^^ lis ont toujours de perdre la preicn- 

& d'au- ce du Roi. Cette nouvelle donna auf- 
tres au- /i-tôt l'alarme à toute la Ville, <Sc cette 
^\ alarme eut de trcs fâcheux effets con- 
tre le repos de la Reine. Le Duc 
d'Orléans fe voulut fervir de la fraïeur 

du 



a VHlfloire d'Anne d'<ty^utrtche. 7 5 
du peuple pour faire prendre les armes i ^j i. 
aux Bourgeois ; car , il avoir un grand 
intérêc d'empêcher que le Roi ne fortic 
de Paris. 

Le bruit & le défbrdre fut grand , 
^ la Reine voyant cette émotion pu- 
blique , qu'elle ne vouloît pas lailTer 
augmenter fous aucun prétexte ^ fie 
promptement expédier les ordres pour 
la fbrtie des Princes. Elle envoya la 
Vrilliere , Secrétaire d'Etat y les porter 
lu Havre , 6i Comînges avec lui, 
pour féliciter les Princes de fa part. Ce 
Traité ayant cté fait dans ces momens 
où il ne paroilToit plus c/i la Reine 
aucune liberté de ne le pas faire , ne 
put produire non - feulement aucune 
gratitude ; mais, il falloit alors l'expé- 
dier pur & fimple , 6c perdre les avan- 
tages 5 que le Garde des Sceaux, corn- 
me habile homme , auroît procuré au 
Roi, par celui qui avoir été projette 
par lui , du confentement du Duc 
d'Orléans. Le Duc de la Rochefou- 
caut accompagna cette Ambaffade. 
A.rnaud y alla , chargé des compli- 
mens du Duc d'Orléans , & de Mada- 
me. Le Préfident Viole y fut de la 
part du Parlement j & Champlât^eux, 

Toms m D FiU 



74 Mémoires pour frvlr 

J ^Ji. Fils du Premier Préfidcnr 5 comme fer- 
viteiir du Prince deCondé, fie volon- 



tiers ce voyage. 



Le Duc d'Orléans voyant Comînges 
parti 5 fit mine de venir chez la Reine; 
mais , il s'arrêta tout court , fur l'avis 
certain qu'il cut^ que le Cardinal Ma- 
zarinétoit allé au Havre. Il s'imagina 
qii'il pourroit retenir les Princes en 
leur Prifon , malgré les efforts qu'il fai- 
foît pour les en faire fortir j ou bien 
qu'il les pourroir faire enlever. Cette 
apprehenfion avoît quelque vraifenv- 
blance; & même on n'a pas trop bien 
fçû quel avoit été le deffein du Cardi- 
nal : c'eft pourquoi le Duc d'Orléans 
crût 5 que fon falut coniîfloit en cela 
fcukmentjde travaillera retenir la Rei^ 
ne dans Paris ; Ôc , bien loindela venir 
voir , il redoubla fes inquiétudes & Ççs 
per récurions. Il manda à l'Hôtel de 
Ville 3 qu'il avoit des avis de tous 
cotez que la Reine vouloit s'en aller: 
il commanda aux Bourgeois de prendre 
les armes , de garder les portes ^ les 
avenues du Palais Royal ; & ils lui 
obéirent contre la défenfc qu'ils en 
avoient reçue de la Reine. 

Les rues furent auffi-tôt pleines de 

Bour- 



Bourgeois en armes , 6c pleines d*Ar- iej' k, 

ifanSj &de Pauvres , qui fouscrioient^ 

îHX armes, La Reine eue des avis , 

pie le Duc d'Orléans vouloic faire pis 

|ue de rempêchcr de farcir , ôc que 

elon toutes les apparences il vouioic 

ui enlever le Roi. Cette Princefie 

l'e'toitpas infenfible à fes maux, ôcil 

ft fort impofïible de Têtre en de telles 

ccafions 5 mais, elle lesfoûtint avec 

ourage , & tâcha d y remédier d'une 

lanière tout-à-fait cfti iiable. Elle 

nvoya quérir celui qui en abfènce du 

Maréchal de Grammont commandoit 

? Régiment des Gardes i elle lui or- 

onna de redoubler les Gardes ^ & de 

î tenir prêt félon le bcfoin Qu'elle 

lourroît avoir de lui» Elle avertit le 

etit nombre de Serviteurs qui étoient 

our le Roi ^ le Duc d'Epernon 6C 

lufieurs autres. Il eft à croire que 

)us fe feroient venus ranger aupre's 

elle Cl elle en avoit eu befoia j mais, 

ous ne les vîmes pas. Ceux , qui 

:oient au Palais Royal vinrent la trou- 

r 'y car , à l'heure que la Reine eut 

t avis , elle étoit au lit , & il étoit 

^jàprés de minuit. Madc moîfelle de 

eaumont ôc moi, qui avions tout le 

' D 2. jouï 



7 6 A^emolres pourfervir 
6j I. je ur été auprès d'elle, eûmes paît à fcs 
maux 5 ôc à toutes fes inquiétudes. Je 
crois que chacun trembloit; mais , 
pour moi , je fçay bien que j'eus une 
très grande peur ^ & que les chofes 
les plus funeftes me palTerent dans 
rcfpric 3 comme n'étant pas impofïî- 
ble qu'elles arrivaient : & tout 
étoit à craindre des Confeils vioicns 
du Coadjuteur. La Reine feule fai- 
foit bonne mine : elle difoit que ce ne 
fcroit rien 5 qui c'étoit une folle émo- 
tion du peuple , qui s'appaifcroir, ô< 
qui n'avoit nul fondement. Elle pro- 
refta à ceux qui éroient prefens, qu'el- 
n'avoit nulle envie de s'en aller , & 
leur dit à tous qu'elle promettoit vo- 
lontiers au peuple d'en donner telle 
certitude qu'on voudroit. En fouriani 
quelque fois elle difoit , que n'ayant ei 
nulle pcnfée de s'en aller , tout c( 
bruit ne lui faifoit point de penie ^ ^ 
qu'elle confentoit que les Portes de li 
Ville fuffent crardées avec toute la rL 
gueur qu'on y voudroit obferver. 

Ce que la Reine difoit à ceux qn 
étoient auprès d'elle ne faifoit nul cffe 
fur le Peuple , qui ne l'cntendoit pas, 
Le btjiiît augmentcit à tousmcmen 

daii 



à l'Hlfiolre d'Anne d Autriche. 77 
dans les rues , ^ l'horreur des ténèbres 165? 
le rendoit plus effroyable. Mademoi- 
felle de Beaumonc éc moi , pour re- 
connoître un peu ce que c'écoit , en- 
voyâmes nos laquais parmi les mutînr, 
pour écouter ce qu'ils difoîent. Ils 
nous rapportèrent qu'ils avoient vu 
deux Efcadrons de Cavalerie , dont 
Tun étoit arrêté à la Croix du Tiroir , 
diC l'autre plus proche du Luxembourg. 
Ils nous dirent aulîl qu'ils avoient en- 
tendu force cris de Bourgeois &: de 
Peuple 5 qui crioient qu'on vouloît en- 
lever le Roi 3 (Se qu'il le falloit empê- 
cher. Cette Cavalerie nous fit peur , 
& nous vimes bien qu'elle ne plaifoit 
pas aux plus vaîUans , non plus qu'à 
nous. Selon toutes les apparences , 
elle paroifïbît y être avec un mauvais 
deffein , ôc plutôt en volonté d'atta- 
quer que de fe deffendre. Nous avons 
fçu dépuis , que dans les premiers 
jours 5 le Coadjuteur propofa fouvcnt 
au Duc d'Orléans d'enlever le Roi , & 
de mettre la Reine dans un Couvent ; 
fa maxime étant celle de Machiavel , 
qu'il ne faut point être tyran a demi: , 
mais 5 la douceur naturelle du Duc 
d'Orléans corrigea fans doute ce qu'il 

D 3 y 



7 s H^émoh-es pmr fervlr 

i jr. y avoît de trop hardi & de barbare 
^ • dans l'ame du Coadjuteur ; & le Com* 

mandciir de Jars m'a dît dépuis que 
foa ami le Garde des Sceaux de Cha- 
teauneuf fit fon devoir fur de telles 
propoficions : comme homme de bien, 
il lui fut impoflîble de panicber à de 
tels fentlmens. 

Le Duc d^Orleans envoya de Sou- 
ches à la Reine la fupplier de faire cef* 
fer ce bruit. Il lui manda qu'il etoit 
au defefpoir de ce defordre, & plus 
encore de l'inquiétude qu'il jugeoît 
bien qu'elle en devoit avoir j que de 
tous cotez on lai donnoit des avis 
<][u'elle avoit eu le deffcin de fortir 
cette nuit , & qu'il ne pouvoît pas 
moins faire , que de dire aux Bour- 
geois de s'y oppofer. 

La Reine répondit à de Souches ^ 
que c'étoit fon Maître qui avoit fait 
prendre les armes aux Bourgeois , & 
que par conféquent il étoit le feul 
«qui pût faire taire le peuple ; que fes. 
frayeurs étoient mal fondées ; que le 
feul remède qu'il pouvoit apporter 
ctoit de protefler tout haut , & à tout- 
le monde , qu'elle n'avoic point eu la \ 
penfée dont on la vouloit foupçonner ;. 

que 



à tHiftoire d'Anne â* Autriche, 75? 
que pour marque qu'elle difoit la ve- i 65 i . 
rite 3 le Roi écoît couché y ôc Mon- 
fîeur de même , Ôc qu'ails dormoienc 
tous deux paîfiblement j qu'elle éiolt 
au lit j qu'il la voyoic peu en état de 
fortîr j & que pour plus grande (uretc,, 
& afin qu'il le pût témoigner au Duc 
d'Orléans , elle vouloir qu'il allât lui- 
même voir le Rot dans Ton lit , étant 
certaine que ce bruit ne l'éveiileroïc 
pas. De Souches alla chez le Roi ; 
ôc y félon le commandement qu'il en 
avoit reçu de la Reine ^ il leva le ri- 
deau de ce jeune Monarque , le regar- 
da long-tems dormant d'un profond 
fommeil : puis fortit du Palais Royal, 
entièrement perfuadé que la Reine 
n'avoît nul dedr de quitter Paris , 8c 
i^ue toute cette perfécution lui étoit 
itifcitée par ceux qui confeilloient alors 
fon Maître. Comme il étoit bien in« 
tcntionné, ôc qu'aifcmenton a compaf- 
fion de l'innocence opprimée ^ en re- 
tournant au Luxembourg il fît ce qu*il 
put pour appaiicr les Parifiens. It 
parloit beaucoup , Si par conféquenc 
il harangua le peuple qu'il trompa dans 
les rues. Il dit à tous qu'ils fc dévoient 
tenir en repos , qu'il venoit de voir le 



« 



^o Jiiemoires pour fervîr 

. Roî qui dormoît , & qu'il les confeit- 
^ ' loir de fuivrc Texeniple de leur Maître 
commun , qui pour lors ne penfoit à 
rien. Ils difoient qu^ils vouloient eux 
mêmes le voir. Il y en eut donc qui 
entrèrent jufque dans le palais Royal 
criant qu'on leur montrât le Roî , &C ; 
qu'ils le vouloient voir. La Reine le 
fâchant , commanda auiîi - tôt qu'on 
ouvrît toutes les portes , & qu'on les 
menât dans la Chambre du Roi. Ces 
Mutins furent ravis de cette fran- 
chife : ils fe mirent tous auprès du lit 
du Roi 5 dont on avoit ouvert les 
rideaux ; & reprenant alors un efpric 
V- d'amour^liiî donnèrent mille bénédic- 
tions. Ils le regardèrent long-tems 
dormir , & ne pouvoient alTez l'admi- 
rer. Cette vue leur donna du refpeâ: 
pour lui : ils defirérent davantage de 
ne pas perdre fa pré fence ; mais ce 
fut par des fentimcns de fidélité qu'ils 
le témoignèrent. Leur emportement 
celTa ; & an lieu qu'ils étoient entrez 
comme des gens remplis de furie , ils 
en fortirent comme des ilijets remplis 
de douceur , qui demandoient à Dieu 
de tout leur cœur qu'il lui plût leur 
conferver leur jeune Roi ^. dont la pré- 

fencc 



à iHlftolre à' Anne â^ Autriche,, 8 i 

fence avoic eu le pouvoir de les char- . 

*• 1051. 

mer, -' 

La Reine , voyant que ce Rcmcde 
reuflîfoic , envoya quérir deux Offici- 
ers de la G-irde Bourgcoife qui avoic 
été mife par eux auprès du Palais Ruîal. 
Elle leur parla elle mémeamiablemenr, 
& leur rendît compte de les intentions, 
fe tenant plus airùrée de les avoir 
auprès d'elle que les deux plus grands 
Princes du Monde qui auroient pu y 
être fans puilTance. Elle leur fit voir 
le Roi comme aux autres , & les en- 
voya par deux fois parler au Peuple. 
Ces deux hommes alloient crians dans . 
les rues , qu'ils venoient de parler à la 
Reine , qu'elle étoit dans Ton lit , que 
le Roi dormoit , 6c qu'il n'y avoic 
rien à craindre. 'Ces paroles dites par 
des perfonnes qui pouvoient les per- 
fuader , & qui étoient de leur Confrè- 
res 3 firent le meilleur effet du monde , 
& ils acheve'rent de pacifier celte gran- 
de rumeur. Un de ceux-là s'appelloic 
Du Laurier. La Reine l'avoit entre- 
tenu , & l'avoit fouvent appllé Air, 
Dh LaHrler. Il lui répondit qu'il avoic 
eu l'honneur de fuîvre lon^-tems la 
Cour ,^ Ô2 qu'il avoit été Laquais de 

D 5 feil 



8 i- Aiemolres fopir fervlr 

1.6 ju Ton Maître d^Hôtel , qu^il nomma ; 
~ mais dontfay oublié le nom. Cette 
reconnoillauce réciproque nous fit rire , 
de nous admirâmes avec quelle cordia- 
lité la Reine & Mr. da Laurier par- 
loienc enfemble. La nuit écoic af- 
fez avancée , 5c par la mîfericorde de 
Dieu 5 3c la lx)nne conduite de la Rei- 
ne , nos frayeurs commenccrenc à fe 
diffiper. Nous fongeâmes alors à nous 
aller repofer des fatigues que les 
malheurs de cette PrincelTe nous cau~ 
foienr. il étoit fête , Se il étoit déjà 
plus de trois heures du matin. Elle 
nous propofa de nous faire entendre 
fa Meife , avant que de nous aller cou- 
cher. Nous le trouvâmes à propos ; 
&, afin de paffer encore deux heures , 
le Commandeur de Souvré ôc Made- 
nioifelle de Beaumont , 3c quelques au- 
tres , fe mirent à jouer en prefence de 
la Reine. Pour moi , je m^endormis ; 
couchée fur foh tapis de pied , 3c la 
îêtc appuyé contre fon lit 5 car , je 
nen pouvois plus, A l'heure de la 
Mefle, la Reine fe releva, prît une 
irobbe, de chambré:, & pour recompen- 
ferceux qui Tayioent fi bien fecou rue. 
t41e ks meng; elle-même voir fon Ora- 

19m ^ 



à rHlfioîre d'Anne â* Autriche, S 3 
toire , éc les diamans qui enfermoient 1 6j i. 
(es reliques. Ces gens en furent ravis ôc 
clirem à la Reine qu'ils alloienc enco- 
re bien affurer leur Camarades , que 
leur bon Roi , Se leur bonne Reine , 
ne les vouloient point quitter. Ils nous 
dirent cnfuite^à Mademoifellede Beau- 
mont ôc à moi 5 de de bon fens, qu'ils 
s'eftimoicnt heureux de Te pouvoir 
vanter d'avoir été nécefTaircs trois 
heures de tems à la plus grande Reine 
de la terre. Ils difoient vrai , 6l leur 
prëfomption e'tôit jufte. 

On peut juger par toutes ces chofcs 
de l'érat miferable où etoit une Pnn- 
ccÇCc (î grande par fa naiiîance Se par 
le rang qu'elle tenoît dans le Royaume. 
Cette inquiétude lui dura quafi de Ja 
même forte plufieurs nuits. Se la chofe 
enfin fe termina en une*manîere de prl- 
fon 5 où le Roi Se elle furent arrcrés 
plus d'un mois fans pouvoir forrîr du . 
Palais Royal. Il y avoit dans toutes les 
rues de Paris des Corps de Garde , Se les 
portes étoîent fî bien gardées , qu'il ne 
îbrtoit perionne à pied ni en carofie,-. 
qui ne fut examinée , Se point de fem- 
me qui ne fût démafquéc , poux voir ii 
elle n'écoit point k Reine. 

U6 L^'>- 



§4 Afemoires poptr fervlr 

l(?/i. Les vives alarmes des premiers 
jours firent beaucoup de peine à la 
Reine. Sa Prifon , qui étoic plus véri- 
table qu^clle ne le paroilToic, ne lui 
étoit pas agréable ^ ôc fouvent elle di- 
foit en riant , qu'au moins fa Prifon 
étoic belle Ôc commode , puifqu elle 
Tavoîtaflez aimée autrefois pour croire 
qu'elle ne pourroic jamais y écrémai. 
Quand elle étoit feule, elle fentoîc in- 
finiment cette violence ; ôc un.foîr , 
que j'avoîs Thonneur d'être en particu- 
lier avec elle , ôc que je lui demandois 
il en effet elle avoir eu le delfein de 
forcir ce Paris le jour qu'elle en avoic 
cté foupçonnée , elle leva les yeux au 
Ciel y ôc liauiTant les épaules elle me 
iît l'honneur de médire fort librement. 
Ha ! Afadame de Mattevtlle , ou fuis- 
je 5 & ou. ne fer ois- je pas mieux ?- A 
votre avis , quel moyen de ne fe pasfok- 
halter aîlleursrVms s'humiliant devant 
Dieu 3 dit 3 . Fous le voulez. , Seîgneun 5 
(JT il vous faut obéir. 

Cette pérfécution alla fi avant> que 

îe Due d'Orléans envoya direà laRéî- 

ne,quil avoit continuellement Jes avis 

qi^'elIe.p^-eKaédicoitde s'en aller, quUl 

la; 



A-rHifiotre â*Anne d'Autriche, S / 
la Tupplioit de lui ôter cette înquiétu- i<$ji: 
de 3 6c de lai donner des afllirances du 
contraire j qu'autrement, il Teroit con- 
traint d'en prendre lui même ; voulant 
fc lailTer entendre^, qu il lui ôteroît le 
Roi : & véritablement ce fut un mira- 
cle de ce qu'il ne le fit pas. La Reine 
lui répondit qu'elle ne pouvoit lui don- 
ner de plus grandes alfùrances qiK fa 
parole : mais que s'il en vouloit d'au- 
tres , elle confentoit pour Ton repos 
qu'il envoyât de Tes propres Gardes 
coucher dans la Chambre du Roi. 

Pendant que la Reine étoit éxpofe'e 
aux infultes qu'on lui faifoit., les Nou- 
velles arrivèrent qu'enfin le Cardinal 
ctoit allé au Havre , & qu'il avoit ou- 
vert la porte à ces il lu lires Prifonniers, . 
En arrivant dans cette Place , il mon- 
tra l'ordre de la Reine à de Bar ;, donc 
voici les mots 5 écrits de la- propre 
main de la Reine» 

. Jidonjîeur de Bar, je z/ous fais celk— 
cl) pour vous dire 3 qu^vouséxécutiés 
p^nÙuellement tout ce que mon Coujîn ^ 
le Cardinal AiaXarln vous fera fçavoir 
de mon intention touchant la Liberté de 
mêi Confins les Princes de Condé i d§. 

D 7 Cmm 



S^^ JUtemolres pour fervîr 
16 §1» Coml i & Duc de Lcngu- ville , qnl 
font en votre ^a.v"^^e , fans vous àirreter à 
quelqu autre que vous pourries cl-aprés 
recevoir du Roi Monfiettr mon fis , oh 
de mol ^ contraire à- celui-ci. Priant ' 
Dieu, Mr. de Bar ^ qu'il vous ait en' 
fa falnte garde. 

Ecrit à P^.rls le 6, Février 16 yi. 

Par les chofes que me fît l'honneur" 
de m s dire la Reine , de par mille an- 
tres conje6bures , je croîs pouvoir dire • 
au Iiazard que l'intention du Cardinal 
étoit de demeurer le Maître au Ha- 
vre , & qu'il efpera que de Bar lui 
obeïroît j qu'en ce cas , le projet de 
ia Reine eut été de fortir de Paris , 5i 
qu'elle fe fcroit mocquée par cette 
voye de toutes les intrigues qui s'y faî- 
foîent contre elle ; mais , le Cardinal 
fe trouva furpris quand il vit que de- 
Bar , qui gardoit cette Place à la Du- 
chefTe d'Aiguillon , ne voulut lailTer 
entrer que lui fcul , & Palluau avec 
lui. Ce fâcheux événement, félon 
toutes les apparences , changea fa con- 
duite à l'égard àt$ Princes , & rendît 
&11 voyagç inutile 6c ridicule. 



à l'Hîfiotre â'Ame â^Antrlche, 8 7 
La Reine étant donc arrêtée "^ à 1^51,, , 
î>aris 3 & le Cardinal fans autorité * Alors 
au Havre, il lui fallut fimplcmcnt ou- "^a 
vrir les portes de la Prifbn des Pi*in- ^^^^^ 
ces ; 6c il vit fans doute avec peine l'i^^l,,;^ 
que fon voyage n'auroit point d'auax de Re- 
fuccés que celui de fcrvir par fa pre- î'gieufe 
fence à l'augmentation du triomphe ^^^^ï' 
de fes ennemis. Son action, qui i^c sce Ma- 
fut pas libre , ne mérita. aucune re- rie de 
connoiflance , & chacun demeura '^ ^^'^ 
étonné de voir que ce Minière, fi . ^'^^' 

r o 1 n ^ 

confiderable par le polie qu'il ^voitL^j^^j, 
occupé jufques alors , eût voulu aller ne n/v 
fi loin, exorcs feulement pour don- P^c al- 
ner la liberté maleré lui à des Prîn- ; j^ 
ces qui étoienr en Prifon par fes con- ç^ pjj,_ 
feils. Ayant donc parlé à de Bar , il foQ. 
voulût être le premier qui annoce- 
roit aux Princes cette bonne nouvel- 
le ; & ne pouvant en cette occafion 
faire une aélîon de Miniflre , il en 
%^oulût du moins faire une de Gou- 
rîer„ Il entra dans la Chambre du 
Prince de Condé 5 èc lui dit d'une 
a^anierc douce & humble ^ qu'il lui ; 
apportoît lui-même l'ordre de la Rei- 
ne pour fa liberté, & celle du Prince.- 
de^Cpati ^ &_ceUe diL.D.ac de Lon»- 



guo*. 



S^8 Mémoires pour fervlr 

ï6si. gueville, qu'elle leur redonnoîc fans 
condition aucune, que néanmoins la 
Reine le prioit d'aimer VEzslz, le Roi,- 
elle , &laperfonne de lui. Le Pria- 
cède Condé l'embralTanc luidic grave- 
ment qu'il étoit obligé à Sa Majcfté 
de la jufticc qu'elle lai faifoic, qu'il 
feroic toujours très bon Serviteur du 
Roi ÔC d'elle ; ôc ajoura , s'adrelfanf 
au Cardinal '3 & de vous auffi. Mon- 
fteur. Le Cardinal , lui répliqua , que 
ks Portes étoîent ouvertes , ôc qu1l 
pouvoit fortir ; mais Mr. le Prince 
bien afTùré qu'il ne les pouvoit plus 
fermer , ne fa hâta point de les palfer 
& demanda qu'on leur donnât à dîner 
avant que départir ; ce qui Te fit , de 
tous dînèrent enfemble : c*ell:-à-dire , 
les trois Princes & le Cardinal , le x\îa- 
réchal de Grammont qui étoit allé le 
premier au Havre , & ceux qui l'a- 
voient fuivi depuis. Ce Repas fe fit 
dans la même liberté que s'ils euffènt 
été tous fatisfairs les uns des autres : 
la Comédie du Monde le vouloit ain- 
il. Celle là étoit belle : les Adeurs 
en étoient grands 6i illuftres, & \qs 
événcmens plus véritables qu'il ne 
convenoic pour le repos de la Reine. 

En. 



à rHlfioîre d'Anne d'Autriche, ^p 
Enfuite de ce repas , Mr. le PririT j 6^ r* 
ce 5 Se Mr. le Cardinal , eurent en« 
fêmble une petite converfation. Le Mi- 
niftre fit fans doute ce qu'il pût pour 
entrer en matière ^ & eut bien vola 
par cet entretien renoiier quelque liai- 
fon avec Mr. le Prince -, mais la fuite 
fit voir qu'elle fut feiche , puifqu'elle - • 
ne pût produire rien de bon pour le 
Mîniftre. Après qu'elle fut finie , les 
Princes fortirent gaiement de leurPri- 
fon y 6c allèrent de même fe mettre 
dans le CarofTc du Maréchal de Gra- 
mont 5 qui les attendait dam la gran- 
de Place de la Citadelle. Le Cardi- 
nal les fuivit y qui les vît lui-même tri- 
ompher de la vidoire qu'ils empor- 
toient fur lui. Il fit un grand falut à 
Mr. le Pirince , qui ne fut pas pvefque 
remarqué de lui 5 & ce Prince , fe 
jetcant brufquement dans le Carofle , 
commanda au Cocher de toucher 
promptement. Il le dit en s'éclarànt de 
rire, &d'un ton moqueur ; ce qui 
fît croire à ceux qui étoient préfens 
à cette adîon , qu'il s'en alloit avec 
une grande difpofition de fe ven- 
ger du Cardinal. Il vint de là cou- 
chex à Gi'omeni à quatre lieues delà- 

chezs 



3a Du 

chefle 

de Na 

vailles 

iong- 

teras 

depuis 

avoir 



90 2làer^70ires four feriitr 

iC^l, chez un Geiicilhomme de mesparens 
qui faiibic bonne chère à tous ceu]! 
qui le venoîenc voir *, maïs, qui' n<i 
s'atrendoit pas d'avoir une ii grandi 
compagnie. Le Prince y dit en riant 
^ J'ay que de Lionne . qui ne Pavoic pa; 
f^û de fLiivi ^ ^fQÎt demeure au Havre , poui 

confoler le Cardinal. ^' 

Le Duc d'Orléans , fçacKant le: 

Princes en liberté , &: n'ayanr pUî! 

d'excufe, vint enfin vifîrer la Reine. 

Cette entrevue fut accompagnée de 

froideur & de debout • & la Pleine fil 
ér.ritces Voir à Pcmotîon de fbn vîfage qu'el- 
n-icmoi Jg avoit eu de la peine à la fouffrir. 
res,c]uc Q^ p^ij^cg f^. j^^ devant de ceux qu'il 
Ion Ma . . . 1 /p t r> T Tî 

ji croioit avoir délivrez cie Priion. Il 

qu'elle alla jufqu'à Se. Denis , &: le Prince 
époufa Je Condé en le faluant , lui proteftâ 
®" publiquement une reconnoiflance in- 

lorfque ^^i^ > ^ u" attachement éternel à fes 
Je Car- . înte- 

dinal parcic pour aller au Havre , s'éranr obligé de le 
fuivre par rattachement qu'il avoir à ceMiniilre, Sc 
fort affligé de la quittée , il lui dit en confi.'ience qu'il 
alloit le fervir , dans le defTcin qu'il avoit de fe ren- 
dre Maître de la Prifon àcs Princes , & qu'il efperoit, 
par la crainte qu'on auroit de ce qu'il pourroir faire, 
remciier au mauvais état ou étoit U Reine i ce coi 
s'accordoit aflez bien aux Iimiercs, & aux frayeurs ,' 
que le Duc d'Orléans & les Serviteurs du priucc de 
Condé eurent de ce voyage^- 



à l^Hlfioh'e d*^Ame d'Autriche 91 
jrnterécs. Il embrafifa le Coadjuteur i^/f, 
Uvec des marques d'une forte amicié , 
& témoigna au Duc de Beau fort ^ 
qu'il lui étoic obligé. La prelTe fut 
grande dans les ruësde Paris pour les 
voir arriver , de le peuple témoigna 
beaucoup de joye de leur retour. 
Comme leur captivité leur en avoir 
donné , leur liberté leur en donna 
aulîî j mais 5 rien n'efl: égal à la 
quantité, de monde qui ic trouva chez 
la Reine ce même jour au foir , que 
tous enfemble ils vinrent chez elle la 
fâluer. Elle étoit au lit quand le Duc 
d'Orléans les lui prefenta. Les corn- 
plimens furent courts de la part du^ 
prince de Condé , 6c des deux autres ^ 
& la Reine , qui leur avoîc déjà fait 
faire un compliment , leur parla peu» 
Après qu'ils eurent été dans fa ruelle 
un petit quart d'heure , ils s'en allè- 
rent chez le Duc d'Orléans , qui leur 
donna un grand foupé. Les Princes, 
avant que de fe coucher, allèrent vi- 
fiter le Duc de Nemours qui étoit 
malade , & la PrincelTe Palacine. Ces 
deux perfonnes mericoient plus que 
des complîmens & des vifites , yû les 
grandes chpfes qu'elles avoient faites 

pour. 



^ 5)2. Mémoires four fer vïr 
^^i^' poLir^x ; particLilieremenr la Prîii. 
ccflc Palatine , dont Ja conduite t 
rhabileré avoir été admirable dan 
tous fes effets. 

Les Princes allèrent le lendemaii 
matin au Parlement faire leurs remer ! 
ciemens à cette compagnie, qui furen ' 
reçus avec applaudi/fement/ Le Pre 
mier Prefident loiia inHiiiment 1 
Prince de Condé , & fît remarque 
les maux que fa Prifon avoir caufs . 
'PEtat. La Compagnie fut requi( 
de rravailler. à leur juflifîcation , <3c le 

gens du Rovfe chargèrent de la foi 
licirer. 

Apres que le Cardinal eut reccnni 
la mauvaife difpofîtion des Princes 
^ qu'il eur fçCi précifémcnt i'érar oi 
m éroît la Reine , & que fes affaire 
empîroienr , il refolur de s'achemine 
vers la fronriere de Picardie , fuiv 
d'environ cenr chevaux. Ses amis 
& ceux qui croient à lui , compo 
foient ce cortège. Il ne reçut aucui 
déplaifîr que de ceux d'Abbeville 
qui lui refufcrent le paiîagc ; mais , i 
fut reçu dans Dourlens par de Bar 
qui en étoit Gouverneur, & qui etoit 
avec lui. Il s'arrêta quelque reniî 

dans 



à l*HifloU'e d'Anne d'Autriche, 9 5 
ans cette Place , croyant y pouvoir iC^ i, 
ttendre des nouvelles de ce qui fe 
•afToit à Paris. Elles furent mauvaî- 
zs y d^ le murmure y fut Ci grand 
outre la Reine qu'elle fut contrainte 
c lui envoyer Beringhen & Ru- 
igni 5 le prier de s'éloigner plus loin ; 
e qu'il fit après avoir refufé les of- 
res que lui réitérèrent les Gouver- 
leurs des Places de cetre Frontière , 
juî lui furent plus fidèles que Tes 
imis de la Cour. Il écrivit à la Reine 
me lettre qui fut lue en plein Con- 
Hl 5 qui fut trouvée alTez belle pour 
:t:re louée publiquement. En voici la 
:opie prife fur TOriginal. 

M A D A M E. 

„ Auffi-tôt que j'ay vu dans la 1er- 
.5 tre que Votre Majefté m'a fait 
35 l'honneur de m'écrire ^ & reconnu 
„ parce que Mr. de Ruvignî a ajoû- 
:„ té de fa part , que le fcrvice 
„ ,du Roi & le vôtre demandoient 
35 que ma retraite de la Cour fût fui- 
53 vie de ma fortie hors du Royaume, 
35 j'ay fourcrît trés-refpeâneufemenc 
ij l'Arrêt de V. M. 5 dont les Corn- 

,5 m an- 



9 4 A^e?notres pour fervtr 
16 ji. mandemens & les Loix feront toâ- 
" jours l^'unique régie de ma vie. J'ay 
'' déjà dépêché un Gentilhomme 
" pour m aller chercher quelque a- 
*' zile 5 & 3 quoique je fois fans 
" éqiiîppage, ëc dénué de toutes les 
" chofes néceffaires pour un long vo- 
yage , je partirai demain fans faute» 
pour m'en aller droit à Sedan ôc de 
là palTer au lieu que l'on aura pu 
obtenir pour ma demeure. Je dois 
trop déférer aux Ordres de V. M. , 
pour avoir héfîté le moins du 
monde à prendre cette relblurion. 
Ce n'eft pas. Madame , que beau- 
coup d'autres qui feroient en ma 
place avec la juftîce & le nombre 
d'amis que je puis avoir , n'euflént 
'•' pu trouver des moyens pour fe 
mettre à couvert des perftcutions 
que je foufFre , aufquelles je ne 
veux point penfer , aimant mieux 
^' contenter la pafîlon de mes enne- 
mis 5 que de rien faire qui puiife 
préjudicier à TEtat ou déplaire à 
V. M. Encore qu'en cette occa- 
" fîon ils ayent eu le pouvoir d'em- 
" pêcher S. À. R. de fuivre les mou- 
'' vemens de fa bonté naturelle , ils 

>' n'ont 



93 

33 
3) 



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1) 



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33 
33 



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ce 



3 rN:f^o7re d*Anne d'Autriche, ^j 

*on' as lai (Té de lui témoigner « i(?ji« 

Diitic ivur inteniion ^ qu'ils avo- « 

:jK fort bonne op'nion de ma fi- « 
éiifc, de mon zélé pour le bien 
z PErat, <S^ de mon entière red- 

iiation aux ordres de V. M. Car ^ « 

moins que d'être entièrement per- »< 

ladez que je fuis inébranlable dans « 

^s fentimens là, ils n'aùroient pas « 

é allez peu prudens pour me « 

^ufler avec tant de violence , fans « 

ire aucune réflexion fur la con- <> 

Dilfance que je dois avoir des plus « 

crettes ôc importantes affaires du « 

.oyaume, doni j'ay eu fi long-tems « 

: maniement , ni fur Ses amis que " 

i-es fervices & la bienveillance de « 

'. M. m'ont acquis , & qui Ibnt " 
lèz confiderables par leur nombre , 
ar leur qualité , éc par la paffion 

u'ils m'ont témoigné en cette ren- " 

Dntre. Mais , )'ay trop de reffen- " 
ment , Madame ; èçs grâces que 
ly reçues de V. M. pour être ca- 

îble de lui déplaire j 6c quand il " 
Ludroit facriher ma vie , je le fc- 
)îs avec plaifir pour la moindre 

s fesfatisfadions. J'en aurai beau- « 

nip dans mon malheur , fi V. M. « 






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(t 



te 

ft 



p^ Jl^emolres peur fervlr 

iSji, " â ^^ bonté de conferver quelque 

" fouvenîr des fervices que j'ai rendus 

f> à l'Etat depuis que le feu Roi de 

»j glorleure mémoire me fit Thonneur 

>' de me confier la principale direc- 

»^ tion de fes affaires , 6c de prier 

" plu fîeurs fois V. M. avant fa mort 

35 de me maintenir dans la même pla- 

5, ce. Je me fuis acquitté de cet em- 

3, ploy avec la fidélité , le zélc , & le 

5, désintéreffement que V. M. fçait; 

3, ôc, s'il m'eft bien féant de le dire , 

3, avec quelque fuccés puifque toutes 

35 les perfonncs fcnfées, ôc les Efpa- 

33 gnols même , avouent qu'ils fe font 

55 moins étonnés des grandes con- 

33 quêtes que les armées ont faites 

• 3 dans les cinq premières années de 

33 vôtre Régence , que de voir que 

53 pendant les trois dernières on eut 

33 pu foûtenîr les aifauts , & fauver du 

35 naufrage le Vairfeau battu de tous 

35 cotez 3 ôc fi furîeufement agité dé 

33 la tcmpcte que les divi fions do- 

,3 meftiques avoient excitées. J'euffe 

33 bien fouhaîté Madame , de cacher 

3, aux étrangers le mauvais traitement 

,5 que je reçois, pour empêcher que. 

•J3 le blâme n'en rejalliffe fur une na-*. 

tion 



4 VHipotre à* Anne à' Autriche, $y 
,tion que j'ai toujours honorée & kSjî^ 
, chcrie avec tant de tcndrefle ; maîs> ' 
, quand ils me verront errant parmi 
, eux , avec les pcrfonnes qui me 
, font plus proches , pour chercher 
, un abri , ils auront quelque fujet 
, de s'étonner qu'un Cardinal , qui 
,à l'honneur d'écre Parrain du Roi , 
, foit traité de cette forte, & que 
, vingt-deux Ans de Service fidcle ne 
, lui ait pu acquérir une Retraite 
, fiire en quelque endroit du Roiau- 
, me , dont les limites ont été alTez 
, notablement étendus par fes foins» 
, Je prie Dieu , Madame , que corn- 
il, me ce qui m'eft arrivé n'altérera 
cl, jamais la palTîon inviolable que je 
lljConferveraî jufques à la mort pour 
, les Profpérités de vos Majeftez, & 
^ pour la Grandeur de l'Etat, ils puif. 
(i§, fent au flii bien- tôt en faire cefTcr les 
j Defordres , & montrer que ceux 
jqui m'ont attaqué ji'en vouloient 
„ qu'à ma Perfbnne, 
De Dourlens le Cardinal s*cn alla 
Allemagne, & fa plus longue Sta- 
ion fut à Breull. On lui fit de grands 
onneurs fur routes les Terres du Roi 
'Efpagne. Il eft à croire que les 
Tome IK E Etraa- 



tioi 



^î Jldemoîres pour fervir 

■'^ J::trangcrs avoient del'amicic pour Iiiî 
' puifque la Perfecucion qu'on lui faifoi 
leur étoît fî avanrageufc. 

La Reine ayant paru abbandonnéi 
au Parlement le Cardinal Mazarîn , î 
fut rcTolut qu'on drelTcroîtunc Dec! a 
ration contre lui , telle que la compa 
gnîela defiroit. Dans cette Déclaratioi 
il s^y trouva que tous \çs Cardinaux 
tant les François que les Etrangers 
•feroicnt exclus du Gouvernement ; 5 
on crût alors que le Duc de Beau for 
mécontent du Coadjuteur de ce qu'ei 
deux ou trois occadons , il lui avoi 
caché les principaux Mifttrcs d< 
leurs Négociations , pour fe vengei 
de lui , fit glilTer cet Article. Il étoî 
fondé fur ce que les uns & les autreî 
faifoient fermeuc de fidélité ali Pape 
înais i ce qui (^n ce fait avoir été pro- 
pofé en de cert^aines occa fions n'àyoïi 
point encore été décidé : ôc pour Ion 
le Parlement, en deffendant le rctoui 
du Cardinal Mazarin excluoit du Mî- 
nîfterc tous ceux qui auroient pu ref 
fcmbler au Coadjuteur, dont la gran- 
de Pàjîîon étoit de devenir Cardinal ^ 
Premier Mîniftrc, 

La Reine, croïant embarraifer cet; 

Ara- 



â VHtflolre ^ Anne ^ Autriche o ^p 
ambitieux, fur ravie de ce que le Pair- * ^j ^' 
iement avoit fait en cette occafion , ôc 
s'offrit de bon cœur de leur envoïer la 
Déclaration en cette même fotme. Le 
Premier Préfident lui manda qu'elle 
tint bon là-de(ïi.]S , qu'il foutiendroic 
cet Article , ôc la ferviroîc en tout ce 
qu'il lui feroit poffible. Le Coadju- 
teur 5 qui n'y trouva pas Ton compte , 
fit tant d'intrigues , Ôc travailla Ci bien 
que le Clergé s'y oppofa. Ce Corps , 

I où il y a pour le moins en certains- 
particuliers , autant d'Ambition que 
de Pièce , & plus de Defîrs pour les 
Honneurs de la Terre , que pour la 
Gloire du CieljS'afTembla pour fe plain- 
dre du tort qu'on luifailoit de les exclu- 
re du Miniltere. Ils députèrent T Ar- 
chevêque d'x\mbrun à la Reine, pour 
la fuplier de ne point donner cette Dé-« 
claration au Parlement , puîrqu'ellc 
lui ôtoit la liberté de fe fcrvir de ceuîC 
de leur profelîîon , dont le Mérite 6c 
la capaciié avoit donné quelque fois à 
nos Rois de très habiles Miniftres. Le 
Duc d'Orléans s'y oppofa auffi , & 
icette conteftation d tra lonc^.cems : 
Wais 5 à la fin , comme je le dirai ail- 
leurs 3 elle n'eut foiiit d'effet à Pégavrf 

E 2, 



1 oCf Mémoires tour fervlr 
1 6j I. clés CarHînaiix François ; quoique 1< 
Premier Préfidcnt fit de grands effort; 
pour la maîntenîf , &r pour embaraf 
fer le Coadjureur, aînH qu'il l'avoî 
promis à la Reine. 

La Reine donna la Déclaration qu( 
les Princes lui demandèrent en des ter 
mes fort honorables. Elle reconnoif 
foie leur Innocence, & déclaroitre 
donner leur Liberté aux vœux de 1; 
France, les remettant en la polfefîîoi 
de tous leurs Biens & de toutes leur 
Dîgnitez. Elle annullolt auiîî toute 
les Déclarations qui avoient été don 
nées contre Madame de Lon^ueville 
le Vicomte de Turenne, &"rous ceu: 
de leur Parti, & les rjemcttoît en leu 
premier état. 

Bcringhen, qui étoît allé trouver l 
Cardinal de la part de la Reine en me 
me tems que Ruvîgnî, revint le pre 
mier de Mars, Il nous dit qu'il l'avoî 
laiffé dans une grande nécefîîté, qu'i 
ctoit embaraffé de fes Nièces ^ de (o! 
Neveu ; qu'il n'a voit ni cquipa^^e n 
argent, & qu'il lui avoir fait pitié 
Comme alors le Cardinal craiiinoî 
routes choies , & qu'il ne méprifbî 
plus perfonne, Beringhen me dit qu'i 

lu 



( 



ii)fi 



ïij 



k l'H'jJ-o're et Anne d' Autriche, i G i 
iH* avoir parlé de moi, comme dcfî- K^ji,, 
anc que je fu^fc d: fes Amis ; mais, 
" ne fus pas aifcz habile, ni alT % ap- 
!fquee à mes intérêts, pour profiter dç 
es bons momcns, y 

Le Parlement, volant que le Carcîî- 
al né s'éloignoir pas afllz prompte- 
icnt de la Frontière àcaufe de la dif- 
culté qu'il y trouva &c des PafTe ports 
u'il atrendoit, donna encore un Ar- 
k contre lui j &, pour montrer de 
uells manière il a été traitté des 
rinces 5c du Parlement, j'ai voulu le 
liettre îcî tout entier. Il porte les 
larques de ce que les hommes font 
pables de faire, quand ils font em- 
orcez par leur palEon. 

EXTRAIT 

>Es Regitres du Par^ 

L E M £ N T. 

E jour, la Corn* toutes les 
Chambres aflTemblées , aianc 
» délibéré fur l'exécution des Arrêts 
>4'icelle y des fepc , neuf, & vingtic- 
ne Février, Se dzaxïQmi de ce 
|noîs3c aiî^ coiicjmiic Is Giriiai 

a Ma- 



:C 



ÏG2 Ji^ewoîrespourfèrvtr 
I ^5 1 . 35 Mazarîn , Se oui fur ce les Gens da 
5, Roi 5 a écé arrêté 6c ordonné que 
,5 Icidits Arrêts feront exécurez , Sc 
35 fiiivant iceux à là Requête ôc dili- 
33 gence du Procureur General inceiTa- 
3, menr informé contre le dit Cardinal 
35 Mazarîn , fcs Parens Se Domefti- 
3, ques 3 des contraventions par eux 
33 faites à l'Exécution des dits Arrêts ; 
3, Se enfemble de*ia déprédation faite 
3, par ledit Cardinal, ou par fes ordres, 
3, fur les Vaiifeaux étrangers , difïîpa- 
3, tion des Finances , tranfport des 
deniers hors du Roïaume , empê- 
chement à la Paix , Se mauvaifeJ 
imprelîîons par lui données au Roi , 
33 circonftances Se dépcndences , St 
3, contre ceux qui l'ont fuivi^affifté, Se 
retiré , & qui ont eu commerce Si 
correfpondance par Lettres Se autre- 
ment avec ledit Cardinal , depuis Si. 
au préjudice de la Publication dudit 
53 Arrêt du neuvième Février. A 

33 cette fin a commis Se commet , oii- 
33 tre les deux Confeillers commis pai 
33 l'Arrêt du neuf de ce mois , Mrs. 
3, François Bithault îk Pierre Pithou 
33 Confeillers de la dite Cour , pour 
^, procéder au fait de ladite informa- 
tion 



>5 

33 



35 

35 
33 



àrniflolre à' Anne â* Autriche , lOf 
on : lefqucls fe , tranfponeronc *' i^y\ 
1 la Ville de Doarleans , & par tout '^ 
iilears où bcfoin fera. Ordonne '*. 
1 outre 3 qu'on le Cardinal fera '* 
ouvé en France ou es Places ôc ^' 
"hatcauxde TobéilTance & procec- *^ 
oi\ du Roi 5 de fe fâifir de fa per- «^ 
jnne 5 <3<: de Tamencr Prifonnier" 
1 la Conciergerie du Palais , pour " 

rc contre lui procédé extraordinaî- '^ 
.mcnr. Enjoint à tous Couver- ^^ 
eurs , ôc Officiers du Roi tenir '^ 
L main à Téxécution de préfent ^'. 
itrét : ordonne auffi qu^à la Requê " 
î du dit Procureur Général tous les '^ 
îens dudit Cardinal ôc revenus de " 
bénéfices feront faifis. A cette fin ^ " 
ura commifîion pour compulfer '^ 
ms Regîftres de Banquiers ôc Per- '^ 
^nncs publiques , Ôc lui fera délîrvé ** 
ou tes Lettres Monîtoires en forme '* 
e droit. Enjoint auflî à toutes Per-*5 
bnnes qui ont connoiffance des dits '^ 
>icns 3 ou qui en ont , de le déclarer '^^ 

peine de punition : ôc fera le pré- ^^ 
çnt Arrêt affiché , lu , & publié à '^ 
hn de trompe & cri public par tous ^^ 
es Carrefours de cette Ville &c ^' 
îçiubourgs^^ envoie auxBaillages , " 

E 4 ''Se- 






104 Afemolrtf pour Jirvtr 

ti^i, » Senechaiifîées & Sièges du reflTorfj 
*> pour y être , lu , publié , & exécute 
»» à la Requête du Procureui- General 
" & diligence de fes Subftituts , & er 
** fera donné avis aux autres Par- 
» lemens , qui feront convies de don- 
'^ ner Arrêt. Fait en Parlement l'on- i 
" ziéme Mars mille fix cens cinquante 
" & Un. Signé G u i E x* 

Qiielqucs jours après cet Arrêt, fe 
Cardinal écrivit une grande Lettre i 
Berînghcn , qu'on appelloit Mr. \i 
Premier , pour l'informer des difficul- 
tés Je fa marche. Par elle ,- on peu' 
juger en quelle perplexité il étoit , Ô< 
combien fes Ennemis lui donnèrent d< 
peine avant qu'il pût trouver un lieu d< 
furcré 3 dans lequel il pût pafTer 1( 
tems de fon exil. Comme elle eft xc 
niarquable , yen ai gardé la Copie qu< 

YO'CÎ. 

MoNSIEURy 

" Je prévois que mal aîfément y 
»> puis éviter que mes malheurs n< 
»^ foient fuivis d'un plus grand. J( 
*» fuis errant d'un côté de d'autre , fan 

'' avoi. 



à Htjlolre (^Anne ^ Autrîcpje ^ i o j" 
avoir une rctraîce tant folt peu af « i^ji. 
fûrée, j'avoîs pris la route d'Aile- « 
magne , comme je vous a vois écrit; ,^ 
mais 5 j'ai rencontré le Alarêchal de 
la Fercé , auquel aïant communiqué 
ma refolution , & après avoir bien 
examiné la chofe avec lui y nous 
avons trouvé que de dix Villes Im- 
périales qui font en Alface fous la 
protedion du Roi , il n'y a que 
Sclielcftat de Catholique , fans 
appartenir ou avoir dépendance de 
la Maifon d'AutricheJaquelle a été u 
Cl maltraittée des François qui y ont 
tenu garnifon long-tems^, qu'elle eft 
trés-partiaiedes ennemis de la Fran- 
ce : outre que les habirans étant 
extrêmement pauvres, je courrois « 
grand rifque d'êtie facritié pour de 
l'argent , &: que je dépendrois d'un 
Bourg-Mêtre que j'ai eu avis certain « 
être un homme mal-întcntîonné 
pour la France , Se capable d'être 
aifément corrompu ; de forte que 
nous n'avons nullement juge à pro- 
pos que je cherchaflfe mon azile en <i 
ce lieu là. A Mayence , je n'y puis ^^ 
aller , fans fçavoir fi je ferois bien *^ 
r^çu 3 ce qui m'obligeroît à denicu- '^ 

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53 



ïo6 Ji^emolref pour fervîr 
i6^i, 3î l'cr quinze jo'uis eu in-ance : &c p 
5, vous jure devant Dieu que ma plus 
^5 grande rnquiétude efl d^en fcrtir, 
33 Ec > pour les SuîtTcs , j'ai été bien 
,5 aveuglé ^ quand j'y ai penfé ; car 
55 leur Alliance avec la France finit à 
5, prefent. Il y a quantité d'Officiers 
reformés mal contents, qui me croi- 
ront l'Auteur de leurs malheurs ,. 
puifqu'on fe prend d'ordinair^c de 
„ tout à celui qui a eu la principale 
55 direction des " Affaires» Les Suif- 
fes ont été maltraitez , pendant^ 
mon Adminiftration ; Se comme on 
ne leur a pas tenivce qui leur avoit 
,5 été promis 5 &c qu'on leur doit des 
fommes immenfes , ôc qu'ils n*cn- 
,5 tendent aucune raifon où il y va^ 
de leurs intérêts 5,il y a lieu de crain-. 
5 3 dre qu'ils ne s'en prilïent à moi ;, 
55 ôc qu'ils ne voulu{ï>-nt en m'arrêtanc 
55 m'obliger à leur Paiement : &c ainfî , 
vous jugerez bien il c'efl; un lieu ou. 
je dois être.. 

Je vous dirai de plus que je fuis 

guetté de tous cotez -, ôc je vois^ 

55 bien que mes Ennemis de Paris y 

55 travaillent à bon efcient , ôc qu'ils. 

53 n'auront point de repos qu'ils na;: 

..^^m'âïeat.: 



33 

33 
35 
.33 

33 



3» 

33 ^ 

33 

?3 ' 



à fHlfiolre d'Anne d'Autriche, 107 
m'ayent achevé tout -à-falc : Se mes ^^ 1 Cyi 
Amis 5 contre leur întention > y '^ 
contribueront en me prelîant fans ^^ 
relâche de fortîu du Roiaume , fans ^^ 
me confciller ce que je puis faire , ^^ 
ni coniiderer où je pourroîs avoir '^ 
une apparence de fureté. J'ai appris ^^ 
auiïi bien par le Maréchal de la Fer- '^ 
té 5 que fur le , Rhin la Garnifon de ^^ 
Frankendal j qui cH: extrêmement " 
forte 3 court par tout ; 6c on fait dans " 
tous ces endroits là , même en Alface " 
des levées pour les Ennemis qui '^ 
ne m'épargneroient pas. \<7'irtem-/^ 
ber^ elc venu dans le Luxembourg " 
avec huit cent chevaux ; & aiant *' 
nouvelle de mon paffagC;,!! lui feroit ^^ 
aifé de me drefler un embufcade. *' 
J'avois écrit pour fçavoir fi je ^^ 
pourrois demander palfe - port aux '*^ 
Efpagnols ; mais , jamais on ne '^ 
m*a fait réponfe là-deffus : & je vous '^^ 
prie de nouveau de me faire fcavolr " 
les volontez de leurs Majeftez fur ce ^^ 
fujer. «« 

Enfin 5 voïant qu'il n'y avoîcmul- ** 
le fureté de ce côté-là ^ &: ne pou- '^ . 
-vant pas faire la diligence que ^c fe- '* 
rois iÀ je n'a vois pas mes Nièces , '^ 

E (S avec ^^ 



3i 



r o S JUIemoîres pour fervlr 
l\6yi, „ avec moi, ce qui cil: un plus grand 
5, embarras que vous ne fçauriés vous 
imaginer ; & confidcrant, d'ailleurs 
„ qu''allant dans le plus prochain lieu 
5> d'Allemagne, on ne fçaurdit avoir 
3, nouvelle à Paris que je fuis forti 
„ des Terres de robéiirance du Roi 
,5 que dans douze jours , j'ai refolii 
,, de m'en aller droit à Bouillon où 
3, je ferai Dieu aidant après demain j.. 
55 avec defl'ein de pafler à Dînant ou 
5,. à Cologne , lorfque j'aurai permiC- 
5, fîon de prendre un Paffcport des 
,, Efpagnols : <5<; ainfi on fcaura 
^y dans cinq jours à Paris que je fuis- 
33 hors du Royaume 3 ô^: dés à pre-. 
33 fent on peut adùrer que dçs.Same- 
,^ dy, ou Dimanche matin cela fera,. 
j, fi ce n'efi que le Maréchal de Tu-- 
^, renne me falfe abréger le chemin ,. 
,^ étant obligé de pafTer àtrois lieuëSs 
,, de Stenaï, où nous avons avis qu'il- 
^j a des Troupes avec lui. Ce qui; 
3, m'a principalement obligé à pren-- 
„ dre ce parti 3 c'a été que lorfque- 
3j j'étoîs le plus.cn fufpens 3 6c dans, 
^3 Pîrrefoîution de ce que j'avois à> 
53 faire, ilcft arrivé que le Couver- 
ai nenr de Bouillon étpic venu à Re» 

theî; 



n. 



ce 



Si 



ce 

ce 



à rHlflolre d'Anne d'Autrtche^ 1 09 
chcl 5 pour m'apporter des Lettres " i Gjic. 
de Ton Maître ^ & pour m'afliirer 
àc fa part que je pouvois aller à 
Bouillon , à Dînant ^ ou en tel au- **- 
tre lieu de Tes Etats que je vou- 
drois 5 avec alTûrance que f y feroîs 
reçu comme lui-même :& . m'a- '^ 
yant trouvé parti de Rhetcl , il m'a 
envoyé: la Lettre de TEleâieur qui 
eil très-civile j accompagnée d'une 
des fiennes où il me fait le com- '* 
pliment dont il é toit chargé. Vous ^^ 
trouverez ici la Lettre du Gouver- *^ 
neur.. Je ne vous envoyé pas celle 
de TEledeur , parce que j'en pour 
ray avoir bcfoin. '^ 

Si 5 lorfquc j'étoîs à Rlietel , je 
n'avojs cru que je ne pourrois pas 
avoir réponfe de fept ou huit jours 
de l'Eledeur^, & que je fuife allé 
droit à Sedan 3. comme c'étoit ma 
penfée , dés Lundy pafiTé j'euflfe été 
hors du Royaume, . G'efl. un mal- ^^ 
heur que je ne pouvois pas préve- 
nir , ôc qui me coûte beaucoup 
d'incommodité & de chagrin. La 
plus force raifon que j'aye pour 
m'en aller à Bouillon 5 c'efi que je 
fors par: là plutôt du Royaume 5 « 

E 7, iiiai5>. 



ce. 

ce 

ce, 

ce 

ce; 

ce 

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ce 
ce . 

ce. 
ec. 



3i 
3> 






1 1 o JHemolres pour fer vlr 
l fU }) l'Omis 3 c'cft un lieu où il n'y a paj 
_,, apparence que je pulTe demeurci 
,3 quinze jours en fureté. Le Villac^ç 
„ eft tout ouvert , le Château très 
,5 petit , Se je n'y ferois pas le plus 
fort. En outre , le Père du Gou- 
verneur eft. celui ,3 ce qu'on dît, 
5 3 qui a le plus agît contre les Fran- 
33 cois à Liège ; & le Gouverneur 
33 même eft Beau Frère de Madame 
de Marfin. De plus , il y auroît 
toujours aux Portes des Partis 
d'Efpagnc , de Lorraine , &c de Air, 
" de Turenne. 

" Si Mr. PEledeur vouloît me 
*^ donner le Châfcau de Dînant . qui 
" eft à dix-huit lieues de Bouillon , 
" à condition que j'y pourrois met-- 
" tre deux cens hommes en Garni- 
fon 3 je crois que j'y pourrois être 
fort bien ôc en quelque fureté , jus- 
qu'à tems que je puifte prendre 
quelque autre demeure. C'cft une 
étrange condition que la mienne ,, 
" d'avoir confommé ma vie en fer— 
" vant utilement la France 3 avec "la- 
'' dernière fidélité & paffion 3 & que 
" cela ne. m'aye fervi qu'à me faire^ 
-*^ perdre, la liberté , que fans cela:. 

j'ciifïè^ 



9> 
3* 



N w 



à tHlfto ire d'Ame d'Autriche., m 
j'eiilfe eu de pouvoir aller <3c de- « iCji, 
meurer par tout avec une entière « 
fureté. Peut-être cela eft fans « 
exemple. <. 

Au nom de Dieu , voyez Mr. le ,i 

Maréchal de Gramont , qui a fort « 

pratiqué du Pays. Examinez avec « 

ni & mes autres amis , ce que je « 

devrai faire ; car alfûremcnt, je fe- «. 

:ai en danger à Bouillon, Cepen- « 

iantj j'oferois prier que le Roy é- « 

:rivit une lettre à l'Electeur de « 

Cologne en ma faveur , le remer- « 

nant de Toffre & des civilités qu'il c« 

iTi'a faîtes : & peut-être feroit-il « 

bon aufïi d'en écrire une au Gou- « 

verneur de Bouillon ; mais , je me '« 

remets en tout à ce qu'on jugera de « 

delà pour le mieux , & demeure, (s, 

styecla plusforte paiîion^ct 

N. 

Mon si e u r 3., 



Vôtre trés-afFedîonné 
Serviteur le Cardinal 

M-A.Z A R I N, 



rt 
tt 



^* =^. Clermont ^ h I o. , yî/^r/ 1(3 5 ï o > 

Ma-- 



ni;- Mémoires pour fervlr 
\6si,. Madame de Longucville , juftifiée 
& triomphante , ne penfoit plus qu'au 
moyen de revenir à Paris ^ îSi de fatis- 
faire les Efpagnols avec lefquels elle 
avoitfait un traité. Ils Tavoient faîc 
prier , voyant Tétât des affaires de 
la Cour de France , de Te fouvenîr" 
qu'elle étoit engagée à ne fe point 
leparer d'eux que la Paix générale ne 
fut faite j mais , elle leur manda qu'el- 
le dcfîroît venir àParis^pour y travail- 
ler & Il après qu'elle auroit fait Tes ef- 
fortspour y parvcnir^ilsn'étoiécpas con- 
tents qu' elle leur promcttoit de reve- 
nir à Stenaï 5 afin de iatisfaire entiè- 
rement à Tes engagcmens 5 elle envoya^ 
Sarafin à Bruxelles , pour remercier' 
l'Archiduc & le Comte de Fuenfalda- 
gne des aflîftanccs qu'elle en a voit rc-- 
çûës .- & ce Prince par le confeil dii' 
Miniflre du Roy d'Efpagne fe contenta 
de ce qu'elle leur promit, lis la laifïe- 
rent revenir à la Cour dans l'efperance 
du moins qu'elle y fèroit de nouveaux 
embarras 3 dont ils pourroient profiter; 
autant que de la Paix qu'elle leur of- 
froit & qu'elle ne pou voit pas faire. Au 
bout de quelques jours, elle arriva à 
Paris 5 aufli contente de la profperité- 

àtS" 

{ 



et l*'H'Lfioîre £ Anm ^ Autriche, 1 1 j 
rfes Princes Tes Frères , quelle avoir i<?|f» 
été affligée de leur infortune. A Ton 
retour , elle fît paroître quelque def- 
fcin défaire ce qu\4le avoit promis aux 
Etrangers. On envoya Croiifi à Ste- 
nai au Maréchal de Turenne : il fe fie 
quelques négociations , & l^on vit à 
Paris des Efpagnols qui faifoient mine 
d'être occupés à de grandes affaires ; 
mais 5 je n'en fçay point le détail : 6c 
comme la Reine n'y avoit nu'> le parc, 
je n'en puis rien dire , (î non que tou- 
tes ces propoiîtionsfervîrenc feulement 
a tirer honnêtement le Maréchal de 
Turenne de l'engagement qu'il avoit 
pris avec les Etrangers.. 

Ylw l'état où fe trouvoîcnt alors le 
Prince de Condé , 5c Madame de Lon- 
gueville , on peut juger que s'ils euf- 
Tenc fçû porter leur bonheur jufques où 
il pouvoir aller, cette Famille fe feroit 
élevée jufqu'au dernier degré de la 
plusexceffive puilfance où des Princes 
du Sang puifiTenr arriver. Mais Dieu , 
qui vouloir protéger la France contre 
leur ambition , permît que Monfieur 
le Prince fit une heurcufe faute qui lui 
ota its nouveaux amis , ^ qui les 
obligea de le hair plus que jamais. li 



4î I Afsmolres pourfrvir 

i^^/I» le contenta d'arrêter encre le Duc 
d'Orléans ^ lui le Mariage projette, 
entre le Dnc d'Anguien Ton Fils & 
Mademoiielle d'Alençon Fille du Duc 
d'Orléans , fans en prelTcr la conclu- 
fion ; &ci\ fuîvit les fcntimcns de Ma- 
dame de Longueville fur celui du Prin-», 
ce de Conti avec Mademoîfelle de 
Chevreufe , qu'elle lui confeilla de. 
rompre , fi-tot qu'elle fut revenue. El- 
le ne trouva pas à propos de mettra, 
une perfonne dans fa famille , qui , 
étant Femme de fon Frère , l'auroîc 
précédée par tout , & qui plus jeune 
&auffi belle l'auroit pu effacer 5 ou du 
moins partager avec elle le plaifir de 
plaire & d'être loliée. Elle ne voulue 
pas non plus qu'elle lui pût ôter le cré- 
dit qu'elllî? vouloit avoir fur l'efprit du 
Prince de Conti , fon jeune Frerc , par 
où jufques alors elle s'étoit rendue con- 
fidcrablc à la Famille. Pour perfuader 
Mr. le Prince , elle trouva le moyen de 
lui faire fcntir que le Prince de Contî, 
venant à fe marier , lui oteroît le par- 
tage qu'il dcvoit faire en ce cas avec 
lui des biens de leur Maifjn. Par cet 
intérêt , elle le fît refoudre de man- 
quer de parole à Madame de Chevreu* 

fe ; 



I 



à rHiflolre ^Anne à' Autriche, i\y 
è ■,• & ce changement fut un grand i^/î» 
>b{lacie à fa grandeur j car cette Prin- 
elfe avoit trop d'habileté & de crédit, 
)Our recevoir cet outrage , fans trou- 
ver les moyens de s'en venger. Le 
Duc de la Rochefoucault avoit fortifie 
Vladame de Longueville dans ce mau- 
/ais delFein. Il haiiToîc les Frondeurs 
3c prétendoît que Madame de Che- 
/reufe n^avoit pas reconnu les grands 
fervices quMl lui avoit rendu autrefois, 
pendant les diigraces qu'elle eut à 
fouffrir fans la faveur du Cardinal de 
Richelieu ; fi bien qu''il contribua 
beaucoup à cecce rupture. 

La PrîncefTe Palatine , de Ion côté, 
voyant qu'elle étoit quitte de la pro- 
meffe qu'elle avoit fait à Madame de . 
Longueville , ne fongea plus qu'à bien 
fcrvir la Reine. Elle l'alla voir en fe* 
crer, prit des mefures avec elle ;, & tâ- 
cha de s^oppofer au delTein que le Prin- 
ce deCondé avoit de poulTcr les chofes 
à l'extrémité. Il vouloit fuivre les 
Confeils de fes créatures , qui par de 
mauvaifes voies defiroîent fa grandeur. 
On propofa tout de nouveau dans les 
premiers jours de fon retour d'enlever 
le Roi , éc de le mettre entre les mains 

du 



Ji6 Alemoires pour fervîr 
t6ji, du Duc d'Orlcans. La PrincelTc Palati- 
ne à ce qu'elle m'a conté, dît là deffiT^ 
àMonfieiir le Prince , qu'il ne falloir 
pas aller (i vire , n'y donner tant de 
piulfance au Duc d'Orlcansj en quoi el- 
le (ervoit utilenient la Reine, <5c ne 
trompoit pas Monfieur le Prince., Elle 
avoir le dclTein de les raccomoder cn-^ 
fembic y &c , dans cette intention, elle 
confeilla à la Reine de lui donner le 
Gouvernement de Guienne, afin d'arrê- 
ter par cet Engagement les autres Pro- 
portions qui fe Faifoient contre le re- 
pos de la Reine. Mr^Je Prince eut pd- 
aller plus loin par le chemin qu'on lui. 
\oaloît faire prendre ; car le Duc d'Or- 
léans n'aiant que des Filles, c^ une 
d'elles devant être mariée au Duc 
d'Angirîen il cft mdub'table que cette 
même Grandeur feroit retombée fur 
lui ; 5c s'ils fe fulfent faifis du Roî , 
leur Domination , du moins jufqu'à la 
Majorité, n'auroît été bornée que par 
leurs dcGrs. Mais, Dieu donna des 
forces à la Reine , pour fe deffendre 
heureufement des m uvais dcffeins qui 
fc penférent former contre elle, ôc qui 1 
manquèrent en partie d'être exécutez, ' 
parceque dans le fond du cœur du Duc 

d'Or^ 



a tHlftolre êiAnne ^ Avttrlche, wj 
d^Orlcans il y avoir de la bonté, & 1^51. 
que dans l'aine de Mr. le Prince, on a 
dû y remarquer une naturelle averiion 
lau mal. Cefl ce qui les rendoît fi fa- 
ciles l'un & l'autre à recevoir des Con- 
feils conformes à l'cquîtë & à la dou- 
ceur. Il cft à croire aufîî que Mr. le 
Prince n'avoir pas oublié que le Coad- 
juteur. Madame deChevreufc, & Laî- 
gue, Tavoienr mis en Prifon, 6c que ce 
fouvenîr afoiblifToit dans fon ame 
celui de Ton retour & de fa Liberté. 
Il cft vrai que Madame de Chcvreufe 
ne mériroit pas qu'il lui manquât de 
parole. Elle en avoir ufé fort honnê- 
tement avec lui dans la première vifite 
qu'elle avoît reçue de lui. Elle lui re- 
donna fa parole & fon écrit, & lui die 
généreufcmenr qu'elle vouloir rcnîr 
l'honneur de fon Alliance de fa propre 
volonté. Ce procède devoir obliger Mr. 
le Prince à la rechercher avec de grands 
foins ; mais, il étoir à propos qu'il fe 
trompâr : de fî grandes Caballes liées 
à Lui 'auroienr accablé la Reine , qui 
aparemment auroit beaucoup plus 
foufferr 5 s'il avoir éré plus pondluel 
à tenir ce qu'il avoir promis. 

La Reine , qui comprit aifément 
Combien le Mariage du Prince de Con*- 



^ 



1 1 8 Ji^emolres pour fervîr 
IJjjfi, ci avec Mademoifelle de Chevreuf 
lui écoic à craindre, vit avec graiii 
plailir les obftacles que Madame d 
LongLievillc y apporta 5 & le fcrvic 
qu'elle lui rendit , fans en avoir Tir 
tendon , diminua la douleur qu'ell 
eut de la voir travailler publiquemcn 
à la paix avec les Efpagnols , fan 
qu'elle lui fit la grâce de la compte 
pour quelque choie , ôc recevoir ave 
un fouris dédaigneux qui lui étoi | 
ordinaire , non- feulement le peupl 
de Paris , mais les plus grands Seig ' 
neurs qui venoienc à Tadoratioi 
chez elle. 

Servicn , Se de Lionne qui avo 
icnt pris quelque lîaifon avec Mr. h 
Prince , lui laliroient efperer de grand 
avantages du Roy Ôc de la Reine ; 6 
ce qu'ils faiioient pour le fcrvir , S 
peut " être en même tems pour jfi 
maintenir dans le pofte où ils étoîent 
\ entretenoit une négociation qui c 

toit encore utile à le féparer de U 
Cabale des Frondeurs, ôc le raprochcr 
de cette Princefïe. Monfieur le Prin- 
ce 5 ayant donc déterminé de rompre 
le Mariage du Prince de Contî , fil 
entendre à la Reine par de Lionne , 

qu'i* 



à PHi/tolre ^Anne d'Autriche* ii^ 
qu'il iouhaitoit qu'elle employât Tau- i ^J i ; 
torité du Roi pour en empêcher la 
conclufion , &lui fit dire qu'il lui en 
feroic obligé. Le Prince de Conti ne 
haiffoir pas Mademoifelle de Che- 
vrcufe : il avoir intelligence avec elle , 
par Laigue Confident de Madame 
de Chevreufe : mais , le Prince de 
Condé 5 pour l'en dégoûter , lui fit 
dire qu'elle avoit deb Amans qui ne 
lui déplaifoient pas , diC par cette voye 
lui fit naître dans l'ame quelque peti- 
te jalou fie 5 qui fit l'effet qu'il defi- 
roit. Aînfi la Reine , après beau- 
coup de négociations ; du confente- 
|ment déroute la famille de Condé, 
'■ 'fit fçavoir à Madame de Chevreufe 
qu'elle ne defiroit pas que ce Mariage 
fe fit , parce qu'il avoit été concerté 
pour des fins contraires au fervice da 
Roi. Ce Commandement fut caufe 
que toutes ces propofitions s'évanoui- 
rent 5 & qu'on n'en parla plus. 

Mr. le Prince ^z cet outrage à Ma- 
dame de Chevreufe , fans même lui 
en faire aucune excufe , ni travail- 
ler à guérir le dépit qu'elle en devoic 
avoir par aucun adouciilement ; ce 
qui lui fit perdre l'amitié de cette 



Prin^ 



ïio Ji^emotres pour feriAr 
i^ci. PnnceiTe , qui, ëcant convertie e» 
haine contre lui, telle qu'il la méritoit, 
fut caufe que cette Prîncefle pour fc 
venger de lui, fe tourna du côte de h 
Reine , qu'elle fervit (î utilemcn, 
qu'elle contribua beaucoup au retouj 
du Cardinal Mazarin, Mr. le Princ( 
perdit aufîi le Coadjuteur , tant : 
caufe qu'il s'intérefToit en toutes le. 
chofes qui regardoienc Madame & 
Mademoifelle de Chevreufe , qui 
par l'impuifiTance où il fe trouva d( 
lui pouvoir faire donner le Chapeau 
qui-ctoît la feule Hn de Tes Intrigues 
on le peut dire de fes crimes & de fe 
vertus j fi bien qu'aiant changé de fen jj 
riment pour ce Prince, auflitôt qu'i | 
n'efpera rien de lui, il fit enfuire paris: 
à la Reine, par tous fes Amis &. fe 
Amies, pour tâcher de fe raccomode;| 
avec elle ; & fans doute qu'il n'oublii 
pas d'envoîer traiter avec le Cardi 
nal. 

Dans ces tems fi brouillés, il f{ 
pafia un fi grande Confufion de Né 
gociations, qu'il faut nccefiairemcni 
que j'en aie ignore une grande partie 
J'avois une continuelle aflîJuiré au- 
près de la Reine , qui me faifoir cc\ 

hoi) 



1 



IHiftolre d'Anne (^Autriche, iii 
\ inciir de prendre quelque confiance e (? j î , 
n noî ; mais elle ne fçavoit pas elle- 
r ne les particularités des inrrigues 
renvironnoîent j & la fidélité que 
. jis pour elle me rendit fufpeârc à 
x.^ qui n'avoîent pas ces mêmes icw-^ . 
V cns. Je icai feulement , par les cho- 
.|ui venoient à elle, &par celles qui 
nt été dites en confidence par les 
près A6leurs , les évenemens les 
il| ; confidcrables , dont il y a fans 
c te un détail fecret qu'il m^a été im- 
i îbl'e de pénétrer entièrement à Té^ 
1 1 duCoadjuteLir, La Reine , dans 
e:ms là, me dit un jour parlant de 
I, qu'il lui faiioît parler par tout le 
1 ide ; que Madame la Ducheiïe 
' iguillon la prelfoitdc lui pardonner 
Ciicfe fervir de lui pour fe tirer de 
'ut où elle étoit. Elle ajouta ces 
1 nés mors , qtielle voyoît bien quet^ 
' ['olt ralfon ^ que la politique le voti» 
n ahifi y mais quelle avoit une tellâ "^ 

eur de cet homme , qull lui étoit 
'î.ojjlhle de s'y refondre. Je la pref^ 
a le feindre en cette occafion , ôc de 
ifi point écouter fon refTentimcnt , 
[l'ique raifonnablc ;, afin qu'elle put 
t bien-tôt en état d'agir librerneuc 
"orne If^, F f\ii 



■111 Alémoîres pourfervîr 
i6<j, fur ramitié & fur la. haine. Quelqi 
tems après , elle fut prcfque forcée d**; 
voir commerce avec lui , pour voir 
elle pourroit par le dérèglement de i 
P a fiions trouver quelque remède à i 
maux propres. De Lionne le vie p 
fon ordre. Je penfe que ce fut ch' 
Montréfor. Les Propofirions furc 
cruelles5du côté du Coadjutcur , co: 
tre la vie de Mr. le Prince. Elles f 
rent telles que la Reine , qui écc 
bonne & généreufe ; ne les put a 
prouver ; & Taverfion qu'elle en t 
moigna rallentit ces fortes de Conf 
rences. On a cru que le même < 
Lionne , ne voulant pas perdre M 
le Prince , en avertit le Maréch 
de Gramont , qui aufïï-tôt le c 
à Chavîgni a & Chavîgni le découv] 
à ce Prince ; ce qui produifit enfui 
de grands événemens par les préca 
tions néceffaircs qu'il crut fe devoir 
lui même. La Reine ne voulut doi 
point de repos en fe défaifant d'un Enn 
mi par des voies iniques. Une Princcf 
Chrétienne 3 qui avoitde lamodératic 
& de la vertu ^ n'étoit pas capable c 
fimpacifer en rien avec des fentîmej' 
auffi emportez que rétoient ceux c 

Coa 



î rfllflolre à' Anne d'Autriche, ii$ 
Cadjuteur. La piété , qlie fou -Ca- i6yi, 
nlere lui dévoie infpirer , & les ver- 
:i moirales dont il faifoit profeiïïoii , 
s'accordoient guerres avec l'Ambi- 
1 qui ne lui permettoit de fentir que 
pi pouvoir contribuer à la fatisfai- 
Son grand defintéreiTement & ies 
res qualitez^qui lui donnoient tant 
.mis y leur pouvoîent faire croire 
; s'il defiroit du bien , ce n'étoit 
; pour leur en faire part y Ôc que 
la Reine fe vouloir fervîr de fes 
iifeils 3 l'élévation de Ton Efprît qui 
coit plein que de grands deffeîns , 
, adtivité , fa hardielTe , de fa fcrme- 
vîendroient à bout de toutes les dif* 
iltez que la foîblelTe du Cardinal 
.zarin ne pouvoit furmontcr. Mais, 
expédiens qu'il propofoit étoient G. 
cez 5 qu'ils ne pouvoîent pas aifé» 
nt s'attribuer à magnanimité. 
Le Prince de Condé perdit encore 
Premier Préfïdent Mole , à caufc 
'il avoit dit qu'il ne feroit jamais con- 
t qu'il n'eut fait chafiTer le Tellier du. 
nfeil de du Service du Roi 5 afin de 
ivoîr faire mettre à fa place le Préfi- 
it Viole 3 qu'il préféra à Champla- 
ux Fib du Premier Préûdent ^ qui 

F i avoic 



Ûl 



114 Afefnolres pour fervlr 

i^/i^ avoir cfpcré de pouvoiu devenî 
Secrétaire d'Etat. Les hommes le 
plus fâges ceflent de l'écre , quand i 
s'aeît de leurs intérêts. Voilà la four 
ce de toutes les fautes de ce isge Ma 
giftrat. Sa fermeté , la probité , le zc 
le quil avoît pour le bien de l'Etat «5 
le fervice du Roy qui avoit paru a 
travers de fa foiblefTc ; toutes Tes ver 
tus perdirent leur éclat , parce qu^il n 
fit pas tout ce qu il devoît faire ; & pa 
là feulement il fe priva de l'avantag 
qu'il auroit pu avoir d'être cftimé ui 
des premiers hommes de fon fiécle. S; 
prétention l'avoit rendu trop partial di 
Prince de Condé , & l'avoit fou vent fai 
manquer à fon devoir ; mais , les dé 
goûts qu'il eut d^ ce Prince, qui fe mul 
tiplierent beaucoup , le rendirent plu 
fidèle. Il eft à fouhaiter qu'il puifle fer- 
vir de leçon à ceux qui le fuivronr. 

Mr. le Prince perdit aulîî dans I* 
fuite des tems le Duc de Boiiillon & 1( 
Vicomte de Turenne ; pour avoir , \ 
ce qu'ils difoient , foutenu foiblemem 
leurs intérêts en quelques occalions 
La PrinceiTe Palatine , qui ne Çwx. pa* I 
lion plus fatisfaite de fa Recc-nrroîiTan- 
ce ;, parut en quelque façon moins at- - 

tachée 



a rHlfiolre d'Anne d'Autriche, 12 y 
achée à lui. Elle voulut qu'il ôtat i^ji* 
es Finances au Prëfîdenc de Malfons , 
)our les donner au Marquis de la 
/ieu ville. Le Chevalier de la Vieuville 
on Fils étoîc de Tes intimes: elle vou- 
oit qu'il lui eut cette obligation , ou 
plutôt elle prétendoit devenir riche par 
eur moyen j & com.me elle fe vit pri- 
vée de cet efpoir & du plaifir qu'elle 
■royoit trouver à favorifer ceux qu'el- 
s con/ideroitjellefuivitfon inclination 
huî la prelToit de fe donner entîérc- 
nent à la Reinc^^ fit voir par fa con- 
|iui£e qu'elle étoit dans fcs intérêts. 
:lle fît tout pe qu'elle put pour obh'ger 
Mr. le Prince à fe mettre tout- à- fa le 
Dien avec la Ricne , Madame de 
Longueville fut quelque temsà douter 
Prince ne p'ut ciin^i-Xaîi-j» • maïs , ce 
fitîon 3 à caufe des obligations qu'il 
avoit nouvellement au Duc d'Orléans, 
dont il ne crut pas fe devoir féparer. Il 
eft à croire aufîi que l'engagement où 
il étoit de haïr le Cardinal Mazarin , 
plus par honneur que par fentiment , 
Tembaraffoit , &: qu'il ne vouloit fui- 
vre en rien l'exemple des Frondeurs , 
qui fcîgnoient incelTament tous les 

F 3 con- ^ 



^1 & Jtdemolres pour fervlr 
ï^^i. contraires cnfemble. Ce font là , ft 
Ion toutes les apparences , les. véritî 
blés raifons qui Tempechérent de 
lier avec la Reine5& par cet état doutet 
arrêter les Projets légitimes qu'il ai 
roît pu former à l^avantage de fa Grai 
deur. Il eft difficile à Thomme c 
vouloir fatisfaire à toutes fes oblige 
rions , à fes intérêts ^ & à fes fent 
mens : toutes ces chofes portent e 
elles des difficultez qui le font cgan 
au milieu de cette multiplicité de per , 
fées ôc de defirs , qu'il fe produit j 
lui-même & le forcent fouvent à fui ^ 
vre ce qu'il ne voudrolt pas faire. 

Le Prince de Condé demeura don 
îndï^cîs à la vue de tout ce qui fe prc 
fentoit à lui : ^ o^ia^uvaenlinqu'i 
n'eut pas tout celui qu'il pouvoit avoir 
Il eut feulement intelligence avec h 
Reine^ pour faire quelque changcmen 
au Confeil Se pour obtenir le Gouver- 
nement de Guienne , que Servien & 
de Lionne , enfuite des Confeils de la 
Princefïe Palatinejlui firent cfpérer. Ce 
fut fous l'apparence du bien public 
qu'ils y travaillèrent , mais , ce fut 
plus véritablement encore par j'efpé-' 

vmcp 



A Hifiolre et Anne à' Autriche, 127 

Xnce qu'ils eurent que ce Prince fc- 1^51. 

oit chaffer le Tcllier qu ils n'aîmoicnt 

»as 5 5c dont peut-être ils vouloient la 

:harge. Il le fut en effet quelque 

ems après 5 dont il reffentît beaucoup 

ic peines \ mais , fa difgrace ne lui fit 

ien perdre. Il eut le bonheur & la 

idélité tout enfemble : c e^^ ' e qui 

irrive raremcnr 
,^_ .-/^iiL que toutes ces brouiUenes 

c démêlent , beaucoup d'autres évcne- 
liens remplilToîent le Théâtre, La 
sIoblefTc voîoit de toutes parts de la 
onfu/îon , le Parlement agiffoit com- 
ne s'il eut été le Maître du Roiaumc , 
k le Clergé s'affembloît pour fes in- 
éréts. Qiiand les Princes , les Sei- 
gneurs 3 & Gentilshommes , eurent 
:emarqué que tous les Corps ^ excepté 
mx 5 avoient part à la chofe publique , 
Is réfolurent auffi deprendre celle qui 
eur appartcnoic , & demandèrent les 
Etats. La Reine , qui ne fçavoit plus 
:c qui lui étoit bon ou mauvais 5 6r 
qui félon le dire du Marquis de Sen- 
netcrre ,fe laiffoit confeiller par la n€- 
cellîté 5 n en fut point d'abord trop fâ- 
chée 5 parcequ'elle vit que cela déplaî- 
foic air Parlement. Avant la fortie des 

F 4 Prin- 



î 2 s Mémoires -pour fervlr 

16 ju Princes , phifieiirs Députations avoi( 

éré faites entre le Clergé ôc la NobI 

fcy routes en leur faveur, ôc afin 

fupplier la Reine unaniment de 

mettre en liberté. La Nobleffe, 

voiant alors Tortis de Prifon , déj; 

ta vers le Duç^^Orleans le Marqi 

de Sourdis pour len remei^cier & ] 

-^fs marques de leur 10 
commune. Il s en aç^u^v., . j.^^ ' 

ilavoit beaucoup d'efprit «Se de fçavo 
Le Duc d'Orléans avoir confenti 
cette AfTembiéede la Noble (Te , 
Mr. le Prince auffi. Quiand ils vire 
qu'elle dcmandoit la Convocation d 
Etats 3 ils voulurent fe fervir d'el 
pour de plus grands defTeins , 
crurent qu'ayant à eux le Parleme: 
avec beaucoup de ceux qui comp 
foîent le Corps de la NobielTe , êc c 
Clergé , ils en feroient les Maître 
Leur delTcin étoit de les faire tenir- 
Paris dont le peuple étoit à eux , i 
avant la Majorité qui approchoit 
afin peut-être de faire revivre les an 
cîenncs Loix du Royaume , qui , à c 
qu'ils difoienc , dcffendentque les Roi 
oient Majeurs 11 jeunes. Ils cruren 
vainement qu'ils pourroient ôter 1 
Régence à la Reine^ pour fe faire le 






à rHlftolre à* Anne a (iAntrlchc , 129 
Maîtres de l'état \ mais elle qui , fut . 
|leur defTein , bien confeillée & bien ^ 
linftruîce , s'y oppofa foitemcnc , appu- 
yée du premier Prefidenc 5 & meme.de 
"out le Corps du Parlement, qui en ce ' 
rasétoit pour ellc.Cette Compagnie eO: 
:oûjours oppoféc aux Etats , à caufe 
p'ils ofFufquent Ton pouvoir,& que le 
not de Tiers » Etat ne lui plaie pas. 
!.e Garde des Sceaux de Chateaunenf 
avoriibit ceux qui demandoient les 
kats. L'autorité de la Reine lui écoic 
afpede , ,& il fçavoit d'ailleurs que le 
)remier Prefîdent ne l'aimoit pas. Ce 
lit donc à fon extrême regret qu'il vît 
]ue la Reine , tenant' bon , repren- 
îroît des forces & qu'étant appuyée 
le ce Corps , eile réiiffiroit dans fon 
lefifeîn 3 qui étoit de les empêcher 
out - à - fait. C'ell pourquoy il con- 
cilia les Princes de confentir qu'ils fuf- 
ent convoques à Tours , le premier 
rOélobre, auffi-tot après la Majorité. 
La Reine ne pouvant reculer , y con- 
entit au ^rand regret de ceux du Par- 
ement y mais^ils fe confolerent en ce 
qu'ils crurent que fon intérêt l'oblige» 
oit toujours de les éviter , & qu'alors 
îUeauroit fans doute plus dePuiffàn- 
;e pour ■■ faire obeïr le Roi, cette 

F> j'. Prln- 



T 3 o MemoW^s four fervlr 

16^1, Pnncciïe 3 dans le dcffcin de feînd 
de n^y confentir jamais , envoia enf 
Je Maréchal de l'Hôpital pour fépar 
i^Afifemblée de la Noblcife , ôc le 
promettre de convoquer lès Etats î 
premier d'06tobre ; mais ^ (es partifa 
des Princes n'en parurent pas tout- 
fait fatisfaitSi 

Le dix neuvième , lé Duc d'Orleai 
Ciivoia quérir le P. Paulin , Jéfuite , 
GonfefTeur du Roi^pour lui dire qu 
le prioit d'avertir la Reine que cet 
Convocation des Etats après la Major 
té^nc plàifoit à perfonne ; que la Nt 
blefïe ne vouloit point fe defunir j qu" 
craignoit qu*il n'arrivât de grands de 
ordres dans. Paris ; ôc qu'elle devc 
favoir. que peut-être avant qu'il fi 
rrois jours jtout feroit à feu& à far 
dans la Ville. . Le P. Paulin revii 
trouver la Reine , ôc lui rendit comj 
te de la Harangue du Duc d'Orlean 
21 accompagna fa Narration d'une a 
freufe peinture de tous les maux qi 
pouvoîent arriver de cette affaire. L 
K-cine. l'écouta fans s'étonner : eli 
connut, d'où venoit ce Difcours 5^ 
qu'il étoir fait : à dcflein de lui faîi 
|fyi*;6ç.d(? Tobligerpar cette fraieur 

convoque 



à rHiftoire Sl Anne à* Autriche, 131 
convoquer les Etats avant la Majorité, i ,5 j i . 
lElle vît clairement que fcs intérêts ne 
pouvoient compatir avçc ceux des Prin- 
l:es 3 & que fous le nom du Mazariniîs 
luroient eu pouvoir de la perfécutei: 
:out de nouveau. Le foir de ce même 
ourle Duc d'Orléans & Mr. le Prince 
j tinrent la voir. Elle dit au Duc d'Orle- 
îns,que s'il avoit voulu lui faire peur, 
i\\ lui mandant ce que le Père Paulin 
ui avoit dit de fa part , il n'avoit pas 
.'cufïi dans fon delTcin. Le Duc d'Orle- 
ms &: Mr. le Prince la prelTérent in flâ- 
nent deconfentir^que les Etats fe tinf- 
fent avant la Majorité , afin à ce qu'ils 
iifoient de contenter la NoblefTe^qui ne 
vouloir pas fe féparer fans obtenir cette 
^race ; mais la Reine , qui fe fentoic 
appuiée , tint ferme contre eux,^ ne fe 
relâcha jamais. Elle parla même au 
Prince de Condé avec un peu de fierté, 
ne montrant nullement de les craindre 
ni l'un ni l'autre j & ils la quittèrent 
fort mal Tatisfaits de fa fermeté. 

Le Garde des Sceaux alla le lende- 
main au Luxembourg , pour accom- 
moder ce différent. Il rapporta à la 
Reine , que le Duc d'Orléans iouhai- 
toit au moins q^u'ils fufient commen- 

Fi6> ces 



1 3 i Jl^emolres pourfervlr 

tÇ^ ï . ces cinq ou fix jours avant la Majori 

\ téjntaisj la Reine ne fe rendit poir 

à' cette dernière attaque : elle eut pen 

que ce peu de jours ne lui fiiflent fu 

ncftes ; Se leur emprelTement fortiii 

fà refiftance , & lui en fît connoitr 

vifibiement le danger. Le Duc d'Or 

Icans fe fondoit à infifter là deHlis 

fur ce qu'il difoit y avoir des éxem 

pies que les Etats avoient fouvent et 

tenus fous les Minorités. Il alla mê 

me au Parlement diiputer fa préteiî 

tion j Se , comme les intérêts chaii 

gent les fentimens des hommes, il ] 

trouva Ton crédit diminué , Se qui 

n'en a voie pas autant pour faire teni< 

les Etats , qu'il en avoit eu en faveui 

des Princes , Se contre le Mazarin. La 

NoblefTe députa à THÔtel de Ville . 

pour lui demander jon<Stion j mais lej 

Bourgeois , qui n avoient plus cet ob^ 

jet du Mazarin , qui avoit produit 

leur entêtement , etoîent revenus à 

leur devoir , Se iVétoient plus capables 

d'y manquer , fans de grands foins à 

les tromper par d'autres inventions. 

îlsrefuferent leur Requête : puis en- 

fo toutes ces contcftations fe ralenti- 

î(Ç^t >^ô^dc plus grandes avantures les 



a rHljlolre ^ Annt à* Autriche^ 1 5-3 
etonfferenr. Cette difpute néanmoins i6j\,. 
fut foûtenuë des Princes , îufqu'à la 
veille de la Majorité, i^pparament 
elle étoît fondée fur quelque deflcia 
nuifible au Roy, à la Reine , ôc à 
TEtat, ôc comme le Mazarin leur à- 
voit fervi de prétexte à tous pour fa* 
tîsfaîre leurs pallions , un des jours 
que le Duc d'Orléans fut au Parle- _ 
ment pour cette affaire , il fe plaignit 
hautement de la Reine , Se dit qu'elle 
n'agi {foie que par les confeils du Mi- 
niftre de Breull * ; qu elle étoit envî-^ q^^^{^ 
ronnée de Mazarins ; qu'il ne. pou^^nal y 
voit pas répondre du repos de l'Etat , étoic. . 
que le Tellier , Scrvien , Se Madame 
de Navailles ne fulfenc chaiftes de la 
Gour ; Se que toutes ces perfonnes 
étant créatures du Cardinal , la Rei- 
ne n'agi{foit jamais que par les avis ^ , 
qu'ils lui donnoientde fa part.^. Brévec 

Navailles étoit un Gentilhomme de fut don- 
bonne maifon , bien-fait 6^ forthon^ né à Ton . 
nête homme. Qiîand le Miniftrepar- ^^^^ » 
tit de France ; il lui fit donner le Brc- [!|i"jQjj.- 
vet de Duc "^ , Se pria la Reine de lui ncr l'a- , 
faire époufer Mademoifelle de Neuil-! vantagç. -. 
laatrqui l'eftîmoît. Pour; lui , il l3.^',^"f 
fouliaitcoitpour fon mérite , fa fagelfe,- j^'^^^^ 



I '3 4 ^^ mohres four fervir 
li^j.r. fanaitTance, ôc fes riche (Tes. Ce Ma-- 
riage , comme je l'ai dcjà dit , aianc: 
écé fait au Palais Roial en fecret , de 
du confentement de la Reine , Na- 
vaîllestravailloirinceffamment à paier-' 
le Cardmal des obligations qu'il lui 
avoît , & Madame de Navailles , après ^ 
avoir déclaré fon Mariage , étoit de- 
meurée auprès de la Reine , pour être 
celle qui par Ion Mari lui faifoit te- 
nir toutes les Lettres du Cardinal. Il 
lui écrivoit à elle ^^ lui commettoîc- 
le foin d'une grande partie de fes in- 
térêts. J'en ai vu tous les Originaux ; . 
car Madame de Navailles , quelques- 
années après devenue mon Amie , me 
les a depuis montrez. Voilà la rai- - 
fon qui obligeoît le Duc d'Orléans de 
parler d'elle au Parlement : dont on 
s'étontia ; car notre Sexe doit avoir; 
certains privilèges qui le peuvent" 
exempter d'aller dans les Lieux pu- 
blics. Le Duc d'Orléans voulut aufÏÏ 
chaflei: le Tellier , comme attaché aux 
intérêts du Cardinal. Ce Prince étoit 
fur cet article de concert avec Mr. le 
Prince , qui fe plaignoit hautement 
de lui 5 de ce que l'aiant toujours cra- 
de fes Amis ^ il l'avoic abandonné , & 



al*Hiftoireà'Afine d'Autriche,. X'^ 5 
ne Tavoît pas averti quand il fut ar- 16 jx^ 
récé. Il le blamoîc d'une chofe dont 
il paroifToit louable. Il ne faut jamais 
trahir le fecret de fon Ami 5 à plus, 
forte raifon celui de fon Maître , ôc 
celui de l'Erar. On a cru qu'il le 
poufTà auffi par l'engagement qu'il 
avoit pris avec de Lionne , qui avoic 
paru agir avec le deffein de faire chaf- 
fer ce Miniftre , & que Servien étant 
Oncle de de Lionne , n'avoit été 
nommé en cette occafion que pour 
mieux couvrir le defir que les Princes 
avoient de perdre entièrement le Tel- 
lîer. Je croi devoir dire néanmoins ^ . 
que je n'ai point de connoifFance par; 
moi mêiTiC-, que de Lionne aie voulu - 
travailler à la ruine d^m Miniftre 
qui fervoit le Roi fidèlement ; mais^ , 
je fçai que la Reine l'en a foupçonné , 
ôc que le Tcllier en a été fortement 
perfuadé. Ge font de ces chofes qu on i 
ne peut démêler que difficilement , dc 
dont par équité on doit toujours 
douter. Il y a dans le cœur de Hiom- 
mc un grand mélange de bons & de 
mauvais fentimens ^ & Dieu feul en \ 
peut être le Juge,.[^Le Garde des. 
Sgeaux voiant qu il avoit contribué à ^ 



1^6 Afemotres pour fervlr 
t^fi» chafTer le Cardinal pour être auprès , 
de la Reîne un Miniftfe en figure . 
étoic rempli d'amertume & de dou- 
leur. Il fcavoit qu'elle Te confîoit i 
d-'aucres.qua lui , & qu'elle le regar- 
doit comme Ton Ennemi. Il tâchoît 
par toutes voyes d'acquérir fa confian- 
ce. Il lui protefta fouvent qu'il vou- 
loit être attaché à Tes intérêts. Il lui 
ofïrît de fe féparer du Duc d'Orléans, 
& de toutes les perfonnes qui lui don- 
noient de l'ombrage. Il offrit de la 
raccommoder avec les Princes , & 
n'oublia rien pour lui dire qu'elle 
rrouveroit en lui un Miniftre plus 
utile à Ton fervice que celui qu'elle 
avoît perdu. Sa confiance étoit don- 
née à un autre.. La Reine reçut Ces 
offres avec une apparente bonne vo- 
lonté; mais en effet 5 elle ne fe laifîa 
point toucher à Çqs promeffes. La 
Reine , croyant faire fon devoir n'étoic" 
^ pas capable de changer foiblemenc 
d'avis j fî bien 5 qu'elle n'écoutoic 
toutes fes paroles que pour amufèr le 
Garde des Sceaux. Il devoir connoi- 
îre rimpoflîbilité de fon deffein par i 
les intrigues qu il ramaffoit eafaper- - ' 
fonne^ que la Reine devoir craindre fi 



a r Hîfiolre et Arme d'Autriche , 137 
êc s'il eut été fage , il auroit vu que i^JT 
tous CCS Princes n'auroient pour re- 
compenfes que le repentir. x 

La Reine, oour contenter les Prin- 
€es qui demandoient toujours Téloig- 
nement de Tes Mîniftres Se des amis 
du Cardinal a leur oflFnCa du confen- 
tement de le Tellier^ qu'il ne fer- 
viroit point ^ ôc qu'elle fcroit faire fa 
Charge par un autre y bien refoluë 
néanmoins de la lui conferver , 3c de 
',^*^f?^V:^ îà-delTus toute la iuftîce qu'il 
:..ii. i^î. 't.n^.vfion n: cron 



qu'elle voaloit chafler'm. 1' "°^^^ 
le Duc d'Orléans avoïc nommé au 
Parlement , la Reine, craignant 
que ce bruit ne lui fît tort , déclara 
publiquement que fi les Princes ne 
vouloient venir au Confeil , elle k 
tiendroit toute feule 3 ôc n'en chafife- 
roît perfonne. Les Princes > fçachant 
que la Reine avoit parlé de cette for- 
te 5 lui mandèrent qu'ils ne vouloient 
point venir au Confeil;, de qu'elle fit 
ce qu*il lui plairoit. Le Garde des 
Sceaux fut d'avis de le retarder afin 
de voir s'il n'y avoit point quelque 
voye d'accommodement ; mais , la 
Rejne le voulut tenir, ôc lui répondit 

^ for- 



ï 5 s Mémoires four fervlr 

i^ji. fortement ^ que fa volonté feule dévolu^ 
régler cette Affaire , & cruelle le voU" 
, loît alnfi. Le foir même les Princes , 
un peu étonnez de fa fermeté , vin- 
rent la voir ; & , parce que les Portes 
de Paris étoient encore gardées , le 
Duc d'Orléans preiïà d'en faire ôter 
les Gardes , comme une chofe qui 
devoit déplaire à la Reine & il la fup- 
plia de commander qu'elles fuffent 
levées ► Elle y con£èntit ; & de cette 
forte la Reine fe tjgnpj^.î;' ^^,11^^^^ 

£?."^?airoit; Mais , fes Affaires n'é. 
tant pas qu'elle dut le defirer ^ elle y 
demeura tout le tems qu'elle le jugea 
néceffaire. 

La Reine , ne pouvant plus fouf- 
frir le Garde ^ç.% Sceaux :, voulut don- 
ner les Sceaux au Premier Président , 
qui l'avoit bien fervie depuis la fortîe 
des Princes ; & depuis que , détaché 
du Prince de Condé , il s'éroit tout- 
à-fait appliqué à Tes intérêts. Car 
alors il prétendoit recevoir par elle les 
Grâces qu'il avoit efpérées des au- 
tres. Le Maréchal de Gramont , A- 
mi de Chavigni , Longueuil qui étoîc 
devenu Chancelier des la Reine, 6^ 

quel» 



I 



à VHijiotre d'Anne d'Autriche. 1 59 
quelques autres, gagnèrent Servicn & i^jr* 
de Lionne , pour favori fer auprès de 
la Reine & du Cardinal , le recour de 
leur Ami à la Cour. Ils firent tous 
entendre à cette PrlncelTe , que pour 
faire les changemens qu'elle defiroit , 
& pour acquérir quelque créance dans 
le Parlement , il falloit qu'elle feignît 
de ne vouloir plus de Mazarin , & 
qu'elle fît revenir Chavigni , le plus 
grand Ennemi qu il eut. Servien , 6c 
' de Lionne , entrèrent dans cette pcn- 
fée 5 pour avoir en lui un Ami auprès 
du Prince de Condé , qu'ils paroif- 
foient regarder comme leur Protg^j-, 
teur. On en écci^cuiiinârque le re- 
(6ur de ce Miniftre étoit nécefTaire 
pour éblouir le Peuple : & de plus 
qu'il éroit meilleur d'avoir celui-là 
dans le Confeîl , que le Garde des 
i Sceaux de Chateauneuf ; parce qu'il 
fembloit que la Cabale de ce dernier 
étoit la plus dominante , & que par 
Gonféquent Chavigni éroit moins à 
craindre. Quoi qu'il en foit , le Car- 
iinal y confentit , parce qu'alors fa- 
plus grande paffion , ainfi qu'il l^avoic. 
Tiandé à fes. Amis, étoit de changer 



140- JHemolres -pour fervir 
\6ji. le Confeil , ôc d'en ôter le Garde d( 
Sceaux. C'eft une de ces chofes qv 
j'av depuis vues dans les Lettres au' 
ecrivoit en ce tems-là à Madame c 
Navailles, 

Sennetere ne fcut rîen du n 

> 

tour de Chavio;nî. On lui cacha c 

dedein avec foin. Il 11e raimoir pas 

êc il avoir paru avoir plus de liaifo 

avec Chateauneuf ; mais , comme 

n'avoir pas approuvé fa conduite , l 

qu'il s'écoir attaché à la Reine , il i 

confola aifément de la refolurio 

qu'elle avoir piife de le chafler. , 

^ l'égard de Chavignî , il fe refolut é 

rorcTiâ^''?-t'"*^"'"/out ce qu'il poui 

lui en feroit obligé" ," -^^.leide Brcu. 

froit (on retour par la feule raife 

qu'il étoic fon Ennemi déclaré. C 

ne fut pas fans étonnement que Vc 

vit alors la haine avoir les mêmes c 

fers que l'amitié. Il ne falloir p: 

s'en étonner : l'intérêt peut lui fci 

joîndi-e tant de contrariétés enfembl 

il eft le maître des cœurs , c efl li 

qui gouverne le monde , qui fait foi 

vent agir les hommes en bien & c^ 

îîial , qui fait naître la haine, ôc ci 

prc 






à r Hîfiolre â* Anne et Autriche 141 
produit les apparences de l^amitié que 1^51, 
les gens de la Cour femblent avoir les 
Lins pour les autres. Ce changement 
étant concerté de cette forte, Chavigni 
irrlva le deuxième Avril , & le foir 
iiême il vît la Reine dans fon Oratoi- 
'e. Il y fut par un efcalier dérobé 
\xi\ alloit dans ce lieu fccret , oii elle 
aifoit venir ceux qu'elle vouloit ca- 
her à ^qs efpions. 

Le lendemain , ' le Duc d'Orlcans , 

[ui fembloit n'avoir eu nulle part au 

etour de Chavigni , & à qui la Rei- 

le n'en avoitrien dit , parut le fentîr 

'ivement. Il vint au Palais Royal , 

)lein de colère contre elle , & fuivi du 

'l^nce de Condé, qui avoit été de ce 

ecrei , 6^ en étoit bien content ; mais 

clon les maximes de la Cour , il dif^ 

imuloit fes fentîmens , de peur de 

hoquer le Duc d'Orléans qui en é- 

oit outré de dépit. Ce Prince , en 

refence de plus d'une douzaine de 

*erfonnes , dit à la Reine , qu'il jV- 

onnoh Infiniment ; que tenant le rang 

H il tenait dans le Roymme ^ & félon lit 

art quil devait avoir dans les Confeils 

u Roi , elle eut voulu faire revenir un 

hiftre fans lui en farter \ & qu'elle 

Im 






142, JHêmoires pour fervîr 
I <^5 1 . lui avolt en cela donné beaucoup de mar» 
ques de me fris & de défiance, La Rei- 
ne lui répondît tout haut , que depuh 
quelque tems il avoit fait tant de chofes 
fans elle , ni fans fa participation , quil 
ne devoir pas trouver étrange ^ fi de fon 
coté elU en faifolt de même , & fîpar 
fa manière d'agir avec elle , elle croioit 
être difpenfée d'en ufer avec lui de la fa^ 
çon quelle /îvoit accoutumée de le faire ^ 
que quand il vivait avec elle comme fon 
Ami & jon Frère , alors il fçavoit bien 
quelle n avolt jamais rien fait , même 
dans les bagatelles ^ que premièrement 
elle neut pris fon avis 5 mais qu enfin , 
fon procédé avolt fait changer tefien > & 
quelle était fâchée de ce quil r avoit con^ 
tralnt à cela. Il lui répondit , quîi 
n avoit fait que fe âeffendre \ quelle ^- 
voit commencé a méprifer fon Amitié , 
envolant Monfieur le Prince au Havre 
malgré lui ; & que le Cardinal avoit 
été aujfi le premier a l' offhifer '^^ qu* enfuit e 
il n avolt pu faire autre chofe que ce quil 
et oit obligé de faire , pour fa confervatlon 
& l'intérêt de fon honneur. Pendant 
cette grande Dîfpute , je remarquai 
que Mr. le Prince les écouta fans dire 
une feule parole ; (3c je fuis perfuadé 

que 



à t*H!fioire d^Ame d'Autriche, 145 

que dans fou Ame il n'ctoit pas fâché 1 6§ i; 

de la colère de tous les deux 5 car , il 

fît quelque fourîs qui me le fît juger 

ilnii. Le Duc d'Orléans avoir néan- 

iioins eu part au retour de Chavignî 

^ar ceux qui l'avoient traité avec le 

Dardiual j mais , ce Prince voulue 

"aire voir à la Reine combien il avoir 

ènti ce fecret qu'elle lui en avoit 

air. 

Le Parlemenr vînt au Palais Roial 

uî obligea la Reine de cefTer fa Dif- 

ute avec le Duc d'Orléans , pour al- 

;r entendre les Remontrances que le 

rémier Prcfident lui vint faire fur 

ette Déclaration qu'il demandoîc 

ontre les Cardinaux. J'ai déjà dit 

illeurs , que cette Compagnie avoir 

fopofé de les exclure tous du Minîf- 

re. Le Premier Préfîdent , alors de 

Micert avec la Reine , lui parla de ce 

île dont il avoit accoutumé de fe 

rvir en de femblables occafîons ; 

'liais 5 après avoir harangué conrre le 

[azarîn , il n'épargna pas le Coadju- 

I j|Ur 5 difanr de lui 5 que c'étoit un 

ïprît plein d'Ambition de de Def- 

llins fadieux , qui troubloit la Paix 

J: la Maifon Roiale , de qu'il étoic 



■it 
!) 

11' 
m 

m 

tl 



144 2\4emotresf>our fervîr 
giè^ î . jufte de réloigii^r de i'erpoîr du Mî- 
nifterc. Le Duc d'Oirlcans en rougît 
deux fois : il fentic que ces paroles 
s'addreiToient à lui , Se elles lui firent 
connoitre que la Reine n'étoit pas a- 
bandonnée , que le Parlement reve- 
noic à elle , &c que c'eft une grande 
folie à l'homme que de fe confier aur 
hommes, 

La Reine au lieu de répondre à 
Ton ordinaire , &c dire qu'elle deman- 
doîc avis à Monlieur le Duc d'Or- 
Icans , & à Mr. le Prince , de ce 
qu'elle avoit à faire, un peu en colè- 
re contre le Duc d'Orléans , répondit 
au Premier Préiident fans parler aux 
Princes , quelle accordait là Déclaration 
telle que le Parlement la dejïroît ; & 
ajoura trés-judicieufement , qu'elk cro^ 
y oit le pouvoir faire . pulfque Aionjieur & 
Air» h Prince étoient prefens quand elle 
fut propofée au Parlement, Elle fe tour- 
na enfuire vers le Garde des Sceaux ,& 
lui commanda à l'inftant même de la 
fceller. Il reçut cet ordre comme un 
homme qui n'a voit plus guerre de 
momens à polTeder cette autorite' 
dont il fe fervoit malgré la Reine. A 
ces mots déciiîfs de la Reine , Ma- ; 

dame 



s l'Hifloîre Jl Anne à* Autriche, 1 4 j 

ame de Chevrcufc rougit à Ton tour \ \C^\ 

c je connus à fon vifage , qu'elle vo- 

oit avec beaucoup de peine le Coad- 

iteurj^: le même Garde des Sceaux 

e Chateauneuf 5 exclus de pouvoir 

)îndre le Miniftere à la Calote rougej 

laîs , comme beaucoup de diligences 

voient déjà été faites pour empêcher 

Lie cet avantage ne fut ôté aux Car- 

naux François , tant d'intrigues fe fi- 

nt encore alors , qu'enfin la choie 

: éludée &c demeui-a , comme je l'ay 

'jà dit 5 tout- à-fait alfoupie. 

Cette Cérémonie achevée, les Prin- 

'S s'en allèrent. Le Duc d'Orléans 

/oit de la douleur & delà tri ftefle dans 

cœur , & le Prince de Condé étoîc 

mtent. Ce qui fachoît le Duc d'Or- 

ns à Pégard du Coadjuteur lui don- 

Dit de la joye , & de plus il étoit fâ- 

:faît du retour de Chavîgnî. La 

eine, fortant de fa Galleric où elle 

^oit tenu le Confeil , fe recîru dans 

n Cabinet. Elle y reçut publique- 

ent Chavignî, qu^cllc traitra comme 

Il homme defliné à lui plaire. Ceux 

î contribuèrent à ion retour vîrenc 

apparences de fa faveur avec plai- 

j: ; mais le Cardinal , qui Pavoit ap- 

Ybme //K G prou- 



i4^ 2\^emoîres pour fervlr 
i(f)i. prouvé malgré lui, ne put pas s'en 
pécher d'en relTentir de la douleur , < 
de tenir pour ennemis ceux qui avoiei 
fçû trouver l'invention de le rappi 
1er. 

Pendant que toutes ces chofes 
paîTerent dans le Cabinet, leGardedi 
Sceaux 3 qui les avoit ignorées ;, qi 
hailfcit Chavigni , & qui fcntoit l 
apparences de fa difgrace, fut toûjou 
appuyé contre le coin de la table , n 
veur 5 cha2i*in , de fort euibarr^d. 
Cette Place qu'"Il avoit tant dcfirée 
lui donnoit plus de licnte que deglo; 
i'e. Il voyoit que les grandes aflrairc 
fe faifoîent fans lui , & contre lui : t 
dans ces momens il connut fans dout 
qu'il alloit perdre les Sceaux j car , 
devoit croire que la Reine n''avoît pa, 
changé le Confeil malgré le Ducd'Orl| 
leans , pour en demeurer là , & ne pî _ 
fatisFaire fon refifentiment. Deux heu 
rcs après , comme il fut retourné chc 
lui 3 elle lui envoya commander de le 
rendre. Il le fît , & en même tem 
.le Premier Prefident les eut , à condi 
tion qu'il ne quitteroft point fa Chai- 
re de Premier Préfident. La Reine 
enluke , dépêcha vers le Chanceliei 

Se 



à l'Hlfiolre iAnne £ Autriche \ 47 
îcgiiîcr , pour le faire revenir à la iGs^i 
Zour 5 afin d'y tenir le Confeil des 
)art;ics , & affilier à tons les Confeils 
lu Roi 5 comme Chancelier de France* 
.Ir. le Prince fçavoit TEledion du 
dernier Preiident \ ôc par Chavigni 
: de Lionne eut pour ces changemens 
luelqucs intelligences avec la Reine ^ 
ui les fie d'autant plus hardiment , 
u'clle croioit qu'ils pouvoienc le ten- 
n* de revenir à elle. 
Ce que fouffrit Chateaimeuf, quand 
. fe vit fans les Sceaux , ne fe peut af- 
zz fortement reprefcnter, & celui feul 
ont l'ambition ed extrême peut s'en 
Drmer quelque idée. Il eut la penfée 
e fe fauver au Luxembourg, d'y por- 
^r les Sceaux , & de demander la pro- 
^â:ion du Duc d'Orléans pour tenir 
on contre la Reine. Apres les avoir 
endus 5 il fe repentit de n'avoir pas 
xécucé ce deifein 5 mais , la Reine le 
irpric y elle envoya Ci promptement 
Ihez lui , auffi-tôt après qu'il l'eut 
uittéc, qu'elle ne lui lailTa pas letems 
e délibérer ce qu'il avoir à faire. Dieu 
p permît ainfî^pourla confervation 
e la France , à qui cette aélion auroïc 
lis doute coûté beaucoup de fang. Je 

G 2 veux 



1 4 8 A<fé: m oires four fervîr 
165 r. veux croire au fîî que îa volonté c 
quelque part à fa retenue , & qu'a 
niant l'Etat il ne voulut pas peut-ct 
pour fes intérêts hazardcr de le perd 
entièrement. Cet homme avoir ■ 
grandes qualités : il avoit l'ame fcrm^ 
Ttlprit hardi, & le cœur rempli 1 
gloire 5 il etoit habile dans Tintrigu 
il avoit une grande expérience da 
les affaires. Il étoit tellement refpc 
té de Tes amis & de fes ennemis 
qu'il refufoit aux uns & aux autr 
également ce qu'il ne croyoit pas jul 
de leur donner , lans qu'ils ofaifent s'< 
plaindre, il avoit aulli beaucoup ( 
quoi s'humilier devant Dieu &: I 
hommes, ayant autres fois fous IcR 
gne du Cardinal de Richelieu condar 
né à mort finnoccnt Maréchal < 
Marillac ; & l'opinion univerfclle étc 
que fon ambition l'avoit alors fait 1 
chement trahir fa confcience & fc 
honneur, il avoit encore un défa 
qui le rendoit ridicule. Il aimoit trc 
les Dames : leur converfation , 
leurs flatteries lui plaiioient ^ 6c 1 
Dames pour leurs intérêts le rechc 
choient avec trop d'avidité. Sa fo, 
blelfe ctoir caufc de celles qu'cll 

avoie; 



al'Hlfiolre d' Arme â' Autriche, 149 
voleur pour lui. Elles ont par leurs K^jr, 
irrigues beaucoup contribué à fa 
îrandeur & à fa Fortune , de même 
u'à le rendre méprifable. Outre ces 
onrcufes taches , on peut dire encore, 
lie les defîrs que la faveur excitoit en 
va anie , écant excefïifs ôc déréglés , 
' renaoienr indigne de vivre , puîfque 
3ur vivre dans rélevarion ilfaifoitdes " 
aifeffes qui ne convenoient pas à un 
amme tel qu'il avoir intention de le 
îroitre. 

La Nouvelle de la dif^race de cet 
omme étant venue au Luxembourg , 

Duc d'Orléans en fut troublé d'une 
lanîere toute terrible , 6-: fa colère 
enfa caufcr d'étrangjes effets. Il fui- 
lîna contre la Reine , & jura qu'ail fe 
îlTentiroît de CQi affront. Le Coad- 
iteur y ou Montrefor par fon ordre , 
u tous deux enfemble , dirent à ce 
rince, qaepuifque la Reine avoit ofé 
lire des coups de Régente y il devoir 
Il faire de Licarenanr General du Ro- 
aume. Ils propofcrenr de faire pren- 
re les armes aux Bourgeois. Le 
)uc de Beaiiforr oïfrir fon cred^it pour 
e deffein. lis direnr qu'il falloir ani- 
ler la canaille , qu'il falloir aller au 
i G 3 Pa- 



î j' o Memoh es -pour fervh 
R±i Palâîs Royal enlever le Roi 5 aller clies^'! 
le premier Preiidcnrjlni ôter les Sceau> 
de force ; & ^ s'il faifoit quelque refif. 
tance > le tuer, & le jercer par les fenê. 
très. Enfin , tout ce qui fe peut ima- 
giner de pkTs cruel , &: de plus violent ; 
même contre la pcrfonne de la Reine . 
fut propofé en cette occafion. Selor 
les apparences , Téxécution en fut ar^ 
dament defîrée par le Coajutcur , & 
fans doute queChateauneufauiïi,com- 
me je le viens de dire^, eut des mo- 
mens fort criminels ; ces deux hom- 
mes étant remplis \\\n & l'autre deî 
- plus violentes pafîionsqui puiiTent oc- 
cuper le cœur humain. Âiadame de 
Chevreufe qui étoit alTez bien difpo- 
fée à fe bien remettre avec la Reine 3 
eut fa part de la douleur du Duc d'Or- 
léans. Elle fut fans doute au defefpoî ri 
du changement du Garde des Sceaux , 
6^ eut de la peine à le fouffrir ; mais,! 
je ne ^entendis point nommer parmi 
les coupables. On m'aifura que Ma» 
dcmoifelle avoit paru pafïîonnée pour 
la réparation de la gloire du Duc d'Or- 
léans 5 & que n'étant pas fatisfaite de 
la Reine elle voulut alors en tout com- 
plaire à ce Prince. Le Prince de Con- 



h l'Wflolre d'Anne d^ Autriche, 1 5 x 
é j qui fur prefenn à toutes ces furîeu- i ^j iJ.. 
?s propofîcions , après avoir protellé 
Il Duc d'Orléans qu'il n'assoit nulle 
art au retour de Chavigni , & l'avoir 
iTtiré qu'il vouloit demeurer inviola- 
lement attaché à Tes intérêts déclara 
u'îl ne pouvoit approuver des Con- 
.^ils fi violens , dont réxécution fe- 
.)it difficile & blâmable. Il dit au 
)uc d'Orléans , qu'il ctoit prêt de fe 
Kttre à la tête de Tes Troupes , & de 
i^pandre pour Ton fervice jufqu'à la 
erniere goûte de Ton fang ; mais y ■ 
u'il ne pouvoit prendre de part à des 
hofes qui fans doute feroient deiap- 
rouvées des gens de bien. Ce fage 
ifcours fit taire les plus mutins^ par- 
c que la raifon & l'autorité enfemblc 
)nt de grandes forces. Ces obligations 
écentes que Mr. le Prince avoit au 
^remier Prefident , l'amitié qu'il a voi c 
sour Chavigni , la confidence qu'on 
ui avoit faite de Ton retour y ôc quel- 
[ues humanités naturelles qui n'aban- 
lonnent guerres les âmes héroïques , 
ui firent tenir ce langage. Il deiiroit 
ilors 5 comme je l'ay écrit, d'obtenii 
le la Reine le Gouvernement de Gui- 
mnç 3 dont il n'étoit pas encore tout- 

G 4 à- 



:ati 



1 5 1 Afemolres pour fervlr ' 1 j| 

l6^i' à-fak afluré , & Ton intérêt le forçoi 
à chercher à hii plaire. Il le fit avan 
tageufement pour elle , en dctournan 
cet orage , dont les feules apparence 
écoient horribles. 

Ccft donc à Mr. le Prince feul 
f qui on doit donner la gloire d'avoî 

empêché ce furieux projet ^ qui auroî 
été fans doute une féconde Saint Barthe 
Icmi fous le nom des Mazarins. Ma 
dame de Longuevillc m'a dit depuis 
que ce jour là elle crut que Paris fc 
roit détruit par le feu & par le fang 
que le trouble fut grand dans toute h 
Maîfon Royale5& qu'elle paifa la nuii 
fans fe coucher dans l'inquiétude de 
malheurs qui pouvoient arriver ; qu 
fur le matin voyant que l'éxécucior 
n'avoit point fuivi les delfeins dt 
Coadjuteur , elle fe jetta far le lit d< 
Mr. le Prince fon Frère, toute habil- 
lée 5 pour feulement dormir quelqLieî 
heures ; mais qu'elle fut long-tcms que 
fon efprit ctoit rempli d^'une idée fu- 
nefbe de toutes les chofcs que ce Coa«- 
feil auroit pu produire ; 6c que fon 
amc en fut long-tems abbaruë de trif- 
tt^Q. 5 6c pleine d'étonnement. Pour la 
Reine , elle n'eut aucune part de 

cette 



i( 



a rniftolre d'Anne d'Autriche, ij^ 
crte inquiétude , & ne Içuc le péril où i 6 j i . 
Ile avoir été 3 qu'après qu'il fut padé. 

Le Chancelier Sec^uier arriva le len»» 
^jmain, & fut reçut de la Reine avec 
eaucoup de demonftrarion de bonne 
oloncé. S'il avoir eu cerre cmprelTe- 
i?nt qui eft louable quand legirime- 
i:nc on peut prétendre aux grandeurs 
e la fortune , il auroit peut-être rem- 
lit cette place toute entière. Il croie 
;avant5 éloquent , (Se habile dans les 
f aires du Confeil. La Reine a voie 
sfoin de Miniftre 6: d'un Minidre 
omme de bien^qui avec de drcices in- 
:ncions entreprit de la bien fcrv'r. 
i avoir une partie de ces bonnes qua- 
tés j mais , il n'avoir pas l'anie aiTez 
.^mplîe du deiir de la gloire , que 
i feule vertu peut donner. Il ne pou- 
oit prefque reuderà la faveur , <Sir il 
e fe faiioir pas e.ftimer autant peat- 
:re qu'il meritoit de l'être. Ses amis 
ouloient qu'il occupât alors cette pre- 
liere place , quifaifoît naître des de- 
rs à tant d'autres , &: qui n'*cn exci- 
DÎt pas alTez en lui. Beaucoup de 
ens de bien auroient trouvé ce re- 
icde propre à difïîper toutes les Ca- 
alks qui travaîlloicnt pour <3c contre 

G j 1( 






154 Jl^emoires pour fervlr 
î()f I, le Cardinal Mazaiin j &, n'étant pas 
trop paffionnc de cette Primauté , il 
auroif pu gouverner de attendre paifî- 
Hement ou le retour ou la perte dm 
Miniftre. Mais 5 enfin, il avoit trop 
peu de cette mauie qui donnoît tant- 
de peines a Chatcauncuf , & n'ayant 
pas la force de fe foûtenir 3 il fut auf- 
fî-tôt après accablé par Tes ennemis. 
Nous les vîmes bien vite retourner 
dans le néant , & en fortir de mcme , 
fans pourtant avoir jamais eu ce qu^on 
appelle de la faveur <S^de la canfidéra- 
tion. Il fut fî mauvais Courtifan ,., 
q,u il demanda à la Reine ce qu'il avoir 
à faire , &, la Reine lui aiant dit qu'il 
fe repofât , & qu'il ne fe donnât pas la 
peine fans befoin de venir au Palais 
Roial , il accepta ce parti ^ & y alla fî 
peu , que bientôt' après il n'y alla point 
du tout. Il fe pîquoit d'une certaine 
humilité 5 de ne fe foncier point de 
TAutorité , & d'aimer à obéir conti- 
nuellement à quelque Supérieur. Cet* 
te foùmiilion ell caufe qu'il a joui d'u- 
ne fortune plus douce , & de plus 1 
Iqngue durée \ mais auiïi moins écla- 
tante» 

Le Duc d'Orléans étoît tout à falçi j 



à rHlflolre d'Anne â* Autriche, 155 
en colère : il ne venoît plus chez ia 165 i. 
Reine ^ ni au Confeil. Il difoît hau- 
tement qu'il vouloit qu'on ôtâc les 
Sceaux au Premier Préfîdenr, & qu'on 
chafTât du Confeil Chavienijdeclarant 
qu'il ne reverroic jamais la Reine , fi 
elle ne le fatisfaifoir. On travaille de 
part & d'autre pour adoucir Ton cha- 
grin : le Duc d'Orléans ne paroit point 
s'afoîblir dans faréfblution , & la Rei- 
ne aifure qu'elle ne veut chaflrerperfon- 
ne. Pendant que cette Négociation 
occupoit les efprits^Chavigni trouvais 
moyen de fe raccomodcr avec le 
Duc d'Orléans : Tes Amis lui rendirent 
ce bon office ; 3^ l'ayant été faluer , il 
en fut bien reçu. Par cette voye , la 
moitié delà colère de ce Prince fe dif- 
fipa 5 mais il demeura inflexible con- 
tre le Premier Préfident. Il demanda 
à Mr. le Prince de l'abandonner en fa 
confideratîon. Ce Prince s'y accorda ^ 
dont il fut blâmé j & ceux , qui fe mê- 
lent de juger les autres ^difoient que lui 
ayant de fi fortes obligations , il pou- 
voit, fans choquer ce qu'il devoit au 
Duc d'Orléans , travailler à diminuer 
fa colère. Il facri fia donc fbn ami , 
pour, rendre au plus puiiTant ce qu1l 

G '6^^^ crovoic - 



1 



1^6 Alemolres pour fer vlr 

i(^jl, croyolt lui devoir ; <k , entre deux obli- 
garionSjil paya celle qui coura le moins 
à fa gencroficé. Il en loufFric , 6c la gê- 
ne où il Te vît en plufieurs occafions 
de cette nature , où il fallut fatisfaire 
ceux qui l'avoient fervi'^ lui fit dire , 
ijîiil cfilmolt le Duc de Beau fort he^ireux 
de ne devoir fa liberté qua lui-même & 
à fes dornefilques. Ce fut dans cette 
conjondlure , que le Premier Prefi- 
dent , déjà mal fàtisfait ^ feparc de l[ 
ce Prince , non- feulement le déta- 
cha entièrement de lui , mais de plus 
fe fentît vivement offenfé de fe voif 
la vicflime de fes intérêts j lui ^ qui 
les avoit portes , même aux dépens- 
de fa gloire. Sa modcftie ne le pur 
empêcher de faire connoitre au pu*, 
blic fon relFentiment s ^ la douleur 
qu'il en avoit eu-. Quand le Coaju-. 
leur vit que fes terribles Confeils n'a-- 
voient point été fuivis , il voulut fe 
retirer de la Gour , d<. dit au Duc 
d'Orléans que n'étant point utile à' 
fon fervice , il vaîoit mieux cju'il (e 
fép^ra de lui , Se que la Pleine qui 
le ha i (Toit fe rendroit peut-être plus-, 
trairable quand il n'y fcrpît plus. Les- ' 
i^.rviteurs de Mr, le Prince me dirent; 

alors j^ 



I 



à rniflo.lre d'Ame a Autriche, 157 
lors c^u une des raifons , qui le for- i d^ i» 
^; erent le plus d'abandonner le Pre- 

■ lier Prefîdcnta, fur la feinte retraite 
u Coadjuteur ; car voyant qu'en ef- 

• .^t le Duc d'Orléans avoir fujct de fe 
) 'laind're^ôi demeurant feul dans facon- 

• iance 5 il ne pur éviter d'entrer tout- 
-fait dans Tes intérêts. Mais , la fépa- 
ation du Coadjuteur ne fut qu'une 

■ lîffimulation. Il prit congé du Duc 
l'Orléans la Semaine fainte : il fut. 

• [uelque tems , qu'il ne le voyoît plus 
' |u'cn fecret ; & bien-tôt après il le 

^ evit publiquement. Je n'ay pu fçavoir. 
' m vrai laraifon de cette feinte. 

Le Duc d'Orléans , cependant 9^ 

■ :ontinuoit à fe plaindre de la Reine 3. 

■ 'k, la Reine fe deffendoir. Cette 
Brouiller îe menacoit la France d'une 

■ Grande Guerre , ^ donnoit de l'iur 
L]uiétude à ceux qui font alTez fages 
pour fouhalcer le bien de l'Etat 5 , 
mais, il' fallut enfin que là fermeté; 
de la Reine fut vaincue , 6c qu'elle 
leredât à fa raifon, ^ à la colère du 
Duc d'Orléans. Les .Miniftres , pour 
plaire à ce Prince, travaillèrent tous 
à faire changer la Reine, 6c. les amis 
4ii Prc.mie}:, Prefidcnt furent les pre- 
miers,. 



I j" 8 Jldémohes pour fervlr 
î-tîji. miers à confeiller cette PrîncefTe àc 
rab^ndonner ; luî dlfant qu'il valoîi 
mieux lui ôter les Sceaux , que d'en« 
gager le Duc d'Orlean? à une Guern 
Civile. La Reine, étant pc'rfuadéc 
par de fî fortes raifons , confentit à fa- 
tisfaire le Duc d'Orléans. Le nou- 
veau Garde des Sceaux n'ayant étc 
qu'une fois ou deux au Confeil , fut 
contraint de retourner en fon premiei 
état. Ce fut malgré lui , & il le fil 
néanmoins de fort bonne grâce, 

La Reine envoya quérir le Premîei: 
Préfident j, & toute honteufe de ce 
qu'elle faifoit le pria de fouffrir avec 
patience ce facrifice au repos de l'Erat. 
Elle lui dit que pour fatisfaire Mon- 
fieur 5 elle étoit contrainte de lui re- 
demander ce qu'elle lui avoit donnée 
qu'elle en étoic au defefpoîr ; mais, 
qu'elle l'afTûroit qu'aufïi-tôt qu'elle 
pourroît, il reverroit les Sceaux entre 
{^s mains. Le Premier Préfident , 
fans s'étonner , avec un vifage riant 
lui dit j qu'il étoit trop heureux de 
connoitre par là l'eftime qu'elle faifoîr 
dé fa.fidelité , & trop heureux encore 
de pouvoir contribuer à fon repos: de y 
mant -dô fou col la clef des Sceaux 



à rHifiotfe d'Anne d'Autriche, 159 
, c^u'il y tenoit pendue , la lui donna ,1(35 !»>, 
attendant quelle les envoyât quérir 
chez lui, . La Reine en demeura très- 
^ fatisfaite : ils furent raportés ; & on les . 
' :lonna au Chancelier Seguier, qui ne 
Fut pas fiché de les ravoir en fapuif- 
"ance : .;il y avoit eu déjà difpute entre- 
;es deux hommes. Le Duc d'Orléans 
lyant été farisfait par cette voye , les 
}erronncs qu'il avoit entrepris de chaf- 
er du Confell demeurèrent en appa- 
ecce en repos , & la Reine crut pou» 
oir alors efperer quelque trêve à Tes 
)eines. Pour en être plus ailurée , el- 
e refblut de donner au Prince de Con- ~ 
é le Gouvernement de Guienne» . 
\yant appaifé le Duc d'Orléans ^ elle 
voulut aufîi acquérir ce Prince, elTa- 
/anc véritablement de gaener Ton ami- 
ié 3 foit en l'obligeant , foit en lui faî- - 
ant parler par Tes créatures , & parti- 
:ulierement par la PrincelTe Palatine 3 , 
«aïs 5 toutes ces chofes lui furent.trés . 
Inutiles. Si da coié àc la politique il 
i.mal fait , en fe tenant fi ferme Gon- 
[re la Reine , je le laifTc à juger à ceux . 
.Vilyoudront raifonner làdelîus&n^eii ; 
«lis pas dire davantage que j'en ay dé- 
dit j piais 5 fi l'ofois ^ |e trouver ois ; 



t 



ï6o Afcmoircs pour fervlr 
1.6^ I. à redire à la difîimiilation dont il ufa > 
envers la Reine , pour avoir le Gou- \ 
vernement j car alors il lai faifoit tout i 
cfpcrer , & quand j? pris la liberté de I 
lui en parler , elle me fit l'honneur de 
me dire , qu'elle cioyoît par ce bienfait 
qu'il deviendroic eniicrcmcnc de Tes 
amis, ^ qu'il en avoît parle de cette 
manière. Sur le bruit qui fc fie, que 
la Reine lui devolt donner le Gouver- 
nement de Guienne , plufieurs pcrfon- 
ncs lui reprcfenterent qu'elle fe pcrdoit, 
& qu'elle ne fuivoitpas les maximes de 
la prudence , ni celle de TEtar. La Rei- 
ne , touchée des rai Ton s de Tes fervi- 
teurs , s'arrêta , (Se fut quelque tems en 
«loure. Il elle devoit paflTer à l'éxecu- 
tion, de ce Traité. Le prince de Cou- 
dé étant averti de ce refroidifTcment, 
en prefence de Chavigni, propofaà la 
Reine de s'en défîfter , lui proteftant 
qu'il ne vouloir rien qui lui put don- 
ner de l'inquiétude. Chavigni , pour- 
plaire à la Reine , dit à Monfieur le 
Prince devant elle , Monfieur , efi-ce 
Uut de bon y que VQits remettez, a la Rei- 
ne la parole quelle vous a donnée fiir 
cette affaire ? Ce Prince ayant répondu 
«ju'oui, la Reine le remercia:, & ne 

s'ex- 






à rHlflolre d'Anne â^Atitnche, iGi 
l'expliqua pas davantage ; fî bien que i 6j f , 
es chofes demeurèrent quelque tems 
ncertaines : raais Mr. le Prince ,d'hu- 
neur a bien vouloir ce qu'il avoit une 
ibis defîré > ÔC qui trouvoit en cela un 
,;rand avantage , fit agir en fa faveur 
es créatures du Cardinal , Servien Se 
le Lionne , qui en cette rencontre lui 
urent plus Edeles que Chavigni foa 
.ncien ami. En cet endroit , il fut 
oiiable, eux fort dignes de blâme , 
'il efl: vrai que leur intérêt les convi- 
lît à ce relâchement. Je fai que la Reî- 
lieles en a fbupçonnés. Enfin cette Prîn- 
efle fc refolut par leur Confeil , & 
'oicî leurs raifons. Ils' difoicnt qu il 
'toit avantageux de donner la Guienne 
t Mr. le Prince , afin de le détacher 
■nquelque manière du Duc d'Orléans, 
k, l'engager de ie réunir à la Reine ;. 
[ui avoit déjà l'afFcdlion de ceux de 
:ette Province ; ôc que les ayant tous 
lui 5 on ne lui donnoit rien de nou- 
:eau. Le Duc d'Epernon , par cette 
oye céda d'être le prétexte des plaintes 
les Bourdelois y Se le Gouvernement 
iC Bourgogne , qu'avoit Mr. le Prince, 
m fut donné,, au lieu de celui quon 
xû ôtoit. Dans les conditions de cet 

cchan- 



1 6t 2i/ùmoires pour fervlr 
tG^i, échange ^ il fat conclu aiiffi que mo- 
yennant quelque accommodement , le 
Duc de Candale donneroit TAuvercjnc 
au Duc de Mercœur. La Reine le fou- 
haîttoit y à caufe qu'il devoit bien-tôt 
* Nièce époufer Mademoifelle de Mancîni ^ . 
du Cau- & que pour le coniirmer dans ce def- 
dinal fèin elle vouloit lui faire des çrraccî 
^^^". qui pu dent l'engager encore davanta- 
née*des g^' ^^^î^^ volonté en la Freine ;, ne lu; \ 
Manci- pouvant être infpirce que par for 
^^* premier Miniftre , fait voir que le; 
Négociateur^ n'agiÛbient que félon le^ 
ordres qu'ils rccevoient de fa part . 
c'efi: ce qui les peut juftifier à Tégard 
de la Guienne. 

Le Duc de Longueville s^etoit reti- 
ré un peu à quartier \ Se après avoir 
fait tenter la Reine par plufieurs voyes, 
enfin s'érant addredé à de Lionne ^ il 
prit par lui quelque liaifon avec elle ; 
ôc fans doute que ce fut comme de 
toutes les autres chofes de concert avcé 
le Cardinal Mazarin, 

Madame de Longueville , qui étoit 
mal avec fon Mari y qui avoir fes in- 
trigues particulières ^ Ôc fes intérêts dd 
l^ntaifie à ménager à la Cour, ne 
voulant pas avoir la Reine tout-à-faîc 

conî 



a- VHîfiolre êi Anne Sl Autriche, x 6y 
outre elle, envoya la Princeffe Pala- i6tT. 
ine fon amie promettre à la Reine tout 
e qu'elle ponvoit defirer ; ôc , après 
caucoiipde grandes confultations ;, la 
alatine dépêcha Bartec au Cardinal , 
our TaCTûrer de raffeécion de Madame 
e Longuevillc , & par même moyen 
li fit efperer qu'elles travaîlleroient 
ifemble à gagner en fa faveur le 
rince de Condé ; mais, toucts ces 
elles apparences n'eurent aucun efFec> 
: Mr. le Prince > par aucune de ces 
lofes, ne fe voulut rélinir à la ReinCo ' 

Plufîeurs perfonnes avoîenc corn- 
lerce avec le Cardinal ; car la fermeté 
e la Reine étonnoit toute la Cour 5 
: on jugea bien vite que ce Miniftre 
ourroic revenir. Par cette raifon j 
lacun de fes amis de ennemis voulue 
aiter avec lui :& tous, excepté Mn 

Duc d'Orléans & Mr. le Prince 5, 
hvoyérent le vi/îter , Se lui demande- 
bnt faprote6tîon fur différentes matie- 
:s. Ces voyages firent naître de gran- 
ds ncgociationsjmais, rien n'égala les 
:ux pâlîionnés amans de la Fortune : 
[j'appelle ainfi le vieillard de Cha- 
fauneuf, & le Coadjuteur. ) Le pre- 
;r ^ à l'extrémité de fa vie > après; 

avoir:. 



1^4 Afemoires pour fervir 
t^jî, avoir renverfé l'Etat poiu* chafTer l( 
Cardinal , ôc après en avoir été pan 
par fa dirgrace > vouloit rentrer rout d( 
nouveau dans le Cabinet. Il forma um 
intrigue en faveur de celui qu'il ve- 
noit de perdre 5 afin d'attraper la corti 
fiance delà Reine malgré elle 5 de 
fans avoir honte de Tes variétés conti 
nuelles , il pria le Marquis de Senne 
rere , le Maréchal d'Etrée , de pro 
pofer à la Reine , que fi elle vouloî 
remettre à fa place le Garde de 
Sceaux ^ il promettoit d'être ferviteu 
ôc ami du Cardinal Mazarin, Si afiu 
LM la Reine qu'il les remcttroit elle , â 
le Duc d'Orléans , dans une parfait 
union. 

La Reine d'abord n'écouta poîn 
cette propofition , tant parce qu'elle n 
la croyolt pas finccre.que parce qu^cll 
avoît un grand mépris pour Château 
neuf-, mais lui , fans fe rcbiuer , envo 
ya Madame de Vaucclas fa Sœur,con 
jurer le Marquis de Scnnetere de U 
voir. Sennetcre, fâchant le dégoût à> 
la Reine fur tout ce qui venoit du côti 
de cet homme , n'y voulut point aller 
Il lui envoya le Maréchal d'Etrée^quI 
l'ayant vu pria Sennetere de fa parc d( 

coii^ 



à l'Hî/lolre et Anne d* Autriche, i6^ 
, colifenrir que Brachet , un homme i^jr, 
qui ctoîr à lui , &c qu'il avoir donné au 
Cardinal , allât le trouver pour Taffû- 
rer de Ton afFc(5lion & lui promettre 
une entière fidélité , pourvu qu'il vou- 
lut le racommoderavec la Reine , 6c le 
remettre dans fa place de Garde des 
; Sceaux. Il promit humblement la vou- 
loir tenir de lui , Se fe confelTer à ja- 
' mais Ton obligé. Il faut remarquer ici 
cette grande cîrconftance , que Cha- 
[eauncuf,faifant porter parole au Mar- 
quis de Sennetere de ce nouvel enga- 
^ementjfe fit entendre par le Maréchal 
d'Etrce , qu'après cette liaifon faite 
avec le Cardinal Mazarin , il convien- 
:lroit qu'ils s'accordalTent tons une fé- 
conde fois , pour rcmetrre Mr. le Prin- 
ce en Prifon j mais Sennetere , à ce 
au'il me dît alors , n'approuva pas 
cette proportion, & vit bien que la 
paffion ik le defir de fc venger l'a voit 
infpiré à celui qui la faifoit , & que 
d'ailleurs elle lui vcnoit encore du 
Coadjutcur 3 Se peut être de Madame 
de Chevreufe. Elle fut donc éludée 
de ion côté , Brachet partit pour al- 
ler faire les complimens de ce pauvre 
forcené. Voilà comme il faut appeler 

ceux 



i6b A'femoîres poptr fervïr 
iT^ji.ceux qui ont de ces defirs déréglés 
donc les Coiirtlfans font remplis ; la fo 
lie qui les fait toujours courir après le 
honneurs , aux dépens de leur repo 
ôc de leur falut , eft un aveuglemen 
horrible , qui les empêche de voir qu 
ces dignités dont ils font Ci amateurs 
jie font que des biens imaginaires 
qu'il faut quitter tout au plus au bon 
de quatre vingt ans. Senneterre n^étoi 
pas un homme détrompe de la vanité 
ni de l'ambition: fon ame n'étoit qu 
trop attachée à la terre ^ mais, com 
me il éroît fage Se raifonnable, en m 
faiiant part de Tes fecrets , il ne celToi 
de s'étonner de l'excefîive avidité qu 
ces deux hommes avoient pour la fa 
veur , de ce qu^ils fouffroicnt pour elle 
ôc de la facilité qu'ils avoient à tout en 
^reprendre pourvu qu'"ils pulTent arri! 
ver à leurs fins, _ 

Le Cardinal n'ayant point d'autre 1 
re(ïburces , 6c voyant que la Guienm 
n'avoit pu obliger Mr. le Prince àbieil 
vivre avec la Reine, écouta les propo 
fîtions de Chateauneuf , où le Coad 
juteur avoit part; qui , malgré le pafTc 
en écrivit à la Reine , parce que m 
^■)0uvant être Cardinal par d'autres vol 

y es.: 



à r Hlfioîre à' Anne d'Autriche, 1 6j 
'cs 5 il le vouloitécre par elle. Jen'ay i ^51. 

)oinc fçû toutes les particularités de la 
hite de cette négociation ; car elle 
haneca d^Adleurs. Servien Se de Lion- 
le , y furent mêlés , & Montrcfor 

I uiîî ; mais^il m^aparu qu'on continua 
e propofer Tunion du Duc d'Orléans 
vec la Reine ^ pourvu qu"'clle Ht mct- 
•e une leconde fois Mr. le Prince en 
rilon 5 félon les Propofitions qu'on a 
\i en avok été faites , & en ce cas 
rmectre Chatcaunenf dans les affaires 
fqu'au retour du Cardinal Mazarin. 
e Coadjuteur promettoit d'y travail- 
r ; mais , dans toute fa conduite il 
e fembloit , vu ce que la Reine me 
.ifoit l'honneur de m'en dire , qu'il 

I loît plus droit à perdre Mr. le Prince 
-l'à favorifer le Cardinal. Toutes 
s proportions ne plaîfoient pas à la 
eine ,' qui les écouta toutes, àét^Ç- 

,|nt lesmauvaifes , & cloutant fur les 
très. Elle demanda confeil à quel- 
les perfonnes fur celles qui fe pou- 
tîcnt faire en confcience. Scnnctcre , 

Iqui elle en parla y & dont elle cfti- 
oit la capacité , lui dit franchement 
quoiqu'il ne fut pas ferviteur partî- 
(kr du Prince de Condé , ) qu'il ne 

lui 



i'6S Mémoires four fervlr 

i6§i, lui confeilloic point de hazarder de 1 

remettre en Prifon , parceque ceux qii 

commençoient à le haïr & à fe plain 

dre de lui, le voyant dans le maîheui 

recommenceroicnt à le fervir , t 

qu'elle donneroit matière aux Brouil 

Ions de brouiller tout de nouveau 

que de plus elle rétablirait par là le Du 

d'Orléans ôi toute fa Caballe ; qu'ell 

ctoit grande , & compofée de Tes cr 

nemis , du Coadjuteur , de Chateai 

neuf, de Madame de 'Chevreufc , d 

Duc de Bcaufort, & de toute la Froi 

de j qu'elle deviendroit leurefclavc 

& que le Cardinal qu'elle confideroii 

6c dont elle fouhaitoit trouver 1< 

avantages , n'y rencontreroît qu'ur 

ruine toute manifefte ; étant certai 

que s'ils étoient les Maîtres , ils r 

voudroicnt jamais le lailTer venir. 

lui dit enfin , à ce qu'il me conta 

qu'il la confeilloit de bonne foy , i 

qu'il ofoit l'afFùrer que fa penfée éto 

la meilleure. La Reine trouvant f< 

raifons fortes & judicieufes , monti 

aux Frondeurs plus de froideur qu'i 

' n'avoient cfperés car ils avoient ci 

que cette propofition devoit être reçt 

avec plus de chaleur. Il me fut dit cr 

COI 



i tHlfiolre ^ Anne i Autriche, 1 6^ 

ire parla même perfoniic en grand i<?jï, 

1 rec 3 que la Reine ayant parlé en 

iifiance à un Do6teur , Religieux 

|n Ordre célèbre , des plus fortes 

hpofîcions faites contre Mr. le Prince 

\- Ces ennemis, il lui avoit dit qu'el»- 

t e pouvoit traiter comme un Crimî- 

Ij èc Ennemi de l'Etat; maisj la 

'ne 3 ayant horreur de ces maximes. 

Ta le Cafuifbe pour fuivre Pavîs dii 

itique. Celui-ci avoit de la Relî- 

1 & dlionnêtes fentîmens fur tou- 

rhofes ; mais , il n'étoit pas ibup« 

né d'être rempli de bonté ; & il ie 

iva néanmoins plus conforme aux 

î de l'Evangile , ôc aux inclina- 

s de cette PrincelTe , que le Reli*- 

xdont la décilîon fur les chofcs les 

cruelles fut étonnante , puîfque 

lus douces avoient été rejettes par 

geffe humaine. Le Reine demeu- 

uelque tcms fans rendre r^ponfe 

:e quiregardoit le rétabliiTement 

hateauneuf , parce qu'elle voulut 

r Tavis du Cardinal Mazarin* 

•s donc que beaucoup de Conriers 

at été bien employés > l'Abbé On- 



i 



î & plufîeurs autres ayant travail- 
cette négociation , il arriva enfin 
m ir, H <jue 



170 JHemolres Vour fervlr 
16^1, que le Cardinal luivancfa coutm 
qui étoîc de tout écouter, & de fe 
vir de tour, fe raccomoda avec C 
teauneuf,le Coadjuteur^ôi Madam 
Chevreuie j &'ils conclurent entre 
qu'à la Majorité du Roi , qui ap' 
choit , Chateauneuf feroit remis 
près de la Reine , en qualité de 
mîer Miniftre. Le Premier Préli 
eut promefl'e de r'avoîr les So 
qu'on venoit de lui ôter , & par le 
triques de la Princefîe Palatine la V 
ville fut ailûré des Finances, att< 
que le Préfîdent de Maifons en a 
mal ufé avec le Cardinal: il n'avoi 
lui envoier de Pargenr , & il 
foupçonné d'are partial pour Q\ 
gnî, Longueil,par les mêmes f 
mens des autres, c'eft-à-dire pour 
re à la Reine, & conferver fbn ] 
dans les Finances, fit deflTein de (Ifj 
le Cardinals^: le promît à la Reine; Vç^^ 
le Cardinal ne lui avoit rien répcp^^ 
non plus qu'à la plus part de ccu:l{|,j(, 
l'étoîent ailes trouver, finon qu'il 
voit nul defir de revenir en Fi 
commeMinifl:re;qu'il fouhaîttoît f || \ 
ment de pouvoir être juftifié au PIl, 
ment de toutes les Calomnies <\ 
lui avoit impofées5 & qu'aiant fei 

l 



k 



\ 



qD 



à VHiflolre d'Anne et Autriche, 1 7 1 

ance fidèlement , il fouhaîctoic au 

31115 que Ton honneur fût rétabli de 

1 innocence reconnue. Longucuil, 

mt beaucoup d' Avilis dans cette 

impagnie, il l'engagea de s'intéreirer 

cernent en fa juftification, & fcntoic 

lucoup de joie de ce qu'il ne vouloir 

s que de Tlionneur j mais le Mi» 

:re n'eftimoit pas Tes Offres, il le 

îoît trop Ami de Chavigni. C'ed 

:|ui l'obligea de fe moquer de lui 

lui faifant cette Réponfe. Il différa 

endant l'exécution de Tes dernières 

"olutions autant qu'il lui fut pofîi- 

, Se ne fe hatoit fur rier. Il efl: 

Icîle de fe confier à des ennemis, 

3uvez ennemis par des rechutres iî 

ibreufcs, ôc ïi auroit fouhaité fans 

te que de plus favorables evéne- 

is l'eufient pu fauver de cette fa- 

.ife Se dure nécefîîtc. 

ilromaie il n'y a point de fecret qui 

fe être caché , Mr. le Prince fuc 

lemcnt informé de toutes ces Né- 

ations. Il avoir déjà fu les propo- 

1ns qui avoient été faites contre fa 

iit|& fa liberté ; Se depuis les avis 

l en avoît reçus, îl avoir vécu avec 

raudes précautions. Daus cet état, 

M H 4 un 



i6;i 



27i J\4c moires pour fervlr 
i^ji.un foîr qu'il étoit au lit caufs 
avec Tes familiers , Vineuil l'avei 
qu'il y avoit un defleiii contre fa p^ 
fonne Ôc qu'il y avoit des compagn , 
des Gardes qui étoient commam 
pour aller vers THôtel de Condé. ( 
chofes s'étant confirmées par le r< : 
d.es pcrfonnes qui les avoientfçucs, • 
les firent peur à ce Prince. Il fe 1 1 
auffi-tôt 5 monta à Cheval , & s'en ; ; 
enhâteàSt. Maur, fuivi de toute fa . 
mille 3 du Prince de Conti , de Ms 
me de Longueville , de Madame 
Princefife du Duc de la Rochefouc 
du Duc de Richelieu , du Marêcha 
la Mothe, &de plufîeurs autres. 
Reine, dés cinq heures du matin 
éveillée par Cominges , qui vini 
apprendre cette nouvelle. Elle em 
auffi-tôt au Duc d'Orléans IcMaré 
de Villeroi. Ce Prince la vint v 
<S£ l'aflura que ce n'éroit point d 
Connoilfance que le Prince de C< 
s'en cioit allé , & en ufa aifez 
avec elle. Dépuis quelques jour 
la vifitoit civilement , (k fa do( 
marquoit le bon (uccés de la néo{ 
tîon de Breull. 

On entendit dire alors y que c 



, à l^H^flolre £ Anne à^ Autriche, î 7 3 
[voit fait peur à Mr. le Prince écoît i G y u 
lu'un Capitaine du Régiment des Gar- 
,es j pour faire patTcr certaine Provi— 
|0n de vin fans impôt , avoît mis de 
\)\'i chef Line troupe de Soldats à la 
orte Sr. Germain. Ces hommes ar-^ 
liés ayant été remarqués par les Servi- 
urs de Monfieur le Prince , il l'en 
sertirent. Il y envoya , & trouva qu'ils 
[foîent vrai ; fi bien qu'il ne douta 
DÎnt qu'il n'y eue quelque entreprii.": 
irmée contre fa liberté &: fa vie : & 
ignant ces circonftances avec les avis 
•écedens , il refolut de s'en aller. 
liais, ce qui l'y obligeoit le plus, 
oit la manière dont il vivoit avec la 
eine , car il devoit connoitrc qu'elle 
i pouvoit pas être fort fatisfaite de 
:i. Elle venoic de lui faire toutes les 
•aces qu'il lui avoit demandées , & 
;pendant il ne la voyoit point , & pir 
)Utes Tes adîons il marquoit avoir de 
averfion pour elle. Si par la condui- 
: de Mr. le Prince cette PrincelTe eut 
lors des penfées contraires aux cou- 
lis que le Marquis de Sennetcre lui 
voit donnés , & qu'elle avoit paru 
pprouver ., je l'ignore ^ 6<: n'en ai ja- 
mais rien apperçu par aucune voye. 

H 5 Mr. 



174 Mémoires pour fcrvîr 

ï^f I. ^^- ^^ Prince étant parti, le Confells 
tint auPalais Roîal pour avifcr au - 
. mede de ce inal : le Duc de la Rocl - 
foucault de St. Maur alla trouver z 
Duc d'Orléans, pour PalTûrer des r 
pe6ls & de Paiiitié du Prince , & 
protefteF tout de nouveau de fa p 
une rcconnoiflànce entière de toutes S 
obligations qu'il lui avoit^ Il lui ren t 
compte ^Qs fujets qui Tavoîcnt force t 
craindre & de fuir.ll vint enfuite au] - 
lais Roîal, où il conféra avec le Ma - 
chai de Villcroi, ôc dit à la Reine c ? 
Mi*, le Prince étoit parii de la Col , 
ne croîant pas y pouvoir demeurer \ 
fûrctc. Il lui dit aufîî qu'elle étoit co - 
pofée de deux Caballes, dont il av t 
à fc garder 5 des Mazarins , & <J 
Frondeurs ; & de plus il fe plaign c 
de ce qu'elle n^avoit pas fait pour i 
de certaines chofcs dont il l'avoit Tl - 
pliëe, qui dans le vrai n'étoient c] ; 
des bac^atclles. La Reine avolia ter 
haut qu'elle n"*avt)ît pas voulu ; 
exécuter 3 quoiqu'elle les lui eut pi- 
mîfes , depuis qu'il avoît cç^é de l 
voir. Elle réfolut d'y cnvoîer le M- 
réchal de Gramont de fa part, & : 
«celle de Mr» le Duc d'Orléans po* 

rail. 



il 



al'Hlftolre d'Anne à' Autriche, ij ^ 
lififùrer de leurs bonnes intentions, i (3_^ T. 
;j;tte PrincclTe lui fie dire qu'il n'a- 
ij ic rien à craindre de ceux de qui 
I diToit devoir tout apréhender , & 
îjies'il vouloit revenir, on lui don- 

lit parole d'une entière fureté pour 

Perfonne. 
il Le Prince de Condé répondit au 
Ijaréchal de Gramont avec Çicr^^^ ^ 
jieife: il lui parla foit relpedtueuf- 
't'nt du Du<^ ^ ^-^î^^^aiis, 3c fort mal 
^ ]o Kcine, difant qu'il lui étoit in:>- 
jfïible de s'alTûrer en fa parole 5 
l'elle Pavoit déjà trompé , qu'elle 
t)îc habile à ce métier, <!^ qu'il ne 
1 Liloit plus fe mettre dans le hazard 
i l'être encore une fois 5 qu'il ne 
jLivoit fouffrir la Caballcdes Maza- 
lis ; quêtant qu'il verroit les Valets 
c Cardinal avoir du Crédit, il ne 
^aendroît jamais à la Cour Ôc que 
jiir l'obliger d'y retourner il deman- 
(it à la Reine qu'elle chaffât d'au- 
jès d'elle. Lionne, Servien , ôc le 
'dlîer. Le Maréchal de Gramont 5 
^mme bon Serviteur du Roi &c de 
] Reine, n'approuva nullement la ré- 
^>nfe que lui fit Mr. le Prince : elle 

dégoûta de la Négociation, ôc fut 

H 4 caufc 



I 



lj& Mémoires pmr fervtr M 
lé^i. caufe qu'il partit bientôt pour s'en t- 
1er en Bearn dans fdn Gouvernem it. 
La Reine, le foir de ce jour , ma la 
les Gens du Roi pour venir fça' ir 
fes volontez avant que le Parlen [i: 
écoutât & reçut le Prince de Coii, 
qui de voit y aller le lendemain. De 
que Mr. le Prince avait dit contre le 
Lioiwp lui f^ir utile à l'égard d(.a 
Reine , à cau{e des chagrins qu' le 
avoit cas contre lui , Ce fervit be i- 
coup auiîi à fa réputation. 

Ce jour feptîenie de Juillet 

Chambres aiant été aflemblées p 

délibérer fur l'éxecution de eerii 

Arrêt donné contre le defordrs 

Gens de Guerre, le Duc d'OrlcanJ 

alla prendre fa place accompagné 

Prince de Contî, des Ducs de Joieil 

& de BriiTac, des Maréchaux de G 

mont & de PHôpital. Le Duc dXl 

leans parla à la Compagnie fiir cet i 

rêt qu'elle avoit donné contre les G( 

de Guerre, qu'il n avoit pas apprcl 

vé , (5c qui avoit un peu étonné 

Officiers de l'Arm.éc. Le Prince 

Conti prit la parole & dit enfuitJ 

qu'il croioit que la Compagnie fecd 

bieu aife d'appreudre. paK fa bouche 

fu:- 



i à rHljloîre d'Anne d'Autriche. 177 

nujet que Mr. le Prince avolc eu de fe 1 6j ï. 
'étirer dans fa Maifon de S'. Miiir; 

'jue le foir auparavant il avoir eu avis 
[lie quelques Soldais des Gardes 

• voient dit qu'ils avoîent eu ordre de 
' trouver à deux heures au drapeau; 
ue cet avis aîant été précédé de 

' eau coup d'autres qui lui donnoienc 
cjudcs défiances, il avoit envoie de 

I îs Gentils- hommes pour fçavoîr fî ce 
u'on lui avoit dit croit véritable. 
Lie trois ou quatre cent Soldats corn- 
landez ou du moins afTemblez mar- 
loient encore ; ce qui l'avoir obligé 
s monter à Cheval ; quepaffant ler- 
ere le Luxembourg , il avoit tr uvé 
narante chevaux en corps , co r.mc 
cns de Guerre, & non pas des G ns 
ai fe fulTent trouvé enfcmblc ^-ar 
ncontre ; que cela l'avoit obligé de 
)uper à travers champ du côcé de 
eurî 5 d'où il s'étoit rendu enfuit" à 
'. Maifon de St. Maur ; qu'aufïï ôc 
d'il fut fort! , il avoir prié le Duc 
î la Rochefoucault d'en aller aver- 
i Mr. le Duc d'Orléans 5<Sc lui dire 
>utes ces circonftances, qui étant ac- 
)mpagiiées par tant d'autres fjjets de 
ïfficinccs^il a voit cru néccfTaiiTc de peu- 
fer 



1 7 s Méinolreu pour fervir 

i^j'i., fer à fa Gireré ; qu'il fcavoit les N( 
gociatûyjis qui fe faifoicnr contîmielh 
mène avec le Cardinal Mazarin , 
commerce des Couriers , & le voiaî 
^du Duc de Mercoc'.r à Breull ^ qi 
éroit allé y epoiifer fa Nîecc , qu^aii 
il , il croioit qu^il ne pouvoir pi 
être en fureté à la Cour. Il die qi 
toutes ces clu^fes avoient fait croire 
Monfieur Ton Frère ^ que Tes fou 
çons croient bien fondez , & qU 
avoît fujet d'apréhender d'être empi 
fonné une fecon.de fois par les mène 
du Cardinal, puifquc tout le mon' 
voioit bien, qu'il gouvernoîc plus a 
foiument de Breull qu'il n'avoir 'l 
mais fait étant à Paris ; que Servie 
îe Tcliier, 6^ de Lionne , n'agiflToiel 
que par fes ordres & par ia conduit 
que cela étant, il venoir faire u 
t Déclaration de fa part, qu'il n'avrl 
jamais eu que des intentions tout- 
faic droites pour le Service du Roi 
& pour le Bien de l'Etat j qu'il ne si 
loit point retiréj^ par aucun m'écontcj 
îeraenc particulier j 6c qu'il déclai 
qu'il n'avoic ni pour lui, ni pour il 
-Amis, aucune prétention ni intérêj 
3J dît i^tt'il éroit bicii aife. de faire ce] 



i l'H'tfloire iAme et Autriche 179 
te Déclaration à la Compagme delà iGyi. 
part de Mr. le Prince , pour le faire 
coiinoîrre à tonte la France 5 qu^aii 
refle, il e'toic prêt de venir rendre Tes 
refpecfls à Leurs Majeftez , de les af-' 
fîfter de Tes Confcils 6c de fes ibins, 
comme il avoir accoutumé y pourvu 
que le Cardinal fut fans efpérancc 
d'aucun retour , & que réloignemenc 
de fes Créatures qtiî venoient d'être 
nommées pût lui faire trouver fa fû- . 
reté, puifque lans elle il ne pouvoic 
revenir. Il prcfenta une Lettre du 
Prince deCondé, qui s'adreiToit àda 
Compagnie , & dit que la Lettre qu'il 
fcrivoit au Parlement explîqueroit en- - 
:orc mieux fes véritables fentiniens, 
.]u'il n'avoit fait par ce qu'il venoj'c 
le dire. Le Prince de Conti aiant fi- 
li, le Premier Pré/îdcnr, dît que ron 
it entrer le Gentilhomme qui appor- 
oit la Letrre de Mr. le Prince. Cct- 
e Lettre étant préfentée par lui , un 
Zlonfeiller nommé Menardeau en fie 
A Ledure, 



K (^ LE T- 



\6-Sio. 



iS'cjr Mémoires" four ferv»r 

LETTRE 



l>u Prince de Conde 

AU P ARLEM.:^NT.v 



M 



E s s I E U R S .. 



33 



3,L'eftinie que j'ai toujours fait i 
votre Compagnie , de fa juftice 
& de fou zèle pour le Bien 3e TE 
tac, & ies preuves obligeantes qu 
, j^en ai reçues, par la Prot^^dion qu 
vous avez doiuipe à mon inno 
^jCence 4urant ma, Prifon , m'obli| 
^^ gent à vous informer des fùjets qu 
33 m^ont porté à me retirer de Pari 
3^ dans, ma Maifon de St. Maur 
,3, pour empêcher que les Calomnie 
55 Ôc les Artifices, de mes Ennemis 
ne firTenc quelque im.prefîîon fui 
vos, efprits. Je vous dirai donc _ 
Meffieurs, qu^après le grand norti' 
bre d'Avis qui m'ont été donnez dèi 
mauvais delfeinsque l'on avoit con- 
5;>tre moi, des faux bruits que V 
>^ ifeliàQÎc^ 4^$, ^p public pour rendt 



3» 

3.3 
33 
33 

:». 



À rHlfitîre êk Anne d'Autriche, i%t 
nia Conduite fiirpedte au Roi , & "^ 
odieufè à tout le monde , j'ai éié^^ ^^S/^* 
eontraint de nVàbftenir de rendre ^^ 
mes refpeds à Leurs Majeftez , (^ • ' 
d'afîifter en leurs Confeils aufîi fou- '^• 
rentque j'auroîs fouhaité. pai at~^*^- 
tendu , comn^.e chacun fçait , la '^• 
meilleure fùrecc de Mr. le Duc ^^^ 
d'Orléans , efpéranr que Son Itefle ^'^ 
Roiale diiîîpeioit les.deffianccsque ^^ 
mes Ennemis auroient pu donner ^^• 
de moi à la Reine , & rétabliroit^*^- 
enfin la confiance Se la réunion' ''^- 
. dans la Maifon Roiale , tant défi- " 
rée Se Cl néceflaire à l'Etat, Ôc que S. ^^ 
AltelTe Roiale ôc moi avons tou- ^^ 
jours recherchée depuis ma Liberté^ ^^ 
comme âl étoit de notre devoir. '^- 
Mais, voiant que les foins dé Son 
AltelTe Roiale n'ont pu produire '^ 
PefFét que j-efperois d'une entremît ^^ 
k auffi confiderablc , entre plu-^^ 
fieurs Avis d'Entreprife contre nia^'^ 
Perfônne , les divers voiagcs faits à^^- 
Cologne , Se particulièrement celui '^ 
de Mr. dé Mercœur dans le tems ^^' 
que vous renouveliez vos deffenfes ; ^^^ 
lies mauvais effets de ce Commerce , '^- 
ÎR^ Négociations de S.edan, ce qui ^^ 






I^jl. 



ï 8 r JHÎemolres four fervir 

5, s'eft palTé à Briiîac, & enfin tourçoii 
,j les chofes furpenducs à la Cour juf | 
^, qu'à ce qu'on ait reçu les dernières I 
,, réiolutîons du Cardinal Mazarin . 
,^ le Crédit extraordinaire de fcs Créa- 
3, tures engagées à ma perte, qui om 
3, été déjà nommées dans la Compa- 
,, gnie; j'ay cru devoir, non feule- 
5, ment pour la fureté de ma Perfbn- 
,5 ne, mais auffi pour celle de ITitat, 
55 me mettre à couvert âcs^ accidens 
que j'ai déjà éprouvez, dont les fuites 
ne pourroient être que funeftes à 
la France, qui ne foufFriroit non 
plus que Tannée pafTée qu'un Prin- il 
3, ce qui a eu ['^honneur de rendre des 
3, Services allez avantageux au Roi 6C 
à TEtat , 6c qui n'a pas eu la moin- 
dre penféc comme il protefte d'en 
avoir jamais contre le Service diii 
Roi ôc le Bien public, fût enco- 
re une fois opprimé pour les inté^ 
rets ëc par les Confeîls du Cardînaïll 
Mazarîn, parccqu'il n'a jamais vou- 
lu confcntîr à fon retour. Je n'-a- 
, jouterai rien , finon la proteftatîoiï. 
5, que je vous fais, & qui eft la me- 
9, me que j'ai donné charge de faire J 
» à laReine^ que je n'ai a4icune pré* 



S3 

9) 






à l'Hlfimre d'Anne d'Autriche . 183 
rencîon ni pour moi, ni pour rces iCji^ 
Amis , ôc que lorfqu'oii pourra 
s'aiTiirer que le Cardinal Mazaria 
fera hors d'efpéraiice de retour , & 
que l'élolgneiiîenc de Tes Créatures, 
me donnera ma fiireté , je ne nian». s 

,,querai pas de me rendre auprès de 
„ Leurs Majeftez , pour continuer 
„ mes foins au Service du Roi <^ de 
TEtat, Je fuis. 



53 






^, M E S S I E U R S ,, 



Xi 



Votre afFcdionné' 
y. Serviteur 

,, L O U r s DE B G U R B O N^ 

De Se Mamv le 7. Juiltiet 165 1. ,, 

* Apres la Lecflure de cette Lettre ^ 
îe Premier Pré(îdent dit que la Com- 
pagnie y aianc travaillé avec tant de 
foin pour procurer la Liberté de Mr.. 
ie Prince, elle avoit eu fujet d'cfpérer 
que fa préfènce (ècondant les foins de- 
Mr. le Duc d'Orieans remettroit le. 
calme dans l'Etat, de feroîc cenfcr tanc: 
de defordres qui l'avoient afïligé de- 
|uis- longtcra5 3, mais , qu'elle voioit 



1 8'4 JHemolres pourferv'r- r 

r<2 J I . avec regret fa retraite hors de Paris-; 
qu^'ellc pouvoir venir d'un defTcir 
prémédité, ou de crainte ; que fi c'é- 
roit un delfcin, cela étoit fâcheux j que 
fi c'étoit peur, il fallolt qu^il revint. Le 
Prince de Conti Taiant interrompu lui 
dit 5 que perfonne ne croioir que a. 
fut par dertein , puifque ceux de Mr 
le Prince a voient toujours tendu au 
Service du Roi Se au Bien de l'Etat.. 
êc qu'il n'y avoit point de meilleuij 
garand des bonnes intentions de Mr. 
ion Frère, que Mr. le Duc d'Orléans, 
auquel il avoit im attachement tout 
entier ; que pour la crainte, elle étoit 
bien fondée. 

Le Duc d'Orléans, prenant la paro^ 
le, dit qu'il étoit vrai que Ton Coufîn 
le Prince de Condé avoit toujours eu 
de bonnes întentiorts ; que les grands' 
Services qu'il avoir rendus à la FrarÊ- 
ce ne permettoient pas que l'on en pikt 
douter j Se qu'il étoit témoin que deSt* 
puis fa Liberté il avoit toujours defîré! 
le Bien de l'Etat; que la Reine lui 
avoit dit qu'elle n'avoit jamais Tongé 
à faire entreprendre fur fa Perfonne j > 
qu'il étoit obligé de croire ce qu'elle i' 
lui avoit dit; qu'il avoit travaillé à 
gixx ces foupçons de l'efpric de Mr* \ 



à l*Hlfiolre â*Arine à^ay^utriche. i %$ 
le Prince^ & qu'il croîoic bien que s'il , , 
flic venu chez lui il auroic été en fù- ^ 
reté; mais, qu'il n'écoic pas étrange 
qu'un homme qui avoir été une fois 
Prifonnier eut de la défiance, &: qu i! 
étoit vrai que l'Efprit du Cardinal ré- 
gnoît toujours dans le Confeil. Le Pre- 
mier Préfidenr, reprenant la parole^dic . 
qu'il ne doutoic pas des bonnes inten- 
tions de Mr. le Prince j mais , qu'il 
falloît qu'il revînt. Sur quoi le Prince 
de Contî , lui dit , que lui Mr. le 
Premier Préfidenc en étoit meilleur 
témoin que perfonne , connoiflanc 
Mr. le Prince comme il /aifoit ; 6c de- 
manda qu on délibérât fur la Lettre 
de Mr. Ton Frère. Le Premier Pré- 
fidenc dît que la Reine, le {bir précé- 
dent, aiant fçu , que lui Mr. le Prin- 
ce de Contî dévoie venir au Parle- 
ment , & qu'on y devoit apporter 
une Lettre de Mr. le Prince,, lui avoic 
envoie ordonner à cinq heures à\x 
matin, qu'elle ne defîroit pas qu'on 
prie aucune Délibération fur cette Af- 
faire, qu'elle n'eut fait fçavoir fa va* 
lontéy 

Le préfidenc le Cogneux , prenant 
la parole, dit q^u'il fembloit que l'Af- 



1 8 6 Mémoires pour fervlr 
faire etoic en bon chemin puîfqac 
i ^ J I . Mr. le Prince témoignoit être dans 
les inrcrers de Mr. le Duc d'Orléans ^ 
lequel airùroit la Compagnie des bon- 
nes intentions de la Reine j ôc que 
c'étoit un garand qui n'étoïc pas {iif- 
pe6t à Mr. le Prince. Le Prince de 
Conti répondit que la feule fùrcté de 
de Mr. fon Frère ctoic l'éloi^nement 
des Créatures du Cardinal Mazarin. 
Le Prc/Ident le Cogneux repondit que 
c'étoit une condition un peu dure à la 
Reine.; 5i le Premier Préiident ajouta 
que Mr. le Duc d'Orléans recevant la 
parole de la «Reine pouvoir en être, 
un bon îjarand à Mr. le Prince de 
Condé ; que la Reine donnanc auiîî 
fa parole au Parlement , il n'y auroit- 
rien a craindre pour Mr. le Prince j 
& quant à rempêchement qu'on dl- 
foit qu'apportoicnt certaines Perfon- 
ncs du Confeil à Tordre que Mr. le 
Duc d'Orléans &: Mr. le Prince pour-, 
roient mettre dans les Affaires, quand 
Mr. le Prince feroit venu. 3c qu^il. 
feroit avec Mr. le Duc d'Orléans & 
Mr. le Prince de Conti dans le , Con-- 
feil, étant cnfemble & aiîîftcz s'il étoîc 
bcfoin de rAutorité que le Parlement 

a Y oie 



à l'Hiflolre d'Anne ^Autriche, 1 87 ^ 
avok dans le Roiaume, ils ne pou- 1651, 
voient douter qu'ils n'culîenc la latis- 
fâ(5tion qu'ils pouvoient délirer 5 & ne 
Hifcnt rêiiiïïr toutes les Affaires qu'ils 
jugeroient ncceflaires pour le Bien de 
TEtar. Le Premier Préfidcnt dit cn- 
fuire aux Gens du Roi, qu'ils allalTenc 
favoir la volonté de la Reine, pour la 
faire favoir le lendemain à la Compa- 
gnie. Le lendemain le Duc d'Orléans, 
le Prince de Conti, 6c les autres écanc 
allez au Parlement , prendre leurs „ , 
places 5 les Gens du Roi rendirent ç^ ^^^ 
leur Réponfe , & dirent qu'aîant été Gcnsda. 
trouver la Reine , & lui aiant rendu ^'=»' ^^ 
compte de ce qui s'étoît paffé le jour f P^" 
précèdent félon l'ordre qu'ils en avoîent j^e^e 
reçu delà Compagnie,!^ avoîent com- dans les 
muniqué à Sa Majefté laLetti%de Mr. mêmes 
. le Prince écrite au Parlement; qu^a- ^^^."^^^' 
près l'avoir lue & conférée avec fes y ^ 
Miniftres, Sa Mâjefté leur avoit répon- porrée 
du , quelle ne crololt ^as que Mx. le .m Par- 
Vrince dut conferver les foptPçons qu'il lemenc, 
avolt pris pour fe retirer de la Cour , 
VPt que Sa Mdjeflê lui avolt donne des 
ajfurances vèritahles qu'elle navo't j^- 
mals en de penfées qui lui en pujfcnt 
donner aucun fujet j que Mr, le Duc 



1 8 8 Mémoires pour fervlr 
l6ji. d'Orléans avoh connu la fincerlté de fes 
intentions , & luUmerne avolt confirmé 
à A<fr, le Prince la vérité des paroUi 
^îie fa Tidajeftê lui avolt données j ^ 
i^u elle n avait pas eu la moindre penfét 
d' entreprendre fur la liberté de fa per- 
fonne 3 que Air, le Maréchal de Gra- 
mont avoit porté parole àe fureté a Mr. U 
Prince , & mil pourroït donner pari 
à la Compagnie de ce qui s et oit pajfé. 

Ils dirent de plus que Sa Maje(l( 
ayant donné pouvoir à Mr. le Dw 
d'Orléans de travaillera raccommode, 
menr de cette affaire, elle avoit for 
agréable la prière que le Parlemea 
lui avoit faite de s'en entremettre 
que fi Mr. le Prince avoît d'autres fa* 
jets de douter de la fureté de fa per- 
fonne fi|r la Créance qu'il prend di 
retour du Cardinal Mazarin , Sa Mai 
je fté déclare qu'elle continue dans le; 
mêmes penfées qu'elle à toûjowrs ei 
de ne le pas faire revenir , qu'elle i 
donné fa parole au Parlement , & 
qu'elle la veutreligieufementobferver 
Q.uant au voyage du Duc de Mer» 
cœur 3 Sa Majcfté n'en n'a jamais et 
aucune connoilfance ; Se ^fur ce qu'or, 
acciife par cette lettre ceux qui ont em 

l'ho 



a l'Hlfioîre d'Anne (^Autriche» i S^ 
l^honneur de fervirleRoy dans fesCon- i è^ i, 
fcilsj & un Officier domeftique delà 
Reine "^^S. M. répond qu'elle peut choî- * i^ion- 
lîr ainli qu'il lui plaira : que quant aux ne étoic 
premiers, ils avoient fervi lei oy défunt ^^^^^' 
en des Charges aflez confidcrablcs, i^ r ^ 

& , de les 

avec tant de fidélité que Mr le Com- 
Prince n'avoît point de fujct d^avoir mandc- 
aucune défiance de leur conduite j "^^"s. 
que Sa Majefté pouvoit afTùrer avec 
toute veiité qu'ils n'auroient jamais 
des fentimens contraires au fervice 
du Roy 5 & qu^'aucun d'eux ne s'étoic 
employé en aucune négociation pour 
le retour du Cardinal Mazarîn ; que 
ci - devant on avoit fait les mêmes 
propofitions de les éloigner de la 
Cour , & que Mr. le Duc d'Orléans 
& Mr. le Prince après avoir- été bien 
informez de la fincerité de leurs inten- 
tions y en avoient paru fatisfaits : & 
conclurent par dire de la part de la 
Reine 3 que iî après les afTûrances que 
Sa Majefté donneroit à Mr le Prince, 
il continuoit de s'éloigner du Roi , on 
auroit tout fujet de croire qu'il y auroic 
d'autres confiderations qui l'erapé- 
clioîent de fe rendre prés de fa Per- 
fonne, pour le fervir avec l'obeillan- 
ce & le rcfped qu'il lui devoît , ôc 



1 9 o Mémoires four ÇervW 
\G^i* <l^e la Reine en auroit un extrême 
regret, puifqu'ellc ne defiroit rien 
tant que de voir une union parfaite 
dans la Maifon Roiale fi neccfîaire au 
Bien de l'Etat. 

Après cette reponie , il s'clcva un 
grand bruit dans la Compagnie , & 
rous dirent qu'il falloit donner fatîs- 
fadlion à Mr. le Prince, & exterminer 
les refies du Mazarîn, qui ne de- 1 
voient entrer en aucune confidérationt 
avec les Princes du Sang. Ce tumulte 
dura (\ longtems , que le Premier 
Préfident en fut furpris^ & j^g^^ P^^ 
ce bruit qu'il falloit changer le deft 
fein qu'il avoir eu de mettre l'Affaire 
en Délibération. Il s'adreffa au Duc 
d'Orléans pour l'engager de faire cet 
Accommodement du Prince de Condé^ 
& l'exhorta d'y travailler. Le Préfi- 
dent le Cogneux aiant voulu, pour 
fortifier le Premier Préfident, témoî- 
gnei qu'en effet cela étoit digne des 
foins de Son AltefTe Roiale , dit que 
c'étoit un moien pour fauver les for- 
mes. Sur ce Difcours il s'éleva en- 
core un fi grand murmure, qu'il ne 
put achever d'opiner. Toutes le§ 
Enquêtes grondèrent difant, que c'ë-» 

toit 



a l*H'ifloye â*Anne d'Autriche, 191 
toit prévenir les efprics, afin d'empê- iCki 
cher ia Liberté de la Délibération j 
dont il fallut qu'il fe deffendit, té- 
moignant que dans les occafions qui 
s'éroient préfcntces il avoit fervi Mr. 
le Prince , & qu'il avoit encore une 
dirpoiition toute entière à continuer 
de le faire, avoiiant que fes défiances * - 
méritoient d'être coniîdérécs. 

Le Premier Préfidcnr, voulant câl- 
iner le bruit des Enquêtes & appaî- 
fer les efpritSj dit que cette Affaire 
étoit des plus importantes qui fe fuf- 
fent jamais vues , 6c que la Compa- 
gnie fe dcvoit conduire de telle forte 
que fî par malheur la retraite de Mr. 
le Prince de Condé caufoit une Guer^ 
re Civile, Ion ne pût lui en rien im- 
puter. Le Prince de Contî , Taianc 
interrompu , lui dit avec beaucoup de 
reffentiment, qtie toutes les adlions 4c 
Mr. le Prince avoîcnt été telles que 
Perfonne ne pouvoit avoir la moindre 
penlée qu'il voulût faire la Guerre ; 
que cela n'avoit point dû être avancé 
dans la Compagnie ; &: qu'il ne le 
pouvoit fouffrîr. Le Premier Préfîdenç 
s'ecria que perfonne ne lui pouvoit 
ôter la Parole , aiant l'honneur de 

pré- 



ï 9 1 Mémoires four fervlr 
ï'é^ j I, pi'éfîder la Compagnie , ôc d'y tenir 
la Place du Roi ; que Mr. le Prince 
<le Conti n'y avoir que fa voix 5 & 
yoîant que les autres Préfidens etoienc 
dans ce même fenrimenc , ôc faifoîent 
des plaintes de cette interruption com- 
ï"ne fi on eut voulu ôter la Liberté à 
la Compagnie , il infilla plus forte- 
ment : ■& le Prince de Concî repli- 
Equant dit, que Mr. Ton Frère temoî- 
gnoit allez par fa Conduite qu'il n'a-r 
voit point de mauvais deffein , puif- 
qu'il s'écoit addrelTé au Parlement, & 
l'avoit informé des raiibns qui Pa- 
voîent obligé de fe retirer. 

Le Duc d'Orléans prenant la paro- 
le rendit des témoignages très favora- 
bles au Prince de Condé, & dit qu'il 
avoir des fujcts de craindre les Créa- 
tures du Cardinal Mazarin ; que tous 
fes Amis avoient confcrvé leur crédit 
à la Cour , ôc qu'il y en a voit même 
auprès du Roi qui lui parloient de 
lui. 

Ce différent prit fa conclufîon par 
un compliment que le Prince de Con- 
ti fît à la Compagnie difant qu'il 
fçavoit la Confédération qu'il en de-» 
voit faire ,. les obligations que lui *' 



et rHlfiûlre à' Anne à'AuiYichs, i^ f 
îi*. Ton Frerc lui avoient ; mais qu'il r^fl. 
oit bien dur d'entendre que Ton 
îc préfumer que la conduite de Miv 
n Frère l'engageât à une Guerre Ci- 
lle , Se qu'il n'avoit pu s'empechec 
' relever cette parole, afin de foutc-i 
r fa réputation/ 

Le Premier Préfidenc prdteflà en (bit 
rdculîer , & au nom de toute la 
)mpagnie , qu'elle écoic perfuadéc 
î bonnes intentions de Mr. le Prince,^ 
dit qu'elle écoit prctc, comme elle 
voit toujours été 5 à prendre foin dC 
intérêts ; Sc addreffant fa parole à 
:. le Duc d'Orléans , le convia en- 
'c.de travailler à cette Accommode- 
nt. Il s'excufamême de délibérer fur 
qu'il étoit dix heures , & far ce que 
l'ffaire ne fe pouvoit pas terminer 
d is la matinée , Se promît de contî- 
n^r l'Alfemblée le Lundi fuivant dC 
. autres jours. 

[]hateauneuf , qui avoir fait fbit 

Tiîtéavec le Cardinal , ôc qui efpe- 

par certe voye rentrer aux bon-ies 

:es de la Reine , étoit bien aife de 

e éloigner les Créatures du Cardî- 

oar Mr. le Prince j afin que les 

>i (Tant il eut toute la confiance de la 



ï^t jMemoires -pour fervlr 
ï-^ji, préiider la Compagnie, & d'y tenît 
la Place du Roi ; que Mr. le Prince 
de Conti n'y avoîc que fa voix 5 & 
voiant que les autres Préfidens éroîenc 
dans ce même fenriment , & faifoient 
des plaintes de cette interruption com- 
ité il on eut voulu oter la Liberté à 
la Compagnie , il infifta plus forte- 
ment : & le Prince de Conti repli- 
Equant dit, que Mr. fon Frère temoi- 
gnoît afï'ez par fa Conduite qu'il n'a- 
voit point de mauvais delTein , puif- 
qu'il s'étoit addreiïe au Parlement, & 
l'avoit informé àts raifons qui i'a- 
Voîent obligé de fe retirer. 

Le Duc d'Orléans prenant la paro- 
le rendit des témoignages très favora- 
blés au Prince de Condé, & dît qu'il 
avoir des fujcts de craindre les Créa- 
tures du Cardinal Mazarîn ; que tous 
fes Amis avoient confcrvé leur crédit 
à la Cour , & qu'il y en avoit même 
auprès du Roi qui lui parloient de 
lui. 

Ce différent prit fa conclu/îon par 
un compliment que le Prince de Con- 
ti fit à la Compagnie difant qu'il 
fçavoit la Confidération qu'il en de-» 
voit faire ,, les obligations que lui « 



a l'Hlfiolre À* Ame d* Autriche, î^ f 

^i'. Ton Frerc lui avoicnt; mais qu'il i^cj^ 

'toit bien dur d'entendre que Von 

>uc préfumer que la conduite de Mr^ 

on Frère l'engageât à une Guerre Ci- 

^4 > ^^ <\\Ji'i\ n'avoit pu s'empechcc 

)iii.P*c relever cette parole, aliu de foute-» 

éiliir fa réputation. 

«e-l Le Premier Préfideiït prôteflà tn (bh 
pli.l >arciculîer , & au nom de toute lâi 
noi.| compagnie , qu'elle étoît perfuadéc 
ïi'aJ es bonnes intentions de Mr. le Prince, 
}iii[.|cdit qu'elle étoic prête, comme clic 
t,&| avoit toujours été, à prendre foin de' 
l'a.l ;s intérêts ; & addretfant fa parole à 
I ir. le Duc d'Orléans , le convia en- 
)3ro.|3i'«,de travailler à cette Accommode- 
,ûra.| lent. Il s'excufaméme de délibérer fur 
Qu'ill - q^i'î^ ^^oî'^ <iix heures , & fur ce que 
jéâJ Affaire ne fe pouvoit pas terminer 
tous! ans la matinée , & promît de contî- 
reditl uer l'Artemblée le Lundi fuivant ^ 
,i^ni{Bîs autres jours. 

^j{jjt Chateauneuf , qui avoit fait (bit 
I 'raîté avec le Cardinal , & qui efpe- 
3it par certe voyc rentrer aux bon'ies 
races de la Reîne , étoit bien aîfedc 
lire éloigner les Créatures du Gardi- 
^j^jjç, al oar Mr. le Prince 5 afin que les 
_ I j lialfant il eut coûte la confiance de la 
^ Tome ir, l Rei* 



npar 

fil 

de- 



ip^ JUsmolres pour fervlr 
x^^ji. ne. D'autres auffi, qui ctoîent c 
vieux de la Grandeur & de la Favc : 
de ces deux ou trois hommes aiden c 
à les pouffer par leur intérêt , co . 
me Mr. le Prince par le flcn. 

Sans s'amuferà particularifer ce < i 
fe pafla fur les délibérations du P . 
lement 5 dans Taffaire du Prince 1 
fufHt de dire que la Conclufion t 
que la Reine feroic trés-humblera 
fuppliée de donner une nouvelle j 
vclaration à part contre le Cardi 
Mazarin 3 qui pût ra(îurcr Icsefp 
6c donner à Mr. le Prince toutes 
Xùretés nécefTaires pour fa Perfbr 
L'on n'y parla point néanmoins 
ceux qui avoîent été nommés. , 

Cet Arrêts plût à la Reine, à ci 
ft que Tapparence de l'Autorité il 
yal y ctoit gardée, que Pon fa»] 
ceux que le Prince de Condë avoir 
•mandé qu'on chaflât , tk qu'elle 
nieuroit en apparence dans le pou^l 
à'QW ufcr à fa volonté. 

Le Parlement vint en corps ttl 
ver la Reine , le Premier Préfîc| 
lui fit des Remontrances fur leur 
iêts de la part de leur Compagnl 
dguccs ^ refpedueuies* La J 



à l* Hiflolre a Anne â* Autriche . if)j 

'iclul rcpondîc, que pour la Décla- K^j t, 

arîoii contre le Cardinal Mazarin 

ui'il dcmandoir , elle defiroic qu'ils 

a drcllanfent eux mêmes , ôc qu^'elle la 

cur cnvoyeroic telle qu'ils la demau- 

oient , que pour le relie , elle y avi- 

. roit avec (on Confeil : les furctés , 

ae x\U\ le Prince demandoît alors, 

Uoicnt à faire bannir de la Cour 

cux , que par refpedl le Parlement 

'avoit point nommés. La Reine 

aiançoit entre le oiii & le non. El- 

: ne lavoit s'il falloit chafler Tes créa- 

ires 5 ou les maintenir. Son fentîraent 

lia d'abord à ne pas les éloignerjmais, 

omme on lui reprefenta , que c'étoit 

ne choie qui s'étoît pratiquée autre- 

jis à la demande des Princes du Sang, 

n lui dit auflî qu il falloit qu'elle 

rv^t à Mr. le Prince le prétexte de 

duvoir faire la Guerre Civile , «3^ 

li'ells ëtoit obligée par ces grandes 

aifcns d'empêcher ce malheur , tant 

u'elle p")urroît. Suivant ce Confeil, 

Uc rcfolut de les éloigner , Se de don- 

cr cette marque à toute la Fraa- 

c de Tamour qu elle avoit pour la 

aix ôc pour le Repos de l'Etat. 

oint k cela que les petits dégoûts 

I 1 qu'el- 



I p8 Mcviolres four fervlr 
i.<jji. qu'elle avoit eus contre de Lîonnc ^ 
Servicn , lui en ôtércnt ia douleur. 

Le Tcllier s"'en alla avec une efoe' 

rcnce certaine de retour. La Rein 

avoic beaucoup de bonne volonr 

pour lui. Il étoit brouillé avec Mr. 1 

y Prince j çi-^ais bien aimé du Cardinal 

fi bien ^ qu'il n'avoir rien à craindi 

que i'abfcnce , qui peut toujours éti 

dangereufe à ceux qui ont des Envieuj 

ik par conftquent des Ennemis ; ma: 

il emportoit avec lui la fatisfadtio 

d'avoir eu une Conduite fans reprocb 

& uniforme dans le bien, & d'être 1 

fcul des trois dont la pobité ne fil 

point foupçonnce. îls partirent 3 apni 

avoir pris congé de la Reine, Tavo 

entretenu chacun en particulier. I 

emmenèrent avec eux leurs Femmes (| 

leurs Enfans & s'en allèrent dans Icu. 

maiîons. 

Servîen (5^ de Lionne , fe voïail 
chaffés par Mr. le Prince à qui ils n*d 
voient que trop adhéré, & mal av<j 
les deux Partis , connurent ccrtairi< 
ment que Chavigni , par envie cntt 
eux , éc pour fc mettre à leur Place 
avoit quelque parc à la haine que M' 
ic Prince leur avoit témoignée \ fî bîci| 

qui 



1 



a rnlfiolre d'Arme â' ay^^ttrlche., i pp 
ni'il s firent ce qu'ils parent en par- i6ji, 
aïK, pour perfuader à la Reine qu'il 
'toit l'auteur de leur ruine, & des ]n- 
rigues qui fe faifoîent contre TAuto- 
ité Ro'iale. Il ne fut pas difficile de 
ai nuirejparceque la Reine ne l'a voit 
ait revenir que pour cacher les àc[- 
ûns qu'elle confervoit à l'avantage 
a Cardinal Mazarîn , de qui Chavi- 
ni 3 c^mmc je l'ai dit, s'étoit déclaré 
nnemis mortel. Il s'étoit toujours 
laîntcnu dans cette réfolurlon y mal- 
ré fon retour & les recherches que le 
lardinal lui avoit fait faire , & qu'il 
voit mëprilées. Il crut qu'avec le 
rince de Conié, & les Ennemi<î du 
Cardinal , qui étoient en grand noni- 
re j & dont la Cour étoit compofée, 

pourroit venir à bout de fon det 
in , qui ctoit de s'emparer de la fa- 
sur i & il s'imagina que fon crédit & 
[réputation en feroient mieux établies 

par lui même il pouvoit parvenir à 
î bonheur. La Reine , qui fuivoit fes 
rïtimens , & qui fe fouvcnoît toû- 
mrs qu'on lui avoit ôté un Miniftre 

r force , ne fe laiiToic pas gagner 

r la qualité d'Ennemi du Car- 
inal j de comme elle étoit difficile 

I 3 à 



1 co Mémoires pour fervîr 
*^^ji. pfi*riiader, quand elle ne le voiiîo 
pas être , il fut aiTé à ces Exilés , f< 
Ion qu'ils s'en vantèrent deux jou 
aupcrav^nt, delui faire de mauva 
offices 3 & an lieu de le laifTerà Ici 
Place 3 le mettre plus loin qu^eiix < 
la confiance. Chavignî , ayant fer 
i'ctat où il étoît à la Cour , & le m 
contentement de ceux qui étoîe 
partis . avec ce qu'ils avoient dit 
lui, voulut fe raccomoder avec la R< 
ne par un éclaîrcifTement \ mais , 
arriva que cette Princelle , au lieu 
s'adoucir fur fcs plaintes , lui dit 
brement qu'il ëtoit vrai qu'elle et* 
mal fatisfaîte de (on procède. 
Chavignî lui difant y qu'il n'ofoic , 
ne vouloir point venir au Con(| 
tant qu'elle ne feroit pas perfuadée 
fa fidélité & de Ton affedion à il 
fervice, elle ne lui répondit là-def 
ni olii ni non. Enfuite de ce iîler 
ilgnificatif, il demeura comme exc| 
du Confeil , fans fçavoir en quel él 
il étoir, c'eft-à-dire embrouillé ds 
une difgrace fans éclat, mais plus n 
en effet dans l'efprît de la RcirI 
qu'il ne le croîoit lui-même. Il 
il duppe fur ce qui fe palfoit à 

yen' 



ÀrHijholre à' Anne à*Antnchs, ioi 
:ux , qu'il crut toujoars que la Rei- \G^\y 
c ne fongcoir plus au Cardmal Ma- 
irin, & qu'il ne reviendroic jaipais. 
lui arriva de lui en parler fur ce 
icme ton \ ce qui donna de mauvai- 
.'S impreiîîons de lui à la Reine, & 
i perfuada , à ce qu'elle me fie ' 
honneur de me dire, qu*il avoir ou 
loins de luiviiere, ou plus de malî- 
e, que n'en devoir avoir un Minif- 
rc^ qui avoir eu l'honneur d'ètr€ 
ans la confiance du feu Roi , ôi 
l[a*elle avoir foufferr auprès d'elle. 
Le Parlement aiant été mandé, le 
[Chancelier leur parla de la part de la 
eine, pour leur dire que l'affcdion 
jue Sa Majefté avoir pour l'Etat, (Se le 
leiir dcconferver l'union de la Maifoii 
oialc, l'avoir obligée , pour donner 
ne entière fureté à Mr. le Prince , 
éloigner des Confeils du Roi ceux 
ui lui étoienr fufpeârs. Il exhorta 
a Compagnie à contribuer à la Paix 
qui fe devoir fouhaiter entre la Reine 
& les Princes du Sang ,^ à travailler 
au Repos de l'Etat avec le zèle & l'af- 
fedion qu'ils dévoient avoir au Servi- 
ce du Roi. 
Mr, le Prince fut peut-être fâché 

de 



2-©i Memoites ponr fer^vîr 
1 ^ ç î. ^c n'avoir plus de préccxte de fe plaii 
drc y ôc témoigna de J'éconncment c 
çc que la, Reine a voit fait. Il revii 
à Paris , & alla au Parlcmeni:. Il d 
manda que ceux qui écoient pan 
fulTent compi-is dans la Déclaratic 
qui fe devoir faire contre le Cardina 
afin qu'ils fuflent fans efpérance de r 
tour j mais ^ le Premier Préfident 1 
dit que Mr. le Prince de Conti n' 
voie point parlé de celao qu'il ave 
affez fuffifament déclare fa volonté 
ce qu'il demandoit pour fa fureté, qu 
avoit dît de fa part n'avoir rien à d 
fîrer , ôc n'ayoir nulle autre prét;e: 
tion que celle de Péloigncment d 
Créatures du Cardinal ; qu'ainii , 
qu'il demandoit étant chofe nouvelle 1 
îl ne pouvoit erre reçu en fa d 
mande , ôc que ce feroit toujours 
recommencer. Toute la Compagr] 
s'accorda , ÔL ils. opinèrent tous ( 
bonnet. Aînfi Mr. le Prince dcmci 
ra exclus de fa prétention , dont il t 
nioîgna du chagrin. 

Ceux 5 qtii étoient de Parti coil 
traire à Chateauneuf , voulurent en 
pêcher fon retour. Pour y réuflir , j| 
tâchèrent de fe fervir du Prince de Coi 

dé 



k l'Hlfiotre d'Anne à* Autriche. 203 
ié , lui confcillanc de revenir à la i^j i. 
3our , pour prendre fa Place , & s'o- 
•)ofer au Cliangement qui Te prémédî- 
oit 5 mais, fesdefïiances n'ctantpas fi- 
nes pour l'éioîgnemer de ces trois hom- 
nes 3 il ne vinc poinc voir la Reine ;" 
< cette Conduite ne manqua pas d'à- 
oir fon effet , & de faire avancer les 
Vffaires de Chateauneuf. Car , le 
Cardinal voianc le Prince de Condé 
ntiéremenc aliéné de la Reine &c de 
ji, fe confirma dans la néceflirc de fe 
îer avec ceux qui avoient intérêt de 
2 pouiïer. Ce Prince fe rcpofoîc 'uc 
e que le Duc d'Orléans lui avoic 
roillis 3 qu'il ne feroit point revenir 
ihateauneuf , fans fa participation &z 
DU coiircntemcnt ; ôc il ne vit pas 
ails pouvoient être trompez tous 
eux : 6c ils le furent en effet j car , 
o„!ihat^auneuf & le Coadjuteur ^ qui 
onnoicntà la faveur toute leur fidélité, 
e confîdcroient le Duc d'Oi-leans 
la'autant qu'ils leur pouvoir ctrc 
ommode pour l'acquérir: 

Les chofes étant en xec état , • le 
'îoadjutcur cur commerce avec la 
leîne & Chateauneuf la vit deu>: 
& en particulier , fans que les Pria- 






104 Mémoires pour f rvlf 
I (j/ I. CCS en fulTcnc partîcipans j mais, cor 
me les fecrets de la Cour ne font f 
crets que poL\r quelque tems feulemei 
Wr.lc Prince le fâchant ^i de grand 
plaintes au Duc d'Orléans de ce qu 
lui avoir manqué de parole. Ce Pri 
ce lui protefta n'^avoir point fçu q 
la Reine dût voir ces deux homme 
Pafluranc que lui même en c'toit n 
content» Et comme il vit par lei 
iecretes vifîtes, qu'ils s'attachoient à 
Reine ^ au Cardinal Mazarin, il co: 
menca aufïl tôt de les haïr, ou de 
aimer, félon qu''il s'aecommodoit 
leur conduite ^ qu'il croioit toujoi 
appuiée fur de bonnes internions à i 
égard. Et de toutes ces contrarie 
ce qui parut de plus vrai, fut qu'il 
fît des railleries publiques ; mais, eij 
ne firent rien voir que l'incertitude 
fes penfées fur les de'gouts qu'il devi 
avoir alors de leur nouvelles Ini 
gués, Mr.. le Prince enfin ffe décLl 
va Mr. le Duc d'Orléans, de ne p 
Ivoir plus (ôufFrir le Coadjuteur ,1 

.\ette déclaration ne le brouilla ]| 

'javec lui. 

t^ Ces mêmes jours > il vint voir 
ï^clne d'Angleterre à Chaillor^ I' 

a.v 



/ 






i VfJlfiolre XAnm $ Autriche, 105 
javoic fait de cette Maifoii un Couvent kJ j- 1» 
deRelîgîeufesdc SteMarie. J'y avoîs 
contribué par mes confeils & mes 
foins. Ma Sœur y étoit venue- Novi- 
ce, avec la fondation fortîe de St. An- 
toine. Elle en avoît été la première 
Profelfe , & j'y entrois en qualité de 
Bienfaitrice. Ce Prince dit à la Reine 
fa Sœur en riant , c^hq Mr, le Prince 
& le Coadjuteur écolent fort md en-* 
ÇanhU y & qu'il allait avoir bien dîi 
flalfir de leur Chamailleries, Voilà Tes .- 
propres mots : ils marquent la foU 
Dlclfe de fes fentimens, tant fur la hai- 
ne que fur l'amitié ; mais, celle à qui 
le difcours s'adreifa en fut furprife. 
Elle le trouva aiifîî incompréhcnfible 
-qu'il l'étoir en effet j &, après qu'elle 
m'^euc permis d'en examiner les con- 
féqucnces avee elle, elle conclut félon 
la raifon ôc la vérité , que les chofes 
de cette importance fe dévoient regar- 
der plus ferieufement, ôc femir avec 
plus de vivacité, 

Mr. le Prince étant à Paris , ren- 
contra un jour le Roi au Cours, donc 
il fut blâmé de tout le monde. Il ne 
voioit ni le Roi , ni la Reine , ôc il 
icmbloit par cette bravade ne plus^: 

I 6 compter 






, ic6 Afemotrespourfirvlr 

i6ji, compter à rien le refpccfl qu'il devoir 
à leur Perfonne & à la Couronne. 

La Reine avoic intérêt de ne pas 
Pou (Ter le Prince de Condc , de peur 
d'augmenter par Tes malheurs les liens 
propres ; mais iès Frondeurs , pou? 
être les Maitres , avoient bien cnviô 
à'^çn faite un Criminel déclaré de TE- 
tat. Il fcmble que ce Prince , moins 
habile en cet endroit que fesAd^er- 
fatres , ne prit point aflez de foin d'é-- 
viter comme il le pouvoir les occafîons 
defâcher la Reine. Il écouta les Brouil- 
lons qui étoîent auprès de lui , qui ne 
dcmandoient que la Guerre , ôc s'y 
laifTa conduire fans que peut-être fa 
volonté y eut aucune part. S'il n'e t 
point quitté la Cour , il eut fans douce 
bien embaraflfc ceux<iui voulôicat Ten 
chaffer j Ôc les gens de bien en euflfent 
€té fort contens. Il ne lui auroit pas 
été difficile d'y trouver fa fureté, tant 
par les voies publiques du Duc d'Or- 
léans 6c du Parlement , que par h^ 
particuliers 3 qui étoient les meilkures. , 
Il l'auroir rencontrée toute entière dans 
le cœur de la Reine , fi tout de bon il , 
cu:;;Voulu oublier le pafTé , 3c vivre 
avec elle felpn qu'il eut été à^ propes 



à THifioîre ^Anne à! Autriche, loj - 
pour cette Princcfle , pour iTtat , & iC>$ï^ 
pour lui ; quand même H lui en eur 
dû coûter l'envoi de quelque Courier, 
au Mînîftre éloigne j-puifque les peti- 
tes chofes le doivent toujours céder au. 
grandes , quand les pctites-nl les gran«r 
des ne choquent point l'equicé. Eu 
"état ou elles- éroienc , les Frondeurs 
î-étant détachés du Duc d'Orléans mé-- 
ritoient d'en être abandonnez , ôc plus 
encore du Prince de Condé , qu'ils 
ivoient vouki: perdre ; & , par confc- 
juenC' 5 tous- deux dévoient fe.. réunir 
L la Reine-, & fe moc.ucr de la folle 
Hiblique qui fans un Julie fujet avcjc 
^até les efprits de tous par la chiméri- 
jjue haine du Nom de Mazarin. 

Monfieur le i^rincc aiant donc re.- 
loncé à la Paix , & voulant s'oppofsr 
L Chateauneiif , il prit la voie du Par- 
ement , où il alla le deuxième Août 
\' fe fervit du remède qui étoit à la , 
nodc 3 c'efl: à dire de ce fantôme dont 
Q viens de parler qui fut la raifon 
[u'il allégua pour pouvoir batre en 
aine fes Ennemis. Il fit entendre ., 
ans les nommcr^quils avoîent envoîé( T^jCaY-- 
i>aiter>à Coloene avecie Cardinal (■^) ^»"-Ma-. 
i. cm, contre. Biachec fou. Couriez , y ^j^jg ^ 



^ ■- # 



1 o8' Mémoires four fervlr 
x\&ç I contre Bartet Confident & Courîe 
de la Palatine, Se contre tous ccu 
qui avoient commerce avec le Mazarii 
Il fut arrêté, qu'on informeroîc conti 
eux , &: qu'ils feroient ou is. On m'ai 
fiira qu'il avoît eu intention de noir 
mer Cliateauneuf, &c on le lui avo 
Gonfeillé j mais, il ne le fit pas : 
n'en fai pas la caufe. Il fut dit auf 
qu'on envoieroit dire au Duc de Me: 
cœur de venir prendre fa place, poi 
rendre compre à la Compagnie de fc 
Mariage hors du Roiaume , fans pc; 
mi filon du Roi ; car ce Prince éto 
revenu de Breull , où il avoit épou 
publiquement Mademoifclle de Mai 
GÎni , Nièce du Cardinal. Onordonr 
de plus , que la Deblaration que '. 
Reine avoit promife contre ce Minift 
etoic drelTée la plus ample & la pli 
forte qu'elle fe pourroit faire. 

Le Prince de Condé fe juftifia d 
Parlement d'avoir rencontré le Roi i\ 
Cours. Il dit que s'il avoit cru y tro 
ver Sa Majefté, il n'y feroit pas all< 
quil fçavoit le refpeâ: qu'il lui devoil 
proteftant de nouveau , de vouloir d 
meurer fidèle dans fon Service. ]j 
Ptémier Préfîdent rexhortarforcemc: 



à l*Hîftoîre d'Anne d*' Autriche. 209 
à rendre fcs devoirs au Roi & à la i (3 j f , 
Reine ; Se , quelques jours après aîanc 
lionte de n'y point fatisfairc & n'avoir 
nul fujcr apparent d'en ufcr aînfi , il 
fut confeillé par fes Amis & Serviteurs 
d'aller au Palais RoîaL Le Duc 
d'Orléans l'amena faluer le Roi Se la. 
Reine. Leur entrevue fut froide, la. 
Converfation fc palïa publiquement 
en difcours de bagatelles ; & la vi/îte 
fut courte. Puis, tout d'un coup, prcf- 
fe par fa peur , il n'y revint plus dtt 
tour,. 

Les Brachet Se Bertet furent ouïso. 
Ils fe defFendîrent fî bien , qu'ils ne 
donnèrent point de prife fur eux y 
mais Mr. le Prince 3, & ceux de fa Ca- 
balle, continuèrent à faire demander 
au Parlement que le Duc de Mercœur 
fut ouï.. Il fut interrogé au Parlement 
le douze ou treizeîmc Août, & fort 
prefle par le Premier Préfîdent de re- ^; ^ ^^ 
pondre précifement fur l'Intcrrosation ^." Â ^ ° 
qu on lui faiioit 5 içavou* , s u etoit 
marier* Il dit d'abord, qu'il ne croîoit 
pas être obligé de répondre j mais, il 
affûra la Compagnie, qu'en cas qu'il le 
lâcjjl étoit fans crime. Le Premier? 
ïtéûdentlui dit ^, Cela veut dire qn^ 

vous 



M 



2. 1 o Mcmolres p(yur fervlr 

\6ji, Vavcz. êpoufée , avant que le Cardin al 
fon Oncle fut déclaré Criminel. Il ri- 
pondit que oui ? qu'il écoic marie 
avant le parteraent du Cardinal. Le. 
Gens du Roi donnèrent fur cette Dé- 
claration leurs Concluions , & dîren 
qu'ils étoient d'avis que le DuC d( 
M e r ç œ u r j uft i 6â t fon d i re. 

Beaucoup de ceux du Parlemen 
vouloient paflcr plus outrerai faut qu'i 
n'ayoit pu fe marier fans permifîion di 
Roi ; qu'on fçavoit qu'il avoit cpou(« 
la Nièce du Cardinal à fon voîage qu'i 
venoit de faire à Breuil j & que C( 
qu'il difoit etoit faux., & ne le pou 
voit prouver. Il s'éleva un murniun 
dans le Parlement ., qui fit dire à plu- 
sieurs 5 que cela étoit tout-à-fait con- 
tre la Reine, L'Affaire n'étoît pa: 
fans embarras , parcequ'en effet la Cé- 
rémonie du Mariage s'étoît faite publi- 
quement au lieu où étoit le Cardinal 
& le Duc de Mercœar n'eut pu prou- 
ver le contraire : (î bien que les Servi- 
teurs de la Reine en eurent de l'inquié- 
tude , à caufc que les Princes pou- 
Toient s'en fervîr pour la chicaner,| 
Maïs , cette Famille étant appuiée 
rAffaîre demeura affbupie par lesibîns 
de leurs Amis».. 



- i.l'Hlflolre à* Anne â^ Autriche, ri r 

Mr. le Prince tenant tête au Roi i. J i^ 
lans Paris , & la Reine aiant alors, 
anc de fujets ck fe plaindre de lui ^ 
bngea tout de bon à fe garantir. Elle 
)rit enfin fes mefures avec les Fron- 
leurs 5 qui par leur raccomodement 
vcc le Cardinal s'étoient remis alTez 
)icn avec elle , t< avoient par force 
[uelquc part dans fa confiance. D'au- 
rc côté 5 Mr. le Prince s'cloîgnant 
eus les jours d'avantage de l'Accomo* 
iement , pcnfoit à la Guerre , & àfe 
iréparer à tout ce qui pouvoit lui ar- 
ivcr. Il envoia en Efpagne , & fît 
ont ce que la Ptudence , ( vii le maur 
ais état où il étoit , ) l'obligeoît de 
iaire. Madame de Longueville defî- 
oit la Guerre , pour ne point retour- 
ler avec fon Mari , qui la vouloir 
voir , & avec qui elle étoit brouillée, 
.e Duc de la Roch^faucault 5^ cequ'il 
n'a conté depuis , fouhaito^ la Paix-, . " 
»arcequ'il avoit fenti les Malheurs de 
a Guerre Civile ^ 6c que ia Maîfon 
afée lui faifoit haïr ce qu'il avoit é- 
^rouvé lui avair été li^ domageable , 
vlais j ne pouvant manquer de fuivre 
es fentimens de Madame de Longuc- 
'iliô , Gami»e il vit les apparences 

^ d'unsj 



211 Mémoires pom fèrvîr 
t6^ I. d'une vîfîble rupture , qui devoir bien 
tôt engager Mr. le Prince à s'éloigne 
delà Cour, il fut d'avis qu'elle s'e 
allât à Mouron , attendre les événc 
mens de toutes les intrigues qu'ell 
même avoit faites. Mr. le Prince ayai 
approuvé ce Confeil , elle partît de S 
Maur avec Madame la Princeffe ôc 
petit Duc d'Anguien , ôc fut attend 
en ce lieu ce que dcviendroit ce Prii 
ce, qui, fans avoir un véritable de 
fein défaire la Guerre, ainfi que 
viens de le remarquer , fe trouva nécc 
fité par fa conduite de la faire mal g 
luî ; & 5 grâces à Dieu , ce fut lo 
jours à ion defavantage. 

Le Duc de Longucville parut ak 
fe féparer entièrement du Prince 
Condé, Mademoifelle de Longiicv 
le 5 fa Fille , y contribua beaucou 
car 5 quoiqu'elle eut palTé pour Frc 
deufe dans les tems où ce Prince 5 
toit trop légèrement abandonné s 
vaines entreprifes de Madame deL( 
guevillc ôc du Prince de Contî, ce 
PrincelTe n'y étoit entrée que par 
obligations , qui l'avoient engagée ' 
raifon dans un Parti , dont le Duc 
Longucville fon Pcre étoit tm 

prem 



a l'Hiflotre ^ Anne à' Autriche» 2 1 j 
premiers Chefs, &' par l'écac où la i^j^i» 
^rifon l'avoir rcdiilr : car, par çllc-niê- 
ne, étant Fille d'un Prince du fanîT 
[e la troifiéme Branche Royale , par 
onféquent Nièce du dernier Comte 
le SoiiTons , que fa pitoyable deftinét 
it périr à la Bataille de Sedan , elle ne 
>ouvoit guerres aimer les Princes de 
]ondé , &: particulièrement Madame 
le Longueville fa Belle Mère , donc . 
Ile ne croyoit pas être afTez confidc- 
ée. C'cft ce qui lui fît fouhaiter ar- 
lament ce qui de toute manière lui 
urut avantageux au Duc de Longue^ 
/ille , & aux Princes Tes Frères , En- 
fans de Madame de Longueville , ^ , 
par cette Conduite , elle fit voir la 
bonté de Ton Efprit , & la droiture de 
Tes intentions qui la portèrent à vou- 
loir que ceux en qui clic prenoit inté- 
rêt s'attachafifent à leur véritable de- 
voir. Le Duc d'York avoit defîré d*ê- 
poufer cette fage Princelïe. La Reine 
d'Angleterre m^avoit commandé d'en 
parler à la Reine , Je le fis. Elle me 
répondit , que ce Prince , étant Fils de 
Roi , étoit trop grand pour le pouvoir 
lailTer marier en France ; & , par cette 
ijraifon politique , l'Affaire ne put 
n - , réiiffir» 



174 Afemoires pour fervïr 
j;6/i.. réiifflr. Ce Prince en fut fâché : il efll 
nioît cette PrincefTe ia vertu , & f 
Perfonne lui plaifoient : &: {i:^ lichcfTes 
étant héritière du feu Comte tU Soil 
fons , lui auroienrété aufïi fort agrc 
ables \ car alors il n'en avoit pas beau 
coup. En tout tems 5 ce Mariage étoi 
convenable à lui & à elle,.. 

La Reine, voîant donc qu'elle n 

pouvoir plus efperer de Paix avec 1 

Prince de Condé , & ne voulant poîi 

tifer des remèdes violens qu'on li 

avoit confeillés , prît, pour fe de 

fendre contre lui , le plus doux &1 

moins hazardeux ; a(Hftcc du Confei 

de Sennetcre , dont la fagefî'e & la fî 

ne Modération étoit d'un grand fc 

cours , pour oppo fer aux extrême 

fentimens de ceux qu'elle n'efl:im<?i 

pa5.Ce vieux Seigneur la voyoit alo?^s| 

fans crainte de déplaire au Duc d'Or 

leans , pour qui il avoit toûjou;:s cij 

quelque attachement ; mais malgn 

\ç.s circonfped^ions qu'il avoit obfervéei 

auprès de cette. PrincelTe , il lui avoi 

donné de falutaircs Confeils. Il avoi i 

été fidèle des deux cotez ; & poi 

lors il efpéroit , vu la nouvelle Liai' 

feu des Frondeurs avec le Cardinaij 



à l^Hlflolre it^me d'Autriche, 1 1 j 
.lazarin , de voir bicii-îôc une entière 
cunion entre la Reine & le Duc 
'Orléans. Dam cet efpoîr , ils y tra-^ 
aillèrent tous : puis enfin il fut con- 
!u entre elle , & Chateauncuf , le 
laréchal de Villeroi , & le Coadju- 
;ur , que le Roi Ôc la Reine feroienc 
ne Déclaration contre Mr. Le Prince 
ai feroit portée au Parlement & à 
)utes les Cours Souveraines , où la 
eînc feroit connoître au Public les 
iftes fujets de fes plaintes Cette Dé- 
a ration fut aufîi communiquée au 
rcmier Pré/idcnt , qui alors étoît 
iccommodé avec Chaceauneuf & le 
oadjuteur , par Ïqs dégoûts qu'il 
voit eus du Prince de Condé. Cet 
omme delîroît de ravoir les Sceaux, 
ihateauneuf, & le Coadjuteur étant 
iccoramodez avec la Reine, ils cfpé- 
)ient de rentrer tout - à - fait dans 
L confiance, & fe mettre à la Place 
'-\ Mîniflre. Sur ce fondement , Se 
:ir les Conjonctures entièrement favo- 
ibles au Premier Préfident , ils furent 
)rcez de lui faire dire qu'ils avoient 
eflcin 5 cela arrivant , de chafTer le 
hancclier , & lui promirent de 
^ntribuer de tout leur poflible à les 

lui 



iC^u 



1 1 6 Adcmoîres pour fervlr 
i^ji.lui faire redonner, pourvu qu* 
voulue ctre de leurs Amis. Chateai 
neuf s'accoxnmodoic en cet article à 1 
volonté de la Reine , qu'il voyoit êti 
tournée de ce côté-la. Lui-même 
qui les avoit depuis perdus malgré lui 
les fouhaittoit aufïi ; mais, il fe ferv 
alors de cette prudente moderatîc 
pour plaire à cette Princefle , & 
contenta de ce qu'il alloit , du moii 
en apparence 5 pofTcder la premie 
Place. Cette intelligence étant doi 
bien établie , le Premier Pre/îdent e 
connoiffance de cette Déclaration fai 
par la Reine contre Mr. le Princ 
Il Papprouva & corrigea même 
quelque chofc qu'il ne jugea pas et 
félon l'ordre. 

Pour bien exécuter cette refolutioi 
il falloit i^acTner le Duc d'Orleau 
qui paroi (foit de jour en jour plus d 
taché des Frondeurs ; mais , pour 
raccommoder avec ce Prince , ils ]{ 
manquèrent pas de lui dire que 
Cardinal écoit un homme qu'ils voij 
loient perdre , & que s'ils avoient fa 
quelques pas vers lui , c'étoît qu'i 
vouloient par là rentrer dans le cœi 
de la Reine j afin de le poull'er to\ 



il à VHlJiolre â* Anne à' Autriche, 1 1 7 
nouveau , ^ faire que la Reine Ta- i^jl. 
bandonnât tout- à fait. Le Duc d'Or- 
léans quelques fois diloit lui-même, 
qu'il écoit a(Iùré que les Frondeurs 
haïiToient le Cardinal Mazarîn , 6c 
tfQuioienc l'accabler davantage , & 
^ue leur intention éroît telle ; mais, 
rcrre intelligence ne laiifoit pas de fai- 
e quelque impreiïion fur Ton Efprir. 
3'autre coié , Mr. le Prince , leur 
Minemî déclaré , droit à lui le Duc 
l'Orléans , qui ne vouloit pas non 
)lus fe fcparer de lui , pour ne lui 
>as lailTer l'avantage de l'applaudiffc- 
lient des peuples & des mécon- 
cns. Il craignoit que la Reine , qu il 
Lvoit ofFenfée , s'il fe féparoit du Prin- 
:e de Condé , ne le laiifàt du moins 
ans autorité , ou ne prit peut-être 
le pires réfolutions contre lui ; ce 
lui 5 dans Tétac des chofès , n'étoit 
>as tout-à-fait impoiTible. Ces raî- 
bns ayant en quelque manière féparé 
c Duc d'Orléans d'avec les Fron- 
leurs , & l'ayant lié davantage au 
^rince de Condé , les Frondeurs fe 
roiîverent embarrafTés. Ils s'étoîcnt 
antés à la Reine de lui redonner 
amitié du Duc d'Orkans : & ils 



î /S Mcmmes pourfervlr 
t^jï* ne purent effcdtuer leur promefTe. E! 
le ne laifla pas de les recevoir , para 
fjue c'etoit déjà une chofe refoluë 
<]u'on fe ferviroic d'eux pour les ot 
pofer à Mr. le Prince- La Déclaratio 
fut donc dreflee , telle q^i'il conveno 
c[u'elle fur. !l ctoit ne'ceffaire enfuii 
de la montrer au Duc d'Orléans. L 
Reine le fit.» Elle le pria de la lit 
dans Ton Oratoire , le foir auparavar 
qu'elle fut envoïce au Parlement. C 
Prince en fut furpris , Se tâcha cl 
détourner la Reine de ce deffein ; ma 
elle lui témoigna vouloir abfolumer 
la .fair-e paflcr. Le Duc d'Orléans 
après avoir fait ce qui lui fut poflibl 
pour l'empcchcr dé le faire j monti 
<i'y confentir. Il y corrigea kii me 
me deux Articles , qui ne fe pou 
^ voient prouver contre lui , de s'en ail 

fe coucher plein d'inquiétude ôc de cha 
orîn - fans (c déterminer entre ces deu 
Partis. 

Pour rendre cette Déclaration pin 
agréable au Public , on y mit en tét 
une proteflation c-ontre le Cardina 
Mazarin, qui devant être lue &c pu 
bliée en pefence de Leurs Majeftez 
devoir avoir la force , de perfuader 1 

Publi 



4 l'fllfiolre lïAme ctAutnchie, tt^ 
blic que la Reine ne peniok pliis 
tout au Cardinal. On manda le 
ricmenr , & le Comte de Brieniic , 
i:rctaii'e d'Etat, lut c^tte Déclara- 
il en la même forme que la voici*. 
[ qui fut remarquable en cette occa- 
i i , fut que le Prince de Conti , qui 
tmienc alloit i^hcz la Reine, fc 
nva par hazard prefcnr à ceite lec- 
B , 6c dit tout haut que Mr. le 
^iicefe jufliheroic aifémentde tovi^ 
81 ces calomnies^ 



P' 






T- 




'1* \ 




n* 






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!. 



ttir. 



4651. 



\ 



120 Afemolres pour fervlr 

D I S C O U R 



t % 



Qjj eleRoietlaRi' 

N E Régente, 

Ajjîftés de Monfelgneur le Duc d' - 
lea?]s y des Princes , Ducs & Pa. , 
Officiers de la Couronne , & GrA s 
du RevAume , ont fait lire en r 
trefence aux Députés du Parlemt , 
Chambre des Comptes y Cours des '• 
des , & des Corps de Fille de Pa , 
au fujet de la Refolutlon quils 
prijè de l' Elol^nement pour touj 
du Cardinal Aial^rin hors du Ro^ 
nie , & fur la Conduite prefenti It 
Ji/fr. le Prince de Condé , le dix- 
liéîne d'Août i 6_) 1 , 

5, /"^^'Efl avec un extrême dcplail 
,5 V_v qu'après toutes les Déclarât 
,, que nous avons ci-devant faitesjj 
„ tant de folemnité contre le rci 
j5 du Cardinal Mazarin ^ nous vo)| 
que les ennemis du repos de 
tat Te fervent encore de ce prél 
te pour y .fomenter les divif] 

\ 



33 
33 
3 3 



kTHifiolre à^ ^nne â* Autriche, ni 
u'ils y ont allumées. C'eft: ce qui *^ iG$t, 
DUS obîlige à vous envoyer quérir 
pur vous déclarer de noavveau, 
.le nous voulons & entendons ex 
lare pour jamais ledit Cardinal, 
4»n- (culemenr de nos Confeils , 

Iaîs de notre Royaume, Pays, & 
aces , de nôrre ObeifTance hc Pro- 
t^ion , faîfant défenfes à cous nos *^ 
^jccs d'avoir aucune rorreipon- ^'^ 
cice avec lui : Enjoignant très- « 
creircment que toutes pcrfonnes 
"1 contreviendront à cç:aç: nôtrcL 
onté encourent les peines por- 
î par les anciennes Ordonnan- 
des Rois nos prédécefTeiirs , Se 
les derniers Arrêts de nos 
irs fouveraines ; voulans que 
tes Déclarations nécelTaires pour " 
i foient expédiées. " 

près avoir donné cçs alTûran- ** 
Il tous nos Sujets , nous ne pou- 
s plus d.lTimuler, fans bleffer 
l'e autorité, ce qui fe pafTe. Un 
:un fçaît les grâces que la 
fon de Condé , 6>: liiy en par- 
|.ier,ont reçues du feu Roi de " 
îeufe mémoire, mon ttés-ho- '^ 
l'^tScigncur & Père, & de la 



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112 ^îéni ôiresfotir fi rvlr 

î6^i^ 3> Rcîne ma trés-hor.oréc Dame 
j. Mère Régente. Après avoir accc 
y^ dé fa liberté aux inftantes prie: 
5, de mon tré -cher & rrés-amé O.n 
^3 le Duc d'Orléans., Se aux trcs-hu • 
3, blés upplicatîons de mon Parlent : 
55 de Paris, Apres lui avoir rendi ; 
3, rang qu'il avoir dans me? Confei , 
33 rcftitué le Gouvernement des P • 
33 vinces Se Places que lui & les fi > 
33 tienncjit dans mon Royaume c i 
33 grand nombre 3 qu'il eft aîfé de - 
33 ger que celui qui les a defirces v - 
33 ïoit prendre le chemin de Ce f; ' 
33 craindre 3 plûtôc que de fe faire - 
33 mer. Apres avoir rétabli les Tr 
^, pcs levées fous fon nom, capali 
3, de compofer une Armée, Apres 
33 avoir accordé le Change du G 
3, vernenient de Bourgogne 3 avec 
3, lui de Guienne j lui ayant permij 
33 retenir les Places qu'il avoit dar^t 
,5^ province qu'il laiifoit ; ce xju 
.3 s'étoit jamais pratique. Apres 
.3 avoir fait payer les fommes iran 
33 fcs qu'il difoit lui être dues d'arr 
i> g^s 3 de Penfions , d' pointent 
j, de defîntereflemcnc de Montre:] 
33 fcsTroupes 5c Garnifons 3 qui 

tl 



C 



al* ^Uflolre et Anne d' A'4trlche, iï^ 
[les que pour le contenter on a *^ 
i contraint de divertir les fonds ^ i6jr. 
. îlinés à Tentretien de ma Malfon '' 
. fublîilance de mes Armées, Bref, '^ 
niant rien omis de ce qui lui *^^ 
j avoir apporter une entière fatis- « 
i:bîon,"& le dîfpofer à emploier les ^ 
I nnesqualitez que Dieu lui a don- *' 
i:Sy ôc qu^Il a fait paroitre autre- '*" 
i s à Pavantaf^e de notre Service , " 
lus avions conçu cette efpérance , '^ 
î s qu'à notre très grand regret elle '* 
iézé détrompée par des Allions'' 
[n contraires aux Proteftations " 
c'il nous avoît faîtes folcmneile- ' 
r'ut dans l'Airembiée de notre Par- '' 
1 nent. *' 

Nous' ne dirons rien de ce que" 
sfïi-tôt après fa liberté Pardear de '' 
( pourfuites nous porta à faire les'' 
cangemens que vous avez vu dans *' 
1 Confeîl. Cette Entrepvife lui '* 
Zmt réiifîî, il eut la hardielTc d'ac- ^* 
^c^rer &c de Ce plaindre de trois de 
lis Officiers , où de la Reine notre 
ts honorée Dame & Mère, la-^* 
9elle leur commanda de fe retirer, 
nn feulement de notre Cour, mais 
<i notre bonne Ville de Paris, pour'* 

K 3 " ôter 



ce 

ce 



ce 



- 1 i 2 4 JHemolres four fervîr 

ï^fi. 3> ôter à nêtre dit Confia tour prête 

^, te de plainte , & pour étou&r 1 

5, tumultes qu'il excitoit. Nous i 

perions que toutes cqs grâces le di 

poferoîent à nous complaire en que 

que cho^e , ou pour le moins l'er 

pêcheroîcnt de continuer (qs ma 

vais deifeins ^ lorfqu'avec un extr 



>5 



j-, me regret nous avons vu des eflS 



contraires à ceux que nos bont 
avoient tâché de provoquer. No 
,, avons remarqué qu"*aprés que nôl 
très- cher Se aimé Oncle le D 
d'Orléans lui a donné de nôt 
parc 5 &c a porté à nôcrc Parlemen 
nos paroles Royalcs^qui lui otFroie 
toutes les fûretés qu'il pouvoît d 
iîrer ; ôc qu'il avoit requifes , il d 
meura quelques jours fans fe po 
voir refondre à nous voir , qiu 
qu'il fe fùz une fois rencontré 
>Quand^' "^""^ paiTage^. Enfin, prelfé pi 
Mn le »5 notre trés-cher & très- amé Oncle 
Prince 3, Duc d'Orléans, ôc par nôtre Pari 
reiico - ^^ ment , de nous rendre Ces devoir; 

^^,^^ „ il prît refolution de nous voir ui 

Roi au /• t r • ^ •! r ^^ 

Cours • 3' leulc mis , ou il tut reçu par no 

& par la Reine nôtre trés-honor] 



33 
33 



3' 
35 
33 
3> 
^3 
53 
33 
33 
33 



Dame , Mcre , ôc Régente , avi 

33 



tout! 



i l'Hijhire et Anne d'Autriche, 1 2 j 
LKcs les démonftrations d'une par- « 1 6 j x. 
I[e bienveillance, qui eue été ca- « 
ible de le guérir de toutes fes apré- « 
mfîons , (\ elles ne venoient plu- « 
r de (a propre confcience > que des « 
auvais offices qu'il veut croire lui a 
re rendus. « 

Nous fommcs obligés de vous di „ 
ce qui eO: venu à notre connoif- .* 
net touchant fes menées^ tant au- « 
■dans comme au dehors de notre « 
oiaumc. Pour commencer par les r, 
lofes qui font publiques, chacun <» 
vu que notre ditcoulin s'cft abfen- ,, 
depuis deux mois de nos Con- ,, 
ils, qu'il les a décriés dans nos .c 
irlemens, & par tout ailleurs \ dl- c. 
nt qu'il ne fe pouvoit fier en nous, 
M. en ceux qui nous approchoicnt ; 
ant écrit à tous nos Parlemens, &: 
uelques unes de nos bonnes Vil 
s , pour leur donner de mauvaifes a. 
prcffions de nos intentions ; en- « 
géant en même rems dans toute 
s Provinces plufieurs Gentilshom- 
es & Soldats à prendre les Armes « 
(lîtôt qu'ils en feroicnt requis de c« 
i part. Il a aufîi dans notre bon- a 
Ville de Paris , qui donne le « 

K 4 mou- 



Ci 

ft 
et 
et 






11 6> Jï^e moires four fer vlir ' 
ï ^j î , 55 mouvement à toutes les autre* 
_,, fait femer de mauvais bruits den» 
5, intentions. Nous avons appris au 
fy fi qu"'il renforçoit les Garnîfons d 
35 Places que nous lui avons confiée 
,. les munifioit de toutes chofes néc€ 
5, faircs, & faifoît fans nos ordres trj 
5,vaîller endilîgçnceaux fortification 
5j employant à cela nos. Sujets , & 1 
55 contraignant d'abandonner leurs r 
55 coite. Il a fait retirer nos Cet 
,3 fines , fa Femme &c fa Sœur:, dans 
53 fort Château de Mouron. Il a n 
5, malfc de toutes parts des Sommt 
5, notables de deniers. Enfin , il prî 
55 tique publiquement tout ce qui noi 
5, peut donner fujet de croire fes mai 
55 vaifcs intentions. Nous avons et 
55 confirmez en notre créance par de 
5, Avis certains que nous avons reçu 
5, de divers endroits des intelligence 
,5 qu'il formoit avec les Ennemis 
55 tant à Bruxelles avec l'Archiduc 
55 que dans le Camp avec le Comt 
55 Fueufaldagne ; faifant efcorter le 
55 Couriers jufques dans les Portes d( 
55 Cambrai par quelque Cavallerie ti 
55 rée des Troupes qui n'obe'ifieii' 
j5 qu'à lui fcul. Ces Pratiques é ta m 



a l'Hlfloire à* Anne ^l Autriche . iij 
lires à notre infca^fans nos Pafïè-**^ \6y^ 
orts , & contre notre volonté, qui '' 
jeiic douter de fbn intelligence avec ^^ 
îLix contre lefquels nous fbnimes^^ 
2 Guerre ouverte ? Il n'a voulu " 
)n plus faire forrir les Efpagnols ^^ 
! la Ville de Stenai, ainfî qu'il s'é- ^^ 
it obligé de le faire ; cette feule ^^ 
' iidirion aiant été exigée de lui , '* 
i Tqu'il fut retiré de Prifon. Sa " 
( mduîte eft caufe que T>ow\ Efte- " 
■^ 1 de G amarre s'efl approché de la '^ 
\ nife avec Ton Armée ; qu'il a ra- '^ 
\aillé Mouzon , & s'efl coiifervé '^ 
llPaffage de Dan, qui mec en con- " 
r )Utîon une Partie de la Champa- '^ 
gî: pour donner auiïi plus de *^ 
nien à nos Ennemis d'entrepren- '^ 
d contre nous , & arrêter les Pro- "-^ 
g s que notre Armée plus pulifant - ^^ 
^ ■ la leur pourroit faire dans le ^ 
.' s-Bas. Par une entreprife qui "^ 
nijamaisété vue dans notre Roiau-'^ 
m , quelques ordres exprès qii" ^' 
aht été donnez , ceux, qui com- '^ 
midoienc ces Troupes n*ont ja- " 
mis voulu obéir aux Commande- "'* 
vensqûe nous leur avons Fait de '^ 
ioidre les fîennes au Corps d'Ar- " 

K 5 s.miL' 



1 1 s Jidêrnolres ponr fcrvlr 
I^'J I. *•■ niée où ils avoienc été deftinccs p 
t» nous 5 & par notre Oncle le D 
« d'Orlcaiis. Ce qui a renvcrfé j; 
a ques à préfent tous nos defTein 
i> tant à caufe de la juftc défiai: 
» que nous avons eu de ceux de r 
« tre Coufîn , comme aufîî parceqi 
» a donné loifir aux Ennemis de 
»:> recohnoîire , &: de fe mettre en é 
»:> de s'oppofer à nos forces : ou : 
» que leur réfolution s'eft augm< • 
>j tce par les efpérances , ou pc 
» mieux dire par les ailùrances qu . 
»^ leur a données de quelques mou • 
?^ mens dans notre Roiaume. 

'- Nous ne pouvons nous empêd ' 
»> de dire toutes les défolations c 
'^ les Gens de Guerre comman( : 
*' par notre Couïin ont faites , : 
»' qu'ils continuent de faire, en : 
»' maintenant en Picardie & Chs • 
*' p^gne 5 qu'ils achèvent de ruîn( ; 
'^ au lieu d'être dans les Païs En 
" mis à leur faire la Guerre. La 
'= berté , que prennent Tes. Trou 
" de piller nos Sujets, fait auflî < 
» pluiieurs de nos Soldats aband< 
" nenc notre Camp , pour aller d s 
^" k fien*. 



il'Hiftoîre d'Anne à' Autriche^ ii^ 
Nous avons biea voulu voul « tCji\ 
lonncr parc de toutes ces chofes, en- « 
:orc que la plus grande Partie fût « 
léja connue. Nous croîons que « 
70US jugerez par ces Déporcemens « 
)ublics de notre die Cou(in, que « 
es menées fecreres ne font pas « "■ 
noins dan^ereufcs. La connoîffance * 
|uc nous en avons ne nous permet 
)as de le pouvoir dijflîmuler plus 
ong - tems , fans abandonner le '^ 
jouvernail de cet Etat, que Dieu 
lous a mis en main , & que nous ^^ 
bmmes refolus de tenir avec ferme-'* 
é. Nous fçavons que fi nous n'a- '^ 
)ortons un prompt remède au àcÇ-^^ 
)rdre qu'on veut jetter dans notre '* 
itat 5 nous ne pouvons obliger nos '* 
Ennemis d'entendre à la Paix que',^ 
iQUS defirons de conclure , ni ré- ^^ 
rmer les abus qui Te font gliffez '^ 
ans notre Roiaume , ainfi acuité '* 
r tant de pernicieux deueins & '* 
treprifes , fi nous ne les préve- '^ 
ions & en arrêtions le cours ^ com- '^ 
e nous fommes réfolus de faire '^ 
r les moîensque Dieu nous a mis ^*^ 
tn main , dans l'afTûrance que nous '* 
vons & que VOUS nous avez tou- '^ 

K6 «jours 



2- JO Aîemaires pour fervlf- 

l(^/r..,5' jo'^rs témoigné de votre fiJélî^ ! 
5, afFedIon à maînrenir notre Aiito. 
55 té , enrrecenir nos Sujets dans I . 
j^béilTance qu'ils nous doivent , 
3, que nous vous alfurons que vc 
,5 continuerez à aportcr tour ce c 
3i d'ipcndra de vos foins pour fa 
35 valoir nos bonnes intentions, pc 
55 le Bien 6>c le Repos dé notre Roia 
5, me. Fait à Paris , le dlx-fept Ac 
5>mil fix cent cinquante-un. 

,> Signe LOUIS, 

fi,Et plus bas , ^ 

j5 D E G.U E NI G AU D. 

Le lendemain le Prince de Côn» 

alla au Parlement, & dit à la Comp 

gnie qu'il avoit été entiéremem f» 

pris d'apprendre les Calomnies qiiei 

Ennemis lui impofoienti & qu'ils . 

fervilTent pour cela de rAutorirë d 

Roi î que Tes Services- & fa Nailïani: 

parloient afTez pour4uî ; qu'il croiol 

que^Son AlteiTe Roiale fçavoit le ài\ 

taîl de toute fa conduite ôc La faafTexj 

des chafes qu'oiîlui ii"npiU9it^& enin' 



àTHJflolre â'j^nne ^Autriche, lyj ■ 
jpformcroit la Compagnie ; & que pour i^jc^s, 
le rcde il lui feroic ailé de s'en jufti fier. 
Il parla afTez fiéremenr, & fe tournant 
du côté du Coadjuteur, quand il par- 
la de Tes Ennemis ; car , il n'ignoroi'r 
as les propofitions qu'il avoit faites . 
entre lui , 6c Tes Conférences avec - 
s Miniftres dé la Reine. 
Cette Affaire étant de grande coiï- - 
quence, on députa deux Confeillers 
vers le Duc d'Orléans j pour le prier 
ie venir au Parlement. L'embarras 
oà étoit ce Prince de ne fçavoir que 
faire entre la Reine 6»: Mr. le Prince, 
ic rendôÎE incertain. Il dit à ceux qui 
i^lléreiît trouver 5 qu'il étoit malade; 
& qu'il alloit être faigné , & qu'il n'^ 
50urroit pas aller. Ils le prelTérenCi 
e leur- donner jour, 6til leur dit que 
iir les fix heures du loir il leur fèroÎE ii: 
iâvoir quand il pourront y a 1er. 
Le lendemain dix-neuvîeme Aoura,, 
f^îPrîncc de Condé vint au Parle- 
nty.avec un Ecrit en main du Duc 
^X)rieans , par lequel ce Prince, mai- 
llé ce qui s'étoit pafTé entre la Reine 
lui , & le confentement qu'il avoit 
quelque, façon donné à la Décla« - 
âùôa faite contre le Prince de Con- 



ï. fi Afemoîres pour fsrvîr 
i(>ji. dé, le juftîfîoit fur les prlnclpau? 
Chefs dont la Reine Taccufoîr. Cette 
contrariété d'adîons , qui à l'ég;arc 
du Dac d'Orléans n'étoît pas fans ex- 
Gufe, donna fujet à la Reine de ft 
plaindre de lui ; mais , il difoic poui 
fes raifons , qu'il avoit voulu balança 
les chofes, afin de porter la Reine ^\ 
Mr. le Prince à l'Accommodement, & 
empêcher la Guerre Civile ; qu'en- 
fin , fe voulant lier avec le Prince d< 
Condé j comme aiânc tous deux of- 
fenfé la Reine, & tous deux aian 
fujet de la craindre , il l'avoit aban 
donnée en cette occafion , en donnan 
àts forces à Mr. le Prinre, pour lu 
réiifter. Cet Ecrie étoit tel.. 



Dl 



ilHlfiotre â' A?7n€ â' Autriche , xj^ 

DECLARATION 

DE Monsieur le Duc 

D'O RLE ans envoi e'e 

auParlement pour 

LA Jus TIFICATION DE 

LA Conduite DE 
Monsieur le Prin- 
ce. 



165 K, 



N 



o u S , Gaston, Fils de ^ 

France , Oncle du Roi, décla- '^ 

bons que nous n'avons fçu que Mer- " 

:rédi dernier, à fept heures du foîr, ^^' 

j^ar Mr. de Brienne,, la Réfolution ^^ 

ique la Reine avoir prife de mander '"^ 

llks Compagnies Souveraines 6c la * 

Ville, pour leur déclarer qu'elle n'a- 

ilFoît aucune penfée pour le Retour 

idu Cardinal Mazarin, & qu'elle fe- 

l^ioît expédier toutes Déclarations né-^*^ 

ccflaires pour cet effet } 6c qu'elle 

pourroit aufli parler de ce que Mr. 

le Prince n'avoit été au Palais Roîal, 

depuis a[ue nous le lui aurions me- *^* 

3f L.& 






ce 



2 54' 



>r 



a 



Mémoires four fervir . 
r, , ,, Le lendemain, qui étoic le Jeu 
3jdi , y écanc allé furies onze heures 
,3 la Reine nous auroir fait lire l'Ecrit 
^, fans que noub en enflions eu com 
5, munication auparavant < auquel nou: 
aurions trouvé beaucoup de chofe; 
à redire 3 & particulièrement en a 
33 qui regarde l'intelligence avec l'EC 
3,pagne j & aurions jugé à propos de 
3rn'cn point faire la Ledture : mais la 
55:Reîne le voulût abfolument , difani 
3, que cela étoit ncceflaire pour fa dé- 
53 charge 3 le Roi devant être Majeur 
)3 dans vingt deux - jonrSo 

33 Nous déclarons- au fîî 3 que Mr. le 
33 Prince à pp.pofé à la Reine en no» 
33.tre prefence 3 ^ depuis au Goiifeîl', 
3, après le retour du Marquis de Sil* 
3, leri de Bruxclles3 où il a voit été en^ 
33 voie par Sa Majefté, qu'il y avoir 
33 deux moiensde faire fortir les Efpa- 
33 gnols de, Stenai : . l un par la Négo- 
33 ciatîon 3,les Efpagnols aiant offert 
33 audit Marquis de Silleri de fortir de 
33 la dite Ville de Stenai 3 moiennant 
33 une fu fpenfion d'armes entre Stenai 
33 & les Places de Luxembourg pouc 
55 le rcfte de la Campagne j ce que la 

„ReU 



il'H'iflolre d'Anne d^ Autriche, i^f 
iRLcine aiaiic refiifé abfoliimenra Mr. ^' i6yx. 
e Prince nous ht entendre qu'avec'^ 
leux cent hommes qui etoient '* 
llans la CitadeUe, il ne ponvoit en'* 
halTer cinq cens qui éroicnc dans " 
a Ville 5 & qui pouvoient erre ra- '*" 
raichîs à toute heure par PArmée ** 
es Enïtemis} & que fi la Reine'* 
ouloit lui donner deux mille hom- '^ 
ics 5 il les contraindroit d'en for >• ^^ 



r. « 



ce 

ce- 
c» 



Nous témoignons auffi, que tou- 
's les Troupes (\'\i font fous le 
om de Mr. le Prince , & qui ont 
:é devinées par nous pour l'Ar- 
lée de Picardie , y iont prefente-** 
lent 5 à la referve du Régiment ^^ 
t Cavallerie, & la Compagnie de ** 
hevaux - Légers d^Anguien ; & '* 
lie pour les -autres qui étoient def- " 
nés pour l'Armée dé Champagne,** 
j; le dit Régiment d'Anguien, Mr.** 

Prince n'aiant pas jugé qu elles ** 
^(^ent fous le Commandement du'* 

iréchal de la Ferté , parcequ'il'* 
attaché au Cardinal Mazarin , ** 

l'avoir efcorté pendant Çts Voîa- ** 
;s & même, reçu dans fes Places'* 

**d£^^ 

ht 



1^6 Mémoires four fervlr 
i^^i» 3, depuis les Arrêts du Parlement j î 
5, nous auroit prié d*cn voler une Per 
j, Tonne qui fut à nous pour les com 
3, mander avec afîùrancc qu'elles lu 
,, obeiroient aveuglément. Nou 
5, nommâmes à Sa Majefté le Sîeu 
,3 àc Vallan pour cet Emploi ^ leque 
^jetant prêt départir reçut un ordr 
„ contraire de Sa Majefté ^ ce qui ; 
,j oblige les dîtes Troupes de demeu 
,, rcr en attendant le dit Sieur de Val 
,, lan , qui les de voit commar 
j.der. 

5, Nous déclarons encore , que le 
,5 foupcons 6c défiances de' Mr. 1 
^, Prince ne font pas fans fonde 
ment 3 amfi que nous l'avons di 
dans le Parlement , aîant fçu qu': 
ij y avoît eu quelques Négociation 
„ faîtes à fon préjudice: &: , depuii 
,3 que nous le menâmes au Palaij 
Roial 3 où il ne fut pas trop bioj 
reçu 3 nous ne l'aurions pas invij 
té dV retourner. 

„ Nous aifùrons aufli , que noiij 
,3 ne croîons pvoint que Mr. le Prînj 
53 ce air éré capable d'avoir eu jamaij 
„ de mauvais dcffeins contre le Sci 
„ YÎcc du Roi & le Bien de L'Etat. Fail 



» 






3^' 



aVHlfioîre (^ Anne d'Autriche, 137 
i Paris 3 le dix-huîtieme jour d'A- " i é j 1 
nk mil iix cent cinquanre-un. 



«« 



Signe GASTON, 
Et plus bas y 

DE FrEMONT, 

Mr. le Prince, outre cette juftifî- 

ïtion, apporta une réponfe à la 

éclaration de la Reine , qui fut lue 

In prcfence de tous , par laquelle il 

îndoît raifon de fa conduite fur 

>us les Chefs qui le condamnoîenr» 

Coadjuteur j qui en cette occafîoii 

/entendit nommer , voulut fe deffcn- 

|ire. Le Prince de Condé ôc lui f» 

îprochcrent beaucoup de chofes , S<, 

b Coadjuteur dit à Mr. le Prince , 

[u'il avoir manqué k fa parole. Je ne 

jaî pas bien le détail de cette con- 

ferfation j voici TEcrir, 



MESSIEURS, 

r 

C^^^Eft avec un extrême dcplai/îr, '^ 
j qu'après avoir tant de fois dé- ^^ 
laré à vôtre compagnie ôc au pu- '^ 

biic « 



>5 



z 3 S Mémoires pour fervtr 
tôyi. 3>blic la fincerîté de mes intentions 
^juftîfiée par une Conduite recon 
,, nue de toute la France , &c qui n 
^, reproelie rien à ma Confclcnce , j 
^3 me trouve encore obligé de voii 
s y donner un EclaircîiTemcn'- fur 1 
fujec d'un Ecrie que je rcfpeâje 
parcequ^il porte le nom du Roî 
mais lequel contient une Diffama 
tion de ma Perfonne «S«r de mes De 
^, portemens. On ne peut trouve 
y, étrange qu'avec tout: le rcipe( 
5,5. que je dois à Sa Majeflé", fiirprii 
^, par l'arcifice de mes Ennemis , j 
^j fatisfaffc à ma réputation , t 
5^ d'autant plus que ce Difcours n' 
,, aucune des marques par le/quelle 
, les Rois ont accoutumé de fair 
^^fçavoîr à leurs Peuples leurs voîon 
^5 tez contre des Princes de ma Naîi 
,^ fance d<. de mon Rang, 

^, Il femblc qu'on me veuille imj 
3, puter que je me ferve du nom di 
,, Cardinal Mazarîn :, comme d'ui 
5, prétexte pour fomenter les Divi 
,^ iions que l'on dit être dans PEtai 
5, Toute la France fçait que je n'aj 
,, eu aucune part à ce qui s'efl dit 
^,faic contre lui auparavant ma Prii 

,, foi 



ce 

ce 
ce 
ce 



,'À rnifloire à* Anne d'Autriche 23^ 

bn j qu'il a écé profcrît avant ma *^ i^jx 

ibercé j Se que ii dépuis je me " 

iiis uni de femiment avec tous les ^^ 

^arlemens du Royaume, & aux " 

'œux de tous les peuples , ce n'a 

;té que pour maintenir le repos 

k la tranquillité de TEtat , que Ton 

ctour pou voit altérer. Et fi le 

ZonfeilduRoy avoit pris autant de 

oin qu'il dévoie de lever fur ce fu- 

et les ombrages & dcffiances auf- " 

juelles tant de voyages faits à Co- " 

<:>g\\Q ont donné lieu , le Parle- ^^ 

iient n'auroit pas été en peine , pour " 

iiilîpcr les craintes que Ton avoit " 

ie ion rérablifTement de dcman- ^^ 

der une Déclaration confit mat îvc ^ 

de Tes Arrêts , laquelle il Temble " 

iqu'on ait voulu éluder par ce Pa- ^^ 

ipier 5 qui étant fans forme ne doit *^ 

être d'aucune confidcration. " 

Cela fuffiroit pour dire que je '* 

n'ai pas befoin d'y répondre , fî ce ^* 

n'étoit qu'ayant été lu en prefence 

:dc vôtre Compagnie & de toutes 

jlcs antres , même du Corps de Vil 

Ile , & ayant été enfuîte imprimé ^ il *^ 

'efl: jufte que je defabufè ic public '* 

de toutes les calomnies qui y font '^ 

irépanduëes contre moi. ^* L'on 



ce 
ce 
ce 



1 4« Afemotre pour fervlr 
^6^1, yy L'on me reproche les grâces det i 
„ feu Roy faites à Ma Maifon , com- 
5 5 nie fi feu Mr. mon Père , n'en avoit 
,5 meriré aucune par fes fei-vices ; car, 
,5 pour les Places de Stenaï & Cler- 
5, mont, qui m'ont ccé données de'puîs 
5, la Régence pour recompenfe de l'A- 
5, mirante qu'avoit feu Mr. le Duc de 
„ Brezé mon Beau-Frerc , &c que je 
55 perdis par fa mort 5 je n'eftime pas 
^, qu'on les doive envier à ce que 
5, j'ay fait pour l'Etat , non plus que 
5, les Charges & les Gouvernemens 
55 que je pofTede, qu'on ne me pou- 
55 voit ôtcr fans quelque injuftice ,. 
55 puifque feu Mr. mon Père les avoit. 
5, J'ai reconnu publiquement être 
55 obligé de ma délivrance à la bontés 
35 de leurs Majeftés , aux inftances 
,5 qi>e M. lepuc d'Orléans en a fâî- 
55 ti^s avec tous les témoignages d'af- 
.3, fe6tîoi> que |e-pauyois defirer d'un 
5, trincé-defa generofitc ,-& aux fup- 
5, plicarions du Parlemcntjque j'en ay 
„ remercié j maïs , je ne croirai point 
3, manquer à la gratitude que je dois, 
5, fi je fais entrer la juftîce en part de 
55 cette obligation : & la Déclaration 
.5, d'Innocence, qu'il a plu à fa Ma- 

jcflc 



à VHljiolre et Anne et Autriche 141 
jefte m'accorder 5 étant une preuve *' léjl 
de i'oppreiîîon qui m*a été faite , il *' 
eft extraordinaire qu'après une Prî- '^ 
fon de treize mois fans caufe & fans " 
fondement on veuille faire pafler 
ma liberté pour un bicnfaic. 

L'on dit que l'on m'a rendu le 
rang que j'avoîs dans le Confcil 
du Roi , lequel ayant été à feu M. 
mon Pcre auquel j'ai fuccedé par 
le Tcftament du feu Roi de glorieu- 
fe mémoire , & dépuis par vôtre 
Arrêt lors de la Régence : & m'ap- 
partenant par ma nailTance , je ne 
crois pas qu'on puîiïe traitter défa- 
veur un droit que j'ai comme aiant 
l'honneur d'être Prince du Sang , " 
&: du quel on ne pouvoit pas par '^ 
confêquent me priver , non plus que *^ 
de mes Gouvernemens & de mes '^ 
Places fans injures : étant au furplus ^* 
ridicule que les nouveaux Confi- '^ 
dens du Cardinal Mazarin , qui ©nt 
vrai femblablemcnt didé cet Ecrit , 
publient que par ce grand nombre 
déplaces qu'ils difentquc je polTc- ^^ 
de , quoique je n'aie que Stcnay & " 
Clermont , outre celles qui étoient 

ans majvlaifon , j'ai plus affedlé de 

rac 



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Si 

ii 

>: 

-93 
9i 



141 Mémoires pour fervîr 
%'è$i, i3 '^1^ faire cralndix <juc de me faÎK 
aimer.; -puk qu'on n'a jamais faii 
„ aucune plainte d'aucune violence de 
la parc de ceux qui y commandent 
Et je ne ferois point en peine de 
me dcffendre de la haine que Por 
me -reproche , fî je n'avois er 
^, quelque façon facrifié mes intérêts 
„& ma propre gloire à robeffTancc 
que je croiois devoir au Roi , Se de 
55 laquelle néanmoins Ton fe prëvam 
3, à préfcnc pour me décrier ; laîfiani 
5, à juger au Parlement (î ces afEde2 
yy au Cardinal Mazarîn peuvent me 
reprocher le nombre de mes Gou- 
vernemens; puis que le Cardinal 
fous le nom de Tes Domeftiqaes 
35 polTcde Pignerol, en Italie ; Salks, 
^, Perpignan , & Roze en Rouffilon; 
3, Brefl: , Dunquerquc , Mardîc , Ber- 
3j gue, Dourlens, Bapaume, la Baflee, 
3j Ypre , Courtraî , Portolongone , & 
ajPiombino , qu'il avoit & qu'il a 
55 laiflc perdre*, fans compter une in- 
,5 finité d'autres dont les Gouverneurs 
, font dans fa dépendance :: ce qui 
55 fait aflez connoure s^il ne faut point 
,5 autre chofe que des paroles, pour aC* 
a^ fùrer l'éloigncment hors du Roiau- 

jne 



>5 



te 

r 

■ w- (C 

et 



à tHiflolre d'Anne cC^utriche^ ^41 
\z ôi'm-). homme qui a tant de por- >^ ^ ^X î- 
9 pour y entrer , &: dont ou (cak .-^ 
une expérience trop fatale a la rs 
. ance , -que la politique a toujours 
1^ de fe rendre redoutable. 
L'on fait dire au Roy, qu'il à re 
1 3li les Troupes qui écoîenc <Sc qui 
j it encore lous mon nom^ capa- « 
1 :s de compofer une Armée , con> « 
i Cl elles n'avoient pas afTcz bien « 
utilement fervi , pour mériter « 
:te jullice , étant connu à toute « 
France , aue les avantaçrcs que Sa ce 
ajefte a remporté fur les Ennemis c€ 
t été en partie les fruits de leurs te 
îgues & de leurs travaux ; & ce 
mme fî Sa Majefté pouvoir avoir « 
•p de Regimens qui ont porté par « 
it la gloire de fes armes avec des <e 
:ces qui auroient donné la paix à fc 
îte l'Europe,^ le Cardinal "vraza- ce 
. ne les eut rendues inutiles par « 
mauvaîfc ^pernlcieufe conduite. f« 
Idevoit fe fouv-fuîr qu'ayant eu '^ 
\ix Regimens d'jîifamerie Italien- « 
5 deux autres Regimens d'Aile- ", 
ms &c Polonois, quatre Regimens '*. 
Cavalerie de même Nation , Tes « 
ïltipagnîes de Gendarmes & de « 
\Tom] ir. t Che-' 






244 Afemoh es pour fervir 
i6^i, ^y Chevcaux Légers, & fcs Gan 
qu'il a eu jufquts dans le Palais R 
yaljqui efl une infolence (ans exci 
pie 5 fans faire mention de vingt a 
très Rcgimens qui étoient pour 
garde de Tes Places , ou fous le ne 
de fcs Domeftiques ou Affides , 
ne me dcvoît nas faire rcprocl 
que j'avois allez de Rfgîmens pc 
faire une Armée , puilque je 
les ay jamais employés que pour 
fcrvicc du Roy ck le bien du R 
5, yaume, & qu'au contraire on a te 
fujet d'appréhender qu'il n'abufe c 
fiens 5 pour troubler par Tes arme 
ii comme il a fait par Tes intrigue 
3, notre repos & notre tranquillité 
35 J'avoue que )'aî accepté le Gc 
J3 vernement de Guienne pour ce. 
iî de Bourgogne que le Roi a don 
3i à Mr^ d'Epcrnon , fur les indanc 
33 qui m'en furent faites de la parc 
35 la Reine , plus pour donner la pa 
J5 à cette Province , & fatisfaire JV 
3» d'Epernon par cet accommodemei 
» que paraucuncconildération:(3cni 
a me j'ay fuplié ia Majefté de n'y poî 
33 penier & un des Minières prefc- 
^ Cha- » ( "^j m'ayanc demandé fi je le dife 



35 
3> 
53 
45 
3) 
55 
35 
33 
33 
33 
33 



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J5 



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(C 



àl^Hlftolre d'Anne (^Auîriche^ x^t 
e bon cœur , &: qu'après avoir ré~ *^ i^j r, 
indu que olii , la Reine dit qu'elle ^^ 
vouloic abfolumcnt -, cx)mme ^^ 
ic choie néccifaire pour la cran- <^ 
lillité de la Guienne , 5c pour la '^ 
tisfadion dudic Sieur Duc d'E- " 
rnon , qui n'y pouvoir retouncr ^^ 
ce fuccés pour le iervice du Roi , ^^ 
fureté de fa perfonne étant étran- 
3 que dans la condefcendance que 
rendis en cette occafîon , on s'en " 
t fervî pour me calomnier dans '^ 
public. *^ 

Qiie fi j'ay confervé les Places ou ^^ 
commande pour le Roi en Bour- '^ 
^ne 5 c'eft parce qu'on ne m'en *^ 
nnoit aucune en Guienne , & *^ 
s les ayant achetées, il n'étoit pas ^^ 
;e de me les ôter , fans m'en ^^ 
I— mer d'autres en échange , ou *^ 
pn payer la recompenfe , que feu *^ 
mon Père en avoit donnée à ^^ 
Mr. de Bellegarde *<^ 

i.^our les fommes immenfes qu'on *^ 
m'avoir été payées pour arre- ^^ 
[es de mes Penfîons , Appointe- ^^ 
lis j appointé des intcrefifemens & ^'^ 
jntres de Troupes, qui font fous ^^ 
nom 5 & Garnifons ^ celui qui " 
lîé cec Ecrie , n'a pas eu de ^'^ 

La bons !* 



1^6 Afemoîrrs pour fervîr 
%6§i^ bons Mémoites ; étant certain c 
» je n'ai eu que des AlTignatîons p 
« ablcs feulement en 1652. 
« i^Sl' com me étant fur Timpc 
tîon de 1 65 I . & 1 65 2 , & qui 
confcquent n'ont pu donner 1 
au rcnverfement des Tables 
Roi pour lequel on fçait le dém 
que j'ai eu avec le Confeil , 
33 au manque de fonds pour la fui 
» tance des Troupes qui eft une 
>j pcnfe prefente & qui ne fou 
point de retardement : pouv 



i> 



91 



iJ 



,>3 



93 



33 



i3 



protefler à la Compagnie avec 
» rite 5 que de toutes ces Affig: 
93 tions 3 je n'en ai pas reçu c 
33 quante mille livres , Se que le i 
5' plus de ce qui me refce à pa 
étoit échu devant ma prifon p 
la plus grande partie , de m'aui 
*> cré payé des ce rems là , fi on 
>' l'avoir dîverci par l'ordre & p 
" le compte du Cardinal Maza 
ôc des fîens avec la plus grai 
partie 5 fuivant les mémoires cl 
je puis donner à la Compagnie, 
cû. étrange qu'on me veuille imjj 
ter que je fois à charge à l'Etat , p; 
ce qu'on m'a payé en papier ce (]\ 
je devroîs rec^-voir en argent. 



3} 



33 



3i 



33 



33 



33 



3) 



a 



dPH'tfiolre ^' Anne ^ Autriche . 147 
ine donnois davantage à là né- 
cîité de l'Ecar qu'à mes interécs. 



i^ïi 



a 
ce 

Cf. 

(( 



ce 

ce 



£ particiiliérenienc me montrant 
f^aî^é envers mes Créand.ers de 
risdedenx millions pour dépeni^ 
c:^ j'ay faîte pour le fervice de Sa 
^ijeiléi & qu'ainfî Ton veut re- 
j( ec fur moi le défordre des Fi- <r 
tiices 5 comme s^'l ne provenoit '* 
p de la profuiîon qu'en a fait *^^ 
fie le Cardinal , & de ce nom- ^^ 

innombrable de Comptant que 

|*arlement fe peut faire rapporter, 

ir connoître qui en a profité ; 

at certain que rien n^efl: venu à 

n avantage de ce qui m'ed dû , 

: la Reine m'eft redevable enco- '* 

de deux cent cinquante mille H- " 

|s y que feu Madame ma Mère 

jmoi lui avons prêtées dans fcs 

s grandes neceffitez , & dont 

encore fes promelTes en main. *^ 

L'înjufte Prifon dans la quelle 

|tïi'a mis , & détenu pendant '^ 

5« mois 3 m'*a empêché avec " 

icouD de re^^ret de faire valoir " 

bonnes qualitez que me donne ^' 

Ecrit : & , fi les intentions de *^ 

|x qui Tout fait étoieat^aufiî fin- ^* 

f s pour le bien de l'Etat que les ^^ 

L 3 „mien- 



tC- 
(C 

c< 



14^ Mcmoires pour fer vtr 



1^/1. y, miennes, on verroit bien-tôt cej 

toutes les défiances qui nVemp 

chcnt d'en iifer pour le fervicc 

Ro comme je le voudroîs, 

,5 ]e n'ai point pouifuivi le cha 

genicnt qui a été fait dans le Ce 

(eil ; &:, pour peu que l'on eut cor 

dcré la manière avec laquelle A 

le premier Prefidenr 6c moi av( 

été dépuis , tout ce qui fe pa 

en cette occasion, onieperfuad 

difficilement que jaye témoigné ; 

cune ardeur ni emprelTcmcnt p» 

demander cet établiiTement , Ôc < 

j'aye eu d'autre part à cette mu 

tien , que l'obftacle que j'appor 

au (Il bien que fon Alteuc Roy 

à la propofîtion qui fut faite 

^1r. de Montrefor ôc appuyé 

Mr. le Coadjuteur, de faire pr 

dre les armes à Paris , d'ôter 

force les Sceaux à Mr. le pren 

Préfident , de d'aller droit au Pai 
Te , qui Royal ( * ) ; & cela , en prcfe e 
pour ^^ de Mr. de Beaufort ôc de quantît< c- 

perfonnes de condition quipeuv't 

en dire la vérité. 
La pourfuite que j'ai faîte p t 

Péloigncment de Sieurs Servien e 
P> Tellicr, & deLionnc^^ n'eft p^^^ 



» » 

3i 
?a 

perle de 
cela fur '* 
le lecit >^ 
des ré' 5> 
n.oi ns , jy 
& par- 
iiculie- 
icnaeat ^' 
fur ce- >' 
lui de „ 
Mâda- 
jne de 
Ion- ^' 
gucvil 3 



lors 

fn*cn 

conta 

les Par- 

ticulari 

les. 






>} 



1 



al' Hlfloîre ^ Anne à^ Autriche » ià^^ 
le conciiinatîon d'Entreprife fur '^ 
\iiton*té Roiale, paifeiue le Par- " i^Jï» 
nent à juftifié ma Conduite par '* 
i Remontrances, & le Public par ' 
; Applaudilfemens à une demande '' 
)n feulement jufte mais ne'celîaire *^ 
■LU* établir la fureté de tous les Gens '^ 
, bien, & la mienne particulière.*' 
Si cet éloiiinement avoit été exé- " 
( té comme le Bien du Roiaume *^ 
'. reqiieroit, la France auroit eu l'ac- ^ 
( mplifTementde fes vœux par mon '* 
;:achcment aux volontcz de la'' 
^nnc : mais, aiant vu qii'aumê-'^ 
:e tems que l'on me donne cette*' 
]cisfa6tion apparente , Pon renou-'' 
Uoit en effet mes deffiances , par '' 
r Commerce continuel avec le '* 
rdinal Mazarîn , & avec mes pUis '' 
Bands Ennemis, j'ai cru être obli- " 
■î de pourvoir à ma tûreté , fans *' 
anmoîns manquer au refpc6t que '* 
dois au Roi, dont je ne me depar- " 
ai jamais , quelque effort que'* 
(Tcnt ceux qui veulent troubler '' 
tat,pour nVengager à une Con- 
itc contraire. Et iî \z n'ai eu 
onneur de voir Lears Majeflez '' 
'une fois ^ je protefte à vôtre '' 
tompagnie que j'en ai tout le dé- '* 

L 4 plaifir 



ce 



i^€ J\4emoîres pour fervtr 

ïé/ 1. 3)P^ai^ii-* qu'on fe peut imagînet à\ 
* I?rince de ma NailTance y qui 
refldit très oblige àcs bontez qi 
le Roi m'a toujours fait paroit 
& dont jeufle tâché de mérit 
la continuation par mes foum: 
fions , fi pour me ravir cet 
vanrage , l'on ne fe fût étudié « 
me donner de nouveaux foupçon. 
par les Couricrs qu'on cnvoioîc î 
Cardinal , & les nouveaux établifl 
mens qu'on veut faire dans 
Confcil 5 fans ma participation 
mon confentemenr, 5c de Perfoi 
ncs nouvellement engagées d'affo 
tion ^ d'intérêt avec le Cardinal 
puifque c'cft par lui qu'ils y ei 
trent j ce qui m'a oblige de ne pî 
hazardcr d'avantage ma Liberi 
entre les mains de Gens dont l'An 
bition règle toute la Conduite , < 
qui m'ont par conféquent donr 
jufte fujet d'appréhender tout c 
leurs Confeils : & c'ell ce qui m'c 
bli^e de vous déclarer , que toun 
les fois qu'ils entreront dans 1 
Confeil contre mon confentemeni 
je n'y pourrai jamais prendre ai, 
cune confiance, &: n'y pourrai avoi 
aucune fureté. J 






à rWftoîre ^A7me à* Autriche. 2 j i 
le reconnois que ces deffian- <c \Cy\. 
:s continuans je me luis abfte- 
j d'afliftcr aux Confcils , pour 
fqucls néanmoins je n'ai eu jamais 
.le les mêmes fentimcns que Son „ 
ItefTcRoia le a témoignés dans cet- « 
Compagnie , les quels n'auroicnt 
)int été expofez à la Ccnfure pu- 
ique . Cl l'on eut autant affedé 
les rendre utiles ôc glorieux à 
.•rat ;, que fournis à la volonté 
m. Cardinal , dont on fçait que 
In a toujours attendu jufqu'ici les 
as 5 pour former les réiolutîons 
cjs Ton a voit à prendre , foit pour 
grâces , ou pour les ordres ge- 
aux du Roiaume, ainfi que Son 
. :e{fe Roiale a témoigné plufieurs 
fis. Si j'ai écrîc aux Parlemens ^ 
d Roiaumc , de à quelques Villes , ^ 
:'n'a été que pour rendre compte 

lia Conduite & de mes Adions , ^t 
C^pour diiîîper les bruits que l'on ,, 
fi^oit courir, que je voulois faire ce 
u; Guère Civile, & en confé- « 
;nce des Lettres que l'on en fît .- 
ire par le Roi dans toutes les c 
P|>vinces depuis ma Retraite dans ce 
W Maifon de S. Maur .* ôc je m'éton- 

L 5 ne 



ce 



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ce 

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ce 
ce 



3> 



iji Alémoîres pour fervîr 
l^j I oj "^ <l^ic ce procédé aiant été trou 
;,, JLiRe &c légitime par votre Comp 
53 gnie, qui à jaflîfîé toute ma Co 
35 duîte en cette rencontre, puifqu'i 

le a reçu favorablement mes L( 

très 5 on s'efforce d'y trouver 
35 redire, Ôc de le rendre criminel p 
„ cet écrit , étant chofe très contra 
35 à la vérité, que j'aie écrit pc 
35 faire aucune levée extraordinaire 
J3 Soldats , aufîi bien que ce qu'< 
55 débite que j'ay renforcé les Gari 
3. Tons des Places dont je fuis Go 
33 verneur , que je les fortifie de no 
3j veau 5 & que j'oblige les habita 
„ des lieux, circonvoifins aux corvée 
35 quoique les Garnifons n'excède 
3 5 pas le nombre porté par les Eta 
3, du Roi, de que j'aie ordre & a 
„ gent de Sa Majefté pour les àk 

fortifications 5 & c|U il feroit à foi 
,5 haiter que tous les Gouverneu: 
35 des Places Frontières en ufaiTent.c 
,5. même. 

3, La Retraite de ma Femme i 
,3 de ma Sœur en mon Château d 
5, Mouron étant un effet de l'obligS' 
35 tion que j'ai eu de travailler à I' 
35 confci-yatiQa.de ma Maifon , qtii 

ni 



3J 
33 



a l*Hlfiolre d'Arme d'Autriche, 25-3 
: n'ai pas crus après tant de déftan- *' i ôj"^! 
es légitimes devoir cxpofcr toute, ** 
11 uti même lieu , il n'y a que '^ 
eux qui en veulent la Ruine qui '^ 

puiirenc trouver à redire ; les *^ 
uels , s'ils étoient mieux avertis, *^ 
u moins artificieux , fâchant que *^ 
la Sœur eft dans les Carmélites à '^ 
ourles , & ma Femme dans une '' 
e mes Maifons , qui lui avoit été ^* 
lême donnée pour JKetraite pen- *^ 
ant ma Priion , ne ^uendroient ^' 
oint occafion de donner ombrage '^ 
a Public d'une Adtîon non fcuîc- ^• 
lent permife mais tout- à - fait in-^* 
iffcrente , ni d'interpréter ma'î- '• . 
ieufement la Recette que je fais ^' 
e mes Revenus > pour le Paiement- 
e mes Dettes & l'entretien de ma'* 
daifon. *^ 

Lors de ma fortie du Havre , ^• 
on n'a cxicré aucune Condition ** 
e moi pour Stenai , à la quelle'^ 
n jugera bien que je n'ai pu m'o-'* 
liger. puifqu'elle n'éto't pas en '• 
lon pouvoir : Mr. le Duc d'Or- ^^ 
. pans faifanc aiTez connoitre par la ^* 
)éclaration, que je n'ai point min- '* 
iUG à ce que je dois au Roi tk à '^ 



iJ 



i) 



3) 



254 Aiemolres pour fervlr 
16 ji, ma Naidance car ^ comme il j 
^ " moigna s'offrir après le retour 

'•' Marquis de Silicrî , qui étoic a ■ 
à EriiXclles par ordre du R.o , 
^ d'en faire foitir les E/pagiioIs p • 
voie de Négociation, poinvu q' 
Ton promît de ne point faire 
'^ Courfes encre ia Ville de Stené 
»' ôc le Luxembourg , ou bien q 
»' me lallFant deux mille hommes, 
' les conrraindrois de s^en retirer; 
' que la Reine n'aiant pas voulu < 
' ne peut à prcfent m'impurer que 
»- Garnifon de la Citadeile de Stena 
' qui n'eft que de deux cens hoi 
" mes, ne chaffe pas cinq cens El 
»^ pagnols qui font dans la Ville , 
" qui peuvent être rafraichis par 1 
'' Troupes de TArrhidue autant < 
'- fois qu'il le voudra. 

' Pour ce qui ed du paflTàgc < 
"Dan , il eft fi peu coniidérabl<| 
'■ que trois cent hommes en peuve 
'-' chadcr les Ennemis , lefquels ne il 
'^ roient pas en état de le confervc 
'^ non plus que Mouzon , ôc les ai 
'' très Places qu'ils conquirent l'ann* 
*- paifée pendant ma Priion ; fî li 
*' âvoit occupé r Armée cgmme on- 



3^ 



îj 



jj 



a l'Hifiolre d'Anne â''Apitriche, 3-5^ 
pouvok des le commencement de « i^X^^ 
la Campagne , 6c que Ton ne la..'< 
confervât pas pour des delTeins que « 
le tcms fera connoicre être bien u 
contraires à ce que Ton publie par u 
cet Ecrie, c. 

Qtiant aux Troupes qui font^rc 
fous mon nom ^ & au fcjour qu'elles 
fon: fur la Frontière 5 ma Condui- « 
t3 ne peut être mieux jufl-Iiiée que a 
par Mr. le Duc d'Orléans, qui dé- '^ 
clare que je n'ai rien fait que par « 
ies ordres, &C pour empêcher la « 
diffipation des Troupes qui peu* « 
vent être très utiles au Roi, ik'^ 
dont la ruii^e eut été la fuite infail- 
lible de leur' jon6tion à des Corps*' 
commandez par des Généraux ô^ '^ 
OfHciers étant entièrement dans la*' 
dépendance du Cardinal Mazarin. '' 
Etilparoit afifezque le bruit, que''~ 
l'on fait contre le Séjour de ces '* 
Troupes en France, n'efl qu\m*^' 
artifice pour me décrier, puifqu^on:'/ 
ne dit rien de celles de Mrs. de Ta- *^ 
ïenne , 3c de Vendôme , ôz des '^ 
Régimens de Chak , ôc de Met- '' ^ 
tencoiu't , qui font logés auprès , *' 



1 j G jH^émoîres pour fervlr 
i£ji, ,, & qa*on ne fait point marcher pou 
,* TArmce. 

,, Les défolations que l'on impu 
3, te aux dîtes Troupes cft un m* 
,, ge'néral & non point un particullei 
3, auquel le Parlement aiant pourv 
,. par fes Arrêts, j'ai déclare , corr 
5, me je déclare encore, que je tier 
,5 drai toujours la main à ce qu 
5, ceux d/entr' elles qui auront fail 
,, foient punis lelon la rigueur éi 
yy Ordonnances, 

5, Si je ne m'étois point fî ouver 
,, temenc déclaré contre le Cardina 
5, Mazarin par ce que j'ai temoîgn 
, dans cette Compagnie , 3c en pu 
,, blic, 6c parl'oppofition que j'ai fai 
,, au Commerce de ces Couriers d. 
>, Cologne je n'aurois pas bcfoin di 
,, me juftifîer de ces Pratiques qu< 
,j l'on dit que j'entretiens ôc dedan 
^y Se dehors du Roiaume ; de Ci l'or 
5 5 fait réflexion que Cambrai eft I( 
55 pa^^gs ^s^ Couriers que l'on en- 
3, voie au Cardinal , ainfi.quil paroîî 
par la Lettre de Mr. le Maréchal 
d'Hbquincourt, dont Metaïer étoit 
„ Porteur , il fera difficile de conce-. 
voir que j'aie fait prendre la même 

lourc 



3'. 

3: 



39 

3i 
3> 



à rHîftolre et Anne à* Autriche^ ijj 
route pour communiquer avec. '* i C^th 
rArchiduc , & que j'aie expofe '^ 
trente hommes pour refcortc. de ** 
ceux que j'cnvoîois qui cuiTcjit ère" 
autant de témoins contre moi j ce'* 
qui cil fï ridicule ,. qu'il. ne mérite *' 
point deréponfc." 

Je conclurai enfin cette Rcponfe '^- 
parce qui eft de. plus important *^- 
3ans ce Difcours , dans lequel on ** 
oi'accule d'avoir intcllif^cnct avec ^* 
les Efpagnoîs ; & oui cfl: fauffe- "■ 
nent controuvé par mes Eiincmis: *' 
:.'eft pourquoy j'en demande rcpa- '^' 
ration comme du plus erand outra- *^ 
ge 5 qui puiiïe être fait à mon '^ 
^ang de à ma Dignité de grince '^^ 
iu Sang &c fupplie la Compagnie '' 
d'interpofcr Ton Autorité pour me la ^^ 
aire obtenir , de de prier le Roi &/* 
^ Reine de nommer les Auteurs '^ 
cette Calomnie, ôc de vouloir*^ 
îôcelTamment envoler ces Mémoires'^ 
ces Avis qu'on dit être certains , ** 
nt de la dite intelligence, qnc'^- 
l'engagement de Soldats cxtraor- ^* 
ryinaires dans le Roîaume pour mon *^ 
' Service particulier;: me foumettanc '^ 
kyQtxo Jugement 5 ,ai.,cas que j'aie^^- 






z^^ Aiêmolres pourfervîr 
îi^jTi. 3 j rien fait contre le devoir de m 
j^NaifTance. 

Mr. le Prince 6c Mr. le Coadju-I 
reur étant Ennemis déclarez, chacmr. 
pour s'en tenir fur la defcnfîve, me-l 
noît an Palais quantité de fuite.l 
Le Prince de Condé , par fa Naif 
fànce &c par Ton Autoricé y avoii 
beaucoup d'Amis 5 & de Servi: eurs; 
& le Coadjuccur , par la force de fà 
Gabaile , en avoit auiîi u fort grand 
nombre ; & Ton avoit raifon de 
croire que cette Qj.icrclle ne (c ter- 
mîneroic pas fa-:; y avoir du Sang 
de répandu 3 

Le vingt & unième Août, on s'af- 
fembla pour délibérer fur les J iftifc 
cations du Prince de Condé que le 
Duc d'Orléans par Ton Ecrit avoic 
rendu plus aifées qu'elles ne l'avoîenc 
paru à Tes Ennemis. L'an^-nofité étoîc 
telle, que chacun vouloit être en état 
d'attaquer, & de fe deffendre. Le 
Coadjuteur , ce jour là que tout leJ 
monde foupçon noit devoit être terri- 
ble, craignant que Tes Amis ne fufl 
fent pas en affez grand nombre pour 
égaler la fuite & la Puiflance duPrin-, 
cède Condé^ fupplia. la Reine qu'on^i 

lui 



aVHîfioire d'Am^eâ' Autriche. 155^ 
ji prêtât qaelqncs Gens de la Gar- i^ft^ 
e. L^igne, qui avok été Capitaine 
Li Régiment des Gardes lui mena 
Liancité de Soldats : &L le Palais fè 
;oava plein d hammes armez, prêts 

donner Bataille au premier lignai, 
^iiand tous les Chefs de part ^ d'au- 
:e eurent pris leurs Places, ont vint 
vcrtir Mrs. de la Grand' Chambré,, 
ue la grande Salle ctoit pleine de 
ens armez, & qu'il étoit impoffiblc 
'opiner en fureté. Mr. le Prince pria 
i Duc de la Rochefoucault d'aller 
lire forcir Ç^i-^ Gens. Le Coadju- 
im dît auiîi qn'il al loir prier fcs Amis 
c fè retirer , & partit brufquemenc 
our cela. Il s'avança hors de la por* 
?, premier que le Duc de, la Roche- 
Ducault. Auffirôt qu'il parut , dans 
1 grand-Salle du Palais^ &: que ceux 
u Parti du Prince le virent , ils mi- 
ent tous Pépée à la main. Ceux da 
voadjuteur en firent d^ même , &c 
ans cet , inftant il s'en fallut peu 
u'ils ne fe tualTcnt tous les uns les 

L 

utres , fans nul ordre particulier de 
aire c:e qu'ils faîfoient. Le Coaju-i 
eur , voiant cet embarras , 6c crai- 
;nent de fe trouver engagé parmi taïK. 






l6o Ji'temolres pourfervlr 

I-/I. depécs tirées contre lui, voulut rcr 
trer dans le petit Parquet des Huil 
fiers d'où il éroit déjà forti ; mais 
'û rencontra le Duc de la Rochefoi: 
cault à la porte, qui la lui ferma a 
nez. Le Coadjutcur poufTe & heurc( 
Le Duc continue à la lui tenir fei 
mée , 6c Tcntr'ouvroit feulement 
pour voir qui accompagnoit le Coac 
jutcur. Le Coadjuteur , voîant ceti 
Porte entr'ouverte , la pouffa fort< 
ment pour entrer ; mais , il ne pi 
palTer tout-à- fait, ôc demeura comn: 
a demi écrafé en cette Porte dtj 
mi-ouverte^, ne pouvant entrer ni foi 
tir. Le Duc de la Rochefoucault 1 
lailFa long tems dans cet état, & arr 
ta la Porte par un Crochet de fér 
qui etoic derrière qu'il y renconti 
le tenajit, là pour empêcher qu'elle ri 
s'ouvrft d'avantage. Beaucoup d(| 
Amis du Coadjuteur 6c des Gens d 
Mr. le Prince qui fe trouvèrent dai 
le Parquet, dirent qu'il fallolt ouvfij 
au Coadjuteur j 6c Montrefor , qi 
ctoit Ton Ami , fe tourmentoit poi 
le faire entrer j mais le Duc de la R< 
chefoucault Pempêcha toujours. C( 
gendant , le Coadjuteur n'étoit pas 



à mfiolre d*Ame ctAntrlche. 16 1 
on aife ; car, outre que la pofture 16 ji 
coït fortdefagréabîe;, il devoir crain- 
re que quelque Poignard ne vint lui 
'Lcrla vie, par le refte de fon Corps 
ui étoit demeuré derrière. Pendant 
es fâcheux momens , il entendoic 
■roche ^de lui ces deux Troupes feme- 
laccr terriblement , $c il eut befoin 
le toutes fa fermeté, pour n'avoir pas 
lorreur de l'état où il étoit.. On cii^ 
'ers la Grand Chambre j & , aux. 
ris de quelques uns , Champlatreux^ 
'ils du premier Président fortit, qui 
le fon autorité fit ouvrir la porte ». 
nalgré le Duc de la Rochefoucaulr, 
U Coadjuteur, rentré & affis à fa 
jlace, le plaignît de ce Duc ôc de fa 
nolence. Il lui reprocha qu'il Tavoîc 
voulu alTaflîner. Le Duc de la Ro- 
jchefoucaulc , qui fe trouva aflîs au- 
irés de lui, répondit brufquement, 
lue ce n'auroît pas été grand domma- 
ge , de qu'en effet , ne fâchant pour- 
quoi tant d'épées étoîcnt tirées , il 
avoit feulement fongé k la conferva- 
tion de Mr. le Prince. Le Duc de- 
BrilTac , qui fe trouva de l'autre côté , 
du Duc delà Rochefoucault , ^ qui ■ 
étoit parent du Coadjuteur, lui rc-. 

pOlXp 



2fji Alemolres pour fervlr 

î^ji. pondît en le menaçant. Le Duc J< 
la Rochcfoucauk , étant au miliei. 
des deux , leur dit que s'il ctoît hor 
de ce lieu , il les étrangleroit tou 
deux ; & le Coadjuteur , fe fervan 
à\\\\ Certain nom de Guerre qu'ils lu 
avoient donné autrefois dans la Guer- 
re de Paris étant de même Partial ni di 
Jldorî Ami la Franchlfe , ?ie faites pas L 
méchant : vopts êtes Poltron ,- & moi j< 
fuis Prêtre j c'efl pourquoi nous ne non. 
ferons pas ^rand ?naL Cette rude Con- 
verfation Te conclut par un rendez- 
vous que fe donnèrent, le Duc de 
Briifac , Se le Duc de la Rochefaucouh 
pour fe battre ; mais , TAfFaire fut ac- 
commodée aufli-tôt après. Ce matin 
fut feulement emploie à calmer ce def- 
ordre , & à faire fortir toutes ces 
7 roupes (î animées au Combat , afin 
qu'on pût fortir de la Grand' Cham- 
bre en iLii-eté , <k dix heures fonncrcnt 
avant que toutes chofes puffent être 
appaifées. Ce fut une merveille , 
que cette journée fe paffa fans malheur 
éc fans carnage , & que quelque em- 
porté n'avoit tué de Coadjuteur à cet- 
te Porte. Ce qui le fauva fat qucl- 
q__ucsLuns de fes Gentils-hommes , qui 

dc;. 



à rHlftolre et Anne â* Autriche. 16^ 
[emeurcrent toujours derrière lui, IlK^iî. 
le parut en rien que l'on en eut eu 
c defTein : le hazard feul eut part à 
et événement , excepté rad:ion du 
)ac de la Rochefoucault , qui fut .., 
m peu dure j mais excu fable en des 
cms comme ceux-là , Se à l'^égard 
un Ennemi auffi dangereux que Té- 
dk le Coadjuteur, 

Le vingt-deuxiénie on opina fur la 
iftification du Prince de Condé, 
'iuficurs furent à le juftifier ; mais 
afin le premier Prélîdcnt fît revenir 
caucoup de gens à foti avis ; & il fut 
rrccé , c^u'on porterait a la Reine tous 
'S Ecrits, & qu'elle fer oit fuppUée de fat- 
c confideratlon fur V importance de la cho^ 
', & três-humhlemeno fuppllée auffi de 
mnir la Maifm Royale : & que le Vue 
Orléans ferait prié de s'en mêler. 
Le ving -fixiéme , le Parlement vint 
ouver la Reine , & le premier Pré- 
dent lui fit fa harangue en faveur de 
\\\ le Prince 3 félon leur dernier Ar- 
ête. Il prefla la Reine de lui donner 
X paix ; il lui exagéra Tinnocence 
u Prince , & combien il étoit nécefi- 
lire qu'il parût innocent, afin d'évi- 
er les maux qui en pouvoient arriver 



a 



z(p4 JVfemcires pour fervlr 
t6s I. ^ ^^ France , donc il fut loué j car 
" le fit malgré fa haine. 

Une perfbnne dit au premier Prél 
dent, qu'on avoir trouvé étrange i 
voulu faire trouver mauvais à la Rc 
ne 5 qu'il l'eut tant prelTée pour 
Prince de Condé. Il répondit , cju\ 
Palais Royal ou en prefence de la Rt 
ne y II croyo'it être obligé, pour le bien ( 
le repos de l'Etat de parler de l'innocen. 
de A4r, le prince j mais , que dans 
Palais 5 il faliolt y faire cennohre j 
fautes. 

Le Parlement 5 les Princes , le Ca 

dinal Mazarin , & ceux qui en \ 

ha infant coûroicnt-à lui, occupoiei 

entièrement les efprîts , èc toutes h 

nouvelles du tems fe terminoîent 

parler de ces chofes. Il fembioit qu 

Paris feûl fut toute la France , & qu 

liors de l'enclos de Tes murailles , : 

n'y eût rien au n:ionde qui put tou 

cher les hommes d'auctme curioficc 

Nous avions toutefois une belle Ar 

mée 5 que l'on ne con)ptoît ài'ien , par 

ce que les Brouillerics de Paris la te 

noient en l'étargie. La Reine , craî. 

gnant d'en avoir à faire pour remediei 

à quelque mal extiême , où le Roi «Si 

cil 



a l'Hîfiolre d'^Ame à' Autriche. 2 (j 5 
?île fc pou voient trouver , n'ofoit i^ji, 
'cmploier contre les Ennemis ; parce- 
]iie les François Tes Ennemis domefti- 
|ues 5 lui faifoient plus de peine que 
es Etrangers, 

Le même jout , vîngt-fîxîme , le Le 1^. 
)uc d'Orléans vint voir la Reine. Il Aouft. 
Lii demanda une Audiance particulie- 
t» Ce fut pour lui faire encore de 
ouvelles inllances pour ^obliger de 
âîrc tenir les Etars avant la Majorî- 
5 î ce qui marquoit alTcz les defleins 
ue les Princes avoient de faire pro- 

Ci'>nger la Régence ; & peut- erre aufïï 
ifil y avoir des Particuliers qui 

lÉâr leur înte'rêts les portoient à cette 
©urfuite ; mais , la Reine y reiîfta 
|)mme elle avoir déjà fait plufieui^s 
Sis. Enfuite de cetce convcrfation , 
iDuc d'Orléans , un peu en mauvai- 
ï\ humeur de ce dernier refus , s'en 
lia chez lui àLîmours, on la Reine 
||nvoya vifircr par le Comte de Brien- 
jf, pour lui demander avis de ce 
a'elle avoir à ré^^ondre au Parlement 

ajpr la Juftifîcation de Mn le Prince. 

£ Duc d'oi^lcans fuc radouci par cet- 

1^ civilité de la Reine. Il lui manda , 

yil lui confeilloit de témoigner au 

' Par- 



itj6 lidemalres pour fsrvlr 
tG^i, Parlement qu'elle croioit le Prince « 
Condé moins coupable qu'elle le fa 
foie 5 avant la rcponfe qu'il avoir fe 
te à la Déclaration du Roi ; que pon 
vu qu'il envoyât Tes troupes à l'Arm 
du Roi 5 qu'il fit fortîr les Elpagm 
de Stenaî , & qu'il témoignât defii 
les bonnes grâces du Roy &c d'ell 
jcrés-volontiers elle le recevroit en le 
Amitié. Elle le fit ainfi ; & , po 
faire voir combien de contrariétés 
trouvent en la vie des hommes^ le 
que le Duc d'Orléans fut de retc 
de Limours , il prcfenta lui-même 
Coadjuteur à la Reine , qu'elle rec 
comme un mauuais prefent qu'c 
faifoit femblant d'eftimer. Ce Pr:| 
ce , qui faifoi: profeiîion /d'une 
Cjrande liaifon avec le Prince de Ce 
dé, avoit de longues convcrfatic 
arec le Coadjuteur , qui depuis pi 
de jours s'étoit remis bien avec k 
ce qui fit dire aux Amis du Prii 
de Condé de même qu'à beau col 
d'autres , que le Duc d'Orléans et 
încompréhenfible. Le Parlementl 
cependant , travailloit à la juftificatî 
de Mr. le Prince , 6c leur Arrêté 
de fuplier la Reine de leur cnv< 



1) 



à THlfiolre ^ Anne ^Autriche, 1 6j 
I e Déclaration en fa faveur relie qu'il i6^ï 
l pourroic fouhaîter, Sc une au:re 
( ntre le Cardinal , fi ample 6c fi for- 
I , qu il fuc impoffible de meccre (on 
; :tour en doute. 
Pendant qu'on s'amufoît à ces divi- 
ns publiques , la Majorité appro- 
. oit, & la Reine ne pouvait pas doa- 
quelle ne dût être le fouverain re- 
i îde de fes maux. Elle efperoit y 
uver de la puiifance , & par elle 
dégager de la fcrvîtude où elle fc 
mvoit réduite , aiant à rendre comp- 
de fes adions au Duc d'Orléans , 5C 
.Prince de Condé. Elle cfperoit y 
)uver un Fils Roy Majeur , 6c revê- 
de la fouveraine puifiance qui lui 
fpartenoità lui feul.Elle étoit afîuréc 
: la bonté de fbn cœur pour elle , Se 
ir les bonnes qualités qu'elle voyoît 
i lui 3 elle avoit lieu de croire , vu fa 
:^vicé 3c fa fagefie , qu'il rérabliroit 
fa perfonne la légitime autorité , en 
ftruifant dans les autres celle qui lui 
;I/oit été injuftement ufurpée par l'état 
: fon enfance. 

Les Articles accordés entre le Car- 

nal & les Frondeurs ayant été fecret- 

mcnt divulgués,ils furent alors impri- 

Toms ir* M mez , 



H 



s 



2 é 8 Mémoires pour fervtr 
I 6) I . mcz 5 & coururent par Paris , par 1 : 
drc des Princes. Comme ils pcu' 
fervîr d'inftrudlion pour fçavoir 
changemensqui furent faits par la 1 
ne 3 auffi-tôt apre's la Majorité , je es 
ay mis ici , avec le récit de cette 
rénionîe. Elle fut accompagnée d' 
Déclaration d'innocence en faveu 1 
Prince de Condé ^ qui pendant ces jo s- 
îà alla faire une petite courfe \\t 
Campagne , n^étanc pas affez l : 
avec la Reine , pour y pouvoir c- 
cuper la place que fa naiiTancc ui 
donnoir. 



i- 



c- 



Ll 



n 







4 i*Hlftolre ^Anns à' Autriche xG<) 

ARTICLES ACCORDEZ '^'^^^ 

Entremis, le Car- 
dinal M azar in , LE 
Garde DE ScEAUxDE 
Chat EAUN EUE, le 

C O A D j U T E U R DE P A- 

Ris> ET Madame la 
Duchesse de Chè- 
vre u s e. 

Lefdîts Articles furent trouvés fur 
Chemin de Cologne , d^ns tm p^queù 
'té par un Courier appartenant an 
^.arquis de Noirrnoutier , Gouverneur 
Charleville. 

iUe le Coadjiitcitr paiir fe bien 
maintenir dans la créance des 
uples 3 fe rcfcrve de pouvoir par- « 
: au Parlement, & ailleurs , con- « 
: le Cardinal Mazarin , jufqu'à ce « 
•/il ait trouvé un tems favorable « 
fe déclarer pour lui fans rien ha- « 
rder ; & que cependant Mr de « 
lateauneuf & Madame de Chc- 
eufe feront femblant d'être mal 
'cc lui , pour pouvoir traiter fépa- 
tixient avec ledit Sr. Cardinal , &: 

M 2. pof- « 



re 
ce 



ce 

ce 
ce 
ce 



2 7C> Afemolres pour f rvlr 

>j /^. j^ ,, poîTeder l'cfpL-it de la Reine ^ 5«:fe 
^■' conferver en mêine tems dans le 1 - 
'- blic parle moyen dudit Sieur C;- 
'^ dinal, 

3, Qiie Madame de C.hcvrcurc , : 
,, icfdirs Sieurs de Charcauneuf : 
:, CoadjUteur , feront tous leurs - 
yj forts pour détacher Mr. le I : 
y, d'Orléans des intérêts de Mr, i 
3, Prince , fans pourtant l'obliger : 
^, rompre abfolument avec lui ; - 
,3 chantbien qu'ils n'en ont pasle p - 
^5 voir, & qu'ils perdroient par la 1 
^, crédit avec Son AltefTe Royale, à 
,, quelle ils n'oferoient rien propc 
, , qui fut directement en faveur di 
y Sieur Cardinal j connoiil'ant Tafî 
,, tion que Son Altelfe Royale a p 
., le Public, & Paverfion qu'il a p 
5, ledit Sieur Cardinal , & qu'il 
,5 peut fe fier en lui après les ch< 
^j c]ui fe font palTées. Il fuffira p 
55 intisfaire à leur parole qu'ils fafl 
j. tout ce qui dépendra d'eux p 
.5 empêcher que Son Alteffe Ro) 
.5 ne pouffe tout- à- fait ledit Sieur C 
,, dinal. 

55 0^1 e Mr. de Chateauneuf i 
.,. Premier Minidrcj qu'il fuffira qu 

le: 



a l'fJlflolre â'Ame ^Autriche. 271 
ndc les Sceaux pour quelque tems '' , ^ç 
Mr. le Premier Préfîdent , lequel ^^ 
iîî lui cédera le premier rang. 
Que Mr. le Marquis de la Vieu- '^ 
[le fera Sur-Intendant des Flnan '^ 
5 moyennant quatre cent mille li- ^^ 
es qu'il donnera audit Sieur Car- " 
lal , Ôl' cinquante tant de mille '^ 
res au Sieur Bartet , qui a néjTocie " 
ur lai à Cologne j & ce , pour "^ 
ider à payer la Charge de Sccre- ^^ 
re du Cabinet qu'il a eu permif- '^ 
m d'acheter. Que ledit Siçur Car- " 
lalfera donner audit Sieur de Cha -^ 
luneuf toutes les afTùrances nécef- '^^ 
îres de la Charge de Chancelier , *^ 
elle vaque durant que les Sceaux " 
roicnr en d'autres mains que les ^^ 
înnes. 

Qiie ledit Sieur Cardinal fera '^^ 
)nner toutes les paroles èc ex-*^*^ 
ditions nécerfaires pour la Nomi- *^^ 
itîou du Roi au Cardinalat 6c ^^ 
mr la Charge de Miniftre d'Etat ^^ 
idit Sieur Coadjuteur , pour en '^ 
iiîr incontinent après la tenue des ''^ 
câts généraux ; n'étant pas à pro- ^^ 
)s que cela fe faiTe auparavant : le- '^ 
i-icl pourra fcrvii* très utilement '* 

M 3 le ^' 



2 7 i Afemolres pour fervlr 

l^^i, » ledit Sr. Cardinal dans TAfTei • 

35 blée des Etats pourvu qu'il ne f( ; 

35 pas connu être fon ami. Et q ! 
fi ladite AfTemblée des Etats : 
porte ( comme ledit Sieur Coa . 
juteur l'efpcre ) à demander 
Roi qu'il fbît appelle dans i 
Conieil 5 ledit Sr. Cardinal pi • 
met de le faire établir Mîniftre 
la prière defdîts Etats , afin q : 
paroinfanr obligé au Public plû : 
qu'audit Sieur Cardinal , il le pr 
le fervir plus utilement en ce ; 
Place. 

5, Comme aufîî ledit Sieur Coad ■ 
juteur promet d'employer fon c; ■ 

,5 dit pour faire calTer par TAlIemb : 
des Etats la Déclaration que : 
Parlement à fait donner contre f 
avis pour exclure les Cardina: 
François. 

_55 Que ledit Sieur Cardinal f 
joiiir dès à prefent le Marquis 
Noirmouticr des honneurs &c av2 • 
rages accordés aux Ducs , en ce • 
féquence des Lettres qu'il lui ci 
fait accorder par la Reine. 
y, Q^ie ledit Sr. Cardinal fe 
doaner la fomme de cent mille ■ 

55 Yj; 



>5 
» 

3J 
>3 



3> 

9> 
39 



a 






(C 

Ci 

ce 



ce 
ce 



à t Hlfioire d'Anne d'Autriche, 175 
es aa Sieur de Laîguc fur la Fi- " 1651 
aiice que payera le Sieur de Nou- *^' 
sau pour une Charge de Secretai- 
; d'Etat y laquelle ledit Sieur 
ardinal lui a fait promettre , en 
.■connoiiTance des bons OHices '^ 
ii'il lui a rendus , fournîifant 
^s Courriers confidens pour la né- 
Dciation d'entre ledit Sieur Car- '*^ 
înal , Madame de Chevreufe , & " 
:dit Sieur de Chateauneuf. /' 

„ Que ledit Sieur Cardinal don- ^^ 
era au Sieur Mancini le Duché de ''^ 
levers , ou celui de Rhételois , '^ 
vec le Gouvernement de Proven- ** 
e 3 & lui fera cpoufer Mademoi- 
ïlle de Chevreufe , auflî-tôt qu'il 

ra en poffeflîon dcfdits Duché 
i Gouvernement 6^ d'une Charité " 
.ans la Maifon du Roi , auprès du- 
[ucl lefdits Sieur 6^ Dame favorî- 
èront fon retour 5c fon rétablifle- 
ncnt. ^' 

Qiie ledit Sieur Cardinal empê- '*" 
thera que Mr. de Beaufort ne puif- '^ 
ie avoir aucune part dans la con- *^ 
îàncede laReine;>ni du Roi ^ & ne '^ 
Fera aucun accommodement avec lui, " 

ins le confiderera comme fon En- ^^ 

M 4 nemi ^^ 



et 

(C 

ce 



ec 
ce 






i 



33 
>3 



274 Mémoires pmr fervlr 

i<?ji. ,j nemi 5 aiiffi-bieu que lefdits Sîcii 

3, &: Dame en ce que les abandonna : 

55 il s'efl; attaché à Mr. le Prince , no . 

obftant qu'il aie eu la Charge \ 

l'Amirauté, par les foins àcÇài 

Sieurs & Dame , & par Tautor : 

,, dudic Sieur Cardinal. 

,, Que ledit Sieur Cardinal aui 

5, ri fera auprès de la Reine Mrs. 

55 Chateauneuf & le Coadjuteur , 

5, Dame de Chevreufe^ & aura i; 

55 entière confiance en eux , fur 

,, paroles que ledit Sieur de Chatei 

;,, neuf lui donne , par lui^ & ] 

55 Mrs. de Villeroî , d'Etrée , de S( 

55nctere, & de Jars, qui fe rend» 

,5 fes cautions j d'être tout-à-fait 

^5 taché aux intérêts dudit Si< 

^, Cardinal , & de vouloir fcrvir à j 

55 retour toutes fois & quantes qu'i 

55 pourra. Comme auflî , Mada 

55 de Clievreufc & ledit Sieur 

55 Chateauneuf s*obligenet à la mê 

55 chofe envers ledit Sieur Cardi 

55 pour ledit Sieur Coadjuteur leq 

55 n'entre point dans le prcfcnt Trsp 

5> pour les raifons fufdites , & dem - 

35 re libre pour defa voiler ce ( i 

^ pQurroit çcre dit de lui fur ce fuj< . 



ce 
ce 



à rHîfiôlre (^ Anne d'Autriche, 175 
il cas que ledit Sieur Cardinal"^ i6ji. 
Dulût dire ou faire entendre qu'il *^^ 
li eue rien promis ; le tout à condi- 
on qu'il ne fe parlera plus des cho- 
s paiTées, avant , durant, ou de- ^^ 
lis la Guerre de Paris , & auffi ^^ 
."puis raccommodement defdits'^ 
eurs èc Dame avec ledit Sieur '^ 
ardinal & dépuis Pemprifonne- '^ 
cht de Mrs. les Princes, contre'^ 
(quels fe fait principalement la " 
efente Union : l'intérêt com- *^ 
un defdits Sieurs Cardinal Maza- '^ 
1 , Garde des Sceaux de Château- " 
ufj Coadjuteur, & Madame de '*^ 
levrcufe , étant fondé fur la rui- " 

de Mr. le Prince , ou du moins " 
r fon éloignement de la Cour , & ^^ 
omet ledit Sieur Cardinal auf- '^ 
:s Srs. dz Dame d'empêcher que ^^ 
r. le Duc d'Orléans n'ait con- ^^ 
âlTance duprefent Traité, ni des '^ 
înférences ou Négociations , que " 
iite Dame de Chevreufe 6c le '* 
: Sieur de Chateauneuf ont eu ou ■* 
ront ci-aprês avec ledit Sieur '^ 
irdinal Mazarin, " 



M % LA 



l'jG Jiiemoires tour Jervlr 
^^^^' LA CELEBRE 

CAVALCADE 

Faite pour la Majorit] 
DU Roy. 

Trlfe fur l'hnprmé qui en far ut alot 



L 



„ I E Sieur de Sainrot , Maît 
j> L# des Cérémonies , ayant xo 
y, du Sieur de Rhodes Grand Mî 
3, tre d'icelles , \qs ordres que let 
55 Majeilés lui avoienc donnés que 
5, ques jours auparavant celui de cet j 
,, Majorité , afin de faire preparl 
j, tour ce qui feroit nécefTaire à l''a| 
^5 compliffemenc d'une action Ci a 
„ gufte , furent le cinquième de 
5, mois avertir le Parlement que 
35 Roi devoit y aller le feptiéme, 
35 y tenir Ton Lit de Juftice , pour 
5, Déclaration de fadite Majorité. 
55 Le fixiéme 5 fur le foir 5 le Marqil 
de Gevres, Capitaine des Gard 
du Corps 5 lefdirs Grand Mail 
55 &: Maître des Cérémonies 5 le Siej 
52 de Reau Lieutenant des Gardes < 

Corîl 



33 



■a* 



ce 

ce 
ce 



I 

à l'Hljlolre ^Anne d'Autriche, 277 

Corps , avec des Exempts des ^^ 16$ i 

némes Gardes , furent, apre's avoir ^^ 

/Livle Premier Président : viliter tout " 

e Palais & les Prîfons , où ce Mar- ^* 

|uîs laiifa un Exempt & quatre Gar ^^ 

les qu'il chargea de leurs clefs ; & " 

es Sieurs de Reau & de Saîntot *^^' 

efterent pour vacquer aux foîns des ^^ 

rcparatifs du Parlement juiques au '* 

:ndemain huit heures , que le Sieur 

e Rhodes s'alla faifîr du polie du- 

it Parlement , ôc y donner toutes 

fs Séances, *^ 

Cependant , les Sieurs de Saintot '^ 

lièrent au Palais du Cardinal , pour 

:s Cérémonies qu'il falloit obfcrver 

après de leurs Majeflés ^ donner 

ms les ordres de leur Marche de ^^ 

î lieu audit Parlement. ^^ 

Le feptiéme , fur les huit heures ^* 

imatin, la Cour s'étant rendue au- '"' 

t Palais du Cardinal le Maitre ^^ 

ps Cérémonies alla dire au P.oi , '' 

rs dans fa Chambre , que la Reine ^^ 

venoit voir accompagnée de Mon- '^ 

;ur fon Frère unique , de fon Al- " 

ffe Royale 3 de la Princeifc de Ca- ""^ 

gnan , des Ducs de Vendôme , de '*■ 

.ercœur^ de Chevreufe, d'Elbeuf, "' 

M 6 d€ '' 



ce 
ce 
ce 



tï 



'•f 



lyS Jldémolres pour fsyvlr 
l6j t, 3, de Beaufort , du Prince d'Harcourt 
^, du Chevalier de Guife^du Duc de lli 
35 lebonne , des Ducs d'Ufez^ de Roa 
53 nez d'Epernon , de Candalle , è. 
„ d'Ai"nville , des Mare'chaux de Frar 
yyCCy des Officiers de la Couronne 
5 Se des autres Grands du Royaum 
3, lors en Cour. 

5, ufïï-tôt y Sa Majcfté envoya 1 
3, Duc de Joîcufe (on Grand Chambe 
3j lan & le Marquis de Souvré Genti 
,3 homme de fa Chambre , la rec( 
9, voir à la Porte , 3c ledit Maîti 
35 des cëre'monies conduifant tout 
55 fa Compagnie à la ruelle du lit d 
35 Roi , Sa Majefté s'avança à Tentré 
55 de la Baluftrade , ÔC reçut la Rei 
3, ne qui le falua , puis l'ayant tendre 
53 ment embralîé lui fit un bref di 
55 coui'S , à la fia duquel Monfieur li 
35 donna pareillement un falut tr 
5, refpediueux comme par hommage 
55 ainiî que firent après ce Prince , Se 
55 Altede Royale ôc tous les Princes 
55 Ducs , & Officiers de la Couronr 
5, ôc Grands du Royaume. Enfuii 
55 de quoi le Roi commanda au Maît: 
55 des cérémonies de faire mont 
5, chacun à cheval , ôc à fou ordre j ( 



à VHljiolre et Anne ^Autriche, 279 
u'il exécuta , faifant partir du " i ^/ 1; 
alaîs ces Seigneurs & Grands du ^' 
;,oyaumc , qui étoient dans îcs^*=^ 
Jours & Jardins de ce même Palais " 
lans l^état fuivant , en prefence de ^^ 
i Reine , de Monfieur , de Son " 
dtefTe Royale , qui étoit fur un^^ 
es Balcons de la première Cour ^^ 
a deflTous de la Montre , chacun de ^* 
es Seigneurs les faluant en fc met- "• 
mt dans Ton rang. ^ 

Deux Trompettes marchoîent ^^ 
evant , fuivis du Sieur de Ter- ^^ 
an , Confeiller & Maitre d'Hô- '^ 
si ordinaire du Roi , èc Capitaine '^ 
;énéral des Guides de Sa Majefté , 
ie fes Camps & Armées , marchant ^^ 
ivec le Sieur de la Chapelle Ton *^ 
Confrère fort bien vêtus & mon- *^ 
•es a la têce de cinquante Guidas 
rouverts de leurs cafaques des li- 
vrées de Sa Majefté j conduifantla ^^ 
fête où étoit toute la NoblefTe fui-'^ 
vant la Cour, avec celle des Princes j ^^ 
Ducs , Pairs , & Grands du Roy an- '^ 

e , fans préféance ^ deux à deux , 

;<ps- ta?és - leftemenc cquippés & 

mes , & faifant fept à huit cent 

Ljemils hommes ai trois Troupes^ 



ce 



ce 
ce 



ce 

ce 

ce. 
ce 



1 8 o Mémoires four fervir 

ïSci '* ^^^ ^^^ P^^ ^^ ^^ §^^^ ^^ Noble 
"^ * ,, fe marchoient en trés-bel ordre . 

„ Compagnie des Chevaux-Légers c 

„ la Reine , compofée de plus de cci 

55 Maîtres , conduite par le Chevali( 

" de Sr. Maîgrin Lieutenant d'îcclle 

,5 vêtu d'un habit couvertde Broder; 

„ d'or de d'argent, Se monté ft 

yy un Cheval blanc trés-bean , capan 

„ çonné , dont les crins érolent garn 



„ pareille à celle de Ton Habit ; aiar 
„ devant lui quatre Trompettes habil 
,5 lés de Velours noir chamaré d 
„ palTemenr d'argent , Se leurs Cafa 
„ ques croîiiées de Toile femblable 
^, ment d'argent. 

„ Après venoit la Compagnie de 
3, Chevaux-Légers du Roi de deu: 
y y cens Maîtres, en Habits de paffe 
,5 mens d'or Se d'argent Se monte's fui 
yy de grands Chevaux fort beaux,étan: 
j, précédés de quatre Trompettes vêtuî 
yy de Velours bleu chamarré d'or & 
5, d^argent , commandée par le Comte 
y, d'Olonne, Cornette d'îcelle CoR» 
^ Pagnie , couvert d'un vêtement d( 
p, Broderie d'or Se d'argent , avec un 



à rHlflolre d'Anne d'Autriche, x S i 
rîer garni de belles Perles, 3c des '^ 1 6^ r» 
lûmes blanche , feuille morte, dC^^ 
louleur de feu, avec un Cordon ^^ 
'or, fur un Clicval blanc très bien ^^ 
jufté , dont la HoiiiTe d'ecarlatte '^ 
:oit garnie de même c[ue fon Ha- *^ 



il.'' 



Enfuite alloit la Compag;nie du^^ 

irand Prévôt à pied, 6^ lui avec un '^. 

ïa,bît fore fuperbe, (eul fur un beau ^^ 

!heval paré d'une HoulTc de Brode- " 

e d'or. Cette Compagnie étoic^^ 

)inte immédia temcnc par celle des "^ 

snr Suides ve'tus de neuf avec les ^^ 

oques de Velours noir 3 le Cor-'^ 

on d^or, &C des Plumes de Livrée '^ 

u Roi, allant à pied, avec TEnfeigne ^^ 

ortanc le Drapeau 3c fon Survivant^^ 

côté de lui , conduits par le Sieur '^ 

fceSte. MarieLieutenant François des *^ 

ieux ornez d\m Habit tout chargé *^^ 

Broderie d'or, en HouITe de pa- ^^ 

ille étoffe fur un beau Cheval bai- '^ 

un, & par le Sieur Diefpach , au- ^^ 

le Lieutenant de la même Compa- 

iiie , des plus illuftres Maifons de 

Suiffe , de àçs plus attachés de - ^^ 
is longues années au Service de ^^ 
n^ Rois ;j, vêtu, à Tanciennc Suifïé «^ 



ce 

ce. 



2 g2 Mémoires pourfèrvîr 

I é^j I, ,5 d'un Habit de Satin couleur de feu 
,5 avec le Manteau couvert d^me la 
,, ge Dentelle d'or & d'argent , doub 
,5 d'une Brocatelle de même que 
„ Pourpoint , & le Haut-de-Chauf 
j, de'coupé par bandes aufîi de Satir 
3, couvert d'or de d'argent , defque 
j, les boufFoit un autre Brocatelle. 
j, étoît en foullers , ôc bas de Soie , c 
" ^y femblable couleur de feu , avec 1 
3, Jarretières & les Rozes d'or & d'à 
5> gent , 6c une Chaîne d or au o 
3, faifant plusieurs tours , d'où pei 
55 doit auia une grande Médaille d'oi 
3, la Toque de Velours noir en têi 
3, garnie d'une Aigrette de Héron ( 
3, de quantité de belles Plumer agr; 
3, phées d^une Attache de Diamar 
9, avec un Cordon de même , étai 
monté avantageufement fur un Bai 
be , qui auflî avoir un Panache d'Ai 
j;, grette des plus beaux , les crins oi 
,, nés & tous garnis de diverfes grau 
5, des houpes , Ôc galons d'or ôc d'âi 
3, gent , la HoufTe de Velours de cou 
a, leur de feu couverte d'une hauD 
o Dentelle ôc Broderie d'or ik d'an 
35 gent 5 & l'or moulu appliqué Se bru 
3^ ni avec autant d'art fur le Mors , i< 

a, boa 



Xi 



à l'Hlflolre d'Anne d'Autriche . 2^5 
oucles Se les etriers , qui fem- '^ 16^ f» 
loient d'or maffif. Autour de ce ** 
ieutcnanc étoienc douze petits Suif- '* 
s portans leurs Hallebardes de fort '* 
onne grâce, auiîi avec les Toques** 
e Velours , ondoîées de Plumes , ** 
: au refte très bien ajuftez, de for-** 
; qu il n'eft point de mémoire " 
a'aucun autre de cette Nation ait 'î 
iru plus leftement , 6c eu plus ^* 
applaudiffemens 5*:: d'approbateurs *• 
i Peuple ôc de toute la Gour. '*^ 
L'aide des Cérémonies fuivant ** 
Ghcval , puis les Seigneurs de la ^* 
|)our 3 Gouverneurs des Places , '* 
Licutenans Généraux des Provinces* ** 
pus très magnifiquement vetus&fu-'* 
lerbemcnt montej en Houffes de * 
irodcrîe d'or fur diverfes couleurs/^ 

Entre autres le Comte de Clere *^ 

fils du Marquis de Fontaine- Martel, '* 

retu d'un Pourpoint de Toille d'or '* 

inrichi de Clinquant & Dentelle de^^ 

lême , le haut de chauffe de Ca- " 

iclot de Hollande rouge cramoîii,pa-^* 

îUcment étoffé avec unç fort belle ** 

;arniture que le plus groffier vul- " 

;aîre appelle une petite-oie, les Plu- '* 

tes blanches & rouges^ôc fon Bau- " 

drier 



2 §4 Mémoires pâur fervlr 
T^J i.j><ii'ier en Broderie d'or, monté { 
33 un cheval gris - pomelé donc 1 
5, Crins écoient fi bien frifes & li 
„ de Rubans jiirques au bout de 
35 queue pendante à tcrrCj que l'on ( 
35 (bit par galanterie que ce ne po 
33 voit être que l'ouvrage d'un Coifife 
3 5 de Dames ; fa Houlfe étoit auiîi 
35 Toille d'or de même Chamari 
3 3 que THabitj 6c le mords5 les étrie 
33 & les bouches, des mieux dor 
35 Avec le Comte alloîc le Marq 
33 d'Arci Ton Frere3 yetu de même : 
3, un Cheval baî-clair dont la garni 
33 re étoit argentée, & la HoufTc 
. 33 Velours cramoifi clinquante d'or 
j3 d'argent. 

33 Le Chevalier Paul 3 fameux 
55 nos Combats de Mer , bien qi 
3, n'eut jamais monté à Cheval, pc 
33 faire voir fon zèle au Service du R 
3, voulut paroitre en cette Cérémorl 
33 étant vêtu en Broderie d'or & d'; 
5 3genc&dc Pierreries, avec fa Cn 
3, de Chevalier cftimée dix mille éc\ 
35 & un Bodrîer couvert de Figures 
33 relief en Brodrie d'or 6c d'argent 
33 prix de huit cent lîvresjmonté fur 
ô Cheval bai-clair difficile à gouv- 

IJ 



et 

ce 



1 



i VHlflolre d'Anne â*Apitrlche. 2 S j- 
:ï y donc la Hoiilïe ccoic de Ve- « léjî 
urs ièmé de Perles } aiant enfuice 
i la Cavalcade fplendidemenr traî- 
à dîner pluiîeurs Seigneurs de la «< 
oiir 3 où l'alTûrance avec laquelle u 
Chevalier avoit en la préfence du « 
oi manié ion Cheval ^ n'en aiant a 
mais monté, fie diminuer celle du « 
oi Abatalippa, que les Efpagnols « 
altent tant pour ne s'en être point f< 
ià la première rencontre d'un Che-f» 
.1 dans la Bataille qu'ils lui donné- « 
nt au nouveau Monde , n'en aiant « 
iffi jamais vu. « 

Deux autres Trompettes étoîent à « 
tête des Gouverneurs de Provinces, m 
i Sieur du Pleffis - Belliere , des n 
aevalicrs de l'Ordre, de la Garde- <c 
be 5 premiers Gentilshommes de f« 
Chambre , & grands Officiers de 
Maifon du Roi , tous aufïî en ri- c« 
le équipage & fur des Chevaux des a 
us beaux , harnachés avec des c« 
oufles en Broderie d'or. « 
Six Trompettes du Roi habillés « 
î Velours bleu fuivoient préccdans « 
c Héraults à Cheval, revêtus de « 
rs Cottes d'Armes de Velours cra- « 
d(î femé de Fleurs de Lis d'or , « 

leurs 



5> 



93 



i26 Mémoires fd'tr fervlr 
ï^/i .,j leurs Caducées en main, & les Ta 
_jj qucs de Velours en tête. 

35 Derrière eux paroîffoit leSîeurd- 
^jSaintot Maître des Cérémonies allan 
35 & venant pour mettre chacun ci 
5'5 ran^3 puis le Marquis de la MeHle 
35 raye Grand Maître de l'Artillerie 
35 comme OfKcicr de la Couronne 
55 les Maréchaux de France , d'Etrée 
3, de la Mothe Houdancourt^ de l^Ho 
35pîcal5 du PleiSs-Pralin 3 d'Eftampc 
„ & d'Hoquincourt , marchant deu 
à deux tous richement vêtus t 
montez fur de grands Chevaux dor 
35 les Houfles €toient chargés d'or t 
3, d'argent. 

35 A leur dos marchoît feul le Con: 
3, te d'Harcourt Grand Ecuyer d 
33 France , portant en écharpe TEpc 
33 du Roi attachée à fon Baudrier 3 i 
jjdans fon Foureau de Velouts bienfi 
53 mé de Fleurs de Lis d'or5 qu'il rc 
35levoic fur fon bras. Il étoit vet 
3, d'un Pourpoint de toille d'or l 
35 d'argent & d'un Haut de chaulîj 
55 plein de Broderie fcmblable5 morj 
33 té fur un Cheval de Bataille gr, 
5. pomclé en HoufTe de Velours cra 
j^moifi, garnie de parfemens d'or 



iitHiflolre ^ Anne (^Autriche. 2S7 
^ point d'Efpagne & chiffres de me- i(?ji, 
^ me, ayant au lieu de^ennes deux 
,Echarpes de Taffetas noir^ 

55 Les Pages & Valets de Pied en 
.srand nombre vctus de neuf . arec 
, forces Plumes blanches, bleues ; & 
, rouge, d>c la tête nue, fuivoîent ce 
„ Comte devant les Gardes du Corps 
, à pied, comme aufli le Porte-Man- 
,, teau 5 & les Huiflîers & Mafïicrs. 

3, Alors paroiflbit le Roi ^ que fou 
, augufte contenance & fa douce gra- 
, vite véritablement Roiale, avec fa ci- 
, vilité naturelle, faifoient remarquer 
L à tous pour les Délices du Genre Hu- 
L main, & redoubler aux grands ô< 
Laux petits les vœux qu'ils font or- 
dinairement pour fa faute &: profpé- 
i> rite. 

35 5. Majeilé, vêtue d'un habit tel- 
, lemenc couvert de Broderie , d'or 
qu'on n'en pouvait difcerner l'étoffe 
,, ni la couleur, paroiffoic de fi haute 
„ ftature , qu'on avoir peine à croire 
„ qu'elle n'eue pas encore paffé fa 
„ quatorzième année , ce qui, joint à 
,a l'impatience de pluiieurs , fit que 
, voiant un des jeunes Seigneurs qui 
„ marchoit devant elle, ils s'emporté- 

„, renc 



1) 



2 8 s Mémoires pour fervlr 
t^/i, ^ rcnt aux cris Vive le Roi ^ avai 
>^ qu'il y eut paru. Mais , ils furent d^ 
r« trompez auflirôt qu'ils eurent appei 
" çu fa grâce & fon adrefle à manier fc 
*' Barbe de poil ifabelle, couvert d'i 
•' ne Houffc route parfemée de Cro 
*' du St. Efprit & de Fleurs de Lis( 
•' Broderie d'or , lequel par fa gaiet 
"qui le Htfoulever &c aller plu (îei 
'' fois à courbettes , vérifie le dire * 
" Plutarque^ que les Chevaux ne fl^ 

rcnt point les Rois j ce qui a don 

fujcc au notre de fe rendre un d 
" meilleurs Ecuiers de fon Roiaun: 

" Auprès du Roi de l'Eperon en 
" vaut marchoicnt à pied fes Ecuie 
" favoîr les Sieurs de Vanteletj de R 
" que, de Bournonville , & du Da 
" fin j Ecuiers de la grande Ecurie . 
•' fa main gauche : ôc les Sieurs T 
jjnillyj de Varmante ; de Ste, Croî:j 
33 ô.rde la Chenaye, Ecuiers delà fl 
93 tite Ecurie à fa droite ; auffi à pîcj 
3, vêtus d'habits couverts d'or & d'î 
>/genr. 

3, Les Exempts àt^ Gardes & . 
55 Gardes Ecoffois étoient autour 
5, proche de S. Majefté , faifant dej 
j> files j aiant à leur têce le Sieur II 



^9 



[- 



% l'Hifloire à' Anne à' Autriche. 289 
on Licutenanc defdits Gardes pa- 
nlleirient a pied, fuivi d'Exempts 5 

le Sieur de Canavallec, Lieiite- 
ant, près du Roi encore à pied." 
A c-oré de la droite de fadite Ma- 
|fl:é, étoit le Duc de Joieufe^ Grand 
hambellan; &, derrière elle, lé Mâ- 
chai de Villeroi Ton Gouverneur^ 
s Marquis de Gevres Si de Ville- 
uer Capitaines de fes Gardes, & le 
sur de Beringhen , " Ton premier 
nier, leftement vêtus & montez. 

Les Princes fuivoient en grand 
jinbre, & les Ducs & Pairs auflî, 
;is rang Se enconfufion, fermoîent 
1 marche de cette Cavalcadej enfui- 
i de laquelle alloient les SuifTes de 

Garde de la Reine, fes Pages & 

ilets de pied, quelques Gardes, le 

ic d'Ufez fon Chevalier d'Hon- 
î ar, 6^ le Comte d'Orval fon pre- 
i er Ecuîer, à cheval. " 

Le CarofTe du Corps de la Rei- 
r venoît après, dans lequel étoient 
î^)n{îeur Frère unique du Roî , S- 

JR, les Princes de Carignan 6<: la 
nceffe Louifc , la DuchelTe d'Ai- 
gillon, la Marquife de Senecei Da- 
n d'Honneur de la Reine , & la 
^irquife de Souvré. '' Les 



\ 



i^A 



1^9 Mémoires four fervîr 
l^ji, 5, Les Excmps & les Gardes mai 
,j choient autour , le Sieur de Ce 
^, minges , Capitaine de {qs Garde 
„ derrière, le Lieutenant plus bas, pu 
„ TEnfcigne , l'Ecuicr ordinaire, celi 
a, de quartier, le Sous-Gouverneur c 
Moniîeur, la Compagnie des Gen 
d'Armes du Roi , de plus de ce 
5, cinquante Maîtres avantageufemc 
montez , le Comte de MioflTans 
leur ûiQ ÔC des mieux équipe2 
,, quatre Trompettes au devant. C< 
le de la Reine faifant plus de j 
,, vingt Maîtres avantageufemc 
montez ôc conduits par le Cou 
5, de Mouchard leur Lieutenant, 
3, Trompettes devant , les Caro( 
j,5 des Filles d^Honneur, ceux < 
^jPrincelTes de la Cour de fuite 
5, Leurs Majeftez. 

,, Toute cette pompeufe Cavales 
^, marcha le long des Rdes de Sa| 
5, Honoré , de la Ferronnerie, de 
Denis, devant le Chatelet par 
Rue du Crucifix , S. Jaques , 
Pont Notre-Dame, le Marché Ncl 
de entra par la Rue & Porte î 
a, Anne en la Cour du Palais. T, 
a> ces chemins fourmilloîent de m^ 



>9 
93 



f9 
«5 



>3 



55 



53 



\ i l' Hîfl'olre d' Anne â* Antrlche , 2^1 

|: , étant bordés d'Amphitheacres ^' i^fr* 

fqii'au fécond ctagC;, où une oar- *- 

i du plus beau monde de la Ville '^ 

oit placée. '^ 

Le refte des Spccftatenrs c'roîent^' 

IX fenêtres qui avoient érc accrues ^^ 

X louvcrture des murailles de ton- ^^ 
s les Chambres où la même ar- *^ 
ur avoit ramaifé tous ceux qui fc ^^ 
Duvoient lors en cette Ville , dont '^ 

. ; toits même étoient couverts '^ 
» d'où , comme de tous les autres ^*^ 
I droits 5 les cris de l^ive le Roy y^^ 
,i n'étoient interrompus que par '^ 
. larmes de joye , s'elevanc jufqu'au ** 
cl, épanouflfoient les Cœurs de ** 
te l'aiïiftancc , & conduifoicn •« 
M. jufqu'au pied de rdcalierde 
faînte Chapelle, où les principaux 
cicrs fe trouvèrent plantés fur 
1 premier Pallier, dépuis lequel le '^ 
îgîmenc des Gardes faifoit une '^ 
ublc baye. Sa Majefté étant defcen- ^* 
ë , ils raccompagnèrent jufque fur ^^ 
fccond Pallier : puis elle fut re- ^^ 
jc en la même Chapelle par l'Eve- *^ 
[c de Bayeux , Treforier d'icelle , ^^ 
etu d'Habîrs Pontihcaux , 5c ac- '^ 
pagné de fou Clergé y laquelle '*= 
Tomf IK N ,> aiant 



1 



ce 
ce 
ce 



Si 



291 Mémoires four fervtr 

1 u j 1 . 3, ayant doctement harangué,îl lace > 

„ duîdt au Chœur où elle cnrendit u : 

5> Mcfle baÛTe , célébrée par un Chaj . 

laîn de la Chapelle du Roi , dun : 

laquelle ce Prélar , comme Trefor : 

de cette Sainte Chapelle , demei i 

le plus prés de 5. M. encre les - 

vêques & les Aumôniers. 

55 La MefTe dite , quatre Prédd s 

55 & fix Confe illers de la Cour et t 

3j venus au-devant du Roi pour le - 

,5 cevoir comme fit le Sieur de R « 

des 5 après avoir donné les Seai ;s 

dans le Parlement , & laiflTé er a 

place le Sieur de Saintot , qui 1'; ^i 

relever /S. M. partît de cet Eg e 

& marcha avec Tordre accoûti 

devancée des cent SuîfTes, Tamt ir 

battant, des Tambours & Trom t- 

tes de fa Chambre , de fix Her; t$ 

d'Armes , de deux Huîfficrs-^ T- 

fiers , environnée de tous ceux 

Tavoient accompagnée j &laRp- 

proche de fa Perfonne fuîvie dSi 



55 

3J 

33 
33 

33 



I 



33 
33 

33 
33 
35 

,, A, R. Ledit Sieur de Rhodes ik 
9» retourne au Parlement , où le 
3, arrivant dans la Grand' Chamb» 

»> 

33 ^ 

9> 



monta en Ton Lit de Juflice.il 
Reine fe mit fur la gauche enn- 



JitHlfiolre ^Anne d'Autriche, 2^5 

ant i qui étok la main droite du ^'K^ « f , 

.oî , & cufuite eroîenc aflïs Mon- '« 

eur , S. A, R. , le Prince de Con- '"^ 

, les Dacs de Mercœur , d'Ufèz , '^ 

L Beauforc , de BrifTac ^ de Candal- '*" 

, de la Rochefoucault , les Mare- 

laux de France ci-devant nom- '^ 

ésySc le Grand Maître de rArtîlle- ^"^ 

". Sur le coin du tetour du banc '^ 

i 'autre bout du côté droit en en- "^^ 

tint , qui étoic la main gauche de ^^ 

M. étoient alïïs l'Archevêque de ^^ 

leims Duc ôc Pair , les Evéqucs '^ 

Beauvais, de Chalons,& de No- ^^ 

tî Comtes & Pairs , le Grand ^^ 

ambellan au pied du Roi fur la ^^ 

mierc Marche , & à la féconde ^^ 

peu en retour le Comte d'Har- '<^ 

irt. Aux pieds de la Reine à ^^ 

tre côté » fur la même Marche *^ 

îent a (lis le Comte de Trêmes , *^ 

jMarquis de Gcvres , le Comte de 

rôt, le Sieur Chapes , & Ville- 

r , Capitaines des Gardes. 

-e Chancelier de France , qui '^ 

t arrivé une heure avant le Roi '^ 
cédé des Hui (fiers ôc Maflicrs du '* 
nfeil , avoir été reçu par deux '^ 

fcillcrs qui lui furent envoyés '^ 

N 1, ex- '! 



9> 

i ç 




1^4 Mémoires pour fervlr 
î 6 Çi . '' cxp^'^s dans le Parquet & avoir j: s 
j, fa place au dcflus de tous les Pn. 
,5 dcns jufqu'à l'arrivée du Roi^fe pL' i 
,, lors en une chaife au-delTous de S. „ 
5 5 dans Tangle , à Tordinaire iSc IcP - 
,j vôt de Paris fur la première iti ^ 
,,che. 

5, aorés que chacun des fufdlts t 
j^aînii pris fa fëance au-dcdans di t 
5j Parquet , comme auffi les Prince s 
, de Carignan & Guife, avec la h,'. - 
s, quife de Séiiécey , la DuchclTe d' - 
j guillon 5 la Marquife de Souvré 
,, les Filles delà Reine fur un ba , 
5, [çs Gentilshommes de la Chamt , 
3, les Maîtres de Garderobe , le gr â 
3, Maréchal des Logis , le grand ] 
'j vôt 5 l?s Chevaliers & les Licutei 
5,.Généraux des Provinces fur \ 
3, autres. Les Confeillers d'Etat , 
5", Maures des Requêtes venus avcfft 
33 Chancelier fur deux , les Secr ' 
5, rcs d'"Etat fur un , le Grand Mi rc 
3, d^s cérémonies fur un CKgc M. 
3 3 Maître d'icelles à l'entiée du Parq ^ 
y a,&le Baiilif du Palais entre lei 

'55 cretaircs d'Etat , avec le Grcffie] 
,, Parlement. Mademoifelledansl 
•»* dçs deux Lanternes, ou étoienla 



I 



d l'HlfioiYe d'Ame â' Autriche, loy 
lieine d'AngletciTC , les DuchclTes*' ï^J^* 
: autres perfomies de remarque : en 
,utre , les Ambaffadeurs , ôcfur nii "^ 
ne au dehors du Barreau les Ré- '* 
dens. Le filence fut fait , ÔC le Roi " 
irla en cette forte : 



Messieurs, 



ce 



Je fuis Vf nu en mon Parlement , * 
\mr vous dire , que futvant la Loy " 

? mon Etat , f en veux prendre mol-'' 
uême le Gouvernement j & j'efperc ^' 
I? la bonté de Dteu , que ce fera ^' 

fec p'tété & jufike. Mon Chance- " 
\er vous dira plus particulièrement 

les intentions, << 

Suivant lequel Commandement de '^ 
|a Majerté , le Chancelier , qui ^* 
tavoit reçu de bout , s'étant remis ' 
Infon lîége 5 fie une Harangue en*' 

iquelle il s'étendit à fon ordinai *' 
le fort éloquemment fur ce qu'a- '^ 
Joit dit le Roy , y ajoutant des '' 
Réflexions trés-judicieufes fur le naf- " 
lé & fur le prefent. Après quoi , la '"•' 
Keinc s'inclinant un peu de fon fie- '* 

;e fit ce Difcours au Roi. 



N 3 



M0*N- 



i^;i, 



if}6 Afe moires pour fêrvtr 

, ^M O N s I E U R , , 

5., Piolet U neuvième Ann^^ que f 
53 la volonté dernière du dejfum Rol^n : 
^3 très honoré Seigneur y ]' al pris le j. 
a de votre Education & du Gonven > 
i^mera de votre Eat. Dieu ayant y 
sifii Bonté donné hénédlUlon à n ^ 
yi travail , & conservé votre Perfon . 
3j qui rnefi fi chère & pretieufe C ! 
i9. tous vos Sujets, Apréfent que la . ! 
:>y du RoîauTKe vous appelle au Gouv • 
53 nement de cette Monarchie y je v f 
a remets avec grande Satisfaction ' 
iiPuljfance qui m' avolt été donnée pi 
Si la gouverner \ & j'efpere que h 
^y VOUS fera la grâce de vous ajjlfier ' 
yyfon Ejprlt de Force & de Prudem » 
^ pour rendre votre Règne heureux, 

3, Sa Majeflé lui répondît , M^t • 
3> w^j je vous remercie du foin qt 
^y VOUS à plu prendre de mon Edut 
oytîon i & de l' Adminlft ration 
y y mon Roîaume, Je vous prie de C\ 
•yytinuer a rne donner vos bons Avis\ 
syje defire qu après moi vous foyez. 
à3 Chef de mm Confeil. La Reine 
^ leva ciifuîte de fa place , & s'api 

c 



99 



kl' Hiftolre d'Ame ^Autriche. 297 

la du Roi pour le faluer; mais** t^ji.. 

i Majcfté defcendant de (on Lit" 

! Juilicc, vînt à elle 6c l'embraf- " 

11c la baifa, puis chacun d'eux s'en <^^* 

tourna dans fa Séance. ^' 

I Monfieur j Frerc unique de Sa '* 

ajefté, fut enfuîte fléchir un des" 

noux en terre à Tes pieds , & bai- ** 

la Main de Sa Majefté lui pro- " 

lia de fa Fidélité. Soii Altefle " 

. :)iale en fît autant , comme aufïï *' 

Prince de Conti 5 mais avec une ^' 

j .13 profonde humilité v & tous les '* 

.'très Princes, le Chancelier, les ^"^ 

lies & Pairs, les Eccle/îaftique^, «^ 

li Maréchaux de France , les 0^~ '^ 

jiiers de la Couronne , & tous '^^ 

IX qui étoient en Séance fc levé- ** 

it, & rendirent en même tems de " 

lit place Hommage au Roi. " 

Alors 5 le Premier Prcfident, de " 

■lut ôc tête nue , de même que '^ 

Us les autres Préfidens au Mor-'* 

tr, prit la parole; ÔC , après une '^ 

pfonde révérence tous aîant le *^ 

înouil fur le banc , il fît un très ^^ 

^ave Difcours fur la fage Conduî- *^ 

tde la Reine pendant fa Régence , ^• 

f: fcs Roiales Vertus , dont elle ** 

N 4 "avoit 



1 c) 8 Aiemoh es pour fervlr 
i 6/1., avoir compofé un augufte Mod c 
,3 à Sa Majeftc, enfin fur toute la b f^ 
3, ne Education qu'elle lui avoir d t- 
i, née. 

^jjPuis le Chancelier dît qu'on i- 
,5 vrîc les Portes , & qu'on fit en ^r 
5, le Peuple ; Se le Sieur Gu , 
3, Greffier de ce Parlement, fit le£ :e 
5, des Edirs aportez par le Roi ( i- 
, tre les Blafphemes éc les Duels ?c 
^, de la Déclaration d'Innocence u 
,, Prince de Condé \ celle-ci port t, 
,5 fuivant les Concluiious des ( is 
5, du Roi , que tous les Avis ni 
3 avoienr été donnez que ce Pr :e 
j, tramoit contre le Service du oî 
,, des intelligences tant dedans que z- 
^, hors du Roiaume avec (es Enne s, 
n'éroient pas crues par Sa Maje , 
laquelle au contraire les cond n- 
_ noit comme faux & artificieufer ni 
5, ruppofez. Veut ôc lui plait 
5, tous les Ecrits qui ont été doi eî 
5, fur ce fujer à la Cour de Parler i: 
5,deParisj & qui ont été envoi< i 
3, fes autres Cours &: à fa bonne ^ *- 
,5 de Paris, demeurent fupprimcz cS 
, entant que befoin feroit les à cip^ 
4,0c revoquéj 6c annuliez , co\^ 



55 

3J 



/; 



À l'Hlflolre à* Anne d* Autriche, 295? 

aux de fuppofez , fans qu'à ravenir '' ^^j ' • 

,ii en puiiïc être rîen imputé à Ton *' 

lit ou (111 le Prince de Conié. '^ 

ur le fujec defquels Edits Sc Dé- *^ 

laratîons le Sieur Talon Avocat ^' 

:;énéral , après un fa vaut Dlfcours " 

our le Procureur Général, conclut '' 

leur enre^itrement conformrment ** 

.IX Ordonnances, ce qui fur fait. '' 

Le Chancelier, aîant pris les '^ 

•VIS de Leurs Majeftez , des Princes, '^^ 

|:*de toute la Compagnie , pronon- *^ 

fuivant les mêmes onclufioas '* 

|:s mêmes Gens dq Roi , que fur 

: repli des Lettres en forme d'Edlt, ' 

toit mis tej", publiées, & enre-'^ 

\firees : Sc lors chacun fe levant, '*" 

Grand Maitre des Cérémonies'^ 

marcher tout au même Ordre '^ 

le le Roi étoit venu jufqu au bus "^ 

rEicalier de la Ste. Chapelle ;'' 

Ixepté que Sa Majellé monta en '^ 

irolle,^^ le Maître des * érémo^ ,., 

lies aiant fait mettre tout le Monde '* 

ordre 5 Leurs iVajeftez, la No-'' 

lefTe , les Seigneurs Se Grands du ' 

loîaume , palTérent, pour retour- ''^ 

ir au Palais du Cardinal , par '^ 

*ffus le Pont-neuf, & par la Croix''' 

N J dii; 



ce 

a 



Si 



y> 



3 @o Mémoires fmr Jervlr 

16^ î, s du Tiroir , donc le Sieur Françoî 
,, Intendaiii: général des Fontaines 
Aqueducs de France , pour fa 
voir fon allegrefle particulière : 
yy cette journée , & contribuer mêi i 
,, à la publique, avoic arrêté le Coi ! 
de {es Eaux, pour laîfTer la libe ;• 
à celui du Vin , qui en coula ' • 
5^ puis neuf heures du matin jufq ; 
3, à fix heures du Toir. 

3, Leurs Majeftez arrivant au ] - 

„ lais Cardinal parmi les Acclar • 

y y dons redoublées de Fhe le H , 

par lefquelles le Peuple continu t 

d'exprimer le Plaifir qu'il reffen 

„ d'avoir un prince iî accompli,: 

„ donc il concevoic de Ci hautes - 

35 pérances. L'Artillerie du p c 

„ Fort , que le Roi a fait conftri c 

dans le Jardin de ce même Pah 

les falua, à laquelle il fut répai 

par les Canpns de la Baftille ôc 

„ la Vide. 

jjEc comme la joie qui procède 
,5 ces grands fujecs ne peuc fe reftî 
5, dre dans les lîmices des Allègre s 
^, ordinaires, cec agréable tintarnsc- 
^ redoubla fur le foir , êC concii » 
' prefquc toute la nuic^ avec les i> 



yy 

33 



33 
33 
33 



«J '^ 



\ 



éi /' HtfioWe â^Anne â* Autriche, 5 o r 
aes cirîs de Vive le Roi , accompa-'* i^^ci. 
nés de fréquentes fantez de Sa ^** 
/lajefté , 6i des feux qui furent ^^ 
Humez tant dans le Palais Cardinal^* 
ont on vous a parlé, que par tou- '^ 
îslcs Rues, en telle forte que la '^ 
larcé de ces feux , avec celles des '^ 
.anrernes aufli pofées fur toutes les *^ 
;nétres, fit recevoir le jour au mî- *^ 
eu des ténèbres. La terre même "^ 
joutant un nombre infini d'Etoil- ^^ 
;s artificielles à celles du Cicl,com-^* 
le pour lui contefter la gloire d'ë- *^ 
aîrcîr feul une fî heureufe nuit , '^ 
ont la joie s'étendoic par toutes Ics*^ 
Tilles de la France ^ qui fâchant le '^ 
ms de cette Solennité, donnoient ** 
utes les marques poffibles de leur** 
ntentemcnt au même tems que^'/ 
aris. 
Madame de Brienne, que la Reîne 
îmoit pour (on mérite & fa piété , 
ant un jour dans fa Chambre , me 
c, qu'une certaine Coureufe nom- 
ée , Dame Anne , qui dans Paris 
gnoit de l'Argent en chantant par 
s Rues des Chanfons infâmes cou- 
le Refped qui croit dû à cette 

N 6 Prin- 

V.} 

m 



3 91 Mémoires pour fervîr 
j^j-j^ Princeffe, croît alors en Prifon , 
dans un pitoiable état. Je le dis à 
Reine , à la prière de Madame < 
Briennc, qui ne voulût pas lui en pa 
1er, par quelque motif que je ne p 
favoir. Cette Princeffe ne me répo 
dit rien, ^k je ne lui en parlai pli 
Quelques jours après, la même M 
dame de Brienne me dit qu'elle ave 
cté voir cette Dame Anne , & qu'e' 
ne Tavoit plus trouvé dans fa Prifo 
qu'elle étoit alors dans une Chamb 
voifine, bien fervie , bien couche 
ôc bien nourie , & qu'on ne fav( 
pas d'où pouvoit procéder cette me 
veille. Nous fçûmes alors que la Ri 
ne feule avoît fait cctiQ belle A6tio 
&, quand nous lui en parlâmes, el 
ne voulût pas nous écouter, & TH 
toîre finit ainfi. 

La Reine vie la fin de fà Régen 
avec une véritable joie -, èc Ç\ elle étc 
mêlée de quelque chagrin , c'étoit 
ne pas remettre entre les mains <| 
Roi fon Fils, l'Autorité Souverain 
aufïï abfollie qu'elle l'auroit fouhaiil 
Elle avoit tant de tendreffe pour lu 
qu'elle auroit été capable d'en dij 
comme cette ambitîeufe Romaine t 



a l'Hlflolre êi Anne à' Autriche , 305 
:elui dont elle confultoit la deftinée , i^fî> 
Oj\e je [meure, pourvi^ qu'il folt Empe- 
eur y Cl ce n'eft: qu'elle étolc trop 
)onne Chrétienne pour fouhaitcr la 
nort par un motif de vanité, Ôc pour 
lire autre chofe que ce que je lui ai 
intendu dire en plufieurs occafions ,. 
Qu'il foh le Maitre^ çfr qu€ je ne fois 
Ans rien. Mais , la jeunefïe de ce 
^rince, & l'état oùétoit alors la Fran- 
:e 5 rempêchoient ■ d'efpérer de le voir 
î:ôt tout- à-fait affermi fur fon Trô- 
le j & les nouveaux mouvemens 5. 
lont il étoit ébranlé , lui rendoient 
rncore fes confeils trop néce(faiies5pour 
ui permettre d^fatisfaîre Tenvie qu'el- 
.e avoit depuis longtems de fe retirer 
ians le Val de Grâce. 

La Majorité du Roi n'apporta 
donc pas à la Reine le repos auquel 
:lle s'attendoit ; mais elle lui donna 
'des forces , pour fe deffendre contre 
ceux qui lui préparoienc un:e féconde 
Guerre pins dangereufeque la prémie- 
jce, par la confîdération du Chef qui 
l'avoîc entreprife , & llntriguc qui 
ifortifioic depuis longtems fon Parti, 

Chateauneuf étant rétabli dans le- 
Minîilere, & le Marquis de la V ieu- 

N 7 - ville 



3 04 Âièmolrer pour fervlr 
«/->.• ville dans la Sur-Intendance des F 
nances, qu il avoir eue autrefois , 
Premier Préfidenc eut les Sceau 
Auflîcôc après ces grands Changemcn 
la Reine cnvoia le Maréchal d'Ai 
mont avec des Troupes , pour att; 
quer celles du Prince de Condé , qi 
fè retirèrent à Srcnai. & dans fts aucr* 
Places. Il étoit encore indécis fur « 
qu'il avoit à faire, aiant alïVz d'cnv 
de s'accommoder. Il alla à Ange 
ville , Maifoii du Préfident Pcrraut 
où il attendit un jour tout entier 1 
réponce du Duc d'Orléans fur un A( 
commodément que ce Prince avo 
propoff^ ; mais, celui qui le devoit a! 
1er trouver aiant par quelque accider 
n>aiiqué d'a:'-iver au jour qu'il avo; 
marqué, Monfîeur le Prince en part: 
le lendemain pour aller à Bourges 
qui s'étoit déclare pour lui. Croill 
l'y vint trouver, pour lui dire de I 
part de la Reine , & de Tavis de fo 
nouveau Miniftre Chateauneuf,. qi" 
si] vouloir fe tenir paifiblement dai 
Tune de Tes Places jufqu'à la convocj 
tion des Etats , on lui donneroit 
bons quartiers paur fes Troupes : 
lui gromicdc la part- du Duc d'OrJ 

icaa: 



i- rniftolre d'Ame â Autriche 5,0 ^f 
.•ans que s'il pouvoir il obtiendroic de 1 6^^„ 
i Reine de tenir lefdits Ecats à St.. 
)enis ou en lieu qui ne lui pût tre 
ifpeéb. Mr. le. Prince avoit encore 
lors afifez d'inclination à la Paix, & 
lême on a crû, qu'il y eut des mo- 
lensoùil n'auroit pas été implacable 
ar le retour du Cardinal, parcequ'ii 
aïdbît naturellement Chateauneuf,' 
'il avoit ôfe fe defunîr d'avec le Duc. 
.'Orléans, qui par fes fentimeus par- 
tculiers paroiiroit s'y oppofer, quoi; 
[ue foîblement & d'une manière plei- 
ne d'incertitude & de contrarïetéo. 
]havigni , & tous ceux qui appro- 
iioient de Mr. le Prince , étoienti 
lans le même efprit. Le Duc de Ne- 
nours n'étoit Ennemi du Cardinal, 
^ue par intervalles , & fe laifToit 
:onduire par fes fantaifies, plutôt que 
i3ar des defifeins bien formez. Le. 
bue de la Rochefoucalt, qui paroîf^ 
faicétrei & qui étoit en ef^t le pre- 
mier mobile de tous ces grands moa-~ 
^mens, à ce qu'il m'a dit lui même , 
avoit de l'adverfîon à la Guerre; maîs^ 
il la vouloir , parceque Madame de 
liQiigueville la fouhaittoit pailLoné- 
mcnt.. Mr*.. le Piinc© les aiant con^- 



^o6 Afemoîres pour fervlr 

tS^i, fultcz fur ces dernières Propofîtions 
ils concliirrent tous à la Guerre , di 
fane qu'à la tére d'une Armée , fo 
' que le Mînîftre voulût revenir ou nor 
il feroît forcé de eompccr coujoui 
avec lui, ôc que fans douce le Card; 
nai lui accorderolc les plus grande 
chofes qu'il voudroit lui demande; 
Ce Prince, malgré leurs confeils , n 
voulut point encor fe déterminer : 
voulût aller à Mont-rond, où étoit Ma 
dame de Longueville , pour prendr 
fa dernière réfolution avec elle. Ccfu 
là qu'il fut comme forcé de fe dccla 
rer contre le Roi. Et^pour dire comm 
les chofes fe pafTcrent, c? fut une Fem 
rae qui dans ce Confcil opina pour h 
Guerre , (k l'emporta contre le pIu: 
grand Capitaine que nous aïons eu d< 
nos jours.Il s'v refolut donc,^ leur dii 
à tous, que puifqu'ils la vouloient il la 
falloît faire; mais, qu'ils fe fouvinifeni 
qu'il tircroit l'épée malgré lui, & qu'il! 
feroit peut être le dernier à la remettre 
dans le fourreau : voulant leur faire em 
tcndre5qu'ils l'cngageoient en une mau* 
vaîfe AÂFaîre^dans laquelle ils ne le fui 
vroienc pas peut-être jufqu'au bout 
lePriace de Conti, Madame de Loi 

gU( 



irniftolre â' Anne d' Autriche. 307 
juevillc , les Ducs de Nemours &: de Kjj'T. 
a Rochefoucault , &c le Préfident 
» iole 5 le volant dans cet engagement 
nalgré lui , & craignant qu'il ne fe 
avisât, firent un Traire particulier par 
cquel ils fe promettoient les uns aux 
lutres de demeurer unis pour leurs în- 
éréts communs , afin de tenir ferme 
:ontre lui s'il étoit capable, en s'ac- 
:ommodanfj de manquer à leur faire 
)btenir les grâces qu'ils prétendoient 
le la Cour. Mr. le Prince, renvoiant 
Zroiflî , ne lai(Ta pas de garder une 
)orte de derrière pour rentrer en Né- 
gociation , afin de n'être pas fans en 
ivoir quelqu'une. Cependant , il dif- 
pofa toutes chofes a la Guerre. Il 
laifTa Madame la PrinceiTe, Ôc le Duc 
d'Anguîen fon Fils à Mont- rond : en- 
voia le Prince de Conti & iv adame 
de Longueville à Bourges ; &, partant 
de v'ont-rond le fcizieme de Septem- 
bre 5 avec les Ducs de Nemours 
ôc de la Rochefoucault pour aller en 
Guiennc , il paffa par Verteuil N' aî- 
fondu Duc de la Rochefoucault, qui 
Tannée précédente avoit été à moitié 
rafée, pour avoir été engagé dans Ton, 
Paiti, Il fut reçu dans Bourdeaux 

avec 



5o8 JJ/femotref pour fervîr 
f^ji.avec beaucoup de demonftratro 
d'aîlegrcfTe & daffedion. Il en chî 
fa le Premier Préfident> comrac Se 
^iteur du Roi & dépêcha en Efpag 
L'aine homme d'efprit , qui y fit \ 
Traité auiîi avantageux (ju'il le fa lie 
pour obliger Mr. le Prince à s'engag 
tout-à-faic à la Guerre , & pour I 
donner de grandes idées des bons fu 
ces qu'il s'en dcvoîc promettre, 
diftribua beaucoup de eommiiïior 
& il trouva a-flez de gens qui en pi 
rent; ce qui accrédita d'abord f( 
Parti 5 dans lequel il fit ce qu'il p 
pour faire entrer Mr. de Turennc 
& débaucher fon Armée y mais, 
n'y réiiffit pas. 

Comme tout le monde avoît înt 
rêt à la Paix , il n'y avoir perfoni 
qui par foi même, ou par {es Amîi 
ne travaillât cependant à la négocie 
Gourville, homme d'efprit & d'expc 
diens , qui de Confident du Duc d 
la Rochefoucault , l'étoit devenu d 
M. le Prince , étoit demeuré à Par 
pour découvrir tout ce qui s'y pal 
foit & lui en raporter des nouvelles 
ne defefpéroic pas que les chofes n 
puffenc encor s'accommoder. Il de 

voi 



kî^Hîfloîre d'Anne d'Autriche, 30^ 
)îc même aller à Poidliers, dcfcendre 16 ^% 
lez mon Frère , qui avoir fuîvi le 
oî, à caufe de fa Charge de Ledeur 
. la Chambre; afin quille fie par- 
.: à la Reine, fans qu'il fût aperçu 
I perfonnc. Mais la PrinceiTe Pa- 
tine en ces tems-là y voulut aller el- 
même, quoi qu'il fut encor trop 
c y pour rompre les iiaifons que tant 

^gens avoicnt prifes dans la chaleur 
leurs premiers mouvemens, & les 
ndes eipérances qu*ils avoientcon- 
< es. 

Le Coadjuteur, qui voîoît que tou- 
15 les Négociations qui fe faifoient à 
î Cour & à Paris auprès du Duc 
(Drleans par plufieurs perfonnes d>c 
(tre autres par Madame du Plcflîs- 
<jcnegaud , mon Amie , Sœur de la 
i aréchale d'Etampes , Dame d'Hon- 
lur de Madame la Duchcfife d'Or- 
hns , alloient toutes directement à 
«nvier Mr. le Prince de fe remettre 
Icn avec la Reine ; 6c craignant que 
da n'arrivât , il dépêcha Bartet au 
•ardinal Mazarîn, pour lui offrir de 
iire confentîr le Duc d'Orléans à fou 
J cour en France, en fe remettant bien 
î'ec lui , pourvu, qu'en récompenfe 
,1 de 



3 ' ® Mémoires pour fervlr 
1^51. tle ce fervice il lui fie donner la N< 
minarîon du Roi au Chapeau , po 
la première Promotion. Madame 1 
Chevreufe , & le Marquis de No 
moutîer j Amis du Coadjuteur, fe 
tifiérent ces offres , par les affaranc 
qu'ils donnèrent de fa fidélité & 
fa Réconnoiffancc. Bartec , gra 
débiteur de paroles fabuleufes , di^j 
Cardinal, que le Coadjuceur avoit 1 
me belle & geneureufe , &c qu'il fer< 
^fon Ami , fi bien qu'enfin ce Minif 
abfent , preifé de tant de cotez , fl; 
té de tant de belles apparences , lui 
donner par le Roy cette Nominaiî 
qu'il fouhaittoic avec tant d'ardciJ 
éc qu'il fit mettre entre les mains 
Duc d'Orléans , dans la crainte qi 
témoigna ^ qu'une recommandât! 
qui paroitroît venir du Cardinal M 
zarîn > qui n'étoit pas aimé du Paj 
ne gâtât fon affaire à Rome. 

Le Miniftre fut mal payé de 1 
bienfait : le Coadjutëur , au lieu 
reconnoitrc la fincerité de fon prcx 
dé par une conduite pareille , quad 
il eut ce qu'il demandoit , & qu'il 
Mr. le Prince s'en^a^er à la Guerr 
fe mocquadu Cardinal , & parut iï" 



il Hlftoire et Anne â* Autriche , 3 1 1 
nnemi avec la même hauteur qu'il i^jln 
voit eue par le parte. La Reine, pour 
miedier par Ton courage à toutes Tes 
ahifons, & i la Guerre qui fe fomen- 
)it dans laGuienne & dans le Berri, 
fiolut d'y aller, pour s'oppofer à leurs 
crnicieux defTeins. Le Roi 6^ elle 
artirent pour ce grand Volage le vingt 
Liatrieme de Septembre , luivis de 
lonficur Frère du Roi, de Tes Mini- 
:res. & de toute la Cour. 

Les Ennemis qui voulurent pro- 

ter de la Guerre Civile , prirent 

l'urnes, & Berc^ues, St. Vinox proche 

lîcDunquerque: ils prirenraufli Linck, 

pannuie , & Bourbourg. Le Roi & 

Reine étant à Fontainebleau furent 
lonfeillezparChâteauneuf d'aller droit 

Bourges , où lui même par Tes co- 
[efpondances avoit difpofé les habitans 
principaux à recevoît Leurs Majeflez, 

X Roi & la Reine fe réfolurent à cet- 
te Entreprife ; &, malgré la préfence 
lu Prince de Conti & de Madame de 

<ongucvillc, elle leur réiiiïit heureu- 
fcment. Le Garde des Sceaux s'en 
retoutna à Paris , pour foutenîr les 
Intérêts du Roi, fous l'Autorité du 

>uc d'OrleanSj avec la VieuvilleSur- 

Intendaiu 



5 1 1. Mémoires peur fervlr 
ï ^r I . Intendant , Ôc Guënégaud Sécréta' 
d'Etat. 

Le Roi , avant que de partir 
Fontainebleau, le deuxième Oétob; 
donna le Commandement de TArm 
de Guienne au Comte d'Harcour 
éc la Reine envoia Ondedei àBrei 
porter au Cardinal Mazarîn Tore 
de revenir à la Cour, Il étoit toujoi 
le Maitre, & Chateauneuf fc plaign» 
«qu'ion n'avoit pas afTez de confiar 
en lui. Il prit aufîîtôt des PaiTepo 
d'Efpagne ; & > étant venu à Dins 
où Navailles, Brogle , & plusieurs a 
très de fes Amis à qui il avoir f; 
donner des Gouvernemcns l'étoie 
venus trouver. Il réfolut de lever d 
Troupes pour le Service du Roi, 
de rentrer en France à la tête d'u: 
Armée, 

Madame de Chevrcufc, & le Coa 
juteur, qui ne penfoicnt qu'à fe de 
faire de M. le Prince, & du Carc 
nal Mazarin , travailloienr auprès c 
Duc d'Orléans à le faire cntr 
dans ces mêmes fentimens. Ch 
vigni s'y oppofbit tant qu'il lui étc 
poffible, tant pour les intérêts de N 
le Prince qui avoir plus de confiais 



à THlflolre ^ Anne iC Autriche. 315 
« lui qu'en pcrfonne, que pour fou i^j î^* 
itérée particulier , qui étoic d'entretc- 
3 L' une parfaite union entre ces deux 
îinces, & de pouffer le Cardinal, qui 
î voit chafle du Miniftere , quoi qu'il 
H fut, à ce qu'il prétcndoit , rede- 
'ble de fa Fortune, Taiantmis bien 
i près du feu Roi & du Cardinal de 
J cliel-ieu. 

Le Prince de Conti bc Madame de 
jmgueville , à la vue du Roi, prî- 
\ it la fuite, quittèrent Bourges , & 
i érent à Mont- rond, & de là à Bour- 
< aux. 

Marfin fe croyant oblige au Prince 
c Condé, & fâchant la réfolutîon de 
l Guerre, abandonna fa fortune pour 
iîvre la fîenne. S'il fut demeure en- 
cre quelques jours , il eut reçu des 
I tentes de Vice Roi de Catalogne , 
<!i lui furent envoyées de la Cour , 
\ \k Tobliger de demeurer dans le Ser- 
ve du Roi. Le Comte d'Ognon, 
<)uverncurde Brouagc, de la Ro-. 
<:clle, d'Oleron, & de Tlflede Ré, 
i la même chofe. L'Inquictude,qu*cuc 
1 Reine de voir tant de gens fe dé- 
cirer pour M. le Prince , l'obligea de 
envier M, le Duc d'Orléans , d'un 

cote 



5 T 4 Ademolrts pour fervlr 

l^ii.coré de faire quelques Propofitîo 

de Paix à M. le Prince j pendant q 

le Cardinal , qui avoic peur -que 

Guerre Civile avec l'étrangère n'acc 

blât le Roi, fit la même tentative par 

Duc de Bouillon , & M. de Turent 

Il envoiérent Gourvillc lui offrir to 

les avantages qu'il pouvoit fouhait 

M. le Prince leur répondit fiéreme 

que s'ils vouloient s'engager avec 1 

èc que M. de Turenne voulût co 

mander Ton Armée, il feroit alors 

qu'ils lui confeillcroient & refi 

d'aller à Richelieu pour s'aboucher 

vec eux, 

M. le Prince, trouvant dans t( 

fes defleins le Coadjuteur pour obfi 

de, fe réfblut de le faire enlever, 

de le mener à une de fes Places. Goi 

ville, à ce qu'il m'a dit depuis, 

chargea de cette Expédition. Ilyt 

vailla, & quoi qu^il ne manquât : 

d'efprit ni de hardiclTe, il n'y put rc 

{îr. Le hazard peut-être fut favoi 

ble au Coadjuteur, pour fe fauvcr 

pîcges qu'il lui tendit. Il eft à crc 

qu'il fe précautionnoîr non feulem» 

contre lui; mais encore contre tous» 

accidcns qu'un homme qui avoit t ' 

d'Ennej ^ 



: à rniflolre d'Anne d'Autriche 3 i j 
^Ennemis pouvoir railonnablcment léji. 
^aindrc. Le Baron de Batteville Fran- 
fmtois 5 Se par conféqucnt Sujet du 
. n d'Efpagne , fut envoyé avec rrei- 
\ Vaiireaux , de Targent & des 
'oupes , au fccours de M, le Prince, 
] Reine pour s'oppofcr aux coin* 
^Miccmens d'un Parti li formidable , 
ji-tit de Bourges pour aller à Poi- 
trs, d'où le Roi écrivit au Cardi- 
1 1 j pour le preffer de faire des le- 
\^.s , &c de le venir trouver, 6c en-, 
^ya en même rems Pordre au Marê- 
c il dl-iocquincourt de fe joindre à lui 
^ de kr obéir. 

M. le Prince s'afifùre d'Agen en 
Cfcogneiôc voianr S, Luc fe fortî- 
É: dans Montauban & Cahors , 
iife faifir de Xainres , que PEvêquc, 
Çs bâtard du feu Marcclial de Bat 
flnpiere , homme de bien fc bon Ser- 
veur du Roi , lui abandonna malgré 
l a & de Tiliebourg II prérendoic 
emême rems fe rendre Maître d'An- 
giilême i mais n'ofant Partaquer , à 
c|.ife que le Marquis de Montauficr 
Cjmverneur d'Angoumois ôc de Xain« ^ 
tôge y avoit affcmblé beaucoup de 
(ntilshommes de fes Amis, il alla 
Tomç ir. ' O droic 



3 I ô Memoirei pourfervlr 
i6j I. droit à Cognac. Avec cette Place 
s'écoîc rendu Maître de tout le p^ 
qui eO; delà la Charantc jufqu'à 
Garonne &: Dordogne. Il y lailfa : 
Duc de la Rochefoucauk , éc le Pr 
cède Tarente-, pour s'en ictoiirnc . 
Bourdeaux , où il avoit à traiter a^ 
les Mîniflrcs d'Efpagne. Il fit prei 
le Comte d'Omion de lui laiffer met 
des Troupes dans la Rochelle , pc 
la fortifier autant qu'il lui feroît po 
ble ; mais 5 quoiqu'il eût été le tix 
ver à Bourdeaux pour traitter avec 1 , 
il ne voulut point le rendre plus M - 
trc de Ton gouvernement que lui-n • 
me. 

Le Roi étoît à Poitiers , «S: Cl • 
teaaneuf le lervoit avec une grande • 
feilion non - feulement pour gag:: 
du ciédit auprès de la Reine , mais i 
core par le plaifir qu'il avoit de travi • 
1er à la ruine de M. le Prince i i 
ancien Ennemi. Il confeiila le Roi '■ 
la Reine de pcnferpromprementà ti : 
la Rochelle des mains de leurs En • 
mis. Il en fit donner le Gouvcri 
ment à PEftiflac Frerc du feu Duc ' 
la uvochefoucaulr, qui y entra a^; 
quelques Troupes i ôc , malgré Teni • 

gem c 



à tHlftolre à^Anne i<tAutrtche, 5 1 7 
cment de fon Neveu dans un Parti i6;i, 
:)ntraire à Ton devoii: , comme il a- 
Dit beaucoup d'amîs dans cette Fro- 
nce , & que le Comte d^Ognon y 
;oic hai à caufc de Tes violences de- 
eurant fidèle au Roi il la fçuc main- 
nir dans Ion fervice. 
Le Comte d'Harcourt cependant n'é- 
it pas oiiiF : il avoît alfemblé des 
roupes , &c tâchoit de fe mettre en 
at de faire voir à M. le Prince, qu'u- 
: bonne caufe , entre les mains d'un, 
sneral qui avoit été quali coûjoui^s 
. ureux , lui devoir faire peur. Il 
I nnuc l'importance de fecourir Cog- 
1 c : il s"*)' appliqua entièrement ; ôc 
i y réiiffit. Non-feulement il fit lever 
1 Siège au Prince de Tarente & au Duc 
i la Rochefoucault , mais à la vue de 
]. le Prince qui y accourut de Paucrc 
(té de la Charente , il tailla enpîéces 
lie bonne partie des Troupes qu'il 
coit laifTces retranchées dans le Faux-» 
lurg. Sqs gens furent tous tués ou 
f es prifonniers en fa prefence y fans 
1 pouvoir fecourir , dont il reçut un 
cplaifir extrême j & comme il vou- 
l: fe retirer , le Comte d'Harcourt lui 
{îc une partie de fon bagage, il fut 

O r enfuice 



1 



2, 1 % Mémoires popir fervlr 
; 6;. a., en faite toujours bartu par ce Princ 

ce qui commença à diminuer fa repi 
- ration, fcs efperances, 6<: les forces c 

ion Parti. 

Le Comte d'Harcourt voulut achi 

ver de mettre Efciffac en polTcffion c 
îâ Rochelle : les Tours tenoie: 
encore en faveur du Comte d'Oi 
t\on , parce qu'il y avoir mis" d 
troupes ; mais il fie delfein d'aller 1 
même en pcrfonne le attaquer. Cei 
qui étoient dans les Tours y trembl 
rcnt à la vue de l'Armée du Roy : 
ce Gênerai leur ayant commandé < 
jetter par les fenêtres celui qui les cor 
mandoitj ils le firent, & le poigna 
dérent eux-mêmes. Ce fut une a 
tion cruelle , mais pardonnable , pi 
que ceux qui font rebelles à leur R 
méritent la mort félon les Loix. 

Le Roi envoya au Parlement de P 
ris une Déclaration contre M. le PrîB» 
ce ; mais Pefprit de la Révolte regn( 
il fortement dans cette o-rande Vil! 
qu'on ne pouvoit pas y punir le crin 
de Lcze-Majefté 3 ^ par une terrib 
révolution la Rébellion y tenoit lieui 
fidélité. Le premier Préfident, q 
^'loit bon Serviteur du Roi, voul 

fâii 



4 l'Hlflolre Sl Anne à' Autriche, ^ i cj 
yreenregiflrer cette Déclaratioiiimais i G^ i, 
?lle ne le put être qu'avec de certaines 
modifications , & on murmura contre 
ui , de ce qu'il obeifToit aux volonté:? 
le fon Souverain, 

\]ï\ jour érant chez lui, où fe te- 
loît le Confeil du Roi , le Marquis de 
a Vieuville, le Maréchal de l'Hopiral 
jouverneur de Paris , & du Pleiîi? 
jucnegaud Secrétaire d'Etat jpîulieurs 
oquins s'affemblerent 5c vinrent crier 
ontrc lui , difant qu'il le falloit tuer. 
Ui lieu de faire fermer fcs pones , il 
ss fit ouvrir, «3^ alla leur parler îui- 
néme. Sa fermeté étonna cette Ca- 
laille 5 c^ enfin la rumeur s'apnaifa à 
on égard. Le Marquisde la Vieuville, 
n voulant fortir de chez le Premier pré- 
ident, pour lors Garde des Sceaux, ces 
iloux rattaquerenr^luichanterent mil- 
e injures , le voulurent tirer de ion - 

^arorfe , ôc lui firent du moins une 
grande peur. Le Maréchal de l'Hô- 
)ital eut la lâcheté de quitter le Pr<i- 
nierPréfident, de de s'en aller che^ 
uî 5 fans lui envoyer aucun fccours. Dil 
?le(îîs Guenegaud , bon Serviteur du 
^oi 3 demeura toujours avec cevéné- 
■able Magiftrac 3 & , pour avoir mieux 

O y fai- 



( 



3 1<D ,][iemoiYes ^our ftrvlr 

i6^i, fait qnc les autres , il n'en eut pas tar 
de mal. 

Le Cardinal félon les ordres d 
Roi , penfoit alors à revenir en Franc( 
11 Ce mît en état d'exécuter ce deflein 
mais les Efpagnols lui ayant refufé d 
paiTeports, il partit de Dinant par d< 
chemins remplis de Troupes Efpagnc 
les , & de celles de M. le Prince poi 
ic rendre enfin à Bouillon. 

Cette nouvelle donna de furieuil 
aîarm>cs à Tes Ennemis. LeParlemei 
xedoubla fes Arrêts ; de les mutins d 
cette Compagnie en firent donner un 
par lequel ils mertoieut fa tête à pri 
Ôc promettoîent cinquante mille écus 
celui qui le tueroit. Cette femme de 
voit être prife fur le prix de fes mcu 
blés & de fa Bibliothèque , qu'ils ci 
donnèrent de vendre entièrement. 

Toute l'Europe regarda avec cton 
nement cet Arrêt dont la plus faine 
mais la moindre partie de ce Corps 
qui a ^donné en tant d'occafîons de 
marques de fa fidélité envers nos Roi 
fut fcandalifce. 

La Reine m'a dît depuis que cet Ar 
rct , bien loin de la refroidir pour li 
retour du Cardinal ^ lui en donna ui 

plu 



4 l'Hifieire ^ Anne à' Autriche» ^lî 
lus véritable deiir. Elle connut par 16^1 
i , con^bien il étoit nécefTaire de faire 
oir aux Sujets du Roi , qu'il ne leur 
ppartienr pas d'ordonner malgré lui de 
i qu'il doit faire. Chateauneuf fans 
Dnner des Arrêts, étoit qua(i de me- 
ic fencimcnt que le Parlement de Pa- 
s : fur les avis que les amîs qu'il a- 
m à la Cour curent , que le Cardi- 
il fe preparoît à revenir ,'ils difoient 
.le les affaires du Roi alloient bien , 
je fi îe Prince de Condé étoit demi 
uncu , que fî le Cardinal Mazarin 
venoîtiîtôt, le prétexte de la Gucr- 

qui commençoit à s'annéantir aug- 
enteroit beaucoup. Le Garde des 
;eaux , qui étoit venu trouver le Roi 
Poitiers , & quelques autres étoienc 
avis contraire ; &c les vrais Amîs du 
ardinal , Senneterre, le Maréchal du 
[efïïs , ôc le Tel lier , vouloient fon 
tour. La Reine le vouloit aufiî ; 
ais 5 elle vouloit le bien de l'E:ac 
:éFérablement à toutes chofes : ôc la 
ainte qu'elle a voit que ce retour ne 
donnât des forces à M. le Prince j la 

iroît balancer (ur le tems. La Du- 
lefle de Navailles m'a depuis conté , 
ïétanc un jour avec elle , & la pref- 

O 4 fant 



4^ 



yii Aîemolres poîfT fervlr 
16^1* fanr de faire revenir le Cardinalice 
ce Princciïe lui dit ces mêmes parole 
Je connais la fidélité de M^ le Caro. 
ndl , & combien le Roi & mol avo. 
befoln d'unAilnifl^re qui foit toHt k nou 
afin de faire ceffer les intrigues de 
Cour, & de ceux qui fe veulent mett 
a fa Place, Je fçal que l'Infolence t 
Parlement de Paris doit être punie , 1 
quelle ne le fçauroit mieux être que p 
fan retour i mais, il faut avouer , i 
dit-elle , que je crains le malheur 
JH. le Cardinal y & que fin retour tr 
trêcifité ri cm'pire nos Affaires, C 
fourquoy f ai de la feine k me deterv 
ner la dcpts. Cette Dame , qui eu 
intéreflee au retour du Cardinal p 
rattachement que le Duc fon M- 
ri avoit à ce Miniftre , m'a dit que 
Difcours de la Reine lui fit une (isr^ • 
de fraicur , qu'au lieu de le prenc 
comme un effet de fa fac^effe, elle cr 
que c'étoit une marque de fon cha 
gcment. Elle écrivit promptemcnt ; 
Cardinal qu'il vint, Ôc qu'il étoit pc 
du s'il ne fe hâtoit de reprendre . 
place. Cet Avis fît l'effet qu'il c- 
voit faire. Ce Miniftre n'oublia ri 
pour fe mettre en état de fuivre 

Con 



à l'FUftolre d'Anna (^Apttrlche, 313 

^onfeîl qu'on lai avoir donné; S<, iG^i. 

euc-êrre qu'une fi grande prudence en 

i Reine dans la conjondlure de ces 

rnis-Ià , lui aiant déplu , le fouvenir 

uil en conferva diminua la Rccon- 

oilîance envers elle. 

Cliateauneuf 5 pour empêcher ce re- 

)ur , écrivit aux Amis qu'il avoir au- 

:ès du Duc d'Orléans, pour le pcr- 

adcr de venir à Poiciers, croianc que 

i Teul écoic capatic de s'y oppofer : 

ais 5 le Coadjuteur craîgnanc que fî 

Reine l'en prioic elle même , il ne 

1: ce qu'elle dcmanderoit de lui l'en 

fCOLirna ; de forte qu'il fe contenta 

cnvoier Verdronne à la Reine, pour 

opofer l'Entremife de Cliavigni qui 

î lui fut point agréable. Pendant que 

[, Damville fit quelques Voîages de 

oitiers à Paris, Vincuil y palfa de la 

rtdeM. le Prince , aufïi bien que 

urville, qui ne s'y arrêta pas , fça- 

ant bien qu'il n'y avoit rien à faire; 

i lieu que Vineuil y fut arrêté, pour 

voir pas bien pris fes niefures. En 

et, il n'étoît plus queftionde traiter; 

r le Mîniftre, qui le prelïoit de re- 

nir fuîvant le confeil de fes Amis, 

évint les delfeins de tous fes Enn/*- 

O y: miv 



514 JHemolres pour fervlr 
tÇjl* mis y Se rentra dans le Royaume en 
bonne compagnie , que le Marêchi 
d'Hocquincourt , Navailles^ Brogl , 
Manican , Beaujeu y de Bar , ôc en 
tous les Gouverneurs de cette front ■ 
re 5 Tavant joint le deuxième Ja- 
vîer , il fe vit à la tête d'une pet ^ 
Armée ; mais , compofee de tant ; 
braves gers , &c commandée par ; 
û bons Officiers qui voulurent en c - 
teoccafîon montrer au Cardinal 1( : 
aff:6lion ôc leur reconnoi (Tance < > 
grâces qu'ils en avoicnt reçucs>5i qu ; 
en cfperoient encore ; qu'il lui kit a t 
de preferver fa tête des menaces i 
Parlement , ôc de vaincre les obftac . 
que le Duc d'Orléans voulut mettrij 
fon palTage. Ce Prince envoya qu - 
ques gens de guerre contre lui , « 
n'ofercnt paroître. Deux Confèill 
du Parlement allèrent faire rom.pre 
ponts qui fe dévoient trouver fur : 
pafTage. L'un d'eux nommé Bitam 
pris prifonnier , ôc l'autre qui s'ap[ 
îoit Coudrai Gêniez prit la fuite ; 
bien que le Cardinal arriva hcurci 



nient à Poitiers le vingt-huitième 
Janvier. 

Le Roi alla au-devant ;> avec toui 

a' 



Ji 



i 



krHlflolre à* Anne â^Aiur'che^ 325 
qu'il y avoit à la Cour; & la Rcia * \6y2.. 
comme celle qui l'avok toujours pro- 
tégé , 6c foûtenu , s'il faut aînli dire , 
contre toute la France , ne put le re- 
voir qu'avec beaucop de joye. Le 
Confcil du Roi avoit cafTé l'Arrêt du 
Parlement donné contre le Cardinal 
Mazarîn, & fait deiFences de vendre 
es biens ; mais , ce n'écoît pas aflfez 
)Our rétablir Taucorité du Roi qui é- 
oit en quelque façon attachée à la 
lenne. C'eft pourquoi cette tcte , at- 
aquée de tous cotez , & mîfe à prix 
)ar des Arrêts , au lieu de Tinquiétude 
les intrigues de la Cour qui l'auroic 
)Ien plusembaraiTée , que les menaces 
lu Parlement , fut dans le même tems 
emplie du foin de toutes les affaires 
lu Royaume qui étoient aiTcz grandes 
•our occuper toute fa capacité. 

M. le Prince avoit envoyé le Duc 
e Nemours en Flandres , pour fe met» 
le à la tête des Troupes que le Roi 
/Efpagnc luienvoyoit ; &: ne pouvant 
lus reiifter au Comte d'Harcourr,. 
ui le pourfuivoit avec l'Autorité légi- 
ime , il mit fes Troupes dans les quar- 
• iers d'Hiver 5 &: s'appliqua entièrement 
fomenteï la révolte de Bourd;aaA. 

O é Le 



zi6 Mémoires pour ferznr 
î^Ji- Le Duc de Rohan-Chabot , q; 
avoir toujours été dans les intérêts : 
M. le Prince , quoi qu avec plus ; 
retenue que les autres à Tégard 
Miniftre,. étant Gouverneur d'Anjoi, 
voulue faire foulever Angers ; ce c 
oblif^ea le Cardinal Mazarin, qui coi . 
mençoit à former lesdelfeins de rédi . 
re la Ville de Bourdeaux, qui étoit 
Siège de l'Empire de M. le Prince . . 
changer de rélolution ,. pour al 
promptement à 5aumur remédier 
mal que le Duc de Rohan vouloir fai , 
La Cour 5 pour cet effet , partit 
Poitiers le (ixieme de Février. '. 
Maréchal d'Hoquincourt, Brogle, 
NavailleSj qui commandoient fous 1 
attaquèrent le Duc de Rohan , & 
prelTérent de ii près, qu'il fut contra 
de demander une rufpcnlion d'Arm 
dans le tems de laquelle il fut arr 
quilfe retîreroit à Paris & abandom 
roit fon Gouvernement pour un tcrr. 
& que le Roi mettroit dans la Ville 
Château d'Angers tel de Tes Servitei 
qu'il lui plairoit pour y command 
Le Pont de Ce, attaqué par le mê^ 
Maréchal , fuîvit l'exemple de la.V- 
le. capitale de cette. Province. . 



aTHiflolre d'Arme d'Autriche, yij 
Avant que la Cour partit de Saumur, i (î j i«. 
Cliateauneuf, dégoûté de fe voir inu- 
tile, prit congé du Roi de de la Rei- 
ne, èc fe retira à Tours , d'où quel- 
que tems après le Miniflre lui envoia; 
ordre de s'en retourner en fa Maifoii 
de Mont-rouge , où il mourut enfin- 
chargé d'années Se d'intrigues , qui 
font des œuvres bien vuides devant 
Dieu. Le Commandeur de Jars fon 
Ami fe retira auffi j mais , il fe rac- 
commoda après quelques tems de pé- 
nitence. Le Vicomte dé Tarenne ^ 
entièrement détaché de M. lePrincCj 
&c remis aux bonnes grâces du Roi &c 
de la Reine , vint à la Cour, où il 
fut reçU'de Leurs Majefl'ez avec beau- 
coup dé marques de leur bienveil- 
lance ; auffi bien que le Tellier, qui 
fut le premier de tous ceux qui en a- 
voient été exilez pour l'amour de lui ^ . 
qui fur rétabli,. 

Les Viélbrieux ne font pas toujotrrs^ 
invincibles. S. Luc fut un peu battu par 
u. le Prince ; mais auffi , le Marcpis - 
de Montauiier , & du Pleffis-Bellîere 3-, 
reprirent Xàintcs D'autre côté, le 
Die de Nemours entrant en France 

Q j, av«a: 



fiS Aiémoïres ponrfervlr 
i Sji, avec les Troupes qu'il amenoic d 
Flandre ; un fecours (î confiderable 
ôc la réputation dj M. le Prince rclevan 
fon Parti qui commençoit à chance 
1er , fît croire aux mauvais François 
que le Roi étoit perdu. La Noblef 
fe du Vexin voulut s'oppofcr au pa( 
fage des Troupes étrangères > mais 
le Duc d'OiIeans coniideranc cect 
Armée comme fi c'étoic la (ienne 
elle palTa la Seine à Mantes , ôc fc mi 
entre Chartres Se Paris, où le Du, 
de Nv^mours , Tavanes , Clinchara 
& les Officiers d'Efpagne s'enallercn 
recevoir les bénédi6i:ions que les Bour 
geoîs leur donnèrent comme aux rell 
taurateurs de leur liberté. Mais 
pendant que les plaifirs les y amul 
foîenc , ôc que leurs Troupes prc 
noient du repos , le Miniftre achevjJ 
l'entreprifc d'Angers , du Pont 
Ce 5 & de Xaintes , ôc mît la Rocheli 
le en fureté. Après cela , il juge? 
qu'il étoit nécefTaire de s^approcher d« 
Paris avec TArmée du Roi , pour ennj 
pêcher les progrés de celle que comj 
mandoît le Duc de Nemours, Ls 
Cour fut à Tours, où le Roi ôc la Rei-] 
^ ne reçurent une célèbre Dépuratîoi 



à l'Hlftoïre à* Anne â^ Autriche, j i ^r 
Cierge de Fiance , pour faire des Re- i ^5 ^« 
montrances au Roi fur le tore que le - 
Parlement avoit fait à leur Corps , ne 
refpedbant point la perfonne d'un Car- 
dinal. L'Archevè uc de Roiien oui 

i. 

portoic la parole avoit pris lî bien 
Ton tems pour faire fa Harangue , que 
la loiiange qu'il fît de ce /Vliniilre , 
j' peut-être une approbation autenrîque 
b par le premier & le plus coniïderable , 
ij ics troi^ Etats du Royaume de la refb- 
lution que leurs Majeftés avoient 
prife de le rappeller. 
De Tours la Cour vînt à Blois 5, 
t|oÙ Servîen eut ordre de revenir. It 
len avoit été exilé avec leTellier, a 
îjcaufequc les Princes le demandoientj 
f mais quelques-uns croîoîenc que le 
j Cardinal \\f^\\ étoit pas content non 
plus que de Lionne fon Neveu , qui 
ifut quelque tems dans une manière de 
diigrace 3 Servien , qui avoit vu au- 
tres fois le Cardinal lui faire la Cour 3, 
pendant qu'il étoit Secrétaire d'Etat , 
étant foupçonné , auffi-bien que de. 
ILîonne, d'avoir voulu s'établir l'un: 
6c l'autre auprès de la Reine par leur 
grande capacité pour les affaires d'E- 
îar pendant l'abfence de fon premier 



5' 30 Mémoires ponrfervtr 
îS^l^ Miniftre , pour l'accourunier à fe paf 
fer de lui. Mais, cette Difgrace m 
dura pas longtems , 6c leur promp 
retour fît voir que les foupçons qu'oi 
avoir eu de leur fidélité , avoient et' 
fort mal fondez ; la crainte du crédi 
que Monfieur avoit dans Orléans 
qui étoit fon Appanage, & le peu d 
confiance qu'on avoit au Gouverneui 
qui étoit le Marqpis de Sourdîs , fi 
rent refondre la Cour à quitter l 
grand chemin qui étoit d'y pafic 
pour aller à Gergeau , où Vaubecouri 
ôc Palluau fe dévoient joindre pour at 
tendre le Maréchal de Turenne qu'oi 
^ y envoioit avec deux mil cinq ccn 
hommes pour tes commander. L 
Duc de Nemours fit prendre la mém 
route à l'Armée des Ennemis , pou 
fe faifir de Glen ou de Gergeau , o 
1& Duc de Beaufort fe devoit rendr 
avec celle du Duc d'Orléans ; maif 
le Maréchal de Turenne les aiant pré 
venus, le Duc de Reaufort , qui von 
Ibit l'en cha^fer , y perdit bien di 
monde , &c fut obligé de fe retirer 
L'on dit alors, que l'habileté de nô. 
tre nouveau Général avoit Xauvé l 
Koi', la Reine, .^ toute la Maifoi 

Rola 



a V Hlftolre d' Anne d'Autriche, 331 
loiale, qui fans cela feroît demeurée K^cr, 
;n proie aux Ennemis, dont toute 
'Armée fe vint camper autour d'Or- 
eans. 

Le Dac d'Orléans avolt éré con- 
cilié d'y aller lui même, pour empê- 
her le Roi d'y entrer j mais, il trou- 
a plus à propos de ne pas quitter 
'aris , & d'y envoler Mademoifelle» 
Jle y alla avec beaucoup de joie & de 
éfolution , flilvie des ComtcfTes de 
icique 6c de Frotenac , dc de plu- 
eurs autres Dames habillées en Ama- 
onnes, accompagnée du Duc de Ro- 
.an , de quelques Confeillers du Par- 
ement, & de plufîeurs jeunes gens de 
'aris. J'ai quelque connoilfance des 
entunens de cette PrîncefTe , qui , de 
[uelque manière qu'on les tournât , 
toient criminels ; mais, on peut dire 
n fa faveur, que fa pafïïon étant lé- 
;îtime > il y avoit quelque chofe de 
;rand &c d'excufable dans Ion adîon. 
^abonne mine du Roi, la Majeftéquil 
)ortoit dans Tes yeux, fa taille, & tou- 
es Tes grandes éc belles Qiialitez-, n'a- 
.'oient point de charmes pour elle : la 
Couronne fermée , étoit le feul objet 
le Ton Ambition , de fi Alexandre 

pour 



53 2. M(^molres pourjervlr 
1^)2. pour une pareille pafîîon a reçu tar 
de louanges de fes injuftcs conquêtes 
n^eft-elle pas en quelque façon excu 
fable , fi étant: du Sang de nos Rois 
elle avoir fouhaité de voir fa t-éte cou 
verte de la même couronne, Auiïi 
j'ai oiii dire à la Reine , qu^^elle r 
Tavoit point blâmée d'avoir été de c 
Parti donc le Duc d^Orleans Ton Pei 
étoic le chef, d'avoir fait la Guerre 
ni d*avoir eu des defîrs aufli noblt 
que les fiens y mais qu^cUe la blanio 
de Ton cm por cernent , Se des rudelT 
qu'elle avoît eues à fon égard. M. 
demoi Telle a toujours gité toutes f 
affaires , par l'aétîvité de fon temp 
rament , qui l'a fait aller trop vite < 
trop loin , en tout ce qu'elle entn 
prenoit; au lieu que fi elle eut eu ui 
conduite plus modérée , routes chof 
lui auroient peut-être mieux reiif: 
Madcmoifelle fe preienta à une d 
portes d'Orléans &c le Garde des Se 
aux dans le même tems étoit à ui 
autre porte , qui demandoît à y ei 
trer de la part du Roi ; car il y ave 
été envoyé pour arrêter ce Peuple foi 
fon obéifiance , & pour prelîentir p; 
la manière dont on le recev roit ce que 

Coi 



à VHlp^olre d'Amie ^Autriche. 333 ^ 

]oiir en devoir éfperer : mais les prin- ^ \ 

ipaux de la Ville ccoient ailemblés & 

soient fort empêchés de ce qu'ils 

iroieut à faire. Ce qui fair voir qu'ils 

ifleiit reçu le Roi , s'il y ëroit allé 

abord , fans héfîtcr j car les habîrans 

ouvroient la porte ni à Madcmoifel- 

, ni au Garde des Sceaux. Dans 

i intervalle , Mademoifelle qui fe 

omenoit volontiers s'avança de de{l 

s le fofTé jufques fur le bord de 

au. Les Batteliers la voyant la vîn- 

it tous faluer, avec de grands cris 

idlegrelTe. Le Comte de Fiefque, 

< i étoit dans la Ville , lui avoir ça- 

|é le Peuple par de l'argent qu'il 

:oît donné. Soit donc par le peu- 

Y qui étoit dehors , ou par celui qui 

oit dedans, la vérité eft qu'elle pa{^ 

f par une petite porte ronde qui don- 

I fur la Rivière , qui étoit alors mu- 

I!, & que l'on abbattit pour la faire 

c;rcr. Aufîî-tôt qu'elle fut dans la 

Mie, elle fut fuivie de tout le pcu- 

\' avec admiration & applaudiirc- 

r. nt. Elle alla à rHÔtel de Ville : elle 

ft-cndit la MaîcrelTe des plus puiflans , 

6 empêcha que fc Garde des Sceaux 

n pu entrer. Le Marquis de Sour- 

dis> 



l 



3 34 Mémoires pourfrvtr 

l6^i, disjquoiqne Serviteur du Duc d*0 
Icans 3 ne fut pas content delà ven 
de Mademoifelle j il borna fa pu i (Ta 
ce autant qu'il lui fut pofîible: fa f< 
meté , (Se le droit que lui donnoit 
qualité de Gouverneiir , l'empêcl- 
rent de fe foumettre entièrement 
robéi'Qance que cette PrinceiTe de 
roit de lui. 

Le lendemain , Mademoifelle , 
Duc de Nemours , & le Duc 
Beau fort , fe trouvèrent au Fauxbo 
d'Orléans pour avifer enfemble à 
qu'ils avoient à faire , & pour te 
confeil ; mais au lieu d'établir 
ordre dans leur conduite , il arriva 
grand defordre qui fut avantageux 
Service du Roi. Les Ducs de Be 
fort ^ & de Nemours, fe quereller 
Le Duc de Beaufort lui donna à 
mi un foufïlet. On les accomm< 
auffi-tôt j & le Duc de Beaufort , 
avoir de TAmiiié pour Madame 
Nemours fa Sœur , dit les lad 
aux yeux au Duc de Nemours 
Beau-Frere tout ce que Tailiance 6 
bonté lui pouvoit faire dire ; ms 
ec fut inutilement. Le Duc de ! 
mours dépuis cette fâcheufe avant 



I 



à VHlftolre à* Anne d'Autriche, 3 3 j 
ut une haine implacable contre ce 16 si, 
rince , ôc cette haine eut enfin une 
litc fiincfte contre kii-même. 

QLielqae tems avant l'entrée de Ma- 
smoifcllc da4is Orléans 3 elle avoit 
:rit une Lettre à Madame de Navall- 
s , pour la faire voir à la Reine , 
ir où cette PrincefTe marquoit beau- 
)ap de dclirs de la fervir, de mon- 
oit d'entrer par compîaifance ieule- 
ent dans tout ce qui fe palfoit à Pa- 
; ; mais elle faifoit entendre forte- 
ent 5 qu'elle defîroit qu'on la rcgar- 
llt comme une perfonne qui pouvoit 
retendre à la Couronne fermée. C et- 
Lettre , que j'ai vue , fut mal re- 
le par la Reine , qui étoit trop ac- 
»ûtumée à n'avoir pas grande con- 
deration pour elle. Mademoifelle fut 
infiblcment touchée de ce que Tes 
nncs volontés n'avoient pas été af- 
bien reçues. Elle en écrivit une 
tre à la même perfonne , par la- 
elle on voyoît qu'elle étoit perfua- 
ê d'être MaîtreUe du Parti. Elle 
î mandoit avoir toujours hay le Mi- 
re 5 comme n'en ayant jamais été 
n traitée , dcclaroit de vouloir 
oufer le Roi , ôc fe vantoit qu'elle 

feule 



É 



) 



5 5^ Mémoires four fervîr 
iCji, feule avoir empêché les Troupes R 
yales d'entrer dans Orléans. EUcl 
marqiioit , qu'on ne la devoir pas m 
prifer , ôc qu'elle pouvoir être utili 
pourvu qu'elle fut fatisfaite ; itjî 
qu'elle ne la pouvoir être fans et 
Reine. Enfin elle témoîgnoic qu'( 
le pouvoir mettre les chofes en é\ 
qu'on la demanderoit à genoux , 
ajoûtoît ces mêmes mots, que j'ai p 
dans l'original, ^te cjuolque le Cha^ 
tre lut foltfort a^réable^elle efi toutes f 
trop importunée d'erj entendre parler y p 
ce que tevis ceux de [on Parti , croyant 
p aire , ne hil parlaient d'autrç chofe. 
y avoit beaucoup d'efprit dans ce 
Lettre j comme il y en a dans tou 
celles qu'elle écrit , mais la Reine 
vouloit pas cette Princelfe pour 
Belle-Fille ^ Ôc la Guerre qui fe faif 
entre elle &c le Roi n'étoit pas u 
bonne voye pour y parvenir. Ce q 
lui fit alors Mademoifelie, fur unel- 
gatelle que la Reine à fon retour i 
fit l'honneur de me conter , lui C' 
plût. On vcnoit acheter à Ories 
ce qu'il falloir pour la Cour j à, 
comme on lui appora certaines pi • 
viiions pour la cuiiîne du Roi , ; 



i 



i rnlfiolre ^Anne (^Autriche. 357 

a Reine & des autres , après les avoir j Cti. 

egardées , elle y trouva des moufle- 

ons , qu'elle prit & les jetta, difanr, 

^.eU ejî trop délicat j je ne veux pas qut 

i|r C^ràlrmi en mange, 

\ Les ordres du Duc de Nemours 

ui vcnoienc du Prince de Condé à 

)n Ai'mce étoient de paiTer la rivière 

e Loire pour fecourîr Mont-rond , & 

larcher vers la Guienne \ ôc ceux du 

'Lie de Beaufort , qui venoit à la 

ême Armée de la part du Duc 

Orléans , qui étoit à Paris , e'toient 

îpofés à ceux-là 5 parce qu^il vouloit 

'oir des forces pour fe pouvoir def- 

iidre contre le Roi , au cas qu'il en 

t attaqué , fbûtenir fa réputation 

ms le Parlement Ôc parrni le peuple , 

le$ empêcher de quitter Ton Parti , 

qui auroît pu arriver s'il étoit de- 

uré fans d'autres forces que celles 

r Intrigue. 

Le Coadjuteur , qui avoît alors 

cela confiance du Duc d'Orléans , 

yoit ce deflein , ôc augmentoit fa 

iînte , afin de rendre cette Armée 

[Utile à Mr. le Prince qu'il haïlToit. 

vouloit encore être confideré à la 

j)ur , en faifanc voir que la Puilfancc 

çtoic 



i6ji. 



358 /t/fémolres pour fervlr 
etoîc toiu-à-fait de Ton côte. Qcx\ 
politique lui fervic à obtenir promj^l 
tement le Chapeau qu'il reçut en 
tems là félon l'engagement que 
Cardinal Mazarîn avoit pris avec li 
& dont j'ai déjà parlé. 

Chavignî prétendoit gouverner 1 
deux Princes* Il étoit confideré p 
lui-même ^ par les Emplois que 
confiance du Prince de Condé ! 
donnoir. Il avoit part à celle du D 
d'Orléans : il avoit aufîi fcs intelligej 
ces avec le Cardina^par Faber^pour 
chofes qui lui convcnoientu. Il vc 
loit faire la Paix de la Cour, qua 
les tems fc rencontreroient propre! 
y Trouver fes avantages , & il afpir 
à la Gloire d'être employé à la P 
générale. Il crut que pour cont< 
ter ceux qui demandoient réloigil 
nient du Cardinal, on pourroit Yy 
voyer la traiter hors du Royaume a'I 
les Efpagnols j & lui , qui alloil 
tout , croioit , étant nommé à cet E 
ploy avec le Miniflre, fe faire val 
par Mr. le Prince avec les étrange 
6c en dérober toute la gloire au G 
dinal. Toutes ces raifons le perfua 
rent quil avoit befoin de la prefeie 

f 



àniifiohe d'Ame â' Autriche. 53,^ 

irce Prince à Paris , &C robiigérer.r c^je^ 

lîlui confeiller de venir à i'Aniîéc,. 

de quitter la Guienne, CcCosîifci4 

t reçu volontiers de celui à qui il 

t donné , à caufe qu'en tous iicuîc 

r, le Prince fe crouvoit battu parle 

Dmte d'Harcourt ; Dieu ie permet- 

iit ainfî 5 pour lui faire voir (ans 

.'•ute, par le malheur de Ces armes. 

4ui où il écoic tombe eu fe feparanc 

( > intérêts du Roi, 

Le Prince de Condc fe réfoluc donc 

< quitter la Giiienne, 6i de venir à 

il Armée, Il choifit le Duc delà 

])chefoucault pour Paccompagner , 

tlaiifa Mar fin auprès du Prince de 
•nti y Ôc Madame de Longueviiic, 
tit pour les maintenir unis , que 
pr avoir foin de confervcr Bour- 
iiux dans .fes intérêts. Les Fadions 
ykoient grandes , ôc Pintelligcnce 
ni établie dans fa Famille, Madame 
<l LonCTuevîlle étoit mal à la Cour: 
;[|| y craîgnoit fon Elprit j ôc -, quoi 
"elle eut travaillé par la Princeffe 
J^aiine à fe rétablir dans les bonnes 
gjces de la Reine, elle ne les avok 
obtenir. Les Dames , qui ont le 
r rempli de paillons j éc qui en 
me ih P veu^ 



' 3 4^ Mémoires pour fervlr 

1 65 1 . veulent donner a ceux mêmes qu'ell 

n^aimcnt pas, font à craindre en to 

[Partis 5 & en peut difficilement 

prendre confiance. Par cette raifo 

le Prince de Condé ne trouvoît pas( 

cette Princefie, quoi qu'elle fût 

Sœur 5 une fureté toute entière i 

le Prince de Conri , peut- être po 

Paimer trop , la hailfoit quclqucfo 

car, voulant qu'elle le préférât à te 

le monde, il avoit de la peine à vc 

qu'il n'avoir pas affez de part à Tes j 

crets. Ces diffiérens fèntimens y à 

que m'ont dit ceux qui pour lors ' 

étoicnt les confidens , failoicnt naît 

entre eux de grandes divifions. Se \ 

intrigues des partie ilîers faifoîe 

beaucoup de defordre dans leur pet: 

Cour. Le Prince de Conti ; gag 

par le Miniftre fans qu'il le crût et; 

vouloit la Paixi ôc Madame de Lo 

guevillc, ne la pouvant avoir avec 

Cour, ni avec elle même , voiil*| 

fe faire craindre. Se de la Cour, 

de Tes Frères. Elle fomentoit le Guc| 

retant qu'il lui étoit pofliblej Sc 

Prince de Conti , Se elle, par des m\ 

tifs différens , tâchoient de Ce reiidj 

les Maîtres tant du Parlement 

4 



I à fHliloire ai Anne à^ Autriche, 541 
1 Peuple de Bourdeaux lis appu- ifîji, 

h'ent particLilicrcmenc le Peiipie , 
mt les Affemblées le fairolenc en un 
■u nommé l'Ormêe y qui donna le 

, )m à la Fadlion de cette Ville, tant 

S.e la GueiTC dura. 
Le Duc de la Rochefoucault qnic- 
t volontiers Bourdeaux , pour fuivre 
l Prince de Condé ; car , les char- 
r s de Madame de Longueville, qui 
a)îenc fait toute fa joie, faifoienc 
àrs [on defefpoir. Sa palîîon avoîc 
c ngé de nature; &, au lieu d'elle, 
l^jaloufie occupoit entièrement fbn 
f'ir. li la foupçonnoit d'avoir vou- 
^laire au Duc de Nemours, & ce 
lujçon lui caufoit de grandes zn^ 
7 Tes. Il ne fe peut pas faire, qu'a» 
la: eu tant de parc aux bonnes gra- 
i'une fî grande Princeflfe, il n'en 
ntît la perte avec beaucoup d'a- 
:ume ; mais , outre la préférence 
:lination qu'il croioît qu'elle n'a- 
plus pour lui , il crut qu'elle 
- renoic plus de part à fes intérêts, 
u'elle avoît abandonné le foin de 
3rtune , qu'il confî-léroîc autant 
celle qu'il aimoit. Il avoit fur- 
pi'iie fes Lettres, à ce qu'd m*a dîc 

P 2. de- 



2 42- JWemo'res four Jervîr 

16^1 ^"P^^^^ lui-même, par lefquelles il 1 ; 

fcmbloit qu'elle le vouloic perdre a | 

près du Prince de Condé ion Frer 

ôc qu'elle avoît oublié fes fervices 

fes maifons rafées. Il ne faut do; 

pas s'ctonncr s'il fut fenfible à tant {. 

grandes chofes , Se C\ Tîncouftance i 

parut un crime le plus énorme c : 

Ton puiiTc commettre ', car , plu; l 

lui étoit glorieux d'avoir eu quel( ; 

part dans un C œur que tant d'hon - 

tes gens defiroîent pofTcder , j s 

aufli lui devoit - il être dur de n 

voir charte par un autre. Il c 

fpntit auiîî avec trop d'excès , de i: 

blamé avec jufticc d'avoir fuivi i f 

aveuglement (on dépit , & de i- 

voîr porté trop loin ; car ce dépi Iç 

fit devenir d'Amant ennemi , -^ 

d'ennemi, ingrat, par les cruelles 

fenfes qu il fit alors à cette Prince 

qui allèrent au delà de ce qu'un C 

tien doit à Dieu > de de ce q: 

Homme d'honneur doit à une D 

de cette qualité i le fouvcnir de 

mitié pa(Ï€e<ievantce me femble 

fer dans l'ame une impreflîon d 

connoi (Tance ÔC de douceur , cap 

4'empêcher que U vangeancç n'à^^K: 



4 rH'iflolre d'Anne d'Autriche 543 
Il dehors, lors même qu'intérieure- 1652'^ 
lent l^ame cft remplie de rage & de 
erefpoir. Leur changement commun 
uelqiic tems après en fit un autre 
ien plus grand en- Madame de Lon- 
uevilje : il lui fit connoitre que les 
Créatures étoient indignes de Ion ef- 
me , & de Ton affection : elîe en à 
lit dépuis un meilleur uiage , fe dou- 
ant elle-même entièrement , &: d'u- 
z manière tout-à-faît admirable , à 
ikii qui étant Ton Créateur méritoit 
ul 3 qu'elle fut uniquement à lui. 
i vertu a été (i grande , & fa conver- 
on fi parfaite , que par elle on a eu 
iijct d'admirer en nôtre Siècle , lès 
Fets de la Grâce , & les merveilles 
ac Dieu opère dans nos âmes , quand 
lui plait de les éclairer de fa lumie* 
; 5 & que d'un grand pécheur il veuc 
ire un St. Paul & un St. Au2;ufl:in. 
Monfieur le Prince , ayant donné les 
dres nécelTaires pour obvier à tous 
s maux que pouvoicnt produire les 
vifions de fa Famille , fe fépara du 
:ince de Conti à Agen , où il eut à 
lûtenir l'effort de ce Peuple , qui 
)ulant faire Ton d evoir fe révolta 
mcrc lui. Le Pri nce de G)ndc , 

P 3 ^uk- 



344 Jl^emolres j>oHr ferv'ir 
ï6ji» quittant le Prince de Conti fon Frc 
re, lui recommanda de fe confier 
Marfîn de à Laine, de tous Tes intc 
rets ; puis il partit pour l'Armée 
fuivi du Duc de la Rochefoucault 
du Prince de Marfillac, fon Fils, d 
Guîtaur, Chavagnac , & Gourville 
d'un Valet de Chambre, ^ de quel 
ques autres. Ils fuivircnt tous 1 
Marquis de Levi , qui avoit un Pal 
fcport du Comte d'Harcourt , pou 
fe retirer lui 3c fon train en fa Mai 
/on en Auvergne. Mr. le Prince 
faifant cette courfe , travcrfa toute 1 
France, avec de grands périls j mais 
^ Padrcd'e Se Thabileté de Gourvill 

Fen fauvércnt. 

En arrivant dans la Forêt d'Ot 
leans, il fut reconnu par quelques Ca 
valliers de TAvancçarde de Ion Ar 
mée ; ce qui leur donna une joie in 
croïable, à caufe du beioin qu'elle a 
voit de lui. La divifioii des Chef 
qui la commandoient, & l'arrivée di 
Roi avec fon Armée , les mettoit ei 
état qu'ils ne pou voient efpérer d 
reiFource qu'en la veniie de M. le Prin- 
ce, qui, par fa valeur & fa conduite 
pouvok faire des miracles que ceux d 



à l Hl Ivoire à' Anne êH Autriche » ^45 
ai Parci n'ofolcnt cfpércr que délai 1(3/2, 



uL 



AulîiLoc après qii? le Prince de 
Diidé fat arrivé , il fie marcher fou 
rmée à Montargîs qu'il prît , 6c le 
"(fa rempli de Bled & de Vin pour 
a lervir en un befoinrde là, elle 
; a à Chaceau-Regnard. Gourville 
' irriva en même tems, qui revenoic 
i Paris , ou le Prince de Condé Ta- 
^ "c envoie de la Charité, vers le Duc 
c )rleans5 ôc vers Tes Amis du Parle- 
ï nt pour (çavoir leurs fentimens fur 
cqu'ilavoità faire. Les Avis qu'il 
rut par lui furent difFérens. Gour- 
\ le m'a dit qu'une partie lui confeil- 
1' : de (e tenir à l'Armée ; étant cer- 
t.i que le tems qu'il y feroît, toute 
lîPuiirancc refîderoît en fa perfbnne, 
ô qu'il feroit le Maître du Parti du 
P-lement, & de la Cour : tous néan- 
nins s'accordoient en cela, qu'il fal- 
^ attaquer l'Armée du Roi, & fai- 
nquelque Action d'éclat , qui leur 
Konnât du crédit & des forces. Cha- 
vî'ii étoît d'Avis qu'il revint à Paris, 
q ind il le pourroit faire , attendu 
qi; le crédit du Coadjuteur, alors de- 
v<.u Cardinal de Rets , augmentoit 
P 4 trop. 



p 

54 é Aûmoîres pour fèrvlr 
yiéji, rrop 5 auÛI^bîcn que les Caballcsde i 
Cour dans le Parlemenr. Il voul \ 
auiîi , par la prefence du Prince , ' . 
miniier la faveur de Ton Rival, : 
augmenter la iîennc. 

Dans ce moment , le Prince j 
Condé reçut avis que la Brigade t 
Maréchal d'Hocquincourt étoit en . 
re dars des Quartiers Téparés ai i 
proche de Chateau-Regnard , de ( i 
ie lendemain elle fe dévoie joîndri I 
celle du Vicomte de Turenne 5 ce- î 
le fît réfoaJre à l'^heure même a : 
toute Ton Armée d'aller droit ai - 
quer le Maréchal d'Hocquincoui ,. 
devant qu'il eut le tems de la rafTc • 
bler 3 & de fe retirer vers le Mâ- 
chai de Turenne. Il le fit , & ci - 
va d'abord cinq Qiiartiers. Il mit 1 
déroute les Troupes du Roi ^ &c ] t 
leur bagage. Trois mille Chevifr 
furent pris , tout fut renverfé , 1 1 
partie le fauva, le refte fut poier 
prés de quatre heures vers Auxe -. 
Cette défaite eut été encore jis 
grande , Ci M. le Prince n'eut r '^' 
avis que le Vicomte de Turenne ^- 
roififoit , lequel par fa fage condui 
fa prudence^ &faferaiecé, arrêt: ^ 

13 



2t 



à rHtfiotre d*Jme d'Autriche, 347 
Vîdoire de M. le Prince, & fauva ce 1(^51 
ourla, le Roi, & la France, qui fe 
ârent dans cet înilanr, en un grand 
')éril , par les heureux fuccés de M. 
c Prince. Les Ducs de Nemours & 
c Beaufoic montrèrent en ce jour , 
[Ue s'ils n'avoient de la modération, 
Is avoient du moins beaucoup de va- 
;ur. Le premier eut un coup Je 
iftollet au travers du corps , qui fuc 
rand , mais favorable. Le Dac de 
i Rochefoucaulc ^ b Prince dé Mar-- 
llac Ton Fils, y firent des Aélions 
ui auroient été dit^ncs de louansies , 
.il étoic poffiblc d'en donner à des 
ançois , qui , au lieu de fervir leur 
,oî , travail loient à le perdre. 
Gn vint à Gien donner au Roi , & 
la Reine la Nouvelle de la Déroute 
s Troupes du Maréchal d'Hoquin- 
llirt, avec amplification j ôc l'alarme 
fut grande. Le Roi, à ce que m'é- 
;ivit alors mon Frère qui l'avoit fui- 
\ en tout ce Voiage , monta à cheval 
ec ce qu'il y avoit auprès de lui de 
ns de qualité , "& fortit de la' Ville; 
ais 5 le Miniftre Paîant arrêté au 
|)mmenccment de la Plaine , Pempê- 
jia de fuivre fes généreux fentimens, 

P s a^îî 



3 4 5 ^cmoires ^ourfkrvir 

léji, qui dans fa plus grande jeunede Ii 
eue fait aimer la Gloire. Pcndai 
■qu'on chargeoit le Bagage , & qu'c 
falloir tenir les Caroffes rous prêts 
p^lfer le Pont, qr/on fongeoit nién 
à rompre en cas de bcfoin, après q^\ 
la Cour y auroit parte , tous 1 
Volontaires furent avec le Duc 
j Bouillon à TArm^e , où ils trouv 
rcnc une grande allegrelfe parmi 1 
Soldats , parce que le bruit a voit co 
ru que le Roi y venoît : tous criérc 
Vive le Roi , ^ Bataille j mais , 
Nouvelle arriva peu de tems après q 
la. perte n'avolt pas été fort granc 
ôc que M. le Prince s'croît retiré da 
fcs Quartiers , & le Vicomte de T 
renne dans ks fiens. 

L'Armée du Roi étant retirée , ] 
lie Prince fit prendre à la fienne le cl: 
min de Chatillon. Il y tarda de 
jours 5 puis de là il s'en alla à Par 
Ôc lailTa le Commandement de foni^ 
nié" à Cl inchamp , 8c au Comte 
Tavanes, Il amena avec lui les Di 
de Nemours , de Beaufort, & de 
Rochefoucault , & alla jou ir des A ■ 
plaudiflenicns qui l'artendoîenr, api 
un Volage fi. périlleux, de eafuitc à'- 



à l'Hlfiolre â'Anne d'Autriche, 549 
ne Vidloire accoQipagnée de tant d'é- 16 ji, 
clat &c de î^loire. Ils furent en cfFcc 
allez grands pour le pouvoir plaine- 
, mène i au i s fa ire. 

Madame de Chevreufe Se le Coad- 
jiiteur tirent beaucoup d'Intrigues, 
pour le priver de ce Triomphe. Ils a- 
voîent même gagné le Maréchal de 
l'Hôpiral, pour empêcher qu'il ne fût 
;eca dans Paris ; mais, le Duc d'Or- 
eans, qui aimolt à avoir des seconds, 
X)rtifié par les Serviteurs du Prince de 
Ilondé, le ioutînt malgré leurs obfta- 
:les. Alors on vivoit dans Paris avec 
)eu de feureté , & beaucoup de trou^ 
)les. L'Hôtel de Ncvers penfa être 
>illé , attendu qu on foupçonna Ma- 
iame du Plcilis-Guenegaud à qui eft 
ecte Maifon, de travailler a la Paix , 
cêtre fidelle au Roi. Elle n'en école 
as accufée à tort j car elle faifoic 
lors tous Tes efforts ^ pour lui rendre 
rvice , étant en grand commerce a- 
c Fouquet 3 Créature du Cardinal 
azarin. Des Dames de quah'té, en 
(Tan: par le Ponc-neuf un dj ces 
urs là, coururent Fortune d'être jet- 
tes dans la Rivière par des Coquins 
ni faifoient impunément beaucoup 

P S dm^ 



53*0 Afémoîres pour fer vlr 
ï^ri. ci'infolences& de méchancctez. L'Ar| 
mce des Princes, manquant de foura 
ge vers Chatillon fut conduite à Eram- 
pes a où ils crurent qu'elle pourroî i 
îubfîftcr longtems avec abondance d< i 
vivres. 

Le vingt deuxième, M. le Prino 

alla au Parlement prendre fa fcancc a 

vec le Duc d'Orléans. Il y fat reçu 

venant de donner un Combat contr 

le Roi. Ges Princes proteftérenc ai 

Parlement de leurs bonnes intentions 

en juilification de leurs Armes, 5 

dirent qu'ils déclaroient encore , qu 

pourvu que le Mazarin s'éloignât d 

la Cour , lui & Tes Adhérans , il 

mertroîcnc auiïîtôt les Armes bas. Il 

mirent cette dernière ciaufe , afii 

qu'en cas qu'on leur ôtâr leprétcxt 

du Mazarin^ il cnreftât encore ui| 

qui pût durer dix ans , taxant tou 

les jours quelque nouvelle perfomT 

d'être de ce Parti , attendu qu'ils pou 

voient comprendre coûte la Cour fbuj 

Iç Nom de Mazarius & d' Adhérans | 

Ce jour, il y eut de grands crij 

d'allegrefTe en faveur des Princes, 5 

n«l n'ôfa jamais parler pour le Roij 

i^ reprçfenter qu'il n'écoit pas jufte d<f 

recç,; 



a l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche, ^^i 
recevoir le Prince de Condé , tout id|2:^ 
fanglant encore des Combats qu^il ve- 
noîc de donner contre lui. Les Dé- 
putez du Parlement , qui avoicnt cté 
porter au Roi les Remontrances pat" 
écrit que le Parlement avoit ordon- 
lées contre le retour du Cardinal Ma- 
2arin, firent ce jour-là leur relationnel 
"e plaignirent de n'avoir pas été bien 
cçus , ni les Remontrances lues en^ 
u'éfence du Roi félon l'ancien ufa^e. 
Toute la Compagnie en fut fcandalî^-- 
ëe : les Gens du Roi firent de gran-- 
Ics Exclamations , & dirent que le ■ 
loi leur avoit répondu , qu'il envoie* 
oie qucrir lés Informations contre le • 
Cardinal, qu'après les avoir lues dû 
^ues, il les manderoît pour leur faire 
éponfê. La Compagnie cria forte- 
ment contre cela, quoi que ce fût une 
hofe dans l'ordre , & confeillée par- 
e Premier Préfident, qui ëtoit alors^. 
out à fait attaché au Service du Roi ^ , 
^ qui en fçavoit plus qu'eux. 

On donna avis à Paris à M. le Prîn-« 

e, qise MioÏÏans & le Marquis de Si:. 

viegrin , LicutenansGénéraux, mar=-« 

ihoienc de S. Germain à S. Cloud, a-* 

cc.deiix Caii©ns> à deffein- de ehaf-' 

P., 7; fCil 



9^ A 



571' Mémoires pour fervîir . 
fer cent hommes du Régiment d 
r.&ji QQiy^^ ^ qui s'étoient retranchez fu 

le Pont, éc qui en avoient rompu un 
arche. M. le Prince monta à cheva 
avec ce qui fe trouva auprès de lui , 
deiïein d'y aller. Le bruit de cet Ex 
ploit aiant été répandu par Paris, hai 
ou dix mille hommes le fuivircnt^tan 
' honnêtes gens que Bourgeois , ce qu 
fit que les Troupes du Roi fe conten 
térent de tirer quelques coups de Ca 
non, 6c de fe retirer. M. le Prince 
voulant profiter de la bonne volont 
de ces Bourgeois, les mena à S.Do. 
nis , où il y avoit une garnifon d 
deux cens SuiflTes. Ses Troupes ' 
arrivèrent à Tentrée de la nuit j 6 
ceux de dedans aiant pris l'alarme , 1; 
donnèrent aux aiïîégeans. Le Duc d. 
la Rochefoucault m'a dit, queM.L 
Prince étant au milieu de 3oo.Che. 
vaux y Se cette Compagnie étant com- 
pofée de tout ce qu'il y avoit de per- 
fonnes de qualité dans Ton Parti, s'cr 
vit abandonné dés qu'on eut tiré troii 
moufquetadcs , & qu'il demeura au- 
près de lui , feptieme. Ce Prince 
lit entrer fes gens dans S. Denis, pa^ 
ks vieilles brèches qui n'étoient point 

defFeiiw 



aTHlftolre d'Anne d'Autriche, f j^ 
dcfFendiies ; & après , tout ce qui l'a- i6^.u 
voir abandonné le vint trouver ^ cha- 
cun alléguant une excufe particulière 
ie fa. faute j dont la honte étoir com- 
.nune à tous. Les SuiiTes voulurent 
léfendre quelques Barricades dans la 
Ville; mais, étant preifez ils fe retirè- 
rent dans l'Abbaie , ôc fe rendirent 
leux jours après prifonniers-de Guerre.. 
Dn n'y fît point de dcfordre ; mais 3. 
e foîr de ce même jour les Troupes 
iu Roi la reprirent ; & Dcflande, Ca- 
pitaine du Régiment de Condé,. que 
VI. le Prince y avoir lailTé pour com- 
nander, fe retira à Ton tour dans l'E- 

. ^life , où il tint trois jours. Qiioi 
^ue cette A6lion ne fut, pas célèbre ^^ 
îlle ne lai (Ta pas d'avoir quelque é— 
!:lat : elle augmenta la bonne volonté 
its Bourgeois en faveur du Prince 
ie Condé 5 car, chacun étoit bien aife 
de pouvoir dire qu'il avoir été à la- 
Guerre avec lui» 

Le Duc de Rohan travailloit à Ton 
ordinaire à porter les Princes à l'Ac- 
commodement.. Chavigni , quoi> 
qu'Ennemi du Cardinal , vouloit la>. 
même chofe ^ afin de parvenir à Tes. 
fins, qvii, ailûienc à: vouloir toujours 3,, 

f foit: 



3-X4 Ademoîres pour fervïîr 
é'j 1 . foie d'une façon foît d'une autre , fai 
re un beau perfonnage fur le Théa 
trc. Tous deux confeille'rent à M. 1 
Prince de penfer à une Paix avama 
geufe. Les Propofit ions , qui avoicr 
été faîtes en particulier à Chavigr 
par Fabcrt , lui plaifoienr beaucoup 
car , comme il a éré dit : pour engs 
ger par lui le Duc d'Orléans , Sc M 
le Prince à penfer à s'accommoder 
le Cardinal l'a voit lailfé efpérer qu'il 
iroicnc enfemble traiter la Paix ge'nc 
raie ; ôc , fur cette efperance , Ghav 
giii vouloit celle de la Cour & de 
Princes : ce qui plaifoit au Miniftrc 
non feulement pour en prétendre c 
bon effet, mais encore plus pour al 
foiblir rintrigue , & defunir les Con 
jurez. Se ceux qui défîroient fa pei 
te, & pour empêcher les progrès qu 
. le Prince de Condé auroit pu faire 
la tête d'une Armée. 

En cette occafîon fa fînelTe ordi 
naire lui fucceda félon fes dcfifeins.M 
le Prince confentîtàlai{feraller àS.Ger 
main où étoit la Cour , le Duc d' 
Rohan 5 Chavigni , ôc Coulas, tou 
trois chargés des Intérêts du Dm 
d'Orlcans- ôc- des- fiens* Le prémie 

ni 



a l'HlJioîre i^Anne d'Autriche, 3 j f 
le demandok que réioîgnement ài\ i6&i^ 
Vfînîftre y ôc M. le Prince vouloir la 
îiême cliofè ^ avec de grands acconi- 
)agnciTicns. Il avoir beaucoup de 
)crronncs à contenter , Tes amis j. 
es Bourdelois ^ Tes Troupes, le Prin- 

. :c de Contî , ôc le Public. Il deman- 
loîr i'etabliffemenr d^'un Confeil > 
5c pouvoir du Roi de traiter la Paix 

;. ;énérale , & d^y pouvoir travailler fc- 
on les P'ropofîtions juftes & raifon» 
lables dont on conviendroit. Cet 
Vrticîe étoît agréable à Chavignî , par 
a part qu'il prétendoft y avoir , ÔC 
)ar refpoir de fe voir bien-tôt en pou- 
voir de fe vanger entièrement- du Gar- 
linal Mazarin. L^ordre exprès qu'it 
eçût en même tems des deux Princes^ 
le ne le point voir , & de ne point 
raiter avec lui , ne lui déplaifoic pas 
ion plus ; car ne l'aimant point , il 
ui fcmbloit 5 que fon abbaifTcment lui 
lonnoit à lui en fon particulier une- 
gloire bien relevée , mais , fôuvenc- 
lous nous trompons dans nos proj- 
ets. 

Le voyage de Chavîgnî ne lui fut 
nillement avantas:eux. Il revint fan&^ 
ivoirrien conclu j ce qui étonna tous- 
ce ux^ 



53^ J\/femoirer pour JervJr 

I^ji, ceux de Ton Parti, qui avoicnt cru 

le voiaiit Ci emprelTé Se Ci occupé c 

defir de îa Paix , qu'il avoir fureté d 

la parc du Miniftre d'y pouvoir réuffi 

Non-feulement il avoir rraîré avec 1 

Cardinal, ce qui dans le viai n'érc 

pas un grand crime j mais , M, 1 

Prince avoir trouvé mauvais ^ de c 

qu'il n'avoit inlifté , que fur Péra 

bliffemeut d'un Confeil néccffàire 

pareil à celui que le feu Roi par fo 

avis , avoît ordonné peu avant f 

mort 5 &c que moyennant cela il devoi 

porter M. le Prince à confentir que 1 

Miniftre & lui al aifenttraîrer la Pai 

générale. L'Article fecret étoit , qu 

le Cardinal , après la conclufion de 1 

Paix , pourroit demeurer en France 

Ce Traité fi raccourci ne plût poin 

à M. le Prince il fe refolut de n 

plus donner de part dans fes affaire 

à Chavî^ni ; car lui même dciuoi 

être celui qui devoir aller traitrcr h 

Paix générale. Il voulut donc en 

voycr de fa part Gourville à la Cour 

chargé d'une Inftrudtion drcffée pai 

lui j en prefence de la DucheflTe de 

Chatillon , Se des Ducs de Nemourî. 

ôc de la Rochefoucauld 

Voici 



i l'Hlfioîre d'Anne d'Autriche, 3^7 

Voici à peu près ce que coiitenoic i^yi, 
erte Inftrudtîon de Gourvilie ^ ^ 
eft de lui-même que je l^aî fçù. 

Premièrement , M. le Prince ne 
ouloic plus traiter pafTe cette fois. Il 
romettoît finceremcnt d^éxccuter ce 
ui feroir accordé ; comme de même 

vouloit qu'on lui tint ce qu'on lui 
"omettroit. Il dtmandoit précifé- 
lent que le Cardinal Mazarin fortîc 
1 Royaume , & allât à Bouillon. 

II. Qiie M. le T>i\c d'Orléans , Se 

'.. le Prince , eu(Tent le pouvoir de 

ire la Paix générale, ôc que M, le 

ince pût envoyer en Efpagnc , ^ a- 

(ler le lieu de la Conférence. 

III. Il demandoit un Conieil coni- 

ifé de gens tels qu'ils en convien- 

' oient. Il vouloit reder les Finan- 

«s, Amniftie générale, de rccom- 

]nCe pour ceux qui les avoient fervis ; 

I s Grâces pour les Bourdeloîs , di- 

linution des Tailles de la Guienne , 

< grands avantages pour le Prince 

< Contî 5 pour le Duc de Nemours, 
u Gouvernement Se un Brevet de Prin- 

< pour le Duc de la Rochefoucault , 
lireil à celui du Duc de Bouillon Se 
c Guîmené , Se un Gouvernemcnc. 

oa 



3 jS* Mémoires four fervlr 

tS^.i, ou de l'Argent pour les Particuliers 
que Matiîn & du Dogiion fi?(îei 
Maréchaux de France, le Rétabiiir 
ment de M. de la Force dans le 
Gouvernement de Bergerac , & 
refte : moyennant quoi M. le Pl'ini 
prometroit de bonne foi de quitter 1 
Armes j. Ôc confentîr à tous ks ava 
tages du Cardinal , à fa jaftificatioi 
&c à fon retour en France dans m 
mois 5 dans le tems que le Princ( 
ayant ajufté les points de la Paix g 
nérale avec les Efpagnols , feroit i 
le lieu de la Conférence avec les l/. 
niftres , & promettoit de ne point fi 
ner la Paix q^u'après le retour < 
Cardinal, 

Le Cardinal écouta les Propofitio 
deGourville ôc y parut facile. Sa 
doute que cette facilité étoîc feint 
& qu'il efpera le remède de ce q 
pouvoir lui en déplaire , par les d 
jicultés qui naturellement dévoient 
trouver à les exécuter. Il arriva ' 
effet 5 que le Duc de Bouillon s'y o 
pofa auffi-tôt 5 ôc demanda , pour 1 
un Duché, qu'il de firoit qu'on rei 
j?ât des mains de M. le Prince, po 
Êaîre partie de fa. Recompenfe de S 

da 



â VHlfiolre à* Anne ilt Autriche. 559 
an. Cette demande arrêta la Né- r6/U 
;odatîon chîmcrique de Gourville j 
'< le Cardinal fe comcnca de le ren- 
^oier a M. le Prince , pour lui ex- 
jûfer cette difficulté, afin d'_y trouver 
lu remède. 

Comme les grands defîeins lont 
bu vent traverfés par les fantaifîes &c 
es incér.êts des particuliers, le Cardi- 
lal de Rets s^oppofa auflî à cette der- 
ûerc Négociation , parce qu'elle fc 
eroit faite fans lui., il crut que le 
Duc d'Orléans, .& M. le Prince , d- 
ant réunis à la Cour , il perdroit foii 
:rédit : que la Guerre qui apparem- 
iient éloîgneroît ou perdroit M. le 
Prince , le rendroît en ion particulier 
[c Maitre de l'efp^ît du Duc d'Orléans, 
3i que par là il le feroît confîdérer da- 
vantage. Chavignî fc joignit à lui pat* 
cet intérêt foit de concert avec lui , 
ou agifTant lui fcul 5 il détourna le 
Duc d'Orléans d'y pcnfer , parce qu'il 
ne vouloir point d'une Paix, qu'il 
n'auroit point faite , ni propofée. 

Dans cet c'tat, une Dame voulut a- 
voîr la gloire de décider de la deftî- 
née d'un grand Prince , & d'avoir 
part à la plus éclatante Affaire de 

l'Eu. 



3 6o JHemolres pour fervlr 
î^ji. l'£^ïi'opp » 4^1 ëtoic alors cette Paî 
de la Cour , qui paroiiToit devoir étr 
fuivie de la générale 5 c'eft à dire 
s'il eut e'té pofiible de la faire an 
Conditions qui avoient été propofée: 
Madame de Chatilîon haifloit Ma 
dame de Longueville: l'émulation d 
leur beauté , & du cœur du Duc d 
Nemours , qu'elles vouloient polTéde 
Tune & Tautre , faifoit leur haim 
Madame de Chatilîon avoit vangé 1 
Duc de la Rochefoucault. en ce qu'el 
le avoit emporté fur Madame de Lor 
gueville l'inclination de ce Prince : qii 
s'étoit donné entièrement à elle. Cet 
te belle Veuve ne haiifoit pas le Du- 
de Nemours : cette conquête lui plai 
foit; mais, alant toujours eu quelqui 
prétention fur les bonnes grâces di 
M. le Prince , elle n'ctoit pas fachéi 
non plus de conferver quelque domî 
nation fur Pefprit de ce Héros , qu( 
toute l'Europe eftimoit : fi bien qu'el 
le fit deffein de l'engager à laifTer con- 
duire cette Négociation par elle. Son 
delTein fut de faire la Paix, fans que 
Madame de Longueville y eût aucune 
part, ni par la gloire , ni par fcs in- 
térêcs j &, ne voulant pas faire de 

perfi- 



^ rnî^olre ^Anm S^ Autriche, zèi 
cifidic au Duc de Nemours, elle le l6^i^ 
n dx trouver bon , & rengagea de 
)mpre roue commerce avec Madame 
: Longueviile. Elle fe fervit du Duc 
i la Rochefoucaulr & de Tes pallions, 
)iir taire approuver fa conduite au 
Lie de Nemours , ôc pour prcffer 
r, le Prince de [q confiera elle, & 
vouloir écouter Tes confeils. Le 
K de la Rochcfoucanlt m'a dit , 
e la Jaloulie &c la Vengeance le fi- 
:it agir foigneulement, de qu'il fie 
i.it ce qu'elle voulut. Comme cec- 
iDame defiroit aufli fe faire riche, 
<e fçut tirer alors un prcfcnt de Mr. 
1 Prince, qui, pouffé à cette libéra* 
H nar (on jaloux Négociateur , 
1 donna en qualité de Parent , la 
'rre de Marlou, 5c fur tout un pou- 
^ir très ample de traiter la Paix avec 
liCardinal Mazarin, Elle alla donc 
ài Cour, Ôc y parut avec l'éclat que 
l devoit donner une fi grande appa- 
rice de crédit fur l'efprit de Mr. le 
r nce j mais, le Cardinal ne crut pas 
piîîble qu'elle pût être fi abfolue 
^utre(fe de fon fort. Il s'imagina, 
fon la raifon , que Mr. le Prince 
â^it voulu lui complaire, mais que 

de 



i^éz Afémoîres pour fertirr 
t ^J i» de tels Traitez ne fe pouvoient pas faîr 
de cette forte : où platôc il ne vouli 
pas faire la Paix dans le tcms, où 
ne l'auroîc pas faite ^{îcz avantagewj 
pour le Roi &: pour lui j mais, agii 
fantà fon ordinaire, il gagna du tem 
. te amufa le Prince de Condé , per 
dant qu'il faifoit la Guerre tout c 
bon en Guïenne , 6c que par tout L 
Armes du Roi étoient viâiorieufe 
Madame de Chaftillan revint à Pai 
pleine d'efpérances & de promelTe; 
& le Cardinal , plus habile & pi 
fin que fes Ennemis, tira de fa Nég( 
cîation un plus folide bien, qu'il n\ 
auroit reçu alors de PAccommod 
ment. 

Le \farecbal de Turcnnc , aîa 
avis que Mademoîfelle paffant p 
Etampes avoit voulu voir TArm 
des Princes en Bataille , fit march 
fes Troupes , & arriva au Fauxbou 
d'Etampes, avant que celles de 1'^^ 
m-ee qui etoit logée dans cette Vil 
fuffent en état de deffendre leur Q112 
tier. Il fut forcé 6c pillé, Mr. > 
Turenne & d'Hoquincourt fe rei 
rérentau leur, après avoir deffait m 
le ou douze cens Chtv*ux dts me 

leu 



i 



1 à l' Hîftoire â' Anne à' Autriche, ^6^ 
dmrs Troupes de Mr. le Prince, éci6^i. 
mené plufieurs Prîfonniers. Dans 
zs mêmes tems fe faifoienr pliilieurs 
légociatlons , ôc plufieurs \ oiages 
ar les Députez du Parlement vers le 
.oi\ tous demandans Péloicnement 
.! Miniftre j de , lelon les occiiren- 
is 3 ils étoient traités avec douceur , 
i rudeffe. 

L'heureux faccés d'Erampes fît ré- 
udrc le Cardinal de Tafl^éger avec 
ute l'Armée Roiale. Il y avoir lieu , 
)ur plufieurs raifons , d'en erpérer 
le bonne iiTue ; le deffcin en étoit 
au , 6c pouvoir faire voir aux En- 
mis de l'Etat, que le Roi ne man- 
loit pas de forces , ni fou Pv iniftre 
courage: mais le Duc de Lorraine 
t arrêter ce dtlleîn. Il y avoit 
g tem.s que les Princes l'attendoîcnt 
ce impatience , & le MiniRre avoit 
péché ce fccours par quelque Ac- 
rnodemiCnt, qu'il prétcndoit avoir 
t avec ce Duc ; mais fa légèreté or- 
riaîre ne pût le fixera ce qiv pcur- 
c lui auroit été plus avantageux. Il 
t avec fes Troupes, qui campèrent 
es de Paris : elles firent de grands 
fordres , &i furent à quelques uns 



3 ^4 A^emoireJ pour fervlr 
i6ji, de très juftes chatimens de leurs fai 
tes. Ils n'ofcrent s'en plaindre : 
crimes volontaires rendent d'ordina 
les hommes plus patiens , que la PI 
lofophie des plus feveres Stoiques. 
Le peuple ayant demandé à THô . 
de Ville que la ChalTe de Sainte C 
nevieve fût defcenduë , & portée . 
Procefîlon y pour chalTer le Mazari , 
<& avoir la Paix , la Procelîîon fe : 
avec la Cérémonie ordinaire. P • 
dant cette picufe a6tion , Mr. le Pr • 
ce , pour gagner le Peuple , & fe f a ; 
Roy des Halles aufîî-bîen que le E : 
de Bcaufort , fe tint dans les Rues : 
parmi la Populace , lorfque le I : 
d'Orléans ôc tout le monde étoit î i 
fenêtres , pour voir pafler la Proi • 
fîon. Quand les Chafles vinren ï 
palier, Monfieur le Prince couru i 
toutes , avec une humble & appare e 
dévotion , faifant baifer (on Cha^ 
let 5 Ôc faifant toutes les grimaces (| 
les bonnes Femmes ont accoutumé 
faire ; mais quand celle de Ste. Gçj 
vîeve vint à pa(îer , alors comme 
forcené , après s'être mis à gen( x 
dans la Rue* , il courut fe jetrer er 
les Prêtres & baifant cent fois c<e 

faite 



k l'Hiftolre (i*Anne à' Autriche^ 3 6^ 
LÎnce Chafle , il lui fie baifer encore iC^%, 
)n Chapeliet , 6^ fe retira avec Pap- 
audifTemenc du Peuple. Ils crioient 
,»us après lui, difanr, Ha ! le bon Prin^ 
! Et qu'il efi dévot \ Le Duc de 
raufort , que Mr. le Prince avoir 
focié à cette feinte dévotion , en fie 
■ même , & tous deux reçurent de 
andes bénédictions , qui , n'étant 
s accompagnées de celles du Ciel ^ 
ir dévoient être funeftes fur la Ter- 
1 Cetie /lébion parut étrange à 
us ceux qui la virent. Il fut aifé 
en deviner le motif qui n'étoit 
js obligeant pour le Roy , mais il ne 
1 fit pas grand mal. 
Le Roi , qui alors recevoît de con, 
t uelles Dépurations du Parlement , 
lant par une Réponfe écrite témoig- 
defirer de contenter fes Peuples , 
montré de vouloir faire quelques 
férencesfur ce fujet, avoir ordon- 
iqu'on dépurât tour de nouveau les 
mes Dépurés. L'Affaire à leur re- 
t'ir ayant été mife en délibération 
dis la Compagnie en prefence des 
fnces, il fut dit que les deux Dé- 
fiés , les Préfidens de Maifons , & 
i Nçmond > retourneroicnt vers le 

Q. i Roi. 



^66 A΀?noîres pokr fervîr 
i^f 1, ^°^'* ^^^ partirent le 1 5.de Juin po 
Melun, 6c deux jours auparavant ( 
avoîc accordé entre le Roi d'une par 
le Duc de Lorraine & les Princes 
l'autre 5 une Sufpenfion d'Armes de 
jours, afin de travailler à la Paix. 

Il y eut quelque Difpute entre h 
le Prince , & le Duc de Lorraîn{ 
touchant leurs rangs , mais le dern • 
fembla s'en relâcher j & , comme . 
traitoit avec tous, il traicoic aufïi x : 
le Roi. Lui , qui ne cherchoit c 
Tes iiatéréts , prit ce parti, comme - 
lui dans lequel il devoit trouver 5 
avantages. Les chofes étant en 1 1 
état, S^ le Duc de Lorraine et; t 
dans Ton Armée, le Roi fit approc r 
la fiennc pour l'obliger à conclu , 
ou à combatre. Le Roi en me i 
tems écrivit au Roi d'Angleterre , : 
le pria comme Ton bon Frère, qui - 
fîroît le Bien pubh'c &: la Paix 
nérale , d'aller voir ce Duc , 
l'obliger à le venir trouver. Le ] 
d'Angleterre, qui étoit à Paris, \ 
tic aufîicôt , quoiqu'il vît clairem 
qu'ail derobligeoir Ton Oncle le I 
d'Orléans, de s'ea alla au Camp ^ 

lie 



à fHîfioîre d'Anne d'Autriche, 5^7 
uc àt Lorraine 5 qui étoic à trois 1652. 
znts de Paris. Il trouva en arrivant 
le les deux Armées fe battoient , &: 
leTAvanr-garde du Roi coramencoic 
ja d^ataquer les Troupes Lorraî- 
s. Le Roi d'Angleterre 5 qui étoic 
, pour parler de Paix , s'arrêta tout 
uirt, & manda au Duc de Lorraine, 
('il étoît venu pour travailler à le 
rttre d'acord avec le Roi, & qu'il 
îtonnoit de trouver les chofcs en cet 
i t. Le Duc, le venant aufTicôt trou- 
\', lui témoigna en être aufli furprîs 
celui ; &, foit en effet, ou en ap- 
f :ence, il {c plaignit de la Cour , di- 
i; t qu'on l'amufoit par des Négocia- 
nis & des Traités de Paix , & que ce- 
pidant on l'attaquoit par force. Dans 
cmêmc moment , Beanjeu arriva de 
iipart du Roi, qui aifùra le Duc de , 
raine , que cette Attaque n'éroîr 
que pour le Forcer à s'accommo- 
[4 & fupplîa le Roi d'Angleterre 
ravaîiler à la Paix. On mit pa- 
le fur table & ce jour Samedi 15. 
n , venant fur le 1 6. on fit un Ac- 
modemcnt qui parut plus avanta- 
IX au Roi qu'à ce Prince 5 car , il 



3^8 Mémoires four [ervlt 
j^y2, ^^^ ^^^^ point d'autre profit que i 
s'en retourner fans aucune perte. 

La rage du Peuple & la colère c3 
Pdnces fut grande , quand ils vire 
TefFec de cette Négociation, l 
Bourgeois de Paris témoi^noient 
l'amour aux Ennemis du Roi^ & 
la haine à Tes amis , ou à ceux ( 
celToient de l'être , tant cette V: 
étoit alors éloignée des fentimcns ( 
de bons Sujets doivent avoir p< 
leurs Souverains. Lorfque le I 
de Lorraine ctoit arrivé dans o 
Ville mutine ^ & qu'il avoît entei 
les cris de joye que le Peuple jette 
Ton arrivée , il avoît dit u'il n 
jamais cru pouvoir entrer dans P 
coirr.ne Eiii-icmi du Roy , 6c y 
auiii bien reçu qu'il l'étoir. 

Eafuite de cet Accommodemc 
Mr. le Prince fe réfol ut d'aller à 
Armée , de peur que celle du Ro; 
l'attaquât en chemin. L'ayant i 
d'Etampes , il la rejoignit à Lin: 
& la mena loger vers Villejuifve j 
à St. Cloud , où elle fut zS^z 1 
tems. J'étoîs demeurée jufqu'* 
dans Paris , ou l'abfence de la R 



1 il'Hlftoîre à* Anne à' Autriche^ 5 69 

la vue de la Révolte m'avoît in- i6j2, 

tmmodée j mais , façhanc la Cour 

St. Denis , je fis refoliirion d'y aller 

m'échaper de Paris , d'où il étoit 

((ïîcile de forcir fans quelque péril, 

iraufe que les portes étoîent gardées, 

le fis 5 à l'aide d'un CarofTc de Ma- 

cnoifelle , qui me mena julqaes à 

(laliot : puis de là je fus efcortée par 

I )n Frère , lequel , étant venu de S. 

Jnis pour me quérir , avoic été re- 

cinoître les endroits par où nous 

{avions pafTer; & quoique ce jour 

cis les environs de Paris fuiTent cou- 

\ ts des Troupes du Roi ^ de Mon- 

£ir le Prince , nous pafiâmes heureu- 

fnent par un chemin de craverfe, & 

aimes rcjoindee la Cour qu'il y avoit 

I<:g-tems que j'avois quittée. Nous 

.Auvâmes que l'Armée étoit occupée 

j^fler la Rivière , pour aller battre 

Ennemis à St. Cloud , où ils 

IJienc encore ; mais Mr. le Cârdi- 

ayanc eu avis qu'ils quittoient ce 

e j & qu'ils marchoicnt cette nuic 

premier au fécond , pour aller à 

rcnton , fit auffî-tôt repalTer nôtre 

ée pour prendre cette même roii- 

0.4 te. 



37^ Mémoires pour fervlr 

I ^5 1. te , & nous vîmes de nos fenêtres , 1 
matin à notre réveil à Sr* Denis , le 
dernières Troupes de l'Arriere-gard 
iîler vers Paris , pour aller attaque 
celles des Princes que la nôtre rencoi 
tra vers le Fauxbour^ de Saint-Ma 
tin, tirant vers celui de Saint Anto 
ne. 

D'autre côté , Mr. le Prince v 

iant 1^ Armée du Roi groflie c 

Troupes du Maréchal de la Fercé , 

qu'il ne pouvoit faire pafler la Tien 

par Paris comme il l'avoir cfpér 

pour s'aller poîler dans cette lang 

de terre qui fait la jondion de 

Marne avec la Seine, fut obligé de 

faire marcher à l'entrée de la nuît 

I . de Juillet i & pour arriver fûrem 

où il vouloir aller, avant que l'Arn 

du Roi le pût joindre , il les fît \ 

fer par le Cours &c par le dehors 

la Ville , qui étoit ce même cher 

que nous avions pris peu d'heures 

paravant ^ où nous penfames renc 

ter , & paffer avec les premières Tï 

pes de fon Avant-garde. Ceft 

terrible Avanture pour une Feu 

poltronne , que de fe voir en t 

compagnie ^ mais, comme fes { 

m 



a VHlflêiré d'Anne d'Autriche. 374 

larchoîent en ordre, & que leurs Of- i ^j2, 

ciers étoient à leur tête, il ne nous 

Liroîent pas fait de mal. Il faut dire 

liïi 5 à la louange de tous , que ja- 

uaîs il n'y a €u de Guerre, qui fc 

)!C faite avec moins d'animofiLé. 

'DUS avons ouf &c vu des menaces, 

"S infolenccs j & des crieries, mêmes 

Miiauvaifes Aètions ; mais, non pas 

s Maflacres & Barbaries, que nous 

ons dans les Hiftoires , & que le» 

itres Révoltes ont produites. Ces 

curons de Mr. le Prince, car ils pa- 

iffoicnt tels croianr toujours qu'on 

jr ouvriroit quelqu'une des Portes^ 

.fTérent en cotoîant Paris, depuis la 

)rte Saint-Honoré , jufques à celle 

' Saint Antoine , pour prendre le 

'.emin que j'ai marqué. Je ne con- 

;[S le péril, 01^ j'avois été , qu'après 

ii'il fut padé , ic que le lendemain 

I grand marin je me vis reveillée du 

uit des Tambours de l'Armée du 

-DÎ, qui félon que je l'ai déjà dit al- 

.ir à celle de Mr, le Prince pour la 

' tiibattre. Dans ce dcffcin , on fit 

;ler le Roi à Cliaronne. Il fe plaça 

r un petit coteau, afin qu'il pûc 

m de ce lieu une A^tîoa qui devoit 

Q^ 5 êae 



^ji Jlfemolres pour fervlr 
i(?j2, être félon toutesles apparences lapert 
de Mr. le Prince , & la ruine d 
Parti rebelle, avec la fin de laGueri 
Civile. 

La Reine fe leva ce jour- là de gran 

^^^' matin , 6c alla aux Carmélites '^ , pa 

duCon f^^* ^^^ pieds des Autels une fi impo 

venc de tante journée. Je fus Ty trouva 

Se. De- auffi-tôt , avec Pémotion éc le batt 

^^^* ment de cœur qu^on dcvoit avoir da 

une pareille occafion , où l'on voyc 

de {\ prés la perce inévitable de ta 

de braves gens , qui compofoient c 

. deux Partis. Là , elle fçut aulîî-t 

que Saint Megrin , pour avoir eu tr 

de chaleur, & s'être trop précipit 

avoit éîé tué dans une Rue étroit 

où il avoit imprudemment fait aval 

cer la Compagnie de Chevaux- Legt 

du Roî qu'il commandoir. Le Foli| 

loux 5 Enfcigne des Gardes de la Ri 

ne 3 y fut tué aufii. Mancinî , ^] 

veu du Cardinal Mazarin , brave 

jeune & déjà honnête homme , y 'il 

blefie à mort : il paya de fa vie ^ 

jfon fans l^ malheur de (on Oncll 

qui paroi (Toit être le prétexte de ce 

injuftc Guerre. La Reine les regref 

m^i. îiifîninxenc j ^^ comme il 

El 



à VHiftoîre à Anne à' Autriche, 3 7,5 
:>loit qu'ils étoîent tués à fes yeux léji. 
;lle en parut beaucoup plus touchée , 
:|ue dans les autres occafions où le Roi 
5i elle avoîent perdu de bons Servî- 
:ears. Cette PrinceflTe fu.t toujours 
rendant ce Combat à genoux devant 
le Saint Sacrement ^ excepté les mo- 
yens qu'elle recevoit des Couriers qui 
lafaifoient aller à la Grille aprendre la 
inort de quelqu'un du Parti du Roî» 
Sa fouffrance fut grande, pulfqae je 
puis dire que le crime de fes ennemis 
n'effaçoît point en elle le regret qu'elle 
avoit de leur perte : elle fenroit de la 
doulenr pour ceux qui mouroient pour 
le Service du Roy ; & ceux, qui périf- 
foient dans le Parti contraire, avoîenc 
encore quelque part à fa piété. Je vis 
fes peines : car j'eus l'honneur d'être 
feule auprès d'elle prefque tout le jour. 
Madame de Senecey., quil'avoit fuivie, 
fe trouva mal : elle demeura toujours 
dans une Cellule du Couvent _, fans ap- 
procher de la Reine j mais, la Prin- 
celTe Palatine la vint tiouver fur le 
foir de ce terrible jour. Mr. le Prince 
y acquît une éclatante Gloire, par les 
belles actions que fa valeur lui fit fai- 
re j, par fa conduite qui fut eftimée & 

(ié louée 



574 Jïdemolres pour fervlr 
léji. loliéc dans tous les deux Partis, & pai 
l'avantage qu'il eut de ne pas périr lu 
&i toutes fes Troupes , comme fcloi 
toutes les maximes de la Guerre , à c< 
que dirent les plus vaillans , devoi 
arriver. Il ne fut attaqué que dans h 
moment qu^il fe put fervir des retran 
chemens que les Bourgeois du Faux 
bour^ Saint Antoine avoient faits 
pour les garantir d'être pillés des Trou 
pes du Duc de Lorraine ; & ce bon 
heur fut ce qui le fauva , en lui don 
nant le moyen d^employer à fàdefFenf 
le grand cœur de cette extrême capacî li 
té qui le rendoit un des plus grand 
Capitaines qui ait été dans TEuropel 
Heureux en toute manière , s^il n'avoi 
point terni par fa Révolte les grand 
Services qu'il a rendus à la France , 
laquelle on peut dire qu'il a fait beaul 
coup de bien , & beaucoup de mal. li 
Le Duc de Nemours , qui combar 
rît toujours auprès du Prince de Con 
dé, eut treize coups fur lui ou dans (à 
armes. On vint dire à la Reine , qur 
étoit mort. Je remarquai qu'elle ei 
la bonté de le rec^retter , comme 
Ennemi qui avoit du mérite , &C ej 
qui même elU croioic d'aûTez bonnt 



I» 



à r Ht fi olre d'Anne d'Autriche, 575 
intentions pour la Paix. Le Duc de i(?ji, 
la Rocliefoucaulc y reçût une Mouf- 
quetade y qui lui perça le vifage au 
delTous des yeux , dont à l'inftant il 
perdît quafî la vue*. On vit le jeune 
Prince de Mardllac , Ton Fils , le ra- 
mener au travers de Paris dans cet ctat 
pitoyable , qui lui faifoit voir en fa 
propre perfonne. Terreur univerfelledc 
tous les hommes , qui pour Tordinaire 
trouvent leur perte où ils ont cru trou- 
ver leur bonheur, lia depuis recou- 
vré la vue j Se à peu prés dans le mê- 
me tems fa raifon lui a fait connoitre , 
qu encore que l'aveuglement de Pâme 
paroiffe accompagné de quelques char- 
mes , il efl: pire que celui des yeux , ôc 
nous caufe des maux bien plus vérita- 
bles. Je lui ay oui dire depuis à lui- 
même 5 admirant Papplîcatîon qu^il 
avoir eiie à ce qui fe pafTbit alors , 
qu'en Térat ou il étoit , fa feule penf je 
fut de faire pitié au Peuple ^ par Phor- 
reur de fa bletfure » ôc que depuis la 
Porte Saint Antoine jufqu'à PHôtel de 
Liancourt , où il fut porté , il parla 
continuellement à tous ceux que la 
çompailîjn obligeoît de s'irréter à le 
regarder, les exhortant d'aller fecourîr 

Q,7 Moii* 



3 7 <> A^femo'ires four fervîr 
^*^-î^* Monfieur le Prince, ce qui peut-être 
ne lui fut pas nuifîble. Le Duc de 
Navailles, qui commandoic les Trou- 
pes du Roi du côté de Piquepuce . 
après les avoir portées avantagcufement. 
poufTa celles de Monfieur le Prince , & 
ce fut là où furent tués , & blefés tani 
de perfonnes de marque , tous brave: 
gens ^ de mérite & entre autres Flama- 
rin 5 qui fut un des plus regrettés. 

Les Parifiens jufques alors avoieni 
été Spectateurs paifîbles de ce granc 
Combat : une partie étoit gagnée pai 
les Serviteurs du Roi- & même onij 
dit que les Officiers de la Colonelle 
' qu? étoit alors en garde à la Porte Sti 

Ànro'ne, étoîent du nombre, car il 
empêchoienr de fortir & d'entrer dan 
la Vii'e. Ll' Duc d^'Orleans étoît ai 
Luxembouig obfedé par le CardinaJ 
de Retz, qui vo^loit fe dé aire di 
Prince de Condé , S< lelaiflci périr 
Il difolc qu'il avoît fait Ton accommo-i 
dément avec la Cour , ^ que Je C.om-i 
bar ctoîr vne ( cméd-'c. Ce Prince 
demeuroit occupé de Tes doutes , 
• ne faiïoit nul effort pour fêconrir Mi 
le Pnnce. Madcmoiftlle, voîant cett^ 
perplexité , le vinc réveiller > en lui 



IàrHîftoîre d'Ame (^Autriche, 377 \ 
(reprefentanc fortement fon devoir , & 16 ^i 
robligatîon où rhonneur & le fang 
l'engageoient enverrs celui qui hazar- 
doit fa vie & celle de fes amis pour la 
caufè commune. Elle lui dit que les 
bleffés & les mourans , qu*on rappor- 
toit du Combat , faifbicnt aflez & trop 
funeftement voir , que Mr. le Prince 
n'avoît point fait Ion accommodement 
fans lui. Enfin , le Duc d'Orléans fe 
laiiTa toucher à (es perfuafions. Elle 
alla porter fes ordres à THôtel de Vil- 
le , pour faire prendre les armes aux 
Bourgeois, De là , elle alla voir le 
Combat de detfus les Tours de la Baf- 
tille : on a même crû qu'elle comman- 
da au Gouverneur de faire tirer le Ca- 
non fur les Troupes du Roi j mais 
elle m^a dépuis dit que cela n avoit 
point été fait par fbn ordre. Je fçay 
pourtant que le Roy & la Reine en 
furent perfuadés , & peuf-én*e que ce 
fur avec raifon. Qiioîqu'il en foît y 
elle alla elle-même à la Porte de Saint- 
Antoine , difpofer non - feulement 
tous les Bourgeois à recevoir Mr. le 
Prince &: fon Armée : mais encore à 
fortir 'S: combattre pour luû Elle fit 
ouvrir les Portes ;> 5c ammanc les Bour- 
geois 



3 7 s 2idêmoires pour Jervlr 
i^ji. geois à le favorifer, elle le faiiva & 
l'empêcha de périr j ce qui étoit indu- 
bitable, s'il fut demeuré plus long- 
tems expofé aux Forces du Roi , & à 
la vaillance des nôtres. Tanr de gens 
de qualité , que Ton rapportoit du 
Combat ou morts ou bleffés , achevè- 
rent par cet objet d'émouvoir le Peu- 
ple en faveur de Mr, le Prince. Il hit 
donc reçu en triomphe , & entra dans 
la Ville, l'cpée à la main , & vérita- 
blement couvert de fang & de pou& 
fîere. il fut loiié <5^ reçut mille béné- 
didtions de tout le Peuple. 

Le Mïnîftre , voiant que le Canon 
de laBaftille avoit criminellement tiré 
fur les Troupes du Roi , les fie fage- 
ment retirer ; & quoi que cette jour- 
née ne lui fût pas favorable , commt 
îl avoir eu lieu de l'efpércr , il ne 
montra point de fe laiifer abâtre à la 
roauvaife fortune, & fouffrit la perte 
de fon Neveu avec une eonftance très 
grande ; quoi qu'il en fut en effet fen- 
fiblcment affligé. 

Moniieur le Prince , & Mademol- 
feîle, qui en ce jour firent chacun de 
leur côté des Adions mémorables, fu- 
secnt tous deux à plaindre, d'être en* 

gagez 



k l'Hiflolre d'Anne d'Autriche, 3 79 
7a^ez à foutenîr une injuftc Guerre, i^ji* 
qui les priva des louanges qu'en une 
autre occa(îon ils auroient méritées. 
J'aurois un grand plaifir à leur en pou- 
voir donner autant qu'en ce cas ils en 
mériteroient 5 s'ils avoient combattu 
pour une Caufe légitime ; mais, une 
bonne Françoife n'en peut pas dire 
dat^antagc. 

Le foir de ce grand jour , la Reine' 
fut occupée au foin de fecourir les Sol- 
dats blelTés , qu'on avoit apportez à 
Saint-Denis, pendant & après le Com- 
bat.- On. fit une Infirmerie de la Halle 
& de la grande Salle de l'Abbaîe; maïs, 
on eut de la peine à trouver aiTcz de 
paille pour les coucher , Se des bouil- 
lons pour les nourir, J'étoîs logée 
dans la grande Chambre au deffus de 
cet Appartement, faute de logis 5 je 
n'avois pas eu le loifir d'aller coucher 
dans le Monaftere des Filles de Sainte 
Marie , où elles n'étoient pas, &c que 
la Reine m'avoit fait marquer le foir 
précèdent. Aînfi , il m'y fallut de- 
meurer encore la nuit. Le lendemain, 
fortant de cette Chambre , je pafiTaî 
dans cette Sale , où je vis beaucoup 
de blelTés, dont la plus grande partie 

fe 



j 



3 8 ô Mémoires pour fervî y 
i^/i» fe mouroîenti mais , quafi tous de- 
mandoîent à manger avec une avidité 
non-pareille , & pas un ne penfoit à fon 
falut. Ce tableau de la mifere humaine 
me fit faire quelque lamentations fur 
le malheur de la Guerre ^ mais en- 
fin il n'y a rien dans la Cité que le 
Seigneur n'ave fait : il tire fa j^loire de 
tout 3 &c en toutes choies il faut tou- 
jours dire , Gloria in exceljîs Deo, 

Les Négociations des Particuliers 
qui agiflbient par intérêt recommen- 
cèrent ; mais Mr. le Prince par le bon 
état de fes affaires ne vouloir plus de 
Paix. Le Cardinal ce jour là reçut 
par moi un Billet de Longœuil , qui 
par les ordres de Chavigni renouvel- 
loît au Cardinal la Propofiiion d'aller 
à la Paix générale. Il la goûta de 
telle forte alors que le Pue de Bouil- 
lon me vint trouver de fa part dans la 
Chambre de la Reine , & mé deman- 
da avec empreflemcnt fi Longœuil par- 
loit ds la part du Prince de Condé ? 
Je lui dis qu*ouï , parce que je le cro- 
yois ainfi ; mais après que j'eus écrit à 
Longœuil je vis bien que non , à cau- 
fe qu'il ne me fit pas de réponfe pofitî- 
ve. En agiflant de cette manière, il 

fui voit 



à l'Hlfiolre £Anne d' Autriche, 3 S i 

uivoit fon naturel j car, comme je \é^i, 

enfe l'avoir déjà dit , il cntamoit 

toujours de nouvelles matières, & ne 

ur donnoic point de forme , ni de 

n. 

Chavîgnî , qui s'etoît alors racom- 
odé avec le Prince de Condé , Se 
DUS ceux de c£ Parti , furent d'Avis 
fl[u'il profitât de la bonne dirpofîtion 
où le Peuple paroiiïbit être pour lui. 
Is propoférent une Airemblée à l'Hô- 
tel de Ville, pour y faire rcconoître le 
uc d'Otleans Lieutenant Général de 
Couronne de France ; qu'en fuitte 
n s'uniroit inféparablement , pour 
procurer Teloignement du Cardinal, 
qu'on pourvoiroit le Duc de Bcaufort 
du Gouvernement de Paris , en la 
place du Maréchal de l'Hôpital ; & 
qu'on établiroît BroulTel Prévôt des 
Marchands au lieu de le _Febvre : 
mais cette AlTcmblée , dont on croioit 
tirer de fi grands avantages, fut une des 
prmcipalescaufesde la ruine de cePar- 
-, ti, dont le crédit diminua vifiblement 
après une violence horrible qui fe fit 
en cette occafion,^: penfa faire périr 
tout ce qui fe trouva à l'Hôtel de Ville. 
Dieu» qui vouloit regarder la France 

en 



3 s 1 Mémoires four f rvtr 
î 6 j 1 . en pitié, fit perdre à Mr. le Prince par [1 
cette voie tous les avantages que le Faux- 
bourg S . Antoine lui avoit donnez.Lors 
que rAffemblée fe tenoît , on fufcita! 
une troupe compofée de toutes fortes 
de gens armez, qui vinrent crier aux 
Portes de la Maifon de Ville , qu'il 
falloit qu'on leur livrât à Theure mê- 
me tous les Amis du Cardinal Maza- 
rin. Se que tout paiTât félon les vo- 
■ lontez de Monfieur le Prince. 

D'abord , on crut que ce bruit n'e- 
toit qu'un effet ordinaire de l'impatien- 
ce du menu Peuple ; mais , quand 
ceux qui étoient affemblez virent que 
la foule, le bruit, ôc le tumulte aug- 
mcntoient , qu'on mettoit le feu auX! 
portes , Se qu'on tîroît aux fenêtres, 
alors ils fe crurent tous perdus. Plu- 
fieurs, pour éviter le feu , s'cxpofe- 
rent à la fureur du Peuple, Se beau- 
coup de gens y furent tuez de toutes 
forces de conditions , & de tous les 
Partis. Voilà la feule fois que cette 
Guerre Civile a produit des Aâ:ions 
de cruauté; mais celle là, comme telle, 
en fut aufîî le remède. J'étois auprès 
de la Reine à Saint Denis, quand on 
lui vint dire cette Nouvelle. On y 

ajouta 



à l'H'iftolre à* Anne d'Autriche. 585 
ajouta que THôtel de Ville écoit en iC^ii 
feu 3 & toute la \ ille à feu d>c à fang j 
ce qui peu d'heures après ne fe trouva 
pas tout' à-fait véritable, La Reine 
apprît ce funefte accident , ôc le fentit 
avscrhprreur que meritoit un tel de- 
Tordre. Chacun de nous fit des vœux 
pour le falut de cette Ville , où la con- 
fusion étoit (î grande , &c que nous re- 
gardions enfin , avec cet amour que 
l'on doit avoir pour fa Patrie. 

Qiielques jours après le feu de l'Hô- 
tel de Ville , je partis de Saint Denis , 
pour m*en aller à la campagne palfer le 
rems fâcheux de la Guerre , où j'atten- 
dis paisiblement que la Paix fût faite , 
pour revenir à la Cour. On ne pou- 
voit vivre à Saint dénis, qu'en allant 
au fourage : & je n'avoîs pas a fiez de 
valetspoury êtrefcrvie commodément: 
par cette raifon je me privai moi-même 
de la prefence de la Reine, qui faifoic 
toujours toute ma joye. J'ai lieu de 
croire qu'en la quittant , je perdis auf. 
fi ce favorable moment de la fortune , 
qui ne revient prefque jamais, quand 
on eft aflfez malheureux pour le lai (Ter 
échapper. Le Miniftre mêdîtoit une 
rolontaire abfence ^ pour ôter aux 

Prin- 



384 Jl<femolres pour fervtr 

îGji, Princes & aux Peuples, le prétexte di 
Mazarîn; ôc me voiant alors auprès di 
la Reine, la feule en qui il pût prendn 
quelque confiance , il me demanda ui 
jour, fans préambule, ni fans me riei 
expliquer , ce que je defirois pour êtn 
fatisfaite? Moi^quin^'avoîs dans refpri 
que les horreurs delà Guerre» &qu 
en voulois fuir les incomoditez, je lu 
répondis imprudemment que je m'ei 
alloîs en Normandie, qu il n'étoit pa 
tems qu'il penfât à moi, ôc qu'à loi 
retour j'efpérois qu'il ne m'oublieroi 
pas. Je ne m'aperçus de la faute qud 
j'avois faire, & de fon deffein, qu'a- 
près que je-fus partie. J'en reçus hl 
punition que je mëritoîs 5 car, encore 
qu'il eût fujet d'écre content de msj 
Conduite, il me fit connoitrc enfuitc.i 
que les hommes ne penfent à bien 
faire, que félon leurs befoins, ou leur! 
fantaifics. Je laiiïai la Reine dans dd 
grandes efpéranccs de pouvoir vaîncr< 
bientôt fcs Ennemis, par les intelli- 
gences qu'elle & fon Miniflre avoîei 
dans Paris 5 ôc ce qui étoit arrivé 
l'Hôtel de ^« ille en paroifioit une puiCI 
fànre raifbn. Je vis même, avant que 
départir, quelques Préfidens du Par- 



à VHlfiolre d'Anne d'Autriche. 385 
emenc , qui fe vinrent rendre auprès ^^S^* 
lu Roi ; les fages de cette Compagnie, 
lont les intentions en gênerai n^'a» 
'oient point été fans doute déterminé- ' 
nent criminelles , reprenant des lu- 
nieres plus conformes à la raifon , fè 
;uerirent de l'entouiîarme de vouloir 
eformer l'Etat. Ils fe féparerent des 
lus faâ:îeux j Se peu après fe retirant 
uafî tous de Paris , fe rangèrent à 
^ur devoir , & firent voir , que les 
rançois ne font pas (\ infidèles en ef- 
:^t , qu'ils le paroifTenc quelques fois. 
Un chacun demandoit la caufe & la 
3urce de ce qui s'étoit fait à l'Hôtel 
e Ville, non - feulement on ne la 
fUt pas à St. Denis, mais on ignore 
iicore qui eft celui qui a pu autorifer 
ne a6lion fi barbare , qu'on a toû- 
)urs attribuée à Mr. le Prince plus 
u'à aucun autre. Mais ceux , qui en 
sulcnt juger plus favorablement , 
:oyent que Mr. le Duc d'Orléans S<, 
Ir. le Prince , s'étoîent tous deux fer- 
is de l'entrcmife du De de Beauforr , 
our faire peur à ceux qui étoicnt 
our le Roi , &c que les ordres de ce 
rince étant mal donnes , ou mal en- 
;ndus, le mal fut plus grand qu'ils 

n'avoicnt 



3 ^ ^ Mémoires pour fervîr 

j^-^^n'avoienc voulu , & les intention 

moins terribles 6c moins pernicieufc 

qu'elles ne parurent par les effets. C 

qui le devoit pcrfuader à tous , fut qi 

Mr. le Prince fit ce qu'il put e 

cette occafîon pour empêcher Tau^ 

mentation du mal j mais , cela n'e 

faça nullement Timpreflion que cet 

violence fit dans tous les efprits , ] 

la haine qui la devoit fuivre. Par < 

foupçon incertain , la puifTancc d 

Princes devint en horreur aux gens < 

bien , (Se les yeux de tous s'ouvrirc 

. pour voir le malheur où leur R' 

volte les engageoit : la jufte & dou 

domination de leur Souverain lei 

parut un bien ineflimable ; & ils 

rent deilein de la rechercher comn 

leur unique bonheur. Cependant 1 

Princes , ne croyant pas être fi prés < 

la fin de leur puiffancc qu'ils Tétoîe 

en effet , ne pcnf oient qu'à Tétabl 

par de nouveaux moyens. 

Ils propoferent de créer un Confc 
comporc des Princes du Sang & < 
Chancelier Seguier , à qui la per 
des Sceaux avoir fait perdre la p 
tience. On y ajoûtoit les Princes « 
leur Parti ,. les Ducs 6c Pairs, Mar 



kVHlftoîre â* Ame d* Autriche, 3S7 
:haux de France, & Officiers gêné- i^Ji^ 
^aux, deux Prélidens du Parlement, 
&: le Prévôt des Marchands ^ pour 
uger définitivement de tout ce qui 
:oncernoît la Guerre & la Police. 
Mais, ce defTein leur réiiiîit aulïi mal 
juc l'autre; car il eut des fuites très 
uneftes , en ce que le Duc de Ne- 
nours, 6c le Duc de Beau fort , déjà 
laturellemcnt ennemis , quoi que 
5eau-Freres , fe querellèrent tout de 
louveau pour les rangs, èc fe batti-^ 
ent à Paris derrière l'Hôtel de Ven- 
orne à coups de Piftolet. Le Duc 
e Nemours attira fur lui la colère 
lU Ciel, en ce qu'il força le Duc de 
leaufort à ce Combat. Il y fut tué, 
'<, fa mort fut pleurée de tous ceux 
[uî connoiiToient le mérite de ce 
Mnce , infiniment aimable , & doiic ^ 
le beaucoup de belles qualitez. Ce 
le fut pas fans fu jet, que je vis la 
leine regretter fa perte, quand à la 
ournée de St. Antoine elle le crut 
nort ; car il en âvoit ufé fî généreu- 
ement à Pégard du Roi, qu'il avoîc 
iiandc au Miniftre , que fes préten- 
tions n'empêcheroîent point la Paix, 
& qu'il renonçoit dç bon caur à tous 



388 Memolrîs pour fervir 
j^o'ies avantages, pour rcnrrer dans /on 
devoir , donc il ne s'etoic écai-té que 
par malheur , ôr par l'engagcmeni 
d'Amitié où il s'etoît trouvé avec 
Mr. le Prince. Le Duc de la Roche- 
foucatik m'a dit depuis y qu'il y avoii 
renoncé auffi, quoi que dans le vra 
on ait eu fujet de croire ^ qu'il n'é- 
toit pas indiffèrent aux Articles qu 
fe propofoîent toujours pour lui, lor. 
^u'on parloir de Paix. 

Depuh ces Defordres , PAutoritc 
du Roi commença à reprendre de 
forces, & celles des Princes diminua; 
tout-à-faîr. Le Prince de Condé 
n'aiant plus fes deux Amis, les Duc 
de Nemours , & de la Rochefou 
cauk, qui le poufiToient toujours i 
i'Accommodemcnr 5 fêlai (Ta enfin en 
gager avec les Efpagnols , d'autan 
plus que h adamc de Longueville l'er 
prefToit. Il fc voïoit liai dans Pari: 
depuis le feu de l'Hôtel de Ville. I 
étoît tenté par les belles promeifes de: 
Etrangers ; & les charmes de Mad, 
de Chatillon qu'il ne hailToît pas 
n'eurent point afïez de forces poU] 
l'empêcher de s'embarquer avec eux 
Il fie néanmoins dans ces dernier 

ccm! 



a VH*fioirç d'Ame (C Autriche. 38^ 
ems quelque fcmblant de vouloir i^;V* 
raiteravccle Mîniiliej mais, il pic- 
loit en effet fes iTiefures j^onr la 
jucn-e. Il offrit au Duc de la Ro- 
lieFoucault le ir«ême Emploi du Duc 
le Ncinours : il ne Tacccfta point, à 
aufe de fa blciîûre 5 qi7i le meiisçoîc 
ncore alors <ie perdre la vue j fi bien 
ne le Commandement àc VAxvr^éc 
n donné au Prince de Tareme, Fils 
u Duc de la Trimcuille. Eile étoic 
ans Paris 5 n'ôfsnt tenir la Cam- 
îgne 5 & une fî n auvaife Compa» 
nie faîfoit haïr davantage Mr. le 
rince , dont les Affaires cmpiroienc 
)us les jours. Les Erpagi.ols , qui 
lîle vouloicnt pas la lOcr périr» fîrcnr 
avenir une féconde fois le Duc de 
>rraîne , avec un Corps affezconfî- 
rable. Ce Prince crut avoir tlTegé 
Lrmée du Roi , &; il fe trcn pa^ car 
Hc fe retira hcureufemcnt de fe^ re- 
inchem,en?. 

Dans ce même rems, M. le Fiînce 
|mba malade d une fcvre continue. 
la fan de fa m.aladie , Chavignf, 
dam été voir jCe Prince fur quelques 
fgouts qu'il avoir eu? de fa conduit- 
J'aigûc contre lui, & lui dit quel- 



R i 



CfUC.S 



3 5)0 Afemolrcs pour fervlr 

! ^j 2. ques paroles facheufes, dont Chavi 

gni fut fi touché, que revenant che: 

lui , il tomba malade & mourut d 

rage. M. le Prince , qui fe portoi 

mieux alors , Tétant allé voir comm 

il écoit à Textrémitc , parut le regret 

ter ; & une perfonnc qui étoît pré 

fente à cette vifite, m'a dit que le 

yeux lui rougirent , & qu'il voulu 

par une manière de defcfpoir s'arrs 

cher les cheveux ; mais, après Tavoj 

regardé, il dit en s'en allant , & 1 

moquant de fon agonie , Qu'il éto. 

^^ 1 laid en Diable ^, 

me 'ia ^^ Miniftre infidèle à fon R( 

PIcfTis- mourut confommé par l'ardeur c 

Gueae fon ambition, & par les rudes effe 

gaud, jç ^gjjg d'autrui. Il fe repentit 

de Cha- ^'^^^'^ ^^ ^^ ^"^o^'^ y ^^ s'étrc laid 
vigni, emporter à la vanité de fes defirs ; dc\ 
ma dit pour fatisfaire à la Juftice de Dieu 

ces Par- [\ l^ifia unc erande fommc de dénie: 

ticuia* *^ . , r • I 

aux pauvres, mais qui ne rurent poii 

donnez, parce que la prudence hi 

maine & les intérêts de fa Famîl! 

changèrent fes ordres. Sa faveur d 

voit été Cl grande dans les tems 

feu Roi, & du Cardinal de Richelieu 

qu'elle l'avoit mis en ctac d'en proci 



icuia' 
liccz. 



à l^I-fi/lolre d'Anne d* Autriche, 391 
er aux autres. Il avoit eu l'honneur 16 ji, 
/être mis au nombre de ceux qui à 
a Régence fembloicnt dcfllnez au 
jQUvernemenr de l'Etat. Etant dé- 
hu de cette Place , il avoit travaillé ' 
^utilement par toutes voyes pour s'y 
établir. Domînus aute'n îrUebit eum y 
uoniam proyicit qmd venît dies e* 

Les Affaires des Princes empî- 
oîent -y ôc le Cardinal, pour donner 
ï tems aux bons Serviteurs du Roi 
e le fervir, & de faire connoître aux 
'arifiens la tromperie où les tenoit la 
aine opiniâtre Se extravagante qu'ils 
voient contre lui , fe réfolut enfin 
e quiter la Cour pour quelque 
ems j mais , comme Pabfence eft tou- 
Durs dangereufe à un Miniftre\, a- 
ant que de partir, il voulut encore 
enter un Accommodement avec M. 
s Prince. Il envoia Langlade au 
)uc de la Rochefoucault , avec des 
onditîons de Paix prefque conformes 

ce que Mr. le Prince avoit paru 
buhaitter ; mais ce Prince étant cn- 
rainé par fa deftinée ne les voulut pas 
coûter , & les offres du Roi d'Elpa- 
;nc lui firent naître de nouvelles pen- 

R 3 fées 



39- jMémoîres pour fervlr 
i^$i, fées dans l'crpiîr. Il fe mît parcett 
voye dans la néceffiré de qaîrtcr 1 
France ^ ce c^ui arriva peu de ten 
après. 

Le Mîniflre , partît aufîî ; maïs 
âvanr qu'il s'cloîgnât , le Prince c 
Condé fit donner un dernier Arr 
contre lui ^ où il ctoit accufé de ten 
le Roi Prifonnicr. Le Duc d'O; 
ieans le lit déclarer Genéraliiïlmc d 
Armées du Roi ; èc tous deux firc 
ce qu'''ls purenr , pour faire valc 
l'Autorité du- Confeil qu'ils a voie 
mal établi. Toutes ces Entreprif 
leur ayant mal rédffi , Mr. le Prin» 
fur enfin contraint de s'en aller c 
Flandres cueillir de nouveaux Lai 
rierç. Ils ont eu le malheur . de d 
plaire à fou légiiîme Seigneur *, mai* 
ils n'ont pas laifTé d'augmenter t 
tous lieux fa Gloire , & fa hau 
if Le réputation. Il eft même à préfuuK 
Cardi qu'il fentic beaucoup de joyc d'; 
liai par- y^j^. fo^cé foii Ennemi le Mazarin 

lie de r • I 

p^^^ fuir le premier, 
toife Après le départ du Cardîni 

le • ip, Mazarin 5 qui eut la fatîsfadion d 
At}ùc. laiffer un Parlement établi à Ponte 
fe * , des principaux de celui de Paris, 

Rc 



À rjzflfiôire dAnne d'Aittrlche, 35)3 
R.ûi alla à Compiegne ^ ou il reçue de i ^jz. 
coures pans des marques de la fin pro- 
chaine de la Révolte , & du repentir 
ic Tes peuples. Le Parti des Princes 
^tantaifoibli par l'abfence du Minière, 
& le prétexte de l'iilurion dans laquel- ^ 
c ilsavoient vécujufqu'alorsannéancî^ 
ous les bons François rentrèrent dans 
eur devoir. 

Le Cardinal de Retz fe voulut den- 
ier le mérite de la Paix,&: fuivanc Pin- 
:lination du Duc d'Orieans fe remettre 
mr cette belle voyc aux bonnes grâces 
iu Roi. Il prétendit en ces derniers 
;ems l'avoir bien fervi , & fes Amis le 
difoient ainfî 3 mais^ tant de perfbn- 
aes alors s'emprejGTerent de bien faire , 
que Çqs ferviccs n'eurent pas beaucoup 
de mérite ^ ou s'ils en eurent , il fut 
aifément effacé parle fouvenîrdesfac- 
cieufes entreprifes qui les avoîent pré- 
cédés & qui étoient fortement gravées 
dans le cœur de la Reîne^ 

La Cour étant à Compiegne, îc 
'Roi y reçut les Proteftations de fidé- / 
;lité de fes Peuples j d>c^ voulant revc- 
inîr à Paris , il y envoya une Aminîftîe 
gênerai^. Il chalfa les principaux Fron- 
de u s^ ^ força par fa prefence lemê- 

R 4 me 



3 p 4 JHemolres pour fervlr 
1651. me Duc d'Orléans de quitter ccttc<j 
grande Ville , où il joniiToît d'une 
Puiffance înjufte. Ce Prince fut obli- 
gé de fuir à la vue du Roi , qu'il n'a- 
voit point voulu venir trouver , quoi 
que le D^jlc d'A-iiville avant que le Roi 
y arrivât, lui en eut porté l'ordre. En 
reFufant de voir le Roi, qui avoit eu 
la bjnté ds le vouloir foufrir , & de 
lui offrir le pardon des chofes palRes, 
il Falut qu'il évicâc par fon exil le cha- 
grin de voir roiites Tes Enrreprifes ac- 
compagnées de honte , 6< de malheur: [ 
mais, comme il demeura quelque tems 
indJcis fur ce qu'il avoir à Faire , le 
Roi & la Reine qui regarloient fon 
abfence comme néceffaire. approchant 
au Roi ^^ Paris , &:voiant qu'il y écoitenco- 
â Paris, re , tinrent confeîl dans leur Caroffe , 
ic *!• pour y prendre leur réfolurîon-, & il y 
fut conclu 3 félon ce que la Reine ma| 
fit l'honneur de me dire à mon retoi 
de Normandie , d'envoîer des Troupe 
droit au Luxembourg , pour fe faifii 
de fa perfonne. Le Duc d'Orléans, ci 
aîant été averti, 6i fçachant lesjmaiu 
dont il étoit menacé, partit de Paris à 
l'inftant même que le Roi y entra, 
& fut fe repofer de fes facheufes & 

înu- 



à /' Hlflolre ^ Anne à* Autriche . 5 9 j 
inutiles follicitudes, en (on Charcaude 1 éji 
3lois 5 où le détrompement des vaines 
antaifies de la Grandeur & de l'Am- 
Mtîon produîhc en lui ledefîrdcsve- 
itables & folidcs biens qui durent 
rerneirement ; & , il eut fujec alors 
e s'eftiraer heureux d'avoir été maU 
leureux. 

Mademoifeile eut ordre de quitter 
;s Tuiileries^où elleavoit logéjufqu'a- 
>rs. Elle partit donc , pour aller à 
t. Fargeau regretter toutes fes peines, 
ufîî mal païées qu'elles avoient ^té 
eu méritoires , ^ peu agréables à 
elui qui en avoit été la caufc. 

Cette heureufe Paix ramena le Roî qq^^' 
ans Paris le z i . d'Odobre. Il entra à ^rç, 
Iheval, accompagné du Roi d'Angle- 
^rre, & fuivi du Prince Thomas qui 
;mbloit être demeuré à la Place du 
Cardinal Mazarin, de plufieurs Prîn- 
;s 3 Ducs , Pairs , Maréchaux de 
lance j & Officiers de la Couronne^ 
:c. La Reine venoit après en Carolïc, 
: \''onfieur étoit avec elle. Cette 
ntrée fut vue des Pariliens avec une 
itréme joie, & leurs Acclamations fu- 
;nt infinies. Le Cardinal de Retz 






5 6 Mémoires pour fervir 
l^jX. complimenta le Roi & la Reine, à 
l'entrée du Louvre avec tout le Cler- 
gé ; ce qui ne leur fuc pas un Spe£la* 
bie delagréable. ^Aaflîcôt après , le 
Roi rédnîi: les deux Parlemens en un , 
lui dcfFendic de fe mêler d'Affaires d'E- 
tat 5 exila qui il lui plut, de logea au 
Louvre , pour ne le plus quitter ; 
aiant éprouvé par les facheufes Avau- 
tures ou'il avoit eues au Palais Roîal, 
que les Maifons particulières 8c. fans 
folTez ne iont pas propres, pour lui. 
Le lendemain ii. par l'ordre du Roi. 
le Parlement fut alTemblé dans la Gal- 
lerie du Louvre, où le Roi, étant en Ion 
Lit de Juftîce , leur otdonna ce que je 
viens de dire.. 

Après le retour du Roi' ,. environ 
versNoifl, le Cardinal de Retz , for- 
ce Da.r la néceflité de la bienfeance, 
vint au Louvre pour faluer le Roi de 
la Reine. Ces deux Roiales Perfon- 
nes a voient réColu de le faire arrêterj 
quand il vîendroît leur faire la rcvé 
rcnce; mais , il avoit été longtems 
fe refondre d'y venir. Sa vifitc foula 
gea. la Reine d'une grande inquiétude 
Il y, avoit deux mois que le Roi & cV 
h aiteadoknc nus. baivie occafioni 



à l'Hiftohe ^ Anne et 'Autriche 35/7-^ 
pour cxécLiter leurdefTein romine né- i6\Z\ 
cedaîrc à leur Repos. PradcUe , qui 
avoir cecordre, avoir lupplic le Roi,de 
le lui donner figné de fa maînj parce* 
qu'il JLigeoîc, que ne devant pas man- 
quer ce coup 3 il fe trouv€roît peut- 
jtre forcé de lui faire perdre la vie, 
plutôt que de le iaifïer échapcr. Mais 
[1 Reine, plus Chrétienne quePoliti- 
:jue5 ne pouvoir fe réfoudre par aucun- 
intérêt de confentir à une aâ:ion de- 
/engeance & de cruauté j Ç\ bien que- 
e Roi & elle^. étant de même fenti- 
nent , artcndôient que Dieu voulue 
•n benilfant leurs bonnes de juftes in- 
entions leur donner le moiende s'affii- 
*cr de lui d'une manière plus douce :; 
:e qui arriva en effet félon leurs fbu^ 
laits. Ce fameux Perturbateur de la; 
2"oar^ s'étant donc réfblu d'aller rendre 
es devoirs à Leurs Màjeftez, fe rendit: 
l'abord chez le Maréchal de Villcroî, 
)uis de la, voulant aller chez le Roî ^, 
ijui avoic été averti par l'Abbé Fou- 
^uet qu'il étolt. dans le LouvrCj il le- 
enconcra comme il defcendoit chez la^ 
ileine fti Mère j 6c , fe feivant en ce?-» 
e occafion de cet^e judîcîeufe modéra* 
ion quia paru depuis fi exceliemmencr 



3 9^ Mémoires ponr fervlr 

^^S^* pratiquée par lui en toutes Tes adîonSj 
il lui fit bon vi^ac^e, ^ lui demanda s'il 
avoît vu la Reine ? Le Carénai de 
Rets lui aîant répondu que non, il le 
convia amîablement de le fuivre, & en 
même tems commanJa à Villequier, 
Capitaine de fes Gardes , de l'arrêter 
quand il fortiroic de chez la Reine^ ce 
qui s'éxécura pondtaellement. A in fi 
ûnk en lui le refte de la Fronde 11 en 
avoir été le Chef & la'Source, Ôc il fat 
le dernier abbatu. J'ai oui depuis con- 
ter ces particularitez au Roi & à la 
Reine fa Mère, un jour qu'ils en par- 
lèrent ensemble devant moi. 

Le Cardinal Mazarin étoit à Se- 
dan , attendant l'exécution de ce 
grand Exploit. Comme il avoît fcn- 
ti de l'incommodité de n'avoir pas 
eu alfez d'argent pour fe défendre 
puiffamment contre fes malheurs , il 
voulut reparer ce défaut ; ôc , plus par 
^ amour pour lui même , qu'en haine 
de fes Ennemis, il fe voulut vanger de 
toute la France, en l'épuifant d'argent 
pour en remplir fes coffres. Il revînt 
à Paris le 3 . Février i (^ 5 3 . & , dans ce 
même tems, je revins aulîî de Nor- 
mandie 5 defortt que mes Mémoires 



ne 



! I 



à l'Ht[loîred* Anne d'Autriche, ^99 1 

ne feronc plus mêlez des luaiîcres 1^/5, 
d'aucrui. Je n'écris d ordinaire , que 
ce que je fçai par moi-même , & 
ceux qui en font ou les A(2:eurs ou 
hs Confîdens. 

Après le glorieux Recour du Car- 
dinal, la Cour 5 le Parlement, & 
toute la France, commença à fe ran- 
ger fous fa Puilfance : les Efprits dé- 
trompez de leurs dégoûts apperçurene 
par l'expérience qu ils avoient faite 
de tant de maux, que fa Domina- 
tion valoit mieux que ia fauffe liberté 
qu'ils avoient ibuhaittée. Les Peu- 
ples , qui l'avoient meprifé , cam- 
mencérent à le craindre : ôc , aiant 
repris plus de refpe6t pour luij qu^ils 
n'en avoient jamais eu, ils s^accoutu- 
mérent, non feulement à le fouffrir^ 
mais encore à Tencenfer , Se compri- 
rent alors qu'il fallo't en faveur de 
fon bonheur, ou de fes bonnes qua- 
litez ," lui pardonner Tes déFaurs. Il 
s'apliqua auffi-tot à fîiîr la Guerre 
de Bourdeaux , afin d'être plus en 
pouvoir de fe deff-ndrc contre l'étran- 
gère» 

Le Prince de Coati , & Madame 
de Longueville , qui étoîenc encore 

R. 7 dai:is 



40O Mémoires pour fer w 
î.<?<3. <i^"S cette Vlile rebelle, roiuenant les 
relies d'un Parti entièrement abatu, 
fe deffendirenc contre lui par toutes 
les mauvaifes voies que la- Tirannie 
leur put fournir. Ils perfécutérent 
tous ceux qni montrèrent vouloir ler- 
vîr le Roi, & firent de grandes in- 
iuftices , dont l*un & l'autre ont eti 
beaucoup de repentir:, le Prince de 
Confi étant devenu dévot aufîi bien 
que Me. de Longueville fa Sœur y. 
en a depuis fait dans ce même lieu de 
publiques réparations, & la beauté de 
fa pénitence a furpaffe de beaucoup 
îe laideur de fes fautes^ Cette Puif* 
iance, qu'ils gardèrent quelque tems 
de cette forte, ne pouvant fubfîfter 
îong-tems contre ^Autorité légitime,. 
il fallut enfin abandonner leur Forte- 
relTe, & fe foûmettre à ce qu'il plut 
au Roi de leur ordonner. Mad. la. 
Frinceffe^ le Duc d'Anguicn, le Prin- 
ce de Gond , &, Mad. de Lonçucvi!- 
Icy en partirent le 24. Juillet 1653. 
pour aller chacune dans lesLieux dont 
on étoit convenu avec eux,. 

Le Duc de Gandallc eut l'honneur 
dé finir- cette Guerre ^ ou la facilité 
qii'il eut à vaincre ne diminua pas fory 



ms^ 



à r Hlflolre £ Anne à' Autriche . 4 © r 
itnérice, à Tegard du Roi c\^ du Mu 
Iniftre.. Il paroifloic deftuie à époufer 
IMademoifellc de Maninozzi ^ Nièce 
i4u Cardinal : aln(î ^^ il ne pouvoir 
iqu^il ne fuc loué fur toutes fes ac- 
tions, puilque le raioii de la faveur 
Ifenvironnoir ; mais , il avoir tant de 
belles qualicez qu'il auroic pu la pré- 
tendre par lui-même, fije mérite la 
ipouvoît donner^. 

Le Prince de Contî, après îà Guer* 
re, fe voiant exilé & mal à la Cour y^ 
ouîtta Tes. Bénéfices, ^ fît demander. 
Madlle, de Martinozzi pour lui-mê-- 
liie , s'eftimant heureux de devenir- 
le Neveu de celui qu'il avoit haï, & 
méprifé pour Ami; Cette Alliance* 
ne parut pas d'abord convenir à lai 
Grandeur <Sc à la NailTance de ce Prin- 
ce; mais 5. l'éclat de la Fortune du* 
Cardinal Mazarin étoit (i grand, qu iL 
pouvoir en effaçant la bafTcfTe de fa-. 
Race élever fa Famille à la participa- 
tion des plus fuprêmcs Dignitez,. Le: 
Prince de Conti trouva plufieurs a-- 
vantagcs dans le choix qu'il fît de \zj. 
pcrfonne de Màdlle.dc Martinozzi;, 
car , avec de la beauté , elle avoit; 
beaucoup iç doiiceur dans i'humcur,. 



4 ô i JHemolres four fervlr 
léj 3. beaucoup d'efprit & de raifon. Ccî 
qnalîtez fî agréables à un Mari ont 
éié perfcélionnécs par fa pieté, qui a 
été u grande, qu'elle a eu l'honneur 
de fuivre le fien dans le chemin aufté- 
re de la plus fevére dévotion j mais , 
elle a eu cet avantage fur lui , qu'elle 
a donné à Dieu une ame toute pure 5 
& dont rinnocence a fervi de fonde-, 
ment à fa Vertu, à l'amour qu'elle a 
eue pour lui, à l'eftime qu'elle a fai- 
te de fes bonnes qualitez, & à la rc- 
connoiffance qu'elle a eue de l'hon- 
njeur qu'il lui avoit fait. 

Mad. de Longueville , aîant quitté 
Bourdeaux, fut encore quelque tems 
à iVonrreuil - Bellaî puis le moment 
étant venu où elle devoir connoitre 
la vérité & la fuivre, elle fe retira à 
Moulins dans le Couvent des Filles 
de Ste. Marie, auprès Mad. de Mont- 
morenci fa Tante. C'eft là , qu'ainfî 
que j'en ai déjà parlé , elle a vuidé 
fon cœur dys faulTes illufions du Mon- 
de, & l'a rempli de dedrs pour les 
folides Biens & les Grandeurs vérita- | 
^^x 5ç blés; qu'elle a connu, que la figure 
jP4uI. «le ce Monde palfe (*); & que 
le regardant avec mépris, elle a de- 
puis 



r. 



/ 



it /' Hlfloîre d'Anne Jt Autriche, 40 5 
puis emploie fa vie au Service de i^c 3, 
Dieu, & à faire une crés auftere pé- 
lîtence. Je lui ai oui dire avec dou- 
eur, qu'elle ne croîoic jamais aflfcz 
aire j vu ce qu'elle dévoie à la Jufti- 
:e Divine , par la part qu'elle avoic 
sue à la Guerre Civile. Comme la 
jrace changea fes Sentimens en tou- 
;cs chofes, ils le furent auQî à l'égard 
iu Duc de Longueville fon Mari , a- 
ec qui elle fouhaîrta infiniment de fe 
raccommoder 5 ce qui arriva depuis 
ivec fatisfadion de l'un & de l'autre. 
Cette même Grâce, aiant jeté répan- 
due dans le cœur du Prince de Con- 
:i 5 caufa la réunion entre le Frère ôi 
la Soear, qui depuis Bourdeaux é- 
coienc demeurez mal enfemble : & 
cette Famille , qui par la folie & la 
vanité du Monde avoit été defunîc 
fut par la Vertu Chrétienne rétablie 
dans une entière Paix. 

Peu de tems après fon Mariage , 
le Prince de Conti vint un jour chez 
la Reine. Il fe trouva fcul avec elle , 
& pour témoins il ne s'y rencontra 
que la ComtelTe de Flex & moi. La 
Reine par hazard lui parla des chofes 
pâlfécs, ôc de la Guerre que Mon- 

fieur 



404 Afemoîres four fervtr 
î^f2. (^^^^ Is Prince avoit faite contre 
Roi. Elle lui, fit des queftions fu 
quelques Particuliers qui avoîent vou 
lu paroître fidèles , & qui ne Tavoien 
pas ère en effet 5 car > en ces occa. 
fions, beaucoup veulent tenir de 
deux côrez. Il lui rendit un campr 
fort éTàù, des paffionnés pour le Par 
lement , des zélés pour le Roi , ô 
des îndifFcrens qui n'avoîent conten 
\é aucuiv des Partis» Enfuîtc de o 
Difcours , la Rcitie , lui faifant de 
reproches amiables des maux qu 
lui avoit fait feuffirir , lui demanda 
s'il étoit vray ^ comme on Pavoit di^ 
alors que Mr> k Prince fon Frère . 
avant la première Guerre de Paris , où 
il avoit fi bien, feivi le Roi , eut eu 
quelque penfée de faire un Parti , & 
de fe réparer de la Cour , & s'il étoii 
vrai encore, qu'ail eut eu pour cet ef- 
fet quelque inteUigence à Noifi avec 
le Coajutcur ,: dépuis devenu Car- 
dinal de Retz /* Le Prince de Conti 
iui répondit, qu'il étoit vray queMr, 
fi)n Frère avoit eu une fois en ce 
eems-là une longue Conférence avec 
k Coadjuteijr ; qu'il ne croyoit pas 
pour cela que fon. delTein eut été de 

fe 



k l'Hlflotre d'Anne â'Au triche» 405 
fe lier avec Un ; mais, qu'à la vérité , ^^Sh 
Voîanr quelques nuages dans Pair , il 
avoic voulu râcer de tour , pour voir 
de quel côté il fe jectcroîr.. il ajouta 
franchement à ce Difcours, que Mad,' 
de Longue ville & lui avoient en peur 
de cette Converfacion ; parce qu'aiaHT 
pris toutes leurs mcfures pour être les 
Chefs du Parti qui fe formoic alors 
contre le Roi, ils auroient été fache's 
que Mr. le Prince fut venu les incom- 
moder; avouant à la Reine j ( ce que 
l'^on avoir toujours dit, & que je 
fQwÇè avoir fuccîndljmenr marqué 
faîlleurs ) qu'ils n'avoient été du cô- 
té des Rebelles, que parce que Mr, 
fon Frère étoic de celui du Roi: &c ^ 
que (i au contraire il fe fût mis à la 
tête du Parlement, ils feroient indu- 
bitablement venus a Saint Germaîa 
ne cherchant & ne voulant point 
d'autre avantage en cela, que le plaî- 
iir d'être les Chefs d'un Parti dont 
Mr. le Prince ne fur point». H lui 
dit qu ils avoient été mal enfemble ^ 
par mille petits intérêts de Famillc:, 
& que lui en Ton particulier n'avoir pu 
fbuffrir quand la réfolution fut priie 
d'afSéger Earis^ qu'il eût répondu de 

lui 



40^ Mémoires ponr fervlr 
i6f ^» lui au Roi, 3c à elle, fans lui avoî 
demandé Ton confentement ; que o 
mépris l'avoir touché , ôc l'avoit en 
tîérement déterminé de quitter 1:| 
Cour à Saint Germain, pour lui mon- 
trer qu'il n'etoit pas un petit Garçon B; 
"& qu'il pouvoitdc lui-même faire du 
bien ou du mal. En cet endroit lî 
Reine fe refîbuvînt des larmes que re 
pandit feu Mad. la PrîncefTe leur Me 
re, quand elle aprit qu'il étoit allé f 
rendre à Paris, ëc quelle douleur ell 
avoir eue de le voir lui & Mad. d« 
Longuevilk dans cet engagement. I 
lui répondit , qu'il ne s'étonnoit pa 
de fon fcntimcnt , vu Famitic ôc U\ 
tendrelTc qu'elle avoir pour eux 
puis que c'êtoit une chofe bien dûnl 
à elle, qui n'aîmoit point alors Mr 
le Prince, de le voir dans le Parti oiJ 
elle fe rencontroit par devoir ÔC pai 
inclination. Se ceux de fes Enfanjj 
qu'elle aimoit le plus dans un tout 
contraire. Le Prince de Contî, ai 
milieu de cet Entretien , comme re- 
venant d'un profond fommeil , com- 
mença à s'écrier qu'il croioit être de- 
venu fou, de parler de toutes ces 
chofes qui pouvoient faire renaitrc 

contr( 



à l'Hlfiolre d'Anne d'Autriche, 407 
roiirre lui une juftc haine ; mais la i^/'j» 
R.einc , fe mettant à rire , lui dît 
^ull pouvoir continuer fans nulle 
rrainii: ; qu'elle l'alTûroît qu'elle é- 
:oit entièrement revenue pour lui j 
ie forte qu'il étoît impofîÎDle de rc- 
/eiller dans fon cœur aucun des fen- 
:imens qui avec raifon y avoîent été 
lutrefois. Elle lui avolia de plus > 
qu'elle n'étoit en cet état bien parfai- 

ement , que pour lui «5c pour Mr. de 
Furenne ^ & que pour les autres ils 
l'avoient de leur côté que le Com- 
JTiandement de Dieu, fans lequel el- 
e auroîc eu de la peine à les fouf- 
Tir. 

Le Cardinal , depuis fon retour à 
|?arîs aîant été follicité par le Maré*- 
:hal de la Meilleraie de lui confier le 
[Cardinal de Retz, parent & allié de 
ia Maréchalle de la Meilleraie fa 

'cmme , le Minîftre fe réfolut de lui 
:corder cette grâce , & de s'afTûrer 
Tur la parole qu'il lui en donna , qu'il 

le fortiroit point de fes mains , que 
ir les ordres du Roi. En cette oc- 
ifion , le Cardinal Mazarin fit con- 

loitre que la douceur qu'îh^voit juf- 

malors é^iercée à Tendroic de fes 



la 



40"^ Ilfeinoires pourfervtr 
i6^z. Ennemis, pouvoit avoir fonvcnt ù 
fource dans fa bonté naturelle , puif- 

fiu'il e'toit dans une G entière piiif 
ancc, qu'il ctoit in^pcff.ble de h foup- 
çonner ^ue ce fcnt iiT.cnt pût erre ci 
lui par aucune foiblefle , ni- par aiKJ 
cune craînrc. Il fut n:al iéccn pcnfiJ 
de fa facilité à bien faire ; car le Maré- 
chal de la Méilîeraie, eu mal fervî . 
ou trop négligent , ou trcir.pé par Ci 
Femme , eut le déplaifir quelque terni 
après de voir ce Prifonnier s'e'chaper de 
fa Prifon. Le Cardinal, pour ccmbl< 
de douceur, ôc par une louable géné« 
rofiré de cœur, ne lui en voulut poîni 
de mal: ôc fut perfuadé que le Cardi- 
nal de Retz avoit rompu fes fers fansl 
fa participation. Ce Prélat étant libre 
s'en alla à Rome, où il fit toutes les 
Intrigues qu'il lui fut pcffible contre le 
Miniftre, tant auprès du Pape , que 
par fes Ecrits 5 & un Manifefte., qu'il 
cnvoia depuis à Paris > fut brûlé paw 
la main du Eoureau. Il y eut dans ceS'i 
tems-là quelque mefintellîgence entrci 
la Cour de Rome, ôc la nôtre. Lei 
Roi fit faire en plein Confeil par foni 
Chancelier des plaintes conne le Chef! 
de l'Eglife ^ dout il eft le Fils aine. L< 



à t'Htflolrc d*Anne d* Autriche, 409 
Cardinal Mazarin, après avoir donné ^ 
II Pape cette mortificacion , lui en fie ' 
es excufes , difant que ce qui avoîc 
:é dit, avoir été au delà de (es ordres. 
!elai qui avoit trouvé des remèdes à 
z fî grands maux n'étoit pas enibaraC 

par de fî petites Avantures. Les 
rccs du Cardinal de Retz ne furent 
is Tuffifantcs pouï le mettre à couvert 
: l'habileté du Cardinal Mazarin: 
^uthorité légitime^ la jufte déffiancc 
i Roi, 6c les emportemens criminels 

l'Exilé, furent d'un grand poids 

cette Affaire. Elle fut néanmoins 
[èz vigoureufement foutenuë par les 
nis du Cardinal de Retz : ils le fer- 
rent du fcrupule qu'on vouloîc fou- 
nt jetter dans les confciences ^ tou- 
Mant le Gouvernement de l'Eglife de 
.rîsj 6c par fa qualité d'Archevêque, 
iMui donnoir, alors une jufle puif- 

ce fur les efprits àcs Peuples. 
La Guerre étrangère fut toujours 

itenue de la même manière qu'elle 
y0Ît été. M. le Prince redonnoîc 

forces aux Ennemis i mais le plus 
ivent le Roi avoit l'avantage fur 
U j 6c' fes Armées fe font toujours 
tuvées , non feulement fuffifantcs 

pour 



4 1 o Mémoires four fervîr 

tC^l» pour leur réfîfter, mais encore pour le 
vaincre. Les lignes d'Arras glorieufc 
ment forcées par fes Troupes en fu 
rent de gloricufes Preuves j & ce gran 
Projet, exécuté le ij. Août avecbeai 
coup de bravoure , fut une des pk 
belles Adions qui fe foîent faites per 
dant la Guerre. On y perdit le Duc d 
Joïeufe, qui fut infiniment regretté d 
toute la Cour.Chaquc Campagne enfi 
a produit de grandes ou de petites Vi< 
toires. Ces rofes ont été quelquefo 
accompagnées d^épincs ; mais ces ép 
lies n'étoient pas iî fâcheufes que h 
fleurs en étoient agréables à ceuillî 
Le Parlement, qui n'étoit humil 
que par ce qu^il n'avoit pu réiîfter à 1 
Puiflance Roiale , faîfoit de tems c 
tems quelques efforts pour reprend] 
des forces, & même il y eut des o« 
cafions où la police & le Service d 
Roi les obligèrent à vouloir s'afleiï 
blcrj mais, ces AfTemblées aiant é\ 
trop funeftes à la France , & ce m< 
feulement étant en horreur au Mini 
tre, le Roi s'y oppofa , & vint ui 
fois du Bois de Vincennes au Pari 
ment en grofles Bottes , Icux dcifendi 
de s'affeiîibler. 



à rHiftoîfe à' Anne à'Auirld.e, 4 1 1 
Le Garde de Sceaux , qui fous le 16^^^, 
Dm de Premier Piéfident avoir jolie 

fi grand rolle pendant les Guerres, 
oit mort, & le Chef de cettte Com- 
ignie étoit alors le Préfidcntde Bellie- 
e. C'etoît un homme habile , que 

Courtifans révéroicnr^ non icule- 
ent par pîufieurs bonnes qualité z qui 
DÎent en lui, mais encore par ce que 
j Amis etoient des crens à faire croire 
l'il penfoit à autre choie qu'à pio- 
incer des Arrêts, Madame de Che- 
sufe, Laigue j ôc beaucoup d'autres, 
ii n*étoient pas Amis du Miniflre , 
oient Tes plus confidens ; & il fem- 
oit qu'en lui fe pûtrairem.bler le rcf- 
de la Fronde \ mais , ne voulant pas 
brouiller à la Cour mal à propos , 
|> finefles du Miniftre , & fa douceur 
avent arrificieufei menoient ce Ma- 
(Irat à peu près à ce qu'il vouloir ; & 

même le Premier Prefidenr tiroic 
fon tour une partie de ce qu'il lui 
landoit en faveur du Public. 

Après ces Deffenfes faites au Parle- 
ient, cette Compagnie fit des Re- 
montrances au F oi fur ce fujet j ^c le 
iîniftre , qui etoit fage, ïz crut obli- 
I: de faire de grands radQUçificrncns 

\Tm^ IV* S au 



412. Mémoires pour fervlr 
1 ^i 1. au premier Préfident , ^ de Confeîll 
le Roy d'ccourer leurs raifons avec 
bonté d'un Père , qui fçaît pardonn 
& punir équirablemenr. Une autr 
fois , le Parlement aiant reHfté aux v 
Ipntés du Roi , fur quelque Réglcme 
qui rcgardoit la Monnoye, le Cardir 
Mazaiin, qui ne vouloît point fotrff 
que cette Compagnie reprît des fore 
fur aucun Chapitre , fe refolut d' i 
exiler quelques uns. 0\\ leur envo 
commander de fe retirer chacun aul: 
qui leur fut ordonné. La Reine n • 
toit pas fâchée d'avoir un prétexte r 
mortifier un peu ceux du Parlcnici 
qui lui avoient donné de ii mauvai 
heures , &: de fi mauvaifes anné . 
En entrant ce même jour là dans i 
Chambre, elle me fit Thonneur en : 
voyant de s^approcher de moi , 6c 
me dire tout bas avec un vifage ria • 
Madame il y en d dix d'exilés , ou 
prîfonmers. Je lui répondis de me: 
en riant > f^otre M^jcffé efi donc /? 
alfe^ Je le fuis en vsriîé y me dit- • 
le ; maïs pas t ou' "à -fait : car je l'c 
lots qtioH les mit tous a la BaftlUe ; C . 
par la douceur ordinaire de Afr. ' 
Cardinal , il ri y en ^ qu'un. Enfi.i - 



cî 



ktHlflolrs Jt Anne â* Autriche, 415 
le ajoLua que (î le premier Préddent £ ^51, 
lifoic le méchant , 011 le traicteroit de 
L même forte. Le Maréchal de Vil- 
roi arriva là-delfus, &: la Reine é'.e- 
int fa voix , le mit à parler de ces mê- 
les chofes tout haut & des lieux où 
;s Confeillers avoient eu commande- 
icnt d'aller. XJn d'eux fît pirie a tou- 
: la Compagnie, à caufc qu'il alloit à 
[uimpercorantin en baflc Bretagne; 
irce que les chofes , qui ne fe con- 
DÎflent point , font pour l'ordinaira 
:gces ou plus mauvailes , ou meil- 
;ures , qu'elles ne four. Au retour 
a Louvre , avant que de me retirer 

mon Appartement du Palais Roial , 
allai rendre mes devoirs à la Reine 
'Angleterre. Je lui contai THiUoire 
a jour. Elle me fit l'honneur de me 
ire 3 en fe moquant de moi, que 
Juîmpercorantin étoitleplus agréable 
îjour du monde. Elle y avoit palTé - 

venant d Angleterre en France, èc 
'en fit une 11 belle defcription , tant 

fa fituation , que de la bonne Com- 

gnîe qu'elle y avoit vue , qu'elle me 
t quafi eftimer heureufe la deflinés 
e l'Exile' ; ce qui me fie conclure avec 

fQçce Italien. 

S \ Ch'a 



4^4 Aicmolres pourfervlr 

Ch'a valet' huomo ognl paefe epatrla 

Le Parlement Et de grandes inftar 
l","^^ * ÇÇ5 ^^^ Mini lire, en faveur de Tes Exi 

Hcwme ta • ^ -n j 

trouve icz. Les Avocats prirent des Robe 

en tous courtes, les Procureurs , &c toute cei 

Fais fr i;e Nation étrangère du Palais bic 

lanie. ^iç[A^~çy^^Q ce nie femble du Monde qu 

les autres gens habitent , (e révolté 

rent , &c ceiîerent de travailler. Le 

Prélidens prirent de la un prétexte foi 

fpécîeux de prelîer le Miniitre de lei; 

acorder le retour de leurs Confrères 

ce qui fe fît bientôt après, ôc toute 

chofes furent appaifec?. 

D'autres Intriç^ues fe fomentérer 
encor par ceux qui etoient attache 
aux intérêts du Prince de Condé, pou 
perdre le Cardinal Mazarin. K aJnm 
de Chatillon fut accufée d'avoir voul 
attaquer fa vie par d'autres armes^qn 
par celles de fes yeux. Il y eut de 
hommes roiiés ^ pour avoir été con 
vaincus de ce defP^in: il parut qu'elle ] 
avoit eu quelque pecîtc part ; ôc Pheu 
reufe dcllinée du Cardinal le fauva d 
tous ces maux. L'intrigue a fait nom 
mer cette Dame en pluheurs occauons 

mais 



à rHlflolrs ÔL Anne d'Autriche, 4 1 j 
mais, comme fa gloire fc trouveroîc un i 65 5. 
Deu flétrie par cette NaiTacion^ je n'en 
îarle point , non plus que de mille 
lurrcs particularitez dont je ne puis 
ne bien fouvenir , parce que la pa- 
•clle y qui quelque fois l'emporte fur 
Tîon adtivité, a fait que je n'ai pas 
ké allez cxa<^c à les écrire. Il fuffit 
le dire que cette Dame étoît belle, 
râlante, & ambiiicufe , autant que 
lardie , à entreprendre , 6<r à tout 
lazardcr , pour fatisfaire Tes paf- 
îons ; artifîcicufe pour cacher les 
nauvaiies Avantures qui lui arrîvoienr, 
mtant qu'elle étoit habile à fe parer 
âe celles qui croient à Ton avantagée, 
kns la douceur du Mînîftre , elle 
ïuroît fans doute fuccombé dans quel- 
ques unes ; mais , par ces mêmes 
i'oîes elle trouvoit toujours le moien 
de fe faire valoir auprès de lui , & 
d'en tirer des grâces^, qui fouvent ont 
raît murmurer contre lui celles de nô- 
:re Sexe qui étoient plus modérées. 
Le don de la beauté & de ra^rément , 
qu'elle pofTédoIt aufouverain dégrés, 
la rendoit aimable aux yeux de tous • 
il étoit même difficile aux Particuliers 
d'échapper aux charmes de fes flattc- 

S 5 riesj 



4 1 <> Mémoires pour frvtr 

î^jl, ries ; car elle fçavoit obliger de bar 
ne grâce , & join.ire au Nom d 
MontîTïorenci une civilité extrême 
qui Paaroît rendue digne d'une efti 
me tout extraordinaire , (î on avoi 
pu ne pas voir en toutes Tes paroles 
îcs fcntimens 5 & (es a6tions unca 
radtcre de dé^aifement, d>C des façon 
aiFcdées , qui dèp'âifcnt toujours au 
perfonnes qui aiment la fincerité. 

Apres avoir écrit ponfliiellemen 
les chofes qui font arrivées dépuis 1 
>^ajorîté jafqaes a ce tcms - ci , i 
faut à Tavenir donner une erand 
partie de mes applications à la P^rfon 
ne diî Roy , à les fcnirimens , & à Te 
actions 5 nul ont été co.ii ne les pre* 
miers traits du Portrait , que de plu: 
içivans Peintres que moi auront 1« 
gloire d'achever. L'amour , que lî 
Reine fa Merc avoit pour lui , occu. 
poît rendremcnc fon coeur. Il étol 
Tobjet des défirs du Cardinal Mnza-t 
rin , & tous fes foins dés lors étoicnii 
de chercher les moyens de lui plaire; 
Il om nençoit auflî d'attirer à lui les- 
^ cœurs , & les yeux de (es Sujets j 
mais comme les hommes n'aiment 5 
ne cherchent dans la Pcrfonne de 

Rois, 







pi 



f 



I 



à rirllfioire J^Arme d'^y^^fntriche. 417 
llois, que ce qui pear convenir à 1653. 
l-ciirs incercts panicuiiers , & que 
lous étoîenr pcriuadts 5 que la faveur 
lu Miniftre dureroit autant que fa 
'le i qu'ils jugeoïent devoir erre cn- 
;ore longne , ils regardoienc l'enrie- 
:c domination du Roi j par des vues 
î éloignées , que fa véritable Puidan- 
:e n'en étoit pas alors 3 ni plus célé- 
brée 5 ni plus fui vie. 

Dépuis la Paix &c fon glorku • Re- 
rour à Paris , il éroit ans-menté en 
[QUtes chofes : ia belle railk- cv fa bon- 
ne mine fe faifoîent admirer , ôc il 
)ortoit dans les yeux & dans Pair de 
ISoute fa Perfonnc le caradlere de la 
[iMajefté , qui par fa Couronne étoit 
«clTentiellement en lui. Auflî-tôt que 
la tranquillité publique eut rétabli les 
plaî/îrs dans la Cour , ce Prince ^ qui 
Voioit les Mieces du Cardinal Kiazarin 
[|>lus fou vent que les autres , s'attacha, 
l^onàlaplus belle, mars à Mademoi- 
felle deMancinij Sœur de Madame 
^e Mercœtîr -^^ui n'avoir gueres moins 
^d'années qu'elle. Selon la Defcrip- 
'tîon que j'en ay faite , quand elle arrl- 
*va d'Italie , il fembloit que tous les 
efforts de la nature de de la jeunefle 

S 4 ,ne 



41 s Mémoires "pour fervlr Hii 

i(>j3.ne poiirroient pas rcmbellîr. Elk 

avoir les yeux pleins de fea ; 5c, mal-Boi 
gré les défauts de Ton vifage ^ l'âge 
de dix huit ans uC eu elle fou effet ; 
pour reuibonpolnc elle devint blanche, 
elle eut le teint beau , & le vifage 
moins long , fes jolies eurent des fof- 
fertes , qiii lui donnoîent un grand 
agrément , & fa bouche devint plu! 
^z6iz \ elle eut de beaux bras . & ai 
belles mains , & la faveur avec h 
^ran.l aj amènent donnèrent du bril 
lama cette médiocre beauté. Enfin 
elle parut aimable aux yeux du Roi 
& auez jo'ieà tous les îndifferens. Il 
la voyoit fouvent , &"cet amufemeni 
lie prefque craindre que cette pafïîon . 
quoique légère, ne le portât à vou- 
loir lui faire plus d^honneur qu'elle 
n'en meritoit, La Reine , qui fça- 
voit la fagelTe du Roi , & celle de 
Mademoifelle de Mancini , ne fe fa- 
choit point de cette attachement , par- 
ce qu'elle le croioit innocent ; mai&j 
elle ne pouvoit foufFrir pas même 
en riant , qu'on parlât de cet ami-l 
tié , comme d'une chofe qui pourroît' 
tirer au Icgîrime. La grandeur de' 
fon ame avoit de Thorreur pour ce 
^ ra- 



k FNijîoIre d'Ari'/je d'Autriche^ 419 
rabaiiremenc , & dans le vrai il a pa- 1^53. 
:a que le Roi n'eiK jamais cette peu- 
je. Mlle, de Mancini elle-même , 
]ai fcntoit qu'elle n'étoit pas defti- 
ice à être Reine, foncreoit à Tes af- 
aii'cs 5 6'v: vouloit devenir Princeile 
:omme Tes Sœurs. Dijà on Tavoîc 
)6rerte an Grand Maure Fils du Ma- 
êchai de la Mc!Ileraie ; mais, il l'a- 
'oit refufée. Ce refus ne lui £t pas 
le peur : elle vit que Mlle.de ^^Jarti- 
lozzi (a Confine germaine 5 qui avoic 
te pareillement nc'gligc'e par le Duc 
e Candalle avoit époufé le Prince 
le Conti, Elle arpiroît à quelque 
îonhcnr femblable , ou approchant; 
inais comme elle n'en eroin pas en- 
cre alfùrée 5 elle fut au defefpoir de 
a Grandeur de Mlle, de Martinozzi 
à Confine ; & fon dcpic éclata pu- 
tliquement, par mille marques qu'el- 
z en donna la veille & le jour de ce 
/laria^e. La beauté & la modeflie 
e. Madlie. de Martinozzi lui avoîent^ ^ 
.j^iré en cette occafion Thcnneur de 
i préférence ; car , on avoic donné 
i choix au Prince de Conti , d'elle , 
É de fa Confine Mlle, de Mancini : 
bien qu'elle avoit été forcée pour 

S 5 CCttv 



'n' s r '"^^tC 



:# 



> 

42.0 Aiemoires j)our fervîr 
i6^^. ctizQ fois de fe contenter des belle 
apparences de fa faveur, ôc des fabu 
leufes flatteries que fes Amis In 
faifoient fur la Couronne fermée. L 
Roi demeura quelque tems dans ce 
^tat , qui dans le vrai paroifToit plu 
un fentiment , qui le portoit à i 
plaire avec cette Fiile, qu'une grand 
palîîon^ L'inclination qu'il avo 
pour elle j lui donnoit néanmoins e 
i'abfenccde Mademoifelle , & de Mi 
de Longucville , les honneurs & les i 
vantages de la Cour. Le Roi I 
menpît toujours danfer t elle paroilTo 
la première dans toutes les préferei 
ces que les dignités Ôi' la faveur pei 
vent donner; 5c il ferabloît que h 
Bals, les Divertiiremens, & les pla 
fiïs-y n'étoient faits que pour ell 
Mad. de xVIercœur en avoit fa part, 
caufe de fa qualité. Le Roi la ni< 
noit quelques fois danfer la première 
mais, elle étoit obligée d'être foi 
vent à THÔcel de endome : de corr 
me elle eut des enfans aufîî-tôt apt< 
ctre mariée , elle n'ètoic pas toûjoU. 
en état d'^ttn profiter. 

L'Année 1^55. il fe fit pîu/îeiî 
jfctits Bals., & le Roi alloic fouvei 



^ /' Hlfioire d'Amie cT Autriche, 421 
en mafque il y eut une grande Fête i^JJ 
chez le Chancelier Seguier , & les 
Plaiiirs turent fréc]uens parmi toute 
la belle JeuncOfe, La Reine , ayant 
un jour prié la Reine d'Angleterre de 
venir voir danfer It Roi un ioîr eu 
particulier , elle s'y accorda j & la 
Reine ayant mis une Cornette ^ un 
Habit de nuit , pour marquer qu'elle 
^ardoit la Chambre, reçut la Reine 
d'Angleterre de cette manière , ôL ne 
voulut 5 pour compoier ce petit Bal, 
que de (es Filles «Se quelques jeunes. 
Dames & DuchefTes, Femmes des Of- 
ficiers de la Couronne. Il n'étoic 
fait que pour admirer le Roi , dc pour 
divertir la PrincelTe d'Angleterre , qui 
Leommcnçoit à fortir de l'enfance , ôc 
là faire voir qu'elle alloît devenir aî- 
Imable. La Reine mit tous fes foins 
là faire que la Compagnie quoique 
Ipctite ftît belle , & qu'elle fut digne 
Id^-î Pcrfonncs Royales qui la compo^* 
■fbient. Le Roi , trop accoutumé à 
reiriiC tous les honneurs aux Nièces 
lu Cardinal , quand il voulut com- 
lencer le branle 5 ai la prendre M ad» 
le Mercœur, La Reine y furprifo 
cette Faute, fe leva bruf^uement 



^' 



S (^ ds 



4ii Mémoires popirfervtr 
i6)^» de fa chaile, lai alla arracher Ma^J. 
de Mcrcœiir , &c lui dk tout bas d'aU 
prendre la PriiicelTe d'Angleterre» 
La Reine. d'Angleterre , qui s'apper- 
ciit de la colère de la Reine , courut 
après elle , & lui dit tout bas qu'elle 
la prioît de ne point contraindre le 
Roi, que fa Fille avoir mal au pied , 
& qu'elle ne pouvoir danfer. La 
Rcîne lui die , que h la PrincelTc ne 
danfoit , le Roi ne danferoit point du 
tout. Ainfî, la Reine d'Angleterre, 
pour ne point faire de défordre, lall- 
fa danfer la Princelfe fa Fille , Sc dans 
fon ame fut mal fatîsfaite du Roi. Il 
fut encore grondé le loir en particu- 
lier, par la Reine (a Mère: mais il 
lui répondit , qu'il n'aîmoit point les 
petites Filles. Cependant la Princcffe 
d'AnHeterre avoir alors onze ans , 3c 
lui feizc venant à dix-fept ; de forte 
qu'il n'y avoir pas entre eux une gran- 
de difporportîon : mais il cft vrai que 
îe Roi paroiifoit en avoir vingt. La 
Pleine devant le monde vîvoîc avec lui 
d*une manière tendre ôc rcfpedlueufc ; 
mais , quand il faifoit quelque petire 
faute , elle en ufoîr en Mère : & pouri 
cette fois fa colcrc avoîc écé jade ; 



maia 



a l'Hlf^oîre d'Anne (^Autriche. 4^3 
mais elle ne lailPa pis de dire le (oir '^^SS* 
devanc pliilîcurs perfonnes qu'elle a- 
hvok été un pea trop prompte , pour 
lUn audi bon Fils que le Roi , & 
(qu'elle en feroîc honteufe , fi Tocca- 
iîon eut été moindre ; avouant qu'elle 
avoir été iî étonnée de le voir man- 
quer à la Civilité qu'il dévoie à la 
Princeire d'Angleterre, qu'elle n'avoic 
pu fe retenir. 

L'Année d'après , le Roy continuant 
d'aim^^r Madlle. deMancini , quelques 
fois plus , 6l d'autres fois moins , vou- 
lu: pour fe divertir faire une célèbre 
Courfe de Bague , qui eut quelque 
rapport à l'ancienne Chevalerie. Il fe- 
para toute la belle Cour en trois Ban- 
des de huit Chevaliers chacune. Il é- 
toit le Chef de la première ^ le Duc de 
Guife de la féconde , & le Duc de 
Candalle de la troifiéme. La Livrée 
de celle du Roy ctoît incarnat 62 
blanc , la féconde bleu & blanc , ôc la 
troifiéme vert & blanc. Ils avoîenc 
tons des Habits en Broderie d'or SC 
d'ai*eeiic faits à la Romaine, avec de 
perirs Cafques en tête couverts de , 
<]uantîté de plumes , ôc chacun une 
^îgretce à Isi tête. Leurs Chevaax 

^ 7 é^ 



414 Mémoires four Jervir 

i6jj, étoicnt ornés de même forte, & tous! A 
étoient chargés de quantité de Ru-fct 
bans. Ils firent cette Courfe entre lîoi 
le Jardin du Palais Royal > de le Lo- jkc! 
gis où lo^eoît alors la Reine d'An- liai 
gleterre. Le Roi vint s'habiller dan^ lip 
le Palais Brion , qui efl: un petit Bâ- 
timent que le Duc d'Amville , autres 
fois appelle Brion , avoit fait bâtir 
dans le Jardin du Palais Royal quand 
il y avoit logé , ^ qui avoit ferviau 
Roi y quand il log^oit dans cette Mai- 
fon . à faire des repas & de collations 
familières. Tous montèrent à Cheval 
da>ns le Jardin dont ils fortirent après > 
pour fe venir montrer aux Dames, 
qui ocupoient les Balcons ôc les Fenê» 
très du Palais Royal. Chacune des 
Troupes avoit fon Maréchal de Camp; 
il bien qu'ils s'étoient aflemblés en or- 
dre 5 fous chacune des Allées du Jar- 
dîn 3 dont il faifoit beau les voir for- 
tir en cet équippage. L'éclat de leurs 
Couleurs , le brillant de leurs Habits> 
leur bonne mine , & la beauté de- 
leurs Chevaux, me fît rcffbuvenir avec 
plaifir d'avoir lu dans les Romans , ôC 
particuliér-cmenc dans les Aiiiadfs ^ 
^uel(}iie «hofc de f oreiX 



à r Hlftolre d'Anne ^Autriche, 425' 
A la tête de la Troupe du Roi , 16^6^ 
parurent quatorze Pages vêtus de 
Toile d'Argent , avec des Rubans 
incarnat & argent. Ils portoient les 
Lances & les Deviies des Chevaliers. 
Après eux alioient fijc Trompettes ^ 
enfuite de ces Trompettes alloic le 
premier Ecuier du Roî , habillé de 
même manière. Il écoit fuîvi de 
douze Pages du Roi, bien montés ^ 
richement habillés , & chargés de 
-Plumes 5c de Rubans , dont les deux 
derniers portoient , Tun la Lance du 
Roi , & Tautre l'Ecu , où il y avoic 
un Soleil avec ces mots , 

Ne fm , ne fart *» 

Le Maréchal de Camp aîloit après 
qui étoit habillé richement 3 mais fé- 
lon Tufage ordinaire. Se n'avoît poinc 
de mafque. Le Roi paroiiTort après 
kii , fuivi des autres Chevaliers , tous 
mafqucs 6c tous richement àc galam* 
ment ornés, mais le Roi les furpaC* 
ibit aat-i'U par <a bonne mine , fa gra* 
ce : 5c Ton addrefTe , ^le par fa qua*» 
liié de Souverain de de Maître. 

La 
^ ^ un {hs ^md , ni h» fareiL 



426 Mémoires pour fervîr ' 

La Troupe bleiie & blanche {ui- 
voît celle du Roi , dans le même or- 
dre , qui parut agréable aux yeux par 
la douceur de Tes couleurs , éc la bon- 
ne, mine du Duc de Guife , dont le 
Génie Romanefque , s'accommodoic 
aux Tournois. Il était fuivi d'un 
Cheval qui paroitroit devoir fervîr à 
quelque Abencerrage , ou quelque 
Zegri j car , il etoit mené par deux 
Mores , qui le faifoient luivre la 
Troupe à pas lents & pompeux. Son 
Ecu avoit pour Devî(e un Bûcher fur 
lequel étoit un Phénix , & un Soleil 
au de(Tus qui lui redonnoit la vîe> 
avec ces motS;^ 

Qu'îmforta que mat en , fi ref^tcltan K' m 

Le Duc de Candalle parut enfuitc, 
qui ne fut pas moins admiré , 6c le 
verr , Por , &c l'argent parurent avec 
éclat en fa Troupe , & fur tout fa^ 
belle taille, & fa belle tête blonde, 
reçurent les loiianges qu'il méritoit. 
Son Ecu avoit pour Devife unç. Mai- 
fue ôc CCS mots ,. 



* §j*m^om (^îi'il tne , ^îî re^ufcits^ 



Elh 



a l'jHfljlolrc d'Âfins d* Ah triche, 417 

Elle petit 7n:me me placer pirml les 

Aftre\ 

L'Eté venu , le Roi ^<. la Reîiie al- 
lèrent à Coni3Îe^ne , félon leur cou- 
:\\mz penfer aux Axiîres de la Giier- 
:z. Je demeuraî cette année quelque 
rcius à Frêne, avec Madame du Plef- 
!.ls mon A:nie. Elle avoit un grand 
nérite^ beaucoup d'cfprit , ^ de boii- 
é pour Tes Amis, &c on goutoit avec 
'rlle le véritable plaifîr de la Société 
i^^réable & vertueufe. T'en partis le Le 2^, 
x(j. x'ioût, pour aller trouver la Reine. ^^^^* 
Eu arrivant à Compic;:^n3 , il me pa- 
rut que cette Prince (Te vouloir paroî- 
tre fort confolée de la perte de Valeu- , 
cîeunes & de Condé , que les Efpa- 
gnols avoîent pris. Les Ennemis a- 
voienc eu ces avantages fur nous . & 
il fembloît que les Partilans de Mr. le 
Prince s^imaginoienc déjà qu*on le re- 
chercheroic, & que pour le tirer des 
Pais Etrangers , ou lui offriroit de 
grandes chofes ; mais la Reine iVétoîc 
pas aîfée à étonner , & le Cardinal 
Mazarîn étoit trop habile pour lailTer 
long-tems à ce Prince quelque fujet: 

d^eC 



4^^ Ji^cmolres pour fervîr 

lSs6» ^'cfpérer ce qu'il n'auroit pas été raî- 

fonnablc de faire. La Reine me Çi\ 

rhonneur de me dire en riant^ fur k 

chapitre de Valencicnnes , qu'il y a- 

roit de la préfomption à croire, qu'i 

n'y eût des Vi6toires que pour nous 

que les Prières des Efpagnols devoien 

quelquefois obtenir des grâces du Ciel 

telles qu il lui plaifoit de les diftri 

buer y tantôt aux uns, Ôc tantôt au: 

autres ; 6c qu'il ne falloit pas s'éton 

lier de ces événemens. Ils furent eau 

fe néanmoins que le Parlement , qu 

ne manquoic guère de fe prévaloir d< 

toutes les occahons, donna un Arrc 

qui attaquoit le Confcil. Il ordon 

n'^it que les Maîtres des Requêtes fe 

ïoient à l'avenir oblii'cs de leurrendr 

compte des Arrêts du Confeil , l 

qu'ils feroicnt mandes, par eux pou 

leur en aller rendre raifon. Les Ma-i 

très des Requêtes députèrent auflî-t€ 

quelques-uns de leur Compagnie 

pour en aller faire de^ Plaintes au Rg: 

Le 19, d'Août, Gaumin lui fit fur t: 

fujct une Harangue , qui fut trouvé 

belle, parce qu'elle fut hardie, lla^ 

taqua le Parlement avec vigueur,' 

grande Liberté : il cita un de nos voi 

£1 



à l^HtJl^re et Anne d'Autriche, 429 
fins Mîaiiire d'Efpa^ne, qniavoit dk l6jê, 
autrefois , que jamais la France ne 
fer oit dans une entière PuilTance, que 
les Princes ne fuiFent fans Pouvoir , 
les Huguenots fans Places. & les Par- 
lemens fans droit de faire des Re- 
montrances. Il exagéra les Entreprî- 
fes, & dit qi^il anéanciifoit tant qu'il 
pouvoît l'Autorité du Roi. La Rei- 
ne écouta ce Difcoars avecplaiiir, par 
la mauvaife împrefli) 1 que les Révol- 
tes du Parle^n mic avoient laiirées dans 
ion efprir. O 1 fit de grands raifon- 
nemens dans b Cib* i3t (ar ces matiè- 
res > vSc p!a(i':urs perfonn^s difoienc 
au-li, qu'il écoic vrai qu'alors il y 
avoir d;^s d jfor ires au Conseil. Je ne 
ijçai s'ils avoient tort, ou raiion ; maiS;^ 
tous coii:luoient que le Miniftre au- 
01c bien fait, s'il fe fat appliqué au 
emede de ces ma* a Aies intellines, qui 
erdoient PE:at , Se qui pouv oient 
ontinuellement donner un jufte pré- 
:exte aux Brouillons de crier contre 
ai. 

Nous vîm?s alors arriver à "^om- 
îegne la Reine de Suel^ , dont ou 
voit ouï conter tant de chofes ex- 
aordiiiaires» Cette Princefle , qui 

avoÎE 



le 



4^0 Mémoires pour fervlr 

i6)é. avoit qaîté Ton Roiaume , fembloît 
l^avoîr fait par un généreux dédain de 
la V ouronne , & pour ne pas forcer 
~ fon inclination, en faveur de Ton plus 
proche Parent, que Tes Sujets avoient 
fouhaitc qu^'cUe époufâr. Elle avoic 
embra(fé notre Religion , & avoic re- 
nonce à l'Here/îe entre les mains du 
Pape. Qiielques - uns eftimoient infi- 
niment cette Adtion, & croioient que 
cette PrincelTe , en quittant la Cou- 
ronne de Suéde , méritoîc celle du 
Monde entier. D'autres l'avoient ac- 
cufée d'avoir quitté fon Roiaume par 
force 5 ou par légèreté, 6i d'avoir ai- 
mé tendrement , en Suéde , & en 
Flandres , un Efpagnol nommé Pi- 
mentel, qui avoit été dans fa Cour 
de la part êia Roi fon Maitrc. On 
Tavoit beaucoup loiice^ & infiniment 
blâmée. Elle paflbit pour une Pcr- 
fonne illuflrc : les Plumes des plus 
fameux Auteurs , tant flir la Loiianv 
gc, que fur la Satire , n'étoient em- 
ploiées qu'à parler de fes vertus hé- 
rojques, ou bien de fes défauts. En 
quittant la Suéde , elle avoit été en 
Flandres , puis à Rome. Enfuitc de 
ces Voiages, elle voulut voir la Fran- 
ce! 



\[ 



k rHlfioire êi Anne à* Autrkhe 451 
:e aufîi-bien que lltalie j & cette 16^ é, 
n'ande réputation;, qu'elle avoit acqui- 
c, fît que la Reine fut alTez aife de la 
ûir. Le Roi de Suéde, à qui cette 
Icine du Non: avoit laiifé fonRoîau- 
ne, étoit un Prince belliqueux : il fe 
aifoit craindre & confidérer. Il avoit 
emandé au Cardinal que cette Prin- 
cire fut bien traitée en France , ôc le 
/liniftre par Tes propres fcntimcns 
'eftimoit. Elle y fut reçue de la mc- 
le manière nue le fut autrefois Char- 
:s-QLiint5 quand il palTa par la Fran- 
ce, pour aller en Flandres. Le Roi 
li envoia le Duc de Guife pour la 
rcevoîr à fon Entrée fur fes Etats , 
: pour la complimenter de fa part, 
a Reine lui envoia Comincres , fou 
Capitaine des Gardes , pour la même 
nofe. Le premier écrivit à quelqu'un 
e fes Amis une Lettre qui fut lue du 
.oi 3c de la Reine avec plaifir. Je 
ai gardée . par ce qu'elle repréfen- 
)it au naturel cette PrincelTe dont il 



5 t' 



i6^6* 



451 Mémoires pour fervîr 

L ETTRE DU Duc D E 

Guise. 



J> 
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33 
93 

33 
V 
33 
3i 
»3 



JE veux 5 dans le tems que je 
m^ennuie cruellement , penfer 
à vous divertir, en vous envolant 
ie Portrait de la Reine que j'accom- 
pagne. Elle n'eft pas grande, mais, 
elle a la raille fournie , ôc la croupe 
large, le bras beau, la main blan- 
che ôc bien Faîte, mais plus d'hom- 
me que de femme , une épaule 
haute , dont elle cache Ci bien le 
défaut par la bizarrerie de fon ha- 
bit , fa démarche , ôc ies actions , 
que l'on en pourroît faire des ga- 
geures. Le vifage eft grand fans 
être défedbucux , tous les traits font 
de même , 6c fort marquez ; Iç 
nez aquilain , la bouche allez gran- 
de » mais pas defagréable fes dentsi 
palTables, fes yeux fort beaux 8c\ 
pleins de feu, fon teint nonobflanc 
quelques marques de petite verolej 
alTez vif & afTez beau , le tour duj 
vifage adcz raîfônnable, accompa- 
gné d'une coiffure fort bizarreJ 



3 f« 



C< 



à l Hiftolre et Anne à* Autriche , 453 
C'cfl: une Perruque d'homme fort « 16^6, 
grolTe & fort relevée fur le front 
fort épai(ïe fur les cotez , qui en 
bas a des pointes fort claires, le dcC^ 
fus de la tête cft d'un tKTu de che- « 
veux 5 Se le derrière a quelque cho- « 
fe de la coiffure d'une femme. « 
Qiieiquefois elle porte un Chapeau. « 
Son corps , la (Té par derrière , de " 
biais 5 efl: quad fait comme nos « 
pourpoints 5 fa chemife fortant tout « 
au tour au deflus de fa jupe , qu'el- ce 
le porte arfez mal attachée , Se pas « 
trop droite. Elle cft toujours fort 
poudrée , avec force pommade , Se 
ne met quafi jamais de gans. Elle 
efl chaulîée comme un homme , 
dont elle a le ton de voix. Se quafi 
outes les Actions. Elle affeéle fort 
e faire TAmazone. Elle a pour 
e moins autant de gloire Se de « 
erté, qu'en pouvoit avoir le grand ce 
uftave, fon Pcrc. Elle eft fort 
ivile & fort carefTante, parle huit 
angues. Se principalement la Fran- ce 
oife comme fi elle étoit née àPa- ce 
s. Elle fçait plus que toute notre «c 
cadémîc jointe à la Sorbonne , fc a 
onooit admirablement en Peinture, ,« 

<4 com» 



ce 

ce 
ce 
ex 

ce 
ce 
ce 



ce 
ce 



434 Mémoires pour fervlr 
t6j6, ,> comme en toutes les autres chofes : 
fcait mieux toutes les Intrigues de 
notre Cour que moi. Enfin , c'eft 
une Perfonne tout- à- fait extraordi- 
naire. Je l'accompagnerai à la Cour 
par le chemin de Paris ; ainfi ^ vous 
pourrez en juger vous même. Je 
croi n'avoir rien oublié à la Pein^ 
ture 3 hormis qu'elle porte quelc]ue- 
foîs une Epée avec un collet de 
buffle 3 & que fa Perruque eft noi- 
' re , & qu'elle n'a fur fa gorge 
' qu'une écharpe de même. •> 

Cette Reine connoilToit fî parfaite- 
ment toute la Cour ^ qu'en voianc 
Comîntres , elle lui demanda des nou- 
velles du bon homme Guitaut fon 
Oncle , (SvT fi elle ne le verroic point 
en colère ; car , il étoit fujct à cette 
paiïïon 5 & s'en fervoit habilement: 
elle lui avoit aidé à faire fa fortune, 
^ la Reine de tout tems avoit pris 
plaifir à le voir en cet état. La Rciiiç 
de Suéde n'ignoroit donc rien de tou- 
tes les grandes chofes , & de toutes les 
petites. Elle dît en quelques occa- 
fions , qu'elle fçavoit qu'on avoit dît 
d'elle beaucoup de bieu & de mal, & 

qu'on coxmoiuoû çn la voiaut, qu'il 

n'y 



a l*Hifioïre â*Jnne d' Jutrkhe. 43 j* 
n'y avoir ni Tun ni l'antiT. Elle ne i6^i5, 
difoit pas la vérité ; car en effet, on 
y trouva un mélange de beancup de 
grandes vertus , & de grands deffauts. 
Elle fit Ton Entrée à Paris le huitième 
de SepteiTibrc ^ après avoir été régalée 
1 Efîbnne par Heficlin , d'un Eallet, 
i'un feu d'Artifice , d'une Ccmédie, 
k de quantité de Dames j qui la fu- 
ent voir en ce lieu. Les Bourgeois 
le Paris en Armes , & avec de beaux 
habits , la furent recevoir en bon or- 
re , hors les Portes de la Ville , & 
l'Ordercnt Ton chemin dans toutes les 
.ués dépuis Confîans où elle avoir 
louché, jufques au Louvre où elle 
evoit loger. Leur nombre fut inlî- 
î , aufli-bien que des Famées , & des 
erfonnes de qualité , qui aux Fenêtres 
: aux Balcons la voulurent voir paf- 
r 3 & la foule fut grande dans les 
les. Elle tarda à traverfer la Ville, 
|?puîs deux heures , jufques à neuf 
pures , du foir qu'elle arriva au Lou- 
)c. Elle fut logée à l'Appartement 
I Roi , où croit la belle Tapîfleric 
|: Scipion , ôc un Lit de Satin blanc 
Broderie d'or, que le feu Cardî-^ 
^1 de Richelieu en mourant lailla au 
Tom€ /^ T feu 



43^ 2l^€mohes four fervlr 
16^6, feu Roî. En arrivant, elle demanda 
à boire. Le Prince de Conti , qui 
rétoit allé vifiter de recevoir , lui don- 
na la Serviette , qu'elle prit après^ 
quelques complimens répétés. Co-^ 
iiiînges nous dit que le Duc d'Eper- 
non , alors Gouverneur de Bourgog* 
ne , l'a-voit magnfiiqiiement rcçiie 5 
Se quoy qu'elle afFcdàt de ne rien 
admirer , elle trouva néanmoins que 
la France éroît belle , riche , Ôc bien 
remplie de peuples. Elle voulut qu'on 
crût que Rome l'emportoit dans fan 
inclination &C Ton cftîme fur Paris^ 
êc difoit que l'Italie avoit de grands 
charmes: mais ,3 ce qu'il parut de- 
puis , les Plaîfirs de Paris ne lui dé- 
plurent pas 5 6c je penfe qu'elle aurait 
volontiers , quitté tout autre Pays 
pour le nôtre , s'il elle avoir pu y de- 
meurer, 

A ce premier abord , elle parut ai- 
mable à tous les honnêtes gens. Sqji 
Habit , (î extravagant k l'entendre dé- 
crire , ne l'ctoit point trop z la voir , 
ou du moins on s'y accoùtumoît facile- 
ment. Son vîfage parut aflTcz beau, 
Se chacun admira la vivacité de {o 
efprit 5 ôc les chofes , p^r .'culiere 



qu Cl 



1( 



à VH'îfioîré à* Anne à*Aiitr]che, 437 
qu'elle içavoît de la France. Elle ccn- i6ji 
noinoit non-fcukment les ir.aifons & 
les armes 5 iViais elle fcavoir les întri- 
guesÔi les Galanteries , & n'ignoroît 
pas mérne les noras de cci x qni ai- 
n oient la Peinture eu la Mudque. 
Elle dît au Ivlarquis de Scurdis les 
Tableaux de prix qu'il avcit dans Ton 
Cabinet 5 & kavoit cx^ç. le Duc de 
Lianccurt en avoit de fort beaux ; 
jufques là neir.e qu'elle appenoit 
aux François ce qu'ils ne fçavoient pas 
de leur Fatrit. Elle diijuta contre 
quelques-uns, qu'il y a^oit dans la 
Sainte ( l.spellc ire/csthe de grand 
prix , qu'elle voulut voir , 6c qui en- 
fin Te trciiva à Sr. I^cnis, Elle parut 
civile particulière ncnt atxl.cn mes, 
mais brifquc d: en pcrtéc fans don- 
ner aucun fujet cflcdlif de croire les 
mauvais C crtes qu'en avoit faits d'el- 
le. Ils s'etcient rcjaicus dans toute 
l'Europe à fon cefavartage, & l'a- 
Hoicnt fait pafïcr d^ns J'ep'nion de 
tous les fagcs 5 jour une peifcnne qui 
ne l'étoit gueies. 

Notre Ams7cne Suedoîfc gagna 
tous les caurs à Paris , qu'elle auroïc 
pcut-dt^c fcrdui» bien- têt aptes ; iî cl- 

H X le 



4 3 s Mémoires pour fervir 

16^6, le y fut demeurée plus long-tems. A- 
près y avoir vu tout ce qu'elle crut 
digne de fa curiofitc , elle quitta cette 
grande Ville , où elle avoit été tou- 
jours environnée d'une furieufe prefTe , 
pour venir voir leurs Majeftés à 
Compiegne. Elle y fut reçue , non 
feulement en Reine , mais en Reine 
bien aimée du Miniftre. Le Cardi- 
nal Mazarîn partit le même jour de 
Compiegne ^ pour être à Chantilli , 
quand elle y arriveroit pour y dîner. 
Deux heures après ce Repas le Roi 
Se Monfieur y arrivèrent comme des 
Particuliers. Le Roi entra par une 
porte qui étoit au coin du Baluftre 
du Lit ôc fe montra avec toute la 
foule , qui étoit au tour d'elle & du 
Cardinal. Aullî-tôt qu il furent ap- 
perçus par lui , il les prefenta à la 
Reine de Suéde , & lui dit que c'é- 
toit deux Gentilshommes des plus 
qualifiés de la France. Elle les con- - 
nut en les regardant , pour avoir vu 
leurs Portraits au Louvre , & lui ré- 
pondit qu'elle le croioit aînfî , ôc 
qu'ils paroîfïbient être nés à porter 
des Couronnes. Le Cardinal Maza- 
rin lui repartie , qu'il voyoit bien qu'il 

. étoit 



le 



à rHîfioîre iAnne à* Autriche, 439 
étoit difficile de la tromper , & qu il \ 6^ 6, 
étoic vrai que c'êtoîc le Roi & Mon- 
fieur. Le Roi lui die de bonne gra»- 
ce 5 qu'il étoît fâché de ce qu'elle 
^ avoir été Ci mal reçue* dans Tes États , 
u'il n'avoir pas manqué de donner 
"es ordres pour la traîtter félon ce qui 
lui étoit du : mais que fa veniie (i 
précipitée avoit empêché ceux à qui il 
les avoit donnés de lui rendre le réf. 
pedt qu'il auroit déliré de lui faire 
rendre. Elle repartit à fes civilités 
avec reconnoiffance de ce qu'on avoir 
fait pour elle 3 (Se ne manqua pas d'é- 
xagerer en de beaux termes la fatîf- 
faàion qu'elle avoit reçue en France.. 

e Roi 5 quoyque timide en ce tems- ~ 
là 3 ôc nullement fçavant , s'accom- 
moda fi bien de cette Princefle har- 
ie , fçavante ôc fiere , que dés ce 
oremier inftant , ils demeurèrent en- 
emble avec liberté de agrément , de 
rt & d'autre. Il fut aifé d'en trou- 
er la raifon : ceux qui voulurent la 
phcrcher jugèrent, que c'étoit une 
arque indubitable , que le Roi a- 
oît en lui par inclination , 6c par na- 
re 3 les femences de ce qu'il y avoit 
aquîs ÔC de louable en la perfonne 

T 5 de 



4-{-o M' moire s pour fervlr 
, 5j,5. de cette Rsine , 6>C qae la timidité qui 
paroi (rjic en lai procédait alors de fa 
gloire (3c d^ fon jagemeric , qui lui fai- 
foieiit defîrer d'être parfait en toattes 
cUofes , ÔC craindre en même tems de 
ma iqiî^r en quelqu'une. Apres cette 
converfacioîi , il ta quitta , ôc revint 
trouver la R-^îne, qui le lendemain alla 
la recevoir , accompagnés du Roi 5i 
de coure fa fuite Royale. Ce fut 2 
crois lieues de Compiegne , au Fayec^ 
Maifon appartenante au Maréchal de la 
Morte - H ^udancourc , où fe fit cetu 
célèbre Eatreviie, Les Chevaux • Lé- 
gers, les Grniarmes 5 & les Gardes,. 
alloient au-devant du CarolTc de leuri 
M-ijefrés par gros Efcadrons ; 6c , com- 
me ils écoient parés , cet accompagne- 
ment école véritablement Royal. Il J 
avoir avec le Roi ÔC la Reine > Mon- 
iîeur y Frère unique du Roi , Madame 
la Duched'e de Lorraine , Madame de 
M-Tcœur, ôc MidamelaComteffe S 
Ficx , Dame d Honneur de la Reine, 
Qjiand la Reine fat arrivée, elle ne 
voulut point entrer dans cette Miifoi^ 
parce qu'elle fçivolt que la Reine de 
Suéde dévoie arriver bien-tor. Elle de- 
meura a/ec coucefa Cour fur nue Ter- 
ra lie 



a V Hlfi OIT e â^ Anne à^ Autriche, 441 
raflTe qui cft devant le Logis, d'où Ton \6^G. 
, defcend par quelques degrés dans une 
grande Cour , où étoienc rangés cH 
• haie les Gardes & toute la Cavalerie. 
Beaucoup de Perfonnes de qualité y 
étoient , avec des Habits en Broderie 
, d'or & d'argent , 5c quantité d'autres^ 
qui tous compofoient un grand Cor- 
tège, Comme on n'avoit laîfifé entrer 
dans cette Cour que les CaroiTes de la 
RcinCj & qu'on en avoit banni la Ca- 
naille, la Reine (Se toute fa belle Com- 
pagnie paroiflfoit fur cette TerrafTe , 
comme fur un Amphitéatre. Ce fut 
à mes yeux une des plus belles & des 
plus agréables chofes du monde. Cette 
Maifon avoit la grâce de la nouveauté: 
elle étoit neuve 6c régulière , & la 
Cour étoit grande 6c quarrée. Le ga- 
zon en étoit coupé par bandes, &: il 
étoit impoffible de voir un objet plus 
aeréablc. La Reine, a qui je le fis 
il remarquer dans ce moment, en de- 
meura d'accord : & pour dire la véri- 
té, quoi qu'elle ne ^ut pas la plus jeu- 
ne de la Troupe , elle étoit pour le 
moins celle qui avoit la meilleure mi- 
ne , & qui paroilToir la plus aimable^ 
Le Duc de la Rochefoucâult, & 
T 4 quel- 



442- Mémoires pour frvlr 

t (>^6, quelques auttes, qui depuis que cette 
Reine étrangère étoit à Paris, avoient 
été les plus allidus auprès d'elle , arri- 
vèrent les premiers, ôc bien-tôt après 
fon Caroflfe entra au bruit des Trom- 
pettes. Le Cardinal Mazarin ôc le Duc 
de Guife etoient feuls avec elle j car , 
elle n'avoît que quelques Femmes fort 
chétives pour la iervir, qui ne fe mon- 
trèrent point. Auiîi-tôt qu'elle vit la 
Reine, elle defcendit de CarofiTej de la 
Reine s^'avança aufîî deux ou trois pas, 
au dehors de la TerrafTe , pour l'aller 
recevoir. Elles fefaluérent toutes deux 
civilement. La Reine de Suéde vou- 
lut faire quelques Complimens y ôC 
remercier la Reine du bon traitement 
qu'elle avoit reçu en France ; mais, ces 
paroles furent interrompues par celles 
de la Reine, qui lui témoigna la joie 
qu'elle avoit de la voir. L'impatience^ 
qu'eurent tous ceux qui les environ- 
aïoient de voir cette Reine, fut Ci gran- . 
de, qu'elle obligea les deux Reines à 
finir. leurs Complimens, pour fuir la 
foule qui les accabloit. Le Roi , qui 
avoit déjà fait connoi (Tance avec l'E- 
trangère, lui donna la main pour la 
faire entrer dans la Maifon. Elle paffa 

de- 



à V Hlflo're d'Anne JJ Autriche, 443 
devant la Reine, &: fe laifTa conduire i(?j^, 
où l'on voulut la mener. Plufîeurs 
ont trouvé que la Reine fut troo civi- 
le, de lui lailfer prendre cet avantage ; 
& le Roi ipême devenu plus grand eu 
a ea depuis de la douleur, & du cha- 
grin, &: en plufieurs occailons a repro- 
ché à la Reine fa Mere^ qu^elle avoic 
eu tort d'avoir cédé chez elle à cette 
Reine, àc à celle de Pologne , vu la 
Grandeur de fa Naîirance, 6c le haut 
Rang que lui donnoit la Couronne de 
France. J'étois une de celles qui me 
Touvai le plus près de ces deux Roîa- 
|[es Perfonnes, ic quoi que les defcrip-. 
:îons fi particulières que Ton avoir faî- 
:es de la Reine de Suéde, me l'euiTentfi- 
l^urée dans mon imagination, j'avoue 
Néanmoins que d'abord fa vue me fur- 
prit. Les cheveux de fa Peruque 
ftoîent ce jour là defrifez, le vent en 
lefcendant de CarolTe les enleva , & 
:omme le peu de foin qu'elle avoit de 
|bn teint lui en faifoit perdre la blan- 
iheur, elle me parut d'abord comme 
line Egîptienne dévergondée , qui par 
lazard ne feroit pas trop brune. En 
îgardant cette Princefle , tout ce qui 
Uns cet iaftant remplît mes yeux , me 

T j jparui 



444 Al^molres pour firv'y 
16^6, parac extraorditiaîremeiic étrange, & 
plus capable d'éfïrakr que de plaire 
Son Habic e'coît compofé d'un psric 
Corps 5 qui avoit à moitié la figure 
d'un Pourpoint d'honime, & l'autre 
moitié celle d'une Hoa2:relinede Feni- 
me, mais qui étoic fi mal ajuflé fur 
fon Corps, qu'une de Tes épaules for- 
toit toute d'un côté , qui étoic celle 
qu'elle avoir plus grolTc que l'autre. 
Sa Chemife étoic faite à la mode des 
hommes: elle avoic un colec qui étoic 
rataché fous fa gorge d'une épingle 
feulement , ôc lui laiiroît tout le dos 
découvert: & ce Corps qui étoic éclian- 
cré fur la gorge, bv*aucoup plus qu'un 
Pourpoint , n'étoîc point couvert de 
ce colec. C^cce même Cliemife fbr- 
toîcpar embas de fon demi - Pourpoint 
comme celles des hommes ^ elle fai- 
iôic (brcir au bout de fes bras 6c fur fes 
mains la même quantité de toile que 
les hommes en laîlfoienc voir alors au 
deffaut de leur Pourpoint & de leurs 
Manches. Sa f upe , qui étoic grife 
chamiréede petits paflfemens d'or SC 
d'argent, de même que fa Hongreline, 
étoic courte , ^ au lieu que nos Robes 
font traînantes , la ficnne lui faifo*C'| 

voir 



- N 



à V Hlflolre d'Anne d'Autriche, 445* 
voir les pieds découverts. Elle avoit 16^6, 
des Rubans noirs renoliez en manière 
de petite oye, fur la ceinture de fa Ju- 
pe. Sa Chaunfure ctoit tout-à-fait fem- 
blable à celle des hommes , ôc n'étoîc 
pas fans grâce. Le Roi la mena dans 
une grande SalejOÙ Me. la Maréchale 
de la Motte avoit fait préparer une 
grande Collation. Le Roi, les deux. 
Reines , &c Monficur , entrant s^aC- 
iirent à table. Se nous l'*environnâmes 
pour voir cette Perfonne , en tout fî 
différente des autres femmes , & donc 
la Renommée avoit tant fait de bruit. 
Après Tavoir regardée avec cette appli- 
cation que la Curioiité infpire en de 
relies occafioiis, je commençai à m'ac- 
coutumer à Ton Habit , ôc à fa Coef- 
fure, ôc à fon Vifage. Je trouvai qu'el- 
le avoit les yeux beaux & vifs, qu^elle 
avoit de la douceur dans le vifage, ôc 
que cette douceur étoit mêlée de fierté. 
Enfin, je m'aperçus avec étonnemenr, 
qu'elle me plaifoit , &c d'un înftant à 
un autre, je me trouvai entièrement 
changée pour elle. Elle me parut plus 
[grande qu'on ne nous Tavoît dite, Sc 
moins bolTue ; mais , fes mains qui 
.voient été loljées comme belles, ne "^ 

T 6 l'étoienc 



44 <^ Aiemolres pour fervlr 
16^6, rétoîeiit guère : elles étoient feulement 
aGTez bien faites ^ &c pas noires ; mais 
ce jour - là elles étoienr fi cralTeufes , 
qu il étoî: impoflîble d'y apperçevoîr 
quelque beauté. Pendant cette Colla- 
tion 3 elle mangea beaucoup , de ne 
parla que de Difcours fort communs. 
Le Duc de Guife lui montra Melle. de 
Mancini , qui étoit auprès d^elle à la 
regarder comme les autres* Elle lui fit 
un grand faluc, ôc fe pancha tout en 
bas de fa chaife, pour lui faire plus de 
civilité. Au forcir de là, le Roi, les 
Reines, Moniîeur, & le Cardinal Ma- 
zarîn , fe mirent dans le CarolTe de la 
Reine, avec le refte de la Compagnie 
que j'ai n")mmce, & la Converfation 
y fut agréable. Qiiand la Reine fut 
arrivée à Compîegne ^ après avoir con- 
duit fon Hotelfe dans fon Apparte- 
ment, elle nous fit Thonneur de nous 
dire , qu'elle étoit charmée de cette- 
Reine , de nous avoiia que le premier 
quart d'heure, elle en avoit été effraice 
comme les autres ; mais , qu'après l'a- 
voir vue, Se l'avoir entendu parler, 
cette furprife s'étoit changée en incli- 
nation. Elle nous dit que cette Prin- 
celTe , faifanc femblanc de vouloir eoic 

lel 



à VHlflolre d'Anne d' ^Autriche , ^^j 
le Portrait du Roi & de Monfieur , 16^6. 
que la Reine porcoic au bras, elle lui 
avoit fait ôceu fou gant^ Se qu'elle lui 
avoit dit les chofes du monde les plus 
jolies fur la beauté de Tes mains , la 
louant de les avoir fçu louer fans 
l'embaraflTer. Aufli-tôt que la Rein« 
de Suéde fe fut un peu repoféc dans 
fa Chambre, elle vint faire vifice à la 
Reine d'où on la mena à la Comédie 
Italienne. Elle la trouva fort mau- 
vaife 5 & le dit librement. On Pafïiira 
que les Comédiens avoient accoutume 
de mieux faire. Elle répondît froi- 
dement qu'elle n'en doutoit pas , puis 
qu'on les gardoit. Après cela , on la 
mena dans fa Chambre, où elle fut 
fervie par les Officiers du Roi. Il 
fallut qu'on lui donnât jufques à des 
Valets de Chambre pour la lervir , ôC 
pour la deshabiller ; car elle étoit 
leule 5 elle n'avoit ni Dames , ni Of- 
ficiers , ni Equipage , ni Argent : elle 
compofoit elle feule toute fa Cour. 
Chanut, qui avoit été Rendent pen- 
dant fon Règne, étoit auprès d'elle, 
. & d^ux ou trois hommes mal bâtis, 
à qui par honneur elle don -oit le 
:3 ^om de Cgmies. On pou voie dire 
^1 T 7 avcQ 



ÎZ 



448 Mémoires popir fervîr 
16^6, avec vérité , qu'elle n'a voit perfonnci 
car outre ces médiocres Seigneurs , 
nous ne lui vimes que deux femmes 
qui refTembloient plutôt à des Reven- 
deufes , qu'à des Dames de quelque 
Condition. Enfin, je feroîs tentée, 
en faifant la Defcription de cette 
PrincciTe , de la comparer aux Héroï- 
nes des AmadiS;, dont les Avantures 
écoient belles , dont le train étoît 
prefque pareil au ficn , & de qui la 
fierté avoit du rapport à celle qui pa- 
toîiïbit en elle. Je penfe même , vu 
Ton Equipage ôc fa Pauvreté , qu'elle 
ne faifoit pas plus de repas^ Se ne dor- 
moit pas mieux, que Marfife ou Bra- 
damante, ôc qu'à moins d'arriver par 
hazard chez quelque grand Roi com- 
me le nôtre, elle ne faifoit pas fou- 
venr bonne chère. Le premier jour, 
elle obferva de parler peu ; ce qui pa- 
roilîbîc marquer en elle de la diicré- 
tîon. Le Comte de Nogent , ieloii - 
fa coutume , s'emprcfTant devant elle 
de dire des vieux Contes , elle lui dîç 
gravement qu'il étoit fort heureux 
d'avoir beaucoup de mémoire. Le 
Cardinal Mazarin, le lendemain Pal la 

ViCmK en Camail, ôc tous les Evê- 

qucs 






àfHlftolre d'Amie d'Autriche, 449 
ques la faluéren: eu Cérémonie. Ce i<?j^. 
joLiL- elle parut avec un Juilaiicorps 
de Camcloc de coalear de feu , ôc u- 
ne Jupe grife , Van Se l'autre chamar- 
rez de pairemens d'or ôc d'argent :- fa 
Peruque écoit frifée ôc poudrée ^ Ton 
ceint par le repos de la nuit avoit 
quelque beauté, Tes mains étoient dé- 
rraiTées ; ôc il elle eut été capable de 
fe foncier des louanges, je croî qu'on 
m en auroit pu donner en ce moment 
ivec juilice, car elle parut à tous plus 
limable qu'elle ne le vouloît être. 
Elle vint voir la Reine le matin , ôc 
la Reine lui rendit fa vî/îte aufîî-tôt 
iprès - dîné. La converfation y fut 
^aie, Se dans plufîeurs rencontres cet- 
:e Reine Etrangère fît voir qu'elle é- 
:oit fpîrituelle, ^ de bonne compa- 
gnie. Elle railla le Chevalier de Gra- 
Tijnc fur la paiïion qu'il avoit alors 
■)our Maie. deM^rcoeura Se ne l'é- 
pargna nullemant far le peu de re- 
connoiffance qu'il en pouvoir cfpérer. 
JDelà elle fut a la ChaTe du Sanglier 
ovL le Roi la convia d'aller. Elle lui 
avoit dit néannoins, qiand il lui pro- 
pofa d'y, aller , qu'elle ne l'aimoic 
point , parce qu'elle étoic périlleufe, 

ÔC 



450 Aïemoins pour fervlr 
ï6s6, ^ qu'elle ne pouvoic foufFrîr qu'on 
ne s'exposât à quelque péril , que pour 
acquérir de la gloire. Le Toit, à lai' 
Comédie Françoife elle montra d'avoir 
Tame paiïionnée : elle s'écria fouvcnt 
fur les beaux endroits, paroiiTanc fen- 
tir de la joie , ou de la douleur , fé- 
lon les differens feniimens qui étoient 
exprimez par les vers qui fc récitoienc 
devant elle : puis, comme lî elle eut 
été toute feule dans Ton Cabinet fe 
lairtknt aller fur le dos de fa Chaife, 
après fes exclamations, elle dcmeuroic 
dans une rêverie profon Je. La Rei-» 
ne même ne l'en pouvoit tirer , quoi 
que fouvent^lle voulût lui parler. Le 
foir, étant retirée avec quelques hom* 
mes de la Cour , entre autres Corn- 
minges qui n'étoic pas ignorant , ils- 
parlèrent de beaucoup de chofes , ôc 
enfuite de la fidélité qu'on devoir 
aux Rois ; bc quelqu'un lai difant 
que tous les honnêtes gens en avoienr, 
elle répondit qu'en tous les Païs cela 
étoit vrai , mais qu elle avoit remar- 
qué qu'en France cen'etoit pas un 
deffauc que d'y ms nqucr ^ 'Si qu'il é- 
toît commun parmi les personnes de 
mérite, ^ de qualité. Enfin , cette 

jour» 



à l'Hlfiolre "d'Anne d'Autriche, 4 j i 
journée lui attira beaucoup d'appro- 16^6 ^ 
bation , de chez la Reine ce même 
foir on ne parla que d'elle. Plufîeurs 
de nos rudes Railleurs avoîent eu le 
deirein de la tourner en ridicule , ÔC 
d'accabler par là ceux qui lî légère- 
ment rav^oicnc encenfée ; mais , Ils ne 
purent alors en trouver les moyens , 
foir par fon mérite , ou par la hau- 
teur qu'elle eut pour eux , ou foie 
^ndii parce qu'elle fut fouteniie par 
i'eftime que le Miniftre témoigna d'en_ 
^aire, & par la bonne réception du R oi 
5c de la Reine. Le peu de rems 
p'elle demeura a la Cour lui fut fa- 
vorable ; car fes defFauts qui étoienc 
grands furent ofFufqués par les belles 
k, brillantes qualitez qui étoient en 
;llc 3 ÔC par le plaîfir de la nouveauté, 
[ui eft d'un grand prix dans le cœur 
'es hommes. Nous lui verrons bîen- 
Dt perdre honteufemeut tous ces a- 
antages ; car, comme les Rois {ont 
xpofezaa public. Se que ce qu'ils ont 
e bon les rend célèbres , de même 
iurs defFauts fçavent en peu de tems 
étruirc ou diminuer leur réputa- 
ion: 

Le 18, Septembre, les Reines fu- 
rent 



451 Mémoires pour fervtr 

I6j6. j-entà une Tragédie des Jcfuites, do! 
celle de Saede fe moqua hardimer 
Le lendemain, le Roi lui donna i 
Feftin Roial, qui fut comme de t( 
Repas on: accoutumé d'être , où 
profufion fatigue plus l'efprît , qu'el 
ne nourrît le corps. Peu après cei 
incommode Cérémonie , il arriva ' 
Courier qui apprit au Roi de à 
Reine la prife de Valence par le D 
de Mercœur. La Reine étrang< 
vint aufïi-tôt s'en réjouir avec la r 
tre , d'une manière fi libre , qi 
fembloît qu'elle y prît une grar 
part. El'e trouva la Reine joiiant a 
Cartes. Elle s'aflîc auprès d'elle ; i 
s'appuiant nochalamment fur la tab 
il parut qu'elle s'occupa agréablem< 
à regarder les belles mains de la R 
ne : elle les loiia, & lui dit d'un 
galant , qu'elle eftîmtroît fon voÎî 
de Rome en France bien empîc 
quand elle n'auroit point eu d'an 
avantage que celui de voir en c 
feulement la plus belle chofe du M< 
de. 

Nogent, qui parloît toujours, V( 
lut lui dire , qu'on avoît remarc 
dans l'Hiftoire y qu'il y avoit c 






à l* Hl/ï-olre d'Anne d* A ft triche, 455 
'ans que Valcncieiines ôc Valence a- 16 ^3, 
Voient été affiégés par les François ; 
'que l'une n'avoir pu être prife, Ôc que 
l'aucre Pavoîc été. Après Tavoir écou« 
'té , elle fouhaica que dans ce même 
terme les mêmes pcrfonnes en pufTenc 
faire aucanc ; & , fe tournant vers No- 
-getit , lui dit ; Et que vous , Mr. de 
JSfo^ent , eHiJiès encore votre Cafaque 
femlle^morte , Ô* fijfi?s les mêmes Con* 
tes que vous faites a prefent ; car , a 
vous dire le vrai , j' aimer 01 s 7n'eux les 
enteni^e dms cent ans , qita cette heU" 
re. Ce qui fît qu elle le pou (Ta tou- 
jours de mêai" force, fut qu'on lui 
-avoit dit , qu'il avoit voulu la mêler 
<lans fes railleries. 

Le lendemain , le Père Annat , Con- 
felTeur du Roi , fut parler à la Reine 
<de Suéde, fur quelques plaintes qii'eU- 
le avoit faîtes centre leur Ordre. L'une 
étoit qus le Père Général des Jefuites 
ne l'avo't point été faluèr à Rome : je 
ne me fouvicns pas des autres. Après 
les excufes que lui fît le R^^verend Pè- 
re , elle lui dit d'un ton moqueur , «5^ 
-avec cette brufque manière qui lui ëtok 
naturelle , qu'elle fcroit 'îichéQ de [q^ 
•-^avoir pour Ennemis, fâchant leurs 

forces 3 



v 



454 Mcmolres four fervlr 
1 6j 6» forces , & qu'elle choifiroit plutôt d'a- 
voir querelle avec un Prince Souverain 
qu'avec eux j que par cette raifon , elle 
vouloit bien être ratisfaite,mais,qu''ellc 
PalTuroit , qu'yen cas de Confeflîon, & 
de Tragédie , elle ne les choifîroit ja- 
mais : voulant leur reprocher par là 
qu'ils étoient accu Tes d'avoir une Mo- 
rale trop indulgente , & fe moquer de 
la mauvaife Tragédie , où elle avoît 
été le jour précédent ; mêlant aînfî le 
burlefque avec leférieux, afin de fè 
vanger de l'offenfe qu'elle croioit avoir 
reçue de leur Compagnie. 

Cette PrinceiTe Gothique témoîgnoît 
cftîmer l'efprit & la capacité du Cardi- 
nal , ôc lui de même paroiflbît avoir 
beaucoup de vénération pour elle. Son 
extérieur , à qui en eut voulu juger à 
fôn defavantage , étoit digne de rifée, 
ôc de moquerie : quafî toutes fes ac- 
tions avoient quelque chofè d'extrava- 
gant} ôc on pouvoit avec juftice la blâ- 
mer , comme on pouvoit avec fujet la 
louer extrêmement. Elle ne reffem- 
bloit en rien à une Femme : elle n'en 
avoit pas même la modeftie néceffairc. 
Elle fe faifoit fervir par des hommes 
dans les heures les plus particulières. 

Elle 



! 



k rH'tflolre d'Anne d'Autriche, 4/ j 
Elle affedtoit de paroître homme en 1(3/ ^. 
:outes fes adlions. Elle rioic déméfiire- 
nenc quand quelque chofe la touchoir, 
k particulièrement à la Comédie Ita- 
ienne, lorfque par hazard les Bouf- 
onneries en étoient bonnes. Elle ccla- 
3it de même en louantes & en fou- 
1rs , comme je l^ay déjà dit , quand 
'S ferieufes lui plaifoicnc. Elle chan- 
)ic fouvent en compagnie j elle revoit, 
: fa rêverie alloît jnCqu^'à rafToupiffe- 
enr. Elle paroîfToit inégale, brufque, 
libertine , en toutes fes paroles , tant 
r la Religion , que fur les chofes à 
lî la bienféance de Ton féxe Pobli- 
oît d'être retenue. Elle juroit le nom 
Dieu y 3c Ton libertinage s'étoit re- 
ndu de Ton efprit dans fes allions. 
Ile ne pouvoit demeurer long - tems 
c même place. En prefcnce du Roî 

«la Reine , ôc de toute la Cour , elle 
auyoit fes jambes fur des ficgcs aufîî 
les que celui où elle étoit alîife, 6c 
M laiîToi^ voir trop librement. Elle 
fi oit profeffion de méprifer toutes les 
Fiâmes à caufe de leur ignorance, ôc 
pinoît plaifir de converfer avec les 
Hmmes,fur les mauvaifes matières, 
<i^même que fur les bonnes. Elle 

n'ob -^ 



45 6 Mémoires pour fervlr 
i6§6» n'obfervoît nulle règle de routes celle< 
que les Rois ont accoûtiuTié Regarder 
à regard du rcfped: qu'on leur porte 
Ses deux Femmes , tout hideufes & 
miférables qu'elles etoient , Te coucho 
ient fur Ton Lit familérement , & fai 
foient avec elle à moitié de tout. Ce 
pendant , la Reine , qui étoit au con 
traire la plus régulière perfone di 
Monde trouvoit des charmes dans l'a 
grément de fon vilage , & dans la ma 
nîere libre de toutes Tes allions. E; 
effet, il étoit difficile:, quand on l*a. 
voit bien vue , ôc fur tout écoutée , d 
ne lui pas pardonner toutes fes iriégu 
larités , particulièrement celles C;ui n 
paroifîoient point eflenticllemjcnt bl3 
niables. Cette douceur ôc cet «agrc 
ment étoient mêlés d'une rude fierté 
ôc la politefle fî naturelle à nôtre Ns 
tion ne fe rencontroit point en t\h 
Qiielqucsuns dirent qu'elle reffemblo: 
à Fontainebleau, dent les Eâtîmcr 
font beaux &c grands j mais qui ri'or 
point de Simétrie. Elle partit de Coir 
picgne j le 2 3. de Septen bre : la Rein 
la fut conduire à deux liéués de Y? , ^|i 
ces deux Prirxcflès fe féparerent avéIq 
quelques ixiarqucs dattendrifiurcn 



à rHl(totre et Anne d'Autriche, 457 
Le Marquis de Saint-Simon la traiita à i ^5 ^,» v. 
Senlîs , & Mr. & Me. du Plcfîis la re- 
çurent à leur belle Maifon de Frêne 3 
'avec une magnificence extraordinaire. 
iPafTantà un certain Bourg proche de 
^ ce lieu -, elle voulut voir une Demoir- 
fclle qu'on appelloît Ninon , célèbre 
3ar Ton vice, par fon libertinage , ôc 
I a beauté de ion efprit. Ce fut à elle 
eule de toute les femmes qu'elle vie 
?n France , à qui elle donna quelques 
narques d'eftime. Le Maréchal d'Al- 
)ret5 & quelques autres en furent cau- 
e 5 par les louanges qu'ils donnèrent 
i cette Courtifane de nôtre Siècle. De 
à cette Amazone Suedoife prit desC. a- 
'olTes de loiiage que le Roi lui fît don- 
ner , 6c de Targent pour les pouvoir 
»ayer : elle s'en alla fuivie feulement 
lie la chetive troupe , fans train fans 
;randeur , fans lit , fans vaidelled'ar- 
rent, ni aucune marque Royale. Con 
effein fut de recourner à Rome, ôc 
epafferpar la Savoye, où elle reprit 
[mbn perfonna^;e de Reine : elle y reçut 
fli beaucoup d'honneurs. 
L'Armée du Roi ayant alors afliégc 
Capelle , le Roy ëc le Cardinal Ma- 
in partirent le lendemaiii , pour al- 



45 s Mémoires pour fervîr 
i4s^» ^^^ ^ I^ Ferre , donner ordre aux Affaî- 
rcs de la Guerre. La Reine deineura 
à Compiegne , pour attendre en ce lieu 
le retour du Roy, Monfieur de Tu- 
renne commandoic l'Armée du Roi 
devant la Capelle , Ôc les Enncmîî 
la voyant aj[îîégée avoient quitté Saint- 
Guilaîn , pour venir la fecourir, ou 
pour donner Bataille. Ils étoient ve- 
nus Ce camper avec toutes leurs forces 
à deux lieues de l"* Armée : de Mr. de 
Turenne , bien loin de montrer de les 
craindre, fît applanir Its tranchées de 
leur côté , afin que s'ils vcnoient Tat- 
taquer il pût avoir une plus belle place 
pour combattre ; mais , ne voulant pas 
que la Ville afïîégée Tamufât davanta- 
ge y il fit fçavoir aux Afliégés que s'ils 
ne fe rendoient le lendemain , ils n'au- 
roient plus de c uartier. Celui qui y 
commandoît;, nomamé Chamillii qui 
étoit à Mr. le Prince , trouva plus à 
propos de lui obéir, que de fe mettre 
à ce hazard. Le 2 , la Place fe rendit 
au Roi, à la vue de TArmée Ennemie, 
qui eut la honte de lever le Siège de 
Saint Guîlaîn , & de ne pas faire lever 
celui de la Capelle, dont la prife étoîc 
capable de leparei le malheur de a- 

Icn- 






a VÏ-f'Jiolre d'Ame à* /Autriche. 4j^ 

îcncîeniies ; maïs ce qui reftoît à'En^ iCsi 

lem's au Miniftre , quoique cachés 

5c honteux , ne celebroîent pas nos 

iTidoiresavec la même joye qu'ils fcn- 

oient nos Pertes , & ne faifoient pas 

ant de bruit des biens que des maux. 

!^ctte iniquité s'eft pratiquée dans tous 

îstems ; car^ naturellement les Hom- 

les ont plus de pente à blâmer ceux 

uî gouvernent , qu'à leur donner des 

manges 5 &mêmc j'ofedire que cha- 

ue particulier à Tégard de ceux avec 

ui la Société Civile l'engage, fe laifîc 

Jller à cette malice. Il n'ya point de 

3nté dans Thomme^ du moins elle 

1: rare. 

On difoît alors que Mr. le Prince 
70Ît fait ce qu'il avoir pu pour faire 
îfoudre les Efpagnoîs à donner Ba- 
ille ; maïs ; que D, Juan d'Autriche 
; l'avoît pas voulu. Ainfi , nôtre Vie- 
tire fut grande , & nullement perîl- 
u(è. Le Vicomte de Turenne , en 
ttc occafion comme en toutes les au- 
S , continua de montrer que ce n'c- 
ît pas fans raîfon , qu'il étoît eftimé 
i des premiers & des plus grands Ca-* 
taîncs de nôtre Siècle, 
M Le Roi après avoir tardé quelques 



^ 4(jO A^emolres pour fervîr 

ï6j6,jours à Guife 3 & vu de ce pofte ta 
Prife de la Capelle , joignit fon Ar- 
mée 5 & alla en perfonne conduire un 
Convoi à Saint-Guilain , où l'on mit 
des vivres en grande quantité , avec 
tout ce qui efb néceffaire à une Place 
de Guerre , pour bien fbutenir ur 
Siège. Cette Action fe fit à la vûi 
des Ennemis , dont TArmée ne paru 
point, quoiqu'elle fut proche de cel 
le du Roî. Ce fut une chofe liono 
rabieau Miniftre, d'avoir en lî pe 
de tems rétabli la réputation des Ai 
mes du Roi, & remis Tes Troupes e 
état d'emporter des Vidoircs fur ceu 
qui paroîfïbient les Maîtres de jj 
Campagne. Enfuîtc de cette Exp< 
dirion , il ramena le Roi à la Reii 
fa Mère , qui l'attcndoic avee impl 
tience. Il arriva le fixîéme Odobrej 
6i toute la Cour étant rejointe cnfenl 
ble àConipîegne, elle en partit dei 
jours après pour aller à Paris , M 
l'Autorité du Roi le récabliiToit tp"^ 
jours de plus en plus , où les p,e| 
fonnes les plus gâtées étoîenc contrai 
tes d'avouer , du moins , que le W] 
nlilrr étoit heureux. 

Le Cardinal à fon retour à Pa 1 



à rHlfioîre à* Anm i Autriche 4^1 
lit donner un Arrêt du Confcil d'E- i(^^G. 
tat, qui caflbit ceux du Parlement 
contre ledit Confeil j ^ par là il fit 
voir à cette Compagnie , qu'il étoît 
tems qu'elle s'humiliât fous le joug de 
la puiifance légitime de Ton Roi. Il 
débrouilla mille embarras que Tablèn- 
ce du Cardinal de Retz lui donnoit 
touchant le Gouvernement ^c l'Eglife 
■de Paris 3 qui pour la fureté des Con- 
fciences devoit être légitime , 6c ne le 
pouvoit être que fous Tautorité de 
fon Archevêque j mais il fcut,, mai- 
gre les Intrigues qui fe faiibîcnt fous 
ce prétexte , en trouver les moyens , 
tels qu'il les falloir pour fatislaire le 
[Public , & contenter les bonnes Ames 
qui ne cherchoient que la Paix &c leur 
iSalut i ôc empêcher que le Cardinal 
tde Retz ne pue troubler par PAutori- 
|ité Canonique ^ le Repos de l'E- 
tat. 

Le Cardinal Mazarrn ^ bien-tôt a- 
près fon dernier retour , avcit fait 
venir en France deux de fes Saurs. 
Me. de Martînozzi, ôc Me, de Man- 
cînî , tontes deux vcrtueufès Femi- 
mes. La Première fe vît Mère de 
4eux Priacçfles, de Me. !a Princeiïe 

V ;; de 



51 



4^i Mémoires pour fervlr 
i6jC, de Conti & de Me de Modenc. 
L'autre , Me de Mancînî , etoic Mè- 
re de Me. de Mcrcœur, Mlle, de 
Mandni que le Roi aîmoît alors. 
& de trois de Tes Sœurs , qui étoicnt 
arrive'es en France avec elle en 16/3, 
avec un Fils qui lui étoit relie. Me, 
de Martinozzi , après le Mariage de 
la PrincerTe de Conti , & de Me. de 
Modene , étoîc retournée en Italie \ 
ôc Me de Mancini étoit reliée en 
France auprès de la Reine , cftîi-née 
de toute la Cour par fa douceur ôc fa 
vertu, vivantd'une vie retirée & qui 
ne fe mêloît d'aucunes Affaires , que 
de gouverner fagement fa Famille. 
H. j^ç Cette Dame mourut encore jeune . 
ï9. De fur la fin de Tannée*, au grand re- 
ceinbrc. grec du Cardinal Mazarîn Ion Frère. 
Il l'aiïilla à la mort , ôc il parut en 
cette occafion qu'il étoit touche de 
piété à Tégard de Dieu , Ôc d'une 
grande tcndrclTe pour fa Sœur. En 
mourant elle lui recommanda (on Fils 
&fcs Filles, ôc lui dit furtout qu'el- 
le le prioît de mettre en Religion ù 
troîfiéme Fille, quîs'appelloit Marie, Pv 
parce que celle-là lui avoît toujours 
paru d'un mauvais naturel , ôC que 

Feu 



\ii 



à VHlflaîre d'Anne d'Autriche, ^6^ 
feu fon Mari , qui avoit ézé un grand i^r^^ 
Aftiologue, lui avoic dit qu'elle fe- 
roît caufe de beaucoup de maux. 

Son Mari lui avoit aufîi prédît 
qu'elle mourroic fur la fin de fa 42. 
année : il avoit prédit la mort de Ton 
Fils tué à la journée de Sr. Denis; ôc 
l avoit prédit fa propre mort au tems 
Tiême qu'elle étoit arrivée : Ci bien 
juc Me. de Mancini , voyant qu'il 
ivoît été véritable en tout ce qu"'il a- 
foit dit des autres , avoit appréhendé 
'effet de la Prédidîon qui la regar- 
bit ^ & , pendant toute cette année 
.'lie avoit fouvent dit qu'elle ne vivroîr 
")lus guère. Trois jours devant que de 
omber malade , elle dît à fcs Fcm- 
Ines , qu'elle commcnçoît à fè rejoiiîr , 
à efperer qu'elle ne mou ri oit 

s , puifqu'elle n'avoît plus guère 
iC jours à paffet avant la fin du tcms 
ui la menaçoît , ôc qu'elle fe portoît 
ien : maïs enfin , elle tomba inaîa» 
,e 3c ne le fut qu'onze jours, AufE- 

t qu'elle fut (moi te , le Cardinal 
ion Frère dît qu'il falloît faire comme 

avid^quipria & pleura pendant la 

aladîe de fon Filf , 5c qui joua de la 

arpe après fa mort , louant Dieu 

V 3 des 



464 Atemolres poHrfervlr 

16 yS. des Arrêts de fa Providence, 11 panîC 
enfuite aaffi rranqaillc , que s'il n'eac 
point eu d'affliction y & travailla tout 
le jour à faire fes dépêches. 

Au cominenccment de 1* Année 
^^-^^^ 1^57. TEvêque de Montauban fit 
l'Oraîfon funcbre de Me. de Mancî- 
ni , dans TEglife des Augaftins , ou 
le Clergé de France qui étoit lors aC 
feniHlé fît faire à fa mémoire un Ser- 
vice foîemacl , & les louanges qui C 
do:"in?rent au nom Mazarin , 5c Man 
ci ni , y furent excefÏÏves, Me. d< 
Ivln-cœar, Fille aînée de Me, di 
V Mancini , fut fenfîb^ e^Tient touché 
de fa m:)rt. Cette PrînceiTe étaî 
grofTe , quand elle la perdit , p^u a 
près 3 étant accouchée fort heurcufe 
ment, elle mourut elle-mêmî , fan 
avoir donné le loifîrà ceux qui pr€ 
noient inicrêt à fa vie d'aprchenJc 
fa mort. Elle éroît en couche d 
quelques jours feulement , lorfqtt 
tout d'un coup elle tomba paralitîqil 
- de la moitié du Corps, & perdît l 
parole, le Cardinal , fon Oncle 
dans ce mom::nt n'en fut point îd 
quiète , parceque les Médecins I 
vinrent trouyer , qui raflUrercnt qu 



à rFIlftolre d'Anne d'Autriche, ^6$ 
ce ne feroir rien. Cela fut caufe qu'il 1 6 < (?. 
nelaifTa pas d'aller à un Ballet que 
le Roi danfoit ce même jour j mais , 
comme il en fortoit , on lui vint dire 
que Me. de Mercœur fe trou voit 
beaucoup plus mal. H y courut auffî- 
rot 5. en fe jetrant dans le premier Ca- 
rofle qu'il rencontra. En arrivant à 
PHôtel de Vendôme, il trouva qu'el- 
le fe mouroît \ ôc que ne pouvant par- 
ier^ elle ne pût lui faire qu'un fourir. 
Comme elle ne fouffroit pas , Se 
qu'elle avoit encore de la connoif- 
lance , la mort ne fît point en elle 
les changemens efFroîables qu'elle cau- 
fe en tous les autres. Un beau ver- 
millon que la fièvre lui donnoit avoic 
augmenté fa beauté naturelle. Elle é- 
toit jeune^ & avoit de Tembonpoinc : 
le fcul deffaut y qui étoit en elle , 
étoit que fans avoir la raille gâtée, 
elle ne l'avoit pas affez belle ^ en ce 
qu'elle étoit un peu cntafTée ; mais , 
ce deffaut ne fe volant point dans le 
lit, j'ai ouï dire à ceux qui la virent 
en cet état, qu'elle leur avoit paru la 
plus belle perfonnc du monde, 8c fa 
beauté augmenta leur rci^ret. Le Car- 
dinal en fut il touché, qu il ne put fe 

V 4 re- 



4^6 Mémoires pour fervtr 
4 éj7. retenir d'en donner des marques très 
fortes. Il fi: des crîs qui parurent pro- 
céder d'une douleur fenfible. La perte 
de fa Sœur lui étoû toute récente , 
& cette dernière venant attaquer Con 
cœur par u^ie double afïiidion , il en 
fut accabli Se cncîéreinent abbatu. Le 
monie injufle, quî refufe toujours fous 
de faux précexccs de donner fon appro** 
bacion aux meilleures chofes , voulue 
que fon chagrin procédât de quelques 
Prophéties qu'on avoît faîtes contre 
lui. Beaucoup s'imaginèrent qœ Me, 
de Mancihî en mourant lui avoit an- 
noncé des Arrêts funeftes contre fa 
propre, vie comme prononcés par la 
bouche de (on Mari , à qui on fit dire 
tout ce que l'on voulut. 

Cette belle mouraïKe Me. de Mer- 
cœur, n'aianr été malade qu*un jour 
Le 8. & une nuit , mourut le huitième Fe- 
février, vrîer , fenfiblement regrettée de fcs 
Proches , Scde toute la Cour \ car la 
vertu Se la beauté attirent la bonne vo- 
lonté des hommes. Cette mort /î 
prompte & fî furprenante , qui paroîf- 
foit triompher d'une jeune Princeffe , 
faine , belle , & Nièce d'un Favori iî 
puidanc , à qui toute la France étoît 

fou- 



À rHlfioire d'Anne d'Autriche. 4^7 
foumife , éconna les plus endurcis , fit ^^57* 
faire des Réflexions aux plus enjôliez \ 
ôc fut à tous un grand exemple de Va- 
nité qui fe trouve dans les Gran- 
deurs y ^ dans les fauffes joies de 
la Terre. 1 

Sur la fin du même mois , Made- 
imoirelle de Mancini , Sœur de Me.de 
Mcrcœur, <Sc qui jufques alors avoit 
eu rhonncur d'occuper le cœur da 
Roi 3 quittant enfin ces flareufes appa- 
rences qui ne la contentoient pas tout- 
i-faît , époufa le Prince Eugène , Fils 
lu Prince Thomas, Elle avoit apper- 
ju que PAmitié du Roi n'écoît qu'un 
amuiemenr, de même elle n'étoitpas 
atisfa'te de voir que le Cardinal Ma- 
!arin Con Oncle • n"'aiant point d'égard 
i fa Fortune j n'égligeoit de la marier, 
k fe fer voit d'elle feulement pour con- 
ervcr fon crédit auprès du Roi , 5^ le 
enfermer dans fa Famille. EUen'avoît 
>as beaucoup de compkifance pour le 
^rince dont elle fentoit que l'Amitié 
lilimînuoit tous les jours envers elle ^ ôc 
raignoit de que les petits chagrins ÔC 
s dégoûts qui n'ailfent des réflexions, 
e la fîflcnt bientôt entièrement finir, 
€ fut donc avec beaucoup de raifon , 
' - ' ■ ■ y S qu'elle 



4^8 Me moires pour fervlr 

iô^y, qu'elle fbahaka de pouvoir proâtci 
plus folidemeiK de fa faveur, par le 
grau-i'3<: glorieux écabliiremenc qu'elle 
trouva en la perfoaneduPrince Eugène, 
qui étant de la Maifon de Savoie, par 
fon Père, Petit -Fîls de Charles QLiinc 
par fa Grand - Mère, 8c du Sang de 
France par la PrincefTe de Carignan fa 
Mère, il écoit ditfi:ile qu'elle put trou- 
ver un Mari plus conddérable , n*) 
d'une plus grande Naiirance. Sor 
bonheur fut grand en toutes façons 
elle rencontra en ce Prince un alTe: 
honnère honms, de fur tout un bot 
Mari : (i bien qu'elle eut fujet de s'e{ 
tinier heureufe. Made. la PrincciTe d 
Carignan étoit Fille du Coince d 
SoiflTons y Se Coïï Frère le dernier Com 
te de Solifons l'avoit lailTée héficicr 
en partie de cet illuftre Maifon , qi 
était une Branche de celle de Bou: 
bon. Le Prince Eugène fon Fils 
prit le Nom de Coinre de Soi (Tons , l 
nous l'avons vu fous ce Nom partie 
per en quelque façon a la faveur d 
Miniflre , dont il avoic cpoufé la Ni 
ce , &: aTez ai né dans la Cour. I 
Roi la vît marier fans douleur ni ch 
gïb. Par cette ii^ififéjcence oaconn 



àtHlfiolre â' Anne à' Autriche, 4(^9 
TrfibUment que fa pafîîon avoir été i^jj» 
iiiédiocre , & que les François j du 
moins quelques uns, avoîent eu des in- 
quiétudes bien mal fondées. La Rei- 
ne aufïi avoit toujours dit, a ceux qui 
lui en vouloient faire craindre l'<:vcne- 
menr, qu'il étoit ridicule d'imaginer 
feulement que le Roi fût capable de 
cette fûibleiTe , & avoît répondu for- 
tement de la netteté des intentions de 
fbn Miniftre. Elle difoit qu'il n'y a- 
voit rien à craindre de Ton Ambition,- 
& que l'Amitié que le Roi avoit pour 
Mlle, de Mancini étoit honnête , 6^ 
fans foupçon qu'elle pût dégénérer err 
ïien de mauvais. Un jour que ce Ma- 
riage étoit réfolu , la Reine voiant le 
Cardinal Mazarin 5c la PrincelTe de 
Carignaii parler enfemble de cette Al- 
liance 5 m.e dit en ie tournant vers- 
moi ôc me les montrant , Ne vous l'a^ 
vois 'je pas bien dît , qu'il ny avoit 
rien >a cralndro, de cet Attachement ? 
Lé Cardinal, après le Mariage de 
Madame laComtelTe deSoiffons, mal- 
gré les Prières de fa Sœur mourante^ 
mit fur le Théâtre de la Cour, la nroi- 
I fîeme des 5œurs Mancini , qu'il retirai 
^des Filles is Sainte Marie , où elle 



470 Mémoires pûPirfervtr 
1 6jj. avoir été quelque cems. Il voulut don- 
ner en elle, dc en fa Sœur Hortenfc, 
qui étoît parfaitement belle, une Com- 
pagnie au Roi, qui pût lui être agréa- 
ble. La plus âgée , nommée Mauie » 
Cadette de la ComtclTe de SoilFons^ 
étoit laide. Elle pouvoit efpérer d'être 
de belle taille, parce qu'elle étoit gran- 
de pour fon âge, de bien droite ; mais 
elle étoit fi maigre, & Tes bras & fon 
col paroilToient fi longs Se Ci déchar- 
ncz, qu'il étoit impoffible de la pou- 
voir loiier fur cet article, EUeétoic 
brune Se jaune : .fes yeux , qui étoienc 
grands Se noirs , n'aiant point encore 
de feu, paroilToient rudes , fa bouche 
étoit grande Se plate , Se hormis les 
dents qu'elle avoit très belles , on la 
pouvoit dire alors toute laide. Sa qua- 
lité d'aînée fie néanmoins que le Roi 
préféra de s'amufer à elle, plutôt qu'à 
fa Sœur Hortenfe , par ce que celle-là 
. étoit encor enfant , Se que les perfon- 
- nés de l â^e où étoit le, Roi alors ha if- 
fent naturellement les petites Filles , à 
^ caufe qu'elles ont quelque raport à cet 
^ état dont ils ne font que de for tir , ÔC 
qui leur paroit méprifable. Cette pré- 
.féreuce fut pouj: quelq^uç tçms fi me- 



*i« 



d fHlfiolre d'Anne ^AutrUhê 47 1 
diocre , qu'elle ne pouvoir pas être 1^57* 
comptée pour quelque chofe. Il ne 
voîoic plus (î fouvent Me. la Comtcffe 
de Soi {Tons, & il ne paroifTok pas que 
cela lui fit aucune peine, au contraire^, 
ce nouvel Amufément le delivroîc des 
pîcoceries continuelles d'une per(bnn@ 
qu'il avoic aimée. Le Roi. étoît dans 
cet état d'indifférence , lors que touc 
d'un coup il parut amoureux d'une jeu*» 
ne Fille que la Reine avoit prife depuis 
peu> nommée de la Morte d'Argcn* 
cour. Elle n'avoit ni une éclatante 
beauté^, n'y un efprULforcextraordinai-' 
re : mais , toute fa perfonne étoît ai« 
mable. Sa peau n'étok ni fort delîca- i 

te, ni fort blanche; mais. Tes yeux blcu5; 
ècScs cheveux blonds avec la noirceur 
de fes fourcis;, 8c le brun de fon teint, 
faifbient un mélange de douceur & de 
vivacité /î agréable^ qu'il étoit difficile 
de fe deffcndre de fes charmes. Com- 
me à conlîderer les traits de Ton vifage 
on pouvoit dire qu'ils étoient parfaits, 
qu'elle avoit un très bon air , 6c uuc 
fort belle taille j qu'elle avoit une ma- 
nière dç parler qui plaifoifj 6c qu'elle 
danfoit admirablement bien, iî tôt 
qu'çUe.fiit.; ^di^nife à un petit jeii_pu 

X Z h 



9 



^-jx Alemoîres pour fsrvir 
lé^j» le Roi fe diverrilToit quelques fois les 
foirs , il fentic une fi violente paiïion- 
pouï -die, que le Miniftrc en fut in- 
quiet. Il ne voulut pas montrer Tes 
fentimens au Roi , mais entra dans 
ceax de la Reine, à qui cette Inclina- 
tion donna une extrême peur , qu elle 
ne le portât à offenfer Dieu. Elle s^y 
©ppofa fortement , dc le gronda fort 
un foir qu'il demeura trop Ion tems à 
caufer avec cette Fille. Le Roi reçut 
avec bonté <S*: refpc6bla réprimande de 
îa Reine j mais, il lui dit tout bas 
qu'il la fupplioitde ne lui pas montrer 
ee chagrin devant tout le mondcj par- 
ce quelle faifoit voirpar là au Public 
«[u elle defaprouvoîc Ces actions. Le 
Cardinal , au contraire, diibît au Roi,, 
pour s'infinuer dans fes bonnes grâces,, 
que la Reine fa Mtre avoir trop de ri- 
gueur, qu'elle ctoit fcrupuleufe, 3c 
qu'il faifoit bien de fe divertir de de* 
s'amufer. A la fin, il fallut qu^il- 
montrât auffi bien que la Reine fes- 
fentimens -, car cette paflidn prenant? 
chaque jour de grandes forces devint 
en peu de tems extrême. Le Roi uni 
pur parla à Mlle, de la Morte comme 
]aa homme ^inoureux ^iii o'étoit plus; 

j&ge i, 



I 



àTHlfiolre â* Anne d^ Autriche , 475 
iage : il lui offrit même C\ elle vouloît 1657» 
l'aimer, qu'il réllfteroic à la Reine fa 
Mère & au Cardinal ; mais^ elle n*a- 
îint poiat voulu, ou n'aianc ofé entrer * 
da:is ces Propodtions qu'elle voioic 
choquer dîre(£^ment la Vertu, dont les 
nuximes ne s'cffaçenc d'un cœur qui a 
de riionnccé^ refufa tout ce qui pou- 
vait être coacre fou devoir. La Rei- 
ne, qui ctoit très chèrement aimée dit 
Roi ion Filsj., (çiit par lui même l'état 
de fou ame, car la douceur ôc l'amour 
d''uae il bonne Mère l'obligea à une- 
telle confiance envers, elle, qu'il ne pue 
^as d abord lui cacher fes fentimens , 
&, quoi qu'elle fut fa. Partie,, elle ne 
lailfa pas d'être- fa Confidente. Cette 
Princetfe ne manqua pas de lui faire 
voir le danger où il étoit d'offenfcr 
Dieu : elle lui fit remarquer , à ce 
qu'elle me fit Phonneur de me dire ^ 
combien en peu de tems ils'étoit dé- • 
volé des fcncîers de l'Innocence de de 
la Vertu: 3c, le Roi touché d'un vé- 
ritable fentiment de Chrétien , fans. 
qne la timidité y eût part, dit lui niê- 
me à la Reine , qu'il fe fentoit fort - 
différend' de ce qu'il avoit accoutume 
d^êcre ^ c^% çxoiQit être obligé en 



I 



474 Mémoires pour fer vlr 
j^y^^ confcîence de s^éloigncr des occa fions 
du Crime. Cecte réfolution ne fe 
forma pas en lui fans peine : il gémîc , 
il foupira ; mais enfin il vainquir. Il 
{ê confefla , & puia lui-même la Rei- 
ne , que ce put être dans Ton Oratoire^ 
afin que peribnne ne le Tçut : puis il 
alla faire un petit Voiage à Vinccnnes, 
où il remporraJur Tes propres defirs une 
'Vîdoîre plus grande 6^ plus louable 5 
que celle don-C les plus vaillans fe glo- 
rifient. Je ne doute point que ce 
Sacrifice n aurc fur le refte de fa Vie 
la béncdidtian divine , & que dans les 
mêmes occa fions où fa Vertu peut-être 
affoiblie par la perte de Tinnocence^ il 
ne reçoive une force intérieure dont 
la 5ource fe trouvera dans cette pre- 
mière grâce.. 

Le Roi , après avoir triomphé de 
lui-même , revint à Paris , en reTolu- 
tion de ne plus parler à cette Fille. Il 
le hz\ mais, il arriva deux jours après 
qu'étant au Bal , Mlle, de la Motte alla, 
prendre le Roi pour danfer. En ce mê- 
me moment , n'étant pas encore rout- 
à-falt fortifié, on remarqua qu'il de- 
vînt pâle, àc ensuite fort rouge j & Iâ= 
; Fille conta depuis, à fcs finies , que Ij 



a: l'Hljtolre £ Anne £ Autriche^ 47 f 
main du Roi lui trembla toac le tems 1^57^' 
qu'il tînc la fîeniie. Le Cardinal , 
pour lefecourîr, luidir que Madlle; 
de la Motte avoir abusé de Tes fècrets, 
qu'elle a voit conté tour ce qu'il lui 
avoir dît à fes Amies , & peut-être à 
quelqu'un de fes Amans , 6c que par^, 
là il lui fembloîc qu'elle étoît indigne 
de fes bonnes grâces. Il eft vrai que 
la Mère de Mile, de la Motte , pour 
faire fa Cour, avoîc fait dire au Car* 
dinal ce que le Roi avoir dit à fa Fille, 
croiant par cette foumîlîion pouvoir 
obtenir du Minîftre, qu'il confenrîroît 
que le Rai demeurât {^oa Amant & fît 
fa Fortune. Mlle, de la Motte , à ce 
qu'elle m'a depuis dît-elle même, n'eut 
nulle parc à cette Harangue ; mais, le 

inî(ïre , qui ne voulait point de 
Compagnon, ni de Compagne, ^t 
Fervir cette faufïc confidence à fes def- 
[eîns , qni lui réiiflîrent, parce que la 
Vertu de la Reine , & la véritable Pie- 
té du Roi , furent les féconds pour le 
faire vaincre en ce Combat. Dans le 
Liême tems , la Femme de l'Amant qui 
Lvoît prévenu ion cœur , avoît conçu 
ne jaloufic furieufe de fon Mari , fit 

trer fa Merc dans fes Sentimens , 

pria 






47^ Mémoires pour fer vlr 
îé/7.priala Reine d'éloigner Mlle, cîe U 
Motte de la Coiir^ & de l'envoier dans 
le Couvent des Filles de Sainte-Marîe 
de Chailiot , où, quoi qu'elle ne fût 
pas retirée par (on choix , détronipée 
de la vanit« de la Cour & delà Pamori 
qu'elle avoit eue pour cet Amant qu'el- 
le trouva n'avoir pas fait ce qu'il de- 
voît en c^tte occafion^elley eft demeu- 
rée volontairement, &,s'€ft fait une 
vie fort tranquille & fon heureufe. 

Alors mourur Pompone de BcUîc- 
vre , Premier Préiident au Parlement 
de Paris, IlKillre par le Poftc qu'il te- 
noît^ par fa réputation, par fes Amis , 
& par une habile modération^ accom- 
pagnée dv? fermeté, dont il ufoit avec 
bcàucoap d'art & de finelle. Il étoir, 
comme je Pal déjà dit ^ craint à la 
Cour> ^ confidéré dans fa Compa* 
gnîe. Il agilToit fi fagcmcnt dans la 
conduite des Affaires générales , qu'il 
donnoit des chagrins au Minîilre, fans 
lui donner aucun juRe fujet de fe plain- 
dre de lui. A Pégard de ceux dont 
il ctoit le Chef, il donnoit de la force 
au foiblc, & fçavoît corriger l'empor 
temcnt des cfprits violens. Il étoîi 
cloquent. Il aîmoit les plaifirs : û 

Mai- 



' a rHlfidîre d'Ame à* Autriche. 477 
Maifon étoîc un lieu rempli de tou- i éj ^; 
tes fortes de délices poar les volup- 
tueux j la magnificence > la bonne 
chère , & la îvlufîque , y pouvoienc 
accompagner gayement les ferieus 
raifonnemens de la politique : & tou- 
tes ces chofes plaifbicnc a ceux qui a- 
vcc les diveutilTemens , y chcrchoient 
de Tappuî' de du fecours. Ces mêmes 
qualités , félon les règles de la vertu , 
lui pouvoîcat avec jndice attirer beau- 
coup de blâm^ ; car la véritable oc- 
cupation d'un bon Juge eft de rendre 
la Ja!T:ice à ceux qui la demandent, 
C:;Uû-là , étant rempli de la Gloire & 
du Fade du Mond^, n'écoît point la- 
borieux : il n*étoit pas même eftîmé 
fçiv^-ic , Se fa vie avolc quelque cho- 
Çq d^ (canialeux. On voyoit d'ordi- 
naire chez lui une Mère 'v une Fille ^ 
qui paroi iTj 'eut les MaatrelF^s de la 
Mai fou , o:i plutôt de celui qui en é» 
toit le Maître ; (1 bien qu'on peut di- 
re de lui , quil a été peur-êcre plus 
loué quMl ne lemeritoit en efF^r5mais 
qu'enfin il ^roit/eliXi les faufTes Maxi- 
mes d-s Monda'ns , un honiéte hom- 
me. Par ces me nés r a Ions , fa mort 
fut agréable à celui C[ui le craîgnoic 

irop ^ 



4 7 s Mémoires pour fervlr 

r^57, trop, pour le pouvoir regretter. 

Tous les évenemens de la Cour 
e'toîeiit alors à la gloire du JViîniftre. 
Le Duc d'Orléans , pour Taugmen- 
ter , fut par fon moicn remis aux 
bonnes grâces du Roi & de la Reine. 
Il vint à Paris , où il fut reçu du Roi 
avec bonté r il fut viiîté des Courti- 
fans fans empreffement , & àts Com- 
pagnies Souveraines par devoir ; mais , 
comme il avoit eu fur elles un crédit 
fort grand , mais fort inutile , fa pre-» 
fence ne fut nullement célébrée. Il 
montra , par la manière dont il traitta 
le Miniftrc » qui lui fut rendre* Çt% 
refpe(5b au Luxembourg , qu'il rccon- 
noifToit fa pui^ance , & la force de fa 
deftinée j ou , pour mieux dire , celle 
du Souverain Auteur , dont les juftes 
Arrêts élèvent & abbaiffent qui il lui 
plaît. Ce Prince, dans fa Retraite 
à Bloîs y s'étoic pieufement fournis aux 
volontés divines : il étoît devenu dé- 
vot, fa vie étoit exemplaire , il avoit 
fes heures de retraittc & de prières, 
il ne jcuoîr plus , & jamais Prince n'a 
plus goûté le repos que lui» Sa pîetc 
feroit entièrement eftimable ; fi fa pa- 
afcffe ni avoit point eu quelque petite 

pan 



a V Hlfiolre â'Anne d'Autriche» 4 7 ^ 
part à fa vertu , & (î Ton tempéram- lé/J* 
ment ennemi de l'embarras & des 
grands delTeîns, n'avoit pas e'té com- 
. me le {auvagcon fur lequel Dieu avoît 
cnré Ton Amour & fa Grâce. L'in- 
trigue & TAmbition de ceux qui a- 
voient été fes Favoris, Tavoient fou- 
vent embarqué dans la Révolte & 
dans les Con(pîrations , qui s'étoienc 
faites du tems du feu Roi fon Frère 
contre le Miniftrc de ce tems-là. Les 
malheurs de la Reine Marie de Medi- 
cîs fa Mère, & ks mauvais Confeils 
qu'on lui avoît donnez y avoicnt eu 
plus de part que fon inclination natu- 
relle ; car , on peut dire que pcrfon- 
ne n'a plus aimé le Repos que lui, 
& que perfonne n'en a eu fi peu, n*a- 
iant proprement joui de cette Paix 
intérieure qui la donne que dans fes 
dernières années , qAii font celles de 
fa retraittc , où il a rencontré fon Sa- 
lut & fon Bonheur. Il fembla qu'il 
n'étoit venu à Paris , que pour voir 
cet homme qu il avoit voulu chafler 
du Roiaumc , & pour lui avoir l'o- 
bligation de /on raccommodemenc 
avec le Roi dc la Reinej car , il s'en 
retourna peu après «lans fa Solitude , 

.. . qui 



480 Mémoires four firvtr 
î"^J7« ^'^^ l^î é'^oï*^ devenue plus chère que 
ia gi'olfe Cour qu'il avoir eue au Lu- 
xembourg. 

Ce grand Prince , Oncle du Roi , 
qu'on avoic vu dans fes premières an- 
ne'es héritier préfomptif de la Couron- 
ne , &: qui en aToîc été déclare' Lieu- 
tenant General dans les dernières, a- 
iant reconu Tautorké Souveraii'e 
du. Mîniftre , les autres Princes le 
Parlement , & enfin toute la France , 
n*eut plus de honte de s'y foumcttrc. 
Ce fut alors qu'on peut dire qu'il 
triompha de tous fes Ennemis j éc il 
€uc été le plus glorieux homme du 
monde , s'il fe fût contenté d*abbat- 
tre ceux qui lui avoicnt refifté ÔC de 
|oiiir paifiblement de l'excès de gran- 
deur où la Fortune Tavoît porté , fans 
vouloir détruire la Puiffance légitime 
de celle qui l'avoît foûtenu fi haute- 
ment , comme il fit auilî-toc qu^il fc 
vit rétabli dans fà première Place. 
Car il réunit tout d*un coup en fa 
perfonne rAutoriié de la Mère 6c du 
Fils, & fe rendit le Tiran de leurs 
volontés plutôt que le Minière. Il 
devint la feule Idole des Courtîfans » 
si, ne voulut plgs que perfom^ 5'ad- 

dreC' 



à VHifiolre A'Annt ê^ Autriche» 481 
drelTâtà d'autrfes qu^'à lui , pour de- i^j j* 
mander des grâces, & s*applîqua avec 
foin à éloigner d'auprès du Roi tous 
ceux qui avoienèété mis par la Reine 
fa Mère. La Porte , à qui elle avoir 
fait donner une Charge de premier 
Valet de Chambre du Roi , pour le 
irécompenfer de fa fidélité à fon Servi- 
ce, & des pcrlécurions qu'il avoir 
foufFertes pour elle du tems du Cardi- 
nal de Richelieu , fut obligé de s'en 
défaire : il me dît , qu'il croioit que 
mon Frère ne fcroît pas long tems 
fans fe iintir du malheur de la defti- 
née de toutes les Créatures de la Rei- 
ne y car:, il me conta que le Cardinal , 
entrant un jour dans la Chambre du 
Roi qui étoit couché pour une légère 
indifpofîtîon , & voiant que mon 
Frère lui lifoît quelque chofe auprès 
de fbn Lit , peut-être étoit-ce le Ro- 
man de Scarron , pour le divertir , il 
avoit remarqué qu'il en avoit eu du 
chagrin , blâmant cela , comme iî 
c'eut été un grand Crime. La Reine 
lui avoit donné la Charge de Lcdeur 
de la Chambre, & le Roi la lui faî- 
foit exercer fort fouvent , particulière- 
ment dans les Voyages , 6c loi;s qu'il 



gar= 



- 4^* Jidemoîres pour fervir 
Ï^J3. gardoît le Lit. Il lui faifoîc quelques 
fois les foîrs chanter des Dialogues a- 
vec la Chênaie Gentilhomme de la 
Manche, & dans les Concerts de Guî- 
tarre qu'il faifoit quafi tous les jours , 
îl lui donnoît une partie à joLier avec 
Commingcs> Capitaine des Gardes de 
la Reine, de il lui faifoit des queftîons 
même dans fbn Etude ; ce qui aida à 
porter Mr. de Rhodes fon Précepteur , 
quand le Roi fut plus avancé en âge , 
d'empêcher que perfbnnc n'entrât plus 
dans l'Etude, pas même le Maréchal de 
Villeroî , ni le Lieutenant àcs Gardes , 
comme n'étant plus une Etude, mais 
une Converfatîon particulière , après 
laquelle il montoit auiïî-tôt chez le 
Cardinal , pour lui en rendre compte , 
à caufc de ia qualité de Surintendant 
de l'Education Roiale. Mais , ce qui 
lui déplut d'avantage fut que les pre- 
miers jours que le Roi entra au Con- 
feil , comme il s'y cnnuioît affez fou- 
vent , une fois il vint entr ouvrir la 
porte de la Chambre , où il n'y avoîc 
que la Reine & lui avec le Minîftre, 
pour voir qui ctoît dans le Vcftibulc, 
oùaiant vu mon Frère , îl lui fit fîgne 
te, lui dit d'entrer ^ de le fuîvre dans 



à VHlfiohe (^Anne â! Autriche, 485 
le Cabinet des Bains, où on ne pou- i^cy. 
voie encrei' alors que par là, foie pour 
lui parler d'un defl'ein de Ballet, pour 
accorder fa Guîtarre, ou lui lire quel- 
que Bagatelle : de forte qu'il demeura 
feul avec lui tout le tems que le Con- 
feil dura, ce qui lui arriva encor une 
fois ou deux , Si quelques autres fois 
avec fon Maître à defîîner, & d'aûères 
de fa petite Cour, avant le Confeii, ou 
\ alloit &: venoit de tems en tems. La 
^eine me témoigna alors, qu'elle é- 
oit bien aîfe que le Roi s'accommodât 
1 bien de mon Frère, aiant bonne opi- 
lion de fa SagelTe ; mais comme il 
ivoitcu cette Charge fans la participa- 
ion du Cardinal qui ne m'aimoiç pas» 
î ne manqua pas de repréfenter^ au' 
loi qu'il ne falioit pas qu'il fe familia-. 
(at avac perfonne jafqii'à ce poîiît, 
^ qu'il parût qu'il quittoic le Conieil 
our s'amufer à des Bagatelles ; & fie 
bien , que tous mes Aniis furent 
avis que mon Frère s'abicntât pour 
uclque tems \ ôc la Reine me le con« 
illa elle-même. C'eft ce qui me fie 
foudre d'écouter les propofitlcnj 
a^on m'a voit faites de vendre cette 
harge, qui ne lui avoit rien coûté , 
Toms IK X niak 



4^4 Afe?notres pour ftrvlr 
j^j7, mais qui lui doniicroit plus de cliâ- 
grill que de plaîfir, & dont il ne rire- 
roit aucun avantage , tant que le Car- 
dinal qui e'toit pour vivre long-tems 



eouvcrneroit. 



Environ dans ce même tcms , Ma- 
dame de Senecei aiant envie d'avoir la 
Survivance de fa Charc^e de Dame 
d'Honneur pour la ComtcQe de Flex 
fa Fille en parla à la Reine. Cette Prin- 
ce{rej qui n étoit pas trcp fatîsfaitc du 
defîr trop âpre que fon Minidre faiioît 
paroitre depuis fon retour d*ctre le icul 
qui pouvoir tout édifier ^ tout détrui- 
re, hc qui étoit bien aife que cette Af- 
faire l'éufîit, trouva qu'il e'ioit à pro- 
pos qu'elles allaient le prier de lui en 
parler. La Mère & la fille le firent, 
Il fut fort content de leur foumilîîon ; 
il en vint faire la demande à la Reine 
& la chofc fut bientôt conclue j mais., 
ce ne fut pas fans nous moquer en- 
fcmble de la folie &: de la malice dc! 
hommes, qui par des voies oblique: 
& corrompues s'écartent fouvent di 
droit chemin, comme faifoit le Car- 
dtnaî , qui ne dcvoît pas agir de certt 
manière avec celle qui i'avoit choisi 
pour le mettre fur le pinacle, & quf 

l'y 



k r Ht fi olre d'Anne d^ Autriche. 48jr 
l'y avoit maintenu par le palîe, ôc ëtoit 1 658» 
fort refoluë de l'y iTiaintenir cncor à 
ravenirjn'y aianc aucune apparence ni 
aucune raifon de changer un Miniftrc> 
quoi que défectueux, qui lui étoic re- 
devable de route fa grandeur; pour un 
autre qui le feroit peut être davantage, 
de qui croiroit ne devoir Ton bonheur 
qu'à fon fça voir faire, ô^ au dégoût 
•qu'elle auroit eu de celui qu'elle aban- 
donneroit. La (^oi-nteffe de FLx fuc 
vue dans cette Place 3 non feulement 
avec TAgrément de la Reine qui i'aî- 
nioit Bc cilimoit , mais aiifïï avec l'a- 
probation générale j à caufe de fou 
mérite Se de fa vertu, '^^ais , ces Par- 
xiculïaritez, dont elle m^avoit fait part 
fontaifez connoitre que ce Miniftrc 
étoit revenu à la Cour moins recon- 
noi^Tant qu'il ne le devoit être envers 
une Bienfaitrice qu'il fçavoic bien n'é* 
tre pas de Hiumeur de Marie de Me-« 



idicis. 



Jufqae-îà,, il n'avoir jamais vu d'In- 
trigues dans norrc Conr , qui lui puf- 
lent donner aucune inquiétude : c'efl 
Ipourquoi , s'il avoit envie de prendre 
Ides mefures pour fc maintenir auprès 
\éi\ Roi hn VPs , c'civsiz plûcô: avec. la 

X 2, Reine 



3 8 ^ A'femolres pmr fervlr 
'S-fjjj, Reine fa Merc que contre elle. Cc- 
pcndanc , il n'étoic pas toujours de Ton 
ïèntiment fur beaucoup de choies. Li 
fçavoicque le Roi avoit paru capable 
d'avoir inclination pour quelques gens: 
par exemple , il en avoit eu quelque 
tems pour Fouilloux , en fuitte il en 
avoir eu une plus forte pour Mancini 
fon Neveu ; Ôc pour lors, il femblolc 
avoir quelque penchant pour le Prince 
de MarfillaCa Fils du Duc de la Roche- 
Foucault 5 qui avoit des Amis ; & au- 
quel Vardes qui avoic beaucoup d'Ei- 
prit ôc ctoit capable dlntrigue, s'ccolc 
lie. Le Comte de SoilTons le Com- 
te de Guiclie3VilIeqaIcr,& TAbbé Fou- 
quet qui compofoient une autre aba- 
Ic 5 voulant s'oppoTcr à la faveur nail- 
fantedu Prince de Maunllac,râchoient 
de le pouffer en toutes occafions. Le 
Cardinal Mazarin, foutcnant ceux qui 
ctoienc attachés au Comte de Soiiîons 
fon Neveu , Se ne pouvant confentir 
que le Roi eut la liberté de bien traiter 
pcrfonne fans fa permilllon, le voulue 
obliger à témoigner plus d'indifférence 
au Prince de MarfîUac. La Reine prit 
fon parti , non feulement par la bonne 
opinion qu'elle avoic de lui j mais par 

là 



y 



a rHiflolre d'Anne d* Autriche^ 487 
la crainte qu'elle avoir du Comte de \6^i, 
Giiiche j agréable de fa perfonne, fça- 
vanc 3 plein d'eipric , mais qui étant 
fort perîliadé de ia capacité aifeâ:oîtde 
paroitre avoir moins de Religion qu'il 
n'en avoîc oeut être en effet \ ce qui 
diminuoic l'ellime que toutes Tes bon- 
nes qualitez lai failoient mériter. Son 
plus grand attachement iembloit néan- 
moins être pour Moniicur, qui témoî- 
gnoit i^aimer ; mais, la Reine me fie 
1 honneur de me dire , qu'elle lui avoit 
eonfeillé comme fon Amie, 6c com- 
înandé comme fa Mère, de le voir ra- 
rement , 6<. de ne lui pas donner trop 
de marques de bonne volonté &depré- 
férence. Lans^lade eut ordre en ce 
tcms-là de fe deifaire de fa Charge de 
Secrétaire du Cabinet j ^ Carnavalet, 
qui avoit été Page de la Reine , d<. au- 
iquel elle avoit fait avoir une Charge 
de Lieutenant des Gardes du Corps , 
après avoir été quelque tems à ia Baf. 
Itille , fut obligé de s'en aller dans foiî 
iPaïs , d'où il revint quelque temiS aprèf 
|Ia mort du Cardinal» 

Madame de Monbazon étoit aiiflî 
revenue à Paris depuis quelques tems, 
mais avec des fentimens fore différent 

X i de 



4^8 mémoires pour fervlr 
X^/7. de ceux qui obligeoient Mr. le Duc 
d'Orieans à'i:n partir. Elle étoit en- 
cor belle 5 '5c anlîi enchantée de la Va* 
nîié que fi elle n'avoir eu que vîngD. 
cinq ans. Elle n^avoit point encore eu 
la permifîîon de revoir la Reinci maîs> 
fô-.is quelque prétexte , elle avoit ctt- 
celle de Ton retour à Paris. Elle y- 
trouva les mêmes charmes ; car, elle 
y revint avec les mêui-^s defirs de plai- 
re, & ceux qui la virent m'afîurércnt 
que le deuil qu'elle portoit alors com- 
me Veuve d<. qu'elle accompagnoit de 
tous les agrémens qu:^ l'amaur propre 
lui pouvoic fuggérer, la rendoit fi beU 
le 5 qu'en elle on pouvoit dire que l'or- 
dre de la nature fe trouvoit changé» 
puifquc beaucoup d'années 5i de beaiv- 
té fe pouvoic rencontrer enfemble, 
Dans cet état , la mort qui ne refpec- 
te perfonne la vint fur prendre , & une 
maladie qui ne parut qu'unRhume l'ô* 
ta da monde en peu de tems.Elle fut peu 
regrettée de la Reine -, car fouvent elle 
avoir aban Jofîé fcs intérêts, pour fuivre 
fes caprices. Le M iniftre vit fa mort avec 
les fentimens qu'on a pour fesEnnemis. 
Ses anciens Amants la regardèrent avec 
mépris , & ceux qui l'âimoienc encor 

n'en 



à t Hiftolre â'Anrjt â* Autriche . /f^^ 
k-ïQXï furent pas touches , parce que 1 6$jv 
chacun , jaloux de fon Rival, lalffa les 
larmes 6i ladouleut en partage au Duc 
de Beau fort , qui en ctoit alors le 
mieux aime. Les feaimcs férieufes , 
& qui avoienr fait profeiïion de verta 
& de pieté^y trouvèrent qu'elles avoienr 
de grandes grâces à rendre à Dieu , ds 
k'.ir avoir fait hair la Vanité ^ & les 
Coquettes curent lujet de craindre la^ 
même deftinéé , c'elVà-dire uiie fin de 
la Vie fa4is fruits^ & fans avoir risu' 
profité , à Tc'gard de l'Eternité, Cet- 
te illuftre Mondaine n''eut que trois 
heures à ce préparer à ce grand volage: 
il parut' néanmoins, qu'elle les emploia 
bien. Elle fe confelTa • & reçut tous 
les Sacremens avec beaucoup de mar- 
ques de pieté & de repentir de n'avoir 
pas fuivi des^'lvlaximes plus foiides ôC- 
plus Chrétiennes ; difant à fa Fille' 
pAbefTe de Caen , qui alors fe trouva 
la auprès d'elle, qu'elle étoit fâchée de 
n'avoir pas été toujours comme elle 
dans un Cloître, & que fentant appro- 
cher l'heure dé fon Jugement , elle 
avoit de l'horreur de fa vie pafTée. Ce 
reguet peut faire efpérer que la grâce 
aura reparé toutes les foiblefles de fa 

vie i 



49^ Ji^emoîres pour fervlr 
"téjy, vie, maïs enfin , que refte-t il Je cette 
beauté qui avoitreçii tant de louanges, 
ôc que les hommes avoient idolâtrée, 
qu'un jufte mépris de Ton néant /* Ne 
peut-on pas dire de cette Dame , ce 
que le Prophète remarque dans fe^ 
Pfcaumes , parlant des Hommes qui 
ont fuîvi la volupté , J'ai va le P^ 
chettr élevé comme le Cèdre du Liban > 
tnals je fuis repajfé y & il n'y êtolî plus 
je l'ai cherché , & ne V al point trouve ? 
Je ne puis m'empccher de parler ici 
^e Cromvvel j qui gouvcrnoît alors eu 
Angleterre avec une Pui (Tance tout à- 
fait abfolue, <î^^ tout-à faicinjufte. Le 
Roi avoît été obligé de faire un Traité 
iolemnel avec lui , pour empêcher que 
le Roi d'Efpagne ne le prévînt , èc 
n'en fit un qui fut dommageable à TE- 
tat. Le Roi 6c la Reine , à leur ex- 
trême regret, avoient reçu un Am- 
fcafladeur de fa part & il avoît été 
traité comme ceux des Têtes Couron- 
nées. Le Roi d* Angleterre , 6c le 
Duc d'York Ton Frère , furent obligés 
de lortir de France ^ pour aller cher- 
cher un Azilc en Flandre. La Reine 
leur Mère j qui étoit demeurée à la 
Cour , en fut fenfîblement affligée & 

plus 



^ rnifrolre d'Anne â* Autriche, ^^î 
plus encore quand au bouc de quelque ^^S7' 
rems elle vie cet Ufurpateur par fa ca* 
pacîué & fe intrigues; forcer le Parle- 
ment 8c le Royaume d'Angleterre à lui 
offrir la Couronne. Il parut qu il avoîc 
rcfufé le Ticre de Roi pour fe conteii- 
ter de celui de Protedcur de la Répu- 
blique j quoique dans le vrai , à ce que 
me dit cette Reine malheureufe , ce 
fut par ce que T Armée ne lui fut pas 
favorable. Il fît drciTer par le Parle- 
nienc dix-neuf Articles., contenant le 
Pouvoir que les Roys d'Angleterre 
avoient acoûtumé d^avoir fur leurs 
Peuples, & -qui renfermoient toutes 
l'es Préror^arîves dont ils iouiifoienr. Il 
alla au Parlement fur la fin. de Juin , 
félon le compte d'Angleterre ;, il fe vê- 
tir du Manteau Royal , prit le Sceptre 
&c PEpc'e pour marquer la Puî (Tance 
qu'il pvenoît fur la Juftice & lur la 
Guerre. Les trois plus grands Seig- 
neurs d'Angleterre en cette Ce'remo- 
■nie fervîrenr à tenir devant lui les trois 
Epécsquî /ignifenr les trois Royaumes 
dont il prenoit polTclïïon j mais, il ne 
mit paintdeCooTonnefur fa tête , pour 
marquer qu'il ne prenoît poiat le nom. 
ic: Rai- ;,. dbnr clîe eit îa plus vifibic' 

X ^ uiar- 



4^^ Jflemotres pour fervlr 

I^JJ. marque. Apres ce grand 6^ terrîbîer 
coup, qui écoit (i funefte à toute lau 
Famille Roiale de Stuart , la. Reine 
d'Angleterre, pour tirer Tavantage de 
fcs propres malheurs , pria le Cardinal 
Wazarm d'écrire de la part du Roi à^ 
Cromvvel;,qu'on appelloit Milord Pro-- 
îedfceur, pour lui demander la joiii {Tan- 
ce de fon bien &c de Ton Douaire ; car, 
quoiqu''ellc fut afTez bien payée de ce 
que le Roi lai donnoit , elle regardoier 
toujours cet érat comme une de'pen- 
dance fâcheufe , dont elle auroit bien? 
voulu fe pouvoir tirer. Le Cardinal 
le fit, non- feulement pour lui complai- 
re 5 mais beaucoup plus pour foulacrer- 
les Coffres du Roi de cette depenfe j; 
car j[a grande éconoaiie faifoic quil" 
écoit toujours fâché d'en voir fortir de 
Targentjpour d'autres que pour luî^. 
Au. bout de quelque tems, le Cardinal; 
venant voir la Reine d'Angleterre ^ lui- 
apporta la réponfe de Cromvvel , Ôc lui? 
dit que ce Lord Protecteur lui avoîte 
mandé infblemmem qu'il ne lui donne-- 
roit point ce qu'elle dcmandoit , parce- 
qu'elle n'avoit jamais été reconnue 
pour Reine en Angleterre, Cette inî- 
q^ue Ôc monilrueulc hardiefle donna?. 

d'â«- 



a rFIiflolre <^ Anne d' Autriche, 495 
d'abord une extrême douleui: à cette 1^57, 
Reine i mais , auffi.tôc après , elle ie 
remit, & dit au Miniftre , que ce 
n'écoit point à elle à fe icandaliier de 
cet outrage 5 mais bien au Roi , qui 
ne dcvoit pas foufFrir qu'une Fille de 
France fut traittée de Concubine 5 
qu'elle étoit facîsfaite du feu Roi Ton 
Sx^igneur , de toiue l'Angleterre; & 
que les affronts qu'elle recevoît alors 
éîoîcnt plus honteux à la France , qu'à 
elle. Après, ce difcours , elle , ôi le 
Cardinal Mazarin 3 parlèrent de la- 
Paix générale ; & 5. comme elle en et- 
peroir de grands avantages pour le" 
Roi Ton Fils 5 en quoi véritablement 
elle ne fe trompa pas, elle l'exhorta- 
fortement à la faire. Déjà il- avoir 
envoie en Efpagne ^ de Lionne fa^ • 
C réature , afin à'cvi faire le premier 
plan avec Don Louis de Haro Minif- 
tre d'Efpagne : mais , il lui dit que 
cette négociation n'avoit point enco- 
re eu le favorable fuccés qu'elle té- 
moîgnoit dcfirer. Il afllira qu'il y 
rravailloit tout de bon : puis il lui de» 
manda ce qu'elle en croioit j &, corn» 
me à ce qu'elle me-fic l'honneur de me 
corner le même joar, elle fut quelque 

X 6 sems 



494 jMemolres -pour fervlr 
>^57. tems fans lui répondre, le Cardinal 
devinant fa penfée lui dit ^Je vois bien ^ 
Jidaàame , que vous najoHtez.pas de fol 
à mes parole ; mais y je vous fupplie de 
€rolre que je vous dis vrai & que je la 
fouhaite passionnément ^ La Reine d'An- 
gleterre , qui avoit de l'agrément dans 
Telprit ^ lui avoiia de bonne foi qu'eU 
Je en doutoit > 6c le preiTa fort inftani- 
ment défaire qu^elle en pût être per- 
fuadée. Il lui promît , & ce Miniftre- 

fveu de tems après lui tint fa paro- 
e. 

Patis cette Campagne , le Maiê^ 
chai de Turenne ^ qui commandoic 
î'Arinée du Roi , voulut aiîîéger 
CâiTibraî. Le Prince de Condé y qui. 
étoît à \ alenciennes , averti de cette 
Eacreprife la nuit fuivante , fe jetta 
iîedans en peribnne ^ par le quartier 
©ùi ^foit le Maréchal de.Ciérambauc>. 
qui fit toute la reîîftance pofîibie. 

Le Matêchal de la Ferte ^ avec 
d'autres Troupes , affiégea Mon- Me- 
di 5c y (ervic utilement le Roi. I,e 
Duc de Navaîlies > qui commandoic;, 
{bus lui y témoigna, autant de coi> 
«luite y que de valeur. Le Roi y 
^lU , & ks Eanemis le far haut furenj. 



k rHiftolre d'Anne d Autriche, 495 
deux heures fans tirer. L^inclinatîon , i ^57* 
qu'il avoir à la guerre , lui faiPoic fai- 
re ces courfes avec plaifir \ Se s'il n'eut 
point été retenu par le Cardinal , qui 
ie fcrvoit de la rai Ton Sc de la néceC- 
Cité de fa confervation , pour l'en em- 
pêcher y il y auroit demeuré plus long- 
tems. 

Madcmoifeile revint alors à la Cour» 
Ce fut le Comte de Bcchune , qui né- 
gocJa Ton Raccommodement avec te 
Mîniftre. Ce n'étoit pas un petit ou- 
vrac^e : car malgré la facilité qu'il a- 
voit à oublier les injures , celles qu'il a- 
voit reçues de Madcmoifeile étoîent gra- 
vées bien avant dans fon cœur : mais,, 
agiffant à (on ordinaire ^ il ne laîiTa pas. 
de lui pardonner ^ étant alors en état 
de n'en plus rien craindre. D^un autre- 
côté , le long exil que cette Prîncefle 
avoit fouffert avoit un peu diminué fa. 
fierté , ôc la defabufant enfin de la vai- 
ne efperance qu^elle avoit eue d'obligcr 
le Roi à l'époufer > lui faifoit voir 
qu'elle ne pouvott pcnfer à aucun éta- 
blilTementj (oit dedans foit dehors le* 
Royaume , que par le confeîl ou Ten- 
tremife du Cardinal ; Sc qu'ainfi il fal- 
kïii \. ;'i'^^^ ^ réfbudîre- 



49 ^ Mémoires pour fervir 
ï^j7, à fe foumettre à fes volontés Le 
Comre de Bethune étoît une homme 
d'honneur., dont la capacité étoit mé- 
diocre , qui étoit curieux de Pièces 
antiques 5 de Livres ,, 6i de Tableaux,. 
Il avoit affez l'eflhne générale , & le 
Miniftre le confideroit comme un En- 
nemi , qu'il avoit forcé à Paimer par 
fes bienfaits. Il reçut plus volontiers 
par lui 5 qu'il n'auroit fait par d'autreSj . 
les aOûranecsque Mademoifelle voulus 
lui donner de fes bonnes înrentions, 
& du defir qu'elle avoir de ne jamais 
déplaire au Roi , ni à la Reine , par- 
aucune de fes a<Stions. Elle vint donc, 
à St. Cloud attendre le retour de la- 
Cour 5 & toutes les perfonnes de- 
quelque qualité qui étoient à Paris al- 
lèrent lui témoigner la joye qu'ails a- 
voient de fon retour.. Elle éroît forr-j 
année ^ d>c meritoitde l'être , non-feu- 
îement parce qu'elle avoit de belles 
qualités , mais de plus par une manié-: 
re obligeante & pleine d'honnêteté 
qui ju^ques alors lui avoit acquis i'ef- 
dme des honnêtes gens. 

Mont-Medi refifta long tems aux ar- 
mes du Roi 3 parce que celui qui com«= 
snandok.daas-ççtte Place étoit un Ef-- 



à' V Hlflolre à' Anne ^Autriche, 497 
pagnol naturel. 3 jeune &: brave-, qui iCifi. 
ioitoic de Page, de la Cour du Roi 
d'Efpagne.. Il fe dcffcndic fi Hlen , que 
le Siège dura jufques au lixicme 
d'Aoûr. 11 avoît éré commence le- 
douzième de juin j mais, ce Gouver- 
neur aiant aérué , la Ville fc rendit 
deux jours après j & la fermeté dà 
Gouverneur ^\:m louée tant des Fran-* 
çois , que de ceux de fa nation. 

La Cour revint à Paris ^. après avoir 
été à Metz a (fez long-tcms. Le Roi, 
pendant le fcjour de la Reine en ce 
lieu 5 avoir été faire une petite courie 
à Nancî,. Le Cardinal ^qui l'accom- 
pagna fur les fins de cette campagne 3,, 
fe fentic de la gravelle, & quand il 
arriva à Paris , il n'étoit pas en bon é- 
tat. La diminution de fafanté fit re- 
veiller les Cabalies ; & ceux ^ qui 
pou voient prétendre au Miniflcre ; fu- 
rent foupçonnés d'en vpir l'af^olbliffe-» 
ment avec beaucoup de joie, Made- 
moifelle àfon retour fut bien reçue de 
la Reine, bi toutes les chofes paf- 
fée parurent effacées àfon égard. 

Environ ce tems là ^ la Reine de; 
Suéde 5. fans ê:re fouhaitée ^ 6c qua/it 

mai--- 



49 s ■ Mémoires ^our fervlr 
!(jf(j. malgré le Roi, vint faire un fécond 
voyage en France , qui ne lui rélifîic 
pas fi bien que le premier. Elle fut 
contrainte par l'ordre qu'elle en re- 
çut de s'arrêter àFontaincbleau.où elle 
s'ennuya beaucoup \ car peu de pcr- 
fonnes la furent villter , & Ton volage 
fans précautions , & (ans fureté d'être 
bien recûë eut la deflinéedes adtions- 
imprudentes, qui d'ordinaire appor- 
tent du chagrin. Cette Pnnceiîe ne 
fê contenta pas de montrer qu'elle le 
laliroit aller à toutes fes fantaiïïes fans 
trop de réflexion , û\ç, fît voir encore 
qu'elle avoit beaucoup de cruauté y, 
& qu'ainfi fes vices & fes clefFauts éga- 
loient du moins fes vertus. Elle fit 
mafïacrcr à fes yeux , & dans Fon- 
tainebleau , un Homme qui lui avoit 
déplu , & voici qu'elle fut fa conduite 
pour cette belle Action. Elle envoîa 
quérir le Père Mathurin de la Chapel- 
le , elle lui donna à ferrer un Paquet 
de Lettres : nuis aîant donné {zs or- 
dres 5 elle fît appell'er un noni- 
mè Monaldefqui Gentilhomme y. 
qui étoit à elle \ èc i'aiant menée 
«iâ]3:& la. Gaiciib dss Cerfs proche cf'e 



à l*HiJfoîrt d'Âme à* Autriche, 4^5? 
fa Chambre, elle lui die qu'il l'a voit 1^/7» 
trahie , & qu'il falloir qu'il en fut 
puni. Sur ce qu'il nia la chofe , le 
Père Mathurin qu'elle avoir envoie 
quérir j entra , 6c lui aiant demandé 
fes Lerrres, elle les montra à cet Hom- 
me , dont il demeura furpris. Alors, 
)I fe jetta à fes pies , & lui demanda 
pardon. Elle lui dit qu'il étoît un 
traître , & qu'il ne meriroit pas de 
grâce; &, aiant dit au Père de le 
confeiTer , elle les quitta tous deux 
pour rentrer dans fon Appartement / 
d'où elle envoia dans la Galierie Sen- 
tinelli , fon Cipitaine des Gardes, qui 
avoir ordre de faire l'Execution. Il 
étoit Frcre d'un SentincUî , Fa 'ori de 
cette PrincefTc ; & Monaldefqui , à 
ce qu'on dîfoit , par jaloufîe l'avoîc 
accufé faulîement de beaucoup de cri- 
mes: mais, nul n*a été fen inftruîc 
de la vérité de cette Hiftoîre. C'cll 
pourquoi je ne puis parler que de 
l'Adîon 5 & point de la caufe. Mo- 
naldefqui refufa long tcms de fe con- 
felfer , demanda pardon à fon Bour- 
reau Sentîneili, &leprla d'aller de faf 
part implorer la mi(èricorde de la 
Reine leur MaitrelTe 5 ce qu'il fie 

mais 



joo 2\/fem6ires pour fervïr 
/f^j7. maïs îl ne put rien obcenir qifune 
confirmation de fon premier Arrcto 
Elle fe moqua du Criminel , de ce 
qu'il avoit peur de la more, l"'apella 
poltron, & dit à fon Capitaine des- 
Gardes, Allez, y il faut cju' il meurt ^ 
#* 5 afin de l'obliger kfe confejfer , blef- 
fez. le» Scntincïli revint annoncer à 
ce Miférable TArrêt définitif de fa 
mort , ôc en même tems lui- voulut 
donner quelqiie coup d'épée : mais , 
il trouva qu'il étoit armé fous fon 
pourpoînt'i il bien que l'épée ne le^ 

>ut blelTcr qu'au bras , dont il para^ 
coup, lien reçut encore un à la 
t€tej ôc y comme il fe vit baigné dans 
fon fang, alors il fe confelfa à ce Perc 
Marhurin, qui éroir auffi effraie qur 
fon Pénitent, Le Père , après l'avoir 
confcfTé, alla fe jçtter aux pieds de 
cette Reine impitoîable , qui le refufa; 
tout de nouveau. Enfin , Sentînelli 
lui palTa fon épée au travers de la gor- 
ge , ôc la lui coupa à force de le chî- 
coter. Qjiând il fut expiré , on prie 
fon corps , Se on l'emporta enterrer 

fans bruit. Cette barbare Princeffc ,. 

aprs une Adion aufll cruelle que cel- , 

ie-là , demeura dans fa Chambre à rire 



t" 



a r fHfiolre d'Anne <t Autriche, jot 
&;àcaufer auiG tranquillemenc , que i£e^, 
(l elle eut fait une chofe indifférente ^ 
ou fort louable. La Reine -Mère, \ 
toute Chrétienne , qui avoit eu tant 
d'Ennemis , qu'elle auroit pu faire 
punir , qui n'avoient reçu, d'elle 
que des marques de fa bonté , en fut 
fcandalifée. Le Roi &: Ivionfieur la 
blâmèrent j ôc le Miniftre , qui n é- 
toît point cruel , en fut étonné. En- 
fin , toute la Cour eut horreur d'une 
fi laide vangeance. Se ceux qui avoient 
tant eftimée cette Reine furent hon- 
teux^de lui avoir donné des louanges^ 
mais 3 ce ne fut pas fans fe moquer 
du pauvre mort , qui n'avoît pas eu 
te courage , ni de fe fauver , ni de fe 
deffendre , ôc d'avoir eu contre cet 
accident une précaution fi inutile; car, 
du moins il devoit avoir un poignard,. 
& s'en fervir avec valeur. On lailfa 
cette Reine languir long-tems à Fon- 
tainebleau , pour lui montrer le mé- 
pris qu'on avoit pour elle ; mais en- 
fin, elle fupplîa tant de fois le Mi- 
niftre de la lailfer venir à Paris , qu'il 
fut impoflible de la refufer. Elle 
vint donc voir le Ballet , que le Roi 
danfa cette année pour le Carnaval, ôc 

elle 



5" 02 ][démolres pour fervlr 
ï^jS.elle arriva le vingt quatre Février 
i6j8. Il eft à croire qifellc auroît 
foLihaité de pouvoir s^etablir rout-«^ 
fait en France ; mais on ne iiii fit ef- 
pérer de Vy fouffrir, que quelques 
jours feulement. On la logea dans le 
Louvre j à l'Apartemcnt du Cardinal 
Mazarîn j ce qui fut concerté exprès, 
pour lui montrer qu'il falloit qu'elle 
le quittât prompcemcnc. Malgré 
toutes les précautions de la Reine , 
elle y pad'a les jours gras ,- qu'elle em- 
ploia k mieux qu'elle put. Rien ne 
parut en elle de contraire à l'honneur, 
je veux dire à cet honneur qui dépend 
de la chafleté , <^ , (i elle s"*étoit laifTé 
entamer fur ce chapitre , les charita* 
blés gens de la Cour n'auroîent pas 
oublié de le publier : mais y en tout 
le rcfle, elle montra peu de fageffe , 
peu de conduite , & beaucoup d'em- 
portement pour le pîailir. Elle cou- 
roic les Bals en mafque ,- elle alloît 
fans celTe à la Comédie avec des hom- 
mes toute feule , dans les premiers 
CarofTcs qu"*clle rencontroîc , iz jamais 
perfonne n'a paru plus éloignée de la 
Philofophie que celle-là. Elle partît 
enfin les premiers jours du Carême , 

aiant 



à l' H'iftolre d'Anne d'Autriche, j o 5 
aîant reçu quelque argent du Roi, & ifjjS. 
s'en retourna à Rome où l'Aâ;ion 
qu'elle avoit faite en France ne la fie 
pas eftiracr. 
1^ Le Prince de Condé , qui etoit en 
Flandres , tomba malade environ dans 
ce tcms-Ià. Il dépêcha aufTi-tôc un 
Courrier à la Reine , pour la fupplier 
de lui envoler Guenaut, Médecin en 
qui il avoit beaucoup de créance. Elle 
le fit partir avec foin 3 ôc le Miniftre y 
contribua de tout Ton pouvoir y pour 
montrer à ce grand Prince , que leur 
malheur, & non fa haine, les tenoit fé- 
parez. Il fut fort malade , Se mon- 
tra dans cette maladie, à ce qui en 
fut dit alors , des fentiraens fort Chré- 
tiens y donc il avoit jufques là paru 
fort peu touché ; mais j'ai lieu de 
croire , qu'il avoîc dans Pâme un fon- 
dement de Vertu . qui produifoit en 
lui dans les grandes occafions des re- 
tours vers Dieu , donc il adoroit la 
Puiffanee fans fe foumcttre commue il 
devoit à fes Commandcmens. Car , 
j'ai ouï dire à quelqu'un de fes Servi- 
teurs, que fur ce Chapitre il avoic 
quelques fois donné des marques par- 
ticulières d'ctre fufceptible de pieté, 

quoi 



j 04 Mêmoirçs ^our ÇerlTtr 
t6^j, quoique d'ailleurs on ne k crût pas 
dévor. Les jugemens des hommes 
font incertains : il n'y a que Dieu> 
qui connoilîe les plis ôc repli* du 
Cœur humain. 

Le Duc de Candallc, le premier de 
la Cour en bonne mine, en magnifi- 
cence , Ôc en richcife j celui que tous 
les Hommes envioienr, Se donc toutes 
les Dames galantes fouhait. oient de 
mériter l'efl-ime. Ci elles n'en pouvoienc 
faire le trophée de leur i^loire : ce jeu- 
ne SLÎgncur 3 qui en effet étoît aima- 
ble, revenant de Catalogue où il avoir 
xrommandé cette année les Armées du 
Roi , mourut à Lion comme il reve- 
noîtà Paris. Il fit paroîcre beaucoup 
de repentir de Tes fautes , Se reçut fort 
Chrétiennement tous les Sacremens, 
Les prières de Melle. d'Epernon fa 
Sœur , qui avoit préféré le Couvent 
des Carmélites aux Duchez que le 
Duc d'Epernon fon Pcre lui pou- 
voit donner , attirèrent fans doute 
une il bonne mort de la Miferîcorde 
de Dieu, Elle voulue que l'Abbé de 
Roquette fît fon Oraifon funèbre 
S'écanc heureufement trouvé à Lion , 
il Tavoît aififté à la mort. Il prît pour 

fou 



al'Hîfiolre â*Anf7€ â' Autriche, joy 
&n Texte, ce Vcrfet dti Pfeaumc i6j7« 
LXîI. Tes mlfértcordes^ Seigneur , V^- 
7^;7r beaucoup mieux que la vie. 

La Vertu de Mlle. d'Epenion hc 
rempêchà pas de pleurer amèrement 
cet iiluftre Frère. 11 fut aaffi infini- 
ment rcgreté de toute la Cour , & fa 
^n parut ctonante à toute la France : 
il fembîolt que la Mort en fa perfon- 
ne avoît fait un coup trop hardi ; 
dont (î on eut ôfé on lui eût fait des 
reproches ; mais , cette rigoureufe 
Ennemie du Genre humain ne fait pas 
grand cas de nos plaintes : elîenerefl 
pcd:e ni lés Jeunes, ni les Grands; il 
femble au contraire qu''elle fe divertît 
à ceuiHir les plus belles Fleurs à\i 
Partcre du Monde Qiielques uns s'i- 
rnagîncrent qu^il avoit été empoifon- 
né ; mais le ioupçon ne parut pas a- 
voîr aucun fondement. 

Dans ce même tems , îe Roi alla 
au Parlement , pour faire recevoir une 
Bulle <^ue le Pape avoit envoîée con- 
tre les Janféniflcs. La Reine, animée 
A'wn Zêlc véritatlement loliabîe , . 
croïou avec raîfon devoir fa Roiale 
Protedion à la véritable Dodrine de 
i'Eglife , qui ftnibloiî être attaquée 

# par 



j o (> Mémoires pour fervlr 

t^j'7. parles Opinions du Janfénifmc tou- 
chant la Grâce , & le Libre Arbitre 
de l'Homme qu'ils ont paru vouloir 
combatre j mais , les gens de bien 
ëtoient perfuadcz que ceux qui la 
confeiiloient , fous l'apparence de la 
Gloire de Dieu & de la Religion , 
l'engageoîent fouven: à des choies qui 
en toutes leurs circonftances ne pa-i 
roifloient pas conduites par l'Efprit de 
Charité : & , comme ils étoient fans 
paffion, ils fouhaîttoient que la Paix 
fe pût rétablir entièrement parmi les 
Fidelles & que Ton rravailiât /încé- 
rement à ramener à l'Obéllfance ceux- 
qu'ils croïoient s'éloigner des Senti- 
mens Orthodoxes. On les accufoic , 
6c peut-être injuftement , de vouloii* 
rei^arder cette Affaire comme Une 
loarce de la quelle ils pourroient tou- 
jours tirer des matières agréables à la 
Piété de la Rcîne, & par elles demeu- 
rer les Maîtres de la deftinéc de beatl- 
coup de Gens. On peut tourner rou- 
tes chofes en bien êc en mal; maisr^ 
ce qui paroifToit véritable , «5c que les 
ïgnorans & les Femmes pouvoicnc 
connoitre , étoit que les Janfeniftes 
montroienc eflimer ^ fbutenir la 

Doc- 



à rHtflolre à* Anne (Jt Autriche 507 
Doctrine de Janfénius condamnée par i éj 8. 
les Déçiiîons de Rome , 6c que par 
conféquent les Jéfuites ne les accii- 
foicnt pas fans fujet; que les Janfé- 
niftes, qui paroiflbient le foumettre de 
parole feulement à la Condamnation 
des cinq Propofitions , dcffendoienc 
méthodiquement, & avec une pafîion 
extrême , le Livre qui les contenoit, 
mais qu'en effet aufîi ilsdonnoient au 
Public par leurs Ouvrages une Mora- 
le j ou la Pratique de la parfaite Ver- 
tu Chrétienne étoit éloquemnient en- 
feîgnée. Leur vie étoit conforme à 
leurs Ecrits : ils faifoicnt piofcfïïon 
d'eftimer & de fuivre les plus étroites 
Maximes de l'Evangile. Me. de 
Longueville qui après fa Converfion 
S'étoit déclarée de leur Parti, & vou- 
loit régler fa Conduite par leurs Con- 
feils 5 faifoit voir par l'auflerité de fa 
• Vie combien ils ctoient bons 6c loua- 
bles. 

Les Pères Jéfuites portent à jufle 
titre le nom d'Apôtres des Indes & 
de la ^ hine , puifqu'au prix de leur , 
vie & de leur fang ils ont eu l'hon- 
neur par tant de fouffrances de faire 
adorer le Nom de Jefus-Chrift pref- 

7Qm6 IK X <iuç 



joS Afcn?oires ponr fervl'/ 
j^j8. que dans toute l'étendue de la terre 5 
éc particulièrement dans les Contrées 
barbares où il n'étoit point connu au- 
paravant. C'efl une Compagnie ; qui ' 
a toujours été remplie de grands Hom- 
nicSj tant par leur Science, que par leur 
Piété, qui lésa fait confjdércr com- 
me des Colonnes de l'Egli (c ; mais, 
plufieurs des plus grands Evêques de 
France, Ôc des plus cftimez , étoient 
les Chefs de ceux qu'ils accufoîenc 
d'Héréfîe. Un de leurs Pères , plein 
de Vertu , ôc des plus renommez de 
notre Siècle , parlant un jour à une Da- 
me de mes Amies des Conreftations 
de ce temps-la, qui étoient nées 6< fo- 
mentées entre les Janfénifles ôc eux, il 
dît fans blâmer les Adverlaîres de fa 
Compagnie, Se avec un fenrimenc ex- 
trême de douleur, qui lui faifoit fou- 
hai.ttcr ardarament TUnion de tous les 
Chrétiens, que l'orgueil de l'Efprithir- 
main étoit la fource de ces dei'ordres, 
ôc qu'il prîoît fans cefle notre Seigneur 
de tuer en lui & dans les autres cet En- 
nemi mortel^ de ceux qui afpircnt à la» 
Vie éternelle. Ce Saint Homme avolt> 
raifon d'en parler de cette manière; ^' 
car, j'ai toujours oui dire, que ces 

Con- 



a C Hlftolre â* Anne â^ Autriche, 50^ 
Conteftations de Dodiine avoient été \6j%x 
caiifées par des animofirez particulières. 
Le Gouverneur de Hedin , Belbru- 
ne, mourut alors, &c cette Place fuc 
aufïitôt donnée à Moret , Frerc de 
Vardes, qui depuis quelque tenips s'*é- 
toît attaché au Cardinal. Qi-iand il fut 
en prendre pofTelîion, la Fargue, Lieu- 
tenant de Roi , & la Rivière, tous 
deux Officiers dans Hedin, lui fermè- 
rent les Portes. Le Maréchal d'Hc- 
quincourt > Gouverneur de Peronne, 
gagné par les charmes & les Confeils 
de Me.de Châciilon, avoir traîitéavec 
Monfieur le Prince : ilavoit corrompu 
en fa faveur ceux qui commandoienc 
dans Hedin ; &c le defTein de ce Maré- 
chal avoit été de lui donner pafTage par 
Peronne. Mais, cette Confpiratîon , 
qui auroit pu rendre les Ennemis Maî- 
tres de cette Frontière, aîant été dé- 
couverte par le Miniflre, ce Maréchal 
en perdit Ton Gouvernement i & tout 
ce que put gagner la Maréchale d'Ho- 
quîncourt fa Femme par Négociation 
fur de le faire redonner au " arquis 
d'Hoquincourt Ton Fils, que le Cardi- 
nal Mazarinedimoit fidclle au Roy,ô^ 
digne de fa Clémence, Le Pcre, de- 

Y i ^V'is 



^ j I o Mémoires pour fcrvlr ' 

I C> f 8« P"^^'^ c.^^^^ mauvaife Avanturc, fe rroii- 
voit dans une firuation fort raalheurcu- 
fe. Les Difgraces & la Galanterie ne 
fubfiftcnt guère enfemble : lapaiïion 
qu'il avoît eue pour Me. de Châtillon 
étoit paflée : fes Rivaux & Tes perces 
Tavoient détrompé, llvoioitbien qu'il 
avoit fait un mauvais pas j mais, il n^y 
avoitplus moyen de reculer. Ufejet- 
ta dans Hesdîn, pour entretenir la Ré- 
volte de la Fargue d<. de la Rivière; &:, 
comme il vit qu'il n'y étoit pas le 
Maître, il fut contraint de paifer en 
Flandres, où il fut bien reçu du Prince 
de Condé &: des Efpagnols , qui lui 
donnèrent de grands Apointemens , 
avec la Dignité de grand Baillif de 
Gand. Sa Femme & fon Fils fauvércnt 
fon bien , & comme la Cour voulut 
aller au Printemps vers la frontière 
commencer la Campagne, le Roi com- 
manda à la Maréchale d'Hoquincourc 
de fuivre, & an lui donna de l'argent 
pour obéir. 

Le Roi & la Reine partirent le len- 
demain des Fêtes de Pâques. Ils qui- 
térent le repos plutôt qu'à Pordinairc, 
afin d'aller par leuf préfcnce réparer les 
mauvais fiicccs qui pou voient arriver de 



a l*Hîfloîre à* Anne ^Autriche, 5 1 1 
réquipéedu Maréchal d'Hoquincoiirr. \C\%, 
Avant que de partir , ils virent le Duc 
de Beaufort , qui depuis la Paix avoîc 
toujours été exilé: il avoit montré beau- 
coup de fermeté 6c de hauteur , en ne 
recherchant par aucune baiTeflc TAmi- 
tié du Miniftre. Il voulut même laif^ 
fer d u tems entre ce qu^il avoit fait con- 
tre luia ^ Ton Raccommodement: puis 
enfin il le fit avantageufement pour lui. 
Le Duc de Vendôme fon Perc^, ayant 
defiré de le revoir à la Cour propofa 
fon Retour au Cardinal j & le Minifi. 
tre, oubliant toutes les haines paffées, , 
le regarda comme Frère du Duc de Mer- 
coeur 5 qui avoit épouzé fa Nièce : le 
recevant enfuite au nombre de Tes A- 
mis , il lui donna la furvîvance de l'A- 
mirauté que le Duc de Vendôme avoic 
eue pendant la Guerre. 

Le Roi alla d'abord à Amiens, où 
il fcjourna quelque tems pour avifer 
aux moiens de fauver Hefdin. Le Roi 
même fe préfenta en perfonne devant 
cette Place ; mais , la Révolte de ceux 
qui y commandoient étoit trop bien af- 
fermie : ils ne lui rendirent pas le reC- 
peâ: qui lui étoit dû. Le Miniftre , 
voiant cette Affaire fans remède , fie 

Y 3 ré- 



5 T 1 Afemoires poptr fervîr 

i6j 8. réfoLU^rc le Roi d'aller à Calais ^ pour 
travailler an f^rand dclTeiii dcxretccaii- 
née, qui école la prife dj Dunckcrque, 
que nous devions attaquer conjointe - 
ment avec les Angloîs y & le Projet 
étoicde la laiffer à Cromvvel , quand 
elle feroit prîfe.Cc dcik in parut odieux 
à tous les G JUS de Bien, ôc on ne man- 
qua pas de blâmer le Miniflre de cet 
avantage qu'il donnoit aux anciensEii- 
nemis de la France, à un Hérétique, à 
nnUiurpaceur; mais, il avoit Tes rai- 
fons : il crut qu^iléroit impofîîble fans 
cela de fauvcr TEtac de beaucoup de 
maux, 6c fut per Iliade au contraire que 
parcjtte vole il forcerolt le Roi d'Ef- 
pague à Faire la Paix. C^^ux, qui mur- 
rauroîent contr» cette llaifon des An- 
glois avec nous, diioiencque fans Côm- 
ter Tinterét de la Religion il y avoîc 
cncor à craindre que ce ne fut donner 
des forces à des Voidns , qui ne pou- 
voîent nous aimer, 6< que cette Place 
mettoit en état de nous faire un jour la 
Guerre. Malgré ces raifons , que le 
CardinalMazarîn (ans doute avoit bien 
examinées,, les Angloîs payèrent la 
Mer : nous afliigeanics la Place. Cet- 
te Entreorife , dont le fucccs fut aulli 

heu- 



k l'Hlfioire d^Anne d'Autriche^ 513 
heureux qn^on le pouvoir louhauter ,i6^è. 
penfa être funefte à la France. 

Le Roi voulut aller vifiter l^'Arméc. 
Il fut à Mardik, où il demeura quel- 
que cems. Ce lieu étoît infecté par 
les corps morts qui étoient reftez des 
années précédentes à demi enterrez dans 
le fable fans pourrir: la fechcrciTe du 
terroir les en cmpêchoit. il n'y avoic 
à Mardik nulle commodité , on man- 
quoit d'eau , & de toutes chofes ; & 
la chaleur étoit excclîive. Le Cardinal, 
qui en toutes occafions avoit toi^ijours 
pour principale occupation de gagner 
de Parfjent s'avifa de devenir le Vîvaii- 
dier , 6c le Munitionaire de l'Armée : 
il faifoic vendre à ce qu'on a dît , le 
Vîn 5 la Viande, le Pain , 6c TEau , & 
regagnoit fur tout ce qui fe vendoit. Il 
faifoit la Charge de Grand Maître de 
l'Artillerie 3 & depuis les premières juC- 
qu'aux dernières , il profîtoit fur tou- 
tes. Les foufFrances par cette railon 
furent grandes en ce Siège , &c même à 
'Calais, où toutes les denrées nécelfaî- 
res à la vie ctoient fort chères. Le Roî, , 
quand il alîoit à Mardik vifiter fon Ar- 
mée , vivoîc comme un Particulier : il 
dinoit chez le Cardinal Mazarîn , où 

Y 4 chez 



j 1 4 JHémoîres four fervlr 
f (?/5« chez le Vicomte de Tuueniiej il 0^*3- 
voîc point d'Officiers & manquoit de 
fervice & d'argent, Qtiand il alloit à 
TArmée, il rencontroic de pauvres foU 
dats : il ne leur donaoit rien , parce 
qu'il n'avoit point de quoi le faire ; Se 
le pis étoit que le MÎnîftre , corrom- 
pant les fentimens du Roi , travail loît 
à lui en ôter l'inclination , afin de lui 
en pouvoir ôter le moien : ce qui fai- 
foit , à ce que me dirent ceux qui étoî- 
ent à ce Siège , le plus méchant effet 
du monde i car les foldats deviennent 
puis avares de leur vie^ quand on leur 
eft avare de quelques piiloles. 

Monfieur le Prince , & D. Juan a- 
vcc toutes les Forces d'Efpagne , s'ap- 
prochèrent de Dunkercpe^ pour en 
empêcher la priie. Le Vicomte de Tu- 
renne en avertit le Miniflre , & lui 
manda que Ton fcntiment étoit de les 
aller combattre. Le Cardinal vigilant 
<Sc habile autant qu'il étoit ménager, 
fâchant par cette voie & par fes propres 
intelligences, que les Ennemis les ve- 
noient trouver, fut de ce même Avis , 
& envoîa ordre à ce General de donnei: 
Bataille. Ce grand Capitaine , qui en 
de pareilles occalîons ne mâqua jamais 

d'à- 



à l'Hlfiolre d*Anne d'Autriche, y i $ 
d'acquérir une grande réputation,fortît i ^ j 8» 
de fes Retranchemens pour aller atta- 
quer r Armée Efpagnole , & la furpre- 
nant il la deffir. Le Maréchal d'Ho- 
quincourt, qui s'étoît avancé plus que 
les autres pour reconnoître nos lignes, 
fut le premîeF qui fe fentit de la raau- 
vaifc deflinée du Parti où il étoic. il 
y perdit la vie, qu'il quitta avec un Çqïi- 
iible regrec de mourir hors du fervicc 
du Oî. Il vécut quelques jours, dans 
Icfquelsil fît paroître ces fentimens, 
6c fit fupplier le Roi , qu'en lui pardon- 
nant Ton crime , Ton corps pût être en- 
terré à Nôtre Dame de Liefï'e , ce qui 
lui fut accordé facilement. Toute la 
vaillance èc la fermeté de Mr. le Prin- 
ce ne fut pas capable d'arrêter la fuite 
de fes Soldats , & la déroute en fuc 
grande. Les Ducs d'Iork & de Glo- 
cefter , qui étoient dans cette Armée ^ 
y firent des allions dignes de mémoi- 
re 5 & leur valeur à combattre les no- 
tre étoît d'autant plus grande , qu'elle 
écoit animée par la haine qu'ils avoienc 
contre les Anglois qui étoient joints 
avec nous Cette Vîètoîre, qui futglo- 
rieule à Vlr. deTurenne^redonna beau- 
coup de force au Roi , abbatît celles des 

Y ; Ef^ 



5 I (? JMemolres pour frvlr 

1^58. Èrpagnolsaiiousairùralaprife cieDiin- 
kerqiic, & nous mk dans le chemin de 
la Paix. Ce fut le 14. Juin, que ce 
bonheui' arriva à la France. Il fut bien- 
tôt fuivie de la Capitulation de la Pla- 
ce , qui fe rendit peu de tems après, 

La Reine n'eut pas le tems de fen- 
tîr cette joïe. Environ le zi. du mê- 
me mois 5 le Roi tomba malade à Ca- 
lais , d'une fièvre continue , avec le 
Eourpre , qui fit craindre pour fa vie,, 
es fatigues qu'il a voit eues à Mardi k, 

6 à r Armée 5 allant lui-même malgré 
le Cardinal vifitcr les Gardes , avec les 
incommodités que j'ai dites & la cha- 
leur qu'il y fouffroît , Pavoit mis eiir 
cet état. Il fut quinze jours dans un pé- 
ril extrême,& la Reine en fentit toute la. 
douleur que l'amour qu'elle avoir pouL* 
lui de voit caufer. Elle fit le defTein , 
\ ce qu'elle m'a fait l'honneur de me 
dire depuis , fi elle le perdoîc , de fe re- 
tirer au Val-de* Grâce \ Ôc néanmoins 
elle inavolia en même tems qu'en cette 
©ccafionelle avoir été infiniment fatis- 
faite du bon naturel de Monfieur. Il 
lui témoigna route la, tendrefie poflîr 
y.e 5 ôc montra de craindre fcnfible-- 
ment de perdre le Roi, Quand la Rei-. 

2ïe< 



à V Hîfiolre d'Anne à' Autriche, ^ij 
ne lui die qu'il ne falloir plus qu'il ap- 1(358. 
prochât de lui , de peur de gagner fou 
mal y il le mie à pleurer ; mais , ce fuc 
avec un tel ferrement de cœur , qu il 
fat long- rem s fans pouvoir prononcer 
feulement une parole. La Reine, de 
qui je içus ces particularités y lui en 
fcat bon çré : fon cœur en fut touché 
par l'eftime qu'elle conçut de fa bonte^ 
& dés ce moment elle Taîma beaucoup 
plus tendrement qu'elle n'avoît fait par 
le paiTé. Le Roi prit du Vin émétî- 
quc par deux fois ; Sc Dieu , qui ne 
voulut pas priver la France de ce Prin- 
ce enrichi de tant d'éminentes qualités 
qui devoît le rendre un Roi digne de 
rétre 5 par fa mifericorde reçut une 
nouvelle vie, 8c ce bonheur caufk 
beaucoup de joie à la Reine Mei;e,k 
Monfieur , de à tous les bons François. 
Le Miniftre en fut aafli fort content 2 
mais, il parut qu'il y regarda fon inté- 
rêt préferablement à toutes chofes : il 
fit en cette occafion des actions qui 
dévoient déshonorer ^a mémoire^ 
Comme il n'ofa rien efperer de Mon- 
fieur , il envoya enlever fcs Trefors 3C 
les meubles de fa Mai fon de Paris, pour 
les faire porter au Bois de Vincenne^^ 

Y 6 lii 



5 1 8 Mémoires pourfervlr 

C^Z, Il prit néanmoins Tes mefures le mieux 
qu'il pût 3 avec le Maréchal du Pleffis, 
Gouverneur de Monfîcur : il lui fit de 
grandes promelTcs , & alla vifîcer tous 
ceux qui étoienc peu ou beaucoup dans 
les bonnes grâces de ce jeuns Prince , 
particulièrement le Comte de Guiche, 
à qui il fit des avances , qui parurent 
fortir d'une ame baffe &: foible. 

Après l'heureufe guérifba du Roi , 
la Cour revînt à Compiegne , où leurs 
Majeftés reçurent les premières mar- 
ques de la joie publique : ils n'y tardè- 
rent gueres^parce que le Roi avoit def- 
fein de fe montrer à Ton Peuple , 6c de 
là s'en aller à Fontainebleau. Il ne pa- 
rut point changé de fa maladie : auiïï- 
tôt qu*il eut pris l'air , les forces lui 
revinrent ; ÔC quand il arriva à Paris, 
moi-même 5 qui ne l'avois point vu 
malade , Se qui n'avois point été au 
Toiagc, je le trouvai aufîi gras & d'auf- 
fi bonne mine qu'à l'ordinaire. Il reçut 
avecplaifir, d<. quelques marques de 
bonne Volonté , ceux qui avoient jet- 
té des larmes pour lui. Comme j'avois 
été de ce nombre , & qu'il l'avoit fçû, 
il me fit l^honneur de m'en remercier 
de la meilleure grâce du monde. Le 

Roi 



à rH''}oire d'Anne d'Autriche, j 1 9 
Roîécoîc férieux, grave, & fort aima- K^cg, 
ble. Sa Grandeur , jointe à Tes gran- 
des qualités,imprimoientle refpedldans 
Tame de ceux qui l'approchoieiit. Il 
parloic peu , & bien : fes paroles 
avoîenc une grande force , pour infpi-i' 
rer dans les cœurs , & Taniour, -v la 
crainte , félon qu'elles écoient ou dou- 
ces ou feveres. 

Le Cardinal Mazarîn demeura flir la 
frontière , pour finir le Siège de Gra- 
veline, qu'il avoir fait attaquer par \z 
Marérhal d^- la Ferté. Cette Place fut 
en effet fi bien attaquée, qu'elle fe ren- 
dit au Roi le 3 o. Août. Après cette 
Expédition , le Vliniftre revint trouver 
le Roi & la Reine à Fontainebleau , 
environ quinze jours après leur arri- 
vée. 

Le Duc de Modene, qui comman- 
doit l'Armée du Roî en Italie , & avoit 
le Duc de Navailles pour Lieutenant 
Général , prie en même tems Mortare, 
qui fc rendit le 25. Août : les nouvel- 
les en arrivèrent au Miniflre , lorfqu'il 
paiTa par Paris vidorieiîx de Graveli- 
ne. 

Ceux5q'iî aimoîent la Judice , & 
les particuliers Serviteurs de la Reine 

Y 7 d^An« 



5 1 o Afe?noires pour fervlr 
\6<Z. d'AnglereiTc , reçurent alors une agré- 
able nouvelle pendant le réjour du Roi 
s Fontainebleau , qui fut celle de la 
mort de Cromvvel. Le Miniflre ne'an- 
nioîns 3 en parut fâché, & même il 
fcmbla quîl n'approuvoît pas la joie 
publique j mais je fuis bienaifede re- 
marquer en cet endroit , par la réponfe 
que cette Piinccfle fît alors à la Lettre 
que je me donnai Lhonncnr de lui 
écrire fur ce fujct , avec quelle modé- 
ration elle app-ît que Dieu i^avoic ven- 
eée de ce cruel Ennemi. 

Copie de la Lettre d" Henriette Ma- 
rie Reine d' Angleterre ^ écrite de fa pro' 
pre main à Me. de Mottevllle , le Me^ 
credi dix huit Septembre i6j8. 

'' \ T Ous pourries m'accufer avec raî- 
V ^on de peu de (èntimcnt des té- 
moignages que me rendent mes A- 
»^ mies de leur Amitié , fî je ne vous 
" difois que je n^ai reçu vôtre Lettre 
» que ce matin , quoiqu'elle foît dat- 
w tée de Dimanche, tn vérité y j'ai 
'^ fbngé que vous recevriés de la joïc 
'■> de la mort de ce fcelcrat: & je 
^' vaus dirai c][ue je ne fçai fi c'eft que 

5' moB" 






ce 
ce 



ce 



à V Hifiolre ^ Ann"^ â' Autriche. 521 
mon cœur efl fi enveloppé de mélan- \^ i (^j 8 , 
colie , qu'il efl: incapable d'en rece- 
voir j ou que je ne vols pas encore de 
grands avantages qui nous en peu- ,« 
venc arriver ; mais , je n'en ai pas ,^ 
reffenti uns fort grande , & la plus 
grande que j'aie efl: de voir celle de 
tous mes Aaiis. Je vous prie de 
bien remercier Madame du Pie (lis, rc 
& Melle. de Bellenave. Je voudrois ce 
bien avoir fait la quarriéine de vôtre « 
Compagnie , pour me rejoiiir avec ce 
vous. Je voudrois vous dire bien « 
des amitiés ; mais en vérité , elles u 
font dans mon cœur plus que je « 
ne les puis exprimer , & mes ac- « 
tions vous le feront voir en toutes. <-. 
occafions. Je vous conjure de le « 
croire , ou vous me faites grand ce 
tort ; car , je fuis au fonds de mon ce 
ame de vos Amies. « 

Le Miniflrre eut aufîî alors la joïede 
voir Me la Princcfle de Conti (a N'e- 
ce 3 qui venoit d'accoucher d'un Prin- 
ce du Sang 5 qui mettoit un de Tes 
Neveux dans le nombre des Héritiers 
de la Couronne. La mort de cet En- 
fant i, qui ne vécue que peu.dc jours ^, 

h oblif* 



j 2 2 JHemoires pour fervlr 
ïéç8. ob^ig^^ ^' le Cardinal d'aller à Paris, 
viiirer cette Prince{rei& comme il écoîc 
perfuacié que l'air de Fontainebleau 
ne lui étoit pas bon , il envoia fup- 
plier le Roi de faire une petite Cour- 
fe à Paris , afin de lui pouvoir com- 
muniquer quelques affaires. Le Roi 
y alla , 5c ne coucha qu'une nuit au 
Bois de Vincennes ; puis étant revenu 
trouver la Reine , il la perfuada de 
s'en revenir à Paris ^ & par conféquenc 
route la Cour y arriva le i^^^ào, Sep- 
tembre« 

Comme le Parlement êtoît depuis 
deux ans fans premier Préfident le 
Cardinal ^ pour faire une Adion d'é- 
clat 5 qui put établir fa réputation , 
dans Topinion des hommes , S>c faire 
voir qu'il fcavoit connoitre &: recom* 
penfer la vertu ôc le mérite , voulut 
mettre à la tête de ce grand Corps un 
Chef qui eût l'approbation des gens 
de bien. Pour cet effet , il jetta les 
yeux fur Lamoignon, Maître des Re- 
quêtes , qu'il ne cohnoifToît que par 
l'eflime univerfelle que jufqu'alors il 
avoir acquife dans le Public par Ton 
habileté & fon intégrité. Le Procu- 
reur General Fouquet , Sur-Intendant 

dos 



a VHlflolre d' Anne d'Autriche , y i j 
-des Finances , qui fut un des premiers léjS, 
qui le propoféreac, ne fe fervit en ef- 
fet que des grandes qualîtez deLamoi- 
gnon pour perfuader le Cardinal Ma- 
zarinde le nommer, en le flattant de 
rhonneur qu'il auroît d'avoir fait ce 
choix par le feul motif du bien public, 
lien reçut aufîî des louanges de tout 
le monde ; & la Reine fur- tout , qui 
fçavoit que l'intérêt n'y avoit eu au- 
cune part, en faifanc goûter à ce Minif- 
trc par fon approbation les prémices 
de la récompcnfe dont une bonne ac- 
tion doit être fuivie, lui devoit en mê- 
me tems faire regretter d'avoir tant né- 
gligé par le palîé les occafions de fe 
procurer à lui même la joiiilTance d*un 
il grand bien. 

Le Roi , depuis l'inclination qu'il 
avoit eue pour xtelle. la Motte , étoic 
demeuré demi enchanté dans un reftc 
d'inclination qu'il avoit toujours con- 
fervé pour la ComtelTe de SoifTons ; 
fe divertiflant néanmoins par occadon 
avec les autres Nièces qui étoient de- 
meurées au Louvre; mais, il fe fatigua 
d'aller à l'Hôtel de SoifTons iî fouvenc, 
ou plutôt fon cœur fe lafla de n'être 
pas aflTez occupé. Pendant le (éjour 
que l'on fit à Fontainebleau, il parut 



j" 2 4 Meynolres pour fervlr 

I 68 j . s'attacher d'avantage à Mclle. de 2vîan- 
cini: il parloit à elle avec application; 
& , malgré fa laideur , qui dans ce 
tems-làétoit cxcciîîve , il ne lailTa pas 
de fc plaire dans fa converfation. Cet- 
te Fille croit hardie , & avoit de Tef- 
prit 5 mais un efprit rude & emporté. 
Sa paflîon en corrigea la rudeiTe, & 
fon emportement fervit à lui montrer 
c]a^elle n''y étoit pas infenfible. Le Roi 
s'en apperçut, & cette reconnoîfîan- ^ 
ce dans le commerce particulier que la 
PuHrance de l'Oncle Tobligeoit d'avoir 
avec Tes Nièces , l'expofoit à une 
Avanture qui fut d'autant plus belle 
pour Me lie. de Mancîni, que fe trou- 
vant fort touchée du defîr de plaire 
au plus gra^d & au plus aimable Roi 
du Monde, elle eut la fatisfadion d'a- 
voir réiifli dans fon deffein , & de 
rencontrer dans la tendrelTe de ce 
Prince de quoi paier fes emprefifèmcns, 
& la facilité qu'elle eut à l'aimer trop, 
quoi que ce trop ne fut pas tout-a- 
fait fans bornes ; car on a toÛK)urs 
cru que cette Pafîîon , quoi que vio- 
lente 5 avoit été accompagnée de taM 
de fageflfe, ou plutôt de tant d'ambi- 
tion 5 qu'elle s'y étoit engagé fans 

crain- 



à l'Hiftolre à^Amie d' AMrlche, 5 2 j 
:i'abr:e d'elle-meaie , étant alfurée de 1^5 S. 
.a'verta du i^oi , & (î elle en doLUoir, 
ce doute ne lai faifoic pas de peur. 
EUe voioit que l'Amitié qu'il avoit 
eue pour la Comteire de SoiHbns , 
bien loin de lui avoir fait tort , lui a- 
voit procuré un grand Etabli (femenc. 
Une pareille Avanture lui fembloic 
être le moins qu'elle e'n put efpérer. 
C'ed pourquoi , rien ne lui en pou- ^ 

voit défaire. Ses fentimens paiïion- 
nez, & ce qu'elle avoit d'efprit, quoi 
que mal tourné , fupeléérent à ce qui 
lui manquoit du côté de la beauté. 
Il n'y a point de plus forte chaîne 
pour lier une belle ame , que celle de 
fe fencîr aimé. Elle fçut fi bien per- 
fuader au Roi qu'elle raimoit , qu'il 
ne put s'empêcher de l'aimer , 6c il 
eft aiféde concevoir que des deux co- 
tez leur Amitié devint aufli forte 
qu'elle étoit fcnfible. Les effets en 
furent grands ; mais , ils auroienc 
peut-être été plus extraordinaires, fans 
la fage conduire de \'i Reine à qui 
Dieudonn^ des forces pour réfiftcr à 
ce qu'on dit èexe le plus fort dans le 
mnde ; & fans la modération du 
Cardinal , qui ne peut jamais être af«- 
fez loué fur ce fujec. Pen- 



ji(? Mémoires pour fer vîr 
1^5%, Pendant que le Roi s'engageoît în- 
fenilblement à une violente Paillon , 
toute TEurope regar»loit de quel côté 
il fe tourneroit pour choifîr une Fem- 
me ; & toutes les PrincelTes, qui pou- 
voîent afpirer à cet honneur , étoicnc 
attentives à l'Evénement de cette E- 
ledîon. 

Il y avoit long tems que la Duchei> 
fe de Savoie preflbit le Miniftre de fe 
déclarer fur le Mariage du Roi & de 
la Princefl'e Marguerite fa Fille. Cette 
Princelfe étoit aînée de la Duchefle de 
Bavière , que ce Duc avoit choifîe 
par préférence à fa Sœur, à caufe de 
fa beauté 6c parce que la Prince(fc 
Marguerite n'en avoit guère. Le 
Roi, qui avoit toujours dit qu'il vou- 
loit une Femme qui fût belle , fèm- 
bloit néanmoins être réduit à celle-là; 
car, le Minillre , qui ne le vouloic 
point marier , que quand il y feroit 
forcé, fe trouvoit porté en cas de né- 
ceflîté de préférer cette Princelfe à 
toutes celles de ce Rang. Sa Nièce 
la Comteife de Soiffons, avoit époufé 
le Fils aîné du Prince Thomas, On- 
cle du jeune Duc de Savoie , & (qs 
Enfans ctoient les Héritiers de ce 

Pria- 



à rUlflolre â'Anne d'Autriche J17 
Prince. Les Nicces du Cardinal Ma- 1657. 
zarin étant nées, pour faire la dcfli- 
née de cous les Princes de l'Europe , 
il fembloit qu'étant trop fage pour en- 
treprendre d'en mettre une fur le 
Trône , il ne pouvoic s'en approcher 
d'avantage qu'en y plaçant la Prin- 
cc(re Marguerite fon Alliée \ Se ce pou- 
voit être la rai Ton pour laquelle il pa- 
roilToit qu'il fe laillat plutôt arracher 
un confentement en fa faveur , que 
pour toutes les autres qui pouvoienc 
y précendre. Il accorda donc à Ma- 
dame de Savoie, non pas entièrement 
ce qu'elle demandoit , mais feulement 
de lui mener le Roi. La Reine , a- 
giffant comme Mère , alloit droit à 
Tavantage du Roi fon Fils. Elle a- 
voit toujours paffionnément fouhaitté 
la Paix, Se l'Infante d'Efpagne, com- 
me feule digne d'époufer le Roi; mais, 
de la façon qu'elle en parloit, on ju- 
gcoit aifément qu'elle le fouhaittoit 
fans en ôter efpérer l'effet, Jufques 
là , ce Mariage lui avoit paru impof- 
fible, à caufe que le Roi d'Efpagne 
n'avoic point de Fils Ôi que llnfan- 
te fa Niecc étoît héritière de tous Ces 
Etats 3 mais, depuis quelque tems , 

il 



4 j" 1 8 Afernolres pour feri;lr 

1(^58. il en avoit un, 6: la Reine d'Efpagne 
étoit préce d'acconchcr , fi bien que 
ce Mariage ne paroiiïbic plus hors d'é- 
tat de fe pouvoir cfperer , quoi qu'il 
y eût toujours peu d'apparence qu'il 
/e put faire, à caufe des maximes qua- 
jfi inébranlables des Efpagnols , c ui 
ne veulent rien bazarder. La Reine, 
au défaut de l'Infante , auroît mieux 
aimé la Princcfle d'Angleterre , que 
nulle autre,- parce qu'elle l'aimoit dé- 
jà , & que cette jeune Princeffe pa- 
roiffoit alors avoir un tel rcfped; pour 
la Reine, qu'il fembloit qu'elle ne la 
confidéroit pas moins que la Reine fa 
Mère: mais , le Roi feul en France 
ne la trouvoit pas à fon gré ; ou pour 
mieux dire, le MÎniftre n''avoit point 
d'intérêt qui l'obligeât de pancher de 
fon côté. La Reine, au contraire , 
avoit accoutumé de dire que fi elle 
ne pou voit avoir fa Nièce pqur Rei- 
ne, qu'elle fouhaîttoit celle-là, & que 
fon déplaîfir étoit de ce qu'elle n'a* 
voit pas trois ans d'avantage , afin 
qu'elle pût plaire au Roi, qui paroif- 
foit la négliger parce qu'elle étoic 
plus jeune que lui , & qu'il mon- 
troic de vouloir une Fille plus faite. 

Par 



à VH'ifiolre ^Anne d'Autriche, 5 2. 9 s 
Par l'événement on a vu que dans 1658, 
le fonds du cœur du Miniilre , il y 
avoit un grand dcfo de faire époufer 
au Roi la Princefle de Savoie , ôc que 
d'ailleurs n'aiant pas d'averfion à la 
Paix, il avoit en i^énéral une allez fni- 
cere intention d'aller au bien de l'E- 
tat. Il ne douroit pas , que fi en 
pouvoit avoir l'Infante pour Reine , 
ce ne fût par fa Naitfance la plus di- 
gne Femme que le Roi pût avoir. Il 
connoilloit auffi , que la Reine ne 
pouvoit être contente fans elle ; mais, 
en lui montrant pour la farisfaire , 
qu'il fouhaitoit la même chofe, il ef- 
péroit fans doute, que les difEcultez 
en feroient fi grandes , que fans lui 
déplaire il pouroit parvenir à fcs fins. 
Pour faire parler le Roi d'Efpagne , il 
falloir lui montrer publiquement , que 
le Roi fe vouloit marier ailleurs. Ain- 
fi, le. delTein du Cardinal fut de faire 
le Voiage de Lion , pour tâcher 
d'embarquer le Roi avec la Princeffc 
Marguerite , montrant toujours par 
là 5 que fon intention croît de preffer 
le Roi d'Efpagne de fe déclarer. A- 
SÎfTanr de cette manière , il faifoir ce 
qu'il pouvoit, pour travailler au con- 
tente- 



1 

j 5 o 2\4émoîres pmr fervlr 
i^j8, tcntement de la Reine. Le Roî par 
là devoir voir la Princcfîc de Savoie , 
& de cette vue le Cardinal en cfperoît 
lin bon effet , car , il mettoit lescho- 
fcs en état ^ qu'en cas que le Roi d'Ef- 
pagne demeurât muet , ce qu'il cro- 
yoit devoir arriver , il pût par le pro- 
pre goût du Roi lui laider choilîr une 
Femme : & , il ne doutoit pas que 
dans le defir qu'il avoir de fe marier , 
ne lui lai (Tant voir que celle-là , il ne 
la prît. Outre l'engagement où il 
l'expofoit 5 il étoit perluadé avec raî- 
fbn ; que malgré le peu de beauté de 
cette PrincefTe , le Roi en feroit con- 
tent ôc fatisfait , parce qu'elle étoit ai- 
mable 5 fpirituclle & fsge ; ce qui 
félon fon humeur lui devoir plaire. 
Le Cardinal , trouvant dans ce Voya^ 
ge 5 l'une de ces deux chofes , ou la 
fatisfadion de la Reine , à qui il de- 
voir toute fa grandeur , ou une Reine 
qui étoit Coufîne Germaine de fa Niè- 
ce , y fît refoudre le Roi 5 mais, il 
cft indubitable qu'il préferoit dans Çts 
defirs fcs propres intérêts à ceux de la 
Reine. Il le fît auffi pour évirer de 
marier le Roi à la Princeffee d'Angle- 
terre , qui devenant grande & agréa- 
ble. 



à rHi/lotre (JtAfine à* Autriche, j 3 1 
ble, pouvoit enfin lui îplaiic. Melle. kJjS. 
d'Orlcans, feconcie Fille du Duc d'Or- 
léans, dont on lui parloit fouvent , é- 
toit encore une digne Alliance pour le 
Roi : elle éroit fort belle , & à^digo. 
propre à lui plaire ; mais, le Cardinal 
ne lui vouloit pas donner une Couron- 
ne fermée j parce que It Duc d'Orléans 
ne Tavoit pas oblige à le fcrvir. Il voï- 
oit beaucoup de perfonnes de la Cour 
fouhaitter ce Mariage, ccn.ne fortable 
au Roi, par la Naiiîance 6c la Beauté 
de cette Prînccfle \ mais il lie trouvoic 
pas ? propos de donner cet avantage aux 
louhaits du Public 5 de peur de perdre 
le mérite qu'il \ouloit avoir auprès de 
la Reine future, d'être celui fcul à qui 
elle dût Ton bonheur. N adcmoifelle,Fil- 
leaince du Duc d'Orléans, qui en partie 
avoit fait la Guerre pour être Reine de 
France, fe voioit par cette même raifon 
hors d'état d'y prétendre, miême à cau- 
fe des années qu'elle avoit plus que le 
Roi. Elle croit de toutes façons mal- 
latisfaite de fa deflinéc, ôc ne pouvoit 
fouffrir non plus fans un extrême cha- 
grin, que fa Sceur fût propofée pour 
occuper cette émincnte Place. Elle au- 
rcîr fans doute mieux aimé voir fur le' 
ToThs IF. Z TrG« 



5" 3 2. * Mcmoires ponrfervîr 
i6jB, Trône toute antre PrincciTe qu'elle; 
car 5 la Jaloufie que l'amour propre 
produit 5 etïaçoit en elle la force du 
Sang & de la Nature , ôc la rendoit in- 
capable de louffrir patiemment cette 
préférence. 

Le Cardinal , par le parti qu'il avoîc 
pris , avoit mis ces deux Sœurs en re- 
pos ; mais , la Reine d'Angleterre , qui 
confentoit parjuftice, que la Reine 
préférât l'Infante d'Efpagne à la Prin- 
ceiTe fa Fille^ne pouvoit d'ailleurs fup- 
porter fans une douleur extrême , que 
la PrincefTe Marguerite de Savoye ia 
Nièce , quoiqu'inferieure à fa Fille ,» 
tant par la nailîance que par la beauté , 
l'emportât fur elle ; &c , fans en rien 
témoigner, elle en rcQcnroic autant de 
peine , que la chofe le meriroît. 

Il y avoit en Portugal une PrincciTe, 
qui fans doute ne manquoit pas de 
prendre part à ce noble chagrin, Co- 
mînges , qui étoit alors Ambalfadeur en 
Portugal , qui avoit envoyé à la Reine ^ 
un Portrait de cette PrincelTe , qui laj 
faifoît belle , quoiqu'elle ne Icfôt pas, 
m'a depuis conté, que la Reine de Por- 
tucral fa Mère ofFroit au Mîniftrc de 
grands Trcfors , pour obtenir que la 

Prin- 



à VHtflo'ire à* Anne d'Autriche. 535 
Princefle fa Fille fut Reine de France ; i r 5 S. 
& j que ne pouvant fe retenir fur le 
ûépit qii elle eut du voyage de Lyon , 
elle lui dît un jour qu'elle cioît éton- 
née de ce que le Roi de France choillf- 
ioit Cl mal. 

Melle. de Mancîni , quoiqu'elle ne 
fût pas Princeiïe , prenoit aufli fa part 
de rinquîétudecomnnine à tant d'illu- 
ftres perfonncs 5 & , quoiqu'en toutes 
chofes elle fut indigne de leur être 
comparée, elle ne laiiloit pas d'avoir des 
defirs bien relevés. Elle ne quitroic 
point le Roi , elle le fuivoit partout , 
& le Roi montroit de fe plaire avec el- 
le : l'afFiduité qu'ils avoient l'un pour 
l'autre , commençoit même à déplaire 
à Ja Reine j & dans ce tems-là ^ je re- 
marquai qu'elle avolt beaucoup de 
chagrin. La Femme , qu'il fcmbloit que 
le Roi alloit prendre en Savoy e , ne lui 
plaifoit pas , ôc Melle. de Mancini ^ 
qui paroiiFoir être la mieux placée dans 
le cœur du Roi , ne lui éroit pas agréa- 
ble. Cette m.aniere de l'obirdcr con- 
tinuellement lui donnoit de la tridcfTe; 
Ôc y malgré fa difcrction , Se la qualité 
de Nîcce du Minijflre (i confidciable en 
l^rance ^ la Reine montroit affez libre- , 

Z 2. mène l 



/ 3 4 A^emolres pour fervlr 
i{jj8. ment à Tes Confidens , combien cette 
Fille lui deplaifoit. Elle n'en ufa pas 
de même à l'égard à^s fcntimcns qu'el- 
le avoitpour la Princeile Marguerite ; 
car^. elle en parloit raifonnablemenr, 
difant que ce n'croit pas Une Affaire 
faite, mais que le principal étoit que 
le Roi ^\xi content & heureux , & que 
cela étant elle feroit fatisfaite. 

La Reine , d'abord par le dégoût 
qu'elle avoit de ce Mariagc,n'eut point 
d'envie d'aller à Lion : puis, elle fe 
ravifa , & voulut y aller, pour travail- 
ler à le rompre. Sa tranquillité paroif- 
foir égale a celle qu'elle avoit accoutu- 
mé d'avoir j mais, elle auroit fans dou- 
te pris volontiers beaucoup de peine , 
pour réufîir à y mettre de l'obftacle. 
Elle fe réfolut donc d'aller au Voiage, 
même par le confcil du Minillre , qui 
ne voulant pas lui déplaire en fut auiîî 
d'avis, La Providence Divine parut 
y avoir une grande part ; car^ les quin- 
ze joers,qu'il falut retarder de partir de 
Paris, pour mettre en Ordre l'Equipa- 
ge delà Reine, furent caufe que nous 
avons rinfante d'Elpagne pour Reine, 
parce que ce peu de jours donna le 
moien à celui, qui vînt d'Efpagne pro- 

pofei' 



^■' 



à V Hlftoire êi Anne d'Autriche, j 5 j 
pofer le Mariage, d'arriver à Lion dans i(^j8. 
le cems qa il falloir qu'il arrivât, pour 
rompre celui de Savoie. Un de ces 
jours- là , que la Reine étoic prête de 
partir, j^'pris la liberté de lui dire, 
que j'avois de la peine de voir qu'elle 
alloit faire un ii grand Voyage, dans 
une (1 froide failon comme le devoir 
être celle où nous allions entrer. Elle 
me fît l'honneur de nie dire alors, en 
me prcfTant le bras, & -pourquoi^ vous^ 
c^uî vous intérejfez a ce qui me touche ^ 
me dites-vous cela, f Ne voîez.-vous pas 
qu'il fdHt que j'y aille f Un autre jour. 
Me. de Sénécei, & Me. la Comtefle 
de Flex^ qui ne la fui virent point dans 
cette importante occafîon , lui difant 
que (î le Roi Te marioit , elles la fup- 
plioient de les en avertir , afin qu'^elles 
y puflent aller, & qu'elles me mene- 
roient avec elles j cette grande Princef- 
fc , ayant l'efprit rempli d'un delTein 
contraire , nous dit en nous faifant un 
fîgne de la tête , qui marquoit fa pcn- 
féc , Tene\^ vous en repos : fefpere que 
je ne vous manderai point. Mais , 
quand elle en parioit publiquemcntjcl- 
le montroit une grande indifférence fur 
cet Affaire j ce qui s'accordoit à fa 

Z 3 Sa- 



5 3^ M-cmoires four fervîr 
x(Dj8. SageHc & à fa Raîfon. La Reîne en 
effet me fie rhonnear de me dire en 
ces mêmes tems , me parlant du Ro i 
confid emmène , que fi cecre PrincefTe, 
qui à ce qii^on lui difoît écoit vertueu- 
le 5 lui plaifoit :5 elle confentiroit vo- 
lontiers qu'il lY^poufâc , parce qu'elle 
étoic perfuadée que ï\ Dieu le permet- 
toit ainfi , ce feroir pour Ton avantage: 
6c cela me fît croire , que iî le Roi 
trouvoit cette Princeffe à fon gré , la 
Reincparrairons'accommoderoicàfoii 
choix. Il ell; certain néanmoins ^ que 
les fentimens de fon ame alloîent à Pa^ 
verfîon de ce Mariage , & qu'elle ne 
nous paroifToîc s'y pouvoir accorder , 
que parce que dans toutes chofes fa vo- 
lonté a toujours été entièrement fbu- 
mife à celle du 5ouverain Maître des 
Rois. Par toutes les adtions de fa vie , 
on a pu remarquer au(E , qu'elle n'a 
jamais évité ce quiauroitpû lui déplai- 
re en fon particulier , quand elle a cru 
que ces mêmes chofes , feroîent de quel- 
que utilité au Roi Ion Fils , & au bien 
de PEtat. Ce ' oyage étant donc re- 

C6lo. ^^^^^3 toute la Cour partît le 25. Oc- 
Î5;e, tobre. 

Me de Savoie , de fon côté , n'é- • 

toîc 



à V fjiflolre à'Anns £ Aptirlche . j 3 7 
toit pas fans inquiétude; mais elle é- \6^%, 
toit celle qui en avoit le moins. Elle 
voyoit que l'intérêt du Miniftre étoîc 
de faire le Mariage du Roi & de fa Fil- 
Je : elle ne voyoit nulle apparence à ce- 
lui d'Efpagne ; fi bien qu^clle fe per- 
fuadoit 5 que la PrincelTe Marguerite 
ayant du mérite & de refprit , engage- 
roitle Roi à l'eftimer. Ceux , qui Ta- 
voient vue , en parloicnt avantageuse- 
ment. Ils difoient qu'elle étoit fort 
fage , qu'elle avoit beaucoup de raifon, 
& que fi on ne la pouvoit dire belle , 
on pouvoit du moins la trouver aima- 
ble. Enfin , Me. de Savoie efperoît 
que ce Volage ne lui pouvoit être que 
glorieux & utile, ô^ ne s'imagînoit pas 
que le Roi , la Reine 6: le Miniftre , 
faifant ce pas vers elle , puflenc lui 
manquer , & ne la pas fatisfaire. La 
Princeiïe Marguerite , à ce qu on a fçii 
depuis , avoit des fentimens contraires 
à ceux àc Me. Roîaleielle trouvoît 
que ce Volage lui devoit être d'une 
dangercufe conf-'qucnce: il lui fembloic 
qu'on ralloit offrir à qui peut-être ne 
la prendroît pas : ôc , comme elle 
ctoit prudente , èc qu elle fe voyoit cx- 

Z 4 pofée 



/ 3 5 Mémoires pour fervlr 

1 6^ 8. pofée au psril de déplaire , cette avan- 
ture lai paroi (Toit fàcheufc. On a Ç(^\i 
qu'elle avoir refifté à ce Voiage , 6c 
qu'elle avoit même feinr d'écre malade, 
pour ne le pas faire \ mais , toutes Tes 
précautions ne la purent exempter de 
cette humiliation, elle fervit à lui don- 
ner Tellime de tous ceux qui la virent 
à Lionj& Ç\ elle manqua d'être Reine 
d'un gran.i Royaume , elle acquit du 
moins la reputanon d'en être digne : ce 
n'eft pas peu de chofe, 

La Cour arriva à Lion le 23» de 
Novembre , & celle de Savoie le vingt 
huit du même mois. CViand on fçut 
que Me. Roîale ccoîr à trois Heuës de 
la Ville 3 le Cirdinal Mazarin alla au 
devant d'elle environ deux lieues, Mon- 
fîeur y fut après , qui la rencontra , eL 
le & les PrincelFes fes Filles à une lieue" , 
& le Roi & la Reine allèrent enfemble 
jufqu'à demie lieue. Qiiand le Roi les 
fçut fort proche, alors il monta à Che- 
val . & poulTa jufqu'à dix pas du Ca- 
roîTe de Me Roiale. QLiand cette Prin- 
.- ceflfe le vit , elle en defcendit pour le 
recevoir, & les Princelfesde Savoie fes 
Filles en firent autant ; car , il y avoir 
une ainée de la PrincelTe Marguerite, 

qui 



à TH'fiolre d'Anne d'îy^utnche, y 3^ 
qui étoit Veuve de ion Oncle le Prince i ^j8. 
Maurice, qu'on avoît appelle le Car- 
dinal de Savoye , 5c que la Raifon d'E- 
tar avoit fait Ton Mari. Le Roi avoir 
témoigné defircr avec impatience de 
voir la Pi-ince(re Marguerite , qui fem- 
bloît lui être deftince , Sc fans doute 
qu'il ne les aborda point fans quelque 
émotion. Après le falut ordinaire , ôc 
après avoir à ce qu'il eft à croire , fi- 
xement regardé la Princelfe Margueri- 
te , il revint Brufquement au CarofTe de 
la Reine , & lui parut très- fatisfait de 
cette vûcjlui difant avec une grande 
gayeté ces propres mots: E/Z^f/?- /or/- (^- 
gréahle : elle rejfemhle fort afes Portraits, 
Elis eft un feu ^d'^anée \ mais , ceint 
neinvêche vas quelle ne Coh bien faîte, 
Auiii-tôt après les CaroflTes fe ioÎCTrii- 
rent , Me. de Savoie defcendit du (len, 
^ la Reine en fit autant. Me. Roiale, 
en la ialuant , femitquafî à genoux 
devant elle , lui prit la main , & la lui 
baifi par force avec de très ojrandesfou- 
miffions. La Reine l'cmbralTa , Ôc les 
PrincefTes Tes Filles qui toutes deux ea 
la faluant mirent les genoux enterre 
Mademoifellefalua Me.de Savoiecom- 
me fa Tante , 6c toutes ces Prince(ïes 

Z 5 s'em- 



j4<5 JUfemôtres-pour fervlr 
I<?j8. s'embrafferent comme écant proches 
Parentes. La Reine remonta en Ca- 
roffe & fie mettre Me. de Savoie au- 
près cVelle , au devant , qui ëtoit fa 
place ordinaire. Mademoifelle fe mie 
au derrière , ôc fit mettre auprès d'elle 
Me. de Carignan , quiavoit été au de- 
vant de Me. de Savoie , comme étant 
de fa Maifon par Ton Mari. Monfîeur 
fe mit en une portière avec la Princelfe 
Louife Veuve ; & le Roi eut auprès de 
lui, à l'autre portiere,la PrincciTe Mar- 
guerite. Pendant le chemin , il parue 
toujours Tentretenir arec gayeté , & 
contre fa coutume il lui parla beaucoup 
& cl e à lui. La Reine , qui étoit at- 
tentive à tout ce que faifoit le Roi , 
me fit rhonneur de me dire à Ton re- 
tour à Paris qu'elle en avoit été éton- 
née 5 & qu'elle avoit fen'^i de la peine 
de les voir d abord fi bien enfemblc, 
5elon le récit des témoins de cette En- 
trevue 5 & de la Reine même , la Prîn- 
cefFe Marguerite parut à cous dans ces 
premiers momens , de joh'e taille , d^ 
l>ienfaîte:on lui trouva les yeux beaux , 
les foarclls bien faits, les joues im peu 
pendantes , tenant en cela par Me. la 
Merc 3 du côté des Bourbons quand ils 

font 



à r Hlfiolre JJ Anne d'Autriche, 541 
font ieuncs. Elle avoir la bouche gran- 1 6j 8. 
de , &c un peu grolfe , le teint brun , 
mais alfez uni & pas laid au flambeau, 
de le nez pas beau. Une perfonne^ qui 
étoit dans le Carolfe de la Reine , me 
manda qu'elle leur avoit paru fiere , 3C 
point embaraflee de fe trouver dans cec- 
re occaiion l'objet de tous les yeux des 
François. Toute cette Royale Com- 
pagnie arriva dans le plus bel ordre du 
monde à Lion , Ôc ceux qui étoient de 
cette iuite ont dit que la grandeur de 
nôtre Cour , & Téclat de celle de Sa- 
voye i qui s'ecoit parée avec foin de 
tous Ces ornemens , ctoit une belle cho- 
fe à voir. Ces deux Cours enfembl© 
vinrent defcendre au Logement de la 
Reine , où Me. Roiale remercia pu- 
bliquement le Roi &c Mr. le Cardinal 
Mazarin ^ de ce qu'on lui avoit rendu 
la Citadelle de Turin, exagérant To- 
bligation qu'elle avoit à la France , a- 
vec toutes les flatteries les plus exceflî- 
ves dont elle fe pût imaginer ; ce qui 
ne plût pas à la Reine : car , elle n'ai- 
moit pas les louanges , les paroles fu- 
perflucs , ni les façons. Cette Souve- 
raine n'oublia pas de dire au Minière 
tout ce qu'elle put pour lui plaire, le 

Z <p re- 



J^i Aîemolres pour fervlr 
i6j$. remerciant de ce qu'il a voie emploie le 
crédit qu'il avoit auprès de leurs Ma- 
jeftés , pour cette reftitutioii. Après* 
quelques momcns de converfatîon , le 
Roi & Moufieur allèrent la mener 
chez elle , & toutes chofes ce foir là fe 
paOTercnt à l'avantage de Me. Roiale , 
S>C de la PrincefTe Marguerite. 

Dieu , qui avoit deftine le ^•loi à une 
autre PrincefTe , la première de TEuro- 
pe &c la plus grande du monde , avoir 
ordonné par fa providence , que le Roi 
d'Efpagne, au bruit du Volage de Lion , 
s'étoit alarmé ; & j'ai fçu par celle qui 
depuis a été notre Reine que le Roî 
fbn Père , entendant dire que le Roî 
^ , alloit fe marier , avoit répondu , Eft(^ 
fie peut ^^ p^teâe fer , y no fera. * C-tte Prin- 
■bas être celTe , dépuis qu'elle efl: en France , 
& nefe- m'a fait l'honneur de me dire que ces 
m ^M- paroles du Roi Ton Père lui plurent , 6c 
que le Voiage de Lion ne luiétoit pas 
agréable. Elle avoit dans le cœur un 
preGTentîment qui l'avertiflToit que le 
Roi devoit être Ton Mari , & elle fça- 
voît qu'elle f^ule étoit entièrement dig- 
ne de lui ; fi bien que pour guérir Tin- 
quiétude que le nom de la PrinceffeMar- 
guérite lui donuoic , elle eut befoin à^ 

fe 



a l'Hlflolre d'Anne â'AHtrîche, 543 
fedire foLiveiit à elle-même ce qu'elle \6^%» 
avoir oui dire au Roi Ton Pcre. Le 
Roid'Efpagiie , pour rendre Tes paroles 
véritables , crac qu'il falloir alors qui- 
rer toute fineire, & montrer vi/ible- 
rnent le defir & le befoin qu'il avoit de 
la Paix : il ordonna à D. Antonio Pi- 
mentelde venir en France conférer avec 
le Miniftre , & lui offrir <Sc la Paix & 
l'Infante. Pimentel, que j'ai vu depuis à 
St. Jean de Luz , m'a dit , que comme 
il connoiffoit le Cardinal Mazarin de- 
puis long-tems il avoit fouvent alTûré 
le Roi d'Efpagne Ton Maitre de ^ts 
bonnes inten[ions,& qu'il defîroït fin- 
ceremcnt finir la Guerre \ que les Mî- 
niftres de cette Cour n^avoient pas 
approuvé fa confiance ; de que pour 
avoir parlé de cette forte , il en avoîç 
pcnfé perdre fa Fortune. Le Roi fon 
Maitre l'envoia donc promprcmcnt en 
France , fans paHfeports , & au hazard 
d'être pins prifonnier: car le tems étoit 
arrivé que toutes les animofités dévo- 
ient finir. Il venoit dans cette penfëe , 
qu'en cas qu'il fut arrêté , il demande- 
roîtà parler au Minière j & qu'ainfi , 
foit comme libre , ou comme prifon- 
nier 3 il trouveroit le moyen de traitter 

Z 7 avec 



^ 44 Mémoires pourfervir 
^ o avec le Cardinal du Mariage qu'ail ve- 
* noir propofer. Il fçut enfin fi bien (e 
déguifer 5 & fi bien conduire Ton Voia- 
gc , qu'il arriva dans Lion , le même 
jour que Me. de Savoie y arriva ; & , 
à la même heure qu'elle y entroit ve- 
nant du côré de Savoie , D. Antonio 
Pimentel y entroit auffi , venant du 
côté d'Efpagne. Ces deux PuiiTan- 
ces ctoient deilinées à combattre l'une 
contre Tautrc , & le Roi devoit être le 
prix du Parti victorieux. Comme elles 
font inégales , il ne faut pas s'étonner 
C\ rEfpagne l'emporta fiir la Savoye^ & 
ù l'excefîive grandeur de l'Infante &C 
la Paix furent préférées à la PrincelTe 
Marguerite , qui en toutes chofes de- 
vant céder à cette Fille & Petite - Fille 
de tant de Rois & d'Empereurs , lui 
devoit céder encore en la beauté j car 
elle en avoit beaucoup. Pimentel ne 
parut point avoir vu le Cardinal Ma- 
zarin, que le lendemain de l'arrivée 
de Me. de Savoie. Qiielques-uns ont dit 
qu'il l'avoît vu plutôt , & qu'il l'avoit 
celé à la Reine. Je l'ignore & m'en 
rapporte à ce qui en eft j mais , je ne 
le crois pas. Ce Miniftre d'Efpagne 
- connoiljbit un des Domeftiques du 

Car- 



à VHifiolre ^ Anne â* Autriche, J45 
Cardinal Mazarin , nommé Colbcrc. Il j ^e g^ 
fe découvrit à lui ; & celui-là , à ce 
que Pîmenrel lui-même me conca de- 
puis , fut avertir fon Maître de fa ve- 
nue. Le Cardinal , qui étoit înterelTé 
à (on Voiage , le vouFut entretenir , & 
eut fans doute beaucoup d'impatience 
de fçavoir _, qu'elles feroîent fes propo- 
fîtions. 

La Reine , de Ton côté , étoit de- 
meurée extrêmement trille de l'entre- 
vue de Madame de Savoie. EUe n'a- 
voit point trouvé la PrinceiTe Margue- 
rite à fon gré y elle ne l'a voit pas trou- 
vée belle ; & quand elle i'auroit été ^ 
elle voyoit par ce Mariage la Guerre 
s'établir entre la France & rEfpagneç, 
plus fortement que par le padé. Elle 
rcgardoir le Roi fon Fils , par fa Cou- 
ronne & par fa perfonne ^ comme le 
plus digne Mari qui Ç\xz alors fur la 
Terre , & elle ne voyoit rien de grand 
dans la PrincefTe Marguerite , que la 
Vertu, &: une Naî (Tance , qui toute 
grande qu'elle étoit le devoit céder à 
l'Infaiîte. Elle avoic été le rebut da 
Duc de Bavière , qui lui avoit: préféré 
fa Cadette , à caafe de fa beauté. Elle 
ne connoiflbit pas encore fes bonnes 

qua- 



^^6 Jldémolres four fervlr 
^c^^ qualîtez, qui dans le féjour qiiMle fît à 
Lion parurent à la Reine même fort ef^ 
timables j mais, quand elle les au- 
roit pu remarquer telles qu^ellesétoienr, 
elle perdoit enfin l'efpérance de voir fa 
Nièce, l'Infante d'Efpagne, lui donner 
de petits Enfans , qui dévoient être de 
fon Sang de tous cotez. Comme elle 
avoit négligé les intérêts, de fa Famille, 
quand ceux du Roi fon Fils demandoi- 
ent qu'elle y fût infenfible , en cette 
occafion qu'elle pouvoit faire des veux 
pour la Paix , qui étoit fouhaîttée de 
tous les François , èc donner au Roi 
fon Fils la plus élevée & la plus illuftre 
PrinceflTe du Monde, elle en faifoit qui 
étoient auiïi légitimes , qu'ils étoienc 
remplis d'ardeur.Ces premiers momens 
lui furent d'autant plus douloureux , 
qu'il fallut qu'elle les fouffrit feule, ôc 
fans en cfpérer le remède de la part du 
Roi fon Fils ; car, elle avoit vu par la 
manière dont il avoir vécu avec la Prin- 
ceffe Marguerite, que ce Parti ne lui 
déplaifoit pas. Elle voulut néanmoins 
lui en parler le foir de l'arrivée de Me. 
de Savoie, & au Cardinal Mazarin, & 
leur faire voir fes {cntimens; maisle 
Roi, qui avoir envie dç fe marier , & 

qui 






à /* Hlftolre d'Anne â* Autriche, 547 
qui n'avoic point été choqué da Vi- i^jS» 
fagc & de la Perfonne de la PrincelTe 
Marguerite , y refîfta forcement. Il 
dit à la Reine, qu'il la vouloit , & 
poafla fa réfîftance jufques à lui dire 
qu'enfîii il étoir le Maicre. La Rei- 
ne, qui ne plearoit pas fouvent, jetta 
des larmes, & ientic une vive douleur 
de Técat de cette A^iire. Elle or- 
donna à Çox\ ConFelTeur , à ce qu^il 
m'a dît depuis , de faire faire des 
Prières dans tous les Gouvens de 
Lion , & fit tout ce qu'elle put , 
polir obuenir de Dieu ce qu'elle lui 
demandoit. 

Bsringhen m'a conté, que voîant 
ce foîr même , le Roi fe déclarer Ci 
ouvertement en faveur de la PrincefTe 
Marguerite, Se fâchant alTez l'avcrfion 
que la Reine avoir à ce Mariage , il 
s'approcha d'elle & lui dit. Que dltes^ 
vous i MtLtmey fur tout cecly & cjue 
dit Mrafisur le Qtrdlnal /* Elle lui ré- 
pondit , qu'elle voioit trop tout ce 
qu'il y avoit à voir j mais, qu'elle ne 
fçavoit quel remède y apporter ,puis 
que le Roi paroiiToit aller à cela a- 
vec împetuofité , Se que le Cardinal 
ne montroit point de la vouloir fe- 

con- 



54^ Ms^olres pour fèrvlr 
i6j8. couder. Bcringhen , autrement Mr. 
le Premier , comme homme d'hon- 
neur , allant droit à la fatisfaétion de 
la Reine , à qui il devoir toute fa 
fortune, lui dit qu'il s^étonnoit du 
procédé du Miniftre , ÔC qu'il vou- 
loit lui en parler. De ce moment , il 
alla le trouver, êc lui voulant repré- 
fenter l'obligation où il étoît de s'op- 
pofer à la volonté du Roi , comme à 
un Torrent qui alloit trop vire , ôc 
prendre part aux fentîmens de la Rei- 
ne , qui étoient contraires à ce Maria- 
ge, ce Miniftre lui répondit , qu'il 
ne fe mêloit point de cela ; que pour 
lui il n'éroit pas caufe de l'Inclination 
que le Roi paroifibît avoir pout cette 
PrincelTe; ôc que ce n'étoit pas là 
fes Affaires, Il avoit accoutumé de 
faire cette même Réponfe aux Ira- 
pottuns dont il fe vouloit dtffaire. 
Quand il la donnoit , on fe pouvoir 
tenir pour refufé, de les Sa^csvoioicnt 
clairement , qu'il les traittoit de ridi- 
cules, &c qu'il fe moquoic d'eux. Un 
homme , qui faifoit tout , qui com- 
mandoit abfolument dans le Roîaume, 
Se qui ne vouloit pas que la moindre 
Affaire fe fit fans être ordonnée par 

lui , 



kl* Hlflolrea Amie d'Autriche, ^45) 
lui, paroiiroic - il pas Te moquet de ^^/7' 
la Reine , quand il difoit qu'il ne fe 
mêloit pas de marier le Roi ? Si par 
de telles Réponfes les Particuliers fe 
croîolent rebutez èc moqués , il eft 
aifé de juger ce que cette PrincelTe en 
devoir croire ; fi elle pouvoir s'ima- 
giner qu'il put être infenfible à la plus 
importante Affaire du Monde ;, & à 
celle qui le regardoit plus queperfon- 
ne j Ôc s'il n'étoît pas ingrat en cet 
endroit à fa Bienfaitrice , de la traiter 
de cette manière. 

Mais enûii y le Miracle qui devoît 
arriver, cC qui arriva le lendemain 
par l'Entretien que Pimentel eut avec 
ce Mîniftre, le fit changer de Con- 
duite, 5c donna lieu à la Reine d'ef- 
pérer Taffidance du Ciel , qu'elle 
trouvoit toujours propice dans tous 
fes de(reins 3 & fes jattes defirs. Le 
foir de ce ^rand jour où toutes cho- 
fes changèrent de face, le Cardinal, 
entrant dans la Chambre de la Reine, 
qu'il trouva réveufe & mélancolique, 
lui dît en riant, Bonnes Nouvelles^ Mn^ 
dame : Eh cjHoî y lui dit la Reine ; y^- 
r oit -ce la Paix ? Il y a plus Madame : 
f apporte à F'otre Majeflé y & U Paix, 



^^o Afemoires pourfervîr 
I^j8. & Hrifame, Il eft iniuile de repré- 
fenter ce que le cœur de cette Prin- 
ceffe fentit , dans cette furprenante 
Nouvelle : il eft fans doute qu'elle 
eut une grande joie : mais, comme el- 
le avoit une Sagefle profonde , & 
qu'elle étoit d'humeur fort égale, ni 
la joie ni la douleur ne paroifloient 
pas extérieurement en elle. Dans ce 
même inftant, la Reine t< le Cardinal 
aiant conféré enlemble en parlèrent 
au Roi , qui goûta infiniment cette 
Propofition. Il ne vouloît la Prin- 
cclïe Marguerite, que parccqu'il vou- 
loit fe marier, & qu'elle ne lui avoit 
pas déplu ; mais , connoifTant par la 
bonté de fon jugement la diftance in- 
finie qu'il y avoit entre l'Infante & 
elle, pouvant efpérer cet avantage , il 
ne balança pas un moment à don- 
ner fon conkntement à cette préfé- 
rence. 

Mlle, de Mancini; qui avoit alors 
moins de maigreur , & beaucoup de 
feu dans les yeux, n'étoit plus fi lai- 
de qu'elle l'avoit été. Sa Pafîîon 
l'embelilToit : elle éroît même a fiez 
hardie pour être jaloufe , d)C déjà elle 
avoit fait de grands reproches au Roi 

de 



,1 

i 



à l'H'ifiotre d'Anne â* Autriche, ^ / 1 
de fa légèreté, 6c de l'agrément qu'il i^j8» 
avoit eu d'abord pour la PrincefTe 
Marguerite. Comme le Roi ne craî- 
gnoit pas que cette Princefle le refu- 
fât , la Galanterie &: l'Amour préfenc 
Pavoient emporté ce jour là fur le 
légitime ; & , pour fatisfaire cetie Fil' 
Je palîionnée, il avoit paru plus froid 
pour la Princelfe Marguerit-e. Cette 
modération avoit été vilible aux fpec- 
tateurs j car , ceux qui nous écrivi- 
rent de Lion nous mandèrent l'agré- 
ment de l'arrivée du premier jour , 
& le changement du lendemain, 
Mais , quand le Roi apprit qu'il étoic 
deO-iné à une plus illuftre Alliance , 
& qu'il en comprit les avantages , ce 
qu'il avoit fait pour Mlle.de Manci- 
nî fut alors confirmé dans fon ame 
par des raifons plus folides ; (î bien 
que depuis ce fécond jour , Ci funefte 
à la Grandeur de la Princedc de Sa- 
voie , il fat toujours plus indiffèrent 
pour elle. Mile, de Mancini , de 
Ion côcé . admirant la lîdcliié du Roi 
& la PuiHance qu'elle avoit eu fur lui, 
reprit fon Pofte ordinaire , qui etoic 
d'être toujours auprès de lui, a l'en- 
tretenir, (î^c à le fuivre , autant qu'il 

lui 



j 5 1 Jl^émolres pourfervlr 

i6i8, lui écoît pofTible ; hc la fatisfadîon. 
qu'elle reçue de fe croire aîmée , fie 
qu^elle aima cncor d'avantage celui 
qu'elle n'aimoit déjà que trop. 

Voilà un endroit où la Prîncc(ïe 
Marguerite aquit beaucoup d'cftimc 
& de gloire , &c beaucoup de louan- 
ges de la Reine même ; car, foit que 
le Roî ne la regardât pas, foit qu'il 
lui parlât , elle demeura toujours é- 
gale en routes Tes actions, vivant ci- 
vilement avec tous, mais ne montrant 
point fe foucier de plaire. Comme 
les liailbns que le Cardinal avoit prifes 
avec Madc. de Savoie étoient grandes, 
que ce Voiage fait à la face de tou- 
te l'Europe étoit de lui mcme un 
grand Engagement, & qu'elle prefToit 
la Reine &c le Miniflre de la fatisfaîre, 
il y avoit des jours qu'il fembloit que 
ce Mariage alloit bien, & d'autres où 
par les reflforts de la Reine & de Pi- 
mentel il paroifToît rompu ; mais,ni le 
bien ni le mal ne fe voioicnr point fur 
le vifage de la Princefle Marguerite , 
& fa noble fierté ne l'abandonna ja- 
mais. C'cft la Reine , qui m'a fait 
l'honneur de m'en parler ainfi , ôc 
c'eft d'elle même de qui je fçai toutes 

CCS 



à l'Hifiolre d^Anne à! Autriche, j / 5 
ces Parcicularitez. Enfin, le Cardi- f6j8. 
liai fie connoicre à Madame de Savoie 
l'obligation où la Reine étoic de tra- 
vailler aux moiens de donner la Paix 
à TEurope , & lui dit qu'elle devoir 
trouver bon que la Reine préférât à 
fa Fille, Tlnfante d'Efpagne , Ci elle 
la pouvoit avoir : il lui fit efpërer 
aufli, qu'en cas que cela ne put être, 
le Roi s'engageoit pofitivement d'c- 
poufer la Princefle Marguerite. La 
Reine lui en parla en ces mêmes ter- 
mes ; 6c, comme la chofe étoit plaufî- 
blc & raifomiable , Madame de Sa- 
voie ne pût pas s'en fâcher. Pen- 
dant qu'on l'entrctenoit de belles pa- 
roles , la Négociation Efpagnole s'a- 
vançoit fccretement ; & les defirs de 
cette Princede fouveraine , Fille du 
Roi Henri i V". fervoient feulement 
à l'éloigner du bonheur où elle af- 
piroît. 

Le Duc de Savoie vînt quelques 
jours après Madame Roiale fa Mère , 
vifiter le Roi : il en fut bien reçu , & 
aquic par fa préfence la réputation 
d'être aimable , & d'avoir de l'efprir. 
Il vécut avec le Roi avec un grand 
refpe^l j mais , quoi que nos Princes 

« du 

\ 



J 5 4 Mémoires pour fervîr 

i6^%, du Sang rcuflenr difpnté au Duc de 
Savoie {on Père ^ loiTqu'il vint épou- 
fer Madame comme depuis la Ré- 
gence , pour le gratifier ; on lui a- 
voit fait la grâce de traiiter Tes Am- 
bafifadcurs comme ceux des Têtes cou- 
ronnées, cet avantage qu'il ne tenoit 
que de la bonté du Roi, & de la fa- 
cilité du Miniftre, fut caufe qu'il eut 
Taudace de ne pas vifiter Mcnfieur , 
parce qu'il prétendoît la main chez 
lui , ce qui étonna toute la Cour , 
& fît grand dépit à la Reine oc à 
Monfieur. La différence devoir être 
/î grande entre eux, que le feu Duc 
Ton Père, devant Madame Roiale, ne 
fe couvroît jamais , à caufe qu'elle é- 
toit Fille de France , & en toutes 
chofes y malgré la qualité de Mari , il 
lui rendoit de grands refpedts. Ma- 
demoîfelle prétendoît que les Princef- 
fcs de Savoie n'avoient de rang confî- 
dérable à fon égard que parce qu'el- 
les étoient petites Filles de France : el- 
le croîoit le devoir emporter fur elles, 
à caufe qu'elle étoit Fille du Duc 
d'Orléans Fils de France, & Frerc 
aîné de Madam.e Roiale , ô«: qu'il a- 
voic été long tems préfomptif héritier 

de 



à l*Hlj}olrâ d*Anne d'Autriche, j 5 j 
de la Couronne ; mais, il faillir qu elle i^rS, 
obéit aux ordres du Roi , qui voulut 
qu'elle les traitât également. Elle fe 
confola de ce chagrin , par le plaifir de 
voir le Duc de Savoie , & de fe lailfer 
voir à lui. On lui avoit fouvent pro- 
pofé ce Prince pour mari ; & dans 
les rems qu'elle en defiroit un autre 
plus grand que lui , elle l'avoît négli- 
gé ; mais, alors , ce Parti ne lui anroic 
pas dépleii. Le Duc de Savok de 
même la devoir regarder comme une 
Princelfe qu^il lui feroit avanrageux 
d'époufer , ranr par la grandeur de fa 
Naîlfance , que par fes grandes Ri- 
chefîes : mais , Çqs années lui firent 
peur ; car , il de/iroir des Enfans , & fa 
beauté qui commençoit un peu à dé- 
choir n'eut pas le pouvoir de Iji faire 
oublier ce que tous les hommes fou- 
baittent naturellement à l'égard de leur 
poftérité. Mademoifelle , par fes kn-* 
timens impétueux , que la prudence 
ne gouvernoir pas roûjours , avoir elle-- 
^. même contribué au malheur de fa def- 
tinée : en fouhairant de fe marier , el- 
le n'avoit pu encor y parvenir j elle 
avoir toujours rebuté brufquemenr les 
Partis qui lui coiivenoient , parce qi^e 

Tome l F^ A a dans 



Jj6 Msmohes fourfirvir 
iVjo <^^i^s le tems qu'ils lui avoient cte of- 
ferts 5 Tes fantaifîts lui en avoient fait 
defîrer d'autres qu'elle n'avoit pu 
avoir. Ainii , par an retour continuel , 
& à contre-teiTJS , (ur tous les grands 
Princes de l'Europe , on peut dire 
qu'elle les avoîc qua(i tous rcfufez , & 
que de même ils avoient eu leur tour 
à la négliger. Les qu alitez de fon ef- 
prit , tant les bonnes que les mauvai- 
les 3 en toutes occafions lui avoient 
été nuifîblcs. Madame de Savoie /a; 
Tante , qui vouloit gouverner , avoit 
toujours été fortement oppoféc aux 
dellrs du Duc fon Fils , quand Madc- 
moifelle étant plus jeune il avoit voulu^ 
répoufer , parce qu'elle craignoit d'a- 
voir «ne Belle-Fille trop éclairée j & 
cachant cette foibleirc , elle avoit ren- 
fermé toute la: force de Tes raifons , 
pour empêcher ce Mariage , dans le: 
tempéramment de cette Princefî'e ^ 
qu'elle fçavoit être capable d'emporte- 
ment & de hauteur , & par confe« 
quent , fujete aux extrêmes pallions , 
qui peuvent troubler le repos d'un 
Etat 3 ^ d'une Famille. Mais , ce fut 
alors le Duc de Savoie même , qui ne 
témoigna nul emprelTement à la defî- 



à l*Hl/îolre d^Antie d* Autriche, j^j 
rer ; il vécut même fi froidement i^eç^^ 
avec elle, tout le tems qu'il fuc à Lion, 
que Mademoifelle crût avoir fujet de 
fe plaindre de lui,pour quelques raille- 
ries qu'elle s'imagina qu'il avoit faites 
contre le refped qu'il lui devoit ; ÔC 
lui , fâchant fes plaintes , fc crût obli- 
ge de s'en juftifier , Ôc de lui en faire 
parler par le Duc de Navailles qu'il 
connoilfoit. Il y eût un Bal pendint 
que les deux Cours furent enfemble y 
où elles firent paroître , à l'envi l'une 
de l'autre , tout ce qu'elles avoient de 
plus beau. Mademoifelle , à ce qu'on 
me manda , y fit voir fa bonne mine 3. 
ÔC fa belle taille , qui la firent remar- 
quer pour ce qu'elle étoît en effet ; & 
quoi qu'elle n'eût plus fur le vifage la 
fraîcheur des rofes nouvellement épa- 
nouies , elle ne lailfa pas , à ce qu'on 
m'alfûra , de parer l'Alfcmblée , par 
l'éclat qui lui reftoic d'une beauté qui 
avoit été parfaite. 

La PrincefTe Marguerite y fit voir 
auiïi qu'elle pouvoit être belle quel- 
quefois. Un teint brun a de l'avan- 
âge aux flambeaux , & on m'a depuis, 
dit qu'elle étoit ce jour-là bien habiU 
léce ,0c quelle danfa d'une manière à- 



558 Mémoires pour fervîr 
5^j8. fe faire admirer. Le Duc de^ Savoie , 
qui s'en aquictoic dign enicnc , & qiû 
à ce que me contèrent ceux qui l'a- 
voient vu , quoi que de médiocre tail- 
le , ne lailToit pas de l'avoir belle , ne 
voulut point dan fer : on crût que ce 
fut encore par fierté , 6c pour ne pas 
danfer après Monfîeur. Il fe tint 
toujours auprès de la Reine , qu'il cn-^ 
tretinc galamment & avec beaucoup 
d'efprit. Par hazard la Reine aianc 
ôté fes gans , il fe jetta à genoux de- 
vant elle 5 6c faifant de bonne grâce 
une exclamation fur leur beauté , il 
en prit une qu'il bai fa d'une m^anic- 
re fi agréable , fi enjouée , & C ref- 
peducufe tout enfemble , qu'il fallut 
que la Reine le trouvât bon. Je lui 
ai oiii dire , qu'elle n'avoit jamais vîi 
nn plus aimable homme que lui. Il 
étoit en réputation d'être débauché , 
léger, frivole, & nullement appliqué à 
fes Affaires : Ton agrément l'emportoi& 
fans 4i?"^c f^ir fa capacitéo. 



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