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MEMOIRES,
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE
D'ANNE D'AUTRICHE»
EPOUSE DE
LOUIS XIII.
ROI DE FRANCE.
Paa Madame si Motte ville,
kUne de fcs Favorîfes^
TOME CIN^VJE'ME,
A AMSTERDAM,
ÎZ F R A N Ç O I S C H A N G 17 î Q i.
M Dec. XXIII.
4.
MEMOIRES
Peur fervir à THiftoîre
D* A N N E
D'AUTRICHE.
EPOUSE DE
LOUIS XIII.
Roi de Vrxnce & de Navarre.
AU bout de quelques jours >jéf9«
les deux Cours s après beau-,
coup de Nigocfations , fe
feparerenr,;. Madame Roiale s'en re-
tourna avec un Ecrit que le Roi lui
donna figaé de fa main , où il pro-
mettoit d'époufer la PrinceUe Margue-
rite , au cas, que la Paix ne fe fît'
point , & qu'il ne pût avoir l'Infante :
& le Roi & la Reine reprirent le che-
min de Paris , où ils arrivèrent fur la
fin de Janvier 16/9. La Reine école '
contente d'avoir rompu le Mariage
Tome V. A de
1 ]idemoires pour fervlr
de Savoye , elle écoit p'eine de defirs
pour celui d'Efpagne , & fort fatisfai-
te d'avoir fait ce Voiage; car, elle
me fit l'honneur de me dire à Ton re-
tour > qu'elle écoit perfuadée que le
Roi fans elleauroit époufé la Princef-
fe Marguerite , & qu'il s'y feroit d'a-
bord (i fortement engagé , qu'il au-
roit été difficile que les offres de l'Ef-
pagne eulTent été reçues félon qu'elles
meritoient de l'être. Le Roi même
s'eftimoit heureux de s'être bien tiré de
cette affaire, & le Cardinal efperoit
toujours que le Mariage de l'Infante ne
fe feroit pas,
Moniîeur étoit le feul qui pouvoic
raporter quelque dégoût de ce Voiage ,
par les injuftes prétentions du Duc
de Savoie , qui vouloit faire fàguro
de Roi : mais , comme fa Grandeur
véritable le mettoit au delTus de cette
fauffe chimère , il s'en confola aifé-.
menr; car, nul au deflbus de la Couron-
ne fermée ne pouvoit être plus grand
que lui.
Le Roi , à Ton retour , trouva Tes
affaires de la frontière en bon étar.
Pendant fan abfence le Maréchal de
Turenne , qui coramandoic ^ fes Ar«
jnées ,
k l'HifioWe à* Anne à' Autriche. 5
niées , s'étoic poilé au milieu de la ï^il?'
Flandre , prefque aux portes de Bi'U-
xelles 5 entre le Lis & rEfcaut : il s'y
écoic fortifié , & avoit foucenu haute-
ment la Gloire de la France. Monileuc
le Prince & Don Juan , ne purent rien
faire contre lui. Sa Cayallerie ravagea
tous les Pais d'alentour ^ & les Enne-
mis furent contraints de le fouflFrir. Ls
mauvais état où paroiiToient être les af-
faires du Roi d'Èfpagne nous pouvoic
faire trouver de grands avantages dans
la continuation de la Guerre j mais , il
falloir ou renoncer pour jamais à la
Paix , ou profiter de fa foiblelTe ; d^
c'eft ce que le Miniftre avoit toujours
dit , qu'il falloir faire la Guerre jurques
i ce que le Roi d'Efpagne fût contraint
de demander la Paix, il pouvoir anf-
ver tant de chofes , qui auroient pu
redonner des forces à notre Ennem^.
qu'il étoit de la prudence du Miniilre
de la faire alors , & même de la lui ac-
corder à des conditions raifonnabîes \
autrement il ne l'auroit jamais f^ite ,
& auroic attendu les révolutions de la
Fortune aufquelles tous les Etats font
expofez, oc aufquelles notre Cour n'eil
<^uetropfujette,
A t La
4 Mtmoîres pour fervir
La Reine , depuis Ton retour , con-
tinua tout doucement de montrer Ton
aveifion au Mariage de Savoye , & fie
voir auffi qu'elle n'approuvoit pas la
continuation de l'Amour que le Roi
paroifiToit avoir pour Mademoifelle de
Mancinî, Le même fcrupule , qui l'a-
voir obligc'e de s'oppofer à Tinclinatioii
qu'il avoit eue pour Mademoifelle de la
Motte , la faifoit defaprouver celle-ci ,
êc la vénérable qualité de Nièce , ne
rempéchoit pas d'en dire Tes fentimcns
avec afifez de liberté , mais cette liberté
ik'avoit point eu d'effet , parce que la
paflîon du Roi jufqu'alors avoit été
comme protégée par le Miniftre^ La
Reine par la raifon du devoir & de la
confcience, qui doit être toujours la rè-
gle de nos adîons , avoit de l'avcrfîon
pour cette Fill;jmais,clle avoit encor en
ion particulier un grand fujct de fe
plaindre d'elle,puifque contre ce qu'elle
avoit témoigné defaprouver de fa con-
duite,le Roi ne paroiCoit plus à fes yeux
fans Mlle, de Mancini. Elle le fuivoic
en tous lieux , ôc lui parloit toujours à
l'oreille en prefence même de la Reine,
fans que la bienfeance ni le refpeâ;
(qu'elle lui deyoit l'en empêchât. Tou-
tes
k l'HlfiQtre d'Ame à*Atitrîche, f
tes ces railbns l'obligèrent d'en parler 1^55^'
au Roi i mais, il n'écouta pas Tes Con-
feils avec la même docilité , qu'il avoit
accoutumé d'avoir pour elle. D'abord
il lui refifta, & parut mcme avoir quel-
que aigreur. Il ne faut pas s'étonner ,
il dans l'âge où étoit le Roi , la volupté
fe vouloit rendre maît reflfe de Ton ame :
elle n'a pas accautuvné de trouver des
Catons qui ne veulent point de com-
merce avec elle j & il étoit aifé de voir,
^ue malgré la Sj^gelTe de ce Prince , il
commençoit alors d^avoir plus de pen-
chant a fuivre l'exemple de Céfar ^ qu^
c-lui de fon Cenfeur. Le Roi & la
Reine demeurèrent néanmoins égale-
ment unis par le cœur : la folidité de
leur Amitié & de leur Union , n'en fuc
point ébranlée \ mais , ils n*avoient pas
de pareilles inclinations , & Mlle, de
Mancini n'étoit pas également aimée de
la Mère & du Fils. Le Roi ne penfoic
qu'à chercher Ton divertifTement , & U
Reine ne penfoit qu'à faire qu'il vécue
comme un véritable Chrétien , Se à
éloigner de fon cœur tout ce qui pou-
voit empêcher que l'Infante fa Nièce à
qui elle le deftinoit n'en fût pas aimée^
L'averfion,. que la Reine avoit pour
ê Mémoires froHr fervir
Mlle, de Mancini, s'étoît fort augmert^
tée par un difcours qae lui avoir fait
fon Oncle. Il écoit Efclave de l'Ambi-
tion , capable d'ingratitude & du de-
ûv naturel de préférer à tous autres :
ia Nièce , enivrée de fa Paffion > &
perfu.idée de l'excès de fes charmes i
eut afifez de préforaption pour s'imagi-
2ier que le Roi l'aimoit aifez pour fai-
te toutes chofes pour elle j de forte
i^u'elle fit connoître a fon Oncle ,
qu'en l'état où elle étoit avec ce Prince
3I ne lui feroit pas impoffible de deve-
î'iir Reine , pourvu qu'il y voulût con-
uibuer. Il ne voulut pas fe refufer à
lui-même le plaiiîr d'éprouver une fi
fcelle Avanture , & en parla un jour à
la Reine en fe mocquant de la folie de
ia Nièce , mais d'une manière ambi-
guë êc embaralTée , qui lui fit entre-
voir afltz clairement ce qu'il avoir dans
Tame , pour ^'animer fubitement à lui
répondre ces mêmes paroles : je ne croi
pas y Monfieur le Cardinal , que le Roi
fott capable àe cette Lâcheté : mais , s* il
et oh pcjjïhle ejH'il en eut la penfée ^ />
i;ûHS avertis que toute la France fe re^
Vôlteroit contre vohs ^ contre Im\ que moi-
mime je me mettroU h la tête des RévoU
à VHijlolre à* Anne d'Amnche, 7
tez i & <7fe(? fy engagerois mon Fils, La l^5p,
fuite de cette Converfation a été ame*
re àcertegenereufe MerCj par le ref-
fentiment que ce Miniftre a cacbc à
tout le Monde , «mais qu'il a confervé
toute fa vie dans le cœur 5 & qui a pro*-
duic en mille occafions àts effets donc
on n*a point fçu la caufe. Le Roi mç-
:me a pu ignorer jafqu*à quel point a
été fon ambition , qui étoit voilée fous-
les empoi'temens de cette Fille , qui
écoient plus pardonnables à elle qu'à
lui , & ne pouvoient déplaire à celui
qui s'en voyoit être éperduemenc aimé.
Pimentel vint à Paris incognito ache-
ver fon Traité avec le Miniftre, La
Reine le vit en particulier , & les ap-
parences de la Paix infpirerent de la joie
dans le cœur de tous les François. Dieu»
qui la vouloir alors , permit que la
Reine d'Efpagne accoucha d'un fécond
Fils ; ce qui fit efperer plus fortement
à la Reine qu'elle pourroic enfin bien-
tôt voir l'Infante fa Nièce devenii: fa
BellcFille..
Dans ce même tems , D. Juan d'Au-
triche , par le commandement du Rot
d'Efpagiie fon Père , quitta la Flandre
oàil coramandoit 5 pour retourner en
s Mémoires pourfervlr
Efpagne. Le Roi lui avoit envoie des
paireports pour paffer par la France ,
& le Cardinal l'avoit envoie vifiter fur
la frontière. D. Juan lui manda qu'il le
fupplioit qu'il put voir la Reine, Le
Cardinal en parut fâchc5& reprit publi-
quement Millet , qui étoit celui qu'il
iui avoit envoie, de n'avoir pas évité
cet engagement. En effet , la Reine
qui avoit témoigné un grand de(ir de
voir ce Prince > tout d'un coup en
parla plus froidement j ce que les gens
de la Cour remarquèrent convenir fort»
bien avec le chagrin du Miniftre , qui
vouloit perfuader les fpéculatifs que
î* Alliance d'Efpagne lui faifoit toujours
peur, & qu'il n'y étoit entré que par
la force des Evenemens qui l'y contrai-
gnoient , & par celles de la rcconnoif-
fance qu'il avoit pour la Reine. Et ce
qui fît croire qu'il n'en avoit point
d'envie , fat que dans le même tems il
faifoit donner fous main de grandes
efperances à Made, de Savoie , & qu'il
paroilToit être le Confident de la Rei-
jae, fur l'oppofition qu'elle faifoit à ce
Mariage. Il dit un jour à un de fes
Amis , parlant de cette Affaire , que l'a-
verfion qu'elle avoit pour la PrinceOTe
Mat-
a VHîftolre d'Anne d'AutrlcIoe. 0'
^larguerite rembarafToit ; que félon Ces i^SS*'
i4iterêcs , il ne devoir point fouhaicer
l'Infanre ; qu'elle ne lui fquwolt point
de gré de la marier au Roi , puifqu'eî-
le s'eftimoit alfez pour croire que le
Roi ne poarroic avoir dans l'Europe
dePrinceifequi pûc l'égaler ; & ajouta^
qu'il apprekendoit que Tlnfante étant
en France,, à l'exemple de la Reine fa
Tante , qui avoic haï le Cardinal de
Richelieu ,.elle ne fit des Intrigues con-
tre lui.
Enfin, la Reine voulut voir D. Juan
;3'Aatriche , qui palfa à Paris en manie-
re à' incognito y afin d'éviter les embar-
ras des rangs. Elle le reçut au Val-
de-Grace , &eut fans doute beaucoup-
de joie de voir en lui une pcrfonne de
Ton Sang, il y vint vejîîdo de Camino y,
d'un gros habit gris , & d'un Jufte-au-
corps àt Velours noir , avec des bou-
tons d'argent , le tout à la Françoife,.
La Reine , qui voulut l'entretenir en
particulier, y mena feulement Mon-
iîeur , 8i peu de D^^mcs avec elle. J'eus
l'honneur d'être du nombre de celles
qui y furent foLiffcrtes. Te vis ce Prin-
ce , qui 3 tout bâtard qu'il étoit , fe fai-
foic beaucoup refpeder. Il étoit feryi^
ïc? Mémoires pour fervlr
lè^p, par des perfonnes de qualité, ÔC leS'
noms de cenx qai étoient à fa fuite
ctoienc des plus illuftres d'Efpagnc. It
nous parut petit » mais bien fait dans fa
taille. Il avoit le vifage agréable , les
Cheveux noirs , les yeux bleus &c pleins
de feu , fes mains me parurent belles »
Ôc fa phifîonoraie fpirituelle* Après,
qu'il eut falué la Reine , elle le mena
dans un recoin de fa Chambre un peu
feparé des autres : ils demeurèrent en»
femble tout debout trois quarts d'heure
ou une heure^ De là , il alla loger chez.
le Cardinal M^zarin où il fut traitté
magnifiquement. La foule fut grande
autour de lai,& chacun courut le voir
avec emprefremenr» Les Dames y fu-
rent auiïi à fon dîner ôc a fon fouper ^
êc y comme il n*^en QonnoilToit point la.
qualité >, il les regarda toutes fans leur
parler le premier, ni les f^n're alfeoir,
mais , il repondit galamment & avec
cfpric à celles qui voulurent lui dire
quelque chofe„ La Reine le fit venir
au Louvre par une porte de derrière >.
& le fit entrer dans fon Cabinet des
Bains , qui étoit beau : elle voulut lui
montrer le Roi , qu'il avoit fort envie
de voir j elle lui avoit promis de le lui
faire:
il " HfJIoire à' Anne d* Autriche, 1 1
fciire faluer en particulier. Quand il 1^55),
Ric dans le Cabinet , & qu'il eut été
un pei,i de tems avec elle, la Reine fie
appeller le Roi , qui entra un momenc ^
pour fe niontrer , ik comme plufieurs
Pcrfonnes de qualité en foule , félon la
mode de Fronce, entrèrent avec lui,
D. Juan fe retourna vers la Reine , ôC
lui dit , Senora , es efto el parttcular àel
ReyK 11 le loiîa- beaucoup , & dit que *Ma({h^
s'il n'eut pas éié Roi par NaiiTance , il 2'ù u
meritoit de l'être par Election. En» particu-r-
nn ,,il partit deux jouis après ,n aiant j^i .?:
vu de Paris que la Foire de Saint-Ger- ^
main, La Reine en demeura fort fatif--
faite, de on connut par la joye qu'elle-
eut de voir ce Prince , combien elle ai-
nnoit tout ce qu'elle devoit aimer, il
éîoit Carême , & la Reine eut de la
peine de ce qu'il mangea toujours de la
viande , lui Se toute fa fuite : elle eut
defiré qu'il eut été plus régulier, dc
plus obeilTant aux Commandemens de
PEglife ; mais , comme le poilFon cft
plus rare à Madrid qu'à Paris , ils font
accoutumez à n'y point faire de jours
maigres , & ils ne s'en corrigent pas-
ailleurs,
La Semaine Sainte enfui vant , une
A é Trou-
ï % Mémoires pourfervîr
Troupe de jeunes Gens de la Cour aF-
lerent à Roiffi pafTer les jours Saines ,
donc étoient le Comte de Vivonn^
Gendre de Me. de Mêmes à qui apar-
tenoic la Maifon , Mancini Neveu du
Miniftre , Manicamp , & quelques au-
tres. Ils furent accufez d*avoir choi-fi
ce tems-là , par dérèglement d'Efpric ,
pour faire quelques Débauches donc les
moindres étoient d'avoir mangé de Li
viande \t Vendredi Saint. Car , on les
accufa d'avoir commis de certaines im-
pietez indignes , non feulement de
Chrétiens , mais même d'HomiTves rai-
fonnables. La Reine, qui en fut aver-
tie, en témoigna un grand reirentiment.
Elle exila l'Abbé le Camus , pour avoir
eu commerce feulement avec des gens
fî déréglez , quoi qu'il ne Çut pas avec
eux hs jours que ces chofes fe palTerent,
Le Cardinal Mazarin , pour montrer
qu'il ne vouloit pas protéger le crime ,
voulut punir tous les Complices en la
perfo'nne de fon Neveu , qu'il chaifa de
la Cour & de fa prefence ; & , après
avoir châtié celui-làj il pardonna à tous
\q^ autres , qui en furent quites pour
de feveres réprimandes que le Roi leur
fit. Cette adion obligea toute la Couc
1
3f
'^m:^
it l'Hiftoire d*Jmie d* Autriche, j j
à louer le Cardinal , non feulement en \^^^,
fa prefence mais en tous lieux. Com-
me il avoic fouvent préféré l'intérêt à
la Gloire, il fit voir par fi conduite,
qu'il vouloir lui facrifier le refte de fa
Vie, Il fe voioit au comble de la Gran-
deur , <Sc d'une Grandeur afTûréej (i bien
qu'il vouloir y non feulement pofTeder
cette haute Fortune dont il joiiiiroir ,
mais fans doute qu'il fonhaitoit aufîi
de faire des adkions publiques qui puf-
fent faire connoître qu'il en e'toit digne.
Les crimes de ces jeunes De'bauchés
avoient donné une occafion au Cardi-
nal de fe fignaler ; mais fa Famille en
foufïrir un peu : car, fon Neveu, comme
je l'ai dit, fut exilé 5 & le peu de beauté
de fa Nièce fut célébrée par un Couplée
qu'ils firent qui eue grand vogue, & qui
n'étoit pas à fa gloire,
Le Miniftre ,. pour accomplir le à^Ç»
fein qu'il avoit de donner la Paix à
l'Europe , & prelTé par la Reine qui
fouhaitoit de la confirmer , envoya des
ordres du Roi fur la Frontière pour
faire celfer les Ades d'Hoftilité ; ce
qui fut après d'un notable préjudice à
la France : car le Roi d'Efpagne , qui
u'avoit pas, des intentions aujE finceres
î-f Mémoires pour fer vlr
que le Roi , la Reine , & le Miniftre 3,
profita trop avantageufemenc de cette
Safpenfion d'Armes. Elle priva le Roi
des avantages qu'une Armée vidtorieufe
^ui étoit au milieu de la Flandre lui
auroit pu donner alors , & paroi (Toic
en pouvoir faire l'entière Conquête %
la continuation de la Guerre auroit du
moins fait fubfifter le Projet de la Paix
qui avoit été fait à Paris par le Cardi-
nal Mazarin 6c Pimente! , Miniftres àts>
deux Roisjdonttous lès Articles étoienr
très avantageux pour le nôrr^.
Le Cardinal devoit aller bientôt fur
la frontière travailler à la conclufîon de'
ce grand Ouvrage, où toute l'Europe
étoit interrelTée, <5c le premier Minif-
tre d'Efpagne D. Loliis de Haro devoir
y venir auiïi. Celui du Roi fe prepa--
roit à ce Voiage avec d'autant plus de
fatisfadtion, qu'il étoit accompagné de
toutes les bénédictions publiques. Il
parut même que forcé d'être fage & tic*-
mide , par les^ grandes paroles que la
Reine lui avir dites , il avoir pris le
parti de facrifier tous fes autres defirs 5
à l'honneur qu'il avoit de contribue-r à
un fi grand bien. La Reine le voyoir
gartir avec joye , pcrfuadée g,u'il avoic^
chaf=»-
n l'flîjtotre à'^Anne â* Autriche . i j
cnafîe de fon Efprit tout ce qui lui pou-
Yoic déplaire. Elle n'écoit pas néan-
moins entièrement contente. L'Atta-
chement du Roi pour la Nièce de ce
Miniftre lui faifoic toujours de la pei-
ne, par rélevation de Ton Ame. Elle
craignoit tout ce qui étoit indigne du
Roi,<5cnedefiroitpas^au(Iî quel'lnflm-
te aportant au Roi un Cœur tout pur
& tout à lui en trouvât un rempli d'une
Affedion indigne de lui de toute ma-
nière , 6i capable de rendre leur Maria-
ge infortuné , par la hardieile qu'elle
connoilToit dans le tempérament de cet-
te Fille,. Elle n'étoit pas même exempta
de craindre qu'une préférence d'Incli-
nation peu convenable à la grandeur
du Roi ne l'emportât au delà de Tes pro-
pres intentions : elles paroirtoient alorS'
conformes à ce qu'il fe devoit à lui-
même ; mais , une Paiîîon , quoi que
foible, nourrie &: fouienue d'une autre
plus violente & plus forte , les pouvoir
changer , ôc c'eft ce que la Reine ap»
prehenioit. Ces penfées ne lui étoient.
jamais venues fur la ComtelTe de Soi^"^
fons : dans cette occafion elle fe fcntoit
entièrement troublée de cet Attache-
anent. Jp^nûiî „ refprit de cette Princef-
fe
ïi6 Mémoires p^ur firvîr
fe aîant en des foupçpns de cette v\^^
ture qui n'écoient que trop raifonna-
bles 5 qui alloienc du moins à la rui-
ne de la félicite de Tlnfante , qu'elle
vouloir faire Reine ^ heureufe , elle
Témoigna au Cardinal, qui fe préparoic
pour partir , ce qu'elle fentoir. Elle
lui fie voir ledefir qu'elle avoic de fe-
parer le Roi fon Fils de cet objet qui
le tenoit attaché à des chaînes qu'elle
trouvoit honteufes. Elle voulut mon-
trer au Roi le miroir qui fut prefentd
à Renaud , non feulement pour le ti-
rer des Enchantemens d'Annide , mais
pour l'obliger aulîî de fuir une \^\àQ
prifon. Elle fe confia de cedelîein en
la fidélité que le Cardinal étoit obligé
d'avoir pour elle ; ce fut à lui-même à
qui elle demanda le remède de ce mal ,
quoi qu'il lui eût parut avoir fur ce
fujet des tentations criminelles ,. qu'il
lui eut déjà manqué en beaucoup de
grandes chofes, qu'il avoit ufurpé tou-
te fa Puiffance , & qu'il prît pliifir à
l'anéantir. Mais enfin , ce même cœur ,
qui n'étoit pas adèz bon poui s'appli-
quer à fêrvir la Reine comme il devoir,
ne fut pas alPcz méchant pour lui man-
quer dans ce qu'il voyoic lui être plus
fen°
k l'Hlfloîre d'Anne d'Autriche, 17
fenfible : & on peut dire qu'il mérite i^5^\
de grandes louanges, pour avoir , mal-
gré la grande P'affion qu'il avoit de do-
miner &c d'enfermer en foi toute l'Au-
torité de la Mère & du Fils 3 pu fe ré-
foudre à faire une chofe qui s'oppofoit
à fa Grandeur , par la feule raifon qu'il
ctoit àz fon devoir de la faire. Car ,
quoi qtie les avantages qu'il pouvok
cfperer de la favetirde fa Nièce ne fuf-
fent pas certains , & lui dûflTent même
paroître impoffibles , on ne fçait que
trop qu'il eft aiTea naturel à l'homme
de vouloir plus qu'il ne doit vouloir y
& qu'il lui eft d'ordinaire plus agréable
de fe flater de l'efperance de réliffir
dans l'entreprife d'une chofe qui pa-
roi (Toit au deflfus de nos forces > que
de fe retenir par une fage modération
dans le milieu de la roue de Fortune,
tant qu'on voit un dégrs plus haut où
l'on peut monter.
Voilà un des plus beaux endroits de
la vie du Cardinal , ^ une des princi-
pales A(5kiorrs qu'il a faires pour payer
les Obligations infinies qu'il avoit à la
Reine. Il entra de fi bonne foi dans
Tes fenrimens , que malgré la force du
Sang 5 ^ contre k^ intérêts , il fe re-
fol ut
îS Mémoires pour fervîr
folat d'éloigner fa Nièce de toas îcs
lieux où le Roi poaruoic être. Ce
Prince , qui avoiteu effet beaucoup de
tendrelTe pour elle , fat fî touché de la
douleur qu'elle avoic de fe feparer de
lui j qu'il y eut un moment dans lequel ^
la paflîon l'emporta jufqu'à propofer au
Cardinal Mazariii , comme on a dit
qu'il le fît j d'époufer fa Nièce plutôt
que de la voir fouffrir pour l'amour de
lui. Ce Miniftre, qui voyoit la Né-
gociation de la Paix & du Mariage de
l'Infante trop avancée pour la rompre ^
prit fans balancer le parti de fe faire
honneur en refufant celui qu'il lui vou-
loit faire , par le premier mouvemene
d'une Paffion violenté , dont il fe re-
pentiroit bientôt , & qu'il lui reproche»
roit de n'^avoir pas retenu y qaand il
verroit tout fon Royaume fe foulevce
contre lui , pour l'empêcher de fe def-
lîonnorer par un Mariage fî indigne.
Il lui repondit donc, qu'ayant été choi*
£ par le feu Roi fon Père ,: ^ depuis
par la Reine fa Mère , pour l'afBfter de
fes Confeils, 6c l'ayant fervi jufques
alors avec une fidélité inviolable , il
n'avoit garde d'abufcr de la confidence
(a.u*il lui faifoit de fa foiblcfTe ^ & de
k ["Hlfîôtre à' Anne d* Autriche, î^
î'Autoiicé qa"*il lui donnoit dans Tes i6jS,
Etats , pour fouffrir qu'il fît une chofe
fi contraire à fa Gloire j qu'il étoit le
Maître de faNiece, &c qu'il la poignar-
deroit plutôt , que de l'élever par une
fî grande trahifon. Il falut enfin que
le Roi confentit à une feparation fi ru-
de Se qu^il vk partir Mlle, de Man«-
cini pour aller à Eroijage , qui fut le
lieu choifi pour Ton exil. Ce ne fut
pas fans répandre des larmes , aafîî bien
qu'elle y mais , il ne fe lailla pas aller
aux paroles qu'elle ne put s'empêcher
de lui dire, à ce qu'on prétend , Fous
pleurez , & vous êtes le Maure. Se con-
tentant de ne lui donner en cette occa»
fîon que des marques d'une grande &
fenfible Amitié , il eut la force de fe
vaincre lui-même. Il fembloit que le
mérite Se la qualité de la perfonne ne
devoir pas cauferune fi grande Palîîon^,
mais , il faut repondre en faveur de ce
jeune Prince >. que ce n'eft pas le pre-
mier qui s'eft laillé furprendre à des
charmes iaconnus aux autres. Car »
ce qui fait cette liaifon des cœurs eft
fouvent caufé par des liens invifibles ».
dont il faut que les Aftres foienr ref-
ponfables j 5^ >ce n'eu pas auflî le pre-
mier
z o Mémoires pour fervir
mier Monarque , qui , a éprouvé que
l'Amour égale ceux qui s'aimcnr. Dans
cecte occafioiiy fa generofité a pu fur-
paflTer fa rai Ton , & ce qu'il n'a voie pas
dû penfer , fuivant fes fentimens ordi-
naires , pouvoir fans honte être fouffeit
Jans certains momens , où la Pafïïon
la gratitude, & la pitié occupent une
ame toute entière , & n'y laiflTent point
et place à la raifon. Le Roi fut in-
finiment louable en ce qu'il fentit le
mal que la Reine lui faifoit , & qu'il
connut au travers de Tes defirs , qu'il
ctoit de la nature de celui que les Chi-
rurgiens font à ceux qu'ils veulent gué-
rir de leurs blefTu'es , par des inci fions,
& des caufliques. Il s'affligea avec elle,
il fe plaignit, non pas d'elle, mais
avec elle ; & il fe confola avec cette
illtiftre Mereydu faux bien qu'elle lui
arrachoit , qu'il connoiHoit tel qu'il
ne l'eftimoit pas lui-même , 6c qu'il ne
put perdre néanmoins fans en fouffrir
beaucoup , & fans fe laifTer emporter
par fon cœur à des feiKÎmens que fa
prudence & fa raifon fçurent enfin é-
touffcr. Le foir ,. qui précéda le jour
du départ de Mlle* de Mancini , le
Roi vint chez la Reine 5 extrêmement
a t'Hîjlolre à' Anne ^ Autriche^ ii
abata de trifted'e. Elle le tira à part, iCj<^
& lai parla long-tems; mais, comme la
fenfibilitéd'un cœarqui aimedemande
la folitude , la Reine prit elle-même un
flambeau qui étoit fur fa cable , & paf-
fant de fa Chambre dans fon Cabinet
des Bains , elle pria le Roi de la fuivre.
Après qu'ils eurent été environ une
heure enfemble , le Roi fortic avec
quelque enfleure aux yeux, & la Reine
en fortit auffi , Ç\ couchée de l'état où
il étoit 5 & où elle étoit obligée de le
mettre , qu'il fut aifé de voir que la
fouffrance du Roi lui en donnoit beau-
coup. Dans ce moment , elle me fie
l'honneur de me dire tout bas , Le Roi
me fait pitié : il efl tendre & ralfori'
nahle tout enfemble y maïs , je viens de
lut dire , que je fnts ajfurée qu'il me re"
merciera un jeur , du mal qtie je lui fais
& , félon ce que je vois en lui , je n'en
doute pas. Le Roi & la Reine furent
tous deux dignes de loiianges d'avoir
pu dans cette occafion conferver leur
union toute entière , lui fouifrant ge-
nereufemenc les rudes effets d'une par-
faite Amitié, & elle fentant la part du
mal qu'elle faifoit elle-même , à ce Fils
qu'elle aimoit fi chèrement.. Enfin ,
elle
2.1 Mémoires pottrfervlr
1-^59* elle prit foin de le guérir par fes raa^
nieres aimables , &: par Ton procédé ,
autant exempt de flatterie , qu'il étoic
éloigné de dureté & de rudelTe. Le
^.^ -^- lendemain qui fut lei2. Tuin, Mlle.
de Mancmi partit, accompagnée de
Mlle. Hortenfe , & de la petite Maria-
ne fes Sœurs : les larmes furent gran»
des de part & d*autre , Se pariculiere-
ment du côté de la Fille. Le Roi l'ac-
compagna jufqu'à Ton CarolTe , mon-
trant publiquement fa douleur ; puis, il
vint prendre congé de la Reine, & par-
tir à 1 inftant même pour Chantilli , ou
il allapaiTer quelques jours pour y re-
prendre des forces. Il les trouva dans
fa Raifon , dans fon bon Naturel , Se
dans une Ame telle que la fîenne , à
qui Dieu avoir donné toute l'élévation
aecelTaire à un grand Roi,
Par toutes les chofes que j'ai e'cri-
tes , on peut voir que depuis quelques
années l'extrême Autorité , que le Mî-
niftre avoir ufurpée dans ce Roiaume »
avoir tellement abforbé la légitime que
k Reine , malgré l'indifférence de fon
arae fur le de/îr de gouverner, avoir fen-
ti,mais trop tard , que ce qu'elle avoic
fait pour lui n'avoit pas empêché qu'il
ne
a rH'flolre cl* Anne d'Autriche, ly
ne voulût tenir le Roi pour lui-même: i^S^»
car , en bien des occafions, elle avoic
connu qu*il râchoit toujours de la dé-
truire dans fon eftime , foit en parlant
fcrieufement, ou foit enfin par des raiU
leries qu'il faifoit devant elle-même.
Quoi que la bonté de la Reine & la
Noblelfe de fon cœur la rendît a(Tez a-
veugle fur la conduite du Cardinal pour
ne le pouvoir foupçonner de malice,
il eft certain néanmoins qu'elle fe fen-
tit fouvent incommodée de l'oppofition
qu'il avoit à fes fentimens. Cette op-
pofition l'empêchoit d*agir pleinement
& à fon gré fur les chofes qu'elle defi-
roic de faire & fur tout ce qui regar-
doit fa facisfa(5lion particulière. Pen-
dant fa Régence , elle ne fe foucioic
point de la PuilTance , qu'elle donnoic
à un autre , parce qu'elle la regardoic
comme foumife & dépendentc de la
Tienne propre ; mais , malgré le mé-
pris qu'elle en avoit fait , trop grand
pour une perfonne de fon rang & de
fa naiifance , elle ne pouvoir alors
s'empêcher de connoître qu'elle n'avoîc
point de crédit , & d'en fentir de la
peine. Quand elle recommandoit une
Affaire , foi: au Chancelier , foit au
14 Mémoires poUrfervhr
ÏCS9* Sur-Intendant , ou à quelque autre
Miniftre, elle voyoit vifibhment qu'elle
n'étoit point obéiej Se Ci elle en piefîbic
l'éxecution , ils lui repondoienc fou-
vent qu'il en falloit parler à Monfieur
le Cardinal : Ci bien qu'elle éioit après
forcée de lalifer voira ceux à qui elle
parloit librement , qu'elle n'étoit pas
fatisfaice de celui qui gouvernoic
de n'en faifoit pas nnoins bonne mine
au Miniftre. Elle vouloit par raifoii
fouffrir Tes foiblefTesi mais, elle le
vouloit auffi parce que fa fagefTe l'em-
pêchoit de fe troubler des chofes qui lui
dcplaifoient : & la coutume , qui avoic
beaucoup de force fur elle , jointe à
tant d'autres raifons, la rendoic inca-
pable de penfer à un changement qui
auroit pu , ainfi que je l'ai déjà écrit, la
rendre encore moins heureufe. Mais ,
comme elle avoit des lumières , elle
connoilToit auffi clairement les défauts
de fon Miniftre , qu'elle en avoit coni-
nu les bonnes qualitez. Elle me fît
l'honneur de me dire un jour , fur
quelques plaintes que je lui faifois du
Cardmal ., qu'il devenoit de fî mauvaifc
liumeur,^ fi avare,qu'cllene fçavoitpas
comment à l'avenir on pourroit vivre
avec
à l'H'ifidlre à'Ar^ne d'Autriche, i§
avec lui. Elle me commanda de ne lui i6<^^
rien témoigner du chagrin que j'avois
contre lui ; me difanc , que peut - être
dans l'humeur où j'étois je Iliî dirois
quelque chofe qui lui pourrait déplai-
re y que fi Mon fleur le Cardinal ie fâ-
choit contre-moi , cela l'embaralîeroirj
Se qu'enfin il valoit mieux que je me
tû(Tè , mais qu'elle fe chargeroit de lui
parler de mon affaire j ce qu'elle fit en
effet avec bonté. Ma confolation fut
d'avoir pa faire entrer la Reine encon-^
fidence avec moi, contre la conduite
de celui dont je me plaignois. Ce-
toit une efpece de vengeance que je
preno'is contre lui , de faire avouer Cq.s
fautes à celle qui lui avoic donné tou-
te cette faveur, par laquelle il pouvoic
prefque tour ce qu'il vouloit : mais en*
fin, les dernières adions du M'!»iftre
avoient eu le pouvoir de reparer forte-
ment dans le cœur de la Reine le^ hkC^
fures que Tes infidelitez paffécs & jour-
nalières y avoient faices.
Quand il eut chaffé fa N?éce, la Rei-
ne montra vifiblement eftimer fa con-
duite & Tes fentimens ; îa faiisfddion
qu'elle en reçut flattoit Ton /imour pro-
pre , elle honoroic le choix qu'elle a-
Tome K B voit
1 C Mémoires pour fervir
voit fait de lui autre - fois ; trouvant
qu'il la récompcnfoit de la patience
qu'elle vouloir avoir cilors lur ce qui
lui pouvoir déplaire dans fa conduite :
par ce fervice , elle fe crouvoit payée
de la confiance qu'elle avoit eue à le
maintenir contre les Peuples , le Parle-
ment , les princes, & fes Ennemis par-
ticuliers. Elle n'aimoît pas fes loiian-
ges 3 & ne pouvoir foufFrir celles qu'on
lui donnoit de la Paix, 6c de l'Eloigne-
ment de Maderaoifelle de Mancini, quoi
qu'elle feule eur fait , & l'une , & l'au-
tre 5 & , au lieu de les recevoir , com-
me lui étant ducs, elle les renvoyoic
toutes au Miniftre. Elle avoir néan-
moins eu befoin de rrouver des forces ,
pourr combattre contre lui , lors qu'el-
\é paroiifoit entieremenr foumife à la
Grandeur qu'il renoir d'elle , & l'avoit
obligé , par fa prudence , & par une
conduite , mêlée de force & de dou-
ceur , à exécuter fes volontez. Maigre
toutes les répugnances , qui naturelle-
ment fe pouvoient rencontrer en lui ,
il eft à croire que le Cardinal Mazarin,
pour vaincre enceCombar, eut be-
foin de toute fa Fidélité & de toute fa
Raifon , ^ qu'à leur défaut il eur bc-
fcJin
k fHifioîre d^Ame d'Autriche] t^
foin encore de fc dire l'biivcnt à lui- i^Jfi
même, que l'oppofuion que la Reine
avoit témoigîiée contre fa Nièce auroic
dû apporter d'invincibles obftacles à
fon Elévation j & que (on refus, qui lui
donnoit beaucoup de Gloire, le fauvoit
même de beaucoup de honte , &: des
malheurs qui fuivent d'ordinaire une
Ëntreprife monftrueufe & trop hardie^
Mais , lorfqu'il fe vit forcé de donner
une femme au Roi , il lui e'toit du
moins comme necetTairc , félon les
méchantes Maximes du Mo'ide , de
divifer leur Mariage & leur Union ,
par une perfonne qui fut liée à lui par
le Sang & l'Intérêt, afin dereonrr feul
dans le cœur de ce Prince ; & il efl: à
louer encore , de ce que , malgré les
Confîderations de fa Fortune, il voulut
en toutes ces circonft mces fatisfaire à
fon devoir. Qiiand donc on faifoic
entendre à la Reine , que fans elle le
Cardinal Mazarin ne feferoir pas avîfé
d'éloigner fa Nièce de la Cour , ^ que
c*étoit alTez d'honneur pour lui d'avoir
fait ce qu'elle avoit defîré qu'il fît, elle
répondoit toujours qu'elle étoit perfua-
dée que cette Fille luy ayant déplu au-
près du Roi , il Tavoîc éloignée avec
B 1 joye.
iZ McmoireifouYfeivir
i^f9. i^^^> & que ia timidité n'avoic point
de part à fa conduite -, ôc fur ce qui fe
difoit difcietemeuc ôc en fecret qu'il
n'avoit pas été fâché que le Roi eût
defîré tout de bon ce qu'il n'avoit pu
vouloir ni penfer que par un mouve-
ment palTager , elle alfuroit que par
lui-même , 6c par ce qu'il devoit au
Roi , à elle , ôc au Royaume , il n'au-
roit jamais confenti à cet excès d'hon^
neur dont elle difoit hautement, que
la penfée feulement l'auroit dû rendre
criminel devant Dieu & les Hommes.
Voilà quelle étoit la bonté èc ia dif-
crétion de la Reine ; quand ceux qu'el-
le condderoit lui manquoient , elle les
excufoit , en comprenant que nul hom-
iTie n*eft parfait / & par grandeur de
courage ne s'en plaignoit pas. Quand
ils la lervoient , elle leur donnoic des
loiianges , & quand ils faifoient de bel-
les adions , par fes ordres , elle leur
en laiiToit toute la gloire.
p if. Apres ce grand Exploit , le Cardi-
juin, j^^i partit le 15. de Juin : il s'en alla
au Bois de Vincennes , avec intention
d'y palier quelques jours & ne plus
revenir à Paris , pour delà s'en aller à
fon grand Voiage, Le Roi y vint de
Ciian-
a l'Hlfioire à' Anne d'Autriche, f 9
Cbantilli , & la Reine y alla le voir. Kyj^.
Ils y refolarenc de fe rejoindre bien-tôt
à Fontainebleau. Le Roi s'en retourna
dans fa Solitude , & le Cardinal revlot
le même jour à Paris , pour quelques
affaires qui lui ctoient furvenucs. Il
partit enfin le lendemain 26. pour al-
ler travailler à la paix. La Reine s'en
alla auffile même jour à Poncoife fiire
une petite courfe d^ trois jours, ranc
par dévotion que par plaifir-, c'eft à
dire, à delTein de vi(îter les Carméli-
tes de Pontoife, particulièrement la Mè-
re Jeanne , Carmélite de ç^rande répLita-
tion , Sœur du Chancelier. Elle vilïca
aulîi l'Abbaye de St. Marcin du Milord
Montaigu , qu'elle aimoit , ^ qu'elle
Gonfideroit particulièrement. Monfieur
s'en alla a Saint Cloud , pour fe diver-
tir dans fa Maifon , attendant le re-
tour de la Reine fa Mère ^ qu'il ne
quittoit quafî jamais.
La Reine étant revenue , elle reçut
une Lettre du Roi , dont elle témoi-
gna d'être fenfiblement touchée. Ce
même jour , ayant été vifîter le Loge-
ment de la Reine future , j'eus l'hon-
neur de la fuivre , & me trouvai feule
auprès d'elle dans la Salle des Antiques^.
B 3 oui
3© Âiemotres peur fervîr
où après avoir vi^cé tous les Apparte-
mens 6ax Louvre , elle étoit enfin ve-
nue fe repofcr & s'afTeoir. Elle me
fit l'honneur de me conter ce qu'il y
avoir dans la Lettre du Roi. J'étois
à genoux auprès d'elle. Je lai dis que
)*avoJs remarque le matin qu'en ache-
vant de la lire les larmes lui Croient
venues aux yeux. Elle en demeura
d'accord , & dans ce même fcntiment
elle me fii l'honneur de me dire avec
cxJigeraiion , Le Roi eft bon , &, ré-
pétant ces mêmes mots , elle me die
encore une fois , 'Je vous afflire , le Rot
efi bon, La Reine alors me fie l'hon-
neur de me parler des chofes que cette
Lettre contenoir. Par elle on voyoit
qu'il eftimoit la refiftance qu'elle lui
avoit faite, & qu'il en avoit connu le
prix. Il lui mandoit avoir une grande
impatience de la voir , & qu'il ne
pouvoic vivre content fans ce bon-
heur j qu'il avoit reçu une grande Let-
tre de Mr. le Cardinal , où il l'exhor-
toit à lire , &: à apprendre Ton grand
Métier de Roi , &: qu'il étoit refola
de le faire. En cela le Cardinal avoic
des Sentimens bien differens de ceux
ÀVL tems paire j mais» le Roi étant en
âge
à VBlftoïre à* Anne d'Autriche. 5 1
âge de juger du bien & du mal , il vou- 165^*
loïc peuc-êcre par politiqne lui paroî-
tre vertueux j afiu de gagner fon efti-
me , parce qu'il s'imaginoir que la Pa-
relTe du Roi , qu'il croyoit plus gran-
de qu'elle n'écoir , l'caîpOïrcrciî CO'j*
jours fur la Raifon. Dans ce même
moment , j'encrai avec la Reine dans
de grandes matières : elle me parla
encore des inquiétudes , que l'afïedioa
du Roi pour Madcmoifelle de Mancini
bi avoienc données , 6c combien cet at-
tachement lui avoit caufé de peine , &
me conta auiîi ce qui s'éroit palîé fur
ce chapitre entre le Roi & le Cardinal ;
mais, elle me parut perfuade'e que ce
qui avoit éié dit par ce grand Prince
avoit été une exagération de la dou-
leur qu'il fentoit de cet Exil dont il
ccoit caufe , pour confoler celle qui
foufFroit pour lui , 6c qu'il ne pouvoiC
pas fatisfaire par des proteftations de
lui conferver toujours la place qu'elle
avoit dans fon cœur , plutôt que par
aucune efperance de lui en donner
jamais une fur fon Trône. La Reine
donna au Cardinal les loiianges qu'il
meritoit , pour avoir fait fon devoir
eii cette occafion. De là je repalfai
B 4 fur
5 2, Mémoires pour fervlr
1^55?. ilir la manicie donr il avoir vécu avec
elle , depuis ia fin de la Guerre , qui
iVavoit pas éré accampagnée d'autant
de zélé , de fidélité , de refpeâ: , & de
devoirs , que dans les temps que fa
Fortune uépendoit abrolumeni: de fa
bonne voionté. Je touchai Tes défauts ,
fa trop grande puiifance , & l'abus
qu'il en a voit fait à Ton égard j fur
quoi la Reine entra en raifon avec
moi : & coniiTiC je pris la liberté de
iui dire , que je ne pouvois pardonner
au Cardinal d'avoir fi peu laiflé de
puidance à celle qui lui avoit donné 6c
confervé toute l'Autorité dont il joûif-
foic , elle me dit ; // a une legîtimc
Excîife ; car , // fçait que je ne me foU'
cie pas d'en avoir. Je lui répondis ,
que par cette même raifon , il dévoie
avoir eu plus de foin de la faire obéir
6 confiderer. Elle rougit là - delFus ,
ôc me regardant fixement , elle me fie
l'honneur de me dire , yoHS avez raî^
fon 5 & changeant de difcours , ellt;
me fit connoîcre que ces veritez , pour
les trop fenrir , lui faifoient de la peine
à entendre. Mais , connoiflant aufïi ,
qu'elles ne lui pouyoient être dites que
par ie fentimenc d'une afifcdion &
d^une
#' VHlfleire à' Anne à' Autriche, 5 5
d'une fidélité bien véritable , & par une i^jj^,
grande confiance que j'avois en fa dif-
cretion , elle m'en fçur gré , & me I2
témoigna avec beaucoup de bonté.
Ovi m'avoic dit depuis quelques
jouis , qu'il y avoit auprès du Roi de
jeunes gens, qui rravailloient à la dé-
truire , & à diminuer en lui \ts fenti-
mens de tendrelfe qu'il avoit pour elle.
Je lui appris ce que j'en fçavois. Elle
me fit l'honneur de me répondre 3 plei--
ne d'une confiance entière en l'amitié
de ce Prince , qu'elle n'en croyoit rien,-
& qu'elle écoit perfuadée qu'ils n'au-
roient pas même ofé lui nommer fon
nom. Ôe cette m niere elle avoit rai--
fon à fon égard ; mais, peu après, il'
fallut néanmoins qu'elle s'inquiétât d'u-
ne choie qui la touchoit fenfiblemenr..
Madame de "^ * * , Belle- Mère du Comp-
te de * ** , la fit avertir que Ton Gn\^-
dire écoit entré dans la confidence àa
Roi , fur l'afFedlion qu'il confervoit
encore, pour Mademoifelle de M incin",,.
La Reine, comprenant que ce refte d'at- ,^
lâchement pouvoit du moins s'oppofer
au repos de l'Infante , le fit fçpivoir au
Cardinal Mazarin à St. Jean de Luz,.
Il en parue aufïï touché que la Reine,,
34 Memeîres pour fervîr
& fit Ton devoir avec beaucoup de zele^
de fidélité , & de couiage : il en écri-
vit au Roi forteraent , en des termes
qui lui dévoient infinuer un grand
mépris pour celle donc il fe fouvenoit.
Le jeune Confident fut peu après exi-
lé 5 par les Confeils de la Reine & da
Miniftre ; & , lors que le Cardinal
Mazarinmeritoit des louanges infinies
des veritez qu'il avoit écrites à foa
Maître , je l'entendis blâmer par ceux
qui s'intereiroient à la petite Difgrace
de ce Seigneur. Comme on ignora
la caufe dans le Cabinet , ceux qui
peftent toujours de tout firent de
grandes Hiftoires fabuleufes fur cette
JVvantute y ôc j'eus fujet de connoître
en cette occafîon , comme en plufieurs
autres, que les Princes ôc leurs Mi-
nières font fouvent blâmez injufte-
ment. Le Roy , fe laifTant conduire à
îa raifon , comprit , malgré ce qu'il
fentoir pout Mademoifelle de M'aneini,
que ceux qui pour fe mettre bien avec
lui vouloient entretenir fa Pallion j ou
pliuot Ton Amufement ,. n'aimoienc
pas fa Gloire j & que la Reine Si le
Miniftre , qui lui difoienc la vérité, é-
loient les feuls qiii'il d^voit croire» Ce
fuit
à l'HIfroire d*Awe à'Antrkhe, 55
fut ce qui l'obligea de fuivre leurs- I^JP'
Con'eils : il les crouva conformes à Çts
propres intérêts ; & , fans écouter les
foibles nioLivemens de Ton cœur , qui
le portoient quelquefois à vouloir
payer par fatendrelTe, celle qu'il croyoit
que cette Fille avoit pour lui , il prie
le parti qu'il devoir prendre , Ôc la
Reine qui me fît l'honneur de m'en
parler me parut fott fatisfaite de luù
Je coaiiiis au{îi alors combien elle
cpoic pleinement contente du Cardmaîi
M iznrin. Par les chofes qu'il man-
doit au Roi , il faifoit voir clairement
qu'il anroit eu horreur d: pouvoir être
foupçoané de manquer de fidélité , ÔC.
à lui &z à elle : il parloit fort pofîrive—
ment de la folie de fa Niece , qu'il
paroifToit defavoiier. il le fouhaitoic:
alors véritablement, parce que depuis>
fon éloignement elle témoignoit le haïr
encore davantage. La Reine, en par-
donnant à fon Miniftre la condefcen^
dancc qu'il avoir eue à Lyon pour les^
cmportemens de cette Fille , fe confo-
loir de penfer , en fe mocquant de la ja-
loufie qu'elle fit voir au Roi, en lui re-
prochant l'agrément qu'il eut pour la
Princefle Marguerite, qu'au moins h
B â fubu
7,6 Mémoires pour fervir
fubit changcinenc de ce Prince en fa-
veur de l'Infante , feroic voir à rouce
l'Europe qu'il n'avoic defiré pour fem*
me que des perfonnes qui par leur
Naidance (Si leur Grandeur pouvoienc
iui convenir en cette qualité , & qu'-
ayant même choiii fi promptement en
fuite celle qui meritoic d'être préférée
à toute autre, il étoit impolTible qu'on
^i\t jamais le foupçonner d'avoir voulu
penfec tout de bon à récompenfer (i
hautement les empreflemens paffionnez
de Mademoifelle de Mancini.
LeRoi & la Reine s'étant rejoints à
Fontainebleau , ils parurent en bonne
intelligence. La Reine étoit contente
d'a-voir fait Ton devoir , & le Roi étoir
trifte d'avoir perdu ce qu'il airaoit, :
mais fon chagrin , combattu par fa rai-
fon & fa vertu, fe difîipa peu à peu
en fe divertilïant fouvent malgré lui.,,
& en sVcciipant comme il fit au foin
de faire faire de belles livrées pour Çon
Mariage..
Qiielque rems après , Leurs Majeftez:
partirent de Fontainebleau , en intcn-
rion de rejoindre le Cardinal , pour
aller achever ce grand ouvrage après
liequel l'Europe foupiroit depuis long-
a l'Hijlolre à' Anne d'Autriche» 37
tems , qui ccoit la Paix entre les deux léj^i
Couronnes , & le Mariage du. Roi
avec rinfantC:, donc les fuices^ pou-
voienr produire de grands évencraenSj
vcu le malheur du Roi d'Efpagne , qui
D*avoit que deux Princes, qui n'écoient
pas fains, & qui ne faifoienr que de
naître. Le Cardinal avoit envoyé Tes
Niéccs difgraciez à la Rochelle 5 & à
Broiiage j, & quand la Cour allant à
Bourdeaux s'approcha du lieu où elles
ccoient , le Roi fouhaita de voir en
palTant Mademoifelle de Mancini. La
Rcine n'y refifta point : elle la lailla
venir , je penfe , à Cognac. ]*ai oui di-
re que cette entrevue fut encore fenfi^
ble. & qu'il y eut quelques larmes ré^
panditës de part & d'autre» Le Roi néan^
moins continua Ton. chemin ^ & la Niè-
ce s'en retourna dans le lieu de Ton £"•
xil. Là finit le Roman j car depuis cet
honnête rendez-vous , les chofes chant-
gèrent, & le Roi trouva dans la gran-
. deur , la beauté , ÔC la vertu de l'In^
fante d'Efpagne , de quoi fe confoler
de la perte de Marie de Mancini. Mais,
dans le vrai , il y eut un teras ^ com^
me en effet le Cardinal Mazarin le dit
à la Kcine après la Paix , q^ue le Q^mit
da
58 JPÎemolres pour fervlY
de***avoic eu la confiance du Roy
fur la paffijn qa*il avoic pour elle j éc
ù. cette intrigue , qu'il ne fçavoit pas ,.
n'avoit été découverte , le commerce
de lectres qu'il entretenoic auroit ccé
capable de fotifier tellement le Roi dans
la première refolution qu'il avoir prife,
qu'ils n'auroient jamais pu le faire con-
fentir au Mariage qu'ils venoient de
conclure : & je fentis un véritable plai-
fir 5 quand la Reine me dit que j'avois-
été bien avertie.
L'entrevue des deux plus grands-
Rois du Monde , qui fe devoit faire
fur la Frontière de leurs Etats , me
donna envie de faire ce Voyage , Ô2
quand la curio/lté n'auroit pas etc en
moi pour cette fois plus forte que la
parelFe , la bonté avec laquelle la Rei-
ne me témoigna defirer que je le fiife ,
& dit à la DuchelTe de Navailles , dcfti-
née à être Dame d'Honneur de la-
nouvelle Reine , qu'elle lui f^roit plai-
fir de m'y engager, m'auroit fait ac-
cepter les offres qu'elle me fit alors de
me mener avec elle.. Je m's^ngageai
à cette grande courfe , &: nous parti-»
mes pour cet effet quelque tems après
la Cour. Je fuiyis Madame de Na*
vailles^
à l'Hijklre d'Anne d'Autriche, j.9
vailles à Niorc , donc elle e'coic Gouver- i(Jf o,
nan:i.Noci'e incention étoic d'aller bien-
tôt après rejoindre la Reine , qui étoic
alors à Bourdeaux j mais , le Mariage
du Roi ayant été recardé jufques au
Princems , la Cour , pour s'occuper
agréablement , alla palier l'H-ver en
Provence. Pour moi , qui aime le re-
pos ,, je ne voulus point mVxpofer à la
fatigue de ce grand voyage .-je demeu-
rai avec mon Amie , ai j'y palTai prés^
de fept mois.
Le Maréchal de Grammont avoit
été choifi pour AmbalFadeur Extraordi-
naire vers le Roi d'Efpagne , pour al-
ler en pofte demander Plnfante de la
parc du Roi. Beaucoup de Perfonnes
le fuivirent en cette célèbre Courfe,.
Mon Frère fut du nombre , que la eu»
riofité y mena comme les autres. Pen-
dant mon réjour à Niort , je reçus de
lui la Relation de ce qui fe palla en
cette occafion y qui me parut propre à
placer dans cet Ouvrage,. Elle ctoife
teile^
tET-
40 Meimlres powfervW
LETTRE
DE MON Frère, ALORS
A»be' du Mont-aux-
, Mal A D E s, E T Co N s E I L-
LER AuPaRLEMEIÎT DE
Rouen.
ï5cMr.. »\yr ONSIEUH le Maréchal ar-
«îrid, le jîJ^VA. riva ici ie Jeudi feiziéme de ce.
16^$, ' »> l'nois , environ deux heures après
5> midi 5 ayant couché au Bourg d'AU
a^ cobendas , <l'-^i c" ^^ à trois pe»
3j tires lienës. Encore qu'il fut bien
« aife de faire voir q^'il venoir en
5<> Courrier fur une Mule fort vire,
9) que Don Louis de Haro l-ai avoir
>-, donnée ,- ôc que nous paniffions
>î toujours a la pointe du jour , la
35 quantité de Chevaux. & de Mulets
>î qu'il avoit à fa fuite l'obligeoit à faire
5) de petites journées , le Soleil étant fi
5, grand , qu'il étoit même impoffi—
,,.ble de le fouffrir palTé midi , entre-
3> les rochers &c dans les plaines dé-
^.fenes. de la Caftille y car il n'y a
que.
àVHljloire d'Anne d'Autriche. 41
,, que quelques Oliviers par ci par là, léj^.
„ qui ne cloiii"vent pas un grand ombra-
>>g^
y, \\ y avoit toujours eu un Alcade ,
„ qai avoir accompagné Mon(îeur le
„ Maréchal , èc avoic eu foin àcs
„ Logemens. A Burgos , on Ta-
„ voit reçu avec de grandes demonf-
,» trations de joie , aufîl bien que dans
„ les autres Ueux où il avoit pafiTé r
,, mais , je ne puis parler de cela ,
„ non plus que eu Jeu des Taureaux
„ qu'on lui donna en cette Ville - là ;
„ car je n'y arrivai que la nuit dit
,5 jour qu'il s'y étoit arrêté , ayant
„ été obligé de prendre la route de
,, Parapelune,
y A Alcobendas , le roî lui en-
voya un Lieutenant de Tes Gardes ,
qui eft Incrodudteur des Ambaffa-
dcurs j & l'un de Tes Mayordomes »
5, qui lui apporta un Préfent fort ga-
„ iant de Peaux d'Efpagne , de
,j Gans , de P.aftilîes , de Gobelets ^
5, & autres curiofîccz. Barrières , vo-
„ tre Ami , vêtu à l'Efpaonole , &
I • *- r 1 *" j» • Barrières
5, deux ou trois Llpagnols ,. ly vin- ^cq^ en
„ rent voir , & le matin du Teudy é- Efpagne
, 1 • tic la paît
,> ca::t partis devant le jour , nons deM.ic
vin- P"'^^«^-
9
l^JP-
41 Mémoires pour fervW
„ vinmes diner à une demie liciic^
35 Le Roi y envoya le Lieutenant du
5> Maitre des Poftes , avec quelques
„ Courriers & iiuic Portillons cou-
,^ verts de Cliquant , &r quantité de
„ Chevaux de Pofte , donc il y en a-
>, voie hijic avec des Selles 6r des
,> Brides du Roy , où il y avoir de
„ la dentelle d'argenr. Monfieur le
„ Maréchal les fie diftribuer à environ
>, autant de gens que nous étions fur
„ une Lifte qu'il avoic envoyée. Tout
>, le monde étoic fore brodé , hor-
„ mis les Abbez de Feuquieres t de
,, Villiers , de Caftelane , & moi , qui
», n'avions que du Velours noir. En-,
3, tre autres y Monfieur le Maréchal j,.
,, Monfieur le Comte de Qiiincé , de
„ Thoulongeon , de Guiche, de Lou-
„ vigni , le Marquis de Noirmoutier ,.
f Batatd. ^^ le Chevalier de Charny Fils * de
„ Monfieur le Duc d'Orléans 6c de
„ Louifon , Manicamp , Frementeau ,
>, le Sr. de Beauvais, Flamanville, Vef-
,, f.i fils du Prefident Girou de Dijon,
„ qui veut effacer par fon changement
,., de Profeflioa Se de Nom la me-
- „ moire de la mort de fon Pere ,
j* Courcelles & Magalocci Capitaines
aux
^ l'H'flnre à' Anne â' Autriche . 43
,, aux Gardes f Gontcry qui étoit ve- léjp.
„ nu nous joindre à Alcobendas, &
„ même Maridac ôc Bazin ConfeiU
,, 1ers 5 l*un au Parlement de Paris ,
,, l'autre au Chatelet 9 qui avoient de
5, l'argent fur leurs habits \ outre tous
j, les Gentilshommes de Monfiour le
» Maréchal , qui étoienr fort leftes ;
3, & toute cette Broderie , & toutes ces
„ Plumes faifoient un fore bel effet à
„ Cheval, Nous partimes un pea
„ plutôt qu'il ne falloit , & nous at»
„ tendîmes long- temps à l'eatrée de
,, la Ville, qui n'eft pas proprement
„ une Ville , car il n'y a que des murs
3>de Bauge, Tout le bagage étoit de-
„ meure à Alcobendas , en forte qu'il
„ n'y avoir pas un Valet, Enfin ,
», quand on nous vint avertir qu'il
>, croit temps d'entrer , nous entra-
„ mes au petit galop , & nous trou-
„ vâmes toutes les Rues pleines de
5> Peuple , & de Carolfes rangez le
3, long du chemin qui étoit fort long 5,
5, car on nous fit entrer par un en^-
5.3 droit par où il falloit traverfer tou-
3j te la Ville. Je ne fçaurois mieux
,, comparer cette Entrée , qu'à celle
>, des Polonois ; car, il y avoir à
pro-
44 Mémoires four fer vlr
3, proportion autant de foule qu'à Pa-
,, ris : & même ce qu'il y avoit dfi
„ plus beau , c'étoit que comme il y
,5 avoit des balcons à toutes les fenê-
„ très 5 & qu'elles ctoient occupées
„ par toutes les Dames de la Ville , ce-
^, la faifoit un plus bel effet que les
„ Ech ifEiuds que l'on fait dans les
5, rues de Paris. Nous fîmes tout
„ le chemin qu'il y a jufques au Pa-
y, lais , moitié au galop , & moitié au
„ trot , la plus part du tems le cha-
„ peau à la main, les huit Portillons
5, devant , Monfreur le Maréchal im-
>, médiatement après , & tout le rtfte
n en confufion , fans pourtant trou-
», ver aucun embarras ; car la CalU
,j Majora par eu nous paiïions tft foic
^, large, ^ tous les Carolfes étoient en
„ haye. Nous arrivâmes en cet ordre ,
5, avec les cris & les applaudilfemens
,., de tout le Peuple au Palais du Roi,.
,, Qiiand le Roi même y fut venu en
yt pecfenne quérir l'Infante , il n'y eut
,, pas eu plus de monde fur Ton paflfa-
55 ge > & je croi que le refte de Ma-
j, drid croit deferr. Pour continuer
j, donc cette relation , nous arrivât
,5 mes dans la Place qui tft devant le
Palais
a l^Hifisîre à* Anne d'Autriche. 45
„ Palais qui nous parue fort belle & 1^59.
„ fort grande. Elle écoic pleine de
5, carofles , comme toutes les Fené-
„ très de la face du Palais l'étoienc
99 d'Hommes & de Femmes. C'eft un
,, foie grand Corps de Logis entre
j,deux Pavillons , donc la couvcrtu»
3>reeften forme de Clocher. Il y a
9, environ trente & une ou trente deux
5, Fenêtres à chaque Etage, & toutes
9, avec des balcons : ils en embellif-
„ fent la ftrudure qui n'eft pas fort
„ belle de foi. Ce qu*il y a d'extra-
3, ordinaire , c'eft qu'il n'y a point de
,, Cour où les Carolîcs puiiFent en-
„ trer , & tous ceux qui y vont en,
5, trcnt delTous une voûte par deux
„ Entrées , & où il en peut tenir huit
j, ou dix. Nous defcendîmes àc Che-
,, val en cet endroit , où l'Amirante
5, deCaftille > qui fe nomme Don Hen«
5, tiques , de la Maifon des Rois de
sjCaftille, & qui eft le Seigneur le
o plus galant de la Cour , vint rece-
„ voir Monfieur le Maréchal. De cet-
a, te voûte nous montâmes dans un
^, grand Portique , qui eft un des cô*
,, tcz du Palais. Il eft compofé de
„ deux Quarrez de Bâtiniens en for-
me
4^ Mémoires pour fervîr
„ me de Cloître , au milieu defqneis
,, il y a un fort grand Ercalier tout
„ ouvert , ô: qui occupe toute la lar-
,a geur d'un des corps de Logis , qui
„ eft au milieu des deux Cours. Il
,, reçoit le jour des Portiques des deux
5, Cloîtres j car il y en a tout autour ,
,» tant en bas qu'en haut , de tous les
,, Corps de Logis, Tout cela étoic
„ auiïi plein que le refte de la Ville,
„ &: par tout on jettoit de grands cris
3, fur nos Plumes & fur nos Rubans ,
5, jufques là même que les Femmes ,
5, qui fc trouvoient fur notre pafiTa-
„ ge 5 ne faifoient point de fcrupule
„ de les arracher. No\is monâcmes
,, ainfî au travers de quelques Halle-
„ bardiers feulement ; car il n'y a pas
„ de Régiment des Gardes à la Porte
„ comme en France. Nous entrâmes
5, dans quantité de Pièces fort lam-
„ brilTces , & pleines de Tableaux j
„ car on ôte ici en la plupart des en-
„ droits toutes les TapitTeries des
5, Chambres dans l'Eté, Nous alla-
», mes donc par des Galleries & des
„ Salons pleins de quantité de Sta-*
„ tues. Nous arrivâmes enfin dans
9) une grande Salle ou écoic le Roi«
Le
^ J*HîfioWe À* Anne d'Autriche, 47
,, Le défaut, que j'eus le Joifir de ï^J^»
•, remarquer devant que d*y entrer ,
9, fut que toutes ces Pièces là font fore
5, obfcures : il y en a même qui n'ont
a, point du tout de Fenêtres , où qui
5, n'en ont qu'une petite , 6c d'où le
„ jour ne vient que d'enhaut , le vcr-
5, re étant fort rare en Efpagne , ôc la
„ plupart des Fenêtres n'ayant point de
a, vitres.
5, Il faut avouer que la manière
„ dont le Roi donne Audience en
5, France , eft la chofe du Monde la plus
5, pitoyable, au prix de celle dont on
95 reçut Monfieur le Maréchal. A cha-
„ que Pièce que nous paffions , il y
„ avoit des gens en haye , & dans la
5, Salle il y avoit au milieu deux rangs
5, de Bancs couverts de TapiûTerie, pour
5, empêcher la foule Se pour laifFcr le
» palfage libre, & au bout il y en a-
,5 voit encore un autre rang en croix j
3, le long de cela étoient tous les gens
5, de qualité d'un côté & d'autre 5
„ mais , comme ils font tous habillez
5, de même & fort fimplement , les
ajGrandsneparoilToientpasplus que les
)» autres , qu'à caufe qu'ils étoient
» couverts, & il y en avoit environ
vingt.
4 s Mémoires pour fervir
^55>. » vingt. Le Roi écoic debout avec nn
„ Habit fore [impie , & fort ferrblable
5, à Tes Portrairs , fous un Daiz d'une
ip riche broderie d'or oc d'argent. En
,> entrant , nous nous feparâmes la
5, plupart àts deux cotez. Lors que
„ Mon(ieur le Maréchal entra , le Roi
,5 mit la main au Chapeau. Lors qu'il
ys approcha de plus prés , il ne bran-
3, la plus , & quand Monfieur le Ma-
,5 réchal ôta Ton Chapeau de tems en
jj tems 5 & qu'il prefenta fa Lettre ,
,> il demeura toujours immobile , ôc
,, ne remit la main au Chapeau que
5, quand Monfieur le Maréchal s'en al-
3) la. Un peu auparavant que de par-
„ tir , il nous fit figne , à ceux qu'il
„ avoit mis fur fa Lifte , & nous allâ-
5, mes tous falucr le Roi l'un après
„ l'autre , comme à l'Offrande ; M. le
5, Maréchal nous nommant tous dans
5, le moment que nous nous baif-
„ fions.
„ A gauche de cette Salle, il y avoic
„ une Porte à jour , où étoient la
„ Reine & les deux Infantes. Au
,> fortir de là , nous allâmes dans l'A-
„ parlement de la Reine , où nous
a, trouvâmes aufli une foule fort gran-
de
à l'M'iftolre À* Anne d'Autriche, 4^
,j de ; car , comme les Hommes ne i^i9*
3, les voyenc quafi point , beaucoup
,> prirent cette occafion là pour y en-
,) trer. La Reine & les deux Infan-
„ tes croient au bout de la Salle audî
,> fous un grand Dais , & fur une Ef-
„ trade couverte d'un grand tapis,
» La Reine n'a que vingt-quatre ans j»
„ & Pïufante environ vingt. Elle eft
>> coè'ffie de la manière dont on la dé-
3, peint ; & le G-iaid InFance eft enco-
5> re plus grand qu'on ne le figure;
„ fans hiperbole, la Reine & Tlnfan»
„ te , Ce touchant de leurs Yertuga-
„ dins , tenoient tout l'efpace du Dais >
,, fi bien que la petite Princeffe n'éîoic
„ que fur le bord de l*Êft»ade. Tout
„ ce que je puis dire de la nôtre ,
„ c'eft qu'elle efl: beaucoup plus belle
„ que tous les Portraits que l'on en
5, a vus en France : elle a les yeux
„ bleus > pas trop grands , mais fore
a, brillans & fort agréables , & ils pa*
^roiifent pleins de joye. E'ie a le
„ front grand , & comme fa coefFure
5, le découvre fort , cela lui fait pa»
„ roitre le vifage un peu plus long;
„ qu'il ae paroitroit fans doute , Ci
„ elle avoit quelques cheveux abatus.
Tom V. C %o%
n
$Q Mémoires pour fervlr
^59' >> Son nez efl: aiïlz beau , ôc point
„ trop gros. Elle a la bouche belfe ,
5, & fort vermeille : elle a le teint
P, parfaitement beau j ell- eft forr
j, blanche , elle a les joues grolfes prir
5, en bas , &c met du rouge , mais
5, pas tant que le refte des Dames.
3, Ses cheveux font d'un blond admi-
5, rablement beau ; mais ceux qu'elle
r^jîhhes j, avoit ce lour-là étoicnt poflijos * , re-
3, nouez avec quantité de rubans.
,3 Elle n'eft pas grande i mais, elle^''
5, parole affcz bien faite dans fa taille. '
3, M. le Maréchal fut quelque tems
>» couvert en parlant à la Reine j mais,
a, après qu'il eut fatisfait à la Dignité"
53 du Roi notre Maître , il fe décou-'^
3, vrit : & quand il fut faluer l'infan-*
,3 te , il demeura toujours découverc^*^
„ tout le tems qu'il lui parla, Le*^'
53 Compliment qu'il lui fit a été trou»
93 vé fort galant : il lui dit que la
g, Lettre de la Reine , fon filence , Si
53 fon refpcdi:, lui témoigneroient mieux
9, quel étoit le fujet de fon voyage ,
,5 que toutes les paioles qu'il lui pour-
5, roit dire. Tous ces Meffieurs m'ont '
55 die ici 3 qu'on avoit voulu voir com- .^
j, me on avoic traite M. du Maine ,'^
quand
à 'l'H'ifiolre à* Ame d^Jmrîche, $ i
„ quand il alla demander notre Reine^ i^0\
„ èc qu'on avoir voulu en faire davan*
j, rage» Nous faluames après cela la
5, Reine , & les deux Infiinres , c'eft
5, à dire , avec une grande reveren-
„ ce , en baifant ou faifanc femblanc
„ de baifer la Robe. Ce que je re-
j, marquai de plus extraordinaire fuc
qu'il y avoir auprès des Dames du
Palais qui fonr toutes , ou Filles ^
ou Veuves j (car il n'y a pas une
Femme m.ariée qui y loge, ) quan-
„ tiré d'Hommes couverts , qui n'ô»
,, terenr pas même leurs Chapeaux
5, quand Monlîeur le Maréchal entra
„ Je croyois d'abord qu'ils fudent tous
35 Grands ,* mais , on me dit que cha-"^
3, que Dame pouvoir dans ces jours
,3 folemnels donner place à deux Ga*
„ lans , qui fe pouvoienc couvrir de-
j, vanr la Reine même ; 6c la ri' (on
,,' qu'ils m'en donnèrent fat , qu'on les
„ jugeoit être tan emhevectdos , (î at-
5, rentifs à voir' leurs Dames, fi en-
„ nivrez & fi étourdis de leurs char-
„ mes , qu'ils n'avoient point d*yeux
,, que pour elles , & ne voyoient rien
33 de ce qui fe palFoit dev mt eux.
3, Au forcir de là , un Grand d'Efpa-
G 1 gnc
51 Mémoires pour fervlr
5, gne 5 auprès de qui je m'étois ren-
3, contré , &; à qui j'avois parlé Elpa-
5, gnol 5 m'emmena dans fon Caroflè
55 au Logis deftiné pour Monfîeur le
a Maréchal , où je fuis logé avec la
„ plupart de ceux qui font venus avec
3, lui. Il y a les plus belles Tapifferies
55 du Monde , & nous fommes trai-
55 tez aux dépens du Roi. Tous les
55 matins , on nous vient offrir du
5, Chocolat 5 qui eft le regale de ce
55 Païs*c!^
3, Tous les Grands font venus
3, voir Monfieur le Maréchal, & nous
5, avons été déjà chez l'Amirante de
3, Caftille 5 chez le Duc d'Alve, le Mar-
5, quis de Lcganez , & le Marquis de
33 Liche Fils de Don Louis de Haro,
35 qui a la plus belle Femme d'Efpagne,
3, que nous avons vue le Samedi dix-
35 huitième,
5, Toutes les Maifons de ces Gens-
3, là font propres , Sc pleines de gran-
5, de quantité de Tableaux & de Ca-
3, binets , & font bien plus belles par
3, dedans qu'elles ne paroiffent par de-
5, hors. Le même jour , nous fûmes
>, quelques-uns de nous , voir diner
9, la Reine qui dinoit feule , l'Infan-
te
k VHlftoîre d'Anne à'Apitrlche, 55
5, te ne dinant jamais avec elle en ï^jp.
„ public. Il y avoir feulement cinq
„ Dames , & quelques Buegnas habil-
5, lées de blanc* Les Menines font
„ celles qui n*ont point de Chapins,
5, comme les Menins font les Fils dts
y y Grands ou des Tttulados , qui fer-
,» ■sznt de Pages , & qui ne portenc
„ ni Manteau , ni Epée. Elle eft
„ fervie avec un grand refpe^i: , peu
„ de gens y entrent , ôc il nous fal«
5, lut une grande faveur pour demeu-
„ ter auprès de la porte. Quand o«
5, lui porte à boire , c'eft un àzs Me-
5, nins qui porte le verre à une des
,5 Dames , qui fe met à genoux au (S
„ bien que le Menin , & de l'autre
„ cote il y en a encore un à genoux
„ qui lui donne la Serviette. Vis-à-vis
5, d'elle il y en a auffi une , comme la
j, Dame d'Honneur en France. Le
5, Duc d'Aurante , Grand d'Efpagne ^
3, étoit debout couvert , auprès d'une
„ des Due^^nas'y mais quand la Reine
„ fe leva , il fe découvrit , ôc fe reti- *
„ ra auprès de nous.
„ Le Dimanche dix-neuvicme , nous
,, fûmes avec M, le Maréchal encendrs
>, la Meire du Roi qui tenoit Chapel*
C 3 ie^
j4 Mémoires pourfervlr
5, le.- Ce jonr là , Monfieur le Non»
„ ce , l'Ambaffadeui- de l*Empereur ,
,, & celui de Pologne , y vinicnr. Ils
„ attendirent quelque tems dans une
"„ Antichambre , où peu de tems a-
5, prés le Roi vint pour s*en aller dans
5, (a Chapelle. En palfant , il y eue
,, trois Femmes , qui fe mirent à ge-
5, noux «Se lui piefenterent des Me-
,, moiiaux : il s'arrêta pour les écou-
5, ter ; àc fans branler non plus qu'u-
,, ne StiitLië , il les prit.» Monfieur le
5, Nonce le fuivoit au milieu de l'xAm-
„ bafTadear de l'Empereur & de Mon-
5, (leur le Maréchal. Il fe fut mettre
^, fous une Courtine de Dnmas , du
5, coté de l'Evangile , les Amballadeurs
„ de Rome , Empire , France , & Po-
» log^e , étoient afîîs de l'autre côté,
„ & un peu au deifous , du côté de
„ l'Epitre : 6c du même côté du Roi »
,, mais un peu plus bas que les Ani-
5, badàdeurs , s'affirent 6c fe couvri-
„ renc auffi bien que les AmbalFa-
„ deurs , huit ou dix Grands qui s'y
3, trouvèrent. An Jubé du bouc c-
,, toit la Mufique , qui fut fort bonne»
„ & au deffous étoient trois petites
„ Niches où étoient , la Reine , les
deux.
N
à l'Hîjhlre à' Anne â'Aviirîche, 55
,><leux Intances , ôc le petit Prince , 16$%
„ qui n'a que vingt-trois mois. Le
Roi fortit de là en même ordre ,
fans rien dire à Monfieur le Maré^
chai , ni à perfonne > &: nous nous
en allâmes de là diner chez Monfieur
yy l'Amirante. Nous y trouvâmes une
„ grande Table , où la plupart des
,5 Grands d'Efpagne , & des Titulados»
5> s'afïïrent d'un côté , Ôc nous de l'au-
» tre. On compta quatre- vingt- fix Per-
sa Tonnes , & pour les Plats il étoit im-
» podible de les compter : les uns di-
j> fent cin<j , les autres fept ou huic
,, cens Plats. Au fortir de la Table ,
» il y eut Mufique de voix & d'inftru-
5, mens , c'tft -à-dire de Harpes &: de
5-, Guitarres. Nous eûmes enfuite la^
», Comédie , avec des entten'iets de
Si Farce &: de Balet , & de Fenimes a-
5, vec des Caftagneites. Enfin, le ae-
„ gale fut complet , & nous n'en re-
ya viniTîes que le foir.
î. Le Lundi vingtième , le Sécrétai.
n re d'Etat Don Fernando Ruiz de Con-
yy treras , apporta à Monfieur le Mare-
„ chai les Lettres du Roi & de la Reine
,, d'Efpagne , &: de l'Infante , fi bien
>5 que depuis ce jour-là qui fut hier,,
C 4. nous
je Mémoires pohr fervîr
i<?j5). 3, nous croyons avoir une Reine. Un
s, Cordelier en grande réputation de
;,, Sainteté , qui eft toujours dans le
,5 Palais , étant venu voir Monfieur le
,, Maréchal , lui a dit , .qu*il l'avoit
5> ce m .t'n traitée de Majefté , & qu'eU
,) le s'étoit mife à rire. Nous devons
,> avoir aujourd'hui l'Audience de Con-
j> gé j & on croit qu'il y aura Come-
„ die au Palais.
,3 Depuis ma Lettre écrire , nous
j, avons été à l'Audience de Congé j
5, qui n'éîoit point dans le mêine lieu ,
5, ni en public^ Le Roi a dit à Mon-
5, fîeur le Maréchal , qu'il étoit bien
53 aife de l'avoir vu en cette occafion,
„ qu'il avoît toujours oay parler de luj,
3, & qu'il fe pouvoit aflurer de Ton a-
„ mitié. Je penfe même qu'il lui a dit
3, qu'il avoit toujours bien traité les
,, Efpagnols. C'^ft en dire beaucoup
5, pour une Statue, Quand le Comte
3, de Guiche , & le Comte de Louvi-
„ gni. Tes Enfans , l'ont falué , il a à\t,
"^'^^*"* 3, Au fortir de là , nous avons été
3, prendre congé de la Reine , & de
3, l'Infante. Elle n'étoit pas fous le
9) Dais 3 comme l'autre fois , mais
con-
J>
yy
k l'Htflolre d'Anne d'Autriche, $y
„ coiKte les Fenêtres, afin que tou- i^i9.
3, tes les Dames fulTcnc de Ton côté.
„ Monfieui: le Maréchal a fort prellé
3, rinfante de parler j mais à tout ce
,3 qu'il lui a pu dire , elle n'a jamais
33 rien répon !u , finon , Dî^a a la
,, Reyna mï Scgnora , y my Tia , ûjue
yy yo eftare fiempre rendiàa a flispîes'^, *p;,, ^^
,, li y avo'C environ une douzaine de ^^ ^''•'-
r^ ' 1 • 1 ' ^^ Dame
„ Dames , dont il y en a quelques-unes ^ rna
,-, d'alfcz belles. Le meilleur de tour, r^"'^='?«*
„ & que je vous garde pour la bonne lluytwl
bo'ache 3 c'eft la Comédie qui fe /ç"'"'^^','*"
vient de taire au Palais , a la lueur
5, de fix gros Flambeaux de cire blan-
y, ehe feulement , qui font véritable-
3, ment dans des Chandeliers d'argent
,, d'une grandeur prodigieufe. Aux
,3 deux côcez de la Salle il y avoic
,, deux Niches fermées de Taloufîes,
}, Dans l'une étoient les petits Prin^
,3 ces & quelques gens du Palais > &
3, dans l'autre qui étoit vis-à-vis étok
33 Monfieur le Maréch 1. Le long ào,.
3^ ces deux cotez étoient feulement deux;
3, grands bancs couverts de Tapis de
3, Perle.. Les D.mes , environ au'^
,3 nombre de dix ou douze font ve-
3J. nuc3 s'alTeoii: fur ces Tapis , d'an
C 5 côté
5 s Mémoires pour fervlr^
3i cote Se d'a-utre , le dos appuyé con^
,, tre le Banc. Derrière elles », du cô*
y, té des petits Princes , ôc fore loin
>, au bas , devers le lieu où écoienc
»> les Comédiens , & quafi deniers
„ eux, étoienc quelques Seigneurs de-
>j bout , de il n'y avoit qu'Hun Grand ,
j> de l'autre côté où étoit Monfieur le
>, MaréchaL Nous autres François é-
jx tions aufîi debout derrière le Banc ^
5, où étoient appuyées les Dames. Le
5, Roi , la Reine , & l'Infante font en-
3> trez après une de ces Dames , qui
jj^portoit un Flambeau. En entrant
>, il ôta fon Chapeau à toutes ces
„ Dames , & puis il s'eft aiËs contre
„ un paravanr , la Reine à fa maiii
y, gauche , &c l*infante auffi à la gaii-
33,che de la Reine. Pendant toute lat
j, Comédie , horsrais une parole qu'il a
5, dite à la Reine , il n'a pas branlé
yy ni des pieds , ni des mains » ni de la.
5, tête i tournant feulement les yeux.
,> quelque fois d'un côté Se d'autre ,,
3,, Se n'ayant perfonne auprès de mi
yj qu'an Nain* Au foi tir de la Co-^
yy raedie » toutes ces Dames fe font
53. levées , Se puis après font parties.
^5 une à une de ciiaque côté , & Te
joi*
àl'H/Jlolre â'Anne d'Autriche, j/^
5-, joignanc au milieu comme des Gha- î^j^.
j, noines , qui quittent leurs Chaifes
, ,, quand ils ont fait l'Office. Elles fe
,, font prifes par la main. Se ont fait
j, leurs révérences , qui durent un de-
,5 mi quart d'heure , & les unes après
5, les autres , font forties , pendant
,j que le Roi a été toujours décou-
„ vert. A la fin il s'eft levé , & a
,5 fait lui-même une révérence rai-
„ fonnable à la Reine , la Reine en
5, a fait une à l'Infante , & fe prenant
„ aufli 5 ce me femble , par la main,.
„ elles s'en font allées. Voilà ce que
,^ j'ai pij ajouter à ma relation. Le
„ Roi d'Efpagne vient d'envoyer ce
„ foir à M. le Maréchal un Cordon
,5 de Diamans qui eft fort beau , que
,j nous cûimons vingt mille écus 6c
^ plus.
Je reçus encore à Niort une fécon-
de Lettre de mon Frère , qui m'apra^
noit la mort du fécond Prince d'Efpa-
gne ; ce qui fit craindre au Maréchal
de Grammont , que fon Voyage n'eût
une fi'ti différente de fou commence-
ment j mais 5 l'état ou était ce Roi
l'obligea de confirmer fa parole, 6c
G 6 d'achs-
€o Mémoires pour fervlr
d'acheter la Paix par l'Infante.
Pendant le féjonr que le Roi fît cta
Provence , lois qu'il écoic à Marfeille j
le Duc d'Oileans étant à Dlois y mou-
rut en fort peu de jours. Ce Prin-
ce mérifoit d'être regretté, tant par Tes
bonnes qualicez , que pour être Fils
du Roi H^nri le Grand , dont la mé-
moire doit être toujours chère aux
François, On peut croire que fa more
fut précieuie devant Dieu j car ell^
fut précédée par une vie pieufe &
chrétienne , accompagnée d'une vé-
ritable contrition de Tes péchez. Il ac-
compagna ces vertus > à l'exemple du
feu Roi Ton Frère , d'une grande fer-
meté d'ame, & il envifagea la mort fans
frayeur ni fans foiblefe. Le repos >
dont il joUilToir depuis fa retraite, n'a-
voit pas contribué à fa fanté : au con*
traire , il étoit vieilli & changé , il a-
voit autrefois été le Chef de toutes les
Fa6tions & C iballes , qui de Ton tems
avoient é-é faites fous Ton Nom con-
tre le Cardinal de Richelieu» Ce Mi-
niftre avoir penfé périr fouvent par Tes
Entre pri Tes j mais le bon naturel de
ce Prince l'avoit toujours empêché
d'çn venir à la conclufion » par ce
^u'il
ki*Hlfîoire à'Anne â'Aîtirkhe, et
qu'il ^coic bon , Se qu'il ne voulut ja- i^c^),
mais confentir à répandre le fang de
[on Ennemi , ni faire aucune adion'
de violence. Sa Cour autrefois écoic
ren:ipliede plufieurs Seigneurs du Ro*
yaume , qui tous vouloient avoir
l'honneur d'être à lui , parce qu'il étoitr
préfomptif Héritier de la Couronnes.
& que l'Abaillcmenc , où- écoit réduis
le fcu Roi fon Frère , le relevoïc in-
finiment i mais coûte cette gloire é--
toit palfée. Celle qu'il avoic eue pen-
dant la Régence , donc j'ai fait de
grandes de amples Defcriptions , l'é-
toitauflî; il ne lui en r^ftoic que le
fâcheux fou venir de la vanité de Tes
penfées , &c de l'inutilité de fes adions,.
Depuis le mauvais fuccés de fes maU
heureufes Entreprifes , il étoit demeu-
ré dans un certain état de difgrace ^
qui fait compter les Hommes au rang-
dc$ morts , avant qu'ils- le foient en
effet ; mais il eft à préiiimer qu'il
vit de la vie des Juiks , & que fa-
pénitence de les aumônes qu'il faifoic
dans fa folitude de Blois , lui donnent
dans l'éternité une place qui vaut beau-
coup plus que toute la Grandeur mon-
daine donc il s'écoic veu environné..
Le
Cil M'emolres pour fervlr
Le Roi & la Reine mêlèrent , au
regrec qu'ils eurent de fa mort , le-
fouvenir des chofes palfées , ôc il fat
caufe qite leur Deuil ne fut pas tiictÇ*
fîf. M-u-ieinoifelie en fut fâchée, car,.
la perce d'un tel Père , doit toujours
être fenfible ; mais , les Procès qu'elle
avoit eus contre lui 3 & le peu d'ap-
plication qu'il avoit eue à la bien ma-
rier , diminuèrent un peu fa douleur :,
& la confiance , qu'elle eut à foufFrir
ce malheur , écoit moins un effet de
fa vertu , que de fon indifférence.
Madame vit fa perte , & il efl à croire
qu'elle la fent-it beaucoup ;, mais cette
PrincefTe étoit fi deftinée à n'être
comptée pour rien , que Çç.s larmes ne
le furent point. Mefdemoifelles d'Or-
léans , d'Àlençon , & de Valois , (ts
autres Filles , étoient fi lalfes d'être à
Blois , Se leur jeunelfe leur faifoic Çi
pafîîonnément defirer d^aller à Paris,
qu'elles fe confolerent aiiément fans
doute de voir finir leur Exil ; quoi
qu'apparament la mort de ce Prince
fût le plus grand malheur qu'il leur pût"
arriver, il le crut ainil lui-même ; car
dans ces derniers momens , jectant \ts
yeuxXur fa Famille 5 Jl cita en Latin à
à VHifioire à^'Anne d'Autriche, 6}
un Père de l'Oratoire qui l'afîifta à la
niort , un Palfage de l'Ecriture , qui
en reprelcntoit la defolation.
Environ ce même tems,le Prince de
Concé revint en France, il alla trou-
ver le Roi dans cette même Province^
oà il attendoit qu'il fut tems d'allée
recevoir l'Infante , des mains du Roi
ff'Efpagne Ton Père , qui la lui dévoie
amener. Je n'étois pas alors à la
Cour, c'eft pourquoi je ne puis rien,
dire de parciculier de cette Entrevue.,
Les deux Miniftres, qui étoient fur la
Frontière , avoient été iong-tems oc-
cupez à l'Accommodement de ce Prii^
ce. Celui du Roi vouloir le traiter
comme un Ennemi qui avoit fait la
Guerre au Roi , ôc ne defiroit point
que la Protedtion des Etrangers lui
donnât les avantages qu'il demandoir.,
Eux>- au contraire, le voulurent fou-
tenir jufqu'au bout. Don Louis de
Haro ne fe voulut jamais rendre fur
cet Article ; ^ enfin,. la P-otedion
du Roi d'Efpagne lui,fut Ci favorables,,
qu'avec elle il fit fon Accommode--
nient , de la manière qu'il le pouvoir
fiiuhaiter, il revint donc glorieufement:
fe jetter aux pieds du Roi , qui à ce
qu'on.
^4 Memeîres four fervir
qu'on me dit depuis , le reçut ave^'
beaucoup de douceur & de gravité.
Monfîeur le Prince le trouva Ç\ grand
en toutes chofes , que Aés le premier
moment qu'il put l'approcher , il com-
prit à ce qu'il parut qu'il étoit tems
de s'humilier.. L'éclat de la JeunelTa
du Roi , & ce génie de Souverain &
de Maîcre , que Dieu lui avoir don-
né 5 qui commençoit à fe faire voir
par tout ce qui paroilloic extérieure-
ment de lui , perfuada au Pnnce de
Coudé , que tout ce qui reftoit du Rè-
gne palTé alloit être anéanti , & deve-
nant fage &c modéré par Tes propres
expériences , il fit voir par Tes fenti*
mens & fa conduire , qu'il avoit pris un
autre efprit , & de nouvelles refolu-
tiens.
Après avoir pafle l'Hiver à Niort ,.
qui fut incommode par l'excès du
froid que nous y foufrrîmes , nous
partîmes Madame de Navailles , & moi
avec elle , de cette p.tite Ville auflî-
tôc après Pâques. Nous allâmes à
Bénac, Maiibu du Djc de NavriilleSi
qui eft fituée dans l'entrée des Pire-
nées. Nous attendîmes en ce lieu
le retoLU de la Cour, q^ui de Proveni-
à l'H'ifloWe à' Anne d* Autriche, é$
ce dévoie prendre cette même route j ^660*
pour aller , félon le delTein des deux
Rois, fur la Frontière conclurre la Paix.
Benac cft ficué fur une élévation à
l'entrée des petites Montagnes , qui
plus avant fe forment en de très- gran-
des. Il n\fl: pas loin de la Plaine de
Bigorre , & il eft à la vue des Pyré-
nées , & dont on voit les cimes cou-
vertes de neiges par les Fenêtres du
Château. Il n'cft pas tout-à-fait privé
des avantages du PaïS'plat j car le Be-
nageois contigu à la Bigoi^e eft une
allez agréable Vallée. De ce Heu 011
entre dans le profond des Montagnes ,
foit qu'on fuive la pifte des Vallées qui
fe forment dans ces affreufes Monta-
gnes , foit qu'on aille par le grand che-
min de Lourdes , qui eft une Place
forte à une lieue de Benac. Elle fem-
blc être placée du côté de la France
pour en défendre l'entrée 5c la fortie
aux Efpagnols , s'ils avoient l'audace
d'y vouloir entrer de leur côté. Le
Duc de Navailles a beaucoup de bien
en cette Province : il eft Seigneur du
LavedaUj qui contient fept Vallées qui
fe forment dans le fonds , & font rem-
plies de plufieurs Châteaux &: de
Bourgs*
66 Mémoires pour fervhf ^.
Bourgs. Il me fut facile , en allant
vifîcer leurs Terres , de contenter la
curiodté que j''avois euç , de voir ces
Pays, que la N iture a formez en ce
lieu differcns ues autres. Je m'écois
toujours imaginé que les Pi renées
étoient des Montagnes defertes & in-
cultes , où nulle beauté ne fe ponvoic
renrontrer , que celle qa*ane affreufe
folitude j jointe à leur prodigieufe
hauteur j pouvoit leur donner; mais
]& fus étonnée de voir l*agréable ôc
i'horribl'S y faire un mélange admira-
ble de routes les différentes beauté^
de la Nature. Il fe forme d'cfpace en
çfpace, dans ces hautes &. monftrueu-
Us Montagnes , de très-belles Vallées^
Si elles n'ont pas une allez vafte éten-
due 5 pour donner aux yeux le plaifîr
d'une vue lointaine, ellôs ont du moins
cet avantage , que la \ué en eft bornée
par mille objets differens , qui font
agréables à voir. Outre la beauté des
Prez , on y voit des Bleds , des Vi-
gnes, des Lins, & de toutes les (Tho-
fes necelfàires à la vie. D*nn côté p,
on voit une Montagne , dont la hau«*^_
teur voifine du Ciel , couverte deNei-
gQ £ar en haut , ayant des Nuées qui^
' .:! (eT
à l'Hîflolre à' Anne à' Autriche, 6j
fe Forment à la moitié de la Monta- i^^^»
gne y de de l^uure , on en voie de
moins hautes , qui font labourées ôc
p lancée s Je la même manière que îe
font les Colsncs d'autour de Paris :
d'.iutres , qui portant fur leur front la
ïnéme hauteur , font jufques à ia moi-
tié auijl remplies de Verdure Se de
Pacurage de Bêtes , &c de bons BleJs,
que les autres qui font plus balles. Il
y en a aulîi parmi celles-ià d'incultes,
ôc qui pour tout ornement n'ont que
des rochers atfreux , qui donnent ,
par une certiine horreur qu'ils infpi-
rent dans l'cfprit , une admiration bien
forte de la Puiirance de celui qui efl le
Ciéateur de toutes chofes. De ces
Montagnes , &c particulièrement des
plus defertes, fortent plufieurs correns
qui , tombant du haut de ces Rochers,
coulent le long de ces Pierres noires,
dont les rochers font formez , ôc font
des cafcacies admirables • le bruit en
eft agréable , & tout enfemble éton-
fiant. tLj^ a dans toutes ces Vallées
de beaux Vîîtïg^ Ôc de grands Bourgs
fort peuplez. Les Eglifes y font bien
fcrvies ; il y a plufi^urs Prêtres : le
Peuple y eft néanmoins méchant j. car
é s Mémoires pour fervîr
la rufticité du climat les rend crnels i
mais ils ne lalifenr pas d'être devors
à leur mode , & fur tous les chemins
l'on rencontre plufîeurs Chapelles &
des Images de Nôtre-Dame. Leur Lan-
gue eft un Erpignol corrompu , qu'il
eft difficile de pouvoir entendre. Les
Païfans font tous grands , de bonnç
mine , & bien habillez, ils alloienc
autrefois armez de piftolets & de poi-
gnards j mais alors, M. de Tharbe leur
Evêque , leur avoir défendu d'en por-
ter , à caufe que fouvent ils fe tuoîenc
les uns les autres , & fe donnoienc entre.
eux de petites batailles.
Dans ce Voyage que nous fîmes
pour V'fiter les beautez de ce Pais'»
nous allâmes dîner à Joncala , beau
Bourg qui dépend de la Vicomte dûv
Lavedan : nous y mangeâmes de bon-
ne viande , mais particulièrement du
beure le plus excellent du Monde.
Leurs Maifons font belles. Ils ont de
la Pierre , qui paroît tenir quelque na-
ture du Marbre : ils difent que c'en
eft, mais qu'il eft brutte. Qioi qu'il
en foit , elle eft belle & fait leurs Mai--
fons fort propres , qui font en dedans
accommodées de bois ôi couvertes
d'ar-
à l*fIiJlotre à* Anne à* Autriche, 69
d'ardoife j car ces montagnes defertes lé^o^
font pleines de Mines d'ardoife , &
on la cire de ces rochers noirs qui les
rendent Ci affreufes. De Joncala nous
pliâmes coucher à BolTein , qui eft un
vieux Château, appartenant au Duc
de N a vailles , bâti fur le fommet d'une
demie montagne. Je penfe que c'étoic
autrefois l'habitation fecretre d'Urgan-
de la déconnuc. C'efl: un roc , qui
eft des plus inacceffibles : il forme en
haut une terraOe qaarrée & grande ,
qui ferc de cour à ce Château , dont
on découvre une plaine des plus belles
& des plus fertiles de cette Contrée ;
elle a plus de demie lieuë de large &
plus d'une lieue de long. Le Gave
palTe au milieu de la plaine , qui ,
fortant du profond des montagnes
court avec une grande rapidité au mi-
lieu de cette belle Vallée. Elle eft
environnée des plus hautes montagnes
qui font en cet endroit. Il y en a une
qui , pour être fort droite 6c fort haute
1 depuis le bas jufqu'en haut , eft un peu
feparée des autres : elle s'appelle le
Pic de Midi. Celle-là n'eft pas plus
loin des Fenêtres du Château, que le ^
Pont-neuf Teft du Louvre, De cette
même
7© Mémoires po'^r fervlr
même v' ë on découvre (îx grands
Bourgs qui font au bas , ou fur les
premières hauteurs de ces Montagnes.
Dans i*un de ces Bourgs il y a une
Abbaye d'importance , & d'un grand
revenu , bien bâtie , dont les Reli-
gieux font d'une vie exemplaire : elle
s'appelle Saint-Seurin. Le Gave , qui
arrofe les prez de cette plaine les rend
beaux : il y a par tout des Vergers
bien plantez; dont les Fruits, à ce qu'on
nous dit , font excellens. L'entrée de
cette Vallée fe pourroit fermer par une ,
chaîne de fer , comme i'éroit autre- i
fois la célèbre Vega de Grenade ; car ,
on y entre par des endroits delà mon-
tagne, qui font alTez étroits. D'entreJ*
ces montagnes , il y a aufli trois en»;^
trées ou trois chemins , qui vont en '
Espagne , Se qui fe pourroient aifé^-^^
ment fermer; il n'y a pas plus de quatre "^
lieues de Pais , pour aller de là dans^'
l'Arragon.
Après avoir fatisfait notre curio/îté
fur la beauté des Pyrénées , nous par-'*
tîmes de Bénac , le deuxième de Mai ,
pour aller à Bayonne , où la Cour
étoit déjà arrivée. Nous palfâmes par'*
Pau , que j'avois affèz envie de voir ,
de
a l'HIffoIre â' Anne â'Antrlche, 71
& le refpcd que j'ai pour la nicmoire ibCo»
de Henri le Grand me fit vifiter le Châ-
teau avec foin , «S*: particulièrement la
Chambre où il eft; ne.
Nous arrivâmes à Bayonne le cin- Lc^Mai*
quiéme. La Reine eue la bonté de
nous y voir avec quelque joye. Ce ne
fut pas fans faire de grandes admira-
tions de ce que /étois enfin arrivée
dans un Pays fi éloigné du mien , &
fur le triomphe que j'avois remporté
fur ma parelfc. La Cour n'y tdrda
guère ; elle en partit aufïi-tôt après,
pour aller à St. Jean de Luz. Nous y
arrivâmes le huitième Mai.
On ne parloir alors que de la beauté Le s^aî.
du Lieu deftiné pour l*Entrevuë des
deux Rois , appelle le Lieu de la Con-
férence. Dés l'année précédente, le
Cardinal & Don Louis de Haro , y
avoient conféré (ur la Paix , 6c les Ar-
ticles y avoient été difputez & arrê-
tez par eux. Dés ce tems-là , on avoit
fait dans cette petite lie un Bâtiment
fort beau & deux Galleries égales ,
dont l'une avoit l'ilTuc vers la France ,
& l'autre vers l'Efpagne , elles abou-
tiffbient chacune de leur côré à un grand
Cabinet , c^ui avoit fervi aux deux
Miniftres,
^ 71 Mémoires pottr fervW
léfjo. Miniftres. -Mais, alors, ce lien écoîc
deftiné , pour recevoir les deux plus
grands Rois de l'Europe. On l'avoic
augmenté I & embelli , & il attiroit la
curiofité des deux Nations, Monfieuc
17. Mai. ôc Mademoifelle y furent pour le voir :
j'eus l'honneur de les y fuivrc , &
véritablement , ce Bâtiment étoit la
plus agréable chofe du Monde.
Le Roi d'Efpagne ctoit alors arrive
a Saint Sebaftien. Tous les François
alloîent le voir diner : ils difoient tous
que la Cour de ce Roi étoit folitaire j
mais , que l'Infante étoit belle. Le
Roi queftionnoit curieufement ceux
qui en venoient , & les demandes de
la Reine ne tarilFoient point fur ce
fujet.
Ceux j qui de ce lieu venoient à Sr.^^
Jean de Luz voir la Cour , étoienc
bien reçus , & de même les François
ctoient bien traitez chez euxj mais >
comme leur nombre étoit plus grand ,
& leur impétuofité plus exceffive , il y
eut des jours que le Roi d'Efpagne ,
dont les Grands n'ofoient s'approcher
pendant qu'il dinoit , fe vit prefque
étouffé par eux , & fa Table prête à
ccre renyerfée, Cependant , le Ma-
riage
I
i l*Hlfloîre à' Anne à' Autriche, 7 $
irîage du Roi s'avançoic , & nuilgvé les 16^0.
faux Prophètes qui Tavoient menacé ,
& qui avoienc prédit qu'il ne fe feroic
pas , il paroilloit Te devoir acomplir
dans peu de jours. Le Roi y envoyoit
fouvent fçavoir des nouvelles de l'In-
fante. Elle répondoit toujours peu de
paroles aux Cornplimens du Roi , &
mandoit à la Reine fa Tante des cho-
fes fort tendres.
Les Rois cependant s'occupoient \
régler les Confins de leurs Royaumes ,
fur quoi il y eut quelque différent à
caufe de certains Lieux , qui jufques là
ne Tâvoient pas été.
L'Evêque de Fréjus ^ m*a conté, *7m//V«,
qu'allant trouver le Roi d'Efv>aene à ^'■«'''«''«
Saint Sebaltien , pour être de la paît naiMa-
du Roi le témoin du Mariage , il por- ^^'^'"* ^^2
ta une Lettre du Roi à I Infante , écrire Langue
comme Ci elle eut été déjà accordée. ^fF^'i"»^''
U ne trouva pas les chofes en cet écat ,
ôc le Roi d'Efpagne différa de le faire ,
jufqu'à ce que certains differens fufTent
terminez qui n*avoient pas été afTez
décidez dans le Traité de Paix. Cela
fut caufe que l'Evêque de Frejus n'ôfa
prefenter fa Lettre à celle à qui elle
ccoit écrice. Il die au Roi d'Efpagne
Tome K D qu'il
74 Mémoires ponr fervir
l(>6o, qu'il l*avoic , ^ qu'il fouhaitoit paf-
fionnément de la donner à llnfante.
Ce Prince lui répondit qu'il la gardât,
& qu'il n'étoir pas encor tems j mais ,
J'Evêque , voulant au moins la faire
voir à l'Infante , afin de lui faire ap-
percevoir l'impatience du Roi , il la
porta cachc'e dans fa main le jour qu'il
eut Audience d'elle , 5^ lui faifant des
Complimens de la part du Roi & de
la. Reine fa Tante, il lui dit Vero y
(3) Uals* Senora , ten^o de dezirle un Secreto (a)
Mad^ynt, ^ ^g ^^Qç ^g Secreto , elle jetta les
vous dire yeux finement autour d elle , pour voir
unsccret. ç^ ç^ Camarera Mayor dc fes Duenas (h)
fh)uDa- l*<^coutoient , & lailfa parler l'Evéque
t,cur, ^ de Frcjus, Il continua Ion dilcours,
Fc^i^m- ^ i^i ^fç ^ g„ lyj laifiTant voir la Let-
tre , Qti*el Rey fn Senor , imagwando
fer mas dichofo de lo que era , le avia
{t)§^le efcrîto efla Carta ; pero quel Rey fn Pam
Maître^ ^r^ U avîa mandado de no prefentur-
croyante' feU (f). Elle luî répondit à demi-bas ,
17«r<«i ^^ ^^ ptiedo recîvirla fin VicemiA del
^li'il «'/- Rey mi Padre ; pero a me dkho que
loit y lui -^ ' ■'^
ttvoit écrit /^V' ^
cette Lettre i mats, que le T{ci fon Père lui avott eomwundé de ne la
iiii pas prefefJter,
(à) Je ne puis la recevoir fans la permis f ion du T^oi mon Pereimaist
il m'4 dit qne min chofet s'étcbeverênt promptemtnt.
a l*Htfïolre à' Anne d'Autriche, f$
preftû fe açahara todo (d)» Qiiand on la i660t
preiroit de répondre quelque chofe
pour le Roi , elle difoic , Loque dlgo por (SL)ce<fue
la Rewa m Tia , Ce pnede entender par et i"^'^ /'<'«»'
_,.-_•'-'- ^ ', la 'Reine
Rey{a) Le Comte Sr. Agnan , deux maTam*
jours avant qu'elle partie , pour fe ve- {*;fj"^^'"*
nir marier à Fontarabie, l'ayant e'té vi- pour U
fiter de la part du Roi & de la Reine , ^"*-
elle lui dit de Ion mouvement, après (b)Ef au
avoir fait fon compliment ï la Reine 1" ""'^^
fa Tante , y al Rey tamhlen (h).
Ce même Evêque de Fréjus avoîc
été déjà envoyé d'Avignon vers le Roi
d'Efpagne , &c avoit porté à l'infante
la Lettre , par laquelle la Reine eut la
joye de donner la première fois le Nom
de Fille k l'infante fa Nièce. J'ai trou-
vé depuis cette même Lettre , dans les
Papiers de la jeune Reine ; de , m'é^-anc
tombée dans les mains j j'ai voulu l'é-
crire ôc la mettre ici > me fembbnc
qu'elle doit être précieufe à ceux qui
révéreront la mémoire de cette grande
PrincelFe am l'a écrite , & qui pren»
dronc quelque part à la joye qu'elle
eut alors. Je l'ai copiée fur l'OriginaL
Elle étoic telle :
D 2. SE*
I^(:0.
7 6 Mémoires pourfervir
S E N O R A
9, TTlja y Sobrina mia , bien créera
j, jLjl facilmente V. Mageftad con
,, quanco gufto y fatisfadlion la efcri-
,, bo , ILimandola con el nombre que
,, defeado d;irle coda mi vida , lo que
9, Dios por fu Jnfinitabondad me a con-
5, cedido : y a no me quedad mas que
5, deiîear fino de ver Ilegar el dichofo
5, dia j que y o harto he delTeado y def-
5, feo , y de podcr defîr à V. Megeftad
„ de otra manera que por efcrito , el
,5 amor mui tierno con que la quiero y
„ quere , roda mi vida. No dire mas
„ por efta Carta : remtome a lo que el
5, Obifpo de Frejus dira a V. M. de mi
yy parte , y de la de ocra Perfona que no
5, quiero nonbrar. Suplico a Nueftro
3, Senor que me la guarde Hija mia co-
„ mo deffeo , que no fera poco.
En Avignon , a 24 de
Marfo MDCLX.
Biiena Madré y Tia
, Mageftad
ANNA.
EN-
à l'Hiflolre à' A^Jne à* Autriche, 77
En voici la Tiradudion, \(>^o.
M
MADAME,
A Tille & ma Nlece , Votre Ma-
jeflé croira facilement , (jnelle, efl
la SatlsfaBlon & la 'Joye avec lacjuelle je
lui écris , en lui àonnam ce Nom , que j*al
âejiré de hù donner tome ma vie, Dlen^par
fa Bonté Infinie , m'a accordé cette Grâce ;
il ne 7ne refte plus rien afonhaher ,• fî ce
n*eft de voir ayrlver cet heureux jo^tr, que
j'ai tant fotthahé y & cjne je fonhake , oit
je pourrai dire a Votre Majefté , d'une ait'"
tre manière cjue par écrit , comlnen j'ai
d'amour & de tendrejfe poptr elle, Je ne lui
en dirai pas davantage : je me remets a ce
ejue l'Evéque de Fréjns dira; a Votre Ma^
jeflé de ma part , & de celle d'une autre
Verfonne , que je ne veux pas nommer. Je
prie Notre Seigneur , ma chère Nlece ,.
qu'il vous garde pour mot , comme je le de»
pre i ce ne fera pas peu.
A N N E ,
Bonne Aiere & Tante
d.e Votre Majefté,
D i Ou
78 Mémoires -pour fervlr
lééc. On reçut alors à Saint Jean de Luz
une nouvelle agréable au Roi & à la
j^jj-^^"' Reine , qui fut le retabiiircment du
Roi d'Angleterre dans fon Royaume.
Monk l'avoit bien fervi , & avoit fait
revenir à lui le Parlement & l'Armée,
Il y avoit long-tems que ces Peuples ,
deteftans la Tirannie , foupiroient a-
près la légitime Domination de leur
Roi , fi bien que le Parlement députa
vers ce Prince , qui écoit alors en
Flandres , pour lui nnander de paflTer
en fon Pais, Sc lui dire qu'ils vou-
loienc à l'avenir , par leur repentir &
leur fidélité , reparer leur Révolte cri-
an i ne lie.
Ce même jour , le Roi alla vificer le
lieu de la Conférence , qui continuoit
toujours > entre le Cardinal , & Don
Louis de Haro , pour achever de ré-
gler les Confins des deux Royaumes*
il voulut aller voir lui-même , où il
faudroit placer fes Troupes , le jour
de l'Entrevue de la Reine , vc de l'In-
fante quand elle feroit Reine , & où il
pretendoic aufli la voir. Plufieurs
Grands d'Efpagne , & particulièrement
le Marquis de Liche , Fils de Dor\
Louïs de Haro> fe trouvèrent en ce
lieu ,
à VHtjîolre à*Ânne d* Autriche, 7^
lieu , qui admirèrent le Roi , & qui H^c>^
témoignèrent leur fatisFadion , par les
cxceffives loiianges qu'ils lui donnè-
rent.
Il y eut de grands retardemens du
côté àts Efpagnoîs , fur certains Villa-
ges qu'ils demandoient fur la France.
Ces Chicaneries donnèrent du dégouc
aux deux Rois , & les deux CoiKs Te
chagrinoient : on murmuroit déjà de
part &: d'autre ; & on fe difoit à l'o-
reille à Saint Jean de Luz , que le
Mariage pourroit fe rompre. Mais , iî
paroiiîoit néanmoins , par ce qui étoic
arrivé à Lyon, que Dieu l'avoic ordon-
ne ; &: il écoit en effet arrête par les
ordres divins, que nous aurions pour
Reine cette grande PrincelFe. Enfin »
les Négociations des Miniftres eurent-
une fin honorable pour le Roi j car le
Cardinal Mazarin ayant tenu bon , îe
Roi d'Efpagne lui manda qu'il le pre-
noic pour Ton Arbitre , & qu'il le
prioit d'ordonner de cette Difpute fé-
lon qu'il le jugeroit jafte. Le Teilier
Tint apporter cette nouvelle au Roi &
à la Reine , le jour de la Fête du Saine
Sacrement, qne Leurs Majeftez éroienc
à la grande Meife à la Vno\[\t de Saint
D 4 Jcaa
So Mémoires pour fervîr
ié6o. Jt^andeLnz. Elle donna de la joye à
toute la Cour ; car , chacun fouhairoic
de retourner à Paris ; & , comme ce qui
étoit an difpLue n^étoir pas de grande
confequence , on eftima le Miniftre
d'avoir trouvé le moyen de relàcheir
avec honneur quelque petite portion
de ce que le Roi d'Efpagne précen-
doic. Il fe lie fur ce fujet une ConFe»
rence entre les Minifbres , & quelques
Voyages de Négociateurs fubalternes ,
ëz toutes chofes s'acommoderent. Les
Partages étant faits alfez à l'avanta-
ge du Roi , une autre Entrevue des
deux premiers Mmiftres régla tout le
refte : le jour fut pris pour les No-
ces , Se les Entreviiés du Roi d'Efpagne,
de la Reine , & de l'Infante , avec
celle des deux Rois furent toutes ar-
rêtées.
,- *.,'n Le Mercredi deuxième Tuîn , le
LC 1 juin» _ •'
Roi d'Êlpagne quitta Saint Sebaftien ,
& vint à Fontarabie , pour pouvoir
faire le Mariage , qui devoit fe cele-
i۔ juin, brcr le lendemain. Don Louis de Ha-
ro , Miniftre d'Efpagne , devoit épou-
fer l'Infante au Nom du Roi , Ôc l'E-
vêque de Fréjus. fut nommé pour en
ctie témoin de la part du Roi, Je
vou-
à l'HiJloîre d'Âririe d'Autriche, Si
voulus aller voir cette Cérémonie , & iééo«-
la Cour d'Efpagne, Je ne fus pas
feule , qui eut cette curiofité : beau-
coup d'autres perfonnes , tant Hom-
mes que Femmes , y furent aullî. Ma-
demoifelle y voulut aller îmo^nîto , ou
ce qu'on appelle en Efpagnol deenhoçoK Cachée.-
Elle m'avoitfait l'honneur de me vou-
loir mener avec elle ; mais , pour m'ê-
tre engagée avec d'autres perfonnes , je
n'y pus aller , & je la rejoignis à Fon-
tarabie. Comme nous arrivâmes fur
le bord d'Andaye, nous trouvâmes des
Barques , que le Roi , d'Efpagne , qui
fçavoit que les Dames y dévoient aller,
y avoit envoyées. Ces Barques ctoient
par dehors couvertes d'Etoffes éclatan-
tes & par dedans tapi liées de Damas
cramoifi , avec dzs molets d'or & d'ar-
gent , & des rideaux de même Etof-
fe. Il y avoit dans ces Barques âcS'
Bancs & des Sièges richement accom-
modez, Des Carolfes du Roi d'Ef-
pagne nous attendoient fur l'autre
bord de la rivière au pied des murail-
les di Foncarabie , où nous crans mi-^
fes nous fumes conduites chez Pimen*- ^j'ctoiT
tel , qui etoit de la connoillance des- dames '
Perfonnes avec qui j'étois *. On ^^^^^
D S nous Lionne,;
Il Jl^ f moires pour fervîr
l66o* iiotis apporta aufïi-tôc du Ciioco!ar&
CCS BTcuirs 3 iegrand régal d'Efpagne.
Cette Maifon écoic dans ki Place j ôc ,
pendant ce petit repas , je m'occupai
à regarder tout ce qui fe put prefenter
à mes yeux ; je fuis curieufe, Ôc j'aime
à remarquer ce que je ne connois
point encore. Je vis premièrement
une grande quantité de Livrées du
Koi 5 ôc celles des Grands étoient auf-
fi afïez raifcnnabîes , mas fans Or y
ce qui ne les embelliiïbit pas. Nous
vîmes palîer quelques Grands , qui »
outre leurs EftufScis de leurs Livrées >
avoient aufli des Pages du Roi qui les
fuivoienr. On nous dit que plulieurs
en avoient > que le Roi leur entrete-
roit, les uns plus, les autres moinso.
félon leurs Grades ou Dignitez. DeJà
nous fumes conduits à l'Eglife , ou
nous trouvâmes des Gardes rangés en
haye , fans occupation , car il n'y a-
voic pas ailez de Courtifans à cette
Cour pour former la prefTe y ôc ceux
qui y dévoient être étoient en petic
nombre ; v^ms ,11 faut remarquer
auffi , qu'ils font défrayés par le aoi ,
de qu'aucun ne fuit fa Pevfonne dans
les Voyages , que par fes ordres. Cette
À f^Hiftoire d'Anne d'Autriche. 85
coutume prive fa Cour d'eclac & de 1^60,
bruit 5 mais en foi elle a de îa Gran-
deur. Jamais eu France je n'ai écé à
la moindre Cérémonie avec tant de fa-
cilité. A dire le vrai , je fus étonnée
de voir en ce lieu , & dans une fi ce-
celebre journée ,une fi grande folitude.
Nous nous mîmes dans le Chœur , à:
côté des degrez du grand Autel , d'où ,
nous voyons la Courtine du Roi , c'eft
à dire , le lieu où il fe met pour en-
tendre la Meffe , qui eft comme un
Lit, où il y a àç,s Rideaux tout au-
tour : celui de devant Tes yeux eft tiré j.
afin qu'il puilfe entendre la MelTe , &
d'ordinaire on ne le voit point. Cette
Courtine étoit à main droite dans le
Chœur , qui étoit couvert par terre de
grands Tapis de Turquie, A côté de
ia Courtine , il y a voit un grand Banc
couvert aullî de Tapis , qui étoit placé
depuis le coin de la Courtine jufques
plus bas , &: de là formoit un quarrc
pour les Grands d'Efpagne. Made-
moi Telle arriva un peu après nous , qui
fe mit parmi les autres j mais , comme.
on fcavoit qu'elle y devoit venir , quei^
ques-uns & même des Prêtres qui é-
toient là.atrendans à faire l'Office me
D 6 de-
S4 Mémoires pour fervtr
demandèrent où elle étoit. Ces Pic^
très s'occupèrent à m'entretenir. Je
leur parlai Érpagnol ,\\s y répond irenr,
& même j'ôfe dire qu'ils me parlèrent
en des cermes un peu trop galans pour
des Prêtres j mais l'air corrompu du
Pais le veut ainfî. Au bout d\me de-
mi heure ou trois quarts d'heure , le
Roi d'E^^pagne arriva avec llnFanre ,
qu'il menoit à fa main gauche. [1$
n'étoient pas fuivis d'un grand non>
bre de Pcrfonne^ , ni avec apparat 5
car , le Roi d'Efpagne a peu de Gar-
des , de le bruit des Tambours & des
Trompettes ne l'accompagne pas com-
me le nôtre, ils fe placèrent tous deux
dans cette Courtine , & l'Infante fe
mit à la gauche du Roi fon Père. Dés
le premier moment que je vis cette
Princelfe , elle me parut belle , de le
Roi d'Efpagne me parut avoir la phi*
fîonomie d'an Homme plein de bonté'..
Le rideau de cette Courtine , du côté
où nous étions demeura ouvert , ôc
on crut que ce fut pour favorifer Ma-
demoifelle , que ce Roi regarda fou-
yent. Les Grands fç mirent fur ce
Bmc qui étoit préparé pour eux. Don
Louis le premier touchoic le rideau
de.
a l*Hijhîre à* Amie d'Antriche, S|
de la Courtine , puis le Duc Médi-
na de las Torres > le Marquis de Mon-
dejar , le Marquis de Liche , ôc les
autres. La Melîe fe commença aulïî-
tôc , qui fut dite baffe , fans nulle ce»
remonie , par TEvêque de pampelu-
ne. Nous remarquâmes même que les
Ornemens en écoienc vilains. Sans
compter un grand nombre de François
qui rempliiroient toute l'EgliTe , nos
grands Seigneurs , qui avoient paifé
ians le haut du Chœur , occupoienc
les dégrés qui montoient au grand Au-
tel à côté duquel étoienc afïis TEvê-
quedeFréjus, ôc celui de Comminges
de la Maifon de Choifeul, Nous au-
tres Dames étions à Tautre côté de la
Courtine, vis à vis du Roi <3c de l'in-
fante , à genoux fur les Tapis qui é-
toient à terre. La Melfe écanr dite ^
l'Evêqne de Pampelune ,, revécu de
fes Habits Pontificaux , s'approcha du
lieuoùécoit le Roi & l'infante. Don
Louis , & i'Evêque de Fréjus s'en ap-
prochèrent auffi ; ôi l'Infante s'écant un
peu avancée , alors on lut la Procura-
tion du Roi nôtre Maître , & enfuire
l'Evêque les maria. Quand il falluc
q^u'elk dic ce oîii fi confiderable pour
tous»
S^ Mémoires pour fer vît
tous , & Cl notable pour des Perfonnes
de cette Naifïance , elle fit une grande
Keverencc au Roi fon Père , puis !e
prononça moJeftemenc. La féconde
fois 5 elle le die un peu plus haut j (Se
la Cérémonie étant tout-à- fait achevée^
elle fe mit à genoux devant ie Roi fon
Pçre , qui , en l'embradanc tendrement,,
la releva , ayant les larmes aux yeux ^.
& cela nous les y fit venir auffi.
L'Infante Reine étoit petite , mais
bien faite : elle nous fit admirer en elle
la plus éclatante blancheur que Von
puiiTe avoir , ÔC toute fa perfonne de
même. Ses yeux bleus nous parurenc
beaux : ils nous charmèrent par leur
douceur , ^ leur bnlîant. Nous cc-
lebrames la beauté de fa bouche , ôc
de fes lèvres un peu groiTes & vermeil-
les. Le tour de (on vifage étoit long ,,
mais étant rond par en bas , il nous,
plut y de ies jolies un peu gi'olTes mais
belles eurent leur part de nos louan-
ges. Ses cheveux écoient d'un blond
argenté,, qui convenoit entièrement
aux belles couleurs de fon vifage. A
dire le vrai , avec une faille plus gran-
de , & de plus belles dents , elle meri-
loic d'étxemife au rang des plus belles.
Pcr-
a i'HJjhIre d'Anne â^Afétrkhe, 87
Perfonnes de l'Europe; ôc je trouvai 1660»
qu'elle relTembloic beaucoup au Por-
trait Que mon Frère nous en avoic
déjà faic. Sa gorge nous pamc bien-
faite , &: aflez grade , mais Ton Habir
étoit horrible. La coutume ni la mo-
de ne nous f^afcinoic point les yeux ,
& pour moi y foie en France , foie ail-
leurs , il me femble que je difcerne
aifément , ce qui eft mal , ou bien.
Comme je trouvois alors les Habits
des François ridicules avec les larges
Canons qu^ils portoienc aux jambes 3
& que je trouvois a redire à leurs pe-
tits pourpoints, qui ne leur couvroienc
ni le corps ni l'eftoraac y de même »
THabic & la Coiffure des Femmes
d'Efpagne me fît de la peine à voir..
Leur corps n'écoit point vêtu de rien
qui fût ferme , 6c leur gorge ëtoic
ouverte par derrière. Hormis l'Infan-
te , je ne vis de toutes celles qui U
fuivirent aucune Femme qui ne fût
noire & maigre. Leurs épaules,, par
conféquent , me firent mal au cceur , à
les voir ainh découvert^^s. Leurs peti»
tes manches étoient taillées & de
mauvais air. Elles avoient pe.u de
linge , & leurs dentelles nous parurent
laides , .
î^ Mémoires pôurfervïr
laides , leurs manches pendantes é-
toient fans grâce, & leur Gard-Infanti^
écoit une machine , à demi ronde &
monftrueufe ^ car , il fembloit que
c'écoient plufieurs cercles de tonneau
coufus en dedans de leurs Juppss , hor-
mis que les cercles font ronds , 6i que
leur Gard-Infante ^ ctoit aplati un peu
par devant & par derrière , & s'élargit
foit par les cotez, Qi-iand elles raar-
choient , cette machine fe hauiîoit ^
bailloit j Ôc faifoit enfin une fort laids
figure.
Leur plus bçlle CoëFare étoit larga
avec de faux cheveux > 6c leur front
trop découvert & (ans fcifure , n'avoic
point d'agrément. Quelques autres
avoienc leurs Cheveux nouez par der-
rière , 6c leurs treifes attachées par ci
par là , avec des rubans qui font laids
en Efpagne. Encore cette manière de
fe coëfer comme elle étoit plus iim-
pie ôc plus naturelle , étoit auffi plus
agréable. L'Infante Reine ctoit coef»
fée en large le jour de Ton mariage.
Son Habit étoit blanc , & d'une allez
laide Etoffe , en broderie de Talc y car
PArgent êtoit deffjndu en Espagne.
Elle a voit des Pierreries enchailées dms
beaiî^
^ l'Hlfloire à* Anne à'Jutrtche, Sp
beaucoup d'or. Ses beaux Cheveux ^^éo,
croient cachez fous une manière de
Bonnet blanc , au tour de fa tête , qui
ctoit pKis propre à la deffigurer , qu'à
lui donner de rovnement ; mais , mal-
gré Ton Habit , nous apperçumes fa
beauté. C*étoit une marque infaillible
de fa grandeur.
De là nous allâmes la voir dîner Se
la Reine , avec un defir fort emprellé
de la voir de près. Quand elle fortit
de fa Chambre , pour venir ri ans celle
où Ton couvert étoit m'rs , on nous
convia ds nous approcher d'elle , &:
de lui aller baifer la main, La Du-
chefTed'Ufcz , qui écoit de notre trou-
pe , y fut la première , puis Madame
de Lionne , puis moi , félon que le
hazard m'avoit fait rencontrer auprès
d'elle : les autres enfuiie y furent de
même. Elle fe mit enfuite à table, &
fut fervie par fes Dames , & par Çt^
Menins. Comme en la faluant je lui
avois parlé Efpagnol , elle s'arrêta à
moi , 6c me fie l'honneur de me ré-
pondre à toutes les queftions que je
lui fis. Ses propres Cheveux ne fe
voyoient point : elle en avoit de faux ,
qu'ils appellent Monos , c'cft - à - dire
faux-
9© Mémoires pour fervir
lééo. fauxChevenx, ]e lui demandai à voir
les fiens : elle me les montra , 6: j'eus
fujet d*etre fatisfaite de leur beauté.
Quand elle fut à table , elle me com-
manda de m'approcher , & de l'entre-
nir. Je paiTai derrière fa chaife : &
comme toutes fes Dames par refpeéb
n'approchoient point d'elle , je lui dis
que puifqu'elle écoit notre Reine, elle
devoit s'accoutumer à fouftrir nos im-
portunitez. Mademoifelle , dans ce
tems-là , étoit allée voir diner le Roi.
d'Efpagne j elle revint alors , Se s'écant
appuyée fur moi » je fus leur truche-
menr. Notre nouvelle Reine , fça-
chant que c'étoit elle , qui ne vouloit
pas être connue , lui fit quelques fou-
ris , &c répondit toujours agréablement
à tout ce qui fe àiCoit de nôtre coté.
Cette PrinceiTe étant fortie de table ,
elle s'approcha de Mademoifelle ôc lui
dit j en faifant mine de l'embraflTer, t>^»
(a> Je ahraçho le quiero dar a efconàida {^)^
vous veux £lJe la fit entrer dans fa Chambre , ou
<m>bra(fer . • . , ^^ ni.
anfeeret. " -J avoit deux Carrcaux : elle lui
en fit donner un ^ & la traitta de Vos ,.
comme étant Reine, faifant néanmoins
toujours femblant qu'elle ne la connoif-
foit pas» Elle fuiyit en cela l'ordre du
Roi
a VH'iflolre d' Arjfîe d*Amr'iche, 5)1
Roi fon Père, qui lui manda d'en u- i6éo.
fer ainfî j car , étant rentrée dans fa
Chambre , entre ce moment & celui
auquel elle fit entrer cette PrincefTe ,
elle avoit envoyé , fçavoir de lui ,
comment elle la traitteroit. ^ Si Made-
moifelle eut pu alors fe fouvenir des
delîrs ardens qu'elle avoir eus pour la
Couronne de France , elle auroit dCi
fentir quelque amertume ; mais , fon
Efprit n'étant pas habitué aux réfle-
xions , 6c le tems qui efface toutes
chofes ayant eu le pouvoir de changer
fes fentimens , elle revint contente de
Fontavabie. Pour nous , nous crûmes ,
ayant vu l'Infante Reine , que nous
devions rendre grâce à Dieu de nous
l'avoir donnée. Elle reff'embloit à la
Reine fa Tante; mais, fes Couleurs
cioient différentes, La Cour d'Efpa-
gne paroit deferte , au prix de cette
nombreufe quantité de Gens de Qua-
lité , qui offafquent celle du Roi , &
qui la rempHlfenr^ Ce que j'en vis
néanmoins , qui fut peu , me parut a-
voirde la Magnificence, Les Grands
n*avoient pas des Habits fi brodez que
les François ; mais , fur leurs Etoffes
fimples & unies , ils ayoïenc tous de
belles
92. Mémoires pour fer vlr
belles Pierreries,qui les diftingnoient du
commun, & les faifoient paroîcre de
bonne mine. Leur Habit avoic de la grâ-
ce 5 hormis que leurs ChaulFes étoienc
trop étroites , comme celles des Fran-
çois étoienc alors difformes par leur
largeur.
Après que nous eûmes vu. marier la
noQvelie Reine ^ & après que nous lui
eûmes fait notre Cour ; Pjmentel nous
donna un bon dîné. D'autres furent
traittés par Don Louis , 6c après que
nos Troupes Françoifes eurent été fore
bien nouries , nous nous en revînmes
tous à Saint Jean de Luz , dire à la
Reine que nous avions trouvé la Reine
fa Nièce à\g\-\^ de fes defirs. Nous lui
en fîmes le Portrait 5 &: notre Narra-
tion augmenta l'impatience qu'elle a-
voit de la voir.
Le lendemain, la Reine dévoie al-
ler fatisfaire fon defir , fuivie feule-
ment de fa Dame d'Honneur , félon
qu'il avoit été refolu entre le Roi &:
elle & le Roi fon Frère &: la Reine fa
Nièce , afin de pouvoir jouir plus en
repos du plaifir de fe revoir encore
une fois en leur vie. Monfieur feule-
ment devoir aller avec elle , dont le
rang
à l'Hiftoire à' Anne d'Autriche, 95
rang ne les pouvoir embarraller , & l6(^0»
dont la PeiTonne lui éroit chère. Le
Roi devoir fe montrer à Cheval à l'In-
fante Reine , par les fenêtres de la Sal-
le , où elle feroic avec la Reine ; mais ,
fon impatience changea ce premier
delfein.
Le quatrième Juin, la Reine alla Lc^jain,
donc voir le Roi fon Frère, & la Rei-
ne fa Nièce pour la première fois , qui
ne fut accompagnée que de Mefdames
les ComieOes de Flex , &deNoailles ^ *Dame
, . 1 1 • n'Hon-
encore cette dernière eut de la peine neur, &
pour en être. Les deux Rois ne fe de- ^^"^^
* . ' » r ' ' d'Atour.
voient voir qu une rois en cérémonie ,
qui devoir être le jour qu'ils jureroienc
folemnellement la Paix ; mais , ain(î
que je viens de le dire , ce projet ne
fut point fuivi , parce que , félon la
raifon , h Roi voulut voir l'Infante
Reine de plus près , ^ voici comment
la chofe fe fit*
La Reine arriva à la Conférence a-
vant le Roi d'Efpagne fon Frère, à
caufe qu'il avoir été retenu à Fontara-
bie , par la vifice du Duc de Créqui ,
qui fut de la part du Roi porter à no-
tre jeune Reine , non les Pierreries de
la Couronne , mais celles que le Roi
lui
9 4 JHemolres pour fervlr
lui donnoic pour Ton prefenc de Na-
ces , qui fuc fort beau. Le Roi d'Ef-
pagne éranc arrivé , la Reine & lui
s'embraflerenc : le aoi Ton Frère plus
gravement que la Reine ; car , elle
voulut le baifer , mais il retira fa tête
a loin , que jamais elle ne pût l'attra-
per. La Reine fa Nièce , fe jctta à
genoux devant elle , & fut long - tems
à lui demander la main , ce qu'elle
n'obcint pas , mais au lieu de la main
la Reine l'embralfa auffi tendrement
que l'on le peut juger , par les ardens
defirs de fon cœur , pour la jouïilance
de ce bien qu'elle polTedoit alors. En-
fuitc Monfieur s'approcha du Roi
d'Efpagne , & lui fit fon compliment.
Ce Roi lui dit qu'il étoit ravi de voir
Son AltelTe , & ils fe firent aufïi des
compliments la jeune Reine & lui. Le
Cardinal fut reçu du Roi d'Efpagne a-
vec beaucoup de louanges fur fa per-
fonne , fur l'eftime qu'il en avoit tou-
jours faite a & fur fes belles qualitez ,
puis conclut par lui dire, que l'Europe
enfin lui devoit la Paix,
Don Louis apporta une Chaife au Roi
fon Maître , & Madame la Comtef-
fe de Flex Dame d'Honneur de la
Reine
k l'Hîftoîre à' Anne d'Autriche. 9 ;
Reine en rae'me tems en appouta une iCûq,
à cette PrincelTe, Tous dtux s'affi-
rent environ fur la ligne qui dans la
Salle de la Conférence féparoic les
deux Royaumes. La C^marera Ma- ^^j^^^^.
yor{a) du côté d'Efpagne apporta un ^e d,'H.l
Carreau à la jeune Reine fa MaîtreA^» "'*""•
La Reine lui en fit apporter deux , ^
elle s'aflîc auprès du Roi Ton Père,
Monfieur fe i-nit fur un Siège pliant {hjHeias-.
auprès de la Reine fa Mère. Leur /^^^^;'"''
Converfatîon fut bonne , tendre , Se Dm^//
cmprelTée du coté de la Reine , mais VjJJ*
trop grave du côté du Roi fou Frère , (c;Ji««-
&-à fon retour elle nous parut plus '' ''""'",'
contente de les bonnes mtenrions lur rcmbien*,
l'amitié, que de fon extérieur. Etant '«'"^"p-
cnlemble , ils parlèrent de la Guer-
re, & la Reine faifanc des lamentations i^tfpere^
fur fa durée, il lui dit avec un grand '""■^i .
helas : Ay , Senora , es el Diablo qvie v»?** àt-
lô a hecho ( a ) : Il lui dit en une autre ^«^"'^//''
occalion , A^ora , prejfo tendromos defouhai-
mettos f b ) : & la Reine lui répondit , ''/J^/f ^'
Qjie ajji lo efperava , pero cjue le pedîa i^oi ♦
licencia , para dejfear un Hyo por el ^^^^l^-
Rey , primera (jHc una Novla , por el fe^me
Trincipe fa Sobrho (c) : Ils parlèrent ^^.J^
enfin de toutes les chofes qui peuvent mon nt{
venir ^"''
^é Mémoires pmr fervlr
liCa, venir dans l'efpric d'un Frère , & A'a-
ne Sœar , qu'il y avoic quarante cinq
ans qui ne ç'écoienc vus. La Reine
lui die encore fur le chapitre de la
Guerre , To creo ^«^ me perdonara , V.
Jidageflad de aver fiâo tan huena Fran^
ce fa \ yo lo devla ai Rey mi Hijo , y a
(a) Jf la Francia ( a ). Bien lo efîimo en V.
cïots 0UC ^ y J
VomMA- M âge ft ad y lui répondit le Roi d'Ef-
^^'^^ Tonne- P^S"^ • ^^^^'^^^ ^^ ^ hccho U Reyfta ml
ra d'avoir muguer , qiie fienào France fa , no ténia
TeFrt7- ^^ ^^ ^^^^^ fi^^ ^^^ întereffes de mis
{o!fe. Rein OS , y et dejfeo de comentarme ( e ).
j^ le de- Ce grand Roi conta à la Reine fa
'oois au Sœur , Tamour qu'il avx)it pour la Rei-
wïnF'th, ne fa Femme : il lui dit qu'elle avoic
^^^'^ de la beauté , qu'elle écoit bonne , 6c
qu'il avoir un grand defir de la revoir.
Il n'oublia pas aufli de célébrer les
belles qualitez de la deffunce Reine fa
vtus en première Femme , Fiile de France ( f ) ,
tfltme. ^Qx\i la mémoire étoit en vénération
K '^11' dans tous fes Etats. Le Cardinal Ma-
me en a zarin , qui s'étoit amule a parler a D.
^7nt;Tar, Louïs , interrompant leur Converfa-
étant tion , s'approcha de Leurs Majeftez ,
mon
&• À
France,
(e) Je
Vrançoi- ^
fe , elle ^ ^
n'aveit dans l'ame que l'intérêt de mes T^ojaunns » ^ le defir dt raê
contenter
{î} Madame ElîfAbetb de iMnce»
à l'Hîfloîre ^Anne à' Autriche, ^y
>lk leur die , qu'il y avoic un lutoîina i^^^,
qui écoic à la Porte , qai deai .ndoic
qu'on lui ouviîc. La Reine , avec le
confencemenc du Roi fon Frère , lui
ordonna de lailfer voir cet Etranger.
Lui & Don Loiiis , laKTint la Porte
demi ouverte , donnèrent moyen au
Roi de voir l'Infante - Reine; mais,
parce qu'il falloit auflî qu'elle le vît,
ils prirent foin de ne le guère cacher.
Ils n'eurent pas grand peine de trou-
ver les moyens de le montrer , à celle
qui le regardoit avec des yeux tout-à-
fait intered'és à fa bonne mine , parce
que fa belle taille le faifoit furpalFer
les deux Miniftres de toute la tête. La
Reine rougir , en voyant paroîrre le
Roi fon Fils , & la jeune Rjine encore
1 plus , en le con(ldev:int attentivement.
} Le Roi d'Efpiîgne le regarda autîî , 6^
! fourit , en difant à la Reine fa Sœîir,
.qu'il avoit un lînâo Herno a» L^aVnheax
(Reine auffî tôt lui dit en Efpagnoi , '^^''^''^•.
I qu'elle fouhaitoit de demander à la
! Reine , ce qu'il lui fcmbloit d^ cet In-
: connu ; fur quoi le Roi fon Frère lui
répondit , (jne no era tiempo de defr-^
loh. Et quand le pourra-t-elle dire, br^wvyf
lui dit la Rsino en Efpagnol, Q^Hanâo ^deUdtltl
Tme y. E mrf^
5)8. Mémoires pour fèrvlr
xé^o. ^^ra pajfado a çjuflU Puerta a, lui ré-
ti Quand po^^ît ie Roi fo» Frcrc. MonfuLU'
eiie^^ura dic tout bas à la jeune Reine , Qjie le
^BmeT' f"^^'"^^ "^ Vagira Majeftad , de la her^
bQttefem' ''^ ^ ? Elle lui répondit auflî-tôi d'un
hle't'd à air fpiritucl , & en riant , Muy linda ,
feîte Por- y- ^^^^y ^^^^^^ 3 ^^ farece la Pnena c.
le? Apres que le Roi eut regardé la Reine
cLaPtrîe Infante , il fe retira, &c alla fe pofteu
rne ^aroh au bord de la rivière, pour la voir
^(sr jort embarquer. Il dit à Mr. le Prince de
hmne, CoHti , 6c à Mr. de Turenne, en for-
tant , que d'abord la laideur de la
Coiffure ^ de l'Habit de Tlnfante
i'avoit furpris ; mais que l'ayant re- .
gardée avec attention, il avoit connu |
qu'elle avoit beaucoup de beauté , &
qu'il comprenoic bien qu'il lui feroic
facile de l'aimer; La foule que les
Grands d'Efpagne firent autour du
Koi , pour le voir , & leur Admira-
tion fur fa perfonne , fur une chofe
extraordinaire, ils le portoient , tant
ils le prefToient , & les Gardes du Roi
d'Eipagne fe venant mêler avec celles
du Roi^ fe mirent en la même poftu-
re qu'eux , &: ne faifoient autre chofe
que lui donner mille benedidions.
, Èiifîu , jamais Emrevu'è de Rois n'a
été
i l'Hiftolre à' Anne d'Autriche, f 9
écé pareille à celle-b. il faut fouhai- i6<oo.
ter qu'elle aye de meilleures fuites >
que celles qui fe font faites jadis, en-
tre nos Rois 5c les Rois d'Efpagne »
& d'Angleterre.
La jeune aeine voulut remercier la
Reine fa Tante des Préfens que le Duc
de Créquy lui avait apportez ce mê-
me jour de la part du Roi j miis ,
la Reine lui répondit , No ^ no y Hiîa j
en ejio de prefentes , no es menefter
h^arme a ml , ëjue toâo vlene y a del
Rey^, * bis», non g
Quand la Reine & le Roi d'Efpa- "''^'^■'?
gne le voulurent feparer j chacune de tildes pr,*
ces Perfonnes Royales fe trouvèrent ^'"^'''f"'
abandonnez de leur Cour : tous les pas parler
François étoient palfez du côte' du ^'^•^„j"j'^
Roi d'Efpagne ôc de la jeune Reine , t^/V
pour les voir entrer dans leur Batteau
qui écoit païf litenent beau ; & tous
les Efpagnols étoient du côté du Roi
pour le voir , &: pour faliicr li Reine
notre digne Maitrelfe , dont les mains
penferentêtre uféesàTorce d'être bai-
fées. Les Grands Sc les Petits Pem-
bralFoient quad , avec des tranfports
de joye inconcevables. Il y eut un
Comte de ^Pugnoenroftro , qui avoic
Ë 2. au-
IQO Mémoires pour fervir
100» autrefois écé Ton Menin , qui lui pen-
fâ dévorer la main. Enfin , la Reir
ne nous fir l'honneur de nous dire à
fon retour , qu'elle ne croyoic pas la
pouvoir tirer jamais des fiennes , tant
il la tenoit forrementi Le Roi , pen-
dant que la Reine fa Merc , recevoit ;
les faluts de ceux de fa Nation , ayant
vu embarquer Tlnfante-Reine galoppa
le long de la rivière fuivant le bat-
teau où elle étoit , le chapeau à la
main d'un air fort galand. Il auroic
peut-être couru jufques à Fonrarabie,
fans des Marais qui l'empêchèrent de
pHTer. Le Roi d'Efpagne en fortant ,
foit qu'en effet il ne le vît pas , ou ne
fît pas femblant de le voir , n'ôta point
fon chapeau , qu'il n'avoit point mis
fur fa tête , tout le tems qu'il avoit
été avec la Reine ; mais , quand il
vit le Roi galopper fur le bord de la
rivière en pofture d'Amant , Se fuivi
en Roi de France , le Roi d'Efpagne
alors fe mit à la fenêtre de la Cham-
bre de fon Batteau , & le falua fort
> prttnif bas , tant qu'il put 1« voir. ]'ai fça
.tfmme acnuis par Vj^lfdifHta^^ que la Rei-
hre , U ne amena en France , qu elle avoit
î'""!''* demandé à fon retour: à i'Infante-
Reine,
une Ca-
valcade
d'unHoKi'
a VHljîoïre d'Anne d' Ai4tricloe, loi
Reine, Ç\ elle avoir trouvé le Roi bien* iC^q*
fait , & que cette jeune Reine lui avoit
répondu , Tcemo , que me agrada ; por
cierto cjn'es muy lîndo moço , y que ha
hecho uYiA Cavalcade muy brava , y muy
de gaUn a, Aafli , avoit -il fait cet- a Ce^-
te courfe , fans prendre garde qu'il fe *f^' ^f '/
tenoit découvert devant un grand Roi ceriMn-
à qui il n'avoit pas accoutumé de fai- '^^"rjl''^
re des civilitez , fans en recevoir de beauOar*
plus grandes > ou du moins de pa- ^aui'a%if
reilles ; mais , en cet inftant , fa Gran-
deur fe cacha fous la Galanterie , ôc
l'éclat de la Pourpre pour cette fois ^'*i'>'tga
le céda aux preiuieres étincelles de fou
Amour.
Nous avons fçu depuis par la Reins
même , & par Dona Ai aria Melina ,
que le Roi d*Efpagne , un peu avant
les Noces , ayant fait lire devant lui,
ô^ devant les Grands de fa Cour , le .
ContracSb de Mariage du Roi notre
Maitre & de l'Infante ; il avoit dit
tout haut, fur l'Article delà Renon- hcedefi
ciation , Eflo es un a pataratta j y i Ji
falrajfe el Prhcipe , de derecho mi fi L
Hija a d'hereâar b. Dieu conferve ".,
e rrincc d Elpagne prelentement vi- qu«it. de
vaut j mais , Ci rEfpagne le perdoit ,,il ^;'l]'"''
U)ie Fa-
daise; O"
'e Prin-
mon
s man-
dait'
10 2 Jltemoîres four fervlr
1660, eft à croire , qu'apiés cette Déclara-
tion, le Droit légitime , le Mérite du
Roi , fa Piiinfance , fcs belles Qiialitez
fi célébrées par les Efpagnols dans
cette Entrevue , & l'Amour que toute
cette Nation porte à leur Infante ,
ddnneroit peut-être aux François l'a-
vantage de commander à toute TEu-
rope : du moins , par l'aveu du même
Roi fon Père , il feroit jufte que cela
fût ainfi.
Le D-manche fixiéitie Juin , la Paix
fut jurée avec toute la folemnité pof-
iîbîe. Les deux Rois fe trouvèrent à
la Conférence 5 ayant chacun de-leui'
côté les Grands de leurs Royaumes.
De celui du Roi les Princeffes ôc Du-
cheires y étoîcnt auffi , qui feules y
entrèrent avec leurs Domeftiques. Les
Rois la jurèrent fur une Table dis»
cun d'eux mettant la main fur l'Evan-
gile , & fe tenant à genoux» Après
cette importante A6bion , ils s'en:ibraf-
ferent, en difant qu'ils vouloient aufîî
jurer une Amitié éternelle. Chaque
côté de cetfe Salle étoit meublée par
les deux Rois de belles Tapillcries ,
&C des Brocards* Celles d'Efpagne c-
toient admirablement belles , & cer-
t.iin6S
k l'Hlfloîre â'Anne à* Ai. triche, I o J
taines chofes autli du côté du Roi lé^o.
ccoienc plus riches. Il y avoic au de-
hors des Troupes de chaque côté des
Rois pour les iakicr. Celles du Rai
d'Efpagne étoienc rangées à l'autre bord
de la rivière , vis-à-vis du chemin par
où venoit le Roi ; bc les Tiennes é-
toienc le long de la rivière , par où
abordoic le Roi d'Efpagne, Elles fur-
palloienc en touces chofes les Elpa-
gnoles , qui me parurent porter la li*
vrée jaune & rouge j ce qui leur don-
noic un peu d'éclat ; mais il étoit pe-
tit en comparai Ton de i'or qui étoit
Air le bleu des François.
Le lendemain , le Roi & la Reine
fuivis de beaucoup d^hommes , & de
nulles Femmes , que de la Dame
d'Honneur 6c d'Atour , s'en allèrent
quérir l'Infinte-Reine. Après que les
deux Rois , les deux Reines , èc
Monfieur , eurent été long-tems en-
femble , ils fe feparerent avec beau-
coup de larmes. Le Roi d'Efpagnfe ,
& la Reine fa Pille , fe quittèrent avec
une feiîfible douleur, & la Reine fa
Sœur montra par fa tendreire , qu'elle
Tentoit la force du Sang. Le B.oi &
Monfieur , en eiubraHant le Roi
E 4 d'Ef.
I o 4 Mémoires pour fcrvïr
1(3^0. d'Efpagne comme leur Oncle,, pleurè-
rent & s'attendrirent , de voir la jeune
Reine dans une extiême afRiélion.
Elle fe mit trois fois à genoux devant
le Roi Ton Père , pour lui demander
Ta Beneditlion , & ce Prince pleura en
la quictanr. Les Grands d'Espagne aufli
témoignèrent de grandes tendrelfes à
leur Infante notre jeune Reine , &:
fouvent revindrenc à elle lui balfer la
iTiain & la robe j ce qu'elle reçut gra-
vement. Enfin , on la mie dans m\
Carolfe tout en Broderie d*Or & d'Ar-
gent , ô£ on la mena à Saint Jean de
Luz , avec toute ia Suite du jour pré-
cèdent j c'eft-à-dire les Gardes , les
Chev .ux-Legers , les Gendarmes, les
Moufquetaires , ôc trois Compagnies
du Régiment des Gardes. Toute ia
belle Cour étoit à Cheval , & tous
étoient magnifiquement habillez. La
jeune Reine vint defcendre chez la
Reine fa Tante , où les Princes l'at-
tendoient en bonne Compagnie, Elle
nvoit une Robe de Satin incarnat en
Broderie d'Or & d'Argent , & quel-
ques Pierreries à la mode de fon Pais,
c'eft-à-dire enchalfées dans beaucoup
d'Or. Etant arrivée , elle entra dans k
Ca«
à l'H'iflolre à'dnne à' Autriche, roj
Cabinet de la Reine fa Tante: elle y i^ipo.^
fît prêter le Serment à Tes principaux
Officiers , & particulièrement à Ma--
dame la PrincelTe Palatine fa Sur-Inten-
dante. Madame de Navailles, Dame
d'Atour 5 éroit alors deftinée à être
Dame d'Honneur ; car la Maréchale
de Guébriant , nommée à cette belle-
Charge j étoit morte depuis peu. Elle-
ne le prêta point alors , parce que
fon Affaire éroit encore indécifc. Ons
vouloir renvoyer la Comtelfc del Prie-
go , Camerera Mayor * de l*Infante ^'^r^amê'
Reinevrnais on ne pût pas s'en défaire ^'^^°''"
fitôtj & il étoit incertain (î elle de-
meureroit pour quelque tems auprès-
de fa Maîrreffe.
La Reine , qui dès ce jour-là prit le ^''^^'"^;
Nom de Reine- Mère , envoya la Reine ^C dl'
fa Nièce & fa Fille tout enfemble 'Kî^^*--
dans ia Chambre, pour la laiffer dé--
lalTer , & voulut autîi fe retirer dans-
la (lenne pour en faire autant. Com-
me tout le monde fut banni de cecte:
petite Maifon , qui contenoit en elle
tant de Rovales Pcrfonnes , & que
les hommes à. la prière de la Reines
en furent, chaflez jufques au Capitaine-
des.Giirdes. &.aux^ Huiffiers, les Rei-
Mm.
io6 Mémoires pour fervlr
nés étant toutes deux desh.:billées , le
Roi alla vifiter la Reine , pour la prier
de fe coucher. Il lui dit qu'on lui
fcrviroic Ton foupé dans fou Lit ; mais,
elle voulut venir fouper avec lui , &:
avec la Reine fa Mère, Il la lui amena
donc lui feul par la main , pour la
voir. Elle la trouva quad en chemife,
& quand elle fut encrée , elle fe jetca
entre Tes bras > ôc l'embraira tendre-
ment j l'appellant tantôt fa Tante ^ &:
tantôt fa Mère. Cette digne Mère,
ravie de jouir de ce bonheur , apre's
avoir baifé avec grand plaiilr cette
jeune PrincefTe , lui fit donner un fie-
ge pliant, le feul qui fût alors dans
fa Chambre. Elle la regarda avec des
yeux pleins de joie, & louant fa beau-
té la fit remarquer au Roi , qui par
lui-même en étoit fans doute infini-
ment fatisfair. La jeune Reine, voyant
le Roi debout auprès d'elle , lui vou-
lut faire place fur fon même Siège ,
d'une mamere tendre & pourtant un
peu embarraîTée j mais lui , par un
fentimcnt qui pouvoir paffer pour une
galanterie, ne le prit pas , & demeura
debout auprès d'elle. L'Infante-Reinc
ttoit aimable ainfi à demi deshabillée;
car
à l'Hifloire â*Anne d'Autriche, 1G7
car, le Gard Infante étoic une chofe 1660.
fi monftrueufe > que quand les Fem-
mes Efpagnoles ne Tavoienc point el-
les écûient beaucoup mieux. Les deux
Reines demeurèrent feules avec le Roi,
Monfîeur y ecoit aufîî , & nuls au-
tres témoins que quelques Femmes de
Chambra 5 & moi. Us fouperenc en-
fuite , dans la même familiarité' que
s'ils eulfent ccé toute leur vie enfem-
ble. La Reine-Mere étoit bien tendre
pour la Reine , 6c cette PrincelFe , qui
la regardoit comme fa Mère , lui bai-
fa les mains plufieurs fois. Apres le
foupé 5 le Roi ramena la Reine dans
fa Chambre. Elle fut fui vie feulement
de la CoinrefFe de Piiego , Camarera
Mayor , qui veut dire en France Dame
d'Honneur.
Le Roi d'Efraene , de fon côte .
etoit demeure abbatu de tr '{le (le de I.1
feparation de la Reine fa Fille. Eranc
retourné à rontavabie , il fe jetca lue
fon lit , i5c dit à ceux qui croient au-
près de 1 li , To vengo muerto , por^ne
de ver llora^ a ml H)^ j ejfo ella la
dévia j rpt herwaria tamhien : p^ro
cjitando ho vîfto eflos dos Ad^chachos ,
pendiemes de mi chcUo , llor<^r ccmo
£ 6 tÂiiioSi
I o8 Mémoires ponrfervir
x(>(>0, N>nos , me he de tal fuerte entemecîào y
a je rt' ^^^ ^^ puedo rnas a ,
vient À Ainfi finit cette Journée fi célèbre^
TKort ; car clotit la fatisfadlion fut égale de part &
'^' ^°'' d'autre . 6c confirmée par i*aveu que la
pleurer . r- v i t-> • /- -t- i .
ma fille. Reine ht a la Reine la Tante , en lui
tittiedt- difant qu'elle n'avoit jamais eu d'incii-
wasaur Hation pour i Empereur , & conclut
Auffi'.mais p^^- demander au Roi un Courier pour
d Avov VU i^ .r
tefdeux écrire au Roi Ion Père. Elle ne hrma
cTr'eu point Ta Lettre après Tavoir écrite ,.
per,dani À qu'elle ïiQ l'cût envoyée au Roi , le
^/Zer'^' priant de la lire. Elle lui fit connoître
forismedes par ccttc première adion , combien
^fjujj' elle étoit difpofée à bien vivre avec
dettiu lui , &c à lui rendre au de là. même de
Ztundriy ^^ ^"'^^ auroit pu fouhairer j mais,.
i^ue\tn'en comme tous Ics biens ici bas font me*
i>,(itjius. 1^^ ^^ quelques maux ^ après que la
Reine fut couchée 5 j*ai fçu depuis
qu'elle ne dorn^t point toute la nuit,,
éc que par plufieurs fois en foupirant,,
elle die à fa. première Femme de
Chambre qui couchoit auprès d'elle ^
b^'^l Jy , Molîm î ml Padre h. Elle
^'mVtrt'- pleura ce Père qui l'aimoit fi tendre-
ment j & que félon toutes les appa-
rences elle ne devoit jamais revoir j
aujs enfin , la prefence du Roi fuG
fOU£
à l'Hijfôîyû â*Anne â' Autriche, vo^
pour elle un char nie a (fez grand pouc ^Cdo*
ïui adoucir cette amertume.
Le lendemain , elle fe repofa ,. le
Roi Palla. voir le mitin , 5c fut quel-
que tems avec elle j puis, ils allèrent
à la Méfie aux Recolers, On fit voir,
à la Reine Tes Habits , Ion Linge , Tes
Toilettes ,. 6c les chofes necelTaires à
la Noce , qui avoient été mifcs en
referve en ce lieu j puis Leurs Majef-
tez vinrent diner enfemble. Après le
repas , la Reine - Mère alla voir le
Cardinal , qui étoic malade ^ & la.
Reine alla à la Comédie. Le foir on
lui elTaya fes Habits à la Françoife , 6c
on lui mit pour la première fois un
Corps de Jupe , que la DucheiPe de
Navailles , nommée ce même joue
pour Dame d'Honneur, lui ail* vêtir*.
Elle en fut d'abord incommodée j.
mais 3 elle le foufïrit avec douceur &
patience. Le Roi ce foir fut, avec ellh
dan^ fa Chambre allez long-tems ; &C
quoi qu'il eut fait femblant jufques là.
d'ignorer la Langue Efpagnqle , il fe.
trouva que ce jour- là il la fçavoit par--
faitement bien. La Reine fe coucha.
de bonne heure , pour fe préparer à:
Ta Journée du lendemain , en laquelle
I f o Mémoires pour fervîr
fe devoit faire la dernière Cérémonie
de leur Mariage.
La Reine s'éveilla du matin , àc la
Duchelle de Navailles , qui eut l'hon-
neur de l'habiller , fit en ce jour &:
quelcjac tems de fuite , les Charges de
Dame d'Honneur, & Dame d'Atour
tout enfemble. Elle fut alFez emba-
ralfée à lui pouvoir faire tenir fa Cou-
ronne fermée fur la tête , parce qu'elle
ëtoir coiffée en Cheveux. Ils étoienc
fans nul a)ancement, que d'être renoiàez
à la mode d'Efpagne avec des rubans
par le bout , & rattachez ainfi à ceuji
qui joignent la tête. C'étoit une ma-
nière de coéffure qui écoit , comme
je l'ii déjà dit , différente de celle
qu'elle avoit le jour de fes Noces à
Fontaiabie j mais qui écoit aifcz galan^
te. Elle s'habilla de fon Habit Royal,
parferac de petites Fleurs de Lis d'or.
C'eft un bel Habit. Outre l'Honneur
qui fe trouve à le porter , il lied a(ruré-
ment mieux que nul autre. C'étoit un
Corps de Juppé ^ des Manches , avec
une Juppé de même , fcmez de petites
Fleurs de Lis d'or : puis , il y avoit le
Manteau Royal que l'on attacha au
hauîdu Corps de Juppé j comme une
ma-
k l'H'-ftoire à' Ame â* Autriche, 1 1 1
tnaniere de Mante. Il craine jufques à i^éo»
terre , avec une Qaclje fort longue ,
>dont le bout cft taillé en rond,
- -Le Roi avoic un habit noir , & nul-
les Pierrtries. lis furent enfemble à l'E-
glile par une GiHerie découverte, un
peu plus haute que la rue , qu'on
avoit faite pour y aller depuis la Mai-
fon de la Reine-Mere , où la Reine
logea les deux premiers jours qu'elle
fut en France. La Reine fe mit auprès
du Roi fous un haut Dais de velours
violer , parfemé de Fleurs de Lis d'or ,
& l'Eftrade étoit de même, cVft-à-dire
le Tapis , leS-Chaifes & les Carreaux :
le tout couvert de Fleurs de Lis d'or.
D'abord , l'Evêque , avant que de
commencer la MelFe , apporta au Roi
l'Anneau que le Roi donna à la Rei-
ne , & la Monnoye accoiitumee , fur
un B-i(Sn de vermeil doré. Je ne fçai
s'il lui dit quelque mots. Quand le
Roi alla à l'OfFranJe , il fat accompa-
gné , du Gr ind Maître des Céré-
monies der-TOiodes , de fes Capitaines
des Girdcs : de Vardes qui comman-
doit fa G^rde SuilTe, & de d'Flumieres
qui commandoit les Gardes appeliez
Bec de Corbin j 6i Monfîeur Frère du
Roi
M i' Mémoires pour fervlr
Roi porta Ton OfFiande. Qiiand la?
Reine y alla , Monfieur, qui étoic af.
fis auprès du Roi lar un Siège pliant ^
pafTa du côté de la Reine , àc lui don-
na la main. Mademoifelie , Fille aincô
du feu Duc d'Orléans , ^ FiHe unique
de fa première Femme, portoic \'0^^
frande de la Reine, & Merdemoifelles
d'Alençon & de Valloisfes Sœurs por-
toient la Qiieue de la Reine , avec Mai-
dame de Carianan Piincelle du Sane,-
Mancinij Neveu du Cardinal , 6c de-
ftiné à de grandes Dignitez, porta la
Qaeue de Madeaioifelle 3 ôc celles de
Merdemoifelles fes Sœurs Ôc de Maaa»-
me de Carignan, le furent par des Per-^
fonnes de Çhialité , mais qui n'avoient-
point de Titres. Qiiand le Roi <Sc la
Reine furent mis fous le Drap ou Poî-
le , ce fut la même chofe ; & quand il-.
fallut leur faire baifer la Paix, ce fur
le Cardinal Mazarin qui le fit , & qui
alla aufli la porter à la Reine Mère,
fa véritable Maîcrcire & Bienfadrice,
Elle étoit à main droite du Roi , fur
une haute Eftrade feparée de celle du
Roi , couverte de Velours noir, Ôc
fous un Dais de même étoffe , envi-
ronné-C de fcs premiers Officiers ôc
Grandsi
à l'Hlfloire d'Anne d'Autriche, 115
Grands de fa Mai Ton : Madame la lé^^j^
Comtcire de Flex j la Dame d'Hon-
neur > qui prétendoît être Princef-
fe, lui portoic la Queue. Dans le vifage
de cette grande Reine , on pouvoit fa-
cilement connoicrs la joie intérieure de
fon ame ; ce qui la rtndoit fi belle ,
qu'à cinquante - neuf ans elle auroic
quafî pu difputer de beauté avCQ la
Reine fa Nièce , qui dans le vrai n'a-
voit pas une beauté fi parfaite , que
celle que la Reine la Tante avoir eue
à fon â^e. La Reine- Mère avoit les
traies du vifage plus beaux > elle étoit
plus grande ^ elle avoit une plus
grande mine, beaucoup plus de majefté,
& le vifage d^unc plus belle forme :
elle k furpaffoic encore en la beauté
admirable de fes mains & de fes brasj
mais , la Reine avoir le teint plus
beau, & de belles couleurs qui l'ern»
belli(oient : elle rcdembloic à la Rei-
ne- Mère , comme je Tai déjà dit , de
la rencontre , de l'air , & un peu du
tour du vifige.' Cette heureufe Mère,,
au retour de la Cérémonie , nous fie
l'honneur de nous dire , à la Comtefie
de Flex & à moi , qu'il lui étoit venu
en penfée , voyant aller la Reine k l'Of-
frande 3
Il4 Ademolres pour fervîr
frande , avec Ton Habit Royal & f^
Couronne , que cette feule Tête au.
Monde étoic digne de cette Gourou-,
aie.
Le Roi , les deux Reines , &
Msnfi.ur , dinerent cnfemble. La
Reine , au foriir de la MtlTe , s'étoic
couchée pour fe repofer : puis , elle
£e releva , èi s'habilla d'un Habit de.
Toile d'Aigent blanche , à la Fran-»
çoife j & fa beauté avec cet Habit pa-
rut avoir un nouvel éclat. Elle
monta chez la Reine fa Tante , elles
furent quelque temps en particulier
dins fa petite Chambre , n'y ayant
que la ComtelTe de Flex , la Ducheilei
de Navailles , & Madame de Noailiesj
la Comteil'e de Priego Efpaguole , 6c
moi. Les Reines enfuite fortirent ào^
ce lieu , & fe montrent un peu au
public. Elles s'amuferent à regarder
le Roi , qui prit plaifir à jetter lui^,
même au Peuple la Monnoye que Ton
avoit faite pour le gratifier félon la
coûrumc. Quelque temps après , ils
fe retirèrent dans la petite Chambre
de la R ine-Mere, le Roi , les deux
Reines , Monfieur , & le Cardinal
Mizarin. ils s'affiienc dans la ruelle
du
à l'Hlfioire à' Anne d'Autriche, 1 1 5
du lit 5 & y demeiirerenc à caufer de ^c^c,
chofes indifférentes. Quand il fut
nuit , l'Infance-Reine , quitta la Mai-
fon de la Reine-Mere, àc alîa chez le
Roi , conduire par lui , par la Reine
Ic.ir Mère , & par Monfieur. Ces
Roiales Perfonnes ne furent fuivies
que de la ComtelFe de Flex , de la
DacheiTv; de Navailies , de la Comteire
île Noailles , & de la ConirslTe de
Piiego. Je ne fçai qui fe trouva chez
le Roi , car je n'y étois pas. Leurs
Maj-ftez & Monlieur fouperent en
public , fans plus de cérémonie qu'à
l'ordinaire, & le Roi aufïj-tôt deman-
da à fe coucher. La Reine dit à la
Reine fa Tmre , avec les larmes aux
yeux , es rnny temprano ^ -^ qui fut * n ea
depuis qu'elle étoit arrivée le feul mo» «'"^'û'*
ment de chagrin qu'on lui vit, ôc que
fa raodeftie la força de fentir j mais
enfin , comme on lui eut dit que le
Roi écoit déshabillé, elle s"'a(îic à la
ruelle de Çon lit fur deux Carreaux
pour en faire autant , fans (e mettre a
fa Toilette. Elle voulut complaire ali
Roi en ce qui même pouvoit choquer
en quelque façon cette pudeur , qui
i'avoit d'abord obligée de chalTer de fa
'^'^ Cham-
1 1 6 Mémoires pour fcrvîr
ié6o. Chambre tous les hommes jufqa'am
moindre de fes Officiers. Elle fe desha-
billa j fans faire nulle façon j & comme
on lui eut dit , que le Roi l'atcendoir,
elle prononça ces mêmes paroles , Pref'
vL^U* ^^ ^ P^^fi*^ ' (^TiV/ Rey n/efpera"^. Apres
T^ei'm'at- «ne obéilfance Ci ponduelle , qu'on
*""'• ponvoic déjà foupçonner erre mêlée de
p-aiîion 5 tous deux fe couchèrent avec
la Benedidion de la Reine leur Mera
commune.
Cette Princeflfe devint en ce jour làl
Belle-Mere de la Reine; mais, une
au(îi bonne Tante pouvoit bien être
appellée Mère en tout tems , & la.
Reine en effet ne lui donna plus d'au-
tre Nom, Il fembla que Dieu aroic
répandu fes grâces fuj: ce Mariage ;,
ear le Roi témoigna depuis une gran-
de tendielTe pour la Reine , & elle
pour lui : il la pria de confentir qu'il
pût renvoyer la ComtelT^ de Priego s,
ôc lui reprefenta que ce fçroit contre
la Coutume de retenir dans cette pre-
mière Place une Etrangère. Elle lui
répondit qu^elle n'avoic point de vo-
lonté que la fienne , 6c lui dit qu'elle
avoit quitté le Roi Ton Père qu'elle
aimoit tendrement , fon Pais , éc tout
ce
I
à t'Hlflolre à* Anne d'Autriche, 1 1 7
ce qui lui avoir écc offert , pour fe don- lééa.
lier entièrement à lui ; qu'elle l'avoic
fait de bon cœur , mais qu'aulîi elle
le fupplioicde lui accorder en rccom- ^
penfe cette grâce , qu'elle pût être
toujours avec lui , ôc que jamais il ne
lui propolâc de le quitter , puifque ce
feroit pour elle le plus grand déplaifîr
qu'elle pourroit recevoir. Le Roi ac-
corda fi volontiers à la Reine fa de-
mande, qu'il commanda aufli - tôt au
grand Maréchil des Logis , de ne les
feparer jamais la Reine & lui , ni pen-
dant le Voyage , quelque petite que
fut la MaiCon où ils fe tiouveroicnc
logez.
La Reine -Mcre , qui connoilfoic
le Roi Ton Fils un peu froid & grave ,
nous avolia qu'elle avoit eu une gran»
de peur , que cette indifférence qu'el-
le avoic imaginée en l'ame du Roi ,
ne fut nuifible à cette Nièce qu'elle
avoic Cl ardamment defiré de lui faire
époufer^ mais après qu'elle l'eût vu
agir avec elle comme il fit dans les
premiers jours qu'elle fut en France ,
elle p«rdit heureufement cette crainte:
car elle le vit alors aufli fenfiblc à
l'amitic, à l'cgard de la Reine , qu'el-
le
i6(^o.
1 1 8 Mémoires pour fervir
le i'auroic pu defiier. Elle n'avoir \
demander à Dieu que la durée de ce
bonheur: ii falloic l'efperer j mais,
par les fâcheufes expériences , qu'un
chacun doit avoir de l'inftabilité du
bonheur des hoipmes , elle avoir tou-
jours fujcr d'appiéhender ce qui arrive
fouvenr dans la vie. Aufficôt après
les Noces , elle nous fit l'honneur de.
nous dire , à la ComtefTe de Fîex , & à
i-noi 5 parlant de la fatisfadion 6c du
contentement du Roi , qu'il l'avoit re-
merciée de lui avoir 6té du cœur Ma-
demoifelle de Mancini , qu'il lui avoiia
n*e(limer guerres du côté du bon
fens & de la raifon , pour lui don-
ner l'inFance , qui vrai-femblablemenc
alloit le rendre heureux , tant par fa
beauté , que par fa vertu , fa -eora-
plaifance , & l'affedlion qu'elle lui
temoignoir.
Qiiand la ComteiTe de Priego s'en
alla , le Cardinal lui donna une bocte
de Portrait de Diamans , où étoit le
Portrait du Roi. La Reine , le re-
gardant , lui dit , Podreis dezir en
rejjimUe j EppaïKi , quc le parece , pero qn*es me^
^ti'ii eji jor ■^. La Reine - Mère envoya ait
^imbtM, [\oi fQi^ YuïQ une Horloge fonnante :
à
a rH'fielre d'Ame d* Autriche, 1 19
a mettre ïur fa Table j conte coaverre i^éo,
de Di''inians allez gros , pour rendre
ce Prcfenc digne de celle qui le don-
noit, & de celui qui le reçut ; mais ,
il ne fat payé qu'avec des Gins d'Ef-
pagne , qui même n'ctoient pas bons.
La Reine- Mère en fat honteufe. Elle
nous l'avoua j (5c (ans le foucier du
don , elle auroïc fouhaité , pour la
gloire de fa Nation , que ce Prince
eût été plus magnifique,
- Apî'és que la ComtelFe Efpagnole,
trois Dmies du Palais que la Reine a-
voit amenées, & plufieurj autres Fem-
imes que l'on renvoya furent parties,
ion ne penfa plus qu'à regagner Paris ,
6c la Cour partit de Saint Jean de
Luz , pour reprendre le chemin de
Bourdeaux , le quinzième de Juin.
j . La Reine nous conta depuis , elle-
lli^ême , ce qu'elle avoit fenti pour le
Roi , dés Ton enfance , &: ce qu'elle
lavoir trouvé étant en Efpagne de
il'Ambairade du Maréchal de Gram*
monr. Elle nous fit l'honneur de
nous dire un foir , a Madame de Na-
vailles & à moi , qu'elle avoic tou-
jours regardé le Roi comme devant
jétre fou Maii j &; , pariant de l'A-
mour
I îo Mémoires pour fervlr
1660, iT^our qu'elle avoic pour la France ,
elle nous dit aulîi , qu'en voyant arri-
ver les François à Madrid , cette quan-
tité de plumes ôc de rubans de tou-
tes couleurs j avec toutes ces belles^
Broderies d'or & d'argent » lui avoienc
paru comme un Parterre de Fleurs
fort agréable à voir 5 que la Reine fa
B:lle-Merc , Ôc elle , avoient é:é les
voir patîer-, quand ils arrivèrent , par
des Fenêtres du Palais qui donnoicnc
fur la rue ; & que ce Jardin cou-
rant la Pofte- leur avoir paru fore
beau.
Cette PrîneelTe, nous donnant, &
fa Perfonne , ÔC la Paix, nous don-
noit beaucoup de biens cnfembie j
niais , elle en recevoir encore d'avan-
tage. Le Roi feul par fon mérite ,
par fa grandeur, ôc fa perfonne ,de-
voit contenter fes defirs. Audi , cet-
te Princeife , eftimant fon bonheur,
nous dit fouvent , qu'elle avoit tou-
jours fouhaité d'être notre Reine , ÔC
que non feulement elle avoit aimé lô
Roi , mais qu'elle avoit même ai-
mé jufques à fes Portraits j que la.
Reine fa M^eie, Fille de F/ance, lui
avoiC'
k VHlfioire à* Anne d* Autriche, f jj
avoit foiivemc die , que pour êcre hcti> l^»
rcufe , il falloit être Reine de Fiance ;
& qu'elle vouloit la voir porteu cette
Couronne , ou porter un Voile j car ,
du vivant de la Reine d'Efpagne fa
Mère , elle avoir un Frère qui étoic
grand , & par confequenc elle n'afpi-
roit pas, comme elle a pu faire depuis»
d'être Héritière du Royaume. Dans l'a-
mitié qu'elle eut pour le Roi , on la
vie bien vice ,
Los termines pajfar todos de un golpe
T en fartlendo lleg<^r al pojirer fpmto "*. *Pif§t
les bernes
Il ne faut pas s'en étonner j la caufe cm^» &
de fa paflTion étoit belle , & l'info. ^'P'^^'^''*
cence donnant a cette Priacefie le auder-
pouvoir de la laiircr voir telle qu'elle ""''^"^•
la fentoic , elle pretioit autauc de pJai-
Ér à la publier qu'il lui étoit agiéable
d'avoir, par l'amour réciproque que le
Roi avoir alors pourelle, un jafte fu jet
de fe glorifier de fon ^nch, Qi.ielques
jours après fon mariage ^ elle nous fit
l'honneur de nous dire auiîi à Ma-
dame de Navailles 6c à moi , qu'elle
avoit été fenfîbleracnt affligée, quand
on lui avoic appris en Efpagne la mala*
Tomer. ' F die
1 14 Mémoires pour fervîr
[660, ^^^ 4'-^^ ^^ ^^^ ^^^ ^ Calais ; mais ,
qu'elle croyoic toujours que l'animo-
fné qui écoit entre les deux Nations .
augmentoit le bruit de fon mal ; qu'el-
le avoit efperé !que cette maladie de le
bruit même de fa mort , qui parvint
îurqu'àelle, ne feroit pas vrai ; & qu'el-
le fut ravie, quand on l'affira de fa
guéri fon.
En ce même tems , le Roi d'Angle-
terre arriva dans fes Etats. En defcen-
dant à terre , ce jeune Roi , qui avoic
du meriçe , Se que l'expérience de fes
longues fouffranccs avoic rendu hon-
nête homme , reçut Monk , qui l'avoic
dignement fervi , avec de grandes mar-
ques de fon relTentiment. Il le fit Che-
valier dans le même inftant , & l'em-
braifa : le Ducd'Yorc fon fécond Frè-
re lui mit la Jartiere , & le Duc de Glo-
cefter l'Epée. Peu de jours après , ce
Prince fit fon entrée à Londres , où il
fut reçu avec les rranfports de joie ,
que la Tirannic paflTée , Ôc un véritable [
repentir devoit infpirer à ces Peuples ,,^
qui retrouvoienc en lai un Roi leglti-^
me , aim.able , de qui leur parut rempli ?
de bonnes qualitez.
La Cour marchoic joui* ôC nuit ,
pour
à l'Hljlolre à' Anne d' Autriche, ny
pour aller à Bordeaux , & de là ga- léâo'
gaer Paris. Il n'y eut n'eu de confi-
derable dans ceite marche , (mon.
qu'à Rochefort nous eûmes un grand
Tremblement de Terre , dont les A-
ventures ne fervirenc feulemelit qu'à
divertir le Public. On 'arriva dans ^ç^.
cette grande Ville le vingt- troifieme juin
Juin veille de Saint Jean , & cette
journée eft remarqu^.ble. Le aoi ,
les Reines , & Monfieur , le Cardi-
nal Mazarin , les PrinceiresÔc Duchef-
fes , & toutes les Perfonnes de Qualité
& d'un mérite connu , fe mirent à
Langon dans une Barque , & toute U
Cour dans d'autres Batieaux couverts.
Après avoir cheminé deux lieiies, les
Jurats de Bordeaux amenèrent au Roi
un beau & grand Batteau , où le Roi
les Reines , Monfi;ur , le Cardinal »
les PrincefTes , & toutes les Perfonnes
de Qualité fe mirent. Il étoit magni-
fiquement doublé par dedans de Ve-
lours cramoid p avec àts Pairemens
d'Or : il y avoit une Table couverte
d'un Tapis de même couleur & aulîî
une Chaife de velours noir avec <^Q^
PalTemens d'Argent pour la Reine
Mère, Le haut bouc du Batteau éroic
F 1 ferme
ï 1 s Mémoire four fervîr
3^£o. fermé d\ine Baluftrade , comme un
Cabinet élevé d'un petit degré, où
fe mirent Leurs Majeftcz. Il étoic
tout doré 5 enrichi d'Emblèmes ,
Chiffres , Peintures , & Devifes. Ce
Batteau étoit couvert par le bout d'en
bas , de Tapis , & bordé tout au
tour de Bancs couverts de velours
Cramoifi avec àts Crépines d'Argent,
qui fervirent de Sièges à toutes Içs
Dames qui s*y trouvèrent. Il y à-
voit une Baluftrade dorée qui regnoic
tout au tour , & qui formoit une
Gallerie au dehors tapillée par en bas ,
^ enrichie de femblables Devifes La-
tines. La Chambre , qui contenoic
tout le Batteau étoit grande : il y a-
voit plufieurs grandes Croifées, àc le
haut écoit un Dôme fort élevé > &.
doublé de Damas cramoifi avec à^s
PalTements d'Or & d'Argent, il é-
îoit tiré par quatre grands Batteaux
plats , en forme de Galères , qui é-
ïoient azurez & femez de Couronnes
lî'Or , avec des Chiffres ; & les Batre^
liers qui les menoient étoicnt habiU
lés de Taffetas bleu , avec du Paffe-
nient d'Or & d'Argent. Plufieurs
autres fuivoient celui-là , & pluiîeurs
Per-
a VHlfiolre ^Anne à' Autriche, 117
Ferfonnes de BouiHeaux vinrent dans iCdOi
d'autres , pour voir palTcr le Roi. 11
fut falué \ fon arrivée de plufieurs
coups de Canon , & des Cris publics
du Peuple 5 dont le Quay étoic entié-
remenr rempli. Il fembloit que c'c-
toit un Amphithéâtre fait à plaifir , à
caufe que le Qi^ay eft tin peu en def-
cendant rers la rivière. Les Violons
fuivoient le Batteau du Roi , le fon
des Trompettes , & le bruit des Cn-
nons , fe mêlèrent à la Mufique* Le
Roi & les Reines y prirent plaiiir ,
& le bel effet que faifoient tant de cho*
Tes enfemble auroit à mon gré rendu
cette entrée belle & agré ble , (î le
chaud qui fut exceflîf ce jour-là eue
permis d'en joliir commodément.
Le Roi joiia pendant le chemin ,
& l'Abbé de Gorde perdit en une
heure cinquante mille cens. On fut
trois jours dans cecte Ville , puis le
Dimanche yingt-feptiéme on vint dans
le même Batteau coucher à Blaie. La
Cour marcha enfuite jufqu'à Poitiers ,
qui eft une laide «5c grande Ville , &
de Poitiers on alla à Richelieu , donc
le Nom célèbre repond à la beauté du
Lieu.. De là on vint à Ai'nboife ,
F 3 puis
iiS Mémoires pour fer vir
i6éo. puisa Blois , & à Chambor , où l'on
{ejourna un jour. De Chambor on
vint coucher à Orléans. L'Encrée en
fut belle 5 toutes les rues étoient ta-
pîirées , & le Peuple tCi-noigna une
granJe joye de revoir le Roi : leur
révolte p-iîTée les devoit faire trembler
à la vue - e leur véritable Maîtrej mais,
leur repentir & leurs fupplicatîons at-
tirèrent fur eux les effets de fa Roya-
le bonté , par Toubli de leur faute : êc ,
comme il venoit de donner la Paix à
toute TEurope , il ne voulut pas laif-
fer à cette belleVille aucune marque
de fon indignation. Enfin, on arriva^
c î5 à Fontainebleau le trezîeme jour de
'^^^'«' Juillet.
La Cour ayant été fept ou huit
jours à Fontainebleau , la Reine Mère
vint à Paris , 3c le Cardinal aufii.
Le Roi ôc la Reine demeurèrent à Vin-
cennes , pendant qu'on preparoit leur
Entrée, Le Cardinal , dont la fan-
té étoit alors mauvaife , eue "les goû-
tes : elles rentrèrent par des Bains
qu'on lai fit , à caufe qu'il avoit auf-
iî la gravelle. Ses goûtes rentrées lui
cauferent de grandes douleurs dans
les entrailles > qui lui donnèrent la
.: lièvre
1
a l'H'ijlôîre d'Anne d'Autriche, ïi^
fièvre & des convulfions , qui firent lé^o.
douter de fa vie. Un joi« le Roi , qui
venoit fouvent à Paris , lui demandant
confeil fur quelque affaire , il lui
dit , Stre , vous demandez confeîl à un
Homme qui nu pltis de Raïfon , c^ ^^i
extravagpte. Le Roi , connoiflant eu
effet qu'il avoit des momens de rê-
verie , touché d'une v've douleur , s'en
alla dans une petite Gallerie qui écoic
de l'Appartement du Cardinal, & là
il pleura cet Homme , qui lui avoic
fervi comme de Tuteur , de Gouver-
neur , & de Miniilre tout enfemble.
Il n'avoit pas connu tous fes deffiucs »
êc fes derniers fervices lui avoienc fait
voir fa capacité , 6c fes bonnes inten-
tions.
Tourcs les Compagnies Souverai-
nes allèrent faluer ce Miniftre , avec
des fencimens contraires à ceux
qu'ils avoient eus par le paiïe. Le
Parlement dépura un Prefident , deux
Confeilltrs de la Grand* Chimbre ,
& un de chaque Chambre des En-
quêtes , pour le remercier de la Paix
qu'il venoit de faire : Honneur qui
jufqu'alors n'.îvoiE été fait à aucun
Miniftre , ni Favori , &c n'avoit poinc
F 4 encore
Tjo 'Mémoires pour fervlr
encore d*exemple. Cette Compagnie
avoitoiiis fa tête à prix j mais , en cette
occafion , leurs Harangues furent tou-
tes remplies de Tes louanges j & , ran$
avoir honte de leur injuftice palFée ,
ou de leur Icgeretc prefente , ils té-
moignèrent avoir pour lui une véné-
ration extrême. Le Cardinal dut être
fans doute fenlible à cette Gloire \ ôc ,
véritablement , elle fut grande : mais ,
pour la mitigcr , Dieu Te mettoic eti
ctat 5 par les approches de la mort ,
d'éprouver en lui-même que_les biens
de la vie ne font jamais purs. Il leur
repondit à tous , félon ce qu'il dévoie
fentir ,& leur parla cloquemment. Peu
de jours après , il fe porta mieux , ôc
fon amandement fit efperer que fon> ,^
mal ne feroic rien. 1
Au commencement de Septembre
fc fît à Paris l'Entrée du Roi & de la
Reine , qui en attendant cette célè-
bre Journée , étoient toujours demeu-
rez à Vincennes. J'en parlerai peu »
renvoyant ce Détail à ceux qui en
voudront inftruire le Public. Ce fut
en effet une belle chofe Se agréable à
voir. La neine étoic dans un Char
tïiompbant , plss beau que celui que
l'on
a VHiflotre à' Ame d'Autriche, j j i
l'on donne faiiifeaient au Soleil , 6c 1(360.
fes Chevaux aaroient emporté le prix
de la beauté fur ceux de ce Dieu de la
Fable. Cette Princelfe école habillée
d'une robbe noire en Broderie d*Or &
"d'Argent , avec quantité de Pierreries
d'une valeur ineftiraablc. La couleur
de fes Cheveux, argentez & le blanc
bi l'incarnat de Ton teint , qui conve-
noic au bleu de fes yeux , lui donna
un éclat infini , & fa beauté parut ex-
traoriinairemenr. Les Peuples furent
ravis de la voir j & , tranfportez dr
leur joye , & de leur amour , lui don-
nèrent mille ^ mille benediélions. Le
Roi étoic tel que les Poètes nous re-
prefentent ces Hommes qu'ils ont di-
vinifés. Son Habit étoit en Broderie
d'Or & d'argent , aufli beau qu'il le:
devoit être , vu la Dignité de celui qui
le portoit. Il étoit monté fur un»
Cheval propre à le montrer à its, Su-
jets , & fuivi d*un ''grand nombre de
Princes 6c des plus grands Seigneurs
de fon Royaume. La Grandeur y,
qu'il faifoir voir en fa Perfonne , le
fit adm'rer de tous j & la Paix qu'il
venoit de donner à la France ,. avec
çettebelle. Princeffe qu'il leur donnoir.
F 5 pou&'
1 5 i Mémoires pourfervk ' ^ ^
Reine , renouvella dans les cœurs ^6'
Its Peuples leur zèle 6c leur fidélité;
ôc tous ceux , qui en ce jour purenc
le regarder , s'eftimerent heureux de
l'avoir puur leur Roi & leur Maître.
La Reine M^re ViC palfer le Roi ôc la
Reine par un Balcon de la rlie Saine
Antoine, de [a. joye fe peut aifémenc
deviner par toutes les chofes que j'ai
écrites, La Reine d'Angleterre , ôC
la Piinceilè (a Fille» étoient avec el-
le.
La Reine Mère , après fivoir marié
le Roi à celle que Ton cœur avoir tou-
jours defnée , voulut penfer à Mon-
iieur , de comme une bonne Mère lui
choifit ce qui lui paroidoit alors de
meilleur de de plus pre'cieux dans
fEurope, Ce fut la Princeile d'An-
gleterre , qu'elle avoir tendrement ai-
mée y de qu'elle auroit voulu fair&
Keinc, au deffaut de l'infante fa Niè-
ce. Elle fie donc refoudre le Roi à
ce Mariage ; de , pour l'engager à fa
conclufion , elle alla demander cette
jeune PrincefiTe à la Reine d'Angle-
terre fa Mère. Elle l'obtint facilemeut 5
car , Monfieur étoit digne d'être reçu
avec joye des plus grandes Princeflès
as
à l^HïftoWe à* Anne à* Aumche,. 1 3 3
de laTeiTC, Celle , qu'il alloit épou- i6éo.
fer, lui avoic même cecce obligation,
d'avoir été en tout tcms également '
fouliaicée de lui ; fi bien que Tes de-
firs étoient plutôt fonciez fur fa propre
Dignité , qu:i fur le rétabliflTement du
Roi d'Angleterre fon Frère. Le Duc
d'York , iecond Frère de cette Prin*
cefle , ne prit pas un fi bon parti
pour lui j car , environ ce même tems j.
il fe maria à une fimple Demoifellej:
Fille du Ch'incellier d'Angleterre , qui
fervoit la Princelfe Royale fon autre
Sœar , Yeuve du Prince d'Orange^
La Reine d'Angleterre, leur Mère ve-
noit de perdre , il y ayoit peu , le Duc
de Gloceftcr fon troifieme Fils , qui ^
par la réputation qu'il avoit déjà aqui-
fe , paioilToir devoir être un grand
Princesse l'affliction de cette Prin-
eeffe fut fenfiblement redoublée , par
la faute que fit le Duc d'York , en pre-
nant une Alliance , fi biife qui ne lui
convenoit pas.
La Reine de la Grande Bretagne ,,
après avoir acco' dé la PrincelTe fa Fille
à Monfieur , peu de jours avant la
Fête de tons les Saints , partit pour
,aiier en Angleterre , faire une vifite
F ^> aui
134 Mémoires pour fervlr
au Roi fon Fils , & prendre fes mefa-
res avtc lui pour leurs affaires com-
raunes. Son defîein étoit de lui pro-
pofer le Mariage d'Hortenfe Mancini ,
Nièce du Cardinal Mazarin , fans qu'il
y eût d'autre fondement à cette pen-
£ée , que la Complaifance que voulu-
rent avoir pour le Cardinal Mazarin^
Milord Germain, & Milord Montai-
gu. Ils alleguoient pour raifon , que
dans ce nouveau rétabli (fement da
Roi d'Angleterre , it^ Peuples e'roienc
mal affermis ; que le Parlement d'An-
gleterre paroiffoit avoir encore des
Fadtions \ & , qu'il y avoit une Armée
fur pied , qui n'étoit pas entieremciir
foumife à fes volontcz. Il leur fem-
bloit qu'une fomme d'Argent con/îdc-
rable lui dévoie être necelfaire pour
payer fes Troupes , les congédier , &
acheter ce qui reftoit de Fa^lieux
dans fon Royaume. La Reine d'An-
gleterre , arrivant à Londres , trouva
toutes chofes fi bien difpofées , les
Armées fi obéiifantcs , & le Parlement
Ç\ lourais , que la propofition du-
M riage d'Hortenfe , ne put alors
trouver d'agrément dans le cœur du
Roi fon Fils. La ncceffité de cinq
ïïiii»
k l' H'jhlre à' Anne à^Autr t che, î 5 /
millions , promis par le Cardinal à i^^o*
l'heure qu'on les voudroic , ne le
pretfoit plus cîe les recevoir ni de les
demander. C'eft pourquoi , le parti
qu'on lui otFioit ne lui plut pas : ion
Armée fe fépara d'elle-même par \x
feule Puidance de fa volonté ; «Se le
Parlement fit auffi ce qu'il dcfira. Lô
Cardinal fut fans doute affligé de ce
changement ; mais , on peut dire à fa
gloire , 'qu'il avoir apparemment (î peu
recherché cet Honneur , & avoit faic
tant d'oftentation de fon indifférence
fur cet At"ticle > & fur la violence que
ces Seigiîeurs Anglois lui faifoient 5.
quel'eftvic, la haine , ni i'efprit de
raillerie , ne purent trouver là-deffus
de matière ruffii.inte pour lui fairç un
reproche. Sa fagcde , 6^ fa raoder-a'^
tion , parurent encore en un autre oc-
cafion prefque auiîi avancageufe pour
lui ; car le Duc de Savoye lui ayant
fait offrir d'époufer une de ces Nièces ,
pourvia qu'il voulût lui faire rendre
Pignerol , ce Minière le refufa , &
dit au Duc de Navailles , à ce que la
Diicheffe fa Femme m'a conté , qu'il
ne vouloit établir {t^ Nièces que pour
augmenter fa Gloire 3 & que faifanc
cette
13^ Mémoires pour fervir
j6^o. cette trahifon au Roi par la feule con-
fideration de fes intérêts , il n'en me-^
riteroit que de la honte. Le Chan-
celier d'Angleterre , qui ne reirem-
bloit pas au Cardinal Mazaiin , fit de»
mander à la Reine d'Angleterre la.
permilîion de fe prefenter devant elle ,.
pour lui faire la révérence. Cette
Reine lui manda qu'elle le vouloit
bien , pourvu qu'il ne lui parlât point
de fa Fille, mais, le Roi fon Fils,,
qui étoit en^agi à foutcnir ce maria-
ge , par l'aifedion qu'il avoit pour le-
Chancelier , fçuc fi fortement prelFerr
la Reine fa Mère , qn'enfin vaincue,
par la force qu'il lui fit , & par let
confeil de divers Seigneurs , du Comte-
de Saint Alban * , ôc de l'Abbé de;,
Montaigu , qu'elle confentit au Ma-.
riage. Elle pardonna à fon Fils , 6c
reçut pour fa Belle - Fille la Duchelfe
d'York. Les Lords trouvèrent qu'elle.
le devoir faire , tant pour faire Çqs'^
affaires &: s'établir un revenu con-
fiderableque le Rdi fon Fils lui don.»
iioit en fon Païs , que pour s'établir
eux^mê-iicrs , pirticulierement le Com-
te de Saint Alban , Miniftre de cette;
Ërincéire. Il fe fit Ami du Chance>-
iier «
k rHiflolre à* Amie d'Autriche, ilj
}fer, après avoir tenu bon quelque tems, i^Co^
& fait en apparence le perfonnage
Id'lionnêce homme , qui écoic de ne fc
[rendre que difficilemenr. Milord Mon-
Itû'iga n'avoir pas de dcfirs pour la for-
Itane qu'il pouvoir faire en Angleterre :
fcs actachen^ens e'toient en France , par
Tarn té que la Reine Mère avoir pour
lui ; & de plus on peut dire de lui ^
qu'entoures chofes , en tous Pais , fa
véritable Pieté faifoit qu'il étoit defîu-
rerelTé.
Alors le Cardinal retomba malade 5
d*un mal languilT-inc : Il parut que
liiumeur des goûtes écoic remontée
j des jambes à l'eftornac , ^ renfermée
I au dedans j ce qui lui caufa des étouf-
I femens qui palferent long- tems pour
I vapeurs. Les Médecins le purgèrent:
fou vent 5 6^ comme il amandoit tou-
jours par la purgarion , on connu par
là, malgré leur didimulation , que
c'éîoit humeur , & que cette humeur
venoir d'une mauvaife fource, L'écat
où il étoit alors ne l'empêchoit pas
de penfer à fes Tréfors y ôc dans ces
mêmes tems , comme il avoir des mo-
mens de relâche , on remarqua qi|'il
s'occupoit fouvenc à pefer fes Piftoles
(^u'il
. 138' Mémoires pour fervlr
j66o, <^u*i^ g^g^oit , poLii- remettre les lege-^
res le Icndeaiain au }en.
1661. L'Avarice du Cardinal étoic relie,,
que la Reine n'avoir point d'Argenr^^
Toute la dépenfe de fa Mai Ton fe fai-
foit par l'ordre de Colbert , Créature
du Cardinal , qui épaignoit fur toutes-
chofes. Cette jeune Piincede n'avoîc
pas de quoi joiier -, car , on ne lui
donnoit alors que les mille Ecus par.
mois , deftinez de tous tems pour les^
menus plaifirs des Reines , ôc pour
leurs aumônes ; mais , comme le Jeu
c-toit à la mode, de que la Reine ai-
moit quelquefois à joiier , cette fom-
me n'étoit pas fuffifante j car , pou-
vant beaucoup perdre chaque jour, fl
arrivoit fouvent que l'Argent étoic
bientôt fini j de forte qu'elle n'avoic
pas de quoi faire des aumônes , ni
de quoi fatisfaire à {&s plaifirs. Le:
jour des Ecrenes, on avoit accoutume.-
de donner à la Reine Merc , du tems:
du Roi Ton Mari , douze mille Ecus;.>
mais , la Reine n*eut que dix mille Li-
vre , dont elle fut fâchée , à caufe.
que la Reine fa Mère lui avoit dit ,,
qu'elle avoit accoutumé d'avoir douze:
mille Ecus. Cette différence lui dé*
plut :.
i l'Htfloîre à' Anne d'Autriche, 155)
plut : elle s'en plaignit à la Ducheiîe 1^61^
àe Navailies. Cerre Dame croyan:
i faire un fer vice au Cardinal , i*en alla
l'avertir, le confeillant de mieux trai-
jfer fa MiitrefTf.- : elle lui die auiîi
; qu'elle étoit fenfîble ; & qu'elle con-
DoifToic le bien U le mal qu'on lui
faifoit. Il lui répondit que la Reine
auroit de l'Argent quand ii lui plairoit
d'en demander , fans promettre délai
en donner, il puut en colère contre
la Reine Mère , de ce qu'elle vouloic
qu'on donnai à la Reine fa Fille les
douze raille Ecus doîîr je viens dé-
parier , Se dit avec exagération , Hé»
las ! Jî elU fçavoh à* ou vient cet Ar^
^nt 5 & que c*efi le Sang du Peuple , '
elle n*en ferait pas fi llbsrale» Lui ,
qui joiioit tous les jours trois ou qua-
tre mille Piftoles »qui avoit rout l'Ar-
gent de France dans Tes Coffres , qui
lailToit joiier à fa Nièce la ComtelTe
de Soiiïons chaque jour des fommes
immenfes , qui pilloit tout , & qui
lâilloic faire fur les Peuples les plus
énormes voleries qui fe foient jamais
faites ; lui , dis - je , que l'on trouva
peu après fa mort avoir rempli de
Tréfocs innombrables toutes les Places
de
140 Mémoires pour fervlr
I^é/, de fa Domiîiacicm j & celles de'fes
Amis ; il eue la hardietTe de repra--
cher à fa Bienfaitrice, à la Mère de
fon Roi , à la Mère de la France &i
des Pauvres , douze mille Ecus qu'elle
fouhaita qu'il fît donner à la Reine ,
félon que le feu Roi fon Mari avoir
accoucumé de les lui donner à elle t
en quoi on peut voir quelle ëtoit fa
Tiranr Je , fa Dureté , •& fon Ingrati-
tude , dans les chofes où il agilloit na<
turelleaicnr, i
La Rcine d'Angleterre vint alors k
Portsmouth , ponu s'embarquer ôc re-i*
venir en France par le Havre ; mais ,i
fon Vaiiïeau penfa périr & fut jettes
fur le fable. La Princetfe d'Angleter^-J
îe accordée à Monfi'^ur , dans ce^-
même VaiiTeau , fut prife de la rou-j
gfole , dont elle fat extrêmement ma-;
lade. La aeîne M:'rc, qui fouhaitoir^
ce Mariage , s'inquiéta de ce qu'on
ne fçiivoit point de fes nouvelles , ôc:*
Morfi-ar montra par fon chagrin ,.;
que du moins fon intention étoit d'é-i-
tre afïl.gé. Cette PrincelTè , après^
avoir été deux jours en péril , par*
l'excès de fa maladie , retourna h
PortsniQUth ,. pour être purgée , mais.
k l'H'f^elre â' Anne d'Autriche, 141
h rouireoic lui fortir tour de nou* lé^i.
veau , «Se les Médecins douterenr de
fa Vie. La fanré lui étant revenue ,
elle fe remic fur Mer avec la Reine
fa Mère , laquelle peu après arriva au
Havre heureufement , ayant eu en ceLerFc-
Voyage la crainte de perdre la PrincefTe ^""*
fa Fille , & la douleur d'avoir vu mou-
rir 5 penJjnt le fe'jour qu'elle avoic
fait à Londres la Princclîe Royale fa
Fille ainée , Veuve du Prince d'O-
range,
Le Dimanche fixieme du mois le feu ,« ^ r--
prit dans la GiUerie du Louvre appel- vûei.
îée la Gallerie des Rois. Elle fut -pref-
que entièrement brûlés , avec un Sa-
Iwn voifin , qui ne faifoit que d*érre
achevé de bâtir. Le Roi fut contraint
par cet accident d'aller à Saint Germain
paflfer quelques jours , pour laifler nec-
toicr le Louvre,
Le Vendredi onzième , le Cardinal Le n
étant alors à Vincennes , fe fcntic en ^^^'^"*
mauvais état, il envoya le Duc de
Navailles au Roi > lui mander qu'il
étoit fort malade , & qu'il fouhaitoit
de le voir. Le Roi pleura avec ce
Duc, difant qu'il perdoit beaucoup ,
& que fi le Cardinal avoit vécu en-
core
14^ Mémoires peur fervlr
léél. core quatre ou cinq ans, il l'auroir
iaifFé capable de gouverner Ton Royau-
me ; qu'alors il demeuroirembarraflTé ,
ne fâchant à qui fe confier j & que for»
plias grand defir étoir de faire lui mê-
me fes affaires. Cette nouvelle fie que
toute la Cour revint de Saint Germain
à Paris, d'où le Roi alla auffî-tôc à
Vincennes. La Reine Mère alla l'y;
joindre , ^. fut f^rvie par les OiS-
' ciers de la Reine fa Fille , parce qu'elle'
n'y mena point les ficus. Ce même^
jour onzième , on avoic donné de TE-
métique au Cardinal , fur le foir , qui
l'avoic fort foulage .* c'eft pourquoi.
on lui en redonna le treize , dont il fe
porta mieux , un jour ou deux , à cau-
fe de la grande Evacuation , mais auiîî»^
tôt après il retomba dans fes mêmes
maux,
La Reine d'Angleterre arriva à Pa-
ris le vingtième Février , elle fut bien
reçue du Roi , & des Reines , qui aU
îerent au devant d'elle jufques auprès-
de Saint Denis , avec toute la Grandeur
& la Suite , qui accompagne toujours
un Roi de France.
Le vingt-deuxième Février , le Roi
5^ la Reine Mue , qui étoient à Vin--
cennes ,
à VHîflolre à' Anne à^Aumchi. 145
cennes j allèrent un matin voir le Car- id^i^
dinal. Ils le trouvèrent plus mal ce
jour- là , & plus oppreiïe. Il leur parla
de fa mort , , &: leur dit des chofes
touchantes. Le R.oi & la Reine Mère
y furent deux heures , & en fortirent
pleurans Ôc attendris. Sur la ^ïï de
Février le Cardinal empira tout-à-faic ;
& , ne fçachant à qui jetter fes innom-
brables Tréfors , il fiança fa Nièce
Mancini , qui ctoit revenuif à la Cour ,
au Connétable Colonne , avec un doc
de cent mille Livres de rente en Italie ,
& fa belle Maifon de Rome qu'il lui
lainfa. Le Roi , à fon retour , avoic vé-
cu avec elle , avec beaucoup plus de
marques d'indifférence , que de pafîion.
Quelques - uns ont dit , qu'il eut en-
core quelques momens de tendrefTe ,
qui penferenc rallumer {^s premières
flammes ; mais , je l'ignore , & n'en puis
rien dire.
Le Miniftre fît époufer Hortenfe
Mancini au Grand Maître , en le fai-
fant Héritier de' tous fes biens, & lui
fit quitter fon nom de la Porte , qui
de foi e'toit médiocrement honora-
ble , & l'obligea de prendre celui de
Mazarin , avec des biens & des Eta-
bUlfe.
144 Mémoires pour fer'vir
l66i, bliiîemens prodigieux. Depuis longi
tems le Grand Maitre , Fils du Mare*
cl)al de la Meilleraie , écoit amoureux
de" Mademoifclle Hortenfe , ôc avoit
rcfafé la ComrelTe de SoilTons , efpe-
ranc d'avoir fa cadette ; mais , le Car-
dinal gardoic cette cadette , qui étoit
belle , pour des Rois , ou du moinj
pour des Souverains. Jufques là , il
avoir montré de l'averfion à la lui don-
ner , de ne paroilToit paseftimer fa Per-
fonne j mais la mort , qui le prenoit à
la gorge , ne lui donnant pas le temS
d'accomplir , en fes Nièces qui lui ref-
toient à marier , la grandeur de Cesi'
defirs , il fallut qu'il prit le Grand
Maître comme fon pis aller. Il étoir
déjà fort riche ; car fon Père , par la'^
faveur qu'il avoit eue auprès du Car-
dinal de Richelieu comme fon parent ,'
avoir de grands Biens &. de grandes
Dignités, Il parut heureux d'être por--
té par la fortune à la joûiffuncc def
cette grande dépouille ; mais , ce n'eft-
pas être heureux que d'êtte trop riche» "
Le Cardinal Mazarin avoit toujours''^
confervé une grande reconnoiftance *
des obligations qu'il avoit au feu Car--^
dinal de Richelieu fon Bien.fâiteur.^3
Ses
k l*Hfflolre à* Anne d'Atitrkhe, 1 4 j
Sts premiers defirs , après avoir faic ve- lé^f,
nir {^ts Nièces d'Italie , avoienc été
pour le Duc de Richelieu Neveu du
IdefFant Minière ; mais , !a DuchefTe
d'Aiguillon fa Tante l'avoir méprifé ;
& on crut alors , qu'en mourant , il fe
confoleroit de la néceffité qui le for-
çoit de prendre le Grand Maitre pour
fon Héritier , à caufe que le Maré-
chal de la Meilleraie étoit Parent du
Cardinal de Richelieu , 5c qu'il avoic
toujours été fon Ami dans le tems de
ifa faveur palfée.
Le troifieme jour de Mars , deu-
xième jour de Carême , j'allai à Vin-
cennes. Le Cardinal Mazarin , qui
s'étoit mieux porté depuis un jour ou
ideux > s'étoit trouvé C\ mal ce même
Jmatin , qu'il avoit fallu lui faire rece-
jvoir le Saint Viatique. La Reine
iMerefut réveillée avec cette nouvelle :
lelle i'entendoit heurler les nuits , parce
qu'il étoit logé de l'autre côté de fa
Chambre 5 & fon mal étoit de cette
mature , qu'il étonffoit continuelle-
ment. Le Roi tint Confeil le matin ,
avant que la Reine fa Mère fut éveil-
lée ; Ôc au{îi»tôt il lui vint rendre
compte de ce qui s'y ctoit pafTé. La
Reine
î4<* Mémoires pour firvîr
l6Éi, Mère ce même jour-là me fîr l*hon«
neur de me dire , qae le Tellier , le
Procureur General Fouquec , & de
Lionne , étoient deftinez , non pas
pour gouverner', mais pour fervir le
Roi. Elle me parla du Maréchal de
Villeroi , comme d'un Homme qui
aimoic l'Etat , 5c avoit de la capacité ,
mais qui étoit foible. Elle croyoic
néanmoins qu'il feroit du Confeil j ce
qui ne fut pas. Elle me parut per-
fuadce que le Tellier étoit un Homme
habile en fa Charge , Homme de Bien,
alfez à elle , mais pas capable de la
première Place. Elle me fit l'hon*
neur de me dire auffi qu'elle croyoic
que le Procureur General , homme::
capable , quoi que grand Voleur , de-
meureroic le Maitre des autres. Pour
de Lionne , elle me témoigna avoic
deiïein , fi elle le pouvoit , de l'éloi-
gner des Confeils , après la more da
mourant.
Le Cardinal , qui croit Sur-Inten-
dant de la Maifon de la Reine Mère ,
la fupplia de lui permettre de don-
ner cette Charge à la PrincelFe de
Conti fa Nièce. Madame la Com-'
telFe de Flex , fa Dame d'Honneur ,
en
à l'HlJïoke d'Anne d'Autriche, -147
«n Fut Fâchée : mais , la Reine Meue y 61G1.
remédia; car, pour lui adoucir cet-
te mortificacion de fe voir une Per-
fonne au-detfus d'elle , elle fie don-
ner peu apr^s un Brevcc de Ducheiîè
à Madame de Sénccey , qui pouvoir
revenir à la Comtede de Fiex fa Fille
&: à Tes EnFans n aies : Faveur aiTez ex-
traordinaire , ôc que la Reine Mère
demanda inftamment au Roi , com-
me une choFe qu'elle defifoit avec ar-
deur.
Le cînqui^'me Mars , on ordonna
les Prières publiques des quarante
heures par toutes les EgliFcs de Paris ^
pour le Cardinal \ ce qui ne Fe fait
d'ordinaire que pour les Rois. Mada*
me la PrincelTe Palatine lui envoya , à
Fon extrême regret , la DémifTion de
fa Ch rge de Sur - ïntenJanre de la
MaiFon de la Reine , qu'il donna à la
Comreire de Soiifons. Il voulut %
lavant que de mourir , laiffer Fes deux
I Nièces dans ces deux poft.s qui Font
! beaux. La Reine alors fe douta
id'ctrc grolFe, Ce fut une conFoia-»
;tion au Roi, qui pouvoic aiFiémenc
! guérir le chagrin qu'il avoir de l'état
où il voyou le Cardinal , qu'il a:«
Tome K G moit
148 Mémoires pûur fervir
r6i *^°''' ^^^"^^"P* C'étoit fon premiet
attachement , & Tenfance avoit été le
fceau de cette liaifon.
Le Cardinal laiflfa aa Grand Maî-
tre en Tes Goavernemens , en fa Mai-
fon de Paris toute meublée , & en
^unc'un Argent , d s fommes innombrables ^^
GrîginAl 5^ , outrc ces grands biens, il avoic
^«/«^^ marié la PrincelTe de Conti , Mada»
i:tm mille mc de Modene , & la ComtelTe de^
rtnuhant So (Tons j 6c leiu avoit donné à cha-
en'Duchésy ^^^g ^^^g grande dot. il lailTa deux
Vilnc cent mille écus à la petite Marianne,
mtns, la dernière de Tes Nièces , & le Gou-
ci7f. vernement d Auvergne pour celui
qui l'épouferoit. Pour fon Neveu
Mmcini , quoi qu'il le deshérirât,
ne le croyant pas digne de porter foa
Nom , ce Neveu déshérité ne lailTa
pas d'avoir Ja Principauté ou Duché
de Ferreti en Italie , le Duché de
Nevers en France , avec une partie
de fa Maifon ôc beaucoup d'autres
Biens. Il donna à chacun de fes
Petits - Neveux de Mercœur » de
grands Revenus en Bénéfices , ôc fit
donner à tous fes Amis des Gouver-
nemens , des Evêchez , & de l'Ar-
gent. Il rétablie le Duc de Lorraine
kl*Hîfloire à* Anne à* Autriche, 149
^ans Tes Etats , en partie pour le re- i($él.
compenfer de ce qu'il avoir voulu e-
tre fon Neveu , Honneur "qu'il a-
voit refufé ^ & chacune de {ts Re-
commandations ou de Tes Loiianges ,
firent alors la deftine'e des plus
grands Seigneurs du Royaume, il
fît fon Teftamenc, ôc le fîgna le fixie-
me de Mars ; & , comme il avoit déjà
reçu le faint Viatique , il montra de
vouloir donner le lefte de fon tems à
fon fâlur. Il envoya quérir Monfieur
Joli , Cure de Saint Nicolas des
Champs , Homme de grande réputa-
tion , d>c le pria de ne le plus quit-
ter. Il montra d'avoir des fentimens
de piété , ô^ demanda niiféricorde j
mais , tous ceux qui difenc Seigneur ,
Seigneur , n'entreront pas au Royaume
des Cieaw II faut néanmoins que
nous efperions tous en cette divine
iiiiféricorde , & pour nous , & pour
les autres : c'efi la richelTe des pé-
cheurs.
Le Jeudi croifîeme de Mars , qui
fut le jour qu'il communia, la Rei-
ne Mère me fie l'honneur de me dire
en prefence du Roi , que le Cardi-
nal étoit lors bien petit devant Dieu ;
1 G i qu'il
1 5 o Memeîres pour fervlr
lééi. 4^'i^ avoit de grands fentimens d*hu-,
milite , & qu'elle efperoit que Dieu
auroic pitié de lui. Ce font deux
chofes diJÎiciles à pouvoir accommo-
der enfemble , que THamilité Chré-
tiemie , avec l'Amour des Biens de
la Terre & de cette Grandeur qui
lui faifoit difpofer de tout un Ro-
yaume ^ comme bon lui fembloir. Il
^ donna tout ce qui étoic vacant &
tout ce qui n'e'toit point à lui. Vé-
ritablement , ce fut du confentement
du Roi , & ce fut ce qui le perfua-
da qu'il pouvoir impunément pren-
dre , & tout donner aux fiens. L'ex-
cufe n'éroit pas peut - être tout-à^fait
légitime : ç'étoit abufer en quelque
manière des fentimcns , que Thabitii-
de avoit formez dans le cœur du
Roi à Ton égard , que de lui ôter fa
Pniirance , tes Finances , <& le Droit
de difpofer des Charges , Gouvcrne-
mens , Abbayes , Evêchez , & pres-
que généralement de tout ce qui fe
trouva pour lors dans fa difpofi-
tio;i.
L; Cardinal Mazarin avoit été foup-
çonné de n'avoir pas eu beaucoup de
jÇ.eligion, S^, Jeaneffe étoit deshon-
noréf
^ l'Hlfiolre d'Ame d'Autriche, ijr
ftorée par une mauvaife repiujtion , i^^l
qu'il a voit eue en Italie ; & , coipjne
je l'ai dit en parlant de lai , il a'a-
voit jan^ais témoigné afTez de véné-
ration pour les Myfteces les plus fa-
crez» Sa vie ,. moralement bien ré-
glée , ne paroi iroir pas avoir pour rè-
gle de fa fagelfe j les Miximes Evan-
geliques j & il feroit à fouhaicer pour
lui , que les dernières années de fa vie ,
où il avoit fait des adions de Vertu ,
cuflTent écé entièrement réglées fur le
defîr de fon falur. Mais , Dieu feul
Gonnoit ce qui eft en l'homme , de
les apparences louables nous d^^ivenc
prefque toujours '"jliger à croire
comme une vérité le bien que nous
voyons en autrui , puifque nous ne
pouvons faire le difcernemenc des
penfées , ni des fcntimens donc nous
voulons injafteraenc être les Juges.
Ce Miniftce montra beaucoup de fer-
meté & de tranquilité d'efprit dans-
I ces derniers jours. Il travailla avec
! le Tellier fur les Affaires de TEtar.
Le quatre , & le fix , il fît même
; des dépêches pour Rome , qu'il Ci"
gna. Sa fin fut accompagnée d*hon-
I neur , pai les larmes du Roi , d'Opu-
G 5 lence
15^ Mémoires pour fervlr
lence par les biens qu'il lailfa à fa Fa«
mille , Si à ceux qu'il voulut enrichir ^
& de fermeté par la bonne miné qu'il
fit à la mort. Il peut afpirerà la gloire---
de l'avoir regardée avec une intrépidité
pareille à celle des plus grands liom*
in es.
Le feptieme Mars , jour qu'il re*
çut l*Extrême - Ondtion , après avoir'
pris congé du Roi , de la Reine
M-^re , & de Monfieur , qu'il fupplia
de ne prendre plus la peine de le ve-
nir voir, il donna au Roi dix -huit
gros Dî ornants , un fort beau Dia-
«nant à la Reine Mère , un Bouquet
de D'iamans à la jeune Reine , &
plu (leurs Emeraudes d'une prodi--
gieufe groffeur à Monfieur. il don-
na un Diamant au Prince de Condé ».
avec beaucoup de louanges j & de
grandes marques de fon amitié , &
un au Maréchal de Turenne , & kif-
fa pour Succeireurs au Miniftere ceux,
que j'ai déjà nommez. Enfuite de tou-
tes ces chofes , il pria Monfieur Joli ,
Curé de Saint Nicolas des Champs ,
de ne le plus quitter. Il ne s'étoic
point confelTé à lui; mais, il parut
ne penCer plus qu'à fa Confcience...
Son
k Vlfifloîre d^ Ame d* Autriche , 1 5 3
Son Confedeur ordinaire écoit Théa- lééi
tin , Homme fimple & d'une, fingu-
liere pieté , mais qui peuc-écre igno-
roit les périls où peuvent tomber
ceux qui ont trop adoré la Fortune ,
la Faveur, &i les Richelfes* il vou-
lut d^ns cet état envoyer à l'Airem-
h\éz du Clergé PEvêque de Poiuers ,
pour les prier de croire qu'il mou-
ro't If-r Serviteur. Elle en fut (î
rcconnoi)Dnte , qu'ils voulurent tous
l'en aller reiTiercier ; mais , ils ne 12
purent voir. Il en tic autant au Pai-
îement , les envoyant alTûier ai '^l
moarpit leur Serviteur, li rsçut
PExtrêrae - Ondion f-lans fa Chaii'e,
y repon iir uii - mêra*^ , 6c rea-iercia
ceux qui !a lui avoicnc admmiftrée.
Il fit venir tous fes Domciliques , il
fe fit voir à tous , ayant fa barbe fai*
te , étant propre &: de bonne mine ,
avec une Cimare de couleur de feu ,
fa calotte à fa tête , comme un
Homme qui vouloit bravée la More.
Il leur parla fort chrétiennement ,
leur demanda pardon avec de gran-
des marques d'humilité , & confcila
qu'un de fes crimes devant Dieu a-
voit été la colère & la rudelTe qu'il.
G 4 avoic
1-J4 Mémoires pokV fervîr
lééi. avoic eue pour eux. Il leur dît à
tous ce qu'il leur lai (Toi c , & fit tou-
tes ces cliofes d'une manière douce
gii obligeante, il cmbrafTa fesAmis,
& leur fit des Complimens. Au
milieu de cette occupation , une foi-
blelfe le prit : il dit , 'je m'ajfoîbUs y
é^Hon me donne m peu d^Eau de Grenat
de, Apiès en avoir pris > il dit "je re-
viens , èc continua de parler à ceux
qui étoient prefens. il s'occupa le
reftc du jour à faire des A6tes de foi
& de. contrition 9 ce qu'il fie d'une
manière dévore , ferme , ^i tranquille.
Il parapha Ton Teftament , & figna
encor fur le foir des dépêches poul-
ie Service du Roi ; & . quoi qu'il
parût ne vouloir plus penfer qu'à
Dieu , tant qu'il put parler & enten-
dre, il ordonna de tout ce qu'il lui pa-^
rut utile à l'Etat,
Le Roi & la Reine Mère lui en-
voyèrent encor demander ce qu'il de-
firoit qu'il fût fait après fa mort , &C
il fembloit que ces paroles étoient
des oracles , qui ordonnoient de l'a-
venir. Il y a fans doute beaucoup-
de grandeur & de beauté à fa mort j-
mais 9 fa réputation doit être noircie
par;
al*Hlflotre à^Anne â*Amrtche. 155
I par l'ingratitude qu'il a eue* pour la i6<>i
\ Reine Mère fa Bien-faidrice ; cî*a-
I voir voulu mettre de la fechereffe ,
; du dégoût , & de la défiance pour
elle dans l'efpric & dans le cœur du
Roi, afin de le polfeder tout entier;
I lufques à la blâmer de ce qu'elle fai-
foit trop d'Aumônes , & faifoit trop
de cas des Dévots. E'Ie s'en étoit a-
I perçue en plufîeurs occafîons , com-
me je l'ai déjà dit. Il eut même en
mourant la dureté de lui demander
k Survivance du Gouvernement de
Bretagne pour la donner au Grand
Maître ; ce qui ne fe fait jamais : car
c'efl un Crime de compter fur la
mort de nos Rois. Voilà des effets
<le cett€ Avarice fordide , qui l'ac-
compagna jufques à la fin , & qui dans
les derniers inftants de fa vie lui fit
encor prendre plaifir à faire repafler
par Çts mains qnafi tout le Royaume ,
pour le donner à fon Neveu , à fes
Nièces , & à fes Amis. Voila auflî
la caufe de cette Ambition dévoran-
te, & de cet ardent defir de la Fa-
veur 5 qui l'avoit toujours poITc-
4é.
Le fepciéma jour de Mars , la
G j Reine
ijô Mémoires pour fer vir
l6él. "^^^"^^ MtxQ , après avoir tenu le Cer^'
de chez la Reine vint un moment:
dans fa Chambre , pour fçavoir com^
ment il fe portoit Elle fie appeller
Colbert , qui lui dit qu'il étoit fort
mal , Ôc qu'il ne croyoit pas qu'il
paffât la nuir. La Reine Meie s'at^
tendrit à ces paroles , & les larmes,
lui vinrent aux yeux : puis , me ti«
tant à part , me fit l'honneur de me
dire , en me parlant de lui , qu'elle l'a-»
voit toujours connu mieux que per-=
fonne , àc qu'elle n'avoit pas tnefefti*
me ceux qui avoient éié d'avis qu'eU
le l'éloignât de la Cour j mais ^ qu'a-
yant trouvé en, lui une fidelle applî^-
cation au Service du Roi & au Bien,
de l'Etat , elle avoir; au qu'il étoit'
jufte qu'elle excufât fes deffauts en
faveur de fes bonnes intentions. Elle
ajouta enfuite quelques particularitez^
du regret que le Cardinal avoît. de
lui avoir déplu en fa conduite , donti
il lui avoit demandé pardon avec desï
marques d'un grand repentir. Elle
me dit aufli , qu'elle avoit été fâ-
chée êitct que le Roi , pouffé par le
Miniftfe à haïr la PrincelFe Palatine
l'a voie pbligce à, fe defFaire de fa
Charge
àl'Hïjxolre à' Anne à'AutYlche, 17 7
jCharge de Sur-Intendance de la Mai- i^Gu
fon de la Reine, pour la donner»
comme j'ai déjà die, à la Comcef-
ift de SoiiTons. Cette PrincelTe ne
lui plaifoic pas , & n'avoit jamais bien
Ivêca avec elle. Un refte d'Atta-
chement que le Roi avoir pour elle
lui faifoit craindre qu'elle ne reprîc
fa même place , qu'il fembloit que fa
Sœar n'eut perdue que pour là lui ren-
dre. Elle me fit l'honneur de me
dire auflî , que le Roi fans doute
prendroit plaifii* à gouverner fon
Royaume ,* qu'elle en étoit bien aife ,
& faifoit dclfcin de lui montrer paj- la
modération de fa conduite , qu'elle ne
lui vouloit rien dérober de Ton Au-
torité. Ce fut par Tes Sentiraens ,
qu'elle perdit l'avantage d'encrer au
I Gonfeil , dont beaucoup de perfon-
I nés l'ont blâmée , s'imaginanc peut-
être avec raifon qu'elle y avoic été
portée par des confcils interefifez, donc
elle ne connut pas la caufe ; mais ,
dans le vrai , fa penre naturelle étnfc
le defir du repos 6c de la retraite.
Le foir du feptiéme , le Roi , qui ne
voyoit plus le Cardinal , fie appellec
fes Miniftres , & je vis alors le vivant
G 6 prendre
ijS Mémoires pour fèrvîr
prendre la place du mourant , avec-
un commencement de grandeur , de-
fuite , ôc de biuit , qui me fie admi-
rer les changemens du Monde. Le-
Roi s'enferma avec eux ; &: la Reine
Mère , au retour des Miniftres , vint-
peu de tems après le trouver. Com-
me elle étoit logée à Tancien & petit-
Logement , à caufe qu'on faifoit pein-.
dre les grands Appartemens du nou-.
veau Bàcimcnt , elie quita fa Cham--
bre , parce qu'elle était trop proche-
de celle du mourant , & vint cou-,
cher dans celle du Roi, Le Cardinal»
vécut encor cette nuir. il dormit»
trois heures, le lendemain, il enten-
dit la MciTe , & eut quelque amen*
dément. Ce meilleur état forma un-
petit bruit de réfurredlion j mais auffi'
tôt après s'affbibliirant entièrement,,
on j'igea quMl ne duçcroit pas encor-
long- t-ems. Il mourut perfuadé que-
les Médecins n'avoient pas connu?
fon mal , & l'a voient mal traité. Un:
des fiens lui entendit dire , parlant a-.
vec lui - mêpie V /// rnom tuè. Ce:
jour - là jValoCj. premier Médecin du
Roi 5 lui ayant voulu perfuader de,:
prendre un Bouillon^ il k refufa ,
a i'Hiftoire d*Ame d'Autriche, 1/9
& regarda cet Homme d'une manie* léé^i
re fixe &: perçante , qui fit juger aux>
Afli-ftans qu'il le regarde ic comme un.
I Homme qui ravoir mal fervi. QlioL
! que ce fut avec d'innocentes inten-
tions , il n'en parut pas content , de
la dernière abfoKuion qu'il deman-
da , fut pour avoir murmuré contre
\ts Médecins.. Il fut tour ce jour
dans de grandes foutfrances , &: Ton
Agonie fut le foir terrible. Monfieur
J-oli lui ayant dit >. que c'éroit alors
que la nature payoit fon tribut , il lui
r-épondit , '^e fouffl-e beaucoup , maïs je-
fins que la- Grâce efiencor plus forte que
le maU
Le Roi lui manda le matin ,. qu'il
avoit beaucoup de peine de ne le
point voir. Il lui fît dire qu'il le
remercioit , qu'il n'écoit plus tems
qu'il penfâc à lui , mais qu'il le fup-
plioit de fe fouv^nir des dernières
paroles qu'il lui avoit dites. Il envoya.
recommander Mondeur Joli au Roi :
la Reine Mère pru la. parole 5, & ré-
pondit , que- le Roi auroit toujours
foin des gens de bien.. Un peu a-
vant que de mourir , il appelle Col-
bert,, Cdu Domeftique.,. & lui parla
de.
itfo Mémoires poptr/ervïr
de quelque chofe touchant fesaffai-
res , de la même mam'ere que s'il cûc
été en. fanré.. il envifagea la Mort
avec une telle fermeré, qu'il dit à Mon-
(îeur. Joli , qu'il avoit du fctupule de-
ne la pas alPcz craindre,. Son Agonie
augmentant, il dit à un de Tes Va--
Icts de Chnnbre , nommé' Bernoin ,.
en tarant Ton poulx lui - même , Je
fouffriral encor beaucoup,, A deux heu-
res après minuit , il fe remua un peu.
dans Ton lit , & dit , Qtddle heure efl^
il ?: Il doit bien être deux heures,. Mon-
iteur Joli &: Bernoin dirent- alors entre
eux tout bas , qu'il iroit bien encor
jufques à dix heures du matin* Le
malade enfuite demeura environ u-^
ne demie heure à prier Dieu & (ouf*
frantv Alors il pafTa , en difant ,.
Ah ! Sainte iCkrge j, ayez, pitié de,
moi , & recevez mon Ame, Il expira-
entre deux & trois > le neuvième jour^
de Mûrs.
Le Roi s'éveillant appella fa Noil-
irice qui couchoit dans fa Chambre ,,
& fortant de Ton lit lui- fît figne de
l'œil pour fçavoir fi le Cardinal ctoit
mort^ ce qu'il fit de peur d'éveiller
k R^ine , ou de la troubler par cet»
te-
à l*Hijîoîre d*Jn>ie d'Autriche, 1 6i
te fanefte vue de la Moïc y qui de \j^^u^
foi - même eft toujours aftVeufe..
, Ayant [ç^'Ji que ouï: , il s'habilla ,, & fît
! venir les Minières , le Chincelier ,,
I le Telliei , le Sur - lutendanc Fou«
quec , & de Lionne , oc leur com--
manda de ne lien expédier fans lui
en parler , leur déclarant qu'il ne
vouloit point que ceux qui deman-
deroienc des grâces s'adrefTaiTent ^
d'autres, qu'à lui. Il alla enfuice.
trouver la Reine Mère.. Us dinerent ,,
& partirent le plutôt qu'ils purent
de Vincennes ,, pour venir à. Paris.,
La Reine fut apportée en Chaife».
Le Marquis d'Hautefort fon premier
Ecuyer , & Nogent , vieux., raai^
fain , l'acçompagne.rent toujours à;
pied.
Le Roi étoit affltgé de la mort de
fon Mmiftre ,, & avoir beaucoup>
pleuré. La Reine fa Mère , plus,
forte que lui , & plus dégoûtée des,
Créitures, par la connoi (Tance qu'elle,
avo't de leurs. imperfe<5lions ,. fen--
rit moins, de douleur. Elle avQÎt re--
gretté le Cardinal & avoir eu d«5
momens. où^ la longue habitude 5c
ie^ bonnes qualitez: cju-êUç avoit ai-
lirt Mémoires pour fervlr
mées en ce Miniftre avec ce qiv*il a-
voit fait pour ette en chafTanc fa Niè-
ce l'avoienc rendue fenfîble à fa.
Mort ,. mais d'une manière plus tran-
quille 5 & le fouvenir de (es ingra-
titudes petites ou grandes efïaçoit ai-
fémenc ce chagrin. Leurs Majcftcz.
étant arrivées fe débaralferent de la.
preife qu'ils trouvèrent dans le Lou-
vre , & dans leurs Antichambres , SL]
le Roi & la Reine Mère allèrent fe
renfermer dans le Cabinet de la Rei-
ne. Elle fe portoit bien de fon voya-
ge , & par l'état où elle étoit , elle
faifoit efperer au Roi , à la Reine fa.
Mère, & à toute la France, la joye
de la voir bien-tôt More d*un Dau-
phin. Gètte jeune PrinccfTe n'croic
nullement affligée de la Mort da
Cardinal , Si Pàmufcment que le
Roi avoir repris avec la Comteife da
Soiffons , quoi que foble en aparen»
ce , lui déplaifoic {\ fore ,, que (1 elle
écoit chagrine ,. c'éroit feulement par-
«e que , lelon que le difent les Philo-
fophts 5 l'Amant fe transforme en la
chofe aimée ; &: que voyant le Roi
trifte , il étoic impoflîble qu'elle fût
gaie. Eiifin, ceS; trois Royales Per-
fonnes^
<r l^Hifiolre d'Ame à* Autriche, . i ^y
fonnes fe voyant enfemble éloignées Jé^l.
de l'objet de la More , coramencw^rent
'à refpirer en repos. Le plaifir de la
libetté , qu'ilsf cnvifagerem avec fe&
charmes ordinaires > & cette as'réable
pcnfce dans ces premiers monvemens ^
Jesconfolade leur afïlidion, La Rei-
ne Mcre fut la première qui dit à ceux
qui fans cette faifoient revivre le di{^
cours de la Mort da Cardinal , qu'il
n'en falloir plus parler j qu'elle crai-
gnoit que le Roi n'en fût malade 3 &.
qu'il falloit qu'il s'occupât à queU
que chofe de, mieux qu'à àzs paroles
in miles.
Le Roi , depuis qu*îl voyoit (on
Miniftre pancher vers fa fin , avoit
montre qu'il vouloir à l'avenir gou-
verner fon Royaume. Il difoit qu'il
n'approuvoic point la vie des Rois
fainéans , & qui fe lailTeni mener par
le nez. il ajoutoît lui - même à cela ,
qu*il voyoit bien qu'on pouvoit lui
reprocher qu'il avoit fait ce qu'il bla-
moit ; mais y il attribuoit fa conduite
palTée à l'eftime qu'il avoit eue pour
le Cardinal , à caufe de fon habileté ,.
& à certe foumiffion èc dépendance
klaq^uellc fon Enfance l'avoit accou-
tumée'
164 Mémoires pour fervlr
fé(?i. tumé. La Reine fa Mère , qui avoit
fenti rincommodicé du joug qu'elle
s*c'toit ii-npofé j ne vouloir plus fe fou-
mertre à d'autre Puillance qu*à celle
du Roi Ton Fils; fi bien qu'elle fou-
haicoit qu'il voulut travailler lui-imc-
mt pour lui-même. Elle n'éroit point
ambitieufe ; mais , elle écoit aflez
bonne Mère , pour vouloir lui aider
en tout ce qu'elle pourroit. Tous les
gens de bien étoienc dans ce même
(entiment , Ôc le Mmiftre en mou-
rant y foie par le defir de faire fon
'devoir en donnant de bons confeils
au Roi , foit pour ne vouloir point
de Succeireur dans la gloire de fa Fa-
^^.}^ veur 5 lui laiila pour principale Ma-
xime de raire iui-mcme les amiires-
ôc nt plus élever de premier Mmiflre
à ce fuprême degré où.-il étoit mon-
té ; lui avoiiant que par les chofes
qu'il auroit pu faire contre fon fervi-
ce il connoiiToit combien il étoit
dangereux à un Roi de mettre un
Hû'nme dans cet état. Il lui laiiTa
des Confeils de des Préceptes eftima-
bles 5 que le Roi lui même écrivit ,
afin de s'en fouvenir pour fa condui-
te..
Ce
i
à l^Hïjhhe à' Anne d'AntrIche. lé$
I Ce même jour aaraacin, le Roi, \66i^
\tmQS avoir apris la mort du Cardi-
bal,^avoic été enfermé deux heures
pour travailler lui feul au règlement
de fa vie &: de Tes affaires, il vou-
lut enfuice faire part de Tes refolu-
rions aux Grands du Royaume ; &: ,
quand il fut arrivé à Paris , il ordon-
na que tous le lendemain fe trouvaf-
fent au Louvre chez la Reine fa
Mère à quatre heures. Ce jour- là
cette Princeire alla faire fes dévotions
au Val . de - Grâce , puis étant reve-
nue* fur le foir ^ les Officiers de la
Couronne & les Minières étants af-
femblez , le Roi leur dit que Dieu lui
avoit ôfé un Miniftre qui' avoic pris..
le foin de (es affaires dans le cems de
fa jeunelFe ; qu'il s'en étoit fi bica
trouvé , qu'il auroit fouhaité qu'il lui
fût plu de le lui conferver plus long-
tems ; mais, puifque fa volonté a-
voit été de l'*en priver , qu'il vouloit
à l'avenir gouverner lui - même fon
Royaume ; qu'il efperoit que Dieu
lui feroit la grâce de s'en bien aqui-
ter , & de bénir les bonnes intentions
qu'il avoit d'agir félon la Ji-iftice &
k raifon ; q^ue pour cet effet , il ne
you^
l6^ Mémoires pour fervir
j6^i» vouloir point de Premier Miniftre ^
qu'il fe ferviroit de ceux qui avoientf
des Charges pour agir fous lui feloa
leurs Fondions -j^ôc que s'il arrîvoit
qu'il eut béfoin de leur Confeii , il 1$
leur demanderoic : puis , les congé--
dia. Cette refolurion fut prife pour
relferrer le fecret des affaires , & pour
en bannir Monfieur le Prince , ôt
les Grands du Royaume , qui tous ,.
s'ils y avoient eu la moindre part y
en auroient voulu prendre une plus
grande ,& auroient a ffoibli l'Auco-
rire' Royale aut«am qu'ils auroient pu..
Le Roi difp.ofa de f^s heures , 6c or-
donna que tous ceux qui auroient
des grâces à lui demander , lui pre« •
fentàlfent des Pkcets y. ôc que les Sa-
medis il y repondroit. Après cetta
cérémonie , le Roi & la Reine fa
Mère étant montés chez la Reine ,.
on crut déjà voir fur leur vifage des.
marques de leur fatisfadion , 6c il
fut aifé de jager que biea - tôt les def-
fautS' du mort leur paroitroient plus-
grands , qu'ils ne les avoient encor
vus. Car , il ne fe contentoit pas<
d'exercer une Puifliance Souveraine
fur. tout le Royaume , il l'cxerçoic
fuc
a l'HtJtoîre d'Anne d* Jutrlche. K^y
itir les Souverains même, qui la lui i66l%
avoienc donnée i n'ayant en plufieurs
occafions aucune complaifance pour
le Roi , non plus que pour la -Rei-
Ine , & ne lui laiiTant la liberté de dif-
Ipoferde rien de confiderable. Il étoit
il jaloux de cette Autorité qui ne lui
appartenoit pas , qu'ail vouloit faire
ies Ciiarges de tout le Monde 5 fî a-
vare, qu'il vouloit gagner fur tout^
fi défiant , qu'il étoit fort aifé à cho-
quer 5 û rcveur êc fi chagrin la plus
part du tems 5 qu'à peine ofoit-on kii
rien dire, de faifoit fem.blant d'être
de mauvaife humeur , pour empêcher
ceux qui l'attendoient en foule en fon
paiTage de prendiece tems-là pour lui
parler, C'eft pourquoi il étoit impof-
fible que depuis le Roi jufques au moin-
dre de fes Sujets , hormis peu de per-
fonnes qui lui avoient de grandes obli-
gations , on ne £ut bien aife d'en être
délivré.
Le Roi , ce foir • là , ayant fait en-
trer Monfieur le Prince dans le petic
Cabinet de la Reine , lut devant lui
& devant nous quelques Articles des
Coufeils , que ce Miniftre qui avoic
beaucoup d'efpric Ôc de longue ex-
périence
l68 Mémoires pour fervir
iGéi, perience des affaires , lui avoir lailTe*
par ccric , & qui en ef£;c ëtoient très-
tons i & comme on vit que le Marc-
chal de Vilieroi ctoit exclus du Con-
feil , pour n'avoir jamais éré bien re-
mis dans les bonnes grâces du Cardinal
depuis qu'il avoir été açcufé d'avoir
manqué de reconnoilfance à fon en-
droit 5 on s'imagina quec'étoit une des
chofes qu'il luiavoit infpirces.
Le dixième , qui fut ce même jour
auquel le Roi fit fa Déclaration aux
<5rands du Royaume , le Corps da
Cardinal , qui avoic été expofc au Peu-
ple le jour précèdent , le fut encore tout
ce ^our- là. il y eut grand monde qui
k fut voir. On lui trouva , quand il
fut ouvert , une petite pierre dans îc
ccear ; ce que quelques gens dirent
convenir fort à la dureté qui lui étoic
naturelle.
L'onzième , il fut porté a PEglife de
Vincennes , où Ton Service fut fait fans
beaucoup de Cérémonie.
Voici quelques-uns des Vers qu'on
fie fur lui après fa Moi t.
Enfin
if l'HIJloîre ^Anne d'Autriche, i6^
Enfin le Cardinal a terminé f on fort,
ïrançois , <^ue dirons- nous de ce grand
Verfonnage f
Il a fait la Paix , H efl mort ,
îl ne poHvoit four n9HS rien faire àavan-»
tage.
Autres.
Cigjd l'Emlnence deuxième :
Ueh nous garde de la troljteme^
Autres,
l^azarln fortit de Maz.are ,
^H^i pauvre c^ne le Lazjire
f^éduh a la Néceffité,
'Maïs par les foins d' Anne d'Autriche^
^V Laz.are re/pifclte
Ej} mort <:omm€ le mauvais Riche,
Autres.
e n'ai jamais pH voir 'JtdeJ faln , m ma*
lade :
J'a- reçH malnte'rehujfade ,
Dans fa Salle y & fur le Degré,
%J^/[ais , enfin , ;V L'ai vu dans fon Lit
dé Parade ,
Et je l'ai vu fort à mon gri.
Le
170 Mémoires pour fervîr
ïé^i. Le douzfieme Mars , le Roi , pour
coiitencer cette grande quantité de
Grands qui autrefois forraoicnc h
Confeil , & que les brouilleries paf-
iees avoienc élevez à cette Dignité .
tint Cofnfcil fur quelque matière d(
Guerre Etrangère , où affifterent Mon.
fîeur , Monfieur le Prince , & tous le:
Princes & Grands qui avoient ac-
coutumé d'en être , tant qu'il plu
•au Cardinal d'en tenir 3 mais , de
puis quelques années , il les avor
entièrement abolis. Le Roi , le
Reines , & toute la Cour , prirent \\
Deiiil du Cardinal 5 ce qui ne s'c-
toit jamais fait : car les Rois ne l
portent que des Souverains ou de
Princes qui ont Thonneur de leu
être Parens , &" il n'étoit ni l'un n
l'autre.
Ces premiers jours ne furent oc
cuppez qu'à parler des immcnfes Ri
cheifes que laifToit le Cardinal. L
Tellicr, comme Ton Ami , nous di
alors à la DuchefTc de Navailles & i
moi > qu'il a voit eu trois millionii
cinq cens mille livres des Charges àH^
iaMaifon de la Reine, que le Ro
lui avoic données , èc que le Minif-
m
^
I a l'Htjlolre d'Arwe d' Aut ru he, îyi
tre avoit tomes vendues, jLifqu'à cel- i^^i,
lies de L vandieres i qu'ainfi cette fom-
|.me , qui compoioic une portion de
|fes Tiéfors, ne venoic point de TE-
ipargnc. Il nous dit auffi , pour ex-
jcufer fes grandes richcifes , & nous
montrer qu'elles n'étoient point pri-
(es fur le Peuple , qu'il fa'foit de
grands ménages & trafics dans (ts
Gouvernemens , Ôc particulièrement
dans Bioliagej qu^il jouilToit de plu-
sieurs fonds dfcftin^z an payeniert des
An;b îlfadeurs, dt l'Artillerie , de i/A-
mnauté, & anifi du reft;,' qu'il fe
chargeoird'y fatiffaire , 6c n^ le faifoic
pas , en quoi il eft à croire qu'il prc-
noit beaucoup , ^ans qu'on put le
:onvaincre de rien piendre à TEpar-
>ne. J'ai ouï dire en ce nênie tems
lu même le Tell'er , pariant du Car»
linal , que ce Minière avoit tu deux
liperieures pn (lions , le defîi de la
;loire , & celui du bien ^ qu'en
fiourant , (a giande fortune , dont il
jarut trop occupé , avoit beaucoup
liminué le mérite de ("es belles ac-
ions y & qu'a:nfi .1 avoit manqué de
emplir l'un de fes dtfirs , pour avoir
rop donné à l'autre. ]e lui ai oui
Tome K H dire
îyi Mémoires pour fervîr
i6éi, ^^^^ anfli , que deux jours avant que
le Cardinal mourût , il avoit voulu
écrire Ton Ttftament , &c le mettre au
net en de beaux termes ; que comme
il y travailloir , il le prelFa de le quit-
ter , de peur que cette application ne
Taifoiblic trop , & qge le Cardinal i:?
dépita contre lui & lui dit demi en
colère, (Se pourtant en riant , LaîJJez-
moi faire : la contrainte (jue vous me
faites eft pire c^ue la Mort , & qu'il
parut en cet inilant parler de la Moi ^
comme s'il en eut raillé , mais , q
dans quelque autre moment, il \
/ avoit dit d'un ton fort ferieux 5 Vo.
un étrange pajfage , Monfienr 5 car y
fuis homme , ^ pécheur , & je de
craindre les Jagemens de Dieu ; tk.
enfin il faut ejperer en fa miferko
de»
Ses Nièces , à qui il laîflToît d
grands Tréfors , ne le regreterent gr
re. Un certain Italien , leur Doroc;
tique , leur reprochant leur ingrati
rude, leur dit, Mefdemoifelles , v
rangez, tous les François , de la dm :
que Monfimr le Cardinal votre O,
pt eue pour eux , par celle que votts
pez potir lui. Il difoic vrai j car ,
Cl
a Vtiifioire d'Amie d'Autriche, ly^
Cardinal Mazarin , généralement par- lé^î*
lant , avoic un grand mcpris pour la
Nation.
Le Roi fucceda au Royaume de
France le jour de la More de Louïs
Xill. Ton Père, n'ayanc alors que qua-
tre ans ; mais on peut dire que le
jour de la Mort du Cardinal Mùz riii
fut véritablement celui de Ton Avè-
nement à la Couronne , celui où il
commença d'ctre Roi & de Fa-re voir
qu'il croit digne de l'être ; car ce fuc
alors qu'il voulut prendre lui-même ic
foin de toutes Tes Ati^aires , & que tou-
tes les Grâces qu'il pouvoit répan-
dre fur les Grands & fur les petits
ne dépendifTent qae de lui. Pour ce-
la , il commença de régler fa vie de
Cette manière.
il prit la réfolucioii de fe lever à
huit ou neuf heures , quoi qu'il fe
couchât fort tard. En quittant' le
iLit de la Reine , il alloit fe mettre
dans le (îen j puis , il s'occupoii à
prier Dieu , & à s'habiller. Ses Af-
faires alors l'obligèrent le matin de
faire fermer la porte de fa Chambre ,
tant pour vacquer à ce grand travail ,
que pour éviter la pelle. Le Mare-
H 1 cha!
174 Mémoires pour ferv îr
i6^i ^ ^^ Villeroy , comme ayant été
fon Gouverneur , & eftimé mericfu
d'être fon Premier Mini (Ire, avoit feul ;
la pcrmiïîion de ie voir ; & dans cet-
te préférence , il trouvoit la confola-
tion de Tes autres privations. Environ
à dix heures le Roi entroit au Confeil,
&c y demeiiroic jufqu'à midi. Enfuite 5
il alloit à la Mefte , & le rcfte du
tems jufqu'à fon dîner il le donnoit au
Public 5 &c aux Reines en particulier,
Apres le repas , il demeuroit fouyenc
Bc aflez long -tems avec la Famille
Royale j puis , il retournoit travailler
avec quelques-uns de Tes Miniftres. Il
donnoit des Audiances à qui lui er
demandoit, écoutant patiemment ceux
qui fe prefencoient pour lui parler. l!
prenoit des Placets de tous ceux qu]
lui en vouloient donner , de y faifoit
réponfe à certains jours , qui étoient
marquez pour cela ; comme il y en
avoit aufli un pour un Confeil de
Confcience , qui avoit écé établi dans
le commencement de la Régence ,
qu'il rétablit en ce tems-là. Comme
le feul defir de la gloire , &c de rem-
plir tous les devoirs d'un grand Roi,
occupoic alors fon cœur tout entier j
en
a l'H'iftohe d'Anne ^Jmriche, Ï7J
en s'appliquanc au travail il commen- 1661.
iça de !e goûter ; ôc l'envie qu'il avoic
d'apprendre toutes les chofes qui lui
étoient necelfaires , fit qu^il y devine
ibien-tôt fçavant. Son grand fens , &
fes bonnes intentions , firent connoi-
itre lesferaences d'une Science univer-
Telle , qui avoient été cachées à ceux
;qui ne le voyoient pas dans le particu-
lier. Car, il parut tout d'un coup
Politique dans les Affaires d'Etat ,
jThéologien dans celles de l'EgHTe,
jexaâ: en celles de Finance ; parlant
iuftc , prenant toujours le bon parti
aans les Gonfeils, fenfible aux inté-
rêts des Particuliers , niais ennemi de
l'Intrigue & de la flatterie , ôc fevere
pvers les Grands de Ton Royaume
']u'il foupçonnoit avoir envie de le
Gouverner. Il étoif aimable de fa per-
onne j honnête , Se de facile accès à
ont le monde j mais avec un air
^rand & ferieux , qui imprimoit le
j efped Se la craiiate dans le Public , &
! 'mpêchoit ceux qu'il confideroit le
^lus de s'émanciper même dans le
particulier , quoi qu'il fût familier ÔC
:njoiié avec les Dames. Une des
H 5 cho-
lyé Memokes pûur fervîr
jééi. chofes qui pue un peu contribuer ^
faire prendre au Roi cette con-
duite f'f la réputation qu'avoic ac-
quife le Roi d'Angleterre , depuis qu'il
ctoit remonté far le Tiône. Les'
grandes louanges qu*il cntendoit lui
donner fur la manière dont il q:ou-
vernoif Ton Royaume, bien moins
fournis à Tes Rois que le nôtre , lai
donnèrent de l'émulation , èi ang-
nienterenr encore 5 s'il fe pouvoit, h
paffion qu'il avoit de fe rendre plu;
grand & plus glorieux que tous le<:
Princes qui avoient jufques ici po;.
des Couronnes.
Peu de tenis après la mort du Mi
iiiftre 5 fe fît le Mariage de Monfieu
avec la PrincelFe d'Angleterre. L
Roi n'avoit pas beaucoup d'inclim
tien pour cette Alliance. Il dit lai
iiiê.ne,qu*il fentoit nnurcllement pou
les Anglois l'Antipathie que l'on à\
avoir été toujours entre les deu
Notions-, mais elle fut alitement ef
facée en lui par le Sang qui les enga
geoit à s'aimer, & par l'agréable So
cieté qui dans leur première jeunelT
les avûic accoutumez du moins
pOi
à l'Hiflolre d'Anne d'Autriche. 177
pouvoir être Amie perfonnellemeiit. i
La Reine.. Mère aimoic la Princeiïe
d'Angleterre. Elle la defiroic en qua-
liré de B^He. Fille; ^l quand le Car-
dinal mournc , le Roi fe trouva fi en-
gagé à ce Mariage , qu'il n'eût pas
même la penfée de le rompre» Il
donna à Monlîeor TAppanage d'Or-
Icans , tel que le feu Duc d'Orléans
l'avoit pofledé , excepté Blois 6i
Chambor.
La Princefîe d'Angleterre e'toit af-
fez grande : elle avoit bonne grâce, &
fa taille , qui n'étoit pas fans défaut^
,iie paroilfoic pas alors aufli gâtée
qu'elle l'étoit en efïer. Sa beauté
n'étoit pas des plus parfaites ; mais
toute fa Perfonne , quoi qu'elle fie
fût pas bien faite , étoit néanmoins
par fes manières & par fes agrcmens
tout -à- fait aimable. Elle avoir le
teint fort délicat , ^ fort blanc : il é-
toit mêlé d'un incarnat naturel , com-
parable à la Rofe & au JalTemin. Ses
yeux éroient petits , mais doux fc
brillans; fon nez n'ctoit pas laid : fa
bouche étoit vermeille , & fes dents -
avoient toute la blancheur & la fine f-
H 4 ^^
1 7 8 Mem Oires poHrfervlr
■\(>6i ^^ tju'on leur pouvoir fouhaiter j mais
fon vifâge trop long ôi fà maigreur
fembioit menacer fa beauté d'une
prompre fin. £lle s'babilloic & le
coëffoic d'un air qui convenoit à tou-
te (a Pf^rfonne 5 &: comme il y a-
voie en elle de quoi fc faire aimer , on
pouvc^it croire qu'elle y devoir aifé-
ment icufîir , & qu'elle ne feroir pas
fâchée de plaire. £lle n'avoit pu c-
tre Reine \ ôc pour réparer ce cha-
grin 5 elle vouloir régner dans le cœur
des honnêtes gens , & rrouver de la
gloire dans le monde par les char-
mes ôc par la beauté de Ton elprir.
On vûyoit déjà en elle beaucoup de
lumière & de raifon , & au travers de
fa jeuneire qui jufqu'alors l'avoir com-
me cachée au Public , il étoit aifé de
|uger , que lors qu'elle fe venoit fur
le grand Théâtre de la Cour de
France , elle y ferait un des princi--
paux Rolles.
Ces deux agréables & illuftres Per-
fonnes fe marièrent au Palais Royal,
i^e jï, le dernier jour de Mars , en prefence
M«s. du Roi , de la Reine- Mère, de la
Reine , & de la Reine d'Angleterre.
Cette Cérémonie fe fit en particulier :
il
à IHiflolre d'Anne d'Antriche, i j^
W w'y eut que Merdemoifelles d'Or- i^^j,
leans & le Prince de Condé feuls , qui
furent conviez d*y afîîfter , comme les
plus proches Parens de tous les
deux.
Sur la fin d'Avril , la Cour s'en al-
la à Fontainebleau , pour y palî'er
tout le tems de la grolT'edede U Rei«
ne i & comme il devoir erre long ,
le Roi fit dedein de rendre ce fcjour
jagréable par l'accompagnement des
|honnêces Plaifirs qui s'y pouvoienc
jdefirer. Il eft alTez naturel aux Hom-
imcs de ne compter jamais la beauté
jde leur Siècle , que par celle de leur
iplus belle faifon. C'eft une matière
où peu de gens s'erapçch?.nt de tom-
ber dans le ridicule. Je puis dire
néanmoins , que fans Page ni les fen-
ximens des jeunes Perfonnes de quinze
lans , je n'avois jamais vu la Cour plus
:elle qu'elle me le parut alors j le
Deau Siècle de la jeunellcde la Reine-
Mere m*a été prcfque entièrement
:aché par mon Enfance , 6i par les
innées que je demeurai en Norman-
lie jufqu'à la Mort du feu Roi : <3c
e n'ai bien vu qne celui qui lui a
uccedé , c'eft-à-dire celui de la Re-
H 5 gence ,
1 8 o Memelres pour firvlr
léiîi. gence , dont à la vericé les cinq pre-
mières années furent accompagnées
d'une grande profperité , avec tous les
divertilfemens permis ai. poâibles. Js
les goûtai à mon -égard dans cet âgô
florifTant , où prefqiit tout paroîc de-
voir être admiré j mais je préfère
celui dont je parle prefentemenr. Pre-
mièrement la France étoit gouvernée
par fon véritable Maitre , qui avoit
uon feulement toutes les qualicez
d*un grand Roi , mais toutes celles
d^'un honnête homme. La Reine-
Mere, [:)ar fa vertueufe conduite , a-
voit acquis Eout nouvellen'ient une
grande réputation ; elle étoit aimée &
'ïeverée de tons p ;r fa douceur & fej
'honnêtes manières *, & elle faifoit h
lîonheur des grands & des petits , paij
fa bonté. Elle écoit la confolation de!
miferables , par fa chirité » & par l;
confiance de fa vertu & de fa pieté
étant devenue la proteârice des gen
de bien , on pou voit dire qu'elle éj
toit caufe des bonnes œuvres qui (
I fkifoient en toute la France. Quoi
<!|u'elle approchât alors de foixant»
ans , elle éroit encore aimable , âj
fans fiacerie on £>ouvoit dire qu'elle**
voir
h l'HIftûlre â'Anne à* Autriche . 1 8 f
voit de grandes beautez. Outre qu'eU '^^îf'i
le a voie de la fraichsur fur le vifage ,
fes belles mains de Tes beaux bras n'a-
voicnt rien perdu de leur pei fedion ,
& les belles crefTes de Tes cheveux e'-
toien: de mênic grodeur , & de même
couleur qu'elles avoienc éré à vingt-
cinq ans. Sa fanté , jointe à la dou-
ceur de ion naturel, la rendoir commo-
de & propre à tous les plaidrs où elle
pou voie prenjre part. Perfonne ne
s'apnercevoic Ç\ c'étoic la complaifan-
ce plùcôr que Ton inclinacion, qui la
convioic d*y aŒfter j & ceux qui n€
lui convenoient pas, elle les voyoic
goûter aux autres avec plaifir. La jeu-
ne Reine , en rn?me tems fa Nièce dc
fa Fille, éroic belle , vertueufe, & rem«-
plie de pieté : elle aimoit la retraite un
peu plus qu'une Reine de France qui
fe doit au Public ne la devoit aimer ^
mais ce défaut , étant fondé fur fa de*
vorion , méritoit plas de loiiange que
de bUiiie , àc devoit être du moins
facilement pardoilné..
Monfieur , comme je Pat àix fou-
venu , étoic un Prince aimable , fp: ri-
tuel , plein de douceur , familier avec
lous,. Madame avoit le don de plaire r
ï8i Mémoires pour fervk
l66i* elle étoît l'ornement de la Cour, ^
comme le m )nde Taimoic , elle de for»
côte ne le hniiroic pas. Elle s'aban-
donnoic à couc ce que l'âge de feize^
ans , &: la bien-féance lui poiivoit a-r
lors permetcre. Elle le faifoit avec
gaycré <3c emportement. Le Roi con-
tii7uoit à aimer la Reine fa Mère , §i
cette illuftre Mcre l'aimoit encore plus
qu'elle n'avoit fait par le palfé , (i
cela pouvoit être. Ni l'ambition ni li
jaloufîe ne troubloient leur repos.
Le Roi ne cherchoitque la gloire >
& la Reine fa Mère n'en dcfirant que
pour lui , & fçichant toutes chofes >
elle étoit contente , pourvu qu'elles fe
filFent bien ; aimant autant ou plus
qu'elles futlent faites par lui que par
elle- même. Elle aimoit la Reine fort
tendrement , ^ cette princeOTe alors
ne pouvoit être contente C\ elle n'étoic
auprès d'elle, Monfieur avoir tou-
jours vécu cordialement avec la Reine
fa Mère j & cette ilhiftre Mère , pour
l'en récompenferjlui avoit donné pour
Femme la Sœur d'un grand Roi 3 avec
Laquelle il pouvoit trouver beaucoup
de douceur. Cette jeune Princedc
^ui jufques-là n'avoic eu pour Proteci**
tricÊ)
à i'Hijiolre d'Anne d'Autriche, 18}
tfice que la Reine- Mère , étant F::m- i^éi»
me de Monfieur , & encieremenc unie
à la Maifon Royale, Tçut bien- roc
effacer par fon mérite le dégoût que le
Roi avoic paru avoir pour elle pen-
dant Ion Enfance, Eile lui écoit deve-
nue agréable , non feulement par fa
Perlonne, mais par l'inclination qu'el-
le avoic aux mcm^s plaifîrs. La Reine-
Mere les ordonnoit d'abord elle-mê-
ine j (Se tâchoit d'y établir Tinnocence,
& d'en retrancher le péril , qui d'or»
dinaire fe rencontre dans les emporte-
mens de tous les jeunes gens , éc par-
ticulièrement des Grands. Enfin, tou^
te la Famille Royale vivoic dans une
union de une concorde peu commune.
Cette Paix en pioduifoit une toute
entière dans la Cour , où il eut été
honteux de ne pas fuivre l'exemple de
leur augufte Maître. La vertu & la
pieté y regnoienc , par celle dont les
Reines faifoient profeflîon. Elles s'oc-
cupoient en prières plus que le Roi ,
pour fatisfaire pleinement au Titre
glorieux que Ton a donné à notre Se-
xe , en Tappellant dévot.
Le Roi 3 qui jufqu'alors avoic été ,
OU avoic paru fage, fembloit en toutes
chofes^
ï^4 Mémoire f pourfervlr
choies 5 vouloit toujours porter à jufle
Titre celui de Trés-Chrécien. Il ne
foufFioit aucun vice : les dcBauchez
ne lui plaifoient pas , & il avoit de
l*horreur pour les Blafphémareurs , ôc
pour les Impies, De (i bons fenti-
mens , par les foins vigilans & pieux
de la Reine fa Mcre , avoient aboli
les Duels , de (orte que les braves
gens n'etoient point deshonnorez pour
refufer de fe battre. En cela tous les
Règnes paiTtz le dévoient , ce me fem-
ble, céder à cet heureux commence-
ment du fien ; puifque la vertu , Pin»
nocence , t< la paix, paroilloient ré-
gner fur le Trône , non feulement à
i'e'gard de ceux qui Poccupoicnt, ma' ^
en quelque manière à l'égard de ceu;
qui vouloient en approcher ; c'eft-z-
dire , autant que la malice naturelle
de l'homme , fes foiblelFes , bi fes paf-
fions le pou voient permettre. Car il
n'y a point de tems, ni même de
bons Exemples , qui les en puilTent
entièrement exemter»
Cet état de profperité , qui rendoit
la Cour fort grolfe , y faifoit régner
les plaifns abondamment. Le Prince
de Condé, aprc5 Monfieur, y tenoit
le
\.
a l'Hifiû'ire d'Âme d'Autriche, 185
le pvemicn- Rang , (Se le Roi avoir une .(,^1^
grande conliJeration pour lui ; ôc
ee Prince , que les diffcientes expé-
riences qu'il avoir faites avoient touc-
à-f^iic changé , faifoit voir qu"*!! etoic
aufÏÏ grand par Ion humilité 6c fa
douceur , quM l'avoit été par Tes vic-
toires. Le Duc d'Anguien Ton Fils ^
quoi que bien jeune , donnoit en tou-
tes occafions des marques de fon ef-
prit ^ de fa (ligelle, Piuficurs foi?,
le Roi , les Reines , Monfieur , ^
Madame , étant fur le Canal , dans
unBacteau doré en forme de Cuillè-
re , où prenant le frais , Leurs Ma»
jeilcz faifoient la Colation : Monfieur
le Prince les fervoic en qualité de
G^and Maitre avec tant de refped , &
d'un air (i libre, qu'il étoit impofîi-
bie de le voir agir de cerie manière. Se
fe fouvenir des chofes paiTées , fans
loijer Dieu de la Paix prefenic. Aufîi
la gouroit-il avec plailir , difant lui-
mêine , que quand le Royaume ren-
verferoit , il ferbit toujours infepara-
ble de fon devoir.
Nous voyions le Duc de Beaufort ,
ce Chef des Importans & des Fron-
deurs ,, le Roi de la Halle du tems ja-
dis r
1 26 Mémoires pow fervîr
%éCi» dis, s'empreder de fuivre par tout I©
Roi fon Maitre, & chercher à lui
plaire j rantôc recevant les Plats de la
main de Monfieur le Prince , à caufe
que la Barque étoit trop petite pour
y faire entrer les Officiers , ces Per^
fonnes feules y pou voient être j tantôt
à la CHalTe , où le plailu du Roi s'ac-
commodant au fien particulier , il fai-
foit paroitre par l'ardeur qu'il avoit à
conibattre les Bêtes devant lui, qu'il
auroit plus volontiers encore combatu
fes Ennemis j pour lui montrer , que
s'il s'étoit autrefois écarté des bon-
nes voyes 5 fon malheur l'y avoir en-
traîné plutôt que fon inclination. Ou-
tre les PrincelTes & les Dames qui é-
toient à la Cour, les Filles des deux-
Reines , & de Madame , y tenoienc
une grande place , & parmi elles il y
en avoit de très belles. Le Bil » les
Comédies, les Promenades en Cale-
che , & les Challes , étoient fréquen-
tes. Enfin , rien de tout ce qui peut
divertir ne fembloit manquer dans cec
agréable féjour. Les différentes Cours
& les d fK-rens Jardins de Fontaine-
bleau paroi dolent des Palais & des
Jardins enchantez ^ ôi fes Deferts des.
Champs
à l'H'ft&ire d'Anne à' Autriche, 187
Champs tlifées. Mais ce n\ft pas i^éï,
dans ces chofes , que confifte le bon-
heur: il fe trouve bitn plinôc dans
^l'exercice de la vertu , & dans la
ipaix avec foi-même , & avec ceux
que nous aimons , & 1 . Puiirance des
plus gi-ands Rois , l'abondance de
lioutes chofes dont ils jouiilent, 6c
la facilité qu'ils ont de prendre toutes
fortes de plaifirs , ne fait pas plus leur
jfelicité que celle de leurs 4^ujets, En
jvoici des preuves.
Deux mois ou environ s'étoient
padlz dans cet état , où de tous cotez
îles chofes fembloient pkuôt reprefen-
;ter la manière dont on vivoit dans le
Siècle d'or , que celle dont on vie
ordinairement dans celui où nous fom-
mcs s^ lors que l'innocence des plaifirs
de notre florilTante Cour fut empoi-
fonnée par l'amertume , qui pour l'or-
dinaire en eft infcparable. La vertu.
ç& la pieté y avoient paru quelque
Items en faveur ; mais l'ambition &
toutes les autres pafîîons ne furent
pas long-tems fans leur faire la guer-
re ; & quelque foin que la Reine-
Mere prît pour les y maintenir , el-
les firent voir bien- tôt , que comme
la
] 8 8 Mc?nolres pour fervlr
166 u la vie de l'homme eft une v.ipeur qui
s'élevc de la terre 5^ fc dilTîpe en i.n
moment , la rai Ton ôc la vertu font
aifées à Ce troubler ôc à fc corrompre,
ê>C qu'ainfi fon bonheur n'tft pas de
durée. Quoique la Reine Mère eut
du chagrin de ces fréquentes prome-
nades du Roi avec Moniieur ôc Ma-
dame a l'union intime ôc Pamitié io-
lide du Roi ÔC d'elle ne fut point ake-
rée. Commue elle étoit jufqu'aîors la
Confiiaite de Tes plaifirs , & que
d'autre côté elle lui avouoit , que la
Reine fa Fille ne pouvant fe refond rc
de le perdre de vue , s'affligeoit bien
fouvtnt de chofes qui en effet n'c-
îoient rien j elle lui difoit auÛi, qu'il
lui devoir pardonner des mauvaifes hu-
meurs qui venoient d'un excès de
tendreflTe qu'elle avoit pour lui , Se
tâcher de lui donner le moins d'in-
quiétude qu'jl lui fcroitpoiïible. En
f^a-
même tems , elle rémoianoit à M
me , que fes veilles ôc fes parties de
Ch-itle pouvoienr incommoder fa
fanré ; mais la jeunelTc ne fe rend
pas aifémcnt à la raifon , 6c prend
pour des réprimandes les meilleurs
Confcils qu'on lui donne. Cela fiï
que
à l'Hîftolre à'Anrjâ a* Autriche, \%^
que les Divertiffemens coiuiniiercnc léér,
de la méine force ; ^ il arriva une
chofe qui hc plus d'eciat que ces Ga-
lanteries qu'on cachoic avec gfand
foin.
La Duchtire de Navailles , Dame
d'H-jnnear de la Reine , avoit eu d'a-
bord la Princeiïe Palatine pour Sur-
Incendante. La dernière , qui avoiî
eu autrefois cette Charge dans la Mai-
fon de la Reine-Mere , éroit Madame
de Chevreufe , Veuve du ConDé table
de Luines Ton premier Mari ; & elle
l*avoit exercée alors avec tous les a- .
vantages , tant des honneurs , que du
fervice. La Dachelïe de Navailles ne
lâilfa pas de s'oppofer à la première
polTefîion qu'elle en voulut prendre»
Elle foutint que Madame de Chevreu-
fe étoit Favorite , quand elle exerça
cette Charge, 6: que les grandes Préro-
gatives dont elle avoit joui étoienc
plutôt une Ufurpation qu'une poiref-
Ç\on légitime. La PrincefTe Palatine ^ ~
foutenuë par la Reine-Mere, l'emporta
néanmoins fur les principales Fonc-
tions de cette Charge , que la Dame
d'Honneur lui dii^putoit ; & il fut dit,
avant que le Cardinal mourût, que Me,
la
ic}0 Mémoires pour fer vlr
Xé^i. ^^ PriiiceiTc Palatine recevioic les Ser-<
mens de tous les Officiers , con:i-*
manderoic dans la Cbambre , & au-
roic les honneurs : mais par la puif—
fance du Miniftre , ce fut à condition;
qu'elle fe défeioit de fa Charge au
bout de deux mois. Depuis cette
Sentence , Toit par maladie , par poli-
tique , ou par Engagement , elle fut,
toujours éloignée de la Cour ; &,
quand le Cardinal vint à mourir , eU,
le parut s'en défaire volontairement,
ainfî que je l'ai dit , entre les mains
de la ComtefTe de SoilTons; Le Car-
dinal creut y pouvoir lai^Ter fa Niecej
avec l'agrément 6c la fourni (lion de la
Dame d'Honneur , parce que le Duc
de Navailles lui devoit toute fa Gran-
deur, & mourut content de la lailTer
dans ce Pofte. La DuchslTe de Na-,
vailles ne fut pas néanmoins fatisfaite
de ce changement. Elle avoit cru
peut - être en parlant au Cardinal
qu'elle fouffriroit plus facilement la
Çomceire de SoilFons qu'une autte j
ou plutôt elle s'écoit flattée de cette;
douce illufîon , qi-ie l'éloignement de.
la Prince^Fe Palatine pourroit avoir,
des fuites favorables pour elle j mais
après
à rHifioire aJnne d'Autriche, i $ i
après la Mort du Cardinal, l'erpoir lé^i,
qu'elle avoir eu d^ fe voir fans Stir-
Intendante à l'avenir , fit qu'elle fe
trouva encore inciommodée de celle-là.
Elle fçavoit que cette Princelfe école
pleine de l'orgueil que donne la fa-
veur où elle s'ctoit toujours vue de-
puis fon enfance; & par cette raifon,
elle en pouvoit craindre les mauvais
effv-ts. Quand le Roi & les Reines
partirent pour Fontainebleau, la Corn-
tclTe de Soldons 3 qui avoit de mc-
ime fenti qu'elle ne joiiiroit pas de
fa Charge fans quelque chagrin, avoit
<]uerellé la DuchelTe de Navailles bruf-
quement , ôc fur des chofes alîez in-
juftes. Cette Dame , d'abord retenue
par la confideration de ce qu'elle de-
i'oit à la mémoire du Cardinal Maza-
•in , lui re'pondic d'une manière qui
K voir qu'elle fe fouvenoit des bien-
airs qu'elle en avoir reçus. Le Roi
n fut conteur , & blâma la Comtelfe
le Soiirons de fon emportement. El-
es eurent enfuite une grande conver-
ation , & il fembla que de bonne foi
■ lies avoient refolu de faire juger leurs
'ondtions , & le Roi leur permit d'en
hercher les preuves , foie dans la
Cham-
T f) l Mémoires potr fervlr
iCCi, Chambre des Corapces , foit parleurs
Lettres. Celles de la Dame d'Hon^J
neiir, dont la Charge a été de toute'
ancienneté la plus belle qu'une Femme
de Qiialiré puide avoir à la Cour , lui
étoient favorables. Elles lui donnoienc
les Honneurs avec la fonction de
commander dans la Chambre & de
recevoir les Sermcns des Officiers ,
fans qu'il fut marqué dans les Lettre:
des Sur-fntendantes » qui étoient c:
Charges érigées nouvellement , q^;
les Rois euifenc eu aucune intcntioi
d'ôterces avantages aux Dames d'Hon
neur j ^ néanmoins , la pratiqn
avoir été différente , de ce qui étoi
écrit , en la perfonne de la dernier
Sur- Intendante Madame de Lûine;
Ces Dames furent quelque efpace d
tems en paix j mais fur les preuve.'
elles fe deffendirent le mieux qu'elle
purent. La Duchefle de Navailles h:
^ tailla en Femme de cœur & d'c
prit , & je tachai de la fervir le mien
qu'il me fut poflîbleo Ses raifons c
toient aifez bonnes , pour le pouvo
faire fans blelfer l'équité j mais, à dii,
le vrai,raalgré l*amitié que j'avbis pot
elle , 6c le peu que je devois à
Con
a fHifîclre a Anne a^ Autriche, 193
Comteilc de Soillons , j'atirois ioahai- i^é
lé qu'elle eût pn vaincre en cette oc-
cafion fes fentimens naturels , qui
furent alors un peu trop forts lur
tout ce qu'elle dcfira , & qu'elle crut
devoir faire. Si en faveur de la gra-
titude qu'elle éroic obligée d'avoir
pour le feu Cardinal Mazarin , elle
avoir examiné fes intérêts avec moins
d'exaditude 5 elle y auroit renconcié
deux grands biens enfemble , & la
gloire «3c le repos.
Le Roi paroilfoit avoir encore de
amitié pour la Comtetre de SoilTons i
e refte d'attachement avoit toujours
nquieté la Reine ; & le peu de foin
ue cette PrincelTe avoit de lui plaire
ui donnoit quelques fois un jufte
rétexte de fe plaindre d'elle. La
8.eine-Mere fuivoit doucement les in-
clinations de la Reine fa Fille j car
iutant à Ton égard , qu'à celui de la
ileine , cette Niéce du Cardinal ,
romme je l'ai déjà dit , n'avoit ja-
nnais bien fatisfait à fes devoirs. Ces
[«gours obligèrent la Reine à prote-
,er la Ducheire de Navailles ; & la
rincelTe Palatine , qu'elle confide-
|»it , étant éloignée de la Cour, elle
ne
1 94 Mémoires pour fervlr
lé<$r. ne fe foucioir plus de foutenir les In-
térêts de la Sur- Intendante.
Le Roi , donc les intentions c-*
toient droites , ayant éjouté les rai-
Tons de part & d'autre , régla les,
Fonctions de la Sur- Intendante & de
la Dame d'Honneur, li donna à la
première les Honneurs de prefenter la
Setvietce , de tenir la Flotte , & de
donner la Chcmife , avec le Com-
imandement dans la Chambre j 6c ics
Sn-mens , & tout le refte , à la Dame
d'Honneur , c'efi:-à«dire , fervir à Ta-
ble , la préférence dans le CarolTe , ùi
préférence dans le Logement j bien
entendu qu'en l'abfence de la Sur-In-
tendante la Dame d'Honneur feroi;
toutes les Fondions enfemblc. D'a-
bord , on crut que ce Jugement étoit
trés-favorable à la Sor- Intendante ; 5,
Me. de Navailles crut tellement être
maltraitée, qu'elle eut la penfée de ù
retirer. La Reine m'ayanr commande
de lui dire qu'elle la prioit de ne h
point quitter , elle demanda en grac(
au Roi qu'il lui permît qu'elle pût de-
meurer auprès de la Reine fa Maitref-
fe , fans faire nulle Fondion. Elle
difoic , qu'elle ne pouvoit pas avoit
l'hoiv
a VH'ifloire à* Anne à* Autriche, îç^
l'honiKLU- de iervir la ReineàT^bie, i66î^
fnns lui donner la Serviette. Le Roi
s'expliqua , ôc lui dit qu'il vouioic
qu'elle la donnât quand elle feiviroic
iàTab!ej& qu*il ne prétendoic pas,
' que quand elle auroit la Cheniife en-
tre les iTsains , elle l'offiît à Me. la
j Comtclîè de SoilTons , mais qu'il en-
tendoit qu'elle acheveioit le Seivice
qu'elle auroit commencé. Il lui fin
[voir auflî l'avantage qu'il lui laiiroit,
en lui donnant la Place dans le Carof-
fe, préFerablement à la Sur Intendan-
te, Eiifîn , fan-; qu'il y eut rien de
changé dans l'Ecrit , les Explications
du Roi lai furent Ci favorables , qu'a-
lors Me, la ComteOTc de SoUTo:is trou-
va qu'elle avoir p^rdu fa cauTe. Elle
ne put fôufFiir de fe voir pr vée du
principal Honneur , qui étoir celui de
pjrefenter la Serviette , p^rce qu'allé
sne lui rcftoit qu'en l'abfcnce de la
{Dame d'Honneur , & par conH qnenc
quai] jam lis. Me de Nav?i!les n'étant:
p.is même tenue de la lui offrir quand
elle auroic commencé le Service. La
douleur qu'elle relfeniicfut fi grande,
qvie le Comte de S J'tlbns Ton M ri fie
appeller en Duel le Duc de Navaiiies ,
Tome K 1 pac
î 9e Memelres four fervtr
î:66l., par le Chevalier de Maupeou. Ce
Due , comme Chrétien , refufa de fe
. battre; il le fit anfli par le refped
qu'il portoit à la mémoire du feu
Cardinal , en fe fouvenant des Grâces
qu'il avoir reçues de lui j ce qu'il fcn-
toit en fon particulier avec beaucoup
de reconnoiirance. Il fit même ce
qu'il put , pour atiéantir dans l'arae
de la Duchelîe fa Femme l'animofité
de la difpute , &c le defir de la vic-
toire i mais il n'y réuffit pas. Elh
* crut qu'elle étoit obligée de défendre
les Droits de fa Charge ; ce qu'elle fi'
avec une fermeté inflexible; ôc for
Ennemie trouva les moyens de s'ei
vanger fortement. Grâces à Dieu
par les foins du Roi &c de la Reine fj
, !Mere , les plus vaillans , comme j;
l'ai dit , ne tenoient plus à honte d.
refufer le Duel ; & celui-là , qui l
iît dans une occafîon Ci célèbre , 6
xîont la valeur ne pouvoir être mif
en doute , en donna une grand
preuve.
Ce fut alors que toute la Cour f
partagea. Mr. le Prince, Mr. le Djc
&qua(î le Prince de Conti Mari d'u
ne Nièce du Cardinal Maisarin , touti
L
À riTiflolre d'Anne d'Autrki'je, i^j
h Maifon àc Gu'fe & ccjle de Vcn* i^^î»
dôme hormis le Dur de Mciiœur,
fiirenr tous pour le Dic d>. Niîvailles.
Le Comte de Soilfons s qui Pavoic
emporté à la Cérémonie de l*Entre'e
de la Rt!Îne , par la faveur du Cardi-
nal , fur les autres Princes , fe nouva
alors malgré le Sang de Bourbon &
d'Autriche, qu'il porcoit dans fes vei-
nes , prefque abandonné de tout le
monde ; ôc comme il avoit du tœur,
il le fentit beaucoup fans doute , 6v^ ne
manqua pas de fe vanger , en pu-
bliant , que le Miri & la Femme,
étoient des ingrats à Tccrard du Car-
dinal à qui ils dévoient toute leui For-
tune. Ils fe défen'^oient de ce repro-
che , en difant qu'ils avoient , com-
ité il étoit vrai , bien fervi le Car-
jdinal Mazarin j àc que s'il eut vêcU ^
il n'auroic pas foulfert que fa Nièce
les eut voulu perdre , pu.fquM les
I avoit toujours aflTcz bien traitez, pouc
ipouvoir efperer cette grâce de lui,
lUn jour , que là Comtelfe tie Soif-
fons faifoit ces mêmes reproch s à
la DuchelTe deNavaiilcs, cette Da-
me lui répondit ces mêmes paroks :
! Madame , je fuis ajfnrèe , cjne fi Mr,
198 Mémoires pour fervlr
\é6i» le Cardinal poîivoît revenir an monde ^
U fer oh pins content de mon cœur que
du vkre. Cette réponfe fut applau*
die i & l'infenfibilitc des Nièces blâ-
mée autant c^n'elle meritoit de l'être.
La fuite de cet Appel fut fâcheufe
au Comte de SoifTons. Le Roi ne
l'ayant peu ignorer , pour donner un
Exemple mémorable de fa Juftice , l'e-
xila de la Cour , èc le traita félon
toute la ri2.ueur des Edirs, De là na-
quirent de grandes animontez de part
^ d'autre.
Les deux Reines prirent le parti de
Ja Dame d'Honneur , non feulement
^ar la raifon du Droit , mais par celle
de l'inclination & de la bonne volon-
xc , qui eft la plus forte de toutef.
L'application & les foins de la Com-
telîe de Soilfons étoient d'avoir le Roi
chez elle, de lui plaire , & d'avoit
part à fes promenades , & à fes d{«
vertiflTemens. Le Roi aimoit chère-
ment la Reine , ôc ne lui donnoit au-
cun fujet de le foupçonner d'en ai-
mer d'autres plus qu'elle ; mais la
force des foupçons de tiQ Piincelfe
çtoit C\ grande , que quâfi fans y pen-
fer die (e trou voit ennemie de ctux
même
à l'HlfloWe d'Anne d'Autriche, i^^
même qu'elle ne hailoU pas, prxrce ^^^I<
qu'elle avo't nacuieliemenc de l'aver-
fion pour tout ce qui la feparoit d\.%
Roi. Madame a.oi s , qui commen-
çoic de faiie une grande figure à la
Cour , fe déclara pour la ConuefTe de
SoifTons , oon feulement parce que
Mondeur la tenoit pour fon Amie ,
mais parce que fa jeuneife la convioic
à Çù diverci.: , qu'elle vouloic une
Compagne en fa psrfonne qui pût
être agréable au Roi , &c que la Reine
vivant d'une vie pieufe & aifcz reti-
[r<fe ne lai étoit pas Ci propre : de plus,
|k Reine lui auroit été Supérieure , ôc
la Comtefre de Soi (Tons , de toute
manière , & pour avoir befoin de
protedion , lui devoir être fort fou-
Imife, Madame fe fouvenoit avec
i quelque noble dépit , que le Roi l'a-
! voit autrefois méprifée , qusnd elle
'avoir pu prétendre de Tépoufer ; & le
. plaifir que donne la vengeance lui
ifaifoit voir avec joye de contraires
fentimens qui paroi iroient s'établir
pour elle dans l'ame du Roi. Mon-
sieur defuoit auGTi de plaire au Roi ,,
& il voyoit que la confideration qu'il
I pouvoir avoir pour Madame lui écoit
1 3 avan-
2 G o Mémoires pour fervlr
lééi. avantageufe. Ces trois Perfonnes >
chacune pour leur inceicc , fe voulant
plaire les unes aux autres , & le fang
& la nature les obligeant à cette u-
nion 5 elle commença de paroître auflî
grande qu'elle l'étoit en effet. La
Comreife de SoilTons , du confente-
ment de tous les trois > y ayoit été
a^Tociée comme agréable au Roi &
necedaire à Madame ; mais Madame
lui éroir plus neceiraire encore j car
étant abandonnée des Reines , & pas
autant foutenr.cdu Roi qu'elle l'auroic |
fouhaité , elle eut befoin d'appeller
les plaifîrs à Ton fecours , & de forti-
fier Ton droit par la complaifance
qu'elle avoit pour les moindres cho
fes qui venoîent à l'efprit du Roi, De
là , fuivant leur inclination , qui por.
toit un Prince de vingt-deux ans à fe
divertir , 6c une Princelle de feize oui:
dix'fept , à fuivre fon exemple , les*
plaifirs le jour, les repas & les pro
imenades jufques à deux ou trois heu-
res après minuirdans les Bois , com*-^
mencerent de s'introduire & de fe pra-
tiquer d*une manière qui avoit un aitfi
plus que galant , & où la volupté
paroiitoit devoir bien, tôt corrompre
unea
à i*'Htflolre d'Anne à' Autriche, io\
Hiie vertu qui avoic été avec fujet au- i6<îir
tant admirée qu'il etoit rare de la pof-
feder à Ton âge, A cette vue , la
Reine s'allarme ôc s'afflige de fçavoir
le Roi trop occupé d'autres objets. La
Reine - Mère d'abord condamne ("es
.frayeurs , & lui dit qu'il n'eft. pas
'jufte , qu'elle veuille contraindre le
Roi , & que les honnêtes plailirs qu'il
prend ne lui doivent point faire de la
ipeine. Leur continuation alla nean*
Imoins jufqu'à une telle exciémité ,. , •
jqu'enfin la Reine-Mere me comman-
jda de confeiller à Madame d'appor-
îter quelque modération dans Tes ài-^
vertilTemens.
Cette jeune Princeffe devoit avoir
de la confiance en moi > tant par
l'honneur que la Reine d'Angleterre
me faifoit de me fouffrir avec bonté ,:
& de me croire attachée" à Tes inte-
iècs , que par les feryices affidus que
je lui rendois en toutes occafions au-
près de la Reine fa Belle - Mère. Je
lui en parlai j & comme elle étoic
douce & complaifante , elle me parut
vouloir fuivre mes avis , & les reçue
de bonne grâce. A<-iffi puis - je dire
avec vérité , qu'ils étoient tels , que
I 4 fans
zci Mémoires pourfervir
iéi>\. ^^'■'^ choquer le Roi , ôc fans m.in-
qucr à la jufte complaifance qu'elle
lui ticvoiC , (î tllem'avoic fait l'hon-
neur de me croire , elle aiiroit confer-
vé les bonnes gtaces du Roi 3 fe fe-
xoit établie forcement dans fon eftime
& dans .celle de toute la Coin* , & au-
roit (atibfaic à ce qu'elle devoit à la
Reine fa Belle- Mère, qui écoit en el-
le une obligation iudilpenfable : mai*
elle méprifa tous ces biens , qui ne
lui auroient coûté qu'un peu de rete-
nuê'> dont elle aoroit tiré un avanta-
ge admirable y car fe privant feule.
ment des promenades qui choquoieni
îa bien-féance &qui dévoient incom.
moder fa fanté , ^ montrant au Ro
d*y renoncer par fon propre fenti»
ment , le Roi l'en auroit louée , puif
que ce qui efl: raifonnable infpirc tou
jours l'eftime en ceux qui ont de h
raifon. Elle auroit au(fi par le mém(
moyen acquis un grand mérite à l'é-
gard de la Reine-Mere , lui faifan:
doucement connoitre qu'elle prenoi
celte conduire pour lui plaire j mai;
par Tes fentimens, elle fe trouva natu-
rellement oppoféc à la prudence. Ma-
dame écouta de fcs oreilles les con-
feih
a l*HîJlolre à* Anne à' Autriche, ao 5
fcils que je lui donnai , &: me rebiuta lééi..
par les mouvemens de Ton cœur : ils
la porcoient à fuivrc aprcrmenc tout ce
qui ne lui paroilloit pas criminel , ni
entièrement contraire à fon devoir ,
5c qui d'ailleurs la pouvoit divertir.
Par une Lettre que je reçus alors de
a Reine d'Angleterre, on peut voir
qu'elle étoit inquiète de ce qui fe paf-
"oit à Fontainebleau , & de ce que la
leine-Merc étoit mal fatisfaite de la
onduire de Madame : elle me com--
n:\nda de la fervir comme une antre
lle-même, ]e l'avois fait avec toute
a fiJelité que j'étois obligée d'avoir
'our elle , & je continuai de le faire ;
lais cette jeune PrinceiTe ne voulue
as profiter de mes bonnes intentions.
■ À Copie que je croi devoir mettre
:i a été prife fur l'original. J^en ai
eaucoup gardé de celles que cette
i'ande PrinceiTe m'a fait l'honneur de
l'écrire , qui marquent la bonté & la
;autc de fon efpriti La longue habi-
ide qu'elle avoit à la Langue An-
ioife avoit un peu corrompu fon-
rançois ; mais le bon fens & la rai-
m s'y trouvant paifaiteraent..
H s Co.
iC6l
1 04 Mémoires pourfervîr
Copie d*u n e Lettre
DE Henriette Marie
PE France Reine
d'An G L ET ERRE.
5,T E crois que dans votre ame vou;
a,J dites > Cette Reine d*A'ngleterr(
-i^ne fe fouvient guère âe moi,. Ce h
>a^n*ctl: pas vrai. Monfieur de Mon
^?
rai
gu
vous dira que je m'en Tui
5^ fou venue dans l'effe6lif. Par cel
55 Lettres j'avoue un peu de pareiTe
33 & que j*ai eu tort de ne vous avoi
^j pas mandé la fatisfadlio» que j*î
5>^euc d'avoir reçu deux de vos Ler
y^ très.. Je vous en demande la cori
^yiinuation > pourvu que vous el
5., ayez le loifir 5 ayant vu hier des DH
55 mes qui reviennent de Fontainif
3,l)leau 3 qui difent que vous étfj
3,_ toujours auprès des Reines , & qi
^y Von ne fcuiroit avoir accès av«-|
^, vous. Je crains même que p;|
5j Lettres l'on n'en aura point , db.
5.^ manière qu'elles parlent.. Si viél
3,^ avez bien du bruit oii vous êtes, j'il
i
à l'HiJloke à' Anne à' Autriche, 2 of
^ ici beaucoup de filence , qui cft lé^i,,
j, plus propre à fe fouvenir de Tes A-
„ mis , donc je crois que vous êtes
5, adcz perfuadée d^'êcre du nombre ^
„& pouvez être airurée de la con-
,, cinuation. Vous avez avec vous un
„ aucre petir moi-même, qui eft foie
„ de vos amies 3 je vous allbrc. Con-
3, tinuez d'are des (îcnnes ; c'elt alTcz-
„ vous dire. 3,
Peu de rems après 5 la Reine-Mere
me commanda auÛi de confeilierà la
Reine, qui me failoit [''honneur d'a-
voir quelque confiance en moi , de'
foLiffrir avec plus de patience les di-
vercilTcmens du Roi , & de lui repre-
fenrer qu'il dévoie être le Maitre de
fes adions ; qu'elle n'avoit pas de
verit.ble kijet de s*allarmer j & que^
la vertu de ce Prince paroiflbit atta-
quée , mais non pas vaincue. Elle'
trouva bon que je travaillalîè à les
unir d'amitié , la Reine , 6c Madameo>
QLioi qu'elle aimât beaucoup plus la
Renie, elle confideroic adez Mada-^-
me, & auroit été ravie de les voir
bien enfemble. ]e travaillai à cetce-
Union & Dona Maria Molina Afaf-
L6 i^^'
ic(y Mémoires pour fcrviir
lé^i. fat; * de la Reine «5c Favorite, qui
"^c'tfîce étoit une fort bonne perfonne j &
InrlJcl pleine de bonne volonté. Noustrou-
vâaies les nif.ycns par nos raifons»
de calmer Pâme de la Reine , au^
tant qu'il étoit poiïible de le fai-
re. Elle demeura fatisfaite de nos-^
confeils ,, & les regarda comme des^
i-narques de notre afFcâ:ion à: fort.
fervice. Madame , à qui j'en parlai
félon nosr projets j me parut de mcme-
aiïïz contente de nous j mais ce que-
je lui dis fur ces deux matières ne fur
pas Ignoré du Roi , & il lui fut dif
lans doute d'une manière defavanta-
geufe pour moi. Je ne veux pas*
l'çavoir d'où procéda mon malheur j;
car ce qui reoarde les Perfonnes Roya-
les doit être pour nous des M fteres*
de refpcâ:. Madame pouvo't même-
en avoir parlé fans aucun deffein dé*
me nuire, &: par un motif dé confian.
ce , qui , dans l'intention de cette
jeune Princefle , n'avoit peut êfrerien'i
de contraire à la probité. Qiioi qu'il'
en foir , Me. la Comtelïe de Soif-',
fons le fçachant, elle qui me regjrdoil?"'
comnic Amie de M^de. de NavailleV^
fon ennemie , trouva le moyen d'em»*
poifûunec"
k l'Hlflolre d'Anne d'Autriche, 207
poifonneu tout ce qui venoit de moi, 1^6 1^
& de faire liafr au Roi mes applica-
tiens à obéir aux Commandemens de
la Reine fa Mère. Le Roi lui en
Iparla , &c lui dit , raoncranc d'avoir
'du chagrin contre moi , qa'il trou-
voir mauvais de ee que j'ctois Ci fou-
krent tête à tâe avec la Reine , 6c de
'ce que j'avois donné des confeils à
Madame, q\n paioUTbient en quelque
façon s'oppofer à fes divcrtiilemens,.
La ^eine fa Mère me défendit gène-
reufemenr ; &c comme le bien , qui
en de certaines occa fions déplaît j ne
llaiiîe pas d'imprimer en l'ame de ceux.
qui le connoilient quelque trait d'eu
cime , le Roi ne pouvant m'ac.cufec
de rien qui pût être contre fon fervi-
ce , & fçachant de la Reine fa Mère ^
ique je n'avois agi que par fon ordre ,
rémoigna qu'il a voit quelque bonté
pour moi ; avouant à la Reine fa Me-
;e , à ce qu'elle me fît l'honneur de
me dire , qu'il étoit vrai qu'il avoic
trouvé la Reine de meilleure humeur
depuis que j'avois eu l'honneur de
lai parler ; mais voulant me facrifier
à Me, la ComtefTe de Soldons qui me
i^aiiroic mortellement , il continua de
l 7 me
îoS lï^emolres four fervkr
Ci6u 11^^ traiter comme fi en effet j*avoîs>
raeriré ù haine : fi bien qu'il défen-
^ dit à la Reine de me foufFrir chez elle
aux heures parcicuhercs» Par une fi
forte marque de Ton averfion , il
me fie aifémcnt comprendre , que ma
fortune écoit en mauvais écat ; mais
ne trouvant rien en moi , qui fût ca-
pable de me donner de la honte , je
fentis en cette cccafion que l'innocen-
ce eil un grand préfervatif pour de
tels maux ; je crus même devoir ef-
perer que le Roi , ayant beaucoup de
lumière de d'équité, connoitroit tôt
ou tard que mes intentions &c mes
paroles avoient été conformes à mon
devoir.
Un jour 5 parlant à la Reine-Mere
de toutes ces chofes , enfermée avec
elle dans fon Oratoire , je conclus a-
vec cette Princelfe , que nous étionj
tous fort malheureux , de ne nous p î
appliquer à aimer de fervir Dieu , plu-
tôt q^e les Rois 5 puifque ceux-là ne
conn( iflfant point le cœur, quelque
fidélité que nous ayons pour eux : il<
fe peuvent tromper , en makiaitani
les plus i::nocens , de la même manie-
te que s'ils étoient coupables. C*cfl
ur
I
a VHftolre à'A'nne à' Autriche, 109
«n grand mal de ne pouvoir toujours lé^X*
efperer des Souverains une jufte rétri-
bution de notre afîe(!]lion & de notre
Édelité à leur fervice ; mais c'efl: à^w
moins un ^rand adouci (T'ement à nos
mi ères , que d'en pouvoir trouver
d'alLz raifonnables , pour fe pouvoir
Gonfoler avec eux-mêmts des maux;
qu'ils font capables de nous faire (ouf-
ft'ir. M^s fautes enfin ne me firent
point rougir ; elles augmentèrent la
bienveillance que la Reine-Mereô^ la
Reine avoienc pour moi. Beaucoup
de Perfonnes des premiers de la Cour,
voyant que la Reine-Mere avoit quel-
que confiance en moi , & ne fcachanc
pas qu'elle feroit li fin de ces petits
commencemens^ de broiiilîerie , me
firent de grands complimens , &: me
témoignèrent vouloir prendre quelque
part u dépUifir que j'avois d'avoir
déplu au Roi , à qui pir mon devoir
& par tant d'autres raifons Y- ^^^^^^'s
fouliaiter de plaire. Le bruit courut que
je ferois difgracice-, mais ileftà croire
que le Roi n'y penfa pas , & ce bruit
fe diflîpa par les marques publiques
que je reçus de la bonne volonté des
deux Reines., La Reine-Mere le len-
demain-
2.Î0 Mejnoires pour fervîr
^66i, demain me commanda d'aller chez la.
Reine de fa parc , pour lui dirs queU
que chofe ^ elle le fiï étant à fa Toil-
lerre, & parlanc tout haut , afin que
fî par hasard , & par malheur,. ma def-
obéiirance de'plaifoic au Roi j elle eue.
droit de me défendre,. Deux jours,
après , cette Princeire étant chez la.
Reine ». leurs Majeftez m'envoyè-
rent quérir par un Valet de Cham-
bre. Il me troava dans la grande Allée.
q,pi va au Ch^enil. J'y fus avec quelque,
crainte y car l'état où j'étois me tenoii
dans une continuelle inquiétude. En
entrant dans le Cabinet de la Reine y
où étoient'ces deux grandes PrinceiTes
environnées du Cercle & de beaucoup
de monde , mes frayeurs (e diiîîpercntj
car en me voyant arriver elles fe mi-
rent à rire , & m'étant approchée de
la Reine- Mère, elle me fit l'honneur
de médire , qu'elle me vouloit voir ,
feulement pour me faire bonne mine
devant la Comtelfe de Soilîbns , de
ajouta : Sans avoir rien a vous dire ^ ]e
veux vous parler beaucoup , & tout
bas 5 afin de luï faire déph. Le foir,
allant à la Comédie , & paifant p.u
i-Appanement.dc la Reine où j'érois
dans
à l^H'rfloke à' Anne à'Autrkhe, 1 1 1
dans un coin, elle fe détourna de Ton i66i#
chemin , & venant me trouver dans
ce même endroit du Cabinet u e dit
jCiicore en rianr ; '^e continue la Corne»
^.àic ; car la Comteejfe de So'fjons c^ul
me fîiit , fe retiendra de vous nuire aU'
pi'és du Roi , voyant que je vous corî"
\fiâere.
Cette petirc avantiue , comme il
jparoit par les chofes que je viens de
pire , contribua beaucoup à irnter
la Reine contre la ComtelTe de
^jSoiÛons » Si commença de faire naitte
rjdans le cœur de la Reine - Mère de
Weritables chagrins contre Madame ,
'x\m s'augmentèrent exrre'mement par
le pyude foin qu'elle prit alors delà
i'atisfaire. Ces dégoûts firent imaginer
r.ix Courtifans , que la volupté pour-
■oit peut-être détacher le Roi de la
leine fa Mère •,. mais ce grand Prince
>aroiiroit fi lié à Con devoir ^ de Ci na-
urellement vertueux , que cette divî-
lon n\irriva point. L'heure des
)la'(îrs palfèe , il revenoit toujours à
a Reine fa Mère ; il lui rendoit ce
ju'il lui devoit en qualité de Fils bien
limé , ôc témoignoif avoir beaucoup
le confideration pour elle. Non feule-
ment
1 1 2 Mémoires pour fervïr
i6êi, ment il Taimoit , mais il lui difoit Je*
chofes qui faifoient voir aufïi qu'il
l'cftimoit : dans le vrai , elle lui en
' donnoitfujet par Ton defintéreircmenr,
& par l'afFedion tendre ôc refpedtueu-
fe qu'elle avoir pour lui.
liiai. Les derniers^ jours du Mois de*
Mai , le Prince de Condé dit au Roi >,
qu'on avoit trouvé à Auxerre un Por-
trait de Henri IV". attaché à un Po-
teau-, avec un poignard qui lui tra-
verfoit le fcin , <Sc une Infcription La-
tine fort criminelle qui regardoit fa
Perfonne. Le Roi lui répondit ^ Je
m en confole : on n'en a pas fait amam
contre les Rois f^Jnéans, Un jour j
' difant en confidence à quelque perfon-
ne quM eftimoit 5 que s'il avoit ja*
mais la Guerre il vouloir y aller en
perfonne , ôC celui-là ayant répondu
que ce feroit une grande imprudence,
éc quafi un défaut à un Roi , de ha«
zarder ainfi fa vie , &c que la France
avoit autre fois beaucoup fouffert de
la Valeur imprudente de François
Premier , le Roi prit la parole ôc lui
dit > Imprudent tant qu'il vous plaira \
maïs , avec tout cela , cette mprudena
l'a mis an Rmg des grands Rois. Il
fit
à l'Wfldlre â*Anne à* Autriche, 1 1 j
It alors un nouveau Commandemenc I^^ï»
Li Grand Prévôt de châcier ceux qui
tireroienr, avec toute la feveriré pof-
ibie.
Dans ces jours mêmes , la Reine-
lere voulue s'acquitter d'une promelfe
u'elle avoit faite il y avoic longtems -
Madame de Ghevreure, de l'aller voir
bampierre , pour être cjeux ou trois
>urs en ce lieu. On y traita d'une
ande affaire , & ce Voyage fervit en-
irtie à décider de la deftinée d'un
îiniftre qui aK}rs paioilfoit dans un
rand crédit. Le Cardinal Mazarin,
vaut que de mourir , avoit donné , à
I qu'on a dit, des avis au Roi
rntre le Sur-liitendant Fouquet : il
croyoit trop prodigue de fes Finan-
s 5 <Si il lui confeilla d'inftaller Col-
rt fous lui , pour veiller à fa con-
lite , ÔC arrêter la profufion de fes
>eralitez. Le Tellier aimoic l'Etat ,.,
n'aimoit pas Fouquet 5 du moins ,
ne l'eftimoic pas : 5c Colbert fon
îlié >.qui avoit été fon Commis , ôc
^-'autrefois il avoit donné au Cardi-
tl , pour le fervir dans le maniment
! fes affaires domeftiques , lui étoic
bis fort agréable. Il le croyoit tout
114 Mémoires pour fer vïr
l66l, à lui, de fc perrii3.cla qu'il garderoîc
toujours fur cer Homme une enttere
fuperiorité. Cette raifon l'obligea de
prendre foin de fa Fortune , & de
travailler à le mettre en état de lui
aider à détruire celui qu*il croyoit for
Ennemi. Us voulurent fe joindre en-
femble pour leur avantage particulier
6c montrèrent au Roi nedefirerqut
celui de l'Etat & de fon Service. C(
Prince , qui connoifToit les défauts di
Sur-Intendant , reçut leurs avis , qu
étant autorifez des Confeils du fei
Cardinal , &c fortifiez par la mauvni
reconduite de Fouquet , eurent l'efîc
que produifent d'ordinaire les faute
des Particuliers & les defTeins fecret
de ceux qui paroiiîenc definterelTées 6
fidtiles. La Duchcire de Chevreufe
par des motifs que je ne fçai poini
parla à la Reine-M-re contre le Sur
Ijicendant j & fous l'apparence é
bien public , lui fit en fon particuUe
beaucoup de mal. Laigue» qui fou
vent étoit dangereux ou propice
beaucoup de gens , fut celui qui fi
agir Me., de Chevreufe. Son étoii
étoir de fe mêler de tout^ &c coKntn
il écoit attaché à cette PrincefTe pa»
beau
à l'Hîjïo'tre â' Anne à'AtHrkhe, i \ j
beucoup de liens , il employoic Ton ef- ié6u
prit à ce qui lui convcnoiu le plus.
La Reine étoit partie le vingt-fept
îuin 5 pour aller à Dampierre, & avoir
mené Madame exprés avec elle , pout
niectre quelque interruption aux Pro-
-nenades qui lui déplaifoient j mais à
on retour , ce fut la même chofe , 6i
es plaifirs de Fontainebleau continuè-
rent de donner quelque chagrins à la
leine - Mère. Comme raifonnable ,
lie trouvoit impoifible qu'un Roi fi
eune, & qui donnoit beaucoup d'hcu-
es au travail , pût s'empêcher à*tn
onner quelques-unes à Tes diverrilfe-
aens \ mais , comme Mère & Chré-
ienne, elle craignoit la force de cet
ge , 6c les périls que la volupté fait
°ncontrer à ceux qui la fuivenr.
lonfieur , qui avoit lailîé eng?!ger
ladame dans les promenades & les
iaiiirs , un peu plus que la bienféan-
.' ne le permettoit , commençoit à fe
cher de cet excès. Sa prefcnce , ^
s innocentes intentions de Madame,
ai dans ce tems-là ne paroilToient a-
3ir d'autre objet que le pîaifîr en gé-
rai j en ôtoit tout le danger . mais
'Ue afliduicé, quand elle parut ne-
ceLîaire
s.i6 Mémoires pour fcrtjir
j65l, celVaire à Monfieur , lui fut pkirôt ntïi j
peine qu'un divertiffemenr j 6c chan^
géant de fentiment , il eut de Irs lépu
gnance pour les chofes mêmes qu*i
avoit d'abord approuvées.
La Reine-Mere , voulant remédie
à toutes ces mauvaifes difpofîtions , (
. plaignit de Madame au petit Milor;;
Montaigu fon ancienne Créature, pui
en parla au Comte de St. Alban M"
niftre de la Reine d'Angleterre \ leti
difant que cette Princeile ne preno
nulle mefure avec elle fur fa condu
te , & ne la confideroit en rien. E
le voulut qu'ils fiflTent part de Ci
plaintes à la Reine d'Angleterre , qi
menoic une vie douce à Coulomb©
dans une Maifon qu'elle y avoit ach'
tcé. Elle y cherchoit la paix j & i
connoilTant que de bonnes inclin
tions dans l'arae de Madame , ne s'i
quiétoit point encore tout de bon 5
Tes adions 5 parce qu'elle les croyoi
exemtes de b'âmc.
Dans ces mêmes tems , le Roi |'(
déclara avoir de l'inclination pO!
I^Ue. de la Va'Jiere , une ôqs Filles • Jtîi
Madame. Elle étoir aimable, ôc
beauté avQic de prands agrémens p
ré '
j a l' Ht ftolr e (^ Anne d'Autriche, i\j
réclar de la blancheur ôc de i'incar- i66l.
[lac de Ton teint , par le bleit de Tes
^eux qui avoienc beaucoup de dou- '
peur, & par la beauté de (es cheveux
^rgentez qui augmentoic celle de foii
[rifacre. Madame , ôc la ComtelTe de
foillbns , d'abord en parurent conten-
is ; elles y contribuèrent de leur
)mplairance ; de il fembla qu'elles re-
tient à bonheur d*étre déchargées
<ar cette voye des petits chagrins de la
Leine, La Reine Mère s'affligea de
ftte nouvelle paflîon : elle craignoit
) danger de quelque côté qu'il pût
enir ; mais elle fut confeillée de ne
y point oppofer avec violence , Se fa
rudence lui dt approuver ôc fuivre
i confeil , d'autant plus que quel-
les jours auparavant elle avoit été
upçonnée de m'avoir commandé de
ire ramener de Fontainebleau à Paris
lie. de Ponts , par Me. du Plefîîs
n Amie , afin de la foiiftraire aux
X du Roi 3 qui paroiiToit ne la pas
j^Mïr. Cependant , perfuadé que j'é-
is caufe de ce Voyage , il en fit des
r|j|Jiintcs à la Reine fa Mère , ad'ez
tes pour lui faire connoitre qu'il e-
' Bt necelTaire qu'elle modérât fon zé-
«* ^ le.
ii8 Mémoires pour fervir
i6^i* le, La vérité écoit que la Reine-Merr j
criifgnoit cette Fille , dont les mani& ^
res un peu trop libres lui déplairoient 3
elle auroit fouhaité que les perfon^
nés qui avoient du pouvoir fur ell
l'euifent conviée à demeurer à la Cou
avec plus de régularité. Voilà la fel
le chofe qu'elle me commanda de d
re à mon Amie , & qu'elle lui f(
roit plaifir à'tn parler à la Maréch;
le du Plelîis , afin qu'elle la prît av(
elle ; mais elle ne me témoigna
lement vouloir qu'elle partît de Fo!
tainebleau , comme le Roi le crut
n'en parlai point non plus à Me. (|
Pleiïis. Elle l'amena à Paiis , pari
emprcdemenc inutile de vouloir plai
à la Reine- Mère, en faifant plus qu*<
le ne lui avoit demandé. Ce delir
voit pour fondement un certain in
-fl:êt qui la regardoit elle feule, &o
pour mon malheur caufa beaucoup
bruit contre moi. Le prétexte qu
le prit , pour enlever Mlle, de Poni
fut de lui dire que le Maréchal d'i
bret étûit malade ; & il l'avoit.écc
peu , qu'en arrivant à fa porte
nous die qu'il étoir forti. Cette
nelîê 5 qui étoic en effet fort ridicu
déf
h
^.
à VHipire à' Anne à'Atttrkhe, 1 1 9
déplut au Roi avec raifon : & quoi ï6^!»
que je n'eu (fe reçu ni donné cet or-
dre , il ne laiiFa pas de me donner
jbeaucoup de chagrin.
I Le remperamment que la Reine-»
jMere apporta à modérer cette nou-*
Iveîie inclinition du Roi pour Mide-
moifelle de la Vallieie , fuc-de l'en a-
vertir cordialement , en lui reprefen-
tanc ce qu'il devoit à Ditu & à Ton
Etat i ôi qu'il devoit craindre que
beaucoup de gens ne fe ferv'fllnt de
cet actachement , pour former des în-
j:rigues qui pounoienr un jour lui
îiuire. Elle le pria au (Ti de lui aider
\\ cacher fa pafîlon à la RHne , de
peur que fa douleur ne eau fat de
jie trop mauvais effets contre îa vie de
j'Eufanc qu'elle portoit. Le Roi ef-
ima Ton fécond confeil , & ce fccrec
iit obfervé de toute la Cour , avec
ant de foin, que la Reine, qui a-
jors étoïc grod'e de quatre ou cinq
'nois de Monfeigneur le Dauphin,
.cheva de paiîer le tems de fa giof-
e fans le fçavoir.
Ce qu'on appelle ordinairement la
|»elle galanterie produifit alors beau-
oup d'intrigues. Le Comte de
TmcK K Gui-
11(5 Mémoires pour fervir
l^^éu Guiche , quelque tems aprcs fut é-
Joigné pour avoir eu i'audace de rc*
garder Madame un peu trop rendre*'
ment. Comme il eft à croire qu'el*.
le étoic fage en effet , elle voulut qutt
le Public fut perfuâdé qu'elle avoki
été de concert avec le Roi ôc Mon-
sieur pour l'e'loigner : mais fon é-
xil fut court , &: on peut s'imaginer»
que et aime n'avoit pas beaucoup
offenfjé celle qui en écoit la caufe^
car cette paÛion , paroilfant alors àd*
approuvée par elle , ne pouvoit fe.
Ion les fauifes maximes que l'amoui
propre infpire lui apporter que de h
gloire, ,'
La Duchefle de Valentînoîs , Sœux
àw Comte de Guiche & Fille di
JMaréchal de Grammont , qui avoi
époufé le Prince de Monaco , àt
j^-jeura à la Cour après lui j mais ell
î-j»y demeura guère , à caufe qu
l'enjouement ou plutôt remporte
iment ^'^ cette Dame lui fit faire mil
le intJ^'g^es pour le recour de (o*
Frère » & même lui fit faire quelque
tailleries contre le refpedt qu'elle ai
voit à la Reine - Mère. Elle cto»
tendrement airace de Madame , & J
à /* Htjlotre â'Anne à' Autriche, ut
Sœur de ce coupable écoit traitée de léél*
Favorite ; il écoit jnfte de récompen»»
I fer en elle les fenciiiiens du Frère»
1 qui en fa pcrfonn:: pouvoient être in-
nocemment payez. Madame ne pou*»
voie vivre fans elle , elle écoit de cou-
res fes promenades ; Ç\ bien qu'ellâ
faîfoic éclore chaque jour , non pas
des Fleurs fous fes pas , comme fei-
gnent les Poètes qu'il arrive aux
Nimphes de la chafte Diane , mais
des querelles , des broliilleries , ôc
beaucoup de ces riens , qui font ca-
pables de produire de grands évene-
iTiens. La Reine - Mère > en appré-
hendant les fuites , la fit é'oîgner
aufli bien que fon Frère j & il parue
quelque tems après , que ce fut avec
une grande raifon % qu'elle avoit ap-
préhendé fa conduite , parce qu'é-
tant aimable, fpirituelle , & jeune,
elle étoit auffi fort emportée dans fes
paflîons.
Les Seigneurs Anglois firent ce
qu'ils purent pour raccommoder Ma-
dame , avec la Reine fa B^lle-Mere»
iLe Comte de Saint-Alban lui offrit >
que (i elle vouloit laiffer aller les cho-
fes félon les dciirs de la jeuneffe i 6C
K i felort
^12 Mémoires pour fervtr
Xè6u félon les plaifirs qu'ils eftimoient in-
nocens , Madime la fcrviroic au-
près du Rui 5 & travaillcroic à les
tenir toujours unis. La Reine-Mcre,
qui ne regarJoit que Ion devoir » Ôc
qui de plus ctoit contente du fons
du cœur du Roi Ton Fils , leur ré-
pondit 5 à ce qu'elle me fie riionneur
de rae dire le même jour , qu'elle
«e vouloit aupés du Roi les bons
offices de qui que ce foit ; qu'elle ne
defiroic que fa gloire , &. ne lui don-
iioic que des confeils entièrement de-
lintereifcz j que tant que le Roi Iqsi
recevroit comme il avoir fait juf-
qu'alors , elle feroit fatisfaire de lui ;
/ mais qu'auffi-tôc qu'elle fe verroi©
dans la neceflîté d'un tiers > ^ avoi»
jDefoin de bons offices auprès de lui,
elle le quifteroit , ôc s'en iroir au Vat
^e. Grâce pafler le refte de Tes jouw
en repos. Elle en dit autant pla-
ceurs fois au Sur - Intendant Fou.
^uet 3 & à tous les autres qui afpi-
arant à la faveur , vouloient l'engage
à protéger leur Fortune , en lui pro*»
mettant leurs Services auprès du RoJ
Elk ne vouioïc prendre aucunes me*
kl' Hfflolre d'Anne d'Autriche, 223
Êires pour le coniervcr de l'autori- i^6l\
té : (on deirein écoïc feulement de
faire ce qu'elle croyoit jufte & va'.fon-
i nable» Elle a véûCCi à ce qu'elle a
idefîré de faire ; par fa vertu & fa
[douceur, elle a remédié à beaucoup
de maux y ôc d'ailleurs elle n'a jamais
eu beaucoup de puilTance 5 parce
qu'elle a toujours négligé d'en a-
voir,
La Reine- Mère avoit raifon de fe
tenir liée feulement au Roi , par les
chaines de la tendrelTe 5 qui la faifoic
entrer dans tout ce qui paiùilToit lui
pouvoir être avantageux ; car il n'a-
voit rien de fecret pour elle. Ou-
tre les avis qui lui furent donnez à
IDampierre , par la Dnchefle de Che»-
vieufe , contre Fouquet , le Roi lui
;confia le defir qu'il avoit de le per-
idre.
Il envoya traiter cette affaire avec-
:-Ile par le Tellicr ; Se quand il par-
:'n pour aller à Nantes fur la fin du
.nois d'Aoûc , ce fut à elle feule à
qui il dit le delFein qu'il avoit de le
Faire arrêter en ce lieu. La Reine-
Uere en fut fâchée : elle confideroic
:e Miniftte, parce qu'il ccoit fort at-
K 3 taché-
2 24 Mémoires pâtir Jervîr
léêi, taché an foin de la fervir ; & même ,[
du confcntcmenc du Roi , il lui en-
voyoit de l'argenc , ce qu'elle avoic
befo'n pour le fecours des pauvres :
mais ne pouvant manqueL' au fecrec
du Roi , ni juftifîer Fouquet fur les
criminelles accufations qui furent fai-
tes contre lui , qui toutes n'étoienc
pas iiijuftes , il fallut qu'elle entrâc
dans le projet qui fut fait pour fa
ruine , de qu'elle écoutât ceux qui
ctoient dans la confiance du Roi , qui
lui vindrent rendre compte de Tes rç^
(blutions fur ce fujer.
Les Condudeurs de la difgrace de
Fouquet avoient averti le Roi j non
feulement de fes defordres dans les
Finances » mais encore des attentats
qu'il fembloit préméditer contre l'E-
tat. Selon les jugemens que le Roi
en fit , & félon les explications qu on
leur donna , ils fe trouvèrent énormesj
ôc le Roi qui avoit refolu d'y remedieï
allant en Bretagne , prit toutes le<
niefures necefTaires pour ce delfein .
eftîmè pour lors une des plus impor-
tantes affaires de l'Etar.
Le Roi partit pour ce Voyage le
tingt-neuviéme Août, il étoit encore
ten-
a l'Htftdlre d*Anne à' Autriche. %%§
rendrement attaché à la Reine , & fa lè^l*
nouvelle paffion n'avoit pas effacé les-
légitimes femimens qu'il avoit pour
elle. Il parut que cette feparation lui
donna un fenfible déplaidr : il jetta
des larmes qu'il voulut cacher au pu-
Iblic \ mais qui étant vues de celle qui
ien étoit caufe , la confolerent de tous
ifes mauxr Cette douleur lui donna
jde la joie , & cette joie augmenta de
ibeaucoup le chagrin qu*elle eut de fe
feparer de celui qu'elle aimoit (î chè-
rement.
Auffi-tôt'que le Roi fut à Nantes ,
î^l voulut exécuter fon delTein contre
|le Sur- Intendant , lequel s'étoit en-
jgagé à ce Voyage malade d'une fièvre
double^ tierce j mais fa raifon , qui
*l*étoit beaucoup davantage le fit fui-
vie le Roi , parce qu'il avoit de
grands deOfeins pour l'étabiiirement de
fa Fortune & de fa faveur , qu'il
vouloit conduire à leur fin. Ses hau-
tes penfées le firent tomber dans le
précipice , ôc l'excès de fon ambi-
tion fut la fouice de fes malheurs. Le
Roi , qui fçavoit qu'il avoir acheté
quafi tous les Hommes de la Cour ,
n'ofa fe confivi à ^on Capitaine d£3=
K4 G:^^
11 6^ -Aiemotres pour fervlr
ï66i» Gardes pour l'ariéter : il fe fervît
d*Artagnan , créarure du feii CardU
nal , qui commancîoic fes Moufque».
taires. Comme le Sor-Inrendan: for- i
tic de chez le Roi, Si qui! vouloic^
retourner chez lui , il fut averri par
la Feuillade , qu'il y avoit quelque
ordre contre lui. Le Sur-Incendant
tccevant cet avis , au lieu de fe rflec* i
tre dans fa chaiie , voulut entrer
dans celle d'un autre pour fe fauvcr ;
mais Artagnan qui le fuivoit , ôc qui
avoit Tceil fur celle où il dévoie fe
mettre , voyant qu'il ne venoit pas ,
le pourfuivic coinme il alloit déjà
prendre un chemin détourné. Il
Tarrêta de la parc du Roi , & le fit
mettre aùllî-tôt dans un Carofle qui
écbit préparé pour cet effet. On le
fît enfuice entrer dans une Maifon
pour lui faire prendre un Bouillonj
& on lui prit les Papiers qu'il avoii
fur lui. Il fut mené à Angers , ôi
fa Femme à Limoges. Deux Maî-
tres des Requêtes eurent ordre en
même tems d'aller chez lui fcellef
tous fes Papiers j ce qui fe fit avCiÇi
diligence. Ils furent portez au Roi j
qui les vit , & fit fur tous des Rq^
marques
k
à ï'HiJîolre à' Anne d' Autriche > tiy
arques confiderables & jndicieufcs ; iC^i^
be qui iiVa été dir , par un de ceux
tjui furent employez à cccie Com-
jïiiflîon *. Bruan , principal Commis ^
le Fouquct pnc la fuite. Gourvil- ficur de
e , celui dont j*ai parlé dans le re- Bouche»
ic des Guerres Civiles , qui s'étoic
ait Financier , eut ordre de fuivre
1 Cour, Le Roi envoya tceller dans
outes les MaiTons de ce Sur Inten-
anr , à Vaux, à Paris, Sc à Saint
Îandé. Comme on l'arrêta , il fe
urna vers un de Tes gens , de die
:uîement y Hal Saîm Mandé, il a--
pit raifon de craindre qu'en ce lieu
in ne trouvât de quoi lui faire Ton
mcésj car il y avoit des chofes qui
.irarent devoir deshonnorer fa rai-
m , & ternir fa mémoire , en le
ndant méprifable ayx gens de bon
ns , & à ceux qui font profcOion de
gede. Madame du Plefîis • BsUiere
n Amie , &c Tes Frères furent a-
itis par cet homme à qui il avoic
c ces mots , &z s'ils avoient voulu,
"> auroient eu le cems d'aller brûler
us Tes Papiers ; mais , Me. du Plef»
i, à ce qu'on a fçu depuis, ne le
mlut pas faire , croyant qu'il a-
voit
2 i 8 Mem oires pourfervir
lé^l. "^^^^ ^^^^ brûlé avant que de par«^
tir.
La Reine - Mei'c ayant reçu un
Courrier du Roi envoya quérir le
Chancelier , d^ fon Capitaine des
Cardes. Elle fie fceller à Fontaine-
bleau la Maifon du difgracié , & en-
voya , comme je l*ai dcja dit , fcellei
les autres lieux qui lui appartenoienr
On mit garnifon dans toutes fe;
Maifons , & même chez Bruan foi
premier Commis , comme ayant plu
de part à Tes fecrets que nul autre
Ses Enfans , par la permiflion de 1
Reine.Mere , furent menez à Pari
par Madame de Brancas , dont le Ma
ri depuis peu avoit acheté la Chai
ge de Chevalier d'Honneur de la Re
ne-Mere , & qui Te trouvant Ami c
^et; homme ne le voulut pas abaii
donner. Ils furent mis entre les raaii
de leur Grand Mère , qni étoit un
fainte. Quand elle Tçut le malhcr
de fon Fils , elle remercia Dieu
fês difgraces , efperant qu'elks ron
proient les chaînes qui le tenoient a
taché au péché , ôc co.ntribuerojoj
à fon S-^lur.
liC 3% Le j^oj ^.^i-^t (Je retour à Font.'l
^^' - ncbiea-'
à l*HiJ}o'ire d'Anne à* Autriche, 1 1^
nebleaii , on fuc long-tems qu'il ne iGûù
fe parla à la Cour , que de la dif-
grace de Fouquec , de cette grande
chute , de Tes delTeins chimériques
& ambitieux , & de toutes les intri-
gues qu'il ramalloit en fa perfonDej.
à' dellein de fe faire premier Minif*
rre.
Belle-lie fut d'abord le premier ob-
jet , qui offenfa les yeux du Roi ; ii
y avoi't fait travailler, l'avoit munie
de Canons , & Tavoit rendue une
Place forte. Sa fituation la rend
relie par nature & les foins de cet
homme avoient commencé de la ren-
dre capable d'être un jourun Inftiu-
ment de quelque grande Guerre à
l'Etat , par le voifinage d'Angleter-
re i mais comme toutes chofes ont
diverfes faces , elle poovoit erre auiïi
une forte Barricade contre les atta-
ques de ceux de cette Nation. Les
amis de Fouquet ont dit, & il efc
à croire qu'ils ont dit la ver"té , que'
ce Sur-Intendant , qui en tfrec étoic
jcapable par fon génie , & par fon ef-
prit 5 de beaucoup de grands defieins',
avoit eu celui d'y faire bâtir une Vil-
le ,. dont le Poit étant bon devoir
K <S. at>-
250 Mémoires pourfervlr
l6éi, attirer tout le trafic du Nord 5 èc
privant Amfterdam de ces avanta-
ges , rendre par là un grand fervice
au Roi &c à l'Etat. On i'accufa d'a-
voir eu des intelligences avec les An-
glois y mais cette accutahon fe trou-
va mal fondée. Les malheureux ne
manquent pas de crimes , de celui-
là paroiflTant coupable , il n'y eut
point de modération dans les juge-
mens qui fe firent d'abord contre lui»
il avoit acheté le Duché de Pan-
thievre en Bretagne , fortie depuis
peu de la Maifon de Vendôme, pour
payer leurs dettes ; ôc on difoit que
Tayaut , il fe vouloir faire Souverain
de ces Pais-Ià. Ce dernier Article ét-
roit un dire , qui n'a pas été vérifié;
mais il eft certain que faifant forti-iBii
fier Belle-Ile , &c ayant à Tes* gage! liî
prefque tous les Gens de la Cour li
il avoit la mine d'un homme foç
ambitieux : ôc comme il avoit i'anéjii
élevée , on croyoit qu'il étoit caf
ble de tour. c|
On lut fes Papiers & fes LetrrciBitiG
On en trouva de plufieurs PerfonnàHîi
de la Cour , les unes pleines de beaûH
coup d*intrigues politiques , ôc iMp,
aucr
àfFliftolre à'Anne d'Afttrkhe, 15 1
autres de beaucoup de Galanteries.. ï^^'»
Pau elles on vie qu*il y avoic des
Femmes ^6c des Filles, qui parfoienc
jpour fages S>C honnêtes , qui ne l'é--
ftoienc pas , & on connut manifefte-
imenr, que s'il avait une grande am-
bition , il n*avoit pas moins d'empor-
tement pour la volupté. Il y en eut.
même de celles-là qui fouffirirenc
pour lui , qui firent voir j. que cène
font pas toujours les plus aimables,,
les plus jeunes , ni les plus galants 5
qui ont les meilleures fortunes , &
que c'eft avec raiion que les Poctes
ont feint la Fable de Danée ôc de la
Pluie d'or..
Le Roi envoya commander à Ma»^
dame du Pledis-Belliere d'aller l Mon-
brifon en Foret. Celle-là étoit Amie
de Fouquec 5 àc 2i et qu'on a dit a- "^
voit beaucoup aidé à lui gâter l'ef--
prit , par toutes (ts intrigues. Elle
le fervoit particulièrement à entrete-
nir les liaifons qu'il avoir avec les .
principaux de là Cour. Elle avoic
beaucoup d'efprit & d'ambition. Lés
honnêtes gens s'en trou voient bien :
ils entroient dans Tes intérêts , &
four les en payer , elle trouvoit tou-
jours
î3 ï Mémoires pour fervlr
16^1. jours le moyen de les obliger. Elle
ayûit marié fa Fille au Marquis de
Crequij Frère du Duc , honnêce Hom-
me , brave , & qui avoic beaucoup
de réputation. L'habileté de Mada-
me du Pleffis fa Belle- Mère fut /i
grande , qu'elle le fit General des
Èallercs , peu de tcms ayant levoiagc
de Nantes, On vit alors quafi finir h
Maifon du Cardinal de Richelieu. Liî
Duc de Richelieu fon Neveu avoii
eu cette Charge , & le Gouverne-
ment du Havre \ mais par l'ordre d(
la Cour , & par la neceflîîé où i;
mettoient fes dépenfes déréglées , il u
défit de l'une & de l'autre. Le Ro
voulut mettre le Hivre entre le:
mains du Duc de Navailles, qui ei
fur quitte pour cent mille écus qui
donna. Le Marquis de Crequi , qu
avoir obtenu avec beaucoup de pcini
la peimi(îion de recompenfer fa Char
ge de General des Galères , en pay;
des Sommes immenfes , qui apparem
ment étoient fortis de la bourfe di
Sur.lntendant aux dépens du Roi
ce qui fit voir l'extrême ambitioi
de ce Miniftre • 6c celle de Mada.
me du Pleffis fon Amie. Elle cru
ï
à l'H/jloire d'Anne à' Autriche, i^l
avoir fait un grand coup pour Ton i(^Cvi
Gendre j mais elle fe vit deux mois
après , en partie par cette même cau-
fi2, tomber dans la difgrace 5c dans
le malheur, & eut le déplaifîr de voir
ircnverfcr pour lors la grandeur & la
■orcune du Marquis dt Crequi ^ à
ui Ton Alliance avoir été nuidbie ,
arce qu'elle fe fit dans un teras , où
sja le Roi étoic dégoûté du Sur-In-
endant. Le Roi , quinze jours après
on retour de Nantes , ayant exilé cet-
xe Dame , envoya Carnavalet , Lieu»
tenant des Gardes du Corps , à Be-
thune 5 dont le Marquis de Crequî
iétoit Gouverneur , pour y comman-
Ider au lieu de lui ; & ordre aux Gal-
lleres , de ne le point reconnoitre pour
; General.
Peu de Perfonnes à la Cour fe trou*
verent exemptes d'avoir été facrifier
|au Veau d'Or ; & comme par un
imalheur fort extraordinaire pour eux ,
leSur-Iutendantgardoit toutes les Let-
tres qu'on lui écrivoit , le Roi ^ la
. Reine fa Mère , les ayant toutes lues ,.
y virent des chofes qui firent tort à
beaucoup de Perfonnes, Il y avoit
à St. Mandé un Cabinet , où l'on al-
loit:
245 ■ Mémoires pour fervtr
'jë/^^u loit par un chemin fouteirain , qui a-
voit une fortiede l'autre côté du che-
min chez un de fes Secrétaires , Se af-
fez loin de fa^^maifon. On trouva
dans ce Cabinet une Inftrudtion qu'il
gardoit dans fes Papiers , où il ordon-
noit de tout ce que fes amis dévoient
faire > en ca3 qu'il fût arrêté. Ce
qu'il vouloit qu'il fer vît à le fauver,
fcrvit à le convaincre de fon crime;
&. comme ce qu'il demandoit d'eux
étoient des crimes de Leze-MajeRé,
il les mit tous en érat d*avoir be-
foin de la clémence du Roi ^ qui pou-
voit croire qu'il n'avoit pas fait cet
Ecrit fans leur en avoir fait part, il
fembloit néanmoins que beaucoup de
gens y étoient nommez , qui en cftet
étoient Gens de bien & bons Servi-
teurs du Roi, C'étoit une rêverie
qu'il avoit autorifée de quelque ap-
parence de vérité , par le foin qu'il
avoic eu de la confeiver. Madame du
Pleffis-Bellievre y étoit nommée com-
me Sur-Intendante de tout le deflein :
on lui envoya des Gardes j Se elle fut
traitée plus feverement que les au-
tres.
On a dit qu'on avoit trouvé des
Pûi-
j à l'Htflo u d'Anne d' yîat rîche, i^j
poifons chtz lui, 6c on eut quelque i66ot
loupçon qu'il avoir empoifonné le
l'eu Cardinal i ce qui peu de jours
prés fut mis au rang des Contes ri-
icules. Sa Mère fut voir la Reine-
iere à Fontainebleau; elle fe jetta a
2S pieds , & en fut reçi'e* avec bonté f
ar outre qu'elle éroit le iecours des
liferabîes , elle le vouloit être de ce-
li-là en particulier. Ei'e avoit eu
eu auparavant la difgrace de ce Mi-- '
idre , quelque petit chagrin contre
li j en ce que voulant ie défaire de
i Charge de Procureur General , ôc
1 Reine-Mere ayant fouhaité qu'il
en démît entre les mains de Fieu-
u Ton Chancelier qu'elle confideroir,,,
ne le voulut pas faire , quoi qu'elle
c cru qu'il en avoit donné fa paro-
i mais ce manquement n'avoit pas
ic une grande impreflion fur Ton ef-
it 5 Si ne l'empcchoit pas de travail--
L" auprès du Roi , pour adoucir fa
ifcue & Ton malheur..
Dans ce mois de'Septembre , niou*
:t Nogent,. ce grand Parleur, qui
^r fts boiifonneries, avait acquis plus
'' cent mille livres de rente. Ce
i.iuvais Plaifant , qui avoit tant parlé
peuf
î^6 Mémoires pour fervir
l6(?i p^"^^t^t fa vie, ne fie parler peifonne ii
après fa mort. Elle arriva lors qu'on i(
ne pcnfoit qu'à célébrer la difgi-ace de
Fouqurr j fi bien que le fiknce fut la
feule récompenfe des paroles fupei-
fluës y qu'il avoit dites dans le Cabi-
net 5 où n'étant ni eftimé , ni ha'i, i'
*Dela fut. aiféraent enfeveli dans l'oubli,
de Yen- Sur la OU du même mois, mourui
tadour. ^^^^ Melle de Beaumont. Son efprir
il svoit . ^ , r.
éiébeau, ion mente, ôc les Amis, lavoien
bi-nfait, jj|.^g jjg toutes Tes dif^races. Elle étoi
g.lmt revenue a la Cour ; mais comme ein
h'jcu- ^voit fouvent trop librement publii
nèfle de les fautes de fon prochain , elle en re
we^e!'*^ çut après fa mort la jufte punition
Il a don- eu ce qu'elle ne fut pas beaucoup re
îîomà guettée. Elle mourut à Fontaineblea'
rAppar. en peu de jours , avec peu de libert
qu?^ca ^^ ^^^ efprit. Il parut néanmoins qu'c'
au bout le eût quelques bons momens pour (
d'une des r rr^ • i r
Allées cunleiltr,* mais ce peu de tems tu
du Paiats court pour travailler à une Ç\ grande
Royal, or- ce •
où l'on ôc il nnportante arraire.
jûiioit Le Duc d'Amville , le Brion d
au Mail , . ,. . rr' t
& où il jadis ^ , mourut aulii dans Cq me
fo^nven't ^^ tems» Par fa mort , il échapp
des Col- des chaines qu'il s'éroit impofées lui
au Roi "^^mc , en s'atcachant d'une liaifo
tro
a
l'Hftolre à'Adne d* Autriche, i^j
op grande à Mcile. de Mené ville, i^Ci
irt b^lle perfonne , Fille d'Honneur
,i la Reine- M^re. Il lui nvoit hit
le Promedè de Mariage , & ne la
■xîliic point épouier. Le Roi ôc la
[einc-Merele prelfanc de le faire , il
iciiloit toujours j 6*: quand il moii-
t , fa pafïion étoit tellement amor-
, qu*ii avoir fà'n fupplier la Reine-
ère de leur défendre à tous deux
fe voir. Il olîroit de fatisfaire à
.ils obligations par de l'argent j mais
i|e, qui efperoiî d'en avoir par une
■^rre voie , voulut qu'il l'époufâr ,
^ur devenir DuchelTe. La Fortune
Îla Mort s'oppoferenc à Tes de fus >
la détrompèrent de Tes cliimeres»
5n prétendu Mari s'étoit apperçii
d'elle avoit eu quelque commerce a-
yc le Sur-Intendant Fouquec , &C
<;'elle avoit cinquante mille écus de
1; en Promeir^s. Elle ne les reçue
|s,ôc perdit honteufement en huit
) irs tous Tes biens , tant ceux qii*elle
{:'moit folides , que ceux où elle af-
|roit par fa beauté , par Tes foins , dc
jr fes engagemens. Ils pareilToienc
Innctes à i'égard du Duc d'Amville ,
i n'écoient pas non plus tout-à-faic
cri-
23^ Mémoires pour fer VIT
lC6i, minels à l'égard da Sur - Intendant
On le connut clairen^ent -, car il ar-
riva pour Ton bonheur , que Toi
trouva de Tes Lettres dans les C^^fler
tes du Prifonnier , qui juftifierent ('
vertu. Pour l'ordinaire , les Dame
trompent les Hommes par de beau:
remblans,& ne les confideranc poin
en effet , leur font le moins de libéra
lirez qu'elles peuvent : mais toutes ce
chofes font toujours mauvaifes devar
Dieu 5 &c honteufes devant les Hon
mes.
Fouquet fut fort deshonnoré p.
fes folies 5 & fur tout , comme je ?,
dcja dit , pour avoir eu celle de gai
der toutes les Lettres qu'on lui avo
écrites , &c d'avoir lailTé b projet qu*
avoir fait pour Tavenir abandonné
la cariofité de fes Ennemis , par c
il perdoit tous fes amis , puifque c
telles gens doivent toujours craind
leur difgrace. On difoit de lui , qu
Ton égard , par cette folie , le jour d
Jugement étoit arrivé , qu'on avo,
vu à nud le détail de toute fa vie
fes crimes , fes penfées , &c celles c
toutes les perfonnes qui étoient dat
fon commerce. On peut juger pai
à l' Ht (loir e à' Anne à* Autriche, 259
I , que h on connoilloic les autres léél^
[ommes de cette manière , on verroic
iaafi en tous d'étranges foibleiTes,
; Dans le vrai , il fe trouva qae Fou-
juet étoit coupable d'une grande pro-
lifion ; mais qu'il n' étoit pas richej&
u'il devoit beaucoup plus qu'l n'a-
oit va.illanr. Ses crimes d'Etat pou-
3ient être imac^inaires : il les aroic
i)mmis lui feul, en écrivant des fa-
es 5 dont il paroilToit a(rez difficile
î le pouvoir convaincre fur l'inten-
DH : & même le Projet , qui fut ce
\\ le noircilToit le plus , avoit été
3uvé derrière un grand miroir, com-
,e un broiiillon de nulle confequen-
. : ce qui pouvoit faire juger qu'il
;: l'avoit pas eftimé de telle valeur
i\\\ le paroidbit \ mais c'eft un grand
lalheur de manquer de fagefTe , & de
imber dans la difgiace de fon Roi.
Le Comte d'Eftrades , Ambalfa-
<ur du Roi auprès du Roi d'Angle-
:re 9 au commencement de l'Eté de
«:te même année , manqua d'aller aii
«vaut de l'Ambartadeur de Venife;
rce que n'en étant pas convié , &
le fçachant que l'ÂmbalTadeur d'Ef-
ne vouloit y aller , il crut qu'il
pou-
240 Mémoires pour fervlr
l6Cl* poiivoit déférer an dciir du Roi d'Ar
gleterre qui l'en envoya prier j atter
du qu'on le vint avertir, qu'il feprep
roic un arand Combat entre les dei
Aniba (fadeurs de France , Se d'E'p
gne. Le Roi manda au fien , qu
vouloiten toutes occafîons , qu'il :
Jât au devant des AiTjbailadeurs
U'angers , & qu'à quelque prix q
ce fut il précédât celui d'Efpagne.
Roi d'Angleterre , inquiété de v
qu'à la première occafîon qui fe
voit prefenter il y auroit de grands i
fordres \ Londres , dont en fon pa; •
culier il pourroit fentir du domma ,
fit ce qu'il pût pour trouver Ats te .
péramens pour éviter que cette af -
re n*eut des fuites fâcheufes. Il p •
pofa de faire venir les AmbafTadt j
par la Tamife jufques dans Wh •
hall. Il prefiTa celui d'Efpagne e
ne s'y point trouver , mais touî s
expediens ne furent point agréez, 1 -
teville, Ambairadeur d'Efpagne,
montra un ordre qu'il avoir de
Maitre , par où on lui commaiK
de faire tous fes efforts pour préc(|
celui de France. Le Roi , de fon|
té , refufa tous les temperamens cjj
, al'HifloWe d'Anne â* Autriche, 241
jropofa , &: ordomia à Eftrades de îé<^!-
'emporter fur Baaeville, 6^ d'aller
linfi que je l'ai dit au devant des pre-
miers Ambaiïadeurs qui viendroient à
J^ondres. Le Comte d'Eftrades fe raie
jii état u'ûbéir au Roi, Il eut long-
jsms quelques hommes de main qu'il
jaya , 6c fit Tes préparatifs au mieux
Li'il lui fut pofïîble 5 mais à ce qu'il
Va dit, il n'eut pas allez d'argent à
ttcr parmi le Peuple ; 6i peut-être
u'il n'eut pas k courage de hazarder
C\ir\ \ car en me contant ce détail ,
m'alfûra qu'il n'avoit reçu en pâr-
nt que Tes appointemens ordinaires ,
'jnt la moitié s'étoit perdue par le
lange. Il fut donc aifé à Bittevilîe,
1 répandant de grands deniers , de
igner la populace , & la tenant bien
lyée d*en recevoir de grands fcrvices.
ifuite , de ces préparatifs , la pre-
cre fois qu'il arriva des Ambafîa-
urs à Londres , le Roi d'Angleterre,
(•«■^^ intentionné pour la France , con-
°Alla au Comte d'Eftrades de faire
mrcher fon CarolTe immédiatement
Arcs le fien, Eftrades voulut prendre
.'[Mwng,afin de précéder, félon l'an-
Inne coutume , TAmbadadeur d'Ef-
pagne
242 Mémoire! pour f€r7Ar
16^1» p^g"- ; iT^ais Baccevilie s*y oppofa
& Ru fécondé par les Batteliers de 1
Tamife , ôc par un nombre infini d
Canaille : fi bien que le Carolfe ci
l'Amb^lTacleur de France fut bnTé
[qs Cbsvâux furent tuez , beaucon
de fes Gens Se fon Fils blclRz j <
fiarceville enfin l'emporta , & eut 1'.-
vantage de faire en faveur de fon M2
rre ce qui n'avoir jamais ccé fait ,
qui félon la juftice ne fe devoir p;
Le Roi , appuenant cette nouvelle
en fat fort ému : le Sang îlluftre <
Saint Loiiis , qui boiiillonnoit da
Tes veines , lui fit fentir cecce aâ:i
comme un grand outrage. D'abc
il envoya commander à Fuenfaldagi
AmbafTadeur Extraordinaire du R
Catholique en France , de fortir
Royaume : il envoya au Marquis de
Fuentes , qui venoit ici pour y
Ambailadeur ordinaire, un ordre poi
Tempêcher d'entrer dans fon Roy
me : il défendit à Caracene , Gouv^l
neur des Pais-Bas , qui lui avoir (
voyé demander des PaiTeports» de pi
fer par la France pour s'en retoun
en Efpagne, Ôc fon Voyage fut dî^
Le Roi manda de plus à fon Ai
baf
à rHtfiolre à* Anne à^atrlche, 145
baflTadear en Efp ^gn. , d'Aubuiron , lééi
^rcheyéquc d'Anïbrun , de qaiccer
Midrid , & de s'ta revenir aufli-côc-
5a colère , qui éclata Je tant de ma*
lieres , fie craindre que cette Paix (i fo-
emnellemcnt JLuéc , ^ qui i;voic e'cé
eçuë des deux Rois avet raiu de inar
jues d'amitié , ne fût pas a'unc r.uOî
ongue durce qu'on le fouhaitoir. L ■
loi ne parut pas content du R< •
/Angleterre : il Ce plaignit de ce que
2s Sujets avoient favorifé Buteville ,
i crut quelque tems , qu'il n'avoic
as pris aHTez de foin de les empêcher
e faire cette infuke au Comte d'Ef-
rades. Ayant eu ordre de revenir ,
: étant arrivé à Fontainebleau fur la
n d'06lobre , il dit au Ro' j que ce
rince avoit fait Ton poflîble en cette
ccafion ; mais que n'étant pas le
laîrre de la Populace de Londres , il
/oit fallu qu'il le fouifrît , parce qu'il
li auroit été difficile , ou plutôt im-
offible, défaire pendre cinq ou fix
lille Hommes , qui avoient pris les
rmes en faveur du Roi d'Efp-gne,
c Roi d'Angleterre étoir puilT^nt,
arce qu'il avoit alors une belle ÔC
rande Armée Navale toute équipée»
Tome K E« q»'H
^44 Mémoires four fervtr
1660* qu'il écoit le Maure de Dunquerque
qa'û faiioit fortifier , qu'il étoic lii
avec \t Porcngal , dont il alloit épou
fer rinflmie , Ôc qu'il avoit dans l'A
friqae une Place confiderable que le
Portugais par leur Accommodemer
lui avoient donnée j mais il n'éco
pas auffi obéi à Londres qu'il auro
pu le fouhaiter , Se fes revenus n'(
toienr pas encore entièrement rétabli
Il aaendoit à tenir fou Parlement, af
d'en ordonner ; ôc ce qu'il avoit d'à
gent,il l'employoit à fe rendre puifTa
au dehors , de vivoit en Ion particuli
de ce qu'il pouvoir.
Le Roi , entretenant Eftradcs à fi
retour d'Angleterre , lui témoigna
grand defir de Te vanger de l'outra
qu'il croyoit y avoir reçu j mais tft)
des lui du, que le Roi d'Angleterre
devoit avoir un plus gi and reliènnmt
jque Sa Majelté , puifque l'inteiéc
Roi d'Eipagnejqui voyoitce Prince
devenir redoutable par l'Alliance qi
venoit de faire avec le Portugal, en
de lui faire naître Ses Affaires 5 iSL c
cette adion fomentée &pccparée)
Its Efpagnols , avec tant de foin
d'argent > avoit plutôt pour bue
fe
a l'Hîjhîre à' Anne à*Antrlche, 145
aire Faire une fédicîon dans Londres/ i^^^*
ui put produire des embarras à ce
^rince , que le defir de la Prerteance.
;t , fur ce que le Roi lui dit , qu'il
voit demandé au Roi d'Angleterre
e chatîêr Batteville de Tes Etats , il
ji répondit , à ce qu'il me conta lui
|iême 5 qu'il croyoit que Sa Majtfté
eroit mieux de furfeoir l'effet de cette
emande , à caufe que fi le Roi d'Ef-
jagne, prelfé par la necelîîcé d'obfer-
er la Paix , fe refolvoit de lui dou-
er fatisfadlion , il ne pouvoit pas lui
1 faire une plus forte , que de rap-
.^iler Batteville , & qu'il vaioit mieux
laiiFer châtrer par le Roi d'Efpagne,
ue par celui d'Angleterre : ce qu'il
ou va de bon fens > ^ fç refolut de
ivre Ton Confeil,
Eftrades me dit encore , qu'il avoiè
infeiilé au Roi de ne pas fe hâter de
ire voir au Roi d'Angleterre, qu'il
oit déterminé à la Guerre , au cas
l'il ne fut pas fatisfair j parce que
i Prince avoir un grand intérêt à l'y
I gager , & qu'il pouiroit lui faire
îhcter cette refolution par deschofes
lis -confiderables j au lieu que s'il
lantroic vouloir de lui - même fe
L X brouiU
I4<' Mémoires pourfervîr
lééi. t>'^0'-^^^^^^ ^vcc l'Efpagne , PAngloi
voudroic fe faire prier : ce que le Rc
approuva aufll 5 mais peu de tem
après les Affaires s'accommodèrent
fon contentement. Le Roi d'Efpagne
voulant maintenir la Paix par toute
les voyes de l*honnêté , & de la doi:
ceur , d'abord écrivit à la Reine i
Fille de grandes douceurs pour le Ro
difant qu'il étoit Père , & le pli
vieux , qu'il aimoit le Roi coran
fon Fils , & que c'étoit à lui à être
plus fagc» Mais le Roi , ne fe po
vant contenter que par une fatisfa
tion auffi éclatante que l'injure l'ave
paru j il falut enfin que le Roi d'E
pagne , après avoir retiré Battevil
d'Angleterre , envoyât , par Ton Ai
balfadeur le Marquis de las Fuente
faire au Roi de publiques excufes q
furent accompagnées de paroles ef
caces , & telles que le Roi , non fe
lemenc en fut content , mais toi
i'Europe en fut étonnée. Cette gl
irieufe réparation ne manqua pas
produire de grands effets de tous
deux cotez. Comme le Roi d'Efp
gne parut en cela déchoir de fon a
çieuue fierté > la réputation du nôt
au
à l'Hiflolre d'Ame à^Autrlcle, 547
lugmenta infiniment , & le rendit re- jé^i.
loucable à tous j parce que l*on vie
lairement par ces premières adions ,
[ue fon génie le portoit à ne rien
buffrir qui pût diminuer fa gloire , &
fe faire craindre de tous fes Voi-
fns.
i Le Tellier , qui s'étoit appliqué à
Icadier l'efprit du Roi avec beaucoup
le foin , me confirma en ce tems-là
> que mon Frère m'avoit dit du fonds
: feverité & de ferieux donc il fçavoic
faifonner fa bonté naturelle , poui:
aprimer le refpe6t à tous ceux qui
voyoient , & la crainte à ceux qui
ipprochant plus fouvent auroient été
«pibles d'abufer de la liberté qu'il
l.ir donnoit a? lui parler. Mais il
oit furpris de voir qu'il fe fût en fi
|u de tems rendu alfez habile , pont
iTiplir tous fes devoirs , après s'être
iandonné entièrement à la conduice
c Cardinal jufqu'à fa mort. Il s'en
î:ufa un jour devant nous fur un
{a de parelfe qui accompagne ordi-
ïirement la jeuneile & fur la grande
i;onnoiirance qu'il avoit des fervices
^'il lui avoit rendus , & du foin qu'if
«Dit eu de lui apprendre à gouverner*
L } L:^
148 MemohâS pôurfirvtr
t^6i^ La binedidion de Dieu parut a
lors , non fealement fur lui & far L
M^t^fun Royale , mais far tout I
Royaume , dan? la NailTance d*u!
Dauphin. Qiiand il vint au Monde
<^uî fut le premier jour de Novembre
Fête de Tous les Sahits , à cinq mi
iiutcs avant midi , il éroit Heritie
préfomprif des d^ux grands Royaume
de France & d'Efpagne j car depu
peu le Prince d'Efpagne etoit mort
qui étoit le fcul qui reftoit au R(
fon Père, il eft difficile que tous l
Siècles enfemble nous puKTent moi
trcr un Prince dont la NailFance al
^té accompagnée de tant de Gloire
Vu l'ancienne grandeur des Rois f
Ayeux paternels , & la nouvelle Splç:]
deur des Empereurs ôc des Rois (
Ayeux maternels.
La Reine , dans fon Accouchj
ment , fut fort malade & en péril
fa vie. Tant qu'elle fut dans fi
grands maux le Roi parut (i affligé
il fcnfiblement pénétré de douleu^
qu'il ne lailTa nul lieu de douter q:.
l'amour qu'il avoir pour elle ne i\
plus avant dans fon cœur que tousi
autres. Il alla à cinq heures du mat
a l'Hifiolre à* Anne d'Autriche, 24g
fe confeder &: communier : & après i^^j,
avoir imploré la Proicdion divine , il
fc donna entièrement au foin d'affiftcr
celle qui en fouffranc Ton mal lui don-
noit à tous momens des marques
jie fa tendrelTe i fi bien que ce pré-
cieux Enfant venant au Monde fur par
lui-même , non feulement un double
lien , qui devoir rciinir davantage ces
jdeux Royales Perfonnes , dont il te-
^loit la vie , mais en naifTant il dévoie
jecre encore alors , par la douleur & la
bve qu'il leurcaufa , i ne marque in-
-'aiil.ble de leur amitié. Madame de
Montaufier avoir été deftinée par le
loi 5 pour être Gouvernante de TEn-
"anr qui lui devoit naitre. Ce choix,
va*'\\ avoit fait de Ton propre raou-
Vement , reçut d*abord une appro-
)ation univerfelle , parce que cette
^ame étoit eftimée généralement de
OLît le monde. Elle avoit été dans
a jeuntlle Favorite de feu Madame la
^lincefTe , 6c la plus chère des Amies
le la DuchelTe d'À'guillon , quand ^
)ar la faveur du Cardinal de Riche-
ieu fon Oncle , elle étoit idolâtrée des
^ens de la Cour, Elle n'eût pas veri-
ablement de part aux Bienfaits de ce
L 4 granJ
ijo Me7mtres pour fervir
\(>6i. grand Miniftrc : mais elle fe confen-
ta d'avoir part à réciatante gloire de
fa Nièce, qui ne pouvant goûter d(
plaîfir fans elle > lui donna par cett(
voye une grande part à Ton triomphe
& le moyen de fiirc plaifir à Tes a-
mis \ ce qu'elle eftima plus que le:
richelfes. Elle avoit eu de la beau-
te , accompagnée d'une belle taille
& d'une mine maj^^flueufc & douce
que les années ne lui avoient point ô-
tées. La Marquife de Rambouillet f
Mtre , qui a été fi illuftre dans fot
tems , l'avoit élevée dans le granc
monde qui étoit tous les jours che
elle , où étoit le réduit non feulemen
de tous les beaux Erprits , mais d
tous les gens de la Cour. Elle trai ,
toit Tes amis 6c fcs amies d'une ma-
nière (î honnête , qu'il étoit impofïi
blc de ne pas defircr de lui plaire 5 5
ceux qui ne cherchoient qu'un diver
tilTement paflager , fe plaifoient chc
elle, plutôt à caufe qu'on y trouvoi
toujours d'honnêtes gens , que par 1
plaifir d'une confiance particulière
parce que la foule qui l'cnvîronnoit e;
ôtoit les moyens à ceux qui fe difoien
de ks amis. Les obligeances démon
il l'Hiftolre à' Anne d'Autriche, z; i
'fcatioiis qu'elle donnoic àt fon ami- iS^^t
i\é flatoienc toutes les perfonnes qui
la voyoienc, ôc par elles chacun croioit
y trouver fon compte. On difoic
néanmoins qu'elle avoit un défaut y,
mais elle étoic quelquefois la Confi-
deme du murmure qui fe faifoit con-
tre elle. On lui reprochoit qu'elle
vouloit toujours contenter par fa ci*
yilité ceux même qui n'avoienc pas^
de part à fon cftime -y & ceux qui
croy oient la mériter ^ fe plaignoiene
ie ce qu'il fembloit qu'elle la donnoic
i tous également , & difoient qu'elle
•:ntroit dans les inteièts de plufi^ursa.
Se que pour vouloir trop d'a^nis elle
l'en avoit pas un,. Ceux qui êii>
ugeoient plus favorablement ,. lui fai-
sant quelque juftice , étoient conrens
le trouver en elk par le difcernemenc
nterieur qu'ils s*imaginoient qu'elle
aifoit d'eux aux autres , tout ce qu'ils
n pouvoient prétendre ,. car vu fon^
lumeur & fa manière de vie toujours^
liflipée dans les chofes extérieures ,
lie paroidoit plus dévouée à i'eftiine:
•ublique , qu'à l'amitié particuliere.-
]ette Dame ne haiiToit pas la Cour ,
lie dtfiroit l'approbation générale ,
L5 ^
2J2 Mémoires pour fervlr
1^6 î» ôc plus ardemment encore de ctm
qui avoient du crédit; car nacureilc-
ment elle avoit de i'àpreté pour ton!
ce qui s'appelle la Faveur. Elle s'étoi'
mariée, n^étanc plus jeune , au Mir
quis de Monraufier , qui l'avoir ai.
mée quatorze ans ; & en fe donnan
à lui , il fembla qu'elle étoit plu
touchée des obligations qu'elle lai a
voir , ôc de Ton mérite , que du de(i
de fe marier. On vit donc cette Da
me dans la Place que le Roi lui avoi
donnée, avec efpoir qu'elle contri
Ibueroic par fes foins &c fa raifon
tendre Monfeigneur le Dauphin auCl
grand en vertus qu'il i'étoit par 1,
Naiffance. La Reine • Mère feule
fans defapprouver ce choix , n'en ft
pas tout-à-fair contenté : elle craigne
que Me. de Montaufier ne fût pas a
pabîe de s'alîujettir autant qu'il le fa
loir à cette feule occupation de fu
VYQ un Enfant , Se de ne penfer qu
fa Coufervation. Elle lui paroiflbi
plus propre à bien ordonner d*tii'
i^ifemblée de Plaifir , qu'à l'exa^
gpû'de d'un Berceau 5 mais elle pr
)e parti de fe taire fur ce qu'elle il
peafoit 5 de peur de lui. faire tort M
et VHljiolre à' Atme d'Autriche, 2^5
ton fîience fut qiiafi égal , tant fur les i6Cu
louanges , que lur les chofes à quoi
îlle ne croyoic pas qu'elle fûc proprCc
J^and Me. de Monraufier la vinc re-o
mercier de l'honneur que le Roi lui
ivoic fau , la Reine Mère , voulant
kre aulîi ilncere qu'elle écoit pruden-
:e , lui à\i libremenr , à ce qu'elle me
>ic rhonntur de me dire , qu'elle n'a-
î^oit nulle part à cerre Election , 6c
qu'elle ne meritoic point ces compli-
nens.
La Re'ne-Mere vit alors Tes deHry
iccomp'is , & connoifTant Ton bon-
fleur, elle dit tout hiut le foir , dont'
.; Renie éroit accouchée le matin ,,
Vie Dieu lui a voit fait toutes les gra-
-.5 qu'elle lui avoit demandées, 5^
elle n'avoit plus rien àdefirtrque
un falut. Je veux la laiifer dans uît
'■ixi où elle fe croyoit iî heureufe voianr
e [loi Ton Fils comblé de gloire , la
'àix entre lui 6c le Roi Ton Frère ,
a Reine avec un Fils , & Madam.e fa
^eile-Fille grolle 3 car quoi que de ce:
:6té-îà elle manquât alors d'en recc-
/oir toute la fatisfadion qu'elle en a-
;o:t dû efperer , ce qu'elle fouftroit em
palité de Belle-M^rê 6c d'amie mal
2j4 Mémoires p6tir fervtr
j^^i. reconnue étoit efface pût celle de Mcéçj
de Monfleur , & par les lentimens dd
fon ame dont la bomç etoit affez gran*
de pour excufer à (on égard les fîutcs
de la jeunclfe , en faveur de la jeunelTe
même , & des fautes que l'on peut
prefoue dire innocentes, puifqu'elles
avoient pour exçufe ^ la eaufe univer-
felie de tous les manquemens que cz\
âge fait faire ..ux plus fages : ce qui
par conleqaenî parolffoit dans ce tems«
U pouvoir Ce corriger facilement»
Le Phnolophe dont parle Quinte-
Çurçe dans la Vie d'Alexandre , qu
voulut mourir , parce que , devenani
mal fain, il cfUt que c'étoit une niar
que que les D'ifux ordonnoient la fir
de fa vie > m*apprend , ce me femble
que je me devois retirer de la Cour
puifquc la Fortune '^ufl^ues Jk> ne m'a-
\on pas çté favor^ible , & que j'avoi
eu le malheur de déplaire au Roi j mai:
apparemment , fétois encore dcftiné(
au maityredc l'an'^buion , par l'tfpe-
rance d\in plus gran i attachement oi
il fembloit que l'on me deftinoir
l,^ayant vu prefque afluré pour moi
Dieu permit que j*en fuiïe privée
çQ'jiï xm faire la gtacc d'éprouver e?
a l' Hifiolre ^Anne à'^ Autriche, 2 f f
ma propre perfonne ce que ces biens léé^
fmi^inaires nous coûtent à conduire
à leur nn , & combien pour Tardi-
naire cette ^x\ fe trouve auiere au
jcœur hunfiain. La Reine - Mère , &
particulièrement la Reine d'Angleter-
re , voulurent me faire l^hourjeur de
tne choifir pour Gouvernante des En-
fans de Monfii^ur & de Madame.
Quand il plut à ces deux grandes Prin-
celTes d*en parier au Roi , qui fuc
.quelques jours après l'Accouchemenc
jde la Reine , elles trouvèrent qu'il y
reiîfta. Il voulut , pour complaire à
IMadame , qui ne pouvoit liair le
Nom d^un Homme qui a voit fouffeit
pour elle , que Madame de St. Chau-
mont , Sœur du Maréchal de Grem-
iiiont , fût choifie pour occuper cette
(Place. LaCaballe favorite du Roi,
:ompoi'ée de la Comceire de Soldons ,
Se de Fouilloux , Fille d'Honneur de
:a Reinf-Mere , Confidence ÔC Amie
ie cette Princelfe , animèrent aulîi
Madame à fuir en rna Perfonne une
Servante de la Rtinc.Mcre , que cette
jeune Princelfe craignoit alors y de
qu'elle n'âimoit plus. Par toutes ces
riiifoûs > je ne poayois pas lui être
agtea.*
z^ê Memoiref pourfervtr
j^(jr. agréable , & moins encore à la Cotrri
telfe de Soi (Tons , qui m*'a depuis a-
voiié , qu*elle me fit dans cette occa-
sion tout le mal qu^^elle croyoit devoir
faire à une Ennemie , qui s'iétoic de-
elai'ce contre Tes intérêts. Il eft vrai ,
que fans être Ton Ennemie, j'aurois
^ fouhaité de pouvoir fervir laDuchclTc
de Navailles j & je le de vois a l'ami-
tié qu'elle avoic pour moi. Je n'a-
vois néanmoins pas aimé l'excès de G
refiftance contre cette Princeflb , qui
lui caufa tant de peines inutiles. Er
fouhaitant Tes avantages , je n'entra
point dans fa pafîion. Je lui dis me:
penfées avec fmcerité : elle feule le;
fçut 5' & quoi qu elle tût affcz de
raifoii , Se l'efprit alTez droit pour ne
les pas rejetter , ma fidélité à fon é'
gard ne fat pas d'un grand mérite , 6»
me fut nuifible à l'égard de la Com
telTe de SoilTons , à qui je fis un fecre
de mes fentimens. Ctil ce qui arri
ve fouvent aux perfbnnes qui agiirem
félon les Loix de la probité.
Moniteur écoit comme engagé l
Me. de St. Chaumont , par les fuf-
"^4</4>»* frages d'une de fcs Favorites"^, qui
^L/tr' ^^^ plaifoic par l'agrément delà raille
rie.
à l^H'tfloke à" Anne â* Autriche, 1 j 7
^fe , & de la vivacité de fon efpric, \6ét.
|ni font toujours les voyes les plus or-
dinaires pour acquérir les bonnes gra-
pes des Grands y mais ayant e'té for-
[ement prelFé par la Reine d*Angle-
rerre , il y confencit. Le Roi , mai-
gre' les dégoûts qu'on lui avoit donnez
Je moi y par un refte de Jurtice qu'il
■ne confervoic , n'y auroic peut-être
)as été contraire ^ & il s'en déclara
m prefence de trois perfonnes ^^ d'une *pe /,>
I naniere alïïz obligeante pour moi , ^''/IdÏ
} îour me pouvoir confoler de cous mes chefTede
naux y mais , Madame ennn , m ayant ^^ei.u*
ait donner l'exclufion par lui , me dame de
émit dans un ei at de tranquiute, dont ^^ fut U
ic lui refte redevable : car à la vue de D^^fi^efe
:ette Charge ôc de cet Engagement, /^^^ ^^i
a perte de ma liberté que je regardois meucan^
iccompagr.ée de charmes qu'elle a- ^'**
iroit eue pour moi jufques alors me
:aufa de grandes agonies. Dans cet ^
état , je me vis expolee au malheur de
perdre le repos de ma vie , ou de me
voir privée d'un honneur que j'avois
fouhaité. Le dernier m'arriva j mais
ce ne fut pas , je l'avoue , Tans fouf-
^'lir les douloureufes pointes des coups
«ie mes ennemis j ôc par une éton-
nante-
1 5 8 Mémoires pourfervîr
lééi, nance contrariété de nos paflîotis , &!
de nos dcfirs, je me trouvai blelTéi,
par la privation d'un bien qui auroi;
pu flater mon amaar- propre , dans le
même tems que je me fentois confo-
lée par refperance de joiiir à raveni»
d'une grande Paix, Alors , je fou bai'
tai de me pouvoir guérir encieremen:
de l'ambition, & je me refolus de m
plus afpirer aux élévations que l'or
defire naturellement d'obtenir à h
Cour , mais d'y demeurer feulemen
pour fatisfaire à l'attachement indif
penfable que je devois à la Rïine-
Mère. Je fuivois en cela les fenti
mens de mon cœur , qui depuis long
tems écoit dégoûté des Créatures , &.
de ce fatras de bagatelles ou de mau>
vaifes chofes , qui m'avoient occupée
Li Reine- Mère paroi (foit alors vou
loir prendre le parti du repos y&c com.
me , dans les penfces qui lui étoien
venues de tems en tems de fe retire
au Val-de- Grâce, elle m'avoit promi;
de m'y mener avec elle ,- un fi be
exemple me devoir convier à faire h
femblable , & Dieu me fù en efF^c L
grâce de le vouloir fuivre , ôc en me-
aie ccras ctlle de confiderer que de îa
mcinc
I a VBiflolre à* Anne à* Autriche, 2/9
même manière que cette grande Reine, ié^\
■nalgrë l'envie qu'elle avoit de fe retî-
:er de la Cour , fe croyoic obligée d'y
Jemeurer, non passant pour en fou-
1 :enir la grandeur & la majefté , que
pour y maintenir la vertu ii la pieté,
împêchanc que la volupté ne fe ren-
lit là Maicrede fous un jeune Roi
jui avoit une grande tendrefTe pour
îlle , & entretenir l'union de la Fa-
nille Royale ; je ne la devois pas a-
5 >indonner avant elle. LaMaifon àts
\ lois eft comme un grand marché ,
3Ù il faut necelfairement aller trafîc-
uer pour le fontien de la vie , & pour
es intérêts de ceux à qui nous fom»
[Ties attachez par devoir , ou par
mitié. Les Sages y doivent aller ,
juand la raifon les y convie -, & je
le crois pas qu'il foit impoffible d'y
"aire un Cabinet en foi-même , pro-
)re à examiner &: à chercher les
inoyens de vaincre & de fuir fes pro-
hres foiblelfes ; quoi qu'à dire le vrai ,
ipand le détrompement du monde fe
:rouve en nous à un certain degré,
i:*eft pour l'ordinaire une grande fatî-
!^ue , que d'y demeurer : & l' mie qui
:onnoit le bien , 6c qui ne le fuit pas ,
en
i6o Mémoires pour fcrz'tr
tù^i, en fouffre beaucoup j car pour vivr
à la Cour continueliemenc , il fau
que le dedr 6i l'efperance en foient !
foucient : autrement , c'eft y être fan
plaiiîrs , & avec beaucoup de peine
Tout ce que peut la force de l'cTpn
humain en ceux qui ont réuiîi à con
tenter leur ambition par les grâce
qu'ils y ont reçues , eft d*y roufîn
courageufement le maitire que Ici
rai Ton , quand ils en ont , leur fa
rencontrer , dans l'nirujtitifrement de
Charges. L'embarras des Rangs ,
foutient de la D'gnité , &: Toppoiitio
des Envieux 5^ des Ennemis , qu'o;
y trouve.
L'année finit par la terreur que r(
. pandit dans la Cour, auffi bien q
dnns la Ville de Paris , la Chambre
Juftice établie pour faire le Procès
Sur-Intendant & à tous ceux qui
trouveroient convaincus de malverfl
tion dans le maniment des deniers d
Roi ; à caufe que la recherche exa61
qu'on en faifoit regardoit les pi
grandes Familles d'Epée , & de Ro
bc , qui leur ccoient alliées , & i
voient profité de leurs grands bien
Ce qui me furprit en ce tem^-là, fo
q,u
à l'H'floîre d'Anne d'AMtrîche, lë i
]iie j'avois entendu crier toute ma i6éi
/ie contre les Partifans & contre la
olerance que le Cardinal de Riche-
ieu ôc le Cardinal Mazarin avoienc
•ue pour les Gens d'Affaires , qu'on
ippelloit les fang-fuës publiques j &
cpendant j'entendois murmurer de
:e qu'on changeoic de conduite. On
ivoit cru que le Tellier, qui écoit
âge 5 raodefte , Se ennemi de tout
uxe &c de toute vanité , avoir con-
''•\é\c Cardinal Mazarin démettre
Ibern , qui étoit un de fcs Com-
nis , auprès de Fouquet , qui éroic
l'ane humeur oppofée à la (îcnne ,
iQur veiller à fa conduite «S^ arrêter
a profufion de fes Liberalitez. Mais
•e Miniftre étant mort , Se Fouquet
nettant tous fes amis en œuvre pour
"e maintenir dans fon Pofte , ôc même
^Gur remplir la Place qui venoit de
acquer , le Roi , qui étoit prévenu
outre lui , étant averti de toutes les
nrrigues qui fe faifoient pour cela j
l'eut pas de peine à exécuter la refo-
Luion qu'il avoit peut.êcre prife il y
ivoit plus de fix mois , de n'avoir
)lns de Sur-Intendant , non plus que
ic premier Miniftre : ôc le Tellier »
per»
i6i Mémoires pour fer vtr
i66i„ perfnadé que Colbert étant dans le;
Finances , le reconnoitroic toujour:
comme fon Maitre , & Ton Bienfaio
teiir , ayant fait fouvenir le Roi de h
manière dont le défunt Cardinal, au<
quel il l'avoit donné pour ménager fe;
grands biens , lui avoit parlé de foi
œconomie & de fa fidélité , il décla
ra hautement après la prife de Fou
quet , qu'il vouloit lui-même ptendr
le foin de fes Finances > & pourcel
établir Colbert fon premier Commis
& nous les vîmes , prenant le contre
pié de Fouquet , venir tout feul che:
le Roi , avec un fac de velours noi
fous fon bras , comme le moindre pe
tit Commis de l'Epargne. Les gen
de Tancienne Cour auroient fouhait
que le Maréchal de Villeroi eut éd
Sur- Intendant j mais fa dcftinée é
toit d'être toute fa vie propofé pou
les premières Places fans les avoir , 6
d'avoir les titres les plus honorable
qu'un homme puKTe porter dans 1
Royaume fans en faire les fonctions
quoi qu'il fût trés-habile & trés-capa
ble de les faire. Comme il avoit eu
Gouverneur du Roi pendant que li
Cardinal Mazarin écoit Sur-lmcndan
d(
a l*Hlfloîr€ à' Anne à' Autriche, 2^3
efon Education , &: le Maréchal de \éCx\
■rancefans y conviDander des Armées,
fut auffi déclaré Ch&f du Confeil
es finances fans aucun crédit.
La Reine Mère étoit à la fin de
ette année dans une fanté fi bonne ,
le je puis ajouter fi belle , que j'avois
jeu d'efpertr qu'elle feroit encor long-
eras rornemenc delà Courj mais,
'un autre côté je lui voiois une fi
rande indifférence pour toutes les
hofes du monde , dont elle commen-
oitàne vouloir plus fe mêler , que
: craignois qu'elle n'eût refolu de
en retirer bien-tôt tout-à-fait , com-
le je croi avoir écrit quelque part
u'elle en avoit écrit quelque parc
u'elle en avoit eu déjà la penfée.
ar , encor qu'elle fût de toutes les
uties de plaifir que Ton âge lui per-
etioit de prendre , ce n'étoit que par
complaifance qu'elle avoit pour le
oi & la Reine,qu'elle fe contraignoiç
en/ouvent pour ne les pas contrain-
e. Une converfation que j'eus
lonneur d'avoir avec elle au com-
encement de l'année lééi ne me
Tmic pas d'en douter.
;:ft| Un jour donc; , étant feule à fes
l4eds,elle me parue defirer ardem-
I ment
164 Ademolrcs pour fervîr
'i66ii ii'ienc de fe retirer au Val-de-Grace
pour ne s'occuper plus qu'au foin d'
fon falut : elle m'alTura qu'elle n'en é
toit retenue que par la confideratioi
de la Reine , à qui elle fe jugcoit ne
celTaire, & à Monfieur auiïi , qu'cli
aimoit tendrement. Elle ajouta à ce
paroles , que le Roi , qui lui avo
toujours été C\ cher , étoic fi cap ble
fi heureux , fi content , Se fi grand
qu'elle fe croyoic tout-à-fait inutile
fon égard; ô^ que n'ayant là-de(Ti
que fa fenfibilité , 6c fon amitié
vaincre , elle les vouloir facrifier
Dieu , & fe priver du plaific qu'e
le avoit d'être auprès de lui , poi
donner le refte de fa vie à fes ver
tables devoirs. Ce Difcours me toi
cha vivement , & de plufieurs m;
nieres. Je pris la liberté de lui
re qu'elle étoit également necefiai;
au Roi , à la Reine , 6c à Monfieu;
C^ qu'elle ne devoit pas , pour u
bien qui n'étoit qu'en idée , & 1
quel quand il feroit certain ne rega
doit que fon repos patticulier , abat
donner tout celui qu'elle pouvoir fai;
par fa prefence , non feulement à
Famille Royale en l'entretenant dai
l'unie
à l'HiJîolre â*Anne d'Autriche. 265-
union où elle etoit, mais à toute la ii^^i,
rànce , en avertiHant le Roi de cer-
aines TTiofes , & le faifant foiivenir
e ce rtaines veritez que Tes Miniftres,
Il n'oferoient jamais lui dire , ou au-
oicnt intérêt de lui cacher » Se qu'elle
ïïéme ne pourvoit jamais connoitre,
( elle étoJc une fois feparée de lui ;
rfquelks néanmoins , foit alors , ou
ans d'aurres tems, pouvoient toujours
roduire de bons effets dansTamcdu
.ci j qui naturellement aimoit la Juf-
ce , connoilToit le prix de la Vertu,
: avoit de grands principes de Pieté.
Il me parut alors que mes raifons
/oient fait impreffion fur fon efprit,
: qu'elles lui avoient du moins fait
tferer l'exécution de ce deflein qui
it toujours empêché , comme il fe
'rra dans la dernière partie de ces
.emoires , que )'ai cru être obligée
• continuer pour la perfedion de
ouvrage que j'avois commencé ;
:lià-dire pendant tout le tems que
fuis demeurée auprès d'elle , qui a
e julqu'au funefte moment que je
Il perdue. Ceux qui les liront un
'u , n'y trouveront pas de Ç\ grapds
liernens que dans les autres > ou
la
2 65 Mémoires pour fervir
j66i» la France étoit troublée par une Guer-
re Civile , ôc occupée k une Etrange.
re ', mais , en récompenfe ils ]
trouveront la Vie particulière de 1,
Reine Mère, à quoi je me fuis princi
paiement attachée , aufli bien qu'à 1
manière dont le Roi vivoit avec e!l
de avec toutes les perfonnes facrée ,.
qui compofoient la Famille Royale
pendant les quatre années de la mais
die de cette grande Prince.flfe , qui n'(
toit pas en état d*être vue. C'cft c
particulier » que ceux qui écriroi
THiftoire Générale ne fçauront poini
ou ne trouveront pas mériter d'y et
mis. Cependant , c'eft ce particuli
dans lequel on ne s'étudie point , q
trahit le fecret de nos inclinations ,
marquant notre caractère fait conno
tre fi nous fommes dignes d'eftime <
de blâme. C'eft pourquoi on a pi
de curiofiré de fçavoir , que ce q
fe paira devant tout le monde ,
nous voulons la pûlpart du tems p
roître ce que nous ne fommes pas ,
nous nous tenons toujours fur n
gardes. Ces mouvemens , qui fo
plutôt des paflîons que des a6tio
qu'on dcfavouc bien fouvenr, ou do
k l'Hijhtre d'Anne d'Autriche, léy
sn ne veut pas s'honnorer par mo- i66u
deilie, quand elles font palîées , fui-
rait le bien ou le mai qui fe trouve
jans notre intérieur , quand on vient
\ le découvrir ; car c'eft le cœur qui
ft ce qu'il y a de pire ôc de meilleur.
5^1 and il eft bon , rien n'efl: fî bon j
nais il n'y en a guère de cette efpe-
e : le plus grand nombre eft de ceux
lue l'intérêt Ôc l'orgueil ont cellemenc
oirompus , qu'il leur fait commettre
es crimes j mais celui qui paroit le
.eilleur eft pétri d'amour propre, qui
(l la fource de toutes les foiblelfes
ont il eft capable , & de toutes les
jlies qui divertilFent le public. Le
.oi eft trop fage pour ne le pas con-
ûitre> ôc pour prétendre qu'on i'ea
oye tout-à-fait exempt : il ne peut
2s même ignorer que les Rois ont
lus de peine à s'empêcher d'y tomber
le les Particuliers , de que le feul
oyen d'en éviter la honte eft de
humilier devant Dieu encore plus
je les autres Hommes. Cette An-
k commença par la Promotion
ae le Roi fit de foixante Cheva-»
2rs de l'Ordre du Saint Efpric j,
Tme p; M donc
aéS Mémoires pour fervir
i66i. dont la Cérémonie fe fit à Tordinair
dans l'Eglife des Auguftins.
Les préparatifs du Carrouzel , don
il voulut régaler les deux Reines
l'exemple de celui qui s'étoit fait a
Mariage du feu Roi, occupèrent long
teras les Princes & les Seigneurs qi
fuient nommez pour en être. L
Reiue-Merc , qui n'avoit point a
celui qui avoit été fait pour elle, noi
en fâifoit de belles Defcriptions fur (
qu'elle en avoit ouï dire aux viei
Courtifans. Je n'en vis point alor
qui nrie pûlTent dire (î celui-là qui
fit à la Place Royale , étoit plus be:
qae celui-ci qui fe fit à la Place d
Thuilleries. Il étoit compofé de cii
QLxadrilles qui reprefentoient cii
Nations , la Romaine, la Perfane,
Turque , l'Indienne , Ôc l'Amerîcair
Le Roi étoit le Chef de la premien
Monficur de la deuxième , Mr.
Prince de la troifiéme , Mr. le D
d'Anguien de la quatrième, ôc Mr.
Duc de Guife de la cinquième,
ne m'arrêterai point à d'écrire l'on
de leur Marche, la richefTe de lei
Habits , la grandeur de leur Suite ,,
galanterie de leurs Devifes , 6c latli
ferert
[ à l'Hîfiouâ^A'nned^Amriche, 16^
brence de leurs Couleurs, Je ne dirai 16^1.
ken de meilleur pour en marquer la
ieauté , finon que je ne m'y ennuiai
•oint , & que le Comte de Saulr , Fils
:u Duc de Lefdiguicres eut l'honneur
l'emporter le Prix de la Courfe de
{ague 5 qui fut fuivi de l'applaudilfe-
nent des Spedaceurs , Se du plaifir
u'il eut de recevoir un Diamant d'un
jrix confiderable de la main de la
Leine-Mere , qui écoit fur un Echaf-
lut qui avoit écé élevé prés de ce
alais.
\ Apres ce Spectacle * qui avoir quel-
que chofe des Tournois autrefois Ci
equens en France, en Angleterre,
: en Allemagne , & qui croit Ci con-
ienable à la fleuri (l'ante jeunelTe d'un
rince , qui venoic de donner la Paix
j l'Europe , & mettre fin à une Guene
ni lui avoir été Ci glorieufe , les Di-
:rti(reraens particuliers recommence*
ntà la Cour.
' Dans ce même tems , le Roi parât
attacher d'inclination à Mlle, de la
lotte-Houdancourt , Fille de la Rei^
t. Je nefçai Ci elle éroit dans fon
^ur fubalteme à Mlle, de la Valiere j
'M :. mai§'
270 Mémoires ponrfervlr
1661. fïi^'S je fçai qu'elle caufa beaucoup
de changement dans la Cour , plutôt
par la force de l'intrigue , que par la
grandeur de fa beauté , quoi qu*er
effet elle en eût affez pour pouvoir fai-
re naitre de grandes paflîons.
LaDuchefle de Navailles crut etn
obligée par le devoir de fa Charge , i
qui le foin des Filles d'Honneur ef
commis , de s'oppofer aux fentimen
du Roi. Elle lui en parla fouvent
comme une Chrétienne , 6c comm
une honnête Femme, Le Roi d'abor.
ne montra pas d'avoir ces petites Ha
tangues delagréables : en d'autres oc
cafions auffi il lui en parut mal fatis
fait j mais ce fut d'une manière
honnête, qu'elle ne crut pas devoi
craindre fa colère. Quelque tems i
palTa de cette forte \ mais enfin , I
defîr de la vidoire & le dépit qi
l'oppofition fait naître dans l'amc d<
hommes, & particulièrement dans et
le des Souverains > fe firent fortcmei
fentir dans le cœur du Roi, Il fit fç:
voir à la Ducheife de Navailles, qu'e
le s'expofoit au péril de lui déplair
Il lui fit commander , par le Tellier
de ne fe plus mêler de la conduii
a l'HlJlolre aAnnt d'Autriche, 27 1
Filles cie la Reine , & lui fît même lé^z.
ipcopofer plufieurs manières de s'ac-
icommoder à Tes volontez j avec quel-
ques honnêtes apparences. Elle ré-
pondit toujours à ce Miniftre , que
ce ne feroit pas fatisfaire à (ts obli-
gations > que de celTer de faire fon de-
voir, & que tant qu'il plairoît au Roi
ic lui laidlr fa Charge , elle en feroic
es fondions le mieux qu'il lui feroit
5o(ïîble, Le Roi alors fe fâcha tout
le bon, &: lui dit qu'elle devoit crain-
lie ce qu'il pouvoir faire contre ellej^
"e retenir de lui defobeïr par la conii-
l^ration de fon propre intérêt. Elle
ui repondit qu'elle y avoit déjà fon-
é , qu'elle voyoir tous les malheurs
ue la perte de fcs bonnes grâces lui
oiivoit caufer ; & lui faifant elle
lême le dénombrement de leurs Char-
ts , tant de fon Mari que d'elle ,
le lui dit que la privation de tant de
iens ne pouvoit changer en elle la
folucion qu'elle avoit faite de fatis-
ire au devoir de fa Confciewce. Elle
conjura de plus de chercher ailleurs
ae dans la Mai fon de la Reine , qui
oie la fienne, les Objets de fes plaî-
is & de fes inclinations , puifqu'il
M 3 pa-
17 î Mémoires pour fervir
iSGu paro»(foic déjà en avoir choilî en I:
perfonne de Mlle, de la Valieie. L
Roi gronda , il parut chagrin 6c d
Hianvaife humeur j mais le foir me
me oa le iendeniain , cette Dame c
tant dans la Chambre de la Reint
Mère , appuyée fur fon Baluftre d'Ai
gent a le Roi s'approcha de cette hor
nête Dame d'Honneur , il lui tcndi
la main , & d'un air doux 6^ favori
ble pour elle lui demanda la Paix,
fit cette adtion j non feulement con
me un grand Prince , qui avoit vou!
fe vaincre lui-même en triomphant ^
fes propres foibîe(reS) mais auffi con
me un fort honnête homme , qui ;
voit trop de raifon pour refufer (
donner fon eftime à qui la mericoi
Cette marque vifîble de l'équité s.
Roi & de fa honte me donna, je T
voue 3 une grande joie. Je la rega
dois , non feulement comme un p
fage quafi aflTuré du bonheur de m(
Amie , mais plus encore parce qu'ei
nous faifoit voir à tous , que le R
paroi (Toit avoir furmoaté fa paflî
par un fentiment de vertu fort eflj
mable ; ce qui n'etoit pas d'une le
confequence pour tous les Françoî
î.
a l^Hlflolre àl Anne d'Autriche, 275
puifqu'ils avoienc en lui un Roi qui 160;.
fur d'autres fujets plus imporcans en-
core pourroic combattre contre lui-
"nême en leur faveur.
La Ducheire de Navailles fut en ef-
"etalTez long.tems qu'elle agitroic fans
rontrainte , félon toutes les maximes
jue l'honneur lui prefcrivoic , 6c le
loi moiuroit d'en être content. Il
:oncinuoit néanmoins de voir Mlle, de
a Motte- Houdancourt chez Madame
a ComtefTe de Soilfons , qui fomen-
oitcete pcfîîon dans le cœur du Roi
LUant qu'il lui ccoit poffible. Cette
'nncciTe , qui haïiîbit la Ducheffede
■Javaillcs , ne pouvant plus plaire au
loi par elle-même , vouloit confér-
er fa faveur par toutes les voyes
ue l'ambition lui pouvoit infpirer,
lie tournoie en ridicule la vercu :1e
°llv qu'elle vouloit perdre , & faiioîc
evanc le Roi de coBtinaelltÉS raillé-
es contre elle j fe moquant delà foi-
ie(îe qu'il avoir de la fouffrir. Par
2 fî mauvais offices , elle augmenta
amour du Roi en diminuant fa ver-
1 , par les anplicutions dangereufes
'une perfonne qu'il croyoit fon a-
lie, C'eft ce qui arrive d'ordinaire
M 4 aux
274 Mémoires pour firvlr
îé6l> ^"^ Grands ; car outre qu'ils or
comme les antres boromes. à, combai
tre les pafîîons qui fe fortifient dan
leur propre cœur , ils ont encore
fefifter aux paffious de ceux qai U
approchent.
Le cœur du Roi étoit rempli d
ces miferes humaines , qui font dar
la jeunefiTe le faux bonheur de coi
les honnêtes gens. Il fe lai (Toit cor
duire doucement à (ts paffions , <
vouloit les fatisfaire,, Il étoit alors
Saint Germain 5 & avoit pris la couti
me d'aller à l'Appartement des Fill
âe Ja Reine. Gomme l'Entrée c
leur Chambre lui étoit défendue p
la feverité de la Dame d'Honneur ,
cntretenojt fouvent Mademoifelle (
la Motte- Houdancourt par un trc
qui étoit à une cloifon d'aix de fapi
qui pouvoit lui en donner le raoye
Jufques-la néanmoins ce grand Pri
ce 5 agiflfant comme s'il eut été i
Particulier, avoit fouffert tous ces o
ftacles fans faire des coups de Maitn
mais fa paflîoii devenant plus fort*
elle avoit auffi augmenté les inquii
tudes de la Ducheffe de Navailles
qui avec les feules forces des loix <
l'HoJ
,1 à VHjlolre d'Anne à' Autriche, ijf
l'Honneur &c de la Venu avoit ofé lui i(;6u
efifter. Elle fuivic un jour la Reine
vlere , qui de Sr. Germain vint au
ITal-de-Grace faire Tes dévotions , 6c
ic ce Voyage à dcffein de confuker un
les plus célèbres Dodeurs qui fut a-
ors dans Paris fur ce qui fe pafToit à
I Appartement des Filles de la Reine,
:lle Gomprenoit qu'il falloit déplaire
u Roi , & facrifîer entièrement fa
'ortune à fa confcience , ou la trahir
)our conferver les biens & les digni-
ez , qu'elle ÔC fon mari pofTedoient :
^: comme elle n'étoit pas infenfible
ux avantages qu'ils pofTedoient à la
]our , elle fentoit fur cela tout ce que
a Nature lui pouvoit faire fentir.
: /érois alors à Paris , & j'allai au Val-
!e.Grace rendre mes devoirs à la Rei-
?.. J'y vis mon Amie , & j'y vis fon.
: ,|iquietude. Elle me dit l'état où la
;:iiiettoit le Roi par les erapreflemens
. iju'il avoit pour cette Fille, & m'apric
• Qu'elle venoit deconfulter fur ce fujec
:iin Homme pieux & fçavant^, donc ^M.joii
\:hi réponfe étoit décifive. Il lui
:;iivoit dit qu'elle écoit obligée de per-
liVre tous Tes Etabli iTemens , plutôt que
manquer à fon devoir par aucune
E;|j M 5 com-
iy6 Aîernolres pour firvir
1661* complaifance criminelle. Elle me pa
rut refoluG de faivre ce coufeil j mai
ce ne fut pas fans jetter une grand
abondance de larmes , 5c fans foufiî-i
Taf^onie ou la mettoient ces deux s;ran
éQS exciémitez , où neceUairemenc i
falloit prendre le parti fur les deu
volontez de l'Homme > toujours
contraires l*uue à l'autre j c'eft-à-dit
ce qui le porte félon la qualité d
Chrétien à defirer les richelles éterne
hs , ou félon la Nature à vocloir ce
les donc on joiiic dans le tems.
Quand j*ai parlé de la difpure d
la Ducheiîe de Navailles contre .
ComtefiTe de Solifons , quoi que j'a)
€u fujet de me plaindre de cette Prii
cefTe , j*ai néanmoins biâraé mon î
Riie à fon égard exaétement en tôt
tes chofes , luivanc cette Loi que
me fuis prefcrite , de n'écouter ni [':
roitié ni la haine ,. êc de parler toi
jours félon ee que j*ai ctu être
vérité ; mais en cette occasion 3 je ri
puis que je n'eftime les motifs qi
firent agir la DuchelTe de Na vailles;
qui la forcèrent de croire qu'elle d«
voie fuivre les {entimens de Mr. Joljj
qu'elle avoic été confuhcr.
àl'Hlftoîre d*Anne d*Am'îche, 17 y
A fon retour à Saint-Germain, elle i66z.
çat par Tes Efpions , que des Hom-
hies de bonne mine avoient été vus
.a nuit fur les gouttières , & dans des
:heminées , qui du toit pouvoienc
ronduire les Avantutiers dans la Cham-
Dre des Filles de la Reine. Le zélé
k la Ducheffe de Navailles fut alors
fi grand , que fans fe retenir j ni cher-
:her les moyens d'empêcher avec moins
le bruit ce qu'elle craignoit , elle fie
luiîi-tôt fermer ces paffages par de
oetites grilles de fer , qu'elle y fie
nectrej «Se par cette adion elle préfe-
a Ton devoir à fa fortune , bc la crain-
e d'ofFenfer Dieu l'emporta fur le
)laifir d'être agréable au Roi, qui
ans doute à l'éga-d dt\s gens du grand
nonde fe doit mettre au rang des plai-
îrs les plus fenfîbles que l'on puilTe
[jouter à la Cour quand on le p.eac
|aire innocemment.
La ComtelTe de SoilTons n'aimoic
oint Mlle, de la Valiere : il lui fenv
loit qu'elle lui ivoit dérobé le refte
f|es bonnes grâces du Rou L'ambi-
Îlion , l'amour , la Jalouf^v > ces trois
builTantes paffions de '/ame , firent
beaucoup de fracas dans la fienne.
M 6 Peu
27$ Mémoires pour fervîr
îééi* Peu inftruiîc 5 fans doute , & peu toi:
chée des Maximes Chrétiennes , eii
n'ëcoit pas fatisfaite de ce qu'elle \\é
toit plus leur Confidente ; & pour r
medier à ce chagrin , elle avoit voi-
la expofer Mademoifelle de la Motte
Houdancourt aux yeux du Roi , ave
defTein de reprendre par cette voie
quelque part à Tes fecrets. Coran
elle vouloic embarquer ce Prince
cette Galanterie , elle ne manqua p
de l'animer contre les grilles, qui ;
voient été faites, à, ce qu'elle difoit
plutôt pour le contredire & l'ofFenfe
que par aucun fcrupule de confcienc
Son delTein ctoit de rentrer en fave
^ fe vanger de Mademoifelle de la V
liere, & de la Duche(ïe de Navaille:
deux perfonn s que le changement 1
Roi pour elle & l'intérêt de fa Cbs
ge Pobiigeoient de haïr, il ne faut p
s*ctonner , fi par des flatteries arti
cieufes ce Prince fat en effet veritab'
ment irrité contre la Ducheffe de N
vailles y difant qu'il ne s'emprerfoit
çctteiayanture, que pour lui. faire dép
4C: qu'elle çcoit trop fanfaronne fur
Vertu r pour la, pouvoir foutfr
Comme il avoit en toutes çhofes
pc;
I à l^HfJîoIre à[Anne d'Atitrlche, zj^->
pouvoir merveilleux fur lui-mcme , il té^i.,
ne témoigna pas alors tout ce qu'il
l'enfle fur les petites grilles , &i la pei^n
ne qu'il en eut fe cacha fous la raiile^^
, rj.e & le mépris qu'il ea fit j mais, il ne
çs oublia pas , &: la mémoire eut en^-
faite de fâcheux, 'r-ffets contre ceux, qui
javoient o(e lui reillkr.. Je fuis nean?»
moins perfuadée^ que fans les intrigues
de la CoiVitefTe (ieSoi(ïbns, la raifon ^
la. bonté du Roi auroient aifément ef-
facé tout ce que fa mémoire auroic pii
I.U1 reprefenter contre des gens de bien
qu'il eftimoicj & que fon eftime an-
roit fans doute combattu conirj fa hai-
ne. Le Roi fe plaignit au Duc de Na?
,Yailles de ce. qu'il, ne retenoit pas fa.
jFemme dans ce qui pouvoit lui être
Idefagrcable , & le blâma de ce qu'il
paroiffoit approuver fa conduite.. La
Reine-Mere cftima les fentimens du
Mari ôc de la Femme, & difoir fo.uvenc
à la Ducheffe de Navailles, qu'elle
continuât d'agir vcrtueufement 3, &
qu'elle s'affuroit qu'un jour le Roi kù
en donneroit des loiianges.
Mlle, de la Valliere , à qui , fans
domeces hiftoires.ne plaifoient pas,
I parce qu'elles lui faifoitnt voir une Ri-
, yak. en la perfomie de M. de la Motte--
iSd Mémoires pourfervîr
lé^i. Hnudancourc , profit* félon ks vaîi
defirs , de la vertu de la Duchei
de Naval lies , & fe fervit de Tes Chai
mes avec tant de fuccés , que malgr
les applications de la Comtelfe dtj
Soldons , 6cles emprefTcmens du Mai
quis d'Aluye ôc de Fouilloux fou
niie y les féconds de cette PrincefTeSl
dans cette Eiitreprif^ , le Roi fe lalfîi;
de battailler contre la Dame d'Hon-
neur y ^ parut enfin s'attacher unî«
quement ï celle qui étoit deftinée ï\
polFeder long-tems fes bonnes gracej
On a même dit , que ce qui contri*!
bua beaucoup à fixer la deftinée de]
Mlle, de la Valiere fut que Mlle, de lai
Motte balança quelque tems en faveutil
de la vertu , & qu'elle au contraire
ayant alors cefTé de fe défendre, ce'
fnt par fa foibleflPe qu'elle vainquit 6c
qu'elle triompha de celle qtii lui dif-
putoic le cœur de ce grand Prince.
Mais ^ comme je n'étois la Confiden-
te ni de l'une ni de l'autre ^ je ne puis
en parler que fort incercainemenr.
Pendant que le Roi fe lai (Toit aller
©ù fes deiîrs le menoient, la Reine
fouffroit beaucoup. Elle ne fçavoic
ïkii de ce qui fe pafTôit ;. on lui ca-
choic
a VH'ftolre d'Ame d* Autriche^ iS"!-
rhoic par ordre de la Rcine-Merecou- i66i*
es les Galanteries du Ko'\ Sa Dame
J'Honnear , qui éroit fiJelle au Roi
■^ à elle , fe concencoic de faire Ton
..jjevoir de cous côcez , <3t ne lui difoic
tien qui la pûc afil ger ; mais le cœur,
Qui ne fe trompe point , & que la ve-
ficé inftruic , lui faifoic tellement
':onnoicre , (cUis le içavoir précifc-
nent, que Mademoifelle de la Valliere
|ae le Roi aimoic alors uniquement
Icoiclacaufe de fa fouffrance > qu'il
"toit impoffible de lui cacher fon mal-
leur» A mon recour d'un petit voyage
[ueje fis en ce tems-là en Normandie»
e trouvai la Reine en couche de Ma-
. lame AnneElifabeth de France* Un
bir, comme j'avois l'honneur d'être
.upre's d'elle à la ruelle de fon lie , elle
ne fisc fiïgne de l'œil, & m'ayant mon-
té Mlle, de la Valliere , qui palToic
•ar fa Chambre pour aller fouper chez
a Comcerfe de Soiflbns ave^ qui elle
voie repris quelque liaifon feinte ou ^ ^,^,^,
'eiitable ,, elle me die en Efpagnol , ?iiu,<}>'*î'
Sfta Do??Jz.ella , c^n Us Araeaà^es de '^//j/^^ô.
Diamant e , €S efia c^ue et Roi c-utere \ «'^'" ^
■e fus fore furprife de ce difcours j ^'«7/7'"'
-ar ce fecret etoit alors la grande Af- 9«'^'î^•»'
taire
4nzae>
x^t Mémoires pour fervir
56éz* faire de la Cour. Je répondis à I;
Reine , quelque chofe qui confufé
ment ne vouloit dire ni oui , ni non
ôc afin de lui donner de la fore
pour l'avenir , je tâchai de lui perfua
der. que tous les Maris,, fans ce (Te
d'aimer leurs Femmes, font pour Por
dinaire tous infidèles de cette. manière
on font femblant de l'être , pour fa^is
faire à la mode qui le vent ainfi,. L
Reine ^ qui comprit j fans doute, qu
nouF ne devions pas lui rien avoijer
ne répondit pas à ce que je lui dis
mais elle n'en fut pas moins trift(
Je fus dire aufll-tôt à la Reine.- Mer
ce petit fecret,.& Taffurai que la Rei
îie étoit plus difcrette , & moins igno
rante , que Ton ne penfoit. Il fat aif
de juger par-là, que toutes les larme ■
qu'elle répandoit alors , Ôi à ce qu'
fembloit.fur des bagatelles qui ne 1
meritoient pas , venoient, fans doute
de ce qu'elle rbntoit un mal , dontel!
n'ofoic fe plaindre. La tendrefle qu'el
îb avoit pour le Roi faifoit naitre (
jjjiloufie éc de cette dernière, naifibi
fon chagrin.
La première année du Mariage d
là Reine , le Roi avoit été tendr
pou
i
^ VH:fioire à' Anne d'Autriche, i Bj
our elle 3 & fort fenfîble à la legiti- iCiéu
le paffion qu'elle avoit pour lui,
lufli-tôt que l'amitié du Roi vint à
iminucr, celle qui en ctoii l'Objet
'en apperçut bien vite i elle n'eut
joint bcfoin de confidente , pour i'a-
iertir de ce fecret ; avant que d'en con-
ioitre la caufe » elle en fentit les cf-
:is; Se difoic fouvent à la Reine fa
1ère , en pleurant exceflîvemenr, que
i Roi ne l'aimoit plus. Quand en-
.■ice elle fut quail certaine de ce
h ingement, par la connoi (Tance qu'el-
z eut de l'amour qu'il avoit pour Ma-
îemoifellede la Vallierej elle fut long-
sms dans un état pitoyable : il fem»
lioit quelque fois que fon cœur vou-
jt fortir de fa place , tant il étoit a»
;ité , montrant par cette émotion
yil ne pouvoit être content fans être
eiini à celui même dont elle fe plai*
noit. Le Roi voyoit à peu prés tou-
zs (ts peines : il en éioit quelquefois
khé ; mais ne pouvant fe changer,
ui-raême , & ne le voulant pas norii
>lus , il s'en confoloit par fon indé*
)endance , qu'il mettoit à tont ufage,
k dont il fçavoit fe faire un remède
•acile à tous ces petits maux.
La
X 84 MemQÎres pour fervîr
1661, Le mois d'Odobre de cette anm
le Roi acheta du Roi d'Angleterre \
j Ville de Diinquerque , avec celle cl
Mardik & tout le Canon & tontes îJ
Munitions de Guerre qui y étoicnt|
moyennant cinq millions payables
plufieurs payemens \ mais après le pr<|
mier payement, comme ce Prince avOi
beroiii d'argent ^ il lui fit de grandi
remifes pour le payer du refte : & pd
ce moyen cette importante Place ni
coûta guère d'argent au Roi , & fi
voir Ton opulence & Ton habileté , i\
e» mêaie tevns la folblelfe du Rc
d'Anglecerre d'vivoir abandonné pou
peu de cliole une Place qui le mettoi
en état d'entrer en Flandre & en Fran
ce 5 & d'aider la France ou i'Efpagn
félon qu'il letrouveroit à propos. Aui
fi Eftrades > qui avoit été employé
cette Négociation , me dit que fc
Peuples en avoienn fore murmuré.
Sur la fin de cette année, mourut Ma
dame Anne-Elifabeth de France. Cetr
petite Princelîe promettait d'être for
belle , Ç\ elle eût vécu 5 mais un?'
fluxion l'enleva de ce monde les pre
miers mois de fa vie. Le Roi & icî
Reines la firent batifer , ôc lui donnc^"
rem
a
l* H ifioîre d'Anne d* Autriche, 185
t[ic les Noms de deux grandes Pria- l66^,
(jlfes , de la Reine-Mere du Roi , &c
i la feue Reine d'Efpagnc Mère de la
leine, que je lui ai déjà donnez en
plane d'elle. Le Roi la pleura tendre-
lenc: la Reine en fut fenfiblement
ifligée i &c la Reine- Mère , regardant
ftce more avec les fages Reflexions
<tie fa pieté i'obligeoic de faire > de-
janda au Roi les larmes aux yeux le
œur de cette princeile pour le mec-
t au VaUde- Grâce , où elle defiroic
î lailTer le fien après fa mort.* Tou-
la Famille Royale étant defcendùë
i la Chambre de Madame , qui ve-
3ic d'expirer , la Reine - Mère leur
t qu'elle avoir regret de voir partir
. Petite Fille dans le commencemenc
i fa vie j qu'il auroit été à délirer
ae Dieu l'eût prife y elle qui ne pou-
oit plus avoir gueres d'années à vi-
:e , Se dont la vie étoic inutile au
i.en de fa Famille , & à tous. Ces
arolcs tirèrent de nouvelles larmes
^s yeux du Roi , & de la Reine , Se
lonfieur en fut extrêmement touché^
2 n'y étois pas dans ce moment : fy
rrivai un peu après. Monfîeu me
t l'honneur de me le-? redire en pleu-
rauc
zSé Memmres pour fèrvlr
^52, r^^t amèrement j & le peu de peiTo]
nés , qui s*étoient trouvées auprès
Leurs Majcftcz , & qui les avoiçil
oliies , m'en parlèrent &: en avok
encore \t cœur bleflc. Car il fembl»
que cette genereufe Princefle fs col
damnant elle-même à la mort, voyçl
le peu de tems qu'elle avoit à dsmeui
fur la terre , où fon a;e lui pouyJ
hider efperer vu fa fanté , la ddf
d'une longue veillciTe. Le lendemaît
elle porta elle-même ce Coeur au Vî
de- Grâce ,& le donnant de fa propl
main à l'Abbelîè , lui dit , Ma Mei\
ucîla un Cœur ^ue je vous apporte , p&
le joinàre hlen-tot au mien.
Peu après la mort de ctnt peti
PrîncefTe , on apporta à la S^n-ra M
lina EfpagnoUe , & première Femu
de Chambre de la Reine , une Lett
qui parut de la Reine d'Erpagne, do;
le dtlTus éroit écrit de fa propre mai
& qui s'adrciloir à la Reine. La Me
lina ,. qui avoit fervi dans le Pala
d'Efpagne , connut aufli - rôt ce c:
ra6lere j & voyant le paquet mal plû
elle s'étonna de ce qu'il étoit en que
q:ue façon différent des autres. On
lui appotra de la part du Comte d
B-iicnn
A THJflotre â*Anne d* Autriche, 287
tienne Secrecaire d'Etat : mais pour \(fii^
ordinaire , toutes les Lettrés de Ms-
cid venoient par les Courriers de
lAiTibafTadeur d^Efpagne $ 6c celui-ci,
iir cette raifon , & pour n'être pas
lit con^me les autres , lui parut étran-
;r. Elle avoic oui dire que le Roi
^fpagne étoic malade j &c craignant
bidonner mal-à-propos, quelque in-
iiiétude à la Reine , quoi que ce ne
r pas fa coutume d'ouvrir ces Let-
:s , Dieu 5 qui eut foin de fon in-
)cence , lui infpira ledelîr de voir ce
ji'il y avoit dans celle-là. L'ayant
•j)nc ouverte , elle la trouva d'un ca-
i^ere François , fort différent de ce-
i qui parollfoit fur le defllis , écrite
1. mauvais Efpagnoi , & mêlé de
• irafes Frarçoifes \ mais elk conte««
lAl des Hiftoires fort connues , dont
4Roi , ^U. Mile, de la Valliere écoient
1. principaux Adeurs^ Apres l'avoir
if, elleadmi'.i la Providence Divine,
* i l'avoir fauvée de ce péril , & alla
ifll.iot la montrer à la Reine-Mere.
<^tte Princtifc lui ayant confeillé de
1 lier porter au Roi, elle lui obéit ; &
ce même moment elle alla heurter
i a Porte de fon Cabinet , où il étoit
iSS A4emcîres pourfervlr
ié^2. au Confcil. Elle lui dit qu'elle vr
noie de recevoir ce Paquet , & qn
par infpiration Divine elle l'avoit ci
vert fans le montrer à la Reine, l
Molina m'a conté prefque dans
même moment , qu'.^prés que le R
eut la la Letrre , il devint rouge ,
parue furpris de cette Avanture j c
il ne croyoit pas qu'il pût y avoir pe
Tonne dans Ton Royaume aflTez har
pour fe mêler de Tes affaires malg
Ini, Dans le trouble où ii fut , il c
manda brufquement \ la Molina ,
b Reine avoit vu cette Lettre j & ]
ayant dit plus d'une que non ,
Roi la mit dans fa pnche , & la ce
ferva foigneufemenc. L'étroite liai(^
que j'avois avec la DucheiFe de N
vailleç, qui pafToit dans Tefprit du R
pour une extravagante Réformatr
du Genre humain , fie qu'il me foi
çonna d'avoir écrit cette Lettr
mais comme j'étois aufS fort An
de la Molina , & que fi elle avoit
le milheur de lui déplaire , il l'auri
fans doute renvoyée en Efpagne ,
fufpendit fon jugement là-delTus ,
dans cette incertitude fa colère n'éc •
ta contre peifonne. Nous lui v
rc;
k ^Hlfioire â'Anne à*Aîttrlche, 18.9
ims pLinii* juftemenc les Auteurs de jé^^i,
lice paavre invention , qui fe troii-
(renc être ceux qu'il honnoroit le
jUS de fa confiance & de fcs faveurs.
]s lui furent aufTi infidèles , que les
jrfounes qu'il foupçonnoit de lai
lanquer de refped , écoient zélées
pur fou fervice.
Le cems , qui coule toujovirs înfcn-
iplement, nous avoit fait entrer dans
nnée 16^5 > donc les Divertifre- \66Ç*
ns furent frcquens ; & les pallions,
i produifent les intrigues , en fa-
t les compagnes, il ne faut pes
n étonner. Un Roi puiffant par
Paix , & par d'immenfes richef-
, honnête Homme . bien fiiit ,
j;ine, & magnifique , en compofoic
tis les plaiûrs. il en compofoic de
rhne les mtux & les chagrins : fa
(andcur & fon Opulence infpiroienc
1 i^bition dans l*atue des Hommes,
iks belles qualitez caufoient toutes
1 inquiétudes des Dames ; les diffe-
tites agitations, dont ils écoient pof-
rezjfaifoirntnaitre les infatiables dé-
fi qui les tourmentoienr. Les uns &
1 autres afpitoienc au bonheur de
1 plaire , & tous pac difFereus mo-
tifs
1^0 Mémoires pour fervlr
t66h ^^fs vouloicnc avoir parc à fon cœu
ôc à Tes bienfaits ; mais comme \
Pcince , quelque puîlTant qu'il foi
ne petic faire que des grâce* bornéi
& ne peut aimer qu'imparfaitemen
ces âtCiis ôc ces biens j qui portt
leur poifon avec eux, les rempliiroit
fouveiu d'amertume , lors que par
vanité de leurs penfées èc de leurs
mufemens , ils cberchoient à fe fat
Faire. Le Roi feul écoit heureux ,
dans le monde quelqu*un le pouv
être. Ses Affaires croient en bon
tat , fes Armées étoient prêtes à coi
battre ceux qoi en rompant la P?
auroienc ofé devenir fes Ennemis ,
les Plaifîrs qui venoient en foule
prefentcr à lui paroilfoient le fatisfa
alors pleinement ; mais il étoît Ch
tien , & çn ce feul mot feulement
renferrooit tout ce qui dans Pave
étoit à craindre pour lui : & corn
il eft à croire qu'il y penfoit quelqi
fois , il faut conduire que s'il av
ïnoin^ de fujets de chagrin que
autres , fa félicité n'en étoit pas pi
ver.t>ble,
JLb. Reine , qui aimoit le Roi i
unt qu'il en étoit digne, cominut
I a rHîfiolve êi*Arme à* Autriche, %^\
e foiirtrir, par la crainte qu'elle avoic ^^^
c n'crrc pas aîTcz aimée de lui ; mais, ^
\ Reine Mère laconfoloic par le foin
a'clle prenoit de la divertir : ce qu'il
ai arriva défaire un des derniers jours
b Carnaval , en une occafion où
exacfte bienféance , qu'elle avoit ac-
Diitumé d'obferveren routes chofes,
; ccda au Dépit , ^ à l'ArRÎtié ; au
iépit, à i'cgard du Roi,qui avoit re-
lié publiquement à la Reine de la me-
;'r en mafque avec lui, préférant Mlle.
i !a Vallicre à elle j & à l'Amitié, en
; que , pour guérir le cœur de la
eine , qui en fut touché d'une dou-
ur très fcnfiblcj elle s'engagea de l'y
ener elle même : fi bien qu'au foriir
<;;s grandes Carmélites , où elle avoit
'ilTé faintemenr toute la journée, elle
nt trouver la Reine, qui étoic venue
c.ns ma Chambre au Palais Roial ,
{ ce une belle Troupe de Mafques ,
billécs à l'Antique , pour attendre
licurc d'entrer au Bal chez Monfîeur
J Madame , à caufe que dans cette
iremblécjil n'y devoir entrer qu«
«s perfonncs dcguifées. La Reinc-
hre en fut la Conductrice , couver-
t d'une Mante de Taffetas noir à
Tcme F. N l'Ef.
1 5 2. Mémoires poHY fervif
16Ô3. TETpagnole , qu'elle mit par dedu
l'Habic qu'elle avoit eu dès le matin
afFcâ:ant exprès cette gaieté , pou
fatisfaire la Reine , qui étoic fi fage (ï
fi honnête , qu'elle ne vouloit prendr
aucun DivertifTemcnt , qu'elle ne fi
accompagnée du Roi, ou de la Reii:
fa Mère & fa Tante. Les Dévots
qui ne virent de cette A6tion , que (
qui en parut extérieurement , nni
murèrent contre la Reine- Mère j mai
les Motifs en furent innocens , &
Tendreiïe dont une Mère peut être c
f>able en doit efFacer le défaut, E
çut qu'elle en avoit été blam.ée, G
te vertucufe PrincefTe en fi^uffrit do
^ cemenc la confufion , & me
rhonneur de me dire en confideni
qu'elle étoic perfuadée qu'on av
raifon,* avolianr, que l'Amirie',qu'e ;
avoit pour la Reine avoit eu trop :
pouvoir fur elle en cette occafion.
^aU' Le Carême , qui fuivit ces jo î
UT^i' de folie , fut religieufemcnt obfci i
"''• par la Reine Mère : elle le jeûna r •
me avec plus d'^uftérité que les auti 1
quoique déjà fpn âge la difpenfât:
i:ette obligation. Elle en fut incc-
mpdée , & à Pâ<jue$ elle fut çoricra -
.H
I
H l*Hifloîre â*Anne à* Autriche, 295
ke d'avoiier qu'elle n'en pouvoir plus, \^G\,
|Aufîî-tôt après \t% Fêres , elle repric
Ton bon vifage , & parut dans le meil-
leur état du inonde. Cette apparence
de fanté ne lui dura guère. Le di-
xième d'Avril , elle commença de fe
trouver maU* elle eut de grandes laf-
Ifîtudes aux bras, mal aux jambes, mal
lui cœur , & la fièvre. Le lendemain,
fe moquant de Ton mal , elle nous af-
jura qu'elle fe portoît mieux , & fc
':ontenta feulemcnc de garder la
Zhambre ; mais , elle eut tout le jour
:: nu vais vifage.
Le lendemain, la Reinc-Merc etic
a lièvre tout le jour , & fut faîgnéc
lir le foir. Le fécond jour d'après , U
ievre fe re'glanc en tierce , elle eut un
;rand accès accompagné de rêverie ,
'oprcffion 5 & de mal de tcte. La
amille Roiale fut auflî tôt troublée
e cet Accident. Le Roi en parut in-
uiété 5 Monfieur eut le cœur couché
e crainte , la Reine eut recours aux
irmes , Madame parut moins gaie,
: toute la Cour Fucabatue de criftef-
'.Au neuvième jour de la Maladie
e cette Princeffe , elle fut faignée
our la cinquième fois, ^ cette qusn-
N 1 tité
1 9 ^ Mémoires poHrfervir
1^63. ti:e de fang ciré de (es veines , qui
avoic diminué Tes forces , fie que ce
même jour, aianc voulu fe lever pom
faire faiie fou lit , elle fe trouva mal
Moniieur alors la tenoit d'une main .
* Va- 6c la Comteiïê de Flex * de l'autre
d'^Hon- Comme cet aimable Prince fentit qm
mur la Reine fa Mère alloic tomber ei
T(ei»e fo\h\çiîc y ôc qu'il ne pouvoir pas l
Mcre. retenir , il fe laiiïà adroitement glifTe
fous elle , de peur qu'elle ne fe bief
fâr. La Reine , qui ne laquittoit gue
rcs , toute efFraice de l'état où elle vi
alors la Reine fa Mère , courut vci
le Cabinet des Bains où ctoit le Roi
en s'é criant , qu'elle et oit perdue , c
{jue la Reine fa Mère et oit morte, L
Roi , qui dans toutes les maladies d
la Reine fa Mère , & particuliéremci
en celle- là , eut pour elle des feni
mens d'un Fils plein de bonté , vîi
auffi - tôt où elle étoir. Il fervit à
relever , & voîant que Çts Efprits 1
revenoienc > il fut ravi de joie ,* &
courant le dire à la Reine qui pic
roit encore , il la ramena auprès
cette illuflre Mère , où ils demeur
rent fort inquiets de l'étac où c
ctoîr,
}
I àVHlfloîre â*Anne d^A'Atrîche, 195
' La Reine Mère , fentant Ton mal i6$i,
lugmencer , defira d'entretenir le
^oi en particulier. Après cette Con-
/erfation qui fut longue , Monfieur
l'approcha d'elle > àc lui dit , qu'il
ivoit peur que ce grand entretien ne
iui eût caufe' quelque mal de têce. El-
le lui répondit que non , qu'elle rie
.!.'en repentoit pas , qu'elle en étoic
j"ort fati^faice , & qu'elle ne voudroic
bas ne l'avoir point fait. Le iende-
î"nain , elle ieconfefiTa & communia ,
k dit à Ton ConFeileur de venir tous
es jours à quatre heu».;- prier Diea
iîp;ès d'elle , 5c l'V: ^retenir. La
^omtefTe de Fiex ^- : ioi lui dîmes
ans ce tems là , que aoas avions une
".an de impatience de la voir entière-
nent guérie , & que les Médecins ,
omm:: il écoît vrai , nous afTûroienc
Lie ce feroit bîen-tôr. Elle nous ré-
ondit 5 qu'il ne falloit fouhaiter que
i volonté de Dieu ,' & jamais , foie
n cette maladie , ou dans la dernière,
ui a été beaucoup pire , nous ne lui
vons vu faire aucune plainte de {(^s
laiix. Les s.cchs de fa fièvre contî-
uérent & devinrent enfin fi violens ,
ue les Médecins crurent qu'elle de-
N 5 vicn-.
1^6 Memetres pour fervif^
i64j» viendroic continue j mais , el e fe fit
double - tierce , & dura long - tems.
Son mal demeura dans cette force juf-,
ques aux Fêccs de la Pentecôte , fans
Maf. *^ empirer , ni diminuer. Alors * on
propofa de lui donner de l'émétique,-
mais , elle y réfifta fortement. Le
Roi la veilla plufîcurs nuits de celles
où l'on craignoit que ces accès ne fuf-
fent les plus violens. Il fc faifoit ap.
porter un matelas , qu'il faifoit mettre
à terre , fur le Tapis de pied du Lii
de cette PrincefTe , & tout habillé fc
coucboit quelque fois defTus. J'en a
pafifé une de celle là , auprès de lui
& de la Reine fa. Mère ; ôc , Paîan
long-tcms regardé dormir 5^ j*adrairai
la tsndreiïe de fon cœur, avec tan
de grandes qualités qui ne fe rencon'
trent guère fouvent avec tant de bonii
té :&, malgré ma trifteiïe , ôc Vm\
quiétude que j'avois, il me fouvint,er
le voiant , de ces Héros que les Roj
mans repréfentent couchez dans m
Bois , ou fur le bord de la Mer ,* <& .
paflTant de ces folles penfées à de plan
îolides , ôc plus convenables à Vétt
des chofes , je ne pus m'empécher d\\
lui fouhaicer toutes les bénédi6lion»l
di
I À l'Hlfloîre à' Anne ^Aninche. 1^7
10 Ciel pour le tems & pour l'Eccrni- 16^5.
é. J'efpere que Dieu les lui donnera
eûtes , & qu'il n'oubliera pas félon
"es promeiïes de récompenfer d'une
ongue vie un Fils qui en pluiieurs
i'ccafions a fi fidèlement fatisfait à Tes
Commandemens en la Perfonne d'une
rlere à qui il a donné de fi véritables
narq'ues de fon Refpeâ: & de Ton A-
litié. 11 l'aiîiiloit toujours avec une
pplication încroiable ; il aidoic à la
hanger de Lit , & la fervoit mieux
: plus adroitement que toutes Tes
emmes. Aufli la Reine fa Mcre ,
^marquant alors ces foins , fon aflî-
airë &: fes inquiétudes , avec les ten-
relTes infinies de Monfieur , qui ne
i quittoit quafi jamais, dit un jour
1 faifant une grande exclamation ,
u'clle avoit de bons Enfans , ^ nous
irut fort touchée des preuves qu'en
nte Maladie elle reçut de leur Af-
cl:ion. Qiiand enfuite les Médecins,
lour la féconde fois , voulurent pref-
T la Reine Mère de prendre de Té-
létique , elle leur répondit que puif-
ue fon mal durcit , & que les Prié-
es publiques qu'on avoit faites pour
lie 6c pour fa Santé ne l'avoient point
N 4 ob.
i 5) s Mémoires pour fervlf
1663. obtenue , il falloic croire que Y^izw la
voaloic malade ; qu'elle confciuoit
qu'on luic fi: les remèdes ordinaires .
maïs qu'elle n'en vouloit point d'aa-
Ke ; & qiî'elle fouhaitoic de foufFiic
Ton mal autant qu'il plairoit àT)ieu de
le lui laider.
Le quarantième jour delà maladie
de la Reine- Mère , les Médecins pref.
fez par fes Serviteurs, qui ne celloienc
de leur repréfenter que d'autres per-
fonnes a voient été guéries d'un même
mal par de la poudre de vipère, paru-
iLcnt lui en vouloir donner ,* mais .
comme ils font gens qui pour l'ordi'
naire defaprouvent ce qu'ils ne prati-
quent pas , ils lui donnèrent enfi;i du
quinquina. Ce remède lui ôta la ne-
vre s c'eil- à - dire la fit celFer pom
quelque tems , en arrêtant l'humeur ,
mais , lui laiila l'efprit rempli de va-
peurs avec une manière d'alToupiirc-
ment qui paroilToit fâcheux. Elle de-
meura par leur ordre feîze jours er
cec état , fans être purgée^parce qu'ih
craignoient de faire revenir la ficvre 3
par l'éinotion de la MéJecine.
Dans ce même tems , la Reine eut
la rougeollc : elle n'eut nul maiivaib
-•^ ac
I à VHiftolre à*A'fîne â*j4utrlche, 1^9
accideni: ; Sc en peu de jours elle ea iG^^^
fut quitte. Quand le Roi vit qu'elle
Te portoit mieux , ii fouhaita de Ja^
mener à Verfailles , po-Jr y prendre
l'air; mais, comme les premiers jours-
de fa maladie il n'avoit point quirrc
on Lit y* qu'au contraire, il écoir tou-
iours demeuré auprès d'elle \ il ne fut
-)zs plutôt arrivé à Verfailles , qu'il
"lit attaqué du même mal ^ mais beau-
:oup plus dangereufement ,* car , au
'Ugement de Valot fon premier Mé-
ilecin 5 il fut menacé d'une promte
.lort. Ce Prince connut aufîi - tôt le
)érii où il éroit : il appela le Tellier ,
Hi lui dit qu'il fe fenfoît en mauvais
tat 5 & qu'il falloir en avertir la Rei-
e fa Mère. Le Tellier lui aiant ré-
ondu qu'elle éroit trop malade elle
icme pour lui pouvoir donn:t ^erte
iqin'éiude , le Roi lui répliqua ,
'Impoae . il faut ejH'elle le fâche,
!e mal paffa fi vite , qu'il ne fut
oint nécelTaire de lui obéir ; car ,
. uelques heures après , il fe porta
iieux 5 & Dieu redonna la fanté à ce
rince , dont la France avoir grand
efoîn. Le jour d'après , dans une
'■ onveiTation t^ue nous fi'nes à VcrfaiU
^ / les.
500 Alemolres pour fervlr
C6i. ^^s , le Tellier, la DncheÔe de Na vail-
les , & moi , j'appris de ce Miniftre
^ce que je viens d'écrire , & que le
foir précédent , lors que le Roi fc
^ruc en danger , parlant de fon mal ,
de fou Roiaume , & de Tes Affaires,
il plaignit fon Fils de le perdre iî jeu-
we j & dit , après avoir fait Téxamer
des perfonncs à qui il pouvoir laifFei
la Régence , ^ue U Reine fa Men
femhUît a l*4vemr devoir être mal fa-i
ne , ciue la Reine étoit trop jeune , ejUi
jMonfieur ne paroijfoit pas encore d'hu
menr a s'appliquer aux Affaires , qu'i
craignoit Mr, le Prince y & quil jett
les yeux fur le Trlnce de Contl , par c
qu*il étoit vertueux , & Homme ù
bien. Le Roi fit voir par là, combien
étoit touché de Teftime de la vrai
Dévotion j & cela doit faire efpérer
ceux qui en ont , que Dieu lui.fci
la grâce d'en être un joar fouciié p:
lui même.
Les Médecins aiant purgé la. Rein
Mère , fa fièvre revint avec plus c
violence que jamais , &: cette rechii
les fit réfoudre de lui donner de 1'
métique. Le Roi , qui déjà s'êtc
rendu auprès d'elle bien guéri de
m
Oï
a l'Hîftolre à' Anne à' Autriche, 501
maladie qui a voit été violente & cour- iCc^y
te a la pria indament de prendre ce
! remède pour lequel elle paroi(Toit a-
voir grande averfion. Son Confedbur
lui dit aufîi qu'il le falloit faire , que
I non feulement elle ne s'oppoferoit
point en cela à la Providence Divine
fur elle , mais que lefaifant pour Ta-
rnour de Dieu , fon Aiflion feroit
; loiiablc, fi bien qu'elle s'y réfolut auf-
; fî-tôt. Elle en prit deux fois , ^
i guérit entièrement par ce dernier re-
j mede.
1 La joie fut grande dans la Cour par
I le retour de cette précieufe fanté. La
crainte de perdre la Reine Mère avoir
glace les coeurs de tous les <rens de
bien. Les Pauvres la regardoienc
comme leur Mère 3 & les Affligés
comme leur Protedlrice, Dans les
jours qu'elle avoit été en péril 3 les
Eglifes furent toujours remplies de
toutes fortes de perfonnes , qui de^
mandoient à Dieu la vie de cette ver-
tueufe Reine. Les Fêtes & les Di-
manches la Salle de fes Gardes, & fon
Anti-chambre , étoient pleines d'Ar-
lifans 5 qui , au lieu d^'aller fe prome-
ner félon leur coutume , venoient en
N 6 foule
j o i Mémoires four fervtr
t66), foule fçavoir comme elle fe porcoir ;
6c dans les lucs, ils demandoîent tout-
haut de Tes nouvelles avec empredb-
ment ôc tcndrelTe : Dieu le permec-
tant aînfi , fans doute , pour lui faire
recevoir de ce même Peuple , dont
elle avoic été autrefois injuilemcnt
outragée , une réparation publique de
leur faute paiTée , que leur Affection
préfente Ôc leur véritable repentir ef-
façoic d'une manière bien glorieufe
pour elle.
Comme la Reine - Mère commen-
çoit à fe mieux porter , un foîr que
toute fa Famille éioit dans la ruelle
de fon Lit , on parla de la jaloufie d s
Femmes ; fur quoi la Reine demanda
à Madame, Ci elle fcroir d*hnmeur ja-
joufe , au cas que Monfieur lui en
donnât un jufte <\iiet.''Pu*N, elle répon-
dit à cette jeunt: PrîncefTe , qui Iw t-
voit dit que non , qu'en effet cela
étoît inutile ; qu'elle éprouvoît tous
les jours que la fenfibilité des Fem-
mes endurcit le cœur des Maris j ôC
que ce qui leur dtvroit être agréable,
comme une marque d'Amitié , leur
déplaît Ôc les importune. Le Roi >
pour détourner ce difcouis , dea^anda
à
k rH'ijlolre à' Anne ^* AuvAche , 305
à M?, de BiJnine , Dame d'Atour 16^5.
de la Reine , Femme honnête & fa-
ge , mais afkz naturellement dépour-
vue de mérire , {\ elle avoir été jaloLi-
fe de Ton Mari f Elle répondir que
non 3 ^^ qiî'iî lui avoir toujours
été fiJelIc, La Reine alors , en
riant ; & d'un xox-x fenhble & pourtant
afTez doux , dit en Efpagnol , en \t
levant pour aller fonper , Que en efto
parecea bien la ma^s tontôt de la Com-
■pania , y que por elU no dirU lo mif"
ma *, ^ c^\m
Cette Réponfe de la Reine fit voir "["Jr."
clairement au Roi , qu\'lle étoit plus johBù»
fçavantc qu'il ne croioit , ôc que Ton il^l"/^
/ilcnce étoit plutôt un effet de fa dif^ iacem-
crétion , & de la crainte qu*ellc avo:t ^^"'''
de lui déplaire , que de fou ignorance. '}f'^{e^_
Je ne fçai s'il en fut fâché ; car , é- "chpls
'ant réfolu d'aimer Mllc.de la Vallîcre, ''"^'««^
1 de^îroit peut-être quelquefois que
es premiers fentimens de la Reine
'iilTent padc-z , a^n de Taccoûtumcr à
'a foufFi ancfjS: lailT'cr adoucir fes pei-
les par le tems , qui fçair effacer rou-
es chofes. Le point de cttre gtiéri-
"on n'ctoit point cnccr arrivé: cette
'^rinceiïe pleuroit fouvent 5 mais ^ la
Reine
5-04 Mémoire pourfervir
16*^3. Reine fa Mcre l'aiîûrou toujours de
l'eftime du Roi , ôc lui confeilloic de
ne fe pas foncier du refte. La Du-
<lie{re de Naval lies , fa Dame d'HoiV'
ncur , lui en difoic autant , &c d'ail-
leurs s'intérelTant genereufement aux
chagrins de la Reine fa MaitrelTc , re-
prcfentoîc fouvent au Roi la juftice
de fcs inquiérades. Le Roî , accou-
tumé à être le Maître dans Ton Ro-
ïaume , le vouloit être auffi des ef-
prits , des volontez , &c des cœurSj
non feulement en fe faifant aimer,
mais auffi fe faifant craindre. Il
répondoit quelquefois à cette Dame .
comme un Mari abfolu , à qui les
obftacles ne plaîfoient pas -, ôc ceî
paroles févéres étoient dites fans doute
plus pour elle que pour la Reine,
Cet Attachement de la Ducheflti
de Navailles à la Reine déplut encor<
au Roîj^& cet amas de defagrémen
groffiffoft toujours fon malheur à vc
nir. Elle étoît néanmoins a^ez fidel
le au Roi, pour le defFendre en fo
abfence avec la Reine ^ mais jComm
îl ne connoiflToit point fes fentimens
Ôc qu""!! la voïoit peifuadée , que cett
Princeffe avoit raifon de fe plaindra
k l'Hlfloire à* Anne à* Autriche, 50/
îl s'imagina qu'elle 'étoic caufc d'une ^(>^l
partie de fa mauvaife humeur. Ces
penfées , fe joignant aux anciens dë-
goiits qu'il avoir eus contre elle , fi»
renr leur effet ordinaire , & cauféient
enfin Ton entière Difgrace.
La ComtefTe de Soiffons , n'aîant
point rciilîi dans le de(Tein qu'elle a-
voit eu d'attacher le cœur du Roi à
une de Tes Amies , eut de l'inquiétude
de ce qu'elle avoîc fait. Elle crut que
la DuchefTe de Navailles pouroit l'a-
voir décréditée auprès-de la Reine, &
lui auroit peut-être fait connoirre les
defirs qu'elle avoic formez en faveuc
de Mlle de la Motte - Houdancourt^
Pour remédier à ce mal imaginaire ,
elle fit defTeîn de faire quelque confi-
dence à la Reine de ce qui s'étoit paf-
fé fur ce fujet. On a dit , mais je ne le
fçai pas certainement , qu^elle fupplia
le Roi de trouver bon , que pour ré-
parer les mauvais offices de la Duchef-
fe de Navailles , ^He fe précautîonnâc
avec la Reine , en lui difant quelque
chofe de ce qui ne pouvoit plus lui ap-
porter de chagrin , puifqu'il n'y pre-
iioic plus d'intérêt ; & que le Roi y
confentic , parce q[u'il crut qu'elle ne
niai>
3oé Aiemoires "pour fervlr
iééî. "^^ncj^croit jamais à ce qu'elle lui de-
voir.
La Rdnc-Mere écant alors conva-
lefccnte , la Reine alloir fc promener;
& iouvent Tes plus grands Voia-
ges fe tcrminoient aux pérîtes Car-
iTieTïres de la Rue de Bouloy. Elle
aimait la Mère de Reuville , Supé-
rieure de ce Monaftere , qui avec
beaucoup de pieté avoir aulii beau-
coup d'Èfprit i<c de Mérite. Ce fut
alors , que la ComtelTe de SoifTons,
lui aiant demandé une Audiance fecre-
te,elle lui fut accordée en ce lieu^
La liaifon de Madame , & de la Com-
tcdcde SoiiTons , duroit encore , 5c
la Reine continnoirauflî de haïr Ma-
dame j Paccufanc continuellement d'ê-
tre c:^l!e qui -lui cnlevoit le Roi , à
caufe qu'ai-mant Mlle, de ia Va'iiere,
il. croît toujours chez cette Prince(Te.
Madame , d un autre côté, qui n'aî-
moit pas à ctrc haïe pour une autre ,
de/îroic que ia Reine fur amplement
inftruîte des AttacLemens du Roi ,
dont etle foupÇv-jnnoit quelque chofe,
mais dont on continuoîc de lui enve-
loper toutes les apparences avec tant
^e foin , qu'il étoit difficile que Tes
lu-
j kl'Hlftolre d^^nne d'Autriche, 307
lamicres ne fulTent quelquefois ob- '<^^3«
fcurcics. C'eft pourquoi Madame
avoic contribué au deiïein qu'avoic
pris la Coincelîe de Soiflbns de décla-
rer à la Reine cour ce qui fe pafîoic ,
& d'achever par cette Toie ce que la
Lettre donnée à la Molina n'avoic
pu faire , ^ dont les Auteurs ne fe
connurent que long-tems après.
Cet Entrciien de la Comtelfe de
SoiiTons avec la Reine fut de confé-
quence , tant par fes fuites , que par
jles fentimens qu'il produihr alors dans
je cœur de la Reine. Elle aprit enfin
'par cette voie , TAmour que le Roi
avoic eu pour Mlle, de la Motte- Hou-
dancourc , & ce qu'elle n'ignoroit pas
tout - à- fait de Mile, de la Valliere,
nais dont la certitude lui fit jetcer
beaucoup de larmes. Son cœur con-
loilloit parfes propres fentîmenSsqu'il
'toit trahi j mais, il auroit peut-être
•ce content de fe pouvoir dire encore
i lui même , qu'il fe trompoit. Juf-
^ues là 5 fa connoiifance avoir été bor-
lée ; car , la Reine fa Mère ne lui
ivoîc jamais rien voulu avoiier : fa
Favorite 3 la Senora Molina,écoît fage
k difcrette , & n'avoic point voulu
mêler
398 Mémoires fOHY fervir
aider à fes trides foupçons la douleu/
de la certitude. La DuchelTc de Na-
vailles , fervant fiiellcn)ent Dieu , le
Roi j & fa MaitrefTe , a voit de même
gardé un fccret inviolable fur tout ce
^ui paroifToit fe devoir cacher , &
n'avoir pas même rien dit à la Reine
contre la Comteiïe de Soiiïbns. Cet-
te PrinceiTc , voulant donc prévenir
un mauvais office qui ne lui avoit
point été rendu , en fit un bon à
celle qu'elle croioic Çon Ennemie , Ik
fc fit à elle même le mal qu'elle vou-
loit éviter de la part à^s autres^ La
Reine aprit par là quel avoit été le
zèle 6c la fidélité de fa Dame d'Hon-
ïicurjî^, toute remplie de ces chofes/i
peuttsen elleS'mêmes,maîs fi grandes
par leurs effets, revint au Louvre ,' &,
s'enfcrmant dans fou Cabinet j elle
les apprit toutes à la Molina, Elle
voioit bien qu'elle ne les ignoroit pas?
mais^elle ne put condamner fa retenucj
connoilfant que fon affedion en étoit
la caufe : car fou vent cette fidelle Ser-
vante , pleurant a Tes pieds , lui avoit
protefté qu'elle ne lui diroit jamais
rien qui put l'affliger , & les defunic
le Roi 6c elle, Auffi tôt que ce fecret
fat
a VHlfioire d'Anne à* Autriche, 3 ap
fac confié à mon Amie, je le fçus par 1^(32.
elle àhs le même foir ,* mai^ , ce fuc
avec ferment qu'elle exigea de moi ,
que je ne le dirois à perfonne. Je lui
fus fî fîdelle , que je n'en parlai , ni à
la Reine-Mere , ni à la Duchedc de
Navaiiies , qui écoic celle qui à jufle
tixre y pôavoic prendre le plus de
parc. Mais , la Reine avec rairon ne
put s'empêcher d^ lui apprendre y
qu'elle fçavoit ce qu''elle avoir fais
^pour elle , & lui ccmoigna qu'elle' lui
zïi fçavoic gré. La Reine - Mère Pa-
lan: fçu auffi » & volant qu'elle pou-
i^oit par cette voie prouver au Roi la
idéiité de la Duchellb de Navaiiies,.
lonc comme je l'ai déjà dit elle ap-
ofouvoit la conduite , ne manqua pas
le l'en avertir. La DuchcflTe de Na-
vaiiies , par le confeii de le Tellicr >
ui en parla aiiflî , mais le Roi parue
tonné è,ç,zz qu'elle lui dit , & lui fie
Ijlufieurs queftions fur ces matières,
/"ardes , Ami intime de la Constelle
le Soldons , étant encré au même inf-
ant dans le Cabinet de i'Appartemene
le la Reine-Mere , & aiant vu le Roi
f puié fur une fenêtre occupé à par-
er (Se à écouter la Duchede de Na^
vailles^
3 lo J\4emolres pourfervîr
16^5 • vailles , en donna aufli-tôt avis à foti
Amie. Ils prirent leurs mefures pour
fe deifendre , & la ComtefTe de Soif-
fons , chez qui le Roi alla au forcir
de chez la Reine - Mère , lui dit,
qu'elle croioit devoir l'avertir que
dans la Converfation qu'elle avoit fine
avec la Reine aux Carmélites , elle
l'avoit trouvée informée de tout ce
qui fe paflbit , & fçuc enfin lui per-
fuader que c*écoit la DachelTe de Na-
vailles qui l'avoic inftruite. Le Roi ,
ne pouvant dîfcemerclairementla Vé-
ritté d'avec le Menfonge , douta 5 &
demeura indécis ; &: , venant ce mê-
me fuir fe coucher , il dît à la Dame
d'Honneur , que la ComtelTe de Soif-
fons Tavoir inftruit de toutes cho-
fes. Le Duc de Navailles , dans la
peur qu'il avoir que la DuchefTc fa
Femme n^eut mal fait de parler au
Roi contre la Comtefife de SoilTons,
l'avoit inftamment priée d'y remédier
fî elle le pouvoît. Elle étoît entrée
dans fon fentiment ; & , dans ce mo-
ment où le Roi lui parut douter de
ce qu*elle lui avoit dit , par un fenti-
ment de Chrétienne , «Se pour com-
plaire à fou Mari , elle s'arrêta par
bontéj
k l*Hlfiolre d'uinne d'Autriche, 5 1 1
•feoncé i (5c , ne voulant plus foucenir i^^j,
la Vérité elle donna lieu à les Enne-
mis de la perdre entièrement. Le Roî,
favorablement difpofc pour la Com-
telTe de Soi (Tons , s'imagina que c'é-
toit un Conte fait exprès , pour rui-
ner cette PrincelTc auprès de lui , &
pour cacher les trahifons qu'il croioic
que la Dame THonneur lui faifoit in-
cefTamment avec la Reine. Il fut per-
fuadc enfin , que fi elle avoit parlé,
îellen'avoit rien dit , que ce qu'il lui
j avoit permis de dire , & crut que le
refte venoit des Intrigues qui fe ^o^
mentoient par les Créatures des Rei-
nes, Le Roi demeura donc toujours
fatisfait de laComteile de Soldons, &
mal content de la Duchelfe de Na-
vailles ; & ce fut alors que les înno-
cens paiérent pour les coupables , Sc
qu'éiant Amie de la Duchelfe de Na-
vaillcs , j'eus beaucoup de part à Ton
malheur, La Reine- Mère aperce voie
quelquefois ces dégoûts qui fe for-
moient aifément dans l'efprit du Roi
contre les perfonnes qu'elle proté-
geoît ; mais , elle ne s'en afRigeoit
point. Elle difoit fans s'inquiéter ,
qu'il failoic toujours bien faire , &
que
5 î 2. Mémoires pouY fervîr
l6^h que le Roi dans le fonds de Ton cœui
avoir des fenrimcns trop raifonnables,
pour craindre Ton red'entimenc , en ne
faifant que Ton devoir. Malgré fj
tranquilité ordinaire , elle s'étonm
néanmoins de le voir fî indifFéren
fur ce qu'elle lui avoit dit de la Com-
rciïe de SoifTons , & nous conclume
à Çc% pieds un jour qu'elle nous fâi-
foit l'honneur de nous en parler , à 1;
DuchclTe deNavailles & à moi ,qu'i
falloir ^ue cette PrincelTe eût agi pa
fcs ordres. Le faux raifonnement qu^
nous fîmes alors nous perfuada , qu
ie Roi vouloir faire fçavoir à la Rein
ce qui fe paflbit ; Se nous nous con
£rmames dans cette penfée , quan
nous vimes qu'il ne paroidoit poiii
cmbarralTé de ces petites Hiftoires ^t
^ue les Plaintes delà F\eine ,*pou
être redoublées , ne diminuoient e
rien , ni Tes foins , ni fon aflîduité au
près de Mlle, delà Valliere. Le fei
changement , qu'il fit paroitre dans 1
conduite , fur , qu'au lieu qu'il difo;
tous les jours à la \eine , qu'il venoj
de chez Madame , il lai avouoit libre
ment qu'il avoit écé ailleurs. Cett
iîncéricé lui donnoit le plaifir à*y êtr
pk
k l'Hlfloîre d'Anne d'Antrlche, ^ 1 3
plus longtems , &C celui de revenir le l é^}<
loir plus tard qu'à l'ordinaire , fans
.que la Reine pûc quafi s'en plaindre;
car , le malheur de notre Sexe eft tel ,
que les Hommes , qui ont fait les
Loix ,, en ont ôté toute la rigueur à
leur égard ; ôc ce n'eft que dans le
Ciel , ou l^cfgalité du Comm.andemenc
fera que chacun recevra félon Ces œu-
vres.
j La Cour demeura en cet crat ju(l
îques en Décembre , que le Roi fie
.paifer au Parlement plufîeurs Ducs ,
qui n'a voient que des Bievecs , & en
ffit d'autres qui n'en avoient point. De
ces derniers fut le Marquis de Mon-
taufîer , le Comte de Noailles , ôc le
Comte de Saint-Aignan. Le Duc de
Navailies , qui avoit un Brevet plus
ancien, fut exclus de cette Promo-
tion , dont il fut fenfiblement affligé.
La Reine-Mere le fentit , comme fa
'^généreufe bonté l'y obligeoir. Elle fit
ce qu'elle pût, pour lui éviter ce terri-
ble cojup : elle pria , elle parla j mais ,
le Roi ne voulut jamais rien accorder
ï fes defirs. Il lui montra fcs tablet-
tes, où il avoit écrit de fa main les
caifons qu'il croioc avoir eues de
choi*
5 1 4 Mémoires pour fervlr
1663. caqi(îr les uns pour cetce dignité , 5i
d'en priver les autres. Il avoiioic à Vé-
gard décelai qu'elle procégeoic , qu'il
l'cftimoic Homme de bien ; qu'il l'a-
voit bien fervi ; mais , qu'il lui avoij
déplu , & qu'il vouloir s'en vangcr
La Retne - Mère me fie l'honneur d(
me dire , pour le faire fçavoir ai
Duc & à la Duchelle de Navaîlle:
qui m'avoîcnt priée de lui en parler
qu'elle avoir fait tous fes efforrs,pou
vaincre ce rcATentiment dans l'ame di
Roi fon Fils,- mais, qu'elle n'avoi
pu y réiiffir. En le blâmant d'avoi
voulu fourenir cette foiblelle avec tan
de force , elle me dit que fur tous le
autres , foit en parlant des Iieurea
ou des malheureux , il lui avoir expl;
que fes penfées fort fpirituellement
& que les jugemens , qu'il avoic fait
fur chacun d'eux, étoient des marque
de fon Efprit & de fon Difcernemen
Car 5 de ceux même qu'il gratîfioit
il en difoit les défauts afTez au jufte
mais , ils en trouvèrent le remède en 1
volonté , qu'il préféroit à toutes chc
fes. Les malheureux trouvèrent dar
cette même fource la caufe de leur in
fortune , 6c tachèrent de s'en confc
1er
I
I ^l'HlftoÎYed'Anned'Atiirkhe. 315
le^r 5 par l'efpoir d'un plus favorable ié6^,
traitement pour l'avenir j ce qui fe
pouvoic facilement croire d'un Prince
Dlein de lumière , & qui connoiiroic (i
lettemenc le bien &: le mal qu'il fai-
bic. Le Duc de Roquelaure fut dç
:eux qui furent privez de cet hon-
jeur , & pour de légères fautes donc
e ne fçai point le détail. Le Duc de
4availles , cet homme fidèle , & con*
u pour tel par Ton propre Maître ,
n fut maltraité , & la douleur qu'il
p relTentit ne fe peut exprimer j mais
bus les hommes qui font fuTceptibles
ambition en fçauront aifément con-
'oicre la grandeur. Au bout de queU
ae rems, ce Seigneur voulant faire
>n poffible pour fe remettre aux bon-
:s grâces du Roi lui demanda une
Lidience. il l'obtint , & dans cette
nverfation il n'oublia rien pour râ-
■ erde lui-plaire^ de le toucher : il
nbralTa fes genoux , il lui reprefenta
.:i innocence reconnue par lui-mé-
:î , lui fit voir combien il lui feroic
prieux de pardonner ce qui lui avoic
«plu en lui, puifque ces intentions a-
n'ent été innocentes , & lui dit que
i avoit manqué à feu égardj es n'é-
Tqm? K O ^oit
3 1 5 Mémoires p9ur fervlr
lé^jj. rçit tout au plus que par imprudence
& par des fentimens dont lui-mérae
le dévoie eftimer. Il fie enfin tout
ce qu'un honnête homme , & un hom-
me de bien , peut & doit judement
faire pour plaire à fon Roi. Ce Prin-
ce parut en êcre touché , & vouloir
fîncerement oublier les vertueufe:
fautes du Mari & de la Femme
Quelque tems fe pafTa que le Ro
les traita mieux , ^ qu'ils fe trou
voient raccommodez avec lui : mai
ces bons intervales leur paroilfoien
toujours accompagnez de beaucou
d'incertitude j car maigre les favo
râbles fentimens du Roi , qui pa
raifon le faifoienc fouvent revenir
ils fentoient que leurs Ennemis tr.-
vailloient incefiamment à les perdre
& qu'ils faifoient contre eux ce qu
les Mineurs font fous les Baftior
qu'ils veulent faire fauter ; & leur m
vail enfin ne fut pas inutile.
Dans ce même tems , c'eft-à-dîro
l'Hiver qui fuivît la guérifon de
Reine-Mere , le Roi reçut la No*
velle de la- Mort de la DuchelFe ç
Savoye ("a Tante. Huit jours apréi
moiyruc aufli U Puchçfle de Savoyi
m
\
I
I
j a ]^Hl flaire â* Arme d* Autriche, jî/
Fille da feu Duc d'Oricans , donc la i6^y
deftinée fac pareille à la fleur qui le
matin fleurie, & qui le foir fe fechc^
& la Princelfe Marguerite, qui avoic
jeté prûpofée pour être notre Reine ,
que fa cruelle deftinée , au ^ieu de ce
bonheur , avoit fait DuchefTe de Par-
me , les fuivit de prés* Confiderons
par-là quelle eft la fragilité de la
Grandeur des Grands de la Terre , &
â.hons de profiter par cette Rfflc-
ton , de la mort de ces trois grandes
-rincelTes, dont les deux dernières é-
oient fort jeunes.
Le Printems de l'Année fuivante
\ Cour alla à Verfailles, eu fe firent
es plus belles Fêtes du Monde j le
Ici voulant effacer par cette Ré-
)ui{rance le fouvenir des Maladies
adées ; mais comme dans l'arriere-
lifon pour l'ordinaire les maux fc
ultiplient , ce fut dans ce Voyage
plaifir , que la Reine-Mere fentic
s premières douleurs de Ton Cancer,
parut d*abord par une petite glan.
^m au fein , dont elle ne s'inquiéta
■'joint. Ce fut la caufe de fa perte i
™r fi dans ce commencement elle
^% 'eut cherché le remède , il auroic
O 2 été
iGC^i
3*8 Mémoires pour ftrvlr
1664, ^^^ peut-être plus facile d'en évitée
les Fâcheufes fuites. La Reine , qui
fe fentit gro^Te alors , fut à la Reine-
Mere une joie beaucoup plus grande,
que Ton mal ne lui pouvoit donner de
peine : ce qui étoit augmenté par cel-
le qu'elle avoir déjà devoir Madame
en ce même état : elle l*étoic de cinq
ou fix mois.
Ce Voyage , qui avoit eu des ap-
parences Cl agréables , fut fuivi dç
beaucoup de chagrin. Certaines Pro-
menades qui fe firent déplurent à la
Reine - Mère ; elle trouva mauvai;
que Madame de Brancas^ Femme dt
fon Chevalier d'Honneur , eûç eu
avec Mlle, de la Vailiere j car juf
ques-là 5 le refpeâ: que l'on portoi
aux Reines avoit empêché les Dame
de Qualité de la fuivre. Cette Dame
bxufque 5 & libre, Ôc peu obferva
tri ce des Préceptes de l'Evangile ,
l'égard de la Charité que l'on doï
au Prochain , en faifant Ces plainM
au Roi de la réprimande que I
Reine fa Mère lui avoit faite , lui 31
que la ComtelTe de Flex , & la D«l
chelfe de Navailles , étoient celles tfi
fyoient -mis la Reine fa Mère «
mil
a VHlflotn à* Anne d'Autriche. 3 ï ^
mauvaife humeur contre elle, &pell;a i(?(?4.
fortement contre leur vertu , qu'elle
maintcnoît être fort ridicule. Le Roi
fut fâché du chagrin que la Corn*
telTe de Brancas avoit reçu , pour lui
avoir voulu complaire ; & cette ba-
gatelle fut caufe que lui & la Reine
fa Mère furent quelque rems en froi-
deur. Comme le Duc & la Duchcf-
fe de Navaitles étoient déjà à demi
réprouvez de la faveur , cette feule
jplaincc de Madame de Brancas , pé-
nétra le cœur du Roi déjà m«l difpo-
fé pour elle , & y fît une playe qui
devint incurable. Il eft à croire qae
la Comtelfe de Soilîons leur ancienne
Ennemie y mit auflî un appareil qui
ne Icnr fut pas f-kiraire.
Peu après , le Roi fuivi d:s Reines ,
&: de toute la Cour , alla s'écablir à
"ontainebleau , pour y palFer une
i^artie de l'Eté. Ce fut là , que le
\o\ , fur une parole que lui répon-
iit le D^c de Navailles en parlant
l'une chofe de peu de confequence
\\x\ regardoic les Chevaux- Légers*, ^lej^uc
•nontra publiquement de fe fâcher de k^
\ ■ a \ r r \ " vailles les
:ontre lui , & leur perte fut relolue , c^r^man-
ic lui & de fa Femme. Us reçurent ^«">-
O 5 com-
^ Et) juin
jiO Mémoires pour fervlr
corm"nandement * de donner leur dé-
miffion du Gouvernement du Havre-
de - Grâce , de la Lieutenance des
Chevaux- Légers , & de la Charge de
Dame d'Honneur. Le Roi , qui en
les éloignant de la Cour ne les vau-
jut pas priver des Biens qu'ils y a-
voient reçus & achetez , par juftice &
par bonté leur £t donner , pour ré-
compenfe de leurs Charges, neuf cens
mille livres.
La Reine- Mère , qui ne jettoit pas
fouvent des larmes , quand le Duc &
la Duchelfe de Navailies partirent,
pleura leur dlfgrace , qui arriva mal-
gré elle , èc malgré les prières qu'ei'e
fit' au Roi 5 en leur faveur. Elle fen-
tit leur Infortune de toute maniè-
re -, car outre leur mjlheur elle, eus
de la peine d*avoir vu trop claire-^
ment en cette occafion , qu'elle n'a-
voir pas alors un grand crédit aupré;
du Roi. La Reine en parut fâché(
autant qu'en effet elle le devoir être ;
elle pleura ; & malgré fa timiditc
ordinaire, elle en parla au Roi, à
ce qu*elle nous fit 1 honneur de noui
dire , avec des fentimens dignes df
l'Affedion 6c de la Fidélité de ceux
qu'elle
I
À VHlftoire d'Avne à* Autriche, 3 1 1
qu'elle perdoir. Elle embralTa la Du- 16^4.
chede de 'Navailles , & Talfura en h
quittant, qu'elle ne l'oubliroic jamais,
La DuchelFe de Montaufier , jiiG-
iqu'alors Gouvernante des Enfans de
France , fut mife auflî-tôt à la place
de la D-îcheire de Navailles. Selon ce
que j'ai écrit de cette Dame , il etl
aifé de juger qu'elle dcvoit ctre agréa-
ble au Roi, non feulement parce qu'el-
le avoit de belles qualitez ; mais à
caufe que le mérite qui étoit en elle
L'Cûit entièrement tourné à la mode
il monde , 6c que fon Efprit étoit
3:as occupé du defir de plaire 6c ds
vjir ici bas de la faveur , que des
uifteres douccu's, qui par des Ma-
li mes Chrétiennes nous promettent
es félicitez éremelli^s.
La Maréchale de la Motte, hon-
cte Femme 6c de bonne Maifon ,
ut mife Gouvernante de Monfei»
usur h Dauphin. Ce ne fut nuile-
lent pour fes éminentes qualitez 5
ar , à dire le vrai, elles étoient mé-
iocres en toutes chofes. Elle étoic
otite-Fille ds Me. de Lanfac , qui
avoir été du Roi, C'étoit un e<^aiid
^icre i mais il n'auroic pas été fuf-
3 12 Mémoires pourfervtr
1664. fi ^"^nt pour l'appeller à cette dignité,,
/î elle n'avoir été dans l'alliance de [i
MondcHi- le Tellier , comme Parentel!
proche de THeritiere de Souvré, qu'il;
avoit depuis peu fait époufec à Ton»
Fils le Marquis de Louvois. Pat ^
cette Prore<5):ion le fou venir des faa- î
tes du Maréchal de la Motte , qui j
avoit été contre le Service du Roi . |
pendant les Guerres de la Régence Jl
fut entièrement effacé j & ce quj|
manquoit à fa Veuve , pour être pro't
pre à ce grand Emploi , ne fut pa li
remarqué. ;)
La Reine- Mère étoit demeuré
mal farisfivite de la hardietfe que-Ma
darae de B^-ancas avoit eue de pa
au Roi contre elle ; & (a tendrcfl,*!
pour le Roi lui faifoit fentir douloUi|-
reufement la froideur qu'il avo
eue pour elle , depuis l'indifcretio
de cette Dame , qu'elle foupçonno;
encore d'avoir continué de manque
an refpeâ: qu'elle lui devoir. L|
Roi & la Reine fa Mère en furei^
enfin broiiillez , & parurent alors V
fiblement mal enfemble. Le chagri
de la Reine- Merc éclata tout- à-- fait
après !a difgrace du Duc de Navai"'
M
Mai
u-lel
à l'Hlftoîre d'Anne d'Autriche, 515
ks & de fi Femme , & la peine qu'elle 1^64.
en reçut la rendit plus fenfîble fur
les autres chofes. Le Roi , par certe
Imême raifon , & par ce qu'il n'ai-
jmoit pas ceux qu'elle regretcoir > fe
lailTa toucher d'un pareil Sentiment,
& montra que les perfonnes en qui
la Reine fa Mère avoit quelque con-
fiance lui déplaifoient.
En ce même tems , cette Princelî<i
:rouvA mauvais que le Roi eût fait
•Kiger une affaire , qu'avoir au Con-
Teil l'Abbé de Prière , contre ce
qu'elle prétendoit que ce Prince lui
ivoit promis. Ce Religieux vouloic
éformer Ton Ordre : & comme la
leine-Mere étoir la Protectrice de
ous les bons delTeins , elle le voulut
tre de celui - là en particulier ; car
lie eftlmolt fa pieté. Il écoit mala-
e 5 5i elle avoit prié le Roi d'atten-
re qu'il fut en (anré , pour décider
e fes affaires ; mais le Roi , à ce
ue vit la Reine fa Mère, par mau-
aife humeur contre elle , fit jager
DU Procez en Ton abfence, & dit fur
e fujet chez la ComtefTede Soilfons ,
ue l'Abbé de Prière fe portoit bien 5
c que la Reine fa Mère n'avoit pas
ic vrai , ou quelque choie ae fem-
3i4 Mémoires poptr fervîr
iC6^, blable qui ne parut pas obligeant
pour elle. Ce coup la blefTa fenfi*
blement , ôc cela joint avec le refte
augmenta fa trifteire ôc Ça. douleur.
Elle la témoigna au Roi p|r Ton filen-
ce , Se par une refolucion qu'elle fie
intérieurement de quitter la Cour, &c
Àt Ct retirer au Val - de- Grâce. Le
Tellicr , fçAchant l*état où étoicnt le
Roi ôc la Reine fa Mère , fît ce qu'il
put pour les raccommoder , & l'Ab-
bé de Montaigii suffi 5 mais ils iV]
réiifiirent pas. Ces deux Royale:
Pcrfonnes croient fâche'es , & ne pou-
voient ni Pun ni l'autre , fe reroudr{
de parler enfemble. Un de ces jours
que leur chagrin étoit dans fa plu
grande force , le Roi étant avec )
Reine fa Mère dans le Cabinet d
fon Appartement , Monfieur Se Ma
demoifelle , fortirent avec intention
en les laifTant feuls , de les forcer d:)
fe raccommoder -, mais k Roi , apré
y être demeuré adez long-tems , touti
né contre une Fenêtre , fit une grain
de révérence à la Reine fa Mère é
fortir fans lui rien dire. Je n*étoi
pas alors à Fontainebleau x je fçflj
néanmoins > comme fî j'y avois ér
prefente , qu'elle en fut fenfibleme»
toa
iCiC,
k l'Htflolre à'Jnne ctA^rtch. 3 1 j
roiichée , Se qu'elle dit enfuite à iéé4.
Monsieur avec le cœur plein de dou-
leur, de parlant du Roi , P^ôhs voyez
comme il me traite. Elle paflTa dans
fa petite Chambre , appuyée fur lui,
;allan: par defifus la Terraife > afin
I d'éviter les yeux de ceux qui remplif-
; foienc fon grand Cabinet. Là , elle
I pleura beaucoup avec ce Prince , 5c
! dit à une autre Perfonne qui fe trou-
I va auprès d*elle , de qui je le fçus
j quelque tems après ^5 ?enfez*voiis , vJrsZV
j (]He mus ayons parlé enfemble , le Rot & éteit u
nwl dam le Cabinet ? le vous aTure ^/'"^
♦ (jae non , & ^tte tiens en fommes fortts
de la même manie-re cjue nous y étions
'.entrez. Ce foir même, elle refufa
d'aller fouper avec fa Famille , parce
qu'en effet elle fe croovoit ma). Le
iRoi, venant chez elle à l'heure du
Repas, car ils parloient enfembie en
public , rencontra la Reine qui s'en
alioit à fon Appartement. H lui de-
manda tout furpris d'où vcnoit qu'-'
elle s'en retournoit avant que d'avoii
foupé ? Elle lui répondît , que la
Reine fa Mère lui avoit dit de le fai»
re , pjce qu'elle ne vouloir point
manger. Le Roi pâlit à ce difcours,
O é &
3l(? Mémoires pour fervîr
^é4. ôc dcmeara tout interdit, il fuivit la
Reine, qui alla fouper cbez elle , & il
y demeura fans vouloir s'alî'eoir à ta-
ble , appuie fur le derrière de la Chai-
fe de la Reine. Il fit bonne mine en
prefence des Spcâ:atears ; mais Ton
cœur fort cftimable en cela foutfroit
de la peine , & lui faifoit fentir, qu'il
ctoit coupable envers cette digne
Mère , qui l'avoit toujours tant ai-
mé , & qu'il a voit jufques-là toujours
tant honnorée.
Le lendemain matin , la S' nora
Molina étnit entrée dans l'Oratoire
de la Reine^Mere , elle fut furprifc
de la trouver tout en larmes. La
>îolina voulut fortir , craignant dç
l'avoir importunée , par la liberté
qu'elle avoit pi fe , en ouvrant fc
porte j ce que gueres de gens n'au-
roient ofé faire dans les heures de fei
Prières : mais cette PrincefTe la rap-
pella , & fans lui vouloir rien cachei
de l'état eu elle étoit lui fie figne d(
fe mettre à terre auprès d'elle. Elli
le fit y Se après lui avoir demanc!(
en Efp^gnol ce qu'elle avoit , h
Reine-Merc la regardant fixement
avec des yeux remplis de douleur &
d?
k l'Hîjîoire à' Anne d'Autriche. 347
de Lûmes , lui répondit ieulemenc i($^^
ces paroles , Ah ! Molîna ; eflos ht-
JGS'^S &c après avoir un peu déchar- *^;, j
dé fon cœur avec elle la renvoya. *^«/'«''»
Cette vertueule Prmcefle, cherchant fami
les plus folides confolations qtt'une
ame Chrétienne puilTe trouver , a-
voit fait ce même jour fes dévotions»
& foh Confelfeur lui avoir ordonné
de parler au Roi la première , &c de
ne plus écouter , ni fon dépit , ni fa
douleur. Elle s'étoit refolue auffi^tôt
de le faire , trouvant jufte de facrifier
tous Tes fentimens à Dieu. Elle ne
penfa donc plus qu*à parler au Roi ;
mais elle me fit l'honneur de me
dire peu de tems après , que ce ne
fut pas fans peine , & que les humi-
liations qu'elle eut peur d'y rencon-
trer la firent foufFrir quelques angoif-
Le Roi , de fon côte, par fon bon
fiaturel , mal fatisfait de lui-même ,
alla la trouver avec une intention fin-
cere de fe raccommoder avec ellej
mais Tenvie que la Reine fa Meie
avoit d'obéir à Dieti 5 fit que voyant
entrer ce Prince dans fa Chambre elle
fe hâta vîtement de parler à lui la
pre*
3i8 Mémoires pour fervtr
16Ô4* preraici'C. Elle m*a faic l'honneur de
me dire aiilîîj en me faifant part de
toutes ces chofes , qu'elle avoir été
très-fatisfaice du Roi , ôC que Dieu
avoir pleinement récompenfe le fa-
crifice qu'elle avoir eu intention de
lui faire. Ce Prince lui parla d'une
manière obligeante & fourni fe , il lui
demanda pardon à genoux : il pleura
de douleur avec elle d'avoir manque
contre elle , Se lui fît paroitre des
fentiniens ii tendres & Ci refpedueux,
qu'elle eut alors fujet de bénir Dieu ,
* C(s de lui avoir donné efiûs Hijos * 3 qui
E»/<i«j. j^ faifoient quelquefois fouffrir , par-
ce que nul n'eft parfait j mais qui
lui donnoient plus fou vent encore
beaucoup de fujets de joie & de con-
folation. Le Roi lui avoiia qu'il
n'avoit point dormi route la nuit j
par l'inquiétude qu'il avoir eue de
voir qu'il \i\\ avoir déplu 5 & com-
me elle avoir fait connoirre à èc Tel-
lier , les foubaits qu'elle avoit (ou-
vent de fe retirer au Val-de-G^ace ,
& qu'il en avoir averti le Roi , cet
illuftre Fils la pria inftamment de n'y
pluspenfer, Se la prefTa de lui don-
ner fa parole qu'elle ne le qiiîtteroit
point*
a l'Hflolre d*Anne c^Atitrïch'] 3 29
poinr. Ces deux Royales Pcrfonnes , i66^
k communiquant ainfi l'un 3 l'autre
leur relFencimenc ôc leur repentir , de-
meurèrent plus contens , éc fatisfairs
j de leur mutuelle Amitié , que s'ils
' ii'avoient point eu de peur de la bief-
fer j 6: dans ce raccomniodemenc ,
: ils en connurent mieux la grandeur.
Le Roi fît parc de' fa joye à le Tel-
lier , & lui dit , a ce que ce Miniftre
me conta lui-même quand je le vis 3
que (\ la Reine fa Mère n'eut point
commencé à lui parler la première,
il étoic allé la trouver avec intention
à'tn faire toutes les avances ; lui a-
vo'danc qu'il avoit fenti, qu'il n'au-
roit pas pu vivre content fans elle, &
que l'amitié qu'il avoit pour la Rei-
ne fa Mère , l'auroit obligé de faire
routes chofes pour fe remettre bien
avec elle.
Après cette heurcufe Paix , ia Rei-
• nc-Mcre , non feulement Mère par
tendreflfe , mais, Mère véritablement
Chrétienne , reprenant aufli - tôt fcs
fentimens de vertu & de fagelTe , ne
manqua pas de parler au Roi de l'é-
tat où il étoit. Elle lui dit , Qj^îl
étoit trop enivré de fi frspre Grandeur ,
i 3 o Mémoires pour fervtr
tCGx* 5^'^^ ^^ donnoh point de bornes , ni à
fes àejïrs y ni a fa veangeance. Elle
lui reprefnra le péril où il écoic du
côté de fon falut , &: lui die enfin ,
tout ce qu'elle pût pour le faire ren-
trer en lui-même , & pour l'obliger
du moins à defîrer de pouvoir rom-
pre les chaînes qui le tenoient atta-
ché au péché. Il lui répondit cordia-
lement , avec des larmes de douleur,
qui partoient du fonds de fon cœur
où il y avoir encore quelque refte de
fa pieté pafTée ; Qii*d connoijfolt fon
mal , (jiiii en rejfemolt ^uelijuefois de la
peine , & de la honte j ^hH avoh fait
ce qtiil avoh pUy pourfe retenir d'offenfer
Dieu , & penr ne fe pas abandonner a
fes TaJJîons ; mais e^nil étolt contraint
de lui avouer , qti elles étalent devenues
fins fortes cjue fa ralfon j (jull ne pou"
votl; pÏHS rejtfter a leur violence , &
qH*ll ne fe fentoit pas même le defîr
de le faire^ Il li* avoiia qu'il avoit
long-tems difputé contre lui-même ,
pour nt pas demander aux Femmes
de qualité de fuivre Mlle, de la Val-
liere \ mais qu'enfin il avoit refolu
que cela feroit , parce qu'elle le de-
fuoit , 6i qu'il la prioic àt ne s'y pas
op-
il l'Hiftolre d'Anne (^Autriche, jjl
Iporer, Cette augufle Mère lui dit , ié^4''
Que c'étolt quelque chofe de cofincitre
qu'il avoit tort j que p-ar-^lk H fOHVolt
voir que D'tune tavott pas tout- à fait
abandoup'^ ^ mais quil prit garde a ne h
pas irVfier entièrement ; & quelle le
priait du moins de lui demander la grâce
des bons defirs , e^ celle de mieux faire*
Comme le Roi venoic de chafler le
Duc &c la DciehefTe de. Navaiiles ,
cette PrincelTe lui dit , qu'elle avoit
réfolii de ne lai pas pailer de lear
Difgrace 5 voyant combien toutes Tes
prières leur avoient été inutiles ; mais
que pour le feul intérêt de fa gloire,
elle vouloic encore lui dire , qu'il fa-
loi t qu'il confiderât <^u'il les ch.nfToic
parce qu'ils avoitnt de la Vertu, fl
lui répondit , Qu'il ne pouvolt non plus
fe vaincre fur cela , que fur le refte , &
qti*ll voulait fe vangtr dn Mari, &
de la Fer^me -, que la Comte ffe de Flex^
& mot , étions encore de ces PerfonneJ
quil avoit (H a/fez envie de chaffer -, &
qu*il l^avoit penfe faire vingt fois pen»
dam fa maladie, La Reine- Mcte fut
étonnée de ce que le Roi lui dit fur
la Comteffe de Flex &: fur moi. Elle
fie ce qu'elle put pour lui juftifier
ri a-
55^ ^^Tnoires pottrfervhr
1664, l'innocence de fa Daaie d'Honneu
Ôc Ces bonnes intentions. Elle le de-
voit à l'eftimc qu'elle avoir pour elle
6c au rang qu'elle tenoit auprès d*elle
Le péril étoit alors palTé : il ne revin
plus 5 Ôc je doute même que cette Da-
me l'aie fçn. Le Roi lui avoiia auiïi.
que M idame de Brancas lui avoit dii
ce certaines chofes contre elle , qui
auroient pu les brouiller davantage
cnfemble y mais il lui fie conno^trc
en mêi-ne tems , que félon les fenri-
j-nens de Ton cœur , cela auroit eu
difficile. Apres ces Eclaû-cilTemens .
la Reine -M:!re demeura auffi affli-
gée de l'érat où écoit l'efprit du Roi;
qu'elle étoic contente d* Ton cœur
éc de fa (incerité j ce qui l'obligea de
redoubler Tes prières , ôc de faire beau*
coup prier pour lui.
Les chofes que je viens ^e dir(
peuvent faire voir que le Roi avoii
en lui de grandes coatrarietez j que
fes vertus étoient mêlées de ce qui
leur étoit oppofé j Si que portaiiî
en lui le caraclere commun de la
fragilicé humaine , il n'étoit pas tou-
jours lage , ni toujours jufte j mais
j-c ne puis m'empêeher de dire auffi
qu'à
à l'Hlfioire à' Ame d'Autriche, 333
ju*à mon fens , il y avoic beaucoup de ié54i
aifon à connoirre qu'il n'en avoic
joint, qu'il y avoit de la force dans
*iiveu qu'il faifoic de Tes foiblelTcrs 5
5c beaucoup d'humilité Chrétienne à
.'accufer de fes propres in)ufticcs. Il
lefauc pas prétendre que les Hom-
nes , pour erre dignes d*une haute
ftime , & pour être mis an rang àts
-iiros 5 foieni exempts de défauts. Il
îe s'en trouve point de tels » & Dieu
•eul efl: parfait. Les Cefars , les Augu-
res, les Conftanîins, & les Theodcîes,
>nt tous como^is des crimes, & leurs
'•affions ont triomphé de leur raifon,
s: de leur équité, La différence qu'il
a d'eux à ceux dont la mémoire efl
es'riOîittttt:^/^ c'efl: que leurs vertus
nt furpîfTe leurs vices , quils les ont
onnus , & qu'ils en ont eu du moins
e la honte 3 que par leurs fentimens
s ont, démêlé le bien & le mal , &
a'ils ont eftimé l*un , & condamné
autre. Ceux d'entre ces grands hom-
mes , qui ont été Chrétiens , ont plus
ait , ils ont fait pénitence du mal
[u'ils ont vu en eux. Il faut fouhai-
er que le Roi fuive leur exemple en
ela, comme il leur relfemble dans les
gran-
334 Mémoires pour fervîr
1^64, grandes chofes qui les ont fait ad
mirer.
L^ Reine- Mère , voyant les mai
vaifes difpofîtions où étoit le Roi
mon égaid , eut la bonré Je s'en ir
quiéter j Se jugeant que dans le teir
que mes Amis écoient chaiTez , îLb
faifoit pas bon pour moi à la Coui
elle me fît la grâce de me mander d
n*y pas aller j C\ bien que je demeurj
à Paris , attendant fcs ordres, & q;i
les chofes fulfent adoucies. Q[uari
enfuite )'eus l'honneur de la voir.
Vincennes , où la Cour vint pafft
quelque tems , eiU me conta toute
ces particularitez. qu£^ je viens d'ecri
re , que peu de perfonnes ontTçjcs
i c ia Molina m'apprit les llbiTes^qa^t
h lui avoit- vu cépanarç *^ans f(
Oratoire»
La converfation du Roi .Si de
Reine- More , ôc leur raccommode
ment 5 n'avoit pas été avantageux à
Comcede de Brancas, Son Mari et
un Homme , qui naturellement avoi
beaucoup d'efprir. Après avoir éi
libvirtin <3i dcfordonné , il paroiffo
converti êc dévot. Je croi du moir
qu'il le vouloit être , mais qu'il ne l'é
toi
kl*H>fidr€À*Anr}€d'Amrîche, jjj
pit pas toujours , & qu'avec de boa- lé^î-»
Jies intencioiis il n'avoic pis une con-
uice cgale. Il écoic d'un tcmpé-
iammenc emporté , Tes PafTions a-
•oient trop de pouvoir fur lui, & il y
efiftoic rarement. Je fçai qu'il s'en re-
lentoit , & que les feveres châtimens
ju'il fe donnoit à lui-même égaloîenc
)ar leur excès celui de Tes foiblefles. Il
ft à croire que devant D^eu elles é-
oient moindres que fa pénitence. Il
-oit nos miferes , & les pardonne ^
bais devant les hommes , il ctoit trop
»pre après la faveur , & fouvent in-
jfte dans Tes jugemens , parce qu'il
^s faifoit fans examiner la vérité des
hofcs qu'il vouloit eroire. Ce que
i Roi avoit dit à la Reine fa M^re
e la Comtcire de Brancas n'avoit pas
la à cette PrincelFe ; elle s'en fouve-
ûir, il arriva donc qu*un matin ,
liant à la MeiTc appuyée fur Brancas
)n Chevalier d'Honneur , elle le
uitta pour aller dire à fa Femme ,
u'elle vit à genoux dans un coin de
i Chapelle , Qu'elle lui ordonmk de
e jamais parler d'elle avec le Roi ,
T de ne la mêler jamias dans fes d'f-
'^f, p'aboid le Comte dç -Brancas
crut
5 5 ^ Mémoires pour fervîr
i66\, CLUt que la Reine-Mere avoir été pâlC
1er à fa Femme , pour lui faire ué>
faveur , ôc dans cette penfée il voulcw
lui en rendre grâce ; mais la Reiriw
Mère lui dit froidement , Ne m*i
remerciez pas , Brancas : c*eft que je
dèfsnâols à votre Femme , âe nommef^
mon nom an Rot, il fut furpris Ak
cette Déclaration. Le M^ri & ki
Femme parurent atîligés : ils crièrent
contre les mauvais offices qu'ils dî'-i
foient qu'on leur avoit rendus ; & fc'i
plaignirent de la ComtefTc de Fiex'j
difant qu'elle avoit blâ^ié Madame*
de Brancas , devant la Reine-Mere
des complaifances qu'elle avoit euëî
pour le Roi. D.^ns le vrai , je croi
qu'ils ne pou voient avec juftice Ci
plaindre Je perfonne , & que leur ma«^t
niere d'agir les avoit décreditez; car
voulant acquetir les bonnes grâces doi
Roi par des voies que luî-mcme n'efi.
timoit pas , & confervcr celles de la
Reine-Mere avec fon eftime , il leur
avoit falu faire & dire des chofes A
oppofées les unes aux autres , qùô
cela feul les ^ivoit fait tomber dans do
fâcheux embarras, dont les fourceS'
6 les effets ne pouvoicnc tarir facile-
menCj'
a l'H'iftolre ^Anns d* Autriche, j 5 7
nenr. Pendant qu'ils peftoient con- jéé^t
rc leurs Ennemis imaginaires , ils fai-
bienc valoir au Roi ce qu'ils fouf-
Toienc pour lui , & travailloienc à le
endre leur l>efenfeur. J'eftimerois
eur h-ibileté , s'ils avoient eu autant
l'application à ne point détruire les
litres > qu'ils en avoient à rétablie
nirs Affaires. Elles fe trouvoient en
mauvais état par U difgrace de Fou«
aec , &c le befoin qu'ils avoient de la
aveur excufe leur conduite , mais ne
jewc juftifier leurs faufTes accufations
■lites trop légèrement , ni ce que Me.
2 Brancas avoit dit au Roi, en per-
iiu le refpeâ: qu'elle devoit à laRei-
MMere. il leur plut enfin d'en ufec
nfi , ôc peut-être qu'enivrez de leurs
fions, ils étoient perfuadcz que ce
.î'ils difoient étoit veiit-iblc. Le dé-
)ut que la Reiue-Mere avoir contre
X s'augmenta par leurs plaintes, qui
'. effet n'étoient pas juftes. Cette
rincelfe , par un motif d'efti me pour
Comte de Brancas , lui avoit voulu
)nner .ies avis fur ù Famille , qu'il
oit mal reças , & de là procêdoic
lit le rcfte : mais la Reine-Mere
'^ic accgucmnée à pardonner , elle
eu
5^8 Mémoires pour fervîr
i66i» en avoic fait une habitLide cftimabîc
dans des occafions plus fortes & plus
grandes , que celle dont je parle ; &
voulant donner au tetTipéramenc du
Comte ôc de la Comtelle de Brancaî
ce qui avoit pu lui déplaire , elle l'ou-
blia en faveur de leurs intentions
qu'elle ne crut pas mauvaifes , & m
laiifa pis de les traiter favorablement
Ce n'dft pas que je ne fois perfuadce
que ce qu'elle eut à facrifier à Di^i
en cette occafîon lui coûta beaucoup^
parce que tout ce qui regardoit h
Roi la touchoit vivement 5 non poin
par fa qualité de Roi , mais par 1,
tendrelfe qu'elle avoit pour lui*
Pendant le féjour de la Cour
Fontainebleau, Madame accoucha d*u
Fils , dont la Reine- Mère témoign
une grande joie , & le Roi parut ei
relfcntir autant, que fi ce prefent d
Ciel lui avoit été donné à lui-même
Il fat, appelle le Duc de Valois , pou
reirufçiter en lui cette illuftre Branch
qui a donné tant de grands Rois à l
France,
.Eufuite de toutes ces chofcs , I
Cjour revint à Vincennes , où j
l'houneur de revoit la Reine i apré
un
k l'H'jh'ire â'Ame d'Autriche, ^39
une longue conveiTation avec elle, j^ i^Gx.
tt'onvai qu'il croit necetlnire de paiiec
au Roi. Je le fis , 6c je le fuppliai de
croire , que comme j'étois Çiàdlt à
mes Amis > je l'étois davantage à
mon Maître ; & qu'il écoit impofïî-
ble , félon mes fentimens , que je puf-
fe manquer à ce premier devoir. Il
me fie bon vifage , 6c me fit l'hon-
neur de me répondre obligea ment ;
c'eft-à-dire à fon ordinaire , peu de
fiUabes , mais qui ne laitTercnt pas de
me redonner de la vie ^ 6c des forces,
'pour fouffrir les chagrins fréquens
d'un Cl méchatir Pais , que l'on haie
fouvenc par raifon , mais que l'on ai-
aie roujour* naturellement.
Sur la fin de Septembre , MonHeur
k'Madame allèrent k Villers-Coterêcs»
i^a Reine-Mere par complaifance y
idla auffi , & y fot deux jours. A fou
erour , le Roi y fit un Voyage , 6c
ailfa la Reine à Vincennes, qui étanc
i^rolTe ne pouv<>it aller avec lui, Cer-
e PrinceUe , fe voyant privée de cette
acisfadion, auroit du moins fouhaité,
[u'il eut voulu y aller en compagnie
.loins agréable , que celle de Mlle,
e la Valliere, qu'il avoic choifie pour
Tme r. P l'y
340 Mémoires four fervlr
l£é4^. l'y mener. Elle en pleura fenfible-
ment , & le Roi qui la trouva toucc
,cn larraes dans Ton Oratoire , h vciKc
de fon départ , adoucit Ces peines , en
lui témoignant d*y prendre part ; &
pour la guérir des maux preftns , que
îa jaloufic lui faifoit foufFrir , il lui
fie efperer qu'à l'avenir , il quittcroii
la qualité de Galant pour prendre \
trente ans celle de bon Mari, Ls
Reine-Mere prit le foin de guérir 1(
irefte de fa triftcfle , & tout je palfa •
l'ordinaire , c'tft-à-dire, que Tes dou
leurs finirent par le retour du Roi
dont la prefence la gueriiroit de tou
fes maux.
Le quatrième Odobre , la Reine
Mère étant venue de Vincennes à Pa
ris vifiter les petites Carmélites , (
jtrouva mal «n ce lieu. Elle eut m^
au cœur , & une manière de foiblefll
De là, elle alla coucher au Val-dt
Grâce , où elle eut une roauvaife nui
Le Roi ce même jour ayant Tçu que :
Reine fa Mère s'étoît trouvée mal, i
<|u'elle n'avoir pu revenir coucher
Vincennes 5 partit à huit heures à
foir , ôt courut au galop lui faire ui
vifitc, moûUanc par fon eroprelTeme]
11
à l^H'tfioke J^Anne d' Autriche, 3 4 1
! & Ton inquiecuJe , que Ton anacié ié&4,
pour elle avoir de fortes racines dans
Ton cœur. La Reine - Mère en fut
touche'e , & lai en témoigna fa re-
connoiflTance , par les louanges qu'el-
le lui en donna, A fon recour à Vin^
cennes > un jour qu'elle gardoic \z
chambre , il lui amena Mademoifelfe
de la Valliere. il n'eut point de petn:
que la aeine la vit , parce qu'elle fe
trouvoit mal auflî j mais quand eU
le fçuc que cette Fille e'toit ch.z U
Reine Ci Mare, & qu'elle iouoit avec
te Roi , Monsieur , & Madame , dans
fa Chambre ; elle en fut exccfli-
vement affligée : & comme alors \t
me trouvai par hazard auprès d'elle,
dlc me commanda d'en parler à
a Reine fa Merc. Je trouvai cette
];rande PrincefTc enfermée dans fou
aratoire, apparemment fort incom-
nodcc de ce que le aoi avoit fait»
Auffi-tôt qu*ielle me vit , elle rougît >
M ne voyant que trop dans fes yeux,
[u'ellc devinoit mon Amba[Iade,jc
le lui en dis rien. Je refermai la por-
.5 du lieu où elle ctoit enfermée i &
iion filencc refpedueux lui fit bien
lieux entendre t que je ne l'aurois pu
P t faire
54^ Mémoires pour fer vîr
îl^4. faire tout ce que je craignois de lui
dire, La part qu'elle avoit eue à cet-
te petite avancure , ayant été en elle
une complaifance forcée , ces refle-
îcions la firent beaucoup fouffrir j fî
^ bien que le lendemain elle en parla
eUe-mêaie à Ja Reine fa Fille ,* & je
fçai qu'elles demeurèrent fatisfaices
Tune de l'autre. Pour moi , je m'en
revins coucher à Paris , fans retour-
ner chez la Reine j car ne pouvant a-
iors lui donner de conlolation pat
nies fervices , je me confiai en la pru-
dence de la Reine fa Mère, que je con-
jîoiifois trop parfaitement , pour dou.
ter qu'elle pût oublier de s'y employei
toute entière.
Je ne puis en cet endroit m*empé-
cher de dire une chofe, qui peut fair
voir combien les gens de U Cour pou
' l'ordinaire ont le cœur & i'efprit gât
ôc rempli des méchantes Maximes di
Alonde. Dans ce même moment qu
la Reine m'avoit commandé d'aile
parler à la Reine fa Mère, jerencon
trai Me, de Montaufier , qui étoi
javie de ce dont la Reine étoit au de
' fefpoir. Elle me dit avec une grand
^xclamatioii de joie , yoyez - '^^ons
aVH''fîûtre à^Anneà'Apitrkhe, ^^f
Jd'^darne ? La Rewe-Alere a fait une i4é^z
A[ilon admtral'le , à'avoîr voitiu voir
la l^'dlîere, f^oiia le tour d'une trés^
habile F-mme , & d'une h^nne Voll^
tii^^e. Mais y joiica cette Dame > W-
le eji Jî fotble , cj^e nous ne pouvons
pas efperer qu'elle fouùenne cette ac--
tion comme elle le devrait, Vcr^ita-
blement , je fus étonnée de voir dans
la Comédie de ce monde combien la
difF.:rcnce des fencimens fait joiier de
difFerens peiTonnages j & ne voulant
pas lui répondre je la quittai, cou-
rant comme une perfonne qui ayanc-
une affaire ne pouvoir pis l'écouter.
Le Duc de Montaufier , qui étoit en
réputation d'homme d'honneur 3j_ me
donna qua(î en même temps, mais fur
un autre fujet y une pareille peine ;
car , en parlant du chagrin que la
iReine-Mere avoit eu contre la Corn-
teffe de Brancas , il me die ces mê-
cnss mots : Ha ! vraiment , la Remc'
\Mere eft kkn plalfante , d'avoir trcH-
vé mauvais , qi-t Mcîdame de Brancas
ait en de la cornplalfance pour le Roi ^
■?n tenant compa>7nle a Mlle, de la V^l"
lî^re, SI elle é'.olt habile & [âge ^ elle
icvrolt être biea alfe , qi^e le Roi fûta
p i *î.
344 Mémoires pour fervîr
1664, amo> rettx de Mlle, de Brancas \ €4r ^
étam FilU d'un Homme ^ui efl a elle ,
& fon premier Domeflià^ue , hti , fn
femme , (^ fa Fille , lui rendrolem d^
tons cfi es auprès an Roi, Nous de-
vons lour à Ditu , Ôi rien ne doit c-
tre dans notre cœur ôc dans notre vo-
lonté au dclTus de lui. Il nous com-
Biande d'obéiï' au roî y mais nous ne
lui devons cette obéiflTance , que dans
tout ce qui n'efl point contre la Loi
Divine. Sur ce principe , je laide aux
Cafuiftes à décider de la qualité des
fentimens de Monfîeur & de Madame
de Montaufier. lis avoient voulu que
leur Fille montrât l'exempk aus au^
très de fuivre Mademoifelle de la Val-
liere j ôc comme ils avoienc demande'
permiffion à la Reine , qni la leur
avoit refuféej l'excès du dépix qu'ils
en avoient, leur faifoit dire avec hipo-
crifie , & dans le delTein de couvrii
la lâcheté de leurs difcours,, que k
Reine- Mère, par une opiniâtreté in-
digne d'une Mère Chrétienne , avoii
^contribué au péché du Roi fon Fils
au lieu de travailler à l'en tirer 5 corn
me elle le faifoit fouvent , par Tes fa-
ges confeils. Us auroienc voulu , au
con-
k l'Hifione d'Anne â'AHfrîche. 5 4/
contraire , qu'elle y eût pris une part, 16^4.'
qui l'auroit rendue indigne des mifc-
ricordes Divines , & indigne même de
Teftime du roi Ton Fils j car ce Prince
; avoit trop de difcernement , pour croi-
re qu'il eut pu voir fans mépris ce quf
de foi auroit été fi méprifable. Je ré-
pondis à Monfieur de Montaufier, qu*il
me fembloit avoir remarqué dang^
l'H ftoirc que Catherine de Medicis
s'étoit deshonnorée pour avoir eu de
; pareilles compîaifances pour les Rois
1 les Enfans ; & je ferois fà:hée , pour
Tinterêt que je prenois à la Gloire
à! Anne d'Autriche , qu'elle fût capa-
ble d'en t.iire autant. Je fuis même
perfuadée comme d'une vérité indubi-
table , que le Comte de Brancas , mal-
gré fes emportemens , avoit trop de
eonfciencc & d'honneur , pour déli-
rer d'entrer dans de telles Avantures 5^
Mademoifelle de Brancas non plus ,
qui étoit aufli fage , qu'elle étoit bel-
le, & que la Reine « Mère aimoic ,
pour fa finguliere moieftie : je fuis
obligée de dire , que les Confeils, que
cette Princelle avoic donnez à fon Pè-
re ne la regardoient pas: ils avoienr
été de{line2i feulement à la correc-
P 41 tion-
34^ Mémoires pour fervlr
1^54. tion des inconfii^erations de Me. de
BrancAS fa Mcre.
Le dixième Odobre^ toute la Cour
partit de Vincennes pour aller à Ver-
failles paiFer quelques jours dans les
DivertUlemens que le Roi leur piepa-
roir. L.a Reine qui alors c'toic a-
vancée dans fa groUlfTe , avoit eu des
maux de reins, qui lui avoienc fait
peur: ellf eut voulu ne point alier à
ce Voyage , de crainte de fe bkiîer j,
car, elle aimoic à Te conferver dans
fes grolfcires. Le Roi', pour l^y en-
gager, Ô2 guérir fon inquiétude & fes
Lu'mes , prit le foin lui-même de lui
faire compcfer une Chaife , qui ref-
fembloit tout-à-fait à un Lit portatii-";
êc j de 'l'aveu de la Reine, elle s'y
trouva commodemcnti Comme il
ccoit avantageux au Roi d'avoir des
Enfans , & que les voyages font tou-
jours dangereux à une Femme qui efl:
en cet état , il femble qu'il étoit de la
prudence de préférer à fes plaifirs la
confervaiion de la Reine j. mais ce
Prince étoit dans cet âge , 011 quafi
toujours le cœur l'emporte fur tout le
rt^fte. Le jour nue la Reine partit de
Yîncennes , elle vliiC doucement dans
fi
îfi VHifloWe à* Anne â* Autriche, 3 47
Ts^'Machuie diner aux petites Carmeli- iC^^t
tes fes Favorites , & elle leui fit parc
ée Tes chagrins.
La Reine-Mere alla droit à Ver-
failles , & au retour de ce petit Voya-
ge, elle palfa par Challiot où j'étois^. * Dar.sls
Elle nous fit l'honneur de nous faire ^^^'%1]
part à la Mère de la Fayette, Supe- î>urie de
rieare de ce Couvent , 2 ma Sœur , & ^^''"^^'''"■•
à moi, des peines qu'elle y avoir eues,
par l'humeur chagrine bi laloufe de
la Reine, qui n'avoit pas autant d'ex-
Jperience des chofes dn monde , 6^ de
force d'efprit pour s'yfoutenir, qu'el-
le lui en auroitfouhaite. Parles fen-
timens que nous lui vîmes , nous
connûmes clairement, que tous les
évenemens de la Cour , bons , ou
mauvais , comribuoient également ^•
fa perfedion ; ce qui lui donnoitun^
^rand de(îr de ne plus rien defîier que
ijieu : mais, il lui falioit beaucoup'
oufFrir , avant q-ue de polîedrr ce
5onheur , non feulement en. fa per-
onne , mais encore en celle de la
eine même , qui tomba dangereufe-
ent malade le quatrième de Novem-
e. Son mal commença par une fie-
tierce,. qui fut accompagnée de
3 4^ Mémoires pour fervîr
ïé(^4., fâcheux accideiis. Elle eut de gran-.
des douleurs aux jambes j ôc fcs dou-
leurs , qui furent violentes , furent
fuivies de Ton Accouchement, qui fut
à huit mois , d'une princeflè qui vécut
peu de jours.
Le lendemain , elle eut des convuU
£ons qui fîient craindre qu'elle ne
mourûr. Le Roi , fuivant la loi de
ces conirarietcz étonnantes qui fc
trouvent en lui , comme en plufieurs
autres hommes > montra en cette oc-
cafionj^ félon qu'il a voit accoutumé de
le faire , des fentimens fore tendre;
pour la Reine. Il pleura , & dans f
douleur 3 outre les marques qu'il lu
donna de fon Amitié , il en fit voir d(
fa Foi., il envoya diftribuer quantit<
d'argent aux Pauvres , & aux Prifons
pour délivrer les Prifonniers: il fi^t de
Yoeux pour la vie de cette Princef
fe qu'il eftimoît par fa vertu , & qu'i
ne pouvoit haïr , vu fa beauté, & 1
tendreflTe craintive , refpeâ;ueufe ,, t
foumife, qu'elle avoit pour lui. 1
dit au Maréchal de Yillcroi , dans 1
rems qti'elle fut en travail , qu'encor
que ce fût pour lui un grand malheu
îe perdre m^ Enfant 5 il s'en confole
rx3it
kl*Hifiotred*Ame à' Autriche, 349
j itoit > pourvu que Dieu lui fie la grâce li^,
1 de lui conferver la aeine, & que fon
I Enfant pût être bapcifc.
! La Reine - Mère fut fenfiblemenç
touchée du péril où elle vit la Reine.
Elle la fit refoudre , malgré fa ten-
dreire , & la peine qu'une jeune Per-
I fbnne fent d'ordinaire à la mort , à re-
cevoir le Saint Viatique. Elle lui ap-
prit qu'elle étoit en danger , & dit en-
fuice à ceux qui s'étonnoient de la
; force 5 qu'elie avoit eue à lui annoncer
jcette trifte nouvelle, qu'elle atmoh la
Reine , mah (^n'elle fopihaitou pins ar^
'' demment , de la voir vivre dans le
G'iel , i]He fur la Terre, Le Roi ac-
compagné de toute la Cour , alla au-
devant K\x Saint Sacrement, & la Rei-
ne- Mère demeura dans la Chambre de
la Reine , qui , après avoir communié,,
dit qu'elle éroir bien confolée d'avoir
reçu Notre- Seigneur, & qu'elle ne
itcgrertoit la vie , qu'a caufe dLiRoij.
; à'efia M^i^er y "^ montram'du doigt' *r ^/.
la Reine -Mère. Mais enfin D'eu la ntuie^;^
redonna à la France , ao Roi , & à la
Reine fa Mcre. Elle guérit le dix-hui-
tié'i^e de Novembre , après avoir pris
de l'émétique, .
P é. La
m€i
5 5 o Mémoires pour fervlr
iCé^, La Reine-Merc, depuis queiqua
tems , & particulièrement dans cette
maladie de la Reine , fentit de confit
derables douleurs à fon fein. Com-
me elle avoir trop négligé ce maU
elle fut furprife de voir qu'tn peu de
tems il empira notablement \ de par
la jaunear de Ton vifage , on vit que
la trifteire , qu'elle avoïc eue du péril
où elle avoit vu la Reine , lui avoit
été nuinble. Elle avoit confulcé les
Médecins fur le. commencement dei.
cet étrangç mal , & ils y meîcoientî
alors de la ciguë , qui ne lui fit poinci
de bien. Elle avoit en le deilein , h
ce qu/e.lle iTie fît Thonnei^r de me dif
r^, de fe mettre entre les mains de
Vûllot, premier Médecin du Roi , qui
pour être verfé dans la connoiirai>
cèdes Simples & de la Chimie, pnroif*
I foit devoir connoitrc des remèdes j
spécifiques pour cette maladie ; maij
il montra tant de foiblefTe à fouteniil
Tes Avis contre ceux qui lui étoiem|
oppofez , qu'elle en Fat dégoûtée. Sêil
gain , qui éroit fon premier Mede
cin , étoit un Homme fçavant à 1,
mode de la Faculcé de Paris , qui c£]
de faigaer toujours , ôcdene fe fervi;|
poiflii
il n-îlfiolre d'Anne d'Autriche, yyi
point des autres remèdes. Il n'avoit lééi»
gaeies d'expérience ; car il écoit venu
jeune au Service de la Reine. Pour fur-
croit de malheur, il étoit padionné, &
n'eftimoit le confeil de perfonne ; &
fans connoifTance d'aucuns remèdes
particuliers pour le mal de la Reine-
Mere , il s'oppofoit feulement à tout
ce que l'on propcfoir pour elle : fi
bien que dans ces commencemens el-
le demeura indécife , & pendant cette
fufpenfion fon mal devint fi grand y
qu'il fallut auûi- tôt y apporter les re-
mèdes extrêmes. Cette PrinceiTe 5 ns
trouvant du fecours en perfonne , fuc
contrainte, de s'abandonner aux paf-
fions des Hommes, qui la tourmen»
terent plus que fon propre mal,. Ses
Serviteurs avoient auffi chacun leur,
opinion particulière , fur la conduite,
qu'elle devoit teiiir : les uns écoienc
pour Vallot , les autres lui étoient
contraires ; 6c pour être trop grande
t^: trop aimée , elle fe vit fans pou voie
recevoir de confolation ni de remède
d\aucun de ceux qui auroient dû lui
en donner. ]e la vis fouvent dans ces
t:ms-là aux pieds de Dieu connoitre
■vsic quelque peine tout ce qui lai
mai>
^52- Mmoîres pt)Hr fervîr
4^^4* manquoic ; maïs ayant toujours e\|
une grande confiance en fa Divine
Providence, elle difoit ce qu'elle avoic:
die fouvenc en d'autres occafions ^
^ieti m'ajjifiera , dr s*H permet ^uâ'
je fois affligée de ce terrible mai , c^m^
femhie rnt menacer , ce que je fonjfrU
rai fera fans doute pour mon falut : &^
/V/^fr^ , difoit-elle , qnii me donner afi
les forces dont f aurai h e foin 9 pour^
l'endurer avec patience. Elle ajoutoir
à ces paroles , qu'ayant vu des Gan-
*^X)eiT{e-. cctsà des Religieufcs ■^, qiû en étoienr
Ugie»fes mortes toutes pourries , elle avoir tou*-
dn Val- . 3 ,„/ ,
dt^Gjuce, jotirs eu de i norreur pour certe mala^-
die (î effroyable à fa feule imagination;;,
mais que (î Dieu permetioit qu'elle-
en fût attaquée , il falloir avoir pa--
tience , qu'il étoit le Maitre , & qu'iV
étoit jufte de le bénir en tous tems-
Ellecominuoic de mettre alors fur fonv
fein de cette ciguë , qui paroi {foit
l'empirer beaucoup. Je le dis à Val--
lot. Il me répondit froidement 5 que
s'il avoit été feul, voyant combien ce
remède lui étoit contraire , il y auroir
plus de quinze jours, qu'elle n'en met--
troit plus. Je fus furprife de voir que
de petits égards empçchoient cet'
homme-
à rHîJloire d'Arme d'Autriche. 555
iioiiiLYie de dire la vérité , & de la j^^aI
foucsnir , en lui faifanc hazarder la
vie d'une Ci grande PrincelTe , ôc (î
utile au Monde, Je courus auili - tôt
le due à la aeine - Mère , qui , fans
murmurer contre cette barbarie , me
dit feulement , mais en rougiiTant a H
faut avoir patience.
Le quinzième du mois de Décem-
bre , la Reine- Mère donna des mar-
ques publiques de cette conftance qui
devant s'augmenter à la mefure de fes>
maux devoir aufli la rendre, un admi-
rable modelle Je patience , & de pie-
té. Ce fut à Noël au Val-de-GracCs.
que fon mal fe déclara tout d'un
coup , très-grand & incurable. Elle
eut une mauvaife nuit j &: quand le
lendemain les Médecins lapenferenr ,.
ils trouvèrent fon fein en tel état,,
qu'ils en furent étonnez. Elle connue
leur furprife à- leur vifage , &: toutes
fes Femmes , qui le virent avec dou-
leur , fe mirent à pleurer ; elle feule
ne témoigna point être affligée, &
Re fit aucune plainte j mais après;
avoir laiiTé voir à l'émotion de fon
vifage 5 qu'elle n'étoit pas infenfiblej.
elle les reprit ,& lesconfola tout en-
fcinble,.
5 5" 4 Mémoires ponrfervrr
femble , en leur faifanc voir Tentier^?
foumiffion qu'elle avoit à la voloncé
de Dieu. Elle die au Roi , qui la
vint voir après Ton dîné > & à Mon-t.
fleur qui y étoit dés le matin. Qu'elle-
les prioh de ne fe point troubler de ce^
accident j qu'elle était contente de moH*^
rîr 5 que cela nalloit qu'a quelques an*-
ne'es de moins ; & qi^'elle s'eftîmoh hcH"
reufe , de ce que Dieu vodoit p^r ces*
te voye Im faire faire pénitence de fes-
péchez,. On fit auiîi - tôt une Con-
fultation des plus célèbres Médecins^
6 Chirurgiens de Paris, ils conclu-
rent tous que c'étoit un Cancer , &>
que ce mal étoit fans remède. Le»
Roi, fuivant en cela la première in-
clination de la Reine fa Mère j fit ar-
rêter qu'elle fe ferviroit de Vallot fonr
premier Médecin. Elle le trouva bon,,
quoi que ce qui paroifToit avoir fi fort'
empiré fon mal vint de ce qu'il y avoir
mis depuis quelques jours. Puis ,.
voyant que ces remèdes ne la foula*-
geoient pas , elle fe lai (Ta aller aU"
Confeil de plufieurs perfonnes , quic
lui parlèrent d'un pauvre Prêtre de
Village nommé Gendron, qui penfoiï
les Pauvres , ôc qui avoit acquis de 1*
re»'
à l'H.'flolre d'Ame d'Autriche, jjj , -
réputation à ce charitable cx-ercice, 1664,
H'''e le vir au Val-de-Grace 5 & Se-
guin Ton M'decin , qui voyoir que
Yillot jufqvi'alors n'avoic pas rcjiiîî
à la traiter , lui confeilla de fe mettre
€ntre les mains de cet Homme. La,
Reine- Mete fui vit Ton avis , même.
avec quelque efpoir de guerifon , ou
de longue vie ; car c^i Homme lui
promit qu'il endaroiroit Ton ieiii com-
UV2 une pierre 3 6c qa'enfuire elle vi»
yroit aufii Iong»temps, que ii elle n'a-
voit point eu de Cancer, Mais , Geii^..
iron ne parioit pas de bonne foi ; car
Kure que Ton remède croit nouveau
X' qu'il ne l'avoir pas allez experi-
nenté pour en répondre , une De-
noil'elleque nous connûmes bien-toc.
'.prés ,, à qui il l'avoit donné , s'en
i ou voit fort mal , ôc fan fein s'étoic.
)avcrt. Ce remède étoit chaud , 6d
)ar confequent il étoit violent. La^ '
Leine-Mere en fentit de grandes dou-
J'jrs 3 mais alors elle commença àz
^rmer en elle-même une forte refolii»
ion de s'accoutumer à ka fouffrance..
.e )oar , elle s'habilloit à fon ordinai-
c , & fe divertilToit le mieux qu'il lui
.^oit poflTible. Ses nuits étoient mau*
v-aifes t;
- 35^ ififW«/rf J pour fervïr
"èCé^* vaifcs : celles qui couchoient <îans fa
chambre difoient, qu'elle ne dormoic
guère; & tous les maux qu'elle a*eas
fe fonc fait connoitre plutôt par leur
propre grandeur que par Tes plaintes,
Elle palFa quelque tems de cette ma-
nière , non feulement fans dire ce
iqu'elle fcntoit , mais fans montrer nul
chagrin de fon mal; l'cfpoir , qu'elle
eut jufques - là de pouvoir trouver
quelque foulagement dans la Science
des hommes , rendroit fa confiance
moins admirable , fi nous n'avions vi
cette vertu fubfifter avec de cruelkî
douleurs , avec la certitude de l'aug-
mentation de fon mal . ou plutôt h
certitude de la mort : c'eft pourquo
ceux qui ont examiné les mouvement
de fon ame , dans tous les tems d(
cette effroyable maladie, les ont troa-
vcz infiniment eftimables.
La Reine- Merc me fie l'honneur d(
me dire alors ,, un jour que j'écoi;
feule avec elle dans fon Oratoire
qu'elle croioit mourir de ce mal. mais
que ce ne feroit peut - être pas fi-tôt.
Elle palla de cette forte tout l'Hiver ;
pendant lequel fon mal fut fort grand.
On le voioit dans fes yeux , & à for
M VHiftoire ^ Anne à*Aairkh€, lyj
yifagej mais, comme il écoit fupor- lé^^,
table , Ton efprit étoit foulage par les
promelfcs de Gendron , cjui la flaré-
renc de quelque prolongation de vie.
Peu à peu néanmoins Ton Cancer cm-
piroir , & commençoic à s'ouvrir , ce
qui donnoic de grandes inquiétudes à.
ceux qui s'inrerefToient à fa vie.
En ce même tems , il y eut beau-
coup d'autres perfonnes , qui fe van-
joienc d'avoir de beaux fccrets , &
'qui afluroient la Reine- Mère de la
<guérir , fielle vouloit fe mettre entre
ieurs mains. Parmi ceux là , il y a-
\oic un certain Lorrain , nomme AU
liot , qui £*étoit adrelfé à moi , qui
nous faifoit voir une Demoifelle pref-
que guérie par lui. Elle avoit écé
pire que la Reine - Mère , & le bon
[emperammenc de cette Princelfe
lous donnoit lieu d^efpercr quelle
•éfifteroit a Tes maux^^^que les reme-
ies aidés par fa force naturelle en de-
neureroienc les maîtres ; mais, malgré
outes leurs paroles , au lieu de trou»
m par leur Arc , la fanté & la vie ,
lous la voions courir à fa îiï\ , par le
;hemin d'une terrible & dure peni-
ence. Les remèdes des Hommes par
l'ordre
358 Mémoires pùurfcrvîr
j664> Tordre de Dieu furent inudles à k
guériTon de fon corps j mais par Ici
rourmens qu'ils lui firent foufFru- , ii
fervirent à sjuerir les\"naladies de for
ame. Il lui falloit devant Dieu rem
plîr le vuide de Tes vanitez payées. 1
falloit que cette ame j que Dieu def
tinoità la véritable gloire, fut purgé
des fentimcns de Torgueil humain
qui aft qunli infeparabie de la Gran
deur ôc du Fafte qni fuit la Royauté
Il falloit que la parelTe & la negli
gence , qu'elle avoit eue peut-être , d
s'acquitter de ces grands devoirs , o
fa Régence Tavoit engagée , trouva!
fcnt leurs remèdes dans les châtimen
que Dieu lui preparoît , ôcque parce:
re voie de grâce, (î oppofée à la natu
»e , elle pût ctre digne de fes mi fer:
cordes qui valent beaucoup mieux qu
la vie. La dernière imp£rfc:6lion ap
parente , que les Sages ont pu re
marquer en cette éminente Princefle
a été que portant la Mort dans fo:
fein 5 par les commcncemens de f
funefte maladie , elle foit demeuré
jufques alors un peu trop attachée
l'amour de fa Perfonne : l'habitude ;
ayoic beaucoup de part 5 6c fa ferme
té
a l'Hljlolre à* Anne à' Autriche . 35^
té , qui i'empéchoit de craindre !a i6^4t
mort, la rendant exemce d'jnquierude,
Ha faifoit agir de la même manière ,
Ique fi elle eût été en pleine fanté ;
n'oubliant rien des foins qu'elle de-
voit à fon falut. Elle en donnoic
jquelqiiesmns à fa propreté & à fon
ajuftement \ étant perfuadée que fa
qualité de Reine , qui Pexpofoic au
i^ublic 5 l'y obligeoit. Elle n'en avoit
néanmoins aiicun qui pût choquer la
bienféance j fi bien , qu'au lieu de la
blâmer , on pourroic mettre au rang
des vertus morales , cette intrépidité,
qui la rendoit en tout tems égale à
elle - même. Mais 3 comme je ne vou-
drois pas que le refpeâ: particulier,
que je conferve pour fa mémoire , mv2
pût faire juger de fes fentimens peut-
être trop avantageufement , & que ce
ique j'écris cft un fimple Récit de la
V'éritéjfans laquelle l'Hiftoire devien-
Iroit une Fable ridicule ; j'avoue , que
parlant félon les préceptes de Saine
Paul , il auroit été à fouhairer , pour
['édification du Public , que cette
grande Reine , par un détachement
c plus précis de ces Bagatelles , eût plus
fait voir en fon extérieur » que Dieu.
feul
ji5o Mémoires pour feYVtr
i^^4. feul regnoic en elle. D'an autre cô-
té , félon ce même Apôtre , toutes
cliofes fe tournent en bien à ceux qui
aiment Dieu , & nous avons vu clai-
rement , que le fouvenir de cette foi»
bleiïc , qui alors étoit entièrement in-
nocente , a produit en elle la force
de vouloir fouffrir : la connoifTancc
fmcere qu'elle a eue de fon néant a
fait fon élévation -, & le repentir ,
qu'elle a eu de l'cftime qu*elle avoic
fait , dans fa jeuneife , des beaurez de
fon corps , a été caufe de la faintcté
de fa Morr.
iC^S* Pendant que la Reine-Mere fouf-
♦ Prin- ^^^^^ > ^ ^"^ ^^ ^^^ s'oCCUpoit à ki
temps. Affaires & à fes Plaifirs , l'infidélité
de (zs Amis lui fit connoitre l'inno-
cence de ceux qu'il avoit rejette*. S'il
n'écoit pas en état de s'en vouloir re-
pentir , dn moins il a du voir par fa
raifon , que rien n'cft plus incertain
que les jugemens des Hommes. Pour
cclaircir ce que je veux dire, il faut
retourner à l'Année i66i , où Ma-
dame ayant enfin lailTé voir qu'elle
ne haifîoit pas le Comte de Guiche,
eut à fouffrir ce que la Reine -MerC
& la Reine d'Angleterre fa Mère ,
Yoa-
^ l' H/Poire d'Amie d^ Autriche, ^éi
voulurcnc faire contre elle. Moncalais l66^i
c-ne de Tes Filles d'Honneur , fut
chalTée, pour avoir été la Dépolîcai-
re de fc$ fecrets ; ôc le Roi , poar le
repos de Monficur , exila tout de
nouveau le Coupable , & l'envoya
en Pologne. Monfieur, par des fen-
timens qui paroilToient incompatibles
aimoit toute la Famille de Grammont,
& le même Comte de Guiche avoic
été fon Favori jufques à cet inftanc
qu'il fut chalfé en i66i. Malgré cette
.première Avanture , Monûeur con-
ientoit que la Princcfle de Monaco ,
j-evenuc de l'Exil où j'ai dit ailleurs
que la Reine-Mere l'avoit envoyée ,
quoi que Sœur de celui qu'il ne pou-
voir plus aimer , fut la Confidente
déclarée de Madame. Il avoir fait ,
comme je l'ai encore écrit , Madame
de Saint Chaumont , Sœur du Maré-
chal de Grammont , Gouvernante de
Tes Enfans ; & le Chevalier de Gram-
oiont , leur Frcre , étoit bien craitc
par lui. Milord Montaigu , pour plai-
re k Madame , & à toute la Fa-
mille de Grammont , qui dominoit
ians cette Cour , quelque tems après
l'éclat qui avoit été fait contre Mada-
me
3 62. Mémoires pour fervir
i66^, me , preflTa la Rcine-Mere , de confei^
tir au retour de l'infortujié Comte de
Guichc , qui , tout environné de la
faulfe Gloire du Monde , sVftimoîi
fans doute trop heureux de foufFrir
pour une Cl belle Caufe.
La Rcine-Mere , en cela fans doute
trop facile à perfuader, avoit confenti
à ce retour^ mais à condition que le
Criminel ne fe trouvcroit jamais dan5
les lieux où feroit Madamc.Le Comte
^ de Guiche revint donc en France , ô^
dire \u alla trouver le Roi à Mavfal''^ , qui le
Siège de rcçut favovablement ; & Monfieur k
uîu Fille. ^ . 1 j • > n. V j •
traita comme il devoïc , c elt-a-dirc
avec quelque froideur. Le Comte
de Guiclie à Ton retour montra vou.
loir obferver les ordres qu'il avoit ce
eus , avec une grande exaditude
Monfieur crut être obéi -, ôc la facilict
qu'il eue à fe le perfuader venoit fan
doute de la bonne opinion qu'il avoi
eue de Madame , qui , d'abord qu
Montalais fut éloignée par un avei
de tout le pafTé , qui n'étoit poin
criminel , ôc qui avoit paru fincere l
Monfieur , avoit effacé dans fon cceii:
&c dans fon efprit une partie de fe.
foupçons. Il fe confoloit de fescha
grin
a VWftolre d'Anne â* Autriche, 3(^3
|;gn*ns i^vec la Reine fa Meie , comme lééj,
' avec fa meilleure Amie , ^ agilToic
foiivencpar fes Confcils. Cette Prin-
I celle, qui , condamnoit la conduite
' aparente de Madame , la croyoit en
effet pleine d'Innocence j & , voulant
la corriger de ks fautes , elle travail-
loit de tout Ton pouvoir à leur bon*
heur commun j mais , elle ne put y
réulîîr.
Madame , à ce retour du Comte
de Guiche , ne manqua pas de Con-
jlîdens , pour avoir de [qs Nouvelles j
te: cette Hiftoire eut de grandes fui-
tes. J'en ignore le détail , ^ je n'en
/fçai que quelques endroits. Ce qui
parut au Public , fur que Vardes 5 qui
avoir une Ambition d-éréglée s & qui
iîaturellement écoit arcihcieux &
yain 3 étant rempli d'un ardent defir
lî'étrebien auprès du Roi , avoir con-
ieillé à Madame la Comceîîé de Soi<^
bns , qui étoit accufée de ne le pas
laïr , toutes les mauvaifes voies donc
îlle s'étoic fervie , pour conferver fa.
aveur , S<. dont j'ai parlé iur le cha-
)itre de Mlle, de la Motte- HoiKlan«
;our. Vardes avoic été Ami du
TQ7m V^ Q^ Gomtç
3 64 Mémoires pour fervlr
léCK. Comte de Guîche , & parlaCom-
tede de SoifTons il étoic entré dans la
Confidence de Madame. L'Hiftoirc
à\i qu'en l'abfence de TExile , &
njéine depuis Ton retour , fous le nom
d'Ami , il le voulut perdre auprès de
cette jeune Princefle , & qu'aiant fait
dedein de la tenir attachée a lui par
la crainte des maux qu'il pourroit lui
faire , il lui confeilla de retirer fes
Lettres , 6c celles du Comte de Gui-
che , des mains de Montalais , qui
les avoir , & qui malgré fa Difgracc
avoit eu l'adrclTe de les fauver , & de
les emporter avec elle. Je fçai avec
certitude jque Madame jneconnoif.
faut point la malice de ce Confeil , }
confentir ,* &: qu^elle lui donna ur
Billet pour les demander à celle qu
les avoit : que quand il s'en vit 1<
pcffelfeur , il cut^ la perfidie de le
garder malgré Madame , qui fit tou
ce qu'elle put pour l'obliger à les k
rendre j & , que cette Princefie , ou
trée de fa trahifon , en voulut d
^r\û y non feulement à lui , mais auf
à la Comteflie de Soi/Ions , qu'ell
Coupçonna d'être de concert avec li
pot
}i VHîftoiYe d*An?ie d*Atiîriche^ 3 6^
t^our lui Faire cet outrage. Oïï a dit ^é^f,
oque Vardes , aiant été infîdelle à fa
première Amie , & à Ton Ami , avoîc
voulu joindre T Amour à l'Ambi-
tion 5 6c que Tes Sentimens , & ks
. Artifices pour triompher du cœur de
Madame , agifToient pour une mê-
me fin. Je n'en fçai rien ; je n*ai
; pas eu de commerce avec lui ; & je
:tic puis faire une jufte defcriptîon de
, la duplicité de fon Ame : mais , ii
jcft certain qu'un mélange de tant de
jPafîions devoit produire beaucoup àc
mauvaifes chofcs ; & , c'eft ce qui
arriva en effcto Les Dames fe brouil-
lèrent : le Comte de Guiche & Var-
éçs devinrent p^ivaux & Ennem.is ;
& j cette divifion fit naicre la Jalou-
fie & la Haine contre cqs quatre Per-
fonnes. La ComtelTe de Solfions ,
qui prétendoît avoir fujet de fe plain-
dre de Madame , la menaça de dire
au iLoi tout ce qu'elle difoit avoir
cté fait par elle &c par le Comte de
'Guiche contre lui ; mais Madame ,
craignant l'effet de Tes menaces , fut
comme forcée de la prévenir , & d'a-«
voiier tout le paffé au iloî. Dans
Q. 2, cet
3 è 6 Mémoires pour fe rv W
M'r^j. cec aveu , il apric que la Lettre écri-
te à la Reine fous le nom de la Rei-
ne d'Efpagne , & donnée à la Molina
en 1661 , étoîtde l'invention de Var-
des , & écrite de la main du Comte
de Guiche avant Ton Exil j & , la
Converfation , que la Comteiîe de
Soidons avoit eue avec la Reine dans
le Couvent des Carmélites de la Rue
^u Bouloy 5 n'y fut pas oubliée. La
Comtefîe de Soiffons 3 de Ton côté ,
pour fe juftifier au Roi y lui apric
auJÛî 3 que le Comte de Guiche , ou-
tre cette Lettre que Madame avoic
avouée 5 en avoit écrit d'autres à Ma»
dame , où il le traitoit de fanfaron ,
parloit de lui d'une manière qui ne
lui pouvoir pas plaire , & faifoit ce
qu'il pouvoit pour obliger cette Prin-
cefTe à confeiller au Roi d'Angleterre
fon Frcre de ne point vendre Dun-
querque au Roi.
- Toutes ces chofes furent ample-
ment éclaircies par ce grand Prince
Il en voulut même des Déclaration
par. écrit , de la propre main à\
Comte de Guiche qui en dénia un
partie , ôc avolia la Lettre écrite pa
Vai
a l'Hlfioke à* Anne d'Autriche, 5^7
Vardes , & miTe en Efpagnol par lui , j_^^j,
à dciïèin d'animer les Reines à haïr
la Vâllîere.
Lorfque toutes ces Intrigues fu-
rent publiques j un jour que la Rei-
ne - Mère fe trouvoit plus mal qu'à
l'ordinaire , nous vimes le Roi faire
une longue Converfation avec elle •
puis prendre Madame ^ & s'enfermçr
avec elle par plufîeurs reprifes, La
1 ComtefTe de Soiiïons eut au (Il de
j grandes Conférences avec lui : mais,
J elle ne voulut jamais lai avouer
/» avoir eu aucune par: à la Lettre écri-
;| te à la Reine en \66i ; quoique ,
i\ félon toutes les apparences , ce devoir
^-•j être elle qui avoir ramalié dans la
Chambre de la Reine le defTus de \x
Lettre écrite de la main de la Reinç
d'Efpagne , qui avoit fei vi d'envelg-
pe à ce Paquet. Je ne fçai pas quel-
les furent fcs juftifications 6c Tes ex-
cufes ; mais , voici ce qu'ion en dî-
foit. Elle avoit montre de fentir de
la peine du Traité que le Roi avoir
fait en l'année i66i. avec le Duc de
Lorraine , par lequel ce Prince dé-
.riipouillé lui cédoit après fa mort la
Q 5 pi<>-
3. 6 8 jMemoh'cs pour fervW
Xoos^ propriété àt% Duchez de Lorraine (S^
de Bar , & lui donnoit Marfal de fort
vivant , à condition que tous le^.
Princes de fa Mai Ton feroient appeU
lez à la Sacceûion de la Couronne ^
après la Maifon de Bourbon. Il e^
donc à croire que cette PrincefTe , ca-
chant fesSentimens intérieurs , colora
toutes fes Intrigues fur la douleur
qu'elle avoit de voir le Comte de
SoilTons Ton Mari , £ grand par fa
NailTance , & par le Sang de Fran-
ce mêlé au lien , fût obligé de céder
aux Princes de la Maifon de Lorrai-
ne.
Le Roi demanda à la Reine , la
vérité de la converfation que cette
PrincefTe avoir eue avec elle , aux
petites Carmélites, Elle ne lui en
à\i que les moindres chofes : car , a-
lors , la Comtefle de Soiflbns étant
brouillée avec Madame j qu'elle ne
croioit pas fon Amie , elle com-
mença à ne plus haïr cette PrincelTe j
& , par un fentiment de fidélité , elle
jae voulut pas là perdre. Mais , la
bonté de la Reine n'empêcha pas fa
Difgrace, Vardes , qui depuis peu
ctoit déjà exilé , pour avoir dit dans
le
Mars.
LeTelli
k l'Hlfioire à* Anne à* Autriche, ^6^
le commencement de leur brouilierie i6<?y.
& avant leur éclat , quelques paroles ,
contre le refpedi: qu'il de voit à Mada-
me , fut envoie en Prifon dans la Ci-
i tadelle de Montpellier ; & le trentiè-
me Mars 1665 ^le Comte & la Com-
telTe de SoîiTons partirent de la Cour^
avec un ordre fecrec de fe recirer à
l'une de leurs Maifons^
Ce même jour trente Mars , u 50;
ijuclqu'un bien înftruit de l'Affaire
j dont je viens de parler , me rencon-
' trant chez la Reine - Mère , me die
tout bas 5 que perfonne à la Cour ne
; g'îgnoic tant que moi à cette journéej
' 6c m'aprit , qu'encore que le Roi
fut demeuré indécis fur les foubcons
qu'il avoir eus de moi touchant la
Lettre écrite contre lai , ôc donnée
à la Molina , ce doute jufqu'alors ,
l'avoit déterminé à ne me vouloir
pas de bien. J'étois fort incapable
de manquer au refpedt & à la fidéli-
té que je lui dcvois : mais , j'en étois
encore éloignée par mes propres fen-
timens ; car , grâces au Ciel , je n'en-
tre que le moins que je puis dans les
pa filons de mes Amis , <?c je ne ferois
nullement capable de me laiiTcr perfua-
0^4 der
3 7<5 Mémoires pour fervlr
1665. der par eux fur ce qui me paroîtrofc
contre la raifon ou mon devoir. La
Ducheflc de Navailîes , de plus , étoic
aufïï incapable de me prier de l'écri-
re , que raoi de lui complaire ; car ,
fouvent nous en avions parlé enfem-
ble , & n'en connoiffanc point les
Auteurs 3 elle nous avoit toujours
paru une pauvre invention. QiTand
je fçus enfin de qui elle venoit , je
m'en étonnai encore davantage , par-
ce que le Comte de Guiche avoit
beaucoup d'cfpric , & Vardes auflî.;
Biais , ils eurent peut-être des railom
pour le faire , que je n'ai point içncs.
qu'ils démêleront eux-mêmes , s'ili
veulent quelque jour s'en judifier en-
vers le Public»
Il faut achever la de/linée du Com
te de Gaiche , le Héros de ce peti
morceau d'Hiftoire. Il fut donc exi
lé pour la troisième fois , & s'en aL
la en Hollande finir les Avantures dt
Roman. La Paffion qu'il a eue pow
Madame , lui avoit attiré de grand*
malheurs ; mais , la vanité , dont i
ne paroiiïbit que trop fufceptible , lu
en avoit fans doute ôté toute l'A
merturae. Il avoic époufé la Fill
d»
a rnifiorre d^Arme d'Autriche, 5 7 i
duDacdc Sulli , petite Fille par fa j^/c^-
Mère du Chancelier de France * 5 bien v^,^ , .,^
faite , fage , & riche ; mais j jufqu'a-
lors elle avoit cré marie'e fans l'ê-
tre 5 ^ fans avoir en lui un Maii ,
qui auroic pu trouver beaucoup de
douceur avec elle , & profiter àcs
grands EtablilTemens de fa Maifon
qui le regardoienr. Mais , il aima
mieux nne Difgracc éclatante , qu^'u-
ne vie ordinaire avec Tabondance de
tontes chofcs. Il eft jufte que le
dérèglement de l'Erprit de l'homme
porte en foi Ton ehatimenr. L'Au-
reur de toutes ces Intrigues étant
éloigné fans efperance de retour ,
Madame parut vouloir changer de
Conduite : elle vécut mieux avec la
Reine fa Belle. Mère , Ôc fembloit ne
penfer à fe divertir , que pour parta-
ger avec le Roi les honnêtes Plaifirs
de la Cour qui pafTcnt pour nécefifai-
res y ôc à vouloir plaire à tous gii gé-
néral. Comme elle avoit beaucoup
d'agrément dans l'ETprit , 6c de la lu-
mière j ôc qu'elle parîoic raifônnable-
ment fur toutes choies j ceux qui a-
voient rhonr.cur de l'approcher cru-
Kent alors qu'il y ayoit eu déjà des mo"
i}^ j mens
3 7 i JHemoîres pourfervîr
i66^, mens où par fa propre expérience etîe
avoit prefque compris , cjue les char-
mes de la vie , qu'elle cherchoic avec
tant d'empredcmcnt , ne font pas ca«
pables de fatirfaire entièrement le
cœur humain ; mais , elle n'ctoit pas
encore en état deconnoitre tout-à-faic
cette vérité : elle ne la voioit que de Ci
loin 5 & au travers de tant de nuages,
qu'il étoit impoiîîble qu'elle en pût
être entièrement touchée.
Le Printems ayant fait naître en
l'efprit du Roi le defir d'aller à Saint
Germain , beaucoup de pcrfonnes
çonfeillerent la Reine - Mère de n'y
pas aller ; mais , elle le voulut fuivre^
difant que û elle avoit à mourir ^ elle
aimoit autant que ce fût en ce lieu
là , qu'à Paris : Ôc toute la Cour par-
tit le vingtième Avril. Le Roi pro-
pofa à la Reine fa Mère de faire ce
Voîage par batteau ; mais , elle vou-
lut aller en Chaife , afin de palier par
Sainte Marie de Chaliot, pour, difoit-
elle , ^f/V encore tm^ fols cd pauvre
Çeuvem, J'ofe dire que ma Sœur ,
Religieufe en cette Mai/bn, eut beau-
coup de part à cette Vi/îte ; car , el-
k l'eftimoit : 6c la Mère de la Fa-
^ette
k l'Hlflolre à' Anne à^ Autriche^ 575
yctte étanc morte , il n'y avoir plus i^éj.
qu'elle pour qui elle eût de la con(i-
dération ,* mais , par cette même rai-
fon j'en aurai toute ma vie un regrec
fenfible , car il parut que l'agiraiioa
du chemin lui avoit fait beaucoup de
mal. Elle y dina , & nous dît qu'el-
le fenroic plus de douleur à Ton fein ,
qu'à {on ordinaire \ mais , elle n'en
parut pas moins tranquille : au con-
traire , elle témoigna de la joye , de
fe revoir en ce lieu , qu'elle avolc
toujours honoré de fa Roiale Protec-
tion. Au fortir de Challiot , elle fe
iervitde la même voie , pour allej
coucher à Saint Clou , chez Mon-
ileur , où elle crut fe divertir , ôc y
pouvoir jouir de la bonté de l'air ,:
mais , fa nuit fut inauvaife , fes dou*
leurs furent cxceflîves ôc vioIente^<j
6c de cette funcfte nuit , elle entra
dans les grandes fouffrances , donc
elle n'a pu être guérie , que par la
morr. Je m'en retournai de Chal-
liot coucher à Paris , Ôc le lendemain
Mon/îeur nous fît la faveur à Madame
de Brienne & à moi j de nous envoier
fa Berge à Paris , pour aller par eau
Q^ 6 voir
174 Mémoires pour fervîr
voir chez lui , la Reine fa Mere^
Nous y allâmes avec la joie de;, pen-»
fer que nous la trouverions peut-être
mieux , &c que le plai(îr de Te voie.
en ce lieu , qu'elle trouvoit beau , lui
anroît fait du bien ; mais > nous fu-
mes furprifes j & fort affligées , de la
trouver Ç\ mal. Nous y palTames toiuc
la journée , & Madame de Brienne-
& mci fumes toujours auprès d'elle.
Elle fommeilla un peu , & nous con-
nûmes en la voiant ce qu'elle fouf-
fcoir. Le lendemain elle ic mît danS;
cette même Berge de Monfieur , &;
alla de cette forte trouver le Roi à Sr,.
Germain.
Le vingt- reptiéme Mai , un J^udi
au mathi , la Reine - Mère eut un
grand friffon , qu'elle fentic étant à<
la MflTe. Elle n*en voulut rien dire ,.
de peur de troubler une partie de
Divertiiïement , ou dévoient allçr la^
■Reine (Se Madame , ^ n'en parla.,
qu'après que cts PrincefTes furent
parties: puijs ^ elle avoiia à ceux qui
rrouverenr qu'elle avoir mauvais vî-
fage y qu'il étoit vrai qu'elle croioit
avoir k ficvrc , & qu'elle- fe.utoit un
grandi
a l'Hlflolre à' Anne d'Autriche, 3 7/
grand froid. Elle fe coucha , & ce i^r,
fi ifTon lui dura fix heures. Il fut
fiiivi d'une violente chaleur , & en-
fuice il parut une éréfîpelle , qui lui
couvroic le bras & l'épaule du côté
de Ton Cancer. A cette nouvelle >
je fus à Saint Germain ; car , je n'y
demeurois pas alors adtuellemenc. Js
trouvai la Reine - Mère avec une fiè-
vre bien forte , & Vallot avoir ài%
ce même matin au Roi j qu'il la fU-
loit faire confelfer. En entrant dans fa
Chambre ^ il me parut que ceux qui
étoient auprès d'elle étoîent fort at^
fiigez. Moniîear , me voiant , me fit
l'honneur de me dire , aiant les yeux
pleins de larmes , ce que le premier
Médecin venoic de dire au Roi , &
qu'on parloic de Teftament y de ds
Mort. Je m'approchai du Lit de
cette vertueufe Reine. Aufîi - tôt
qu'elle me vit ^ elle me fit l'honneus
de me parler 3 & me demanda à quel-
le heure j'ctois partie de Paris , com-
ment , de quand j'avoîs fçu Ion mal ^
de me parut dans la mcrae aHîette
d'efprit où elle avoit accoutumé d é-
cre 3 c'eft- à-dire tranauille , ferme ,
de
576 Mémoires pour fervlr
lééj. 6c fans nulle agitation qui pût mar*
quer qu'elle eue aucun trouble dans-
l'ame. Dans ce même moment ,
l'Abbé de Monraigu s'approcha d'eU
le , pour lui parler de Confedionôc,
de Teftamenc y ce que je lui vis rece-
voir fans rien perdre de ce repos doi^c
ie viens de parler. J'entendis qu'elle,;,
lui dir , Vous me faites pUlJîr : ce font'
la les plus folides & les plus véritable f
marques de V Amitié, Enfuite de cette
Harangue , elle parla àTubeuf, ua^
de {q^ principaux Olïiciers : elle l'en-
tretint de Tes Affaires , mais d'une
manière fi repofée , 5c dans une pai)^
d'efpric /i profonde , qu'il eft impof*'
fîble 6,*ç\\ pouvoir exprimer toute Ifi
beauté. Elle parla encore à d'autrefc.
de Tes Officiers , puis conclut avec?
Tubeuf feul ce qu'elle vouloir fairCv
Elle lui propofa d'écrire un Mémoire:
de toutes Tes volontez , & le rapelM.
par plusieurs fois pour lui dire ie»
cliofes dont elle fe fouvenoir. U
y eut quelque difficulté fur fcs PîerrCf
ïies , qu'elle avoit témoigné , il )t
avoir lou^^ - rems , vouloir donner ^ 1
Mon (leur , pour Madcmoifelle , aianfe ■
a l*Hlfiôlre à* Anne à* Autriche, 3 77
fouvcnc die qu'elle defiioit Jes donner \(^(,^\
à fa Petite-Fille , qui étoit pauvre ,
& que les Enfans du Roi auroienc
alTez de bien , fans le fien. Le Roi
monrra qu'il n'en étoic pas content r
il vouloit les grollès Perles de la Rei-
ne fa Mère , pour aug^menter les
Pierreries de la Couronne j car , en
effet 3 il ïï*j en avoit pas allez de
fort belles , & il trouva à propos
j qu'elles demeuradcnt à la Tige Ko-
i y aie. La Reine , fans (e foucier peut-
jêtre beaucoup des Diamans ni des
.Perles , par quelque efpece de Jaloii-
' fie contre Monfîeur & Madame , de-
fira aulli d'en avoir fa part 5 & me
commanda même d'en parler à la
Reine fa Mère j mais , je jugeai qu'il
ne le falloir pas faire. Je pris la li-
berté de lui confeiller de lailîer agir
le Roi, qui avoit un jufte Droit de
les demander ;. & je tachai d'étouffer
' en elle ce petit fentiment , qui fans
doute aaroit fai,t de la. peine à la
Reine fa Mère. Je vis qu'elle ne le
trouva pas boi \ car , tous les Grands
veulent être obéis. Elle s'imagina
que c'étoit pour fervîr Moniieur 5 «5c
ce P.î'-»ce , qui n'en fcut rkn , ne
rr'cii
5 7 s Memoifes pspir firvlr
x66j. m'en recompenfa pas. Voilà, ce qui
arrive pour l'ordinaire : en faifanc
bien à l'égard des Grands y on perd
toujours , Se on ne gagne rien que
l'inquiccude d'avoir dépiû. Toutes
ces choies s'accommoderenr , fans
qu'il parût aucune alreracion dans la
Famille Roiale. Il fut conclu que
le Tellier drefTeroic le Tefiamenu ^ &
par l'équité dia Roi > qui paia les
Perles qu'il prie , Monfîeur fut con-
tent. Mais y le Roi & lui étoîent
plus touchez de l'état où étoit la
Reine leur Merc , que du ddir de
pOiTeder les Biens qu*elleleur laiffoir.
Ils avoient une véritable intention de
s'aimer , <S^ de conferver l'union qui
jufqu'alors avoit toujours été entre
eux , & l'intérêt ne les pouvoit dci-
unir. Je crois même que les plus
grands , ÔC ceux qui ont jufqu'ici
caufé tant de Troubles Se de Guerres
entre des Frères de Sang Roîal , ne le
pourront jamais faire.
La Reine - Mère , après avoir fait
h Projet de (on Tcftament s demeu-
ra dans un grand repos. La Reine
s'étant approchée d'elle , cette illuf-
?a:e Mère lui dit devant moi en Efpa-
gnol
I k l'Hiftolre d'Anne d'^JÏutrkhe, 5 75?
giiol de mander à Ton Conf-eireur de i^J»
jla venir trouver far le foir. Elle n'a-
ivoitpoinc de ConfeiTear , aiant éloi-
gné le (îen pour de bonnes raifons.
,Elle fe fervoic alors de celai de la Rei-
;ne , qui étoic Efpagnol , bon Re-
ligieux , & bon Homme , mais fim-
ple ; &L peut ' erre qu'il Pétoi: trop
pour confe(ïir à la mort une neîne qui
ayoic été Régente. Je crois qu^eile
s'étoir déjà préparée à ce dernier paf-
fage , par beaucoup d'autres Confc-C-
fions , & je m'imagine que c^s lon-
gues retraites du Val de Grâce avoîent
été employées à ce faint exercice 3
mais je n'en fcai rien de particulier &
fouhaite feulement que ce foit la vé-
rité , ô: qu'elle en aie reçu le profic
dans le Ciel.
Après que la Reine- Mère eut don-
né ordre à Tes Affaires , elle appclla
le Roi , ^ fit forîir tout le monde
de fa Cham.bre , dont la norte de-
meura ouverte. Il fut plus d'une de-
mie heure avec elle v oais nous vi-
mes qu'il la quitta , & alla fe jetter
à l'autre côté de la ruelle de fon Lie
fur des (îeees , où il nleura fort ame-
îous fçumes depuis , qu'é-
tant
j
2 8 o Mémoires ponr fervir
l^éj, tant auprès d'elle ^ comme il jettoi
beaucoup de larmes , cette vertueuft
Mère lui avoir dit de fe retirer , par^
ce qu'il l'attendrirolr , s'il continuoi
à lui montrer tant de douleur ,* & le
Roi même avoic cté contraint de le
faire , parceque Tes fanglots l étouf.
foient. Dans ce même înftant , le
Roi pleurant encore en la même
poilure -que je viens dédire , nouî
nous approchâmes de cette Princeire,
Nous la trouvâmes j Milord Montai-
gu & moi j fans émotion extérieure ;
fans larmes y & fans paroitre abatue
de l'état où elle étoit ^ &c de celui oi
elle venoit de mettre le F^oi Ton Fils j
mais y elle étoit gravement occupée
des fentimens du Roi , plus fans dou-
te par tejKireire pour lui , que par k
retour que naturellement elle devoiî
faire fur elle même. En nous voiant 3
elle ne nous vit point , & demeura
dans un filence qui nous fit juger
qu'elle étoit remplie de beaucoup de
grandes chofes. Nous nous retirâ-
mes 5 &c n'ofamcs par refpeâ: lui par-
ler. La Reine , que la Reine fa Mè-
re n'avoit pas fans doute oubliée
dans la converfation , qu'elle vcnoic
d'à-
d l'Hîfio'ire d'Anne d'Autriche, 3 S i
4'avoiravec le Roi , s'écanc aprochée 10^5,
d'elle , elle ne lui dit rien de rendre ;
mais , elle la pria feulen^enc de s'aller
habiller. Après que ces Penonnes
Roiales eurent un peu eflaié leurs
larmes , le Roi revint au forcir de
fon diné voir la Reine fa Mère , que
les Médecins trouvèrent un peu
mieux. Le Roi ^ après avoir été
quelque tems auprès d'elle Te leva , &
prit Milord Montaigu , pour lui par-
ler de la Reine fa Mère , ce qu'il fît
en pleurant toujours.. Cette Prin-
ccfTe > ne le voiant plus , demanda où
il étoit , & connoiilant qu'il étoic
iproche de Ton Lit , elle lui dit tout
haut ^aJ^onFlb ,je vous prie > alie^
un peu k la Chajfe y oit du moins vous
proîiuner & pre?iârc l'air : fai peur que
vous n'aies mal k la tête. Et vous j>
7na Fille , parlant à la Reine qui étoit
auprès d'elle , allez auffi un pen vous
'divertir, QLielques heures après , la
ILcine «Se Madame , étant toutes deux
leules à la ruelle de Ton Lit 5 elle me
fit rhonneur de me dire , <iJ^e de
tJ^onteville, mette':^vous la , & caufez
Avec la Rànc , CT ma Fille , pour les
3 ^ ^ -^^moires -pour fervlr
ï66j, divertir. Il falut le faire , afin de h.
oter l'inquiécude (]^u'elle avoir , que
ces Princefïes ne s'ennuiaflent j pa-
roîfTanc n'en avoir point d'autre jquc
celle-là.
Le foir de ce même jour , elle k
confefia , puis Ton redoublement 1:
prit a que les Médecins trouveren
moindre. Cet arnandement remît h
joie dans la Famille Koyale , di dan
les cœurs de tous ceux qui avoien
rhonneur de Tapprocher. Le lende^
main fc trouvant mieux elle dit i
Tubeuf , Sur - Intendant de fa Mai
fon y qu'elle voioit bien que le ma
ne la prefToit pas , & qu'il pouvoî
s'en retourner à Paris ^ que fî la fiévr;
redoubloiî , elle le renvoîeroit quérir
& que cependant il fit drefifer foi
Teftament , conjoitement avec le Tel
lier.
Le Dimanche , jour de la fainti
Trinité , la Reine-Mere fut aiïez bier
de fa fièvre , qui depuis ce granc
friîTon avoit été toujours continue
avec des redoublemens. Elle ne fui
pas fi violente , & la converfation fc
fit à la ruelle de fon Lit; a(îez agréa-
ble^
à l'Hifiofre à* Anne à* Autriche, 385
blemenr. Elle nous commanda elle i^^J*
nicme , de faire par notre enrreti-eji
lin petit murmure j qui malgré Tes
douleurs pût l'afToupir pour quelques
fnomens. Je dis nour quelques mo-
yens \ car , en l'ctat où eUeetoit ,
buoiqu'elle n'en fît aucune plainte ,
Jl lui étoit .impolTible de repofer. El-
j|e avoir à fouffrir l'ardeur de la
Sevré , & de l'ëreiîpelle , xjui lui
îouvroit quafi la moitié du corps.
)on bras du côté de fon Cancer étoic
|>gros , &: il enflé 3 qu'il avoit falla
!e marin couper les manches de fa
;hemire , pour la lui ôter. Elle a-
,'oit à foulîiir les douleurs de fon
i^ancer , qui étoic le pire de Tes
"uaux : elle avoit à foutcnir \z% ap-
proches delà mort , qu'elle voioic"
/enir à grands pas vers elle ; mais
;nfîn fa conftance étoît encore plus
Grande que fes maladies , & par cec-
e vertu , ou plutôt par la grâce que
^ieu lui faifoic , elle auroit pu dire
îvec Seneque , mais d'une manière
3ien plus admirable , puis qu'elle au-
Loit parlé en Chrétienne , tievre ,
Cancer , Erejipelle , Doulettrs vous ne
me fmes point ds md j car rkn de ce
que
384 ^'femoîres pour fervîr,
l66ç, <^ne Dieu ordonne ne fe peut appelkr m !
wal, Monfîeur , quali toujours oc-
cupé de la douleur que fouâTroic la
iLcine fa Mère , lui die ce même!
jour, en lui faifknt quelque queftion|
fur Tes maux , qu'il auroir fouhaitc
d'en avoir la moitié. Elle lui ré-
pondit là defTus d'un ton ferme , 01
la force de Tefprit , & la pieté de l'â-
me j paroiifoient étroitement unie!
cnfemble , Mon Fds , cela ne fer ou
pas jufie : Dieu vent que je'falfepéni
tence. Il faut prefentemem que je fa'
tîsfajfe a ce qu'il ordonne : c'efl a moi i
foHJfrîr , & non pas a vous j & , con^
tinuant d'écouter notre converfatîon
comme nous vinmes par hazard ;
parler de certains Mémoires • qui a
voient été faits fur le iLegne du fci
îLoi , où elle avoît une grande part
voulant fe mêler à nos Difcours , el
le nous difoic quelquefois cela ef
vrai , ou cela ne l'eft pas , y ajoutan
les chofes qu'elle croîoît que TAuteu:
n'avoit pas fçues 5 oa n'avoit pasvou
kl dire.
Le foir du Dimancîie de la Trinî
té le redoublement de la fièvre de \i
E,eine.Merc fuc grand, & fie chan
j a VHlflolre d'Anne a Autriche, 385"
ger cette petite tranquillité en de i6^^o
nouvelles allarmcs. Je devoisce jour-
à m*cn retourner à Paris ,* mais ,
:omme je vis que cette fîevre pre-
îoît a âprement , j'en appréhendai
es fuîtes & demeurai prefque toute
|a nuit auprès d'elle. Elle fut fore
Malade , elle eut deux redoublemens 9
5c le matin fon vifage me parut en-
rôle fort enflammé. Monficur y vint ,
k s'afîîc au chevet de fon lit , n'y a-
/ant dans la ruelle que Milord de
Montaigu & moi. Ce Prince , qui
"nêloîc dans fa vie quelques petites
•ipparences de Dévotion , parla de
Dieu à la Reine fa Mère comme xxn
Hfomme qui auroit été confommé
lans une vie d'oraifon & de péni-
tence , & nous admirâmes qu'à fon
ige il pût fi bien parler d'une chofe
1 excellente 3 & qu'il ne connoiffuic
Joint encore , par une pratique veri-
able &: folide.
Après cette converfation de Mon-
îeur avec la Reine fa Mère , cette
^rincede voulut entendre la MefTe ,
3uis on la (tlgnsi. pour la féconde fois.
Elle fat mal tout le jour, 6<:IesMé-
icciiis paroiffoient confondus j mais ,
fur
5 8 6 Mémoires pour fervlr
i66^, fur le foir , elle le porta mieux , & je
m'en revins à Paris. On nous man-
da le lendemain , que Ton amande-
ment conrinuoir , 6c même elle fut
quelque tems que Ton Cancer lui fai-
foic moins de mal ^ parce que l'éré-
iipelle qui avoic beaucoup purgé a-
voit foulage cette partie.
Dans les voiages que je fis cnfuite
à Saint Germain, je trouvai la Reine-
Mère fort abbatue. Il fembloit qu'el-
le commençoit j par fon indifférences
ne feplus ccmpterau nombre de ceux
qui vivent. Un jour que nous avions
rhonneur d'etie auprès d'elle , la
Comtelfe de Flex 6c moi , nous lui
dim.es que nous avions une grande joie
de la voir en meilleur ctar. Elle nous
répondit froidement , Pourquoi vous
entres e^ui yn* aimez > fouhake'^vom
^He je vive ? A^^ Voyez '^'ous -pas que ma
vie ne fçauroit plus être qu'une feuffrari'-
ce continuelle ? Je lui répondis par un
tranfport de confolatîon , & de dou-
leur tout enfemble 5 qui me firent
jetter des larmes , Hehlen , Madame^
vous vivrez pour fouffnr , pour glort'
f^ér Dieu dans vos foujfrances , pour
i^ulager les 'TmvYes , & four mus fé*
re
a l*HiJïo!re à* Anne â*Amrîc%e. 597
n phlfir à tofis. Elle ne me répondit l^^y«
point i mais elle leva les yeux an
: Ciel 5 ôc joignant les mains elle fuc
i quelque teiTls comme occupe'e en Dieu,
à s'offrir à lui fans doute , pour vivre
félon fa fiinte volonté.
La veille de Saine Jean, étant allée
à Saint Germain , je me trouvai feule
aux pieds des deux Reines , dans un
petit Cabinet qui étoit dans la ruelle
du lit de la Rcine-Mere. Elle fe por-
toit un peu mieux de commençoit à
i{e lever. Ces deux grandes Princeiles
forent alfez long-tems à s'entretenir
4e ces chofes , qui ne font rien en ef-
fet , Se qui paroi (lent de grands évenc* * <^<^
mens , dans les tems qu'elles arrivent p^l'iZ^^t
& qu'elles occupent triftt^ment Icf- «^^ 9«'^-
prit & le cœar de ceux qui les fen- ^içluX"
tent ^. La Reine, fe trouvant alors ï^^^*^'^]
roucnee de la conlolation qui le ren* r^ipeur
:ontre dans la confiance &: l'amitié , f^^^^/^
:out d'un coyp fe tourna vers la Reine /,Vf,
^a Mère , 6^ la regardant tendrement ba/^^
.ui dit en Efpagnoi les larmes aux t"^»'^ ««
yeux , Mis penas no feran nada , con» iZlIlouri
m Bios me £uarde a ml Mtdre h j ^^ 1"'
. . ° r, • m Dieu me
mmsy continua cecce Pnnceuc en me i^nfexue
Tome r, R re» ^^^i^<'*
3^8 Mémoires pour fervir
i<é64. regardant , Jî la fierdo , que hare * i
* Mais fi La Reine-Mere , voyant que ce dif—
'^!^^;^t cours m'avoit fait baiffer la tête , &.
pf que touchée de ces paroles je paroilToii
les fentir comme je de vois , regarda
la Reine, Ôc puis moi , & me fît Thon-,
neur de me dire, d'une manière dou-
ce 8c tranquille : Vous voîlà tontes deux
aux larmes ; mais 'if oyez* vous ? H faut
que la Reine , & vous autres qui rnai^
rnez , vous résolviez a me voir hiert^tot
mourir , car enfin je n*en puis écho*
per y & j'ai la mort fi pre fente , que
quand je me vois pajfer un jour , je crol
que eefl une merveille ; a quoi je ne
m*attenàots pas. Je lui répondis , qu«i
malgré Ton mal, & mes frayeurs , j*e&
perois pourtant qu'elle guériroit par
quelque manière extraordinaire, &
que je ne pouvois prefque pas com-
prendre comment le monde pourroit
lubliftcr fans elle ; mais elle fe moc*
qua de moi , & me faifant iîgne de l»
tête, pour me marquer le peu d'ina-*
preflion que lui faifoient mes paroles^
me fit voir , qu'elle mettoit mes efpe-
rances au rang àts chofes qui ne fe
peuvent croire. Par - là elle me &
coïuioitre auffi , que fa fermeté n'étoit
paj
' à l'Hlfiolre â'Anne d'Antriche, 3 89
tpas fondée fur l'ignorance du péril , ni \^6^
fur aucun efpoir chimérique, & qu'el-
le traitoit de ridicule les imaginaires
confolacions que nous prenions dans
■ \t^ paroles de ceux qui prometcoienc
. de la giie'rir,
H " Le Roi ne negligeoit tien de et
M'qui regardoic ia Vie de la Reine fa
Mère. Il fa i foie faire des experien*
ces à ceux qui fe prefentoienc , pour
: la traiter. 11 lui en parioit fouvenr,»
\ de travailloit avec une grande applica-'
tion à lui trouver des remèdes êc
des Médecins 5 mais pendant qu'il
: s'employoït à découvrir lequel feroic
le plus habille , le tems fc palfoit, ÔC
le mal de la Reine fa Meie devcnoic
chaque jour plus incurable. J'cfpc-
rois plus en cet Alliot de Lorraine ^
qu'en nui autre , &c je prefTois la Rei-
ne-Mere de s'en fervir; car Vallot &c
Guenaut , Médecins du Roi Ôc de la
Reine , qui avoienr vifité les malades
qu'il traitoit , l'c(l;n.oient , & ne
voyant rien de meilleur confelîoienc
cette Princeffe de le prendre. Elle a-
voit oui dire que ces remèdes ecoienc
violens j elle les craignoit , & ne pou-
voir fe réfoudxe à s'abandonner à fa
R i con-
5^0 Mémoires pour fer vir
conduite : ella fcntoit qu'il étoît deC^
tiné , non pas à la guérir , niais à être
fon Bourreau ', &c un de mes plu»
fenfibles déplaifirs eft de l'avoir con>-:
nu , & d'avoir eu part à la refokuion
qu'il lui falut prendre enfin , de fe fer*
vir d€ lui. il étoit homme , ôc par,
confcqnent il étoit menteur , Se il
nous alfuroit Ci fortement , qu'il pou-'
voie par fon remède guérir cette iU
luftre PrincefTe , qu'il étoit impoilîble
de ne fe pas lailTer flatter à cette agréa-,
ble penfée , d'autant plus qu'il étoit
IMcdecin de fa Profeffion , eftimé dans
fon Pais , & déjà fort accrédité , com-
me je viens de le dire , parmi nos plu»
célèbres Médecins.
Quoi que la Reine-Mere parût fort
ferfuadée du peu de tems qu'elle avoit
vivre , s'il entroit dans la Chambre
quelque perfonne devant qui elle ne
vouloir point montrer fes peines , clic
prenoît auffi-tôt fon vifage riant, leur
parloir des chofes qu'elle fçavoit qui
leur pouvoient plaire , eniroir dansii
leurs intérêts, dans leurs afïairt^s,,
dans leurs befoins» Ôc leurs affli^tionsî
& fans penfcr à Ces maux , ne; fe Coa*
veaoit que des maux des autres > pour .
leufi
a l'Hiflolre à* Ame à" Autriche, 391
leur donner de la confolation , par lééj»
Tes charitables foins, par fes paroles,
par fes bienfaits, & par fa protcdion
auprès du Roi.
Pendant ce petit intervalle d'aman-
demenc , le Roi alla paffer quelque
tems à Verfailles. Il y mena la Rei-
ne , Monfîeur , & Madame. Cette
PrincefTe étoic grofTe , & entroit dans
fon neuvième mois : on difoit qu'elle
ne fe confervoit pas allez. J*en igno-
re la vérité ; mais , pour l'ordinaire ,
les plaifîrs , & le repos , ne fe peuvent
pas fouvenc rencontrer enfemble. Le
dix-liuitiéme de Juillet , comme j'ai- lexx:
lois à Saint Germain, rendre mes de- J*'^^^^'
voîrs à la Reine-Mere , je rencontrai
Monfîeur , qui venoit de Verfailles ,
où il y avoit peu de jours qu'il ctoir.
Il alloit voir la Reine fa Mère, En
palFant il me fit l'honnenr de me
crier , Madame efl ^couchée à*unc
FUle morte. Cette Nouvelle m'èton-
na. Je me hâtai d'arriver , pour fça-
voir mieux ce que je n'avois qu'à de-
mi entendu. En entrant dans la
Chambre de la Reine-Mere , je trou-
vai Monfieuc feul auprès d'elle , qui
ctoit fenfîblement affligé de ce mal-
R j heur.
592- Mémoires polir fer vlr
}é6^, heur. On lui avoit dit pour le confû-
1er , que TEnfânt avoic été baptifé.
' Il en doutoic ; & comme ce qui efi:
vrai fe fait d'ordinaire fcntir , il étoit
touché de toute manière de la more de
cet Enfant , qu'il avoit perdu avant
que de le poiTeder. La Reine fa Mè-
re prenant part à fa rriftelTe , tant par
Tamitië qu'elle avoit pour lui, que par
les fentimens de la nature , mêla fei
larmes avec les (îennes , de l'exhorta
autant qu'il lui fut pofiible à fe con-
former à la volonté de Dieu. Le
Duc d'YorK , Frerc de Midame , a-
voit alors gagné une Bataille Navalle
contre les Hollandois , dont il avoit
reçu beaucoup de Gloire. On crut
avec raifon que cette PrinceÏÏe , qui
''vnhom' avant que d'aller à VeifaiDes avoit re-
tendre À çu ccttc nouvelk avcc cramte d uu e-
Madame vcnemenc contraire *, en fut fort é-
Mtnt ^ mue , OC que ce trouble qui fut grand
■T^-i fl"^' en elle , fut caufe de Ton accouche-
ment , ôc de la mort de fon Enfant ;
car elle étoit fenfible à l'amitié de
fes Frères , & à la Grandeur de fa
Maifon. Monfieur même , à qui on
le dit, en demeura perfuadé , de ccki
lui
fijoir ce
I
^l'Hifiotre d'Anne à' Autriche, 59 j
lui ôca la penfée qu'il^voic , que Ma- iG6y
dame avoic contribué à cet accident
; en négligeant de Te confervcr.
Peu de jours après la Reine d'An-
gleterre revint en France , à caufe
que Tair de Londres écoit contraire à
fa fanté. Elle venoit pour boire des
Eaux de Bourbon , qu'elle avoir tou-
jours éprouvées fdutaires à Tes maux.
Elle arriva le vingt-cinquième de Juil-
let, Ce même jour , la Reine-Mere
retomba malade : elle eut de grande$.
laflîtudes , Se un peu de fièvre. Elle
fut deux jours de cette forte , que les
Médecins difoicnt que ce n'ètoit rien -y.
mais enfin , il lui fortit une tumeur
fous le bras , de l'autre côté du Can-
cer, On efpera qu'elle fe refoudroit,
& on l'efpera en vaia; car on con-
nut qu'elle vouloir aboutir. Le jour
de fainte Anne la fièvre augmenta
beaucoup : la Reine-Mere ToufFrit de
grandes douleurs , tant de la tumeur,,
que du Cancer. Le Roi qui croie
alors à Verfaillcs cn^ revint pour la
voir, C'ètoit le lieu de Tes plaifîrs,.
& celui qu'il deftinoit à fa magnifi-
::cence ,- pour y faire voir , par Tes rrc--
jfcrs , ce que peut un grand Prince^
R 4 qiiandî
3 5> 4 Ademoires pour fervîr
J6(>j, quand il n'épargne rien pour fe fatif-
faire. Il y menoit fouvcnt Mlle de
la Valliere, <5c Madâîne écoît quelque-
fois de la partie, La Reine- Merc,
qui avoit fenri Ton abfencc , me fit
l'honneur de me faire part du chagrin
qu'elle en avait eu. Cette vertueufc
2vl«re lui en parla , & lui dit , à ce
qu'elle m'aprir , qu'il dcvoit croire,
qu'en l'état où elle étoît , les Peuples
niurmureroient contre lui , s'ils le
voyoient occupe à fe divertir dans un
tems où elle étoît menacée d'une
mort il prompte. Il lui répondit qu'el-
le avoit reifon , qu'il voyoit bien que
fes plaifirs l'emportoient trop loin,&:.
qu'il fuivroit fon Confeil j ce qu'il fît
en effet. Il y retourna néanmoins ce
même jour , pour y recevoir la Reine
d'Angleterre , qui voulut en arrivant
en France aller d'abord voir Madame
à Verfailles. Mais , il n'y tarda guè-
re : il revint le dernier jour du mois
auprès de la Reine fa Mère , Ôc laiffa
en ce lieu toutes les Dames fes amies
qui n'étoient propres qu'à la joye , ôc
qui ne s'inquieioient gueres des maux
que cette grande Princeiïe fcuffroit à
6aint Germain, On devoit percer fon
ab
a VHlfloîre à* Anne à' Autriche, 395
.àbcés , & le Koi étoic revenu la veiile léôf ,
que cette opération fe devoit faire.
Ce même jour , la Reine-Mere i^« ^^
me parut un peu mieux: elle eut quel*
ques momens de relâche à Tes excefïi-
ves douleurs. Milord Montaigu &:
moi, demeurâmes le foir jufqu'à prés
de minuit auprès décile : elle fe mêla
fouvent à nôtre converfation. Il y
eut même une petite Hîftoire du jour
qui ne fe peut citer , furquoi nous
difputâmes ce Lord & moi. Cette
confiante PrîncelTc , appuyée fur forr
coude , qui étoît fa pofture ordinaire
quand en fantéelie étoît au lit , nous
dit prefque en riant ,* Me voila avec
'VOUS farUm comme une autre 5 mals^.
avec tout cela 3 je fouffie beaucoup , &
on doit demain au matin , me donner
de bons petits coups de lancette dans le-
bras 5 voilà fes mêmes mots. Nous^
la laiOâmes néanmoins avec allez de-
confoîation de nôtre parc y nous fem-
biant qu'elle étoit mieux , & que cer
abcès étant percé il foulageroîc fes au-
tres maux.
Le Dimanche, en revenant des Rc-
colets i je rencontrai dts gens qui me
dirent que l'opération étoit faite , 6c
R i ^^
39^ Mémoires -pour feruir
geCj que tout alloit le mieux du monde;;'
car , d'ordinaire , les Rois Te portent
toujours bien dans la Sale de leurs-
Gardes ,* ôc les Courtifans , qui veu-
lent toujours flatter , croiroient man-'
queraux vénérables Loîx de la Politi-
que 5 de dire la Vérité une feule fois,
en leur vie. Comme j'entrai dans la:
Chambre de la Reine - Mère , je la^
trouvai avec la pâleur d'une perfonne-
morte, en foîbleiTe , & avec une fueur
froide. La dilîîpation des efprits avoîc^
ctë grande. L'abcès peut êcre avoit
été percé trop tôt , & il étoit forti de-
cette tumeur une grande quantité de.»
fang & de pus ,• ce qui fans doute cau-
foit en elle ces fâcheux accidens. La-,
nuit avoit été bonne , de neanmoins-
les Médecins à fon réveil lui avoicnr
trouvé le poux intermittent , mais, ils.
l'avoîent attribué a la crainte de la,
douleur. Je fuis perfuadée qu'ils ne-
fe trompoient pas. Cette Princeffe
apparemment avoit fenti que la Natu-
re hait tour ce qui lui eft contraire,.
S<. qu'elle n'éroit pas d'acord avec fon
amc. La fermeté de la Reine- Mère
ne proccduit pas d'infenfibîliré ,* aU:
ccntiaire, jamais perfbiine n'a dû tant
appie
à i'Hîftolre d'Anne d'Autrllhe. ^c,y
^appréhender tout ce qui fe devoir ap- i66f
peller incommode : la grandeur de fa
Naiiïance l'avoir accoutumée à Tufagc
des chofes délicieufes , qui peuvenr
contribuer à l'aife du corps j & fa
propreté écoit fur cela Ci extrême,
qu'on pouv.oii s"'étonner doublement
quand on voyoir que fa vertu la rciî-*
doit fi dure fur elle-même,. Selon fes
.inclinations naturelles , ôc félon la
aélicatelTe de fa peau , ce qui croît in-
nocemment deledable , lui plaifoit :;
elle aîmoir les bonnes fenteurs avec
paillon. Il éroir difïciie de lui trou-
ver de la toile de Batifte alTez fine
pour lui faire des draps & des cbe-
mifes ; & , avant qu'elle put s'en fer-
vir, il falloir la mouiller plufieurs fois
pour la rendre plus douce. Le Car-
dinal Maiarin , la raillant fouvent là
deflTus dans les tems de fa parfaire fan»-
é , lui difoit que Ci elle alloit en En-
fer , elle n'auroit pqînt d'autre fap«
plice que celui' de coucher dans des
draps de Hollande. Il eft donc à
croire que la force de fon ei]:^rir , qui
paroiiïoic la foutenir contre la Natu-
re 3 l'amour propre Ôc Thabirudes
n'avoir pu empêcher qne la vtil^ de la
R a Lui
^9 s Mémoires pourfervrr
lancette ne lui fit quelque horreur^
&C Ton ame refiftant contre l'agitatioi-fc
du cœur , lui fit foufïrir fans doute un-
îrude combat. L'opération, qu'on ve-
»oit de lui faire , avoit été excelïivc-
ment douloureufe : cependant , elle:
îî'avoit point crié , elle n'avoit faic
aucune plainte , & n'avoit montré:
aucune foibleffe ;_ au contraire, l'exccz:
de la douleur , au lieu de l'emporter.-
Iiors d'elle-même > l'ayant comme liée-
davantage à Dieu , elle s'écria dans le-
îems que l'on perça fo» abcez , où it
'3fut neceffaire de reitereç plufieurs.
coups de lancette ; Ha ! Seigneur ^je^
vous offre ces douleurs j receveT- les:
four fatîsfaBlon de m.es péchez, J^'
lesfoiiffre de bon cœur y Seigneur , pptls
éjuevous le voulez.. Apres cette cruelle,
fouffrance 3 cette cou rageufe Prince (fe;
demeura long-tems comme en foiblef-
ie. Ton poulx continua d'être mauvais,,
& fts Tueurs froides qui continuèrent
auffi filent juger aux Médecins qu'elle-
alloif mourir,. On refolut de ne lui?
en parler que le foir , après qu'elle-
feroic penfée j, mais , on ne lui cela,
pas qu'elle avoit le poulx inégal. Eile-
§,'apperçac auffitôt de l'état où elle-
écoi.fe
à l'Hiflotre à' Anne à' Autriche, 399
iiQii'y car, à quatre heures après mi- i^^j-
dij ayant l'honneur d'être feule auprès
d'elle à la ruelle de Ton lit , elle me
demanda ce que difoient les Médecins,
& lui ayant répondu triftement qu'ils
la croy oient mal , elle ne s'en étonna,
point 5 & trouva qu'ils avoient raifon».
Le Roi y la Reine , & Monfieur,
étoient afligcz , & chacun plaignoit
fon propre malheur. Le foir , quand
on penfa cette PrincefTc y tous les in-
terelfez à fa vie étoîent dans l'inquîé-
îude que donne la crainte de perdre
ce que l'on aime. Sa playe fe trouva
feche , flétrie , & noire : fon cancee
fe trouva de même en mauvais étar^
Elle avoît le poulx foible j & inter^
mittenc, 6c fes foibleffes qui conti-
nnoîenr firent juger aux MédecinSa,
qu'elle n'avoir plus guère de çems à.
vivre. On fe hâra de l'avertir da
danoer où elle éroit : & l'Abbé de
Montaigu , qui lui avoit toujours
promis de lui dire quand ilferoic rems
de penfer à mourir, s'approcha d'elle,
pour lui apprendre qu'il falloir partir..
Elle reçut cette Nouvelle comme une
pcrfonne préparée à ce grand voyage
de rEiernicé , Ôc qui par fes penfêes
R 7 osi-
400 Mémoires pmrférvl?
J^^J« ordinaires écoit accoutumé a la mort.
Elle fe prefTa auiîîtôt de faire ce
qu'il falloic faire pour mourir j mais^,
ce fut avec fa tranquillité ordinaire,6c^
le calme de fon ame ne parut point:
îroublé de ce qui trouble tous les-
hommes. Elle appclla fon Confef-,
feur 5 & après s'être confeflce , on lui-
apporta le S, Viatique. Elle avoit eii=
tout le jour la pâleur de la mort fur
le vifage : elle avoit été quafi toujours'
en foibiefTe ; mais , à la vue de fon
Créateur , toutes fes forces lui revin-
rent , & fcs yeux parurent embrafeasr
de l'amour de Dieu. Toute la fa-
mille Royale , & ceux qui eurent?:
T-honneur de la voir , remarquèrent
qu'elle n'avoit jamais été il belle,,,
qu'elle le parut alors. L'Archevêque
d'Auch^fon grand Aumônier , lui ad-
miniftra le S. Sacrement que le Ror'
& Moniîeur allèrent quérir à la Pa-
roiffe , avec l'accompagnement & le-
refpedt dû au Maitre des Rois. Cet
Archevêque, tenant nôtre Seigneur*
entre Ççs mains , dit de belles chofes-
à cette augufte Reine, Il y avoit
long-tems qu'il avoit l'honneur d'être
àielle, & en lui donnant l'Auteur de-
là^
k rHlfioïre d' Anne d' Autriche , 401
la Vie ,* il étoit entièrement pénerré iC6^:^
de l'horreur de la Mort.. Ses Larmes
i furent fuivies des fanglots & des fou-
' pirs de tous ceux qui étoienr dans la
Chambre de cette Reine , fi regrettés
& fi digne de l'être. Elle feule pa-
roiiïbit contente 5 & vu le calme ou
elle étoit , 5c la Paix qui regnoit fur
fon vifage , il ctoic aiféde connoitre s,.
qu'elle étoit fort occupée du defir-
d'aller jouir de réternelle félicité , &
; qu'après avoir adoré en terre fon
' Dieu & fon Créateur , elle efperoic
de le pouvoir poffeder bientôt dans le
Ciel. L*ayant reçu , elle demeura,
quelque tems recueillie ^ puis deman-
da l'Extrême - Ondion, On lui die
que cela ne preiïoit pas ; mais , aianf
infifré à la vouloir , on lui promif
qu'elle feroic apportée 5 & qu'on la
lui donneroit quand il feroit tems..
Enfin 5 elle foiihaita que les faintes
Huilles fullent mifes fur un Autel ^,
qui éioit dans ce petit Cabinet donc
j'ai parlé ailleurs , où on lui difoit la
Meiîe tous les jours. Elle fit enfuite
approcher le Roi <Sc Monfieur. Elle
parla quelque tems au Roi , & le
pria tout haut d'aimer Monfieur; puis
ait
40 i Mémoires pour fer%iif
i^éj. dit à Moniî^ur ; Pour vous , mS^
vous commander à'alm^r le Roi , àe
hiî obéir ^ & de vous ternir uni k lui
toute votre vie j car je fçai que vous
n'y manquerez pas : mais je vous prie
tous deux de vous aimer pour l'amour
de moi. Alors ces deux grands Prin-
ces s*embra(Ierent tendrement , & fc
promirent plutôt par leurs larmes,
que par leurs paroles , une amitié
éternelle. Cette vertueufe & illuftre >
mère parla au Roi par plu/îeurs reprîî^
ks ^ &c z. Monfieur auffi. Elle re-
commanda au Roi les chofes qu'elle
defiroit qu'il fît , dont par hazardi
j'en entendis une , qui fut de faire
achever le Val dé Grâce. Elle appella^
tous fes Enfans , & leur àit^ Venel(^
mes chers Enfans , recevoir ma Bene*
di^lion. Ces quatre perfonnes , c'eil-
à-dire le Roi , la Reine , Monfîeur,*
^W4^ & Madame , * fe jetterent alors à^
^°^]] genoux devanrielle , & lui bai fane la.
de fa cou. main, qu'ils baignèrent de leurs lar--
tivcnu-r ^^^ > reçurent Ta Benedidion , pont
tj mime cux , & pour Icuts Eufans. La Rei»-
^IfJi. ne leur Mcre leur dît , en les benif*
^^■f. fant , ces belles paroles dfgnes d'êcrec
rr
y»e, quoi-:
rcmirquécs : Qu'elle prioit Dieu de 166 f»
, les benîr , quelle leur commandoît de
! Vhonnorer ^ de le craindre , qu'elle
les coHfuroh de penfer a leur falut , &
que c était la feule grande affaire qui
leur importât \ puis les pria de fe re-
tirer. Elle apella aufîitôt après l'Ar-
chevêque d'Auchj & lui die qu'elle le
prioit de l'afïïller à la mort. Elle fie
approcher Ton ConfefTeur, qu'elle en.
itretinc encore long-tems , & par pla-
j/îeurs reprifes. Il y eue des perfoii-
nés qui lui vinrent parltr de quelques
:afFaîres ; mais elle pria qu'on ne lui
î parlât plus que de Dieu , & de ce qui
regardoic fon Salut. L'Archevêque
d'Auch lui fit un grand difcours , fur
les mifericordes de Dieu , fur la ter-
reur de Tes Jugemens y ôc fur la crain-
te ôc la confiance qu'on devoit avoir
de lui Se en lui. J'eus l'honneur d'ê-
tre toute la nuit feule de femme au-
près d'elle y honneur que je tiens bien
cher. La ComtefTc dcFlex , fa Dame
d'honneur , étoit alors à Paris > au-
près de la DuchelTe de Foix fa belle
fille , qui fe mouroît , & la Ducheiïe
de Noailles fa Dame d'Atour ètoic
.allée aux Eaux. Cette admirable Prin-
. cefife^
404 Mémoires pourfervtr
• é6ji* ceffe, dc/îra que je lui lûlle quelques
Chapitres de Gerfon ; car elle avoii
toujours aimé ce Livre. Je le fis , &
je lui cherchai , en prefcnce de TAt-
ehevéqued'Auch , ceux qui parloicni
de la Motc , & de la Nécefîite 4c
fouffrir pour Jefus-Chrift. J'en tron*
vai de beaux 6c propres à confolj^
fon ame. Elle en goûta la bonté ^ 6Ô
fbav^nt elle difoît avec confolation j
J^a / (^ue cela efi beau \ & me com-
mandoic de recommencer les endroîtî
qui la touchoient le plus. L'Arche-
vêque lui dit qu'elle alloic quitter une
Couronne corruptible, pour en poffe-
der une éternelle ,* mais , que poui
©btcnir cette dernière de la MiféricoN
de de Dieu y il falloir lui offrir de bon
<fœur celle qu'elle avoir pofTedce fui
ia Terre.. Elle lui répondir , Heîas \
ce Sacrifice efl peu de chofe, J'efiîmû
ma Couronne comme de la boue» L'Ar-
chevêque d'Auch fe retira , & Milord
M©ntaigu aufîi , pour la laiîîer un peu
en repos ,• 6c les Dames de fa Cham-
bre qui la veilloient , s'étanr endor*
mies fur leurs Lits de veille , je de-
meurai feule auprès d'elle. Dans cet
inftant 3 il fembla , qu'en elle la Na-
ture»
u l-H'fiolre êtAnnt ^Autriche. 4b j
liire 5 lalle de cane foafFnr , & d'une lé^fa.
fî longue application d'efprit , lui de-
mandoit iw repos \ mais elle Tentant
qu'elle avoir trop de fommeil, tout
d*un coup fe réveilla j & me fît l'hon-
neur de me dire , en fe rctournanc
vivement & avec effort de mon cote' ,
J^ ne ueux pas m'endormlr de peur
de mourir fans y penfer. Je lui dis
que grâces à Dieu je ne la voyois pas.
en cet état , & qu'elle feroit bien de
fe repofer. Je repris ma lecSfcure , &'
enfin elle s'endormir. A trois heu-
res on la penfa y & on lui changea
d'onguent. Elle dormir enfuite en-
core quelques heures > & me fît Thon»
neur de me dire à Ton réveil , Qn'elle
s'étonnoh de fon poitlx , ijptl contîmtolt
à être Jî mauvais , parce ^ h alors y elle
fe femoh mieux é" plus forte. J'ap-
peilai les Médecins pour voir com-
ment il étoit. Ils le trouverenr tou-
jours de même , & par confequent eU
le paroi (Foi t être, au jîi mal. Monfieur
vint la voir le matin , & fe tint long-
rems auprès d'elle, Sar les huit heu- £» j.^«««
res 5 Beringhen qu'on appelloit Mon-
fîeur le Premier, entra dans fa Cham-
bic i il étoit un de Tes plus anciens
Servi'»
40 é Mémoires pour fervir
l C6^. Seviteui'Si j'en ai parlé en plusieurs att-
ires endroics de ces Mémoires. Quand
elle le vit , elle lui dit > Monfiem h
Trernter i il nous faut qmter. Il lai
repondit froidement , félon fa maniè-
re ordinaire de parler & d'agir , qui
paroliFoit toute de glace , VouspùnveK,
penfer , Maà.4m9 , avec truelle doU"
lei^ vos Serviteurs reçoivent cet Ar-
" rêt ; mais ce qni pem nom confoler \
c*eft de voir que votrt. Majefié échap»
pe a de grandes douleurs , ^ de pltUt
une grande incornn2odité , particuliem
rement a ■ elle , qui aime les bonnes Seru
teurs 'y car ces maux fur la fn font
d'une grande puanteur. Le Maréchal
du Plefîîs parut en cet inftanr. Elle
îi'avoit rien répondu à B^^ringhen ;
mais , regardant celui qui venoit d'en»
trer 5 elle lai fit un petit Sermon fur
la neccflîcé de quitter la vie , 6c de
faire pénitence. Elle en fit autant au
Maréchal d*Aumont, qui parut au(E
devant elle ; & voyant d'Heival derriè-
re les autres , qui étoit Huguenot , &
qui fous Tadminiflration du Cardinat
Mazariii avoit fervi le Roi dans fe©
Finances, elle fouhaira , en s'^adrelfant
à lui , que Dieu lui fit la grâce de la
conr-
a l^HifloWe d'Anne d'Autriche, 407
convertir. Monfîeur , qui éioii aifis léCS,
iu chevet de Ton Lie , accompagnoic
le Tes larmes toutes les paroles de la
^eine fa Mère j & continuant de
Tiêler à fa douleur quelques fentimens
le Pieté , il faifoit efpercr , par les
rhofes qu'il lui difoit, qu'un jour
ïiaîgré les foiblelTes dont il pouvoic
!tre capable , il fuivroit les traces de
a Reine fon iîluftre Mère.
i La Reine-Mere avoit mandé le Tel-
^er , & Tubeuf. Ils arrivèrent alors,
U quand elle les vit, elle appella Mlle.
le Beauvais, qui par fou mérite &
par fa vertu âvoit acquis dans fon efti-
ne, l'avantage d'être préférée à fa Me-
e dans les confiances d'honneur & de
liftinâ:ion. £lle lui commanda d'ou-
vrir fon Cabinet, & de leur bailler
in Mémoire écrit de fa main où é«
oient fcs dernières voloniez : elle le
eur donna , en leur ordonnant d'aller
•crire.fon Teftament. Peu de temps
• iprés elle le (îgna, & l'envoya au Roi,
e priant de le lire j mais il le figna
ans le voir. La Reine fa Merc: lui
:n fçut gré , & le conta publiquement
:omrae une adion louable , Se qui
'avoit obligée. Apres toutes ces cho-
fes
4© 8 Mémoires pmrfervlr
î^^J* (es faîtes avec tant de repos Sc de
' paix , elle s'endormit, & i ce feconc
réveil , Ton poux parut meilleur. Or
la penfa : fa plaie fe trouva auffi ei
meilleur état , ôc on lui fie prendn
<îes cordiaux , qui lui firent un gram
bien.
Apres midi 5 les Médecins conclu
ï^nt à purger la Reine - Mère, Oi
lui donna une Médecine > dont ell
fentit du foulagemenr. Dans cet inl
tant une grande joie fe répandît dan
la Cour j mais comme fa purgatio
l'avoit travaillée , & fon poux pan:
tout de nouveau foible & mauvais, é
on retomba dans les mêmes frayeiii
du jour précèdent. Cependant , apr(
avoir pris de h nourriture , &c rcp
fon ame de quelques Chapitres d
Tlmitation , que je lui lus , clles'er
dormit de eut une afTez bonne nui
Le Mardi fon poux changea , & d(
vint meilleur : elle eut de grandi
douleurs à fon Cancer, fa plaie lui e
caufoit aufîi de grandes ; mais malgt
ce mauvais état , les Médecins donn(
renc au Roi , de à toute la Famill
Royale, l'agréable nouvelle qu'ell
étoit hors de danger.
Le
k VHlftolre JtAnne â^Atttrkhe, 409
Les gi-ands maux de la Reine-Mere .g^^j
j'étoîent pourtant pas finis j & ce que
'on appelloit amandemcnc écoic pour
lie une funcfte & cruelle maladie*
^uand ces deux trilles journées du
dimanche 6c du Lundi furent paflTées,
e dis à cette confiante Princellê, cjue
, 'avois admiré la fermeté qu'elle avoir
uë 5 à la vue quafi certaine de la
nort , & que j'en avois été étonnée,
ille me fit Thonneur de me répondre,
ion comrne une fanfaronne , mais
vec une humble fincerité , ferfonne
*eïi bien a'ife de mourir , maïs il efl
Wai que Dieu me fait cette grâce , • d'en
tre moins troublée que les autres.
Le Roi, alors prelTé par lui-même
L par la neceffité de trouver des re-
cèdes au mal de la Reine fa Mère ,
:i parla de quitter Gcndron. Elle s'y
^folut auflî-tôc, par le mauvais étac
e fon Cancer , qui bien loin d'être
urci , étoit ouvert de tous cotez , &
e fonfein, qui en pUifieurs endroits
coit plein de rrous. Dans cet cx-
rémité, & fuivant k confeil des Me-
ecins , elle fe mit entre les mains
'Alliot , dont beaucoup de perfonnes
clécs pour faconfervâiion eurent une
grande
410 Mémoires pôpir firvir
l66j» grande joye : car on efpera que peut
ecre il pourroit , ou la guérir , ou 1;
faire vivre plus long - tems : mais
étant mandé , il dit qu'il la trouvoi
trop malade , pour lui pouvoir appli
quer fes remèdes , Se pour en efpere
quelque bon fucccs. Le Roi lui com
mandji d*y travailler & d'y faire foi
poffible.
Les Médecins i apre's plufieur
Confultations , conclurent que pou
expofer la Rei-ne aux Remèdes d'Al
liot , il falloit la faire rapporter à Pa
risj mais l'état où elle étoît paroi!
foit rendre la chofe irapoffible : 1(
douleurs de fon Cancer étoient ex
ceffives , Ton abcès ne rendoit pî
àts matières loiiables , elle croit fo
ble , ôc les Médecins mêmes n'ofoiei
efperer en elle alfez de force , poi
pouvoir fouffrir cette fatigue avec toi
les maux. Us la firent partir de Saii
Germain, parce qu'ils crurent, fai
doute , que le le Roi le defiroit. [
n'ai pu en imaginer d'autre raifon ja
tendu que celles qu'ils alléguèrent n'i
toient point bonnes , puifque les Ro
en tous lieux peuvent être fervis égi
lement , de que c'eft un des avantag
Ià iHiftoîre à' Anne à^AuVrkhe^ 411
fc leur grandeur, que d'avoir quand î(;oy<
lis le veulent des perfonnes capables
dans lous les Arts , qui les fuivcnr,
& les peuvent fccourir. On coucha
donc cette grande Princeiïe dans une
chaife couverte de velours noir, vê-
luë d'un manteau de taffetas gris.
Elle y fi^r mife à l'encrée de fa cham-
bre , afliftée du Roi ^ de la Reine,
je Mon/îeur , & de Madame : on la
- ta doucement dans cette petite
chine 5 qu'on lit fuivre par Tes Oî^
:. icrs 3 qui portoient des cordiaux &
iu vinaigre, pour lui en donner , ft
*ii\ç. tomboit en. foiblefle. Il me Fac
mpoiîîble de la voir dans cet efpece
le tombeau, fans m'att-^ndrir fur elle,
3ur mille penfées différentes , mais
cures fâcheufes , & faire de grandes
eflexions fur la mifere humaine , qui
(lujettit à {t% dures loix, & à ïts fouf-
lances, les premières Perfonnes dit
'nonde , foûvent avec plus d'amer-
ume &: moins de liberté , que les
p.oindres créatures de la terre.
Vu l'état où étoit cette illuftrc
malade , on crnr avec raifon que Paii-
i feroit évanouir ,* mais , ce fut roue
î contraire. Elle «'en fcntic plus for-
71?^^ V. S te
412. JHemohes pour fervit
l66^, te , & quand elle fut arrivée à Nan.
terre , ôc qu'elle fe trouva dans uru
grande Sale des K cligieux de Sainte
èenevîeve , où fans fortir de fa chai-
fe elle alla fe repofer , elle nous fi
liionneur de nous dire qu'elle écoi
mieux. Elle y dina même avec afTc:
d'apetit , Ôc mangea d'un poulet ave
une {aucc , ©ù il y avoic des câpres
Je marque cette particularité , parc
que je me (ouviens ave/c douleur d
la joye que nous eûmes dans ce me
ment j car il fembloit nous'^aflûre
que dans fon tempérament fe trou
veroît la force de rcfifter à fes mau>
Nous dînâmes même avec le plail
que l'efperance donne à ceux qui or
fujet de craindre un grand malhei
qu'ils délirent ardemment de pouvo
éviter j 6c déjà nous penfions vo
Alliot faire des merveilles.
La I eine-Mere , ayant repris i
route , arriva heureufement au Val è
Grâce , où il y avoir long-tems qu'el
defiroic d'être. Auflitot qu'elle .
vit dans cette fainte Maifon , elle u
moigna qu'elle en redentoît de la coi
folation i & , en fe mettant dans fo
lit , elle dit à rAbeffe 5 M^ vth
'Ci
;ci
l(
■à VHlfioke à* Anne à' Autriche, 4 s 5
contente^ jQ^i,e Dieu Sjpofe de mol À I é^/,
[fa Z'olmté, La nuit l^ivante , elle
lut fore malade : l'agitation du jour
I précèdent avoit empire faplayc; ^, le
lendemain , la gangrené y parut. Les
! Médecins alors , non contens d'être à
Pari^ , ne trouvcrcnc pas commode
d'aller tous les jours au Val deGracejt
Jîls dirent tous qu'il falloît rapporter
lia Reine-Mere au Louvre, kc qu'il
étoît impoffibie de la fecourir en ce
lieu 5 ou les portes ne pouvoient s'ou-
vrir qu'avec de grandes cérémonies^
A la vérité , je croî que la complai*
fance y eut encore beaucoup de parr^
& qu'ils en augmentèrent les rai forts,
dans la penfée qu'ils eurent que ce re-
tour ne déplairoît pas au Roi ni à
toute la Cour 5 car , c'e'roît une gran-
de fatigue , non feulement pour les
Perfonnes Royales , rraîs pour Ie« O-
/iciers de cette PrincefTe , de faire de
fréquents Voyages fi loin. Madame de
, Beauvaîs * que là neceilîté du Servi- * Vrmîe:
ce avoit fait raprocher de la Reine- 2cZZ^-
Mere , conclut à la faire forcir du ^re, dif.
Couvent. Elle cria fortement contre fTrTem-
cctte demeure, Ôc dit qu'il écoft me- '"f '^^
me impoflîbic à*y trouver des œufs -.-liflns.
S 2. frais.
4Ï4 Mémoires pottr fervîr
I ^^5é ^^^^^* J^ ^"^s perTuadée , que fi le Roî
eût cru, que la Reine fa Meie, eût eu.
tant de peine à quitter cette retraitte,
comme elle en avoir en effet , il n'au-
roic jamais fouffert qu'on lui eût fait
cette violence , & auroit en horreur^
fans doute , de la complaifance dea
Médecins , qui l'auroient privé de lai
fatisfadion qu'il auroit eue de faire
plaifir à la Reine fa Mere^ mais, com-
me ils crurent tous qu'il ne feroit pas
fâché d'éviter la peine , il n'y a point
d'exagérations qui ne furent faites
pour prouver à laRcine-Mere la nc-
ceiîité de forcir du Val de Grâce. Ain-
fi, le Roi felaiiïa perufaderfacilemetir
à la prière de la faire revenir au LoUi^-
vre j & 3 de cette manière , elle fut
privée d'une confolation qu'elle avoit
toute fa vie paru defirer.
Apres donc que par tant de bruit
on eut fait réfoudre la iLcine-Mere à
partir , on lui mît de l'eau de chau»
dans fa playe 5 & on la remît dans &
chaife pour être raportée au Louvityi
Je n'avois point été lui rendre mçt
devoirs le matin de ce terrible jour, ''^
^'p'S Monficur^ à qui j'allai à fon révcytll
5^74/. dcmaûder d«s nouvelles de la Rein^
fa
/L <l*Hîfiolre d'Anne d'Autriche, 4 î j
{à Mère 5 me Ik l'honneur de m'ap- lé^j,
prendre Ton retour , & que la gan-
gicnne étoit à fa playe. Je crus pour
cette fois , que nous l'allions perdre,
vv' que la Nature affoiblie en ei!e ne
pourroit rcfiller à ce dernier accident.
Je ne doute pas non plus , qu'elle ne
fut afligëe , de n'avoir pu demeurer
iiu Val de Grâce j & je courus au
Louvre attendre qu'elle arrivât. .En
entrant dans (ow baluiae , où elle
(■\z apportée dans la même chaife,
i lui avoir fervi pour venir de faint '
Germain à Paris , elle me vit , & me
fie l'honneur de me regarder avec des
yeux 5^ qui me firent bien vite con-
noître Çqs fentimens. Je lui dis en
m'approchant d'elle , que je loliois
Dieu de voir qu'elle pratiqtioit les
vertus des Filles de faince Marie,
dont une des principales eft de rom-
pre leur volonté en toutes chofes»
Elle m.e répondit feulement, en hauf-
fant les épaules , •& levant les yeux a^a
Ciel. On la mit au lit , on redoubla
l'eau de chaux , & fes douleurs re-
doublèrent auffi. Elles furent fi ex-
trêmes , & fi exceiïïves 5 que de fors
aveu, çUe fe yitr une des nuics fui-
S ^ van
4 î ^ tyMemolres pour fa-vlr
i^&j, vances prête d'entrer dans le dcCcfpoiH,
Sa coniîance 6c fa douleur combatw-
renc alors avec une égale force Vanat
comte Taucre , mais enfin fa douleiw
ccanc arrivée au dernier période, certd
admirable PrincefTé une feule fois 3*é*
«ria qu'elle n'en pouvoir plus. Ijtk
Comteffc de Flcx , qui étoit revenue
auprès d'elle, s'en éranc approchée jàt.
lui voulant reprefentcr qu'il falloi»
foufiFrir fur la Croix avec Jefus-Chriftf,
à une Harangue fi Chrétienne la Rei*^
ne-Ndere accablée de cette horrible?
fouffrancf , mais toute remplie de foi,,
lui répondit ces admirables paroles ^
j^a l Adadame l ne me àwes rien : /if»
fens que je pers la ralfon ; & , dans /'/♦
tat ou je fuis ^ f auYois peur de ne pas re^
cevolr ce que vous me diriez avec ^.jfe^
de reJpeB, Apres avoir été quelques
jours dans cet état , les remèdes enfin'
furmonrerent la gangrenne ; mais,
fon ulcère demeura en fi mauvais
ctac , qu'il fur jugé de tous les Méd^
cins être un (econd cancer , où util
ulcère chancreux : ils eurent de la pci*-
ne à prononcer l'Arrêt de la Mort^'
Les uns furent quelque tems à direi
qu'elle avoit peu de lems à vivre ;:
d'aoï
iiVHifiolre à' Ame d'Autriche, 417
id'autres , que la chaleur naturelle lui lééj.r
.imanquoit , & qu'elle avoic le poulx
lintermitrenr. Allioc difoic , qu'il ne
la trouvoir pas en état de lui appliquer
fes remèdes : & nul d'eux enfin ne lui
donnoit aucune efperance , ni de gue-
j-jfon , ni de vie.
La Reine- Mère demeura dans cet ^J,^'
ctat jufques au vingt-deuxième Août,
qu'elle fe trouva tout à coup beau-
coup micfcîx. Sa playe devint plus
belle : au lieu qu'auparavant elle s'en»
fonçoit chaque jour, elle commença
. de fe remplir , & de fe mondifîer , &
' fa fièvre dimînaa tout-à-faic ; fi bien
que cette PrincefTe , par fon amande-
ment, fut trouvé capable de fuppor-
tcr les remèdes d'Alliot. Il commen-
ça pour nôtre malheur de les y appli-
quer le vingt - quatrième du même ^^l^*
mois ; 6c cette coudante Reine , fbr-
rant d'un tourment , rentra tout aufll-
rôt dans un autre , qui ne fut guère
moins violent , mais qui fut beaucoup
plus long. D'abord AUiot , pour en-
gager cette illuftrc malade à Ces cruau»
tez , adoucit la force de fes remèdes,
& dans ce commencement il y eut de
petits intervalles, où les Médecins fi-
S 4 ren!5
4 î S Mémoires pOHrfervîr
}66j, renc cfperer à la Rcine-Mere quelqu,
bon fuccez de la fcience de cet hom
me. Ils moriifîoiciu la chair , èc en
fuice on la coupoic par tranches, avei
«n rafoîr. Cette opération ctoi
étonnante à voir. Elle fe faifoit le
matins , 6c les foirs , en prefence di
toute la Famille Royale , des Mede
cins 5 Chirui'giens » & de toiueslç
perfonnes qui avoient l'honneur d(
fervîr cette PiincefTe, ôc ai: l'aprochc
familièrement. Elle avoir fans douti
de la peine d'expofer une portion df
fon corps à la vue de tant de perfon
nés 5 où ce monftre de cancer qn*el.
le portoit au fein n'empcchoit pa
qu'il n'y eût encore de quoi l'admirer
mais , comme alors elle fçavoit juge
faînement des chofes de ce mopde
elle ne regardoît plus en elle , ce qu
avoit été le fujet de fa vanité, qu'a
vec une fainte horreur ôc une fainr<
colère contre elle-même, qui lui fai
ioit defirer d'en faire de continuels fa-
crifices à la Juftice Divine. Elle i\
voioit couper la chair , avec une pa-
tience & une douceur eftimable ; &
fouvent elle difoir , qu'elle n'auroii
inmais cru avoir ui^^e deftincc Ci diff^
e l'Hlfioî'/e d'Anne d'Autriche. 4 1 5?
fente de celles (^ts autres créatures} lé&J.
■Q^e perfcnne ne pofr/rîjjoit cjpif après 1:^
mon , er <^ne pour elle 'Dieu l'avok
condamnée à pourrir , pendant fa vie.
Dans tous ces tems-ià 5 elle fou ffroic
toujours beaucoup ; mais , ces dou~
leurs s'augmentèrent exceflivemenr,
quand les remèdes d'Aliiot approche^
rent de la chair vive. Elle en viîit
er.Hn à une telle extrémité de feuffran-
ce 5 c|u'aiant perdu l'ufage de dormir,
on lui faifoîc prendre toutes les nuits
du jus de pavot. Par là feulement, elle
pouvoit trouver quelque relâche à ies
c juleurs 5 ^ quoi qu'il fût aifé de
juger que ce remède la conduîroit plus
vue. à la mort, il éroit impoiïible d'en
bJâmer l'uTage , parce que ce (oulaee-
ment ii funefle mettoient quelques
rnomens d'intervalle à la longueur de
fon fupplice. Il y eut neanmoitis des
jours & des rems, que Vallot U Gae-
naut , après l'àvoir tant de fois con-
damnée , dirent qu'elle ne mourroic
point de {on cancer \ mais ils fe trom-
p rrenr en tout , 6c jamais je ne les ai
vu faire de jugemens certains fur cette
maladie,
S 5 Mal
42 o Aïemoires pour fervlr
jééc. Malgré les maux dont le corps de
laReine-Mere écok accablé , Ton ame
toujours occupée à bien faire la fai-
foie agir incelïamment pour le bien
de tous , foie pour le gênerai , foie
pour chaque particulier^ Comme je
içavois qu'elle avoir de bonnes inten-
tions pour le Duc 5c la Ducheiïe de
Navaîlles, qu'elle honnoroit de fon
eftime & de fon fouvenir , je lui en
parlai , & lui fis voir qu'il étoit de
fa bonté de les protéger fortement
auprès du Roi , afin de faire finir
leur exil. J^engageai l'Abé de Mon*
taîgu à les fervir , 8c tous deux fimes
refoadre la Reine » Mère d'en parler
au Roi.. Elle le fit, ôc d« la plus
forte manière qui lui fut'poffible. Le
Roi lui répondit favorablement à l'é
gard' du; Duc de Navaîlles ,* difant,
comme il avoit accoûrumé de le di-
re , qu'il étoit homme de bien , qu'il
l'avoit bien fervi , 6c qu'il confentJ^
roit volontiers , qu'il fût auprès do
lui, comme routes les autres perfoil-»
nés de qualité de fon Royaume.; %
l/égard de la DucheiTe fa femme , Id
Roi dit à la. Reine fa Mère , qu'il m
a VHlfloire d'Anne ttAîUrkhe, 42 v
Vouloïc point encore la voir , ^ qu'il 166 y^.
la fupplîoir de ne lui rien demander
pour elle. La Racine- Mcre fe con-
tenta pour lors de faire revenir fou
! rsari , & die au Roi qu'elle ne lui
demandoit rien pour elle , puis qu'il
ne le vouloir pas ; mais , qu'elle le
prioir de trouver bon qu'elle mandâc
au Duc de Navailles , qu'il pouvoir
rî" venir à la Cour : mais , ayant trou-
vé , félon mon avis , qu'il feroit pluS'
. à propos qu'elle ordonnât à Monfieur
le Tellier de le faire,elîe l'envoya que-
, rîr le kndcmaîn , & lui en parla. Ce"
' Miniilre , qui avoir toujours fait une
ancienne profeffion d'crre des amis^
de ce Seigneur , 6c qui l'écoit en effet
pour les chofes faciles à faire 5 pa-
rut recevoir ce Commandement avec
bt^aucoup de froideur, & dit feule--
ment à la Freine - Mère , qu'il luii
obéiroit. Je vis venir ce Miniftre
recevoir les ordres de cette PrincelTe 5;
171 ais j quoi que je fulTe affez perfua-
dée de fes bonoes intentions 5- je ne
voulut point lui montrer d^âvoîr
part à ce fecret > de peur d'afiPoibîir
dans fon efpris cette importante pro-
S 6 teo:
42-2, Mémoires pour fervlr
l66j* leûlon, ôc demeurai dans Tattente du
fuccés que les paroles de la Reîne-
Mere pourroic produire. Je me coii-
tentai d'écrire à mes amis , qu'ils
auroient des nouvelles parles grandes
voies , & qu'on devoir leur înander
-quelque chofe qui icur importoîr. Je
ne m'expliquai pas davantage , parce
que ne doutant quall pas que la Reî-
3ie-Mere ne fut obeie , je voulus leur
îaiiïer le plai/ir d'être agréablement
furprîs^ par un Courier de la parc
du Roi & de la Reine fa Mère. Le
Cjourier n'arriva point , & par toutes
les lettres qu'ils m'écri voient il roc
paroilToit qu'on les laîfToir chez euxi
pailiblement. Quand je vis quinze
jours paiTez dans cet oubli , j'en par
lai à la Reine- Mère , qui s'en éton-
na. L'Abé de Montaiau , par fes
ordres, alla favoir de le Tellier d'oà
procédoic ce lîlence , & lui dire
qu'elle rrouvoit étrange de n'enten-
dre nulle nouvelle du Duc de Na^
vailles. Le Tellier parut furprîs d&
cette harangue , ÔC dit qu*il avoir re-
prcfemé à la neine-Mere, quand
tlk lui avoit faic l'honneur de lui
pai
k l'Hîfiolre d'Anne à' Autriche, 42.3
parlei- de cette affaire, le mauvais ,|-^j,
effet Gue devoir avoir fa bonne vo-
lonté pour cet Exilé , Ô^ cju'il ne lui
:ivoit point confeillé de mander le
Duc de Navaillcs ; avoiiant à Milord
de Montaigu , qu'il en avoit parié au
Roi 3 mais qu'il n'avoit pas trouvé à
propos qu'il £t ce que la Reine fa
Âlere lui avoit commandé. Il lui dit
auffi en confidence, que le Roi ne
pouvoit fouffiir , que le difgracié
reçût des grâces par d'autres mains
que par les liennes. Je ne fus pas fur-
piife de ce fenciment , le génie du
Roi le conduifoit toujours à vouloir
toute la gloire pour lui , fuivant Cn
cela les maximes ordinairenicn.t pra-
tiquées par les Souverains. Il cfr à
croire de plus 5 que le Miniflre , qui
écoit -habile, & auiîi inrereffé à la —
confervation de fa faveur , que le
Roi en qualité de Roi le pouvoit
cire au fourien de fon autorité , lui
avoit dit fur ce.fuiet tout ce qui pou-
voit plaire à un Maître , qui vouloir
que toutes chofes parufTent procéder
de fa propre volonté. La crainte,
qu'il eut peut-être, qu'on le pût foup-
S 7 çonnei-
42 4 Mémoires pour fervm : '
'^ûG^, çonner de favori fer les exilez , aug»]
menta Tes complaifances ,* car les>
amis, qui ne veulent rien hazardcr„
font quelquefois plus dangereux ea^
ces occafîons , que les ennemis dé-
clarez. Je ne veux pas dire pofitî»-
vemcnt 5 que le Tellier aie été tel
que je l'en foupçonnai alors ; mais,,
comme dans le nombre de Tes amis,»
il étoir lui-même celui qu'il aimoîc;
le mieux , je croi qu'il entra naturel-
lement dans les maximes de [a faulTé*
gloire du Roi , & qu1l applaudit-
facilement à ce qui palFe parmi \q%^.
Politiques pour une habileté necet^
faire. Je rendis compte à la Rcine-
Mere , de ce que Milord Montaigu'
m'avoit dit ,& lui appris la réponfe;
de le Teilier. Cette Princeife , quii.
malgré routes Tes douleurs^ avoit tou--
jours dé l'application aux intérêts de;
ceux qu'elle iionnoroit de fa bienveil--
lance , me fit l'honneur de me dire-
vivement , ôc avec un peu d'émotion».
que Monfieur le Tellier avoir ror^
de n'avoir pas fait ce qu'elle lui avoir:
commandé j qu^il étoic foible & mau»-
v*isami 3 & qu'il avoit menti , (voi--
lài
k l'Hifiolre à' Anne à* Autriche, 41)*
là fes propres mots , } quand il difoit 1 66 J^
jqu'il l\ivoic eonfeillée de ne pas man-
jder au Duc de Navailles de venir,
iconckiant enfin , qu'elle vouloit lui
ien parler encore. Elle le fit , & lui.
foutinr qu'elle avoit la parole du Rois,
i& qu'elle vouloit abfolument qu'il
envoyâc de leur part un Courier à ce
Duc. Le Tellier , ne Te rebutant:
point , lui fit mille & mille dificul-
tez 5 & lui dit : jQu'li et oit ami an
\ T>HC de Nav^.illes ; mais , qu'il ne con»
'venolt pas -pour f on -propre Intérêt qu'il
revint Jïtot, La Reine-Mere lui dé-
cida cette affaire en lui difant , ces
mêmes paroles : ^JMonpeur le Tellier^.
le Roi mon fils efi: trop honnête homme ^.
& trop ralfonnahle y pour manquer k la
parole qu'il rn'a donnée, 'Je veux que
vous mandle;^ le Duc de Navailles , de^
fa part ^ & de la mienne 5 & ^ en me»
me tems y je vous promets de l'infirmre-
de toutes vos dif,adte':( , & de lui
écrire qu'il choififfe , de venir voir le
R@l & mol\ ou de fulvre vos confells,.
Apres que cette Royale Sentence eut
été donnée ; deux jours après , qui
fut le dixième un Jeudi au fuir, le
Roii
4 i 5 Mémoires p^urfervlr
l66^* Roi vint trouver la Reiae fa Mere>j
<k lu^ dit publiquemenr , que comme
î\ fçavoic la boiine voloaré qu'elk
avoit pour NavaiUes , il venoit Iiit
dire qu'il l'avoir dcftiné pour eotn*.
mander dans les Pais d'A'ùwis , la Ro-
chelle 3 '^'' Bioliage , à la placer du.
Dac de Nîvcrs , qui étoir en iralie;
La Reine-Merc reçut cetie Nouvelle
avec joye. Elle lui en donna la pre-
xiîiere des louanges intinies , & ne fit
jamais aucun ieuiblant de lui uvoir
parié en faveur de ce Duc. Toute
la Cour loiia le Roi , ôc tous admi-
rèrent fa Generofité > d'avoir par-
donné à un Homme , qui lui avoit
déplu , le comblant de bienfaits , lorf-
qu'il paroi [îbit n'ofer feuteraeni efpe-
rer fon pardon. Le Roi lui -même
envola un Courier au Duc de Na^
vailles , lui porter deT*. part les Paten
tes de CCS grands Gouvernemens » qui
engageoient les Difgraciez à demeurer
hors de la Cour , où il ne les vouloJt
pas. Cet habile Prince , pour les
empêcher d*y venir , Ôc contenter la
Reine fa Nlere , avoit trouvé cette
louable iiivenLion , qui en efftt étoit
a van-
a l'HlJîoirs d'Anm à* Autriche. 427
rivantageufe pour les malheureux , lé<^X,'
fatisfaifanre en quelque fliçou pour la
RL'ine fa Mtre , & glorieufe pour
lai. Elle pouvoit même êcreurile-à
j fon Service , parce que le Duc de
Niv.'illes etoir propre à îe bien fcr-
va- dans ce Pofte fi confidérable , ou
il f.iioic uuHomme fiiele & capable
des grandes chofes. On peut j'iget
par cette Conduite du Roi , combien
"' etoit avide de Gloire , puis qu'il
*.n vouloit pas même laiiîcr les
-liettes à la Reine fa M.n'e. C'étoic
en êtte trop glouton \ mais la faim
qui caufoit cette glouconnie , toute
défe(5lueufe qu'elle eil , a toujours
'lété remarquée dans tous ks grands
flPrinces,^^ a éié en piufieurs la four-
ce de toutes leurs belles A6lions. Le
ijRoi vouloit tenir les Grands de fon
rîRoiaume attachés à lui , parla voie
de fes bienfaits , comme la plus belle,
& la plus fone : il dé(1ro'"t réunir
tout à lui ; 6c , par fa Conduite > on
peut voir , qu'en cette occafion tou-
te la finelfe de Louis onzième le de-
voir céder à la fienne. Elle lui dé-
voie être aufli plus honorable , étant
îxemp-
4 2. s Mémoires peur fervir
2é<^5. exempte de toute malice , & fuiviti
de bons effets. Il falioit feuiement^
pour contenter la Reine fa Mère , ac-
compagner cetse ambitieufe & delica»
te jaloufie de fincerité ; car , elié
ëfoit capable d'entrer en canfidenca
avec lui fur Tes intérêts > & incapable
d'en avoir quelqu'un qui pût lai
nuire. Perfonne donc ne parla de
cette Pïincelfe ,* & peu de gens cm
fçu la part qu'elle avoir eue à la bel-
le adtion que le Roi a voit faite. Je
lui dis un jour fur cela , pour la di-
vertir > que j'avois envie de dire toul
haut y qu'elle meritoît de partagei
cette gloire que Ton donnoit tou«
entière au Roi, & que je vouloî;
qu'elle fût louée auffi bien que lui
Elle me défendit ferieufement d'èr
parler à qui que ce fût , & me fi
l'honneur de me dire ; Ce que je von
lois faire efl fait , & d'une manlen
plus at^antageufç.pour ces pauvres gens
car 5 le Roi ne les voulant pas voir lem
a donné plus cjue je n'aurois o/e lui de**
mander. Grâce k 1)leH , me dic-eUei
encore , je ne me fonde point des ïouan^
ges : je fuis bien alfe que le Roi les ait
t0it£i
i VHlflolre à' Anne à' Autriche, 42^
toutes ; \e fovih dite qu'il vive ajfe^ ver» i66f,
îiieufement peur les mériter.
Le Duc 6l la Duchellc de Navail-
jles reçurent le Courier du Roi avec
beaucoup de joye & de rcconnoilTan-
ce envers lui. A l'cgard de la Reine-
Mcre y dont ils furent par mes lettres
les bonrez , ils n'oferent s'en vanter,
^ ils obierverent un grand filence
fur tout ce qui pouvoit avoir quel-
que rapport à cette Princefîe. Outre
les raifons qu'ils eurent de fc taire,
ils en purent avoir un autre que j'ai
roi! jours i-emarquë être naturellement
écrite dans le cœur de ceux qui re-
çoivent des grâces de la Cour. Ils
:ie veulent les devoir qu'à celui qui
iw eft le Maître, & croient que les-
ipparences de leur gratitude l'oblige-
ra à leur en faire de nouvelles. L'or-
gueil humain les empêche àufli d'a--
/ouer que les foins & les applications
ie leurs amis méritent qu'ils leur
lyent grande obligation At% chofes
ju'ils obtiennent , croyant qu'elles
ont dues à leurs fervices & à leur di-
gnité.
La, Reine-Mere 5 ne fc contentan»:^
pas
430 Mémoires pour fefvlr
\66ç, P^^ de répandre Tes charitables foin'
fur les Parciciiliers , voulut aulîî avam
que de mourir travailler à la confir.
mation de la Paix qu^eîle avoir faite
cnrrc le Roi fou fils c^ le Roi fon fre
re. Dans ce deffcin , elle ordonna ai
Marquis de las Fuentes , Ambafiadeui
d'Efpagne en France , d'écrire à a
Prince félon fes intentions , & de lu
mander qu'elle lui confeilloîr de pen
fera diipQferde fes n.ffiircs en fort'
qu'il laiilàt la Paix dans TEuropt
tout à fait arfermie ; que de boniK
foi il fie quelque raifon au Roi f
£ls fur les juftes prétentions qu
avoit fur la Flandre , vu que par le
Loix de ces Provinces elle paroiifoien
devoir appartenir à la Reine. Se
légitimes fouhaits n'eurent pas le fuc
cez qu'elle avoit dcfiré : elle eut a'
contraire le déplailir de perdre ce fre
re qiT'elle avoit tant aimé, fans qu'el
le pi}t efperer de lailTer fa Famill
dans .la polffÛlon a(Tûrée d'un biei
qu'elle leur avoit procuré avec tant d
foin.
, La nouvelle de la mort du Ro
Sei>tem^ ' d'Efpagne arriva à la Cour le 27
a l'Hijhlre à* Anne à' Autriche. 43 !
[epceiiibre , ^ ce Prince étoit moit i^^^\
: : dix- fcpt du même mois. La Reine
*e jour-là étoi: allée aux Catmelices.
■ ,€ Roi lui manda de revenir au ^
.ouvre chez elle dans fa Chambre '
ù il Tatcendoic, & de ne point ei>
rerchcz la Reine leur Mère, avanc
ue de l'avoir vu. La Reine revinc
ufîî-tôt 5 pleine d'inquiétude & de
rouble , de ce que le Roi lui venoîc
c mander. Cette Princefle , étant
hez elle j lui demanda le fujet de
n recour , &: fi la Reine fa Mère
toit plus mal ? Le Roi lui dit que
on , mais qu'il avoit de mauvaifes
ouvelles à lui dire , 6c qu'il étoit
ché de lui apprendre que le Roi Ton
ère étoit extrêmement malade. La
çin- 5 voyant bien qne ce qu'il di-
it vouloit dire qu'il étoit morr ,
»cria & lui dit , 'je l'ai perdti : dites^-
mol , je vois que ce a r/efi cjne trop
au Devinez ' le i lui dit le Roi,
je ne vous le ■ puis dire. Cette
ncefTe alors , n'en pouvant plus
uter , fe jetta toute pâmée de dou-
r entie les bras du Roi , & pleura
xeûivea^nt. Elle en fut fi verita-
blemenc
4 5 2. Mémoires pcurfervir
l46'i t)lenient affligée , qu'elle força 1<
Roi d'accompagner de quelques lar
mes celles qu'eile répandit en grand
abondance. Après avoir paifé ce
premiers fentitncns , qui à notre hon
te ne p^ffent en tous que trop brié
vement , elle fc mit au lit & le len
demain elle y fut encore jufques a'
foir i mais , voulant voir la Rein
fa Mère , elle jetta un Manteau d
deuil fur elle , & defcendit dans f
Chambre. Cette PcinceiTe , qua
mourante j aprenant cette même non
velle , avoit pleuré, & dit feulem>en
parlant du Roi fon Frère , qu'elle 1
luivroit bien - tôt. Quand elle fçu
que la Reine venoit la voir , elle not
conamanda à toutes de fortir de f
Chambre , afin , fans doute , de poi
voir fe plainare de leur perte commi
ne avec plusjde liberté.Cesdeux grar
des PrincefTes s^embralTerent avec 1
douleur 6c les larmes que méritoit 1
tendrelfe que ce Prince qu'elles regrc
toient avoit toujours eu , & pour lu
ne , & pour l'autre. L'AmbalTadeu
d'Efpagne , feul témoin de leur^dou
leur , joignit fes larmes à celles qu
ïé
k VHîjlotre â*Anne â* Autriche, 4 5 $
répandireiic en cette occafion les lé^f,
^eux premières Femmes du Monde
en Grandeur Ô^, Dignité. Lui &L la
Molina , qui feule de Femme y fuc
ifoufferre , tâchèrent de les confoler ,
par la confidération du borsheur éter-
nel , dont apparemment joiiiirûit ce
prince. Il avoit éié toujours mal-
heureux ; mais , il avoir fça profiter
idans cts dernières années de fcs Af-
ildions , de fes Pertes , ôc de Tes
Maladies ; aiant fait de toutes ces
chofes un continuel facrifice à lajuf-
^tice Divine , afin d'éviter par cette
•Pénitence les juftes chaumens de fes
Péchez , & de fes Débauches particu-
lières , & publiques. Elles avoienc
par Ton exemple beaucoup aucorifé le
vice de fes Peuples , qui préfente-
; peut font deshonnorez par l'excès
de leur débordement. Après cette
crifte Entrevue , les deux Dames
i^Honneur , la Comielfe de Flex , &:
la Duchelfe de Montaufier , rentrè-
rent dans la Chambre de la Rcine-
Mere , & snoi avec elles. Un long
fiience de la part des deux Reines , &
ine Converfation fort languiflTanre
454 Mémoires pour fervir
l66^, de la nôtre , dura iufqu'à l'heure
que la Reine remontaldans fa Cham-
bre, où le Roi au forcir du Confeili.,
vint fouper avec elle. Ce Prince é-i»
toi: déjà peut être occupé du défini
de tirer [es avantages de l'état où la *
Mort du Roi d'Efpagne mecroic for
Royaume, Il ne laiflbit après luiji
qu'un Enfant > un peu plus jeune qu{
Monfieur le Dauphin , Ôc Ci mal fain
qu'il ne paroiiroit pas devoir vivre
Il étoit Fils d'un Père foupçonné d(
beaucoup de maux , 6c qui par 1;
perte de fes autres Enfans donnoi
lieu de croire , qu'il écoit difficil j
qu'il leur piit donner de la fanté '
puifqu'il n'en avoit pas lui-même t
Mais 5 comme Dieu en donne a qn *"
il lui plait , ce jeune Roi parut e
avoir , après la mort du Roi fon Pc
re , plus que l'on ne pouvoit raifor
nablement l'efperer. On écrivit a
lors d'Efpagne , qu'il fembloit mêiï
avoir pris la Couronne avec l'efpc
rance , non feulement de la vie , mai
d'une vie accompagnée de bonheur
car comme félon la coutume de c
Royaume , on le proclama Roi , fe
Su
à l'HîjloIre i'Anne â* Autriche, 4 5 j
Sujets prirent à bon augure de ce qu^ xééC,
de deux CKaifes qu'on iui prefenca ,
jdonc Tune étoit en broderie d^or , Se
jde perles, mais vieille èc fort efface'c^^
qui avoic autrefois fervi à Charles-
i^^uint , Se l'autre écoit toute neuve ,
brillance , & d'une riche Broderie , it
prit celle de Ton illuftre Ayeul, en
répétant dô Con. propre mouvemenc
es paroles de celui qui lui avoît dit,
qu'elle avoic fervi à cet Empereur , di«
aiic , Afervîdo a Carlos PHÏmo ? Pues
n nombre de Dios ^ me qmerQ fentar en
Pendant que h Reine-Mere fbuf- clTriL
mt'
Jje
loic , & que la Reine j.^ttoic des L^r- -^
les pour le Roi fou Père , le Roi , ienx ^.one
ue la loue'ieur des maladies .^e U 1"* ""."*
.eine la Mère renaoït moms (entiDJe w>,^^i;r
la criftede , attiré par ies plaifîrs , fe
ti'iroic aller facilement à eux. L'hi-
er , qui convie aux D.vercilTemens,
c que le Roi & Morilîeiir, qui cru-
nu que les maux de la Reine leur
l:re ne finiroiencpas (î tôt, confen^
renc quafi malgré leur raifon à fui-
re les fencimens de la Nature , qui
y lieu de la douleur , voudroic tou-
lurs de la joye^
Tome K T La .
j^té Ale?nolres pour fervir
1666. La veilie des Rois , il y eue grand
^ç Bal chtz Monfieur 5 & malgré l'a-
^anvier. niitté qu'il avoit pour la Rtme fa
Mei*e> il ^^ lailTa pas d'y prendre plat-
fir. Ce Bal fut précédé par un grand
Soupe, accompagne de toute la magni-
ficence requife en de telles occaftons,
La Reine , qui n'alloit point cette an.
née a«x Divertilfemens , fit elle-mê.
vnQ accommoder 1*H bit du Roi , qu
etoit de Drap violer, à caufe du Deui
qu'il portoit du Roi d'Efpagne foi
Beau-Pere ; mais fi couvert de grolTc
Perles &de gros Diimans, quec'éroi
wne chofe merveilleufeà voir. Mon
fieur de Madame étoienc de mêrr
fort parez ; c^r l'un & l'autre n*(
loienr pas fâchés de faire voir, qu'i
ctoient aimables. Monfieur n'avo
pas de paflion dans l'ame , qui par
le tourmenter. Au lieu d*aimer
beauté des Dames , il aimoit lui-nî
iTie à leur plaire par la fienne , & leu
ioiianges ne lui déplaifoient pas.
fe diverti (Toit en leur compagnie , ras
il paroilloit à fon procédé avoir da
le cœur tant d'innocence à leur égar
que les plus dangercofes par leu
charaies vivoient av4c lui , & l\^ï av
el
i!
h l'Hifto're (TJ'fip.e â*Jutrkhê, 457
elles aulTi moJeftemenc que s'il eue i6^3.
jécc lai-mêaie une Dame. Cette Fcce
fe Jomia fous la neceffiré apparente de
quelques Etrangers d'importance, z
Kjiii le Roi voulut faire voir la Gran-
deur & la Beauté de la Cour.
Il fallut alors que le Roi & Mon- Le s.
fîeui miflTent pour deux jours quelque J* vice
intervalle à leurs Divertilîemens ; car
.1 Reine leur Mère empira beau-
roLip. Le lendemain , jour des Rois,
:!!d retomba dans de nouveaux acci-
iens 5 1.1 fièvre lui redoubla , el!e ei«
m grand frilfon , & il parilt une au-
re Éréfipelle , que I*ou die erre Tor-
li uire effet des Cancers. La Reine-
VLre étant dans uîi état pire que la
nort , on crut q'.i'elle devoit être Ia(Tè
lu remède d'Alliot , qui lui caufoic
nredament une douleur infupo-table ;
niisells n'en parloit point , & il fal-
oit à peu prés le deviner. Plufieurs
^"iTonnes lui propoferent de le quitter»
z de fe mettre entre les maîns d'un
-Î3mme qui fe difoit de Mt?\n,qui
epuis quelques tsms étoic venu s'in»
rodait e en France , difant qu'il avoit
m remède infaillible pour le ml de la
leine-Mere. L'AmbalTadeur d'Efpa-
T i ont
9
3 33 Mémoires fourfervlr
léCé S"*^ avôic écrit en Italie pouu fçavoir
de Tes nouvelles , & les relations n'en
avoient pas été avantageufes , nnais il
traitoit une Femme qui paroifîbit fe
porter mieux , depuis qu'elle fe fervoit
de lui. L'indifférence de la Reine-
Mere écoit li grande fur ce qui rcgar-
doit fa vie , qu'elle ne paroifToit point
avoir de volonté déterminée , ni de
prendre ni de laiifer Alliot. Quand
on lui propofoit de le changer , elle
difoit qu'un autre peut-être feroit en-
core pis ; & on ne pouvoit appercevoit
en elle qu'une ferme refohnion d<
fouffrir. Elle s'abandonuoit entière-
ment à la volonté de Dieu , jufquej
à s'abandonner au(îi en routej chofe
a la volonté dçs Hommes. Chacun f
iTîcloit de lui donner des Confeils
mais elle n'en recevoir aucun , & vu
paroilToit pas même fort appliquée .
les écouter. Elle renvoyoit toujour
au Roi ceux qui lui en parloient, ô
le prioit d'en ordonner. Il paroi flbi
y penfer avec alTez d'application, pott
îaifTer voir en lui que l'Aroiriéqu'i
avoit toujours eue pour la Reine (
î^rlere n'éioit pas éteinte dans foi
ccjeur ; mais la Rcine-Mere empiroit
àl'Hlfiolre à* Anne ^Autriche, 45^
j & les Médecins , qui peu auparavant i^é^*
! dans un bon intervalle qu'elle avoic
eu j avoient dit qu'elle ne mourroic
;pas de Ton Cancer, en defefperoienc ,
! & ne fçachant plus que faire , lui per-
jfuajerenc de fe fervir du Milanois. El-
le y confentit aufîi-tôt , fans montrer
ni efpoir , ni crainte, ni répugnance :
& le neuvième de Janvier cet Homme
jlui appliqua fes remèdes ; mais ils
in'eurent point d'autre effet que de
hâter fa mort.
Ce même jour , il y eut des Fian-^
cailles, au Priais Royal, d'une Fille
id'Honneur de Madame , nommée Ar-
ligni , Confidente du Roi & de Mlle,,
de la Valliere. Le Roi lui donna de
coniiderablcs forames d'argent , & la
lie époufcr au Comte du Ro«k , avec
de grands avantages qu'il lui fît. Elle
lîut fujec , félon Us fauHes Maximes
l\i Monde , de s'cftimer heureufe s
i'^avoir été la Confidente des fecrets
lu Roi ; car de pauvre 6c accableV ^
ie la mauvaife Fortune > elle devine
jne grande Dame.
Après les Fiançailles faites au Palaît-
iloyal, fuivic une grande Fête chez le
Duc de Ciequi , Parent du Comte da
T i Roule >
44 o Mefnoîret pour fervlr
l$66» R'^ule 'y c'eft-à-dire le Bal , la Cornai-
die , Se un granJ Soupe'. La Reine ,,
qui ce foii-là ecoit feule aupre's de U
^eine fa Mère , &r qui par la raîfon
de Ton Deuil , ainfi que je viens de le
dire, ne pouvoir eue d'aucun diver- [
tiffement , murmura contre celui-là^ j
Il lui déplaifoit encore plus que les
autres, à caufe de la patt que Mlle,
de la Vaîliere y avoit j car rouces ics.
faveurs faites à Ton Amie d'AitJg'^i
tiroienc leur fource de la fienne. La
Reine-Mere, avec fa douceur ordi-
re 5 répondit à la Reiiie , qu'il falloit
pardonner les emportemensde la Jeu-
îielfei mais , de la manière qu^elle Je>
difoit j il me parut clairement que fort
C(±ur ne s'accordoit pas avec fa prgj-
dencc. Ce n'eft pas fans fujec qu€,
les Poètes ont feint des Demeures
délicieufes , où leurs Héros refloienc
enchantez > c'eft. à- dire , privez de la
connoiîTance de leurs Devoirs , ôc
fournis aux illufions des fens j puifque
les paffions ordinaires , par leurs ef-
fets , nous font voir de nos yeux dfs
Hommes fages avoir des intervalles
d'emportement , qui leur font perdre
Tufage de leur raifon , de les empé-
ehcnt
àl'HiJlotre â* An'/ie à* Autrtche, 44 T
chent de faire aucuns A£tes de la xé^^a
vertu qu'ils onc naturellement dans le
ctEur, &: dont ils ont donné d'éviden-
tes preuves, J'étois feule auprès des
deux Reines > & leur converfation fur
cette grande matière me faifant de la
peine , pour les détourner toutes deux
de CCS fâcheufes penfées , & leur fn*-
le changer de difcours , je leur dis^
que j'efperois aufîî que nous aurions
notre tour , & que nous danfcrions
au Printems. Mon dire étoit fondé
fur une Prophétie , qu*un de îdcs A-
mis le matin de ce même jour me dic-
avoir été faite , & que j'avois contée
à la Reine-Mere. Il m'avoic appris,
qu'un grand Aftro'ogue de notre tems-
alTuroit qu'elle guériroit vers ctx.Kt fai-
fou , &c cette fabuleufe Prédi6i:ion> me
faifoir efperer quelque merveille du
remède du Milanois : mais , c'étoic
d'une manière qui ne me confoloiV
guère ; car je voyois des chofes trop
contraires à cette Prédiâaon , pour cft
tirer quelque efpoir véritable.
Le lendemain des Fiançailles de
Mlle. d'Artigni , qui fut le dixième '^
du mois , la fièvre de la Reine-Mere^
q^ui le jour précèdent avoir été moin-
T 4 drcp.
Il
;l
442. Mémoires four fer vîr
\ééé. drc, redoubla par un grand friffoit^
qui lui dura long-tems. Malgré ce
• fâcheux accident , le Roi & Monfieur
furent à la Comédie avec la nouvelle
mariée. Le foir , les Médecins trou*i
verent la fièvre de k Reine- Mcre fort
allumée , &: fon poulx étant mauvais,
ils jugèrent à propos de la faigner. La
Reine au(ïî-tot le manda au Roi. il
vint après que la Comédie fut ache»
Tée,voirla Reine fa Mère, quive^
noie d'être faignée. D.ins ces érats fi
«erribles , elle paiîa de cruelles nuits,
^ l'excès de la douleur la forçant
quelquefois de foupirer de tems en
tems , parlant à Dieu, on entendoic
qu'elle di foi t , ï^elas , Seigneur \ je rmu
plains y & vous voiàe^. que je foujfre.
Depuis qu'elle fc fervoit du Milanois,
Ton Martire étoit augmenté , par la
puanteur qui forroit de Ton Cancer,
Cette fouffrance écoit fi contraire h^
ion inclination , qu'on peut dire avec
vérité , que ce mal feul en étoit un'
fort grand pour elle. Un de ces jours,
comme elle Te plaignoit de cette in-
commodité , étant feule auprès d'elle,
elle me fit l'honneur de me dire tout
tas j Di€H veut en cela me châtier ,
i
I a VHlflolre d'Amie d'Autriche, 445
\i^ avoir eu trep d'amour propre , cr |^'^^^.
savoir trop aimé la beauté de mon
^orps.
Le quinzième , on donna à la Rei-
iie«Mcre une médecine, & les Méde-
cins , s'imaginerenr qu'elle lui avoic
f*ic du bien ; mais la nuic fuivanre y
file fuc tres-maUde. Sa douleur fur
p grande , qu'elle Te fcntit comme for-
cée de jetcer des larmes , qui fortirent
le fes yeux avec abondance, Mlle, de
^eauvais , qui la veilloir, me conra le
endemain , que cette verrueufe Pnn-
;eiTe lui avoir dit, J? ne pleure pas ^
es liâmes , (jne vous voye^forttr de mes
ief:X , c'eji la douleur c^ui les comramt
le forth \ car vnns fçavez ^ue je pe/uis^
ms pleureiife. L'Archevêque d'Auchs
'oyant le m.auvais état où elle étoic y
'en avertit , ôc lui parla clairemenr
u peu d'espoir qu'avoient les Mede--
ins de fa vie. Elle Ten remercia ;'
: fans s'étonner de cette Harangue^,
en fît aucun femblanr.
Depuis quelques mois y la Reine--
Icve fe confefToit tous les jours , &^
)nConfeircur l'emrecenoit long-tems»
le en avoir un alors , qui étoit venu
'£(p,agne, qui fe trouva par bonheur
T 5, pour
444 Mémoires pour fervir
l(fé6, poii'^ ^^^^ ^lî^ bon Religieux & fça-
vanc ; fî bien c^u'il eft à croire qu'elle
étoic bien préparée à ce grand voyage
de l'Eternité , qu'elle dévoie faire
bien-tôt. C'ed ce qui caufoit en elle
cette grande Paix. Une aurre nuit des
dernières de (^ vie , la même Mlle, de
Beauvais m'a conté , que quelques-
unes de Tes Femmes , &c elle , étant
auprès de cette conftanre Princeire ,;
elle leur die , 'Je fçal l'état ou je fuis i
je fens que je ne pms plus vivre j & je
voï bien à vos mines y que vaus en êtes
toutes auffi perfuaâées que r»ol. Une
de celles , qui étolent prefentes , s'é-
tanc mife à pleurer, la Reine-Mere
lui dit prefque en riant , & comme U\
moc quant d'elle , Vraîement NkU ('c'é !
loitainfi que s'appelloic cette Dame
Vous êtes bien fttte ; & ne f^ut-ïï pa
mourir / Et de pUs , quand cela fera
vous pleurerez, j mais ne vous en affii
gez pas avant le tems^
Le Samedi feiziéme du mois , jeii!
pus aller au Louvre , & comme j'en
voyai {ouvent fçavoir Q.t% nouvelle
de la Reine- Mère ^ on me manda tou
jours qu'elle empiroit. Le lendemai
Dimanche au matin ,, je la trouvî
■k l'Hlfioke S Anne é^AnVrkhe, 44/
îrés-mal, & tolue fa Cour dans une idd^-
glande confternation. Monfieur , en
me voyant , me fit l'honiieur de m.e
dire , Que fîtes ^ vous hier , que vous
I n'étiez^ piîi ici f ISfons eûmes mie terri"
i ble johrnée. Je parlai au Milanois. fe
le trouvai fans parole , & les Méde-
cins fans aucune cfpcrance» Une E-
réfîpelie étoit fortic tout de nouveau j
mais elle n'avoit fait que paroitre
& nVvoit' point eu d'autre effet que
de lui avOïr fait enfler les bras & les
nYains , <Sc même la gorge. Outre ces
mauvais accidens , elle avoit le poulx
mauvais 6<: foible.
La douleur que je fenris , voyant la te î^.
Reine- Mère en cet état , mie fît fartir ^^"^'''^'
d'auprès d'elle, afin d'aller chercher
hors de fa prcfence quelque foulage-
ment à ma peine. Je m'en allai à la»
Mîde aux Jacobins de la Ric Saine
Honoré. Là , j'éprouvai ce que c'eft
que de perdre ce que l'on aime ; mais-
ayant repris des forces en ce lieu par
la foumiiïion que toute ame Chré-
tienne doit avoir aux volonrez Divi-
nes , je retournai au Louvre -y ca-r
i inquiétude & la triftelîe nous por-
tent naturellement à changer de lieu,
T e Corn-
44^ M.€ moire s pour fer vir
Comme j'entrai dans la Chambre de
cette grande Reine , je trouvai Mon-
iieur feul auprès d'elle, affis au chevet '
de Ton Lir, E^le étoît dans fon meiU-^
leur tems ; je veux dire dans l'inter- ^^
valle de Tes redoubiemens. Elle etoic -
même un peu mieux que le matin r
parce qu'elle s'écoit aifoupie pour •
quelques momens. Ses fouffrances
ne iailToient pas d'être excefEves : je
le connus à fes yeux ,. & malgré fon
filence je vis ces douleurs. Je me-
mis k genoux devant Ton Lit , &
comme je voulus lui toucher le poulx,.
elle me fit l'honneur de me dire ces
mêmes paroles : Madame de Motte^ -^
ville , je fotijfre beaucoup. Il n'y a '
point â' endroit en mon corps , dans le»
qnel je ne fent^ de trés'gra^des dou^
leurs* Puis , levant les yeux au Ciel^
elle dit , Dieu le veut. Oui , mon
DleH , vous le voulez > & je le veu:>o
bien 4uj]i de tout mon cœur» Oui ^
mon Dieu , de toutr mon cœur, Mon-
fieur , tendrement touché de ces ad-
mirables paroles , fe mita pleurer , &'
les larmes m'étant venues aux yeux,,
je me retirai d'auprès d'elle , fans pou-
if oir lui re'pondr^. Dieu étoit dans
foi^
à l'Hîftolre d'Anne d'Autriche, 447
ion cœur , qui lai donnoit toute la té^j?»
pietc & la patience , dont elle avoir
befoin. Les raifonnemens des Créa-
tures n'y pouvoient rien ajouter. Il
ne reftoit rien à faire à ceux qui a-
YOient l'honneur d'être auprès d'elle,
qu'a l'admirer ; mais eeit£ admira-
tion pouvant être dangereufe à Ta per-
fection , le mieux étoir de fe taire , <5^
de remercier Dieu des grâces qu'il lui
faifoir. Apres ces marques de vertu ,
de fourni ffion , & de patience, cette
admirable PrincelTe nous çn donna de
la force de Ton ame y car la Reine
étant arrivée là-deirus , elle s'alïît au-
près d'elle , & Morifieur fe raprocha.
L'AmbalFadeur d'Efpagne entra dans
ce même inftant , qui apporta ^qs
Lettres à la Reine, Il s'en trouva u»
ne de la Reine d'Efpagne , qui écri^
voit à la Reine-Mere fa Tante , & fa
Belle -Sœur tout enfemble. Elle la
prit 5 ôc pria la Reine de la lire tout
haut 'y ce qa'elle fie. Cecre Lettre é-
to't bonne , bien longue , & de bon
fens, Monfieur , voulant s'inftruire
des grandes chofes, fit plofieurs quef-
îions à rAmbalfadeur d'Efpagne fut
Les, Affaires de ce Royaume, à fur le
Gou-
44 ^ Mémoires pour fervir
i666, Gouvernement de la Régente Cet
Homme écoit naturellement grand
parleur. Il amplifia cette convcrfa-
tion de quantité de paroles inutiles, de
la rendit fort longue. La Reine-Meie,
malgré la mort de la douleur , encra
dans toutes ces Narrations, avec un
êfprit aufîî orefent, que Ci elle eût été
en bonne fancé j puis elle-même ptit
la Lettre &: la mit fous Ton oreiller ,
difant à la Rtine tout ce qu'elle defi-
roit mander à cette Reine Régente ^ à
qui elle devoit faire réponfe au lieu
d'elle. Pendant ee îems»là , je m'oc-
cupai davantageà remarquer la ferme»
té de la Reine-Mere j toujours égale
en tout tems , qu'à écouter les raifon-
nemens qui fe firent fur la Cour d'Ef-
pagne 5 5c ceux qui pourront lire
queîq^ue jour cqs Mémoires trouveront
fans doute que j'avois raifon. En ce
sEnveri- même momc-iu, la Sttiora Molina s*a-
^f.^."'!^*' „ procha de cette illuftre Malade , Ôc lai
bieurouge dit tx\ Eipaguol, jûje , que vuejira.
b Corn- Mairefiad es muy coïoradko, a Et la
ment\ Reiuc-Mere , de fan^ froid , & com-
Yaiune ^'^^ CH nanc , lui répondit, T como^
bonne MoïîYia r ^« verdtid que tengo may
^''^^ bmna Cdemurah, Auili - tôt après
cette
a l'Hiftoire d'Anne d^Amrkloe. 4^9
cette tranquille converfation , la Rei- iCC^^
ne Mère eut un redoublement qui fut
plus violent que les autres. Elle con-
nue qu'elle ev-npiroit ^ & le dit à l'Ar-
chevêque d*Auch , qui en demeura
d'accord avec elle j mais 3 comme il
ne la trouva pas encore allez mal pour
lui donner le St. Viatique , elle con-
clut de communier après minuit,
A l'heure ordinaire , c*eft-à-dire à
dix heures du foir , la Reine-Mere
donna le bon foir à la Reine, à Mon-
fîeur , ^ à M-adame, il nous parue
à laComtelfe de Flex & à moi , qu'el--
le les prella départir avec plus d'âpre»
té qu'elle n'avoit accoutume défaire.
Elle étoit plusabbati":ë & plus oppref-
fée de fes excefîives douleurs ; & ,
comme elle n'aimoit point à faire
voir fes fouffrances, elle voulut alors
ê:re feule , afin de pouvoir endurer
fes maux avec moins de contrainte»,
Ce même foir en voulant prendre
des œufs frais qu'on lui fervit , elle
me parut dans un fort mauvais état ; ,
t<, dans ce feul inftant de fa vie> elle
parut avoir plus de foixante ans ; car
fon corps , par Tenflure de (ts bras 5
ds fes mains , 6c de fon vifage , ccoic
&
4 f o Mémoires pour fervîr
fi appefanti , qu'à peine pouvoit-ellè
lever la tête , ni haulfer fes mains
jufqu'à fa bouclie. Il écoic difficile
de voir une fi grande PrincelTe en cet
ctar, fans envîfager fortement le néant
de la Créature , & combien tous leS'
feconrs fonc inutiles, quand il plait à
Dieu de détruire les premières Perfcn-r
nés du Monde,
Depuis les grands maux tîe la Rei^
ne-Mere , elle avoit accoauimé, quand
fa Royale Famille l'avoit quittée, &
que le rideau de fon Lit était tiré , dé
faire dire les Litanies de la PafîîoAj,
avec beaucoup d'autres Prières i ce
que l'Archevêque d'Auch faifolt pour
^ordinaire , ou quelqu'un' de fes Au-,
raoniers. Apres qu'elles eurent été*
dites, on fe retira d'auprès d'elle , pour
voir fi elle n'auroit point quelque mo-
ment de repos j mais bien loin d'en-
avoir , nous l'entendîmes toujours fe*
plaindre , ce qu'elle fe permettoit; de^
faire quelquefois la nuit , mais j imais
\t jour , parce que la nuit elle éroic
plus feule , & ne craignoir point de
faire de la peine à perfonne.
Après minuit , fon grand Aumonîef
lui dit la Meife d^ns fon Ckatoire, qui
ctoit-
ï
^ l'Hiftoîre ^Anm d'Autriche, 4; i
etoit à la ruelle de Ton Lito II la \^^^
communia , & je remarquai cju'elle
reçut Notre-Seigneur avec une dévo-
tion toute extraordinaire, Il fembloir,
vu le calme ©ù elle e'toic , que fes
douleurs & fes maux TeufTent quitte'e,
car Ton application à Dieu étoit fi
grande , qu^il étoic aifé de voir que
Tarae en ces occafions l'emportoit fur
le corps. Elle fut fervie, après TAr-
chevéque d*Auch , de l'Evêque de
îMan k Çon premier A^nionier , de
'l'Abbé de Guemaieu , Ton Aumônier
ordinaire , 6c de quelques autres , de
la ComtelTe de Flex fa Dame d'Hon.
neur , & de la DuchefTe de Noailles
fa Dame d*Atour. Le lilence & la
folitude de la nuit u^empêcherent pas
'\\^t toutes ces perfonnes ne rendifTent
3ar leurs grands refpeéts , & par leurs
everences réitérées, tous les honneurs
jui étoient dus a une (î grande Prin-
.elfe , qui étoit en NailTance & Di-
gnité la première du Monde j mais
oute fon élévation alloir être annéan-
ie , & cette fi augufte Perfonne , Ci
ftimable & fi révérée , malgré nos
buhaits , alloit être effacée du nonî-
45 i Mémoires four fervtr
i(S66. bre des vivans , parce que DJen , 1-
Dieu des vivans èc des mores le vou
lo'it ainfi.
Le Lundi , après avoir un peu re
pofé, je retournai au Louvre de boi
te 18. inatin. La Reine-Mere avoir beau
janvier. coLip foufferc depuis fa Communion
fa fièvre Se les fâcheux accidens de [
maladie angmencoient plutôt que d
diminuer» Le remède du MiKnois
étant de foi fort violent , avoit fai
confommer les chairs du Cancer tro
promtement , & les efprits étant diffi
pez , la nature n'avoit plu$ de force
pour jeiter dehors l'humeur de l'Ere
iîpelle. Cette humeur s'e'toit tellemer
jettéc entre cuir ôc chair , que fes c
pauîes commençoient à s'ulcérer ; t
comme elle ècoit toujours couche'e fu
le dos , elle y fentoit beaucoup de ma
Elle me commanda de les rouche:
Je les trouvai déjà toutes pleines d
glandes ; & je fus étonnée de ce qu'el
le foufFroit une Ci grande augmenta
tion de douleur fans en parler» Je 1
dis aux Médecins , afin de les oblige
à y mettre quelque chofe. Ils le pro
mirent , ôc je vins le dire à la Reine
Mer.
k fBlfialrû d'Anne d'Autriche, 4^5
Mère. Cette pieufe «Se confiante Prin- l^^^*
cclîè, ne fc regardant plus devant D'eii,
qu'avec les fentimcns d'une Chréden-
ne pleine d'humilité & de l'unique
dedr de faire pénitence , me fie Phon-
neur de me re'ponJre toute occupée
eu Dieu , J'^i ^ba-^donué mon corps k
la jufltce de Dieu : les Hommes en fe^
ïout tout ce qiiii leur plaira. Comme
les Hommes étoient ociliinez à la fai-
re louiïrir , ils ne mirent rien fur Tes
épau'es, ïl cft à croire que Dieu l'or-
donnoitde cette forte, pour la puri-
Bcr davantage à fes yeux,
La ComteiFe d'ille a alors s'étant o.T)amt
îpprochée de la Reine-Mere, elle lui ^'^^y'^"''
iic qu^elle founroit d'exceflives dou- du meriisr
cars , & lui parlant de la peine qu'eî- ^„/^'v/î
e avoir de lamauvaife fcntcur qui for- p'^if-
oie de fon fein , après une réflexion
|ii'elle fit fur l'état où elle étoir, elle
LU dit en la reg^^rdant fixement , 3c
OMchant fon dr^p , H^ \ Condejfa ,
^uvanas de Batlfîa', Cçndejfa^ favar.as
le Batifia b / Elle voulut lui marquer ^ "^^^
)ar ces paroles , oc en Ini montrant da Draps
es draps, qu'elle fc reprochoit alors '^f^^'fi'>^
es delicacelies trop grandes quelle dtBAii^ie,
avoit co'^'e^^i
4f^ Mémoires pourfervlr
666, avoit eues pour fa Perfonne, qiianj
étant en fancé elle ne pouvoir fouffrit
que des Draps extraordinairemenc fins,
Cette Dame pre'cendoit venir d'un Bâ-
tard d'an des derniers Rois d'Arra.
gon. Son mari étoit Catalan de Na-
tion ; Ton nom ccoit d'Atdenne j il
s'étoit révolté contre le Roi d'Efpa-
gne fon Maicre , & l*avoit quitté poui
le donner au roî, L*un 6c l'autre a-
voient de la Pieté , de l'efprit , &c du
mérite j & la aeine-Mere eftimoit af-
fez cette Dame.
Sur les dix heures du matia, h
Reine-Mere fommcilla un peu , plutôl
par excès de lalîitude , que par um
bonne caufe, A fon réveil » le roj
la vint voir , qui n*y tarda guère ; cat
dans ce moment il falloir qu'il allai
au Confeil. La Rçine & Monfîeur .
étant reliez auprès d'elle , fe mirent à
parler de chofes indifFecentcs pour ef-
fayer de la divertir. J'étois au pied de
fon Lit. Cette PrincelTe , jufqu'à fa
fin toujours occupée des befoins des
autres , eut foin de me demander fî
favois diné > car alors il étoit tard.
Quand je lui eus dis que non , elle
nie
a l*HIJhtre d'Anne à' Autriche, 4//
wz lépondic avec cetce douce «Se hou- i6^é,
icta manière , donc elle fçavoic char-
wtï ceux qui avoienc l'honneur de
'approcher , J'^ous a.z;ez hkn la mine
ztijourd'hm de ri y pat aller. Allez >
■ille^ , diner chez la Aialina : voulant
lie dire par-là, qu'elle connoiiroii: que
*écac où elle étoic me rendroit incapa-
ble de penler à mes befoins. Voilà
ine des dernières fois qu'elle m'a fait
'honneur de me parler ; car la more
îepuis cet inftanc la força d'oublier
:cax qu'elle honnoroit de fa bienveil-
ance, pour ne s'occuper plus que de
^Eternité , & de fa Royale Famille*
Rlle voyoic de prés ce terrible mo-
ment , qui dévoie bien-côc la feparer
3our jamais de la Terre, Elle defiroit
ans doute d'aller joliir de ce Repos
|ui ne finit point 3 mais avjnc que
le le pofleder 5 il falloir que ce qui
îtoit de corruptible en elle prit fi» : &
•e palTage Ci affreux à tous , Se qui
nalgré fa confiance lui paroilToit tel ,
'toit une alTez grande affaire pour
emplir toutes Tes penfe'es. Sur les
rois heures après midi , fon redou-
)leracnc la prit , ôc les Médecins
rouyercnt qu'elle ^mpiroit. L'Arche-
vêque
45^ Mémo tr es pour fer vlr
iij66» vêque d'Auch alors lui parla plus po-
fitivement des approches de la mort i
ce qu'elle reçut à fon ordinaire ; car
il y avoic long-tems qu'elle étoit ac-
coutumée à cette Harangue. Il lui
confeilla de faire une revue fur rou-
te fa vie, & de la partager en trois
Etats , en celui de Ion Enfance juf-
qu'à fon Mariage , depuis fon Mariage
jufqu'à fa Régence , & depuis fa Ré-
geucQ jufqu'à l'heure où elle étoit. El
le reçut ce confeil . & fe mit auflî-tôt
en état de l'exécuter. Elle fut quel-
que tems a y penfer , puis fie appro*
cher fon Confeiliur 5 Se l'ayant fait
aiïeoir auprès d'elle , elle commença
une converfation avec lui , qui pa-
îoi (Toit plutôt une légère revue qu'a-
ne Confefîion générale , faite avec le:
applications d'efprit que demande cet
te adion j car elle foufFrit 5 que quel-
que peu de perfonnes demeuralTen
dans fa Chambre , & j*eus Thonneu»
d'être de ce nombre. ^f
Le foir à dix heures , le Roi , U
Reine , Mcnfieur , Se Madame , apré
qu'ils eurent foupé , rentrèrent à lem
ordin \ire dans fa Chambre 5 mais ellï
les prelTa inftammeut de la laifTer, 6i
d€
iji
iJii
àVHlficireà' Anne ^Autriche, 457
;cle fe retirer. Le Roi , voiilaiic kû i^<^^4
obéir 5 s'en alla \ ôc la Reine monta k
fa Chambre. La Reine - Mère , qui
ciLit que Monfieur ne la voadroJc
po ncquiter, lui ordonna poficivemenc
de s'en aller chez lui. Il voulut éviter
ce Commandement, 3c fe cacha dans
le Cabinet des Bains, puis fit femblanc
de s'en aller ; mais la Reine fa Mère
prévoyant toutes Tes loiiables finelTes ,
le lappella, de lui dit qu'elle le vouloir
abiolument. Il fut donc contraint de
ne p!us paroitre devant elle, & de-
a-ieura prefque toute la nuit aflîs aux
pieds de Ton Lit. J'eus Phonneur de
lai tenir compagnie , & de participer
1 Tes inquiétudes , qui redoublèrent
beaucoup à caufe d'une fâcheufe toux
qui furvint à la Reine fa Mère , par
DU l'on jugea que l'humeur du Cancer
e jettoit fur la poitrine, Si que c'étoic
remarque certaine du malheur qui
iloit arriver à la Maifon Royale, $c à
:oute la France, A minuit , le redou-
ilemeut ile cette Princeife parut im
leu diminué , Se Monfieur s'en alla,
ifin de lailTèr repofer les Dames qui
'eilîoîenc k Reine fa Mère. Il me
le l'honneur de me remener avec lui
Jaiivicr,
45 S Alemoires pour fervïr
1^66, au Palais aoyal , «ù je logeois , Sc oht
je m'afTûie qu'il eut une mauvaife
nuit ; car il me parut aufïî affligé qu'il
k dcvoit êtrs.
T^e 19. Le lendemain Mardi, les mauvais
accidens , qui paroilloient nous devoir
priver de notre illuftre Princeife, aug-
menterefit toujours ; mais fa propre-
té, qiii malgré la nature de fou ni^l
lae l'abandonna jamais, l'obligea fur le
foir de defirer que l'on fît Ton Lit,
Elle fut obéie avec beaucoup de pei-
ne » car elle ctoit foible , Sc fort pe*
faute. Auflitôt qu'elle y fat remife,.
Les Médecins qui trouvèrent que for
poulx ctoit mauvais , & qu'elle s'af*
foiblifroit , dirent au Roi qu'il falloi
penfer à lui faire recevoir le Saint Via
tique, il étoit alors cinq ou fix heiT'
res du foir j & quoi qu'elle n'eût ja-
mais témoigné d'appréhender la mort
on jugea à propos de la penfer avan
que de lui dire l'état où elle étoit
Depuis quelques jours, quand onJi
penfoit , on lui tenoit des fachet d
lenteur auprès du nez , pour la foui;-
ger de la mauvaife odeur qui fortoi
de fa playe. Jafques-là elle n'en avoi
point été incommodée , parce que le
autre
lie
L
à i'Hlftotrc â'A>me d'Amrtche, 4 59
aiures remèdes dont elle s'écoit fervie i,^S6^
ernpéchoient la pourriture j & même
alors ceux qui P^pprochoient , parla
quantité de parfums qui étoient fur
ion lit > n'en pouvoienc pas être in-
commodez. Cette dernière fois , je
remarquai qu'elle ne fe voioit pas
en néceffitéde boucher Ton nez , fans
avoir de quoi offiir à Dieu par de
nouveaux Sacrifices ; puis, regardant
fa main qui croit un peu enflée , elle
die tout bas , comme fe ie difant à
e-iie-même j en faifant un petit fîgne
de la tête ■ , qui vouloir beaucoup au
îz , ma main efi eh fiée , dh: il eft tems
de partir. Tant de maux &: de fouf-
franccs n*a voient pu détruire la beau-
té defes bras (5c de fes mains j jamais
ils n'en a voient tant eu que dans ces
derniers jours : ce que les maladies
avoient pu gâter par un peu de mai-
greur , Tenflure qui leur reftoit de
i'Eréfipclle le réparoit parfaitemenr.
ils paroiflbienc plutôt des bras ôc des
mains d'albadre, que de chair 5 mais ,
ce qui dans le tems n'avoit pij finir*
aliûit être effacé , par la fin de ce mê-
me rems.
L'Archevêque d'Auch , à qui k
Tom^Vs V Reir.e?
4^0 -Memdîres pour feyvir
lééé. Reine -Mère s'étoic confiée du foîti
de la plus importante Affaire de fa
Vie 5 qui étoit de lui aider à la bien
finir , lui dit alors qu'elle n'avoit plus,
de tcms à perdre j ôc qu'il étoit né*^
ceflTaire de penfer à recevoir Tes de»-.
nicrs Sacremens. Dans ce moment
je n'étois pas auprès de cette grande
PrinceiTe ; ma douleur m*obligeo*iî
fou vent de m'en féparer j & ce dif-
cours , qui marquoit les funeftesa*
proches de la Mort , m'avoît fait re.
tirer dans un coin de fon Cabinet
Ceux , qui en étoient plus proches ,
ont dit qu'alors fa voix changea , &
que malgré fa fermeté ordinaire
l'horreur naturelle que tous les hom-
mes fentenc à la vue de leur de(
tru6tîon eut en elle fon effet. Qiiam
;Cela fcroit , je ne m'en étonne pas :
il n'y a guère de Héros , de Phiîofo
phes , ni même de Saints , qui n'ei
aient fenti l'amertume : mais , poUi
moi , je puis dire avec vérité , qu*
m'étant raprochée d'elle aufîi - tô
après , je pe m'aperçus point de c(
changement ; & que iî la Nature h
força de fentîr pour quelques mo
i;^§ la perte; de ft Vie , U raîfor
I
a l'Htfloire à' Anne à' Autriche, 4^1
^ la force de Ton Efpric furniontérenc iéé6.
bien vire ces fentimens dans Ton ame:
car y depuis cet inilant , il ne parut
en elle aucune marque de crainte ^ ni
de trifteiïe. Elle n'eut aucun atten-
driflemenr fur elle - même , & ne té-
n^oigna nulle foiblelTe , ni dans Tes
paroles , ni dans Tes adions. Dieu
lui avoir donné une fermeté , qui
dans toutes les -grandes occafions ou
elle avoit eu à ré/îfter à Tes malheurs ^
& à Tes Ennemis , ne Pavoit jamais a-
bandonnée. Il ne Pcn voulut pas pri-
ver dans ces dernières heures, où nous
devons croire que la main du Très-
Haut , quia toujours été à Ton aide,
îa foutint & la fortifia.
Le Reine- Mère alors voulut parler
au Roi & fit retirer tout le monde.
Elle voulut auiîi parler à la Reine , &
enfuite à tous les deux enfembie. Il
cffc à croire qu'en cette occaiîon elle
kur fouhaita le bonheur & la paix
dans leur Mariage , avec la crainte de
Dieu , & l'abondance de fes Béné-
didions. Les paroles de cette efli-
inable Mère furent fans doute reçues
du Roi avec un vrai coeur de Fils
plein dç refpe<5t ^ de reconnoilîance ;
V X U
4é 2. Mémoires pour fervir
66^. àc , s*il nous eft permis de pénétrer
dans leurs fentimens , nous devons
penfer que tout ce qu'une fi louable
de fi vertueufe Amitié a pu produire
en l'une & en l'autre de ces Perfonncs
Roiales , ne fçauroient être fans l'ac-
compagnemenc des grâces céleftes.
Cette admirable Mère voulut de mémo
parler à Monfieur. On peut juger auf-
fi , qu'elle lui donna des Avis falutai-
res pour l'avenir , nécefiaires à Ton fa-
lut , convenables à la grandeur de fa
NailFance , & utiles k fon Repos , afin
que fa vie fut Chrétienne , eftimable
au Public j de fa Conduite agréable au
Roi.
Apres toutes ces chofes , on ne
penfa plus qu'à faire recevoir le Saint
Viatique à la Reine - Mère. Le Roi
6c la Reine , Monfieur &c Madame,al-
lerent au devant du Saint Sacremenr.
Ma-demoifelle Fille ainée du feu Duc
d'Orléans , Monfieur le Prince , Mon-
fieur le Duc , & Madame de Carig-
nan , les fuivirent , accompagnez de
toute la Cour. Les Hommes allèrent
avec le Roi jufques à la Paroifie : les
Dames avcQ URejjae jufqu'à la Porte
djj Louvre,
a l'HîJïoîre à' Anne Autriche. 4^3
L'Archîivêqiie d'Auch apporta léf^é.
Notre - Seigneur , fuivifcle l'£vêqu2
de Mande , du Curé de St.^G^niiain ,
de l'Abbé de Gaemadeu , 5c de quel-
ques autres Aumôniers, Cet Arche-
vêque 5 tenant la Sainte Hoftie , fie
à la Reine une Exhortation fore
Chrétienne, il lui fît voir la nécef-
ilté de s'annéantir devant Dieu , lui
représenta l'inutilité de toutes les
.Lhofes que l'on eftime le plus > dans
ic Monde , & lui dit quV;:rorc qu'el-
: fût Fille de tant de Rois & d'Em-
pereurs , Mcre j Tijne , ^Seeur,
des plus puilîans Princes de k Terre :,
elle devoit confiderer qu'elle all^ic
être ég-^le à la moindre Créât- le ;
que toutes qÇ:î, Grandeurs ne V:i i^r^
viroientpîus de rien j que îe :eul re-
pentir de Tes Péchez ^ù. Pénitence, &
Ton Humilité , en ce terrible momenc
lai feroieijt utiles oC falutaires } qu'el-
le alloit paroitre devant Dieu , pour
ctre jugée fclon Tes œuvres , où la
feule Mîféricorde de Dieu alloit être
toute fa Richelle. Elle écouta ce
Difcours avec un grand recueille-
ment d'efprit, 6: communia avec une
dévotion digne des fentimens de pie-
V $ ré
4^4 Mémoires pour fervW
i66^. ^^ qu'elle avoir eus toute fa vie. Ué*
motion d'une fi faj^ite ôc C\ impor-
tante adion , Se celle de la fièvre lui'
donnèrent alors du brillant dans les
yeux 5 ôc du rouge au vifage ; &
dans cet înftant elle parut il belle à
tous y 3c particulièrement au Roi, qui
etoit debout aux pieds de Ton Lie ,.
que fe tournant vers iMlIe. de Beau-
vaîs , qui fe trouva auprès de lui oc-
cupée au fcrvice , il lui dit à demi-
bas , J^egardez U Reine ma Jlîere, Je
ne l'ai jamais vue fi belle. Après que
cette admirable PrincefTe eut emploie
quelque rems à remercier Dieu ,- à
i'adorer ,6c à penfcr à l'Eternité , el-
le fit approcher Tes illuftres Enfans ,
êc leur donna fa Benedidion , lôur
fouhaitant celle de Dieu, Elle la
donna encore en particulier à la Rei-
ne 5 pour Monfeigneur le Dauphin
fon Petit - Fils , & à Monfieur , pour
fes deux autres Enfans. Elle ne par-
la point à Madame en particulier y.
, car , elle crut , à ce que Ton s'ima-
gine , que les fentîmens de cette jeu-
ne PrincefTe étoient fi fortement éta-
blis dans fon cceur , qu'il lui feroïc
impolTiblc de les changer. Ces qua-
tre
k VHlfioîre d'Anne d'Autriche, 4^5
tre Roiales Perfonnes fe jectercnt à léé^.
genoux devant le Lit de la Reine
leur Mère , lui baiferent la main , &
pleurèrent ; mais , comme je fais pro-
feilion de dire finccremcnt la vérité ,
il me femble qu'ils ne pleurèrent pas
tant que la première fois qu'ils cru-
îent la perdre à Saint Germain , ou
du moins ils ne pleurèrent pas afTcz,
Il eft de la nature du tems d'ufer tou-
tes chofes 5 & l'état où elle écoît di-
n:inua fans doute leur douleur j car
fes maux ne pouvant finir qu'avec fa
vie 5 c'étoit quafi l'aimer , qtie de
voir fa fin avec quelque ^fp^c^ de
confolation. Tous ceux q>ii ét<^t^t
dans la Chambre pieurerrut aaîE ,*
mais celle , qui étoit iî dig^e r^'etre
regrettée , ne parut s'émf^'/oir fur
rien dq ce qu'elle voioir , 5t demeu-
ra dans une gravité , qui avoit quel-
que chofe de fort beau. Cette gran-
de Princeffe occupa fon Efprit à
penfer à Dieu feul , qui , régnant eu
! elle par la foi , l'empêchoît de fentir
la perte de la vie. Le Roi étoit alors
de bout vis à vis d'elle , quipleu-
roir.Aprcs qu'elle eut été quelque tems
recueilUe , elle le regarda fixement ,
V 4 ^
466' Mémoires pour fervlr
1606. & lui dit , avec la Majefté cl*anr
Reine , ^ l'Autorité d'une Mère .
Tait es ce que je vom al dît : je vom le
àis encore , le Saint Sacrement fur le:
lèvres. Le Roi , avec uii^ profond
refpect , & les yeux pleins de lar-
mes 5 baitTant la tête , lui répondic
qu*îl n'y manqueroit pas , <& jafqu'i
cette heure on ignore ce que c'écoirc
Mr. le Prince , auprès de qui je nie
trouvai ^ de qui étoic appuie contre
le Baluftre du Lie , fe tournant vers
iTioi 5 me fît l'honneur de me dire a-
vec une exclamation glorieufe de hon-
norabie à la mémoire de cette ver*
t u eu fe Reine , 'je n'ai jamais rien 'Vn
de Jl beau. Voilà une Vemme dont là-
mérite efl digne d^une eflime éternelle,.
Le ConfcnTeur de cette merveilleufc
PrinceflTe nous dit peu après , à U
Moîina & à moi , que s'étant ren»
contré ce jour- là entre le Roi & elle ^
il avoir entendu qu'elle lui avoir re-
commandé de pardonner à ceux qu'il
Kaïtroit pour l'amour d'elle. Ceux-
là étoient certaines Perfonnes enga-
gées dans la Difgrace de Fouquet ,
dont elle s'étoit fervie auprès de lui ,
pendant qu'il étoic Sur- Intendant,
à l'Hljîoire iAnne d'Autriche. 4^7
J'ai roujOLU's cru auffi, qu'un Hoiii- 1666*
me de Qiialicé , qui avoir été afTez
injufte poui avoir fait des Vers Sati-
riques où elle avoit eu quelque part,
fut un de ceux à qui cette Princefle
vouloit que le Roi pardonnât ; car ,
je fçai qu'elle lui en avoit déjà parlé ^
fans pouvoir obtenir cette Grâce : &c
comme la Reine faifoic une Action
louable en la demandant , le Roi en
faifoit une qui méricoit d'être eftui-iée
Cil la refufant. Peut*êcre que ce fut fur
ce Sujet que cette dernière Demande
Tit faite 5 par fon illuftre Mère, Je
:^i'en fuis pas aflurcê.
En fuite de cette occupation , la
R.eine fie fermer les rideaux de fon Lir,
comme poar reprendre fes efprits , ôç
-^our penfer fans doute à ce qu'elle ve-
oit de faire , de à ce qui lui alloic
,=rriver,
Monfieur 3 qu'il faut excepter da
■ombre de ceux qui ne pleurèrent
.Kîs alTez 5 s'avifa c/^Her ouvrir le vi-
deau de fon lit , ôc de lui dire , /k/>;-
dar?:e y zoits 97/ avez tant ^iméici- hoî i
^:imez' mot encore , cjuanà vohs ferez
la- haut dar.s le Ciel , & priez Dku
fQur moi, La Reine , qui s'étoic
V 5 tour-
4 ^ s Mémoires pour fervir
î.^é6. otirnce de l'autre côié , entendant ce
Difcours j & Tentant fans doute que
cet empreilèment de Dévotion & de
TcndrefTe étoit alors allez à contre-
tems , fe contenta de lui dire fioidc-
nient , J^^??? Fi/j , yV mus prie , laijfe^ '
moi en repos.
Apres y avoir été environ un quart '
d'heure elle fit ouvrir Tes rideaux , ÔC
appeliant fon Médecin , elle lui ten-
dit le bras, & lai dit, Mr» Seguin y
the^ mon poulx : Il me ftmhle que je
m'ajfclhlls. Comme il le rou choit ,
elle lui dit encore , Efi ' il p^s vrai y
^'iil efi bien petit ? Il lui répondit
Ont , oJ^adiime ; & cette conrtante
PrincefTe ^courageufe jufqu'à ces der-
niers momens , reprit la parole dit
mcmt ton , & avec la même tranqui-
lité a que fi elle eût parlé d'une cho-
fe indifférente , & de peu de confc-
quence , & lui dit , 'je fenteis bien
cjue cela dev oit être ainfi. Elle répéta
deux fois la même chofe ; & , con-
noiiTant qtle Ion poulx diminuoit
toujours , elle dit à l'Archevêque
d'AucIi avec empreflTement , Ha l
won Dieu ! ne me laijfel^ pas mourir
fans l'Extrême- On^lon* .Qu'on aille la
^ae^
.€ VHîfiolre d'Anne d'Autriche . 4^9
quérir prompt ement. Comme il lui eue i66C.
répondu qu'il ne falloic pas qu'elle
s'en inquiétât , elle perfifta , & dit
qu'on y allât j (î bien qu'on lui dit
qu'elle étoic d.jâ fur l'Autel de Ton
Oratoire. En effet , il fallut la lui
donner bien -tôt après , parce que ^
l'on connut qu'elle s'afFoibliilôic
beaucoup. Elle la reçut avec de
grandes marques de dévotion > & a-
vec la même connoifTiince & la même
tranquillité d'Efprit , que ii elle eût
c[é en pleine fanté , 6c qu'elle eut
fait une autre Adion. Ce fut fon
Curé , qui lui adminiftra ce Sacre-
menr. Comme il vint à lui mettre
de la Sainte Huile fur les lèvres , eU
ie fentît qui lui en écoit enué dans la
bouche. Alors cfle ouvrit Tes yeux
il beaux ^ de il doux , qui dans ce
funcflc moment n'a voient point en-
core perdu tout-à-fait leur éclat na-
turel 3 èc le regardant elle lui dit
doucement , Jf vous prie , ver?nettez'
moi cjue je m'ejfptie la bouche. Il vou-
lut le faire avec du coton 5 mais , el-
le lui dit , Je vous prie , fi cela fe
peut a permetîe':(^mol de le faire : 6c ,
prenant le coton de fa main droite >
V $ elle
4/0 Mémoires pour ferz'tr
iCOé, elle s'elTuia , &: oie enfuice ouvrant
fa main , 6: la tendant au Curé ^
Cette main rien a pM eu. Quand fa
première Femme de Chambre vou-
lut découvrir Tes pieds , fa modeftie
lui fit craindre qu'elle ne montrât fes
jambes : elle lui fît figne de rabaKler
fa couverturej la pouffant par le bras^
pour lui faire faire ce qu'elle vouloit
qu'elle fît.
Après que la Reine-Mere eut reçu
ce dernier Sacrement , elle demeura
quelque tems en repos , & fes yeux
alors commencèrent peu à peu à fe
couvrir de la froide (Se fombre. vapeur
de la mort j mais , aiant entendu le
Roi parler auprès d'elle elle les ou-
vrit , 6e le regardant avec quelque
joie de le recevoir encore, elle dit par
- une furprife pleine d'émotion 6e de
tendrelfe , Ha l Voda le Roi: de , s-
prés l'avoir confîderé quelques mo*
mens avec une attention qui paroif-
foit procéder du cœur 6: de Tame ,
touchée d'un fentiment naturel qui
l'avoit reveillée de ralfoupilTemenc
funefte ou eUe étoit > elle lui dit ,
^llez 5 Tnon FIb y allez fouper, La
Reine s*étanc auffi approchée de cet-
te
a rHijwlre à* Anne à' Autriche, 471
ce PrincelTe mourante , elle la regarda lééié.
d'une manière qui me parut accom-
pagnée de lenfibilité ; mais , voiilanc
fe décacher de ces Roîales Perfonne-s
qu'elle avoir tanc aimées , elle lui die
èi'mx ton qui me fie deviner tout ce
qu'elle lui vouloir dire , Hï\a mla ^va^
ytife^^ Oui , fans doute , elle penfoic *^'« F'^^
en cet inltan: combien cette jeune f„,
Princelfe perdoic en fa Mort , étant
privée de Tes fages Confêils ôc envi-
ronnée de certaines Perfonnes inca-
pables de la conduire dans les routes
de douleur & de chagrin , que les
Pâffions du Roi lui préparoient ; aEn
que fans manquer à la fourni fîion Se
à la complaifance qu'elle lui devoir >
elle pût fatisfaire à ce que Dieu de-'
i"nandoit d'elle , & à fa propre Gloire.
Sins doute qu^elle lui dit de s'en aller^
parcequeces Penfces croient capables
de lui faire de la peine , & de l'occu-
p *r trop , & qu^en l'état où elle écoit>
elle ne vouloit plus penfer aux Per-
fonnes qui lui écoient chères ; mais ,
Ton cœur Tavoit forcée d'y faire en-
core ce petit retour , ^ ce fuc pour la
dernière fois,
V 7 La
47 i Mémoires pour fervir
1666, Li Reine avoic écé toujours fortl
attachée à la Reine fa Mère » elle'
lui avoic rendu de grands devoirs ,
elle écoic fans doute perfuadée qu'el*
le perdoic en elle beaucoup de confo*
lation y mais , apparemment , le de-*
fîr de la Primauté avoic trouvé place
dans Ton ame. Une malicieufe A-
dulatrice , pour s'infinuer dans faJ
Confiance l'avoic déjà flattée fur la
confidération qu'elle alloit avoir , en
lui difanc que les devoirs de tous
n'étant plus partagez elle feule feroic
confiderée. Soit que ce Sentiment
eût diminué la tendrefTe qu'elle a*
voit témoigné jufqu'alors à la Reine
ùi Mère , foit que la longueur des
Maladies de cette Princefle mourante
l'eût comme accoutumée à fa mort »
la vérité eft qu'elle ne parut pas fen-
tir alors autant de douleur qu'elle a-
vok eu d'Amitié pour elle. Dans
les derniers momens de la vie de la
Reine - Mère il me fut dit , que de
telles Harangues avoient été faites à
cette jeune PrincefTe , par une Dame
qui la voioit familièrement ; mais ,
j'ai du croire en fui te . que ùs Avis
n'ayoieni pas été alTez bien reçus
pour
i
à l'Hîflolre êiAnne à' Autriche^ 475
pour pei-ruader celle à qui elle les a- îé^6*
voit donnez. J'allai une année après
la mort de la Reine-[Mere faluer la
.Reine un jour à Ton réveil \ ôc , m'é-
ranc jetcée à genoux devanc Ton Lit ,
pour lui baifer la main , en me vo-
yant elle fut touchée d'un tendre Ctn-'
tiiiienc qui lui csufa une fenfible
douleur. Elle me prit la têre j ôc '>
apuiant la fîcnne fur mon vifage , el-
le jeita un torrent de larmes * qui en
me mouillant la joue me fçurens
I donner une preuve certaine de la ii-
, délité de Ton cœ'.ir envers cette illuf-
tre Tante y qui Tavoit toujours d
chèrement aimée. A Tégard du
Roi > fa raifon ôc fes propres fen-
timens l'obligeoient d'avoir de la
confideration pour les Confeils de
la Rtine fa Mère ^ mais , pent-ê-
trc que ne les pouvant pas fuivre
ils commençoient à l'embarafTer : car;»
il l'aimoit & l'honnoroit beaucoup, &
connoifTant lui-même la foi ble (Te de
fon cœur , tant de combats à foute-
nir l'incommodoient fans doute beau-
coup j ôc y dans cet état , il eft à croi-
re que la force de fon Amitié envers
la Reine fa Mère > fe trouvoii infenfî-
ble.
474 Memmss pourfervlr
\é^^* bicment diminuée, fans que fa volon-
té y eut aucune part. Voiià de quoi; i
humilier couc le monde , & nous,;:
confoler tous , du peu de confidéra.-i|
tion qu'en plusieurs occafions de no-
tre vie on fera de nous , 6c du peul
-de regret que nos Amis , 6c peut-êire
nos proches auront de noire mort,
Perfonne ne fe doit croire nécelïaire
dans ce Monde , puifque celle - là ne
l*a pas été à Tes Enfans , elle qui avoic
toujours été fi accommodante à tout
ce qu'elle croyoit qui pouvoir plaire
au Roi j à la Reîne , à Monfieur , &
à Madame ; c'cft - à - dire, quand elk
pouvoic être perfuadéc que fa con> !
plaifance a'étoit point contre fonde- j
voir. Le Comte de las Fuentcs ,
AmbalTadeur d'Efpagne , avoir ac- '
coutume de lui dire , pour lui faire
remarquer la différence qu'il y avoir
de la Reine à Madame , que l'une
écoit fa Fille , & l'autre une vérita*
ble Belle-Fille 5 mais > à fa mort , il
faut avouer , que celle qui avoit tenu
dans fon cœur la place d'une vérita-
ble Fille , quoiqu'en effet elle ne fut
que fa Nièce , relfî-ïnbla un peu trop
à la Bdie-Filie.
Mais ,
k l'HîJlû'tre â'Anne d'Autriche. 47J
Mais, pour revenir à notre Piin- \^CG,
jCêiie mourante , après avoir fait voir
lau Roi , &à la Reine , Tes dernières
tendreires , elle commença de s'affoi-
Iblir entièrement 5 ôc fa poitrine à
s'embarrâlTer, Elle connut que l'heu-
re de quiter la vie s'approcboir. Elle
appella Seguin fon Médecin , & lui
demanda , fi la toux qu'elle avoit n*é-
toic pas le ralle de la mort j & , com-
me il Ce retira fans lui faire de répon-
fe 5 elle entendit ce que fon filence
vouloit dire , & demeura fort en paix.
On vit enfuite peu à peu la Narure
s'anéantir en elle, fes forces diminuer,
fa vie finir, 6c fes yeux commencèrent:
alors a fe fermer pour jamais aux cho-
fes de la Terre.
Le Roi & la Reine furent dans la
Chambre de la Reine leur Mère ,
jufqu'à prés de minuit , appuiez con-
tre la Table d\-Ugen:qai étoit dans
ce lieu , au dehors du Baîuftrede fon
Lit. Le Roi i:egardoit en filence
.celle qui lui avoit donné la vie per-
dre doucement la fienne 5 & ce fu-
nefte objet dans ces terribles momens
lui prouver par des marques trop
fenfibles , Q^e U Vie de l'Homme u'efi
47^ Mémoires pmrfervlr
I €66, (jpi'tine vapeur j qui s'élève de la Terre ^
& (e dsjjîpe en un moment. Ce grand
Prince , apparemment occupé à cette
méditation , vit qiie tour d'an coup
la Reine fa Mère s'afFoibliflant laliTa
pencher fa tête du côté gauche. Alorsj
il fe fît uii grand cri dans la ruelle
de fon Lit 9 à caufe que beaucoup
de ceux qui écoient auprès d'elle ^
aiant vil cette convullîon , crurent
qu'elle alloit expirer. Ces cris Ja ré-
veillèrent. Elle ouvrît les yeux , qui
dans leur langueur me parurent avoir
encore de la beauté : elle nous regar-
da même avec un air de douceur ,
où fa bonté parut nous vouloir dire
pour notre confoktion , Je vis encore^
Après être revenue de cettp foibleiTe ,
elle fe remit dans fa poilure ordinai-
re , à demi fur fon fc^nt , fa tête ap-
puiée fur dc^ petits oreillers. De cette
manière elle nous fit voir en elle une
gravité & une paix qui nous mar-
quoi: vifibletnent , qu'après avoir
fait toutes les adlons d'une humble
Chrétienne , &: d'une véritable Péni-
tente , elle vouloit aufli mourir avec
la Majefté d'une Reine , ''dont le
courage vouloit foutenir fans faiblefle
Us
. à l*Htfloire d'Anne d' Autriche , 477
es. funeftes aiigoiifcs de la Mort. Le lééè*
loi écoit accouru au bruit qui fe fie
toprès de la Reine fa Mère , lors
[u'elle s'ëtoit comme évanoijie , ôc
*aiant vue dans cet état , il fouffric
:e que la nature & la bonté de Ton
;œar l'^obligea de fentir. Toute l'a-
nirié , qu'il avoir eue pour elle dans
a jeuneiîe où elle fe manifefte davan-
age , tout ce qu'il fentoit alors par
"affcdion folide ôc véritable quil
ivoit encore pour elle , & tout ce
que le fang éc le fentiment naturel
^eut caufer de douleur , ce grand-
Prince l^éprouva fenriblemenr. Ce
que le tems , & les différentes Paf-
(ions du cœur humain » avoient ea
le pouvoir d'alToupir dans Ton amej,
n'empêcha point eu lui l'effet à\\r\s.
^endrede extraordinaire. Il pâlit à la
jvûe de cette piécieufe Meue , qu'il
|vit prefque mourir devant Tes yeiiXa
JLçs ja'iibes lui manquèrent , <5c il fal-
lut le foutenir , de peur qu*il ne tom-
bât. Il étoit lié à elle pir des chai-
|nes bien fortes , & par une longue
habitude de conhance > que les Per-
fonnes de ce ran^ n*onr e'Jere accou-
tumé de coiiiioicre ni de pratiquerj
mais
478 Mémoires pour fervlr
1666» ï^^^'^îs dont la perte par cette même rai-
Ton doit être dure à ceux qui ont jou
d'un bonheur Ci rave. J'entendis dan:
cet inftant beaucoup de bruit auprès
de moi ^ qui étois à terre dans ui
coin aupre's du L t de ia Reine mou'
lante j tellement abforbée dans la pen-
fée de ce que je voiois en elle , que ji
ne pus m^occuper de ce qui fe palTbi
en la perfonne de fon iîluftre Fils
J'apperçus feulement qu'il y avoit di
tboubîe autour de lui 5 & que beau-
coup deperfonnes s'emprelTerent del
fecourn-. La douleur de ce ^ranc
Prince ctoiiiufi:e& Icliable , 5<: pai
la pan que je prenois à fa Gloire
i- ne pus me fâcher de le voir en ce
état. Alors on le força de fe retirer
Il entra dans le Cabinet des £ainsj oî
il falut lui jetterde l*eau fur le vifage
de voilà la dernicre fois qu'il vit cett(
admirable Mère , qui l'avoir aimé i
chèrement.
Depuis cet Accident , la Reine-
More entra dans fon Agonie , qui fui
longue Se pleine de fouff ancej mais,
qui fans doute fut profitable à celU
qui l'endura : car, elle en fie de con-
tinuelles otFrandes à Dieu. Elle fai-
foic
à VHijloîre à' Anne d'Autriche, 479
"oîc à chaque moment dts Ades de léo^.
Contrition , de Foi , 6c d'Amour ,
fivec une application iucroiable au
foin de Ton Salur. L* Arche vêt^ue
d*Anch lui parlolt fou vent » &: lui
ilifoit de belles chofes , des veiTets des
Preaumes5& des endroits de l'Ecrî-
:are , qui convf noient à l'état où elle
étoit, Co.Time cette pieufe PrincefTè
avoitunc connoilTance toute entière ,
tWt y réponioit , avec tant de fou-
T^iiiion à la volontéde Dieu, tant
Je marques d'humilité & de foi ,
qij'elle infpîroit de la dévotion à
ceux qui croient Spectateurs d'une
Mort (1 Chrétienne. Cet Archevê-
que , admirant des fentîmen? fi pieux>
fe tourna vers nous , & nous dit ,
Cela est merveilleux : elle voudroît
^vitffrlr davantage , pour offrir da»
vantage k Duu, Dans un autre
moment , il lui dit , qu'elle remer-
ciât Dieu par un Ade de lecon-
noiffance envers fa divine Bonté , de
toutes les Grâces qu'elle avoic re-
çu« de lui pendant fa vie. Elle fe
réveilla là de(ras encore plus vive-
ment, que fur les autres chofes qu'il
lui avoic dites , ôc lui répondit a-
vec*
480 Mémoires pôur fervlr
l£66, vcc une douce exclamation , Ha ;
^n'H efl lien vrai quil m'en a fait d^
grandes^ Puis , jettant Tes yeux mou-
rans fur Milord Montaigu , qui é-
toit aux pieds de Ton Lit ^is-à-vii
d'elle, 6c qui pleuroic amèrement,
elle ajoura & ait , Monfteur de Mon^
tatgu 5 que voila ^fçah ce que je dois 4
Dieu y les Grâces qu*U m*a faîtes , ($
les grandes Miférkordes dont je lui fm
redevable. Tous ceux , qui entendi
renc ces paroles , n'en comprirent pai
le fens. Ce Seigneur Anglois , qu
alors école Prêtre ôc dévot , avoir é^
té dans fa jeunefTc le Confident de:
folles Adorations que les Homme.-
avoient eu pour la Beauré de cetn
Princelfe. Il n'ignoroic pas la Com-
plaifance que i*Amour- propre lui a*
voit fait prendre en ces vanitcz. I
f^avoitaufïi que Dieu lui aiant laiC
fé voir le péril , il lui avoir fait 1î
grâce de le craindre ^ 6c l'en aiani
entiéremenc préi'ervée , fa divine Pro-
vidence toujours admirable en ks ef«
fers voulut qu'en cet mftant où fou-
tes Tes paroles étoienr dts paroles de
vérité 5 ce qu'elle voulut dire par u-
^ ne humble de jfincere reconnoiirancc
de
à VHiflohe à'Anne:^u4utriche, 481
oe Tes Miféricordes , fût pour elle i66é^'
: une marque publique & certaine de
la netteté de fa vie , & de l'aflîftan-
ce qvï'elle avoit reçiie du Ciel , pour
rendre fa Vertu triomphante des
FoiblfclTes humaines. Oui ., grande
Reine, vous nous lai(îlz deviner, par
ces paroles , qui furent quad les der»
nieres que vous prononçâtes diftinc-
temcnt , la défiance que vous avez
eue de vous même , la ferme réfif-
tance que vous avez faite ï la vanité,
les grâces que vous avez demandées
à Dieu pour vaincre en ce combat ,
celles que vous avez reçues de la
boiiré j ôc comme il les a rendu
viclûrieufes dans votre ame' , vous
donnant ia force de furmonter tous
les obilacies qui fe font oppofez à
votre ralut,& de fuir tout ce qui auroit
pu lui déplaire , & ternir votre Gloi-
re. Milord Montaigu , me confir-
mant lui même dans Texplication
quê j'avois faite de ces paroles , m'a
depuis dit , qu'il avoit reçu de la
confolition dece témoignage qu'elle
s' é toit rendu à elle même -, ajoutant
qu'il n'âvoit jamais connu de Fem-
ïï\C9, dont le cœur fût Ci pur , 6c les
in-
4^ L Mémoires pom fervlr
t66^. intentions 11 honnêtes 6c fi droi-
Enfuice de cette humble & glo-
rieafe Déclaration , cette vertueiife
Reine rendit le bras à Ton Médecin 3
Ôc lui dit , voulant parler de Ton
poulx , // n'y en a plus, Menfieut
ctoic à genoux devant Ton Lit , qui
par Tes larmes 6c Tes fanglots faifoit
voir fa douleur fans mélange d'aucu-
ne diminution. Elle fentit qu'il h
toucha , 6: connollfant que c'écoit
lui , elle lui die d'un ton bien ten-
dre , Mon Fils : puis , quelque mo-
ment après , fenrant que fon bras é-
toit demeuré découvert , elle l'appel-
la , 6c lui dit feulement , Mon Fils .
reeouvrejz mon bras. En un autre
moment , elle ouvrit fcs yeux mou-
rants » 6c regardant fon Confeireur el
le lui dit , Padr(^ mio , yo me muero *
Pm^*" Enfuice de ces patoles , fon Agonie
mt * fe rendit, /î forte & fi r-jde , que fen.
tant fcs maux augmenter Zc fes for-
ces diminuer , It (entiment de la
narure qui hait fa fouffrarce lui
fît dire , mais avec peine , à l'A/che-
Vcque d'Aiîch , "]e fvHJfre beaucoup :
ne monrra^'je pom bhnth f Sur quoi
'■ ^ cet
m*a/t.
a l'Htfloïre d'omis a Autriche, 4S4
GCt Archevêque lui ayanc dfr , qu'il leu^,
rie falloir pas avoir crop d'impatience
de mourir , ^ qu'il falîoic fou.^'rir
autant que Dieu i'ordonneroit , elle
y aquiefça aufîîtôt , ôc fit àcs Ades
réitérez de Toumiilion à la volonté
.de Dieu. Elle eut peu après une
petite convuliîon , qui nous fit croi-
re qu'elle alloit paiîer. Elle en re-
vint : mais , defiors , elle perdit lâ
parole,- & la dernière , qu'elle pro-
Rcnça avec beaucoup de difâculté,
fut pour demander la Croix. On fie
dire des Mcdcs des Aganifans dans
fon Oratoire,* car, minuit étoic paf-
Çé , & les Prières accoutumées fe di-
rent auprès d'elle. Cette Princelfe
ne perdit point la conuoiïïknce : elle
a conferva toute entière jufqu'aLi
dernier foupir , 6c entendit toiijours
ce qu'on lui difoitj elle-même le h'i'»
'oït connoitre à Ion ConFeifeur ^m
m figne qu'elle lui faifoit , «Se donc
îlle ^<. lui ctoiertt convenus avant
u'ellc fût à l'cxtrêmiré. Cette ap-
lication d'efprjtri particulière à vou-
oir fi conftamment donner à Dieu
es derniers momens , édifia ceux qui
Il furent les témoins > ^ nous eûme$
484 Mémoires pourfcrvlr
\é6C. tout fujet d'widmirep une fin fi Chré-
tienne, En voiant fouffrir , agir , &C
mourir , cette pieufe Princeiïe , il
fembloit que la Mort en elle étoic'"
belle & agréable j car , de Tes propres
foul^rances elle en faifoit G facilement
un (acrifîce à Dieu , qu'on ne poiv-
voit croire qu'elle pût tentir tout ce
que les Hommes foutfrent en cet
état. On peut dire enfin qu'elle gou-
toit & voioit déjà combien le Seig-
neur eft plein de bonté , &c de dou-
ceur pour ceux qui l'aiment.
Le Roi , qui avoit éprouvé par.
lui même ce que la vue d'un objet
aufli funefte que celui de voir mourir
une Mère faifoit fentir à ceux qui ea
dévoient être privez pour jamais 5 en-
voia par deux fois prier Monfieurdc
fô retirer d'un lieu dont fa douleur
l'avoit chaflTé. Monfieur , par ua
contraire effet de cette même caufe*
ne pouvant fe réfoudre de quiter cet-
te illuftre Perfonne qui lui étoit û
chèr^ iiui manda qu'il ne lui pouvoit
obéir en cela 5 mais qu'il lui promer-
toit aufîi que c'étoit la feule chofe
en quoi il lui defobéiroit de fa vie;
:|)ius , jettanc les yeux fur celle qu'i-
i:.£.
zt l'H'flûîre à'Aîine à* Autriche, 4Sj'
Tegictcoit (1 Icnfiblement , &: confidé- léé^^
raiu l'ét:tO'd elle étoic , il fe tourna
•vers moi , qui a vois Thonneur d'crre
à Tes pieds , & me dit avec un cri
qui forcoit de fon cœur , Ha ! Mam
dame de Motte ville , efi-ce la la Reine
ma Mère \ L'Archevêque d^Auch ,
récitant des Pfeaumes à genoux au-
piès du Lit de cette grande Princelfe ,
qui quali n'écoit plus , tomba far ce
verfet ,
Nolite confidere in frînctplbus :
Alors , la regardant fixement , il
dit; Helas l qptil efi bien zrai : ÔC , nous
lailfant voir en notre perte le néant
de la Grandeur des Grands de la Ter-
re , nous obligea de penfer que celui
feul eft heureux qui attend fon fe-
.coursdu Diea de Jaccb , ô^ de qui
toute l'efperance eft au Seigneur qui
a fait le Ciel 6c la Terre. Pendant
.que par un fl grand objet nous mé-
ditions fur notre Mifere commune
Se que nous pleurions notre chère ôc
admirable PrincefTe jnous vimes que
4juittant doucement la Terre où elb
-avoic régné fi glorieufemenr, elle paf-
^hrt de
la 'I^eine-
Mfre , le
î^lercridi
4 8 <j Mémoires pour fefziîr
iC.6.6^ fa de cette vie à l'immortalité ; ÔC
fut paroitre devant Ton jufte Juge,
où fans doute elle a trouvé dans fa
mifericorde le pardon de Tes péchez,
la recompenfe de fes vertus , & la fin
de fes foufFrances, Ce fut le Mercredi
vingtième jour de Janvier , mil fix
u»- cent foixante fîx, entre quatre 6c cinq
vur. heures du matin.
Auffitôt après ce funeftc & terri-
ble moment, Monfieur TembrafTa ten-
drement. Les larmes qu'il répandic
firent voir fa douleur , & combien il
^toic fenfiblemenc afligé. Il avoîc
raifon : il perdoit , en celle qu'il re-
grettoit , fon amie , fa mère , fa
confidente , & celle enfin qui pou-
voir toujours adoucir toutes (qs pei-
nes, il partit auffitôt après , pour
aller chez lui à faint Clou paiTer
les premiers joors de fa douleur. Le
Roi envoia après lui ^ pour lui dire
de venir entendre lire le Teftament
de la Reine leur Mère , 6c prendre
une clef de fes pierreries. Monfieur
lui manda qu'il le fupplioic de l'ex-
cufer , qu'il fit tout ce qu'il lui plaî-
roit 5 que ce qu'il ordonneroit feroic
toû;[OU£$ bicnf^t 6e lui feroic agréa?
b\9
àl'BpJred'Jm:^ d'Autriche. 4S7
b'ie , & s'en alla entiéremenc occupé iG(>(y^
et ia douleur
Le Roi 5 comme celai qui dévoie
régler toutes chofcs , tarda reulemene
k tems qui fut necelfaire pour s'aqui-
rer de fes devoirs. Il envola dcaun*» .
dcr le Tcftament de la feuç Rdnc fa--
Mère à Mlle, de Beauvais , qui avoic
eu l'honneur d'être la Dcpofitaire de
xQs dernières Voloncez. Elle le don-
na à Mr. le Teilier , qui en fit la lec-
ture devant le Roi & la Rçine. Le
Roi die fur TArticle qui me regar-*
doit 5 Cela eji déjà fait \\ efl: vrai
que cette grnnde Reine avoif eu la-
bonté de me faire paierd:^ Ton vivanc
dix mille écus qu'elle mavoit fait la
grâce de me lai (fer. Elle en donna-
autant à la Comtefiie de Fkx fa Da-
me d'Honneur ,■ à la Dnchelïè de Se-*
nécey , Mère de hdite ComtelTe de
Flex , & à Madame de Bregis. Elle
laiiïbit à la Dacheffe de Noailles fa
Dame d'Arour quinze mille livres :
cette Dame n*éroic que depuis peu à
fon Service. Le Roi ordonna ce qu'il
lui plut des Pierreries, Il commanda
qu'on ôtâc les Ornemens de la
Chambre de la Reine fa Mère ; puis y
X i s'en
488 Mémoires pour fervtr
1666» s'en alla à Verfailles , laiilant la Corn-
teiîe de Flex Se la Ducheile de Noail-
les auprès ài\ Corps , pour en faire
les honneurs.
Je fçai par des Perfonnes qui cou»
choient dans la Chambre du Roi ,
qu'il pleura dans fon Lit quafi toiue
la nuit. Le lendemain , pailanc à la
D'^chede de Montaufier de la Reine
fa Mère , il lui dit 3 à ce qu'elle m'a
conté depuis > qu'il avoit cette con-
foiation de penfer qu'il ne lui avoi:^
jamais defobeï en rien de confequen-
ce ; &, continuant à parier des belles
qualitez de cette Ptinceffe , il ajoura y
Qjie la Rehefa Adere n'étolt pas feule^
ment me grande Reine , mat^ ^uelle^
merîtoit d*être mîfe an rang 'des plm'
grands Rois : Eloge véritablement di'-
gne de celle pour laquelle il a été
fait , Se digne de celui qui l'a fair^
On trouva dans le Cabinet de cette
jllaftre PrincelTe deux mille Piftoles ^
que le Roi lui avoit données depuis
peu 5 qui par Tes ordres furent diihi-
buées aux pauvres. ^
Après avoir écrit la Vie Se la
Mort de cette PrincelTe , je crois que
je dois finir le Récit de fes Verr-is ,:
par
à iHlftolre d'Anne d'Autriche, 489
par une cliofe qu'elle m'a f.iit l'hon- léé^.
neur de me dire fur le fujec de ces
Mémoires. Je lui fis connoicre un
jour dans le rems de fa bonne fancé,
que f avois écrie quelque chofc d'el-
le 5 & que j'avois delFein , moien-
nant la grâce de Dieu , de continuer.
Elle me lépondi: fur cela d'un ton
véntabicrncm: Ivumble , que j'écois
bien folle <le m'amufer à cette occu-
panon : qu'elle fe confioit en moi de
dire touï ce que je voudrois j mais,
quelaieule peine qu'elle en pouroic
avoir croit que je lui donnerôis plus
ce ioiiange qu'elle n'en rrieritoit ; &:
qu'elle cioioit que l'Amitié que 3'a-
vois pour elle m/empêcheroic de voir
fes défauts , & de les publier. Com-
me je lui vis une véritable inquiétu-
de là deifus , je fus contrainte de lui
promettre férieufement que je dirois
la Vérité autant contre elle qu'en fa
faveur; l'afTurant même , qu'il éroic
nécelîaire de le faire, afin de trouver
de la croiance dans les efprits àts
Hommes , qui aiment naturellemenc
la Vérité. Je lui dis auffi , que nul-
le créature n'étant éxemte de défauts,
l'Hiftoire ne pouvoit plaire , fi elle ne
X 4 con-
490 Mémoires pour fervir
ié66* conceoic le bien 6c le mal , ôc Ci ler
fautes aufîi bien nue les bonnes ac-
tions n'écoient également marquées.
Je Pailurai de plus , que félon mon
humeur & mes fentimens , je ne pou-
rois pas ne le point faire. Cette fa-
ge Princeife fut contente Se fatisfaite
de ma Réponfe , elle me le témoi-
gna , ôc jamais depuis elle ne m'a-
montré aucune cuiiofeé de fçavoii*
m de voir ce que j'avois pu écrire
d''elle. Je n'ai de ma vie connu u-
ne Perfonne moins avide de Gloire.
ni d'AplaudilTement^ EUe ne faifoic-
nulle parade de fes belles qualitcz^^
elle parloit rarement d'elle même &ù
de fes fentimens ; ôc il falloit les tirer
de fon cœur ^k de fon amc , par Ioh
force des a6l:ioiiS qui l'obligeoienr.
quelquefois de parler» Son humili»
lé a été caufe que la beauté de Coni
Erprir & la bonté de fon JugemwiiC
n'ont pis eu tout l'éclat & toute l'ef-,
îime qu'elle auroit pu en recevoir
du Public. Si elle eut pris plus de
foin d'en faire paroitre la grandeur,
elle en auroit été plus louée pendant
fa Vie j mais , on n'auroit pii dire
é'elle avec vérité ce Verfec du Pfeau-
me
a l'Hlftôîre à* /inné â* Autriche, 49 1
me X L I V. qui a fervi de Texte à i^^.,
une des plus belles Oraifons Funèbres
qui aient éié faites pour elle après fa
Mort ,
Omnis glorîa ejus VilU Régis ab înms,
L'Evéque de Comrnges > de la Mai-
Ton de Choifeal , l'un des plus célè-
bres Evêques de notre tems & à^s
plus eftimez , fit ce Sonnet à Saine
Denis fur la Pompe Funèbre de k
Reine, Mère du Roi , Arne d'Autri-
che , quand on jecta avec elle dans Je
Tombeau , les marques de fa Ro-
yauté,
SONNET.
Siiperhes Ornemem d'une Grandeur
pajfse y
VoHs voiUi défier] dus du Trône au Mo^
nirnent,
Qws refte-t'ii de 7J0US , dans ce grand
changitmem ,
Pjiun tri fie Sonvenk d'une Gloire ef--
fiîc€-e ?
6^6.
49 i Mémoires pourfervir
Mortels y dont la fortune efi toujours^
balancée ,
£t qui des Ris aux Fleurs pajfez en wi"
moment «
Sp vohs voulez, for tir de votre Egare ^
ment ,
Plie ce terrlhle Objet frappe votre Veri'^
fee.
^Anne vlvoît hier , & cette Majefé
Qjdi régnait fir les Cœurs par fa rarot
Bonté ,
Dans ces Antres facrez. n'efi plus qu'un'
peu de Foudre,
Orateurs , talfez • votu : cette foule d$i
:Rois c
Qitîfont ici comme elle , & fans force ,,
& fans yolx y
font moins de bruit que vous , maisf^^
font mieux entendre.^
'KOIG^V
al'H'ifloïre à' Anne d'Autriche, 4-95
Voici l'Eloge que Mondeur Pe-
]ilu:>n a fait de cette Princelfe , qui
coîicîeiK eu peu de lignes tous les
grands Traits de fa Vie. Ceux ,
qui font capables de juger de la
perfeclioii de cet Ouvrage , onc
ad mi lé des Véritcz fi bien écrites.
Elles donneront encore aux Cu-
rieux le plaidr d'y trouver les Dat-
tes de fa NaiiTance , de Ton Ma-
riage 5 delà NailTince du Roi , &
ào. Monfîeur , &cv
p) A Nne d*Autr icHEjRei-
:, X\. ne de France, l'Exemple ëter-
55 nel des Reines à venir 3 apprit la
,î Pic'té & tontes les Vertus dés l'£n«
,5 fance , 6c ne les oublia jamais ;
ijépoafa en Hi quinzième année un
5, grand R<)i , auflî fage qu'heureux
i, en fes Dclfcins , mais jamais plus
3j h:areux qu'en Ton Mariage : ob*
;, tint , contre .foute ETper-ince , a-
5 j prés vingi - deux innées de Prières
^ 6c de bonnes Oeuvres , le plus
j5 giand prefent que le Ciel lui pou-
3,- voie faire , un Fils qui fut cru
:„; dcflois 5 6c parut depuis par tou-
X 6 5, te
1666:
45>4 Mémoires peur fervtr
iM^, >i ^e la fuite de fa vie ,^ donné de
5, Dieu pour le bien de fes Sujets,
,, digne de venir au monde par*;^
„ miracle : vid fa joye accomplie pac.
3> la naiflance d'un fécond Prince
„ très-aimable , & (qu'elle aima ren-
„ drement : éprouva l'inconilance ,
y^A^s chofes humaines dans une/
5, longue adminillrarion d^ l'Ecar,,
>, comnaencéc par des triomphes.
9, fur les Etrangers , traverfée par
3, des mouvemens domeftiques &
,5 par des. guerres civiles ^ ache-
5, vée par de plus grandes conque»
>, tes & l'entier rctablifiTemcnt de;
3^ l'Autorité : fit douter quel de
a-, ces divers tems fevoic été le plus
3, heureux pour fa gloire , & ce
3> qu'il falloir le plus admirer, ou*
9> fa prudçnce ,'. ou fa modération,,
a* ou fa fermeté : contribua puiffam»
jjtnentà la paix générale , & auv
3> mariage de fon Fils , deux fourcca
3> de la fcliçte publique : pour re*-
>, compenfe , vid la paix régner dans-
3, fa Maifbn. Royale , l'Angleterre.
3, aprè5 l'Efpagne y ajouter ce qu'elle
33 avoir de plus iiluftre , de plus char*
^,manc ^ 6c dç.pkisboau : les fôins^.
a l'Hifioire d'Ame d'Autriche, 49 j
,, les refpeds y ôC les tendrefles, lê^
,, aufli bien que la pieté dt la vertu
^, d'une jeune Se excellente Reine^
3, lui firent jufqu'à la fin reconnoitre
jj en elle à tous momens fa nicce ôc
3, fa fille: un Dauphin, de qui l'oiï
35 peui coLiceiperer 5 lui promet une^
5j longue fuite de S.uccelTèurs , cgaux'
5jen Grandeur 3 leurs- Ancêtres; le*
,j Roi fon fils tous les jours de plus'
55 en plus obrcurcîr Se relever tour
,, enfemble leur gloire par la fienne i
,, l'Etat qu'elle avoft tanr aimé , de-
5 j formais très florifiant fous une
., conduite fi haute 6: fi faee n'â-
>j voir rien a craindre , non pas me-
,>me de fa profperité :. vécut tou--
si jours à la Cour 3, mais toute à Dicuj,
>j bonne ^ fincere ^ humble 3. douce,:
:>, aimable , jufte , libérale , charita-
5,ble, genereufe 5 magnanime , re*~
5) connoidante , nul excès que celui;
i5 des vertus , bienfaifante , n'ou-
5, bliant que les offenfes dont elle'
5, ne fe vengea jamais ,. enfeignanîr
^5 enfin au monde que même les-
35 plus grands maux deviennent des'3
55 biens à qui les reçoit comme elle :;
aï, mourut avec la tr-anquillité des Mar-
X 7 i9.tir.s,
49=^ Mémoires pour ferznr
1666, 5, tirs d'une Ma« non moins do\.u
9, loureufe , mais plus longue que la
5, leur : fut regrettée par irouce la
„ Terre , mais en nul lieu plus véri--^
„ tablement qu'en cette Maifon , donc
5, elic éroit Fondatrice : Tes Statues à.
5, jamais durables font les Aiuels &
„ les Lieux Saints qu'elle a élevez
^ 3, ou foutenus par fes Bienfaits : fon
j, moindre Eloge fut d'être du Sang:
5,<des Empereurs , Fille , Sœur ,
J3 Femme , ^ Mère de Roi. Vous ,
5, qui voiez tant de grandeurs aa
j, Tombeau , avec cette incompara»
», ble PrincelTe , apprenez qu'il n'y-
jya rien de folide ,- que ce qu'elle pof-
„ fede aujourd'hui, 'I
„ Née de Philippe lîï. Roid'Ef-
3, pagne , de de Mu-guerite d'Autri*
5, che , à Valladolid le Samedi 22. de;
3, Septembre léai : nommée auBa--
5, tême A H N £ Maurice, aU;
3, même Lieu s le Dimanche 7;
5) Octobre fuivmr, Maviée avec
^. Loijis XTII. Roi de Fr mce furnom-
5, me le Jufte , le <), Novembre
35 i6î5 * ^i^^Q ^^ Loiiis X 1 V^.
3, DieU'donné, le 5, Septembre 1638..
.aaô^ de Philippe de France anjoaniV
jjhuii
k l'Hlflotre à' Anne d'Autriche, 497
j, hui Duc d'Orléans , le 20. Septem- iGGe*
3j bre 1640: morce le 20 Janvier i6é(^..
Peu après la Mort de la Reine- Me»
re , Pillullie Mlle. Scuderi fie ces Vers
à fa louange, qui méuitenc d'être con-
fervez à la Poftéricéi.
^nne , àont les Vertus , rEcUt 3 &
la Grandeur ,
0,)t rempli l'Vnlvers de leur ilvs
Splendeur j
T)am la Nuit du Tombeau conferve en^
cor fa Gloire ,
Ey la France a jamais aimera fa M^'=-
inolre.
Elle fait méprifer les Caprices du Sort 5
Regarder fans Horreur les Horreurs de
la Myrt s
^Affermir un grand. Trône , ^ le quitter
fam Veine j
Et 5 pur tout dire e 'fin. j 'vivre & moth
rir en Reine».
J'ofe y ajouter, que mourir en Reî=.
ne eft peu de chofe , & que la Reine
Anne d'Autriche , que nous devons
loiis eftimer , étant motte en véritable
Ghrc-
49 8 j^ùmoïr^es pourfervtr'
^&66, Chrétienne , n'a pu deîirer que Dieiii
qu'elle a aimé parfaitemenr. J*ai con-^
nu fes derniers Sencimens j & , pac:
fes paroles , elle nous a fortement
)erruadez , qu'elle a toujours regardé'
Ta- Couronne comme de la Boue.
f;
TESTAMENT
DELA ReINE-MeRE.
3, TpN prefence d'Henri de Gue^
5,. xlt negaut , & Michel le Tellier ,\
y, Cônfeiilers , Notaires-, Se Sécrétai-
5, res du Roi y Maifon ôc Couronne:
,, de France j Séa-étaircs d'Etat &c des-
5, Commandemens 6^ Finances de Sa
„ Majefté , de Commandemens de Tes
s, Ordres , foubllgnée trcs-haute,très--
„ excellente, de très-pieufe Princefle
5, Anî^e 5 par la Grâce de Dieu ,, Rci*
3> ne de France ôC de Navarre , Me-
yj re du Roi ^. étant au Lit malade:
5i, de Corps dans le Chateau-neuf de-'
5, Saint Germain en Laie y ôc néan*
33 moins faîne <î'£fprit , confideranc
59 combien l'heure de la Mort e(l
3,.incercâine , 6c que l'état auquel Sa
,,.Maj^ft&
a rHîjhhe à* Anne à' Autriche, 495?
s:> Majefté fe trouve lui donne lieu \G<îG\
î^ d'aprehender d'en êcre prévenue
5> avant que de s'êcre expliquée de fes
;3 incencions pour les chofes qu'elle
jj defire être faites après le décès de
,> Sa Majeîlé , de fon bon gi^ &.
5, Franche yaloaté 3>en la manieie qui
;> en fuir,
55 Premiéremenr s- (^encant mouriK-
55 comme elle a toujours vécu dans
;. l'honneur & dans la crainte de Dieu
j, & dans les fentimens qu'une bonne
;) Chrétienne doit avoir , elle prie
:j Dieu le Père , le Fils , 6c le Saint-
;, Efprit , lorfqae Ton ame fera fé»
5^ parée de Ton Corps , de vouloir la.
)j recevoir dans le Ciel au nombre d&'
;;,tous les Fidelki?.
j, Item ,- ordonne que fon Corp*
jij5, foit porté dans l'Eglife de l'Ab*
r, baie de Saint Denis en France , &
,j mis auprès de celui du feu Roi
„ Louis treizième de glorieufe raé-
„ moire , fon Seigneur > après néan»
>, moins que fon Cœur en aura été
y» tiré par le côté , fans aurte ouver-
„ ture 3 ce qu'elle deffend expreifé-
r% ment , pour être fon dit Cœur
^ porté dans l'Eglife <5c Abbaie dtv
y. Val
fQQ Jidenîolres pour ferz'ir
f666, „ Val de Grâce , fife au Fauxbourg'
>, Saint ]a ques de la Ville de Paris ,.
3, ôc mis dans la CHapelle de Sainte.
3> Anne de l'Eglife de ladite Âbbaie ;••
3) voiilani Sa Mav:;{lé que Tes Fanerail-
3, les foienc faites fans aucune Ccre'--
5, monie , & que ce à quoi la de'pence.'
5, en pourroit monter foie emploie^ ai
3'j faire des Prières pour le Repos de
5j Ton Âme,- ^
,, Item 5 veuc^ 8z ordonne ladite'
3, Dame Reine , qu'inconiinent apreS'
5, fon Décès da le plutôt que faire le
5, pourra , il foir célébré dix^ mille
3, Meiïes à- fon intention par les foins-
,j des Exécuteurs du prefent Teita-,
55 menr.
3, îtem , la ditîè Dame Reine don-;
3^ ne 3c lègue à Mlle.- Marie Looife
3j d'Orléans , fa Petire- Fille , la fom-
3, me d*an million de li-v-res à prendre
5, tant fur ce qui appartient à Si Ma-
jjjefté de fes Deniers dotaux & au-
gjtrcs Conventions (lipulées par fon
^ Contrat de Mariage , que fur les
5, neuf cent tant de mille livres tour-
5, nois à elle ordonnée , par le P^oi ,
3, pour fon rembouii^ement de cin-
3., Guante mille Livras tournois pouï
„ fon
à f'Hlfioire à' Anne d'Ainrlche . 5 o r
,5 Ton rembourfemenc de rente iur le lé^^,
,5 Domaine de ^Roiien , &: des Otfi-
„ ces de Controlleurs Confervaueurs
,, des Gabelles de Languedoc , acquis
5; par Sa Majefté , & gencralemenc fur
,5 rous fcs autres Biens meubles (Se im-
>, meubiese-
„ Icem , fur les Effets mention-
rt nez en l'Article ci - delFus Sa Ma- •
^j.'fté donne ôc lègue la fomme de
5j r.euf cent mille livres tournois •,•
., içivoir à Madame la M^'-rquife de
j, Senécey trente mille livres > à Ma-
,; dame la Coinreile de Fli^x trente
,, railie livres s à Madai"ne la Duché!--
55 Te de Noaiiies quinze mille livres j^
3> ? Madame de Bregy trente mille
3, livres , à Madame de Mottcviilc
53 trente mille livres ; pour laquelle
jj Somme Sa Majefté a fait expedier^
;, la Certification du comptant la-
35 quelle &'le prefent Lees ne fervi-
33 ra que pour la même gratincation %
35 à la Dame de Beauvais trente mille
5, livres , à chacune des Demûifelles
5, deNiert, Varrenne j. du Rocher,
3, Biaquemont , Dancë , & d'Au-
55 bri , Tes Femmes de Chambre or-
., diiiaircs 3 la fomme de dix mille li-
,^vies>.
|G2 Mémoires pour fervlr
lèéé, „ vies , faifanten tout foixanre mii'i
5, livies : au Si" d'Ai'gouges , Preniiei
,, Prefidenc au Parlement de Breta-
3, gne , trente mille livres 5 au Sr
5j Tubeuf 5 Préfident en la Chambre
j, des Comptes de Paris , & Stîr-îî>
5, tendant des Finances , Domaines
,^Ôc Affaires de ladite Dame Reine
3., la fomms de cent mille livres ^ ni
35- Sieur de Bertillac , Tiéforier Gé-
3, néral de fa Miii'on , foixante niii-
5, le livres ,■ au Sieur de Fouilloux
5, En feigne de la Compagnie des Gu
3, des de Ton Corps- g^ dix mille li'
3,.vres •) au Sieur d*A van x^ , Contre}.
3, leur Général de fa- Maîfo.n , qiia
>yrante mille livres 5 au Sr. Cantari-
„ gni , auiïi^ Controlleur gênerai d^
53 fa Mai Ton , vingt mille livres , au
3, Sieuf Dancé , Apocicaire de for
3^ Corps 3 dix mille livres j au Sieui
33 Gabouri , quarante mille livres
. 3,en ce compris quinze mille livre?
33 dont Sa Majcfté a fait- expédiei
5., la Certification du comptant 5 au
33 Sieur ]oïeux fon premier Valet ai
.3 Chambre , trente mîlle livres j au
5, Sieur Guillain , fon Tailleur ; dix
», raille livres j au Sieur Bellot, Garde
a VHîftclre d'Anne d' Autriche, 505
l^,Je fes cabinets <k Oratoires ^ /ik id^é^
mille livres -, & aux petits Officiers
de fa Chambre , de Tes Eciiiies , &
,ade Tes Ofîces , la lomiTie de dei^x
,, cent mille livres , dont la diftriba-
,, tion fera faite par les Exécuteurs du
»,prefeni Teftament , ainfi qu'ils avi*
„ feront être à faire par rai fon.
,5 Item , ladite Dame Reine fup-
,' plie le Roi de vouloir f .ire valoir
„rous les fonds des Affignatîons
,5 qu'il a plu lui accorder pour les
>, dépenfes ordinaires Se extraordi^
I, naires de fa Maifon de la prefenre
, anné€ , ^ des précédentes , encor
, qu'elles ne foienc pas échues ^ à
, l'exception feulement des cinquan-
5 rc quatre mille livres par mois qui
, fe payent à l'Epargne , lefquelles
, cefferont d'ctre paie'es du jour de
, fon décès ,• &: auiïï de trouver
, bon que le Trefoiier gênerai de fa
Maifon reçoive ce qui écherra de fa
Rente viagère ôc des finances de
fes Domaines , jufques & compris
le dernier jour de la prelente an-
, née , afin que les Officiers & Cré-
asciers de ladite Dame Reine , qui
, aurQiU faic 4€ij avances , ou qui
504 Memeîres poiir.firvîr
y66.6. 9> y feront affigncz , en Ibienc -paiez ,
,, que fa Confcience en foir déchai-
9, gée , &c que TExécucion du prefeiit >
„ Teftameiit n'en puiCTe recevoir au« jj
55 cun prejadice.
- .,, Item , ladite Dame Reine fup-
„ plie le Roî d'avoir agréable de fai-
5, re valoir ce qui refle dû des deux
3, cens mille livres , dont il a donné
>, le fonds en la prefente année 166^
,, pour les .Batimens da Val-de-Gra-
„ ce, & de.voaloir encore bien fairÉ
„ un pareil fonds de deux cens mil-
3, le livres en la prochaine anné(
19 1666 , pour achever lefdits Bâti»
„mens.
5, Item j ladite Datne Reine fup
,5 plie encore le Roi de vouloir f
5, relTouvenfr de la recommanda-
3^ tion qu'elle lui a faite en faveu
9, des principaux Officiers de fa Mai
_,, fon , ôc de vouloir aufïi donae
„ fa protedion à tous fes autres Dç
„ meftiqueso
5, Item , ladite Dame Reine veu
,, de ordonne que les Reliques ôc Rô
JJ liquaires qui font dans fon Oratoi
i» re prés de fa Chambre au Châteai
fl> du Louvre à Paris, foienr tranfpou
te
V
à l'HifloWe d'Anne à* Autriche. 50J
i, tez en TAbbaie du Val-tie-Grace , i6€^.\
5, àc remis es mains des Abbelfe &
Reiigieufes diidit Monadere , lef-
„ quelles s'en chargeront au pied cle
l'Inventaire qui en fera drefle par
jj, les Exécuteurs du préfenc Tefta-
, menr,
sjlcem veut & ordonne ladite Da-
L me Reine , qu'en ladite Abbaie du
, Valde-Grace il foit célébré à per-
9 petuité par chacun jour une Metfe
j baffe à fon intention , en l'une des
, Chapelles de ladite Eglife j qu'à cec
, effet il fera palfé un Contrad d^
^, Fondation de ladite Msife par kf-
„ dits Exécuteurs avec lefdites Ab-
,, beffe «Se Reiieieufes , aux Condi-
,j tions qu ils avileronr,
_ 5, ïtem , ladite Dame Reine fup-
, plie le Roi de trouver bon qu'elle
commette l'Execution du préfenc
, Teftament aux Sieurs Colbert 3,
Confeiller & Controlleur Général
,,, &: Intendant des Finances \ d'Ar-
, gouges , Premier Préfident du Par-
, iement de Bretagne j Tubeuf ,
Préfident en la Chambre des
Comptes à Paris i Ô: au Sieur le
Tellicr , Sécr.ccaire d'Etat l'un 6ts
jofj Mémoires pour feYvk^&,c.
1 666. ri Soulignez ^ ôc leur faire la grâce de
„ les appuyer de fa Prûte6tion ; s'il
^y nailloit quelque difîcuké qui n'eut
^, pas été prévue dans la forme du pre-
„ fent Teftament , & dans les difpo-
)9 fiuons y contenues^
3, Lequel Teftament a été ainfi fait,
„ didlé 5 nomme , par la très-haute,
a-j irés-puidante , très- excellente Piin-
„ ccffe y aux Confeillers Secrétaires
55 d'Etat ci-dèÏÏus nommez , & par
3, l*un d'eux en prefence de l'autre lu
„ & relu à ladite Dame R^ine , la-
35 quelle a dit l'avoir bien entendu, en
5, fa chambre dudic^Château-neuf de
3-, faint Germain en Laye , ou Sa Ma-
,3 jefié efl: au lie malade , l'an i66j,
35 le troiiîéme jour d'Août , à l'heure
53 de midi j (Se ladite Dame Reine J'a
a. Signé ,
., ANNE,
3, DE Gu E N EG A U Ti
,5L B T E L L I E K. •
Ec au dedous efl: cfcrir ,
'J'approuve le prefem Teftament.
Signé,
LOUIS^
JFm au, çhquUm^ Tame^
TA
TABLE
DES
MATIERES.
j A G E N : pris par le Prince de Condé,
'^L K Aig'^'tllon ( la Ducheffe d' j confervc
Ton gouvernement du Havre, 13^, i.r. & (mv,
iîr,ir. ttompce par Madame de Ponts Ton
amie, qui lui enicve & époufe Ton neveu le
Duc de Richelieu, 57, & fuiv. iii. t. a parc
à l'emprifonnemcnc de Mr le Prince, 333,
iii. r. travaille à la perte de l'Abbé de la
Rivière, 3 ^7, iii. r. «.-c. paitie de foh carac-
tère , 538 , iii. t. coi.feiilc au Minifcre de
s'éloigner, 50 iv. t.
tïbret : voyez Mtoj[tns,
lUiot , Médecin Lorrain , s^ofFrc pour la guerî-
fon de la Rcine-Mere , 3^-, v.r. 3 8<?,v.n. la
Pleine le met entre Tes mains, 40^, v.t. com-
mence à la medicamenrer, & la fait horrible-
ment & inutilement fouffir, 417, v.t. & fuiv.
la Reine le quite ,438, v.t.
'mvillc { le Duc d'j : voyez Brion.
.ncre ( le Maréchal d') : fa mauvaife adminif-
tration , & la mort, 1- -5 ,i.t. Si Louis Xill.
ordonna de le tuer , ii^, i.t.
Tome V, Y
TABLE
Anife ( Genare ) : Chef des Révoltez de Naplcî i
21, ii.t. 40, li.t. & fuiv. traite avec les Efpa^
nols, & les remet dans Naples , 51 & fui\
ii c. ariêté & mis en prifon, 143, ii.t. puti
de mort, 187, ii.t. i
j^nnat ]efuite , raillé & turlupiné par la Rcin|j
de Suéde, 453: iv. t.
ANNE d'Autriche, née le ii.Sept, i<?oi. 1
Grand Duc de Tofcane fait propofcr ("on ma
riage avec Louis X II l ^, 7, i. t. 4^^, v.
mariée en i6'i 5, pag, 7, 8, i.t. 497, v.t. pe
aimée de Ton mari, 10, i.t. aimée pat le Dt
de Morjtmiorenci : 13, i.t. & par le vieux Du
de Bellegarde , 15, i.t. & par Bokinghan
16, i. t. & fuiv. s'en rcpenc a la mort , 48c
v.t. fon caradere dans fa jcuneffc, 15, i<
i. t. hailToit Richelieu , 14 , i.t. foupçonnc
d'être de l'affaire de Chalais , 27, i.r. & fui
on lui ôce la Duchefie de Chevreufe , 33, i.
aimée & perfecutée par le Cardinal de Rich(
lieu , 3 5, &c. i.t. 38, 3^ , i.r. fonde le Val(
Grâce, 41 , &c. i, t, on y fait fouiller fa ce
Iule, 42 , 43 , i.t. fa beauté & bonne grac
45, i.t. Sec. réduite à fe reconnoitre coi jl
pable , 8i, i. t. acouche de Louis X I V. j
de Philippe Duc d'Oileans , 82, i. r 88, i.!
4i>7 , V. t. fait la conjuiation de Cinqmar ,
102 , i t. déclarée Rcgente , 119, i.t. viei |
à Paris comme Regenre, 131, i.r. fait cafT- j [
au Paiement la déclaration du feu Roi, 13 j
i t. ckoifît Mâzarin pour fon Mini ftre, 14 ,
143, 14^, 150, i.t. ioucient ce Minifcrecoi j
tre Mrs de Vendôme, i 56", i.t. fa bonré er ' j,
vers Madame de Hautcfort , 174, ij<jyi.\\'
quitc le Louvre, & va demeurer au Palai"'
Royal , 2S7, 108 , i.r. fa vie domeltique
inccrieure, &.C. 21^, & fuiv. i t. va au Parh :
ment , 3 1 3, & fmv. i.t. fon voyage eu No ■
DES MATIERES.
'^i^.nJie . 4^0, i. c. & fuivans. fou caraAerej
^4, &c. i.r. Tes inquiétudes de la maladie
j Roi, 538, 53 p, i.r. fa. fermeté contre
ks axrenrars du Pailement , 118,119, ii. r.
va au Parlement , 185 , ii.r. fa pieté & (a.
charité , 210, iii , ii.r. &c. fait arrêter
Blancm.enil & Brouflel, 240, ii. r. Scfuiv. fa
fermeté lors des barricades, 252,2^0, &c,
li. t 280, 281, ii. t. Sort de Paris, 2pj, &
fuiv. ii. t. fe retire à Saint Germain , 327,
ii.t. Ton afîîi£lion fur le fuccez de cette con-
férence , 3(^4, $6^ y ii.t. &i fuiv, revient à
Pans , 3 5»o, 395 , ii. r. forme le deffein d'af-
fieger Paris, 438, & fuiv. ii. t. fort de cette
Ville avec la Cour & fe retire à Saint Ger-
main , 445 , & fuiv. ii. t. ordonne au Parle-
ment de fe retirer à Monrargis , 4(^2, ii. r,
confulte Cl elie peut en conTcience continuée
la guerre, 518, ii.t. fait faire de giandcs
charirez dans Paiis , Ç38 , ii. t. qutlsétorcnc
alors fesfentimens & fa fituacion, j^ô, "^ luiv.
accorde des vivres aux Pa.'ifiens , ç. iii. c.
& fuiv. confent à la paix, 51, iii. r. & fuiv.
revienr à Paris, i8r , iii. t. & fuiv. o'croic
pas toujours foamife aux avis du Cardinal,
2,13 , & fuiv. iii. t. obligée de donner ie
pont de l'aicfae au Duc de Longueville, 232,
& fuiv. iii. t. fe refout à faire arrêter les
Princes de Coudé & de Conci , & le Duc de
Longueville^, 342, & fuiv. iii. t. ^60. &c fuiv,
va en Normandie , 418 , à. fuiv. iii. t. va en
Bourgogne ,437 .- ni. r. & fuiv obligée â
Kîetcrc fes pierreries en gage , 470 , iii. r.
mené le Roi en Guienne , 480, &. fu.v. 482,
iii. r. & fuiv. acorde la paix aux Bourdeicis,
"523 , iii. t. tombe malade eu levenani de
^Guienne , 519 , iii. t. revient à Pans, ^35-,
Éi. r. ycfcnulade, yyi, 573> iii- t. jette
Y z
TABLE 1
vn sbcez qu elle a voit dans le mefantcrrc, \
573 , iii. r. Tes inquiecudes lors des négocia-
tions pour la liberté des Princes , 33 iv c.
& fuiv ç 5 , iv C.83 , iv. c. fe prépare à fortit
de Paris, 71, & fuiv. iv t &c. donne l'crdrc
pour la liberté des Piinces, 73 , iv. r fait
entrer les Bourgeois dans la Chambre du Roi,
&. les calme , 80 , iv c & juiv. Ariétéc dans
le Palais Royal , 84 , 87 , iv. t. remet au
Roi l admini'tration, lors de la majorité;!?^,
iv. t {3. generofité envers une malheurcufe
féditieufe , 301 , iv t va à Bourges, 311.!
3 1 1 , iv. t envoie ordre au Caidinal de revc- !
rir à la Cour ,312, iv.t 315 , iv. t. les foin;
à Saint Denis après la bataille de Saint Antoi-
rc, :7i/, iv t rentre à Pans , 3^3, 394, iv c
Ne revient de bon cœur, que pour le Prince
de Conti , & Mr de Turenne , 407 > iv t ci
ufoic tendrement avec le Roi , 411, iv t 473
&c iv. t. à delTeifl de faire époufer au Ro
l'Infante d'Efpagne , 517 , iv. t commenc<
à s'inquierter de rattachement du Roi pou;
Mlle de Mancini , 533 , iv. t. fe rcfoud at
voiagede Lyon ,^534 , iv. t.&fuiv. fcn en
trevuë avec la DuchcfTe de Savoie , 5 3^ , iv t
Peu contente de cetcc entrevue, 54^ , &:c. iv.t
fis inquiétudes à. ce fujet , 54^, &c.iv.t ù
joie des propofitions d'Efpagne touchant Tin
fanre , 5^0 , iv. t revient contente à Paris
I , v c & fuiv Ces foins peur empêcher le;
fuites de l'attachement du Roi à ia Mancini
4', & fuiv. V. t, S'oppofe vivement a Teiivij
qu'avoi: le Cardinal de Faire époufer fa nièce
au Roi y 6 ,v. t. Ses incjuierudes à ces fujcts
I ^ j & fuiv ij , V. t. & fuiv. io , II, &c v.c
31, V. r. Son peu de pouvo r , zi,&c.vt
31 , v. c Sec. parc pour Je mariage du Ro!
^6 j Sciuiy, V.c. Lettre qu'elic écrie â i'Iû
DESMATIERES.
f:.n:s v7<^ ) 77 , V. r. va voir Ton frère 3c' Câ
Nièce , & recic de cette entrevue , 5(3 , v. c.
& fuiv prend le nom de Reine - Mère ; 105,
V c. partie de (on portrait , 113 , v.t. faic
un magnifique prcient à l'on frère , 1 1 8 ,
119 , t. V Ton rc;rojr à Paris, 118, v.t:.
coiiiment elle voit la mort du Cardinal ,
1 5^ > ï 57 > ^* ^' "^^^^ mettre quelque ordre
aux plaihrs & divertifl'emens du Roi , loi ,
5:c. 115 y [Se lujv. v.t. défend & protège
Me de Mortevill,* , 107 , 109 , iio , ôc fuiv.
V. t fcs ch.^grins contre h DachelTe d'Or-
léans , III, V c va voir à Dampierie la
Duchr-ffc de Chcvreufe , 113 , v t. S'a/ïlige
es. l'amour du Roi pour la Valiere , 217,
V t ii5>, V t. & fuiv. refufc les offres de
partager l'adminiflrnrion en foufFrant les dé-
fordres de la Duchefie d'Orléans, iiz, v.t,
peu contente du choix de la Dame de Mon-
taufier pour gouvernante du Dauphin, 252,
V. c veut fe retirer au Val de Grâce, 26^3,
& fuiv- V t porte le cœur de fa petite fille
au Val de Grâce , 28^ , v. t. blâmée d*a-
ydir été à un bal déguifée, 191 , 252 , y. t.
tombe malade , 2^2 , 6: fuiv. v t guérit par
rémctique , 3ÔI • v. t autant airac'e du peu-
ple, qu'elle en avoit été haie , 301 , 301, v.t.
Tcut juftifier la Ducheffe de NavaiUes auprès
du Roi , 309 . V c ne peut obzenir l'enre-
gill rement du brevet de Duc de Mr de Na-
vaiUes ,313,314 V- 1. fon cancer commen-
ce â paroitre, }I7, v.t pleure la difgrace
du Duc & de la DucheÂe de NavaiUes ,
3 20 , V. t- brouillée avec le Roi , 3 2 2 , r. c. &
fuiv. fe réconcilie avec lui , 327 , v. t. & fuiv.
confeils qu'elle lui donne , 325) , v.r. &c.
icpqmaude la ComtelTe de Brancas,3 3 >- , v. c.
TABLE .
va voir les Religieufes de Chalîiot , 347, v.ç, j
fc trouve plus mal de fon cancer , 3 50, v. r» ''
êLC. Con mal augmente, 353 v.r. fe met inu-
tilement entre les mains de Gendron 3 54, >
3 5 c,v.î. &c. trop attachée à fa perfonne dans !
cette maladie , 358, 35^, v. t. va à Saint
Germain avec le- Roi , 371 ,v, t. s'anéte à
Chaillot , 372, V. r. & à Saint Clou, 373, v.c,
tombe dangereufement malade à baint Ger*
main , 374, v. c. & fuiv. fait (on teftament,
37^, v.r. 381, v.t. 407, v.t. craint les remè-
des d'Ailiot , 58^, v. t. empire, 3^3, v.r. on
lui perce un abcez , 35^3, 3^4, v.t. &c. fa
delicarcfle extrême pour les commoditez de
la vie, 3^7, V. c. 453, v.r. prefque a l'extrc- 3
mite , 55)8, 3^9, V. t. &c. reçoit le Viatique
401, V.t. donne la benedi<frion à fa famille.
401, Y. t. fe rétablit un peu , 408, v. r. quitj
GendroB , & prend Alliot , 40^, & 417. v.r
portée à Paris, au Val de Giace , plus pa:
politiqae que par riecefTité , 410,411, v.r
îranfportée au Louvre , par la même raifon
413, 414, V. t. on lui met de l'eau de chau:
dans fcs plaies , où la gangrené s'étoit nn(e
414, 41 j, V. t. prcfque au defcfpcir de dou
îcurs , 41^, V.t. on lui coupoit partranclu I
les chairs avec un rafoir, 418, v.r. fa pa !
tience en ce trifce écac , 418, v.r. parie ai ^
Roi pour le Duc & Li Duchefle de Navaillcs ï
410, v.r. & fuiv. aprend la mort du Roid'E( |
pagne fon frère , 43 x v.r. quite Alliot &f
mec entre les mains d'un Milanois, 437, 435
V. r. plus mal encore , par la puanteur quii
met à fon cancer , 441, v. t. 4^8, v. r. fa fei
meté , 443 . 444 , v.t. fait écrire à la Rein
d'Efpagne , 447 , 448 , v. r. tout à fait acca
blée,449, v.t. fes épaules toutes ulcérées
4yi , Y. t. fe reproche fa delicaceffe Se ^
DES MATIERES.
amour propre , 443 , v. t. 453, v. c. faic uns
confeflîon générale, 45e, v. t. fe reconnoi:
pioche de fa fia , 4^9, v. c. parle en fecrec au
Roi, & puis ;i toute fa famille, 4^1, 4^1, v.c.
reçoit le Viatique , 4^3 , &c. v. t. reprend
toute fa beauté , 4^4 v. t. ne parle point à
Madame d'OiIcans en particulier , le ctoianc
inutile 4(^4 , V. t. donne fa benedidion a
toute fa famille, 46'4 &c. v. r. demande Se
reçoit l'Extrême - Onction , 4(^8 , 4^9, v. r.
tombe en foibleife , & en revient , 47^, v. r.
fon agonie violente , 47^, & fuiv. v.t. a de
l'impatience de mourir, & en eU reprifc, 481,
483 , v.t. demande la croix , 483, v.t. meure
enfin le zo. lanvier 1666. page 484, v.r. bel
cloge qu'en fait le Roi , 488, v. c. fon tefta-
nient , & legs qu'elle y faic , 487 , 4^8 , v. r.
& fuiv. vers à fa louange » 45>î,497, v.t. fon
cloge par PciilTon , 4^3, v.c. & fuiv. "'
[nnc ( Dame ) : Generofité de la Reine envers
cette malheurcufe ,-301 , 302,17. r.
[rci ( le Marquis d* ) : fon équipage à la cere*
monie de la majorité , 184 , iv.t.
rgouges y Premier Prefidcnt du Pa''iement ne
Bretagne : La Reine- Merc lui le^ue trente
mille livres , 501 v.t. exécuteur tcftamen-
taire de cette Princcffe, 50^, v.c.
RMANt» SE Bourbon , Vriuct de Conti : fon
caraiflere , 4^7, i,r. demande le chapeau de
Cardinal , 3 84 , ii.t. quite la Cour , & joint
les rebelles à Paris , 480, 481 , ii.t. fa pre»
fcnce y faic celfer le tumulte, 483 , ii.t. Ge-
neralifîîme des rebelles , 488 . ii. c empêche
les effets de la bonne volon'é du Premier Pre-
fîdenr, ^17 ii. t. prefente au Parlement un
Envoie de l'Archiduc, ^4, ii.t. fait fa paix &
revient à la Cour , 5)7, iii. c. 17^ , 177) 'li-"^'
i^ prifon , 3^1 j & fuiv. iii. c. 37 ^ iii-t- pio-
Y 4
TABLE
pofinon fîe Ton mariage avec MaJernoifclIe f>e
Chevrcufe , 443 , iii. t. ce mariage accordé,
17 ,iv.r. le Prince de Condé l'en dégoûte , &
il eft roiDpu , 1 1^ , iv. t. défend Ton frère au
Parlement» 176 ,177 , iv. t. 1^1 iv. t. & chez
ia Reine, iip, iv. s'enfuit i Bourdeaux, 313,
iv.r. gagné par le Miniftre > 340 iv.t, obligé de
forrir et Bourdeaux, 410 , iv.t. devient dévot,
400, iv.t. époufe Mademoifeile de Martinozzi,
Nieccdu Cardinal , 401 , 419 > iv. t. fait pé-
nitence , 403 , iv. t. ce qu'il avoiie â la Reine
touchant Tes engagemens dans les premiers
troubles, 403, & fuiv. iv.t. il lui naît & meurt
un fils > 511 , iv.t. fa femme faite Surinceo-
dante de la maifon de la Reine-Mere,i 45, v.t,
cRimée du Roi, qui lui dcrtinoic la régence, en
cas qu'il vint à mourir , 300 v. r.
Arras: les François y forcent les lignes des Efpag-
nols j 410 , iv. t.
jhta^nariy créature du Cardinal Mazarin : char-
gé d'arrêter Fouquet , xi6 , v.t.
Anigni f'Mad. d' ) : fille d'honneur de la Ducheffe
d'Orléans : confidente du Roi & de la Vallie-
re , 4^9 , v.t. le Roi la marie au Comte du
Roule , & lui fait de grands biens , là-mêmef
& fuiv.
ASfemblé^s : mot odieux à la Cour & au Miniftre,
410 , iv. t.
Avi'tx { le Comte d' ) : Tes démêlez avec Servieo
le font rapeller de Miinfler , 37 , 38 , ii- r,
& fuiv. maltraité à la Cour, 38 , 3^ , li.t. &c
fc racommode avec le Cardinal , zo6 , ii. t.
1^3 , ii. t. fa mort & fon caractère, il,
15 , iv. t.
Aach ( l'Archevêque d' ) Grand Aumônier de la
Reine-Mere : lui donne le Viatique, 400, &
luiv. V. t. la prépare à la mou , 443 , v»c.
450,451» V. c. 45^; v.t.
DES MATIERES.
A'A'iienee : Manière magnifique dont on lador.EÇ
en Efpagne , 47 , v. c. &c.
A:i triche ( D. Juan d*) , fils naturel du Roi d'Ef-
oagne Philippe I V. quitce la Flandre pour
ctourner en Efpagne , 7 , 8 , v. t. vient faluec
îa Reine , 5> , 10 / v.t. &c. foa caïadeie , &G,
1 00,
^ Anne d'Autriche-, & Marie Therefe d'A^
^.icbe.
/
Tl A R I L 1 o N , Président du Parfement de
i3 Paris , exile à Pignerol , ^30 , 23 r , i.. r.
iiifrfc^Jes , leur dcfcription & leurs fuites , 147,
& fuiv. ii. c.
Ii,z ri':re : fecviieur de la Reine , qui s'ofile à tues
Richelieu ,19^, 1^3 , irt.
h -r e: : ncgociaceur du Coadjuteur de Paris j
309 , 510 , &c iv.c.
£.-î: fde, : envoie négocier en Efpagne parle Dus
de Bouillon , 4^4 , iii. t
P -Jée ( la ) r prife par G.i/llon , 4S3 , it. &c.
B.ijCfnpierre { le Maréchal de j : mss à la Eailiîfe,
^7 , C'y » i. t. & en (brt , îi<$ , i. t. fa mji-tj,
35> j , i.t. fon caractère ,395 , i c.
B^'.fjnmp terre, fils naturel du précèdent : Eveqae de
Xainres , bon ferviteur du Roi , i 5 , iv. t,
H'irtevilhy ( le Baron de ; AmbalTadeur dE^pag-
ne : infulce l'AmbafTadeur de France , 2.41,
i4X , V. t. rapellé d'Angleterre , z<^6 , v. c.
B a. >fort y (■ le Duc de ) : fon caradcre , iz^ i.t.
158,1 c. déchoit de fon crédit , & ou lui re-
fufe l'Anairauté , i'Ji> it difgracié , arrêté^
L^ mené au Bois de Vincennes ,187,1^0»^
5)4, i.t, fe fauve de Vinceones, 88 > & faiv.
.: t. vient fe joindre aux rebelles de Paris , &
clt fait l'uu ds ieuii Geacrauï , 48S , ii, c.
TABLE
fe Tait abfoucîre par le Parlement , & efîfur-
Dommé le Rot des Halits 491, ^c,z , ii. r. fait ;
entrer ua convoi dans Paris , 52,5 P^' 5 ^9t h
ii.t. la paix le fait fans lui , 85-, iii. c. vetic j'
faire croire que le Minière l'a faic empoi- 'i
fonner , 1 17 j iii' ^- ^^ querelle avec le Dac |j
de Candale & autres, 130, & fuiv. iii.t. 13^,
& fuiv. iii. r. 1 51, & fuiv. iii. t, 1^7, & fuiv. ii
iii. t. la Reine refufe de le voir, 173, 174,
jii.t. ne veut poinc faluer le Minilhe, 17^,
iii. t. accufé d'avoir part à l'alTaffinat du |
Prince de Condé , 335 , & fuiv. iii. t. fe de-
clare pour la liberté des Princes , zy, iv. E
battu par Mr de Turenne , 330 , iv. t. Mc
querelle avec le Dbcde Nemours . 334 ^ iv.;«;
Tes dévotions grimacières pour la chalTe de
Sainte Geneviève, & autres , $^4, 365, iv.t.
fe bat contie le Duc de Nemours fon beau-
frcre , & le tue d'un coup de piftolet, 387
iv. r. amant favorifé de la Ducheds de Mont-
bazon , 48^ , iv. t. fe racommode à la Cotir
où il obtient la furvivance de l'Amirauté
511 , iv.t, fa Situation à la Cour depuis Is
moïz du Cardinal Mazarin , 185,185, v.t
Beai-mont ( 1 Abbé de ; , fait précepteur du Roi
3 H > i- '^•
JB<v-^??jr-«r ( Mademoifellc de ] : éloignée c" !.
Cour , 3 55», &c. V. r. fon caraâere , là-ménv
rétablie , 425», i. t. fa mort > & fon caraâeic
286 , v.r.
^tautru , mauvais plaidant : Voic2 Nogent,
]^(a;^ve>.ji ( l'Evéque de j : regardé comme Mi- .j
niftre , 130, i. t. fon peu de capacité, 14O;
m, i, t. difgiacié & éloigné de la Cour
I5^S , i.t. & Tuiv.
B.aazais ( Madame de J , première femme ^(
chambre de la Reine , favorife les difcour
cxcravagans de Geifé , & eft cha/îce-j 305
DES MATIERES.
511 , iii. r. &c. conclue! à faire ciciniporcer
la Reine- Mcre du Val de Grâce au Loavre,
41 5 j V. r. diCgimciée poui beaucoup clc bi'in-
nes raifc^ns , 413 , v. t. la Reine - Meic lui
lègue trenre mille livres , 503, v.t.
^eaNvais [ Mademoifelle de j , fille de la pre*
cedente , obtienr les bonnes grâces de la
Reine- Meie , 407, v r.
Bdlignrde ( le Duc de ) : Ton caraâ:ere ,15,
3. t. amoureux d'Anne d'Autriche, 15,1^,
i. r.
:B Ug^rde , aliîegée par l'armée du Roi , 444,
iii.r. 447 , iii. r.
'EtUe. Ile , fortifiée par Fouquet , & ce qu'on a
dit qu'il en vouloir faire , 2x9, v. t.
Zeilievre ( Pompone de ) , Premier Prefidenc
du Parlement de Paris : fa more , & fon ca-
ractère , 471^ > & fuiv. iv t.
'Ben^c : defcriprion de cette maifon , 64 , 6^^
V. t.
lBirir,ghen : fait premier Ecuier , 349, i. t. tire
Monfieur de Paris, 3Z7,ii.r. foUicite le
Cardinal Mazarin de facisfaire la Reine tou-
chant le mariage du Roi , ^47 , iv. t. & fuiv.
paroilToit tout de glace , 406^ , v. r.
Btrraut ( Madame ) , mère de l'Auteur de ces
mémoires , femme d'un frère du fameux £ty-
ta'it , Evéque de Seez : favorite d Anne d'Au-
triche , II , & fuiv. ï.t 39 , i.r.
^iTî^ut , f ère de l'Auteur de CvfS mémoires : faie
une reponfe à un libelle violent contre la Cour,
3 28 , iii. t. Icfteur du Roi , 505) , iv. t. 481,
^ fufpeâ: au Cardinal , 481 , 482 , iv.t. &c.
vend fa charge . 483 , iy t. Abbé du mons
aux malades & Confeiller au Parlement de
. Rouen , 40 , v. t. fa relation de l'Ambalfadc
du Maréchal de Grammom lors du mariage
>,. iju Roi , 40 , Y. t. & fui y.
TABLE
"Bertaut { MadeJaiue Eugénie ; : Ifœur de l'AuÇeur
de ces Mémoires : nommée Socrattne à 'caufc
de fa fagefle, 99, ii.c. fonicara6îere, 534, iii.r.
encre aux filles de Saintc-Maiie, 504, lii.r. & y
faic piofellioa, S7 , iv. t. la Rcine-Merei'y
voit, 347i V. c. & 371 , v.t.
'Sethi4ne ( k Comte de; : Ton cara£^ere,45>(>, iv.r*
fa femme , Dame d'Acour de la Reine , traitée
de force par cetcc Princefîe , 3.03, v. c.
B'^got , Prefident: du Parlement de Rouen : fedi-
tieux, qui fait perdre la Normandie au Roi,
498, ii.t.
B'ttai-t , Confeiller du Parlement de Paris: fak
prifonnicr , 314 , iv t.
Hlancmentl , Prefîdent du Parlement: arrêté par
Oidre de la Cour & relâché , 2.3.0 , &c. ii.t,
268, iur.
Bokingham : aime Anne d^Autriche , & le lui fait
coMioitre, i^ , & fuiv. veut revenir en France,
& on le lui refufe , 23 , i.t. commande une
Armée Navale pexur fecourir les Rochelois.
24, i.t»^
B&U'im : châceau dans les Pirennées , 69t v.r.
B&jfté { la Comcelle de ; époufée & abandonnée
par le Duc de Goife , 107 , i.r.
Boti'tUon ( le Duc de j : entre dans la conjura-
tiorv de Cinq Mars , i>o , i.c. & f^iy. fuite de
cet engagement, 10^ , & fuiv. 1. t. pourfuic
its préceiuions pour dédommagement de Se-
dan, 471, ii.t. faic efperer qu il fe déclarera
poarle Parlement, 471, ii.c. fe déclare , 488,
iix fe fauve après la prife des Princes, 404 iii.r,
fa femme artécée , 418 , iii. t. fe fauve & eft
ïepiife , 435> , 440 , iii. c. déclaré criminel de
îeze-n^ajefté , 458 , iii.r. reçu dans Bour-
tfeaux , 4^5 , iii. t. envoie négocier avec les
ï-.fpagnols, 4^4 , iîi. t. General des révoltez à
Bouidcaux, 455, iu.c. fait pendre un OSiAiss.
DES MATIERES.
par repte failles, 508 , 50^ ; iii t. faic fa paihr,
,'13 , iii.r.
BOHlay (le Marquis de la : le premier qui prend
commiiiiv)!! du Parlem<inc> 470 , :i.t. coure les
rues le pitlolcc à la main , 6c tâche d'émouvoic
le peuple, 314 , iii.t. & Tuiv. on décrète contre
lui, 330 , iii. t.
•gourdilot^ : demanienc la protedion du Paile-
menc de Paris , contre le Duc d'Eperwon , 196,
Ô;c. iii c favorifez par le Prince de Condé,
203 , 111. r. demandent u;i aurre Gouverneur,
273, iii. t. prenne»: & démoiilTenc le Château
Trompetce , x«5 3 ni-t. ont peine à fe joindre
aux Princes ,44^ , iii.r. fe laiflent gagner par
Langladc, 45:9 > 4^0 , lii.t. refufenc & puis
reçoivent la PrincefTe de Condé &: le Duc
d'Ânguien , 4^1, 4^2, , iii. t. font une dépura-
tion au i^iriement de Paris ,483, iii. c. &i fuiv»
menacez de (iep;e , 503. iii. t. font pendre par
reprefa.'iles un Olîîcici du Régiment de Navail-
les, 508, &" lui', iii.t. anTicgez parle Maréchal
de la Mcilleraie , 510, in. t. &c, obtiennent là
paix» ^13 , iii- f. reçoivent mal la Reine , &
fon Miiiflre . 517 , 518 , iii.r. reçoivent Me
ie Prince , 307 > 308 , iv. r. recepdon qu'i;ls
font au Roi & à la Cour , au recour de roo
mariage, ii^ , v. c. & fuiv.
JB'-^yica- ( le Comte de ) : acheté la charge de
Chevalier d Konncur de la Reine- Mère, iigj,
V. r. làfv-'mme,' la première qui accompagne
Madame la Valiiere , 318 , v. t. & fuiv. fou
caradere , 334 > v. r. & fuiv. fa femme répri-
mandée par la Reine Mère ,335. v.c. 5'C. folie
de fa femme , £i fageiTe de fa fille, 3453
3 4^,r. t.
£fi*l[a.i; ( Madame de ) Dame d'honneur de ta
Reine : Cm bon caractère , i6i, , i.c, congédiée
de la Cour^ 153, i.c.
TABLE
^riJieu: fctvanc de fécond au Duc de Guife , efî
h\c([é par Eftrades , 105 , i. r. défend biave-
menc Guife , &t oblige i"Archiduc à en lever
le fiege , 473 , 474 > iii- 1. 479 » iii- t-
^tie - Comte • LUben : pris par l'armée du Roi,
i8 , iii. r. .;
Bruvrir ( le Comte de ) : fait Secrétaire d'Erat,
118 , i.r. envoie au Parlcmenc par la Reine,
41 ,iy.t.
Brion , ou le Duc 6! Jtni^iUe : foh caradere , fes
^en^agcrr.ens avec Meneville , & la mort, 13^,
237 , V. r.
^rijjac ( le Duc de ) : infulte &' maltraite des
valets de pied du Roi , 1 54 , & fuiv. défend
le Coad)uceur contre le Duc delà Rochefou-
caut , & prend rendez - vous pour fe batre .
avec lui , 1^1 , ^6i , iv. t.
IBroufjtl . Confeiller au Parlement : arrêté par
Comminj^es , 140 , & fuiv. ii. r. délivré, zé'S,
& fuiv. ii. t. avec quelles acclamations reça
par les Parifiens , 2.73 , i i. t. demande la
diminution des tailles , 378, i i. t. accufe
d'avoir part à l'afTalTinat de Mr le Prince, 333,
& fuiv. iii. t.
Bruan . principal Commis dç Fouquet , prend .
la fuite, 218 , V. r.
CA L A î s : le Roi y tombe dangereufemeat
malade , 51^, iv.t.
CAmm ( l'Abbé le • , depuis Cardinal : chalîtf
de la Cour > à l'occafion de la débauche de
Roiiïi , 12 , V t.
C^n:^alle ( le Duc de ) : fa querelle avec le Duc
de Beaufort , is^îj & i'uiv. iii. t. 135), & fuiv,
iii. t. 152 , & fuiv. iii. t. i6j ^ iii. t. obligé
à fe juliifiei d'aveit vu Mt le Pàace , is.-;,
DES MATIERES.
îiî. r. fînic la guerre de Guienne, &: dediné
à époufer Mademoifclle de Martinozzi , 400,
401 , iv. r. il la néglige, 419, iv. c chef
d'une quadrille du Caroufel du Palais Royal,
413 , i V. r. 42^ , revenant de commander
en Catalogne , meurt à Lyon, 504,505:,
IV. t.
h Capelle i prife par Mr de Ture^.ne , 458,
iv. r.
Cardinaux : Déclaration du Parlement contre
leur adminiltraticn , <?3 , iv. t. ^8 , iv. 1.-1433
145 , iv. r.
Carême : les Efpagnols n'en font point , ou l'ob-
ferver.t peu , 11, v. r.
C^,r/ava!e( : mii 3 la Baftille , & puis exile,
487 , iv r. envoyé commander à Beihunes,
^ 13 3 , v.t.
Ca^-io^Je! : Defcription de celui de Louis XIV.
en 1^55 , au Palais Royal , 413 , & fuiv,
iv. t. de celui de i66z ^ dans la place des
Thuilleries , 169 , ^6^ , v.c.
h C^telet , aiTiegé 3c pris par les EfpagnoISj
473 > i'i. r-
€;i:.jjin { le Père / : quelle part il eut dans la
retraite de Madem. de la Fayette , 75, i, c.
& fuiv.
Chabot : époufe Madcmoifelle de Royan , 5 î 5;,
i- r.
Chalp.ii : âccufé de corifpitacioa , 17 , Se fuiv.
'- i.r.
Ckundtnîer : fa fcituatiott à la Cour , m, &
fuiv. ii, t. cxiié & privé de u charge , zi€y
îi. t. de retour eft dii'gracié pour la troi(icme
fois 5 21, iv,t. foii caraiftere , 2,1 , 12 j,
iv. t.
Chunut : Refîdent en Sued^ , 44 , iv, C.
•Chapilîe ( delà) : foa oitice à U cercmonic (Je
; janaajoricé, i7^,iv>!:>
TABLE
Charenton : pris par le Prince de Çon^é, 51.
51Z, ii. t.
Charles!. Roi d'Angleterre , époufe Hen-
riette de France , 16 jio ^ i.t. abrégé de Ton
Hilioiie j i}9 y Si fuiv. i. t. 383, i. t. 433, i.t.
16$ , ii. t. & fuiv. 53i). & fuiv. ii.r. jufqu'à
5 58,ii.r.
CharlesII. Roi d'Anglecerre : étant Prince
de Galles le fauve en Fiance , 383 , &c. i.t.
repaiîe en Angleterre , 1(^3 , ii.t revient de
Hollande Roi d'Angletene , 160 . iii, t. Ton
cara6tere,i^o,zoo,iii. t. travaille à la pai.x encre
Je Roi de France & le Duc de Lorraine , s^^9
S6j , IV. t. obligé de ibrtir de France , & de
ie retirer en Flandres , 4^0 , iv, t. r.erabli fur
Ton trône , 78 , & fuiv. v.t 114 , & faiv. v.r.
fait (on enrrée à Londres, 114, v. t. refufc
Korteafe Mancini avec cinq millions , 104,
13 5 . V. t. fon heureufe lituation , U<-mémi, fa
ficuâtion en 16^1. pag.243 , 244 , v.r. & faiy.
vend Dunkerque au Roi , 284 , t. v.
Charles IL Roi d'Efpagne , parvient à la
Couronne , enfant & foible , 434 , v. t. donne
<]ueique efpcrance , 434 , v. t. ce qu'il dit en
prenant la chaife de Charles - Quinr , 43 f,
V. t.
Charot { le Comte de / ; e.xilé, 22 1, ii.t. Icrtre de
fou pcre au Cardinal, 2514, ii.t.
ChatïlUn [ le Comte de} : Ton avanturc avec Ma* \
demoifelle Bouteville,2^^;& fuiv. i.t. fait Duc,
418, ii. t. tué à la prife de Charenton , 523,
ii. r.
C aùlUn (Madame de), fille de Boutcvilîe, 2^^,
i. t. fe laiiTe enlever par le Comte de Chatil-
Ion , 300 j i.t. &c. aimée par le Prince de
Condé 3 308, i.t. alTca peu fâciiée de \\ morr
de (on inari , ^24, ii, t. veut faire la pair
cjitie la Cour &. le Priiicç de Condé , 3 5.9.,
DES MATIERES.
iv.t. & fuiv. jaloufc de la Duchefle de Lorv
gueville pour le Duc cie Nemours , '^60 , iv.r.
obcienc du Prince de Condé la tene de
Marlou , 3^1 iv. t. accufée & foupçonnée
d'avoir voulu faire périr le Cardinal Mazarin,
414, IV. t. &c. Ion caraâ:erc . 4M > ^^■^'
corrompe le Maréchal d Hocquincourc , 50^,
iv.r.
Chsvn'ufe ( la DuchefTe de } : premièrement
femme du Connétable de Luines , 5 , 1 1 , i. c.
favorite d'Anne d'Autriche , ii, i, t. époufe
le Duc de Chevreufe , 1 1 ,i. :. porce la ivcifie
à écouter Bokin^^ham ,15,1.:. 6:ée d'auprès
de la Reine, 5^1 i- t. lemife , & exilée de
nouveau , ^5 , ^+ . i t. fe retire en Efpagne,
^4 , i. t. rappcUée à la Cour ,138 , i t. 16),
166^ i. c. en quelle difpcfîcion y ciouva la
Reine, 167 , i. t.&c. difgraciée de nouveau
s'en va en Flandres , 101 , i.c. revient à Paris,
malf^té la Reine, 9^ , loi , iii t. caravfrere
de foii mari & de fa fille, 99 , 100, iii. r.
racommodée avec le Miniftre, 157, 158. iii. c.
revient à la Cour , 174 , i 7'^, traite de l'em-
prifonnem?nt du Prince de Condé ,318, &c.
iii t tout à faic gagnée par la Princcife Pala*
tine 581, iii c. confeille au Miniftre de s'é-
loigner pour quelque rems , 4^ > iv c. en ufe
honnêtement avec le Prmce de Condé qui lui
manque de parole , 117 iv c. fon traité avec
le Cardinal Maiarin , 169 , & fuiv. iv r avec
quels avantages 3c honneurs elle avoir exercé
la charge de Sunntendanre de la Maifon de la
Reine • 18^ ,v.t la Reine-Mere la va vovr à
Dampierre , 113 ,v.t. parle à la Reiue-Mere
concre Fouquet , 2 1 4. , v c
Chàtcat-neuf: entre dans une intrigue , &: efl
relégué à Angoulênae, 6^ , i c. hai de la Mai-
foû de Condé, pour avoir é:é Juge du Duc
TABLE
île Aîontmoienci > 153 > i. c revient de fbn
exil & cabale , 1 5 ^j , i. t. vicnc à la Cour &
comment reçu , 51S , i. t. &: fuiv. Conuiué
CD vain par la Cour, 125 , il. r. foupçonné
d'êrre 1 un des aureurs des tioublcs , & éloig-
né, 301 , li, t. &: fuiv. on lui rend les fceaux,
434, iii, t. toutes Tes ofFres refufées par le
Miniftre , 531 , 533 , iii. t. on ficrne un
traité pour le faire premier Miniftre , 18 , iv. r.
méchant Oiatcur , i 5 , lé , iv t. 40 , iv. r.
confeiiic; à la Reine l'éloignemenc du Car»
dinal, 6^ , iv.r. ne confenc poict à l'enlè-
vement du Roi & de la Reine , 78 , iv. c.
favorife la demande de la tenue des Etats,
Î15!, iv. t. mal auprès delà Reine, I3<j,
iv. t perd les fceaux , i4<^ , iv. t. Ton carac-
tère , 147 , & fuiv. iv. c. négocie avec le
. Cardinal , 163 , iv. c. & fuiv. négociations
pour Ton retour, 101 , 103 , iv. t. fon traité
avec le Cardinal Mazarin , 169 , & fuiv. iv, t,
eft rétabli dans le Miniftcie , 303 , iv. c. con-
feiile à 'a Cour daller ^ Bourges ,311, iv.r.
la fert avec grande afFcdlion , 31^ , iv. t. fe
retire à Tours , & efl: exilé à Mont-rouge,
où il meurt, 317 , iv r.
Chavitghu : mène la PiinceHe de Condi & le
Duc d'Anguien à Eourdeaux , 460 , iii. r.
Chmigni , découvre le traité de Cinqmars avec
rEfpagne, & en avertit ic Cardinal & le Roi,
5>2, , 5)3, i.t. fait déclarer la Reine Régente,
ii5> , i. t. chaiic de la Cour , -13 y. i. r. 138,
î. t. quelle part il eut au tçftamenr de Louis
XIII. 145 , &:c. i. t. remis dans le Confeil,
151 , i.t. privé de fa ch.uge de Secretaiie
d'Etat, 21 8, i.t. 7^69, i. r. gouverneur de
Vincennes , 1^7, i. t. 85» , ii. r. foupccnné
d'être l'un des auteurs des troubles, 301, &
fuiv. ii. c. mis pùfonnier dans Vincennes, &
DES MATfERES
fa femme exilée , 304, & fuiv. ii. t. mené an
Havre . 507 , ii. t. & mis en liberté, 385, ii.r,
revient à Paris , 301. Si. fuiv. iii. t. commenr
aprend la prifoii des Piinces , 35)7 , iii. r,
rapellé à la Cour , 1 58, 13^ , &c. iv. t. 141,
14^ , iv. t. fe uacommode avec le Duc d'Or-
léans , ly^ , iv. t. Ton état d'incerricude à la
Cour , 198 , 2CO , iv.t. Tes nouvelles intri-
gues , 338 , & fuiv. iv t. vouloir la paix,
3^3 , iv. r. & fuiv. defavoué par le Prince
de Coudé > 3S^ j iv. t. tr.-^verfe la négocia-
tion de Gourville , 359 , iv. r. fe racomode
avec le Prince de Coudé , 3^1 - iv. c. en tCt
de nouveau maltraité , & il en meurt de
J^^g^j 3 5?0) iv.t. Ton caraifîere, 390, 391, iv.t,
Christine, Reine de Suéde , envoie un
AmbalTadeur en France, 3 87, i. r. Retraits
de Ton caracfleie , 388 , 389 , i.ti arrive en
France, 42^, fon caradere , iv.t. 430 , &c.
iv.t. lettre contenant fon portrait, 431, &
Tuiv. iv. c. conciiiuation de fou caraftcre ,
434 , iv. t. $zc. comment reçue à Paris , 43 5,
iv. t. Se à'ÇompJcgne , 438 , ït. c. Sec. con-
tinuation de "fon portrait , 44 3 > 444 ^ 445*
i V, t. tourne en ridicule une Tragédie des
Jcfuites, 4^1 , iv.f. & le boufon Nogent ,
452, • 45^ , iv. t. comparée s Foncainebleau,
45^ , iv. t. ne diftingue en France que la
feule Ninon, 4^7 , iv, c. revient en France,
& obligée de refter à Fontainebleau , 492, t
iv. t. elle y fait mafTacrer Monaldefcbi, 493,
& fuiv. iv. r. vient à Paris , & y eft logée
au Louvre, yoi , iv. r. fa conduite , ^01 ,
iv. r. fon déparc 501 , iv. t.
Christine de France, DucheiTe de
S A V Y E : Voyez S a v o y e.
Cincjmarsy Grand Ecuier : hiftoire de fa conju-
ration , 8^ ! & Taiv. iiifc^u'à 99, i. t.
TABLE
Clanieu : fc JailTe prendre Mardich , 376 , i.r, St
Dixmude , 533', 1. c. tué à Cliarencon , où il
commandoir & où il ne voulue poincdc quar-
tier, 22 , ii.c.
Clef-amba-'f ( le Maréchal de ) : Voyez Pnlluau»
dere ( le Comte de j ; fon équipage à la céré-
monie de la majoiicc , 2,83 , iv. r.
CfjHi'^ftiieur de Pa*is : ehvoyé apaifcr le peuple
lors des barricades , 147 , ii.r. raillé de Tes
foins, s'en pleint & s'en vtnge, 285, ii.r. foup-
çoKn.^d'augQientet le trouble , 37, ii.r. oa
lui refufe le gouvernement de Paris , & il _
s'en venge , 430— 43 i, ii.t. pour parvenir au
Cardinalat , & devenu- premier Miniftre , fe
ligue avec la ÛuchelTe de Longuevillc, 47^,
ii.t. &c. fe fait donner feance au Parlement
45)4, 4(?5,îi.î. trait de fa po!iciiue,3 ç.36',iii.r,
fait obtenir des grâces confiderables à fcs
amis , & ne demande lien pour lui , 88, iii.c.
ne vient point en Cour , & comment la Rei-
ne reçoit Tes complimens , 103 , iii.t. vient
faluer la Reine , fans voir le Cardinal , I45>,
151, iii.v. vient haranguer le Roi , & voir le
Miniftre, i%6, & fuiv. ui.r. veut faire entrer
le Clergé dans l'aflembiée de la NoblelTe, 283,
284 , iii.r. &c. recherche le Piince de Condé
qui le rebute, 330, iii.r. accufé d'avoir parc
à l'aiTafTinat de Mr le Prince , 333 , & faiv.
iii.t. traite de rernprifonnement de ce Prin-
•ce,3 5^, &c. iii.c. judifié & abrous,4ii,
iii. t. fon grand crédit , 432, iii.t. offre ea
vain au Miniftre de fe retirer à Rome , 533,
j34,iii.t. gagné par la PiincelTc Palatine,
582, 5S3 , iii.c. veut être Cardinal , 2,iv.t.
le Miniibe s'y opofe ,11 iv.c. oû lui pro-
irier le chapeau par un tîaité, 17 , iv.t. fe
déclare pour la liberté des Princes , 27 , iv.c
déclame dans le Parlement contre le Minif-
DES M A T î £ R E S.
tre , 31 , iv. t. propofc aaj)uc d'Orléans Je
le rendre maicre du Roi , & de mettre la
J^eine dans un Convent , 77 , iv.c. fait faire
opoficion par le Clcrtré à la déclaration con»
•tre i'adminirtracion des Cardidiaux , 98 , 5»^?,
iv.t. fe brouille de nouveau avec le Prince
de Gondé , 1 2.0 , iv.t. haine de la Reine pour
lui, III , iv.t. maltraité par le piemier Pre-
fident , 14 , iv.t. copfeilie au Duc d'OrleanS
de faire armer les Bourgeois , &c. 14^. iv.r.
& fuiv feint de le retirer de la Cour, I5(î>
157 , iv.t. négocie avec le Cardinal , 16 ^^
iv.c. propofe une féconde piifon de Mr le
Prince , 1^5 , 167 , iv.t. voit la Reine, Z63,
iv.t. très - mal avec le Piince ^e Condé,
104, 10^ , IV, t. fon avanture arec le Duc
de la Rochvfoucault , 159 , & fuiv. iv t. pre-
fenté à la Reine par le Duc d Orléans, 166,
ÎY. t. foQ traicé avec le Cardinal Mazarin,
169 , & fuiv iv.t, offe au Cardinal fon re-
tour , pourvu qu'il lui procure la nomina-
tion au chapeau , qu'il obci'înt enfin , 30^>
310, iv.t. Te moque du Cardinal , 310,511,
iv.t. Gourville travaille à l'enlever par ordre
du Prince de Condé, 314 , iv.t. po/Tede toute
la confiance du Duc d Orléans , 337, iv.c
obtient le chapeau , 338 , iv.t. prend le nom.
de Cardinal de Rets , 345 > iv.t. traverfe la
re2;ociacion de Gourviiie > 3^9 1 iv.t. veut
laifier périr le Prince de Condé, 37^, iv.t.
^ veut fe donner le mérite de la paix, 35*3,
iv t. vient filuer le Roi & la Reine à la tête
du Clergé, 396", iv.t. eft arrêré par leur ordre,
35>^,398, iv.t. remis entte les mains du
Maréchal de la MeiUeraie, qui le laiffe écha-
per, 407,408, IV. t. il fe retire à Rome, d'où
il fait puîjfamment cabal,er fcs amis , 408,
40^ , iv.t. 4^1 , iv. r.
TABLE
Coîbcrt , créature du Cardinal Mazarin , éparj^-
ne fur tout, i3 8> v. t. 313 , v.t. mis fous
Fouquet , pour veiller à fa conduite, 113,
V. t. Le Tellier , croianr pouvoir compter fur
lui , l'élevé , afin de détruire Fouquet , 113,
ZI4 V, t. 1^1, v.r. iV fuiv. fait premier Corn-
mis des finances , & fon air mode(le , i6z^
v.t. cxecLueur tenamentaiie de la Reine-
Mere , 506 , v.t.
Comédie : aucorifée par des Evêques de Cour,
410 , i.t. b'amée par des Dotleurs de Sor-
bontie, & autorifée par d'autres, 411,411,
i. c. comment y affilie la Gour d'Efpagne ,
57, v.t &c.^
Cii^minges : arrête B!ancmenil & Broufiel ,141,
- éc fuiv, arrête les P.inccs de Condé & de Conri,
& le Duc de LongucvilJe , 370, 377, 3J78,
iii. c. & les mené à Vinceubes, 3 81, 3 84, 3 8 y,
38^, iii. t. fait Gouverneur de Saumur , 439,
iii. t. Envoyé au devant de la Reine de Suéde,
43i>iv. c. avoir de la leflure , 38s, 380,
iii. t. 450, iv. t. Capitaine des Gardes delà
Reine, 431, iv. t. 481. iv. r. Ambalfadeur ea
Portugal, 531, iv. r.
Ccndé : pris par les Efpagnols , ^zj, iv. r.
Conde: Voicz Henri de Bourbon,
Prtnce >ie CoNDE. Louis de Bourbon,
F'inee ^t C o n D É.
Conférence ( lelteu de U)'. fa defcription , 71,
& fuir. V. t.
C o N T I : Voyez Armand de Bourbon :
f rince <^e C o N T i.
C^fpean , Evêque de Lifieux : fon cara<flere,
103 , i. r. renvoyé de la Cour , 103 , i. t.
Coudrai- G'yjf'és , Confeiller du Parlement dé
Paris : député contre le Cardinal , & oblige
de s'enfuir , 514 iv. c.
Conr de France : comparée à elle - même dans
DES MATIERES.
les premicies années de la Régence , 8c au
commencement de l'adminiftiation de Louis
XIV. 1 5^, ic fuiv. V. r.
C urtrAi :' Paluaii le laifTe prendre, 84 , 85 >
ii. c.
Crcq.ii { le Marquis de ) époufe la filie de Ma-
dame du PleiTis- Belliere , qui lui fait obc:-
nir le Geneialac des Galères, 231 , v. t. il
perd cetce charge , 133, v. t
Ctomvvel : fa puilfance abfoluë en Angleterre,
4j?o , & fuiv. IV. t. fa more , 52.®, iv. r.
D
DEs-LaNDes-Payen, fe charge de
la Requête de la PrinceiTe de Condc au
Parlement, 449^ &c. 543, iii. c. ouvre l'avi'. de
.-défendre aux Cardinaux l'adminiltration des
affaires d'Etar, ^3 , iv.r.
T'i'parh , Equipage de ce SuifTe à la cérémonie
de la Majorité , 180, 181
£jimk?fque : alTiegé , pris, Sclaifféaux Anglois,
511, iv. t. 516, iv. t. vendu au Roi par le
le Roi d'Angleterre , 184, v. r.
D ■p.:- (J-a oumée des ) : Comment elle fe pafTa,
5 1 , & fuiv. i. t.
17 , G IT I L L o N : Voiez A'^uillon.
E'b^--*f ( le Duc d' ; : s'offre au Parlement pour
General de fon armée , 470 , ii. t. 48 j , ii. c.
maltraité par le Duc d'Orléans , ^5 , iv. r.
^iz.aù<fth fie France : miariée à Philippe I V Roi
d'Efpagne , 8 , i. t. fa mort , & fon catadeie,
tSp , 190 , i. t. ^6, v. t.
Ep^rnon { ie Duc d') : Gouverneur de Bourdeaux,
TABLE
tfë y iii. t. plaintes contre lui , 1^7 , iiî. t. 8c
(\iiv. Z75 , iii. t. Sic. haï des Boùrdelois, 46^,
iii. c. obligé de fc rendre à la Cour, 48^, iii.r.
fon caradeie , 510 , 511 , iii. t. obtient le
Gouvernement de Bourgogne , i<îi , iv. t.
Epernnn { Mad.d') : perd le Chevalier de Fiefque,
renonce au monde , & fe fait Carmélite, 378,
37^ /i.t. 504, 50 y , iv.r.
EfpagnolUi : leur habillement , de mauvais gpur,
87 , v.r. &c.
Ejirades : Envoie en Angleterre , pour y "négocier,
en 1(^37, pag.z84,i.t. & fuiv. envoie parle
Prince d'Oiauge pour obtenir la grâce du Duc
4Je Bouillon , 1 14. i.t. fert de lècond à Coligni
fon parent , & bleiTe Bridieu , lO) y i. t. Ara-
ba/Tadeur eu Angleterre , manque d'aller au
devant de celui de Venife > 13^ , v. t. le Roi
lui ordonne de n'y plus manquer , 190 , t. v.
Infulcé & maltraité par TAmba^Tadeur d'EC'
pagne, 140, 141 , v. t. fa Conférence à ce
fujet avec le t^oi , 1^3 , 2.44 , v. t. négocie
la Trente de Dunkerque au Roi , 184 , v. t.
^tafT^pes : Mr de Turcnne y défait les troupes de
Mr le Prince ► 3(^1 , iv. t. Sicge de cette ville,
îefolu & manqué , 3*^3 , iv. t.
Etats : convoquez à Tours pour le i.Odob.i^jr.
pag.119. iv.r.
E///f^^ : on lui donne le Gouvernement de la Ro-
chelle , qu'il maintient dans le fervicc du Roi,
^16, 317 ,318, iv.r.
Etréps ( le Maréchal d' ) : Son caraâicre, 148, i.f.
veut en vain allier Mazarin & Mis de Vendô-
me, 148 , i. c.
DES MATIERES.
FA F G UE (h) , Lieutenant de Roi dans Hc-
din: fe révolte > 509, çii.iv.c.
TAvcns : il feroit à fouhaiter que les Rois n'ea
euffcp.t jamais, 6$ , iv.t.
F-^yct : belle maifon ptés de Compicgne , où fe
"fait Tencrcvuc des Reines de France & de
Suéde , 440 , &c. iv t,
Fayette r Mademoifelle^^/^ï) ; fille d'honneur dfi
la Reine à laquelle Louis XIII, s'attache , 73 »
& fuiv. i.t. hiftoire de cet attachement, 3 73, Sc
fuiv. i.t. Supérieure du Couvent des filles de
Sainte Marie deGhalliot , 347 , v.t. fa mort»
?7i, 373 , v.t.
r.v/ ( le MaréchaW^ /^ ) ; afllege & prend
Mont-medi , 494 , iv.c. allîege & prend Gra-
velines , 515» , iv.t.
!^ FcuiUa'4e; avertit Fouquet de fe fauver , 11 y,
V. r,
Ttejque ( le Comte de ] : Te joint aux rebelles , &
ne peut obtenir le commandement de l'Arfe-
nal , 490 , 4pi , ii.t.
Fr^fqae ( le Chevalier ih) : tué au fiege de Mar-
dick , 378 , i.t. étoic aimé de Mademoifellc
d'Epernon, 378 , 37^, i t.
jrlex ( la ComrefTe de } : perd fon mari au fîegc
de Mardik, 377, 37^ , i.t. demande & ob-
tienc le tabouret • 41 5 > ii t. & (uiv. on le lui
ôce , 180, iii.t. obtient la furvivancc de la
charge de Dame d'honneur de la Reine , 484,
iv t. 93 , v.t. fcs enfans mâles mis en droit de
devenir Ducs , 147 , v.t. le Roi la veut chaiTer,
331, v.t, la Reine Mère lui lègue trente mille
livres, 487 , 501 , v.t.
^(KntraUles : fait un traité avec rEfpagne , &
ie fauve habilement , ^^ , 6c fuiv. i. t. de
Tor?;e F, 2
TABLE
retour à la Cour fe fait exiler , & efl: encore
enfin obligé de fe fauver , 3ïx. & fuiv. ii.t.
infulce & maltiaite des valets de pied du Roi,
154. &c. iii.r.
Tcu'doux ( le ) , Enfeignc des Gardes de la Rei-
ne : tué à la Journée de Saint Antoine»
372 , iv.r.
W uquet : créature de Mazarin » 349) iv. t.
Procureur General , & Sur • Intendant des
Finances, 51, iv.t. grand voleur, 14^, v.t.
récit de fa difgrace , 113 , v.t. & fuiv. 113,
v.r. & fuiv. jufqu'à 235, deshonoré par fes
commerces avec les femmes, 258, v.t. en
quoi coupable • 239 , v.t. on lui fait fon
ptocez , 2^0, v.t. & fuiv.
Tranee : fon état fâcheux au commencement
des troubles , 1 3 3 , & fuiv. i.r. reflexions fut
les rebellions qui y font arrivées, i(î8 , 8c
fuiv. ii.t. fon érat déplorable au commence*
ment de l'année 1^4^ , pag434, & fuiv. ii.t.
I ^9 > iii.f.
TrAnp èi I ce que Loais XIV. penfoit de (a
prifon à Paris ,212. v.t.
Tran f cii { IçSiem ) : Intendant General des
fontames & aqueducs de France , 300 , iv.t.
Ifotié : Adion remarquable de cet homme,
10^ , ii.t.
G Alans Espagnols: cenfcz être fi
ennivrez des charmes de leurs Dames,
qu'on ne trouve point mauvais qu'ils ne fa-
luent perfonne, 51 , v.t.
Ga^c? ' Infante y ou jupe à cercles : chofc monf-
trueufe, 88 , 107 , v t.
G (fiou i le Maréchal Àe ) : prend la Baffée, 483,
&c. i.t. fon caradere , 484 , i.t. elt blefle au
DES M ATIER ES.
Siège de Lens , & en meure , ^2.7 , &c. î.f.
foa origine & Ton avancement, 518, 519, i.t.
ASTON BE France, Duc d'Orléans :
époufe Madcmoifelle de MonCpenfier , 3 1, i.r.
écoic de coures les cabales , 57 , i.t. entre
dans la conjuration de Cinqmars , 5»o , i.t. Se
fuiv. fe retire en Auvergne, 10$, i.t. racom-
mode avec le Roi, 108, 10^, i.t. fa conduire
au commencement de la Régence , 119 , i.r.
131, i.r. fe contente du titre de Generaliili-
taie des armées de France , 137 , i.z. amou-
reux de Madcmoifelle de Saint Megrin , veut
faire jettcr Gerfé par les fenêtres , 440 , i.r.
& fuiv. ne veut point confenrir à renvoyer fa
femme , 445, i.r. fon catadere , 447, & fuiv,
caufc de la mort du Duc de Montmotenci,
448 , i.r. attaché à la Reine au commence-
ment des troubles , 14, ii.t. & fuiv. biamé
de ne point foutenir fa fille , 66 y 6j y ii.r.
jaloux du Prince de Condé , 17^ , 175", ii.t.
commence à être moins affeftionné à la
Reine, iS6 , ii.r. fa lettre au Parlement. 319,
ii.t. & fuiv. fon mc'contencemenc de ce qu'on
veut ôrer le chapeau à l'Abé de la Rivière,
387 , ii.t. & fuir. 3 5>^, & fuiv. ii.t. demandes
qu'il fait à la Cour, 400, ii.t, & fuiv. ferefouc
avec peipe au Siège de Paris, 441, & fuiv. ii.t.
efforces des rebelles pour l'attirer à leur parti,
508, ii.t. ScCviiv. accommode la querelle dii
DucdeBeauforc & du Duc de Caudale , içi,
&c. iii.t. >é;7 , & fuiv. lii.t. oblige Soyon i
fortir des Carrnelites , 193 » 1^4, iii.t con-
fent à l'empiifonneraent du Ptince de Condc,
348 , & fuiv, lii t. veut faire mettre les Prin-
ces à la B.iftille . 477 , iii.t. ^iç, v.t. il lui
nair un ti's , ç r 5 , lii.c. & fuiv. fe plaint des
tccepcious qu'on lui fait «u Parlement, y7f,
2 1
TABLE
&e.rii.t. craint d'être arrêté , 5I7, iii.t part»:-
de Ton caraâ;ere , i , & fuiv. iv c confent à la
liberté des Princes, îo, iv t 13, iv.t Ce porre
avec hauteur contre la Reine & le Minière,
30 , iv.t. & fuiv. refufc de voir la Reine ,35,
iv.t. & fuiv. 60 y 61 , iv.t. fait prendre les
armes aux Bourgeois , 73 ,& fuiv. iv.t. va
enfin voir la Reine, & au devant des Princes,
50 , iv.t. demande qu'on chafl^e le Tellier,
& Servien , i 33 , iv t. fc plaint à la Reine du
retour de Chavigni, 141, 141, iv r. extrême-
iiîenc irrité de la dïTgrace de Chateauneur,
149, iv.t. &c fait ôter les Sceaux au Premier
Prefidexit , 149, iv.t. fa déclaration en faveur
du Prince de Condé , 233 , &c. obligé de fe
retirer à Blois , 3^4 , 3^ J , iv.t. revient à la
Cour, 478 , iv.t. fon caraftere , 478, 479,
iv.t. retourne à Blois, 475), iv.t. meurt à Blois,
60 , v.t. fon caradere , 60, v.t. Se fuiv.
Gpumin , Maitre des Requêtes : harangue vive-
. ment contre ie Parlement, 418 iv t.
Gfnàron ^ Pi être de Village : prom.ct de guérir
le cancer de la Reine-Mere, 3 5 y, v.t. la Reine
le quite , 405» , v.t.
Généraux de Parts : leurs négociations & de-
mandes, ^0,71, iii.t & fuiv.
Sainte G^nevie-ve : pioceiïîon de fa chafle y &
dévotions grimacières du Prince de Condc
& du Duc de Beaufort envers elle , 3^4, 3(5'5,
iv t.
GerrrAÎn [ Milord^ voyez Spînt A'ban.
G:rfé : le Duc d'Orléans le veut faire jetter par
les fenêtres , 440 , i.t. & fuiv. fait Capitaine
des Gardes , 2.2^ , ii.t. caufe d'une querelle
entre les Ducs de Beaufort & de Caudale &c.
1 3 I, & fuiv. iii t. maltraité par des pages 8C
laquais, 137 , iii.t. obligé de fe retirer ,141,
fik.c. obligé de fe jullifier d'avoir vu Me le
DES MATIERES.
Prince , 115, iii r. fe joint à la NobleiTe & î*
r)uice , 157 , i<î7, v.t. afTez fou pouu conter
des douceurs à la Reine, 303 , & fuiv. iii.c.
maltraité par cette PtincelTe, 313 , 314, iii.Cx
& protégé par le Prince de Condé , 5i5,&c.
iii.c.
Géores Hc Marquis ^e ) Capitaine des Gardes ;
le Cardinallui veut faire quitcr le bâtonj 113,.
ii.r. & fuiv.
G'ce.jhr ( le Duc ie ) : fa mort , 13 3 , v c.
CoJ.au , Evêque de Graîle : renvoyé dans Com
Diocefe, 488, i.t.
G 'r:z.;tgue ( M^rie de ) : enfermée à Vincennes,
de peur que Monfieur ne i'époufàt , 50,i.r.
3 17, i.t. en intrigue avec Cioqmars , de qui
elle fait retirer les lettres, 5?7,i.r.378, 326",
i.t. mariée au Roi de Pologne , 31^, & fuiv.
I.t. mal reçue par ce Roi , 347 &c. i t, perd
fon mari dont elle époufe le frère aulTi Roi
de Pologne , ii^ > 117 , ii.c 1^3 , 16^4, iii.t,
& fuiv.
ùjrjzngne { Anne de ) : recherchée & abandon-
née par le Duc de Guifc , époufe un Prince
Palatin, 107 , i.c fauve Madame de JLongue-
ville , 393 , iii.t. & fuiv, (ovi carafl'ïte , 441,
443 , iii t propofe le mariage du Prince de
Conti, & de Madem. de Ch.-vreufe, 443 , ni t.
eîïct de fes négociations , 49? , 111 c. elle l'a-
chevé, 581, iii c i5,iv,t & fuiv. S4.5 5,iv.t.
rec^orapenfée de la Reine, 54, 5),iv.c. ralfure
les amis des Princes ,^8 , iv.c. s'attache à la .
Reine , & la fert fidèlement , H 5 , &c. iv.r,
veut faire donner les finances à la Vieuville,
125 , iv t. faite fur- intendante de la maifon
de la Reine , 105 , v.t. perd cette place, 147,
V r.
Cofde ( l'Abbé ^«r ) ; perd en une heure çooco
ccus au jeu, 117, v.r.
2 3
TABLE
GûurvfSe : pris & relâché , 4.67 , v.t, (oh carac-
tère , 4^7 , iii.t. 511 , iii. t. fa ncgociarioa
avec le Cardinal, 511, iii. c. chargé d'enlever
Je Coadjureur , n'y peut reuffir , 314, iv.r.
conduit hcureufemenc le Prince de Condé à
Ion aimée > 344 , iv. t. envoyé négocier à la
Cour , 3 S^ , 3 57 , & fuiv. devenu financierj
217 , V t. reçoit ordre de fuivrc la Cour après
la mort de Fouquet > 117 , v.r.
Gran^mont { le Maréchal de ) : mécontent de fa
négociation avec Mr le Prince, fe rcciie dans
Ton gouvernement de Bearn , 17^, 17^ , ïv.r.
AnVbafTadcur extraordinaire en Efpagne poiijf
ie mariage du Roi, 35? , v.t. relation de cette
ambaffadc, 40. & fuiv.
Grave! ma : alïicgce & prife par le Maréchal de
la Ferté, 51^ , iv.c
Gutbriam ( la Maréchale de ) : nommée à la
charge de Dame d'Atour, meurt, 105, v.r.
Gttevatit : demandé par le Prince de Condé,
503, v.t.
Guicke ( le Comte de) : Ton caraâ:ere , 487, iv.r;
pourquoi vifité par le Cardinal Mazarin , lors
de la maladie du Roi , 5 1 8 , iv. t. aime Ma-
dame, & fe fait exiler, 120 , v.t. 3^0,3^1,
&c. v.t. avoit traduit en efpagnol la lettre
donnée à la Molina , 66 ,v.t, exilé de nou-
veau en Hollande, 370 , caradere de ctz
homme, & celui de fa femme , 370,371,
v.t.
Guimené ( la Princcflc de ) : fon caradlere , 4^»
&c.i.t.
G'*ife : afficgé par l'Archiduc & le Maréchal de
Turenne, & bravement défendu par Bridiett
& la Bourgeoisie , 473 > iii.r. 471? , v.r.
G'iifs i Henri Duc de j : fe bat contre Colignî,
& le bleffe , 104 ,105, i.t. fon caradere vola-
ge , 106 , 107 , i.t. fon commerce avec Mad»
DES MATIERES.
de Ponts, 401 , i.c. &c, choifi pour chef des
revoirez de Napîes , 549 , &c i.c. zi6 , ii.r.
Çow caradcre guerrier ,5^0, i.t. i c. 41 , ii.r.
& fuiv. (es démaiches & lettres pour Madem,
de Ponts , 43 , ii.t & fuiv, pris & mené en
Efpagne 55,5^ , ii.t. expofé à l'infidcliié de
Mad.de Ponts, 5^, ii.t. chef d'une quadrille
du Carroufel du Palais Roial , 413 , iv.r.
41^ , iv.t. envoyé au devant de la Reine de
Suéde , 431 , iv.t. fa lettre touchant cette
Reine, 4 3i) iv.t. & faiv. chef de la cinquième
quadrille du Cartoufel de i66z ,pag.z6 8, v.c.
Ouifc ( le Chevalier de ) ; fe brouille avec le Car-
dinal pour une Abbaye , 137 , iii.t. fe racom-
mode avec le Miniftre , & propofe de jetter
le Coadjuteur par les fenêtres , 8, iv.r.
Cui!»t4t y Capitaine des Gardes de la Rein?,
arrête les Princes de Condé & de Gonci, &
le Duc de Longuevilie, 374, & fuiv. iii.r. 380,
iii.t. fujec à la colère , qui lui fert à faire for-
tune, 434 > i'^-f-
Gy nnt: Député du Parlement de Bourdeaux :
les négociations aa Parlement de Paris , 4^1,
4^j , &c. iii.t.
H
HArcourt(1c Comte 4e ) : perd Lcrida,
401, i.t. revient en Cour , 411 , 411 , i.r.
& fe juftifie , 44^ 450 , i.t. manque de con-
ferver la Province de Normandie au Roi, 4^^,
& fuiv. ii.t. 104 , iii.t. met Saint Germain ôc
le Roi à couvert , 499 , ii.t 104 , 10 j , iii.t.
revient \ la Cour , & obtient le gouverne-
ment d'Alface ,105, iii.t. aflTiege Cambrai , &
levé lefiege, 146, 147, iii.t. fait gouverneuc
^e Normandie ,411, iii.t. conduit les Princes
au Havre, 532,, iii.t. fa fondion à la ceis-
2 4
TABLE
imonie <îe la majorité, iS6 , iv.r. 1^3 , iv.r,
fait General de Parmée de Guienne , 311, iv.r
fait lever le fiege de Coignac &i défait le Prince
^e Condé ,317 , iv.r. reprend les Tours de la
Rochelle , 318 , iv.t.
Si^^'o [Dom Louis de): fblHcité pour la paix^
4^3 , iv.r. ne veut rien relâcher fur l'article
du Prince de Condé, 63 ,v.r. époufe l'Infante
au nom du Roi , 80 , v.t.
Ba'Jîefort ( Mademoifelle de ) : Louis X I I L etv
devient amoureux, 51 , i.r. mife auprès de la
Pleine comme Damed'Atour , 63, , i.r. chaffée
de la Cour, 73, i.r. va deguifée à laBaftille
pour le fervice de la Reine , 85,1.1. rapeilée
parla Reirse , 133 , i t. & avec quel crapreire-
ment , 168 , i.r ne peut fe refoud.e à bien
vivre avec Mazarin, 171 , 17 j > i t. 208 , i.r.
perd les bonnes grâces de la Reine , & elt ren-
voyée de la Cour , 2.0^, & fuiv. maiiée au
Duc de Schomberg , avec lequel elle fe retire
en Province , 505 , & fuiv. i.t.
Uédin : trouble que caufe la mort de fon Gou-
verneur, 50^ ,& fuiv. iv.t.
à'uémen : fait Concrolleur General d^es Finances
&c peu après Sur-Inrendant , zi8, i.t. accufé
de concuiTion par k Parlement, iio, ii n,
pourfuices du Parlement contre lui, 144 , &c,
ii.r. privé de fa cKaige & exile de la Cour,
147 , ii.r. on Jui rend les finances , p6 , ^7,
iii r. ii^,iii.t. z^^ , & fuiy.iii.c. 30i,iu.r»
fa mon y 4^8 , iii t.
HenriIV: en quel état laine le Royaume,
j , i.t. Se fuiv. comment vouloic faire du bie»
à fes Mmiftres > 3 51 , i.-t. fon portiait mis à
une potence , 112 , v.t.
HENRI DE Bourbon , Prince deCoNnil
arrêté par ordre de Marie dcMcdicis, 2 , i.t.
fa conduite pendant la Régence , xi^ , & Oj^ir.
DES MATIERES.
le 132, i.r. haï de la Reine & de fa femme,
131 133, i.r. on refufe l'Aaiiiauré à fon (lis j
il fe retire & levienc : Ton caradcre , ^71 y
& fuiv. (a mort , 404 , i r, fuice de fon carac-
tère , 404, i.c. & fuiv. beauré de la PiincefTe
ù fei-n:-ne , 47 , 75" , i.t. avec quelle hauteur
elle agit contre Madame de Monrbazon, 17;^,
lfc.it. Ton carafl'jre, 274, i.c. n'aimoic point
fo-î mari , 407 , i.c. fe lailTc gagner contre la
Cour,i2i,&c iii.t. i7i,iii.c. exilée, 3^2;
iii.r. fe prcfcnrc au Pariement, 448 , & fuiv.
iii.c. fe rerire à Valleri , 4^7 > iii.c fa more,
& fuite de fon caratlcre , )43 , ^44 , iii,c. Se
fuiv.
Henriette de France: marié, à
Charles I. Roi d Angleterre, ; 6 20, i.c. obli-
gée de fe fauvcr en Fiance, 238 ,i.t.& fuiv,
abrégé de fon h ftoire , & des révolutions
d'A^gieteire depuis Henri VIII. 14 3, i.c. 3C
fuiv. 295 j i.t. 383 , & faiv. fuite de cette,
hi'toire , 163, li r. & fuiv. 542 ,& fuiv. ii.c»
558, & fuiv. li.t. i(?o, iii t. & fuiv. 193, iii.r.
421, 422, iv t. 4^ ,& fuiv. iv.c. y20j iv.t. &c,
fa lettre fur la mort de Cromwel , 520, 521,
iv.c. auroir voulu marier fa fille au Roi, 532.,
iv.t. va en Angleterre pour faire époufer Hor-
renfe Mancini au Roi fon fils , 134 , v.c. coii-
fent au mariage du Duc d York , 13c?, v.c,
revient en France , 140, 141, 142 , v.t. fa lettre
à l'Auteur , 204 y Sic. û vie tranquille à Gou-
lombe , iï6y v.t.
JHeNriette t»' Angle ter RE : naît à
Exceter en i<^44 , pag. . 39 , &c i.c, eft apor*
tée en Fiance , 385 , i.t. négligée par le Roi,
421, 422 , iv.t. 528 iv.c. U Reine l'auroic
voulu marier au Roi , 528 , iv.r. 152 y vx.
mariée au Duc d Oileans,i3X, v.c. &c iy6,vs.,
a la rougeole , donc elle |)eafe moirir , 140
2 5
TABLE
I4Î , v.t. fon portraic & fon caradere , Î77,
&c. v.c. J8z,v.t. veuc fc vanger des anciens
mépris du Roi , 19^ & fuiv. s'introduit dans
les plaifirs & divertiiTcmensdece Prince , i^S^
Sic. iii.r, méprife les avis c)ue lui (aie donner
la Reine- Meae ,101 102, v. t. zi^, v.t. zjj>
v.t. en intrigue avec le Comte de Guiche,
izOjV.r.j^o, 361, v.t. &c. trompée pat Var-
des , qui s'empare des lettres du Camte &
d'elle, &qui veut l'obliger par là à le foufFrir»
3^4, 16') , v.t. elle s'en plaint au Roi > & lui
découvre l'intrigue de la lettre efpagnolc ,
^eraiit d' Arma du K&i ; refufc par les Parifien^
i^êrval : huguenot , emploie dans les finances r
par Mazarin , 401^5 v.t.
Jîejfelir. : donne ballet , feu d'artifice , comédie,
&c. à la Reine de Suéde , 43 5, iv.t.
Mocquincnurt ( le Marquis d'J , Gouverneur de
' Peronne : s'accommode avec le Cardinal Ma*
zarin , iz8 130 iii.r. bartu, & prcrque pris,
514, iii.t. fait Maréchal de France , iz , iv.r»
lamcne le Cardinal Mazarin eaFrance , 312,
3Z4 ,iv.r. défait parle Prince de Condé, 1^6^
îy.t. fe laiHc corrompre par Madame de Cha-
lillon , & fait révolter ï(iS Gommau(^ans de
Hedin 5 509^, 510, iv.t. obligé de fe retirer
chez les Efpagnols , qui le font Grand Baillit'
deGandjjio, iv.t. cft tué à la bataille de
Dunkerque , yij, iv.t. & enterré à Nôtre
Dame de LicHe , 51 5, iv.r. ^
jîoH^ndâs : leur paix avec l'Erpagnc , 413, 414
&e. *^
Mêid ds Ville : Voyez. |»4«i.
DES MATIERES.
pj TAnsenistes: leurs difpates fut- h Grâce,
1 J Sic. 434, 45 5, &c. le Roi va au Parlement,
pour faire publier une Bulle enci'eux, 50^, iv.r.
leur caraftere , ^o/.iv.r.
'^ rrs , ( le Chevalier de] : exilé , revient:, fe fauve
glorieufemenc de Téchafauc , & fc retire en
Italie, é'^y i. & fuiv. jufqu'à 71 , rcvicnc com-
mandeur de fon dernier exil, 16 p , i.t. fa fran-
ciiife ea-vers la Reine & le Cardinal pour Cha-
vigni , 30^ , & fuiv, ii.r.
Jeparey : raillez & turlupinez par la Reine de
Suéde, 453 , leur caracrerc , 507, iv.c. «Sec.
Jlls , ( la Comceflc d'j rfon caractère. & faics qui
la concernent, 4^3, 454, v.t.
Impùrtans : nom de la cabale de Meilleurs de Vei>
dôme contre Mazarin , 170 , i.c.
Innocent X fon éledion, Z3)?,i.t.
Jfjfeai^ns des Province^ : révoquez par Arrêt du
Parlement , 140 , ii.r.
Jcit C aade) Curé de Sainr Nicolas des Champs?
alîifte le Cardinal Mazarin ■ la mort, 149, v.r.
1 50, v.t. recommandé au Roi par ce Caidinal,
1S9 , v.t. confulcé par Madame de Navaiiles
fur l'amour du Roi 175, i.r.
Joii ( G-4tlta.4r?7e , ) Sindic des rentiers ; parle
infolemment au Premier Ptefident , 310, iii.t.
fe fait tirer un coiip de piftolet, & tâche en vain
d'émouvoir le peuple jiz, 313, iii.t.
JûMrs mature' : pourquoi les Efpagnols a'enfoot
point, II, v.t.
^oy ufe { le Duc de ) fa fonsflion à î.i cérémonie
delà majorité, 178, z8^ , iv.t. 'kz. 1^5 , iv.c,
tué au"s lignes d'Arras, 410, iv.r.
D.Juan à' Autriche : YokzAiiiriche,
TABLE
LA ï r E RI A s : ' Jage inique , furnomFné h
b^ureatt du C^rimai » 66 , i.t. Tes procé-
dures contre le Chevalier de Jars, <î7, o^ fuiv»
î.t.
t<^i£ue : lié avec la DucFiefTe de Chevreafe ^ la
fait agir contre Fouquec , 114 , v.t.
X<f;«/ , ierviteur du Prince de Condé : le fert
utilement à Bourdeaux , 4^3 , iii c. envoyé
asgocier en Elpagne , 308, iv t.
Lamognon , Maicre des Requêtes , fait PremicB
Piefident du Parlement de Paris, 52.2. , foa
caraâierc, 51Z , 5 1.3, iv r,
Zandricies: afifiegé & pris , 481, it. 483, i.r,
ha^gUde j Secrétaire du Duc de Bouillon : fait
foulever les Bourdelois , 459 , iii t. obligé àe
fe défaire de fa charge de fecretaire du cabl-
Mct , 487 , iv.c.
i,annci .- fage conduite de cette Dame d'hoa»^
ncur d'Anne d'Autriche , ii , i.t,
Lav^l ( le Marquis i^e ) ; fon caraâiere , & foi»
mariage , 30.8 , 309 , i;t. meiut au Siège de-
Dunkerque , 35)5 , i.t.
Z^i^rier ( du | , Officier de la Bourgeoi/îe de
Paris :., fcm entretien fingulier avec la ReiiiCj,
8.i,iv.,t. & fuiv.
Lem : Bâtai le qu'y gagne le Prince de Condéj„,
131 > ^3 3 > &r fuiv, ii,r.
Ziorinc : rend de mauvais offices au Comte d'A»
vaux, 3.8 , ii.t. cHalTé de la Cour , i5».8, iv.c,
y e(t rapellé , 318, iv. t. envoyé en tfpagnf.
pour la paix ,. 49.3 , iv.t. mai aupiès de la
Reine,, ï4<î, v.c.
Zoi^^uetl , Goalcilier au Parlement. : fon p,enie
z^9 i iii.t^ brouille en faveur de fon frcrc
4^1, iù.c. craint du iVliniare, ^69 , Hi.u
DES MATIERES. ^
tunjtd'vilie ( le Dac de J : cpoufc Mademoiteîis
de Bourbon , 177 , i.t. demande la charge de
Colonel des SuilTcs 419 i.t. obcieiK Caen^Ss
coiitinue à cravailleu à la paix , 458 , 43^, i.r,
deux fois rebelle , 19, ii.c. admis au Conreiîp.
Z5>, ii.c. veut détoarner Me le Prince de fcs
bonnes incentions , 367 , ii.t, quice la Cou€
& vient jomdre les rebelles à Paris , 480 ii.t.
&:c. s'empare de la Normandie , ^97 ■> & faiv.
ii.r. revient à la Cour , i©3 , iiit. Sec. de-
mande le pont de l'arche , zii, iii t. 117, &c*
iii.t. rob-.ient , 138, iii.t, raillerie criminelle
de ce Duc, z;^, rii.t. fa priCoiv , ^61 , & fuiv.
iii.t. 3 7 5 > lii.t. & fuiv. traite avec de Lionne^.
161, IV. t. fe lepare du Priace de Coadéj,
zii, & fuiv. iv.c.
Zongueville ( la Dachefïe de ) : Ton avanture roG-
chant une lettre perdue, 177, & fuiv i.r.
oblige Coligni à fe batre pour elle, & chan-
{oii qu'oa en fait, 2.06 , i t, caufe de la
guerre civile, 4 4 , i.t. &c. en liaifon avec
le Pnnce de ivlarfiliac , 4 4 ,. .! c i.t. fon
caradece, 455 , &c. i t. 435 , ii.t. fes intri-
gues poUcicjues , 43*^, & fuiv. ii.t. fie veut
point fortir de Paris avec la Cour, 4^^. ii.t^
fe lie avec le Coadjuteur , pour dominer dans
Paris , 47^ , 477 , & fuiv. ii.t. acouclie d.'un
fils dans i'hôcel de ville, y 11, ii»t. feduit le
Prince de Condé, 101, 101, t 10, iii.t. revient
à la Cour,. loé , 107, iii.t. fait prier la Reine
de la mettre d uu bai , 108 , zo? , iii.t. fes
nouvelles intrigues, 218, & fuiv. iii.t. 142?
iii t. & fuiv. négocie avec le Cardinal , 150,
& fuiv. iii.t. fe fauve en Normandie, 351,
3 94, iii.t. mal reçue eu Noimandie, 3 94>
41^, jii.t. fe fauve par mer, &c dangers qu'elle
court, 42.7, & fuiv. iii.t, fc recire enHoilande,3£
f uisà Stenai,4i5> iilt.uaue avec les tf^agnolS;,
TABLE
& déclarée criminelle de Icze-maiefté , 45^,'?
iii, c. avertie des bons fuccez de Bouideâux, ■
46^ , 4^7, iii t. revient triomphante à Paris,
2 11 , 113 , iv.c. porte le Prince de Condé à i_
rompre le mariage projette du Prince de
Coati avec Mademoifeîle de Chcvreufe , 114,-
&c. iv.t. traite publiquement avec les Efpag-
nols, 1 1 8, iv t. négocie avec le Cardinal,! 6^z,
1^3 , iv.t. fe recire à Montrond , iii , iv.tr
oblige le Prince de Condé à faire la guerre,
S06 y iv.t. s'enfuit à Bour 'eaux , 313 > iv r.
fon état, 3 3P ,&c. iv.t. en intrigue avec le
Duc de Nemours, 341, iv.t. obligée de fçrtir
de Bourdeaux , 400, iv.t. fe retire à Moulins,
& y fait pénitence , 401 , 402, , iv.t. fa con»
verfion . 547 , -548 , iii.r. 343 , iv.t. 400, iv,t.
cmbralTe le parti des JanfvinifleS} 507, iv.r.
hongueville ( Madem. de ) : foii caradere , 413,
42.4 > iiir. détourne fon père de la guerre
civile, zii,iv t. fouhaitée pat le Duc d'York,
213 , iv.t.
Lorraine fie Duc de ) : fait manquer le
^ege d'Etampes, 3(^3 , iv.r. forcé a s'acom-
moder avec le Roi , 3^(5 , 3^7 , iv.t. reçu à
Paris avec acclamations &c. 3^8, iv.t. vient
au fiTcours du Prince de Condé , 38;) , iv.t..
veut époufer une nièce du Cardinal , qui pour
cela ie rétablit dans fes états, 148 , 14^,
v.t.
L o u I s XIII. né ie 1. Sept, i^or, page p.
i.t. n'avoic que neuf ans huit jouiS, quand
il vint à la Couronne, i, i.t. n'ofe aimer /a
femme, 38,3^, i.t. comment amoureux de
Madem.de Hautefort, 5 1, i.t. 72, i.r. fon étac
malheureux, 71,72, i.t chafie Mad, deHau-
tefort, & s'attache à Mad. de la Payer te ,73,
i.t & fuiv. qu'il veut déclarer fa maitrclle,
^^ i.c. o0re fcs eafans en otage à Kiçbclieiip
DESMATIERES.
55> i.c. rapelle les exilez , & élevé It C&xaU
nal Mazarin au Miniacre , ii5, 117, i.r. l'a
moïc, 118 , &c. i.r. izz , i.c. Ton caradtcrc,
113, &c. i.c.
louis XIV. fa naiflance , 82. , i.c, devient:
Roi, IZ3, i.c. 128, i c. ra a» Parlemeiu tenii
Ton lie de judice, 3I)', i t. commeni élevé»
3 56 . &c. i.c. malade de la petice veiole, 530,
& fuiv. i.c. {ot\ caradere , 541, &c. i.c va au
Pailemenc , 13 , & fuiv. ii c. 185, 2.00, ii.c,
ce c]u'il die du Parleinenc fur la nouvelle de
la vicloire de Lens , 238 , ii.c. fort de Paiis
après les barricades , i$6 , ii.c. Ce retire à
.Saine Geumain, 317 , ii.c. 3 <j6 , ii.c fa lettre
à Mclficurs de Viile, 4^0, & fuiv. fa reponfc
aux dépurez du Parlçm<int , 6 iii.c. & fiiiv.
revienc a Pans , 181, iii.c. & fuiv. faïc fa pre-
mière communion , 335 , iii.c. le trouve aa
Sicge de Bc'lcgarde , 442, iii c. cavalcade &
cérémonie de ia majoucé , 27^ , & fuiv iv t.
voie de Charoniie la bataille de Saine AneoiuC)
37i,&c. iv.c. revient à Pa is , 3^*3 . 33^4, iv.r.
fon caradere vers fa mapiité , 41^ , & f\:iiv,
iv c. s'attache à Madein. de Mancini , depuis
Gomecire de SoiiTons , 417 , iv.c. manque d'é-
gard pour la Princelfe d'Angleterre, 421, 422,
iv.c faic une courfe de bague , 423, & l'uiv.
iv.r. Ton encrevuc avec la Kemc de Suede>
438 , 43^ , iv c faic entrer un convoi dans
Samc Guilain ,460, iv.c. voit marier fans
chagrin Madem de Mancini au Comte de
Soiffons ,4(^8, 46^ , iv»c. devient amoureux
de Madem. de ia Motte d'Argencour , 471,
iv.c & fuiv. favoris pour Icfquels il eue du
penchanc , 48^ , iv.c. avoic de l'incIinaeioD
pour la guerre , 45 5 , iv c. tombe dangereu-
feracnt malade à Calais, 515 , iv.c & fuiv.
fc rccabhc , J 1 7 > iv.c. s'atwciie à Madeiivoi»
TABLE
feHc de Manciiu,5i3,&:c.iv.r. fe rend à Ljam
avec la Cour, 538, iv.t. trouve la Piincene d;
Sâvoye aflcz à fon gré ,539, iv.t. &c. la veu;
avoiu , mal_^ré laRene , 547, iv.r. coufent i \^
époufer l'Infante d'Efpagne, 5 ^o, iv.t, donne
une promcfîe depoufer la Piinceffe de Savoze,
au casqu il ne puifle avoir rinfanced'Efpngne,
i.v.r. levienc à Paris, i,v.t, fuir la Mancini par
toiu,4 & fuiv. V t. offic au Cardinal d'époufcir
fa nièce , 18 , v.t. fort affligé de fon cloigne-
menr, i 3 . v.t. S^ fuiv. fe retire à Chantilly , &
revient à Vincennes, ii,^5^,v.c. entretient
corrcfpondahce avec la Manciai ,33, 38 , v.r.
la voit à Cognac. 37 , v.t, part pour la paix &
fon mariage , 36 , & foiv, v.r. paife l'hiver cd
Provence, & fe rend à Saint Jean de Luz, ^4,
&i fuiv. v.t. 71, v.t. voit l'Infant j • Reine pour
la première fois, ^7, v t &'c. jure la paix, 101,
v.t. emmené la Reine fon époufe, 104. vr„
dernière cérémonie de fon mariage, 1 10, 3 1 1,
&c. remercie fa mère de lui avoir ôté la Man-
cini,! 18, v.t. pleure le Cardinal, 1^5», v.t. 141,
V t. 16 li v.t, fon entrée à Paris ,130, v.t. Se
fuiv. prend l'adminiihation des affaires, i6f,
1^3 , 16^ , &c. V t. 173 , v.t. fa manière de
gouverner & d'agir , 173 , v.r. & fuiv. fon ca-
ractère , 174 , & fuiv. V t. 179 , 181, v.t. &c,
fon averfion pour les Anglois , 17^, v.r, fes
fréquentes promenades avec la DachelTe d'Or- .
Jeans , 188, v.t. règle le différent de la Com-
tcflc de Soldons & de la Ducheffe de Navail-
)cs, I5>4 , v t. fe donne ;3 des plailirs & des
promenades nodarnes, 200,iii.t ce qu'il pen-
foir de la v.ileur de François I, 213, v.t, mé-
content de réioignement de Madem.de Poms,
^uj lui plaifoit,2i7,2i 8,v.c &c devient amou-
reux de Mad. de la Valiere, 2.17, v.t. 11 q, vr,
. &c. pan ^our Niantes, 2 14,7. t. & y fait aisétes
DES MATIERES.
Fouquer ,2,1^, v.t. revient à Fonrainebleai?,
2i8 v.t. comment fe relTent de l'affront fait à
Ton Ambalfadeur à Londres , 241 , v.r. répa-
ration olorieufe qu'on lui fait , 14^, v.t. fuite
de fon cara£lere , Z47, v.r. il lui nait un fils,
148 , v.t s'atache à Madem de la Mothc»
Hoadancourt lé^.v t. fe fâche des opofîrions
de Mad. de Navailles à ce fujct , 270. & fuiv.
v.t. entretenoit Madem. de la Mothe par le
trou d'une Cvoifon,i74, v.t. & l'ailoit voir par
les goutiercs, 277, i.t. revient à Madem, de la.
Valiere, qui fe rend, 180, v.t acheté Dunker-
<]iie du Roi d'Angleterre , 284. v.t. reçoit une
lettre efpagnole , dont il foupçonne que Mad>
de Motteviileétoit l'auteur, 188, v.t. fa fitua-
tion au commencement de 1 année z 6 6 ^ y
pag. 28>> , 25)0 , v.t. veille la Reine - Mère,
25)^, v.t. eil dangercufemcnt malade de U
rougeole, 25»^, v.r. & guérit promptemenc,
300, v.t. vouloit être maitre des volontez,
desefprits, & des cœurs , 305 , v.t, brouillé
avec la Reine , pour la difgrace du Duc &
de la Duchelle de Navailles ,312, v.r. & fuiv,
fe racommode avec elle, 327 v.t. & fuiv. fes
contrarietez ,332, 348 , v.t. promet à fa
femme de devenir bon mari à trente ans,
340, v.t. vient voir au galop fa mcre qui s é-
toit trouvée mal ,340, v.t. mené !â Valiere
jouer chez la Reine-Mcre, 341? v.t. fort afii-
gé de la maladie de fa femme, 348, v.r,
découvre les auteurs de la lettre efpagnole,
& les exile, 3^o---370 , v t. fe tranfporre à
Saint Germain, 372. v.t. veut avoir les groiles
perles de la Reine - Mère , 377, v.c. fort tou-
ché de l'état de fa mère, 3 7 >/ , v.t. eft fouvent
à Verfailles , qa'il deftine à fa demeure, Sec,
39^ ■> 393 , v. t. &c. figne le teiiament de
la Rciue- Mère fans le Ute , 407 , v.c. avi-
TABLE
de âe gloire , 413 , 417 , v t. &c. aprend à la
Reine la mort du Roi d'Efpagne , 431 , v. c.
ne laiîTc pas de fe livrer aux plailirs , 43^,
436' , & fuiv. V c. trop peu touché de la moic
delà Reine fa mère ,4<^5 , 473 , v t. fe trouve
mal , & tombe; en foiblefle . 477 , 478 , v.r,
veut faneaulTi retirer Monficur, qui le refufe,
4S4, v.t fait lire le teftament de la Reine (a
mère , 487 , &c. v.t la pleure & eu fait un
bel éloge , 488. v.t.
Louis DE Bourbon, Prince de Conde,
Duc d'Anguicn» i44,i.t. gagne la bataille
de Rocroi , 144 , i.t. & celle de Fribourg,
x88 , i.t. aime fort Madera du Vigean , 300,
301 , 30^ , i.t. favorife l'enlèvement de Mad.
de Bouteville , 30^ , i.t. gagne la bataille de
Norriîn;2,hen , 910, i.t. prend Furnes , & fait
dcflcin fur Dunkerque , 38^ , 387 , i.t. & le
prend , 3^1, i.t. 35) j , i.t. devient Prince de '
Condé , ,03 , 404, I.t. quelle figure il faifoit
à la Cour, 41^ , & fuiv. fon extérieur, 430,
431, i.t aime Madem. de ToulF/ , là-tneme»
alFiege Leiida, & e r obligé de fe retirer, 4.^9,
476 , i.r. fe b. ouille avec fa mère pour le
Prefident Perrault , 540 , i.t revient de Ca-
talogne, 543 , i.t. attaché à la Cour au com-
mencement des troubles, i^jit. prend Ypreî,
85, 87 , ii.t. gagne la bataille de Lens, 231,
233 , & fuiv, revient à la Cour . 317, ii.r.
fa lettre au Parlement , 331 , ii.t. demande
le chapeau de Cardinal pour le Prince de
Conti, 384 , ii.t. tâche à abailfer le Duc
- d'Orléans , 3^7 , ii.t 402 , ii.t. repond vive-
ment & d'un air menaçant au Parlement,
414 , 425 , ii.t. promet à la Reine l'humi-
liation du Parlement & des Parifiens , 439,
& fuiv. ii.t. trompé par le Prince de Conti,
& la DucheiTe de Longueville , 481, ii.t. & ea
DES MATIERES.
eft au deferpoir , 488, ii.t. vient attaquer
Charcnton , & l'cmporie , 52.1 , 511 , ii.r.
fe laiiTe gagner par Madame de Longueville,
loi, lOi, iii.t. iio,iii.c. fe dégou'c du Car-
dinal, iio,iii.f. & fuiv. fe rerire en Bour-
gogne , 114, iii.t. revient à la Cour, 170,
iii.t. mécontent du Minilhe , 200 , êc fuiv.
iii.t. paroit favorifer les Boutdelois, 103, iii.t.
protège Mr de Bouillon , & deman le le ponr
de l'arche pour le Duc de Longucville, iio,
211 , & fuiv. iii.r. 217 , iij.t. &c. infulte le
Cardinal, zi^ , iii.t. fe déclare fon ennemi,
223 , iii.t. paroit fe racommoder avec lui,
z^i^ , 257 , iii.t. avec quelle hauteur en agit
avec la Reine, 3 17 , iii.r. attaqué par les
Frondeurs , 317 , & fuiv. iii.t. fait marier le
Duc de Richelieu , 340, & fuiv. iii t. fa perte
refolue , 342 » iii.t. 3 ^9 , iii.t. arrêté , 375,
iii.t. moins redourable dans le cabinet qu'à
' ]a guerre , 401 , iii.t. on fait de grands feux
de joie pour fa prif^n , 407 , iii.t. demande
la liberté au Mioiftre , Si. lui offre d'être Ton
ami, 481 , iii.t. caradere de la PrincclTe fa
femme, 514. 52-5 j iii.t. transféré à Mar-
couffî ,515, iii.t. 531, iii.t. & de là au Ha-
vre, 532, iii.r. 557, iii.r. délibérations au
Par!ement fur fa liberté Stc. 573, iii.t. négo-
ciations pour fa liberté ,13, iv.r. & fuivant.
la Reine donne ordre de le délivrer , 73 , &c.
iv.r. lui & les 4eux autres Piinces délivrez,
87, & fuiv. iv.t. déclaration touchant fon in-
nocence, 100 , iv.t. manque de parole à Ma-
dame de Chevceufe fur le mariage du Prince
de Conti , 114, ii 5 ,&c. iv.t. 117, iv.t. 1199
perd le Coadjuteur , 1 20 , iv t. & le Prcmiei:
Prefident . 123 , iv.t. & la PrincefT.' Palatine,
124, iv.t. obtient le gouvernement de Guien-
- ne, 12^ , iv.t. MI ,' iv.t. 6c fuivant. ne veut:
TABLE
point écouter les confcils violci^s au CoaJJa-
tevir & autres, 151 > iv.r. &c, abandonne ie
preiniet Prefidenc , & en elt blâmé > 1 5 ^ > iv.t.
on propofe de l'enfcimer de nouveau , 16 -j,
'J6y , iv.r. fe retire piecipicamenr à Saint Maur,
& pourquoi, 171, iv.t. & fbiv. fa lettre au
Parlement , 180 , &: fuiv. iv.t. fait cha^er le
Tellier , Servicn , & de Lionne , 175 , 17 S,
j^i y iv.t. revient à Paris, zoi ,iv.t. fe déclare
contre le Goadjuteur , 104 , iv.t. blâmé de fa
rencontre avec le Roi au Cours , 205 , xo6,
& fuiv. iv.t. fe refoud à la guerre , 8c envoyé
en Efpagne, m , &c. iv.t. déclaration don-
Jiée contre lui , 11 5 , iv.t, zi 8 , iv.t. 130, &
fuiv. iv.t. fa reponfe à cette déclaration , 137,
& Aiiv. iv.t. n'affifte point à la cérémonie de
la majûiité du Roi , 2.^8 , iv.t. fe retire à
Bourges , & eft entraîné dans la rciolurion de
faire la guerre , 304 , 30^ , iv.t. va à Bouu-
oeaux , 307 : &c. iv.t. traite avec l'Efpagne,
308 , iv.t. veut faire arrêter le Coadjuteur,
3 14 , iv.t. s'alîure d'Agen & de Xaintes ,315,
iv.t. & aHiege Coignac ,316, iv.t. défait par
le Comte de Haicourt , 313 , iv.t. 33^ , iv.r.
cjuitte la Guyenne , & vient à Ton armée, 335^,
iv t. prend Momargis , 34^ , iv t, défait le
Maréchal d'Hocc^uincouic , 346 , iv t. fe rend
à Paris, 348 , iv.t. va au Parlement, 3 50, iv.r.
prend & petd Saint Denis , 352, 355> iv.t
en tend à la paix, & à quelles conditions, 3 ^6.
&luiv. [es dévotions grimacières envers la,
chaiTe de Sainte Geneviève & autres , 3^4,
36 5, iv.t. fa gloire à la bataille de Saint An-
toine , 373 , & fuiv. iv.t. 378 , accufé dii de-
fordre de l'Hôtel de Ville de Paris , perd l'af- .
fcélion du peuple , 385,38^ , iv.t. cau'c la
mort de Chavigny , 3<>o , iv.t. fe retire ca
Flandre, 3^2 , iv.t. ledonce des forces aux
DES MATIERES.
froupcs cfpagnoles , 409 , iv.t. fe jette Jâns
Cambrai , 4^4 , iv.c. tombe dangereufernenc
malade , 503 , iv.c. revient à 1a Cour , & com-
ment reçu , 6$ > vc. (on cara<flere & Tes em-
plois alors ,184 , T ? 5 , v.t. chef de la troifié-
mc quadrille du carouzel de 166 1 , pag.1^8 ,
v.t. craint par le Roi , 300 , v.t.
Luines : devient favori de Louis XIII. qui le
fait Connétable , 3 , 4)5) i.t. meurt en 1^2.1.
pag,ii,ir.
Luinei (laDuchefle^e; : Voyez Chexteufe,
M
MADRID : defcription abrégée de cette
ville , 43 , & fuiv v.r.
M^ ité: defcription de la cérémonie de celle
de Louis X 1 V. ij6 , & fuiv. v.t.
M5i:fons ( le Preiidenc de ) : joué par le Cardinal
pour la Sur Intcn lance des Finances , 11^,
110 , iii.c. 197 , iii.t, fait Sur-Intendant des
Finances, 4(^9 , iii.c. député vers la Cour,
Matins des Req:-ètes : fe m'itinenr , 7 , & Tuiv.
ii.t. mandez au Pa!5.is Royal , reprimendez,
S: interdits, 19 ,& fuiv. ii.t. demandent par-
don j 5 ç > ii.t. rétablis , fans l'avoir demandé,
î3y , li.c. i4i,ii.c.
M^'ttrcfjes de Louis XIV : Olimpe Mancini , de--
puis ConitcfTe de Soiflons , 417 , iv.t. Voyez
Ainrchn ( Olimp<» }. Madem. de la Motte d'Ar-
gencour, 471 , &c. Voyez Motte d' Argcnciur
( Maiem. d: la). Marie Mancini depuis Con?
nétabie Colonne , 513 , iv.t. &c. Voyez
Mancint ( M^rie). Madem. de Ponts, 117^
6ic. v.t. Voyez Ponts {Madew. rJc). Mad, de la
Motte Houdancourt , 1^9, v.t. Se fuiv. Voyez
MQtic-HotidnucQtirt ( Mad. de la J, Madem. 4^
TABLE
Mademoifelle de la Valieie, 2.17,11^, v.r. &c.
Voyez VAÏiire [MademMela)
tvîanct^ i f Mad. ^f) , fœur du Cardinal Mazarinr
vient en France, 461 , v.r. elle y meure, 46^1,
iv t. faits qui la regardent, 4^1 , 4^3 , Scc.*^
iv.r. ''
Manc ni , neveu du Cardinal Mazarin , tué à la
journée de Saint Antoine , 371 , iv.t.
Mancint , autre neveu du Cardinal , depuis Duc
de Nevcrs : fe trouve à la fameufe débauche
de Roifly , & efl: charte de la Cour, ii,v.f.
desheiité par fon oncle , qui lui laiffe néan-
moins le Duché de Ncvers , celui de Fcrreti,
une belle maifon, àic. 148, v.t.
j^ar.c^ni f Olympe ) , nièce du Cardinal , depuis
ComreflTe de Soiflbns : Ton arrivée à Paris &
fon portrait, 4^9 9 X^- 417, & Tuiv. iv.t le toi
s'attache à elle > 417 , iv.t. eft au defcfpoir
du mariage de fa confine avec le Prince de
Conti , 419 , iv.t. époufe le Prince Eugène,
Comre de Soiflbiis. 4^7, 4^8 , iv.t. 471, iv.t.
Je Roi conferve un refle d'inclination pout
elle, 513 , iv.t. fon jeu excelîif, 139»^?.
faite fur-intcndanfc de la maifon de la Rei-
ne, 147, v t. n'étoit point aimée de la Reine-
JMere, i 57, v t fon différent avec la Duchefle
de Nayailles fur les prérogatives de leurs
charges, i8p,vt. &c. jufqu.à 198, v t. s'in-
ttoduic dans les p'aifirs du Roi , 198, v.r.
& fuiv. prévient le Roi contre Mad. de Mot-
teville , qu'elle hailToit mortellement io<r,
2,07 , v.t. Î55 , 15^ ,vt. prête la main à
l'amour du Roi pour Madem. de la Mottc-
Houdancourt, 173, v.t. 177, 178 , v.t. vou-
lant fe juftiiler , aprend i la Reine l'amour
du Roi pour la Valiere , 30c , 307, &c. v.r.
& dit au Roi quelle l'avoir fu par la Du-
chefTe de Navailles > 510, v.t. &c. fait exiler
DES MATIERES.
enfin cetce Duchefîc & fou mari, 310, v.t.
Tes liaifons avec Vardcs , 3^3, v.r. accufe le
Comte de Guiche de craliifon & de manque
de refped pour le Roi, 366 ^ $6-/ y v.t. exiiée
avec Ton mari , 3<^^ , v.t.
M-nc'/t ( M^rie ) . niece du Cardinal Mazarin,
depuis femme du Connétable Colonne : [on
ai rivée à Paris , 495) , i.t. fa mère recomman-
de de la mettre en religion , à caufe de fon
mauvais naturel , ^61 , 4*^3 , iv.t. tirée des
Filles de Sainte Marie , & mife fur le grand
Théâtre de la Cour , 469 , iv r. fon porrrair,
470, iv.t. 514, 5 2 j, iv.t. le Roi s'attache à
elle , & elle à lui , là > même : fuit le Roi par
tout , & ne le quite point , ^33, iv r. devient
déplaifante à la Reine , ^34, iv t. jaloufe de
la Prince/fe de Savoie , elle la fait traiter
froidement par le Roi , & le fuir pat tour,
Ç50--552, , iv.t. 4 , v.r. &; fuiv. efpere de fe
faire Reine , ^ , v t. éloignée de la Cour à
Brouage > & reproche qu'elle fait au Roi, 21,
v.t. le Roi la yohà Cognac, 37, v.t. n'écoit
point cOiajée du Roi , 118 > v.t. mariée au
Conné:abie Colonne avec une doc de cent
mille livres de rente Sec. 143, v.r.
Mfincinr H>rttnfe) depuis Ducheflc Mazarin :
propofée pour ^femme au Roi d'Angiererre,
qui la rcfufc, 134 , v.r. mariée au Grand Mai-
tre de l'Arrilleric , qui prend le nom de Maza-
rin , 143 , 144, V t. biens immenfes queloia
oncle iaiffeà fon mari , 148, v.t.
Murnk .-pris pendant l'abfence de Clanleu , &
pris par le Dacd'OUeans , 167 , & fuiv. v.t.
Aîarets i des / : trompe fon maître le Duc de
Richi;Iieu,& lui fait époufer Madame de Ponts,
340, & fuiv iii.t.
Marguïrite de Savoie : on laveur
marier au Roi , ^2.6 , iv.t. fcsfentimens fur ce
TABLE
marîâge , 537 , iv.t. eft amenée à Lyon, $c
bien reçue du Roi , 538 , &c. fon caïadere,
540 , 541 , 545 > i^t» *voic été le rebut du
Duc de Bavière , 52,<î , 545 , iv.t. traitée froi-
dement par le Roi, 5 5 1 , iv.t. fa fage conduite
en cette ocafion ,551, iv,c. mariée au Duc de
Parme , & fa mort ,317, v.t.
Marie de MEDicisrfa mauvaife admi*
fliftrarion pendant fa Régence, i , & fuiv. fe
retire à Blois , ç,i.t. brouille fon fils avec fa
femme , 11 , i.r. follicite en vain l'exil du
Cardinal de Richelieu , ^1 , & fuiv. i.c. fur le
point d'être arrêté à Compiegne, s'enfuit à
Bruxelles ,61 , & fuiv. i.t. meurt à Cologne
accablée de dettes , ^3 , i.r.
Marie Thérèse d'Autriche, In-
fante d'Efp'agne , & Reine de France : fa tanrc
la veut nîarier au Roi , 517, iv.t. &c. peu
contente du voiage de Lyon , 541 , iv.t. étoic
belle , 544, iv.t. fon portrait , 4^, v.t ^ô^y.c,
repond peu de chofes au Maréchal de Gram-
mont , 57 , v.t. & aux complimens du Roi»
73, V L arrive a Saint Sebaftien, 71, v.r. refufc
une Lettre du Roi ,74 , v.t. ce qu'elle répon-
doit d'ordinaire à fes complimens , 74 > 7 5 > v.t.
ce qu'elle dit à la première vue du Roi fon
époux, p8 , v.t. prend congé de fon père , &
vient à Saint de Luz, 103 , 104, v.t, dernière
cérémonie de fon mariage , 1 1 o, 11 1 , &c. v.r.
avoit toujours regardé le Roi comme devant»
être fon mari, ii^, 110, v.t. fon entrée à
•Paris, 130, v.t. &c. manque d'argent, 13 8, v.r.
peu affligée de la mort du Cardinal, 161 , v.r.
s'allarme des promenades nodturnes du Roi,
401 , v.r. & fuiv. ignore long tcms l'amour du
Roi pour la Valiere , 119 , v.t. accouche d'ua
fils , & eft au péril de la vie , 148 , 149 , v.r.
accouche d'une Pria ccfTe, qui meurt peu après,
t8i^
DES MATIERES.
iSi , v.c. découvre l'amour du Roi pour îâ
Valiere, z8i , v.t. & fuiv. a la rougeolie, 15^8,
v.c. ce qu'elle dit touchant la jaloufie, 303, v.c.
aprend avec certitude l'amour du Roi , 307,
V t. avec quel chagrin elle aprend que le Roî
a introduit la Valiere chez la Reine-Mer(;>
341 , v.t. &c. portée à Verfailles , 3 4(î , v.r.
Ton humeur inquiète & jaloufe chagrine la
Reine-Mere , 347 , v.t. tombe malade dange-
reufement , 347 , v.t. & en guérit , 349 , v.c.
•veut avoir là part des diamans de la Rcine-
Me4e, 377 , v.t. fort fenfible à la perte de cette
bonne mère ? 387 , v.c. avec quelle douleuc
elle aprend la mort du Roi fon père, 43 i, v c.
trop peu touchée de la mort de la Reine- Mère,
4Î^ ) 472- , 474 y v.t.
fAfirfdlac (le Prince de) : bien auprès de la Reine,
133 ) 134 » i-*^- manque d'obtenir le Gouver-
nement du Havre du Grâce , 139, 140 , i.c.
s'attache à Mr le Prince , & devient amoureux
de Madame de Longueville, 454, 4^5, &
iuiv. il la rend rebelle ,4^^ , ii t. 47^, ii.r,
vient joindre les rebelles à Paris, 481 , ii.c,
reçu & rccompenfé à la Cour, 143 , iii.r.
obtient le tabouret pour fa femme , &c. 1^3 ,
iii.t. conîeil qu'il donne aux Princes, ^6^, iii c»
fe fauve après la prife des Princes , 391 , 404,
iii.t. fe retire en Touraine, 41 (> ,iii.c. devenu
Duc de la Rockefoucaulc . veut semparer de
Saumur, 459 , iii.t. déclaré criminel de leze-
majeflé, 458 , iii t, reçu dans Bourdeaux, 46'3,
iii.L General des révoltez de Bourdeaux , 46' y,
iii t. fa valeur au ficge de Bourdeaux , çio,
iii.t. fait la paix ,513, iii.t. veut faire Mazaria
le libérateur des Princes , 13 . & fuiv fe refoud
à la guerre , avec Mr le Prince ,2.11 , xii,
iv.t. tient le Coadjuteur referré dans la porte
de la grande fallc , 2-5? , & fuiv. iv t. furnom-
Tome V, A a
TABLE
me CanJArade la Franchifet par ce Prélat, z6"î|
iv.r. porte le Prince de Condé à la guerre,
305 , & fuiv. iv.t. le fuie à Bourdcaux , 307,
&c. & puisa fon armée, 339, iv.t. jaloux
de la Ducliefle de Longueville contre le Duc
de Nemours > 341» 3^1» iv.c. fe bat avec
valeur, 347 , iv.r. blclTé d'une moufquetadc
qui lui fait perdre la vue, qu'il recouvre enfui-
te, 375 , iv.r.
Marfm : Commandant en Catalogne , où il eft
arrête , 408 ,iii. t. quitte le commandement
de l'armée de Catalogne, & fe joint au Prince
de Condé, 313 , iv.t. chargé de l'armée de
Guyenne , 335, 3 44 , iv.t. ie bâton de Maié-
chal demandé pour lui , 3 3 8 , iv.t.
Manimau : témoin dans le procez touchant l'af-
falîinat du Prince de Condé, 347 , iii.t. ame-
né à Paris, 3(^4 , iii.t.
ldAriinoz.z.i ( Madame fie ) : fœur du Cardinal
Mazarin , 4<^i ,4.6 1 , iv.t.
I^artinoz.zi ( Madem, dfe ) , nièce du Cardinal
Mazarin: deftinéeauDuc de Candale , 401,
iv.t. 41^ , iv.t. époufe le Prince deConti, 401,
fon caraétereeltimable , 401 ,401 , iv.t. 41^,
iv.t, préférée à fa coufme , 41^ , iv.r. faire
Sur-Intendante de la maifon de la Reine- Mère,
1 ^6 , v.t. Voiez Nteces du Cardinal Ma^rin.
'hUuhvrisr : fa penfée ingenieufe fur les varia-
tions de la conférence de Ruel , 39 , iii.t.
Mfiure ( le Comte de ) : député des Généraux de
Paris, 93 , iii.t. fefaic moquer de lui, 9 y, iii.t,
& fuiv, caradere de fa femme nièce du Maré-
chal de Marillac , 6^ , iii.t.
Mayetne : Ton peu de refpe^ pour la Reipe d'An-
gleterre, 183 , iii.t.
Adiarifi ( \ules ) , Cardinal : apellé au Miniftc-
re par Louis XI II. 117 , i.r. choifi par iai
Régente , & fou cara(^crc, 141 , 143 , î. t.
DES MA.TIERES.
abandonne Chavigai fou bienFaiceuf , I4(r,
147, i t. recherche inucilement MefTieurs de
Vendôme, 148, i.c. inftiuic, & recommandé
au feu Roi , par le Cardinal de Richelieu, 1 50»
i.t. foutenu par la Reine ,1^1^, i.c écoic avare,
1 ^9 , i.c. eftimc qu'en faifoicnt les Courtifans,
1^0, i.c. Ton heureufe ficuacion , 170 , i.c.
fait feul les quacre Charges de Secrecaire d'E-
tac, iiy , i.c. fait écablir des fpeâiacles en
malîque, 3 5:3 ■. i.c. fait Sur-Intendant de le»
ducarion du Roi ,353, i.c. méprifoic les plus
honnêtes femmes , & les belles letcres , &co.
397 y i-c. 42.5? , it. fon avarice caufe de la paix
delà Hollande avec l'Efpagne , 416", i.c. par-
tie de fon caradiere , 4^2, ,& fui v. i.c. 48 y,
i.c. 51^, i.c. &:c. foupçonné & caxc de n'avoir
point voulu de paix , 475? , i.t. zy , ii.c. igno-
roic les loix de l'Ecac , 498 , i.t. fes précau-
tions lors de la petite vérole du R.oi ,544) i-^»
& fuiv. trompe habileraenc l'Abbé delà Ri-
vière , 8i , ii.c. faic caffer l'Arrêt de jondioii
des Compagnies Souveraines, loj , ii.c. fou
impuiilance contre elles, 1 1 5 , ii.c. & fuiv.
obligé déplier, 118 , izo , ii.c. & fuiv. 144,
ii.c. faic arrêter Blancmenil & BroulTel > 2,40,
ii c, & fuiv. fe cienc prêt à fe fauver, 171, 271,
ii.c. démarches & déclarations du Parlemenc
contre lui , 516", & fuiv. ii.c. Veuc ôrer le cha-
peau à l'Abbé de ,la Rivière , 385 , ii.c. &c*
prend le parti d'afTiegcr Paris , 438 , &fuiv,
ii c. déclaré ennemi de l' Ecac par le Parlemenr,
4^(î,&fuiv. digeroic les injures comme Mi-
thridate le poifon , 3 , iii.c. les Dépucez refu-
fenc de conférer avec lui , 30 , iii.c. on vend
fes meubles & fa bibliothèque , 33 , iii.c. ac-
cepte la paix, çr , iii c. &c. change de con-
duice . & devienc plus intereffé , iii.c. fe lie
avec la Maifoa de Vendôme , 109 , iji.c. &c.
Aa i
TABLE
tache à contcnreiMrle Prince , m , iii.t. u
de fa faveur avec douceur & clémence , ir
iii.t fait aflTieger Cambrai - i^6 , iii t. reviei
s Paris , & comment y eft reçu , i8i , & fui
iii r. moqué de tout le monde, i^i , iii
veut marier une de fes nièces à Mr de Me
cœur , ±01 , Sec. iii t infuité par le Prince (
Condé , 11^ , iii.t. expofé aux railleries di
Frondeurs , 244 , 245 , iii.t. fe refout defai
arrêter les Princes de Condé & de Conti , &
Duc de Longueville , 341 , 3(>o, &c , iii
fait la paix avec les Bourdelois , 5 13, iii
pendu en effigie dans tous les carrefours (
Paris , 534, iii t 57<^ , iii.t. y revient , 53
iii.t. va reprendre Rhetel , ^40 , & l'eraport
57^ , iii.t. rentre gloricufemenr dans Par
ç S 7, iii.t. fes négociations avec le Duc de
Rochefoucault , 13 & fuiv. iv.t. néglige fc
mal à propos les avis du Duc de la Rochefoi
cault & de la Princclfe Palatine, 15, 16 ^
fuiv. iv.t. veut aller au Havre délivrer les Pri
ces , 50 , & fuiv, iv t. fort de Paris déguifé <
Ca^^alier, 53 , iv.t. Arrêt du Parlement cont
lui & fes adherans , 66 , iv.t. & fuiv. fou voy;
ge du Havre, ridicule , 8^, iv.t. délivre 1
Princes, 88;, iv.t. fe retire à Dourlens, ^z, iv
lettre qu'il écrit à la Reine , ^3 , iv.t. & fui
fc retire à Breuil , & en Allemagne , p7 , iv
&rc. manque de tout , 100 , iv t. Arrêt du Pa
lemcnt contre lui, 1 01 , iv.t. & fuiv. fa lètt
-à Mr le Premier, 104, & fuiv. iv.t. tout
monde négocie avec lui , i(?3 , iv t. fon rrai
avecGhateauneuf , le Coadjuteur, & la Di
chcife deChevreufc, 169 , & fuiv iv.t. reço
ordre de revenir à la Cour à Bourges , 3î:
iv.t. 3 1 5 , iv r. Auét contre lui ^ & la téce mi
à prix ,310, iv.t. rentre en France , à la.tç»
d'une armée, 514, iv.c. forcé de uouveaà
DES MATIERES
c]uirter la Cour, 3^1 , iv.c. revien: de Sedan;
à la Cour, 35*8 , iv.c. fa politique à l'égard
du Roi , 471 , iv r. devient le maitre abrolu,
& l'idole des Coartifans , 480 , &c. iv.t. fon
peu d'égard pour la Reine , 484, 485 , iv,t.
549 , iv.r. n'étoi: point cruel, 501 , iv.t. fe
fait le vivandier & le munitionaire de l'ar-
mée , 513 , &c iv.t. fes precaurions lors de la
maladie du Roi , 517 , iv.c. mené le Roi à
l.yon pour traiter de Ion mariage avec la
Princeile de Savoye , ^17 , 5 1^ , iv t. & fuiv.
fon but dans ce voyage, 51^ . 530 , iv.r,
comment il repondoit ordinairement aux
importuns, 548 , iv.c écoute les propofîcionsi
d'Efpagne pour l'Infante , H9 > i^-f* efpere
qu'elles feront inutiles , 1 , v.t. tente de faire
époufer fa nièce au Roi, ^ , v c. i^ , v.t. ce
cju'ii craignoic du mariage d'Efpagne, 9 , v.c.
chafic fon neveu de la Cour , à caufe de
la débauche de Roifly , 12. , 13 , v.t. fe fur-
monte gehereufemant pour éloigner fa nièce
du Roi , U pour l'empêcher de J'époufer,
16 ^ 17 i 1$^ v.c.&fuiv. fa ptodigieufc au-
torité & fon avarice , zi , & fuiv. 31 , v.r.
1^7 ,v.t. part pour le mariage du Roi , & la
paix, 28 ,v.r. & fuiv pris pour arbitre par le
Roi d'Efpagne, 79, v.t. loué par le même
Piince , 94 , v.t. fon retour à Pans , i i8 , v.r.
pleuré du Roi , qui le trouve en reveiie , 119,
V t. falué par toutes les Cours Souveraines >
119 , v.t. &c. fa itioderation aparente furie
refus que le Roi d'Angleterre fait de fa niè-
ce , 13^ , v.t. refufe de marier une de fes
nièces au Duc de Savoye , en lui rendanc
Pignerol ,135, v.t. retombe malade, 1 3 7, v.r.
fon extrême avarice, 138 , v.t. fon jeu ex-
ceflif, 'k fes pilleries , 15^ , v t. fa dureté 5c
ronmgratuude, 140, v.c. prend de l'émcîi-
A a 5
TABLE
«^ne , Sf empire , î4i , 143 , v.t, marie Te;
nicces au Connétable Colonne , & au Granc
Mairre de TArrillerie , 143 , v.c. fort aimé de
Roi, 147, 148 , V r. biens imrr.enfes qu'i
lailTe, 148 , v.t. 170 , V t. reçoit le Viatique
& fe fait air)il:er par Mr Joli, 140 , v.t. i yz
v.t difpofoit généralement de tout , 150, v.r
foupçonné de peu de religion . 15© , & fuiv
regarde la mort avec intrépidité , 1 51 , 1^0
v.t. donne de belles pierreries au Roi , au?
Reines , &c 1 52 , v.t. n'avoit pour Confef
leur qu'un Théatin , homme fimple , 1 53 , v.t
reçoit l'Extrême- Ondion , 15J ? v.t. fon m
gratitude pour la Reine-Mere , à qui il faî
demander la furvivance de fon Gouvernemcn;
de Bretagne, 1 55 , v t. perfuadé que les Mé-
decins le ruoient , 158 , meurt le 5». Mari
1661. p.î55>,v.t. fon corps expofé , 168, v.r
on lui trouve une pierre dans le cœur , 1^8
V t. vers contre fa mémoire, j6^, v.t. toute Is
Cour prend le deuil pour lui, 170, v.t. d'où
venoient fes prodigieufes richeifes, 171, v.r,
fes partions principales, 171 , v.t. méprifoii
les François , 173 , v.t.
î^îeilleraye [M.'c Ue la) ^ Maréchal de France , &
Grand-Maitre de l'Artillerie : eft General en
Italie, 303 , i.t. prend Portolongone , 3^5:
i.t. fait Sur-Intendant des Finances ,145?, ii.r,
fon caracflere ,150, ii.t. &c on l'envoyé apai*
fer le tumulte & arrêter les barricades , 147,
& fuiv. n. r. délivre le Chancelier Seguier,
157 , ii.t. fè déclare pour la paix, 380 , 381,
ii.t. fait Duc , 418 , ii.t. foii caradere & celui
et fa femme , P3 , ^ç , iii r. on lui ôte les
Finances pour les rendre à d'Hemery , ^3 , 96^
iii.t. prend Voges, & en fait pendre le Com-
mandant , 508 , iii t. prend l'ille de Saine
George, 510 , iii.t. pouile vivement le ficg<
1
DESMATIERES.
<3e Boatdeaux , 510 , iii.t. on lui conHe îe
Cardinal de Recz , qu'il laifTe échaper , 407,
408 , iv t. fon fils , devenu Grand-Maitre de
l'Artillerie , époufe Horcenfe Mmcini , &
prend le nom de Mazaiin , 144 , v.t.
ÏAêmei (le Prefidenc ^^) ; mécontent du mauvais
trai:ement fait au Comte d'Avaux fon freie,
39 , 40 , ii.t. parle fortement , & mécontente
laR ine> 103 , ii.t. fe retire à la campagne,
Ï08 , ii r. opinoit toujours pour le vrai bien
de l'Etat , 155 ,ii t. fc racommode avec le
Cardinal , xoS , ii.t. fa more & fon carattere,
11,13 'iv.:.
Menardea'4 ■> Confeiller du Parlemeht de Paris;
opine pour la Cour , 5 8 4 , iv.t.
Meneville , fille d'honneur de la Reine- Mcre : Tes
inrrigues avec Fouquet , & le Duc d'Amviile
qui rcfufe de répoufer ,137 >&c. v.t.
Mc'cœur ( le Duc ^ie ) : fon mariage propofé avec
l'ainée Mancini , 10^, iii.t. 201 , iii.t. 1^2.,
iv.t. 178 , iv.t. fait apeller en duel le Duc de
Bcaufort fon frère , 44 , époufe la nièce du
CirJinal à Bicuil , zo8 , iv.t. interrogé fur ce
mariage , lop , iv.t prend Valence ,451»
iv.r. mort de fa femme , & foncaradere , 46'4,
i V . -.
ÀiijJJens : fon caradere , 3R3 , iii.t. chargé de
mener le Prince de Condé à Vincennes , 381,
3 84 , iii.t. fa fondion à la cérémonie de la
majorité, 190, iv.t. marche a Saint Cloud,
351 , iv.t.
Mole y Piemier Prefident du Parlement de Paris :
i'a fermeté , 7 , ii.t, fommaire de fa harangue
à la Reine , 130 , & fuiv. ii.t. infulté par la
populace , & obligé d'aller demander Brou/fel,
2^3 , ii.t. i6x , 1^3 , &c. ii.t. tache de fervic
la Cour , 51^, ii.t. on délibère de l'arrêter,
ou de le tuer, 5x8 , ii.t. fes remontrances
A a 4
TABLE
avoient quelquefois l'air de libelles dlfTarna-
toires contre le Miniftre , i , iii.r. & fuiv. en
danger d'être pillé , 15 , & fuiv. menacé de
nouveau , 4S , 49 , iii.r. fruit de fa prudence,
3^7, iii t. acufé de rrahifon , 334 , iii.r. de-
mande avec hauteur la liberté des Princes, i^,
20, iv.t. change à l'égard du Prince de Condé,
113 , iv.r. iz6 5 iv.r. fon caradlere > 1x4, iv.t.
la Reine lui donne les Sceaux ,138, i ^6 y iv.r.
facrifié par le Prince de Condé ,155, iv.t. privé
des Sceaux ,158, iv.t. difpute contre le Prince
de Conci , 1^1 , iv.t. belle parole de ce Ma-
gilhat , 2^4 j iv.r, fa harangue lors de !a ma>
jorité , 2^7 , iv r. on lui rend les Sceaux , 204,
infulré par la canaille ,519, iv.t, empêche par
Mademoifelle d'être reçu dans Orléans, 332,
333 , iv.t. fa more, & fon caradtere , 411,
iv.t.
Xiolina ( Dona Maria ) : première femme de
chambre de la Reine Marie Therefe , toc , &
fa favorite , 106 , v.r. on lui remet une lettre
«fpagnole fupofée, & fa conduite à cet égard,
iS6 ,y,t.Si fuiv. n'avoue rien à la Reine de
î'amour du Roi pour la Valiere , 307, v.r,
confolc les Reines de la mort du Roi d'Ef-
pagne, 43 5 , v.t.
Monaco : Voyez V'^l<ntincis.
Monaldifchi , Gentilhomme delà Reine de Sué-
de : récit de fa mort par ordre de cette Prift-
ce^fe , 498 , iv.t. &. fuiv.
Monk : rétablit Charles 1 1. fur le Trône d'An-
gleterre , 78 , v.t. fait Chevalier par ce Prince,
"124, v.t.
Mont aigu ( Milord ) : fon caïaderc , 137 , v.r.
créature de la Reine- Mère , 2i(^ , v c. la foUi-
cite pour le retour du Comte de Guiche , 3<^î,
v.t. annonce la mort à la Reine-Mere , 37^,
\'i>}99 ) V.t. porte laReiue-Mere à parier au
DES MATIERES.
Roi pour le Duc & la Duchefîê de Navailles,
410 , &:c. v.r. avoir écé confidenr delacom-
plaifance de la Reine- \kic pour fcs adora-
teurs , 480, v.r.
i\Jen;a!^is i fille d'honneur de Madame : chafTcc
pour avoir favorifée les amours de certe Piin-
c-if:: [& du ComtedeGuiche , 3^1 , vc. 5^2^
v.i. livre leurs lecrres à Vardes , fui' un ordre
de MaJaaie , 3^4 , v.c.
I^l0nta-4fter ( le Marquis de ) : conferve Angoulê-
me . 315 , iv.r. reprend Xainces , 32,7, iv.t.
cpoufc Mademoifelle de Rambouillet, 151,
v.r. tait Duc, 31}, v.t. feotimenc bas& lâche
de ce Courrifan fîareur , 343 , v.r.
M^yntattfiir ( Madame de ) abrégé de fonhiftoire
& de Ton caraâ:ere , 149 , &c. v.r. faïc^ Gou-
vernance du Dauphin, 249, v.r. deviens
Dame d'honneur , & partie de fon caradere,
321, v.c. batTelTe d'amc de cette Femme mon-
daine, 342 , 343 , v.t.
M^mbazon ( la Ducheffe de j : fonciraCtcrt , 48,
i r. fon avanrure avec les Princefîcs de Condé
& de Longueville, 17^? , & fuiv. dilgraciée,
& exilée, i8(î , &c i.r. obrient de l'argenr &
d-s Abbayes, 87 , iii.r. revient à Pans auCfi
vaine & coquere que jamais, & y meurt mé-
priTéc de tout le monde j 487 , 48$^ , iv.c.
li)n!-Mdi : alTiegé par le Maréchal de la Ferté,
494 > iv.t. & pris , 497 , iv c.
Montmorency (Henri, Duc de) : aime Anne
d'Autriche , 13 , i,t. & la Marquilc de Sablé,
15 , i.:.
M ntmorency {Chx^otte de) , PriaceTe de Condé:
Voiez Henri de Bourbon Pnnce ds
C o N u é.
Mdntpenfter ( Mademoifelle de ) ; Voiez Qrl ans
( MaiemoifeUe d' ),
Mjnirefor: misen liberté, 4?^? , i c.
Aâ 5
TABLE
Montfônd : La Reine ordonne aux PrincefTes de
Condé de s'y retirer , 445 , v.t.
Moret : le gouvernemenc de Hedin lui eft don-
né, 509 , iv.t.
JSdotie d Argenccur ^Madem. de la ) , fille d'hon-
neur de la Reine- Mère : le Roi en devient
amoureux, 471, iv.c. Ton portrait, la-mème^
fa conduite prudente , 471 , & fuiv. iv.t. fc
retire aux filles de Sainie Marie de Chalioc,
47^ iv.t.
Mo'îi Houduncmr (le Maréchal de la ) : enfermé
dans Pierre-encife , & Ton frerc exilé, 488, i.r.
le Parlement de Paris s'intcrefTe pour lui45>8,
i.t. mis enliberté,ii?3, ii.r. fe joint aux rebel-
les de Paris , & ell tait un de leurs Généraux,
488, ii.t. dégage le Duc de Beaufort, yi9,ii.r.
levieflt à la Cour ,325, iii.t. époufe Mad. de
Toufli,i3 3,ii.t. Ta femme devient gouvernan-
te des Enfans de Fiance, 3 i i, v.t, & Ton carac-
tère , là-nême.
MoticH'^ancoptrt C^Mad. delà) , fille d'honneur
de la Reine : le Roi s'y attache, z6^, v.t. 275,
v.t. 277, v.t. 880, v.r.
MoTTï VILLE ( Mad.^f ), Auteur de ces Mé-
moires : nièce du fameux Bertaud Evécjue <fc
Seez, 3^, i.r. élevée auprès d'Anne d'Autriche, .
à qui on rôte, 40, i.t. emmenée en Norman-
die, 40, i.t. époufe Mr de Motteville,&: eft faite \
Dame de la Reine en 1^3^ , pag.43. 44, i.r.'
devient veuve en 164Z , & retourne peu après ^
à la Cour, 44^i.t. devient (ufpede à Mazarin>
212, i.t. 3^1, i.t. Si fuiv. 471, i t. & fuiv. com-
ment écrit fcs Memoiies , 413 , i.t. 48^, 45)0,
v,t dangers qu'elle court en wulanr fe fauvcr
de Pans, 472.x fuiv. obligéede fercfugier au '
Louvre aup es de la Reine d'Angleterre , 542,
ii.t foit de Paris, & fe rend auprès de la Reine,
571, 572;U.£. fe read à Saint Dems,5C^^,ivJC«
DES MAT 1/ RE S,
{on méconrenrcmcnr du Card M'azarin 2 f.r.f.
va au miiiagc du Roi ; arrive à Nioïc , 3 8.39,
v.r. aHillç à Fonrarabie à la cérémonie du ma-
iKT2;e , 81, v.r. employe'e par la Reine-Merc i
conicillcr la DuchefTe d'Orléans, loi v t. &
à confolcr la Reine , 105 , v.c. & à reunir ces
Piinceircs,zoy,io5,v.t. deraprouvé par le Roi,
io6,iojiV c. haie par la Comtclfe de SoiiTons,
107, v.c. maltraicce par le Roi,2o8;V.r, proté-
gée par la F.eiP.e-Mere, 107, 109 & fuiv. v.c.
ioupçonnée par le Roi d'avoir éloigné de la
Cour iMad. de Ponrs qui lui plaifoic, 217 -,218,
v.c. veuc fe rcciier de la Cour, & y eft retenue,
2 54,v.c. & fuiv. choifie pour gouvernance des
cnfans du Duc d'Orléans, mais en vain, 2 5 ç.v r.
fa difpofirion alors, 257, v.r. &c. parcage le
malheur de la Ducheile de Navaiiles , 311, v.r,
le Roi la veuc chafTer, 331, v.c, la Reine Merc
l'avertie de venir à Paiis . 344, v<t. fe jullific
aup;ès de ce Prince, 33^, v.r. qui découvre les
auteurs de la lettre efpagnole, 3é'g -36'^, v.c,
affifle la ReineMere & lui lie quelques Cha-
picies de \'l*n'^a!icn. 403,404,&c.v.c. logée aa
Palais Royal. 414, v.c 458 v.c. porte la Reine-
Mere à parler au Roi, au D\ic & à la Duchefle
de Navaiiles, 420 v.c. & fuiv. concinue d'al^
filler la Reine , 44(^5 v c 4^, 45 S , v.c. cette
PrincefTe lui lègue trente mille livres, &lcs lui
fait donner de Ton vivant, 487 , 501 v.c. fe
retire à Chalhoc , donc elle elt bienfaitrice^
243, i.x.
N
^'T A p L E s : caufe de la revoIce de ce Royaa.
^l me 53 5,1. t. relation de cette révolte, 537,
& fuiv. i.t. I 22, ii.c. & fuiv. 40, ii.c. &c. 31,
ii.t. & fuiv. 145 ii.c.
^avaiUsi ^ fait Duc, ^ éfoufe Mad.de Ne uillanr»
TABLE
1$$ 1 iv.t.,Scc. poufTc vivement les troupes dvi
Prince de Condé à la bataille de Satnc Ancoine,
37(>, iv.r. prend Morcare , 5-15) , iv.r. Gou-
verneur de Niorc , 3^ , v.c. poflede beaucoup
de bien dans les Pu'enées, 6^ , v.t. apellé ca
duel par le Coince de Soilîons , refafe de fs
battre , i;?^ , i^ij , v.r. le Roi refufe défaire
enregiftrer Ton Duché au Pailemenc , 31J,
fait ce qu'il peut pour fléchit le Roi ,31^5 v.c.
t'xilé avec (a femme, 3 15; , v.t. Se fuiv. la
Reine-Mere parle pour lui , 410 , v.t. & fuiv,
fait Gouverneur d'Aunis , la Rochelle , &
BroLiage . 41^, v.t. n'ofe en remercier la Rei-
ne Mère, 411 , v.t.
J^îavailtes (h Duchefle de ) .- chargée d'offrir le
Roi en mariage à Mademoifelle d'Orléans,
5, iv.c. mariée au Duc de Mavailles , 66 , iv.c.
*^o > iv.r. &c. le Duc d'Orléans demande qu'on
îa chafle , 133 > iv.r. parce cj.a'elle recevoic les
lettres du Cardinal Mazarin à la Reine > 134,
iv.r. avcnic le Cardinal de revenir inceflamenr,
311, iv.r. va au mariage du. P oi , &" arrive à
fbn Gouvernement de Niort, 38 , 35» , v.t. Se
à Bayonne, 71 , v.r. faite Dame d'honneuL'
àe la jeune Reine , 105 , 105» , v.t. fon diffé-
rent avec la Comtefle de Soiirons fur les pré-
rogatives de leurs charges , i 8 , v.r. jufqu'à
î^^ , V t. fes inquiétudes & fes démarches tou-
chaat l'amour du Roi pour Madeaioifelle de la
* Morhe - Houdancourt , lui attirent enfin la
haine du Roi, 270 j v.r. confulte Mrjolrfui'
les eniprefîemens du Roi pour cette fille , zj fy
v.z. fait giiller les avenues des chambres des
£lles de la Reine, 277 , v.t. fon accachemeiTC
pour la Reine déplait au Roi, 304, v.t. n'a-
Yone rien à la Reine de l'amour du Roi pour
laVâliere, 308 , v.t. l'alTure au Roi, 30^,
' f.t. & le feutient m?J , 516 , v.t. exilée eiiiic^
DES MATIERES.
319, v.r. on parle pour elle , 420 , v.r. & fuiV,
iui: Ton niaii , faic Gouverntuu d'Aunis , 416^,
&c v.r.
^émor.d ( le Prefidcnc de ) : député à la Cour,
3^5 , iv.c.
î^emoun ( le Duc àe ) .- fert utilement iesPiinccS
dans leur e!ar;;inerDent , 15 , iv.r. envoyé en
Fiandtes, poui amener les Efpagnols au fe-
cours du Prince de Condé ,315, iv.f. les ame-
né , 318 , iv.r. veut fe faifir Je quelcjucs places,
32.0 , iv.t. reçoit à demi un foufict du Duc de
Beauforc , 3 3 4 > 3 3 5 , iv. t. en intrigue amou-
reufe avec la DuchefTe de Longueville, 341,
iv.t. reçoit un coup de pifiolct au travers da
corps , 347 , iv.t. s'attache à la DuchefFc de
Chacillon , x6o , iv.t. blelfe de treize coups à
ia bataille de Saint Antoine , 374 , iv.r. fe bac
avec le Duc de Beaufort Ton beau- frère , qui
le tue d'un coup de pi(tolec , 3 87 .
l^Hce'i duC^yiinctl Mazarin : leur arrivée à Pâ-'
ris , & leur portrait , 349 > i.f. & fuiv. raifes
encre les mains de Madame de Senecey , 1^^
ii.t. & fuiv. on les cache , & on les envoyé à
Pcronne , 66 , iv t. leur infcnfibiliré ik dureté
pour leur oncle , 171 , 1^8 , v.t. Voiez AUn^
cini , et Mamnczzi.
Sinon , famenfe Courtifanne : fat la feule femme
difcinguée par la Reine de Su^àç , 4^7 , iv.r.
Ko/itiles { le Comte de } : fait Capitaine des Car.
des y 12.6 y ii.t. Ta femme faite Dame d'arour,
9^ y v.t. fairDuc,3i3 , v.r. la Reine Mère
lègue quinze mille livres â fa femme , 4^7,
^ TOI , v.t.
iscblt'Je : s'alfemble contre les tabourets de Mef-
damcs de Ponts & de Mathilac , ^^7 j ^.S'a»
&c. iii.r. demande k convocation des £tat&»
2i8, iv.t.
TABLE
éSlogen' l le Comte de ) : Ton caraâ:ere de faux U
de mau/ais plaifanc, 500 , joi , i.c. 5^ , iv.t.
la Reine de Suéde le méprife , 448 , iv.r. & le
tourne en ridicule , 452. , 453 , iv t. fa mort;,
& partie de fon caradlerc , 13 j, 13^, v.c.
OG N o N f le Gomtc d*) ; s'empare dtt'
gouvernement de ia Pvoclielle, 4513 , iii.t.
& fuiv. fe joint de nouveeu au Prince de
Condé , 3 1 3 , iv t. le bâton de Maréchal de-
mandé pour lui , 358 iv.t.
Olonne { le Comte d ) : fon office à la cérémonie
delà majorité , i8o, iv.t-
Ondedei : fauve les nièces du Card. Mazarin, 66,
iv.t. Evêcjue de Frejus , 73, v.t. envoie a Saine
Sebaftien , comme témoin du maiiage du Roi,
73) v.t. & fuiv, 80, v.t.
^Pera , ou Speâacles en Musqué -' leur origine
en France, 453 , i t.
Orange ( le Prince d' ) fa more , ^^^,nlr,f
Orléans ( Mad. la Duchelfe d') : ion carac-
tère &c. 440, ii.t. & fuiv. 3 91, ii.t. & fuivans.
perd fon maji , & n'efl: comptée pour rien, -
<îi , V t. Voyez Gaston & Philippe
i>E France, H enr i e tte d'A ngl e-
T £ T R E.
ORLEANS ( Mademoifelle d' ) : veut inutile-
ment foutenir fes prérogatives, 191 . & fuiv,
refufe le Roi de Pologne , 31^, i.t. picoteries*
entre elle & Mad. la Princeffe, 381, i.r. acufée
de traiter fon mariage avec l'Aichiduc, 60.61^ ^
&c. ii.t. & fuiv fe tient à l'écart, z^8 ii.r.
fouhaitoit d'époufer le Roi , 331, iv.t. 3 9 3, ii.t.
5i')> iv.t. 531, iv.r. on lui offre le Roi; & elle
ne fait point profirer de cette offre , 5 , iv t.
ion cara<5lcre, 33!)^ fuiv. iv.t. 355, it.C ^i>
D E s M A T I E R E s.
v.r. fe faific habilement d'Orlcans,3 3i,&riiiv,
iv t. va à la Baliille, faic cirer le canon concie
les troupes du Roi , 6i. délivre le Prince de
Condé, 37<J,--378, iv.t. obligée de fc retirer
â Saint Fargeau , 3 5) j, iv.t fon orgueil dimi-
nué par fou exil elle revient à la Cour . 4^5>
iv.t.4i?7 , iv.t. fort aimée des honnêtes gens,
49^, iv.t mal racisfaice de fadeftince , 531,
iv.t. &c. va à Lyon avec la Cour , 53^, iv.r.
comment elle regardoit les Princcflcs de Sa-
voye , 6 54, iv.t. afTez peu fenfible à la perte
de Ton père, 6z , v.c a(ii(ie inc-gniio au ma-
riage de l'Infante à Fontarabic, 8i,vt & fuiv.
elle en eft carellée, ^o.v.c. porte l'offrande de
la jeune Reine , iii, v.f.
Orval ( le Comte ci* j : premier Ecuier du Roi,
185», iv.r.
Oforio ( Dom J'f^ph ) : vient négocier de la part
du Roi d'Efipagne avec les révoltez de Bour-
deaux, 4^5, iii.t. renvoyé par ees révoltez,
4^i , in.c.
PA T X : Articles de celle conclue à Ruel en
1645) , pag.51, iii.t. & fuiv.
Palatine ( la Princelîe ) : Voyez Anne de G^n^
Taleftrine ( la Prince^e ) : fe réfugie en France,
35>i> i.r. fon caraûcre, 393, 6cc i.t. retourne
en Italie, 505, i.t.
Palluau : fe lailTe prendre Courtrai , 84, 85, ii.r.
& Yprcs , 114, iii.t, fon caradlere , 1 14, 115,
fait Maréchal de France pour Lqs bons mots,
11^: iii.t.
PiZtis : ce qu'Henri III. en difoitji37, i.t. com-
mencement de fcs troubles , 5 , li.t. la Reine
en fort, 44 j , ii.t, & fuiv, dcfoidxe & croubls
TABLE
cju'y caufe ce déparc, 4^7 , ii.r. &rc. bloque
par les croupes du Roi , 4^1, ii.t. 485 , ii.r.
defordre aftieux qui arrive dans fon Hocel de
Ville, 381 , Scfuiv. iv.t.
Parlement ds Puris : fon écac lors de la mort de
louis X I II. 135, i.c. & fuiv. calTe fa der-
nière déclaration , 13^ , i.r. députe vers la
Reine , conchanc l'exil du Pretidenc Barillon,
232, i.c. cache a fe faire valoir ,315, i.t. U
Régente y mené le Roi tenir fon lie de jaftice,
314, & fuiv. i c. s'opofe au tarif , 4^^ , &
fuiv, {es opofirions fatiguent la Cour, 31 , ii.r.
donne Iç célèbre Airê:: de JonBiw ou d Vnion
avec les autres Cour? Souveraines , 72 , 74,
& fuiv. ii.c. rudement réprimandé par la Reine,
%j , ii.t. maintient fon Arrêc de jonftion par
im nouveau ,110, ii.t. &c. mandé au Palais
Royal , où il lui eft ordonné de ne fe mêler
que d'adminidrer la juitice , m , & fuiv. ii.r.
iommaire de la harangue qu'il fait faire à la
Reine, 130, & fuiv. ii.t. fes propolîcions, 138,
139, ii.t révoque les Intendans, 140 , ii.r. va
au Palais Royal demander Brouflel , i6o , ii.c.
& fuiv. l'obtient, & devient le mairre de tour,
16S , 274 , ii.c. fes deinanoles touchant Cha-
vigny & contre le Cardinal, 116 -, Se fuiv.
donne un Arrêt contre le Cardinal Mazarin,
466 , & fuiv. reçoit & traite avec un Envoyé
de l'Archiduc, 25 c , & fuiv. ii.c. s'acorde â
faire la paix ,38, iii.c. les Bourdelois & Pro-
vençaux demandent fa prote(flion , 1^6 ^ Sec,
iii.r. s'afTcmblc en faveur des Bourdelois, 294,
25»^ , Sec. iii.c. fes alfe/nblées touchant ks
Sindics des Renriers ,518, iii.t & fuiv reçoit
«ne d.patacion du Parlement de Boardeaux,
ôc traire de la liberté des Princes , 484 , &
fuiv. iii.c. 573 , &c. iii.c. fa dcpucaùon pouî
DES MATIERES.
cette liberté , i8, i^ , & fuiv. iv.r. donne
Arrêt contre le Cardinal & Tes adherans , GG^,
6j y iv.c. toujours oporé aux Etats, ii^ ,iv.t.
donne un Arrêt contre Mazarin & met fa
tête à prix , 3 io , iv.t. le Roi vient en groîTey
bottei lui défendre de s'afîembler , 410 , iv.r.
harangue vive de Gaumin contre ce corpSj
4z8,ivr.
TauL ( le Chevalier ) : Ton équipage à la cérémo-
nie delà majorité, 184, 28 j , iv :.
"pAulate fia) caufe de l'union àzs Cours Souve*
raines contre la Cour ,72 , & fuiv. ii.r.
Paulin ( le Père ) , Icfuite , ConfeiTcur du Rci :
fbn dilcours à la Reine touchant l'aflembléc
des Etats , 130 , 13 1 , iv t.
peliljon : (on éloge de la Reine. Mère , 4^3 , v.c,
& fuiv.
PeranU , Prefident : Intendant du Prince de
Condé confervé pour fon fds , 540, i.t. misa
la Banille , 404 , iii.c.
P H j L I p p E l V. Roi d'Efpagne : époofe Eliza-
bech de I rance , 8 , fort voluptueux , ipo, i.r,
perd fon fils , 3^7 , 398 , i.t. époufe fa nieccj
fille de l'Empereur, 410 ,i.r. 341 , ii.t. conju-
ration contre lui, 340 ,& fuiv. ii.t. ce qu'il
dit du voyage de Lyon pour le mariage du
Roi, 54z,iv.t envoyé Pimentel en France pour
offiir l'Infante ai la paix , 543 , iv.t. il lui naic
un fils , 7 , v.t. manière donc il reçoit l'am-
baiTacIe de France pour le mariage de l'Infante,
48, v.t. &c. fort grave ,54,56,^8,^8, v.c.
perd fon fécond fils , 59 , v.t arrive à Saint Se-
badien, 71, v.r. & vient finir le mariage à
Fontarabic, 80 , & fuiv. v.r. fun entrevue avfc
fa fœar , Reine de France , &c , 93 , v t. &
fuiv. reconnoic que fa fille doit lui fucceder, en
Ca$ de more du Prince fou fils, loi, v.c. jure U
T A B L R
faix j îoz . v.t. fa triflefTe à ce départ, 107,
JGÎ , v.c. peu généreux , iip , v.t. perd loti
fils, 248 > v.c. meure le 17. Sepcembre 16(^5,
pages 430 , 43 1, v.c. avoic été malheureux Se
déréglé, 433 , v.c. ;
Philippe de France, Duc d'Orléans T
fa nai{fance, 88, i c. fou caradere , 4^3,494»
&:c. i.r. malade de dilTencerie, 510, & fuiv. i.c.
èc delà petite vérole , i88 , ii.c. tiré de Paris
par Mr de Bcringhen, 3 17, ii.t. Ton bon nacu-
rel, 51^ 5i7,iv.c mécontenc des précentions
^Q Duc de Savoye 5 54 , iv.c i, v.r. époufe la
PiiRcefTe d'Angleterre, 1^2., 8cc. v t. 176,177*
v.r. ob:ienc l'apanage d'Orléans, 177 , v-r,
commence à s'inqaietcr des promenades de fa
femme avec le Roi , 2.1 5 . 11^, v.r. fecourt la'
Reine Mère dans fa maladie , 194-7 v.t, il lui
naît un iî!s , nommé Duc de Valois, 338. iii.r,
fort fcnfible aux moux de la Reine fa Mère,
I 84 , v r. 457 , v.r. faillie de cendieffe & de
dévotion de ce Prince , 4^7, 4^8, v.r. ne veuc
point abandonner la Rc-itic Merc , mourante,
484, 48g, V t. TembraiTe ap^ès fa mort , & fe
recirc avec dciileur > 4.06 487, v.c
Plementel ( Dom Aniooio ) : envoyé à Lyon pour
y négocier la paix Si. le maiiagc de l'infante,
543, iv.t. & fuiv. vient à Paris achever le trai-'
té , 7, v.t
Tirenneei : Defcripîion de ces montagnes , 66,
&c. v.t.
P/#i- Bdiitrre ( Mad. du ) : amie de Fouquer,
12.7. avertie de fa prife , néglige de brulec
fcs papiers , 117 , v t. exilée à Montbrifon,
131, v.t. fon cara£lere , 13 i , v t. &c. fait
avoir au Marquis de Crequi fon gendre le
Generalat des Galères , 131, &c. v.t. arrêtée
Ôc gardée , 143, v.t,
phjfii . G^e.i.'^^.u ( Mad. dti ] : fon caraderc,
DES MATIERES.
355» v.t^iSc faiv. 4i7,iv.r. travaillok à la paix,
345» , iv.t. reçoit la Reine de Suéde avec un^
rnagnifîcenee exrraordina^k'e , 457, iv.r. s'em-
preiîe d'emmener Mad. de Ponts de la Cour^
parce qu'elle plaifoit au Roi , 217, 2 18. 1. 1.
Pleifis - P/-^/r;2 , (' le Maiéchal rf'» ) : fait gouver-
neur de Monfîeur, 35 ,ii.t. grand Se heureux
Capitaine ,35, ii.c. défait !e Marquis de Ca-
racene, & y perd un fils, 142, ii.t. commande
Tarmée de Flandres, 474, 47^, iii t. défait le
Maréchal de Turenne prés de Rhetel, 577, &
fuiv.iii.t. perd deux fils en deux batailles, 5 80,
iii.c. le Cardinal lui fait des avances, lors de
la maladie du Roi , 518, iv.r.
T hfjoi : Dcfcription de leur ambafTade , entrée,
&c. pour le mariage de leur Roi, 332 , &:
fuiv.
J^cnt de V Arche : foins que fe donne îe Prince de
Coudé , pour en faire obtenir le gouverns-
menc au Duc de Longue ville , 210 , & fiiiv.
iii.r.
fents (Madem. 'ie) : maitrefTe du Duc de Guife,
402, ii.r. & fuiv. mife aux filles de Ste Marie,
2, 3, ii.t. démarches du Duc de Guife pour
elle , 43 , ii.r. & fuiv. elle l'abandonne pour
fon Ecuyer , qui l'abandonne à fon tour , 55>,
ii.t. acufée de vol par le Duc de Guife , fe
fauve en Flandres , 5^ , ii.t.
finti ( Mad.^^ ) : obtient le tabouret , 2 53,2^4,
ii.t. bruit que cela caufe , 232 , & fuiv. iii.r,
feduit & époufc le Duc de Richelieu ,.3 37, ôc
fuiv. iii t. fon mariage confirmé par la Cour,
423, iii.c 430, iii.c.
Tonts ( Madem. de ) : éloignée de la Cour parce
qu'elle plaifoit au Roi, 217, v.t.
Porte ( la j : domelHque de la Reine , tourmea-
té pour elle , 83 , & fuiv. obtient une charo-g
de pre.mier valet de chambre.donc il eft obligé
de fe défaire, 401, iv.c.
TABLE
Prahîle : chargé tlanétci le Caidinal de Rets,
3 97,iv.t.
prêtres Epagnels : trop libres dans leurs dif-
couis , 84 v.c.
Q
UlMr ERCORANTIN
OU l'on cft fur ce fejour , 413
erreur vulgaire
iv.c.
RANTZAuHe Maréchal de ) : bon hom-
me de guerre, mais grand ivrogne, Ji^ji.c.
arrêté à Saine Germain , i8, iii.c.
^ifi ( le Cardinal de ) : Voyez Coad']uteur de
Paris,
Rhefel : pris en deux jours par le Maréchal de
Turenne , 494 , iii. c. repris par le Cardinal
Mazarin , 57^, iii. t.
Rhodes fie Sieur de ) , grand mairre des céré-
monies : tes fondions a la cérémonie du facre
du Roi, 17^, iv.t & fuiv. z^i,iv.r.
R'chelitii ( le Cardinal de) : mis dans le miaif-
rerc par Marie de Medicis , 24 , i.c 51 , j.r,
hai d'Anne d'Aucriche , qu'il implique dans
l'affaire de Chalais , 14, 1^, &c. i.t. 3 2,i.r.
aime Anne d'Autriche. 3 5 , i.t. Ton caradere,
36, &c. i r. comment fe mainrient auprès du
Roi , 53, & fuiv. i.t. oblige Marie de Medicis
à s'enfuir, 61 , &c. i.r. fait tourmenrer le
Chevalier de iars ,6^, & fufv. i.t. fait punie
de mort Cinqmars & de Thou, 96 Àx^ 99^ i-f»
meure en Décembre i (î 4 i , 114, i.c. avoit
rctcommandé Mazatin au i^cu Roi 150, i.r.
ciufQ des troubles d'Angleterre fous Charles I.
245;, i.r. & fuiv.
Ktcktlieit ( le Duc de ) : feduit par Mai. de Ponts»
D E s M A T I E R E s.
qui répoufe, 337 , iii.t. & fuir, fon mariage
confirmé par la Cour , 413 v.c.
B,h'iere ( l'Abbé de la ) ; envoyé au Cardinal de
Richelieu après l'affaire de Cin^ars , 103,
i.r. & fuiv. porte le Duc d'Orlcans fon niaitie
à céder facilemenr la régence , 137 > uz. re-
ponfe fierc qu'il s'atire de la Reine de Pologne,
34i, i.c. fauve la vie à Gcrfé , 443, i.t. rend
le Duc d'Orléans peu courageux , 448, i.r-. fes
vues emprclTécs pour le chipeau de Cardinal,
54 j i.c. nommé au Carrlinalat , 81. ii r. le
Prince de Conti veut lui ôter cette nomina-
tion , 3 8y,ii.t, 398, &c. fa difpoficioiï d"ef-
prit en cette occafion , 404, ii.t. admis au
ConfeJl d'Etat, 411, & fuiv. le Prince de
Condé lui ce le le chapeau , 420, 411, ii.r. en
horreur aux Parisiens , 489 , ii t. ce qu'il con-
tribue à la paix , 8i, iii.c. fait travailler le
Duc d'O.leans à la paix entre le Prince de
Condé Se le Minière, ti6 , ck fuiv. iii.r. perci
f^u à peu les bonnes g.aces de fon maicre>
5 51 , & fuiv. 3 57, iii.c. & fuiv, 3^1,361, iii r,
fortement grondé par Mr le Prince, 3 70. iii c.
fon éronncmenc de la prifon des Princes, 311,
iii.r.&c. abandonné par le Duc d'Orléans, 35)1,
iii.t. 407, 408, iii.c. tout à fait difgracié,4i i,
iii.c. & fuiv jufqu'à 414 iii.t,
la Rivière , Officier dans Hedin : fe révolte, yo^,
5ii,iY.f.
Rofhifourault ( le Chevalier de ) : pris par fa
garnifon , & livré au Roi, 419, 430, jii.r.
Kcch-fouchault : Voyez MarfiUnc»
Rochrlle (la) : le Comte d'Ogaon s'empare de
ce gouvernement, 493, v.c & fuiv. maintenu
dans le fervice du Roi par Eftiffac , 3 1 ô', 3 1 7,
iv.f.
Rceroi: le Prince de Condé y gagne une bataille,.
144; i.r.
TABLE
Rohm: préi'ogacives de cette maifon , z^i/inx.
& fuir.
Rohan ( Mad. de ) ; Ton caradere , ^o, i.t. hif-
toire de fon mariage avec Chabot, 31^, &
fuiv. i.t. .
Rchan • Chahut ( le Duc de ) , obligé de cedeï:
Ton gouvernement d'Anjou, ^16^ iv.r. tra-
vailloit à la paix , 3 53, iv.t. Sec.
Roift : débauche fameufe faite en ce lieu , 1 r,
v.t.
Roqueîaure { le Marquis de ) : exilé pour peu de
tems , 91, 91 iii.r.
Roquete ( l'Abbé de ] : aflfifte à la mort du Duc
de Candale, & fait fon oraifon funèbre, 504,
iv.r.
Roule (le Comte i^« ) : époufe d'Artigni , confi-
dente du Roi & de la Valiere , 439 , & fuiv.
v.t.
Suel : conférence en ce lieu , 3 i8,& fuiv.ii.r.
autre conférence , 193 iii.c & îuiv.
Rys ( de ] i Premier Prefident du Parlement de
' Rouen : meurt fubitement chez le Roi, 491,
i.r.
S
SA B L É (h Marquife de ) : fon caratîlerc
romanefque, 13, i.t. &c.
Spiint Jgnan : fait Duc, 313, v.t.
Saint Ali^an ( Milord ) : fon caradere , 13^, v*r.
ridicule propofition qu'il fait à la Reine-Mere,
XVI, 111, v.t.
Saint Antoine : defcription de cette bataille, 368,
& fuiv. iv.t.
Saint Chaumont ( Mad. de ) focur du Maréchal de
Graramont : faite gouvernante des enfans du
Duc d'Orléans ,155, v.t. 3 ^ , v.t.
Saint Denis : ptis par Mr le Prince , & repris
par les troupes du Roi , 3 p, 353, iv.t.
DES MATIERES.
S^f^t Germain : le Roi s'y retire, 317, ii.t. con-
férence en cecce ville, 3 3T> & ^'i^iv ii.t. 34^,
ScCaiv. ii.c. couce la Cour s'y retire , 456^, &
fuiv. ii t.
Saint Mégrin : fou office à la cérémonie de la
majorité , i8o, iv t. marche à Saine Cloud,
351, iv.t. tué à la journée de Saint Antoine,
37i,iv.r.
Saint Simon ( le Duc de ) : preuves éclatantes de
fa fidélité au Roi , 13 :P, iii.t. 470, 471, iii.r.
Saintot , maitre des cérémonies : ("es fondions à
la cérémonie de la majorité du Roi , ^66, iv.t.
& fuiv. i8^, iv.t. 191, iv.t.
Sarazin : chalfé de la Cour , 487 , 511,1. t. en-
voyé à Bruxelles par Madame de Longueville,
iii, iv.t.
Sau'eon : arrêté, pour avoir traité le maiiage
de Mademoifelle , 60, ii.t. & fuiv.
Saulr { le Comte de) : remporte le prix du Carou-
fel de ï66z , pag.i^^ , v.t.
S A V o Y E ' Chrtjhne DachelTe de ) veut marier
la Princeife Marguerite fa fille au Roi, 51^, iv.t.
fcs vues à cet égard, 537, & fuiv. iv.t. vient à
Lyon pour y traiter ce mariage, 538, iv.t. &c.
comment aborde la Reine, 53^ , iv.t. Tes dé-
marches inutiles , 551, f 53, iv.t. retourne en
Savoye avec une promefle du Roi , i , v.t;. fa
mort , 11^ , v.t.
S A v o y E (le Duc de} : ne voit point Monfieur ,
parce qu'il vouloit la main chez lui, 454, iv.t.
2 , v.t. ofFce d'époufer une nicce du Cardinal
Mazarin , fi on lui rend Pignerol , 1 3 5, v.t.
Schomber^ ( le Maréchal de ) : prend Tortefe,
179, ii.r.
Scuderi ( Mad. de) : vers qu'elle fit fur des œillets
cultivez à Vincennes par le Prince de Condé,
Ç3 9, iii.t. vers qu'elle fit fur la mort de la
Rcme-Mere, 4^7, v.t.
TABLE
S£guier ( le Chancelier ] : va fouiller la cclîuîc de
la Reine au Val de Grâce > 41 , 43 , v.c. Tes
inquiétudes & Ion écac chancelant au com-
mencemencde la Régence , i ^3 , &c. i.t. foa
caradere fervile ,78 , ii.t, 254 , ii.t. dangec
extrême où il fe trouve cxpofé lois des barri-
cades , 1 5 4 , & fuiv. ii.t. on lui ôte les Sceaux,
435 , iii.c. revient à la Cour , 14^ , 147 , 153,
iv.t. Ton caradere «153, iv.t. on lui rend les
Sceaux , i ç^ , iv.t. fa harangue lors de la ma-
jorité , Z9 5 , iv.t. on lui ôte les Sceaux , 304,
iv.t. 38^ , iv.t.
Seguin , premier Médecin de la Reine-Mere : Ton
caraâcre , 3 50 , 351, v.t. & fuiv.
Seine : débordement de cette rivière > 505 , ii.t.
Senecey ( Madame de ) •' rapellée , & remife en fa
place de Dame d'honneur de la Reine , i6t^
i.t. fon caradlere ,164., i.t. 11 J , i.t. fe char-
ge des nièces du Cardinal, 19 , ii.t. & fuiy.
demande & obtient le tabouret pour fa fille la
ComcelTc de Flex , 415, ii.t. &c. mais ne
l'obtient point pour cMe - même , 418 , ii.c.
obtient la furvivance de fa charge pour fa fille,
^84 , iv.t. faite DuchelTe , i 47 , v.t. la Reine-
Mcrc lui lègue trente mille livres , 487 , 501,
v.t.
Senneterre : ehvoyé Ambaiïadeur en Angleterre
pour y troubler l'Etat , 14^ , &c. i.t. la Reine
fe confie en lui , <?>> , & fuiv. avec quelle pré-
caution il ufe de cette confiance , 6S Sic. iv.t.
î Z7 , iv.t. on lui cache le retour de Chavigni,
140 , iv.t. defaprouve qu'on enferme de nou-
veau Mr le Prince , 16 y , ^6<^ y iv.t. donne
de bons confeils à ]a Reine , 114 , iv t.
Sens (l'Archevêque i^e ) : fon caradere , 544,
S45,iii.t.
Senimelli , Capitaine des Gardes de la Reine de
Suéde : tue par fon ordre Monaldefchi , 499»
500 , iv t. Setvmti
DES MATIERE?.
Ssy vient : revienr à la Cour , 3 3 9 > iv.r.
Sillery ( le Chancelier de) : rapellé , 5, i.r.
Sillery { le Marquis ^e ) : va négocier en Efpagtre:
pour les revoirez de Bourdcaux, 495, iii.c.
S&ijfcm ( le Comte de ) : époufe une nièce div
Cardinal , 4^7, 4^81 iv.r. fon caraâ:ere, 4^8,,
i-v.t. fait apeller en duel le Duc de Navailles,
qui le refufe , i;? s , i^^ 1 v.r. exilé , I5>8 , v.r-
cxilé de nouveau avec fa femme , 3 ^^ , v.r,.
Scmhei : fon caraârere , 78 , 7p , iv.r.
S^yon , fiUe d'honneur de la Duchefîe d'Orleans^r
s'enferme aux Carmélites , ôc le Duc d'Oiieans;
l'oblige d'en fortir , 193 , 194, iii t. gagnésr
par la Duclielfe d'Aiguillon & le Père Leoin
Carme , 356", 3^7 , iii. t. faite Daracd'atouc-
de Madame, 419 , iii.t;
Btfsffûrd : fait Viceroi d'Irlande , i-f i , i.r. 8è:
General d'armée, 1^3 , i.r. attaqué par le
Parlement, & décapité, 157—2^^, i.t.
TAîoiTR ETS : troubles dont ils font caufê:
à la Cour, 2^7 , & fuiv. v.r.
1-;tlon , Avocat General : harangue harcRmcntefB
faveur du peuple , 317, i.r. 14, ii r. &c.
Tancrede , fils de Mr de Rokan : tué dans une*
fortic prés de Vincennes , 512-, n3 > ii f* Sfc^
iW^éUier { Michel le ) ; Secrétaire d'Etat , ri9 , ic
i,l le Duc d'Orléans demande fon éloignemenr,.
U'I 133 , iv.t. & fuiv. 175 , 17^ , iv.r. eft éloigné j.
198 , iv.t. eft rapellé à la Cour, 327, iv.r,,^
fon carafVere , 14^ , v.t. avance Colbert pouï-
détruire Fouquet , contre lequel ils parlcns:
au Roi' V 114, v.t. ztfi , v.r. &c. travailla-
ie(i:| au teliament de la Reine-Mere , 378 , 4079»
v.t. moleffe de cet komme à fervir fes arai^
TABLE
4ie, v.t. &c. repris par la Rcinc-Mere à det
égard, 414,415, v.t. exécuteur teftamcn-
taire de cette Princefle , 50^ , v.r.
T'-fTjpêrehorrihU : 2,77, &c. i.t.
Ttrnat : fon office à la cérémonie de la majorité,
17^ , iv.t.
Thou (Mr de) : arrête pour le traite de Cinqmars,
^ 04 , i.t. décapité , ^9 i.t.
Toledù (Gabriel de) : Efpagnol , négociateur avec
les Frondeurs ,318, iii.t. &c.
Trêmes ( le Comte de ) : fa difputc touchant le
bâton de fon fîls , 11^ , & fuiv, ii.r.
Tiimouiile ( le Duc de U ) : foft ambition 5c
celle de fa femme , 4^ , 47 , iii.t. fes prcten*^
tions, 281 , iii.t.
Trouve ( le Marquis de la ) : tue au (îege de Tor-
tofe, 180, ii.t. duellifle complimenteur &
dangereux, 180 , ii t.
Tui etif, Sur-Intendant de la roaifon de la Reine-
Mere : fait le teftamcnt de cette Princefle
avec le Tellier , 37^ > 381 , 407 , &c. clic
lui lègue cent mille livres, 501, v.t. exécuteur
leftamentaire de cette PrinccflTe, 50^. v.r.
Turenne ( le Vicomte de ) : avertit le Cardinal
de Richelieu de la prifon de Cinqmars , ig^,
i.t. fc joint aux rebelles , fon armée l'aban-
donne , & il demande grâce , 34, 3 5, iii.t. fc
fauve après la prife des Princes , 404, iii t.
yrend la qualité de Lieutenant General de
l'armée pour la liberté des Princes , 41 5, iii r.
déclaré criminel de leze - majcflé, 45 8> iii.t.
j»e peut prendre Guife , 473 , 7 ^. iii.t. prend
KhetcJ en deux jours, 4514, iii t. battu par le
Maréchal du Pleflis, 577 , 579, iii t. on le
îire honncïcraent d'avec les Efpagnois , 113.
iv.t. Mr le Prince ne peur le gagner, 3 08, iv.t.
hka remis à la Cour, 3 17, iv.t. défait Mr de
DES MATIERES.
Beauforr, 330 , iv.t. arrête Mr le Prince , Se
fauve le Roi 5c la Cour, 34^, 347, iv.t. défaic
les rroupes de Mr le Prince près d'EcampcSj
3^i,iv.c. prend la Capeliç. 4^8, iv r. défaic
les Efpagnols à Dankerqae, 5 1 3 , iv. t. s'avan-
ce jufqu'anx portes de Biuxelles, & founenî
la gloire de la France , 1,3, v.r.
VAl bi Grâce: Hirtoire de récablilTe-
m^-nt & de la fondation de cectc Abbaye
Royale, 41, & fuiv. i.r. la Rcine-MeLe laifT^
des fonds pour la faire achever , ^04 , v.t. &
y donne fon cœur &fes reliquaires, 5£0; jjoj^
v.t.
yMcKce : pris par le Duc de Mercopur» 451,
iv t.
Valtnàennes : pris par les Efpagrtols, A17,
Viilentinoi: ( la Duchefle de ) ; Çz fait exiler,
110, 2,11 , v.t. fon mauvais carâ(ftere j iiOj
V r.
Valiere { Madcm. «* la ) , fille d'bonn'^ur de la
Duchcfie d'Oulcans : le Roi en devienr amou-
reux , ii6 ,v.t. fon portrait, xi6 , iiy, v.«r,
fe rend aux emprefTemens du Roi, 180 , v.t,
le Roi la voit avec plus de foin , 3ii ,313,
v.r. la fait fuivre par les femmes de qualité^
130, v.t.
Valo: , premier Médecin du Roi : le Cardinal
Mazarin en eft fort mécontent, i 59, v.t. verfé
dans la connoififance des fimples: & de la chi-
mie , 3 50, v.t. homme foible, 3 50, v.t. 3 5Z,
v.t.
Vandi : défend vaillamment le Catelet , & cft
trahi & livré aux ennemis, 473, v.r.
VArdts •• fcs Uaifons aV€C la Comte/fe de Soif-
Bb 2.
T A B L E
fons, 509, v.r. 3^3 , v.r. veut Aipfanref fe
Comte de Guiche auprès de la Duche/Te d'Or-
kans , & s'empare de leurs lettres , 3(^4, v.r^
découvert être l'auteur de la lettre efpagnole,
& exile à Montpellier , ^66 1^3, v.c.
Windème : caractère de ceux de cette maifbn
I2p,i.t. refufent dt fe joindre à Mazarin,
&: s'eivtfouvent mal , 147 , i, t. font éloig-
nez de la Cour, i94,&c. i.r. y reviennent»
433 , ii t. propofition du mariage du Duc d.e
Mercccur avec une Mancini , lop , iii.t.
VieuviUe ( U) : fur - intendant des finances fous
Louis X 1 1 r. le veut être encore fous Louis
XIV» ^99 , 300 , iii.c. le redevient enfîn^
303, 304, iv t.
yî^ean f Madcm. du ) : fort aimée du Piince d<i
Coude* , 301 301 j ê:c. i.t. fc fait Carmélite,
308, i.t,
Wi^^qui'fr ( le Marquis i^e ) , Capitaine des Gar-
dés : pris à Lens , eft délivré par le gain de la
bataille, 23^, 137, iir. fâché dé n'avoir point
éré employé, à.empiironner le Prince de Condé,.
398, 35)9, iii.c. fait Maréchal de France fou?
ie nom d'Aumont, ii-, iv.t. arrête le Gardinali,
de Rets, 398, iv.t.
"Wi'leroi : fait gouverneur du Roi, 3^5, i.t. &.
Maréchal de France, 35^, i.t. & Duc, 4x8,.
ii.r, adhiis au Confeil , & fon caradere , 431,,
ïi.r. 1.4^?,, i.t. fufped à la Reine , 47 , iv.t. 58^, ,
iv.t.72,iv.t. exclus des Conféils de Louis XiVr
16S, 1.74 , V c- toujours propofé pour lespre-
ïîiieres places , fans les- obtenir , Se les mai-
tanir, z6i , v.r.
jrircent (le PereJ : fon caradcre,, 2.3^ , 237,,-
i.C;
WineHil : oblige Mt le Prince.- à forur în-ccipir;
DES MATIERES.
îâment de Paris, 171, &c. iv.r. arrête à^Parfs,
31J, iv.t.
Viole ^ PrcfiJent au Parlement : opine vivemene
contre les defordres de l'Etac, 42.3 , ii.c. opine
pour la liberté dès Princes , & l'éloignemenr
de ^Sa2aTin, 45»^, iii.r. opine pour faire citer
le Cardinal au Parlement, 31, iv.r.
V'tiri [ le Marquis de ) : tue le Maréchal d'An»-
cre, 5,it.
Ut-ADisLAS VI. Roi de Pologne : Ton ma*
riage avec Marie de Gonzague , 32-^, & fuiv,.
i.t. il la reçoit mal, 34c, i t. meurt & forî-
frcre lui fuccedc , & époufc (a vcu'*a , 116",.
IÎ7 , ii.t.
Vo iture : Vers de ce Poète , qui ne font poinr
dans Tes œuvres, 13 ç, 13^, i.t.
Urbain VIII. bon mot de ce Pape tou-
chant le Card de Richelieu, ri 5 i.c. fa morr
en Juillet 1*^44 , pag.237, i.r.
Vfez, ( le Duc «' ) •• Chevalier d'honneur de:
Louis XIV. z8^) iv t.
X
X
A I N TE s : pris par le Prince de Cond'é^,.
31 î , iv.r. repris par le Marquis de Monr
taufîer, 317, iv.c.
YORK (le Ducd* ) : comment fe fauve
de Londres , 79, ii.r. vient à la Cour, loy^,
iii.r. obligé de forcir de France , & de fe reti-
rer en Flandres, 490 , iv.r. fa valeur à la;
bataille de Dunkerque , 515^, iv.c. cpoufe Isi
fille du. Chaiicelier d'Angleterre, IJJ, v, c^
g^agiie une bataille navale , ^^^2^,v-^^
TABLE DES MATIERES.
Jt^res : pris par le Prince de Condé, 85, 87,
repris par les Efpagnols , 114,118,
u.c.
ii.c.
Fin de la Table des Matières.
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