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Full text of "Memoires, pour servir a l'histoire d'Anne d'Autriche : epouse de Louis XIII., roi de France"

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MEMOIRES, 

POUR SERVIR 

A L'HISTOIRE 

D'ANNE D'AUTRICHE» 

EPOUSE DE 

LOUIS XIII. 

ROI DE FRANCE. 

Paa Madame si Motte ville, 
kUne de fcs Favorîfes^ 

TOME CIN^VJE'ME, 




A AMSTERDAM, 

ÎZ F R A N Ç O I S C H A N G 17 î Q i. 
M Dec. XXIII. 



4. 



MEMOIRES 

Peur fervir à THiftoîre 

D* A N N E 

D'AUTRICHE. 

EPOUSE DE 

LOUIS XIII. 

Roi de Vrxnce & de Navarre. 

AU bout de quelques jours >jéf9« 
les deux Cours s après beau-, 
coup de Nigocfations , fe 
feparerenr,;. Madame Roiale s'en re- 
tourna avec un Ecrit que le Roi lui 
donna figaé de fa main , où il pro- 
mettoit d'époufer la PrinceUe Margue- 
rite , au cas, que la Paix ne fe fît' 
point , & qu'il ne pût avoir l'Infante : 
& le Roi & la Reine reprirent le che- 
min de Paris , où ils arrivèrent fur la 
fin de Janvier 16/9. La Reine école ' 
contente d'avoir rompu le Mariage 
Tome V. A de 



1 ]idemoires pour fervlr 

de Savoye , elle écoit p'eine de defirs 
pour celui d'Efpagne , & fort fatisfai- 
te d'avoir fait ce Voiage; car, elle 
me fit l'honneur de me dire à Ton re- 
tour > qu'elle écoit perfuadée que le 
Roi fans elleauroit époufé la Princef- 
fe Marguerite , & qu'il s'y feroit d'a- 
bord (i fortement engagé , qu'il au- 
roit été difficile que les offres de l'Ef- 
pagne eulTent été reçues félon qu'elles 
meritoient de l'être. Le Roi même 
s'eftimoit heureux de s'être bien tiré de 
cette affaire, & le Cardinal efperoit 
toujours que le Mariage de l'Infante ne 
fe feroit pas, 

Moniîeur étoit le feul qui pouvoic 
raporter quelque dégoût de ce Voiage , 
par les injuftes prétentions du Duc 
de Savoie , qui vouloit faire fàguro 
de Roi : mais , comme fa Grandeur 
véritable le mettoit au delTus de cette 
fauffe chimère , il s'en confola aifé-. 
menr; car, nul au deflbus de la Couron- 
ne fermée ne pouvoit être plus grand 
que lui. 

Le Roi , à Ton retour , trouva Tes 
affaires de la frontière en bon étar. 
Pendant fan abfence le Maréchal de 
Turenne , qui coramandoic ^ fes Ar« 

jnées , 



k l'HifioWe à* Anne à' Autriche. 5 
niées , s'étoic poilé au milieu de la ï^il?' 
Flandre , prefque aux portes de Bi'U- 
xelles 5 entre le Lis & rEfcaut : il s'y 
écoic fortifié , & avoit foucenu haute- 
ment la Gloire de la France. Monileuc 
le Prince & Don Juan , ne purent rien 
faire contre lui. Sa Cayallerie ravagea 
tous les Pais d'alentour ^ & les Enne- 
mis furent contraints de le fouflFrir. Ls 
mauvais état où paroiiToient être les af- 
faires du Roi d'Èfpagne nous pouvoic 
faire trouver de grands avantages dans 
la continuation de la Guerre j mais , il 
falloir ou renoncer pour jamais à la 
Paix , ou profiter de fa foiblelTe ; d^ 
c'eft ce que le Miniftre avoit toujours 
dit , qu'il falloir faire la Guerre jurques 
i ce que le Roi d'Efpagne fût contraint 
de demander la Paix, il pouvoir anf- 
ver tant de chofes , qui auroient pu 
redonner des forces à notre Ennem^. 
qu'il étoit de la prudence du Miniilre 
de la faire alors , & même de la lui ac- 
corder à des conditions raifonnabîes \ 
autrement il ne l'auroit jamais f^ite , 
& auroic attendu les révolutions de la 
Fortune aufquelles tous les Etats font 
expofez, oc aufquelles notre Cour n'eil 
<^uetropfujette, 

A t La 



4 Mtmoîres pour fervir 

La Reine , depuis Ton retour , con- 
tinua tout doucement de montrer Ton 
aveifion au Mariage de Savoye , & fie 
voir auffi qu'elle n'approuvoit pas la 
continuation de l'Amour que le Roi 
paroifiToit avoir pour Mademoifelle de 
Mancinî, Le même fcrupule , qui l'a- 
voir obligc'e de s'oppofer à Tinclinatioii 
qu'il avoit eue pour Mademoifelle de la 
Motte , la faifoit defaprouver celle-ci , 
êc la vénérable qualité de Nièce , ne 
rempéchoit pas d'en dire Tes fentimcns 
avec afifez de liberté , mais cette liberté 
ik'avoit point eu d'effet , parce que la 
paflîon du Roi jufqu'alors avoit été 
comme protégée par le Miniftre^ La 
Reine par la raifon du devoir & de la 
confcience, qui doit être toujours la rè- 
gle de nos adîons , avoit de l'avcrfîon 
pour cette Fill;jmais,clle avoit encor en 
ion particulier un grand fujct de fe 
plaindre d'elle,puifque contre ce qu'elle 
avoit témoigné defaprouver de fa con- 
duite,le Roi ne paroiCoit plus à fes yeux 
fans Mlle, de Mancini. Elle le fuivoic 
en tous lieux , ôc lui parloit toujours à 
l'oreille en prefence même de la Reine, 
fans que la bienfeance ni le refpeâ; 
(qu'elle lui deyoit l'en empêchât. Tou- 
tes 



k l'HlfiQtre d'Ame à*Atitrîche, f 
tes ces railbns l'obligèrent d'en parler 1^55^' 
au Roi i mais, il n'écouta pas Tes Con- 
feils avec la même docilité , qu'il avoit 
accoutumé d'avoir pour elle. D'abord 
il lui refifta, & parut mcme avoir quel- 
que aigreur. Il ne faut pas s'étonner , 
il dans l'âge où étoit le Roi , la volupté 
fe vouloit rendre maît reflfe de Ton ame : 
elle n'a pas accautuvné de trouver des 
Catons qui ne veulent point de com- 
merce avec elle j & il étoit aifé de voir, 
^ue malgré la Sj^gelTe de ce Prince , il 
commençoit alors d^avoir plus de pen- 
chant a fuivre l'exemple de Céfar ^ qu^ 
c-lui de fon Cenfeur. Le Roi & la 
Reine demeurèrent néanmoins égale- 
ment unis par le cœur : la folidité de 
leur Amitié & de leur Union , n'en fuc 
point ébranlée \ mais , ils n*avoient pas 
de pareilles inclinations , & Mlle, de 
Mancini n'étoit pas également aimée de 
la Mère & du Fils. Le Roi ne penfoic 
qu'à chercher Ton divertifTement , & U 
Reine ne penfoit qu'à faire qu'il vécue 
comme un véritable Chrétien , Se à 
éloigner de fon cœur tout ce qui pou- 
voit empêcher que l'Infante fa Nièce à 
qui elle le deftinoit n'en fût pas aimée^ 
L'averfion,. que la Reine avoit pour 



ê Mémoires froHr fervir 

Mlle, de Mancini, s'étoît fort augmert^ 
tée par un difcours qae lui avoir fait 
fon Oncle. Il écoit Efclave de l'Ambi- 
tion , capable d'ingratitude & du de- 
ûv naturel de préférer à tous autres : 
ia Nièce , enivrée de fa Paffion > & 
perfu.idée de l'excès de fes charmes i 
eut afifez de préforaption pour s'imagi- 
2ier que le Roi l'aimoit aifez pour fai- 
te toutes chofes pour elle j de forte 
i^u'elle fit connoître a fon Oncle , 
qu'en l'état où elle étoit avec ce Prince 
3I ne lui feroit pas impoffible de deve- 
î'iir Reine , pourvu qu'il y voulût con- 
uibuer. Il ne voulut pas fe refufer à 
lui-même le plaiiîr d'éprouver une fi 
fcelle Avanture , & en parla un jour à 
la Reine en fe mocquant de la folie de 
ia Nièce , mais d'une manière ambi- 
guë êc embaralTée , qui lui fit entre- 
voir afltz clairement ce qu'il avoir dans 
Tame , pour ^'animer fubitement à lui 
répondre ces mêmes paroles : je ne croi 
pas y Monfieur le Cardinal , que le Roi 
fott capable àe cette Lâcheté : mais , s* il 
et oh pcjjïhle ejH'il en eut la penfée ^ /> 
i;ûHS avertis que toute la France fe re^ 
Vôlteroit contre vohs ^ contre Im\ que moi- 
mime je me mettroU h la tête des RévoU 



à VHijlolre à* Anne d'Amnche, 7 
tez i & <7fe(? fy engagerois mon Fils, La l^5p, 
fuite de cette Converfation a été ame* 
re àcertegenereufe MerCj par le ref- 
fentiment que ce Miniftre a cacbc à 
tout le Monde , «mais qu'il a confervé 
toute fa vie dans le cœur 5 & qui a pro*- 
duic en mille occafions àts effets donc 
on n*a point fçu la caufe. Le Roi mç- 
:me a pu ignorer jafqu*à quel point a 
été fon ambition , qui étoit voilée fous- 
les empoi'temens de cette Fille , qui 
écoient plus pardonnables à elle qu'à 
lui , & ne pouvoient déplaire à celui 
qui s'en voyoit être éperduemenc aimé. 

Pimentel vint à Paris incognito ache- 
ver fon Traité avec le Miniftre, La 
Reine le vit en particulier , & les ap- 
parences de la Paix infpirerent de la joie 
dans le cœur de tous les François. Dieu» 
qui la vouloir alors , permit que la 
Reine d'Efpagne accoucha d'un fécond 
Fils ; ce qui fit efperer plus fortement 
à la Reine qu'elle pourroic enfin bien- 
tôt voir l'Infante fa Nièce devenii: fa 
BellcFille.. 

Dans ce même tems , D. Juan d'Au- 
triche , par le commandement du Rot 
d'Efpagiie fon Père , quitta la Flandre 
oàil coramandoit 5 pour retourner en 



s Mémoires pourfervlr 

Efpagne. Le Roi lui avoit envoie des 
paireports pour paffer par la France , 
& le Cardinal l'avoit envoie vifiter fur 
la frontière. D. Juan lui manda qu'il le 
fupplioit qu'il put voir la Reine, Le 
Cardinal en parut fâchc5& reprit publi- 
quement Millet , qui étoit celui qu'il 
iui avoit envoie, de n'avoir pas évité 
cet engagement. En effet , la Reine 
qui avoit témoigné un grand de(ir de 
voir ce Prince > tout d'un coup en 
parla plus froidement j ce que les gens 
de la Cour remarquèrent convenir fort» 
bien avec le chagrin du Miniftre , qui 
vouloit perfuader les fpéculatifs que 
î* Alliance d'Efpagne lui faifoit toujours 
peur, & qu'il n'y étoit entré que par 
la force des Evenemens qui l'y contrai- 
gnoient , & par celles de la rcconnoif- 
fance qu'il avoit pour la Reine. Et ce 
qui fît croire qu'il n'en avoit point 
d'envie , fat que dans le même tems il 
faifoit donner fous main de grandes 
efperances à Made, de Savoie , & qu'il 
paroilToit être le Confident de la Rei- 
jae, fur l'oppofition qu'elle faifoit à ce 
Mariage. Il dit un jour à un de fes 
Amis , parlant de cette Affaire , que l'a- 
verfion qu'elle avoit pour la PrinceOTe 

Mat- 



a VHîftolre d'Anne d'AutrlcIoe. 0' 
^larguerite rembarafToit ; que félon Ces i^SS*' 
i4iterêcs , il ne devoir point fouhaicer 
l'Infanre ; qu'elle ne lui fquwolt point 
de gré de la marier au Roi , puifqu'eî- 
le s'eftimoit alfez pour croire que le 
Roi ne poarroic avoir dans l'Europe 
dePrinceifequi pûc l'égaler ; & ajouta^ 
qu'il apprekendoit que Tlnfante étant 
en France,, à l'exemple de la Reine fa 
Tante , qui avoic haï le Cardinal de 
Richelieu ,.elle ne fit des Intrigues con- 
tre lui. 

Enfin, la Reine voulut voir D. Juan 
;3'Aatriche , qui palfa à Paris en manie- 
re à' incognito y afin d'éviter les embar- 
ras des rangs. Elle le reçut au Val- 
de-Grace , &eut fans doute beaucoup- 
de joie de voir en lui une pcrfonne de 
Ton Sang, il y vint vejîîdo de Camino y, 
d'un gros habit gris , & d'un Jufte-au- 
corps àt Velours noir , avec des bou- 
tons d'argent , le tout à la Françoife,. 
La Reine , qui voulut l'entretenir en 
particulier, y mena feulement Mon- 
iîeur , 8i peu de D^^mcs avec elle. J'eus 
l'honneur d'être du nombre de celles 
qui y furent foLiffcrtes. Te vis ce Prin- 
ce , qui 3 tout bâtard qu'il étoit , fe fai- 
foic beaucoup refpeder. Il étoit feryi^ 



ïc? Mémoires pour fervlr 

lè^p, par des perfonnes de qualité, ÔC leS' 
noms de cenx qai étoient à fa fuite 
ctoienc des plus illuftres d'Efpagnc. It 
nous parut petit » mais bien fait dans fa 
taille. Il avoit le vifage agréable , les 
Cheveux noirs , les yeux bleus &c pleins 
de feu , fes mains me parurent belles » 
Ôc fa phifîonoraie fpirituelle* Après, 
qu'il eut falué la Reine , elle le mena 
dans un recoin de fa Chambre un peu 
feparé des autres : ils demeurèrent en» 
femble tout debout trois quarts d'heure 
ou une heure^ De là , il alla loger chez. 
le Cardinal M^zarin où il fut traitté 
magnifiquement. La foule fut grande 
autour de lai,& chacun courut le voir 
avec emprefremenr» Les Dames y fu- 
rent auiïi à fon dîner ôc a fon fouper ^ 
êc y comme il n*^en QonnoilToit point la. 
qualité >, il les regarda toutes fans leur 
parler le premier, ni les f^n're alfeoir, 
mais , il repondit galamment & avec 
cfpric à celles qui voulurent lui dire 
quelque chofe„ La Reine le fit venir 
au Louvre par une porte de derrière >. 
& le fit entrer dans fon Cabinet des 
Bains , qui étoit beau : elle voulut lui 
montrer le Roi , qu'il avoit fort envie 
de voir j elle lui avoit promis de le lui 

faire: 



il " HfJIoire à' Anne d* Autriche, 1 1 
fciire faluer en particulier. Quand il 1^55), 
Ric dans le Cabinet , & qu'il eut été 
un pei,i de tems avec elle, la Reine fie 
appeller le Roi , qui entra un momenc ^ 
pour fe niontrer , ik comme plufieurs 
Pcrfonnes de qualité en foule , félon la 
mode de Fronce, entrèrent avec lui, 
D. Juan fe retourna vers la Reine , ôC 
lui dit , Senora , es efto el parttcular àel 
ReyK 11 le loiîa- beaucoup , & dit que *Ma({h^ 
s'il n'eut pas éié Roi par NaiiTance , il 2'ù u 
meritoit de l'être par Election. En» particu-r- 
nn ,,il partit deux jouis après ,n aiant j^i .?: 
vu de Paris que la Foire de Saint-Ger- ^ 
main, La Reine en demeura fort fatif-- 
faite, de on connut par la joye qu'elle- 
eut de voir ce Prince , combien elle ai- 
nnoit tout ce qu'elle devoit aimer, il 
éîoit Carême , & la Reine eut de la 
peine de ce qu'il mangea toujours de la 
viande , lui Se toute fa fuite : elle eut 
defiré qu'il eut été plus régulier, dc 
plus obeilTant aux Commandemens de 
PEglife ; mais , comme le poilFon cft 
plus rare à Madrid qu'à Paris , ils font 
accoutumez à n'y point faire de jours 
maigres , & ils ne s'en corrigent pas- 
ailleurs, 

La Semaine Sainte enfui vant , une 
A é Trou- 



ï % Mémoires pourfervîr 

Troupe de jeunes Gens de la Cour aF- 
lerent à Roiffi pafTer les jours Saines , 
donc étoient le Comte de Vivonn^ 
Gendre de Me. de Mêmes à qui apar- 
tenoic la Maifon , Mancini Neveu du 
Miniftre , Manicamp , & quelques au- 
tres. Ils furent accufez d*avoir choi-fi 
ce tems-là , par dérèglement d'Efpric , 
pour faire quelques Débauches donc les 
moindres étoient d'avoir mangé de Li 
viande \t Vendredi Saint. Car , on les 
accufa d'avoir commis de certaines im- 
pietez indignes , non feulement de 
Chrétiens , mais même d'HomiTves rai- 
fonnables. La Reine, qui en fut aver- 
tie, en témoigna un grand reirentiment. 
Elle exila l'Abbé le Camus , pour avoir 
eu commerce feulement avec des gens 
fî déréglez , quoi qu'il ne Çut pas avec 
eux hs jours que ces chofes fe palTerent, 
Le Cardinal Mazarin , pour montrer 
qu'il ne vouloit pas protéger le crime , 
voulut punir tous les Complices en la 
perfo'nne de fon Neveu , qu'il chaifa de 
la Cour & de fa prefence ; & , après 
avoir châtié celui-làj il pardonna à tous 
\q^ autres , qui en furent quites pour 
de feveres réprimandes que le Roi leur 
fit. Cette adion obligea toute la Couc 



1 
3f 



'^m:^ 



it l'Hiftoire d*Jmie d* Autriche, j j 
à louer le Cardinal , non feulement en \^^^, 
fa prefence mais en tous lieux. Com- 
me il avoic fouvent préféré l'intérêt à 
la Gloire, il fit voir par fi conduite, 
qu'il vouloir lui facrifier le refte de fa 
Vie, Il fe voioit au comble de la Gran- 
deur , <Sc d'une Grandeur afTûréej (i bien 
qu'il vouloir y non feulement pofTeder 
cette haute Fortune dont il joiiiiroir , 
mais fans doute qu'il fonhaitoit aufîi 
de faire des adkions publiques qui puf- 
fent faire connoître qu'il en e'toit digne. 
Les crimes de ces jeunes De'bauchés 
avoient donné une occafion au Cardi- 
nal de fe fignaler ; mais fa Famille en 
foufïrir un peu : car, fon Neveu, comme 
je l'ai dit, fut exilé 5 & le peu de beauté 
de fa Nièce fut célébrée par un Couplée 
qu'ils firent qui eue grand vogue, & qui 
n'étoit pas à fa gloire, 

Le Miniftre ,. pour accomplir le à^Ç» 
fein qu'il avoit de donner la Paix à 
l'Europe , & prelTé par la Reine qui 
fouhaitoit de la confirmer , envoya des 
ordres du Roi fur la Frontière pour 
faire celfer les Ades d'Hoftilité ; ce 
qui fut après d'un notable préjudice à 
la France : car le Roi d'Efpagne , qui 
u'avoit pas, des intentions aujE finceres 



î-f Mémoires pour fer vlr 

que le Roi , la Reine , & le Miniftre 3, 
profita trop avantageufemenc de cette 
Safpenfion d'Armes. Elle priva le Roi 
des avantages qu'une Armée vidtorieufe 
^ui étoit au milieu de la Flandre lui 
auroit pu donner alors , & paroi (Toic 
en pouvoir faire l'entière Conquête % 
la continuation de la Guerre auroit du 
moins fait fubfifter le Projet de la Paix 
qui avoit été fait à Paris par le Cardi- 
nal Mazarin 6c Pimente! , Miniftres àts> 
deux Roisjdonttous lès Articles étoienr 
très avantageux pour le nôrr^. 

Le Cardinal devoit aller bientôt fur 
la frontière travailler à la conclufîon de' 
ce grand Ouvrage, où toute l'Europe 
étoit interrelTée, <5c le premier Minif- 
tre d'Efpagne D. Loliis de Haro devoir 
y venir auiïi. Celui du Roi fe prepa-- 
roit à ce Voiage avec d'autant plus de 
fatisfadtion, qu'il étoit accompagné de 
toutes les bénédictions publiques. Il 
parut même que forcé d'être fage & tic*- 
mide , par les^ grandes paroles que la 
Reine lui avir dites , il avoir pris le 
parti de facrifier tous fes autres defirs 5 
à l'honneur qu'il avoit de contribue-r à 
un fi grand bien. La Reine le voyoir 
gartir avec joye , pcrfuadée g,u'il avoic^ 

chaf=»- 



n l'flîjtotre à'^Anne â* Autriche . i j 
cnafîe de fon Efprit tout ce qui lui pou- 
Yoic déplaire. Elle n'écoit pas néan- 
moins entièrement contente. L'Atta- 
chement du Roi pour la Nièce de ce 
Miniftre lui faifoic toujours de la pei- 
ne, par rélevation de Ton Ame. Elle 
craignoit tout ce qui étoit indigne du 
Roi,<5cnedefiroitpas^au(Iî quel'lnflm- 
te aportant au Roi un Cœur tout pur 
& tout à lui en trouvât un rempli d'une 
Affedion indigne de lui de toute ma- 
nière , 6i capable de rendre leur Maria- 
ge infortuné , par la hardieile qu'elle 
connoilToit dans le tempérament de cet- 
te Fille,. Elle n'étoit pas même exempta 
de craindre qu'une préférence d'Incli- 
nation peu convenable à la grandeur 
du Roi ne l'emportât au delà de Tes pro- 
pres intentions : elles paroirtoient alorS' 
conformes à ce qu'il fe devoit à lui- 
même ; mais , une Paiîîon , quoi que 
foible, nourrie &: fouienue d'une autre 
plus violente & plus forte , les pouvoir 
changer , ôc c'eft ce que la Reine ap» 
prehenioit. Ces penfées ne lui étoient. 
jamais venues fur la ComtelTe de Soi^"^ 
fons : dans cette occafion elle fe fcntoit 
entièrement troublée de cet Attache- 
anent. Jp^nûiî „ refprit de cette Princef- 

fe 



ïi6 Mémoires p^ur firvîr 

fe aîant en des foupçpns de cette v\^^ 
ture qui n'écoient que trop raifonna- 
bles 5 qui alloienc du moins à la rui- 
ne de la félicite de Tlnfante , qu'elle 
vouloir faire Reine ^ heureufe , elle 
Témoigna au Cardinal, qui fe préparoic 
pour partir , ce qu'elle fentoir. Elle 
lui fie voir ledefir qu'elle avoic de fe- 
parer le Roi fon Fils de cet objet qui 
le tenoit attaché à des chaînes qu'elle 
trouvoit honteufes. Elle voulut mon- 
trer au Roi le miroir qui fut prefentd 
à Renaud , non feulement pour le ti- 
rer des Enchantemens d'Annide , mais 
pour l'obliger aulîî de fuir une \^\àQ 
prifon. Elle fe confia de cedelîein en 
la fidélité que le Cardinal étoit obligé 
d'avoir pour elle ; ce fut à lui-même à 
qui elle demanda le remède de ce mal , 
quoi qu'il lui eût parut avoir fur ce 
fujet des tentations criminelles ,. qu'il 
lui eut déjà manqué en beaucoup de 
grandes chofes, qu'il avoit ufurpé tou- 
te fa Puiffance , & qu'il prît pliifir à 
l'anéantir. Mais enfin , ce même cœur , 
qui n'étoit pas adèz bon poui s'appli- 
quer à fêrvir la Reine comme il devoir, 
ne fut pas alPcz méchant pour lui man- 
quer dans ce qu'il voyoic lui être plus 

fen° 



k l'Hlfloîre d'Anne d'Autriche, 17 
fenfible : & on peut dire qu'il mérite i^5^\ 
de grandes louanges, pour avoir , mal- 
gré la grande P'affion qu'il avoit de do- 
miner &c d'enfermer en foi toute l'Au- 
torité de la Mère & du Fils 3 pu fe ré- 
foudre à faire une chofe qui s'oppofoit 
à fa Grandeur , par la feule raifon qu'il 
ctoit àz fon devoir de la faire. Car , 
quoi qtie les avantages qu'il pouvok 
cfperer de la favetirde fa Nièce ne fuf- 
fent pas certains , & lui dûflTent même 
paroître impoffibles , on ne fçait que 
trop qu'il eft aiTea naturel à l'homme 
de vouloir plus qu'il ne doit vouloir y 
& qu'il lui eft d'ordinaire plus agréable 
de fe flater de l'efperance de réliffir 
dans l'entreprife d'une chofe qui pa- 
roi (Toit au deflfus de nos forces > que 
de fe retenir par une fage modération 
dans le milieu de la roue de Fortune, 
tant qu'on voit un dégrs plus haut où 
l'on peut monter. 

Voilà un des plus beaux endroits de 
la vie du Cardinal , ^ une des princi- 
pales A(5kiorrs qu'il a faires pour payer 
les Obligations infinies qu'il avoit à la 
Reine. Il entra de fi bonne foi dans 
Tes fenrimens , que malgré la force du 
Sang 5 ^ contre k^ intérêts , il fe re- 

fol ut 



îS Mémoires pour fervîr 

folat d'éloigner fa Nièce de toas îcs 
lieux où le Roi poaruoic être. Ce 
Prince , qui avoiteu effet beaucoup de 
tendrelTe pour elle , fat fî touché de la 
douleur qu'elle avoic de fe feparer de 
lui j qu'il y eut un moment dans lequel ^ 
la paflîon l'emporta jufqu'à propofer au 
Cardinal Mazariii , comme on a dit 
qu'il le fît j d'époufer fa Nièce plutôt 
que de la voir fouffrir pour l'amour de 
lui. Ce Miniftre, qui voyoit la Né- 
gociation de la Paix & du Mariage de 
l'Infante trop avancée pour la rompre ^ 
prit fans balancer le parti de fe faire 
honneur en refufant celui qu'il lui vou- 
loit faire , par le premier mouvemene 
d'une Paffion violenté , dont il fe re- 
pentiroit bientôt , & qu'il lui reproche» 
roit de n'^avoir pas retenu y qaand il 
verroit tout fon Royaume fe foulevce 
contre lui , pour l'empêcher de fe def- 
lîonnorer par un Mariage fî indigne. 
Il lui repondit donc, qu'ayant été choi* 
£ par le feu Roi fon Père ,: ^ depuis 
par la Reine fa Mère , pour l'afBfter de 
fes Confeils, 6c l'ayant fervi jufques 
alors avec une fidélité inviolable , il 
n'avoit garde d'abufcr de la confidence 
(a.u*il lui faifoit de fa foiblcfTe ^ & de 



k ["Hlfîôtre à' Anne d* Autriche, î^ 
î'Autoiicé qa"*il lui donnoit dans Tes i6jS, 
Etats , pour fouffrir qu'il fît une chofe 
fi contraire à fa Gloire j qu'il étoit le 
Maître de faNiece, &c qu'il la poignar- 
deroit plutôt , que de l'élever par une 
fî grande trahifon. Il falut enfin que 
le Roi confentit à une feparation fi ru- 
de Se qu^il vk partir Mlle, de Man«- 
cini pour aller à Eroijage , qui fut le 
lieu choifi pour Ton exil. Ce ne fut 
pas fans répandre des larmes , aafîî bien 
qu'elle y mais , il ne fe lailla pas aller 
aux paroles qu'elle ne put s'empêcher 
de lui dire, à ce qu'on prétend , Fous 
pleurez , & vous êtes le Maure. Se con- 
tentant de ne lui donner en cette occa» 
fîon que des marques d'une grande & 
fenfible Amitié , il eut la force de fe 
vaincre lui-même. Il fembloit que le 
mérite Se la qualité de la perfonne ne 
devoir pas cauferune fi grande Palîîon^, 
mais , il faut repondre en faveur de ce 
jeune Prince >. que ce n'eft pas le pre- 
mier qui s'eft laillé furprendre à des 
charmes iaconnus aux autres. Car » 
ce qui fait cette liaifon des cœurs eft 
fouvent caufé par des liens invifibles ». 
dont il faut que les Aftres foienr ref- 
ponfables j 5^ >ce n'eu pas auflî le pre- 
mier 



z o Mémoires pour fervir 

mier Monarque , qui , a éprouvé que 
l'Amour égale ceux qui s'aimcnr. Dans 
cecte occafioiiy fa generofité a pu fur- 
paflTer fa rai Ton , & ce qu'il n'a voie pas 
dû penfer , fuivant fes fentimens ordi- 
naires , pouvoir fans honte être fouffeit 
Jans certains momens , où la Pafïïon 
la gratitude, & la pitié occupent une 
ame toute entière , & n'y laiflTent point 
et place à la raifon. Le Roi fut in- 
finiment louable en ce qu'il fentit le 
mal que la Reine lui faifoit , & qu'il 
connut au travers de Tes defirs , qu'il 
ctoit de la nature de celui que les Chi- 
rurgiens font à ceux qu'ils veulent gué- 
rir de leurs blefTu'es , par des inci fions, 
& des caufliques. Il s'affligea avec elle, 
il fe plaignit, non pas d'elle, mais 
avec elle ; & il fe confola avec cette 
illtiftre Mereydu faux bien qu'elle lui 
arrachoit , qu'il connoiHoit tel qu'il 
ne l'eftimoit pas lui-même , 6c qu'il ne 
put perdre néanmoins fans en fouffrir 
beaucoup , & fans fe laifTer emporter 
par fon cœur à des feiKÎmens que fa 
prudence & fa raifon fçurent enfin é- 
touffcr. Le foir ,. qui précéda le jour 
du départ de Mlle* de Mancini , le 
Roi vint chez la Reine 5 extrêmement 



a t'Hîjlolre à' Anne ^ Autriche^ ii 
abata de trifted'e. Elle le tira à part, iCj<^ 
& lai parla long-tems; mais, comme la 
fenfibilitéd'un cœarqui aimedemande 
la folitude , la Reine prit elle-même un 
flambeau qui étoit fur fa cable , & paf- 
fant de fa Chambre dans fon Cabinet 
des Bains , elle pria le Roi de la fuivre. 
Après qu'ils eurent été environ une 
heure enfemble , le Roi fortic avec 
quelque enfleure aux yeux, & la Reine 
en fortit auffi , Ç\ couchée de l'état où 
il étoit 5 & où elle étoit obligée de le 
mettre , qu'il fut aifé de voir que la 
fouffrance du Roi lui en donnoit beau- 
coup. Dans ce moment , elle me fie 
l'honneur de me dire tout bas , Le Roi 
me fait pitié : il efl tendre & ralfori' 
nahle tout enfemble y maïs , je viens de 
lut dire , que je fnts ajfurée qu'il me re" 
merciera un jeur , du mal qtie je lui fais 
& , félon ce que je vois en lui , je n'en 
doute pas. Le Roi & la Reine furent 
tous deux dignes de loiianges d'avoir 
pu dans cette occafion conferver leur 
union toute entière , lui fouifrant ge- 
nereufemenc les rudes effets d'une par- 
faite Amitié, & elle fentant la part du 
mal qu'elle faifoit elle-même , à ce Fils 
qu'elle aimoit fi chèrement.. Enfin , 

elle 



2.1 Mémoires pottrfervlr 

1-^59* elle prit foin de le guérir par fes raa^ 
nieres aimables , &: par Ton procédé , 
autant exempt de flatterie , qu'il étoic 
éloigné de dureté & de rudelTe. Le 
^.^ -^- lendemain qui fut lei2. Tuin, Mlle. 
de Mancmi partit, accompagnée de 
Mlle. Hortenfe , & de la petite Maria- 
ne fes Sœurs : les larmes furent gran» 
des de part & d*autre , Se pariculiere- 
ment du côté de la Fille. Le Roi l'ac- 
compagna jufqu'à Ton CarolTe , mon- 
trant publiquement fa douleur ; puis, il 
vint prendre congé de la Reine, & par- 
tir à 1 inftant même pour Chantilli , ou 
il allapaiTer quelques jours pour y re- 
prendre des forces. Il les trouva dans 
fa Raifon , dans fon bon Naturel , Se 
dans une Ame telle que la fîenne , à 
qui Dieu avoir donné toute l'élévation 
aecelTaire à un grand Roi, 

Par toutes les chofes que j'ai e'cri- 
tes , on peut voir que depuis quelques 
années l'extrême Autorité , que le Mî- 
niftre avoir ufurpée dans ce Roiaume » 
avoir tellement abforbé la légitime que 
k Reine , malgré l'indifférence de fon 
arae fur le de/îr de gouverner, avoir fen- 
ti,mais trop tard , que ce qu'elle avoic 
fait pour lui n'avoit pas empêché qu'il 

ne 



a rH'flolre cl* Anne d'Autriche, ly 
ne voulût tenir le Roi pour lui-même: i^S^» 
car , en bien des occafions, elle avoic 
connu qu*il râchoit toujours de la dé- 
truire dans fon eftime , foit en parlant 
fcrieufement, ou foit enfin par des raiU 
leries qu'il faifoit devant elle-même. 
Quoi que la bonté de la Reine & la 
Noblelfe de fon cœur la rendît a(Tez a- 
veugle fur la conduite du Cardinal pour 
ne le pouvoir foupçonner de malice, 
il eft certain néanmoins qu'elle fe fen- 
tit fouvent incommodée de l'oppofition 
qu'il avoit à fes fentimens. Cette op- 
pofition l'empêchoit d*agir pleinement 
& à fon gré fur les chofes qu'elle defi- 
roic de faire & fur tout ce qui regar- 
doit fa facisfa(5lion particulière. Pen- 
dant fa Régence , elle ne fe foucioic 
point de la PuilTance , qu'elle donnoic 
à un autre , parce qu'elle la regardoic 
comme foumife & dépendentc de la 
Tienne propre ; mais , malgré le mé- 
pris qu'elle en avoit fait , trop grand 
pour une perfonne de fon rang & de 
fa naiifance , elle ne pouvoir alors 
s'empêcher de connoître qu'elle n'avoîc 
point de crédit , & d'en fentir de la 
peine. Quand elle recommandoit une 
Affaire , foi: au Chancelier , foit au 



14 Mémoires poUrfervhr 

ÏCS9* Sur-Intendant , ou à quelque autre 
Miniftre, elle voyoit vifibhment qu'elle 
n'étoit point obéiej Se Ci elle en piefîbic 
l'éxecution , ils lui repondoienc fou- 
vent qu'il en falloit parler à Monfieur 
le Cardinal : Ci bien qu'elle éioit après 
forcée de lalifer voira ceux à qui elle 
parloit librement , qu'elle n'étoit pas 
fatisfaice de celui qui gouvernoic 
de n'en faifoit pas nnoins bonne mine 
au Miniftre. Elle vouloit par raifoii 
fouffrir Tes foiblefTesi mais, elle le 
vouloit auffi parce que fa fagefTe l'em- 
pêchoit de fe troubler des chofes qui lui 
dcplaifoient : & la coutume , qui avoic 
beaucoup de force fur elle , jointe à 
tant d'autres raifons, la rendoic inca- 
pable de penfer à un changement qui 
auroit pu , ainfi que je l'ai déjà écrit, la 
rendre encore moins heureufe. Mais , 
comme elle avoit des lumières , elle 
connoilToit auffi clairement les défauts 
de fon Miniftre , qu'elle en avoit coni- 
nu les bonnes qualitez. Elle me fît 
l'honneur de me dire un jour , fur 
quelques plaintes que je lui faifois du 
Cardmal ., qu'il devenoit de fî mauvaifc 
liumeur,^ fi avare,qu'cllene fçavoitpas 
comment à l'avenir on pourroit vivre 

avec 



à l'H'ifidlre à'Ar^ne d'Autriche, i§ 
avec lui. Elle me commanda de ne lui i6<^^ 
rien témoigner du chagrin que j'avois 
contre lui ; me difanc , que peut - être 
dans l'humeur où j'étois je Iliî dirois 
quelque chofe qui lui pourrait déplai- 
re y que fi Mon fleur le Cardinal ie fâ- 
choit contre-moi , cela l'embaralîeroirj 
Se qu'enfin il valoit mieux que je me 
tû(Tè , mais qu'elle fe chargeroit de lui 
parler de mon affaire j ce qu'elle fit en 
effet avec bonté. Ma confolation fut 
d'avoir pa faire entrer la Reine encon-^ 
fidence avec moi, contre la conduite 
de celui dont je me plaignois. Ce- 
toit une efpece de vengeance que je 
preno'is contre lui , de faire avouer Cq.s 
fautes à celle qui lui avoic donné tou- 
te cette faveur, par laquelle il pouvoic 
prefque tour ce qu'il vouloit : mais en* 
fin, les dernières adions du M'!»iftre 
avoient eu le pouvoir de reparer forte- 
ment dans le cœur de la Reine le^ hkC^ 
fures que Tes infidelitez paffécs & jour- 
nalières y avoient faices. 

Quand il eut chaffé fa N?éce, la Rei- 
ne montra vifiblement eftimer fa con- 
duite & Tes fentimens ; îa faiisfddion 
qu'elle en reçut flattoit Ton /imour pro- 
pre , elle honoroic le choix qu'elle a- 

Tome K B voit 



1 C Mémoires pour fervir 

voit fait de lui autre - fois ; trouvant 
qu'il la récompcnfoit de la patience 
qu'elle vouloir avoir cilors lur ce qui 
lui pouvoir déplaire dans fa conduite : 
par ce fervice , elle fe crouvoit payée 
de la confiance qu'elle avoit eue à le 
maintenir contre les Peuples , le Parle- 
ment , les princes, & fes Ennemis par- 
ticuliers. Elle n'aimoît pas fes loiian- 
ges 3 & ne pouvoir foufFrir celles qu'on 
lui donnoit de la Paix, 6c de l'Eloigne- 
ment de Maderaoifelle de Mancini, quoi 
qu'elle feule eur fait , & l'une , & l'au- 
tre 5 & , au lieu de les recevoir , com- 
me lui étant ducs, elle les renvoyoic 
toutes au Miniftre. Elle avoir néan- 
moins eu befoin de rrouver des forces , 
pourr combattre contre lui , lors qu'el- 
\é paroiifoit entieremenr foumife à la 
Grandeur qu'il renoir d'elle , & l'avoit 
obligé , par fa prudence , & par une 
conduite , mêlée de force & de dou- 
ceur , à exécuter fes volontez. Maigre 
toutes les répugnances , qui naturelle- 
ment fe pouvoient rencontrer en lui , 
il eft à croire que le Cardinal Mazarin, 
pour vaincre enceCombar, eut be- 
foin de toute fa Fidélité & de toute fa 
Raifon , ^ qu'à leur défaut il eur bc- 

fcJin 



k fHifioîre d^Ame d'Autriche] t^ 
foin encore de fc dire l'biivcnt à lui- i^Jfi 
même, que l'oppofuion que la Reine 
avoit témoigîiée contre fa Nièce auroic 
dû apporter d'invincibles obftacles à 
fon Elévation j & que (on refus, qui lui 
donnoit beaucoup de Gloire, le fauvoit 
même de beaucoup de honte , &: des 
malheurs qui fuivent d'ordinaire une 
Ëntreprife monftrueufe & trop hardie^ 
Mais , lorfqu'il fe vit forcé de donner 
une femme au Roi , il lui e'toit du 
moins comme necetTairc , félon les 
méchantes Maximes du Mo'ide , de 
divifer leur Mariage & leur Union , 
par une perfonne qui fut liée à lui par 
le Sang & l'Intérêt, afin dereonrr feul 
dans le cœur de ce Prince ; & il efl: à 
louer encore , de ce que , malgré les 
Confîderations de fa Fortune, il voulut 
en toutes ces circonft mces fatisfaire à 
fon devoir. Qiiand donc on faifoic 
entendre à la Reine , que fans elle le 
Cardinal Mazarin ne feferoir pas avîfé 
d'éloigner fa Nièce de la Cour , ^ que 
c*étoit alTez d'honneur pour lui d'avoir 
fait ce qu'elle avoit defîré qu'il fît, elle 
répondoit toujours qu'elle étoit perfua- 
dée que cette Fille luy ayant déplu au- 
près du Roi , il Tavoîc éloignée avec 

B 1 joye. 



iZ McmoireifouYfeivir 

i^f9. i^^^> & que ia timidité n'avoic point 
de part à fa conduite -, ôc fur ce qui fe 
difoit difcietemeuc ôc en fecret qu'il 
n'avoit pas été fâché que le Roi eût 
defîré tout de bon ce qu'il n'avoit pu 
vouloir ni penfer que par un mouve- 
ment palTager , elle alfuroit que par 
lui-même , 6c par ce qu'il devoit au 
Roi , à elle , ôc au Royaume , il n'au- 
roit jamais confenti à cet excès d'hon^ 
neur dont elle difoit hautement, que 
la penfée feulement l'auroit dû rendre 
criminel devant Dieu & les Hommes. 
Voilà quelle étoit la bonté èc ia dif- 
crétion de la Reine ; quand ceux qu'el- 
le condderoit lui manquoient , elle les 
excufoit , en comprenant que nul hom- 
iTie n*eft parfait / & par grandeur de 
courage ne s'en plaignoit pas. Quand 
ils la lervoient , elle leur donnoic des 
loiianges , & quand ils faifoient de bel- 
les adions , par fes ordres , elle leur 
en laiiToit toute la gloire. 
p if. Apres ce grand Exploit , le Cardi- 
juin, j^^i partit le 15. de Juin : il s'en alla 
au Bois de Vincennes , avec intention 
d'y palier quelques jours & ne plus 
revenir à Paris , pour delà s'en aller à 
fon grand Voiage, Le Roi y vint de 

Ciian- 



a l'Hlfioire à' Anne d'Autriche, f 9 
Cbantilli , & la Reine y alla le voir. Kyj^. 
Ils y refolarenc de fe rejoindre bien-tôt 
à Fontainebleau. Le Roi s'en retourna 
dans fa Solitude , & le Cardinal revlot 
le même jour à Paris , pour quelques 
affaires qui lui ctoient furvenucs. Il 
partit enfin le lendemain 26. pour al- 
ler travailler à la paix. La Reine s'en 
alla auffile même jour à Poncoife fiire 
une petite courfe d^ trois jours, ranc 
par dévotion que par plaifir-, c'eft à 
dire, à delTein de vi(îter les Carméli- 
tes de Pontoife, particulièrement la Mè- 
re Jeanne , Carmélite de ç^rande répLita- 
tion , Sœur du Chancelier. Elle vilïca 
aulîi l'Abbaye de St. Marcin du Milord 
Montaigu , qu'elle aimoit , ^ qu'elle 
Gonfideroit particulièrement. Monfieur 
s'en alla a Saint Cloud , pour fe diver- 
tir dans fa Maifon , attendant le re- 
tour de la Reine fa Mère ^ qu'il ne 
quittoit quafî jamais. 

La Reine étant revenue , elle reçut 
une Lettre du Roi , dont elle témoi- 
gna d'être fenfiblement touchée. Ce 
même jour , ayant été vifîter le Loge- 
ment de la Reine future , j'eus l'hon- 
neur de la fuivre , & me trouvai feule 
auprès d'elle dans la Salle des Antiques^. 
B 3 oui 



3© Âiemotres peur fervîr 

où après avoir vi^cé tous les Apparte- 
mens 6ax Louvre , elle étoit enfin ve- 
nue fe repofcr & s'afTeoir. Elle me 
fit l'honneur de me conter ce qu'il y 
avoir dans la Lettre du Roi. J'étois 
à genoux auprès d'elle. Je lai dis que 
)*avoJs remarque le matin qu'en ache- 
vant de la lire les larmes lui Croient 
venues aux yeux. Elle en demeura 
d'accord , & dans ce même fcntiment 
elle me fii l'honneur de me dire avec 
cxJigeraiion , Le Roi eft bon , &, ré- 
pétant ces mêmes mots , elle me die 
encore une fois , 'Je vous afflire , le Rot 
efi bon, La Reine alors me fie l'hon- 
neur de me parler des chofes que cette 
Lettre contenoir. Par elle on voyoit 
qu'il eftimoit la refiftance qu'elle lui 
avoit faite, & qu'il en avoit connu le 
prix. Il lui mandoit avoir une grande 
impatience de la voir , & qu'il ne 
pouvoic vivre content fans ce bon- 
heur j qu'il avoit reçu une grande Let- 
tre de Mr. le Cardinal , où il l'exhor- 
toit à lire , &: à apprendre Ton grand 
Métier de Roi , &: qu'il étoit refola 
de le faire. En cela le Cardinal avoic 
des Sentimens bien differens de ceux 
ÀVL tems paire j mais» le Roi étant en 



âge 



à VBlftoïre à* Anne d'Autriche. 5 1 
âge de juger du bien & du mal , il vou- 165^* 
loïc peuc-êcre par politiqne lui paroî- 
tre vertueux j afiu de gagner fon efti- 
me , parce qu'il s'imaginoir que la Pa- 
relTe du Roi , qu'il croyoit plus gran- 
de qu'elle n'écoir , l'caîpOïrcrciî CO'j* 
jours fur la Raifon. Dans ce même 
moment , j'encrai avec la Reine dans 
de grandes matières : elle me parla 
encore des inquiétudes , que l'afïedioa 
du Roi pour Madcmoifelle de Mancini 
bi avoienc données , 6c combien cet at- 
tachement lui avoit caufé de peine , & 
me conta auiîi ce qui s'éroit palîé fur 
ce chapitre entre le Roi & le Cardinal ; 
mais, elle me parut perfuade'e que ce 
qui avoit éié dit par ce grand Prince 
avoit été une exagération de la dou- 
leur qu'il fentoit de cet Exil dont il 
ccoit caufe , pour confoler celle qui 
foufFroit pour lui , 6c qu'il ne pouvoiC 
pas fatisfaire par des proteftations de 
lui conferver toujours la place qu'elle 
avoit dans fon cœur , plutôt que par 
aucune efperance de lui en donner 
jamais une fur fon Trône. La Reine 
donna au Cardinal les loiianges qu'il 
meritoit , pour avoir fait fon devoir 
eii cette occafion. De là je repalfai 

B 4 fur 



5 2, Mémoires pour fervlr 

1^55?. ilir la manicie donr il avoir vécu avec 
elle , depuis ia fin de la Guerre , qui 
iVavoit pas éré accampagnée d'autant 
de zélé , de fidélité , de refpeâ: , & de 
devoirs , que dans les temps que fa 
Fortune uépendoit abrolumeni: de fa 
bonne voionté. Je touchai Tes défauts , 
fa trop grande puiifance , & l'abus 
qu'il en a voit fait à Ton égard j fur 
quoi la Reine entra en raifon avec 
moi : & coniiTiC je pris la liberté de 
iui dire , que je ne pouvois pardonner 
au Cardinal d'avoir fi peu laiflé de 
puidance à celle qui lui avoit donné 6c 
confervé toute l'Autorité dont il joûif- 
foic , elle me dit ; // a une legîtimc 
Excîife ; car , // fçait que je ne me foU' 
cie pas d'en avoir. Je lui répondis , 
que par cette même raifon , il dévoie 
avoir eu plus de foin de la faire obéir 

6 confiderer. Elle rougit là - delFus , 
ôc me regardant fixement , elle me fie 
l'honneur de me dire , yoHS avez raî^ 
fon 5 & changeant de difcours , ellt; 
me fit connoîcre que ces veritez , pour 
les trop fenrir , lui faifoient de la peine 
à entendre. Mais , connoiflant aufïi , 
qu'elles ne lui pouyoient être dites que 
par ie fentimenc d'une afifcdion & 

d^une 



#' VHlfleire à' Anne à' Autriche, 5 5 
d'une fidélité bien véritable , & par une i^jj^, 
grande confiance que j'avois en fa dif- 
cretion , elle m'en fçur gré , & me I2 
témoigna avec beaucoup de bonté. 

Ovi m'avoic dit depuis quelques 
jouis , qu'il y avoit auprès du Roi de 
jeunes gens, qui rravailloient à la dé- 
truire , & à diminuer en lui \ts fenti- 
mens de tendrelfe qu'il avoit pour elle. 
Je lui appris ce que j'en fçavois. Elle 
me fit l'honneur de me répondre 3 plei-- 
ne d'une confiance entière en l'amitié 
de ce Prince , qu'elle n'en croyoit rien,- 
& qu'elle écoit perfuadée qu'ils n'au- 
roient pas même ofé lui nommer fon 
nom. Ôe cette m niere elle avoit rai-- 
fon à fon égard ; mais, peu après, il' 
fallut néanmoins qu'elle s'inquiétât d'u- 
ne choie qui la touchoit fenfiblemenr.. 
Madame de "^ * * , Belle- Mère du Comp- 
te de * ** , la fit avertir que Ton Gn\^- 
dire écoit entré dans la confidence àa 
Roi , fur l'afFedlion qu'il confervoit 
encore, pour Mademoifelle de M incin",,. 
La Reine, comprenant que ce refte d'at- ,^ 
lâchement pouvoit du moins s'oppofer 
au repos de l'Infante , le fit fçpivoir au 
Cardinal Mazarin à St. Jean de Luz,. 
Il en parue aufïï touché que la Reine,, 



34 Memeîres pour fervîr 

& fit Ton devoir avec beaucoup de zele^ 
de fidélité , & de couiage : il en écri- 
vit au Roi forteraent , en des termes 
qui lui dévoient infinuer un grand 
mépris pour celle donc il fe fouvenoit. 
Le jeune Confident fut peu après exi- 
lé 5 par les Confeils de la Reine & da 
Miniftre ; & , lors que le Cardinal 
Mazarinmeritoit des louanges infinies 
des veritez qu'il avoit écrites à foa 
Maître , je l'entendis blâmer par ceux 
qui s'intereiroient à la petite Difgrace 
de ce Seigneur. Comme on ignora 
la caufe dans le Cabinet , ceux qui 
peftent toujours de tout firent de 
grandes Hiftoires fabuleufes fur cette 
JVvantute y ôc j'eus fujet de connoître 
en cette occafîon , comme en plufieurs 
autres, que les Princes ôc leurs Mi- 
nières font fouvent blâmez injufte- 
ment. Le Roy , fe laifTant conduire à 
îa raifon , comprit , malgré ce qu'il 
fentoir pout Mademoifelle de M'aneini, 
que ceux qui pour fe mettre bien avec 
lui vouloient entretenir fa Pallion j ou 
pliuot Ton Amufement ,. n'aimoienc 
pas fa Gloire j & que la Reine Si le 
Miniftre , qui lui difoienc la vérité, é- 
loient les feuls qiii'il d^voit croire» Ce 

fuit 



à l'HIfroire d*Awe à'Antrkhe, 55 
fut ce qui l'obligea de fuivre leurs- I^JP' 
Con'eils : il les crouva conformes à Çts 
propres intérêts ; & , fans écouter les 
foibles nioLivemens de Ton cœur , qui 
le portoient quelquefois à vouloir 
payer par fatendrelTe, celle qu'il croyoit 
que cette Fille avoit pour lui , il prie 
le parti qu'il devoir prendre , Ôc la 
Reine qui me fît l'honneur de m'en 
parler me parut fott fatisfaite de luù 
Je coaiiiis au{îi alors combien elle 
cpoic pleinement contente du Cardmaîi 
M iznrin. Par les chofes qu'il man- 
doit au Roi , il faifoit voir clairement 
qu'il anroit eu horreur d: pouvoir être 
foupçoané de manquer de fidélité , ÔC. 
à lui &z à elle : il parloit fort pofîrive— 
ment de la folie de fa Niece , qu'il 
paroifToit defavoiier. il le fouhaitoic: 
alors véritablement, parce que depuis> 
fon éloignement elle témoignoit le haïr 
encore davantage. La Reine, en par- 
donnant à fon Miniftre la condefcen^ 
dancc qu'il avoir eue à Lyon pour les^ 
cmportemens de cette Fille , fe confo- 
loir de penfer , en fe mocquant de la ja- 
loufie qu'elle fit voir au Roi, en lui re- 
prochant l'agrément qu'il eut pour la 
Princefle Marguerite, qu'au moins h 

B â fubu 



7,6 Mémoires pour fervir 

fubit changcinenc de ce Prince en fa- 
veur de l'Infante , feroic voir à rouce 
l'Europe qu'il n'avoic defiré pour fem* 
me que des perfonnes qui par leur 
Naidance (Si leur Grandeur pouvoienc 
iui convenir en cette qualité , & qu'- 
ayant même choiii fi promptement en 
fuite celle qui meritoic d'être préférée 
à toute autre, il étoit impolTible qu'on 
^i\t jamais le foupçonner d'avoir voulu 
penfec tout de bon à récompenfer (i 
hautement les empreflemens paffionnez 
de Mademoifelle de Mancini. 

LeRoi & la Reine s'étant rejoints à 
Fontainebleau , ils parurent en bonne 
intelligence. La Reine étoit contente 
d'a-voir fait Ton devoir , & le Roi étoir 
trifte d'avoir perdu ce qu'il airaoit, : 
mais fon chagrin , combattu par fa rai- 
fon & fa vertu, fe difîipa peu à peu 
en fe divertilïant fouvent malgré lui.,, 
& en sVcciipant comme il fit au foin 
de faire faire de belles livrées pour Çon 
Mariage.. 

Qiielque rems après , Leurs Majeftez: 
partirent de Fontainebleau , en intcn- 
rion de rejoindre le Cardinal , pour 
aller achever ce grand ouvrage après 
liequel l'Europe foupiroit depuis long- 



a l'Hijlolre à' Anne d'Autriche» 37 
tems , qui ccoit la Paix entre les deux léj^i 
Couronnes , & le Mariage du. Roi 
avec rinfantC:, donc les fuices^ pou- 
voienr produire de grands évencraenSj 
vcu le malheur du Roi d'Efpagne , qui 
D*avoit que deux Princes, qui n'écoient 
pas fains, & qui ne faifoienr que de 
naître. Le Cardinal avoit envoyé Tes 
Niéccs difgraciez à la Rochelle 5 & à 
Broiiage j, & quand la Cour allant à 
Bourdeaux s'approcha du lieu où elles 
ccoient , le Roi fouhaita de voir en 
palTant Mademoifelle de Mancini. La 
Rcine n'y refifta point : elle la lailla 
venir , je penfe , à Cognac. ]*ai oui di- 
re que cette entrevue fut encore fenfi^ 
ble. & qu'il y eut quelques larmes ré^ 
panditës de part & d'autre» Le Roi néan^ 
moins continua Ton. chemin ^ & la Niè- 
ce s'en retourna dans le lieu de Ton £"• 
xil. Là finit le Roman j car depuis cet 
honnête rendez-vous , les chofes chant- 
gèrent, & le Roi trouva dans la gran- 
. deur , la beauté , ÔC la vertu de l'In^ 
fante d'Efpagne , de quoi fe confoler 
de la perte de Marie de Mancini. Mais, 
dans le vrai , il y eut un teras ^ com^ 
me en effet le Cardinal Mazarin le dit 
à la Kcine après la Paix , q^ue le Q^mit 

da 



58 JPÎemolres pour fervlY 

de***avoic eu la confiance du Roy 
fur la paffijn qa*il avoic pour elle j éc 
ù. cette intrigue , qu'il ne fçavoit pas ,. 
n'avoit été découverte , le commerce 
de lectres qu'il entretenoic auroit ccé 
capable de fotifier tellement le Roi dans 
la première refolution qu'il avoir prife, 
qu'ils n'auroient jamais pu le faire con- 
fentir au Mariage qu'ils venoient de 
conclure : & je fentis un véritable plai- 
fir 5 quand la Reine me dit que j'avois- 
été bien avertie. 

L'entrevue des deux plus grands- 
Rois du Monde , qui fe devoit faire 
fur la Frontière de leurs Etats , me 
donna envie de faire ce Voyage , Ô2 
quand la curio/lté n'auroit pas etc en 
moi pour cette fois plus forte que la 
parelFe , la bonté avec laquelle la Rei- 
ne me témoigna defirer que je le fiife , 
& dit à la DuchelTe de Navailles , dcfti- 
née à être Dame d'Honneur de la- 
nouvelle Reine , qu'elle lui f^roit plai- 
fir de m'y engager, m'auroit fait ac- 
cepter les offres qu'elle me fit alors de 
me mener avec elle.. Je m's^ngageai 
à cette grande courfe , &: nous parti-» 
mes pour cet effet quelque tems après 
la Cour. Je fuiyis Madame de Na* 

vailles^ 



à l'Hijklre d'Anne d'Autriche, j.9 
vailles à Niorc , donc elle e'coic Gouver- i(Jf o, 
nan:i.Noci'e incention étoic d'aller bien- 
tôt après rejoindre la Reine , qui étoic 
alors à Bourdeaux j mais , le Mariage 
du Roi ayant été recardé jufques au 
Princems , la Cour , pour s'occuper 
agréablement , alla palier l'H-ver en 
Provence. Pour moi , qui aime le re- 
pos ,, je ne voulus point mVxpofer à la 
fatigue de ce grand voyage .-je demeu- 
rai avec mon Amie , ai j'y palTai prés^ 
de fept mois. 

Le Maréchal de Grammont avoit 
été choifi pour AmbalFadeur Extraordi- 
naire vers le Roi d'Efpagne , pour al- 
ler en pofte demander Plnfante de la 
parc du Roi. Beaucoup de Perfonnes 
le fuivirent en cette célèbre Courfe,. 
Mon Frère fut du nombre , que la eu» 
riofité y mena comme les autres. Pen- 
dant mon réjour à Niort , je reçus de 
lui la Relation de ce qui fe palla en 
cette occafion y qui me parut propre à 
placer dans cet Ouvrage,. Elle ctoife 
teile^ 



tET- 



40 Meimlres powfervW 

LETTRE 

DE MON Frère, ALORS 

A»be' du Mont-aux- 

, Mal A D E s, E T Co N s E I L- 

LER AuPaRLEMEIÎT DE 

Rouen. 

ï5cMr.. »\yr ONSIEUH le Maréchal ar- 
«îrid, le jîJ^VA. riva ici ie Jeudi feiziéme de ce. 
16^$, ' »> l'nois , environ deux heures après 
5> midi 5 ayant couché au Bourg d'AU 
a^ cobendas , <l'-^i c" ^^ à trois pe» 
3j tires lienës. Encore qu'il fut bien 
« aife de faire voir q^'il venoir en 
5<> Courrier fur une Mule fort vire, 
9) que Don Louis de Haro l-ai avoir 
>-, donnée ,- ôc que nous paniffions 
>î toujours a la pointe du jour , la 
35 quantité de Chevaux. & de Mulets 
>î qu'il avoit à fa fuite l'obligeoit à faire 
5) de petites journées , le Soleil étant fi 
5, grand , qu'il étoit même impoffi— 
,,.ble de le fouffrir palTé midi , entre- 
3> les rochers &c dans les plaines dé- 
^.fenes. de la Caftille y car il n'y a 

que. 



àVHljloire d'Anne d'Autriche. 41 
,, que quelques Oliviers par ci par là, léj^. 
„ qui ne cloiii"vent pas un grand ombra- 



>>g^ 



y, \\ y avoit toujours eu un Alcade , 
„ qai avoir accompagné Mon(îeur le 
„ Maréchal , èc avoic eu foin àcs 
„ Logemens. A Burgos , on Ta- 
„ voit reçu avec de grandes demonf- 
,» trations de joie , aufîl bien que dans 
„ les autres Ueux où il avoit pafiTé r 
,, mais , je ne puis parler de cela , 
„ non plus que eu Jeu des Taureaux 
„ qu'on lui donna en cette Ville - là ; 
„ car je n'y arrivai que la nuit dit 
,5 jour qu'il s'y étoit arrêté , ayant 
„ été obligé de prendre la route de 
,, Parapelune, 

y A Alcobendas , le roî lui en- 
voya un Lieutenant de Tes Gardes , 
qui eft Incrodudteur des Ambaffa- 
dcurs j & l'un de Tes Mayordomes » 
5, qui lui apporta un Préfent fort ga- 
„ iant de Peaux d'Efpagne , de 
,j Gans , de P.aftilîes , de Gobelets ^ 
5, & autres curiofîccz. Barrières , vo- 

„ tre Ami , vêtu à l'Efpaonole , & 

I • *- r 1 *" j» • Barrières 

5, deux ou trois Llpagnols ,. ly vin- ^cq^ en 

„ rent voir , & le matin du Teudy é- Efpagne 

, 1 • tic la paît 

,> ca::t partis devant le jour , nons deM.ic 

vin- P"'^^«^- 



9 



l^JP- 



41 Mémoires pour fervW 

„ vinmes diner à une demie liciic^ 
35 Le Roi y envoya le Lieutenant du 
5> Maitre des Poftes , avec quelques 
„ Courriers & iiuic Portillons cou- 
,^ verts de Cliquant , &r quantité de 
„ Chevaux de Pofte , donc il y en a- 
>, voie hijic avec des Selles 6r des 
,> Brides du Roy , où il y avoir de 
„ la dentelle d'argenr. Monfieur le 
„ Maréchal les fie diftribuer à environ 
>, autant de gens que nous étions fur 
„ une Lifte qu'il avoic envoyée. Tout 
>, le monde étoic fore brodé , hor- 
„ mis les Abbez de Feuquieres t de 
,, Villiers , de Caftelane , & moi , qui 
», n'avions que du Velours noir. En-, 
3, tre autres y Monfieur le Maréchal j,. 
,, Monfieur le Comte de Qiiincé , de 
„ Thoulongeon , de Guiche, de Lou- 
„ vigni , le Marquis de Noirmoutier ,. 
f Batatd. ^^ le Chevalier de Charny Fils * de 
„ Monfieur le Duc d'Orléans 6c de 
„ Louifon , Manicamp , Frementeau , 
>, le Sr. de Beauvais, Flamanville, Vef- 
,, f.i fils du Prefident Girou de Dijon, 
„ qui veut effacer par fon changement 
,., de Profeflioa Se de Nom la me- 
- „ moire de la mort de fon Pere , 
j* Courcelles & Magalocci Capitaines 

aux 



^ l'H'flnre à' Anne â' Autriche . 43 
,, aux Gardes f Gontcry qui étoit ve- léjp. 
„ nu nous joindre à Alcobendas, & 
„ même Maridac ôc Bazin ConfeiU 
,, 1ers 5 l*un au Parlement de Paris , 
,, l'autre au Chatelet 9 qui avoient de 
5, l'argent fur leurs habits \ outre tous 
j, les Gentilshommes de Monfiour le 
» Maréchal , qui étoienr fort leftes ; 
3, & toute cette Broderie , & toutes ces 
„ Plumes faifoient un fore bel effet à 
„ Cheval, Nous partimes un pea 
„ plutôt qu'il ne falloit , & nous at» 
„ tendîmes long- temps à l'eatrée de 
,, la Ville, qui n'eft pas proprement 
„ une Ville , car il n'y a que des murs 
3>de Bauge, Tout le bagage étoit de- 
„ meure à Alcobendas , en forte qu'il 
„ n'y avoir pas un Valet, Enfin , 
», quand on nous vint avertir qu'il 
>, croit temps d'entrer , nous entra- 
„ mes au petit galop , & nous trou- 
„ vâmes toutes les Rues pleines de 
5> Peuple , & de Carolfes rangez le 
3, long du chemin qui étoit fort long 5, 
5, car on nous fit entrer par un en^- 
5.3 droit par où il falloit traverfer tou- 
3j te la Ville. Je ne fçaurois mieux 
,, comparer cette Entrée , qu'à celle 
>, des Polonois ; car, il y avoir à 

pro- 



44 Mémoires four fer vlr 

3, proportion autant de foule qu'à Pa- 
,, ris : & même ce qu'il y avoit dfi 
„ plus beau , c'étoit que comme il y 
,5 avoit des balcons à toutes les fenê- 
„ très 5 & qu'elles ctoient occupées 
„ par toutes les Dames de la Ville , ce- 
^, la faifoit un plus bel effet que les 
„ Ech ifEiuds que l'on fait dans les 
5, rues de Paris. Nous fîmes tout 
„ le chemin qu'il y a jufques au Pa- 
y, lais , moitié au galop , & moitié au 
„ trot , la plus part du tems le cha- 
„ peau à la main, les huit Portillons 
5, devant , Monfreur le Maréchal im- 
>, médiatement après , & tout le rtfte 
n en confufion , fans pourtant trou- 
», ver aucun embarras ; car la CalU 
,j Majora par eu nous paiïions tft foic 
^, large, ^ tous les Carolfes étoient en 
„ haye. Nous arrivâmes en cet ordre , 
5, avec les cris & les applaudilfemens 
,., de tout le Peuple au Palais du Roi,. 
,, Qiiand le Roi même y fut venu en 
yt pecfenne quérir l'Infante , il n'y eut 
,, pas eu plus de monde fur Ton paflfa- 
55 ge > & je croi que le refte de Ma- 
j, drid croit deferr. Pour continuer 
j, donc cette relation , nous arrivât 
,5 mes dans la Place qui tft devant le 

Palais 



a l^Hifisîre à* Anne d'Autriche. 45 
„ Palais qui nous parue fort belle & 1^59. 
„ fort grande. Elle écoic pleine de 
5, carofles , comme toutes les Fené- 
„ très de la face du Palais l'étoienc 
99 d'Hommes & de Femmes. C'eft un 
,, foie grand Corps de Logis entre 
j,deux Pavillons , donc la couvcrtu» 
3>reeften forme de Clocher. Il y a 
9, environ trente & une ou trente deux 
5, Fenêtres à chaque Etage, & toutes 
9, avec des balcons : ils en embellif- 
„ fent la ftrudure qui n'eft pas fort 
„ belle de foi. Ce qu*il y a d'extra- 
3, ordinaire , c'eft qu'il n'y a point de 
,, Cour où les Carolîcs puiiFent en- 
„ trer , & tous ceux qui y vont en, 
5, trcnt delTous une voûte par deux 
„ Entrées , & où il en peut tenir huit 
j, ou dix. Nous defcendîmes àc Che- 
,, val en cet endroit , où l'Amirante 
5, deCaftille > qui fe nomme Don Hen« 
5, tiques , de la Maifon des Rois de 
sjCaftille, & qui eft le Seigneur le 
o plus galant de la Cour , vint rece- 
„ voir Monfieur le Maréchal. De cet- 
a, te voûte nous montâmes dans un 
^, grand Portique , qui eft un des cô* 
,, tcz du Palais. Il eft compofé de 
„ deux Quarrez de Bâtiniens en for- 
me 



4^ Mémoires pour fervîr 

„ me de Cloître , au milieu defqneis 
,, il y a un fort grand Ercalier tout 
„ ouvert , ô: qui occupe toute la lar- 
,a geur d'un des corps de Logis , qui 
„ eft au milieu des deux Cours. Il 
,, reçoit le jour des Portiques des deux 
5, Cloîtres j car il y en a tout autour , 
,» tant en bas qu'en haut , de tous les 
,, Corps de Logis, Tout cela étoic 
„ auiïi plein que le refte de la Ville, 
„ &: par tout on jettoit de grands cris 
3, fur nos Plumes & fur nos Rubans , 
5, jufques là même que les Femmes , 
5, qui fc trouvoient fur notre pafiTa- 
„ ge 5 ne faifoient point de fcrupule 
„ de les arracher. No\is monâcmes 
,, ainfî au travers de quelques Halle- 
„ bardiers feulement ; car il n'y a pas 
„ de Régiment des Gardes à la Porte 
„ comme en France. Nous entrâmes 
5, dans quantité de Pièces fort lam- 
„ brilTces , & pleines de Tableaux j 
„ car on ôte ici en la plupart des en- 
„ droits toutes les TapitTeries des 
5, Chambres dans l'Eté, Nous alla- 
», mes donc par des Galleries & des 
„ Salons pleins de quantité de Sta-* 
„ tues. Nous arrivâmes enfin dans 
9) une grande Salle ou écoic le Roi« 

Le 



^ J*HîfioWe À* Anne d'Autriche, 47 
,, Le défaut, que j'eus le Joifir de ï^J^» 
•, remarquer devant que d*y entrer , 
9, fut que toutes ces Pièces là font fore 
5, obfcures : il y en a même qui n'ont 
a, point du tout de Fenêtres , où qui 
5, n'en ont qu'une petite , 6c d'où le 
„ jour ne vient que d'enhaut , le vcr- 
5, re étant fort rare en Efpagne , ôc la 
„ plupart des Fenêtres n'ayant point de 
a, vitres. 

5, Il faut avouer que la manière 
„ dont le Roi donne Audience en 
5, France , eft la chofe du Monde la plus 
5, pitoyable, au prix de celle dont on 
95 reçut Monfieur le Maréchal. A cha- 
„ que Pièce que nous paffions , il y 
„ avoit des gens en haye , & dans la 
5, Salle il y avoit au milieu deux rangs 
5, de Bancs couverts de TapiûTerie, pour 
5, empêcher la foule Se pour laifFcr le 
» palfage libre, & au bout il y en a- 
,5 voit encore un autre rang en croix j 
3, le long de cela étoient tous les gens 
5, de qualité d'un côté & d'autre 5 
„ mais , comme ils font tous habillez 
5, de même & fort fimplement , les 
ajGrandsneparoilToientpasplus que les 
)» autres , qu'à caufe qu'ils étoient 
» couverts, & il y en avoit environ 

vingt. 



4 s Mémoires pour fervir 

^55>. » vingt. Le Roi écoic debout avec nn 
„ Habit fore [impie , & fort ferrblable 
5, à Tes Portrairs , fous un Daiz d'une 
ip riche broderie d'or oc d'argent. En 
,> entrant , nous nous feparâmes la 
5, plupart àts deux cotez. Lors que 
„ Mon(ieur le Maréchal entra , le Roi 
,5 mit la main au Chapeau. Lors qu'il 
ys approcha de plus prés , il ne bran- 
3, la plus , & quand Monfieur le Ma- 
,5 réchal ôta Ton Chapeau de tems en 
jj tems 5 & qu'il prefenta fa Lettre , 
,> il demeura toujours immobile , ôc 
,, ne remit la main au Chapeau que 
5, quand Monfieur le Maréchal s'en al- 
3) la. Un peu auparavant que de par- 
„ tir , il nous fit figne , à ceux qu'il 
„ avoit mis fur fa Lifte , & nous allâ- 
5, mes tous falucr le Roi l'un après 
„ l'autre , comme à l'Offrande ; M. le 
5, Maréchal nous nommant tous dans 
5, le moment que nous nous baif- 
„ fions. 

„ A gauche de cette Salle, il y avoic 
„ une Porte à jour , où étoient la 
„ Reine & les deux Infantes. Au 
,> fortir de là , nous allâmes dans l'A- 
„ parlement de la Reine , où nous 
a, trouvâmes aufli une foule fort gran- 
de 



à l'M'iftolre À* Anne d'Autriche, 4^ 
,j de ; car , comme les Hommes ne i^i9* 
3, les voyenc quafi point , beaucoup 
,> prirent cette occafion là pour y en- 
,) trer. La Reine & les deux Infan- 
„ tes croient au bout de la Salle audî 
,> fous un grand Dais , & fur une Ef- 
„ trade couverte d'un grand tapis, 
» La Reine n'a que vingt-quatre ans j» 
„ & Pïufante environ vingt. Elle eft 
>> coè'ffie de la manière dont on la dé- 
3, peint ; & le G-iaid InFance eft enco- 
5> re plus grand qu'on ne le figure; 
„ fans hiperbole, la Reine & Tlnfan» 
„ te , Ce touchant de leurs Yertuga- 
„ dins , tenoient tout l'efpace du Dais > 
,, fi bien que la petite Princeffe n'éîoic 
„ que fur le bord de l*Êft»ade. Tout 
„ ce que je puis dire de la nôtre , 
„ c'eft qu'elle efl: beaucoup plus belle 
„ que tous les Portraits que l'on en 
5, a vus en France : elle a les yeux 
„ bleus > pas trop grands , mais fore 
a, brillans & fort agréables , & ils pa* 
^roiifent pleins de joye. E'ie a le 
„ front grand , & comme fa coefFure 
5, le découvre fort , cela lui fait pa» 
„ roitre le vifage un peu plus long; 
„ qu'il ae paroitroit fans doute , Ci 
„ elle avoit quelques cheveux abatus. 
Tom V. C %o% 



n 



$Q Mémoires pour fervlr 

^59' >> Son nez efl: aiïlz beau , ôc point 
„ trop gros. Elle a la bouche belfe , 
5, & fort vermeille : elle a le teint 
P, parfaitement beau j ell- eft forr 
j, blanche , elle a les joues grolfes prir 
5, en bas , &c met du rouge , mais 
5, pas tant que le refte des Dames. 
3, Ses cheveux font d'un blond admi- 
5, rablement beau ; mais ceux qu'elle 
r^jîhhes j, avoit ce lour-là étoicnt poflijos * , re- 
3, nouez avec quantité de rubans. 
,3 Elle n'eft pas grande i mais, elle^'' 
5, parole affcz bien faite dans fa taille. ' 
3, M. le Maréchal fut quelque tems 
>» couvert en parlant à la Reine j mais, 
a, après qu'il eut fatisfait à la Dignité" 
53 du Roi notre Maître , il fe décou-'^ 
3, vrit : & quand il fut faluer l'infan-* 
,3 te , il demeura toujours découverc^*^ 
„ tout le tems qu'il lui parla, Le*^' 
53 Compliment qu'il lui fit a été trou» 
93 vé fort galant : il lui dit que la 
g, Lettre de la Reine , fon filence , Si 
53 fon refpcdi:, lui témoigneroient mieux 
9, quel étoit le fujet de fon voyage , 
,5 que toutes les paioles qu'il lui pour- 
5, roit dire. Tous ces Meffieurs m'ont ' 
55 die ici 3 qu'on avoit voulu voir com- .^ 
j, me on avoic traite M. du Maine ,'^ 

quand 



à 'l'H'ifiolre à* Ame d^Jmrîche, $ i 
„ quand il alla demander notre Reine^ i^0\ 
„ èc qu'on avoir voulu en faire davan* 
j, rage» Nous faluames après cela la 
5, Reine , & les deux Infiinres , c'eft 
5, à dire , avec une grande reveren- 
„ ce , en baifant ou faifanc femblanc 
„ de baifer la Robe. Ce que je re- 
j, marquai de plus extraordinaire fuc 
qu'il y avoir auprès des Dames du 
Palais qui fonr toutes , ou Filles ^ 
ou Veuves j (car il n'y a pas une 
Femme m.ariée qui y loge, ) quan- 
„ tiré d'Hommes couverts , qui n'ô» 
,, terenr pas même leurs Chapeaux 
5, quand Monlîeur le Maréchal entra 
„ Je croyois d'abord qu'ils fudent tous 
35 Grands ,* mais , on me dit que cha-"^ 
3, que Dame pouvoir dans ces jours 
,3 folemnels donner place à deux Ga* 
„ lans , qui fe pouvoienc couvrir de- 
j, vanr la Reine même ; 6c la ri' (on 
,,' qu'ils m'en donnèrent fat , qu'on les 
„ jugeoit être tan emhevectdos , (î at- 
5, rentifs à voir' leurs Dames, fi en- 
„ nivrez & fi étourdis de leurs char- 
„ mes , qu'ils n'avoient point d*yeux 
,, que pour elles , & ne voyoient rien 
33 de ce qui fe palFoit dev mt eux. 
3, Au forcir de là , un Grand d'Efpa- 
G 1 gnc 



51 Mémoires pour fervlr 

5, gne 5 auprès de qui je m'étois ren- 
3, contré , &; à qui j'avois parlé Elpa- 
5, gnol 5 m'emmena dans fon Caroflè 
55 au Logis deftiné pour Monfîeur le 
a Maréchal , où je fuis logé avec la 
„ plupart de ceux qui font venus avec 
3, lui. Il y a les plus belles Tapifferies 
55 du Monde , & nous fommes trai- 
55 tez aux dépens du Roi. Tous les 
55 matins , on nous vient offrir du 
5, Chocolat 5 qui eft le regale de ce 
55 Païs*c!^ 

3, Tous les Grands font venus 
3, voir Monfieur le Maréchal, & nous 
5, avons été déjà chez l'Amirante de 
3, Caftille 5 chez le Duc d'Alve, le Mar- 
5, quis de Lcganez , & le Marquis de 
33 Liche Fils de Don Louis de Haro, 
35 qui a la plus belle Femme d'Efpagne, 
3, que nous avons vue le Samedi dix- 
35 huitième, 

5, Toutes les Maifons de ces Gens- 
3, là font propres , Sc pleines de gran- 
5, de quantité de Tableaux & de Ca- 
3, binets , & font bien plus belles par 
3, dedans qu'elles ne paroiffent par de- 
5, hors. Le même jour , nous fûmes 
>, quelques-uns de nous , voir diner 
9, la Reine qui dinoit feule , l'Infan- 
te 



k VHlftoîre d'Anne à'Apitrlche, 55 
5, te ne dinant jamais avec elle en ï^jp. 
„ public. Il y avoir feulement cinq 
„ Dames , & quelques Buegnas habil- 
5, lées de blanc* Les Menines font 
„ celles qui n*ont point de Chapins, 
5, comme les Menins font les Fils dts 
y y Grands ou des Tttulados , qui fer- 
,» ■sznt de Pages , & qui ne portenc 
„ ni Manteau , ni Epée. Elle eft 
„ fervie avec un grand refpe^i: , peu 
„ de gens y entrent , ôc il nous fal« 
5, lut une grande faveur pour demeu- 
„ ter auprès de la porte. Quand o« 
5, lui porte à boire , c'eft un àzs Me- 
5, nins qui porte le verre à une des 
,5 Dames , qui fe met à genoux au (S 
„ bien que le Menin , & de l'autre 
„ cote il y en a encore un à genoux 
„ qui lui donne la Serviette. Vis-à-vis 
5, d'elle il y en a auffi une , comme la 
j, Dame d'Honneur en France. Le 
5, Duc d'Aurante , Grand d'Efpagne ^ 
3, étoit debout couvert , auprès d'une 
„ des Due^^nas'y mais quand la Reine 
„ fe leva , il fe découvrit , ôc fe reti- * 
„ ra auprès de nous. 

„ Le Dimanche dix-neuvicme , nous 

,, fûmes avec M, le Maréchal encendrs 

>, la Meire du Roi qui tenoit Chapel* 

C 3 ie^ 



j4 Mémoires pourfervlr 

5, le.- Ce jonr là , Monfieur le Non» 
„ ce , l'Ambaffadeui- de l*Empereur , 
,, & celui de Pologne , y vinicnr. Ils 
„ attendirent quelque tems dans une 
"„ Antichambre , où peu de tems a- 
5, prés le Roi vint pour s*en aller dans 
5, (a Chapelle. En palfant , il y eue 
,, trois Femmes , qui fe mirent à ge- 
5, noux «Se lui piefenterent des Me- 
,, moiiaux : il s'arrêta pour les écou- 
5, ter ; àc fans branler non plus qu'u- 
,, ne StiitLië , il les prit.» Monfieur le 
5, Nonce le fuivoit au milieu de l'xAm- 
„ bafTadear de l'Empereur & de Mon- 
5, (leur le Maréchal. Il fe fut mettre 
^, fous une Courtine de Dnmas , du 
5, coté de l'Evangile , les Amballadeurs 
„ de Rome , Empire , France , & Po- 
» log^e , étoient afîîs de l'autre côté, 
„ & un peu au deifous , du côté de 
„ l'Epitre : 6c du même côté du Roi » 
,, mais un peu plus bas que les Ani- 
5, badàdeurs , s'affirent 6c fe couvri- 
„ renc auffi bien que les AmbalFa- 
„ deurs , huit ou dix Grands qui s'y 
3, trouvèrent. An Jubé du bouc c- 
,, toit la Mufique , qui fut fort bonne» 
„ & au deffous étoient trois petites 
„ Niches où étoient , la Reine , les 

deux. 



N 



à l'Hîjhlre à' Anne â'Aviirîche, 55 
,><leux Intances , ôc le petit Prince , 16$% 
„ qui n'a que vingt-trois mois. Le 
Roi fortit de là en même ordre , 
fans rien dire à Monfieur le Maré^ 
chai , ni à perfonne > &: nous nous 
en allâmes de là diner chez Monfieur 
yy l'Amirante. Nous y trouvâmes une 
„ grande Table , où la plupart des 
,5 Grands d'Efpagne , & des Titulados» 
5> s'afïïrent d'un côté , Ôc nous de l'au- 
» tre. On compta quatre- vingt- fix Per- 
sa Tonnes , & pour les Plats il étoit im- 
» podible de les compter : les uns di- 
j> fent cin<j , les autres fept ou huic 
,, cens Plats. Au fortir de la Table , 
» il y eut Mufique de voix & d'inftru- 
5, mens , c'tft -à-dire de Harpes &: de 
5-, Guitarres. Nous eûmes enfuite la^ 
», Comédie , avec des entten'iets de 
Si Farce &: de Balet , & de Fenimes a- 
5, vec des Caftagneites. Enfin, le ae- 
„ gale fut complet , & nous n'en re- 
ya viniTîes que le foir. 

î. Le Lundi vingtième , le Sécrétai. 
n re d'Etat Don Fernando Ruiz de Con- 
yy treras , apporta à Monfieur le Mare- 
„ chai les Lettres du Roi & de la Reine 
,, d'Efpagne , &: de l'Infante , fi bien 
>5 que depuis ce jour-là qui fut hier,, 

C 4. nous 



je Mémoires pohr fervîr 

i<?j5). 3, nous croyons avoir une Reine. Un 
s, Cordelier en grande réputation de 
;,, Sainteté , qui eft toujours dans le 
,5 Palais , étant venu voir Monfieur le 
,, Maréchal , lui a dit , .qu*il l'avoit 
5> ce m .t'n traitée de Majefté , & qu'eU 
,) le s'étoit mife à rire. Nous devons 
,> avoir aujourd'hui l'Audience de Con- 
j> gé j & on croit qu'il y aura Come- 
„ die au Palais. 

,3 Depuis ma Lettre écrire , nous 
j, avons été à l'Audience de Congé j 
5, qui n'éîoit point dans le mêine lieu , 
5, ni en public^ Le Roi a dit à Mon- 
5, fîeur le Maréchal , qu'il étoit bien 
53 aife de l'avoir vu en cette occafion, 
„ qu'il avoît toujours oay parler de luj, 
3, & qu'il fe pouvoit aflurer de Ton a- 
„ mitié. Je penfe même qu'il lui a dit 
3, qu'il avoit toujours bien traité les 
,, Efpagnols. C'^ft en dire beaucoup 
5, pour une Statue, Quand le Comte 
3, de Guiche , & le Comte de Louvi- 
„ gni. Tes Enfans , l'ont falué , il a à\t, 

"^'^^*"* 3, Au fortir de là , nous avons été 
3, prendre congé de la Reine , & de 
3, l'Infante. Elle n'étoit pas fous le 
9) Dais 3 comme l'autre fois , mais 

con- 



J> 



yy 



k l'Htflolre d'Anne d'Autriche, $y 
„ coiKte les Fenêtres, afin que tou- i^i9. 
3, tes les Dames fulTcnc de Ton côté. 
„ Monfieui: le Maréchal a fort prellé 
3, rinfante de parler j mais à tout ce 
,3 qu'il lui a pu dire , elle n'a jamais 
33 rien répon !u , finon , Dî^a a la 
,, Reyna mï Scgnora , y my Tia , ûjue 
yy yo eftare fiempre rendiàa a flispîes'^, *p;,, ^^ 
,, li y avo'C environ une douzaine de ^^ ^''•'- 

r^ ' 1 • 1 ' ^^ Dame 

„ Dames , dont il y en a quelques-unes ^ rna 
,-, d'alfcz belles. Le meilleur de tour, r^"'^='?«* 
„ & que je vous garde pour la bonne lluytwl 
bo'ache 3 c'eft la Comédie qui fe /ç"'"'^^','*" 
vient de taire au Palais , a la lueur 
5, de fix gros Flambeaux de cire blan- 
y, ehe feulement , qui font véritable- 
3, ment dans des Chandeliers d'argent 
,, d'une grandeur prodigieufe. Aux 
,3 deux côcez de la Salle il y avoic 
,, deux Niches fermées de Taloufîes, 
}, Dans l'une étoient les petits Prin^ 
,3 ces & quelques gens du Palais > & 
3, dans l'autre qui étoit vis-à-vis étok 
33 Monfieur le Maréch 1. Le long ào,. 
3^ ces deux cotez étoient feulement deux; 
3, grands bancs couverts de Tapis de 
3, Perle.. Les D.mes , environ au'^ 
,3 nombre de dix ou douze font ve- 
3J. nuc3 s'alTeoii: fur ces Tapis , d'an 
C 5 côté 



5 s Mémoires pour fervlr^ 

3i cote Se d'a-utre , le dos appuyé con^ 
,, tre le Banc. Derrière elles », du cô* 
y, té des petits Princes , ôc fore loin 
>, au bas , devers le lieu où écoienc 
»> les Comédiens , & quafi deniers 
„ eux, étoienc quelques Seigneurs de- 
>j bout , de il n'y avoit qu'Hun Grand , 
j> de l'autre côté où étoit Monfieur le 
>, MaréchaL Nous autres François é- 
jx tions aufîi debout derrière le Banc ^ 
5, où étoient appuyées les Dames. Le 
5, Roi , la Reine , & l'Infante font en- 
3> trez après une de ces Dames , qui 
jj^portoit un Flambeau. En entrant 
>, il ôta fon Chapeau à toutes ces 
„ Dames , & puis il s'eft aiËs contre 
„ un paravanr , la Reine à fa maiii 
y, gauche , &c l*infante auffi à la gaii- 
33,che de la Reine. Pendant toute lat 
j, Comédie , horsrais une parole qu'il a 
5, dite à la Reine , il n'a pas branlé 
yy ni des pieds , ni des mains » ni de la. 
5, tête i tournant feulement les yeux. 
,> quelque fois d'un côté Se d'autre ,, 
3,, Se n'ayant perfonne auprès de mi 
yj qu'an Nain* Au foi tir de la Co-^ 
yy raedie » toutes ces Dames fe font 
53. levées , Se puis après font parties. 
^5 une à une de ciiaque côté , & Te 

joi* 



àl'H/Jlolre â'Anne d'Autriche, j/^ 
5-, joignanc au milieu comme des Gha- î^j^. 
j, noines , qui quittent leurs Chaifes 
, ,, quand ils ont fait l'Office. Elles fe 
,, font prifes par la main. Se ont fait 
j, leurs révérences , qui durent un de- 
,5 mi quart d'heure , & les unes après 
5, les autres , font forties , pendant 
,j que le Roi a été toujours décou- 
„ vert. A la fin il s'eft levé , & a 
,5 fait lui-même une révérence rai- 
„ fonnable à la Reine , la Reine en 
5, a fait une à l'Infante , & fe prenant 
„ aufli 5 ce me femble , par la main,. 
„ elles s'en font allées. Voilà ce que 
,^ j'ai pij ajouter à ma relation. Le 
„ Roi d'Efpagne vient d'envoyer ce 
„ foir à M. le Maréchal un Cordon 
,5 de Diamans qui eft fort beau , que 
,j nous cûimons vingt mille écus 6c 
^ plus. 

Je reçus encore à Niort une fécon- 
de Lettre de mon Frère , qui m'apra^ 
noit la mort du fécond Prince d'Efpa- 
gne ; ce qui fit craindre au Maréchal 
de Grammont , que fon Voyage n'eût 
une fi'ti différente de fou commence- 
ment j mais 5 l'état ou était ce Roi 
l'obligea de confirmer fa parole, 6c 
G 6 d'achs- 



€o Mémoires pour fervlr 

d'acheter la Paix par l'Infante. 

Pendant le féjonr que le Roi fît cta 
Provence , lois qu'il écoic à Marfeille j 
le Duc d'Oileans étant à Dlois y mou- 
rut en fort peu de jours. Ce Prin- 
ce mérifoit d'être regretté, tant par Tes 
bonnes qualicez , que pour être Fils 
du Roi H^nri le Grand , dont la mé- 
moire doit être toujours chère aux 
François, On peut croire que fa more 
fut précieuie devant Dieu j car ell^ 
fut précédée par une vie pieufe & 
chrétienne , accompagnée d'une vé- 
ritable contrition de Tes péchez. Il ac- 
compagna ces vertus > à l'exemple du 
feu Roi Ton Frère , d'une grande fer- 
meté d'ame, & il envifagea la mort fans 
frayeur ni fans foiblefe. Le repos > 
dont il joUilToir depuis fa retraite, n'a- 
voit pas contribué à fa fanté : au con* 
traire , il étoit vieilli & changé , il a- 
voit autrefois été le Chef de toutes les 
Fa6tions & C iballes , qui de Ton tems 
avoient é-é faites fous Ton Nom con- 
tre le Cardinal de Richelieu» Ce Mi- 
niftre avoir penfé périr fouvent par Tes 
Entre pri Tes j mais le bon naturel de 
ce Prince l'avoit toujours empêché 
d'çn venir à la conclufion » par ce 

^u'il 



ki*Hlfîoire à'Anne â'Aîtirkhe, et 
qu'il ^coic bon , Se qu'il ne voulut ja- i^c^), 
mais confentir à répandre le fang de 
[on Ennemi , ni faire aucune adion' 
de violence. Sa Cour autrefois écoic 
ren:ipliede plufieurs Seigneurs du Ro* 
yaume , qui tous vouloient avoir 
l'honneur d'être à lui , parce qu'il étoitr 
préfomptif Héritier de la Couronnes. 
& que l'Abaillcmenc , où- écoit réduis 
le fcu Roi fon Frère , le relevoïc in- 
finiment i mais coûte cette gloire é-- 
toit palfée. Celle qu'il avoic eue pen- 
dant la Régence , donc j'ai fait de 
grandes de amples Defcriptions , l'é- 
toitauflî; il ne lui en r^ftoic que le 
fâcheux fou venir de la vanité de Tes 
penfées , &c de l'inutilité de fes adions,. 
Depuis le mauvais fuccés de fes maU 
heureufes Entreprifes , il étoit demeu- 
ré dans un certain état de difgrace ^ 
qui fait compter les Hommes au rang- 
dc$ morts , avant qu'ils- le foient en 
effet ; mais il eft à préiiimer qu'il 
vit de la vie des Juiks , & que fa- 
pénitence de les aumônes qu'il faifoic 
dans fa folitude de Blois , lui donnent 
dans l'éternité une place qui vaut beau- 
coup plus que toute la Grandeur mon- 
daine donc il s'écoic veu environné.. 

Le 



Cil M'emolres pour fervlr 

Le Roi & la Reine mêlèrent , au 
regrec qu'ils eurent de fa mort , le- 
fouvenir des chofes palfées , ôc il fat 
caufe qite leur Deuil ne fut pas tiictÇ* 
fîf. M-u-ieinoifelie en fut fâchée, car,. 
la perce d'un tel Père , doit toujours 
être fenfible ; mais , les Procès qu'elle 
avoit eus contre lui 3 & le peu d'ap- 
plication qu'il avoit eue à la bien ma- 
rier , diminuèrent un peu fa douleur :, 
& la confiance , qu'elle eut à foufFrir 
ce malheur , écoit moins un effet de 
fa vertu , que de fon indifférence. 
Madame vit fa perte , & il efl à croire 
qu'elle la fent-it beaucoup ;, mais cette 
PrincefTe étoit fi deftinée à n'être 
comptée pour rien , que Çç.s larmes ne 
le furent point. Mefdemoifelles d'Or- 
léans , d'Àlençon , & de Valois , (ts 
autres Filles , étoient fi lalfes d'être à 
Blois , Se leur jeunelfe leur faifoic Çi 
pafîîonnément defirer d^aller à Paris, 
qu'elles fe confolerent aiiément fans 
doute de voir finir leur Exil ; quoi 
qu'apparament la mort de ce Prince 
fût le plus grand malheur qu'il leur pût" 
arriver, il le crut ainil lui-même ; car 
dans ces derniers momens , jectant \ts 
yeuxXur fa Famille 5 Jl cita en Latin à 



à VHifioire à^'Anne d'Autriche, 6} 
un Père de l'Oratoire qui l'afîifta à la 
niort , un Palfage de l'Ecriture , qui 
en reprelcntoit la defolation. 

Environ ce même tems,le Prince de 
Concé revint en France, il alla trou- 
ver le Roi dans cette même Province^ 
oà il attendoit qu'il fut tems d'allée 
recevoir l'Infante , des mains du Roi 
ff'Efpagne Ton Père , qui la lui dévoie 
amener. Je n'étois pas alors à la 
Cour, c'eft pourquoi je ne puis rien, 
dire de parciculier de cette Entrevue., 
Les deux Miniftres, qui étoient fur la 
Frontière , avoient été iong-tems oc- 
cupez à l'Accommodement de ce Prii^ 
ce. Celui du Roi vouloir le traiter 
comme un Ennemi qui avoit fait la 
Guerre au Roi , ôc ne defiroit point 
que la Protedtion des Etrangers lui 
donnât les avantages qu'il demandoir., 
Eux>- au contraire, le voulurent fou- 
tenir jufqu'au bout. Don Louis de 
Haro ne fe voulut jamais rendre fur 
cet Article ; ^ enfin,. la P-otedion 
du Roi d'Efpagne lui,fut Ci favorables,, 
qu'avec elle il fit fon Accommode-- 
nient , de la manière qu'il le pouvoir 
fiiuhaiter, il revint donc glorieufement: 
fe jetter aux pieds du Roi , qui à ce 

qu'on. 



^4 Memeîres four fervir 

qu'on me dit depuis , le reçut ave^' 
beaucoup de douceur & de gravité. 
Monfîeur le Prince le trouva Ç\ grand 
en toutes chofes , que Aés le premier 
moment qu'il put l'approcher , il com- 
prit à ce qu'il parut qu'il étoit tems 
de s'humilier.. L'éclat de la JeunelTa 
du Roi , & ce génie de Souverain & 
de Maîcre , que Dieu lui avoir don- 
né 5 qui commençoit à fe faire voir 
par tout ce qui paroilloic extérieure- 
ment de lui , perfuada au Pnnce de 
Coudé , que tout ce qui reftoit du Rè- 
gne palTé alloit être anéanti , & deve- 
nant fage &c modéré par Tes propres 
expériences , il fit voir par Tes fenti* 
mens & fa conduire , qu'il avoit pris un 
autre efprit , & de nouvelles refolu- 
tiens. 

Après avoir pafle l'Hiver à Niort ,. 
qui fut incommode par l'excès du 
froid que nous y foufrrîmes , nous 
partîmes Madame de Navailles , & moi 
avec elle , de cette p.tite Ville auflî- 
tôc après Pâques. Nous allâmes à 
Bénac, Maiibu du Djc de NavriilleSi 
qui eft fituée dans l'entrée des Pire- 
nées. Nous attendîmes en ce lieu 
le retoLU de la Cour, q^ui de Proveni- 



à l'H'ifloWe à' Anne d* Autriche, é$ 
ce dévoie prendre cette même route j ^660* 
pour aller , félon le delTein des deux 
Rois, fur la Frontière conclurre la Paix. 
Benac cft ficué fur une élévation à 
l'entrée des petites Montagnes , qui 
plus avant fe forment en de très- gran- 
des. Il n\fl: pas loin de la Plaine de 
Bigorre , & il eft à la vue des Pyré- 
nées , & dont on voit les cimes cou- 
vertes de neiges par les Fenêtres du 
Château. Il n'cft pas tout-à-fait privé 
des avantages du PaïS'plat j car le Be- 
nageois contigu à la Bigoi^e eft une 
allez agréable Vallée. De ce Heu 011 
entre dans le profond des Montagnes , 
foit qu'on fuive la pifte des Vallées qui 
fe forment dans ces affreufes Monta- 
gnes , foit qu'on aille par le grand che- 
min de Lourdes , qui eft une Place 
forte à une lieue de Benac. Elle fem- 
blc être placée du côté de la France 
pour en défendre l'entrée 5c la fortie 
aux Efpagnols , s'ils avoient l'audace 
d'y vouloir entrer de leur côté. Le 
Duc de Navailles a beaucoup de bien 
en cette Province : il eft Seigneur du 
LavedaUj qui contient fept Vallées qui 
fe forment dans le fonds , & font rem- 
plies de plufieurs Châteaux &: de 

Bourgs* 



66 Mémoires pour fervhf ^. 

Bourgs. Il me fut facile , en allant 
vifîcer leurs Terres , de contenter la 
curiodté que j''avois euç , de voir ces 
Pays, que la N iture a formez en ce 
lieu differcns ues autres. Je m'écois 
toujours imaginé que les Pi renées 
étoient des Montagnes defertes & in- 
cultes , où nulle beauté ne fe ponvoic 
renrontrer , que celle qa*ane affreufe 
folitude j jointe à leur prodigieufe 
hauteur j pouvoit leur donner; mais 
]& fus étonnée de voir l*agréable ôc 
i'horribl'S y faire un mélange admira- 
ble de routes les différentes beauté^ 
de la Nature. Il fe forme d'cfpace en 
çfpace, dans ces hautes &. monftrueu- 
Us Montagnes , de très-belles Vallées^ 
Si elles n'ont pas une allez vafte éten- 
due 5 pour donner aux yeux le plaifîr 
d'une vue lointaine, ellôs ont du moins 
cet avantage , que la \ué en eft bornée 
par mille objets differens , qui font 
agréables à voir. Outre la beauté des 
Prez , on y voit des Bleds , des Vi- 
gnes, des Lins, & de toutes les (Tho- 
fes necelfàires à la vie. D*nn côté p, 
on voit une Montagne , dont la hau«*^_ 
teur voifine du Ciel , couverte deNei- 
gQ £ar en haut , ayant des Nuées qui^ 
' .:! (eT 



à l'Hîflolre à' Anne à' Autriche, 6j 
fe Forment à la moitié de la Monta- i^^^» 
gne y de de l^uure , on en voie de 
moins hautes , qui font labourées ôc 
p lancée s Je la même manière que îe 
font les Colsncs d'autour de Paris : 
d'.iutres , qui portant fur leur front la 
ïnéme hauteur , font jufques à ia moi- 
tié auijl remplies de Verdure Se de 
Pacurage de Bêtes , &c de bons BleJs, 
que les autres qui font plus balles. Il 
y en a aulîi parmi celles-ià d'incultes, 
ôc qui pour tout ornement n'ont que 
des rochers atfreux , qui donnent , 
par une certiine horreur qu'ils infpi- 
rent dans l'cfprit , une admiration bien 
forte de la Puiirance de celui qui efl le 
Ciéateur de toutes chofes. De ces 
Montagnes , &c particulièrement des 
plus defertes, fortent plufieurs correns 
qui , tombant du haut de ces Rochers, 
coulent le long de ces Pierres noires, 
dont les rochers font formez , ôc font 
des cafcacies admirables • le bruit en 
eft agréable , & tout enfemble éton- 
fiant. tLj^ a dans toutes ces Vallées 
de beaux Vîîtïg^ Ôc de grands Bourgs 
fort peuplez. Les Eglifes y font bien 
fcrvies ; il y a plufi^urs Prêtres : le 
Peuple y eft néanmoins méchant j. car 



é s Mémoires pour fervîr 

la rufticité du climat les rend crnels i 
mais ils ne lalifenr pas d'être devors 
à leur mode , & fur tous les chemins 
l'on rencontre plufîeurs Chapelles & 
des Images de Nôtre-Dame. Leur Lan- 
gue eft un Erpignol corrompu , qu'il 
eft difficile de pouvoir entendre. Les 
Païfans font tous grands , de bonnç 
mine , & bien habillez, ils alloienc 
autrefois armez de piftolets & de poi- 
gnards j mais alors, M. de Tharbe leur 
Evêque , leur avoir défendu d'en por- 
ter , à caufe que fouvent ils fe tuoîenc 
les uns les autres , & fe donnoienc entre. 
eux de petites batailles. 

Dans ce Voyage que nous fîmes 
pour V'fiter les beautez de ce Pais'» 
nous allâmes dîner à Joncala , beau 
Bourg qui dépend de la Vicomte dûv 
Lavedan : nous y mangeâmes de bon- 
ne viande , mais particulièrement du 
beure le plus excellent du Monde. 
Leurs Maifons font belles. Ils ont de 
la Pierre , qui paroît tenir quelque na- 
ture du Marbre : ils difent que c'en 
eft, mais qu'il eft brutte. Qioi qu'il 
en foit , elle eft belle & fait leurs Mai-- 
fons fort propres , qui font en dedans 
accommodées de bois ôi couvertes 

d'ar- 



à l*fIiJlotre à* Anne à* Autriche, 69 
d'ardoife j car ces montagnes defertes lé^o^ 
font pleines de Mines d'ardoife , & 
on la cire de ces rochers noirs qui les 
rendent Ci affreufes. De Joncala nous 
pliâmes coucher à BolTein , qui eft un 
vieux Château, appartenant au Duc 
de N a vailles , bâti fur le fommet d'une 
demie montagne. Je penfe que c'étoic 
autrefois l'habitation fecretre d'Urgan- 
de la déconnuc. C'efl: un roc , qui 
eft des plus inacceffibles : il forme en 
haut une terraOe qaarrée & grande , 
qui ferc de cour à ce Château , dont 
on découvre une plaine des plus belles 
& des plus fertiles de cette Contrée ; 
elle a plus de demie lieuë de large & 
plus d'une lieue de long. Le Gave 
palTe au milieu de la plaine , qui , 
fortant du profond des montagnes 
court avec une grande rapidité au mi- 
lieu de cette belle Vallée. Elle eft 
environnée des plus hautes montagnes 
qui font en cet endroit. Il y en a une 
qui , pour être fort droite 6c fort haute 
1 depuis le bas jufqu'en haut , eft un peu 
feparée des autres : elle s'appelle le 
Pic de Midi. Celle-là n'eft pas plus 
loin des Fenêtres du Château, que le ^ 
Pont-neuf Teft du Louvre, De cette 

même 



7© Mémoires po'^r fervlr 

même v' ë on découvre (îx grands 
Bourgs qui font au bas , ou fur les 
premières hauteurs de ces Montagnes. 
Dans i*un de ces Bourgs il y a une 
Abbaye d'importance , & d'un grand 
revenu , bien bâtie , dont les Reli- 
gieux font d'une vie exemplaire : elle 
s'appelle Saint-Seurin. Le Gave , qui 
arrofe les prez de cette plaine les rend 
beaux : il y a par tout des Vergers 
bien plantez; dont les Fruits, à ce qu'on 
nous dit , font excellens. L'entrée de 
cette Vallée fe pourroit fermer par une , 
chaîne de fer , comme i'éroit autre- i 
fois la célèbre Vega de Grenade ; car , 
on y entre par des endroits delà mon- 
tagne, qui font alTez étroits. D'entreJ* 
ces montagnes , il y a aufli trois en»;^ 
trées ou trois chemins , qui vont en ' 
Espagne , Se qui fe pourroient aifé^-^^ 
ment fermer; il n'y a pas plus de quatre "^ 
lieues de Pais , pour aller de là dans^' 
l'Arragon. 

Après avoir fatisfait notre curio/îté 
fur la beauté des Pyrénées , nous par-'* 
tîmes de Bénac , le deuxième de Mai , 
pour aller à Bayonne , où la Cour 
étoit déjà arrivée. Nous palfâmes par'* 
Pau , que j'avois affèz envie de voir , 

de 



a l'HIffoIre â' Anne â'Antrlche, 71 
& le refpcd que j'ai pour la nicmoire ibCo» 
de Henri le Grand me fit vifiter le Châ- 
teau avec foin , «S*: particulièrement la 
Chambre où il eft; ne. 

Nous arrivâmes à Bayonne le cin- Lc^Mai* 
quiéme. La Reine eue la bonté de 
nous y voir avec quelque joye. Ce ne 
fut pas fans faire de grandes admira- 
tions de ce que /étois enfin arrivée 
dans un Pays fi éloigné du mien , & 
fur le triomphe que j'avois remporté 
fur ma parelfc. La Cour n'y tdrda 
guère ; elle en partit aufïi-tôt après, 
pour aller à St. Jean de Luz. Nous y 
arrivâmes le huitième Mai. 

On ne parloir alors que de la beauté Le s^aî. 
du Lieu deftiné pour l*Entrevuë des 
deux Rois , appelle le Lieu de la Con- 
férence. Dés l'année précédente, le 
Cardinal & Don Louis de Haro , y 
avoient conféré (ur la Paix , 6c les Ar- 
ticles y avoient été difputez & arrê- 
tez par eux. Dés ce tems-là , on avoit 
fait dans cette petite lie un Bâtiment 
fort beau & deux Galleries égales , 
dont l'une avoit l'ilTuc vers la France , 
& l'autre vers l'Efpagne , elles abou- 
tiffbient chacune de leur côré à un grand 
Cabinet , c^ui avoit fervi aux deux 

Miniftres, 



^ 71 Mémoires pottr fervW 

léfjo. Miniftres. -Mais, alors, ce lien écoîc 
deftiné , pour recevoir les deux plus 
grands Rois de l'Europe. On l'avoic 
augmenté I & embelli , & il attiroit la 
curiofité des deux Nations, Monfieuc 
17. Mai. ôc Mademoifelle y furent pour le voir : 
j'eus l'honneur de les y fuivrc , & 
véritablement , ce Bâtiment étoit la 
plus agréable chofe du Monde. 

Le Roi d'Efpagne ctoit alors arrive 
a Saint Sebaftien. Tous les François 
alloîent le voir diner : ils difoient tous 
que la Cour de ce Roi étoit folitaire j 
mais , que l'Infante étoit belle. Le 
Roi queftionnoit curieufement ceux 
qui en venoient , & les demandes de 
la Reine ne tarilFoient point fur ce 
fujet. 

Ceux j qui de ce lieu venoient à Sr.^^ 
Jean de Luz voir la Cour , étoienc 
bien reçus , & de même les François 
ctoient bien traitez chez euxj mais > 
comme leur nombre étoit plus grand , 
& leur impétuofité plus exceffive , il y 
eut des jours que le Roi d'Efpagne , 
dont les Grands n'ofoient s'approcher 
pendant qu'il dinoit , fe vit prefque 
étouffé par eux , & fa Table prête à 
ccre renyerfée, Cependant , le Ma- 
riage 



I 



i l*Hlfloîre à' Anne à' Autriche, 7 $ 
irîage du Roi s'avançoic , & nuilgvé les 16^0. 
faux Prophètes qui Tavoient menacé , 
& qui avoienc prédit qu'il ne fe feroic 
pas , il paroilloit Te devoir acomplir 
dans peu de jours. Le Roi y envoyoit 
fouvent fçavoir des nouvelles de l'In- 
fante. Elle répondoit toujours peu de 
paroles aux Cornplimens du Roi , & 
mandoit à la Reine fa Tante des cho- 
fes fort tendres. 

Les Rois cependant s'occupoient \ 
régler les Confins de leurs Royaumes , 
fur quoi il y eut quelque différent à 
caufe de certains Lieux , qui jufques là 
ne Tâvoient pas été. 

L'Evêque de Fréjus ^ m*a conté, *7m//V«, 
qu'allant trouver le Roi d'Efv>aene à ^'■«'''«''« 
Saint Sebaltien , pour être de la paît naiMa- 
du Roi le témoin du Mariage , il por- ^^'^'"* ^^2 
ta une Lettre du Roi à I Infante , écrire Langue 
comme Ci elle eut été déjà accordée. ^fF^'i"»^'' 
U ne trouva pas les chofes en cet écat , 
ôc le Roi d'Efpagne différa de le faire , 
jufqu'à ce que certains differens fufTent 
terminez qui n*avoient pas été afTez 
décidez dans le Traité de Paix. Cela 
fut caufe que l'Evêque de Frejus n'ôfa 
prefenter fa Lettre à celle à qui elle 
ccoit écrice. Il die au Roi d'Efpagne 

Tome K D qu'il 



74 Mémoires ponr fervir 

l(>6o, qu'il l*avoic , ^ qu'il fouhaitoit paf- 
fionnément de la donner à llnfante. 
Ce Prince lui répondit qu'il la gardât, 
& qu'il n'étoir pas encor tems j mais , 
J'Evêque , voulant au moins la faire 
voir à l'Infante , afin de lui faire ap- 
percevoir l'impatience du Roi , il la 
porta cachc'e dans fa main le jour qu'il 
eut Audience d'elle , 5^ lui faifant des 
Complimens de la part du Roi & de 
la. Reine fa Tante, il lui dit Vero y 
(3) Uals* Senora , ten^o de dezirle un Secreto (a) 
Mad^ynt, ^ ^g ^^Qç ^g Secreto , elle jetta les 
vous dire yeux finement autour d elle , pour voir 
unsccret. ç^ ç^ Camarera Mayor dc fes Duenas (h) 
fh)uDa- l*<^coutoient , & lailfa parler l'Evéque 
t,cur, ^ de Frcjus, Il continua Ion dilcours, 
Fc^i^m- ^ i^i ^fç ^ g„ lyj laifiTant voir la Let- 
tre , Qti*el Rey fn Senor , imagwando 
fer mas dichofo de lo que era , le avia 
{t)§^le efcrîto efla Carta ; pero quel Rey fn Pam 
Maître^ ^r^ U avîa mandado de no prefentur- 
croyante' feU (f). Elle luî répondit à demi-bas , 
17«r<«i ^^ ^^ ptiedo recîvirla fin VicemiA del 
^li'il «'/- Rey mi Padre ; pero a me dkho que 

loit y lui -^ ' ■'^ 

ttvoit écrit /^V' ^ 

cette Lettre i mats, que le T{ci fon Père lui avott eomwundé de ne la 
iiii pas prefefJter, 

(à) Je ne puis la recevoir fans la permis f ion du T^oi mon Pereimaist 
il m'4 dit qne min chofet s'étcbeverênt promptemtnt. 



a l*Htfïolre à' Anne d'Autriche, f$ 
preftû fe açahara todo (d)» Qiiand on la i660t 
preiroit de répondre quelque chofe 
pour le Roi , elle difoic , Loque dlgo por (SL)ce<fue 
la Rewa m Tia , Ce pnede entender par et i"^'^ /'<'«»' 

_,.-_•'-'- ^ ', la 'Reine 

Rey{a) Le Comte Sr. Agnan , deux maTam* 
jours avant qu'elle partie , pour fe ve- {*;fj"^^'"* 
nir marier à Fontarabie, l'ayant e'té vi- pour U 
fiter de la part du Roi & de la Reine , ^"*- 
elle lui dit de Ion mouvement, après (b)Ef au 
avoir fait fon compliment ï la Reine 1" ""'^^ 
fa Tante , y al Rey tamhlen (h). 

Ce même Evêque de Fréjus avoîc 
été déjà envoyé d'Avignon vers le Roi 
d'Efpagne , &c avoit porté à l'infante 
la Lettre , par laquelle la Reine eut la 
joye de donner la première fois le Nom 
de Fille k l'infante fa Nièce. J'ai trou- 
vé depuis cette même Lettre , dans les 
Papiers de la jeune Reine ; de , m'é^-anc 
tombée dans les mains j j'ai voulu l'é- 
crire ôc la mettre ici > me fembbnc 
qu'elle doit être précieufe à ceux qui 
révéreront la mémoire de cette grande 
PrincelFe am l'a écrite , & qui pren» 
dronc quelque part à la joye qu'elle 
eut alors. Je l'ai copiée fur l'OriginaL 
Elle étoic telle : 



D 2. SE* 



I^(:0. 



7 6 Mémoires pourfervir 

S E N O R A 

9, TTlja y Sobrina mia , bien créera 
j, jLjl facilmente V. Mageftad con 
,, quanco gufto y fatisfadlion la efcri- 
,, bo , ILimandola con el nombre que 
,, defeado d;irle coda mi vida , lo que 
9, Dios por fu Jnfinitabondad me a con- 
5, cedido : y a no me quedad mas que 
5, deiîear fino de ver Ilegar el dichofo 
5, dia j que y o harto he delTeado y def- 
5, feo , y de podcr defîr à V. Megeftad 
„ de otra manera que por efcrito , el 
,5 amor mui tierno con que la quiero y 
„ quere , roda mi vida. No dire mas 
„ por efta Carta : remtome a lo que el 
5, Obifpo de Frejus dira a V. M. de mi 
yy parte , y de la de ocra Perfona que no 
5, quiero nonbrar. Suplico a Nueftro 
3, Senor que me la guarde Hija mia co- 
„ mo deffeo , que no fera poco. 



En Avignon , a 24 de 
Marfo MDCLX. 



Biiena Madré y Tia 
, Mageftad 

ANNA. 



EN- 



à l'Hiflolre à' A^Jne à* Autriche, 77 
En voici la Tiradudion, \(>^o. 



M 



MADAME, 

A Tille & ma Nlece , Votre Ma- 



jeflé croira facilement , (jnelle, efl 
la SatlsfaBlon & la 'Joye avec lacjuelle je 
lui écris , en lui àonnam ce Nom , que j*al 
âejiré de hù donner tome ma vie, Dlen^par 
fa Bonté Infinie , m'a accordé cette Grâce ; 
il ne 7ne refte plus rien afonhaher ,• fî ce 
n*eft de voir ayrlver cet heureux jo^tr, que 
j'ai tant fotthahé y & cjne je fonhake , oit 
je pourrai dire a Votre Majefté , d'une ait'" 
tre manière cjue par écrit , comlnen j'ai 
d'amour & de tendrejfe poptr elle, Je ne lui 
en dirai pas davantage : je me remets a ce 
ejue l'Evéque de Fréjns dira; a Votre Ma^ 
jeflé de ma part , & de celle d'une autre 
Verfonne , que je ne veux pas nommer. Je 
prie Notre Seigneur , ma chère Nlece ,. 
qu'il vous garde pour mot , comme je le de» 
pre i ce ne fera pas peu. 

A N N E , 

Bonne Aiere & Tante 
d.e Votre Majefté, 

D i Ou 



78 Mémoires -pour fervlr 

lééc. On reçut alors à Saint Jean de Luz 
une nouvelle agréable au Roi & à la 
j^jj-^^"' Reine , qui fut le retabiiircment du 
Roi d'Angleterre dans fon Royaume. 
Monk l'avoit bien fervi , & avoit fait 
revenir à lui le Parlement & l'Armée, 
Il y avoit long-tems que ces Peuples , 
deteftans la Tirannie , foupiroient a- 
près la légitime Domination de leur 
Roi , fi bien que le Parlement députa 
vers ce Prince , qui écoit alors en 
Flandres , pour lui nnander de paflTer 
en fon Pais, Sc lui dire qu'ils vou- 
loienc à l'avenir , par leur repentir & 
leur fidélité , reparer leur Révolte cri- 
an i ne lie. 

Ce même jour , le Roi alla vificer le 
lieu de la Conférence , qui continuoit 
toujours > entre le Cardinal , & Don 
Louis de Haro , pour achever de ré- 
gler les Confins des deux Royaumes* 
il voulut aller voir lui-même , où il 
faudroit placer fes Troupes , le jour 
de l'Entrevue de la Reine , vc de l'In- 
fante quand elle feroit Reine , & où il 
pretendoic aufli la voir. Plufieurs 
Grands d'Efpagne , & particulièrement 
le Marquis de Liche , Fils de Dor\ 
Louïs de Haro> fe trouvèrent en ce 

lieu , 



à VHtjîolre à*Ânne d* Autriche, 7^ 
lieu , qui admirèrent le Roi , & qui H^c>^ 
témoignèrent leur fatisFadion , par les 
cxceffives loiianges qu'ils lui donnè- 
rent. 

Il y eut de grands retardemens du 
côté àts Efpagnoîs , fur certains Villa- 
ges qu'ils demandoient fur la France. 
Ces Chicaneries donnèrent du dégouc 
aux deux Rois , & les deux CoiKs Te 
chagrinoient : on murmuroit déjà de 
part &: d'autre ; & on fe difoit à l'o- 
reille à Saint Jean de Luz , que le 
Mariage pourroit fe rompre. Mais , iî 
paroiiîoit néanmoins , par ce qui étoic 
arrivé à Lyon, que Dieu l'avoic ordon- 
ne ; &: il écoit en effet arrête par les 
ordres divins, que nous aurions pour 
Reine cette grande PrincelFe. Enfin » 
les Négociations des Miniftres eurent- 
une fin honorable pour le Roi j car le 
Cardinal Mazarin ayant tenu bon , îe 
Roi d'Efpagne lui manda qu'il le pre- 
noic pour Ton Arbitre , & qu'il le 
prioit d'ordonner de cette Difpute fé- 
lon qu'il le jugeroit jafte. Le Teilier 
Tint apporter cette nouvelle au Roi & 
à la Reine , le jour de la Fête du Saine 
Sacrement, qne Leurs Majeftez éroienc 
à la grande Meife à la Vno\[\t de Saint 
D 4 Jcaa 



So Mémoires pour fervîr 

ié6o. Jt^andeLnz. Elle donna de la joye à 
toute la Cour ; car , chacun fouhairoic 
de retourner à Paris ; & , comme ce qui 
étoit an difpLue n^étoir pas de grande 
confequence , on eftima le Miniftre 
d'avoir trouvé le moyen de relàcheir 
avec honneur quelque petite portion 
de ce que le Roi d'Efpagne précen- 
doic. Il fe lie fur ce fujet une ConFe» 
rence entre les Minifbres , & quelques 
Voyages de Négociateurs fubalternes , 
ëz toutes chofes s'acommoderent. Les 
Partages étant faits alfez à l'avanta- 
ge du Roi , une autre Entrevue des 
deux premiers Mmiftres régla tout le 
refte : le jour fut pris pour les No- 
ces , Se les Entreviiés du Roi d'Efpagne, 
de la Reine , & de l'Infante , avec 
celle des deux Rois furent toutes ar- 
rêtées. 
,- *.,'n Le Mercredi deuxième Tuîn , le 

LC 1 juin» _ •' 

Roi d'Êlpagne quitta Saint Sebaftien , 
& vint à Fontarabie , pour pouvoir 
faire le Mariage , qui devoit fe cele- 
i۔ juin, brcr le lendemain. Don Louis de Ha- 
ro , Miniftre d'Efpagne , devoit épou- 
fer l'Infante au Nom du Roi , Ôc l'E- 
vêque de Fréjus. fut nommé pour en 
ctie témoin de la part du Roi, Je 

vou- 



à l'HiJloîre d'Âririe d'Autriche, Si 
voulus aller voir cette Cérémonie , & iééo«- 
la Cour d'Efpagne, Je ne fus pas 
feule , qui eut cette curiofité : beau- 
coup d'autres perfonnes , tant Hom- 
mes que Femmes , y furent aullî. Ma- 
demoifelle y voulut aller îmo^nîto , ou 
ce qu'on appelle en Efpagnol deenhoçoK Cachée.- 
Elle m'avoitfait l'honneur de me vou- 
loir mener avec elle ; mais , pour m'ê- 
tre engagée avec d'autres perfonnes , je 
n'y pus aller , & je la rejoignis à Fon- 
tarabie. Comme nous arrivâmes fur 
le bord d'Andaye, nous trouvâmes des 
Barques , que le Roi , d'Efpagne , qui 
fçavoit que les Dames y dévoient aller, 
y avoit envoyées. Ces Barques ctoient 
par dehors couvertes d'Etoffes éclatan- 
tes & par dedans tapi liées de Damas 
cramoifi , avec dzs molets d'or & d'ar- 
gent , & des rideaux de même Etof- 
fe. Il y avoit dans ces Barques âcS' 
Bancs & des Sièges richement accom- 
modez, Des Carolfes du Roi d'Ef- 
pagne nous attendoient fur l'autre 
bord de la rivière au pied des murail- 
les di Foncarabie , où nous crans mi-^ 
fes nous fumes conduites chez Pimen*- ^j'ctoiT 
tel , qui etoit de la connoillance des- dames ' 
Perfonnes avec qui j'étois *. On ^^^^^ 
D S nous Lionne,; 



Il Jl^ f moires pour fervîr 

l66o* iiotis apporta aufïi-tôc du Ciioco!ar& 
CCS BTcuirs 3 iegrand régal d'Efpagne. 
Cette Maifon écoic dans ki Place j ôc , 
pendant ce petit repas , je m'occupai 
à regarder tout ce qui fe put prefenter 
à mes yeux ; je fuis curieufe, Ôc j'aime 
à remarquer ce que je ne connois 
point encore. Je vis premièrement 
une grande quantité de Livrées du 
Koi 5 ôc celles des Grands étoient auf- 
fi afïez raifcnnabîes , mas fans Or y 
ce qui ne les embelliiïbit pas. Nous 
vîmes palîer quelques Grands , qui » 
outre leurs EftufScis de leurs Livrées > 
avoient aufli des Pages du Roi qui les 
fuivoienr. On nous dit que plulieurs 
en avoient > que le Roi leur entrete- 
roit, les uns plus, les autres moinso. 
félon leurs Grades ou Dignitez. DeJà 
nous fumes conduits à l'Eglife , ou 
nous trouvâmes des Gardes rangés en 
haye , fans occupation , car il n'y a- 
voic pas ailez de Courtifans à cette 
Cour pour former la prefTe y ôc ceux 
qui y dévoient être étoient en petic 
nombre ; v^ms ,11 faut remarquer 
auffi , qu'ils font défrayés par le aoi , 
de qu'aucun ne fuit fa Pevfonne dans 
les Voyages , que par fes ordres. Cette 



À f^Hiftoire d'Anne d'Autriche. 85 
coutume prive fa Cour d'eclac & de 1^60, 
bruit 5 mais en foi elle a de îa Gran- 
deur. Jamais eu France je n'ai écé à 
la moindre Cérémonie avec tant de fa- 
cilité. A dire le vrai , je fus étonnée 
de voir en ce lieu , & dans une fi ce- 
celebre journée ,une fi grande folitude. 
Nous nous mîmes dans le Chœur , à: 
côté des degrez du grand Autel , d'où , 
nous voyons la Courtine du Roi , c'eft 
à dire , le lieu où il fe met pour en- 
tendre la Meffe , qui eft comme un 
Lit, où il y a àç,s Rideaux tout au- 
tour : celui de devant Tes yeux eft tiré j. 
afin qu'il puilfe entendre la MelTe , & 
d'ordinaire on ne le voit point. Cette 
Courtine étoit à main droite dans le 
Chœur , qui étoit couvert par terre de 
grands Tapis de Turquie, A côté de 
ia Courtine , il y a voit un grand Banc 
couvert aullî de Tapis , qui étoit placé 
depuis le coin de la Courtine jufques 
plus bas , &: de là formoit un quarrc 
pour les Grands d'Efpagne. Made- 
moi Telle arriva un peu après nous , qui 
fe mit parmi les autres j mais , comme. 
on fcavoit qu'elle y devoit venir , quei^ 
ques-uns & même des Prêtres qui é- 
toient là.atrendans à faire l'Office me 
D 6 de- 



S4 Mémoires pour fervtr 

demandèrent où elle étoit. Ces Pic^ 
très s'occupèrent à m'entretenir. Je 
leur parlai Érpagnol ,\\s y répond irenr, 
& même j'ôfe dire qu'ils me parlèrent 
en des cermes un peu trop galans pour 
des Prêtres j mais l'air corrompu du 
Pais le veut ainfî. Au bout d\me de- 
mi heure ou trois quarts d'heure , le 
Roi d'E^^pagne arriva avec llnFanre , 
qu'il menoit à fa main gauche. [1$ 
n'étoient pas fuivis d'un grand non> 
bre de Pcrfonne^ , ni avec apparat 5 
car , le Roi d'Efpagne a peu de Gar- 
des , de le bruit des Tambours & des 
Trompettes ne l'accompagne pas com- 
me le nôtre, ils fe placèrent tous deux 
dans cette Courtine , & l'Infante fe 
mit à la gauche du Roi fon Père. Dés 
le premier moment que je vis cette 
Princelfe , elle me parut belle , de le 
Roi d'Efpagne me parut avoir la phi* 
fîonomie d'an Homme plein de bonté'.. 
Le rideau de cette Courtine , du côté 
où nous étions demeura ouvert , ôc 
on crut que ce fut pour favorifer Ma- 
demoifelle , que ce Roi regarda fou- 
yent. Les Grands fç mirent fur ce 
Bmc qui étoit préparé pour eux. Don 
Louis le premier touchoic le rideau 

de. 



a l*Hijhîre à* Amie d'Antriche, S| 
de la Courtine , puis le Duc Médi- 
na de las Torres > le Marquis de Mon- 
dejar , le Marquis de Liche , ôc les 
autres. La Melîe fe commença aulïî- 
tôc , qui fut dite baffe , fans nulle ce» 
remonie , par TEvêque de pampelu- 
ne. Nous remarquâmes même que les 
Ornemens en écoienc vilains. Sans 
compter un grand nombre de François 
qui rempliiroient toute l'EgliTe , nos 
grands Seigneurs , qui avoient paifé 
ians le haut du Chœur , occupoienc 
les dégrés qui montoient au grand Au- 
tel à côté duquel étoienc afïis TEvê- 
quedeFréjus, ôc celui de Comminges 
de la Maifon de Choifeul, Nous au- 
tres Dames étions à Tautre côté de la 
Courtine, vis à vis du Roi <3c de l'in- 
fante , à genoux fur les Tapis qui é- 
toient à terre. La Melfe écanr dite ^ 
l'Evêqne de Pampelune ,, revécu de 
fes Habits Pontificaux , s'approcha du 
lieuoùécoit le Roi & l'infante. Don 
Louis , & i'Evêque de Fréjus s'en ap- 
prochèrent auffi ; ôi l'Infante s'écant un 
peu avancée , alors on lut la Procura- 
tion du Roi nôtre Maître , & enfuire 
l'Evêque les maria. Quand il falluc 
q^u'elk dic ce oîii fi confiderable pour 

tous» 



S^ Mémoires pour fer vît 

tous , & Cl notable pour des Perfonnes 

de cette Naifïance , elle fit une grande 
Keverencc au Roi fon Père , puis !e 
prononça moJeftemenc. La féconde 
fois 5 elle le die un peu plus haut j (Se 
la Cérémonie étant tout-à- fait achevée^ 
elle fe mit à genoux devant ie Roi fon 
Pçre , qui , en l'embradanc tendrement,, 
la releva , ayant les larmes aux yeux ^. 
& cela nous les y fit venir auffi. 

L'Infante Reine étoit petite , mais 
bien faite : elle nous fit admirer en elle 
la plus éclatante blancheur que Von 
puiiTe avoir , ÔC toute fa perfonne de 
même. Ses yeux bleus nous parurenc 
beaux : ils nous charmèrent par leur 
douceur , ^ leur bnlîant. Nous cc- 
lebrames la beauté de fa bouche , ôc 
de fes lèvres un peu groiTes & vermeil- 
les. Le tour de (on vifage étoit long ,, 
mais étant rond par en bas , il nous, 
plut y de ies jolies un peu gi'olTes mais 
belles eurent leur part de nos louan- 
ges. Ses cheveux écoient d'un blond 
argenté,, qui convenoit entièrement 
aux belles couleurs de fon vifage. A 
dire le vrai , avec une faille plus gran- 
de , & de plus belles dents , elle meri- 
loic d'étxemife au rang des plus belles. 

Pcr- 



a i'HJjhIre d'Anne â^Afétrkhe, 87 
Perfonnes de l'Europe; ôc je trouvai 1660» 
qu'elle relTembloic beaucoup au Por- 
trait Que mon Frère nous en avoic 
déjà faic. Sa gorge nous pamc bien- 
faite , &: aflez grade , mais Ton Habir 
étoit horrible. La coutume ni la mo- 
de ne nous f^afcinoic point les yeux , 
& pour moi y foie en France , foie ail- 
leurs , il me femble que je difcerne 
aifément , ce qui eft mal , ou bien. 
Comme je trouvois alors les Habits 
des François ridicules avec les larges 
Canons qu^ils portoienc aux jambes 3 
& que je trouvois a redire à leurs pe- 
tits pourpoints, qui ne leur couvroienc 
ni le corps ni l'eftoraac y de même » 
THabic & la Coiffure des Femmes 
d'Efpagne me fît de la peine à voir.. 
Leur corps n'écoit point vêtu de rien 
qui fût ferme , 6c leur gorge ëtoic 
ouverte par derrière. Hormis l'Infan- 
te , je ne vis de toutes celles qui U 
fuivirent aucune Femme qui ne fût 
noire & maigre. Leurs épaules,, par 
conféquent , me firent mal au cceur , à 
les voir ainh découvert^^s. Leurs peti» 
tes manches étoient taillées & de 
mauvais air. Elles avoient pe.u de 
linge , & leurs dentelles nous parurent 

laides , . 



î^ Mémoires pôurfervïr 

laides , leurs manches pendantes é- 
toient fans grâce, & leur Gard-Infanti^ 
écoit une machine , à demi ronde & 
monftrueufe ^ car , il fembloit que 
c'écoient plufieurs cercles de tonneau 
coufus en dedans de leurs Juppss , hor- 
mis que les cercles font ronds , 6i que 
leur Gard-Infante ^ ctoit aplati un peu 
par devant & par derrière , & s'élargit 
foit par les cotez, Qi-iand elles raar- 
choient , cette machine fe hauiîoit ^ 
bailloit j Ôc faifoit enfin une fort laids 
figure. 

Leur plus bçlle CoëFare étoit larga 
avec de faux cheveux > 6c leur front 
trop découvert & (ans fcifure , n'avoic 
point d'agrément. Quelques autres 
avoienc leurs Cheveux nouez par der- 
rière , 6c leurs treifes attachées par ci 
par là , avec des rubans qui font laids 
en Efpagne. Encore cette manière de 
fe coëfer comme elle étoit plus iim- 
pie ôc plus naturelle , étoit auffi plus 
agréable. L'Infante Reine ctoit coef» 
fée en large le jour de Ton mariage. 
Son Habit étoit blanc , & d'une allez 
laide Etoffe , en broderie de Talc y car 
PArgent êtoit deffjndu en Espagne. 
Elle a voit des Pierreries enchailées dms 

beaiî^ 



^ l'Hlfloire à* Anne à'Jutrtche, Sp 
beaucoup d'or. Ses beaux Cheveux ^^éo, 
croient cachez fous une manière de 
Bonnet blanc , au tour de fa tête , qui 
ctoit pKis propre à la deffigurer , qu'à 
lui donner de rovnement ; mais , mal- 
gré Ton Habit , nous apperçumes fa 
beauté. C*étoit une marque infaillible 
de fa grandeur. 

De là nous allâmes la voir dîner Se 
la Reine , avec un defir fort emprellé 
de la voir de près. Quand elle fortit 
de fa Chambre , pour venir ri ans celle 
où Ton couvert étoit m'rs , on nous 
convia ds nous approcher d'elle , &: 
de lui aller baifer la main, La Du- 
chefTed'Ufcz , qui écoit de notre trou- 
pe , y fut la première , puis Madame 
de Lionne , puis moi , félon que le 
hazard m'avoit fait rencontrer auprès 
d'elle : les autres enfuiie y furent de 
même. Elle fe mit enfuite à table, & 
fut fervie par fes Dames , & par Çt^ 
Menins. Comme en la faluant je lui 
avois parlé Efpagnol , elle s'arrêta à 
moi , 6c me fie l'honneur de me ré- 
pondre à toutes les queftions que je 
lui fis. Ses propres Cheveux ne fe 
voyoient point : elle en avoit de faux , 
qu'ils appellent Monos , c'cft - à - dire 

faux- 



9© Mémoires pour fervir 

lééo. fauxChevenx, ]e lui demandai à voir 
les fiens : elle me les montra , 6: j'eus 
fujet d*etre fatisfaite de leur beauté. 
Quand elle fut à table , elle me com- 
manda de m'approcher , & de l'entre- 
nir. Je paiTai derrière fa chaife : & 
comme toutes fes Dames par refpeéb 
n'approchoient point d'elle , je lui dis 
que puifqu'elle écoit notre Reine, elle 
devoit s'accoutumer à fouftrir nos im- 
portunitez. Mademoifelle , dans ce 
tems-là , étoit allée voir diner le Roi. 
d'Efpagne j elle revint alors , Se s'écant 
appuyée fur moi » je fus leur truche- 
menr. Notre nouvelle Reine , fça- 
chant que c'étoit elle , qui ne vouloit 
pas être connue , lui fit quelques fou- 
ris , &c répondit toujours agréablement 
à tout ce qui fe àiCoit de nôtre coté. 
Cette PrinceiTe étant fortie de table , 
elle s'approcha de Mademoifelle ôc lui 
dit j en faifant mine de l'embraflTer, t>^» 
(a> Je ahraçho le quiero dar a efconàida {^)^ 
vous veux £lJe la fit entrer dans fa Chambre , ou 

<m>bra(fer . • . , ^^ ni. 

anfeeret. " -J avoit deux Carrcaux : elle lui 
en fit donner un ^ & la traitta de Vos ,. 
comme étant Reine, faifant néanmoins 
toujours femblant qu'elle ne la connoif- 
foit pas» Elle fuiyit en cela l'ordre du 

Roi 



a VH'iflolre d' Arjfîe d*Amr'iche, 5)1 
Roi fon Père, qui lui manda d'en u- i6éo. 
fer ainfî j car , étant rentrée dans fa 
Chambre , entre ce moment & celui 
auquel elle fit entrer cette PrincefTe , 
elle avoit envoyé , fçavoir de lui , 
comment elle la traitteroit. ^ Si Made- 
moifelle eut pu alors fe fouvenir des 
delîrs ardens qu'elle avoir eus pour la 
Couronne de France , elle auroit dCi 
fentir quelque amertume ; mais , fon 
Efprit n'étant pas habitué aux réfle- 
xions , 6c le tems qui efface toutes 
chofes ayant eu le pouvoir de changer 
fes fentimens , elle revint contente de 
Fontavabie. Pour nous , nous crûmes , 
ayant vu l'Infante Reine , que nous 
devions rendre grâce à Dieu de nous 
l'avoir donnée. Elle reff'embloit à la 
Reine fa Tante; mais, fes Couleurs 
cioient différentes, La Cour d'Efpa- 
gne paroit deferte , au prix de cette 
nombreufe quantité de Gens de Qua- 
lité , qui offafquent celle du Roi , & 
qui la rempHlfenr^ Ce que j'en vis 
néanmoins , qui fut peu , me parut a- 
voirde la Magnificence, Les Grands 
n*avoient pas des Habits fi brodez que 
les François ; mais , fur leurs Etoffes 
fimples & unies , ils ayoïenc tous de 

belles 



92. Mémoires pour fer vlr 

belles Pierreries,qui les diftingnoient du 
commun, & les faifoient paroîcre de 
bonne mine. Leur Habit avoic de la grâ- 
ce 5 hormis que leurs ChaulFes étoienc 
trop étroites , comme celles des Fran- 
çois étoienc alors difformes par leur 
largeur. 

Après que nous eûmes vu. marier la 
noQvelie Reine ^ & après que nous lui 
eûmes fait notre Cour ; Pjmentel nous 
donna un bon dîné. D'autres furent 
traittés par Don Louis , 6c après que 
nos Troupes Françoifes eurent été fore 
bien nouries , nous nous en revînmes 
tous à Saint Jean de Luz , dire à la 
Reine que nous avions trouvé la Reine 
fa Nièce à\g\-\^ de fes defirs. Nous lui 
en fîmes le Portrait 5 &: notre Narra- 
tion augmenta l'impatience qu'elle a- 
voit de la voir. 

Le lendemain, la Reine dévoie al- 
ler fatisfaire fon defir , fuivie feule- 
ment de fa Dame d'Honneur , félon 
qu'il avoit été refolu entre le Roi &: 
elle & le Roi fon Frère &: la Reine fa 
Nièce , afin de pouvoir jouir plus en 
repos du plaifir de fe revoir encore 
une fois en leur vie. Monfieur feule- 
ment devoir aller avec elle , dont le 

rang 



à l'Hiftoire à' Anne d'Autriche, 95 
rang ne les pouvoir embarraller , & l6(^0» 
dont la PeiTonne lui éroit chère. Le 
Roi devoir fe montrer à Cheval à l'In- 
fante Reine , par les fenêtres de la Sal- 
le , où elle feroic avec la Reine ; mais , 
fon impatience changea ce premier 
delfein. 

Le quatrième Juin, la Reine alla Lc^jain, 
donc voir le Roi fon Frère, & la Rei- 
ne fa Nièce pour la première fois , qui 
ne fut accompagnée que de Mefdames 
les ComieOes de Flex , &deNoailles ^ *Dame 

, . 1 1 • n'Hon- 

encore cette dernière eut de la peine neur, & 
pour en être. Les deux Rois ne fe de- ^^"^^ 

* . ' » r ' ' d'Atour. 

voient voir qu une rois en cérémonie , 
qui devoir être le jour qu'ils jureroienc 
folemnellement la Paix ; mais , ain(î 
que je viens de le dire , ce projet ne 
fut point fuivi , parce que , félon la 
raifon , h Roi voulut voir l'Infante 
Reine de plus près , ^ voici comment 
la chofe fe fit* 

La Reine arriva à la Conférence a- 
vant le Roi d'Efpagne fon Frère, à 
caufe qu'il avoir été retenu à Fontara- 
bie , par la vifice du Duc de Créqui , 
qui fut de la part du Roi porter à no- 
tre jeune Reine , non les Pierreries de 
la Couronne , mais celles que le Roi 

lui 



9 4 JHemolres pour fervlr 

lui donnoic pour Ton prefenc de Na- 
ces , qui fuc fort beau. Le Roi d'Ef- 
pagne éranc arrivé , la Reine & lui 
s'embraflerenc : le aoi Ton Frère plus 
gravement que la Reine ; car , elle 
voulut le baifer , mais il retira fa tête 
a loin , que jamais elle ne pût l'attra- 
per. La Reine fa Nièce , fe jctta à 
genoux devant elle , & fut long - tems 
à lui demander la main , ce qu'elle 
n'obcint pas , mais au lieu de la main 
la Reine l'embralfa auffi tendrement 
que l'on le peut juger , par les ardens 
defirs de fon cœur , pour la jouïilance 
de ce bien qu'elle polTedoit alors. En- 
fuitc Monfieur s'approcha du Roi 
d'Efpagne , & lui fit fon compliment. 
Ce Roi lui dit qu'il étoit ravi de voir 
Son AltelTe , & ils fe firent aufïi des 
compliments la jeune Reine & lui. Le 
Cardinal fut reçu du Roi d'Efpagne a- 
vec beaucoup de louanges fur fa per- 
fonne , fur l'eftime qu'il en avoit tou- 
jours faite a & fur fes belles qualitez , 
puis conclut par lui dire, que l'Europe 
enfin lui devoit la Paix, 

Don Louis apporta une Chaife au Roi 
fon Maître , & Madame la Comtef- 
fe de Flex Dame d'Honneur de la 

Reine 



k l'Hîftoîre à' Anne d'Autriche. 9 ; 
Reine en rae'me tems en appouta une iCûq, 
à cette PrincelTe, Tous dtux s'affi- 
rent environ fur la ligne qui dans la 
Salle de la Conférence féparoic les 
deux Royaumes. La C^marera Ma- ^^j^^^^. 
yor{a) du côté d'Efpagne apporta un ^e d,'H.l 
Carreau à la jeune Reine fa MaîtreA^» "'*""• 
La Reine lui en fit apporter deux , ^ 
elle s'aflîc auprès du Roi Ton Père, 
Monfieur fe i-nit fur un Siège pliant {hjHeias-. 
auprès de la Reine fa Mère. Leur /^^^^;'"'' 
Converfatîon fut bonne , tendre , Se Dm^// 
cmprelTée du coté de la Reine , mais VjJJ* 
trop grave du côté du Roi fou Frère , (c;Ji««- 
&-à fon retour elle nous parut plus '' ''""'",' 
contente de les bonnes mtenrions lur rcmbien*, 
l'amitié, que de fon extérieur. Etant '«'"^"p- 
cnlemble , ils parlèrent de la Guer- 
re, & la Reine faifanc des lamentations i^tfpere^ 
fur fa durée, il lui dit avec un grand '""■^i . 
helas : Ay , Senora , es el Diablo qvie v»?** àt- 
lô a hecho ( a ) : Il lui dit en une autre ^«^"'^//'' 
occalion , A^ora , prejfo tendromos defouhai- 
mettos f b ) : & la Reine lui répondit , ''/J^/f ^' 
Qjie ajji lo efperava , pero cjue le pedîa i^oi ♦ 
licencia , para dejfear un Hyo por el ^^^^l^- 
Rey , primera (jHc una Novla , por el fe^me 
Trincipe fa Sobrho (c) : Ils parlèrent ^^.J^ 
enfin de toutes les chofes qui peuvent mon nt{ 

venir ^"'' 



^é Mémoires pmr fervlr 

liCa, venir dans l'efpric d'un Frère , & A'a- 
ne Sœar , qu'il y avoic quarante cinq 
ans qui ne ç'écoienc vus. La Reine 
lui die encore fur le chapitre de la 
Guerre , To creo ^«^ me perdonara , V. 
Jidageflad de aver fiâo tan huena Fran^ 
ce fa \ yo lo devla ai Rey mi Hijo , y a 
(a) Jf la Francia ( a ). Bien lo efîimo en V. 

cïots 0UC ^ y J 

VomMA- M âge ft ad y lui répondit le Roi d'Ef- 

^^'^^ Tonne- P^S"^ • ^^^^'^^^ ^^ ^ hccho U Reyfta ml 
ra d'avoir muguer , qiie fienào France fa , no ténia 

TeFrt7- ^^ ^^ ^^^^^ fi^^ ^^^ întereffes de mis 
{o!fe. Rein OS , y et dejfeo de comentarme ( e ). 
j^ le de- Ce grand Roi conta à la Reine fa 
'oois au Sœur , Tamour qu'il avx)it pour la Rei- 
wïnF'th, ne fa Femme : il lui dit qu'elle avoic 
^^^'^ de la beauté , qu'elle écoit bonne , 6c 
qu'il avoir un grand defir de la revoir. 
Il n'oublia pas aufli de célébrer les 
belles qualitez de la deffunce Reine fa 
vtus en première Femme , Fiile de France ( f ) , 
tfltme. ^Qx\i la mémoire étoit en vénération 
K '^11' dans tous fes Etats. Le Cardinal Ma- 
me en a zarin , qui s'étoit amule a parler a D. 
^7nt;Tar, Louïs , interrompant leur Converfa- 
étant tion , s'approcha de Leurs Majeftez , 



mon 

&• À 

France, 
(e) Je 



Vrançoi- ^ 

fe , elle ^ ^ 

n'aveit dans l'ame que l'intérêt de mes T^ojaunns » ^ le defir dt raê 
contenter 

{î} Madame ElîfAbetb de iMnce» 



à l'Hîfloîre ^Anne à' Autriche, ^y 
>lk leur die , qu'il y avoic un lutoîina i^^^, 
qui écoic à la Porte , qai deai .ndoic 
qu'on lui ouviîc. La Reine , avec le 
confencemenc du Roi fon Frère , lui 
ordonna de lailfer voir cet Etranger. 
Lui & Don Loiiis , laKTint la Porte 
demi ouverte , donnèrent moyen au 
Roi de voir l'Infante - Reine; mais, 
parce qu'il falloit auflî qu'elle le vît, 
ils prirent foin de ne le guère cacher. 
Ils n'eurent pas grand peine de trou- 
ver les moyens de le montrer , à celle 
qui le regardoit avec des yeux tout-à- 
fait intered'és à fa bonne mine , parce 
que fa belle taille le faifoit furpalFer 
les deux Miniftres de toute la tête. La 
Reine rougir , en voyant paroîrre le 
Roi fon Fils , & la jeune Rjine encore 
1 plus , en le con(ldev:int attentivement. 
} Le Roi d'Efpiîgne le regarda autîî , 6^ 
! fourit , en difant à la Reine fa Sœîir, 
.qu'il avoit un lînâo Herno a» L^aVnheax 
(Reine auffî tôt lui dit en Efpagnoi , '^^''^''^•. 
I qu'elle fouhaitoit de demander à la 
! Reine , ce qu'il lui fcmbloit d^ cet In- 
: connu ; fur quoi le Roi fon Frère lui 
répondit , (jne no era tiempo de defr-^ 
loh. Et quand le pourra-t-elle dire, br^wvyf 
lui dit la Rsino en Efpagnol, Q^Hanâo ^deUdtltl 
Tme y. E mrf^ 



5)8. Mémoires pour fèrvlr 

xé^o. ^^ra pajfado a çjuflU Puerta a, lui ré- 
ti Quand po^^ît ie Roi fo» Frcrc. MonfuLU' 
eiie^^ura dic tout bas à la jeune Reine , Qjie le 
^BmeT' f"^^'"^^ "^ Vagira Majeftad , de la her^ 
bQttefem' ''^ ^ ? Elle lui répondit auflî-tôi d'un 
hle't'd à air fpiritucl , & en riant , Muy linda , 

feîte Por- y- ^^^^y ^^^^^^ 3 ^^ farece la Pnena c. 
le? Apres que le Roi eut regardé la Reine 

cLaPtrîe Infante , il fe retira, &c alla fe pofteu 
rne ^aroh au bord de la rivière, pour la voir 
^(sr jort embarquer. Il dit à Mr. le Prince de 
hmne, CoHti , 6c à Mr. de Turenne, en for- 
tant , que d'abord la laideur de la 
Coiffure ^ de l'Habit de Tlnfante 
i'avoit furpris ; mais que l'ayant re- . 
gardée avec attention, il avoit connu | 
qu'elle avoit beaucoup de beauté , & 
qu'il comprenoic bien qu'il lui feroic 
facile de l'aimer; La foule que les 
Grands d'Efpagne firent autour du 
Koi , pour le voir , & leur Admira- 
tion fur fa perfonne , fur une chofe 
extraordinaire, ils le portoient , tant 
ils le prefToient , & les Gardes du Roi 
d'Eipagne fe venant mêler avec celles 
du Roi^ fe mirent en la même poftu- 
re qu'eux , &: ne faifoient autre chofe 
que lui donner mille benedidions. 
, Èiifîu , jamais Emrevu'è de Rois n'a 

été 



i l'Hiftolre à' Anne d'Autriche, f 9 
écé pareille à celle-b. il faut fouhai- i6<oo. 
ter qu'elle aye de meilleures fuites > 
que celles qui fe font faites jadis, en- 
tre nos Rois 5c les Rois d'Efpagne » 
& d'Angleterre. 

La jeune aeine voulut remercier la 
Reine fa Tante des Préfens que le Duc 
de Créquy lui avait apportez ce mê- 
me jour de la part du Roi j miis , 
la Reine lui répondit , No ^ no y Hiîa j 
en ejio de prefentes , no es menefter 
h^arme a ml , ëjue toâo vlene y a del 

Rey^, * bis», non g 

Quand la Reine & le Roi d'Efpa- "''^'^■'? 
gne le voulurent feparer j chacune de tildes pr,* 
ces Perfonnes Royales fe trouvèrent ^'"^'''f"' 
abandonnez de leur Cour : tous les pas parler 
François étoient palfez du côte' du ^'^•^„j"j'^ 
Roi d'Efpagne ôc de la jeune Reine , t^/V 
pour les voir entrer dans leur Batteau 
qui écoit païf litenent beau ; & tous 
les Efpagnols étoient du côté du Roi 
pour le voir , &: pour faliicr li Reine 
notre digne Maitrelfe , dont les mains 
penferentêtre uféesàTorce d'être bai- 
fées. Les Grands Sc les Petits Pem- 
bralFoient quad , avec des tranfports 
de joye inconcevables. Il y eut un 
Comte de ^Pugnoenroftro , qui avoic 

Ë 2. au- 



IQO Mémoires pour fervir 

100» autrefois écé Ton Menin , qui lui pen- 
fâ dévorer la main. Enfin , la Reir 
ne nous fir l'honneur de nous dire à 
fon retour , qu'elle ne croyoic pas la 
pouvoir tirer jamais des fiennes , tant 
il la tenoit forrementi Le Roi , pen- 
dant que la Reine fa Merc , recevoit ; 
les faluts de ceux de fa Nation , ayant 
vu embarquer Tlnfante-Reine galoppa 
le long de la rivière fuivant le bat- 
teau où elle étoit , le chapeau à la 
main d'un air fort galand. Il auroic 
peut-être couru jufques à Fonrarabie, 
fans des Marais qui l'empêchèrent de 
pHTer. Le Roi d'Efpagne en fortant , 
foit qu'en effet il ne le vît pas , ou ne 
fît pas femblant de le voir , n'ôta point 
fon chapeau , qu'il n'avoit point mis 
fur fa tête , tout le tems qu'il avoit 
été avec la Reine ; mais , quand il 
vit le Roi galopper fur le bord de la 
rivière en pofture d'Amant , Se fuivi 
en Roi de France , le Roi d'Efpagne 
alors fe mit à la fenêtre de la Cham- 
bre de fon Batteau , & le falua fort 
> prttnif bas , tant qu'il put 1« voir. ]'ai fça 
.tfmme acnuis par Vj^lfdifHta^^ que la Rei- 
hre , U ne amena en France , qu elle avoit 
î'""!''* demandé à fon retour: à i'Infante- 

Reine, 



une Ca- 
valcade 
d'unHoKi' 



a VHljîoïre d'Anne d' Ai4tricloe, loi 
Reine, Ç\ elle avoir trouvé le Roi bien* iC^q* 
fait , & que cette jeune Reine lui avoit 
répondu , Tcemo , que me agrada ; por 
cierto cjn'es muy lîndo moço , y que ha 
hecho uYiA Cavalcade muy brava , y muy 
de gaUn a, Aafli , avoit -il fait cet- a Ce^- 
te courfe , fans prendre garde qu'il fe *f^' ^f '/ 
tenoit découvert devant un grand Roi ceriMn- 
à qui il n'avoit pas accoutumé de fai- '^^"rjl''^ 
re des civilitez , fans en recevoir de beauOar* 
plus grandes > ou du moins de pa- ^aui'a%if 
reilles ; mais , en cet inftant , fa Gran- 
deur fe cacha fous la Galanterie , ôc 
l'éclat de la Pourpre pour cette fois ^'*i'>'tga 
le céda aux preiuieres étincelles de fou 
Amour. 

Nous avons fçu depuis par la Reins 
même , & par Dona Ai aria Melina , 
que le Roi d*Efpagne , un peu avant 
les Noces , ayant fait lire devant lui, 
ô^ devant les Grands de fa Cour , le . 
ContracSb de Mariage du Roi notre 
Maitre & de l'Infante ; il avoit dit 
tout haut, fur l'Article delà Renon- hcedefi 
ciation , Eflo es un a pataratta j y i Ji 
falrajfe el Prhcipe , de derecho mi fi L 
Hija a d'hereâar b. Dieu conferve "., 
e rrincc d Elpagne prelentement vi- qu«it. de 
vaut j mais , Ci rEfpagne le perdoit ,,il ^;'l]'"'' 



U)ie Fa- 
daise; O" 

'e Prin- 

mon 

s man- 



dait' 



10 2 Jltemoîres four fervlr 

1660, eft à croire , qu'apiés cette Déclara- 
tion, le Droit légitime , le Mérite du 
Roi , fa Piiinfance , fcs belles Qiialitez 
fi célébrées par les Efpagnols dans 
cette Entrevue , & l'Amour que toute 
cette Nation porte à leur Infante , 
ddnneroit peut-être aux François l'a- 
vantage de commander à toute TEu- 
rope : du moins , par l'aveu du même 
Roi fon Père , il feroit jufte que cela 
fût ainfi. 

Le D-manche fixiéitie Juin , la Paix 
fut jurée avec toute la folemnité pof- 
iîbîe. Les deux Rois fe trouvèrent à 
la Conférence 5 ayant chacun de-leui' 
côté les Grands de leurs Royaumes. 
De celui du Roi les Princeffes ôc Du- 
cheires y étoîcnt auffi , qui feules y 
entrèrent avec leurs Domeftiques. Les 
Rois la jurèrent fur une Table dis» 
cun d'eux mettant la main fur l'Evan- 
gile , & fe tenant à genoux» Après 
cette importante A6bion , ils s'en:ibraf- 
ferent, en difant qu'ils vouloient aufîî 
jurer une Amitié éternelle. Chaque 
côté de cetfe Salle étoit meublée par 
les deux Rois de belles Tapillcries , 
&C des Brocards* Celles d'Efpagne c- 
toient admirablement belles , & cer- 

t.iin6S 



k l'Hlfloîre â'Anne à* Ai. triche, I o J 
taines chofes autli du côté du Roi lé^o. 
ccoienc plus riches. Il y avoic au de- 
hors des Troupes de chaque côté des 
Rois pour les iakicr. Celles du Rai 
d'Efpagne étoienc rangées à l'autre bord 
de la rivière , vis-à-vis du chemin par 
où venoit le Roi ; bc les Tiennes é- 
toienc le long de la rivière , par où 
abordoic le Roi d'Efpagne, Elles fur- 
palloienc en touces chofes les Elpa- 
gnoles , qui me parurent porter la li* 
vrée jaune & rouge j ce qui leur don- 
noic un peu d'éclat ; mais il étoit pe- 
tit en comparai Ton de i'or qui étoit 
Air le bleu des François. 

Le lendemain , le Roi & la Reine 
fuivis de beaucoup d^hommes , & de 
nulles Femmes , que de la Dame 
d'Honneur 6c d'Atour , s'en allèrent 
quérir l'Infinte-Reine. Après que les 
deux Rois , les deux Reines , èc 
Monfieur , eurent été long-tems en- 
femble , ils fe feparerent avec beau- 
coup de larmes. Le Roi d'Efpagnfe , 
& la Reine fa Pille , fe quittèrent avec 
une feiîfible douleur, & la Reine fa 
Sœur montra par fa tendreire , qu'elle 
Tentoit la force du Sang. Le B.oi & 
Monfieur , en eiubraHant le Roi 
E 4 d'Ef. 



I o 4 Mémoires pour fcrvïr 

1(3^0. d'Efpagne comme leur Oncle,, pleurè- 
rent & s'attendrirent , de voir la jeune 
Reine dans une extiême afRiélion. 
Elle fe mit trois fois à genoux devant 
le Roi Ton Père , pour lui demander 
Ta Beneditlion , & ce Prince pleura en 
la quictanr. Les Grands d'Espagne aufli 
témoignèrent de grandes tendrelfes à 
leur Infante notre jeune Reine , &: 
fouvent revindrenc à elle lui balfer la 
iTiain & la robe j ce qu'elle reçut gra- 
vement. Enfin , on la mie dans m\ 
Carolfe tout en Broderie d*Or & d'Ar- 
gent , ô£ on la mena à Saint Jean de 
Luz , avec toute ia Suite du jour pré- 
cèdent j c'eft-à-dire les Gardes , les 
Chev .ux-Legers , les Gendarmes, les 
Moufquetaires , ôc trois Compagnies 
du Régiment des Gardes. Toute ia 
belle Cour étoit à Cheval , & tous 
étoient magnifiquement habillez. La 
jeune Reine vint defcendre chez la 
Reine fa Tante , où les Princes l'at- 
tendoient en bonne Compagnie, Elle 
nvoit une Robe de Satin incarnat en 
Broderie d'Or & d'Argent , & quel- 
ques Pierreries à la mode de fon Pais, 
c'eft-à-dire enchalfées dans beaucoup 
d'Or. Etant arrivée , elle entra dans k 

Ca« 



à l'H'iflolre à'dnne à' Autriche, roj 
Cabinet de la Reine fa Tante: elle y i^ipo.^ 
fît prêter le Serment à Tes principaux 
Officiers , & particulièrement à Ma-- 
dame la PrincelTe Palatine fa Sur-Inten- 
dante. Madame de Navailles, Dame 
d'Atour 5 éroit alors deftinée à être 
Dame d'Honneur ; car la Maréchale 
de Guébriant , nommée à cette belle- 
Charge j étoit morte depuis peu. Elle- 
ne le prêta point alors , parce que 
fon Affaire éroit encore indécifc. Ons 
vouloir renvoyer la Comtelfc del Prie- 
go , Camerera Mayor * de l*Infante ^'^r^amê' 
Reinevrnais on ne pût pas s'en défaire ^'^^°''" 
fitôtj & il étoit incertain (î elle de- 
meureroit pour quelque tems auprès- 
de fa Maîrreffe. 

La Reine , qui dès ce jour-là prit le ^''^^'"^; 
Nom de Reine- Mère , envoya la Reine ^C dl' 
fa Nièce & fa Fille tout enfemble 'Kî^^*-- 
dans ia Chambre, pour la laiffer dé-- 
lalTer , & voulut autîi fe retirer dans- 
la (lenne pour en faire autant. Com- 
me tout le monde fut banni de cecte: 
petite Maifon , qui contenoit en elle 
tant de Rovales Pcrfonnes , & que 
les hommes à. la prière de la Reines 
en furent, chaflez jufques au Capitaine- 
des.Giirdes. &.aux^ Huiffiers, les Rei- 



Mm. 



io6 Mémoires pour fervlr 

nés étant toutes deux desh.:billées , le 
Roi alla vifiter la Reine , pour la prier 
de fe coucher. Il lui dit qu'on lui 
fcrviroic Ton foupé dans fou Lit ; mais, 
elle voulut venir fouper avec lui , &: 
avec la Reine fa Mère, Il la lui amena 
donc lui feul par la main , pour la 
voir. Elle la trouva quad en chemife, 
& quand elle fut encrée , elle fe jetca 
entre Tes bras > ôc l'embraira tendre- 
ment j l'appellant tantôt fa Tante ^ &: 
tantôt fa Mère. Cette digne Mère, 
ravie de jouir de ce bonheur , apre's 
avoir baifé avec grand plaiilr cette 
jeune PrincefTe , lui fit donner un fie- 
ge pliant, le feul qui fût alors dans 
fa Chambre. Elle la regarda avec des 
yeux pleins de joie, & louant fa beau- 
té la fit remarquer au Roi , qui par 
lui-même en étoit fans doute infini- 
ment fatisfair. La jeune Reine, voyant 
le Roi debout auprès d'elle , lui vou- 
lut faire place fur fon même Siège , 
d'une mamere tendre & pourtant un 
peu embarraîTée j mais lui , par un 
fentimcnt qui pouvoir paffer pour une 
galanterie, ne le prit pas , & demeura 
debout auprès d'elle. L'Infante-Reinc 
ttoit aimable ainfi à demi deshabillée; 

car 



à l'Hifloire â*Anne d'Autriche, 1G7 
car, le Gard Infante étoic une chofe 1660. 
fi monftrueufe > que quand les Fem- 
mes Efpagnoles ne Tavoienc point el- 
les écûient beaucoup mieux. Les deux 
Reines demeurèrent feules avec le Roi, 
Monfîeur y ecoit aufîî , & nuls au- 
tres témoins que quelques Femmes de 
Chambra 5 & moi. Us fouperenc en- 
fuite , dans la même familiarité' que 
s'ils eulfent ccé toute leur vie enfem- 
ble. La Reine-Mere étoit bien tendre 
pour la Reine , 6c cette PrincelFe , qui 
la regardoit comme fa Mère , lui bai- 
fa les mains plufieurs fois. Apres le 
foupé 5 le Roi ramena la Reine dans 
fa Chambre. Elle fut fui vie feulement 
de la CoinrefFe de Piiego , Camarera 
Mayor , qui veut dire en France Dame 
d'Honneur. 

Le Roi d'Efraene , de fon côte . 
etoit demeure abbatu de tr '{le (le de I.1 
feparation de la Reine fa Fille. Eranc 
retourné à rontavabie , il fe jetca lue 
fon lit , i5c dit à ceux qui croient au- 
près de 1 li , To vengo muerto , por^ne 
de ver llora^ a ml H)^ j ejfo ella la 
dévia j rpt herwaria tamhien : p^ro 
cjitando ho vîfto eflos dos Ad^chachos , 
pendiemes de mi chcUo , llor<^r ccmo 
£ 6 tÂiiioSi 



I o8 Mémoires ponrfervir 
x(>(>0, N>nos , me he de tal fuerte entemecîào y 

a je rt' ^^^ ^^ puedo rnas a , 
vient À Ainfi finit cette Journée fi célèbre^ 

TKort ; car clotit la fatisfadlion fut égale de part & 
'^' ^°'' d'autre . 6c confirmée par i*aveu que la 

pleurer . r- v i t-> • /- -t- i . 

ma fille. Reine ht a la Reine la Tante , en lui 

tittiedt- difant qu'elle n'avoit jamais eu d'incii- 

wasaur Hation pour i Empereur , & conclut 

Auffi'.mais p^^- demander au Roi un Courier pour 

d Avov VU i^ .r 

tefdeux écrire au Roi Ion Père. Elle ne hrma 
cTr'eu point Ta Lettre après Tavoir écrite ,. 
per,dani À qu'elle ïiQ l'cût envoyée au Roi , le 
^/Zer'^' priant de la lire. Elle lui fit connoître 
forismedes par ccttc première adion , combien 
^fjujj' elle étoit difpofée à bien vivre avec 
dettiu lui , &c à lui rendre au de là. même de 
Ztundriy ^^ ^"'^^ auroit pu fouhairer j mais,. 
i^ue\tn'en comme tous Ics biens ici bas font me* 
i>,(itjius. 1^^ ^^ quelques maux ^ après que la 
Reine fut couchée 5 j*ai fçu depuis 
qu'elle ne dorn^t point toute la nuit,, 
éc que par plufieurs fois en foupirant,, 
elle die à fa. première Femme de 
Chambre qui couchoit auprès d'elle ^ 
b^'^l Jy , Molîm î ml Padre h. Elle 
^'mVtrt'- pleura ce Père qui l'aimoit fi tendre- 
ment j & que félon toutes les appa- 
rences elle ne devoit jamais revoir j 
aujs enfin , la prefence du Roi fuG 

fOU£ 



à l'Hijfôîyû â*Anne â' Autriche, vo^ 
pour elle un char nie a (fez grand pouc ^Cdo* 
ïui adoucir cette amertume. 

Le lendemain , elle fe repofa ,. le 
Roi Palla. voir le mitin , 5c fut quel- 
que tems avec elle j puis, ils allèrent 
à la Méfie aux Recolers, On fit voir, 
à la Reine Tes Habits , Ion Linge , Tes 
Toilettes ,. 6c les chofes necelTaires à 
la Noce , qui avoient été mifcs en 
referve en ce lieu j puis Leurs Majef- 
tez vinrent diner enfemble. Après le 
repas , la Reine - Mère alla voir le 
Cardinal , qui étoic malade ^ & la. 
Reine alla à la Comédie. Le foir on 
lui elTaya fes Habits à la Françoife , 6c 
on lui mit pour la première fois un 
Corps de Jupe , que la DucheiPe de 
Navailles , nommée ce même joue 
pour Dame d'Honneur, lui ail* vêtir*. 
Elle en fut d'abord incommodée j. 
mais 3 elle le foufïrit avec douceur & 
patience. Le Roi ce foir fut, avec ellh 
dan^ fa Chambre allez long-tems ; &C 
quoi qu'il eut fait femblant jufques là. 
d'ignorer la Langue Efpagnqle , il fe. 
trouva que ce jour- là il la fçavoit par-- 
faitement bien. La Reine fe coucha. 
de bonne heure , pour fe préparer à: 
Ta Journée du lendemain , en laquelle 



I f o Mémoires pour fervîr 

fe devoit faire la dernière Cérémonie 

de leur Mariage. 

La Reine s'éveilla du matin , àc la 
Duchelle de Navailles , qui eut l'hon- 
neur de l'habiller , fit en ce jour &: 
quelcjac tems de fuite , les Charges de 
Dame d'Honneur, & Dame d'Atour 
tout enfemble. Elle fut alFez emba- 
ralfée à lui pouvoir faire tenir fa Cou- 
ronne fermée fur la tête , parce qu'elle 
ëtoir coiffée en Cheveux. Ils étoienc 
fans nul a)ancement, que d'être renoiàez 
à la mode d'Efpagne avec des rubans 
par le bout , & rattachez ainfi à ceuji 
qui joignent la tête. C'étoit une ma- 
nière de coéffure qui écoit , comme 
je l'ii déjà dit , différente de celle 
qu'elle avoit le jour de fes Noces à 
Fontaiabie j mais qui écoit aifcz galan^ 
te. Elle s'habilla de fon Habit Royal, 
parferac de petites Fleurs de Lis d'or. 
C'eft un bel Habit. Outre l'Honneur 
qui fe trouve à le porter , il lied a(ruré- 
ment mieux que nul autre. C'étoit un 
Corps de Juppé ^ des Manches , avec 
une Juppé de même , fcmez de petites 
Fleurs de Lis d'or : puis , il y avoit le 
Manteau Royal que l'on attacha au 
hauîdu Corps de Juppé j comme une 

ma- 



k l'H'-ftoire à' Ame â* Autriche, 1 1 1 
tnaniere de Mante. Il craine jufques à i^éo» 
terre , avec une Qaclje fort longue , 
>dont le bout cft taillé en rond, 
- -Le Roi avoic un habit noir , & nul- 
les Pierrtries. lis furent enfemble à l'E- 
glile par une GiHerie découverte, un 
peu plus haute que la rue , qu'on 
avoit faite pour y aller depuis la Mai- 
fon de la Reine-Mere , où la Reine 
logea les deux premiers jours qu'elle 
fut en France. La Reine fe mit auprès 
du Roi fous un haut Dais de velours 
violer , parfemé de Fleurs de Lis d'or , 
& l'Eftrade étoit de même, cVft-à-dire 
le Tapis , leS-Chaifes & les Carreaux : 
le tout couvert de Fleurs de Lis d'or. 
D'abord , l'Evêque , avant que de 
commencer la MelFe , apporta au Roi 
l'Anneau que le Roi donna à la Rei- 
ne , & la Monnoye accoiitumee , fur 
un B-i(Sn de vermeil doré. Je ne fçai 
s'il lui dit quelque mots. Quand le 
Roi alla à l'OfFranJe , il fat accompa- 
gné , du Gr ind Maître des Céré- 
monies der-TOiodes , de fes Capitaines 
des Girdcs : de Vardes qui comman- 
doit fa G^rde SuilTe, & de d'Flumieres 
qui commandoit les Gardes appeliez 
Bec de Corbin j 6i Monfîeur Frère du 

Roi 



M i' Mémoires pour fervlr 

Roi porta Ton OfFiande. Qiiand la? 
Reine y alla , Monfieur, qui étoic af. 
fis auprès du Roi lar un Siège pliant ^ 
pafTa du côté de la Reine , àc lui don- 
na la main. Mademoifelie , Fille aincô 
du feu Duc d'Orléans , ^ FiHe unique 
de fa première Femme, portoic \'0^^ 
frande de la Reine, & Merdemoifelles 
d'Alençon & de Valloisfes Sœurs por- 
toient la Qiieue de la Reine , avec Mai- 
dame de Carianan Piincelle du Sane,- 
Mancinij Neveu du Cardinal , 6c de- 
ftiné à de grandes Dignitez, porta la 
Qaeue de Madeaioifelle 3 ôc celles de 
Merdemoifelles fes Sœurs Ôc de Maaa»- 
me de Carignan, le furent par des Per-^ 
fonnes de Çhialité , mais qui n'avoient- 
point de Titres. Qiiand le Roi <Sc la 
Reine furent mis fous le Drap ou Poî- 
le , ce fut la même chofe ; & quand il-. 
fallut leur faire baifer la Paix, ce fur 
le Cardinal Mazarin qui le fit , & qui 
alla aufli la porter à la Reine Mère, 
fa véritable Maîcrcire & Bienfadrice, 
Elle étoit à main droite du Roi , fur 
une haute Eftrade feparée de celle du 
Roi , couverte de Velours noir, Ôc 
fous un Dais de même étoffe , envi- 
ronné-C de fcs premiers Officiers ôc 

Grandsi 



à l'Hlfloire d'Anne d'Autriche, 115 
Grands de fa Mai Ton : Madame la lé^^j^ 
Comtcire de Flex j la Dame d'Hon- 
neur > qui prétendoît être Princef- 
fe, lui portoic la Queue. Dans le vifage 
de cette grande Reine , on pouvoit fa- 
cilement connoicrs la joie intérieure de 
fon ame ; ce qui la rtndoit fi belle , 
qu'à cinquante - neuf ans elle auroic 
quafî pu difputer de beauté avCQ la 
Reine fa Nièce , qui dans le vrai n'a- 
voit pas une beauté fi parfaite , que 
celle que la Reine la Tante avoir eue 
à fon â^e. La Reine- Mère avoit les 
traies du vifage plus beaux > elle étoit 
plus grande ^ elle avoit une plus 
grande mine, beaucoup plus de majefté, 
& le vifage d^unc plus belle forme : 
elle k furpaffoic encore en la beauté 
admirable de fes mains & de fes brasj 
mais , la Reine avoir le teint plus 
beau, & de belles couleurs qui l'ern» 
belli(oient : elle rcdembloic à la Rei- 
ne- Mère , comme je Tai déjà dit , de 
la rencontre , de l'air , & un peu du 
tour du vifige.' Cette heureufe Mère,, 
au retour de la Cérémonie , nous fie 
l'honneur de nous dire , à la Comtefie 
de Flex & à moi , qu'il lui étoit venu 
en penfée , voyant aller la Reine k l'Of- 
frande 3 



Il4 Ademolres pour fervîr 

frande , avec Ton Habit Royal & f^ 
Couronne , que cette feule Tête au. 
Monde étoic digne de cette Gourou-, 
aie. 

Le Roi , les deux Reines , & 
Msnfi.ur , dinerent cnfemble. La 
Reine , au foriir de la MtlTe , s'étoic 
couchée pour fe repofer : puis , elle 
£e releva , èi s'habilla d'un Habit de. 
Toile d'Aigent blanche , à la Fran-» 
çoife j & fa beauté avec cet Habit pa- 
rut avoir un nouvel éclat. Elle 
monta chez la Reine fa Tante , elles 
furent quelque temps en particulier 
dins fa petite Chambre , n'y ayant 
que la ComtelTe de Flex , la Ducheilei 
de Navailles , & Madame de Noailiesj 
la Comteil'e de Priego Efpaguole , 6c 
moi. Les Reines enfuite fortirent ào^ 
ce lieu , & fe montrent un peu au 
public. Elles s'amuferent à regarder 
le Roi , qui prit plaifir à jetter lui^, 
même au Peuple la Monnoye que Ton 
avoit faite pour le gratifier félon la 
coûrumc. Quelque temps après , ils 
fe retirèrent dans la petite Chambre 
de la R ine-Mere, le Roi , les deux 
Reines , Monfieur , & le Cardinal 
Mizarin. ils s'affiienc dans la ruelle 

du 



à l'Hlfioire à' Anne d'Autriche, 1 1 5 
du lit 5 & y demeiirerenc à caufer de ^c^c, 
chofes indifférentes. Quand il fut 
nuit , l'Infance-Reine , quitta la Mai- 
fon de la Reine-Mere, àc alîa chez le 
Roi , conduire par lui , par la Reine 
Ic.ir Mère , & par Monfieur. Ces 
Roiales Perfonnes ne furent fuivies 
que de la ComtelFe de Flex , de la 
DacheiTv; de Navailies , de la Comteire 
île Noailles , & de la ConirslTe de 
Piiego. Je ne fçai qui fe trouva chez 
le Roi , car je n'y étois pas. Leurs 
Maj-ftez & Monlieur fouperent en 
public , fans plus de cérémonie qu'à 
l'ordinaire, & le Roi aufïj-tôt deman- 
da à fe coucher. La Reine dit à la 
Reine fa Tmre , avec les larmes aux 
yeux , es rnny temprano ^ -^ qui fut * n ea 
depuis qu'elle étoit arrivée le feul mo» «'"^'û'* 
ment de chagrin qu'on lui vit, ôc que 
fa raodeftie la força de fentir j mais 
enfin , comme on lui eut dit que le 
Roi écoit déshabillé, elle s"'a(îic à la 
ruelle de Çon lit fur deux Carreaux 
pour en faire autant , fans (e mettre a 
fa Toilette. Elle voulut complaire ali 
Roi en ce qui même pouvoit choquer 
en quelque façon cette pudeur , qui 
i'avoit d'abord obligée de chalTer de fa 
'^'^ Cham- 



1 1 6 Mémoires pour fcrvîr 

ié6o. Chambre tous les hommes jufqa'am 
moindre de fes Officiers. Elle fe desha- 
billa j fans faire nulle façon j & comme 
on lui eut dit , que le Roi l'atcendoir, 
elle prononça ces mêmes paroles , Pref' 
vL^U* ^^ ^ P^^fi*^ ' (^TiV/ Rey n/efpera"^. Apres 
T^ei'm'at- «ne obéilfance Ci ponduelle , qu'on 
*""'• ponvoic déjà foupçonner erre mêlée de 
p-aiîion 5 tous deux fe couchèrent avec 
la Benedidion de la Reine leur Mera 
commune. 

Cette Princeflfe devint en ce jour làl 
Belle-Mere de la Reine; mais, une 
au(îi bonne Tante pouvoit bien être 
appellée Mère en tout tems , & la. 
Reine en effet ne lui donna plus d'au- 
tre Nom, Il fembla que Dieu aroic 
répandu fes grâces fuj: ce Mariage ;, 
ear le Roi témoigna depuis une gran- 
de tendielTe pour la Reine , & elle 
pour lui : il la pria de confentir qu'il 
pût renvoyer la ComtelT^ de Priego s, 
ôc lui reprefenta que ce fçroit contre 
la Coutume de retenir dans cette pre- 
mière Place une Etrangère. Elle lui 
répondit qu^elle n'avoic point de vo- 
lonté que la fienne , 6c lui dit qu'elle 
avoit quitté le Roi Ton Père qu'elle 
aimoit tendrement , fon Pais , éc tout 

ce 



I 



à t'Hlflolre à* Anne d'Autriche, 1 1 7 
ce qui lui avoir écc offert , pour fe don- lééa. 
lier entièrement à lui ; qu'elle l'avoic 
fait de bon cœur , mais qu'aulîi elle 
le fupplioicde lui accorder en rccom- ^ 
penfe cette grâce , qu'elle pût être 
toujours avec lui , ôc que jamais il ne 
lui propolâc de le quitter , puifque ce 
feroit pour elle le plus grand déplaifîr 
qu'elle pourroit recevoir. Le Roi ac- 
corda fi volontiers à la Reine fa de- 
mande, qu'il commanda aufli - tôt au 
grand Maréchil des Logis , de ne les 
feparer jamais la Reine & lui , ni pen- 
dant le Voyage , quelque petite que 
fut la MaiCon où ils fe tiouveroicnc 
logez. 

La Reine -Mcre , qui connoilfoic 
le Roi Ton Fils un peu froid & grave , 
nous avolia qu'elle avoit eu une gran» 
de peur , que cette indifférence qu'el- 
le avoic imaginée en l'ame du Roi , 
ne fut nuifible à cette Nièce qu'elle 
avoic Cl ardamment defiré de lui faire 
époufer^ mais après qu'elle l'eût vu 
agir avec elle comme il fit dans les 
premiers jours qu'elle fut en France , 
elle p«rdit heureufement cette crainte: 
car elle le vit alors aufli fenfiblc à 
l'amitic, à l'cgard de la Reine , qu'el- 
le 



i6(^o. 



1 1 8 Mémoires pour fervir 

le i'auroic pu defiier. Elle n'avoir \ 
demander à Dieu que la durée de ce 
bonheur: ii falloic l'efperer j mais, 
par les fâcheufes expériences , qu'un 
chacun doit avoir de l'inftabilité du 
bonheur des hoipmes , elle avoir tou- 
jours fujcr d'appiéhender ce qui arrive 
fouvenr dans la vie. Aufficôt après 
les Noces , elle nous fit l'honneur de. 
nous dire , à la ComtefTe de Fîex , & à 
i-noi 5 parlant de la fatisfadion 6c du 
contentement du Roi , qu'il l'avoit re- 
merciée de lui avoir 6té du cœur Ma- 
demoifelle de Mancini , qu'il lui avoiia 
n*e(limer guerres du côté du bon 
fens & de la raifon , pour lui don- 
ner l'inFance , qui vrai-femblablemenc 
alloit le rendre heureux , tant par fa 
beauté , que par fa vertu , fa -eora- 
plaifance , & l'affedlion qu'elle lui 



temoignoir. 



Qiiand la ComteiTe de Priego s'en 
alla , le Cardinal lui donna une bocte 
de Portrait de Diamans , où étoit le 
Portrait du Roi. La Reine , le re- 
gardant , lui dit , Podreis dezir en 
rejjimUe j EppaïKi , quc le parece , pero qn*es me^ 
^ti'ii eji jor ■^. La Reine - Mère envoya ait 
^imbtM, [\oi fQi^ YuïQ une Horloge fonnante : 

à 



a rH'fielre d'Ame d* Autriche, 1 19 
a mettre ïur fa Table j conte coaverre i^éo, 
de Di''inians allez gros , pour rendre 
ce Prcfenc digne de celle qui le don- 
noit, & de celui qui le reçut ; mais , 
il ne fat payé qu'avec des Gins d'Ef- 
pagne , qui même n'ctoient pas bons. 
La Reine- Mère en fat honteufe. Elle 
nous l'avoua j (5c (ans le foucier du 
don , elle auroïc fouhaité , pour la 
gloire de fa Nation , que ce Prince 
eût été plus magnifique, 

- Apî'és que la ComtelFe Efpagnole, 
trois Dmies du Palais que la Reine a- 
voit amenées, & plufieurj autres Fem- 
imes que l'on renvoya furent parties, 
ion ne penfa plus qu'à regagner Paris , 
6c la Cour partit de Saint Jean de 
Luz , pour reprendre le chemin de 
Bourdeaux , le quinzième de Juin. 
j . La Reine nous conta depuis , elle- 
lli^ême , ce qu'elle avoit fenti pour le 
Roi , dés Ton enfance , &: ce qu'elle 
lavoir trouvé étant en Efpagne de 
il'Ambairade du Maréchal de Gram* 
monr. Elle nous fit l'honneur de 
nous dire un foir , a Madame de Na- 
vailles & à moi , qu'elle avoic tou- 
jours regardé le Roi comme devant 
jétre fou Maii j &; , pariant de l'A- 
mour 



I îo Mémoires pour fervlr 

1660, iT^our qu'elle avoic pour la France , 
elle nous dit aulîi , qu'en voyant arri- 
ver les François à Madrid , cette quan- 
tité de plumes ôc de rubans de tou- 
tes couleurs j avec toutes ces belles^ 
Broderies d'or & d'argent » lui avoienc 
paru comme un Parterre de Fleurs 
fort agréable à voir 5 que la Reine fa 
B:lle-Merc , Ôc elle , avoient é:é les 
voir patîer-, quand ils arrivèrent , par 
des Fenêtres du Palais qui donnoicnc 
fur la rue ; & que ce Jardin cou- 
rant la Pofte- leur avoir paru fore 
beau. 

Cette PrîneelTe, nous donnant, & 
fa Perfonne , ÔC la Paix, nous don- 
noit beaucoup de biens cnfembie j 
niais , elle en recevoir encore d'avan- 
tage. Le Roi feul par fon mérite , 
par fa grandeur, ôc fa perfonne ,de- 
voit contenter fes defirs. Audi , cet- 
te Princeife , eftimant fon bonheur, 
nous dit fouvent , qu'elle avoit tou- 
jours fouhaité d'être notre Reine , ÔC 
que non feulement elle avoit aimé lô 
Roi , mais qu'elle avoit même ai- 
mé jufques à fes Portraits j que la. 
Reine fa M^eie, Fille de F/ance, lui 

avoiC' 



k VHlfioire à* Anne d* Autriche, f jj 
avoit foiivemc die , que pour êcre hcti> l^» 
rcufe , il falloit être Reine de Fiance ; 
& qu'elle vouloit la voir porteu cette 
Couronne , ou porter un Voile j car , 
du vivant de la Reine d'Efpagne fa 
Mère , elle avoir un Frère qui étoic 
grand , & par confequenc elle n'afpi- 
roit pas, comme elle a pu faire depuis» 
d'être Héritière du Royaume. Dans l'a- 
mitié qu'elle eut pour le Roi , on la 
vie bien vice , 

Los termines pajfar todos de un golpe 

T en fartlendo lleg<^r al pojirer fpmto "*. *Pif§t 

les bernes 

Il ne faut pas s'en étonner j la caufe cm^» & 
de fa paflTion étoit belle , & l'info. ^'P'^^'^''* 
cence donnant a cette Priacefie le auder- 
pouvoir de la laiircr voir telle qu'elle ""''^"^• 
la fentoic , elle pretioit autauc de pJai- 
Ér à la publier qu'il lui étoit agiéable 
d'avoir, par l'amour réciproque que le 
Roi avoir alors pourelle, un jafte fu jet 
de fe glorifier de fon ^nch, Qi.ielques 
jours après fon mariage ^ elle nous fit 
l'honneur de nous dire auiîi à Ma- 
dame de Navailles 6c à moi , qu'elle 
avoit été fenfîbleracnt affligée, quand 
on lui avoic appris en Efpagne la mala* 

Tomer. ' F die 



1 14 Mémoires pour fervîr 

[660, ^^^ 4'-^^ ^^ ^^^ ^^^ ^ Calais ; mais , 
qu'elle croyoic toujours que l'animo- 
fné qui écoit entre les deux Nations . 
augmentoit le bruit de fon mal ; qu'el- 
le avoit efperé !que cette maladie de le 
bruit même de fa mort , qui parvint 
îurqu'àelle, ne feroit pas vrai ; & qu'el- 
le fut ravie, quand on l'affira de fa 
guéri fon. 

En ce même tems , le Roi d'Angle- 
terre arriva dans fes Etats. En defcen- 
dant à terre , ce jeune Roi , qui avoic 
du meriçe , Se que l'expérience de fes 
longues fouffranccs avoic rendu hon- 
nête homme , reçut Monk , qui l'avoic 
dignement fervi , avec de grandes mar- 
ques de fon relTentiment. Il le fit Che- 
valier dans le même inftant , & l'em- 
braifa : le Ducd'Yorc fon fécond Frè- 
re lui mit la Jartiere , & le Duc de Glo- 
cefter l'Epée. Peu de jours après , ce 
Prince fit fon entrée à Londres , où il 
fut reçu avec les rranfports de joie , 
que la Tirannic paflTée , Ôc un véritable [ 
repentir devoit infpirer à ces Peuples ,,^ 
qui retrouvoienc en lai un Roi leglti-^ 
me , aim.able , de qui leur parut rempli ? 
de bonnes qualitez. 

La Cour marchoic joui* ôC nuit , 

pour 



à l'Hljlolre à' Anne d' Autriche, ny 
pour aller à Bordeaux , & de là ga- léâo' 
gaer Paris. Il n'y eut n'eu de confi- 
derable dans ceite marche , (mon. 
qu'à Rochefort nous eûmes un grand 
Tremblement de Terre , dont les A- 
ventures ne fervirenc feulemelit qu'à 
divertir le Public. On 'arriva dans ^ç^. 
cette grande Ville le vingt- troifieme juin 
Juin veille de Saint Jean , & cette 
journée eft remarqu^.ble. Le aoi , 
les Reines , & Monfieur , le Cardi- 
nal Mazarin , les PrinceiresÔc Duchef- 
fes , & toutes les Perfonnes de Qualité 
& d'un mérite connu , fe mirent à 
Langon dans une Barque , & toute U 
Cour dans d'autres Batieaux couverts. 
Après avoir cheminé deux lieiies, les 
Jurats de Bordeaux amenèrent au Roi 
un beau & grand Batteau , où le Roi 
les Reines , Monfi;ur , le Cardinal » 
les PrincefTes , & toutes les Perfonnes 
de Qualité fe mirent. Il étoit magni- 
fiquement doublé par dedans de Ve- 
lours cramoid p avec àts Pairemens 
d'Or : il y avoit une Table couverte 
d'un Tapis de même couleur & aulîî 
une Chaife de velours noir avec <^Q^ 
PalTemens d'Argent pour la Reine 
Mère, Le haut bouc du Batteau éroic 
F 1 ferme 



ï 1 s Mémoire four fervîr 

3^£o. fermé d\ine Baluftrade , comme un 
Cabinet élevé d'un petit degré, où 
fe mirent Leurs Majeftcz. Il étoic 
tout doré 5 enrichi d'Emblèmes , 
Chiffres , Peintures , & Devifes. Ce 
Batteau étoit couvert par le bout d'en 
bas , de Tapis , & bordé tout au 
tour de Bancs couverts de velours 
Cramoifi avec àts Crépines d'Argent, 
qui fervirent de Sièges à toutes Içs 
Dames qui s*y trouvèrent. Il y à- 
voit une Baluftrade dorée qui regnoic 
tout au tour , & qui formoit une 
Gallerie au dehors tapillée par en bas , 
^ enrichie de femblables Devifes La- 
tines. La Chambre , qui contenoic 
tout le Batteau étoit grande : il y a- 
voit plufieurs grandes Croifées, àc le 
haut écoit un Dôme fort élevé > &. 
doublé de Damas cramoifi avec à^s 
PalTements d'Or & d'Argent, il é- 
îoit tiré par quatre grands Batteaux 
plats , en forme de Galères , qui é- 
ïoient azurez & femez de Couronnes 
lî'Or , avec des Chiffres ; & les Batre^ 
liers qui les menoient étoicnt habiU 
lés de Taffetas bleu , avec du Paffe- 
nient d'Or & d'Argent. Plufieurs 
autres fuivoient celui-là , & pluiîeurs 

Per- 



a VHlfiolre ^Anne à' Autriche, 117 
Ferfonnes de BouiHeaux vinrent dans iCdOi 
d'autres , pour voir palTcr le Roi. 11 
fut falué \ fon arrivée de plufieurs 
coups de Canon , & des Cris publics 
du Peuple 5 dont le Quay étoic entié- 
remenr rempli. Il fembloit que c'c- 
toit un Amphithéâtre fait à plaifir , à 
caufe que le Qi^ay eft tin peu en def- 
cendant rers la rivière. Les Violons 
fuivoient le Batteau du Roi , le fon 
des Trompettes , & le bruit des Cn- 
nons , fe mêlèrent à la Mufique* Le 
Roi & les Reines y prirent plaiiir , 
& le bel effet que faifoient tant de cho* 
Tes enfemble auroit à mon gré rendu 
cette entrée belle & agré ble , (î le 
chaud qui fut exceflîf ce jour-là eue 
permis d'en joliir commodément. 

Le Roi joiia pendant le chemin , 
& l'Abbé de Gorde perdit en une 
heure cinquante mille cens. On fut 
trois jours dans cecte Ville , puis le 
Dimanche yingt-feptiéme on vint dans 
le même Batteau coucher à Blaie. La 
Cour marcha enfuite jufqu'à Poitiers , 
qui eft une laide «5c grande Ville , & 
de Poitiers on alla à Richelieu , donc 
le Nom célèbre repond à la beauté du 
Lieu.. De là on vint à Ai'nboife , 
F 3 puis 



iiS Mémoires pour fer vir 

i6éo. puisa Blois , & à Chambor , où l'on 
{ejourna un jour. De Chambor on 
vint coucher à Orléans. L'Encrée en 
fut belle 5 toutes les rues étoient ta- 
pîirées , & le Peuple tCi-noigna une 
granJe joye de revoir le Roi : leur 
révolte p-iîTée les devoit faire trembler 
à la vue - e leur véritable Maîtrej mais, 
leur repentir & leurs fupplicatîons at- 
tirèrent fur eux les effets de fa Roya- 
le bonté , par Toubli de leur faute : êc , 
comme il venoit de donner la Paix à 
toute TEurope , il ne voulut pas laif- 
fer à cette belleVille aucune marque 
de fon indignation. Enfin, on arriva^ 
c î5 à Fontainebleau le trezîeme jour de 
'^^^'«' Juillet. 

La Cour ayant été fept ou huit 
jours à Fontainebleau , la Reine Mère 
vint à Paris , 3c le Cardinal aufii. 
Le Roi ôc la Reine demeurèrent à Vin- 
cennes , pendant qu'on preparoit leur 
Entrée, Le Cardinal , dont la fan- 
té étoit alors mauvaife , eue "les goû- 
tes : elles rentrèrent par des Bains 
qu'on lai fit , à caufe qu'il avoit auf- 
iî la gravelle. Ses goûtes rentrées lui 
cauferent de grandes douleurs dans 
les entrailles > qui lui donnèrent la 
.: lièvre 



1 



a l'H'ijlôîre d'Anne d'Autriche, ïi^ 
fièvre & des convulfions , qui firent lé^o. 
douter de fa vie. Un joi« le Roi , qui 
venoit fouvent à Paris , lui demandant 
confeil fur quelque affaire , il lui 
dit , Stre , vous demandez confeîl à un 
Homme qui nu pltis de Raïfon , c^ ^^i 
extravagpte. Le Roi , connoiflant eu 
effet qu'il avoit des momens de rê- 
verie , touché d'une v've douleur , s'en 
alla dans une petite Gallerie qui écoic 
de l'Appartement du Cardinal, & là 
il pleura cet Homme , qui lui avoic 
fervi comme de Tuteur , de Gouver- 
neur , & de Miniilre tout enfemble. 
Il n'avoit pas connu tous fes deffiucs » 
êc fes derniers fervices lui avoienc fait 
voir fa capacité , 6c fes bonnes inten- 
tions. 

Tourcs les Compagnies Souverai- 
nes allèrent faluer ce Miniftre , avec 
des fencimens contraires à ceux 
qu'ils avoient eus par le paiïe. Le 
Parlement dépura un Prefident , deux 
Confeilltrs de la Grand* Chimbre , 
& un de chaque Chambre des En- 
quêtes , pour le remercier de la Paix 
qu'il venoit de faire : Honneur qui 
jufqu'alors n'.îvoiE été fait à aucun 
Miniftre , ni Favori , &c n'avoit poinc 
F 4 encore 



Tjo 'Mémoires pour fervlr 

encore d*exemple. Cette Compagnie 
avoitoiiis fa tête à prix j mais , en cette 
occafion , leurs Harangues furent tou- 
tes remplies de Tes louanges j & , ran$ 
avoir honte de leur injuftice palFée , 
ou de leur Icgeretc prefente , ils té- 
moignèrent avoir pour lui une véné- 
ration extrême. Le Cardinal dut être 
fans doute fenlible à cette Gloire \ ôc , 
véritablement , elle fut grande : mais , 
pour la mitigcr , Dieu Te mettoic eti 
ctat 5 par les approches de la mort , 
d'éprouver en lui-même que_les biens 
de la vie ne font jamais purs. Il leur 
repondit à tous , félon ce qu'il dévoie 
fentir ,& leur parla cloquemment. Peu 
de jours après , il fe porta mieux , ôc 
fon amandement fit efperer que fon> ,^ 
mal ne feroic rien. 1 

Au commencement de Septembre 
fc fît à Paris l'Entrée du Roi & de la 
Reine , qui en attendant cette célè- 
bre Journée , étoient toujours demeu- 
rez à Vincennes. J'en parlerai peu » 
renvoyant ce Détail à ceux qui en 
voudront inftruire le Public. Ce fut 
en effet une belle chofe Se agréable à 
voir. La neine étoic dans un Char 
tïiompbant , plss beau que celui que 

l'on 



a VHiflotre à' Ame d'Autriche, j j i 
l'on donne faiiifeaient au Soleil , 6c 1(360. 
fes Chevaux aaroient emporté le prix 
de la beauté fur ceux de ce Dieu de la 
Fable. Cette Princelfe école habillée 
d'une robbe noire en Broderie d*Or & 
"d'Argent , avec quantité de Pierreries 
d'une valeur ineftiraablc. La couleur 
de fes Cheveux, argentez & le blanc 
bi l'incarnat de Ton teint , qui conve- 
noic au bleu de fes yeux , lui donna 
un éclat infini , & fa beauté parut ex- 
traoriinairemenr. Les Peuples furent 
ravis de la voir j & , tranfportez dr 
leur joye , & de leur amour , lui don- 
nèrent mille ^ mille benediélions. Le 
Roi étoic tel que les Poètes nous re- 
prefentent ces Hommes qu'ils ont di- 
vinifés. Son Habit étoit en Broderie 
d'Or & d'argent , aufli beau qu'il le: 
devoit être , vu la Dignité de celui qui 
le portoit. Il étoit monté fur un» 
Cheval propre à le montrer à its, Su- 
jets , & fuivi d*un ''grand nombre de 
Princes 6c des plus grands Seigneurs 
de fon Royaume. La Grandeur y, 
qu'il faifoir voir en fa Perfonne , le 
fit adm'rer de tous j & la Paix qu'il 
venoit de donner à la France ,. avec 
çettebelle. Princeffe qu'il leur donnoir. 
F 5 pou&' 



1 5 i Mémoires pourfervk ' ^ ^ 

Reine , renouvella dans les cœurs ^6' 
Its Peuples leur zèle 6c leur fidélité; 
ôc tous ceux , qui en ce jour purenc 
le regarder , s'eftimerent heureux de 
l'avoir puur leur Roi & leur Maître. 
La Reine M^re ViC palfer le Roi ôc la 
Reine par un Balcon de la rlie Saine 
Antoine, de [a. joye fe peut aifémenc 
deviner par toutes les chofes que j'ai 
écrites, La Reine d'Angleterre , ôC 
la Piinceilè (a Fille» étoient avec el- 
le. 

La Reine Mère , après fivoir marié 
le Roi à celle que Ton cœur avoir tou- 
jours defnée , voulut penfer à Mon- 
iieur , de comme une bonne Mère lui 
choifit ce qui lui paroidoit alors de 
meilleur de de plus pre'cieux dans 
fEurope, Ce fut la Princeile d'An- 
gleterre , qu'elle avoir tendrement ai- 
mée y de qu'elle auroit voulu fair& 
Keinc, au deffaut de l'infante fa Niè- 
ce. Elle fie donc refoudre le Roi à 
ce Mariage ; de , pour l'engager à fa 
conclufion , elle alla demander cette 
jeune PrincefiTe à la Reine d'Angle- 
terre fa Mère. Elle l'obtint facilemeut 5 
car , Monfieur étoit digne d'être reçu 
avec joye des plus grandes Princeflès 

as 



à l^HïftoWe à* Anne à* Aumche,. 1 3 3 
de laTeiTC, Celle , qu'il alloit épou- i6éo. 
fer, lui avoic même cecce obligation, 
d'avoir été en tout tcms également ' 
fouliaicée de lui ; fi bien que Tes de- 
firs étoient plutôt fonciez fur fa propre 
Dignité , qu:i fur le rétabliflTement du 
Roi d'Angleterre fon Frère. Le Duc 
d'York , iecond Frère de cette Prin* 
cefle , ne prit pas un fi bon parti 
pour lui j car , environ ce même tems j. 
il fe maria à une fimple Demoifellej: 
Fille du Ch'incellier d'Angleterre , qui 
fervoit la Princelfe Royale fon autre 
Sœar , Yeuve du Prince d'Orange^ 
La Reine d'Angleterre, leur Mère ve- 
noit de perdre , il y ayoit peu , le Duc 
de Gloceftcr fon troifieme Fils , qui ^ 
par la réputation qu'il avoit déjà aqui- 
fe , paioilToir devoir être un grand 
Princesse l'affliction de cette Prin- 
eeffe fut fenfiblement redoublée , par 
la faute que fit le Duc d'York , en pre- 
nant une Alliance , fi biife qui ne lui 
convenoit pas. 

La Reine de la Grande Bretagne ,, 

après avoir acco' dé la PrincelTe fa Fille 

à Monfieur , peu de jours avant la 

Fête de tons les Saints , partit pour 

,aiier en Angleterre , faire une vifite 

F ^> aui 



134 Mémoires pour fervlr 

au Roi fon Fils , & prendre fes mefa- 
res avtc lui pour leurs affaires com- 
raunes. Son defîein étoit de lui pro- 
pofer le Mariage d'Hortenfe Mancini , 
Nièce du Cardinal Mazarin , fans qu'il 
y eût d'autre fondement à cette pen- 
£ée , que la Complaifance que voulu- 
rent avoir pour le Cardinal Mazarin^ 
Milord Germain, & Milord Montai- 
gu. Ils alleguoient pour raifon , que 
dans ce nouveau rétabli (fement da 
Roi d'Angleterre , it^ Peuples e'roienc 
mal affermis ; que le Parlement d'An- 
gleterre paroiffoit avoir encore des 
Fadtions \ & , qu'il y avoit une Armée 
fur pied , qui n'étoit pas entieremciir 
foumife à fes volontcz. Il leur fem- 
bloit qu'une fomme d'Argent con/îdc- 
rable lui dévoie être necelfaire pour 
payer fes Troupes , les congédier , & 
acheter ce qui reftoit de Fa^lieux 
dans fon Royaume. La Reine d'An- 
gleterre , arrivant à Londres , trouva 
toutes chofes fi bien difpofées , les 
Armées fi obéiifantcs , & le Parlement 
Ç\ lourais , que la propofition du- 
M riage d'Hortenfe , ne put alors 
trouver d'agrément dans le cœur du 
Roi fon Fils. La ncceffité de cinq 

ïïiii» 



k l' H'jhlre à' Anne à^Autr t che, î 5 / 
millions , promis par le Cardinal à i^^o* 
l'heure qu'on les voudroic , ne le 
pretfoit plus cîe les recevoir ni de les 
demander. C'eft pourquoi , le parti 
qu'on lui otFioit ne lui plut pas : ion 
Armée fe fépara d'elle-même par \x 
feule Puidance de fa volonté ; «Se le 
Parlement fit auffi ce qu'il dcfira. Lô 
Cardinal fut fans doute affligé de ce 
changement ; mais , on peut dire à fa 
gloire , 'qu'il avoir apparemment (î peu 
recherché cet Honneur , & avoit faic 
tant d'oftentation de fon indifférence 
fur cet At"ticle > & fur la violence que 
ces Seigiîeurs Anglois lui faifoient 5. 
quel'eftvic, la haine , ni i'efprit de 
raillerie , ne purent trouver là-deffus 
de matière ruffii.inte pour lui fairç un 
reproche. Sa fagcde , 6^ fa raoder-a'^ 
tion , parurent encore en un autre oc- 
cafion prefque auiîi avancageufe pour 
lui ; car le Duc de Savoye lui ayant 
fait offrir d'époufer une de ces Nièces , 
pourvia qu'il voulût lui faire rendre 
Pignerol , ce Minière le refufa , & 
dit au Duc de Navailles , à ce que la 
Diicheffe fa Femme m'a conté , qu'il 
ne vouloit établir {t^ Nièces que pour 
augmenter fa Gloire 3 & que faifanc 

cette 



13^ Mémoires pour fervir 

j6^o. cette trahifon au Roi par la feule con- 
fideration de fes intérêts , il n'en me-^ 
riteroit que de la honte. Le Chan- 
celier d'Angleterre , qui ne reirem- 
bloit pas au Cardinal Mazaiin , fit de» 
mander à la Reine d'Angleterre la. 
permilîion de fe prefenter devant elle ,. 
pour lui faire la révérence. Cette 
Reine lui manda qu'elle le vouloit 
bien , pourvu qu'il ne lui parlât point 
de fa Fille, mais, le Roi fon Fils,, 
qui étoit en^agi à foutcnir ce maria- 
ge , par l'aifedion qu'il avoit pour le- 
Chancelier , fçuc fi fortement prelFerr 
la Reine fa Mère , qn'enfin vaincue, 
par la force qu'il lui fit , & par let 
confeil de divers Seigneurs , du Comte- 
de Saint Alban * , ôc de l'Abbé de;, 
Montaigu , qu'elle confentit au Ma-. 
riage. Elle pardonna à fon Fils , 6c 
reçut pour fa Belle - Fille la Duchelfe 
d'York. Les Lords trouvèrent qu'elle. 
le devoir faire , tant pour faire Çqs'^ 
affaires &: s'établir un revenu con- 
fiderableque le Rdi fon Fils lui don.» 
iioit en fon Païs , que pour s'établir 
eux^mê-iicrs , pirticulierement le Com- 
te de Saint Alban , Miniftre de cette; 
Ërincéire. Il fe fit Ami du Chance>- 

iier « 



k rHiflolre à* Amie d'Autriche, ilj 
}fer, après avoir tenu bon quelque tems, i^Co^ 
& fait en apparence le perfonnage 
Id'lionnêce homme , qui écoic de ne fc 
[rendre que difficilemenr. Milord Mon- 
Itû'iga n'avoir pas de dcfirs pour la for- 
Itane qu'il pouvoir faire en Angleterre : 
fcs actachen^ens e'toient en France , par 
Tarn té que la Reine Mère avoir pour 
lui ; & de plus on peut dire de lui ^ 
qu'entoures chofes , en tous Pais , fa 
véritable Pieté faifoit qu'il étoit defîu- 
rerelTé. 

Alors le Cardinal retomba malade 5 
d*un mal languilT-inc : Il parut que 
liiumeur des goûtes écoic remontée 
j des jambes à l'eftornac , ^ renfermée 
I au dedans j ce qui lui caufa des étouf- 
I femens qui palferent long- tems pour 
I vapeurs. Les Médecins le purgèrent: 
fou vent 5 6^ comme il amandoit tou- 
jours par la purgarion , on connu par 
là, malgré leur didimulation , que 
c'éîoit humeur , & que cette humeur 
venoir d'une mauvaife fource, L'écat 
où il étoit alors ne l'empêchoit pas 
de penfer à fes Tréfors y ôc dans ces 
mêmes tems , comme il avoir des mo- 
mens de relâche , on remarqua qi|'il 
s'occupoit fouvenc à pefer fes Piftoles 

(^u'il 



. 138' Mémoires pour fervlr 

j66o, <^u*i^ g^g^oit , poLii- remettre les lege-^ 

res le Icndeaiain au }en. 
1661. L'Avarice du Cardinal étoic relie,, 
que la Reine n'avoir point d'Argenr^^ 
Toute la dépenfe de fa Mai Ton fe fai- 
foit par l'ordre de Colbert , Créature 
du Cardinal , qui épaignoit fur toutes- 
chofes. Cette jeune Piincede n'avoîc 
pas de quoi joiier -, car , on ne lui 
donnoit alors que les mille Ecus par. 
mois , deftinez de tous tems pour les^ 
menus plaifirs des Reines , ôc pour 
leurs aumônes ; mais , comme le Jeu 
c-toit à la mode, de que la Reine ai- 
moit quelquefois à joiier , cette fom- 
me n'étoit pas fuffifante j car , pou- 
vant beaucoup perdre chaque jour, fl 
arrivoit fouvent que l'Argent étoic 
bientôt fini j de forte qu'elle n'avoic 
pas de quoi faire des aumônes , ni 
de quoi fatisfaire à {&s plaifirs. Le: 
jour des Ecrenes, on avoit accoutume.- 
de donner à la Reine Merc , du tems: 
du Roi Ton Mari , douze mille Ecus;.> 
mais , la Reine n*eut que dix mille Li- 
vre , dont elle fut fâchée , à caufe. 
que la Reine fa Mère lui avoit dit ,, 
qu'elle avoit accoutumé d'avoir douze: 
mille Ecus. Cette différence lui dé* 

plut :. 



i l'Htfloîre à' Anne d'Autriche, 155) 
plut : elle s'en plaignit à la Ducheiîe 1^61^ 
àe Navailies. Cerre Dame croyan: 
i faire un fer vice au Cardinal , i*en alla 
l'avertir, le confeillant de mieux trai- 
jfer fa MiitrefTf.- : elle lui die auiîi 
; qu'elle étoit fenfîble ; & qu'elle con- 
DoifToic le bien U le mal qu'on lui 
faifoit. Il lui répondit que la Reine 
auroit de l'Argent quand ii lui plairoit 
d'en demander , fans promettre délai 
en donner, il puut en colère contre 
la Reine Mère , de ce qu'elle vouloic 
qu'on donnai à la Reine fa Fille les 
douze raille Ecus doîîr je viens dé- 
parier , Se dit avec exagération , Hé» 
las ! Jî elU fçavoh à* ou vient cet Ar^ 
^nt 5 & que c*efi le Sang du Peuple , ' 

elle n*en ferait pas fi llbsrale» Lui , 
qui joiioit tous les jours trois ou qua- 
tre mille Piftoles »qui avoit rout l'Ar- 
gent de France dans Tes Coffres , qui 
lailToit joiier à fa Nièce la ComtelTe 
de Soiiïons chaque jour des fommes 
immenfes , qui pilloit tout , & qui 
lâilloic faire fur les Peuples les plus 
énormes voleries qui fe foient jamais 
faites ; lui , dis - je , que l'on trouva 
peu après fa mort avoir rempli de 
Tréfocs innombrables toutes les Places 

de 



140 Mémoires pour fervlr 

I^é/, de fa Domiîiacicm j & celles de'fes 
Amis ; il eue la hardietTe de repra-- 
cher à fa Bienfaitrice, à la Mère de 
fon Roi , à la Mère de la France &i 
des Pauvres , douze mille Ecus qu'elle 
fouhaita qu'il fît donner à la Reine , 
félon que le feu Roi fon Mari avoir 
accoucumé de les lui donner à elle t 
en quoi on peut voir quelle ëtoit fa 
Tiranr Je , fa Dureté , •& fon Ingrati- 
tude , dans les chofes où il agilloit na< 
turelleaicnr, i 

La Rcine d'Angleterre vint alors k 
Portsmouth , ponu s'embarquer ôc re-i* 
venir en France par le Havre ; mais ,i 
fon Vaiiïeau penfa périr & fut jettes 
fur le fable. La Princetfe d'Angleter^-J 
îe accordée à Monfi'^ur , dans ce^- 
même VaiiTeau , fut prife de la rou-j 
gfole , dont elle fat extrêmement ma-; 
lade. La aeîne M:'rc, qui fouhaitoir^ 
ce Mariage , s'inquiéta de ce qu'on 
ne fçiivoit point de fes nouvelles , ôc:* 
Morfi-ar montra par fon chagrin ,.; 
que du moins fon intention étoit d'é-i- 
tre afïl.gé. Cette PrincelTè , après^ 
avoir été deux jours en péril , par* 
l'excès de fa maladie , retourna h 
PortsniQUth ,. pour être purgée , mais. 



k l'H'f^elre â' Anne d'Autriche, 141 
h rouireoic lui fortir tour de nou* lé^i. 
veau , «Se les Médecins douterenr de 
fa Vie. La fanré lui étant revenue , 
elle fe remic fur Mer avec la Reine 
fa Mère , laquelle peu après arriva au 
Havre heureufement , ayant eu en ceLerFc- 
Voyage la crainte de perdre la PrincefTe ^""* 
fa Fille , & la douleur d'avoir vu mou- 
rir 5 penJjnt le fe'jour qu'elle avoic 
fait à Londres la Princclîe Royale fa 
Fille ainée , Veuve du Prince d'O- 
range, 

Le Dimanche fixieme du mois le feu ,« ^ r-- 
prit dans la GiUerie du Louvre appel- vûei. 
îée la Gallerie des Rois. Elle fut -pref- 
que entièrement brûlés , avec un Sa- 
Iwn voifin , qui ne faifoit que d*érre 
achevé de bâtir. Le Roi fut contraint 
par cet accident d'aller à Saint Germain 
paflfer quelques jours , pour laifler nec- 
toicr le Louvre, 

Le Vendredi onzième , le Cardinal Le n 
étant alors à Vincennes , fe fcntic en ^^^'^"* 
mauvais état, il envoya le Duc de 
Navailles au Roi > lui mander qu'il 
étoit fort malade , & qu'il fouhaitoit 
de le voir. Le Roi pleura avec ce 
Duc, difant qu'il perdoit beaucoup , 
& que fi le Cardinal avoit vécu en- 
core 



14^ Mémoires peur fervlr 
léél. core quatre ou cinq ans, il l'auroir 
iaifFé capable de gouverner Ton Royau- 
me ; qu'alors il demeuroirembarraflTé , 
ne fâchant à qui fe confier j & que for» 
plias grand defir étoir de faire lui mê- 
me fes affaires. Cette nouvelle fie que 
toute la Cour revint de Saint Germain 
à Paris, d'où le Roi alla auffî-tôc à 
Vincennes. La Reine Mère alla l'y; 
joindre , ^. fut f^rvie par les OiS- 
' ciers de la Reine fa Fille , parce qu'elle' 
n'y mena point les ficus. Ce même^ 
jour onzième , on avoic donné de TE- 
métique au Cardinal , fur le foir , qui 
l'avoic fort foulage .* c'eft pourquoi. 
on lui en redonna le treize , dont il fe 
porta mieux , un jour ou deux , à cau- 
fe de la grande Evacuation , mais auiîî»^ 
tôt après il retomba dans fes mêmes 
maux, 

La Reine d'Angleterre arriva à Pa- 
ris le vingtième Février , elle fut bien 
reçue du Roi , & des Reines , qui aU 
îerent au devant d'elle jufques auprès- 
de Saint Denis , avec toute la Grandeur 
& la Suite , qui accompagne toujours 
un Roi de France. 

Le vingt-deuxième Février , le Roi 
5^ la Reine Mue , qui étoient à Vin-- 

cennes , 



à VHîflolre à' Anne à^Aumchi. 145 
cennes j allèrent un matin voir le Car- id^i^ 
dinal. Ils le trouvèrent plus mal ce 
jour- là , & plus oppreiïe. Il leur parla 
de fa mort , , &: leur dit des chofes 
touchantes. Le R.oi & la Reine Mère 
y furent deux heures , & en fortirent 
pleurans Ôc attendris. Sur la ^ïï de 
Février le Cardinal empira tout-à-faic ; 
& , ne fçachant à qui jetter fes innom- 
brables Tréfors , il fiança fa Nièce 
Mancini , qui ctoit revenuif à la Cour , 
au Connétable Colonne , avec un doc 
de cent mille Livres de rente en Italie , 
& fa belle Maifon de Rome qu'il lui 
lainfa. Le Roi , à fon retour , avoic vé- 
cu avec elle , avec beaucoup plus de 
marques d'indifférence , que de pafîion. 
Quelques - uns ont dit , qu'il eut en- 
core quelques momens de tendrefTe , 
qui penferenc rallumer {^s premières 
flammes ; mais , je l'ignore , & n'en puis 
rien dire. 

Le Miniftre fît époufer Hortenfe 
Mancini au Grand Maître , en le fai- 
fant Héritier de' tous fes biens, & lui 
fit quitter fon nom de la Porte , qui 
de foi e'toit médiocrement honora- 
ble , & l'obligea de prendre celui de 
Mazarin , avec des biens & des Eta- 

bUlfe. 



144 Mémoires pour fer'vir 

l66i, bliiîemens prodigieux. Depuis longi 
tems le Grand Maitre , Fils du Mare* 
cl)al de la Meilleraie , écoit amoureux 
de" Mademoifclle Hortenfe , ôc avoit 
rcfafé la ComrelTe de SoilTons , efpe- 
ranc d'avoir fa cadette ; mais , le Car- 
dinal gardoic cette cadette , qui étoit 
belle , pour des Rois , ou du moinj 
pour des Souverains. Jufques là , il 
avoir montré de l'averfion à la lui don- 
ner , de ne paroilToit paseftimer fa Per- 
fonne j mais la mort , qui le prenoit à 
la gorge , ne lui donnant pas le temS 
d'accomplir , en fes Nièces qui lui ref- 
toient à marier , la grandeur de Cesi' 
defirs , il fallut qu'il prit le Grand 
Maître comme fon pis aller. Il étoir 
déjà fort riche ; car fon Père , par la'^ 
faveur qu'il avoit eue auprès du Car- 
dinal de Richelieu comme fon parent ,' 
avoir de grands Biens &. de grandes 
Dignités, Il parut heureux d'être por-- 
té par la fortune à la joûiffuncc def 
cette grande dépouille ; mais , ce n'eft- 
pas être heureux que d'êtte trop riche» " 
Le Cardinal Mazarin avoit toujours''^ 
confervé une grande reconnoiftance * 
des obligations qu'il avoit au feu Car--^ 
dinal de Richelieu fon Bien.fâiteur.^3 

Ses 



k l*Hfflolre à* Anne d'Atitrkhe, 1 4 j 
Sts premiers defirs , après avoir faic ve- lé^f, 
nir {^ts Nièces d'Italie , avoienc été 
pour le Duc de Richelieu Neveu du 
IdefFant Minière ; mais , !a DuchefTe 
d'Aiguillon fa Tante l'avoir méprifé ; 
& on crut alors , qu'en mourant , il fe 
confoleroit de la néceffité qui le for- 
çoit de prendre le Grand Maitre pour 
fon Héritier , à caufe que le Maré- 
chal de la Meilleraie étoit Parent du 
Cardinal de Richelieu , 5c qu'il avoic 
toujours été fon Ami dans le tems de 
ifa faveur palfée. 

Le troifieme jour de Mars , deu- 
xième jour de Carême , j'allai à Vin- 
cennes. Le Cardinal Mazarin , qui 
s'étoit mieux porté depuis un jour ou 
ideux > s'étoit trouvé C\ mal ce même 
Jmatin , qu'il avoit fallu lui faire rece- 
jvoir le Saint Viatique. La Reine 
iMerefut réveillée avec cette nouvelle : 
lelle i'entendoit heurler les nuits , parce 
qu'il étoit logé de l'autre côté de fa 
Chambre 5 & fon mal étoit de cette 
mature , qu'il étonffoit continuelle- 
ment. Le Roi tint Confeil le matin , 
avant que la Reine fa Mère fut éveil- 
lée ; Ôc au{îi»tôt il lui vint rendre 
compte de ce qui s'y ctoit pafTé. La 

Reine 



î4<* Mémoires pour firvîr 

l6Éi, Mère ce même jour-là me fîr l*hon« 
neur de me dire , qae le Tellier , le 
Procureur General Fouquec , & de 
Lionne , étoient deftinez , non pas 
pour gouverner', mais pour fervir le 
Roi. Elle me parla du Maréchal de 
Villeroi , comme d'un Homme qui 
aimoic l'Etat , 5c avoit de la capacité , 
mais qui étoit foible. Elle croyoic 
néanmoins qu'il feroit du Confeil j ce 
qui ne fut pas. Elle me parut per- 
fuadce que le Tellier étoit un Homme 
habile en fa Charge , Homme de Bien, 
alfez à elle , mais pas capable de la 
première Place. Elle me fit l'hon* 
neur de me dire auffi qu'elle croyoic 
que le Procureur General , homme:: 
capable , quoi que grand Voleur , de- 
meureroic le Maitre des autres. Pour 
de Lionne , elle me témoigna avoic 
deiïein , fi elle le pouvoit , de l'éloi- 
gner des Confeils , après la more da 
mourant. 

Le Cardinal , qui croit Sur-Inten- 
dant de la Maifon de la Reine Mère , 
la fupplia de lui permettre de don- 
ner cette Charge à la PrincelFe de 
Conti fa Nièce. Madame la Com-' 
telFe de Flex , fa Dame d'Honneur , 

en 



à l'HlJïoke d'Anne d'Autriche, -147 
«n Fut Fâchée : mais , la Reine Meue y 61G1. 
remédia; car, pour lui adoucir cet- 
te mortificacion de fe voir une Per- 
fonne au-detfus d'elle , elle fie don- 
ner peu apr^s un Brevcc de Ducheiîè 
à Madame de Sénccey , qui pouvoir 
revenir à la Comtede de Fiex fa Fille 
&: à Tes EnFans n aies : Faveur aiTez ex- 
traordinaire , ôc que la Reine Mère 
demanda inftamment au Roi , com- 
me une choFe qu'elle defifoit avec ar- 
deur. 

Le cînqui^'me Mars , on ordonna 

les Prières publiques des quarante 

heures par toutes les EgliFcs de Paris ^ 

pour le Cardinal \ ce qui ne Fe fait 

d'ordinaire que pour les Rois. Mada* 

me la PrincelTe Palatine lui envoya , à 

Fon extrême regret , la DémifTion de 

fa Ch rge de Sur - ïntenJanre de la 

MaiFon de la Reine , qu'il donna à la 

Comreire de Soiifons. Il voulut % 

lavant que de mourir , laiffer Fes deux 

I Nièces dans ces deux poft.s qui Font 

! beaux. La Reine alors fe douta 

id'ctrc grolFe, Ce fut une conFoia-» 

;tion au Roi, qui pouvoic aiFiémenc 

! guérir le chagrin qu'il avoir de l'état 

où il voyou le Cardinal , qu'il a:« 

Tome K G moit 



148 Mémoires pûur fervir 

r6i *^°''' ^^^"^^"P* C'étoit fon premiet 
attachement , & Tenfance avoit été le 
fceau de cette liaifon. 

Le Cardinal laiflfa aa Grand Maî- 
tre en Tes Goavernemens , en fa Mai- 
fon de Paris toute meublée , & en 
^unc'un Argent , d s fommes innombrables ^^ 
GrîginAl 5^ , outrc ces grands biens, il avoic 
^«/«^^ marié la PrincelTe de Conti , Mada» 
i:tm mille mc de Modene , & la ComtelTe de^ 
rtnuhant So (Tons j 6c leiu avoit donné à cha- 
en'Duchésy ^^^g ^^^g grande dot. il lailTa deux 
Vilnc cent mille écus à la petite Marianne, 
mtns, la dernière de Tes Nièces , & le Gou- 
ci7f. vernement d Auvergne pour celui 
qui l'épouferoit. Pour fon Neveu 
Mmcini , quoi qu'il le deshérirât, 
ne le croyant pas digne de porter foa 
Nom , ce Neveu déshérité ne lailTa 
pas d'avoir Ja Principauté ou Duché 
de Ferreti en Italie , le Duché de 
Nevers en France , avec une partie 
de fa Maifon ôc beaucoup d'autres 
Biens. Il donna à chacun de fes 
Petits - Neveux de Mercœur » de 
grands Revenus en Bénéfices , ôc fit 
donner à tous fes Amis des Gouver- 
nemens , des Evêchez , & de l'Ar- 
gent. Il rétablie le Duc de Lorraine 



kl*Hîfloire à* Anne à* Autriche, 149 
^ans Tes Etats , en partie pour le re- i($él. 
compenfer de ce qu'il avoir voulu e- 
tre fon Neveu , Honneur "qu'il a- 
voit refufé ^ & chacune de {ts Re- 
commandations ou de Tes Loiianges , 
firent alors la deftine'e des plus 
grands Seigneurs du Royaume, il 
fît fon Teftamenc, ôc le fîgna le fixie- 
me de Mars ; & , comme il avoit déjà 
reçu le faint Viatique , il montra de 
vouloir donner le lefte de fon tems à 
fon fâlur. Il envoya quérir Monfieur 
Joli , Cure de Saint Nicolas des 
Champs , Homme de grande réputa- 
tion , d>c le pria de ne le plus quit- 
ter. Il montra d'avoir des fentimens 
de piété , ô^ demanda niiféricorde j 
mais , tous ceux qui difenc Seigneur , 
Seigneur , n'entreront pas au Royaume 
des Cieaw II faut néanmoins que 
nous efperions tous en cette divine 
iiiiféricorde , & pour nous , & pour 
les autres : c'efi la richelTe des pé- 
cheurs. 

Le Jeudi croifîeme de Mars , qui 
fut le jour qu'il communia, la Rei- 
ne Mère me fie l'honneur de me dire 
en prefence du Roi , que le Cardi- 
nal étoit lors bien petit devant Dieu ; 
1 G i qu'il 



1 5 o Memeîres pour fervlr 

lééi. 4^'i^ avoit de grands fentimens d*hu-, 
milite , & qu'elle efperoit que Dieu 
auroic pitié de lui. Ce font deux 
chofes diJÎiciles à pouvoir accommo- 
der enfemble , que THamilité Chré- 
tiemie , avec l'Amour des Biens de 
la Terre & de cette Grandeur qui 
lui faifoit difpofer de tout un Ro- 
yaume ^ comme bon lui fembloir. Il 
^ donna tout ce qui étoic vacant & 
tout ce qui n'e'toit point à lui. Vé- 
ritablement , ce fut du confentement 
du Roi , & ce fut ce qui le perfua- 
da qu'il pouvoir impunément pren- 
dre , & tout donner aux fiens. L'ex- 
cufe n'éroit pas peut - être tout-à^fait 
légitime : ç'étoit abufer en quelque 
manière des fentimcns , que Thabitii- 
de avoit formez dans le cœur du 
Roi à Ton égard , que de lui ôter fa 
Pniirance , tes Finances , <& le Droit 
de difpofer des Charges , Gouvcrne- 
mens , Abbayes , Evêchez , & pres- 
que généralement de tout ce qui fe 
trouva pour lors dans fa difpofi- 
tio;i. 

L; Cardinal Mazarin avoit été foup- 
çonné de n'avoir pas eu beaucoup de 
jÇ.eligion, S^, Jeaneffe étoit deshon- 

noréf 



^ l'Hlfiolre d'Ame d'Autriche, ijr 
ftorée par une mauvaife repiujtion , i^^l 
qu'il a voit eue en Italie ; & , coipjne 
je l'ai dit en parlant de lai , il a'a- 
voit jan^ais témoigné afTez de véné- 
ration pour les Myfteces les plus fa- 
crez» Sa vie ,. moralement bien ré- 
glée , ne paroi iroir pas avoir pour rè- 
gle de fa fagelfe j les Miximes Evan- 
geliques j & il feroit à fouhaicer pour 
lui , que les dernières années de fa vie , 
où il avoit fait des adions de Vertu , 
cuflTent écé entièrement réglées fur le 
defîr de fon falur. Mais , Dieu feul 
Gonnoit ce qui eft en l'homme , de 
les apparences louables nous d^^ivenc 
prefque toujours '"jliger à croire 
comme une vérité le bien que nous 
voyons en autrui , puifque nous ne 
pouvons faire le difcernemenc des 
penfées , ni des fcntimens donc nous 
voulons injafteraenc être les Juges. 
Ce Miniftce montra beaucoup de fer- 
meté & de tranquilité d'efprit dans- 
I ces derniers jours. Il travailla avec 
! le Tellier fur les Affaires de TEtar. 
Le quatre , & le fix , il fît même 
; des dépêches pour Rome , qu'il Ci" 
gna. Sa fin fut accompagnée d*hon- 
I neur , pai les larmes du Roi , d'Opu- 
G 5 lence 



15^ Mémoires pour fervlr 

lence par les biens qu'il lailfa à fa Fa« 
mille , Si à ceux qu'il voulut enrichir ^ 
& de fermeté par la bonne miné qu'il 
fit à la mort. Il peut afpirerà la gloire--- 
de l'avoir regardée avec une intrépidité 
pareille à celle des plus grands liom* 
in es. 

Le feptieme Mars , jour qu'il re* 
çut l*Extrême - Ondtion , après avoir' 
pris congé du Roi , de la Reine 
M-^re , & de Monfieur , qu'il fupplia 
de ne prendre plus la peine de le ve- 
nir voir, il donna au Roi dix -huit 
gros Dî ornants , un fort beau Dia- 
«nant à la Reine Mère , un Bouquet 
de D'iamans à la jeune Reine , & 
plu (leurs Emeraudes d'une prodi-- 
gieufe groffeur à Monfieur. il don- 
na un Diamant au Prince de Condé ». 
avec beaucoup de louanges j & de 
grandes marques de fon amitié , & 
un au Maréchal de Turenne , & kif- 
fa pour Succeireurs au Miniftere ceux, 
que j'ai déjà nommez. Enfuite de tou- 
tes ces chofes , il pria Monfieur Joli , 
Curé de Saint Nicolas des Champs , 
de ne le plus quitter. Il ne s'étoic 
point confelTé à lui; mais, il parut 
ne penCer plus qu'à fa Confcience... 

Son 



k Vlfifloîre d^ Ame d* Autriche , 1 5 3 
Son Confedeur ordinaire écoit Théa- lééi 
tin , Homme fimple & d'une, fingu- 
liere pieté , mais qui peuc-écre igno- 
roit les périls où peuvent tomber 
ceux qui ont trop adoré la Fortune , 
la Faveur, &i les Richelfes* il vou- 
lut d^ns cet état envoyer à l'Airem- 
h\éz du Clergé PEvêque de Poiuers , 
pour les prier de croire qu'il mou- 
ro't If-r Serviteur. Elle en fut (î 
rcconnoi)Dnte , qu'ils voulurent tous 
l'en aller reiTiercier ; mais , ils ne 12 
purent voir. Il en tic autant au Pai- 
îement , les envoyant alTûier ai '^l 
moarpit leur Serviteur, li rsçut 
PExtrêrae - Ondion f-lans fa Chaii'e, 
y repon iir uii - mêra*^ , 6c rea-iercia 
ceux qui !a lui avoicnc admmiftrée. 
Il fit venir tous fes Domciliques , il 
fe fit voir à tous , ayant fa barbe fai* 
te , étant propre &: de bonne mine , 
avec une Cimare de couleur de feu , 
fa calotte à fa tête , comme un 
Homme qui vouloit bravée la More. 
Il leur parla fort chrétiennement , 
leur demanda pardon avec de gran- 
des marques d'humilité , & confcila 
qu'un de fes crimes devant Dieu a- 
voit été la colère & la rudelTe qu'il. 
G 4 avoic 



1-J4 Mémoires pokV fervîr 

lééi. avoic eue pour eux. Il leur dît à 
tous ce qu'il leur lai (Toi c , & fit tou- 
tes ces cliofes d'une manière douce 
gii obligeante, il cmbrafTa fesAmis, 
& leur fit des Complimens. Au 
milieu de cette occupation , une foi- 
blelfe le prit : il dit , 'je m'ajfoîbUs y 
é^Hon me donne m peu d^Eau de Grenat 
de, Apiès en avoir pris > il dit "je re- 
viens , èc continua de parler à ceux 
qui étoient prefens. il s'occupa le 
reftc du jour à faire des A6tes de foi 
& de. contrition 9 ce qu'il fie d'une 
manière dévore , ferme , ^i tranquille. 
Il parapha Ton Teftament , & figna 
encor fur le foir des dépêches poul- 
ie Service du Roi ; & . quoi qu'il 
parût ne vouloir plus penfer qu'à 
Dieu , tant qu'il put parler & enten- 
dre, il ordonna de tout ce qu'il lui pa-^ 
rut utile à l'Etat, 

Le Roi & la Reine Mère lui en- 
voyèrent encor demander ce qu'il de- 
firoit qu'il fût fait après fa mort , &C 
il fembloit que ces paroles étoient 
des oracles , qui ordonnoient de l'a- 
venir. Il y a fans doute beaucoup- 
de grandeur & de beauté à fa mort j- 
mais 9 fa réputation doit être noircie 

par; 



al*Hlflotre à^Anne â*Amrtche. 155 
I par l'ingratitude qu'il a eue* pour la i6<>i 
\ Reine Mère fa Bien-faidrice ; cî*a- 
I voir voulu mettre de la fechereffe , 
; du dégoût , & de la défiance pour 
elle dans l'efpric & dans le cœur du 
Roi, afin de le polfeder tout entier; 
I lufques à la blâmer de ce qu'elle fai- 
foit trop d'Aumônes , & faifoit trop 
de cas des Dévots. E'Ie s'en étoit a- 
I perçue en plufîeurs occafîons , com- 
me je l'ai déjà dit. Il eut même en 
mourant la dureté de lui demander 
k Survivance du Gouvernement de 
Bretagne pour la donner au Grand 
Maître ; ce qui ne fe fait jamais : car 
c'efl un Crime de compter fur la 
mort de nos Rois. Voilà des effets 
<le cett€ Avarice fordide , qui l'ac- 
compagna jufques à la fin , & qui dans 
les derniers inftants de fa vie lui fit 
encor prendre plaifir à faire repafler 
par Çts mains qnafi tout le Royaume , 
pour le donner à fon Neveu , à fes 
Nièces , & à fes Amis. Voila auflî 
la caufe de cette Ambition dévoran- 
te, & de cet ardent defir de la Fa- 
veur 5 qui l'avoit toujours poITc- 
4é. 

Le fepciéma jour de Mars , la 
G j Reine 



ijô Mémoires pour fer vir 

l6él. "^^^"^^ MtxQ , après avoir tenu le Cer^' 
de chez la Reine vint un moment: 
dans fa Chambre , pour fçavoir com^ 
ment il fe portoit Elle fie appeller 
Colbert , qui lui dit qu'il étoit fort 
mal , Ôc qu'il ne croyoit pas qu'il 
paffât la nuir. La Reine Meie s'at^ 
tendrit à ces paroles , & les larmes, 
lui vinrent aux yeux : puis , me ti« 
tant à part , me fit l'honneur de me 
dire , en me parlant de lui , qu'elle l'a-» 
voit toujours connu mieux que per-= 
fonne , àc qu'elle n'avoit pas tnefefti* 
me ceux qui avoient éié d'avis qu'eU 
le l'éloignât de la Cour j mais ^ qu'a- 
yant trouvé en, lui une fidelle applî^- 
cation au Service du Roi & au Bien, 
de l'Etat , elle avoir; au qu'il étoit' 
jufte qu'elle excufât fes deffauts en 
faveur de fes bonnes intentions. Elle 
ajouta enfuite quelques particularitez^ 
du regret que le Cardinal avoît. de 
lui avoir déplu en fa conduite , donti 
il lui avoit demandé pardon avec desï 
marques d'un grand repentir. Elle 
me dit aufli , qu'elle avoit été fâ- 
chée êitct que le Roi , pouffé par le 
Miniftfe à haïr la PrincelFe Palatine 
l'a voie pbligce à, fe defFaire de fa 

Charge 



àl'Hïjxolre à' Anne à'AutYlche, 17 7 
jCharge de Sur-Intendance de la Mai- i^Gu 
fon de la Reine, pour la donner» 
comme j'ai déjà die, à la Comcef- 
ift de SoiiTons. Cette PrincelTe ne 
lui plaifoic pas , & n'avoit jamais bien 
Ivêca avec elle. Un refte d'Atta- 
chement que le Roi avoir pour elle 
lui faifoit craindre qu'elle ne reprîc 
fa même place , qu'il fembloit que fa 
Sœar n'eut perdue que pour là lui ren- 
dre. Elle me fit l'honneur de me 
dire auflî , que le Roi fans doute 
prendroit plaifii* à gouverner fon 
Royaume ,* qu'elle en étoit bien aife , 
& faifoit dclfcin de lui montrer paj- la 
modération de fa conduite , qu'elle ne 
lui vouloit rien dérober de Ton Au- 
torité. Ce fut par Tes Sentiraens , 
qu'elle perdit l'avantage d'encrer au 
I Gonfeil , dont beaucoup de perfon- 
I nés l'ont blâmée , s'imaginanc peut- 
être avec raifon qu'elle y avoic été 
portée par des confcils interefifez, donc 
elle ne connut pas la caufe ; mais , 
dans le vrai , fa penre naturelle étnfc 
le defir du repos 6c de la retraite. 
Le foir du feptiéme , le Roi , qui ne 
voyoit plus le Cardinal , fie appellec 
fes Miniftres , & je vis alors le vivant 
G 6 prendre 



ijS Mémoires pour fèrvîr 

prendre la place du mourant , avec- 
un commencement de grandeur , de- 
fuite , ôc de biuit , qui me fie admi- 
rer les changemens du Monde. Le- 
Roi s'enferma avec eux ; &: la Reine 
Mère , au retour des Miniftres , vint- 
peu de tems après le trouver. Com- 
me elle étoit logée à Tancien & petit- 
Logement , à caufe qu'on faifoit pein-. 
dre les grands Appartemens du nou-. 
veau Bàcimcnt , elie quita fa Cham-- 
bre , parce qu'elle était trop proche- 
de celle du mourant , & vint cou-, 
cher dans celle du Roi, Le Cardinal» 
vécut encor cette nuir. il dormit» 
trois heures, le lendemain, il enten- 
dit la MciTe , & eut quelque amen* 
dément. Ce meilleur état forma un- 
petit bruit de réfurredlion j mais auffi' 
tôt après s'affbibliirant entièrement,, 
on j'igea quMl ne duçcroit pas encor- 
long- t-ems. Il mourut perfuadé que- 
les Médecins n'avoient pas connu? 
fon mal , & l'a voient mal traité. Un: 
des fiens lui entendit dire , parlant a-. 
vec lui - mêpie V /// rnom tuè. Ce: 
jour - là jValoCj. premier Médecin du 
Roi 5 lui ayant voulu perfuader de,: 
prendre un Bouillon^ il k refufa , 



a i'Hiftoire d*Ame d'Autriche, 1/9 
& regarda cet Homme d'une manie* léé^i 
re fixe &: perçante , qui fit juger aux> 
Afli-ftans qu'il le regarde ic comme un. 
I Homme qui ravoir mal fervi. QlioL 
! que ce fut avec d'innocentes inten- 
tions , il n'en parut pas content , de 
la dernière abfoKuion qu'il deman- 
da , fut pour avoir murmuré contre 
\ts Médecins.. Il fut tour ce jour 
dans de grandes foutfrances , &: Ton 
Agonie fut le foir terrible. Monfieur 
J-oli lui ayant dit >. que c'éroit alors 
que la nature payoit fon tribut , il lui 
r-épondit , '^e fouffl-e beaucoup , maïs je- 
fins que la- Grâce efiencor plus forte que 
le maU 

Le Roi lui manda le matin ,. qu'il 
avoit beaucoup de peine de ne le 
point voir. Il lui fît dire qu'il le 
remercioit , qu'il n'écoit plus tems 
qu'il penfâc à lui , mais qu'il le fup- 
plioit de fe fouv^nir des dernières 
paroles qu'il lui avoit dites. Il envoya. 
recommander Mondeur Joli au Roi : 
la Reine Mère pru la. parole 5, & ré- 
pondit , que- le Roi auroit toujours 
foin des gens de bien.. Un peu a- 
vant que de mourir , il appelle Col- 
bert,, Cdu Domeftique.,. & lui parla 

de. 



itfo Mémoires poptr/ervïr 
de quelque chofe touchant fesaffai- 
res , de la même mam'ere que s'il cûc 
été en. fanré.. il envifagea la Mort 
avec une telle fermeré, qu'il dit à Mon- 
(îeur. Joli , qu'il avoit du fctupule de- 
ne la pas alPcz craindre,. Son Agonie 
augmentant, il dit à un de Tes Va-- 
Icts de Chnnbre , nommé' Bernoin ,. 
en tarant Ton poulx lui - même , Je 
fouffriral encor beaucoup,, A deux heu- 
res après minuit , il fe remua un peu. 
dans Ton lit , & dit , Qtddle heure efl^ 
il ?: Il doit bien être deux heures,. Mon- 
iteur Joli &: Bernoin dirent- alors entre 
eux tout bas , qu'il iroit bien encor 
jufques à dix heures du matin* Le 
malade enfuite demeura environ u-^ 
ne demie heure à prier Dieu & (ouf* 
frantv Alors il pafTa , en difant ,. 
Ah ! Sainte iCkrge j, ayez, pitié de, 
moi , & recevez mon Ame, Il expira- 
entre deux & trois > le neuvième jour^ 
de Mûrs. 

Le Roi s'éveillant appella fa Noil- 
irice qui couchoit dans fa Chambre ,, 
& fortant de Ton lit lui- fît figne de 
l'œil pour fçavoir fi le Cardinal ctoit 
mort^ ce qu'il fit de peur d'éveiller 
k R^ine , ou de la troubler par cet» 

te- 



à l*Hijîoîre d*Jn>ie d'Autriche, 1 6i 
te fanefte vue de la Moïc y qui de \j^^u^ 
foi - même eft toujours aftVeufe.. 
, Ayant [ç^'Ji que ouï: , il s'habilla ,, & fît 
! venir les Minières , le Chincelier ,, 
I le Telliei , le Sur - lutendanc Fou« 
quec , & de Lionne , oc leur com-- 
manda de ne lien expédier fans lui 
en parler , leur déclarant qu'il ne 
vouloit point que ceux qui deman- 
deroienc des grâces s'adrefTaiTent ^ 
d'autres, qu'à lui. Il alla enfuice. 
trouver la Reine Mère.. Us dinerent ,, 
& partirent le plutôt qu'ils purent 
de Vincennes ,, pour venir à. Paris., 
La Reine fut apportée en Chaife». 
Le Marquis d'Hautefort fon premier 
Ecuyer , & Nogent , vieux., raai^ 
fain , l'acçompagne.rent toujours à; 
pied. 

Le Roi étoit affltgé de la mort de 
fon Mmiftre ,, & avoir beaucoup> 
pleuré. La Reine fa Mère , plus, 
forte que lui , & plus dégoûtée des, 
Créitures, par la connoi (Tance qu'elle, 
avo't de leurs. imperfe<5lions ,. fen-- 
rit moins, de douleur. Elle avQÎt re-- 
gretté le Cardinal & avoir eu d«5 
momens. où^ la longue habitude 5c 
ie^ bonnes qualitez: cju-êUç avoit ai- 



lirt Mémoires pour fervlr 

mées en ce Miniftre avec ce qiv*il a- 
voit fait pour ette en chafTanc fa Niè- 
ce l'avoienc rendue fenfîble à fa. 
Mort ,. mais d'une manière plus tran- 
quille 5 & le fouvenir de (es ingra- 
titudes petites ou grandes efïaçoit ai- 
fémenc ce chagrin. Leurs Majcftcz. 
étant arrivées fe débaralferent de la. 
preife qu'ils trouvèrent dans le Lou- 
vre , & dans leurs Antichambres , SL] 
le Roi & la Reine Mère allèrent fe 
renfermer dans le Cabinet de la Rei- 
ne. Elle fe portoit bien de fon voya- 
ge , & par l'état où elle étoit , elle 
faifoit efperer au Roi , à la Reine fa. 
Mère, & à toute la France, la joye 
de la voir bien-tôt More d*un Dau- 
phin. Gètte jeune PrinccfTe n'croic 
nullement affligée de la Mort da 
Cardinal , Si Pàmufcment que le 
Roi avoir repris avec la Comteife da 
Soiffons , quoi que foble en aparen» 
ce , lui déplaifoic {\ fore ,, que (1 elle 
écoit chagrine ,. c'éroit feulement par- 
«e que , lelon que le difent les Philo- 
fophts 5 l'Amant fe transforme en la 
chofe aimée ; &: que voyant le Roi 
trifte , il étoic impoflîble qu'elle fût 
gaie. Eiifin, ceS; trois Royales Per- 

fonnes^ 



<r l^Hifiolre d'Ame à* Autriche, . i ^y 
fonnes fe voyant enfemble éloignées Jé^l. 
de l'objet de la More , coramencw^rent 
'à refpirer en repos. Le plaifir de la 
libetté , qu'ilsf cnvifagerem avec fe& 
charmes ordinaires > & cette as'réable 
pcnfce dans ces premiers monvemens ^ 
Jesconfolade leur afïlidion, La Rei- 
ne Mcre fut la première qui dit à ceux 
qui fans cette faifoient revivre le di{^ 
cours de la Mort da Cardinal , qu'il 
n'en falloir plus parler j qu'elle crai- 
gnoit que le Roi n'en fût malade 3 &. 
qu'il falloit qu'il s'occupât à queU 
que chofe de, mieux qu'à àzs paroles 
in miles. 

Le Roi , depuis qu*îl voyoit (on 
Miniftre pancher vers fa fin , avoit 
montre qu'il vouloir à l'avenir gou- 
verner fon Royaume. Il difoit qu'il 
n'approuvoic point la vie des Rois 
fainéans , & qui fe lailTeni mener par 
le nez. il ajoutoît lui - même à cela , 
qu*il voyoit bien qu'on pouvoit lui 
reprocher qu'il avoit fait ce qu'il bla- 
moit ; mais y il attribuoit fa conduite 
palTée à l'eftime qu'il avoit eue pour 
le Cardinal , à caufe de fon habileté ,. 
& à certe foumiffion èc dépendance 
klaq^uellc fon Enfance l'avoit accou- 
tumée' 



164 Mémoires pour fervlr 

fé(?i. tumé. La Reine fa Mère , qui avoit 
fenti rincommodicé du joug qu'elle 
s*c'toit ii-npofé j ne vouloir plus fe fou- 
mertre à d'autre Puillance qu*à celle 
du Roi Ton Fils; fi bien qu'elle fou- 
haicoit qu'il voulut travailler lui-imc- 
mt pour lui-même. Elle n'éroit point 
ambitieufe ; mais , elle écoit aflez 
bonne Mère , pour vouloir lui aider 
en tout ce qu'elle pourroit. Tous les 
gens de bien étoienc dans ce même 
(entiment , Ôc le Mmiftre en mou- 
rant y foie par le defir de faire fon 
'devoir en donnant de bons confeils 
au Roi , foit pour ne vouloir point 
de Succeireur dans la gloire de fa Fa- 
^^.}^ veur 5 lui laiila pour principale Ma- 
xime de raire iui-mcme les amiires- 
ôc nt plus élever de premier Mmiflre 
à ce fuprême degré où.-il étoit mon- 
té ; lui avoiiant que par les chofes 
qu'il auroit pu faire contre fon fervi- 
ce il connoiiToit combien il étoit 
dangereux à un Roi de mettre un 
Hû'nme dans cet état. Il lui laiiTa 
des Confeils de des Préceptes eftima- 
bles 5 que le Roi lui même écrivit , 
afin de s'en fouvenir pour fa condui- 
te.. 

Ce 



i 



à l^Hïjhhe à' Anne d'AntrIche. lé$ 
I Ce même jour aaraacin, le Roi, \66i^ 
\tmQS avoir apris la mort du Cardi- 
bal,^avoic été enfermé deux heures 
pour travailler lui feul au règlement 
de fa vie &: de Tes affaires, il vou- 
lut enfuice faire part de Tes refolu- 
rions aux Grands du Royaume ; &: , 
quand il fut arrivé à Paris , il ordon- 
na que tous le lendemain fe trouvaf- 
fent au Louvre chez la Reine fa 
Mère à quatre heures. Ce jour- là 
cette Princeire alla faire fes dévotions 
au Val . de - Grâce , puis étant reve- 
nue* fur le foir ^ les Officiers de la 
Couronne & les Minières étants af- 
femblez , le Roi leur dit que Dieu lui 
avoit ôfé un Miniftre qui' avoic pris.. 
le foin de (es affaires dans le cems de 
fa jeunelFe ; qu'il s'en étoit fi bica 
trouvé , qu'il auroit fouhaité qu'il lui 
fût plu de le lui conferver plus long- 
tems ; mais, puifque fa volonté a- 
voit été de l'*en priver , qu'il vouloit 
à l'avenir gouverner lui - même fon 
Royaume ; qu'il efperoit que Dieu 
lui feroit la grâce de s'en bien aqui- 
ter , & de bénir les bonnes intentions 
qu'il avoit d'agir félon la Ji-iftice & 
k raifon ; q^ue pour cet effet , il ne 

you^ 



l6^ Mémoires pour fervir 

j6^i» vouloir point de Premier Miniftre ^ 
qu'il fe ferviroit de ceux qui avoientf 
des Charges pour agir fous lui feloa 
leurs Fondions -j^ôc que s'il arrîvoit 
qu'il eut béfoin de leur Confeii , il 1$ 
leur demanderoic : puis , les congé-- 
dia. Cette refolurion fut prife pour 
relferrer le fecret des affaires , & pour 
en bannir Monfieur le Prince , ôt 
les Grands du Royaume , qui tous ,. 
s'ils y avoient eu la moindre part y 
en auroient voulu prendre une plus 
grande ,& auroient a ffoibli l'Auco- 
rire' Royale aut«am qu'ils auroient pu.. 
Le Roi difp.ofa de f^s heures , 6c or- 
donna que tous ceux qui auroient 
des grâces à lui demander , lui pre« • 
fentàlfent des Pkcets y. ôc que les Sa- 
medis il y repondroit. Après cetta 
cérémonie , le Roi & la Reine fa 
Mère étant montés chez la Reine ,. 
on crut déjà voir fur leur vifage des. 
marques de leur fatisfadion , 6c il 
fut aifé de jager que biea - tôt les def- 
fautS' du mort leur paroitroient plus- 
grands , qu'ils ne les avoient encor 
vus. Car , il ne fe contentoit pas< 
d'exercer une Puifliance Souveraine 
fur. tout le Royaume , il l'cxerçoic 

fuc 



a l'HtJtoîre d'Anne d* Jutrlche. K^y 
itir les Souverains même, qui la lui i66l% 
avoienc donnée i n'ayant en plufieurs 
occafions aucune complaifance pour 
le Roi , non plus que pour la -Rei- 
Ine , & ne lui laiiTant la liberté de dif- 
Ipoferde rien de confiderable. Il étoit 
il jaloux de cette Autorité qui ne lui 
appartenoit pas , qu'ail vouloit faire 
ies Ciiarges de tout le Monde 5 fî a- 
vare, qu'il vouloit gagner fur tout^ 
fi défiant , qu'il étoit fort aifé à cho- 
quer 5 û rcveur êc fi chagrin la plus 
part du tems 5 qu'à peine ofoit-on kii 
rien dire, de faifoit fem.blant d'être 
de mauvaife humeur , pour empêcher 
ceux qui l'attendoient en foule en fon 
paiTage de prendiece tems-là pour lui 
parler, C'eft pourquoi il étoit impof- 
fible que depuis le Roi jufques au moin- 
dre de fes Sujets , hormis peu de per- 
fonnes qui lui avoient de grandes obli- 
gations , on ne £ut bien aife d'en être 
délivré. 

Le Roi , ce foir • là , ayant fait en- 
trer Monfieur le Prince dans le petic 
Cabinet de la Reine , lut devant lui 
& devant nous quelques Articles des 
Coufeils , que ce Miniftre qui avoic 
beaucoup d'efpric Ôc de longue ex- 
périence 



l68 Mémoires pour fervir 

iGéi, perience des affaires , lui avoir lailTe* 
par ccric , & qui en ef£;c ëtoient très- 
tons i & comme on vit que le Marc- 
chal de Vilieroi ctoit exclus du Con- 
feil , pour n'avoir jamais éré bien re- 
mis dans les bonnes grâces du Cardinal 
depuis qu'il avoir été açcufé d'avoir 
manqué de reconnoilfance à fon en- 
droit 5 on s'imagina quec'étoit une des 
chofes qu'il luiavoit infpirces. 

Le dixième , qui fut ce même jour 
auquel le Roi fit fa Déclaration aux 
<5rands du Royaume , le Corps da 
Cardinal , qui avoic été expofc au Peu- 
ple le jour précèdent , le fut encore tout 
ce ^our- là. il y eut grand monde qui 
k fut voir. On lui trouva , quand il 
fut ouvert , une petite pierre dans îc 
ccear ; ce que quelques gens dirent 
convenir fort à la dureté qui lui étoic 
naturelle. 

L'onzième , il fut porté a PEglife de 
Vincennes , où Ton Service fut fait fans 
beaucoup de Cérémonie. 

Voici quelques-uns des Vers qu'on 
fie fur lui après fa Moi t. 



Enfin 



if l'HIJloîre ^Anne d'Autriche, i6^ 

Enfin le Cardinal a terminé f on fort, 
ïrançois , <^ue dirons- nous de ce grand 
Verfonnage f 
Il a fait la Paix , H efl mort , 
îl ne poHvoit four n9HS rien faire àavan-» 
tage. 

Autres. 

Cigjd l'Emlnence deuxième : 
Ueh nous garde de la troljteme^ 

Autres, 

l^azarln fortit de Maz.are , 

^H^i pauvre c^ne le Lazjire 

f^éduh a la Néceffité, 

'Maïs par les foins d' Anne d'Autriche^ 

^V Laz.are re/pifclte 

Ej} mort <:omm€ le mauvais Riche, 

Autres. 

e n'ai jamais pH voir 'JtdeJ faln , m ma* 
lade : 
J'a- reçH malnte'rehujfade , 
Dans fa Salle y & fur le Degré, 
%J^/[ais , enfin , ;V L'ai vu dans fon Lit 

dé Parade , 
Et je l'ai vu fort à mon gri. 

Le 



170 Mémoires pour fervîr 

ïé^i. Le douzfieme Mars , le Roi , pour 
coiitencer cette grande quantité de 
Grands qui autrefois forraoicnc h 
Confeil , & que les brouilleries paf- 
iees avoienc élevez à cette Dignité . 
tint Cofnfcil fur quelque matière d( 
Guerre Etrangère , où affifterent Mon. 
fîeur , Monfieur le Prince , & tous le: 
Princes & Grands qui avoient ac- 
coutumé d'en être , tant qu'il plu 
•au Cardinal d'en tenir 3 mais , de 
puis quelques années , il les avor 
entièrement abolis. Le Roi , le 
Reines , & toute la Cour , prirent \\ 
Deiiil du Cardinal 5 ce qui ne s'c- 
toit jamais fait : car les Rois ne l 
portent que des Souverains ou de 
Princes qui ont Thonneur de leu 
être Parens , &" il n'étoit ni l'un n 
l'autre. 

Ces premiers jours ne furent oc 
cuppez qu'à parler des immcnfes Ri 
cheifes que laifToit le Cardinal. L 
Tellicr, comme Ton Ami , nous di 
alors à la DuchefTc de Navailles & i 
moi > qu'il a voit eu trois millionii 
cinq cens mille livres des Charges àH^ 
iaMaifon de la Reine, que le Ro 
lui avoic données , èc que le Minif- 

m 



^ 



I a l'Htjlolre d'Arwe d' Aut ru he, îyi 
tre avoit tomes vendues, jLifqu'à cel- i^^i, 
lies de L vandieres i qu'ainfi cette fom- 
|.me , qui compoioic une portion de 
|fes Tiéfors, ne venoic point de TE- 
ipargnc. Il nous dit auffi , pour ex- 
jcufer fes grandes richcifes , & nous 
montrer qu'elles n'étoient point pri- 
(es fur le Peuple , qu'il fa'foit de 
grands ménages & trafics dans (ts 
Gouvernemens , Ôc particulièrement 
dans Bioliagej qu^il jouilToit de plu- 
sieurs fonds dfcftin^z an payeniert des 
An;b îlfadeurs, dt l'Artillerie , de i/A- 
mnauté, & anifi du reft;,' qu'il fe 
chargeoird'y fatiffaire , 6c n^ le faifoic 
pas , en quoi il eft à croire qu'il prc- 
noit beaucoup , ^ans qu'on put le 
:onvaincre de rien piendre à TEpar- 
>ne. J'ai ouï dire en ce nênie tems 
lu même le Tell'er , pariant du Car» 
linal , que ce Minière avoit tu deux 
liperieures pn (lions , le defîi de la 
;loire , & celui du bien ^ qu'en 
fiourant , (a giande fortune , dont il 
jarut trop occupé , avoit beaucoup 
liminué le mérite de ("es belles ac- 
ions y & qu'a:nfi .1 avoit manqué de 
emplir l'un de fes dtfirs , pour avoir 
rop donné à l'autre. ]e lui ai oui 
Tome K H dire 



îyi Mémoires pour fervîr 

i6éi, ^^^^ anfli , que deux jours avant que 
le Cardinal mourût , il avoit voulu 
écrire Ton Ttftament , &c le mettre au 
net en de beaux termes ; que comme 
il y travailloir , il le prelFa de le quit- 
ter , de peur que cette application ne 
Taifoiblic trop , & qge le Cardinal i:? 
dépita contre lui & lui dit demi en 
colère, (Se pourtant en riant , LaîJJez- 
moi faire : la contrainte (jue vous me 
faites eft pire c^ue la Mort , & qu'il 
parut en cet inilant parler de la Moi ^ 
comme s'il en eut raillé , mais , q 
dans quelque autre moment, il \ 
/ avoit dit d'un ton fort ferieux 5 Vo. 
un étrange pajfage , Monfienr 5 car y 
fuis homme , ^ pécheur , & je de 
craindre les Jagemens de Dieu ; tk. 
enfin il faut ejperer en fa miferko 
de» 

Ses Nièces , à qui il laîflToît d 
grands Tréfors , ne le regreterent gr 
re. Un certain Italien , leur Doroc; 
tique , leur reprochant leur ingrati 
rude, leur dit, Mefdemoifelles , v 
rangez, tous les François , de la dm : 
que Monfimr le Cardinal votre O, 
pt eue pour eux , par celle que votts 
pez potir lui. Il difoic vrai j car , 

Cl 



a Vtiifioire d'Amie d'Autriche, ly^ 
Cardinal Mazarin , généralement par- lé^î* 
lant , avoic un grand mcpris pour la 
Nation. 

Le Roi fucceda au Royaume de 
France le jour de la More de Louïs 
Xill. Ton Père, n'ayanc alors que qua- 
tre ans ; mais on peut dire que le 
jour de la Mort du Cardinal Mùz riii 
fut véritablement celui de Ton Avè- 
nement à la Couronne , celui où il 
commença d'ctre Roi & de Fa-re voir 
qu'il croit digne de l'être ; car ce fuc 
alors qu'il voulut prendre lui-même ic 
foin de toutes Tes Ati^aires , & que tou- 
tes les Grâces qu'il pouvoit répan- 
dre fur les Grands & fur les petits 
ne dépendifTent qae de lui. Pour ce- 
la , il commença de régler fa vie de 
Cette manière. 

il prit la réfolucioii de fe lever à 
huit ou neuf heures , quoi qu'il fe 
couchât fort tard. En quittant' le 
iLit de la Reine , il alloit fe mettre 
dans le (îen j puis , il s'occupoii à 
prier Dieu , & à s'habiller. Ses Af- 
faires alors l'obligèrent le matin de 
faire fermer la porte de fa Chambre , 
tant pour vacquer à ce grand travail , 
que pour éviter la pelle. Le Mare- 
H 1 cha! 



174 Mémoires pour ferv îr 

i6^i ^ ^^ Villeroy , comme ayant été 
fon Gouverneur , & eftimé mericfu 
d'être fon Premier Mini (Ire, avoit feul ; 
la pcrmiïîion de ie voir ; & dans cet- 
te préférence , il trouvoit la confola- 
tion de Tes autres privations. Environ 
à dix heures le Roi entroit au Confeil, 
&c y demeiiroic jufqu'à midi. Enfuite 5 
il alloit à la Mefte , & le rcfte du 
tems jufqu'à fon dîner il le donnoit au 
Public 5 &c aux Reines en particulier, 
Apres le repas , il demeuroit fouyenc 
Bc aflez long -tems avec la Famille 
Royale j puis , il retournoit travailler 
avec quelques-uns de Tes Miniftres. Il 
donnoit des Audiances à qui lui er 
demandoit, écoutant patiemment ceux 
qui fe prefencoient pour lui parler. l! 
prenoit des Placets de tous ceux qu] 
lui en vouloient donner , de y faifoit 
réponfe à certains jours , qui étoient 
marquez pour cela ; comme il y en 
avoit aufli un pour un Confeil de 
Confcience , qui avoit écé établi dans 
le commencement de la Régence , 
qu'il rétablit en ce tems-là. Comme 
le feul defir de la gloire , &c de rem- 
plir tous les devoirs d'un grand Roi, 
occupoic alors fon cœur tout entier j 

en 



a l'H'iftohe d'Anne ^Jmriche, Ï7J 
en s'appliquanc au travail il commen- 1661. 
iça de !e goûter ; ôc l'envie qu'il avoic 
d'apprendre toutes les chofes qui lui 
étoient necelfaires , fit qu^il y devine 
ibien-tôt fçavant. Son grand fens , & 
fes bonnes intentions , firent connoi- 
itre lesferaences d'une Science univer- 
Telle , qui avoient été cachées à ceux 
;qui ne le voyoient pas dans le particu- 
lier. Car, il parut tout d'un coup 
Politique dans les Affaires d'Etat , 
jThéologien dans celles de l'EgHTe, 
jexaâ: en celles de Finance ; parlant 
iuftc , prenant toujours le bon parti 
aans les Gonfeils, fenfible aux inté- 
rêts des Particuliers , niais ennemi de 
l'Intrigue & de la flatterie , ôc fevere 
pvers les Grands de Ton Royaume 
']u'il foupçonnoit avoir envie de le 
Gouverner. Il étoif aimable de fa per- 
onne j honnête , Se de facile accès à 
ont le monde j mais avec un air 
^rand & ferieux , qui imprimoit le 
j efped Se la craiiate dans le Public , & 
! 'mpêchoit ceux qu'il confideroit le 
^lus de s'émanciper même dans le 
particulier , quoi qu'il fût familier ÔC 
:njoiié avec les Dames. Une des 
H 5 cho- 



lyé Memokes pûur fervîr 

jééi. chofes qui pue un peu contribuer ^ 
faire prendre au Roi cette con- 
duite f'f la réputation qu'avoic ac- 
quife le Roi d'Angleterre , depuis qu'il 
ctoit remonté far le Tiône. Les' 
grandes louanges qu*il cntendoit lui 
donner fur la manière dont il q:ou- 
vernoif Ton Royaume, bien moins 
fournis à Tes Rois que le nôtre , lai 
donnèrent de l'émulation , èi ang- 
nienterenr encore 5 s'il fe pouvoit, h 
paffion qu'il avoit de fe rendre plu; 
grand & plus glorieux que tous le<: 
Princes qui avoient jufques ici po;. 
des Couronnes. 

Peu de tenis après la mort du Mi 
iiiftre 5 fe fît le Mariage de Monfieu 
avec la PrincelFe d'Angleterre. L 
Roi n'avoit pas beaucoup d'inclim 
tien pour cette Alliance. Il dit lai 
iiiê.ne,qu*il fentoit nnurcllement pou 
les Anglois l'Antipathie que l'on à\ 
avoir été toujours entre les deu 
Notions-, mais elle fut alitement ef 
facée en lui par le Sang qui les enga 
geoit à s'aimer, & par l'agréable So 
cieté qui dans leur première jeunelT 
les avûic accoutumez du moins 

pOi 



à l'Hiflolre d'Anne d'Autriche. 177 
pouvoir être Amie perfonnellemeiit. i 
La Reine.. Mère aimoic la Princeiïe 
d'Angleterre. Elle la defiroic en qua- 
liré de B^He. Fille; ^l quand le Car- 
dinal mournc , le Roi fe trouva fi en- 
gagé à ce Mariage , qu'il n'eût pas 
même la penfée de le rompre» Il 
donna à Monlîeor TAppanage d'Or- 
Icans , tel que le feu Duc d'Orléans 
l'avoit pofledé , excepté Blois 6i 
Chambor. 

La Princefîe d'Angleterre e'toit af- 
fez grande : elle avoit bonne grâce, & 
fa taille , qui n'étoit pas fans défaut^ 
,iie paroilfoic pas alors aufli gâtée 
qu'elle l'étoit en efïer. Sa beauté 
n'étoit pas des plus parfaites ; mais 
toute fa Perfonne , quoi qu'elle fie 
fût pas bien faite , étoit néanmoins 
par fes manières & par fes agrcmens 
tout -à- fait aimable. Elle avoir le 
teint fort délicat , ^ fort blanc : il é- 
toit mêlé d'un incarnat naturel , com- 
parable à la Rofe & au JalTemin. Ses 
yeux éroient petits , mais doux fc 
brillans; fon nez n'ctoit pas laid : fa 
bouche étoit vermeille , & fes dents - 
avoient toute la blancheur & la fine f- 
H 4 ^^ 



1 7 8 Mem Oires poHrfervlr 

■\(>6i ^^ tju'on leur pouvoir fouhaiter j mais 
fon vifâge trop long ôi fà maigreur 
fembioit menacer fa beauté d'une 
prompre fin. £lle s'babilloic & le 
coëffoic d'un air qui convenoit à tou- 
te (a Pf^rfonne 5 &: comme il y a- 
voie en elle de quoi fc faire aimer , on 
pouvc^it croire qu'elle y devoir aifé- 
ment icufîir , & qu'elle ne feroir pas 
fâchée de plaire. £lle n'avoit pu c- 
tre Reine \ ôc pour réparer ce cha- 
grin 5 elle vouloir régner dans le cœur 
des honnêtes gens , & rrouver de la 
gloire dans le monde par les char- 
mes ôc par la beauté de Ton elprir. 
On vûyoit déjà en elle beaucoup de 
lumière & de raifon , & au travers de 
fa jeuneire qui jufqu'alors l'avoir com- 
me cachée au Public , il étoit aifé de 
|uger , que lors qu'elle fe venoit fur 
le grand Théâtre de la Cour de 
France , elle y ferait un des princi-- 
paux Rolles. 

Ces deux agréables & illuftres Per- 

fonnes fe marièrent au Palais Royal, 

i^e jï, le dernier jour de Mars , en prefence 

M«s. du Roi , de la Reine- Mère, de la 

Reine , & de la Reine d'Angleterre. 

Cette Cérémonie fe fit en particulier : 

il 



à IHiflolre d'Anne d'Antriche, i j^ 
W w'y eut que Merdemoifelles d'Or- i^^j, 
leans & le Prince de Condé feuls , qui 
furent conviez d*y afîîfter , comme les 
plus proches Parens de tous les 
deux. 

Sur la fin d'Avril , la Cour s'en al- 
la à Fontainebleau , pour y palî'er 
tout le tems de la grolT'edede U Rei« 
ne i & comme il devoir erre long , 
le Roi fit dedein de rendre ce fcjour 
jagréable par l'accompagnement des 
|honnêces Plaifirs qui s'y pouvoienc 
jdefirer. Il eft alTez naturel aux Hom- 
imcs de ne compter jamais la beauté 
jde leur Siècle , que par celle de leur 
iplus belle faifon. C'eft une matière 
où peu de gens s'erapçch?.nt de tom- 
ber dans le ridicule. Je puis dire 
néanmoins , que fans Page ni les fen- 
ximens des jeunes Perfonnes de quinze 
lans , je n'avois jamais vu la Cour plus 
:elle qu'elle me le parut alors j le 
Deau Siècle de la jeunellcde la Reine- 
Mere m*a été prcfque entièrement 
:aché par mon Enfance , 6i par les 
innées que je demeurai en Norman- 
lie jufqu'à la Mort du feu Roi : <3c 
e n'ai bien vu qne celui qui lui a 
uccedé , c'eft-à-dire celui de la Re- 
H 5 gence , 



1 8 o Memelres pour firvlr 

léiîi. gence , dont à la vericé les cinq pre- 
mières années furent accompagnées 
d'une grande profperité , avec tous les 
divertilfemens permis ai. poâibles. Js 
les goûtai à mon -égard dans cet âgô 
florifTant , où prefqiit tout paroîc de- 
voir être admiré j mais je préfère 
celui dont je parle prefentemenr. Pre- 
mièrement la France étoit gouvernée 
par fon véritable Maitre , qui avoit 
uon feulement toutes les qualicez 
d*un grand Roi , mais toutes celles 
d^'un honnête homme. La Reine- 
Mere, [:)ar fa vertueufe conduite , a- 
voit acquis Eout nouvellen'ient une 
grande réputation ; elle étoit aimée & 
'ïeverée de tons p ;r fa douceur & fej 
'honnêtes manières *, & elle faifoit h 
lîonheur des grands & des petits , paij 
fa bonté. Elle écoit la confolation de! 
miferables , par fa chirité » & par l; 
confiance de fa vertu & de fa pieté 
étant devenue la proteârice des gen 
de bien , on pou voit dire qu'elle éj 
toit caufe des bonnes œuvres qui ( 
I fkifoient en toute la France. Quoi 
<!|u'elle approchât alors de foixant» 
ans , elle éroit encore aimable , âj 
fans fiacerie on £>ouvoit dire qu'elle** 

voir 



h l'HIftûlre â'Anne à* Autriche . 1 8 f 
voit de grandes beautez. Outre qu'eU '^^îf'i 
le a voie de la fraichsur fur le vifage , 
fes belles mains de Tes beaux bras n'a- 
voicnt rien perdu de leur pei fedion , 
& les belles crefTes de Tes cheveux e'- 
toien: de mênic grodeur , & de même 
couleur qu'elles avoienc éré à vingt- 
cinq ans. Sa fanté , jointe à la dou- 
ceur de ion naturel, la rendoir commo- 
de & propre à tous les plaidrs où elle 
pou voie prenjre part. Perfonne ne 
s'apnercevoic Ç\ c'étoic la complaifan- 
ce plùcôr que Ton inclinacion, qui la 
convioic d*y aŒfter j & ceux qui n€ 
lui convenoient pas, elle les voyoic 
goûter aux autres avec plaifir. La jeu- 
ne Reine , en rn?me tems fa Nièce dc 
fa Fille, éroic belle , vertueufe, & rem«- 
plie de pieté : elle aimoit la retraite un 
peu plus qu'une Reine de France qui 
fe doit au Public ne la devoit aimer ^ 
mais ce défaut , étant fondé fur fa de* 
vorion , méritoit plas de loiiange que 
de bUiiie , àc devoit être du moins 
facilement pardoilné.. 

Monfieur , comme je Pat àix fou- 
venu , étoic un Prince aimable , fp: ri- 
tuel , plein de douceur , familier avec 
lous,. Madame avoit le don de plaire r 



ï8i Mémoires pour fervk 

l66i* elle étoît l'ornement de la Cour, ^ 
comme le m )nde Taimoic , elle de for» 
côte ne le hniiroic pas. Elle s'aban- 
donnoic à couc ce que l'âge de feize^ 
ans , &: la bien-féance lui poiivoit a-r 
lors permetcre. Elle le faifoit avec 
gaycré <3c emportement. Le Roi con- 
tii7uoit à aimer la Reine fa Mère , §i 
cette illuftre Mcre l'aimoit encore plus 
qu'elle n'avoit fait par le palfé , (i 
cela pouvoit être. Ni l'ambition ni li 
jaloufîe ne troubloient leur repos. 

Le Roi ne cherchoitque la gloire > 
& la Reine fa Mère n'en dcfirant que 
pour lui , & fçichant toutes chofes > 
elle étoit contente , pourvu qu'elles fe 
filFent bien ; aimant autant ou plus 
qu'elles futlent faites par lui que par 
elle- même. Elle aimoit la Reine fort 
tendrement , ^ cette princeOTe alors 
ne pouvoit être contente C\ elle n'étoic 
auprès d'elle, Monfieur avoir tou- 
jours vécu cordialement avec la Reine 
fa Mère j & cette ilhiftre Mère , pour 
l'en récompenferjlui avoit donné pour 
Femme la Sœur d'un grand Roi 3 avec 
Laquelle il pouvoit trouver beaucoup 
de douceur. Cette jeune Princedc 
^ui jufques-là n'avoic eu pour Proteci** 

tricÊ) 



à i'Hijiolre d'Anne d'Autriche, 18} 
tfice que la Reine- Mère , étant F::m- i^éi» 
me de Monfieur , & encieremenc unie 
à la Maifon Royale, Tçut bien- roc 
effacer par fon mérite le dégoût que le 
Roi avoic paru avoir pour elle pen- 
dant Ion Enfance, Eile lui écoit deve- 
nue agréable , non feulement par fa 
Perlonne, mais par l'inclination qu'el- 
le avoic aux mcm^s plaifîrs. La Reine- 
Mere les ordonnoit d'abord elle-mê- 
ine j (Se tâchoit d'y établir Tinnocence, 
& d'en retrancher le péril , qui d'or» 
dinaire fe rencontre dans les emporte- 
mens de tous les jeunes gens , éc par- 
ticulièrement des Grands. Enfin, tou^ 
te la Famille Royale vivoic dans une 
union de une concorde peu commune. 
Cette Paix en pioduifoit une toute 
entière dans la Cour , où il eut été 
honteux de ne pas fuivre l'exemple de 
leur augufte Maître. La vertu & la 
pieté y regnoienc , par celle dont les 
Reines faifoient profeflîon. Elles s'oc- 
cupoient en prières plus que le Roi , 
pour fatisfaire pleinement au Titre 
glorieux que Ton a donné à notre Se- 
xe , en Tappellant dévot. 

Le Roi 3 qui jufqu'alors avoic été , 
OU avoic paru fage, fembloit en toutes 

chofes^ 



ï^4 Mémoire f pourfervlr 
choies 5 vouloit toujours porter à jufle 
Titre celui de Trés-Chrécien. Il ne 
foufFioit aucun vice : les dcBauchez 
ne lui plaifoient pas , & il avoit de 
l*horreur pour les Blafphémareurs , ôc 
pour les Impies, De (i bons fenti- 
mens , par les foins vigilans & pieux 
de la Reine fa Mcre , avoient aboli 
les Duels , de (orte que les braves 
gens n'etoient point deshonnorez pour 
refufer de fe battre. En cela tous les 
Règnes paiTtz le dévoient , ce me fem- 
ble, céder à cet heureux commence- 
ment du fien ; puifque la vertu , Pin» 
nocence , t< la paix, paroilloient ré- 
gner fur le Trône , non feulement à 
i'e'gard de ceux qui Poccupoicnt, ma' ^ 
en quelque manière à l'égard de ceu; 
qui vouloient en approcher ; c'eft-z- 
dire , autant que la malice naturelle 
de l'homme , fes foiblelFes , bi fes paf- 
fions le pou voient permettre. Car il 
n'y a point de tems, ni même de 
bons Exemples , qui les en puilTent 
entièrement exemter» 

Cet état de profperité , qui rendoit 
la Cour fort grolfe , y faifoit régner 
les plaifns abondamment. Le Prince 
de Condé, aprc5 Monfieur, y tenoit 

le 



\. 



a l'Hifiû'ire d'Âme d'Autriche, 185 
le pvemicn- Rang , (Se le Roi avoir une .(,^1^ 
grande conliJeration pour lui ; ôc 
ee Prince , que les diffcientes expé- 
riences qu'il avoir faites avoient touc- 
à-f^iic changé , faifoit voir qu"*!! etoic 
aufÏÏ grand par Ion humilité 6c fa 
douceur , quM l'avoit été par Tes vic- 
toires. Le Duc d'Anguien Ton Fils ^ 
quoi que bien jeune , donnoit en tou- 
tes occafions des marques de fon ef- 
prit ^ de fa (ligelle, Piuficurs foi?, 
le Roi , les Reines , Monfieur , ^ 
Madame , étant fur le Canal , dans 
unBacteau doré en forme de Cuillè- 
re , où prenant le frais , Leurs Ma» 
jeilcz faifoient la Colation : Monfieur 
le Prince les fervoic en qualité de 
G^and Maitre avec tant de refped , & 
d'un air (i libre, qu'il étoit impofîi- 
bie de le voir agir de cerie manière. Se 
fe fouvenir des chofes paiTées , fans 
loijer Dieu de la Paix prefenic. Aufîi 
la gouroit-il avec plailir , difant lui- 
mêine , que quand le Royaume ren- 
verferoit , il ferbit toujours infepara- 
ble de fon devoir. 

Nous voyions le Duc de Beaufort , 
ce Chef des Importans & des Fron- 
deurs ,, le Roi de la Halle du tems ja- 

dis r 



1 26 Mémoires pow fervîr 
%éCi» dis, s'empreder de fuivre par tout I© 
Roi fon Maitre, & chercher à lui 
plaire j rantôc recevant les Plats de la 
main de Monfieur le Prince , à caufe 
que la Barque étoit trop petite pour 
y faire entrer les Officiers , ces Per^ 
fonnes feules y pou voient être j tantôt 
à la CHalTe , où le plailu du Roi s'ac- 
commodant au fien particulier , il fai- 
foit paroitre par l'ardeur qu'il avoit à 
conibattre les Bêtes devant lui, qu'il 
auroit plus volontiers encore combatu 
fes Ennemis j pour lui montrer , que 
s'il s'étoit autrefois écarté des bon- 
nes voyes 5 fon malheur l'y avoir en- 
traîné plutôt que fon inclination. Ou- 
tre les PrincelTes & les Dames qui é- 
toient à la Cour, les Filles des deux- 
Reines , & de Madame , y tenoienc 
une grande place , & parmi elles il y 
en avoit de très belles. Le Bil » les 
Comédies, les Promenades en Cale- 
che , & les Challes , étoient fréquen- 
tes. Enfin , rien de tout ce qui peut 
divertir ne fembloit manquer dans cec 
agréable féjour. Les différentes Cours 
& les d fK-rens Jardins de Fontaine- 
bleau paroi dolent des Palais & des 
Jardins enchantez ^ ôi fes Deferts des. 

Champs 



à l'H'ft&ire d'Anne à' Autriche, 187 
Champs tlifées. Mais ce n\ft pas i^éï, 
dans ces chofes , que confifte le bon- 
heur: il fe trouve bitn plinôc dans 
^l'exercice de la vertu , & dans la 
ipaix avec foi-même , & avec ceux 
que nous aimons , & 1 . Puiirance des 
plus gi-ands Rois , l'abondance de 
lioutes chofes dont ils jouiilent, 6c 
la facilité qu'ils ont de prendre toutes 
fortes de plaifirs , ne fait pas plus leur 
jfelicité que celle de leurs 4^ujets, En 
jvoici des preuves. 

Deux mois ou environ s'étoient 
padlz dans cet état , où de tous cotez 
îles chofes fembloient pkuôt reprefen- 
;ter la manière dont on vivoit dans le 
Siècle d'or , que celle dont on vie 
ordinairement dans celui où nous fom- 
mcs s^ lors que l'innocence des plaifirs 
de notre florilTante Cour fut empoi- 
fonnée par l'amertume , qui pour l'or- 
dinaire en eft infcparable. La vertu. 
ç& la pieté y avoient paru quelque 
Items en faveur ; mais l'ambition & 
toutes les autres pafîîons ne furent 
pas long-tems fans leur faire la guer- 
re ; & quelque foin que la Reine- 
Mere prît pour les y maintenir , el- 
les firent voir bien- tôt , que comme 

la 



] 8 8 Mc?nolres pour fervlr 

166 u la vie de l'homme eft une v.ipeur qui 
s'élevc de la terre 5^ fc dilTîpe en i.n 
moment , la rai Ton ôc la vertu font 
aifées à Ce troubler ôc à fc corrompre, 
ê>C qu'ainfi fon bonheur n'tft pas de 
durée. Quoique la Reine Mère eut 
du chagrin de ces fréquentes prome- 
nades du Roi avec Moniieur ôc Ma- 
dame a l'union intime ôc Pamitié io- 
lide du Roi ÔC d'elle ne fut point ake- 
rée. Commue elle étoit jufqu'aîors la 
Confiiaite de Tes plaifirs , & que 
d'autre côté elle lui avouoit , que la 
Reine fa Fille ne pouvant fe refond rc 
de le perdre de vue , s'affligeoit bien 
fouvtnt de chofes qui en effet n'c- 
îoient rien j elle lui difoit auÛi, qu'il 
lui devoir pardonner des mauvaifes hu- 
meurs qui venoient d'un excès de 
tendreflTe qu'elle avoit pour lui , Se 
tâcher de lui donner le moins d'in- 
quiétude qu'jl lui fcroitpoiïible. En 



f^a- 



même tems , elle rémoianoit à M 
me , que fes veilles ôc fes parties de 
Ch-itle pouvoienr incommoder fa 
fanré ; mais la jeunelTc ne fe rend 
pas aifémcnt à la raifon , 6c prend 
pour des réprimandes les meilleurs 
Confcils qu'on lui donne. Cela fiï 

que 



à l'Hîftolre à'Anrjâ a* Autriche, \%^ 
que les Divertiffemens coiuiniiercnc léér, 
de la méine force ; ^ il arriva une 
chofe qui hc plus d'eciat que ces Ga- 
lanteries qu'on cachoic avec gfand 
foin. 

La Duchtire de Navailles , Dame 
d'H-jnnear de la Reine , avoit eu d'a- 
bord la Princeiïe Palatine pour Sur- 
Incendante. La dernière , qui avoiî 
eu autrefois cette Charge dans la Mai- 
fon de la Reine-Mere , éroit Madame 
de Chevreufe , Veuve du ConDé table 
de Luines Ton premier Mari ; & elle 
l*avoit exercée alors avec tous les a- . 
vantages , tant des honneurs , que du 
fervice. La Dachelïe de Navailles ne 
lâilfa pas de s'oppofer à la première 
polTefîion qu'elle en voulut prendre» 
Elle foutint que Madame de Chevreu- 
fe étoit Favorite , quand elle exerça 
cette Charge, 6: que les grandes Préro- 
gatives dont elle avoit joui étoienc 
plutôt une Ufurpation qu'une poiref- 
Ç\on légitime. La PrincefTe Palatine ^ ~ 
foutenuë par la Reine-Mere, l'emporta 
néanmoins fur les principales Fonc- 
tions de cette Charge , que la Dame 
d'Honneur lui dii^putoit ; & il fut dit, 
avant que le Cardinal mourût, que Me, 

la 



ic}0 Mémoires pour fer vlr 

Xé^i. ^^ PriiiceiTc Palatine recevioic les Ser-< 
mens de tous les Officiers , con:i-* 
manderoic dans la Cbambre , & au- 
roic les honneurs : mais par la puif— 
fance du Miniftre , ce fut à condition; 
qu'elle fe défeioit de fa Charge au 
bout de deux mois. Depuis cette 
Sentence , Toit par maladie , par poli- 
tique , ou par Engagement , elle fut, 
toujours éloignée de la Cour ; &, 
quand le Cardinal vint à mourir , eU, 
le parut s'en défaire volontairement, 
ainfî que je l'ai dit , entre les mains 
de la ComtefTe de SoilTons; Le Car- 
dinal creut y pouvoir lai^Ter fa Niecej 
avec l'agrément 6c la fourni (lion de la 
Dame d'Honneur , parce que le Duc 
de Navailles lui devoit toute fa Gran- 
deur, & mourut content de la lailTer 
dans ce Pofte. La DuchslTe de Na-, 
vailles ne fut pas néanmoins fatisfaite 
de ce changement. Elle avoit cru 
peut - être en parlant au Cardinal 
qu'elle fouffriroit plus facilement la 
Çomceire de SoilFons qu'une autte j 
ou plutôt elle s'écoit flattée de cette; 
douce illufîon , qi-ie l'éloignement de. 
la Prince^Fe Palatine pourroit avoir, 
des fuites favorables pour elle j mais 

après 



à rHifioire aJnne d'Autriche, i $ i 
après la Mort du Cardinal, l'erpoir lé^i, 
qu'elle avoir eu d^ fe voir fans Stir- 
Intendante à l'avenir , fit qu'elle fe 
trouva encore inciommodée de celle-là. 
Elle fçavoit que cette Princelfe école 
pleine de l'orgueil que donne la fa- 
veur où elle s'ctoit toujours vue de- 
puis fon enfance; & par cette raifon, 
elle en pouvoit craindre les mauvais 
effv-ts. Quand le Roi & les Reines 
partirent pour Fontainebleau, la Corn- 
tclTe de Soldons 3 qui avoit de mc- 
ime fenti qu'elle ne joiiiroit pas de 
fa Charge fans quelque chagrin, avoit 
<]uerellé la DuchelTe de Navailles bruf- 
quement , ôc fur des chofes alîez in- 
juftes. Cette Dame , d'abord retenue 
par la confideration de ce qu'elle de- 
i'oit à la mémoire du Cardinal Maza- 
•in , lui re'pondic d'une manière qui 
K voir qu'elle fe fouvenoit des bien- 
airs qu'elle en avoir reçus. Le Roi 
n fut conteur , & blâma la Comtelfe 
le Soiirons de fon emportement. El- 
es eurent enfuite une grande conver- 
ation , & il fembla que de bonne foi 
■ lies avoient refolu de faire juger leurs 
'ondtions , & le Roi leur permit d'en 
hercher les preuves , foie dans la 

Cham- 



T f) l Mémoires potr fervlr 
iCCi, Chambre des Corapces , foit parleurs 
Lettres. Celles de la Dame d'Hon^J 
neiir, dont la Charge a été de toute' 
ancienneté la plus belle qu'une Femme 
de Qiialiré puide avoir à la Cour , lui 
étoient favorables. Elles lui donnoienc 
les Honneurs avec la fonction de 
commander dans la Chambre & de 
recevoir les Sermcns des Officiers , 
fans qu'il fut marqué dans les Lettre: 
des Sur-fntendantes » qui étoient c: 
Charges érigées nouvellement , q^; 
les Rois euifenc eu aucune intcntioi 
d'ôterces avantages aux Dames d'Hon 
neur j ^ néanmoins , la pratiqn 
avoir été différente , de ce qui étoi 
écrit , en la perfonne de la dernier 
Sur- Intendante Madame de Lûine; 
Ces Dames furent quelque efpace d 
tems en paix j mais fur les preuve.' 
elles fe deffendirent le mieux qu'elle 
purent. La Duchefle de Navailles h: 
^ tailla en Femme de cœur & d'c 
prit , & je tachai de la fervir le mien 
qu'il me fut poflîbleo Ses raifons c 
toient aifez bonnes , pour le pouvo 
faire fans blelfer l'équité j mais, à dii, 
le vrai,raalgré l*amitié que j'avbis pot 
elle , 6c le peu que je devois à 

Con 



a fHifîclre a Anne a^ Autriche, 193 
Comteilc de Soillons , j'atirois ioahai- i^é 
lé qu'elle eût pn vaincre en cette oc- 
cafion fes fentimens naturels , qui 
furent alors un peu trop forts lur 
tout ce qu'elle dcfira , & qu'elle crut 
devoir faire. Si en faveur de la gra- 
titude qu'elle éroic obligée d'avoir 
pour le feu Cardinal Mazarin , elle 
avoir examiné fes intérêts avec moins 
d'exaditude 5 elle y auroit renconcié 
deux grands biens enfemble , & la 
gloire «3c le repos. 

Le Roi paroilfoit avoir encore de 
amitié pour la Comtetre de SoilTons i 
e refte d'attachement avoit toujours 
nquieté la Reine ; & le peu de foin 
ue cette PrincelTe avoit de lui plaire 
ui donnoit quelques fois un jufte 
rétexte de fe plaindre d'elle. La 
8.eine-Mere fuivoit doucement les in- 
clinations de la Reine fa Fille j car 
iutant à Ton égard , qu'à celui de la 
ileine , cette Niéce du Cardinal , 
romme je l'ai déjà dit , n'avoit ja- 
nnais bien fatisfait à fes devoirs. Ces 
[«gours obligèrent la Reine à prote- 
,er la Ducheire de Navailles ; & la 
rincelTe Palatine , qu'elle confide- 
|»it , étant éloignée de la Cour, elle 

ne 



1 94 Mémoires pour fervlr 

lé<$r. ne fe foucioir plus de foutenir les In- 
térêts de la Sur- Intendante. 

Le Roi , donc les intentions c-* 
toient droites , ayant éjouté les rai- 
Tons de part & d'autre , régla les, 
Fonctions de la Sur- Intendante & de 
la Dame d'Honneur, li donna à la 
première les Honneurs de prefenter la 
Setvietce , de tenir la Flotte , & de 
donner la Chcmife , avec le Com- 
imandement dans la Chambre j 6c ics 
Sn-mens , & tout le refte , à la Dame 
d'Honneur , c'efi:-à«dire , fervir à Ta- 
ble , la préférence dans le CarolTe , ùi 
préférence dans le Logement j bien 
entendu qu'en l'abfence de la Sur-In- 
tendante la Dame d'Honneur feroi; 
toutes les Fondions enfemblc. D'a- 
bord , on crut que ce Jugement étoit 
trés-favorable à la Sor- Intendante ; 5, 
Me. de Navailles crut tellement être 
maltraitée, qu'elle eut la penfée de ù 
retirer. La Reine m'ayanr commande 
de lui dire qu'elle la prioit de ne h 
point quitter , elle demanda en grac( 
au Roi qu'il lui permît qu'elle pût de- 
meurer auprès de la Reine fa Maitref- 
fe , fans faire nulle Fondion. Elle 
difoic , qu'elle ne pouvoit pas avoit 

l'hoiv 



a VH'ifloire à* Anne à* Autriche, îç^ 
l'honiKLU- de iervir la ReineàT^bie, i66î^ 
fnns lui donner la Serviette. Le Roi 
s'expliqua , ôc lui dit qu'il vouioic 
qu'elle la donnât quand elle feiviroic 

iàTab!ej& qu*il ne prétendoic pas, 

' que quand elle auroit la Cheniife en- 
tre les iTsains , elle l'offiît à Me. la 

j Comtclîè de SoilTons , mais qu'il en- 
tendoit qu'elle acheveioit le Seivice 
qu'elle auroit commencé. Il lui fin 

[voir auflî l'avantage qu'il lui laiiroit, 
en lui donnant la Place dans le Carof- 
fe, préFerablement à la Sur Intendan- 
te, Eiifîn , fan-; qu'il y eut rien de 
changé dans l'Ecrit , les Explications 
du Roi lai furent Ci favorables , qu'a- 
lors Me, la ComteOTc de SoUTo:is trou- 
va qu'elle avoir p^rdu fa cauTe. Elle 
ne put fôufFiir de fe voir pr vée du 
principal Honneur , qui étoir celui de 
pjrefenter la Serviette , p^rce qu'allé 
sne lui rcftoit qu'en l'abfcnce de la 

{Dame d'Honneur , & par conH qnenc 
quai] jam lis. Me de Nav?i!les n'étant: 
p.is même tenue de la lui offrir quand 
elle auroic commencé le Service. La 
douleur qu'elle relfeniicfut fi grande, 
qvie le Comte de S J'tlbns Ton M ri fie 
appeller en Duel le Duc de Navaiiies , 
Tome K 1 pac 



î 9e Memelres four fervtr 

î:66l., par le Chevalier de Maupeou. Ce 
Due , comme Chrétien , refufa de fe 
. battre; il le fit anfli par le refped 
qu'il portoit à la mémoire du feu 
Cardinal , en fe fouvenant des Grâces 
qu'il avoir reçues de lui j ce qu'il fcn- 
toit en fon particulier avec beaucoup 
de reconnoiirance. Il fit même ce 
qu'il put , pour atiéantir dans l'arae 
de la Duchelîe fa Femme l'animofité 
de la difpute , &c le defir de la vic- 
toire i mais il n'y réuffit pas. Elh 
* crut qu'elle étoit obligée de défendre 
les Droits de fa Charge ; ce qu'elle fi' 
avec une fermeté inflexible; ôc for 
Ennemie trouva les moyens de s'ei 
vanger fortement. Grâces à Dieu 
par les foins du Roi &c de la Reine fj 
, !Mere , les plus vaillans , comme j; 
l'ai dit , ne tenoient plus à honte d. 
refufer le Duel ; & celui-là , qui l 
iît dans une occafîon Ci célèbre , 6 
xîont la valeur ne pouvoir être mif 
en doute , en donna une grand 
preuve. 

Ce fut alors que toute la Cour f 
partagea. Mr. le Prince, Mr. le Djc 
&qua(î le Prince de Conti Mari d'u 
ne Nièce du Cardinal Maisarin , touti 

L 



À riTiflolre d'Anne d'Autrki'je, i^j 
h Maifon àc Gu'fe & ccjle de Vcn* i^^î» 
dôme hormis le Dur de Mciiœur, 
fiirenr tous pour le Dic d>. Niîvailles. 
Le Comte de Soilfons s qui Pavoic 
emporté à la Cérémonie de l*Entre'e 
de la Rt!Îne , par la faveur du Cardi- 
nal , fur les autres Princes , fe nouva 
alors malgré le Sang de Bourbon & 
d'Autriche, qu'il porcoit dans fes vei- 
nes , prefque abandonné de tout le 
monde ; ôc comme il avoit du tœur, 
il le fentit beaucoup fans doute , 6v^ ne 
manqua pas de fe vanger , en pu- 
bliant , que le Miri & la Femme, 
étoient des ingrats à Tccrard du Car- 
dinal à qui ils dévoient toute leui For- 
tune. Ils fe défen'^oient de ce repro- 
che , en difant qu'ils avoient , com- 
ité il étoit vrai , bien fervi le Car- 
jdinal Mazarin j àc que s'il eut vêcU ^ 
il n'auroic pas foulfert que fa Nièce 
les eut voulu perdre , pu.fquM les 
I avoit toujours aflTcz bien traitez, pouc 
ipouvoir efperer cette grâce de lui, 
lUn jour , que là Comtelfe tie Soif- 
fons faifoit ces mêmes reproch s à 
la DuchelTe deNavaiilcs, cette Da- 
me lui répondit ces mêmes paroks : 
! Madame , je fuis ajfnrèe , cjne fi Mr, 



198 Mémoires pour fervlr 

\é6i» le Cardinal poîivoît revenir an monde ^ 
U fer oh pins content de mon cœur que 
du vkre. Cette réponfe fut applau* 
die i & l'infenfibilitc des Nièces blâ- 
mée autant c^n'elle meritoit de l'être. 
La fuite de cet Appel fut fâcheufe 
au Comte de SoifTons. Le Roi ne 
l'ayant peu ignorer , pour donner un 
Exemple mémorable de fa Juftice , l'e- 
xila de la Cour , èc le traita félon 
toute la ri2.ueur des Edirs, De là na- 
quirent de grandes animontez de part 
^ d'autre. 

Les deux Reines prirent le parti de 
Ja Dame d'Honneur , non feulement 
^ar la raifon du Droit , mais par celle 
de l'inclination & de la bonne volon- 
xc , qui eft la plus forte de toutef. 
L'application & les foins de la Com- 
telîe de Soilfons étoient d'avoir le Roi 
chez elle, de lui plaire , & d'avoit 
part à fes promenades , & à fes d{« 
vertiflTemens. Le Roi aimoit chère- 
ment la Reine , ôc ne lui donnoit au- 
cun fujet de le foupçonner d'en ai- 
mer d'autres plus qu'elle ; mais la 
force des foupçons de tiQ Piincelfe 
çtoit C\ grande , que quâfi fans y pen- 
fer die (e trou voit ennemie de ctux 

même 



à l'HlfloWe d'Anne d'Autriche, i^^ 
même qu'elle ne hailoU pas, prxrce ^^^I< 
qu'elle avo't nacuieliemenc de l'aver- 
fion pour tout ce qui la feparoit d\.% 
Roi. Madame a.oi s , qui commen- 
çoic de faiie une grande figure à la 
Cour , fe déclara pour la ConuefTe de 
SoifTons , oon feulement parce que 
Mondeur la tenoit pour fon Amie , 
mais parce que fa jeuneife la convioic 
à Çù diverci.: , qu'elle vouloic une 
Compagne en fa psrfonne qui pût 
être agréable au Roi , &c que la Reine 
vivant d'une vie pieufe & aifcz reti- 
[r<fe ne lai étoit pas Ci propre : de plus, 
|k Reine lui auroit été Supérieure , ôc 
la Comtefre de Soi (Tons , de toute 
manière , & pour avoir befoin de 
protedion , lui devoir être fort fou- 
Imife, Madame fe fouvenoit avec 
i quelque noble dépit , que le Roi l'a- 
! voit autrefois méprifée , qusnd elle 
'avoir pu prétendre de Tépoufer ; & le 
. plaifir que donne la vengeance lui 
ifaifoit voir avec joye de contraires 
fentimens qui paroi iroient s'établir 
pour elle dans l'ame du Roi. Mon- 
sieur defuoit auGTi de plaire au Roi ,, 
& il voyoit que la confideration qu'il 
I pouvoir avoir pour Madame lui écoit 
1 3 avan- 



2 G o Mémoires pour fervlr 

lééi. avantageufe. Ces trois Perfonnes > 
chacune pour leur inceicc , fe voulant 
plaire les unes aux autres , & le fang 
& la nature les obligeant à cette u- 
nion 5 elle commença de paroître auflî 
grande qu'elle l'étoit en effet. La 
Comreife de SoilTons , du confente- 
ment de tous les trois > y ayoit été 
a^Tociée comme agréable au Roi & 
necedaire à Madame ; mais Madame 
lui éroir plus neceiraire encore j car 
étant abandonnée des Reines , & pas 
autant foutenr.cdu Roi qu'elle l'auroic | 
fouhaité , elle eut befoin d'appeller 
les plaifîrs à Ton fecours , & de forti- 
fier Ton droit par la complaifance 
qu'elle avoit pour les moindres cho 
fes qui venoîent à l'efprit du Roi, De 
là , fuivant leur inclination , qui por. 
toit un Prince de vingt-deux ans à fe 
divertir , 6c une Princelle de feize oui: 
dix'fept , à fuivre fon exemple , les* 
plaifirs le jour, les repas & les pro 
imenades jufques à deux ou trois heu- 
res après minuirdans les Bois , com*-^ 
mencerent de s'introduire & de fe pra- 
tiquer d*une manière qui avoit un aitfi 
plus que galant , & où la volupté 
paroiitoit devoir bien, tôt corrompre 

unea 



à i*'Htflolre d'Anne à' Autriche, io\ 
Hiie vertu qui avoic été avec fujet au- i6<îir 
tant admirée qu'il etoit rare de la pof- 
feder à Ton âge, A cette vue , la 
Reine s'allarme ôc s'afflige de fçavoir 
le Roi trop occupé d'autres objets. La 
Reine - Mère d'abord condamne ("es 
.frayeurs , & lui dit qu'il n'eft. pas 
'jufte , qu'elle veuille contraindre le 
Roi , & que les honnêtes plailirs qu'il 
prend ne lui doivent point faire de la 
ipeine. Leur continuation alla nean* 
Imoins jufqu'à une telle exciémité ,. , • 
jqu'enfin la Reine-Mere me comman- 
jda de confeiller à Madame d'appor- 
îter quelque modération dans Tes ài-^ 
vertilTemens. 

Cette jeune Princeffe devoit avoir 
de la confiance en moi > tant par 
l'honneur que la Reine d'Angleterre 
me faifoit de me fouffrir avec bonté ,: 
& de me croire attachée" à Tes inte- 
iècs , que par les feryices affidus que 
je lui rendois en toutes occafions au- 
près de la Reine fa Belle - Mère. Je 
lui en parlai j & comme elle étoic 
douce & complaifante , elle me parut 
vouloir fuivre mes avis , & les reçue 
de bonne grâce. A<-iffi puis - je dire 
avec vérité , qu'ils étoient tels , que 
I 4 fans 



zci Mémoires pourfervir 
iéi>\. ^^'■'^ choquer le Roi , ôc fans m.in- 
qucr à la jufte complaifance qu'elle 
lui ticvoiC , (î tllem'avoic fait l'hon- 
neur de me croire , elle aiiroit confer- 
vé les bonnes gtaces du Roi 3 fe fe- 
xoit établie forcement dans fon eftime 
& dans .celle de toute la Coin* , & au- 
roit (atibfaic à ce qu'elle devoit à la 
Reine fa Belle- Mère, qui écoit en el- 
le une obligation iudilpenfable : mai* 
elle méprifa tous ces biens , qui ne 
lui auroient coûté qu'un peu de rete- 
nuê'> dont elle aoroit tiré un avanta- 
ge admirable y car fe privant feule. 
ment des promenades qui choquoieni 
îa bien-féance &qui dévoient incom. 
moder fa fanté , ^ montrant au Ro 
d*y renoncer par fon propre fenti» 
ment , le Roi l'en auroit louée , puif 
que ce qui efl: raifonnable infpirc tou 
jours l'eftime en ceux qui ont de h 
raifon. Elle auroit au(fi par le mém( 
moyen acquis un grand mérite à l'é- 
gard de la Reine-Mere , lui faifan: 
doucement connoitre qu'elle prenoi 
celte conduire pour lui plaire j mai; 
par Tes fentimens, elle fe trouva natu- 
rellement oppoféc à la prudence. Ma- 
dame écouta de fcs oreilles les con- 

feih 



a l*HîJlolre à* Anne à' Autriche, ao 5 

fcils que je lui donnai , &: me rebiuta lééi.. 

par les mouvemens de Ton cœur : ils 

la porcoient à fuivrc aprcrmenc tout ce 

qui ne lui paroilloit pas criminel , ni 

entièrement contraire à fon devoir , 

5c qui d'ailleurs la pouvoit divertir. 

Par une Lettre que je reçus alors de 

a Reine d'Angleterre, on peut voir 

qu'elle étoit inquiète de ce qui fe paf- 

"oit à Fontainebleau , & de ce que la 

leine-Merc étoit mal fatisfaite de la 

onduire de Madame : elle me com-- 

n:\nda de la fervir comme une antre 

lle-même, ]e l'avois fait avec toute 

a fiJelité que j'étois obligée d'avoir 

'our elle , & je continuai de le faire ; 

lais cette jeune PrinceiTe ne voulue 

as profiter de mes bonnes intentions. 

■ À Copie que je croi devoir mettre 

:i a été prife fur l'original. J^en ai 

eaucoup gardé de celles que cette 

i'ande PrinceiTe m'a fait l'honneur de 

l'écrire , qui marquent la bonté & la 

;autc de fon efpriti La longue habi- 

ide qu'elle avoit à la Langue An- 

ioife avoit un peu corrompu fon- 

rançois ; mais le bon fens & la rai- 

m s'y trouvant paifaiteraent.. 

H s Co. 



iC6l 



1 04 Mémoires pourfervîr 

Copie d*u n e Lettre 
DE Henriette Marie 
PE France Reine 

d'An G L ET ERRE. 



5,T E crois que dans votre ame vou; 
a,J dites > Cette Reine d*A'ngleterr( 
-i^ne fe fouvient guère âe moi,. Ce h 
>a^n*ctl: pas vrai. Monfieur de Mon 



^? 



rai 



gu 



vous dira que je m'en Tui 
5^ fou venue dans l'effe6lif. Par cel 
55 Lettres j'avoue un peu de pareiTe 
33 & que j*ai eu tort de ne vous avoi 
^j pas mandé la fatisfadlio» que j*î 
5>^euc d'avoir reçu deux de vos Ler 
y^ très.. Je vous en demande la cori 
^yiinuation > pourvu que vous el 
5., ayez le loifir 5 ayant vu hier des DH 
55 mes qui reviennent de Fontainif 
3,l)leau 3 qui difent que vous étfj 
3,_ toujours auprès des Reines , & qi 
^y Von ne fcuiroit avoir accès av«-| 
^, vous. Je crains même que p;| 
5j Lettres l'on n'en aura point , db. 
5.^ manière qu'elles parlent.. Si viél 
3,^ avez bien du bruit oii vous êtes, j'il 

i 



à l'HiJloke à' Anne à' Autriche, 2 of 
^ ici beaucoup de filence , qui cft lé^i,, 
j, plus propre à fe fouvenir de Tes A- 
„ mis , donc je crois que vous êtes 
5, adcz perfuadée d^'êcre du nombre ^ 
„& pouvez être airurée de la con- 
,, cinuation. Vous avez avec vous un 
„ aucre petir moi-même, qui eft foie 
„ de vos amies 3 je vous allbrc. Con- 
3, tinuez d'are des (îcnnes ; c'elt alTcz- 
„ vous dire. 3, 

Peu de rems après 5 la Reine-Mere 
me commanda auÛi de confeilierà la 
Reine, qui me failoit [''honneur d'a- 
voir quelque confiance en moi , de' 
foLiffrir avec plus de patience les di- 
vercilTcmens du Roi , & de lui repre- 
fenrer qu'il dévoie être le Maitre de 
fes adions ; qu'elle n'avoit pas de 
verit.ble kijet de s*allarmer j & que^ 
la vertu de ce Prince paroiflbit atta- 
quée , mais non pas vaincue. Elle' 
trouva bon que je travaillalîè à les 
unir d'amitié , la Reine , 6c Madameo> 
QLioi qu'elle aimât beaucoup plus la 
Renie, elle confideroic adez Mada-^- 
me, & auroit été ravie de les voir 
bien enfemble. ]e travaillai à cetce- 
Union & Dona Maria Molina Afaf- 

L6 i^^' 



ic(y Mémoires pour fcrviir 
lé^i. fat; * de la Reine «5c Favorite, qui 
"^c'tfîce étoit une fort bonne perfonne j & 
InrlJcl pleine de bonne volonté. Noustrou- 
vâaies les nif.ycns par nos raifons» 
de calmer Pâme de la Reine , au^ 
tant qu'il étoit poiïible de le fai- 
re. Elle demeura fatisfaite de nos-^ 
confeils ,, & les regarda comme des^ 
i-narques de notre afFcâ:ion à: fort. 
fervice. Madame , à qui j'en parlai 
félon nosr projets j me parut de mcme- 
aiïïz contente de nous j mais ce que- 
je lui dis fur ces deux matières ne fur 
pas Ignoré du Roi , & il lui fut dif 
lans doute d'une manière defavanta- 
geufe pour moi. Je ne veux pas* 
l'çavoir d'où procéda mon malheur j; 
car ce qui reoarde les Perfonnes Roya- 
les doit être pour nous des M fteres* 
de refpcâ:. Madame pouvo't même- 
en avoir parlé fans aucun deffein dé* 
me nuire, &: par un motif dé confian. 
ce , qui , dans l'intention de cette 
jeune Princefle , n'avoit peut êfrerien'i 
de contraire à la probité. Qiioi qu'il' 
en foir , Me. la Comtelïe de Soif-', 
fons le fçachant, elle qui me regjrdoil?"' 
comnic Amie de M^de. de NavailleV^ 
fon ennemie , trouva le moyen d'em»* 

poifûunec" 



k l'Hlflolre d'Anne d'Autriche, 207 
poifonneu tout ce qui venoit de moi, 1^6 1^ 
& de faire liafr au Roi mes applica- 
tiens à obéir aux Commandemens de 
la Reine fa Mère. Le Roi lui en 
Iparla , &c lui dit , raoncranc d'avoir 
'du chagrin contre moi , qa'il trou- 
voir mauvais de ee que j'ctois Ci fou- 
krent tête à tâe avec la Reine , 6c de 
'ce que j'avois donné des confeils à 
Madame, q\n paioUTbient en quelque 
façon s'oppofer à fes divcrtiilemens,. 
La ^eine fa Mère me défendit gène- 
reufemenr ; &c comme le bien , qui 
en de certaines occa fions déplaît j ne 
llaiiîe pas d'imprimer en l'ame de ceux. 
qui le connoilient quelque trait d'eu 
cime , le Roi ne pouvant m'ac.cufec 
de rien qui pût être contre fon fervi- 
ce , & fçachant de la Reine fa Mère ^ 
ique je n'avois agi que par fon ordre , 
rémoigna qu'il a voit quelque bonté 
pour moi ; avouant à la Reine fa Me- 
;e , à ce qu'elle me fît l'honneur de 
me dire , qu'il étoit vrai qu'il avoic 
trouvé la Reine de meilleure humeur 
depuis que j'avois eu l'honneur de 
lai parler ; mais voulant me facrifier 
à Me, la ComtefTe de Soldons qui me 
i^aiiroic mortellement , il continua de 
l 7 me 



îoS lï^emolres four fervkr 
Ci6u 11^^ traiter comme fi en effet j*avoîs> 
raeriré ù haine : fi bien qu'il défen- 
^ dit à la Reine de me foufFrir chez elle 
aux heures parcicuhercs» Par une fi 
forte marque de Ton averfion , il 
me fie aifémcnt comprendre , que ma 
fortune écoit en mauvais écat ; mais 
ne trouvant rien en moi , qui fût ca- 
pable de me donner de la honte , je 
fentis en cette cccafion que l'innocen- 
ce eil un grand préfervatif pour de 
tels maux ; je crus même devoir ef- 
perer que le Roi , ayant beaucoup de 
lumière de d'équité, connoitroit tôt 
ou tard que mes intentions &c mes 
paroles avoient été conformes à mon 
devoir. 

Un jour 5 parlant à la Reine-Mere 
de toutes ces chofes , enfermée avec 
elle dans fon Oratoire , je conclus a- 
vec cette Princelfe , que nous étionj 
tous fort malheureux , de ne nous p î 
appliquer à aimer de fervir Dieu , plu- 
tôt q^e les Rois 5 puifque ceux-là ne 
conn( iflfant point le cœur, quelque 
fidélité que nous ayons pour eux : il< 
fe peuvent tromper , en makiaitani 
les plus i::nocens , de la même manie- 
te que s'ils étoient coupables. C*cfl 

ur 



I 



a VHftolre à'A'nne à' Autriche, 109 
«n grand mal de ne pouvoir toujours lé^X* 
efperer des Souverains une jufte rétri- 
bution de notre afîe(!]lion & de notre 
Édelité à leur fervice ; mais c'efl: à^w 
moins un ^rand adouci (T'ement à nos 
mi ères , que d'en pouvoir trouver 
d'alLz raifonnables , pour fe pouvoir 
Gonfoler avec eux-mêmts des maux; 
qu'ils font capables de nous faire (ouf- 
ft'ir. M^s fautes enfin ne me firent 
point rougir ; elles augmentèrent la 
bienveillance que la Reine-Mereô^ la 
Reine avoienc pour moi. Beaucoup 
de Perfonnes des premiers de la Cour, 
voyant que la Reine-Mere avoit quel- 
que confiance en moi , & ne fcachanc 
pas qu'elle feroit li fin de ces petits 
commencemens^ de broiiilîerie , me 
firent de grands complimens , &: me 
témoignèrent vouloir prendre quelque 
part u dépUifir que j'avois d'avoir 
déplu au Roi , à qui pir mon devoir 
& par tant d'autres raifons Y- ^^^^^^'s 
fouliaiter de plaire. Le bruit courut que 
je ferois difgracice-, mais ileftà croire 
que le Roi n'y penfa pas , & ce bruit 
fe diflîpa par les marques publiques 
que je reçus de la bonne volonté des 
deux Reines., La Reine-Mere le len- 
demain- 



2.Î0 Mejnoires pour fervîr 
^66i, demain me commanda d'aller chez la. 
Reine de fa parc , pour lui dirs queU 
que chofe ^ elle le fiï étant à fa Toil- 
lerre, & parlanc tout haut , afin que 
fî par hasard , & par malheur,. ma def- 
obéiirance de'plaifoic au Roi j elle eue. 
droit de me défendre,. Deux jours, 
après , cette Princeire étant chez la. 
Reine ». leurs Majeftez m'envoyè- 
rent quérir par un Valet de Cham- 
bre. Il me troava dans la grande Allée. 
q,pi va au Ch^enil. J'y fus avec quelque, 
crainte y car l'état où j'étois me tenoii 
dans une continuelle inquiétude. En 
entrant dans le Cabinet de la Reine y 
où étoient'ces deux grandes PrinceiTes 
environnées du Cercle & de beaucoup 
de monde , mes frayeurs (e diiîîpercntj 
car en me voyant arriver elles fe mi- 
rent à rire , & m'étant approchée de 
la Reine- Mère, elle me fit l'honneur 
de médire , qu'elle me vouloit voir , 
feulement pour me faire bonne mine 
devant la Comtelfe de Soilîbns , de 
ajouta : Sans avoir rien a vous dire ^ ]e 
veux vous parler beaucoup , & tout 
bas 5 afin de luï faire déph. Le foir, 
allant à la Comédie , & paifant p.u 
i-Appanement.dc la Reine où j'érois 

dans 



à l^H'rfloke à' Anne à'Autrkhe, 1 1 1 
dans un coin, elle fe détourna de Ton i66i# 
chemin , & venant me trouver dans 
ce même endroit du Cabinet u e dit 
jCiicore en rianr ; '^e continue la Corne» 
^.àic ; car la Comteejfe de So'fjons c^ul 
me fîiit , fe retiendra de vous nuire aU' 
pi'és du Roi , voyant que je vous corî" 
\fiâere. 

Cette petirc avantiue , comme il 
jparoit par les chofes que je viens de 
pire , contribua beaucoup à irnter 
la Reine contre la ComtelTe de 
^jSoiÛons » Si commença de faire naitte 
rjdans le cœur de la Reine - Mère de 
Weritables chagrins contre Madame , 
'x\m s'augmentèrent exrre'mement par 
le pyude foin qu'elle prit alors delà 
i'atisfaire. Ces dégoûts firent imaginer 
r.ix Courtifans , que la volupté pour- 
■oit peut-être détacher le Roi de la 
leine fa Mère •,. mais ce grand Prince 
>aroiiroit fi lié à Con devoir ^ de Ci na- 
urellement vertueux , que cette divî- 
lon n\irriva point. L'heure des 
)la'(îrs palfèe , il revenoit toujours à 
a Reine fa Mère ; il lui rendoit ce 
ju'il lui devoit en qualité de Fils bien 
limé , ôc témoignoif avoir beaucoup 
le confideration pour elle. Non feule- 
ment 



1 1 2 Mémoires pour fervïr 
i6êi, ment il Taimoit , mais il lui difoit Je* 
chofes qui faifoient voir aufïi qu'il 
l'cftimoit : dans le vrai , elle lui en 
' donnoitfujet par Ton defintéreircmenr, 
& par l'afFedion tendre ôc refpedtueu- 
fe qu'elle avoir pour lui. 
liiai. Les derniers^ jours du Mois de* 
Mai , le Prince de Condé dit au Roi >, 
qu'on avoit trouvé à Auxerre un Por- 
trait de Henri IV". attaché à un Po- 
teau-, avec un poignard qui lui tra- 
verfoit le fcin , <Sc une Infcription La- 
tine fort criminelle qui regardoit fa 
Perfonne. Le Roi lui répondit ^ Je 
m en confole : on n'en a pas fait amam 
contre les Rois f^Jnéans, Un jour j 
' difant en confidence à quelque perfon- 
ne quM eftimoit 5 que s'il avoit ja* 
mais la Guerre il vouloir y aller en 
perfonne , ôC celui-là ayant répondu 
que ce feroit une grande imprudence, 
éc quafi un défaut à un Roi , de ha« 
zarder ainfi fa vie , &c que la France 
avoit autre fois beaucoup fouffert de 
la Valeur imprudente de François 
Premier , le Roi prit la parole ôc lui 
dit > Imprudent tant qu'il vous plaira \ 
maïs , avec tout cela , cette mprudena 
l'a mis an Rmg des grands Rois. Il 

fit 



à l'Wfldlre â*Anne à* Autriche, 1 1 j 
It alors un nouveau Commandemenc I^^ï» 
Li Grand Prévôt de châcier ceux qui 
tireroienr, avec toute la feveriré pof- 
ibie. 

Dans ces jours mêmes , la Reine- 
lere voulue s'acquitter d'une promelfe 
u'elle avoit faite il y avoic longtems - 
Madame de Ghevreure, de l'aller voir 
bampierre , pour être cjeux ou trois 
>urs en ce lieu. On y traita d'une 

ande affaire , & ce Voyage fervit en- 
irtie à décider de la deftinée d'un 
îiniftre qui aK}rs paioilfoit dans un 
rand crédit. Le Cardinal Mazarin, 
vaut que de mourir , avoit donné , à 
I qu'on a dit, des avis au Roi 
rntre le Sur-liitendant Fouquet : il 

croyoit trop prodigue de fes Finan- 
s 5 <Si il lui confeilla d'inftaller Col- 
rt fous lui , pour veiller à fa con- 
lite , ÔC arrêter la profufion de fes 
>eralitez. Le Tellier aimoic l'Etat ,., 

n'aimoit pas Fouquet 5 du moins , 

ne l'eftimoic pas : 5c Colbert fon 
îlié >.qui avoit été fon Commis , ôc 
^-'autrefois il avoit donné au Cardi- 
tl , pour le fervir dans le maniment 
! fes affaires domeftiques , lui étoic 
bis fort agréable. Il le croyoit tout 



114 Mémoires pour fer vïr 
l66l, à lui, de fc perrii3.cla qu'il garderoîc 
toujours fur cer Homme une enttere 
fuperiorité. Cette raifon l'obligea de 
prendre foin de fa Fortune , & de 
travailler à le mettre en état de lui 
aider à détruire celui qu*il croyoit for 
Ennemi. Us voulurent fe joindre en- 
femble pour leur avantage particulier 
6c montrèrent au Roi nedefirerqut 
celui de l'Etat & de fon Service. C( 
Prince , qui connoifToit les défauts di 
Sur-Intendant , reçut leurs avis , qu 
étant autorifez des Confeils du fei 
Cardinal , &c fortifiez par la mauvni 
reconduite de Fouquet , eurent l'efîc 
que produifent d'ordinaire les faute 
des Particuliers & les defTeins fecret 
de ceux qui paroiiîenc definterelTées 6 
fidtiles. La Duchcire de Chevreufe 
par des motifs que je ne fçai poini 
parla à la Reine-M-re contre le Sur 
Ijicendant j & fous l'apparence é 
bien public , lui fit en fon particuUe 
beaucoup de mal. Laigue» qui fou 
vent étoit dangereux ou propice 
beaucoup de gens , fut celui qui fi 
agir Me., de Chevreufe. Son étoii 
étoir de fe mêler de tout^ &c coKntn 
il écoit attaché à cette PrincefTe pa» 

beau 



à l'Hîjïo'tre â' Anne à'AtHrkhe, i \ j 
beucoup de liens , il employoic Ton ef- ié6u 
prit à ce qui lui convcnoiu le plus. 

La Reine étoit partie le vingt-fept 
îuin 5 pour aller à Dampierre, & avoir 
mené Madame exprés avec elle , pout 
niectre quelque interruption aux Pro- 
-nenades qui lui déplaifoient j mais à 
on retour , ce fut la même chofe , 6i 
es plaifirs de Fontainebleau continuè- 
rent de donner quelque chagrins à la 
leine - Mère. Comme raifonnable , 
lie trouvoit impoifible qu'un Roi fi 
eune, & qui donnoit beaucoup d'hcu- 
es au travail , pût s'empêcher à*tn 
onner quelques-unes à Tes diverrilfe- 
aens \ mais , comme Mère & Chré- 
ienne, elle craignoit la force de cet 
ge , 6c les périls que la volupté fait 
°ncontrer à ceux qui la fuivenr. 
lonfieur , qui avoit lailîé eng?!ger 
ladame dans les promenades & les 
iaiiirs , un peu plus que la bienféan- 
.' ne le permettoit , commençoit à fe 
cher de cet excès. Sa prefcnce , ^ 
s innocentes intentions de Madame, 
ai dans ce tems-là ne paroilToient a- 
3ir d'autre objet que le pîaifîr en gé- 
rai j en ôtoit tout le danger . mais 
'Ue afliduicé, quand elle parut ne- 

ceLîaire 



s.i6 Mémoires pour fcrtjir 
j65l, celVaire à Monfieur , lui fut pkirôt ntïi j 
peine qu'un divertiffemenr j 6c chan^ 
géant de fentiment , il eut de Irs lépu 
gnance pour les chofes mêmes qu*i 
avoit d'abord approuvées. 

La Reine-Mere , voulant remédie 
à toutes ces mauvaifes difpofîtions , ( 
. plaignit de Madame au petit Milor;; 
Montaigu fon ancienne Créature, pui 
en parla au Comte de St. Alban M" 
niftre de la Reine d'Angleterre \ leti 
difant que cette Princeile ne preno 
nulle mefure avec elle fur fa condu 
te , & ne la confideroit en rien. E 
le voulut qu'ils fiflTent part de Ci 
plaintes à la Reine d'Angleterre , qi 
menoic une vie douce à Coulomb© 
dans une Maifon qu'elle y avoit ach' 
tcé. Elle y cherchoit la paix j & i 
connoilTant que de bonnes inclin 
tions dans l'arae de Madame , ne s'i 
quiétoit point encore tout de bon 5 
Tes adions 5 parce qu'elle les croyoi 
exemtes de b'âmc. 

Dans ces mêmes tems , le Roi |'( 
déclara avoir de l'inclination pO! 
I^Ue. de la Va'Jiere , une ôqs Filles • Jtîi 
Madame. Elle étoir aimable, ôc 
beauté avQic de prands agrémens p 

ré ' 



j a l' Ht ftolr e (^ Anne d'Autriche, i\j 
réclar de la blancheur ôc de i'incar- i66l. 
[lac de Ton teint , par le bleit de Tes 
^eux qui avoienc beaucoup de dou- ' 
peur, & par la beauté de (es cheveux 
^rgentez qui augmentoic celle de foii 
[rifacre. Madame , ôc la ComtelTe de 
foillbns , d'abord en parurent conten- 

is ; elles y contribuèrent de leur 
)mplairance ; de il fembla qu'elles re- 
tient à bonheur d*étre déchargées 
<ar cette voye des petits chagrins de la 
Leine, La Reine Mère s'affligea de 
ftte nouvelle paflîon : elle craignoit 
) danger de quelque côté qu'il pût 
enir ; mais elle fut confeillée de ne 
y point oppofer avec violence , Se fa 
rudence lui dt approuver ôc fuivre 
i confeil , d'autant plus que quel- 
les jours auparavant elle avoit été 
upçonnée de m'avoir commandé de 
ire ramener de Fontainebleau à Paris 
lie. de Ponts , par Me. du Plefîîs 
n Amie , afin de la foiiftraire aux 
X du Roi 3 qui paroiiToit ne la pas 
j^Mïr. Cependant , perfuadé que j'é- 
is caufe de ce Voyage , il en fit des 
r|j|Jiintcs à la Reine fa Mère , ad'ez 
tes pour lui faire connoitre qu'il e- 
' Bt necelTaire qu'elle modérât fon zé- 
«* ^ le. 



ii8 Mémoires pour fervir 

i6^i* le, La vérité écoit que la Reine-Merr j 
criifgnoit cette Fille , dont les mani& ^ 
res un peu trop libres lui déplairoient 3 
elle auroit fouhaité que les perfon^ 
nés qui avoient du pouvoir fur ell 
l'euifent conviée à demeurer à la Cou 
avec plus de régularité. Voilà la fel 
le chofe qu'elle me commanda de d 
re à mon Amie , & qu'elle lui f( 
roit plaifir à'tn parler à la Maréch; 
le du Plelîis , afin qu'elle la prît av( 
elle ; mais elle ne me témoigna 
lement vouloir qu'elle partît de Fo! 
tainebleau , comme le Roi le crut 
n'en parlai point non plus à Me. (| 
Pleiïis. Elle l'amena à Paiis , pari 
emprcdemenc inutile de vouloir plai 
à la Reine- Mère, en faifant plus qu*< 
le ne lui avoit demandé. Ce delir 
voit pour fondement un certain in 
-fl:êt qui la regardoit elle feule, &o 
pour mon malheur caufa beaucoup 
bruit contre moi. Le prétexte qu 
le prit , pour enlever Mlle, de Poni 
fut de lui dire que le Maréchal d'i 
bret étûit malade ; & il l'avoit.écc 
peu , qu'en arrivant à fa porte 
nous die qu'il étoir forti. Cette 
nelîê 5 qui étoic en effet fort ridicu 

déf 



h 



^. 



à VHipire à' Anne à'Atttrkhe, 1 1 9 
déplut au Roi avec raifon : & quoi ï6^!» 
que je n'eu (fe reçu ni donné cet or- 
dre , il ne laiiFa pas de me donner 
jbeaucoup de chagrin. 
I Le remperamment que la Reine-» 
jMere apporta à modérer cette nou-* 
Iveîie inclinition du Roi pour Mide- 
moifelle de la Vallieie , fuc-de l'en a- 
vertir cordialement , en lui reprefen- 
tanc ce qu'il devoit à Ditu & à Ton 
Etat i ôi qu'il devoit craindre que 
beaucoup de gens ne fe ferv'fllnt de 
cet actachement , pour former des în- 
j:rigues qui pounoienr un jour lui 
îiuire. Elle le pria au (Ti de lui aider 
\\ cacher fa pafîlon à la RHne , de 
peur que fa douleur ne eau fat de 
jie trop mauvais effets contre îa vie de 
j'Eufanc qu'elle portoit. Le Roi ef- 
ima Ton fécond confeil , & ce fccrec 
iit obfervé de toute la Cour , avec 
ant de foin, que la Reine, qui a- 
jors étoïc grod'e de quatre ou cinq 
'nois de Monfeigneur le Dauphin, 
.cheva de paiîer le tems de fa giof- 
e fans le fçavoir. 

Ce qu'on appelle ordinairement la 
|»elle galanterie produifit alors beau- 
oup d'intrigues. Le Comte de 

TmcK K Gui- 



11(5 Mémoires pour fervir 

l^^éu Guiche , quelque tems aprcs fut é- 
Joigné pour avoir eu i'audace de rc* 
garder Madame un peu trop rendre*' 
ment. Comme il eft à croire qu'el*. 
le étoic fage en effet , elle voulut qutt 
le Public fut perfuâdé qu'elle avoki 
été de concert avec le Roi ôc Mon- 
sieur pour l'e'loigner : mais fon é- 
xil fut court , &: on peut s'imaginer» 
que et aime n'avoit pas beaucoup 
offenfjé celle qui en écoit la caufe^ 
car cette paÛion , paroilfant alors àd* 
approuvée par elle , ne pouvoit fe. 
Ion les fauifes maximes que l'amoui 
propre infpire lui apporter que de h 
gloire, ,' 

La Duchefle de Valentînoîs , Sœux 
àw Comte de Guiche & Fille di 
JMaréchal de Grammont , qui avoi 
époufé le Prince de Monaco , àt 
j^-jeura à la Cour après lui j mais ell 
î-j»y demeura guère , à caufe qu 
l'enjouement ou plutôt remporte 
iment ^'^ cette Dame lui fit faire mil 
le intJ^'g^es pour le recour de (o* 
Frère » & même lui fit faire quelque 
tailleries contre le refpedt qu'elle ai 
voit à la Reine - Mère. Elle cto» 
tendrement airace de Madame , & J 



à /* Htjlotre â'Anne à' Autriche, ut 
Sœur de ce coupable écoit traitée de léél* 
Favorite ; il écoit jnfte de récompen»» 
I fer en elle les fenciiiiens du Frère» 
1 qui en fa pcrfonn:: pouvoient être in- 
nocemment payez. Madame ne pou*» 
voie vivre fans elle , elle écoit de cou- 
res fes promenades ; Ç\ bien qu'ellâ 
faîfoic éclore chaque jour , non pas 
des Fleurs fous fes pas , comme fei- 
gnent les Poètes qu'il arrive aux 
Nimphes de la chafte Diane , mais 
des querelles , des broliilleries , ôc 
beaucoup de ces riens , qui font ca- 
pables de produire de grands évene- 
iTiens. La Reine - Mère > en appré- 
hendant les fuites , la fit é'oîgner 
aufli bien que fon Frère j & il parue 
quelque tems après , que ce fut avec 
une grande raifon % qu'elle avoit ap- 
préhendé fa conduite , parce qu'é- 
tant aimable, fpirituelle , & jeune, 
elle étoit auffi fort emportée dans fes 
paflîons. 

Les Seigneurs Anglois firent ce 
qu'ils purent pour raccommoder Ma- 
dame , avec la Reine fa B^lle-Mere» 
iLe Comte de Saint-Alban lui offrit > 
que (i elle vouloit laiffer aller les cho- 
fes félon les dciirs de la jeuneffe i 6C 
K i felort 



^12 Mémoires pour fervtr 
Xè6u félon les plaifirs qu'ils eftimoient in- 
nocens , Madime la fcrviroic au- 
près du Rui 5 & travaillcroic à les 
tenir toujours unis. La Reine-Mcre, 
qui ne regarJoit que Ion devoir » Ôc 
qui de plus ctoit contente du fons 
du cœur du Roi Ton Fils , leur ré- 
pondit 5 à ce qu'elle me fie riionneur 
de rae dire le même jour , qu'elle 
«e vouloit aupés du Roi les bons 
offices de qui que ce foit ; qu'elle ne 
defiroic que fa gloire , &. ne lui don- 
iioic que des confeils entièrement de- 
lintereifcz j que tant que le Roi Iqsi 
recevroit comme il avoir fait juf- 
qu'alors , elle feroit fatisfaire de lui ; 
/ mais qu'auffi-tôc qu'elle fe verroi© 
dans la neceflîté d'un tiers > ^ avoi» 
jDefoin de bons offices auprès de lui, 
elle le quifteroit , ôc s'en iroir au Vat 
^e. Grâce pafler le refte de Tes jouw 
en repos. Elle en dit autant pla- 
ceurs fois au Sur - Intendant Fou. 
^uet 3 & à tous les autres qui afpi- 
arant à la faveur , vouloient l'engage 
à protéger leur Fortune , en lui pro*» 
mettant leurs Services auprès du RoJ 
Elk ne vouioïc prendre aucunes me* 



kl' Hfflolre d'Anne d'Autriche, 223 

Êires pour le coniervcr de l'autori- i^6l\ 

té : (on deirein écoïc feulement de 

faire ce qu'elle croyoit jufte & va'.fon- 

i nable» Elle a véûCCi à ce qu'elle a 

idefîré de faire ; par fa vertu & fa 

[douceur, elle a remédié à beaucoup 

de maux y ôc d'ailleurs elle n'a jamais 

eu beaucoup de puilTance 5 parce 

qu'elle a toujours négligé d'en a- 

voir, 

La Reine- Mère avoit raifon de fe 
tenir liée feulement au Roi , par les 
chaines de la tendrelTe 5 qui la faifoic 
entrer dans tout ce qui paiùilToit lui 
pouvoir être avantageux ; car il n'a- 
voit rien de fecret pour elle. Ou- 
tre les avis qui lui furent donnez à 
IDampierre , par la Dnchefle de Che»- 
vieufe , contre Fouquet , le Roi lui 
;confia le defir qu'il avoit de le per- 
idre. 

Il envoya traiter cette affaire avec- 
:-Ile par le Tellicr ; Se quand il par- 
:'n pour aller à Nantes fur la fin du 
.nois d'Aoûc , ce fut à elle feule à 
qui il dit le delFein qu'il avoit de le 
Faire arrêter en ce lieu. La Reine- 
Uere en fut fâchée : elle confideroic 
:e Miniftte, parce qu'il ccoit fort at- 
K 3 taché- 



2 24 Mémoires pâtir Jervîr 
léêi, taché an foin de la fervir ; & même ,[ 
du confcntcmenc du Roi , il lui en- 
voyoit de l'argenc , ce qu'elle avoic 
befo'n pour le fecours des pauvres : 
mais ne pouvant manqueL' au fecrec 
du Roi , ni juftifîer Fouquet fur les 
criminelles accufations qui furent fai- 
tes contre lui , qui toutes n'étoienc 
pas iiijuftes , il fallut qu'elle entrâc 
dans le projet qui fut fait pour fa 
ruine , de qu'elle écoutât ceux qui 
ctoient dans la confiance du Roi , qui 
lui vindrent rendre compte de Tes rç^ 
(blutions fur ce fujer. 

Les Condudeurs de la difgrace de 
Fouquet avoient averti le Roi j non 
feulement de fes defordres dans les 
Finances » mais encore des attentats 
qu'il fembloit préméditer contre l'E- 
tat. Selon les jugemens que le Roi 
en fit , & félon les explications qu on 
leur donna , ils fe trouvèrent énormesj 
ôc le Roi qui avoit refolu d'y remedieï 
allant en Bretagne , prit toutes le< 
niefures necefTaires pour ce delfein . 
eftîmè pour lors une des plus impor- 
tantes affaires de l'Etar. 

Le Roi partit pour ce Voyage le 
tingt-neuviéme Août, il étoit encore 

ten- 



a l'Htftdlre d*Anne à' Autriche. %%§ 
rendrement attaché à la Reine , & fa lè^l* 
nouvelle paffion n'avoit pas effacé les- 
légitimes femimens qu'il avoit pour 
elle. Il parut que cette feparation lui 
donna un fenfible déplaidr : il jetta 
des larmes qu'il voulut cacher au pu- 
Iblic \ mais qui étant vues de celle qui 
ien étoit caufe , la confolerent de tous 
ifes mauxr Cette douleur lui donna 
jde la joie , & cette joie augmenta de 
ibeaucoup le chagrin qu*elle eut de fe 
feparer de celui qu'elle aimoit (î chè- 
rement. 

Auffi-tôt'que le Roi fut à Nantes , 
î^l voulut exécuter fon delTein contre 
|le Sur- Intendant , lequel s'étoit en- 
jgagé à ce Voyage malade d'une fièvre 
double^ tierce j mais fa raifon , qui 
*l*étoit beaucoup davantage le fit fui- 
vie le Roi , parce qu'il avoit de 
grands deOfeins pour l'étabiiirement de 
fa Fortune & de fa faveur , qu'il 
vouloit conduire à leur fin. Ses hau- 
tes penfées le firent tomber dans le 
précipice , ôc l'excès de fon ambi- 
tion fut la fouice de fes malheurs. Le 
Roi , qui fçavoit qu'il avoir acheté 
quafi tous les Hommes de la Cour , 
n'ofa fe confivi à ^on Capitaine d£3= 
K4 G:^^ 



11 6^ -Aiemotres pour fervlr 
ï66i» Gardes pour l'ariéter : il fe fervît 
d*Artagnan , créarure du feii CardU 
nal , qui commancîoic fes Moufque». 
taires. Comme le Sor-Inrendan: for- i 
tic de chez le Roi, Si qui! vouloic^ 
retourner chez lui , il fut averri par 
la Feuillade , qu'il y avoit quelque 
ordre contre lui. Le Sur-Incendant 
tccevant cet avis , au lieu de fe rflec* i 
tre dans fa chaiie , voulut entrer 
dans celle d'un autre pour fe fauvcr ; 
mais Artagnan qui le fuivoit , ôc qui 
avoit Tceil fur celle où il dévoie fe 
mettre , voyant qu'il ne venoit pas , 
le pourfuivic coinme il alloit déjà 
prendre un chemin détourné. Il 
Tarrêta de la parc du Roi , & le fit 
mettre aùllî-tôt dans un Carofle qui 
écbit préparé pour cet effet. On le 
fît enfuice entrer dans une Maifon 
pour lui faire prendre un Bouillonj 
& on lui prit les Papiers qu'il avoii 
fur lui. Il fut mené à Angers , ôi 
fa Femme à Limoges. Deux Maî- 
tres des Requêtes eurent ordre en 
même tems d'aller chez lui fcellef 
tous fes Papiers j ce qui fe fit avCiÇi 
diligence. Ils furent portez au Roi j 
qui les vit , & fit fur tous des Rq^ 

marques 



k 



à ï'HiJîolre à' Anne d' Autriche > tiy 
arques confiderables & jndicieufcs ; iC^i^ 
be qui iiVa été dir , par un de ceux 
tjui furent employez à cccie Com- 
jïiiflîon *. Bruan , principal Commis ^ 
le Fouquct pnc la fuite. Gourvil- ficur de 
e , celui dont j*ai parlé dans le re- Bouche» 
ic des Guerres Civiles , qui s'étoic 
ait Financier , eut ordre de fuivre 
1 Cour, Le Roi envoya tceller dans 
outes les MaiTons de ce Sur Inten- 
anr , à Vaux, à Paris, Sc à Saint 

Îandé. Comme on l'arrêta , il fe 
urna vers un de Tes gens , de die 
:uîement y Hal Saîm Mandé, il a-- 
pit raifon de craindre qu'en ce lieu 
in ne trouvât de quoi lui faire Ton 
mcésj car il y avoit des chofes qui 
.irarent devoir deshonnorer fa rai- 
m , & ternir fa mémoire , en le 
ndant méprifable ayx gens de bon 
ns , & à ceux qui font profcOion de 
gede. Madame du Plefîis • BsUiere 
n Amie , &c Tes Frères furent a- 
itis par cet homme à qui il avoic 
c ces mots , &z s'ils avoient voulu, 
"> auroient eu le cems d'aller brûler 
us Tes Papiers ; mais , Me. du Plef» 
i, à ce qu'on a fçu depuis, ne le 
mlut pas faire , croyant qu'il a- 

voit 



2 i 8 Mem oires pourfervir 

lé^l. "^^^^ ^^^^ brûlé avant que de par«^ 
tir. 

La Reine - Mei'c ayant reçu un 
Courrier du Roi envoya quérir le 
Chancelier , d^ fon Capitaine des 
Cardes. Elle fie fceller à Fontaine- 
bleau la Maifon du difgracié , & en- 
voya , comme je l*ai dcja dit , fcellei 
les autres lieux qui lui appartenoienr 
On mit garnifon dans toutes fe; 
Maifons , & même chez Bruan foi 
premier Commis , comme ayant plu 
de part à Tes fecrets que nul autre 
Ses Enfans , par la permiflion de 1 
Reine.Mere , furent menez à Pari 
par Madame de Brancas , dont le Ma 
ri depuis peu avoit acheté la Chai 
ge de Chevalier d'Honneur de la Re 
ne-Mere , & qui Te trouvant Ami c 
^et; homme ne le voulut pas abaii 
donner. Ils furent mis entre les raaii 
de leur Grand Mère , qni étoit un 
fainte. Quand elle Tçut le malhcr 
de fon Fils , elle remercia Dieu 
fês difgraces , efperant qu'elks ron 
proient les chaînes qui le tenoient a 
taché au péché , ôc co.ntribuerojoj 
à fon S-^lur. 
liC 3% Le j^oj ^.^i-^t (Je retour à Font.'l 
^^' - ncbiea-' 



à l*HiJ}o'ire d'Anne à* Autriche, 1 1^ 
nebleaii , on fuc long-tems qu'il ne iGûù 
fe parla à la Cour , que de la dif- 
grace de Fouquec , de cette grande 
chute , de Tes delTeins chimériques 
& ambitieux , & de toutes les intri- 
gues qu'il ramalloit en fa perfonDej. 
à' dellein de fe faire premier Minif* 
rre. 

Belle-lie fut d'abord le premier ob- 
jet , qui offenfa les yeux du Roi ; ii 
y avoi't fait travailler, l'avoit munie 
de Canons , & Tavoit rendue une 
Place forte. Sa fituation la rend 
relie par nature & les foins de cet 
homme avoient commencé de la ren- 
dre capable d'être un jourun Inftiu- 
ment de quelque grande Guerre à 
l'Etat , par le voifinage d'Angleter- 
re i mais comme toutes chofes ont 
diverfes faces , elle poovoit erre auiïi 
une forte Barricade contre les atta- 
ques de ceux de cette Nation. Les 
amis de Fouquet ont dit, & il efc 
à croire qu'ils ont dit la ver"té , que' 
ce Sur-Intendant , qui en tfrec étoic 
jcapable par fon génie , & par fon ef- 
prit 5 de beaucoup de grands defieins', 
avoit eu celui d'y faire bâtir une Vil- 
le ,. dont le Poit étant bon devoir 

K <S. at>- 



250 Mémoires pourfervlr 
l6éi, attirer tout le trafic du Nord 5 èc 
privant Amfterdam de ces avanta- 
ges , rendre par là un grand fervice 
au Roi &c à l'Etat. On i'accufa d'a- 
voir eu des intelligences avec les An- 
glois y mais cette accutahon fe trou- 
va mal fondée. Les malheureux ne 
manquent pas de crimes , de celui- 
là paroiflTant coupable , il n'y eut 
point de modération dans les juge- 
mens qui fe firent d'abord contre lui» 
il avoit acheté le Duché de Pan- 
thievre en Bretagne , fortie depuis 
peu de la Maifon de Vendôme, pour 
payer leurs dettes ; ôc on difoit que 
Tayaut , il fe vouloir faire Souverain 
de ces Pais-Ià. Ce dernier Article ét- 
roit un dire , qui n'a pas été vérifié; 
mais il eft certain que faifant forti-iBii 
fier Belle-Ile , &c ayant à Tes* gage! liî 
prefque tous les Gens de la Cour li 
il avoit la mine d'un homme foç 
ambitieux : ôc comme il avoit i'anéjii 
élevée , on croyoit qu'il étoit caf 
ble de tour. c| 

On lut fes Papiers & fes LetrrciBitiG 
On en trouva de plufieurs PerfonnàHîi 
de la Cour , les unes pleines de beaûH 
coup d*intrigues politiques , ôc iMp, 

aucr 



àfFliftolre à'Anne d'Afttrkhe, 15 1 
autres de beaucoup de Galanteries.. ï^^'» 
Pau elles on vie qu*il y avoic des 
Femmes ^6c des Filles, qui parfoienc 
jpour fages S>C honnêtes , qui ne l'é-- 
ftoienc pas , & on connut manifefte- 
imenr, que s'il avait une grande am- 
bition , il n*avoit pas moins d'empor- 
tement pour la volupté. Il y en eut. 
même de celles-là qui fouffirirenc 
pour lui , qui firent voir j. que cène 
font pas toujours les plus aimables,, 
les plus jeunes , ni les plus galants 5 
qui ont les meilleures fortunes , & 
que c'eft avec raiion que les Poctes 
ont feint la Fable de Danée ôc de la 
Pluie d'or.. 

Le Roi envoya commander à Ma»^ 
dame du Pledis-Belliere d'aller l Mon- 
brifon en Foret. Celle-là étoit Amie 
de Fouquec 5 àc 2i et qu'on a dit a- "^ 
voit beaucoup aidé à lui gâter l'ef-- 
prit , par toutes (ts intrigues. Elle 
le fervoit particulièrement à entrete- 
nir les liaifons qu'il avoir avec les . 
principaux de là Cour. Elle avoic 
beaucoup d'efprit & d'ambition. Lés 
honnêtes gens s'en trou voient bien : 
ils entroient dans Tes intérêts , & 
four les en payer , elle trouvoit tou- 
jours 



î3 ï Mémoires pour fervlr 
16^1. jours le moyen de les obliger. Elle 
ayûit marié fa Fille au Marquis de 
Crequij Frère du Duc , honnêce Hom- 
me , brave , & qui avoic beaucoup 
de réputation. L'habileté de Mada- 
me du Pleffis fa Belle- Mère fut /i 
grande , qu'elle le fit General des 
Èallercs , peu de tcms ayant levoiagc 
de Nantes, On vit alors quafi finir h 
Maifon du Cardinal de Richelieu. Liî 
Duc de Richelieu fon Neveu avoii 
eu cette Charge , & le Gouverne- 
ment du Havre \ mais par l'ordre d( 
la Cour , & par la neceflîîé où i; 
mettoient fes dépenfes déréglées , il u 
défit de l'une & de l'autre. Le Ro 
voulut mettre le Hivre entre le: 
mains du Duc de Navailles, qui ei 
fur quitte pour cent mille écus qui 
donna. Le Marquis de Crequi , qu 
avoir obtenu avec beaucoup de pcini 
la peimi(îion de recompenfer fa Char 
ge de General des Galères , en pay; 
des Sommes immenfes , qui apparem 
ment étoient fortis de la bourfe di 
Sur.lntendant aux dépens du Roi 
ce qui fit voir l'extrême ambitioi 
de ce Miniftre • 6c celle de Mada. 
me du Pleffis fon Amie. Elle cru 



ï 



à l'H/jloire d'Anne à' Autriche, i^l 
avoir fait un grand coup pour Ton i(^Cvi 
Gendre j mais elle fe vit deux mois 
après , en partie par cette même cau- 
fi2, tomber dans la difgrace 5c dans 
le malheur, & eut le déplaifîr de voir 
ircnverfcr pour lors la grandeur & la 
■orcune du Marquis dt Crequi ^ à 
ui Ton Alliance avoir été nuidbie , 
arce qu'elle fe fit dans un teras , où 
sja le Roi étoic dégoûté du Sur-In- 
endant. Le Roi , quinze jours après 
on retour de Nantes , ayant exilé cet- 
xe Dame , envoya Carnavalet , Lieu» 
tenant des Gardes du Corps , à Be- 
thune 5 dont le Marquis de Crequî 
iétoit Gouverneur , pour y comman- 
Ider au lieu de lui ; & ordre aux Gal- 
lleres , de ne le point reconnoitre pour 
; General. 

Peu de Perfonnes à la Cour fe trou* 
verent exemptes d'avoir été facrifier 
|au Veau d'Or ; & comme par un 
imalheur fort extraordinaire pour eux , 
leSur-Iutendantgardoit toutes les Let- 
tres qu'on lui écrivoit , le Roi ^ la 
. Reine fa Mère , les ayant toutes lues ,. 
y virent des chofes qui firent tort à 
beaucoup de Perfonnes, Il y avoit 
à St. Mandé un Cabinet , où l'on al- 

loit: 



245 ■ Mémoires pour fervtr 
'jë/^^u loit par un chemin fouteirain , qui a- 
voit une fortiede l'autre côté du che- 
min chez un de fes Secrétaires , Se af- 
fez loin de fa^^maifon. On trouva 
dans ce Cabinet une Inftrudtion qu'il 
gardoit dans fes Papiers , où il ordon- 
noit de tout ce que fes amis dévoient 
faire > en ca3 qu'il fût arrêté. Ce 
qu'il vouloit qu'il fer vît à le fauver, 
fcrvit à le convaincre de fon crime; 
&. comme ce qu'il demandoit d'eux 
étoient des crimes de Leze-MajeRé, 
il les mit tous en érat d*avoir be- 
foin de la clémence du Roi ^ qui pou- 
voit croire qu'il n'avoit pas fait cet 
Ecrit fans leur en avoir fait part, il 
fembloit néanmoins que beaucoup de 
gens y étoient nommez , qui en cftet 
étoient Gens de bien & bons Servi- 
teurs du Roi, C'étoit une rêverie 
qu'il avoit autorifée de quelque ap- 
parence de vérité , par le foin qu'il 
avoic eu de la confeiver. Madame du 
Pleffis-Bellievre y étoit nommée com- 
me Sur-Intendante de tout le deflein : 
on lui envoya des Gardes j Se elle fut 
traitée plus feverement que les au- 
tres. 

On a dit qu'on avoit trouvé des 

Pûi- 



j à l'Htflo u d'Anne d' yîat rîche, i^j 
poifons chtz lui, 6c on eut quelque i66ot 
loupçon qu'il avoir empoifonné le 
l'eu Cardinal i ce qui peu de jours 
prés fut mis au rang des Contes ri- 
icules. Sa Mère fut voir la Reine- 
iere à Fontainebleau; elle fe jetta a 
2S pieds , & en fut reçi'e* avec bonté f 
ar outre qu'elle éroit le iecours des 
liferabîes , elle le vouloit être de ce- 
li-là en particulier. Ei'e avoit eu 
eu auparavant la difgrace de ce Mi-- ' 
idre , quelque petit chagrin contre 
li j en ce que voulant ie défaire de 
i Charge de Procureur General , ôc 
1 Reine-Mere ayant fouhaité qu'il 
en démît entre les mains de Fieu- 
u Ton Chancelier qu'elle confideroir,,, 

ne le voulut pas faire , quoi qu'elle 
c cru qu'il en avoit donné fa paro- 

i mais ce manquement n'avoit pas 
ic une grande impreflion fur Ton ef- 

it 5 Si ne l'empcchoit pas de travail-- 
L" auprès du Roi , pour adoucir fa 
ifcue & Ton malheur.. 

Dans ce mois de'Septembre , niou* 
:t Nogent,. ce grand Parleur, qui 
^r fts boiifonneries, avait acquis plus 
'' cent mille livres de rente. Ce 
i.iuvais Plaifant , qui avoit tant parlé 

peuf 



î^6 Mémoires pour fervir 

l6(?i p^"^^t^t fa vie, ne fie parler peifonne ii 
après fa mort. Elle arriva lors qu'on i( 
ne pcnfoit qu'à célébrer la difgi-ace de 
Fouqurr j fi bien que le fiknce fut la 
feule récompenfe des paroles fupei- 
fluës y qu'il avoit dites dans le Cabi- 
net 5 où n'étant ni eftimé , ni ha'i, i' 
*Dela fut. aiféraent enfeveli dans l'oubli, 
de Yen- Sur la OU du même mois, mourui 

tadour. ^^^^ Melle de Beaumont. Son efprir 
il svoit . ^ , r. 

éiébeau, ion mente, ôc les Amis, lavoien 

bi-nfait, jj|.^g jjg toutes Tes dif^races. Elle étoi 

g.lmt revenue a la Cour ; mais comme ein 

h'jcu- ^voit fouvent trop librement publii 

nèfle de les fautes de fon prochain , elle en re 

we^e!'*^ çut après fa mort la jufte punition 

Il a don- eu ce qu'elle ne fut pas beaucoup re 

îîomà guettée. Elle mourut à Fontaineblea' 

rAppar. en peu de jours , avec peu de libert 

qu?^ca ^^ ^^^ efprit. Il parut néanmoins qu'c' 

au bout le eût quelques bons momens pour ( 

d'une des r rr^ • i r 

Allées cunleiltr,* mais ce peu de tems tu 
du Paiats court pour travailler à une Ç\ grande 

Royal, or- ce • 

où l'on ôc il nnportante arraire. 

jûiioit Le Duc d'Amville , le Brion d 

au Mail , . ,. . rr' t 

& où il jadis ^ , mourut aulii dans Cq me 
fo^nven't ^^ tems» Par fa mort , il échapp 
des Col- des chaines qu'il s'éroit impofées lui 
au Roi "^^mc , en s'atcachant d'une liaifo 

tro 



a 



l'Hftolre à'Adne d* Autriche, i^j 
op grande à Mcile. de Mené ville, i^Ci 
irt b^lle perfonne , Fille d'Honneur 
,i la Reine- M^re. Il lui nvoit hit 
le Promedè de Mariage , & ne la 
■xîliic point épouier. Le Roi ôc la 
[einc-Merele prelfanc de le faire , il 
iciiloit toujours j 6*: quand il moii- 

t , fa pafïion étoit tellement amor- 
, qu*ii avoir fà'n fupplier la Reine- 

ère de leur défendre à tous deux 
fe voir. Il olîroit de fatisfaire à 
.ils obligations par de l'argent j mais 
i|e, qui efperoiî d'en avoir par une 
■^rre voie , voulut qu'il l'époufâr , 
^ur devenir DuchelTe. La Fortune 

Îla Mort s'oppoferenc à Tes de fus > 
la détrompèrent de Tes cliimeres» 
5n prétendu Mari s'étoit apperçii 
d'elle avoit eu quelque commerce a- 
yc le Sur-Intendant Fouquec , &C 
<;'elle avoit cinquante mille écus de 
1; en Promeir^s. Elle ne les reçue 
|s,ôc perdit honteufement en huit 
) irs tous Tes biens , tant ceux qii*elle 
{:'moit folides , que ceux où elle af- 
|roit par fa beauté , par Tes foins , dc 
jr fes engagemens. Ils pareilToienc 
Innctes à i'égard du Duc d'Amville , 
i n'écoient pas non plus tout-à-faic 

cri- 



23^ Mémoires pour fer VIT 

lC6i, minels à l'égard da Sur - Intendant 
On le connut clairen^ent -, car il ar- 
riva pour Ton bonheur , que Toi 
trouva de Tes Lettres dans les C^^fler 
tes du Prifonnier , qui juftifierent (' 
vertu. Pour l'ordinaire , les Dame 
trompent les Hommes par de beau: 
remblans,& ne les confideranc poin 
en effet , leur font le moins de libéra 
lirez qu'elles peuvent : mais toutes ce 
chofes font toujours mauvaifes devar 
Dieu 5 &c honteufes devant les Hon 
mes. 

Fouquet fut fort deshonnoré p. 
fes folies 5 & fur tout , comme je ?, 
dcja dit , pour avoir eu celle de gai 
der toutes les Lettres qu'on lui avo 
écrites , &c d'avoir lailTé b projet qu* 
avoir fait pour Tavenir abandonné 
la cariofité de fes Ennemis , par c 
il perdoit tous fes amis , puifque c 
telles gens doivent toujours craind 
leur difgrace. On difoit de lui , qu 
Ton égard , par cette folie , le jour d 
Jugement étoit arrivé , qu'on avo, 
vu à nud le détail de toute fa vie 
fes crimes , fes penfées , &c celles c 
toutes les perfonnes qui étoient dat 
fon commerce. On peut juger pai 



à l' Ht (loir e à' Anne à* Autriche, 259 

I , que h on connoilloic les autres léél^ 

[ommes de cette manière , on verroic 

iaafi en tous d'étranges foibleiTes, 

; Dans le vrai , il fe trouva qae Fou- 

juet étoit coupable d'une grande pro- 

lifion ; mais qu'il n' étoit pas richej& 

u'il devoit beaucoup plus qu'l n'a- 

oit va.illanr. Ses crimes d'Etat pou- 

3ient être imac^inaires : il les aroic 

i)mmis lui feul, en écrivant des fa- 

es 5 dont il paroilToit a(rez difficile 

î le pouvoir convaincre fur l'inten- 

DH : & même le Projet , qui fut ce 

\\ le noircilToit le plus , avoit été 

3uvé derrière un grand miroir, com- 

,e un broiiillon de nulle confequen- 

. : ce qui pouvoit faire juger qu'il 

;: l'avoit pas eftimé de telle valeur 

i\\\ le paroidbit \ mais c'eft un grand 

lalheur de manquer de fagefTe , & de 

imber dans la difgiace de fon Roi. 

Le Comte d'Eftrades , Ambalfa- 

<ur du Roi auprès du Roi d'Angle- 

:re 9 au commencement de l'Eté de 

«:te même année , manqua d'aller aii 

«vaut de l'Ambartadeur de Venife; 

rce que n'en étant pas convié , & 

le fçachant que l'ÂmbalTadeur d'Ef- 

ne vouloit y aller , il crut qu'il 

pou- 



240 Mémoires pour fervlr 

l6Cl* poiivoit déférer an dciir du Roi d'Ar 
gleterre qui l'en envoya prier j atter 
du qu'on le vint avertir, qu'il feprep 
roic un arand Combat entre les dei 
Aniba (fadeurs de France , Se d'E'p 
gne. Le Roi manda au fien , qu 
vouloiten toutes occafîons , qu'il : 
Jât au devant des AiTjbailadeurs 
U'angers , & qu'à quelque prix q 
ce fut il précédât celui d'Efpagne. 
Roi d'Angleterre , inquiété de v 
qu'à la première occafîon qui fe 
voit prefenter il y auroit de grands i 
fordres \ Londres , dont en fon pa; • 
culier il pourroit fentir du domma , 
fit ce qu'il pût pour trouver Ats te . 
péramens pour éviter que cette af - 
re n*eut des fuites fâcheufes. Il p • 
pofa de faire venir les AmbafTadt j 
par la Tamife jufques dans Wh • 
hall. Il prefiTa celui d'Efpagne e 
ne s'y point trouver , mais touî s 
expediens ne furent point agréez, 1 - 
teville, Ambairadeur d'Efpagne, 
montra un ordre qu'il avoir de 
Maitre , par où on lui commaiK 
de faire tous fes efforts pour préc(| 
celui de France. Le Roi , de fon| 
té , refufa tous les temperamens cjj 



, al'HifloWe d'Anne â* Autriche, 241 
jropofa , &: ordomia à Eftrades de îé<^!- 
'emporter fur Baaeville, 6^ d'aller 
linfi que je l'ai dit au devant des pre- 
miers Ambaiïadeurs qui viendroient à 
J^ondres. Le Comte d'Eftrades fe raie 
jii état u'ûbéir au Roi, Il eut long- 
jsms quelques hommes de main qu'il 
jaya , 6c fit Tes préparatifs au mieux 
Li'il lui fut pofïîble 5 mais à ce qu'il 
Va dit, il n'eut pas allez d'argent à 
ttcr parmi le Peuple ; 6i peut-être 
u'il n'eut pas k courage de hazarder 
C\ir\ \ car en me contant ce détail , 
m'alfûra qu'il n'avoit reçu en pâr- 
nt que Tes appointemens ordinaires , 
'jnt la moitié s'étoit perdue par le 
lange. Il fut donc aifé à Bittevilîe, 
1 répandant de grands deniers , de 
igner la populace , & la tenant bien 
lyée d*en recevoir de grands fcrvices. 
ifuite , de ces préparatifs , la pre- 
cre fois qu'il arriva des Ambafîa- 
urs à Londres , le Roi d'Angleterre, 
(•«■^^ intentionné pour la France , con- 
°Alla au Comte d'Eftrades de faire 
mrcher fon CarolTe immédiatement 
Arcs le fien, Eftrades voulut prendre 
.'[Mwng,afin de précéder, félon l'an- 
Inne coutume , TAmbadadeur d'Ef- 

pagne 



242 Mémoire! pour f€r7Ar 

16^1» p^g"- ; iT^ais Baccevilie s*y oppofa 
& Ru fécondé par les Batteliers de 1 
Tamife , ôc par un nombre infini d 
Canaille : fi bien que le Carolfe ci 
l'Amb^lTacleur de France fut bnTé 
[qs Cbsvâux furent tuez , beaucon 
de fes Gens Se fon Fils blclRz j < 
fiarceville enfin l'emporta , & eut 1'.- 
vantage de faire en faveur de fon M2 
rre ce qui n'avoir jamais ccé fait , 
qui félon la juftice ne fe devoir p; 
Le Roi , appuenant cette nouvelle 
en fat fort ému : le Sang îlluftre < 
Saint Loiiis , qui boiiillonnoit da 
Tes veines , lui fit fentir cecce aâ:i 
comme un grand outrage. D'abc 
il envoya commander à Fuenfaldagi 
AmbafTadeur Extraordinaire du R 
Catholique en France , de fortir 
Royaume : il envoya au Marquis de 
Fuentes , qui venoit ici pour y 
Ambailadeur ordinaire, un ordre poi 
Tempêcher d'entrer dans fon Roy 
me : il défendit à Caracene , Gouv^l 
neur des Pais-Bas , qui lui avoir ( 
voyé demander des PaiTeports» de pi 
fer par la France pour s'en retoun 
en Efpagne, Ôc fon Voyage fut dî^ 
Le Roi manda de plus à fon Ai 

baf 



à rHtfiolre à* Anne à^atrlche, 145 

baflTadear en Efp ^gn. , d'Aubuiron , lééi 

^rcheyéquc d'Anïbrun , de qaiccer 

Midrid , & de s'ta revenir aufli-côc- 

5a colère , qui éclata Je tant de ma* 

lieres , fie craindre que cette Paix (i fo- 

emnellemcnt JLuéc , ^ qui i;voic e'cé 

eçuë des deux Rois avet raiu de inar 

jues d'amitié , ne fût pas a'unc r.uOî 

ongue durce qu'on le fouhaitoir. L ■ 

loi ne parut pas content du R< • 

/Angleterre : il Ce plaignit de ce que 

2s Sujets avoient favorifé Buteville , 

i crut quelque tems , qu'il n'avoic 

as pris aHTez de foin de les empêcher 

e faire cette infuke au Comte d'Ef- 

rades. Ayant eu ordre de revenir , 

: étant arrivé à Fontainebleau fur la 

n d'06lobre , il dit au Ro' j que ce 

rince avoit fait Ton poflîble en cette 

ccafion ; mais que n'étant pas le 

laîrre de la Populace de Londres , il 

/oit fallu qu'il le fouifrît , parce qu'il 

li auroit été difficile , ou plutôt im- 

offible, défaire pendre cinq ou fix 

lille Hommes , qui avoient pris les 

rmes en faveur du Roi d'Efp-gne, 

c Roi d'Angleterre étoir puilT^nt, 

arce qu'il avoit alors une belle ÔC 

rande Armée Navale toute équipée» 

Tome K E« q»'H 



^44 Mémoires four fervtr 
1660* qu'il écoit le Maure de Dunquerque 
qa'û faiioit fortifier , qu'il étoic lii 
avec \t Porcngal , dont il alloit épou 
fer rinflmie , Ôc qu'il avoit dans l'A 
friqae une Place confiderable que le 
Portugais par leur Accommodemer 
lui avoient donnée j mais il n'éco 
pas auffi obéi à Londres qu'il auro 
pu le fouhaiter , Se fes revenus n'( 
toienr pas encore entièrement rétabli 
Il aaendoit à tenir fou Parlement, af 
d'en ordonner ; ôc ce qu'il avoit d'à 
gent,il l'employoit à fe rendre puifTa 
au dehors , de vivoit en Ion particuli 
de ce qu'il pouvoir. 

Le Roi , entretenant Eftradcs à fi 
retour d'Angleterre , lui témoigna 
grand defir de Te vanger de l'outra 
qu'il croyoit y avoir reçu j mais tft) 
des lui du, que le Roi d'Angleterre 
devoit avoir un plus gi and reliènnmt 
jque Sa Majelté , puifque l'inteiéc 
Roi d'Eipagnejqui voyoitce Prince 
devenir redoutable par l'Alliance qi 
venoit de faire avec le Portugal, en 
de lui faire naître Ses Affaires 5 iSL c 
cette adion fomentée &pccparée) 
Its Efpagnols , avec tant de foin 
d'argent > avoit plutôt pour bue 

fe 






a l'Hîjhîre à' Anne à*Antrlche, 145 
aire Faire une fédicîon dans Londres/ i^^^* 
ui put produire des embarras à ce 
^rince , que le defir de la Prerteance. 
;t , fur ce que le Roi lui dit , qu'il 
voit demandé au Roi d'Angleterre 
e chatîêr Batteville de Tes Etats , il 
ji répondit , à ce qu'il me conta lui 
|iême 5 qu'il croyoit que Sa Majtfté 
eroit mieux de furfeoir l'effet de cette 
emande , à caufe que fi le Roi d'Ef- 
jagne, prelfé par la necelîîcé d'obfer- 
er la Paix , fe refolvoit de lui dou- 
er fatisfadlion , il ne pouvoit pas lui 
1 faire une plus forte , que de rap- 
.^iler Batteville , & qu'il vaioit mieux 
laiiFer châtrer par le Roi d'Efpagne, 
ue par celui d'Angleterre : ce qu'il 
ou va de bon fens > ^ fç refolut de 
ivre Ton Confeil, 

Eftrades me dit encore , qu'il avoiè 

infeiilé au Roi de ne pas fe hâter de 

ire voir au Roi d'Angleterre, qu'il 

oit déterminé à la Guerre , au cas 

l'il ne fut pas fatisfair j parce que 

i Prince avoir un grand intérêt à l'y 

I gager , & qu'il pouiroit lui faire 

îhcter cette refolution par deschofes 

lis -confiderables j au lieu que s'il 

lantroic vouloir de lui - même fe 

L X brouiU 



I4<' Mémoires pourfervîr 

lééi. t>'^0'-^^^^^^ ^vcc l'Efpagne , PAngloi 

voudroic fe faire prier : ce que le Rc 

approuva aufll 5 mais peu de tem 

après les Affaires s'accommodèrent 

fon contentement. Le Roi d'Efpagne 

voulant maintenir la Paix par toute 

les voyes de l*honnêté , & de la doi: 

ceur , d'abord écrivit à la Reine i 

Fille de grandes douceurs pour le Ro 

difant qu'il étoit Père , & le pli 

vieux , qu'il aimoit le Roi coran 

fon Fils , & que c'étoit à lui à être 

plus fagc» Mais le Roi , ne fe po 

vant contenter que par une fatisfa 

tion auffi éclatante que l'injure l'ave 

paru j il falut enfin que le Roi d'E 

pagne , après avoir retiré Battevil 

d'Angleterre , envoyât , par Ton Ai 

balfadeur le Marquis de las Fuente 

faire au Roi de publiques excufes q 

furent accompagnées de paroles ef 

caces , & telles que le Roi , non fe 

lemenc en fut content , mais toi 

i'Europe en fut étonnée. Cette gl 

irieufe réparation ne manqua pas 

produire de grands effets de tous 

deux cotez. Comme le Roi d'Efp 

gne parut en cela déchoir de fon a 

çieuue fierté > la réputation du nôt 

au 



à l'Hiflolre d'Ame à^Autrlcle, 547 
lugmenta infiniment , & le rendit re- jé^i. 
loucable à tous j parce que l*on vie 
lairement par ces premières adions , 
[ue fon génie le portoit à ne rien 
buffrir qui pût diminuer fa gloire , & 
fe faire craindre de tous fes Voi- 
fns. 

i Le Tellier , qui s'étoit appliqué à 
Icadier l'efprit du Roi avec beaucoup 
le foin , me confirma en ce tems-là 
> que mon Frère m'avoit dit du fonds 
: feverité & de ferieux donc il fçavoic 
faifonner fa bonté naturelle , poui: 
aprimer le refpe6t à tous ceux qui 
voyoient , & la crainte à ceux qui 
ipprochant plus fouvent auroient été 
«pibles d'abufer de la liberté qu'il 
l.ir donnoit a? lui parler. Mais il 
oit furpris de voir qu'il fe fût en fi 
|u de tems rendu alfez habile , pont 
iTiplir tous fes devoirs , après s'être 
iandonné entièrement à la conduice 
c Cardinal jufqu'à fa mort. Il s'en 
î:ufa un jour devant nous fur un 
{a de parelfe qui accompagne ordi- 
ïirement la jeuneile & fur la grande 
i;onnoiirance qu'il avoit des fervices 
^'il lui avoit rendus , & du foin qu'if 
«Dit eu de lui apprendre à gouverner* 
L } L:^ 



148 MemohâS pôurfirvtr 

t^6i^ La binedidion de Dieu parut a 
lors , non fealement fur lui & far L 
M^t^fun Royale , mais far tout I 
Royaume , dan? la NailTance d*u! 
Dauphin. Qiiand il vint au Monde 
<^uî fut le premier jour de Novembre 
Fête de Tous les Sahits , à cinq mi 
iiutcs avant midi , il éroit Heritie 
préfomprif des d^ux grands Royaume 
de France & d'Efpagne j car depu 
peu le Prince d'Efpagne etoit mort 
qui étoit le fcul qui reftoit au R( 
fon Père, il eft difficile que tous l 
Siècles enfemble nous puKTent moi 
trcr un Prince dont la NailFance al 
^té accompagnée de tant de Gloire 
Vu l'ancienne grandeur des Rois f 
Ayeux paternels , & la nouvelle Splç:] 
deur des Empereurs ôc des Rois ( 
Ayeux maternels. 

La Reine , dans fon Accouchj 
ment , fut fort malade & en péril 
fa vie. Tant qu'elle fut dans fi 
grands maux le Roi parut (i affligé 
il fcnfiblement pénétré de douleu^ 
qu'il ne lailTa nul lieu de douter q:. 
l'amour qu'il avoir pour elle ne i\ 
plus avant dans fon cœur que tousi 
autres. Il alla à cinq heures du mat 



a l'Hifiolre à* Anne d'Autriche, 24g 
fe confeder &: communier : & après i^^j, 
avoir imploré la Proicdion divine , il 
fc donna entièrement au foin d'affiftcr 
celle qui en fouffranc Ton mal lui don- 
noit à tous momens des marques 
jie fa tendrelTe i fi bien que ce pré- 
cieux Enfant venant au Monde fur par 
lui-même , non feulement un double 
lien , qui devoir rciinir davantage ces 
jdeux Royales Perfonnes , dont il te- 
^loit la vie , mais en naifTant il dévoie 
jecre encore alors , par la douleur & la 
bve qu'il leurcaufa , i ne marque in- 
-'aiil.ble de leur amitié. Madame de 
Montaufier avoir été deftinée par le 
loi 5 pour être Gouvernante de TEn- 
"anr qui lui devoit naitre. Ce choix, 
va*'\\ avoit fait de Ton propre raou- 
Vement , reçut d*abord une appro- 
)ation univerfelle , parce que cette 
^ame étoit eftimée généralement de 
OLît le monde. Elle avoit été dans 
a jeuntlle Favorite de feu Madame la 
^lincefTe , 6c la plus chère des Amies 
le la DuchelTe d'À'guillon , quand ^ 
)ar la faveur du Cardinal de Riche- 
ieu fon Oncle , elle étoit idolâtrée des 
^ens de la Cour, Elle n'eût pas veri- 
ablement de part aux Bienfaits de ce 
L 4 granJ 



ijo Me7mtres pour fervir 

\(>6i. grand Miniftrc : mais elle fe confen- 
ta d'avoir part à réciatante gloire de 
fa Nièce, qui ne pouvant goûter d( 
plaîfir fans elle > lui donna par cett( 
voye une grande part à Ton triomphe 
& le moyen de fiirc plaifir à Tes a- 
mis \ ce qu'elle eftima plus que le: 
richelfes. Elle avoit eu de la beau- 
te , accompagnée d'une belle taille 
& d'une mine maj^^flueufc & douce 
que les années ne lui avoient point ô- 
tées. La Marquife de Rambouillet f 
Mtre , qui a été fi illuftre dans fot 
tems , l'avoit élevée dans le granc 
monde qui étoit tous les jours che 
elle , où étoit le réduit non feulemen 
de tous les beaux Erprits , mais d 
tous les gens de la Cour. Elle trai , 
toit Tes amis 6c fcs amies d'une ma- 
nière (î honnête , qu'il étoit impofïi 
blc de ne pas defircr de lui plaire 5 5 
ceux qui ne cherchoient qu'un diver 
tilTement paflager , fe plaifoient chc 
elle, plutôt à caufe qu'on y trouvoi 
toujours d'honnêtes gens , que par 1 
plaifir d'une confiance particulière 
parce que la foule qui l'cnvîronnoit e; 
ôtoit les moyens à ceux qui fe difoien 
de ks amis. Les obligeances démon 



il l'Hiftolre à' Anne d'Autriche, z; i 
'fcatioiis qu'elle donnoic àt fon ami- iS^^t 
i\é flatoienc toutes les perfonnes qui 
la voyoienc, ôc par elles chacun croioit 
y trouver fon compte. On difoic 
néanmoins qu'elle avoit un défaut y, 
mais elle étoic quelquefois la Confi- 
deme du murmure qui fe faifoit con- 
tre elle. On lui reprochoit qu'elle 
vouloit toujours contenter par fa ci* 
yilité ceux même qui n'avoienc pas^ 
de part à fon cftime -y & ceux qui 
croy oient la mériter ^ fe plaignoiene 
ie ce qu'il fembloit qu'elle la donnoic 
i tous également , & difoient qu'elle 
•:ntroit dans les inteièts de plufi^ursa. 
Se que pour vouloir trop d'a^nis elle 
l'en avoit pas un,. Ceux qui êii> 
ugeoient plus favorablement ,. lui fai- 
sant quelque juftice , étoient conrens 
le trouver en elk par le difcernemenc 
nterieur qu'ils s*imaginoient qu'elle 
aifoit d'eux aux autres , tout ce qu'ils 
n pouvoient prétendre ,. car vu fon^ 
lumeur & fa manière de vie toujours^ 
liflipée dans les chofes extérieures , 
lie paroidoit plus dévouée à i'eftiine: 
•ublique , qu'à l'amitié particuliere.- 
]ette Dame ne haiiToit pas la Cour , 
lie dtfiroit l'approbation générale , 
L5 ^ 



2J2 Mémoires pour fervlr 

1^6 î» ôc plus ardemment encore de ctm 
qui avoient du crédit; car nacureilc- 
ment elle avoit de i'àpreté pour ton! 
ce qui s'appelle la Faveur. Elle s'étoi' 
mariée, n^étanc plus jeune , au Mir 
quis de Monraufier , qui l'avoir ai. 
mée quatorze ans ; & en fe donnan 
à lui , il fembla qu'elle étoit plu 
touchée des obligations qu'elle lai a 
voir , ôc de Ton mérite , que du de(i 
de fe marier. On vit donc cette Da 
me dans la Place que le Roi lui avoi 
donnée, avec efpoir qu'elle contri 
Ibueroic par fes foins &c fa raifon 
tendre Monfeigneur le Dauphin auCl 
grand en vertus qu'il i'étoit par 1, 
Naiffance. La Reine • Mère feule 
fans defapprouver ce choix , n'en ft 
pas tout-à-fair contenté : elle craigne 
que Me. de Montaufier ne fût pas a 
pabîe de s'alîujettir autant qu'il le fa 
loir à cette feule occupation de fu 
VYQ un Enfant , Se de ne penfer qu 
fa Coufervation. Elle lui paroiflbi 
plus propre à bien ordonner d*tii' 
i^ifemblée de Plaifir , qu'à l'exa^ 
gpû'de d'un Berceau 5 mais elle pr 
)e parti de fe taire fur ce qu'elle il 
peafoit 5 de peur de lui. faire tort M 



et VHljiolre à' Atme d'Autriche, 2^5 

ton fîience fut qiiafi égal , tant fur les i6Cu 

louanges , que lur les chofes à quoi 

îlle ne croyoic pas qu'elle fûc proprCc 

J^and Me. de Monraufier la vinc re-o 

mercier de l'honneur que le Roi lui 

ivoic fau , la Reine Mère , voulant 

kre aulîi ilncere qu'elle écoit pruden- 

:e , lui à\i libremenr , à ce qu'elle me 

>ic rhonntur de me dire , qu'elle n'a- 

î^oit nulle part à cerre Election , 6c 

qu'elle ne meritoic point ces compli- 

nens. 

La Re'ne-Mere vit alors Tes deHry 
iccomp'is , & connoifTant Ton bon- 
fleur, elle dit tout hiut le foir , dont' 
.; Renie éroit accouchée le matin ,, 
Vie Dieu lui a voit fait toutes les gra- 
-.5 qu'elle lui avoit demandées, 5^ 

elle n'avoit plus rien àdefirtrque 
un falut. Je veux la laiifer dans uît 
'■ixi où elle fe croyoit iî heureufe voianr 
e [loi Ton Fils comblé de gloire , la 
'àix entre lui 6c le Roi Ton Frère , 
a Reine avec un Fils , & Madam.e fa 
^eile-Fille grolle 3 car quoi que de ce: 
:6té-îà elle manquât alors d'en recc- 
/oir toute la fatisfadion qu'elle en a- 
;o:t dû efperer , ce qu'elle fouftroit em 
palité de Belle-M^rê 6c d'amie mal 



2j4 Mémoires p6tir fervtr 
j^^i. reconnue étoit efface pût celle de Mcéçj 
de Monfleur , & par les lentimens dd 
fon ame dont la bomç etoit affez gran* 
de pour excufer à (on égard les fîutcs 
de la jeunclfe , en faveur de la jeunelTe 
même , & des fautes que l'on peut 
prefoue dire innocentes, puifqu'elles 
avoient pour exçufe ^ la eaufe univer- 
felie de tous les manquemens que cz\ 
âge fait faire ..ux plus fages : ce qui 
par conleqaenî parolffoit dans ce tems« 
U pouvoir Ce corriger facilement» 

Le Phnolophe dont parle Quinte- 
Çurçe dans la Vie d'Alexandre , qu 
voulut mourir , parce que , devenani 
mal fain, il cfUt que c'étoit une niar 
que que les D'ifux ordonnoient la fir 
de fa vie > m*apprend , ce me femble 
que je me devois retirer de la Cour 
puifquc la Fortune '^ufl^ues Jk> ne m'a- 
\on pas çté favor^ible , & que j'avoi 
eu le malheur de déplaire au Roi j mai: 
apparemment , fétois encore dcftiné( 
au maityredc l'an'^buion , par l'tfpe- 
rance d\in plus gran i attachement oi 
il fembloit que l'on me deftinoir 
l,^ayant vu prefque afluré pour moi 
Dieu permit que j*en fuiïe privée 
çQ'jiï xm faire la gtacc d'éprouver e? 



a l' Hifiolre ^Anne à'^ Autriche, 2 f f 
ma propre perfonne ce que ces biens léé^ 
fmi^inaires nous coûtent à conduire 
à leur nn , & combien pour Tardi- 
naire cette ^x\ fe trouve auiere au 
jcœur hunfiain. La Reine - Mère , & 
particulièrement la Reine d'Angleter- 
re , voulurent me faire l^hourjeur de 
tne choifir pour Gouvernante des En- 
fans de Monfii^ur & de Madame. 
Quand il plut à ces deux grandes Prin- 
celTes d*en parier au Roi , qui fuc 
.quelques jours après l'Accouchemenc 
jde la Reine , elles trouvèrent qu'il y 
reiîfta. Il voulut , pour complaire à 
IMadame , qui ne pouvoit liair le 
Nom d^un Homme qui a voit fouffeit 
pour elle , que Madame de St. Chau- 
mont , Sœur du Maréchal de Grem- 
iiiont , fût choifie pour occuper cette 
(Place. LaCaballe favorite du Roi, 
:ompoi'ée de la Comceire de Soldons , 
Se de Fouilloux , Fille d'Honneur de 
:a Reinf-Mere , Confidence ÔC Amie 
ie cette Princelfe , animèrent aulîi 
Madame à fuir en rna Perfonne une 
Servante de la Rtinc.Mcre , que cette 
jeune Princelfe craignoit alors y de 
qu'elle n'âimoit plus. Par toutes ces 
riiifoûs > je ne poayois pas lui être 

agtea.* 



z^ê Memoiref pourfervtr 

j^(jr. agréable , & moins encore à la Cotrri 
telfe de Soi (Tons , qui m*'a depuis a- 
voiié , qu*elle me fit dans cette occa- 
sion tout le mal qu^^elle croyoit devoir 
faire à une Ennemie , qui s'iétoic de- 
elai'ce contre Tes intérêts. Il eft vrai , 
que fans être Ton Ennemie, j'aurois 
^ fouhaité de pouvoir fervir laDuchclTc 
de Navailles j & je le de vois a l'ami- 
tié qu'elle avoic pour moi. Je n'a- 
vois néanmoins pas aimé l'excès de G 
refiftance contre cette Princeflb , qui 
lui caufa tant de peines inutiles. Er 
fouhaitant Tes avantages , je n'entra 
point dans fa pafîion. Je lui dis me: 
penfées avec fmcerité : elle feule le; 
fçut 5' & quoi qu elle tût affcz de 
raifoii , Se l'efprit alTez droit pour ne 
les pas rejetter , ma fidélité à fon é' 
gard ne fat pas d'un grand mérite , 6» 
me fut nuifible à l'égard de la Com 
telTe de SoilTons , à qui je fis un fecre 
de mes fentimens. Ctil ce qui arri 
ve fouvent aux perfbnnes qui agiirem 
félon les Loix de la probité. 

Moniteur écoit comme engagé l 

Me. de St. Chaumont , par les fuf- 

"^4</4>»* frages d'une de fcs Favorites"^, qui 

^L/tr' ^^^ plaifoic par l'agrément delà raille 

rie. 



à l^H'tfloke à" Anne â* Autriche, 1 j 7 
^fe , & de la vivacité de fon efpric, \6ét. 
|ni font toujours les voyes les plus or- 
dinaires pour acquérir les bonnes gra- 
pes des Grands y mais ayant e'té for- 
[ement prelFé par la Reine d*Angle- 
rerre , il y confencit. Le Roi , mai- 
gre' les dégoûts qu'on lui avoit donnez 
Je moi y par un refte de Jurtice qu'il 
■ne confervoic , n'y auroic peut-être 
)as été contraire ^ & il s'en déclara 
m prefence de trois perfonnes ^^ d'une *pe /,> 
I naniere alïïz obligeante pour moi , ^''/IdÏ 
} îour me pouvoir confoler de cous mes chefTede 
naux y mais , Madame ennn , m ayant ^^ei.u* 
ait donner l'exclufion par lui , me dame de 
émit dans un ei at de tranquiute, dont ^^ fut U 
ic lui refte redevable : car à la vue de D^^fi^efe 
:ette Charge ôc de cet Engagement, /^^^ ^^i 
a perte de ma liberté que je regardois meucan^ 
iccompagr.ée de charmes qu'elle a- ^'** 
iroit eue pour moi jufques alors me 
:aufa de grandes agonies. Dans cet ^ 

état , je me vis expolee au malheur de 
perdre le repos de ma vie , ou de me 
voir privée d'un honneur que j'avois 
fouhaité. Le dernier m'arriva j mais 
ce ne fut pas , je l'avoue , Tans fouf- 
^'lir les douloureufes pointes des coups 
«ie mes ennemis j ôc par une éton- 
nante- 



1 5 8 Mémoires pourfervîr 

lééi, nance contrariété de nos paflîotis , &! 
de nos dcfirs, je me trouvai blelTéi, 
par la privation d'un bien qui auroi; 
pu flater mon amaar- propre , dans le 
même tems que je me fentois confo- 
lée par refperance de joiiir à raveni» 
d'une grande Paix, Alors , je fou bai' 
tai de me pouvoir guérir encieremen: 
de l'ambition, & je me refolus de m 
plus afpirer aux élévations que l'or 
defire naturellement d'obtenir à h 
Cour , mais d'y demeurer feulemen 
pour fatisfaire à l'attachement indif 
penfable que je devois à la Rïine- 
Mère. Je fuivois en cela les fenti 
mens de mon cœur , qui depuis long 
tems écoit dégoûté des Créatures , &. 
de ce fatras de bagatelles ou de mau> 
vaifes chofes , qui m'avoient occupée 
Li Reine- Mère paroi (foit alors vou 
loir prendre le parti du repos y&c com. 
me , dans les penfces qui lui étoien 
venues de tems en tems de fe retire 
au Val-de- Grâce, elle m'avoit promi; 
de m'y mener avec elle ,- un fi be 
exemple me devoir convier à faire h 
femblable , & Dieu me fù en efF^c L 
grâce de le vouloir fuivre , ôc en me- 
aie ccras ctlle de confiderer que de îa 

mcinc 



I a VBiflolre à* Anne à* Autriche, 2/9 

même manière que cette grande Reine, ié^\ 

■nalgrë l'envie qu'elle avoit de fe retî- 

:er de la Cour , fe croyoic obligée d'y 

Jemeurer, non passant pour en fou- 

1 :enir la grandeur & la majefté , que 

pour y maintenir la vertu ii la pieté, 

împêchanc que la volupté ne fe ren- 

lit là Maicrede fous un jeune Roi 

jui avoit une grande tendrefTe pour 

îlle , & entretenir l'union de la Fa- 

nille Royale ; je ne la devois pas a- 

5 >indonner avant elle. LaMaifon àts 

\ lois eft comme un grand marché , 

3Ù il faut necelfairement aller trafîc- 

uer pour le fontien de la vie , & pour 

es intérêts de ceux à qui nous fom» 

[Ties attachez par devoir , ou par 

mitié. Les Sages y doivent aller , 

juand la raifon les y convie -, & je 

le crois pas qu'il foit impoffible d'y 

"aire un Cabinet en foi-même , pro- 

)re à examiner &: à chercher les 

inoyens de vaincre & de fuir fes pro- 

hres foiblelfes ; quoi qu'à dire le vrai , 

ipand le détrompement du monde fe 

:rouve en nous à un certain degré, 

i:*eft pour l'ordinaire une grande fatî- 

!^ue , que d'y demeurer : & l' mie qui 

:onnoit le bien , 6c qui ne le fuit pas , 

en 



i6o Mémoires pour fcrz'tr 

tù^i, en fouffre beaucoup j car pour vivr 
à la Cour continueliemenc , il fau 
que le dedr 6i l'efperance en foient ! 
foucient : autrement , c'eft y être fan 
plaiiîrs , & avec beaucoup de peine 
Tout ce que peut la force de l'cTpn 
humain en ceux qui ont réuiîi à con 
tenter leur ambition par les grâce 
qu'ils y ont reçues , eft d*y roufîn 
courageufement le maitire que Ici 
rai Ton , quand ils en ont , leur fa 
rencontrer , dans l'nirujtitifrement de 
Charges. L'embarras des Rangs , 
foutient de la D'gnité , &: Toppoiitio 
des Envieux 5^ des Ennemis , qu'o; 
y trouve. 

L'année finit par la terreur que r( 
. pandit dans la Cour, auffi bien q 
dnns la Ville de Paris , la Chambre 
Juftice établie pour faire le Procès 
Sur-Intendant & à tous ceux qui 
trouveroient convaincus de malverfl 
tion dans le maniment des deniers d 
Roi ; à caufe que la recherche exa61 
qu'on en faifoit regardoit les pi 
grandes Familles d'Epée , & de Ro 
bc , qui leur ccoient alliées , & i 
voient profité de leurs grands bien 
Ce qui me furprit en ce tem^-là, fo 

q,u 



à l'H'floîre d'Anne d'AMtrîche, lë i 

]iie j'avois entendu crier toute ma i6éi 

/ie contre les Partifans & contre la 

olerance que le Cardinal de Riche- 

ieu ôc le Cardinal Mazarin avoienc 

•ue pour les Gens d'Affaires , qu'on 

ippelloit les fang-fuës publiques j & 

cpendant j'entendois murmurer de 

:e qu'on changeoic de conduite. On 

ivoit cru que le Tellier, qui écoit 

âge 5 raodefte , Se ennemi de tout 

uxe &c de toute vanité , avoir con- 

''•\é\c Cardinal Mazarin démettre 

Ibern , qui étoit un de fcs Com- 

nis , auprès de Fouquet , qui éroic 

l'ane humeur oppofée à la (îcnne , 

iQur veiller à fa conduite «S^ arrêter 

a profufion de fes Liberalitez. Mais 

•e Miniftre étant mort , Se Fouquet 

nettant tous fes amis en œuvre pour 

"e maintenir dans fon Pofte , ôc même 

^Gur remplir la Place qui venoit de 

acquer , le Roi , qui étoit prévenu 

outre lui , étant averti de toutes les 

nrrigues qui fe faifoient pour cela j 

l'eut pas de peine à exécuter la refo- 

Luion qu'il avoit peut.êcre prife il y 

ivoit plus de fix mois , de n'avoir 

)lns de Sur-Intendant , non plus que 

ic premier Miniftre : ôc le Tellier » 

per» 



i6i Mémoires pour fer vtr 

i66i„ perfnadé que Colbert étant dans le; 
Finances , le reconnoitroic toujour: 
comme fon Maitre , & Ton Bienfaio 
teiir , ayant fait fouvenir le Roi de h 
manière dont le défunt Cardinal, au< 
quel il l'avoit donné pour ménager fe; 
grands biens , lui avoit parlé de foi 
œconomie & de fa fidélité , il décla 
ra hautement après la prife de Fou 
quet , qu'il vouloit lui-même ptendr 
le foin de fes Finances > & pourcel 
établir Colbert fon premier Commis 
& nous les vîmes , prenant le contre 
pié de Fouquet , venir tout feul che: 
le Roi , avec un fac de velours noi 
fous fon bras , comme le moindre pe 
tit Commis de l'Epargne. Les gen 
de Tancienne Cour auroient fouhait 
que le Maréchal de Villeroi eut éd 
Sur- Intendant j mais fa dcftinée é 
toit d'être toute fa vie propofé pou 
les premières Places fans les avoir , 6 
d'avoir les titres les plus honorable 
qu'un homme puKTe porter dans 1 
Royaume fans en faire les fonctions 
quoi qu'il fût trés-habile & trés-capa 
ble de les faire. Comme il avoit eu 
Gouverneur du Roi pendant que li 
Cardinal Mazarin écoit Sur-lmcndan 

d( 



a l*Hlfloîr€ à' Anne à' Autriche, 2^3 
efon Education , &: le Maréchal de \éCx\ 
■rancefans y conviDander des Armées, 
fut auffi déclaré Ch&f du Confeil 
es finances fans aucun crédit. 

La Reine Mère étoit à la fin de 
ette année dans une fanté fi bonne , 
le je puis ajouter fi belle , que j'avois 
jeu d'efpertr qu'elle feroit encor long- 
eras rornemenc delà Courj mais, 
'un autre côté je lui voiois une fi 
rande indifférence pour toutes les 
hofes du monde , dont elle commen- 
oitàne vouloir plus fe mêler , que 
: craignois qu'elle n'eût refolu de 
en retirer bien-tôt tout-à-fait , com- 
le je croi avoir écrit quelque part 
u'elle en avoit écrit quelque parc 
u'elle en avoit eu déjà la penfée. 
ar , encor qu'elle fût de toutes les 
uties de plaifir que Ton âge lui per- 
etioit de prendre , ce n'étoit que par 
complaifance qu'elle avoit pour le 
oi & la Reine,qu'elle fe contraignoiç 
en/ouvent pour ne les pas contrain- 
e. Une converfation que j'eus 
lonneur d'avoir avec elle au com- 
encement de l'année lééi ne me 
Tmic pas d'en douter. 
;:ft| Un jour donc; , étant feule à fes 
l4eds,elle me parue defirer ardem- 
I ment 



164 Ademolrcs pour fervîr 
'i66ii ii'ienc de fe retirer au Val-de-Grace 
pour ne s'occuper plus qu'au foin d' 
fon falut : elle m'alTura qu'elle n'en é 
toit retenue que par la confideratioi 
de la Reine , à qui elle fe jugcoit ne 
celTaire, & à Monfieur auiïi , qu'cli 
aimoit tendrement. Elle ajouta à ce 
paroles , que le Roi , qui lui avo 
toujours été C\ cher , étoic fi cap ble 
fi heureux , fi content , Se fi grand 
qu'elle fe croyoic tout-à-fait inutile 
fon égard; ô^ que n'ayant là-de(Ti 
que fa fenfibilité , 6c fon amitié 
vaincre , elle les vouloir facrifier 
Dieu , & fe priver du plaific qu'e 
le avoit d'être auprès de lui , poi 
donner le refte de fa vie à fes ver 
tables devoirs. Ce Difcours me toi 
cha vivement , & de plufieurs m; 
nieres. Je pris la liberté de lui 
re qu'elle étoit également necefiai; 
au Roi , à la Reine , 6c à Monfieu; 
C^ qu'elle ne devoit pas , pour u 
bien qui n'étoit qu'en idée , & 1 
quel quand il feroit certain ne rega 
doit que fon repos patticulier , abat 
donner tout celui qu'elle pouvoir fai; 
par fa prefence , non feulement à 
Famille Royale en l'entretenant dai 

l'unie 



à l'HiJîolre â*Anne d'Autriche. 265- 

union où elle etoit, mais à toute la ii^^i, 

rànce , en avertiHant le Roi de cer- 

aines TTiofes , & le faifant foiivenir 

e ce rtaines veritez que Tes Miniftres, 

Il n'oferoient jamais lui dire , ou au- 

oicnt intérêt de lui cacher » Se qu'elle 

ïïéme ne pourvoit jamais connoitre, 

( elle étoJc une fois feparée de lui ; 

rfquelks néanmoins , foit alors , ou 

ans d'aurres tems, pouvoient toujours 

roduire de bons effets dansTamcdu 

.ci j qui naturellement aimoit la Juf- 

ce , connoilToit le prix de la Vertu, 

: avoit de grands principes de Pieté. 

Il me parut alors que mes raifons 

/oient fait impreffion fur fon efprit, 

: qu'elles lui avoient du moins fait 

tferer l'exécution de ce deflein qui 

it toujours empêché , comme il fe 

'rra dans la dernière partie de ces 

.emoires , que )'ai cru être obligée 

• continuer pour la perfedion de 

ouvrage que j'avois commencé ; 

:lià-dire pendant tout le tems que 

fuis demeurée auprès d'elle , qui a 

e julqu'au funefte moment que je 

Il perdue. Ceux qui les liront un 

'u , n'y trouveront pas de Ç\ grapds 

liernens que dans les autres > ou 

la 



2 65 Mémoires pour fervir 

j66i» la France étoit troublée par une Guer- 
re Civile , ôc occupée k une Etrange. 
re ', mais , en récompenfe ils ] 
trouveront la Vie particulière de 1, 
Reine Mère, à quoi je me fuis princi 
paiement attachée , aufli bien qu'à 1 
manière dont le Roi vivoit avec e!l 
de avec toutes les perfonnes facrée ,. 
qui compofoient la Famille Royale 
pendant les quatre années de la mais 
die de cette grande Prince.flfe , qui n'( 
toit pas en état d*être vue. C'cft c 
particulier » que ceux qui écriroi 
THiftoire Générale ne fçauront poini 
ou ne trouveront pas mériter d'y et 
mis. Cependant , c'eft ce particuli 
dans lequel on ne s'étudie point , q 
trahit le fecret de nos inclinations , 
marquant notre caractère fait conno 
tre fi nous fommes dignes d'eftime < 
de blâme. C'eft pourquoi on a pi 
de curiofiré de fçavoir , que ce q 
fe paira devant tout le monde , 
nous voulons la pûlpart du tems p 
roître ce que nous ne fommes pas , 
nous nous tenons toujours fur n 
gardes. Ces mouvemens , qui fo 
plutôt des paflîons que des a6tio 
qu'on dcfavouc bien fouvenr, ou do 



k l'Hijhtre d'Anne d'Autriche, léy 
sn ne veut pas s'honnorer par mo- i66u 
deilie, quand elles font palîées , fui- 
rait le bien ou le mai qui fe trouve 
jans notre intérieur , quand on vient 
\ le découvrir ; car c'eft le cœur qui 
ft ce qu'il y a de pire ôc de meilleur. 
5^1 and il eft bon , rien n'efl: fî bon j 
nais il n'y en a guère de cette efpe- 
e : le plus grand nombre eft de ceux 
lue l'intérêt Ôc l'orgueil ont cellemenc 
oirompus , qu'il leur fait commettre 
es crimes j mais celui qui paroit le 
.eilleur eft pétri d'amour propre, qui 
(l la fource de toutes les foiblelfes 
ont il eft capable , & de toutes les 
jlies qui divertilFent le public. Le 
.oi eft trop fage pour ne le pas con- 
ûitre> ôc pour prétendre qu'on i'ea 
oye tout-à-fait exempt : il ne peut 
2s même ignorer que les Rois ont 
lus de peine à s'empêcher d'y tomber 
le les Particuliers , de que le feul 
oyen d'en éviter la honte eft de 
humilier devant Dieu encore plus 
je les autres Hommes. Cette An- 
k commença par la Promotion 
ae le Roi fit de foixante Cheva-» 
2rs de l'Ordre du Saint Efpric j, 
Tme p; M donc 



aéS Mémoires pour fervir 

i66i. dont la Cérémonie fe fit à Tordinair 

dans l'Eglife des Auguftins. 

Les préparatifs du Carrouzel , don 

il voulut régaler les deux Reines 

l'exemple de celui qui s'étoit fait a 

Mariage du feu Roi, occupèrent long 

teras les Princes & les Seigneurs qi 

fuient nommez pour en être. L 

Reiue-Merc , qui n'avoit point a 

celui qui avoit été fait pour elle, noi 

en fâifoit de belles Defcriptions fur ( 

qu'elle en avoit ouï dire aux viei 

Courtifans. Je n'en vis point alor 

qui nrie pûlTent dire (î celui-là qui 

fit à la Place Royale , étoit plus be: 

qae celui-ci qui fe fit à la Place d 

Thuilleries. Il étoit compofé de cii 

QLxadrilles qui reprefentoient cii 

Nations , la Romaine, la Perfane, 

Turque , l'Indienne , Ôc l'Amerîcair 

Le Roi étoit le Chef de la premien 

Monficur de la deuxième , Mr. 

Prince de la troifiéme , Mr. le D 

d'Anguien de la quatrième, ôc Mr. 

Duc de Guife de la cinquième, 

ne m'arrêterai point à d'écrire l'on 

de leur Marche, la richefTe de lei 

Habits , la grandeur de leur Suite ,, 

galanterie de leurs Devifes , 6c latli 

ferert 



[ à l'Hîfiouâ^A'nned^Amriche, 16^ 
brence de leurs Couleurs, Je ne dirai 16^1. 
ken de meilleur pour en marquer la 
ieauté , finon que je ne m'y ennuiai 
•oint , & que le Comte de Saulr , Fils 
:u Duc de Lefdiguicres eut l'honneur 
l'emporter le Prix de la Courfe de 
{ague 5 qui fut fuivi de l'applaudilfe- 
nent des Spedaceurs , Se du plaifir 
u'il eut de recevoir un Diamant d'un 
jrix confiderable de la main de la 
Leine-Mere , qui écoit fur un Echaf- 
lut qui avoit écé élevé prés de ce 
alais. 

\ Apres ce Spectacle * qui avoir quel- 
que chofe des Tournois autrefois Ci 
equens en France, en Angleterre, 
: en Allemagne , & qui croit Ci con- 
ienable à la fleuri (l'ante jeunelTe d'un 
rince , qui venoic de donner la Paix 
j l'Europe , & mettre fin à une Guene 
ni lui avoir été Ci glorieufe , les Di- 
:rti(reraens particuliers recommence* 
ntà la Cour. 

' Dans ce même tems , le Roi parât 
attacher d'inclination à Mlle, de la 
lotte-Houdancourt , Fille de la Rei^ 
t. Je nefçai Ci elle éroit dans fon 
^ur fubalteme à Mlle, de la Valiere j 
'M :. mai§' 



270 Mémoires ponrfervlr 

1661. fïi^'S je fçai qu'elle caufa beaucoup 
de changement dans la Cour , plutôt 
par la force de l'intrigue , que par la 
grandeur de fa beauté , quoi qu*er 
effet elle en eût affez pour pouvoir fai- 
re naitre de grandes paflîons. 

LaDuchefle de Navailles crut etn 

obligée par le devoir de fa Charge , i 

qui le foin des Filles d'Honneur ef 

commis , de s'oppofer aux fentimen 

du Roi. Elle lui en parla fouvent 

comme une Chrétienne , 6c comm 

une honnête Femme, Le Roi d'abor. 

ne montra pas d'avoir ces petites Ha 

tangues delagréables : en d'autres oc 

cafions auffi il lui en parut mal fatis 

fait j mais ce fut d'une manière 

honnête, qu'elle ne crut pas devoi 

craindre fa colère. Quelque tems i 

palTa de cette forte \ mais enfin , I 

defîr de la vidoire & le dépit qi 

l'oppofition fait naître dans l'amc d< 

hommes, & particulièrement dans et 

le des Souverains > fe firent fortcmei 

fentir dans le cœur du Roi, Il fit fç: 

voir à la Ducheife de Navailles, qu'e 

le s'expofoit au péril de lui déplair 

Il lui fit commander , par le Tellier 

de ne fe plus mêler de la conduii 



a l'HlJlolre aAnnt d'Autriche, 27 1 
Filles cie la Reine , & lui fît même lé^z. 
ipcopofer plufieurs manières de s'ac- 
icommoder à Tes volontez j avec quel- 
ques honnêtes apparences. Elle ré- 
pondit toujours à ce Miniftre , que 
ce ne feroit pas fatisfaire à (ts obli- 
gations > que de celTer de faire fon de- 
voir, & que tant qu'il plairoît au Roi 
ic lui laidlr fa Charge , elle en feroic 
es fondions le mieux qu'il lui feroit 
5o(ïîble, Le Roi alors fe fâcha tout 
le bon, &: lui dit qu'elle devoit crain- 
lie ce qu'il pouvoir faire contre ellej^ 
"e retenir de lui defobeïr par la conii- 
l^ration de fon propre intérêt. Elle 
ui repondit qu'elle y avoit déjà fon- 
é , qu'elle voyoir tous les malheurs 
ue la perte de fcs bonnes grâces lui 
oiivoit caufer ; & lui faifant elle 
lême le dénombrement de leurs Char- 
ts , tant de fon Mari que d'elle , 
le lui dit que la privation de tant de 
iens ne pouvoit changer en elle la 
folucion qu'elle avoit faite de fatis- 
ire au devoir de fa Confciewce. Elle 
conjura de plus de chercher ailleurs 
ae dans la Mai fon de la Reine , qui 
oie la fienne, les Objets de fes plaî- 
is & de fes inclinations , puifqu'il 
M 3 pa- 



17 î Mémoires pour fervir 
iSGu paro»(foic déjà en avoir choilî en I: 
perfonne de Mlle, de la Valieie. L 
Roi gronda , il parut chagrin 6c d 
Hianvaife humeur j mais le foir me 
me oa le iendeniain , cette Dame c 
tant dans la Chambre de la Reint 
Mère , appuyée fur fon Baluftre d'Ai 
gent a le Roi s'approcha de cette hor 
nête Dame d'Honneur , il lui tcndi 
la main , & d'un air doux 6^ favori 
ble pour elle lui demanda la Paix, 
fit cette adtion j non feulement con 
me un grand Prince , qui avoit vou! 
fe vaincre lui-même en triomphant ^ 
fes propres foibîe(reS) mais auffi con 
me un fort honnête homme , qui ; 
voit trop de raifon pour refufer ( 
donner fon eftime à qui la mericoi 
Cette marque vifîble de l'équité s. 
Roi & de fa honte me donna, je T 
voue 3 une grande joie. Je la rega 



dois , non feulement comme un p 
fage quafi aflTuré du bonheur de m( 
Amie , mais plus encore parce qu'ei 
nous faifoit voir à tous , que le R 
paroi (Toit avoir furmoaté fa paflî 
par un fentiment de vertu fort eflj 
mable ; ce qui n'etoit pas d'une le 
confequence pour tous les Françoî 

î. 



a l^Hlflolre àl Anne d'Autriche, 275 
puifqu'ils avoienc en lui un Roi qui 160;. 
fur d'autres fujets plus imporcans en- 
core pourroic combattre contre lui- 
"nême en leur faveur. 

La Ducheire de Navailles fut en ef- 
"etalTez long.tems qu'elle agitroic fans 
rontrainte , félon toutes les maximes 
jue l'honneur lui prefcrivoic , 6c le 
loi moiuroit d'en être content. Il 
:oncinuoit néanmoins de voir Mlle, de 
a Motte- Houdancourt chez Madame 
a ComtefTe de Soilfons , qui fomen- 
oitcete pcfîîon dans le cœur du Roi 
LUant qu'il lui ccoit poffible. Cette 
'nncciTe , qui haïiîbit la Ducheffede 
■Javaillcs , ne pouvant plus plaire au 
loi par elle-même , vouloit confér- 
er fa faveur par toutes les voyes 
ue l'ambition lui pouvoit infpirer, 
lie tournoie en ridicule la vercu :1e 
°llv qu'elle vouloit perdre , & faiioîc 
evanc le Roi de coBtinaelltÉS raillé- 
es contre elle j fe moquant delà foi- 
ie(îe qu'il avoir de la fouffrir. Par 
2 fî mauvais offices , elle augmenta 
amour du Roi en diminuant fa ver- 
1 , par les anplicutions dangereufes 
'une perfonne qu'il croyoit fon a- 
lie, C'eft ce qui arrive d'ordinaire 
M 4 aux 



274 Mémoires pour firvlr 

îé6l> ^"^ Grands ; car outre qu'ils or 
comme les antres boromes. à, combai 
tre les pafîîons qui fe fortifient dan 
leur propre cœur , ils ont encore 
fefifter aux paffious de ceux qai U 
approchent. 

Le cœur du Roi étoit rempli d 
ces miferes humaines , qui font dar 
la jeunefiTe le faux bonheur de coi 
les honnêtes gens. Il fe lai (Toit cor 
duire doucement à (ts paffions , < 
vouloit les fatisfaire,, Il étoit alors 
Saint Germain 5 & avoit pris la couti 
me d'aller à l'Appartement des Fill 
âe Ja Reine. Gomme l'Entrée c 
leur Chambre lui étoit défendue p 
la feverité de la Dame d'Honneur , 
cntretenojt fouvent Mademoifelle ( 
la Motte- Houdancourt par un trc 
qui étoit à une cloifon d'aix de fapi 
qui pouvoit lui en donner le raoye 
Jufques-la néanmoins ce grand Pri 
ce 5 agiflfant comme s'il eut été i 
Particulier, avoit fouffert tous ces o 
ftacles fans faire des coups de Maitn 
mais fa paflîoii devenant plus fort* 
elle avoit auffi augmenté les inquii 
tudes de la Ducheffe de Navailles 
qui avec les feules forces des loix < 

l'HoJ 






,1 à VHjlolre d'Anne à' Autriche, ijf 
l'Honneur &c de la Venu avoit ofé lui i(;6u 
efifter. Elle fuivic un jour la Reine 
vlere , qui de Sr. Germain vint au 
ITal-de-Grace faire Tes dévotions , 6c 
ic ce Voyage à dcffein de confuker un 
les plus célèbres Dodeurs qui fut a- 
ors dans Paris fur ce qui fe pafToit à 
I Appartement des Filles de la Reine, 
:lle Gomprenoit qu'il falloit déplaire 
u Roi , & facrifîer entièrement fa 
'ortune à fa confcience , ou la trahir 
)our conferver les biens & les digni- 
ez , qu'elle ÔC fon mari pofTedoient : 
^: comme elle n'étoit pas infenfible 
ux avantages qu'ils pofTedoient à la 
]our , elle fentoit fur cela tout ce que 
a Nature lui pouvoit faire fentir. 
: /érois alors à Paris , & j'allai au Val- 
!e.Grace rendre mes devoirs à la Rei- 
?.. J'y vis mon Amie , & j'y vis fon. 
: ,|iquietude. Elle me dit l'état où la 
;:iiiettoit le Roi par les erapreflemens 
. iju'il avoit pour cette Fille, & m'apric 
• Qu'elle venoit deconfulter fur ce fujec 
:iin Homme pieux & fçavant^, donc ^M.joii 
\:hi réponfe étoit décifive. Il lui 
:;iivoit dit qu'elle écoit obligée de per- 
liVre tous Tes Etabli iTemens , plutôt que 
manquer à fon devoir par aucune 
E;|j M 5 com- 



iy6 Aîernolres pour firvir 

1661* complaifance criminelle. Elle me pa 
rut refoluG de faivre ce coufeil j mai 
ce ne fut pas fans jetter une grand 
abondance de larmes , 5c fans foufiî-i 
Taf^onie ou la mettoient ces deux s;ran 
éQS exciémitez , où neceUairemenc i 
falloit prendre le parti fur les deu 
volontez de l'Homme > toujours 
contraires l*uue à l'autre j c'eft-à-dit 
ce qui le porte félon la qualité d 
Chrétien à defirer les richelles éterne 
hs , ou félon la Nature à vocloir ce 
les donc on joiiic dans le tems. 

Quand j*ai parlé de la difpure d 
la Ducheiîe de Navailles contre . 
ComtefiTe de Solifons , quoi que j'a) 
€u fujet de me plaindre de cette Prii 
cefTe , j*ai néanmoins biâraé mon î 
Riie à fon égard exaétement en tôt 
tes chofes , luivanc cette Loi que 
me fuis prefcrite , de n'écouter ni [': 
roitié ni la haine ,. êc de parler toi 
jours félon ee que j*ai ctu être 
vérité ; mais en cette occasion 3 je ri 
puis que je n'eftime les motifs qi 
firent agir la DuchelTe de Na vailles; 
qui la forcèrent de croire qu'elle d« 
voie fuivre les {entimens de Mr. Joljj 
qu'elle avoic été confuhcr. 



àl'Hlftoîre d*Anne d*Am'îche, 17 y 

A fon retour à Saint-Germain, elle i66z. 

çat par Tes Efpions , que des Hom- 

hies de bonne mine avoient été vus 

.a nuit fur les gouttières , & dans des 

:heminées , qui du toit pouvoienc 

ronduire les Avantutiers dans la Cham- 

Dre des Filles de la Reine. Le zélé 

k la Ducheffe de Navailles fut alors 

fi grand , que fans fe retenir j ni cher- 

:her les moyens d'empêcher avec moins 

le bruit ce qu'elle craignoit , elle fie 

luiîi-tôt fermer ces paffages par de 

oetites grilles de fer , qu'elle y fie 

nectrej «Se par cette adion elle préfe- 

a Ton devoir à fa fortune , bc la crain- 

e d'ofFenfer Dieu l'emporta fur le 

)laifir d'être agréable au Roi, qui 

ans doute à l'éga-d dt\s gens du grand 

nonde fe doit mettre au rang des plai- 

îrs les plus fenfîbles que l'on puilTe 

[jouter à la Cour quand on le p.eac 

|aire innocemment. 

La ComtelTe de SoilTons n'aimoic 

oint Mlle, de la Valiere : il lui fenv 

loit qu'elle lui ivoit dérobé le refte 

f|es bonnes grâces du Rou L'ambi- 

Îlion , l'amour , la Jalouf^v > ces trois 
builTantes paffions de '/ame , firent 
beaucoup de fracas dans la fienne. 
M 6 Peu 



27$ Mémoires pour fervîr 

îééi* Peu inftruiîc 5 fans doute , & peu toi: 
chée des Maximes Chrétiennes , eii 
n'ëcoit pas fatisfaite de ce qu'elle \\é 
toit plus leur Confidente ; & pour r 
medier à ce chagrin , elle avoit voi- 
la expofer Mademoifelle de la Motte 
Houdancourt aux yeux du Roi , ave 
defTein de reprendre par cette voie 
quelque part à Tes fecrets. Coran 
elle vouloic embarquer ce Prince 
cette Galanterie , elle ne manqua p 
de l'animer contre les grilles, qui ; 
voient été faites, à, ce qu'elle difoit 
plutôt pour le contredire & l'ofFenfe 
que par aucun fcrupule de confcienc 
Son delTein ctoit de rentrer en fave 
^ fe vanger de Mademoifelle de la V 
liere, & de la Duche(ïe de Navaille: 
deux perfonn s que le changement 1 
Roi pour elle & l'intérêt de fa Cbs 
ge Pobiigeoient de haïr, il ne faut p 
s*ctonner , fi par des flatteries arti 
cieufes ce Prince fat en effet veritab' 
ment irrité contre la Ducheffe de N 
vailles y difant qu'il ne s'emprerfoit 
çctteiayanture, que pour lui. faire dép 
4C: qu'elle çcoit trop fanfaronne fur 
Vertu r pour la, pouvoir foutfr 
Comme il avoit en toutes çhofes 

pc; 



I à l^HfJîoIre à[Anne d'Atitrlche, zj^-> 
pouvoir merveilleux fur lui-mcme , il té^i., 
ne témoigna pas alors tout ce qu'il 
l'enfle fur les petites grilles , &i la pei^n 
ne qu'il en eut fe cacha fous la raiile^^ 
, rj.e & le mépris qu'il ea fit j mais, il ne 
çs oublia pas , &: la mémoire eut en^- 
faite de fâcheux, 'r-ffets contre ceux, qui 
javoient o(e lui reillkr.. Je fuis nean?» 
moins perfuadée^ que fans les intrigues 
de la CoiVitefTe (ieSoi(ïbns, la raifon ^ 
la. bonté du Roi auroient aifément ef- 
facé tout ce que fa mémoire auroic pii 
I.U1 reprefenter contre des gens de bien 
qu'il eftimoicj & que fon eftime an- 
roit fans doute combattu conirj fa hai- 
ne. Le Roi fe plaignit au Duc de Na? 
,Yailles de ce. qu'il, ne retenoit pas fa. 
jFemme dans ce qui pouvoit lui être 
Idefagrcable , & le blâma de ce qu'il 
paroiffoit approuver fa conduite.. La 
Reine-Mere cftima les fentimens du 
Mari ôc de la Femme, & difoir fo.uvenc 
à la Ducheffe de Navailles, qu'elle 
continuât d'agir vcrtueufement 3, & 
qu'elle s'affuroit qu'un jour le Roi kù 
en donneroit des loiianges. 

Mlle, de la Valliere , à qui , fans 
domeces hiftoires.ne plaifoient pas, 
I parce qu'elles lui faifoitnt voir une Ri- 
, yak. en la perfomie de M. de la Motte-- 



iSd Mémoires pourfervîr 
lé^i. Hnudancourc , profit* félon ks vaîi 
defirs , de la vertu de la Duchei 
de Naval lies , & fe fervit de Tes Chai 
mes avec tant de fuccés , que malgr 
les applications de la Comtelfe dtj 
Soldons , 6cles emprefTcmens du Mai 
quis d'Aluye ôc de Fouilloux fou 
niie y les féconds de cette PrincefTeSl 
dans cette Eiitreprif^ , le Roi fe lalfîi; 
de battailler contre la Dame d'Hon- 
neur y ^ parut enfin s'attacher unî« 
quement ï celle qui étoit deftinée ï\ 
polFeder long-tems fes bonnes gracej 
On a même dit , que ce qui contri*! 
bua beaucoup à fixer la deftinée de] 
Mlle, de la Valiere fut que Mlle, de lai 
Motte balança quelque tems en faveutil 
de la vertu , & qu'elle au contraire 
ayant alors cefTé de fe défendre, ce' 
fnt par fa foibleflPe qu'elle vainquit 6c 
qu'elle triompha de celle qtii lui dif- 
putoic le cœur de ce grand Prince. 
Mais ^ comme je n'étois la Confiden- 
te ni de l'une ni de l'autre ^ je ne puis 
en parler que fort incercainemenr. 

Pendant que le Roi fe lai (Toit aller 
©ù fes deiîrs le menoient, la Reine 
fouffroit beaucoup. Elle ne fçavoic 
ïkii de ce qui fe pafTôit ;. on lui ca- 

choic 



a VH'ftolre d'Ame d* Autriche^ iS"!- 
rhoic par ordre de la Rcine-Merecou- i66i* 
es les Galanteries du Ko'\ Sa Dame 
J'Honnear , qui éroit fiJelle au Roi 
■^ à elle , fe concencoic de faire Ton 
..jjevoir de cous côcez , <3t ne lui difoic 
tien qui la pûc afil ger ; mais le cœur, 
Qui ne fe trompe point , & que la ve- 
ficé inftruic , lui faifoic tellement 
':onnoicre , (cUis le içavoir précifc- 
nent, que Mademoifelle de la Valliere 
|ae le Roi aimoic alors uniquement 
Icoiclacaufe de fa fouffrance > qu'il 
"toit impoffible de lui cacher fon mal- 
leur» A mon recour d'un petit voyage 
[ueje fis en ce tems-là en Normandie» 
e trouvai la Reine en couche de Ma- 
. lame AnneElifabeth de France* Un 
bir, comme j'avois l'honneur d'être 
.upre's d'elle à la ruelle de fon lie , elle 
ne fisc fiïgne de l'œil, & m'ayant mon- 
té Mlle, de la Valliere , qui palToic 
•ar fa Chambre pour aller fouper chez 
a Comcerfe de Soiflbns ave^ qui elle 
voie repris quelque liaifon feinte ou ^ ^,^,^, 
'eiitable ,, elle me die en Efpagnol , ?iiu,<}>'*î' 
Sfta Do??Jz.ella , c^n Us Araeaà^es de '^//j/^^ô. 
Diamant e , €S efia c^ue et Roi c-utere \ «'^'" ^ 
■e fus fore furprife de ce difcours j ^'«7/7'"' 
-ar ce fecret etoit alors la grande Af- 9«'^'î^•»' 

taire 



4nzae> 



x^t Mémoires pour fervir 
56éz* faire de la Cour. Je répondis à I; 
Reine , quelque chofe qui confufé 
ment ne vouloit dire ni oui , ni non 
ôc afin de lui donner de la fore 
pour l'avenir , je tâchai de lui perfua 
der. que tous les Maris,, fans ce (Te 
d'aimer leurs Femmes, font pour Por 
dinaire tous infidèles de cette. manière 
on font femblant de l'être , pour fa^is 
faire à la mode qui le vent ainfi,. L 
Reine ^ qui comprit j fans doute, qu 
nouF ne devions pas lui rien avoijer 
ne répondit pas à ce que je lui dis 
mais elle n'en fut pas moins trift( 
Je fus dire aufll-tôt à la Reine.- Mer 
ce petit fecret,.& Taffurai que la Rei 
îie étoit plus difcrette , & moins igno 
rante , que Ton ne penfoit. Il fat aif 
de juger par-là, que toutes les larme ■ 
qu'elle répandoit alors , Ôi à ce qu' 
fembloit.fur des bagatelles qui ne 1 
meritoient pas , venoient, fans doute 
de ce qu'elle rbntoit un mal , dontel! 
n'ofoic fe plaindre. La tendrefle qu'el 
îb avoit pour le Roi faifoit naitre ( 
jjjiloufie éc de cette dernière, naifibi 
fon chagrin. 

La première année du Mariage d 
là Reine , le Roi avoit été tendr 

pou 



i 



^ VH:fioire à' Anne d'Autriche, i Bj 
our elle 3 & fort fenfîble à la legiti- iCiéu 
le paffion qu'elle avoit pour lui, 
lufli-tôt que l'amitié du Roi vint à 
iminucr, celle qui en ctoii l'Objet 
'en apperçut bien vite i elle n'eut 
joint bcfoin de confidente , pour i'a- 
iertir de ce fecret ; avant que d'en con- 
ioitre la caufe » elle en fentit les cf- 
:is; Se difoic fouvent à la Reine fa 
1ère , en pleurant exceflîvemenr, que 
i Roi ne l'aimoit plus. Quand en- 
.■ice elle fut quail certaine de ce 
h ingement, par la connoi (Tance qu'el- 
z eut de l'amour qu'il avoit pour Ma- 
îemoifellede la Vallierej elle fut long- 
sms dans un état pitoyable : il fem» 
lioit quelque fois que fon cœur vou- 
jt fortir de fa place , tant il étoit a» 
;ité , montrant par cette émotion 
yil ne pouvoit être content fans être 
eiini à celui même dont elle fe plai* 
noit. Le Roi voyoit à peu prés tou- 
zs (ts peines : il en éioit quelquefois 
khé ; mais ne pouvant fe changer, 
ui-raême , & ne le voulant pas norii 
>lus , il s'en confoloit par fon indé* 
)endance , qu'il mettoit à tont ufage, 
k dont il fçavoit fe faire un remède 
•acile à tous ces petits maux. 

La 



X 84 MemQÎres pour fervîr 

1661, Le mois d'Odobre de cette anm 
le Roi acheta du Roi d'Angleterre \ 
j Ville de Diinquerque , avec celle cl 

Mardik & tout le Canon & tontes îJ 
Munitions de Guerre qui y étoicnt| 
moyennant cinq millions payables 
plufieurs payemens \ mais après le pr<| 
mier payement, comme ce Prince avOi 
beroiii d'argent ^ il lui fit de grandi 
remifes pour le payer du refte : & pd 
ce moyen cette importante Place ni 
coûta guère d'argent au Roi , & fi 
voir Ton opulence & Ton habileté , i\ 
e» mêaie tevns la folblelfe du Rc 
d'Anglecerre d'vivoir abandonné pou 
peu de cliole une Place qui le mettoi 
en état d'entrer en Flandre & en Fran 
ce 5 & d'aider la France ou i'Efpagn 
félon qu'il letrouveroit à propos. Aui 
fi Eftrades > qui avoit été employé 
cette Négociation , me dit que fc 
Peuples en avoienn fore murmuré. 

Sur la fin de cette année, mourut Ma 
dame Anne-Elifabeth de France. Cetr 
petite Princelîe promettait d'être for 
belle , Ç\ elle eût vécu 5 mais un?' 
fluxion l'enleva de ce monde les pre 
miers mois de fa vie. Le Roi & icî 
Reines la firent batifer , ôc lui donnc^" 

rem 



a 



l* H ifioîre d'Anne d* Autriche, 185 
t[ic les Noms de deux grandes Pria- l66^, 
(jlfes , de la Reine-Mere du Roi , &c 
i la feue Reine d'Efpagnc Mère de la 
leine, que je lui ai déjà donnez en 
plane d'elle. Le Roi la pleura tendre- 
lenc: la Reine en fut fenfiblement 
ifligée i &c la Reine- Mère , regardant 
ftce more avec les fages Reflexions 
<tie fa pieté i'obligeoic de faire > de- 
janda au Roi les larmes aux yeux le 
œur de cette princeile pour le mec- 
t au VaUde- Grâce , où elle defiroic 
î lailTer le fien après fa mort.* Tou- 
la Famille Royale étant defcendùë 
i la Chambre de Madame , qui ve- 
3ic d'expirer , la Reine - Mère leur 
t qu'elle avoir regret de voir partir 
. Petite Fille dans le commencemenc 
i fa vie j qu'il auroit été à délirer 
ae Dieu l'eût prife y elle qui ne pou- 
oit plus avoir gueres d'années à vi- 
:e , Se dont la vie étoic inutile au 
i.en de fa Famille , & à tous. Ces 
arolcs tirèrent de nouvelles larmes 
^s yeux du Roi , & de la Reine , Se 
lonfieur en fut extrêmement touché^ 
2 n'y étois pas dans ce moment : fy 
rrivai un peu après. Monfîeu me 
t l'honneur de me le-? redire en pleu- 

rauc 



zSé Memmres pour fèrvlr 

^52, r^^t amèrement j & le peu de peiTo] 
nés , qui s*étoient trouvées auprès 
Leurs Majcftcz , & qui les avoiçil 
oliies , m'en parlèrent &: en avok 
encore \t cœur bleflc. Car il fembl» 
que cette genereufe Princefle fs col 
damnant elle-même à la mort, voyçl 
le peu de tems qu'elle avoit à dsmeui 
fur la terre , où fon a;e lui pouyJ 
hider efperer vu fa fanté , la ddf 
d'une longue veillciTe. Le lendemaît 
elle porta elle-même ce Coeur au Vî 
de- Grâce ,& le donnant de fa propl 
main à l'Abbelîè , lui dit , Ma Mei\ 
ucîla un Cœur ^ue je vous apporte , p& 
le joinàre hlen-tot au mien. 

Peu après la mort de ctnt peti 
PrîncefTe , on apporta à la S^n-ra M 
lina EfpagnoUe , & première Femu 
de Chambre de la Reine , une Lett 
qui parut de la Reine d'Erpagne, do; 
le dtlTus éroit écrit de fa propre mai 
& qui s'adrciloir à la Reine. La Me 
lina ,. qui avoit fervi dans le Pala 
d'Efpagne , connut aufli - rôt ce c: 
ra6lere j & voyant le paquet mal plû 
elle s'étonna de ce qu'il étoit en que 
q:ue façon différent des autres. On 
lui appotra de la part du Comte d 

B-iicnn 



A THJflotre â*Anne d* Autriche, 287 

tienne Secrecaire d'Etat : mais pour \(fii^ 

ordinaire , toutes les Lettrés de Ms- 

cid venoient par les Courriers de 

lAiTibafTadeur d^Efpagne $ 6c celui-ci, 

iir cette raifon , & pour n'être pas 

lit con^me les autres , lui parut étran- 

;r. Elle avoic oui dire que le Roi 

^fpagne étoic malade j &c craignant 

bidonner mal-à-propos, quelque in- 

iiiétude à la Reine , quoi que ce ne 

r pas fa coutume d'ouvrir ces Let- 

:s , Dieu 5 qui eut foin de fon in- 

)cence , lui infpira ledelîr de voir ce 

ji'il y avoit dans celle-là. L'ayant 

•j)nc ouverte , elle la trouva d'un ca- 

i^ere François , fort différent de ce- 

i qui parollfoit fur le defllis , écrite 

1. mauvais Efpagnoi , & mêlé de 

• irafes Frarçoifes \ mais elk conte«« 
lAl des Hiftoires fort connues , dont 
4Roi , ^U. Mile, de la Valliere écoient 
1. principaux Adeurs^ Apres l'avoir 
if, elleadmi'.i la Providence Divine, 

* i l'avoir fauvée de ce péril , & alla 
ifll.iot la montrer à la Reine-Mere. 
<^tte Princtifc lui ayant confeillé de 
1 lier porter au Roi, elle lui obéit ; & 

ce même moment elle alla heurter 
i a Porte de fon Cabinet , où il étoit 



iSS A4emcîres pourfervlr 

ié^2. au Confcil. Elle lui dit qu'elle vr 
noie de recevoir ce Paquet , & qn 
par infpiration Divine elle l'avoit ci 
vert fans le montrer à la Reine, l 
Molina m'a conté prefque dans 
même moment , qu'.^prés que le R 
eut la la Letrre , il devint rouge , 
parue furpris de cette Avanture j c 
il ne croyoit pas qu'il pût y avoir pe 
Tonne dans Ton Royaume aflTez har 
pour fe mêler de Tes affaires malg 
Ini, Dans le trouble où ii fut , il c 
manda brufquement \ la Molina , 
b Reine avoit vu cette Lettre j & ] 
ayant dit plus d'une que non , 
Roi la mit dans fa pnche , & la ce 
ferva foigneufemenc. L'étroite liai(^ 
que j'avois avec la DucheiFe de N 
vailleç, qui pafToit dans Tefprit du R 
pour une extravagante Réformatr 
du Genre humain , fie qu'il me foi 
çonna d'avoir écrit cette Lettr 
mais comme j'étois aufS fort An 
de la Molina , & que fi elle avoit 
le milheur de lui déplaire , il l'auri 
fans doute renvoyée en Efpagne , 
fufpendit fon jugement là-delTus , 
dans cette incertitude fa colère n'éc • 
ta contre peifonne. Nous lui v 

rc; 



k ^Hlfioire â'Anne à*Aîttrlche, 18.9 
ims pLinii* juftemenc les Auteurs de jé^^i, 
lice paavre invention , qui fe troii- 
(renc être ceux qu'il honnoroit le 
jUS de fa confiance & de fcs faveurs. 
]s lui furent aufTi infidèles , que les 
jrfounes qu'il foupçonnoit de lai 
lanquer de refped , écoient zélées 
pur fou fervice. 

Le cems , qui coule toujovirs înfcn- 
iplement, nous avoit fait entrer dans 
nnée 16^5 > donc les Divertifre- \66Ç* 
ns furent frcquens ; & les pallions, 
i produifent les intrigues , en fa- 
t les compagnes, il ne faut pes 
n étonner. Un Roi puiffant par 
Paix , & par d'immenfes richef- 
, honnête Homme . bien fiiit , 
j;ine, & magnifique , en compofoic 
tis les plaiûrs. il en compofoic de 
rhne les mtux & les chagrins : fa 
(andcur & fon Opulence infpiroienc 
1 i^bition dans l*atue des Hommes, 
iks belles qualitez caufoient toutes 
1 inquiétudes des Dames ; les diffe- 
tites agitations, dont ils écoient pof- 
rezjfaifoirntnaitre les infatiables dé- 
fi qui les tourmentoienr. Les uns & 
1 autres afpitoienc au bonheur de 
1 plaire , & tous pac difFereus mo- 
tifs 



1^0 Mémoires pour fervlr 

t66h ^^fs vouloicnc avoir parc à fon cœu 
ôc à Tes bienfaits ; mais comme \ 
Pcince , quelque puîlTant qu'il foi 
ne petic faire que des grâce* bornéi 
& ne peut aimer qu'imparfaitemen 
ces âtCiis ôc ces biens j qui portt 
leur poifon avec eux, les rempliiroit 
fouveiu d'amertume , lors que par 
vanité de leurs penfées èc de leurs 
mufemens , ils cberchoient à fe fat 
Faire. Le Roi feul écoit heureux , 
dans le monde quelqu*un le pouv 
être. Ses Affaires croient en bon 
tat , fes Armées étoient prêtes à coi 
battre ceux qoi en rompant la P? 
auroienc ofé devenir fes Ennemis , 
les Plaifîrs qui venoient en foule 
prefentcr à lui paroilfoient le fatisfa 
alors pleinement ; mais il étoît Ch 
tien , & çn ce feul mot feulement 
renferrooit tout ce qui dans Pave 
étoit à craindre pour lui : & corn 
il eft à croire qu'il y penfoit quelqi 
fois , il faut conduire que s'il av 
ïnoin^ de fujets de chagrin que 
autres , fa félicité n'en étoit pas pi 
ver.t>ble, 

JLb. Reine , qui aimoit le Roi i 
unt qu'il en étoit digne, cominut 



I a rHîfiolve êi*Arme à* Autriche, %^\ 
e foiirtrir, par la crainte qu'elle avoic ^^^ 
c n'crrc pas aîTcz aimée de lui ; mais, ^ 
\ Reine Mère laconfoloic par le foin 
a'clle prenoit de la divertir : ce qu'il 
ai arriva défaire un des derniers jours 
b Carnaval , en une occafion où 
exacfte bienféance , qu'elle avoit ac- 
Diitumé d'obferveren routes chofes, 
; ccda au Dépit , ^ à l'ArRÎtié ; au 
iépit, à i'cgard du Roi,qui avoit re- 
lié publiquement à la Reine de la me- 
;'r en mafque avec lui, préférant Mlle. 
i !a Vallicre à elle j & à l'Amitié, en 
; que , pour guérir le cœur de la 
eine , qui en fut touché d'une dou- 
ur très fcnfiblcj elle s'engagea de l'y 
ener elle même : fi bien qu'au foriir 
<;;s grandes Carmélites , où elle avoit 
'ilTé faintemenr toute la journée, elle 
nt trouver la Reine, qui étoic venue 
c.ns ma Chambre au Palais Roial , 
{ ce une belle Troupe de Mafques , 

billécs à l'Antique , pour attendre 
licurc d'entrer au Bal chez Monfîeur 
J Madame , à caufe que dans cette 
iremblécjil n'y devoir entrer qu« 
«s perfonncs dcguifées. La Reinc- 
hre en fut la Conductrice , couver- 
t d'une Mante de Taffetas noir à 

Tcme F. N l'Ef. 



1 5 2. Mémoires poHY fervif 

16Ô3. TETpagnole , qu'elle mit par dedu 
l'Habic qu'elle avoit eu dès le matin 
afFcâ:ant exprès cette gaieté , pou 
fatisfaire la Reine , qui étoic fi fage (ï 
fi honnête , qu'elle ne vouloit prendr 
aucun DivertifTemcnt , qu'elle ne fi 
accompagnée du Roi, ou de la Reii: 
fa Mère & fa Tante. Les Dévots 
qui ne virent de cette A6tion , que ( 
qui en parut extérieurement , nni 
murèrent contre la Reine- Mère j mai 
les Motifs en furent innocens , & 
Tendreiïe dont une Mère peut être c 

f>able en doit efFacer le défaut, E 
çut qu'elle en avoit été blam.ée, G 
te vertucufe PrincefTe en fi^uffrit do 
^ cemenc la confufion , & me 
rhonneur de me dire en confideni 
qu'elle étoic perfuadée qu'on av 
raifon,* avolianr, que l'Amirie',qu'e ; 
avoit pour la Reine avoit eu trop : 
pouvoir fur elle en cette occafion. 
^aU' Le Carême , qui fuivit ces jo î 

UT^i' de folie , fut religieufemcnt obfci i 
"''• par la Reine Mère : elle le jeûna r • 

me avec plus d'^uftérité que les auti 1 
quoique déjà fpn âge la difpenfât: 
i:ette obligation. Elle en fut incc- 
mpdée , & à Pâ<jue$ elle fut çoricra - 






.H 

I 



H l*Hifloîre â*Anne à* Autriche, 295 
ke d'avoiier qu'elle n'en pouvoir plus, \^G\, 
|Aufîî-tôt après \t% Fêres , elle repric 
Ton bon vifage , & parut dans le meil- 
leur état du inonde. Cette apparence 
de fanté ne lui dura guère. Le di- 
xième d'Avril , elle commença de fe 
trouver maU* elle eut de grandes laf- 
Ifîtudes aux bras, mal aux jambes, mal 
lui cœur , & la fièvre. Le lendemain, 
fe moquant de Ton mal , elle nous af- 
jura qu'elle fe portoît mieux , & fc 
':ontenta feulemcnc de garder la 
Zhambre ; mais , elle eut tout le jour 
:: nu vais vifage. 

Le lendemain, la Reinc-Merc etic 
a lièvre tout le jour , & fut faîgnéc 
lir le foir. Le fécond jour d'après , U 
ievre fe re'glanc en tierce , elle eut un 
;rand accès accompagné de rêverie , 
'oprcffion 5 & de mal de tcte. La 
amille Roiale fut auflî tôt troublée 
e cet Accident. Le Roi en parut in- 
uiété 5 Monfieur eut le cœur couché 
e crainte , la Reine eut recours aux 
irmes , Madame parut moins gaie, 
: toute la Cour Fucabatue de criftef- 
'.Au neuvième jour de la Maladie 
e cette Princeffe , elle fut faignée 
our la cinquième fois, ^ cette qusn- 
N 1 tité 



1 9 ^ Mémoires poHrfervir 

1^63. ti:e de fang ciré de (es veines , qui 

avoic diminué Tes forces , fie que ce 

même jour, aianc voulu fe lever pom 

faire faiie fou lit , elle fe trouva mal 

Moniieur alors la tenoit d'une main . 

* Va- 6c la Comteiïê de Flex * de l'autre 

d'^Hon- Comme cet aimable Prince fentit qm 

mur la Reine fa Mère alloic tomber ei 

T(ei»e fo\h\çiîc y ôc qu'il ne pouvoir pas l 

Mcre. retenir , il fe laiiïà adroitement glifTe 

fous elle , de peur qu'elle ne fe bief 

fâr. La Reine , qui ne laquittoit gue 

rcs , toute efFraice de l'état où elle vi 

alors la Reine fa Mère , courut vci 

le Cabinet des Bains où ctoit le Roi 

en s'é criant , qu'elle et oit perdue , c 

{jue la Reine fa Mère et oit morte, L 

Roi , qui dans toutes les maladies d 

la Reine fa Mère , & particuliéremci 

en celle- là , eut pour elle des feni 

mens d'un Fils plein de bonté , vîi 

auffi - tôt où elle étoir. Il fervit à 

relever , & voîant que Çts Efprits 1 

revenoienc > il fut ravi de joie ,* & 

courant le dire à la Reine qui pic 

roit encore , il la ramena auprès 

cette illuflre Mère , où ils demeur 

rent fort inquiets de l'étac où c 

ctoîr, 

} 



I àVHlfloîre â*Anne d^A'Atrîche, 195 
' La Reine Mère , fentant Ton mal i6$i, 
lugmencer , defira d'entretenir le 
^oi en particulier. Après cette Con- 
/erfation qui fut longue , Monfieur 
l'approcha d'elle > àc lui dit , qu'il 
ivoit peur que ce grand entretien ne 
iui eût caufe' quelque mal de têce. El- 
le lui répondit que non , qu'elle rie 
.!.'en repentoit pas , qu'elle en étoic 
j"ort fati^faice , & qu'elle ne voudroic 
bas ne l'avoir point fait. Le iende- 
î"nain , elle ieconfefiTa & communia , 
k dit à Ton ConFeileur de venir tous 
es jours à quatre heu».;- prier Diea 
iîp;ès d'elle , 5c l'V: ^retenir. La 
^omtefTe de Fiex ^- : ioi lui dîmes 
ans ce tems là , que aoas avions une 
".an de impatience de la voir entière- 
nent guérie , & que les Médecins , 
omm:: il écoît vrai , nous afTûroienc 
Lie ce feroit bîen-tôr. Elle nous ré- 
ondit 5 qu'il ne falloit fouhaiter que 
i volonté de Dieu ,' & jamais , foie 
n cette maladie , ou dans la dernière, 
ui a été beaucoup pire , nous ne lui 
vons vu faire aucune plainte de {(^s 
laiix. Les s.cchs de fa fièvre contî- 
uérent & devinrent enfin fi violens , 
ue les Médecins crurent qu'elle de- 
N 5 vicn-. 



1^6 Memetres pour fervif^ 
i64j» viendroic continue j mais , el e fe fit 
double - tierce , & dura long - tems. 
Son mal demeura dans cette force juf-, 
ques aux Fêccs de la Pentecôte , fans 
Maf. *^ empirer , ni diminuer. Alors * on 
propofa de lui donner de l'émétique,- 
mais , elle y réfifta fortement. Le 
Roi la veilla plufîcurs nuits de celles 
où l'on craignoit que ces accès ne fuf- 
fent les plus violens. Il fc faifoit ap. 
porter un matelas , qu'il faifoit mettre 
à terre , fur le Tapis de pied du Lii 
de cette PrincefTe , & tout habillé fc 
coucboit quelque fois defTus. J'en a 
pafifé une de celle là , auprès de lui 
& de la Reine fa. Mère ; ôc , Paîan 
long-tcms regardé dormir 5^ j*adrairai 
la tsndreiïe de fon cœur, avec tan 
de grandes qualités qui ne fe rencon' 
trent guère fouvent avec tant de bonii 
té :&, malgré ma trifteiïe , ôc Vm\ 
quiétude que j'avois, il me fouvint,er 
le voiant , de ces Héros que les Roj 
mans repréfentent couchez dans m 
Bois , ou fur le bord de la Mer ,* <& . 
paflTant de ces folles penfées à de plan 
îolides , ôc plus convenables à Vétt 
des chofes , je ne pus m'empécher d\\ 
lui fouhaicer toutes les bénédi6lion»l 

di 



I À l'Hlfloîre à' Anne ^Aninche. 1^7 
10 Ciel pour le tems & pour l'Eccrni- 16^5. 
é. J'efpere que Dieu les lui donnera 
eûtes , & qu'il n'oubliera pas félon 
"es promeiïes de récompenfer d'une 
ongue vie un Fils qui en pluiieurs 
i'ccafions a fi fidèlement fatisfait à Tes 
Commandemens en la Perfonne d'une 
rlere à qui il a donné de fi véritables 
narq'ues de fon Refpeâ: & de Ton A- 
litié. 11 l'aiîiiloit toujours avec une 
pplication încroiable ; il aidoic à la 
hanger de Lit , & la fervoit mieux 
: plus adroitement que toutes Tes 
emmes. Aufli la Reine fa Mcre , 
^marquant alors ces foins , fon aflî- 
airë &: fes inquiétudes , avec les ten- 
relTes infinies de Monfieur , qui ne 
i quittoit quafi jamais, dit un jour 
1 faifant une grande exclamation , 
u'clle avoit de bons Enfans , ^ nous 
irut fort touchée des preuves qu'en 
nte Maladie elle reçut de leur Af- 
cl:ion. Qiiand enfuite les Médecins, 
lour la féconde fois , voulurent pref- 
T la Reine Mère de prendre de Té- 
létique , elle leur répondit que puif- 
ue fon mal durcit , & que les Prié- 
es publiques qu'on avoit faites pour 
lie 6c pour fa Santé ne l'avoient point 
N 4 ob. 



i 5) s Mémoires pour fervlf 

1663. obtenue , il falloic croire que Y^izw la 
voaloic malade ; qu'elle confciuoit 
qu'on luic fi: les remèdes ordinaires . 
maïs qu'elle n'en vouloit point d'aa- 
Ke ; & qiî'elle fouhaitoic de foufFiic 
Ton mal autant qu'il plairoit àT)ieu de 
le lui laider. 

Le quarantième jour delà maladie 
de la Reine- Mère , les Médecins pref. 
fez par fes Serviteurs, qui ne celloienc 
de leur repréfenter que d'autres per- 
fonnes a voient été guéries d'un même 
mal par de la poudre de vipère, paru- 
iLcnt lui en vouloir donner ,* mais . 
comme ils font gens qui pour l'ordi' 
naire defaprouvent ce qu'ils ne prati- 
quent pas , ils lui donnèrent enfi;i du 
quinquina. Ce remède lui ôta la ne- 
vre s c'eil- à - dire la fit celFer pom 
quelque tems , en arrêtant l'humeur , 
mais , lui laiila l'efprit rempli de va- 
peurs avec une manière d'alToupiirc- 
ment qui paroilToit fâcheux. Elle de- 
meura par leur ordre feîze jours er 
cec état , fans être purgée^parce qu'ih 
craignoient de faire revenir la ficvre 3 
par l'éinotion de la MéJecine. 

Dans ce même tems , la Reine eut 

la rougeollc : elle n'eut nul maiivaib 

-•^ ac 



I à VHiftolre à*A'fîne â*j4utrlche, 1^9 

accideni: ; Sc en peu de jours elle ea iG^^^ 

fut quitte. Quand le Roi vit qu'elle 

Te portoit mieux , ii fouhaita de Ja^ 

mener à Verfailles , po-Jr y prendre 

l'air; mais, comme les premiers jours- 

de fa maladie il n'avoit point quirrc 

on Lit y* qu'au contraire, il écoir tou- 

iours demeuré auprès d'elle \ il ne fut 

-)zs plutôt arrivé à Verfailles , qu'il 

"lit attaqué du même mal ^ mais beau- 

:oup plus dangereufement ,* car , au 

'Ugement de Valot fon premier Mé- 

ilecin 5 il fut menacé d'une promte 

.lort. Ce Prince connut aufîi - tôt le 

)érii où il éroit : il appela le Tellier , 

Hi lui dit qu'il fe fenfoît en mauvais 

tat 5 & qu'il falloir en avertir la Rei- 

e fa Mère. Le Tellier lui aiant ré- 

ondu qu'elle éroit trop malade elle 

icme pour lui pouvoir donn:t ^erte 

iqin'éiude , le Roi lui répliqua , 

'Impoae . il faut ejH'elle le fâche, 

!e mal paffa fi vite , qu'il ne fut 

oint nécelTaire de lui obéir ; car , 

. uelques heures après , il fe porta 

iieux 5 & Dieu redonna la fanté à ce 

rince , dont la France avoir grand 

efoîn. Le jour d'après , dans une 

'■ onveiTation t^ue nous fi'nes à VcrfaiU 

^ / les. 



500 Alemolres pour fervlr 

C6i. ^^s , le Tellier, la DncheÔe de Na vail- 
les , & moi , j'appris de ce Miniftre 
^ce que je viens d'écrire , & que le 
foir précédent , lors que le Roi fc 
^ruc en danger , parlant de fon mal , 
de fou Roiaume , & de Tes Affaires, 
il plaignit fon Fils de le perdre iî jeu- 
we j & dit , après avoir fait Téxamer 
des perfonncs à qui il pouvoir laifFei 
la Régence , ^ue U Reine fa Men 
femhUît a l*4vemr devoir être mal fa-i 
ne , ciue la Reine étoit trop jeune , ejUi 
jMonfieur ne paroijfoit pas encore d'hu 
menr a s'appliquer aux Affaires , qu'i 
craignoit Mr, le Prince y & quil jett 
les yeux fur le Trlnce de Contl , par c 
qu*il étoit vertueux , & Homme ù 
bien. Le Roi fit voir par là, combien 
étoit touché de Teftime de la vrai 
Dévotion j & cela doit faire efpérer 
ceux qui en ont , que Dieu lui.fci 
la grâce d'en être un joar fouciié p: 
lui même. 

Les Médecins aiant purgé la. Rein 
Mère , fa fièvre revint avec plus c 
violence que jamais , &: cette rechii 
les fit réfoudre de lui donner de 1' 
métique. Le Roi , qui déjà s'êtc 
rendu auprès d'elle bien guéri de 

m 



Oï 



a l'Hîftolre à' Anne à' Autriche, 501 
maladie qui a voit été violente & cour- iCc^y 
te a la pria indament de prendre ce 
! remède pour lequel elle paroi(Toit a- 
voir grande averfion. Son Confedbur 
lui dit aufîi qu'il le falloit faire , que 
I non feulement elle ne s'oppoferoit 
point en cela à la Providence Divine 
fur elle , mais que lefaifant pour Ta- 
rnour de Dieu , fon Aiflion feroit 
; loiiablc, fi bien qu'elle s'y réfolut auf- 
; fî-tôt. Elle en prit deux fois , ^ 
i guérit entièrement par ce dernier re- 
j mede. 

1 La joie fut grande dans la Cour par 
I le retour de cette précieufe fanté. La 
crainte de perdre la Reine Mère avoir 
glace les coeurs de tous les <rens de 
bien. Les Pauvres la regardoienc 
comme leur Mère 3 & les Affligés 
comme leur Protedlrice, Dans les 
jours qu'elle avoit été en péril 3 les 
Eglifes furent toujours remplies de 
toutes fortes de perfonnes , qui de^ 
mandoient à Dieu la vie de cette ver- 
tueufe Reine. Les Fêtes & les Di- 
manches la Salle de fes Gardes, & fon 
Anti-chambre , étoient pleines d'Ar- 
lifans 5 qui , au lieu d^'aller fe prome- 
ner félon leur coutume , venoient en 
N 6 foule 



j o i Mémoires four fervtr 

t66), foule fçavoir comme elle fe porcoir ; 
6c dans les lucs, ils demandoîent tout- 
haut de Tes nouvelles avec empredb- 
ment ôc tcndrelTe : Dieu le permec- 
tant aînfi , fans doute , pour lui faire 
recevoir de ce même Peuple , dont 
elle avoic été autrefois injuilemcnt 
outragée , une réparation publique de 
leur faute paiTée , que leur Affection 
préfente Ôc leur véritable repentir ef- 
façoic d'une manière bien glorieufe 
pour elle. 

Comme la Reine - Mère commen- 
çoit à fe mieux porter , un foîr que 
toute fa Famille éioit dans la ruelle 
de fon Lit , on parla de la jaloufie d s 
Femmes ; fur quoi la Reine demanda 
à Madame, Ci elle fcroir d*hnmeur ja- 
joufe , au cas que Monfieur lui en 
donnât un jufte <\iiet.''Pu*N, elle répon- 
dit à cette jeunt: PrîncefTe , qui Iw t- 
voit dit que non , qu'en effet cela 
étoît inutile ; qu'elle éprouvoît tous 
les jours que la fenfibilité des Fem- 
mes endurcit le cœur des Maris j ôC 
que ce qui leur dtvroit être agréable, 
comme une marque d'Amitié , leur 
déplaît Ôc les importune. Le Roi > 
pour détourner ce difcouis , dea^anda 

à 



k rH'ijlolre à' Anne ^* AuvAche , 305 
à M?, de BiJnine , Dame d'Atour 16^5. 
de la Reine , Femme honnête & fa- 
ge , mais afkz naturellement dépour- 
vue de mérire , {\ elle avoir été jaloLi- 
fe de Ton Mari f Elle répondir que 
non 3 ^^ qiî'iî lui avoir toujours 
été fiJelIc, La Reine alors , en 
riant ; & d'un xox-x fenhble & pourtant 
afTez doux , dit en Efpagnol , en \t 
levant pour aller fonper , Que en efto 
parecea bien la ma^s tontôt de la Com- 
■pania , y que por elU no dirU lo mif" 
ma *, ^ c^\m 

Cette Réponfe de la Reine fit voir "["Jr." 
clairement au Roi , qu\'lle étoit plus johBù» 
fçavantc qu'il ne croioit , ôc que Ton il^l"/^ 
/ilcnce étoit plutôt un effet de fa dif^ iacem- 
crétion , & de la crainte qu*ellc avo:t ^^"''' 
de lui déplaire , que de fou ignorance. '}f'^{e^_ 
Je ne fçai s'il en fut fâché ; car , é- "chpls 
'ant réfolu d'aimer Mllc.de la Vallîcre, ''"^'««^ 
1 de^îroit peut-être quelquefois que 
es premiers fentimens de la Reine 
'iilTent padc-z , a^n de Taccoûtumcr à 
'a foufFi ancfjS: lailT'cr adoucir fes pei- 
les par le tems , qui fçair effacer rou- 
es chofes. Le point de cttre gtiéri- 
"on n'ctoit point cnccr arrivé: cette 
'^rinceiïe pleuroit fouvent 5 mais ^ la 

Reine 



5-04 Mémoire pourfervir 

16*^3. Reine fa Mcre l'aiîûrou toujours de 
l'eftime du Roi , ôc lui confeilloic de 
ne fe pas foncier du refte. La Du- 
<lie{re de Naval lies , fa Dame d'HoiV' 
ncur , lui en difoic autant , &c d'ail- 
leurs s'intérelTant genereufement aux 
chagrins de la Reine fa MaitrelTc , re- 
prcfentoîc fouvent au Roi la juftice 
de fcs inquiérades. Le Roî , accou- 
tumé à être le Maître dans Ton Ro- 
ïaume , le vouloit être auffi des ef- 
prits , des volontez , &c des cœurSj 
non feulement en fe faifant aimer, 
mais auffi fe faifant craindre. Il 
répondoit quelquefois à cette Dame . 
comme un Mari abfolu , à qui les 
obftacles ne plaîfoient pas -, ôc ceî 
paroles févéres étoient dites fans doute 
plus pour elle que pour la Reine, 

Cet Attachement de la Ducheflti 
de Navailles à la Reine déplut encor< 
au Roîj^& cet amas de defagrémen 
groffiffoft toujours fon malheur à vc 
nir. Elle étoît néanmoins a^ez fidel 
le au Roi, pour le defFendre en fo 
abfence avec la Reine ^ mais jComm 
îl ne connoiflToit point fes fentimens 
Ôc qu""!! la voïoit peifuadée , que cett 
Princeffe avoit raifon de fe plaindra 



k l'Hlfloire à* Anne à* Autriche, 50/ 
îl s'imagina qu'elle 'étoic caufc d'une ^(>^l 
partie de fa mauvaife humeur. Ces 
penfées , fe joignant aux anciens dë- 
goiits qu'il avoir eus contre elle , fi» 
renr leur effet ordinaire , & cauféient 
enfin Ton entière Difgrace. 

La ComtefTe de Soiffons , n'aîant 
point rciilîi dans le de(Tein qu'elle a- 
voit eu d'attacher le cœur du Roi à 
une de Tes Amies , eut de l'inquiétude 
de ce qu'elle avoîc fait. Elle crut que 
la DuchefTe de Navailles pouroit l'a- 
voir décréditée auprès-de la Reine, & 
lui auroit peut-être fait connoirre les 
defirs qu'elle avoic formez en faveuc 
de Mlle de la Motte - Houdancourt^ 
Pour remédier à ce mal imaginaire , 
elle fit defTeîn de faire quelque confi- 
dence à la Reine de ce qui s'étoit paf- 
fé fur ce fujet. On a dit , mais je ne le 
fçai pas certainement , qu^elle fupplia 
le Roi de trouver bon , que pour ré- 
parer les mauvais offices de la Duchef- 
fe de Navailles , ^He fe précautîonnâc 
avec la Reine , en lui difant quelque 
chofe de ce qui ne pouvoit plus lui ap- 
porter de chagrin , puifqu'il n'y pre- 
iioic plus d'intérêt ; & que le Roi y 
confentic , parce q[u'il crut qu'elle ne 

niai> 



3oé Aiemoires "pour fervlr 

iééî. "^^ncj^croit jamais à ce qu'elle lui de- 
voir. 

La Rdnc-Mere écant alors conva- 
lefccnte , la Reine alloir fc promener; 
& iouvent Tes plus grands Voia- 
ges fe tcrminoient aux pérîtes Car- 
iTieTïres de la Rue de Bouloy. Elle 
aimait la Mère de Reuville , Supé- 
rieure de ce Monaftere , qui avec 
beaucoup de pieté avoir aulii beau- 
coup d'Èfprit i<c de Mérite. Ce fut 
alors , que la ComtelTe de SoifTons, 
lui aiant demandé une Audiance fecre- 
te,elle lui fut accordée en ce lieu^ 
La liaifon de Madame , & de la Com- 
tcdcde SoiiTons , duroit encore , 5c 
la Reine continnoirauflî de haïr Ma- 
dame j Paccufanc continuellement d'ê- 
tre c:^l!e qui -lui cnlevoit le Roi , à 
caufe qu'ai-mant Mlle, de ia Va'iiere, 
il. croît toujours chez cette Prince(Te. 
Madame , d un autre côté, qui n'aî- 
moit pas à ctrc haïe pour une autre , 
de/îroic que ia Reine fur amplement 
inftruîte des AttacLemens du Roi , 
dont etle foupÇv-jnnoit quelque chofe, 
mais dont on continuoîc de lui enve- 
loper toutes les apparences avec tant 
^e foin , qu'il étoit difficile que Tes 

lu- 



j kl'Hlftolre d^^nne d'Autriche, 307 
lamicres ne fulTent quelquefois ob- '<^^3« 
fcurcics. C'eft pourquoi Madame 
avoic contribué au deiïein qu'avoic 
pris la Coincelîe de Soiflbns de décla- 
rer à la Reine cour ce qui fe pafîoic , 
& d'achever par cette Toie ce que la 
Lettre donnée à la Molina n'avoic 
pu faire , ^ dont les Auteurs ne fe 
connurent que long-tems après. 

Cet Entrciien de la Comtelfe de 
SoiiTons avec la Reine fut de confé- 
quence , tant par fes fuites , que par 
jles fentimens qu'il produihr alors dans 
je cœur de la Reine. Elle aprit enfin 
'par cette voie , TAmour que le Roi 
avoic eu pour Mlle, de la Motte- Hou- 
dancourc , & ce qu'elle n'ignoroit pas 
tout - à- fait de Mile, de la Valliere, 
nais dont la certitude lui fit jetcer 
beaucoup de larmes. Son cœur con- 
loilloit parfes propres fentîmenSsqu'il 
'toit trahi j mais, il auroit peut-être 
•ce content de fe pouvoir dire encore 
i lui même , qu'il fe trompoit. Juf- 
^ues là 5 fa connoiifance avoir été bor- 
lée ; car , la Reine fa Mère ne lui 
ivoîc jamais rien voulu avoiier : fa 
Favorite 3 la Senora Molina,écoît fage 
k difcrette , & n'avoic point voulu 

mêler 



398 Mémoires fOHY fervir 

aider à fes trides foupçons la douleu/ 
de la certitude. La DuchelTc de Na- 
vailles , fervant fiiellcn)ent Dieu , le 
Roi j & fa MaitrefTe , a voit de même 
gardé un fccret inviolable fur tout ce 
^ui paroifToit fe devoir cacher , & 
n'avoir pas même rien dit à la Reine 
contre la Comteiïe de Soiiïbns. Cet- 
te PrinceiTc , voulant donc prévenir 
un mauvais office qui ne lui avoit 
point été rendu , en fit un bon à 
celle qu'elle croioic Çon Ennemie , Ik 
fc fit à elle même le mal qu'elle vou- 
loit éviter de la part à^s autres^ La 
Reine aprit par là quel avoit été le 
zèle 6c la fidélité de fa Dame d'Hon- 
ïicurjî^, toute remplie de ces chofes/i 
peuttsen elleS'mêmes,maîs fi grandes 
par leurs effets, revint au Louvre ,' &, 
s'enfcrmant dans fou Cabinet j elle 
les apprit toutes à la Molina, Elle 
voioit bien qu'elle ne les ignoroit pas? 
mais^elle ne put condamner fa retenucj 
connoilfant que fon affedion en étoit 
la caufe : car fou vent cette fidelle Ser- 
vante , pleurant a Tes pieds , lui avoit 
protefté qu'elle ne lui diroit jamais 
rien qui put l'affliger , & les defunic 
le Roi 6c elle, Auffi tôt que ce fecret 

fat 



a VHlfioire d'Anne à* Autriche, 3 ap 
fac confié à mon Amie, je le fçus par 1^(32. 
elle àhs le même foir ,* mai^ , ce fuc 
avec ferment qu'elle exigea de moi , 
que je ne le dirois à perfonne. Je lui 
fus fî fîdelle , que je n'en parlai , ni à 
la Reine-Mere , ni à la Duchedc de 
Navaiiies , qui écoic celle qui à jufle 
tixre y pôavoic prendre le plus de 
parc. Mais , la Reine avec rairon ne 
put s'empêcher d^ lui apprendre y 
qu'elle fçavoit ce qu''elle avoir fais 
^pour elle , & lui ccmoigna qu'elle' lui 
zïi fçavoic gré. La Reine - Mère Pa- 
lan: fçu auffi » & volant qu'elle pou- 
i^oit par cette voie prouver au Roi la 
idéiité de la Duchellb de Navaiiies,. 
lonc comme je l'ai déjà dit elle ap- 
ofouvoit la conduite , ne manqua pas 
le l'en avertir. La DuchcflTe de Na- 
vaiiies , par le confeii de le Tellicr > 
ui en parla aiiflî , mais le Roi parue 
tonné è,ç,zz qu'elle lui dit , & lui fie 
Ijlufieurs queftions fur ces matières, 
/"ardes , Ami intime de la Constelle 
le Soldons , étant encré au même inf- 
ant dans le Cabinet de i'Appartemene 
le la Reine-Mere , & aiant vu le Roi 
f puié fur une fenêtre occupé à par- 
er (Se à écouter la Duchede de Na^ 

vailles^ 



3 lo J\4emolres pourfervîr 
16^5 • vailles , en donna aufli-tôt avis à foti 
Amie. Ils prirent leurs mefures pour 
fe deifendre , & la ComtefTe de Soif- 
fons , chez qui le Roi alla au forcir 
de chez la Reine - Mère , lui dit, 
qu'elle croioit devoir l'avertir que 
dans la Converfation qu'elle avoit fine 
avec la Reine aux Carmélites , elle 
l'avoit trouvée informée de tout ce 
qui fe paflbit , & fçuc enfin lui per- 
fuader que c*écoit la DachelTe de Na- 
vailles qui l'avoic inftruite. Le Roi , 
ne pouvant dîfcemerclairementla Vé- 
ritté d'avec le Menfonge , douta 5 & 
demeura indécis ; &: , venant ce mê- 
me fuir fe coucher , il dît à la Dame 
d'Honneur , que la ComtelTe de Soif- 
fons Tavoir inftruit de toutes cho- 
fes. Le Duc de Navailles , dans la 
peur qu'il avoir que la DuchefTc fa 
Femme n^eut mal fait de parler au 
Roi contre la Comtefife de SoilTons, 
l'avoit inftamment priée d'y remédier 
fî elle le pouvoît. Elle étoît entrée 
dans fon fentiment ; & , dans ce mo- 
ment où le Roi lui parut douter de 
ce qu*elle lui avoit dit , par un fenti- 
ment de Chrétienne , «Se pour com- 
plaire à fou Mari , elle s'arrêta par 

bontéj 



k l*Hlfiolre d'uinne d'Autriche, 5 1 1 
•feoncé i (5c , ne voulant plus foucenir i^^j, 
la Vérité elle donna lieu à les Enne- 
mis de la perdre entièrement. Le Roî, 
favorablement difpofc pour la Com- 
telTe de Soi (Tons , s'imagina que c'é- 
toit un Conte fait exprès , pour rui- 
ner cette PrincelTc auprès de lui , & 
pour cacher les trahifons qu'il croioic 
que la Dame THonneur lui faifoit in- 
cefTamment avec la Reine. Il fut per- 
fuadc enfin , que fi elle avoit parlé, 
îellen'avoit rien dit , que ce qu'il lui 
j avoit permis de dire , & crut que le 
refte venoit des Intrigues qui fe ^o^ 
mentoient par les Créatures des Rei- 
nes, Le Roi demeura donc toujours 
fatisfait de laComteile de Soldons, & 
mal content de la Duchelfe de Na- 
vailles ; & ce fut alors que les înno- 
cens paiérent pour les coupables , Sc 
qu'éiant Amie de la Duchelfe de Na- 
vaillcs , j'eus beaucoup de part à Ton 
malheur, La Reine- Mère aperce voie 
quelquefois ces dégoûts qui fe for- 
moient aifément dans l'efprit du Roi 
contre les perfonnes qu'elle proté- 
geoît ; mais , elle ne s'en afRigeoit 
point. Elle difoit fans s'inquiéter , 
qu'il failoic toujours bien faire , & 

que 



5 î 2. Mémoires pouY fervîr 

l6^h que le Roi dans le fonds de Ton cœui 
avoir des fenrimcns trop raifonnables, 
pour craindre Ton red'entimenc , en ne 
faifant que Ton devoir. Malgré fj 
tranquilité ordinaire , elle s'étonm 
néanmoins de le voir fî indifFéren 
fur ce qu'elle lui avoit dit de la Com- 
rciïe de SoifTons , & nous conclume 
à Çc% pieds un jour qu'elle nous fâi- 
foit l'honneur de nous en parler , à 1; 
DuchclTe deNavailles & à moi ,qu'i 
falloir ^ue cette PrincelTe eût agi pa 
fcs ordres. Le faux raifonnement qu^ 
nous fîmes alors nous perfuada , qu 
ie Roi vouloir faire fçavoir à la Rein 
ce qui fe paflbit ; Se nous nous con 
£rmames dans cette penfée , quan 
nous vimes qu'il ne paroidoit poiii 
cmbarralTé de ces petites Hiftoires ^t 
^ue les Plaintes delà F\eine ,*pou 
être redoublées , ne diminuoient e 
rien , ni Tes foins , ni fon aflîduité au 
près de Mlle, delà Valliere. Le fei 
changement , qu'il fit paroitre dans 1 
conduite , fur , qu'au lieu qu'il difo; 
tous les jours à la \eine , qu'il venoj 
de chez Madame , il lai avouoit libre 
ment qu'il avoit écé ailleurs. Cett 
iîncéricé lui donnoit le plaifir à*y êtr 

pk 



k l'Hlfloîre d'Anne d'Antrlche, ^ 1 3 
plus longtems , &C celui de revenir le l é^}< 
loir plus tard qu'à l'ordinaire , fans 
.que la Reine pûc quafi s'en plaindre; 
car , le malheur de notre Sexe eft tel , 
que les Hommes , qui ont fait les 
Loix ,, en ont ôté toute la rigueur à 
leur égard ; ôc ce n'eft que dans le 
Ciel , ou l^cfgalité du Comm.andemenc 
fera que chacun recevra félon Ces œu- 
vres. 

j La Cour demeura en cet crat ju(l 
îques en Décembre , que le Roi fie 
.paifer au Parlement plufîeurs Ducs , 
qui n'a voient que des Bievecs , & en 
ffit d'autres qui n'en avoient point. De 
ces derniers fut le Marquis de Mon- 
taufîer , le Comte de Noailles , ôc le 
Comte de Saint-Aignan. Le Duc de 
Navailies , qui avoit un Brevet plus 
ancien, fut exclus de cette Promo- 
tion , dont il fut fenfiblement affligé. 
La Reine-Mere le fentit , comme fa 
'^généreufe bonté l'y obligeoir. Elle fit 
ce qu'elle pût, pour lui éviter ce terri- 
ble cojup : elle pria , elle parla j mais , 
le Roi ne voulut jamais rien accorder 
ï fes defirs. Il lui montra fcs tablet- 
tes, où il avoit écrit de fa main les 
caifons qu'il croioc avoir eues de 

choi* 



5 1 4 Mémoires pour fervlr 

1663. caqi(îr les uns pour cetce dignité , 5i 
d'en priver les autres. Il avoiioic à Vé- 
gard décelai qu'elle procégeoic , qu'il 
l'cftimoic Homme de bien ; qu'il l'a- 
voit bien fervi ; mais , qu'il lui avoij 
déplu , & qu'il vouloir s'en vangcr 
La Retne - Mère me fie l'honneur d( 
me dire , pour le faire fçavoir ai 
Duc & à la Duchelle de Navaîlle: 
qui m'avoîcnt priée de lui en parler 
qu'elle avoir fait tous fes efforrs,pou 
vaincre ce rcATentiment dans l'ame di 
Roi fon Fils,- mais, qu'elle n'avoi 
pu y réiiffir. En le blâmant d'avoi 
voulu fourenir cette foiblelle avec tan 
de force , elle me dit que fur tous le 
autres , foit en parlant des Iieurea 
ou des malheureux , il lui avoir expl; 
que fes penfées fort fpirituellement 
& que les jugemens , qu'il avoic fait 
fur chacun d'eux, étoient des marque 
de fon Efprit & de fon Difcernemen 
Car 5 de ceux même qu'il gratîfioit 
il en difoit les défauts afTez au jufte 
mais , ils en trouvèrent le remède en 1 
volonté , qu'il préféroit à toutes chc 
fes. Les malheureux trouvèrent dar 
cette même fource la caufe de leur in 
fortune , 6c tachèrent de s'en confc 

1er 



I 



I ^l'HlftoÎYed'Anned'Atiirkhe. 315 

le^r 5 par l'efpoir d'un plus favorable ié6^, 

traitement pour l'avenir j ce qui fe 

pouvoic facilement croire d'un Prince 

Dlein de lumière , & qui connoiiroic (i 

lettemenc le bien &: le mal qu'il fai- 

bic. Le Duc de Roquelaure fut dç 

:eux qui furent privez de cet hon- 

jeur , & pour de légères fautes donc 

e ne fçai point le détail. Le Duc de 

4availles , cet homme fidèle , & con* 

u pour tel par Ton propre Maître , 

n fut maltraité , & la douleur qu'il 

p relTentit ne fe peut exprimer j mais 

bus les hommes qui font fuTceptibles 

ambition en fçauront aifément con- 

'oicre la grandeur. Au bout de queU 

ae rems, ce Seigneur voulant faire 

>n poffible pour fe remettre aux bon- 

:s grâces du Roi lui demanda une 

Lidience. il l'obtint , & dans cette 

nverfation il n'oublia rien pour râ- 
■ erde lui-plaire^ de le toucher : il 
nbralTa fes genoux , il lui reprefenta 
.:i innocence reconnue par lui-mé- 
:î , lui fit voir combien il lui feroic 
prieux de pardonner ce qui lui avoic 
«plu en lui, puifque ces intentions a- 
n'ent été innocentes , & lui dit que 
i avoit manqué à feu égardj es n'é- 

Tqm? K O ^oit 



3 1 5 Mémoires p9ur fervlr 
lé^jj. rçit tout au plus que par imprudence 
& par des fentimens dont lui-mérae 
le dévoie eftimer. Il fie enfin tout 
ce qu'un honnête homme , & un hom- 
me de bien , peut & doit judement 
faire pour plaire à fon Roi. Ce Prin- 
ce parut en êcre touché , & vouloir 
fîncerement oublier les vertueufe: 
fautes du Mari & de la Femme 
Quelque tems fe pafTa que le Ro 
les traita mieux , ^ qu'ils fe trou 
voient raccommodez avec lui : mai 
ces bons intervales leur paroilfoien 
toujours accompagnez de beaucou 
d'incertitude j car maigre les favo 
râbles fentimens du Roi , qui pa 
raifon le faifoienc fouvent revenir 
ils fentoient que leurs Ennemis tr.- 
vailloient incefiamment à les perdre 
& qu'ils faifoient contre eux ce qu 
les Mineurs font fous les Baftior 
qu'ils veulent faire fauter ; & leur m 
vail enfin ne fut pas inutile. 

Dans ce même tems , c'eft-à-dîro 
l'Hiver qui fuivît la guérifon de 
Reine-Mere , le Roi reçut la No* 
velle de la- Mort de la DuchelFe ç 
Savoye ("a Tante. Huit jours apréi 
moiyruc aufli U Puchçfle de Savoyi 

m 



\ 



I 

I 

j a ]^Hl flaire â* Arme d* Autriche, jî/ 
Fille da feu Duc d'Oricans , donc la i6^y 
deftinée fac pareille à la fleur qui le 
matin fleurie, & qui le foir fe fechc^ 
& la Princelfe Marguerite, qui avoic 
jeté prûpofée pour être notre Reine , 
que fa cruelle deftinée , au ^ieu de ce 
bonheur , avoit fait DuchefTe de Par- 
me , les fuivit de prés* Confiderons 
par-là quelle eft la fragilité de la 
Grandeur des Grands de la Terre , & 
â.hons de profiter par cette Rfflc- 
ton , de la mort de ces trois grandes 
-rincelTes, dont les deux dernières é- 
oient fort jeunes. 

Le Printems de l'Année fuivante 

\ Cour alla à Verfailles, eu fe firent 

es plus belles Fêtes du Monde j le 

Ici voulant effacer par cette Ré- 

)ui{rance le fouvenir des Maladies 

adées ; mais comme dans l'arriere- 

lifon pour l'ordinaire les maux fc 

ultiplient , ce fut dans ce Voyage 

plaifir , que la Reine-Mere fentic 

s premières douleurs de Ton Cancer, 

parut d*abord par une petite glan. 

^m au fein , dont elle ne s'inquiéta 

■'joint. Ce fut la caufe de fa perte i 

™r fi dans ce commencement elle 

^% 'eut cherché le remède , il auroic 

O 2 été 



iGC^i 



3*8 Mémoires pour ftrvlr 

1664, ^^^ peut-être plus facile d'en évitée 
les Fâcheufes fuites. La Reine , qui 
fe fentit gro^Te alors , fut à la Reine- 
Mere une joie beaucoup plus grande, 
que Ton mal ne lui pouvoit donner de 
peine : ce qui étoit augmenté par cel- 
le qu'elle avoir déjà devoir Madame 
en ce même état : elle l*étoic de cinq 
ou fix mois. 

Ce Voyage , qui avoit eu des ap- 
parences Cl agréables , fut fuivi dç 
beaucoup de chagrin. Certaines Pro- 
menades qui fe firent déplurent à la 
Reine - Mère ; elle trouva mauvai; 
que Madame de Brancas^ Femme dt 
fon Chevalier d'Honneur , eûç eu 
avec Mlle, de la Vailiere j car juf 
ques-là 5 le refpeâ: que l'on portoi 
aux Reines avoit empêché les Dame 
de Qualité de la fuivre. Cette Dame 
bxufque 5 & libre, Ôc peu obferva 
tri ce des Préceptes de l'Evangile , 
l'égard de la Charité que l'on doï 
au Prochain , en faifant Ces plainM 
au Roi de la réprimande que I 
Reine fa Mère lui avoit faite , lui 31 
que la ComtelTe de Flex , & la D«l 
chelfe de Navailles , étoient celles tfi 
fyoient -mis la Reine fa Mère « 

mil 



a VHlflotn à* Anne d'Autriche. 3 ï ^ 
mauvaife humeur contre elle, &pell;a i(?(?4. 
fortement contre leur vertu , qu'elle 
maintcnoît être fort ridicule. Le Roi 
fut fâché du chagrin que la Corn* 
telTe de Brancas avoit reçu , pour lui 
avoir voulu complaire ; & cette ba- 
gatelle fut caufe que lui & la Reine 
fa Mère furent quelque rems en froi- 
deur. Comme le Duc & la Duchcf- 
fe de Navaitles étoient déjà à demi 
réprouvez de la faveur , cette feule 
jplaincc de Madame de Brancas , pé- 
nétra le cœur du Roi déjà m«l difpo- 
fé pour elle , & y fît une playe qui 
devint incurable. Il eft à croire qae 
la Comtelfe de Soilîons leur ancienne 
Ennemie y mit auflî un appareil qui 
ne Icnr fut pas f-kiraire. 

Peu après , le Roi fuivi d:s Reines , 
&: de toute la Cour , alla s'écablir à 
"ontainebleau , pour y palFer une 
i^artie de l'Eté. Ce fut là , que le 
\o\ , fur une parole que lui répon- 
iit le D^c de Navailles en parlant 
l'une chofe de peu de confequence 
\\x\ regardoic les Chevaux- Légers*, ^lej^uc 
•nontra publiquement de fe fâcher de k^ 

\ ■ a \ r r \ " vailles les 

:ontre lui , & leur perte fut relolue , c^r^man- 
ic lui & de fa Femme. Us reçurent ^«">- 
O 5 com- 



^ Et) juin 



jiO Mémoires pour fervlr 

corm"nandement * de donner leur dé- 
miffion du Gouvernement du Havre- 
de - Grâce , de la Lieutenance des 
Chevaux- Légers , & de la Charge de 
Dame d'Honneur. Le Roi , qui en 
les éloignant de la Cour ne les vau- 
jut pas priver des Biens qu'ils y a- 
voient reçus & achetez , par juftice & 
par bonté leur £t donner , pour ré- 
compenfe de leurs Charges, neuf cens 
mille livres. 

La Reine- Mère , qui ne jettoit pas 
fouvent des larmes , quand le Duc & 
la Duchelfe de Navailies partirent, 
pleura leur dlfgrace , qui arriva mal- 
gré elle , èc malgré les prières qu'ei'e 
fit' au Roi 5 en leur faveur. Elle fen- 
tit leur Infortune de toute maniè- 
re -, car outre leur mjlheur elle, eus 
de la peine d*avoir vu trop claire-^ 
ment en cette occafion , qu'elle n'a- 
voir pas alors un grand crédit aupré; 
du Roi. La Reine en parut fâché( 
autant qu'en effet elle le devoir être ; 
elle pleura ; & malgré fa timiditc 
ordinaire, elle en parla au Roi, à 
ce qu*elle nous fit 1 honneur de noui 
dire , avec des fentimens dignes df 
l'Affedion 6c de la Fidélité de ceux 

qu'elle 



I 



À VHlftoire d'Avne à* Autriche, 3 1 1 
qu'elle perdoir. Elle embralTa la Du- 16^4. 
chede de 'Navailles , & Talfura en h 
quittant, qu'elle ne l'oubliroic jamais, 
La DuchelFe de Montaufier , jiiG- 
iqu'alors Gouvernante des Enfans de 
France , fut mife auflî-tôt à la place 
de la D-îcheire de Navailles. Selon ce 
que j'ai écrit de cette Dame , il etl 
aifé de juger qu'elle dcvoit ctre agréa- 
ble au Roi, non feulement parce qu'el- 
le avoit de belles qualitez ; mais à 
caufe que le mérite qui étoit en elle 
L'Cûit entièrement tourné à la mode 
il monde , 6c que fon Efprit étoit 
3:as occupé du defir de plaire 6c ds 
vjir ici bas de la faveur , que des 
uifteres douccu's, qui par des Ma- 
li mes Chrétiennes nous promettent 
es félicitez éremelli^s. 

La Maréchale de la Motte, hon- 
cte Femme 6c de bonne Maifon , 
ut mife Gouvernante de Monfei» 
usur h Dauphin. Ce ne fut nuile- 
lent pour fes éminentes qualitez 5 
ar , à dire le vrai, elles étoient mé- 
iocres en toutes chofes. Elle étoic 
otite-Fille ds Me. de Lanfac , qui 
avoir été du Roi, C'étoit un e<^aiid 
^icre i mais il n'auroic pas été fuf- 



3 12 Mémoires pourfervtr 

1664. fi ^"^nt pour l'appeller à cette dignité,, 
/î elle n'avoir été dans l'alliance de [i 
MondcHi- le Tellier , comme Parentel! 
proche de THeritiere de Souvré, qu'il; 
avoit depuis peu fait époufec à Ton» 
Fils le Marquis de Louvois. Pat ^ 
cette Prore<5):ion le fou venir des faa- î 
tes du Maréchal de la Motte , qui j 
avoit été contre le Service du Roi . | 
pendant les Guerres de la Régence Jl 
fut entièrement effacé j & ce quj| 
manquoit à fa Veuve , pour être pro't 
pre à ce grand Emploi , ne fut pa li 
remarqué. ;) 

La Reine- Mère étoit demeuré 
mal farisfivite de la hardietfe que-Ma 
darae de B^-ancas avoit eue de pa 
au Roi contre elle ; & (a tendrcfl,*! 
pour le Roi lui faifoit fentir douloUi|- 
reufement la froideur qu'il avo 
eue pour elle , depuis l'indifcretio 
de cette Dame , qu'elle foupçonno; 
encore d'avoir continué de manque 
an refpeâ: qu'elle lui devoir. L| 
Roi & la Reine fa Mère en furei^ 
enfin broiiillez , & parurent alors V 
fiblement mal enfemble. Le chagri 
de la Reine- Merc éclata tout- à-- fait 
après !a difgrace du Duc de Navai"' 

M 



Mai 

u-lel 



à l'Hlftoîre d'Anne d'Autriche, 515 
ks & de fi Femme , & la peine qu'elle 1^64. 
en reçut la rendit plus fenfîble fur 
les autres chofes. Le Roi , par certe 
Imême raifon , & par ce qu'il n'ai- 
jmoit pas ceux qu'elle regretcoir > fe 
lailTa toucher d'un pareil Sentiment, 
& montra que les perfonnes en qui 
la Reine fa Mère avoit quelque con- 
fiance lui déplaifoient. 

En ce même tems , cette Princelî<i 

:rouvA mauvais que le Roi eût fait 

•Kiger une affaire , qu'avoir au Con- 

Teil l'Abbé de Prière , contre ce 

qu'elle prétendoit que ce Prince lui 

ivoit promis. Ce Religieux vouloic 

éformer Ton Ordre : & comme la 

leine-Mere étoir la Protectrice de 

ous les bons delTeins , elle le voulut 

tre de celui - là en particulier ; car 

lie eftlmolt fa pieté. Il écoit mala- 

e 5 5i elle avoit prié le Roi d'atten- 

re qu'il fut en (anré , pour décider 

e fes affaires ; mais le Roi , à ce 

ue vit la Reine fa Mère, par mau- 

aife humeur contre elle , fit jager 

DU Procez en Ton abfence, & dit fur 

e fujet chez la ComtefTede Soilfons , 

ue l'Abbé de Prière fe portoit bien 5 

c que la Reine fa Mère n'avoit pas 

ic vrai , ou quelque choie ae fem- 



3i4 Mémoires poptr fervîr 

iC6^, blable qui ne parut pas obligeant 
pour elle. Ce coup la blefTa fenfi* 
blement , ôc cela joint avec le refte 
augmenta fa trifteire ôc Ça. douleur. 
Elle la témoigna au Roi p|r Ton filen- 
ce , Se par une refolucion qu'elle fie 
intérieurement de quitter la Cour, &c 
Àt Ct retirer au Val - de- Grâce. Le 
Tellicr , fçAchant l*état où étoicnt le 
Roi ôc la Reine fa Mère , fît ce qu'il 
put pour les raccommoder , & l'Ab- 
bé de Montaigii suffi 5 mais ils iV] 
réiifiirent pas. Ces deux Royale: 
Pcrfonnes croient fâche'es , & ne pou- 
voient ni Pun ni l'autre , fe reroudr{ 
de parler enfemble. Un de ces jours 
que leur chagrin étoit dans fa plu 
grande force , le Roi étant avec ) 
Reine fa Mère dans le Cabinet d 
fon Appartement , Monfieur Se Ma 
demoifelle , fortirent avec intention 
en les laifTant feuls , de les forcer d:) 
fe raccommoder -, mais k Roi , apré 
y être demeuré adez long-tems , touti 
né contre une Fenêtre , fit une grain 
de révérence à la Reine fa Mère é 
fortir fans lui rien dire. Je n*étoi 
pas alors à Fontainebleau x je fçflj 
néanmoins > comme fî j'y avois ér 
prefente , qu'elle en fut fenfibleme» 

toa 



iCiC, 



k l'Htflolre à'Jnne ctA^rtch. 3 1 j 
roiichée , Se qu'elle dit enfuite à iéé4. 
Monsieur avec le cœur plein de dou- 
leur, de parlant du Roi , P^ôhs voyez 
comme il me traite. Elle paflTa dans 
fa petite Chambre , appuyée fur lui, 
;allan: par defifus la Terraife > afin 
I d'éviter les yeux de ceux qui remplif- 
; foienc fon grand Cabinet. Là , elle 
I pleura beaucoup avec ce Prince , 5c 
! dit à une autre Perfonne qui fe trou- 
I va auprès d*elle , de qui je le fçus 
j quelque tems après ^5 ?enfez*voiis , vJrsZV 
j (]He mus ayons parlé enfemble , le Rot & éteit u 
nwl dam le Cabinet ? le vous aTure ^/'"^ 
♦ (jae non , & ^tte tiens en fommes fortts 
de la même manie-re cjue nous y étions 
'.entrez. Ce foir même, elle refufa 
d'aller fouper avec fa Famille , parce 
qu'en effet elle fe croovoit ma). Le 
iRoi, venant chez elle à l'heure du 
Repas, car ils parloient enfembie en 
public , rencontra la Reine qui s'en 
alioit à fon Appartement. H lui de- 
manda tout furpris d'où vcnoit qu'-' 
elle s'en retournoit avant que d'avoii 
foupé ? Elle lui répondît , que la 
Reine fa Mère lui avoit dit de le fai» 
re , pjce qu'elle ne vouloir point 
manger. Le Roi pâlit à ce difcours, 
O é & 



3l(? Mémoires pour fervîr 

^é4. ôc dcmeara tout interdit, il fuivit la 
Reine, qui alla fouper cbez elle , & il 
y demeura fans vouloir s'alî'eoir à ta- 
ble , appuie fur le derrière de la Chai- 
fe de la Reine. Il fit bonne mine en 
prefence des Spcâ:atears ; mais Ton 
cœur fort cftimable en cela foutfroit 
de la peine , & lui faifoit fentir, qu'il 
ctoit coupable envers cette digne 
Mère , qui l'avoit toujours tant ai- 
mé , & qu'il a voit jufques-là toujours 
tant honnorée. 

Le lendemain matin , la S' nora 
Molina étnit entrée dans l'Oratoire 
de la Reine^Mere , elle fut furprifc 
de la trouver tout en larmes. La 
>îolina voulut fortir , craignant dç 
l'avoir importunée , par la liberté 
qu'elle avoit pi fe , en ouvrant fc 
porte j ce que gueres de gens n'au- 
roient ofé faire dans les heures de fei 
Prières : mais cette PrincefTe la rap- 
pella , & fans lui vouloir rien cachei 
de l'état eu elle étoit lui fie figne d( 
fe mettre à terre auprès d'elle. Elli 
le fit y Se après lui avoir demanc!( 
en Efp^gnol ce qu'elle avoit , h 
Reine-Merc la regardant fixement 
avec des yeux remplis de douleur & 

d? 



k l'Hîjîoire à' Anne d'Autriche. 347 
de Lûmes , lui répondit ieulemenc i($^^ 
ces paroles , Ah ! Molîna ; eflos ht- 
JGS'^S &c après avoir un peu déchar- *^;, j 
dé fon cœur avec elle la renvoya. *^«/'«''» 
Cette vertueule Prmcefle, cherchant fami 
les plus folides confolations qtt'une 
ame Chrétienne puilTe trouver , a- 
voit fait ce même jour fes dévotions» 
& foh Confelfeur lui avoir ordonné 
de parler au Roi la première , &c de 
ne plus écouter , ni fon dépit , ni fa 
douleur. Elle s'étoit refolue auffi^tôt 
de le faire , trouvant jufte de facrifier 
tous Tes fentimens à Dieu. Elle ne 
penfa donc plus qu*à parler au Roi ; 
mais elle me fit l'honneur de me 
dire peu de tems après , que ce ne 
fut pas fans peine , & que les humi- 
liations qu'elle eut peur d'y rencon- 
trer la firent foufFrir quelques angoif- 

Le Roi , de fon côte, par fon bon 
fiaturel , mal fatisfait de lui-même , 
alla la trouver avec une intention fin- 
cere de fe raccommoder avec ellej 
mais Tenvie que la Reine fa Meie 
avoit d'obéir à Dieti 5 fit que voyant 
entrer ce Prince dans fa Chambre elle 
fe hâta vîtement de parler à lui la 

pre* 



3i8 Mémoires pour fervtr 

16Ô4* preraici'C. Elle m*a faic l'honneur de 
me dire aiilîîj en me faifant part de 
toutes ces chofes , qu'elle avoir été 
très-fatisfaice du Roi , ôC que Dieu 
avoir pleinement récompenfe le fa- 
crifice qu'elle avoir eu intention de 
lui faire. Ce Prince lui parla d'une 
manière obligeante & fourni fe , il lui 
demanda pardon à genoux : il pleura 
de douleur avec elle d'avoir manque 
contre elle , Se lui fît paroitre des 
fentiniens ii tendres & Ci refpedueux, 
qu'elle eut alors fujet de bénir Dieu , 
* C(s de lui avoir donné efiûs Hijos * 3 qui 
E»/<i«j. j^ faifoient quelquefois fouffrir , par- 
ce que nul n'eft parfait j mais qui 
lui donnoient plus fou vent encore 
beaucoup de fujets de joie & de con- 
folation. Le Roi lui avoiia qu'il 
n'avoit point dormi route la nuit j 
par l'inquiétude qu'il avoir eue de 
voir qu'il \i\\ avoir déplu 5 & com- 
me elle avoir fait connoirre à èc Tel- 
lier , les foubaits qu'elle avoit (ou- 
vent de fe retirer au Val-de-G^ace , 
& qu'il en avoir averti le Roi , cet 
illuftre Fils la pria inftamment de n'y 
pluspenfer, Se la prefTa de lui don- 
ner fa parole qu'elle ne le qiiîtteroit 

point* 



a l'Hflolre d*Anne c^Atitrïch'] 3 29 
poinr. Ces deux Royales Pcrfonnes , i66^ 
k communiquant ainfi l'un 3 l'autre 
leur relFencimenc ôc leur repentir , de- 
meurèrent plus contens , éc fatisfairs 

j de leur mutuelle Amitié , que s'ils 

' ii'avoient point eu de peur de la bief- 
fer j 6: dans ce raccomniodemenc , 

: ils en connurent mieux la grandeur. 
Le Roi fît parc de' fa joye à le Tel- 
lier , & lui dit , a ce que ce Miniftre 
me conta lui-même quand je le vis 3 
que (\ la Reine fa Mère n'eut point 
commencé à lui parler la première, 
il étoic allé la trouver avec intention 
à'tn faire toutes les avances ; lui a- 
vo'danc qu'il avoit fenti, qu'il n'au- 
roit pas pu vivre content fans elle, & 
que l'amitié qu'il avoit pour la Rei- 
ne fa Mère , l'auroit obligé de faire 
routes chofes pour fe remettre bien 
avec elle. 

Après cette heurcufe Paix , ia Rei- 

• nc-Mcre , non feulement Mère par 
tendreflfe , mais, Mère véritablement 
Chrétienne , reprenant aufli - tôt fcs 
fentimens de vertu & de fagelTe , ne 
manqua pas de parler au Roi de l'é- 
tat où il étoit. Elle lui dit , Qj^îl 
étoit trop enivré de fi frspre Grandeur , 



i 3 o Mémoires pour fervtr 
tCGx* 5^'^^ ^^ donnoh point de bornes , ni à 
fes àejïrs y ni a fa veangeance. Elle 
lui reprefnra le péril où il écoic du 
côté de fon falut , &: lui die enfin , 
tout ce qu'elle pût pour le faire ren- 
trer en lui-même , & pour l'obliger 
du moins à defîrer de pouvoir rom- 
pre les chaînes qui le tenoient atta- 
ché au péché. Il lui répondit cordia- 
lement , avec des larmes de douleur, 
qui partoient du fonds de fon cœur 
où il y avoir encore quelque refte de 
fa pieté pafTée ; Qii*d connoijfolt fon 
mal , (jiiii en rejfemolt ^uelijuefois de la 
peine , & de la honte j ^hH avoh fait 
ce qtiil avoh pUy pourfe retenir d'offenfer 
Dieu , & penr ne fe pas abandonner a 
fes TaJJîons ; mais e^nil étolt contraint 
de lui avouer , qti elles étalent devenues 
fins fortes cjue fa ralfon j (jull ne pou" 
votl; pÏHS rejtfter a leur violence , & 
qH*ll ne fe fentoit pas même le defîr 
de le faire^ Il li* avoiia qu'il avoit 
long-tems difputé contre lui-même , 
pour nt pas demander aux Femmes 
de qualité de fuivre Mlle, de la Val- 
liere \ mais qu'enfin il avoit refolu 
que cela feroit , parce qu'elle le de- 
fuoit , 6i qu'il la prioic àt ne s'y pas 

op- 



il l'Hiftolre d'Anne (^Autriche, jjl 
Iporer, Cette augufle Mère lui dit , ié^4'' 
Que c'étolt quelque chofe de cofincitre 
qu'il avoit tort j que p-ar-^lk H fOHVolt 
voir que D'tune tavott pas tout- à fait 
abandoup'^ ^ mais quil prit garde a ne h 
pas irVfier entièrement ; & quelle le 
priait du moins de lui demander la grâce 
des bons defirs , e^ celle de mieux faire* 
Comme le Roi venoic de chafler le 
Duc &c la DciehefTe de. Navaiiles , 
cette PrincelTe lui dit , qu'elle avoit 
réfolii de ne lai pas pailer de lear 
Difgrace 5 voyant combien toutes Tes 
prières leur avoient été inutiles ; mais 
que pour le feul intérêt de fa gloire, 
elle vouloic encore lui dire , qu'il fa- 
loi t qu'il confiderât <^u'il les ch.nfToic 
parce qu'ils avoitnt de la Vertu, fl 
lui répondit , Qu'il ne pouvolt non plus 
fe vaincre fur cela , que fur le refte , & 
qti*ll voulait fe vangtr dn Mari, & 
de la Fer^me -, que la Comte ffe de Flex^ 
& mot , étions encore de ces PerfonneJ 
quil avoit (H a/fez envie de chaffer -, & 
qu*il l^avoit penfe faire vingt fois pen» 
dam fa maladie, La Reine- Mcte fut 
étonnée de ce que le Roi lui dit fur 
la Comteffe de Flex &: fur moi. Elle 
fie ce qu'elle put pour lui juftifier 

ri a- 



55^ ^^Tnoires pottrfervhr 

1664, l'innocence de fa Daaie d'Honneu 
Ôc Ces bonnes intentions. Elle le de- 
voit à l'eftimc qu'elle avoir pour elle 
6c au rang qu'elle tenoit auprès d*elle 
Le péril étoit alors palTé : il ne revin 
plus 5 Ôc je doute même que cette Da- 
me l'aie fçn. Le Roi lui avoiia auiïi. 
que M idame de Brancas lui avoit dii 
ce certaines chofes contre elle , qui 
auroient pu les brouiller davantage 
cnfemble y mais il lui fie conno^trc 
en mêi-ne tems , que félon les fenri- 
j-nens de Ton cœur , cela auroit eu 
difficile. Apres ces Eclaû-cilTemens . 
la Reine -M:!re demeura auffi affli- 
gée de l'érat où écoit l'efprit du Roi; 
qu'elle étoic contente d* Ton cœur 
éc de fa (incerité j ce qui l'obligea de 
redoubler Tes prières , ôc de faire beau* 
coup prier pour lui. 

Les chofes que je viens ^e dir( 
peuvent faire voir que le Roi avoii 
en lui de grandes coatrarietez j que 
fes vertus étoient mêlées de ce qui 
leur étoit oppofé j Si que portaiiî 
en lui le caraclere commun de la 
fragilicé humaine , il n'étoit pas tou- 
jours lage , ni toujours jufte j mais 
j-c ne puis m'empêeher de dire auffi 

qu'à 



à l'Hlfioire à' Ame d'Autriche, 333 
ju*à mon fens , il y avoic beaucoup de ié54i 
aifon à connoirre qu'il n'en avoic 
joint, qu'il y avoit de la force dans 
*iiveu qu'il faifoic de Tes foiblelTcrs 5 
5c beaucoup d'humilité Chrétienne à 
.'accufer de fes propres in)ufticcs. Il 
lefauc pas prétendre que les Hom- 
nes , pour erre dignes d*une haute 
ftime , & pour être mis an rang àts 
-iiros 5 foieni exempts de défauts. Il 
îe s'en trouve point de tels » & Dieu 
•eul efl: parfait. Les Cefars , les Augu- 
res, les Conftanîins, & les Theodcîes, 
>nt tous como^is des crimes, & leurs 
'•affions ont triomphé de leur raifon, 
s: de leur équité, La différence qu'il 
a d'eux à ceux dont la mémoire efl 
es'riOîittttt:^/^ c'efl: que leurs vertus 
nt furpîfTe leurs vices , quils les ont 
onnus , & qu'ils en ont eu du moins 
e la honte 3 que par leurs fentimens 
s ont, démêlé le bien & le mal , & 
a'ils ont eftimé l*un , & condamné 
autre. Ceux d'entre ces grands hom- 
mes , qui ont été Chrétiens , ont plus 
ait , ils ont fait pénitence du mal 
[u'ils ont vu en eux. Il faut fouhai- 
er que le Roi fuive leur exemple en 
ela, comme il leur relfemble dans les 

gran- 



334 Mémoires pour fervîr 
1^64, grandes chofes qui les ont fait ad 
mirer. 

L^ Reine- Mère , voyant les mai 

vaifes difpofîtions où étoit le Roi 

mon égaid , eut la bonré Je s'en ir 

quiéter j Se jugeant que dans le teir 

que mes Amis écoient chaiTez , îLb 

faifoit pas bon pour moi à la Coui 

elle me fît la grâce de me mander d 

n*y pas aller j C\ bien que je demeurj 

à Paris , attendant fcs ordres, & q;i 

les chofes fulfent adoucies. Q[uari 

enfuite )'eus l'honneur de la voir. 

Vincennes , où la Cour vint pafft 

quelque tems , eiU me conta toute 

ces particularitez. qu£^ je viens d'ecri 

re , que peu de perfonnes ontTçjcs 

i c ia Molina m'apprit les llbiTes^qa^t 

h lui avoit- vu cépanarç *^ans f( 

Oratoire» 

La converfation du Roi .Si de 
Reine- More , ôc leur raccommode 
ment 5 n'avoit pas été avantageux à 
Comcede de Brancas, Son Mari et 
un Homme , qui naturellement avoi 
beaucoup d'efprir. Après avoir éi 
libvirtin <3i dcfordonné , il paroiffo 
converti êc dévot. Je croi du moir 
qu'il le vouloit être , mais qu'il ne l'é 

toi 



kl*H>fidr€À*Anr}€d'Amrîche, jjj 

pit pas toujours , & qu'avec de boa- lé^î-» 

Jies intencioiis il n'avoic pis une con- 

uice cgale. Il écoic d'un tcmpé- 

iammenc emporté , Tes PafTions a- 

•oient trop de pouvoir fur lui, & il y 

efiftoic rarement. Je fçai qu'il s'en re- 

lentoit , & que les feveres châtimens 

ju'il fe donnoit à lui-même égaloîenc 

)ar leur excès celui de Tes foiblefles. Il 

ft à croire que devant D^eu elles é- 

oient moindres que fa pénitence. Il 

-oit nos miferes , & les pardonne ^ 

bais devant les hommes , il ctoit trop 

»pre après la faveur , & fouvent in- 

jfte dans Tes jugemens , parce qu'il 

^s faifoit fans examiner la vérité des 

hofcs qu'il vouloit eroire. Ce que 

i Roi avoit dit à la Reine fa M^re 

e la Comtcire de Brancas n'avoit pas 

la à cette PrincelFe ; elle s'en fouve- 

ûir, il arriva donc qu*un matin , 

liant à la MeiTc appuyée fur Brancas 

)n Chevalier d'Honneur , elle le 

uitta pour aller dire à fa Femme , 

u'elle vit à genoux dans un coin de 

i Chapelle , Qu'elle lui ordonmk de 

e jamais parler d'elle avec le Roi , 

T de ne la mêler jamias dans fes d'f- 

'^f, p'aboid le Comte dç -Brancas 

crut 



5 5 ^ Mémoires pour fervîr 
i66\, CLUt que la Reine-Mere avoir été pâlC 

1er à fa Femme , pour lui faire ué> 
faveur , ôc dans cette penfée il voulcw 
lui en rendre grâce ; mais la Reiriw 
Mère lui dit froidement , Ne m*i 
remerciez pas , Brancas : c*eft que je 
dèfsnâols à votre Femme , âe nommef^ 
mon nom an Rot, il fut furpris Ak 
cette Déclaration. Le M^ri & ki 
Femme parurent atîligés : ils crièrent 
contre les mauvais offices qu'ils dî'-i 
foient qu'on leur avoit rendus ; & fc'i 
plaignirent de la ComtefTc de Fiex'j 
difant qu'elle avoit blâ^ié Madame* 
de Brancas , devant la Reine-Mere 
des complaifances qu'elle avoit euëî 
pour le Roi. D.^ns le vrai , je croi 
qu'ils ne pou voient avec juftice Ci 
plaindre Je perfonne , & que leur ma«^t 
niere d'agir les avoit décreditez; car 
voulant acquetir les bonnes grâces doi 
Roi par des voies que luî-mcme n'efi. 
timoit pas , & confervcr celles de la 
Reine-Mere avec fon eftime , il leur 
avoit falu faire & dire des chofes A 
oppofées les unes aux autres , qùô 
cela feul les ^ivoit fait tomber dans do 
fâcheux embarras, dont les fourceS' 

6 les effets ne pouvoicnc tarir facile- 

menCj' 



a l'H'iftolre ^Anns d* Autriche, j 5 7 

nenr. Pendant qu'ils peftoient con- jéé^t 

rc leurs Ennemis imaginaires , ils fai- 

bienc valoir au Roi ce qu'ils fouf- 

Toienc pour lui , & travailloienc à le 

endre leur l>efenfeur. J'eftimerois 

eur h-ibileté , s'ils avoient eu autant 

l'application à ne point détruire les 

litres > qu'ils en avoient à rétablie 

nirs Affaires. Elles fe trouvoient en 

mauvais état par U difgrace de Fou« 

aec , &c le befoin qu'ils avoient de la 

aveur excufe leur conduite , mais ne 

jewc juftifier leurs faufTes accufations 

■lites trop légèrement , ni ce que Me. 

2 Brancas avoit dit au Roi, en per- 

iiu le refpeâ: qu'elle devoit à laRei- 

MMere. il leur plut enfin d'en ufec 

nfi , ôc peut-être qu'enivrez de leurs 

fions, ils étoient perfuadcz que ce 

.î'ils difoient étoit veiit-iblc. Le dé- 

)ut que la Reiue-Mere avoir contre 

X s'augmenta par leurs plaintes, qui 

'. effet n'étoient pas juftes. Cette 

rincelfe , par un motif d'efti me pour 

Comte de Brancas , lui avoit voulu 

)nner .ies avis fur ù Famille , qu'il 

oit mal reças , & de là procêdoic 

lit le rcfte : mais la Reine-Mere 

'^ic accgucmnée à pardonner , elle 

eu 



5^8 Mémoires pour fervîr 

i66i» en avoic fait une habitLide cftimabîc 
dans des occafions plus fortes & plus 
grandes , que celle dont je parle ; & 
voulant donner au tetTipéramenc du 
Comte ôc de la Comtelle de Brancaî 
ce qui avoit pu lui déplaire , elle l'ou- 
blia en faveur de leurs intentions 
qu'elle ne crut pas mauvaifes , & m 
laiifa pis de les traiter favorablement 
Ce n'dft pas que je ne fois perfuadce 
que ce qu'elle eut à facrifier à Di^i 
en cette occafîon lui coûta beaucoup^ 
parce que tout ce qui regardoit h 
Roi la touchoit vivement 5 non poin 
par fa qualité de Roi , mais par 1, 
tendrelfe qu'elle avoit pour lui* 

Pendant le féjour de la Cour 
Fontainebleau, Madame accoucha d*u 
Fils , dont la Reine- Mère témoign 
une grande joie , & le Roi parut ei 
relfcntir autant, que fi ce prefent d 
Ciel lui avoit été donné à lui-même 
Il fat, appelle le Duc de Valois , pou 
reirufçiter en lui cette illuftre Branch 
qui a donné tant de grands Rois à l 
France, 

.Eufuite de toutes ces chofcs , I 
Cjour revint à Vincennes , où j 
l'houneur de revoit la Reine i apré 

un 



k l'H'jh'ire â'Ame d'Autriche, ^39 
une longue conveiTation avec elle, j^ i^Gx. 
tt'onvai qu'il croit necetlnire de paiiec 
au Roi. Je le fis , 6c je le fuppliai de 
croire , que comme j'étois Çiàdlt à 
mes Amis > je l'étois davantage à 
mon Maître ; & qu'il écoit impofïî- 
ble , félon mes fentimens , que je puf- 
fe manquer à ce premier devoir. Il 
me fie bon vifage , 6c me fit l'hon- 
neur de me répondre obligea ment ; 
c'eft-à-dire à fon ordinaire , peu de 
fiUabes , mais qui ne laitTercnt pas de 
me redonner de la vie ^ 6c des forces, 
'pour fouffrir les chagrins fréquens 
d'un Cl méchatir Pais , que l'on haie 
fouvenc par raifon , mais que l'on ai- 
aie roujour* naturellement. 

Sur la fin de Septembre , MonHeur 

k'Madame allèrent k Villers-Coterêcs» 

i^a Reine-Mere par complaifance y 

idla auffi , & y fot deux jours. A fou 

erour , le Roi y fit un Voyage , 6c 

ailfa la Reine à Vincennes, qui étanc 

i^rolTe ne pouv<>it aller avec lui, Cer- 

e PrinceUe , fe voyant privée de cette 

acisfadion, auroit du moins fouhaité, 

[u'il eut voulu y aller en compagnie 

.loins agréable , que celle de Mlle, 

e la Valliere, qu'il avoic choifie pour 

Tme r. P l'y 



340 Mémoires four fervlr 
l£é4^. l'y mener. Elle en pleura fenfible- 
ment , & le Roi qui la trouva toucc 
,cn larraes dans Ton Oratoire , h vciKc 
de fon départ , adoucit Ces peines , en 
lui témoignant d*y prendre part ; & 
pour la guérir des maux preftns , que 
îa jaloufic lui faifoit foufFrir , il lui 
fie efperer qu'à l'avenir , il quittcroii 
la qualité de Galant pour prendre \ 
trente ans celle de bon Mari, Ls 
Reine-Mere prit le foin de guérir 1( 
irefte de fa triftcfle , & tout je palfa • 
l'ordinaire , c'tft-à-dire, que Tes dou 
leurs finirent par le retour du Roi 
dont la prefence la gueriiroit de tou 
fes maux. 

Le quatrième Odobre , la Reine 
Mère étant venue de Vincennes à Pa 
ris vifiter les petites Carmélites , ( 
jtrouva mal «n ce lieu. Elle eut m^ 
au cœur , & une manière de foiblefll 
De là, elle alla coucher au Val-dt 
Grâce , où elle eut une roauvaife nui 
Le Roi ce même jour ayant Tçu que : 
Reine fa Mère s'étoît trouvée mal, i 
<|u'elle n'avoir pu revenir coucher 
Vincennes 5 partit à huit heures à 
foir , ôt courut au galop lui faire ui 
vifitc, moûUanc par fon eroprelTeme] 



11 



à l^H'tfioke J^Anne d' Autriche, 3 4 1 
! & Ton inquiecuJe , que Ton anacié ié&4, 
pour elle avoir de fortes racines dans 
Ton cœur. La Reine - Mère en fut 
touche'e , & lai en témoigna fa re- 
connoiflTance , par les louanges qu'el- 
le lui en donna, A fon recour à Vin^ 
cennes > un jour qu'elle gardoic \z 
chambre , il lui amena Mademoifelfe 
de la Valliere. il n'eut point de petn: 
que la aeine la vit , parce qu'elle fe 
trouvoit mal auflî j mais quand eU 
le fçuc que cette Fille e'toit ch.z U 
Reine Ci Mare, & qu'elle iouoit avec 
te Roi , Monsieur , & Madame , dans 
fa Chambre ; elle en fut exccfli- 
vement affligée : & comme alors \t 
me trouvai par hazard auprès d'elle, 
dlc me commanda d'en parler à 
a Reine fa Merc. Je trouvai cette 
];rande PrincefTc enfermée dans fou 
aratoire, apparemment fort incom- 
nodcc de ce que le aoi avoit fait» 
Auffi-tôt qu*ielle me vit , elle rougît > 
M ne voyant que trop dans fes yeux, 
[u'ellc devinoit mon Amba[Iade,jc 
le lui en dis rien. Je refermai la por- 
.5 du lieu où elle ctoit enfermée i & 
iion filencc refpedueux lui fit bien 
lieux entendre t que je ne l'aurois pu 
P t faire 



54^ Mémoires pour fer vîr 

îl^4. faire tout ce que je craignois de lui 
dire, La part qu'elle avoit eue à cet- 
te petite avancure , ayant été en elle 
une complaifance forcée , ces refle- 
îcions la firent beaucoup fouffrir j fî 
^ bien que le lendemain elle en parla 
eUe-mêaie à Ja Reine fa Fille ,* & je 
fçai qu'elles demeurèrent fatisfaices 
Tune de l'autre. Pour moi , je m'en 
revins coucher à Paris , fans retour- 
ner chez la Reine j car ne pouvant a- 
iors lui donner de conlolation pat 
nies fervices , je me confiai en la pru- 
dence de la Reine fa Mère, que je con- 
jîoiifois trop parfaitement , pour dou. 
ter qu'elle pût oublier de s'y employei 
toute entière. 

Je ne puis en cet endroit m*empé- 
cher de dire une chofe, qui peut fair 
voir combien les gens de U Cour pou 
' l'ordinaire ont le cœur & i'efprit gât 
ôc rempli des méchantes Maximes di 
Alonde. Dans ce même moment qu 
la Reine m'avoit commandé d'aile 
parler à la Reine fa Mère, jerencon 
trai Me, de Montaufier , qui étoi 
javie de ce dont la Reine étoit au de 
' fefpoir. Elle me dit avec une grand 
^xclamatioii de joie , yoyez - '^^ons 



aVH''fîûtre à^Anneà'Apitrkhe, ^^f 
Jd'^darne ? La Rewe-Alere a fait une i4é^z 
A[ilon admtral'le , à'avoîr voitiu voir 
la l^'dlîere, f^oiia le tour d'une trés^ 
habile F-mme , & d'une h^nne Voll^ 
tii^^e. Mais y joiica cette Dame > W- 
le eji Jî fotble , cj^e nous ne pouvons 
pas efperer qu'elle fouùenne cette ac-- 
tion comme elle le devrait, Vcr^ita- 
blement , je fus étonnée de voir dans 
la Comédie de ce monde combien la 
difF.:rcnce des fencimens fait joiier de 
difFerens peiTonnages j & ne voulant 
pas lui répondre je la quittai, cou- 
rant comme une perfonne qui ayanc- 
une affaire ne pouvoir pis l'écouter. 
Le Duc de Montaufier , qui étoit en 
réputation d'homme d'honneur 3j_ me 
donna qua(î en même temps, mais fur 
un autre fujet y une pareille peine ; 
car , en parlant du chagrin que la 
iReine-Mere avoit eu contre la Corn- 
teffe de Brancas , il me die ces mê- 
cnss mots : Ha ! vraiment , la Remc' 
\Mere eft kkn plalfante , d'avoir trcH- 
vé mauvais , qi-t Mcîdame de Brancas 
ait en de la cornplalfance pour le Roi ^ 
■?n tenant compa>7nle a Mlle, de la V^l" 
lî^re, SI elle é'.olt habile & [âge ^ elle 
icvrolt être biea alfe , qi^e le Roi fûta 

p i *î. 



344 Mémoires pour fervîr 
1664, amo> rettx de Mlle, de Brancas \ €4r ^ 
étam FilU d'un Homme ^ui efl a elle , 
& fon premier Domeflià^ue , hti , fn 
femme , (^ fa Fille , lui rendrolem d^ 
tons cfi es auprès an Roi, Nous de- 
vons lour à Ditu , Ôi rien ne doit c- 
tre dans notre cœur ôc dans notre vo- 
lonté au dclTus de lui. Il nous com- 
Biande d'obéiï' au roî y mais nous ne 
lui devons cette obéiflTance , que dans 
tout ce qui n'efl point contre la Loi 
Divine. Sur ce principe , je laide aux 
Cafuiftes à décider de la qualité des 
fentimens de Monfîeur & de Madame 
de Montaufier. lis avoient voulu que 
leur Fille montrât l'exempk aus au^ 
très de fuivre Mademoifelle de la Val- 
liere j ôc comme ils avoienc demande' 
permiffion à la Reine , qni la leur 
avoit refuféej l'excès du dépix qu'ils 
en avoient, leur faifoit dire avec hipo- 
crifie , & dans le delTein de couvrii 
la lâcheté de leurs difcours,, que k 
Reine- Mère, par une opiniâtreté in- 
digne d'une Mère Chrétienne , avoii 
^contribué au péché du Roi fon Fils 
au lieu de travailler à l'en tirer 5 corn 
me elle le faifoit fouvent , par Tes fa- 
ges confeils. Us auroienc voulu , au 

con- 



k l'Hifione d'Anne â'AHfrîche. 5 4/ 
contraire , qu'elle y eût pris une part, 16^4.' 
qui l'auroit rendue indigne des mifc- 
ricordes Divines , & indigne même de 
Teftime du roi Ton Fils j car ce Prince 
; avoit trop de difcernement , pour croi- 
re qu'il eut pu voir fans mépris ce quf 
de foi auroit été fi méprifable. Je ré- 
pondis à Monfieur de Montaufier, qu*il 
me fembloit avoir remarqué dang^ 
l'H ftoirc que Catherine de Medicis 
s'étoit deshonnorée pour avoir eu de 
; pareilles compîaifances pour les Rois 
1 les Enfans ; & je ferois fà:hée , pour 
Tinterêt que je prenois à la Gloire 
à! Anne d'Autriche , qu'elle fût capa- 
ble d'en t.iire autant. Je fuis même 
perfuadée comme d'une vérité indubi- 
table , que le Comte de Brancas , mal- 
gré fes emportemens , avoit trop de 
eonfciencc & d'honneur , pour déli- 
rer d'entrer dans de telles Avantures 5^ 
Mademoifelle de Brancas non plus , 
qui étoit aufli fage , qu'elle étoit bel- 
le, & que la Reine « Mère aimoic , 
pour fa finguliere moieftie : je fuis 
obligée de dire , que les Confeils, que 
cette Princelle avoic donnez à fon Pè- 
re ne la regardoient pas: ils avoienr 
été de{line2i feulement à la correc- 
P 41 tion- 



34^ Mémoires pour fervlr 

1^54. tion des inconfii^erations de Me. de 
BrancAS fa Mcre. 

Le dixième Odobre^ toute la Cour 
partit de Vincennes pour aller à Ver- 
failles paiFer quelques jours dans les 
DivertUlemens que le Roi leur piepa- 
roir. L.a Reine qui alors c'toic a- 
vancée dans fa groUlfTe , avoit eu des 
maux de reins, qui lui avoienc fait 
peur: ellf eut voulu ne point alier à 
ce Voyage , de crainte de fe bkiîer j, 
car, elle aimoic à Te conferver dans 
fes grolfcires. Le Roi', pour l^y en- 
gager, Ô2 guérir fon inquiétude & fes 
Lu'mes , prit le foin lui-même de lui 
faire compcfer une Chaife , qui ref- 
fembloit tout-à-fait à un Lit portatii-"; 
êc j de 'l'aveu de la Reine, elle s'y 
trouva commodemcnti Comme il 
ccoit avantageux au Roi d'avoir des 
Enfans , & que les voyages font tou- 
jours dangereux à une Femme qui efl: 
en cet état , il femble qu'il étoit de la 
prudence de préférer à fes plaifirs la 
confervaiion de la Reine j. mais ce 
Prince étoit dans cet âge , 011 quafi 
toujours le cœur l'emporte fur tout le 
rt^fte. Le jour nue la Reine partit de 
Yîncennes , elle vliiC doucement dans 

fi 



îfi VHifloWe à* Anne â* Autriche, 3 47 
Ts^'Machuie diner aux petites Carmeli- iC^^t 
tes fes Favorites , & elle leui fit parc 
ée Tes chagrins. 

La Reine-Mere alla droit à Ver- 
failles , & au retour de ce petit Voya- 
ge, elle palfa par Challiot où j'étois^. * Dar.sls 
Elle nous fit l'honneur de nous faire ^^^'%1] 
part à la Mère de la Fayette, Supe- î>urie de 
rieare de ce Couvent , 2 ma Sœur , & ^^''"^^'''"■• 
à moi, des peines qu'elle y avoir eues, 
par l'humeur chagrine bi laloufe de 
la Reine, qui n'avoit pas autant d'ex- 
Jperience des chofes dn monde , 6^ de 
force d'efprit pour s'yfoutenir, qu'el- 
le lui en auroitfouhaite. Parles fen- 
timens que nous lui vîmes , nous 
connûmes clairement, que tous les 
évenemens de la Cour , bons , ou 
mauvais , comribuoient également ^• 
fa perfedion ; ce qui lui donnoitun^ 
^rand de(îr de ne plus rien defîier que 
ijieu : mais, il lui falioit beaucoup' 
oufFrir , avant q-ue de polîedrr ce 
5onheur , non feulement en. fa per- 
onne , mais encore en celle de la 
eine même , qui tomba dangereufe- 
ent malade le quatrième de Novem- 
e. Son mal commença par une fie- 
tierce,. qui fut accompagnée de 



3 4^ Mémoires pour fervîr 

ïé(^4., fâcheux accideiis. Elle eut de gran-. 
des douleurs aux jambes j ôc fcs dou- 
leurs , qui furent violentes , furent 
fuivies de Ton Accouchement, qui fut 
à huit mois , d'une princeflè qui vécut 
peu de jours. 

Le lendemain , elle eut des convuU 
£ons qui fîient craindre qu'elle ne 
mourûr. Le Roi , fuivant la loi de 
ces conirarietcz étonnantes qui fc 
trouvent en lui , comme en plufieurs 
autres hommes > montra en cette oc- 
cafionj^ félon qu'il a voit accoutumé de 
le faire , des fentimens fore tendre; 
pour la Reine. Il pleura , & dans f 
douleur 3 outre les marques qu'il lu 
donna de fon Amitié , il en fit voir d( 
fa Foi., il envoya diftribuer quantit< 
d'argent aux Pauvres , & aux Prifons 
pour délivrer les Prifonniers: il fi^t de 
Yoeux pour la vie de cette Princef 
fe qu'il eftimoît par fa vertu , & qu'i 
ne pouvoit haïr , vu fa beauté, & 1 
tendreflTe craintive , refpeâ;ueufe ,, t 
foumife, qu'elle avoit pour lui. 1 
dit au Maréchal de Yillcroi , dans 1 
rems qti'elle fut en travail , qu'encor 
que ce fût pour lui un grand malheu 
îe perdre m^ Enfant 5 il s'en confole 

rx3it 



kl*Hifiotred*Ame à' Autriche, 349 
j itoit > pourvu que Dieu lui fie la grâce li^, 
1 de lui conferver la aeine, & que fon 
I Enfant pût être bapcifc. 
! La Reine - Mère fut fenfiblemenç 
touchée du péril où elle vit la Reine. 
Elle la fit refoudre , malgré fa ten- 
dreire , & la peine qu'une jeune Per- 
I fbnne fent d'ordinaire à la mort , à re- 
cevoir le Saint Viatique. Elle lui ap- 
prit qu'elle étoit en danger , & dit en- 
fuice à ceux qui s'étonnoient de la 
; force 5 qu'elie avoit eue à lui annoncer 
jcette trifte nouvelle, qu'elle atmoh la 
Reine , mah (^n'elle fopihaitou pins ar^ 
'' demment , de la voir vivre dans le 
G'iel , i]He fur la Terre, Le Roi ac- 
compagné de toute la Cour , alla au- 
devant K\x Saint Sacrement, & la Rei- 
ne- Mère demeura dans la Chambre de 
la Reine , qui , après avoir communié,, 
dit qu'elle éroir bien confolée d'avoir 
reçu Notre- Seigneur, & qu'elle ne 
itcgrertoit la vie , qu'a caufe dLiRoij. 
; à'efia M^i^er y "^ montram'du doigt' *r ^/. 
la Reine -Mère. Mais enfin D'eu la ntuie^;^ 
redonna à la France , ao Roi , & à la 
Reine fa Mcre. Elle guérit le dix-hui- 
tié'i^e de Novembre , après avoir pris 
de l'émétique, . 

P é. La 



m€i 



5 5 o Mémoires pour fervlr 

iCé^, La Reine-Merc, depuis queiqua 
tems , & particulièrement dans cette 
maladie de la Reine , fentit de confit 
derables douleurs à fon fein. Com- 
me elle avoir trop négligé ce maU 
elle fut furprife de voir qu'tn peu de 
tems il empira notablement \ de par 
la jaunear de Ton vifage , on vit que 
la trifteire , qu'elle avoïc eue du péril 
où elle avoit vu la Reine , lui avoit 
été nuinble. Elle avoit confulcé les 
Médecins fur le. commencement dei. 
cet étrangç mal , & ils y meîcoientî 
alors de la ciguë , qui ne lui fit poinci 
de bien. Elle avoit en le deilein , h 
ce qu/e.lle iTie fît Thonnei^r de me dif 
r^, de fe mettre entre les mains de 
Vûllot, premier Médecin du Roi , qui 
pour être verfé dans la connoiirai> 
cèdes Simples & de la Chimie, pnroif* 
I foit devoir connoitrc des remèdes j 
spécifiques pour cette maladie ; maij 
il montra tant de foiblefTe à fouteniil 
Tes Avis contre ceux qui lui étoiem| 
oppofez , qu'elle en Fat dégoûtée. Sêil 
gain , qui éroit fon premier Mede 
cin , étoit un Homme fçavant à 1, 
mode de la Faculcé de Paris , qui c£] 
de faigaer toujours , ôcdene fe fervi;| 

poiflii 



il n-îlfiolre d'Anne d'Autriche, yyi 
point des autres remèdes. Il n'avoit lééi» 
gaeies d'expérience ; car il écoit venu 
jeune au Service de la Reine. Pour fur- 
croit de malheur, il étoit padionné, & 
n'eftimoit le confeil de perfonne ; & 
fans connoifTance d'aucuns remèdes 
particuliers pour le mal de la Reine- 
Mere , il s'oppofoit feulement à tout 
ce que l'on propcfoir pour elle : fi 
bien que dans ces commencemens el- 
le demeura indécife , & pendant cette 
fufpenfion fon mal devint fi grand y 
qu'il fallut auûi- tôt y apporter les re- 
mèdes extrêmes. Cette PrinceiTe 5 ns 
trouvant du fecours en perfonne , fuc 
contrainte, de s'abandonner aux paf- 
fions des Hommes, qui la tourmen» 
terent plus que fon propre mal,. Ses 
Serviteurs avoient auffi chacun leur, 
opinion particulière , fur la conduite, 
qu'elle devoit teiiir : les uns écoienc 
pour Vallot , les autres lui étoient 
contraires ; 6c pour être trop grande 
t^: trop aimée , elle fe vit fans pou voie 
recevoir de confolation ni de remède 
d\aucun de ceux qui auroient dû lui 
en donner. ]e la vis fouvent dans ces 
t:ms-là aux pieds de Dieu connoitre 
■vsic quelque peine tout ce qui lai 

mai> 



^52- Mmoîres pt)Hr fervîr 

4^^4* manquoic ; maïs ayant toujours e\| 

une grande confiance en fa Divine 

Providence, elle difoit ce qu'elle avoic: 

die fouvenc en d'autres occafions ^ 

^ieti m'ajjifiera , dr s*H permet ^uâ' 

je fois affligée de ce terrible mai , c^m^ 

femhie rnt menacer , ce que je fonjfrU 

rai fera fans doute pour mon falut : &^ 

/V/^fr^ , difoit-elle , qnii me donner afi 

les forces dont f aurai h e foin 9 pour^ 

l'endurer avec patience. Elle ajoutoir 

à ces paroles , qu'ayant vu des Gan- 

*^X)eiT{e-. cctsà des Religieufcs ■^, qiû en étoienr 

Ugie»fes mortes toutes pourries , elle avoir tou*- 

dn Val- . 3 ,„/ , 

dt^Gjuce, jotirs eu de i norreur pour certe mala^- 
die (î effroyable à fa feule imagination;;, 
mais que (î Dieu permetioit qu'elle- 
en fût attaquée , il falloir avoir pa-- 
tience , qu'il étoit le Maitre , & qu'iV 
étoit jufte de le bénir en tous tems- 
Ellecominuoic de mettre alors fur fonv 
fein de cette ciguë , qui paroi {foit 
l'empirer beaucoup. Je le dis à Val-- 
lot. Il me répondit froidement 5 que 
s'il avoit été feul, voyant combien ce 
remède lui étoit contraire , il y auroir 
plus de quinze jours, qu'elle n'en met-- 
troit plus. Je fus furprife de voir que 
de petits égards empçchoient cet' 

homme- 



à rHîJloire d'Arme d'Autriche. 555 
iioiiiLYie de dire la vérité , & de la j^^aI 
foucsnir , en lui faifanc hazarder la 
vie d'une Ci grande PrincelTe , ôc (î 
utile au Monde, Je courus auili - tôt 
le due à la aeine - Mère , qui , fans 
murmurer contre cette barbarie , me 
dit feulement , mais en rougiiTant a H 
faut avoir patience. 

Le quinzième du mois de Décem- 
bre , la Reine- Mère donna des mar- 
ques publiques de cette conftance qui 
devant s'augmenter à la mefure de fes> 
maux devoir aufli la rendre, un admi- 
rable modelle Je patience , & de pie- 
té. Ce fut à Noël au Val-de-GracCs. 
que fon mal fe déclara tout d'un 
coup , très-grand & incurable. Elle 
eut une mauvaife nuit j &: quand le 
lendemain les Médecins lapenferenr ,. 
ils trouvèrent fon fein en tel état,, 
qu'ils en furent étonnez. Elle connue 
leur furprife à- leur vifage , &: toutes 
fes Femmes , qui le virent avec dou- 
leur , fe mirent à pleurer ; elle feule 
ne témoigna point être affligée, & 
Re fit aucune plainte j mais après; 
avoir laiiTé voir à l'émotion de fon 
vifage 5 qu'elle n'étoit pas infenfiblej. 
elle les reprit ,& lesconfola tout en- 

fcinble,. 



5 5" 4 Mémoires ponrfervrr 
femble , en leur faifanc voir Tentier^? 
foumiffion qu'elle avoit à la voloncé 
de Dieu. Elle die au Roi , qui la 
vint voir après Ton dîné > & à Mon-t. 
fleur qui y étoit dés le matin. Qu'elle- 
les prioh de ne fe point troubler de ce^ 
accident j qu'elle était contente de moH*^ 
rîr 5 que cela nalloit qu'a quelques an*- 
ne'es de moins ; & qi^'elle s'eftîmoh hcH" 
reufe , de ce que Dieu vodoit p^r ces* 
te voye Im faire faire pénitence de fes- 
péchez,. On fit auiîi - tôt une Con- 
fultation des plus célèbres Médecins^ 

6 Chirurgiens de Paris, ils conclu- 
rent tous que c'étoit un Cancer , &> 
que ce mal étoit fans remède. Le» 
Roi, fuivant en cela la première in- 
clination de la Reine fa Mère j fit ar- 
rêter qu'elle fe ferviroit de Vallot fonr 
premier Médecin. Elle le trouva bon,, 
quoi que ce qui paroifToit avoir fi fort' 
empiré fon mal vint de ce qu'il y avoir 
mis depuis quelques jours. Puis ,. 
voyant que ces remèdes ne la foula*- 
geoient pas , elle fe lai (Ta aller aU" 
Confeil de plufieurs perfonnes , quic 
lui parlèrent d'un pauvre Prêtre de 
Village nommé Gendron, qui penfoiï 
les Pauvres , ôc qui avoit acquis de 1* 

re»' 



à l'H.'flolre d'Ame d'Autriche, jjj , - 
réputation à ce charitable cx-ercice, 1664, 
H'''e le vir au Val-de-Grace 5 & Se- 
guin Ton M'decin , qui voyoir que 
Yillot jufqvi'alors n'avoic pas rcjiiîî 
à la traiter , lui confeilla de fe mettre 
€ntre les mains de cet Homme. La, 
Reine- Mete fui vit Ton avis , même. 
avec quelque efpoir de guerifon , ou 
de longue vie ; car c^i Homme lui 
promit qu'il endaroiroit Ton ieiii com- 
UV2 une pierre 3 6c qa'enfuire elle vi» 
yroit aufii Iong»temps, que ii elle n'a- 
voit point eu de Cancer, Mais , Geii^.. 
iron ne parioit pas de bonne foi ; car 
Kure que Ton remède croit nouveau 
X' qu'il ne l'avoir pas allez experi- 
nenté pour en répondre , une De- 
noil'elleque nous connûmes bien-toc. 
'.prés ,, à qui il l'avoit donné , s'en 
i ou voit fort mal , ôc fan fein s'étoic. 
)avcrt. Ce remède étoit chaud , 6d 
)ar confequent il étoit violent. La^ ' 
Leine-Mere en fentit de grandes dou- 
J'jrs 3 mais alors elle commença àz 
^rmer en elle-même une forte refolii» 
ion de s'accoutumer à ka fouffrance.. 
.e )oar , elle s'habilloit à fon ordinai- 
c , & fe divertilToit le mieux qu'il lui 
.^oit poflTible. Ses nuits étoient mau* 

v-aifes t; 



- 35^ ififW«/rf J pour fervïr 
"èCé^* vaifcs : celles qui couchoient <îans fa 
chambre difoient, qu'elle ne dormoic 
guère; & tous les maux qu'elle a*eas 
fe fonc fait connoitre plutôt par leur 
propre grandeur que par Tes plaintes, 
Elle palFa quelque tems de cette ma- 
nière , non feulement fans dire ce 
iqu'elle fcntoit , mais fans montrer nul 
chagrin de fon mal; l'cfpoir , qu'elle 
eut jufques - là de pouvoir trouver 
quelque foulagement dans la Science 
des hommes , rendroit fa confiance 
moins admirable , fi nous n'avions vi 
cette vertu fubfifter avec de cruelkî 
douleurs , avec la certitude de l'aug- 
mentation de fon mal . ou plutôt h 
certitude de la mort : c'eft pourquo 
ceux qui ont examiné les mouvement 
de fon ame , dans tous les tems d( 
cette effroyable maladie, les ont troa- 
vcz infiniment eftimables. 

La Reine- Merc me fie l'honneur d( 
me dire alors ,, un jour que j'écoi; 
feule avec elle dans fon Oratoire 
qu'elle croioit mourir de ce mal. mais 
que ce ne feroit peut - être pas fi-tôt. 
Elle palla de cette forte tout l'Hiver ; 
pendant lequel fon mal fut fort grand. 
On le voioit dans fes yeux , & à for 



M VHiftoire ^ Anne à*Aairkh€, lyj 
yifagej mais, comme il écoit fupor- lé^^, 
table , Ton efprit étoit foulage par les 
promelfcs de Gendron , cjui la flaré- 
renc de quelque prolongation de vie. 
Peu à peu néanmoins Ton Cancer cm- 
piroir , & commençoic à s'ouvrir , ce 
qui donnoic de grandes inquiétudes à. 
ceux qui s'inrerefToient à fa vie. 

En ce même tems , il y eut beau- 
coup d'autres perfonnes , qui fe van- 
joienc d'avoir de beaux fccrets , & 
'qui afluroient la Reine- Mère de la 
<guérir , fielle vouloit fe mettre entre 
ieurs mains. Parmi ceux là , il y a- 
\oic un certain Lorrain , nomme AU 
liot , qui £*étoit adrelfé à moi , qui 
nous faifoit voir une Demoifelle pref- 
que guérie par lui. Elle avoit écé 
pire que la Reine - Mère , & le bon 
[emperammenc de cette Princelfe 
lous donnoit lieu d^efpercr quelle 
•éfifteroit a Tes maux^^^que les reme- 
ies aidés par fa force naturelle en de- 
neureroienc les maîtres ; mais, malgré 
outes leurs paroles , au lieu de trou» 
m par leur Arc , la fanté & la vie , 
lous la voions courir à fa îiï\ , par le 
;hemin d'une terrible & dure peni- 
ence. Les remèdes des Hommes par 

l'ordre 



358 Mémoires pùurfcrvîr 

j664> Tordre de Dieu furent inudles à k 
guériTon de fon corps j mais par Ici 
rourmens qu'ils lui firent foufFru- , ii 
fervirent à sjuerir les\"naladies de for 
ame. Il lui falloit devant Dieu rem 
plîr le vuide de Tes vanitez payées. 1 
falloit que cette ame j que Dieu def 
tinoità la véritable gloire, fut purgé 
des fentimcns de Torgueil humain 
qui aft qunli infeparabie de la Gran 
deur ôc du Fafte qni fuit la Royauté 
Il falloit que la parelTe & la negli 
gence , qu'elle avoit eue peut-être , d 
s'acquitter de ces grands devoirs , o 
fa Régence Tavoit engagée , trouva! 
fcnt leurs remèdes dans les châtimen 
que Dieu lui preparoît , ôcque parce: 
re voie de grâce, (î oppofée à la natu 
»e , elle pût ctre digne de fes mi fer: 
cordes qui valent beaucoup mieux qu 
la vie. La dernière imp£rfc:6lion ap 
parente , que les Sages ont pu re 
marquer en cette éminente Princefle 
a été que portant la Mort dans fo: 
fein 5 par les commcncemens de f 
funefte maladie , elle foit demeuré 
jufques alors un peu trop attachée 
l'amour de fa Perfonne : l'habitude ; 
ayoic beaucoup de part 5 6c fa ferme 

té 



a l'Hljlolre à* Anne à' Autriche . 35^ 
té , qui i'empéchoit de craindre !a i6^4t 
mort, la rendant exemce d'jnquierude, 
Ha faifoit agir de la même manière , 
Ique fi elle eût été en pleine fanté ; 
n'oubliant rien des foins qu'elle de- 
voit à fon falut. Elle en donnoic 
jquelqiiesmns à fa propreté & à fon 
ajuftement \ étant perfuadée que fa 
qualité de Reine , qui Pexpofoic au 
i^ublic 5 l'y obligeoit. Elle n'en avoit 
néanmoins aiicun qui pût choquer la 
bienféance j fi bien , qu'au lieu de la 
blâmer , on pourroic mettre au rang 
des vertus morales , cette intrépidité, 
qui la rendoit en tout tems égale à 
elle - même. Mais 3 comme je ne vou- 
drois pas que le refpeâ: particulier, 
que je conferve pour fa mémoire , mv2 
pût faire juger de fes fentimens peut- 
être trop avantageufement , & que ce 
ique j'écris cft un fimple Récit de la 
V'éritéjfans laquelle l'Hiftoire devien- 
Iroit une Fable ridicule ; j'avoue , que 
parlant félon les préceptes de Saine 
Paul , il auroit été à fouhairer , pour 
['édification du Public , que cette 
grande Reine , par un détachement 
c plus précis de ces Bagatelles , eût plus 
fait voir en fon extérieur » que Dieu. 

feul 



ji5o Mémoires pour feYVtr 
i^^4. feul regnoic en elle. D'an autre cô- 
té , félon ce même Apôtre , toutes 
cliofes fe tournent en bien à ceux qui 
aiment Dieu , & nous avons vu clai- 
rement , que le fouvenir de cette foi» 
bleiïc , qui alors étoit entièrement in- 
nocente , a produit en elle la force 
de vouloir fouffrir : la connoifTancc 
fmcere qu'elle a eue de fon néant a 
fait fon élévation -, & le repentir , 
qu'elle a eu de l'cftime qu*elle avoic 
fait , dans fa jeuneife , des beaurez de 
fon corps , a été caufe de la faintcté 
de fa Morr. 
iC^S* Pendant que la Reine-Mere fouf- 

♦ Prin- ^^^^^ > ^ ^"^ ^^ ^^^ s'oCCUpoit à ki 

temps. Affaires & à fes Plaifirs , l'infidélité 
de (zs Amis lui fit connoitre l'inno- 
cence de ceux qu'il avoit rejette*. S'il 
n'écoit pas en état de s'en vouloir re- 
pentir , dn moins il a du voir par fa 
raifon , que rien n'cft plus incertain 
que les jugemens des Hommes. Pour 
cclaircir ce que je veux dire, il faut 
retourner à l'Année i66i , où Ma- 
dame ayant enfin lailTé voir qu'elle 
ne haifîoit pas le Comte de Guiche, 
eut à fouffrir ce que la Reine -MerC 
& la Reine d'Angleterre fa Mère , 

Yoa- 



^ l' H/Poire d'Amie d^ Autriche, ^éi 
voulurcnc faire contre elle. Moncalais l66^i 
c-ne de Tes Filles d'Honneur , fut 
chalTée, pour avoir été la Dépolîcai- 
re de fc$ fecrets ; ôc le Roi , poar le 
repos de Monficur , exila tout de 
nouveau le Coupable , & l'envoya 
en Pologne. Monfieur, par des fen- 
timens qui paroilToient incompatibles 
aimoit toute la Famille de Grammont, 
& le même Comte de Guiche avoic 
été fon Favori jufques à cet inftanc 
qu'il fut chalfé en i66i. Malgré cette 
.première Avanture , Monûeur con- 
ientoit que la Princcfle de Monaco , 
j-evenuc de l'Exil où j'ai dit ailleurs 
que la Reine-Mere l'avoit envoyée , 
quoi que Sœur de celui qu'il ne pou- 
voir plus aimer , fut la Confidente 
déclarée de Madame. Il avoir fait , 
comme je l'ai encore écrit , Madame 
de Saint Chaumont , Sœur du Maré- 
chal de Grammont , Gouvernante de 
Tes Enfans ; & le Chevalier de Gram- 
oiont , leur Frcre , étoit bien craitc 
par lui. Milord Montaigu , pour plai- 
re k Madame , & à toute la Fa- 
mille de Grammont , qui dominoit 
ians cette Cour , quelque tems après 
l'éclat qui avoit été fait contre Mada- 
me 



3 62. Mémoires pour fervir 

i66^, me , preflTa la Rcine-Mere , de confei^ 
tir au retour de l'infortujié Comte de 
Guichc , qui , tout environné de la 
faulfe Gloire du Monde , sVftimoîi 
fans doute trop heureux de foufFrir 
pour une Cl belle Caufe. 

La Rcine-Mere , en cela fans doute 

trop facile à perfuader, avoit confenti 

à ce retour^ mais à condition que le 

Criminel ne fe trouvcroit jamais dan5 

les lieux où feroit Madamc.Le Comte 

^ de Guiche revint donc en France , ô^ 

dire \u alla trouver le Roi à Mavfal''^ , qui le 

Siège de rcçut favovablement ; & Monfieur k 

uîu Fille. ^ . 1 j • > n. V j • 

traita comme il devoïc , c elt-a-dirc 
avec quelque froideur. Le Comte 
de Guiclie à Ton retour montra vou. 
loir obferver les ordres qu'il avoit ce 
eus , avec une grande exaditude 
Monfieur crut être obéi -, ôc la facilict 
qu'il eue à fe le perfuader venoit fan 
doute de la bonne opinion qu'il avoi 
eue de Madame , qui , d'abord qu 
Montalais fut éloignée par un avei 
de tout le pafTé , qui n'étoit poin 
criminel , ôc qui avoit paru fincere l 
Monfieur , avoit effacé dans fon cceii: 
&c dans fon efprit une partie de fe. 
foupçons. Il fe confoloit de fescha 

grin 



a VWftolre d'Anne â* Autriche, 3(^3 

|;gn*ns i^vec la Reine fa Meie , comme lééj, 

' avec fa meilleure Amie , ^ agilToic 

foiivencpar fes Confcils. Cette Prin- 

I celle, qui , condamnoit la conduite 

' aparente de Madame , la croyoit en 

effet pleine d'Innocence j & , voulant 

la corriger de ks fautes , elle travail- 

loit de tout Ton pouvoir à leur bon* 

heur commun j mais , elle ne put y 

réulîîr. 

Madame , à ce retour du Comte 
de Guiche , ne manqua pas de Con- 
jlîdens , pour avoir de [qs Nouvelles j 
te: cette Hiftoire eut de grandes fui- 
tes. J'en ignore le détail , ^ je n'en 
/fçai que quelques endroits. Ce qui 
parut au Public , fur que Vardes 5 qui 
avoir une Ambition d-éréglée s & qui 
iîaturellement écoit arcihcieux & 
yain 3 étant rempli d'un ardent defir 
lî'étrebien auprès du Roi , avoir con- 
ieillé à Madame la Comceîîé de Soi<^ 
bns , qui étoit accufée de ne le pas 
laïr , toutes les mauvaifes voies donc 
îlle s'étoic fervie , pour conferver fa. 
aveur , S<. dont j'ai parlé iur le cha- 
)itre de Mlle, de la Motte- HoiKlan« 
;our. Vardes avoic été Ami du 

TQ7m V^ Q^ Gomtç 



3 64 Mémoires pour fervlr 

léCK. Comte de Guîche , & parlaCom- 

tede de SoifTons il étoic entré dans la 

Confidence de Madame. L'Hiftoirc 

à\i qu'en l'abfence de TExile , & 

njéine depuis Ton retour , fous le nom 

d'Ami , il le voulut perdre auprès de 

cette jeune Princefle , & qu'aiant fait 

dedein de la tenir attachée a lui par 

la crainte des maux qu'il pourroit lui 

faire , il lui confeilla de retirer fes 

Lettres , 6c celles du Comte de Gui- 

che , des mains de Montalais , qui 

les avoir , & qui malgré fa Difgracc 

avoit eu l'adrclTe de les fauver , & de 

les emporter avec elle. Je fçai avec 

certitude jque Madame jneconnoif. 

faut point la malice de ce Confeil , } 

confentir ,* &: qu^elle lui donna ur 

Billet pour les demander à celle qu 

les avoit : que quand il s'en vit 1< 

pcffelfeur , il cut^ la perfidie de le 

garder malgré Madame , qui fit tou 

ce qu'elle put pour l'obliger à les k 

rendre j & , que cette Princefie , ou 

trée de fa trahifon , en voulut d 

^r\û y non feulement à lui , mais auf 

à la Comteflie de Soi/Ions , qu'ell 

Coupçonna d'être de concert avec li 

pot 



}i VHîftoiYe d*An?ie d*Atiîriche^ 3 6^ 
t^our lui Faire cet outrage. Oïï a dit ^é^f, 
oque Vardes , aiant été infîdelle à fa 
première Amie , & à Ton Ami , avoîc 
voulu joindre T Amour à l'Ambi- 
tion 5 6c que Tes Sentimens , & ks 
. Artifices pour triompher du cœur de 
Madame , agifToient pour une mê- 
me fin. Je n'en fçai rien ; je n*ai 
; pas eu de commerce avec lui ; & je 
:tic puis faire une jufte defcriptîon de 
, la duplicité de fon Ame : mais , ii 
jcft certain qu'un mélange de tant de 
jPafîions devoit produire beaucoup àc 
mauvaifes chofcs ; & , c'eft ce qui 
arriva en effcto Les Dames fe brouil- 
lèrent : le Comte de Guiche & Var- 
éçs devinrent p^ivaux & Ennem.is ; 
& j cette divifion fit naicre la Jalou- 
fie & la Haine contre cqs quatre Per- 
fonnes. La ComtelTe de Solfions , 
qui prétendoît avoir fujet de fe plain- 
dre de Madame , la menaça de dire 
au iLoi tout ce qu'elle difoit avoir 
cté fait par elle &c par le Comte de 
'Guiche contre lui ; mais Madame , 
craignant l'effet de Tes menaces , fut 
comme forcée de la prévenir , & d'a-« 
voiier tout le paffé au iloî. Dans 
Q. 2, cet 



3 è 6 Mémoires pour fe rv W 

M'r^j. cec aveu , il apric que la Lettre écri- 
te à la Reine fous le nom de la Rei- 
ne d'Efpagne , & donnée à la Molina 
en 1661 , étoîtde l'invention de Var- 
des , & écrite de la main du Comte 
de Guiche avant Ton Exil j & , la 
Converfation , que la Comteiîe de 
Soidons avoit eue avec la Reine dans 
le Couvent des Carmélites de la Rue 
^u Bouloy 5 n'y fut pas oubliée. La 
Comtefîe de Soiffons 3 de Ton côté , 
pour fe juftifier au Roi y lui apric 
auJÛî 3 que le Comte de Guiche , ou- 
tre cette Lettre que Madame avoic 
avouée 5 en avoit écrit d'autres à Ma» 
dame , où il le traitoit de fanfaron , 
parloit de lui d'une manière qui ne 
lui pouvoir pas plaire , & faifoit ce 
qu'il pouvoit pour obliger cette Prin- 
cefTe à confeiller au Roi d'Angleterre 
fon Frcre de ne point vendre Dun- 
querque au Roi. 

- Toutes ces chofes furent ample- 
ment éclaircies par ce grand Prince 
Il en voulut même des Déclaration 
par. écrit , de la propre main à\ 
Comte de Guiche qui en dénia un 
partie , ôc avolia la Lettre écrite pa 

Vai 



a l'Hlfioke à* Anne d'Autriche, 5^7 
Vardes , & miTe en Efpagnol par lui , j_^^j, 
à dciïèin d'animer les Reines à haïr 
la Vâllîere. 

Lorfque toutes ces Intrigues fu- 
rent publiques j un jour que la Rei- 
ne - Mère fe trouvoit plus mal qu'à 
l'ordinaire , nous vimes le Roi faire 
une longue Converfation avec elle • 
puis prendre Madame ^ & s'enfermçr 
avec elle par plufîeurs reprifes, La 
1 ComtefTe de Soiiïons eut au (Il de 
j grandes Conférences avec lui : mais, 
J elle ne voulut jamais lai avouer 
/» avoir eu aucune par: à la Lettre écri- 
;| te à la Reine en \66i ; quoique , 
i\ félon toutes les apparences , ce devoir 
^-•j être elle qui avoir ramalié dans la 
Chambre de la Reine le defTus de \x 
Lettre écrite de la main de la Reinç 
d'Efpagne , qui avoit fei vi d'envelg- 
pe à ce Paquet. Je ne fçai pas quel- 
les furent fcs juftifications 6c Tes ex- 
cufes ; mais , voici ce qu'ion en dî- 
foit. Elle avoit montre de fentir de 
la peine du Traité que le Roi avoir 
fait en l'année i66i. avec le Duc de 
Lorraine , par lequel ce Prince dé- 
.riipouillé lui cédoit après fa mort la 

Q 5 pi<>- 



3. 6 8 jMemoh'cs pour fervW 

Xoos^ propriété àt% Duchez de Lorraine (S^ 
de Bar , & lui donnoit Marfal de fort 
vivant , à condition que tous le^. 
Princes de fa Mai Ton feroient appeU 
lez à la Sacceûion de la Couronne ^ 
après la Maifon de Bourbon. Il e^ 
donc à croire que cette PrincefTe , ca- 
chant fesSentimens intérieurs , colora 
toutes fes Intrigues fur la douleur 
qu'elle avoit de voir le Comte de 
SoilTons Ton Mari , £ grand par fa 
NailTance , & par le Sang de Fran- 
ce mêlé au lien , fût obligé de céder 
aux Princes de la Maifon de Lorrai- 
ne. 

Le Roi demanda à la Reine , la 
vérité de la converfation que cette 
PrincefTe avoir eue avec elle , aux 
petites Carmélites, Elle ne lui en 
à\i que les moindres chofes : car , a- 
lors , la Comtefle de Soiflbns étant 
brouillée avec Madame j qu'elle ne 
croioit pas fon Amie , elle com- 
mença à ne plus haïr cette PrincelTe j 
& , par un fentiment de fidélité , elle 
jae voulut pas là perdre. Mais , la 
bonté de la Reine n'empêcha pas fa 
Difgrace, Vardes , qui depuis peu 
ctoit déjà exilé , pour avoir dit dans 

le 



Mars. 
LeTelli 



k l'Hlfioire à* Anne à* Autriche, ^6^ 
le commencement de leur brouilierie i6<?y. 
& avant leur éclat , quelques paroles , 
contre le refpedi: qu'il de voit à Mada- 
me , fut envoie en Prifon dans la Ci- 
i tadelle de Montpellier ; & le trentiè- 
me Mars 1665 ^le Comte & la Com- 
telTe de SoîiTons partirent de la Cour^ 
avec un ordre fecrec de fe recirer à 
l'une de leurs Maifons^ 

Ce même jour trente Mars , u 50; 
ijuclqu'un bien înftruit de l'Affaire 
j dont je viens de parler , me rencon- 
' trant chez la Reine - Mère , me die 
tout bas 5 que perfonne à la Cour ne 
; g'îgnoic tant que moi à cette journéej 
' 6c m'aprit , qu'encore que le Roi 
fut demeuré indécis fur les foubcons 
qu'il avoir eus de moi touchant la 
Lettre écrite contre lai , ôc donnée 
à la Molina , ce doute jufqu'alors , 
l'avoit déterminé à ne me vouloir 
pas de bien. J'étois fort incapable 
de manquer au refpedt & à la fidéli- 
té que je lui dcvois : mais , j'en étois 
encore éloignée par mes propres fen- 
timens ; car , grâces au Ciel , je n'en- 
tre que le moins que je puis dans les 
pa filons de mes Amis , <?c je ne ferois 
nullement capable de me laiiTcr perfua- 
0^4 der 



3 7<5 Mémoires pour fervlr 
1665. der par eux fur ce qui me paroîtrofc 
contre la raifon ou mon devoir. La 
Ducheflc de Navailîes , de plus , étoic 
aufïï incapable de me prier de l'écri- 
re , que raoi de lui complaire ; car , 
fouvent nous en avions parlé enfem- 
ble , & n'en connoiffanc point les 
Auteurs 3 elle nous avoit toujours 
paru une pauvre invention. QiTand 
je fçus enfin de qui elle venoit , je 
m'en étonnai encore davantage , par- 
ce que le Comte de Guiche avoit 
beaucoup d'cfpric , & Vardes auflî.; 
Biais , ils eurent peut-être des railom 
pour le faire , que je n'ai point içncs. 
qu'ils démêleront eux-mêmes , s'ili 
veulent quelque jour s'en judifier en- 
vers le Public» 

Il faut achever la de/linée du Com 
te de Gaiche , le Héros de ce peti 
morceau d'Hiftoire. Il fut donc exi 
lé pour la troisième fois , & s'en aL 
la en Hollande finir les Avantures dt 
Roman. La Paffion qu'il a eue pow 
Madame , lui avoit attiré de grand* 
malheurs ; mais , la vanité , dont i 
ne paroiiïbit que trop fufceptible , lu 
en avoit fans doute ôté toute l'A 
merturae. Il avoic époufé la Fill 

d» 



a rnifiorre d^Arme d'Autriche, 5 7 i 
duDacdc Sulli , petite Fille par fa j^/c^- 
Mère du Chancelier de France * 5 bien v^,^ , .,^ 
faite , fage , & riche ; mais j jufqu'a- 
lors elle avoit cré marie'e fans l'ê- 
tre 5 ^ fans avoir en lui un Maii , 
qui auroic pu trouver beaucoup de 
douceur avec elle , & profiter àcs 
grands EtablilTemens de fa Maifon 
qui le regardoienr. Mais , il aima 
mieux nne Difgracc éclatante , qu^'u- 
ne vie ordinaire avec Tabondance de 
tontes chofcs. Il eft jufte que le 
dérèglement de l'Erprit de l'homme 
porte en foi Ton ehatimenr. L'Au- 
reur de toutes ces Intrigues étant 
éloigné fans efperance de retour , 
Madame parut vouloir changer de 
Conduite : elle vécut mieux avec la 
Reine fa Belle. Mère , Ôc fembloit ne 
penfer à fe divertir , que pour parta- 
ger avec le Roi les honnêtes Plaifirs 
de la Cour qui pafTcnt pour nécefifai- 
res y ôc à vouloir plaire à tous gii gé- 
néral. Comme elle avoit beaucoup 
d'agrément dans l'ETprit , 6c de la lu- 
mière j ôc qu'elle parîoic raifônnable- 
ment fur toutes choies j ceux qui a- 
voient rhonr.cur de l'approcher cru- 
Kent alors qu'il y ayoit eu déjà des mo" 
i}^ j mens 



3 7 i JHemoîres pourfervîr 

i66^, mens où par fa propre expérience etîe 
avoit prefque compris , cjue les char- 
mes de la vie , qu'elle cherchoic avec 
tant d'empredcmcnt , ne font pas ca« 
pables de fatirfaire entièrement le 
cœur humain ; mais , elle n'ctoit pas 
encore en état deconnoitre tout-à-faic 
cette vérité : elle ne la voioit que de Ci 
loin 5 & au travers de tant de nuages, 
qu'il étoit impoiîîble qu'elle en pût 
être entièrement touchée. 

Le Printems ayant fait naître en 
l'efprit du Roi le defir d'aller à Saint 
Germain , beaucoup de pcrfonnes 
çonfeillerent la Reine - Mère de n'y 
pas aller ; mais , elle le voulut fuivre^ 
difant que û elle avoit à mourir ^ elle 
aimoit autant que ce fût en ce lieu 
là , qu'à Paris : Ôc toute la Cour par- 
tit le vingtième Avril. Le Roi pro- 
pofa à la Reine fa Mère de faire ce 
Voîage par batteau ; mais , elle vou- 
lut aller en Chaife , afin de palier par 
Sainte Marie de Chaliot, pour, difoit- 
elle , ^f/V encore tm^ fols cd pauvre 
Çeuvem, J'ofe dire que ma Sœur , 
Religieufe en cette Mai/bn, eut beau- 
coup de part à cette Vi/îte ; car , el- 
k l'eftimoit : 6c la Mère de la Fa- 

^ette 



k l'Hlflolre à' Anne à^ Autriche^ 575 
yctte étanc morte , il n'y avoir plus i^éj. 
qu'elle pour qui elle eût de la con(i- 
dération ,* mais , par cette même rai- 
fon j'en aurai toute ma vie un regrec 
fenfible , car il parut que l'agiraiioa 
du chemin lui avoit fait beaucoup de 
mal. Elle y dina , & nous dît qu'el- 
le fenroic plus de douleur à Ton fein , 
qu'à {on ordinaire \ mais , elle n'en 
parut pas moins tranquille : au con- 
traire , elle témoigna de la joye , de 
fe revoir en ce lieu , qu'elle avolc 
toujours honoré de fa Roiale Protec- 
tion. Au fortir de Challiot , elle fe 
iervitde la même voie , pour allej 
coucher à Saint Clou , chez Mon- 
ileur , où elle crut fe divertir , ôc y 
pouvoir jouir de la bonté de l'air ,: 
mais , fa nuit fut inauvaife , fes dou* 
leurs furent cxceflîves ôc vioIente^<j 
6c de cette funcfte nuit , elle entra 
dans les grandes fouffrances , donc 
elle n'a pu être guérie , que par la 
morr. Je m'en retournai de Chal- 
liot coucher à Paris , Ôc le lendemain 
Mon/îeur nous fît la faveur à Madame 
de Brienne & à moi j de nous envoier 
fa Berge à Paris , pour aller par eau 
Q^ 6 voir 



174 Mémoires pour fervîr 

voir chez lui , la Reine fa Mere^ 
Nous y allâmes avec la joie de;, pen-» 
fer que nous la trouverions peut-être 
mieux , &c que le plai(îr de Te voie. 
en ce lieu , qu'elle trouvoit beau , lui 
anroît fait du bien ; mais > nous fu- 
mes furprifes j & fort affligées , de la 
trouver Ç\ mal. Nous y palTames toiuc 
la journée , & Madame de Brienne- 
& mci fumes toujours auprès d'elle. 
Elle fommeilla un peu , & nous con- 
nûmes en la voiant ce qu'elle fouf- 
fcoir. Le lendemain elle ic mît danS; 
cette même Berge de Monfieur , &; 
alla de cette forte trouver le Roi à Sr,. 
Germain. 

Le vingt- reptiéme Mai , un J^udi 
au mathi , la Reine - Mère eut un 
grand friffon , qu'elle fentic étant à< 
la MflTe. Elle n*en voulut rien dire ,. 
de peur de troubler une partie de 
Divertiiïement , ou dévoient allçr la^ 
■Reine (Se Madame , ^ n'en parla., 
qu'après que cts PrincefTes furent 
parties: puijs ^ elle avoiia à ceux qui 
rrouverenr qu'elle avoir mauvais vî- 
fage y qu'il étoit vrai qu'elle croioit 
avoir k ficvrc , & qu'elle- fe.utoit un 

grandi 



a l'Hlflolre à' Anne d'Autriche, 3 7/ 
grand froid. Elle fe coucha , & ce i^r, 
fi ifTon lui dura fix heures. Il fut 
fiiivi d'une violente chaleur , & en- 
fuice il parut une éréfîpelle , qui lui 
couvroic le bras & l'épaule du côté 
de Ton Cancer. A cette nouvelle > 
je fus à Saint Germain ; car , je n'y 
demeurois pas alors adtuellemenc. Js 
trouvai la Reine - Mère avec une fiè- 
vre bien forte , & Vallot avoir ài% 
ce même matin au Roi j qu'il la fU- 
loit faire confelfer. En entrant dans fa 
Chambre ^ il me parut que ceux qui 
étoient auprès d'elle étoîent fort at^ 
fiigez. Moniîear , me voiant , me fit 
l'honneur de me dire , aiant les yeux 
pleins de larmes , ce que le premier 
Médecin venoic de dire au Roi , & 
qu'on parloic de Teftament y de ds 
Mort. Je m'approchai du Lit de 
cette vertueufe Reine. Aufîi - tôt 
qu'elle me vit ^ elle me fit l'honneus 
de me parler 3 & me demanda à quel- 
le heure j'ctois partie de Paris , com- 
ment , de quand j'avoîs fçu Ion mal ^ 
de me parut dans la mcrae aHîette 
d'efprit où elle avoit accoutumé d é- 
cre 3 c'eft- à-dire tranauille , ferme , 

de 



576 Mémoires pour fervlr 

lééj. 6c fans nulle agitation qui pût mar* 
quer qu'elle eue aucun trouble dans- 
l'ame. Dans ce même moment , 
l'Abbé de Monraigu s'approcha d'eU 
le , pour lui parler de Confedionôc, 
de Teftamenc y ce que je lui vis rece- 
voir fans rien perdre de ce repos doi^c 
ie viens de parler. J'entendis qu'elle,;, 
lui dir , Vous me faites pUlJîr : ce font' 
la les plus folides & les plus véritable f 
marques de V Amitié, Enfuite de cette 
Harangue , elle parla àTubeuf, ua^ 
de {q^ principaux Olïiciers : elle l'en- 
tretint de Tes Affaires , mais d'une 
manière fi repofée , 5c dans une pai)^ 
d'efpric /i profonde , qu'il eft impof*' 
fîble 6,*ç\\ pouvoir exprimer toute Ifi 
beauté. Elle parla encore à d'autrefc. 
de Tes Officiers , puis conclut avec? 
Tubeuf feul ce qu'elle vouloir fairCv 
Elle lui propofa d'écrire un Mémoire: 
de toutes Tes volontez , & le rapelM. 
par plusieurs fois pour lui dire ie» 
cliofes dont elle fe fouvenoir. U 
y eut quelque difficulté fur fcs PîerrCf 
ïies , qu'elle avoit témoigné , il )t 
avoir lou^^ - rems , vouloir donner ^ 1 
Mon (leur , pour Madcmoifelle , aianfe ■ 



a l*Hlfiôlre à* Anne à* Autriche, 3 77 
fouvcnc die qu'elle defiioit Jes donner \(^(,^\ 
à fa Petite-Fille , qui étoit pauvre , 
& que les Enfans du Roi auroienc 
alTez de bien , fans le fien. Le Roi 
monrra qu'il n'en étoic pas content r 
il vouloit les grollès Perles de la Rei- 
ne fa Mère , pour aug^menter les 
Pierreries de la Couronne j car , en 
effet 3 il ïï*j en avoit pas allez de 
fort belles , & il trouva à propos 
j qu'elles demeuradcnt à la Tige Ko- 
i y aie. La Reine , fans (e foucier peut- 
jêtre beaucoup des Diamans ni des 
.Perles , par quelque efpece de Jaloii- 
' fie contre Monfîeur & Madame , de- 
fira aulli d'en avoir fa part 5 & me 
commanda même d'en parler à la 
Reine fa Mère j mais , je jugeai qu'il 
ne le falloir pas faire. Je pris la li- 
berté de lui confeiller de lailîer agir 
le Roi, qui avoit un jufte Droit de 
les demander ;. & je tachai d'étouffer 
' en elle ce petit fentiment , qui fans 
doute aaroit fai,t de la. peine à la 
Reine fa Mère. Je vis qu'elle ne le 
trouva pas boi \ car , tous les Grands 
veulent être obéis. Elle s'imagina 
que c'étoit pour fervîr Moniieur 5 «5c 
ce P.î'-»ce , qui n'en fcut rkn , ne 

rr'cii 



5 7 s Memoifes pspir firvlr 
x66j. m'en recompenfa pas. Voilà, ce qui 
arrive pour l'ordinaire : en faifanc 
bien à l'égard des Grands y on perd 
toujours , Se on ne gagne rien que 
l'inquiccude d'avoir dépiû. Toutes 
ces choies s'accommoderenr , fans 
qu'il parût aucune alreracion dans la 
Famille Roiale. Il fut conclu que 
le Tellier drefTeroic le Tefiamenu ^ & 
par l'équité dia Roi > qui paia les 
Perles qu'il prie , Monfîeur fut con- 
tent. Mais y le Roi & lui étoîent 
plus touchez de l'état où étoit la 
Reine leur Merc , que du ddir de 
pOiTeder les Biens qu*elleleur laiffoir. 
Ils avoient une véritable intention de 
s'aimer , <S^ de conferver l'union qui 
jufqu'alors avoit toujours été entre 
eux , & l'intérêt ne les pouvoit dci- 
unir. Je crois même que les plus 
grands , ÔC ceux qui ont jufqu'ici 
caufé tant de Troubles Se de Guerres 
entre des Frères de Sang Roîal , ne le 
pourront jamais faire. 

La Reine - Mère , après avoir fait 
h Projet de (on Tcftament s demeu- 
ra dans un grand repos. La Reine 
s'étant approchée d'elle , cette illuf- 
?a:e Mère lui dit devant moi en Efpa- 

gnol 



I k l'Hiftolre d'Anne d'^JÏutrkhe, 5 75? 
giiol de mander à Ton Conf-eireur de i^J» 
jla venir trouver far le foir. Elle n'a- 
ivoitpoinc de ConfeiTear , aiant éloi- 
gné le (îen pour de bonnes raifons. 
,Elle fe fervoic alors de celai de la Rei- 
;ne , qui étoic Efpagnol , bon Re- 
ligieux , & bon Homme , mais fim- 
ple ; &L peut ' erre qu'il Pétoi: trop 
pour confe(ïir à la mort une neîne qui 
ayoic été Régente. Je crois qu^eile 
s'étoir déjà préparée à ce dernier paf- 
fage , par beaucoup d'autres Confc-C- 
fions , & je m'imagine que c^s lon- 
gues retraites du Val de Grâce avoîent 
été employées à ce faint exercice 3 
mais je n'en fcai rien de particulier & 
fouhaite feulement que ce foit la vé- 
rité , ô: qu'elle en aie reçu le profic 
dans le Ciel. 

Après que la Reine- Mère eut don- 
né ordre à Tes Affaires , elle appclla 
le Roi , ^ fit forîir tout le monde 
de fa Cham.bre , dont la norte de- 
meura ouverte. Il fut plus d'une de- 
mie heure avec elle v oais nous vi- 
mes qu'il la quitta , & alla fe jetter 
à l'autre côté de la ruelle de fon Lie 
fur des (îeees , où il nleura fort ame- 
îous fçumes depuis , qu'é- 
tant 

j 



2 8 o Mémoires ponr fervir 

l^éj, tant auprès d'elle ^ comme il jettoi 
beaucoup de larmes , cette vertueuft 
Mère lui avoir dit de fe retirer , par^ 
ce qu'il l'attendrirolr , s'il continuoi 
à lui montrer tant de douleur ,* & le 
Roi même avoic cté contraint de le 
faire , parceque Tes fanglots l étouf. 
foient. Dans ce même înftant , le 
Roi pleurant encore en la même 
poilure -que je viens dédire , nouî 
nous approchâmes de cette Princeire, 
Nous la trouvâmes j Milord Montai- 
gu & moi j fans émotion extérieure ; 
fans larmes y & fans paroitre abatue 
de l'état où elle étoit ^ &c de celui oi 
elle venoit de mettre le F^oi Ton Fils j 
mais y elle étoit gravement occupée 
des fentimens du Roi , plus fans dou- 
te par tejKireire pour lui , que par k 
retour que naturellement elle devoiî 
faire fur elle même. En nous voiant 3 
elle ne nous vit point , & demeura 
dans un filence qui nous fit juger 
qu'elle étoit remplie de beaucoup de 
grandes chofes. Nous nous retirâ- 
mes 5 &c n'ofamcs par refpeâ: lui par- 
ler. La Reine , que la Reine fa Mè- 
re n'avoit pas fans doute oubliée 
dans la converfation , qu'elle vcnoic 

d'à- 



d l'Hîfio'ire d'Anne d'Autriche, 3 S i 
4'avoiravec le Roi , s'écanc aprochée 10^5, 
d'elle , elle ne lui dit rien de rendre ; 
mais , elle la pria feulen^enc de s'aller 
habiller. Après que ces Penonnes 
Roiales eurent un peu eflaié leurs 
larmes , le Roi revint au forcir de 
fon diné voir la Reine fa Mère , que 
les Médecins trouvèrent un peu 
mieux. Le Roi ^ après avoir été 
quelque tems auprès d'elle Te leva , & 
prit Milord Montaigu , pour lui par- 
ler de la Reine fa Mère , ce qu'il fît 
en pleurant toujours.. Cette Prin- 
ccfTe > ne le voiant plus , demanda où 
il étoit , & connoiilant qu'il étoic 
iproche de Ton Lit , elle lui dit tout 
haut ^aJ^onFlb ,je vous prie > alie^ 
un peu k la Chajfe y oit du moins vous 
proîiuner & pre?iârc l'air : fai peur que 
vous n'aies mal k la tête. Et vous j> 
7na Fille , parlant à la Reine qui étoit 
auprès d'elle , allez auffi un pen vous 
'divertir, QLielques heures après , la 
ILcine «Se Madame , étant toutes deux 
leules à la ruelle de Ton Lit 5 elle me 
fit rhonneur de me dire , <iJ^e de 
tJ^onteville, mette':^vous la , & caufez 
Avec la Rànc , CT ma Fille , pour les 



3 ^ ^ -^^moires -pour fervlr 

ï66j, divertir. Il falut le faire , afin de h. 
oter l'inquiécude (]^u'elle avoir , que 
ces Princefïes ne s'ennuiaflent j pa- 
roîfTanc n'en avoir point d'autre jquc 
celle-là. 

Le foir de ce même jour , elle k 
confefia , puis Ton redoublement 1: 
prit a que les Médecins trouveren 
moindre. Cet arnandement remît h 
joie dans la Famille Koyale , di dan 
les cœurs de tous ceux qui avoien 
rhonneur de Tapprocher. Le lende^ 
main fc trouvant mieux elle dit i 
Tubeuf , Sur - Intendant de fa Mai 
fon y qu'elle voioit bien que le ma 
ne la prefToit pas , & qu'il pouvoî 
s'en retourner à Paris ^ que fî la fiévr; 
redoubloiî , elle le renvoîeroit quérir 
& que cependant il fit drefifer foi 
Teftament , conjoitement avec le Tel 
lier. 

Le Dimanche , jour de la fainti 
Trinité , la Reine-Mere fut aiïez bier 
de fa fièvre , qui depuis ce granc 
friîTon avoit été toujours continue 
avec des redoublemens. Elle ne fui 
pas fi violente , & la converfation fc 
fit à la ruelle de fon Lit; a(îez agréa- 

ble^ 



à l'Hifiofre à* Anne à* Autriche, 385 
blemenr. Elle nous commanda elle i^^J* 
nicme , de faire par notre enrreti-eji 
lin petit murmure j qui malgré Tes 
douleurs pût l'afToupir pour quelques 
fnomens. Je dis nour quelques mo- 
yens \ car , en l'ctat où eUeetoit , 
buoiqu'elle n'en fît aucune plainte , 
Jl lui étoit .impolTible de repofer. El- 
j|e avoir à fouffrir l'ardeur de la 
Sevré , & de l'ëreiîpelle , xjui lui 
îouvroit quafi la moitié du corps. 
)on bras du côté de fon Cancer étoic 
|>gros , &: il enflé 3 qu'il avoit falla 
!e marin couper les manches de fa 
;hemire , pour la lui ôter. Elle a- 
,'oit à foulîiir les douleurs de fon 
i^ancer , qui étoic le pire de Tes 
"uaux : elle avoit à foutcnir \z% ap- 
proches delà mort , qu'elle voioic" 
/enir à grands pas vers elle ; mais 
;nfîn fa conftance étoît encore plus 
Grande que fes maladies , & par cec- 
e vertu , ou plutôt par la grâce que 
^ieu lui faifoic , elle auroit pu dire 
îvec Seneque , mais d'une manière 
3ien plus admirable , puis qu'elle au- 
Loit parlé en Chrétienne , tievre , 
Cancer , Erejipelle , Doulettrs vous ne 
me fmes point ds md j car rkn de ce 

que 



384 ^'femoîres pour fervîr, 
l66ç, <^ne Dieu ordonne ne fe peut appelkr m ! 
wal, Monfîeur , quali toujours oc- 
cupé de la douleur que fouâTroic la 
iLcine fa Mère , lui die ce même! 
jour, en lui faifknt quelque queftion| 
fur Tes maux , qu'il auroir fouhaitc 
d'en avoir la moitié. Elle lui ré- 
pondit là defTus d'un ton ferme , 01 
la force de Tefprit , & la pieté de l'â- 
me j paroiifoient étroitement unie! 
cnfemble , Mon Fds , cela ne fer ou 
pas jufie : Dieu vent que je'falfepéni 
tence. Il faut prefentemem que je fa' 
tîsfajfe a ce qu'il ordonne : c'efl a moi i 
foHJfrîr , & non pas a vous j & , con^ 
tinuant d'écouter notre converfatîon 
comme nous vinmes par hazard ; 
parler de certains Mémoires • qui a 
voient été faits fur le iLegne du fci 
îLoi , où elle avoît une grande part 
voulant fe mêler à nos Difcours , el 
le nous difoic quelquefois cela ef 
vrai , ou cela ne l'eft pas , y ajoutan 
les chofes qu'elle croîoît que TAuteu: 
n'avoit pas fçues 5 oa n'avoit pasvou 
kl dire. 

Le foir du Dimancîie de la Trinî 
té le redoublement de la fièvre de \i 
E,eine.Merc fuc grand, & fie chan 



j a VHlflolre d'Anne a Autriche, 385" 
ger cette petite tranquillité en de i6^^o 
nouvelles allarmcs. Je devoisce jour- 
à m*cn retourner à Paris ,* mais , 
:omme je vis que cette fîevre pre- 
îoît a âprement , j'en appréhendai 
es fuîtes & demeurai prefque toute 
|a nuit auprès d'elle. Elle fut fore 
Malade , elle eut deux redoublemens 9 
5c le matin fon vifage me parut en- 
rôle fort enflammé. Monficur y vint , 
k s'afîîc au chevet de fon lit , n'y a- 
/ant dans la ruelle que Milord de 
Montaigu & moi. Ce Prince , qui 
"nêloîc dans fa vie quelques petites 
•ipparences de Dévotion , parla de 
Dieu à la Reine fa Mère comme xxn 
Hfomme qui auroit été confommé 
lans une vie d'oraifon & de péni- 
tence , & nous admirâmes qu'à fon 
ige il pût fi bien parler d'une chofe 
1 excellente 3 & qu'il ne connoiffuic 
Joint encore , par une pratique veri- 
able &: folide. 

Après cette converfation de Mon- 
îeur avec la Reine fa Mère , cette 
^rincede voulut entendre la MefTe , 
3uis on la (tlgnsi. pour la féconde fois. 
Elle fat mal tout le jour, 6<:IesMé- 
icciiis paroiffoient confondus j mais , 

fur 



5 8 6 Mémoires pour fervlr 

i66^, fur le foir , elle le porta mieux , & je 
m'en revins à Paris. On nous man- 
da le lendemain , que Ton amande- 
ment conrinuoir , 6c même elle fut 
quelque tems que Ton Cancer lui fai- 
foic moins de mal ^ parce que l'éré- 
iipelle qui avoic beaucoup purgé a- 
voit foulage cette partie. 

Dans les voiages que je fis cnfuite 
à Saint Germain, je trouvai la Reine- 
Mère fort abbatue. Il fembloit qu'el- 
le commençoit j par fon indifférences 
ne feplus ccmpterau nombre de ceux 
qui vivent. Un jour que nous avions 
rhonneur d'etie auprès d'elle , la 
Comtelfe de Flex 6c moi , nous lui 
dim.es que nous avions une grande joie 
de la voir en meilleur ctar. Elle nous 
répondit froidement , Pourquoi vous 
entres e^ui yn* aimez > fouhake'^vom 
^He je vive ? A^^ Voyez '^'ous -pas que ma 
vie ne fçauroit plus être qu'une feuffrari'- 
ce continuelle ? Je lui répondis par un 
tranfport de confolatîon , & de dou- 
leur tout enfemble 5 qui me firent 
jetter des larmes , Hehlen , Madame^ 
vous vivrez pour fouffnr , pour glort' 
f^ér Dieu dans vos foujfrances , pour 
i^ulager les 'TmvYes , & four mus fé* 

re 



a l*HiJïo!re à* Anne â*Amrîc%e. 597 
n phlfir à tofis. Elle ne me répondit l^^y« 
point i mais elle leva les yeux an 
: Ciel 5 ôc joignant les mains elle fuc 
i quelque teiTls comme occupe'e en Dieu, 
à s'offrir à lui fans doute , pour vivre 
félon fa fiinte volonté. 

La veille de Saine Jean, étant allée 
à Saint Germain , je me trouvai feule 
aux pieds des deux Reines , dans un 
petit Cabinet qui étoit dans la ruelle 
du lit de la Rcine-Mere. Elle fe por- 
toit un peu mieux de commençoit à 
i{e lever. Ces deux grandes Princeiles 
forent alfez long-tems à s'entretenir 
4e ces chofes , qui ne font rien en ef- 
fet , Se qui paroi (lent de grands évenc* * <^<^ 
mens , dans les tems qu'elles arrivent p^l'iZ^^t 
& qu'elles occupent triftt^ment Icf- «^^ 9«'^- 
prit & le cœar de ceux qui les fen- ^içluX" 
tent ^. La Reine, fe trouvant alors ï^^^*^'^] 
roucnee de la conlolation qui le ren* r^ipeur 
:ontre dans la confiance &: l'amitié , f^^^^/^ 
:out d'un coyp fe tourna vers la Reine /,Vf, 
^a Mère , 6^ la regardant tendrement ba/^^ 
.ui dit en Efpagnoi les larmes aux t"^»'^ «« 
yeux , Mis penas no feran nada , con» iZlIlouri 
m Bios me £uarde a ml Mtdre h j ^^ 1"' 

. . ° r, • m Dieu me 

mmsy continua cecce Pnnceuc en me i^nfexue 
Tome r, R re» ^^^i^<'* 



3^8 Mémoires pour fervir 

i<é64. regardant , Jî la fierdo , que hare * i 
* Mais fi La Reine-Mere , voyant que ce dif— 
'^!^^;^t cours m'avoit fait baiffer la tête , &. 
pf que touchée de ces paroles je paroilToii 

les fentir comme je de vois , regarda 
la Reine, Ôc puis moi , & me fît Thon-, 
neur de me dire, d'une manière dou- 
ce 8c tranquille : Vous voîlà tontes deux 
aux larmes ; mais 'if oyez* vous ? H faut 
que la Reine , & vous autres qui rnai^ 
rnez , vous résolviez a me voir hiert^tot 
mourir , car enfin je n*en puis écho* 
per y & j'ai la mort fi pre fente , que 
quand je me vois pajfer un jour , je crol 
que eefl une merveille ; a quoi je ne 
m*attenàots pas. Je lui répondis , qu«i 
malgré Ton mal, & mes frayeurs , j*e& 
perois pourtant qu'elle guériroit par 
quelque manière extraordinaire, & 
que je ne pouvois prefque pas com- 
prendre comment le monde pourroit 
lubliftcr fans elle ; mais elle fe moc* 
qua de moi , & me faifant iîgne de l» 
tête, pour me marquer le peu d'ina-* 
preflion que lui faifoient mes paroles^ 
me fit voir , qu'elle mettoit mes efpe- 
rances au rang àts chofes qui ne fe 
peuvent croire. Par - là elle me & 
coïuioitre auffi , que fa fermeté n'étoit 

paj 



' à l'Hlfiolre â'Anne d'Antriche, 3 89 
tpas fondée fur l'ignorance du péril , ni \^6^ 
fur aucun efpoir chimérique, & qu'el- 
le traitoit de ridicule les imaginaires 
confolacions que nous prenions dans 

■ \t^ paroles de ceux qui prometcoienc 

. de la giie'rir, 

H " Le Roi ne negligeoit tien de et 

M'qui regardoic ia Vie de la Reine fa 

Mère. Il fa i foie faire des experien* 

ces à ceux qui fe prefentoienc , pour 

: la traiter. 11 lui en parioit fouvenr,» 

\ de travailloit avec une grande applica-' 
tion à lui trouver des remèdes êc 
des Médecins 5 mais pendant qu'il 

: s'employoït à découvrir lequel feroic 
le plus habille , le tems fc palfoit, ÔC 
le mal de la Reine fa Meie devcnoic 
chaque jour plus incurable. J'cfpc- 
rois plus en cet Alliot de Lorraine ^ 
qu'en nui autre , &c je prefTois la Rei- 
ne-Mere de s'en fervir; car Vallot &c 
Guenaut , Médecins du Roi Ôc de la 
Reine , qui avoienr vifité les malades 
qu'il traitoit , l'c(l;n.oient , & ne 
voyant rien de meilleur confelîoienc 
cette Princeffe de le prendre. Elle a- 
voit oui dire que ces remèdes ecoienc 
violens j elle les craignoit , & ne pou- 
voir fe réfoudxe à s'abandonner à fa 
R i con- 



5^0 Mémoires pour fer vir 
conduite : ella fcntoit qu'il étoît deC^ 
tiné , non pas à la guérir , niais à être 
fon Bourreau ', &c un de mes plu» 
fenfibles déplaifirs eft de l'avoir con>-: 
nu , & d'avoir eu part à la refokuion 
qu'il lui falut prendre enfin , de fe fer* 
vir d€ lui. il étoit homme , ôc par, 
confcqnent il étoit menteur , Se il 
nous alfuroit Ci fortement , qu'il pou-' 
voie par fon remède guérir cette iU 
luftre PrincefTe , qu'il étoit impoilîble 
de ne fe pas lailTer flatter à cette agréa-, 
ble penfée , d'autant plus qu'il étoit 
IMcdecin de fa Profeffion , eftimé dans 
fon Pais , & déjà fort accrédité , com- 
me je viens de le dire , parmi nos plu» 
célèbres Médecins. 

Quoi que la Reine-Mere parût fort 

ferfuadée du peu de tems qu'elle avoit 
vivre , s'il entroit dans la Chambre 
quelque perfonne devant qui elle ne 
vouloir point montrer fes peines , clic 
prenoît auffi-tôt fon vifage riant, leur 
parloir des chofes qu'elle fçavoit qui 
leur pouvoient plaire , eniroir dansii 
leurs intérêts, dans leurs afïairt^s,, 
dans leurs befoins» Ôc leurs affli^tionsî 
& fans penfcr à Ces maux , ne; fe Coa* 
veaoit que des maux des autres > pour . 

leufi 



a l'Hiflolre à* Ame à" Autriche, 391 
leur donner de la confolation , par lééj» 
Tes charitables foins, par fes paroles, 
par fes bienfaits, & par fa protcdion 
auprès du Roi. 

Pendant ce petit intervalle d'aman- 
demenc , le Roi alla paffer quelque 
tems à Verfailles. Il y mena la Rei- 
ne , Monfîeur , & Madame. Cette 
PrincefTe étoic grofTe , & entroit dans 
fon neuvième mois : on difoit qu'elle 
ne fe confervoit pas allez. J*en igno- 
re la vérité ; mais , pour l'ordinaire , 
les plaifîrs , & le repos , ne fe peuvent 
pas fouvenc rencontrer enfemble. Le 
dix-liuitiéme de Juillet , comme j'ai- lexx: 
lois à Saint Germain, rendre mes de- J*'^^^^' 
voîrs à la Reine-Mere , je rencontrai 
Monfîeur , qui venoit de Verfailles , 
où il y avoit peu de jours qu'il ctoir. 
Il alloit voir la Reine fa Mère, En 
palFant il me fit l'honnenr de me 
crier , Madame efl ^couchée à*unc 
FUle morte. Cette Nouvelle m'èton- 
na. Je me hâtai d'arriver , pour fça- 
voir mieux ce que je n'avois qu'à de- 
mi entendu. En entrant dans la 
Chambre de la Reine-Mere , je trou- 
vai Monfieuc feul auprès d'elle , qui 
ctoit fenfîblement affligé de ce mal- 
R j heur. 



592- Mémoires polir fer vlr 

}é6^, heur. On lui avoit dit pour le confû- 
1er , que TEnfânt avoic été baptifé. 
' Il en doutoic ; & comme ce qui efi: 
vrai fe fait d'ordinaire fcntir , il étoit 
touché de toute manière de la more de 
cet Enfant , qu'il avoit perdu avant 
que de le poiTeder. La Reine fa Mè- 
re prenant part à fa rriftelTe , tant par 
Tamitië qu'elle avoit pour lui, que par 
les fentimens de la nature , mêla fei 
larmes avec les (îennes , de l'exhorta 
autant qu'il lui fut pofiible à fe con- 
former à la volonté de Dieu. Le 
Duc d'YorK , Frerc de Midame , a- 
voit alors gagné une Bataille Navalle 
contre les Hollandois , dont il avoit 
reçu beaucoup de Gloire. On crut 
avec raifon que cette PrinceÏÏe , qui 
''vnhom' avant que d'aller à VeifaiDes avoit re- 
tendre À çu ccttc nouvelk avcc cramte d uu e- 
Madame vcnemenc contraire *, en fut fort é- 
Mtnt ^ mue , OC que ce trouble qui fut grand 
■T^-i fl"^' en elle , fut caufe de Ton accouche- 
ment , ôc de la mort de fon Enfant ; 
car elle étoit fenfible à l'amitié de 
fes Frères , & à la Grandeur de fa 
Maifon. Monfieur même , à qui on 
le dit, en demeura perfuadé , de ccki 

lui 



fijoir ce 



I 



^l'Hifiotre d'Anne à' Autriche, 59 j 
lui ôca la penfée qu'il^voic , que Ma- iG6y 
dame avoic contribué à cet accident 
; en négligeant de Te confervcr. 

Peu de jours après la Reine d'An- 
gleterre revint en France , à caufe 
que Tair de Londres écoit contraire à 
fa fanté. Elle venoit pour boire des 
Eaux de Bourbon , qu'elle avoir tou- 
jours éprouvées fdutaires à Tes maux. 
Elle arriva le vingt-cinquième de Juil- 
let, Ce même jour , la Reine-Mere 
retomba malade : elle eut de grande$. 
laflîtudes , Se un peu de fièvre. Elle 
fut deux jours de cette forte , que les 
Médecins difoicnt que ce n'ètoit rien -y. 
mais enfin , il lui fortit une tumeur 
fous le bras , de l'autre côté du Can- 
cer, On efpera qu'elle fe refoudroit, 
& on l'efpera en vaia; car on con- 
nut qu'elle vouloir aboutir. Le jour 
de fainte Anne la fièvre augmenta 
beaucoup : la Reine-Mere ToufFrit de 
grandes douleurs , tant de la tumeur,, 
que du Cancer. Le Roi qui croie 
alors à Verfaillcs cn^ revint pour la 
voir, C'ètoit le lieu de Tes plaifîrs,. 
& celui qu'il deftinoit à fa magnifi- 
::cence ,- pour y faire voir , par Tes rrc-- 
jfcrs , ce que peut un grand Prince^ 
R 4 qiiandî 



3 5> 4 Ademoires pour fervîr 
J6(>j, quand il n'épargne rien pour fe fatif- 
faire. Il y menoit fouvcnt Mlle de 
la Valliere, <5c Madâîne écoît quelque- 
fois de la partie, La Reine- Merc, 
qui avoit fenri Ton abfencc , me fit 
l'honneur de me faire part du chagrin 
qu'elle en avait eu. Cette vertueufc 
2vl«re lui en parla , & lui dit , à ce 
qu'elle m'aprir , qu'il dcvoit croire, 
qu'en l'état où elle étoît , les Peuples 
niurmureroient contre lui , s'ils le 
voyoient occupe à fe divertir dans un 
tems où elle étoît menacée d'une 
mort il prompte. Il lui répondit qu'el- 
le avoit reifon , qu'il voyoit bien que 
fes plaifirs l'emportoient trop loin,&:. 
qu'il fuivroit fon Confeil j ce qu'il fît 
en effet. Il y retourna néanmoins ce 
même jour , pour y recevoir la Reine 
d'Angleterre , qui voulut en arrivant 
en France aller d'abord voir Madame 
à Verfailles. Mais , il n'y tarda guè- 
re : il revint le dernier jour du mois 
auprès de la Reine fa Mère , Ôc laiffa 
en ce lieu toutes les Dames fes amies 
qui n'étoient propres qu'à la joye , ôc 
qui ne s'inquieioient gueres des maux 
que cette grande Princeiïe fcuffroit à 
6aint Germain, On devoit percer fon 

ab 



a VHlfloîre à* Anne à' Autriche, 395 
.àbcés , & le Koi étoic revenu la veiile léôf , 
que cette opération fe devoit faire. 

Ce même jour , la Reine-Mere i^« ^^ 
me parut un peu mieux: elle eut quel* 
ques momens de relâche à Tes excefïi- 
ves douleurs. Milord Montaigu &: 
moi, demeurâmes le foir jufqu'à prés 
de minuit auprès décile : elle fe mêla 
fouvent à nôtre converfation. Il y 
eut même une petite Hîftoire du jour 
qui ne fe peut citer , furquoi nous 
difputâmes ce Lord & moi. Cette 
confiante PrîncelTc , appuyée fur forr 
coude , qui étoît fa pofture ordinaire 
quand en fantéelie étoît au lit , nous 
dit prefque en riant ,* Me voila avec 
'VOUS farUm comme une autre 5 mals^. 
avec tout cela 3 je fouffie beaucoup , & 
on doit demain au matin , me donner 
de bons petits coups de lancette dans le- 
bras 5 voilà fes mêmes mots. Nous^ 
la laiOâmes néanmoins avec allez de- 
confoîation de nôtre parc y nous fem- 
biant qu'elle étoit mieux , & que cer 
abcès étant percé il foulageroîc fes au- 
tres maux. 

Le Dimanche, en revenant des Rc- 

colets i je rencontrai dts gens qui me 

dirent que l'opération étoit faite , 6c 

R i ^^ 



39^ Mémoires -pour feruir 
geCj que tout alloit le mieux du monde;;' 
car , d'ordinaire , les Rois Te portent 
toujours bien dans la Sale de leurs- 
Gardes ,* ôc les Courtifans , qui veu- 
lent toujours flatter , croiroient man-' 
queraux vénérables Loîx de la Politi- 
que 5 de dire la Vérité une feule fois, 
en leur vie. Comme j'entrai dans la: 
Chambre de la Reine - Mère , je la^ 
trouvai avec la pâleur d'une perfonne- 
morte, en foîbleiTe , & avec une fueur 
froide. La dilîîpation des efprits avoîc^ 
ctë grande. L'abcès peut êcre avoit 
été percé trop tôt , & il étoit forti de- 
cette tumeur une grande quantité de.» 
fang & de pus ,• ce qui fans doute cau- 
foit en elle ces fâcheux accidens. La-, 
nuit avoit été bonne , de neanmoins- 
les Médecins à fon réveil lui avoicnr 
trouvé le poux intermittent , mais, ils. 
l'avoîent attribué a la crainte de la, 
douleur. Je fuis perfuadée qu'ils ne- 
fe trompoient pas. Cette Princeffe 
apparemment avoit fenti que la Natu- 
re hait tour ce qui lui eft contraire,. 
S<. qu'elle n'éroit pas d'acord avec fon 
amc. La fermeté de la Reine- Mère 
ne proccduit pas d'infenfibîliré ,* aU: 
ccntiaire, jamais perfbiine n'a dû tant 

appie 



à i'Hîftolre d'Anne d'Autrllhe. ^c,y 
^appréhender tout ce qui fe devoir ap- i66f 
peller incommode : la grandeur de fa 
Naiiïance l'avoir accoutumée à Tufagc 
des chofes délicieufes , qui peuvenr 
contribuer à l'aife du corps j & fa 
propreté écoit fur cela Ci extrême, 
qu'on pouv.oii s"'étonner doublement 
quand on voyoir que fa vertu la rciî-* 
doit fi dure fur elle-même,. Selon fes 
.inclinations naturelles , ôc félon la 
aélicatelTe de fa peau , ce qui croît in- 
nocemment deledable , lui plaifoit :; 
elle aîmoir les bonnes fenteurs avec 
paillon. Il éroir difïciie de lui trou- 
ver de la toile de Batifte alTez fine 
pour lui faire des draps & des cbe- 
mifes ; & , avant qu'elle put s'en fer- 
vir, il falloir la mouiller plufieurs fois 
pour la rendre plus douce. Le Car- 
dinal Maiarin , la raillant fouvent là 
deflTus dans les tems de fa parfaire fan»- 
é , lui difoit que Ci elle alloit en En- 
fer , elle n'auroit pqînt d'autre fap« 
plice que celui' de coucher dans des 
draps de Hollande. Il eft donc à 
croire que la force de fon ei]:^rir , qui 
paroiiïoic la foutenir contre la Natu- 
re 3 l'amour propre Ôc Thabirudes 
n'avoir pu empêcher qne la vtil^ de la 
R a Lui 



^9 s Mémoires pourfervrr 
lancette ne lui fit quelque horreur^ 
&C Ton ame refiftant contre l'agitatioi-fc 
du cœur , lui fit foufïrir fans doute un- 
îrude combat. L'opération, qu'on ve- 
»oit de lui faire , avoit été excelïivc- 
ment douloureufe : cependant , elle: 
îî'avoit point crié , elle n'avoit faic 
aucune plainte , & n'avoit montré: 
aucune foibleffe ;_ au contraire, l'exccz: 
de la douleur , au lieu de l'emporter.- 
Iiors d'elle-même > l'ayant comme liée- 
davantage à Dieu , elle s'écria dans le- 
îems que l'on perça fo» abcez , où it 
'3fut neceffaire de reitereç plufieurs. 
coups de lancette ; Ha ! Seigneur ^je^ 
vous offre ces douleurs j receveT- les: 
four fatîsfaBlon de m.es péchez, J^' 
lesfoiiffre de bon cœur y Seigneur , pptls 
éjuevous le voulez.. Apres cette cruelle, 
fouffrance 3 cette cou rageufe Prince (fe; 
demeura long-tems comme en foiblef- 
ie. Ton poulx continua d'être mauvais,, 
& fts Tueurs froides qui continuèrent 
auffi filent juger aux Médecins qu'elle- 
alloif mourir,. On refolut de ne lui? 
en parler que le foir , après qu'elle- 
feroic penfée j, mais , on ne lui cela, 
pas qu'elle avoit le poulx inégal. Eile- 
§,'apperçac auffitôt de l'état où elle- 

écoi.fe 



à l'Hiflotre à' Anne à' Autriche, 399 
iiQii'y car, à quatre heures après mi- i^^j- 
dij ayant l'honneur d'être feule auprès 
d'elle à la ruelle de Ton lit , elle me 
demanda ce que difoient les Médecins, 
& lui ayant répondu triftement qu'ils 
la croy oient mal , elle ne s'en étonna, 
point 5 & trouva qu'ils avoient raifon». 
Le Roi y la Reine , & Monfieur, 
étoient afligcz , & chacun plaignoit 
fon propre malheur. Le foir , quand 
on penfa cette PrincefTc y tous les in- 
terelfez à fa vie étoîent dans l'inquîé- 
îude que donne la crainte de perdre 
ce que l'on aime. Sa playe fe trouva 
feche , flétrie , & noire : fon cancee 
fe trouva de même en mauvais étar^ 
Elle avoît le poulx foible j & inter^ 
mittenc, 6c fes foibleffes qui conti- 
nnoîenr firent juger aux MédecinSa, 
qu'elle n'avoir plus guère de çems à. 
vivre. On fe hâra de l'avertir da 
danoer où elle éroit : & l'Abbé de 
Montaigu , qui lui avoit toujours 
promis de lui dire quand ilferoic rems 
de penfer à mourir, s'approcha d'elle, 
pour lui apprendre qu'il falloir partir.. 
Elle reçut cette Nouvelle comme une 
pcrfonne préparée à ce grand voyage 
de rEiernicé , Ôc qui par fes penfêes 
R 7 osi- 



400 Mémoires pmrférvl? 
J^^J« ordinaires écoit accoutumé a la mort. 
Elle fe prefTa auiîîtôt de faire ce 
qu'il falloic faire pour mourir j mais^, 
ce fut avec fa tranquillité ordinaire,6c^ 
le calme de fon ame ne parut point: 
îroublé de ce qui trouble tous les- 
hommes. Elle appclla fon Confef-, 
feur 5 & après s'être confeflce , on lui- 
apporta le S, Viatique. Elle avoit eii= 
tout le jour la pâleur de la mort fur 
le vifage : elle avoit été quafi toujours' 
en foibiefTe ; mais , à la vue de fon 
Créateur , toutes fes forces lui revin- 
rent , & fcs yeux parurent embrafeasr 
de l'amour de Dieu. Toute la fa- 
mille Royale , & ceux qui eurent?: 
T-honneur de la voir , remarquèrent 
qu'elle n'avoit jamais été il belle,,, 
qu'elle le parut alors. L'Archevêque 
d'Auch^fon grand Aumônier , lui ad- 
miniftra le S. Sacrement que le Ror' 
& Moniîeur allèrent quérir à la Pa- 
roiffe , avec l'accompagnement & le- 
refpedt dû au Maitre des Rois. Cet 
Archevêque, tenant nôtre Seigneur* 
entre Ççs mains , dit de belles chofes- 
à cette augufte Reine, Il y avoit 
long-tems qu'il avoit l'honneur d'être 
àielle, & en lui donnant l'Auteur de- 
là^ 



k rHlfioïre d' Anne d' Autriche , 401 
la Vie ,* il étoit entièrement pénerré iC6^:^ 
de l'horreur de la Mort.. Ses Larmes 
i furent fuivies des fanglots & des fou- 
' pirs de tous ceux qui étoienr dans la 
Chambre de cette Reine , fi regrettés 
& fi digne de l'être. Elle feule pa- 
roiiïbit contente 5 & vu le calme ou 
elle étoit , 5c la Paix qui regnoit fur 
fon vifage , il ctoic aiféde connoitre s,. 
qu'elle étoit fort occupée du defir- 
d'aller jouir de réternelle félicité , & 
; qu'après avoir adoré en terre fon 
' Dieu & fon Créateur , elle efperoic 
de le pouvoir poffeder bientôt dans le 
Ciel. L*ayant reçu , elle demeura, 
quelque tems recueillie ^ puis deman- 
da l'Extrême - Ondion, On lui die 
que cela ne preiïoit pas ; mais , aianf 
infifré à la vouloir , on lui promif 
qu'elle feroic apportée 5 & qu'on la 
lui donneroit quand il feroit tems.. 
Enfin 5 elle foiihaita que les faintes 
Huilles fullent mifes fur un Autel ^, 
qui éioit dans ce petit Cabinet donc 
j'ai parlé ailleurs , où on lui difoit la 
Meiîe tous les jours. Elle fit enfuite 
approcher le Roi <Sc Monfieur. Elle 
parla quelque tems au Roi , & le 
pria tout haut d'aimer Monfieur; puis 

ait 



40 i Mémoires pour fer%iif 
i^éj. dit à Moniî^ur ; Pour vous , mS^ 

vous commander à'alm^r le Roi , àe 
hiî obéir ^ & de vous ternir uni k lui 
toute votre vie j car je fçai que vous 
n'y manquerez pas : mais je vous prie 
tous deux de vous aimer pour l'amour 
de moi. Alors ces deux grands Prin- 
ces s*embra(Ierent tendrement , & fc 
promirent plutôt par leurs larmes, 
que par leurs paroles , une amitié 
éternelle. Cette vertueufe & illuftre > 
mère parla au Roi par plu/îeurs reprîî^ 
ks ^ &c z. Monfieur auffi. Elle re- 
commanda au Roi les chofes qu'elle 
defiroit qu'il fît , dont par hazardi 
j'en entendis une , qui fut de faire 
achever le Val dé Grâce. Elle appella^ 
tous fes Enfans , & leur àit^ Venel(^ 
mes chers Enfans , recevoir ma Bene* 
di^lion. Ces quatre perfonnes , c'eil- 
à-dire le Roi , la Reine , Monfîeur,* 
^W4^ & Madame , * fe jetterent alors à^ 
^°^]] genoux devanrielle , & lui bai fane la. 
de fa cou. main, qu'ils baignèrent de leurs lar-- 
tivcnu-r ^^^ > reçurent Ta Benedidion , pont 
tj mime cux , & pour Icuts Eufans. La Rei»- 
^IfJi. ne leur Mcre leur dît , en les benif* 
^^■f. fant , ces belles paroles dfgnes d'êcrec 

rr 



y»e, quoi-: 



rcmirquécs : Qu'elle prioit Dieu de 166 f» 
, les benîr , quelle leur commandoît de 
! Vhonnorer ^ de le craindre , qu'elle 
les coHfuroh de penfer a leur falut , & 
que c était la feule grande affaire qui 
leur importât \ puis les pria de fe re- 
tirer. Elle apella aufîitôt après l'Ar- 
chevêque d'Auchj & lui die qu'elle le 
prioit de l'afïïller à la mort. Elle fie 
approcher Ton ConfefTeur, qu'elle en. 
itretinc encore long-tems , & par pla- 
j/îeurs reprifes. Il y eue des perfoii- 
nés qui lui vinrent parltr de quelques 
:afFaîres ; mais elle pria qu'on ne lui 
î parlât plus que de Dieu , & de ce qui 
regardoic fon Salut. L'Archevêque 
d'Auch lui fit un grand difcours , fur 
les mifericordes de Dieu , fur la ter- 
reur de Tes Jugemens y ôc fur la crain- 
te ôc la confiance qu'on devoit avoir 
de lui Se en lui. J'eus l'honneur d'ê- 
tre toute la nuit feule de femme au- 
près d'elle y honneur que je tiens bien 
cher. La ComtefTc dcFlex , fa Dame 
d'honneur , étoit alors à Paris > au- 
près de la DuchelTe de Foix fa belle 
fille , qui fe mouroît , & la Ducheiïe 
de Noailles fa Dame d'Atour ètoic 
.allée aux Eaux. Cette admirable Prin- 
. cefife^ 



404 Mémoires pourfervtr 

• é6ji* ceffe, dc/îra que je lui lûlle quelques 
Chapitres de Gerfon ; car elle avoii 
toujours aimé ce Livre. Je le fis , & 
je lui cherchai , en prefcnce de TAt- 
ehevéqued'Auch , ceux qui parloicni 
de la Motc , & de la Nécefîite 4c 
fouffrir pour Jefus-Chrift. J'en tron* 
vai de beaux 6c propres à confolj^ 
fon ame. Elle en goûta la bonté ^ 6Ô 
fbav^nt elle difoît avec confolation j 
J^a / (^ue cela efi beau \ & me com- 
mandoic de recommencer les endroîtî 
qui la touchoient le plus. L'Arche- 
vêque lui dit qu'elle alloic quitter une 
Couronne corruptible, pour en poffe- 
der une éternelle ,* mais , que poui 
©btcnir cette dernière de la MiféricoN 
de de Dieu y il falloir lui offrir de bon 
<fœur celle qu'elle avoir pofTedce fui 
ia Terre.. Elle lui répondir , Heîas \ 
ce Sacrifice efl peu de chofe, J'efiîmû 
ma Couronne comme de la boue» L'Ar- 
chevêque d'Auch fe retira , & Milord 
M©ntaigu aufîi , pour la laiîîer un peu 
en repos ,• 6c les Dames de fa Cham- 
bre qui la veilloient , s'étanr endor* 
mies fur leurs Lits de veille , je de- 
meurai feule auprès d'elle. Dans cet 
inftant 3 il fembla , qu'en elle la Na- 
ture» 



u l-H'fiolre êtAnnt ^Autriche. 4b j 
liire 5 lalle de cane foafFnr , & d'une lé^fa. 
fî longue application d'efprit , lui de- 
mandoit iw repos \ mais elle Tentant 
qu'elle avoir trop de fommeil, tout 
d*un coup fe réveilla j & me fît l'hon- 
neur de me dire , en fe rctournanc 
vivement & avec effort de mon cote' , 
J^ ne ueux pas m'endormlr de peur 
de mourir fans y penfer. Je lui dis 
que grâces à Dieu je ne la voyois pas. 
en cet état , & qu'elle feroit bien de 
fe repofer. Je repris ma lecSfcure , &' 
enfin elle s'endormir. A trois heu- 
res on la penfa y & on lui changea 
d'onguent. Elle dormir enfuite en- 
core quelques heures > & me fît Thon» 
neur de me dire à Ton réveil , Qn'elle 
s'étonnoh de fon poitlx , ijptl contîmtolt 
à être Jî mauvais , parce ^ h alors y elle 
fe femoh mieux é" plus forte. J'ap- 
peilai les Médecins pour voir com- 
ment il étoit. Ils le trouverenr tou- 
jours de même , & par confequent eU 
le paroi (Foi t être, au jîi mal. Monfieur 
vint la voir le matin , & fe tint long- 
rems auprès d'elle, Sar les huit heu- £» j.^««« 
res 5 Beringhen qu'on appelloit Mon- 
fîeur le Premier, entra dans fa Cham- 
bic i il étoit un de Tes plus anciens 

Servi'» 



40 é Mémoires pour fervir 
l C6^. Seviteui'Si j'en ai parlé en plusieurs att- 
ires endroics de ces Mémoires. Quand 
elle le vit , elle lui dit > Monfiem h 
Trernter i il nous faut qmter. Il lai 
repondit froidement , félon fa maniè- 
re ordinaire de parler & d'agir , qui 
paroliFoit toute de glace , VouspùnveK, 
penfer , Maà.4m9 , avec truelle doU" 
lei^ vos Serviteurs reçoivent cet Ar- 
" rêt ; mais ce qni pem nom confoler \ 
c*eft de voir que votrt. Majefié échap» 
pe a de grandes douleurs , ^ de pltUt 
une grande incornn2odité , particuliem 
rement a ■ elle , qui aime les bonnes Seru 
teurs 'y car ces maux fur la fn font 
d'une grande puanteur. Le Maréchal 
du Plefîîs parut en cet inftanr. Elle 
îi'avoit rien répondu à B^^ringhen ; 
mais , regardant celui qui venoit d'en» 
trer 5 elle lai fit un petit Sermon fur 
la neccflîcé de quitter la vie , 6c de 
faire pénitence. Elle en fit autant au 
Maréchal d*Aumont, qui parut au(E 
devant elle ; & voyant d'Heival derriè- 
re les autres , qui étoit Huguenot , & 
qui fous Tadminiflration du Cardinat 
Mazariii avoit fervi le Roi dans fe© 
Finances, elle fouhaira , en s'^adrelfant 
à lui , que Dieu lui fit la grâce de la 

conr- 



a l^HifloWe d'Anne d'Autriche, 407 
convertir. Monfîeur , qui éioii aifis léCS, 
iu chevet de Ton Lie , accompagnoic 
le Tes larmes toutes les paroles de la 
^eine fa Mère j & continuant de 
Tiêler à fa douleur quelques fentimens 
le Pieté , il faifoit efpercr , par les 
rhofes qu'il lui difoit, qu'un jour 
ïiaîgré les foiblelTes dont il pouvoic 
!tre capable , il fuivroit les traces de 
a Reine fon iîluftre Mère. 
i La Reine-Mere avoit mandé le Tel- 
^er , & Tubeuf. Ils arrivèrent alors, 
U quand elle les vit, elle appella Mlle. 
le Beauvais, qui par fou mérite & 
par fa vertu âvoit acquis dans fon efti- 
ne, l'avantage d'être préférée à fa Me- 
e dans les confiances d'honneur & de 
liftinâ:ion. £lle lui commanda d'ou- 
vrir fon Cabinet, & de leur bailler 
in Mémoire écrit de fa main où é« 
oient fcs dernières voloniez : elle le 
eur donna , en leur ordonnant d'aller 
•crire.fon Teftament. Peu de temps 
• iprés elle le (îgna, & l'envoya au Roi, 
e priant de le lire j mais il le figna 
ans le voir. La Reine fa Merc: lui 
:n fçut gré , & le conta publiquement 
:omrae une adion louable , Se qui 
'avoit obligée. Apres toutes ces cho- 

fes 



4© 8 Mémoires pmrfervlr 

î^^J* (es faîtes avec tant de repos Sc de 
' paix , elle s'endormit, & i ce feconc 
réveil , Ton poux parut meilleur. Or 
la penfa : fa plaie fe trouva auffi ei 
meilleur état , ôc on lui fie prendn 
<îes cordiaux , qui lui firent un gram 
bien. 

Apres midi 5 les Médecins conclu 
ï^nt à purger la Reine - Mère, Oi 
lui donna une Médecine > dont ell 
fentit du foulagemenr. Dans cet inl 
tant une grande joie fe répandît dan 
la Cour j mais comme fa purgatio 
l'avoit travaillée , & fon poux pan: 
tout de nouveau foible & mauvais, é 
on retomba dans les mêmes frayeiii 
du jour précèdent. Cependant , apr( 
avoir pris de h nourriture , &c rcp 
fon ame de quelques Chapitres d 
Tlmitation , que je lui lus , clles'er 
dormit de eut une afTez bonne nui 
Le Mardi fon poux changea , & d( 
vint meilleur : elle eut de grandi 
douleurs à fon Cancer, fa plaie lui e 
caufoit aufîi de grandes ; mais malgt 
ce mauvais état , les Médecins donn( 
renc au Roi , de à toute la Famill 
Royale, l'agréable nouvelle qu'ell 
étoit hors de danger. 

Le 



k VHlftolre JtAnne â^Atttrkhe, 409 

Les gi-ands maux de la Reine-Mere .g^^j 

j'étoîent pourtant pas finis j & ce que 

'on appelloit amandemcnc écoic pour 

lie une funcfte & cruelle maladie* 

^uand ces deux trilles journées du 

dimanche 6c du Lundi furent paflTées, 

e dis à cette confiante Princellê, cjue 

, 'avois admiré la fermeté qu'elle avoir 

uë 5 à la vue quafi certaine de la 

nort , & que j'en avois été étonnée, 

ille me fit Thonneur de me répondre, 

ion comrne une fanfaronne , mais 

vec une humble fincerité , ferfonne 

*eïi bien a'ife de mourir , maïs il efl 

Wai que Dieu me fait cette grâce , • d'en 

tre moins troublée que les autres. 

Le Roi, alors prelTé par lui-même 
L par la neceffité de trouver des re- 
cèdes au mal de la Reine fa Mère , 
:i parla de quitter Gcndron. Elle s'y 
^folut auflî-tôc, par le mauvais étac 
e fon Cancer , qui bien loin d'être 
urci , étoit ouvert de tous cotez , & 
e fonfein, qui en pUifieurs endroits 
coit plein de rrous. Dans cet cx- 
rémité, & fuivant k confeil des Me- 
ecins , elle fe mit entre les mains 
'Alliot , dont beaucoup de perfonnes 
clécs pour faconfervâiion eurent une 

grande 



410 Mémoires pôpir firvir 
l66j» grande joye : car on efpera que peut 
ecre il pourroit , ou la guérir , ou 1; 
faire vivre plus long - tems : mais 
étant mandé , il dit qu'il la trouvoi 
trop malade , pour lui pouvoir appli 
quer fes remèdes , Se pour en efpere 
quelque bon fucccs. Le Roi lui com 
mandji d*y travailler & d'y faire foi 
poffible. 

Les Médecins i apre's plufieur 
Confultations , conclurent que pou 
expofer la Rei-ne aux Remèdes d'Al 
liot , il falloit la faire rapporter à Pa 
risj mais l'état où elle étoît paroi! 
foit rendre la chofe irapoffible : 1( 
douleurs de fon Cancer étoient ex 
ceffives , Ton abcès ne rendoit pî 
àts matières loiiables , elle croit fo 
ble , ôc les Médecins mêmes n'ofoiei 
efperer en elle alfez de force , poi 
pouvoir fouffrir cette fatigue avec toi 
les maux. Us la firent partir de Saii 
Germain, parce qu'ils crurent, fai 
doute , que le le Roi le defiroit. [ 
n'ai pu en imaginer d'autre raifon ja 
tendu que celles qu'ils alléguèrent n'i 
toient point bonnes , puifque les Ro 
en tous lieux peuvent être fervis égi 
lement , de que c'eft un des avantag 



Ià iHiftoîre à' Anne à^AuVrkhe^ 411 
fc leur grandeur, que d'avoir quand î(;oy< 
lis le veulent des perfonnes capables 
dans lous les Arts , qui les fuivcnr, 
& les peuvent fccourir. On coucha 
donc cette grande Princeiïe dans une 
chaife couverte de velours noir, vê- 
luë d'un manteau de taffetas gris. 
Elle y fi^r mife à l'encrée de fa cham- 
bre , afliftée du Roi ^ de la Reine, 
je Mon/îeur , & de Madame : on la 
- ta doucement dans cette petite 
chine 5 qu'on lit fuivre par Tes Oî^ 
:. icrs 3 qui portoient des cordiaux & 
iu vinaigre, pour lui en donner , ft 
*ii\ç. tomboit en. foiblefle. Il me Fac 
mpoiîîble de la voir dans cet efpece 
le tombeau, fans m'att-^ndrir fur elle, 
3ur mille penfées différentes , mais 
cures fâcheufes , & faire de grandes 
eflexions fur la mifere humaine , qui 
(lujettit à {t% dures loix, & à ïts fouf- 
lances, les premières Perfonnes dit 
'nonde , foûvent avec plus d'amer- 
ume &: moins de liberté , que les 
p.oindres créatures de la terre. 

Vu l'état où étoit cette illuftrc 

malade , on crnr avec raifon que Paii- 

i feroit évanouir ,* mais , ce fut roue 

î contraire. Elle «'en fcntic plus for- 

71?^^ V. S te 



412. JHemohes pour fervit 

l66^, te , & quand elle fut arrivée à Nan. 

terre , ôc qu'elle fe trouva dans uru 

grande Sale des K cligieux de Sainte 

èenevîeve , où fans fortir de fa chai- 

fe elle alla fe repofer , elle nous fi 

liionneur de nous dire qu'elle écoi 

mieux. Elle y dina même avec afTc: 

d'apetit , Ôc mangea d'un poulet ave 

une {aucc , ©ù il y avoic des câpres 

Je marque cette particularité , parc 

que je me (ouviens ave/c douleur d 

la joye que nous eûmes dans ce me 

ment j car il fembloit nous'^aflûre 

que dans fon tempérament fe trou 

veroît la force de rcfifter à fes mau> 

Nous dînâmes même avec le plail 

que l'efperance donne à ceux qui or 

fujet de craindre un grand malhei 

qu'ils délirent ardemment de pouvo 

éviter j 6c déjà nous penfions vo 

Alliot faire des merveilles. 

La I eine-Mere , ayant repris i 
route , arriva heureufement au Val è 
Grâce , où il y avoir long-tems qu'el 
defiroic d'être. Auflitot qu'elle . 
vit dans cette fainte Maifon , elle u 
moigna qu'elle en redentoît de la coi 
folation i & , en fe mettant dans fo 
lit , elle dit à rAbeffe 5 M^ vth 

'Ci 



;ci 



l( 



■à VHlfioke à* Anne à' Autriche, 4 s 5 
contente^ jQ^i,e Dieu Sjpofe de mol À I é^/, 
[fa Z'olmté, La nuit l^ivante , elle 
lut fore malade : l'agitation du jour 
I précèdent avoit empire faplayc; ^, le 
lendemain , la gangrené y parut. Les 
! Médecins alors , non contens d'être à 
Pari^ , ne trouvcrcnc pas commode 
d'aller tous les jours au Val deGracejt 

Jîls dirent tous qu'il falloît rapporter 
lia Reine-Mere au Louvre, kc qu'il 
étoît impoffibie de la fecourir en ce 
lieu 5 ou les portes ne pouvoient s'ou- 
vrir qu'avec de grandes cérémonies^ 
A la vérité , je croî que la complai* 
fance y eut encore beaucoup de parr^ 
& qu'ils en augmentèrent les rai forts, 
dans la penfée qu'ils eurent que ce re- 
tour ne déplairoît pas au Roi ni à 
toute la Cour 5 car , c'e'roît une gran- 
de fatigue , non feulement pour les 
Perfonnes Royales , rraîs pour Ie« O- 
/iciers de cette PrincefTe , de faire de 
fréquents Voyages fi loin. Madame de 

, Beauvaîs * que là neceilîté du Servi- * Vrmîe: 
ce avoit fait raprocher de la Reine- 2cZZ^- 
Mere , conclut à la faire forcir du ^re, dif. 
Couvent. Elle cria fortement contre fTrTem- 
cctte demeure, Ôc dit qu'il écoft me- '"f '^^ 
me impoflîbic à*y trouver des œufs -.-liflns. 
S 2. frais. 



4Ï4 Mémoires pottr fervîr 
I ^^5é ^^^^^* J^ ^"^s perTuadée , que fi le Roî 
eût cru, que la Reine fa Meie, eût eu. 
tant de peine à quitter cette retraitte, 
comme elle en avoir en effet , il n'au- 
roic jamais fouffert qu'on lui eût fait 
cette violence , & auroit en horreur^ 
fans doute , de la complaifance dea 
Médecins , qui l'auroient privé de lai 
fatisfadion qu'il auroit eue de faire 
plaifir à la Reine fa Mere^ mais, com- 
me ils crurent tous qu'il ne feroit pas 
fâché d'éviter la peine , il n'y a point 
d'exagérations qui ne furent faites 
pour prouver à laRcine-Mere la nc- 
ceiîité de forcir du Val de Grâce. Ain- 
fi, le Roi felaiiïa perufaderfacilemetir 
à la prière de la faire revenir au LoUi^- 
vre j & 3 de cette manière , elle fut 
privée d'une confolation qu'elle avoit 
toute fa vie paru defirer. 

Apres donc que par tant de bruit 
on eut fait réfoudre la iLcine-Mere à 
partir , on lui mît de l'eau de chau» 
dans fa playe 5 & on la remît dans & 
chaife pour être raportée au Louvityi 
Je n'avois point été lui rendre mçt 
devoirs le matin de ce terrible jour, ''^ 
^'p'S Monficur^ à qui j'allai à fon révcytll 
5^74/. dcmaûder d«s nouvelles de la Rein^ 

fa 



/L <l*Hîfiolre d'Anne d'Autriche, 4 î j 
{à Mère 5 me Ik l'honneur de m'ap- lé^j, 
prendre Ton retour , & que la gan- 
gicnne étoit à fa playe. Je crus pour 
cette fois , que nous l'allions perdre, 
vv' que la Nature affoiblie en ei!e ne 
pourroit rcfiller à ce dernier accident. 
Je ne doute pas non plus , qu'elle ne 
fut afligëe , de n'avoir pu demeurer 
iiu Val de Grâce j & je courus au 
Louvre attendre qu'elle arrivât. .En 
entrant dans (ow baluiae , où elle 
(■\z apportée dans la même chaife, 

i lui avoir fervi pour venir de faint ' 
Germain à Paris , elle me vit , & me 
fie l'honneur de me regarder avec des 
yeux 5^ qui me firent bien vite con- 
noître Çqs fentimens. Je lui dis en 
m'approchant d'elle , que je loliois 
Dieu de voir qu'elle pratiqtioit les 
vertus des Filles de faince Marie, 
dont une des principales eft de rom- 
pre leur volonté en toutes chofes» 
Elle m.e répondit feulement, en hauf- 
fant les épaules , •& levant les yeux a^a 
Ciel. On la mit au lit , on redoubla 
l'eau de chaux , & fes douleurs re- 
doublèrent auffi. Elles furent fi ex- 
trêmes , & fi exceiïïves 5 que de fors 
aveu, çUe fe yitr une des nuics fui- 
S ^ van 



4 î ^ tyMemolres pour fa-vlr 
i^&j, vances prête d'entrer dans le dcCcfpoiH, 
Sa coniîance 6c fa douleur combatw- 
renc alors avec une égale force Vanat 
comte Taucre , mais enfin fa douleiw 
ccanc arrivée au dernier période, certd 
admirable PrincefTé une feule fois 3*é* 
«ria qu'elle n'en pouvoir plus. Ijtk 
Comteffc de Flcx , qui étoit revenue 
auprès d'elle, s'en éranc approchée jàt. 
lui voulant reprefentcr qu'il falloi» 
foufiFrir fur la Croix avec Jefus-Chriftf, 
à une Harangue fi Chrétienne la Rei*^ 
ne-Ndere accablée de cette horrible? 
fouffrancf , mais toute remplie de foi,, 
lui répondit ces admirables paroles ^ 
j^a l Adadame l ne me àwes rien : /if» 
fens que je pers la ralfon ; & , dans /'/♦ 
tat ou je fuis ^ f auYois peur de ne pas re^ 
cevolr ce que vous me diriez avec ^.jfe^ 
de reJpeB, Apres avoir été quelques 
jours dans cet état , les remèdes enfin' 
furmonrerent la gangrenne ; mais, 
fon ulcère demeura en fi mauvais 
ctac , qu'il fur jugé de tous les Méd^ 
cins être un (econd cancer , où util 
ulcère chancreux : ils eurent de la pci*- 
ne à prononcer l'Arrêt de la Mort^' 
Les uns furent quelque tems à direi 
qu'elle avoit peu de lems à vivre ;: 

d'aoï 



iiVHifiolre à' Ame d'Autriche, 417 
id'autres , que la chaleur naturelle lui lééj.r 
.imanquoit , & qu'elle avoic le poulx 
lintermitrenr. Allioc difoic , qu'il ne 
la trouvoir pas en état de lui appliquer 
fes remèdes : & nul d'eux enfin ne lui 
donnoit aucune efperance , ni de gue- 
j-jfon , ni de vie. 

La Reine- Mère demeura dans cet ^J,^' 
ctat jufques au vingt-deuxième Août, 
qu'elle fe trouva tout à coup beau- 
coup micfcîx. Sa playe devint plus 
belle : au lieu qu'auparavant elle s'en» 
fonçoit chaque jour, elle commença 
. de fe remplir , & de fe mondifîer , & 
' fa fièvre dimînaa tout-à-faic ; fi bien 
que cette PrincefTe , par fon amande- 
ment, fut trouvé capable de fuppor- 
tcr les remèdes d'Alliot. Il commen- 
ça pour nôtre malheur de les y appli- 
quer le vingt - quatrième du même ^^l^* 
mois ; 6c cette coudante Reine , fbr- 
rant d'un tourment , rentra tout aufll- 
rôt dans un autre , qui ne fut guère 
moins violent , mais qui fut beaucoup 
plus long. D'abord AUiot , pour en- 
gager cette illuftrc malade à Ces cruau» 
tez , adoucit la force de fes remèdes, 
& dans ce commencement il y eut de 
petits intervalles, où les Médecins fi- 
S 4 ren!5 



4 î S Mémoires pOHrfervîr 
}66j, renc cfperer à la Rcine-Mere quelqu, 
bon fuccez de la fcience de cet hom 
me. Ils moriifîoiciu la chair , èc en 
fuice on la coupoic par tranches, avei 
«n rafoîr. Cette opération ctoi 
étonnante à voir. Elle fe faifoit le 
matins , 6c les foirs , en prefence di 
toute la Famille Royale , des Mede 
cins 5 Chirui'giens » & de toiueslç 
perfonnes qui avoient l'honneur d( 
fervîr cette PiincefTe, ôc ai: l'aprochc 
familièrement. Elle avoir fans douti 
de la peine d'expofer une portion df 
fon corps à la vue de tant de perfon 
nés 5 où ce monftre de cancer qn*el. 
le portoit au fein n'empcchoit pa 
qu'il n'y eût encore de quoi l'admirer 
mais , comme alors elle fçavoit juge 
faînement des chofes de ce mopde 
elle ne regardoît plus en elle , ce qu 
avoit été le fujet de fa vanité, qu'a 
vec une fainte horreur ôc une fainr< 
colère contre elle-même, qui lui fai 
ioit defirer d'en faire de continuels fa- 
crifices à la Juftice Divine. Elle i\ 
voioit couper la chair , avec une pa- 
tience & une douceur eftimable ; & 
fouvent elle difoir , qu'elle n'auroii 
inmais cru avoir ui^^e deftincc Ci diff^ 



e l'Hlfioî'/e d'Anne d'Autriche. 4 1 5? 
fente de celles (^ts autres créatures} lé&J. 
■Q^e perfcnne ne pofr/rîjjoit cjpif après 1:^ 
mon , er <^ne pour elle 'Dieu l'avok 
condamnée à pourrir , pendant fa vie. 
Dans tous ces tems-ià 5 elle fou ffroic 
toujours beaucoup ; mais , ces dou~ 
leurs s'augmentèrent exceflivemenr, 
quand les remèdes d'Aliiot approche^ 
rent de la chair vive. Elle en viîit 
er.Hn à une telle extrémité de feuffran- 
ce 5 c|u'aiant perdu l'ufage de dormir, 
on lui faifoîc prendre toutes les nuits 
du jus de pavot. Par là feulement, elle 
pouvoit trouver quelque relâche à ies 
c juleurs 5 ^ quoi qu'il fût aifé de 
juger que ce remède la conduîroit plus 
vue. à la mort, il éroit impoiïible d'en 
bJâmer l'uTage , parce que ce (oulaee- 
ment ii funefle mettoient quelques 
rnomens d'intervalle à la longueur de 
fon fupplice. Il y eut neanmoitis des 
jours & des rems, que Vallot U Gae- 
naut , après l'àvoir tant de fois con- 
damnée , dirent qu'elle ne mourroic 
point de {on cancer \ mais ils fe trom- 
p rrenr en tout , 6c jamais je ne les ai 
vu faire de jugemens certains fur cette 
maladie, 

S 5 Mal 






42 o Aïemoires pour fervlr 
jééc. Malgré les maux dont le corps de 
laReine-Mere écok accablé , Ton ame 
toujours occupée à bien faire la fai- 
foie agir incelïamment pour le bien 
de tous , foie pour le gênerai , foie 
pour chaque particulier^ Comme je 
içavois qu'elle avoir de bonnes inten- 
tions pour le Duc 5c la Ducheiïe de 
Navaîlles, qu'elle honnoroit de fon 
eftime & de fon fouvenir , je lui en 
parlai , & lui fis voir qu'il étoit de 
fa bonté de les protéger fortement 
auprès du Roi , afin de faire finir 
leur exil. J^engageai l'Abé de Mon* 
taîgu à les fervir , 8c tous deux fimes 
refoadre la Reine » Mère d'en parler 
au Roi.. Elle le fit, ôc d« la plus 
forte manière qui lui fut'poffible. Le 
Roi lui répondit favorablement à l'é 
gard' du; Duc de Navaîlles ,* difant, 
comme il avoit accoûrumé de le di- 
re , qu'il étoit homme de bien , qu'il 
l'avoit bien fervi , 6c qu'il confentJ^ 
roit volontiers , qu'il fût auprès do 
lui, comme routes les autres perfoil-» 
nés de qualité de fon Royaume.; % 
l/égard de la DucheiTe fa femme , Id 
Roi dit à la. Reine fa Mère , qu'il m 



a VHlfloire d'Anne ttAîUrkhe, 42 v 
Vouloïc point encore la voir , ^ qu'il 166 y^. 
la fupplîoir de ne lui rien demander 
pour elle. La Racine- Mcre fe con- 
tenta pour lors de faire revenir fou 

! rsari , & die au Roi qu'elle ne lui 
demandoit rien pour elle , puis qu'il 
ne le vouloir pas ; mais , qu'elle le 
prioir de trouver bon qu'elle mandâc 
au Duc de Navailles , qu'il pouvoir 
rî" venir à la Cour : mais , ayant trou- 
vé , félon mon avis , qu'il feroit pluS' 

. à propos qu'elle ordonnât à Monfieur 
le Tellier de le faire,elîe l'envoya que- 

, rîr le kndcmaîn , & lui en parla. Ce" 

' Miniilre , qui avoir toujours fait une 
ancienne profeffion d'crre des amis^ 
de ce Seigneur , 6c qui l'écoit en effet 
pour les chofes faciles à faire 5 pa- 
rut recevoir ce Commandement avec 
bt^aucoup de froideur, & dit feule-- 
ment à la Freine - Mère , qu'il luii 
obéiroit. Je vis venir ce Miniftre 
recevoir les ordres de cette PrincelTe 5; 
171 ais j quoi que je fulTe affez perfua- 
dée de fes bonoes intentions 5- je ne 
voulut point lui montrer d^âvoîr 
part à ce fecret > de peur d'afiPoibîir 
dans fon efpris cette importante pro- 
S 6 teo: 



42-2, Mémoires pour fervlr 
l66j* leûlon, ôc demeurai dans Tattente du 
fuccés que les paroles de la Reîne- 
Mere pourroic produire. Je me coii- 
tentai d'écrire à mes amis , qu'ils 
auroient des nouvelles parles grandes 
voies , & qu'on devoir leur înander 
-quelque chofe qui icur importoîr. Je 
ne m'expliquai pas davantage , parce 
que ne doutant quall pas que la Reî- 
3ie-Mere ne fut obeie , je voulus leur 
îaiiïer le plai/ir d'être agréablement 
furprîs^ par un Courier de la parc 
du Roi & de la Reine fa Mère. Le 
Cjourier n'arriva point , & par toutes 
les lettres qu'ils m'écri voient il roc 
paroilToit qu'on les laîfToir chez euxi 
pailiblement. Quand je vis quinze 
jours paiTez dans cet oubli , j'en par 
lai à la Reine- Mère , qui s'en éton- 
na. L'Abé de Montaiau , par fes 
ordres, alla favoir de le Tellier d'oà 
procédoic ce lîlence , & lui dire 
qu'elle rrouvoit étrange de n'enten- 
dre nulle nouvelle du Duc de Na^ 
vailles. Le Tellier parut furprîs d& 
cette harangue , ÔC dit qu*il avoir re- 
prcfemé à la neine-Mere, quand 
tlk lui avoit faic l'honneur de lui 

pai 



k l'Hîfiolre d'Anne à' Autriche, 42.3 
parlei- de cette affaire, le mauvais ,|-^j, 
effet Gue devoir avoir fa bonne vo- 
lonté pour cet Exilé , Ô^ cju'il ne lui 
:ivoit point confeillé de mander le 
Duc de Navaillcs ; avoiiant à Milord 
de Montaigu , qu'il en avoit parié au 
Roi 3 mais qu'il n'avoit pas trouvé à 
propos qu'il £t ce que la Reine fa 
Âlere lui avoit commandé. Il lui dit 
auffi en confidence, que le Roi ne 
pouvoit fouffiir , que le difgracié 
reçût des grâces par d'autres mains 
que par les liennes. Je ne fus pas fur- 
piife de ce fenciment , le génie du 
Roi le conduifoit toujours à vouloir 
toute la gloire pour lui , fuivant Cn 
cela les maximes ordinairenicn.t pra- 
tiquées par les Souverains. Il cfr à 
croire de plus 5 que le Miniflre , qui 
écoit -habile, & auiîi inrereffé à la — 
confervation de fa faveur , que le 
Roi en qualité de Roi le pouvoit 
cire au fourien de fon autorité , lui 
avoit dit fur ce.fuiet tout ce qui pou- 
voit plaire à un Maître , qui vouloir 
que toutes chofes parufTent procéder 
de fa propre volonté. La crainte, 
qu'il eut peut-être, qu'on le pût foup- 
S 7 çonnei- 



42 4 Mémoires pour fervm : ' 

'^ûG^, çonner de favori fer les exilez , aug»] 
menta Tes complaifances ,* car les> 
amis, qui ne veulent rien hazardcr„ 
font quelquefois plus dangereux ea^ 
ces occafîons , que les ennemis dé- 
clarez. Je ne veux pas dire pofitî»- 
vemcnt 5 que le Tellier aie été tel 
que je l'en foupçonnai alors ; mais,, 
comme dans le nombre de Tes amis,» 
il étoir lui-même celui qu'il aimoîc; 
le mieux , je croi qu'il entra naturel- 
lement dans les maximes de [a faulTé* 
gloire du Roi , & qu1l applaudit- 
facilement à ce qui palFe parmi \q%^. 
Politiques pour une habileté necet^ 
faire. Je rendis compte à la Rcine- 
Mere , de ce que Milord Montaigu' 
m'avoit dit ,& lui appris la réponfe; 
de le Teilier. Cette Princeife , quii. 
malgré routes Tes douleurs^ avoit tou-- 
jours dé l'application aux intérêts de; 
ceux qu'elle iionnoroit de fa bienveil-- 
lance , me fit l'honneur de me dire- 
vivement , ôc avec un peu d'émotion». 
que Monfieur le Tellier avoir ror^ 
de n'avoir pas fait ce qu'elle lui avoir: 
commandé j qu^il étoic foible & mau»- 
v*isami 3 & qu'il avoit menti , (voi-- 

lài 






k l'Hifiolre à' Anne à* Autriche, 41)* 
là fes propres mots , } quand il difoit 1 66 J^ 
jqu'il l\ivoic eonfeillée de ne pas man- 
jder au Duc de Navailles de venir, 
iconckiant enfin , qu'elle vouloit lui 
ien parler encore. Elle le fit , & lui. 
foutinr qu'elle avoit la parole du Rois, 
i& qu'elle vouloit abfolument qu'il 
envoyâc de leur part un Courier à ce 
Duc. Le Tellier , ne Te rebutant: 
point , lui fit mille & mille dificul- 
tez 5 & lui dit : jQu'li et oit ami an 
\ T>HC de Nav^.illes ; mais , qu'il ne con» 
'venolt pas -pour f on -propre Intérêt qu'il 
revint Jïtot, La Reine-Mere lui dé- 
cida cette affaire en lui difant , ces 
mêmes paroles : ^JMonpeur le Tellier^. 
le Roi mon fils efi: trop honnête homme ^. 
& trop ralfonnahle y pour manquer k la 
parole qu'il rn'a donnée, 'Je veux que 
vous mandle;^ le Duc de Navailles , de^ 
fa part ^ & de la mienne 5 & ^ en me» 
me tems y je vous promets de l'infirmre- 
de toutes vos dif,adte':( , & de lui 
écrire qu'il choififfe , de venir voir le 
R@l & mol\ ou de fulvre vos confells,. 
Apres que cette Royale Sentence eut 
été donnée ; deux jours après , qui 
fut le dixième un Jeudi au fuir, le 

Roii 



4 i 5 Mémoires p^urfervlr 

l66^* Roi vint trouver la Reiae fa Mere>j 
<k lu^ dit publiquemenr , que comme 
î\ fçavoic la boiine voloaré qu'elk 
avoit pour NavaiUes , il venoit Iiit 
dire qu'il l'avoir dcftiné pour eotn*. 
mander dans les Pais d'A'ùwis , la Ro- 
chelle 3 '^'' Bioliage , à la placer du. 
Dac de Nîvcrs , qui étoir en iralie; 
La Reine-Merc reçut cetie Nouvelle 
avec joye. Elle lui en donna la pre- 
xiîiere des louanges intinies , & ne fit 
jamais aucun ieuiblant de lui uvoir 
parié en faveur de ce Duc. Toute 
la Cour loiia le Roi , ôc tous admi- 
rèrent fa Generofité > d'avoir par- 
donné à un Homme , qui lui avoit 
déplu , le comblant de bienfaits , lorf- 
qu'il paroi [îbit n'ofer feuteraeni efpe- 
rer fon pardon. Le Roi lui -même 
envola un Courier au Duc de Na^ 
vailles , lui porter deT*. part les Paten 
tes de CCS grands Gouvernemens » qui 
engageoient les Difgraciez à demeurer 
hors de la Cour , où il ne les vouloJt 
pas. Cet habile Prince , pour les 
empêcher d*y venir , Ôc contenter la 
Reine fa Nlere , avoit trouvé cette 
louable iiivenLion , qui en efftt étoit 

a van- 



a l'HlJîoirs d'Anm à* Autriche. 427 
rivantageufe pour les malheureux , lé<^X,' 
fatisfaifanre en quelque fliçou pour la 
RL'ine fa Mtre , & glorieufe pour 
lai. Elle pouvoit même êcreurile-à 
j fon Service , parce que le Duc de 
Niv.'illes etoir propre à îe bien fcr- 
va- dans ce Pofte fi confidérable , ou 
il f.iioic uuHomme fiiele & capable 
des grandes chofes. On peut j'iget 
par cette Conduite du Roi , combien 
"' etoit avide de Gloire , puis qu'il 
*.n vouloit pas même laiiîcr les 
-liettes à la Reine fa M.n'e. C'étoic 
en êtte trop glouton \ mais la faim 
qui caufoit cette glouconnie , toute 
défe(5lueufe qu'elle eil , a toujours 
'lété remarquée dans tous ks grands 
flPrinces,^^ a éié en piufieurs la four- 
ce de toutes leurs belles A6lions. Le 
ijRoi vouloit tenir les Grands de fon 
rîRoiaume attachés à lui , parla voie 
de fes bienfaits , comme la plus belle, 
& la plus fone : il dé(1ro'"t réunir 
tout à lui ; 6c , par fa Conduite > on 
peut voir , qu'en cette occafion tou- 
te la finelfe de Louis onzième le de- 
voir céder à la fienne. Elle lui dé- 
voie être aufli plus honorable , étant 

îxemp- 



4 2. s Mémoires peur fervir 
2é<^5. exempte de toute malice , & fuiviti 
de bons effets. Il falioit feuiement^ 
pour contenter la Reine fa Mère , ac- 
compagner cetse ambitieufe & delica» 
te jaloufie de fincerité ; car , elié 
ëfoit capable d'entrer en canfidenca 
avec lui fur Tes intérêts > & incapable 
d'en avoir quelqu'un qui pût lai 
nuire. Perfonne donc ne parla de 
cette Pïincelfe ,* & peu de gens cm 
fçu la part qu'elle avoir eue à la bel- 
le adtion que le Roi a voit faite. Je 
lui dis un jour fur cela , pour la di- 
vertir > que j'avois envie de dire toul 
haut y qu'elle meritoît de partagei 
cette gloire que Ton donnoit tou« 
entière au Roi, & que je vouloî; 
qu'elle fût louée auffi bien que lui 
Elle me défendit ferieufement d'èr 
parler à qui que ce fût , & me fi 
l'honneur de me dire ; Ce que je von 
lois faire efl fait , & d'une manlen 
plus at^antageufç.pour ces pauvres gens 
car 5 le Roi ne les voulant pas voir lem 
a donné plus cjue je n'aurois o/e lui de** 
mander. Grâce k 1)leH , me dic-eUei 
encore , je ne me fonde point des ïouan^ 
ges : je fuis bien alfe que le Roi les ait 

t0it£i 



i VHlflolre à' Anne à' Autriche, 42^ 
toutes ; \e fovih dite qu'il vive ajfe^ ver» i66f, 
îiieufement peur les mériter. 

Le Duc 6l la Duchellc de Navail- 
jles reçurent le Courier du Roi avec 
beaucoup de joye & de rcconnoilTan- 
ce envers lui. A l'cgard de la Reine- 
Mcre y dont ils furent par mes lettres 
les bonrez , ils n'oferent s'en vanter, 
^ ils obierverent un grand filence 
fur tout ce qui pouvoit avoir quel- 
que rapport à cette Princefîe. Outre 
les raifons qu'ils eurent de fc taire, 
ils en purent avoir un autre que j'ai 
roi! jours i-emarquë être naturellement 
écrite dans le cœur de ceux qui re- 
çoivent des grâces de la Cour. Ils 
:ie veulent les devoir qu'à celui qui 
iw eft le Maître, & croient que les- 
ipparences de leur gratitude l'oblige- 
ra à leur en faire de nouvelles. L'or- 
gueil humain les empêche àufli d'a-- 
/ouer que les foins & les applications 
ie leurs amis méritent qu'ils leur 
lyent grande obligation At% chofes 
ju'ils obtiennent , croyant qu'elles 
ont dues à leurs fervices & à leur di- 
gnité. 

La, Reine-Mere 5 ne fc contentan»:^ 

pas 



430 Mémoires pour fefvlr 
\66ç, P^^ de répandre Tes charitables foin' 
fur les Parciciiliers , voulut aulîî avam 
que de mourir travailler à la confir. 
mation de la Paix qu^eîle avoir faite 
cnrrc le Roi fou fils c^ le Roi fon fre 
re. Dans ce deffcin , elle ordonna ai 
Marquis de las Fuentes , Ambafiadeui 
d'Efpagne en France , d'écrire à a 
Prince félon fes intentions , & de lu 
mander qu'elle lui confeilloîr de pen 
fera diipQferde fes n.ffiircs en fort' 
qu'il laiilàt la Paix dans TEuropt 
tout à fait arfermie ; que de boniK 
foi il fie quelque raifon au Roi f 
£ls fur les juftes prétentions qu 
avoit fur la Flandre , vu que par le 
Loix de ces Provinces elle paroiifoien 
devoir appartenir à la Reine. Se 
légitimes fouhaits n'eurent pas le fuc 
cez qu'elle avoit dcfiré : elle eut a' 
contraire le déplailir de perdre ce fre 
re qiT'elle avoit tant aimé, fans qu'el 
le pi}t efperer de lailTer fa Famill 
dans .la polffÛlon a(Tûrée d'un biei 
qu'elle leur avoit procuré avec tant d 
foin. 
, La nouvelle de la mort du Ro 

Sei>tem^ ' d'Efpagne arriva à la Cour le 27 



a l'Hijhlre à* Anne à' Autriche. 43 ! 

[epceiiibre , ^ ce Prince étoit moit i^^^\ 

: : dix- fcpt du même mois. La Reine 

*e jour-là étoi: allée aux Catmelices. 

■ ,€ Roi lui manda de revenir au ^ 

.ouvre chez elle dans fa Chambre ' 

ù il Tatcendoic, & de ne point ei> 

rerchcz la Reine leur Mère, avanc 

ue de l'avoir vu. La Reine revinc 

ufîî-tôt 5 pleine d'inquiétude & de 

rouble , de ce que le Roi lui venoîc 

c mander. Cette Princefle , étant 

hez elle j lui demanda le fujet de 

n recour , &: fi la Reine fa Mère 

toit plus mal ? Le Roi lui dit que 

on , mais qu'il avoit de mauvaifes 

ouvelles à lui dire , 6c qu'il étoit 

ché de lui apprendre que le Roi Ton 

ère étoit extrêmement malade. La 

çin- 5 voyant bien qne ce qu'il di- 

it vouloit dire qu'il étoit morr , 

»cria & lui dit , 'je l'ai perdti : dites^- 

mol , je vois que ce a r/efi cjne trop 

au Devinez ' le i lui dit le Roi, 

je ne vous le ■ puis dire. Cette 

ncefTe alors , n'en pouvant plus 

uter , fe jetta toute pâmée de dou- 

r entie les bras du Roi , & pleura 

xeûivea^nt. Elle en fut fi verita- 

blemenc 



4 5 2. Mémoires pcurfervir 

l46'i t)lenient affligée , qu'elle força 1< 
Roi d'accompagner de quelques lar 
mes celles qu'eile répandit en grand 
abondance. Après avoir paifé ce 
premiers fentitncns , qui à notre hon 
te ne p^ffent en tous que trop brié 
vement , elle fc mit au lit & le len 
demain elle y fut encore jufques a' 
foir i mais , voulant voir la Rein 
fa Mère , elle jetta un Manteau d 
deuil fur elle , & defcendit dans f 
Chambre. Cette PcinceiTe , qua 
mourante j aprenant cette même non 
velle , avoit pleuré, & dit feulem>en 
parlant du Roi fon Frère , qu'elle 1 
luivroit bien - tôt. Quand elle fçu 
que la Reine venoit la voir , elle not 
conamanda à toutes de fortir de f 
Chambre , afin , fans doute , de poi 
voir fe plainare de leur perte commi 
ne avec plusjde liberté.Cesdeux grar 
des PrincefTes s^embralTerent avec 1 
douleur 6c les larmes que méritoit 1 
tendrelfe que ce Prince qu'elles regrc 
toient avoit toujours eu , & pour lu 
ne , & pour l'autre. L'AmbalTadeu 
d'Efpagne , feul témoin de leur^dou 
leur , joignit fes larmes à celles qu 

ïé 



k VHîjlotre â*Anne â* Autriche, 4 5 $ 
répandireiic en cette occafion les lé^f, 
^eux premières Femmes du Monde 
en Grandeur Ô^, Dignité. Lui &L la 
Molina , qui feule de Femme y fuc 
ifoufferre , tâchèrent de les confoler , 
par la confidération du borsheur éter- 
nel , dont apparemment joiiiirûit ce 
prince. Il avoit éié toujours mal- 
heureux ; mais , il avoir fça profiter 
idans cts dernières années de fcs Af- 
ildions , de fes Pertes , ôc de Tes 
Maladies ; aiant fait de toutes ces 
chofes un continuel facrifice à lajuf- 
^tice Divine , afin d'éviter par cette 
•Pénitence les juftes chaumens de fes 
Péchez , & de fes Débauches particu- 
lières , & publiques. Elles avoienc 
par Ton exemple beaucoup aucorifé le 
vice de fes Peuples , qui préfente- 
; peut font deshonnorez par l'excès 
de leur débordement. Après cette 
crifte Entrevue , les deux Dames 
i^Honneur , la Comielfe de Flex , &: 
la Duchelfe de Montaufier , rentrè- 
rent dans la Chambre de la Rcine- 
Mere , & snoi avec elles. Un long 
fiience de la part des deux Reines , & 
ine Converfation fort languiflTanre 



454 Mémoires pour fervir 

l66^, de la nôtre , dura iufqu'à l'heure 
que la Reine remontaldans fa Cham- 
bre, où le Roi au forcir du Confeili., 
vint fouper avec elle. Ce Prince é-i» 
toi: déjà peut être occupé du défini 
de tirer [es avantages de l'état où la * 
Mort du Roi d'Efpagne mecroic for 
Royaume, Il ne laiflbit après luiji 
qu'un Enfant > un peu plus jeune qu{ 
Monfieur le Dauphin , Ôc Ci mal fain 
qu'il ne paroiiroit pas devoir vivre 
Il étoit Fils d'un Père foupçonné d( 
beaucoup de maux , 6c qui par 1; 
perte de fes autres Enfans donnoi 
lieu de croire , qu'il écoit difficil j 
qu'il leur piit donner de la fanté ' 
puifqu'il n'en avoit pas lui-même t 
Mais 5 comme Dieu en donne a qn *" 
il lui plait , ce jeune Roi parut e 
avoir , après la mort du Roi fon Pc 
re , plus que l'on ne pouvoit raifor 
nablement l'efperer. On écrivit a 
lors d'Efpagne , qu'il fembloit mêiï 
avoir pris la Couronne avec l'efpc 
rance , non feulement de la vie , mai 
d'une vie accompagnée de bonheur 
car comme félon la coutume de c 
Royaume , on le proclama Roi , fe 

Su 



à l'HîjloIre i'Anne â* Autriche, 4 5 j 

Sujets prirent à bon augure de ce qu^ xééC, 

de deux CKaifes qu'on iui prefenca , 

jdonc Tune étoit en broderie d^or , Se 

jde perles, mais vieille èc fort efface'c^^ 

qui avoic autrefois fervi à Charles- 

i^^uint , Se l'autre écoit toute neuve , 

brillance , & d'une riche Broderie , it 

prit celle de Ton illuftre Ayeul, en 

répétant dô Con. propre mouvemenc 

es paroles de celui qui lui avoît dit, 

qu'elle avoic fervi à cet Empereur , di« 

aiic , Afervîdo a Carlos PHÏmo ? Pues 

n nombre de Dios ^ me qmerQ fentar en 

Pendant que h Reine-Mere fbuf- clTriL 



mt' 



Jje 



loic , & que la Reine j.^ttoic des L^r- -^ 
les pour le Roi fou Père , le Roi , ienx ^.one 
ue la loue'ieur des maladies .^e U 1"* ""."* 
.eine la Mère renaoït moms (entiDJe w>,^^i;r 
la criftede , attiré par ies plaifîrs , fe 
ti'iroic aller facilement à eux. L'hi- 
er , qui convie aux D.vercilTemens, 
c que le Roi & Morilîeiir, qui cru- 
nu que les maux de la Reine leur 
l:re ne finiroiencpas (î tôt, confen^ 
renc quafi malgré leur raifon à fui- 
re les fencimens de la Nature , qui 
y lieu de la douleur , voudroic tou- 
lurs de la joye^ 
Tome K T La . 



j^té Ale?nolres pour fervir 
1666. La veilie des Rois , il y eue grand 
^ç Bal chtz Monfieur 5 & malgré l'a- 
^anvier. niitté qu'il avoit pour la Rtme fa 
Mei*e> il ^^ lailTa pas d'y prendre plat- 
fir. Ce Bal fut précédé par un grand 
Soupe, accompagne de toute la magni- 
ficence requife en de telles occaftons, 
La Reine , qui n'alloit point cette an. 
née a«x Divertilfemens , fit elle-mê. 
vnQ accommoder 1*H bit du Roi , qu 
etoit de Drap violer, à caufe du Deui 
qu'il portoit du Roi d'Efpagne foi 
Beau-Pere ; mais fi couvert de grolTc 
Perles &de gros Diimans, quec'éroi 
wne chofe merveilleufeà voir. Mon 
fieur de Madame étoienc de mêrr 
fort parez ; c^r l'un & l'autre n*( 
loienr pas fâchés de faire voir, qu'i 
ctoient aimables. Monfieur n'avo 
pas de paflion dans l'ame , qui par 
le tourmenter. Au lieu d*aimer 
beauté des Dames , il aimoit lui-nî 
iTie à leur plaire par la fienne , & leu 
ioiianges ne lui déplaifoient pas. 
fe diverti (Toit en leur compagnie , ras 
il paroilloit à fon procédé avoir da 
le cœur tant d'innocence à leur égar 
que les plus dangercofes par leu 
charaies vivoient av4c lui , & l\^ï av 

el 



i! 



h l'Hifto're (TJ'fip.e â*Jutrkhê, 457 
elles aulTi moJeftemenc que s'il eue i6^3. 
jécc lai-mêaie une Dame. Cette Fcce 
fe Jomia fous la neceffiré apparente de 
quelques Etrangers d'importance, z 
Kjiii le Roi voulut faire voir la Gran- 
deur & la Beauté de la Cour. 

Il fallut alors que le Roi & Mon- Le s. 
fîeui miflTent pour deux jours quelque J* vice 
intervalle à leurs Divertilîemens ; car 
.1 Reine leur Mère empira beau- 
roLip. Le lendemain , jour des Rois, 
:!!d retomba dans de nouveaux acci- 
iens 5 1.1 fièvre lui redoubla , el!e ei« 
m grand frilfon , & il parilt une au- 
re Éréfipelle , que I*ou die erre Tor- 
li uire effet des Cancers. La Reine- 
VLre étant dans uîi état pire que la 
nort , on crut q'.i'elle devoit être Ia(Tè 
lu remède d'Alliot , qui lui caufoic 
nredament une douleur infupo-table ; 
niisells n'en parloit point , & il fal- 
oit à peu prés le deviner. Plufieurs 
^"iTonnes lui propoferent de le quitter» 
z de fe mettre entre les maîns d'un 
-Î3mme qui fe difoit de Mt?\n,qui 
epuis quelques tsms étoic venu s'in» 
rodait e en France , difant qu'il avoit 
m remède infaillible pour le ml de la 
leine-Mere. L'AmbalTadeur d'Efpa- 
T i ont 

9 



3 33 Mémoires fourfervlr 
léCé S"*^ avôic écrit en Italie pouu fçavoir 
de Tes nouvelles , & les relations n'en 
avoient pas été avantageufes , nnais il 
traitoit une Femme qui paroifîbit fe 
porter mieux , depuis qu'elle fe fervoit 
de lui. L'indifférence de la Reine- 
Mere écoit li grande fur ce qui rcgar- 
doit fa vie , qu'elle ne paroifToit point 
avoir de volonté déterminée , ni de 
prendre ni de laiifer Alliot. Quand 
on lui propofoit de le changer , elle 
difoit qu'un autre peut-être feroit en- 
core pis ; & on ne pouvoit appercevoit 
en elle qu'une ferme refohnion d< 
fouffrir. Elle s'abandonuoit entière- 
ment à la volonté de Dieu , jufquej 
à s'abandonner au(îi en routej chofe 
a la volonté dçs Hommes. Chacun f 
iTîcloit de lui donner des Confeils 
mais elle n'en recevoir aucun , & vu 
paroilToit pas même fort appliquée . 
les écouter. Elle renvoyoit toujour 
au Roi ceux qui lui en parloient, ô 
le prioit d'en ordonner. Il paroi flbi 
y penfer avec alTez d'application, pott 
îaifTer voir en lui que l'Aroiriéqu'i 
avoit toujours eue pour la Reine ( 
î^rlere n'éioit pas éteinte dans foi 
ccjeur ; mais la Rcine-Mere empiroit 



àl'Hlfiolre à* Anne ^Autriche, 45^ 
j & les Médecins , qui peu auparavant i^é^* 
! dans un bon intervalle qu'elle avoic 
eu j avoient dit qu'elle ne mourroic 
;pas de Ton Cancer, en defefperoienc , 
! & ne fçachant plus que faire , lui per- 
jfuajerenc de fe fervir du Milanois. El- 
le y confentit aufîi-tôt , fans montrer 
ni efpoir , ni crainte, ni répugnance : 
& le neuvième de Janvier cet Homme 
jlui appliqua fes remèdes ; mais ils 
in'eurent point d'autre effet que de 
hâter fa mort. 

Ce même jour , il y eut des Fian-^ 
cailles, au Priais Royal, d'une Fille 
id'Honneur de Madame , nommée Ar- 
ligni , Confidente du Roi & de Mlle,, 
de la Valliere. Le Roi lui donna de 
coniiderablcs forames d'argent , & la 
lie époufcr au Comte du Ro«k , avec 
de grands avantages qu'il lui fît. Elle 
lîut fujec , félon Us fauHes Maximes 
l\i Monde , de s'cftimer heureufe s 
i'^avoir été la Confidente des fecrets 
lu Roi ; car de pauvre 6c accableV ^ 

ie la mauvaife Fortune > elle devine 
jne grande Dame. 

Après les Fiançailles faites au Palaît- 

iloyal, fuivic une grande Fête chez le 

Duc de Ciequi , Parent du Comte da 

T i Roule > 



44 o Mefnoîret pour fervlr 

l$66» R'^ule 'y c'eft-à-dire le Bal , la Cornai- 
die , Se un granJ Soupe'. La Reine ,, 
qui ce foii-là ecoit feule aupre's de U 
^eine fa Mère , &r qui par la raîfon 
de Ton Deuil , ainfi que je viens de le 
dire, ne pouvoir eue d'aucun diver- [ 
tiffement , murmura contre celui-là^ j 
Il lui déplaifoit encore plus que les 
autres, à caufe de la patt que Mlle, 
de la Vaîliere y avoit j car rouces ics. 
faveurs faites à Ton Amie d'AitJg'^i 
tiroienc leur fource de la fienne. La 
Reine-Mere, avec fa douceur ordi- 
re 5 répondit à la Reiiie , qu'il falloit 
pardonner les emportemensde la Jeu- 
îielfei mais , de la manière qu^elle Je> 
difoit j il me parut clairement que fort 
C(±ur ne s'accordoit pas avec fa prgj- 
dencc. Ce n'eft pas fans fujec qu€, 
les Poètes ont feint des Demeures 
délicieufes , où leurs Héros refloienc 
enchantez > c'eft. à- dire , privez de la 
connoiîTance de leurs Devoirs , ôc 
fournis aux illufions des fens j puifque 
les paffions ordinaires , par leurs ef- 
fets , nous font voir de nos yeux dfs 
Hommes fages avoir des intervalles 
d'emportement , qui leur font perdre 
Tufage de leur raifon , de les empé- 

ehcnt 



àl'HiJlotre â* An'/ie à* Autrtche, 44 T 
chent de faire aucuns A£tes de la xé^^a 
vertu qu'ils onc naturellement dans le 
ctEur, &: dont ils ont donné d'éviden- 
tes preuves, J'étois feule auprès des 
deux Reines > & leur converfation fur 
cette grande matière me faifant de la 
peine , pour les détourner toutes deux 
de CCS fâcheufes penfées , & leur fn*- 
le changer de difcours , je leur dis^ 
que j'efperois aufîî que nous aurions 
notre tour , & que nous danfcrions 
au Printems. Mon dire étoit fondé 
fur une Prophétie , qu*un de îdcs A- 
mis le matin de ce même jour me dic- 
avoir été faite , & que j'avois contée 
à la Reine-Mere. Il m'avoic appris, 
qu'un grand Aftro'ogue de notre tems- 
alTuroit qu'elle guériroit vers ctx.Kt fai- 
fou , &c cette fabuleufe Prédi6i:ion> me 
faifoir efperer quelque merveille du 
remède du Milanois : mais , c'étoic 
d'une manière qui ne me confoloiV 
guère ; car je voyois des chofes trop 
contraires à cette Prédiâaon , pour cft 
tirer quelque efpoir véritable. 

Le lendemain des Fiançailles de 

Mlle. d'Artigni , qui fut le dixième '^ 

du mois , la fièvre de la Reine-Mere^ 

q^ui le jour précèdent avoir été moin- 

T 4 drcp. 



Il 



;l 



442. Mémoires four fer vîr 

\ééé. drc, redoubla par un grand friffoit^ 
qui lui dura long-tems. Malgré ce 
• fâcheux accident , le Roi & Monfieur 
furent à la Comédie avec la nouvelle 
mariée. Le foir , les Médecins trou*i 
verent la fièvre de k Reine- Mcre fort 
allumée , &: fon poulx étant mauvais, 
ils jugèrent à propos de la faigner. La 
Reine au(ïî-tot le manda au Roi. il 
vint après que la Comédie fut ache» 
Tée,voirla Reine fa Mère, quive^ 
noie d'être faignée. D.ins ces érats fi 
«erribles , elle paiîa de cruelles nuits, 
^ l'excès de la douleur la forçant 
quelquefois de foupirer de tems en 
tems , parlant à Dieu, on entendoic 
qu'elle di foi t , ï^elas , Seigneur \ je rmu 
plains y & vous voiàe^. que je foujfre. 
Depuis qu'elle fc fervoit du Milanois, 
Ton Martire étoit augmenté , par la 
puanteur qui forroit de Ton Cancer, 
Cette fouffrance écoit fi contraire h^ 
ion inclination , qu'on peut dire avec 
vérité , que ce mal feul en étoit un' 
fort grand pour elle. Un de ces jours, 
comme elle Te plaignoit de cette in- 
commodité , étant feule auprès d'elle, 
elle me fit l'honneur de me dire tout 
tas j Di€H veut en cela me châtier , 



i 



I a VHlflolre d'Amie d'Autriche, 445 

\i^ avoir eu trep d'amour propre , cr |^'^^^. 

savoir trop aimé la beauté de mon 

^orps. 

Le quinzième , on donna à la Rei- 
iie«Mcre une médecine, & les Méde- 
cins , s'imaginerenr qu'elle lui avoic 
f*ic du bien ; mais la nuic fuivanre y 
file fuc tres-maUde. Sa douleur fur 
p grande , qu'elle Te fcntit comme for- 
cée de jetcer des larmes , qui fortirent 
le fes yeux avec abondance, Mlle, de 
^eauvais , qui la veilloir, me conra le 
endemain , que cette verrueufe Pnn- 
;eiTe lui avoir dit, J? ne pleure pas ^ 
es liâmes , (jne vous voye^forttr de mes 
ief:X , c'eji la douleur c^ui les comramt 
le forth \ car vnns fçavez ^ue je pe/uis^ 
ms pleureiife. L'Archevêque d'Auchs 
'oyant le m.auvais état où elle étoic y 
'en avertit , ôc lui parla clairemenr 
u peu d'espoir qu'avoient les Mede-- 
ins de fa vie. Elle Ten remercia ;' 
: fans s'étonner de cette Harangue^, 
en fît aucun femblanr. 
Depuis quelques mois y la Reine-- 
Icve fe confefToit tous les jours , &^ 
)nConfeircur l'emrecenoit long-tems» 
le en avoir un alors , qui étoit venu 
'£(p,agne, qui fe trouva par bonheur 
T 5, pour 



444 Mémoires pour fervir 

l(fé6, poii'^ ^^^^ ^lî^ bon Religieux & fça- 
vanc ; fî bien c^u'il eft à croire qu'elle 
étoic bien préparée à ce grand voyage 
de l'Eternité , qu'elle dévoie faire 
bien-tôt. C'ed ce qui caufoit en elle 
cette grande Paix. Une aurre nuit des 
dernières de (^ vie , la même Mlle, de 
Beauvais m'a conté , que quelques- 
unes de Tes Femmes , &c elle , étant 
auprès de cette conftanre Princeire ,; 
elle leur die , 'Je fçal l'état ou je fuis i 
je fens que je ne pms plus vivre j & je 
voï bien à vos mines y que vaus en êtes 
toutes auffi perfuaâées que r»ol. Une 
de celles , qui étolent prefentes , s'é- 
tanc mife à pleurer, la Reine-Mere 
lui dit prefque en riant , & comme U\ 
moc quant d'elle , Vraîement NkU ('c'é ! 
loitainfi que s'appelloic cette Dame 
Vous êtes bien fttte ; & ne f^ut-ïï pa 
mourir / Et de pUs , quand cela fera 
vous pleurerez, j mais ne vous en affii 
gez pas avant le tems^ 

Le Samedi feiziéme du mois , jeii! 
pus aller au Louvre , & comme j'en 
voyai {ouvent fçavoir Q.t% nouvelle 
de la Reine- Mère ^ on me manda tou 
jours qu'elle empiroit. Le lendemai 
Dimanche au matin ,, je la trouvî 



■k l'Hlfioke S Anne é^AnVrkhe, 44/ 
îrés-mal, & tolue fa Cour dans une idd^- 
glande confternation. Monfieur , en 
me voyant , me fit l'honiieur de m.e 
dire , Que fîtes ^ vous hier , que vous 
I n'étiez^ piîi ici f ISfons eûmes mie terri" 
i ble johrnée. Je parlai au Milanois. fe 
le trouvai fans parole , & les Méde- 
cins fans aucune cfpcrance» Une E- 
réfîpelie étoit fortic tout de nouveau j 
mais elle n'avoit fait que paroitre 
& nVvoit' point eu d'autre effet que 
de lui avOïr fait enfler les bras & les 
nYains , <Sc même la gorge. Outre ces 
mauvais accidens , elle avoit le poulx 
mauvais 6<: foible. 

La douleur que je fenris , voyant la te î^. 
Reine- Mère en cet état , mie fît fartir ^^"^'''^' 
d'auprès d'elle, afin d'aller chercher 
hors de fa prcfence quelque foulage- 
ment à ma peine. Je m'en allai à la» 
Mîde aux Jacobins de la Ric Saine 
Honoré. Là , j'éprouvai ce que c'eft 
que de perdre ce que l'on aime ; mais- 
ayant repris des forces en ce lieu par 
la foumiiïion que toute ame Chré- 
tienne doit avoir aux volonrez Divi- 
nes , je retournai au Louvre -y ca-r 
i inquiétude & la triftelîe nous por- 
tent naturellement à changer de lieu, 
T e Corn- 



44^ M.€ moire s pour fer vir 

Comme j'entrai dans la Chambre de 
cette grande Reine , je trouvai Mon- 
iieur feul auprès d'elle, affis au chevet ' 
de Ton Lir, E^le étoît dans fon meiU-^ 
leur tems ; je veux dire dans l'inter- ^^ 
valle de Tes redoubiemens. Elle etoic - 
même un peu mieux que le matin r 
parce qu'elle s'écoit aifoupie pour • 
quelques momens. Ses fouffrances 
ne iailToient pas d'être excefEves : je 
le connus à fes yeux ,. & malgré fon 
filence je vis ces douleurs. Je me- 
mis k genoux devant Ton Lit , & 
comme je voulus lui toucher le poulx,. 
elle me fit l'honneur de me dire ces 
mêmes paroles : Madame de Motte^ -^ 
ville , je fotijfre beaucoup. Il n'y a ' 
point â' endroit en mon corps , dans le» 
qnel je ne fent^ de trés'gra^des dou^ 
leurs* Puis , levant les yeux au Ciel^ 
elle dit , Dieu le veut. Oui , mon 
DleH , vous le voulez > & je le veu:>o 
bien 4uj]i de tout mon cœur» Oui ^ 
mon Dieu , de toutr mon cœur, Mon- 
fieur , tendrement touché de ces ad- 
mirables paroles , fe mita pleurer , &' 
les larmes m'étant venues aux yeux,, 
je me retirai d'auprès d'elle , fans pou- 
if oir lui re'pondr^. Dieu étoit dans 

foi^ 



à l'Hîftolre d'Anne d'Autriche, 447 
ion cœur , qui lai donnoit toute la té^j?» 
pietc & la patience , dont elle avoir 
befoin. Les raifonnemens des Créa- 
tures n'y pouvoient rien ajouter. Il 
ne reftoit rien à faire à ceux qui a- 
YOient l'honneur d'être auprès d'elle, 
qu'a l'admirer ; mais eeit£ admira- 
tion pouvant être dangereufe à Ta per- 
fection , le mieux étoir de fe taire , <5^ 
de remercier Dieu des grâces qu'il lui 
faifoir. Apres ces marques de vertu , 
de fourni ffion , & de patience, cette 
admirable PrincelTe nous çn donna de 
la force de Ton ame y car la Reine 
étant arrivée là-deirus , elle s'alïît au- 
près d'elle , & Morifieur fe raprocha. 
L'AmbalFadeur d'Efpagne entra dans 
ce même inftant , qui apporta ^qs 
Lettres à la Reine, Il s'en trouva u» 
ne de la Reine d'Efpagne , qui écri^ 
voit à la Reine-Mere fa Tante , & fa 
Belle -Sœur tout enfemble. Elle la 
prit 5 ôc pria la Reine de la lire tout 
haut 'y ce qa'elle fie. Cecre Lettre é- 
to't bonne , bien longue , & de bon 
fens, Monfieur , voulant s'inftruire 
des grandes chofes, fit plofieurs quef- 
îions à rAmbalfadeur d'Efpagne fut 
Les, Affaires de ce Royaume, à fur le 

Gou- 



44 ^ Mémoires pour fervir 
i666, Gouvernement de la Régente Cet 
Homme écoit naturellement grand 
parleur. Il amplifia cette convcrfa- 
tion de quantité de paroles inutiles, de 
la rendit fort longue. La Reine-Meie, 
malgré la mort de la douleur , encra 
dans toutes ces Narrations, avec un 
êfprit aufîî orefent, que Ci elle eût été 
en bonne fancé j puis elle-même ptit 
la Lettre &: la mit fous Ton oreiller , 
difant à la Rtine tout ce qu'elle defi- 
roit mander à cette Reine Régente ^ à 
qui elle devoit faire réponfe au lieu 
d'elle. Pendant ee îems»là , je m'oc- 
cupai davantageà remarquer la ferme» 
té de la Reine-Mere j toujours égale 
en tout tems , qu'à écouter les raifon- 
nemens qui fe firent fur la Cour d'Ef- 
pagne 5 5c ceux qui pourront lire 
queîq^ue jour cqs Mémoires trouveront 
fans doute que j'avois raifon. En ce 
sEnveri- même momc-iu, la Sttiora Molina s*a- 
^f.^."'!^*' „ procha de cette illuftre Malade , Ôc lai 
bieurouge dit tx\ Eipaguol, jûje , que vuejira. 
b Corn- Mairefiad es muy coïoradko, a Et la 
ment\ Reiuc-Mere , de fan^ froid , & com- 
Yaiune ^'^^ CH nanc , lui répondit, T como^ 
bonne MoïîYia r ^« verdtid que tengo may 
^''^^ bmna Cdemurah, Auili - tôt après 

cette 



a l'Hiftoire d'Anne d^Amrkloe. 4^9 
cette tranquille converfation , la Rei- iCC^^ 
ne Mère eut un redoublement qui fut 
plus violent que les autres. Elle con- 
nue qu'elle ev-npiroit ^ & le dit à l'Ar- 
chevêque d*Auch , qui en demeura 
d'accord avec elle j mais 3 comme il 
ne la trouva pas encore allez mal pour 
lui donner le St. Viatique , elle con- 
clut de communier après minuit, 

A l'heure ordinaire , c*eft-à-dire à 
dix heures du foir , la Reine-Mere 
donna le bon foir à la Reine, à Mon- 
fîeur , ^ à M-adame, il nous parue 
à laComtelfe de Flex & à moi , qu'el-- 
le les prella départir avec plus d'âpre» 
té qu'elle n'avoit accoutume défaire. 
Elle étoit plusabbati":ë & plus oppref- 
fée de fes excefîives douleurs ; & , 
comme elle n'aimoit point à faire 
voir fes fouffrances, elle voulut alors 
ê:re feule , afin de pouvoir endurer 
fes maux avec moins de contrainte», 
Ce même foir en voulant prendre 
des œufs frais qu'on lui fervit , elle 
me parut dans un fort mauvais état ; , 
t<, dans ce feul inftant de fa vie> elle 
parut avoir plus de foixante ans ; car 
fon corps , par Tenflure de (ts bras 5 
ds fes mains , 6c de fon vifage , ccoic 

& 



4 f o Mémoires pour fervîr 
fi appefanti , qu'à peine pouvoit-ellè 
lever la tête , ni haulfer fes mains 
jufqu'à fa bouclie. Il écoic difficile 
de voir une fi grande PrincelTe en cet 
ctar, fans envîfager fortement le néant 
de la Créature , & combien tous leS' 
feconrs fonc inutiles, quand il plait à 
Dieu de détruire les premières Perfcn-r 
nés du Monde, 

Depuis les grands maux tîe la Rei^ 
ne-Mere , elle avoit accoauimé, quand 
fa Royale Famille l'avoit quittée, & 
que le rideau de fon Lit était tiré , dé 
faire dire les Litanies de la PafîîoAj, 
avec beaucoup d'autres Prières i ce 
que l'Archevêque d'Auch faifolt pour 
^ordinaire , ou quelqu'un' de fes Au-, 
raoniers. Apres qu'elles eurent été* 
dites, on fe retira d'auprès d'elle , pour 
voir fi elle n'auroit point quelque mo- 
ment de repos j mais bien loin d'en- 
avoir , nous l'entendîmes toujours fe* 
plaindre , ce qu'elle fe permettoit; de^ 
faire quelquefois la nuit , mais j imais 
\t jour , parce que la nuit elle éroic 
plus feule , & ne craignoir point de 
faire de la peine à perfonne. 

Après minuit , fon grand Aumonîef 
lui dit la Meife d^ns fon Ckatoire, qui 

ctoit- 



ï 



^ l'Hiftoîre ^Anm d'Autriche, 4; i 
etoit à la ruelle de Ton Lito II la \^^^ 
communia , & je remarquai cju'elle 
reçut Notre-Seigneur avec une dévo- 
tion toute extraordinaire, Il fembloir, 
vu le calme ©ù elle e'toic , que fes 
douleurs & fes maux TeufTent quitte'e, 
car Ton application à Dieu étoit fi 
grande , qu^il étoic aifé de voir que 
Tarae en ces occafions l'emportoit fur 
le corps. Elle fut fervie, après TAr- 
chevéque d*Auch , de l'Evêque de 
îMan k Çon premier A^nionier , de 
'l'Abbé de Guemaieu , Ton Aumônier 
ordinaire , 6c de quelques autres , de 
la ComtelTe de Flex fa Dame d'Hon. 
neur , & de la DuchefTe de Noailles 
fa Dame d*Atour. Le lilence & la 
folitude de la nuit u^empêcherent pas 
'\\^t toutes ces perfonnes ne rendifTent 
3ar leurs grands refpeéts , & par leurs 
everences réitérées, tous les honneurs 
jui étoient dus a une (î grande Prin- 
.elfe , qui étoit en NailTance & Di- 
gnité la première du Monde j mais 
oute fon élévation alloir être annéan- 
ie , & cette fi augufte Perfonne , Ci 
ftimable & fi révérée , malgré nos 
buhaits , alloit être effacée du nonî- 



45 i Mémoires four fervtr 

i(S66. bre des vivans , parce que DJen , 1- 
Dieu des vivans èc des mores le vou 
lo'it ainfi. 

Le Lundi , après avoir un peu re 
pofé, je retournai au Louvre de boi 
te 18. inatin. La Reine-Mere avoir beau 
janvier. coLip foufferc depuis fa Communion 
fa fièvre Se les fâcheux accidens de [ 
maladie angmencoient plutôt que d 
diminuer» Le remède du MiKnois 
étant de foi fort violent , avoit fai 
confommer les chairs du Cancer tro 
promtement , & les efprits étant diffi 
pez , la nature n'avoit plu$ de force 
pour jeiter dehors l'humeur de l'Ere 
iîpelle. Cette humeur s'e'toit tellemer 
jettéc entre cuir ôc chair , que fes c 
pauîes commençoient à s'ulcérer ; t 
comme elle ècoit toujours couche'e fu 
le dos , elle y fentoit beaucoup de ma 
Elle me commanda de les rouche: 
Je les trouvai déjà toutes pleines d 
glandes ; & je fus étonnée de ce qu'el 
le foufFroit une Ci grande augmenta 
tion de douleur fans en parler» Je 1 
dis aux Médecins , afin de les oblige 
à y mettre quelque chofe. Ils le pro 
mirent , ôc je vins le dire à la Reine 

Mer. 



k fBlfialrû d'Anne d'Autriche, 4^5 
Mère. Cette pieufe «Se confiante Prin- l^^^* 
cclîè, ne fc regardant plus devant D'eii, 
qu'avec les fentimcns d'une Chréden- 
ne pleine d'humilité & de l'unique 
dedr de faire pénitence , me fie Phon- 
neur de me re'ponJre toute occupée 
eu Dieu , J'^i ^ba-^donué mon corps k 
la jufltce de Dieu : les Hommes en fe^ 
ïout tout ce qiiii leur plaira. Comme 
les Hommes étoient ociliinez à la fai- 
re louiïrir , ils ne mirent rien fur Tes 
épau'es, ïl cft à croire que Dieu l'or- 
donnoitde cette forte, pour la puri- 
Bcr davantage à fes yeux, 

La ComteiFe d'ille a alors s'étant o.T)amt 
îpprochée de la Reine-Mere, elle lui ^'^^y'^"'' 
iic qu^elle founroit d'exceflives dou- du meriisr 
cars , & lui parlant de la peine qu'eî- ^„/^'v/î 
e avoir de lamauvaife fcntcur qui for- p'^if- 
oie de fon fein , après une réflexion 
|ii'elle fit fur l'état où elle étoir, elle 
LU dit en la reg^^rdant fixement , 3c 
OMchant fon dr^p , H^ \ Condejfa , 
^uvanas de Batlfîa', Cçndejfa^ favar.as 
le Batifia b / Elle voulut lui marquer ^ "^^^ 
)ar ces paroles , oc en Ini montrant da Draps 
es draps, qu'elle fc reprochoit alors '^f^^'fi'>^ 
es delicacelies trop grandes quelle dtBAii^ie, 

avoit co'^'e^^i 



4f^ Mémoires pourfervlr 

666, avoit eues pour fa Perfonne, qiianj 
étant en fancé elle ne pouvoir fouffrit 
que des Draps extraordinairemenc fins, 
Cette Dame pre'cendoit venir d'un Bâ- 
tard d'an des derniers Rois d'Arra. 
gon. Son mari étoit Catalan de Na- 
tion ; Ton nom ccoit d'Atdenne j il 
s'étoit révolté contre le Roi d'Efpa- 
gne fon Maicre , & l*avoit quitté poui 
le donner au roî, L*un 6c l'autre a- 
voient de la Pieté , de l'efprit , &c du 
mérite j & la aeine-Mere eftimoit af- 
fez cette Dame. 

Sur les dix heures du matia, h 
Reine-Mere fommcilla un peu , plutôl 
par excès de lalîitude , que par um 
bonne caufe, A fon réveil » le roj 
la vint voir , qui n*y tarda guère ; cat 
dans ce moment il falloir qu'il allai 
au Confeil. La Rçine & Monfîeur . 
étant reliez auprès d'elle , fe mirent à 
parler de chofes indifFecentcs pour ef- 
fayer de la divertir. J'étois au pied de 
fon Lit. Cette PrincelTe , jufqu'à fa 
fin toujours occupée des befoins des 
autres , eut foin de me demander fî 
favois diné > car alors il étoit tard. 
Quand je lui eus dis que non , elle 

nie 



a l*HIJhtre d'Anne à' Autriche, 4// 
wz lépondic avec cetce douce «Se hou- i6^é, 
icta manière , donc elle fçavoic char- 
wtï ceux qui avoienc l'honneur de 
'approcher , J'^ous a.z;ez hkn la mine 
ztijourd'hm de ri y pat aller. Allez > 
■ille^ , diner chez la Aialina : voulant 
lie dire par-là, qu'elle connoiiroii: que 
*écac où elle étoic me rendroit incapa- 
ble de penler à mes befoins. Voilà 
ine des dernières fois qu'elle m'a fait 
'honneur de me parler ; car la more 
îepuis cet inftanc la força d'oublier 
:cax qu'elle honnoroit de fa bienveil- 
ance, pour ne s'occuper plus que de 
^Eternité , & de fa Royale Famille* 
Rlle voyoic de prés ce terrible mo- 
ment , qui dévoie bien-côc la feparer 
3our jamais de la Terre, Elle defiroit 
ans doute d'aller joliir de ce Repos 
|ui ne finit point 3 mais avjnc que 
le le pofleder 5 il falloir que ce qui 
îtoit de corruptible en elle prit fi» : & 
•e palTage Ci affreux à tous , Se qui 
nalgré fa confiance lui paroilToit tel , 
'toit une alTez grande affaire pour 
emplir toutes Tes penfe'es. Sur les 
rois heures après midi , fon redou- 
)leracnc la prit , ôc les Médecins 
rouyercnt qu'elle ^mpiroit. L'Arche- 
vêque 



45^ Mémo tr es pour fer vlr 

iij66» vêque d'Auch alors lui parla plus po- 
fitivement des approches de la mort i 
ce qu'elle reçut à fon ordinaire ; car 
il y avoic long-tems qu'elle étoit ac- 
coutumée à cette Harangue. Il lui 
confeilla de faire une revue fur rou- 
te fa vie, & de la partager en trois 
Etats , en celui de Ion Enfance juf- 
qu'à fon Mariage , depuis fon Mariage 
jufqu'à fa Régence , & depuis fa Ré- 
geucQ jufqu'à l'heure où elle étoit. El 
le reçut ce confeil . & fe mit auflî-tôt 
en état de l'exécuter. Elle fut quel- 
que tems a y penfer , puis fie appro* 
cher fon Confeiliur 5 Se l'ayant fait 
aiïeoir auprès d'elle , elle commença 
une converfation avec lui , qui pa- 
îoi (Toit plutôt une légère revue qu'a- 
ne Confefîion générale , faite avec le: 
applications d'efprit que demande cet 
te adion j car elle foufFrit 5 que quel- 
que peu de perfonnes demeuralTen 
dans fa Chambre , & j*eus Thonneu» 
d'être de ce nombre. ^f 

Le foir à dix heures , le Roi , U 
Reine , Mcnfieur , Se Madame , apré 
qu'ils eurent foupé , rentrèrent à lem 
ordin \ire dans fa Chambre 5 mais ellï 
les prelTa inftammeut de la laifTer, 6i 

d€ 



iji 



iJii 



àVHlficireà' Anne ^Autriche, 457 
;cle fe retirer. Le Roi , voiilaiic kû i^<^^4 
obéir 5 s'en alla \ ôc la Reine monta k 
fa Chambre. La Reine - Mère , qui 
ciLit que Monfieur ne la voadroJc 
po ncquiter, lui ordonna poficivemenc 
de s'en aller chez lui. Il voulut éviter 
ce Commandement, 3c fe cacha dans 
le Cabinet des Bains, puis fit femblanc 
de s'en aller ; mais la Reine fa Mère 
prévoyant toutes Tes loiiables finelTes , 
le lappella, de lui dit qu'elle le vouloir 
abiolument. Il fut donc contraint de 
ne p!us paroitre devant elle, & de- 
a-ieura prefque toute la nuit aflîs aux 
pieds de Ton Lit. J'eus Phonneur de 
lai tenir compagnie , & de participer 
1 Tes inquiétudes , qui redoublèrent 
beaucoup à caufe d'une fâcheufe toux 
qui furvint à la Reine fa Mère , par 
DU l'on jugea que l'humeur du Cancer 
e jettoit fur la poitrine, Si que c'étoic 
remarque certaine du malheur qui 
iloit arriver à la Maifon Royale, $c à 
:oute la France, A minuit , le redou- 
ilemeut ile cette Princeife parut im 
leu diminué , Se Monfieur s'en alla, 
ifin de lailTèr repofer les Dames qui 
'eilîoîenc k Reine fa Mère. Il me 
le l'honneur de me remener avec lui 



Jaiivicr, 



45 S Alemoires pour fervïr 

1^66, au Palais aoyal , «ù je logeois , Sc oht 
je m'afTûie qu'il eut une mauvaife 
nuit ; car il me parut aufïî affligé qu'il 
k dcvoit êtrs. 
T^e 19. Le lendemain Mardi, les mauvais 
accidens , qui paroilloient nous devoir 
priver de notre illuftre Princeife, aug- 
menterefit toujours ; mais fa propre- 
té, qiii malgré la nature de fou ni^l 
lae l'abandonna jamais, l'obligea fur le 
foir de defirer que l'on fît Ton Lit, 
Elle fut obéie avec beaucoup de pei- 
ne » car elle ctoit foible , Sc fort pe* 
faute. Auflitôt qu'elle y fat remife,. 
Les Médecins qui trouvèrent que for 
poulx ctoit mauvais , & qu'elle s'af* 
foiblifroit , dirent au Roi qu'il falloi 
penfer à lui faire recevoir le Saint Via 
tique, il étoit alors cinq ou fix heiT' 
res du foir j & quoi qu'elle n'eût ja- 
mais témoigné d'appréhender la mort 
on jugea à propos de la penfer avan 
que de lui dire l'état où elle étoit 
Depuis quelques jours, quand onJi 
penfoit , on lui tenoit des fachet d 
lenteur auprès du nez , pour la foui;- 
ger de la mauvaife odeur qui fortoi 
de fa playe. Jafques-là elle n'en avoi 
point été incommodée , parce que le 

autre 



lie 
L 



à i'Hlftotrc â'A>me d'Amrtche, 4 59 
aiures remèdes dont elle s'écoit fervie i,^S6^ 
ernpéchoient la pourriture j & même 
alors ceux qui P^pprochoient , parla 
quantité de parfums qui étoient fur 
ion lit > n'en pouvoienc pas être in- 
commodez. Cette dernière fois , je 
remarquai qu'elle ne fe voioit pas 
en néceffitéde boucher Ton nez , fans 
avoir de quoi offiir à Dieu par de 
nouveaux Sacrifices ; puis, regardant 
fa main qui croit un peu enflée , elle 
die tout bas , comme fe ie difant à 
e-iie-même j en faifant un petit fîgne 
de la tête ■ , qui vouloir beaucoup au 
îz , ma main efi eh fiée , dh: il eft tems 
de partir. Tant de maux &: de fouf- 
franccs n*a voient pu détruire la beau- 
té defes bras (5c de fes mains j jamais 
ils n'en a voient tant eu que dans ces 
derniers jours : ce que les maladies 
avoient pu gâter par un peu de mai- 
greur , Tenflure qui leur reftoit de 
i'Eréfipclle le réparoit parfaitemenr. 
ils paroiflbienc plutôt des bras ôc des 
mains d'albadre, que de chair 5 mais , 
ce qui dans le tems n'avoit pij finir* 
aliûit être effacé , par la fin de ce mê- 
me rems. 

L'Archevêque d'Auch , à qui k 
Tom^Vs V Reir.e? 



4^0 -Memdîres pour feyvir 
lééé. Reine -Mère s'étoic confiée du foîti 
de la plus importante Affaire de fa 
Vie 5 qui étoit de lui aider à la bien 
finir , lui dit alors qu'elle n'avoit plus, 
de tcms à perdre j ôc qu'il étoit né*^ 
ceflTaire de penfer à recevoir Tes de»-. 
nicrs Sacremens. Dans ce moment 
je n'étois pas auprès de cette grande 
PrinceiTe ; ma douleur m*obligeo*iî 
fou vent de m'en féparer j & ce dif- 
cours , qui marquoit les funeftesa* 
proches de la Mort , m'avoît fait re. 
tirer dans un coin de fon Cabinet 
Ceux , qui en étoient plus proches , 
ont dit qu'alors fa voix changea , & 
que malgré fa fermeté ordinaire 
l'horreur naturelle que tous les hom- 
mes fentenc à la vue de leur de( 
tru6tîon eut en elle fon effet. Qiiam 
;Cela fcroit , je ne m'en étonne pas : 
il n'y a guère de Héros , de Phiîofo 
phes , ni même de Saints , qui n'ei 
aient fenti l'amertume : mais , poUi 
moi , je puis dire avec vérité , qu* 
m'étant raprochée d'elle aufîi - tô 
après , je pe m'aperçus point de c( 
changement ; & que iî la Nature h 
força de fentîr pour quelques mo 
i;^§ la perte; de ft Vie , U raîfor 



I 



a l'Htfloire à' Anne à' Autriche, 4^1 
^ la force de Ton Efpric furniontérenc iéé6. 
bien vire ces fentimens dans Ton ame: 
car y depuis cet inilant , il ne parut 
en elle aucune marque de crainte ^ ni 
de trifteiïe. Elle n'eut aucun atten- 
driflemenr fur elle - même , & ne té- 
n^oigna nulle foiblelTe , ni dans Tes 
paroles , ni dans Tes adions. Dieu 
lui avoir donné une fermeté , qui 
dans toutes les -grandes occafions ou 
elle avoit eu à ré/îfter à Tes malheurs ^ 
& à Tes Ennemis , ne Pavoit jamais a- 
bandonnée. Il ne Pcn voulut pas pri- 
ver dans ces dernières heures, où nous 
devons croire que la main du Très- 
Haut , quia toujours été à Ton aide, 
îa foutint & la fortifia. 

Le Reine- Mère alors voulut parler 
au Roi & fit retirer tout le monde. 
Elle voulut auiîi parler à la Reine , & 
enfuite à tous les deux enfembie. Il 
cffc à croire qu'en cette occaiîon elle 
kur fouhaita le bonheur & la paix 
dans leur Mariage , avec la crainte de 
Dieu , & l'abondance de fes Béné- 
didions. Les paroles de cette efli- 
inable Mère furent fans doute reçues 
du Roi avec un vrai coeur de Fils 
plein dç refpe<5t ^ de reconnoilîance ; 
V X U 



4é 2. Mémoires pour fervir 
66^. àc , s*il nous eft permis de pénétrer 
dans leurs fentimens , nous devons 
penfer que tout ce qu'une fi louable 
de fi vertueufe Amitié a pu produire 
en l'une & en l'autre de ces Perfonncs 
Roiales , ne fçauroient être fans l'ac- 
compagnemenc des grâces céleftes. 
Cette admirable Mère voulut de mémo 
parler à Monfieur. On peut juger auf- 
fi , qu'elle lui donna des Avis falutai- 
res pour l'avenir , nécefiaires à Ton fa- 
lut , convenables à la grandeur de fa 
NailFance , & utiles k fon Repos , afin 
que fa vie fut Chrétienne , eftimable 
au Public j de fa Conduite agréable au 
Roi. 

Apres toutes ces chofes , on ne 
penfa plus qu'à faire recevoir le Saint 
Viatique à la Reine - Mère. Le Roi 
6c la Reine , Monfieur &c Madame,al- 
lerent au devant du Saint Sacremenr. 
Ma-demoifelle Fille ainée du feu Duc 
d'Orléans , Monfieur le Prince , Mon- 
fieur le Duc , & Madame de Carig- 
nan , les fuivirent , accompagnez de 
toute la Cour. Les Hommes allèrent 
avec le Roi jufques à la Paroifie : les 
Dames avcQ URejjae jufqu'à la Porte 
djj Louvre, 



a l'HîJïoîre à' Anne Autriche. 4^3 
L'Archîivêqiie d'Auch apporta léf^é. 
Notre - Seigneur , fuivifcle l'£vêqu2 
de Mande , du Curé de St.^G^niiain , 
de l'Abbé de Gaemadeu , 5c de quel- 
ques autres Aumôniers, Cet Arche- 
vêque 5 tenant la Sainte Hoftie , fie 
à la Reine une Exhortation fore 
Chrétienne, il lui fît voir la nécef- 
ilté de s'annéantir devant Dieu , lui 
représenta l'inutilité de toutes les 
.Lhofes que l'on eftime le plus > dans 
ic Monde , & lui dit quV;:rorc qu'el- 
: fût Fille de tant de Rois & d'Em- 
pereurs , Mcre j Tijne , ^Seeur, 
des plus puilîans Princes de k Terre :, 
elle devoit confiderer qu'elle all^ic 
être ég-^le à la moindre Créât- le ; 
que toutes qÇ:î, Grandeurs ne V:i i^r^ 
viroientpîus de rien j que îe :eul re- 
pentir de Tes Péchez ^ù. Pénitence, & 
Ton Humilité , en ce terrible momenc 
lai feroieijt utiles oC falutaires } qu'el- 
le alloit paroitre devant Dieu , pour 
ctre jugée fclon Tes œuvres , où la 
feule Mîféricorde de Dieu alloit être 
toute fa Richelle. Elle écouta ce 
Difcours avec un grand recueille- 
ment d'efprit, 6: communia avec une 
dévotion digne des fentimens de pie- 
V $ ré 



4^4 Mémoires pour fervW 
i66^. ^^ qu'elle avoir eus toute fa vie. Ué* 
motion d'une fi faj^ite ôc C\ impor- 
tante adion , Se celle de la fièvre lui' 
donnèrent alors du brillant dans les 
yeux 5 ôc du rouge au vifage ; & 
dans cet înftant elle parut il belle à 
tous y 3c particulièrement au Roi, qui 
etoit debout aux pieds de Ton Lie ,. 
que fe tournant vers iMlIe. de Beau- 
vaîs , qui fe trouva auprès de lui oc- 
cupée au fcrvice , il lui dit à demi- 
bas , J^egardez U Reine ma Jlîere, Je 
ne l'ai jamais vue fi belle. Après que 
cette admirable PrincefTe eut emploie 
quelque rems à remercier Dieu ,- à 
i'adorer ,6c à penfcr à l'Eternité , el- 
le fit approcher Tes illuftres Enfans , 
êc leur donna fa Benedidion , lôur 
fouhaitant celle de Dieu, Elle la 
donna encore en particulier à la Rei- 
ne 5 pour Monfeigneur le Dauphin 
fon Petit - Fils , & à Monfieur , pour 
fes deux autres Enfans. Elle ne par- 
la point à Madame en particulier y. 
, car , elle crut , à ce que Ton s'ima- 
gine , que les fentîmens de cette jeu- 
ne PrincefTe étoient fi fortement éta- 
blis dans fon cceur , qu'il lui feroïc 
impolTiblc de les changer. Ces qua- 
tre 



k VHlfioîre d'Anne d'Autriche, 4^5 
tre Roiales Perfonnes fe jectercnt à léé^. 
genoux devant le Lit de la Reine 
leur Mère , lui baiferent la main , & 
pleurèrent ; mais , comme je fais pro- 
feilion de dire finccremcnt la vérité , 
il me femble qu'ils ne pleurèrent pas 
tant que la première fois qu'ils cru- 
îent la perdre à Saint Germain , ou 
du moins ils ne pleurèrent pas afTcz, 
Il eft de la nature du tems d'ufer tou- 
tes chofes 5 & l'état où elle écoît di- 
n:inua fans doute leur douleur j car 
fes maux ne pouvant finir qu'avec fa 
vie 5 c'étoit quafi l'aimer , qtie de 
voir fa fin avec quelque ^fp^c^ de 
confolation. Tous ceux q>ii ét<^t^t 
dans la Chambre pieurerrut aaîE ,* 
mais celle , qui étoit iî dig^e r^'etre 
regrettée , ne parut s'émf^'/oir fur 
rien dq ce qu'elle voioir , 5t demeu- 
ra dans une gravité , qui avoit quel- 
que chofe de fort beau. Cette gran- 
de Princeffe occupa fon Efprit à 
penfer à Dieu feul , qui , régnant eu 
! elle par la foi , l'empêchoît de fentir 
la perte de la vie. Le Roi étoit alors 
de bout vis à vis d'elle , quipleu- 
roir.Aprcs qu'elle eut été quelque tems 
recueilUe , elle le regarda fixement , 
V 4 ^ 



466' Mémoires pour fervlr 
1606. & lui dit , avec la Majefté cl*anr 
Reine , ^ l'Autorité d'une Mère . 
Tait es ce que je vom al dît : je vom le 
àis encore , le Saint Sacrement fur le: 
lèvres. Le Roi , avec uii^ profond 
refpect , & les yeux pleins de lar- 
mes 5 baitTant la tête , lui répondic 
qu*îl n'y manqueroit pas , <& jafqu'i 
cette heure on ignore ce que c'écoirc 
Mr. le Prince , auprès de qui je nie 
trouvai ^ de qui étoic appuie contre 
le Baluftre du Lie , fe tournant vers 
iTioi 5 me fît l'honneur de me dire a- 
vec une exclamation glorieufe de hon- 
norabie à la mémoire de cette ver* 
t u eu fe Reine , 'je n'ai jamais rien 'Vn 
de Jl beau. Voilà une Vemme dont là- 
mérite efl digne d^une eflime éternelle,. 
Le ConfcnTeur de cette merveilleufc 
PrinceflTe nous dit peu après , à U 
Moîina & à moi , que s'étant ren» 
contré ce jour- là entre le Roi & elle ^ 
il avoir entendu qu'elle lui avoir re- 
commandé de pardonner à ceux qu'il 
Kaïtroit pour l'amour d'elle. Ceux- 
là étoient certaines Perfonnes enga- 
gées dans la Difgrace de Fouquet , 
dont elle s'étoit fervie auprès de lui , 
pendant qu'il étoic Sur- Intendant, 



à l'Hljîoire iAnne d'Autriche. 4^7 
J'ai roujOLU's cru auffi, qu'un Hoiii- 1666* 
me de Qiialicé , qui avoir été afTez 
injufte poui avoir fait des Vers Sati- 
riques où elle avoit eu quelque part, 
fut un de ceux à qui cette Princefle 
vouloit que le Roi pardonnât ; car , 
je fçai qu'elle lui en avoit déjà parlé ^ 
fans pouvoir obtenir cette Grâce : &c 
comme la Reine faifoic une Action 
louable en la demandant , le Roi en 
faifoit une qui méricoit d'être eftui-iée 
Cil la refufant. Peut*êcre que ce fut fur 
ce Sujet que cette dernière Demande 
Tit faite 5 par fon illuftre Mère, Je 
:^i'en fuis pas aflurcê. 

En fuite de cette occupation , la 
R.eine fie fermer les rideaux de fon Lir, 
comme poar reprendre fes efprits , ôç 
-^our penfer fans doute à ce qu'elle ve- 
oit de faire , de à ce qui lui alloic 
,=rriver, 

Monfieur 3 qu'il faut excepter da 
■ombre de ceux qui ne pleurèrent 
.Kîs alTez 5 s'avifa c/^Her ouvrir le vi- 
deau de fon lit , ôc de lui dire , /k/>;- 
dar?:e y zoits 97/ avez tant ^iméici- hoî i 
^:imez' mot encore , cjuanà vohs ferez 
la- haut dar.s le Ciel , & priez Dku 
fQur moi, La Reine , qui s'étoic 
V 5 tour- 



4 ^ s Mémoires pour fervir 

î.^é6. otirnce de l'autre côié , entendant ce 
Difcours j & Tentant fans doute que 
cet empreilèment de Dévotion & de 
TcndrefTe étoit alors allez à contre- 
tems , fe contenta de lui dire fioidc- 
nient , J^^??? Fi/j , yV mus prie , laijfe^ ' 
moi en repos. 

Apres y avoir été environ un quart ' 
d'heure elle fit ouvrir Tes rideaux , ÔC 
appeliant fon Médecin , elle lui ten- 
dit le bras, & lai dit, Mr» Seguin y 
the^ mon poulx : Il me ftmhle que je 
m'ajfclhlls. Comme il le rou choit , 
elle lui dit encore , Efi ' il p^s vrai y 
^'iil efi bien petit ? Il lui répondit 
Ont , oJ^adiime ; & cette conrtante 
PrincefTe ^courageufe jufqu'à ces der- 
niers momens , reprit la parole dit 
mcmt ton , & avec la même tranqui- 
lité a que fi elle eût parlé d'une cho- 
fe indifférente , & de peu de confc- 
quence , & lui dit , 'je fenteis bien 
cjue cela dev oit être ainfi. Elle répéta 
deux fois la même chofe ; & , con- 
noiiTant qtle Ion poulx diminuoit 
toujours , elle dit à l'Archevêque 
d'AucIi avec empreflTement , Ha l 
won Dieu ! ne me laijfel^ pas mourir 
fans l'Extrême- On^lon* .Qu'on aille la 

^ae^ 



.€ VHîfiolre d'Anne d'Autriche . 4^9 
quérir prompt ement. Comme il lui eue i66C. 
répondu qu'il ne falloic pas qu'elle 
s'en inquiétât , elle perfifta , & dit 
qu'on y allât j (î bien qu'on lui dit 
qu'elle étoic d.jâ fur l'Autel de Ton 
Oratoire. En effet , il fallut la lui 
donner bien -tôt après , parce que ^ 
l'on connut qu'elle s'afFoibliilôic 
beaucoup. Elle la reçut avec de 
grandes marques de dévotion > & a- 
vec la même connoifTiince & la même 
tranquillité d'Efprit , que ii elle eût 
c[é en pleine fanté , 6c qu'elle eut 
fait une autre Adion. Ce fut fon 
Curé , qui lui adminiftra ce Sacre- 
menr. Comme il vint à lui mettre 
de la Sainte Huile fur les lèvres , eU 
ie fentît qui lui en écoit enué dans la 
bouche. Alors cfle ouvrit Tes yeux 
il beaux ^ de il doux , qui dans ce 
funcflc moment n'a voient point en- 
core perdu tout-à-fait leur éclat na- 
turel 3 èc le regardant elle lui dit 
doucement , Jf vous prie , ver?nettez' 
moi cjue je m'ejfptie la bouche. Il vou- 
lut le faire avec du coton 5 mais , el- 
le lui dit , Je vous prie , fi cela fe 
peut a permetîe':(^mol de le faire : 6c , 
prenant le coton de fa main droite > 
V $ elle 



4/0 Mémoires pour ferz'tr 

iCOé, elle s'elTuia , &: oie enfuice ouvrant 
fa main , 6: la tendant au Curé ^ 
Cette main rien a pM eu. Quand fa 
première Femme de Chambre vou- 
lut découvrir Tes pieds , fa modeftie 
lui fit craindre qu'elle ne montrât fes 
jambes : elle lui fît figne de rabaKler 
fa couverturej la pouffant par le bras^ 
pour lui faire faire ce qu'elle vouloit 
qu'elle fît. 

Après que la Reine-Mere eut reçu 
ce dernier Sacrement , elle demeura 
quelque tems en repos , & fes yeux 
alors commencèrent peu à peu à fe 
couvrir de la froide (Se fombre. vapeur 
de la mort j mais , aiant entendu le 
Roi parler auprès d'elle elle les ou- 
vrit , 6e le regardant avec quelque 
joie de le recevoir encore, elle dit par 
- une furprife pleine d'émotion 6e de 
tendrelfe , Ha l Voda le Roi: de , s- 
prés l'avoir confîderé quelques mo* 
mens avec une attention qui paroif- 
foit procéder du cœur 6: de Tame , 
touchée d'un fentiment naturel qui 
l'avoit reveillée de ralfoupilTemenc 
funefte ou eUe étoit > elle lui dit , 
^llez 5 Tnon FIb y allez fouper, La 
Reine s*étanc auffi approchée de cet- 
te 



a rHijwlre à* Anne à' Autriche, 471 
ce PrincelTe mourante , elle la regarda lééié. 
d'une manière qui me parut accom- 
pagnée de lenfibilité ; mais , voiilanc 
fe décacher de ces Roîales Perfonne-s 
qu'elle avoir tanc aimées , elle lui die 
èi'mx ton qui me fie deviner tout ce 
qu'elle lui vouloir dire , Hï\a mla ^va^ 
ytife^^ Oui , fans doute , elle penfoic *^'« F'^^ 
en cet inltan: combien cette jeune f„, 
Princelfe perdoic en fa Mort , étant 
privée de Tes fages Confêils ôc envi- 
ronnée de certaines Perfonnes inca- 
pables de la conduire dans les routes 
de douleur & de chagrin , que les 
Pâffions du Roi lui préparoient ; aEn 
que fans manquer à la fourni fîion Se 
à la complaifance qu'elle lui devoir > 
elle pût fatisfaire à ce que Dieu de-' 
i"nandoit d'elle , & à fa propre Gloire. 
Sins doute qu^elle lui dit de s'en aller^ 
parcequeces Penfces croient capables 
de lui faire de la peine , & de l'occu- 
p *r trop , & qu^en l'état où elle écoit> 
elle ne vouloit plus penfer aux Per- 
fonnes qui lui écoient chères ; mais , 
Ton cœur Tavoit forcée d'y faire en- 
core ce petit retour , ^ ce fuc pour la 
dernière fois, 

V 7 La 



47 i Mémoires pour fervir 

1666, Li Reine avoic écé toujours fortl 
attachée à la Reine fa Mère » elle' 
lui avoic rendu de grands devoirs , 
elle écoic fans doute perfuadée qu'el* 
le perdoic en elle beaucoup de confo* 
lation y mais , apparemment , le de-* 
fîr de la Primauté avoic trouvé place 
dans Ton ame. Une malicieufe A- 
dulatrice , pour s'infinuer dans faJ 
Confiance l'avoic déjà flattée fur la 
confidération qu'elle alloit avoir , en 
lui difanc que les devoirs de tous 
n'étant plus partagez elle feule feroic 
confiderée. Soit que ce Sentiment 
eût diminué la tendrefTe qu'elle a* 
voit témoigné jufqu'alors à la Reine 
ùi Mère , foit que la longueur des 
Maladies de cette Princefle mourante 
l'eût comme accoutumée à fa mort » 
la vérité eft qu'elle ne parut pas fen- 
tir alors autant de douleur qu'elle a- 
vok eu d'Amitié pour elle. Dans 
les derniers momens de la vie de la 
Reine - Mère il me fut dit , que de 
telles Harangues avoient été faites à 
cette jeune PrincefTe , par une Dame 
qui la voioit familièrement ; mais , 
j'ai du croire en fui te . que ùs Avis 
n'ayoieni pas été alTez bien reçus 

pour 



i 



à l'Hîflolre êiAnne à' Autriche^ 475 
pour pei-ruader celle à qui elle les a- îé^6* 
voit donnez. J'allai une année après 
la mort de la Reine-[Mere faluer la 
.Reine un jour à Ton réveil \ ôc , m'é- 
ranc jetcée à genoux devanc Ton Lit , 
pour lui baifer la main , en me vo- 
yant elle fut touchée d'un tendre Ctn-' 
tiiiienc qui lui csufa une fenfible 
douleur. Elle me prit la têre j ôc '> 
apuiant la fîcnne fur mon vifage , el- 
le jeita un torrent de larmes * qui en 
me mouillant la joue me fçurens 
I donner une preuve certaine de la ii- 
, délité de Ton cœ'.ir envers cette illuf- 
tre Tante y qui Tavoit toujours d 
chèrement aimée. A Tégard du 
Roi > fa raifon ôc fes propres fen- 
timens l'obligeoient d'avoir de la 
confideration pour les Confeils de 
la Rtine fa Mère ^ mais , pent-ê- 
trc que ne les pouvant pas fuivre 
ils commençoient à l'embarafTer : car;» 
il l'aimoit & l'honnoroit beaucoup, & 
connoifTant lui-même la foi ble (Te de 
fon cœur , tant de combats à foute- 
nir l'incommodoient fans doute beau- 
coup j ôc y dans cet état , il eft à croi- 
re que la force de fon Amitié envers 
la Reine fa Mère > fe trouvoii infenfî- 

ble. 



474 Memmss pourfervlr 

\é^^* bicment diminuée, fans que fa volon- 
té y eut aucune part. Voiià de quoi; i 
humilier couc le monde , & nous,;: 
confoler tous , du peu de confidéra.-i| 
tion qu'en plusieurs occafions de no- 
tre vie on fera de nous , 6c du peul 
-de regret que nos Amis , 6c peut-êire 
nos proches auront de noire mort, 
Perfonne ne fe doit croire nécelïaire 
dans ce Monde , puifque celle - là ne 
l*a pas été à Tes Enfans , elle qui avoic 
toujours été fi accommodante à tout 
ce qu'elle croyoit qui pouvoir plaire 
au Roi j à la Reîne , à Monfieur , & 
à Madame ; c'cft - à - dire, quand elk 
pouvoic être perfuadéc que fa con> ! 
plaifance a'étoit point contre fonde- j 
voir. Le Comte de las Fuentcs , 
AmbalTadeur d'Efpagne , avoir ac- ' 
coutume de lui dire , pour lui faire 
remarquer la différence qu'il y avoir 
de la Reine à Madame , que l'une 
écoit fa Fille , & l'autre une vérita* 
ble Belle-Fille 5 mais > à fa mort , il 
faut avouer , que celle qui avoit tenu 
dans fon cœur la place d'une vérita- 
ble Fille , quoiqu'en effet elle ne fut 
que fa Nièce , relfî-ïnbla un peu trop 
à la Bdie-Filie. 

Mais , 



k l'HîJlû'tre â'Anne d'Autriche. 47J 
Mais, pour revenir à notre Piin- \^CG, 
jCêiie mourante , après avoir fait voir 
lau Roi , &à la Reine , Tes dernières 
tendreires , elle commença de s'affoi- 
Iblir entièrement 5 ôc fa poitrine à 
s'embarrâlTer, Elle connut que l'heu- 
re de quiter la vie s'approcboir. Elle 
appella Seguin fon Médecin , & lui 
demanda , fi la toux qu'elle avoit n*é- 
toic pas le ralle de la mort j & , com- 
me il Ce retira fans lui faire de répon- 
fe 5 elle entendit ce que fon filence 
vouloit dire , & demeura fort en paix. 
On vit enfuite peu à peu la Narure 
s'anéantir en elle, fes forces diminuer, 
fa vie finir, 6c fes yeux commencèrent: 
alors a fe fermer pour jamais aux cho- 
fes de la Terre. 

Le Roi & la Reine furent dans la 
Chambre de la Reine leur Mère , 
jufqu'à prés de minuit , appuiez con- 
tre la Table d\-Ugen:qai étoit dans 
ce lieu , au dehors du Baîuftrede fon 
Lit. Le Roi i:egardoit en filence 
.celle qui lui avoit donné la vie per- 
dre doucement la fienne 5 & ce fu- 
nefte objet dans ces terribles momens 
lui prouver par des marques trop 
fenfibles , Q^e U Vie de l'Homme u'efi 



47^ Mémoires pmrfervlr 

I €66, (jpi'tine vapeur j qui s'élève de la Terre ^ 
& (e dsjjîpe en un moment. Ce grand 
Prince , apparemment occupé à cette 
méditation , vit qiie tour d'an coup 
la Reine fa Mère s'afFoibliflant laliTa 
pencher fa tête du côté gauche. Alorsj 
il fe fît uii grand cri dans la ruelle 
de fon Lit 9 à caufe que beaucoup 
de ceux qui écoient auprès d'elle ^ 
aiant vil cette convullîon , crurent 
qu'elle alloit expirer. Ces cris Ja ré- 
veillèrent. Elle ouvrît les yeux , qui 
dans leur langueur me parurent avoir 
encore de la beauté : elle nous regar- 
da même avec un air de douceur , 
où fa bonté parut nous vouloir dire 
pour notre confoktion , Je vis encore^ 
Après être revenue de cettp foibleiTe , 
elle fe remit dans fa poilure ordinai- 
re , à demi fur fon fc^nt , fa tête ap- 
puiée fur dc^ petits oreillers. De cette 
manière elle nous fit voir en elle une 
gravité & une paix qui nous mar- 
quoi: vifibletnent , qu'après avoir 
fait toutes les adlons d'une humble 
Chrétienne , &: d'une véritable Péni- 
tente , elle vouloit aufli mourir avec 
la Majefté d'une Reine , ''dont le 
courage vouloit foutenir fans faiblefle 

Us 



. à l*Htfloire d'Anne d' Autriche , 477 
es. funeftes aiigoiifcs de la Mort. Le lééè* 
loi écoit accouru au bruit qui fe fie 
toprès de la Reine fa Mère , lors 
[u'elle s'ëtoit comme évanoijie , ôc 
*aiant vue dans cet état , il fouffric 
:e que la nature & la bonté de Ton 
;œar l'^obligea de fentir. Toute l'a- 
nirié , qu'il avoir eue pour elle dans 
a jeuneiîe où elle fe manifefte davan- 
age , tout ce qu'il fentoit alors par 
"affcdion folide ôc véritable quil 
ivoit encore pour elle , & tout ce 
que le fang éc le fentiment naturel 
^eut caufer de douleur , ce grand- 
Prince l^éprouva fenriblemenr. Ce 
que le tems , & les différentes Paf- 
(ions du cœur humain » avoient ea 
le pouvoir d'alToupir dans Ton amej, 
n'empêcha point eu lui l'effet à\\r\s. 
^endrede extraordinaire. Il pâlit à la 
jvûe de cette piécieufe Meue , qu'il 
|vit prefque mourir devant Tes yeiiXa 
JLçs ja'iibes lui manquèrent , <5c il fal- 
lut le foutenir , de peur qu*il ne tom- 
bât. Il étoit lié à elle pir des chai- 
|nes bien fortes , & par une longue 
habitude de conhance > que les Per- 
fonnes de ce ran^ n*onr e'Jere accou- 
tumé de coiiiioicre ni de pratiquerj 

mais 



478 Mémoires pour fervlr 

1666» ï^^^'^îs dont la perte par cette même rai- 
Ton doit être dure à ceux qui ont jou 
d'un bonheur Ci rave. J'entendis dan: 
cet inftant beaucoup de bruit auprès 
de moi ^ qui étois à terre dans ui 
coin aupre's du L t de ia Reine mou' 
lante j tellement abforbée dans la pen- 
fée de ce que je voiois en elle , que ji 
ne pus m^occuper de ce qui fe palTbi 
en la perfonne de fon iîluftre Fils 
J'apperçus feulement qu'il y avoit di 
tboubîe autour de lui 5 & que beau- 
coup deperfonnes s'emprelTerent del 
fecourn-. La douleur de ce ^ranc 
Prince ctoiiiufi:e& Icliable , 5<: pai 
la pan que je prenois à fa Gloire 
i- ne pus me fâcher de le voir en ce 
état. Alors on le força de fe retirer 
Il entra dans le Cabinet des £ainsj oî 
il falut lui jetterde l*eau fur le vifage 
de voilà la dernicre fois qu'il vit cett( 
admirable Mère , qui l'avoir aimé i 
chèrement. 

Depuis cet Accident , la Reine- 
More entra dans fon Agonie , qui fui 
longue Se pleine de fouff ancej mais, 
qui fans doute fut profitable à celU 
qui l'endura : car, elle en fie de con- 
tinuelles otFrandes à Dieu. Elle fai- 

foic 



à VHijloîre à' Anne d'Autriche, 479 
"oîc à chaque moment dts Ades de léo^. 
Contrition , de Foi , 6c d'Amour , 
fivec une application iucroiable au 
foin de Ton Salur. L* Arche vêt^ue 
d*Anch lui parlolt fou vent » &: lui 
ilifoit de belles chofes , des veiTets des 
Preaumes5& des endroits de l'Ecrî- 
:are , qui convf noient à l'état où elle 
étoit, Co.Time cette pieufe PrincefTè 
avoitunc connoilTance toute entière , 
tWt y réponioit , avec tant de fou- 
T^iiiion à la volontéde Dieu, tant 
Je marques d'humilité & de foi , 
qij'elle infpîroit de la dévotion à 
ceux qui croient Spectateurs d'une 
Mort (1 Chrétienne. Cet Archevê- 
que , admirant des fentîmen? fi pieux> 
fe tourna vers nous , & nous dit , 
Cela est merveilleux : elle voudroît 
^vitffrlr davantage , pour offrir da» 
vantage k Duu, Dans un autre 
moment , il lui dit , qu'elle remer- 
ciât Dieu par un Ade de lecon- 
noiffance envers fa divine Bonté , de 
toutes les Grâces qu'elle avoic re- 
çu« de lui pendant fa vie. Elle fe 
réveilla là de(ras encore plus vive- 
ment, que fur les autres chofes qu'il 
lui avoic dites , ôc lui répondit a- 

vec* 



480 Mémoires pôur fervlr 

l£66, vcc une douce exclamation , Ha ; 
^n'H efl lien vrai quil m'en a fait d^ 
grandes^ Puis , jettant Tes yeux mou- 
rans fur Milord Montaigu , qui é- 
toit aux pieds de Ton Lit ^is-à-vii 
d'elle, 6c qui pleuroic amèrement, 
elle ajoura & ait , Monfteur de Mon^ 
tatgu 5 que voila ^fçah ce que je dois 4 
Dieu y les Grâces qu*U m*a faîtes , ($ 
les grandes Miférkordes dont je lui fm 
redevable. Tous ceux , qui entendi 
renc ces paroles , n'en comprirent pai 
le fens. Ce Seigneur Anglois , qu 
alors école Prêtre ôc dévot , avoir é^ 
té dans fa jeunefTc le Confident de: 
folles Adorations que les Homme.- 
avoient eu pour la Beauré de cetn 
Princelfe. Il n'ignoroic pas la Com- 
plaifance que i*Amour- propre lui a* 
voit fait prendre en ces vanitcz. I 
f^avoitaufïi que Dieu lui aiant laiC 
fé voir le péril , il lui avoir fait 1î 
grâce de le craindre ^ 6c l'en aiani 
entiéremenc préi'ervée , fa divine Pro- 
vidence toujours admirable en ks ef« 
fers voulut qu'en cet mftant où fou- 
tes Tes paroles étoienr dts paroles de 
vérité 5 ce qu'elle voulut dire par u- 
^ ne humble de jfincere reconnoiirancc 

de 



à VHiflohe à'Anne:^u4utriche, 481 
oe Tes Miféricordes , fût pour elle i66é^' 
: une marque publique & certaine de 
la netteté de fa vie , & de l'aflîftan- 
ce qvï'elle avoit reçiie du Ciel , pour 
rendre fa Vertu triomphante des 
FoiblfclTes humaines. Oui ., grande 
Reine, vous nous lai(îlz deviner, par 
ces paroles , qui furent quad les der» 
nieres que vous prononçâtes diftinc- 
temcnt , la défiance que vous avez 
eue de vous même , la ferme réfif- 
tance que vous avez faite ï la vanité, 
les grâces que vous avez demandées 
à Dieu pour vaincre en ce combat , 
celles que vous avez reçues de la 
boiiré j ôc comme il les a rendu 
viclûrieufes dans votre ame' , vous 
donnant ia force de furmonter tous 
les obilacies qui fe font oppofez à 
votre ralut,& de fuir tout ce qui auroit 
pu lui déplaire , & ternir votre Gloi- 
re. Milord Montaigu , me confir- 
mant lui même dans Texplication 
quê j'avois faite de ces paroles , m'a 
depuis dit , qu'il avoit reçu de la 
confolition dece témoignage qu'elle 
s' é toit rendu à elle même -, ajoutant 
qu'il n'âvoit jamais connu de Fem- 
ïï\C9, dont le cœur fût Ci pur , 6c les 

in- 



4^ L Mémoires pom fervlr 

t66^. intentions 11 honnêtes 6c fi droi- 

Enfuice de cette humble & glo- 
rieafe Déclaration , cette vertueiife 
Reine rendit le bras à Ton Médecin 3 
Ôc lui dit , voulant parler de Ton 
poulx , // n'y en a plus, Menfieut 
ctoic à genoux devant Ton Lit , qui 
par Tes larmes 6c Tes fanglots faifoit 
voir fa douleur fans mélange d'aucu- 
ne diminution. Elle fentit qu'il h 
toucha , 6: connollfant que c'écoit 
lui , elle lui die d'un ton bien ten- 
dre , Mon Fils : puis , quelque mo- 
ment après , fenrant que fon bras é- 
toit demeuré découvert , elle l'appel- 
la , 6c lui dit feulement , Mon Fils . 
reeouvrejz mon bras. En un autre 
moment , elle ouvrit fcs yeux mou- 
rants » 6c regardant fon Confeireur el 
le lui dit , Padr(^ mio , yo me muero * 
Pm^*" Enfuice de ces patoles , fon Agonie 
mt * fe rendit, /î forte & fi r-jde , que fen. 
tant fcs maux augmenter Zc fes for- 
ces diminuer , It (entiment de la 
narure qui hait fa fouffrarce lui 
fît dire , mais avec peine , à l'A/che- 
Vcque d'Aiîch , "]e fvHJfre beaucoup : 
ne monrra^'je pom bhnth f Sur quoi 
'■ ^ cet 



m*a/t. 



a l'Htfloïre d'omis a Autriche, 4S4 
GCt Archevêque lui ayanc dfr , qu'il leu^, 
rie falloir pas avoir crop d'impatience 
de mourir , ^ qu'il falîoic fou.^'rir 
autant que Dieu i'ordonneroit , elle 
y aquiefça aufîîtôt , ôc fit àcs Ades 
réitérez de Toumiilion à la volonté 
.de Dieu. Elle eut peu après une 
petite convuliîon , qui nous fit croi- 
re qu'elle alloit paiîer. Elle en re- 
vint : mais , defiors , elle perdit lâ 
parole,- & la dernière , qu'elle pro- 
Rcnça avec beaucoup de difâculté, 
fut pour demander la Croix. On fie 
dire des Mcdcs des Aganifans dans 
fon Oratoire,* car, minuit étoic paf- 
Çé , & les Prières accoutumées fe di- 
rent auprès d'elle. Cette Princelfe 
ne perdit point la conuoiïïknce : elle 
a conferva toute entière jufqu'aLi 
dernier foupir , 6c entendit toiijours 
ce qu'on lui difoitj elle-même le h'i'» 
'oït connoitre à Ion ConFeifeur ^m 
m figne qu'elle lui faifoit , «Se donc 
îlle ^<. lui ctoiertt convenus avant 
u'ellc fût à l'cxtrêmiré. Cette ap- 
lication d'efprjtri particulière à vou- 
oir fi conftamment donner à Dieu 
es derniers momens , édifia ceux qui 
Il furent les témoins > ^ nous eûme$ 



484 Mémoires pourfcrvlr 
\é6C. tout fujet d'widmirep une fin fi Chré- 
tienne, En voiant fouffrir , agir , &C 
mourir , cette pieufe Princeiïe , il 
fembloit que la Mort en elle étoic'" 
belle & agréable j car , de Tes propres 
foul^rances elle en faifoit G facilement 
un (acrifîce à Dieu , qu'on ne poiv- 
voit croire qu'elle pût tentir tout ce 
que les Hommes foutfrent en cet 
état. On peut dire enfin qu'elle gou- 
toit & voioit déjà combien le Seig- 
neur eft plein de bonté , &c de dou- 
ceur pour ceux qui l'aiment. 

Le Roi , qui avoit éprouvé par. 
lui même ce que la vue d'un objet 
aufli funefte que celui de voir mourir 
une Mère faifoit fentir à ceux qui ea 
dévoient être privez pour jamais 5 en- 
voia par deux fois prier Monfieurdc 
fô retirer d'un lieu dont fa douleur 
l'avoit chaflTé. Monfieur , par ua 
contraire effet de cette même caufe* 
ne pouvant fe réfoudre de quiter cet- 
te illuftre Perfonne qui lui étoit û 
chèr^ iiui manda qu'il ne lui pouvoit 
obéir en cela 5 mais qu'il lui promer- 
toit aufîi que c'étoit la feule chofe 
en quoi il lui defobéiroit de fa vie; 
:|)ius , jettanc les yeux fur celle qu'i- 

i:.£. 



zt l'H'flûîre à'Aîine à* Autriche, 4Sj' 
Tegictcoit (1 Icnfiblement , &: confidé- léé^^ 
raiu l'ét:tO'd elle étoic , il fe tourna 
•vers moi , qui a vois Thonneur d'crre 
à Tes pieds , & me dit avec un cri 
qui forcoit de fon cœur , Ha ! Mam 
dame de Motte ville , efi-ce la la Reine 
ma Mère \ L'Archevêque d^Auch , 
récitant des Pfeaumes à genoux au- 
piès du Lit de cette grande Princelfe , 
qui quali n'écoit plus , tomba far ce 
verfet , 

Nolite confidere in frînctplbus : 

Alors , la regardant fixement , il 
dit; Helas l qptil efi bien zrai : ÔC , nous 
lailfant voir en notre perte le néant 
de la Grandeur des Grands de la Ter- 
re , nous obligea de penfer que celui 
feul eft heureux qui attend fon fe- 
.coursdu Diea de Jaccb , ô^ de qui 
toute l'efperance eft au Seigneur qui 
a fait le Ciel 6c la Terre. Pendant 
.que par un fl grand objet nous mé- 
ditions fur notre Mifere commune 
Se que nous pleurions notre chère ôc 
admirable PrincefTe jnous vimes que 
4juittant doucement la Terre où elb 
-avoic régné fi glorieufemenr, elle paf- 



^hrt de 
la 'I^eine- 
Mfre , le 
î^lercridi 



4 8 <j Mémoires pour fefziîr 

iC.6.6^ fa de cette vie à l'immortalité ; ÔC 

fut paroitre devant Ton jufte Juge, 

où fans doute elle a trouvé dans fa 

mifericorde le pardon de Tes péchez, 

la recompenfe de fes vertus , & la fin 

de fes foufFrances, Ce fut le Mercredi 

vingtième jour de Janvier , mil fix 

u»- cent foixante fîx, entre quatre 6c cinq 

vur. heures du matin. 

Auffitôt après ce funeftc & terri- 
ble moment, Monfieur TembrafTa ten- 
drement. Les larmes qu'il répandic 
firent voir fa douleur , & combien il 
^toic fenfiblemenc afligé. Il avoîc 
raifon : il perdoit , en celle qu'il re- 
grettoit , fon amie , fa mère , fa 
confidente , & celle enfin qui pou- 
voir toujours adoucir toutes (qs pei- 
nes, il partit auffitôt après , pour 
aller chez lui à faint Clou paiTer 
les premiers joors de fa douleur. Le 
Roi envoia après lui ^ pour lui dire 
de venir entendre lire le Teftament 
de la Reine leur Mère , 6c prendre 
une clef de fes pierreries. Monfieur 
lui manda qu'il le fupplioic de l'ex- 
cufer , qu'il fit tout ce qu'il lui plaî- 
roit 5 que ce qu'il ordonneroit feroic 
toû;[OU£$ bicnf^t 6e lui feroic agréa? 

b\9 



àl'BpJred'Jm:^ d'Autriche. 4S7 
b'ie , & s'en alla entiéremenc occupé iG(>(y^ 
et ia douleur 

Le Roi 5 comme celai qui dévoie 
régler toutes chofcs , tarda reulemene 
k tems qui fut necelfaire pour s'aqui- 
rer de fes devoirs. Il envola dcaun*» . 
dcr le Tcftament de la feuç Rdnc fa-- 
Mère à Mlle, de Beauvais , qui avoic 
eu l'honneur d'être la Dcpofitaire de 
xQs dernières Voloncez. Elle le don- 
na à Mr. le Teilier , qui en fit la lec- 
ture devant le Roi & la Rçine. Le 
Roi die fur TArticle qui me regar-* 
doit 5 Cela eji déjà fait \\ efl: vrai 
que cette grnnde Reine avoif eu la- 
bonté de me faire paierd:^ Ton vivanc 
dix mille écus qu'elle mavoit fait la 
grâce de me lai (fer. Elle en donna- 
autant à la Comtefiie de Fkx fa Da- 
me d'Honneur ,■ à la Dnchelïè de Se-* 
nécey , Mère de hdite ComtelTe de 
Flex , & à Madame de Bregis. Elle 
laiiïbit à la Dacheffe de Noailles fa 
Dame d'Arour quinze mille livres : 
cette Dame n*éroic que depuis peu à 
fon Service. Le Roi ordonna ce qu'il 
lui plut des Pierreries, Il commanda 
qu'on ôtâc les Ornemens de la 
Chambre de la Reine fa Mère ; puis y 
X i s'en 



488 Mémoires pour fervtr 

1666» s'en alla à Verfailles , laiilant la Corn- 
teiîe de Flex Se la Ducheile de Noail- 
les auprès ài\ Corps , pour en faire 
les honneurs. 

Je fçai par des Perfonnes qui cou» 
choient dans la Chambre du Roi , 
qu'il pleura dans fon Lit quafi toiue 
la nuit. Le lendemain , pailanc à la 
D'^chede de Montaufier de la Reine 
fa Mère , il lui dit 3 à ce qu'elle m'a 
conté depuis > qu'il avoit cette con- 
foiation de penfer qu'il ne lui avoi:^ 
jamais defobeï en rien de confequen- 
ce ; &, continuant à parier des belles 
qualitez de cette Ptinceffe , il ajoura y 
Qjie la Rehefa Adere n'étolt pas feule^ 
ment me grande Reine , mat^ ^uelle^ 
merîtoit d*être mîfe an rang 'des plm' 
grands Rois : Eloge véritablement di'- 
gne de celle pour laquelle il a été 
fait , Se digne de celui qui l'a fair^ 
On trouva dans le Cabinet de cette 
jllaftre PrincelTe deux mille Piftoles ^ 
que le Roi lui avoit données depuis 
peu 5 qui par Tes ordres furent diihi- 
buées aux pauvres. ^ 

Après avoir écrit la Vie Se la 
Mort de cette PrincelTe , je crois que 
je dois finir le Récit de fes Verr-is ,: 

par 



à iHlftolre d'Anne d'Autriche, 489 
par une cliofe qu'elle m'a f.iit l'hon- léé^. 
neur de me dire fur le fujec de ces 
Mémoires. Je lui fis connoicre un 
jour dans le rems de fa bonne fancé, 
que f avois écrie quelque chofc d'el- 
le 5 & que j'avois delFein , moien- 
nant la grâce de Dieu , de continuer. 
Elle me lépondi: fur cela d'un ton 
véntabicrncm: Ivumble , que j'écois 
bien folle <le m'amufer à cette occu- 
panon : qu'elle fe confioit en moi de 
dire touï ce que je voudrois j mais, 
quelaieule peine qu'elle en pouroic 
avoir croit que je lui donnerôis plus 
ce ioiiange qu'elle n'en rrieritoit ; &: 
qu'elle cioioit que l'Amitié que 3'a- 
vois pour elle m/empêcheroic de voir 
fes défauts , & de les publier. Com- 
me je lui vis une véritable inquiétu- 
de là deifus , je fus contrainte de lui 
promettre férieufement que je dirois 
la Vérité autant contre elle qu'en fa 
faveur; l'afTurant même , qu'il éroic 
nécelîaire de le faire, afin de trouver 
de la croiance dans les efprits àts 
Hommes , qui aiment naturellemenc 
la Vérité. Je lui dis auffi , que nul- 
le créature n'étant éxemte de défauts, 
l'Hiftoire ne pouvoit plaire , fi elle ne 
X 4 con- 



490 Mémoires pour fervir 
ié66* conceoic le bien 6c le mal , ôc Ci ler 
fautes aufîi bien nue les bonnes ac- 
tions n'écoient également marquées. 
Je Pailurai de plus , que félon mon 
humeur & mes fentimens , je ne pou- 
rois pas ne le point faire. Cette fa- 
ge Princeife fut contente Se fatisfaite 
de ma Réponfe , elle me le témoi- 
gna , ôc jamais depuis elle ne m'a- 
montré aucune cuiiofeé de fçavoii* 
m de voir ce que j'avois pu écrire 
d''elle. Je n'ai de ma vie connu u- 
ne Perfonne moins avide de Gloire. 
ni d'AplaudilTement^ EUe ne faifoic- 
nulle parade de fes belles qualitcz^^ 
elle parloit rarement d'elle même &ù 
de fes fentimens ; ôc il falloit les tirer 
de fon cœur ^k de fon amc , par Ioh 
force des a6l:ioiiS qui l'obligeoienr. 
quelquefois de parler» Son humili» 
lé a été caufe que la beauté de Coni 
Erprir & la bonté de fon JugemwiiC 
n'ont pis eu tout l'éclat & toute l'ef-, 
îime qu'elle auroit pu en recevoir 
du Public. Si elle eut pris plus de 
foin d'en faire paroitre la grandeur, 
elle en auroit été plus louée pendant 
fa Vie j mais , on n'auroit pii dire 
é'elle avec vérité ce Verfec du Pfeau- 

me 



a l'Hlftôîre à* /inné â* Autriche, 49 1 
me X L I V. qui a fervi de Texte à i^^., 
une des plus belles Oraifons Funèbres 
qui aient éié faites pour elle après fa 
Mort , 

Omnis glorîa ejus VilU Régis ab înms, 

L'Evéque de Comrnges > de la Mai- 
Ton de Choifeal , l'un des plus célè- 
bres Evêques de notre tems & à^s 
plus eftimez , fit ce Sonnet à Saine 
Denis fur la Pompe Funèbre de k 
Reine, Mère du Roi , Arne d'Autri- 
che , quand on jecta avec elle dans Je 
Tombeau , les marques de fa Ro- 
yauté, 

SONNET. 

Siiperhes Ornemem d'une Grandeur 

pajfse y 
VoHs voiUi défier] dus du Trône au Mo^ 

nirnent, 
Qws refte-t'ii de 7J0US , dans ce grand 

changitmem , 
Pjiun tri fie Sonvenk d'une Gloire ef-- 

fiîc€-e ? 



6^6. 



49 i Mémoires pourfervir 

Mortels y dont la fortune efi toujours^ 

balancée , 
£t qui des Ris aux Fleurs pajfez en wi" 

moment « 
Sp vohs voulez, for tir de votre Egare ^ 

ment , 
Plie ce terrlhle Objet frappe votre Veri'^ 

fee. 

^Anne vlvoît hier , & cette Majefé 
Qjdi régnait fir les Cœurs par fa rarot 

Bonté , 
Dans ces Antres facrez. n'efi plus qu'un' 

peu de Foudre, 

Orateurs , talfez • votu : cette foule d$i 

:Rois c 

Qitîfont ici comme elle , & fans force ,, 

& fans yolx y 
font moins de bruit que vous , maisf^^ 

font mieux entendre.^ 



'KOIG^V 



al'H'ifloïre à' Anne d'Autriche, 4-95 

Voici l'Eloge que Mondeur Pe- 
]ilu:>n a fait de cette Princelfe , qui 
coîicîeiK eu peu de lignes tous les 
grands Traits de fa Vie. Ceux , 
qui font capables de juger de la 
perfeclioii de cet Ouvrage , onc 
ad mi lé des Véritcz fi bien écrites. 
Elles donneront encore aux Cu- 
rieux le plaidr d'y trouver les Dat- 
tes de fa NaiiTance , de Ton Ma- 
riage 5 delà NailTince du Roi , & 
ào. Monfîeur , &cv 

p) A Nne d*Autr icHEjRei- 
:, X\. ne de France, l'Exemple ëter- 
55 nel des Reines à venir 3 apprit la 
,î Pic'té & tontes les Vertus dés l'£n« 
,5 fance , 6c ne les oublia jamais ; 
ijépoafa en Hi quinzième année un 
5, grand R<)i , auflî fage qu'heureux 
i, en fes Dclfcins , mais jamais plus 
3j h:areux qu'en Ton Mariage : ob* 
;, tint , contre .foute ETper-ince , a- 
5 j prés vingi - deux innées de Prières 
^ 6c de bonnes Oeuvres , le plus 
j5 giand prefent que le Ciel lui pou- 
3,- voie faire , un Fils qui fut cru 
:„; dcflois 5 6c parut depuis par tou- 
X 6 5, te 



1666: 



45>4 Mémoires peur fervtr 
iM^, >i ^e la fuite de fa vie ,^ donné de 
5, Dieu pour le bien de fes Sujets, 
,, digne de venir au monde par*;^ 
„ miracle : vid fa joye accomplie pac. 
3> la naiflance d'un fécond Prince 
„ très-aimable , & (qu'elle aima ren- 
„ drement : éprouva l'inconilance , 
y^A^s chofes humaines dans une/ 
5, longue adminillrarion d^ l'Ecar,, 
>, comnaencéc par des triomphes. 
9, fur les Etrangers , traverfée par 
3, des mouvemens domeftiques & 
,5 par des. guerres civiles ^ ache- 
5, vée par de plus grandes conque» 
>, tes & l'entier rctablifiTemcnt de; 
3^ l'Autorité : fit douter quel de 
a-, ces divers tems fevoic été le plus 
3, heureux pour fa gloire , & ce 
3> qu'il falloir le plus admirer, ou* 
9> fa prudçnce ,'. ou fa modération,, 
a* ou fa fermeté : contribua puiffam» 
jjtnentà la paix générale , & auv 
3> mariage de fon Fils , deux fourcca 
3> de la fcliçte publique : pour re*- 
>, compenfe , vid la paix régner dans- 
3, fa Maifbn. Royale , l'Angleterre. 
3, aprè5 l'Efpagne y ajouter ce qu'elle 
33 avoir de plus iiluftre , de plus char* 
^,manc ^ 6c dç.pkisboau : les fôins^. 



a l'Hifioire d'Ame d'Autriche, 49 j 
,, les refpeds y ôC les tendrefles, lê^ 
,, aufli bien que la pieté dt la vertu 
^, d'une jeune Se excellente Reine^ 
3, lui firent jufqu'à la fin reconnoitre 
jj en elle à tous momens fa nicce ôc 
3, fa fille: un Dauphin, de qui l'oiï 
35 peui coLiceiperer 5 lui promet une^ 
5j longue fuite de S.uccelTèurs , cgaux' 
5jen Grandeur 3 leurs- Ancêtres; le* 
,j Roi fon fils tous les jours de plus' 
55 en plus obrcurcîr Se relever tour 
,, enfemble leur gloire par la fienne i 
,, l'Etat qu'elle avoft tanr aimé , de- 
5 j formais très florifiant fous une 
., conduite fi haute 6: fi faee n'â- 
>j voir rien a craindre , non pas me- 
,>me de fa profperité :. vécut tou-- 
si jours à la Cour 3, mais toute à Dicuj, 
>j bonne ^ fincere ^ humble 3. douce,: 
:>, aimable , jufte , libérale , charita- 
5,ble, genereufe 5 magnanime , re*~ 
5) connoidante , nul excès que celui; 
i5 des vertus , bienfaifante , n'ou- 
5, bliant que les offenfes dont elle' 
5, ne fe vengea jamais ,. enfeignanîr 
^5 enfin au monde que même les- 
35 plus grands maux deviennent des'3 
55 biens à qui les reçoit comme elle :; 
aï, mourut avec la tr-anquillité des Mar- 
X 7 i9.tir.s, 



49=^ Mémoires pour ferznr 
1666, 5, tirs d'une Ma« non moins do\.u 
9, loureufe , mais plus longue que la 
5, leur : fut regrettée par irouce la 
„ Terre , mais en nul lieu plus véri--^ 
„ tablement qu'en cette Maifon , donc 
5, elic éroit Fondatrice : Tes Statues à. 
5, jamais durables font les Aiuels & 
„ les Lieux Saints qu'elle a élevez 
^ 3, ou foutenus par fes Bienfaits : fon 
j, moindre Eloge fut d'être du Sang: 
5,<des Empereurs , Fille , Sœur , 
J3 Femme , ^ Mère de Roi. Vous , 
5, qui voiez tant de grandeurs aa 
j, Tombeau , avec cette incompara» 
», ble PrincelTe , apprenez qu'il n'y- 
jya rien de folide ,- que ce qu'elle pof- 
„ fede aujourd'hui, 'I 

„ Née de Philippe lîï. Roid'Ef- 
3, pagne , de de Mu-guerite d'Autri* 
5, che , à Valladolid le Samedi 22. de; 
3, Septembre léai : nommée auBa-- 
5, tême A H N £ Maurice, aU; 
3, même Lieu s le Dimanche 7; 
5) Octobre fuivmr, Maviée avec 
^. Loijis XTII. Roi de Fr mce furnom- 
5, me le Jufte , le <), Novembre 
35 i6î5 * ^i^^Q ^^ Loiiis X 1 V^. 
3, DieU'donné, le 5, Septembre 1638.. 
.aaô^ de Philippe de France anjoaniV 

jjhuii 



k l'Hlflotre à' Anne d'Autriche, 497 
j, hui Duc d'Orléans , le 20. Septem- iGGe* 
3j bre 1640: morce le 20 Janvier i6é(^.. 

Peu après la Mort de la Reine- Me» 
re , Pillullie Mlle. Scuderi fie ces Vers 
à fa louange, qui méuitenc d'être con- 
fervez à la Poftéricéi. 

^nne , àont les Vertus , rEcUt 3 & 

la Grandeur , 
0,)t rempli l'Vnlvers de leur ilvs 

Splendeur j 
T)am la Nuit du Tombeau conferve en^ 

cor fa Gloire , 
Ey la France a jamais aimera fa M^'=- 

inolre. 

Elle fait méprifer les Caprices du Sort 5 
Regarder fans Horreur les Horreurs de 

la Myrt s 
^Affermir un grand. Trône , ^ le quitter 

fam Veine j 
Et 5 pur tout dire e 'fin. j 'vivre & moth 

rir en Reine». 

J'ofe y ajouter, que mourir en Reî=. 
ne eft peu de chofe , & que la Reine 
Anne d'Autriche , que nous devons 
loiis eftimer , étant motte en véritable 

Ghrc- 



49 8 j^ùmoïr^es pourfervtr' 

^&66, Chrétienne , n'a pu deîirer que Dieiii 
qu'elle a aimé parfaitemenr. J*ai con-^ 
nu fes derniers Sencimens j & , pac: 
fes paroles , elle nous a fortement 
)erruadez , qu'elle a toujours regardé' 
Ta- Couronne comme de la Boue. 



f; 



TESTAMENT 

DELA ReINE-MeRE. 

3, TpN prefence d'Henri de Gue^ 
5,. xlt negaut , & Michel le Tellier ,\ 
y, Cônfeiilers , Notaires-, Se Sécrétai- 
5, res du Roi y Maifon ôc Couronne: 
,, de France j Séa-étaircs d'Etat &c des- 
5, Commandemens 6^ Finances de Sa 
„ Majefté , de Commandemens de Tes 
s, Ordres , foubllgnée trcs-haute,très-- 
„ excellente, de très-pieufe Princefle 
5, Anî^e 5 par la Grâce de Dieu ,, Rci* 
3> ne de France ôC de Navarre , Me- 
yj re du Roi ^. étant au Lit malade: 
5i, de Corps dans le Chateau-neuf de-' 
5, Saint Germain en Laie y ôc néan* 
33 moins faîne <î'£fprit , confideranc 
59 combien l'heure de la Mort e(l 
3,.incercâine , 6c que l'état auquel Sa 

,,.Maj^ft& 



a rHîjhhe à* Anne à' Autriche, 495? 
s:> Majefté fe trouve lui donne lieu \G<îG\ 
î^ d'aprehender d'en êcre prévenue 
5> avant que de s'êcre expliquée de fes 
;3 incencions pour les chofes qu'elle 
jj defire être faites après le décès de 
,> Sa Majeîlé , de fon bon gi^ &. 
5, Franche yaloaté 3>en la manieie qui 
;> en fuir, 

55 Premiéremenr s- (^encant mouriK- 
55 comme elle a toujours vécu dans 
;. l'honneur & dans la crainte de Dieu 
j, & dans les fentimens qu'une bonne 
;) Chrétienne doit avoir , elle prie 
:j Dieu le Père , le Fils , 6c le Saint- 
;, Efprit , lorfqae Ton ame fera fé» 
5^ parée de Ton Corps , de vouloir la. 
)j recevoir dans le Ciel au nombre d&' 
;;,tous les Fidelki?. 

j, Item ,- ordonne que fon Corp* 
jij5, foit porté dans l'Eglife de l'Ab* 
r, baie de Saint Denis en France , & 
,j mis auprès de celui du feu Roi 
„ Louis treizième de glorieufe raé- 
„ moire , fon Seigneur > après néan» 
>, moins que fon Cœur en aura été 
y» tiré par le côté , fans aurte ouver- 
„ ture 3 ce qu'elle deffend expreifé- 
r% ment , pour être fon dit Cœur 
^ porté dans l'Eglife <5c Abbaie dtv 

y. Val 



fQQ Jidenîolres pour ferz'ir 

f666, „ Val de Grâce , fife au Fauxbourg' 
>, Saint ]a ques de la Ville de Paris ,. 
3, ôc mis dans la CHapelle de Sainte. 
3> Anne de l'Eglife de ladite Âbbaie ;•• 
3) voiilani Sa Mav:;{lé que Tes Fanerail- 
3, les foienc faites fans aucune Ccre'-- 
5, monie , & que ce à quoi la de'pence.' 
5, en pourroit monter foie emploie^ ai 
3'j faire des Prières pour le Repos de 
5j Ton Âme,- ^ 

,, Item 5 veuc^ 8z ordonne ladite' 
3, Dame Reine , qu'inconiinent apreS' 
5, fon Décès da le plutôt que faire le 
5, pourra , il foir célébré dix^ mille 
3, Meiïes à- fon intention par les foins- 
,j des Exécuteurs du prefent Teita-, 
55 menr. 

3, îtem , la ditîè Dame Reine don-; 
3^ ne 3c lègue à Mlle.- Marie Looife 
3j d'Orléans , fa Petire- Fille , la fom- 
3, me d*an million de li-v-res à prendre 
5, tant fur ce qui appartient à Si Ma- 
jjjefté de fes Deniers dotaux & au- 
gjtrcs Conventions (lipulées par fon 
^ Contrat de Mariage , que fur les 
5, neuf cent tant de mille livres tour- 
5, nois à elle ordonnée , par le P^oi , 
3, pour fon rembouii^ement de cin- 
3., Guante mille Livras tournois pouï 

„ fon 



à f'Hlfioire à' Anne d'Ainrlche . 5 o r 
,5 Ton rembourfemenc de rente iur le lé^^, 
,5 Domaine de ^Roiien , &: des Otfi- 
„ ces de Controlleurs Confervaueurs 
,, des Gabelles de Languedoc , acquis 
5; par Sa Majefté , & gencralemenc fur 
,5 rous fcs autres Biens meubles (Se im- 
>, meubiese- 

„ Icem , fur les Effets mention- 
rt nez en l'Article ci - delFus Sa Ma- • 
^j.'fté donne ôc lègue la fomme de 
5j r.euf cent mille livres tournois •,• 
., içivoir à Madame la M^'-rquife de 
j, Senécey trente mille livres > à Ma- 
,; dame la Coinreile de Fli^x trente 
,, railie livres s à Madai"ne la Duché!-- 
55 Te de Noaiiies quinze mille livres j^ 
3> ? Madame de Bregy trente mille 
3, livres , à Madame de Mottcviilc 
53 trente mille livres ; pour laquelle 
jj Somme Sa Majefté a fait expedier^ 
;, la Certification du comptant la- 
35 quelle &'le prefent Lees ne fervi- 
33 ra que pour la même gratincation % 
35 à la Dame de Beauvais trente mille 
5, livres , à chacune des Demûifelles 
5, deNiert, Varrenne j. du Rocher, 
3, Biaquemont , Dancë , & d'Au- 
55 bri , Tes Femmes de Chambre or- 
., diiiaircs 3 la fomme de dix mille li- 

,^vies>. 



|G2 Mémoires pour fervlr 

lèéé, „ vies , faifanten tout foixanre mii'i 
5, livies : au Si" d'Ai'gouges , Preniiei 
,, Prefidenc au Parlement de Breta- 
3, gne , trente mille livres 5 au Sr 
5j Tubeuf 5 Préfident en la Chambre 
j, des Comptes de Paris , & Stîr-îî> 
5, tendant des Finances , Domaines 
,^Ôc Affaires de ladite Dame Reine 
3., la fomms de cent mille livres ^ ni 
35- Sieur de Bertillac , Tiéforier Gé- 
3, néral de fa Miii'on , foixante niii- 
5, le livres ,■ au Sieur de Fouilloux 
5, En feigne de la Compagnie des Gu 
3, des de Ton Corps- g^ dix mille li' 
3,.vres •) au Sieur d*A van x^ , Contre}. 
3, leur Général de fa- Maîfo.n , qiia 
>yrante mille livres 5 au Sr. Cantari- 
„ gni , auiïi^ Controlleur gênerai d^ 
53 fa Mai Ton , vingt mille livres , au 
3, Sieuf Dancé , Apocicaire de for 
3^ Corps 3 dix mille livres j au Sieui 
33 Gabouri , quarante mille livres 
. 3,en ce compris quinze mille livre? 
33 dont Sa Majcfté a fait- expédiei 
5., la Certification du comptant 5 au 
33 Sieur ]oïeux fon premier Valet ai 
.3 Chambre , trente mîlle livres j au 
5, Sieur Guillain , fon Tailleur ; dix 
», raille livres j au Sieur Bellot, Garde 



a VHîftclre d'Anne d' Autriche, 505 
l^,Je fes cabinets <k Oratoires ^ /ik id^é^ 
mille livres -, & aux petits Officiers 
de fa Chambre , de Tes Eciiiies , & 
,ade Tes Ofîces , la lomiTie de dei^x 
,, cent mille livres , dont la diftriba- 
,, tion fera faite par les Exécuteurs du 
»,prefeni Teftament , ainfi qu'ils avi* 
„ feront être à faire par rai fon. 

,5 Item , ladite Dame Reine fup- 
,' plie le Roi de vouloir f .ire valoir 
„rous les fonds des Affignatîons 
,5 qu'il a plu lui accorder pour les 
>, dépenfes ordinaires Se extraordi^ 
I, naires de fa Maifon de la prefenre 
, anné€ , ^ des précédentes , encor 
, qu'elles ne foienc pas échues ^ à 
, l'exception feulement des cinquan- 
5 rc quatre mille livres par mois qui 
, fe payent à l'Epargne , lefquelles 
, cefferont d'ctre paie'es du jour de 
, fon décès ,• &: auiïï de trouver 
, bon que le Trefoiier gênerai de fa 
Maifon reçoive ce qui écherra de fa 
Rente viagère ôc des finances de 
fes Domaines , jufques & compris 
le dernier jour de la prelente an- 
, née , afin que les Officiers & Cré- 
asciers de ladite Dame Reine , qui 
, aurQiU faic 4€ij avances , ou qui 



504 Memeîres poiir.firvîr 

y66.6. 9> y feront affigncz , en Ibienc -paiez , 
,, que fa Confcience en foir déchai- 
9, gée , &c que TExécucion du prefeiit > 
„ Teftameiit n'en puiCTe recevoir au« jj 
55 cun prejadice. 

- .,, Item , ladite Dame Reine fup- 
„ plie le Roî d'avoir agréable de fai- 
5, re valoir ce qui refle dû des deux 
3, cens mille livres , dont il a donné 
>, le fonds en la prefente année 166^ 
,, pour les .Batimens da Val-de-Gra- 
„ ce, & de.voaloir encore bien fairÉ 
„ un pareil fonds de deux cens mil- 
3, le livres en la prochaine anné( 
19 1666 , pour achever lefdits Bâti» 
„mens. 

5, Item j ladite Datne Reine fup 
,5 plie encore le Roi de vouloir f 
5, relTouvenfr de la recommanda- 
3^ tion qu'elle lui a faite en faveu 
9, des principaux Officiers de fa Mai 
_,, fon , ôc de vouloir aufïi donae 
„ fa protedion à tous fes autres Dç 
„ meftiqueso 

5, Item , ladite Dame Reine veu 
,, de ordonne que les Reliques ôc Rô 
JJ liquaires qui font dans fon Oratoi 
i» re prés de fa Chambre au Châteai 
fl> du Louvre à Paris, foienr tranfpou 

te 



V 



à l'HifloWe d'Anne à* Autriche. 50J 
i, tez en TAbbaie du Val-tie-Grace , i6€^.\ 
5, àc remis es mains des Abbelfe & 
Reiigieufes diidit Monadere , lef- 
„ quelles s'en chargeront au pied cle 
l'Inventaire qui en fera drefle par 
jj, les Exécuteurs du préfenc Tefta- 
, menr, 

sjlcem veut & ordonne ladite Da- 
L me Reine , qu'en ladite Abbaie du 
, Valde-Grace il foit célébré à per- 
9 petuité par chacun jour une Metfe 
j baffe à fon intention , en l'une des 
, Chapelles de ladite Eglife j qu'à cec 
, effet il fera palfé un Contrad d^ 
^, Fondation de ladite Msife par kf- 
„ dits Exécuteurs avec lefdites Ab- 
,, beffe «Se Reiieieufes , aux Condi- 
,j tions qu ils avileronr, 
_ 5, ïtem , ladite Dame Reine fup- 
, plie le Roi de trouver bon qu'elle 
commette l'Execution du préfenc 
, Teftament aux Sieurs Colbert 3, 
Confeiller & Controlleur Général 
,,, &: Intendant des Finances \ d'Ar- 
, gouges , Premier Préfident du Par- 
, iement de Bretagne j Tubeuf , 
Préfident en la Chambre des 
Comptes à Paris i Ô: au Sieur le 
Tellicr , Sécr.ccaire d'Etat l'un 6ts 



jofj Mémoires pour feYvk^&,c. 
1 666. ri Soulignez ^ ôc leur faire la grâce de 
„ les appuyer de fa Prûte6tion ; s'il 
^y nailloit quelque difîcuké qui n'eut 
^, pas été prévue dans la forme du pre- 
„ fent Teftament , & dans les difpo- 
)9 fiuons y contenues^ 

3, Lequel Teftament a été ainfi fait, 
„ didlé 5 nomme , par la très-haute, 
a-j irés-puidante , très- excellente Piin- 
„ ccffe y aux Confeillers Secrétaires 
55 d'Etat ci-dèÏÏus nommez , & par 
3, l*un d'eux en prefence de l'autre lu 
„ & relu à ladite Dame R^ine , la- 
35 quelle a dit l'avoir bien entendu, en 
5, fa chambre dudic^Château-neuf de 
3-, faint Germain en Laye , ou Sa Ma- 
,3 jefié efl: au lie malade , l'an i66j, 
35 le troiiîéme jour d'Août , à l'heure 
53 de midi j (Se ladite Dame Reine J'a 
a. Signé , 

., ANNE, 

3, DE Gu E N EG A U Ti 
,5L B T E L L I E K. • 

Ec au dedous efl: cfcrir , 
'J'approuve le prefem Teftament. 
Signé, 

LOUIS^ 

JFm au, çhquUm^ Tame^ 

TA 



TABLE 

DES 

MATIERES. 



j A G E N : pris par le Prince de Condé, 

'^L K Aig'^'tllon ( la Ducheffe d' j confervc 
Ton gouvernement du Havre, 13^, i.r. & (mv, 
iîr,ir. ttompce par Madame de Ponts Ton 
amie, qui lui enicve & époufe Ton neveu le 
Duc de Richelieu, 57, & fuiv. iii. t. a parc 
à l'emprifonnemcnc de Mr le Prince, 333, 
iii. r. travaille à la perte de l'Abbé de la 
Rivière, 3 ^7, iii. r. «.-c. paitie de foh carac- 
tère , 538 , iii. t. coi.feiilc au Minifcre de 
s'éloigner, 50 iv. t. 

tïbret : voyez Mtoj[tns, 

lUiot , Médecin Lorrain , s^ofFrc pour la guerî- 
fon de la Rcine-Mere , 3^-, v.r. 3 8<?,v.n. la 
Pleine le met entre Tes mains, 40^, v.t. com- 
mence à la medicamenrer, & la fait horrible- 
ment & inutilement fouffir, 417, v.t. & fuiv. 
la Reine le quite ,438, v.t. 

'mvillc { le Duc d'j : voyez Brion. 

.ncre ( le Maréchal d') : fa mauvaife adminif- 
tration , & la mort, 1- -5 ,i.t. Si Louis Xill. 
ordonna de le tuer , ii^, i.t. 

Tome V, Y 



TABLE 

Anife ( Genare ) : Chef des Révoltez de Naplcî i 
21, ii.t. 40, li.t. & fuiv. traite avec les Efpa^ 
nols, & les remet dans Naples , 51 & fui\ 
ii c. ariêté & mis en prifon, 143, ii.t. puti 
de mort, 187, ii.t. i 

j^nnat ]efuite , raillé & turlupiné par la Rcin|j 

de Suéde, 453: iv. t. 
ANNE d'Autriche, née le ii.Sept, i<?oi. 1 
Grand Duc de Tofcane fait propofcr ("on ma 
riage avec Louis X II l ^, 7, i. t. 4^^, v. 
mariée en i6'i 5, pag, 7, 8, i.t. 497, v.t. pe 
aimée de Ton mari, 10, i.t. aimée pat le Dt 
de Morjtmiorenci : 13, i.t. & par le vieux Du 
de Bellegarde , 15, i.t. & par Bokinghan 
16, i. t. & fuiv. s'en rcpenc a la mort , 48c 
v.t. fon caradere dans fa jcuneffc, 15, i< 
i. t. hailToit Richelieu , 14 , i.t. foupçonnc 
d'être de l'affaire de Chalais , 27, i.r. & fui 
on lui ôce la Duchefie de Chevreufe , 33, i. 
aimée & perfecutée par le Cardinal de Rich( 
lieu , 3 5, &c. i.t. 38, 3^ , i.r. fonde le Val( 
Grâce, 41 , &c. i, t, on y fait fouiller fa ce 
Iule, 42 , 43 , i.t. fa beauté & bonne grac 
45, i.t. Sec. réduite à fe reconnoitre coi jl 
pable , 8i, i. t. acouche de Louis X I V. j 
de Philippe Duc d'Oileans , 82, i. r 88, i.! 
4i>7 , V. t. fait la conjuiation de Cinqmar , 
102 , i t. déclarée Rcgente , 119, i.t. viei | 
à Paris comme Regenre, 131, i.r. fait cafT- j [ 
au Paiement la déclaration du feu Roi, 13 j 
i t. ckoifît Mâzarin pour fon Mini ftre, 14 , 
143, 14^, 150, i.t. ioucient ce Minifcrecoi j 
tre Mrs de Vendôme, i 56", i.t. fa bonré er ' j, 
vers Madame de Hautcfort , 174, ij<jyi.\\' 
quitc le Louvre, & va demeurer au Palai"' 
Royal , 2S7, 108 , i.r. fa vie domeltique 
inccrieure, &.C. 21^, & fuiv. i t. va au Parh : 
ment , 3 1 3, & fmv. i.t. fon voyage eu No ■ 



DES MATIERES. 

'^i^.nJie . 4^0, i. c. & fuivans. fou caraAerej 
^4, &c. i.r. Tes inquiétudes de la maladie 
j Roi, 538, 53 p, i.r. fa. fermeté contre 
ks axrenrars du Pailement , 118,119, ii. r. 
va au Parlement , 185 , ii.r. fa pieté & (a. 
charité , 210, iii , ii.r. &c. fait arrêter 
Blancm.enil & Brouflel, 240, ii. r. Scfuiv. fa 
fermeté lors des barricades, 252,2^0, &c, 
li. t 280, 281, ii. t. Sort de Paris, 2pj, & 
fuiv. ii. t. fe retire à Saint Germain , 327, 
ii.t. Ton afîîi£lion fur le fuccez de cette con- 
férence , 3(^4, $6^ y ii.t. &i fuiv, revient à 
Pans , 3 5»o, 395 , ii. r. forme le deffein d'af- 
fieger Paris, 438, & fuiv. ii. t. fort de cette 
Ville avec la Cour & fe retire à Saint Ger- 
main , 445 , & fuiv. ii. t. ordonne au Parle- 
ment de fe retirer à Monrargis , 4(^2, ii. r, 
confulte Cl elie peut en conTcience continuée 
la guerre, 518, ii.t. fait faire de giandcs 
charirez dans Paiis , Ç38 , ii. t. qutlsétorcnc 
alors fesfentimens & fa fituacion, j^ô, "^ luiv. 
accorde des vivres aux Pa.'ifiens , ç. iii. c. 
& fuiv. confent à la paix, 51, iii. r. & fuiv. 
revienr à Paris, i8r , iii. t. & fuiv. o'croic 
pas toujours foamife aux avis du Cardinal, 
2,13 , & fuiv. iii. t. obligée de donner ie 
pont de l'aicfae au Duc de Longueville, 232, 
& fuiv. iii. t. fe refout à faire arrêter les 
Princes de Coudé & de Conci , & le Duc de 
Longueville^, 342, & fuiv. iii. t. ^60. &c fuiv, 
va en Normandie , 418 , à. fuiv. iii. t. va en 
Bourgogne ,437 .- ni. r. & fuiv obligée â 
Kîetcrc fes pierreries en gage , 470 , iii. r. 
mené le Roi en Guienne , 480, &. fu.v. 482, 
iii. r. & fuiv. acorde la paix aux Bourdeicis, 
"523 , iii. t. tombe malade eu levenani de 
^Guienne , 519 , iii. t. revient à Pans, ^35-, 
Éi. r. ycfcnulade, yyi, 573> iii- t. jette 

Y z 



TABLE 1 

vn sbcez qu elle a voit dans le mefantcrrc, \ 
573 , iii. r. Tes inquiecudes lors des négocia- 
tions pour la liberté des Princes , 33 iv c. 
& fuiv ç 5 , iv C.83 , iv. c. fe prépare à fortit 
de Paris, 71, & fuiv. iv t &c. donne l'crdrc 
pour la liberté des Piinces, 73 , iv. r fait 
entrer les Bourgeois dans la Chambre du Roi, 
&. les calme , 80 , iv c & juiv. Ariétéc dans 
le Palais Royal , 84 , 87 , iv. t. remet au 
Roi l admini'tration, lors de la majorité;!?^, 
iv. t {3. generofité envers une malheurcufe 
féditieufe , 301 , iv t va à Bourges, 311.! 
3 1 1 , iv. t envoie ordre au Caidinal de revc- ! 
rir à la Cour ,312, iv.t 315 , iv. t. les foin; 
à Saint Denis après la bataille de Saint Antoi- 
rc, :7i/, iv t rentre à Pans , 3^3, 394, iv c 
Ne revient de bon cœur, que pour le Prince 
de Conti , & Mr de Turenne , 407 > iv t ci 
ufoic tendrement avec le Roi , 411, iv t 473 
&c iv. t. à delTeifl de faire époufer au Ro 
l'Infante d'Efpagne , 517 , iv. t commenc< 
à s'inquierter de rattachement du Roi pou; 
Mlle de Mancini , 533 , iv. t. fe rcfoud at 
voiagede Lyon ,^534 , iv. t.&fuiv. fcn en 
trevuë avec la DuchcfTe de Savoie , 5 3^ , iv t 
Peu contente de cetcc entrevue, 54^ , &:c. iv.t 
fis inquiétudes à. ce fujet , 54^, &c.iv.t ù 
joie des propofitions d'Efpagne touchant Tin 
fanre , 5^0 , iv. t revient contente à Paris 
I , v c & fuiv Ces foins peur empêcher le; 
fuites de l'attachement du Roi à ia Mancini 
4', & fuiv. V. t, S'oppofe vivement a Teiivij 
qu'avoi: le Cardinal de Faire époufer fa nièce 
au Roi y 6 ,v. t. Ses incjuierudes à ces fujcts 
I ^ j & fuiv ij , V. t. & fuiv. io , II, &c v.c 
31, V. r. Son peu de pouvo r , zi,&c.vt 
31 , v. c Sec. parc pour Je mariage du Ro! 
^6 j Sciuiy, V.c. Lettre qu'elic écrie â i'Iû 



DESMATIERES. 

f:.n:s v7<^ ) 77 , V. r. va voir Ton frère 3c' Câ 
Nièce , & recic de cette entrevue , 5(3 , v. c. 
& fuiv prend le nom de Reine - Mère ; 105, 

V c. partie de (on portrait , 113 , v.t. faic 
un magnifique prcient à l'on frère , 1 1 8 , 
119 , t. V Ton rc;rojr à Paris, 118, v.t:. 
coiiiment elle voit la mort du Cardinal , 
1 5^ > ï 57 > ^* ^' "^^^^ mettre quelque ordre 
aux plaihrs & divertifl'emens du Roi , loi , 
5:c. 115 y [Se lujv. v.t. défend & protège 
Me de Mortevill,* , 107 , 109 , iio , ôc fuiv. 
V. t fcs ch.^grins contre h DachelTe d'Or- 
léans , III, V c va voir à Dampierie la 
Duchr-ffc de Chcvreufe , 113 , v t. S'a/ïlige 
es. l'amour du Roi pour la Valiere , 217, 

V t ii5>, V t. & fuiv. refufc les offres de 
partager l'adminiflrnrion en foufFrant les dé- 
fordres de la Duchefie d'Orléans, iiz, v.t, 
peu contente du choix de la Dame de Mon- 
taufier pour gouvernante du Dauphin, 252, 
V. c veut fe retirer au Val de Grâce, 26^3, 
& fuiv- V t porte le cœur de fa petite fille 
au Val de Grâce , 28^ , v. t. blâmée d*a- 
ydir été à un bal déguifée, 191 , 252 , y. t. 
tombe malade , 2^2 , 6: fuiv. v t guérit par 
rémctique , 3ÔI • v. t autant airac'e du peu- 
ple, qu'elle en avoit été haie , 301 , 301, v.t. 
Tcut juftifier la Ducheffe de NavaiUes auprès 
du Roi , 309 . V c ne peut obzenir l'enre- 
gill rement du brevet de Duc de Mr de Na- 
vaiUes ,313,314 V- 1. fon cancer commen- 
ce â paroitre, }I7, v.t pleure la difgrace 
du Duc & de la DucheÂe de NavaiUes , 
3 20 , V. t- brouillée avec le Roi , 3 2 2 , r. c. & 
fuiv. fe réconcilie avec lui , 327 , v. t. & fuiv. 
confeils qu'elle lui donne , 325) , v.r. &c. 
icpqmaude la ComtelTe de Brancas,3 3 >- , v. c. 



TABLE . 

va voir les Religieufes de Chalîiot , 347, v.ç, j 
fc trouve plus mal de fon cancer , 3 50, v. r» '' 
êLC. Con mal augmente, 353 v.r. fe met inu- 
tilement entre les mains de Gendron 3 54, > 
3 5 c,v.î. &c. trop attachée à fa perfonne dans ! 
cette maladie , 358, 35^, v. t. va à Saint 
Germain avec le- Roi , 371 ,v, t. s'anéte à 
Chaillot , 372, V. r. & à Saint Clou, 373, v.c, 
tombe dangereufement malade à baint Ger* 
main , 374, v. c. & fuiv. fait (on teftament, 
37^, v.r. 381, v.t. 407, v.t. craint les remè- 
des d'Ailiot , 58^, v. t. empire, 3^3, v.r. on 
lui perce un abcez , 35^3, 3^4, v.t. &c. fa 
delicarcfle extrême pour les commoditez de 
la vie, 3^7, V. c. 453, v.r. prefque a l'extrc- 3 
mite , 55)8, 3^9, V. t. &c. reçoit le Viatique 
401, V.t. donne la benedi<frion à fa famille. 
401, Y. t. fe rétablit un peu , 408, v. r. quitj 
GendroB , & prend Alliot , 40^, & 417. v.r 
portée à Paris, au Val de Giace , plus pa: 
politiqae que par riecefTité , 410,411, v.r 
îranfportée au Louvre , par la même raifon 

413, 414, V. t. on lui met de l'eau de chau: 
dans fcs plaies , où la gangrené s'étoit nn(e 

414, 41 j, V. t. prcfque au defcfpcir de dou 
îcurs , 41^, V.t. on lui coupoit partranclu I 
les chairs avec un rafoir, 418, v.r. fa pa ! 
tience en ce trifce écac , 418, v.r. parie ai ^ 
Roi pour le Duc & Li Duchefle de Navaillcs ï 
410, v.r. & fuiv. aprend la mort du Roid'E( | 
pagne fon frère , 43 x v.r. quite Alliot &f 
mec entre les mains d'un Milanois, 437, 435 
V. r. plus mal encore , par la puanteur quii 
met à fon cancer , 441, v. t. 4^8, v. r. fa fei 
meté , 443 . 444 , v.t. fait écrire à la Rein 
d'Efpagne , 447 , 448 , v. r. tout à fait acca 
blée,449, v.t. fes épaules toutes ulcérées 
4yi , Y. t. fe reproche fa delicaceffe Se ^ 



DES MATIERES. 

amour propre , 443 , v. t. 453, v. c. faic uns 
confeflîon générale, 45e, v. t. fe reconnoi: 
pioche de fa fia , 4^9, v. c. parle en fecrec au 
Roi, & puis ;i toute fa famille, 4^1, 4^1, v.c. 
reçoit le Viatique , 4^3 , &c. v. t. reprend 
toute fa beauté , 4^4 v. t. ne parle point à 
Madame d'OiIcans en particulier , le ctoianc 
inutile 4(^4 , V. t. donne fa benedidion a 
toute fa famille, 46'4 &c. v. r. demande Se 
reçoit l'Extrême - Onction , 4(^8 , 4^9, v. r. 
tombe en foibleife , & en revient , 47^, v. r. 
fon agonie violente , 47^, & fuiv. v.t. a de 
l'impatience de mourir, & en eU reprifc, 481, 
483 , v.t. demande la croix , 483, v.t. meure 
enfin le zo. lanvier 1666. page 484, v.r. bel 
cloge qu'en fait le Roi , 488, v. c. fon tefta- 
nient , & legs qu'elle y faic , 487 , 4^8 , v. r. 
& fuiv. vers à fa louange » 45>î,497, v.t. fon 
cloge par PciilTon , 4^3, v.c. & fuiv. "' 

[nnc ( Dame ) : Generofité de la Reine envers 
cette malheurcufe ,-301 , 302,17. r. 

[rci ( le Marquis d* ) : fon équipage à la cere* 
monie de la majorité , 184 , iv.t. 

rgouges y Premier Prefidcnt du Pa''iement ne 
Bretagne : La Reine- Merc lui le^ue trente 
mille livres , 501 v.t. exécuteur tcftamen- 
taire de cette Princcffe, 50^, v.c. 

RMANt» SE Bourbon , Vriuct de Conti : fon 
caraiflere , 4^7, i,r. demande le chapeau de 
Cardinal , 3 84 , ii.t. quite la Cour , & joint 
les rebelles à Paris , 480, 481 , ii.t. fa pre» 
fcnce y faic celfer le tumulte, 483 , ii.t. Ge- 
neralifîîme des rebelles , 488 . ii. c empêche 
les effets de la bonne volon'é du Premier Pre- 
fîdenr, ^17 ii. t. prefente au Parlement un 
Envoie de l'Archiduc, ^4, ii.t. fait fa paix & 
revient à la Cour , 5)7, iii. c. 17^ , 177) 'li-"^' 
i^ prifon , 3^1 j & fuiv. iii. c. 37 ^ iii-t- pio- 

Y 4 



TABLE 

pofinon fîe Ton mariage avec MaJernoifclIe f>e 
Chevrcufe , 443 , iii. t. ce mariage accordé, 
17 ,iv.r. le Prince de Condé l'en dégoûte , & 
il eft roiDpu , 1 1^ , iv. t. défend Ton frère au 
Parlement» 176 ,177 , iv. t. 1^1 iv. t. & chez 
ia Reine, iip, iv. s'enfuit i Bourdeaux, 313, 
iv.r. gagné par le Miniftre > 340 iv.t, obligé de 
forrir et Bourdeaux, 410 , iv.t. devient dévot, 
400, iv.t. époufe Mademoifeile de Martinozzi, 
Nieccdu Cardinal , 401 , 419 > iv. t. fait pé- 
nitence , 403 , iv. t. ce qu'il avoiie â la Reine 
touchant Tes engagemens dans les premiers 
troubles, 403, & fuiv. iv.t. il lui naît & meurt 
un fils > 511 , iv.t. fa femme faite Surinceo- 
dante de la maifon de la Reine-Mere,i 45, v.t, 
cRimée du Roi, qui lui dcrtinoic la régence, en 
cas qu'il vint à mourir , 300 v. r. 

Arras: les François y forcent les lignes des Efpag- 
nols j 410 , iv. t. 

jhta^nariy créature du Cardinal Mazarin : char- 
gé d'arrêter Fouquet , xi6 , v.t. 

Anigni f'Mad. d' ) : fille d'honneur de la Ducheffe 
d'Orléans : confidente du Roi & de la Vallie- 
re , 4^9 , v.t. le Roi la marie au Comte du 
Roule , & lui fait de grands biens , là-mêmef 
& fuiv. 

ASfemblé^s : mot odieux à la Cour & au Miniftre, 
410 , iv. t. 

Avi'tx { le Comte d' ) : Tes démêlez avec Servieo 
le font rapeller de Miinfler , 37 , 38 , ii- r, 
& fuiv. maltraité à la Cour, 38 , 3^ , li.t. &c 
fc racommode avec le Cardinal , zo6 , ii. t. 
1^3 , ii. t. fa mort & fon caractère, il, 
15 , iv. t. 

Aach ( l'Archevêque d' ) Grand Aumônier de la 
Reine-Mere : lui donne le Viatique, 400, & 
luiv. V. t. la prépare à la mou , 443 , v»c. 
450,451» V. c. 45^; v.t. 



DES MATIERES. 

A'A'iienee : Manière magnifique dont on lador.EÇ 

en Efpagne , 47 , v. c. &c. 
A:i triche ( D. Juan d*) , fils naturel du Roi d'Ef- 
oagne Philippe I V. quitce la Flandre pour 
ctourner en Efpagne , 7 , 8 , v. t. vient faluec 
îa Reine , 5> , 10 / v.t. &c. foa caïadeie , &G, 
1 00, 

^ Anne d'Autriche-, & Marie Therefe d'A^ 
^.icbe. 

/ 

Tl A R I L 1 o N , Président du Parfement de 
i3 Paris , exile à Pignerol , ^30 , 23 r , i.. r. 
iiifrfc^Jes , leur dcfcription & leurs fuites , 147, 

& fuiv. ii. c. 
Ii,z ri':re : fecviieur de la Reine , qui s'ofile à tues 

Richelieu ,19^, 1^3 , irt. 
h -r e: : ncgociaceur du Coadjuteur de Paris j 

309 , 510 , &c iv.c. 
£.-î: fde, : envoie négocier en Efpagne parle Dus 

de Bouillon , 4^4 , iii. t 
P -Jée ( la ) r prife par G.i/llon , 4S3 , it. &c. 
B.ijCfnpierre { le Maréchal de j : mss à la Eailiîfe, 

^7 , C'y » i. t. & en (brt , îi<$ , i. t. fa mji-tj, 

35> j , i.t. fon caractère ,395 , i c. 
B^'.fjnmp terre, fils naturel du précèdent : Eveqae de 

Xainres , bon ferviteur du Roi , i 5 , iv. t, 
H'irtevilhy ( le Baron de ; AmbalTadeur dE^pag- 

ne : infulce l'AmbafTadeur de France , 2.41, 

i4X , V. t. rapellé d'Angleterre , z<^6 , v. c. 
B a. >fort y (■ le Duc de ) : fon caradcre , iz^ i.t. 

158,1 c. déchoit de fon crédit , & ou lui re- 

fufe l'Anairauté , i'Ji> it difgracié , arrêté^ 

L^ mené au Bois de Vincennes ,187,1^0»^ 
5)4, i.t, fe fauve de Vinceones, 88 > & faiv. 

.: t. vient fe joindre aux rebelles de Paris , & 

clt fait l'uu ds ieuii Geacrauï , 48S , ii, c. 



TABLE 

fe Tait abfoucîre par le Parlement , & efîfur- 
Dommé le Rot des Halits 491, ^c,z , ii. r. fait ; 
entrer ua convoi dans Paris , 52,5 P^' 5 ^9t h 
ii.t. la paix le fait fans lui , 85-, iii. c. vetic j' 
faire croire que le Minière l'a faic empoi- 'i 
fonner , 1 17 j iii' ^- ^^ querelle avec le Dac |j 
de Candale & autres, 130, & fuiv. iii.t. 13^, 
& fuiv. iii. r. 1 51, & fuiv. iii. t, 1^7, & fuiv. ii 
iii. t. la Reine refufe de le voir, 173, 174, 
jii.t. ne veut poinc faluer le Minilhe, 17^, 
iii. t. accufé d'avoir part à l'alTaffinat du | 
Prince de Condé , 335 , & fuiv. iii. t. fe de- 
clare pour la liberté des Princes , zy, iv. E 
battu par Mr de Turenne , 330 , iv. t. Mc 
querelle avec le Dbcde Nemours . 334 ^ iv.;«; 
Tes dévotions grimacières pour la chalTe de 
Sainte Geneviève, & autres , $^4, 365, iv.t. 
fe bat contie le Duc de Nemours fon beau- 
frcre , & le tue d'un coup de piftolet, 387 
iv. r. amant favorifé de la Ducheds de Mont- 
bazon , 48^ , iv. t. fe racommode à la Cotir 
où il obtient la furvivance de l'Amirauté 
511 , iv.t, fa Situation à la Cour depuis Is 
moïz du Cardinal Mazarin , 185,185, v.t 
Beai-mont ( 1 Abbé de ; , fait précepteur du Roi 

3 H > i- '^• 

JB<v-^??jr-«r ( Mademoifellc de ] : éloignée c" !. 

Cour , 3 55», &c. V. r. fon caraâere , là-ménv 

rétablie , 425», i. t. fa mort > & fon caraâeic 

286 , v.r. 
^tautru , mauvais plaidant : Voic2 Nogent, 
]^(a;^ve>.ji ( l'Evéque de j : regardé comme Mi- .j 

niftre , 130, i. t. fon peu de capacité, 14O; 

m, i, t. difgiacié & éloigné de la Cour 

I5^S , i.t. & Tuiv. 
B.aazais ( Madame de J , première femme ^( 

chambre de la Reine , favorife les difcour 

cxcravagans de Geifé , & eft cha/îce-j 305 



DES MATIERES. 

511 , iii. r. &c. conclue! à faire ciciniporcer 
la Reine- Mcre du Val de Grâce au Loavre, 
41 5 j V. r. diCgimciée poui beaucoup clc bi'in- 
nes raifc^ns , 413 , v. t. la Reine - Meic lui 
lègue trenre mille livres , 503, v.t. 

^eaNvais [ Mademoifelle de j , fille de la pre* 
cedente , obtienr les bonnes grâces de la 
Reine- Meie , 407, v r. 

Bdlignrde ( le Duc de ) : Ton caraâ:ere ,15, 
3. t. amoureux d'Anne d'Autriche, 15,1^, 
i. r. 

:B Ug^rde , aliîegée par l'armée du Roi , 444, 
iii.r. 447 , iii. r. 

'EtUe. Ile , fortifiée par Fouquet , & ce qu'on a 
dit qu'il en vouloir faire , 2x9, v. t. 

Zeilievre ( Pompone de ) , Premier Prefidenc 
du Parlement de Paris : fa more , & fon ca- 
ractère , 471^ > & fuiv. iv t. 

'Ben^c : defcriprion de cette maifon , 64 , 6^^ 
V. t. 

lBirir,ghen : fait premier Ecuier , 349, i. t. tire 
Monfieur de Paris, 3Z7,ii.r. foUicite le 
Cardinal Mazarin de facisfaire la Reine tou- 
chant le mariage du Roi , ^47 , iv. t. & fuiv. 
paroilToit tout de glace , 406^ , v. r. 

Btrraut ( Madame ) , mère de l'Auteur de ces 
mémoires , femme d'un frère du fameux £ty- 
ta'it , Evéque de Seez : favorite d Anne d'Au- 
triche , II , & fuiv. ï.t 39 , i.r. 

^iTî^ut , f ère de l'Auteur de CvfS mémoires : faie 
une reponfe à un libelle violent contre la Cour, 
3 28 , iii. t. Icfteur du Roi , 505) , iv. t. 481, 
^ fufpeâ: au Cardinal , 481 , 482 , iv.t. &c. 
vend fa charge . 483 , iy t. Abbé du mons 
aux malades & Confeiller au Parlement de 

. Rouen , 40 , v. t. fa relation de l'Ambalfadc 
du Maréchal de Grammom lors du mariage 
>,. iju Roi , 40 , Y. t. & fui y. 



TABLE 

"Bertaut { MadeJaiue Eugénie ; : Ifœur de l'AuÇeur 
de ces Mémoires : nommée Socrattne à 'caufc 
de fa fagefle, 99, ii.c. fonicara6îere, 534, iii.r. 
encre aux filles de Saintc-Maiie, 504, lii.r. & y 
faic piofellioa, S7 , iv. t. la Rcine-Merei'y 
voit, 347i V. c. & 371 , v.t. 

'Sethi4ne ( k Comte de; : Ton cara£^ere,45>(>, iv.r* 
fa femme , Dame d'Acour de la Reine , traitée 
de force par cetcc Princefîe , 3.03, v. c. 

B'^got , Prefident: du Parlement de Rouen : fedi- 
tieux, qui fait perdre la Normandie au Roi, 
498, ii.t. 

B'ttai-t , Confeiller du Parlement de Paris: fak 
prifonnicr , 314 , iv t. 

Hlancmentl , Prefîdent du Parlement: arrêté par 
Oidre de la Cour & relâché , 2.3.0 , &c. ii.t, 
268, iur. 

Bokingham : aime Anne d^Autriche , & le lui fait 
coMioitre, i^ , & fuiv. veut revenir en France, 
& on le lui refufe , 23 , i.t. commande une 
Armée Navale pexur fecourir les Rochelois. 
24, i.t»^ 

B&U'im : châceau dans les Pirennées , 69t v.r. 

B&jfté { la Comcelle de ; époufée & abandonnée 
par le Duc de Goife , 107 , i.r. 

Boti'tUon ( le Duc de j : entre dans la conjura- 
tiorv de Cinq Mars , i>o , i.c. & f^iy. fuite de 
cet engagement, 10^ , & fuiv. 1. t. pourfuic 
its préceiuions pour dédommagement de Se- 
dan, 471, ii.t. faic efperer qu il fe déclarera 
poarle Parlement, 471, ii.c. fe déclare , 488, 
iix fe fauve après la prife des Princes, 404 iii.r, 
fa femme artécée , 418 , iii. t. fe fauve & eft 
ïepiife , 435> , 440 , iii. c. déclaré criminel de 
îeze-n^ajefté , 458 , iii.r. reçu dans Bour- 
tfeaux , 4^5 , iii. t. envoie négocier avec les 
ï-.fpagnols, 4^4 , iîi. t. General des révoltez à 
Bouidcaux, 455, iu.c. fait pendre un OSiAiss. 



DES MATIERES. 

par repte failles, 508 , 50^ ; iii t. faic fa paihr, 
,'13 , iii.r. 

BOHlay (le Marquis de la : le premier qui prend 
commiiiiv)!! du Parlem<inc> 470 , :i.t. coure les 
rues le pitlolcc à la main , 6c tâche d'émouvoic 
le peuple, 314 , iii.t. & Tuiv. on décrète contre 
lui, 330 , iii. t. 

•gourdilot^ : demanienc la protedion du Paile- 
menc de Paris , contre le Duc d'Eperwon , 196, 
Ô;c. iii c favorifez par le Prince de Condé, 
203 , 111. r. demandent u;i aurre Gouverneur, 
273, iii. t. prenne»: & démoiilTenc le Château 
Trompetce , x«5 3 ni-t. ont peine à fe joindre 
aux Princes ,44^ , iii.r. fe laiflent gagner par 
Langladc, 45:9 > 4^0 , lii.t. refufenc & puis 
reçoivent la PrincefTe de Condé &: le Duc 
d'Ânguien , 4^1, 4^2, , iii. t. font une dépura- 
tion au i^iriement de Paris ,483, iii. c. &i fuiv» 
menacez de (iep;e , 503. iii. t. font pendre par 
reprefa.'iles un Olîîcici du Régiment de Navail- 
les, 508, &" lui', iii.t. anTicgez parle Maréchal 
de la Mcilleraie , 510, in. t. &c, obtiennent là 
paix» ^13 , iii- f. reçoivent mal la Reine , & 
fon Miiiflre . 517 , 518 , iii.r. reçoivent Me 
ie Prince , 307 > 308 , iv. r. recepdon qu'i;ls 
font au Roi & à la Cour , au recour de roo 
mariage, ii^ , v. c. & fuiv. 

JB'-^yica- ( le Comte de ) : acheté la charge de 
Chevalier d Konncur de la Reine- Mère, iigj, 
V. r. làfv-'mme,' la première qui accompagne 
Madame la Valiiere , 318 , v. t. & fuiv. fou 
caradere , 334 > v. r. & fuiv. fa femme répri- 
mandée par la Reine Mère ,335. v.c. 5'C. folie 
de fa femme , £i fageiTe de fa fille, 3453 
3 4^,r. t. 

£fi*l[a.i; ( Madame de ) Dame d'honneur de ta 
Reine : Cm bon caractère , i6i, , i.c, congédiée 
de la Cour^ 153, i.c. 



TABLE 

^riJieu: fctvanc de fécond au Duc de Guife , efî 
h\c([é par Eftrades , 105 , i. r. défend biave- 
menc Guife , &t oblige i"Archiduc à en lever 
le fiege , 473 , 474 > iii- 1. 479 » iii- t- 

^tie - Comte • LUben : pris par l'armée du Roi, 
i8 , iii. r. .; 

Bruvrir ( le Comte de ) : fait Secrétaire d'Erat, 
118 , i.r. envoie au Parlcmenc par la Reine, 
41 ,iy.t. 

Brion , ou le Duc 6! Jtni^iUe : foh caradere , fes 
^en^agcrr.ens avec Meneville , & la mort, 13^, 
237 , V. r. 

^rijjac ( le Duc de ) : infulte &' maltraite des 
valets de pied du Roi , 1 54 , & fuiv. défend 
le Coad)uceur contre le Duc delà Rochefou- 
caut , & prend rendez - vous pour fe batre . 
avec lui , 1^1 , ^6i , iv. t. 

IBroufjtl . Confeiller au Parlement : arrêté par 
Comminj^es , 140 , & fuiv. ii. r. délivré, zé'S, 
& fuiv. ii. t. avec quelles acclamations reça 
par les Parifiens , 2.73 , i i. t. demande la 
diminution des tailles , 378, i i. t. accufe 
d'avoir part à l'afTalTinat de Mr le Prince, 333, 
& fuiv. iii. t. 

Bruan . principal Commis dç Fouquet , prend . 
la fuite, 218 , V. r. 



CA L A î s : le Roi y tombe dangereufemeat 
malade , 51^, iv.t. 
CAmm ( l'Abbé le • , depuis Cardinal : chalîtf 
de la Cour > à l'occafion de la débauche de 
Roiiïi , 12 , V t. 
C^n:^alle ( le Duc de ) : fa querelle avec le Duc 
de Beaufort , is^îj & i'uiv. iii. t. 135), & fuiv, 
iii. t. 152 , & fuiv. iii. t. i6j ^ iii. t. obligé 
à fe juliifiei d'aveit vu Mt le Pàace , is.-;, 



DES MATIERES. 

îiî. r. fînic la guerre de Guienne, &: dediné 
à époufer Mademoifclle de Martinozzi , 400, 
401 , iv. r. il la néglige, 419, iv. c chef 
d'une quadrille du Caroufel du Palais Royal, 
413 , i V. r. 42^ , revenant de commander 
en Catalogne , meurt à Lyon, 504,505:, 
IV. t. 

h Capelle i prife par Mr de Ture^.ne , 458, 
iv. r. 

Cardinaux : Déclaration du Parlement contre 
leur adminiltraticn , <?3 , iv. t. ^8 , iv. 1.-1433 
145 , iv. r. 

Carême : les Efpagnols n'en font point , ou l'ob- 
ferver.t peu , 11, v. r. 

C^,r/ava!e( : mii 3 la Baftille , & puis exile, 
487 , iv r. envoyé commander à Beihunes, 

^ 13 3 , v.t. 

Ca^-io^Je! : Defcription de celui de Louis XIV. 
en 1^55 , au Palais Royal , 413 , & fuiv, 
iv. t. de celui de i66z ^ dans la place des 
Thuilleries , 169 , ^6^ , v.c. 

h C^telet , aiTiegé 3c pris par les EfpagnoISj 

473 > i'i. r- 

€;i:.jjin { le Père / : quelle part il eut dans la 
retraite de Madem. de la Fayette , 75, i, c. 
& fuiv. 

Chabot : époufe Madcmoifelle de Royan , 5 î 5;, 
i- r. 

Chalp.ii : âccufé de corifpitacioa , 17 , Se fuiv. 

'- i.r. 

Ckundtnîer : fa fcituatiott à la Cour , m, & 
fuiv. ii, t. cxiié & privé de u charge , zi€y 
îi. t. de retour eft dii'gracié pour la troi(icme 
fois 5 21, iv,t. foii caraiftere , 2,1 , 12 j, 
iv. t. 

Chunut : Refîdent en Sued^ , 44 , iv, C. 

•Chapilîe ( delà) : foa oitice à U cercmonic (Je 
; janaajoricé, i7^,iv>!:> 



TABLE 

Charenton : pris par le Prince de Çon^é, 51. 
51Z, ii. t. 

Charles!. Roi d'Angleterre , époufe Hen- 
riette de France , 16 jio ^ i.t. abrégé de Ton 
Hilioiie j i}9 y Si fuiv. i. t. 383, i. t. 433, i.t. 
16$ , ii. t. & fuiv. 53i). & fuiv. ii.r. jufqu'à 
5 58,ii.r. 

CharlesII. Roi d'Anglecerre : étant Prince 
de Galles le fauve en Fiance , 383 , &c. i.t. 
repaiîe en Angleterre , 1(^3 , ii.t revient de 
Hollande Roi d'Angletene , 160 . iii, t. Ton 
cara6tere,i^o,zoo,iii. t. travaille à la pai.x encre 
Je Roi de France & le Duc de Lorraine , s^^9 
S6j , IV. t. obligé de ibrtir de France , & de 
ie retirer en Flandres , 4^0 , iv, t. r.erabli fur 
Ton trône , 78 , & fuiv. v.t 114 , & faiv. v.r. 
fait (on enrrée à Londres, 114, v. t. refufc 
Korteafe Mancini avec cinq millions , 104, 
13 5 . V. t. fon heureufe lituation , U<-mémi, fa 
ficuâtion en 16^1. pag.243 , 244 , v.r. & faiy. 
vend Dunkerque au Roi , 284 , t. v. 

Charles IL Roi d'Efpagne , parvient à la 
Couronne , enfant & foible , 434 , v. t. donne 
<]ueique efpcrance , 434 , v. t. ce qu'il dit en 
prenant la chaife de Charles - Quinr , 43 f, 
V. t. 

Charot { le Comte de / ; e.xilé, 22 1, ii.t. Icrtre de 
fou pcre au Cardinal, 2514, ii.t. 

ChatïlUn [ le Comte de} : Ton avanturc avec Ma* \ 
demoifelle Bouteville,2^^;& fuiv. i.t. fait Duc, 
418, ii. t. tué à la prife de Charenton , 523, 
ii. r. 

C aùlUn (Madame de), fille de Boutcvilîe, 2^^, 
i. t. fe laiiTe enlever par le Comte de Chatil- 
Ion , 300 j i.t. &c. aimée par le Prince de 
Condé 3 308, i.t. alTca peu fâciiée de \\ morr 
de (on inari , ^24, ii, t. veut faire la pair 
cjitie la Cour &. le Priiicç de Condé , 3 5.9., 



DES MATIERES. 

iv.t. & fuiv. jaloufc de la Duchefle de Lorv 
gueville pour le Duc cie Nemours , '^60 , iv.r. 
obcienc du Prince de Condé la tene de 
Marlou , 3^1 iv. t. accufée & foupçonnée 
d'avoir voulu faire périr le Cardinal Mazarin, 
414, IV. t. &c. Ion caraâ:erc . 4M > ^^■^' 
corrompe le Maréchal d Hocquincourc , 50^, 
iv.r. 
Chsvn'ufe ( la DuchefTe de } : premièrement 
femme du Connétable de Luines , 5 , 1 1 , i. c. 
favorite d'Anne d'Autriche , ii, i, t. époufe 
le Duc de Chevreufe , 1 1 ,i. :. porce la ivcifie 
à écouter Bokin^^ham ,15,1.:. 6:ée d'auprès 
de la Reine, 5^1 i- t. lemife , & exilée de 
nouveau , ^5 , ^+ . i t. fe retire en Efpagne, 
^4 , i. t. rappcUée à la Cour ,138 , i t. 16), 
166^ i. c. en quelle difpcfîcion y ciouva la 
Reine, 167 , i. t.&c. difgraciée de nouveau 
s'en va en Flandres , 101 , i.c. revient à Paris, 
malf^té la Reine, 9^ , loi , iii t. caravfrere 
de foii mari & de fa fille, 99 , 100, iii. r. 
racommodée avec le Miniftre, 157, 158. iii. c. 
revient à la Cour , 174 , i 7'^, traite de l'em- 
prifonnem?nt du Prince de Condé ,318, &c. 
iii t tout à faic gagnée par la Princcife Pala* 
tine 581, iii c. confeille au Miniftre de s'é- 
loigner pour quelque rems , 4^ > iv c. en ufe 
honnêtement avec le Prmce de Condé qui lui 
manque de parole , 117 iv c. fon traité avec 
le Cardinal Maiarin , 169 , & fuiv. iv r avec 
quels avantages 3c honneurs elle avoir exercé 
la charge de Sunntendanre de la Maifon de la 
Reine • 18^ ,v.t la Reine-Mere la va vovr à 
Dampierre , 113 ,v.t. parle à la Reiue-Mere 
concre Fouquet , 2 1 4. , v c 
Chàtcat-neuf: entre dans une intrigue , &: efl 
relégué à Angoulênae, 6^ , i c. hai de la Mai- 
foû de Condé, pour avoir é:é Juge du Duc 



TABLE 

île Aîontmoienci > 153 > i. c revient de fbn 
exil & cabale , 1 5 ^j , i. t. vicnc à la Cour & 
comment reçu , 51S , i. t. &: fuiv. Conuiué 
CD vain par la Cour, 125 , il. r. foupçonné 
d'êrre 1 un des aureurs des tioublcs , & éloig- 
né, 301 , li, t. &: fuiv. on lui rend les fceaux, 
434, iii, t. toutes Tes ofFres refufées par le 
Miniftre , 531 , 533 , iii. t. on ficrne un 
traité pour le faire premier Miniftre , 18 , iv. r. 
méchant Oiatcur , i 5 , lé , iv t. 40 , iv. r. 
confeiiic; à la Reine l'éloignemenc du Car» 
dinal, 6^ , iv.r. ne confenc poict à l'enlè- 
vement du Roi & de la Reine , 78 , iv. c. 
favorife la demande de la tenue des Etats, 
Î15!, iv. t. mal auprès delà Reine, I3<j, 
iv. t perd les fceaux , i4<^ , iv. t. Ton carac- 
tère , 147 , & fuiv. iv. c. négocie avec le 
. Cardinal , 163 , iv. c. & fuiv. négociations 
pour Ton retour, 101 , 103 , iv. t. fon traité 
avec le Cardinal Mazarin , 169 , & fuiv. iv, t, 
eft rétabli dans le Miniftcie , 303 , iv. c. con- 
feiile à 'a Cour daller ^ Bourges ,311, iv.r. 
la fert avec grande afFcdlion , 31^ , iv. t. fe 
retire à Tours , & efl: exilé à Mont-rouge, 
où il meurt, 317 , iv r. 
Chavitghu : mène la PiinceHe de Condi & le 

Duc d'Anguien à Eourdeaux , 460 , iii. r. 
Chmigni , découvre le traité de Cinqmars avec 
rEfpagne, & en avertit ic Cardinal & le Roi, 
5>2, , 5)3, i.t. fait déclarer la Reine Régente, 
ii5> , i. t. chaiic de la Cour , -13 y. i. r. 138, 
î. t. quelle part il eut au tçftamenr de Louis 
XIII. 145 , &:c. i. t. remis dans le Confeil, 
151 , i.t. privé de fa ch.uge de Secretaiie 
d'Etat, 21 8, i.t. 7^69, i. r. gouverneur de 
Vincennes , 1^7, i. t. 85» , ii. r. foupccnné 
d'être l'un des auteurs des troubles, 301, & 
fuiv. ii. c. mis pùfonnier dans Vincennes, & 



DES MATfERES 

fa femme exilée , 304, & fuiv. ii. t. mené an 
Havre . 507 , ii. t. & mis en liberté, 385, ii.r, 
revient à Paris , 301. Si. fuiv. iii. t. commenr 
aprend la prifoii des Piinces , 35)7 , iii. r, 
rapellé à la Cour , 1 58, 13^ , &c. iv. t. 141, 
14^ , iv. t. fe uacommode avec le Duc d'Or- 
léans , ly^ , iv. t. Ton état d'incerricude à la 
Cour , 198 , 2CO , iv.t. Tes nouvelles intri- 
gues , 338 , & fuiv. iv t. vouloir la paix, 
3^3 , iv. r. & fuiv. defavoué par le Prince 
de Coudé > 3S^ j iv. t. tr.-^verfe la négocia- 
tion de Gourville , 359 , iv. r. fe racomode 
avec le Prince de Coudé , 3^1 - iv. c. en tCt 
de nouveau maltraité , & il en meurt de 
J^^g^j 3 5?0) iv.t. Ton caraifîere, 390, 391, iv.t, 

Christine, Reine de Suéde , envoie un 
AmbalTadeur en France, 3 87, i. r. Retraits 
de Ton caracfleie , 388 , 389 , i.ti arrive en 
France, 42^, fon caradere , iv.t. 430 , &c. 
iv.t. lettre contenant fon portrait, 431, & 
Tuiv. iv. c. conciiiuation de fou caraftcre , 
434 , iv. t. $zc. comment reçue à Paris , 43 5, 
iv. t. Se à'ÇompJcgne , 438 , ït. c. Sec. con- 
tinuation de "fon portrait , 44 3 > 444 ^ 445* 
i V, t. tourne en ridicule une Tragédie des 
Jcfuites, 4^1 , iv.f. & le boufon Nogent , 
452, • 45^ , iv. t. comparée s Foncainebleau, 
45^ , iv. t. ne diftingue en France que la 
feule Ninon, 4^7 , iv, c. revient en France, 
& obligée de refter à Fontainebleau , 492, t 
iv. t. elle y fait mafTacrer Monaldefcbi, 493, 
& fuiv. iv. r. vient à Paris , & y eft logée 
au Louvre, yoi , iv. r. fa conduite , ^01 , 
iv. r. fon déparc 501 , iv. t. 

Christine de France, DucheiTe de 
S A V Y E : Voyez S a v o y e. 

Cincjmarsy Grand Ecuier : hiftoire de fa conju- 
ration , 8^ ! & Taiv. iiifc^u'à 99, i. t. 



TABLE 

Clanieu : fc JailTe prendre Mardich , 376 , i.r, St 
Dixmude , 533', 1. c. tué à Cliarencon , où il 
commandoir & où il ne voulue poincdc quar- 
tier, 22 , ii.c. 

Clef-amba-'f ( le Maréchal de ) : Voyez Pnlluau» 

dere ( le Comte de j ; fon équipage à la céré- 
monie de la majoiicc , 2,83 , iv. r. 

CfjHi'^ftiieur de Pa*is : ehvoyé apaifcr le peuple 
lors des barricades , 147 , ii.r. raillé de Tes 
foins, s'en pleint & s'en vtnge, 285, ii.r. foup- 
çoKn.^d'augQientet le trouble , 37, ii.r. oa 
lui refufe le gouvernement de Paris , & il _ 
s'en venge , 430— 43 i, ii.t. pour parvenir au 
Cardinalat , & devenu- premier Miniftre , fe 
ligue avec la ÛuchelTe de Longuevillc, 47^, 
ii.t. &c. fe fait donner feance au Parlement 
45)4, 4(?5,îi.î. trait de fa po!iciiue,3 ç.36',iii.r, 
fait obtenir des grâces confiderables à fcs 
amis , & ne demande lien pour lui , 88, iii.c. 
ne vient point en Cour , & comment la Rei- 
ne reçoit Tes complimens , 103 , iii.t. vient 
faluer la Reine , fans voir le Cardinal , I45>, 
151, iii.v. vient haranguer le Roi , & voir le 
Miniftre, i%6, & fuiv. ui.r. veut faire entrer 
le Clergé dans l'aflembiée de la NoblelTe, 283, 
284 , iii.r. &c. recherche le Piince de Condé 
qui le rebute, 330, iii.r. accufé d'avoir parc 
à l'aiTafTinat de Mr le Prince , 333 , & faiv. 
iii.t. traite de rernprifonnement de ce Prin- 
•ce,3 5^, &c. iii.c. judifié & abrous,4ii, 
iii. t. fon grand crédit , 432, iii.t. offre ea 
vain au Miniftre de fe retirer à Rome , 533, 
j34,iii.t. gagné par la PiincelTc Palatine, 
582, 5S3 , iii.c. veut être Cardinal , 2,iv.t. 
le Miniibe s'y opofe ,11 iv.c. oû lui pro- 
irier le chapeau par un tîaité, 17 , iv.t. fe 
déclare pour la liberté des Princes , 27 , iv.c 
déclame dans le Parlement contre le Minif- 



DES M A T î £ R E S. 

tre , 31 , iv. t. propofc aaj)uc d'Orléans Je 
le rendre maicre du Roi , & de mettre la 
J^eine dans un Convent , 77 , iv.c. fait faire 
opoficion par le Clcrtré à la déclaration con» 
•tre i'adminirtracion des Cardidiaux , 98 , 5»^?, 
iv.t. fe brouille de nouveau avec le Prince 
de Gondé , 1 2.0 , iv.t. haine de la Reine pour 
lui, III , iv.t. maltraité par le piemier Pre- 
fident , 14 , iv.t. copfeilie au Duc d'OrleanS 
de faire armer les Bourgeois , &c. 14^. iv.r. 
& fuiv feint de le retirer de la Cour, I5(î> 
157 , iv.t. négocie avec le Cardinal , 16 ^^ 
iv.c. propofe une féconde piifon de Mr le 
Prince , 1^5 , 167 , iv.t. voit la Reine, Z63, 
iv.t. très - mal avec le Piince ^e Condé, 
104, 10^ , IV, t. fon avanture arec le Duc 
de la Rochvfoucault , 159 , & fuiv. iv t. pre- 
fenté à la Reine par le Duc d Orléans, 166, 
ÎY. t. foQ traicé avec le Cardinal Mazarin, 
169 , & fuiv iv.t, offe au Cardinal fon re- 
tour , pourvu qu'il lui procure la nomina- 
tion au chapeau , qu'il obci'înt enfin , 30^> 
310, iv.t. Te moque du Cardinal , 310,511, 
iv.t. Gourville travaille à l'enlever par ordre 
du Prince de Condé, 314 , iv.t. po/Tede toute 
la confiance du Duc d Orléans , 337, iv.c 
obtient le chapeau , 338 , iv.t. prend le nom. 
de Cardinal de Rets , 345 > iv.t. traverfe la 
re2;ociacion de Gourviiie > 3^9 1 iv.t. veut 
laifier périr le Prince de Condé, 37^, iv.t. 
^ veut fe donner le mérite de la paix, 35*3, 
iv t. vient filuer le Roi & la Reine à la tête 
du Clergé, 396", iv.t. eft arrêré par leur ordre, 
35>^,398, iv.t. remis entte les mains du 
Maréchal de la MeiUeraie, qui le laiffe écha- 
per, 407,408, IV. t. il fe retire à Rome, d'où 
il fait puîjfamment cabal,er fcs amis , 408, 
40^ , iv.t. 4^1 , iv. r. 



TABLE 

Coîbcrt , créature du Cardinal Mazarin , éparj^- 
ne fur tout, i3 8> v. t. 313 , v.t. mis fous 
Fouquet , pour veiller à fa conduite, 113, 
V. t. Le Tellier , croianr pouvoir compter fur 
lui , l'élevé , afin de détruire Fouquet , 113, 
ZI4 V, t. 1^1, v.r. iV fuiv. fait premier Corn- 
mis des finances , & fon air mode(le , i6z^ 
v.t. cxecLueur tenamentaiie de la Reine- 
Mere , 506 , v.t. 

Comédie : aucorifée par des Evêques de Cour, 
410 , i.t. b'amée par des Dotleurs de Sor- 
bontie, & autorifée par d'autres, 411,411, 
i. c. comment y affilie la Gour d'Efpagne , 
57, v.t &c.^ 

Cii^minges : arrête B!ancmenil & Broufiel ,141, 
- éc fuiv, arrête les P.inccs de Condé & de Conri, 
& le Duc de LongucvilJe , 370, 377, 3J78, 
iii. c. & les mené à Vinceubes, 3 81, 3 84, 3 8 y, 
38^, iii. t. fait Gouverneur de Saumur , 439, 
iii. t. Envoyé au devant de la Reine de Suéde, 
43i>iv. c. avoir de la leflure , 38s, 380, 
iii. t. 450, iv. t. Capitaine des Gardes delà 
Reine, 431, iv. t. 481. iv. r. Ambalfadeur ea 
Portugal, 531, iv. r. 

Ccndé : pris par les Efpagnols , ^zj, iv. r. 

Conde: Voicz Henri de Bourbon, 
Prtnce >ie CoNDE. Louis de Bourbon, 
F'inee ^t C o n D É. 

Conférence ( lelteu de U)'. fa defcription , 71, 
& fuir. V. t. 

C o N T I : Voyez Armand de Bourbon : 
f rince <^e C o N T i. 

C^fpean , Evêque de Lifieux : fon cara<flere, 
103 , i. r. renvoyé de la Cour , 103 , i. t. 

Coudrai- G'yjf'és , Confeiller du Parlement dé 
Paris : député contre le Cardinal , & oblige 
de s'enfuir , 514 iv. c. 

Conr de France : comparée à elle - même dans 



DES MATIERES. 

les premicies années de la Régence , 8c au 
commencement de l'adminiftiation de Louis 
XIV. 1 5^, ic fuiv. V. r. 

C urtrAi :' Paluaii le laifTe prendre, 84 , 85 > 
ii. c. 

Crcq.ii { le Marquis de ) époufe la filie de Ma- 
dame du PleiTis- Belliere , qui lui fait obc:- 
nir le Geneialac des Galères, 231 , v. t. il 
perd cetce charge , 133, v. t 

Ctomvvel : fa puilfance abfoluë en Angleterre, 
4j?o , & fuiv. IV. t. fa more , 52.®, iv. r. 

D 

DEs-LaNDes-Payen, fe charge de 
la Requête de la PrinceiTe de Condc au 

Parlement, 449^ &c. 543, iii. c. ouvre l'avi'. de 

.-défendre aux Cardinaux l'adminiltration des 

affaires d'Etar, ^3 , iv.r. 
T'i'parh , Equipage de ce SuifTe à la cérémonie 

de la Majorité , 180, 181 
£jimk?fque : alTiegé , pris, Sclaifféaux Anglois, 

511, iv. t. 516, iv. t. vendu au Roi par le 

le Roi d'Angleterre , 184, v. r. 
D ■p.:- (J-a oumée des ) : Comment elle fe pafTa, 

5 1 , & fuiv. i. t. 



17 , G IT I L L o N : Voiez A'^uillon. 

E'b^--*f ( le Duc d' ; : s'offre au Parlement pour 

General de fon armée , 470 , ii. t. 48 j , ii. c. 

maltraité par le Duc d'Orléans , ^5 , iv. r. 
^iz.aù<fth fie France : miariée à Philippe I V Roi 

d'Efpagne , 8 , i. t. fa mort , & fon catadeie, 

tSp , 190 , i. t. ^6, v. t. 
Ep^rnon { ie Duc d') : Gouverneur de Bourdeaux, 



TABLE 

tfë y iii. t. plaintes contre lui , 1^7 , iiî. t. 8c 
(\iiv. Z75 , iii. t. Sic. haï des Boùrdelois, 46^, 
iii. c. obligé de fc rendre à la Cour, 48^, iii.r. 
fon caradeie , 510 , 511 , iii. t. obtient le 
Gouvernement de Bourgogne , i<îi , iv. t. 
Epernnn { Mad.d') : perd le Chevalier de Fiefque, 
renonce au monde , & fe fait Carmélite, 378, 
37^ /i.t. 504, 50 y , iv.r. 
EfpagnolUi : leur habillement , de mauvais gpur, 

87 , v.r. &c. 
Ejirades : Envoie en Angleterre , pour y "négocier, 
en 1(^37, pag.z84,i.t. & fuiv. envoie parle 
Prince d'Oiauge pour obtenir la grâce du Duc 
4Je Bouillon , 1 14. i.t. fert de lècond à Coligni 
fon parent , & bleiTe Bridieu , lO) y i. t. Ara- 
ba/Tadeur eu Angleterre , manque d'aller au 
devant de celui de Venife > 13^ , v. t. le Roi 
lui ordonne de n'y plus manquer , 190 , t. v. 
Infulcé & maltraité par TAmba^Tadeur d'EC' 
pagne, 140, 141 , v. t. fa Conférence à ce 
fujet avec le t^oi , 1^3 , 2.44 , v. t. négocie 
la Trente de Dunkerque au Roi , 184 , v. t. 
^tafT^pes : Mr de Turcnne y défait les troupes de 
Mr le Prince ► 3(^1 , iv. t. Sicge de cette ville, 
îefolu & manqué , 3*^3 , iv. t. 
Etats : convoquez à Tours pour le i.Odob.i^jr. 

pag.119. iv.r. 
E///f^^ : on lui donne le Gouvernement de la Ro- 
chelle , qu'il maintient dans le fervicc du Roi, 
^16, 317 ,318, iv.r. 
Etréps ( le Maréchal d' ) : Son caraâicre, 148, i.f. 
veut en vain allier Mazarin & Mis de Vendô- 
me, 148 , i. c. 



DES MATIERES. 



FA F G UE (h) , Lieutenant de Roi dans Hc- 
din: fe révolte > 509, çii.iv.c. 

TAvcns : il feroit à fouhaiter que les Rois n'ea 
euffcp.t jamais, 6$ , iv.t. 

F-^yct : belle maifon ptés de Compicgne , où fe 
"fait Tencrcvuc des Reines de France & de 
Suéde , 440 , &c. iv t, 

Fayette r Mademoifelle^^/^ï) ; fille d'honneur dfi 
la Reine à laquelle Louis XIII, s'attache , 73 » 
& fuiv. i.t. hiftoire de cet attachement, 3 73, Sc 
fuiv. i.t. Supérieure du Couvent des filles de 
Sainte Marie deGhalliot , 347 , v.t. fa mort» 
?7i, 373 , v.t. 

r.v/ ( le MaréchaW^ /^ ) ; afllege & prend 
Mont-medi , 494 , iv.c. allîege & prend Gra- 
velines , 515» , iv.t. 

!^ FcuiUa'4e; avertit Fouquet de fe fauver , 11 y, 
V. r, 

Ttejque ( le Comte de ] : Te joint aux rebelles , & 
ne peut obtenir le commandement de l'Arfe- 
nal , 490 , 4pi , ii.t. 

Fr^fqae ( le Chevalier ih) : tué au fiege de Mar- 
dick , 378 , i.t. étoic aimé de Mademoifellc 
d'Epernon, 378 , 37^, i t. 

jrlex ( la ComrefTe de } : perd fon mari au fîegc 
de Mardik, 377, 37^ , i.t. demande & ob- 
tienc le tabouret • 41 5 > ii t. & (uiv. on le lui 
ôce , 180, iii.t. obtient la furvivancc de la 
charge de Dame d'honneur de la Reine , 484, 
iv t. 93 , v.t. fcs enfans mâles mis en droit de 
devenir Ducs , 147 , v.t. le Roi la veut chaiTer, 
331, v.t, la Reine Mère lui lègue trente mille 
livres, 487 , 501 , v.t. 
^(KntraUles : fait un traité avec rEfpagne , & 
ie fauve habilement , ^^ , 6c fuiv. i. t. de 
Tor?;e F, 2 



TABLE 

retour à la Cour fe fait exiler , & efl: encore 
enfin obligé de fe fauver , 3ïx. & fuiv. ii.t. 
infulce & maltiaite des valets de pied du Roi, 
154. &c. iii.r. 

Tcu'doux ( le ) , Enfeignc des Gardes de la Rei- 
ne : tué à la Journée de Saint Antoine» 
372 , iv.r. 

W uquet : créature de Mazarin » 349) iv. t. 
Procureur General , & Sur • Intendant des 
Finances, 51, iv.t. grand voleur, 14^, v.t. 
récit de fa difgrace , 113 , v.t. & fuiv. 113, 
v.r. & fuiv. jufqu'à 235, deshonoré par fes 
commerces avec les femmes, 258, v.t. en 
quoi coupable • 239 , v.t. on lui fait fon 
ptocez , 2^0, v.t. & fuiv. 

Tranee : fon état fâcheux au commencement 
des troubles , 1 3 3 , & fuiv. i.r. reflexions fut 
les rebellions qui y font arrivées, i(î8 , 8c 
fuiv. ii.t. fon érat déplorable au commence* 
ment de l'année 1^4^ , pag434, & fuiv. ii.t. 
I ^9 > iii.f. 

TrAnp èi I ce que Loais XIV. penfoit de (a 
prifon à Paris ,212. v.t. 

Tran f cii { IçSiem ) : Intendant General des 
fontames & aqueducs de France , 300 , iv.t. 

Ifotié : Adion remarquable de cet homme, 
10^ , ii.t. 



G Alans Espagnols: cenfcz être fi 
ennivrez des charmes de leurs Dames, 
qu'on ne trouve point mauvais qu'ils ne fa- 
luent perfonne, 51 , v.t. 
Ga^c? ' Infante y ou jupe à cercles : chofc monf- 

trueufe, 88 , 107 , v t. 
G (fiou i le Maréchal Àe ) : prend la Baffée, 483, 
&c. i.t. fon caradere , 484 , i.t. elt blefle au 



DES M ATIER ES. 

Siège de Lens , & en meure , ^2.7 , &c. î.f. 
foa origine & Ton avancement, 518, 519, i.t. 

ASTON BE France, Duc d'Orléans : 
époufe Madcmoifelle de MonCpenfier , 3 1, i.r. 
écoic de coures les cabales , 57 , i.t. entre 
dans la conjuration de Cinqmars , 5»o , i.t. Se 
fuiv. fe retire en Auvergne, 10$, i.t. racom- 
mode avec le Roi, 108, 10^, i.t. fa conduire 
au commencement de la Régence , 119 , i.r. 
131, i.r. fe contente du titre de Generaliili- 
taie des armées de France , 137 , i.z. amou- 
reux de Madcmoifelle de Saint Megrin , veut 
faire jettcr Gerfé par les fenêtres , 440 , i.r. 
& fuiv. ne veut point confenrir à renvoyer fa 
femme , 445, i.r. fon catadere , 447, & fuiv, 
caufc de la mort du Duc de Montmotenci, 
448 , i.r. attaché à la Reine au commence- 
ment des troubles , 14, ii.t. & fuiv. biamé 
de ne point foutenir fa fille , 66 y 6j y ii.r. 
jaloux du Prince de Condé , 17^ , 175", ii.t. 
commence à être moins affeftionné à la 
Reine, iS6 , ii.r. fa lettre au Parlement. 319, 
ii.t. & fuiv. fon mc'contencemenc de ce qu'on 
veut ôrer le chapeau à l'Abé de la Rivière, 
387 , ii.t. & fuir. 3 5>^, & fuiv. ii.t. demandes 
qu'il fait à la Cour, 400, ii.t, & fuiv. ferefouc 
avec peipe au Siège de Paris, 441, & fuiv. ii.t. 
efforces des rebelles pour l'attirer à leur parti, 
508, ii.t. ScCviiv. accommode la querelle dii 
DucdeBeauforc & du Duc de Caudale , içi, 
&c. iii.t. >é;7 , & fuiv. lii.t. oblige Soyon i 
fortir des Carrnelites , 193 » 1^4, iii.t con- 
fent à l'empiifonneraent du Ptince de Condc, 
348 , & fuiv, lii t. veut faire mettre les Prin- 
ces à la B.iftille . 477 , iii.t. ^iç, v.t. il lui 
nair un ti's , ç r 5 , lii.c. & fuiv. fe plaint des 
tccepcious qu'on lui fait «u Parlement, y7f, 

2 1 



TABLE 

&e.rii.t. craint d'être arrêté , 5I7, iii.t part»:- 
de Ton caraâ;ere , i , & fuiv. iv c confent à la 
liberté des Princes, îo, iv t 13, iv.t Ce porre 
avec hauteur contre la Reine & le Minière, 
30 , iv.t. & fuiv. refufc de voir la Reine ,35, 
iv.t. & fuiv. 60 y 61 , iv.t. fait prendre les 
armes aux Bourgeois , 73 ,& fuiv. iv.t. va 
enfin voir la Reine, & au devant des Princes, 
50 , iv.t. demande qu'on chafl^e le Tellier, 
& Servien , i 33 , iv t. fc plaint à la Reine du 
retour de Chavigni, 141, 141, iv r. extrême- 
iiîenc irrité de la dïTgrace de Chateauneur, 
149, iv.t. &c fait ôter les Sceaux au Premier 
Prefidexit , 149, iv.t. fa déclaration en faveur 
du Prince de Condé , 233 , &c. obligé de fe 
retirer à Blois , 3^4 , 3^ J , iv.t. revient à la 
Cour, 478 , iv.t. fon caraftere , 478, 479, 
iv.t. retourne à Blois, 475), iv.t. meurt à Blois, 
60 , v.t. fon caradere , 60, v.t. Se fuiv. 

Gpumin , Maitre des Requêtes : harangue vive- 
. ment contre ie Parlement, 418 iv t. 

Gfnàron ^ Pi être de Village : prom.ct de guérir 
le cancer de la Reine-Mere, 3 5 y, v.t. la Reine 
le quite , 405» , v.t. 

Généraux de Parts : leurs négociations & de- 
mandes, ^0,71, iii.t & fuiv. 

Sainte G^nevie-ve : pioceiïîon de fa chafle y & 
dévotions grimacières du Prince de Condc 
& du Duc de Beaufort envers elle , 3^4, 3(5'5, 
iv t. 

GerrrAÎn [ Milord^ voyez Spînt A'ban. 

G:rfé : le Duc d'Orléans le veut faire jetter par 
les fenêtres , 440 , i.t. & fuiv. fait Capitaine 
des Gardes , 2.2^ , ii.t. caufe d'une querelle 
entre les Ducs de Beaufort & de Caudale &c. 
1 3 I, & fuiv. iii t. maltraité par des pages 8C 
laquais, 137 , iii.t. obligé de fe retirer ,141, 
fik.c. obligé de fe jullifier d'avoir vu Me le 



DES MATIERES. 

Prince , 115, iii r. fe joint à la NobleiTe & î* 
r)uice , 157 , i<î7, v.t. afTez fou pouu conter 
des douceurs à la Reine, 303 , & fuiv. iii.c. 
maltraité par cette PtincelTe, 313 , 314, iii.Cx 
& protégé par le Prince de Condé , 5i5,&c. 
iii.c. 

Géores Hc Marquis ^e ) Capitaine des Gardes ; 
le Cardinallui veut faire quitcr le bâtonj 113,. 
ii.r. & fuiv. 

G'ce.jhr ( le Duc ie ) : fa mort , 13 3 , v c. 

CoJ.au , Evêque de Graîle : renvoyé dans Com 
Diocefe, 488, i.t. 

G 'r:z.;tgue ( M^rie de ) : enfermée à Vincennes, 
de peur que Monfieur ne i'époufàt , 50,i.r. 
3 17, i.t. en intrigue avec Cioqmars , de qui 
elle fait retirer les lettres, 5?7,i.r.378, 326", 
i.t. mariée au Roi de Pologne , 31^, & fuiv. 
I.t. mal reçue par ce Roi , 347 &c. i t, perd 
fon mari dont elle époufe le frère aulTi Roi 
de Pologne , ii^ > 117 , ii.c 1^3 , 16^4, iii.t, 
& fuiv. 

ùjrjzngne { Anne de ) : recherchée & abandon- 
née par le Duc de Guifc , époufe un Prince 
Palatin, 107 , i.c fauve Madame de JLongue- 
ville , 393 , iii.t. & fuiv, (ovi carafl'ïte , 441, 
443 , iii t propofe le mariage du Prince de 
Conti, & de Madem. de Ch.-vreufe, 443 , ni t. 
eîïct de fes négociations , 49? , 111 c. elle l'a- 
chevé, 581, iii c i5,iv,t & fuiv. S4.5 5,iv.t. 
rec^orapenfée de la Reine, 54, 5),iv.c. ralfure 
les amis des Princes ,^8 , iv.c. s'attache à la . 
Reine , & la fert fidèlement , H 5 , &c. iv.r, 
veut faire donner les finances à la Vieuville, 
125 , iv t. faite fur- intendante de la maifon 
de la Reine , 105 , v.t. perd cette place, 147, 
V r. 

Cofde ( l'Abbé ^«r ) ; perd en une heure çooco 
ccus au jeu, 117, v.r. 

2 3 



TABLE 

GûurvfSe : pris & relâché , 4.67 , v.t, (oh carac- 
tère , 4^7 , iii.t. 511 , iii. t. fa ncgociarioa 
avec le Cardinal, 511, iii. c. chargé d'enlever 
Je Coadjureur , n'y peut reuffir , 314, iv.r. 
conduit hcureufemenc le Prince de Condé à 
Ion aimée > 344 , iv. t. envoyé négocier à la 
Cour , 3 S^ , 3 57 , & fuiv. devenu financierj 
217 , V t. reçoit ordre de fuivrc la Cour après 
la mort de Fouquet > 117 , v.r. 

Gran^mont { le Maréchal de ) : mécontent de fa 
négociation avec Mr le Prince, fe rcciie dans 
Ton gouvernement de Bearn , 17^, 17^ , ïv.r. 
AnVbafTadcur extraordinaire en Efpagne poiijf 
ie mariage du Roi, 35? , v.t. relation de cette 
ambaffadc, 40. & fuiv. 

Grave! ma : alïicgce & prife par le Maréchal de 
la Ferté, 51^ , iv.c 

Gutbriam ( la Maréchale de ) : nommée à la 
charge de Dame d'Atour, meurt, 105, v.r. 

Gttevatit : demandé par le Prince de Condé, 
503, v.t. 

Guicke ( le Comte de) : Ton caraâ:ere , 487, iv.r; 
pourquoi vifité par le Cardinal Mazarin , lors 
de la maladie du Roi , 5 1 8 , iv. t. aime Ma- 
dame, & fe fait exiler, 120 , v.t. 3^0,3^1, 
&c. v.t. avoit traduit en efpagnol la lettre 
donnée à la Molina , 66 ,v.t, exilé de nou- 
veau en Hollande, 370 , caradere de ctz 
homme, & celui de fa femme , 370,371, 
v.t. 

Guimené ( la Princcflc de ) : fon caradlere , 4^» 
&c.i.t. 

G'*ife : afficgé par l'Archiduc & le Maréchal de 
Turenne, & bravement défendu par Bridiett 
& la Bourgeoisie , 473 > iii.r. 471? , v.r. 

G'iifs i Henri Duc de j : fe bat contre Colignî, 
& le bleffe , 104 ,105, i.t. fon caradere vola- 
ge , 106 , 107 , i.t. fon commerce avec Mad» 



DES MATIERES. 

de Ponts, 401 , i.c. &c, choifi pour chef des 
revoirez de Napîes , 549 , &c i.c. zi6 , ii.r. 
Çow caradcre guerrier ,5^0, i.t. i c. 41 , ii.r. 
& fuiv. (es démaiches & lettres pour Madem, 
de Ponts , 43 , ii.t & fuiv, pris & mené en 
Efpagne 55,5^ , ii.t. expofé à l'infidcliié de 
Mad.de Ponts, 5^, ii.t. chef d'une quadrille 
du Carroufel du Palais Roial , 413 , iv.r. 
41^ , iv.t. envoyé au devant de la Reine de 
Suéde , 431 , iv.t. fa lettre touchant cette 
Reine, 4 3i) iv.t. & faiv. chef de la cinquième 
quadrille du Cartoufel de i66z ,pag.z6 8, v.c. 

Ouifc ( le Chevalier de ) ; fe brouille avec le Car- 
dinal pour une Abbaye , 137 , iii.t. fe racom- 
mode avec le Miniftre , & propofe de jetter 
le Coadjuteur par les fenêtres , 8, iv.r. 

Cui!»t4t y Capitaine des Gardes de la Rein?, 
arrête les Princes de Condé & de Gonci, & 
le Duc de Longuevilie, 374, & fuiv. iii.r. 380, 
iii.t. fujec à la colère , qui lui fert à faire for- 
tune, 434 > i'^-f- 

Gy nnt: Député du Parlement de Bourdeaux : 
les négociations aa Parlement de Paris , 4^1, 
4^j , &c. iii.t. 

H 

HArcourt(1c Comte 4e ) : perd Lcrida, 
401, i.t. revient en Cour , 411 , 411 , i.r. 
& fe juftifie , 44^ 450 , i.t. manque de con- 
ferver la Province de Normandie au Roi, 4^^, 
& fuiv. ii.t. 104 , iii.t. met Saint Germain ôc 
le Roi à couvert , 499 , ii.t 104 , 10 j , iii.t. 
revient \ la Cour , & obtient le gouverne- 
ment d'Alface ,105, iii.t. aflTiege Cambrai , & 
levé lefiege, 146, 147, iii.t. fait gouverneuc 
^e Normandie ,411, iii.t. conduit les Princes 
au Havre, 532,, iii.t. fa fondion à la ceis- 

2 4 



TABLE 

imonie <îe la majorité, iS6 , iv.r. 1^3 , iv.r, 
fait General de Parmée de Guienne , 311, iv.r 
fait lever le fiege de Coignac &i défait le Prince 
^e Condé ,317 , iv.r. reprend les Tours de la 
Rochelle , 318 , iv.t. 

Si^^'o [Dom Louis de): fblHcité pour la paix^ 
4^3 , iv.r. ne veut rien relâcher fur l'article 
du Prince de Condé, 63 ,v.r. époufe l'Infante 
au nom du Roi , 80 , v.t. 

Ba'Jîefort ( Mademoifelle de ) : Louis X I I L etv 
devient amoureux, 51 , i.r. mife auprès de la 
Pleine comme Damed'Atour , 63, , i.r. chaffée 
de la Cour, 73, i.r. va deguifée à laBaftille 
pour le fervice de la Reine , 85,1.1. rapeilée 
parla Reirse , 133 , i t. & avec quel crapreire- 
ment , 168 , i.r ne peut fe refoud.e à bien 
vivre avec Mazarin, 171 , 17 j > i t. 208 , i.r. 
perd les bonnes grâces de la Reine , & elt ren- 
voyée de la Cour , 2.0^, & fuiv. maiiée au 
Duc de Schomberg , avec lequel elle fe retire 
en Province , 505 , & fuiv. i.t. 

Uédin : trouble que caufe la mort de fon Gou- 
verneur, 50^ ,& fuiv. iv.t. 

à'uémen : fait Concrolleur General d^es Finances 
&c peu après Sur-Inrendant , zi8, i.t. accufé 
de concuiTion par k Parlement, iio, ii n, 
pourfuices du Parlement contre lui, 144 , &c, 
ii.r. privé de fa cKaige & exile de la Cour, 
147 , ii.r. on Jui rend les finances , p6 , ^7, 
iii r. ii^,iii.t. z^^ , & fuiy.iii.c. 30i,iu.r» 
fa mon y 4^8 , iii t. 

HenriIV: en quel état laine le Royaume, 
j , i.t. Se fuiv. comment vouloic faire du bie» 
à fes Mmiftres > 3 51 , i.-t. fon portiait mis à 
une potence , 112 , v.t. 

HENRI DE Bourbon , Prince deCoNnil 
arrêté par ordre de Marie dcMcdicis, 2 , i.t. 
fa conduite pendant la Régence , xi^ , & Oj^ir. 



DES MATIERES. 

le 132, i.r. haï de la Reine & de fa femme, 
131 133, i.r. on refufe l'Aaiiiauré à fon (lis j 
il fe retire & levienc : Ton caradcre , ^71 y 
& fuiv. (a mort , 404 , i r, fuice de fon carac- 
tère , 404, i.c. & fuiv. beauré de la PiincefTe 
ù fei-n:-ne , 47 , 75" , i.t. avec quelle hauteur 
elle agit contre Madame de Monrbazon, 17;^, 
lfc.it. Ton carafl'jre, 274, i.c. n'aimoic point 
fo-î mari , 407 , i.c. fe lailTc gagner contre la 
Cour,i2i,&c iii.t. i7i,iii.c. exilée, 3^2; 
iii.r. fe prcfcnrc au Pariement, 448 , & fuiv. 
iii.c. fe rerire à Valleri , 4^7 > iii.c fa more, 
& fuite de fon caratlcre , )43 , ^44 , iii,c. Se 
fuiv. 

Henriette de France: marié, à 
Charles I. Roi d Angleterre, ; 6 20, i.c. obli- 
gée de fe fauvcr en Fiance, 238 ,i.t.& fuiv, 
abrégé de fon h ftoire , & des révolutions 
d'A^gieteire depuis Henri VIII. 14 3, i.c. 3C 
fuiv. 295 j i.t. 383 , & faiv. fuite de cette, 
hi'toire , 163, li r. & fuiv. 542 ,& fuiv. ii.c» 
558, & fuiv. li.t. i(?o, iii t. & fuiv. 193, iii.r. 
421, 422, iv t. 4^ ,& fuiv. iv.c. y20j iv.t. &c, 
fa lettre fur la mort de Cromwel , 520, 521, 
iv.c. auroir voulu marier fa fille au Roi, 532., 
iv.t. va en Angleterre pour faire époufer Hor- 
renfe Mancini au Roi fon fils , 134 , v.c. coii- 
fent au mariage du Duc d York , 13c?, v.c, 
revient en France , 140, 141, 142 , v.t. fa lettre 
à l'Auteur , 204 y Sic. û vie tranquille à Gou- 
lombe , iï6y v.t. 

JHeNriette t»' Angle ter RE : naît à 
Exceter en i<^44 , pag. . 39 , &c i.c, eft apor* 
tée en Fiance , 385 , i.t. négligée par le Roi, 
421, 422 , iv.t. 528 iv.c. U Reine l'auroic 
voulu marier au Roi , 528 , iv.r. 152 y vx. 
mariée au Duc d Oileans,i3X, v.c. &c iy6,vs., 
a la rougeole , donc elle |)eafe moirir , 140 

2 5 



TABLE 

I4Î , v.t. fon portraic & fon caradere , Î77, 
&c. v.c. J8z,v.t. veuc fc vanger des anciens 
mépris du Roi , 19^ & fuiv. s'introduit dans 
les plaifirs & divertiiTcmensdece Prince , i^S^ 
Sic. iii.r, méprife les avis c)ue lui (aie donner 
la Reine- Meae ,101 102, v. t. zi^, v.t. zjj> 
v.t. en intrigue avec le Comte de Guiche, 
izOjV.r.j^o, 361, v.t. &c. trompée pat Var- 
des , qui s'empare des lettres du Camte & 
d'elle, &qui veut l'obliger par là à le foufFrir» 
3^4, 16') , v.t. elle s'en plaint au Roi > & lui 
découvre l'intrigue de la lettre efpagnolc , 

^eraiit d' Arma du K&i ; refufc par les Parifien^ 

i^êrval : huguenot , emploie dans les finances r 
par Mazarin , 401^5 v.t. 

Jîejfelir. : donne ballet , feu d'artifice , comédie, 
&c. à la Reine de Suéde , 43 5, iv.t. 

Mocquincnurt ( le Marquis d'J , Gouverneur de 
' Peronne : s'accommode avec le Cardinal Ma* 
zarin , iz8 130 iii.r. bartu, & prcrque pris, 
514, iii.t. fait Maréchal de France , iz , iv.r» 
lamcne le Cardinal Mazarin eaFrance , 312, 
3Z4 ,iv.r. défait parle Prince de Condé, 1^6^ 
îy.t. fe laiHc corrompre par Madame de Cha- 
lillon , & fait révolter ï(iS Gommau(^ans de 
Hedin 5 509^, 510, iv.t. obligé de fe retirer 
chez les Efpagnols , qui le font Grand Baillit' 
deGandjjio, iv.t. cft tué à la bataille de 
Dunkerque , yij, iv.t. & enterré à Nôtre 
Dame de LicHe , 51 5, iv.r. ^ 

jîoH^ndâs : leur paix avec l'Erpagnc , 413, 414 
&e. *^ 

Mêid ds Ville : Voyez. |»4«i. 



DES MATIERES. 



pj TAnsenistes: leurs difpates fut- h Grâce, 
1 J Sic. 434, 45 5, &c. le Roi va au Parlement, 
pour faire publier une Bulle enci'eux, 50^, iv.r. 
leur caraftere , ^o/.iv.r. 

'^ rrs , ( le Chevalier de] : exilé , revient:, fe fauve 
glorieufemenc de Téchafauc , & fc retire en 
Italie, é'^y i. & fuiv. jufqu'à 71 , rcvicnc com- 
mandeur de fon dernier exil, 16 p , i.t. fa fran- 
ciiife ea-vers la Reine & le Cardinal pour Cha- 
vigni , 30^ , & fuiv, ii.r. 

Jeparey : raillez & turlupinez par la Reine de 
Suéde, 453 , leur caracrerc , 507, iv.c. «Sec. 

Jlls , ( la Comceflc d'j rfon caractère. & faics qui 
la concernent, 4^3, 454, v.t. 

Impùrtans : nom de la cabale de Meilleurs de Vei> 
dôme contre Mazarin , 170 , i.c. 

Innocent X fon éledion, Z3)?,i.t. 

Jfjfeai^ns des Province^ : révoquez par Arrêt du 
Parlement , 140 , ii.r. 

Jcit C aade) Curé de Sainr Nicolas des Champs? 
alîifte le Cardinal Mazarin ■ la mort, 149, v.r. 
1 50, v.t. recommandé au Roi par ce Caidinal, 
1S9 , v.t. confulcé par Madame de Navaiiles 
fur l'amour du Roi 175, i.r. 

Joii ( G-4tlta.4r?7e , ) Sindic des rentiers ; parle 
infolemment au Premier Ptefident , 310, iii.t. 
fe fait tirer un coiip de piftolet, & tâche en vain 
d'émouvoir le peuple jiz, 313, iii.t. 

JûMrs mature' : pourquoi les Efpagnols a'enfoot 
point, II, v.t. 

^oy ufe { le Duc de ) fa fonsflion à î.i cérémonie 
delà majorité, 178, z8^ , iv.t. 'kz. 1^5 , iv.c, 
tué au"s lignes d'Arras, 410, iv.r. 

D.Juan à' Autriche : YokzAiiiriche, 



TABLE 



LA ï r E RI A s : ' Jage inique , furnomFné h 
b^ureatt du C^rimai » 66 , i.t. Tes procé- 
dures contre le Chevalier de Jars, <î7, o^ fuiv» 

î.t. 
t<^i£ue : lié avec la DucFiefTe de Chevreafe ^ la 

fait agir contre Fouquec , 114 , v.t. 
X<f;«/ , ierviteur du Prince de Condé : le fert 

utilement à Bourdeaux , 4^3 , iii c. envoyé 

asgocier en Elpagne , 308, iv t. 
Lamognon , Maicre des Requêtes , fait PremicB 

Piefident du Parlement de Paris, 52.2. , foa 

caraâierc, 51Z , 5 1.3, iv r, 
Zandricies: afifiegé & pris , 481, it. 483, i.r, 
ha^gUde j Secrétaire du Duc de Bouillon : fait 

foulever les Bourdelois , 459 , iii t. obligé àe 

fe défaire de fa charge de fecretaire du cabl- 

Mct , 487 , iv.c. 
i,annci .- fage conduite de cette Dame d'hoa»^ 

ncur d'Anne d'Autriche , ii , i.t, 
Lav^l ( le Marquis i^e ) ; fon caraâiere , & foi» 

mariage , 30.8 , 309 , i;t. meiut au Siège de- 

Dunkerque , 35)5 , i.t. 
Z^i^rier ( du | , Officier de la Bourgeoi/îe de 

Paris :., fcm entretien fingulier avec la ReiiiCj, 

8.i,iv.,t. & fuiv. 
Lem : Bâtai le qu'y gagne le Prince de Condéj„, 

131 > ^3 3 > &r fuiv, ii,r. 
Ziorinc : rend de mauvais offices au Comte d'A» 

vaux, 3.8 , ii.t. cHalTé de la Cour , i5».8, iv.c, 

y e(t rapellé , 318, iv. t. envoyé en tfpagnf. 

pour la paix ,. 49.3 , iv.t. mai aupiès de la 

Reine,, ï4<î, v.c. 
Zoi^^uetl , Goalcilier au Parlement. : fon p,enie 

z^9 i iii.t^ brouille en faveur de fon frcrc 

4^1, iù.c. craint du iVliniare, ^69 , Hi.u 



DES MATIERES. ^ 

tunjtd'vilie ( le Dac de J : cpoufc Mademoiteîis 
de Bourbon , 177 , i.t. demande la charge de 
Colonel des SuilTcs 419 i.t. obcieiK Caen^Ss 
coiitinue à cravailleu à la paix , 458 , 43^, i.r, 
deux fois rebelle , 19, ii.c. admis au Conreiîp. 
Z5>, ii.c. veut détoarner Me le Prince de fcs 
bonnes incentions , 367 , ii.t, quice la Cou€ 
& vient jomdre les rebelles à Paris , 480 ii.t. 
&:c. s'empare de la Normandie , ^97 ■> & faiv. 
ii.r. revient à la Cour , i©3 , iiit. Sec. de- 
mande le pont de l'arche , zii, iii t. 117, &c* 
iii.t. rob-.ient , 138, iii.t, raillerie criminelle 
de ce Duc, z;^, rii.t. fa priCoiv , ^61 , & fuiv. 
iii.t. 3 7 5 > lii.t. & fuiv. traite avec de Lionne^. 
161, IV. t. fe lepare du Priace de Coadéj, 
zii, & fuiv. iv.c. 

Zongueville ( la Dachefïe de ) : Ton avanture roG- 
chant une lettre perdue, 177, & fuiv i.r. 
oblige Coligni à fe batre pour elle, & chan- 
{oii qu'oa en fait, 2.06 , i t, caufe de la 
guerre civile, 4 4 , i.t. &c. en liaifon avec 
le Pnnce de ivlarfiliac , 4 4 ,. .! c i.t. fon 
caradece, 455 , &c. i t. 435 , ii.t. fes intri- 
gues poUcicjues , 43*^, & fuiv. ii.t. fie veut 
point fortir de Paris avec la Cour, 4^^. ii.t^ 
fe lie avec le Coadjuteur , pour dominer dans 
Paris , 47^ , 477 , & fuiv. ii.t. acouclie d.'un 
fils dans i'hôcel de ville, y 11, ii»t. feduit le 
Prince de Condé, 101, 101, t 10, iii.t. revient 
à la Cour,. loé , 107, iii.t. fait prier la Reine 
de la mettre d uu bai , 108 , zo? , iii.t. fes 
nouvelles intrigues, 218, & fuiv. iii.t. 142? 
iii t. & fuiv. négocie avec le Cardinal , 150, 
& fuiv. iii.t. fe fauve en Normandie, 351, 
3 94, iii.t. mal reçue eu Noimandie, 3 94> 
41^, jii.t. fe fauve par mer, &c dangers qu'elle 
court, 42.7, & fuiv. iii.t, fc recire enHoilande,3£ 
f uisà Stenai,4i5> iilt.uaue avec les tf^agnolS;, 



TABLE 

& déclarée criminelle de Icze-maiefté , 45^,'? 
iii, c. avertie des bons fuccez de Bouideâux, ■ 
46^ , 4^7, iii t. revient triomphante à Paris, 
2 11 , 113 , iv.c. porte le Prince de Condé à i_ 
rompre le mariage projette du Prince de 
Coati avec Mademoifeîle de Chcvreufe , 114,- 
&c. iv.t. traite publiquement avec les Efpag- 
nols, 1 1 8, iv t. négocie avec le Cardinal,! 6^z, 
1^3 , iv.t. fe recire à Montrond , iii , iv.tr 
oblige le Prince de Condé à faire la guerre, 
S06 y iv.t. s'enfuit à Bour 'eaux , 313 > iv r. 
fon état, 3 3P ,&c. iv.t. en intrigue avec le 
Duc de Nemours, 341, iv.t. obligée de fçrtir 
de Bourdeaux , 400, iv.t. fe retire à Moulins, 
& y fait pénitence , 401 , 402, , iv.t. fa con» 
verfion . 547 , -548 , iii.r. 343 , iv.t. 400, iv,t. 
cmbralTe le parti des JanfvinifleS} 507, iv.r. 

hongueville ( Madem. de ) : foii caradere , 413, 
42.4 > iiir. détourne fon père de la guerre 
civile, zii,iv t. fouhaitée pat le Duc d'York, 
213 , iv.t. 

Lorraine fie Duc de ) : fait manquer le 
^ege d'Etampes, 3(^3 , iv.r. forcé a s'acom- 
moder avec le Roi , 3^(5 , 3^7 , iv.t. reçu à 
Paris avec acclamations &c. 3^8, iv.t. vient 
au fiTcours du Prince de Condé , 38;) , iv.t.. 
veut époufer une nièce du Cardinal , qui pour 
cela ie rétablit dans fes états, 148 , 14^, 
v.t. 

L o u I s XIII. né ie 1. Sept, i^or, page p. 
i.t. n'avoic que neuf ans huit jouiS, quand 
il vint à la Couronne, i, i.t. n'ofe aimer /a 
femme, 38,3^, i.t. comment amoureux de 
Madem.de Hautefort, 5 1, i.t. 72, i.r. fon étac 
malheureux, 71,72, i.t chafie Mad, deHau- 
tefort, & s'attache à Mad. de la Payer te ,73, 
i.t & fuiv. qu'il veut déclarer fa maitrclle, 
^^ i.c. o0re fcs eafans en otage à Kiçbclieiip 



DESMATIERES. 

55> i.c. rapelle les exilez , & élevé It C&xaU 
nal Mazarin au Miniacre , ii5, 117, i.r. l'a 
moïc, 118 , &c. i.r. izz , i.c. Ton caradtcrc, 
113, &c. i.c. 
louis XIV. fa naiflance , 82. , i.c, devient: 
Roi, IZ3, i.c. 128, i c. ra a» Parlemeiu tenii 
Ton lie de judice, 3I)', i t. commeni élevé» 
3 56 . &c. i.c. malade de la petice veiole, 530, 
& fuiv. i.c. {ot\ caradere , 541, &c. i.c va au 
Pailemenc , 13 , & fuiv. ii c. 185, 2.00, ii.c, 
ce c]u'il die du Parleinenc fur la nouvelle de 
la vicloire de Lens , 238 , ii.c. fort de Paiis 
après les barricades , i$6 , ii.c. Ce retire à 
.Saine Geumain, 317 , ii.c. 3 <j6 , ii.c fa lettre 
à Mclficurs de Viile, 4^0, & fuiv. fa reponfc 
aux dépurez du Parlçm<int , 6 iii.c. & fiiiv. 
revienc a Pans , 181, iii.c. & fuiv. faïc fa pre- 
mière communion , 335 , iii.c. le trouve aa 
Sicge de Bc'lcgarde , 442, iii c. cavalcade & 
cérémonie de ia majoucé , 27^ , & fuiv iv t. 
voie de Charoniie la bataille de Saine AneoiuC) 
37i,&c. iv.c. revient à Pa is , 3^*3 . 33^4, iv.r. 
fon caradere vers fa mapiité , 41^ , & f\:iiv, 
iv c. s'attache à Madein. de Mancini , depuis 
Gomecire de SoiiTons , 417 , iv.c. manque d'é- 
gard pour la Princelfe d'Angleterre, 421, 422, 
iv.c faic une courfe de bague , 423, & l'uiv. 
iv.r. Ton encrevuc avec la Kemc de Suede> 
438 , 43^ , iv c faic entrer un convoi dans 
Samc Guilain ,460, iv.c. voit marier fans 
chagrin Madem de Mancini au Comte de 
Soiffons ,4(^8, 46^ , iv»c. devient amoureux 
de Madem. de ia Motte d'Argencour , 471, 
iv.c & fuiv. favoris pour Icfquels il eue du 
penchanc , 48^ , iv.c. avoic de l'incIinaeioD 
pour la guerre , 45 5 , iv c. tombe dangereu- 
feracnt malade à Calais, 515 , iv.c & fuiv. 
fc rccabhc , J 1 7 > iv.c. s'atwciie à Madeiivoi» 



TABLE 

feHc de Manciiu,5i3,&:c.iv.r. fe rend à Ljam 
avec la Cour, 538, iv.t. trouve la Piincene d; 
Sâvoye aflcz à fon gré ,539, iv.t. &c. la veu; 
avoiu , mal_^ré laRene , 547, iv.r. coufent i \^ 
époufer l'Infante d'Efpagne, 5 ^o, iv.t, donne 
une promcfîe depoufer la Piinceffe de Savoze, 
au casqu il ne puifle avoir rinfanced'Efpngne, 
i.v.r. levienc à Paris, i,v.t, fuir la Mancini par 
toiu,4 & fuiv. V t. offic au Cardinal d'époufcir 
fa nièce , 18 , v.t. fort affligé de fon cloigne- 
menr, i 3 . v.t. S^ fuiv. fe retire à Chantilly , & 
revient à Vincennes, ii,^5^,v.c. entretient 
corrcfpondahce avec la Manciai ,33, 38 , v.r. 
la voit à Cognac. 37 , v.t, part pour la paix & 
fon mariage , 36 , & foiv, v.r. paife l'hiver cd 
Provence, & fe rend à Saint Jean de Luz, ^4, 
&i fuiv. v.t. 71, v.t. voit l'Infant j • Reine pour 
la première fois, ^7, v t &'c. jure la paix, 101, 
v.t. emmené la Reine fon époufe, 104. vr„ 
dernière cérémonie de fon mariage, 1 10, 3 1 1, 
&c. remercie fa mère de lui avoir ôté la Man- 
cini,! 18, v.t. pleure le Cardinal, 1^5», v.t. 141, 
V t. 16 li v.t, fon entrée à Paris ,130, v.t. Se 
fuiv. prend l'adminiihation des affaires, i6f, 
1^3 , 16^ , &c. V t. 173 , v.t. fa manière de 
gouverner & d'agir , 173 , v.r. & fuiv. fon ca- 
ractère , 174 , & fuiv. V t. 179 , 181, v.t. &c, 
fon averfion pour les Anglois , 17^, v.r, fes 
fréquentes promenades avec la DachelTe d'Or- . 
Jeans , 188, v.t. règle le différent de la Com- 
tcflc de Soldons & de la Ducheffe de Navail- 
)cs, I5>4 , v t. fe donne ;3 des plailirs & des 
promenades nodarnes, 200,iii.t ce qu'il pen- 
foir de la v.ileur de François I, 213, v.t, mé- 
content de réioignement de Madem.de Poms, 
^uj lui plaifoit,2i7,2i 8,v.c &c devient amou- 
reux de Mad. de la Valiere, 2.17, v.t. 11 q, vr, 
. &c. pan ^our Niantes, 2 14,7. t. & y fait aisétes 



DES MATIERES. 

Fouquer ,2,1^, v.t. revient à Fonrainebleai?, 
2i8 v.t. comment fe relTent de l'affront fait à 
Ton Ambalfadeur à Londres , 241 , v.r. répa- 
ration olorieufe qu'on lui fait , 14^, v.t. fuite 
de fon cara£lere , Z47, v.r. il lui nait un fils, 
148 , v.t s'atache à Madem de la Mothc» 
Hoadancourt lé^.v t. fe fâche des opofîrions 
de Mad. de Navailles à ce fujct , 270. & fuiv. 
v.t. entretenoit Madem. de la Mothe par le 
trou d'une Cvoifon,i74, v.t. & l'ailoit voir par 
les goutiercs, 277, i.t. revient à Madem, de la. 
Valiere, qui fe rend, 180, v.t acheté Dunker- 
<]iie du Roi d'Angleterre , 284. v.t. reçoit une 
lettre efpagnole , dont il foupçonne que Mad> 
de Motteviileétoit l'auteur, 188, v.t. fa fitua- 
tion au commencement de 1 année z 6 6 ^ y 
pag. 28>> , 25)0 , v.t. veille la Reine - Mère, 
25)^, v.t. eil dangercufemcnt malade de U 
rougeole, 25»^, v.r. & guérit promptemenc, 
300, v.t. vouloit être maitre des volontez, 
desefprits, & des cœurs , 305 , v.t, brouillé 
avec la Reine , pour la difgrace du Duc & 
de la Duchelle de Navailles ,312, v.r. & fuiv, 
fe racommode avec elle, 327 v.t. & fuiv. fes 
contrarietez ,332, 348 , v.t. promet à fa 
femme de devenir bon mari à trente ans, 
340, v.t. vient voir au galop fa mcre qui s é- 
toit trouvée mal ,340, v.t. mené !â Valiere 
jouer chez la Reine-Mcre, 341? v.t. fort afii- 
gé de la maladie de fa femme, 348, v.r, 
découvre les auteurs de la lettre efpagnole, 
& les exile, 3^o---370 , v t. fe tranfporre à 
Saint Germain, 372. v.t. veut avoir les groiles 
perles de la Reine - Mère , 377, v.c. fort tou- 
ché de l'état de fa mère, 3 7 >/ , v.t. eft fouvent 
à Verfailles , qa'il deftine à fa demeure, Sec, 
39^ ■> 393 , v. t. &c. figne le teiiament de 
la Rciue- Mère fans le Ute , 407 , v.c. avi- 



TABLE 

de âe gloire , 413 , 417 , v t. &c. aprend à la 
Reine la mort du Roi d'Efpagne , 431 , v. c. 
ne laiîTc pas de fe livrer aux plailirs , 43^, 
436' , & fuiv. V c. trop peu touché de la moic 
delà Reine fa mère ,4<^5 , 473 , v t. fe trouve 
mal , & tombe; en foiblefle . 477 , 478 , v.r, 
veut faneaulTi retirer Monficur, qui le refufe, 
4S4, v.t fait lire le teftament de la Reine (a 
mère , 487 , &c. v.t la pleure & eu fait un 
bel éloge , 488. v.t. 
Louis DE Bourbon, Prince de Conde, 
Duc d'Anguicn» i44,i.t. gagne la bataille 
de Rocroi , 144 , i.t. & celle de Fribourg, 
x88 , i.t. aime fort Madera du Vigean , 300, 
301 , 30^ , i.t. favorife l'enlèvement de Mad. 
de Bouteville , 30^ , i.t. gagne la bataille de 
Norriîn;2,hen , 910, i.t. prend Furnes , & fait 
dcflcin fur Dunkerque , 38^ , 387 , i.t. & le 
prend , 3^1, i.t. 35) j , i.t. devient Prince de ' 
Condé , ,03 , 404, I.t. quelle figure il faifoit 
à la Cour, 41^ , & fuiv. fon extérieur, 430, 
431, i.t aime Madem. de ToulF/ , là-tneme» 
alFiege Leiida, & e r obligé de fe retirer, 4.^9, 
476 , i.r. fe b. ouille avec fa mère pour le 
Prefident Perrault , 540 , i.t revient de Ca- 
talogne, 543 , i.t. attaché à la Cour au com- 
mencement des troubles, i^jit. prend Ypreî, 
85, 87 , ii.t. gagne la bataille de Lens, 231, 
233 , & fuiv, revient à la Cour . 317, ii.r. 
fa lettre au Parlement , 331 , ii.t. demande 
le chapeau de Cardinal pour le Prince de 
Conti, 384 , ii.t. tâche à abailfer le Duc 
- d'Orléans , 3^7 , ii.t 402 , ii.t. repond vive- 
ment & d'un air menaçant au Parlement, 
414 , 425 , ii.t. promet à la Reine l'humi- 
liation du Parlement & des Parifiens , 439, 
& fuiv. ii.t. trompé par le Prince de Conti, 
& la DucheiTe de Longueville , 481, ii.t. & ea 



DES MATIERES. 

eft au deferpoir , 488, ii.t. vient attaquer 
Charcnton , & l'cmporie , 52.1 , 511 , ii.r. 
fe laiiTe gagner par Madame de Longueville, 
loi, lOi, iii.t. iio,iii.c. fe dégou'c du Car- 
dinal, iio,iii.f. & fuiv. fe rerire en Bour- 
gogne , 114, iii.t. revient à la Cour, 170, 
iii.t. mécontent du Minilhe , 200 , êc fuiv. 
iii.t. paroit favorifer les Boutdelois, 103, iii.t. 
protège Mr de Bouillon , & deman le le ponr 
de l'arche pour le Duc de Longucville, iio, 
211 , & fuiv. iii.r. 217 , iij.t. &c. infulte le 
Cardinal, zi^ , iii.t. fe déclare fon ennemi, 
223 , iii.t. paroit fe racommoder avec lui, 
z^i^ , 257 , iii.t. avec quelle hauteur en agit 
avec la Reine, 3 17 , iii.r. attaqué par les 
Frondeurs , 317 , & fuiv. iii.t. fait marier le 
Duc de Richelieu , 340, & fuiv. iii t. fa perte 
refolue , 342 » iii.t. 3 ^9 , iii.t. arrêté , 375, 
iii.t. moins redourable dans le cabinet qu'à 
' ]a guerre , 401 , iii.t. on fait de grands feux 
de joie pour fa prif^n , 407 , iii.t. demande 
la liberté au Mioiftre , Si. lui offre d'être Ton 
ami, 481 , iii.t. caradere de la PrincclTe fa 
femme, 514. 52-5 j iii.t. transféré à Mar- 
couffî ,515, iii.t. 531, iii.t. & de là au Ha- 
vre, 532, iii.r. 557, iii.r. délibérations au 
Par!ement fur fa liberté Stc. 573, iii.t. négo- 
ciations pour fa liberté ,13, iv.r. & fuivant. 
la Reine donne ordre de le délivrer , 73 , &c. 
iv.r. lui & les 4eux autres Piinces délivrez, 
87, & fuiv. iv.t. déclaration touchant fon in- 
nocence, 100 , iv.t. manque de parole à Ma- 
dame de Chevceufe fur le mariage du Prince 
de Conti , 114, ii 5 ,&c. iv.t. 117, iv.t. 1199 
perd le Coadjuteur , 1 20 , iv t. & le Prcmiei: 
Prefident . 123 , iv.t. & la PrincefT.' Palatine, 
124, iv.t. obtient le gouvernement de Guien- 
- ne, 12^ , iv.t. MI ,' iv.t. 6c fuivant. ne veut: 



TABLE 

point écouter les confcils violci^s au CoaJJa- 
tevir & autres, 151 > iv.r. &c, abandonne ie 
preiniet Prefidenc , & en elt blâmé > 1 5 ^ > iv.t. 
on propofe de l'enfcimer de nouveau , 16 -j, 
'J6y , iv.r. fe retire piecipicamenr à Saint Maur, 
& pourquoi, 171, iv.t. & fbiv. fa lettre au 
Parlement , 180 , &: fuiv. iv.t. fait cha^er le 
Tellier , Servicn , & de Lionne , 175 , 17 S, 
j^i y iv.t. revient à Paris, zoi ,iv.t. fe déclare 
contre le Goadjuteur , 104 , iv.t. blâmé de fa 
rencontre avec le Roi au Cours , 205 , xo6, 
& fuiv. iv.t. fe refoud à la guerre , 8c envoyé 
en Efpagne, m , &c. iv.t. déclaration don- 
Jiée contre lui , 11 5 , iv.t, zi 8 , iv.t. 130, & 
fuiv. iv.t. fa reponfe à cette déclaration , 137, 
& Aiiv. iv.t. n'affifte point à la cérémonie de 
la majûiité du Roi , 2.^8 , iv.t. fe retire à 
Bourges , & eft entraîné dans la rciolurion de 
faire la guerre , 304 , 30^ , iv.t. va à Bouu- 
oeaux , 307 : &c. iv.t. traite avec l'Efpagne, 
308 , iv.t. veut faire arrêter le Coadjuteur, 
3 14 , iv.t. s'alîure d'Agen & de Xaintes ,315, 
iv.t. & aHiege Coignac ,316, iv.t. défait par 
le Comte de Haicourt , 313 , iv.t. 33^ , iv.r. 
cjuitte la Guyenne , & vient à Ton armée, 335^, 
iv t. prend Momargis , 34^ , iv t, défait le 
Maréchal d'Hocc^uincouic , 346 , iv t. fe rend 
à Paris, 348 , iv.t. va au Parlement, 3 50, iv.r. 
prend & petd Saint Denis , 352, 355> iv.t 
en tend à la paix, & à quelles conditions, 3 ^6. 
&luiv. [es dévotions grimacières envers la, 
chaiTe de Sainte Geneviève & autres , 3^4, 
36 5, iv.t. fa gloire à la bataille de Saint An- 
toine , 373 , & fuiv. iv.t. 378 , accufé dii de- 
fordre de l'Hôtel de Ville de Paris , perd l'af- . 
fcélion du peuple , 385,38^ , iv.t. cau'c la 
mort de Chavigny , 3<>o , iv.t. fe retire ca 
Flandre, 3^2 , iv.t. ledonce des forces aux 



DES MATIERES. 

froupcs cfpagnoles , 409 , iv.t. fe jette Jâns 
Cambrai , 4^4 , iv.c. tombe dangereufernenc 
malade , 503 , iv.c. revient à 1a Cour , & com- 
ment reçu , 6$ > vc. (on cara<flere & Tes em- 
plois alors ,184 , T ? 5 , v.t. chef de la troifié- 
mc quadrille du carouzel de 166 1 , pag.1^8 , 
v.t. craint par le Roi , 300 , v.t. 

Luines : devient favori de Louis XIII. qui le 
fait Connétable , 3 , 4)5) i.t. meurt en 1^2.1. 
pag,ii,ir. 

Luinei (laDuchefle^e; : Voyez Chexteufe, 

M 

MADRID : defcription abrégée de cette 
ville , 43 , & fuiv v.r. 
M^ ité: defcription de la cérémonie de celle 

de Louis X 1 V. ij6 , & fuiv. v.t. 
M5i:fons ( le Preiidenc de ) : joué par le Cardinal 
pour la Sur Intcn lance des Finances , 11^, 
110 , iii.c. 197 , iii.t, fait Sur-Intendant des 
Finances, 4(^9 , iii.c. député vers la Cour, 

Matins des Req:-ètes : fe m'itinenr , 7 , & Tuiv. 
ii.t. mandez au Pa!5.is Royal , reprimendez, 
S: interdits, 19 ,& fuiv. ii.t. demandent par- 
don j 5 ç > ii.t. rétablis , fans l'avoir demandé, 
î3y , li.c. i4i,ii.c. 

M^'ttrcfjes de Louis XIV : Olimpe Mancini , de-- 
puis ConitcfTe de Soiflons , 417 , iv.t. Voyez 
Ainrchn ( Olimp<» }. Madem. de la Motte d'Ar- 
gencour, 471 , &c. Voyez Motte d' Argcnciur 
( Maiem. d: la). Marie Mancini depuis Con? 
nétabie Colonne , 513 , iv.t. &c. Voyez 
Mancint ( M^rie). Madem. de Ponts, 117^ 
6ic. v.t. Voyez Ponts {Madew. rJc). Mad, de la 
Motte Houdancourt , 1^9, v.t. Se fuiv. Voyez 
MQtic-HotidnucQtirt ( Mad. de la J, Madem. 4^ 



TABLE 

Mademoifelle de la Valieie, 2.17,11^, v.r. &c. 
Voyez VAÏiire [MademMela) 

tvîanct^ i f Mad. ^f) , fœur du Cardinal Mazarinr 
vient en France, 461 , v.r. elle y meure, 46^1, 
iv t. faits qui la regardent, 4^1 , 4^3 , Scc.*^ 
iv.r. '' 

Manc ni , neveu du Cardinal Mazarin , tué à la 
journée de Saint Antoine , 371 , iv.t. 

Mancint , autre neveu du Cardinal , depuis Duc 
de Nevcrs : fe trouve à la fameufe débauche 
de Roifly , & efl: charte de la Cour, ii,v.f. 
desheiité par fon oncle , qui lui laiffe néan- 
moins le Duché de Ncvers , celui de Fcrreti, 
une belle maifon, àic. 148, v.t. 

j^ar.c^ni f Olympe ) , nièce du Cardinal , depuis 
ComreflTe de Soiflbns : Ton arrivée à Paris & 
fon portrait, 4^9 9 X^- 417, & Tuiv. iv.t le toi 
s'attache à elle > 417 , iv.t. eft au defcfpoir 
du mariage de fa confine avec le Prince de 
Conti , 419 , iv.t. époufe le Prince Eugène, 
Comre de Soiflbiis. 4^7, 4^8 , iv.t. 471, iv.t. 
Je Roi conferve un refle d'inclination pout 
elle, 513 , iv.t. fon jeu excelîif, 139»^?. 
faite fur-intcndanfc de la maifon de la Rei- 
ne, 147, v t. n'étoit point aimée de la Reine- 
JMere, i 57, v t fon différent avec la Duchefle 
de Nayailles fur les prérogatives de leurs 
charges, i8p,vt. &c. jufqu.à 198, v t. s'in- 
ttoduic dans les p'aifirs du Roi , 198, v.r. 
& fuiv. prévient le Roi contre Mad. de Mot- 
teville , qu'elle hailToit mortellement io<r, 
2,07 , v.t. Î55 , 15^ ,vt. prête la main à 
l'amour du Roi pour Madem. de la Mottc- 
Houdancourt, 173, v.t. 177, 178 , v.t. vou- 
lant fe juftiiler , aprend i la Reine l'amour 
du Roi pour la Valiere , 30c , 307, &c. v.r. 
& dit au Roi quelle l'avoir fu par la Du- 
chefTe de Navailles > 510, v.t. &c. fait exiler 



DES MATIERES. 

enfin cetce Duchefîc & fou mari, 310, v.t. 
Tes liaifons avec Vardcs , 3^3, v.r. accufe le 
Comte de Guiche de craliifon & de manque 
de refped pour le Roi, 366 ^ $6-/ y v.t. exiiée 
avec Ton mari , 3<^^ , v.t. 

M-nc'/t ( M^rie ) . niece du Cardinal Mazarin, 
depuis femme du Connétable Colonne : [on 
ai rivée à Paris , 495) , i.t. fa mère recomman- 
de de la mettre en religion , à caufe de fon 
mauvais naturel , ^61 , 4*^3 , iv.t. tirée des 
Filles de Sainte Marie , & mife fur le grand 
Théâtre de la Cour , 469 , iv r. fon porrrair, 
470, iv.t. 514, 5 2 j, iv.t. le Roi s'attache à 
elle , & elle à lui , là > même : fuit le Roi par 
tout , & ne le quite point , ^33, iv r. devient 
déplaifante à la Reine , ^34, iv t. jaloufe de 
la Prince/fe de Savoie , elle la fait traiter 
froidement par le Roi , & le fuir pat tour, 
Ç50--552, , iv.t. 4 , v.r. &; fuiv. efpere de fe 
faire Reine , ^ , v t. éloignée de la Cour à 
Brouage > & reproche qu'elle fait au Roi, 21, 
v.t. le Roi la yohà Cognac, 37, v.t. n'écoit 
point cOiajée du Roi , 118 > v.t. mariée au 
Conné:abie Colonne avec une doc de cent 
mille livres de rente Sec. 143, v.r. 

Mfincinr H>rttnfe) depuis Ducheflc Mazarin : 
propofée pour ^femme au Roi d'Angiererre, 
qui la rcfufc, 134 , v.r. mariée au Grand Mai- 
tre de l'Arrilleric , qui prend le nom de Maza- 
rin , 143 , 144, V t. biens immenfes queloia 
oncle iaiffeà fon mari , 148, v.t. 

Murnk .-pris pendant l'abfence de Clanleu , & 
pris par le Dacd'OUeans , 167 , & fuiv. v.t. 

Aîarets i des / : trompe fon maître le Duc de 
Richi;Iieu,& lui fait époufer Madame de Ponts, 
340, & fuiv iii.t. 

Marguïrite de Savoie : on laveur 
marier au Roi , ^2.6 , iv.t. fcsfentimens fur ce 



TABLE 

marîâge , 537 , iv.t. eft amenée à Lyon, $c 
bien reçue du Roi , 538 , &c. fon caïadere, 
540 , 541 , 545 > i^t» *voic été le rebut du 
Duc de Bavière , 52,<î , 545 , iv.t. traitée froi- 
dement par le Roi, 5 5 1 , iv.t. fa fage conduite 
en cette ocafion ,551, iv,c. mariée au Duc de 
Parme , & fa mort ,317, v.t. 

Marie de MEDicisrfa mauvaife admi* 
fliftrarion pendant fa Régence, i , & fuiv. fe 
retire à Blois , ç,i.t. brouille fon fils avec fa 
femme , 11 , i.r. follicite en vain l'exil du 
Cardinal de Richelieu , ^1 , & fuiv. i.c. fur le 
point d'être arrêté à Compiegne, s'enfuit à 
Bruxelles ,61 , & fuiv. i.t. meurt à Cologne 
accablée de dettes , ^3 , i.r. 

Marie Thérèse d'Autriche, In- 
fante d'Efp'agne , & Reine de France : fa tanrc 
la veut nîarier au Roi , 517, iv.t. &c. peu 
contente du voiage de Lyon , 541 , iv.t. étoic 
belle , 544, iv.t. fon portrait , 4^, v.t ^ô^y.c, 
repond peu de chofes au Maréchal de Gram- 
mont , 57 , v.t. & aux complimens du Roi» 
73, V L arrive a Saint Sebaftien, 71, v.r. refufc 
une Lettre du Roi ,74 , v.t. ce qu'elle répon- 
doit d'ordinaire à fes complimens , 74 > 7 5 > v.t. 
ce qu'elle dit à la première vue du Roi fon 
époux, p8 , v.t. prend congé de fon père , & 
vient à Saint de Luz, 103 , 104, v.t, dernière 
cérémonie de fon mariage , 1 1 o, 11 1 , &c. v.r. 
avoit toujours regardé le Roi comme devant» 
être fon mari, ii^, 110, v.t. fon entrée à 
•Paris, 130, v.t. &c. manque d'argent, 13 8, v.r. 
peu affligée de la mort du Cardinal, 161 , v.r. 
s'allarme des promenades nodturnes du Roi, 
401 , v.r. & fuiv. ignore long tcms l'amour du 
Roi pour la Valiere , 119 , v.t. accouche d'ua 
fils , & eft au péril de la vie , 148 , 149 , v.r. 
accouche d'une Pria ccfTe, qui meurt peu après, 

t8i^ 



DES MATIERES. 

iSi , v.c. découvre l'amour du Roi pour îâ 
Valiere, z8i , v.t. & fuiv. a la rougeolie, 15^8, 
v.c. ce qu'elle dit touchant la jaloufie, 303, v.c. 
aprend avec certitude l'amour du Roi , 307, 
V t. avec quel chagrin elle aprend que le Roî 
a introduit la Valiere chez la Reine-Mer(;> 
341 , v.t. &c. portée à Verfailles , 3 4(î , v.r. 
Ton humeur inquiète & jaloufe chagrine la 
Reine-Mere , 347 , v.t. tombe malade dange- 
reufement , 347 , v.t. & en guérit , 349 , v.c. 
•veut avoir là part des diamans de la Rcine- 
Me4e, 377 , v.t. fort fenfible à la perte de cette 
bonne mère ? 387 , v.c. avec quelle douleuc 
elle aprend la mort du Roi fon père, 43 i, v c. 
trop peu touchée de la mort de la Reine- Mère, 
4Î^ ) 472- , 474 y v.t. 
fAfirfdlac (le Prince de) : bien auprès de la Reine, 
133 ) 134 » i-*^- manque d'obtenir le Gouver- 
nement du Havre du Grâce , 139, 140 , i.c. 
s'attache à Mr le Prince , & devient amoureux 
de Madame de Longueville, 454, 4^5, & 
iuiv. il la rend rebelle ,4^^ , ii t. 47^, ii.r, 
vient joindre les rebelles à Paris, 481 , ii.c, 
reçu & rccompenfé à la Cour, 143 , iii.r. 
obtient le tabouret pour fa femme , &c. 1^3 , 
iii.t. conîeil qu'il donne aux Princes, ^6^, iii c» 
fe fauve après la prife des Princes , 391 , 404, 
iii.t. fe retire en Touraine, 41 (> ,iii.c. devenu 
Duc de la Rockefoucaulc . veut semparer de 
Saumur, 459 , iii.t. déclaré criminel de leze- 
majeflé, 458 , iii t, reçu dans Bourdeaux, 46'3, 
iii.L General des révoltez de Bourdeaux , 46' y, 
iii t. fa valeur au ficge de Bourdeaux , çio, 
iii.t. fait la paix ,513, iii.t. veut faire Mazaria 
le libérateur des Princes , 13 . & fuiv fe refoud 
à la guerre , avec Mr le Prince ,2.11 , xii, 
iv.t. tient le Coadjuteur referré dans la porte 
de la grande fallc , 2-5? , & fuiv. iv t. furnom- 
Tome V, A a 



TABLE 

me CanJArade la Franchifet par ce Prélat, z6"î| 
iv.r. porte le Prince de Condé à la guerre, 
305 , & fuiv. iv.t. le fuie à Bourdcaux , 307, 
&c. & puisa fon armée, 339, iv.t. jaloux 
de la Ducliefle de Longueville contre le Duc 
de Nemours > 341» 3^1» iv.c. fe bat avec 
valeur, 347 , iv.r. blclTé d'une moufquetadc 
qui lui fait perdre la vue, qu'il recouvre enfui- 
te, 375 , iv.r. 
Marfm : Commandant en Catalogne , où il eft 
arrête , 408 ,iii. t. quitte le commandement 
de l'armée de Catalogne, & fe joint au Prince 
de Condé, 313 , iv.t. chargé de l'armée de 
Guyenne , 335, 3 44 , iv.t. ie bâton de Maié- 
chal demandé pour lui , 3 3 8 , iv.t. 
Manimau : témoin dans le procez touchant l'af- 
falîinat du Prince de Condé, 347 , iii.t. ame- 
né à Paris, 3(^4 , iii.t. 
ldAriinoz.z.i ( Madame fie ) : fœur du Cardinal 

Mazarin , 4<^i ,4.6 1 , iv.t. 
I^artinoz.zi ( Madem, dfe ) , nièce du Cardinal 
Mazarin: deftinéeauDuc de Candale , 401, 
iv.t. 41^ , iv.t. époufe le Prince deConti, 401, 
fon caraétereeltimable , 401 ,401 , iv.t. 41^, 
iv.t, préférée à fa coufme , 41^ , iv.r. faire 
Sur-Intendante de la maifon de la Reine- Mère, 
1 ^6 , v.t. Voiez Nteces du Cardinal Ma^rin. 
'hUuhvrisr : fa penfée ingenieufe fur les varia- 
tions de la conférence de Ruel , 39 , iii.t. 
Mfiure ( le Comte de ) : député des Généraux de 
Paris, 93 , iii.t. fefaic moquer de lui, 9 y, iii.t, 
& fuiv, caradere de fa femme nièce du Maré- 
chal de Marillac , 6^ , iii.t. 
Mayetne : Ton peu de refpe^ pour la Reipe d'An- 
gleterre, 183 , iii.t. 
Adiarifi ( \ules ) , Cardinal : apellé au Miniftc- 
re par Louis XI II. 117 , i.r. choifi par iai 
Régente , & fou cara(^crc, 141 , 143 , î. t. 



DES MA.TIERES. 

abandonne Chavigai fou bienFaiceuf , I4(r, 
147, i t. recherche inucilement MefTieurs de 
Vendôme, 148, i.c. inftiuic, & recommandé 
au feu Roi , par le Cardinal de Richelieu, 1 50» 
i.t. foutenu par la Reine ,1^1^, i.c écoic avare, 
1 ^9 , i.c. eftimc qu'en faifoicnt les Courtifans, 
1^0, i.c. Ton heureufe ficuacion , 170 , i.c. 
fait feul les quacre Charges de Secrecaire d'E- 
tac, iiy , i.c. fait écablir des fpeâiacles en 
malîque, 3 5:3 ■. i.c. fait Sur-Intendant de le» 
ducarion du Roi ,353, i.c. méprifoic les plus 
honnêtes femmes , & les belles letcres , &co. 
397 y i-c. 42.5? , it. fon avarice caufe de la paix 
delà Hollande avec l'Efpagne , 416", i.c. par- 
tie de fon caradiere , 4^2, ,& fui v. i.c. 48 y, 
i.c. 51^, i.c. &:c. foupçonné & caxc de n'avoir 
point voulu de paix , 475? , i.t. zy , ii.c. igno- 
roic les loix de l'Ecac , 498 , i.t. fes précau- 
tions lors de la petite vérole du R.oi ,544) i-^» 
& fuiv. trompe habileraenc l'Abbé delà Ri- 
vière , 8i , ii.c. faic caffer l'Arrêt de jondioii 
des Compagnies Souveraines, loj , ii.c. fou 
impuiilance contre elles, 1 1 5 , ii.c. & fuiv. 
obligé déplier, 118 , izo , ii.c. & fuiv. 144, 
ii.c. faic arrêter Blancmenil & BroulTel > 2,40, 
ii c, & fuiv. fe cienc prêt à fe fauver, 171, 271, 
ii.c. démarches & déclarations du Parlemenc 
contre lui , 516", & fuiv. ii.c. Veuc ôrer le cha- 
peau à l'Abbé de ,la Rivière , 385 , ii.c. &c* 
prend le parti d'afTiegcr Paris , 438 , &fuiv, 
ii c. déclaré ennemi de l' Ecac par le Parlemenr, 
4^(î,&fuiv. digeroic les injures comme Mi- 
thridate le poifon , 3 , iii.c. les Dépucez refu- 
fenc de conférer avec lui , 30 , iii.c. on vend 
fes meubles & fa bibliothèque , 33 , iii.c. ac- 
cepte la paix, çr , iii c. &c. change de con- 
duice . & devienc plus intereffé , iii.c. fe lie 
avec la Maifoa de Vendôme , 109 , iji.c. &c. 

Aa i 



TABLE 

tache à contcnreiMrle Prince , m , iii.t. u 
de fa faveur avec douceur & clémence , ir 
iii.t fait aflTieger Cambrai - i^6 , iii t. reviei 
s Paris , & comment y eft reçu , i8i , & fui 
iii r. moqué de tout le monde, i^i , iii 
veut marier une de fes nièces à Mr de Me 
cœur , ±01 , Sec. iii t infuité par le Prince ( 
Condé , 11^ , iii.t. expofé aux railleries di 
Frondeurs , 244 , 245 , iii.t. fe refout defai 
arrêter les Princes de Condé & de Conti , & 
Duc de Longueville , 341 , 3(>o, &c , iii 
fait la paix avec les Bourdelois , 5 13, iii 
pendu en effigie dans tous les carrefours ( 
Paris , 534, iii t 57<^ , iii.t. y revient , 53 
iii.t. va reprendre Rhetel , ^40 , & l'eraport 
57^ , iii.t. rentre gloricufemenr dans Par 
ç S 7, iii.t. fes négociations avec le Duc de 
Rochefoucault , 13 & fuiv. iv.t. néglige fc 
mal à propos les avis du Duc de la Rochefoi 
cault & de la Princclfe Palatine, 15, 16 ^ 
fuiv. iv.t. veut aller au Havre délivrer les Pri 
ces , 50 , & fuiv, iv t. fort de Paris déguifé < 
Ca^^alier, 53 , iv.t. Arrêt du Parlement cont 
lui & fes adherans , 66 , iv.t. & fuiv. fou voy; 
ge du Havre, ridicule , 8^, iv.t. délivre 1 
Princes, 88;, iv.t. fe retire à Dourlens, ^z, iv 
lettre qu'il écrit à la Reine , ^3 , iv.t. & fui 
fc retire à Breuil , & en Allemagne , p7 , iv 
&rc. manque de tout , 100 , iv t. Arrêt du Pa 
lemcnt contre lui, 1 01 , iv.t. & fuiv. fa lètt 
-à Mr le Premier, 104, & fuiv. iv.t. tout 
monde négocie avec lui , i(?3 , iv t. fon rrai 
avecGhateauneuf , le Coadjuteur, & la Di 
chcife deChevreufc, 169 , & fuiv iv.t. reço 
ordre de revenir à la Cour à Bourges , 3î: 
iv.t. 3 1 5 , iv r. Auét contre lui ^ & la téce mi 
à prix ,310, iv.t. rentre en France , à la.tç» 
d'une armée, 514, iv.c. forcé de uouveaà 



DES MATIERES 

c]uirter la Cour, 3^1 , iv.c. revien: de Sedan; 
à la Cour, 35*8 , iv.c. fa politique à l'égard 
du Roi , 471 , iv r. devient le maitre abrolu, 
& l'idole des Coartifans , 480 , &c. iv.t. fon 
peu d'égard pour la Reine , 484, 485 , iv,t. 
549 , iv.r. n'étoi: point cruel, 501 , iv.t. fe 
fait le vivandier & le munitionaire de l'ar- 
mée , 513 , &c iv.t. fes precaurions lors de la 
maladie du Roi , 517 , iv.c. mené le Roi à 
l.yon pour traiter de Ion mariage avec la 
Princeile de Savoye , ^17 , 5 1^ , iv t. & fuiv. 
fon but dans ce voyage, 51^ . 530 , iv.r, 
comment il repondoit ordinairement aux 
importuns, 548 , iv.c écoute les propofîcionsi 
d'Efpagne pour l'Infante , H9 > i^-f* efpere 
qu'elles feront inutiles , 1 , v.t. tente de faire 
époufer fa nièce au Roi, ^ , v c. i^ , v.t. ce 
cju'ii craignoic du mariage d'Efpagne, 9 , v.c. 
chafic fon neveu de la Cour , à caufe de 
la débauche de Roifly , 12. , 13 , v.t. fe fur- 
monte gehereufemant pour éloigner fa nièce 
du Roi , U pour l'empêcher de J'époufer, 
16 ^ 17 i 1$^ v.c.&fuiv. fa ptodigieufc au- 
torité & fon avarice , zi , & fuiv. 31 , v.r. 
1^7 ,v.t. part pour le mariage du Roi , & la 
paix, 28 ,v.r. & fuiv pris pour arbitre par le 
Roi d'Efpagne, 79, v.t. loué par le même 
Piince , 94 , v.t. fon retour à Pans , i i8 , v.r. 
pleuré du Roi , qui le trouve en reveiie , 119, 
V t. falué par toutes les Cours Souveraines > 
119 , v.t. &c. fa itioderation aparente furie 
refus que le Roi d'Angleterre fait de fa niè- 
ce , 13^ , v.t. refufe de marier une de fes 
nièces au Duc de Savoye , en lui rendanc 
Pignerol ,135, v.t. retombe malade, 1 3 7, v.r. 
fon extrême avarice, 138 , v.t. fon jeu ex- 
ceflif, 'k fes pilleries , 15^ , v t. fa dureté 5c 
ronmgratuude, 140, v.c. prend de l'émcîi- 

A a 5 



TABLE 

«^ne , Sf empire , î4i , 143 , v.t, marie Te; 
nicces au Connétable Colonne , & au Granc 
Mairre de TArrillerie , 143 , v.c. fort aimé de 
Roi, 147, 148 , V r. biens imrr.enfes qu'i 
lailTe, 148 , v.t. 170 , V t. reçoit le Viatique 
& fe fait air)il:er par Mr Joli, 140 , v.t. i yz 
v.t difpofoit généralement de tout , 150, v.r 
foupçonné de peu de religion . 15© , & fuiv 
regarde la mort avec intrépidité , 1 51 , 1^0 
v.t. donne de belles pierreries au Roi , au? 
Reines , &c 1 52 , v.t. n'avoit pour Confef 
leur qu'un Théatin , homme fimple , 1 53 , v.t 
reçoit l'Extrême- Ondion , 15J ? v.t. fon m 
gratitude pour la Reine-Mere , à qui il faî 
demander la furvivance de fon Gouvernemcn; 
de Bretagne, 1 55 , v t. perfuadé que les Mé- 
decins le ruoient , 158 , meurt le 5». Mari 
1661. p.î55>,v.t. fon corps expofé , 168, v.r 
on lui trouve une pierre dans le cœur , 1^8 
V t. vers contre fa mémoire, j6^, v.t. toute Is 
Cour prend le deuil pour lui, 170, v.t. d'où 
venoient fes prodigieufes richeifes, 171, v.r, 
fes partions principales, 171 , v.t. méprifoii 
les François , 173 , v.t. 
î^îeilleraye [M.'c Ue la) ^ Maréchal de France , & 
Grand-Maitre de l'Artillerie : eft General en 
Italie, 303 , i.t. prend Portolongone , 3^5: 
i.t. fait Sur-Intendant des Finances ,145?, ii.r, 
fon caracflere ,150, ii.t. &c on l'envoyé apai* 
fer le tumulte & arrêter les barricades , 147, 
& fuiv. n. r. délivre le Chancelier Seguier, 
157 , ii.t. fè déclare pour la paix, 380 , 381, 
ii.t. fait Duc , 418 , ii.t. foii caradere & celui 
et fa femme , P3 , ^ç , iii r. on lui ôte les 
Finances pour les rendre à d'Hemery , ^3 , 96^ 
iii.t. prend Voges, & en fait pendre le Com- 
mandant , 508 , iii t. prend l'ille de Saine 
George, 510 , iii.t. pouile vivement le ficg< 



1 



DESMATIERES. 

<3e Boatdeaux , 510 , iii.t. on lui conHe îe 
Cardinal de Recz , qu'il laifTe échaper , 407, 
408 , iv t. fon fils , devenu Grand-Maitre de 
l'Artillerie , époufe Horcenfe Mmcini , & 
prend le nom de Mazaiin , 144 , v.t. 

ÏAêmei (le Prefidenc ^^) ; mécontent du mauvais 
trai:ement fait au Comte d'Avaux fon freie, 
39 , 40 , ii.t. parle fortement , & mécontente 
laR ine> 103 , ii.t. fe retire à la campagne, 
Ï08 , ii r. opinoit toujours pour le vrai bien 
de l'Etat , 155 ,ii t. fc racommode avec le 
Cardinal , xoS , ii.t. fa more & fon carattere, 
11,13 'iv.:. 

Menardea'4 ■> Confeiller du Parlemeht de Paris; 
opine pour la Cour , 5 8 4 , iv.t. 

Meneville , fille d'honneur de la Reine- Mcre : Tes 
inrrigues avec Fouquet , & le Duc d'Amviile 
qui rcfufe de répoufer ,137 >&c. v.t. 

Mc'cœur ( le Duc ^ie ) : fon mariage propofé avec 
l'ainée Mancini , 10^, iii.t. 201 , iii.t. 1^2., 
iv.t. 178 , iv.t. fait apeller en duel le Duc de 
Bcaufort fon frère , 44 , époufe la nièce du 
CirJinal à Bicuil , zo8 , iv.t. interrogé fur ce 
mariage , lop , iv.t prend Valence ,451» 
iv.r. mort de fa femme , & foncaradere , 46'4, 
i V . -. 

ÀiijJJens : fon caradere , 3R3 , iii.t. chargé de 
mener le Prince de Condé à Vincennes , 381, 
3 84 , iii.t. fa fondion à la cérémonie de la 
majorité, 190, iv.t. marche a Saint Cloud, 
351 , iv.t. 

Mole y Piemier Prefident du Parlement de Paris : 
i'a fermeté , 7 , ii.t, fommaire de fa harangue 
à la Reine , 130 , & fuiv. ii.t. infulté par la 
populace , & obligé d'aller demander Brou/fel, 
2^3 , ii.t. i6x , 1^3 , &c. ii.t. tache de fervic 
la Cour , 51^, ii.t. on délibère de l'arrêter, 
ou de le tuer, 5x8 , ii.t. fes remontrances 

A a 4 



TABLE 

avoient quelquefois l'air de libelles dlfTarna- 
toires contre le Miniftre , i , iii.r. & fuiv. en 
danger d'être pillé , 15 , & fuiv. menacé de 
nouveau , 4S , 49 , iii.r. fruit de fa prudence, 
3^7, iii t. acufé de rrahifon , 334 , iii.r. de- 
mande avec hauteur la liberté des Princes, i^, 
20, iv.t. change à l'égard du Prince de Condé, 
113 , iv.r. iz6 5 iv.r. fon caradlere > 1x4, iv.t. 
la Reine lui donne les Sceaux ,138, i ^6 y iv.r. 
facrifié par le Prince de Condé ,155, iv.t. privé 
des Sceaux ,158, iv.t. difpute contre le Prince 
de Conci , 1^1 , iv.t. belle parole de ce Ma- 
gilhat , 2^4 j iv.r, fa harangue lors de !a ma> 
jorité , 2^7 , iv r. on lui rend les Sceaux , 204, 
infulré par la canaille ,519, iv.t, empêche par 
Mademoifelle d'être reçu dans Orléans, 332, 
333 , iv.t. fa more, & fon caradtere , 411, 
iv.t. 

Xiolina ( Dona Maria ) : première femme de 
chambre de la Reine Marie Therefe , toc , & 
fa favorite , 106 , v.r. on lui remet une lettre 
«fpagnole fupofée, & fa conduite à cet égard, 
iS6 ,y,t.Si fuiv. n'avoue rien à la Reine de 
î'amour du Roi pour la Valiere , 307, v.r, 
confolc les Reines de la mort du Roi d'Ef- 
pagne, 43 5 , v.t. 

Monaco : Voyez V'^l<ntincis. 

Monaldifchi , Gentilhomme delà Reine de Sué- 
de : récit de fa mort par ordre de cette Prift- 
ce^fe , 498 , iv.t. &. fuiv. 

Monk : rétablit Charles 1 1. fur le Trône d'An- 
gleterre , 78 , v.t. fait Chevalier par ce Prince, 
"124, v.t. 

Mont aigu ( Milord ) : fon caïaderc , 137 , v.r. 
créature de la Reine- Mère , 2i(^ , v c. la foUi- 
cite pour le retour du Comte de Guiche , 3<^î, 
v.t. annonce la mort à la Reine-Mere , 37^, 
\'i>}99 ) V.t. porte laReiue-Mere à parier au 



DES MATIERES. 

Roi pour le Duc & la Duchefîê de Navailles, 
410 , &:c. v.r. avoir écé confidenr delacom- 
plaifance de la Reine- \kic pour fcs adora- 
teurs , 480, v.r. 
i\Jen;a!^is i fille d'honneur de Madame : chafTcc 
pour avoir favorifée les amours de certe Piin- 
c-if:: [& du ComtedeGuiche , 3^1 , vc. 5^2^ 
v.i. livre leurs lecrres à Vardes , fui' un ordre 
de MaJaaie , 3^4 , v.c. 
I^l0nta-4fter ( le Marquis de ) : conferve Angoulê- 
me . 315 , iv.r. reprend Xainces , 32,7, iv.t. 
cpoufc Mademoifelle de Rambouillet, 151, 
v.r. tait Duc, 31}, v.t. feotimenc bas& lâche 
de ce Courrifan fîareur , 343 , v.r. 
M^yntattfiir ( Madame de ) abrégé de fonhiftoire 
& de Ton caraâ:ere , 149 , &c. v.r. faïc^ Gou- 
vernance du Dauphin, 249, v.r. deviens 
Dame d'honneur , & partie de fon caradere, 
321, v.c. batTelTe d'amc de cette Femme mon- 
daine, 342 , 343 , v.t. 
M^mbazon ( la Ducheffe de j : fonciraCtcrt , 48, 
i r. fon avanrure avec les Princefîcs de Condé 
& de Longueville, 17^? , & fuiv. dilgraciée, 
& exilée, i8(î , &c i.r. obrient de l'argenr & 
d-s Abbayes, 87 , iii.r. revient à Pans auCfi 
vaine & coquere que jamais, & y meurt mé- 
priTéc de tout le monde j 487 , 48$^ , iv.c. 
li)n!-Mdi : alTiegé par le Maréchal de la Ferté, 

494 > iv.t. & pris , 497 , iv c. 
Montmorency (Henri, Duc de) : aime Anne 
d'Autriche , 13 , i,t. & la Marquilc de Sablé, 
15 , i.:. 
M ntmorency {Chx^otte de) , PriaceTe de Condé: 
Voiez Henri de Bourbon Pnnce ds 
C o N u é. 
Mdntpenfter ( Mademoifelle de ) ; Voiez Qrl ans 

( MaiemoifeUe d' ), 
Mjnirefor: misen liberté, 4?^? , i c. 

Aâ 5 



TABLE 

Montfônd : La Reine ordonne aux PrincefTes de 
Condé de s'y retirer , 445 , v.t. 

Moret : le gouvernemenc de Hedin lui eft don- 
né, 509 , iv.t. 

JSdotie d Argenccur ^Madem. de la ) , fille d'hon- 
neur de la Reine- Mère : le Roi en devient 
amoureux, 471, iv.c. Ton portrait, la-mème^ 
fa conduite prudente , 471 , & fuiv. iv.t. fc 
retire aux filles de Sainie Marie de Chalioc, 
47^ iv.t. 

Mo'îi Houduncmr (le Maréchal de la ) : enfermé 
dans Pierre-encife , & Ton frerc exilé, 488, i.r. 
le Parlement de Paris s'intcrefTe pour lui45>8, 
i.t. mis enliberté,ii?3, ii.r. fe joint aux rebel- 
les de Paris , & ell tait un de leurs Généraux, 
488, ii.t. dégage le Duc de Beaufort, yi9,ii.r. 
levieflt à la Cour ,325, iii.t. époufe Mad. de 
Toufli,i3 3,ii.t. Ta femme devient gouvernan- 
te des Enfans de Fiance, 3 i i, v.t, & Ton carac- 
tère , là-nême. 

MoticH'^ancoptrt C^Mad. delà) , fille d'honneur 
de la Reine : le Roi s'y attache, z6^, v.t. 275, 
v.t. 277, v.t. 880, v.r. 

MoTTï VILLE ( Mad.^f ), Auteur de ces Mé- 
moires : nièce du fameux Bertaud Evécjue <fc 
Seez, 3^, i.r. élevée auprès d'Anne d'Autriche, . 
à qui on rôte, 40, i.t. emmenée en Norman- 
die, 40, i.t. époufe Mr de Motteville,&: eft faite \ 
Dame de la Reine en 1^3^ , pag.43. 44, i.r.' 
devient veuve en 164Z , & retourne peu après ^ 
à la Cour, 44^i.t. devient (ufpede à Mazarin> 
212, i.t. 3^1, i.t. Si fuiv. 471, i t. & fuiv. com- 
ment écrit fcs Memoiies , 413 , i.t. 48^, 45)0, 
v,t dangers qu'elle court en wulanr fe fauvcr 
de Pans, 472.x fuiv. obligéede fercfugier au ' 
Louvre aup es de la Reine d'Angleterre , 542, 
ii.t foit de Paris, & fe rend auprès de la Reine, 
571, 572;U.£. fe read à Saint Dems,5C^^,ivJC« 



DES MAT 1/ RE S, 

{on méconrenrcmcnr du Card M'azarin 2 f.r.f. 
va au miiiagc du Roi ; arrive à Nioïc , 3 8.39, 
v.r. aHillç à Fonrarabie à la cérémonie du ma- 
iKT2;e , 81, v.r. employe'e par la Reine-Merc i 
conicillcr la DuchefTe d'Orléans, loi v t. & 
à confolcr la Reine , 105 , v.c. & à reunir ces 
Piinceircs,zoy,io5,v.t. deraprouvé par le Roi, 
io6,iojiV c. haie par la Comtclfe de SoiiTons, 
107, v.c. maltraicce par le Roi,2o8;V.r, proté- 
gée par la F.eiP.e-Mere, 107, 109 & fuiv. v.c. 
ioupçonnée par le Roi d'avoir éloigné de la 
Cour iMad. de Ponrs qui lui plaifoic, 217 -,218, 
v.c. veuc fe rcciier de la Cour, & y eft retenue, 
2 54,v.c. & fuiv. choifie pour gouvernance des 
cnfans du Duc d'Orléans, mais en vain, 2 5 ç.v r. 
fa difpofirion alors, 257, v.r. &c. parcage le 
malheur de la Ducheile de Navaiiles , 311, v.r, 
le Roi la veuc chafTer, 331, v.c, la Reine Merc 
l'avertie de venir à Paiis . 344, v<t. fe jullific 
aup;ès de ce Prince, 33^, v.r. qui découvre les 
auteurs de la lettre efpagnole, 3é'g -36'^, v.c, 
affifle la ReineMere & lui lie quelques Cha- 
picies de \'l*n'^a!icn. 403,404,&c.v.c. logée aa 
Palais Royal. 414, v.c 458 v.c. porte la Reine- 
Mere à parler au Roi, au D\ic & à la Duchefle 
de Navaiiles, 420 v.c. & fuiv. concinue d'al^ 
filler la Reine , 44(^5 v c 4^, 45 S , v.c. cette 
PrincefTe lui lègue trente mille livres, &lcs lui 
fait donner de Ton vivant, 487 , 501 v.c. fe 
retire à Chalhoc , donc elle elt bienfaitrice^ 
243, i.x. 

N 

^'T A p L E s : caufe de la revoIce de ce Royaa. 
^l me 53 5,1. t. relation de cette révolte, 537, 
& fuiv. i.t. I 22, ii.c. & fuiv. 40, ii.c. &c. 31, 
ii.t. & fuiv. 145 ii.c. 
^avaiUsi ^ fait Duc, ^ éfoufe Mad.de Ne uillanr» 



TABLE 

1$$ 1 iv.t.,Scc. poufTc vivement les troupes dvi 
Prince de Condé à la bataille de Satnc Ancoine, 
37(>, iv.r. prend Morcare , 5-15) , iv.r. Gou- 
verneur de Niorc , 3^ , v.c. poflede beaucoup 
de bien dans les Pu'enées, 6^ , v.t. apellé ca 
duel par le Coince de Soilîons , refafe de fs 
battre , i;?^ , i^ij , v.r. le Roi refufe défaire 
enregiftrer Ton Duché au Pailemenc , 31J, 
fait ce qu'il peut pour fléchit le Roi ,31^5 v.c. 
t'xilé avec (a femme, 3 15; , v.t. Se fuiv. la 
Reine-Mere parle pour lui , 410 , v.t. & fuiv, 
fait Gouverneur d'Aunis , la Rochelle , & 
BroLiage . 41^, v.t. n'ofe en remercier la Rei- 
ne Mère, 411 , v.t. 

J^îavailtes (h Duchefle de ) .- chargée d'offrir le 
Roi en mariage à Mademoifelle d'Orléans, 
5, iv.c. mariée au Duc de Mavailles , 66 , iv.c. 
*^o > iv.r. &c. le Duc d'Orléans demande qu'on 
îa chafle , 133 > iv.r. parce cj.a'elle recevoic les 
lettres du Cardinal Mazarin à la Reine > 134, 
iv.r. avcnic le Cardinal de revenir inceflamenr, 
311, iv.r. va au mariage du. P oi , &" arrive à 
fbn Gouvernement de Niort, 38 , 35» , v.t. Se 
à Bayonne, 71 , v.r. faite Dame d'honneuL' 
àe la jeune Reine , 105 , 105» , v.t. fon diffé- 
rent avec la Comtefle de Soiirons fur les pré- 
rogatives de leurs charges , i 8 , v.r. jufqu'à 
î^^ , V t. fes inquiétudes & fes démarches tou- 
chaat l'amour du Roi pour Madeaioifelle de la 

* Morhe - Houdancourt , lui attirent enfin la 
haine du Roi, 270 j v.r. confulte Mrjolrfui' 
les eniprefîemens du Roi pour cette fille , zj fy 
v.z. fait giiller les avenues des chambres des 
£lles de la Reine, 277 , v.t. fon accachemeiTC 
pour la Reine déplait au Roi, 304, v.t. n'a- 
Yone rien à la Reine de l'amour du Roi pour 
laVâliere, 308 , v.t. l'alTure au Roi, 30^, 

' f.t. & le feutient m?J , 516 , v.t. exilée eiiiic^ 



DES MATIERES. 

319, v.r. on parle pour elle , 420 , v.r. & fuiV, 
iui: Ton niaii , faic Gouverntuu d'Aunis , 416^, 
&c v.r. 
^émor.d ( le Prefidcnc de ) : député à la Cour, 

3^5 , iv.c. 
î^emoun ( le Duc àe ) .- fert utilement iesPiinccS 
dans leur e!ar;;inerDent , 15 , iv.r. envoyé en 
Fiandtes, poui amener les Efpagnols au fe- 
cours du Prince de Condé ,315, iv.f. les ame- 
né , 318 , iv.r. veut fe faifir Je quelcjucs places, 
32.0 , iv.t. reçoit à demi un foufict du Duc de 
Beauforc , 3 3 4 > 3 3 5 , iv. t. en intrigue amou- 
reufe avec la DuchefTe de Longueville, 341, 
iv.t. reçoit un coup de pifiolct au travers da 
corps , 347 , iv.t. s'attache à la DuchefFc de 
Chacillon , x6o , iv.t. blelfe de treize coups à 
ia bataille de Saint Antoine , 374 , iv.r. fe bac 
avec le Duc de Beaufort Ton beau- frère , qui 
le tue d'un coup de pi(tolec , 3 87 . 
l^Hce'i duC^yiinctl Mazarin : leur arrivée à Pâ-' 
ris , & leur portrait , 349 > i.f. & fuiv. raifes 
encre les mains de Madame de Senecey , 1^^ 
ii.t. & fuiv. on les cache , & on les envoyé à 
Pcronne , 66 , iv t. leur infcnfibiliré ik dureté 
pour leur oncle , 171 , 1^8 , v.t. Voiez AUn^ 
cini , et Mamnczzi. 
Sinon , famenfe Courtifanne : fat la feule femme 

difcinguée par la Reine de Su^àç , 4^7 , iv.r. 
Ko/itiles { le Comte de } : fait Capitaine des Car. 
des y 12.6 y ii.t. Ta femme faite Dame d'arour, 
9^ y v.t. fairDuc,3i3 , v.r. la Reine Mère 
lègue quinze mille livres â fa femme , 4^7, 
^ TOI , v.t. 
iscblt'Je : s'alfemble contre les tabourets de Mef- 
damcs de Ponts & de Mathilac , ^^7 j ^.S'a» 
&c. iii.r. demande k convocation des £tat&» 
2i8, iv.t. 



TABLE 

éSlogen' l le Comte de ) : Ton caraâ:ere de faux U 
de mau/ais plaifanc, 500 , joi , i.c. 5^ , iv.t. 
la Reine de Suéde le méprife , 448 , iv.r. & le 
tourne en ridicule , 452. , 453 , iv t. fa mort;, 
& partie de fon caradlerc , 13 j, 13^, v.c. 



OG N o N f le Gomtc d*) ; s'empare dtt' 
gouvernement de ia Pvoclielle, 4513 , iii.t. 
& fuiv. fe joint de nouveeu au Prince de 
Condé , 3 1 3 , iv t. le bâton de Maréchal de- 
mandé pour lui , 358 iv.t. 

Olonne { le Comte d ) : fon office à la cérémonie 
delà majorité , i8o, iv.t- 

Ondedei : fauve les nièces du Card. Mazarin, 66, 
iv.t. Evêcjue de Frejus , 73, v.t. envoie a Saine 
Sebaftien , comme témoin du maiiage du Roi, 
73) v.t. & fuiv, 80, v.t. 

^Pera , ou Speâacles en Musqué -' leur origine 
en France, 453 , i t. 

Orange ( le Prince d' ) fa more , ^^^,nlr,f 

Orléans ( Mad. la Duchelfe d') : ion carac- 
tère &c. 440, ii.t. & fuiv. 3 91, ii.t. & fuivans. 
perd fon maji , & n'efl: comptée pour rien, - 
<îi , V t. Voyez Gaston & Philippe 
i>E France, H enr i e tte d'A ngl e- 

T £ T R E. 

ORLEANS ( Mademoifelle d' ) : veut inutile- 
ment foutenir fes prérogatives, 191 . & fuiv, 
refufe le Roi de Pologne , 31^, i.t. picoteries* 
entre elle & Mad. la Princeffe, 381, i.r. acufée 
de traiter fon mariage avec l'Aichiduc, 60.61^ ^ 
&c. ii.t. & fuiv fe tient à l'écart, z^8 ii.r. 
fouhaitoit d'époufer le Roi , 331, iv.t. 3 9 3, ii.t. 
5i')> iv.t. 531, iv.r. on lui offre le Roi; & elle 
ne fait point profirer de cette offre , 5 , iv t. 
ion cara<5lcre, 33!)^ fuiv. iv.t. 355, it.C ^i> 



D E s M A T I E R E s. 

v.r. fe faific habilement d'Orlcans,3 3i,&riiiv, 
iv t. va à la Baliille, faic cirer le canon concie 
les troupes du Roi , 6i. délivre le Prince de 
Condé, 37<J,--378, iv.t. obligée de fc retirer 
â Saint Fargeau , 3 5) j, iv.t fon orgueil dimi- 
nué par fou exil elle revient à la Cour . 4^5> 
iv.t.4i?7 , iv.t. fort aimée des honnêtes gens, 
49^, iv.t mal racisfaice de fadeftince , 531, 
iv.t. &c. va à Lyon avec la Cour , 53^, iv.r. 
comment elle regardoit les Princcflcs de Sa- 
voye , 6 54, iv.t. afTez peu fenfible à la perte 
de Ton père, 6z , v.c a(ii(ie inc-gniio au ma- 
riage de l'Infante à Fontarabic, 8i,vt & fuiv. 
elle en eft carellée, ^o.v.c. porte l'offrande de 
la jeune Reine , iii, v.f. 

Orval ( le Comte ci* j : premier Ecuier du Roi, 
185», iv.r. 

Oforio ( Dom J'f^ph ) : vient négocier de la part 
du Roi d'Efipagne avec les révoltez de Bour- 
deaux, 4^5, iii.t. renvoyé par ees révoltez, 
4^i , in.c. 



PA T X : Articles de celle conclue à Ruel en 
1645) , pag.51, iii.t. & fuiv. 
Palatine ( la Princelîe ) : Voyez Anne de G^n^ 

Taleftrine ( la Prince^e ) : fe réfugie en France, 
35>i> i.r. fon caraûcre, 393, 6cc i.t. retourne 
en Italie, 505, i.t. 

Palluau : fe lailTe prendre Courtrai , 84, 85, ii.r. 
& Yprcs , 114, iii.t, fon caradlere , 1 14, 115, 
fait Maréchal de France pour Lqs bons mots, 
11^: iii.t. 

PiZtis : ce qu'Henri III. en difoitji37, i.t. com- 
mencement de fcs troubles , 5 , li.t. la Reine 
en fort, 44 j , ii.t, & fuiv, dcfoidxe & croubls 



TABLE 

cju'y caufe ce déparc, 4^7 , ii.r. &rc. bloque 
par les croupes du Roi , 4^1, ii.t. 485 , ii.r. 
defordre aftieux qui arrive dans fon Hocel de 
Ville, 381 , Scfuiv. iv.t. 
Parlement ds Puris : fon écac lors de la mort de 
louis X I II. 135, i.c. & fuiv. calTe fa der- 
nière déclaration , 13^ , i.r. députe vers la 
Reine , conchanc l'exil du Pretidenc Barillon, 
232, i.c. cache a fe faire valoir ,315, i.t. U 
Régente y mené le Roi tenir fon lie de jaftice, 
314, & fuiv. i c. s'opofe au tarif , 4^^ , & 
fuiv, {es opofirions fatiguent la Cour, 31 , ii.r. 
donne Iç célèbre Airê:: de JonBiw ou d Vnion 
avec les autres Cour? Souveraines , 72 , 74, 
& fuiv. ii.c. rudement réprimandé par la Reine, 
%j , ii.t. maintient fon Arrêc de jonftion par 
im nouveau ,110, ii.t. &c. mandé au Palais 
Royal , où il lui eft ordonné de ne fe mêler 
que d'adminidrer la juitice , m , & fuiv. ii.r. 
iommaire de la harangue qu'il fait faire à la 
Reine, 130, & fuiv. ii.t. fes propolîcions, 138, 
139, ii.t révoque les Intendans, 140 , ii.r. va 
au Palais Royal demander Brouflel , i6o , ii.c. 
& fuiv. l'obtient, & devient le mairre de tour, 
16S , 274 , ii.c. fes deinanoles touchant Cha- 
vigny & contre le Cardinal, 116 -, Se fuiv. 
donne un Arrêt contre le Cardinal Mazarin, 
466 , & fuiv. reçoit & traite avec un Envoyé 
de l'Archiduc, 25 c , & fuiv. ii.c. s'acorde â 
faire la paix ,38, iii.c. les Bourdelois & Pro- 
vençaux demandent fa prote(flion , 1^6 ^ Sec, 
iii.r. s'afTcmblc en faveur des Bourdelois, 294, 
25»^ , Sec. iii.c. fes alfe/nblées touchant ks 
Sindics des Renriers ,518, iii.t & fuiv reçoit 
«ne d.patacion du Parlement de Boardeaux, 
ôc traire de la liberté des Princes , 484 , & 
fuiv. iii.c. 573 , &c. iii.c. fa dcpucaùon pouî 



DES MATIERES. 

cette liberté , i8, i^ , & fuiv. iv.r. donne 
Arrêt contre le Cardinal & Tes adherans , GG^, 
6j y iv.c. toujours oporé aux Etats, ii^ ,iv.t. 
donne un Arrêt contre Mazarin & met fa 
tête à prix , 3 io , iv.t. le Roi vient en groîTey 
bottei lui défendre de s'afîembler , 410 , iv.r. 
harangue vive de Gaumin contre ce corpSj 
4z8,ivr. 

TauL ( le Chevalier ) : Ton équipage à la cérémo- 
nie delà majorité, 184, 28 j , iv :. 

"pAulate fia) caufe de l'union àzs Cours Souve* 
raines contre la Cour ,72 , & fuiv. ii.r. 

Paulin ( le Père ) , Icfuite , ConfeiTcur du Rci : 
fbn dilcours à la Reine touchant l'aflembléc 
des Etats , 130 , 13 1 , iv t. 

peliljon : (on éloge de la Reine. Mère , 4^3 , v.c, 
& fuiv. 

PeranU , Prefident : Intendant du Prince de 
Condé confervé pour fon fds , 540, i.t. misa 
la Banille , 404 , iii.c. 

P H j L I p p E l V. Roi d'Efpagne : époofe Eliza- 
bech de I rance , 8 , fort voluptueux , ipo, i.r, 
perd fon fils , 3^7 , 398 , i.t. époufe fa nieccj 
fille de l'Empereur, 410 ,i.r. 341 , ii.t. conju- 
ration contre lui, 340 ,& fuiv. ii.t. ce qu'il 
dit du voyage de Lyon pour le mariage du 
Roi, 54z,iv.t envoyé Pimentel en France pour 
offiir l'Infante ai la paix , 543 , iv.t. il lui naic 
un fils , 7 , v.t. manière donc il reçoit l'am- 
baiTacIe de France pour le mariage de l'Infante, 
48, v.t. &c. fort grave ,54,56,^8,^8, v.c. 
perd fon fécond fils , 59 , v.t arrive à Saint Se- 
badien, 71, v.r. & vient finir le mariage à 
Fontarabic, 80 , & fuiv. v.r. fun entrevue avfc 
fa fœar , Reine de France , &c , 93 , v t. & 
fuiv. reconnoic que fa fille doit lui fucceder, en 
Ca$ de more du Prince fou fils, loi, v.c. jure U 



T A B L R 

faix j îoz . v.t. fa triflefTe à ce départ, 107, 
JGÎ , v.c. peu généreux , iip , v.t. perd loti 
fils, 248 > v.c. meure le 17. Sepcembre 16(^5, 
pages 430 , 43 1, v.c. avoic été malheureux Se 
déréglé, 433 , v.c. ; 

Philippe de France, Duc d'Orléans T 
fa nai{fance, 88, i c. fou caradere , 4^3,494» 
&:c. i.r. malade de dilTencerie, 510, & fuiv. i.c. 
èc delà petite vérole , i88 , ii.c. tiré de Paris 
par Mr de Bcringhen, 3 17, ii.t. Ton bon nacu- 
rel, 51^ 5i7,iv.c mécontenc des précentions 
^Q Duc de Savoye 5 54 , iv.c i, v.r. époufe la 
PiiRcefTe d'Angleterre, 1^2., 8cc. v t. 176,177* 
v.r. ob:ienc l'apanage d'Orléans, 177 , v-r, 
commence à s'inqaietcr des promenades de fa 
femme avec le Roi , 2.1 5 . 11^, v.r. fecourt la' 
Reine Mère dans fa maladie , 194-7 v.t, il lui 
naît un iî!s , nommé Duc de Valois, 338. iii.r, 
fort fcnfible aux moux de la Reine fa Mère, 
I 84 , v r. 457 , v.r. faillie de cendieffe & de 
dévotion de ce Prince , 4^7, 4^8, v.r. ne veuc 
point abandonner la Rc-itic Merc , mourante, 
484, 48g, V t. TembraiTe ap^ès fa mort , & fe 
recirc avec dciileur > 4.06 487, v.c 

Plementel ( Dom Aniooio ) : envoyé à Lyon pour 
y négocier la paix Si. le maiiagc de l'infante, 
543, iv.t. & fuiv. vient à Paris achever le trai-' 
té , 7, v.t 

Tirenneei : Defcripîion de ces montagnes , 66, 
&c. v.t. 

P/#i- Bdiitrre ( Mad. du ) : amie de Fouquer, 
12.7. avertie de fa prife , néglige de brulec 
fcs papiers , 117 , v t. exilée à Montbrifon, 
131, v.t. fon cara£lere , 13 i , v t. &c. fait 
avoir au Marquis de Crequi fon gendre le 
Generalat des Galères , 131, &c. v.t. arrêtée 
Ôc gardée , 143, v.t, 

phjfii . G^e.i.'^^.u ( Mad. dti ] : fon caraderc, 



DES MATIERES. 

355» v.t^iSc faiv. 4i7,iv.r. travaillok à la paix, 
345» , iv.t. reçoit la Reine de Suéde avec un^ 
rnagnifîcenee exrraordina^k'e , 457, iv.r. s'em- 
preiîe d'emmener Mad. de Ponts de la Cour^ 
parce qu'elle plaifoit au Roi , 217, 2 18. 1. 1. 

Pleifis - P/-^/r;2 , (' le Maiéchal rf'» ) : fait gouver- 
neur de Monfîeur, 35 ,ii.t. grand Se heureux 
Capitaine ,35, ii.c. défait !e Marquis de Ca- 
racene, & y perd un fils, 142, ii.t. commande 
Tarmée de Flandres, 474, 47^, iii t. défait le 
Maréchal de Turenne prés de Rhetel, 577, & 
fuiv.iii.t. perd deux fils en deux batailles, 5 80, 
iii.c. le Cardinal lui fait des avances, lors de 
la maladie du Roi , 518, iv.r. 

T hfjoi : Dcfcription de leur ambafTade , entrée, 
&c. pour le mariage de leur Roi, 332 , &: 
fuiv. 

J^cnt de V Arche : foins que fe donne îe Prince de 
Coudé , pour en faire obtenir le gouverns- 
menc au Duc de Longue ville , 210 , & fiiiv. 
iii.r. 

fents (Madem. 'ie) : maitrefTe du Duc de Guife, 
402, ii.r. & fuiv. mife aux filles de Ste Marie, 
2, 3, ii.t. démarches du Duc de Guife pour 
elle , 43 , ii.r. & fuiv. elle l'abandonne pour 
fon Ecuyer , qui l'abandonne à fon tour , 55>, 
ii.t. acufée de vol par le Duc de Guife , fe 
fauve en Flandres , 5^ , ii.t. 

finti ( Mad.^^ ) : obtient le tabouret , 2 53,2^4, 
ii.t. bruit que cela caufe , 232 , & fuiv. iii.r, 
feduit & époufc le Duc de Richelieu ,.3 37, ôc 
fuiv. iii t. fon mariage confirmé par la Cour, 
423, iii.c 430, iii.c. 

Tonts ( Madem. de ) : éloignée de la Cour parce 
qu'elle plaifoit au Roi, 217, v.t. 

Porte ( la j : domelHque de la Reine , tourmea- 
té pour elle , 83 , & fuiv. obtient une charo-g 
de pre.mier valet de chambre.donc il eft obligé 
de fe défaire, 401, iv.c. 



TABLE 

Prahîle : chargé tlanétci le Caidinal de Rets, 

3 97,iv.t. 
prêtres Epagnels : trop libres dans leurs dif- 

couis , 84 v.c. 



Q 



UlMr ERCORANTIN 

OU l'on cft fur ce fejour , 413 



erreur vulgaire 



iv.c. 



RANTZAuHe Maréchal de ) : bon hom- 
me de guerre, mais grand ivrogne, Ji^ji.c. 
arrêté à Saine Germain , i8, iii.c. 

^ifi ( le Cardinal de ) : Voyez Coad']uteur de 
Paris, 

Rhefel : pris en deux jours par le Maréchal de 
Turenne , 494 , iii. c. repris par le Cardinal 
Mazarin , 57^, iii. t. 

Rhodes fie Sieur de ) , grand mairre des céré- 
monies : tes fondions a la cérémonie du facre 
du Roi, 17^, iv.t & fuiv. z^i,iv.r. 

R'chelitii ( le Cardinal de) : mis dans le miaif- 
rerc par Marie de Medicis , 24 , i.c 51 , j.r, 
hai d'Anne d'Aucriche , qu'il implique dans 
l'affaire de Chalais , 14, 1^, &c. i.t. 3 2,i.r. 
aime Anne d'Autriche. 3 5 , i.t. Ton caradere, 
36, &c. i r. comment fe mainrient auprès du 
Roi , 53, & fuiv. i.t. oblige Marie de Medicis 
à s'enfuir, 61 , &c. i.r. fait tourmenrer le 
Chevalier de iars ,6^, & fufv. i.t. fait punie 
de mort Cinqmars & de Thou, 96 Àx^ 99^ i-f» 
meure en Décembre i (î 4 i , 114, i.c. avoit 
rctcommandé Mazatin au i^cu Roi 150, i.r. 
ciufQ des troubles d'Angleterre fous Charles I. 
245;, i.r. & fuiv. 

Ktcktlieit ( le Duc de ) : feduit par Mai. de Ponts» 



D E s M A T I E R E s. 

qui répoufe, 337 , iii.t. & fuir, fon mariage 
confirmé par la Cour , 413 v.c. 
B,h'iere ( l'Abbé de la ) ; envoyé au Cardinal de 
Richelieu après l'affaire de Cin^ars , 103, 
i.r. & fuiv. porte le Duc d'Orlcans fon niaitie 
à céder facilemenr la régence , 137 > uz. re- 
ponfe fierc qu'il s'atire de la Reine de Pologne, 
34i, i.c. fauve la vie à Gcrfé , 443, i.t. rend 
le Duc d'Orléans peu courageux , 448, i.r-. fes 
vues emprclTécs pour le chipeau de Cardinal, 
54 j i.c. nommé au Carrlinalat , 81. ii r. le 
Prince de Conti veut lui ôter cette nomina- 
tion , 3 8y,ii.t, 398, &c. fa difpoficioiï d"ef- 
prit en cette occafion , 404, ii.t. admis au 
ConfeJl d'Etat, 411, & fuiv. le Prince de 
Condé lui ce le le chapeau , 420, 411, ii.r. en 
horreur aux Parisiens , 489 , ii t. ce qu'il con- 
tribue à la paix , 8i, iii.c. fait travailler le 
Duc d'O.leans à la paix entre le Prince de 
Condé Se le Minière, ti6 , ck fuiv. iii.r. perci 
f^u à peu les bonnes g.aces de fon maicre> 
5 51 , & fuiv. 3 57, iii.c. & fuiv, 3^1,361, iii r, 
fortement grondé par Mr le Prince, 3 70. iii c. 
fon éronncmenc de la prifon des Princes, 311, 
iii.r.&c. abandonné par le Duc d'Orléans, 35)1, 
iii.t. 407, 408, iii.c. tout à fait difgracié,4i i, 
iii.c. & fuiv jufqu'à 414 iii.t, 
la Rivière , Officier dans Hedin : fe révolte, yo^, 

5ii,iY.f. 
Rofhifourault ( le Chevalier de ) : pris par fa 

garnifon , & livré au Roi, 419, 430, jii.r. 
Kcch-fouchault : Voyez MarfiUnc» 
Rochrlle (la) : le Comte d'Ogaon s'empare de 
ce gouvernement, 493, v.c & fuiv. maintenu 
dans le fervice du Roi par Eftiffac , 3 1 ô', 3 1 7, 
iv.f. 
Rceroi: le Prince de Condé y gagne une bataille,. 
144; i.r. 



TABLE 

Rohm: préi'ogacives de cette maifon , z^i/inx. 

& fuir. 
Rohan ( Mad. de ) ; Ton caradere , ^o, i.t. hif- 

toire de fon mariage avec Chabot, 31^, & 

fuiv. i.t. . 
Rchan • Chahut ( le Duc de ) , obligé de cedeï: 

Ton gouvernement d'Anjou, ^16^ iv.r. tra- 

vailloit à la paix , 3 53, iv.t. Sec. 
Roift : débauche fameufe faite en ce lieu , 1 r, 

v.t. 
Roqueîaure { le Marquis de ) : exilé pour peu de 

tems , 91, 91 iii.r. 
Roquete ( l'Abbé de ] : aflfifte à la mort du Duc 

de Candale, & fait fon oraifon funèbre, 504, 

iv.r. 
Roule (le Comte i^« ) : époufe d'Artigni , confi- 
dente du Roi & de la Valiere , 439 , & fuiv. 

v.t. 
Suel : conférence en ce lieu , 3 i8,& fuiv.ii.r. 

autre conférence , 193 iii.c & îuiv. 
Rys ( de ] i Premier Prefident du Parlement de 
' Rouen : meurt fubitement chez le Roi, 491, 

i.r. 

S 

SA B L É (h Marquife de ) : fon caratîlerc 
romanefque, 13, i.t. &c. 
Spiint Jgnan : fait Duc, 313, v.t. 
Saint Ali^an ( Milord ) : fon caradere , 13^, v*r. 

ridicule propofition qu'il fait à la Reine-Mere, 

XVI, 111, v.t. 
Saint Antoine : defcription de cette bataille, 368, 

& fuiv. iv.t. 
Saint Chaumont ( Mad. de ) focur du Maréchal de 

Graramont : faite gouvernante des enfans du 

Duc d'Orléans ,155, v.t. 3 ^ , v.t. 
Saint Denis : ptis par Mr le Prince , & repris 

par les troupes du Roi , 3 p, 353, iv.t. 



DES MATIERES. 

S^f^t Germain : le Roi s'y retire, 317, ii.t. con- 
férence en cecce ville, 3 3T> & ^'i^iv ii.t. 34^, 
ScCaiv. ii.c. couce la Cour s'y retire , 456^, & 
fuiv. ii t. 

Saint Mégrin : fou office à la cérémonie de la 
majorité , i8o, iv t. marche à Saine Cloud, 
351, iv.t. tué à la journée de Saint Antoine, 
37i,iv.r. 

Saint Simon ( le Duc de ) : preuves éclatantes de 
fa fidélité au Roi , 13 :P, iii.t. 470, 471, iii.r. 

Saintot , maitre des cérémonies : ("es fondions à 
la cérémonie de la majorité du Roi , ^66, iv.t. 
& fuiv. i8^, iv.t. 191, iv.t. 

Sarazin : chalfé de la Cour , 487 , 511,1. t. en- 
voyé à Bruxelles par Madame de Longueville, 
iii, iv.t. 

Sau'eon : arrêté, pour avoir traité le maiiage 
de Mademoifelle , 60, ii.t. & fuiv. 

Saulr { le Comte de) : remporte le prix du Carou- 
fel de ï66z , pag.i^^ , v.t. 

S A V o Y E ' Chrtjhne DachelTe de ) veut marier 
la Princeife Marguerite fa fille au Roi, 51^, iv.t. 
fcs vues à cet égard, 537, & fuiv. iv.t. vient à 
Lyon pour y traiter ce mariage, 538, iv.t. &c. 
comment aborde la Reine, 53^ , iv.t. Tes dé- 
marches inutiles , 551, f 53, iv.t. retourne en 
Savoye avec une promefle du Roi , i , v.t;. fa 
mort , 11^ , v.t. 

S A v o y E (le Duc de} : ne voit point Monfieur , 
parce qu'il vouloit la main chez lui, 454, iv.t. 
2 , v.t. ofFce d'époufer une nicce du Cardinal 
Mazarin , fi on lui rend Pignerol , 1 3 5, v.t. 

Schomber^ ( le Maréchal de ) : prend Tortefe, 
179, ii.r. 

Scuderi ( Mad. de) : vers qu'elle fit fur des œillets 
cultivez à Vincennes par le Prince de Condé, 
Ç3 9, iii.t. vers qu'elle fit fur la mort de la 
Rcme-Mere, 4^7, v.t. 



TABLE 

S£guier ( le Chancelier ] : va fouiller la cclîuîc de 
la Reine au Val de Grâce > 41 , 43 , v.c. Tes 
inquiétudes & Ion écac chancelant au com- 
mencemencde la Régence , i ^3 , &c. i.t. foa 
caradere fervile ,78 , ii.t, 254 , ii.t. dangec 
extrême où il fe trouve cxpofé lois des barri- 
cades , 1 5 4 , & fuiv. ii.t. on lui ôte les Sceaux, 
435 , iii.c. revient à la Cour , 14^ , 147 , 153, 
iv.t. Ton caradere «153, iv.t. on lui rend les 
Sceaux , i ç^ , iv.t. fa harangue lors de la ma- 
jorité , Z9 5 , iv.t. on lui ôte les Sceaux , 304, 
iv.t. 38^ , iv.t. 

Seguin , premier Médecin de la Reine-Mere : Ton 
caraâcre , 3 50 , 351, v.t. & fuiv. 

Seine : débordement de cette rivière > 505 , ii.t. 

Senecey ( Madame de ) •' rapellée , & remife en fa 
place de Dame d'honneur de la Reine , i6t^ 
i.t. fon caradlere ,164., i.t. 11 J , i.t. fe char- 
ge des nièces du Cardinal, 19 , ii.t. & fuiy. 
demande & obtient le tabouret pour fa fille la 
ComcelTc de Flex , 415, ii.t. &c. mais ne 
l'obtient point pour cMe - même , 418 , ii.c. 
obtient la furvivance de fa charge pour fa fille, 
^84 , iv.t. faite DuchelTe , i 47 , v.t. la Reine- 
Mcrc lui lègue trente mille livres , 487 , 501, 
v.t. 

Senneterre : ehvoyé Ambaiïadeur en Angleterre 
pour y troubler l'Etat , 14^ , &c. i.t. la Reine 
fe confie en lui , <?>> , & fuiv. avec quelle pré- 
caution il ufe de cette confiance , 6S Sic. iv.t. 
î Z7 , iv.t. on lui cache le retour de Chavigni, 
140 , iv.t. defaprouve qu'on enferme de nou- 
veau Mr le Prince , 16 y , ^6<^ y iv.t. donne 
de bons confeils à ]a Reine , 114 , iv t. 

Sens (l'Archevêque i^e ) : fon caradere , 544, 
S45,iii.t. 

Senimelli , Capitaine des Gardes de la Reine de 
Suéde : tue par fon ordre Monaldefchi , 499» 
500 , iv t. Setvmti 



DES MATIERE?. 

Ssy vient : revienr à la Cour , 3 3 9 > iv.r. 

Sillery ( le Chancelier de) : rapellé , 5, i.r. 

Sillery { le Marquis ^e ) : va négocier en Efpagtre: 
pour les revoirez de Bourdcaux, 495, iii.c. 

S&ijfcm ( le Comte de ) : époufe une nièce div 
Cardinal , 4^7, 4^81 iv.r. fon caraâ:ere, 4^8,, 
i-v.t. fait apeller en duel le Duc de Navailles, 
qui le refufe , i;? s , i^^ 1 v.r. exilé , I5>8 , v.r- 
cxilé de nouveau avec fa femme , 3 ^^ , v.r,. 

Scmhei : fon caraârere , 78 , 7p , iv.r. 

S^yon , fiUe d'honneur de la Duchefîe d'Orleans^r 
s'enferme aux Carmélites , ôc le Duc d'Oiieans; 
l'oblige d'en fortir , 193 , 194, iii t. gagnésr 
par la Duclielfe d'Aiguillon & le Père Leoin 
Carme , 356", 3^7 , iii. t. faite Daracd'atouc- 
de Madame, 419 , iii.t; 

Btfsffûrd : fait Viceroi d'Irlande , i-f i , i.r. 8è: 
General d'armée, 1^3 , i.r. attaqué par le 
Parlement, & décapité, 157—2^^, i.t. 



TAîoiTR ETS : troubles dont ils font caufê: 
à la Cour, 2^7 , & fuiv. v.r. 
1-;tlon , Avocat General : harangue harcRmcntefB 

faveur du peuple , 317, i.r. 14, ii r. &c. 
Tancrede , fils de Mr de Rokan : tué dans une* 
fortic prés de Vincennes , 512-, n3 > ii f* Sfc^ 
iW^éUier { Michel le ) ; Secrétaire d'Etat , ri9 , ic 
i,l le Duc d'Orléans demande fon éloignemenr,. 
U'I 133 , iv.t. & fuiv. 175 , 17^ , iv.r. eft éloigné j. 
198 , iv.t. eft rapellé à la Cour, 327, iv.r,,^ 
fon carafVere , 14^ , v.t. avance Colbert pouï- 
détruire Fouquet , contre lequel ils parlcns: 
au Roi' V 114, v.t. ztfi , v.r. &c. travailla- 
ie(i:| au teliament de la Reine-Mere , 378 , 4079» 
v.t. moleffe de cet komme à fervir fes arai^ 



TABLE 

4ie, v.t. &c. repris par la Rcinc-Mere à det 
égard, 414,415, v.t. exécuteur teftamcn- 
taire de cette Princefle , 50^ , v.r. 

T'-fTjpêrehorrihU : 2,77, &c. i.t. 

Ttrnat : fon office à la cérémonie de la majorité, 
17^ , iv.t. 

Thou (Mr de) : arrête pour le traite de Cinqmars, 
^ 04 , i.t. décapité , ^9 i.t. 

Toledù (Gabriel de) : Efpagnol , négociateur avec 
les Frondeurs ,318, iii.t. &c. 

Trêmes ( le Comte de ) : fa difputc touchant le 
bâton de fon fîls , 11^ , & fuiv, ii.r. 

Tiimouiile ( le Duc de U ) : foft ambition 5c 
celle de fa femme , 4^ , 47 , iii.t. fes prcten*^ 
tions, 281 , iii.t. 

Trouve ( le Marquis de la ) : tue au (îege de Tor- 
tofe, 180, ii.t. duellifle complimenteur & 
dangereux, 180 , ii t. 

Tui etif, Sur-Intendant de la roaifon de la Reine- 
Mere : fait le teftamcnt de cette Princefle 
avec le Tellier , 37^ > 381 , 407 , &c. clic 
lui lègue cent mille livres, 501, v.t. exécuteur 
leftamentaire de cette PrinccflTe, 50^. v.r. 

Turenne ( le Vicomte de ) : avertit le Cardinal 
de Richelieu de la prifon de Cinqmars , ig^, 
i.t. fc joint aux rebelles , fon armée l'aban- 
donne , & il demande grâce , 34, 3 5, iii.t. fc 
fauve après la prife des Princes , 404, iii t. 
yrend la qualité de Lieutenant General de 
l'armée pour la liberté des Princes , 41 5, iii r. 
déclaré criminel de leze - majcflé, 45 8> iii.t. 
j»e peut prendre Guife , 473 , 7 ^. iii.t. prend 
KhetcJ en deux jours, 4514, iii t. battu par le 
Maréchal du Pleflis, 577 , 579, iii t. on le 
îire honncïcraent d'avec les Efpagnois , 113. 
iv.t. Mr le Prince ne peur le gagner, 3 08, iv.t. 
hka remis à la Cour, 3 17, iv.t. défait Mr de 



DES MATIERES. 

Beauforr, 330 , iv.t. arrête Mr le Prince , Se 
fauve le Roi 5c la Cour, 34^, 347, iv.t. défaic 
les rroupes de Mr le Prince près d'EcampcSj 
3^i,iv.c. prend la Capeliç. 4^8, iv r. défaic 
les Efpagnols à Dankerqae, 5 1 3 , iv. t. s'avan- 
ce jufqu'anx portes de Biuxelles, & founenî 
la gloire de la France , 1,3, v.r. 



VAl bi Grâce: Hirtoire de récablilTe- 
m^-nt & de la fondation de cectc Abbaye 
Royale, 41, & fuiv. i.r. la Rcine-MeLe laifT^ 
des fonds pour la faire achever , ^04 , v.t. & 
y donne fon cœur &fes reliquaires, 5£0; jjoj^ 
v.t. 

yMcKce : pris par le Duc de Mercopur» 451, 
iv t. 

Valtnàennes : pris par les Efpagrtols, A17, 

Viilentinoi: ( la Duchefle de ) ; Çz fait exiler, 
110, 2,11 , v.t. fon mauvais carâ(ftere j iiOj 
V r. 

Valiere { Madcm. «* la ) , fille d'bonn'^ur de la 
Duchcfie d'Oulcans : le Roi en devienr amou- 
reux , ii6 ,v.t. fon portrait, xi6 , iiy, v.«r, 
fe rend aux emprefTemens du Roi, 180 , v.t, 
le Roi la voit avec plus de foin , 3ii ,313, 
v.r. la fait fuivre par les femmes de qualité^ 
130, v.t. 

Valo: , premier Médecin du Roi : le Cardinal 
Mazarin en eft fort mécontent, i 59, v.t. verfé 
dans la connoififance des fimples: & de la chi- 
mie , 3 50, v.t. homme foible, 3 50, v.t. 3 5Z, 
v.t. 

Vandi : défend vaillamment le Catelet , & cft 
trahi & livré aux ennemis, 473, v.r. 

VArdts •• fcs Uaifons aV€C la Comte/fe de Soif- 

Bb 2. 



T A B L E 

fons, 509, v.r. 3^3 , v.r. veut Aipfanref fe 
Comte de Guiche auprès de la Duche/Te d'Or- 
kans , & s'empare de leurs lettres , 3(^4, v.r^ 
découvert être l'auteur de la lettre efpagnole, 
& exile à Montpellier , ^66 1^3, v.c. 
Windème : caractère de ceux de cette maifbn 
I2p,i.t. refufent dt fe joindre à Mazarin, 
&: s'eivtfouvent mal , 147 , i, t. font éloig- 
nez de la Cour, i94,&c. i.r. y reviennent» 
433 , ii t. propofition du mariage du Duc d.e 
Mercccur avec une Mancini , lop , iii.t. 
VieuviUe ( U) : fur - intendant des finances fous 
Louis X 1 1 r. le veut être encore fous Louis 
XIV» ^99 , 300 , iii.c. le redevient enfîn^ 
303, 304, iv t. 
yî^ean f Madcm. du ) : fort aimée du Piince d<i 
Coude* , 301 301 j ê:c. i.t. fc fait Carmélite, 
308, i.t, 
Wi^^qui'fr ( le Marquis i^e ) , Capitaine des Gar- 
dés : pris à Lens , eft délivré par le gain de la 
bataille, 23^, 137, iir. fâché dé n'avoir point 
éré employé, à.empiironner le Prince de Condé,. 
398, 35)9, iii.c. fait Maréchal de France fou? 
ie nom d'Aumont, ii-, iv.t. arrête le Gardinali, 
de Rets, 398, iv.t. 
"Wi'leroi : fait gouverneur du Roi, 3^5, i.t. &. 
Maréchal de France, 35^, i.t. & Duc, 4x8,. 
ii.r, adhiis au Confeil , & fon caradere , 431,, 
ïi.r. 1.4^?,, i.t. fufped à la Reine , 47 , iv.t. 58^, , 
iv.t.72,iv.t. exclus des Conféils de Louis XiVr 
16S, 1.74 , V c- toujours propofé pour lespre- 
ïîiieres places , fans les- obtenir , Se les mai- 
tanir, z6i , v.r. 
jrircent (le PereJ : fon caradcre,, 2.3^ , 237,,- 

i.C; 
WineHil : oblige Mt le Prince.- à forur în-ccipir; 



DES MATIERES. 

îâment de Paris, 171, &c. iv.r. arrête à^Parfs, 
31J, iv.t. 

Viole ^ PrcfiJent au Parlement : opine vivemene 
contre les defordres de l'Etac, 42.3 , ii.c. opine 
pour la liberté dès Princes , & l'éloignemenr 
de ^Sa2aTin, 45»^, iii.r. opine pour faire citer 
le Cardinal au Parlement, 31, iv.r. 

V'tiri [ le Marquis de ) : tue le Maréchal d'An»- 
cre, 5,it. 

Ut-ADisLAS VI. Roi de Pologne : Ton ma* 
riage avec Marie de Gonzague , 32-^, & fuiv,. 
i.t. il la reçoit mal, 34c, i t. meurt & forî- 
frcre lui fuccedc , & époufc (a vcu'*a , 116",. 
IÎ7 , ii.t. 

Vo iture : Vers de ce Poète , qui ne font poinr 
dans Tes œuvres, 13 ç, 13^, i.t. 

Urbain VIII. bon mot de ce Pape tou- 
chant le Card de Richelieu, ri 5 i.c. fa morr 
en Juillet 1*^44 , pag.237, i.r. 

Vfez, ( le Duc «' ) •• Chevalier d'honneur de: 
Louis XIV. z8^) iv t. 



X 



X 

A I N TE s : pris par le Prince de Cond'é^,. 
31 î , iv.r. repris par le Marquis de Monr 
taufîer, 317, iv.c. 



YORK (le Ducd* ) : comment fe fauve 
de Londres , 79, ii.r. vient à la Cour, loy^, 
iii.r. obligé de forcir de France , & de fe reti- 
rer en Flandres, 490 , iv.r. fa valeur à la; 
bataille de Dunkerque , 515^, iv.c. cpoufe Isi 
fille du. Chaiicelier d'Angleterre, IJJ, v, c^ 
g^agiie une bataille navale , ^^^2^,v-^^ 



TABLE DES MATIERES. 

Jt^res : pris par le Prince de Condé, 85, 87, 
repris par les Efpagnols , 114,118, 



u.c. 
ii.c. 



Fin de la Table des Matières. 




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