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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la ..."

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MESSAGER 



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SCIENCES HISTORIQUES 



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DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte db Limburo-Stiruii , Sénateur, 
Docteur en droit, etc.; Fbrdinand Vandbr Habghbn, Bibliothécaire 
de rUnivereité, etc.; Baron Bbthunb, archéologue. 

ÉuiLB Varbnbbrgh, Conseiller provincial, Membre de la Commission 
de statistique, etc., Secrétaire du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1801. 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOOR. EUS. VANOERHAEQHEN 

m* d»i Obkmpi, 60 

1891. 



1 — 



U COUR DU ROI DE LINDRE. 



COUR D'AMOUR EN FLANDRE 



AU XVne SIÈCLE. 



Vers la fin du XVII* siècle, un membre de la 
famille Adomes établit dans son château de Ron- 
sele près de Gand, sous le nom de Cour du Roi de 
Lindre, une société de galanterie et de plaisirs; il 
en avait la présidence sous le titre de Roi. On ne 
peut pas dire qu'elle était constituée des débris dis- 
persés de la société de l'hôtel de Rambouillet, rien 
ne l'y rattache ; mais on entrevoit dans les rela- 
tions qui s'établirent entre ses membres l'influence 
qu'exerça le genre de littérature mis à la mode par 
les assidus de cet hôtel et par M*"® de Scudéry. La 
société du reste formait un brillant concours de 
jeunes beautés et de quelques cavaliers, auxquels 
s'étaient jointes des dames plus âgées ; celle que le 
fondateur s'était associée avec le nom de Reine, 
avait peut-être quelque visée ambitieuse et se ber- 
çait apparemment de l'espoir de jouer le rôle d'Ar- 



400144 



— 2 — 

thémise. Mais est-ce bien à la France qu'Adomes 
emprunta son inspiration? Ne serait-ce pas à l'Italie, 
le berceau de sa famille qu'il visita souvent, et où 
il entretenait des rapports avec les beaux esprits ? 

Dans le Nord de la France on rencontre bon 
nombre de sociétés qui avaient du rapport avec 
celle-ci; en Hainaut on connaît le Banc Poétique 
du baron de Cuincy*, la Triomphante Bande.de 
chez M*""® de Vignacourt, que l'on comparait à la 
société de l'hôtel de Rambouillet ; mais en Flandre 
je doute qu'il y en ait eu d'autre que celle du 
château de Ronsele, où la langue française était 
seule employée. 

Le genre de littérature cultivé dans ces réunions 
ne pouvait être bien sympathique aux Flamands ; 
leur langue énergique ne pouvait se prêter aux 
subtilités de ce langage, et ils ne pouvaient tirer 
parti des ressources d'une langue qu'ils ne connais- 
Baient qu'imparfaitement. 

Les termes de la correspondance que nous allons 
analyser sembleront étranges au lecteur de nos 
jours, ils nous choqueront peut-être par leur exa- 
gération; et il ne faut pas, comme Ancillon, être 
effarouché des expressions dont se servait Conrart 
pour faire sa cour à la belle Sapho de l'hôtel de 
Rambouillet. C'était pure galanterie ; et l'on pour- 
rait dire, comme M. Bourgoin dans son étude sur 
Conrart : « il était de règle chez les sujets de 
cet aimable royaume d'avoir une inclination. Le 
premier devoir d'un honnête homme était d'être 
galant ; la galanterie n'avait rien qui pût effarou- 

' Voir Biographie Nationale, tome II, article Blondel, 



— 3 — 

cher la morale ; » il ajoute cependant qu'il était 
parfois difficile de jouer éternellement la comédie 
de Tamour. 

Nous ne possédons qu'une seule des lettres 
écrites par celui qui occupait la principale place 
dans cet éphémère royaume. Les lettres de ses 
correspondants, nous fournissent seules les élé- 
ments d'une curieuse étude de mœurs sur les idées, 
les occupations d'une partie de la haute société en 
Flandre, sur laquelle on a peu de renseignements 
et que l'on connait très mal ; ce n'est qu'à ce point 
de vue que l'histoire de cette cour offre de l'inté- 
rêt ; la littérature y joue un rôle secondaire. D est 
cependant difiBcile de ne pas rimer de temps en 
temps lorsqu'on touche à la corde sensible du sen- 
timent. 

L'histoire de cette cour était l'objet des préoccu- 
pations de ceux qui en faisaient partie ' . Un des 
dignitaires du royaume, le grand-panetier, en avait 
été chargé ; mais il ne se pressait guère de l'écrire ; 
pas assez au gré des désirs des membres de la 
société ; la conseillère extraordinaire du roi se fit 
l'écho de ces plaintes dans une lettre qu'elle écrit 
de Hezele à Adomes, le 3 mars 1682 V 

« Je tuy fort étonné que te grand panetier et si pareseus 
cCen achever VhUtoire du Roiome; sHl avoit V amour en teste 

* La Cour du Roi de Lindre n'est pas mentionnée dans l'ouvrage 
de Arthur Dinaux sur les Sociétés badines, bachiques, etc. 

* Hezele, on peut-être Heeze, est une localité située aux environs 
de Bois-le-Dnc. La dame qui a écrit cette lettre demeurait à Bois- 
le-Duc dans le Waterstraat ; c'est le seul renseignement que Ton ait 
sur elle car elle ne signe pas. On remarquera la bizarre orthographe 
de cette lettre, je l'ai respectée. 



— 4 — 

je le poures eoccmer, mais comme il me samble que sa dispo- 
sition né pas propre à sela se ne doit estre qu'un peure 
paresse ; se pour coy ïe conselie à vostre Majesté die mestre 
ordre, afin qu'il aschéve au plus tots se qu'il at entreprie, 
car si vostre Majesté ni use de pouvoir absolut, il coureray 
risque que tout se sugets luy mancqueront dobéissance, » 

Cette histoire, n'a sans doute pas été achevée. 
Nous ne possédons que le projet de la préface ; il 
est bien suffisant, car il nous fait connaître les 
principales phases de cette histoire d'un royaume 
qui n'eut d'ailleurs qu'une très courte durée. 

Cette correspondance se trouvait perdue dans 
des papiers d'affaires de peu d'importance, une 
partie même en a été détruite ; faut-il beaucoup 
le regretter? Je ne sais. Ce qui nous reste de ces 
étranges lettres suffît; on y perd quelques détails, 
mais elles se ressemblent toutes; quelques-unes 
sont écrites sans prétention, ce ne sont peut-être 
pas les moins intéressantes. 

La qualification de Cour d'amour donnée à la 
Cour du Roi de Lindre ne lui convient pas abso- 
lument si on la compare à ce que ces institutions 
étaient au moyen-âge; faute de mieux j'ai cru pou- 
voir la lui attribuer. Les cours d'amour qui ont 
survécu à cette époque reculée avaient bien perdu 
de leur caractère primitif ; le nom en avait cepen- 
dant été conservé, et on peut supposer qu'Adomes, 
qui était lettré, y ait songé et a voulu donner à sa 
cour l'organisation des anciennes cours d'amour en 
s'adjoignant un certain nombre de dignitaires. 
La charte d'une cour d'amour de l'année 1401, 



- 5 - 

publiée récemment * , donne des détails très cu- 
rieux sur les dignitaires qui en faisaient partie. 
Outre le chef nommé prince de la cour, il y avait 
trois grands conservateurs, des conseillers et des 
officiers en grand nombre qui portaient différents 
titres. Nous retrouvons ici une organisation ana- 
logue, avec cette différence que le roi de Lindre a 
voulu faire participer les dames à ces dignités. 
Elles occupaient aussi des fonctions plus ou moins 
relevées. Il y avait la reine, la grande duchesse, etc. 
Quelques-unes avaient reçu des titres dont la signi- 
fication a dû changer, car actuellement il serait 
souverainement déplacé ou bien parfaitement ridi- 
cule de songer à s'en servir. Nous ne possédons 
pas le règlement de la Cour du Roi de Lindre ; il 
n'a peut-être jamais été fait. 

Le siège de ces réunions ou la capitale du 
royaume était le château de Ronsele, situé dans la 
châtellenie du Vieux-Bourg de Gand, Il avait appar- 
tenu à Anselme Adomes, le grand voyageur dont 
les lointaines pérégrinations sont bien connues. 
C'est sans doute à lui qu'en est due la construction. 
D'après un ancien tableau, qui en donne la vue au 
XVII** siècle, c'était une construction pittoresque, 
rappelant plutôt le type des châteaux d'Angle- 
terre que celui des châteaux flamands, et il est 
permis de supposer qu'Anselme Adomes a voulu 
imiter ou copier une construction qui lui aura plu 
dans un de ses nombreux voyages, soit en Angle- 



' Voir l'article de M. Potvin, dans les Bulletins de VAcadémie 
Royale de Belgique , 1886, 3°°* série, tome XII, page 191. 



— 6 — 

terre, soit en Ecosse, où il possédait la terre de 
Corthuy, dont il porta le nom \ 

On ne possède aucun document qui nous in- 
dique ce qu'il était à la fin du XVIP siècle. Les 
remaniements que le château a subis depuis lors 
lui ont enlevé tout caractère, et ils n'ont laissé 
aucune tria.ce des changements qu'on a pu y faire 
à cette époque; mais d'après une lettre que la 
sœur du propriétaire écrivait à son frère, le 
24 octobre 1682, on peut supposer que celui-ci 
y avait travaillé. « La douce, c'est le nom donné à 
« une des fidèles de la cour, notes at faict, écrit-elle, 
« un grand récit de totUes vos magnificences. » Il 
s'agit peut-être du jardin, car il y a tout lieu de 
croire que le propriétaire a voulu les embellir; 
on trouve dans la correspondance de fréquentes 
mentions du Parc Royal qu'il y avait joint*. 

Le petit château de Ronsele avec ses fossés d'en- 
ceinte, son pigeonnier, son pont-levis représentait 
le type des habitations féodales en Flandre, il n'y 
manquait que le Schauboom pour reproduire la 
description du siège de la seigneurie, apanage de 
l'hoir féodal, telle que la donnent les Coutumes. 

Par suite du décès de Jacques Antoine Adornes, 
seigneur de Ronsele, mort le 6 mars 1679, le 
château de Ronsele échut à son frère puîné Adrien 
Opice, le fondateur de la Cour d'amour qui fait 
Tobjet de cette notice, il avait environ 35 ans à 



' Voir la notice sur Anselme Âdornes {Messager des Sciences histo' 
Tiques, 1881). 

* Le dessinateur a sans doute fait un peu de fantaisie dans la 
reproduction du paysage. 



- 7 — 

cette époque. Son père Jacques Antoine, seigneuf 
de Ronseîe (décédé le 16 novembre 1668) «vait 
épousé le 25 janvier 1641 Marie Madelaine de 
Coorenhuyse, fille de François, seigneur d'Eecke; 
il avait eu, de son mariage, outre ces deux fils, 
deux filles : Madelaine Charlotte, morte en 1690, 
devint abesse de Bourbourg, et^la seconde Marie 
Charlotte est qualifiée de baronne de Boudry dans 
un acte de l'année 1694. Jacques Antoine avait eu 
plusieurs frères et sœurs dont nous retrouverons 
plus tard les enfants. 

Adrien Opice avait hérité de ses ancêtres la 
passion des voyages ; il y a en eftet peu de familles 
qui comptent parmi leurs membres, un si grand 
nombre de voyageurs. 

Outre les deux frères Adomes, fondateurs de la 
chapelle de Jérusalem à Bruges et le seigneur de 
Corthuy dont nous avons déjà parlé, on retrouve 
encore à la fin du XVIP siècle, Charles Anselme 
Adomes, qui fit en 1695 un voyage en Italie et 
en France; il en a laissé un récit, dans lequel il a 
relevé un grand nombre d'inscriptions et une foule 
de particularités intéressantes sur les monuments, 
les institutions ; il y a joint aussi quelques dessins 
faits avec grand soin. Quand à Adrien Opice, de 
1671 à 1679, les seules années sur lesquelles nous 
ayons des renseignements, il ne s'en plissa presque 
pas une seule sans qu'il fit un lointain voyage. 

Peut-être même pourrait-on lui attribuer le jour- 
nal d'un voyage en France et en Italie exécuté en 
1668; le style du récit, la nature des observations 
qui y sont consignées dénotent l'œuvre d'un homme 



— 8 — 

jeune. A cette époque on voyageait beaucoup plus 
qu'on ne le croit, bien des jeunes gens riches com- 
plétaient leur éducation par un voyage en Italie. 
Le premier qu'il entreprit, d'après sa corres- 
pondance, est spécifié dans une lettre que sa sœur 
lui écrivit le 11 novembre 1671. Dans cette lettre 
elle lui parle de Florence, ce qui fait supposer 
qu'il avait été en Italie; après avoir exprimé la 
joie qu'elle aurait de le revoir, elle termine sa 
lettre en disant : 

« Si vous retournez par Paris je vous prie de nous aporter 
deux tours dé boucles à la mode, savoir comme les dames de 
court le portent de leurs cheveus naturels ; Von fèit le tours 
de la même fason^ et toute les dames le portent icij^ il le font 
tous venier de Paris ou bien de Lille; il doivent estre d'une 
même couleur toutes deu, à savoir d'un bau blon sendré, qui 
est la couleur de quoi Von le porte, set tout une autre fason 
que celle que nous avons, » 

Ce genre de coiffure rappelle celui des dames 
de la cour de Louis XFV, qui nous est bien connue 
par les portraits de M™* de Sévigné. 

Il est à supposer qu'il revint en Flandre à la fin 
de l'année, car c'est sur l'annonce de son retour 
que sa sœur lui avait écrit ; mais il y resta peu de 
temps; l'année suivante il était de nouveau en 
Italie, et fit un séjour à Rome; il s'y fit recevoir 
chevalier de Malte, ce qui lui permettait, comme 
lui écrivait son cousin Adomes de Poelvoorde 
(Courtrai le 20 novembre 1673), d'aller librement 
en tout lieu, en cette qualité. 

Ce voyage ne se fit pas sans opposition. Une de 



— 9 - 

ses trop aimables correspondantes le lui reprochait 
en ces termes : 

« Mon cher cœur, mon ame, je ne vous scorois diere la 
grande tristess que je de vostre partemen; min lie f, je me 
recommande en Vhonneur de vostre chère grasse, et vous 
souplie de songer à mx>y; mon cœur, comme je pence à vous, 
mon ame, je ne set plu^écrire, car mon cœur et seré pour 
V amour que je vous pourte, Ectnvé moy souvent.., n^alé pas 
à Rome, » 

Mais Adornes semblait atteint d'une espèce de 
spleen ou d'état maladif qui lui rendait le repos 
insupportable. 

A peine arrivé à Rome, une de ses sœurs lui 
écrivait en réponse au reproche qu'il faisait de 
recevoir peu de lettres de sa part : 

« En vous escrivant peu je vous faire voir comje souhait 
de vous obliger puisque vous avez par de la de plus belles 
occupations que vousenpouraisjam,ais espérer de mes lettre; 
car les filles de Romme ne vous plaisent peut estre que trop, 
fay peur quel vous retiennent et que je seray obligée de vous 
quitter tout ma vie. » 

U semble qu'il ait voulu faire oublier l'impression 
fâcheuse produite par son départ, en envoyant des 
cadeaux. Plusieurs lettres de cette correspondance 
sont pleines de remerciements poui* ses envois; 
c'étaient des chapelets, des médailles, des bra- 
celets, des reliques, des Agnus Dei « véritables » 
et même des indulgences. Peut-être avait-il songé 
à mener une vie plus sérieuse ou avait-il manifesté 
l'intention de rompre avec ce monde. M®"* de Né- 



j 



- 10 - 

donchel de Boûvigny se faisait l'écho de ces bruits 
dans une de ses lettres : 

« Mon cher cousin, 
« Toubliois d vous dire que je ne puis mHmaginer que 
vous avez eu quelque dessein de vous rendre un jour le fils 
du çénércd des Carmes, com vous dit, quoi/que la résolution 
seroit st..,foro\j peine à résister à mes souhait contraire; 
vous croie bien, je pense, vous en faire accroire. Je seroit 
bien loin d'espérer vous voir jamais, en quelle façon que ce 
pu, vous me donnée sy peu dC espoir que tout ma consolation 
n* est que dans vos chère caractère que f estime autant que je 
puis jamais, et tout les fois que m* en gratifirei votes m^obli^ 
géré infiniment. Sy vous allei dans le pais où le prince de 
Linné fait sa résidence vous m'obligeriez de voir une 
demoiselle qui s'appelle du Quesnoy et luy faire mes très 
humble baise mains, elle demeure avec Madame la princesse. » 

Ceci semblerait indiquer qu'Adomes se mettait 
en voyage sans but déterminé; ce qui le ferait 
croire du reste, c'est qu'une autre de ses corres- 
pondantes, M*"* Madelon van denBerghe, lui sou- 
haitait en 1672 beaucoup de divertissements dans 
son voyage aux Indes. La sœur d'Adornes touche 
aussi la question de son entrée en religion, mais 
elle ne s'est pas longtemps fait illusion : 

« Vous nous parliés de ce père Carme avec tant de bons 
sentimens que je croyoit que vous aviés le plus grand envie 
du monde de vous ranger sous sa conduite, et que le premier 
foys qu'aurions resu de vos nouvelles vous auriés eut le cha- 
pron sur la teste ; mes à présent je voie bien que les belles 
vous touche plus sensiblement que tous ces pere^ quy pouroy 
estre le si^et de vos indispositions de trop aimer avecq ce 
que le pay contribue un peut d vostre santé. » 



— 11 — 

D'après une lettre écrite de Rome par M"** Marie 
(Montaubant) de Bellegarde, qu'Adomes avait eu 
la bonne chance de réconcilier avec son mari, 
notre voyageur était à Vienne au mois d'octobre 
1672. Cette dame lui parle du grand voyage qu'il 
compte faire, mais il s'était hâté de rentrer à 
Rome ; c'est dans cette ville qu'un M. de Corte de 
Veste * lui adresse de Bruges au mois de novembre 
1672 une lettre fort curieuse dans laquelle il donne 
des détails sur quelques personnes qui firent partie 
de la cour du Roy de Lindre. Les expressions que 
l'on y rencontre ne doivent pas être prises dans le 
sens qu'on leur donne actuellement. 

Après l'avoir félicité sur sa chevalerie de Malte, 
il lui dit : 

« Tezyére que vouz achèverez le reste de votre voiage avec 
non moins de félicité et plus de célérité; je dis avec plus de 
célérité, à cause que je vois que toutes vos Maitresses fCas- 
pirent qu'à votre retour. Et en premier lieu les incompa- 
rables Demoiselles Poelvoorde, qui n'ont autre désir que de 
revoir bientôt leur cher et intime cousin, dont la perfection 
et le mérite ont attiré le cœur de ces deux JHvinitez, et rendu 
toute leur personne idolâtre de votre objet, 

« Pour ce qui regarde Vaimable Hélleweghe, nous avons 
eu Vhonneur de la posséder quelques jours dans nostre ville, 
mais dune humeur chagrine et mélancolique que Von a pu 
aisément jt^er que votre absence luij est tout à fait sensible, 
La dernière fbis que je fus à Gand, je n*ai pas veu paroistre 



< Claude de Corte, seigrnear de Ter Veste, occupa saccessivement, 
de 1672 à 1686, les fonctions de conseiller, d^échevin et de bonrg* 
mestre de la ville de Bruges ; en 1674 il fut nommé tuteur de Thôpital 
Saint- Jean, l'on y conserve son portrait peint par van Oost, fils. 



— 12 — 

les in Demoiselles Caeletoaert, à cause qu*une des detia 

estoii atteinte de la petite vérole, Tay seulement rendu visite 
aux charmantes demoiselles Vanden Berghe, lesquelles fay 
laissé en fiarfaite santé, 

« Je ne vous parle point de la première de toutes vos 
Maitresses, par ce que vous ne m'en avez jamais fait confi- 
dence, je vous diray seulement qu*elle croist en beauté, et il 
semble que la nature luij a donné ce qu^elle octroyé ordinai- 
rement atuv plus accomplies de son sexe; en un mot ses char^ 
mants attraits avec sa jeunesse causent de V émulation parmy 
toutes ces belles, 

t Otrop heureux Adorneî second Adonis! Revenez 
promptement cueillir la fleur et le prix de vos amours, 
A chevez vostre voyage si vous n^aymez à voir regretter votre 
absence par toutes ces gracieuses Dames et particulièrement 
de votre chère cousine Adornes, qui fait tous les fours des 
souhaits pleins de tendresse pour votre heureux retour, 

< Je crois pour asseure que Lonnehen * est mariée ou se 
marie, 

« C. DE CoRTE De Veste. » 

L. St. 
(A continvter,) 

I Apparemment diminutif de Madelon. 



— 13 — 



LES 



EMPRUNTS DES POUVOIRS PUBLICS 



AU Xm» ET AU XIVo SIÈCLE. 



• •••4 



I. 

Ce n'est pas d'hier que les pouvoirs publics, 
rois, princes, administrations communales et 
autres, ont recours aux emprunts pour subvenir 
soit à des dépenses courantes, soit à des dépenses 
extraordinaires, et que ces mêmes pouvoirs pu- 
blics font ce que l'on nomme le service de ses 
emprunts ou leur remboursement, au moyen des 
ressources ordinaires produites par l'impôt, voire 
au moyen d'autres emprunts plus ou moins dé- 
guisés. Nous pouvons remonter, dans l'histoire de 
notre pays et particulièrement de notre Flandre, 
jusqu'au XIV* et jusqu'au XIII^ siècle pour, trou- 
ver déjà une organisation très complète et très 
curieuse du prêt fait par les particuliers aux ad- 
ministrations publiques. 

Les emprunts d'État, des provinces et des com- 
munes se concluent aujourd'hui avec une facilité 



- 14 — 

très grande. Il n'y a jamais pénurie de capitaux 
disponibles et, grâce aux moyens de communica- 
tion faciles, on peut les aller chercher très loin sans 
difficultés. On fait un appel de fonds, on promet 
des primes et un rraiboursement périodique, un 
intérêt suffisant : les souscripteurs affluent dès 
qu'il s'agit d'une administration qui jouit de 
quelque crédit, ou seulement même quand l'a£Paire 
est habilement lancée. 

Voilà de l'argent tout trouvé! On accroît sa 
dett«, il est vrai, mais comme on ne perd pas de 
son crédit, le jeu peut recommencer à des inter- 
valles plus ou moins rapprochés. 

Autre chose étaient les expédients financiers 
auxquels les administrateurs de jadis devaient 
avoir recours. L'argent était d'une rareté ! Le cré- 
dit des pouvoirs publics si faible (avec quelque 
raison d'ailleurs!), le prêt à intérêt défendu par 
l'Église et par les princes * et peu pratique ; les 
bases d'impôt peu nombreuses, le système des 
emprunts à primes inconnu ! 

Comment faisaitK>n donc pour solder les dé- 
penses quand les recettes ne suffisaient pas et 
qu'on voulait éviter la banqueroute, la ruine? 

C'est ce que nous nous proposons d'examiner 
brièvement. 

Les revenus oïdinaires des comtes de Flandre 
comprenaient les produits de leurs biens doma- 
niaux, terres, bois, bruyères, fermes, etc., les 



* Voir rordonnatice de Baudouin do Constaniinople de 1199 dans 
WAHNKiBRio, HUioirê de la Flandre, 1. 1, p. 342 de la trad. Gheldolf. 



— 15 — 

redevances pour l'usage de ce que nous nommons 
aujourd'hui le domaine public : les tonlieux, les 
espiers, et enfin les profits résultant du droit de 
rendre la justice. 

Tous ces revenus ordinaires diminuaient en 
import quand le comte faisait une donation à une 
abbaye, à un couvent ou à une église, quand il 
concédait à une ville des droits de franchise, des 
exemptions de tonlieux, ou une part dans les béné- 
fices de la justice. 

Si les villes, pour obtenir ces faveurs, payaient 
une somme quelconque en argent comptant, cette 
somme formait une rentrée extraordinaire qui, 
rarement, était remployée, comme on dit en 
termes administratifs, c'est-à-dire consacrée à 
l'achat de biens productifs de revenus. 

Les abbayes et les églises se contentaient de 
prier pour le donateur. 

Or des seigneurs qui, comme les comtes de 
Flandre, avaient une cour très luxueuse et très 
coûteuse, des relations princières, des guerres 
fréquentes à soutenir, devaient se trouver souvent 
à court d'argent . 

Il fallait, dès lors, emprunter ou imposer des re- 
devances extraordinaires aux habitants du comté. 

Ce dernier expédient constituait, il est vrai, tout 
bénéfice, car il n'y avait rien à restituer. Mais 
comme il faisait crier les sujets et qu'il soulevait 
parfois des révoltes, on y recourait le plus rare- 
ment possible. 

Les emprunts, eux, se concluaient en somme déjà 
* un peu plus facilement, et surtout, ils ne faisaient 



— 16 - 

pas jeter de hauts-cris, puisqu'on demandait avec 
promesse de rendre. Et, quand le moment de 
rendre était venu, si l'on n'avait rien, on emprun- 
tait à nouveau. A toute extrémité, d'ailleurs, les 
comtes pouvaient imiter le noble exemple de leurs 
supérieurs et suzerains, les rois de France, et 
refuser dé payer leurs dettes. La banqueroute 
était déjà inventée ! 

Nos comtes de Flandre empruntaient très sou- 
vent, et, rien que dans les inventaires de leurs 
archives, dressés par le baron Jules de Saint- 
Génois et M. V. Gaillard, nous trouvons une 
liste très fournie de chartes constatant des prêts 
faits au seigneur par des particuliers ou des villes. 

Ces documents vont nous permettre d'éclairer 
une page intéressante de l'histoire économique de 
nos provinces. 

Les premiers actes inventoriés nous font re- 
monter au milieu du XIIP siècle et ils nous 
amènent, immédiatement, au fait le plus inté- 
ressant de l'histoire financière et commerciale des 
Flandres à cette époque : savoir les relations de 
nos comtes et de nos villes avec les banquiers 
italiens. 

Tandis que nos provinces commençaient, grâce 
à la liberté conquise, à faire grande figure dans le 
monde économique de ce temps, les républiques 
italiennes, et principalement celle de Florence, 
se trouvaient à l'apogée de leur puissance com- 
merciale. 

Florence servait alors de comptoir et d'entrepôt 
au monde connu et, sur cette place, se réunissaient 



— 17 — 

et s'échangeaient les marchandises de l'Orient et 
de l'Occident. De puissantes firmes commerciales 
répandaient le nom florentin dans toute l'Europe 
et l'Asie jusqu'en Chine. Ces firmes avaient des 
correspondants dans tous les pays et négociaient 
leurs marchandises sur toutes les foires. 

La nécessité d'échanger les monnaies reçues en 
payement dans ces diverses contrées, de les éva- 
luer, de leur donner un -cours, avait fait aussi de 
ces commerçants des changeurs et bientôt des 
banquiers. Le commerce et ces opérations de 
banque et de change leur avait acquis une richesse 
et un crédit incalculables ; ils étaient devenus les 
prêteurs en titre de tout l'Occident, de la France, 
de l'Angleterre, de la Flandre. 

Nous avons peine à nous représenter aujour- 
d'hui la manière dont s'opéraient ces négociations 
commerciales d'un bout du monde connu à l'autre. 

Quelle durée dans les transports et quelles diffi- 
cultés à surmonter sur des routes à peine tracées? 
Voit- on ces convois de marchandises traversant 
les steppes de l'Asie, embarquées en Asie mineure, 
débarquées à Florence ou ailleurs, puis traversant 
par charrois toute la France pour arriver jusqu'en 
Flandre? Quels risques, quels périls et quel fret! 

Il y avait, il est vrai, dans les pays occidentaux, 
des étapes où les marchands se rencontraient pour 
ainsi dire à mi-chemin. Ceux d'Italie échangeaient 
alors leurs produits contre les produits des mar- 
chands flamands ; puis, ceux-ci s'en retournaient 
&u Nord avec ce qu'ils avaient acheté, tandis que 
ceux-là reprenaient la route du Midi, A peine y 



— 18 — 

avait-il cependant ainsi des échanges et des trans- 
ports tous les deux mois et l'on a conservé des 
documents qui énumèrent les foires qui se tenaient 
en Champagne et en Brie, ces contrées se trouvant 
sur le grand chemin d'Italie en Flandre * . 

M. L. Simonin, dans la Revue des Deux-Mondes 
(tome I, 1873, p. 645 et suivantes) a fait, d'après 
des documents recueillis à Florence même, l'his- 
toire des anciens banquiers florentins. Il a trouvé, 
dans les archives des banques de cette ville, la 
trace de leurs relations avec la Flandre. 

Nous avons, dans nos archives nationales, 
d'innombrables documents qui attestent que nos 
princes et nos villes étaient continuellement en 
rapport avec des négociants et des banquiers 
italiens. 

Dès le milieu du XIIP siècle les comtes de 
Flandre connaissaient les banques florentines 
et, lorsqu'ils se trouvaient à court d'argent, ils 
avaient recours aux agents et représentants de ces 
maisons, tant en Flandre qu'en France. Ceux-ci 
leur fournissaient immédiatement, contre pro- 
messe de remboursement à une date déterminée, 
toute la monnaie liquide qu'ils demandaient. 

Le 26 mars 1254 (n^» 508 et 508^*" de Vin- 
ventaire des Chartes des comtes de Flandre, par 
V. Gaillard), la comtesse Marguerite de Flandre 
et de Hainaut empruntait par délégation, une 
forte somme à des marchands de Florence. Voici 
ce que dit Vinventaire cité : 

« Égide, prévôt de Douai et Arnould de Gand, 

* WABNKŒNia) Histoire de Flandre; t. II, p, 600. 



~ 19 — 

chanoine de Liège, reconnaissent au nom de Mar- 
guerite, comtesse de Flandre et deHainaut, devoir, 
à titre de prêt, à Aringo Abadingî et Manietro 
Rumbertini, agissant tant en leur nom qu'au nom 
de leurs associés, marchands de Florence, 3360 
livres tournois et 78 marcs stérlings qu'ils pro- 
mettent de restituer, savoir : les 3360 livres tour- 
nois aux prochaines foires de Saint-Aygulfe en 
Provins et les 78 marcs aux prochaines foires de 
Laon", chaque fois avant que l'on crie harey hare, » 

Ce texte suggère de nombreuses remarques. On 
voit d'abord ce qui se confirmera encore plus par 
la suite que ces négociants italiens formaient des 
syndicats, des associations de capitalistes, ce qui 
augmentait leur puissance, et leur permettait de 
répartir les pertes éventuelles. Nos Sociétés ano- 
nymes sont- elles autre chose ? 

Puis l'opération financière, en elle-même, est 
digne de réflexion. Ces marchands florentins qui 
se trouvaient, sans doute, de passage dans notre 
pays prêtaient de l'argent à des représentants de 
la comtesse de Flandre et ils prenaient promesse 
de payement de la dette reconnue, sur un marché 
étranger. Ils possédaient ainsi un bon au porteur 
qu'ils pouvaient passer à un de leurs associés et 
celui-ci, arrivant à Provins ou à Laon avait, en 
cas de payement, une somme d'argent immédia- 
tement disponible pour ses propres acquisitions. 
Cela n'est-il pas une lettre de change ? 

L'emprunt était du mois de mars 1254, la pre- 
mière échéance était en septembre, car le docu- 
ment cité par M. Warnkœnig nous apprend que la 



— 20 — 

foire de Saint- Aygulfe (Ayou ou Aioul) à Provins 
« est livrée le jour de feste de Sainte Croix en sep- 
tembre. » L'autre échéance ne nous est pas connue, 
car le document ne parle pas de la foire de Laon. 
C'était, au moins pour la première somme, un cré- 
dit de six mois que l'on donnait au débiteur. 

Nous avons dit aussi que le remboursement du 
prêt à l'échéance permettait au porteur du titre de 
toucher une somme d'argent qu'il pouvait immé- 
diatement remployer à des achats. En effet, la 
stipulation que nous trouvons à la fin du résumé 
de M. Gaillard : « avant que l'on crie : hare^ hare, » 
s'explique par ce fait que l'on proclamait, par ces 
mots, la clôture du marché. Le document rapporté 
par Warnkœnig répète le mot dans ce passage ex- 
cessivement curieux que nous reproduisons d'après 
la traduction donnée par M. Gheldolf : 

« Dans chacune de ces six foires (de Champagne 
et de Brie), il y a huit jours d'entrée, et depuis 
l'entrée terminée jusqu'à la proclamation de la 
clôture des draps {hare de dras), il y a dix jours ; et 
onze jours après la proclamation de la clôture des 
draps, on vend du cuir à souliers {corduan); et le 
lendemain de la clôture du cuir à souliers, on cesse 
de vendre tout ce qui s'achète à la livre ; et un mois 
après la clôture de la vente des draps, les chan- 
geurs terminent leurs opérations, et quatre jours 
après que les changeurs ont fini leurs opérations, 
on prend lettres en foire. » 

Le traducteur ajoute : « Ces lettres en foire 
étaient des titres de créance privilégiés, qui suffi- 
saient pour entraîner, au besoin, l'expropriation 
des biens immeubles des débiteurs. » 



- 21 - 

Les opérations résultant de ces foires duraient 
donc plus d'un mois et demi. Ceci doit nous don- 
ner une idée du mouvement des transactions qui 
pouvaient s'opérer sur ces marchés à des époques 
bien déterminées et connues longtemps d'avance. 

Mais revenons à nos emprunts. 

Il n'y avait pas que des banquiers de Florence 
pour servir de préteurs aux comtes de Flandre. 
Les emprunts que ceux-ci contractent se succèdent 
à de courts intervalles, et nous voyons que la plu- 
part des villes de la Haute-Italie fournissent des 
prêteurs. 

Ainsi, en 1275 au mois de décembre (n^ 190, In- 
ventaire de Saint-Génois), la comtesse de Flandre 
Marguerite, le comte Gui et son fils aîné Robert, 
empruntent à un syndicat de marchands et de bour- 
geois de Sienne une somme de 3600 livres tournois. 
Ces marchands se nommaient Bernard Roland 
Bonsignor, Nicolas Boniface, Renier Jacques, 
André Christophore, Conrard Berignon, Hugolin 
Renar. Quelques-uns de ces noms reparaîtront 
encore plus loin pour attester les nombreuses rela- 
tions de ces marchands avec les autorités pu- 
bliques de la Flandre. 

La comtesse Marguerite et ses parents en em- 
pruntant ces 3600 livres tournois s'engageaient à 
s'acquitter de leur dette à la foire ^e Lagny en 
1276, c'est-à-dire à l'échéance d'un mois environ, 
et de donner 100 sols d'amende pour chaque jour 
de retard. Ils renonçaient à faire usage de tous 
moyens qui pourraient les soustraire à l'accom- 
plissement de leur obligation. 



^ 22 - 

Nous voyons ici beaucoup de précautions pour 
assurer aux banquiers le remboursement de leur 
prêt, mais nous nous demandons si, en cas de 
refus de payement, il eut été facile de poursuivre 
des gens aussi haut placés que les comtes mêmes 
qui gouvernaient le pays. 

n est remarquable que les banquiers de Sienne 
aient stipulé une amende en cas de retard dans le 
remboursement. Car pour cet emprunt, comme 
pour le premier que nous avons analysé, c'était la 
somme prêtée, et rien de plus, qui devait être 
payée au jour et à l'endroit fixés. Dans le dernier 
cas, après l'expiration du délai, c'était une amende 
de retard, établie par jour, qui accroissait le 
capital. 

D'intérêt, il n'en est pas directement question, 
comme d'ailleurs dans la grande majorité des 
opérations financières du XIIP et du XIV® siècle 
que nous étudierons encore. Cette défense de prê- 
ter, à intérêt était très strictement observée, au 
moins dans les apparences, c'est-àrdire dans les 
termes des actes de prêt et on ne trouve que très 
rarement des stipulations qui peuvent être inter- 
prêtées dans le sens d'une stipulation d'intérêt 
véritable . 

La clause de renonciation « à tous moyens de se 
soustraire au payement » était une clause de style. 
Comme nous le disions tout-à-l'heure, on se de- 
mande quel eut été le recours des prêteurs en cas 
de faillite? Les banquiers italiens virent bien, dans 
la suite, que les paroles royales ou princières ne 
méritaient pas toujours créance. La mauvaise foi 



— 23 — 

des rois fut cause de la ruine des maisons de 
banque italiennes ' . 

Il n'est pas douteux que la dette dont nous 
nous occupons en ce moment ait ét.é intégralement 
acquittée. 

Car, outre la présomption qui résulte de la pré- 
sence mêiçe du titre constitutif dans les archives 
du débiteur, nous voyons aussi que le document 
en question est cancellé, c'est-à-dire tranché dans 
les plis; ce qui, au moyen âge, était un signe 
de libération. L'acte retrouvé dans les archives 
des comtes de Flandre ne peut être que l'original , 
puisqu'il porte sur le pli, au dos, une suscription 
en italien, évidemment écrite par les prêteurs qui 
conservèrent le titre par devers eux ou l'endos- 
sèrent à d'autres pour l'exhiber au jour du paye- 
ment en foire de Lagny. 

n est probable, cependant, que cette dette de 
3600 livres fut « novée, » car il y eut, en 1278, de 
la part des mêmes emprunteurs, une reconnais- 
sance nouvelle pour une même somme augmentée 
de 800 livres tournois. On faisait allusion à un 
prêt antérieur. Le capital de 4400 livres tournois 
devait être acquitté en quatre payements successifs 
de 1 100 livres en foire de Lagny. 

De 1278 à 1309, les emprunts faits par les 
comtes de Flandre à des Italiens par l'intermé- 
diaire de leurs agents se succèdent pour ainsi dire 
d'année en année. U y en a même quelquefois 
plusieurs par an. 

' Voir Tarticlecité de M. L. Simonin. 



— 24 ~ 

Les Poncart de Florence, les Bonsignor de 
Sienne, les Perruchi de Florence et d'autres y 
passent tour à tour. Et ces opérations financières 
se concluent, indiiFéremment , remboursables à 
Troyes, à Provins, à Bar-sur-Aube, à Lagny, etc. 
Il serait fastidieux de les énumérer, car elles ne 
présentent guère de particularités. 

Signalons cependant que, en 1 293 , des banquiers 
d'Asti se font reconnaître, pour prix d un prêt de 
500 livres fait au comte Gui, le droit de s'établir 
comme changeurs à Biervliet (n** 712, Inventaire 
de Saint- Génois). 

En 1307, le comte Robert, qui a succédé à son 
père Gui, reconnaît que Landuche de Florence a 
emprunté pour lui à divers marchands différentes 
sommes, et il déclare qu'il lui a vendu 200 bonniers 
de marais, pour le prix de 20,000 livres parisis de 
faible monnaie en à compte de cette dette. Le 
créancier peut choisir ces 200 bonniers où il vou- 
dra (n^ 1168, Inventaire de Saint-Génois). 

Ce Landuche de Florence était le chargé d'af- 
faires du comte et les sommes dont on fait l'énu- 
mération ont été empruntées en 1306 lorsque le 
comte sortait de la prison où le roi de France 
l'avait retenu. 

La nomenclature des documents relatifs aux 
emprunts faits par les comtes de Flandre à des 
banquiers italiens s'arrête au commencement du 
XIV® siècle*. Elle nous apprend déjà les im- 



» Les archives inventoriées ne contiennent plus, croyons-nous, 
de pièces x)ostcrieures. 



— 25 — 

menées besoins d'argent de nos comtes et comment 
ils parvenaient à les satisfaire/ 

Tous ces emprunts furent remboursés, puisque 
les titres aux mains du débiteur, sont cancellés. 
Mais il est permis de croire que ces dettes, acquit- 
tées au moyen des revenus ordinaires : impôts, 
taxes, etc., perçus par les receveurs du comte, 
absorbaient la majeure partie de ces revenus, sinon 
la totalité. La plupart du temps, il fallait, sans 
doute, emprunter pour payer un autre emprunt, 
c'est-à-dire comme on dit vulgairement, faire un 
trou pour en bouclier un autre. 

On verserait, d'ailleurs, dans une grave erreur 
si l'on croyait que les comtes de Flandre faisaient 
aux seuls banquiers italiens ou lombards la faveur 
de pouvoir leur servir de prêteurs attitrés. 

Il est seulement vrai que ces étrangers fournis- 
saient peut-être le plus facilement de grosses 
sommes. 

Ces puissantes maisons avaient des correspon- 
dants ou des comptoirs à toutes les foires impor- 
tantes de France. Elles donnaient, par spéculation, 
d'un côté en prêt ce qu'elles recevaient de l'autre 
et cherchaient leur profit dans le change. 

Il n'y avait pas d'intérêt stipulé, comme nous 
l'avons vu. Mais, avec l'infinie variété des pièces 
monnayées qui circulaient au moyen âge, les chan- 
geurs recevaient des sommes d'argent en une 
monnaie et rendaient en une autre. Et ils préle- 
vaient leur courtage. Les mêmes personnages 
faisant également le commerce, ils recueillaient 
encore les bénéfices des opérations commerciales. 



— 26 — 

Il nous paraît cependant difficile d'admettre que 
des gens aussi rompus aux affaires et aussi ingé- 
nieux consentissent à attendre quelquefois un an 
le remboursement de leurs prêts, sans apercevoir 
que ces sommes prêtées les privaient, eux, d'un 
capital dont ils auraient pu tirer profit. On ne 
peut croire qu'ils aient consenti à se priver des 
bénéfices qu'ils auraient pu faire s'ils avaient eu ce 
capital à leur libre disposition. En un mot, l'in- 
térêt qui n'était pas stipulé dans les actes se cal- 
culait, peut-être, au moment du remboursement 
sous forme de courtage. 

n n'y en a pas de trace, cependant, et les prin- 
cipes de l'Église catholique, sauf de rares excep- 
tions — nous en rencontrerons — étaient en 
général sauvegardés. 

En tout état de cause, les reconnaissances de 
dette signées par des délégués des comtes de 
Flandre, à plusieurs mois d'échéance, et payables 
« au porteur, » pouvaient se négocier plusieurs 
fois pendant l'intervalle des échéances, pouvaient 
passer de main en main ou de comptoir de banque 
en comptoir de banque, en guise de monnaie pro- 
prement dite pour le payement de marchandises. 
Ces titres devenaient ainsi des espèces de billets de 
banque et étaient l'occasion de bénéfices sur Tachât 
et la revente de marchandises. 

Nous trouverons encore d'autres indices sur la 
nature des bénéfices que faisaient les marchands- 
banquiers. 

Dès le commencement du XIIP siècle, et même 
avant qu'il soit question de florentins ou d'habi- 



— 27 — 

tants de Sienne, les comtes de Flandre s'adres* 
salent régulièrement à des Lombards indigènes, 
nous voulons dire Flamands et ils eurent des rela- 
tions très suivies, notamment avec de puissantes 
maisons d'Arras. 

On rencontre, dans V Inventaire de Saint- Génois 
la mention de plus de trente actes d'emprunts con- 
clus dans cette ville et V Inventaire de Gaillard en 
cite aussi une dizaine. Ils vont de 1224 à 1297 et, 
pour les années 1265 à 1268, il y en a parfois plu- 
sieurs par an. 

Force nous est d'en analyser quelques-uns. 

En 1265, le comte Guy ou sa mère Marguerite 
empruntent 2400 livres parisis à un Louchard 
d'Arras, 3000 livres à Mathieu dit de Paris, éga- 
lement d'Arras, 1445 livres parisis à Jakemon 
d'Arras, 800 livres à Josiel Esturion d'Arras, 
3157 livres parisis à Jean Paris d'Arras*. Diffé- 
rents termes sont fixés pour les remboursements 
et M. de Saint-Génois nous apprend que dans 
l'acte d'emprunt à Josiel Esturion se trouve la 
phrase : « sans nul vilaine convenance » qui fait 
allusion à l'usure ou intérêt et qu'elle se trouve 
dans la plupart des autres reconnaissances. 

Que devons-nous penser, cependant, quand nous 
voyons, en 1266, le comte Guy et sa mère em- 
prunter à Aude f roi Louchart d'Arras (les Lou- 
chart étaient donc aussi une famille de banquiers) 
une somme de 4247 livres et demie et promettre 
en plus une somme de 577 livres 16 sols parisis 



< N<» 113, 114, 115, 116, Inventaire de Saint-Génois; n<' 611, 
Inventaire de Gaillard. 



— 28 — 

pour les frais (n^' 120, 121, 122, Inventaire de 
Saint- Génois)? 12 °/o à peu près de frais, c'est bien 
cher et cela commence à ressembler beaucoup à 
de l'intérêt, sinon à de l'usure. 

Ces Louchart d'Arras deviennent bientôt les 
banquiers en titre de la Cour comtale. Le seigneur 
les traite de bon ami. Aux Louchart d'Arras, se 
joignent les Leborgne, les Crespin, les Mathieu, 
tous banquiers ou chefs de maisons de commerce 
de la même ville qui font métier de prêter aux 
comtes les sommes d'argent dont ils sont toujours 
à court. 

Quand le moment paraissait peu favorable pour 
que le seigneur empruntât personnellement — 
quand, par exemple, qu'il y avait trop de pro- 
messes en circulation — on avait recours à des 
intermédiaires, et, dès 1272, les comtes avaient 
pris l'habitude de faire faire les emprunts par des 
administrations communales, qui restaient débi- 
trices envers les prêteurs, mais livraient l'argent 
au seigneur. 

L'acte du 26 avril 1272 (n° 165, Inventaire de 
Saint-Génois) nous apprend que les échevins de la 
ville de Béthune ont emprunté 1407 livres parisis à 
un syndicat de marchands d'Arras, et que Robert, 
fils aîné du comte, déclare que cette dette a été 
contractée pour lui. Afin de se libérer envers les- 
dits échevins et pour les couvrir de leur avance, 
il leur assigne les recettes des quatre villes de 
Béthune, Rickebourg, Le Gorghe et Bruay. L'ori- 
ginal de cet acte, qui est cancellé en signe de 
paiement, porte au dos la phrase suivante que 



— 29 — 

reproduit M. de Saint-Génois : pro debito quod 
conlinetur in ista littera soluté fueruni pro usuBis 
una vice 248 lib. parisis et alia vice, videlicet quum 
debitum factum fiierit primo 200 lib. et amplitts. 

Cette phrase est caractéristique. Elle- nous 
confirme dans les conjectures que nous avons 
faites au sujet des stipulations d'intérêt qui ac- 
compagnaient tacitement tous les actes d'emprunt. 
Si nous la comprenons bien, elle signifie que l'on 
paya au moins 450 livres d'intérêt en deux fois, 
pour un capital de 1407 livres. Cela n'était plus 
de l'intérêt, mais bien certainement de l'usure ! 

En 1286 (n** 422, Inventaire de Saint-Génois) ce 
sont les échevins d'Audenaerde qui empruntent 
2490 livres parisis aux Crespin, tandis que les 
échevins de Furnes leur empruntent 1400 livres 
parisis (n^ 423 dito); le tout pour le compte de 
Robert, fils aîné du comte. 

Ces opérations, conclues en novembre 1286, 
échoient le 11 février suivant, avec une augmen- 
tation d'un cinquième de toute la somme {Quint 
délie dette). 

En 1290 (n^ 530 dito) les échevins de Dunkerque 
empruntent, pour le comte Guy 240 livres à Lou- 
chart et, en 1291, 655 livres 10 sols aux Crespin 
(n** 590). Enfin en 1295, ce sont, de nouveau, les 
échevins de Béthune qui prêtent leurs bons offices 
et leur crédit au comte Robert pour s'endetter 
de 3240 livres envers les Crespin. Et, quand le 
terme du payement arrive, Robert se trouvant 
hors d'état de payer, il faut que les échevins renou- 
vellent la dette pour un nouveau délai d'un an. 



— 30 — 

Les banquiers y consentent, moyennant 16 livres 
par 100 livres. 

Nous voici donc fixés. Malgré toutes les inter- 
dictions de l'Église, le prêt à intérêt existe et se 
pratique dès le XIIP siècle. Il n'est pas toujours 
stipulé dans les actes, mais il était, la plupart du 
temps, sous-entendu. Et nous remarquons qu'il 
est affirmé avec le plus de certitude dans les actes 
d'emprunts contractés par des administrations 
communales. C'est ce que nous verrons encore 
plus loin. 

Ij Inventaire de Gaillard (n** 532) cite cet emprunt 
fait par les échevins de Béthune en 1296 et il 
ajoute, en résumant la pièce, que le comte Robert 
s'oblige de retirer les obligations souscrites par la 
ville de Béthune et autorise celle-ci, dès à présent, 
à percevoir, tant à Béthune qu'à Bruai et à le 
Gorghe, tous ses revenus, soit en prés, en bois, 
en eau, enterres, en rentes, en reliefs, en octrois, 
en entrées, en issues et autres choses, jusqu'à ce 
qu'elle soit satisfaite de ses avances. 

Nous avons ici une énumération partielle des 
sources de revenus ordinaires des comtes de 
Flandre. Et nous voyons, comme nous l'avions 
conjecturé, que les gouvernants de la Flandre 
prenaient sur ces revenus ordinaires ce qu'il fallait 
pour payer les emprunts extraordinaires qu'ils 
avaient contractés. Il va de soi, que lorsque les 
revenus seigneuriaux se trouvaient ainsi entamés, 
il eut été sage de diminuer d'autant les dépenses 
ordinaires, mais la comptabilité des comtes n'était 
pas aussi précise que cela et, quand la caisse se 
trouvait vide, on empruntait de nouveau. 



— 31 — 

La situation n'était donc jamais bien nette. 

Nous avons, jusqu'à présent, réuni à dessein les 
preuves des relations des comtes avec les banquiers 
d'Italie et d'Arras parce que ces deux catégories 
de commerçants ont été les prêteurs par excel- 
lence, et qu'elles étaient les plus puissantes de 
l'époque. Mais il ne faudrait pas croire que ce fut 
à eux seulement que nos seigneurs s'adressaient 
pour avoir de l'argent. U y a presque tout autant 
d'emprunts faits à d'autres possesseurs de capitaux. 

Nous trouvons, par exemple, parmi ces prêteurs 
le comte de Luxembourg (n® 111*, Inventaire de 
Saint-Génois), le seigneur de Gavre (n^ 119), des 
bourgeois ou marchands de Douai (n°* 134, 139, 
140, 242, 470, 669), des sergents ou receveurs 
subalternes du comte (n«« 164, 590, 592, 684), des 
échevins de grandes villes (n'' 224), des bourgeois 
de Bruges (n°» 649, 652, 686, 732, 790), des bour- 
geois d'Ypres (n° 654), des bourgeois d'Audenaerde 
(n^ 665), les Templiers (n^» 667, 687, 904), des 
bourgeois de Gand (n^» 679, 685, 850, 968, 970, 
987, 998, 1020, 1023), des bourgeois de Paris" 
(n« 713), de Damme (n«» 788, 1016), de Lille 
(no 861), etc. 

La liste en est vraiment trop longue et quel- 
qu'intérêt que la plupart de ces actes d'emprunt 
présente nous ne pouvons nous y arrêter. 

Remarquons, cependant, que le prêt de 4000 
livres fait en 1277 (n^ 224), par les échevins et la 
commune de Bruges porte cette condition spéciale 
qne, jusqu'au remboursement, la ville sera exempte 
de tout service d^ost ou de chevauchée et de toute 
taille quelconque. 



- 32 — 

Nous lisons aussi dans l'acte d'emprunt de 1000 
livres fait en 1293 par le comte Guy au comman- 
deur des maisons du Temple en Flandre (n^* 687), 
que la somme sera remboursée à la renenge de 
l'an 1294 et ce mot amène une explication néces- 
saire. 

C'est une corruption du vieux mot flamand rede- 
nynghe, aujourd'hui rekening et signifie ici le jour 
de la reddition des comptes * . Ce mot que l'on 
orthographie indifféremment renenghe, reninge, 
reninghe, etc., s'applique, dans sa généralité, à tout 
ce qui regarde la comptabilité des comtes de 
Flandre. Il désigne à la fois les revenus ordinaires 
et les comptes rendus par les receveurs. C'est, plus 
spécialement, la reddition même àe ces comptes. 

Il y avait des jours fixes où les receveurs du 
comté tout entier se réunissaient dans l'une ou 
l'autre ville pour faire le total des revenus du 
seigneur. Ils constituaient ainsi la chambre dite 
des rennengues. 

En parlant donc d'un remboursement à la re- 
nenge prochaine, le comte Guy entend le jour où 
il aura touché l'argent que ses receveurs lui appor- 
teront à la prochaine reddition de leurs comptes. 

Ce ne sera donc pas trop sortir de notre sujet 
que de rechercher, en quelques mots, comment 
était administrée la fortune du comte de Flandre à 
cette époque V 



' Meêsager des Sciences^ 1840, p. 289 et Inventaire des Archives 
de Bruges : glossaire flamand, verbo : redenynghe. 
* D'après les pièces analysées dans Vinventaire de Gaillard. 



— 33 — 

Tous les revenus du comté étaient recueillis, 
chacun par un fonctionnaire spécial. Les sous- 
baillis rendaient, dans chaque district, compte 
aux baillis. Ceux-ci dressaient les rôles de leurs 
recettes et portaient en dépenses leur traitement, 
les traitements de leurs employés et toutes les 
sonmies qu'ils avaient dû payer pour le besoin 
de leur- office ou par ordre supérieur. Ils se 
constituaient débiteurs du reliquat qu'ils payaient 
en monnaie, le jour de la reddition générale des 
comptes, de la renenghe, entre les mains du comte 
de Flandre ou de son receveur général. 

On prélevait sur l'argent ainsi recueilli les dé- 
penses particulières de la cour comtale, les dé- 
penses extraordinaires des expéditions et voyages, 
les dons en espèces. Toutes donations de terres, 
faites aux couvents, au^ églises, toute vente de 
terre faite aux communes, toute exemption de 
taxes accordée aux particuliers et aux villes ve- 
naient diminuer les sources de revenus. 

Alors quand on était à bout et que l'emprunt 
devenait difficile, on levait des tailles extraordi- 
naires. 

Il est plus que probable que les comtes de 
Flandre ne surent jamais au juste quelle était leur 
fortune et le montant de leurs revenus annuels. 
Ils allaient de l'avant sans se soucier de l'état 
de leurs finances. Leur peuple était, en somme, 
taillable et corvéable à merci. 

Encore le comte ne touchait-il qu'une partie de 
ses revenus. En passant par tant d'intermédiaires 
différents, peu contrôlés, le produit des impôts 

3 




— 34 - 

devait, sans doute, subir quelque diminution. Il y 
avait du « coulage » du bas en haut de l'échelle 
hiérarchique des fonctionnaires du prince. 

Comment n'en être pas certain, puisque nous sa- 
vons qu'à un moment donné (1306) le receveur gé- 
néral du comte, Thomas Fin et sa famille (tous 
de la compagnie des Gallerans de Sienne) furent 
convaincus de dilapidation et de malversations 
énormes? Ce comptable prétendait avoir payé au 
roi de France des sommes de plusieurs miUiers de 
livres, en exécution du traité de paix de 1305, 
mais il ne reproduisit jamais les quittances. Le 
maître des comptes du roi de France le traitait de 
trecheur (n°* 1151, 1152, Inventaire de Saint- 
Génois). 

Le curieux, c'est que l'un de ces frères Fin fit, 
en 1309, un testament où il léguait au comte en 
restitution de ses malversations tout ce qu'il pos- 
sédait. Il priait le prince de vouloir bien faire 
en sorte qu'il fut inhumé en terre bénite comme il 
convient à un chrétien (n^ 591 de V Inventaire 
Gaillard). C'était un aveu. 

Quant à l'autre, Thomas Fin, il dut finir par 
rendre gorge et l'on établit son compte en 1314 
(n^ 592 dito *). 

Maurice Heins. 

(A suivre.) 

> M. Gaillard avait promis d'étudier spécialement cette page inté- 
ressante de l'histoire des finances des comtes de Flandre. Nous ne 
savons pas que la notice annoncée ait été publiée. Ce chercheur 
est mort trop tôt. 



— 35 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 

Sous les périodes espagnole et autrichienne*. 



(Les Étçits de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et rester n'est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu'en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce que nous sommes, plus nous 
démêlerons sûrement ce qui nous convient.... 

(H. Taike. Les oingines de la France contem- 
poraine. L'ancien régime.) 

TITRE III, 

DES RÊUIIOaS DES ÉTATS ET DE LA FORME DE LEURS DÉLIDÉRRTIONS. 



§1. 

Lien de Rénnlon. 

On a vu qu'à l'origine, les Parlements se tenaient 
alternativement dans l'une ou l'autre localité de la 
province. 

* Suite. Voir Messager des sciences histor,f 4« livr. 1890, p. 444. 



— 36 — 

A partir de la transformation des Parlements en 
États, les réunions se tinrent dans chacune des 
chefs- villes, à tour de rôle. 

Au XVIP siècle, il en était encore ainsi. 

Vers la fin de ce siècle, cependant, quelque temps 
après l'entrée en fonctions de Maximilien de Ba- 
vière, comme Gouverneur général des Pays-Bas, il 
y eut une tentative de fixer les États à Gand. Le 
nouveau Gouverneur général avait pris cette me- 
sure, assez légèrement, semble-t-il, sur les instances 
de ceux de Gand. 

Il ordonna donc, en 1692, à l'Assemblée qui 
se tenait à Bruges pour l'audition des comptes ' 
d'achever cette audition à Gand, et de s'y tenir 
provisoirement « le tout » cependant « sans pou- 
« voir estre tiré à conséquence, ny servir d'aucun 
« préjudice pour l'advenir au droit de ceux de 
« Bruges et du francq d'avoir la d^ assemblée chez 
« eux alternativement avec ceux de Gand. » 



* n s'agit de l'audition des comptes de la province. Cette formalité 
s'accomplissait à l'intervention dea Députés des États et de deux 
Commissaires du Gouvernement. Voici, du reste, un acte de nomi- 
nation de ces Commissaires : « Sur ce que les Quatre Membres du 
pays et conté de Flandres auraient reinonstré aux chief Trésorier 
général et commis des finances du roy que les commis a la Recepte 
des vieulx Impotz courans au dict pays doibvent rendre compte de 
deux années de leur administration, suppliant par tant que auditeurs 
fussent ordonnez pour laudiiion d'Iceulx. Les dits des finances ce 
que dessus considéré désirans les dits comptes estre au plus tost oyr, 
cloz et affinir, ont pour et au nom de Sa Majesté commis et ordonné, 
commettent et ordonnent par cestes, Engelbert Verreyken, conseiller 
et maître de la Chambre des comptes à Breda et Femand de Steelant 
aussi conseiller, Leur donnant pouvoir, acte et mandement especial 
de avecq les députez des dits Quatre Membres oyr et examiner les 
comptes des dits Impotz pour les dits deux années etc. » (Archives 
communales de Gand, Inventaire cité, 1596| série 92/29), 



- 37 - 

Malgré cette réserve, les Magistrats de Bruges 
et du Franc, ainsi que le Clergé de Bruges, récla- 
mèrent vivement. 

Le Roi dut intervenir, et voici le passage essen- 
tiel et bien intéressant de la lettre qu'il adressa à 
ce propos, à « très révérends, révérends pères en 
« Dieu, vénérables, chers et féaux, chers et bien 
« amez, les ecclésiastiques et Membres de notre 
« province de Flandres représentant les estats 
« d'icelluy pays ou leurs Députez : ceux des Magis- 
« trats de nostre ville de Bruges et du pays et 
(c terroir du francq. Joints avec eux, ceulx du 
« clergé du district de Bruges, ayans représenté à 
ce notre Gouverneur général des Fays-Bas, que de 
« tous temps Immémorial, mesmes depuis Vlnstitu- 
« tion des Estats de nostre province de flandres, 
« rassemblée de leurs Députes se seroit tenue altér- 
ai nativement en nostre ville de Gand, et en celle de 
« Bruges^ et au francq ^ que cela aurait esté ainsy 
« réglé pour nostre plus grand service et celluy du 
« public et que ce nonobstant ceulx de nostre ville 
« de Gand auraient obtenu une lettre de nostre dit 
« Gouverneur général, le 20® de novembre dernier 
« par laquelle il seroit ordonné aux dits députez de 
<c tenir leur assemblée en nostre dite ville de Gand, 
« avecq cette modification néantmoins, que cela ne 
« pourra estre tiré en conséquence. Nous vous fai- 
« sons la présente à la délibération de nostre dit 
« Gouverneur général pour vous dire que, comme 
« les remonstrans insistent à avoir l'assemblée à 
« leur tour en nostre ville de Bruges et qu'elle y 
« y at desia commencé l'audition des comptes. 



- 38 - 

« Nous leur avons accordé la continuation de l'au- 
a dition des dits comptes, et qu'ensuite les députez 
« pourront retourner à Bruges, aussitôt qu'Us 
« auront adjusté etc. * » 

Cet incident est caractéristique ; il prouve que 
chaque chef-collège tenait vigoureusement la main 
à ce que rien ne fût changé à l'ancienne coutume 
qui voulait que les États fussent ambulatoires. 

Quoiqu'il en fût, et nonobstant l'ordre du Roi, 
on peut constater, qu'à partir du commencement 
du XVIIP siècle, le lieu ordinaire des réunions fut 
à Gand. 

Il y eut encore, à la vérité, des réunions à Bruges 
et au Franc, mais ce n'était alors, le plus souvent 
du moins, que pour l'audition des comptes. 

Nous disons « le plus souvent » parce qu'il y 
eut aussi plusieurs tentatives de perpétuer l'As- 
semblée soit à Bruges, soit au Franc. Chaque chef- 
collège tâchait de faire pencher la balance de son 
côté. 

Ainsi, en 1724, des manœuvres assez singu- 
lières • furent imaginées pour faire rester à Bruges, 
l'Assemblée qui y était alors pour l'audition des 
comptes. Cette tentative fut déjouée, grâce au 
CoUège des Échevins de la Keiire de Gand, qui 
protesta si haut et si ferme auprès du Gouverne- 
ment, qu'il finit par obtenir gain de cause. Le 
Gouverneur général qui était, pour lors, le mar- 
quis de Prié, décida que l'Assemblée qui se tenait 



1 Archives communales de Gand, Inventaire cité, série 91/4. 
« Id., fd., série 91/9. 



— 39 - 

à Bniges se séparerait aussitôt que Taudition des 
comptes serait terminée, et que les Députés se 
rendraient à Gand « comme il s'était pratiqué par 
le passé. » \ 

Ceux de Bruges cependant ne se tinrent pas 
pour battus, car peu d'années après, en 1728, ils 
renouvelèrentleur tentative, d'ailleurs sans plus de 
succès, et les États continuèrent, dès lors, de se 
tenir alternativement à Gand et à Bruges, mais, le 
plus souvent dans la première de ces deux villes. 

L'endroit de la réunion à Gand était l'hôtel de 
ville. 

Anciennement, sous les ducs de Bourgogne, il y 
eut des réunions à l'hôtel Saint-Georges. En 1488, 
par exemple, des ambassadeurs et Députés des 
États généraux, réunis à Malines, furent envoyés 
pour traiter de la délivrance de l'archiduc Maxi- 
milien retenu prisonnier par ceux de Bruges. Voici 
ce que rapporte à ce sujet Zaman (p. 119) d'après 
Molinet : « Les seigneurs de Gand advertis de leur 
« venue, deux Eschevins et Maître Jean de Steen- 
« werpere les vinrent saluer et dirent que les 
« seigneurs de la ville les envoyèrent vers eux 
« monstrant signe qu'ils étoient forts joyeux de 
« leur venue. Le lendemain se trouvèrent les dits 
« Députez à l'Hôtel Saint-Georges appartenant 
« aux Arbalestriers où vinrent assez tôt les abbez 
« de Saint-Bavon, Evêque de Rosen, de Saint- 
« Pierre, d'Eenam et des Dunes, ensemble Cheva- 
« liers et Gentilshommes et autres représentant 
« les États du pays de Flandres avec eux les trois 
« Membres, à scavoir Gand, Bruge et Ypre, les- 



— 40 - 

« quels par Maître Guillaume De Zoutte chef Pen- 
<t sionnaire de Gand firent proposer et mettre avant 
« plusieurs complaintes etc. » 

Mais, déjà. sous le régime espagnol, les réunions 
avaient lieu à l'hôtel de ville. Ainsi, Zaman égale- 
ment (p. 155 et suiv.), donne la relation d'une 
réunion qui eut lieu en présence du comte d'Eg- 
mont, agissant comme représentant de la duchesse 
de Parme : « Den voomoemden Heere Grave van 
Egmont zynde ter soldere op het Schepenhuijs al- 
waer die van de Staeten, steden en de casselrijen 
vergadert waren » etc. 



§2. 
Mode de Délibération. 

L'initiative de la convocation des États appar- 
tenait au Gouvernement. 

Jusqu'en 1744, cette matière rentrait dans les 
attributions de l'Office de l'Audience. 

Une ordonnance du 20 juin 1744 * supprima 
l'Office de l'Audience. 

A partir de cette époque, les lettres de convo- 
cation aux États des provinces, pour une matière 
d'État supérieure, émanèrent de la secrétairerie 
du Conseil d'État. 

Pour les inaugurations et les matières passant 

' Recueil dcB Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. YI, 3' série, 
pp. 39 à 49. 



— 41 — 

par la consulte du Conseil privé, la convocation 
— et les instructions et actes y relatifs — fut faite 
par la secrétairerie du Conseil privé. 

Et enfin, les convocations pour demander des 
subsides ordinaires et extraordinaires, avec les 
instructions y relatives, émanèrent du Conseil des 
finances. 

En Flandre, les États ne votaient et ne délibé- 
raient pas en commun . 

Toutes les matières destinées à passer par les 
États étaient présentées à l'Assemblée des Députés 
ou la Députation, laquelle, après avoir recueilli 
les avis des « subalternes, » les transmettait à 
chacun des chefs-collèges. 

Les membres de la Députation qui étaient les 
représentants de l'élément délibératif des États, 
c'est-à-dire des ecclésiastiques et des chefs-col- 
lèges, convoquaient les clergés des diocèses et ces 
chefs-collèges, lesquels se réunissaient en assem- 
blée plénière * et délibéraient sur la proposition 
après avoir pris connaissance des avis formés par 
réléînent consultatif. La résolution de chacun des 
chefs-collèges était ensuite envoyée à l'Assemblée 
de la Députation ou des Députés, laquelle formait 
le résultat et le transmettait au Gouvernement. 

Voici d'ailleurs les termes du décret du 20 mars 
1597 • qui régla le mode de délibération des États, 
jusqu'en 1754. Ce décret étant très important dans 
la matière qui nous occupe, nous le reproduisons 



* On a vu quelle était la composition de ces Assemblées plénières. 
« Placards de Flandre, livre IV, p. 336. 



- 42 - 

in extenso : « Son Altesse ayant entendu ce que les 
Quatre Membres des pays et Comté de Flandres lui 
ont remontré touchant certaine sentence rendu au 
Grand Conseil du Roi notre Sire le 5 de Novembre 
dernier au profit des Ecclésiastiques du dit Pays, 
par laquelle iceux Membres disoient être chargée 
et altérée la forme des accords, d'icelui Pays, à 
l'occasion de quoi les Aydes de Sa Majesté pour- 
roient beaucoup être retardées et empêchées au 
grand desservice d'icelle et préjudice du dit Pays, 
pour à quoi remédier. Sa dite Altesse auroit 
ordonné Commissaire au nom de Sa Majesté pour 
appeller les Députés d'icelles Parties étans présen- 
tement en Cour, afin d'ouïr leurs différens débats, 
raisons et allégations, pour les accorder et ramener 
à une union et accord mutuel, discédant le moins 
qu'il fut possible de la forme ancienne observée es 
accords des Aydes dudit Flandres, par laquelle Sa 
Majesté a été bien servie par les États du dit Pays , 
en laissant toutefois jouir les dits Ecclésiastiques 
de ce que par la dite sentence du Grand Conseil leur 
a été concédé, en quoi à la vérité, et la chose bien 
entendue, n'y a eu guère de changement, car après 
avoir diverses fois conféré par ensemble, et mis par 
écrit par l'une et l'autre Partie de la forme gardée 
es dits accords jusques à présent, ne s*est trouvé 
chose à change?* ou innover contre Vusance passée, 
partant s'observera encore à Vavenir le même ordre 
et forme, qui est cCappeller les États de Flandre, pour 
comparoir, ouir, répondre et conclure sur la propo- 
sition de la demande faite par les Commissaires de 
Sa Majesté, ou iceuco Ecclésiastiques, comme toujours. 



— 43 - . 

tiendront le premier rang et assiette, pour par les 
dits Ecclésiastiques et Quatre Membres, après avoir 
eu préalablement communication de ce que fait aura 
été par les Nobles, Villes et Châtellenies subalternes, 
faire leur retraite chacun vers les siens, et y convo- 
quer et assembler leurs fiotables et communes et sup- 
pôts des quartiers, respectivement pour y prendre 
chacun une finale résolution en son regard, et ce fait 
étant les dits Ecclésiastiques et Quatre Membres re- 
joint ensembles et leur avis et résolutions veux et 
arrêtés, en être par iceuœ Ecclésiastiques et Quatre 
Membres à la pluralité des voix, dressé Vacte d accord 
conséquemment présenté en Cour pour être accepté, 
en quoi la voix des dits Ecclésiastiques sera comptée 
pour une cinquième voix, et au regard de l'audition 
des comptes iceux Ecclésiastiques y auront leurs 
Députés selon ladite sentence, et y assisteront 
comme les Députés d'iceux Quatre Membres en 
présence des Commissaires de Sa Majesté qui y 
ordonneront (Parties ouïes) ce que de raison et 
es matières plus grandes, en pourront les dits Com- 
missaires consulter la Cour ou autres supérieurs, 
pour y ordonner selon équité, raison et justice, 
prenant égard aux allégations et soutenus respec- 
tivement les dites Parties, moyennant lequel Règle- 
ment tous les débats et différens entre les dites 
Parties cesseront pour par icelles de commun ac- 
cord servir et assister Sa Majesté de leurs moyens 
en cas de nécessité comme est la présente et 
comme chacune Partie dit en avoir la volonté. 
Fait au Conseil d'État tenu à Bruxelles , le 20 de 
mars 1597 etc. » 



• — 44 — 

On constatera, quand nous examinerons en 
détail la procédure suivie pour l'octroi d'un sub- 
side, que cette marche fût, à peu de chose près, 
toujours scrupuleusement observée jusqu'à la ré- 
forme de 1754. 

On vient de voir que le décret de 1597 char- 
geait les Députés des Quatre Membres et ceux des 
Ecclésiastiques de convoquer les collèges qu'ils 
représentaient. 

Il n'y eut jamais rien d'expressément stipulé 
quant à la convocation des Nobles et des « subal- 
ternes, » mais la coutume voulait qu'ils fussent 
convoqués par le Conseil de Flandre. « Estant la 
proposition dernièrement faicte le quatrième du 
mois de septembre de la part de Vostre Altesse au 
nom de Sa Majesté communiquée aulx Ecclésias- 
tiques, Nobles, villes, chastellenies et subalternes 
du pays et conté de Flandre ad ce selon coustume 
convocquez par lettres de ceulx de vostre Conseil 
de Flandres... les Quatre Membres du dist pays et 
conté de Flandres ayant veu les adviz des dits 
convoquez » etc. *. On voit que les Ecclésiastiques, 
avant qu'ils eussent définitivement acquis voix 
décisive et fussent ainsi représentés par des Dé- 
putés à l'Assemblée de la Députation, étaient éga- 
lement convoqués par le Conseil de Flandre. 

Enfin les séances n'étaient pas publiques, et 
même tout ce qui ne concernait point directement 
le public était soigneusement tenu secret*. 



' Archives communales deGand, 1595, Inventaire cité, série 92.29. 
• Voir notre note insérée au Messager des Sciences hisioriqxies de 
Belgique, t. LXIV, année 1890, livraison de mars. 



— 45 — - 

Chaque chef-collège, venons-nous de voir, avait 
aux États une voix collective et décisive. 

n y avait donc en Flandre, avant 1678, cinq 
voix décisives. 

Après 1678, c'est-à-dire après la cession d'Ypres 
à la France, il n'y eut plus que quatre voix déci- 
sives : le Clergé et les villes de Gand et de Bruges, 
ainsi que le Franc de Bruges. 

Antérieurement à l'année 1678, c'est-à-dire avant 
la cession d'Ypres, le nombre de voix étant de 
cinq, les résolutions étaient prises à la pluralité des 
voix (décret du 20 mars 1597). 
' Lorsque, par suite de la cession de cette ville à 
la France, le nombre des voix fut réduit à quatre, 
la pluralité, pour V affirmative; fut formée par dei^oo 
suffrages. 

Toutefois, des difficultés s'étant présentées, le 
Grouvemement crut nécessaire de rendre le 9 oc- 
tobre 1704, un décret* aux termes duquel, il fut 
stipulé, entre autres : « Que dans toutes les propo- 
sitions et demandes qui se feront de la part de Sa 
Majesté, la pluralité sera formée à deux suffrages 
pour l'affirmative, tant dans les coUaces, chefs- 
collèges, que dans l'Assemblée des Députés, ainsi 
qu'il a été pratiqué jusqu'à présent, si longtemps 
que la province restera à quatre suffrages. Que le 
même sera observé en tout ce qui sera proposé par 
les Députés de l'Assemblée aux collaces et aux 
chefs-collèges, pour le bien et l'utilité de la pro- 
vince. » 

» Placards de Flandre, livre IV, p. 337. 



— 46 — 

Le règlement des archiducs Albert et Isabelle du 
19 septembre 1614, dont nous avons déjà eu l'oc- 
casion de parler, renfermait une disposition assez 
ingénieuse. Elle consistait en ceci, c'est que, en 
matière de propositions faites par Sa Majesté — 
en d'autres termes de demandes de subsides — les 
abstentions ou refus de vote étaient considérés 
comme un acquiescement à la demande : « Sur 
lesquelles propositions et avis iceux Ecclésiastiques 
Quatre Membres prendront les résolutions qu'ils 
trouveront convenir à pluralité de voix; et s'il 
advient que aucun des dits Membres soit en faute 
ou refuse de déclarer son opinion, tel silence ou 
refus aprez le laps des dilays ordinaires sera tenu 
pour consentement et accord de ce que aura esté 
proposé * . » 

Cette disposition parait d'ailleurs avoir été de 
jurisprudence constante, car nous la retrouverons 
plus tard, dans le décret de réforme du 5 juillet 
1754. 

^ Placards de Flandre, 1, p. 847, art. 2. 



— 47 — 



TITRE IV. 

DES ATTRIBUTIONS ET PRÉROGATIVES DES ÉTATS ET DES SUBSIDES. 



§1- 
Des Attributions et Prérogatives. 

. MM. Pycke < et Faider * ont recherché et établi 
quels furent les principes ou droits constitution- 
nels communs à toutes les provinces et que le sou- 
verain était tenu de respecter. 

Nous n'avons à nous occuper ici que de ceux 
ayant rapport à l'administration provinciale et 
nous les relatons ci-après ' : « Les peuples de cha- 
cune des provinces étaient représentés par les États. 

« La nation ne pouvait être chargée d'impôts sans 
le consentement exprès des États. La Belgique n'était 
pas un pays d impôts mais de subsides. 

« Les mains mortes ne pouvaient acquérir des 
biens immeubles sans consentement du Souverain et 
des États, et seulement à titre onéreux. 

<c Le pouvoir législatif appartenait au Prince 
après avoir consulté et entendu les États des pro^ 
vinces et les conseils souverains. » 

Le Gouvernement chercha toujours à restreindre 

*■ Ptcke, De îa Législation et des Tribunaux {Mémoires couronnée, 
t»lV,p. 47etBuiv.). 

* Faidbb, Études sur les Constitutions nationales, p. 142 et Buiv. 

3 Les passages imprimés en caractères italiques sont extraits des 
travaux de MM. Faider et Pycke. 



— 48 — 

le pouvoir des États sous ce rapport. Voici ce que 
dit, à ce sujet, le comte de Neny, chef-président 
du Conseil privé * : u La puissance de faire des loix 
n'appartient aux Pays-Bas qu'au Souverain seul ou 
à celui qui exerce son autorité suprême. C'est au 
Conseil privé que se traitent les afifaires relatives à 
la législation. 

« Conmie il est de la gloire d'un prince de ne 
rien établir qui ne mérite de durer toujours, la 
prudence exige qu'il consulte bien avant que d'or- 
donner^ qu'il écoute pour être obéi sans représen- 
tation, et qu'il donne une autorité solide à ses 
ordonnances par la sagesse de la justice. 

« C'est d'après ces principes, lorsqu'il s'agit 
d'émaner une nouvelle loi dans les Pays-Bas, que 
souvent on consulte les tribunaux supérieurs de 
justice, et quelquefois les Étals des provinces^ nom- 
mément dans les cas où il est question de défendre 
ou de limiter pour un tems l'exportation des 
fruits de la terre, parce que les États sont censés 
connaître les besoins et les ressources des peuples 
à cet égard. » 

L'éminent archiviste général du royaume, 
M. Piot, est complètement d'accord avec l'ancien 
chef-président du Conseil privé : « Lorsque, 
dit -il, le Gouvernement croyait devoir porter 
une nouvelle loi, il consultait ordinairement le 
Conseil privé à propos des questions de droit. 
Quand il s'agissait de domaines, de chemins, routes, 
canaux, rivières, de douanes, etc., il avait recours 

* Mémoires, etc. (/oc. ct^), t. II, p. lit. 



— 49 — 

au Conseil des finances, rarement au Conseil d'État. 
Si la nouvelle loi était d'une importance majeure, 
il demandait l'avis des conseils de justice, des 
conseillers fiscaux et parfois des États, selon les 
circonstances * . » 

c( Le Prince ne pouvait rien changer ni aiiœ 
formes et règles établies pour V administration de la 
justice, ni à tordre des juridictions, si ce n'est de 
commun accord avec les États et de leur consente- 
ment préalable. » 

C'est ainsi que dans le courant du XVIII* siècle, 
la fusion de la Chambre des Reninghe et de la 
Chambre légale qui étaient deux institutions judi- 
ciaires se fit sur l'avis des États . 

<c Le Souverain devait prêter entre les mains des 
États le serment préalable avant d^être reconnu par 
ces derniers qui lui prêtaient ensuite le serment de le 
soutenir et de lui être fidèles *. » 

« Chaque province belgique formait un gouverne^ 
ment mixte et tempéré le monarchie^ d^ aristocratie et 
de démocratie; et les États des provinces partici- 
paient au pouvoir souverain . » 

« Les provinces belgiques, quoique réunies sous 
un même prince par la pragmatique sanction du 
4 novembre 1549, formaient chacune un Etat 
séparé et indépendant, tellement que les habitants 
de l'un, étaient, sauf certains cas réservés, consi- 
dérés comme aubains dans l'autre. » 

Les provinces belgiques « tenues en masse à 

* Rectteit des ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3"^* série , 
t. VI, p. xvni (Préface). 

* Voir oi-après la teneur de ces serments. 



— 50 — 

toujours sous uu même prince, afin qu'elles soient 
tant mieux régies, gouvernées et conservées en 
leur entier » formant par conséquent l'apanage 
indivisible d'un seul souverain, reconnaissaient la 
transmission par voix de succession des couronnes 
et seigneuries * . » 

Les fonctions publiques devaient être données 
aux nationaux professant la religion catholique *, 
et, en général, les fonctionnaires, notamment les 
magistrats et officiers de justice, étaient inamo- 
vibles. » 

« Les Membres des États, dans toutes les pro- 
vinces^ jouissaient du privilège de sauf conduit ou 
dimmunité à! arrêt, ainsi que de la liberté dexprimer 
leurs opinions. » 

« L'armée belge se formait par voie de recrute- 
ment et d'engagements à primes et volontaires. 
Il ne pouvait être levé de milices et recrues forcées, 
que du consentement des États, » 



> La pragmatique sanction de 1724 fut d'abord soumise aux États 
et acceptée par eux avant d'être promulguée (décret du 7 avril 1723) 
Recueil des ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, 3"°* série, t. lU, 
p. 339 et suiv. 

* Personne, hormis les gouverneurs et chevaliers de la Toison d'or, 
ne pouvait exercer un office en Flandre sans être né dans le pays 
(Placard du 7 mai J5S6, livre I*^ p. 219). Il fut cependant décidé, 
plus tard, que ceux nés en Brabant pouvaient être Députés des Ec- 
clésiastiques aux États de Flandre (déclaration de S. M. du 18 juin 
1700— JPlacards de Flandre, livre IV, p. 91 et suiv.). 

Le Conseil d'État devait être composé de naturels au pays et les 
deux tiers de ses membres étaient nommés sur la proposition des 
États (art. XVI du traité d'Arras, 17 mai 1579). Il en était de même 
pour les charges de général des troujjes, de Membre des Conseils 
privé et des finances et autres emplois importants qui devaient être 
pournu a de gens nés ou non nés au pays, agréables aux États » 
(art. XYIII, même traité). 



— 51 — 

« Le droit de refuser Vohéissance, les services et 
les subsides, en cas d'infraction de la ConstittUion ou 
de la loi, résidait dans rassemblée des États. » 

« Chaqu£ province avait le droit de se servir dans 
les affaires et devant les tribunaux, de la langue 
usitée parmi les habitants *. » 

« Lassemblée des États généraux des provinces 
belgiques était de droit constitutionnel. » 

« Les États de chaque province choisissaient les 
Députés chargés de se rendre à la convocation ; ces 
Députés après avoir entendu les propositions en fai- 
saient rapport à leurs commettants qui statuaient. » 

Le nombre des Députés des provinces aux États 
généraux était illimité. Dans les lettres de convo- 
cation, le Gouvernement exprimait simplement le 

> M. Faider {Tioc, cit., p. 165) dit à ce propos : « On peut dire toute- 
fois que les affaires générales et de Gouvernement se traitaient en 
langue française. Cette langue au XVII< et au XVIII* siècles, était 
incontestablement devenue la langue universelle en Europe; elle 
était celle des traités, des conférences diplomatiques, des correspon- 
dances des cabinets de l'Europe. En Belgique... la langue française 
avait acquis une préférence d'usage. A Bruxelles, au Magistrat, au 
Conseil de Brabant, on plaidait avant la révolution, plus ordinaire- 
ment en français qu'en flamand : il en était de même au Magistrat 
et au Conseil de Flandre, séant à Gand.Le discours de Charles Quint 
aux États des dix-sept provinces belgiques (1555) est en français » 
(Exposition succinte des Constitutions de la ville de Tournai/, par 
HovEBLANDT DB Bbauwelabb, p. 681 et suiv.) « n est certain, en 
effet, • ajoute M. Faider, a que les procès-verbaux du Conseil d'État, 
du Conseil privé, du Conseil des finances, que les comptes généraux, 
que les consultes de la jointe des administrations, que la correspond 
dance avec les États et les corps de justice, que les arrêts du Grand 
Conseil de Malines et la plupart des sentences des autres Conseils 
étaient formulés en français. Cette observation générale prouve que si 
l'usage de la langue usitée dans chaque province était libre, néan- 
moins la langue française était prédominante ; d'après l'observation 
de Boverlant, les neuf dixièmes de la population parlaient et écri- 



— 52 - 

désir que tous les ordres fussent représentés dans 
la députation * . 

Aux États généraux de 1600, par exemple, la 
Flandre envoya quarante-huit Députés, sur un 
total de cent cinquante-sept *. 

Les Députés de la Flandre n'occupaient aux 
États généraux que le cinquième rang parmi les 
provinces. Le Brabant, le Limbourg' et TOutre- 
Meuse, le Luxembourg et la Gueldre avaient pré- 
séance sur la Flandre». 



vaient le français. La liberté des langues existait donc et c'est en 
vertu même de cette liberté que le français avait fini par prévaloir. • 

Ces observations sont très justes, mais nous devons dire cepen- 
dant que si nous avons constaté que la correspondance des États de 
Flandre avec le Gouvernement se faisait toujours en français, ils 
ne correspondaient, d'autre part, jamais qu'en langpie flamande avec 
la pluiwrt des Magistrats des villes, de même qu'avec le clergé. Nous 
disons « avec la plupart, » car au XVI* siècle du moins (nous ne 
l'avons pas expressément vérifié pour les autres époques), plusieurs 
Magistrats rédigeaient leurs délibérations en langue française : 
c'étaient notamment ceux du pays d'Alost, de Ninove, de Pope- 
ringhe, de Cassel, de Fumes, Berghes, Baillœul, etc. (Archives 
communales de Gkind, 1598, série 92/29). 

Quant aux neuf dixièmes de la population parlant et écrivant le 
français, M. Hoverlandt veut sans doute parler des neuf dixièmes des 
classes supérieures et lettrées de la population? 

' Collection dé documents sur les anciennes Assemblées nationales 
de la Belgique, — Actes des États généraux de 1000, par Gaohabd, 
p. XV. 

• Idem, p. XVI. 

* Idem, ProcèS'verbal de la séance du 28 avril 1600, p. 112. 

Les noms des Députés de Flandre aux États généraux se trouvent 
mentionnés dans le même travail, pp. 102, 108, 106 (voir aussi Ar- 
chives communales de Gand). 

Les « subalternes « y envoyèrent des Députés. 

La noblesse saisit cette occasion pour protester contre son exclu- 
sion des États de Flandre, n ne fut donné aucune suite à cette pro* 
testatioD. 



-^ 53 — 

Depuis les troubles des Pays-Bas, le Gouverne- 
ment ne pouvait plus rebâtir les anciens châteaux 
et forts, ni en construire de nouveaux, sans l'ex- 
presse déclaration des Ëtats * . 

Les troupes que le Souverain levaient devaient 
être agréables aux 'États '. 

Le Roi devait commettre pour Gouverneur 
général un prince ou une princesse de son sang 
agréable aux États '. 

On a vu que les États étaient consultés parfois 
en matière législative. Le Gouvernement leur de- 
mandait aussi leur avis sur des points de moindre 
importance comme, par exemple, en matière de 
chasse. L'ouverture s'en faisait sur la proposition 
des États*. 

Les États recevaient notification de la nomi- 
nation du Gouverneur général et étaient invités à 
reconnaître comme tel, le nouveau titulaire*. 

ïls étaient tenus au courant des changements 
survenus dans le Gouvernement central. Le Gou- 
verneur général lorsqu'il déléguait une partie 
de ses pouvoirs ou lorsqu'il quittait momentané- 
ment le pays ne manquait pas d'en informer les 
États. 

Outre ces attributions communes aux États de 
toutes les provinces, il y en avait aussi qui étaient 



^ Art. IV da traité d'Arras, concla le 17 mai 1579. 
s Art. VU du même traité. 
> Art. XV da même traité. 

* Voir entr'aatres décret da 28 novembre 1737, Recueil des Ordon- 
nances des Pays-Bas autrichiens, 3« série, tome V, p. 196. 
» Voir note vi. 



— 54 — 

plus spécialement propres aux États de Flandre. 
Ces dernières étaient presque toutes de nature 
financière. 

Il appartenait aux États d'établir, de supprimer, 
de diminuer ou de lever Timpôt, sous l'approba- 
tion du Souverain * . 

C'étaient eux qui répartissaient l'impôt et qui 
en administraient les revenus. Ils nommaient les 
commis aux impositions, et généralement tous les 
employés de la province, et fixaient leurs traite- 
ments «. 

Les États avaient la surveillance et la direction 
des travaux publics de toute nature effectués dans 
la province, l'entretien et la réparation des édifices 
publics, l'administration de la voirie, des cours 
d'eau et des monnaies. 

Ils prélevaient librement sur les fonds provin- 
ciaux des secours et encouragements aux arts, à 
l'agriculture ou au commerce. 

Enfin ils ne jouissaient d'aucune autorité hiérar- 
chique sur les villes et le plat pays. 

Les États étaient les gardiens jaloux de toutes 
ces prérogatives constitutionnelles. C'étaient à 
eux, en effet, comme on vient de le voir, qu'appar- 
tenait le droit d'accorder ou de refuser les sub- 
sides. Ce refus des subsides constituait la garantie 



* Voir entr'autres ordonnance du 6 août 1743, Recueil des Ordon- 
nances etc., 3* série, tome V, p. 686. 

* En 1705 cependant un règlement royal fixa les traitements des 
commis on receveurs des impositions (voir plus loin). 



— 55 - 

du contrat solennellement conclu par l'acte d'inau- 
guration entre le Prince et le pays * . 

AcH. Gallbt-Miby, 
(A suivre.) 



' Voici, pour donner un exemple de ces engagements réciproques, 
quelques extraits de. l'acte d'inauguration par les États de Flandre, 
de Philippe II, comme comte de Flandre (Zaman, loc, cit., p. 145 et 
Buiv.) : a Philippe par la grâce de Dieu etc... les dits seigneurs et 
États nommément les Prélats et Nobles, ensemble les Députez des 
Quatre Membres, villes et chastellenies de notre Pays et comté de 
Flandres, au nom des États et toute la communauté d'icelui pays, 
ont au même instant consenti de nous recevoir pour leur droiturier 
Souverain, Seigneur et Prince naturel, moyennant les promesses et 
sermens réciproques à ce requis et nécessaires... Et nous étant 
requis par Maître Robert du Cellier, Pensionnaire de nostre ville de 
Guid, stipulant pour la Généralité de nostre dit Païs et comté de 
Flandres, avons aux dits de Flandres, promis et juré publiquement 
en présence desdits États généraux, aiant la main sur les saintes 
Évangiles, et fait le serment, qui s'en suit : Nous Philippe par la 
grâce de Dieu etc... promettons et jurons à vous Prélats, Nobles et 
Députez des Quatre Membres, villes et chastellenies représentans 
les États de nostre dit Paj's et conté de Flandres, que doresnavant 
nous entretiendrons et observerons, ferons entretenir et observer 
tout ce que en nostre réception précédente avons promis et juré en 
général et particulier, tant aux villes de Gand, Bruges, Ypres et le 
Franc, que généralement et à tous autres villes et Lieux de nostre 
dit Pays et comté de Flandres, et comme en vertu de nostre précé- 
dent serment serions tenus et obligez après le très-pas de mon dit 
Seigneur et Père, et généralement de faire tout ce à quoi un bon 
Seigneur et Prince est tenu et obligé, bien entendu que suivant 
vostre pouvoir vous ferez serment réciproque es nos mains, au nom 
des dits États de Flandres, de aussi tenir et observer tout ce que de 
la part d'iceux nous a été promis et juré tant en général que parti- 
culier, et comme après le très-pas de mon dit Seigneur et Père 
seriez tenus et obligez : ainsi nous aide Dieu et tous ses Saints. 

Ebce fait, les dits Prélats, Nobles et Députez des Quatre Membres, 
villes et chastellenies de Flandres ...extendans la main dextre nous 
ont incontinent après publiquement... fait le serment réciproque, tel 
qui s'ensuit : Nous Prélats, Nobles, Députez des Quatre Membres, 
villes et chastellenies de Flandres, au nom des États d'icelui Pays, 



- 56 - 

aianB été présenB à la cession et Transport, qae l'Empereur notre 
Seigneur a fait de ses Pays, Patrimoniaux et autres de par de çà à son 
fils le Roi d'Angleterre ici présent, et en vertu de nostre pouvoir 
l'accepté pour nostre Souverain, Seigneur et Prince naturel, et sur 
ce reçu de Sa Roïale Majesté le serment qu'il nous a fait de entre- 
tenir et faire entretenir tout ce qu'à sa réception précédente il a 
promis et juré tant en général et particulier... promettons et jurons 
au nom de la part des États, Quatre Membres, villes et châtellenies 
dudit Pays et comté de Flandres et en vertu d'icelui pouvoir que 
serons doresnavant au dit Seigneur Roi bons et loyaux subjects et 
tiendrons et ferons tenir inviolablement tout ce que de la part des 
dits États, Quatre Membres, villes et châtellenies de Flandres, lui a 
été promis, et juré à sa dite réception, et comme après le très-pas 
de Sa Majesté Impériale serions tenus et obligez, ainsi nous ayde 
Dieu et tous ses Saints, dont du tout pour demeurer témoignage de 
vérité en tems avenir, avons fait dépêcher ces présentes icelles 
signées de nostre nom, » etc. On aura remarqué que dans ce docu- 
ment il est fait allusion à des serments antérieurs. Il s'agit là du 
serment prêté par Philippe II, en 1549, dès qu'il fût reconnu comme 
héritier présomptif par les États. 



— 57 — 



LE BOURREAU DE GAND'. 



>•••« 



III. 

ENDROITS OU SE FAISAIENT LES EXECUTIONS CAPITALES. 
INSTRUMENTS EMPLOYÉS PAR LE BOURREAU: 

Le plus ancien document où il soit question de 
remplacement, destiné aux exécutions capitales, 
est la grande charte des Gantois octroyée par le 
comte de Flandre, Guy de Dampierre, le 8 avril 1297. 
Voici ce que nous y trouvons à ce sujet : 

62. Van wive te prendene ofte vercrachtene. 

Ende die prendt ofte vercracht wyf daer hulpgeroup af- 
comt, ende claghe der afcomt vor bailliu ende vor scepenen; 
wert hy ende de ghene die in sire hulpen syn gheweist met 
hem ghevaen, ende wettélicke deraf bedreghen, men sal hem 
't hoeft afslaen; ende ne werden sy niet ghevaen men salse 
aile maken wetteloes. Ende al dit sal wesen by vonesse van 
scepenen van Ghend. Ende de rechtinghe van desen sal men 
doen up de hoeftbrueghe te Ghend. 

Cette charte est insérée en entier dans le pre- 
mier volume de la Coutume de la ville de Qand', 

^ Suite. Voir Messager des Sciences histor., 4* livr. 1890, p. S91. 



- 58 - 

publiée par MM. A. E. Gheldolf. A. Dubois et 
L. De Hondt. 

lie pont de la Décollation, qui était autrefois en 
pierre, servait encore de lieu d'exécution à la fin 
du quinzième siècle comme nous le prouvent les 
comptes communaux de 1494-1495 (folio 85) : 

Item betaelt meester Willem Hoedeman vanden zweerde 
vander jasticie scone te doen makene doe Jan de Keysere up 
de hooftbrugghe ghejusticiert was, comt iiii gr. 

Du temps de Justo Billiet, c'est-à-dire vers le 
milieu du dix-septième siècle, on n'y faisait plus 
d'exécutions car, à la page 118 du deuxième 
volume de son Politye Boeck, ce chroniqueur gan- 
tois, en parlant de ce pont, dit {anno 1665) : « men 
placht daer de criminele te onthoofden. » 

En 1371 l'autorité communale fit placer sur ce 
pont, comme signe de sa juridiction criminelle, un 
groupe en bronze représentant le bourreau déca- 
pitant un criminel. Ces figures, qui furent enlevées 
en 1799, ont donné naissance à la légende suivante : 

Un père et un fils furent condamnés à mort pour 
avoir pris les armes contre le comte de Flandre 
Louis de Maele. Le comte fit savoir qu'il ferait grâce 
à celui des deux condamnés qui consentirait à exé- 
cuter l'autre. Sur les instances du père, le fils se 
déclara prêt à faire l'exécution, mais au moment 
où il levait le glaive, celui-ci se brisa en deux 
morceaux. 

Et c'est, ajoute-t-on, pour perpétuer le souvenir 
de cet événement miraculeux que les échevins 
firent placer, au lieu même où il s'était produit, le 



— 59 — 

groupe de bronze qui y figura plus de quatre 
siècles. Cette scène est également reproduite sur 
un tableau du seizième siècle, qui figure dans notre 
musée communal d'archéologie. 

M. N. de Pauw dans l'introduction de « Dit es be- 
souchvandien,,.yi^ instruction criminelle en 1306, 
montre le peu de fondement de cette légende po- 
pulaire * . 

Si en 1371 un père et un fils avaient dû être mis 
à mort par le glaive, cette double exécution se 
serait faite par Jean de Witte, à cette époque maître 
des hautes œuvres de la ville de Gand. 

Près de ce pont, nommé encore aujourd'hui 
onthoofdbrug ou hooftbrug et situé, comme on sait, 
à l'extrémité de la rue de Bruges, se trouvait 
anciennement une porte démolie en 1370. 

Dans le Memorieboek nous trouvons à l'année 
1539 la mention de deux exécutions par le glaive 
qui se firent, l'une au fossé Sainte-Elisabeth et 
l'autre sur la place du Marais. 

Item, op den xxi van Sporkele was by den hooftmannen 
van der yoetknechten eenen doen jasticieren met den 
sweerde, op Sente Lisbettengracht ende ter selver plaetsen 
was er over ghedinct by den selven hoeftlieden, ten drye 
stonden, ende naer dat se justicie ghedaen hadden, wert hy 
begraven ter Precheeren. 

Item,op den voornoemden Belocken Paeschenavont deden 
de provoosten van den voetknechten eenen jasticieren met 
den sweerde op den Poel by de Turrepoorte. 

» Vlaamsche Bibliophilen, 4^ Reeks, n' 9. XL VII et suivants. 



- 80 - 

Nous n'avons rencontré nulle mention d'autres 
exécutions faites à ces deux endroits. Il se pourrait 
fort bien qu'il s'agisse ici de l'exécution de soldats, 
subissant le dernier supplice au lieu même où ils 
avaient commis soit un acte d'insubordination soit 
un crime de droit commun. Ce n'est du reste pas 
maître Niclaus Bertram, scatpcoc ende justicier 
vanden zweerder^ deser stede tan Ohendt, qui avait 
été chargé de cette exécution mais bien un soldat 
ou un prévôt de la garnison. 

Les deux endroits, cités dans le Memorieboek, ne 
peuvent donc être considérés comme des places, 
destinées habituellement aux exécutions capitales. 
Nous en dirons autant de la Tour rouge, près du 
pont du Pas, abattue à la suite de l'édit de Charles 
Quint sur la démolition des portes intérieures de la 
ville de Gand (1540). 

Dans ses mémoires sur la ville de Gand, Dieric^ 
dit à la page 392, du tome II qu'autrefois les parri- 
cides étaient cousus dans un sac et précipités dans 
l'eau du haut de la Tour rouge. Cette opinion est 
fondée sur un fait isolé, raconté par Demeyer dans 
ses Annales. Il s'agit d'une femme qui subit ce sup- 
plice pour avoir assassiné et volé son vieux père. 

Anno 1452. — Christina, scelerata mulier, Gandavi, capta 
ductaque ad turrim rubram, culeo insuta, in profluenteiu 
objetur. 

Nous le répétons, ce cas est entièrement isolé. 
La peine, appliquée ordinairement aux parricides, 
consistait à être décapités après avoir eu le poing 
droit coupé. 



— 61 — 

On ne peut non plus soutenir que les individus, 
condamnés à être noyés, étaient jetés à l'eau près 
de la porte et du pont de l'Empereur parce que le 
Memorieboek raconte que huit « malcontents » 
furent en 1583, précipités par le bourreau dans 
l'Escaut à cet endroit. 

Den xiii'" July waren 's morghens vrouch acht Mal- 
contenten, die buyten Brughscher Walpoorte ghevanghen 
waren, aen de Keyserpoorte in 't water gheworpen by den 
Bcheerprechter dezer stede, twee ende twee tegader ghe- 
bondeD ende alsoo vcrsmoort, ende waren deghene zoo men 
zeyde die aile de gruwelicke faicten deden, zoo hier vooren 
gheseyt staet. 

Ces malcontenten y que le Scherprechter maître 
Hubert Caens et ses aides jetèrent à l'eau, étaient 
accusés d'avoir commis des atrocités de toutes 
sortes Bur des habitants des environs de Goartrai et 
d'Audenarde. 

Les places publiques, sur lesquelles se faisaient 
d'habitude à Gand les exécutions capitales, étaient 
le marché aux Grains, le marché du Vendredi, la 
place Sainte-Pharaïlde et la place devant l'hôtel de 
ville. Les exécutions avaient lieu en présence du 
grand-bailli et d'une députation des échevins de la 
Keure ou des membres du Conseil de Flandi'e. 

Quand l'exécution avait lieu au marché au 
Beurre actuel, les autorités, que nous venons de 
nommer, se tenaient aux fenêtres de l'hôtel de 
ville. Nous ignorons où elles se plaçaient quand 
l'exécution se faisait à la place Sainte-Pharaïlde, 



— 62 - 

Lorsqu'on exécutait sur le marché aux Grains, 
ces mêmes autorités occupaient les fenêtres de 
l'estaminet « den Oliephant » situé à côté de la 
prison du Satcsselet. En parlant de trois exécu^ 
tions capitales qui eurent lieu à cet endroit le 
7 septembre 1566, Marcus van Vaemewijk dans 
ses Beroerlicke Tijden s'exprime comme suit : 

... ende curts daernaer quamen mynheeren vander wet, 
ende ghijnghen in den Eléphant upden voornoemden 
Coorenaert; ende daer waren verwesen int stadthuus drie 
pacienten, ende worden daer ooc brocht tusschen die han- 
den vanden dienaers ende hallebaergiers tôt in tsauselet 
ofte vanghenesse, neffens den voomoemden Eléphant.. 

Ces représentants de la loi tenaient à leurs 
aises. Marcus van Varnewijk, dans la même chro- 
nique, raconte que lors d'une quadruple exécution 
capitale qui se fit le 11 décembre 1568, les fenêtres 
de l'estaminet Y Éléphant étaient garnies de cous- 
sins afin que les échevins pussent s'appuyer com- 
modément pour voir maître Jean du Mont, pas- 
sant la corde successivement au cou des quatre 
condamnés. 

... ende mijne heeren vander wet waren gheleghen ter 
veinstere in den Olephant, daer zeker cussenen in de 
veinsters gheleyt waren. 

Dans les comptes de la ville il est également 
fait mention des sommes payées au propriétaire 
de Y Eléphant pour l'usage de la chambre où se 
tenaient les échevins pendant les exécutions. 



— 63 — 

... ter causen dat schepenen vander keure op de voorcamer 
vanden selven huuse aensiea hebben de justitie, telckens als 
meu op de selve marckt justitie doet... 

D'après les comptes de 1668-1669 le proprié- 
taire de VOliephant recevait de ce chef vingt esca- 
lins de gros. 

Quand les exécutions capitales avaient lieu sur 
le marché du Vendredi, les échevins de la Keure 
et les autres autorités se tenaient aux fenêtres de 
la maison appelée hei Tooghuis et non het Hooghuis 
comme on le dit ordinairement par erreur. 

Voici ce que nous trouvons encore à ce sujet 
dans Marcus van Vaernewijk qui raconte l'exécu- 
tion de trois « brehers » ou destructeurs de statues 
et d'images religieuses. Les condamnés, accom- 
pagnés des échevins de la Keure et des hallebardiers, 
furent conduits de l'hôtel de ville au marché du 
Vendredi où le bourreau Jean du Mont les pendit à 
la potence qui ne quittait presque plus cette place. 

Aldus van den vîi in mey (1567), woensdach wesende, 
moestent dry brekers te Ghendt metten lijve betalen... Ende 
alzoo werden mijn heeren vander wet met die ghewapende 
yan Ghendt gheconvogeert tôt up tHoochhuus, up de voor- 
noemde Vrindachmarct staende, ende dry pacienten mede. 

Le propriétaire du Tooghuis recevait une indem- 
nité chaque fois que la chambre du premier étage, 
donnant sur la place, était mise à la disposition 
des autorités communales. En 1669 cette indem- 
nité était de vingt escalins ainsi que le portent les 
comptes communaux de 1669-1670 : 

Betaelt den proprietaris van het hooghuus op den Vry-* 
dachmarct de somme van 20 sch. gr. ter causen dat sche- 



— 64 — 

penen van den keure ghebruict hebben de voorcamere als 
men up de selven marct justitie doet. 

C'était à ces fenêtres que se tinrent les éche- 
vins quand ils assistèrent à l'examen du bourreau 
Jan Franck, dont nous avons parlé au Chapitre I. 

Dans une remarquable étude, parue dans le 
Volksbelang de 1883, M. J. Vuylsteke a établi que 
la dénomination originale de la maison du marché 
du Vendredi était, non pas het Hooghuis, mais heé 
Tooghuis, c'est-à-dire la maison d'où l'on montre 
(toogen), d'où l'on fait les publications au peuple 
quand il se rassemble sur cette place. Les comptes 
de la ville pour l'année 1380-1381 portent aux 
folio 1 79 v^ et 1 8 1 V* het huus an de vrydachmaerct 
daer men ute toocht. M. Vuylsteke cite un grand 
nombre de documents, dont le dernier est de 1500, 
dans lesquels on nomme cette maison ThoochuuSj 
toechsolre, thoghehuus, etc. 

La lettre h ne s'aspirant pas dans le langage 
gantois, het Tooghuus était prononcé exactement 
comme het Hooghuus, ce qui fit que vers le sei- 
zième siècle, l'étymologie du mot ayant été perdue 
de vue, l'orthographe het Hooghuus ou Hooghuis 
l'emporta définitivement. 

C'était aussi aux fenêtres du Tooghuis que se 
plaçaient autrefois nos souverains pour recevoir, 
en qualité de comtes de Flandre, le serment de 
fidélité du peuple, assemblé sur la place. En 
temps de troubles les chefs, de hoofdmannen, se 
présentaient au balcon du Tooghuis pour y prêter 
serment. 

L'ancien Tooghuis est la maison marquée au-> 



— 65 — 

jourd'hui n^ 47. Elle se distingue par sa belle porte 
de bois en chêne sculpté. 

Les individus, qui avaient encouru la peine du 
bannissement perpétuel ou temporel, étaient de 
plus condamnés ordinairement à la marque au fer 
rouge et à la flagellation. On leur faisait subir 
cette peine corporelle sur un échafaud dressé au 
marché aux Grains ou devant l'hôtel de ville. 
La sentence était exécutée le jour même du pro- 
noncé, et au sortir de la salle d^audience du tribu- 
nal des échevins de la Keure, qui siégeaient à 
l'hôtel de ville, les condamnés étaient remis entre 
les mains du bourreau. 

En 1634 les échevins firent construire, devant 
la prison du Chdsielette^ des piloris ou Pelleryns, 
auxquels on attachait les individus condamnés à la 
marque, à l'exposition publique et à la flagellation. 

Sur la place qui s'étend devant la grande bouche- 
rie se tenait anciennement le* marché aux Poissons. 
Cette place fut convertie en marché aux Légumes 
au conunencement du dix-huitième siècle et le 
marché aux Poissons fut transféré en face du châ- 
teau des comtes. C'est là qu'il se tient encore au- 
jourd'hui. 

L'ancien marché aux Poissons servait aussi, 
comme le marché aux Grains, aux expositions 
publiques des criminels. Les individus exposés 
étaient, croyons-nous, attachés au pilori qu'on 
peut voir encore aujourd'hui maçonné dans le mur 
de l'estaminet Het Galgenhuizehen . 

En 1483 l'autorité communale gantoise fit placer 

5 



— 66 — 

sur le marché aux Poissons quatre piliers en pierre^ 
surmontés d'un lion tenant une bannière. Les 
quatre bannières portaient les armes de Gand, de 
Flandre, de France et d'Autriche. Le Memorieboek 
à l'année 1483 dit : 

Item, in dit jaer waren te Ghendt ghemaect ende ghestelt 
vier pylaren up de Vischmarct ; elcke leeu hadde een baniere 
met de wapene : d'eene Oosterijcke, d'ander Vranckerijcke, 
onder de derde Vlaendere, de vierde den Leeu van Ghendt. 

Quand le bourreau appliquait la peine de la 
flagellation sur le marché aux Poissons, voici 
comment il procédait. Le condamné était conduit 
plusieurs fois autour de la place, ^et devant cha- 
cun des quatre piliers le bourreau lui appliquait 
quelques coups de verges. 

Citons, à titre d'exemple, le cas de deux bras- 
seurs, convaincus de fraude des droits d'accises, 
auxquels en 1609 le bourreau, maître Balduyn 
Walspeck, fit subir le supplice des verges, d'abord 
à l'hôtel de ville dans la salle d'audience du tribu- 
nal criminel et ensuite autour des quatre piliers 
du marché aux Poissons. 

La condamnation, qui est du 6 avril 1609, figure 
aux folios 136 et 137 du registre criminel, Criem- 
bouch, de cette année : 

... condemneren u alhier in opene camere ghegheesselt te 
worden totten loopende bloede ende vandaer rondomme de 
vier pielaren van den vischmarckt, bannen u voort uut deser 
stede landen ende graefschappen van Vlaenderen den tydt 
van vichtich jaeren uppene van itérative geesselynghe ende 
voordere ban, te ruymen deser stede binnen sonneschyne 
ende tlandt van Vlaenderen binnen derden daghe... 



— 67 — 

Ce jugement de bannissement fut, selon l'usage, 
lu au public du haut du balcon de l'hôtel de ville 
donnant sur la rue Haut-port. C'est ce qu'on nom- 
mait ten thuine geprononchiert ou ten Bretesque utU- 
gheropen. 

Les quatre piliers, restaurés en 1526 et en 1640, 
furent démolis à la fin du dix-huitième siècle. 

On exposait aussi au marché aux Grains les 
voleurs en leur attachant au cou les objets volés. 
Cette exposition, qui se faisait sur un échafaud, 
ne durait que quelques heures. Elle était ordi- 
nairement suivie du bannissement des voleurs. 

En 1578, sous l'administration communale cal- 
viniste, les échevins firent placer devant l'hôtel de 
ville une grande cage en bois dans laquelle on 
enfermait les ivrognes. Le Memorieboek mentionne, 
à l'année 1578, ce qui suit : 

Den ziiii*" Ougste was voor 't stadthuys deser stede ghe- 
brocht eene groote mute omme dronckaerts ende andere 
insolentie bedryyende daerinne te stellene tôt correctie. 

Ne quittons pas le marché aux Poissons sans 
parler du droit de haute et basse justice que le 
seigneur de Wasselin exerçait sur cette place. 
A titre de reconnaissance de ce droit une potence 
était élevée contre la boucherie. Au commencement 
du siècle dernier, cette potence donna son nom 
à l'estaminet Het Oalgenhuizeken, enseigne qu'il 
porte encore aujourd'hui. 

Le Galgenhuizehen actuel cache en grande pai*tie 
le pilori, pelleryn^ dont nous avons parlé plus 
haut. 



— 68 — 

Le chevalier Raes de Gaver tenait en fief du 
prince Robert, avoué d'Arras, une grande partie 
du quartier d'Akkergem. D y avait droit de haute 
et basse juridiction, et, à cet effet, avait fait dresser 
une potence sur une butte située à l'endroit où se 
trouve aujourd'hui le Casino. 

Ce quartier reçut la dénomination de Oalgenberg, 
comme le dit notamment le Jaerregisler de 1446 
au folio 60. 

Een huus soet ghestaen ende gheleghen es ten galghen 
berghe, buten der Sant-Poorten 15 november 1446. 

La Sant-Poort, dont il est ici question et qui se 
trouvait près du pont à l'entrée de la rue courte 
des Violettes, reçut en 1605 le nom de Zotte-Poort 
lorsque les échevins y établirent un hospice pour 
les femmes aliénées. 

En 1812, le gouvernement français fit traduire 
du flamand en français, les noms des rues et places 
publiques de la. ville de Gand. L'employé, Qhafgé 
de cette besogne, traduisit Oalgenberg par rue du 
Calvaire, alors qu'il aurait fallu dire rue ou mon- 
tagne de la Potence. 

La ville de Gand acquit en 1299 ce quartier 
qu'on nommait Ser Raes Gerechte. 



Quand un accusé était condamné à mort, la sen- 
tence portait que le corps du supplicié devait être 
transporté par chariot ou traîné sur une claie 
jusqu'au lieu patibulaire afin d'y être attaché au 
gibet et exposé pour servir d'exemple. 



— 69 — 

... ende uw doodt Hchaen van daer ghevoert te worden ter 
plaetse patibulaire ghecostumeert, omme aldaer te blyven 
hanghen gheexponeert, andere ter exempel... 

La potence, la roue et les autres instruments, 
auxquels on attachait les cadavres des suppliciés, 
étaient placés hors la porte du Sas ou Muidepoort 
près du hameau de Meulestede. Beaucoup de nos 
concitoyens se rappelleront le vieux moulin à vent 
qui se trouvait à gauche de la chaussée de Meule- 
stede sur un monticule appelé de Galgenherg. Ce 
Galgenberg était le lieu patibulaire dont il est ques- 
tion dans les sentences criminelles, rendues par les 
échevins de la Keuy^e ou par le Conseil de Flandre. 

Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle ce gibet 
était en bois, et devait, pour cause de fréquent 
usage, être souvent renouvelé. Le 17 janvier 1692 
les échevins de la ville de Gand s'adressèrent au 
Conseil Privé afin d'obtenir du roi l'autorisation 
d'élever un gibet en pierre. 

Entre autres arguments les échevins font valoir 
qu'on ne peut refuser à la ville de Gand, capitale 
delà Flandre, un droit que possèdent des seigneurs 
de village tels que le marquis de Rodes, le baron 
de Ne vêle et d'autres seigneurs des environs. Cette 
requête, qui figure aux archives communales dans 
les Supplicatien aen de Majesteyt (série 104, porte- 
feuillei 7) est ainsi conçue : 

Aen den Coninck. 

Verthoonen met aile oodtmoedigheydt schepenen vander 
keure van uwe Mat<> stadt Ghendt, dat door hemlieden van 
aile aude ende immémoriale tyde is ghebruyckt eene galghe 



— 70 — 

synde eenen twee voet, beneyens eenighe roeden, pinnen 
ende sprieten ghestaen omirent de voorn. stadt by meule- 
stede alwaer worden vertransporteert, ghehanghen ofte 
gheleyt de lichacmen vande deliaquanten die uut crachte 
van sententie criminel van de verthoonders binnen de 
voorn. stadt van Ghendt gheexecuteert syn ter doodt tôt 
straffe ende exempel van andere quaetdoeners; welcke 
galghe, als maer synde van haut, ter groote costen ter 
dieversche stonden is moeten vermaeckt ende vernieuwt 
worden twelke alsnu andermael saude moeten ghebeuren; 
by wien alsoo de verthoonders ter behouve van de voorn. 
stadt van Ghendt ter voorseyde plaetse patibulaire gheime 
saude doen maecken eenen ghemetsten vierpickel met aile 
syne toebehoorten, gheconsidereert de menighte vande 
delinquanten die van tyd tôt tyd aldaer worden vertrans- 
porteert ende ghehanghen, ende dat selfs eenen drypickel 
syn hebbende den marquis van Rodes, Baron van Nevele 
ende andere heeren van heeerlicheden ende prochien daer- 
ontrent die op veel naer niet en syn te verghelycken aen de • 
voorn. stadt van Ghendt, wesende de hoofstadt van Vlaen- 
deren, soo nemen de verthoonders hunnen toevlucht aen 
syne Majesteyt. 

Ootmoediclick biddende believe ghedient te wesen voor 
sooveel het noodt sy, te consenteren ende te octroyeren, dat 
de verthoonders inde plaetse van de voorn. haute galghe, 
aldaer sullen verrooghen te doen oprechten eenen vierpickel 
behoorlick ghemetst met steenen pilaeren ende syne toe- 
behoorten dienende tôt gerechte. 
twelcke doende &. 

Au mois de mars suivant l'autorisation royale 
est accordée à là ville de Gand à condition que le 
gibet soit complètement construit endéans l'année : 

... pour ce est-il que nous, les choses susdites considérées, 
et sur ycelle eu Tadvis de nos chers et féaulx conseil en 



— 71 — 

Flandres et attendu Timportance de nostre ditte ville de 
6and, capitale de la Flandre; inclinant favorablement & la 
requête des dits supplians leurs avons octroyé, consenty et 
accordé, octroyons, consentons et accordons, en leur don- 
nant congé et licence de grâce espéciale par ces présentes, 
qu^ils puissent et pourront sans pour ce aucunement mes- 
prendre, ériger au lieu ci-dessus mentionné gibets ou signes 
patibulaires de pierre à quatre pilliers, pour en user quand 
le bien de la justice ce requerra, et ce en dedans un an 
prochain, à paine d'estre descheux de notre présente grâce... 

Afin d'être prêts dans le délai fixé par le Conseil 
Privé, les échevins se mirent immédiatement à 
l'œuvre. Mais comme le gibet en pierre et à quatre 
piliers qu'on allait construire devait s'élever sur 
l'emplacement de l'ancienne double potence en 
bois, il fallait au préalable procéder à l'enlèvement 
et à l'enterrement des cadavres et des squelettes, 
attachés aux fourches, aux potences et aux roues 
placées sur le Galgenberg. 

Pour cette opération l'autorisation du Conseil de 
Flandre était nécessaire. Les échevins adressèrent 
en ce sens une requête à ce corps judiciaire. Ils font 
valoir, entre autres arguments, que la vue de ces 
cadavres et surtout l'odeur que ceux-ci répandent 
empêcheraient l'entrepreneur et ses ouvriers d'ac- 
complir convenablement leur besogne.^ La demande 
des échevins fut appointée favorablement le 6 mars 
1692. 

L'octroi du roi d'Espagne Charles II et la re- 
quête des échevins au Conseil de Flandre, que 
nous donnons ici, sont déposées aux archives com- 
munales (Chartres nP 1991). 



— 72 — 

An hooghe ende Moghende Heeren 
Myne heeren vanden Raede in Vlaenderen 

Supplierende verthoonen reverentelflck schepenen vanden 
keure der stadt van Ghendt dat sy lieden in de maent van 
maerte van desen jaere 1692 vande Majesteyt hebben be- 
commen octroi) tôt het erigeren ende oprechten buyten 
dese stadt ontrent Meulestede de plaetse patibulaire êenen 
steenen vierpickel ofte galge inde plaetse alwaer ieghen- 
woordich is staende een haute galge synde eenen tweevoet 
om daeran te hanghen de delinquanten ghecondempneert 
by sententie vande supplianten, het selve octrog par copie 
hiernevens ghevought ende alsoo daerby oock te sien is dat 
den voornoemden steenen vierpickel moet worden gheeri- 
giert binnen het jaer naer het verleenen van het octroij, 
op pêne van te vervallen van het effect van diere, soo hebben 
de supplianten nu hedent eenighe weken het erigeren van 
den voorn. steenen vierpickel besteedt leeghst biedende den 
naesten, danof den aennemer ande supplianten heeft ver- 
socht dat den voornomden gheprepareerden steenen vier- 
pickel door hem ten voorn. ghedestineerde plaetse saude 
moghen worden opgerecht ende alwaer jegenwordich noch 
is staende den voorn. hauten tweevoet, eenen spriet ende 
raede daeran ende daerop syn hanghende ofte ligghende 
eenighe doode lichaemen ofte gheraemte van delinquanten 
tôt exempel van andere, die aile behooren gheweert te 
worden ter causen de selve anden annemer ende syn volck 
ook te grooten stanck ende vereenthegt syn andoende 
nemaer alsoo de supplianten achterdincken hebben dat met 
het weren vande voorn. doode lichaemen ende geraemten 
ande supplianten daeromme eenich molest moght angedaen 
worden keeren sylieden hun tôt het hof. 

Biddend belieft ende ghedient te wesen voor soo veel het 
noodt sy te consenteren dat de supplianten suUen ver- 
moghen de voorn. doode lichaemen ende gheraemten te 



— 78 — 

doen weren ende begraeven ter voorn. plaetse patibulaire te 
meer ooek gheconsidereert dat meest altyt ter voorn. plaetse 
eenighe doode lichaemen ofte gheraeinten syn hangende 
ofte ligghende ende dat de supplianten andersints op die 
manière saude worden ghesoustreert van het effect van het 
voorn. octrog indien binnen het jaer den voornoemden 
steenen vierpickel ende gaighe niet en qaaemen gheerigeert 
te worden. 

Twelck doende... 

Le Conseil de Flandre, par son apostille du 
6 mars 1692, autorisa les échevins à faire détacher 
les cadavres et les squelettes et à les faire enterrer 
près du Galgenbet^g. 

De tous les documents qui précèdent, il résulte 
que près de la chaussée de Meulestede se trouvaient 
un gibet, des roues, des fourches (sprieten) et des 
tiges en fer (pinnen). Au gibet on attachait les 
cadavres de ceux qui avaient été pendus. Les 
corps des condamnés, qui avaient été décapités, 
roués, brûlés ou bouillis étaient attachés aux 
fourches et aux roues. Les têtes des décapités 
étaient fixées sur les tiges en fer . 

Quel horrible spectacle devait présenter l'aspect 
de ces champs qui, au temps jadis, se rencon- 
traient à l'entrée de toutes les villes, à l'approche 
de tous les châteaux seigneuriaux ! 

De hauts piliers supportant des traverses où 
se balançaient les chaînes auxquelles on suspen- 
dait les cadavres des supplicié^. Ces cadavres que 
des nuées de corbeaux déchiquetaient jusqu'à les 
réduire à l'état de squelettes, dont chaque jour se 
détachaient quelques ossements. Les rate et les 



— 74 - 

chiens errants se disputant les débris humains 
accrochés à des roues ou fixés sur des pals. Des- 
essaims d'insectes immondes grouillant et bour- 
donnant autour de ce hideux charnier. Et, la nuit 
venue, quelque sinistre mégère allant, dans ce 
lieu maudit, cueillir des plantes aux vertus mys- 
térieuses ou ramasser des restes de suppliciés né- 
cessaires à ses sortilèges ! 

Dans le dépôt des archives communales on 
conserve le plan original du gibet. Nous l'avons 
fait reproduire. Il est disposé de telle sorte qu'on 
peut y suspendre dix corps. Les piliers ont chacun 
vingt-cinq pieds de hauteur ; les barres transver- 
sales, reliant les piliers, mesurent vingt-deux pieds. 
Les dix chaînes, auxquelles on accroche les ca- 
davres, ont chacune quatre pieds de longueur. 

A partir du commencement de ce siècle les 
exécutions capitales ne se firent plus que sur le 
marché du Vendredi et puis à la plaine du château 
des Espagnols. 

L'exposition ' publique et l'apposition de la 
marque avec un fer rouge se faisaient sur le marché 
aux Grains. Il y a une cinquantaine d'années en- 
viron que ces peines infamantes, disparues au- 
jourd'hui du code pénal belge, ont été appliquées 
pour la dernière fois. Il existe encore un genre 
d'exposition publique qu'on peut voir parfois au 
marché aux Grains. Nous voulons parler de cer- 
taines condamnations par contumace dont le texte 
est affiché, pendant une ou deux heures, sur un 
poteau gardé par des gendarmes. 



r vo 19- 20 %f 

MMJVEJai GIBET CONSTRUIT HORS U PORTE DU MllDE, 
À GAND, EN 1692. 



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- 75 — 

C'était au moyen d'un glaive à deux mains que 
le bourreau de Gand tranchait la tête aux indi- 
vidus, condamnés à périr par la décollation. Dans 
d'autres pays on se servait de la hache. 

Un article des comptes de la ville de 1413-1414, 
folio 132, nous apprend que sur le pommeau du 
glaive était ajusté un écu en argent avec les armes 
de la ville. 

Item Jane van Oest den selversmet van ii scildekens 
vander stede wapene te makene die gheset waro in den appel 
van den zwerde vander stede iii se. gr. ende van den selven 
zwerde te vervaghene ende te verscoeyne xviii gr. comt al 
iiii 8C. vi d. gr. 

Voici un autre article des comptes de la ville 
dans lequel il est également question d'écus en 
argent, placés sur le pommeau des glaives de jus- 
tice. Cet article est transcrit au folio 305 des 
comptes communaux de l'année 1425-1426. 

Item van tzweerde dat ghecocht es omme justicie mede te 
doene xvi se. gr. Item Simoen van Musscoet van den zelven 
zweerde te curtene, te bereedene van den appelé, vander 
nieuwer sceede met datter toebehoort vi se. vi den. gr. 
Item Pieter de Wispelaere van ii zelverin scildekins metter 
stede wapene ii se. vi den. gr. comt al xxv se. gr. 

Les glaives de justice étaient soigneusement en- 
tretenus. Après chaque exécution ils étaient net- 
toyés et aiguisés. Tous les ans les comptes de la ville 
mentionnent les sommes dépensées pour cet entre- 
tien. Voici, par exemple, un article des comptes 
de 1477-1478 (folio 111) qui renseigne une somme 



— 76 — 

de huit deniers de gros payée au bourreau, Corneille 
de Meersman, pour l'affûtage du glaive après une 
double exécution : 

Item betaelt meester Cornelis de Meersman scarpcoc 
van deser stede vanden sweerde schoone te doen makene 
van tween justicien, deen van zegheren Hillebaut up de 
.hooftbrugghe ende dandere van Michiel Moenens tusschen 
bailgen. Actum den xxviii® january lxxtii, viii den. gr. 

Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle des articles 
de dépenses de ce genre sont inscrits dans les 
comptes de la ville. 

Au musée communal figurent neuf anciens glaives 
de justice de la ville de Gand. Le plus ancien qui 
est du quinzième siècle — peut-être un de ceux 
mentionnés dans les comptes que nous venons de" 
transcrire — a une longueur de 1 mètre 1 5 centi- 
mètres. Des inscriptions sont gravées sur les lames 
de plusieurs de ces glaives. 

Les glaives de justice, étalés sur un parquet en- 
cadré, étaient conservés à l'hôtel de ville où le 
bourreau allait en chercher un ou deux les jours 
d'exécution. Ce parquet ou cette planche était 
peinte en vert comme nous l'apprend un article des 
comptes de 1690-1691 où nous lisons : 

Voor tgroenen van een bert om daer an te hanghen de 
sweerden £ 0-5-0. 

Parmi les instruments dont le bourreau de Gand 
se servait dans l'accomplissement de ses sinistres 
fonctions, nous devons encore signaler les suivants 
qui, de même que les glaives de justice, sont tous 
déposés au musée communal. 



— 77 — 

Une fourche de deux mètres ayant servi pour 
activer le feu pendant les exécutions capitales. 

Trois colliers de torture en fer, garnis de pointes 
à l'intérieur. 

Une chaîne avec pointes d'une roue de torture. 

Une camisole de force, composée d'un collier de 
fer, d'une ceinture en fer se fermant à l'aide d'un 
cadenas et de menottes et chaînes pour attacher les 
jambes et les bras de l'accusé soumis à la torture. 

Toute une collection de menottes, de poucettes, 
de ceps pour les pieds- et d'entraves en forme de 
carcan. 

Un dilatoire en fer servant à l'application de la 
question par l'eau. 

Citons enfin une corde de chanvre, ayant servi 
au dix-huitième siècle à des exécutions capitales 
par la pendaison. Cette corde provient du dernier 
bourreau de Gand, Pierre Hanoff *. 

Les glaives et les autres instruments de supplice, 
que nous venons de mentionner, sont décrits dans 
le catalogue explicatif du musée communal, dressé 
par le conservateur M. H. Van Duyse, sous les 
n~ 1580 à 1646. 

La chaudière en cuivre, dans laquelle on mettait 
les malheureux condamnés à mourir par l'eau ou 
par l'huile bouillante, était déposée dans une des 
caves du château des comtes. Ce genre d'exécution 
avait toujours lieu à la place Sainte-Pharîulde. 



* Pierre Hanoff possédait deux cordes de chanvre : l'une avait 
servi, l'autre était toute neuve. Persuadé que ces instruments de 
supplice étaient désormais hors d'usage, Hanofif fit don de la première 
à la bibliothèque de la ville de Gand ; l'autre fut envoyée au musée 
de la porte de Hal à Bruxelles. 



— 78 — 

Les bois des potences — car il y en avait plu- 
sieurs — étaient déposés dans les caves de l'hôtel 
de ville, de la halle aux draps et du château des 
comtes. On déposait également dans ces caves la 
charpente des échafauds, le billot pour les exécu- 
tions par le glaive, la roue, les cordes. 

On raconte qu'au conmiencement de ce siècle il y 
avait encore, dans le Pijnkelder de l'hôtel de vilJe, 
des chevalets en bois ayant servi à appliquer la 
torture. Ils furent coupés en morceaux et servirent 
à allumer le feu. 

La potence ou l'échafaud était dressé le jour 
même de l'exécution ou la veille au soir. Marcus 
van Vaernewijck dans ses Beroerlicke Tijden cite, 
à ce propos, un incident arrivé le 23 août 1566 
(livre III, chapitre I). Le charpentier occupé, pen- 
dant la soirée, à dresser la potence au marché du 
Vendredi ne trouva personne, parmi les curieux, 
qui voulut lui donner un coup de main. Le lende- 
main, quoique ce fut un dimanche, on dressa une 
seconde potence au marché aux Grains. 

Daer worden ooc up den zelven tijt twee dobbel potetiten 
in de halle ghetemmert, waeraf deene up den voomoemden 
sente Bartholomeus daxrh, zaterdach zgnde tsavonts entrent 
den îx hueren, upgherecht waii up de Vrindachmaerct, 
schoon maenschgn wesende, ende was ghestelt bij Claegs 
Hertschaep, temmerman, een audt man zgnde, die hem 
beclaechde datter niemant vanden volcke, daer entrent 
staende, hem helpen en wilde oft een handt daeran steken, 
maer hildcu som haren spot ende gheck met hem ; waerom 
hij jeghen m{j zefjde, dat heere ende wet ghedient zyn 
moeste al wast een scbandalues weerck. Die ander potente 



- 79 — . 

wort tsanderdaechs gherecht upden Coorenaert, niet jeghen- 
staende dattet zondach was. 



La potence, le billot, les glaives de justice, la 
roue, la chaudière et tous les autres instruments 
de supplice furent mis hors d^usage lors de l'an- 
nexion de la Belgique à la France en 1794. Les 
exécutions capitales se firent dorénavant au moyen 
de la guillotine qu'on employa en France pour la 
première fois le 25 avril 1792. 

D'après une lettre, adressée le 12 août 1797 à la 
municipalité de Gand, il semblerait résulter que 
les guillotines, employées dans le reste du pays, 
ont été construites dans notre ville. Il s'agit d'en- 
voyer de Gand la « machine à décapiter » destinée 
au département de la Meuse inférieure (Limbourg 
actuel). Voici cette lettre : 

Dbpabtsmbiït db l'Escaut. 

L'Administrateur commissaire an Bureau de Police adminis- 
trative. Commerce, Agriculture, Subsistances, Instruction 
publique, etc. 

Gand ce 28 thermidor Tan Y de la République 
française une et indivisible. 

A V Administration municipale du canton de Oand, 

^administration du département de la Meuse inférieure, 
Citoyens, vient de nous demander la mise à sa disposition de 
la machine à décapiter destinée pour son département; elle 
nous propose de faire accord pour faciliter le transport de 
cette machine avec un battelier de cette commune qui la 
conduira jusqu^à Louvain. 

Comme nous ne ' connaissons aucun moyen pour faire 
cette sorte de condition nous vous prions de nous faire 



. ^ 80 - 

connaître un battelier qui 8e« chargera de transporter cette 

machine et d^en rendre les frais les moins dispendieux 

possible. 

Salut et Fraternité 

J. E. DE JONGHE, 

Président. 
(Archives communales. Ontvangen Briev€n, B 2*.) 

Qu'est-il advenu de Tancienne guillotine, bois 
et couperet, ayant appartenu à la ville de Gand? 
Nous croyons que le couperet, ainsi que les instru- 
ments du même genre appartenant aux chefs- 
lieux de province, a été envoyé à Bruxelles. 

Quant au bois, après avoir séjourné quelques 
temps chez le voiturier gantois qui avait le privi- 
lège de conduire les condamnés à mort au lieu du 
supplice, il est plus que probable qu'il aura été 
détruit, à moins toutefois qu'on ne l'ait laissé 
entre les mains de ce même voiturier qui s'en sera 
servi pour réparer son matériel de roulage ou pour 
en faire des meubles et des ustensiles de ménage. 

Prospee Claeys. 
(A continuer.) 



— 81 — 



Le Psautier de Guy de Dampierre . 



XIII" SIÈCLE. 



^oCv5M(»A30- 



Je n'ai pas l'intention d'énumérer tous les suj'ets 
qui illustrent les marges du psautier de Guy de 
Dampierre. Je ne suffirais pas à la tâche; et ce 
serait un récit fastidieux dans sa concision obligée 
dont le lecteur me demanderait grâce. 

Néanmoins, j'ai pensé qu'il ne serait pas hors 
de propos de renseigner sans ordre systématique, 
un certain nombre de détails à titre de documents. 
Ces divers motifs d'ornementation ont amusé nos 
ancêtres et plusieurs bons honmies sont arrivés jus- 
qu'à nous sous une forme plus ou moins rajeunie. 

Voici, pour débuter, deux petits bons hommes 
sans haume ni cotte .de mailles, qui, d'aventure, 
s'étant emparés de rondaches et de lourdes épées de 
chevaliers, fondent l'un sur l'autre avec un entrain 
incroyable. Sur la même page un musicien que 
cette lutte n'émeut pas, joue de la harpe. Plus loin 
un jeune homme, le faucon sur le poing, pose la 
main sur l'épaule d'une gente damoiselle. En 

* Suite. Voir Mettager dea ScUncet hUtor., ^n^liv. 1890, p. 877. 

6 



— 82 — 

feuilletant, j'aperçois li^ientôt une femme malade 
qui s'en est allée trouver un disciple d'Hippocrate. 
Le médecin examine gravement la fiole aux urines, 
tandis que la patiente attend avec anxiété l'arrêt 
doctoral. Plus loin un mauvais farceur montre à 
un archer, certain but que l'on a coutume de 
cacher. Le diable ne pouvait être oublié! Aussi 
dans ce monde étrange figure-t-il en plusieurs 
endroits. Le voici : il agite plein de colère, son 
croc à deux dents, tandis qu'au-dessous un singe 
joue de la cornemuse sans se préoccuper le moins 
du* monde de ce voisinage menaçant. L'enlumi- 
neur nous montre, à un autre endroit, un lapin 
à sa toilette, une femme en coiffe et un... paon 
qui fait la roue. Plus avant l'artiste nous dévoile 
une vilenie du. renard. Le misérable assaille par 
derrière l'inoffensif lapin qui est plongé dans la 
lecture. . . apparemment de quelque roman de che- 
valerie. 

L'enlumineur présente ensuite au lecteur une 
noble demoiselle, portant un écureuil sur le bras. 
Je ne parlerai pas des monstres ayant l'aspect de 
dragons à visages humains et d'autres assemblages 
formant des êtres fantastiques, pour lesquels notre 
enlumineur paraît professer une prédilection mar- 
quée. 

Chemin faisant j'accorde quelques instants d'at- 
tention à un jongleur ou à la gent joyeuse des 
trouvères et des musiciens. 

Je cite en courant un joueur de cornemuse qui 
m'intrigue beaucoup. Il a sans doute gagné le 
cœur d'une jeune fille, car il lui tend les bras d'une 
manière fort pathétique. 



— sa- 
tine autre jeune fille dépose son chapel de fleurs 
sur le front dW adolescenti 

Quelques page's plus loin apparaît un évêque ; en 
face de lui s'avance gravement une abbesse la 
Crosse à la main. Après ces sujets pris dans la vie 
de tous les jours, l'enlumineur rentre dans le 
domaine de la fantaisie pour crayonner un monstre 
à bec de perroquet, au corps gris cendré, aux 
pieds fourchus ; un autre à tête humaine au dos 
écailleux et se terminant par une queue aux plis 
nerveux. Maintenant notre enlumineur dessine 
une sirène soufflant de la trompette à pleins pou- 
mons, elle a en main, sans doute en guise d'éven- 
tail, un poisson fort semblable à la plie. L'évêque 
de toute à l'heure reparait sur la scène pour y 
bénir un clerc qui s'est agenouillé devant lui, les 
mains jointes. L'imagination transporte tout d'un 
coup l'auteur de nos « histoires » à la chasse. Un 
pauvre cerf au repos jouit d'une profonde quié- 
tude tandis qu'un archer à quelques pas de lui 
tend son arc pour l'occire. Un autre cerf n'est 
pas plus heureux car il vient d'être pris au lac. 

Plus loin la scène change d'aspect. Une ména- 
gère chasse à coups de quenouille un renard qui a 
commis sans doute quelque larcin dans la basse- 
cour. Un bélier se précipite contre un miroir que 
lui présente un petit bonhomme. La note comique 
dans ce concert varié se fait souvent entendre. 
Voici un homme entrain de couver le plus chaude- 
ment qu'il peut. Notre sot examine à la lumière du 
soleil un des œufs dont regorge le cuvier trans- 
formé en un nid gigantesque. Je suis certain que 



— 84 — 

La Fontaine aurait revu avec plaisir le renard 
haranguant maître corbeau. Mais les proverbes et 
les fabliaux sont subitement oubliés pour la Bible. 
Jonas, le front ceint du nimbe est rejeté par un 
monstre marin. La note comique reprend aussitôt. 
Un singe monté sur un paon Técu au bras, la 
lance au poing s'en va rempli d'une belliqueuse 
ardeur combattre un ennemi que je n'aperçois pas. 
Ailleurs un singe arbore fièrement une bannière 
d'or au lion de gueules. J'admire beaucoup cet 
homme d'arme revêtu d'une cotte de mailles, fière- 
ment cambré qui s'appuie sur salance. Le lecteur 
connaît le lièvre chasseur lançant le lévrier contre 
l'homme son plus mortel ennemi. Cette charge est 
ancienne comme on peut s'en convaincre en jetant 
un coup d'œil sur la planche ci-jointe. 

En fermant le psautier l'esprit se reporte in- 
stinctivement sur le prince auquel il a appartenu. 
Le malheureux comte de Flandre aura sans doute 
souri plus d'une fois à la vue de ces images ingé- 
nieuses . Si celles-ci n'ont pas eu le don de le dis- 
traire des graves et pénibles préocupations qui ont 
tenu tant de place dans sa longue existence, cepen- 
dant il se sera senti réchauffé au contact de ce 
monde semi-réel, semi-fantastique que l'artiste 
a réussi à évoquer : Images frivoles sans doute si 
on les met en regard des consolations de la foi. 
Mais qu'on ne l'oublie pas t l'homme aime les 
diversions et il ne reste jamais indifférent aux 
contrastes joyeux ou bizarres. Ce serait du reste 
très mal connaître le moyen-âge que de supposer 
que nos ancêtres n'aient jamais éprouvé le désir 
de se détendre l'esprit ni de se récréer. 



- 85 - 

L'enlumineur du manuscrit est inconnu, mais 
selon toute vraisemblance il appartient au nord de 
la France, à la contrée comprise entre Saint-Omer 
et Douai. Jusqu'à présent les comptes publiés par 
plusieurs érudits ne m'ont rien révélé. 

On trouve dans le compte des recettes et des 
dépenses du comte de Flandre rendu par Molkiel 
une donnée intéressante touchant la confection 
d'un livre d'heures pour un membre de la famille 
comtale de Flandre le 6 octobre 1272 au 25 mai 
a pour oler 4 Mal {pour) I escrivent ke me dame de 
« Namur avoit mandé de Lille pour son bréviaire 
« escrire 115 s. * » 

Me dame de Namur ne peut évidemment être 
que la femme de Jean I, comte de Namur, par suite 
de la cession de cette terre qui lui avait été faite 
par Guy 3e Dampierrre son père. 

Rien ne s'oppose à ce que « Vescrivent » de Lille 
ait fait plus tard le psautier de Guy, mais jusqu'à 
présent il ne m'a pas été possible de recueillir le 
moindre indice quant à la confection des enlu- 
minures ' . 

^ Archives de l'État à Gand. X^ 15 de Vlnventaire de Gaillard. Je 
dois ce renseignement à l'obligeance de M. l'avocat Niffle Anciaux. 

* Dans le compartiment réservé aux manuscrits dans la galerie du 
travail à l'Exposition universelle de Paris j'ai remarqué un feuillet 
de manuscrit détaché dont l'ombmentation était identique à celle 
du psautier de Guy de Dampierre. Aux extrémités de l'encadre- 
ment il y avait des armoiries. J'espère donner bientôt des renseigne- 
ments 'plus précis à cet égard. 



/ 



— 86 — 



Je donne ci-dessous la description de toutes les 
armoiries renfermées dans le manuscrit et qui 
n'ont pas encore été mentionnées jusqu'à présent. 

Chaque miniature à pleine page est accom- 
pagnée de quatre armoiries. Pour les armoiries 
appartenant à Guy de Dampierre et à ses fils, 
elles ont été décrites (voir 4® livr. 1890, p. 379). 

Folio &v«...— 2. De gueules au chevron d'hermines *. 
♦ » — 3. De sable au chef d'argent ... (de Gand 

dit Vilain). 
» — 4. D'or à la croix de sable •. 

Folio 9 yo. — 1 . D'or à la croix de gueules (Mortagne). 

» — 2. D'or à trois châteaux de gueules. 

» — 3. D'or à la bandç de gueules *. 
» — 4. D'argent au lion de sable. 

Folio 10. — 1. Ecartelé de gueules et d'or *. 

» — 2. Fascé d'argent et de gueules de 8 pièces- 
» — 3. D'argent à la bande de gueules accom- 
pagné de deux cotices de même ... (?). 
» — 4. D'or à quatre pals de gueules. 

« GhistelloB. 

• Forest. • 
' Vanderburch de Zélande. 

* M. le comte Maurin de Nahuysme communique ses observations 
touchant les écue qui sont décrits ci-dessus. 

N® 4, folio 9 yo. — Vécu d argent au lion de sable a été porté par 
les familles Noortwyk, Boachorst, Crechy, de Fiennes. 

N<» 1, folio 10. — Ecartelé de gueules d^or, par d'Eyne et Lorraine* 
n*2, id., fascé de gueules d'argent et à huit pièces, par van Beest. 



— 87- — 

Folio 11. — 1. jyor à la dQuble aigle de sable. 
» — 2. D'argent au lion de gueules. 

> — 3. D'or au lion de gueules. 

» — 4. De gueules à Técusson d'hermine. 

Folio 44. — 1. D'or au lion d'azur couronné de ... 

» — 2. De gueules a un écusson fascé d'argent 

et d'azur. 
» — 3. D'argent billeté de ...? à la fasce de 

gueules brochant sur le tout. 
» , — 4. Ecartelé d'azur et d'or. 

Folio 104. — 1. Vairé d'or et de sable. 

» — 2. D'argent à trois tourteaux, de gueules. 
» — 3. D'argent au lion de gueules couronné 

d'azur. 
» — 4. De gueules à quatre chevrons d'or. 

Foliol28v^.— 1. D'argent à dix losanges accolés de 

gueules. 

> — 2. D'or à deux fasces de gueules. 
» — 3. Vairé d'or et de sable. 

> — 4. De gueules à deux fasces d'argent. 

Folio 149 vo.— 1. D'or vairé de.„ (?) 

» — 2. D'argent à la fasce d'azur au sautoir de 

gueules brochant sur le tout. 

N^ 2, folio 11. — D* argent au lion de gueules de Naeltwyck, 
n® 3, id., d'or au lion de gueules. Hollande, de Moermont. 

N<* 1, folio 44. — D'or au lion cCazur couronné de,., pourrait dire 
Solms, Cependant le lion de Solms n'est pas couronné. 

N® 2f id., burelé d^ argent et d^azur, Montig^ny. 

N* 2, folio 104. — D'argent au lion de gueules couronné d'atur, 
Limbourg. 

No 8 [sable] Pendrecht. 

N« 2, folio 128 vo. — D'or à deux fasces de gueules, de Berlo. 

N« 4, folio 149 vo. — D'or au lion de gueules couronné d^axur, dé 
Benchem. 



— -88 — 

Folio 149 yo.— 3. Chevronné d'argent et de gueules au 

chef de même (?). 
» — 4. D'or au lion (de gueules) couronné 

d'azur. 

On se demande quel rapport il peut exister 
entre les armoiries ci-dessus et celles de Guy et 
de ses fils. Elles n'appartiennent pas à des alliés de 
la famille. Quelques armoiries se rapportent à des 
familles connues, les Mortagne, les Vilain, sinon 
nous nous trouvons devant un fait de coïncidence. 
« Je ne pense pas toutefois, m'écrit M. vanMalder- 
« ghem, qu'il faille y voir (dans les armoiries) 
<( des marques d'alliance, et il me parait aussi 
« bien douteux qu'elles représentent le corps de 
« grands vassaux de la Flandre, bien qu'on y 
c< reconnaisse certains d'entre eux. La plupart 
« des armoiries sont d'ailleurs étrangères à ce 
« pays, et il ne serait pas impossible qu'elles per- 
ce sonnifiassent, au moins en partie, des seigneurs 
« qui ont joué un rôle dans les négociations enga- 
« gées entre le comte de îlandre et le pape Boni- 
ce face VIII, au sujet des démêlés que ce prince 
« avait eus avec le roi de France, Philippe le 

« Bel. » 

Joseph Destbee. 
(A continuer,) 



— 89 — 



MUSÉE LAPIDAIRE 



DES RUINES DE SAINT-BAVON. 



Dalles funénires ntroaYies à recluse des Braemgaten. 



■ «ac»* 



Les travaux considérables entrepris durant ces 
dernières années, en vue de régulariser le cours 
de l'Escaut dans la traverse de Gand, ont amené 
la transformation complète du vieux quartier du 
« Pont de Brabant, » dont l'histoire se rattache 
aux origines même de la cité. 

Comme on le sait, le traité de Verdun (843) 
avait établi que l'Escaut formerait la limite entre 
les États de Lothaire et ceux de Charles le Chauve ; 
la rive droite dû fleuve fit désormais partie des 
domaines de l'Empire, tandis que la rive gauche 
resta dans la « Flandre sous la couronne. » Un 
pont vint bientôt mettre en communication cette 
partie du pagus Bracbantinics, qui était soumise à 
la suzeraineté de l'Allemagne, avec la cité primi- 
tive de Gand, relevant de l'apanage des rois de 
France: 



- 90 — 

De bonne heure, sans doute, on vit s'élever aux 
confins du territoire impérial, de nombreuses habi- 
tations. Ce quartier d'Outre-Escaut — de Ultra 
Scaldim — formait une commune distincte, ayant 
son échevinage particulier. La « ville du Pont de 
Brabant » est, en effet, nommée parmi les cités du 
comté, dans plusieurs documents importants de 
la première moitié du XIII® siècle ; elle perdit son 
autonomie, en 1254, et fut placée par la comtesse 
Marguerite de Constantinople sous la juridiction 
du magistrat de Gand * . 

Assis sur la frontière de deux grands États, le 
« pont de Brabant » constituait une position stra- 
tégique importante ; on ne tarda certainement pas 
à le munir d'ouvrages défensifs. Les constructions 
qui commandaient le passage, constituaient la 
«porte de Brabant, » citée comme l'une des quatre 
issues de l'enceinte prinutive de Gand. 

<c C'était, dit M. Claeys, une construction mas- 
sive, flanquée de tours et couvrant le pont. Sur ce 
pont elle formait une longue ouverture voûtée, 
fermée à chaque extrémité par une solide porte. » 

On ignore à quelle époque ce château fut bâti ; 
il est certain toutefois que, dès 1199, on y perce- 
vait des droits de tonlieu. 

La porte de Brabant fut démolie en 1562 ; quant 
au pont, dont l'accès était fort difficile à cause de 
sa déclivité, il fut renouvelé en 1779. 



* DiEBicx, Mémoires, 1. 1, p. 363 et t. II, p. 302; WABNKŒiina et 
Gbldolf, Histoire de Gand, p. 233 ; De Pottsb, Gent, t. IV, p. 473 ; 
Clabts, Pages d'histoire loccde gantoise, t. II, p^ 1. 



— 91 — 

* A côté du pont de Brabant, les échevins réso- 
lurent, en 1290, d'établir un moulin à eau, pour 
lequel on aurait utilisé la chute d'eau de l'écluse 
installée à cet endroit. Ce projet souleva une vive 
opposition de la part de l'abbé de Saint-Pierre, 
Jean de Visschere*. Sept ans plus tard, les éche- 
vins, munis d'une autorisation donnée par le comte* 
Robert, qui remplaçait dans l'administration de la 
Flandre, son père captif, menèrent à bonne fin ce 
travail important. Toutefois les comptes de la viUe 
nous apprennent qu'en 1336, « meester Boidin » 
exécuta encore divers travaux tant au « Water- 
molen » qu'à la « Brabantpoorte . » 

A cette époque, l'exploitation du moulin était 
affermée par la ville. Jacques Bette et Simon 
vanden Kerchove payèrent de ce chef, en 1337, 
la somme de 696 Ib. ; douze ans plus tard, Simon 
vander Hoyen acquitta une redevance de 1248 Ib. 
Vers le milieu du XVIIP siècle, la location annuelle 
était de 3000 florins, et, au commencement du 
siècle actuel, de 4000 francs; en 1870, elle ne 
rapportait plus que 100 francs par an. 

M. Glaeys, auquel nous empruntons ces rensei- 
gnements, cite encore diverses ordonnances mu- 
nicipales réglant la perception de la taxe de mou- 
ture, due aux fermiers du moulin à eau. 

Restée sans emploi depuis 1874, la vieille mino- 
terie des échevins fut démolie en 1881. Bientôt 

m 

' Van Loksbxn, Cartulaire de Vabbaye de Scnni-Pierre, 1. 1, p. 457. 
L'abbé veat empêcher « novuim opus in fluvio Scalde et ejus fando, 
inloco qui dicitur Braembrugghe.... » Voir : DiB&ioXj lococit. ; De 
PoTTBBy Petit Cartulaire de Gand, p. 320, 



— 92 — 

après, Tantique pont de Brabant disparut, lui aussi, 
pour faire place au colossal aqueduc du Vieil - 
Escaut, au-dessus duquel Tédilité actuelle a fait 
aménager le « square Laurent, » 

Le moulin à eau ainsi que la porte et le pont de 
Brabant, sont fréquemment désignés dans les an- 
ciens documents sous les noms de : « Braemgaten, 
Braempoorte, Braembrugghe. » La famille Braem 
comptait parmi les plus anciennes du patriciat 
gantois, et semble même, à en juger par ses armoi- 
ries, appartenir à la dynastie des châtelains de 
Gand. Comme le rappelle M. Claeys, les Braem 
possédaient des fiefs dans le quartier d'Outre- 
Escaut ; serait-ce à ce voisinage qu'pn devrait l'ap- 
pellation donnée, dès 1297, au vieux pont? • 

Si les récents travaux ont fait disparaître, à 
jamais, un des coins les plus pittoresques du vieux 
Gand, ils n'ont pas été cependant sans quelque 
profit pour l'archéologie. Tandis que l'on retrou-: 
vait dans la vase du fleuve plusieurs bassins de 
cuivre, d'une haute antiquité et d'un intérêt consi- 
dérable * , on exhumait du radier de l'écluse et du 
moulin, une série très importante de pierres tumu- 
laires, arrachées jadis du pavement des églises 
et employées à consolider le lit du fleuve. . 

Aussitôt la trouvaille de ces dalles signalée, la 
Commission locale des monuments se mit en devoir 
de sauver ces curieux débris, d'un nouvel et peut- 
être irrémédiable enfouissement. Les dalles, jadis 

^ Décrits et dessinés dans la Revue de VAt^ chrétien, 1886. 



— 93 — 

scellées les unes aux autres par de solides cram- 
pons soudés, furent relevées avec soin et trans- 
portées dans l'enclos des ruines de Saint-Bavon. 
C'est grâce aux démarches actives et au zèle de 
M. Ferdinand vander Haeghen qu'est due la conser- 
vation de ces précieux monuments. 

Un accident survenu au cours de ce travail de 
sauvetage, n'a malheureusement pas permis de re- 
tirer du lit du fleuve la série complète des pierres 
tombales qu'il avait recelées. Par suite d'un ébou- 
lement subit de la berge, on fut contraint d'établir 
en toute hâte un nouveau mur de soutènement, 
dont les assises inférieures recouvrent une partie 
du radier, jadis entièrement dallé de monuments 
funéraires. Le temps a manqué pour faire le relevé 
complet des dessins et des épitaphes qu'ofiraient 
ces derniers tombeaux. 

Ce n'était pas la .première fois que l'exécution 
d'ouvrages similaires amenait des découvertes fort 
intéressantes pour l'histoire locale. La reconstruc- 
tion de l'écluse du folhxàs, en 1864, et, plus tard, 
l'enlèvement des fondations de l'ancien Cuipgat^ 
près du Palais de Justice actuel*, ont remis au 
jour, après plusieurs siècles d'immersion, des mo- 
numents funéraires remarquables. 

Gr^ce à ces contingents successifs, venus du 
Tolhuis, du Cuipgat et des Braemgaten, le musée 
lapidaire de la ville de Gand offre aux études de 
l'archéologue, une des séries les plus considérables 
et les plus intéressantes que l'on connaisse, de 
pierres tombales du moyen âge. 

« Db Pottbb, Qent, t. IV, p. 209. 



- 94 — 

Déférant à un vœu plusieurs fois formulé * , nous 
avons dressé le catalogue détaillé des dalles retrou- 
vées aux Braemgaten . Ce relevé sera d'autant plus 
utile qu'en dépit des précautions prises pour leur 
transport, plusieurs d'entre eHes, par suite de leur 
immersion prolongée, n'ont pas tardé à se dété- 
riorer sous l'action de l'air et des frimas. 

Lors d'une baisse temporaire des eaux de l'écluse 
des Braemgaten, en août 1876, MM. le comte de 
Limburg Stirum et Ferdinand vander Haeghen 
s'étaient empressés de recueillir sur place, pour 
autant que le permettait la situation, le texte de 
plusieurs épitaphes encastrées dans le radier. Ces 
notes nous ont été d'un grand secours pour com- 
pléter notre travail; nous exprimons ici notre 
sincère gratitude pour cette bienveillante com- 
munication. Nous remercions, en même temps, 
M. l'avocat-général de Pauw ainsi que M. Victor 
vander Haeghen, archiviste de la ville, auxquels 
nous sommes également redevables, de précieux 
renseignements . 

Parmi ces dalles retrouvées aux Braemgaten^ il 
en est plusieurs qui semblent n'avoir jamais été 
achevées ni employées pour couvrir ime sépulture. 
C'est là un fait exceptionnel ; il ferait croire que le 
constructeur se serait fourni de matériaux ailleurs 
encore que dans les églises dont on remaniait le 
pavement. 

Toutefois, le plus grand nombre de ces monu- 
ments, témoigne par les inscriptions qu'on y lit : 
Hicjacet, Hier leghet begraven, qu'elles furent pla- 

» Voir notamment le journal VolMehng (18 juin 1885), 



- 95 — 

■ 

cées primitivement sur la tombe des défunts dont 
elles portent les noms. 

De quelle église proviennent ces dalles? Nous 
croyons que la plupart ont été apportées de l'an- 
cienne collégiale Saint- Jean (aujourd'hui cathé- 
drale Saint-Bavon). Le moulin à eau, situé à une 
petite distance de là, appartenait au territoire de 
cette paroisse. On verra, d'ailleurs, par les notes 
jointes à la description de ces pierres sépulcrales, 
que la plupart des familles dont elles font men- 
tion, avaient fondé des anniversaires dans cett6 
église ; l'ancien ohituaire de Saint- Jean cite même 
nominalement plusieurs personnages dont ces 
dalles gardent le souvenir. 

Il est possible cependant que la chapelle du 
couvent des Franciscains, qui s'élevait sur l'em- 
placement du Palais de Justice actuel, ait égale- 
ment été mise à contribution pour pourvoir au 
dallage de l'ancienne écluse du pont de Brabant. 
Le curieux monument du « frère Guillaume de 
Mudâ, » et ceux des parents du « frère J. de Saint- 
Bavon » ne proviennent-ils pas de là? 

A quelle- époque ces pierres tombales ont- elles 
été ensevelies dans le radier de l'écluse et du 
moulin à eau? Nous ne possédons aucun rensei- 
gnement précis à cet égard. Le compte communal 
de 1324-1325*, de môme que celui de 1337, cité 
plus haut, fait mention de travaux importants 
exécutés au Watermolne. Cette époque est très 
voisine des dates inscrites sur les dalles. On 

» Dl PoTTBB, Oeni, t. IV, p. 476. 



— 96 — 

verra tantôt qu'elles comprennent la période de 
1266 à 1295 et que quelques tombeaux seulement 
ne remontent peut-être qu'au commencement du 
XIV® siècle; comment admettre que, si tôt après, 
on aurait pu rebuter ces souvenirs mortuaires 
pour les employer comme matériaux de construc- 
tion, sans soulever les protestations des familles 
intéressées? 

S'il est probable, comme nous l'indiquions tantôt, 
que ces monuments proviennent de l'église Saint- 
Jean, ne peut-on supposer qu'ils en furent enlevés 
à l'époque où l'on entreprit la reconstruction de 
la tour et d'une partie du vaisseau, vers 1465* ? 
Les travaux de cette basilique avancèrent très 
lentement, puisque l'édifice ne fut achevé qu'un 
siècle plus tard; la bénédiction en fut faite le 
7 juin 1569 *. Cette date se rapproche beaucoup 
de celle de la démolition de l'ancienne porte de 
Brabant ; dès lors, n'est-il pas plausible d'admettre 
qu'on ait, à l'occasion de la transformation du 
pont, renouvelé aussi le radier de l'écluse, en y 
employant les vieilles dalles tumulaires, rebutées 
par suite des travaux considérables effectués à 
l'église Saint- Jean? 

Ajoutons, à l'appui de cette hypothèse, que le 
couvent des Franciscains, ayant été ravagé par 
les gueux en 1566, les religieux reçurent peu après * 
un subside du magistrat pour les aider à la restau- 
ration du monastère, « qui était fort ruiné ' ; » 



« Db Pottbr, Geni, t. V, p. 310. 

* Dagboeh van Ph, van Campene, p. 224, 

» Dk Potter, Oentf IV, p. 285, 



- 97 — 

n'auraient-ils pas, en échange, abandonné à la 
ville une partie des déblais de leur église, consi- 
dérés alors comme n'ayant aucune valeur, pour 
être employés au dallage du lit de l'Escaut? 

Ainsi s'expliquerait et la double provenance de 
ces monuments funèbres, que nous conjecturions 
tantôt, et le silence dos comptes de la ville au 
sujet de travaux qui ont pu être compris parmi 
ceux de la démolition de l'ancienne porte de 
Brabant? 

m 

Environ cent ans plus tard, en 1655, la ville fit 
réparer le radier de l'écluse des Braemgaten, Cette 
fois, on trouve dans le relevé des dépenses, une 
mention des « sarcken, » qui furent partiellement 
détruits ou enlevés * par les maçons. 

Heureusement que tous les anciens ouvrages ne 
furent pas démolis et renouvelés à cette époque ! 
Une cinquantaine de dalles, plus ou moins intactes, 
demeurèrent ensevelies sous l'eau* et le limon. Leur 
découverte, en 1885, constitue, on va le voir, une 
bonne fortune pour l'archéologue et l'historien. 

Les monuments obituaires provenant des Braem- 
gaten, constituent yne source précieuse de ren- 

' a Jtem aen Jan Faytop over de bestedynghe van het legghen van 
de eycken plancken op het bedde, het naghelen vande zelye, het 
▼erdobbelen van diere, het maecken ende jnelaen yande cleyne 
hautten naghelen, het opwinden van eenighe sarcken, etc, 

Jtem aen Lieven Sanders, Pieter Martens ende Guilliame de 
Noyelle, over de bestedynghe van het breken van het oudde mets- 
yverck yan het bedde, ende sarcken^ metgaders het jnslaen yan de 
pylen, legghen yan elechautten ende paelplancken, etc. » 

(Db Pottbb, Gent, t. IV, p. 476.) 



— 98 — 

ments pour l'histoire si peu connue encore, de 
la cité gantoise, antérieurement au XIV® siècle. 
On y retrouve, à côté du nom célèbre des Arte- 
velde, ceux de personnages dont le rôle évidem- 
ment considérable à l'époque où ils vivaient, est 
aujourd'hui totalement oublié, tels qu'Asscheric 
van der Couderborch, frère J. de Saint-Bavon,etc. 
La dalle de Jean Blome (n'' xii) rappelle quelque 
événement tragique, dont il n'est resté nulle trace 
dans les annales de Gand. 

Pour l'histoire de l'art, à cette période primitive 
du style ogival, ces monuments funéraires consti- 
tuent des documents de la plus haute valeur. Où 
trouver une série aussi nombreuse et aussi variée 
de tombes , appartenant presque toutes à la 
seconde moitié du XIIP siècle et provenant d'une 
même localité? Si les unes portent simplement le 
texte d'une épitaphe, accompagné parfois d'un 
emblème ou d'un écusson, d'autres font, pour ainsi 
dire, toucher du doigt, les débuts d'un travail 
artistique encore très rudimen taire et peu sûr de 
lui-même ; plusieurs des dalles reprises dans notre 
catalogue, offrent des spécimens curieux du <( faire » 
fort primitif des « imagiers » locaux, à cette 
époque reculée. 

Par contre, on trouve sur d'autres tombeaux, 
même parmi les plus anciens, la preuve d'un talent 
artistique et d'une habileté technique très dignes 
d'attention. Les dalles d'Agathe uten Spieghele, 
du frère Guillaume de Mudâ, d'Asscheric van der 
Couderborch et plusieurs autres méritent, sous ce 
rapport, une attention spéciale. Le dessin correct 



— 99 — 

des figures, la reproduction fidèle des riches cos- 
tumes, l'élégance des encadrements architectu- 
raux doivent faire ranger ces monuments parmi 
les plus remarquables de l'époque. 

Signalons encore, à cause de son antiquité, la 
tombe portant l'image de « Tarbre de vie », 
ainsi que celle d'un chevalier, dont la fière atti- 
tude semble avoir inspiré, au siècle suivant, l'au- 
teur du magnifique cuivre funéraire de Guillaume 
Wenemaer * . 

Quelques-uns de ces monuments dénotent des 
procédés techniques tout à fait remarquables. Nous 
voulons parler des dalles où les parties décou- 
vertes du corps humain, la tête, les pieds, les 
mains — les « chairs, » pour parler le langage 
d'atelier, — étaient ornées d'émaux en épargne 
ou champlevés ; parfois certaines parties de l'or- 
nementation étaient également enrichies de mas- 
tics colorés. On verra plus loin que ce mode de 
décoration était fort en honneur à Gand, dès le 
milieu du XIIP siècle. La dalle d'Asscheric van 
der Couderborch notamment, par une exception 
bien rare, a conservé tous ses émaux et consti- 
tue un spécimen des plus précieux de ce genre de 
travail. 

D'autres fois, on adoptait, pour représenter les 
c( chairs, » des plaques de marbre blanc incrustées 
dans le plat de la pierre bleue; alors aussi les 
traits du visage et des mains y étaient indiqués 
par des émaux noirs. Ce système décoratif, très 

* Voir : Ménager de» science» historique», 1868, 



- 100 — 

généralement pratiqué au moyen âge, se rencontre 
aussi parmi les tombes du musée lapidaire de 
Gand ; l'une d'elles — nous le rappellerons plus 
loin — a également conservé les mastics qui des- 
sinaient les lignes de la physionomie et des doigts 
sur le marbre blanc. 

Les dalles retrouvées aux Braemgaten, entières 
ou fragmentées, se répartissent en trois séries : 
celles qui portent une date, celles qui mentionnent 
seulement un nom, enfin celles qui ne fournissent 
aucune indication particulière. Nous avons rangé 
les premières selon l'ordre chronologique, les 
secondes selon l'ordre alphabétique ; les tombes 
muettes seront décrites en dernier lieu. 

Il nous a paru utile, indispensable même, de 
faire suivre la notice spécialement consacrée à 
chacune de ces dalles, de quelques renseignements 
historiques sur les personnages dont elles rap- 
pellent le souvenir. Ces notes, que la rareté des 
documents contemporains n'a pas permis de rendre 
plus complètes, contribueront néanmoins à faire 
voir l'intérêt qui s'attache à la conservation de 
ces monuments six fois séculaires, de l'art gantois. 
Aussi émettons-nous le vœu que la Commission 
administrative du Musée d'archéologie soit mise 
à même de procéder bientôt à l'installation défini- 
tive du Musée lapidaire^ auquel les ruines de 
l'antique monastère de Saint-Bavon formeront un 
cadre si pittoresque et si bien adapté. 



r 



- 101 - 



k 



DALLES PORTANT UN MILLÉSIME. 

I. 

1266. — VOS. 

Dalle en pierre de Tournai. 

Hautenr : 2n76. Largeur actuelle : ImlG. 

Vers le sommet de la dalle est gravé un écu de 
forme triangulaire, portant un chevron et sus- 
pendu à une guiche. Celle-ci, de même que le 
champ de l'écu, est taillée en creux, afin de rece- 
voir un mastic coloré ; toute trace de cet émail a 
disparu. 

Une inscription est gravée dans la bordure qui 
encadre le champ de la dalle ; elle est incomplète, 
le long côté gauche de la pierre ayant été rogné ; 
mais le texte continue sur une seconde ligne, 
tracée à l'intérieur du cadre, de ce même côté. 
On y lit : 

(* A) NNO DNI • M (GG) • LXVI • 

PRIDIE • KL' • DE(G)EMBS • SGILIGET • IN • DIE • BI ANDREE APLI 

OBIJT • BALD(V:iIN' • DIGT • VOS 



DTI • VOS • MILITIS • 0(RA)TE • PRO • ANIMA • E (F). 

{Anno Domini i266,pridie kalendas decembris, scilicet in 
die beati Andreœ apostoli, obiit Balduinus dictus Vos 
{filius ....), dicti Vos^ militis. Orate pro anima ejus.) 

Les points entre chaque mot ont la forme trian- 
gulaire ; les lettres pr dans pridie, ob dans obiit 



— 102 — 

pr dans pro sont liées en forme de sigle ; dans 
militis la lettre m a la forme romaine. 



« Sire Pierre dit Vos » fut échevin des xxxix en 
1285 * et décéda le 25 juin 1292. Il était fils de 
Gerem de Atrio, comme le constate l'obituaire de 
l'église Saidt-Jean, où il avait fondé son anni- 
versaire*. Sa veuve Heilwide mourut* le 4 octobre 
de l'année suivante, et fit une fondation semblable 
à celle de son mari . 

« Demoiselle Marie s Vos, » fille de Thierry et 
épouse d'Arnold sWilden, avait également son 
anniversaire dans la même église '. 

Le nom de Vos se rencontre encore fréquem- 
ment dans l'obituaire de Saint- Jean, mais sans le 
prédicat de dominus ou domicella ; les membres de 
cette seconde famille appartenaient à la corpora- 
tion des teinturiers. 

Un Jean de Vos fut 'échevin en 1304 *. D'après 
un armoriai manuscrit, datant du XVP siècle %. 
il portait pour armes : d'argent à la bande de 
sable, chargée de trois lionceaux d'or. Il appar- 
tenait donc à la famille de Vos de Pollaer, et non 
à celle dont les armes « au chevron » figurent sur 
la dalle n° I. 



*• DiERiCXi Mémoires, t. I, p. 86. 

* DE Pauw, Obituarium Sancti Johantieis, p. 126. 
» Ibid., p. 182. 

* Memoriebouck, t. I, p. 11. 

* Dans notre bibliothèqae. 



Valte bu ^rite ^uiliaunu he jOBtibà. 

MuiAOU DU Sci«NCU «HTOMOUES bS BsLOtOUB, 16(4. 



— 103 — 



m 

1271. — HABG. 

Dalle en pierre de Tournai, — Hauteur : 2^94, 

Largeur : 1^45, 

Remarquable par sa composition artistique 
comme par son exécution soignée, cette dalle est, 
en outre, particulièrement digne d'attention parce 
qu'elle constitue un des plus beaux spécimens 
de ce genre de tombes où les teintes variées d'une 
matière émaillée, répandues dans certaines parties 
du dessin, animaient de la manière la plus heu- 
reuse; l'aspect monotone de la pierre. Combien 
ces monuments funéraires, disséminés dans le 
pavement de l'église, contribuaient par leur sobre 
polychromie, à l'harmonie de l'édifice, dont toute 
l'architecture, relevée de tons coloriés, faisait écho 
aux chauds reflets des verrières ! 

Faisons connaître d'abord, le procédé technique 
très original, adopté par l'artiste. Les diverses 
parties du dessin, tant pour les figures que pour 
les ornements, sont indiquées par un simple trait 
gravé j pour les « chairs » — le visage et les 
mains, — ainsi que pour certaines fourrures 
rehaussant le costume, les surfaces ont été taillées 
en creux, de manière à recevoir un mastic coloré, 
les lignes indiquant les traits étant toutefois 
épargnées. Les chapiteaux à feuillage, qui sup- 
portent latéralement le dais, étaient également 
décorés d'émail en champlevé, tandis que les 



• . - lOf - 

colonnettes offraient des bandes alternativement 
émaillées et lisses, en forme de chevron. Les prin- 
cipales parties du baldaquin paraissent aussi en- 
richies de couleurs plates. 

Ce dais présente deux arcatures en lancette 
trilobée, dont le bandeau devait cecevoir une ins- 
cription. Le gable qui surmonte chaque ogive, est 
orné de crossettes végétales et d'un fleuron ter- 
minal ; ces feuillages affectent, pour Tarcature de 
dextre, le type de la feuille d'érable, et pour celle 
de senestre, la forme de la feuille de trèfle. Tout 
ce décor était é maillé. 

Derrière les frontons géminés s'élève un riche 
édicule, en forme d'arche. -Cet édifice est figuré 
par un mur plat, dont l'appareil est entrecoupé 
de quatre fenestrelles lancéolées ; au dessus d'une 
galerie élégamment décorée, paraît le toit garni 
d'ardoises. Celui-ci est contre-buté par des fais- 
ceaux de deux pinacles, auxquels correspond, de 
chaque côté, un pinacle plus massif, qui s'élève 
des colonnettes sur lesquelles s'appuie le bald»- 
quin. Ici encore, . la coloration émaillée devait 
jouer un grand rôle, car les ardoises du toit, ainsi 
que la galerie et les pinacles adjacents, sont taillés 
en épargne. 

De même, les colonnettes latérales avec leurs 
chapiteaux et leurs bases, offraient, nous l'avons 
dit, un décor coloré. On remarque toutefois sur 
ces bases, quelques ornements gravés, une fleur 
de lys, une quintefeuille, une rosace, ainsi qu'une 
grecque en forme d'X, qu'on pourrait prendre 
pour la (( marque » de l'imagier. 



- 105 — 

Deux figures sont placées sous le dais. Dans la 
niche de dextre, un bourgeois, portant une cotte 
qui descend à mi-jambe, et un manteau jeté sur 
les épaules et rattaché sur la poitrine par un cor« 
donnet; il est chaulé de souliers à empeigne 
bouclée ; sur la tête, une petite toque rebrasôée de 
foururre. Le visage imberbe, ainsi que le cou, les 
cheveux tombant en boucles, et les mains sont 
taillés en épargne, pour recevoir des teintes 
émaillées; de même, la doublure du manteau, qui 
est formée de peaux de vair. Entre les pieds du 
défunt, un petit chien, gravé simplement au' trait. 

Aux deux côtés de la tète du personnage, est 
placé un écu portant une bande, sur champ évidé. 
Plus haut, sous l'ogive, on lit le mot : pater, et 
sur le bandeau de Tarcature, ce texte, également 
écrit en lettres onciales, avec points triangulaires : 

ANNO . DNÎ_Jkf . ce • LXX . I . CR 
STINO . VALETINI . OBIIT • ISTE . 

, {Anno Domini 127 i^ crastino Valentini^ ohiit iste *.) 

A la gauche du pater est placée sa fille, 
FiLio, comme l'indique la suscription correspon- 
dante. Ici encore le visage, le voile qui l'encadre, 
et les mains étaient jadis émaillés. Le costume de 
la « gisante » se compose d'une cotte aux manches 
collantes, d'un bliaud aux larges emmanchures et 
d'un manteau très long, ramassé sous le coude. 
A ses pieds, un petit chien, dont la silhouette est, 
cette fois, taillée en épargne. 

< La Saint- ValentixT se célèbre le 14 février. 



— 106 — 

La fille doit avoir survécu à son père, car la 
date de son décès n'a pas été gravée sur l'arcade 
du baldaquin. 

Une longue inscription se déroulait sur la 
bande d'encadrement de la dalle. Ce texte se 
divisait probablement en deux parties, dont celle 
qui se rapporte au pater a seule été taillée dans 
la pierre; elle commence à moitié de la bande 
inférieure et se continue en remontant jusqu'au 
milieu de la bande supérieure. 

Cette épitaphe semble avoir été composée en 
vers léonins ou avec des assonnances rhythmées ; 
elle est malheureusement incomplète et presque 
indéchiflfrable, de nombreux fragments du bord 
de la dalle étant tombés. Voici ce qu'il nous a été 
possible de lire : 

.. 01 • ELTVS .... s . MARMOR(E)_^ 

(10) ES : HAEG • DCVS • P'PLO • NC • 

(GVM . M) AGNIS • MAGN* • GV . PAVFIB' • VBLVT . AON' • 

HV"JL' . REP'BW. ... ATQ' ... LEOI IS 

(G(EL)O REGNET • XPE • T • SP • lONG' • ISTE 

(,^i electus .... s marmore, Joannes Haec dictus; populo 
nunc .... ; eum magnis maçnus, cum pauperibus velut 
agnus; „„humtlis; repyohiin .... atque .... Ugibus .... is .... 
Codo regnet, Christe, et semper jongatur iste *.) 

Toutes les lettres sont en onciales, d'un très 
beau type rond ; les mots séparés par des points 
triangulaires. Dans marmore et dans s'pHoriV Vr 
est rattachée à Vo qui précède. 

< Sur la daUe suivante nous yerrona également o pour v dans 
seconda, ^ 



— 107 — 

Les lacunes dans le texte de Tépitaphe sont 
d'autant plus regrettables, qu'on constate plus 
rarement, en dehors du milieu ecclésiastique ou 
monacal, l'emploi des assonnances latines caden- 
cées pour ce genre d'inscriptions. 

Ce devait certainement être un personnage 
considérable, ce Haec, qui, du fond de sa tombe, 
se proclamait encore, semble-t-il, l'ami du peuple ; 
qui traitait d'égal à égal avec les puissants, qui 
était bon a comme un agneau » envers les pauvres, 
humble, redoutable aux mauvais par sa sévérité 
dans l'application des lois! Toutefois, les annales 
de Gand, dont le Memoriebouck ne commence 
qu'avec le XIV® siècle, sont muettes quant au rôle 
joué par lui dans les affaires de la cité. 

Mais il est fait mention d'un Georges Haec, 
« bienfaiteur des pauvres de Gand au milieu du 
XIII® siècle *, » dont l'anniversaire est indiqué, 
au jour de Saint- Valentin, dans le. nécrologe de 
Saint- Jean, et dont nous retrouverons le nom sur 
la dalle funéraire de sa fille Ymsoeta, décédée en 
en 1284? La lecture du prénom jôês n'étant pas 
absolument certaine, on peut se demander si cette 
tombe n'est pas celle de cet honune de bien. 

B°° Jean Béthijne-db Villbbs. 
(A suivre,) 

* Db Pauw, Obituaire de Saint-Jean, p. 86. 



— 108 — 



ARCHIVES GANTOISES*. 



. vn. 

LETTRE DE LOUIS XIV A L'ÉVÊQUE DE GAND. 

Louis XrV ordonne à l'évêque de Gand de 
chanter un Te Deum pour célébrer la prise de la 
ville d'Ypres quelques jours après la conquête de 
Gand (25 mars 1678). 

Monsieur rEvesqtie de Gand, 

Depuis la prise de la ville et du château de Gand, ayant 
fait investir la ville et citadelle dTpres, je suis venu en 
personne le quinzième de ce mois en former le siège avec 
une partie de mon armée, et bien que la garnison de cette 
place fust plus forte de beaucoup que celles des autres villes 
de Flandres que j'ay cy-devant rèduict en mon obèyssançe 
et qu elle se soit deffendue avec valeur et opiniâtreté, néant- 
moins jelle a esté attaquée par mes troupes avec tant de 
vigeur qu'en sept jours de trenchée ouverte, la ville et la 
citadelle ont esté obligées de se rendre, ayant demandé 
aujourd'hui à capituler. Et comme un succès si glorieux est 
une suitte des bénédictions dont il plaist à Dieu de combler 

* Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., l^ liv. 1890, p. 73. 



- 109 — • 

la justice de mes armées, je désire qu'il luy en soit rendu 
grâces solennelles. Et pour cette fin je tous écrit cette lettre 
pour TOUS dire que mon intention est que vous ayez à faire 
chanter. Te Deum en Téglise cathédrale de Gand et aultres 
de votre diocèse, avec la solennité requise pour un advan- 
tage si considérable, que vous fassiez advertir et inviter 
tous ceux qu'il conviendra d'y assister pour remercier Dieu 
de tant des grâces dont il Luy plaist de me combler. Et 
ne doubtant pas que par vostre exemple vous n'excitiez 
un chacquun à vous imiter, je ne vous feray la présente 
plus longue que pour prier Dieu qu'il vous ayt, Monsieur 
l'Evesque de Gand, en sa saincte garde. Escrit du camp 
soubs Ypres, le vingt-cincquième mars 1678. 

(Signé) Louis. 
(Et en bas) I^ Tëllieb. 

La superscription estoit : A Monsieur TEvesque de Gand, 
cons^ en mon conseil d'Estat. 

Accorde avec son originel, temoing moy soubsigné, 

F. A. COBSIEBS *. 

L'évêque de Gand, qui était François Van Hoo- 
renbeke, n'avait pas eu lieu de se féliciter du pas- 
sage des Français. A peine installé dans son évéché 
en 1677, il avait vu ravager une partie du diocèse 
par les armées d'occupation ; le château épiscopal de 
Loochristi avait été dévasté et incendié. C'est dans 
ces circonstances qu'il reçut l'ordre que nous avons 
transcrit. François Van Hoorenbeke mourut quel- 
ques mois plus tard, le 4 janvier 1679. 

ViCTOB Vander Habqhen. 



*■ Document trouvé au grenier de l'hôtel de* ville et rangé aox 
archives de la ville parmi les pièces de l'évêché, 






— 110 — 



VARIÉTÉS 



Commerce de tableaux de maîtres anciens, a Gand, 
AU commencement du XVIII* siècle. — Quelques docu- 
ments de la même provenance que ceux dont nous avons 
parlé (1890, p. 478), nous permettent de compléter ce qui a 
été dit au sujet du commerce de tableaux de Fr. J. Van 
den Berghe. 

On a la liste des œuvres que Van den Berghe, de Gand, 
avait envoyées en Hollande en 1720, et parmi lesquelles se 
retrouvent quelques-unes de celles qui avaient fait partie 
des achats de Vande Venue à Paris : Lyste van de Schilde- 
ryen de toelcke aen d*heer Joart Ozy syn overgegeven ende 
door d'heer Van den Berghe genombreert op den vierden 
gbre i720 dis volght : Voor eerst synde de vier vaders 
van de Kerk geschildert door Quarsyn d^Arcinto (Le 
Guerchin), etc. 

Le 17 novembre 1721 Van den Berghe reconnaît devoir à 
Tagent Adrien Bout la somme de dix mille florins ; il lui 
donne en gage les mêmes tableaux, que le créancier est 
autorisé à vendre de la main à la main, pour les prix qui 
y sont indiqués. Van den Berghe consentant, pour le cas 
où il ne se serait pas libéré dans Tannée, à la vente de 
ces tableaux aux enchères publiques. L'acte est passé à 
La Haye et les signataires se soumettent & la juridiction 
de la Cour de Hollande. 



— 111 — 

Une sainte famille de Van Dyck figure dans cette liste 
avec une évaluation de 3000 florins; la mise au tombeau du 
Christ de Poussin, 1000 florins; une sainte famille de Se- 
niani {Cignagni?), 1000 florins; Saint-Pierre en prison de 
Valentin, 1000 florins ; un portrait d'une princesse de Croij, 
de Van Dyck, 300 florins; un enfant mort, du même, 130 flo- 
rins; une rixe de paysans {Boeren gevecht door Rubbens en 
den Flauweelen Breugel) 600 florins ; un paysage de Rubens 
{Lantschap van Rubbens het wagentie\ 1 100 florins, etc. 

Le 17 novembre 1722, J. Bart écrit de La Haye à Van 
den Berghe que les tableaux n'ont pu être vendus malgré 
les avis publiés par Bout, dans les journaux, et les nom- 
breux amateurs qui sont venus les voir au moment de la 
vente des tableaux de J. Meyers (Rotterdam, septembre 
1722), et qui, dans la prévision d'une vente publique, n'ont 
guères fait d'offres d'achat de la main à la main ; que Bout 
insiste pour qu'à défaut de remboursement de ses 10,000 flo- 
rins la vente publique ait lieu sans retard. Il estime qu'elle 
se ferait en de meilleures conditions à Amsterdam qu'à La 
Haye. 

C'est dans cette dernière ville qu'elle a lieu néanmoins, 
comme nous le voyons par le « Catalogue d'un cabinet très 
considérable des tableaux qui se vendront publiquement à 
La Haye à la Confrérie des Peintres, sur le Princegraft le 
i9^ de Mai 1723 » (8 p. in-é^). La même collection, dans 
le recueil de G. Hoet *, figure, nous ne savons pourquoi, 
comme tableaux de D. Potter, avec une désignation des 



A Catalogua of naenxlyst van schilderyen met derzelvev pryzen 
zedert een langeai reeks van jaren zoo in Holland als op andere 
plaatzenverhocht,., (1752), t. 1, p. 290. — On y rencontre p. 226 le 
catalogue de la vente des tableaux de Van Biesum dont il a été parlé 
précédemment et parmi lesquels se retrouvent plusieurs tableaux 
provenant du marchand gantois, entr'autres la Chasse aux tigres de 
Yan Dyck vendue 260 florins, Venus et Adonis de Lievens, etCf 



— 112 - 

sujets qui diffère, pour plusieurs numéros, du catalogue 
imprimé. Ainsi un tableau de TAIbane, n^ 14, vendu 
615 florins, est décrit dans le catalogue imprimé en ces 
termes : c un paysage avec deux belles figures et des 
amours > et dans Hoet : Een siuk verbeeldende een herma^ 
'phrodit loonderlyk, geschildert met 6 ftguren. > Le même 
catalogue porte n^ 47 < un combat des Paîsans très parti- 
c culier et curieux, les figures sont dé Pierre Paul Rubbens 
« et le paisage par le Flueele Bruegel. » Probablement 11 
s^agit ici du n^ 143 des tableaux de la mortuaire de Rubens : 
« Un combat de paysans faict après un dessin du vieux 
Breugel, » tableau dont la trace est, croyons-nous, perdue. 
Il est vendu 440 florins. Au n^ 48 du même catalogue nous 
avons < un paisage par le même, excellent et connu par 
rSstampe qu'on nomme la charette. > Cette œuvre est 
vendue 1000 florins; elle se trouve aujourd'hui au musée 
de TErmitage à Saint-Pétersbourg *. 

Au vP 50 du catalogue imprimé, nous avons : < La prin- 
cesse de Crog, par Anthoine Van Dyck, peinte très déli- 
catement. Haut 4 pieds, large 3 pieds 2 pouces, » G. Hoet 
a traduit -Dô Princes van Troyel Les dimensions et le sujet 
nous permettent de reconnaître ici le < Portrait de jeune, 
fille » du musée d'Anvers \ provenant du legs de M^^e la 
baronne Baut de Rasmon, douairière Vanden âecke, gravé 
au siècle dernier par Spruy t alors qu'il faisait partie de la 
collection du baron Baut de Rasmon, et qui a été l'objet 
d'un litige à Gand en 1861. Le catalogue du musée lui 
attribue en hauteur 1^36, en largeur 1"^03. Ce sont les 
dimensions mêmes, d'ailleurs assez exceptionnelles, du por- 
trait de la Princesse de Crog. Nous voyons du reste par 



* Voir Max Roobbs, L'Œuvre de P. P. Rubens, III, n» 1178 
(planche 886). 

* Voir le n^ 547, page 44 du Supplément au Catalogué du Musée 
d^ Anvers (1868). 



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s SclE^ce3 histumouës d 



— 129 - 



^=^ 



Le Psautier de Guy de Dampierre', 



XIII' SIÈCLE. 



•-««Cv^OS/dO» 



NOTE COMPLÉMENTAIRE. 

Dans une note insérée au bas de la page 85 
(!'• livr. 1891) je faisais allusion à une miniature 
détachée d'un manuscrit du XIII® siècle, laquelle 
avait figuré dans la galerie du travail à TExposi- 
tion de Paris en 1889. 

Depuis lors j'ai étudié à loisir ce précieux frag- 
ment, grâce à l'obligeance de M. Gélis-Didot, ar- 
chitecte à Paris, qui a bien voulu me le confier 
pendant quelques jours. 

Or, il résulte de l'examen auquel je me suis livré 
que le feuillet en question faisait autrefois partie 
intégrante du psautier de Guy de Dampierre. En 
effet, la miniature de M. Gélis-Didot représentant 
la Késurreotion a les mêmes dimensions que plu- 
sieurs de celles contenues dans le psautier, à savoir 
0°*09 de hauteur, 0"06 de largeur (voir pL II, l'en- 



^ Saiie. Voir Messager des Sciences histor., lr«liy, 1891) p. 81. 

9 



— 130 — 

luminure représentant Vincrédtdilé de saint Tho- 
mas). Quant à la couleur, au dessin, au mode 
d'ornementation et à l'emploi des armoiries, il 
existe une identité complète entre le folio détaché 
et les « histoires » du psautier. 

J'ai pris soin de soumettre ma découverte à 
M. Ouverleaux, conservateur de la section des 
manuscrits à la bibliothèque royale , et mon hono- 
rable confrère a reconnu, après un minutieux 
examen, que ma restitution était justifiée en tous 
points. 

D'autre part, il y a lieu de remarquer que la 
découverte de cette miniature vient combler une 
des lacunes qui n'auront pas échappé au lecteur. 
En effet, dans l'énumération des enluminures du 
psautier il n'a été fait mention ni du Crucifiement 
ni de la Résurrection. Or il entrait manifestement 
dans les intentions de celui qui avait tracé le pro- 
gramme destiné à l'enlumineur de faire repré- 
senter les deux sujets précités. En effet, tous les 
autres faits saillants de la vie de J.-C. occupent 
plusieurs pages. D'ailleurs il est aisé de constater 
en feuilletant le psautier que plusieurs folios ont 
été très adroitement coupés. A quelle époque cette 
mutilation coupable a-t-elle été commise ? Dieu le 
sait! 

M. Gélis-Didot m'écrit qu'avant de lui apparte^ 
nir la miniature a figuré dans la collection de 
M. Ambroise Firmin Didot ; et qu'elle provient 
d'une collection ancienne de miniatures ayant 
appartenu à l'abbaye de Saint-6ermain*des*Prés , 
à Paris. 



- 131 - 

Voici la description qui a été consacrée à cette 
page, dans le catalogue dressé lors de la vente 
des manuscrits du célèbre bibliophile : 

4 

« N® 44. — Précieuse miniature sur vélin, exécutée en 
France au Xin® siècle. Le sujet est entouré d'un encadre- 
ment à fleurons dorés, terminé aux angles par des mé- 
daillons renfermant des armoiries. Le premier écu vairé 
(Tor et de gueules pourrait bien s'appliquer à la maison de 
Bauffremont; le second porte : à^ argent à une face de 
gueules, surmonté d'un lion passant de même ; le troisième : 
d^ argent à trois têtes de lion de gueules (?) ; le quatrième 
d'or plein. Les soldats ont aussi des boucliers armoriés. » 

Il ne sera pas superflu de faire observer que le 
second écu devrait, à mon avis, être décrit comme 
suit : d^argent à une fasce de gueules surmonté dun 
léopard; le troisième dî! argent à trois écus pleins de 
gueules chargé d'aune fasce de ...; le quatrième n'a 
pu être d'or. Un examen attentif m'y fait décou- 
vrir quelques particules d'émail rouge. Quant aux 
armoiries peintes sur les boucliers des soldats, les 
unes portent d'or au lion de sable, les autres de 
gueules au chevron, peut-être d'or car actuelle- 
ment au lieu du métal on ne voit que le vélin à nu. 
L'écu vairé d'or et de gueules peut être, de l'avis 
de plusieurs héraldistes distingués, attribué à la 
famille de Beauffremont. 

En terminant je me fais un devoir d'exprimer 
à M. Gélis-Didot ma bien vive gratitude pour 
l'obligeance avec laquelle il a secondé mes re- 
cherches. Je le remercie également d'avoir bien 
voulu mettre à ma disposition la gravure qui 



— 132 — 

vient établir préremptoirement la restitution que 
j'ai faite en faveur du psautier de Guy de Dam- 
pierre. 

Joseph Desxhée. 



A la page 382 (année 1890), il faut lire an second paragraphe : 
de» données fournies par Vhistoire et l'héraldique aa lieu de : par 
Vhistoire de l'héraldique. 

A la page 384 « in fine » : sont en train au lien de : seront. 

A la page 81 (année 1891), à la cinquième ligne du second para- 
g^phe : plusieurs d'entre eux au lieu de : plusieurs bonshommes. 



— 133 — 



U COUR DU ROI DE LINDRE. 



COUR D'AMOUR EN FLANDRE 



AU XVIIe SIÈCLE*. 



Adornes, ayant manqué à Venise le bateau pour 
Constantinople (lettre du 16 octobre 1672), avait du 
abréger son voyage et était rentré à Bruges, mais 
pour peu de temps, le repos lui pesait et il s'en 
était sans doute plaint, aussi un de ses parents, 
M. Feure, l'engageait-il vivement à prendre du 
service. 

« Monsieur Mon cousin, fai appris de Monsieur de Ber- 
naige que vous êtes à Bruges à ne scavoir que devenir, c*est 
ce qui rrCa fait prendre Vhoneur de vous écrire et la liberté 
de vous dire, que dans le tamps où nous sommes un chacun 
doit prendre une parti. Comme Vojft me dit que celuy du 
mariage ne vov^ agrée pas, il me semble que celuy de voir 
Varmée pour cette campagne doit être le plus louable et le 
plus selon un homme de votre qualité. Si Venvie vous en 

* Suite. — Voir Mess, des Sciences hist,, 1" liv. 1891, p. 1. 



— 134 — 

vient et que ce soit avec moy et Mons^ de Bemaige^ qui 
prend ses mesures pour cela, je vous offre mon petit pouvoir ^ 
comme fai d^'à fait à lut/ et f espère de vous voir prendre 
une résolution la dessus * . » 

Cette lettre arrivait trop tard, Adornes était 
déjà reparti pour rAllemagne et il ne comptait pas 
être sitôt de retour, ainsi que le prouve une lettre 
que lui adressait de Gand le 8 du même mois 
N. de Béer de Zevere* : 

« Tai eu bien de lajoye d'apprendre par celle qu'il vous ^ 
pieu m'escrire de Ambourck la résolution qu'avez prise de 
venir veoir vos chers amis et amies en Flandre, qui vous 
attendent avec impatience, J'avoi creu de vous voir de retour 
pour la Semaine Saincte en suitç de celle que vous m'avez 
escrite de Vienne; je vous pardonne tous ces délais comme à 
un voyageur très curieux, veu que je suis bien persuadé de 
la magnificence des cours d'Allemagne et agréables compa- 
nies qui vous arrestent si longtemps, mais je vous prie, après 
avoir veu la Cour de Suéde et Denemarck, de nous plus 
tromper et de venir prendre t dulcem quietem interbrachia, » 
et de venir jouir après tant des incommoditez de voyage de 
Vagréable compagnie « van de vrindelyche meyskens, et tune 
dulce erit meminisse laborem. > L'on a passé icy fort mal le 
carnaval, car sans divertissement, Mons^ Bondia espagnol 
a faict danser la charmante Duras et a donné Î2 bassins de 
succade et voyla tout. » 

^ Lettre datée de Bruxelles le 7 mars 1673. 

• Je ne connais à cette époque ancan membre de la famille de 
Béer dont le prénom commença par N. La Seigneurie de Zeveren 
appartenait en 1673 à Gaspard Ignace de Béer, baron de Meolebeke, 
marié en 1677 à Catherine Elisabeth Morrhe, dont il eut un fils 
nommé Nicolas. Le père de Gaspard s'appelait également Nicolas 
Ignace, mais il mourut, dit«on en 1660 ; celui dont il s'agit était sans 
doute un frère de Gaspard qui n'est pas cité par les généalogrÎBtes. 



— 136 — • 

De Béer parle un peu des préparatifs de guerre 
et de rhabit d'été commandé par Adomes à son 
tailleur M"^ Lambert, qui était sans doute le tailleur 
à la mode; c'était un habile homme, qui à son re- 
tour lui ferait son habit en un jour. 

Adornes partit de Hambourg pour le Danemarck 
le 24 mars; il fit un séjour à Copenhague, en at- 
tendant un moment favorable pour aller en Suède. 
Dans une lettre qu^il adresse à son frère il se loue 
beaucoup de la manière dont il fut reçu à Copen- 
hague : 

c Je suis dans cette cour avec beaucoup de satisfaction 
ayant fait la révérence au JRoy dans le manège, y étant 
introduit et accompagné de Vambassadeur de France, com- 
mandeur et grand croix de Malte ^ qui ne souffre pas que je 
disne jamais dans mon obberge, et m' envoyé journellement 
son carrosse, et fait autres caresses et services dont je ne luy 
pourray jamais témoigner assez de recognoissance, 

« L'ambassadeur de Suéde m*a fait des honneurs et nCa 
promis des lettres pour les premiers ministres de la Cour de 
Stockholm^ comme aussy son Eas^* Vambassadeur de France 
qui tient le plus beau train de toute la cour, de manière que 
je ne scaurais aschever ce voyage sans beaucoup de satis- 
faction. 

€ En ce qui touche cette cour, elle est assez petite et ne 
paroistpas beaucoup, V ayant diverses fbis considérée dans les 
antichambres du Roy et autre part, La ville est désagréable 
et mal bastie par excellence, mais la situation à cause du 
port est très considérable, et les fortifications tout à fait 
royales, 

€ P, S, Le Roy donna avant hier audience à VEnvoyé 
d^ Hollande qui disoit pour compliment : Sire, mes maitres 
m'ont envoyé icy pour rendre parfait Vouvrage de M, de,,,. 



— 136 — 

« 

notre ambassadeur, et suis vostre très humble serviteur. 
Ayant prononcé ce peu des paroUes en présence des personnes 
qui m'en ont fait le récit, il fit une sotte révérence, sortant 
avec gravité jusqu'à la porte et tournant le derrière à Sa 
Mqfesté, lorsqu'il fit encore une révérence fort ridicule avec 
ces paroles : Sire, je suis votre serviteur, mais tout en fia" 
mand, de quoy tout le monde se mit à rire, 

c Sa Mcyesté attend la résolution des Espagnols^ sans la 
quelle elle ne se veut pas déclarer, mcais il est certain qu'elle 
tiendra le party d! Espagne en cas de quelque déclaration ; ou 
bien si la Suéde se déclare pour la France, il n'y a pas de 
doute oùle Roy fera une ligue avec Brandenbourg et Lunen- 
bourg aux avantages des Hollandois, 

« Tay veu diverses vaisseawjc de guerre dans le port, sur 
lesquels et pour lesquels Von fait beaucoup des préparations, » 

Adornes était, paraît-il, observateur, aussi il 
est regrettable que l'on ne trouve pas de traces du 
journal de ses voyages dont il parle dans une 
lettre à son cousin de Poelvoorde (Venise 1 2 octo- 
bre 1672) : 

€ Je vous montreray un jour, lui disait-il, une exacte 
description des toutes ces villesj des toutes leurs maximes &% 
car je prens plaisir d'annoter généralement tous ce qu'on 
voit partout; mais il me coûte une peine incroyable d'estre 
obligé d'écrire nuict et jour, et outre cela une quantité des 
lettres qui me tuent, mais lorsque je pense : dulcia non meruit 
qui non gustavit amara, je soulage en quelque façon mes 
soins et peines, » 

On ne possède aucun détail sur ce voyage de 
Suède, pour lequel il avait demandé à son frère 
de lui envoyer cinquante patacons pour le, moins, 



. •- 137 — 

« la cognoissance des grands seigneurs l'ayant 
obligé à des dépenses extraordinaires. » 

Au mois de juillet Adornes était en Allemagne ; 
il ne semblait d'ailleurs pas pressé de revenir en 
Flandre, une vive contrariété l'y attendait; Made- 
lon l'infidèle se mariait. A en juger d'après les let- 
tres dans lesquelles on cherchait à le consoler, ce 
mariage a dû lui être très sensible, c'était du reste 
plutôt question d'amour-propre que chagrin vé- 
ritable. 

Cette Madelon était une demoiselle de Camargo * 
qui semble avoir été très recherchée, elle était d'une 
rare beauté. M. de Corte dans sa lettre parle de 
son mariage, mais déjà antérieurement une autre 
correspondante d' Adornes, nommée également Ma- 
delon», rapporte le bruit qui courait à ce sujet : 

« Je vous êcviveray de nouvelles de Mons, Beesselare.., le 
bruie cour qu'il se marira bien à Mad'^^^ Camargo ; si en cas 
que sa se fait, vostre grand voiage sera cause. Monsieur, que 
vous serai privés de Lonnehen, » 

' C'était un faux bruit, mais actuellement ce pro- 
jet était plus fondé; une autre correspondante 
d' Adornes, Marianda, dont le mariage fut égale- 



^ Marie Madeleine de Camargo était fille de Théodore de Camargo 
et de Marie Suzamie de Troibreize, elle épousa en première noces 
Florent-yanden Eechoute et en secondes noces Antoine van Pottels- 
berghe. Cette famille de Camargo est distincte de la famille de Cupis 
de Camrrgo à laquelle appartenait la célèbre danseuse. 

* Celle-ci était une mademoiselle yanden Berghe que je crois être 
Marie Madeleine vanden Berghe, fille de Marins, seigneur de Ghits 
et d'Ogierlande, mort le 16 août 1669, qui avait épousé le 23 février 
1653 Marie Madeleine de Poyvre. 



— 138 — • 

ment très mal accueilli, cherchait à le consoler 
en le lui annonçant : 

€ Mon cher Souvenir,,, je apris que vous este tout à fais 
mal avec Madelon, je vous plins ; mes prané paciance, et 
pencé que Von en trouve ancore comme elle. Tous vos amis 
sonerons de vous faire avoir une faime selon votre mérite. 
Je vous dairé davantage lorsque seré de retour, Adieus, mon 
lif; souvené vous de Mar„, comme elle songe à Linder, • 

Madelon van den Berghe était une des plus ac- 
tives correspondantes d'Adornes, celui-ci semblait 
l'avoir distinguée , maintefois il lui avait offert des 
souvenirs de voyage, des reliques, des bracelets, 
des jarretières et entr'autres objets une précieuse 
bague envoyée de Rome, elle lui disait en le 
remerciant : 

« T espère que je aurais encore V occasion de vous pouvoire 
remercier en bref de tout lejolité que vous m'avet envoie. » 

Mais dans toutes ses lettres elle observait beau- 
coup de réserve, elle ne s'en départit que pour 
plaisanter Adornes sur sa vocation religieuse : 

€ Monsieur, je ne suy pas sans suerprise (Rapprendre vos 
bonne et sainte résolutions, considérant commen que vous 
sourait effacer Lonnehen Camargo or de vostre espri, car el 
devien la plus charmante moiseUe de Oand. Ce né pas 
Monsieur que je vous veux témx>ignié par là que vùus n'avez 
V esprit assez farte pour sanger votre paigchai en la divinité; 
je vous assuer si vous avez le sentimen si avantague comme 
vous mais témoignié par la vostre que vous est vort heureux, 
et souhaite que je puis estre un jour si heureuse. Je vous pris 
de YifCavoire en souvenance en vos bonne et sainte prière. Je 



— 139 — 

votderé que foray Vonneur de vous voir en ce paye avec vot 
cap; en maisme tan Je votùs remercie très humblement de tout 
les onnueres et civilités que vous m'aves fait, t 

Dans une autre lettre elle lui écrit qu'à son 
retour elle lui fera le récit de tout ce qui se sera 
passé ici si en cas que Lonnehen né pas oublié, mais 
je crois que le gran voyage aurais effacé or de vostre 
esprit les hueres que nous avons passé en rian et 
chanten. La Chronique mondaine occupe une grande 
place dans ses lettres, dans l'une d'elles elle dit : 

f Pour le divertissement il rCy a encore fort pue isi que 
nous avons de commédiens flamen, il Von présenté le malluers 
du painsionner de Wit, mais i vons voir le plus grand fai- 
desse du monde. — (Oand le i 7 juillet,) » 

Ce mariage avait dû bien occuper la société, le 
bruit en avait même franchi les murs des cloîtres ; 
M^^* Adomes, religieuse à Bourbourg, écrivait à 
son frère : 

c Mandé moy de nouvelles de belles de Oand et principale- 
ment de Madelon Vinfidelle;je suis bien curieuse d'aprendre 
ce qu'elle vous aurat dit. Dites moy ausy le nom de son 
mary, » 

Adorne semble d'ailleurs * en avoir pris assez 
vite son parti, à en juger d'après une lettre de sa 
sœur* : 

< J'admire t adresse avec laquelle vous avés sue vous 
défaire de Magdelon, c'est bien emplies, elle mérite que vous 
la trestiez ainsy, elle at appris à ces dépens. Je croy que 
dorénavant elle serat plus sage, » 

< Lettre da 26 znan 1673. 



— 140 — 

C'est tout ce que M^^** Adornes en dit ; au reste 
l'admiration qu'elle avait pour son frère ne lui 
permettait pas de croire qu'il pût avoir des torts ; 
ce sentiment est exprimé en termes qui donnent 
une idée du style maniéré de l'époque : 

t Monsieur et le pltis aimable ft'êre, V excès de joye que 
vïCat apporté vostre chère lettre ne se peut non plus com^ 
prendre que timpatience que f endure de me voir privé de la 
vue d^une personne que f aime avec la dernière passion. Mais 
quoy la seule consolation que j*ay dans une si rude absence 
est le tendre souvenir que me témoignez par toutes les chères 
lettres- quefay rect^e depuis vostre triste départ. » 

Au mois de juillet de cette année Adornes passa 
par Dantzig, comptant se rendre en Pologne ; un 
M. Gauthier, de Dantzig, prie son correspondant 
à Varsovie de remettre au cavalier Adornes de dix 
à vingt écus s'il les lui demande. Il était de retour 
à Bruges à la fin de l'année, d'après une lettre de 
sa sœur (2 décembre 1673), où elle lui dit qu'elle 
espère qu'il a eu toutes sortes de satisfactions de 
son long voyage ; elle ajoute qu'elle aurait beau- 
coup de plaisir à le voir, mais le prie de ne pas 
risquer le voyage de Bourbourg, car il y grand 
péril à le faire à cause -des partis qui sont toujours 
en campagne. 

Au commencement de l'année 1675 sa sœur lui 
écrit à Bruges pour lui souhaiter une heureuse 
année et ajoute : 

« Mon très intime frère, vous est sy obligant, civille et 
prodigieux dans vos libéralitées que je me trouve incapable 
de répondre aus uns et vous tesmoignier mes reconnes- 
sance pour les autres, ce quy faict que je vien vous en fer 



- m — 

simplement mes très heumbles remersimens, vous priant de 
voits contenter de la cinplidté de mon stil, puisque je rCay 
pas des termes assez énergique pour vous en remercier, » 

Nous ne retrouvons plus notre voyageur avant 
1677. Il fit cette année un long voyage, dont il 
raconte un épisode à son cousin le seigneur dé 
Poelvoorde ; nous lui en laisserons faire lui-même 
le récit. La lettre est datée de la Rochelle, le 
28 décembre 1677 : 

« Monsieur et très cher Cousin, 

< Il y aun mois^ plus ou moins, qu'un vaisseau anglois fit 
voile de Galway en Irelande, pour Ostende, et par cette com- 
modité il me donnoit l'honneur de vous écrire ayant envoyé ma 
lettre à M^ Draeck; 4 jours après il y avoit une galliote pour la 
Rochelle^ oii je me suis embarqué assez malheureusement^ car 
ayans le vent tout contraire, accompagné d'une bonne tempeste, 
nous étions» obligez de prendre la course des Indes Occidentales, 
et le 3^^ jour à 7 heures du matin, la mer étant à demy calme 
nous vismes un coi^saires turc qui vint droict à nous, et à la 
ière passade il nous salua de 16 pièces, sans faire grand dom- 
mage. Un peu aprez il fit une seconde passade et nous salua 
d^une douzaine, qui nous fit perdre trois hommes, et le mas de 
lapouppe. Une heure après il nous chargea plus vigoureusement 
qu'auparavant, et dans cette passade nous perdîmes 4 hommes^ 
et le navire assez endommagé; sans doute que le corsaire était 
surpris que nous étions sans nous défendre, car nous portions 
25 pièces de cannon et 42 hommes, mais mon capitaine quoy 
que très jeune le fit par finesse, ne trouvant aucunement conve^ 
nable de se deffendre qu'à l'extrémité; do7ic l'ennemy se préparer ^ 
pour venir à bord, mais nous commencions à le charger de coups 
de cannon H vigoureusement qu'on n'a veu de longtemps un tel 
combat; car comme il s'opiniastra à nous poursuivre, nous fumes 
4 fois si prez l'un de l'autre, que la motisquetterie agissoit 






— 142 — 

comme sur terre; enfin nous perdîmes 15 hommes et la tem- 
peste reprennant ses furieuses courses notis sépara la nuict. 
2 jours après un corsaire hoUandois vint à nostre bord^ et me 
prit prisonnier^ parce que favois une attestation que j'étois 
françois nonobstant que je leur fis voir clairement quefétois 
flamand; mais le lende-main un vaisseau de guerre françois^ 
armé de 50 pièces^ attacquoit le corsaire hollandais^ et en fort 
peu de temps il t obligea de se rendre^ de façon que tout étoit 
prisonnier hors mis moy, car j'avois desia été pris pour fran- 
çois^ et nous venions mouiller t ancre à la i^ade de Briest^ où. il 
me mis sur un 3^ vaisseau destiné pour S^ Martin ^ mais la 
cruelle tempeste nous obligea de courrir vers BeUe-Isle^ ou nous, 
moîUâmes l'ancre tout contre le Château. J'y fus 5 jours^ et 
pendant ce temps M^ de Logerie^ gouverneur de la cittadeUe^ 
m'a fait tout Vhonneur imaginable, et je puis dire de n'avoir 
recontré dans tout mon voyage un plus lumneste gentil homme; 
aussy Madame la gouvernante et JV^ de Chouppe, sa sœur^ 
m'ont montré la dernière amitié^ de façon que je leur ay toutes 
les obligations du monde. Enfin^ j'arrivois à S^ Martin par un 
temps désespéré la veille du Noël. J'ay été sur mer 22 jours^ 
tourmenté de continuelles tempestes^ qui ont été si extraordi- 
naires que quantité de vaisseaux se sont perdus sur les costes de 
France^ de Biscaye^ de GalUce et d'Irelande. Ilya3 jours que 
je suis à la Rochelle qui est une fortjolye ville ;je parte bientost 
pour Bourdeaux^ et prendray mon chemin pour aller à Lis^ 
bonne en PortugaUpar la Biscaye et la Galice. Adieu^ mon cher 
Cousin^ un peu de souvenir au mUlieu de vos divertissement, 
et mille baise-mains à madame ma cousine, votre chère com- 
pagne et à tout nos amis de Courtray, et croyez que je suis 
tout à vous 

Mon cher Cousin. 

Le Chevalier Adort^es. 

. de la Rochelle ce 28^ de X^ 1677. 

Adresse: Pour Monsieur, Monsieur de Poelvoorde, haut-poincter 
de la Chastelenie de Courtray à Courtray. 



— 143 — 

Ce récit dramatisé avait ému bien des sensibili- 
tés. On en trouve un écho dans une lettre où se re- 
flète le caractère d'une correspondante d'Adomes, 
qui signe la Douce ; après s'être plainte de ce que 
les lettres qu'elle lui écrivait ne lui parvenaient 
pas, elle ajoute : 

« Cest avec une joie bien mellé d'amertume quefay receu 
la vostre quy nCé la plus cher du monde pour bien des 
raisons : la première, t?ow5 demandé si vous vive dans mon 
souvenir, ouy, mon chère, vous y serés éternellement et &est 
faire une outrage bien grande à une étemelle, sincère et 
fideïle amitié que je vous ay tant de fbis assuré que d^en 
douter tant soit peu, cela est bien sur, et Vinquiétude et 
ennuit que je soufre â vostre occasion tesmoiçnent bien que 
ne m'est pas indifférent; c*est le sujet quy me fait quel- 
qufois souhaiter ne vous avoir jamais vue, puisque les réso- 
iutions que vous avés pris et desja my en effet sont tout^à- 
fait contraire â cette amitié... je ne voy aucuns avantage que 
vous pouvés tirer de sortir du pays, au contraire, vous vous 
eoopossé à bien des malheur c'est ce quy fait mes ennuit et 
appréhension.,, Tay veu parla vostre le périls où vous aves 
esté sur la mère, vous en est eschapé, mais hélas ce serai 
toi^'our à recommencer... Je suy la plus afligée du monde 
que vous prenne ainsy des sy grande mélancolie qui vous 
obligent d vous esloinnier ainsy de vos amis, iy fétoy à, 
vostre place je ne m* en socieray gueres, » 

W^^ de Nédonchel Bouvigny ne se montre pas 
moins satisfaite de son heureux retour : 

c Monsieur mon cher et intime cousin^ 

« Ma plume n'est pas capable de vous exprimer lajoye que 
j'ay eu lors que iapris votre heureuw retour dans ce cartier 



4 

X 



— 144 — 

je vous souhaite le bienvenu de tout mon cœur, Cest à présent 
que je hanny toute crainte et appréhension quy nCont sy 
souvent donné de ^inquiétude pour les pérille et danger oii 
vous aves esté sy souvent, il f/aut bien dire que le bonheur a 
favorisey vos méritte.,. Je vCay plus rien à souhaiter présente- 
ment que fhonneur de vous voir, ne respirant rien davan^ 
toge que ce bonheur pour connoitre un chère cousin que 
f estime infiniment et à quyfay tant d^obligations,,, » 

Le décès de son frère aîné, en 1679, amena un 
grand changement dans l'existence d'Adomes; il 
semble avoir renoncé dès lors aux grands voyages 
pour se fixer à Ronsele, qu'il venait d'hériter, et 
où il fonda bientôt la Cour dont nous avons à nous 
occuper. 

On n'a pas de détails sur la mort de ce frère. Il 
en est d'ailleurs fort peu question dans la corres- 
j)ondance que nous analysons ; sauf une lettre dans 
laquelle sa sœur se plaint de ce qu'il lui donne 
si peu de ses nouvelles : 

« Nostre frère ne nCat pas écris depuis le mois de May, 
je lui ay escris trois fois pour avoir de V argent, il ne me 
répond pas, cela mHncommode bien; cet assurément Vempres- 
sèment qu'il est pour son mariage quy ten divertit. Je suis 
bien curieuse de savoir le non de cette belle quy vous possède 
tous deux, cela est bien gaillard» > 

On ignore le nom de cette belle inconnue. Il 
paraît d'ailleurs qu'elle ne devint la femme d'aucun 
des deux Adornes ; on ne trouve pas de trace du 
mariage du frère aîné. 

• Après avoir ^égné et brillé pendant quelques 
années à Ronsele, ce fat personnage, qui acceptait ' 
avec tant de facilité et de plaisir les hommages 



— 145 — 

d'une foule de jolies femmes , dont il semblait se 
jouer, finit par céder à un amour malheureux qui 
vint briser son existence et mettre fin à son éphé- 
mère royauté. La personne qu'il épousa apparte- 
nait à une très bonne famille anglaise, mais elle 
était protestante. Pareil mariage devait rompre 
toutes relations avec les personnes dont il avait 
cherché à s'entourer, pour en former sa Cour. Il 
y en avait parmi elles auxquelles leur condition 
devait interdire de continuer leurs rapports avec 
Adornes dans ces conditions , d'autres raisons 
que l'on peut deviner, peut-être des illusions per- 
dues, devaient aussi mettre un grand froid dans 
les relations anciennes. 

Marie Louise Carteret, née à Guines, dans le 
Pas-de-Calais vers 1662, de Thomas Carteret et de 
Louise de Rockolfing * appartenait par sa mère à 
une famille établie en Flandre. On ne trouve 
d'autres traces de ses relations avec Adornes qu'une 
lettre dans laquelle elle lui dit : 

« Je vous remercie très humblement du beau bouquet que 
vous m'envoyez, comme aussy de la grâce que vous me faites 
de me souhaiter estre du nombre de vostre belle confrérie, je 
V accepte avecjoye et V estime beaucoup d'honneur pour moy, » 

Adornes avait sans doute été séduit par sa 
beauté : 

« Il est permis, lui écrivait une de ses cousines, d'aimer 
une personne aussy belle et bien faite comme elle est, fen 
tombe d^ accord, » 



^ Louise de Rockolfing se remaria avec le capitaine Arthur 
BolestowBf 

10 



~ 146 — 

W^^ de Carteret habitait ordinairement Calais, 
inais dans les derniers temps elle demeurait à 
Breda, avec sa mère, auprès d'une de ses proches 
parentes, M?^® de Cabeliau, qui désirait beaucoup 
les conserver auprès d'elle et qui priait instam- 
ment Adomes de ne point la priver de leur com- 
pagnie « car je vous proteste, disait-elle, qui si vous 
me faissez ce déplaisir je pourrais, s'il nCestoit pos- 
sible, dire que vous enviez nostre bonheur; car comme 
ma chère cousine et la personne du monde la plus 
aymable, j*ayrois ausi un desplaisir le plus grand 
qui me pour ois ariver de la perdre. Ayez donc. 
Monsieur, plus de charité en cette affaire en ma 
considération, et ne vous pressez pas si fort à per- 
suadé ma tante qu^elle doit venir bientôt en vos 
quartiers, car sela me ferois mourir ou du moins me 
causera une grande maladie. Je vous die cesi pour 
ce que je vous croy fort charitable * » . 

Le séjour de M^^* de Casteret à Breda explique 
pourquoi son mariage se fit dans cette ville, d'ail- 
leurs comme elle avait été baptisée par le Ministre 
protestant et élevée dans cette religion, son ma- 
riage aurait souffert beaucoup de difficultés en 
Flandre, difficultés qu'elle n'évita pas d'ailleurs. 

Le mariage se fit à Breda le 9 juin 1684; mais 
comme ce mariage avait été déclaré irrégulier, 
les deux époux durent en contracter un second, 
qui fut célébré à Maestricht le 20 août 1684, d'après 



* Lettre du 81 mars 1684. Cette demoiselle J. L. A. de Cabeliaeo, 
comme elle signe, appartemiit sans doute à la branche de' cette 
famille établie dans les Provinces-Unies, branche qui a donné plu- 
sieurs officiers au service des États. 



— 147 — 

le rite catholique ; mais celui-ci ayant été égale- 
ment annulé parce qu'il avait été fait en Tabsence 
du curé, ils furent obligés d^^en contracter un 
troisième, il fut célébré à Gand, dans Téglise de 
Saint-Nicolas, avec la permission de Fëvêque. Le 
18 août 1684, les deux époux ou futurs époux 
avaient fait leur testament par devant le notaire 
P. Van Milieu à Maestricht. 

Adomes et sa femme ne séjournèrent pas long- 
temps à Ronsele, leur séjour dans cette résidence 
devait leur être devenu trop pénible; le mari 
brouiUé avec sa famille et ses amis avait dû voir 
disparaître toutes ses illusions. Ceci devait lui 
être d'autant plus sensible qu'il semblait ne pas 
comprendre sa situation, sinon, aurait-il écrit à 
propos de la personne jadis associée à son trône, 
l'ancienne reine de Lindre : 

« Je ne vois pas Mademoiselle de Mooreghemy car comme 
son humeur est tout jour fbrt fière en mon endroit, mettes 
des petits airs fort déplaisant que le monde souvent remarque, 
je ne veus plus m*eocposer et recevoir des coups qu'une per» 
sonne comme moy ne mérite pets *. » 

La brouille d'Adornes avec sa famille avait surgi 
à l'occasion d'intérêts qui lui étaient communs 
avec d'autres membres de sa famille, il y avait 
entr'autres une rente de 500 florins à charge du 
prince d'Orange qui était arriérée depuis 120 ans. 
Ces compétitions avaient donné lieu à des récrimi- 



A Copie d'une lettre datée de Qand, 28 décembre 1684. Elle 
est peut-être de M">* Adomes. 



— 148 — 

nations réciproques, Adomes prétendant qu'on lui 
refusait les papiers nécessaires pour faire valoir ses 
droits, on lui répondait qu'il n'y en avait aucun. 
Adomes alla jusqu'à accuser M. de Mooreghem, 
conseiller au Parlement de Tournai, de l'empêcher 
de mettre à exécution un pareatis qu'il y avait 
obtenu. 

Adomes ne séjourna plus longtemps en Belgique, 
désillusionné et peut-être gêné dans ses affaires 
financières, après l'existence brillante qu'il avait 
menée pendant plusieurs années, il vendit son 
château de Ronsele, qui fut acheté par François 
Maximilien Van de Woestyne seigneur de Pilckem 
le 2 mai 1687, et il se retira en Angleterre. Il y 
était établi en 1694, d'après une déclaration dans 
laquelle lui et sa sœur la baronne de Boudry éta- 
blissent qu'ils descendaient de Corneille du Plessis 
(Duplicius) surnommé Schepperus, comte Palatin 
et vice-amiral de Flandre. Adomes prend dans cet 
acte le titre de baron de Corthuy qui avait été 
porté par son ancêtre le grand voyageur. Depuis 
lors il vécut obscurément en Angleterre, il y mou- 
rut, parait-il, mais on ignore la date de sa mort, 
n avait eu de son mariage une fille nommée 
Isabelle, qui se maria en Angleterre. 

Isabelle Adomes était rentrée en possession du 
château de Ronsele à la suite d'un procès intenté 
par sa mère à l'acquéreur, la vente avait été an- 
nulée, mais elle s'était hâtée de revendre cette 
terre. Liévin Ignace Triest de Cassillo s'en rendit 
acquéreur le 8 novembre 1699, ainsi que des sei- 
gneuries de Beirendael et de Laetschip. Quelques 



— 149 — 

années plus tard ces terres furent vendues de nou- 
veau, et rachetées par des membres de la famille 
de leurs anciens propriétaires. 

M""® Adornes mourut à Gand', elle fut enterrée 
aux Alexiens ; c'est dans les couvents dos religieux 
de cet ordre que se trouvaient en Belgique les 

cimetières destinés aux protestants. 

L. St. 
(A continuer.) 



^ 150 — 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 

Sous les périodes espagnole et autrichienne'. 



(Les États de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et re$ter n*est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu*en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce' que nous sommes, plus nous 

démêlerons sûrement ce qui nous convient 

(H. Taihb, Le$ origineg de la France contem- 
poraine, L*ancien régime.) 

• 



§2. 
Des SabaldeB. 

a) ACCORD DB8 8UB8XDB8. 

La prérogative fondamentale des États, celle 
dont découlaient toutes les autres, était, sans 
contredit, Tallocation des subsides. 

Il sera intéressant, croyons-nous, d'examiner 

^ Boite. Voir Meaciger des Sciencei histor., l'* livr. 1891, p. 85. 



- 151 — 

en détail, dans quelles formes et conditions les 
Ecclésiastiques et Membres de Flandre exerçaient 
cette attribution essentielle, sur laquelle était, en 
somme, basé tout le pouvoir qu'ils possédaient. 

Cette relation aura d'autant plus d'utilité que 
la manière, ou plutôt la forme, de procéder en 
matière d'allocation de subsides, était suivie, du 
moins dans ses plus grandes lignes, dans toutes les 
autres • affaires sur lesquelles les États étaient 
appelés à délibérer. Elle donnera aussi une idée de 
la complication et de la lenteur de la machine 
administrative de l'époque. 

Les subsides se divisaient en subsides ordinaires 
et en subsides extraordinaires. 

Les subsides ordinaires ne s'accordaient au 
XVP siècle et jusque vers la moitié du XVII® siècle 
que pour six mois. La demande devait donc être 
renouvelée à la fin de chaque semestre. Plus tard, 
les subsides ordinaires furent accordés pour un an. 

Lors donc que le moment de renouveler la 
demande de subside était venu, le Gouvernement 
désignait un Commissaire pour présenter en son 
nom « la proposition » ou demande de subside * . 
Ce Commissaire était toujours un haut personnage. 
Grand d'Espagne, membre de la Toison d'or et de 
nationalité flamande ; il arriva même que le Gou- 
verneur général vint en personne aux États de 
Flandre '. Il était toujours accompagné du Prési- 

< Les actes de demande et d'acceptation des subsides étaient 
signés par l'audiencier. On a déjà vu que cette charge fut supprimée 
en 1744. 

* Gachabd, Précis du Régime provincial. 



— 152 - 

dent du Conseil de Flandre. Il advint aussi, et 
spécialement durant la période espagnole, que ce 
magistrat fut seul délégué par le Gouvernement 
pour faire la demande de subside '. 

En même temps que le Commissaire délégué ou 
Commissaire principal, comme on l'appelait alors, 
était nommé, le Gouvernement envoyait notifica- 
tion de cette nomination à la Députation des Ecclé- 
siastiques et Membres ' et l'avertissait de la pro- 
position qui allait être faite aux États. 

Le Commissaire, de son côté, recevait des 
instructions écrites, parfois très longues, très dé- 
taillées, très minutieuses même, dirons-nous, sur la 
manière dont il devait accomplir sa mission; les 
arguments qu'il devait faire valoir en faveur de la 
demande du Gouvernement y étaient longuement 
exposés. En somme, l'envoi d'un Commissaire do 
haut rang était surtout une marque de tact et 
de courtoisie du Gouvernement envers les États, 
car la mission de ce personnage se bornait à pa- 
raître à l'Assemblée, ayant à sa gauche le Président 
du Conseil provincial, chacun dans un fauteuil. 
Le Président du Conseil lisait la harangue au nom 
du Roi et faisait la demande d'un subside ordi- 
naire ou extraordinaire. Après quoi, tous deux se 
retiraient. 

La Députation étant saisie de la demande ' invi- 



> Archives commanales de Gand, Invent, cité, série 91/3, 1690; 
Invent, cité, série 92/29, 1594. 

> Voir § 8 ce qu'était ce collège. 

' Archives de TËtat à Gand, année 1649, reg. 667, p. 75 et suiv. 
Voir aussi reg. 440 à 453. Un très intéressant mémoire manuscrit 
(Bibliothètiue de l'Université de Gand, man. n« 425] ne relate pas 



— 153 — 

tait d'abord les villes subalternes, pays, châtelle- 
nies et districts, à envoyer leurs « avis consulta- 
tifs » et fixait, à cet effet, un délai qui, à l'ordi- 
naire, ne dépassait pas la quinzaine. Il n'était tenu 
aucun compte des avis des « subalternes » qui 
n'avaient pas été transmis dans ce délai * . 

Ayant reçu ces avis, la Députation en envoyait 
des copies authentiques aux chefs-villes et au 
Clergé, en leur faisant part de la demande du 
Gouvernement. 

Le Clergé, les larges conseils et coUaces, se réu- 
nissaient à jour fixe, à la même heure, prenaient, 
au préalable, connaissance des avis des subalternes, 
délibéraient ensuite sur la proposition et prenaient 
une résolution. 

Les décisions des chefs-collèges étant prises, on 
les envoyait à la Députation et celle-ci en tirait le 
résultat. 

La formation du résultat consistait à prendre 
une moyenne entre les diverses résolutions prises. 
Il fallait tenir compte de quatre, même de cinq 
décisions — les deux Clergés, celui de Bruges et 



absolament la procédure suivie en matière d'octroi de subsides^ telle 
qu'elle se trouve décrite ci-dessus. D'après l'auteur de ce mémoire, 
les Députés des subalternes assistaient à l'Assemblée réunie pour 
ouïr la demande. Nous n'avons trouvé dans les quatorze registres 
consultés aucune trace de la présence de ces Députés. 
^ n y avait des subalternes qui lorsqu'on demandait leur avis, s'en 
rapportaient simplement à leur chef-ville. « Nopende de tzestig 
duizent gnldenen ter maent, Burgemeester en Scepen der stede van 
Dame, ghedraeghen hemlieden inde voorzienige discretie van mijn 
heeren Burgemeesters en Scepen en Raedt der stede van Brugghe 
(daeronder zij sorteren). Betrau hebbende dat zij zullen adminis- 
treeren den meesten prouffit van lande » etc. (Archives communales 
de Gand, 1593, Invent, cité, série 92/29). 



— 154 — 

celui de Gand, n'étant pas toujours d'accord — 
lesquelles décisions étaient généralement toutes 
cinq diflférentes. Ensuite, chaque chef-ooUège met- 
tait certaines conditions à son consentement. Le 
résultat étant formé, on le transmettait, avec la 
copie des résolutions des corps principaux, à 
chaque chef-collège, afin qu'il pût vérifier l'exac- 
titude de ce résultat. 

Chacun des chefs-collèges déclarait ensuite, par 
une nouvelle délibération, avoir, ou non, tous ses 
apaisements au sujet de la formation du résultat 
et stipulait, en même temps, dans quelle forme 
l'acte de présentation ou d'accord du subside devait 
être conçu. 

La Députation, après réception de ces délibéra- 
tions, rédigeait un projet d'acte de présentation ou 
d'accord, et l'envoyait aux chefs-collèges aux fins 
d'examen. Ces derniers prenaient encore une réso- 
lution, dans laquelle ils présentaient, le cas échéant, 
leurs observations au sujet de la teneur de l'acte 
de présentation. 

La Députation étant en possession de ces réso- 
lutions, s'occupait de rédiger un nouveau projet, 
dans lequel il était tenu compte des observations 
des « principaux » (principaelen ) . Ce nouveau 
projet était également envoyé à l'examen des chefs- 
collèges ce pour déclarer s'ils avaient leurs apaise- 
ments » {len eynde ende met versouck sij bij hunne 
respective finale resoltUie souden believen te decla- 
reren ofsij appaysement sijn hebbende). 

Les chefs-collèges prenaient alors une nouvelle 
et dernière résolution pour déclarer si, oui ou non, 
ils avaient leurs apaisements. 



— 155 — 

Enfin, l'acte de présentation était porté à 
Bruxelles. 

On conçoit qu'avec ce mode de procéder, le Gou- 
vernement devait attendre quelque temps, avant 
de se voir octroyer son subside. 

Au XVn* siècle, et il n'y a aucune raison de 
croire que cela ait changé plus tard, la mission de 
présenter l'acte d'accord au Gouverneur général, 
était confiée à un député du Clergé, au premier 
Pensionnaire de Gand, au Bourgmestre de Bruges, 
et au Bourgmestre de la communauté du Franc ' . 

Le subside était accepté à Bruxelles, par le Gou- 
verneur général, au nom de Sa Majesté et « par 
ad vis des Conseils d'Estat et des finances '. » 

Ce n'était pas fini. La même procédure recom- 
mençait pour l'acceptation du subside. 

Le Gouvernement inscrivait cette acceptation en 
marge de l'acte d'accord, et appointait également 
les demandes et réclamations contenues dans l'acte; 
celui-ci était ensuite renvoyé à la Députation. 

La Députation le transmettait aux « corps prin- 
cipaux » et l'on formait alors ce qu'on appelait le 
« résultat d'apaisement. » « Vuyt aile welke reso- 
ItUien )) disait la Députation « valt résultat appay sè- 
ment te nemen en de voorn^ acte van acceptatie ende 
appoint ementen. y) Les chefs-collèges pouvaient ainsi 
facilement constater si le Souverain tenait — ou 
promettait de tenir — compte des observations 
ou conditions sous lesquelles i]s avaient souscrit le 
subside. 



* Archives communales de (7and/l689, Invent, cité, série 91/3. 

* Id., l^6y Invent, cité, série 91/2. 



— 156 — 

n n'était d'ailleurs pas rare que la formation de 
ce « résultat d'apaisement » ne subit quelque re- 
tard, parce que « les principaux » avaient encore 
des remontrances à opposer aux objections que le 
Gouvernement présentait parfois pour ne pas 
consentir à toutes les demandes contenues dans 
l'acte d'accord. 

Enfin, on n'oubliait pas complètement les « subal- 
ternes. » Ils recevaient, en même temps, communi- 
cation, et du résultat et de l'acceptation. La même 
information était adressée aux commis des impo- 
sitions. 

Nous avons parlé, plus haut, des demandes et 
des conditions stipulées dans l'acte d'accord du 
subside par les divers chefs-collèges. Ces demandes 
étaient des plus diverses, et touchaient à tous 
les points imaginables, justice : commerce, poli- 
tique, etc. 

En voici quelques exemples pris dans les actes 
d'octroi de subsides des XVP et XVII* siècles. 

Une des conditions ordinaires était que le Gou- 
vernement devait garantir « que les habitants 
seraient à l'abri des invasions de l'ennemi. » Cette 
condition avait pour sanction, en cas d'inobserva- 
tion — volontaire ou involontaire — par le Sou- 
verain, le non payement des impositions dues par 
le quartier du pays envahi par l'ennemi * . 

Le pays devait être exempt de la charge du 
logement des gens de guerre. Quand des militaires 

> Archives communales deQand, 1695, Invent, cité, série 91/1. 



- 167 - 

avaient été logés « sur le plat pays, » la partie du 
subside pour laquelle ce pays figurait au Trans- 
port ne se payait pas pour Je temps pendant lequel 
le logement avait eu lieu '. 

Le Gouverneur général devait garantir le bon 
ordre et la discipline militaire dans la province. 
Ainsi, en 1666, un subside de 600,000 patacons fut 
accordé pour six mois et pour l'entretien des 
soldats logés en la province, à charge par le Gou- 
vernement « de les contenir en bonne discipline 
militaire, qu'ils ne viennent à courir et fourrager le 
plat pays, ainsi demeurent en quartier comme ils 
font à présent et de mettre en bon estât les places 
frontières d'icelle province, etc. ' » 

Autre condition ordinaire : « les solvents n'étaient 
pas tenus pour les insolvents, » c'est-à-dire que 
chacun n'était tenu que jusqu'à concurrence de sa 
«quote. » Ainsi, quand Ypres et son quartier furent 
cédés à la France, les Commissaires à l'audition des 
comptes furent autorisés « à faire valider aux Estats 
sur les 23 mille rations les quotes des villages de 
la chastellenie d' Ypres '. » 

Vers la fin du XVP siècle, le Gouvernement avait 
établi en Flandre, une juridiction spéciale. Les 
États protestent contre l'institution de cette Com- 
mission extraordinaire « en vertu de laquelle deux 
« Commissaires prétendent par toute la province 



* Archives commanales de Gand, 1672, Invent, cité, Bérie91/2. 
s Id.y 1675, Invent, cité, série 91/2. 

• Id., 1672, Invent, cité, série 91/2. 



— 158 — 

« de Flandres, faire Inquisition et rechercher sur 
« toutes les actions et comportemens des ofl&ciers, 
« justiciers et magistrats de ce pays, tant de ceulx 
a ayant estez en office du temps passé, et les 
« derniers troubles, que des modernes, » — ils 
subordonnent l'octroi du subside à la suppression 
de cette procédure extraordinaire « la province 
« ayant sa justice, le Conseil provincial, les fis- 
« eaux ordinaires et autres justiciers commis et 
« Qstablis ^ » 

A la fin du XVIP siècle, en 1691, il y eut un 
gros conflit entre la Cour spirituelle, les Magistrats 
de diverses villes d'une part, et l'Auditeur général 
militaire, d'autre part. 

Plusieurs militaires avaient été incarcérés par 
les Magistrats — sans doute pour avoir causé des 
désordres — et avaient ensuite été relâchés, sans 
autre forme de procès, sur l'ordre de l'Auditeur 
général. 

Le même haut magistrat fit, en outre, relâcher 
une femme qui avait été arrêtée sur l'ordre de la 
Cour spirituelle de Gand . 

C'était la femme d'un palefrenier du Gouverneur 
général. Cet individu prétendait, qu'en cette qua- 
lité, il devait être assimilé aux militaires, et n'être 
justiciable, lui et sa femme, que de la justice mili- 
taire. Le délit commis far sa femme n'avait cepen- 
dant aucun caractère militaire. Elle tenait, à Gand, 
derrière le « Quaetdam » un cabaret mal famé et 
y menait une conduite « publiquement scanda- 

> Archives communales de Gand, 1595| Inpent. cité, série 91/1, 



— 159 — 

leuse, » avec c< divers capitaines et autres officiers » 
qui, paraît-il, habitaient même chez elle. 

Les États profitèrent de la première demande de 
subside pour reclamer contre le mode d'agir de 
l'Auditeur général. Us n'accordèrent le subside que 
« sous la condition expresse que les sentences tant 
civiles que criminelles données et à donner par les 
Magistrats des villes et lois subalternes de cette 
province contre des militaires sortiront leur plain 
et entier effet, sans pouvoir estre cassées et re- 
dressées que par le juge supérieur, le Conseil privé 
de Sa Majesté, celluy de Flandres ou de Malines, 
sans que le juge militaire Auditeur ou Auditeur 
général (à qui les dits Magistrats et lois ne sont 
subordonnés en aucune manière) pourront prendre 
sur l'invalidité ou nullité aucune cognoissance, 
beaucoup moins les redresser ou passer. 

a Que semblables cassations que le susdit Audi- 
teur ou Auditeur général a fait et s'émanciperait de 
faire y seront nulles et de nulle valeur, et que, par 
conséquent, Votre Excellence auroit la bonté de 
déclarer que l'acte donné par le dit Auditeur géné- 
ral le 20 d'aougst 1691 cy joinct par copie ne doibt 
sortir aucun effet, par lequel il a cassé la sentence 
de bannissement donnée par le Magistrat de Gand, 
le 9® de juillet auparavant contre Jean Bressy leur 
inhabitant pour le bordel qu^il a tenu au scandai de 
toutte la ville, et ensuite de déclarer aussy que les 
ordres de Votre Excellence du. . . . viennent à cesser 
par lesquels elle a déclaré qu'en vertu de la dicte 
cassation, le Bailly et le Magistrat de la d®. ville 
auraient à soufilrir que nonobstant le d^ bannisse* 



— 160 — 

ment le d* sieur Bressy pourroit librement entrer 
en la d*^ ville. 

« La priant aussy de déclarer que les respectifs 
Magistrats et lois pourront prendre cognoissance 
et punir tous inhabitans des d^* villes et places 
tenans publiquement bordel quoyqu'ils soient mili- 
taires, comme Sa Maj" a déclaré en son Conseil 
privé, que les délinquans sont punissables par les 
seig" Archevesques de Malines et l'Evesque de 
Gand, etc. * » 

Comme on le voit, la « remontrance » était claire 
et catégorique. Aussi Son Excellence, malgré le 
déplaisir qu'elle dut éprouver à revenir sur les 
ordres qu'elle avait donnés, accorda-t-elle aux 
États tout ce qu'ils avaient demandé. 

En 1665, ils se plaignent, dans l'acte d'accord, 
du Grand-Bailli. « Et qu'il plaise à Son Excellence 
faire cesser les courses des officiers du Souverain- 
Bailli de Flandres et procureur général de la mesme 
province qui soubs prétexte des devoirs d'office à 
l'observance du placard au fait des monnoyes..., 
travaillent le peuple au plat pays par des exécu- 
tions excessives, etc. » 

Le Gouvernement y mit bon ordre : « Sa Maj*^ a 
déjà pourveu par voye de son Conseil privé aux 

^ Archives communales de Grand, Invent, cité, série 9)/3. Voir 
aussi) à ce propos, dans : Coutumes du pays et comté de Flandre, Cou- 
tumede la ville de Gand, tome II, par MM. A. Du Bois et L. De 
HoKDT, diverses ordonnances portant que « ceux de Flandres ne 
« sont à convenir par devant Juges Ecclésiastiques ou en Cour 
a Ëspirituelle pour actions personnelles, prophanes et civils, et 
« encore que les laïques du pays et comté de Flandre sont affranchis 
9 de toute juridiction ecclésiastique » (pp. 14, 48 et 75). 



- 161 - 

distes plainctes et au cas néantmoins qu'il se com- 
mit encore quelque excès....*, etc. * » 

Les États demandèrent aussi, à différentes re- 
prises, que ceux du Conseil.de Flandre et leurs 
suppôts payassent les droits assis sur leurs maisons 
et propriétés. 

Ils obtinrent satisfaction, du moins en partie, 
c'est-à-dire que ceux du Conseil furent dorénavant 
assujettis aux droits fonciers, sauf ceux portant 
sur la maison qu'ils habitaient «. 

A diverses reprises également, ils réclamèrent 
un Gouverneur. Cette dignité, d'ailleurs plutôt 
militaire que civile, n'avait plus été occupée depuis 
la mort du comte d'Egmont'. Le Gouverneur géné- 
ral répondit : « Son Altesse ne peult pourvoir à la 
place de Gouverneur particulier de Flandres, ny 
encore par provision, sans consulter Sa Maj*^ à 
laquelle Elle démontrera la nécessité qu'il y a de. 
ce faire, tellement quelle espère que les Quatre 
Membres en auront tout contentement. » Malgré 
cette promesse — remarquons-le en passant — la 
Flandre n'eut plus jamais de Gouverneur. 

Les intérêts commerciaux, avons -nous dit, 
étaient également l'objet de leur sollicitude. 

En 1672, ils demandent exemption ou modéra- 
tion de certains droits d'entrée \ 



* Archives communales de Gand, 1665, Invent, cité, série 71/2. 

* Id., Invent, cité, série 91/2. 

' Voir, entre autres, Pacte d'accord de 1594 ; archives communales 
de Gand, Invent, cité, série 91 /l. 

* Archives communales de Gand, Invent, cité, série 91/2. 

11 



— 162 — 

En 1681, au contraire, ils demandent un droit 
d'entrée sur les beurres étrangers, et fixent même 
le montant de ce droit à « 4 florins du cent 
pesant '. » 

Le Gouvernement ne voulut d'abord établir 
qu'un droit de 12 sols pour le cent pesant. 

Immédiatement, les États dépêchèrent Maître le 
Gilon, pensionnaire de la ville de Gand, à la Cour 
de Bruxelles « pour presser vivement le Gouverne- 
ment d'y apporter le changement convenable et 
requis ou qu'à défaut il n'y avait aucun subside à 
espérer. » 

Devant cette menace, l'imposition fut du coup 
portée à c( 3 florins pour le cent pesant. » 

Mais, les États ne se contentèrent pas de cette 

nouvelle concession et insistèrent jusqu'à ce que 

le Gouvernement leur eût accordé les 4 florins de 

droit réclamés. 

• 

On voit par ces quelques exemples, bien topiques 
semble-t-il, qu'il n'est pas exagéré de dire que les 
conditions posées par les États à l'octroi des sub- 
sides touishaient à toutes les branches de l'exercice 
du pouvoir. 

Dans certains actes d'accord, il y a parfois plus 
de trente conditions de toute nature *. 

Fait à noter : il y a peu d'actes d'accord où il n'y 
ait quelque réclamation contre c( ceux du Conseil 
de Flandre, » à propos de leur compétence, de leurs 

* Archives communales de Gand, 1681, Invent, cité, série 91/8. 
> Id.y 1675, Invent, cité, série 91/2. 



— 163 — 

privilèges, de la nomination des greffiers, etc. Ces 
réclamations si souvent répétées donnent à croire 
que ces deux institutions ne vécurent pas toujours 
en parfaite harmonie. 

Les États poussaient parfois ce droit à l'ex- 
trême. . . Ainsi, en 1694* , ils s'avisèrent de réclamer 
contre le mode de rédaction dé la correspondance 
qui leur était adressée par le Gouvernement : 
« Votre Altesse estant aussy suppliée d'ordonner 
aux offices, de concevoir et minuter les lettres sur 
le pied du stil ancien, dans lequel il ne se trouve 
poinctaux lettres pour les Estats des provinces, ou 
pour les chefs-collèges ou chastellenies, des termes 
comminatoires de peine, et de répondre en leur 
privé nom, etc. » 

Enfin, voici un dernier exemple, qui montrei*a 
encore mieux jusqu'où allait, en réalité, l'indé- 
pendance des États vis-à-vis du Gouvernement. 
En 1694, celui-ci avait demandé, à diverses re- 
prises, des fonds pour exécuter des travaux de répa- 
ration au port d'Ostende. 

A diverses reprises aussi, les États refusèrent ces 
fonds. Le Gouvernement finit par menacer d'en- 
voyer des « lettres exécutoriales sur les finances 
de la province '. » Les États persistèrent dans leur 
refus, et, comme l'époque du renouvellement de 
l'allocation du subside ordinaire était venue, ils en 
profitèrent pour protester contre les menaces du 



^ Archives communales de Qand, Invent, cité, série 91/4. 
* C'est ce qu'on appellerait, sans doute, aujourd'hui, en langage 
administratif, un mandat d'office. 



- 164 - 

Gouvernement et posèrent comme condition expresse 
de laccord du subside quHl ne serait donné aucune 
suite à ces menaces *. 

h) DESTINATION DES DENIERS DU SUBSIDE. . 

Les fonds des subsides avaient un emploi dé- 
terminé. . 

Le subside ordinaire ou annuel servait à payer 

la solde des troupes tenant garnison en Flandre. 

C'est pour ce motif qu'on le calculait en relations «. 

' Le Gouvernement demandait un certain nombre de 

rations, chacune de la valeur de cinq sols par jour. 

Cette destination était expressément stipulée 
dans l'acte d'accord : « que les deniers de cet 
accord seront employez à la subsistance et paye- 
ment de la gendarmerie logée et faisant actuelle- 
ment service dans cette province sans pouvoir 
estre divertis hors d'icelle, mesme point sur pre-. 
texte de payer aucun régiment ou régimens qui 
sont accoutumez d'y estre logez et rendent service 
actuel et fournis es mains propres des ofl&ciers et 
soldats respectivement logez en icelle sur les 
livrances et ordonnances de votre Exe*'® et du 
Conseil des Finances de Sa Majesté et mandats des 
députez des Etats, sans qu'on y comprend aucun 
traittement, recompence ou gaiges d'aultres postes 
que celles cy dessus exprimez es les soldes des 
deux auditeurs ordinaires de la province*. » 

' Archives comnitiiiales de Gand, 1694, /nvenf. cité, série 91/4. 

• Voir Placard du 99 marB il 18, art. XXI V. P/acartf« de Flandre, 
IV, p. 241. 

* Archives commanales de Gand, 1689, Invent, cité, série 91/8. 
L'aiitear d*un Mémoire donné à Végard du Gouvernement de» PaU 



— 165 - 

Les fonds du subside ordinaire devaient . aussi 
être affectés aux « réparations des places fron- 
tières » et aux frais d'équipement des troupes 
tenant garnison dans la province ; dans ce dernier 
cas, les Etats stipulaient toujours, comme condi- 
tion de raccord, que le Gouvernement devrait 
faire les achats « aux manufacturiers domiciliés 
dans la province. » 

Le nombre de rations journalières de cinq sols 
ainsi octroyées au Gouvernement subit des varia- 
tions considérables. Mais la moyenne fut, à peu 
près, de 18,000 rations. 

Le subside ordinaire était payable en plusieurs 
termes". 



Bas en É 707 (Biblipthèque de l'UniVersîté de Gand, man. n<» 425) et 
qai fut Inteadant de Flandre, après la conqaête de cette province 
par Louis XIV, s'exprime à ce sujet comme suit : « Une des condi- 
tions ordinaires étoit, que le subside ne seroit uniquement emploie 
qu'au paiement des Troupes, et ne seroit paie, que sur leurs man- 
dats, de manière qu'ils en étoient les maître^ (les États) ; ce qui 
contrai^oit le Ministère d'avoir quelquesfois des complaisances indi- 
gnes, qui alloient même, jusqu'à la bassesse, lorsqu'ils se trouvoient 
dans cette Assemblée des esprits inquiets; ce qui se rencontroit 
ordinairem* dans les Pensionnaires qui y sont ad vitam et les Ecclé- 
siastiques pour trois ans, et les chefs des collèges n'étant que pour 
un an, et continués selon la volonté du Prince- étoient plus sou- 
mis... » On voit que ce fonctionnaire qui était cependant Flamand, 
car il avait été, sous le Gouvernement précédent, commissaire et 
auditeur des comptes, avait, au point de vua politique, des idées 
absolument françaises. Le respect des libertés et des privilèges 
locaux et provinciaux constituaient, à son avis, « des complaisances 
indignes, » voire « des bassesses. » 

' En 1672, accord de 23,000 rations de 5 sols chacune par jour 
« portant à deux millions 98,750 florins par dessus les charges ordi- 
naires pour toutte ayde et subside d'un an k commencer le 1^ de 
Novembre 1672 et finir le dernier d'Octobre 1673, payable en huit 
termes et payemens égaux... «(Archives communales àe(h,nàjlnvent» 
cité, série 91/2). 



— 166 — 

Les subsides extraordinaires étaient sollicités 
par le Gouvernement pour diverses causes, mais 
c'était, le plus souvent, pour subvenir aux frais 
occasionnés par les guerres. 

Un subside extraordinaire, qui fut pendant 
longtemps un véritable subside ordinaire, était 
celui que les États fournissaient .pour « être em- 
ployé aux assistences de l'Empire contre les inva- 
sions des ennemis Turcqs de la chrétienté * . » 

c) DES COTES IREÉCOnVRABLBS. 

On doit remarquer, â propos d'allocation de 
subsides, que les cotes (quotes) indiquées dans les 
cadastres ou matricules n'étant pas toujours exi- 
gées, le gouvernement, était loin d'encaisser la 
totalité du subside alloué. 

Sans parler des événements calamiteux, tels que 
les inondations, alors encore plus qu'aujourd'hui 
fréquentes en Flandre, et qui empêchaient parfois 
toute une contrée de payer sa part dans le subside 
voté, il y avait un grand nombre d'exemptions de 
payement. Ces exemptions constituaient, naturel- 
lement, le plus souvent, des abus, mais, elles n'en 
existaient pas moins en fait, et c'était toujours le 
Souverain qui en pâtissait, attendu que chaque 
corps, comme nous l'avons vu, n'était tenu que 
jusqu'à concurrence du payement de sa cote. 

Et- ces exemptions n'étaient pas peu de chose. 

* Le Cercle de Bourgogne fournissait annuellement 260,000 florins 
à S. M. pour la guerre contre les Turcs. La part de la Flandre était 
de 150,000 florins.-^ Voir aussi au sujet des subsides, le Mémoire etc. 
du vic*« de Wynants (p. 40 et suiv.). 



— 167 — 

Ainsi, la ville d'Ostende ne payait jamais sa 
cote à cause de certains privilèges et franchises 
qu'elle prétendait posséder. Au commencement du 
XVin* siècle déjà, la ville de Bruges ne payait que 
la moitié de sa cote, à cause de sa pauvreté. Dans 
le courant de ce même siècle, les villes de Gand 
et de Bruges, à un moment donné, ne payèrent 
plus rien de leur cote. « Les villes de Gand et de 
Bruges, » dit le prince de Kaunitz*, « autrefois si 
riches, et ayant encore aujourd'hui un nombre 
assez considérable de citoyens opulens ne paient 
depuis longues années, pas un sol dans les sub- 
sides*, nous en ignorons jusqu'à ce moment les 
véritables causes ; tout est obscur dans leur gestion 
et nous ne sommes pas plus instruits de celle du 
Franc de Bruges dont les finances sont également 
fort dérangées... » 

Plusieurs autres villes, telles que Courtrai, Aude- 
narde, Termonde, Dixmude, Nieuport et Damme, 
ne payaient pas non plus leur cote, parce qu'elles 
avaient charge de logements militaires. 

Enfin, après 1678, la ville d'Ypres et ses dépen- 
dances, quoique ayant été cédées à la France, conti- 
nuent toujours à figurer au « cadastre. » De ce 
chef seul, sur cent mille florins accordés par les 
États au Souverain, trente trois mille étaient irré- 
couvrables comme portant sur la partie cédée *. 



< Biipport du 21 septembre 1764, à l'impératrice Marie-Thérèse. 
Gachard, Analectes belgiques, p. 406. 

> Dans les dernières années du règne de Marie-Thérèse, fait ob- 
server M. Gachard, on parvint à redresser cet abus. 

* Archives communales de Gand. Mémoire cité, Archives de l'État 
à Gand, n» 4714. 



— 168 — 

En 1764 — nous anticipons un peu — alors 
cependant que le quartier d'Ypres était déjà rétro- 
cédé (il est vrai que d'autres abus avaient surgi) , 
— ce fut pis encore. Les différentes validations, 
c'est-à-dire, le montant de ce que ne touchait pas 
le Souverain, sur le subside, s'élevaient à environ 
les deux tiers du total de ce subside * . 

n no suffisait pas d'ailleurs que le subside fût voté 
pour que le Souverain pût en prendre possession. 

Le subside ordinaire était payable en six ou en 
huit fois, mais il était assez rare que cette règle 
fût observée. 

Généralement, il y avait un retard* considérable 
et l'on dut parfois employer des moyens de coerci- 
tion afin d'obtenir le payement*. 

L'accord d'un subside, on vient de le voir, pré- 
sentait beaucoup d'analogies avec la discussion 
des budgets modernes. 



^ Rapportde la Jointe des administrations, p. 85. 

* En 1537, tout le quartier de Gand refusa de payer le subside voté 
par les États ; on dut faire exécuter par des huissiers toutes les villes 
et châtellenies de ce quartier. Il y eut à cette occaaiOQ des troubles 
graves à Gand et ce fut, à la suite de ces troubles, que les Gantois 
se virent confisquer leurs privilèges, droits et franchises (sentence 
du 30 avril 1540). 

Plus récemment, en 1753, la même, ville de Gand n'avait pas 
encore acquitté sa quote du subside extraordinaire ou « don gratuit» 
accordé par les États à l'impératrice en 1740 ; elle n'avait pas non 
plus payé sa part dans le subside ordinaire de 1752. Après maintes 
lettres de rappel, tant des États, que du commis aux impositions 
pour le quartier de Gand, on dut faire procéder par voie d'huissier. 
Un beau matin, un huissier du Conseil de Flandre appréhenda au 
corps deux Échevins de là Eeure, MM. Philippe-Antoine Papeians 
de Morchove et Jacques de Groote, et les fit enfermer jusqu'à ce que 
le payement fût effectué. 



— 169 — 

Le Gouvernement demandait des fonds aux 
États, et ceux-ci les lui accordaient, en tout ou 
en partie, mais toujours à des conditions et pour 
une destination déterminées. 

C'est absolument ce qui se pratique aujourd'hui 
sous le régime parlementaire. 

Nous ne comparerons pas les États sous ce rap- 
port avec nos Conseils provinciaux. Leur indé- 
pendance était tout autre. Les Conseils provin- 
ciaux votent les budgets des provinces. Mais ils 
ne peuvent mettre de conditions à ce vote et le 
Gouvernement est là pour leur imposer, au besoin, 
telle ou telle dépense qu'ils auraient négligé ou 
refusé de porter dans leurs budgets. 

Les États avaient donc bien un pouvoir souve- 
rain. Ils ne faisaient pas de lois, mais, ils impo- 
saient au Gouvernement toutes les mesures qu'ils 
jugeaient utiles ou favorables aux intérêts do la 
proviftce. Et il était assez rare que le Gouverne- 
ment refusât d'accéder à leurs vœux, par suite de 
l'étemelle menace de refus total ou partiel des 

subsides. 

AcH. Gallet-Mibt. 
(A suivre.) 



- 170 — 



•9 iJ 



LE BOURREAU DE GAND'. 



IV. 

EXÉCUTIONS CAPITALES. 

Nous voici arrivés à la partie principale des 
fonctions de maître des hautes-œuvres : les exécu- 
cutions capitales. Celles-ci, telles qu'elles se pra- 
tiquaient autrefois, exigeaient beaucoup d'adresse 
et une grande force musculaire. 

n ne s'agissait pas, comme de nos jours, de faire 
tomber mécaniquement un grand et lourd couteau, 
tranchant par son seul poids la tète du condamné, 
n fallait quelque chose de plus. Le bourreau devait 
être au courant des diverses façons — et elles étaient 
nombreuses, ainsi qu'on va le voir — de mettre à 
mort le coupable frappé par la justice. Le bourreau 
devait en outre savoir infliger au condamné les 
tourments que celui-ci, dans un grand nombre de 
cas, subissait avant d'endurer le dernier supplice. 

La pendaison était un des modes d'exécution le 
plus souvent employé. C'était aussi un de ceux 
dans lesquels la tâche du bourreau était le plus 

« Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., l" liv. 1891, p. 67. 



- 171 — 

« 

facile. Il lui suffisait de passer la corde autour du 
cou du condamné et puis de le lancer dans l'espace 
en repoussant l'échelle placée contre la potence. 

Cette manière de procéder supposait naturelle- 
ment que le patient se prêtât de bonne grâce à 
toutes les opérations préliminaires de la pendaison. 
Mais il pouvait aussi arriver que le condamné 
montrât fort peu de bonne volonté pour gravir 
l'échelle au soDMnet de laquelle on lui passait le 
nœud coulant. 

Si les exhortations du confesseur, des échevins, 
des hallebardiers et des assistants, qui entouraient 
le condamné, ne parvenaient pas à vaincre cette 
répugnance — bien compréhensible d'ailleurs — 
le bourreau avait recours à d'autres moyens de 
persuasion. 

Ce fut notamment le cas, en 1551, lors de l'exé- 
cution par la corde d'un certain Liévin de Grave 
qui, arrivé devant l'échelle adossée à la potence, 
refusa obstinément de la gravir. Prières, menaces, 
rien n'y fit. Finalement maître Mathieu du Mont, 
exécuteur des hautes-œuvres, attacha au cou de 
De Grave la corde qu'on passa ensuite dans une 
poulie fixée au sommet de là potence. Le bourreau 
et ses aides tirèrent violemment sur la corde et le 
condamné se trouva, en un clin d'œil, enlevé de 
terre et suspendu à la potence. 

Ce fait est raconté longuement dans le Memorie- 
boek. On y dit notamment : 

... ende commende an *t gherechte en wilde niet opgaen, 
800 dat een catrol an de galghe boven ghehanghen was om 
hem op te treckene... 



— 172 — 

n arrivait parfois que le bourreau, pour abréger 
la durée du supplice ou pour tout autre motif, 
hâtait Feffet de la pendaison en se plaçant sur la 
tète ou sur les épaules du condamné. 

Dans ses Beroerlicke Tijden (chapitre XXII, 
livre VII), Marcus Van Vaemewijck raconte que, 
dans la matinée du 30 mars 1568, il vit pendre sur 
la place Sainte-Pharaïlde sept condamnés à mort. 
Les potences étaient dressées devant Thospice 
Wenemaer. 

Le bourreau Jean du Mont grimpa sur les 
épaules et la tète de deux des condamnés et appuya 
de tout son poids sur leur corps. Voici en quels 
termes le chroniqueur gantois décrit ce spectacle, 
ir s'agit d'abord d'un certain Jean Rooze qui fut 
pendu le second. 

... ende van den hanchman up zgnen hais ende hooft 
ghetorden gheweest hebbende wart zeer bloedende uut 
zîjnen nuese dwelc viel up zijnen boesem ende up zijn 
handen... 

L'autre est un peintre, een constenare zeer fraeij, 
nommé Gillis Coorne : 

... maar mits zgn groote steercte ende dat hg noch int 
beste van zijnen leven was, zoo conde hem den scheerp- 
rechter qualic ter doot ghebrgnghen, want als hg hem 
langhe metten voette ghesteken hadde up thooft ende den 
hais alzoo wel als up de ghebonden handen zoo zach ic hem 
noch zgn beenen twee of drg regsen vertrecken. 

Peut-on imaginer rien de plus épouvantable que 
la vue de ce bourreau, debout et piétinant de toutes 



— 173 — 

ses forces sur la tète et les épaules de œs malheu- 
reux haletant dans les dernières convulsions de 
l'agonie ! 

Les individus, qui avaient rogné des monnaies 
d'or ou d'argent, étaient ordinairement pendus. 
Ils étaient conduits au lieu du supplice avec le 
corps du délit, c'est-à-dire avec les pièces de mon- 
naie rognées, attachées à leurs vêtements. Quant 
aux faux-monnayeurs proprement dits, ils étaient, 
ainsi qu'on le verra tantôt, jetés dans une cuve 
d'eau ou d'huile bouillante. 

Le premier cas de ce genre que nous avons ren- 
contré est celui d'un certain Gérard de Thulp qui 
fut pendu le 28 novembre 1482, les vêtements 
couverts de monnaies dont il avait rogné les bords. 
« Ende zijne hleederen waren hehanghen met pen- 
ny nghen » dit le MemoHeboek à l'année 1482. . 

Un incident se produisit lors de l'exécution de 
ce de Thulp. Soit que la corde se fût brisée ou 
dénouée, soit que le bourreau, maître Cornelis 
De Meersman, l'eût mal attachée à la potence, le 
condamné, au lieu de rester suspendu, retomba à 
terre. Le bourreau s'empara de de Thulp et le pendit 
de nouveau, cette fois définitivement, à la potence. 

Détail caractéristique : le bourreau reçut un sa- 
laire supplémentaire de cinq escalins de gros pour 
cette seconde pendaison. Cette particularité nous 
est révélée par les comptes de la ville qui portent, 
au folio 132 v° de l'exercice 1482-1483, la mention 
suivante : 

Item betaelt ten beveelne als boven meester Cornelis 
scarpcoc van deser stede over zyn moeyte van dat hy lier- 



1 



— 174 — 

hanghen hceft Gheeraert de Thulp die afghevallen was. 
Âctum den xviii® decembris anno LXXXII v se. gr. 

La formule ordinaire des jugements, condam- 
nant à Texécution par le glaive, était la suivante : 

Condempneren u op een schavot gheexecuteert te wordene 
metten sweerde, zoo daller de doodt naer volght. 

Le bourreau procédait à la décollation de deux 
manières. 

Le patient se mettait à genoux en baissant la 
tête ou en la plaçant sur un billot. Le bourreau 
opérait alors la décapitation en tranchant la tête 
par un coup de glaive porté de haut en bas. 

Ou bien le bourreau se plaçait, le dos tourné au 
condamné et, pirouettant rapidement sur lui- 
même, tranchait la tête d'un coup de glaive porté 
horizontalement. Ce dernier mode est encore en 
vigueur aujourd'hui dans les pays orientaux. 

Le tableau du musée communal, représentant 
l'épisode du fils bourreau de son père, nous montre 
le fils tenant le glaive au-dessus du cou du père 
et prêt à frapper. Le père est à genoux, la tête 
inclinée. 

Ni l'âge ni le sexe ne trouvaient grâce devant 
la justice criminelle d'autrefois. Le Memoriehoek 
raconte qu'un garçon de dix-sept ans, condamné 
pour meurtre, fut décapité le 27 janvier 1561 sur 
la place Sainte-Pharaïlde. 

« 

Den xxvii'" Lauwe was op de Veerleplaetse onthooft een 
man uten Westquartiere van twee dootslaghen, ende insge- 



— 175 — 

lijcx zgn zone met hem onthooft, van de audde yan xvii jaren, 
dîe ghedaen hadden eenen doodtslagh. 

Cette double exécution par le glaive fut faite 
par msuitre Jean du Mont. Parmi les nombreuses 
exécutions, que ce bourreau accomplit en 1561, 
nous devons encore citer celles de deux femmes, 
Lijnken Claeys et Tanneken Delmeere, décapitées 
le 14 août pour crime d'hérésie. Elles sont égale- 
ment citées dans le Memorieboek de 1561. 

Den xiv*" augusty waren in 't Gravencasteel gherecht 
metten zweerde twee vrauwepersoonen, ter causen van 
heresye. 

A la suite des troubles, qui éclatèrent à 6and 
en 1485 contre le gouvernement de l'archiduc 
Maximilien d'Autriche, celui-ci fit périr par le 
glaive trente-trois bourgeois notables dont le 
Memorieboek de cette année dit : « het waren goede 
mannen voor de stede. » 

Le bourreau, Willem Hurtecant, en exécuta sept 
en un jour ainsi que nous l'apprennent les comptes 
de la ville pour l'année 1484-1485 au folio 449. 

Item betaelt meester Willem Hurtecant scarpcoc van deser 
stede vanden zweerde vander justicie scoone te makene doe 
Lossche Loy, Ghyselbrecht Aelterman, Willem de Bode, 
Lièvin Deynoot, Jan Goethals mets Vincent de Ruddere ende 
Fierin Oste ghejusticiert waren. Actum xvi juli LXXV... 
ii se. iiii den. gr. 

Les corps des condamnés décapités étaient 
conduits sur un chariot ou traînés sur une claie, la 



l 



— 176 — 

« 

tète placée entre les jambes, hors la porte du 
Muide et attachés sur une roue. 



C'étaient principalement les personnes, condam- | 

nées pour cause d'hérésie, qu'on faisait périr par ' 

le feu. Dans le Memorieboek, dans les Beroerlicke 
Tijden de Van Vaemewijk, dans le Dagboek des 
frères Van Carapene, dans le Dagregister de De 
Kempenaere, etc., nous trouvons la mention d'un 
grand nombre d'exécutions par le feu, qui toutes 
eurent lieu à l'époque des troubles religieux du 
seizième siècle. Mais c'est dans la Bibliotheca 
belgica de M. Ferdinand Vander Haeghen qu'on 
trouve au mot, martyrologes protestants, les ren- 
seignements les plus précis et les plus circon- 
stanciés sur les exécutions, pour crime d'hérésie, 
dont la ville de Gand fut le théâtre au seizième 
siècle. 

Toutes les condamnations prononcées « ter eau- 
sert van heresijen » l'étaient en vertu des ordon- 
nances « op het faict van Heresien ende Ketterien », 
rendues par l'empereur Charles-Quint. 

Ces ordonnances, dont la première est du 3 mai 
.1521, sont imprimées dans le volume I des Plac- 
caertboeken van Vlaenderen. 

Les jugements, rendus par les échevins de la 
Keure ou par le Conseil de Flandre, spécifient que 
c'est par application des placcards sur le crime 
d'hérésie que les accusés sont condamnés à être 
brûlés vifs. Voici, à titre d'exemple, l'extrait d'un 
jugement" rendu contre cinq personnes , que le 



- 177 - 

bourreau Jean du Mont brûla, sur le marché du 
Vendredi, le 7 août 1559. Il est transcrit dans le 
Criemboeck de cette année. 

... Abraham Tanghereet, Hans en Martin de Smet ghe- 
broeders, Peronne Witgens weduwe van Ca,rel Tanghereet • 
onlancx gibier gheexecuteert metten viere ende Mâyken 
Vlours... 

... Wysen ende verclaeren ulieden gbevallen zynde inde 
peynen by den voomomde placaten gbestelt dien volgbende 
dat by ulieden zal doen recbten metten viere up een scaffot 
ter Vrindachmart zo datter de doot naer volghe ende 
ulieden doode licbaemen gbestelt te werdene aen eenen 
stake buuten der mudepoorte ter plaetse gbecostumeert. 

La peine de mort par le feu était appliquée à 
d'autres qu'à des condamnés pour crime d'hérésie. 
Le Memorieboek de 1567 cite le cas de neuf indi- 
vidus, auxquels il donne la qualification de straet- 
schen ders et qui furent arrêtés dans un cabaret de 
la cour du Prince. Maître Jean du Mont en brûla 
vifs, six le 17 février 1567, et trois le lendemain. 

Ainsi que nous l'avons déjà vu au chapitre 
premier, ces exécutions par le feu se faisaient 
parfois avec un horrible raffinement de cruauté. 
Dans le Memorieboek de 1541 il est question d'un 
condamné à mort que le bourreau, Hans Chiret, 
brûla vif le 19 octobre 1541. Il lui attacha, sous les 
aisselles, une chaîne passée dans une poulie au- 
dessus du bûcher. Le bourreau le hissa à trois 
reprises jusqu'au sommet du poteau, au pied 
duquel se trouvait le bûcher, pour le laisser retom- 
ber chaque fois dans le feu. 

12 . 



— 178 — 

... ende was in de polye ghehanghen met eender ketene 
ondèr syn oxele, ende 't vier was doen berrenen daer de 
patient levende in stont, ende was drye waerf uut ende 
weder in laten yallen, up ende nederghetrocken ende ten 
ende in t' vier laten vallen-eade verberrent. 

Les accusés, que les juges avaient condamnés à 
périr par le feu, metten viere, étaient tittachés 
par une chaîne à un poteau fixé sur un échafaud. 
On les entourait de bois et de paille auxquels le 
bourreau mettait le feu. 

Une autre façon de faire périr par le feu consis- 
,tait à introduire les condamnés dans une espèce 
de hutte, placée sur le sol et faite de fagots de 
bois. Le bouiTeau mettait le feu à cette hutte, 
husekin metten mutsaerden, dans laquelle le con- 
damné devait périr consumé par les flammes ou 
étouffé par la fumée. 

Enfin une troisième manière de procéder consis- 
tait à lier le patient sur une planche ou sur une 
échelle et à le jeter ainsi dans le bûcher préalable- 
ment allumé. 

n y avait encore d'autres procédés de brûler les 
condamnés, spécialement quand il s'agissait du 
crime d'hérésie, mais dont nous n'avons pas ren- 
contré d'exemples pour la ville de Gand. M. Fer- 
dinand Vander Haeghen, dans la Bibliotheca belgica 
au mot martyrologe, cite entre autres le supplice 
enduré par Anne Hendriks (Amsterdam) qui fut 
jetée, liée sur une échelle et la bouche remplie de 
poudre, sur des braises ardentes; par Jean de 
Namur (Liège) qui fut brûlé vif dans un tonneau 
à poix ; par Henri Pruyt (Workum) qui fut brûlé 



— 179 — 

vif attaché au banc d'une barquette, enduite de 
goudron, etc. 

Dans l'œuvre de Hogenberg, appartenant à la 
bibliothèque de la ville, se trouve une gravure re- 
présentant une exécution par le feu au seizième 
siècle sur le marché du Vendredi. Il s'agit de cinq 
religieux, quatre frères mineurs et un augustin, 
brûlés chacun dans une hutte pour crime de sodo- 
mie. Cette exécution, qui eut lieu le 28 juin 1578, 
sous l'administration de Hembyze, est rapportée 
dans le Memorieboek et dans toutes les anciennes 
chroniques. 

Sur cette gravure, qui porte l'inscription Execu-- 
tion uher sodomigsche Buben binnen der stadt Gendt, 
on voit le bourreau Jean du Mont qui étrangle 
d'abord un religieux avant de mettre le feu à la 
hutte. Plus loin se dresse un échafaud sur lequel 
trois religieux, coupables de faits du même genre, 
sont battus de verges par les aides du bourreau. 

Il y avait deux manières d'exécuter par le feu. 
Le corps du condamné devait être réduit en 
cendres, verberrent te pidvere, verberrent in assche; 
ou bien, dès que le patient avait succombé, le corps 
plus ou moins calciné était détaché du poteau et 
conduit hors la porte du Muide pour y être attaché 
sur une roue. 

n arrivait cependant qu'adoucissant la peine du 
feu, le juge ordonnait que le condamné serait 
étranglé avant que son corps ne fût brûlé. C'est 
ce qui eut Ueu pour les cinq religieux dont l'exé- 
cution a été reproduite en gravure par Hogenberg. 

MarcusvanVaemewijck, dans le septième livre, 



— 180 — 

diapitne XXHI de ses Beroes^licke Tijden, raconte 
l'exécution par le feu de quatre' anabaptistes, que 
le bourreau Jean du Mont, agissant d'après les 
ordres des échevins, voulait d'abord étrangler. Le 
conunandant de l'escorte espagnole s'y opposa et 
les quatre. patients furent brûlés vivants dans des 
huttes de bois et de paille, placées sur un échafaud 
à la place Sainte-Pharaïlde. ]je même jour, 30 mars 
1567, maître Jean du Mont avait déjà pendu sur 
la même place sept autres condamnés. à mort. 

Voici encore, au sujet des exécutions par le feu, 
un incident épouvantable qui se produisit le- 14 
février 1554. Un certain David vander Leien 
venait d'être exécuté par le feu sur le marché du 
Vendredi. Soit que le bois employé fut en trop 
petite quantité, soit que la pluie ou le vent eut 
éteint les flammes du bûcher, toujours est-il que 
le condamné vivait encore quand les fagots ne 
brûlaient déjà plus.. Le bourreau Mathias du Mont 
acheva ce malheureux, dont le corps était couvert 
d'horribles brûlures, avec la fourche en fer qui 
servait à activer et à attiser le feu. 

Le Memoriéboek de J554 décrit cet horrible 
spectacle dans les termes suivants : 

.., eade noch eenen David vander Leyen die, naer dat 
't vier uutgheghoten was, noch leefde ende wart doe van den 
hanghmeester met eender vurcke deerlick yermoort. 

Ces exécutions par le feu restèrent en vigueur à 
Gand, connue dans les autres localités, pendant 
toute la durée de l'ancien régime. Nous possédons 
le texte de plusieurs jugements de la fin du dix* 



— 181 — 

huitième siècle, condamnant des accusés à être 
brûlés. Ces jugements, ainsi queceux condamnant 
à d'autres peines, imprimés sur des feuilles vo- 
lantes in quarto, étaient vendus au public auquel 
ils faisaient connaître toutes les circonstances de la 
cause. 

■ 

L'accusé, condamné à être roué (radbraken)^ 
était étendu sur une roue ou bien sur une croix 
dite de Saint- André. Dans cette position, le bour- 
reau lui brisait les membres à coups de barres 
de fer. 

C'était généralement sur la croix que les indi- 
vidus, condamnés à la roue, étaient placés à Gand. 
Tous les jugements portant condamnation à cette 
^eine, que nous avons rencontrés, parlent toujours 
de ap een dweers hauten crut/s. 

Nous avons vu au chapitre I que le malheureux, 
qui servit de sujet à maître Jean Francq, quand 
celui-ci passa son examen de bourreau,, était 
étendu sur une croix. Ce fut également sur une 
croix que le bourreau Jean Baptiste Boitquin, 
assisté de son confrère de Bruxelles, exécuta le 
3 décembre 1763 Jean Mast et Ferdinand Dan- 
neels, dont nous avons relaté plus haut la mise à 
ïa torture. La condamnation de ces deux malfai- 
teurs, qui a fourni à N. Destanberg le texte d'un 
drame, est rédigé dans les termes suivants : 

... condemneren u-lieden met elcks respectiven yseren 
Hamer gebonden aen u-lieden hais, van aen den Stadt- 
hnyse gesleept te worden op een Horde tôt op den Vrydag- 



— 182 — 

merkt, ende aldaer op een schavot gebonden te worden op 
een dweers kruys, om aldaer u-lieden naekte lichaemen tôt 
vyf mael met gloeyende Ysere Nyptangen genepen te worden, 
midtsgaders op het voorseyden kruys geraebraekt, ende met 
elck u-lieden voorseyden Hamer eenen slag op het hooft 
gegeven, daernaer u-lieden levende lichaemen geworpen te 
worden in het vier ende soo lange te brandon dat er de 
doodt volgt, ende de selve alsdan gevoert te worden ter 
plaetse patibulaire ende geleydt op een Rat, condemne- 
rende u-lieden voorders in de kosten van u lieden gevang, 
de gonne van den Processe ende Misen van Justitie ter 
tauxatie. 

Le supplice, infligé à Mast et à Danneels, con- 
sista, ainsi que le porte le jugement, à être tenaillés 
avec des fers rougis, à être roués, à recevoir 
chacun un coup de marteau sur la tête et enfin à 
être jetés vivants dans le brasier. 

Ceci nous amène à dire quelques mots de Tusage 
qui consistait à exécuter le meurtrier, ou tout au 
moins à le frapper avec l'instrument dont il s'était 
servi pour commettre son crime. Les marteaux, 
dont Mast et Danneels s'étaient servis pour as- 
sommer leurs victimes, furent retrouvés. .Ce sont 
ces marteaux qu'ils portaient suspendus à leur cou 
et dont Jan Baptiste Boitquin leur donna à chacun 
un coup sur la tête. 

On se bornait aussi à conduire les meurtriers au 
lieu du supplice avec l'instrument du crime pendu 
au cou. En 1678, Jean Baptiste Baillié, condamné 
pour avoir tué une femme à coups de couteau, fut 
roué et brûlé sur le marché aux Grains avec ce 
couteau suspendu à son cou. Het moortmes han- 



- 188 — 

ghende aen uwen hais, dit le jugement rendu le 
27 avril 1678. 

Le Memorieboek de 1407 raconte qu'une femme, 
L qui avait tranché le cou à son mari, fut brûlée 

hors la porte du Muide. Elle fut traînée au lieu du 
supplice étendue sur une claie et ayant à côté 
d'elle le couteau dont elle s'était servie pour com- 
mettre son crime, et le drap ensanglanté sur lequel 
les échevins de la Keure avaient trouvé le cadavre 
de son mari, hebbende voor haer tmes ende de sla^ 
pelakens bebloet. 

Emmanuel Dirkens, âgé seulement de vingt ans, 
subit en 1774 une peine que nous pourrions ap- 
peler la peine du talion. Cet individu avait assa- 
sine une certaine veuve Blondel et sa servante, 
n les frappa d'abord à coups de marteau et 
leur coupa ensuite la gorge ayec un couteau du 
genre de ceux appelés Luyk-Mes, ou couteau de 
Liège . 

, Il fut condamné malgré son jeune âge à être 
traîné sur une* claie depuis l'hôtel de ville, où les 
échevins venaient de prononcer le jugement, jusque 
sur le marché du Vendredi. Là le bourreau, Phi- 
lippe Hamal, dut d'abord le rouer; ensuite il lui 
donna deux coups de marteau sur la tête et enfin 
le décapita. Le corps fut tiransporté hors la porte 
du Muide, étendu sur une roue. Le bourreau fixa 
la tète sur une tige eja fer qu'on attacha à la 
roue. 

La relation de ce crime et le jugement furent 
publiés par l'imprimeur de la ville, Jan Meyer. 
Cet imprimeur demeurait rue Haut-port in het'ge- 



— 184 — 

kroond zweirdt, à l'Epée couronnée (aujourd'hui 
imprimerie Poelman). 

Ce jugement, rendu le 30 avril 1774, portait le 
dispositif suivant : 

Wyzen en condemneren u ter causen voorschreven, van 
aen den stadhuyze op eene Horde gesleept te worden tôt op 
de Vrydach-merkt ende aldaer op een schavot geleyd zynde 
op een dweers kruys, door den Scherp-rechter levendig 
Gherabràekt te worden, ende naer dien met eenen yzeren 
Haemer twee mael geslagen langs weerzyde van het Hoofd^ 
midsgaders t^eynden dies met een Mes uwen Hais te worden 
afgesneden, ende het hoofd gesteken op eene verhevêne 
yzere Pinne, uw dood lichaem naer dies te worden getrans- 
porteert ter Plaetse Patibulaire, omme aldaer op een Rad 
geexponeert te blyven, ende uw Hoofd gesteken boven het 
zelve.Rad, op eene gelyke yzere Pinne; condemnerende u 
voorders in de kosten van uw Gevang, de gone van den 
Processe ende Misen van Justitie ter tauxatie. 

Ce jugement, ainsi que cela se faisait ordinaire- 
ment, fut exécuté le jour même du prononcé. Aldtis 
geprononceert aen den gecondemneerdenin persoone 
ende ten zélven dage geexecuteert était la formule 
de style par laquelle se terminaient les sentences 
criminelles. 

Nous avons aussi re ncontré des jugements con- 
damnant les inculpés à être bouillis vivants. Cette 
peine s^appHquait le plus souvent aux faux mon- 
nayeurs. Ce genre d'exécution avait toujours lieu 
sur la place Sainte-Pharaûde. La chaucQère et la 
fournaise, den ketel ende 7 fomaeijs, étaient remi- 
sées daûs le château des comtes. 



— 185 — 

Marcus ran Vaemewyck, au neuvième Uvre cha- 
pitre XXin de ses Beroerliche Tijden, raconte qu'un 
faux monnayeur fut bouilli le 24 septembre 1567 
sur la place Sainte-Pliaraïlde. Pendant que ce mal- 
heureux subissait cet ' épouvantable supplice, son 
fils, un garçon de dix-huit ans, était décapité par 
le bourreau, Nicolaus Bertram. 

Up dea xxiiii*" septembris ende Sente Robertusdach, we- 
sende zeer bijster ende rechenachtich wedere, was te Ghendt 
een yalsch muntenare, een man van entrent xly jaren, in 
eenen ketel ghezoden up Sente Pharahilden plaetse, ende 
zijn zoonkin omtrent XYin jaren audt, utnemende schoone 
ende blont, onthooft. 

Nous avons vu tantôt que les condamnés à mort 
pour crime d'assassinat étaient souvent menés au 
supplice portant à leur cou les instruments dont 
ils s'étaient servis pour commettre leur méfait. 
Quand l'auteur d'un crime était découvert immé- 
diatement, on l'exécutait parfois en présence du 
cadavre de sa victime. 

Dans les registres criminels du dix-septième 
siècle nous avons trouvé un jugement des échevins 
de la Keure condamnant un certain « Pieter Mes- 
seman byhenaemt Cabilïiau » à être exécuté sur 
le marché du Vendredi, le cadavre de sa victime 
placé à côté de lui sur l'échafaud. Ce Pieter Mes- 
seman avait tué d'un coup de rapière dans le 
ventre Antoine De Keyser, doyen de la corporation 
des Amasser s. Les Amasser s étaient des débar- 
deurs qui chargeaient et déchargeaient les mar- 
chandises sur le marché aux Grains, 



- 186 - 

Le dispositif de ce jugement, rendu le 2 sep- 
tembre 1690, est conçu comme suit : 

Condempneren u van uette voorseyde vanghenesse van 
chastelette ghestelt te wordea op eene heurde ende daer- 
mede ghesleept te worden tôt op den Vrydachmerct deser 
stede, om aldaer op een schavot ten bywesen van het doode 
lichaem van den voorseyden Anthoa De Keyser in eene kiste, 
u lichaem levendigh op een dweers-hauten cruys ghcbonden 
ende gherabraeckt midtsgaders met een scherp snydend mes 
u kele afghesneden te worden datter de doot naervolght 
oock het voorseyden doot lichaem ghesleept te worden 
buyten de tweede muydde poorte deser stede om aldaer ter 
plaetse patibulaire ghestelt te worden op een radt... 

Le condamné fut traîné sur une claie depuis la 
prison du Chastelette juBqvC bxi marché du Vendredi. 
Là en présence du cadavre couché dans une bière, 
placée sur l'échafaud^ il fut d'abord étendu sur 
une croix de bois et roué par le bourreau, Jean 
Frank, qui ensuite le décapita. 

On ne pouvait du moins reprocher aux juges 
criminels de ne pas être expéditifs dans la répres- 
sion des crimes. Dans le cas que nous venons de 
citer, Tassassinat avait été commis le 31 août 1690 
et deux jours après, le 2 septembre, le coupable 
était pris, jugé, condamné et exécuté. C'est le 
bref délai, écoulé entre la perpétration du crime 
et le supplice du coupable, qui permettait de faire 
cette sinistre exposition. 

Dans le même ordre d'idées nous devons encorei 
citer un jugement des échevins de la Keure, rendu 
au mois de novembre 1420, condamnant un incen- 



— 187. — 

diaire, du nom de Jacob de Madère, à être déca- 
pité. Le jugement porte qu'un pot renfermant des 
matières incandescentes, sera attaché à la roue sur 
laquelle on exposera le cadavre. 

Le bourreau Gillis Gheilinc fut chargé de cette 
besogne : 

Int 8oependom her Willems Utenhove her Gheinoets van 
Leyns her Jan Everwijns ende hare ghesellen in de maend 

yan november Anno XX^. consenterende den bailliu 

van Ghend vemomt de selven Jacop te doen voerne ter 
muyden ende te doen justicyerene metten zweerde ende 
metten rade eenen vierpot hangende an trad. 

In spieghele ende exempel van allen andren te wachtene 
yan quaetdoene. 

(Registre C, folio 58 yo.) 



Beaucoup de jugements portaient que le con- 
damné serait écartelé, ghequaertiert ou gheqttaerte- 
leert, c'est-à-dire qu'après l'exécution par la corde 
ou par le glaive son corps serait coupé en mor- 
ceaux. Ces lambeaux de cadavres ainsi que la tète 
du supplicié étaient placés sur les portes ou sur 
les remparts de la-ville. 

Le Memorieboek raconte dans les termes sui- 
vants une exécution de ce genre qui eut lieu à 
Gand le 8 août 1482, sur la place Saint^-Pharaïlde. 
Le coupable était un assassin et un incendiaire. 

Item in dit jaer was ter justicien brocht Rogier de Pyl, 
hermgt up Sente Amansberch, up een scavaut up Sente 
Verhildenplaetse ende daer onthooft ende daer ghequaer- 
tiert ; zgn hooft ghestelt up eenen schacht up de Dender- 



- 188 — 

mondsche poorte, ende alsoo elc ledt ghedreghen t* allen 
poorten ende daeryoorèn gUehangen, ende de buuck was 
ghehanghen buten de Mudepoorte an de ghalghe, omme 
dieswille dat hy ghoet ende gheit ghenomen hadde omme 
eenen goeden man van levende lyve ter doôt te bringhene, 
ende zou H vier ghesteken hebben binnen Ghendt in di- 
versche plaetsen; dese justicie ghébeurde den viii''' in 
Ougste. 

Dans les comptes de la ville nous avons trouvé, 
à l'année 1481'1482, folio 390, que le bourreau 
Kaerle Vanden Hende reçut pour cette exécution 
quatre escalins de gros : 

Item meester Kaerle scarpcoc over zynen dienst dat hy 
Rogier Pyl quaerteleerde iiii se. gr. 

Joachim Pyn, dont nous avons parlé au chapitre 
de la torture, fut écaptelé et exécuté sur le marché 
du Vendredi le 18 septembre 1631. Le bourreau 
A4)raham Balzar ou Balthazar, plaça la tète et la 
main droite de Pyn sur une tige en fer fixée dans 
un des bastions du rempart du Béguinage • Les 
autres parties de son corps furent attachées à dif- 
férents endroits dés remparts. 

Le jugement, condamnant Pyn, fut rendu le 
17 septembre 1631. 11 fait partie du dossier très 
intéressant et très complet qui repose aux archives 
communales. Le dispositif de ce jugement est 
conçu comme suit : 

Condempneren u op eene hurde gheslcept te worden yan 
de plaetse voor de vangheaesse lancx de Vismarct ende 
Langhemunte tôt op de Viydachmarct ende aldaer, naer 



— 189 - 

het a&laen Tan uwe rechte handt (daermede ghy ghescreyen 
hebt de yoorseyde brieyen, ende ghenomen de mate yan de 

• 

wateren yande yesten) gheexecuteert te worden metten 
coorde tôt dat er de doot imer yolcht, tweicke ghedaen zal 
u hooft gesneden zynde yan het lichaam met u yoorseyde 
hant ghesteken worden op eene pinne anden yoorseyde 
beghynen turre, ende yoort u lichaem ghequartiert wesende 
de sticken ghestelt worden op diyersçhe plaetsen op de 
yesten deser stede. 

Les faits, pour lesquels Pyn -fut poursuivi et 
condamné, se produisirent pendant la guerre entre 
l'Espagne et la république des provinces néerlan- 
daises du Nord. 

Un mouvement avait surgi dans notre pays 
pour soustraire les habitants à la domination de 
l'Espagne. On voulait reconstituer les provinces 
néerlandaises teUes qu'elles existaient au seizième 
siècle et en faire un seul état. L'idée qu'on essayait 
de réaliser en 1631 était celle qui s'accomplit en 
1814 par la fondation du royaume des Pays-Bas. 

Le prince d'Orange, Frédéric-Henri, occupait 
déjà avec son armée Maldegem et les environs. Le 
projet de Joachim Pyn et de ses partisans, était 
de faire entrer les troupes du prince d'Orange 
à Gand au moyen d'un pont de bateaux jeté sur 
les eaux du rempart du béguinage près de la 
redoute du Rabot. 

L'arrivée du général espagnol Santa Croce, qui 
avait remplacé Spinola, avec des forces supé- 
rieures força Frédéric-Henri à se retirer. La ten- 
tative de Pyn échoua donc. Celui-ci, pour 1^ réus- 
site de son projet, avait fait plusieurs voyages en 



^ — 190 — 

Hollande. Il était également en correspondance 
avec le prince d'Orange auquel il avait fait con- 
nsutre la largeur et la profondeur des fossés entou- 
rant la ville entre la porte de Bruges et la porte 
du Mîiide. Il lui avait indiqué notamment l'endroit 
où il se proposait de construire le pont de bateaux. 
Cet épisode de notre histoire nationale nous a 
paru mériter les détails dans lesquels nous venons 
d'entrer. Une partie de la correspondance, de ce 
Pyn avec les autorités hollandaises fut saisie et 
jointe au dossier du procès. 

Un autre spectacle barbare, qu'on présentait de 
temps en temps aux Gantois, était celui d'une 
exécution opérée par le bourreau .sur le cadavre 
d'un suicidé. 

Le corps du suicidé était extrait de la maison 
par une ouverture pratiquée sous le seuil de la 
porte d'entrée. Le bourreau lui attachait une corde 
au cou et le tirait dans la rue par cette ouver- 
ture. Le cadavre était lié sur une claie et traîné 
hors la porte du Muide où le bourreau le suspendait 
aux fourches patibulaires. 

La justice intentait au corps du suicidé un 
véritable procès criminel, suivi d'un jugement. 
Les poursuites se faisaient, à la requête du grand- 
bailli, contre le suicidé auquel les échevins nom- 
maient un défenseur d'office si la famille n'y avait 
pourvu. Aussi les procès criminels de ce genre 
commencent-ils toujours par la formule ordinaire : 

Tusschen den hooghballia ten eendere syde joghens ende 
ter laste van het doodt lichaem yan... 



- 191 - 

Oock ghesien de defensie over het voornoemd doodt 
lichaem ghedaen door den procureur... 

Tous les jugements, rendus contre les cadavres 
des suicidés, sont transcrits dans les registres 
criminels. Prenons, en guîse d'exemple, le juge- 
ment prononcé le 6 mars 1673^ par les échevins 
de la Keure, contre Jacqueline Soliers. 

... Wysen ende condempneren 't voorseyde doodt lichaem 
by den scerprechter afghedaen te worden van den voor- 
seyden scherbalck alwaer f selve aisnoch is hangende ende 
alsdan met eene koorde aenden hais ghesleept ende ghe- 
trocken te worden door een gadt onder de deure vanden 
selven huyse, tôt op eene hurde ende alsoo achter een 
peerdt, voorts ghesleept te worden lancxt de straeten tôt 
Meulestede ter plaetse patibulaire ende aldaer ten spieghel 
van aile goddeloose meynsschen ghehanghen te worden in 
eenen spriet, verclaerende voorts aile haere goederen, tsy 
leen, érfve, immeubele ofte meubele waer de selve ghestaen 
ende gheleghen syn verbeurt ende gheconfisqueert ten prof- 
fytte van syne conincklycke Majesteyt de coste ende mise 
van justitie alvorens ghededuceert. 

C'était, disait-on, pour servir d'exemple à ceux 
qui seraient tentés de commettre un crime que. les 
corps des suppliciés étaient exposés hors la porte 
du Muide. Pour montrer le peu de cas qu'on faisait 
de cette exposition, il nous sufl&ra de dire que des 
individus trouvaient parfois plaisant de détacher 
les cadavres et de les jeter sur la voie publique. 

Déjà en 1481 un fait de ce genre se produisit. Il 
est mentionné au folio 386 des comptes commu- 



— 192 - 

naux de 1481-1482. Des gens sans aveu, rebatiden, 
détachèrent de la roue le corps d'un supplicié, 
nommé Roulkin Snibbele, que le bourreau, Karl 
Vanden Hende, fut chargé d'y replacer. 

Item betaelt aen meester Kaerlen dienere vanden zweerde 
over de moyte eude arbeyt by hem ghehadt vanden errech- 
tene van Boulkin Snibbele die vanden rade ter muden ghe- 
worpen was ende van diversche jonghe knechten te ghees- 
selen...'tsamen xii se. gr. 

Item betaelt Janne Damman waghcmakere van eene stake 
daer den doode lichame van den voorseyde Roulkin Snibbele 
weder up herrecht was, cost x den. gr. 

Les cas, que nous avons cités dans les chapitres 
précédents, à propos de condamnés à mort qu'on 
faisait périr par immersion, sont, croyons-nous, 
les seuls qui se soient présentés à Gand. 

Quant à l'épouvantable supplice consistant à 
enterrer vivant, nous n'avons rencontré que deux 
exécutions de cette espèce rappelées dans le Mémo- 
rieboek de 1528. 

In dit jaer was eene waellinne ghenaemt Jannette ghe- 

dolven omme dat zy haer kindt vermoort hadde. 
Den XX" Martg was Catelyne vander Muelene ghedolven 

omme dat sy haer kint versmoort hadde in een aysement 

• 

On voit que dans ces deux cas il s'agit de la 
peine appliquée à des femmes qui s'étaient rendues 
coupables du crime d'infanticide. Les registres 
criminels de 1528 manquant aux archives commu- 
nales, nous n'avons pu découvrir l'endroit où s'est 
faite cette exécution. 



— i9â — 

C'est probablement à ces deux femmes que se 
rapporte l'article de dépenses des comptes commu- 
naux de 1528-1529, folio 66, ainsi conçu : 

Item betaelt Jannette Beernaerde de somme van 18 se. gr. 
haer toegheleyt voor hare moeyte ende besurchsaemhede 
ghenomen int bewaren van Jannette Maronier ende den 
Joncwive van Pieter Pype ghevanghen gheleghen int saus- 
selet naer tverclaers vander ordonnancie 18 sa gr. 

Les parricides et les individus, qui s'étaient 
rendus coupables de sacrilège, avaient d'abord la 
main droite coupée avant d'être mis à mort. 

Nous possédons le jugement prononcé, le 12 
février 1774, contre un certain J. B. Vander Lin- 
den, de Sottegem, accusé de vol d'église. On lui 
reprochait aussi d'avoir enlevé les hosties qui se 
trouvaient dans un ciboire en argent et de les avoir 
déposées sur le tabernacle. C'est pour ce dernier 
fait qu'il fut condamné à avoir la main droite 
coupée. Le jugement qualifie les faits mis à charge 
• de Vander Linden de Kerk-dieften ende Heylig- 
schenderijen. 

Son corps fut transporté hors la porte du Muide 
et sa main droite placée par le bourreau, Philippe 
Hamel, sur une tige en fer. 

Prospeb Claeys, 
(A suivre.) 



id 



— 194 — 



ÉPISODES INÉDITS 



DE LA CHRONIQUE BRUXELLOISE 



m%m 



En compulsant des archives, nous avons annoté , 
au hasard, quelques faits arrivés à Bruxelles. Nous 
avons l'honneur de présenter au lecteur quelques- 
unes de ces notes. Les événements auxquels elles 
ont trait n'ont entre eux aucune connexité : ils 
n'ont d'autre lien que le titre que nous venons 
d'écrire au-dessus de ces lignes. 

Ceci dit, entrons en matière. 

Un des plus brillants personnages de la Cour 
de Bruxelles, au commencement du XVP siècle, 
fut Philippe de Bourgogne, seigneur de Fallais. 
Son illustre origine, sa grande positioii de fortune 
et ses qualités personnelles l'y avaient placé aa 
premier rang. Aussi les documents et les chro- 
niques du temps nous fournissent-ils de nombreux 
détails sur lui et sa famille ' . 

Dans sa jeunesse, Philippe fut le héros d'une 



' Les pltts intéresBants de ces détails ont été groupés par M. Pos- 
wick, dans son beau travail intitulé : Histoire du comté de Fallait 
(Bulletin de l'Tmtitut archéologique liégeoii, 1888). 



roBioiES DE Bkloiqur, 



— 195 — 

aventure qui fit du bruit, mais — simple pecca- 
dille aux yeux de ses contemporains indulgents — 
elle ne tarda pas à tomber dans l'oubli. Les chro- 
niqueurs observent un silence complet sur ce 
point. 

Voici les faits : 

Par une soirée d'été — c'était le 17 juin 1510 — 
le jeune maître de Fallais * et trois de ses compa- 
gnons de plaisir, Claude, seigneur de Bissy, Louis 
de Revel et Jacques, seigneur de Licques, déci- 
dèrent d'aller voir certaine dame galante, connue 
sous le Burnom de la Grande Hollandoise et logeant 
lez tes etuves du Pollepelle^. Arrivés à la maison — 
il était entre onze heures et minuit — ils Aewr- 
terent a la porte dicelle et requirent entrer. Sur le 
refus d'ouvrir, ils menacèrent de passer de vive 
force. En présence de cette attitude, des individus 
qui se trouvaient à l'intérieur, se mirent en devoir 
de leur jeter des pierres de l'étage. Pris de colère, 
le seigneur de Fallais ordonna à son serviteur, 
Tristram — car, de même qu'un de ses amis, il 
s'était fait suivre de son domestique — de défoncer 
la porte. Les coups de pied de ce Tristram n'ayant 
pas pour résultat de faire sauter le huis, Philippe 
prit un élan et réussit à fendre l'obstacle dans le 
sens de la largeur «^ En rampant, Louis de Bevel 
entre par l'ouverture ainsi pratiquée. Un de ceux 



A n possédait cette terre depuis environ deux ans. 

* L'antique Lepelsirate, pu rue de la Cuiller, prit, successive- 
ment, les noms de petite rue d'Angleterre, la Cuiller-à-Pot (Pol- 
lepel), rue du Paon, petite rue des Finances et rue du Gravillon. 
L'étuve, oubain public, y existait déjà au XV« siècle (voyez Histoire 
^ BrvueeUes, UI, 800). 



— 196 — • 

qui avaient pris possession de la place, s'étànt 
posté à la porte pour défendre l'entrée contre les 
assaillants, se jette sur lui, la dague à la mainj 
. mais le manque. Revel riposte et blesse son adver- 
saire qui lui demande grâce, en s'écriant : Monsei- 
gneur Fescuyer, par donne z-moy. Le gentilhomme 
consent à lui laisser gagner le large, mais mal lui 
en prend. Traîtreusement, le compaignon — c'est 
par ce qualificatif que nos documents désignent 
ceux qui s'étaient installés dans la maison — se 
rue sur lui. Dans un corps-à-corps, où l'un cherche 
à étouffer l'autre, il reçoit un second coup de la 
dague de Revel. Deux fois blessé, l'homme parvient 
à s'arracher de l'étreinte de son adversaire, mais, 
il tombe sur Licques qui lui allonge un coup de 
rapière . 

Talonné du désir de punir ceux qui avaient 
lancé des pierres, Revel se précipite à l'étage. Il 
y trouve, en compagnie de trois femmes, un indi- 
vidu à qui il porte un coup de dague. L'inconnu 
s'échappe en se jetant en bas de la montée. Au 
rez-de-chaussée, il rencontre Licques qui le frappe, 
et, puis, Bourgogne, qui luy rue deitx coups de 
taille de sa dague et ung coup destocq. 

Tous les deux déclarèrent, depuis, ignorer s'ils 
oui; blessé le personnage. 

L'homme continue «a fuite et passe rapidement 
devant Bissy qui, entré sur ces entrefaites, venait 
d'être renversé par le premier compaignon. 

Des deux blessés, l'un, certain Jennyn de Mol, 
fils de Vhoste du Pourcelet, dijfdit Bruxelles, avait été 
si mal arrangé que, peu après, il termina vie par 
mort, aux termes de nos documents. 



k 



I 



— 197 — 

Redoutant les rigueurs de la justice, les cou- 
pables jugèrent prudent de se mettre en lieu sûr. 
De là, ils implorèrent la grâce du souverain. 
Dans leur requête, ils firent état de leurs bons anté- 
cédents, exposèrent que le meschief hYdÀt été com- 
mis par infortune, et non de propos délibéré, et 
promirent que, désormais, leur conduite serait 
irréprochable. 

A cette époque, pareille démarche n'était pas 
sans chance de succès. On absolvait, alors, sans 
trop de diflScultés, des gens de condition infé- 
rieure, de crimes présentant un caractère de gra- 
vité plus accentué. Aussi la grâce ne se fit-elle 
pas attendre. 

Par lettres-patentes, données, à Augsbourg, le 
28 juin — elles ne sont donc postérieures au crime 
que de onze jours — l'empereur Maximilien, 
régent au nom de son petit-fils, mineur, l'archiduc 
Charles s et celui-ci imposent, au sujet des faits 
mentionnés, silence perpétuel a nostre procureur 
gênerai en Bradant, et déclarent, ensuite, quittes, 
remis et pardonnes, en les remettant a leur bonne 
fanie, Philippe de Bourgogne, seigneur de Fallais, 
son serviteur Tristram, Claude, seigneur de 
Bissy, son serviteur Benoit le Sauvaige, et, enfin, 
Jacques, seigneur de Licques*. 

Quant à Louis de Revel, nous ignorons si, plus 
tard, pareilles lettres de rémission lui ont été ac- 
cordées. 



*■ Alors âgé d'environ dix ans. Il devint, depuis, Charles- Quint. 
• Chambre des comptes de Brahant, registre n® 635, ^ 119, 121 
et 123 (Archives générales du royaume). 



I 



— 198 — 

L'épisode que. nous venoi^s de narrer — sans 
nous écarter, pour le nioindre détail, des actes 
ofiÊciels — pourrait, dira-t-on peut-être, former 
l'objet d'une scène dans un roman de cape et 
d'épée. En lui-même, il est vrai, il n'offre qu'un 
intérêt secondaire ; mais, cet intérêt s'accroît, lors- 
qu'on considère qui est l'acteur principal du drame : 
c'est un petit-fils de Philippe-le-Bon, duc de Bour- 
gogne.... plus tard un des intimes de Charles- 
Quint, qui en fit son chambellan et un de ses 
principaux conseillers * . 

De ses trois amis, deux jouèrent ég^ement un 
rôle considérable. Claude de Bissy, où pour l'ap- 
peler par son nom patronymique, de Thiard», 
avait, d'abord, été écuyer tranchant du souverain 
(1504), et fut, ensuite, attaché à la fourrière. Plus 
tard, il devint chevalier d'Alcantara, Grand- 
maréchal de Charles-Quint et son ambassadeur 
près le pape Adrien VI '^.. 

Quant à Jacques de Recourt, seigneur de Licques, 
il appartenait à une illustre maison de l'Artois, 
qui possédait la chàtellenie de Lens. En récom- 



* Philippe de Bourgogne eut pour parents : Baudouin, chevalier, 
seigneur de Bredam, Fallais, etc., un des plus brillants seigneurs de 
son temps, et Marie Manuel, descendante du sang royal de la Castille. 
Baudouin, fils naturel de Philippe-le-Bon et de Catherine de Thief- 
fries, avait été chambellan et conseiller de Maximilien d'Autriche et, 
en cette qualité, envoyé, en 1488, en Espagne pour négocier le ma- 
riage de Philippe-le-Beau avec Jeanne de Castille. 

Pour plus de détails, nous renvoyons au travail susmentionné de 
M. PoswiCK et à A. HBmns, Histoire du règne de Charles-Quint. 

' n était fils d'Etienne de Thiard, seigneur de Bissy, Fiée, etc. ; 
Dictionnaire de la Noblesse, par db la Chenate-Dbsbois et Badisb. 

* Gaohabd et PiOT, Collection des voyages des souverains des 
PayS'Bas, 



— 199 — 

pense de ses services de guerre contre les Véni- 
tiens, l'empereur Maximilien l'avait nommé, en 
1509, échanson de l'archiduc. Devenu Charles- 
Quint, celui-ci en fit son chambellan \ 

En ce qui concerne Louis de Revel , nous n'avons 
pas réussi à établir d'une manière certaine l'iden- 
tité de ce personnage. Nous croyons, cependant, 
qu'il est ce Louys de Revel, en son tamps sg^ dAvç 
dregnies, S* Hylaire, Beauglies, Buvignies et de 
Fanêignies, gentilhome de la Bouche du Roy Dom 
Philippe et de V Empereur Charles son fils, capitaine 
de la garde et mre d^hostel du Roy de Hongrie Don 
Ferdinand, Gouverneur et Capitaine de Bouchdin, 
qui trespassa Van 1549, le 19' de May et qui gît à 
Aùdregnies,, avec noble dame Louyse de Lannoy, 
sa • femme et espeuse, en son tamps aussy Dame 
dAudregnyes, etc. (f le 9 novembre 1554), sous 
une pierre ornée des quatre quartiers respectifs 
des époux. Ce Louis de Revel portait : d'azur aii 
chevron d'or, au chef du même; cimier : une 
sirène, issant d'une cuve, tenant de la dextre un 
miroir et peignant de l'autre main ses longs che- 
veux flottants*. 

De tout temps, on le sait, les Bruxellois, ont 
voué un culte particulier au Saint Sacrement de 



^ Jacques de Recourt, seigneur de Licques, est fort probablement, 
ce Lisque qui, au commencement du XVI* siècle, figure parmi les 
douze paiges à V sols de gages par jour. Pour plus de détails, voyez 
. Gachabd et PioT, ainsi que Hbnnb, op. cit. 

* Les armoriaux ne donnent pas ce cimier. Bibliothèque royale, 
section des manuscrits, C. G., n^ 1509, f^ 102 ; comp. L'Espikot, 
Jischerches des Antiquités et noblesse de Flandre, pp. 318-815, 



— 200 — 

Miracle. Les comptes de l'église des SS. Michel et 
Gudule renseignent plus d'une guérison attribuée 
à son invocation. En les parcourant, avec M. l'abbé 
KeelhofiF, nous avons trouvé la relation d'un fait 
qui nous semble mériter d'être signalé. 

C'était en 1531. Une femme, ayant nom Pie- 
ryne, d'Oultre, près de Ninove, se trouvait en mal 
d'enfant. L'accouchement ne put se faire, car, on 
constata qu'elle portait deux enfants, mâles, unis 
l'un à l'autre par un lien de chair. La science 
humaine d'alors semble avoir renoncé à conserver 
la vie aux enfants et à la mère. Dans cette situa- 
tion suprême, on eut recours au Saint Sacrement 
de Miracle. La délivrance eut lieu. La mère fut 
sauvée, mais les enfants vinrent au monde 
morts-nés. 

Après examen des faits, on conclut au miracle, 
et, d'après un usage établi, les cloches de l'église 
furent sonnées pendant une demi- heure {eene 
poose; coût : deux escalins de gros*). 

Le chancelier de Brabant, maître Adolphe van 
der Noot, chevalier, et les marguilliers ordon- 
nèrent l'embaumement du ou des petits corps.. 
Maître Jean, chirurgien de la ville {stadtmeester) ^ 
toucha pour cette opération vingt escalins de gros . 
L'apothicaire Jean, du Pot d'étain {Jean opten tin- 
' nenenpot, apothecarys) , avait fourni les drogues; 
elles lui furent payées six florins du Rhin, ou 
trente escalins. 



^ Ten selven daighe (10 juillet 1531) als den heeren fabrychmeesUrs 
gehUhen voots van den miraculé geschiet doer d^aenroepen van den 
heiligen aacramente over Lysken ,Beys, woenende tôt Namen, wordt 
geluydt eene poose ende doer voere betaelt ij schelLgr, (même compte). 



'4 



— 201 — 

Sur l'ordre du chancelier et des margnilliers — • 
et c'est ici que l'aventure offre un intérêt plus 
général — les enfants furent peints par maître 
Bernard, le peintre {meester Bemaerden, den 
schilderé), qui reçut de ce chef la somme modique 
de sept escalins , trois deniers (eenen AndrieS" 
gtdden). Les Frères de Nazareth inscrivirent une 
légende au bas du panneau. Ce travail coûta dix- 
huit deniers. 

Le menuisier Jean Raes, qui avait fait la planche 
pour la peinture, réclama pour cette fourniture 
neuf deniers. Un petit coffre, où Ton plaça les 
enfants, fut payé quatre escalins. Tous ces paie- 
ments furent affçctuQs le 10 juillet «. 

Qui est ce maître Bernard qui exécuta le tableau 
dont il vient d'être question? Il ne peut y avoir 
de doute sur son identité. C'est bien à l'illustre 
Bernard van Orley que nous avons affaire, dont le 
nom, avec ceux de Michel van Coxie, Corneille 
Schemier, etc., se rencontre fréquemment dans 
les comptes de la chapelle du Saint Sacrement. 
C'est ainsi que nous lisons dans celui de 1539 
à 1540 : Ilem Meester Bernaerde van Orlay, schil- 
deré, gegeven op rekeninge van der glasen venstere^ 
die hy maect voor de coninghinne van Vranckryche, 
in afcortinghe drie honderl Rinsguldenen, hondert 
Rinsgulden^ vz, xxv Ponden grooten. 

Inutile de multiplier les citations. Il ne viendra à 
l'idée de personne de contester que maître Bernard, 
le peintre, ne soit pas Bernard van Orley. 

> Compte de la Chapelle du Saint Sacrement de 158Ô h 1531 
(Archives de l'église). 



- 202 — 

.Le petit panneau — nous disons petit, car le 
prix indique que ses dimensions étaient restreintes 
— fut suspendu en l'église des SS/ Michel et 
Gudule * . Il doit en avoir été enlevé il y a long- 
temps ; c'est en vain que nous en avons cherché la 
trace dans les anciennes descriptions de la collé- 
giale. Les biographes de van Orley ne le signalent 
pas non plus. 

L'artiste est trop grand pour que nous ne nous 
soyons pas empressé de combler cette lacune. 

Le 8 janvier 1532 (n. st.), il y eut, à Bruxelles, 
grand scandale. 

Le prêtre Jean van Sotteghem, subitement 
frappé de démence», maltraita violemment le 
Saint Sacrement de Miracle. La croix fut brisée, 
et les trois hosties qu'elle renfermait, tombèrent 
dans la main de Je§n van Nieuwèrstadt^ chapelain 
de l'autel de Sainte-Catherine, qui, avec d'autres 
prêtres et quelques fidèles, se jeta sur le forcené, 
lui arracha Tobjet sacré et le maîtrisa. 

Quatre gardes -ville et des personnes de bonne 
volonté conduisirent, ensuite, le fou à la prison 
de la Steenpoorte ; on leur paya pour ce transport 
trois escalins et neuf deniers. 

Après la grand'messe, se réunirent, dans le 
chœur de l'église, le vicariat de la Cour de Cam- 
brai, le chancelier de Brabant avec son conseil, le 
magistrat de la ville et de nombreux notables, 
♦ • 

*• Baeraf de figuré hanghi in de kercke van ^inU Ooelen,.,, 
' Berœft van zinnen .... 



— 203 — 

pour constater les dégâts causés au Saint Sacre- 
ment. C'est que la population, fort émue, s'était 
amassée devant Téglise et demandait à'cor et à cri 
à connaître toute la portée du éacrilège. Le bruit 
courait que les saintes espèces étaient entière- 
ment détruites ' , 

Durant la visite, tous les cierges du chœur 
étaient allumés*, et la cloche de Saint-Sauveur fut 
sonnée pendant une demi-heure {eene poôse). La 
dépense faite de ce chef était de deux escalins* 

La foule agitée ne se calma qu'en apprenant que 
les hosties étaient intactes. Ce fut le suffragant de 
Cambrai qui les lui montra. On fit, ensuite, ouvrir 
l'église, et le chantre et pléban, Martin Coels, 
monté au maître-autel, les exhiba de nouveau au 
peuple, en promettant qu'elles seraie^t replacées 
dans la croix, aussitôt qu'elle serait réparée. Puis, 
des actions de grâces furent rendues à Dieu pour 
avoir sauvé le Saint Sacrement de Miracle, et la 
solennité se termina par le chant d'un Te Peum 
laudamus. (Les chanteurs et l'organiste furent 
payés deux escalins, trois deniers). 

Pendant le service, on fit brûler les couronnes 
de lumière et tous les autres cierges de l'église. 
Après, la cloche de Saint-Sauveur fut, de nouveau, 
sonnée pendant une demi-heure. 



' Dot al in stucken ende gheschent was, 

' In welche visitatie my vrouwe win Emmery hegheerde, dat men 
aile de keerssen staende binnen den voirscreven choer, ontteken soude, 
ghevende .daer voere drye Kavolus guldenen,vz. xv schellingen grooten. 
Item een ander man (sic!) gaf den fabryckclerck oick in syn handt 
scj stuyvers, vz. ij schellingen, iœpenningen grooten. 



^ 204 - 

La réfection de la croix fut confiée à l'orfèvre 
Henri Bosch. H toucha poor son travail et l'or 
qu'il y avait employé, cinq escalins. 

Le 12 du même mois, la croix fut bénie par le 
suffragant de Cambrai, qui avait également assisté 
à la constatation des faits le jour de la profa- 
nation. 

La fabrique de l'église l'en rémunéra par le 
paiement d'un florin Carolus, valant cinq escalins ' . 

Malheureusement, nous n'avons pu nous rensei- 
gner sur le sort ultérieur du prêtre van Sotteghem. 

On connaît le rôle considérable que jouèrent, 
au moyen âge, et même dans des temps plus rap- 
prochés de nous, les vicomtes ou châtelains de 
Bruxelles. Grâce aux beaux travaux de M. Alph. 
Wauters, nous possédons la chronologie complète 
de ces grands feudataires. 

Mais, ce que l'on ne sait pas, c'est que la vi- 
comte de Bruxelles fut, au commencement du 
XVIP siècle, l'objet d'un procès retentissant qui 
mérite d'être rangé parmi les causes célèbres de 
l'époque. 

Ce fief appartenait alors au chevalier Henri de 
Varick. 

Le beau-père de ce personnage, Nicolas Damant, 
chancelier de Brabant, l'avait acheté, en 1606 
(relief du 6 mai), pour la somme de 17,500 flo- 
rins, à Maximilien, comte de Boussu, vicomte de 



^ Compte de la Chapelle du Saint Sacrement de Miracle, 1531 
à 1582. 



- 205 - 

Bruxelles et de Lombeek, baron de Liedekerke 
et de Denderleeuw, seigneur de plusieurs^ autres 
lieux. Le père de ce dernier, Jacques de Boussu, 
chevalier, baron et seigneur deHaussy (Auxy , etc.), 
avait renoncé à l'usufruit de la propriété auquel 
il avait droit du chef de sa femme, Marie Han-, 
naert *. Après la mort du chancelier, Varick avait 
été investi de la vicomte le 28 septembre 1616. 
Il ne dut pas en jouir en tranquillité, car, le 
comte de Boussu demanda à la Cour féodale l'an- 
nulation du contrat de vente intervenu entre lui 
et le défunt. Il allégua que cette vente avait eu 
lieu pendant sa minorité, qu'elle avait été faite 
à main ferme, sans licitation ou proclamation pu-^ 
bliqtce, et qu'il avait à payer un douaire excessif 
à la veuve du comte Pierre de Boussu. Le prix, 
affirma-t-il ensuite, n'aurait pas été en rapport 
avec la valeur du bien : les prérogatives ratta- 
chées à la chàtellenie seraient considérables, telles 
que plusieurs marques de juridiction et droits no- 
tables. . . tiltres de noblesse. .., et les revenus annuels 
s'élèveraient de 1800 à 2000 florins, valissant pltts 
de 40 à 50^000 florins. 

Voici les objections soulevées par Varick. Lors 
de la reprise de la vicomte, par son beau-père, 
celle-ci aurait été fortement hypothéquée et mise 
en décret jusques au poinct de donner le coup de 



* Cour féodale de Brabant, reg. 142, £*> 360, et soiv. (ArchiTes 
générales du royaume). Pour les Hannaert, on pourra consulter notra 
notice : De heerlijkheden van het land van Mechelen. Niel en jtijne 
heeren {Dietsche Warande, 1889). On y trouvera des renseignements 
complémentaires sur la vicomte de Bruxelles. 



• « 



— 206 — 

baston, à telles enseignes que l'aliénation aurait 
même été nécessaire du vivant de la mère 'du 
demandeur. La vente à main ferme aurait été, 
pour le comte de Boussu, plus honorable qu'une 
libitation. Loin d'avoir été mineur, celui-ci aurait 
eu, alors, vingt-quatre ans. Au surplus, quant aux 
revenus du fief, les déclarations de Boussu seraient 
exagérées; leur moyenne, dans les derniers temps, 
aurait-été à peine en rapport avec le prix d'achat. 

Après avoir déjà duré trois ans, l'affaire menaça 
de traîner encore indéfiniment. De ce temps-là, il 
ne fallait pas' qu'un litige judiciaire fût bien com- 
pliqué, pour se transmettre de génération en 
génération. Aussi, pour éviter un long procès et 
pour nourrir paix et amitié^ les parties vinrent- 
elles à composition. Varick consentit à faire un 
sacrifice pécuniaire. Une rente de 2 50 florins, que 
Boussu lui devait du chef de sa femme, à lui, 
Varick — cette rente était hypothéquée sur la 
maison du débiteur, sise, à Bruxelles, près de la 
chapelle de Saint-Eloi — fut réduite à 100 florins. 
Moyeimant cette concession importante, Boussu 
renonça à tous ses droits sur la vicomte et délivra 
à Varick les documents y relatifs. 

Cet accord fut acte en la Cour féodale le 7 sep- 
tembre 1619 \ 

• 

Le portrait de Henri de Varick a été gravé par 
Pierre de Jode ; il figure dans le Theatrum Ponti-- 
ficum, Imperatorum, Regum, Ducum, Principum 

1 Cour féodaU de Brabant, reg* vfi 145, f 192. 



— 207 — 

pace et bello illustrium ^Antverpiœy apvd Petr. de 
Jode, 1651,in-4«)^ 

Quelqrfes renseignements, inédits, sur ce per- 
sonnage nous semblent devoir compléter les dé- 
tails qui précèdent. 

Le plus ancien document^ à notre connaissance, 
qui le concerne, c'est, son contrat de mariage, du 
20 mars 1599. Il appert de cette pièce qu'il avait 
pour parents feu Gossuin de Varick, chevalier 
(qui fut tué au pillage d'Anvers, le 4 novembre 
1576), et Constance de Berchem (femme en se- 
condes noces, de Frédéric Perrenot fle Granvélle, 
baron de Renaix), et qu'il était, au moment de so 
marier, chevalier et capitaine de 300 fantassins 
haut-allemands, au régiment du comte Biglia. 

Le futur comparaît en compagnie d'Antoine de 
Berchem, chevalier, seigneur de Ranst et d'Els- 
broeck, doyen de la halle aux draps, à Anvers, 
son cousin, et de messire ' Jean van Stralen. 

De son côté, la fiancée, Anne Damant, fiUe aînée 
de Nicolas, chevalier, chancelier de Brabant, con- 
seiller d'État et garde-sceau de Son Altesse, est 
accompagnée de Pierre Damant, évêque de Gand ; 
Jean Damant, chevalier; amman d'Anvers; Fran- 
çois Damant, chevalier, conseiller, Toison dOr^ 



^ Ce recueil renferme des gravures des deux Pierre de Jode, père 
et fils, de Coget, Waumans, ete., d'après yan Dijok, Rubens et 
d^autres maîtres. Un exemplaire du portrait de Varick est 'conservé 
au cabinet d'estampes de la Bibliothèque royale, un autre se trouve 
en possession de M. Georges Cumont, vice-président de la Société 
d'Archéologie de Bruxelles, qui a bien voulu nous le prêter pour le 
faire reproduire. 

• JonheTt 



- 208 — 

haut-bailli et châtelain de Courtrai, ses oncles, et 
Jean de Boot, chevalier, secrétaire du Conseil 
d'État pour la Bourgogne et contrôleur du sceau 
de Son Altesse, cousin de la demoiselle. 

Les parties conviennent que, survivant à son 
mari, la future épouse jouira, à titre de douaire^ 
sur les biens du défunt, d'une rente viagère de 
1000 florins. Dans le cas opposé, celui-ci recevra, 
sur les biens de sa femme, une rente de 500 florins. 
Ces rentes ne seront que de 800, respectivement 
de 400 florins, dans le cas où un ou des enfants du 
mariage existeront au moment de la mort d'un 
des conjoints * . 

Par lettres-patentes du 22 novembre suivant, les 
archiducs Albert et Isabelle nommèrent le capi- 
taine de Varick, à la place de feu Henri 't Seraerts, 
écoutète de la ville d'Anvers et margrave du pays 
de Rijen. Le document rend justice à sa science et 
à son expérience en matière judiciaire *. 

Outre la série complète de ses comptes ordi- 
naires', les Archives générales du royaume con- 
servent de Henri de Varick, du 22 mai 1611 au 
6 décembre 1628, six comptes des exploits et 
confiscations, provenant de personnes suspectes ou 
convaincues cF hérésie *, 

En sa qualité d'écoutète, il avait à fournir à 
ceux de la Chambre des comptes, annuellement, 



> Ce contrat de mariage fut passé devant la Cour féodale da duohé. 
l\ se trouve inscrit, in extenso, dans le registre n^ 366, (^ 86 et suiv* 

* Chambre des comptes, reg. n<* 12908. 

• Ibidem, n<» 12908-12909. 
4 Ibidem, n» 19671. 



— 209 — 

à rapproche du carême, une redevance en harengs. 
Lorsqu'en 1 626 , en suite d'une disette de ce poisson, 
Varick n'avait pu s'exécuter, la Chambre lui dé- 
pêcha express sur express pour réclamer son ancien 

et immémorial émolument de harancœ, ou bien 

son équivalent en espèces. 

Enfin, le. 3 mars, arrivera Bruxelles un envoi, 
accompagné de la missive originale que voici : 

Messieurs, 

Comme je n'ay sceu recoayrer viande de caresme salée, 
je voua envoyé celle qui est sucrée, à sçavoir trente pains de 
sucre, vous priant les vouloir prendre de bonne part, comme 
de celui qui se dict, messieurs, Yostre serviteur très humble, 

Henbi de Vâbicq ^ 

Varick était membre du Conseil de guerre. Du 
chef de sa femme, il était seigneur de Boendael, 
Bouwel, Olmen, etc. 

En 1628, il résigna à son fils Nicolas, marié 
(depuis le 20 avril 1623', et non pas en 1628, 
comme on l'a dit) avec Ânne-Marie Micault, la 
vicomte de Bruxelles, ainsi que ses fonctions 
d'écoutète d'Anvers et de margrave du pays de 
Rijen. Nicolas reçut la place de son père, par 
lettres-patentes du 22 mars de cette année ^ 

Les Varick sont d'origine gueldroise; ils ont 
pris le nom de la localité de Varick, ancienne- 



^ Chambre des comptes, reg. ifi 179, f^ 20. 
* Registre aux mariages de la paroisse de Notre-Dame-de-la- 
Chapelle (Etat civil, à Bruxelles). • 
' Chambre des comptes, n^ 12909. 

14 



- 210 — 

me^t Vavderick, Valderick^ etc. *. Leurs armes 
sont : d'argent à trois tètes de lion de gueules, 
couronnées et lampassées d'azur; cimier : une 
tête de lion couronnée, de l'écu, entre deux plumes 
d'autruche*. Henri faisait supporter son blason 
par deux griffons. 

Anne Damant portait : d'or à la fasce de 
gueules, chargée de deux chevrons accolés d'ar- 
gent, et accompagnée de trois (2, 1) étoiles d'azur. 

Telles sont les armes qui figurent sur le beau 
monument funéraire des époux, orné de leurs 
statues, dans l'église des Dominicains, à Anvers '. 

Henri de Varick mourut le 5 octobre 1 641 . Sa 
femme l'avait précédé dans la tombe, le 6 mai 
1630. 

J. Th. de Raadt. 



' Dans son travail intitulé : Die Dynasten, Freiherren undjetzigen 
Orafen von Bockoltz, A.Fahke donne, des Varick, un fragment généa- 
logique qui n'est pas exempt d'erreurs. Disons que le mari d'Isabelle 
(fille de Gossuin, seigneur de Varick, f en 1855 ou 1358, et d'Elisa- 
beth de Buren) s'appelait Henri de Raet, et non pas de Roet. Il était 
bourgmestre de Zalt-Bommel, au milieu du XIV^ siècle. On le dit 
seigneur de Laer. 

• ' Les plumes d'autruche, comme cimier, ne semblent pas remonter 
au-delà du XV* siècle. Antérieurement, on se servait de plumes de 
coq, de héron, etc. Ce fut, en 1450, à la foire de Francfort-sur-Mein, 
qu'on exhiba, pour la première fois, une autruche en Allemagne 
(voy. Pfotokolle der Generalversammlung des Gesammtvereins der 
deiitschen Oeschichts- und Aîterthumsvereine su Schvoerin, 1890; 
pp. 158-163). 

' Cette tombe a été reproduite par le baron Jaqubs lb RoT) dans 
sa Notiiia Marchionatus S. R, J. 



— 211 — 



LES 



EMPRUNTS DES POUVOIRS PUBLICS 



AU Xme ET AU XIV* SIÈCLE *. 



II. . 

Si maintenant, des princes qui gouvernaient 
la Flandre nous arrivons aux grandes cités qui 
formaient les trois centres commerciaux, poli- 
tiques et industriels de ce pays, nous trouverons 
les mêmes difficultés financières, les mêmes arti- 
fices de comptabilité et les mêmes expédients. 

Commençons par Gand. 

Cette ville était constituée, politiquement par- 
lant, dès le début du XIII* siècle. Elle avait son 
autonomie et elle avait ses finances propres. 
Elle avait reçu du seigneur l'octroi de diverses 
sources de revenus dérivant de l'impôt. Ces reve- 
nus grandissaient en raison de l'accroissement de 
la cité et de l'activité industrielle qui se dévelop- 
pait de jour en jour. 

* Sait6. Voir Messager des sciences histor.f l'* lirr. 1891, p. 19. 



— 212 — 

Les besoins grandirent aussi, ainsi que les dé- 
penses, et, dès ce moment, il arriva quelquefois 
que Ton avait dépensé plus que l'on n'avait reçu, 
n fallait alors, quand on se trouvait devant une 
dépense urgente ou extraordinaire, faire argent 
d'une façon rapide. La plus rapide était de 
contracter un emprunt. 

En nous aidant des documents analysés et 
publiés jusqu'à ce jour, nous pouvons faire un 
tableau succinct très curieux de l'histoire finan- 
cière de Gand à la fin du Î^IIP et au XI V* siècle. 

Cela commence à la mémorable aventure des 
XXXIX éche vins qui, vers 1280, après avoir gas- 
pillé les deniers da la ville, eurent maille à partir 
avec le comte de Flandre. L'histoire est trop 
longue à raconter. Warnkœnig * l'a entrevue, 
Diericx % avant lui, en avait publié quelques 
documents. 

Le comte Guy commença par décréter, en 1280, 
que, pour payer les dettes de la ville, on lèverait 
des maltôtes, des tailles et qu'on vendrait des 
rentes; et que, de plus, le maniement des fonds 
qui en proviendraient serait enlevé aux échevins 
et donné à deux liquidateurs en titre *. L'insti- 
tution de ces liquidateurs devint, plus tard, en 
1296 *, l'origine de la création des receveurs. 



^ Messager des Sciences historiques, 1883, p. 103. 

* Mémoires sur les lois des Gantois. 

* DiEBiox, Mémoire sur les lois, t. Il, p. 59 ; Inventaire des 
Chartes, no 118. 

* DiRBicx, Mémairi sur les lois, t. II, p. 193; Inventaire des 
Chartes, n» 218. 



— 213 — 

Par divers artifices qu'il serait trop long d'étu- 
dier, les échevins réussirent à se faire octroyer, 
dès 1281 ; des lettres du comte les dispensant de 
rendre compte des deniers de la ville, mais leur 
enjoignant d'exposer par écrit et sous serment 
la situation financière actuelle de la commune 
(n° 121 de Y Inventaire des Chartes). Ce qui n'em- 
pêcha pas le comte de se faire allouer, en habile 
politicien, une somme de 48,000 livres parisis à 
l'occasion de l'octroi ou de l'interprétation des 
franchises de la ville (n° 122). . 

Avec de pareils administrateurs, qui avaient 
endetté leurs concitoyens à ne plus pouvoir comp- 
ter, il n'est pas étonnant que des emprunts aient 
eu lieu à des époques très rapprochées. Aussi 
voyons-nous les documents se succéder. Dès 1284, 
on trouve que la ville de Gand se reconnaît débi- 
trice envers divers particuliers (n*** 135, 138, 139, 
140 de Yinventaire). Ces prêts étaient, la plupart, 
remboursables en divers termes ; d'autres consti- 
tuaient cette opération, très fréquente au moyen- 
âge, de la vente de rentes viagères. Une somme 
déterminée était payée par le prêteur pour l'achat* 
d'une rente viagère dont les arrérages devaient 
être payés par l'emprunteur. 

Le premier emprunt fait par la ville de Gand 
à des négociants italiens apparaît en 1 304 (n^ 243 
de V Inventaire) . Ce sont deux Florentins, Donche 
Moniere et Laurent Olivier qui ont fourni 77 livres 
de vieux gros tournois de France. En 1311, la 
ville emprunte plus de 6000 livres, dont 3000 à 
l'évêque de Tournai (n'^» 270 et- 271). En 1314, 



— 214 - 

au mois d'août^ les échevins reconnaissent avoir 
reçu d'un marchand de Plaisance une somme de 
1200 livres parisis à rembourser à la Saint-Nicolas 
et à la fête d'Ypres prochaines. La première 
échéance était donc fixée à quatre mois ; la date 
de la seconde nous est inconnue, car le Tuindag 
(l®"" août), qui est la fête communale d'Ypres, n'a 
été institué qu'en 1383 *. 

La fameuse Société des Perucci de Florence 
apparaît en 1316 (n^ 291 de V Inventaire) . .Cette 
société anonyme, comme nous dirions aujourd'hui, 
puisque ses associés portaient d'autre noms que 
celui de Perucci, avait fourni à la ville 1 400 livres 
parisis le 13 mars 1316. Le remboursement de 
cette somme fut promis après la fête de l'Âssomp- 
tibn, c'est-à-dire, le 15 août suivant. On sait que 
c'était à cette date que se rendaient les comptes 
annuels de la ville. Les créanciers avaient assigna- 
tion, autrement dit privilège pour leur créance; 
sur le produit de lamaltôte des vins. 

Dans tous ces prêts, il n'est pas question d'in- 
térêt. Cela n'empêche cependant que, en 1293, le 
roi Philippe de France manda à son bailli du 
Vermandois d'empêcher que certains usuriers, 
voulant exploiter la ville de Gand, plaidassent 
contre elle (n° 201 de V Inventaire). 

Un curieux épisode de l'histoire financière de 
Gand eut lieu pendant les années 1320àl332. Il 
révèle des idées assez étranges sur le lien commun 
qui peut exister entre des peines religieuses et des 

' Ypriana de Alphokbb Vak den Pbb&sboom, t, V. 



— 216 — 

obligations pécuniaires. Seize pièces des archives 
communales (n^» 303, 306, 307, 358, 359, 360, 
361, 362, 363, 364, 365, 366, 367, 369, 371, 372 
de Y Inventaire) y ont trait. Un monitoire du 
pape Jean XXII adressé à l'archevêque d'Aix, du 
6 août 1320, rappelait que la Société des mar- 
chands florentins avait emprunté de la Cour de 
Bome de fortes sommes dont elle refusait la resti- 
tution. Pour l'y contraindre, le Pape ordonna de 
saisir, sans bruit et sans forme de justice (sine stre- 
pitu et sine figura jiuiicii) tous effets et créances 
appartenant à cette Société « Or il se faisait que 
la ville de Gand devait à ces mêmes Florentins 
une somme de 120Ô livres parisis. Le pouvoir 
ecclésiastique ayant réclamé pour lui le payement 
de cette somme et la ville ayant refusé, on excom- 
munia les Gantois en bloc. U y eut des protesta- 
tions, même de membres du clergé, mais la ville 
dut s'exécuter et consigner la moitié de la somme 
entre les mains du procureur de la Chambre apos- 
tolique. Moyennant ce l'interdit fut levé (novem- 
bre-décembre 1330). 

Les opérations de crédit dont on trouve la 
preuve dans les documents énumérés par Vlnven- 
taire des Chartes, ne constituent assurément que la 
minime part des expédients auxquels la ville de 
Gand avait recours pour subvenir à ses difficultés 
financières. 

Il faut lire les comptes annuels pour juger de 
la facilité d'invention que les administrateurs du 
XIV" siècle possédaient déjà, pour trouver de 
l'argent quand les impôts ordinaires n'en donnaient 
pas assez. 



— 216 — 

La période de 1338-1349, qui est celle où Van 
Artevelde mena la politique de Gand et de la 
Flandre et dont les comptes sont imprimés, est 
instructive sous ce rapport. 

n eût été de difficile de soutenir les guerres, les 
conciliabules et les réceptions d'administrateurs 
de villes, qui eurent lieu pendant ces temps trou- 
blés, -au moyen des ressources ordinaires que rap- 
portaient les impôts dont la perception avait été 
octroyée par les comtes. C'étaient des ressources 
extraordinaires qu'il fallait, ou, comme nous di- 
sons aujourd'hui, des Recettes extraordinaires 
pour payer ces dépenses extraordinaires. Alors, 
comme aujourd'hui encore, il n'y avait que l'em- 
prunt. 

Et il y avait beaucoup de manières d'emprunter! 

La plus agréable et la plus commode assuré- 
ment était l'acceptation de dons gratuits. La ville 
n'avait point honte de mendier de l'argent à ses 
plus riches habitants. Pendant la période qui 
nous occupe on trouve même, à côté du seigneur 
Simon Van Haie et autres particuliers, le nom 
d'une Société de financiers italiens (compaenghien 
van den Baerden). Ceci était très gracieux de sa 
•part. Le roi d'Angleterre, qui figure aussi parmi 
les gros donateurs, cherchait uniquement à se 
procurer l'alliance politique des Gantois et des 
Flamands. 

Mais le public en général, même au XIV* siècle, 
n'est pas très donneur et quelqu'impopulairé que 
devait être la mesure, il fallait user pour battre 
monnaie, du système des emprunts forcés. On y re- 



— 217 — 

courut maintes fois, et les associations religieuses 
(couvents d'hommes et de femmes) furent surtout 
mises à contribution ; d'autres fois ce furent des 
taxations de particuliers {poorters die geset toaren) 
ou des contributions imposées ou reçues des villes 
du plat pays dont 6and était le chef-collège. 

On faisait, aussi, appel à la bonne volonté du 
public. On allait de porte en porte, on classait les 
prêteurs par rue et on leur délivrait des lettres de 
reconnaissance scellées du sceau de la ville. Le 
remboursement de leur créance était assigné sur 
la recette provenant dé l'un ou l'autre impôt. 

Une taxation assez curieuse était celle dont 
étaient frappés les banquiers que l'on désignait 
par un mot qui signifiait usuriers (perssemiers) . 
On imposait une redevance à tous ceux qui ga- 
gnaient leur vie en prêtant de l'argent {die hem 
gheneeren met haren ghelde te leenen) . Il est à sup- 
poser que ces prêteurs connaissaient le moyen de 
tourner les défenses de l'Ëglise concernant l'in- 
térêt puisqu'on les qualifiait publiquement d'usu- 
riers. 

Parmi les opérations les plus ingénieuses et les 
plus désastreuses auxquelles on avait recours pour 
se procurer des ressources, nous en avons ren- 
contré trois qui sont caractéristiques. En 1347, 
la ville acheta à crédit à de grands négociants, de 
fortes quantités de marchandises. Dès- qu'elles lui 
eurent été livrées, elle les revendit pour obtenir 
de l'argent comptant {omme ghereet ghelt) . On voit 
facilement à quelles pertes de telles opérations 
pouvaient mener. Les vendeurs faisaient des prix 



- 218 - 

de fantaisie et se faisaient délivrer des reconnais- 
sances. Pour plus de sûreté et vu le peu de crédit 
que méritait la ville, la reconnaissance était re- 
vêtue du sceau de quelques bourgeois {waer af 
dot hi heeft eenen chartre bezéghelt met someghen 
van onser poorters segelen). 

.Cela était évidemment l'enfance de l'art. 

Une autre opération, un peu plus compliquée, 
eut lieu la même année 1347. La ville acheta des 
lettres de cl^ange ou des reconnaissances de dette, 
signées de marchands étrangers {charters up poor- 
ters van Yngelanty letteren up poorters van Colne), 
à crédit naturellement. Les créanciers étaient des 
négociants du pays — de Bruges dans l'espèce — 
et la ville s'engageait à leur payer le prix, aug- 
menté d'une certaine somme. Les lettres de change 
étaient immédiatement vendues pour de l'argent 
comptant. Ce joli expédient entraînait la. ville à 
une double perte. Elle achetait pour 254 livres 
(d'après l'exemple que nous avons en vue) des 
lettres de change qui ne portaient que sur 205 
livres, donc perte de 49 livres ; puis elle vendait 
les dites lettres au rabais à celui qui voulait bien 
lui en ofifrir de l'argent comptant. 

Une dernière opération intéressante eut lieu en 
l'année 1359. La ville de Gand avait vendu, pen- 
dant les années 1346 et suivantes, des rentes 
viagères dans le Brabant, à Bruxelles, à Louvain 
et à Malines et, dans le Hainaut, à Mons. Le paye- 
ment des arrérages de ces rentes constituait une 
charge très lourde pour les finances communales, 
sans compter qu'il y avait des difiScultés et des 



— Ô19 — 

retards dans le payement, provenant de la diffé- 
rence des changes. En 1359 la ville se décida, à la 
fin, à racheter ces rentes et, pour trouver les fonds 
voulus, elle créa un impôt spécial dont le produit 
fut exclusivement affecté à ce rachat ^<ien ynghelscen 
penninc die gheordineert was te gane van elken stoop 
wijns orne den afcoop te hetaelne van der lijfrenten 
die de stede van GherU jaerlicœ sciUdech wasbinnen 
Macheline, Brucelle, Luevene ende Berghene in Hene- 
goutoe). 

Voilà quelques exemples spéciaux pris dans la 
comptabilité de Gand. Ce qui se passait ici se pas- 
sait de la même manière à Bruges. 

Parmi les emprunts contractés par cette ville 
au XIIP et au commencement du XIV® siècle, énu- 
mérés dans V Inventaire des Archives àeM.. Gilliodts, 
nous signalerons, d'abord, l'emprunt fait en 1299, 
d'une somme de 1440 livres parisis à un nommé 
Jean Catin. La somme devait être remboursée en 
une fois à Arras (I, 67). 

En 1302, Bruges emprunte 170 livres rembour- 
sables en deux payements à un nommé Antoine, 
fils de Ghiselbert van Duerdrecht (I, 93). 

Un document de la même année contient l'énu- 
mération des sommes empruntées à di^érents 
bourgeois. On sait que c'était l'époque de Breydel 
et de De Coninck et des grandes luttes commu- 
nales de Bruges. Le document ne dit ni quand ni 
comment les prêts devaient être remboursés. Il y 
en eut pour 1763 livres environ. 

Un emprunt considérable fut contracté en 1328 
pour payer les dettes que la ville avait envers le 



— 2à0 — 

Comte de Flandre. Ce furent les Perucci de Florence 
qui fournirent les 20,000 livres parisis dont la ville 
avait besoin. La dette était garantie par les prin- 
cipaux bourgeois de la ville et les chefs des corpo- 
rations qui apposèrent leurs sceaux sur la charte 
originale.. 

Les emprunteurs s'engageaient à rembourser 
le prêt par payements mensuels de 366 livres 
6 sous 8 deniers ou 4000 livres par an à Donad 
Perruzi*ou à son mandataire ou à tout command 
qui « ces présentes lettres aura par de vans lui, ou 
le transcript ou le transport de tout ou de partie 
de ladite debte, sous le seel dou Castelet de Parys 
ou del officier de Parijs ou d'autre seel ou seaux 
auctentique ou auctentiques , » 

C'était là, on en conviendra,. la prévision des 
endossements de nos lettres de change modernes. 

Un nouvel emprunt de 8000 livres parisis fut 
fait aux mêmes Perruzi en 1331, dans les mêmes 
conditions.; * . . 

Les archives d'Ypres contiennent, elles aussi, 
les preuves des emprunts faits par l'administration 
de cette ville, la troisième grande cité flamande 
de cette époque. 

Dès 1288 (n^ 152 de V Inventaire des Charles de 
Diegerick), on voit qu'elle était, comme toute la 
Flandre, en relation avec les Crespin d'Arras. 

Un débat qui eut lieu en 1309 au sujet de quel- 
ques marchands d'Ypres, arrêtés en foires de 
Champagne et de Brie, pour garantir les dettes 
du comte de Flandre envers les Florentins, nous 
apprend qu'il y avait, au moins cinq firmes de 



- 221 — 

banque à Florence. On accusa, en effet, les éche- 
vins d'Ypires (n'' 273 de Vinventaire) d'avoir fait 
saisir en leur ville l'argent destiné au payement 
des créances dues aux Sociétés de commerçants 
connues sous les noms des Bardes, Péniches, 
Cercles^ de VEspine et des Partmaires de J'iorence. 

La correspondance qui fut échangée à ce propos 
entre les échevins flamands et les gardes des 
foires de Champagne et de Brie nous enseigne 
encore que Ton avait déjà inventé les moyens 
d'exécuter les fraudeurs et les malhonnêtes gens 
qui pouvaient se trouver dans la foule des mar- 
chands accourus de tous les pays. 

Une lettre de 1297 * d'un certain Albert de 
Médicis, que les marchands italiens fréquentant 
les foires de la Champagne et de la France avaient 
désigné pour leur chef, annonce, en effet, que les 
marchands de Lucques avaient été exclus de toutes 
ces foires parce qu'une Société de banquiers ori- 
ginaires de cette ville avaient, comme on dit, levé 
le pied (Jugitivt) et que les magistrats de Lucques 
les avaient, en quelque sorte, pris sous leur pro- 
tection. 

L'énumération rapide que nous avons faite, dans 
cette notice qui eut pu être allongée, nous montre 
que peu de choses sont nouvelles dans la matière 
des finances, des emprunts et des spéculations sur 
l'argent. Chaque fois qu'une partie de la société 
humaine a été assez avancée en civilisation pour 
connaître l'utilité de l'association des capitaux, 

t WABNXanna, HUtoire de Flandre, t. II, p. 504, 



— 222 — 

du crédit et des lettres de change, on a trouvé les 
mêmes agissements, les mêmes abus à côté dès ' 
mêmes bienfaits. 

Ainsi, pour remonter au-delà de notre moyen 
âge, qui ne se souvient d'avoir, dans ses études 
classiques, appris à connaître les abomina,bles 
dilapidations et extorsions dont se rendaient cou- 
pables, les gouverneurs des provinces romaines? 
Un savant professeur de la faculté de droit de 
Toulouse, M. Antonin Delorme, a publié récem- 
ment sous le titre : Les manieurs (ïargent à Romey 
un tableau complet de la vie financière dans la 
capitale des Césars. Il prouve que les grands capi- 
talistes romains étaient entrepreneurs ou ban- 
quiers, soit en nom personnel, soit en association. 

On connaissait déjà les sociétés commerciales 

par action, mais il parait que la conception plus 

subtile des sociétés anonymes était encore à 

trouver, à cette époque. 

Maubice Heiks. 



— 223 — 



HÉLME DE HAMAL 



CHANOINESSE DE SAINTE- WAUDRU 



L'abbaye de Soleilmont compte au nombre de ses 
bienfaiteurs M®"® Hélène de Hamal, dite d'Odeur*, 
chanoinesse du chapitre noble de Sainte-Waudru 
à Mons. Sa mémoire est restée en vénération dans 
le monastère. Son père, Jean*, baron de Hamal, 
gentilhomme à la cour de l'empereur Charles- 
Quint, gouverneur de Bois-le-Duc en 1512, avait 
épousé en premières noces Hélène Hinckaert, fille 
de Philippe Hinckaert, seigneur de Lille, et d'Hé- 
lène de Baronaige, et en secondes noces Jacqueline 
de Hennin, dame de Fontaine-l'Évêque, tille de 
Jean de Hennin et de Jacqueline de Lannoy. Il 
mourut le 6 janvier 1533. De son premier mariage, 
avec Hélène Hinckaert, décédée le 6 janvier 1522, 
étaient nés douze enfants, parmi lesquels Hélène 
de Hamal, qui fait l'objet de cette notice. 

Par lettres patentes de l'empereur en date du 

A Odeur, en flamand Elderen, village entre Liège et Saint-Trond. 

* Jean de Hamal était fils de Waathier de Hamal, seigneur de 
Kersbeeck ete., et de dame Elisabeth de Berchemi fille de Goillatime 
et dlsabelle de Cock yan Werdenberg* 



— 224 - 

30 avril 1526, Hélène de Hamal avait été nommée 
à la prébende du chapitre des chanoinesses de 
Sainte-Waudru à Mons, devenue vacante à la mort 
de lolende de Bréderode. Elle avait alors neuf ans. 
Six semaines après, le 15 juin, eut lieu la récep- 
tion, avec les formalités ordinaires. Louis Rolin, 
seigneur d'Aymeries,- prêta serment en son nom. 

Sa santé débile, objet des inquiétudes constantes 
de son entourage, ne tarda pas à dégénérer, en 
maladie. Un pèlerinage à Soleilmont, entrepris 
avec l'espoir d'obtenir la guérison, n'ayant amené 
dans son état aucune amélioration, elle résolut de 
faire son testament. Le 14 juillet 1535, ce testa- 
ment fut rédigé en présence de Jean Quinet, bailli 
de Monceau, demeurant à Marchienne-au-Pont', et 
de Guillaume le .Gantois de Langely,témoinsrequi8, 
et fut revêtu du seing du notaire apostolique Jean 
Mortreau, prêtre *. 

On lit dans cet acte que : « Combien que le corps 
soit mal disposé, elle entend faire son testament. » 
L'article 9 porte : « Item, à l'église de Solyamont, 
« se je termine vie par mort pu dit monastère, je 
« ordonne ma robbe de velour noir. » Elle fonde 
en l'église de Sainte-Waudru un obit « comme il 
est accoustumé de faire pour chacune chanoi- 
nesse. » Elle donne à son frère, seigneur de Mon- 
ceau une verge * d'or ayant un diamant ; à son 
frère Jean, du damas pour faire une robe j à sa 
sœur d'Aymeries, sa plus grosse bordure d'or; à 

1 L'original de ce testament repose aux Archives de l'État à Mous 
(ArchiTes du Chapitre).. 
• Anneau. 



- 225 - 

sa sœur étant en religion, dix carolus d'or * ; â sa 
sœur Madeleine, chanoinesse de Sainte- Waudru, 
la moitié de ses habillements d'église, sa robe de 
damas, une bordure d'or et son cabinet*; à sa 
sœur bâtarde, six carolus d'or; à la femme du** 
bailli de Monceau, sa robe de drap noir; à des 
pauvres ménages, cinquante livres tournois*. Elle 
nomme exécuteurs testamentaires : Marguerite de 
BaiUeul, dite de DouUeu, sa bonne maîtresse; Ma- 
deleine de Hamal, sa sœur; Philippe de Hinckaert, 
son oncle, et Michel de Trezière, grefi&er àe l'église, 
de Sainte- Waudru. L'acte est ainsi daté : « Fait et 
« passet ou monastère de Solyamont, diocèse de 
« Liège, xiiii** jour du mois de jullet an xv^ trente 
« chinq. » 

Hélène de Hamal mourut à Soleilmont le 5 août 
1536, à l'âge de dix-neuf ans environ. Elle y fut 
ensevelie ; voici la description du monument qui 
lui sert de sépulture : la dalle funéraire, en pierre 
bleue, polie, de l'^SS de hauteur sur 1™30 de lar- 
geur, représente en relief la défunte debout, les 
mains jointes, les pieds appuyés sur une levrette, 
symbole de douceur et de timidité. Un surcot, avec 
guimpe, et un manteau drapé à longues manches, 
composent ^on vêtement, un voile couvre sa tête, 
un cordon forme ceinture à la taille. Un postique, 
fait de deux pilastres à chapiteaux, en style renais- 
sance, surmontés d'un arc surbaissé, orné de 
rainures, encadre le portrait. Au sommet de l'arc, 



* Monnaie d'Angleterre, valant treize livres quinze sous. 
' Armoire on buffet à plusieurs compartiments. 

* La livre tournois était de vingt sons. 

16 



^ 226 - 

récusson de Hamal (guetdes à cinq fusées placées en 
fasce), avec les initiales du prénom de la défunte 
EL. (Elaîne), sur les côtés, reliées au blason par 
un ruban terminé en houppe aux deux extrémités. 
Aux retombées des arcs, des doliums ou vases de 
forme sphérique. Sur le dé de chaque pilastre, un 
losange encadré. Enfin, comme motifs décoratifs, 
on remarque dans les angles supérieurs de la pierre 
tombale, des rinceaux disposés par enroulement ; 
et le long des pilastres huit écussons, à droite et à 
gauche, rappelant les quartiers de noblesse de 
]yjeU6 Hélène, et portant sur une banderole, qui se 
déroule au bas de chacun d'eux, le nom de la 
famille noble correspondante. 

A droite, X^'Eldeben, 2''Tbazegnie, S'^Bergham, 
4^ Werdeborg. < 

A gauche, 1** Hkatbrgst {Hinckoert-Bergh-Siee" 
nocher zeel), 2° Ebppe, 3° Babonaige, 4"" Castbbgabt. 

L'inscription suivante est gravée en lettres ma- 
juscules, autour du monument : 

CHI • GIST • MADAMOISSELLE • ELAINE DE • HAMALLE • PILLE 
A MESIR • ÎEHAN DE HAMALLE S' DU • MÔCHIAUX • EN • SO 
TAMPS • DAMED'ENCLOUSTRE DE S • WADRU • A MONS • Q • 
TRESPASSA L'A XV«XXXVI • LE V DAUST • 

L'obituaire de Soleilmont, à la date du 3 août, 
recommande aux prières de la communauté : « Dé- 
c( moiselle Hélène de Monchau, chanoinesse de 
« Mons, qui nous a laissé par testament une robe 
« de velours noir, pour prier pour son âme. » 

Malgré les vicissitudes et les rudes épreuves 
qu'a subies l'abbaye de Soleilmont, les dames Ber- 



-- 227 - 

nardines conservent pieusement le souvenir de la 
jeune chanoinesse Hélène de Hamal, elles entourent 
de respect sa sépulture, et le jour anniversaire de 
son décès est régulièrement rappelé au chapitre 
conventuel. 

Reste à donner Texplication des divers quartiers 
de noblesse, figurés sur les écussons qui ornent 
la tombe de M*^"* Hélène. 

Amould de Looz-Hamal, seigneur d'Elderen*, 
fils de Guillaume et de Catherine de Corswarem, 
épousa Anne de Trazegnies^, dame et héritière du 
dit lieu, et en eut un fils nommé Wauthier de 
Hamal, seigneur de Monceau, qui fut marié à 
Isabelle de Berchem», dame d^Oostmael, fille de 
Guillaume, seigneur d'Oostmael, Breuchem, etc., 
et de Mechtilde de Werdenberg*. De ce mariage 
naquit Jean de Hamal, seigneur de Monceau, dé- 
cédé le 6 janvier 1533 et enterre avec sa première 
femme Hélène Hinckaert*, dame de Marchienne- 
au-Pont. Hélène Hinckaert était fille de Philippe, 
seigneur de Lille, Bergh, et Steenockerzeel dont 
la mère était une Van Erppe^, et d'Hélène de 
Baronaige, fille de Jean de Baronaige^, seigneur 



' Eldbbbn porte : De gueules à cinq fusées émargent pUwées en fasce. 
' TsAZXOHUS : Bandé d'or et d'asur de six pièces ; une ombre de 
lion sur le tout, et utu bordure engreUe de gueules, 

* BsBCHBH : D'argent à trois pals de gueules. 

* Wbbdxnbxbo : De gueules à trois pals de vair; au chef d'or. 

* Htnckabbt : Ecartelé aux un et quatre de sable au lion émargent. 
Vécu semé de billettes de même, aux deux et trois de sable au lion d*or, 

* Ebppb : De sable à la croix de Saint-André, éckiquetée d'argent 
et de gueules, 

^ BABOlTAïaB : Fascé de six pièces de gueules frttttées d'argent et d'or. 



— .228 — 

de Perck, Elewyt, etc. et d'Hélène d'Eaghîen de 
Kestergat^ ' . 

En terminant cette notice, nous prions M. Léo- 
poldDevillers, Conservateur des Archives de l'État 
à Mons, d'agréer l'hommage de notre gratitude, 
pour la complaisance extrême, avec laquelle il 
nous a daigné communiquer les notes biographi- 
ques concernant M''"^ Hélène de Hamal. 

Van SpHiBEEOK. 



' Gasteboat : D'argent à trou fleurs de lis, au pied coupé de sabU ; 
de Kestergatf au franc canton d'Enghien, qui est gironné cPargent et 
de sable de six pièces, chaque giron de sable chargé de trois croix 
recroisettées, au pied fiché d^or. 



— 229 — 



VARIÉTÉS. 



Repbésentationsde Mystèbes dans l'église de Saint- 
Michel AU commencement du XVI* SIÈCLE. — Les repré- 
sentations dramatiques, connues sous le nom de Mystères, 
se donnaient autrefois sur les places publiques, dans les 
églises et dans les cimetières. Les sujets des pièces étaient 
ordinairement empruntés au nouveau testament et à la 
bible. 

Parfois aussi on représentait dans les églises des sujets 
profanes et burlesques. Citons, par exemple, la fête des 
fous qui se célébrait en Thonneur de Tâne sur lequel était 
assis Jésus-Christ lors de son entrée à Jérusalem. Cette 
fête, pendant laquelle on chantait, la parodie de Toffice, 
avait lieu le jour de la Circoncision, c'est-à-dire le 
l*"" janvier. 

Nous avons trouvé, dans les archives du Bureau de 
bienfaisance de Gand, deux documents fort intéressants 
concernant la représentation de Mystères dans Téglise 
de Saint-Michel au XVP siècle. 

Par acte du 2ô mai 1504, Gerolf van Caudenhove, bour- 
geois de Gand, et son épouse Marguerite Wintere fondent 
une messe annuelle à célébrer à perpétuité, le mercredi 
avant la Noël, dans Téglise de Saint-Michel. La célébration 
de cette messe doit être suivie d'une distribution de pains 



.— 230 -- 

aux pauvres de la paroisse jusqu^à concurrence de douze 
escalins de gros. 

' Uacte de donation porte en outre que tous les cinq ans 
on représentera pendant la célébration de cette messe le 
mystère qui était en rapport avec Foffice de Missus est. La 
messe du mercredi des quatre-temps, dont il est ici ques- 
tion, est aussi appelée Missus du premier mot de Tévangile 
de ce jour. Cette messe était autrefois célébrée avec une 
grande solennité. C'était un dignitaire qui officiait : le curé 
dans les paroisses et Tabbé dans les monastères. 

La disposition relative à la représentation à donner tous 
les cinq ans est ainsi conçue : 

< Dies werdden de hezorghers ghehauden ende gélast aile 
vyfjaren eens binnen den voomoemden dienst van der 
Messen van Missus est /îguerlic ende speelwt/s te doen speelen 
ende te hetooghene tzelve officie van Missus est deeste jaer 
van vyfden ingaende op den dach van Missus est in dit 
jaer vyftien hondert. ende viere voor Kerstdach eerstcom- 
mende, » 

LMnterprétation scénique du mystère, laissée à Timagi- 
natioji des organisateurs, comportait un grand nombre de 
personnages et entraînait à de fortes dépenses de costumes. 
Les rois mages et leur suite, les bergers, des anges avaient 
probablement un grand rôle dans le spectacle qui se don- 
nait tous les cinq ans. 

En 1524 les époux Van Caudenhove, prenant en considé- 
tation les dépenses occasionnées par ces représentations 
quinquennales, augmentèrent de deux escalins leur dona- 
tion. Voici comment ils s'expriment : 

« Ende het zoo zy dat de voomoemde Qheerolf ende zyn 
wettelicke huisvroutoe onlancx hier te vooren considère^ 
rende dat den sallaris van den spele van den officie van 



- 231 - 

Mizsus voomoemd ois daertoe by den voorgaende loette^ 
licheden aUeenîic ghegheven hehbende tôt een en twintich 
penninghen gr. t^'aers telcken spele in Vlaemsche tdhauden 
den vi/fjaeren cleene ghenoech was naer de linghe van dien 
volghens den bouc by Gheerolve den cotidiaenmeester daertoe 
ghelevert op den 10^^ in tbedemaent Î506, Ende ooc den 
menichten van den personnaigen habiUementen ende andere 
costen daertoe dienende. Uut devotien ende ten fine 4<^ 
tvertoogh ende figueren van dien telcken vyfjaeren in de 
eere godz te bat en de theerlicken ghedaen ende ghespeelt 
zouden toerden in der eeutoicheit, Daer af verbeteringhe 
ghedaen hebben van twee sceUynghen gr, tsjaers,,. 

Cette nouvelle donation, qui est du 28 décembre 1524, 
est faite pour subvenir aux frais qu^entraîne la présence 
d^un grand nombre de figurants, la confection des costumes 
et des accessoires de la mise en scène. 

Nous ignorons pendant combien de temps ces repré- 
sentations quinquennales furent données dans Téglise de 
Saint-Michel. 

L^usage de jouer des mystères existe encore dans 
quelques parties de nos communes flamandes. G^est ainsi 
qu^au mois de novembre dernier (1890) des amateurs 
jouèrent à Sijsseele, commune de la Flandre occidentale 
située entre Bruges et Blankenberghe, la Passion de Jésus- 
Christ et la Fuite en Egypte. Ces représentations furent 
annoncées dans les journaux flamands de la province : 

Kermis te Sijsseele. Pabsiespelen. Groote voorstelling 
op zondag iô en maandag i 7 november in de estaminet 
Ameriha. 

Den zondag, om S il2 namiddag, Oberamergauwebs 
Passie spblen of Het lijdbn en stebven van Onzen 
Heeb, uitgevoerd in 14 statiën vanaf den Olijfberg tôt aan 
de Olorierifke verrijzenis. 



— 232 — 

Den maandag : de Vlucht naab Egypte, drama in zeven 
hedrijven. 

Ainsi que cela se pratiquait autrefois pour nos chambres 
de rhétorique, c'est après les vêpres qu'eurent lieu les 
représentations données à Sijsseele. 

'La célèbre procession de Furnes est également un véri- 
table Mystère qui, au lieu de se jouer sur un théâti*e, se 
joue dans la rue. Le cortège se déroule et s'arrête de temps 
en temps pour laisser aux différents personnages du drame 
Toccasion de déclamer la scène dont ils sont chargés et 

quMls répètent à chacune de ces haltes. 

P. C. 



SiNGULIBEES DISPOSITIONS d' ANCIEN DBOIT PLA|4AND * . — 

La Commission pour la publication des anciennes lois dont 
M. Louis Gilliodts-Van Severen, qui fait également partie 
de la Commission royale d'histoire, est un des membres les 
plus actifs, vient de nous donner un des volumes' les plus 
intéressants qu'elle ait publiés sur nos anciennes coutumes, 
n y a longtemps déjà que MM. Warnkœniget A. Gheldolf 
avaient signalé l'extrême importance, pour l'étude de notre 
ancien droit flamand, des coutumes primitives de la ville 
d'Ardenbourg, qui porta aussi le nom de Rodenburg et 
fut au XIIP siècle, par son commerce maritime, une des 
villes les plus considérables de Flandre. Aujourd'hui elle 
n'est plus qu'un pauvre bourg de la province de Zélande. 
< Dans la relation de la vie et de la mort de Charles le Bon, 
écrite par son notaire Gualbert, de Bruges, il est dit que 
les magistrats et députés d'Ardenbourg qui étaient accourus 



> Coutumes des Pays et comté de Flandre. — Quartier de Bruges, — 
Coutumes des petites villes et seigneuries enclavées, tome I. Arden- 
bourg, Biervliet, Blankenberghe. — Par L. GiLLiODTS-yAN Sbybkbn. 



— 233 — 

pour venger Tassassinat de leur comte et participer à Télec- 
tioQ de son successeur, assistèrent au MaUum mémorable 
du 6 avril 1127, tenu sur la place du Sablon. £t là, en 
présence de Louis VI, roi de France, et de Guillaume de 
Normandie, le prétendant à la succession, ils demandèrent 
la confirmation des privilèges consignés dans leur charte 
et qu'ils avaient jurés devant le peuple assemblé. » Nous 
n'avons point le texte de cette charte de privilèges ; mais 
d'autres documents d'une époque moins reculée présentent 
déjà le plus haut intérêt. Que dire de ce cahier primitif de 
la coutume où nous lisons : < 9. £en man mach zyn wyf 

< siaen ende steken, upsniden, splitten van beneden tote 

< boven, ende waermen zyn voeten in haer bloet, ende 

< naeyse weder toe, zonder verbuerte jeghen den heere, op 

< dat zoe levende blyft'. y 

M. Gilliodts faisait le 15 février 1889, des recherches 
dans les archives d'Ardenbourg, aidé de l'archiviste 
M. Vorsterman van Oyen que < son rude labeur dans la 
carrière de l'enseignement n'a pas empêché de se dévouer 
à la science historique. » Il eut le bonheur d'y découvrir 
un Bouc der TcUe en WedertcUe « une des plus anciennes 
coutumes du pays, un joyau de l'ancien droit flamand. > 
Le Code de la demande et de la défense, 'comme traduit 
M. Gilliodts, est une suite de formules très complètes, très 
détaillées et des plus curieuses sur le droit et la procédure 
en matière civile et en matière pénale. A chaque formule 
pour la demande ou pour l'accusation sont opposées les 
formules de défense. Nous en copions une qui donnera une 
idée de ce genre de formulaire : 

« Comment on interjette un recours légal. — On doit 



' M. GillîodtB tradait comme sait : « Le mari peut battre et 
« pousser sa femme, la balafrer, la taillader de haut en bas et se 
« chauffer les pieds dans son sang, et coudra les plaies, sans offense 
f envers le Seigneur, pourvu qu'elle n'en meure point. » 




— 234 — 

t former le recours après la semonce et avant le juge- 

< ment, en s'énonçant en ces termes : Voyez, messeigneurs 

< les échcTinSf si vous êtes d'avis d'émettre un jugement 

< qui nous soit défavorable, je prends ici un recours légal 

< à votre chef de sens judiciaire qui est la loi de Bruges, 

< avec consignation de cette somme et de plus ; s'il y a trop 
« peu d'argent je veux suppléer ; s'il y en a trop, je veux en 

< retirer ; ou j'en veux verser autant que les échevins 

< voudront me fixer ; et je montre et j'affirme que j'ai pris 
'« le recours dans toutes les formes légales, et qu'il faut y 

< donner suite aux dépens de qui il appartient, confor- 

< mément aux dispositions de la loi. > 

Ces formules sont entremêlées de règles de droit et 
de sentences. Outre que le texte en est précieux pour 
l'étude de la langue, on y peut étudier également et le 
régime des successions, et la procédure, et le droit pénal. 
De longtemps nous n'avons enregistré une publication 
d*une aussi grande valeur pour connaissance de l'ancien 
droit flamand. 

Les coutumes de Biervliet, que nous trouvons dans le 
même volume, ont moins d'importance et dénotent, chez les 
rédacteurs, un moindre talent. On se plaint souvent du 
désordre remarquable qui règne dans notre code pénal de 
1867. Que dire de la Keure de Biervliet de 1358, où nous 
lisons dans un même article : < Celui qui viole une femme, 

< ou la tue pour prendre son bien, ou commet un recel 

< dans une mortuaire, ou se rend coupable d'incendie 

< meurtrier {inoortbrand)^ subira la peine de la roue s'il 
c peut être arrêté ; et s'il ne peut l'être, il sera banni, 

< comme assassin, pour cent ans du pays de Flandre, sous 

< la peine de la roue. » 

D. 



-^ 2S6 - 

EXTBAIT D^UK BAPPOBT AU SBCBiTAIBE D^ÉtAT PAB LH 
CENSEUB CIVIL KeYAEBTB, A L'OCCASION d'uN DIFFEBBND 
AVEC LE CENSEUB ECCLÉSIASTIQUE CONCEBNANT LES LIVBES 

DÉÏENBUS. — Les ventes publiques de livres étaient, au 
XVIIP siècle, la source de fréquents démêlés entre le 
censeur civil, qui avait à examiner le catalogue, et le 
censeur ecclésiastique qui voulait en faire retirer, comme 
livres défendus, des ouvrages auxquels le représentant de 
Tautorité civile ne reconnaissait pas cette qualité, ou 
qui en voulait rejeter d'autres dans la catégorie de ceux 
dont Tacquisition n'était permise qu'aux personnes munies 
d'autorisation spéciale ou de dispense. On trouve dans l'ap- 
pendice du supplément à la Vie de Van Espen (Louvain, 
1777, in-folio) grand nombre de pièces intéressantes au 
sujet de ces difficultés. La Belgique judiciaire (XLVIII, 
p. 1358) vient de publier un document du même genre, à 
savoir un rapport inédit du conseiller Keyaerts, du Grand 
conseil de Malines, au Secrétaire d'État (1736). Les lignes 
qui en sont la conclusion, nous ont paru mériter d'être ici 
reproduites : 

< J'ai parlé tout au long à Son Excellence le Cardinal 
pour tacher de convenir avec luy ou son censeur, des livres 
qu'on trouverait bon, de commune main, de rayer des cata- 
logues; la dispute fut au commencement un peu vive et 
elle a duré trois heures complètes ; il me soutint fort et 
ferme que la censure dépendait de lui seul ou de son cen- 
seur, et qu'il prétendait de n'admettre aucun concurrent 
avec lui ; mais lorsque je lui ai cité les placards ci-dessus et 
que je lui fis comprendre par des exemples que son censeur 
avait proscrit des livres qui avaient de tout temps été 
reçus dans ces païs pour bons, si comme ledit Stockmans, 
Damhouder, Grimaudet et autres, et que son censeur 
d'ici et celui de Bruxelles avoient approuvé quelques uns 
qui étaient infâmes et pernicieux, si comme les contes de 
Hourdelies et Momay Vérités chrétiennes qui est un calvi- 



- 286 - 

niste outré, que d^ailleurs je lui montrai la censure quMl 
avait appliquée aux Psaumes de David en rimes, vendus en 
Tauctionde Tavocat de Bruyn sous le nombre 109,impriméà 
Anvers avec approbation et octroy de l'empereur Charles V, 
lequel livre il suppose quod sit versio hœretica cum notis 
musicis, voulant dire que c'est une traduction des Psaumes 
composée par Clément Marot, insigne calviniste, quoi qu'il 
n'y ait rien moins que cela ; à ces miens discours, Son 
Excellence commença à s'adoucir, nous convinmes d'abord 
que tous ces livres qui paroissent maintenant en si grande 
multitude en public, qui né sont utiles et moins encore 
nécessaires, seraient rayés des catalogues, quand ils res- 
sentent de près ou de loin quelque mauvaise doctrine ou 
corruption des mœurs, fussent-ils expressément défendus 
ou pas ; mais quand de ce principe général nous descen- 
dîmes sur l'individuel de nos bons livres de droit, le car- 
dinal posa pour base et fondement en premier lieu, l'Index 
de Rome qu'il appela celui de Trente ; je lui répondis que 
je ne connaissais pas cet index du concile de Trente ; qu'il 
était vrai que ce concile avait délégué dans la session 18* 
quelques pères pour en former un, lesquels y ont travaillé 
pendant le concile, mais comme cet ouvrage était d'une 
grande discussion et que l'examen d'iceluy auroit arrêté 
loAgtemps les pères, qui ne souhaitaient que la fin du 
concile, il a été dissous sans que cet index y ait paru, ayant 
été publié à Rome trois mois après la dissolution par ordre 
du pape Pie IV, le 24"" de mars 1564, sans qu'il, ait jamais 
été reçu dans ces pays. 

c Je lui dis de plus qu'après cet index de Rome, il y 
avait une grande quantité de livresqui avoient été compo- 
sés et imprimés postérieurement et partant point raportés 
dans ledit index; que je nesçavois pas pourquoi, comment 
ni par qui ils avoient été défendus. 

f II me répartit : Qu'ils avoient été réprouvés par la 



— 237 — • 

CoDgrégiation de llndex à Rome, et que cela suffisait pour 
qu^on ne pouvait accorder la permission de les lire ; que 
lui-même n'avait ce pouvoir, mais qu^il falloit s'adresser à 
Rome à la Congrégation du Saint Office, avec un bon 
Testimonium morum et doctrinœ^ (]ue cette Congrégation 
envoie ces sortes de requestes à celle de la Congrégation 
de rindez, qui est subordonnée à celle du Saint Office. 

< Jugez, Monsieur, s'il y a apparence de pouvoir convenir 
sur ce pied-là, et s'il y a de la raison que nous nous sou- 
mettions entièrement à ces maximes ultramontaines, qu'on 
a toujours si fort combattues. Pour moi^ je n'y vois pas de. 
jour, à moins que je ne trahisse les droits et autorité de 
notre auguste maître, le bien de l'État, les sciences et le 
commerce des livres. J'espère que S. A. S. daignera mettre 
ordre à ces nouveautés. > D. 



Au SUJET DE J. DE Damroudebe.-— Nous avous reproché 
à J. de Damhoudere d'avoir, à diverses reprises, appelé 
Philippe II Rex noster GementissimitSt notre roi très dé- 
ment, de s'être le plus attardé à parler complaisamment 
de magie, de sorcellerie, de maléfices, de sortilèges, des 
différents genres de torture, etc., de devoir en grande 
partie le succès de ses livres au soin qu'il a mis à défendre, 
à flatter les plus détestables préjugés de son temps {Mes- 
saçer, 1889, p. 395). U est un fait cependant que nous 
eussions dû mentionner en faveur du jurisconsulte bru- 
geois : nous le relevons dans uae consulte du Conseil sou- 
verain de Brabant, adressée à la gouvernante des Pays-^Bas 
le 12 janvier 1736 « au sujet d'un nouveau catalogue de 
livres défendus qu'on se proposait de faire authoriser par 
un placart » Le document a été. publié à la suite de la 
Vte de Van Eapen (Louvain, 1777, in-folio). Il y ert 



— 238 - 

dit: c... Revenant au susdit catalogue, nous remarquons 
qu'on y a place beaucoup d'ouvrages des plus célèbres 
jurisconsultes qui ont de tout temps et jusqu^aujourd'hui 
été lus publiquement de ceux qui s'appliquent au droit et 
à la pratique, et dont au fait de leur profession ils ont 
absolument besoin; comme entre autres les ouvrages 
Damhauderi Praœis criminalis, Groenewegen, de Leçibus 
abrogatiSf Grotius de Jure beUi acpacis ... Quant au susdit 
Damhauderus, il est certain que la cause pourquoi ces 
nouveaux compilateurs prétendent de faire proscrire son 
ouvrage par Tautorité de Sa Majesté, fait comprendre 
qu'il ne contient rien contra /îdem aiU bonos mores, mais 
qu'il renferme des maximes conformes aux droits des sou- 
verains et contraires aux prétentions des gens de TÉglise, 
et que c'est pour cela uniquement qu'on prétend de âétrir . 
cet auteur ... C'est un auteur fort ancien et estimé ... Per 
annos 30 Carolo V et Philippo II, Régi caiholico in Belgio 
a consiliis fuit; res fisci cum fide administravit, comme est 
dit in Bibliotheca Belgica Valerii Andreœ. Si la Praœis 
criminalis Damhauderi eût renfermé quelque mauvaise 
doctrine, elle n'aurait absolument pas échappé à Tattention 
de ceux qui, depuis, ont travaillé à dresser V Index Tri- 
dentini, ni de ceux qui depuis ont formé VAppendix et 
YIndex Expurgatorius par ordre de Philippe II, car elle 
était déjà imprimée l'an 1 550, et si généralement suivie et 
applaudie qu'elle fut translatée en plusieurs langues. » 

D. 



Le JOUB civil et les modes de OOMPIXTATIONDES DELAIS 

LÉGAUX EN Gaule et en Feance depitis l'antiquité jus- 
qu'à NOS JOURS. — Tel est le titre d'un savant mémoire 
de M. De Loche, membre de l'Académie des inscriptions 
et belles-lettres. Nous signalions, dans le Messager des 



— 2â9 - 

sciences, 1890, p. 351 , la différence persistante entre wallons 
et flamands dans la manière de calculer certains délais, les 
deux semaines devenant quinzaine en langue française et 
restant veertien dagen dans le langage usuel des flamands, 
comme en Allemagne ; nous montrions les incertitudes si 
fréquentes chez les français pour la fixation du terme 
exact dans les délais déterminés par un certain nombre 
de jours, les interminables discussions sur le aies a quo et 
le dies ad quem exclus du délai ou faisant partie de celui-ci ; 
nous signalions la supériorité, dans le mode de calcul des 
délais, des anciens Germains, déjà relevée par Tacite : Nec 
dierum numéro, ut nos, sed noctium comptUant, M. De Loche 
a fait, sur le jour et la computation des délais, de longues 
et patientes recherches, dont il a rendu compte dans le 
beau travail qu^il vient d^insérer dans les mémoires de 
TAcadémie des inscriptions et belles-lettres. Il montre que 
dans les temps antérieurs à la conquête romaine, les Gaulois 
plaçaient le jour civil entre deux couchers du soleil. Les 
Romains remplacèrent ce jour civil par le leur, qui allait 
de minuit à minuit : More romano, dit le jurisconsulte Paul, 
dies a média nocte incipit, et sequentis noctis média parte 
finitur. Les délais légaux /urent ainsi calculés, tandis que 
chez les anciens Germains ils se calculaient par nuits. Il 
en résulta que les deux modes de numération furent en 
concurrence après la conquête franque. La loi salique et 
les lois des francs ripuaires nous présentent les délais par 
nuits, tandis que TÉglise et des parties de la Gaule suivent 
Tusage romain, c A Ventrée du XIIP siècle, dit M. De 
Loche, apparaît une forme nouvelle : les délais ne sont 
plus fixés légalement par nuits, mais par jours et nuits. 
En même temps la computation par jours seulement devient 
de plus en plus fréquente. G^est un étai transitoire entre la 
computation par nuits qui va disparaître, et le calcul par 
jour qui va régner seul. Dès le deuxième quart du ZIV* 



siècle, c^est diaprés le dernier système que les délais sont 
réglés dans tous les actes de Tancienne monarchie et dans 
nos codes modernes. » 

On trouve en quelque sorte une trace lointaine des deux 
modes de computation, lorsqu'on entend les flamands em- 
ployer le mot vemacfUen avec le sens que les français 
donnent à celui de séjourner. Les textes les plus rappro- 
chés de nous oii nous reti^ouvions Tinfluence de là compu- 
tation ancienne, sont les articles XVI et suivants de la 
rubrique 24 de la coutume de Gand, homologuée en 1563. 
On y a drt/ genachten, mer çenàc?Uen, sur quoi Van den 
Hane dit très sensément : « Genachten, id est dies juridici, 

< etid verbum videtur derivare a computatione hoctium 
c quâ Romani antiquitùs uti solebant teste Tacito. » Et 
dans le même sens un auteur italien, Ganciani, au siècle 
dernier, disait à propos de lois barbares : c In Italia, 
c verbo tenus quidem numeramus per dies, de facto autem 

< computamus per noctes, barbarorum morem antiquum 
« retinentes (1783). » D. 



Les formules de politesse officielle au XVIIP 
SIÈCLE. — Voici la copie d'une curieuse lettre adressée par 
le conseiller d*État De Keerle au chevalier Jean-François- 
Xavier Diericx, père de Tauteur des Mémoires sur la ville 
de Oand, lorsqu^il était avocat fiscal au conseil de Flandre : 

c Bruxelles, le 29 octobre 1763. 

c Monsieur et cher cousin, 

< Le Conseil en Flandre a écrit, le '21 de ce mois, au 
Conseil des Finances, pour avoir une ordonnance à passer 
en compte de f. 500-10, qui a été raiée dans le compte du 
chevalier Bobays; On a observé que la courtoisie de votre 



- 241 — 

Conseil diffère totalement de celles que les autres Conseils 
de Justice et même des Conseils Souverains donnent au 
Conseil des Finances. 

< La courtoisie de ces autres Conseils est : « nous avons 
« l'honneur d'être vos très humbles et très obéissans ser- 
« viteurs, » sans dire prions Dieu, comme on trouve dans 
la lettre du Conseil en Flandre. 

€ L'intention du Conseil des Finances n'est pas d'innover 

à la courtoisie ordinaire que le Conseil en Flandre est 

accoutumé de donner ; mais aussi ne veut-on pas de nou- 

veautez, et, s'il y en avoit, on renverroit la lettre, sans y 

répondre. Il convient donc. Monsieur, que nous sachions 

avant tout ce qu'on a pratiqué ci-devant à cet égard. Je 

vous prie, en conséquence, de me donner ces informations, 

et d'être persuadé du parfait attachement avec lequel j'ai 

l'honneur d'être, 

« Monsieur et cher cousin, 

« Votre très humble et très obéissant serviteur, 

< J. De Keeble. 
c M. Diricx. » 

Le chevalier Diericx répondit aussitôt : 

c Monsieur et cher cousin, 

« M'ayant informé de la courtoisie que le Conseil en 
Flandre a donnée en sa lettre écrite au Conseil des Finances, 
le 21 du mois dernier, j*ai trouvé que le clerc du greffe, 
avoit suivi le protocolle reposant au greffe, qui y avoit été 
formé passés [sic] quelques années; on ne sait pas qui, ni 
hors de quelles pièces il ait [sic] été tiré ; et comme il arrive 
rarement que le Conseil écrive au Conseil des Finances, le 
copiste l'a suivi de bonne foy. Mais, ayant fait des recher- 
ches dans les registres du Conseil, j'ai trouvé une lettre 
écrite au Conseil des Finances le 19 juillet 1737, où la 

courtoisie étoit marquée et copiée toute au longue [sic], ce 

16 



— 242 — 

qui arrive point ordinairement ; mais cette cortoisie [sic] 
prouve que le protocolle étoit vicieux. Voici comme elle 
étoit conçue : 

< Très honorez seigneurs aux bonnes grâces de 
« Vos seigneuries prions être recommandés, 

< Messieurs, 
t Nous avons &*. 

m 

« Nous avons l'honneur d'être avec respect, 
« Messieurs, de VV. SS. 
< Les très humbles et très obéissans serviteurs, 

< Les président et gens du Conseil provincial de 

< S. M. Imp"" et R. ordonné en Flandre. 

« J'ai fait observer au Conseil cette nouveauté, qui en a 
été également surpris ; et, comme cela s'est fait par inad- 
vertence et qu'il n'est aucunement d'intention d'innover 
l'ancien pied practiqué à cet égard, on a résolu de vous 
envoyer incessament [sic] un duplicata de la lettre, avec la 
courtoisie ordonnaire [sic] telle qu'on est accoutumé de 
donner. 

€ J'ai l'honneur d'être de tout mon cœur, 

< Monsieur et cher cQusin, 

« Votre très humble &^ 
« Gand, ce 4 9^" 1763. » 

Trente ans plus tard, on signalait au mépris public ceux 
qui se servaient du term.e de Monsieur*^ et on terminait les 
lettres par cette brève formule : ScUut et fraternité. 

Comme l'observe H. Cocheris, à propos d'une correspon- 
dance échangée entre divers fonctionnaires, vers le milieu 
du XVIIP siècle : « On ne peut s'empêcher de remarquer la 
politesse exquise des fonctionnaires entre eux, et l'urbanité 
avec laquelle les plus grands seigneurs traitaient ceux qui 

> Y. Messager des sciencei historiques, 1887, pp. 872-378. 



- 243 — 

étaient sous leurs ordres. On pourrait, à ce sujet, donner 
une série chronologique des formules employées au bas des 
lettres officielles, et on arriverait à ce singulier résultat que, 
plus on s^approche du principe d^égalité, plus on s'en 
éloigne dans la correspondance ' » . Le même auteur rap- 
porte un exemple frappant, et qu'il ne sera pas déplacé de 
citer ici, de Timportance qu'avaient ces questions de forme. 

Dans une correspondance manuscrite conservée à la 
Bibliothèque Mazarine, à Paris, on trouve, dans une lettre 
adressée à la marquise de La Cour, le 4 avril 1718, la 
nouvelle suivante : 

c Le secrétaire d'État de la guerre finissoit toujours ses 
lettres aux colonels par : Votre très humble et très affec 
tionné serviteur. M. le maréchal de Villars a trouvé cela 
trop long, apparemment, et prétend finir ses lettres aux 
colonels : Parfaitement à vous, et, en effet, il leur a écrit 
sur ce ton à tous. Quelques-uns se sont plaint à M. le 
Régent; d'autres n'ont point fait de réponse, et chacun s'en 
est tiré doucement. M. de Baufremont, lui, a fait réponse 
avec un beau Monseigneur en haut; mais sa lettre finit 
comme celle de M. le maréchal de Villars. Il m'en a montré 
une copie ; en voici à peu près le contenu : 

< Monseigneur, 

« J'ai reçeu votre lettre : notre régiment n'est pas tombé 
« dans les inconvéniens que vous prévoies, et j'ai prévenu 
« sur cela vos ordres ; tout ce qu'elle m'apprend donc, c'est 
c que vous êtes parfaitement à moi, chose flatteuse ; en 
< reconnoissance, je vous assure que je suis aussi très par- 
a faitement à vous. » 

c M. le maréchal est allé aparament sur-le-champ 
monstrer cette lettre à M. le Régent, et dans l'instant une 
•lettre de cachet ». 

1 LeBibliophilâ français illustré, t. II (1868), pp. 129-130. 



— 244 — 

Trois jours plus tard, M. de La Cour écrivait à sa femme : 

< M. de Baufremont n*a été que deux jours à la Bastille. 
En sortant, il est allé remercier M. le Régent de l'avoir fait 
sortir, et, en même temps, lui a demandé sïl ne pourroit 
sçavoir pourquoi il y avoit été mis, afin de se garder de 
tomber doresnavant en pareille faute; sur quoi, M. le Ré- 
gent a répondu pour toutes choses : Sotte lettre et sotte 
réponse. Ensuite, il lui a proposé de faire des excuses à 
M. le maréchal de Villars ; mais il a répondu qu'il passe* 
roit plutôt le reste de ses jours à la Bastille. Voilà où cela 
en est, et est fini, à ce que je crois. 

Dans Tentretemps, Baufremont avait écrit au Régent une 
longue lettre, très curieuse, au sujet des protocoles em- 
ployés d'ordinaires au bas des lettres officielles '. 

c Aujourd'hui, ajoute H. Gocheris, on n'est pas si déli- 
cat, et il est fort curieux de voir, comme je le disais tout à 
l'heure, combien la démocratie a inauguré dans le style 
administratif le langage des parvenus. Je comprends très 
bien le salut et fraternité; la formule est sèche, mais comme 
elle est générale, personne n'a le droit de s'en choquer. 
En 1800, la souscription, aussi brève qu'impertinente, 
je votes salue,{\ii adoptée par Chaptal, qui, en sa qualité de 
savant et de plébéien, aurait dû terminer ses lettres avec 
cette flexibilité qui le fit devenir plus tard comte et sénateur. 
M. de Champagny adoucit les trois mots de Chaptal, et, de 
1805 à 1812, il eut Vhonneur de saluer ses administrés. En 
1812, la formule fut changée complètement, et les ministres 
écrivirent d'abord : Recevez, monsieur, V assurance de mes 
sentiments, puis : Recevez, monsieur, Vassurance de mes 
sentiments distingués. La Restauration ramena de bonnes 

< Le Bibliophile français illintré, loc, cit. y pp. 180-181. 



- 246 — 

manières, et, à quelques jours de distance, la même per^ 
sonne qui avait reçu Tassurance des sentiments distingués 
de son ministre, ouvrait une lettre au bas de laquelle se 
trouvait un Agréez, monsieur, Vassurance des sentiments 
distingués avec lesquels je suis votre serviteur. Cette formule 
ne tarda pas à être remplacée par celle-ci : Tai Vhonneur 
d'être très parfaitement, monsieur, votre serviteur. Aujour- 
d'hui, la souscription la plus employée est le Recevez... ». 

Paul Bebgmans. 



Compte des travaux exécutes au château de Gand 
EK 1308. — Ce compte, qui est sans doute le plus ancien 
que Ton possède sur le Château des comtes à Gand, sera 
peut-être de nature à jeter quelque lumière sur sa desti- 
nation au XIV* siècle ; il semblerait en résulter que le 
comte de Flandre n'y résidait pas puisque le château servit 
de prison aux Zélandais, et quHl était occupé par un 
châtelain. Le comte aurait-il renoncé à habiter Gand depuis 
les troubles qui agitèrent la ville vers cette époque? Il est 
permis de le croire, car on ne lui connaît pas d'autre rési- 
dence en cette ville avant Tacquisition qu'il fit du Sanders 
Walle en 1358. 

En 1308 les hommes de fief de la châtellenie du Vieux 
Bourg, tenaient leur séance dans le château; une charte de 
cette époque s'exprime ainsi : Dit was ghedaen bi wette 
ende bi vonnesse.... in de baelge van 's Gravensteen te 
Ghent • . 

Au dos. Conte de Will. de Gand del ouvrage du castel 
de Gand. 
Recote de Wi. de Gand. 

* PiOT, Généalogie de la Maison de Straten, p. 128. 



- 246 — 

Premiers, de monseingeur Harri de Lede, bailièa de 
Gand, pour refaire le casteel de Monseingeur à Gant, Tan 
mil GCCVIII, le samedi devant le Sin Jehan en estei devant 
aust. 

Primiers, dou baillieu desore nomé, xlv Ib de le ligire 
monoie, dont il a lettres de mi. 

Item, de Clais Utensacke, amman de Gant, de le dite 
monnoie, le dimenche devant le Saint Bartelmieu apostele, 
dont il a lettres de mi, xx Ib . 

Item, dou dit clannan (amman) de Gant, c Ib de dite 
monnoie, par le commant dou rechevour. 

Item, de Thomas Varlaet dou recheveur xxx Ib de le dite 
monoie, dont il laittres de mi. 

Item, de Coppin Conker, Ixxv Ib de le dite monoie, par 
lettres le rechevour. 

S' de ma recote : cclxx Ib. 

Item, de Jehan le Hert, pour xii milgiers de tieules et 
pour hœc tieules et pour crom tieules, xxviii Ib de le dite 
monoie, par le commant de monseingeur, dont il a lettres 
de mi. 

Summe de tout parmi le tieules ce. 



G^est chou ke Willaume de Gant, castelein dou castel de 
Gant, a mis et despendu pour aumender le castel de pus ke 
il en fu castelain. 

Premiers, a tant de le guerre de France et de Zélande, 
pour effortier le prisons de Zélandois xxv Ib, par la com- 
mant de Monseingeur Philippe et de Monseingeur de 
Namur et de Monseingeur Guy. 

Item, à Gilge Picavats, à Carstien, à fieus le Watte por 
le merkedi, por legodi, por le varnedi, pour le samedi après 
le Sin Jehan, à iiii s. le jour xlviii s., por défare le colom- 
bier et por recolgier le pieres. 



— 247 — 

Summa de pièces desore dit : xxiii Ib et viii s. 

Item, dou lundi après le Sin Piere duskes à dimanche 
après par ces vi jors. 

A Carstier le coveror, à vii s. le jour, xliiii s. et vi d., por 
le lundi. 

Item, par sen varlet à iiii s. le jour, xxv s. vi d., por le 
lundi. 

Item, à Coppin le Mats, par ce terme, xxviii s., por le 
lundi. 

Item, por son varlaet à iii s. le jour et vi d., xv s. xviii d. 

Item, à Gilge le Mats pour ce terme, xxxviii s. por le 
lundi. 

Item, povr son varlaet, xxv s. et vi d. por le lundi. 

Item, por i garçon ki por gâta, à iii s. xix s. vi d. por le 
lundi. 

Summa de ouveriers de sore dit .... Ib et xii s. 

(Le reste manque.) 

[Archives de F État à Gand,) 

L. St. 



Un prodige bn 1668. — En 1666 fut solennellement 
célébré à Gand Pavènement au trône de Charles II, fils de 
Philippe V, roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas. 

Deux ans plus tard, le gouverneur général des Provinces- 
Unies, don Francisco de Moura y Cortereal, marquis de 
Castel-Rodrigo dut se rendre de Gand à Bruges. Faisant ce 
trajet par eau, il passa par la commune de Saint-Georges- 
ten-Distel, près de Bloemendael, alors en pleine kermesse- 

Le curé de Saint-Georges, Sébastien Semyn, s'empressa 
de présenter à Son Excellence le vin d'honneur, dans une 
coupe portant des armes de la Maison d'Espagne. 

La coupe fut ensuite jetée dans la rivière, mais, ô mer- 
veille ! au lieu de s'enfoncer, on la vit surnager, flotter et 
revenir au bord. 



— 248 — 

Une pièce de vers relatant cet événement a été imprimée 
à Bruges, chez Lucas Van den Kerchove, en 1668. 
En voici quelques vers : 

OP DEN ROOMER, 

M en had 's koninghs Santé met wyn uit my ghedroncken, 
En ick en ben daer naer in 't water niet versoncken : 
Ick bleef, oock naer den val, van onderganck bewaerdt ; 
Het Wapen dat ick droegh, dat was myn Sauvegaerd. 

EEN ANDER. 

Ick Bwemm', ick drijf, ick zeyl', ick vlot, 
Tôt winden en tôt golven spot : 
En in 't ghevaer soc vaer ick vry ; 
'b Koninghs Fortuyn die zeyltinmy. 

Maue. V. D. h. 



— 249 — 



CHRONIQUE. 



GONORÈS ARGHÂOLOOIQUB HISTORIQUE DB BrUXELLBS 1891. — La 

Fédération archéologique de Belgique api*ès s*être réunie depuis 
1885, successivement à Anvers, à Namur, à Bruges, à Charleroi, à 
Anvers et Middelburg (Zélande), enfin à Liège, tiendra sa prochaine 
session à Bruxelles du 2 au 7 août 1891. Le Congrès dont la base 
d'opération est extrêmement étendue, s'occupe de Tétude des époques 
préhistoriques, de l'histoire, de la géographie historique, du folklore, 
de la diplomatique, de l'histoire de l'art, de rai*chéologie, de l'épi- 
graphie, des arts industriels, etc. Il est divisé en six sections char- 
gées d'étudier le questionnaii'e du Aitur Congrès, de dresser la liste 
des rapporteurs, d'obtenir des conférences sur des sujets intéressant 
l'archéologie et l'histoire, d'organiser une exposition, des visites, des 
excursions, etc. 

Ces sections font augurer une réussite scientifique au Congrès. 
De nombreux rapporteurs présenteront des mémoires dans les ques- 
tions proposées. Celles-ci seront réparties entre trois sections du 
Congrès : section d'archéologie préhistorique, section dliistoire et 
section d'études archéologiques et artistiques. . 

DÉCOUVERTES DE MgR WiLPERT A LA GATAGOMBB DE SaINT-PiERRE 

ET DE Saint-Marcellin A RoME. — Mgr Joseph Wilpert, qui, jeune 
encore, s'est acquis une grande renommée dans le monde savant par 
ses remarquables publications sur l'archéologie chrétienne, en explo- 
rant les galeries du cimetière de Saint-Pierre et de Saint-Mai*cellin, 
situé sur la via Labicana, remarqua sur la voûte d'un cubiculum 
quelques traces de peintui*e. 

Ces peintures datent environ du milieu du troisième siècle, 
comme l'indique clairement le style. La voûte est divisée en neuf 



— 250 - 

compartiments; cinq d'entre eux ont la forme rectangulaire» les 
quatre autres, situés aux angles, la forme circulaire. 

Dans le cadre voisin de rentrée, se trouve représentée une femme 
assise, près de laquelle un personnage occupé à parler. Dans les 
deux cadres qui suivent, on aperçoit V Adoration des mages dans la 
forme habituelle et les Mages eux-mêmes ; ceux-ci adorent Tétoile, 
qui est peinte sous la forme préconstantinienne du monogramme 
Christ. Ces deux dernières scènes nous autorisent à prendre le pre- 
mier groupe pour le mystère de V Annonciation. 

Dans un autre compartiment» se voit le Sauveur : il impose la 
main droite à un aveugle et le guérit. 

Au centre de la voûte apparaît le Rédempteur en personne, assis 
sur un trône et entouré de quelques saints. Ce groupe, figure cer- 
tainement le Jugement particulier. 

Enfin, dans les angles. Ton distingue des Orantes, qui symbolisent 
les Ames des défunts inhumés dans ce cubiculum. 

Ces peintures ont une haute importance à raison de leur signifl- 
cation et de la liaison des scènes dans un but dogmatique. 

Vient d'abord le tableau de l'Annonciation, qui représente l'incar- 
nation du Verbe. Suit la naissance de Jésus-Christ et sa manifesta- 
tion aux gentils, et les initiales de son nom sont enlacées dans 
l'étoile, afin de montrer qu'il est la lumière du monde. 

Ensuite nous avons lé miracle de la guérison d'un aveugle. C'est, 
en outre, une allusion à la lumière répandue par le Christ sur les 
ténèbres de la gentilité. 

En suivant la lumière de l'Evangile et en observant les pré- 
ceptes, les fidèles ont confiance que la bonté divine leur sera favora- 
ble au Jugement. C'est pourquoi au centre de la chambre sépulcrale 
domine la scène du Jugement. 

De cette série magnifique de peintures, on peut tirer quelques 
conclusions très importantes en faveur de l'étude de l'antiquité 
chrétienne. 

Et d'abord, il y a là un nouvel et puissant argument en faveur de 
la théorie catholique, soutenue et défendue par notre illustre maltra, 
J.-6. de Rossi, à savoir que l'art chrétien des premiers âges s'ins- 
pirait ordinairement aux sources du symbolisme dogmatique le plus 
relevé. Les protestants seraient fort embarassés d'expliquer ce sym- 
bolisme diamétralement opposé à leurs fausses théories, eux qui 
prétendent que les anciennes peintures des catacombes sont emprun- 



— 251 - 

tëes pour la plupart aux scènes de la vie ou sont de simples motifs 
de décoration. 

Les peintures des catacombes, non seulement s'inspiraient des 
données dogmatiques, mais devaient souvent s'exécuter sous le pru^ 
dente direction de quelque docteur chrétien. On peut donc dire 
qu'elles nous rappellent, non pas les opinions privées des artistes, 
mais la croyance même de TËglise primitive. Ces scènes récemment 
découvertes sont donc d'une grande importance pour réfuter les 
protestants. Il en était déjà ainsi des monuments qui font une 
allusion évidente à la présence du Christ dans l'Eucharistie, à l'au- 
torité de l'Eglise, et spécialement à celle de Pierre. Ici nous avons 
une preuve spéciale en faveur du culte de la Vierge et des saints. 

Ces scènes, dont nous devons la connaissance à Mgr. Wilpert, 

nous prouvent aussi qu'un groupe analogue du cimetière de Sainte- 

Priscille, composé d'une femme et d'un personnage placé sur le 

devant, représente réellement l'Annonciation, chose que quelques 

critiques protestants ont nié. De même, on peut conclure que le 

nombre de trois mages est conforme à la plus antique tradition. 

• 

Lbs souterrains DBS PRÊTRBS d'Ammon. — Voici des détails sur 
la grande découverte de M. Grébaut, directeur du service des anti- 
quités égyptiennes, à Dehr-el-Bahri, dans la chaîne lybienne, à 
l'ouest de Thèbes, dans la couche d'argile, près de l'endroit où 
Brugsch-Pacha, l'éminent égyptologue, fit en 1881 sa fameuse 
découverte des momies royales de plusieurs dynasties (y compm 
Ramsès II, le Sésostris des Grecs), transportées en masse sous la 
vingt-troisième dynastie dans un hypogée des prêtres d'Ammon 
pour les soustraire aux affronts des pilleurs de nécropoles. 

A l'est du temple de la reine Hatasou, à Deîr-el-Bahari, dans un 
petit espace resté intact au milieu des terrains retournés par 
Maiûette-Pacha, et tout à côté de l'endroit où avait été découvert le 
sarcophage d'une reine, M. Grébaut, le 31 janvier dernier, a ouvert 
une fouille qui bientôt a fait découvrir un puits d'une profondeur de 
15 mètres environ, au fond duquel est apparue une porte fermée 
par de grosses pierres entassées. 

La porte déblayée, on est entré dans un premier souterrain. Après 
une longueur de 73 mètres, on rencontre un escalier de 5 m. 23 et 
l'on descend à un second étage qui fait suite pendant 12 mètres. 

Ces deux étages consei-vent la direction du Nord au Sud. Au fond 



- 252 — 

sont creusées deux chambres funéraires mesurant : Tune 4 mètres, 
l'autre 2 mètres de côté. A la hauteur de Tescaller est située la 
porte d*un second corridor de 54 mètres', se dirigeant de Test à 
Touest. Le développement total des souterrains est de 153 mètres. 

Ils étaient remplis de caisses, de momies, souvent entassées les 
unes sur les autres. A côté des sarcophages étaient déposés des 
objets divers, papyrus, boites, paniers, statuettes, offrandes funé- 
raires, fleurs, etc. 

Le désordre dénotait une cachette du genre de celles des momies 
royales découvertes il y a dix ans. Les deux cachettes sont de la 
même époque, elles ont dû êti*e faites dans les mêmes circonstances. 
Dans les deux cas les momies les plus i-écentes appartiennent à la 
21 « dynastie. 

Les sarcophages de la nouvelle découverte sont ceux de prêtres 
et de prêtresses d'Ammon, au nombre de 163. On compte aussi 
quelques prêti*es d'autres divinités, par exemple de Sel, d'Anubis, 
de Mentou, et de la reine Aah-Hetep dont le culte s'est maintenu 
pendant de longs siècles. 

La plupart de ces momies sont renfermées dans de triples cer- 
cueils. Les cuves extérieures, seules visibles pour l'instant, sont 
magnifiques, d'une richesse de décoration tout à fait inusitée. Sur 
ces sarcophages de prêtres, les représentations religieuses sont 
composées et exécutées avec un soin particulier. Les égyptologues 
y trouveront une foule de documents nouveaux, des plus inté- 
ressants. 

Il est à peine besoin d'indiquer quel parti l'historien des temps 
pharaoniques va tirer des généalogies et des titres d'une série de 
prêtres embrassant plusieurs dynasties. Quelles surprises réserve 
l'ouverture des sai'cophages ? Sur beaucoup de grandes caisses, les 
places réservées au nom du défunt sont restées en blanc. 

Il est évident qu'au moment où la cachette a été faite à la hâte, 
on a placé dans de grandes cuves neuves, prises dans les magasins, 
des sarcophages plus petits ou dont la cuve extérieure avait été 
brisée, et qu'on n'a pas toujours eu le temps d'écrire le nom qui ne 
sera connu qu'à l'ouverture. 

Chacune de ces momies de prêtres doit être pourvue d'un manus- 
crit au moins. Mais à côté des sarcophages, il a été ramassé d^à 
des boites en forme de statuettes osiriennes, contenant 75 beaux 
manuscrits sur papyrus. 



— 253 — 

La porte des souterrains était fermée depuis 3000 ans. Un inven- 
taire sommaire a été dressé immédiatement; les sarcophages et tous 
les ol^jets trouvés ont été transportés avec soin. 

— On a découvert, dernièrement, dans une tourbière près de 
Hobro, dans le Jutland, une grande coupe d'argent d'un diamètre 
de soixante-dix centimètres, à laquelle étaient attachés sept plateaux ; 
chacun de ces plateaux porte une figure de dieu ou d'homme aux 
yeux de verre et plusieurs petites figures d'hommes ou d'animaux 
tels que lions, loups, serpents, oiseaux, etc. L'ensemble pèse plus 
de vingt kilogrammes et semble avoir servi d'ornement d'autel. 

— L'on a trouvé à Vérone un grand nombre dfi monnaies an- 
ciennes du temps des empereurs romains. L'administration com- 
munale s'est emparée du précieux trésor contenant des pièces d'or 
et d'argent, aux effigies des empei*eurs Oalba et Trsgan. 

— A l'église paroissiale de Kessel-lez-Lierre, on peut constater 
un véritable événement pour le monde archéologique. On vient 
d'enlever, avec des précautions extrêmes, les nombreuses couches 
de badigeon i*ecouvrant les voûtes des trois nefs, et de mettre à nu 
des peintures décoratives du XVI* siècle, traitées avec une richesse 
et une variété de couleurs et de formes, dont on n'a pas idée. Les 
travées sont décorées alternativement de branchages fleuris et de 
formes architectoniques de l'époque, couronnées de bouquets. Le 
grattage achevé, les anciennes couleurs ont été scrupuleusement 
restaurées, ou ravivées avec de l'huile, et les contours en noir 
retracés, sous l'habile direction de M. Jean Baetens, de Borgerhout. 

Ces peintures ne peuvent manquer d'attirer vivement l'attention 
de tous ceux qui s'intéressent à l'ornementation des édifices sacrés. 

— Le bibliothécaire de la bibliothèque de Gracovie a fait une 
précieuse trouvaille. Parmi les manuscrits il a découvert des 
romances espagnoles et des récits du X\l^ siècle, traitant des 
guerres contre les Maures. L'Académie des Sciences de Gi*acovie 
soignera que ces poésies, jusqu'alors inconnues, soient éditées très 
prochainement. 

— Le gouvernement hollandais a enrichi le musée de la Haye 
(Mauritshuis) d'une magnifique toile de Rembrandt. C'est le portrait 
en buste, grandeur naturelle, du frère du peintre, le meunier 
Rembrandt, qui lui servit souvent de modèle. Le grand artiste a 



— 254 — 

peint ce portrait en foi*t peu de temps, probablement en quelques 
heures, puisqu*en plusieurs endroits le fond de la toile manque 
complètement de couleur et qu'ensuite il y a jeté les larges touches 
de son pinceau. 

La carnation, les boucles de la barbe blanche sont admirables 
ainsi que les draperies du costume et la manière dont la tête est 
posée sur le fond du tableau et s'en détache avec grâce. 

Depuis le 11 février dernier Ton a pendu le portrait an susdit 
musée, à côté des leçons d'anatomie et de quelques autres tableaux 
de Rembrandt. Mais le voisinage de cette belle œuvre, où le maître 
était à l'époque de l'apogée de son génie, nuit énormément à ces 
peintures de sa jeunesse. 

Le musée de la Haye est doublement heureux de l'acquisition de 
ce magnifique portrait parce que ce genre de talent de Rembrandt 
n'y était pas encore représenté. 

— Pi*ès de la rivière Greto, en Sicile, on a découvert, un laby- 
rinthe souterrain qui mène à des excavations, de forme ronde, 
ayant beaucoup de i*essemblance avec les catacombes de Syracuse. 
Les archéologues estiment que cette découverte est d'une ti-ès haute 
importance. De suite des mesures ont été prises pour commencer 
les fouilles. 

— En février dernier l'on a trouvé, à Vérone les débris d'un pont 
du temps de la domination romaine, ainsi que plusieurs antiquités 
parmi lesquelles un vase renfermant des monnaies d'argent et de 
cuivre. 

— La précieuse collection de tableaux de Georges Senay vient 
d'être vendue, ces Jours derniers, à New-York. Voici quelques unes 
des principales enchères : L'attente, de Millet, 202,500 firancs; Chiens 
de chasse, de Troyon, 60,000 francs ; Tiffre et Serpent, de Delacroix, 
75,000 francs; U Automne aux bords de l'Oise, par Daubigny, 
65,000 ft*ancs; Joueurs de balle à Aniibes, de Meissonier, 75,000 
francs; L'enterrement d'un enfant, de Kraus, 50,000 francs; La 
Vierge et l'Enfant Jésus, de Diaz, 43,000 francs ; Des moutons dans 
un bois, de Troyon, 55,000 francs ; La vieille Sorcière, de Aiken, 
63,000 fl*ancfl ; Soleil couchant, de Jules Dupré, 45,000 francs. 

— L'on a découvert à Gôme, en Italie, un porti*ait original de 
Christophe Colomb. 



— 255 — 

Cette trouYaille est doublement précieuse vu le petit nombre de 
portraits authentiques du grand navigateur et ensuite parce qu'il 
est peint par Del Plombo. 

C'était un souvenir de famille des Oiovios et en possession de 
l'écrivain Paul Giovio qui en fait mention dans ses écrits et qui fit 
graver le portrait» 

Lors du décès du dernier descendant mâle de la famille Giovio, il 
y a soixante ans, le portrait de Colomb passa à la famille De Orchi. 

— A la vente de la collection Brayton-Ives, qui a eu lieu le 5 mars ' 
dernier à New- York, une bible imprimée par Guttenberg a atteint 
le prix de 75,000 francs. Ce livre portait la date de 1450. 

— Deux familles patriciennes d'Amsterdam les Declercq et lea 
Van Eeghen, viennent de faire cadeau au Musée national de quatre 
tableaux de la meilleure période de l'art néerlandais et comprenant 
deux Frans Hais. 

— Une découverte importante pour l'histoire comtemporaine 
occupe, en ce moment, les esprits cultivés à Marseille et dans la 
région. 

Coïncidant avec la publication tant attendue des mémoires de 
Talleyrand, elle est appelée à jeter un Jour tout nouveau sur une 
foule de points que le célèbre diplomate a traités à un point de vue 
très personnel. 

Constitution civile du clergé, affaires de France sous la Conven- 
tion et le Directoire, négociation du Concordat et du sacre de 
Napoléon l^, débats ecclésiastiques sous l'Empire, Talleyrand a 
touché à toutes ces questions délicates et les a résolues d'api*ès ses 
propres intérêts. 

Mais voici que dans un château, situé entre Courthésou et Oran- 
ges, à Beauregard, chez les Bioliti, on vient de découvi*ir la corres- 
pondance diplomatique et les mémoires du célèbre abbé Maury, 
l'éloquent rival de Mirabeau à la Constituante. 

Pour être présentés sous une forme autobiographique; ils n*en 
renferment pas moins, dit-on, une foule de données nouvelles et de 
vues piquantes sur cette période discutée de notre histoire. 

Un ecclésiastique marseillais, auteur de la découverte, Mgr Ricard, 
ancien professeur de nos Facultés d'Aix et de Marseille, a déchiffré 
ces papiers, ensevelis depuis quatre-vingts ans dans l'ombre discrète 



>^ 256 — 

d'une armoire oubliée» les a annotés avec beaucoup de soin, et en 

a fait l'objet d'une publication, cet ouvrage a paru en deux grands 

volumes in-S^*, « La correspoDdance diplomatique et mémoires 

inédits du cardinal Manu > édités par la maison Desclée De Brauwer, 

à LiUe (1891, Société de Saint- Augustin). 

(Observateur.) 

— Au monastère de San-Antonio del Monte, près de Rieti, en Italie, 
on a trouvé à Tintérieur d'une épaisse colonne une bibliothèque 
de près de cinq cents volumes, soixante-neuf manuscritis dont cin- 
quante-cinq très intéressants. 

Ces manuscrits datent presque tous du Xe siècle ; ils traitent de 
littérature, de théologie, de droit civil et canonique et quelques-uns 
de philosophie. 

Presque tous ces manuscrits se distinguent par leur belle exécu- 
tion et leurs admirables miniatui'es. 



— â57 - 



MUSÉE LAPIDAIRE 



DES RUINES DE SAINT-BAVON 



Dalles funéraires retrooYies à recluse des Braemgaten'. 



IV. 

1275 (v. s.). — SCINCFEL. 
Dalle en pierre de Tournai, 

Haatenr : 2nfi6. Largeur : ln34. 

Une inscription placée contre la bordure et 
encadrée intérieurement par un trait, forme la 
seule décoration de cette dalle. On y lit : 

ANNO • DNI • M • ce • LXX • V • ifl • TPVS (sic) • 
lANVANl (sic) • ODIIT (sic) • HEINR(I)G • DCS • SGINGF{E)L • AÏÀ- 
_ ^ _ [EIVS • ET • A(I)E • OM 

NÏV • FIDELIV • DEFVNGTORV . 

PER • MISERIGORDIAM • DEI • NEQ 'ESGANT (sic) IN • 

[PADE (sic) ' AMEN • 

{Anno Domini 12 75, tertio idus januarii, obiit ffeinricus 
dicttis ScincfeL Anima q^'us et animœ omnium fidelium 
defUnctorum, per misericordiam Dei, requiescant in pace. 
Amen.) 

* Suite. Voir Messager des sciences hisior.^ \*^ livr. 1891, p. 89. 

il 



— 258 — 

Ce texte est gravé en onciales, d'une grande 
netteté. Toutefois dans les mots omniv et amen on 
trouve des M de forme romaine; de même pour 
la lettre finale de misërigordiam, dont l'initiale 
offre, d'autre part, le type arrondi de Fonciale. 

Le premier n de janvani est également du type 
romain. 

Des points triangulaires séparent les mots. 

Le graveur, qui a taillé cette inscription, ne 
devait pas être un latiniste de première force. En 
présence de ces nombreux lapsus, ne pourrait-on 
pas lire le nom de la famille Scinckel, au lieu de 
Sdncfel, qui ne semble pas une forme thioise? 

Parmi les plus anciens anniversaires notés à VObù 
tuaire de Saint-Jean, figurent ceux de Guillaume 
dictus Scinkel, de sa femme Elisabeth et de leur 
fils Liévin * . 

Un c< Jehan Scinkel » , habitant la paroisse Saint- 
Jean, est porté pour 30 Ib. sur la « liste des 
habitants de Gand à qui on pouvait emprunter 
de l'argent, 1327 » que M. De Potter a publiée 
dans son Cartvlaire de Gand^. 



V. 
1280 (V. 8.). -- DB D0RB8ELE. 

Dalle en pierre de Tournai. 

Haatear : SaéS. Largeur : 1«16. 

Dans le champ est représentée une pelle de 
boulanger, chargée de deux pains. 

« DB Pauw, pp. 38, 79, 246 et 377. 
« P. 321. 



— 259 — 

L'inscription commence à l'angle inférieur. Elle 
est placée dans la bordure d'encadrement et dé- 
bute par une rosace. 

^ ANNO • DNI • M • GG • 

L XXX • (12 • MARTIO * OBIIT • ELISABET • 

FILIA • DNI • WAL 

TERI • DE • D(0)REZELE • ORATE • ,P • EA 

{Anno Domini Î280, in martio, obiii Elisabet, filia domini 
Walteri de Doresele, Orate pro eâ.) 

Les lettres sont de forme onciale, à l'exception 
du second n du mot anno, qui est du type romain. 
Les points entre les mots sont triangulaires. 

Doorsele (Dorensele ou Dooresele) est un ha- 
meau de la commune d'Everghem, où avait été 
fondée une abbaye de femmes, plus tard trans- 
férée à Gand. 

VL 

1283. — BETTE. 

Dalle en pierre de Tournai, 

HaQt«Qr : 2ai35. Largenr : l^SS. 

Le champ de cette dalle est vide. Dans l'enca- 
drement, une inscription en lettres onciales; les 
mots sont séparés par trois points triangulaires, 
posés l'un sur l'autre. Ce texte est mutilé, le côté 
inférieur de la dalle ayant été rogné ; en tête, une 
croisette fleuronnée. 

® ANNO ( .; ) DNI i M : GÔ : 

LXix ; (T)ERGIO ; FERIA SEXTA i AN(TE 

S : BETTE i 

ORATE : PRO ; ANIMA ! EI(VS) i 

(Anno Domini 1283, feri^ seœtâ ante ...., ohiit .... s Bette, 

Orate pro anima ejui») 



— 260 - 

Les deux premières lettres du mot orate sont 
liées et forment un sigle. 

Peu de familles figurent aussi fréquemment que 
les Bette, dans les fastes consulaires de Gand, 
depuis le XIIP jusqu'au XVIP siècle ; ce nom se 
rencontre aussi à chaque page dans les registres 
de fondations des églises * et des divers couvents 
de la ville. A défaut d'une généalogie bien établie 
de ce noble lignage, il n'est pas possible de déter- 
miner quel est celui dont cette dalle n'indique 
que d'une manière incomplète, le prénom et la 
date du décès. 



VIL 

1284. — 

Fragment en pierre de ToumaL 

BUtateur : 0b69. Largeur : Ob60. 

Formait l'angle d'une dalle. On n'y trouve que 
ces mots, en lettres onciales, séparés par des 
points triangulaires : 

.... (M) • ce • LXXX • 

IIII • IN • UI(0)1LIA ! ... 

Le type u pour v dans uigilia est très accentué. 

> Voir notamment la table de VObituarium de Saint- Jean, 



— 261 — 

VIII. 
1272-1276(?)-1285. — DE GHELWE-DE MERAM. 

DcUle en pierre de Tournai. 

Hauteur : 2«32. Largeur : lail5. 

Une double inscription forme le seul décor de 
cette pierre. Le premier texte occupe la bande 
d'encadrement, sur les quatre côtés. L'autre se lit, 
entre un double trait placé à l'intérieur de la bor- 
dure, dans la partie supérieure et sur le long côté 
à droite. 

Les lettres onciales sont d'un beau type, surtout 
celles du second texte. Des points triangulaires 
coupent les mots. 

ANNO DN(I Mo GG>> LXî)XVI • .... 

APRILIS • 0B(T) . SYMON . DE OHELWE • ET • VXOR • (E)IVS • MA 
RGARETA • (LjXXII • 
VOR' « • ATE • P • MISER(I)C0RD1A • 
DEI • REQESGANT • IN • PAGE • 
ANNO DNI (= MG)G* • LXXX . V • 

XllI • KL' • AVGVSTI • OBllT • MIGHAEL • DGS • DE • MERAM • 

[ORATE • P» • EO • 

{Anno Domini Î276(f) ... aprilis^ obiit Symon de Oheltoe, 
et uœor ejus Margareta {anno 12)72; quorum animœ, 
per misericordiam Dei requiescant in pace. Amen, 
Anno Domini 1285, decimo tertio kalendas augusti, obiit 
Michael dictus de Meram. Orate pro eo,) 

Ici encore nous trouvons le type des lettres 
romaines pour le second N de anno et pour celui 

* Le tailleur de pierre a omis la première lettre du mot ; 
QVORVM. 



— 262 - 

de SYMON, pour les M de margareta et de misbri- 
GORDiA et pour le t d'oBiiT. 

Simon de Ghelwe prenait-il son nom de la terre 
de Gheluwe près de Menin? Sa femme Marguerite 
était-elle la sœur ou bien la fille de Michel « dit 
de Meram » ? Ce sont là des questions qu'il est im- 
possible d'élucider, à défaut d'autres documents. 

La famille « ute Meerhem » (Meerham, Meram) 
appartient au patriciat primitif de Gand. Son 
nom lui vient d'un hameau marécageux, incorporé 
à la cité, en 1269*. 

Les <c ute Meerhem » sont cités fréquemment 
dans les catalogues scabinaux, au XIII"^ et au XIV^ 
siècle. 

Baudouin de Meram était échevin en 1279 '. 

« Philippe de Mairem fins Godefroi » figure, 
en 1292, dans un document conservé aux archives 
de Rupelmonde, comme caution de la ville envers 
le comte ' ; on y voit son sceau portant un écu à la 
bande. Ce Philippe est probablement le même qui, 
le 28 septembre 1294, présente avec plusieurs 
autres bourgeois, notamment Gilbert de Speculo 
(uuten Spieghele), au nom de la cité, un appel au 
roi de France contre « un jugement mauvais et 
faux *. » 



• De Pottbr, Oent, t. I, p. 72. 

• Note de M. le comte de Limburg-Stirum. — Db Pottbb, Cariu- 
laire de Oand, p. 331, cite un Boidiu ute Meram, cotisé pour 60 Ib., 
en 1327; il habitait la paroisse Saint-Michel. 

* Gaillard, Inventaire analytique det chartes des comtes de 
Flandre, p. 64. 

* DB Saint-Gbnoib, Inventaire analytique des chartes des comtes 
de Flandre, p. 214. 



— 263 — 

. Pierre ute Merham était doyen du chapitre 
de Sainte-Pharaïlde, en 1311 <, et Avesoete ute 
Meerham grande-dame du béguinage Sainte-Eli- 
sabeth*, vers la même époque. 

liOhituaire de Saint-Jean mentionne également 
plusieurs fondations faites par des membres de 
cette famille ». 

D'après Tarmorial manuscrit des échevins de 
6and, précédemment cité, l'écu des ute Meerhem 
était : d'or à la bande d'azur, chargée de trois 
fleurs de lys couchées d'argent. 

Quant aux. de Gheluwe, on trouve mention, en 
1351, d'un Jean de Gheluwe, tuteur des enfants 
de Hugues de Calckine *. 



IX. 

1285 (v. s.). — ROSDSN. 
Dalle en ^pierre de Tournai, 

Haatear : lai95. Largeur : 0b96. 

Dans la bande de Tencadrement se lit Tinscrip- 
tion suivante, tracée en lettres onciales et entre- 
coupée de points triangulaires : 

(ANNO • DNI •) M • ce • 

LXXX • V • IIII • JDVS • FEBRVARIJ • OBII 

T • YMZOETA • VXO 

R • (NIGH)OLAI • RO(ED)BN • OR(A)TE • PRO • AÎA • EF • 

(Anno Domini 1285, quarto idus februarii, ohiit Vmzoeta, 
uxor Nicholai Roeden. Orate pro anima ^'us,) 

■ Cartulaire du Béguinage, p. 66. 

* Cartulaire du Béguinage, p. 59 et 66. 

* DB Pauw, p. 862. 

* DE L'EsPiNOT, Recherches, p. 489. 



- 264 — 

Le nom de cette famille se rencontre assez frd- 
qaemment à Gand, dans la première moitié du 
XIV® siècle. Un Nicolas Roeden, peut-être le fils 
d'Ymsoeta, fonda im anniversaire à saint Jean, 
de concert avec ses frères et sœurs * . Plusieurs 
autres membres de cette famille sont encore cités 
dans le Nécrologe de cette église. 

La taxation de 1327, dont nous avons parlé 
déjà, indique un Henric die Ruede habitant la 
paroisse Saint-Michel; si l'on tient compte de la 
prononciation populaire du nom, on peut sup- 
poser que cet Henri appartenait au même lignage. 



X. 

1286. - 

Fragment en pierre de Tournai. 

Hauteur : InSO eavlron. Largeur : 1«20. 

Cette dalle, dont il n'existe que la partie supé- 
rieure, ne portait probablement aucune décoration 
dans le champ. L'encadrement, marqué par un 
trait, contient l'inscription suivante : 

ANNO • DNI • M • ce • LXXXUI • IN • DIE 
• BI • PET' • AD • (V)IN(GVLA ) 

{Anno Domini 1286, in die beati Pétri ad vincuîa ) 

Les lettres sont onciales et les points triangu- 
laires. L'avant-dernière lettre numérale affecte 
nettement la forme d'un U au lieu d'un V. 

« DE Pauw, p. 76. 



— 265 — 

La fête de Saint-Pierre-aux-Liens se célèbre le 
1" août. 



XL 

128.-129. (v.8.). — BS SANGTO BAVONE. 

DaUe en pierre de Tournai. 

Haatear : laÔO. Largeur : 0^96. 

Cette dalle avait été coupée en deux fragments, 
qui se trouvaient séparés dans le radier de l'écluse ; 
on a néanmoins pu la compléter en les juxta- 
posant. 

On voit sur cette tombe les images de deux 
défuntes, placées sous un baldaquin géminé. 

La première est vêtue d'une tunique à manches 
serrées sur les poignets, d'un surcot plus ample, 
et d'un manteau ramassé sous le bras gauche. 
Elle tient les mains jointes et porte sur la tète un 
voile court, qui encadre le menton. Au dessus, 
dans le champ, le mot : mat' (mater). 

A sa gauche, sa fille : filia, comme l'indique 
l'inscription correspondante. L'attitude de cette 
figure est semblable, mais sa coiffure se compose 
d'un béguin encadrant le visage, tandis qu'un long 
manteau couvre tout le personnage. 

Le dais présente une double ogive en lancette 
trilobée, qu'entoure un gable orné de crochets 
et se terminant par un fleuron exhaussé sur sa 
tige. Ce baldaquin repose latéralement sur de 
petits culs-de-lampe garnis de crosses végétales, 



— 266 — 

et, au centre, sur une colonnette dont le chapiteau 
offre une double volute . 

L'inscription, en lettres onciales, avec points 
en triangle, porte : 

* H • lAC ' ELIS(AB' • S) OROR PRÎS • I • DE • 

SfO • BAVO(NEQ OOBIIT^ ANO- DO- liCG- (LXX)X( OU- KL • FEB'- 

* H • lAC • HYMSOTA • MAT • F(RI)S • I • DE • 

* STO • BAVONE • Q ' OB(IIT ) • ÂNO • DNI • M • GG • 
XG C)! • XV • KL • lANNARII (sic) • 

{Hicjacet Elisàbet, soror frcUris J, de Sancto Bavone, quœ obiit 
anno Domini 128. , secundo kalendas fehruarii, fficjacet 
Hymsota, mater fratris J, de Sancto Bavone^ quœ obiit 
anno Domini 129., decimo quinto kalendas januarii.) 

Le « frère J. de Saint-Bavon » , que mentionnent 
les deux parties de l'épitaphe, ne serait- il pas le 
même que le a vénérable père, frère Jean de Saint- 
Bavon, gardien (provincial) de Flandre », dont 
Tobit est marqué au 22 janvier dans le nécrologe 
des Franciscains de Gand ? * On s'expliquerait 
aisément que l'épitaphe de la mère et de la sœur 
d'un personnage aussi élevé en dignité, fasse 
mention de leur parenté. 

Dès lors, il est permis de se demander encore si 

cette dalle, de même que celle du frère Guillaume 

de Mudâ, ne provient pas originairement de la 

chapelle des Frères mineurs ? 

. Il serait toutefois téméraire de l'affirmer, car. 



* « 22 (januarii). Obiit venerandus pater, f rater Johannes de Sancto 
Bavone, custos Flandrise. » Comptes-rendus de la commission royale 
d'histoire, 1873, p. 157. 



- 267 - 

d'après une note communiquée par M. l'avocat- 
général de Pauw, <c il est fait mention de deux 
Jean de Saint-Bavon parmi les moines de l'abbaye 
de Baudeloo; l'un d'eux mourut en 1322. » 

Comme nous l'avons dit à propos du frère Guil- 
laume de Mudâ, les disciples de saint François 
d'Assise avaient coutume de substituer à leur nom 
patronymique celui de leur lieu d'origine. Le 
« vénérable frère Jean » aurait-il vu le jour dans 
ce quartier de la cité nonmié la « ville de Saint- 
Bavon » et soumis à la juridiction séculière de 
l'abbé de cet antique monastère ? 

Notons encore que YObituarium de Saint-Jean 
fait mention d'un maître Jourdain de Sancto Bavone, 
curé de cette église, dont les parents, messire 
Machelin de Sancto Bavone et sa femme Agathe, 
donnèrent 6 Ib. 6 sols par. pour fonder leur anni- 
versaire; ils avaient aussi, en 1262, fait une 
donation à l'abbaye de Saint-Bavon. Sire Machelin 
mourut en 1296, et sa veuve se retira au monas- 
tère de Sainte-Claire à Gentbrugge * . 

La famille de Sancto Bavone parait, dès le 
milieu du XIIP siècle, dans les archives de Gand; 
c'est ainsi que domtnus Mathias de Sancto Bavone, 
miles, Maghelmns de Sancto Bavone, senior, Maghel- 
mus, ejus filius, ainsi que Folcoldus major de Sancto 
Bavone sont témoins, en 1254, à la cession de la 
rente sur le Weert, consentie par Wautier de 
Coudenborch et sa femme Clarisse, en faveur de 
l'abbaye V — « Mathies de Saint-Bavon » figure 



' dbPauw, Obittiarium,'p, 185. 

* Voir pluB bas, la dalle de Wautier de Coudenborch. 



— 268 — 

parmi les échevins de Gand en 1293 et son sceau 
est appendu à un document conservé aux archives 
deLiUe*. 



XII. 

1290. — BLOME. 

Fragment en pierre de Tournaù 

Hatttear actuelle : l*i32. Largeur : On72. 

n ne reste de cette dalle que la partie supé- 
rieure, correspondant au quart environ du monu- 
ment primitif. 

De l'image du défunt, on ne distingue guère 
que la tête, aux cheveux crépus. Celle-ci s'encadre 
dans le trilobé lancéolé, qui sert de base à un bal- 
daquin, d'un type assez exceptionnel. 

Derrière le fleuron qui surmonte l'arcature, 
s'élèvent deux tourelles crénelées, contrebutant des 
avant-murs, garnis de fenestrelles ogivées et de 
corniches crénelées, qui se prolongent en déclivité 
vers un pinacle posé à chaque angle extérieur. Ces 
pinacles sont décorés d'une fenestrelle trilobée, 
que surmonte un triple gable fleuronné, et se ter- 
minent par un autre fleuron, au sommet de la 
couverture pyramidale. 

L'inscription, placée dans la bordure d'encadre- 
ment, est en lettres onciales avec points triangu- 
laires. Elle semble faire allusion à quelque événe-, 

» Dj8 PoTTXB, Cartulaire de Oand, p. 319, 



— 269 — 

ment tragique, dont les annales de la ville n'ont 
pas, croyons-nous, gardé le souvenir, et débute 
par un anathème lancé par la victime à ses meur- 
triers. Voici ce texte : 

* ARME • VALLBN • DIB MI ANEMEN • IG IHAN • BLOME . 

WAS • DOET GHESLE(GHEN 

(AN 

NO D)NI • M • ce • XG • IN SENTE • MARGK • DAGHE • (T)ER 

Sur le pinacle voisin de ces derniers mots, on lit 
le mot GRVSEN, qui les complète. 

{Arme vallen die mi anemen, le Ihan Blome toas doet 

ghesle(ghen anno Domi)ni 1290, in Sente March 

daghe ter Crucen.) 

Sint MarcKs daghe ter Cncsen, c'est la fête de 
saint Marc (25 avril), jour auquel se fait une pro- 
cession solennelle de la relique de la Vraie Croix, 
comme cela a lieu également pendant les Rogations 
{Kruis dagen). 

B°° Jean Béthune-de Villers. 
(A continuer.) 



— 27Ô - 



LA COUR DU ROI DE LINDRE. 



COUR D'AMOUR EN FLANDRE 



AU XVIIô SIÈCLE*. 



On ne saurait préciser l'époque de la fondation 
du royaume de Lindre, ni indiquer les circon- 
stances qui amenèrent Adomes à rétablir; c'est 
en 1681 que l'on en trouve les premières traces. 

Déjà avant cette époque Adornes faisait partie 
d'une espèce de confrérie ou d'ordre qui s'intitu- 
lait l'ordre des Hermites, et qui comptait parmi ses 
membres quelques personnes que l'on retrouve 
dans la Cour de Lindre ; ce nom même de Lindre 
avait déjà été donné antérieurement à Adomes ; 
on ignore à quelle occasion, mais on peut supposer 
que c'est un souvenir d'un voyage en Espagne; 
Lindor est le type de l'amoureux Espagnol; eu 
égard au caractère du personnage cette étymologie 
me semble la plus naturelle. 

' Suite. — Voir lfe#«. de$ Scimceê histor,, 2»* liv. 1891, p. 183. 



-- 271 — 

On trouve trace de cet ordre d'Hermites dans 
une lettre de M. de Béthune des Plancques, 
adressée à Adomes le 16 mars 1675, dans laquelle 
il s'y intitule : Général indigne de tous les Hermi- 
tages : 

€ Mon cher cousin, votre souvenir me repasse sy agréable- 
ment dans Vesprit qu'il efface et adoucy une partie des 
ennuys quefay d^estre privé de votre très agréable conver- 
sation ; ouy conversation de laquelle je me suis arraché par 
force. Mais qiunlje sacrifiray toujours très volontiers ma 
propre satisfaction pour le bien publicq, quy est V avancement 
de notre ordre. Continuez donc de bien travailler d ce Saint 
œuvre, et ne despérez pas pour Vobstination de ces rebelles : 
Veniet enim tempus .... sanam doctrinam sustinebunt. Après 
tout sy elles n'ont pas le bonheur cfestre esclairé, vous leurs 
pourrez dire avec veritey ce que Vévangéliste reproche aux 
Juifi : Popule stulte et insipiens, quoties volui te congregare 
sicut gallina congregat pvUlos suos sub alas et renuisti; et 
après il cloute : perdita esto Israël. Mais gardez bien qu'en 
tâchant de convertir les autres vous ne vous pervertissiez vous 
même ; vot4S avez à faire à des gens quy frappent en traittre 
et quy seront point si tost hors d*haUene que vous le croirez. 
Au reste un habil moissonneur peut le double d^un autre, 

^ Jene vous scaurez aussy assez remercier de la bonté 
que vous avey pour les bons services que vous mendez auprès 
de la charmante Bouvignies, c'est assurément celle que 
J'estime le plus au monde et plus que je ne puis dire. Je vous 
assure que c'est toute majoye d'entendre parler de ce char^ 
mant appuy de notre ordre. Je me souhait te entre vous deux 
pour jouir avec plaisir de vos chers et aymables présences 
Sed quando haec erunt! » 

Une correspondante d'Adornes, qui adressait 
sa lettre à l'incomparable chevalier Adornes et 



- 272 — 

qui signe : Hermîtresse indigne de fonte, avait sans 
doute également été enrôlée dans cette confrérie : 

€ Mon très cher et intime coitsin, 

€ Je resoi très asseurement avec bien du plaisir toutes les 
marques obligeantes que vous me donnez par vos lettres de la 
continuation de votre souvenir, et vous asseure que je vCen 
suis pas mesconesante, puisque rien au monde n''est capable 
de vous effacer du mien. 

€ fay bien eu du chagrin de n'avoir peu accompagner 
la charmante B à son petit voiage afin dC avoir eu le conten- 
tement de vous voir, je rn!ay souhaité un petit oiseau ce jour 
Id pour me trouver dans une si belle et agréable compcogny, 

€ Croies moy pour jamais votre très humble et plus affec- 
tionnée parente et feu Valentine, hermitresseindignede fbnte. 
Quoyque de très grand cœur*, » 

C'est sans doute à un cloître d'Hermites que 
faisait allusion Dorise en écrivant à Adornes. Après 
s'être informée du prince Lindanor et de la prin- 
cesse Pulchérie, elle ajoute : 

c Je suis très aise que vous ayez tant embelly V aimable 
Ronsele^ tant mieu pour y faire un cloitre. » 

Cette lettre a été écrite en 1680. 

Déjà à cette époque Adornes avait réuni autour 
de lui une espèce de Cour, sur laquelle il exerçait 
un prestige bien flatteur ; d'après le projet d'his- 
toire du royaume il semblerait que ce fut une 



^ Cette lettre portait un cachet avec un écu en losange écartelé ; 
faute d'indications des émaux de Técu on ne saurait dire si cette dame 
appartenait à la £Eimille de Noyelles ou de Lens, qui portaient toutes 
deux un écu écartelé. 



— 273 — 

jeune beauté, aussi ambitieuse que lui, qui l'aurait 
décidé à se créer un royaume dont elle aurait par- 
tagé le trône, espérant sans doute pouvoir écarter 
ainsi ses rivales et exercer plus facilement son 
empire sur le Roi. 

Dès le début de ce règne des querelles vinrent 
troubler la tranquillité d'un royaume fondé sous 
de si heureux auspices. La paix n'y régna pas 
longtemps. Le Roi lui même, qui se vit un jour 
appelé : le Roy des Inconstans, était peut-être la 
cause de ces agitations. On a dit souvent qu'il ne 
faut pas compter sur les faveurs des grands, c'est 
aussi vrai en amour qu'en politique. 

On ne pourrait mieux résumer ce que l'on sait 
des fastes de ce règne, qu'en reproduisant le pro- 
jet de préface de l'histoire du Royaume, dont il a 
déjà été fait mention : 

PROJET POUR LA PRÉFACE DE L'HiSTOiRE DE LiNDER. 

Nous voyons, mon cher lecteur, que les Romans à cause 
qu^ils sont remplis de mille merveilles et accideus aussy 
surprennans qu^admirables, quoyque fort fabuleux, ont étés 
de tout temps en vogue et infiniment estimés par tous ceux 
qui aiment la lecture. 

C^est ce que ie prend à mon avantage, car si de fables 
faites à plaisir donnent tant de curiosité et contentement 
au lecteur, principalement aux jeunes gens, j^espère que 
l'histoire que je prétend vous dépeindre, quoiqu'elle ne soit 
pas de cette même force que les Romans, n'aura pas moins 
de bonheur pour cela; au contraire, ie me flatte qu'elle leur 
donnera la dernière satisfaction et divertissement, parce 
qu'elle est tout à fait véritable iusqu au moindre accident, 
et même un peu surprenante en son espèce. 

18 



— 274 — 

Dans nostre illustre Flandre un gentilhomme s'est érigé 
un Throne avec le dernier bonheur et succès, puisqu'aucun 
de ses voisins ne s'est opposé à son ambition; mais ils 
auroient tort d'envier un succès si avantageux et de vouloir 
détruire un Roy qui n'aime que la paix, qui ne demande 
qu'une sincère et éternele correspondence avec tout le 
monde et qui se contente de la grandeur de ses limites. 

Vous verres que les premiers degrés par où ce prince est 
monté au trône, l'amour et l'ambition, et qu'une jeune 
beauté aussy ambitieuse que luy, luy a mis dans l'esprit de 
se faire Roy en lui donnant le nom de Linder. 

C'est soubs ce même nom que règne nostre Roy, parta- 
geant ses états avec une Reine remplie de vertus et de 
mérites, et qui assurément est digne de son choix. 

Une Reine répudiée ne vous doit point surprendre ayant 
disobligée le Roy et l'état. 

La magnificence de ce prince est considérable et il la 
soutient avec éclat; et tout nouveau Roy qu'il est, tout le 
monde ambitionne d'être de sa suitte, et de vivre soubs son 
obéissance; même des personnes de marque de l'un et de 
l'autre sexe de six diverses nations ont fait des poursuittes 
avec grand soin pour devenir ses suiets. Ces évenemens si 
glorieux augmenteront sans doute son courage et son 
ambition. 

Vous verres, cher Lecteur, que ce n'est pas touiours dans 
les plus grandes courts que l'on se divertit le mieux. Cellecy 
est petite et presques encore incognue, mais elle est atti- 
rante autant qu'il se peut, elle est charmante par excellence 
et divertissante s'il y en a une au monde. 

£lle est composée de quantité de ieunes gens de tout sexe, 
qui excellent en esprit, en beauté, en gentillesse et en vertu, 
étans ravis d'avoir pour souverain un Roy qui les aime, qui 
les protège, qui les traitte avec beaucoup de douceur et qui 
prend plaisir de leur procurer toute sorte de divertissement 
et de les combler de ses grâces et bienveillance. 



— 275 -^ 

Mille petites intrigues n'y manquent pas, mais Ton n'y 
souffre rien de criminel, et vous pourres remarquer qu'un 
innocent amour règle et conduit toutes les actions et pensées 
de cette illustre assemblée. 

Peut-être quelques nations moins tempérées que la nostre 
trouveront à redire que ce prince ait engagé à son service 
plusieurs jeunes beautés portans plusieurs tiltres, qui leur 
pourroient donner quelque étrange spéculation, comme 
sont l'Intime amie du Roy, la Gouvernante des Cabinets, la 
Favorite, la Mignonne Royale, la Confidente, la Gouver- 
nante du Palais, la Directrice des Trésors, la Belle pensée 
du Roy, la Maîtresse, la Consolation et quelques autres 
encore qu'on verra dans l'histoire ; il ne faut pas qu'elles 
en soyent scandalisées, puisque la Reine même le souffre 
avec plaisir, étant for persuadée de l'intégrité et sincérité 
de son Roy et de la vertu de toutes ces beautés, qui aiment 
les plaisirs innocens et la galanterie sans crime, qui est la 
belle devise de cette agréable court. 

Vous serez curieux sans doute de scavoir dans quel 
endroict de la Flandre est situé ce nouveau royaume; si je 
vous dis qu'il est du Viel Bourg de Gand, tout j'ay tout 
dit*. 

Certes si les françois prétendent à toute force cette 
chastelenie, ils ont le goust très fin et délicat, et c'est 
assurément pour l'amour de ce nouveau Royaume et de 
cette charmante court qu'il ne désistent pas facilement de 
cette prétention. Dieu veuille qu'ils n'en deviennent iamais 
les possesseurs, afin qu'elle ne courre iamais risque de 
changer ces belles paroles : la Galanterie sans crime. 

Mon cher lecteur, cette pièce ne dépeindra que la 1'® année 



< Il est fait allasion au château de Ronsele, situé dans la chatel- 
lenie du Vieux-Bourg de Gand, où résidait le Roi de Lindre, Adrien 
Opice Adorues. 



— 276 - 

du règne de ce glorieux prince, et j'espère qu'elle vous fera 
cognoitre avec beaucoup de plaisir que cette court, quoy que 
toute nouvelle, est digne d'admiration. 

On n'a aucun renseignement sur l'auteur de ce 
projet de préface. Le grand panetier, si c'est lui, 
n'est nommé que dans la lettre où il est gourmande 
de sa paresse ; c'était comme on le voit, un flamand, 
très bon patriote, et il prend à cœur la bonne 
renommée de cette Cour, dont l'unique préoccupa- 
tion semble avoir été de s'amuser. Il s'agissait du 
reste des plaisirs de gens désœuvrés et aucun 
homme du monde ne pourrait trouver à y redire. 

Dans la plupart des lettres des personnes de 
cette Cour, il n'est question que de projets de 
visite, d'invitations, de comptes-rendus de ban- 
quets où l'on a bu à la santé du Roi absent. 

C'était assez bien se conformer aux préceptes 
de la charte de la Cour d'amour de 1406. Pour 
passer partie du temps plus agréablement, chaque 
année le mois de mai sera consacré à des fêtes 
générales, lesquelles se termineront en donnant 
« attœ dames à souper, pour après danser et faire 
bonne chère. » 

Ces dames ne redoutaient pas les visites loin- 
taines. Une course de Tournai à Ronsele ne les 
effrayait pas, au risque de s'embourber, comme il 
arriva un jour à M"*® de Mooreghem qui retournait 
en plein hiver à Tournai. 

€ Elle y était arrivée sans malheur, dit-elle, mais vers 
Avelghem nous avons esté enhourbé pour un cardeur, et 
après avoir pasé le bureau de Bosut, tous nos ùhevois ce sondt 



— 277 — 

couché dans la bouue, &est à dire dans un sabel bouant, il 
estait imposible d'an sortier; le cochier estes jusqites au 
genous dans Vau et la bouue, et pleurer tou deus au plus fbrt. 
Nous avions tous les visages plaine de bouue de la fbrce que 
fier en les chevois pour sortier. Mes trois ckevois n^avoint 
ke deusjeus tous trois ensamble^ car Vun estoit aveugle et les 
deus autres borne; voie le joly équipage que nous avions. 
Nous avons vendu mon carosse à la porte de la ville. 

« Von a fort bien pasé le reste du Carevals à Toumay, 
car Von a dansé tou les jours; le mardi Monsieur le Gouver- 
neur^ a donné le bal chez moy, etfay donné à soupe à bien 
carante persone; nous avons dansé jusques à sis heures du 
matin, et lors nous avons tous esté à la messe ensamble. Von 
vous a beaucoup regretté ches nous à coise de vostre bonne 
humeur et moi principalement. Nous buvons tous le repas à 
votre santé, » {Tournay 12 février 1682,) 

On voit que la bonne humeur du Roi de Lindre 
le faisait rechercher, mais il devait avoir de la 
peine à suflBre à toutes les invitations qu'on lui 
adressait, et peut-être encore plus à résister aux 
plaisirs qu'on lui offrait : 

€ Quand vous me ferez V honneur de vostre visite, lui écri- 
vait l'abbé de Saint-Bertin (28 février 1682), nous verrons 
les curieux de cette ville et tâxiherons de vous en procurer, ce 
que je feray Sautant plus volontier, puisque c'est pour 
contribuer d la satisfaction de ces illustres belles qui font 
Vomement de vostre cour. » 



> Henri Bonneaa, marquis de Trassi, était encore à cette époque 
gouverneur de Tournai pour le Roi de France, car il ne mourut qu'à 
la fin de ce même mois de février 1682. Il fut remplacé par Edouard 
François Colbert, comt« de Maulevrier, frère du grand Colbert 
(PouTRAiN, Histoire de Tournai), 



— 278 — 

L'abbé de Saint-Bertin avait été, paraît-il, avant 
sa nomination amateur de fleurs : 

« Tay beaucoup de déplaisir, mon cher cousin, de ne vous 
pouvoir envoier des semences de fleurs, depuis que je suis 
abbé je ne suis plus fleuriste. » 

On peut facilement se rendre compte des pré- 
occupations de cette société, qu'Ebert aurait qua- 
lifiée de parodie de cour d'amour* mais qui se 
rapprochait des sociétés littéraires si nombreuses 
à cette époque dans le Nord de la France. La 
musique, le chant devaient trouver leur place dans 
ses réunions; on en parle dans maintes lettres, 
Adornes envoyait même de Rome des chansons 
italiennes à ses aimables correspondantes. Il ne 
nous est restée qu'une seule de ces récréations 
musicales, on ne surprendra personne en disant 
que la chanson était relative à l'amour. 

Amants pourquoy craindre 
De vous engager. 
Quand un cœur léger 
Vous force à vous plaindre, 
Vous pouvez changer &•. 

Quelque souvenir, se rattachant à cette chanson, 
lui valût sans doute d'échapper au naufrage ; peut- 
être aussi est ce l'effet du hasard ; on hésiterait à y 
voir une chanson couronnée dans une séance de 
l'assemblée. Bien que nous ne possédions aucun 
document qui puisse établir que des concours de 

' V. DiAZ, Essai sur les Cours d'amour, p. 30. 



— 279 - 

poésie aient existé à la Cour de Lindre, il n'est 
pas invraisemblable qu'Adornes ait offert ce diver- 
tissement à ses sujets, à l'imitation des concours 
de poésie que les Sociétés littéraires du Nord de 
la France avaient mis à la mode. Ces séances, 
connues sous le nom de Puys, dans lesquelles 
on couronnait les meilleures œuvres poétiques, 
étaient tout à fait dans les mœurs du temps. C'était 
une réminiscence des anciennes cours d'amours, 
qui n'était pas incompatible avec les plaisirs de 
toute nature. 

La charte de 1406 prescrivait aux membres de 
la Cour d'amour de se réunir le jour de saint Va- 
lentin, fête des amoureux, pour dîner en joyeuse 
récréation et « seront tenus tous nos amoureux 
subges de retenir factistes et réthoriciens, de faire 
une balade amoureuse sur tel refrain comme à 
chacun plaira à icelluy jour, et icelle faire apporter 
pour lire ou faire lire devant nous etlesassistens... 
et seront portées devant les Dames, telles que on 
avisera, pour les juger à leur noble avis et bonne 
discréscion ; lesquelles dames donneront deux 
vergettes d'or pour couronne et chapel aux mieux 
faisans de ce jour. » 

Adornes était, lui aussi, poète à ses heures et il 
ne pouvait avoir oublié les traditions littéraires 
qui avaient été en honneur dans sa famille. 

Anselme Opice Adornes, son grand-père, avait 
été l'ami de Juste Lipse et du poète Lernutius ; ce 
dernier lui dédia son : « Epicedia sive funus Lip- 
sianum Immortalitati sacr. » Tihi, lui dit-il dans sa 
préface, qui inter nobiles ervtditi$simus es, inter eru- 



— 280 — 

ditissomos nobilissimus. Videhis jam publicata sub 
tuo nomine, et spero palrocinium mihi non denegàbis 
si guis malivolo dente relit admordere. On croit 
qu'Anselme Adornes fit imprimer quelques-unes de 
ses poésies, mais elles me sont inconnues. 

Sweertius dans la dédicace des <c Justi Lipsi 
Musse errantes » , range Anselme Opitius Adornes 
au nombre des poètes latins qui fleurissaient à 
Bruges à cette époque. 

Les enfants de Pierre Adornes, èls de celui-ci, 
avaient eu pour tuteur l'historien Vredius, qui 
semble avoir donné tous ses soins à l'éducation 
littéraire d'Anselme Ignace Adornes, son pupille; 
la relation de son voyage en Italie prouve combien 
les souvenirs de l'antiquité classique, qui formaient 
alors la base de cette éducation, lui étaient restés 
familiers. 

Adornes semble avoir aussi eu la réputation 
d'un critique expert en fait de poésie. Un des sujets 
de sa Cour, le chanoine de Woerden, en lui en- 
voyant un volume de poésies lui écrivait : 

« Je vous prie de censurer quelques petites pensées que mon 
frère a donné au jour sur la naissance de Monseigneur le 
duc de Bourgogne, qui se porte à merveille, la mère aussi ^. » 

Les vers qu'Adornes composa semblent eu avoir 
grand succès dans son cercle, peut-être faut-il lui 
attribuer l'une ou l'autre des poésies qui étaient 

*■ Ce frère du chanoine était Michel Ange de Woerden, né à 
Chièvres, conseiller d'honneur du Parlement de Tournai, mourut le 
3 août 1699. Poète médiocre, dit son historien. V. Dbsflancqubs, 
Bulletins scientifiques du Département du Nord, 1879. 



— 281 — 

conservées avec la correspondance de la Cour de 
Lindre. Quoiqu'il en soit sa Confidente appréciait 
beaucoup les vers qu'il lui adressait : 

€ Je ne puis vous exprimer, lui écrivait-elle d'Audenarde, 
combien f ai/ trouvé le vers admirable et fort à propos, f en 
ftiis un fort grand cas venant d^'un si généreux prince. En 
vérité il y a du plaisir d'oestre au nombre de vos amie, dont 
je prêtent destre la premier, ayant un si glorieux titre de 
confident du Roy, » 

Elle revient plus loin dans sa lettre sur le sujet, 
en lui adressant le même compliment : 

« Vos vers sont admirables, et, ajoute-t-elle, vous aves 
bien raison, il faut passer au dessus de bien de choses en ce 
monde; quant Von a une consience en repos il ne ce faut 
mettre en paine de rien. » 

Dans l'expression de sa gratitude pour les 
conseils que lui avait donnés son correspondant, la 
confidente du Roi. a un peu forcé la note, mais res- 
pectons la sincérité de son admiration. Elle finis- 
sait sa missive en demandant à son correspondant 
de brûler la lettre dans laquelle elle se plaignait 
de certaines gens. 

Cette lettre pourrait peut-être nous faire deviner 
quelles étaient les choses de ce monde auxquelles 
il était fait allusion. 

]yjeiie d'Herbaix, qui se cachait sous le nom de 
confidente du Roi, appartenait sans doute au 
nombre de ces demoiselles de bonne naissance, 
mais sans fortune, que l'on destinait au cloître, 
sans même les consulter; il n'est pas surprenant 



— 282 — 

que des personnes sans vocation aient eu de la 
peine à se soumettre aux rigueurs de la règle 
monastique, et qu'elles aient été parfois en dissen- 
timent avec l'autorité ecclésiastique ; c'était le cas 
à l'hôpital d'Audenarde, car dans une lettre, écrite 
huit jours avant celle dont nous avons parlé, 
cette dame fait allusion aux difficultés des reli- 
gieuses de son couvent avec l'évêque de Gand : 

€ Pourveu, disait-elle, quil veuille entrer dans ce peu 
dans la raison; nous ne sommes pas le seul des malheureux, 
la Grande Gazette de Gand y mettra bien son grin de sel. » 

On voit qu'Adornes ne s'est pas conformé à la 
recommandation , si réellement il s'agit de la même 
lettre. 

Bien que le Roi de Lindre consacrât parfois son 
talent de poète à donner de sages avis, il ne lui ré- 
pugnait pas, faut-il croire, à aborder des sujets plus 
légers ; les quelques épaves qui nous restent des 
poésies des membres de cette Cour, rentrent dans 
un ordre d'idée qui ne se rapproche guère de celui 
qu'Adornes avait abordé avec un certain succès. 

Nous possédons quelques dystiques et quatrains 
qui auront sans doute fait les frais des réunions 
de cette Cour ; ils font songer aux Devises et em- 
blèmes damour moralises en vers français. 

l'ahoub. 

Fuyez l'indifférence, aimez belle jeunesBOi 
C'est un métier très doax et rempli de tendresse. 

LA GALARTBBIB SANS OBDfB. 

Quiconque mal y pense, honni soit pour jamais, 
Tout ce qu'on fait icy, sans reproche se fait. 



— 283 - 

LB DIVBRTISSBlfXNT. 

Depuis le temps d'Adam l'on a pris mon party, 
Aimez, jouez, dansez, car tout vous est permis. 

l'honnâtbtb. 
Ouy je le permets de bien vous divertir, 
Mais ne m'oubliez pas au milieu des plaisirs. 

l'akbition. 

Rien n'est impossible à des jeunes beautez, 
Mille fois les bergères ont été Reines, 
Mes Dames espérez, entreprenez, aimez, 
Percez le cœur du Roy ; la victoire est certaine. 

LA JALOUBIB. 

Mes Dames si vous me considérez bien 
Je joue un pernicieux personnage. 
Croyez moy, ne m'accordez jamais rien, 
Car je puis vous faire grand dommage. 
Qui s'y frotte se trompe. 

Citons encore un sonnet qui contient diverses 
allusions, entr'autres une sur les Carmes ; on semble 
y viser les bruits qui avaient couru sur l'entrée 
d'Adornes dans cet ordre religieux ; il faudrait en 
ce cas la reporter peut-être à une époque anté- 
rieure : 

BONKBT. 

Ëmestine ; il est vray n'est home que des harmes. 
Rien ne peut esgaler l'esclat de ses beaux ieux. 
Nous tomberons d'accord que jusque dans les cieux 
Ëmestine pouroit bien causer des Alarmes, 
Sy par un sort fatal elle y tournoit ses armes. 
Toute la terre alors, de ce coup furieux 
Iroit. Non mon cousin, ce ton trop sérieux 
Ne me poura jamais fournir quatorze Carmes. 

Encor si je ponvois par quelque aucthorité 
Coudre à la fin d'un vers quelque epitet creté 



— 284 - 

A la fin je pourois aussi sortir d'affaire, 

La belle me voiroit estaler ses appas. 

Dieux ! mais quel moien je ne le pourois pas. 

Nostre sonet finist, cousin je dois me taire. 

Ceci n'est point une épigramme 

C'est un sonnet mal habillé 

Mais qu'il doit estre regardé 

Par qu'il est fait du nom de cette belle dame, 

Aveque un peux d'aacthorité. 

Les premières lettres de chaque vers forment le 
nom d'Ernestine Calon, sur laquelle je n'ai trouvé 
aucun renseignement dans la correspondance, 
même si on suppose que l'on a supprimé quelques 
lettres du nom pour ne pas dépasser le nombre de 
vers voulus pour faire un sonnet, même mal habillé, 
et qu'on ait mis Calon au lieu de : de Galonné. 

Les quatrains qu'un poète inconnu a consacrés 
à chacun des dignitaires de la Cour de Lindre 
auront eu sans doute un succès qui leur aura valu 
d'être transmis à la postérité : 

LB CŒUB DU BOT. 

Sans moy la force du Roy est vaine, 
Sans moy ce prince n'a point de cœur. 
Je veux disputer avec la Reine 
Son rang, son thrône et sa grandeur. 
En lieu seur je repose. 



l'oreille du boy. 



Je n'agis que pour mon seul intérest, 
Pour personne je ne demande grâce, 
Je détruis mes Rivales en secret 
Pour avoir un jour la première place. 
Faire et faire. 



— 286 — 

Cette devise, qui n'a pas grand sens, en rem- 
plaçait une autre : N'importe comme^it, que l'on a 
cru devoir barrer ; on l'avait jugée peut-être trop 
mordante. 

On peut supposer que ces quatrains conte- 
naient des allusions personnelles dont le sens nous 
échappe, et que la devise mise par une main étran- 
gère à la suite de chacun d'eux, aura été ajoutée 
après une longue soirée d'hiver dont ils auront 
fait les délices. 

Les tensons ou jeux partis dans lesquels un des 
membres de la société soumettait à un autre mem- 
bre de l'assemblée deux propositions contradic- 
toires, le plus souvent relatives à l'amour, et le 
sommait de défendre celle qui lui paraissait la 
mieux fondée, oÉfrait aussi une ressource précieuse 
pour les réunions. Ces jeux de société, où l'esprit 
prenait souvent plus de place que le cœur, permet- 
taient aux beaux diseurs d'exercer la finesse et la 
subtilité de leur esprit. 

C'est apparemment à une discussion de cette 
nature sur la médisance que fait allusion une lettre 
adressée au grand Roi de Lindre : 

« Lon dit et il est vrat/, Monsieur, que Von juge par soy^ 
donc je tien pour mes intimes amis ceiMO qui ont la bonté de 
me dire mes des faut s et imperfections et non pas à d'autres. 
Je trouve, sans vous ofèncer^ que cette préface faict à peu de 
... est une ires belle conception, mais comme précipité du 
loisir d la relire et corriger, je trouve qu'il y a quelque mot 
superflue et docune reytéré qui empêchent Véloquence à un 
beau discour. Pardonnes, Monsieur, le juge ment et la liberté 
que prend votre servante de L. ; les plus grand Rois de la 



— 286 — 

terre et le 'plus réputés sages des siècles soufrent que Von leur 
dit ses sentimens et mesme Vintendant des fous et du peuple 
sans lettres, > 

Bien que l'on puisse, sans avoir trop mauvaise 
opinion des réunions de cette Cour, supposer que 
la médisance n'y était pas tout à fait inconnue, les 
termes de la lettre font plutôt croire qu'elle était 
une réponse à une question posée « pour plaisant 
passe temps, » comme s'exprime le charte de 1406 ; 
d'autant plus qu'elle était adressée à un Roi si ac- 
compli, qui n'aurait pas permis d'enfreindre la 
« défense faite par cette charte de rien dire en 
deshonneur, reproche, amenrissement ou blâme de 
Dames ou Demoiselles quelconque ni contre quel- 
qu'autre personne, sous peine d'avoir son écu 
effacé du registre. » 

La Cour ou les États du royaume étaient ap- 
pelés, paraît-il, dans les grandes occasions à se pro- 
noncer sur les intrigues amoureuses qui venaient 
troubler la quiétude de ce bienheureux Royaume, 
c'était l'ériger à la hauteur des anciennes Cours 
d'amour ; celles-ci d'après Raynouard, étaient des 
tribunaux où l'on se prononçait sur l'infidélité ou 
l'inconstance des amants, sur les rigueurs et les 
caprices de leurs dames. Cet auteur ajoute, il est 
vrai, qu'à l'époque où les Cours d'amour ont été 
établies, elles avaient pour but « d'épurer et 
d'ennoblir par leur influence, au profit de la civi- 
lisation, des mœurs, de l'enthousiasme chevale- 
resque, ce sentiment impétueux et tendre que la 
nature accorde l'homme pour son bonheur »; on 
n'en était plus là au XVIP siècle, et je serais 



— 287 — 

disposé à croire que c'est en désespoir de cause 
que la première Reine de Lindre, après sa dé- 
chéance, fit appel un jour à cette Cour pour être 
réintégrée sur le trône : 

« Sire^fay toujours bien espéré qu'à la fin vostre Majesté 
me rendererez justices, et quelle cest resouder é à me rendre 
la couronne. Il ne faut que le vouloire, sire, pour que cela 
soit ; tous vos sujets sont trop soumis pour s*oposer à vostre 
volontéz;je me flatte mesme que, hormis les intéressés, il ne 
seront point fâché d'avoir leurs reine légictime; soutenez 
donc, siere, les bons sentiemens que vous aves à présent, 
préparez vostre conseils et la court à me recevoir au trône, 
puisque c'est ceux quy m'en ont chassé sens raisons. Comme 
fai susportez mon maleurs avec constances eusserais de mon 
bonneur à leurs satisfations, et leurs promets pars mes 
roiales bonté de ne me souvenier d'aucune ingure; mesme en 
V endroit de la reine régente, je lui fait les mesme offre qu'elle 
m'a faite autrefois : séances a la court en la mesme place 
qu'elle m* avez donné ; s*il est vray que vostre Mqfesté Voit 
ausy repuiedié, comme monsieur de Lanoix m'a asseuré que 
vous este déclaré pour mademoiselle de Lievergem, je luy 
offre ma protextions, Tiray, Siere, à la court quand je 
voyrai de la dispositions à y ravoir mon reng, Tatenderais 
là dessus la lettre de vostre Majesté, Faveux de son conseilles, 
et je marquerai toujours que je suis la véritable reine de 
Lienderiens, » 

La Reine semblait redouter beaucoup la réunion 
de ces États, qu'elle lui croyait hostiles; dans une 
autre lettre, elle fait un nouvel appel direct au 
Roi, pour ébranler sa résolution. 

« Sire ayant aprins que votre Majesté avez convoqué une 
partie de ces estât, la eust appréhension quej'ay qu'il ne s'y 



— 288 — 

passe quelque chose à mon désavantage, ainsi qu'il est arievé 

la dernier fois, vrCa fait dépêcher à votre Majesté un iantil- 

home auquel iay doné plaint pouvoir de vous représenter 

mes intérêts, afin que je puisse estre reçue dans vos estais 

sur le pied que gist aie esté establie. Avouent vous-mesme le 

tort que Von ma fait, j'espère que vous aurez esgard au 

représentations que je vous fait faire, et que vous ne 

m* obligerez point d avoir recour à aucune puissance éstran- 

gère pour me faire rendre justices, s'i7 est vray quefocupe 

encore quelque part dens vos souvenirs ;je V attend de vostre 

Majesté tôt ces ordre sur cela, avec sécuridé que aucune 

autre n'occupera}/ ma place, mot/ je me rendray à mon 

devoir et seray toujour, 

Orongne quy grongne, » 

Un des objets qui semblent avoir beaucoup pré- 
occupé les sujettes du Roi de Lindre est la construc- 
tion d'un pont royal à Ronsele; elles devaient 
fournir chacune leur pierre pour l'exécution de 
cette royale fantaisie, dont il m'est impossible de 
saisir le sens, ni la portée; rien dans les lettres où 
l'on en parle n'explique la raison de cette construc- 
tion, ni l'idée qui s'y rattachait; cette pierfe ne 
pouvait être prise au figuré, car la grandeur et les 
dimensions en étaient indiquées, ainsi qu'il résulte 
d'une lettre de la ménagère de la Reine : 

€ Tay reçu, écrivait-elle, avec bien de lajoy Vhonneur que 
volts me fait de me mestre du nombre des personne choisi 
qui doivent commencé le pont Roiale que vous allez faire; Je 
vous envoie ma petite pier de la grandeur et de la fnanier 
que vous lavez souhaité- » 

Cette dame s'excuse de ce que celle-ci ne soit pas 
arrivée à destination ; c'est la faute du messager 



— 289 - 

qui l'avait remise au sieur Van der Dot, hoste 
de la Grande Couronne proche le beffroi à Gand. 
La confidente du Koi comptait venir la poser 
elle-même : 

€ Je ne vouz 'parle point de la piere,je prétens moymesme 
la venier placer à Vétée. » 

M'"® de Créquy-Mauwe fait une réponse ana- 
logue. 

Une autre correspondante d'Adornes, portant 
le nom de Dolsalia, lui fait savoir d'Ypres, le 
31 juin 1683, qu'elle a envoyé sa pierre par le 
capitaine des Gardes : 

« n est vray que jay menqué à mon devoir que de ne 
répondre à celle qu'il a pieu à Sa Mc^esté de m'escrire : 
ayant ouï de Monsieur de Louvois que vous avez encore 
mémoire de votre compaingne, je rCay voulu menquer de 
me venier recommender toujours à Vhonneur de vos bonne 
gracCy ce que une bonne susette est redevable a son roy. 
Je croy que votre capetaine de garde a eu la bonté de vous 
aporter une peire (pierre) pour mestre aux pont Royal à la 
place que vous me ferez Vhonneur de me donner^ lequel me 
sera tousjours agréable, et je reconnoittré toujours Vhonneur 
que je reçois d^un roy si béningne que vous. 

« Dolsalia. » 

Ce pont est, je crois, toujours resté à l'état de 

mythe. 

L. St. 
(A continuer.) 



19 



— 290 — 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 



Sous les périodes espagnole et autrichienne'. 



(Ijes États de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et rester n'est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu'en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce que nous sommes, plus nous 
démêlerons sûrement ce qui nous convient.... 

(H. Taine, Le» origines de la France cofUem- 
poraine. L'ancien régime.) 



TITRE V. 

DES RESSOURCES FINANCIERES DE U PROVINCE. 



§1. 
OadastreB et Impôts. 

Pour faire face au payement des subsides ordi- 
naires, on dressa, comme nous l'avons vu, des 

* Suite. Voir Messager des Sciences histor,, 2» livr. 1891, p. 160» 



— 291 — 

Cadastres ou Transports * qui répartîssaient les 
sommes à payer, entre les divers collèges. 

Un de ces Transports, celui dressé en l'année 
1517, ne put, par suite de sa confection défec- 
tueuse, être appliqué, et les États, pour parer 
au payement des aides , se virent dans la nécessité 
d'établir des impôts qui furent appelés les moyens 
courants de la Province, 

Le système du Transport fut donc abandonné, 
tout au moins pour quelques temps. On y revint 
en 1631, les moyens courants étant alors devenus 
totalement insuffisants. 

L'extrait ci-après du remarquable rapport 
dressé au sujet de l'administration et des affaires 
des subsides par la Jointe instituée, en 1764, par 
l'Impératrice Marie-Thérèse, constitue un exposé 
historique clair et suffisamment complet du régime 
financier de la Flandre '. 

« Les moyens courants » porte ce rapport, 
« sont des droits imposés sur quatre principales 
espèces de consommation, savoir : les vins, les 
bières, le tuage du bétail, et le moulage des grains, 
et sur quelques autres objets octroyés successive- 



> Il y eut quatre Cadastres ou Transports, Ils furent dressés res- 
pectivement en 1817, en 1408, en 1517 et en 1681. Ce dernier 
« s'observait encore au XVIII« siècle pour les proportions des ad- 
ministrations principales (chefs-collèges) entre elles, et celui de 1517 
pour les répartitions entre les communautés d'une même admi- 
nistration, et, au surplus, chacune de ces communautés suivait le 
règlement de 1672 et ses usages particuliers pour la sous-répartition 
de sa quote-part sur ses contribuables » (Rapp, de la Jointe cit., 

p. 79). 
* Recueil des ordonnances des Pays-Bas autrichiens, S« série, 

tome I, p. 149. 



~ 292 — 

ment aux États, pendant les deux derniers siècles 
pour servir d'hypothèque aux levées multiples 
faites par eux pour les besoins du service * . 

« Les premiers droits de cette espèce datent, 
en Flandre, du milieu du XVP siècle, et ils furent 
établis pour faire face aux subsides. 

« Avant cette époque, les subsides qui étaient 
devenus habituels, depuis que les Souverains des 
Pays-Bas avaient pris le pied d'entretenir constam- 
ment des troupes réglées se répartissaient sur les 
terres, d'après un ancien cadastre formé en 1408; 
mais sa défectuosité avait fait songer à lui en 
substituer un autre, qui fut rédigé en 1517. Ce 
dernier que l'on nomme communément en Flandre, 
Transport, quoique formé après un travail de deux 
ans par les Commissaires de Charles V, de concert 
avec ceux des États, pour répartir avec plus 
d'équité les charges destinées à payer les subsides, 
avait occasionné tant de surcharges, que les plaintes 
qu'elles causèrent engagèrent ce prince à déclarer 
par son édit du 23 avril 1550, que le Transport 
n'étoit point exécutable, et à prendre dès lors des 
mesures pour en faire former un nouveau. 

« Cette opération n'ayant cependant point été 



* La province encaissait le produit de plusieurs impôts, entre 
autres, le produit du « droit de convoi. » C'était un droit « de 1 % 
établi sur les marchandises et denrées entrant par ports, havres, 
canaux et rivières >» et o de ^/, «/o Bur les marchandises ou denrées 
sortant du pays par la même voie. » Ce droit était perçu par les 
receveurs du Gouvernement, mais le montant en était versé, tous les 
mois, dans la caisse des États de Flandre. L'origine de ce droit 
remontait, parait-il, à l'année 1653 (voir à ce sujet, Rapport de la 
Jointe des administrations cité, p. 68). 



— 293 - 

exécutée, probablement à cause des troubles qui 
survinrent bientôt après, et ces malheureux temps 
ayant exigé des secours multiples, l'on fut obligé, 
pour faire face aux subsides ordinaires et extra- 
ordinaires, de chercher d'autres moyens. 

(' Dès l'année 1542, l'on avoit établi, pour le 
terme d'un an, des impôts sur quelques consomma- 
tions, pour payer un subside accordé pendant 
cette année, et l'on avoit eu recours au même 
moyen les années suivantes, mais, dans la suite, le 
produit des impôts n'égalant pas les sommes accor- 
dées, parce que les demandes devenoient plus 
fréquentes, les États obtinrent de pouvoir lever à 
rentes ce qui y manquait, et d'affecter les levées 
sur le produit des impôts. Les premières levées de 
cette espèce furent effectuées pour acquitter un 
subside accordé à l'empereur Charles V, pendant 
l'année 1531 *. 

« Cette affectation d'hypothèque devoit naturel- 
lement faire durer les impositions jusques au rem- 
boursement des levées. L'on n'avait chargé d'abord 
que les vins, les eaux de vie et le vinaigre de vin; 
mais, dans la suite, de nouveaux besoins exigeant 
continuellement d'autres secours, l'on ajouta suc- 
cessivement de nouveaux impôts aux anciens; on 
les affecta pareillement pour les levées, et enfin la 



* Bien souvent, on dot recourir à des emprunts onéreux pour 
acquitter les subsides. En 1593, par exemple, les Quatre Membres 
empruntèrent, à cet effet, une somme de 60,000 florins, pour un terme 
de six mois, à raison d'un intérêt de 12 pour cent ! Ce taux exagéré 
donne une pauvre idée du crédit dont jouissait la province à cette 
C|>oque troublée. 






— 294 — 

plupart des consommations furent imposées, et le 
furent pour longtemps, attendu la grande quantité 
de rentes dont l'entremise des impôts et accises fut 
chargée. 

« Cette manière pour trouver les aides et sub- 
sides ne pouvoit cependant pas toujours durer : il 
devoit arriver un temps où les impôts, poussés 
aussi loin qu'ils pourroient l'être, seroient absor- 
bés par les intérêts des rentes j aflfectées, et ce 
temps arriva vers l'an 1630. Il fallut donc recourir 
à d'autres moyens, et il n'en fut point trouvé 
d'autres que de reprendre l'ancienne méthode de 
répartir le subside accordé sur toutes les adminis- 
trations composant la Flandre : mais, comme le 
Transport de 1517 avoit été reconnu impraticable, 
l'on résolut d'en former un nouveau, et, dans le 
pressant besoin où était le Souverain à cette époque, 
l'on se contente de former rapidement un Trans- 
port provisionnel qui ne devoit servir que pour un 
an : c'est celui de 1631 * , et les moyens courants qui 
ne pouvaient plus répondre à leur ancienne desti- 
nation, furent laissés pour faire face aux intérêts 
de leurs rentes et aux frais de régie : deux objets 
qui en absorbaient le produit tout entier. 

Cl Depuis lors jusques à nos jours (1764) la levée 
de ces droits a été continuée ensuite de diflFérents 
octrois qui furent fondus dans les conditions de la 
ferme de ces impôts, décrétées par le Gouverne- 
ment en 1702. Ces conditions décrétées présentent 



* Le Transport de 1631 basait les cotes des villes sur le com- 
merce, celles des châtellenies sur la culture. 



- 295 - 

distinctement la consistance de chacun des droits 
en particulier, et la liste qui en fût formée alors 
sert, avec l'interprétation qui en a été faite en 
1743, de règle pour la perception actuelle des 
droits existants avant 1702. Quant à ceux établis 
postérieurement, ils se lèvent en conformité de 
leurs octrois. Plusieurs points relatifs à cette per- 
ception avaient déjà été déterminés par le règle- 
ment des archiducs du 19 septembre 1614, et 
depuis la liste de 1702 l'a réglée sur un pied inva- 
riable quant au détail de la levée des droits. » 

Le rapport parle de la mise à ferme des impôts. 
Ce fut en 1701 que le Gouvernement, sur la pro- 
position du comte de Bergeyck, alors Surinten- 
dant des finances, demanda aux États que les 
impôts fussent affermés. Ils l'étaient déjà en partie, 
mais pour la plus petite partie seulement; de plus, 
l'adjudication n'avait lieu que pour un temps très 
court variant de six mois à un an. Après avoir 
soulevé bien des difficultés et des objections de 
toute nature, les États finirent par y consentir. 
L'adjudication eut donc lieu, en 1702, comme on 
vient de le voir, d'après un cahier des charges no 
renfermant pas moins de 273 articles, et poiir un 
terme de trois ans. Le résultat de cette innovation 
fut réellement remarquable : le produit annuel 
monta immédiatement de 700,000 à 1,300,000 fr. 
Les conditions de 1702, dit M. Gachard*, for- 
mèrent, pendant tout le siècle dernier, la loi fon- 
damentale des voies et moyens de la Flandre. 

* Recueil des Ordonnances etc., 8* série, tome I, p. 149. 



- 296 — 

Les ynoyens courants furent toujours perçus par 
et au profit exclusif de la province en vue de Tac- 
cord du subside ordinaire. 

Cette condition se trouvait ordinairement stipu- 
lée dans l'acte d'octroi du subside : « A condition 
qu'ils (les États) auront à leur prouflBct pour le 
fournissement du d* accord la partie des moyens 
courans de la province des deux saisons commen- 
cez le premier du mois, etc. * » « Que les droits 
d'imposition qu'on appelle moyens courans pendant 
le terme de ce subside demeureront au profit de 
cette province ...»«... op de middelen van de 
Imposition deser provincie die ghelicht worden tôt 
de betaelynghe van de leden, ayden, ende subsi- 
dien binnen dese provincie cours hebbende op de 
bieren, wynen, pastureerende ende gheslaeghen 
bestiaelen, daerin begrepen d'Impositie op de 
Schaepen, mitsgaeders op de specien van sont, 
visch, ende haerinck, alsoock op de uijtvarende 
beesten genaempt den grooten vuijtdrijf, ailes 
volghens de lijsten dan of sijnde enz. » 

En principe, personne n'était exempt du paye- 
ment des impôts appelés « moyens courants ; » 
légalement parlant, les ordres mendiants • et, plus 
anciennement, ceux des bandes d'ordonnances » en 
étaient, seuls, dispensés. 

Ce n'est pas que les demandes de dispense ne 
fussent nombreuses. C'était à qui invoquerait des 



> Archives communales de Gand, 1674, Invent, cité, série 91/2. 
« Id., 1672, Invent, cité, série 91/2. 

' Placards des 2i avril i59i, S avril 1597, i6 décembre 1624» 
livre II, pp. 672, 699 et 721. 



- 297 - 

privilèges pour éviter de devoir acquitter le malen- 
contreux impôt. 

Mais, les États, aidés en cela assez sincèrement 
par le Gouvernement — tout au moins aux époques 
de grande gêne — tinrent, aussi longtemps qu'ils le 
purent, la main à ce qu'on ne s'écartât pas de la 
règle de l'égalité devant l'impôt. 

En 1594, entre autres, le capitaine de la com- 
pagnie d'infanterie wallonne tenant garnison à 
Menin, prétendit exempter toute sa compagnie du 
payement des impositions provinciales *. Pas plus 
que bien d'autres, il ne put y réussir. 

Malheureusement, on était sous l'ancien régime, 
et, malgré tout et quoiqu'on fît, dans la suite, un 
grand nombre de dispenses furent successivement 
accordées. En 1725, un peu plus d'un siècle après 
le fait qui vient d'être signalé, la liste des exemp- 
tions est déjà démesurément longue. Presque tous 
les ordres religieux, notamment, étaient parvenus 
à se faire exonérer du payement des droits sur les 



* Voici la lettre qu*il reçut à ce sujet du Gouverneur Général, en 
suite de la plainte des Quatre Membres : « Cher et bien amé. Estant 
venu à nostre cognoissance que vous prétendez exempter vostre com- 
paignie du payement des Impositions qui se cueillent en Flandres 
pour le recouvrement de Payde de soixante mil florins par mois, direc* 
tement au contraire de Taccord des Quatre Membres de Flandres, et 
des lettres que feu notre cousin le Ducq de Parme nous auroit sur ce 
exempt et qu'entendons cela estre de grand préjudice pour la 
conséquence, fraudes et collusions qui y entreviennent. Avons 
trouve convenir de par ceste vous requérir et néantmoings au nom 
du Roy Monseigneur ordonnez bien expressément de payer à ladve- 
nir cestes impositions, sans ultérieure difficultés ou répliques comme 
font tous aultres capitaines tenans garnisons en Flandres, afin d'évi- 
ter toute confusion, et que lesdits Quatre Membres ne soyent occa- 
sionnez de recourrir à nouvelles doléances, Atant etc. » 



-- 298 — 

« consomptions. » Il en était de même de ceux du 
Conseil de Flandre, du Grand Conseil, du Conseil 
des Finances, etc.*. C'étaient là des exemptions 
légales, c'est-à-dire qu'elles étaient formellement 
décrétées par la loi. 

Ce ne fut cependant pas, on peut le vérifier par 
la lecture des actes d'octroi de subsides, faute 
d'instances et de protestations de la part des 
États. 

Le Gouvernement dut enfin, à plusieurs reprises, 
prendre des ordonnances pour obliger au payement 
de l'impôt des communautés entières, villes ou 
villages, qui le refusaient, illégalement celles-là, 
sous prétexte de franchises ou privilèges *. 



§2. 
Levée et administration des Impôts provinoiauz. 

La province opérait la levée et avait l'adminis- 
tration des deniers du subside. 

Plusieurs placards réglèrent cette matière. 

Les perceptions devaient être faites, par.billets 
a signés par celui qui fait la levée et contenant 
l'objet de ceUe-ci '. » 



* Recueil des Ordonnances, 8« série, t. HI, pp. 474 à 479 et 496 à 
601. 

■ Voir Placard du 23 août 1650, livre III, p . 357 ; Lettres de l'archi- 
duc I^opold 25 mars 165 1, livre III, p. 386 ; Ordonnances du 80 mars 
ni9, du Si janvier et du 7 juillet il 23, Recueil des Ordonnances 
ciU, 3« série, t. IIÏ, pp. 157 , 866 et 479. 

' Placard du 6 avril iSiB, 25 février i637, livre I, pp. 535 et 541. 



- 299 - 

C'était à la Députation des Ecclésiastiques et 
Membres à faire connaître à chaque châtellenie ou 
ville subalterne le montant qu'elle avait à payer 
dans le subside. Les administrations des chàtelle- 
nies et subalternes devaient, à leur tour, faire la ré- 
partition sur leurs villages et, enfin, les Baillis, 
Bourgmestres et Échevins des villages en faisaient 
la répartition sur leur territoire. L'acte contenant 
la répartition sur les villages devait être envoyé 
dans les quinze jours à la Députation *. 

Dans les villages, les payements se faisaient entre 
les mains du collecteur du village. Ce collecteur 
remettait la somme qu'il avait perçue au Receveur 
de la Châtellenie et ce dernier la remettait, avec 
celle perçue par lui-même, au Receveur de l'État, 
qui enfin la transmettait au Receveur général. 
Chacun de ces fonctionnaires prélevait un tantième . 

« De manière » dit Wynants» « que voilà au 
moins 25 pour cent d'intérêt pour un subside, à 
quoi on doit ajouter les frais pour les levées qui, 
par dessus le marché, sont fort considérables aussi 
bien que ceux de la collecte, reddition des comptes 
avec leurs appendances et dépendances. » 

L'imposition faite sur les habitants des villages 
par les Baillis, Bourgmestres et Échevins n'était 
soumise à aucun contrôle. 

n en était de même pour la perception même de 
l'impôt dans ces villages. 

Évidemment, ce système était vicieux et il 
donna lieu à des abus criants. 



» Placard du 31 août i682, art. 1, livre III, p. 1406. 
* Mémoire cité, p. 140. 



• 300 - 

« U me faudrait, » dit l'auteur du Mémoire donné 
à Végard du Gouvernement des Pays-Bas en 1707 
(p. 128), (c un volume entier, pour bien détailler 
les traitements, vacations, droits de dépêches, 
honoraires des auditions des comptes, diètes, frais 
et assemblées extraordinaires et autres émoluments 
d'ofiBce, dont jouissaient tant les Députés des 
Ecclésiastiques et quatre Membres de Flandres, 
que les Grands Baillis, Hommes de Fief, Échevins, 
Greffiers et Receveurs des villes et châtellenies 
particulières. » 

Le désordre qui régnait dans l'administration 
financière faisait qu'il fallait un temps infini pour 
obtenir le payement d'une ordonnance. D'autant 
plus que les ordonnances étaient bien souvent 
délivrées sans que les fonds y fussent pour l'ac- 
quitter. 

Tout cela plongeait le malheureux créancier 
dans des sollicitations continuelles dont il n'ob- 
tenait jamais une heureuse issue qu'après bien des 
frais, droits de dépêches, etc. A moins toutefois 
qu'il ne rachetât tous les détours par où il devait 
passer à beaux deniers comptants. Cette extor- 
sion dissimulée s'habillait ordinairement du nom 
« d'émolument d'office. » 

« C'est de cette manière, » ajoute l'auteur du 
même Mémoire (p. 136), « que j'ai vu enrichir une 
famille en 40 ans, dont le grand'père a été laquais 
du mien, et cette famille possède à présent plus 
d'un million et demi de bien. » 

Le Gouvernement ne pouvait continuer à tolérer 
un tel désordre dans la branche la plus importante 



— 301 — 

de radministration du pays et, en 1706, il pro- 
jeta d'établir un contrôle de l'administration du 
subside. 

Le 6 octobre de cette année un règlement fut 
publié ^ . Il était précédé de l'exposé des motifs sui- 
vant : « Sa Majesté la Reine de la Grande Bretagne 
et leurs Hautes puissances les Seigneurs États géné- 
raux des Provinces unies, étant informés que en fait 
de répartition, cotisation et payement des subsides 
tant ordinaires qu'extraordinaires de la province 
de Flandre, il s'est glissé de graves erreurs, omis- 
sions et dissipations, et qu'un grand nombre de 
baillis, magistrats, greffiers et autres, au lieu de 
s'acquitter de leurs devoirs, ont tellement autorisé 
en irrégularités, que l'expérience a démontré que 
les susdites répartitions, cotisations et payements 
se sont élevés à six fois l'import des subsides accor- 
dés pour la conservation et la défense du pays, 
sous prétexte et à titre de payements, d'intérêts 
de rentes, de vacations présents, dons et autres 
dissipations, quoiqu'ils soient défendus par le 
règlement du 30 juillet 1672 et autres ; lesquels 
abus ont servi à l'oppression générale des habi- 
tants de cette province, et occasionneront leur 
ruine complète si l'on n'y apporte au plus tô t les 
remèdes pertinents, etc. » 

Les États furent indignés de ces considérants, 
qu'il y a cependant — hélas ! — tout lieu de croire 
bien modérés et bien exacts *. 

* Recueil des Ordonnances etc., S* série, t. It, p. 28. 

* tt De toutes les Provinces, il n'y en a aucune qui soit plus en 
désordre que celle de Flandres, par la méchante conduite deg 



— 302 — 

« Si son Altesse et leurs Excellences — disaient- 
ils dans un de leurs mémoires * — avaient été de 
loisir pour s'en bien laisser informer au lieu qu'ils 
ont été continuellement occupés à la poursuite des 
ennemis et à l'augmentation de leurs glorieux 
exploits et conquêtes, ils auraient facilement de- 
couvert qu'on charge à tort les collèges et magis- 
trats des maux et misères de cette province. 

« Il y a bien des autres causes véritables des 
malheurs et accablements des peuples et habitants 
de la Flandre. Telles sont : 

ce L'absence et l'éloignement permanent de leurs 
princes souverains ; 

« Les changements successifs des gouverneurs 
généraux qui, comme étrangers, ont traité et régi 
ce pays, chacun à son tour et à sa mode. 

« La variation et l'instabilité des ministres éta- 
blis pour ces gouverneurs, chacun selon son génie 
et ses convenances. 

« L'exclusion des Flamands dans les affaires et 
consaux suprêmes et collatéraux ; 

Cl Les guerres continuelles qui ont plus dérangé 
et ruiné la pauvre Flandre qu'aucun autre pays de 
toute la domination du Roi ; 

ce Les extorsions violentes et licencieuses des 
soldats, tant propres qu'ennemis qui pour être 
mal payés et encore moins disciplinés, y ont sou- 
vent vécu sans ordre et sans règle ; 

membres, des chatellenies et des subalternes qui la composent, de 
manière qu'on ne sait où y mettre la main pour y apporter le remède » 
(WYNAifTS, Mémoire cité, p. 140). 
> Recueil des Ordonnances etc., S« série, t. II, p. 68. 



— 303 — 

« Joint à tout cela la vénalité des offices, tels 
que baillis, ammans, greffiers, etc. des villages. 

<c Voilà « conclut le mémoire » les véritables 
causes du désordre et de la ruine de la Flandre, 
que les États, Collèges et magistrats ont très sou- 
vent et toujours infructueusement représentés à la 
régence. 

« Et il n'est aucunement remédié à aucun de 
ces maux et malheurs par le moyen de ce nouveau 
règlement. » 

La « remontrance » conclut en demandant caté- 
goriquement la suspension ou, tout au moins, la 
modification du nouveau règlement. 

Ils firent des difficultés pour l'accord des subsi- 
des, refusèrent d'acquitter les sommes ordonnan- 
cées par le Gouvernement sur la caisse de la 
province et — ceci donne, une fois de plus, la 
mesure de leur puissance — le résultat fut qu'un 
décret du 3 février 1707, suspendit l'exécution dû 
règlement du 6 octobre 1706. Cette suspension 
équivalut à une véritable abrogation, car ce règle- 
ment ne fut plus jamais remis en vigueur*. 

La réforme de l'administration financière était 
donc, pour cette fois, manquée et les abus en cette 
matière ne firent, dès lors, que grandir. Ils furent 
la principale cause de la réforme beaucoup plus 
complète et plus radicale de 1754, dont il sera 
question plus loin. 

La rentrée de l'impôt était assurée par une for- 
mule que l'on retrouve invariablement à la fin de 

* Becueil des Ordonnances, 8* série, t. Il, p. 68. 



- 304 — 

tous les actes d'accord de subsides, c'était : « que 
l'acte d'acceptation du subside servira d'octroy, 
tant aux chefs collèges que villes et châtellenies 
subalternes pour pouvoir practiquier tous tels 
moyens qu'ils trouveront convenir pour trou- 
ver leurs quotes dans ce subside, comme aussy de 
Lettres exécutoriales pour contraindre les débi- 
teurs des susdits envoys et moyens par telles voye 
d'exécution raisonnable, comme sera pareillement 
trouvé convenir sans touttefois pouvoir user d'au- 
cune exécution militaire. » 

Il était défendu à la Députation d'accorder au- 
cune exemption ou modération aux fermiers des 
impôts. Cet objet rentrait dans les attributions du 
Conseil privé * . 

Enfin, la Province percevant le produit des 
impôts de consommation devait prévenir et répri- 
mer la fraude de ces impôts. — Cette fraude, au 
XVIIP siècle, avait pris de telles proportions que 
les fraudeurs ne se contentaient plus d'employer 
la ruse, mais se réunissaient en bandes de « trente 
à quarante et plus grand nombre de personnes, 
toutes bi^n armées, pour soutenir et défendre leurs 
espèces de brandevins qu'ils portaient sur leurs 
épaules dans des vessies. » — Pour réprimer cette 
contrebande armée les États demandèrent et ob- 
tinrent l'autorisation d'équiper et d'armer une com- 



> Placard du SI août isâi, art. 1^ liv. III, p. 1406. 

Voir aussi , au sujet de l'époque à laquelle se répartissaient et se 
levaient les subsides, entre autres, le règlement pour le pays du 
Franc du 16 octobre 1702 (Placards de Flandre, livre 17, p. 367}, 



- 306 - 



pagnie de cinquante hommes « pour ronder depuis 
la ville de Bruges, jusqu'à celle d'Anvers, au long 
des frontières de Hollande * » . 



TITRE VI. 



DE U REPRÉSENTATION PERMANENTE DES ÉTATS. 



LA DÉPUTATION DES ECCLÉSIASTIQUES ET MEMBRES. 

Les États de Flandre furent toujours représen- 
tés, dans l'intervalle des sessions, par une Députa- 
tion composée de délégués des Membres et du 
Clergé. Cette Députation devint permanente à 
partir de l'année 1674, c'est-à-dire, qu'à partir de 
cette époque, elle s'assembla journellement et du- 
rant toute l'année. 

Avant 1674, la Députation ne fut permanente 
que par intermittence •. 

La Députation était chargée de la direction jour- 
nalière des affaires et revenus de la province *. 

Ce n'était, qu'un pouvoir « dirigeant » qui ne 
prenait aucune décision de son propre chef. 



* Recueil den Ordonnances etc., S* série, t. III, p. S34. 

* Il n'existe pas au dépôt des ArchiTes de l'État, à Gand, de registre 
aux résolations de la Députation antérieur à l'année 1580 (Voir 
V Inventaire du Dépôt). 

* Gachard, Précis du régime provincial, 

20 



— 306 - 

La Députatîon recevait les communications du 
Gouvernement, correspondait avec celui-ci, en- 
voyait toutes les affaires à la délibération des chefs- 
collèges, et dressait les résultats des résolutions de 
ceux-ci. 

Parfois, la Députation, en transmettant les de- 
mandes ou propositions du Gouvernement aux 
chefs-collèges, plaidait pour ou contre ces de- 
mandes ou propositions* mais, c'était à cela, ou à 
bien peu de chose près, que se bornait son initia- 
tive. Cela est tellement vrai, que, même dans le 
cas où la Députation recevait un ordre précis du 
Gouvernement, elle ne le mettait à exécution 
qu'après communication aux chefs-collèges et déli- 
bération préalable de ceux-ci. 

La Députation comptait huit Députés, savoir : 
deux du clergé, deux de la ville de Gand, deux de 
la ville de Bruges et deux du Franc de Bruges. 

Les villes et communes subalternes, on le sait 
déjà, n'avaient aucun représentant dans la Dépu- 
tation. 

Les Députés du Clergé étaient désignés par les 
corps ecclésiastiques, et ceux des chefs-collèges 
par les Magistrats. Ces derniers Députés étaient 
toujours des membres du Magistrat. 

Par dérogation au principe de l'exterritorialité 
des provinces, ceux nés en Brabant pouvaient être 
Députés des Ecclésiastiques en Flandre. Ces Dépu- 
tés ecclésiastiques étaient élus pour trois ans, ils 
se divisaient en Députés primaires et secondaires, 

' Archives communales de Gand, 1694, Inveni, cité, série 91/4, 



— 307 — 

et leur mandat commençait à courir à la fête de 
Saint-Jean-Baptiste * . 

Les mêmes Députés ecclésiastiques ne pouvaient 
être en fonctions pendant plus de six ans *. 

La durée du mandat des Députés des villes ne 
fut pas expressément stipulée. Mais cette durée 
dépendait sans doute de celle de leur mandat 
comme membres du Magistrat. Or, on sait que les 
membres des Magistrats étaient, sauf de rares 
exceptions, nommés pour un temps assez court; 
généralement pour un an '. 

Le premier Échevin de Gand (voorschepene) était 
président de droit de la Députation. 

En son absence, c'était le Pensionnaire actuaire*. 

A l'origine, les Députés touchaient certaines 
indemnités, consistant en droits de vin, de vaca- 



> Déclaration de S. M. du 18 juin 1700. 

* Décret du 2 mars 1709. Ce décret établit le « roulement » de la 
Députation Ecclésiastique. En voici un extrait : Le Roi en son 
Conseil.... Comme il convient à notre service et au bien de notre 
province de Flandre que, pendant cette guerre, les Députés des 
Ecclésiastiques ne soient plus de six ans de suite dans la Dépu- 
tation des affaires qu'ils traitent avec ceux des Membres de la 
dite province, soit qu'ils aient été Députés comme primaires, ou 
comme secondaires, trois ans pour le département de Gand et trois 
ans i>our celui de Bruges, et que, dans l'un ou l'autre département 
ou en tous deux, les primaires aient été Députés à deux pour servir 
alternativement par mois ou plus long terme, ces Députations de 
changement de département et celles de Députés à deux comme pri- 
maires, à servir alternativement, étant tenues pour six années, nous 
vous faisons cette afin qu'en procédant au choix prochain des 
Députés primaires et secondaires, vous vous conformiez selon ce, à 
peine de nullité. A tant etc. [Reciteil des Ordonnances etc., 3* série, 
t. II, p. 202). 

* GiBON, Essai sur le droit communal, p. 18. 

« Mémoire cité (Archives de l'État à Gand, n» 4714;, 



— 308 — 

tîons, en gratifications pour l'audition des comptes 
et en quelques autres profits et émoluments. 

De temps à autre, on dut prendre des mesures 
pour ramener ces bénéfices à un taux raisonnable. 

Dans l'acte d'accord d'un subside, en l'année 
1594, les Quatre Membres se plaignirent de la 
réduction ainsi opérée sur les « gaiges » de leurs 
Députés. Ils prient son Altesse « d'avoir esgard à 
la grande chierté de tous vivres, et que quatre 
florins par jour ne sont pas tant pour ung député 
venant du dehors avecq ung cheval et serviteur...» 
pourtant a quant à ceulx qui résident au lieu se 
contenteront de demy-gaiges * . » 

Ce ne fut qu'au commencement du XVIIP siècle 
que l'on donna une organisation régulière à la 
Députation. 

Un règlement de Philippe V du 14 décembre 
1705 * contient cette organisation qui fut main- 
tenue jusqu'en 1754. 



^ Archives communaleB de Gand, 1594, Invent, cité, série 91/1. 

Un décret da 16 décembre 1750 défendit aussi aux États d'en- 
voyer des Députés en cour (à Bruxelles], sans y avoir été autorisé 
par le Gk)uvemeur Général ou son Ministre plénipotentiaire, afin 
« d'éviter d'inutiles frais de déplacements qui tombent à charge des 
bons et fidèles sujets de Sa Majesté. » 

* Ce règlement était précédé des considéi-ants suivants : « Le Roi 
en son Conseil. Sa Majesté s'étant fait représenter en son Conseil 
les règlements qu'il y a eu ci-devant sur l'Assemblée des Ecclé- 
siastiques et Membre de la province de Flandres et les États dressés 
par Charles Cobrisse, intendant des finances, sur les comptes qui 
reposent en l'Assemblée des dits Ecclésiastiques et Membres, en 
suite de sa comm<" du.... des impositions, viel impôt, moulage et 
autres droits qui se lèvent en la dite province et des rentes et charges 
ordinaires des vacations, droits de sus, d'audition des comptes, et 
autres profits et émoluments dont ont joui les Députés des dits 



— 309 - 

Les Députés devaient s'assembler tous les jours. 
Un Député des Ecclésiastiques et un Député, au 
moins, de chaque chef-collège, devaient être pré- 
sents, ainsi que les Pensionnaires de Gand ou de 
Bruges , lorsque le premier Échevin de Gand ou le 
Bourgmestre de Bruges étaient empêchés ' . 

Quant l'Assemblée se tenait à Bruges pour l'au- 
dition des comptes, le Bourgmestre de la conunu- 
nauté de Bruges devait alterner avec le Bourg- 
mestre du collège. A ce seul titre, une indemnité 
de mille florins lui était allouée. 

Quand l'audition des comptes se faisait au Franc, 

le Pensionnaire du Franc devait y assister et rece- 
vait également, de ce chef seul, une indemnité de 

mille florins. 



EccléBiastiques et Membres, deç gages » du tantième que profitent 
les commis, et ayant reconnu, par les anciens règlements que les 
Députés des Ecclésiastiques et Membres ne s'assemblaient que dans 
des temps et jours réglés, et lorsque nous trouvions convenir de les 
faire assembler extraordinairement pour affaires de notre service, et 
qu'ils n'ont continué leur Assemblée pendant toute l'année, que depuis 
l'année 1614 (fait ▲ noter), ensuite d'une lettre de la même année ; 
et ayant pareillement reconnu par les dits États, les différents 
comptes que l'on rend des mêmes moyens, et que ceux du vieil 
impôt, moulage, vieux et nouveau...., et autres pareils comptes 
s'entendent par Députés Ecclésiastiques et Membres, par district, 
sans intervention d'aucun commissaire de notre part ; et désirant de 
donner un ordre et règle à la direction de l'Assemblée des Députés 
des dits Ecclésiastiques et Membres, tant au regard de l'adm<><^ de 
leurs moyens que de l'audition des comptes d'iceux, et des vacations 
et de tous autres profits et émoluments dont les dits Députés jouirait 
à l'avenir, si longtemps que sa Majesté trouvera convenir de laisser 
continuer la dite Assemblée pendant toute l'année, comme aussi 
pour le tantième des gages fixes dont pourront jouir les commis en 
chaque district etc. [Recueil des Ordonnances etc. cité, 8^ série, 1. 1, 
p. 660). 

^ On peut conclure de là que c'était une coutume « obligatoire • 
de déléguer les chefs des Magistrats des deux villes. 



— 310 — 

Cette audition des comptes devait avoir lieu le 
P"* août de chaque année. 

Chaque Député jouissait d'un traitement fixe de 
quatre mille florins, et, moyennant ce traitement, 
ne pouvait toucher aucune indemnité, à quelque 
titre que ce fût, même pour frais de route et de 
déplacement. De plus, ils devaient être présents 
aux séances. Un registre d'absence était tenu par 
le Pensionnaire, mais on ne défalquait cependant 
des « gages » que lorsque les deux Députés d'un 
même collège avaient été absents. 

Les Députés usaient largement de cette latitude 
et il n'y avait, pour ainsi dire, jamais plus d'un 
Député de chaque collège, présent aux réunions de 
la Députation. 

Les Députés jouissaient de ce que l'on est 
convenu d'appeler aujourd'hui, l'immunité parle- 
mentaire. 

Ils ne pouvaient être ni arrêtés, ni emprisonnés, 
pendant la durée de la session pour dettes du pays 
de Flandre * et jouissaient de la liberté de parole la 
plus complète. 



* Les Députés des Ecclésiastiques et Quatre Membres s'étaient 
plaints d'être parfois saisis et arrêtés dans l'accomplissement de leur 
députation, à la requête de divers rentiers ayant des rentes sur les 
droits de l'impôt et du moulage : « bien qu'ils n'eussent pas, 
disaient-ils, « les deniers du pays en poche » (en de voorseyde ghe- 
deputeerde gheen penninghen van het Landt in de borsen en hebben,.,). 
Le 20 juin 1657, le Roi rendit un acte déclara toi re {Placards de 
Flandre, livre III, p. 1460) décidant que les Députés eu déjmtation, 
s'y rendant ou en revenant, n'étaient susceptibles ni d'être exécutés, 
ni d'être arrêtés (niet arresterelijck noch executerelljck en zijn) et 
étaient exempts de tous arrêts, exécution ou détention, pour dettes 
du pays de Flandre. 



— 311 — 

Cette liberté de parole n'était, à la vérité, pas 
expressément garantie en Flandre (elle l'était en 
Brabant et en Limbourg) , mais elle existait en fait « . 

AcH. Gallet-Miry. 
(A suivre.) 

• Gachard, Précis du régime provincial, p. 91. 



— 312 — 



LE BOURREAU DE GAND'. 



»•••« 



La construction par les États de Flandre de la 
maison de détention, Rasphuis ou Spinhuis^ à la 
Coupure, ordonnée en vertu de l'octroi de l'impé- 
ratrice Marie-Thérèse du 17 janvier 1772, réduisit 
considérablement le nombre des exécutions capi- 
tales. Les tribunaux, au lieu de prononcer la peine 
de mort, condamnèrent plus souvent les délin- 
quants à être enfermés dans la nouvelle maison de 
correction de Gand. 

Cette prison, dont le premier échevin de la 
Keure, voorschepen, Vilain XIIU conçut le projet, 
fut construite d'après les plans de l'architecte 
gantois J. B. Malfeson. Elle est de forme octogone. 
Cinq ailes furent achevées complètement en 1774; 
les trois autres ailes furent construites en 1824 
sous la direction de l'architecte L. Roelandt. 

Le nombre des exécutions capitales diminua 
aussi considérablement par la promulgation de 
l'édit de l'empereur Joseph II, du 3 avril 1787, 
sur les réformes judiciaires. L'article LX de cet 
édit ordonnait à tous les tribunaux de soumettre 

» Suite. — Voir Mess, des Sciences hisi., 2« liv. 1891, p. 170. 



— 313 — 

au Conseil souverain de justice, que l'empereur 
venait de créer à Bruxelles, les dossiers des juge- 
ments condamnant à la peine capitale. 

De cette façon, les jugements n'étant plus exé- 
cutés le jour même de leur prononciation, l'empe- 
reur pouvait user du droit de grâce en faveur 
des condamnés. Le Conseil souverain, de son côté, 
avait la faculté de commuer la peine de mort en 
celle de l'emprisonnement. 



Ce fut en 1674 que s'introduisit à Gand l'usage 
de faire sonner les deux grosses cloches du beffroi 
pendant l'exécution des condamnés à mort. Les 
cloches sonnèrent pour la première fois le 14 mars 
1674 à l'occasion de l'exécution par la corde d'un 
nommé Anthone Derie, coupable de vols. U fut 
pendu sur le marché aux Grains. On lit à ce sujet 
dans le registre des délibérations des échevins de 
la Keure : 

Actum den 14 maerte 1674. 

Ten yoornoemde daghe wiert gheresolveert hedent ten 
elf uren en half te doen luyden de twee groote clocken, Toor 
dat men sal doen justitie van de doodt, ende de zelve te 
laeten luyden tôt dies de justitie dieder staet te ghebruycken 
sal Yolbracht werden, twelcke inen in toecommende tyden 
sal bly ven observeren. 

Tous les faits, dont nous nous sommes occupés 
jusqu'ici, se rapportent à des exécutions capitales 
que le bourreau faisait sur l'une des places pu- 
bliques de la ville de Gand. Il arrivait aussi que. 



— 314 — 

soit à raison du caractère spécial du délit, soit à 
raison de la position des délinquants, certaines 
exécutions capitales se faisaient en secret et à l'in- 
térieur, met beloke deuren, du château des comtes 
ou de la prison du Chasteletie. 

Nous n'avons pas cru devoir nous occuper par- 
ticulièrement de ces sortes d'exécution qui se fai- 
saient toujours par la corde ou par le glaive et ne 
différaient en rien de celles auxquelles assistait le 
public. 

Les autorités, qui occupaient les fenêtres de 
l'Eléphant quand les exécutions avaient lieu au 
marché aux Grains, ne se contentaient pas toujours 
de boire un verre de vin ou un verre de bière dans 
cette auberge. Il arrivait souvent qu'après l'exé- 
cution, ces mêmes autorités allaient encore se 
régaler, aux frais de la ville, dans l'une ou l'autre 
hôtellerie en renom du voisinage. 

Lors d'une quadruple exécution, qui eut lieu au 
mois de février 1451 pendant la période agitée de 
la révolte des Gantois contre le gouvernement du 
duc de Bourgogne Philippe-le-Bon, les autorités 
allèrent s'asseoir à la table de l'hôtellerie le Cha- 
peau rouge, aujourd'hui société particulière, située 
dans la petite Turquie. Ce détail nous est révélé 
par les comptes communaux de 1450-1451 où nous 
lisons au folio 211 v^. 

Item yan den coste ghedaen te Willems vande Parke in 
den Roeden hoet by de iii hooftmanDen raedsleden ende 
haerlieden ghesels up den laetsten dach in spoorcle doe de 
iiii persoonen gheexecuteert waren voor tchastelet dronghen 
xxiiii sch. vi den. gr. 



— 315 — 

Les trois hooftmannen, dont il est question dans 
ce compte, étaient les trois dictateurs nommés par 
les Gantois pendant la guerre contre le duc de 
Bourgogne : Jan Willaey, représentant la bour- 
geoisie ou Poorie^nj, Lievin Boene représentant les 
métiers et Everard van Bottelaere représentant les 
tisserands. 

Au mois d'avril suivant les Gantois furent battus, 
dans une expédition contre Audenarde, par les 
troupes du duc de Bourgogne Le peuple s'en prit 
aux trois dictateurs qui furent destitués et con- 
damnés à leur tour à mort. Le bourreau Jan 
Blondeel les décapita le 30 avril 1451. Ces trois 
hooftmannen étaient loin de se douter, quand ils se 
régalaient au Chapeau rouge, que deux mois plus 
tard leurs têtes devaient rouler sur l'échafaud. 



Les différents modes d'exécution que nous ve- 
nons de passer en revue, sauf la décapitation, 
furent abolis lors de l'annexion de notre pays à la 
France. 

On appliqua le code pénal de 1791 dont les ar- 
ticles 2, 3 et 4 du titre I de la première partie 
sont conçus comme suit : 

2. — La peine de mort consistera dans la privation de la 
vie sans qu^il puisse jamais être exercé aucune torture 
envers le condamné. 

3. — Tout condamné à mort aura la tête tranchée. 

4. — Quiconque aura été condamné à mort pour crime 
d^assassinat, d'incendie ou de poison sera conduit au lieu 
de Texécution revêtu d'une chemise rouge. — Le parricide 



— 316 — 

aura la tète et le visage voilés d^une étoffe noire; il ne sera 
découvert qu'au moment de Texécution. 

Tous les tourments, qu'on faisait endurer jusque 
là aux condamnés à mort, furent donc supprimés. 
L'introduction du code de 1791 dans notre pays 
ne fit que continuer l'œuvre humanitaire commen- 
cée par l'empereur Joseph II. 

Malheureusement le code pénal de l'empire fran- 
çais de 1810 (mis en vigueur le 11 janvier 1811) 
rétablit le supplice infligé autrefois aux parricides. 
L'article 13 porte : 

Le coupable condamné à mort pour parricide sera conduit 
sur le heu de Texécution en chemise, nu-pieds, et la tête 
couverte d'un voile noir. 

Il sera exposé sur Téchafaud pendant qu'un huissier fera 
au peuple lecture de l'arrêt de condamnation ; il aura ensuite 
le poing droit coupé, et sera immédiatement exécuté à mort. 

La dernière exécution de ce genre à Gand eut 
lieu le 20 juin 1821. L'arrêt de condamnation 
portait : 

Het hof recht doende verwyst L. V. B. om in zyn hemde, 
baervoets en het hoofd gedekt met een zwart floers te 
worden geleyd op een der publieke plaetsen dezer stad 
alwaer hy op een schavot zal worden teu toon gesteld terwyl 
eenen der deurwaerders aen het volk het voorhandig arrest 
zal voorlezen om diensvolgens de rechte hand te worden 
afgekapt en terstond daer ter dood te worden g'executeert. 

Dans la collection de vues de la ville de Gand, 
conservée à la bibliothèque sous le nom de AUas 
Gantois, se trouve une lithographie de Kerchofs 
représentant cette exécution. 



— 317 — 

Au milieu du marché du Vendredi est dressé 
l'échafaud. Le condamné est couché sur la planche, 
la main droite étendue sur un billot. Le bourreau 
s'apprête à tirer la corde qui doit faire tomber le 
couteau. Un aide du bourreau tient des deux 
mains un couperet, avec un manche à chaque 
extrémité, au-dessus du poignet du patient, pen- 
dant qu'un autre aide lève un maillet de bois 
avec lequel il donnera sur ce couperet un violent 
coup qui tranchera la main. 

Le nouveau code pénal belge de 1867 a supprimé 
cette peine spéciale appliquée aux parricides. 

Jusqu'à la mise en vigueur du code de 1810, le 
condamné à mort était, conformément à l'article 4 
de la loi de 1791 que nous venons de citer, conduit 
au lieu de l'exécution revêtu d'une chemise rouge. 
Le dernier arrêt, rappelant cet article, est du 22 
mai 1810. On y lit : 

Ordonne que conformément à Tarticle 4 de la loi ci- 
dessus transcrite ledit J. P. sera conduit au lieu du sup- 
plice revêtu d^une chemise rouge. 



La proclamation du 27 brumaire an III (17 no- 
vembre 1794) des représentants du peuple près les 
armées du Nord et de Sambre et Meuse, que nous 
avons citée déjà au chapitre de la torture, dit en 
son article cinq : 

Le condamné à mort sera fusillé à moins que les magis- 
trats du pays n'ordonnent remploi de Tinstrument des sup* 
plices, usité en France. 



— 318 — 

Toute autre manière de donner la mort est interdite 
comme injurieuse à la nature et àPhumanité. 

L'instrument des supplices, dont parle cette 
proclamation, est la guillotine qui fonctionnait on 
France depuis le mois d'août 1792. 

On fit usage de la guillotine pour la première 
fois à Gand le 9 fructidor an IV (26 août 1796). 
Le bourreau exécuta un ouvrier de Nazareth, 
nommé Enmianuel Claus, condamné à mort le 21 
thermidor an IV (8 août 1796) pour assassinat et 
brigandage. L'exécution se fit sur le marché du 
Vendredi nommé alors la place de la Liberté. 

La déclaration de décès fut faite à l'hôtel de 
ville le jour même de l'exécution. Le membre de 
l'administration communale du canton de Gand, 
Judocus Huyttens, ofl&cier public de l'état-civil, 
acta la déclaration des deux témoins de la façon 
suivante : 

« 

... Jacques Scarmier employé au bureau des logements 
de cette commune et Nicolas Brûlez ex-sergent de police... 
voisins de la place de la liberté, lesquels m'ont déclaré que 
Emmanuel Claus, âgé de 22 ans, tisserand natif de Nazareth 
(sans que les comparants puissent déx^larer les prénoms, 
noms et domiciles des père et mère dudit Emmanuel Claus) 
est mort ce soir quart avant quatre heures d'une mort 
violente sur ladite place de la liberté. 

La dernière exécution capitale à Gand eut lieu 
le 22 mai 1861. Il s'agit d'un cabaretier de 
Bouchante condamné à la peine de mort par arrêt 
de la Cour d'assises de la Flandre orientale du 



«r 



-- 319 — 

15 mars 1861, du chef d'assassinat commis sur sa 
femme. 

L'exécution, à laquelle procéda le bourreau 
J. Hanoff, se fit sur la plaine du château des Espa- 
gnols (aujourd'hui quartier de l'Abattoir et du 
boulevard du Château). 

Bien que la peine de mort fut maintenue dans 
le Code pénal belge de 1867, la guillotine no 
fonctionna plus depuis cette époque en notre ville. 

J. Hanoff, décédé le 3 février 1866, fut le 
dernier exécuteur des hautes-œuvres criminelles 
à Gand. 



V. 

APPLICATIONS DES PEINES CORPORELLES. 
FONCTIONS DIVERSES. 

Dans les chapitres précédents nous avons parlé 
des fonctions du bourreau en tant qu'elles concer- 
naient l'application de la torture et les exécutions 
capitales. Nous allons nous occuper maintenant des 
peines corporelles, n'entraînant pas mort d'homme, 
que le bourreau était chargé de faire subir à cer- 
tains délinquants. 

Une des peines corporelles, que le bourreau 
devait le plus fréquemment infliger, était celle de 
la flagellation avec des verges ou avec des lanières 
de cuir. Quand il s'agissait de simples peccadilles, 
sans récidive, le condamné recevait les coups dans 
la salle d'audience et en présence des échevins de 
la Keure seuls, in beslotene camere. Dans tous les 



— 820 — 

autres cas le condamné subissait sa peine en pu- 
blic. Le bourreau lui appliquait les coups de verges 
dans la salle d'audience, in opene camere, sur le 
marché aux Grains, sur le marché aux Poissons, 
devant l'hôtel de ville ou enfin sur un chariot qui 
parcourait les principales rues de la ville. 

Les individus, condamnés au bannissement per- 
pétuel ou temporaire, devaient, avant de quitter la 
ville, être d'abord fouettés jusqu'au sang, ghe- 
gheesselt totten bloede. 

Nous avons déjà fait observer que les registres 
criminels, conservés aux archives communales, ne 
remontent guère qu'aux premières années du sei- 
zième siècle. Aussi est-ce dans les comptes de la 
ville que nous avons puisé les premiers renseigne- 
ments à ce sujet. Voici deux articles de dépenses 
des comptes du quinzième siècle concernant le 
salaire spécial payé de ce chef au bourreau : 

Item meester Matàeas Laureins scarpcoc van dat hy 
een jonc dieyekin met roeden uter stede ghesleghen heeft. 
Âctum xi december Lxxn xx den. gr. 
(1472-1473, folio 203 yo.) 

Item meester Cornelis de Meersman scarpcoc van dat hy 
uut laste van scepenen viii persoonen te diverssche waerfteu 
ghesmeten ende ghegheeselt heeft met roeden uut deser 
stede van elken v gr. comt iii se. iiii den. gr. 
(1481-1482, foUo 381 Y>.) 

Au folio 138 r° des comptes communaux de 
1482-1483 se trouve mentionné un article de dé- 
penses fort étranges : 

Item betaelt meester Cornelis de Meersman scarpcoc van 
deser stede van dat hy met roeden ghesmeten heeft Han- 



^ 321 - 

nekin de Gorte in aile de scolen van deser voorseyde stede. 
Actum den xxiiii® marty anno T.xxxm y den. gr. 

n semble, d'après le texte de cet article de dé- 
penses, que le bourreau Comelis de Meersman se 
rendit dans les dififér entes écoles de la ville et 
infligea, dans chacune d'elles, la peine du fouet ou 
des verges au jeune Hans de Corte. Celui-ci était 
donc un écolier condamné à la flagellation, qu'on 
promenait d'école en école pour y subir sa peine 
en présence de ses condisciples, auxquels ce spec- 
tacle devait servir d'exemple. L'usage de ce genre 
de punition nous donne une triste idée des mœurs 
scolaires de cette époque. 

Voici maintenant deux autres condamnations à 
la peine des verges prises dans les registres cri- 
minels du dix-septième siècle {Criminele vonnissen ; 
série 215*). 

Le 23 juin 1623 les échevins de la Keure con- 
damnèrent un vagabond à être flagellé d'abord sur 
un échafaud, dressé devant l'hôtel de ville, et en- 
suite devant chacun des quatre piliers élevés sur le 
marché aux Poissons (aujourd'hui le marché aux 
Légumes devant l'ancienne boucherie). 

Omme dat ghy, Jan Lenard, gheboren yan Ryssele .... 

Wysea u ende condemneren u eerst up het schayot yoor 
het stadthuus ende daernaer rontomme de yier pilaeren yan 
den vismarct ghegheesselt te worden totten bloede bannen 
u voorts uut den lande ende graefschape yan Vlaenderen 
den tyt van twintich jaren, te ruymen de stede binnen 
zonneschyn ende liant binnen derden daghe met interdictie 
yan middelertyt daer meer inné te commen, op peyne van 

21 



- 322 — 

herglieeselinghe, Yoorderen ban ofte andere arbitraire cor- 
rectie. 
Gheprononchiert den 23 juny 1623. 

Le 21 août 1631 un faussaire, du nom de Liévin 
van Beveren, fut condamné au bannissement et à 
la flagellation. On commença par lui appliquer 
cette peine, d'abord sur un échafaud dressé devant 
l'hôtel de ville. On le plaça ensuite sur un chariot 
qui fit ce qu'on nommait « den grooten toer, » Le 
chariot s'arrêtait vingt-quatre fois et à chaque 
station le bourreau, Abraham Balthasar, appliquait 
sur les reins et sur le dos nus de van Beveren un 
certain nombre de coups de verges ou de lanières. 

Omme dieswille dat ghy lieven van Beveren... 

Condempneren u alhier in opene camere voor heere ende 
weth de twee rente brieven by u valschelick verkent te 
casseren en scheuren ende ghegheeselt te worden up een 
schavot voor het stadhuysdeserstede totten loopende bloede 
met het strop aenden hais, ende de selve ghecasseerde 
ende ghescheurde rentebriefven hanghende voren up nwe 
borst, in dienstaet gevoert up eenen waghen van vierweech- 
scheede te vierweechscheede den grooten toer ghegheesselt 
te worden, bannen u den t^ t van dertich jaeren... 

Gheprononchiert den 21 augusti 1631. 

On attacha les faux titres sur la poitrine de van 
Beveren. C'est ainsi qu'il subit sa peine. Les vingt- 
quatre carrefours, Vierwegh, constituant le grand 
tour où le charriot s'arrêtait pendant que le bour- 
reau appliquait un certain nombre de coups de 
verges au patient, étaient les suivants : 

1. Devant l'hôtel de ville. 



— 323 — 

2. Au coin de la rue Haut-Port et du Sablon. 
3» Devant l'église de Saint-Bavon, 

4. Sur la place de la Calandre. 

5. A rextrémité de la rue aux Vaches. 

6. Sur la place d'Armes. 

7. Au coin de la rue du Soleil et de la rue des 
Champs. 

8. Au-delà du pont des Récollets. 

9. Devant le couvent des Dominicains, au coin 
de la rue des Sœurs noires. 

10. Sur le cimetière de Saint-Michel, devant la 
rue d'Angleterre. 

11. Sur la place du Marais. 

12. A la rue Haute devant le quai au Bois. 

13. Au coin de la rue Haute et de la rue du 
Poivre. 

14. A la rue de Bruges devant le grand Bégui- 
nage. 

15. A l'extrémité de la rue de Bruges près du 
pont de la Décollation. 

16. Au grand Gewat devant la rue du Pot d'étain. 

17. Près de la grue placée au quai de la Lieve. 

18. Devant le couvent des Augustins. 

19. A l'extrémité de la rue longue des Pierres 
près du pont dit schaepbrugghe. 

20. Place de l'Écluse. 

21. Près du pont du Laitage. 

22. Au marché du Vendredi. 

23. Au coin de la rue longue Monnaie et de la 
rue Haut-Port. 

24. Au marché aux Grains devant la prison du 
Chastelette. 



— 324 — 

On peut facilement juger dans quel triste état 
devait se trouver le corps de ce malheureux auquel 
le bourreau avait fait faire cette promenade, con- 
nue sous le nom de den grooten Toer, 

La peine de la marque accompagnait, dans beau- 
coup de cas, celle de la flagellation. La marque, 
qui consistait en la lettre G (Gent), était appliquée, 
au moyen d'un fer rougi au feu, sur le dos ou sur 
la joue. 

Dans le registre criminel de 1564 se trouve, au 
folio 305, la copie d'un jugement du 17 juin de 
cette année, condamnant une femme à être bannie 
après avoir été flagellée et marquée sur le dos. 
Elle s'était rendue coupable de vol et de port de 
faux nom. 

... Petronella alias Petze vande Velde f^ Lenaerts... con- 
dempnereu u alhier in opene camere ghegheeselt te werdene 
up u bloot lichaem totten bloede ende voorts ghestelt te zijne 
up eenen waghene voor scepenhuus aen eenen staeck met 
een teeken van de galghe daerboven en een scroo voor u 
ooghen alvooren metten brant maercke deser stede up uwen 
rugghe ghemarqueert wezende aldaer van ghelycken ghe- 
gheeselt te zyn ende yoorts de vier principale vierwech- 
Bcheeden ghevoert ende aldaer insghelycx ghegheesselt te 
werdene verbannen u... 

Le jugement ordonne que la condamnée aura la 
figure couverte d'une pièce d'étoffe (scroo) et que 
le poteau, auquel on l'attachera sur le chariot, sera 
surmonté d'une potence. 

Quand le bourreau devait appliquer la marque 



— 325 — 

sur la joue du condamné, le jugement portait ordi- 
nairement : 

Condempneren u... ghegheeselt ende ghebrandtmerckt te 
wesen op uwe rechte kaecke van u angesicht... 

La marque, apposée sur la joue, était ordinaire- 
ment une croix. C'est ce qu'on nommait mei een 
gloeyende ysere, cruuswys, gheslueteU op zijn cake. 

Après avoir reçu les coups de verges, le condamné 
était parfois exposé encore sur l'échafaud dressé 
devant l'hôtel de ville ou devant la prison du 
Chastelette. 

Dans le registre criminel de 1567 se trouve, au 
folio 111, un jugement rendu par les échevins le 
17 juin de cette année et condamnant un homme 
marié, Carel Utenhove, qui avait trompé une jeune 
fille en se faisant passer pour célibataire, à être 
battu de verges et exposé ensuite devant la prison 
du Chastelette avec deux rouets à côté de lui. 

Dans les pays du Nord on avait l'habitude d'ex- 
poser entre deux rouets, spinroken, les individus 
qui s'étaient rendus coupables d'adultère. Les deux 
rouets, ustensiles d'un usage exclusivement fémi- 
nin, représentaient la femme légitime et la femme 
avec laquelle le condamné avait eu des relations 
criminelles. 

Nous n'avons rencontré à Gand qu'une seule 
exposition de ce genre; c'est celle de ce Carel 
Utenhove. 

Omme dat ghy Caerel Uutenhove u vervoordert hebt tôt 
cleynicheyt eude derisie vande sacramente des huwelycx 



1 



— 326 — 

zeker jonghe dochter der welcke ghy te kennen gaft noch 
onghehuwet zynde, de bruyt te maeckene ende te be- 
slaepene, scepenen vander keure condempneren u alhier in 
opene cameren ghegheeselt te werdene op u bloot lichaem 
totten bloede ende voorts ghestelt te werdene up tpelorju 
voor Chastelet deser stede, tusschen twee spinrocken den 
tyt van een half uere met uwen tytle voor u borst. Actum den 
ITjuny 1567, 

Le jugement porte encore que Utenhove aura la 
tête couverte d'une pièce d'étoffe et que sur sa poi- 
trine sera attachée une pancarte faisant mention 
du genre de délit dont il s'est rendu coupable. 

Il arrivait aussi que des malfaiteurs étaient 
condamnés à recevoir des coups de lanières ou de 
verges plusieurs jours de suite. Le MemoHeboek 
cite le cas d'un nommé Daniel Vanden Hende, que 
le bourreau Gaspard Saerp, frappa de verges les 
26, 27 et 28 janvier 1512 sur l'échafaud dressé 
devant la prison du Chastelet te, 

A en croire le texte de certains jugements, l'ex- 
position n'était pas seulement une peine, c'était 
encore un moyen donné au public de reconnaître 
dans l'individu exposé l'auteur d'un délit resté 
impuni jusqu'alors. 

Le criminele hoek de 1564 contient, folio 314, 
un jugement condamnant un vagabond, coupable 
de mendicité, à être exposé pendant une heure et 
à être ensuite banni à moins que quelqu'un ne 
l'accuse d'un autre délit : 

... Condempneren u ten tooghe ghestelt te werdene up 
tpeloreyn voor tchastelet deser stede den tyt van eender 



— 327 — 

hnere ende indien ghy by nyemaut belast ofte bezwaert en 
werden bannen u... 

Voici un autre jugement de ce genre condam- 
nant un individu à être exposé, pour cause de vol 
de plomb, pendant une heure et demie devant la 
prison du Chastelette. Il subit sa peine le 21 no- 
vembre 1670, avec l'objet volé suspendu à son cou. 
Le 5 janvier 1671, les échevins le bannirent de la 
VÎUe de Gand, en constatant dans leur sentence que 
depuis l'exposition publique personne ne l'avait 
accusé d'un méfait quelconque. 

Omme dieswille dat ghy Jacques de Vuldere f^ Christiaens 
u vergheten hebt ecn deel ofte eynde van eene loode buyse 
af te vrynghen weghende 10 ofte 11 pond. Schepenen, 
gheoord deu criminele heesch by den onderballiu ter causen 
van aldien t^uwen lasten gemaekt ende ooghmerck nemende 
dat ghy ter causen van de voorseyde dieverye op den 
21 november 1670, voor de voornomde vanghenesse van de 
chastelette op het pilloryn een ure en half te toonen hebt 
ghestaen met het voorseyde stack ghestolen loodt han- 
ghende aen uwen hais, sonder dat ghy van iemandt voorder 
beswaert syt gheworden... 

Les échevins retinrent, comme on voit, ce 
Dewulf pendant six semaines environ après la date 
de l'exposition. Aucune nouvelle plainte n'étant 
parvenue depuis à sa charge, il fut définitivement 
condamné au bannissement. 

Nous avons rencontré un jugement analogue, 
rendu en 1714, contre un individu accusé d'avoir 
volé deux poulets que le bourreau lui attacha au 
cou pendant l'exposition. 



— 328 — 

La peine de la marque et celle de rexposition 
furent maintenues dans la législation moderne par 
les articles 20 et 22 du code pénal de 1810. Ces 
peines ne figurent plus dans le code pénal belge 
de 1867. Une loi spéciale du 31 décembre 1849 
avait déjà aboli la marque. 

On imprimait, « avec un fer brûlant », sur 
l'épaule droite du condamné la lettre T quand il 
s'agissait des travaux forcés à temps et les lettres 
T P quand il s'agissait des travaux à perpétuité. 

Les condamnés subissaient à Gand la peine de 
la marque sur un échafaud dressé au marché aux 
Grains. Ce fut le 31 juillet 1845 que cette peine 
fut appliquée pour la dernière fois. Depuis lors, 
jusqu'à son abolition par la loi de 1849, un arrêté 
royal de grâce ou bien encore l'arrêt de la cour 
d'assises lui-même dispensait l'accusé de subir cette 
peine infamante. 

Quant aux expositions publiques, qui se faisaient 
également sur le marché aux Grains, la dernière 
eut lieu le 19 mars 1851. Depuis ce temps jusqu'à 
l'introduction du nouveau code pénal de 1867, le 
condamné, de même que pour la marque, recevait 
dispense de subir cette peine. Il n'y a exception que 
pour les condamnés par contumace qu'on expose 
en effigie, c'est-à-dire que le nom du condamné et 
le texte de l'arrêt sont affichés à un poteau au pied 
duquel se tiennent le bourreau et des gendarmes. 



. Une autre peine, accessoire au bannissement, 
que le bourreau devait souvent appliquer consistait 



— 329 - 

à couper toute ou partie de Toreille du condamné, 
ou bien à le clouer avec l'oreille à un poteau dressé 
sur l'échafaud. 

Il est déjà fait mention de l'application de cette 
peine dans les comptes du quatorzième et du quin- 
zième siècle. 

Item Pieterken Philips koc van Artevelde van i zweerde 
ii vrancke item doe hi doere af sneet xii gr. 
(1382-1383, folio 249 vo.) 

Item ghegheven den grooten Karelen van eenen messe 
daer hy den knecht met de hoore af sneet viii gr. 
(1443-1444, folio 166 vo.) 

Voici un jugement rendu le 16 mars 1520 par 
les échevins de la Keure contre un individu accusé 
de vol. H est condamné à être battu de verges et 
à être exposé jusqu'à une heure de l'après-midi. 
Le bourreau, Nicolas Bertram, lui coupa ensuite 
les deux oreilles et le mena la corde au cou et en 
le battant de verges, jusqu'au fourches patibu- 
laii*es de la porte du Muide, Ces peines étaient 
le complément d'une condamnation à cinquante 
années de bannissement de la Flandre. 

Dit Lankin Corbeel was by scepenen vander kuere op den 
16 maerte 1520ghecondemneertghegheeselt te worden met 
eene roede ende een bast an zynen hais totten peleryn ende 
aldaer te sittene tôt eenen hueren naer de noene ende voorts 
hem afghesneden te werdene den meesten deel van beede 
zynen hooren, ende voorts metten selven baste an zynen 
hais ghegheeselt te werdene tôt ande galghe ter mude ende 
vyftich jaeren ghebannen uut Ylaenderen. 



— 330 — 

Les juges condamnaient aussi les délinquants à 
être cloués par Foreille à la potence de la porte du 
Muide, au pilori du marché aux Poissons ou à un 
poteau dressé au marché aux Grains ou devant 
l'hôtel de ville. Ds restaient ainsi exposés jusqu'à 
ce qu'ils eussent, sans se servir de leurs mains, 
arraché eux-mêmes leur oreille du poteau ou de la 
potence à laquelle elle était clouée. 

Voici un jugement de 1520 condamnant un 
voleur nommé de Ketheleere à être battu de verges 
depuis l'hôtel de ville jusqu'au piloris dressé de- 
vant la prison du Chastelette. On devait ensuite lui 
couper les cheveux et le clouer avec l'oreille à un 
poteau. U fut de plus banni pendant dix ans de la 
Flandre : 

Dit Hanskin de Ketheleere was up den 27 maertg 1520 
ghecondempneert ghegheeselt te werdene van den scepen- 
huuse totten pelloryne ende zyn haer afghesneden te wer- 
dene, zyn hoore ghenaghelt an eenen stak up tselve pillorjn 
ende aldaerte stane tôt hy die aftrect ende voorts ghe- 
bannen 1 jaren uut Vlaenderen. 

Quel spectacle édifiant que la vue de ce malheu- 
reux s'efforçant, avec le moins de douleur possible, 
de détacher son oreille transpercée d'un clou et 
fixée dans le poteau ! Quelles plaisanteries ce spec- 
tacle ne soulevait-il pas dans cette foule, accoutu- 
mée à voir des condamnés subir des supplices 
mille fois plus cruels ! 

La peine, prononcée autrefois contre les blas- 
phémateurs, consistait à avoir la langue coupée, 



— 331 — 

percée ou fendue. Ils étaient de plus exposés au 
pilori, battus de verges et bannis de la ville de 
Gand ou de la Flandre. 

Le Memorieboek de 1480 raconte les horribles 
tortures que le bourreau, Willem Hurtecant, fit 
endurer pendant trois jours à un nommé Louis 
Vander Linden condamné pour blasphème. Il fut 
chaque jour placé sur une claie et traîné ainsi 
depuis la prison du Chastelette jusqu'au pilori 
dressé devant la grande boucherie. Pendant ce 
trajet le bourreau lui appliquait, par intervalles, 
un fer rougi sur les diverses parties du corps. Le 
troisième jour le bourreau lui coupa la langue. 

Après avoir subi ces supplices, Louis Vander 
Linden, dont tout le corps devait se trouver dans 
un état épouvantable, fut banni à perpétuité de la 
Flandre. 

Item in dit Toornoemde jaer den xxvi den xxix ende den 
xxxi wesende vrydach, maendach ende woonsdach was 
Lodewijc vander Linden ter justitie ghevoert; de voor- 
noemde drye daghen lanc up eene slede ende ghestreken te 
vêle plaetsen up zijn bloot lijf met eenen gheloeyden ysere, 
ende daerna ghestelt up 't pellory an 't Vleeshuus ende daer 
zijn tonghe ghecurt, ende ghebannen uut Vlaenderen, 
omme dat hy blasphemye ghesproken hadde van Gode van 
Hemelrijcke. 

H est à remarquer qu'il y eut chaque fois un 
jour d'intervalle entre l'application des supplices 
que le bourreau, maître Willem Hurtecant, fit en- 
durer au patient. Il était sans doute à craindre que 
Vander Linden ne succombât si ces tortures lui 



~- 332 - 

avaient été appliquées pendant trois jours consé- 
cutifs. 

C'est principalement dans les registres criminels 
du seizième siècle que nous rencontrons le plus 
grand nombre de sentences condamnant des indi- 
vidus, accusés de blasphèmes, à avoir la langue 
coupée, fendue ou percée avec un fer chaud. 
C'était ce dernier supplice qu'on leur infligeait le 
plus souvent. U tonghe met eenen herrenden ysere 
deurhrant te wordene, portent les jugements . 

La dernière ordonnance « contre les Blasphèmes 
et Juremens du nom de Dieu et de la glorieuse 
Vierge Marie, » appliquée dans notre pays, est du 
5 janvier 1518. Elle est insérée dans le premier 
volume des Placcaetboecken van Vlaenderen. 



Une peine que le bourreau devait souvent appli- 
quée était celle de l'estrapade. Le patient, les 
mains attachées aux pieds derrière le dos, était 
hissé une ou plusieurs fois à une certaine hauteur 
d'où on le laissait retomber brusquement à quel- 
ques pieds du sol. La corde, avec laquelle on his- 
sait les individus condamnés à l'estrapade, était 
fixée à leurs bras. On comprend facilement quelle 
douleur, non seulement dans les bras mais dans 
tout le corps, le supplice de l'estrapade devait 
faire endurer à celui qui y était soumis. 

Marcus Van Vaernewijck, dans le chapitre XXII 
du sixième livre de ses Bey^oerlicke Tijden, nomme 
ce supplice Strop de Coorde spelen ou Strop de la 
Coorde doen. Il dit que les cordes, auxquelles on 



- 333 - 

attachait les patients, étaient passées dans des 
poulies fixées dans une pièce de bois, placée à 
l'étage du château des comtes. 

... Al boven ten sGraven casteele, uutghesteken een haut, 
alwaer twee reepen an hijnghen tôt beneden bg der strate, 
stekende door een catrol om hemlieden up te trecken ende 
neder te laten schocken, die men strop de la corde soude 
doen ende de aermen yan achter yerrecken... 

L'estrapade était aussi appliquée devant la pri- 
son du Chasteleite, principalement au dix-septième 
siècle. 

Un jugement des échevins de la Keure de 1645 
condamne Pierre Puman et Michel Chambray à être 
exposés au pilori devant la prison du Chastelette, 
pendant que le bourreau, Abraham Balsar ou Bal- 
thasar, appliquera deux fois l'estrapade à Pierre 
de Vilers. 

... Condempneren ulieden respectivelick ghestelt te worden 
up het pellarynck voor de vanghenisse deser Yoomomde 
stede ghedurende den tydt dat Pierre de Yilers ghegheven 
zuUen worden twee stropaden... 

A la suite de ce jugement vient celui condam- 
nant ce Pierre de Vilers. 

... Condempneren u voorden vanghenisse deser stede ghe- 
gheven te worden twee stroppaden metten coorde... 

En 1647 Pierre Veys, convaincu de vol, ne fut 
condamné qu'à l'estrapade et au bannissement tan- 
dis que son complice était condamné à la pendai- 



— 334 -^ 

son. n subit sa peine devant la prison du Chastelelte 
et à côté de la potence au sommet de laquelle se 
balançait encore le corps de son complice. 

... Condempneren u voor den Chastelette dezer stede ghe- 
ript te worden met twee trocken van de coorde, de voor- 
noemde uwen complice noch hanghende aenden potente... 

Cette peine, ainsi que son nom l'indique, était 
d'importation espagnole. 

Nous avons rencontré dans les comptes de la 
ville du quinzième siècle, des articles de dépenses 
où il est question d'une indemnité payée au bour- 
reau, pour avoir suspendu dans un panier un indi- 
vidu condamné du chef de vol d'argent. 

Item ghegheven ten beveelne van scepenen meester Jane 
Blondeel scarpcoc vander stede over zynen salaris ende cost 
van dat by eenen man in de mande bine naer tverclaers 
vander cedulle den xii***° dach in hoymaent xx den. gr. 

(1452-1453, folio 217 v^.) 

Cette peine, qui précédait le bannissement, con- 
sistait-elle purement et simplement pour le patient 
à être suspendu et exposé dans un panier attaché 
à une certaine hauteur? Ou bien le bourreau infli- 
geait-il encore l'un ou l'autre supplice au patient 
qui se trouvait mis dans le panier, upghesteli in de 
mandenî 

D'après J. B. Cannaert c'est cette dernière opi- 
nion qu'il faut admettre. Dans ses Bijdragen tôt de 
hennis van het oude strafrecht in Vlaanderen^ il cite 






— 335 - 

le cas d'un nommé Stevinde Coninc, condamné le 
3 août 1511 pour sévices à la peine du bannisse- 
ment. Le jugement porte que Stevin de Coninc 
sera d'abord placé dans un panier et que dans cette 
position on lui jettera de la boue et des ordures. 

La sentence des échevins de la Keure ne dit pas 
si ce sera le bourreau qui lui infligera cette dernière 
partie de la punition ou si ce soin sera confié au 
bon plaisir du public. 

Cannaert ajoute qu'autrefois en Hollande on 
condamnait souvent des délinquants à être mis 
dans un panier et plongés ainsi, une ou plusieurs 
fois, dans l'eau. Les registres de Vere contiennent 
une sentence de ce genre prononcée le 11 mars 
1511 contre Jean van Maerle, prévenu de men- 
dicité : 

Ghecondemneerd werd te stane op de kaepe daer naer te 
hanghen in de mande ende te vallen in het water. 

Pour certains délits, entre autres pour le délit 
d'adultère commis par le mari, les délinquants 
étaient parfois condamnés, outre le bannissement, 
à porter sur leurs épaules un tonneau dans lequel 
on avait pratiqué une ouverture pour laisser passer 
la tête. 

Le condamné, ainsi afiFublé, était conduit par le 
bourreau à travers les rues désignées dans le juge- 
ment des échevins. Il est facile de comprendre par 
quels quolibets la foule accueillait le délinquant, 
forcé de se promener par la ville dans un accou- 
trement aussi ridicule. 



- 836 - 

Les individus, convaincus d'avoir blasphémé, 
étaient quelquefois et par exception condamnés 
seulement au bannissement après avoir au préa- 
lable été obligés de porter le tonneau. Le registre 
criminel de 1538-1540 relate, au folio 166, la pro- 
menade que le bourreau, Nicolas Bertram, fit 
faire à Liévin Vande Putte condamné à cinquante 
années de bannissement de la Flandre du chef de 
blasphème. 

Au sortir de la salle d'audience de l'hôtel de 
ville, le bourreau passa le tonneau au-dessus de la 
tête de Vande Putte qu'il conduisit ainsi par la 
rue Haut-Port jusqu'au marché aux Poissons. Le 
condamné, après avoir fait le tour de la place, fut 
reconduit à l'hôtel de ville où maître Bertram le 
débarrassa du tonneau. 

So eyst dat u myn heeren condempneeren aenghedaen te 
werdene de tonne, die men noempt de heycke ende de zelve 
te draghene de hooghpoort nedere rondsomme de vier 
pilaere vander vischmaert deser stede waermede weder 
commande tôt daer u de zelve anghedaen werdt... 

Nous avons encore rencontré des jugements 
appliquant cette peine à des individus prévenus 
de tapage nocturne. 

Une ordonnance des échevins du 9 février 1491, 
confirmant celle du 28 juin 1483, porte à l'art. 3 
plusieurs peines contre les père et mère qui ont 
provoqué le déshonneur de leur fille sans que le 
mariage s'en soit suivi. Ces père et mère, ainsi 
que les tuteurs, étaient condamnés à être exposés 
au pilori, à porter le tonneau ou manteau de bois, 



- 337 — 

à avoir la tête rasée et à être revêtus à perpétuité 
d'une robe jaune. Ils pouvaient se racheter de 
cette dernière peine en livrant, pour les travaux 
publics, vingt mille briques à la ville. 

3. Ende eist dat vaclere of moedere huere dochtere te 
valle brochten, insghelycx de vooghden ofte regierers van 
hemlieden, daer gheen huwelic ter stond naer en volght ; of 
goet, ghelt of eenich andere proiFyt daer af neempt, die zal 
ghestelt zyn in 't pelloryn ende draghen den houtenen 
mantele metten gheschoorene hoofde ende daer naer eeuwe- 
lic draghen eenen gheluwen keerle, welken keerle zi zuUen 
moghen lossen met xx™ coreelen. 

Cette ordonnance est reproduite en entier dans 
le premier volume (page 672) de la Coutume de la 
ville de Gand, publiée par MM. Gheldolf, Dubois et 
De Hondt. 

Le premier condamné frappé par l'ordonnance 
de 1491 fut un certain Van Hyfte qui dut porter le 
tonneau le 7 mai 1491. Le bourreau Willem Hurte- 
cant, qui exécuta le jugement, reçut de ce chef la 
somme de cinq deniers. Cette dépense figure au 
folio 352 v"" des comptes de la ville pour l'année 
1490-1491. 

Item betaelt meester Willem Hurtecant van dat hy Heyne 
van Hyfte de tonne dede draghen den vii in Meye xci 
V den. gr. 

A Gand les personnes atteintes de démence 
étaient ou bien enfermées dans l'un ou l'autre 
bâtiment public, ordinairement dans les locaux 



- 338 — 

dépendant des portes intérieures ou extérieures, 
ou bien chassées de la ville. 

Quand un fou devait être expulsé de la ville, 
c'était le chef des Ribauds, Coninc van de nioor- 
kinders, assisté de ses hommes, et le bourreau qui 
étaient chargés de cette besogne. Voici de quelle 
façon cruelle et inhumaine on procédait à cette 
expulsion. 

Le Roi des Ribauds et ses aides s'emparaient du 
fou qu'ils garrottaient solidement de façon à lui 
enlever complètement la liberté de ses mouve- 
ments. Ils le conduisaient ou plutôt le traînaient 
ainsi jusqu'au dehors des limites de la ville. Pen- 
dant tout ce trajet le malheureux fou était battu de 
verges ou de lanières de cuir par le bourreau. 

C'est surtout au quinzième siècle que nous trou- 
vons, dans les comptes de la ville, de nombreuses 
traces de ces expulsions. En voici deux pour 
l'année 1437-1438 : 

Item ghegheven Pieter Acken van dat hy eenen sot uute 
slouch met roeden y gr. 

Item sconincxkinderen van dat si den selven leedden 
riigr. 

(1437-1438, folio 247 yo.) 

Item ghegheven Pieter Acken van dat hy sotte Boukine 
uute sloach met roeden y gr. 

Item ghegheven sconincxkinderen die den selven vinghen 
ende leedden doe men uut slouch il se. gr. 
(1437-1438, folio 250 ro.) 

Le Pieter Acken, dont il est question dans ces 
deux articles des comptes de 1437-1438, était le 
bourreau de la ville de Gand. 



' 



^ m - 

C^étâit également la peine qu'on appliquait 
parfois à de jeunes délinquants. Les Ribauds les 
conduisaient hors de la ville et, ainsi qu'on le fai- 
sait pour les fous, le bourreau les frappait de 
verges pendant toute la durée du trajet. Nous en 
trouvons un exemple dans les comptes de la ville 
de 1447-1448 où il est question d'un jeune voleur 
battu ainsi de verges parle bourreau Jean Blondeel. 

Item ghegheven Janne Blondeel coc vander stede van dat 
hy een dievekin met roeden uut smeet den laetsten dach 
yan maerte, over zinen dienst y gr. 

Item ghegheyen don conincxkinderen yan den zeWen 
knecht te leedene buten der stede xii gr. 
(1447-1448, folio 454 yo.) 

On peut juger facilement quel sort était réservé 
à ces fous et à ces enfants qu'on chassait ainsi de 
la ville. 

Autrefois les filles publiques étaient internées 
dans le quartier du Bas-Escaut. Quand elles se 
permettaient de sortir des rues qui leur étaient 
assignées, elles étaient battues de verges par le 
bourreau qui les reconduisait ensuite chez elles. 

Les individus, condamnés à faire amende hono- 
rable, étaient menés à l'hôtel de ville ou à l'église 
par le bourreau. C'était le bourreau qui fournissait 
la chemise dont ces condamnés étaient revêtus. 

Au commencement du seizième siècle ceux qui 
se permettaient de lire des livres défendus, spé- 
cialement des ouvrages traitant de matières reli- 
gieuses, étaient condamnés à l'exposition publique. 



— 340 — 

Sur l'échafaud le boiirreau brûlait, à côté des 
condamnés, les livres trouvés en leur possession. 
Le Memorieboek de 1522 cite le cas d'un bou- 
langer nommé Liévin de Zomere qui fut exposé 
pour avoir lu des ouvrages de Luther. 

Den xviii juny was ghestelt Lievin de Zomere, backere, 
up een schavaut ende hadde by hem seker bouxkins vau 
Martinus Luther, waer inné hy ghestudeert hadde, ende 
waren verberrent. 

Plus tard la lecture des livres, attaquant la 
religion catholique, fut punie de peines bien plus 
sévères. 

Des ordonnances rendues par les échevins et des 
édits émanant du Souverain défendirent à diffé- 
rentes reprises les jeux de hasard nommés « Raffel, 
Pharaon, Landes -knegt ende Borland » avec les 
cartes, et « Raffel ende Pas-dix » avec les dés. 

Le bourreau avait à Gand le droit de saisir les 
délinquants et d'abattre les échoppes dans les- 
quelles on se livrait à ces jeux. Outre l'indemnité 
que lui payait la ville pour cette besogne, le bour- 
reau recevait une partie de l'amende à laquelle les 
délinquants étaient condamnés. L'édit du 16 mars 
1699 disait : 

... leder van degene die suUen ghespeelt hebben, sal ver- 
vallen in de boete van het vier dobbel van 't gène hy sal 
hebben ghewonnen ofte verloren door het spel, d'eene helft 
voor den aenbrenger ende den ander voor den officier 

exploictant. 



— 341 - 

Concurremment avec le Roi des Ribauds, le bour- 
reau était chargé anciennement d'abattre les chiens 
errant dans les rues de la ville. Dans les comptes 
de la ville de 1487-1488, 1488-1489 et 1489-1490 
nous avons rencontré, chaque année, un poste ren- 
seignant les paiements faits au bourreau, Willem 
Hurtecant, pour avoir abattu des chiens. 

Le bourreau reçoit, dans ces postes, la dénomi- 
nation de Hondslaghere , 

Item betaelt Willem Hurtecant hondslagere van xiii*' 
honden by hem binnen deser stede gesleghen te ii se. gr« 
thondert ende over zijn habijt x se. comt naer tvcrclaers 
vander cedulle vaii dea vi"*° Ougst Lxxxvni xxxvî se. gr. 
(1487-1488, folio 371 vo.) 

Item betaelt meester Willem Hurtecant hondslaghere 
van acht hondert vyftich honden by hem binnen der stede 
ghesleghen te ii se. gr. thondert comt xvii se. gr. 
(1488-148% folio 92 ro.) 

Item betaelt meester Willem Hurtecant hondslaghere 
van vii*" Ixxiiii honden by hem binnen dese stede ghesleghen 
te ii se. gr. thondert ende x se. over syn habyt comt xxv se. 
iiii den. gr. 

(1489-1490, folio 222 vo.) 

Pendant ces trois années le bourreau Willem 
Hurtecant avait donc abattu dans la ville de Gand 
près de trois mille chiens. Il faut croire que ce fut 
à raison d'une épidémie, sévissant dans la race 
canine, que le Magistrat fit abattre une quantité 
aussi considérable de chiens. 

Le bourreau était payé pour cette besogne à 



— 342 — 

raison de deux escalins (soit un peu plus d'un franc 
de notre monnaie) le cent. Plus tard ce salaire fut 
doublé et porté à la somme de quatre escalins et 
deux deniers. 

Item betaelt meester Mathys sceerprechtere de somme 
van xxi se. viii den. gr. van ghesleghen thebbe vyf hondert 
honden ten iiii se. ii den. gr. elc hondert naer tverclaers 
vander ordonnantie xxi se. viii den. gr. 

Mentionnons enfin, pour terminer ce chapitre, 
ime autre besogne dont un bourreau fut chargé à 
Gand. Il s'agit de l'exécution d'un jugement rendu 
contre une vache qui avait tué un enfant. 

Les échevins de la Keure décident que la vache 
sera vendue et abattue. On attribuera le produit de 
la vente, moitié au père de l'enfant tué et moitié à 
la chambre des pauvres. La tète de l'animal sera, 
par les soins du bourreau Jean Vanden Berghe, 
placée sur un pieu au lieu patibulaire. 

Den 5'° september 1 578 in collegie. 

Op de clachte van mynheere onderballiu nopens de kœ 
van eenen Pieter de Lannoy, de welcke het kindt van Pieter 
van Wulghen doot ghesteken heeft, is by myne heereu 
scepenen vander kuere gheordonneert dat men de koe ver- 
coopen zal endc doen slaen, ende van den ghelde danof 
commende gheven deen helft an den vadere van den over- 
ledenen kinde, ende dander helft in de camere van den 
aermen deser stede, ende by den scherprechter het hooft van 
de voorseide koe doen stellen op eenen staeck ter plaetse 
patibulaire ghecostumeert. 

{Criemboeck 1578-1580, folio 7.) 



— 343 — 

Cette curieuse sentence est à rapprocher des 
documents donnés par J.-B. Cannaert dans ses 
Bijdragen tôt de hennis van het onde strafrecht in 
Vlaanderen (édition de 1829) où il traite des 
condamnations prononcées contre des animaux . 

Prospeb Claeys. 
(A suivre.) 



— 344 — 



ANALECTES BELGIQUES'. 



m. 

LA VIE ET LES ŒUVRES DE HENRI VANDEN 

xLEERE* 



C'est une figure multiple et curieuse que celle 
d'Henri Vanden Keere, qui fut à la fois maître 
d'école, imprimeur, lexicographe, poète et drama- 
turge. M*" Ferd. Vander Haeghen a, le premier, 
esquissé cette originale physionomie, dans sa 
Bibliographie gantoise. De nouveaux documents, 
qui m'ont été fournis en partie par le savant biblio- 
thécaire de l'Université de Gand, me mettent à 
même de reprendre ce portrait et d'y ajouter quel- 
ques traits qui le préciseront davantage. 

Henri Vanden Keere naquit à Gand, au commen- 
cement du XVP siècle. Le lieu de sa naissance 
est certain, car il aime à se qualifier lui-même 
de Gantois. Latinisant et francisant son nom, sui- 
vant la mode du temps, il s'appelait indifferem- 

* Suite. Voir Messager des sciences, 4«liv. 1890, p. 420. 



— 345 — 

ment Vanden Keere, Du Tour ou Chœrius, et allait 
parfois jusqu'à employer concurremment deux de 
ces formes. C'est ainsi que les premières éditions 
respectives du Dictionaire flamen-françois et de la 
Moralité de paix et de guerre, composés par maître 
Henri Du Tour, sont imprimées par Henri Vanden 
Keere. H était fils de Pierre Vanden Keere qui 
exerçait la profession d'orfèvre, si l'on peut lui 
rapporter cette mention des comptes communaux 
de l'année 1500 : 

Bet. Mr Vanden Keer, goudsmet ov^ de drie zilven 
prysen gheordonneert om te geven die schoonst ghenou- 
chelix en best esbatemëten zuUen t' eeren en in dancbaer- 
hede vande gheligghene van ons herder gheduchtê vr. en 
princesse xxxv s. gr. 

Pierre acheta, le 8 août 1553 «, la maison de 
Josse Lambreclit, le célèbre imprimeur et graveur, 
qui, afiaibli par les années, avait dii se décider 
à renoncer à son art. Cette maison était située 
dans la rue Basse, et avait une sortie dans la rue 
Haut-port, vis à vis la chambre des échevins de la 
Keure. Le nouveau propriétaire la donna en loca- 
tion, avec tous ses accessoires, à Jean Cauweel, un 
ancien employé, sans doute, de l'officine. Celui-ci 
y imprima de 1553 à 1556, en se servant des 
caractères et des vignettes de Josse Lambrecht. 
Il publia notamment, en 1555, la première édi- 



• Joos Lambrecht, de lettersteker, verkoopt aen Pieter Vande Keere, 
een huys siaende te Gent in de Onderstraet. 8 augusty £533, Archives 
de la ville do Gaud, Register Huys en Erve, f» 3. 



- 346 — 

tion d'un traité de rhétorique néerlandais souvent 
réimprimé : De Const van Rhetoriken. C'était une 
œuvre posthume de Matthieu de Castelein, d'Aude- 
naerde, où Ton trouve des modèles d'une quaran- 
taine d'espèces de poésies en usage chez les rhéto- 
riciens flamands, et qui resta, pendant plus d'un 
siècle, le code poétique de ces derniers. 

Henri Vanden Keere, sur la jeunesse duquel 
nous n'avons pu trouver de renseignements précis, 
avait été l'ami intime de Castelein. Après la mort 
de celui-ci, il adressa à ses disciples, aen den leer- 
jonghers van Castelein's discipline, un appel en vers 
pour composer une belle épitaphe à la mémoire 
du maître : 

Dicht hem een Epitaphiam fraey end' élégant, 
Poogbd zijn renommée altijd te doen levene, 

Met rhetorij cacher zede. 
6h\j en mueghd hem gh'exalteren noch vulprizen mede 

Naer zija betaemte : 
End', indien ghijt verzwijmt (al rust hy in vrede), 

Twerd t'uwer blaemte. 
Al doende zult ghg leeren : en vreest gheen schaemte. 
Dus zend ona copie dan, om hier t'annexerene, 
Want ghy hem echuldigh zijd, alt^d te lauderene. 

Ce fut lui qui surveilla probablement l'impression 
du Const van rhetoriken, dont la première édition 
fut faite au profit d'un fils naturel de Matthieu de 
Castelein. Quoiqu'il en soit, Vanden Keere ajouta 
au volume deux pièces de vers de sa composition : 
l'une au début, où il répond à l'avance aux obser- 
vations que les critiques pourraient formuler contre 
l'ouvrage; l'autre, à la fin, où il s'adresse aux jeunes 



— 347 — 

élèves en l'art de faire des vers, et qui est celle 
dont nous venons de citer les dernières lignes. La 
première est signée de la devise : Aenziet thende 
Vanden Keere (Regarde la fin du tour) ; la seconde 
ne porte, dans l'édition de 1555, que la devise : 
Naer dit een betere (Après ceci, un meilleur), qui 
s'applique parfaitement, d'ailleurs, au sujet traité; 
mais elle est remplacée, dans les éditions posté- 
rieures*, par la devise habituelle de Vanden Keere. 
Tout en cultivant la poésie néerlandaise dans 
quelque chambre de rhétorique gantoise, Henri 
Vanden Keere dirigeait une école française. C'est 
de nostre escole françoise, qu'il date, en effet, le 
samedi 11 juillet 1566, l'épitre dédicatoire à 
Philippe de Liedekerke, qui se trouve en tête de 
la relation néerlandaise du voyage de Josse Van 
Ghistele en Orient, le plus important de tous les 
voyages faits en Orient au moyen-âge. Cependant, 
il s'occupait déjà d'imprimerie, et c'est lui-même 
qui, succédant à Jean Cauweel dans l'ancienne 
officine de Lambrecht, publia ce voyage en 1577. 
Il avait déjà fait paraître l'année précédente, trois 
petits traités de Plutarque traduits en latin par 
Jean Otho ou Osten, ainsi qu'un placard impérial 
mentionné par Marc Van Vaernewijck. 

Or est advenu, dit-il, comme j'ay eu tousjours le cœur 
à Testude, et esté curieus de livres et bones lettres, que, cest 
yver passé, soit tombé en noz mains le livre contenant le 



> 1671, 1573-1574, 1612, 1616. Cf. Fbrd. Vandbr Haeohbr, 
Th.-J.-I. Abkold et R. Vanden Bbrohe, Biblioiheca belgica, pre- 
mière série (Gand, 1880-1890), t. IV, yo Ca9Ulein, 



- 348 — 

discours du très excellent, loingtain, rare et estrange voyage 
de feu bonne mémoire Monseigneur Monsieur Josse de 
Ghistelles, à qui Dieu absolve, père-grand de madame vostre 
espouse Marie, dame des Fossez, et de Heule, etc. En lisant 
lequel, j'y trouvay sy bon goust et saveur, tant à cause de la 
bone phrase et élégant stile — pour le temps qu'il fut 
escrit —, que pour la belle, expresse et ample déclaration 
des lieus y allégués, choses admirables et cas estranges y 
contenus, [qu*] envie m'est prins de le mettre en lumière et 
imprimer. 

Il remercie ensuite Philippe de Liedekerke de 
lui avoir communiqué le manuscrit original de ce 
voyage, et fait l'éloge des lettres et de l'imprimerie, 
qu'il appelle « la grande caquetoire et conserva- 
trice principale des Lettres » . Il ajoute : 

A bien considérer le temps qui court, nous pouvons dire 
qu'il n'y eut jamais siècle plusheureus pour les lettres que 
le nostre, voire sy nous voulons mettre toute nostre estude 
au vray sçavoir. Et n'est rien à dire qu'il y a trop de livres : 
s'en parle des mauvais, je le confesse. Car jà soit qu'il me 
soit par adventure imputé à témérité, touteffois j'auseray 
bien dire qu'exceptés peu de livres, les autres ne contiennent 
que redites, ou impertinences, ou mensonges, qu'il seroit 
plus expédient ignorer que sçavoir. 

Henri Vanden Keere prit d'abord pour marque* 
deux palmes croisées sur une épée flamboyante, 
avec cette devise : Absqiœ certamina nulla Victoria, 
que rend si bien le vers de Corneille : 

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. 

> L.-C. Silvestrene donne pas cette marque, mais ii reproduit les 
autres marques de Vanden Keere sous les n"* 861, 645, 646 et 685 de 
de son recueil de Marques typographiques (Paris, 1867). 



Abfqi 



n adopta ensuite une autre marque, représen- 
tant un cadran, dont l'axe est une tête de mort, 
avec cette légende qui contient un jeu de mots sur 
son nom : Respice finem, Aenziet thende Vanden 
Keere, Regarde la fin du tour. On en connaît quatre 
variétés, dont deux sont accompagnées de chififres 
ou monogrammes ; 




I 

«a 

1 
I 



I 



flmtt^tm/ 



Van den keere^ 




— 352 — 

Ajoutons que, dans la souscription de ses livres, 
il décrivait son enseigne par ces mots : Au temps 
incertain, Au cadran muet, A la roue d'or. 

L'activité typographique d'Henri Vanden Keere 
dura onze années, de 1556 à 1567. Antoine San- 
derus cite une traduction flamande du traité de 
chirurgie de Guy de Chauliac, publiée par lui en 
1576*; mais nous n'avons aucune raison pour 
admettre l'authenticité de cette date, d'autant plus 
qu'il n'existe de cette traduction, à notre connais- 
sance, qu'une édition de Jean de Salenson. Ses 
impressions moins soignées et moins belles que 
celle de Josse Lambrecht, sont cependant tout 
aussi rares que celles de ce dernier et tout aussi 
recherchées. On en connaît une trentaine, dont on 
trouvera la liste dans la Bibliographie gantoise . Les 
plus import.antes sont deux éditions du voyage de 
Josse Van Ghistele, en 1557 et 1563 ; la première 
édition du grand livre des placards de Flandre , 
publiée chez Jean Vanden Steene, en 1559; deux 
recueils de coutumes, de Gourtrai (1558) et de 
Gand (1564). Notons aussi un opuscule curieux du 
poète lillois Robert Du Triez ou Du Trieu : Chantz 
funèbres sur la mort et trespas de feu excellent 
prince et illvcstre seigneur messire Maximilien dEg- 
mont (1559). Vanden Keere publia encore des 
ordonnances sur les monnaies ; il en avait obtenu 
le privilège exclusif, qu'il céda à Christophe Plantin, 
le 15 octobre 1574 : 

M« Henry Vanden Keere, Tancien, imprimeur juré de 
la monnoye du Boy, nostre Sire, ea ses pays de pardecha, 

1 J)e Gandavensibuê eruditionis fama clarté (Gand, 1624), p. 81. 



- 353 - 

lequel cognoist, declaire et confesse de avoir bien et leaul- 
ment et tant que il [sera] en son pouvoir, en la meilleure 
forme, mode et manière à luy possible, transporte et cède, 
quicte, transporte et cède par cestes pour et au proffyct du 
seigneur Mo Christofle Plantin, chef imprimeur du Roy aux 
pays de pardecha, touts et quelconcques droictz, actions ou 
pretenses, comme le dit Vanden Keere pouroit avoir eu, ou 
prétendra à jamais au privilège par luy autreffois obtenu, 
tant au Conseil privé de sa dicte M^^ en date du pénultième 
d'avril XV*' LVU, que en la chancellerie de Brabant, du 
xxii® de may ensuyvant, par lequel luy estoit octroyé et 
consenty de povoir luy seul, et avecq seclusion de tous 
aultres, imprimer les affaires concemans le faict de la mon- 
noye de sad* M** , si comme évaluations, permissions, tollé- 
rances et modérations, livretz et cartes des deniers d'or et 
d'argent, évaluez et non évaluez, avec leur poiz, pris et 
valeur, ou aultrement, le tout entièrement selon le contenu 
desd*' privelèges aud^ s^ Plantin à cette fin délivrez, avecq 
les planches et figures de plusieurs pioches d'or et d'argent, 
jusques au nombre de ung mille cent et vingt, pour par 
ledict Plantin en estre jouy et usé comme de son bien 
propre et particulier, avecq tous et quelconcques droictz, 
profytz et émoluments y annex et dependans; de tout ledict 
Vanden Keere s'est deffaict, a renunché et renunche par 
cestes tant en général comme en espécial pour et au proffyt 
dudict s^ Plantin. 
Actum le xv« jour d'octobre [XV«] LXXniI ^ 

Si notre imprimeur est qualifié de Vancien dans 
cette pièce, c'est qu'il avait un fils, qui portait le 
même prénom que lui, et qui était en relation d'af- 
faires avec Christophe Plantin, pour lequel il fon- 



De Vlaamsche Wacht (Gand), 9 avril 1882, p. 162. 

23 



— 354 - 

dit des caractères. En 1565, le père vendit à son 
fils la moitié des deux maisons qu'il possédait dans 
la rue Basse : la première était celle de Josse Lam- 
brecht; la seconde avait été achetée par Henri 
Vanden Keere, le 18 mars 1554, à un marchand de 
drap du nom de Jean Vander Straeten : 

Hendrick Vanden Keere dhaude, f» Pieters, dewelcke 
kende ende verclaerde duechdelic vercocht hebbende Hein- 
drick Vanden Keere, zgnen zone, de heelft in elc van twee 
huusen ende stede, daer de coopère inné woont, staende 
d'een te voorhoofde up de Hoochpoort jeghens over 't Sche- 
penhuus vander Keure, Jaques Vanden Poêle daer neflTens 
ghehuiist an d'een zijde, thouch'uus wesende vander Say- 
steghe, die daer neffens strect, en d'andere ende tcleen huus 
staende daer neffens in de voors. Saysteghe *. 

Grâce à une lettre de ce fils, nous connaissons 
approximativement la date du décès de Henri Van- 
den Keere. Le 11 juillet 1580, le fondeur de carac- 
tères écrit, en effet, à Plantin, qui le pressait de 
lui procurer un plan de Gand pour la Description 
des Pays-Bas de Guicchardin : 

Je me trouve en telle charge avec la maison mortuaire 
de mon père que je ne voy moyen de me pouvoir mestre en 
ma besoigne et soigner de mes affaires, encore au dedans 
de 4 ou 5 sepmaines, et ne sçay aussy, après toute la ruse 
[âam. ruzie «= embarras] et travail, si je prouficteray chose 
d'importance ou non, tellement qu'il m'ennuye grandement, 



* Archives de la ville de Gand. Act^m voor schepenen vander 
Keure, 1565, f^ LXVI. 



- 356 - 

et, ne fust la compassion des 5 petits enfants du dernier 
lict *, je feroy peu de compte de quicter le tout. 

Paul Bebgmans. 
(A suivre.) 

> Henri Vanden Eeere a donc été marié deux fois. Il faut sans 
doute identifier avec un de ces cinq petits enfants du dernier lict 
Pierre Keerius, Eœrius ou Vanden Keere, que nous trouvons établi 
à Amsterdam, comme graveur et éditeur, de 1606 à 1622. Ce Pierre 
Vanden Keere publia notamment, en 1617, un bel atlas des Pays- 
Bas, qu'il fit reparaître en 1622. La carte générale des XVII pro- 
vinces porte l'indication suivante, qui s'accorde avec notre supposi- 
tion : Petrus Kœrius Flàndeb cœlavitet excud. Amsteloda. En outre, 
et ceci est plus significatif : d'une part, le frontispice de l'atlas porte 
au bas une marque qui est absolument semblable à la seconde 
marque d'Henri Vanden Keere, c'est à dire un cadran dont l'axe est 
une tête de mort ; d'autre part, la souscription atteste que Pierre 
Vanden Eeere avait également la même enseigne que le typographe 
gantois : Amstelodami, Excusum apud Petrum Keerium chalcogra- 
phum in platea Vitulina [Kalverstraat] in uïtersionio incerti tsm- 
FORiB [à l'enseigne du temps incertain, de onseecher tiji^. Cf. sur 
Pierre Vanden Eeere, P.- A. Tible. Mémoire bibliographique sur les 
journaux des navigateurs néerlandais (Amsterdam, 1867), pp. 46-47 ; 
— De Navorscher, t. XXI (2« série, t. IV, 1871), p. 513. 

Le célèbre graveur de cartes Josse Hondius, ou de Hondt, épousa 
une fille de Henri Vanden Eeere, du nom de CRtherine. On sait que 
Hondius, né à Wacken, en 1546, passa sa jeunesse à Gand, oii il 
s'adonna à la fonte des caractères d'imprimerie. 



— 35G — 



LES 



f A 



ARCHIVES DE L'EVECHE DE TOURNAY 



ATT XV SIÈCIjB. 



Il y a dans les archives du département du Nord, 
à Lille (série G, fonds de Tévêché de Toumay) un 
document très précieux. C'est un registre écrit au 
XV® siècle sur papier, et qui présente un inven- 
taire des archives de l'évèché de Tournay en 1476. 
Voici le titre que porte notre registre dans le haut 
de son folio 1* : 

€ Repertorium de litteris, libris, registris et aliis juribus 
episcopatus Tornacensis, a presentibus in loco thesaurarie 
domus episcopalis Tomacensis, de mandato reverendi in 
Christo patris et domini viri domini Ferrici de Clugniaco, 
episcopi Tomacensis, factum per me Walrandum de Bauf- 
freinez, clericuoi, dicte curie episcopalis Tomacensis nota- 
rium et scribam juratum, anno Domini millésime quadrin- 
gentesimo septuagesimo sexto, procedens per singolos 
decanatus... » 

Ce Repertorium est fort bien fait et très détaillé. 
Dès lors on conçoit sans peine l'importance qu'il 



— 357 - 

présente. Après avoir subi de nombreuses vicissi- 
tudes, les archives de l'évêché de Tournay sont 
maintenant conservées à Bruxelles aux archives 
du royaume. Mais elles ne sont pas sans avoir 
essuyé des pertes, et dans bien des cas les analyses 
de l'inventaire de 1476 pourront sans doute sup- 
pléer des originaux aujourd'hui perdus. Et puis 
cet inventaire n'intéresse-t-il pas, indépendam- 
ment de la Flandre française, tout le Tournaisis et 
la majeure partie des provinces belges de Flandre 
qui, presque tout entières, ont relevé de l'évêque 
de Tournay jusqu'en 1559 ? Il est certain que, dans 
ces conditions, un document officiel qui nous fait 
connaître ce que renfermaient les archives de 
l'évêché de Tournay à la fin du XV® siècle est un 
document de haut^ importance. Nous croyons donc 
pouvoir intéresser les lecteurs du Messager des 
Sciences historiques en le leur signalant avec quel- 
ques détails. 

Le Répertoire de Walrand de Baufifremez est 
divisé en treize chapitres. Les douze premiers cor- 
respondent aux douze doyennés que comportait 
le diocèse de Tournav en 1476. Le treizième est 
consacré aux documents qui concernent le diocèse 
entier. Au reste, voici le tableau des divisions 
de notre inventaire avec l'indication du nombre 
des pièces analysées sous chaque rubrique et des 
feuillets occupés par les divers chapitres. 

« Decanatus Tornacensis et Tornacesii, 1 38 pièces, l^ \k 20. 

» Helchinensis 6 » » 24 

» Insulensis 27 » » 28 à 31 

» Sicliniensis 2 » » 36 



- 358 — 



Decanatus Curtracensis . 

Âldenardensis 

Gandensis . . 

Wasie . . . 

Rolariensis . 

Brugensis . . 

Ardemburgensis 

Oudemburgensis 
Munimenta et jura communia domi- 
num episcopum Tornacensem et 
totum episcopatum ac juridictio- 
nem concernentia 78 



» 



22 pièces, f» 40 à 42 
47à48 
51à53 
56 

59à60 
64à7l 
76 à 78 
79 



6 
26 

2 
11 
49 
17 

2 



» 



i 
» 



80à85.» 



En dépit de son titre particulier, le chapitre P" 
contient l'analyse de quelques documents relatifs 
à l'ensemble du diocèse. C'est dans ce chapitre, 
par exemple, que le rédacteur de notre inventaire 
a placé le fameux acte d'échange de mars 1320 
(v. st.) fait entre le roi de France et l'évêque de 
Tournay au sujet de leurs droits respectifs en 
Flandre. 

Les chapitres consacrés aux doyennés d'Helchin, 
de Lille, de Seclin, de Waes, de Roulers, d'Ardem- 
bourg et d'Oudenbourg, nous ont paru comporter 
des pièces moins intéressantes que les chapitres 
relatifs aux doyennés de Tournay, de Courtray, 
d'Audenarde, de Gand et de Bruges. 

Nous venons de mentionner un des documents 
rangés sous la rubrique Decanatus Tornacensis et 
Tornacesii. Parmi ceux qui figurent au chapitre 
Decanatus Curtracensis, nous avons noté les trois 
suivants, parce qu'ils peuvent servir à élucider une 
question d'histoire de la procédure qui a été jus- 



— 359 — 

qu'ici négligée. C'est cependant un point intéres- 
sant que celui de savoir comment on a exécuté en 
Flandre, pendant tout le moyen-âge, les sentences 
rendues par le Parlement de Paris. Jusqu'au traité 
de Madrid en 1526, les appels des tribunaux séant 
dans le comté de Flandre étaient, on le sait, portés 
devant ce parlement. Les trois lettres-royaux dont 
nous allons reproduire l'analyse nous montreront 
comment on exécutait à Courtray les arrêts du 
parlement de Paris en 1446 et 1447. 

« Lîttera domini Karoli Francorum régis, in forma raan- 
dati complainte in causa novitatis, obtenti per dominum 
Johanncm tune episcopum Tornacensem, contra ballivum, 
prepositos et scabinos ville Curtracensis, occasione certi 
statuti sive edicti penalis per eos contra juridictionem 
ecclesiasticam in dicta villa Curtracensi tune noviter facti 
et publicati, continentis in effectu quod nullus burgensis 
Curtracensis traheret alium bnrgensem in causam in curia 
Tornacensi pro debito civili, sub pena quinquaginta libra- 
rum parisiensium âandr. Quod quidem mandatum regium 
executum fuit in loco Crucis, supra forum dicte ville Cur- 
tracensis per Paschasium Le Cocq, clericum regium. Est 
que dictum mandatum in data anni Domini m iiii^ xlvi in 
mense Junii. Et est relatio dicti clientis exécutons eidem 
annexa. 

« Alia littera sive aliud mandatum dicti domini nostri 
régis, faciens mensionem de contentis in dicto primo man- 
dato ac ejus executione, necnon certis interprisiis sive 
attemptatis citra et post alius executionem per dictos balli- 
vum, prepositos et scabinos ville Curtracensis factis, etiam 
minis portitoribus litterarum dicte curie Tornacensis illatis. 
Per quod quidem mandatum secundum mandatur executori 
se informare super hiis et culpabiles adjomare Parisius 



— 360 — 

contra procuratorem regium. Et nichilominus dictum pri- 
mum mandatum in singulis villis et locis ville et castellanie 
Curtracensisinlinguaflamingapublicare et insinuare. Quod 
mandatum secundum est in data anni Domini m cccc xlvi, 
de mense Septembris. Et sunt relationes executoris eidem 
infixé. 

< Âlia littera sive aliud mandatum dicti domini Karoli 
Francorum régis, de et super provisione super premissis pro 
dicto domino episcopo Tornacensi obtenta, per quod man- 
datur publicari quod burgenses, manentes et inhabitantes 
ville et castellanie Curtracensis, pendente predicto pro- 
cessu, maneant in suis francisia et libertate citare faciendi 
et prosequendi unus alium in curia Tornacensi, in omnibus 
actionibus personalibus et pecuniariis, sicut tempore prete- 
rito consueverunt et donec aliud circa hoc foret per curiam 
parlamenti ordinatum seu appunctuatum. Quod quidem 
mandatum ultimum executum fuit per Gerardum Stocfove(?) 
clientem regium, in dicto loco Crucis supra forum dicte 
ville Curtracensis, in villis de Wervy (?) et de Thielt Estque 
dictum mandatum in data anni Domini m cccc xlvi, in 
mense Julii. Et est relatio dicti clientis eidem annexa » 
(/^ 40 du Repertorium), 

Les actes qui se rapportent au doyenné d'Aude- 
narde n'étaient pas en grand nombre dans les 
archives de l'évêché de Tournay en 1476. Nous 
n'avons noté parmi eux qu'une lettre du 9 août 
1365 en vertu de laquelle Béatrice de Hasselt, 
prieure de l'hôpital d'Audenarde, d'accord avec les 
sœurs de cet hôpital, promet obéissance à l'évêque 
de Tournay et lui reconnaît pour ses visites le droit 
de procuration . 

« Littera sororis Beatricis de Hasselt, priorisse, et alia- 
rum sororum hospitalis Aldenardensis qua confitentur et 



— 361 — 

recognoscunt se teneri domino episcopo Tornacensi et suc- 
cessoribus suis, ratione dicti hospitalis, ad omnimodam rêve- 
rentiam, subjectionem et obedientiam, necnon ad procu- 
rationem et alia que ad visitationem possunt et debent 
pertinere, tam de jure quam de consuetudine. Que quidem 
littera sigillé oblongo dicti hospitalis sigillata est in data 
anni m ccc Ixv, mensis Âugusti diei nove » (p47^). 

Les documents relatifs au doyenné de Gand, 
repris par Walrand de Bauffremez dans son Réper- 
toire, sont en général intéressants ; et les pièces 
se rapportant à Saint-Bavon et à Saint-Pierre au 
mont Blandin y sont, notamment, en assez grand 
nombre. Voici quelques extraits du chapitre inti- 
tulé Decanatus Gandensis dans notre Répertoire : 

« Munimenta plura cause sive questionis dudum mote 
inter dominum tune episcopum Tornacensem et dominum 
episcopum Cameracensem, occasione limitum suarum dio- 
cesium in villa Gandensi et signanter in loco de Hoya » 

< Bulla domini Calisti pape de revocatione exemptionis 
obtente per abbatem et conventum monasterii sancti Bavo- 
nis juxtaGandavuin contra dominum episcopum Tornacen- 
sem, in data anni Domini m iiii"" M, mensis Februarii » 
(/^ 53-). 

t Littera sive bulla domini Calisti pape tertii, qui mandat 
episcopo Tornacensi quatenus dominum Jacobum abbatem 
monasterii sancti Bavonis juxta Gandavum, cui ipse dominus 
papa de dicto monasterio providerat per privationem domini 
Willelmi dicti monasterii abbatis ultimi, commendatum 
haberet sic quod ipse dominus Jacobus abbas in regimine 
dicti monasterii sibi commisse remanere valeret. Que qui- 
dem bulla est in data anni m cccc Ivii, sexto kalendas 



— 362 — 

Janii, pontiticatns dicti domini Calisti pape anno tertio » 
{Undem), 

c Instrumentum publicum snper homagio facto episcopo 
Tomacensi per dominum Johannem De Broucke, archidia- 
conum Gandensem in ecclesia Tomacensi. Quod quidem 
instrumentnm est in data anni Domini m cccc xiiii, mensis 
Octobris diei xvi*« » {ibidem). 

< Instrumentum publicum super prestatione homagii et 
juramenti fidelitatis magistri Stephani Viviani(?) archi- 
diaconi Gandensis in ecclesia Tomacensi, in data anni 
Domini m cccc xxxi, diei xxviii mensis junii » (ibidem), 

< Ldttere, extractus et munimenta in causa quam habuit 
dominus Johannes episcopus Tomacensis, in anno m ccccl™<^, 
contra dominos et magistros Thomam de Courcelles et 
Yvonem Gruyau, in curia parlamenti, contra altcratrum 
super archidiaconatu Gandensi litigantes. Cujus quidem 
archidiaconatus fmctus et emolumenta tempore litigii 
similiter et aliorum beneficiorum litigiosorum in limine 
dictus dominus episcopus manutenet se percipere et coUi- 
gere debere » (ibidem), 

< Instmmentum publicum super homagio quod fecit 
episcopo Tomacensi dictus magister Thomas de Courcelles, 
archidiaconus Gandensis in ecclesia Tomacensi, in data 
anni Domini m cccc quinquagesimi, mensis Aprilis diei 
sexte » (p 53^). 

< Aliud instrumentum publicum super eo quod ipse 
magister Thomas de Courcelles recognovit dictura episco- 
pum Tornacensem habuissc jus recipiendi et levandi fructus 
et emolumenta dicti archidiaconatus durante tempore quo 
Htigiosus fuerat in limine inter eundem de Courcelles et 
magistrum Yvonem Gruyau ac usque diem quo ipse de 
Courcelles fecerat predictura homagium dicto episcopo 
Tomacensi. Quod quidem instrumentum est in data anni 
Domini m cccc l""', mensis Aprilis diei xxvi ante Pascha » 
(ibidem). 



- 363 — 

c Instrumentuin aliud publicntn super prestatione borna- 
gii et juramenti fidelitatis magistri Yvonia Gruyau, archi- 
diaconi Gandensis in ecclesia Toraacensi, in data anni 
Domini m cccc xlviii, mensis Augusti diei sexte » {ibidem). 

Parmi les documents analysés sous la rubrique 
Decanatus Brugensis dans l'inventaire de 1476, il 
y en a plusieurs qui, au point de vue anecdotique, 
ne laissent pas de présenter de l'intérêt. Dans cet 
ordre d'idées il faut citer d'abord une lettre de 
l'évêque de Tournay Philippe d'Arbois, au sujet 
d'un prêtre de Bruges qui avait fabriqué trois 
crucifix d'alebâtre d'où le sang s'écoulait mécani- 
quement * ; et cett-e amende honorable des magis- 
trats de Bruges qui avaient indûment condamné 
trois clercs à la peine de mort. 

c Instrumentum publicum per quod constat quod Gode- 
fridus de Thielt, scultetus yiUe Brugensis, associatus tribus 
servientibus sive clientibus, tam nomine suo quam burgi- 
magistrorum, scabinorum et consulum ejusdem ville, com- 
paruit in consistorio curie Tornacensis, quolibet dictorum 
clientium portante unam ymaginem cere ponderis viginti 
librarum cère, et hujusmodi ymagines ibidem presentavit 
domino of&ciali Tornacensi pro tribunali sedenli, dicens et 
recognoscens publiée quod hod faciebat pro sacrosancta 
ecclesia et ob honorem domini episcopi Tornacensis pro eo 
quod ipse ad mortem condempnaverat et executus fuerat 
très clericos in eodem instrumente nominatos, postquam ac 



> « 



Littera domini Philippi episcopi Tornacensis super confessions 
cujusdam presbiteri de Brugis, qui confessus est composuisse ires 
ymagines crucifixi de alebastro sanguinem sophistice flueutes seu 
distillantes ; in data anni Domini m ccc Ixxii » (f* 95^ du Bépertoire), 



— 364 — 

non obstante quod clerici essent requisiti. Quod quidem 
instrumentum est in data anni Domini m ccc Ixxi, diei xii^ 
mensis Decembris » (/"^ 64^), 

Il nous a semblé que les deux lettres qui suivent 
méritaient également d'être signalées : 

« Littera decani, juratorura sive gubernatorum et com- 
munitatis nautarum ville Brugensis super dotatione sive 
fundatione servicii perpetui unius misse singulis diebus in 
capellaconstructa in domo dictorum nautarum infra methas 
parrochie Santé Crucis juxta Brugis, sigillo dicte communie 
sigillata, in data anni Domini m cccc xxi, diei xvi mensis 
Julii » (/^ 70»). 

« Littere ville Brugensis et alie tangentes domum épis- 
copalem Brugensem, que per legem Brugensem declarata 
est tanquam ruinosa demoliri debere, et nova edificari. 
Et summatur archidiaconus Brugensis ut pro sua parte 
edificationi nove domus contribuât in anno m cccc Iviii » 
(/^ 7it>). 

Le dernier chapitre de l'inventaire de Walrand 
de BaufFremez n'est certes pas le moins intéres- 
sant. Sous son titre « Munimenta et jura communia 
dominum episcopum Tornacenseyn, et iotum episco- 
patum ac juridictionem concernentia, » nous trou- 
vons, en eftet, l'indication d'anciens inventaires 
des archives de l'évêché de Tournay, de cartulaires, 
de procès-verbaux de visites de monastères par 
l'évêque etc. , qui nous rendent ce chapitre parti- 
culièrement précieux. 

Nous croyons en avoir dit assez pour montrer 
l'intérêt que présente l'inventaire des titres de 
l'évêché de Tournay, dressé en 1476 par l'ordre de 



— 365 -« 

l'évêque Ferry de Cluny. Nous avons rappelé que 
cet inventaire intéressait presque un tiers du 
royaume de Belgique. D'autre part les extraits 
que nous venons d'en donner suffisent à attester la 
bonne qualité du travail de Walrand de Bauf- 
fremez. Il est du reste facile de s'assurer de l'exac- 
titude de ses analyses en en comparant une — celle 
de l'acte d'échange de mars 1320 * (f" 1* du Réper- 
torium), dont un exemplaire se conserve encore 
aujourd'hui à Paris (Archives Nationales, J. 607, 
n® 1), par exemple — avec l'original qu'elle ré- 
sume. Lors donc qu'un jour quelque travailleur 
enfin se décidera à entreprendre la publication 
d'un Cartulaire de Févêché de Toumay, il saura qu'il 
peut trouver à Lille, aux archives du département 
du Nord, non pas seulement une sèche nomencla- 
ture des titres de cet évêché au XV* siècle, mais un 
inventaire véritable de ces titres, un inventaire 
exact et détaillé qui dans bien de cas pourrait 
suppléer les originaux. 

Abmand d'Hebbomez, 

Archiviste-paléographe. 

1 Cf. ci-dessus, p. 8. 



.- 366 - 



VARIÉTÉS. 



Rivalité entre corporations. — Un curieux conflit 
s'éleva en 1751 entre la corporation des marchands de 
poisson de mer et les vendeuses de morue sèche, connue 
sous le nom de Stockvisch. 

Les marchands de poisson de mer adressèrent aux éche- 
vins de la Keure une requête par laquelle ils demandaient 
que les débitantes de Stockvisch^ au lieu de continuer à 
stationner dans le marché aux Poissons, seraient tenues 
d'établir leurs échoppes sur le bord de la rivière en face de 
la grande boucherie : 

« Hun te doen staen op het pleijntjen beneden aen het 
» toater recht over het groot vleeschhuys. » 

Ils demandaient également à l'administration communale 
de faire construire sur la Lieve, à l'endroit où cette rivière 
se jette dans la Lys, un pont qui relierait le marché aux 
Poissons à la rue du pont aux Pommes : 

« Het maecken van eene brugghe dienende voor eenen 
» tioeeden Inganck inden vischmerct. » 

Ce pont se serait trouvé en face de l'hôtellerie « la Pomme 
d'or » rechtover de hostelerye ghenaempt den gcmden Appel, 
qui forme aujourd'hui la propriété de M. Hye-Hoys. 

La construction de ce nouveau pont, qui était chose 



— 867 — 

complètement inutile, fut, comme les poissonniers devaient 
s'y attendre, refusée par les échevins de la Keure. Ceux-ci 
refusèrent également d'accéder à l'autre demande des 
poissonniers, et les marchandes de Stockvisch, soutenues 
par tous les doyens des voisinages environnants, conser- 
vèrent l'autorisation de stationner à l'intérieur du marché 
aux Poissons ainsi qu'elles l'avaient fait de tout temps. 

Les marchandes de morue répondirent victorieusement 
et énergiquement aux prétentions des poissonniers par 
l'envoi aux échevins de la Keure d'une requête, rédigée par 
l'un ou l'autre procureur de l'époque, dans laquelle elles 
faisaient valoir tous les arguments militant en leur faveur. 

Quelques-uns de ces arguments sont d'une originalité si 
rare et sont exposés d'une façon si familière que nous avons 
cru bien faire de tirer cette requête de Toubli, où elle était 
plongée depuis près d'un siècle et demi, et de donner les 
honneurs de la publicité à quelques-uns de ses articles. 
C'est, de plus, une petite étude des mœurs administratives 
de l'époque. 

Voici le résumé des principaux motifs invoqués par les 
marchandes de morue qui s'intitulent « de vrye stockvisch' 
vrauwen der stad Ohendt. » 

La petite plaine au bord de la rivière et devant le 
marché aux Poissons est, disent-elles, inaccessible en hiver, 
à moins que les poissonniers ne tiennent à la disposition des 
cuisinières, venant acheter de la morue, quelques douzaines 
de grosses bottes imperméables, eenighe dozijnen watev" 
leersen, pour patauger dans l'eau. 

Un motif de haute moralité fait également agir les 
requérantes. Les servantes se prévaudront de la difficulté 
de l'accès du marché pour s'absenter pendant plusieurs 
heures de la matinée et les passer dans l'un ou l'autre 
cabaret borgne, in het eene ofte andere brandetat/ncot, on 
elles conspireront entre elles et se corrompront mutuellQ- 



- 368 — 

ment. Les domestiques, disent les requérantes, iront même 
jusqu'à voler leurs maîtres afin de pouvoir fréquenter ces 
mauvais lieux. Il faut avouer que les stockvischoratiwen 
n'avaient pas fort bonne opinion des servantes de leur 
temps, sur le compte desquelles elles s'expriment d'une 
façon fort peu flatteuse. 

En hiver il y fera tellement glissant qu'on ne comptera 
plus les gens qui s'y briseront bras et jambes, sans s'arrêter 
aux autres accidents de toute nature et dont l'énumération 
serait trop longue. 

Voici donc le texte de quelques-uns des articles de cette 

requête : 

0. 

« Niet alleene ten respecte dat des winters het water 
» cUdaer soo abundantelijck is ligghende dat het selve onder- 
» tusschen is staende twee ofte dry voeten hoogte tgonne 
» met het maecken van het nieutc ghedelf ofte copttere 
» noodtsaeckelyck noch sal moeten vermeederen^ waerdore 
» emmers beleth sal toorden den toeganck van de volckeren 
» die stockvisch noodigh hehhen, te commen tôt aen s'rescri^ 
» henten stallen ten toaere die van de zeevisehmerct tôt hun 
• gheriefaldaer wilden hesorghen eenighe dosijnen water- 
» leersen om de keukenmeijsens van de horghers hun daer- 

> van te connen hedienen. » 

7. 

t Nemaer oock datter ten tyde vande vorst aldaer te 
» verwachten sauden sijn menigvuldighe onghemaecken, soo 
» van het breken van beenen als anders door dien den 
» afganch vande straete om aldaer te connen gheraecken 

> soo steijlich ende afsinckende light dat er maer ontstaen 
9 synde de minste vorst, door de slibberachtigheijt ofte 

> gelatticheijt van het vervrosen water sonder het uiterste 
9 ghevaer ofte perijckel niemandt aldaer eenighen toeganck 
9 en sal connen hebben, » 



- 369 - 

11. 

« Ende dat vanden anderen candt te beduchten is, in cas 
» van verplaetsijnghe vande merct, met de veranderijnghe 
» ende vemawuoijnghe van de stadsbrugghen, dat de dômes- 
» ticquen die om zeevisch ofte verschen visch^ ende oock 
» tsaemen om stockvisch ghesonden worden naementlijck op 
» de merctdaeghen àlswanneer men die in eene menaege 
» aldermeerst noodigh heeft, uren ende uren suUen wegh 
» hlijven ende thuijs arriverende excusie sullen bijhringhen 

> dat sij door het ghetvelt ende àbundantie vande waeghens 
• de brugghen niet en hébhen connen passeren, » 

1Î3. 

« Wat sal daer anders uit volghen dis eene gheprocu^ 

> reerde occasie voor de selve domesticquen om dien tijdt te 
» gaen passeren met elckanderen in het een ofte ander bran- 
la detoijncot, cUdaer elckanderen te bederven ende f saemen 
» te conspireren, jae ondertasschen om die compaingnie te 
» connen frequenteren dat sij somwijlen hunne meesters ofte 
» meesteressen sullen bestelen, ghelijck men alreeds onder^ 
9 tt4sschen ondervonden heeft, schoon sij tôt dies, noch geene 
» dusdanighe occasie van convenientie en hebben gheren^ 
» contreert. » 

Avous-nous tort de dire que cette supplique méritait 
les honneurs de Timpression en raison de la naïveté et de 
Toriginalité des arguments qu^elle étale d^une façon à la 
fois si emphatique et si familière? 

Les considérations présentées par les stockvischvrauwen 

montrent, semble-t-il, que les dames gantoises de Pan de 

grâce 1751 avaient lieu de se plaindre de leurs servantes, 

tout autant que leurs arrières-petites filles de 1891. Il y 

aurait là une jolie étude de mœurs à faire qui conduirait 

à constater que dès lors déjà bien des maîtresses de maison 

gémissaient sur les défauts de leurs domestiques, lesquels 

— flJors comme aujourd'hui — ne ressemblaient pas à ce 

2i 



— 370 — 

que Ton se plaît à appeler les vieux et fidèles serviteurs 
c du temps de nos parents. > 

Ce document nous apprend que vers cette époque on 
avait reconstruit plusieurs des ponts de la ville et que les 
nouveaux étaient plus étroits que les anciens. Nous y 
remarquons aussi qu'on craignait que le récent creusement 
du canal, la Coupure, reliant la Lys au canal de Bruges, 
aurait pour résultat d'amener une crue des eaux en hiver. 

Puisque nous venons de parler des poissonniers, disons 
que tous les membres de cette corporation appartenaient, 
à deux ou à trois exceptions près, à la famille des Van Loo. 
Dans la première année du Wegwijzer (1770) nous trouvons 
qu'il y avait alors à Gand trente- deux marchands de 
poissons de mer. Tous se nommaient Van Loo, sauf trois 
qui s'appelaient Cauweryck. 

La même chose avait lieu pour les bouchers de la grande 
boucherie qui appartenaient à quatre familles : les Van Loo, 
les Van Melle, les Minne et les Deynoodt. Les bouchers de 
la petite boucherie appartenaient aux familles De Raeve 
et Vollaert. P. C. 



Le dtjc de Limbottrg eefuse, dit-on, de payer au sire 
DE DiEST une dette DE JEU. — En parcouraut les comptes 
des margraves du pays de Rijen, nous avons trouvé une 
annotation très curieuse. En 1405 ou 1406, certain Nicolas 
de Verwere, venant de Bruxelles, raconte à Malines et à 
Lierre qu'Antoine de Bourgogne, duc de Limbourg et gou- 
verneur du Brabant, avait perdu, au jeu, à Thomas, sire 
de Diest *, une somme d'argent qu'il refusait de payer tout 

* Thomas de Diest fut seigneur de ce lieu pendant 47 ans, de 
1S85 à 1432 (voyez de Reiffknbbeg, MonumenU pour Vhiti, des 
prov, de Namur, de Sainaut et de Luœ,, 1. 1, 1844^ pp. 642-644), 



— 371 - 

de suite, et que ce refus avait amené, entre ces deux hauts 
personnages, une scène des plus violentes. Aussitôt, l'écou- 
tète fait arrêter l'auteur de ce bruit et condamner à des 
pèlerinages. Un nommé Gérard van Kuyc, à Lierre, paie 
cher son intervention trop zélée en faveur dudit de Verwere. 
La pièce nous semble mériter d'être publiée. La voici : 

« Ont fane boeten. — Ende eerst van Gherairde van Kuyc, 
wonachtich te Liere, daer af es te wetene, hoe dat te Liere 
een gevangen was, gheheeten Claeys de Verwere, de welke 
gesproken ende verseget hadde te Mechelen ende te Liere, 
da hy van Bruessel gecomen ware ende dat hi dair hadde 
horen seegen eenen geheeten Zeebrecht in de Lelye, dat 
onse geduchtege heere die hertoge van Limburg gespeelt 
soude hebben iegens den heere van Diest ende dat de heere 
van Diest onsen geduchtegen heere van Limburg een deel 
gelds afgewonnen soude hebben op schreven, welc gelt onse 
geduchtege heere van Limburg den heere van Diest gewei- 
gert soude hebben ter stont te betalene, ende dat onse 
geduchtege hère van Limburg ende de heere van Diest 
sonderlinge qualic dair omme te gader hadden geweest met 
woirden ende mids daten ; dat de mercgreve dat hoirde 
seegen ende hi toelprtiefde dat Claeys de Venoere dair ane 
gelogen hadde, soe dede hi en dair omme vangen ende 
houden, want den mercgreve dochte dat hi ons genedichs 
heren van Limburg eere daer ane te na gesproken hadde. 
Des quam Gheraird van Kuyc voirs. aen den margrave ende 
begeerde Claeuse den Verwere te verborgene te dage ende 
te rechte te bringene. Dair op antwoirde die marcgrave 
ende seide, dat hi des niet en meinde te doene, want de 
sake bi lex niet te verborgene noch te geven vonnisse en 
stonde, anders dan tôt ons genedichs heren van Limburg 
correctie; mair doch soe woude hi hem dair op beraden. 
Ende ute dien woirden soe ghinc Geraird van Kuyc toten 
Yorstere van Liere, dair de voirs. Claeys de Verwere 



- 872 - 

gevangen sat, ende seide hem dat hi Claeyse den Verwere 
ute den ysere slaen soude ende hem laten gaen uter 
vroentcn, want hi hem selve verborght hadde te dage ende 
te rechte te bringene. Ende mids dien woirden de welke 
hem Gheraird van Kuyc van des marcgreven wegen geseit 
hadde, soe slouch en de vorstere uten ysere ende lieten 
gaen uter vroenten^ ende ghinc stappans toten inarcgreTe 
ende seide hem wat bootscapen hem Gheraird van Kuyc 
gebracht ende geseecht hadde van synent wegen, hoe dat 
hy Claeys den Verwere ute laten soude, want hien verborght 
hadde, ende ute Gherairde van Kuyc woirden, soe hadde 
hi Glaeus den Verwere ute gelaten. Des ghinc die marcgreve 
ende ontboid Gheraird van Kuyc ende seide hem, dat hi 
hem die bootscap uiet bevolen en hadde te doene ane de 
vorstere van Liere, ende meinde dat hi hem qualic belogen 
hadde, ende doen Gheraird van Kuyc verhoirde aen den 
marcgreve dat hi hem des niet en gestonde, doen ghine hi 
selve ende haelde Clause den Verwere weder omme in die 
vroente ende leverdene den vorstere van Liere. Ende doen 
de marcgreve dat verhoirde, dat Gheraird van Kuyc den 
voirg. Clause den Verwere selve weder omme in die vroente 
ghebracht ende ghelevert hadde, sonder des hère dieners 
dair bi te hebbene, doen seide hem di mercgreve op ende 
ane, dat hi des heren heerlicheit aenvaerdt hadde, want hi 
hem selven eenen vangene gemaect hadde, sonder consent 
van den heere ende dat hi dair ane verbuert hadde den 
hoochsten wille die men met ghelde beteren soude mogen, 
dat ware Ix ponden swerten. Des quam de voirs. Gheraird 
van Kuyc ende seinde aen den marcgreve ende dede hem 
seegen, hoe dat hi een portere van Lovene wate; maer waer 
dat sake dat hi een lettel gelds nemen woude van hem tôt 
ons genedichs heren behouf, sonder hem meer costs of 
moeysels dair af ane te doene, dat soude hi hem geme 
geven ; ende ware hi des niet doen en woude, soe meinde 



- 373 — 

hi datten de stat van Lovene dair af wel quyt houden soude. 
£nde want die marcgreve wel wiste, dat hi een poirtere van 
Lovene was, ende dat hi in deinde niet vêle dair af en 
soude hebben connen gecrigen, soe liten die mercgreve 
iegens hem punten ommen x cronen Vrancryks, valent 
xxxiii stuyvers, iiii deniers. 

c Ende aïs van den vors. Claus niet, ora dat hi in anders 
engheene beternighe ghewyst was, dan in bedevaerden, 
dewelke hi volcomen heeft. * • 

Nous manquons d'autres renseignements sur cette a£faire. 
Dans les comptes des écoutètes de Malines, nous avons 
relevé un certain nombre de condamnations à des pèle- 
rinages ; ils devaient se faire à Rome, à Saint-Jacques en 
Galice, au saint sang de Wilsenake, etc. 

J.-Th. de Raabt. 



Quelques extraits des comptes de l^église Saimte- 

GuDULE, A Bruxelles. 

Va miraelei caérlsoB d^vae avensle. 

Item als *t miraculé geschiet was over de dochter van 
eenen schoelmeester, woenende 't Ypere, die blindt was, 
ende wordt siende, te wetene als de voirs. schoelmeester 
tselve syn kiudt verghichte voer noene, wordt tselve naeder 
noenen siende; wordt geluydt een pose metter clocken van 
Salvator ende daer voere betaelt . . . . ii schell. gr. *. 

li'ésilse reçoit le« amures dv damelseas flawet. 

Item xi augusti was gheoffert den heiligen Sacramente 
van wegen myns Jonckers gheheeten Suwet aile syn hamas, 

' Archives générales du royaume. Compte de Reyner van der 
Eist, chevalier, margrave du pays de Rijen, du 19 décembre 1405 
au 24 juin 1406. Chambre des comptes de Brabant, n^ 12974. 

* Compte de la chapelle du Saint-Sacrement de Miracle, année 
1680-81 y du 25 décembre au 25 décembre. 



— 374 — 

dienende tôt synen lyve, gelyck tselve staet int Sacraments 
choer*. 

Marie de HoB^rle tmit célébrer une mease et orvanlser nae 
preeeMilOM pour que Dieu doMMe à l'empereur la vletolre 
•nr les InUdèles. 

Ten selven daighe (op S* Jans DecoUatien dach) was, ter 
ordonantien ende begheerten van onser genadiger vrouwen, 
vrouwen Marien, Goninghinne enz., op dat onse lieve heere 
onsen genadigen keysere victorie verleenen wilde teghen de 
turcken ende 't kersten geloove stercken, ommegedraghen 
het heilich sacrament van Miraculen, ende voer de pro- 
cessie gesongen een zeer eerlycke misse, ter eeren van den 
heiligen sacramente, ende aïs doen gegeven heeren ende 
meesteren Mertene Coels, canter, enz., van der voira, missen 
te singene ende H heilich Sacrament te draghene in de voirs. 
processie,Vf Philippusgulden,videlicet iii schell. IVi d. gr.*. 

Philippe de Homes, sel^iieiir de Banel^Bles, de Bextel, etc., 
deune à l'église ••■ (abart ef la heniMie de ••■ cheval. 

lerat X* Martii ontfaen... van wegen heeren Philipse van 
Hoorne, heere van Baucigny ende van Bocxstele, enz., 
eenen wapenrock met eenen behancxsele oft bardereel van 
eenen peerde van rooden fluweel, ghebourduert met rooden 
zyden sattyne ende met roode zyden frinden, den heiligen 
Sacramente gegeven by den voirs. heeren Philipsen, waeraff 
een cappe gemaect es, dienende ten love van den heiligen 
Sacramente'. 

Claire de BencMie, venve dndU Philippe de ■ernes, rachète 
le cheval que ••■ mari a léfué à l'église. 

Item, ix September, ontfaen... van wegen Mer Vrouwen 

■ Les nombreuses pièces d'armures, de harnachements, etc. qui 
existaient, autrefois, dans l'église Sainte-Gudule, furent détruites ou 
volées dans les troubles du XVI* siècle [même compte). 

* Compte de la chapelle du Saint-Sacrement de Miracle, année 
1531-1532. 

* Compte de la même chapelle, année 1539-1540. 



- 375 - 

Cleren Renesch*, weduwe wylen heeren Philippus van 
Home, heere van Baucignich, Bocxte), enz., voer de redemp- 
tie van den besten peerde desselfs heeren Philippus, by den 
selven gelaten in testamente tôt behoeff van den heilighen 
Sacramente van Miraculen, vyftich Carolus guldenen, vide- 
licet xii 1. 10 schell. gr. ». 

Mease à l'oecaslon du «lès^ de I^outaIm par MarllM 

▼an B«««niii. 

Item, iii*^ Augusti, als Merten van Bossem, capiteyn van 
Vranckrycke', voer de stadt van Loven lach, was doen 
dinghen, van wegen des heilichs Sacraments, een misse 

metteu minsten lichte, ende daar voere betaelt 

XV schell. gr.*, 

Commaniqué par 

J.-Th. de Raâdt. 



Des Balances pour des Étaux. — Nous avons parlé 
plus haut d'un portrait peint par Van Dyck, d'une Princesse 
de Croy, lequel avait été décrit dans un catalogue de vente 
à la Haye comme représentant une princesse de Troie. 
Chez les flamands et néerlandais, il n'est pas rare de voir 
une confusion se produire entre le C et le T. On en a un 

' Philippe de Homes, chevalier, seigneur de Baucignies, Boxtel, 
Kessel, etc., échanson de l'empereur Maximilien, chambellan de 
Charles-Quint, etc., avait épousé Claire de Renesse (fille de Frédéric 
de R. de Wulven, chevalier, seigneur d'Oostmalle, conseiller de l'em- 
pereur, drossard de firéda, et d'Anne de Hamal, dame de 's Heeren- 
Ëlderen, Rummen, Warfusée, Masnuy, etc.). Ces époux sont les 
auteurs des princes de Homes. 

* Compte de la chapelle du Saint-Sacrement de Miracle, année 
1540-41. 

> Maréchal des Otieldrois et allié de la France, 

* Compte de l'année 1541-1542. 



— 376 — 

remarquable exemple dans le Précis analytique des docu- 
ments que renferme le dépôt des archives de la Flandre occi- 
dentale, par Delepierre, où il est imprimé, tome II, p. 30 : 
< Ordonnance ... statuant que les chaudronniers qui se 
tiennent sur les marchés avec leurs marchandises, doivent 
avoir des balances de seize pieds de largeur (!) et de treize 
de profondeur (!!), ayant une ouverture de porte sur le côté, 
d'au moins trois pieds de largeur (!!!) ... (1526). » Or, ces 
balances étaient des étaux, stàUen. Delepierre avait cru 
lire scàlen (schalen), ce qu'il a traduit par balances, 

D. 



Une toile de Rubens détbuite. — Les journaux ont, 
à la fin de juin dernier, annoncé la destruction à Paris, 
par un acte de basse vengeance, d'une toile attribuée à 
Rubens et appartenant à M. de Brière. Le Temps en donne 
en ces termes la description qui ne correspond à aucune des 
œuvres relevées par M. Max Rooses : «... Un magnifique 
Rubens, de trois mètres de hauteur environ, représentant 
une Madeleine repentante. La pécheresse est assise à demi- 
nue, les mains rapprochées, la tête en arrière, les yeux 
au Ciel, dans l'attitude de Textase. Les cheveux blonds 
tombent sur ses épaules et ses seins sont découverts. » Les 
malfaiteurs ont lacéré la toile à coups de couteau, arraché 
la tête, une épaule, et le sein droit, et jeté les débris sur 
le parquet D. 



Pbix de tableaux de vieux maitees, en 1800. — Le 
Nederlandsche Spectator donnait récemment (1890, p. 252) 
les prix d'une vente de tableaux à Amsterdam, en 1800. Un 
Jean Steen (20 pouces sur 16), un intérieur de paysans en 



— 377 — 

réjouissance, y est vendu 80 florins. Le prix le plus élevé 
est atteint par un paysage de Wyuants et Lingelbach 
(28 pouces de hauteur, sur une largeur de 85) qui se vend 
720 florins. Un paysage des frères Both (panneau de 12 
pouces sur 20) est adjugé pour 485 florins. Il paraît que 
c*est la même toile qui fait partie du musée Vanderhoop, 
et fut acquise au prix de 3000 florins en 1828. Un tableau 
de Dusart qui fait partie du Rijksmuseum à Amsterdam 
(u'' 300), et fut acquis pour cette collection au prix de 
525 florins en 1814» est adjugé en 1800 au prix de 150 flo- 
rins. Les œuvres du XVP siècle étaient peu recherchées : 
une pièce capitale de Pierre Breughel l'ancien (44 pouces 
de hauteur, 65 de largeur) est adjugée pour 4 florins. Un 
Brekelenkamp se vend 30 florins, un Berckheyde 27, deux 
Beerstraten 55 et 28 florins, un Gérard Dou (12 pouces 
sur 8) qui paraît être aujourd'hui le n** 278 du Rijksmuseum^ 
est adjugé pour 410 florins. Un petit tableau d'Elsheimer, 
est adjugé 7 1/2 florins. Une toile de Van Goeyeu (26 pouces 
sur 38), vue de rivière, avec pêcheurs et barques, sur 
Ta vaut plan du bétail, dans le fond la ville de Leyden, est 
adjugée pour 40 florins! J. Van der Heyden, une vue de 
ville, 74 florins; des fleurs de T. De Heem, 41 florins, etc. 
Un Fr. Van Mieris « Chirurgijnswinhel » est vendu 
60 florins. Un paysage de Ruysdael 133 ; deux marines de 
W. Vandevelde, 27 florins. Deux tableaux de Verkolje, 
101 florins. Quelques-uns de ces tableaux avaient atteint 

des prix plus élevés dans des ventes antérieures. 

D. 



— 378 — 



CHRONIQUE. 



DbCOUVBBTBS DB sâPCJLTURBS DK8 PRIHCBS DB CbOT. — Au mois 

de jaillet dernier, en travaillant dans le chœur de la vieille église de 
Solre>le-Châteaa (Nord) an remplacement d'an carrelage usé, on 
rencontra la voûte d'un souterrain sans accès et dont on ignorait 
l'existence. On fit une ouverture dans la voûte, et l'on découvrit 
un caveau sépulcral, de 5 mètres de long sur 3 mètres de large et 
1 mètre 30 de haut, où se trouvaient huit cercueils superposés, 
dont sept en plomb, un en cuivre. Chaque cercueil, sauf deux, por- 
tait une inscription faisant connaître le personnage enseveli. Le 
cercueil en cuivre contenait les restes d'un Philippe de Groy , décédé 
à Prague le 4 février 1612 ; les autres ceux de Jacques De Groy, mort 
à Malines, à l'âge de 16 ans, de Philippe de Lannoy, seigneur de 
Molembaix, mort en 1543, de Jean de Lannoy, seigneur de Molem- 
baix, de Jean de Lig^e, seigneur de Molembaix, d'Anne de Beaufori, 
épouse de Philippe de Groy, décédée le 25 mars 1588 *. 

La famille de Croy-Solre avait anciennement à Solre un château 
qui a été incendié et démoli pendant la révolution française, et elle 
y possède encore des bois, tandis que la résidence du chef de la 
famille a été fixée depuis longtemps au château du Rœulx. acquis 
par Antoine de Groy de Jacqueline de Bavière en 1428. Au Rœulz 
est mort en janvier 1835 le prince Emmanuel de Groy léguant son 
château du Rœulx à son fils, feu le prince Edouard, le château 
d'Havre à sa fille, la princesse Emma, et son domaine de Solre-le- 
Château à son fils aîné, le prince Alfred Emmanuel qui est décédé à 
Bruges, le 21 mai 1888. 



* Comparez les Mémoires autographes du duc Charles de Croy^ 
publiés par M. de Reiffenberg, p. 78. 



— 379 — 

L'église de Solre-le-Château est classée aa nombre des mona«- 
ments historiques de France. D. 

HlBTOIBE DU MEURTRE DE CHARLES -LB«B0N, COMTE DE FlANDRB 

(1127-1128) ». — Le récit de Galbert est, peut-on dire à juste titre, 
le travail le plus intéressant que nous possédions sur l'histoire de la 
Flandre au commencement du XII* siècle. Écrite par un contem- 
porain qui fait un fidèle récit des événements qui se sont passés sous 
ses yeux, cette histoire retrace la vraie physionomie de la société à 
cette époque. 

Ce travail avait été imprimé dans des recueils inabordables au 
public, il méritait d'être rendu plus accessible, et d'être publié avec 
les exigences de la critique moderne. M. Pirenne nous en donne une 
nouvelle édition qu'il a fait paraître dans la collection des Textes 
pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire. Il a consulté 
celles qui en avaient déjà paru, et en les comparant aux manus- 
crits que l'on possédait de ce travail, il a pu compléter le texte et 
y ajouter différents passages qui n'avaient pas été imprimés, et il a 
pu rétablir plus d'un passage inexactement reproduit. 

L'éditeur a ajouté à son travail un grand nombre de notes expli- 
catives et il a fait imprimer à la fin du volume cinq petits poèmes 
contemporains sur la mort du comte, entr'autrcs Tépîtaphe qui se 
trouvait sur son tombeau à Bruges. En tête de son ouvrage il a mis 
un sommaire de chaque paragraphe, ce qui facilite singulièrement 
les recherches, et y a joint un plan de la ville de Bruges au XII* siècle. 

Tous ceux qui s'intéressent à l'étude du passé historique de la 
Flandre sauront gré à l'éditeur d'avoir entrepris ce travail qui a été 
fait avec grand soin; on pourrait peut-être relever une erreur de 
détail due sans doute à une mauvaise lecture; le mot Cuislara 
(page 166, ligne 5) devrait plutôt être lu Cnislara, et il s'agirait du 
village de Knesselaere et non de Couckelaere, comme il est dit à la 
note 2. L. St. 

Le 's Gravenstebn de Bruges et la tactique des Gantois en 
1127*. — L'auteur de cette notice ne pouvait songer à donner la 



» Galbert, de Bruges, Histoire du meurtre de Charles-le-Bon, 
comte de Flandre {i 127^1 128), publiée par Henri Pirenne, professeur 
à l'Université de Gand (Paris, Alphonse Picard, 1891). 

* Hermann Van Dutsb, Le 's Gravensteen de Bruçes et la tactique 
des Gantois en 1127 (Gand, 1891). 



— 380 — 

description da château des comtes à Bruges, comme il l'a fait pour 
celui de Gand ; le château de Bruges a disparu depuis longtemps, 
l'église de Saint-Donatien, qui formait les derniers restes des bâti- 
ments compris dans son enceinte a également été détruite à l'époque 
de la révolution française. 

Il s'est borné à raconter l'épisode le plus dramatique de l'histoire 
de ce château, nous voulons parler du siège que les meurtriers du 
comte Gharles-le-Bon y ont soutenu, et de la part qu'y ont prise les 
milices gantoises. L'auteur s'attache à faire ressortir le rôle qu'elles 
y ont joué, et à décrire les engins que les assiégeants ont employés 
pour réduire la place. Il a pris pour g^ide l'ouvrage de Galbert de 
Bruges, nouvellement édité par M. Pirenne. Grâces à l'étude toute 
particulière que M. Van Duyse a faite des armes et des engins de 
guerre employés au moyen-âge, il nous donne un récit plein d'in- 
térêt de cet épisode de nos guerres civiles. L. St. 

Lb viLLAaB DB Saint-Momblin *. — Monographie sans prétention 
et agréablement écrite d'une village des environs de Saint-Omer. On 
sait que saint Bertin fonda au V1I« siècle une abbaye à Saint-Mome- 
lin. C'est pour distinguer cette abbaye de celle que le même saint 
établit peu de temps après à Saint- Omer, que le village a été désigné 
au moyen-âge sous la nom à^Oudemunater. M. du Teil a conscien- 
cieusement exploré les archives de Saint-Momelin. Ces archives ne 
remontent malheureusement pas au-delà du XVII* siècle. L'auteur y 
a pourtant trouvé des renseignements intéressants sur la situation 
faite à la contrée pendant la guerre de trente ans et pendant celle de 
la succession d'Espagne. A ce titre, son travail, consacré aune loca- 
lité qui fit jadis partie de la Flandre, se recommande à l'attention des 
historiens belges. H. P. 

DÉcouvBRTBS ABCHéoLooiQUBS. — Une curieuse découverte a été 
faite à Sivry, village belge de la frontière française. En extrayant de 
l'argile on se trouva en présence de débris d'anciennes fortifications. 
Bientôt, à l'aide d'une pioche, on mit au jour au milieu de frag- 
ments de toute sorte, un pot de terre cuite qui se cassa sous le choc 
de l'instrument. Une grande quantité de pièces de monnaies s'en 
échappèrent. 

» J. DU Tbil, Le village de Saint-Momelin (Paris, A. Picard, 1891, 
i»-8o). 



- 381 - 

Ces pièces sont bien conservées. 11 y en a de tout âge et de tout 
module depuis l'an 144 jusqu'en 856 inclusivement, de Charlemagne 
et de la domination romaine. 

On a continué les fouilles et à l'heure actuelle, le nombre de pièces 
trouvées est considérable. 

— En effectuant des travaux pour la construction des nouveaux 
quais sur les bords du Tibre , à Rome , on a retiré du fleuve un 
heaume orné de bas-reliefs admirablement ciselés. Ce casque est en 
parfait état de conservation. 

Un archéologue compétent déclare qu'il a bien deux mille ans 
d'existence. 

— On annonce de Martigny que des ouvriers en faisant des 
fouilles à Saint -Bernard, à l'endroit oii se trouvait jadis le temple 
de Jupiter, ont découvert une statue en bronze du père des dieux. 
Cette statue, ayant à peu près quarante centimètres de hauteur, 
restera la propriété de Thospice, d'après une convention avec le 
gouvernement italien. 

Presque au même moment ces ouvriers trouvèrent aussi quelques 
médailles et un petit lion en bronze de dix centimètres de hauteur. 
La statue de Jupiter ainsi que le lion sont d'une grande finesse de 
travail. 

— Le musée du Louvre a acquis dernièrement au prix de 3,600 îr., 
les portraits de René d'Ai\}pu, comte de Provence, duc de Naples et 
de Sicile, et de sa seconde femme Jeanne de Laval. Ces deux por- 
traits, de dimensions restreintes, car ils mesurent 18 centimètres 
en hauteur sur 28 en largeur, proviennent du dernier des Matheron 
d'Aix en Provence, dont un ancêtre Jean de Matheron (le bon com- 
père du roi René} avait reçu ces portraits du roi lui-même. 

Le roi René avait peint, de sa main, ces portraits sur un diptique 
de bois. 

Le roi René, coiffé d'une ban*ette de velours noir, est vêtu d'un 
manteau brun foncé, fourré de pelleterie de même couleur, et la 
pelletterie lui forme une espèce de fraise autour du col. Sur sa 
poitrine est Timage de Saint-Michel, suspendue à un collier de 
coquilles, et il tient dans ses mains un chapelet à grains cylin- 
driques. 

En regard de ce portrait, on voit celui de Jeanne de Laval, vêtue 
de noir, ayant sur la tête un bonnet d*étoffe de soie noire, dont les 
deux côtés pendent sur les épaules. 



- 382 - 

ACADéHIB EOTÀLB DB BeLOIQUB. — CoNCOtJRB POUB 1892. — 

Première question, — « Apprécier d'une façon critique et scientifique 
l'influence exercée par la littérature française sur les poètes néerlan- 
dais des XIII» et XI V« siècles. • 

Deuxième question. — « Étude sur les humouristcs et les pam- 
phlétaires en langue française en Belgique, de 1800 à 1848. « 

Troisième question. — « Étudier, au point de vue historique et au 
point de vue dogmatique, la nature et les effets des traités de garan> 
tie, et spécialement des traités qui ont pour objet la garantie, par un 
ou plusieurs États, du territoire, de l'indépendance, de la neutralité 
d'un autre État. » 

Quatrième question. — • Montrer comment l'Espagne par sa 
diplomatie et par ses armées, a combattu la politique de la France 
aux Pays-Bas, de 1635 à 1700. « 

Cinquième question. — a Exposer, d'après l'ensemble des textes, 
quelle était la position des comtes dans le royaume franc, depuis 
Glovis jusqu'au traité de Verdun; établir leurs rapports avec le roi, 
avec le clergé et avec la population germanique et gallo-romane. » 

Sixième question, — a Faire l'histoire et la statistique des caisses 
d'épargne en Belgique. Exposer leurs diverses opérations et les 
résultats obtenus, surtout au point de vue de la classe ouvrière. » 

Le prix sera de mille francs pour la troisième et la sixième ques- 
tion, et de six cents francs pour chacune des quatre autres questions. 

Les mémoires devront être adressés avant le l^^^ février 1892. 

CoNCOUKS POUR 1893. — Première question. — « Quelle a été en 
Flandre, avant l'avènement de la maison de Bourgogne, l'influence 
politique des grandes villes, et de quelle manière s'est-elle exercée? » 

Deuxième question. — « Faire l'histoire de la littérature française 
en Belgique, de 1816 à 1830. ■» 

Troisième question, — a Quel est l'effet des impôts de consomma- 
tion sur la valeur vénale des produits imposés ? En d'autres termes, 
dans quelle mesure ce genre d'impôts pèse-t-il sur le consommateur ? 

Exposer et discuter, à l'aide de documents statistiques, les résul- 
tats des expériences récemment faites à cet égard en divers pays, et 
plus spécialement en Belgique. » 

Quatrième question. — « On demande une étude critique sur les 
Vies de saints de l'époque carlovingienne, depuis Pépin le Bref jus- 
qu'à la fin du X* siècle. • 



— 383 — 

L'auteur ne s'attachera qu'aux Vies présentant un intérêt liistO'» 
rique. 

Cinquième question, — « Faire, d'après les résultats de la gram- 
maire comparée, une étude sur le redoublement dans les thèmes 
verbaux et nominaux du grec et du latin. * 

Sixième question, — « On demande une étude sur les divers sys- 
tèmes pénitentiaires modernes considérés au point de vue de la 
théorie pénale et des résultats obtenus. » 

Septième question. — « Faire l'histoire de la philosophie scolas- 
tique dans les Pays-Bas et la principauté de Liège, jusqu'à la révo- 
lution française. » 

Le prix sera de mille francs pour la septième question et de huit 
cents francs pour chacune des autres questions. 

Les mémoires devront être adressés avant le 1«' février 1893. 

Prix Tbiklinck. — « Faire l'histoire de la prose flamande avant 
l'influence bourguignonne, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de la réunion 
de nos provinces sous Philippe de Bourgogne, vers 1430. » Prix : 
mille francs. — Le délai fatal expirera le 1«' février 1896. 

Prix Josbph De Eetn. — La Classe des lettres rappelle que « la 
deuxième période du sixième concours annuel » pour les prix Joseph 
De Eeyn sera close le 31 décembre 1891. Tout ce qui a rapport à ce 
concours doit être adressé avant cette date, à M. le Secrétaire per- 
pétuel de l'Académie, au palais des Académies. 

Cette période consacrée à l'enseignement du second degré, com- 
prend les ouvrages d'instruction ou d'éducation moyennes, y compris 
l'art industriel. 

Une somme de trois mille francs pourra être répartie entre les 
ouvrages couronnés. 

Prix de Stassart. — Mille francs à l'auteur de la meilleure 
« notice, » écrite en français, en flamand ou en latin, consacrée à la 
vie et aax travaux de Lambert Lombard, peintre et architecte à 
Liège (1506-1566). — Remise des manuscrits avant le l^** février 1892. 

Grakd prix de Stassart. — Trois mille francs à l'auteur du 
meilleur travail, en réponse à la question suivante : « Faire l'histoire 
du Conseil privé aux Pays-Bas, à partir de son origine jusqu'en 1794; 
examiner les attributions de ce corps, ses prérogatives et sa com- 
pétence en matière politique, d'administration et de justice. » — i 
Remise des manuscrits avant le !•' février 1894, 



- 364 - 

Prix db Saikt-Gekois. — Mille francs au meilleor travail, rédige 
en flamand, en réponse à la question suivante : « Caractériser l'in- 
fluence exercée par la Pléiade française sur les poètes néerlandais du 
XV1« et du XVIle siècle. • — Remise des manuscrits avant le 
!«■ février 1897. 

Pbix d£ la littérature flamakdb dit Antoon Bbromakh. — Le 
prix de cette période est réservé à la meilleure histoire, écrite en 
néerlandais, d'une ville ou d'une commune appartenant à la « pro- 
vince de Brabant « (l'arrondissement de Nivelles excepté), et comp- 
tant au moins cinq mille habitants. 

En vertu du règlement, le prix pour cette seconde période, peut 
être augmenté des intérêts du prix non décerné pour la première ; il 
s'élèverait à la somme de trois mille francs. — Remise des travaux 
avant le 1«' février 1897. 

Prix Castiau. — La quatrième période de ce concours sera close 
le 31 décembre 1892. 

Le prix de mille francs, à l'auteur du mémoire : « Sur les moyens 
d'améliorer la condition morale intellectuelle et physique des classes 
laborieuses et des classes pauvres. ■ 

Prix Bibnnal de philologie classique. — Prix de 2,750 francs 
à l'auteur du meilleur travail, en réponse à la question suivante : 
« Faire une étude critique sur les rapports publics et privés qui ont 
existé entre les Romains et les Juifs jusqu'à la prise de Jérusalem 
par Titus. » — Remise des manuscrits avant le 81 décembre 1892. 



— 385 — 



MUSÉE LAPIDAIRE 

DES RUINES DE SAINT-BAVON. 



Dalles fanénires retroaTies à l'éclase des Braemgaten*. 



XIII. 

1290 (v. 8.). — LAMRIWEN. 

DeiUe en pierre de Tournai, 

Hauteur : 2a62. Largeur : 1«b80. 

Une croix longue , aux sommets fleuronnés , 
s'étend sur toute la surface de la dalle; sa base, 
éléganmient moulurée, repose sur un sextuple 
gradin. 

La croix est gravée au simple trait et porte sur 
ses branches, Tinscription suivante, dont le texte 
doit se lire de haut en bas, puis de gauche à droite : 

• ANNO • DNI • â • (?C • LXXXX • I • UIOILIA- EPYPHANIE ' OBIIT 

• JOH'ES • FlLl^ • JA — COBI • DCl • LÂRIWE • 

{Anno Domini 1290, in vigiliâ Epiphaniœ, obiit Johannes 

filius Jacobi dicti Lamriwen.) 



*■ Suite. — Voir Mets, des Sciences hist., 3« liv. 1891, p. 267. 

«5 



— 386 — 

Les lettres sont du type oncial, les points en 
triangle. 

Les j qui commencent les mots : johes et jagobi, 
se différencient nettement des i habituels ; à noter 
aussi la première lettre de uigilia. L'a et I'r du 
nom de famille sont réunis en monogramme. 



XIV. 

1293. — DE ZEVENGOTE. 

DaXle en 'pierre de Tournai. 

Hauteur : 2>n05. Largeur : ln02. 

Nul autre décor que l'inscription, placée dans 
l'encadrement. Lettres onciales d'un fort beau type, 
points triangulaires. 

a& (ANNO • DNI • M) • ce (• x"") G • TERSTIO {sic) • OBIIT • 
IOHANN(ES) • DICTVS • DE • ZEVENGOTE • (QVI • 0) BUT • IN • 

[DIE • DE 
GOLLACIONIS • lOHÏS • BAP 
TISTE • GVIVS • AIA ' REQ(V)IES CAT • IN • PAGE • A(M) 

{Anno Domini 1293, obiit Johannes, dicttcs de Zevencote ; qui 
obiit in die decollationis Johannis Baptistœ, Cujus anima 
requiescat inpace. Amen.) 

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste 
correspond au 29 août. 

Le nom d'un Baudouin de Zevencote figure 
dans la partie la plus ancienne de YObitiiatre de 
Saint' Jean; son anniversaire avait lieu le 14 mai*, 

» PB Pauw, p. 99. 



— 387 — 



— Un Wauthier van Zevencote était, en 1333, 
échevin de la Keure de Lovendeghem et Sley- 
dinge * . 



XV. 
1293 (V. 8.). — ASSGEMAN ou HASCHEMAN. 

Dalle en pierre de Lessines (?), 

Haatenr : 2^30. Largeur : 1b>16. 

Vers le haut de la pierre, un écu portant une 
barrique debout. 

L'inscription, tracée dans l'encadrement, est en 
caractères onciaux avec points triangulaires. Elle 
doit se lire : 

* ANNO DNI • M • ce • NONA 

d • TERGIO • PRIDIE • KL'AS • MARTII • OBII(T) • AVE 

SOTA • VXOR • HENRI 

CI • HASGHEMANS • ORATE • ,P • A(N)IMA • EIVS • 

(Anno Domini 1293, pridie kalendas martii, obiit Avesota, 
uœor Henrici Haschemans, Orate pro anima ^us,) 

Nous trouverons plus loin (n"" xix), la dalle 
funéraire d'Henri Assceman, l'époux d'Avesoete. 
La variante : Hascheman pour Assceman n'a rien 
d'extraordinaire . 

* Cartulaire du béguinage Sainte-Êlisaheth, p. 82. 



— 388 — 



XVI. 

1293 (v. s). - DE WONDELGHEM. 

Fragment en pierre de Tournai, 

Hanteur actnelle : 0aB2. Largeur : 1». 

Deux ogives accotées et terminées au sommet 
par un fleuron, décorent cette tombe. Les figures 
que devaient abriter ces niches, n'y ont jamais 
été gravées, non plus que le baldaquin qui les 
aurait surmontées. 

L'inscription en lettres onciales, d'un type sem- 
blable à celles du n^ XIV, est avec points triangu- 
laires. Elle forme bordure d'encadrement autour 
du sommet de la dalle, entre les bases extérieures 
des deux arcatures, et porte : 

HIC • lACET • AVB(S0 

T)A • DE • WONDELGHEM • O'B -A' DO* M» * CoG -XCIH ' SCP 

TÎO • DIE MARTII • 

(Hic jacet Avesotade Wondeîghem, Obiit anno Domini 1293, 

septimo die martii.) 

A noter un lapsm dans le mot : septimo. Les 
lettres a et r de martii sont liées. 

Certaine Alise de Wondeîghem — la sœur, peut- 
être, d'Avesoete — donna 24 gros tournois à 
l'église Saint" Jean, pour fonder son anniversaire. 
Son nom est inscrit, au 17 septembre, dans la 
partie la plus ancienne de VObituarium * . 

» PB Pauw, p. 200. 



— 389 — 



XVII. 
1294. — DE "^EVELSVALE. 

DaUe en pierre de Lessines (?). 

Hantenr actaelle : la74. Largeur : Im. 

La partie inférieure est brisée. 

Cette dalle n'offre d'autre décor que l'inscription 
tracée dans le cadre de la bordure. Les lettres sont 
en onciale; les points entre les mots, tantôt trian- 
gulaires, tantôt ronds. Le texte porte : 

* ANNO ■ DNI ■ M • G "^ G • X 

GIIII • IN • DIE • Bf- MARTINI • ORIIT (sic). 

DE • WEVELSVALE • 0RAT(E • PR ) O • EO • 

(Anno Domini 1294, in die heati Martini, obiit .... de We» 

velsvale, Orate pro eo.) 

Le graveur a écrit oriit pour obiit. 

Il est probable que la Saint-Martin, dont 
l'inscription fait mention, est la fête du célèbre 
évêque de Tours, si populaire dans nos contrées. 
Elle se célèbre le 11 novembre. 

Le nom d'un « Henri dit Vos de Wevelsvale » 
se trouve, en 1268, dans une charte de l'abbaye 
de Saint-Bavon ; ce personnage est probablement 
le même qu'« Henri de Wevelsvale, chevalier » 
cité, en 1279, dans un autre document provenant 
du même chartrier '. D'autre part, un Guillaume 
de Wevelsvale paraît comme chanoine de Tournai, 
en 1295*. 



*■ Note de M. le comte de Limburg-Stirum. 

* DB Saint- QsNOiS, Monuments anciens, t. I, p. 841. 



— 390 - 

XVIII. 

1296. — DE NINEVE. 
Dalle en pierre de Tournai. 

Hauteur actuelle : 1>>>95. Largeur : !">. 

Le bas de la daHe a été coupé , de manière que 
l'inscription, qui forme le seul décor de ce monu- 
ment, est incomplète de la partie tracée dans la 
bordure inférieure. Lettres onciales; points trian- 
gulaires . 

ANO • DNI • M • G G ■ X^'g • V ■ I(N) 

VIGILIA ■ B (I) LAVREGII • MART(I)RIS • OBI 

(IT • lOHANNES DE) 

NINEVE • OR(A)TE • PRO • AIA • EF • 

{Anno Domini 1295, m vigiliâ beati Laurentii martyi^is, 
obiit (Johannes de) Nineve, Orate pro anima ejus,) 

UObituaire de Saint-Jean, dans sa partie la plus 
ancienne, mentionne à la date du 9 août, veille de 
la Saint-Laurent : « Johannes de Nieneve, qui dédit 
marchant*, » Cette indication permet de compléter, 
à coup sûr, notre épitaphe, en identifiant celui 
dont elle couvrait la tombe, avec le personnage 
mentionné dans les rôles de la collégiale. 

Un autre Jean de Nieneve avait son anniv^- 
saire noté au 25 février*, dans le même document. 



* DE Pauw, p. 167. 
■ Ibid., p. 42. 



— 391 — 

XIX. 
1295. - ASSGEMAN. 

Dalle en pierre de Lessines (?). 

Hauteur : 2m. Largeur : Oai97. 

Le coin inférieur de droite, a disparu. 

A la partie supérieure, dans le champ, un écu 
portant une barrique debout. 

L'inscription en lettres onciales fort belles — 
même type que le n° XIV — avec points triangu- 
laires, est gravée dans la bordure d'encadrement. 
Elle n'occupe toutefois que le tiers environ de 
cette bande ; l'espace demeuré vide, était proba- 
blement destiné à rappeler la mémoire d'autres 
membres de la famille. 

* HENRIC • ASSGEMAN • OB' A ■ DO • 

M • C'^G • XCf • SEXTO (• DjEGIMO • K'LAS • DE .... 

()3& Henricus Assceman obiit anno Domini d 295, sexto de- 

cimo kalendas decembris.) 

Nous avons décrit plus haut (n** xv) la pierre 
sépulcrale de l'épouse d'Henri Assceman, Ave- 
soete, décédée le 28 février 1293 (v. s.). 

Jacques Asscheman, échevin de Gand en 1302 *, 
pourrait bien être le fils de celui dont notre épi- 
taphe garde le souvenir. 

Un Jean Aschman ou Ascheman donna à l'église 
Saint -Jean, une pièce d'or, et sa fename Marguerite 
un marc d'argent, pour la fondation de leurs anni- 
versaires '.On trouve encore mention dans la même 
obituaire, de Gertrude, fenmie de Jean Hasman». 

■ L'EsPiNOY, Recherche des Antiquités, p. 352. — Le Memoriebouck 
(t. I, p. 9) le nomme : Jean Hasscheman. 
• DB Pauw, pp. 85 et 09. 
» Ibid., p. 92. 



- 392 — 



DALLES NE PORTANT PAS DE MILLÉSIME. 

XX. 

ABRAHAM (BRAEM ou SER BRAEMS?). 

Dalle en pierre de Tournai, 

Hauteur : lm50. Largeur : OaQl. 

Cette dalle représente un bourgeois, la tête en- 
cadrée de cheveux crépus, les mains jointes sur la 
poitrine. Cotte simple, à manches collantes, sans 
ceinture et tombant à mi-jambe. De chaque côté, un 
écusson fruste, dans lequel on ne peut plus recon- 
naître qu^un lambel à cinq pendants, posé en chef. 

La tète du personnage et les écussons sont 
taillés en réserve pour permettre l'incrustation 
d'un émail. 

Le baldaquin a la forme d'une arcature trilobée, 
contournée par un rampant garni de volutes. Il 
porte sur des colonnettes, dont les chapiteaux sont 
à double crosse et dont les bases traversent la 
partie inférieure de l'encadrement. Dans les écoin- 
çons, un mur plat, couronné de créneaux et flan- 
qué, à chaque extrémité, d'une tourelle crénelée. 

Toute cette décoration est exécutée d'une ma- 
nière assez sommaire et dans un style très primitif. 

L'inscription, en lettres onciales avec points 
triangulaires, porte : 

* HIC — lAGET 

BALDVINVS • FILIVS ' HA 

(BR)AH— E • FILIVS 

DNI BALDVINI • ORATE • ,P • ANIMA • El' • 

(t Hic jacet Balduinus, /îliua Ha(br)ahœ, filius dominiBal'- 

duini, Orate pro anima ejus,) 



— 393 — 

Bien que la lacune de deux lettres doive in- 
spirer quelque réserve, on peut, croyons-nous, 
compléter le mot ha(BR)AHE, et reconstituer ainsi 
Tépitaphe de « Baudouin, fils d'Abraham, fils du 
seigneur Baudouin. » — Le filivs baldvini est 
apparemment un lapsus pour filii baldvini. 

Cette supposition devient une quasi-certitude si 
l'on rapproche cette inscription de plusieurs docu- 
ments du XIII"** siècle, qui permettent de retrouver 
l'origine de deux des plus puissants lignages pa- 
triciens de Gand, les Braem — qui semblent avoir 
donné leur nom aux Braemgaten, — et les Ser- 
sanders, dont Baudouin « fils d'Abraham » serait 
l'auteur commun. On nous permettra d'entrer, à 
ce sujet, dans quelques détails. 

Les documents auxquels nous faisons allusion, 
sont : 

V Les titres d'achat des terrains de la Cour du 
Prince actuelle, nommés jadis Sanderswalle, et où 
s'élevèrent successivement le monastère du Grroe* 
nenbriele et le palais des souverains bourguignons . 
Ces documents, déjà mentionnés par Duchesne < 
et L'Espinoy*, ont été collationnés avec soin par 
MM. De Potter' et Victor vander Haeghen\ Ils 
portent qu'en 1231, la propriété de ce domaine fut 
acquise de Hugues, châtelain de Gand, et d'Oda, 
sa femme, par a Alexandre, fils de Baudouin, fils 



* Histoire de la maison de Gand; preuves , p. 495. 

* Recherches des antiquités et noblesse de Flandre ^ p. 415. 
» Cartulaire de Gand, p. 10, etc. 

^ Het klooster ten Walle en de cMy van den Groenen Briele, pp. 2y 
4, 7, etc. 



— 394 — 

d'Abraham de Gand. » Cet Alexandre était un 
homme considérable puisqu'en 1216, il obtint du 
roi d'Angleterre un sauf-conduit pour commercer 
dans ce royaume. Son père « Baudouin, fils 
d'Abraham » avait reçu la même faveur, en 1212*. 
Alexandre fit partie de l'échevinage en 1228*; 

2,^JjObititaire de Saint-Jean^ mentionne, au 9 no- 
vembre, l'anniversaire d'« Alexandre fils de Bau- 
douin, fils d'Abraham. » C'est bien le même per- 
sonnage que l'acquéreur du Sanderswalle, quoique 
M. de Pauw semble vouloir le rattacher à la des- 
cendance de Baudouin Braem, échevin des XXXIX 
en 1298, dont nous parlerons plus loin ; 

3° Une donation d'une rente de trois muids 
d'avoine, faite en décembre 1255, par Hugues, 
châtelain de Gand et sa femme Marie, à Imme- 
soete, « veuve d'Alexandre, fils de Baudouin, 
fils d'Abraham*. » Cette dame, nommée « Imma » 
dans la pièce analysée plus loin, et Avezoete par 
L'Espinoy, avait également son anniversaire à 
Saint- Jean ; VObituaire de cette église porte, en 
effet, que le 16 novembre mourut « Ymsoeta tcœor 
Alexandrie; » 

4° Le Cartulaire de Cambrons édité par le cha- 
noine De Smet*, contient, à l'année 1262, deux 



» WARiTKŒNia, Histoire de Gand, p. 200. -- Wauters, Table 
chronologique des chartes et diplômes imprimés, t. III, pp. xxvii, 361 
et 452. 

■ Messager des sciences, 1885, p. 450. 

» P. 245. 

* L'Espinoy, p. 415 ; vander Haeohen, p. 9. 

» DE Pauw, p. 252. 

« T. II, p. 441. 



— 395 — 

documents relatifs à une cession de terres à Stop- 
peldyk (Stoupedich) , intervenue entre ce monas- 
tère et les héritiers de « feus Alexandre, fils de 
Baudouin, fils d'Abraham, et d'Inuna, sa femme * » . 
Ces enfants sont : Siger, Jean et Philippe — que 
nous retrouverons plus loin — Catherine, épouse 
de Baudouin le Grutre, Lilia, femme de Simon 
Riim, Marie, avec les enfants de Baudouin, leur 
frère prédécédé ; 

5^ La cession, faite, en 1277, par « Jean fils 
d'Alexandre » d'une lisière du Sanderswalle, au 
béguinage Sainte-Elisabeth». A cet acte, confirmé 
par ses fils Jean et Jourdain, est appendu son 
sceau portant un écu au croissant. Le donateur 
institue, en même temps, l'anniversaire de sa 
femme « Elisabeth, fille de Jourdain Riim » ; lui- 
même avait son obit à Saint-Jean, le 27 avril'; 

6"* Jean, fils du précédent, « Jan ser Sanders, 
ser Jans sorte » est cité comme échevin en 1277 
et 1291 *. Sa veuve Avezoete loue, en 1309, une 
partie du Sanderswalle^ et meurt, avant 1323, 
laissant son héritage à sa nièce Elisabeth ser 
Symoens ^ \ 

V Plusieurs documents, rapportés par MM. De 
Potter^ et vander Haeghen*, établissent la des- 



• « Heredes bone memorie Alexandri, filii Baldaini, filii Abrahe, 
quondam burgensîs Gandensis, et Imme, uxoris ejus. » 

• Cartulaire, p. 80. 
' Obituaire, p. 86. 

• D& PoTTBB, Cartulaire de Gand, p. 819. 

'^ VANOBB HaBOHBN, p. 11. 

• Ibid., p. 11. 

' Cartulaire de Gand, pp. 81 et 87. 

• Het hlooaier ien Walle, pp. 12 et 18. 



— 396 - 

cendance des enfants de Nicolas « fils de sire 
Jean, fils de sire Alexandre » (Clais, ser Jans sone, 
ser Sanders sorte), qui prirent définitivement le 
nom de ser Sanders, ou ser Sanders zone. 

Voilà pour ce qui concerne la filiation des Ser 
Sanders, issus d'Alexandre, « fils de Baudouin, fils 
d'Abraham, » dont notre dalle porte l'épitaphe. 

Leur origine commune avec le lignage des 
Braem, peut s'établir par les pièces suivantes : 

8^ Au rapport de L'Espinoy*, Abraham, filins 
Balduini, filii Abrahœ, fut, avec Johannes et Phi- 
lippus, filii Aleœandri, parmi les arbitres qui apla- 
nirent une contestation survenue entre l'abbaye 
de Baudeloo et dame Avezoete, veuve d'Alexandre 
Vilain, chevalier. Cet Abraham serait donc le 
frère d'Alexandre, dont les fils comparaissent avec 
lui. n est vrai que L'Espinoy dit ailleurs» que ce 
document est de « l'an mille deux cent nonnante 
deux, » ce qui indiquerait qu'Abraham aurait 
atteint l'âge des anciens patriarches; mais cet 
auteur a commis ici une erreur de millésime, 
comme nous en avons pu constater une autre, 
fort grave, en ce qui concerne Jean ser Sanders, 
dans les chartes du béguinage'; en effet, Duchesne^ 
rapporte le document à l'année 1262 et ajoute 
qu'Avesoete décéda peu après. La sentence des 
arbitres fut, d'ailleurs, confirmée par son fils, 
Alexandre Vilain, en août 1279*; 



• p. 239. 

• p. 416. 

* Cartulaire, pp. v, 1 et 80. 

* MaUon de Qand, pp. 870 et 646. 
» Ibid., p. 648. 



(M 



Alexandrk 
Wauters, t. III, p. 452). 

, p. 495; L'Espinoy, p. 415 ; Dv PoU 

I 

îmbre {de Pauw, p. 245). 
m Ymzoeta (dfi Pauw, p. 252) ou Imma 
Gand (vander Hatghen, p. 0; L'Espin 
'on). 



us Alkxandri ». Philiphf. 

ci à Tabbave de 1262. Vend à l'ai 

Gambron. 
itrc de Baudeloo 1262. Arbitre de l 
n êcuau croissant cl scelle comme son 

Lespinoy, p. ÎS9). 

d au béguinage 
elle d'un écu au 



arttU., p. 30). 
vcrsaire à Saint- 
mI(dé'PaMtu,p.86) 
àiiKTO RuM, fille de 
lont il fonde, en 
i versai re au bé- 
rtulaire, p. 30;. 



UHDAiN. Nicolas. 

d au béguinage Dit : « Clays slr Jan 

. 30). SKRSAXDERSZONE(/ir 

p. 37; vanderHactjhr 
Mort avant 1323 Ihid., 



— 397 — 

9° Un document découvert aux arcliives de 
l'État à Gand,par M. le comte deLimburg-Stirum, 
mentionne, vers 1290,« Abraham fins Abraham. » 
Le même « Braem li fils Braem, marcans qt bour- 
gois hyrritaules de Gand, » paraît dans l'enquête 
sur la gestion des XXXIX, dont le texte a été publié 
par M. Warnkœnig\ « Bauduin, ces fins », men- 
tionné dans la première de ces pièces, appartenait, 
en efifet, à ce collège ; il figure encore dans l'enquête 
sur l'émeute survenue à Gand en 1306*. L'Espinoy 
rapporte que son sceau offrait « un écu chargé 
d'un croissant, semé de billettes, » ce qui tend à 
indiquer une origine commune avec les ser San- 
ders ' ; 

10° On voit par les titres du béguinage Sainte- 
Elisabeth qu'une Elisabeth Abrams ou ser Braem 
en était grande dame, en 1272, et qu'un Simon 
Braein y fit une donation en 1278. Seraient-ils 
également enfants d'c( Abraham, fils Bauduin » ? 
A défaut de renseignements précis, il n'est permis 
que d'émettre une supposition à cet égard. 

Nous avons résumé dans le crayon généalogique 
ci-contre, les divers renseignements recueillis rela- 
tivement à la descendance de « Baudouin, fils 
d'Abraham, fils de Baudouin, » dont la dalle peut, 
par conséquent, remonter aux premières années 
du XIIP siècle. 



' Messager des sciences, 1833, p. 161. 

■ DE Paxtw, tBesouch van Pieter en Leuz Boe, passim. 

' Dans l'iconographie du moyen-âge, le croissant était l'emblème 
des peuples de TOrient, Juifs et Sarrasins. Serait-ce par ce motif 
que les « fils d'Abraham » l'adoptèrent comme emblème héraldique? 



— 398 — 



XXI. 
VAN ARTEVELDE. 

Dalle en pierre de Tournai, 

Hauteur actuelle : la90 environ. Largeur : lail6. 

Toute mutilée qu'elle est, — le bas et le côté 
gauche ayant été rognés, — cette tombe évoque 
par le nom qui y est inscrit, les souvenirs histo- 
riques les plus mémorables de la commune de 
Gand. 

En effet, on y lit cette inscription formant le 
seul encadrement du champ vide : 

HIR • LEGHET DER lA 

N • VAN ART(EVE)LDE BID OVER H(EM) 

(Hir leghet der Jan van Art(eve)lde, Bid over hem,) 

La suite du texte a disparu. 

Lettres onciales d'un style très rude ; points en 
triangle. 

A défaut d'un millésime et de l'indication du 
nom de l'épouse de ce Jean van Artevelde, qui 
probablement était mentionnée dans la continua- 
tion de l'épitaphe, il serait peut-être téméraire de 
vouloir préciser quel est le personnage dont cette 
dalle couvrait la tombe. 

En réponse à une demande de renseignements, 
que nous lui avions adressée en vue de la rédaction 
du Rapport annuel sur la situation du musée corn- 
munal d archéologie en 1885 \ M. l'avocat-général 

*■ Voir Rapport du Collège échevinal sur la situation de la vilU 
en i885, p. 137 ; Messager des sciences historiqueSf 1887, p. 123. 



— 399 - 

de Pauw, le savant historien des Artevelde, avait 
bien voulu nous communiquer au sujet de ce mo- 
nument, la note suivante : 

«... Mon Cartulaire des Artevelde, en voie de pu- 
blication dans la collection in-4° de la Commission 
royale d'histoire, après en avoir donné la descrip- 
tion, ajoute, p. 99 : « C'est probablement le frère du 
sage homme de Gand. » En efifet, il résulte de la 
combinaison de quelques-unes des 3000 chartes 
inédites, publiées dans le Cartulaire, que le père 
de Jacques van Artevelde ne s'appelait pas Jean, 
mais très probablement Guillaume, le fameux 
proscrit de 1298. Il y eut, du reste, à cette époque, 
au moins sept Jean van Artevelde, à savoir : Jean I, 
à la fin du XIII® siècle, dont la veuve Heyla avait 
un obit dans l'église Saint- Jean, le 16 décembre; 
Jean II, échevin de Gand del321àl328, frère du 
grand Jacques, mort en 1328, le 19 août, d'après 
le même nécrologe ; Jean III, fils du même 
Jacques, lequel épousa, en 1344, la fille de Sohier 
le Courtroisin, maréchal de Flandre, et mourut en 
1365. Quant aux autres, qui d'ailleurs ne parais- 
sent point appartenir à la famille du capitaine- 
général de la Flandre au XTV® siècle : Jean IV, 
époux d'une Elisabeth, mort en 1352; Jean V, 
époux de Catherine Beveland, mort en 1354; 
Jean VI, époux de Catherine van Namen, en 1358; 
et un prêtre, Jean VII van Artevelde, qui vivait 
encore en 1359, ils semblent d'une date trop ré- 
cente pour qu'on puisse leur attribuer l'épitaphe 
dont s'agit. — La concision de l'inscription, son 
caractère antique semblent la reporter à Vun des 



— 400 — 

deiuc premiers. D'autre part, la mention der = de 
fieer = monsieur, prouve que cette famille était 
comptée, dès le XIIP siècle, parmi les notables 
de Gand. » 

Nous croyons pouvoir ajouter que les données 
archéologiques semblent attribuer à ce monument 
une date antérieure à 1328, année du décès de 
Jean II van Artevelde, le frère du « sage homme » 
de Gand. En effet, les lettres sont d'un type très 
archaïque et antérieur peut-être à celles qui se 
voient sur les plus anciennes dalles retrouvées 
aux Braemgaten. L'absence de tout dessin orne- 
mental est encore un indice d'antiquité, et plus 
encore le manque du trait formant encadrement 
autour de l'inscription. D'ailleurs, aucune des 
pierres tombales exhumées avec celle-ci, ne porte 
un millésime postérieur au XIIP siècle. 

Il est probable, comme nous l'avons fait obser- 
ver au début de cette notice, que la plupart de ces 
dalles ont été arrachées de sépultures établies 
dans l'église Saint- Jean. Or, comme l'indique 
M. de Pauw, le plus ancien des Jean van Arte- 
velde vivait à la fin du XIIP siècle et sa veuve 
Heyla avait son anniversaire dans cette église. 
On peut en conclure que c'est à lui, ou à un autre 
Jean van Artevelde, dont les annales du XIIP 
siècle n'ont pas gardé le souvenir, que doit être 
attribué le monument obituaire récemment re- 
trouvé aux Braemgaten. 



— 401 — 



XXII. 

DE BRUENSWIIG. 

Dalle en pierre de Tournai. 

Hauteur : » . Largeur : 0n80. 

Nous mentionnons ici cette tombe d'après une 
note prise, en août 1876, par MM. le comte de 
Limburg-Stirum et vander Haeghen. La dalle ne 
s'est pas retrouvée parmi celles qui ont été 
extraites de l'ancien radier, en 1884. 

Elle ne portait pas d'autre ornement qu'une 
inscription en lettres onciales. 

..». JAN • DE • BRVEN(S)WIIG • ORATE • IP • 
AI A * El .. (sous eau). 

(... Jan de Bruen(s)wiic, Orate pro anima ejus,) 

Les lettres o et r d'oRATE étaient réunies 
Le nom de de Bruenswiic parait étranger à la 
cité ; on le trouve cependant, au XVP siècle, porté 
par des bourgeois de Gand, qui probablement 
tiraient leur origine de cette partie de l'Allemagne. 
Au reste, comme M. l'avocat général de Pauw 
a bien voulu nous le faire observer, les poèmes et 
drames flamands du moyen-âge, parlent souvent 
du Herioghe van Bruunswijc, comme d'un héros 
populaire dans les Flandres. De là, peut-être, le 
nom éponyme dont cette dalle a gardé le souvenir. 

B^° Jean Béthune-de Villebb. 
(A continuer,) 

26 



— 402 — 



U COUR DU ROI DE LINDRE. 



COUR D'AMOUR EN FLANDRE 



AU XVIIe SIÈCLE*. 



Les dignitaires de la Cour étaient nombreux, 
ils avaient reçu des titres pompeux, dont les noms 
étaient empruntés au vocabulaire des véritables 
Cours, tels que ceux de Reine, de Grand Duc, de 
Grande Duchesse, de Chancelier, de Panetier. 

Les Dames avaient également des titres ; choisis 
dans un ordre d'idées tout différent, ils semblaient 
devoir leur donner un rôle plus intime auprès du 
Roi; ainsi on y voit figurer, le Cœur du Roi, la 
Belle-Pensée du Roi, l'Œil du Roi, la Maîtresse 
du Roi ; c'était un peu outrer le sans-gêne ou la 
plaisanterie. 

Un poète de la Cour, dont nous connaissons 

» Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., S»» liv. 1891, p. 270. 



— 403 — 

déjà les vers, en fait la longue énumération ; dans 
des quatrains, dont quelques-uns ne sont pas sans 
malice, il fait parler chacune de ces dames. Voici 
les aveux qu'il prête à l'une d'elles, à la Confi- 
dente du Roi : 

Orgueuleuses rivales vantez-vous, 
D'avoir auprès du Roy la première place, 
Comme sa confidente je scay tout, 
Vous verrez qui de nous aura ses grâces. 

Une main étrangère a ajouté à ce quatrain la 
devise : Sans précipitation : 

La Maîtresse du Roi y fait aussi ses confidences : 

Je suis chez le Roy par afTection, 
J*y commande, j'y defFend, j'y ordonne. 
Je suis desja Maîtresse de sa maison, 
Je le seray bientost de sa personne. 

« Un peu de patience, » a-t-on ajouté comme 
devise. 

Ces vers, qui ne sont pas des chefs-d'œuvre, 
sont curieux ; ils nous donnent une idée des passe- 
temps qui faisaient les délices de nos aïeux. 

Ces qualifications étaient acceptées, mais ce 
n'était parfois pas sans quelque surprise. 

« Vous souffrirés, s'il vous plaist, écrivait une de ces 
dsimes^que Mademoiselle de Orimaldy et moi fusions quelque 
petite plainte de voir que vous vous ralliez ainsi de nous ; 
nous traitant avec des noms qui ne nous sont nullement 
deus ; s*il est véritable ce que vous dit que s'est esté ma cou^ 
sine votre sœur qui vous a fait le récit de nos personne de 
cest manière, obligés nous de ne la pas crere, car ce n'est 



— 404 — 

pas d'av^ourdhui qu'el se plaît à nous faire la guerre; nous 
la conoisons asez, et atendons avec une impatience bien 
grande son retour, espérant que vous V accompagner es, » 

Au fond cette aimable correspondante paraît 
assez flattée. Il aurait été intéressant de pouvoir 
soulever le voile qui nous dérobe son nom et ses 
fonctions, mais il faut y renoncer. 

Nous verrons plus loin que les offres de charges 
à la Cour, devaient mettre parfois les personnes 
qui recevaient mission de les présenter dans une 
position assez délicate; une d'elles, M®"® Marie 
Van den Broucke, de Tournai, mieux avisée, en 
répondant à Adornes sur le point de Vasamblée de 
la Cour des Lindréens, fait observer au Roi : « Que 
ce serait conter vostre réputation de présenter une 
charge à la Cour sans que Fon y ait prétendu, et 
qu'il vaudrait attendre la venue de la dite damoiselle 
pour lui demander si elle souhaite quelque charge * » . 

Il n'en était pas toujours de même, les sollici- 
teurs ne faisaient pas défaut. Ainsi l'abbé de Saint- 
Bertin, que nous connaissons déjà, écrivait au Roi 
en parlant de M*""® de Rinisch, dont il faisait de 
grands éloges : 

< Celle la est de vos si^jettes,fen veuœ estre aussy. Quand 
je vous iray faire ma cours, je seray ravy d'estre placé 
auprès d'elle et f espère que par son crédit fauray toute 
telle charge que je souhaitterais, » 

Il ne pouvait désirer que la charge de chance- 
lier, mais elle était déjà occupée. M"** de Créquy- 

< Lettre da 29 octobre l6dL 



— 405 — 

Mauwe fit une demande analogue pour son mari. 
Quand la Belle Pensée du Roy apprend sa nomi- 
nation elle s'empresse de remercier le Roi : 

« Sire, lajoye que fay de Vhonneur que vostre Majesté 
me fait de m* offrir de remployé dans ces estats est beaucoup 
au-dessus de ce qu'on peut tesmoigner, et f accepte, avec le 
respect que je dois, Villustre charge de la Belle Pensée du 
Roy, Quelle gloire pour moi qu'un si grand Roy me vient 
mesme au devant là oii que tant d'autres prétendent et font 
tant des détours pour estre receus dans ces estats, Tespére 
que par mes services je ne seray pas tout-à-fait indigne 
d^ estre du nombre des choisies; aitssi suis- je plus que per- 
sonne. Sire, de vostre Afqjesté la très humble et très soumise 
si^ette et servante : la Belle Pensée du Roy. » 

Voici le portrait que l'on en trace : 

Je ne crains ni mignonne mi maîtresse, 
La pensée du Roy est eu ma faveur. 
Et puisque par moy le prince s'intéresse 
Je me vante de gagner bientôt son cœur 
En dépit de tous. 

On voit que le Sire de Lindre acceptait sans 
sourciller les titres de Roi et de Majesté ; mais en 
revanche combien les intrigues devaient parfois 
lui causer des soucis. Indépendamment des diifi- 
cultés qu'il rencontrait dans ses rapports avec les 
personnes de sa Cour, à commencer avec la Reine, 
les compétitions devaient amener bien des conflits ; 
aussi ne faut-il pas être surpris de trouver dans 
la correspondance des lettres qui prouvaient que 
la concorde ne régnait pas toujours dans le 
royaume. 



— 406 — 

La Conseillère extraordinaire du Roi lui écrivait 
un jour : 

« Je conséliérës aussi à vostre Majesté cC ordonner à tout 
seuz de sa court de vivre en bone inteliganse et corespon- 
danse ; corne par exsemple Madame la Surintendante qui rCa 
pas la bonté de me doner aucune de se nouvelle dupuis bien 
du tans, quoisque je rCé pas mancqués à mon devoir pour 
luy en doner, 

« La nouvelle, que Von nous veut asseurer, disse que la 
Reine-mère cVEspanie vindre gouverner le Pais'bas; se qui 
me fait espérer que nous orons repos de cotté de la France, 
et par se moiens nous serons libres pour pouvoir rendre nos 
devoirs à nostre Reine de Lindre, 

« La conseliére extraordinaire de Votre Mqjesté. » 

La Cour du Roi de Lindre eut en effet des orages 
à subir ; la première Reine associée au trône en fut 
aussi la première victime. On Ta dépeinte comme 
une femme ambitieuse; les lettres qu'elle écrivit 
pour rentrer en grâce nous la montrent sous des 
couleurs qui nous permettent de croire qu'elle était 
également très arrêtée en ses idées, et fort jalouse. 

Sa correspondance ne donne aucun détail qui 
nous fasse connaître son nom, ni l'origine de la 
brouille, sauf peut-être une lettre qui pourrait 
nous mettre sur la trace : 

« Je m£s suis longtemps consulté &y je devez agréer la 
mercêde que votre Majesté a faite à Mademoiselle de 
Rines * j'apréhendoit que c'est n^ues estez une Fontange pour 

* 11 a déjà été question plus haut de M^^^' de Rinis ; serait-ce une 
demoiselle de Renesse? 



— 407 — 

moy. Sa verûite et son mériete irC estent assez congneu yïCoyi 
rasseurez^ c'est quy fait que fawray de la joie à la rece^ 
voir et que je la considéray comme une personne qui m* est 
vien de voies, et que j' espère quy ne mes donner ay point 
sujets à changer les bons sentiemens que nous avons pour 
elle. » 

La Reine finit sa lettre en disant qu'elle espère 
voir Adornes à Gand à la Chandeleur pour régler 
la fête de son couronnement. 

Cette entrevue avait sans doute eu lieu, et les 
dispositions pour le couronnement y avaient été 
prises, mais divers incidents vinrent différer cet 
événement, à en juger d'après une lettre de la 
Reine : 

^ Au plus grand, le plus puissant et le plus généreux et 
magnagnim^ roy des rois, le chevalier Adorne, 

« V absence de la princesse Pulchérie romperay les me- 
sures que a prins vostre Majesté pour mon entré roiale en 
la capitale de votre empiere. ... Nous ferons tors à notre grand 
et floriessent empiere d*estre au Louvre sens prinsesse du 
sang. Je suis persuadé que votre Majesté aime trops la 
gloire pour vouloir que j'y parut sans Vesclat et les hon- 
neurs qu*apartienne à celle de mon rang, c'est pour- 
quoy il le fauderay différer jusqu'à un autre rencontre. 
Cepandent, Sire, que nous n'encourions point votre in- 
dingnations, vous devez estre persuadé que qui grongne 
qui grongne est trop bonne raine pour donner sujets de 
plainte à un grand roy. » 

Cette absence de la princesse Pulchérie à la 
fête du couronnement aurait bien pu être le fait 
du Roi, qui n'approuvait pas le choix fait par la 



— 408 — 

Reine d'un berger, qui portait ombrage au Souve- 
rain ; la Reine s'en explique dans une de ses lettres : 

« Sirey aiant appris que votre Majesté rCavez point trouvé 
bone quefavé agréé pour berger eyi notre court un homme 
qui vous donne de Nnquiétude, je mes doit à moy mesme la 
satisfaction de me justifier vers vous, et vous diere les rai- 
sons qui m'y ont obliegé. Prévoient les sentiement quil a 
pour la princesse Pulchérie, j'ay creux qv!en le faisant 
siemple berger, qu il auroy consiedéré fienégalité de son rang 
à celuy de notre princesse, et que par là il en useroy dans 
les bornes de son devoir ; je seroy au désespoir si vous dou- 
tiez de la sincérité de mes sentiem^n ... Je rCay point eu le 
dessains de troubler votre repos ny vous oblieger à ne point 
aprouver la grâce que je luy ai accordé, j'espère que vous 
V aurez pour agréable comme fay eu le rang que vous avez 
donnez au Louvre à la comtesse de Mauvo, mesme aiant à 
vous remercier de son auguemendations d'une personne de 
son mérite à notre court, » 

Les difficultés semblaient aplanies et le jour du 
couronnement fixé; une grande fête devait se 
donner à cette occasion à la maison royale, à Ron- 
sele, mais la Reine refuse de s'y rendre. Il y avait 
peut-être d'autres raisons que celles qu'elle allègue 
dans sa lettre : 

« Il vous surprendray que je ne me rende point à votre 
maison roialle selons les ordre que m'avez donné, le voiage de 
Peerse, que Von m'asseure que vous allé entreprendre, me 
touche si sensiblement que je n'ay point assez de force pour 
me résoudre à estre raine couronné, et vous perdre après 
ceste cérémonie, la séparation seroy trop rude ; c^est ce quy 
m'oblige à ne pouvoir me rendre à l'assemblée de nos fidel 



— 409 — 

sii^'et ... Je crois que la bergère et dumon la princesse Clowns 
se treuveront à ceste faiste, je conserve pour eux beaucoup 
de souvenier, sens oublier notre agréable duchesse, la bonne 
chère, et notre grand ministre. Quoique je sois absente pro- 
curer les, Sire^ tous les plaisier que vous préparée 

à Orongne quy grongne, » 

Cette lettre de la Reine ne fit pas rompre ses 
relations avec le Roi, elle continua à être consi- 
dérée comme Reine, à être invitée aux fêtes de la 
Cour, mais les rapports étaient tendus. Dans une 
lettre qu'elle écrivit pour s'excuser de n'avoir pu 
assister à l'une d'elles, on sent que l'orage ne tar- 
dera pas à éclater. 

t Que vostre Majesté soit persuadé que c'est n'est pas par 
un motive de colère ou d'indignation que je ne me suis pas 
trouvé à la faite que vous avez donnez aux dames de vostre 
cour, 

« Je suis fort satisfaite de Vacuel que vous avez fait aux 

ducs et paires de nostre roiaume, qui par là serons obligé à 

Vavenier à veller au bien de nos estât, car fapréhende de 

grand trouble, quoy que vostre Majesté prétend sens justifier 

vers moi, Sy est-ces pourtant que je crains de n'avoir que 

de trop grand sujets de me plaindre ; c'est seray mcdgrés 

moy quand je seray obligé de le faire hautement du grand 

roy, à quy je souhaite Cempiere universelle, tranquilité 

d'esprit, repos en ces roiaumes et de la bienveillances pour 

ces sujets, 

Grongne quy grongne * . » 

A la réception de cette lettre Adornes envoya à 
la Reine M. P. Martel, en qualité d'ambassadeur 

* Nous manquons de renseignements pour expliquer la significa- 
tion de ces mots par lesquels la Reine termine ses lettres. 



— 410 — 

plénipotentiaire, comme elle le qualifie ; il était, 
faut-il croire, plus fort en diplomatie qu'en ortho- 
graphe, à en juger d'après la lettre dans laquelle il 
rend compte de sa mission ; cette lettre est datée 
de Bruxelles, 15 septembre 1681. 

On voit qu'il l'écrit sous le charme de l'impres- 
sion qu'il avait eue de sa visite : 

« Je ne t?ou« ay pas plus tôt rendu compte de ma commis^ 
sion, n'ayant pas trouvé à mon retour vostre deffunte Roy ne, 
elle estoit en Engain, et n*est isy que depuis yer. Les résis que 
je lui ey faits de ce qui c'est passé au parck royal luy ont 
fait resgreter de n^avoyr pas esté de la partie, elle rrCa dit 
qu'elle vous feroyt réponse. Je trouvey ches moy vostre pre- 
mière lettre, que je luy ey rendue, sy elle Veut resuee avant 
mon despar je ne say si faurois eu le titre d'enbassadeur. 
Elle est tousjours plus charmente et mérite bien Mr Vestime 
que vous en faitte. Je croy qu'elle partira dens peu de jours 
pour le peis de Liège, mays elle m'a dit qu'elle n'y sera que 
troys semesne. Je souhette qu'un reste de tendresse pour elle 
vous oblige à la venir voir isy, vous y trouverez un logemen 
ches moy, Mr, sy cette enviée vous prend, » 

Les déclarations que M. Martel avait été chargé 
de transmettre à la Reine, lui avaient sans doute 
laissé deviner que son règne était fini, car dans la 
réponse qu'elle envoie à Adornes, elle se considère 
comme une reine exilée ; mais elle ne renonçait 
pas à faire valoir ses droits, comme le prouvent 
d'ailleurs les lettres reproduites plus haut. Elle 
avait sans doute exprimé à M. Martel l'intérêt 
qu'elle portait encore à la santé du Roi, intérêt 
dont on retrouve la trace dans sa lettre, et l'ex- 
pression de ces sentiments aura sans doute engagé 
l'ambassadeur à plaider sa cause. 



— 411 - 

« Sire, mon ambassadeur 'plénipotentiaire m'a rendue la 
vostre,fey aussi receu celle que vous m* avez escriet avant 
son départ, fauroy s esté moy même trouver vostre Majesté 
sur les asseurences qu'elle me donne que fauroy trouvé jus- 
tice; et ne négligerai point d*agier en personne ou par mon 
envoie à la première assemblée d'estat, pour obliger vos sei- 
gneuries à entrer dans vos sentitnens, que je recognois^Sire, 
estre pour moi plain de bonté; j'espère d'elle et du temps la 
satisfaction que je demande. L'on m*a alarmé sur votre 
santé, j'espère que le ciel nos conservera notre grand mor^ 
naque, comme votre première sujette je ferai toujours des 
vœux pour sa avec le dernier empressement. Je me prépare 
à aller faire un voyage, c'est pour voir ma mère, f espère 
que votre Majesté ne le trouveray point mauvais, c'est un 
devoir à quoy m'oblige la nature. Cependant, Sire, quoyque 
reine ecciléeje ne suis point moins à votre Majesté, 

Orongne qui grogne. » 

Cette querelle nous a occupé trop longtemps 
peut-être, mais elle était l'incident le plus saillant 
de l'histoire du royaume de Lindre. D'autres évé- 
nements ne tardèrent pas à y mettre fin ; la Reine 
dans une lettre qui ne manque pas de dignité, 
déclarait d'accepter sa déchéance. 

« Sire, de crainte de vous donner des marques de foiblesse 
en vous reprochent trop sensiblement la votre, ces quy m'a 
obligé à ne vous faire point de reproche ; il favderoi avoir 
beaucoup de modérations ou ne point congnoistre ViY\jure que 
Von mes faite, pour nCempêcher des nés cet point plaindre. 
Je l'aie fait une fois sens en avoir eu autre avantage que 
celuy de congnoistre que mes raisons ne faissez qxie aigrier 
vos passions,/ avez résolue d attendre du temps et du retour 
à vous mesmes la justice que vous mes refusiez, S*il est vrai. 



— 412 — 

Sire, que dans votre âmes voies me préférez à la jeune prin- 
cesse, ces nés puis estre qiœ par un remotd de conscience^ à 
quoy la raison vous obliege, que vous avoué les tors que Ton 
mes fait, ny les laissez point inutile. Sire, faite le agier pour 
votre gloire et mon repos. Hors quelque intéressé, les peuples 
nés s^opposeray point à mon rétablissement ; à ceux qui y 
vouderons apporter des obstacles punisse le comyne des 
rebelles et fait des examples en justicier, ou les Liendetnns 
ursuperont votre autaurité royale et vous feront roy de 
parlement. Je dois vous avouer que faime mieux estre à 
toujour exiUé que de me voir réduit à sa ; sy vous souffrez 
que il dispose des vos volontez ils les feront bientôt de votre 
personne, vous pourez bien estre à la fin roy sens roiautne, 
m*aiant réduit à estre reine sans roy. 

« Dens mon mxitheurje trouve quelque douceur à vous voir 
revenir de l'erreur^ cela nés mes satisfait pas ; comme Viiyure 
a et publicque la réparations doit teffacer de mesme. Voila 
mes sentimens. Sire, et que je ne fîfray jamms aucune 
démarche quy donneroy à cognoistre la moindre bassesse ou 
faiblesse ; aucuns rend que celuy que je dois tenier à la 
court ne m'obligeront jamais à y paroistre, et quelque soit la 
tendresse que vous me persuadez d^ avoir, elle rCest point assez 
forte pour m^ obliger à désister de la justice que je demande. 
Réfléchissez bien, Sire, à ce que je vous dit, soyez asseuré 
quejay assez des constances pour ne faire jamais rien qui y 
fut indigne du chois que vous avez faict, Tespére que tra- 
vaillerez à me faire rendre justice puisque malheureusement 
pour vous vous ne pouvez le faire de votre chef Soiez asseuré 
quefoubliray Vii\jure, et que parmi la réparation que vous 
m'en ferez me toucheray sy sensiblement que fan auray 
beaucoup de recognoissance, 

« Grongne qui grongne *. » 

1 Cette lettre est du 5 août. 



— 413 — 

Malgré cette lettre de la Reine, les relations 
entre elle et le Roi n'avaient pas été rompues, 
même à la fin de Tannée la Conseillère extraordi- 
naire du Roi, que celui-ci avait consultée, l'en- 
gageait à ne pas rompre avec elle. 

^ Au si^et de la Reine répudiée ^ il me semble qu'il serayt 
à propos que votre Mqjesté la flatâtjusques à se que Vautre 
Reine fut coroné, de peur de quelque entreprise; car il me 
semble d'avoir remarqué qu'elle n'est pas mal avec plu^'eur 
de vos si^'ets, Néanmoin ie remets touts à la veue du con- 
selier que vostre Mqfesté a élue pour régler set affaire * . » 

La paix du royaume avait en efiFet été fort trou- 
blée pendant ces longs dissentiments, et Adomes a 
dû avoir assez de peine à rétablir l'ordre dans ses 
états, à en croire la lettre d'une de ses correspon- 
dantes. 

« Sire, jai ici une eoctrême jot/e recevent vostre lettre 
ohligente etfen suis fort satisfaite ^ espéren que vous auray 
rétablie les désordres qu'il y avoit à la cour. Il faut que vous 
vous fasché crendre^ car une fois il commence d se révolter 
contre leur roy, tout le royaume va en déroute; insyje vous 
conseil, afin de vous mestre sur bon pié, de caser tout les 
rebelle. Je ne doute point où vous en vindrez parfaitement 
a bout, car vous vous este bien défaite de la feu rayne pour 
un désobéissance j car on doit croyre que ce ne point sans 
paine que vous Vavez répudié. Vous me dites, Sire, temps de 
belle chose dans vostre lettre que si vous ne me venay t?otV, je 
suis obligé de croyre que ce ne sont que grimasse, voyé si vous 
souhaité de passer pour telle» » 

> Lettre écrite de Heze, le 16 décembre 1681. 



— 414 — 

Elle disait peut-être plus vrai qu'elle ne croyait. 

Le conseil de patienter devait être d'autant plus 
opportun qu'Adornes était à la recherche d'une 
nouvelle Reine ; ses négociations avec la famille de 
Mooreghem n'avançaient pas, et les démarches 
qu'il avait tentées ailleurs, n'avaient pas du tout 
abouti. Il avait fort étourdiment chargé son en- 
voyé extraordinaire de faire des propositions à 
M^^* de Reninghelst ; ceDe-ci qui ne connaissait pas 
Adornes ni sa Cour de Lindre, croyant à une 
mauvaise plaisanterie, avait très mal reçu l'en- 
voyé; il ne s'en cache pas dans sa lettre; aussi 
s'efforce-t-il de son mieux à mettre du baume sur 
la blessure faite à l'amour-propre du Roi. 

Cette lettre est trop curieuse pour ne pas la 
citer en entier, bien qu'elle soit un peu longue. 

t Sire, fat/ fait les compliments de vostre part à Made- 
moiseUe de Reninghelst, luy portant la lettre que vre Mq;'esté 
m'a envoyée ; je luy ay déclaré r estime que vous faites de sa 
personne, comme estant bien informé de ses mérites et 
bonnes qualités qu'elle possède, de plus je luy ay fait 
cognoistre la tendre affection que vous luy portez, laquelle 
est si grande que ne souhaittez que de la voir un jour vostre 
Reyne. Mais, Sire, nonobstant toutes ses déclarations et les 
devoirs quefay fait affin de lui ce persuader, non obstant 
les asseurances que je luy ay donné de la dicte vostre a/fec^ 
tion, récitant les marques quej^ay apperceu ayant Chonneur 
d'estre dernièrement chez vous d la Cour, j'ay travaillé en 
vain, ne pouvant point la faire croire tout cecy ; au contraire 
estant estonnée de me voir haranguer de la manière et plus 
encor après avoir leu la vostre, me dict. Monsieur, je ne 
cognois pas le Roy de Lynder dont vous me parlez, moins 
encor ses mérites et sa grandeur^ ny je crois jamais Valoir 



— 415 — 

veuCyje ne scay pas ce qu'il vetioc dire par celle que vous me 
portez de sa part^ asseurément qu'il s'est mespris et que la 
lettre que je reçois doit s* adresser ailleurs. 

« Sire, je vous asseure que festois bien surpris de ceste 
response, et suis fâchez que je doibs vous la laisser scavoir^ 
dont vous n'aurez^ je crois, la satisfaction qu*eussiez bien 
souhaitiez. Il est seur que la dicte Reninghelst en a beaU" 
coup des mérites dignes de vostre royale affection, mais 
c^est faute de cognoissance de vostre personne qu'elle ne 
vous paye de la m£sme monnoye dont vous luy payez. Ceux 
quHls cognoissent bien vostre Majesté et dont ils reçoivent 
des lettres, tesmoignent qu'elles eux sont agréables, tellement 
que de leur responce vous en avez telle satisfaction que vous 
désirez. Je ne doubte point où vous la trouverez dans ceste 
de mademoiselle de Rinisch, respondant, ou à vos précédentes 
ou d celle sans superscripion que vous m'avez envoyé pour elle. 

« Sire, vous voyez comment je me suis acquitté de mon 

ambassade, quoique mal réussi, vous priant de m'employer en 

d'autres où je puisse mieux réussir. Je vous asseure que je 

tesmoigneray toujours que je suis de vostre Majesté le plus 

humble serviteur. 

« Venvoyé extraordinaire, 
« Ipres 16 9^ 1681. » 

La lettre de l'envoyé fut confirmée par une autre 
écrite le même jour par la fille à la Rayne *, elle 
parle également de la surprise de W^^ de Renin- 
ghelst quand elle reçut de l'envoyé une lettre 
sans souscription où on lui parlait du royaume de 
Lindre, elle ajoute : 

« Le malheur est que je n'aie pas Voccasion d'esclaircir son 
esprit la dessus, il ni a rien au monde que je ferois plus volon^ 

" Ypres, le 16 novembre 1681. 



— 416 — 

liez, que d'informer un chacun du plaisir qu'il y a de servir un 
Roy et une Rayne de tant de mérite dans une cour si divertis- 
sante; ce n'est pas comme dans les hautes cours oit on ne cherche 
que des contentements et ne trouve que deschagrinSy aucontraire^ 
la bonté, la générosité de votre Majesté donne à tous ses suiects 
plus de satisfactions et des avantages qu'ils n'osoient espérer^ 
fen fais l'expérience par lonneur que je reçois de l'ajoutation 
d'intime au nom d'amie ; ce nom est si au dessus de mon mérite ^ 
que si je ne m'imaginoit que nostre Roy se plais à combler de 
plus en plus ses sujects de ces biens faicts, je n'oserais me signer 
de vostre majesté l'intime amie et très obéissante et fidelle 
sujectte^ fille à la Rayne. » 

Le nom de M"*" de Leeverghem avait été pro- 
noncé également, ce n'était peut-être qu'un simple 
bruit. Mais déjà avant cette démarche malheu- 
reuse auprès de M"® de Reninghelst, Adomes avait 
distingué une de ses cousines, M"® de Moore- 
ghem*, qui hésitait à se déclarer; des avances 
avaient déjà dû être faites, car le chanoine de 
Woerden, l'ami et le commensal de la famille de 
Mooreghem, la considérait déjà comme reine de 
Lindre; il le souhaitait vivement tout au moins. 
Le 30 août 1681 il écrivait à Adornes : 

c Je vous rends grâces très humbles^ Monsieur^ de tous vos 
bons offices et je vous offre les miens en revange, quoy que 
j'avoue franchement n'estre pas de la mesme force que les vostre^ 
et que mon adresse ne va pas jusqu'à pouvoir vous attirer les 
inclinations de vostre Reyne de la manière que je souliaitteroi^ 



* Marie Van Spiere, fille de M. de Mooreghem et de Marie- Anne 
Adomes, épousa plus tard Marie-Gaspard d'fjinetières, seigneur de 
la Plaigne. 



— 417 — 

en vostre faveur^ mais d'ailleurs je suis persuadé que ce n'est 
que la tendresse de son eage et la retenue et la pudicité de son 
sexe qui Vempeschent de se déclarer davantage ; et elle craint 
peut estre que n'ayant esté jusqu'icy que dans le cloistre^ elle 
n'en scacke pas assey pour un galant homme comme vous, qui 
aves couru plus de la moitié du monde ^ qui aves eu des intrigues 
par mer et par terre^ et qui aves poussé la galanterie jusqu'au 
bord du naufrage. Je vous diray pourtant en passant que tous 
les jours j'admire de plus en plus son mente ^ et qu'un peu de 
pe7*sévérance ne sera pas inutile pour luy faire connetre à fbnds 

le vostre. > 

L. St. 
(A continuer.) 



n 



— 418 — 



ANALECTES BELGIQUES'. 



Henri Vanden Keere, le père, mourut donc au 
commencement de l'an 1580. Son fils le suivit de 
près dans la tombe. Trois mois ne s'étaient pas 
écoulés après la date de la lettre que nous venons 
de citer, que la veuve d'Henri Vanden Keere, fils, 
propose à Christophe Plantin de reprendre son 
matériel de fondeur, ce qui fut fait pour la somme 
rondelette de treize cents florins*. 

Tels sont les détails que nous avons pu recueillir 
sur la vie de Vanden Keere ; ils ne justifieraient 
guère l'honneur d'une monographie accordée à ce 
personnage, s'il n'était l'auteur de deux œuvres 
intéressantes, bien qu'à des titres divers : une comé- 
die, ou plutôt une moralité en vers français et un 
dictionnaire flamand-français. 

I. 

Moi*alité de paix et de gverre, mise et rédigée en forme de 
comédie, matière fort conuenable, utile et bien à propos povr le 

» Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., 8« liv. 1891, p. 344. 
* Max Rooses, Une lettre de Henri Du Tour, le jeune, dans le 
Messager des sciences, t. LU (1878), pp. 449^62. 



— 419 — 

tempB qny covrt. Componée ea rime Franfoiae par M. Henry 
Dt Tovt. 

Oaad, Chez Henry vanden Eeere, 1558. 

Pet. iii-8°, Vm ff. et 63 pp. 

Cette édition e$t citée par J.'Ch. Brunet dans son Jllanuel du 
libraire {6' éd., PanB, 1860-1864), t. II, col. 923-924. Hous n'en 
connaissonB aucun exemplaire ; il est probable que c'est avec les 
exemplaires invendns que Jean de Salenson Bt l'édition Buivente : 

COMEDIE II DE PAIX ET DE GVERRE, || Fort propre A 
connenable au || temps prefent. || Compofee en rime Françoise 
par II M. HENBY DV TOVR. |t 



A GAI4D, Il Chez lean de Salearon fur le Hanlt-port || à la 
Bible dor. || 

Pet. ÎD-S", 4 S. Hm. signés [A] Atj-A4, el 47 [48] pp. chiffrées 
17-63; la dernière page non chiffrée porte un fleuron. Car. roro. 
etital. 

Les liraiDaires contiennent un avis de l'imprimeur, la liste des 
personnages et le prologue. Le f. 63 est terminé par la devise et le 
nom de l'auteur : Regarde la fin, du Tour, suivis de l'octroi accordé il 



— 420 — 

H. Vanden Keere, donné à Braxelles, le 9 août et le 14 octobre 1557. 

[Bibliothèque de V Université de Gand, G. 343] *. 

Cet exemplaire, le seul connu jusqu'à présent, 
est composé de feuilles appartenant à des éditions 
dififérentes. En effet, les liminaires ne comprennent 
que huit pages, et le texte commence à la page 17, 
erreur de pagination par trop grossière, même 
pour un imprimeur de second rang. De plus, les 
caractères des liminaires sont d'un type bien dis- 
tinct de celui du texte. Enfin, on a peine à s'ima- 
giner que Jean de Salenson, qui a exercé de 1581 à 
1588, aurait réimprimé à la fin de son édition 
l'octroi accordé à un autre imprimeur en 1557. Je 
crois donc que Jean de Salenson s'est borné à faii-e 
réimprimer les liminaires, qui ont été réduits de 
16 à 8 pages par l'emploi d'un caractère plus petit, 
et que le texte de la comédie proprement dite est 
formé de la première édition imprimée chez Vanden 
Keere lui-même. 

Le titre de cette première édition indique bien 
le caractère de la pièce : c'est une moralité, c'est-à- 
dire une sorte de comédie rudimentaire, oii les 
vices et les travers humains, au lieu d'être figurés 
par des personnages empruntés à la vie réelle, 
sont personnifiés : c'est l'A î?ance, V Orgueil ^ YHt/po- 
crtsie^ au lieu de VAvare^ V Orgueilleux ^ V Hypocrite. 



^ Cet exemplaire, acheté 70 fr. à la vente Borlnut de Koortdonck 
(n* 1863 du cat.), et dont on a offert récemment 1000 fr., proTieDt 
de la bibliothèque de De Soleinne {dP 738), à la vente duquel il fat 
vendu 87 fr. 60. — Cf. J.-Ch. Bbukbt, ouvr. cité, t. II, col. 924 ; — 
Fbbd. Vakdbr Haeohxm, Bibliographie gantoise (Gand, 1 868-1 969), 
1. 1, p. 368, no 696. 



- 421 — 

Ce genre allégorique, qui fut l'apanage des clercs 
de la Basoche, convenait singulièrement à des 
poètes et à un public nourris de la scolastique 
du moyen-âge; aussi fut-il à la mode au XV** 
et au XVP siècle, surtout après que l'arrêt du 
Parlement de 1548 eût interdit aux confrères de la 
Passion de jouer des mystères. La moralité forme, 
en quelque sorte, la transition du théâtre sacré au 
drame moderne. En général, l'allégorie ne sert 
qu'à envelopper et à parer quelque peu une vérité 
sérieuse. C'est ainsi que l'œuvre de Vanden Keere 
célèbre les bienfaits de la paix et les tourments de 
la guerre. N'oublions pas que notre imprimeur 
vivait au milieu de ce XVP siècle si tourmenté, 
que la Belgique était bouleversée par les guerres 
contre la France et les luttes religieuses, et que 
Gand, enfin, n'avait pas encore oublié les terribles 
représailles que Charles-Quint avait exercées contre 
elle. Nous comprendrons, dès lors, pourquoi Van- 
den Keere ajoute à son titre : fort propre et conve- 
nable au temps présent. 

On compte sept personnages dans la moralité : 
Soûlas * , un jeune gentilhomme ; Désir, le page de 
Soûlas; Paix, une dame triomphante et magni- 
fique ; Ennuyeuse détraction* ^ une vieille hideuse ; 
Guerre, un homme armé de pied en cap ; Pillage, 
un gendarme; Bon conseil, un homme grave et 
rassis ; sans compter un Clerc et un Soldat, person- 
nages du prologue et de la « conclusion » de la 
pièce. 

» Plaisir. 
* Médisance. 



— 422 — 

Dans le prologue, le Clerc deraande au Soldat si 
Ton aura bientôt la paix, et il fait l'éloge de cette 
dernière, tandis que le Soldat lui répond en faisant 
valoir les avantages de la guerre : 

CLERC. 

Je dy moy, puisqu'il le fault dire, 

Que Paix est chose si très bonne, 

Et que je Payme et la désire 

Plus qu'aultre bien que Dieu nous donne : 

Je n'ay rien que je n'abandonne 

Pour Paix avoir, et qu'ell' soit faicte : 

Joye sans Paix est imparfaicte. 

SOLDAT. 

De ce propos je m'esmerveille 
Et le contraire veuil prouver : 
Escoutez et prestez l'aureille 
Et vous laissez duyre » et mener. 
Je suis content de disputer, 
Selon mon povre sentement : 
En parlant vien l'entendement. 

Puis le Clerc s'adresse aux spectateurs et les 
engage à écouter la pièce avec patience et attention. 

Premier acte. Scène I : dialogue entre Soûlas et 
Désir, qui montre à son maître qu'on ne peut être 
heureux que par la paix. Scène II : monologue de 
la Paiûo, Scène III : la Paix assure à Soldas que 
tant qu'il l'aimera, il vivra en liesse dans son 
palais. 

» Ducere, conduire. 



— 423 — 

Deuxième acte. Scène I: monologue di Ennuyeuse 
détracHon. Scène II : Ennuyeuse détractionre^roche 
à Soûlas sa faiblesse et l'engage à se faire un nom 
glorieux par la guerre. Scène III : malgré les 
efforts de Paiœ et de Désir, Ennuyeuse détraction 
décide Soûlas à la suivre. 

Troisième acte. Scène I : dialogue entre Guerre 
et Pillage. Scène II : Guerre et Pillage attaquent 
Soldas et Désir. Ennuyeuse détraction, qui accom- 
pagnait ces derniers, s'esquive aussitôt qu'elle 
voit arriver les soldats. Désir prend également 
la fuite. Resté seul, Soûlas est battu et dépouillé 
de tout ce qu'il possède. L'auteur ajoute : Icy 
ton jouera la bataille, sus la [sic] fiffre et tabur 
d'Aleman. 

Quatrième acte. Scène I : Soûlas se lamente et 
raconte « les mauls et inconvéniens quy se font et 
commettent durant les guerres ». Scène II : Bon 
conseil est ému de la tristesse de Soûlas. Scène III : 
il le réconforte de son mieux et lui promet de 
plaider sa cause auprès de Paix^ pour que celle-ci 
consente à le recevoir de nouveau. 

Cinquième acte. Scène I : Désir revient auprès 
de Paiœ, à qui il expose le triste sort de Soûlas. 
Scène II : Bon conseil demande à Paiœ de par- 
donner à Soûlas et la décide à le garder dans son 
royaume. Paiœ donne à Soûlas l'habit de Toute 
abondance et le chapeau de Bonne asseurance^ et 
lui rend son page Désir. Tous les personnages 
chantent les bienfaits de la paix, en répétant : Oii 
Paiœ règne, Soûlas abonde. 

Dans la « conclusion » , le Clerc fait constater au 



— 424 — 

Soldat qu'il avait bien raison d'être partisan de la 
paix ; celui-ci lui demande comment il se fait alors 
que la guerre règne sur la terre. C'est la faute des 
trop grandes richesses qui produisent l'orgueil, 
d'où sortent les querelles. Il n'y a point de paix 
sans justice : 

Jastice garde équalité 

Et rend à chascun sa déserte * . 

Elle faict de tort équité, 

Et récompense où il ha perte. 

Par ce poinct la porte est ouverte 

Pour entrer Paix la létabonde, 

Et trouvons la sentence experte : 

Où Paix règne, Soûlas abonde. 

Je n'entreprendrai pas de trouver de grandes 
qualités dans une pièce médiocre, et assez en- 
nuyeuse, où la seule note comique est donnée par le 
rôle du page craintif et poltron, qui s'esquive au 
premier danger. Je veux seulement mettre en garde 
le lecteur qui serait tenté de la trop déprécier, en lui 
rappelant que la Comédie de Paix et de Guerre est 
un des derniers produits d'un art d'où n'est sorti 
aucune œuvre de sérieuse valeur. Il n'y a point de 
bonnes pièces de théâtre avant la fin du XVP 
siècle; la Farce de maître Pathelin surgit comme 
un éclair dans la nuit des productions dramatiques, 
et ne fit en rien sortir le théâtre de son enfance. 
L'œuvre de Vanden Keere a cependant un intérêt 
propre, parce qu'elle est une des premières pièces 
françaises écrites en Belgique et dont l'auteur soit 

* Ce qu'on a mérité. Cf. en anglais to deserve* 



— 425 — 

connu. Frédéric Faber *, l'a appelée la première ; 
mais c'est là une erreur, car on connaît, un siècle 
auparavant, les quatre mystères du chroniqueur 
Georges Chastellain : Le concile de Basle^ La mort 
du roy Charles VII ^ La mort du duc Philippe et La 
paix de Péronne. 

Pour donner une idée de la versification et des 
développements de Vanden Keere, nous citerons 
ici un fragment du monologue de Soûlas sur les 
maux de la guerre (acte IV, scène I), qui ne com- 
prend pas moins de 186 vers. C'est une tirade qui 
ne manque pas d'énergie : 

Y ha [-t-] il cœur tant dur qui n'enst pitié 

Des paysans, s^il sçavoit la moitié 

Des povretez, domages et grands pertes 

Qu'ils ont par toy et par les tiens souffertes ? 

Les povres gens batus et rançonnés. 

Et touts leurs biens bmslés ou emmenés, 

Et bien souvent (o dure affliction !) 

Par les souldats de mesme nation. 

Ces cas encor no sont si trèspiteus 

A yeoir à Vœuil, ny tant calamiteus, 

Ny aus humains ne sont si dure estorce<* 

Que quand tu prens une ville par force. 

Hélas! est-il chose plus douloureuse? 

Plus misérable ou plus calamiteuse, 

Que de t'y veoir, en ta fureur flagrant, 

Mettant à mort le petit et le grand? 

Sans regarder quy ha ou droict ou tort, 

Sans regarder ny le faible ny le fort. 



' Histoire du théâtre français en Belgique (Bruxelles, 1878-1880), 
1. 1, p. 17 et t. IV, p. 279. 
• Extorsion. 



— 426 — 

Sans regarder cil qui ha offensé, 

Sans, regarder le sage ou l'insensé^ 

Sans regarder la vieillesse débile, 

Sans regarder la vesve ou le pupile, 

Sans regarder aux liens sacrés et saincts, 

Sans regarder à malades n'a sains. 

Sans regarder à filles ny à femmes, 

Ny (quy plus est) à la perte des âmes. 

Et bien souvent, en fureur si austère, 

L'amy fera à l'amy vitupère, 

Le père au filz, le voisin au voisin, 

£t le cousin occira le cousin. 

cruaulté qu'on ne sçauroit comprendre ! 

Ha-t-on pas veu occire l'enfant tendre 

Dans le berceau, devant sa propre mère? 

Forcer la fille entre les bras du père ! 

Ne veoit-on pas povres femmes enceintes 

Estre par toy forcées et contraintes 

A délaisser (sans aucunes raisons) 

Avec l'honneur, biens, pays et maisons ? 

Et leurs marys, sans pitié ne remord. 

Sont faicts captifs ou mis à dure mort, 

Sans avoir faict ou commis aulcun crime ; 

Mais seulement, pour soustenir l'estime 

De leur Seigneur, de leur Prince ou leur Roy, 

Menés ils sont à ce piteus desroy *. 

Voylà comment une grande partie 

Des mauls dont est une guerre assortie 

Tombe sur ceuls qui n'ont, en vérité, 

Aucunement le discord suscité.... 



' Désarroi, dommage, malheur. 



— 427 - 

n. 

DICTIONAIRE || FLAMEN- FRANÇOIS, N0V-||u8llement 
mis en lumière, corrigé k aug-||meDté pour rauaacement de k || 
leunefae. || PAR M. HENRY DV TOVR. i| 



A Gaod, Il Chez lean de SalenfoD, demonrant fur le || Hault- 
port, à l'enfeigne de la || Byble d'Or. || 

In-j», 97 iï. non chiffrés et 1 f. bl., Eignés [A] A2-& 2 [& 4]. Car. 
golb., rorn. et ital.; à 21:01. Au baadii f. [97J r", l'octroi accordé à 
U. Vandea Keere, donné à firaxelles le U juin 1563. 

[BibUothtque de l-Univeraité de Oand, G. tSS' et ist'] >. 

C'est un dictionnaire usuel et qui ne manque 
pas de mérite ; on y trouvera, notamment, plu- 

' Cf. Febd. Vasoba Habobbn, OQvr cit., t. 1, p. 358, u' 696. — 
Le même bibliographe cite [t. I, p. 175, n" 209), une édition Miu 
date (1564?] imprimée chez l'autear, mais ona'ea connaît pai encore 
d'exemplaire. 



— 428 — 

sieurs expressions propres au dialecte gantois. 
Mais un des côtés les plus intéressants du vocabu- 
laire, c'est qu'il renferme un certain nombre de 
proverbes et de locutions familières, en guise 
d'exemples de l'emploi des mots. Je les ai relevés 
avec soin et j'ai cru qu'il ne serait pas sans utilité 
de les reproduire ici. Je réclame seulement l'indul- 
gence du lecteur pour certains vocables un peu 
crus, qui appartenaient à la langue courante du 
XVP siècle, mais qui sont assez déplacés dans le 
nôtre. Nos aïeux ne rougissaient pas des néces- 
sités physiques de la nature humaine, et ils ne se 
faisaient aucun scrupule d'étaler ce que nous 
cachons avec le plus grand soin. J'ai reproduit 
également, en note, les équivalents flamands que 
Vanden Keere donne parfois des proverbes qu'il 
cite : 

1. Pisse clair et pourchie médecin. 

2. Kœil du maistre panse le cheval. 

3. En peu d'heure, Dieu labeure. 

4. C'est une lanterne de fer-blanc. Proverbe qui se dit 
d'une belle femme et maigre. 

5. Tout n'est pas or ce qui reluyt. 

6. Ne l'œil sur lettre, ne la main en la bourse d'autruy. 

7. En pont, en plance [ponceau] et en rivière, 
Varlet devant, Maistre derrière. 

8. Mieux vault ployer que rompre. 

9. Par bien servir et loyal estre, 
Souvent devient le valet maistre *. 

10. Chascun grain a son bren {jf>aillé]. 

* By wel beghinnen en volherden, 
Magh den cnape meestor werden. 



— 429 — 

11. Le grand poisson mange le menu. 

12. La Mort, le Diable et le Péché 

En ont toujours tant maintz blessé*. 

13. Tel cuyde qui fault*. 

14. Le messagier ne porte painc '. 

15. Reculer fault qui Teult bien loing faillir. 

16. Qui a haste d'aller, sy voise*. 

17. Loyaux amours sont cler semez ^. 

18. En jeunesse n'a que lyesse, ou : 

19. En jeunesse n'a sagesse ^. 

20. Œil éblouy n'a clere veûe, ou : 

21. De petit feu ne peult sortir grand flamme \ 

22. Ne chommy pas par faute d'encre •. 

23. L'un pour l'autre et chascun pour tout '. 

24. n a les oreilles grandes comme un asne*^. 

25. Bon oison et mauvais jars. 

26. Nul taire ne fut onc escrit. 

27. A la chère [mine] on cognoit les gens**. 

28. L'escaille luy pend encore au cul *'. 

29. Nul ne peult plaire en tout affaire *'. 

30. Raison doibt suffire. 

31. Il a froid aux dents, c'est à dire il a grand faim *^. 

* De Dood, de Duvel en de Zonde 
Quetsender vele tallen stonde. 

* De menige meent dat hem mesvalt. 

* De bode en magh niet messegghen. 

* Die haeste heeft die loopt vooren. 

'^ Ghetrauwe dienaers zijn dinne ghezaeyt. 

* De joDghe es de domme. 

^ Donker lantemen lichten quallc. 

■ En zitt niet leegh by gebreke van incte. 

* Een voor anderen ende eick voor al. 

>® Hij heeft langhe ooren ghelijc eenen ezel. 
1* Men kend de lieden an haer ghelaet. 
>* t Qhela hanght hem nog an den beck. 
" Wie cant voughen, telcks ghenoaghen ? 
** Hij heeft hazewindendorst. 



— 430 — 

32. Souffre le mal, attens le bien. 

33. Au pisser cognoit-on les jumens. 

34. A mal mortel, ne médicin ne médicine valent. 

35. Amour de putain, et vin de flascon, 

S'il vault au matin, au soir n'est pas bon. 

36. Chatte emmouflée ne prend nulles souris. 

37. Depuis Sainet Martin 
Tout moust et bon vin. 

38. Devant que cognoistre un amy, 
Mange un muy de sel avec luy. 

39. Dur avec dur ne feit onc bon mur. 

40. Muraille blanche, papier de sots. 

41. Nul ne donne ce qu'il n'a point. 

42. Maison neuve, 

Qui rien n'y porte, rien n'y treuve. 

43. De nouveau, tout est beau ; 
De saison, tout est bon. 

44. Mieulx vault estre envié, 
Que d'estre consolé. 

45. Tel refuse qui après muse. 

46. Denier refusé ne se despend point. 

47. Corps remply, âme consolée. 

48. Enfans et pouletz chient partout. 

49. Ferme l'huis, le pot s'enfuit. 

50. Chacun portera son fais. 

51. Chasque pissée est une reposée. 

52. A la fumée, à l'eau et au feu, on fait bien tost lieu. 

53. Chacun ne peut ce qu'il souloit. 

54. C'est tout un pot et un feu '. 

55. Qui se loue soy-même, se couronne de merde. 

56. Tenter [tâter] ne nuyt *. 



i Tes al een pot een god. 
* Wat schaett gheproaft. 



— 431 — 

57. Compter souvent fait longue amitié. 

58. Du cuir d'aultruy fait on larges courroyes*. 

59. Bien ferons et bien dirons ' 
Batteau va mal sans avirons. 

60. Boy vermeil : tu y gaigneras la teincture. 

61. Si ce sont roses, elles fleuriront : 
Si ce sont espines, elles poindront 

62. Homme roux et femme barbue, 
Quatre lieues loing les salue. 

63. n n'ha non plus de honte qu'une truye qui emporte 
son levain. 

64. Grande nef veult grande eaue. 

65. Grande nef, grand soulcy. 

66. Jamais ne fut si beau soulier 
Qui ne devinst laide savatte. 

67. Beau coup ne tue pas Toiseau. 

68. Pas à pas on vient à Rome. 

69. Si tu as honte à dire ouy, 

Escous [secoue] la teste, et fais ainsi. 

70. Corde lasche ne peult tirer. 

71 . Qui dort en Âoust, dort à son coust. 

72. Le chien ronge Vos pour ce qu'il ne le peult engloutir. 

73. Bruine obscure trois jours dure. 

74. L'arc ne dure tousjours tendu. 

75. Desbender l'arc ne guarit point la playe. 

76. Qui crache en hault, le crachat retombe sur luy. 

77. Pierres, chaulx et sablon, 
Grandes choses en faict-on. 

78. Il ha le pied en l'estrier. 

79. Femmes, vins et chevaulx, trois marchandises de tare. 

80. Il cerche meilleur pain que de froument. 

81 . Toute chose veult son temps. 

» Variante pluB loin î Du cuyr d'aultruy taill'on large courroye. 



- 432 - 

82. Qui ha le temps ne doibt attendre. 

83. Sur Dieu, nlia seigneur; 
Sur noir, n^ha couleur. 

84. Joye de cœur faict beau teinct de visage. 

85. Toutes les armures de Bresse n'armeroyent pas la 
paour. 

86. Tout temps vient, qui le peult attendre. 

87. Femmes et gélines par trop aller dehors s^esgareùt. 

88. Qui bien et mal ne peult souffrir 
A grand honneur ne peult venir. 

89. Huy en figure, demain en sépulture : 
Heureux le corps qui pour son âme endure '. 

90. Longues danses sont ennuïeuses. 

91. Il s^est loué à recueuillir la disme. 

92. Péché celé, demy pardonné. 

93. Qui met en gage et ne sçait bien, 
Est tenu fol et perd le sien. 

94. Qui mal entend, pis respond. 

95. Bon feu et bon vin 
M'eschauffent le chemin. 

96. Homme condemné demy décollé. 

97. Mieulx vault estre seul que mal acoompaigné. 

98. La queue est la pire à escorcher. 

99. Qui ne sçait escorcher, rompt la peau. 

100. Jamais ne demeure chair à la boucherie. 

101. Qui se couche avec les chiens, il se lève avec les 
pulces. 

102. Tost et bien ne conviennent ensemble. 

103. Plus despend chiche que large. 

104. Bon guet chasse maie adventure. 

105. On veille pour amasser richesses, et non pour 
acquérir vertu. 



< Variante plufl loin : Heureux est le corps qui pour son âme 
labeure. 



— 433 — 

106. Enfans et sotz sont devins. 

107. Fay-moy devin, je te feray riche. 

108. Cent chariotées d'ennuys ne payent pas une seule 
debte. 

109. Veiller à la lune et dormir au soleil. 

110. L'une main lave l'autre, 

Et toutes deux lavent le visage. 

111. Ennine nuict naist le champignon. 

112. N'esveille pas le chien qui dort. 

113. Beau temps garde qu'on ne se crotte. 

114. Qui vat et retourne fait bon voyage. 

115. Toutes choses se peuvent supporter, excepté le bon 
temps. 

116. Faire bien n'est pas tromper, 
Jecter le sien n'est pas gaigner. 

117. Sçavoir passe avoir. 

118. Parlez peu, escoutez assez : 
Par ainsi point ne fallirez. 

119. Cependant que le loup chie, la brebis s'enfuyt. 

120. Enfans sont abusez de paroUes, et les hommes de 
serment. 

121. Toute paroUe ne quiert responce. 

122. Il ha le ver au cul. 

123. Corbeaux avec corbeaux ne se crèvent jamais les 
yeulx. 

124. Aux nopces et aux funérailles 
Cognois amis et parentailles. 

125. En cas hastif nul advis. 

126. Qui miel mange, les doigtz s'en lesche. 

127. Certes fut menteur. 

128. Je vay où le Pape et l'Empereur 
Ne peuvent mander ambassadeur. 

129. Mal sur mal n'est pas santé. 

1 30. Il y fault sens à gouverner follie. 



— 434 — 

131. Sois soingneox et despens peu, tu enrichiraa assez. 

132. Qui sot naist, jamais n'en guérit. 

1 33. Sy le sot ne sotoye, il pert sa saison. 

134. Je cerche ce que je ne trouve pas. 

135. Douleur de teste veult manger; 
Douleur de ventre veult chyer. 

Paul Bebgmaks. 

(A suivre,) 



— 435 — 



L'ADMINISTRATION PROVINCIALE 

Sous les périodes espagnole et autrichienne'. 



(Lies États de Flandre.) 

La forme sociale et politique dans laquelle un peuple 
peut entrer et rester n'est pas livrée à son arbitraire, 
mais déterminée par son caractère et son passé... 
Si nous parvenons à trouver la nôtre, ce ne sera 
qu*en nous étudiant nous mêmes, et plus nous 
saurons précisément ce que nous sommes, plus nous 
démêlerons sûrement ce qui nous convient.... 

(H. TikiHE, Le$ origineê de la France contem- 
poraine. L'ancien régime.) 



TITRE Vn. 

DES FONCTIONNAIRES ET EMPLOYÉS DE LA PROVINCE*. 

Les Ëtats nommaient à tous les emplois rétri- 
bués par la province. 



* Saite. Voir Messager des Sciences histor., 3« livr. 1891, p. 290. 

* Ce chapitre sera forcément quelque peu écourté, car nous avons 
trouvé bien peu de documents concernant le personnel administratif 
employé anciennement par la province. 



- 436 — 

Pour le service intérieur de la Députation, il y 
avait un Pensionnaire de l'une des deux grandes 
villes faisant l'office de Greffier et un Clerc appelé 
« le Clerc de l'assemblée. » 

Lorsque la Députation se réunissait à Gand, 
c'était le premier Pensionnaire de cette ville qui 
remplissait les fonctions de Greffier; de même, 
lorsqu'elle était réunie à Bruges ou au Franc de 
Bruges, c'était le premier Pensionnaire de Bruges 
ou du Franc qui remplissait ces mêmes fonctions. 

Le Greffier était Tâme de la Députation. C^était 
lui seul qui avait la signature de tous les actes, de 
la correspondance, et qui portait la parole au nom 
des États. 

Les Pensionnaires des villes qui, à cette époque, 
remplissaient alternativement les fonctions de 
Greffier des États, étaient d'ailleurs, comme on 
sait, des hommes d'un mérite tout à fait supé- 
rieur. Aux termes de l'art. 4 de la concession 
Caroline*, ceux de Gand devaient être « deux 
Conseillers, gens de bien, lettrez et expérimentez. » 
— « Bien qu'ils n'eussent que voix consultative, » 
dit M. Giron *, « les Pensionnaires exerçaient la 
plus grande influence sur la marche des affaires, à 
telle enseigne que le conseiller Wynants dit, en 
parlant du premier Pensionnaire de Bruxelles, que 
le premier Bourgmestre et lui conduisaient toute 
la machine. » 
Le Conseiller Pensionnaire, lorsqu'il remplissait 



» Placards de Flandre, livre III, p. 236. 
■ Essai sur le droit communal, p. 18. 



— 437 ~ 

les fonctions de Greffier des États n'avait, en efifet, 
également que voix consultative, mais cette voix 
était sûre d'être toujours écoutée ; il exerçait la 
plus grande influence sur la direction des affaires 
des États, qu'il connaissait d'ailleurs à fond, par 
suite de la nature et surtout de la stabilité de ses 
fonctions * . 

Il y avait aussi un employé spécialement attaché 
à l'Assemblée de la Députation et qui suivait 
celle-ci à Gand et à Bruges. C'était le Clerc de 
l'Assemblée. 

Ce Clerc, qui relevait directement des États, et 
non du Pensionnaire', était chargé de la direction 
des comptoirs et bureaux de l'Assemblée. Tout le 
travail matériel lui incombait. Il transcrivait les 
délibérations sur les registres, en délivrait des 
extraits ou copies (sous la signature du Greffier), 
classait et conservait les archives, etc. 

En ce temps-là — on l'a déjà observé — les 
réunions des Assemblées délibérantes n'étaient pas 
publiques et on cachait même avec soin ce qui s'y 
passait. 

Le Clerc devait donc avoir, pour première vertu, 
une discrétion à toute épreuve. Il devait prêter, à 
ce propos, un serment en bonne forme devant 
toute la Députation réunie. Il pouvait employer 
pour ses travaux d'écriture d'autres personnes, 
lorsque les nécessités du service l'exigeaient. Ces 



* PoULLBT, Hiêtoire politique interne de la Belgique, p. 640. — 
Patria belgica, p. 518. 

• Voir notre note Messager des Sciences historiques, 1890, l" livr. 



— 438 — 

ce écrivains » n'étaient ni attachés aux États, ni 
même nommés par eux; ils dépendaient unique- 
ment du Clerc qui les engageait et les renvoyait à 
son gré. Leur nombre ne s'éleva d'ailleurs jamais 
à plus de trois ou quatre. 

Le Clerc jouissait d'un traitement fixe et annuel 
de douze cents florins * . 

Il y eut aussi des officiauœ au comptoir de l'As- 
semblée de la Députation*. 

Ces officiaux étaient au nombre de trois ou 
quatre. 

Le premier officiai avait mille florins d'appoin- 
tements par an, le second, sept cents florins; le 
troisième, six cents florins et le quatrième cinq 
cents florins ». 

Ces officiaux jouissaient, en outre, de quelques 
gratifications. L'art. 28 du Règlement du 18 
octobre 1755 porte que « les Députés pourront 
donner au premier officiai Neijt des « habeat » 
pourvu que ces « habeat » ne dépassent pas quatre 
cents florins par an. » 

Les employés principaux jouissaient aussi, au 
bout de leur carrière, d'une pension de retraite*. 

Les « écrivains » que, par suite d'une trop grande 
affluence d'affaires, il aurait été jugé nécessaire 



' Règlement du 14 décembre 1705. Recueil des Ordonnances etc., 
3« série, 1. 1, p. 661. 

' Règlement provisionnel du 18 octobre 1755. 

> Tel était le taux des traitements en 1755. 

* £n 1778, Augustin Neijt, premier officiai, reçut une pension 
viagère de 1200 florins comme « jubilaire • (jubilaris) au service de 
la province. 



— 439 — 

d'employer étaient payés * à raison de « deux 
sols »par feuille d'écriture. 

Les commis des « moyens de la Province » 
étaient également à la nomination des Ëtats. 

A l'origine*, ils touchaient un tantième de la 
recette. 

Le règlement de Philippe V du 14 décembre 
1705, leur attribua les gages fixes ci-après : 

DISTRICT DI OAND. 

Le Gommifl de Timpôt 3,000 florins. 

> dn moulage .... 3,000 > 
» des impositions . . . 10,000 » 

DISTRICT DI BBUOSS. 

Le Commis de l'impôt 2,000 florins. 

> du moulage .... 2,500 > 

> des impositions . . . 4,000 > 

DISTRICT DU FRANC. 

Le Commis de Timpôt 2,000 florins. 

» du moulage .... 1,500 » 
» des impositions . . . 4,000 » 

A partir de la promulgation du même Règle- 
ment, ces employés ne furent plus nommés que 
pour trois ans ce afin que l'on puisse mieux être 
assuré de l'état de leur caisse et pour la sûreté 
des deniers publics. » 



> En 1755. 

* Voir Règlement provisionnel des archiducs de 1614 déjà cité. 



— 440 — 



CHAPITRE II. 



LES ÉTATS DE FLANDRE DEPUIS 1764. 



§1. 



La Réforme et ses Ganses. 

Le système d'organisation que l'on vient d'ex- 
poser fut en vigueur jusqu'en l'année 1754. 

Dans ce système, toute l'autorité provinciale 
était entre les mains du Clergé et surtout des 
Membres ou chefs-villes. 

Ceux-ci abusèrent gravement de leur pouvoir. 

Rappelons-le et insistons sur le fait — car il 
fut une des principales causes de la réforme — que 
les villes de Gand et de Bruges ne payaient plus 
un sol dans les subsides, a II était monstrueux, » 
dit à ce propos, le comte de Neny \ « que les deux 
villes de Gand et de Bruges qui, à cause de leur 
situation obérée, ne paient rien, pussent seules 
engager la Province dans tout ce qu'elles vou- 
laient. » 

« Le dérangement de la ville de Gand était 
extrême, sa cotte-part dans le subside arriérée 

» Loc, cit., tome II, p. 187. 



- 441 - 

depuis tant d^années, ses rentes mal et souvent 
point payées, ses revenus anéantis dans quelques 
branches et diminués dans toutes les autres, attes- 
taient la nécessité d'une réforme d'autant plus 
pressante, que le mal empirant devait l'entraîner 
à une faillite totale ' . » 

Bruges se trouvait dans une situation encore 
pire; déjà cette ville avait commencé à décliner 
à partir de la fin du XV** siècle, et au XVIII* 
siècle elle était « dans une situation désespérée 
qui devait la faire regarder comme absolument 
faillie*. » 

La situation critique dans laquelle se trou- 
vaient la plupart des collèges de la Flandre de- 
vait être attribuée, en partie du moins, aux 
sacrifices que « les provinces obéissantes avaient 
faits pour les armes espagnoles lors des troubles 
du XVP siècle'. » 

Mais ce n'était cependant pas la seule cause de 
leur situation obérée. 

L'administration des Membres était aussi mau- 
vaise que dispendieuse. 

« La province, » dit à ce sujet le comte de 
Neny *, « malgré la longue paix dont elle avait joui, 
s'était endettée de quatorze millions, tant à cause 
de la perception négligée de ses revenus que par 
des dépenses énormes et inutiles. » 

La dernière source de l'ancienne puissance des 

^ Rapport de la Jointe, etc., p. 163. 

■ Id., pp. 189 et 193. 

« Id., p. 179. 

* Loc, cit,, p. 188. 



- 442 — 

Membres, l'argent, était donc également tarie. 

Et ce qui leur porta un assez rude coup à ce 
point de vue, ce fut la cession du riche quartier 
d'Ypres à la France * . Le Gouvernement le com- 
prit bien, car, lors de la rétrocession d'Ypres à la 
Maison d'Autriche, il eut soin de ne plus admettre 
cette ville aux États. 

En outre, les Membres donnèrent au Gouver- 
nement de grands sujets de mécontentement, en 
refusant de contribuer, comme les Ëtats des autres 
provinces au payement du subside de la Barrière, 
en faveur des Hollandais * et en ne lui accordant, 
année moyenne, « pour subside ordinaire que le 
chiffre de 16,000 rations par jour » alors qu'il 
leur demandait toujours un chiffre de beaucoup 
supérieur. 

Le Gouvernement n'avait donc plus, à l'époque 
à laquelle nous sommes arrivé, à compter, pour 
la réalisation de ses projets, avec l'ancienne puis- 
sance des Membres, passée dès lors à l'état de 
souvenir. 

Ce fut, dans ces circonstances, que les subal- 
ternes élevèrent la voix et réclamèrent, de nou- 
veau, voix délibérative et décisive aux États expo- 
sant « que non seulement la justice distributive 
paroissoit exiger qu'un chacun dans les affaires 
publiques, eût le degré d'influence proportionnée 
à son intérêt et à ce qu'il contribue ; mais aussi 
qu'une partie des dispositions du règlement des 

* Le quartier d'Ypres fournissait le tiers du revenu de la Flandre. 
■ Nkny, loc. cit., p. 184, 



— 443 — 

archiducs < ne devoit avoir son effet que jusqu'à ce 
que, selon les occurences du temps et les affaires 
de la Flandre, le Souverain en disposeroit autre- 
ment par les voies et moyens qu'il jugeroit les plus 
convenables, et que maintenant les occurrences du 
temps et des affaires de la province étoient telles 
que Sa Majesté ne pouvoit plus différer à se servir 
de la réserve insérée dans le même règlement pro- 
visionnel, pour en vertu de son autorité, disposer 
et ordonner par les voies et les moyens les plus 
convenables pour le redressement des affaires de 
la province*. » 

Ils eurent soin, cette fois, d'appuyer leur de- 
mande d'une offre de subside « de 18,000 rations 
par jour, faisant par an, » dit de Neny ', « la somme 
d'un million six cent quarante-deux mille cinq 
cents florins, » de consentir « au subside pour l'en- 
tretien de la Cour de Son Altesse royale pendant 
tout le temps que ce prince résideroit au pays, et 
enfin de payer le contingent de la province dans le 
subside de la barrière aussi longtemps que les 
autres provinces payeroient le leur, et que la cause 
du payement subsisteroit. » 

La mauvaise administration des Membres, les 
abus dont ils s'étaient rendus coupables, leur peu 
de bon vouloir vis-à-vis du Gouvernement, les 
doléances et les promesses si séduisantes des subal- 



^ Celai de 1614 qui ne leur attribuait que voix délibérative et non 
décisive. 
* Nrnt, p. 186. 
« Id. 



— 444 — 



ternes, tout concourait à amener des réformes 
dans l'organisation provinciale de la Flandre. 

Ce sont ces réformes qui firent l'objet de TÉdit 
impérial du 5 juillet 1 754 * . 



§2. 

Ck)mposltlon nouveUe des États. 

La disposition essentielle de TÉdit du 5 juillet 
1754 fut l'attribution aux subalternes et aux châ- 
tellenies de la voix délibérative et décisive. 

Désormais, il ne fut plus question des Membres. 
Les États furent appelés : V Assemblée des Ecclé- 
siastiques, villes, pays, châtellenies, métiers et dis- 
tricts, représentant les États du pays et Comté de 
Flandre^. 

Il y eut, dit le comte de Neny', « dorénavant 
aux États de Flandre dix-sept collèges, ayant 
chacun voix décisive, savoir : le Clergé, les villes 
de Gand, Bruges, Courtrai, Audenarde, Ninove et 
Termonde ; les châtellenies, districts ou métiers du 
Franc de Bruges, du vieux Bourg de Gand, de 
Courtrai, d' Audenarde, d'Alost, de Termonde, de 
Bomhem, de Waes, d'Assenede et de Bouchaute. » 



» Placards de Flandre, livre V, p. 35. 

• C'est cette assemblée qui a fait l'objet des études de tous les 
auteurs modernes qui se sont occupés de la question. Nous pouvons 
donc être bref. 

' Zroc. ciU, t. II, p. 189. 



- 445 — 

Chacun de ces dix-sept collèges eut dans les 
résolutions une influence proportionnée à l'intérêt 
qu'il y avait, c'est-à-dire proportionnelle à la cote 
pour laquelle il figurait au transport. 

Il y eut, à dater de ce moment, huit voix princi- 
pales dans la Province. 

Une voix fut attribuée à chacun des deux Cler- 
gés de Bruges et de Gand. 

Trois voix furent attribuées aux villes de Gand , 
Bruges, Courtrai, Audenarde, Ninove et Temionde, 
ou la Généralité des villes. 

Et trois voix également furent attribuées aux 
châtellenies, districts, pays et métiers du Franc, 
du vieux Bourg, de Courtrai, d'Audenarde, d'Alost, 
de Termonde, de Bornhem, de Waes, d'Assenede 
et de Bouchante, ou la Généralité' des châtelle- 
nies * . 

On conçoit que, dans la nouvelle organisation, 
la formation du « résultat » des délibérations sur 
un objet donné, était devenue chose plus compli- 
quée que par le passé. 

Il fallait, en effet, pour trouver la triple voix de 
la Généralité des villes ou celle de la Généralité des 
châtellenies, toujours tenir compte de ce fait que 
chaque ville, châtellenie, pays ou district, compo- 
sant l'une ou l'autre de ces généralités, n'avait dans 
le « résultat » qu'une influence proportionnelle à 
sa cote dans le subside *. 



» Éditdu 18 octobre 1765. Placards de Flandre, livre V, p. 368. 

■ Le docament ci-après, provenant des papiers laissés par F. A. Va- 

renbergh, actuaire des États, et qui nous a été obligeamment corn- 



— 446 



§.3. 
De la Oommlsslon on Députation et de rAotuaire. 

La Commission ou Députation (commissie oft 
Deputalie) représentant les États et chargée d^as- 
surer le service administratif journalier de la pro- 
vince, fut également réorganisée. 

muniqaé par an de ses arrière-parents, secrétaire de la rédaction du 
Messager des sciences histofHques, fera mieux comprendre ce système 
de votation : 

Model pour former un résultat Provincial sur touttes les affaires qui 
doivent se décider par pluralité des voix délibératifs des deux 
clergés de Gand et de Bruges, villes, pays, chatellenies, et métiers 
de la Flandre, 

Le Clergé de Gand 1 voix. 

Le Clergé de Bruges 1 » 

La généralité des villes 3 » 

La généralité des chatellenies, pays et métiers 3 » 



Ensemble. . 


. . 8 voix. 


Les trois voix de villes sont 


Les trois 


voix des cbâtelle- 


indivisibles et se forment selon 


nies sont aussi indivisibles et se 


leurs influences, scavoir : 


forment selon leur influence, sca- 


Gand .... X 6-14-9 


voir : 




Bruges. . » 6- 0-0 


Le Franc de 


Courtray ...» 1-13-4 


Bruges 


. jC 9- 0- 


Audenarde . . » 1-2-5 Vt 


Vieux bourg de 


Termonde . . » 0-16-5*/, 


Gand . . 


. » 6-3-0 


£ 16- 7-0 


Courtray. . 


. . » 6-13- 3 


Font la triple voix £ 7-18-6 


Alost . . 


. . » 10-14- 1 




VVaes. . . 


. • 5-18-11 




Audenarde 


. . » 2-14- 9 




Termonde . 


. . « 2-14- 1 




Ninove . 


. . » 0- 2- 8 »/« 




Bombem. . 


. . » 0- 6- 




Assenede. . 


. » 0-12- 




Bouchaute . 


. » 0-5-8 Vf 
£ 46- 4- 6 »/i 




Triple 1 


roix £ 22-12- 8 Vf 



— 447 — 

Elle se composa, comme antérieurement, de 
huit Députés, mais répartis conmie suit : deux du 
Clergé (un du Clergé de Gand et un de celui de 
Bruges), trois de la Généralité des villes, et trois 
de la Généralité des chàtellenies. 

Ces Députés étaient élus pour un terme de trois 
ans par et dans FAssemblée générale de chacun 
des collèges composant les États du pays de 
Flandre. 

L'édit du 18 octobre 1755 régla le mode de 
nomination de ces Députés de la manière ci-après. 

La Généralité des villes commençait par désigner 
les trois villes qui auraient leur Député à l'Assem- 
blée de la Députation; ensuite chacune de ces 
trois villes nommait son Député. 

n en était de même pour la Généralité des char 
tellenies. 

Notons que, comme toujours, chaque ville ou 
chàtellenie avait dans ces votes, une influence pro- 
portionnelle à la cote pour laquelle elle figurait au 
Transport. 

Le roulement dans FAssemblée était établi de 
telle sorte que chaque année on renouvelait le 
mandat d'un Député de l'une des trois catégories. 

Chaque Député jouit d'un traitement fixe et 
annuel de 3,500 florins, plus une indemnité de 
500 florins pour assister à l'audition des comptes *. 

Le décret du 5 juillet 1754 prescrivit aux États 
de nommer un Actuaire de la Députation, en limi- 

^ Instruction et Règlement provisionnel pour les Députés à VAn-- 
semblée de la province de Flandre {Placards de Flandre, livre V). 



— 448 — 



tant, comme pour les Députés, la durée de ses 
fonctions à trois ans * . 

Ainsi vinrent à cesser les fonctions de Greffier 



* Ce fut là une des réformes les plus vivement critiquées. Nous 
trouvons, dans Texposé des motifs d'un projet de Constitution pour 
la Flandre conçu après la Révolution brabsmçonne (Bibliothèque de 
l'Université de Gand; Collect. citée), ce qui suit à propos de l'insta- 
bilité des fonctions de l'Actuaire : « ... il n'est ni petite ville , ni 
châtellenie, dont les Pensionnaires ou Greffiers ne soient nommés à 
vie. Il n'est pas étonnant, «« ajoute-t-on, « que lorsque la place 
d'Actuaire fut offerte, en 1754, à M. Van Goethem, Pension- 
naire du pays de Waes, il répondit qu'il ne croyait pas qu'il fût pos- 
sible dans ces conditions (d'instabilité) de trouver un honnête 
homme {dat hij niet geloofde dat het op dese voorwaarde mogelijk 
wa» een terlijk man te vinden), » — On en trouva cependant et 
plutôt deux qu'un. 

Cette instabilité se justifiait d'ailleurs parfaitement. Il était de 
principe, à cette époque, que tous les fonctionnaires étaient nommés 
à vie. Ils étaient donc inamovibles. 

Le Gouvernement qui voulait avoir les États dans la main — 
c'était le but du décret de 1754 — ne pouvait évidemment admettre 
que l'homme qui exerçait la plus grande part d'influence dans ces 
assemblées y jouit seul de l'inamovibilité. Pareille situation eut 
donné lieu à des conflits et des difficultés sans nombre. C'est pour- 
quoi il fut décidé que le Greffier des États ne serait nommé, comme 
les Députés, que pour un terme de trois ans. 

Ce même principe d'instabilité a été repris par le législateur de 
1836 (loi provinciale, art. 4). Ici, on ne comprend plus et on se 
demande vainement quels sont les motifs qui ont pu faire adopter 
une pareille disposition aussi manifestement contraire à tout le 
système gouvernemental moderne. — Seul, parmi tous les fonction- 
naires de Tordre administratif, le Greffier provincial est nommé pour 
un temps limité. 

On a parlé, lors de la discussion assez diffuse qui eut lieu à propos 
de ce § de l'art. 4 de la loi provinciale, de la nécessité pour le 
Greffier d'avoir la confiance de la Députation. 

Cela n'est pas sérieux. Les Secrétaires généraux des départements 
ministériels, les Secrétaires communaux, les Greffiers des Cours et 
Tribunaux, etc., ne doivent-ils pas jouir de la confiance des Ministres, 
des Conseils communaux, des Cours et des Tribunaux, etc. Tout 
fonctionnaire, quel qu'il soit, ne doit-il pas jouir de la confiance de 



— 449 — 

que remplissaient auprès des États, les Pension- 
naires de Gand, de Bruges et du Franc *. 

Le traitement de l'Actuaire était réellement 
considérable, surtout pour l'époque; il s'élevait 
annuellement à 4500 florins, plus 500 florins pour 
l'audition des comptes*. 

Cette indemnité de 500 florins que touchaient 
les Députés et l'Actuaire, était une sorte de 
prime accordée à leur diligence et à leur activité. 
Elle n'était, en efifet, allouée qu'à la condition 
expresse que les comptes fussent clos et arrêtés 
« dans le terme de dix mois après chaque année 
révolue. » 

Moyennant ces traitements fixes, les Membres 
de la Députation et l'Actuaire ne pouvaient cumu- 
ler aucun autre emploi, ni percevoir d'autres 
émoluments, à quelque titre que ce fût. 



ses supérieurs? En a-t-on conclu qu'il fallait limiter la durée de 
leucB fonctions ? 

Et puis, la Députation est nommée pour quatre ans, tandis que le 
Greffier l'est pour six ans 1 

Quoi de plus simple, d'ailleurs, puisqu'on donnait à la Députation 
le droit de présentation, que de lui donner aussi le droit de proposer 
la révocation? 

On se demande pourquoi le Gouvernement qui aurait admis les 
propositions de nomination de la Députation, n'admettrait pas, de 
parti-pris, les propositions de révocation de celle-ci? Ce n'est pas 
ici le lieu de nous étendre sur cette disposition par trop archaïque 
d'une de nos principales lois organiques. Nous y reviendrons en 
temps et lieu. 

* Ils furent largement indemnisés. Ainsi, M. Pierre-François 
Pycke, premier Pensionnaire de Gand, reçut une pension de 5000 
florins l'an, à titre d'indemnité pour la cessation de ses fonctions de 
Greffier à l'Assemblée de Flandre, après 1755. 

* Ce traitement équivaudrait, de nos jours, à dix mille florins. 

29 



— 450 — 

Les Députés devaient s^assembler tous les jours ^ 
depuis neuf heures du matin jusqu'à midi, et trois 
fois la semaine, depuis trois heures jusqu'à cinq 
heures * . 

L'Actuaire devait tenir un registre de présence 
et toute absence, non justifiée, entrsdnait l'appli- 
cation d'une amende de trois florins, lesquels 
étaient déduits des gages'. 



§4. 
Réfonnes dans rAdminlatration finanoiàre. 

L'administration financière de la province fut 
complètement remaniée. 

On créa un Receveur Général de tous les revenus 
provinciaux, des subsides, etc. 

Indépendamment de la perception des impôts, 
ce fonctionnaire fut chargé, sous la surveillance 
de la Députation, de la liquidation de toutes les 
dépenses et de la tenue de la comptabilité. 

Les emplois de Commis à la perception des diffé- 
rents impôts furent supprimés et ceux qui les 
occupaient furent nommés Commis du Receveur 
Général. 

Le maximum des émoluments qu'ils pouvaient 



> Tel était le règlement, mais, en fait, lee réonions de l'aprà- 
midi ne se tinrent pa8 longtemps. 
* Voir Règlement provisionnel cité de 1765« 



— 451 — 

percevoir en cette qualité fut fixé par décret du 
18 octobre 1755 * de la manière suivante : 



L^ancien Commis des impositions du Franc 
» » des impôts du Franc . 

» » de rimpôt à Bruges . 

» » du moulage à Bruges. 

» » de rimpôt à Gand . . 

» » du moulage à Gand . 



£ 4000 
» 1600 
» 1600 
» 1600 
» 3100 
» 3100 



Aucun payement ne pouvait être effectué par le 
Receveur Général sans qu'il fût ordonnancé par 
trois membres de la Députation (cette règle était 
d'ailleurs déjà ancienne; on la retrouve, entre 
autres, dans le Règlement des archiducs de 1614). 

Enfin, à l'avenir, tous les comptes de la pro- 
vince devaient être arrêtés à portes ouvertes, et, 
après avis préalable fait au moins huit jours à 
l'avance, afin que les villes, ehâtellenies et métiers, 
pussent être présents *. 



§5. 

Opposition soulevée par le Décret de 1754. 

On vient d'indiquer les points essentiels sur 
lesquels porta la réforme de 1754. 

La nouvelle organisation n'était pas fait« pour 
plaire aux chefs- villes et au Clergé, jusque-là seuls 
en possession de toute l'autorité provinciale. 

C'était une véritable révolution administrative 



» Placarda de Flandre, livre V, p. 367. 
• Décret du 5 juillet 1754, art. 18. 



— 452 — 

que le Gouvernement avait opérée. Mais on ne 
saurait nier, qu^au point de vue politique, le 
décret de 1754 ne constituât un progrès considé- 
rable ; on ne saurait nier non plus qu'il fût un acte 
de répai'ation et de justice vis-àrvis des villes 
subalternes et des communes du plat pays qui 
n'avaient que trop longtemps été courbées sous 
l'hégémonie des chefs- villes. 

Le décret de 1754 n'annihilait pas d'ailleurs l'in- 
fluence des grandes villes. 

L'Administration autrichienne, qui était cer- 
tainement la plus éclairée de l'époque, avait réussi 
à inaugurer en cette matière, non pas le régime de 
l'égalité brutale, mais celui de l'égalité à peu près 
parfaite. 

Chacun des dix-sept collèges n'avait pas, comme 
on l'a vu, une part égale dans le Gouvernement de 
la province. Son influence était proportionnelle 
aux charges qu'il s'imposait pour la prospérité 
morale et matérielle de cette province. 

Rien de plus juste, et, il nous sera bien permis 
de le dire en passant, rien de plus contraire aussi 
à l'idée de gouvernement de nos jours où l'on 
s'accorde assez généralement à ne considérer en 
tout que des unités et à déclarer que, dans toutes 
les sphères — dans celle de la gestion des intérêts 
généraux, comme dans celle de la gestion des inté- 
rêts particuliers — une unité en vaut une autre. 

Quoi qu'il en fût, le décret ne passa pas sans 
protestations de la part de ceux qu'il dépouillait 
de leurs anciennes prérogatives. 
Le subside fixe ne fut accordé, en 1754, par les 



- 453 - 

chefs -collèges, qu'à la condition que l'édit du 
5 juillet serait rapporté : « dat het placcaet in 
questie teene^nael zal onderblijven protesterende bij 
clesen wel ende expressivelijck ten eeuwighen daeghe 
jeghens aile het gonne ter contrarie soude kunnen 
ghedaen worden ; » les quatre principaux, disaient- 
ils aussi, seraient toujours « survotés » (overvoyst). 

Le décret du 18 octobre 1755 réglant l'influence 
des votes en raison de la contribution dans le 
Transport n'était pas encore rendu. 

Cette fois, le Gouvernement tint bon et passa 
outre à toutes les réclamations. Il publia même, 
le 23 avril 1756 * un décret par lequel il déclara 
qu'il n'admettrait plus de représentations sur ce 
sujet. «... Sa Royale volonté étant au surplus que 
vous obéissiez comme il est essentiellement de 
votre devoir à tout ce qui a déjà été émané de sa 
part, ainsi qu'à ce qui pourra encore l'être par 
Nous en son Royal nom, sur l'objet du nouveau 
système dont il s'agit. Sur lequel d'ailleurs Sa 
Majesté s'explique aussi en termes positifs, qu'EUe 
est bien décidée de ne plus admettre aucune repré- 
sentation ultérieure. » 

Certaines menées « indiscrètes », dit le décret, 
ayant eu lieu, le Gouverneur général finit par 
engager le Clergé et les Magistrats de Bruges et 
du Franc auxquels le décret s'adressait, à « écarter 
jusqu'aux apparences de conventicules et assem- 

* Placards de Flandre, livre V, p. 360. Ce décret est adressé par le 
Lieuteiiant-Gouvemeur au Clergé et aux Magistrats de la ville de 
Bruges et du Franc et, par dépêche du même jour, aux Députés 
des États de la province de Flandre. 



— 454 — 

blées secrètes..., afin d'éviter qu'il ne soit procédé 
avec rigueur et dans les règles usitées par les 
conseillers fiscaux de Sa Majesté, etc. » 

Le mécontentement dans le Clergé et dans les 
grandes villes fut extrême, et, soit dit en passant, 
il serait curieux, semble-t-il, de voir rechercher 
la part d'influence que le décret de 1754 a eue sur 
les événements qui se sont produits trente-six ans 
plus tard, lors de la révolution brabançonne*. 

C'est, on peut le constater, le premier grief 
articulé dans le Manifeste des États de Flandre du 
4 janvier 1790 «... par une fatalité inconcevable, 
« il (le Gouvernement) profita de ces moments de 
« calme et de prospérité pour former un système 
« de corruption à l'appui duquel il put parvenir à 
« nous arracher les points les plus précieux de 
« notre liberté. 

^ Le Mémoire fait par les Députés des États de Flandre Vande- 
velde, de Deurwaerdere, Hoobroeck de Moreghem et de Grave et 
présenté au comte de Mercy d'Argenteau, Ministre plénipotentiaire 
pour la pacification des Pays-Bas, est absolument topique sous ce 
rapport. £n voici une analyse succinte : « le subside fixe a été 
extorqué à la Flandre, durant le règne de l'Impératrice Marie- 
Thérèse. Les États de Flandre demandent un Député permanent à 
Vienne. Ils demandent aussi : 1^ Que les nominations aux places 
dans les chefs-collèges se fassent par les communes; 2^ Que le 
Conseil de Flandre juge par arrêt et sans appel et que les Conseillers 
prêtent à leur avènement serment es mains des États; 3* Que les 
Conseillers fiscaux n'assistent aux séances que pour affaires de leur 
ofi&ce ; 4P Que les États puissent choisir librement leurs Pension- 
naires et Actuaires et 5o Que l'ordre de la noblesse soit réintégré dans 
son ancienne prérogative de siéger à l'Assemblée des États, droit 
dont elle jouit dans toutes les autres provinces. » Les États devaient 
bien cela à l'ordre noble ; c'était la récompense des services rendus 
par celui-ci durant les troubles (Bibliothèque de l'Université de 
Gand. Collection de documents concernant les États de Flandre). 



— 455 — 

^< De ce nombre était la faculté de voter annu- 
« ellement les subsides. Nos pères avaient conservé 
« avec soin cette arme la plus propre à repousser 
« les atteintes qu'on pouvait porter à nos droits 
« et les coups du despotisme. On nous en dépouilla 
a en 1754, en y substituant un subside fixe : dès 
(( lors les esprits sages prévirent que les choses 
« allaient mener à une révolution inévitable.., » Et 
« plus loin <c comme au moyen d'an subside fixe*, 
« on n'avait plus guère besoin des États, les chefs- 
<( collèges commençaient à perdre leur considération 
« et influence dans les affaires publiques,., » 

L'organisation de 1754 — à part la courte 
période d'indépendance qui suivit la révolution 
brabançonne — fut maintenue jusqu'à l'annexion 
de la Belgique à la France, c'est-à-dire jusqu'en 
1795». 

AcH. Gallbt-Miby. 

(A suivre.) 



1 Le subside fixe à payer par la Flandre fut fixé à 1 ,642,500 florins 
par an {Rapport de la Jointe, etc., p. 79). 

• Le 9 Vendémiaire, an IV (l*' octobre 1796), la réunion du terri- 
toire belge à celui de la République française fut officiellement 
décrétée par la Convention. 



— 456 — 



LE BOURREAU DE GAND'. 



>•••«» — 



VI. 

TRAITEMENT ANNUEL.- INDEMNITÉS SUPPLÉMENTAIRES. 

C'est vers le milieu du quinzième siècle qu'il est 
question pour la première fois, dans les comptes 
de la ville, d'un traitement fixe et annuel accordé 
au bourreau. Depuis lors, cet objet est porté tous 
les ans au chapitre des dépenses. 

Antérieurement, dans les comptes de la ville et 
dans ceux du grand-bailli, figuraient des articles 
spéciaux qui nous permettent de supposer que le 
bourreau, à l'origine, était payé chaque fois qu'on 
avait besoin de son ministère. 

Voici, à titre d'exemple, comment ces dépenses 
étaient inscrites dans les comptes du grand-bailli. 
Prenons l'année 1373-1374, n^ 16 : 

JUSTIGHEN BINNEN GHEND. 

Lievin Keutkin ballinc ende was te Ghend doot gheste- 
ken ende de baillu dedenen ter ghalghen voeren ende 

* Suite. Voir Messager des sciefices histof\f S* livr. 1891, p. 312. 



— 457 — 

justichieren coste met allen xxsc. 

Lievin de Baerdemakere gejustichiert metten rade. 

Den coc xii se. 

Den pape die sine bieohte hoorde y se. 

Omme mast, wiel, scoren, naghele ende zeele . xxxvi se. 

Voici quelques articles des comptes de Tannée 
1375-1376, n« 19 : 

JUSTIGHEN BINNEN GHEND. 

Clays Utenhove ghejustichiert binnen den baelghen van 
den casteele metten zweerde. 

Den coc xii se. 

Den pape v se. 

Bette Snaerts die haer selve verhinc ovcr schelde ghe- 
gheven den coc dat men se sleepte ter justichen van zeele 
on van al datter toebehoorde xi se. 

Coppen van Ypre ende Jan Michielkin beede ghejusti- 
chiert metten galghen den coc xx se. 

D'après les extraits de ces comptes le bourreau 
recevait du grand-bailli douze escalins pour rouer 
un condamné à mort. Le matériel, employé pour 
l'application de ce supplice, c'est-à-dire le poteau, 
la roue, les clous et les cordes, était fourni par le 
bourreau auquel il était payé de ce chef trente-six 
escalins. 

Il recevait douze escalins pour une exécution 
par le glaive et dix escalins pour une exécution 
par la potence. 

Le prêtre, den pape, qui assistait le condamné 
recevait cinq escalins. 



- 458 — 

Voici quelques articles pris dans les comptes de 
la ville : 

Item Jan de Witte vanden lieden die hij justicieerde in 
sinen tyt xv se. gr. 

Item Annin Mankin van sinen diensten die hij ghedaen 
heeft iii Ib. xii se. i gr. 

Item vanden coste die ghedaen sjn onder persoen wille, 
die hy pijnde ende som daer naer justicieerde . vi se. gr. 
(1380-1381, fo 180.) 

Item Joeskyne de Koc xiii se. ii gr. 

Item Joeskyne de Koc . . . xiii se. viii den. gr. ii ing. 
(1389-1390, fo 309 et 1390-1391, P 325.) 



Dans les comptes de la ville de l'année 1455- 
1456, folio 137, nous trouvons pour la première 
fois la mention d'un traitement fixe alloué au bour- 
reau. Il recevait alors six gros par semaine. 

Item ghegheven tea beveelne van scepenen Adriaen 
Scuerman scarpcoc vander stede, van dat den selven 
Adriaen toegheleyt was uut gracien naer tverclaers vander 
cedulle de weke vi gr. vanden tweeden daghe in sporcle 
anno lv tôt alf ougste anno lv comt .... xiiii se. gr. 

Moins de vingt ans après la ville payait au 
bourreau quatorze gros par semaine. Son traite- 
ment était donc plus que doublé. 

Item betaelt ten beveelne van scepenen Meester Adriaen 
Scuerman dienere vander justicien van deser stede de 
vfeke xiiii gr. ende insghelycx meester Matheus Laureins 
000 van ghelyken dienere over den vornomde meester 



— 459 — 

Adriaen naer zyn overlyden ancommen comt over tgheheel 
jaer iii lib. viii den. gr. 

Ce traitement resta fixé à trois livres et huit 
deniers par an jusqu'en 1515-1516. On le porta 
alors à huit livres, six escalins et huit deniers. 

Item betaelt meester Niclaus Bertram scarpcoc ende 
justicier vanden zweerde deser stede over zyn pencioen 

viii 1. vi 8C. viii den. gr. 
(Comptes de la ville, 1515-1516; folio 101.) 

Nouvelle augmentation en 1540-1541. Le traite- 
ment fut porté alors à douze livres par an. 

Item betaelt meester H ans Chiret sceerpeoc deser stede 
over zijn pencioen van eenen gheelen jaeren ghevallen als 

boven xii lib. gr. valent Ixxii kar. 

(Comptes de la ville, 1540-1541 ; folio 231.) 

En 1579-1580 le bourreau recevait quinze livres 
par an. 

Betaelt meester Jan du Mont scheerprechtere deser 
stede over zyn pensioen van eenen jaere verschenen half 
ougst 1850 XV lib. gr. 

Une dernière augmentation eut lieu à la fin du 
seizième siècle. On porta en une fois le traitement 
de quinze à quarante livres. 

Betaelt meester Bauduyn Walspeck alias van Torre offî- 
eier criminel deser stede incommen in de plaetse van 
Laureyns Pot, over zyn pencioen van eenen jare verschenen 
metten xi aprilis 1595, volghende der acte van scepenen 
onderteeckent Kerchove desen gheexhibeert. . xl lib. gr. 
(Comptes de la ville, 1594-1595; folio 320.) 



— 460 - 

Chose curieuse, de 1455 à 1495 le traitement 
est porté successivement de quatorze escalins,soit 
moins d'une livre, à quarante livres par an. Depuis 
1595 jusqu'à 1776 le traitement du bourreau resta 
invariablement fixé à quarante livres. 

Une ordonnance du 14 juin 1776 le porta à 
soixaute-cinq livres et dix ans plus tard, le 5 dé- 
cembre 1786, il fut fixé à cent livres. 

Le décret du 14 juin 1793 détermina le traite- 
ment des exécuteurs et le mit à la charge de l'état : 

ARTICLE 2. — Le traitement des exécnteurs est une 
charge générale de Fétat. 

Article. 3. — Dans les villes dont la population n'excède 
pas 50,000 âmes il sera de 2,400 livres. 

Dans celles dont la population est de 50 à 100,000 âmes 
il sera de 4,000 livres. 

Dans celles de 100 à 300,000 âmes de 6,000 livres. 

Enfin à Paris le traitement de Texécuteur est de 10,000 
livres. 

Article 5. — Tout casuel et autres droits généralement 
quelconques dont étaient en possession de jouir les exécu- 
teurs des jugements criminels sont supprimés. 

Le traitement du bourreau de Gand fut fixé à la 
somme de 4000 francs et ne fut plus changé depuis. 
C'est ce traitement que touchait le dernier bour- 
reau de Gand, Pierre HanoiF, décédé en 1866. 

Ses deux aides touchaient chacun d'abord 800 
francs; ce traitement fut successivement porté à 
1000 et 1100 francs. 

HanoiF avait pour aides un de ses fils et A. Boit- 
quin. Ce dernier appartenait sans aucun doute à 



la famille de ce nom qui, au siècle dernier, a fourni 
plusieura exécuteurs des hautes-œuvres à la ville 
de Gand et à la ville de Bruges. Un des aides du 
bouiTcau de Bruxelles, encore en vie aujourd'hui, 
se nomme également Boitquin. De même que ses 
anciens collègues de Gand il reçoit un traitement 
annuel de 1100 francs. 

Nous venons de voir que, vers le milieu du 
quinzième siècle, le bourreau recevait de la ville 
un traitement fixe. Cependant nous rencontrons 
fréquemment dans les comptes communaux, posté- 
rieurs à cette époque, des articles renseignant les 
sommes payées au bourreau pour certains services 
rentrant directement dans l'exercice de son minis- 
tère. Nous ne connaissons aucune ordonnance, soit 
du Souverain soit des échevins, traçant des règles 
pour l'allocation de ces suppléments de traite- 
ment. Tout dépendait du bon vouloir des magis- 
trats qui accordaient au bourreau ces indemnités 
selon qu'ils le jugeaient convenable. 

Voici à ce sujet quelques exemples pris au hasard 
dans les comptes communaux : 

Item ghegheven meester Pieteren vander Ratte, scarpcoc 
vander stede van zynen dienste dat hj Janne metten gbelde 
inde mande bine den v'"" dach in Hoymaent . xx den. gr. 

Item ghegheven by laste van sœpenen meester Janne 
Blondeel scai-pcoc van der stede van dat hy eenen man uter 
Btede leedde ende met roeden slouch den xii dach in no- 

vember xx den. gr. 

(U54-1455, folio 57.) 



— 462 — 

Item betaelt meester Willemme Hurtecant scarpcoc yan 
deser stcde van ghestelt te hebbene Gillis de Langhe int 

Pelloryn xx den. gr. 

(1475-1476, folio 223.) 

Le bourreau recevait vingt deniers quand il sus- 
pendait un voleur dans le panier, quand il chaasait 
un condamné de la ville en le battant de verges, et 
quand il procédait à une exposition publique. 

Item ghegheveu meester Kaerle scarpcoc over zynen 
dienst dat hy Rogier Pyl quaarteleerde . . . iiii se. gr- 
(1481-1482, folio 390.) 

L'écartèlement de Rogier Pyl est payé au bour- 
reau quatre escalins. 

Item betaelt meester Cornelis de Meersman scarpcoc van 
Jacop Jacobsone ende Hannekin vanden Berghe te na- 
ghelen metten ooren ande stake der vischmaerct Actum 

xviii january Lxxxn comt x den. gr. 

(1482-4483, folio 135.) 

Il s'agit ici d'une indemnité de dix deniers payée 
au bourreau pour avoir cloué deux condamnés par 
l'oreille à un des piliers du marché aux Poissons. 

Item betaelt meester Willem Hurtecant van dat hy 
Heyne van Hyfte de tonne dede draghen den vii" in 

meye xoi v den. gr. 

(1490-1491, folio 352 vo.) 

Cinq deniers sont alloués au bourreau Hurtecant 
qui avait fait porter le tonneau par un certain 
Van Hyfte. 



— 463 — 

Nous pourrions donner encore un grand nombre 
de ces exemples. Nous nous bornerons à deux 
citations prises, l'une dans les comptes du seizième 
siècle et l'autre dans ceux du dix-huitième. Il 
s'agit d'indemnités accordées au bourreau pour 
l'application de la torture et pour des exécutions 
capitales, ce qui cependant rentrait bien directe- 
ment dans les fonctions de maître des hautes- 
œuvres. 

Betaelt Hubrecht Gaens officier criminel de somme van 
iiii lib. x se. gr. over synen sallaris van ten diversche ston- 
den ghetortareert ende andersins ghepuniert thebben de 
persoonen ghementionneert in zeker billiet annex der re- 
questie by hem ten dien fyne overghegheyen haudende 
marginaele ordonnantie. Dus hier naer tverclaers vande- 
zelve de voomoemde somme vau . . . . iiii Ib. x se. gr. 
(1584-1585, folio 420.) 

Le mot sallaHs, salaire, ne peut pas être pris ici 
dans le sens d'une sonoime fixe payée régulièrement 
au bourreau. Il s'agit simplement d'une indemnité 
extraordinaire allouée par les échevins. La même 
observation s'applique aux mots : ordinair recfit, 
employés dans les registres du trésorier de la ville 
à propos de la somme payée au bourreau Boitquin 
et à son collègue de Bruxelles lors de la mise à 
la torture et de l'exécution de Mast et Danneels 
en 1763. 

Betaelt aen Jan bap^ Boitquin officier criminel deser 
stadt de somme van Ib. 18-0-0 over syu ordinair recht int 
tortureren Jan Mast ende Ferdinand Danneels mitsgaders 
over hun levendigh te rabracken ende te werpen in het vier 



— 464 — 

op den 3 december 1763 mitsgaders over het logeren de 
yremdc scherprechter ende hem te verleen cost ende dranck 
volghens speciûcatie van den 5 dito met acquit Ib. 18-(M). 

Outre ses appointements fixes et outre les indem- 
nités extraordinaires que lui octroyait la ville, le 
bourreau était enc5ore payé spécialement par le 
grand-bailli de 6and, chaque fois que celui-ci avait 
directement recours à son ministèi*e. Nous avons 
parlé tantôt des sommes payées par ce magistrat 
avant 1455, c'est-à-dire avant l'époque où le bour- 
reau reçut un traitement fixe payé sur la caisse 
communale. Voici, à titre de spécimen, le compte 
entier de ce que le grand-bailli de la ville de Gand, 
François de Mastaing, paya au bourreau de Gand, 
Gaspard Saerp, pendant l'année administrative 
1513-1514. 

Ce document se trouve aux archives de l'État a 
Gand. Il fait partie de la liasse : compte du bailli 
de la ville de Gand 1513-1514; inventaire n^'ôô; 
comptes en double n° 162 : 

Compte que fait Franchois de Mastaing^ seigneur de Mof- 
mynes etc. bailli de Oand. 1513-1514. 

MISES PAR LBDIT BAILLI FAICTBS A CAUSE DE LA JUBTtCK' 

Premiers payé au boureau d'avoir batu de verges ung 
nosmè Daneel Vanden Hende, depuis la maison de la ville 
jusques au pillori, le iiij® jour d'aoust xv« xra . . m s. p 

Item audit boureau d^avoir mis au pillori ledit Daoeel 

XX s. p- 

Item d'avoir tondu ses cheveulx xxs.p- 

Item d'avoir batu de verges ledit Daneel depuis le chas- 



— 465 — 

teletjusquesaupilloris xxs. p. 

Item sur ledit pilloris d'avoir bandé ses yeulx . xx s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir batu de verges ledit 
Daneel encore unge fois depuis le pilloris avant la ville 
jusques hors de la porte et fust condempné par ban xx s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir mis sur le pilloris deulx 
femmes, l'une nommée Lauweryne Everwyns et l'autre 
Jehanne Van Maercke, le xxiii® jour d'aoust xv^ xin et 
furent condempnez par ban ii Ib. 

Item payé audit boureau d'avoir mis à question et 
exame deulx hommes, l'un nosmé Gillis BrifFault et l'autre 
Vincent Pinchaux le viii® de décembre xV* xni et fust ledit 
Gillis Briffault condempné par ban xx s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir mis à question et exame 
Coppin Mussche le xii^ de janvier xv^ xm et fust condempné 
par ban x s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir mis à question et exame 
Pieter Garet dit Castelan le xxviii® de mars xY xm et 
fust condempné par ban x s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir mis sur le pilloris ledit 
Pieter xx s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir batu de verges ung 
nosmé Annekin Senturion xx s. p. 

Item payé audit boureau d'avoir mis à question et exame 
ung nosmé Michiel Vanden Boven et fust comdempné par 
ban X s. p. 

Item à Tadvocat qui pour lui plaidoya es vierschares 

XX s. p. 

Item audit boureau d'avoir batu de verges ledit Michiel 
depuis le maison de la ville jusques au pilloris . xx s. p. 

Item audit boureau d'avoir coppez ses oreilles . xx s. p. 

Item audit boureau d'avoir batu de verges ledit Michiel 
depuis le pilloris avant la ville jusques hors de la porte 

XX s. p. 

30 



— 4G6 — 

Une chose digne de remarque, c'est la façon 
arbitraire et hautement fantaisiste d'établir le taux 
de ces indemnités. Le grand-bailli alloue — une 
seule fois il est vrai — deux livres au bourreau 
pour avoir exposé publiquement deux femmes 
alors que ce même bourreau ne reçoit que dix sous 
parisis pour soumettre un accusé à la question. 

Une autre particularité à noter, c'est le paiement 
par le grand-bailli des honoraires de l'avocat qni 
plaida devant le tribunal des échevins pour un 
certain Vanden Boven. L'avocat reçut vingt sous 
parisis, exactement la même somme que celle payée 
au bourreau pour avoir coupé les cheveux d'un 
individu condamné à être exposé et à être battu de 
verges. 

Nous n'avons trouvé aucun document qui nous 
permette d'établir avec certitude quels étaient les 
cas dans lesquels le grand-baUli allouait ces indem- 
nités au bourreau de la ville de Gand , remplissant 
ses fonctions dans l'enceinte de la cité. Ces alloca- 
tions ont d'autant plus lieu de nous siu-prendre 
qu'il s'agit dans ce compte, comme dans d'autres 
pièces du même genre, de sentences criminelles 
prononcées à l'hôtel de ville par le tribunal des 
échevins de la Keure de Gand. 



n arrivait aussi que pour certaines exécutions 
et autres actes de son ministère, d'une nature toute 
spéciale, le bourreau était payé par l'État. C'est 
ce qui eut lieu notamment lors des nombreuses 
exécutions des bourgeois condamnés à mort peu- 



— 467 — 

dant les troubles sous Charles-Quint. Le compte 
présenté par Thiéri de Herlar, prévôt général de 
l'empereur, nous fournit à cet égard des renseigne- 
ments fort précieux. 

Dans ce compte figurent, au chapitre des recettes, 
les amendes, les confiscations ainsi que les sommes 
d'argent et le produit des objets précieux saisis 
sur les condamnés. Au chapitre des dépenses sont 
inscrites toutes les sommes payées pour l'exécution 
des jugements criminels : salaire du bourreau, 
transport des condamnés, achat de bois, de clous, 
de cordes, de roues, etc. Le compte va du 24 juin 
1539 au 26 janvier 1543. 

Donnons quelques citations relatives à la ville 
deGand : 

Despens de ce que ledit prévost a déboursez en faisant 
les exécutions et exploictz cy-devant déclairez. 

Laureys Claes a esté exécuté par Tespée à Gand, le 
xviiô de mars xv* xxxix pour le cas mis cy-devant au cha- 
pitre des exécutions, folio xix. Le maistre des haultes 
œuvres a esté payé et convenu de faire les exécutions dans 
la ville de Gand, pour xxx s. de chascun exécuté. Ergo xxx s. 

Le confesseur pour avoir confessé ledit Laureys a été 

payé X s. 

(Folio cxxxi r**.) 

Au folio xix v° des recettes se trouve la mention 
suivante : 

Sur luy a esté trouvé en or iii liv. et en menu argent 
viii liv. xvi s. valant ensemble xi liv. xvi s. 



— 468 — 

Liêvin d'Herde grand doyen dudit Gand a semblablement 
ledit xvii* de mars esté exécuté par Tespée, suyvant la sen- 
tence de Sadite Majesté. Le maistre des hault^s œuvres, 
pour son exploict, a esté payé xxx s. 

Le confesseur, pour avoir confessé Liévin d^Herde a esté 

payé îs. 

(Folio cxxxi yo.) 

Le bourreau recevait, comme on le voit, trente 
sous pour chaque exécution par le glaive faite à 
Gand. Cette somme avait été fixée de commun 
accord avec le prévôt général. 

L'exécution de ce Liévin d'Herde donna lieu à 
l'incident suivant. Son cadavre, ainsi que celui de 
tous les bourgeois exécutés le même jour, fut place 
sur des roues aux lieux patibulaires. Le lendemain 
des inconnus ôtèrent le corps de d'Herde et le 
déposèrent dans un cercueil. Ordre fut donné de 
remettre le corps sur la roue; ce qui fut impos- 
sible à cause de sa rigidité. Le prévôt dut se 
contenter de déposer le cercueil sur la roue. Le 
bourreau Hans Chiret reçut pour cette besogne 
extraordinaire vingt sous parisis. 

Le lendemain après que lesdits prisonniers ont esté mis 
sur les roues Liévin d^Herde, grand doyen de Gand a par 
ses parents ou aultres esté abatu et mis en une escrine. Et 
a esté ordonné audit prévost de le faire remectre et a prins 
avec luy le maistre des haultes œuvres et veu quW ne le 
sçavoit remectre sur ledicte roeue, pour ce qu'il estoit fort 
esroidi, il a esté mis avec ledit escrine sur ledicte roeue. l^ 

maistre des haultes œuvres a esté payé zx s, 

(Folio cxxxm v».) 



— 469 — 

Dans le même compte figurent les sommes 
payées pour les cordes que le bourreau mit au cou 
des bourgeois condamnés à faire amende hono- 
rable, le 3 mai 1540, devant l'empereur Charles- 
Quint. Le bourreau de Gand et un de ses collègues 
allemands reçurent ensemble pour cette besogne 
six livres parisis. 

Les doyens, eschevins, commises et conseil de la ville de 
Gand ensemble les bourgeois et ceulx des mestiers jusques 
au nombre de cinquante-deux et divers aultres inhabitans 
lesquels on appelait cresers jusques au nombre de cinquante 
ont le iii* jour du mois de may xv"^ XL faict réparation hon- 
norable à la Majesté Impériale comme le tout plus ample- 
ment appert au chapitre des exécutions f ^ xxii et a esté payé 
à Jehan Corbeel pour avoir livré les cordes de quoy on a 
faict les harts que les cresers ont porté en faisant ladicte 

amende xxii s. 

*^£t pour ce que le maistre des haultes œuvres dudict 
Gan^ a vollu avoir, de mettre chascun hart audit cresers 
XXX s. i\ esté appoincté avec le maistre des haultes œuvres 
des Allemaings pour vi liv. en tout ce qui a esté par advis 
des fiscal Ix. Ergo icy vi liv. 

Le compte de Thieri de Herlar est cité dans la 
Relation des troubles de Gand sous Charles-Quint, 
publiée par M. l'archiviste général Gachard (ap- 
pendice). 

Les monnaies employées dans ce compte, sont la 
livre, le sou et le denier parisis. La livre parisis 
valait vingt sous, le sou valait vingt deniers. 



— 470 — 

Nous venons de voir que l'exécuteur des hautes- 
œuvres avait des appointements fixes et annuels, 
payés par la ville. Dans certains cas il recevait des 
indemnités de la ville, du grand-bailli et du Sou- 
verain. 

Dans les comptes du conseil de Flandre figurent 
également des sommes allouées au bourreau de 
Gand par le receveur des exploits de ce haut corps 
judiciaire. Ce fut surtout pendant les troubles 
religieux du seizième siècle que le bourreau reçut 
ce salaire extraordinaire alors que , comme le 
portent les comptes, il exerçait ses fonctions « à la 
requeste et ordonnance de l'inquisiteur de la foy . » 

C'est ainsi que dans un des comptes de 1561 
nous trouvons un article de dépenses conçu comme 
suit : 

A maistre Jehan vanden Berghe haut officier criminel, la 
somme de viii Ib. x s. pour avoir tortueré par ordonnance 
de Tinquisiteur de la foy Robert Martin et Guillaume de 
Scapere par deux distinctes fois et jours et aussi une fois 
Guillaume de Monstreul tous anabaptistes. . viii Ib. x s. 

A luy encoires, la somme de ii Ib. pour avoir tortueré, à 
la requeste et ordonnance de Tinquisiteur de la foy, ung 
Liévin vande Storcht ii Ib. 

Jehan Vanden Berghe est la traduction flamande 
de Jean ou Jehan Dumont, nom sous lequel le 
bourreau figure dans d'autres comptes. 

A maistre Jehan Dumont, maistre des hautes œuvres de 
la ville de Gand la somme de seize livres sept solz qui lui 
ont été tauxés pour avoir exécuté avec le feu Pierre Vander 
Meulene hérétycque avecq les bois, chaînes de fer et aultres 



— 471 — 

choses nécessaires à ladicte exécution. . . xvi Ib. vil s. 

A M« Nicolas Vander Bost la somme de vingt et quatre 

solz d'avoir mené le corps mort de Pierre Vander Meulene 

au lieu de la justice ordinaire xxiiii s. 

L'inquisiteur de la foi, dont il est question dans 
ces comptes, est Pierre Titelmans, le doyen de 
Renaix, qui joua un grand rôle dans les troubles 
religieux dont notre pays fut le théâtre au seizième 
siècle. Il recevait deux livres par jour quand il 
vaquait hors de sa résidence à ses fonctions d'in- 
quisiteur. Il était, comme le bourreau, payé par le 
receveur des exploits du conseil de Flandre. Cette 
dépense était libellée dans les termes suivants : 

A Me Pierre Titelmans, doyen de Renaix et inquisiteur 
de la foy, la somme de iiii^ xxii Ib. et ce à cause de ses 
journées et vacations qu'il a vacqué hors le lieu de sa rési- 
dence assçavoir les mois de janvier Lvm et aultres ensuy- 
vants jusques et y compris le xxx** jour de septembre 
montans en nombre à ii*' et xi jours suy vaut unge feuille de 
papier contenant la déclaration et distinction des jours, 
lieux et places où il a vacqué et aussy enfin d'icelluy affir- 
mation de y avoir bien et léaulment vacqué à deux Ib. par 
jour iiii° xxxii Ib. 

Ces comptes qui se trouvent aux archives géné- 
rales de l'État, chambre des comptes, sous les 
n°^ 21927, 21928 et 21930, sont intitulés : 

Comptes de monseigneur maistre Joachim Houtzocht, 
conseillier du conseil privé du roy nostre sire et recepveur 
des exploix du conseil en Flandre que fait et rend Augustin 
van Hueme, second greffier dudict conseil et commis à 
ladicte recepte et ce des receptes et mises par lui faites 
depuis.... 



— 472 — 

M.Victor Gaillard, dans ses Archives du Conseil 
de Flandre^ cite également les comptes dont nous 
venons de donner quelques extraits. 

Quand le bourreau allait exercer ses fonctions 
hors la ville de Gand, il était payé par la com- 
mune qui réclamait ses services. Dans la guerre 
contre la France en 1477, les Gantois et les Bru- 
geois avaient subi une défaite, le 30 juin, devant les 
murs de Tournai. Le bourreau de Bruges ayant été 
fait prisonnier par les Français, il fut remplacé 
par le bourreau de Gand dans une exécution qui 
eut lieu le 4 juillet suivant. Le fait est rapporté, 
dans les termes suivants, dans de excellente Cronihe 
van Vlaenderen, publiée en 1531, chez Willem 
Vorsterman, à Anvers, folio 189 v*" : 

Op den vierden dach van Hoymaent voor die noene waren 
te Brugghe onthooft drie persoonen. 

Ende dese iii persoonen waren gherecht inden burch van 
den hancman van Ghendt, want die hancman van Brugghe 
was te Doornicke ghevanghen metten anderen. 

On voit qu'autrefois nos milices communales, 
quand elles partaient en guerre, se faisaient ac- 
compagner par le maître des hautes-œuvres dont 
le ministère pouvait être requis pour l'exécution 
des sentences criminelles prononcées pendant l'ex- 
pédition. A Gand le bourreau touchait son traite- 
ment avant de se mettre en route. Dans l'expédi- 
tion de 1477 le bourreau Willem Hurtecant reçut 
dès le 21 mai une indemnité de trois escalins de 



— 473 — 

gros. Cette dépense est renseignée au folio 293 v'' 
des comptes communaux de 1476-1477 : 

Item meester Willem Hurtecamp,dieneere vanden sweerde 
yander justicien up zîjnen dienst die hg doen zal inde vorn. 
reyse actum 21 may anno 77 3 se. gr. 



Le paiement du salaire réclamé par le bourreau 
donnait souvent lieu à des discussions entre celui-ci 
et les autorités étrangères qui l'avaient mandé. 
Pour mettre fin à cet état de choses, Charles- 
Quint rendit le 3 septembre 1541 une ordonnance 
fixant l'indemnité à payer au bourreau quand il 
allait remplir ses fonctions hors du lieu de sa 
résidence. Cette ordonnance, dont voici les princi- 
pales dispositions, est transcrite dans le registre D, 
folio 1 , de la collection dite des 47 registres de nos 
archives communales : 

Tous exécuteurs criminelz de nostre pays de Sandres 
auront de vacations pour chascun jour qu'ilz iront hors des 
lieux de leur résidence tant allant séjournant que retour- 
nant, considéré la chièrete des vivres, quinze pattartz. 

Item pour chascune journée de torture, soit que ung per- 
sonnaige soit torturé une ou plusieurs fois en ung jour 
trente pattartz et si pour ung jour il advenoit que deux ou 
trois personnaige.<î fussent mis à torture,' il aura pour chas- 
cun desdictes personnaiges, semblables trente pattartz. 

Item pour Texécution criminele d'une sentence ou mort 
s'en enssiiievra, assçavoir bouUir, brusler, trenchier teste, 
pendre, enfouyr, noyer et ce que sensuievra par ladicte 
sentence sicomme par dessus icelle sentence de mort copper 
le poing, aureille ou aultre membre, battre de verges, oscar- 



— 474 — 

teler, mettre le corps sur roue, ou mettre quelque enseigne 
sur le gibet ou aultre semblablement dépendans de ladicte 
sentences, cinc libvres de quarante groz de Sandres, et 
pareille somme pour exécution de dêsespëration. 

Item pour toutes aultres sentences crimineles et ce que en 
dépend, si comme pour fustiguer, copper le poing, aureilles, 
percher la langue, brusler ou aultres semblables, supposé 
qu'unge ou plusieurs teles ou aultres exécutions soyent 
faictes sur ung personnaige, ou mort ne s'ensuyevera qua- 
rante pattars. 

Cette ordonnance fut quelque peu modifiée par 
celle du 7 octobre 1546, rapportée dans le premier 
volume des Placcaert boecken van Vlaenderen . 



A la suite d'une exécution faite, en 1673, à Saint- 
Nicolas par le bourreau de Gand Jean Franck, 
des difficultés s'élevèrent au sujet du paiement du 
salaire entre celui-ci et le baron de Swarez, grand- 
bailli du pays de Waes. L'affaire fut portée devant 
le Conseil de Flandre qui, par son arrêt du 17 jan- 
vier 1676, fixa de la manière suivante le salaire de 
l'exécuteur des hautes-œuvres de la ville de Gand 
exerçant ses fonctions à l'étranger : 

1 florin. 

2 florins. 
5 



Indemnité de voyage. Par raillo . . . 
Exposition publique. Par personnt , . 
Application de la torture. Pendant le jour 
Application de la torture. Pendant la nuit 

Fustigation simple 

Fustigation et application de la marque 
Exécution par la corde {mette coordé) . 
Exécution par le feu {metten viere) . . 
Exécution par le glaive (ontkalsen) . . 
Rouer (roi/braecken) 



8 
3 
6 
9 

24 
12 
24 



— 475 - 

Tenailler avec des fers rougis au feu . . . 6 florins. 

Couper le corps du supplicié en quatre pai*- 
ties (vîerendeelen) et placer celles-ci aux en- 
droits désignés dans Tarrêt de condamnation .16 » 

Percer la langue ; couper le nez, la main ou 
les oreilles; brûler des livres et déchirer des 
papiers 3 » 

Traîner le corps des suicidés et le placer sur 
les fourches patibulaires (spriet) 9 » 

Le bourreau recevait une indemnité supplémen- 
taire quand il devait détacher les corps des sup- 
pliciés et les transporter aux lieux patibulaires 
pour y être attachés aux fourches ou à la roue. 

Le bourreau Jean Franck, dont nous venons de 
parler, resta en fonctions à Gand pendant quarante- 
sept années (de 1669 à 1716). Il s'était acquis une 
telle réputation d'habileté que les villes, qui 
n'avaient pas de bourreau, s'adressaient ordinaire- 
ment à lui pour faire les exécutions capitales. 
Citons, comme exemple, la correspondance échan- 
gée au mois de novembre 1707 entre le comman- 
dant militaire d'Ath et les échevins de Gand. 

Athe 6 de novembre 1707. 
Messieurs les bourgmestres et échevins de la ville de Gand. 

Messusubs, 
Ayant un soldat de cette guarnison condamné à passer 
par les mains du bourreau, j'espère, Messieurs, qu^eu faveur 
de justice vous voudrés bien envoyer ici le plutôt qu'il sera 
possible celuy de votre ville que je ferais payer par le régi- 
ment qui fait Texécution. 
Je suis très-parfaitement 

Votre très-humble et très-obéissant serviteur 
Baron de Pallând. 



- 476 — 

Les échevins consultèrent maître Franck qui 
déclara être prêt à se rendre à Ath pourvu qu'on 
lui accordât une escorte de soldats. C'est ce qu'ils 
firent savoir dans les termes suivants au comman- 
dant militaire d'Ath : 

Monsieur le baron de Palland, commandant militaire 
de la ville d'Athe. 

L'exécuteur de cette ville est prêt à se transporter d'icy 
à Athe pour y faire Texécution mentionnée par votre lettre 
à nous écrite pourvu qu'il vous plaise d'envoyer quelques 
soldats de votre garnison pour l'escorter au voyage sans 
quoy il n'ose se mettre en chemin et pourvu qu'il vous plaise 
aussy de luy laisser scavoir la manière d'exécution qui se 
devra faire afin qu'il puisse apporter les instruments à ce 
nécessaire soit son épée à ce propre s'il s'agit d'une décapi- 
tation ou autre et il dit que ce voyage et son sallaire 
coûtera 25 à 30 sous, nous serons Monsieur ravis en toute 
autre occasion qui pourrait se présenter de votre service de 
témoigner que nous sommes véritablement 

Monsieur, 
Vos très humbles et très obéissants serviteurs 

Les échevins de la ville de Gand, 
Papejans. 

Le 21 novembre 1707. 

Maître Franck se faisait-il accompagner d'une 
escorte militaire parce qu'il craignait d'être atta- 
qué en route par l'un ou l'autre parent ou ami des 
nombreux condamnés, qui lui avaient passé entre 
les mains pendant les trente-huit années qu'il exer- 
çait ses fonctions à Gand? C'est ce que la corres- 
pondance ne nous dit pas. 



— 477 — 

Nous avons vu que, lors d'une expédition dirigée 
en 1477 contre les Français, les Gantois et les 
Brugeois étaient accompagnés des bourreaux de 
leur ville. Trois siècles plus tard, en 1759, une 
lettre du duc Charles de Lorraine nous apprend 
qu'un bourreau suivait l'état-major des régiments 
autrichiens en garnison dans notre pays. 

Dans cette lettre, le gouverneur général se plaint 
du chififre élevé du salaire réclamé par les bour- 
reaux pour l'exécution des militaires : 

Chebs et bien aimés, 

Comme les bourreaux des villes exigent des salaires 
exorbitants pour les exécutions qu'ils font sur les militaires, 
Nous tous faisons la présente pour tous dire que Nous 
voulons que vous fassiez faire lorsque vous en serez requis, 
ces sortes d^exécutions par le bourreau de votre ville au 
prix qu'il fait les exécutions de ceux qui sont justiciès de 
votre part, et cela aussi longtemps que les bataillons des 
régiments qui sont dans ce pais seront dépourvus de bour- 
reaux, par Tabsence de leurs États-Mtyors, & quoi vous 
aurez & vous conformer. 

A tant Chers et bien aimés Dieu vous ait en sa sainte 
garde. De Bruxelles le 25 mai 1759. 

Charles de Lorratne. 

Au Magistrat de Oand, 

{Ontvangen Brieven,) 

Prospeb Claeys. 

(A suivre.) 



— 478 — 



L'ÉVÊCHÉ DE TOENAI-NOYON 



Dans les premières années du VP siècle, le dio- 
cèse de Tournai cessa d'avoir un évoque particu- 
lier * . Il ne fut pas réuni au diocèse de Noyon ; 
mais dès lors il eut les évêques de Noyon pour 
pasteurs. Il en fut ainsi jusqu'au milieu du XII* 
siècle. 

Je vais rechercher les causes pour lesquelles 
les deux diocèses de Noyon et de Tournai furent 
ainsi unis, esquisser l'histoire des efforts qui 
furent tentés pour les désunir, et rappeler com- 
ment le diocèse de Tournai récupéra un évêque à 
lui propre. 



< Je dois avertir ici que, dans tout le cours du présent mémoire, 
j'ai suivi l'opinion commune, et admis sans la discuter l'existence 
d'un siège épiscopal à Tournai avant le VI^ siècle ; ce n'est pas à 
dire que je la juge indiscutable. H y eut sans aucun doute des évêques 
dans le nord de la Gauie avant 532 ; mais ce n'est, suivant moi, qu'en 
cette année que la plupart des circonscriptions diocésaines ont été 
établies dans cette région. Si donc saint Eleuthère et d'autres ont 
porté le titre d'évêque et en ont exercé les fonctions dans le Tour- 
naisis, je ne crois pas qu'ils aient, en réalité, jamais pu être évêques 
de Tournai. 



— 479 — 

J'utiliserai pour ce travail les sources principales 
suivantes : 

1^ Les Vies des Saints, surtout celles de saint 
Médard publiées par les Bollandistes ' et dont 
la meilleure a pour auteur Radbod, évêque de 
Tournai-Noyon au XP siècle •. Malheureusement 
ces sources précieuses sont, pour le sujet qui va 
nous occuper, d'une brièveté regrettable. 

2^ La Narratio restaurationis abbatiœ Sancti- 
Martini Tomacensis '. On connaît la valeur de 
cette œuvre de l'abbé de Saint-Martin de Tournai, 
dont le nom latin Herimannus est aussi mal tra- 
duit par Hermann que par Hériman. Bien que ce 
Toumaisien d'origine se nommât presque sûre- 
ment Hermant ou Herman, je me conformerai à un 
usage à peu près constant en l'appelant Hériman. 
Sa harratio aurait tout aussi bien pour titre : 
Narratio restauvationis ecclesiœ Tomacensis; car 
l'auteur, qui fut un des agents les plus actifs de la 
séparation des églises de Tournai et de Noyon au 
XIP siècle, a raconté cette séparation avec un 
luxe de détails au moins égal à celui qu'il a 
consacré à la Restauration de l'abbaye de Saint- 
Martin de Tournai. Contemporain des événements 
qu'il raconte, Hériman inspirerait toute confiance, 
si la passion qu'il mit à faire triompher les reven- 



^ Acia Sanctorum Junii, t. Il, p* 74 et suivantes. 

* Ibid., p. 87 et suivantes. 

' Il y en a plusieurs éditions» La plus récente est celle des Monw^ 
menta Oermaniœ (Scriptores, t. XIV, p. 274 et suivantes). Je citerai 
toujours celle de d'Achéry, Spicilegium, édit. nova in-f«, t. II, p. 888 
et suivantes). 



— 480 — 

dications des Tournaisiens contre les Noyonnais, 
n'avait parfois obscurci son jugement. Mais s'il y 
a lieu de n'accepter ses appréciations sur les per- 
sonnes, et notamment sur celles de la Cour de 
Rome, qu'avec les réserves les plus grandes, je 
crois au contraire, que pour tout ce qui est du 
récit des événements, on peut sans crainte suivre 
ce chroniqueur. Hériman est du reste le seul 
contemporain qui ait parlé longuement de ces 
événements, et la plupart des autres chroniques 
de cette époque se bornent à faire mention de la 
réunion et de la séparation des deux diocèses. C'est 
ce que l'on constate, par exemple, dans les Conti- 
nuations de Sigebert de Gembloux, aussi bien 
dans les Continuations dites Valcellensis * et Prœ- 
monstratensis *, que dans la Continuation de Robert 
du Mont 5. 

3** Bien que les Historiœ Tornacenses publiées 
dans les Monumenta Qermaniœ * ne soient guère 
qu'une amplification d'Hériman, elles ne laissent 
pas cependant d'avoir une certaine utilité, car les 
choses y sont mises, en général, dans un ordre 
meilleur que dans la Narratio restaurationis àbba- 
tiœ S. Martini Tomacensis. C'est ainsi que, dans 
le Livre IV ', tout ce qui concerne l'histoire de la 



» Publ. dans Monumenta Qermaniœ (Scriptores, t. V, p. 469). 

• /Wtf., p. 453. 

9 Ibid., p. 497. « Tomacensis ecclesia cepit habere propriam pon- 
tiflcem cum a tempore Sancti Eligii 8ub Noviomagensi episcopo 
egisset, » dit Robert du Mont, sous l'année H45, commettant ainsi 
une double erreur de date. 

* Scriptores, t. XIV, p. 827 et suivantes. 
B ihid., p. 840 et suivantes. 



— 481 — 

séparation des diocèses de Tournai et de Noyon a 
été groupé sous ce titre : Quomodo Tornacensis 
ecclesia proprium episcopum recuperaviê. Mais je 
répète que les Historiée Tomacenses, dont M. le 
chanoine De Smet a aussi donné une édition dans 
son Corpus chronicorum Flandriœ \ n'ont aucun 
caractère d'originalité. 

4^ Le grand Recueil des Historiens des Gaules et 
de la France nons a conservé les documents — 
bulles et lettres — malheureusement trop rares, 
qui nous permettront de contrôler, sur certains 
points, le récit des chroniqueurs. On trouve ces 
documents dans le tome XV du célèbre recueil 
commencé par Dom Bouquet. 

La Gallia Christiana ne saurait être citée parmi 
les sources du présent mémoire, car elle n'a rien 
d'original pour l'histoire des deux diocèses réunis 
de Noyon et de Tournai. Ses auteurs n'ont fait 
ici que suivre Hériman ; ils parlent de l'union et 
de la séparation des deux églises aux tomes III 
{Tornacensis ecclesia) ^ IX et X {Noviomensis eccle- 
sia), La Oallia n'est donc pour nous qu'un ouvrage 
de seconde main, dont la valeur n'est guère plus 
grande que celle des autres livres que j'ai consul- 
tés, et qui tous uniformément ont emprunté à 
Hériman leur récit. Il me suflSra de citer : 

Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum ab 
anno 411 ad annum 845 *. — Marlot, Metropolis 



*■ Sous ce titre : Chronica Tornacensis, sive eœcerptum ex diversis 
aitctoribus collectum, dans le t. II, p. 479 et enivantes. Je rappelle 
que le Corpus chronicorum Flandriœ forme qaatre volumes de la 
Collection des Chroniques belges inédites, et qu'il a paru de 1887 à 1865. 

• Paris, 1665-1683, 8 vol. in-f«. 

31 



— 482 — 

Remensis Historia^ etc. *. — Le Vasseur, Annales 
de V église cathédrale de No y on. etc. *. — Cousin, 
Histoire de Tournay '. — Buzelin, Annales Gallo- 
Flandriœ *. — Ghesquière, Acta Sanctorum Belgii 
selecta ' Sanderus, Flandria illustrata ^ 

Je divise le présent travail en trois chapitres : 

I. Union des diocèses de Tournai et de Noyon; 

II. Tentatives faites pour leur désunion ; 

III. Séparation des deux églises. 

CHAPITRE PREMIER. 

Union des deux diooèiea de Noyon et de TonniAi. 

Il est extrêmement difficile de se rendre compte 
des raisons pour lesquelles, au VP siècle, les 
diocèses de Noyon et de Tournai ont été placés 
sous la direction d'un seul et même évéque. Les 
documents — diplômes, chartes, lettres ou chro- 
niques — sont, en effet, très rares pour ces 
époques reculées, et ce qui nous en reste ne nous 
apprend que bien peu des choses que nous vou- 
drions savoir. Le seul de ces documents d^où 
nous puissions tirer quelque déduction historique 
importante est, je crois, la vie de saint Médard, 



t Lille et Reims, 1666-1679, 2 vol. in-i^. 

• Paris, 163S, 2 vol. in-4o. 

» Douai, 1619-1620, 2 vol. in-4«. 

* Douai, 1624, 1 vol. in-f^. 

* Bruxelles et Tongerloo, 1783-1794, 6 vol. in-4o. 

• La Haye, 1735, 3 vol. in-K 



— 483 — 

écrite à la fin du XP siècle par Radbod, qui fut 
évêque de Tournai-Noypn de 1068 à 1098. 

Saint Médard, évêque de Noyon, et saint Eleu- 
thère, évêque de Tournai, étaient, nous dit Rad- 
bod, liés depuis leur enfance d'une vive amitié. 
Aussi, quand saint Eleuthère mourut, saint Mé- 
dard voulut-il assister à ses funérailles, et se 
rendit-il à Tournai. Le saint évêque était à peine 
enterré que des discussions s'élevèrent au sujet 
du choix de son successeur. Elles duraient depuis 
trois jours lorsque tout à coup, sous l'inspiration 
du Saint-Esprit, dit l'hagiographe, elles prirent 
fin par le choix fait à l'unanimité de saint Médard 
pour occuper le siège épiscopal de son ami. Bien 
qu'acclamé par le clergé comme par le peuple, 
bien que fort du consentement du roi, de la bonne 
volonté des grands du royaume et des évêques de 
la province ecclésiastique de Reims, dont Noyon 
comme Tournai dépendaient alors également, saint 
Médard refusait d'accepter son élection unanime. 
Il se disait incapable autant qu'indigne d'adminis- 
trer à la fois les deux diocèses. Mais les Tournai- 
siens firent appel à saint Rémi, archevêque de 
Reims, qui parvint à vaincre les résistances de 
saint Médard. L'évêque de Noyon accepta donc 
d'assumer la double charge que tous désiraient lui 
voir supporter, et « vtrumque ovile pastor egregius, 
consilio et auctoritate comprovincialium episcopo- 
rum..., assensu régis et curialium, ac utriusque 
plebis acclamalione^ tandem suscepit *. » 

> Vita S. Medardi, cap. TTI, § 18 et 19, dans Acta Sanctorum Junit, 
t. II, p. 90. 



— 484 — 

Hériman, qui écrivait cinquante ans environ 
après l'évêque Radbod, nous fait un récit presque 
semblable au sien. Mais il nous donne de plus 
l'explication de la popularité dont saint Médard 
jouissait à Tournai. Elle provenait, dit-il, de ce 
que l'évêque de Noyon était venu fréquemment 
dans cette ville, appelé par saint Eleuthère qui, 
vers la fin de sa vie, empêché par l'âge et les infir- 
mités d'accomplir tous les devoirs de sa charge, 
demandait à son vieil ami de l'assister pour la 
consécration des églises et l'administration des 
sacrements. Hériman trouve donc tout naturel 
qu'après la mort de saint Eleuthère, les Tournai- 
siens aient choisi saint Médard pour le remplacer, 
et qu'ils aient pensé que l'évêque de Noyon qui 
avait pu quelque temps régir les deux diocèses du 
vivant d'Eleuthère, pourrait tout aussi bien les 
gouverner après la mort de ce saint * . 

On est maintenant d'accord pour placer en 532 
la mort de saint Eleuthère, et par conséquent la 
date de l'union des sièges épiscopaux de Noyon 
et de Tournai, si l'on ne veut pas révoquer en doute 
le double récit fait dans des termes analogues par 
l'évêque Radbod et par Tabbé Hériman. Il ressort 
de ce double récit que, si la popularité de saint 
Médard a pu être la cause déterminante de son 
élection à l'évêché de Tournai, le roi a fait à cette 
élection le meilleur accueil. C'est là un fait capital 



* « Dicentes quod sicvi, pivenie heato SUutherio, per aliquod Um^ 
pus utrumqu9 epUcopatum bene rexisset, ita etiam pott Mtum ejus 
fucere posset *« (Spicilegium, t. II, p. 916). 



- 485 — 

sur lequel Radbod revient à quatre reprises dififé- 
rentes. Le roi, c'était alors Clotaire P', fils de 
Clovis; il portait le titre de roi de Soissons, et 
avait pour saint Médard une dévotion toute par- 
ticulière * . Il me parait absolument vraisemblable 
qu'il a dû voir avec joie, s'il ne l'a pas provoquée, 
l'élection de saint Médard à l'évêché de Tournai. 
Cet évêché s'étendait alors sur tout cet immense 
territoire des Ménapiens qui devait, quelques 
siècles plus tard, constituer la Flandre. Il est 
évident que le roi avait un intérêt supérieur à ce 
que l'évêque d'un tel diocèse fût de ses fidèles. 
Dans un temps où le pouvoir royal était encore 
des plus fragiles, n'était-il pas d'une suprême 
importance de l'appuyer sur le pouvoir ecclésias- 
tique? Je crois donc fermement que l'élection de 
saint Médard, facilitée par son mérite personnel 
et par l'affection qu'avaient pour lui les Tournai- 
siens, a été inspirée par le roi Clotaire et faite 
d'accord avec lui. 

Mais l'intérêt politique ne s'est pas seul montré 
dans cette élection, où l'intérêt religieux a sûre- 
ment eu sa grosse part. S'il faut en croire l'évêque 
Radbod, la population du diocèse de Tournai en 
532 n'était rien moins que convertie au chris- 
tianisme. « C'était, » dit-il, « une race sauvage et 
indomptable, dure de tête, implacable, idolâtre, 
et gardant avec obstination le culte des faux 
dieux». » Le mérite d'un homme comme saint 

' Après la mort de ce saint homme, Clotaire fit édifier sur son 
tombeau une église dans laquelle il voulut être iuhumê. 

« « Erat gens fera et indomabilis, durœ cervicis populus et impla^ 



— 486 — 

Médard était certainement de nature à influer sur 
un tel peuple et à préparer son évangélisation. 

n est extrêmement important de remarquer 
que, dans le même temps que se produisait la 
réunion des deux diocèses de Tournai et de Noyon, 
d'autres modifications profondes venaient boule- 
verser les circonscriptions ecclésiastiques du nord 
de la Gaule. Sans parler du transfert à Noyon, 
en 531, du siège épiscopal des Véromanduens 
jusque-là établi à Saint-Quentin, il faut insister sur 
des changements plus graves et qui intéressaient 
surtout le diocèse de Tournai. Je veux parler 
de la création des diocèses de Térouanne et 
dlJtrecht. Il semble bien, en eflPet, qu'avant 531 
il n'y ait eu d'évêque ni dans l'une ni dans l'autre 
de ces deux villes ; et il n'est pas impossible que 
le diocèse d'Utrecht en partie, et celui de Térou- 
anne en entier, aient été constitués aux dépens 
de celui de Tournai, à l'époque même où ce 
dernier diocèse commençait d'avoir les mêmes 
évêques que celui de Noyon. Ainsi saint Eleuthère 
aurait exercé sa charge épiscopale sur toute la 
Ménapie, y compris la Zélande, en même temps 
que sur le territoire occupé par les Morins. 
Ses successeurs évêques de Tournai-Noyon , au 
contraire, auraient vu la Zélande passer sôus l'au- 
torité des évêques d'Utrecht, et la Morinie sous 
celle des évêques de Térouanne. Cette théorie ne 
saurait être admise par les savants qui pensent 

cabilis, pravù admodum sttbditus obsequiis idolorum, et cutn muita 
obstinatiane deferuUtu culturam deorum • (Vita S. Medardi, low 
citato). 



— 487 — 

que, si l'évêché de Térouanne n'a pas existé avant 
531, les Morins auparavant avaient un évêque qui 
résidait à Boulogne. Mais les arguments qu'ils 
peuvent invoquer, et qui ont été parfaitement 
résumés par M. Desnoyers dans sa Topographie 
ecclésiastique de la France \ ne peuvent, suivant 
moi, prévaloir contre l'impossibilité où l'on est de 
nommer aucun évêque de Boulogne antérieur au 
XVP siècle. 

Je ne puis donc faire de comparaison entre la 
réunion des diocèses de Tournai et Noyon d'une 
part, et celle du diocèse très hypothétique de 
Boulogne avec celui de Térouanne d'autre part. 
Au contraire je vois une analogie parfaite entre 
la réunion des églises d'Arras et Cambrai et celle 
des églises de Noyon et Tournai. 

A une époque qui n'est pas absolument déter- 
minée, mais qui doit coïncider à peu près avec la 
date de la mort de saint Eleuthère, l'évêque 
d'Arras saint Vaast unit à son siège épiscopal 
celui de Cambrai. Les raisons qui militaient en 
faveur de cette union étaient les mêmes que j'ai 
exposées à propos de l'union des églises de Tour- 
nai et Noyon. Le mérite personnel de saint Vaast 
y a sans doute été pour une part ; mais sa situa- 
tion d'évêque d'un diocèse soumis plus immé- 
diatement au pouvoir royal que ne l'était le 



* Deuxième partie, p. 664. Sur cette question, indépendamment 
du livre de M. Desnoyers, il faut voir le Qallia Christiana, t. X., 
col. 1528, et le mémoire de M. Tabbé Haignkr^, intitulé : Étude 
historique sttr l'existence cPun si^ge épiscopal dans la ville de Boulogne 
avant le Vil* siècle. 



— 488 — 

diocèse de Cambrai, y a sûrement contribué 
davantage. 

Au VP siècle, le diocèse de Cambrai était placé 
vis-à-vis du roi de Soissons dans une situation très 
analogue à celle du diocèse de Tournai. Si ce der- 
nier englobe toute la partie des Pays-Bas qui sera 
plus tard le comté de Flandre, le diocèse de Cam- 
brai, lui, s'étend sur tous ces vastes territoires qui 
deviendront le Hainaut et le Brabant. 11 est pro- 
bable que les peuples qui habitaient ces régions de 
l'antique Nervie n'étaient guère alors plus chré- 
tiens que ceux qui vivaient au diocèse de Tournai. 
Et d'autre part, placés aux extrêmes limites de 
la monarchie franque, ces peuples devaient plus 
aisément se dérober au pouvoir royal. Quoi d'éton- 
nant dès lors si le roi Clotaire a songé à faire 
des évoques qui lui étaient dévoués des agents 
actifs de son autorité? En montrant à ces évêques, 
à ces missionnaires si zélés pour l'évangélisation 
des peuples des Pays-Bas, une amicale et absolue 
confiance, ne devait-il pas espérer qu'en même 
temps qu'ils prêcheraient l'évangile aux popula- 
tions voisines de la mer du Nord, ils leur prêche- 
raient l'obéissance au monarque qui régnait à 
Soissons? Les évêques d'Arras et de Noyon avaient 
leurs sièges dans des villes assurées à ce monarque ; 
leurs diocèses étaient complètement évangélisés ; 
sur leurs chaires épiscopales étaient assis des 
saints universellement respectés. Il est donc na- 
turel que Clotaire ait vu d'un bon œil saint Vaast 
réunir à son évêché d'Arras celui de Cambrai, et 
saint Médard assumer le gouvernement de l'évê- 



— 489 — 

ché de Tournai en même temps que de celui 
de Noyon * . 

Ainsi l'intérêt politique s'est trouvé d'accord 
avec l'intérêt religieux, aussi bien à Arras et 
Cambrai qu'à Tournai et Noyon, pour conseiller 
la réunion de deux sièges épiscopaux, ati profit 
d'un saint homme doué de toutes les qualités re- 
quises pour évangéliser un peuple, et de plus par- 
tisan dévoué du roi. Il faut remarquer toutefois 
que l'union des diocèses de Cambrai et Arras était 
plus naturelle que celle des diocèses de Noyon et 
Tournai, puisque les deux premiers étaient limi- 
trophes, tandis qu'une portion du diocèse de 
Cambrai s'étendait entre le diocèse de Noyon et 
celui de Tournai. 

Aussi bien les églises d' Arras et Cambrai que 
celles de Tournai et Noyon, après leur union, gar- 
dèrent leur organisation propre. « Alrebatensis 
ecclesia, » nous dit la Oallia Christiana, ' « suo 
titulo semper duos hàbuit archidiaconos, et nonnisi 
in Atrebatensi ecclesia illitts diocœsis episcopalia 
tractàbantur. Unde constat episcopalem dignitatem 
non amisisse,... ». On peut dire la même chose de 
l'église de Tournai ; elle conserva son organisation 
indépendante après son union avec l'église de 
Noyon, continuant d'avoir, notamment, son église 
cathédrale et son chapitre. Le Recueil des Histo- 
riens des Oaules et de la France nous en a conservé 



< Pour tout ce qai concerne la réunion des diocèses d'Arras et 
de Cambrai, il faut voir le Oallia Christiana, t. III, col. 8 et 24; et 
Baluze, Miscellanea (Édit. Mansi), t. II, p. 127 et suiv. 

» Tome III, col. 3. 



— 490 — 

des preuves * , et plusieurs actes dont le texte est 
donné par Aubert Le Mire nous en fournissent 
également '. Bien qu'en général Févêque, après 
Tunion, prenne le titre àEpiscopxis Noviomensium 
et Tomacensium, il n'est pas sans exemple de le 
voir s'intituler, dans des actes qui concernent 
spécialement le diocèse de Tournai, tout simple- 
ment Episcopus Tomacensium, ou bien Tomacensis 
ecclesiœ humilis minister^; et les chroniques sou- 
vent l'appellent de son titre d'évêque de Tournai 
sans y ajouter celui d'évêque de Noyon ^. L'église 
de Tournai n'a donc pas disparu à la mort de saint 
Éleuthère, et son union avec celle de Noyon n'a 
jamais été, en quelque sorte, qu'une union person- 
nelle sur la tête des évêques de Noyon. 

Je crois avoir démontré que l'union des deux 
diocèses de Noyon et de Tournai en 532 recon- 
naît pour causes : 1"^ l'affection qu'inspirait saint 
Médard aux peuples du diocèse de Tournai ; 2* l'es- 
poir que cette affection, jointe au mérite personnel 
du saint, servirait l'intérêt religieux et procurerait 
la conversion au christianisme des populations 
encore païennes du diocèse de Tournai; 3"* la 



» Tomes VI, 609 ; VIII, 533, etc. 

* Cf. notamment un acte de 1039 (Mirjbub, Op, dipl,^ I, 54) dmté 
« Tomaco, panti/icali sede », un autre de 1126 {ibid. I, 877) donné 
à Tournai « in capUulo SancU-Mariœ », et un troisièmede 1135(t&ûl., 
II, 965) fait « in Tomacensi synodo, • 

■ Par exemple dans Tacte d'institution de l'abbaye de Saint- 
Médard à Tournai, fait par Pévêque Simon en 1126 (MnLsrs, I, 377). 

* Cf. par exemple, Annales Vedastini [Mon. Oerm, Script., II, 197); 
AnnaUë Elnonenses majores {ibid., V, 18) et Annales Blandinien9€9 
{ihid.U). 



— 491 - 

volonté du roi de Soissons qui pouvait compter 
absolument sur saint Médard pour poursuivre, 
en même temps que l'évangélisation de l'ancienne 
Ménapie, son union politique intime à la couronne. 
Nous allons voir ce qu'il advint de l'union des 
deux diocèses : quand la personne en faveur de 
qui elle fut faite eut disparu ; quand les peuples 
du diocèse de Tournai furent devenus chrétiens ; 
et quand la royauté fut tombée entre les mains 
d'un prince faible. 

Abmand d'Hebbomez, 

ArchiTiita-pftléograpbe. 

(A suivre.) 



— 492 — 



VARIÉTÉS 



De la tbaduction des noms de quelques bues, places 
publiques, ponts et quais, faite pab les autobites 
FBANÇAiSES EN 1799. — On Sait avec quelle ténacité et arec 
quelle ardeur les Français, quand ils occupèrent notre pays 
à la fin du siècle dernier, s'efforcèrent de faire disparaître 
tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler aux popu- 
lations flamandes ce que Ton nommait Tancien régime : 
administration communale, organisation judiciaire, cham- 
bres de rhétorique, confréries d'armes, langue nationale etc. 

Les corps constitués et tous les citoyens, occupant une 
place quelconque dans Tadministration, durent renoncer 
à remploi de la langue flamande et furent obligés de se 
servir uniquement — et Dieu sait de quelle façon — du 
français. 

. Rien d'étonnant donc à x^ que les dénominations des 
rues, placos publiques, ponts et quais, qui jusqu'alors 
avaient été uniquement en flamand, fussent traduites en 
français. Ce changement eut lieu à Gand en 1799. Ce fut le 
Commissaire du Pouvoir exécutif Amoreau qui saisit 
l'administration municipale de la question, et lui soumit 
un arrêté pour traduire les noms des rues, places publi- 
ques, etc., et pour changer quelques-uns d'entre eux. 

Les dénominations, qui rappelaient l'ancien ordre de 
choses, furent modifiées totalement et remplacées par des 



— 493 — 

traductions de haute fantaisie, dont quelques-unes sont 
d^une originalité piquante. Ces traductions avaient été 
faites dans les bureaux du département de TEscaut et 
insérées dans Tarrêté que Tadministration municipale de 
Gand reyêtit de son approbation dans la séance du 19 ger- 
minal an VII (8 avril 1799). 
Voici le procès-verbal de cette séance : 

i Séance du 19 germinal an 7. 

• Présents : les citoyens Van Melle, Président; Van Loke- 
ren, De Brabandere, De Bisschop, Quetelet, Martens, 
Administrateurs municipaux; Âmoreau, Commissaire du 
Directoire et Périer, Secrétaire en chef. 

» Sur le rapport du Commissaire au troisième bureau, 
rassemblée adopte la rédaction d'un arrêté portant que 
les noms des places et voies publiques, portant Tem- 
preinte du fanatisme et rappelant un régime justement 
abhorré, seront changées de la manière qui s^y trouve 
énoncée et que les noms des autres places et voies 
publiques en langue flamande seront de suite mis sur les 
écritaux en langue française; le tout à la diligenoe du 
commissaire au bureau des travaux publics. • 

Nous donnons ci-dessous la dénomination flamande et 
la traduction française telles que celles-ci se trouvent dans 
Tarrêté du 19 germinal an VII, en les faisant suivre de la 
désignation actuelle : 

Abrahamttraete. Rue de la Vieillesse. — Rue d^Âbraham. 

S. Annastraete. Rue de la Fécondité. — Rue Sainte-Anne* 

Bràbandstraete. Rue d'Helvétius. — Rue de Brabant. 

Bràband'dam. Digue d^Helvétius. — Rue Digue de 
Brabant. 

Capucynen Ham. Hameau de TOubli. — Hameau des 
Capucins. 



— 494 — 

S, Catharinastraete, Rue de la Sagesse. — Rue Sainte- 
Catherine. 

Engelandgat. Rue de la Démocratie. — Rue de l'Angle- 
terre. 

Cellebroeders'vestjen. Rue de THumanité. — Rempart des 
Alexiens. 

EngeUtraeijen, Rue des Oiseaux. — Rue de TAnge. 

Oodshuys Ham, Hameau de la Piété filiale. — Rue des 
Filles-Dieu. 

Qalgenbergitraete. Rue du Capitule. — Rue du Calvaire. 

Heilig Oeeststraete. Rue du Pigeon. — Rue du Saint- 
Esprit. 

5* QiUkttraete, Rue du Pacte social. — Rue Saint-Gilles. 

Hertogstraete. Rue de TEgalité. — Rue Ducale. 

S. Jans Oodshugs Hammehen. Hameau de la Reconnais- 
sance. — Rue de la Maison Dieu. 

S. Jatutraete. Rue de la Régénération. — Rue Saint-Jean. 

Kanonihstraete. Rue de Jean Jacques Rousseau. — Rue 
des Chanoines. 

Kegsersdreve. Allée du Peuple souverain. — Avenue de 
la Cour. 

Keyserstraete. Rue du Peuple souverain. — Rue de 
TËmpereur ou rue de Bruxelles. 

Koningstraete, Rue de la Liberté. — Rue royale. 

Krugsstraete, Rue des Charpentiers. — Rue de la Croix. 

S. Lievenstraete. Rue des Hommes Libres. — Rue Saint- . 
Lié vin. 

S. Elisabethgracht. Fossé des Veuves. — Fossé Sainte- 
Elisabeth. 

S. Margaritastraete. Rue de la Docilité. — Rue Sainte- 
Marguerite. 

S. Martenstra^te, Rue des Carabiniers. — Rue Saint- 
Martin. 

S. Michielstraete. Rue du Temple. — Rue Saint-Michel. 



-~ 495 — 

Oragnestraete. Rue des Orangers. — Rue d'Orange. 

Ottostraete, Rue Romaine. — Rue d'Othon. 

OtUygracht. Fossé de l'Ecole centrale. — Fossé d'Othon. 

Muynckstraete, Rue de la Frug^ilité. ~ Rue du pont des 
Moines. 

Penitentenstraete. Rue du Stoïcisme. — Rue des Pénitents. 

Predihker8le\;e. Quai de Cicéron. — Quai des Domini- 
cains. 

Raodekoningstraete. Rue du Serment républicain. — 
Rue du Roitelet. 

H. Sacramentstraete. Rue des Boulangers. — Rue du 
Saint-Sacrement. 

Theresiaenenstraete, Rue des Jardins. — Rue des Thé- 
résiennes. 

Annonciatenstraete. Rue de la Fraternité. — Rue des 
Annonciades. 

Duyvelstraetjen. Ruelle de la Chimère. — Rue du Diable. 

S. Pharaildeplaetse. Place d'Epicure. — Place Sainte- 
Pharaïlde. 

S. MichieUkerhhof. Place du Temple. — Place Saint- 
Michel. 

Vrydagmerkt, Place de la Liberté. — Marché du 
Vendredi. 

Blandinusherg, Montagne de Brutus. — Rue Blandin. 

Prinsenhof, Cour de la République. — Cour du Prince. 

Keyserpoorte. Porte du Peuple souverain. — Porte de 
l'Empereur ou de Bruxelles. 

S, Lievenspoorte, Porte de la Vertu. — Porte Saint- 
Liévin. 

S. Pieterspoorte. Porte de l'Agriculture. — Porte de la 
Colline. 

Tooverethrugge. Pont des Fables. — Pont des Sorcières 
(n'existe plus). 

S. Jorisbrugge. Pont de Guillaume Tell. — Pont Saint- 
Georges. 



- 496 — 

Oordetlbrugge. Pont de Voltaire. — Pont du Jugement. 

Recollettenbrugge. Pont de Caton. — Pont des Récollets. 

Chartreusenhrugge. Pont de rAbstinence. — Pont des 
Chartreux. 

S. Eloi^brugge, Pont des Maréchaux. — Pont Saint-Eloy 
(n^existe plus). 

S. QtUisbrugge. Pont des Epingliers. — Pont Saint Gilles. 

S. Jansbrugge. Pont de la Régénération. — Pont Saint- 
Jean. 

Muynhbrrjtgge, Pont de la Frugalité. — Pont des Moines. 

Baudéhobmgge, Pont de l'Ecole centrale. — Pont de 
Baudeloo (n^existe plus). 

Ces dénominations ne restèrent pas longtemps en usage 
et on en revint bien vite aux anciens noms flamands. Un 
règlement municipal du 15 décembre 1812, fait à la requête 
du baron d'Houdetot, préfet du département de TEscaut, 
publia une traduction complète en français des rues, places 
publiques, quais et ponts de la ville de Gand. 

Ce qui se passa à Gand eut lieu également dans d'autres 
villes. A Bruxelles, par exemple \ les autorités françaises 
prirent le 8 prairial an VI (27 mai 1798) un décret où nous 
lisons entre autres : 

c Considérant que la Constitution ne reconnaît aucun 
culte ; que ce serait implicitement lui en faire reconnaître 
un que de tolérer plus longtemps que des établissements 
publics et différentes rues de cette commune de Bruxelles 
portassent des noms qui appartiennent à quelque culte que 
ce puisse être. 

» Arrête ce qui suit. 



* Souvenirs du vieux Bruxelles, par J. Dibricx db tbn Hàmiib. 
Tome II, page 117. 



*^ 



— 497 — 

» XIX. Les établissements publics, les rues et places 
publiques qui jusqu'ici ont porté des désignations qui 
blessent autant la saine raison que le régime républicain, 
reçoivent les désignations et dénominations suivantes : • 

En vertu de ce décret la rue Sainte-Anne fut nommée- 
rue de la Fécondité ; la rue d'Enfer, rue du vieux Conte ; 
la rue du Paradis, rue de TOlympe; la rue du Curé, rue 
du petit Coq. 

Voici encore deux curieux articles de ce décret : 

« YI. Les cabaretiers et autres habitants de la commune 
de Bruxelles qui ont des enseignes portant des désignations 
étrangères au régime républicain tels que noms de saints, 
saintes, princes, ducs, cardinaux, etc. sont tenus de changer 
ces dénominations endéans la décade, à dater de TaiBxion 
du présent arrêté, sous peine d'être poursuivis comme de 
droit. 

• Vn. L'usage des boulangers d'annoncer à certains 
jours la cuisson de leur pain par le son du cornet ou autres 
instruments quelconques leur est interdit, comme rappe- 
lant l'ancien ordre des choses. » P. C. 



Une noce d^ob en 1689. -- Un des jours du mois de mai 
1689 le voisinage de la rue d'Ypres était en fête. Il s'agissait 
de célébrer les noces d'or des époux Nicolas Druaert et 
Marie Colins, mariés dans la cathédrale de Saint-Bavon 
le 11 novembre 1638. 

Afin d'augmenter l'éclat et le luxe des festivités que leurs 
parents, leurs amis et leurs voisins se proposaient de leur 
offrir, les jubilaires ne crurent pouvoir mieux faire que de 
s'adresser directement à l'autorité communale afin de rece- 
voir un subside en espèces. A l'appui de Tobtention de leur 

32 



— 498 -- 

demande, ils font principalement valoir que durant le cours 
de ces cinquante années aucun nuage n'est venu troubler le 
calme et la sérénité de leur union, in pei/s ende vrede ver- 
samelt syn gheweest. 

Les échevins de la Keure, prenant en considération 
les motifs invoqués par les époux Druaert-Colins, leur 
allouèrent une somme de deux livres de gros pour couvrir 
les frais de la célébration du jubilé. Voici en quels termes 
était formulée cette requête qui se trouve aux archives 
communales, série 111. 

« i4n myn Edele heeren 

» Schepenen vander Keure 
» Supplierende verthoonenoodtmoedelickNxcolaysDruaert, 
ende Marie Colins syne huysvrautoe insetenen deser stede 
woonende op de Iperstraete^ hoe dot $y lieden op den XP^ 
November 1638 binnen de cathedraele kercke van S^ Baefs 
deser voornomde stede syn getrauwt, ende alsoo beth dan 
vyftech jaeren en vyf maenden, volghens het extrait auten- 
ticq uyt den trauwboeck hier by ghevoecht, e.nde alsoo 
sylieden gheren souden houden hun jubilé vande selve vyftich 
jaeren, ende ten dien eynde van UL Edelen gheiren becom- 
men eenighe gratuiteyt tôt een recreatie ten daeghe de selve 
gheschieden sal, heeren sy hun om daertoe te gheraecken 
met dese tôt uio Edele heeren, 

» De selve oodtmoedelick alsvooren biddende beliefoe ghe- 
dient te wesen, regard neinende op de redenen voorschreven, 
ende merckelich oock dat de supplianten soo langhen tyt in 
peys ende vrede versamelt syn gheweest hemlieden tôt het 
houden van den voorschreven Jubilé te vergunnen sulcken 
pennynck als Ul. Edelen daertoe beliefven sal, ende de sup^ 
plianten sullen verobligeert syn voor de prosperiteyt vande 
selve Ul. Edelen te bidden. twelcke doende etc. 

» tmercq van Nicolays Druaerty 

» tmercq van Marie Colins. 



— 499 — 

En marge de cette requête se trouvaient inscrites Tor- 
donnance de paiement délivrée par les échevins et la 
quittance du mari Nicolas Druaert : 

» Fiat hetalynghe door den ontfangher vande werche tôt 
ttoee ponden grooten die hem sullen passeren in rehenynghen 
mits dese alleenelic in brynghende. 

» Actum int CoUegie den xxœ april 1689. 

» Daneels. 

» Ontfaen den inhauden deser forconden desen 30 april 

1689, 

» tmercq van Nicolas/s Druaert, • 

Le mois de novembre se prêtant fort peu à des réjouis- 
sances en plein air, telles que cortège, illuminations, feux 
de joie etc., il est probable qu'on décida de remettre la 
célébration des noces d'or au printemps de Tannée suivante. 
C'est ce qui explique la date du 30 avril que porte la 
requête que nous venons de transcrire. 

Ce qui se faisait au dix-septième siècle, et peut-être 
antérieurement, se fait encore aujourd'hui. L'autorité com- 
munale, représentée par Téchevin de Tétat-civil, remet un 
cadeau ou une somme d'argent aux époux qui célèbrent 
leurs noces d'or. Cette remise se fait avec solennité à l'hôtel 
de ville, oii les jubilaires, accompagnés de parents, d'amis 
et de voisins, sont reçus dans la salle des mariages. Les 
festivités consistent ordinairement dans le traditionnel 
cortège, la messe, un dîner suivi de bal, et une illumina- 
tion de la rue habitée par les vieux époux. 

Dans la collection des c Gantois » de la bibliothèque 
de la Ville se trouvent plusieurs pièces de circonstance 
en vers du dix-septième et du dix-huitième siècle, com- 
posées en l'honneur d'époux, célébrant leurs noces d'or, 
et portant les titres les plus divers, tels que : 

Eer-Galmend en Lof-dicht aen,„ 

Lofhveerdigen Dicht Rymkonstig opgesteld ter eere van,,. 



— 500 — 

Juheldicht Lachens'Gewyze vÂtgegalmt ter gelegendheyd, 
Lof'Dicht en de JubeUkrans ghevlochten voor,,. 
Jubel'Trompet uytgalmende den Lof ende de Eere van., 
Lof-Qalmende Wissel-Dicht, opgedraegen aen„. 

P. C. 



Tbstament db Rubens. — M. Bonnaffé commence, dans 
la dernière livraison de la Gazette des Beauœ'Arts de 
Paris, la publication de documents inédits sur Rubens, 
provenant des archives du château de Gaesbeek, qui ont 
été récemment mises en ordre. La pièce la plus importante 
de la série est le testament, coiyonctif comme disent les 
jurisconsultes, de Rubens et de Hélène Fourment, par 
devant le notaire Toussaint Guiot, du 27 mai 1640. Ce 
document était inédit, et les minutes mêmes du notaire 
sont perdues. En ce qui concerne les tableaux, statues 
et les œuvres d'art, le testateur y ordonne de les vendre 
en temps et lieu favorables, publiquement ou de la main 
à la main, de la façon la plus avantageuse, et cela sur 
l'avis des peintres François Snyders, Jean Wildens et 
Jacques Moermans, excepté les portraits de ses deux 
épouses légitimes et les siens y correspondant, réservés 
pour ses enfants, et le tableau nommé Het Pelske^lsL Pelisse, 
qu*il donne à sa présente épouse, sans qu'elle en doive 
rapporter la valeur à la succession. Il s'agit ici du portrait 
d'Hélène Fourment, qui appartient au Belvédère de Vienne, 
c Ce portrait intime, dit M. Bonnaffé, que Rubens avait 
fait pour lui seul, représente sa femme à peu près nue, 
retenant une pelisse très courte, qui ne demande qu'à 
tomber. » Le testateur excepte également de la vente 
ordonnée tous les dessins qu'il a réunis ou faits, et il pres- 
crit de les garder au profit de celui de ses fils qui voudrait 
s'appliquer k l'art de la peinture et, à défaut, à une de ses 



— 501 — 

filles qui viendrait à épouser un artiste-peintre renommé. 
Pour le cas où un différend surgirait à propos du testa- 
ment, soit sur son interprétation, soit sur d^autres ques- 
tions concernant la succession du défunt, soit entre les 
héritiers, ou les exécuteurs testamentaires ou les tuteurs, 
il est nommé trois arbitres pour trancher le différend à 
Tamiable et sans procès, à savoir, François Vanderzype, 
chanoine de la cathédrale, Tucher, bourgmestre d'Anvers, 
et Pierre Rubens, licencié en droit, cousin du testateur. 
— liubens mourut trois jours après la date de ce testament. 

D. 



— 502 - 



CHRONIQUE. 



Coutumes dbb petites villes et seigneuries enclavées du 
QUABTiBB DE Bbuoes. — M. L. Gilliodts-yan Severen vient de 
donner, dans la collection de nos anciennes coutumes qui se publie 
aux frais du Gouvernement, les tomes II et III des coutumes des 
petites villes du quartier de Bruges. La plupart des localités dont 
il y est question (dans l'ordre alphabétique), ont eu au moyen-âge 
une importance qu'elles n'ont plus aujourd'hui. L'île de Cadsanta 
perdu une partie de son étendue par des inondations, Caprycke a 
été ruinée par les incendies, les guerres, la perte de son commerce, 
Damme par les ensablements, Dixmude par les événements du 
XVI* siècle, puis par les guerres de Louis XIV qui ont dépeuplé le 
Veum-Ambacht, Eecloo seule, des localités qui fournissent les élé- 
ments du tome II, est restée à peu près ce qu'elle était anciennement. 

Dans ce volume, les pièces qui intéressent l'histoire sont nom- 
breuses, telles : l'ordonnance du comte Louis de Nevers, sur l'admi- 
nistration de la justice à Wulpen et Cadsant, du 10 avril 1324 ; celle 
de Charles-Quint du 18 juin 1537 sur la fusion de tous les polders 
de l'île de Cadsant en une wateringue ; les privilèges des habitants 
d'Aelscœt, près de Caprycke, de 1233, la Ceure donnée à Caprycke 
en 1240, où nous lisons : « Nemo teneri débet pro furto, nisi furatus 
fuerit valens duos solides », et, au sujet de l'obligation de prêter 
main forte contre les voleurs : « Qui furem pro furto insequutus 
fuerit et clamando auxilium petierit, ille qui ad auxilium ejus non 
advenerit, dabit domino decem solides vel juramento stare faciet se 
illud non audiisse. » Par une disposition très particulière du cahier 
des coutumes envoyées au Conseil de Flandre aux fins d'homologa- 
tion, il était réglé que « la dit-e ville de Caprycke est encore dotée de 



— 503 — 

divers privilèges et prérogatives, octroyées jadis par les comtes et 
comtesses de Flandre, lesqaels, quoiqu'ils ne soient pas relatés ici, 
comme ne touchant pas proprement aux us et droits coutumiers, 
n'en demeurent pas moins dans toute leur force et vigueur pour 
recevoir leur application dans tous les cas qui se présentent, ainsi 
qu'on en a joui jusqu'à ce jour. » Il n'entrait sans doute pas dans la 
pensée des souverains d'accorder ainsi ^er relationem l'homologation 
en quelque sorte implicite à des us et coutumes qu'on ne faisait 
point connaître. 

Nous lisons dans le Deelbouck joint à la coutume : a L'entrée en 
religion ou la profession religieuse dans quelque ordre que ce soit, 
donne ouverture à la succession ah intestate, au profit des plus 
proches parents; car les personnes religieuses sont considérées 
comme mortes au monde {ah doodt ter wereldt). o Le droit actuel est 
bien différent. 

Les coutumes de Damme sont précédées d'une introduction histo- 
rique, pour laquelle M. Gilliodts a utilisé la notice sur cette ville, 
publiée par Warnkœnig dans le Messager des sciences et des arts 
(1835). Les plus anciens documents relatifs à Damme sont du XII* 
et Xïll* siècle ; M. Gilliodts les emprunte la plupart à l'édition alle- 
mande de l'histoire de Flandre de Warnkœnig. En mai 1421, 
Philippe-le-Bon accorde à la ville de Damme une nouvelle charte de 
franchise, l'ancienne étant perdue, et lui restitue tous ses privilèges 
d'autrefois. 

Pour Dixmude, M. Gilliodts nous donne la nouvelle Keure impo- 
sée à cette ville, après sa soumission, par le comte Louis de Nevers 
(1330). Ce document, très développé et jusqu'ici, croyons-nous, 
inédit, est du plus haut intérêt. L'original repose aux archives de 
la Chambre des comptes à Lille. Citons en quelques dispositions 
curieuses : 

a Item, quiconques sera attains de faus tiesmoignage porter, il 
sera pugni par le seigneur et par la loy par signe publique et jamais 
neseracreus. 

«... Item, qui se partira de prisons sans congiés de justice, il 
sera tenus pour attains et convaincus du cas et de la querele pour- 
quoy il aura esté prins. 

Item, quand de murdre loy ou justice est faite, H descoulpable sont 
appalsiet et seront quites l'un contre l'autre de tous courons et 
maies amours. » 



- 504 — 

Feu A. DeBlauwe, conseiller à la Coar deGand,a commaniqué une 
copie du cahier des coutumes de Dixmude, tel qu'il avait été envoyé 
au Conseil de Flandre aux fins d'homologation. Cette rédaction assez 
détaillée renvoie à celle de Bruges pour les cas non prévus, et pour 
ce que ne prévoient ni les coutumes de Dixmude, ni celles de Bruges, 
au droit écrit. D'après l'article 78 • le seigneur et le magistrat sont 
les chefs tuteurs des fabriciens d'église, des membres de la table des 
pauvres, des gouverneurs des pauvres, de l'hospice, de l'hôpital et 
autres maisons-Dieu ; car sous leur octroi les dits fabriciens ou gou- 
verneurs ne peuvent aliéner, vendre, engager, affermer ou faire acte 
semblable, et ils doivent au préalable se munir de leur autorisation. » 

Les coutumes d'Eecloo qui complètent le volume, sont connues ; 
mais les anciens règlements le sont moins (Voorgheboden). Nous y 
rencontrons, déjà en 1440, la défense de rouir le lin, et de laver les 
laines dans les canaux et cours d'eau, et dans les fossés qui longent 
des chemins publics. Le règlement de 1769 nous apprend que de 
graves désordres se commettaient les jours de carnaval comme 
aussi pendant, le parcours des processions solennelles (art. 70 et 71). 
Au moment de la bénédiction donnée au peuple, on se permettait, 
dans Vencombrement de la foule, « de tirer des boîtes, des petits 
canons, et autres armes à feu. » Une amende de trois livres parisis 
est comminée pour chaque coup. La disposition suivante mérite 
d'être rapportée textuellement : o Voulant encore prévenir les 
troubles, tumultes et tapages qui se produisent souvent sur la cour 
ou aux abords du collège des étudiants de cette ville, pendant la 
représentation donnée par les dits étudiants à la fête de Saint- 
Bavon, qui non seulement dérangent les acteurs, mais répandent 
encore une grande confusion il est ordonné que personne quel qu'il 
soit, ne pourra se permettre pendant toute la durée des représen- 
tations ou jeux dramatiques des dits étudiants^ de crier aux abords 
du Collège, de faire du bruit ou du tapage, de se livrer à des 
insolences et des inconvenances, sous peine etc. » 

Le volume III nous donne les textes pour Ghistelles, Houcke 
(bâtie dans un coude du Zwyn) dont la Keure est confirmée par 
Louis de Nevers en 1380, Lichtervelde, Maldeghem, Merckem, 
Middelbourg, autrefois florissante, arrivée « par les dévastations 
continuelles des armées et d'une guerre incessante, à ce point de 
ruine, de désolation et de misère qu'il n'en reste plus pour ainsi dire 



— 505 - 

pierre sur pierre » (1607) — Mude, aujourd'hui S*« Anna-ter-Muiden, 
— Munikerede, déjà réduite à sept maisons au XVI« siècle, Neuvliet 
et Oostbourg. Nous sortons ici, on le voit, de la Belgique, mais point 
de l'ancienne Flandre, ni du quartier de Bruges. 

La partie consacrée à Mude est d'un haut intérêt, a Soit à raison 
de son antiquité, dit M. Gilliodts, soit à cause de sa position géogra- 
phique à l'entrée du Zwin, la ville de Mude suivait deux coutumes : 
d'abord celle de Bruges qui était son chef de sens ; ensuite un code 
de commerce et de navigation maritime que nous publions pour la 
première fois et qui est bien remarquable... » 

Transcrivons encore cette réflexion judicieuse de M. Gilliodts, 
dans son introduction aux coutumes de Mude. « On devrait s'étonner, 
dit-il, que des petites villes ou de simples bourgades comme Mude, 
Houcke, Muuickenrede, composées d'uu nombre restreint d'habi- 
tants, pussent recruter dans leur sein une magistrature capable de 
rendre la justice civile, criminelle et même commerciale, et cela en 
plein moyen-âge, avant comme après l'invention de l'imprimerie, à 
une époque où les écoles de droit étaient rares, éloignées. Mais, outre 
qu'elles trouvaient dans leurs conseillers pensionnaires qui étaient 
le plus souvent des hommes de loi, des auxiliaires efficaces et indis- 
pensables, elles se mettaient en mesure de remplir leur mission par 
le double recours au chef de sens et à l'avis des jurisconsultes. » 

— Nous empruntons à la Revue bleue qui se publie à Paris, les 
lignes suivantes qui nous font connaître une série intéressante de 
gravures relative à une joyeuse entrée qu'on avait crue être celle de 
François 1»^ à Paris, et qui se trouve être rentrée de Gharles-Quint 
à Bruges : 

On peut voir à Paris, au Cabinet des Estampes, à la Bibliothèque 
nationale dans la collection dite de l'Histoire de France, au volume 
consacré au règne de François 1"', une suite de gravures sur bois 
qui représentent, au dire des légendes, écrites à la main, « l'entrée 
de François l^ dans sa ville de Paris, où il fut reçu aux flambeaux, 
quoique en plein jour, le 15 février 1514. > Chacune de ces gravures 
est collée en plein sur des feuilles de papier trop épais pour qu'on 
puisse voir distinctement ce que portent leurs versos. Mais on y 
aperçoit cependant, sans pouvoir le lire, un texte imprimé. 

Cette suite d'images léguée par un amateur célèbre du XVIll* 
siècle, Fevret de Fontette, au Cabinet du Roi, a été désignée par 
lui comme représentant l'entrée de François l^ à Paris. La Biblio- 



- 606 - 

thèque historique de la France du père Lelong reproduit la même 
indication, ainsi qu'Hennin, dans son Catalogue des monuments 
de THistoire de France. Enfin, les conservateurs du Cabinet des 
Estampes, en intercalant cette suite dans la collection de l'Histoire 
de France, au commencement du règne de François I*', sont venus, 
avec leur expérience et leur autorité, joindre leur opinion à celle de 
ces savants. 

Ces gravures, au nombre de quatorze, portent un titre écrit à la 
main, suivi d'une légende expliquant dans tous ses détails le si^jet 
représenté. 

Il nous semblait tout d'abord que cette explication et ces légendes 
étaient la copie du texte imprimé au vei*so des gravures. 

Nous avons cru devoir insister auprès du Conservateur des 
Estampes pour obtenir que l'on décollât les images, afin d'avoir 
connaissance de l'impression placée au verso. Avec son amabilité 
ordinaire, M. Oeorges Duplessis a fait opérer le découpage minu- 
tieux des pai*ties de papier qui découvraient le verso de chaque 
planche et, cette opération terminée, queUe n'a pas été notre sur- 
prise de constater, par la numérotation <les feuillets, que chacune 
de ces gravures était extraite d'un livre qui devait être beaucoup 
plus considérable ; qu'en outre, les planchée en question ne s'appli- 
quaient point à l'entrée de François P', mais à celle de Charles- 
Quint, à Bruges, qui eut lieu deux mois après celle de François 1^'', 
à Paris ! 

Il nous fallait rechercher le volume dont les pagea sus-indiquées 
étaient arrachées ; nous l'avons trouvé au département des Imprimés. 
C'est un ouvn^e de Rémy Dupuy, in-folio, qui contient 33 gravures 
et 40 feuillets, sorti des presses parisiennes de Gilles de Qourmont 
imprimeur fort connu, qui exerça à partir de 1507, et fut le premier 
à Paris qui fit de la typographie hébraïque et grecque. 

Ce livre n'est pas unique, puisqu'on en connaît un exemplaire en 
dehors de celui de la Bibliothèque nationale ; mais il est fort rare. 

Il nous reste maintenant à indiquer comment on a pu faire passer 
pour des scènes parisiennes des représentations flamandes, présenter 
Charles- Quint pour François I«'', faire disparaître des planches les 
écussons d'Espagne ou de Flandre, et les remplacer par des fleurs 
de lis. 

La première planche représente Charles-Quint entrant à Bruges : 
'*)8ons attachés aux murs de la ville ont été grattés avec soin; 



^eaécîw 



— 507 - 

la Toison d'Or que porte l'empereur sur sa cuirasse a été également 
enlevée; ce que le menton de Charles-Quint avait en trop a été 
reporté an nez légendaire de François I**". On a ajouté à l'encre de 
Chine, assez habilement pour qu'on puisse croire à une impression, 
quelques poils de barbe, qui, encadrant la figure imberbe de Charles- 
Quint, la rendaient plus ressemblante à celle de son compère de 
France. 

Celles des gravures qui ne peuvent s'appliquer à la ville de Paris, 
comme les décorations de la cathédrale ou de l'hôtel de ville de 
Bruges, sont habilement laissées de côté par le mystificateur. Il n'en 
est paa de même des fontaines de vin et des portiques qui sont em- 
ployés, dès la fin du XV« siècle, à Paris comme en Flandre. 

Dans les gravures suivantes, les lions de Flandre placés sur les 
pourpoints ou les tabards sont gprattés, les armoiries sont dissimulées 
par des taches d'encre ou des grattages. Un K. initiale du nom de 
Charles-Quint, « Karolus, • placé sur l'une des décorations, est 
défiguré; les couronnes ducales, sans cesse représentées sur les 
tentures ou sur les échafauds, sont remontées à la plume de bandeaux 
qui les transforment en couronnes royales ; les éisussons de Castille et 
de Flandre sont enlevés, ceux d'Aragon, ne portant pas de sujets 
variés, mais de simples lignes horizontales, sont conservés; mais on 
les a recouverts de fleurs de lis qui en font des armoiries royales de 
France. 

A chaque image, en l'observant avec attention et surtout en la 
regardant contre le jour, on voit les grattages et les surcharges, ob- 
servation que rendait impossible l'épaisseur du papier sur lequel les 
estampes étaient collées avant l'opération exécutée par M. Duplessis. 

Si l'on passe maintenant à la confection des légendes, on verra que 
le truqueur était non moins habile en archéologie, qu'il connaissait 
à fond l'histoire des entrées parisiennes, et n'ignorait aucune des 
habitudes de la municipalité, ni les genres divers des spectacles 
organisés ordinairement dans tel ou tel endroit déterminé du 
parcours royal ; car il a composé pour chacune de ces gravures une 
description parfaitement adaptée an sujet qu'elle représentait et 
conforme aux chroniques du XIV* et du XV« siècle. 

Fevret de Fontette, le Père Lelong et Hennin, étaient donc excu- 
sables de s'être laissé tromper par une supercherie aussi habile, dont 
ont, du reste, été victimes, depuis un siècle, tous ceux qui ont vu 
ces gravures. 



— 508 — 



NÉCROLOGIE. 



wOC«slWl(»>>!>- 



Baudouin (Mgr le prince), fils aîné du comte de Flandre, neveu do 
Roi, et héritier éventuel de la couronne de Belgique, né le 3 juin 1869, 
mort à Bruxelles le 23 janvier. Sa mort a été vivement sentie dans 
tout le pays où il avait su rapidement conquérir une véritable 
popularité. 

B5hm (D.), artiste peintre, mort à Ypres au mois d*octobre dans on 
âge avancé. Il fut pendant quarante ans professeur à TAcadémie 
royale des Beaux Arts d'Ypres et à Torphelinat des garçons. Peintre 
de talent et archéologue distingué, il était d'une grande habileté 
comme restaurateur de tableaux. 

BuBLBT (Alex, de), avocat, né en 1841, mort à Bruxelles le 20 mars. 
Président de la Fédération des avocats belges, collaborateur des 
Pandectes belges et du Journal des Tribunaux, 

Cakp ((}am. van), artiste peintre, né à Tongres le 3 juin 1834, mort 
à Montreux le 16 novembre. Il laisse entr*autres la Mort de Marié de 
Bourgogne, qui est au Musée de Bruxelles; la Fête du Cinquante- 
naire du dernier Salon de Bruxelles et qui n*était qu'une esquisse 
d'une plus grande œuvre; des portraits, genre dans lequel il débuta, 
de M. Couteaux, du baron de Gerlache, de sa mère, de M. Montefioro 
Levi etc. 

Gafbonvibb (J. B.), artiste peintre verrier, né à Paria le l** février 
1814, naturalisé belge, mort au mois d'août. Fit beaucoup en Belgique 
pour la restauration de la peinture sur verre, publia en 1860 : 
Histoire de la peinture sur verre depuis les temps les plus reculés, 
jusqu'à nos jours et spécialement en Belgique. 



— 509 — 

CuBTs (Louis De), architecte, né à Gand en 1817, mort à Bruxelles 
au mois d'août Forma son talent à Paris on il fut attaché au service 
des bâtiments civils, et restaura la cathédrale de Beauvais avec 
Viollet le Duc. Versé spécialement dans Part gothique, il restaura en 
Belgique : Sainte-Gudule de Bruxelles, Saint-Bavon de Gand, Notre- 
Dame de Tongres etc. Le monument de Léopold I*' dans le parc de 
Laeken est de lui. 

Dbcksb (P. De), ancien gouverneur du Limbourg, ancien ministre 
de rintérieur, membre de TAcadémie Royale, né à Zèle le 25 jan- 
vier 1812, mort à Bruxelles le 4 janvier. Élu représentant de Ter- 
monde à 27 ans, il fut écrivain littéraire, en même temps qu'homme 
politique. Ses œuvres sont entr'autres : Religion et Amour (poésies, 
1835); la Revue de Bruxelles qu'il fonda avec Adolphe Deschamps 
en 1837; Études historiques et critiques sur les monts-de-piété en 
Belgique(lS44); L'esprit départi et Vesprit national (1852); LesMis- 
sions catholiques, introditction à l'histoire des missionnaires (1879). 

De Labt (Jean), membre de la Chambre des représentants pour 
Anvers depuis 1863, président annuel de l'Académie royale flamande, 
né à Anvers le 13 décembre 1815, mort au mois d'avril. Il avait été 
chirurgien à Ranst près de Lierre, puis journaliste à Bruxelles où il 
fonda avec Dodd en 1844 le premier journal quotidien flamand 
Vlaamsch Belffië, qui devint plus tard De Vlaamsche Belgen;eTi 
1845 il fut nommé professeur agrégé à l'Université de Gand. En 1847 
il fonda avec Vleeschouwer à Anvers le journal satirique De Rosham 
qui devint ensuite Het Vaderland. U fut plus tard successivement 
rédacteur au Journal d'Anvers, à L'Émancipation etc. D publia 
des poésies, et des romans en néerlandais parmi lesquels Het Huis 
van Wezenbeeh. 

DsuiÉB (Adolphe), le chansonnier populaire toumaisien, mort à 
Tournai le 18 avril, à l'ftge de 71 ans. Il était directeur du journal 
L'Économie de Tournai. 

DucAJU (Joseph), sculpteur, né à Anvers et y décédé le 5 juillet. 
Elève de Joseph Geefs, il donna en 1848 au Salon de Bruxelles le 
groupe de Boduognat placé aujourd'hui sur un des boulevards à 
Anvers; citons encore les statues de Teniers, de Leys, la chute de 
Babylone, etc. Il flt également des tableaux qui eurent du succès. 

Jacobs (Victor), ministre d'État, successivement ministre de 
finances, de travaux publics, de l'intérieur, membre de la Chambre 



— 510 — 

des représentants depuis 1868. Né à Anvers et mort à Broxelles le 
20 décembre à l'âge de 55 ans. Ecrivain, journaliste de talent, avocat, 
criminaliste et économiste. Sa compétence dans les affaires finan- 
cières était universellement reconnue tant en Belgique qu'àTétranger. 
On lui doit : La Revision du code pénal dans ses rapports avec la 
liberté de la chaire (1863). 

Kebvyn (baron Joseph-Marie-Bruno), né à Saint-Michel lez-Bruges 
le 17 avril 1817, y décédé le 2 avril. Fit son droit à Paris, et s'adonna 
spécialement aux lettres. Il a laissé : Traduction de Milton (1840) ; 
Histoire de Flandre en six volumes (1847-1850), à laquelle il en 
ajouta plus tard un septième : cet ouvrage obtint le prix quinquennal 
d'histoire en 1874; Étude sur Froissart (1857), ouvrage couronné à 
l'Académie française ; éditions de Froissart, de Chastelain, de Com- 
mines, de GiUes li Muisis; Les Huguenots et les Gueux, un grand 
nombre de travaux et d'articles de moindre importance, tant dans les 
publications de l'Académie royale, que dans les Bulletins de la Com- 
mission d'histoire qu'il présidait. Membre de la Chambre des repré- 
sentants depuis 1861 il fut ministre de l'Intérieur dans le cabinet 
d'Anethan (1870-71), il était membre de l'Académie royale. 

LiAOBE (J.-B.), secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Bel- 
gique, né à Tournai le 18 février 1815, mort à Ixelles le 13 janvier. 
Lieutenant-général, ancien ministre de la guerre, savant mathéma- 
ticien. Comme œuvres littéraires et scientifiques, ses discours acadé- 
miques sont remarquables. 

LuPFEN (Joseph Van), peintre paysagiste de talent, mort à Deume 
près d'Anvers le 9 octobre, âgé de 57 ans. 

Mailly (Edouard), mélomane et musicologue, membre de l'Acadé- 
mie, né à Bruxelles le 17 juin 1810 et y décédé le 8 octobre. 11 tra- 
vaillait à un important ouvrage sur l'histoire du corps savant dont il 
faisait partie. 

Popp (M™* Caroline), née Boussart, journaliste, naquit à Binche le 
12 décembre 1808 et mourut à Bruges le 2 décembre. Avait épousé 
l'ingénieur Popp, auteur de la carte cadastrale, et qui fonda le Journal 
de Bruges, auquel elle collabora, ainsi qu'à V Office de Publicité et 
à d'autres journaux. Elle laisse quelques volumes, entr'autres : 
Légendes de Flandre, Paysages flamands et wallons etc. 

RoEBSGH (Louis), professeur et recteur de l'Université de Liège, 
membre de l'Académie royale, né à Maestricht le 30 mars 1831, mort 



— 511 — 

à Liège le 29 octobre. Collabora à la Patria beîgica, à la Biographie 
nationale, pabUa diverses éditions classiques, avec J. Delbœuf une 
grammaire française (1885), et avec P. Thomas une grammaire 
grecque (1885). 

Rousseau (Jean), directeur général des lettres, sciences et arts au 
ministère de Tlntérieur, né à Marche le 5 août 1829, décédé à Bruxelles 
le 13 novembre. Écrivain humoristique et critique d'art distingué. 
Vécut une dizaine d'années à Paris où il fut chroniqueur au Figaro, 
publia Le Diable à Bruxelles, avec Hymans, Paris chantant. Coups 
d'épéedans Veau, Les Maîtres flamands en Espagne, La Statuaire 
flamande et loallonne du neuvième au dix-neuvième siècle, collabora 
à la Revue de Paris, la Revue française, la Gajiette des Beaux- Arts, 
VArt etc. et cultiva la peinture avec un certain succès. 

Stafpebs (Henri), mort à Verviers le 14 décembre, âgé de 61 ans. 
Il est l'auteur d'un dictionnaire synoptique d'étymologie française. 

Thonissev (Jean-Joseph), ministre d'État, ancien ministre de l'In- 
térieur, représentant depuis 1863, professeur à l'Université de Lou- 
vain, membre de l'Académie royale, né à Hasselt le 21 février 1816, 
mort à Louvain le 17 août. Débuta dans la magistrature comme 
substitut, fut ensuite commisTsaire d'arrondissement. Un des crimina- 
listes contemporains les plus distingués. Entrautres publications 
laisse : Constitution belge annotée (1844), Complément au Code 
pénal {1846-1860% Recherches sur le socialisme (I8b0-18^), Le socia- 
lisme et ses promisses. Histoire de la Belgique sous le règne de 
Léopold I" (1855-1856, 2" éd. 1861), Études sur l'histoire du droit 
criminel des peuples anciens (1869), L'organisation judiciaire, le 
droit pénal et la procédure pénale de la loi salique (1882). 

YoiTUBON (Paul), philosophe, littéraire et avocat, né à Gand le 14 fé- 
vrier 1824, y décédé le 12 février 1891. Collabora au Messager, et 
publia 1 Manuel du libéralisme belge. Le libéralisme et les idées 
religieuses. Étude sur les misérables de Victor Hugo. 

BooAERT (Mgr Constant), ancien vicaire général de l'évêché de 
Liège, fondateur du Middelaar et auteur d'un grand nombre d'ou- 
vrages flamands, est mort le 17 février à Zoonhoven, ftgé de 75 ans. 

Deck (Théodore), directeur de la manufacture de Sèvres, né en 
1823 à Geubweiler, est décédé à Paris au mois de mai. Ses connais- 



— 512 — 

sances en chimie, lui permirent de donner une impulsion nouvelle à 
la fiabrication des faïences émaillées; ses faïences persanes eurent un 
succès extraordinaire ainsi que son bleu. 

MoLTKE (comte Helmuth-Charles-Bemard de), né en 1800 en 
^*: Mecklenburg, mort le 24 avril. Le plus grand tacticien contem- 
porain, laisse de nombreux ouvrages entre autres : Histoire de la 
campagne contre les Turcs dans la Turquie d* Europe; Lettres sur 
la situation de la Turquie en 48SB à i8S9; Lettres sur r Orient; 
Histoire de la Guerre franco-allemande, écrite sous sa direction. 

FÉLIX (le R. P. Célestin-Joseph), jésuite, né à Neuville-sur-l'£scaut 
le 28 juin 1810, mort à Lille le 6 juillet. Grand prédicateur et confé- 
rencier. Outre ses conférences, laisse de nombreux ouvrages. 

FoucHER DE Gareil (le comte Louis- Alexandre), philosophe et 
publiciste, né à Paris en 1826, décédé le 10 janvier; publia diverses 
études sur Leibnitz et Descartes. 

Janssek (Mgr), né à Xanten en 1829, décédé à Francfort-sur-le- 
Mein le 26 décembre. Un des plus grands historiens de F Allemagne. 
On a de lui, entr'autres : Histoire du peuple allemand pendant la 
réforme, dont la traduction française a commencé à paraître; Histoire 
du peuple allemand au sortir du ynoyen'^ge, dont six volumes 
seulement ont paru. Il fut député au Landdag de Prusse. 

Jaobr (Albert), le nestor des historiens autrichiens, est mort à 
InsprQck le 19 décembre, âgé de 91 ans. Citons parmi ses ouvrages : 
Histoire de la Constitution du Tyrol. Il fut député au Reichstag. 

LiTOLFF (Henri), célèbre compositeur et pianiste, est mort au mois 
d'août, à Fâge de 74 ans. La plus marquante de ses œuvres est : Les 
Templiers, 



— 513 — 



TABLE DES MATIÈRES. 



ANNÉE 1891. 



NOTICES ET DISSEBTATIONS. 

La Cour du roi de Lindre. — Cour d'amour en Flandre au 

XVIP siècle. — Par L. St 1,133,270,402 

Les emprunts des pouvoirs publics au XIII* et au XIY* siècle. 

— Par Maubicb Hbins 13,211 

L'administration provinciale en Flandre sous les périodes 

espagnole et autrichienne. — Par Gallet-Mibt 35, 150, 290, 435 
Le Bourreau de Gand. — Par PsospaR Clabys . 57, 170, 812, 456 
Le Psautier de Guy de Dampierre. XIII* siècle. — Par Josbph 

DBSTBiB 81, 129 

Musée lapidaire des ruines de Saint- Bavon. Dalles funéraires 

retrouvées à l'écluse des Braemgaten. — Par le Bo° J. BÉ- 

THUNB-DB YlLLBBB 89, 257, 385 

Archives gantoises. — VII. ■— Lettre de Louis XIV à l'évêque 

de Gand. — Par Victor Vander Habohbn 108 

Épisodes inédits de la chronique bruxelloise. — Par J. Th. 

dbRaadt 194 

Hélène de Hamal, chanoinesse de Sainte- Waudra. — Par Vam 

Spilbebck 223 

Analectes belgiques. — III. La vie et les œuvres de Henri 

Vanden Keere. — Par Paul Bbbomans 344, 418 

Les Archives de l'évêché de Tournai au XV* siècle. — Par 

Armand d'Hbrbohbz 356 

L'évêché de Tournai-Noyon (532-1 146j. — Par Armand d'Hbr- 

BOMBZ 478 



— 514 — 



VABIÉTÉS. 

Commerce de tableaax de maîtres anciens, à Gand, au com- 
mencement du XVIII* siècle. — Par D 110 

L'installation de la première pompe à bière. — Par P. C. . 114 
Relation d'une audience accordée par l'empereur et roi Jo- 
seph II aux membres du Serment de la confrérie de Saint- 
Georges à Gand. — Par P. VorruRON 116 

Une vieille affiche 118 

Verreries de Venise.— Par V. V. H 120 

Représentations de mystères dans l'église de Saint-Michel au 

XVI« siècle. — Par P. C 229 

Singulières dispositions d'ancien droit flamand. — Par D. . 232 
Extrait d'un rapport au secrétaire d'État par le censeur civil 
Keyaerts^ à l'occasion d'un différend avec le censeur ecclésias- 
tique concernant les livres défendus. — Par D 236 

Au sujet de J. de Damhoudere. — ParD 237 

Le jour civil et les modes de computation des délais légaux en 
Gaule et en France depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. — 

ParD 23a 

Les formules de politesse officielle au XVIII* siècle. — Par Paul 

BSBGMAKS 240 

Compte des travaux exécutés au château de Gand en 1308. — 

Par L . St 245 

Un prodige en 1668. — Par Maub. V. D. H 247 

Rivalité entre corporations. — Par P. C 366 

Le duc de Limbourg refuse, dit-on, de payer au sire de Diest 

une dette de jeu. — Par Th. de Raaot 370 

Quelques extraits des comptes de l'église Sainte-Gudule, à 

Bruxelles. — Par Th. db Raadt 373 

Des balances pour des étaux. — ParD 376 

Une toile de Rubens détruite. — Par D 376 

Prix de tableaux de vieux maîtres, en 1800. — Par D. . . . 376 
De la traduction des noms de quelques rues, places publiques, 
ponts et quais, faite par les autorités françaises en 1799. — 

Par P. C 492 

Une noce d'or en 1689. — Par P. C 497 

Testament de Rubens.— Par D 600 

CHRONIQUE. 

Obituarium Sancti Johannis. Nécrologe de l'église Saint-Jean 
(Saint-Bavon) à Gand, du XIII« au XVI* siècle, par Napoléon 
de Pauw. — Par B. db V 123 



— 515 — 

Découvertes en Mongolie {Les Missions en Chine et au Congo) . 125 

Un manascrit d'Aristote 126 

Académie royale de Belgique. — Classe des Beaux- Arts. — 

Concours pour 1892 127. 

Congrès archéologique et historique de Bruxelles 1891. . . 249 
Découvertes de Mgr Wilpert à la catacombe de Saint-Pierre et 

de Saint-Marcellin à Home 249 

Les souterrains des prêtres d'Ammon 251 

Découvertes de sépulture des princes de Croy. — Par D. . . 878 
Histoire du meurtre de Charles -le-Bon, comte de Flandre 

(1127-1128)! — Par L. St 379 

Le 's Gravensteen de Bruges et la tactique des Gantois en 1127. 

— Par L. St 379 

Le village de Saint-Momelin. — ParH. P 380 

Découvertes archéologiques 380 

Académie royale de Belgique. — Concours pour 1892. . . . 382 
Coutumes des petites villes et seigneuries enclavées du quar- 
tier de Bruges 502 



NECROLOGIE. 

Baudouin (Mgr le prince) 508 

Bohm (D.) 508 

Burlet (Alex, de) 508 

Camp (Cam. van) 508 

Capronnier (J. B.) 508 

Curte (Louis De) 509 

Decker (P. De) 509 

DeLaet(Jean) 509 

Delmée (Adolphe) 509 

Ducajn (Joseph) 509 

Jacobs (Victor) 510 

Kervyn (baron Joseph-Marie-Bmno) 510 

Liagre (J.-B.) 510 

Luppen (Joseph Van) 510 

Mailly (Edouard) 510 

Popp (M"« Caroline) 510 

Koersch (Louis) 510 

Rousseau (Jean) 511 

Stappers (Henri) 511 

Thonissen (Jean-Joseph) 511 

Voituron (Paul) 511 

Bogaert (Mgr Constant) 511 



— 516 — 

Deck (Théodore) Bll 

Moltke (comte Helmuth-Charles-Bernard de) 512 

Félix (le R. P. Célestin-JoBeph) 512 

Foucher de Careil (le comte Louis-Alexandre) 512 

Janssens (Mgr) 512 

Jager (Albert) 612 

Litolff (Hem-i) 612 



Château de Ronsele en 1648 1 

Nouveau gibet construit hors la porte du Muide, à Gand, en 

1692 74 

Dalle du frère Guillaume de Mudà. 1272 103 

Une miniature ayant fait partie autrefois du psautier de Guy de 

Dampierre 129 

Henri de Varick 194 



j 



PROVINCIALE SYNDICALE KAMER DER NIJVERHEIDSKUNSTEN 

TE GENT. 



PROGRAMMA 



DER PRIJSVRAGEN 



VOOR HET JAAR 



1892. 



CHAMBRE SYNDICALE PROVINCIALE DES ARTS INDUSTRIELS 

A GAND. 



PROGRAMME 



DES CONCOURS 



POUR L'ANNÉE 



I 
\ 



1892. 



> I 



GAND, 

IMPRIMERIE EUG. VANDERHAEQHEN, RUE DES CHAMPS, 60, 

1892. 



PROGRAMMA 



DER PRIJSVRAGEN 



VOOR HET JAAR 1892. 



I. Monumentale ingang voor een openbaar park. 

Men vraagt, op schaal van ©'"lo p. m. ; 

1° Gezamenlijke teekening; 

2° Hoofdzijde en noodige doorsneden. 

le Prljs : Een diploma, een zilveren verguld eermetaal en eenc 
premie van 250 fr. 



2' Prijs : Een diploma, een zilveren eermetaal en eene premie 
van 100 fr. 



II. Ontwerp voor versiering eener concert-zaal van 
eene oppervlakte van 750 tôt 800 m. v. 

Men vraagt op schaal van o"o2 p. m. : 

1° Gezamenlijk plan; 

2° Teekening en versiering van twee zijden; 

3° Teekening en versiering van het plafond. 



PROGRAMME 



DES CONCOURS 



POUR L'ANNÉE 1892. 



I. Entrée monumentale pour parc public. 

On demande, à réchelle de o^io p. m, : 

1° Dessin d'ensemble; 

2° La face principale et coupes nécessaires. 

icî Prix : Un diplôme, une médaille en vermeil et une prime de 
250 fr. 

2« Prix : Un diplôme, une médaille d'argent et une prime de 
100 fr. 



II. Projet de décoration d'une salle de concert d'une 
superficie de 750 à 800 m. c. 

On demande à l'échelle de o"o2 p. m. : 

1° Plan d'ensemble; 

2® Dessin et décoration de deux faces; 

3° Dessin et décoration du plafond. 



^ 4 — 

Op schaal van o"io p. m. : 

1° Gedeeltelijke uitvoering der versiering eener 

zijde ; 
2° Gedeeltelijke uitvoering der versiering van het 

plafond. 

le Prijs : Een diploma, een zilveren verguld eermetaal en eene 
premie van 350 fr. 

2* Prijs : £en diploma, een zilveren •ermeUal en eene premie 
van 150 fr. 

III. Versierde paal met lichten, voor monumentalen 

trap. 

Teekening op uitvoeringsgrootte. 

le Prijs : Een diploma, een zilveren verguld eermetaal en eene 
premie van 200 fr. 

2^ Prijs : Ëen diploma, een zilveren eermetaal en eene premie van 75 fr. 

IV. Koffieservies in zilver, samengesteld uit vier stuk- 
ken: koffiekan, theepot, suikerpot en melkpot. 

Men vraagt de teekening van de vier stukken op uit- 
voeringsgrootte, en de uitvoering van de koffiekan alleen. 
Dit stuk moet eene waarde hebben van 500 fr., een ge- 
wicht van elf honderd grammen, en eenen inhoud van 
twaalf kopjes nominaal. 

le Prgs : £en diploma, een zilveren verguld eermetaal en eene 
premie van 300 fr. 

2fl Prijs : Een diploma, een zilveren eermetaal en eene premie 
van 150 fr. 

Het uitgevoerd stuk Mal mogen aangehocht uiordên door 
âc Syndicale Kamer aan dcn bovcngemelden prys vaH 500 /Vi 



— 5 — 

A réchelle de o™io p. m. : 

i** Détail partiel de la décoration d'une face; 

2° Détail partiel de la décoration du plafond. 

1" Prix : Un diplôme , une médaille en venneil et une prime de 
350 fr. 

2e Prix : Un diplôme, une médaille d*argent et une prime de 

III. Terme ornementé avec luminaire, pour escalier 
monumental. 

Dessin grandeur d'exécution. 

ler Prix : Un diplôme, une médaille en vermeil et une prime de 
200 fr. 

2e Prix : Un diplôme, une médaille d'argent et une prime de 75 fr. 

IV. Service à café en argent, composé de quatre pièces: 
cafetière, théière, sucrier, pot au lait. 

On demande le dessin des quatre pièces, grandeur 
d'exécution, et l'exécution de la cafetière seule. Cet objet 
doit avoir une valeur de 500 fr., un poids de onze cent 
grammes, et une contenance de douze tasses nominales. 

ler Prix : Un diplôme, une médaille en vermeil et une prime de 
300 fr. 

a« Prix : Un diplôme, une médaille d'argent et une prime de 150 fr. 

Vobjei exécuté pourra être acquis par la Chambre Syndicale 
au prix ci'dessus de 500 /r« 



— 6 — 

V. Teekening eener servet in enkelen damast, met 
middendeel, dienende om er den naam van hôtel, 
restauratie, wapen of naamcijfer in te weven, uit 
te voeren op Jacquard-werktuig van 1320 haken. 

Het middendeel (doorloopende planksteking), hetwelk 
men volgens noodzakelijkheid moet kunnen veranderen, 
zal eene breedte hebben van 13 tôt 15 centimeters. 

Grootte van de servet : 0^75 breed, o""go lang. 

Herleidingschaal : 33 1/2 kettingdraden en 37 inslag- 
scheuten per vierkante centimeter. 

Men vraagt : 

1° De teekening, op uitvoeringsgrootte, van ten 
minste het vierde der servet met het middendeel; 
2° De kaartteekening. 

i® Prijs : Een diploma, een zilveren verguld eermetaal en eene 
premie van 350 fr. 

2^ Prijs : Een diploma, een zilveren eermetaal en eene premie 
van 150 fr. 

VI. Teekening, voor een gewafelde doek met boordsel, 
van i™2o vierkant, geheel in wol» met twee kleu- 
ren, tint op tint. 

Men vraagt : 

1° De gekleurde en afgewerkte schets van het 
vierde van het geheel op uitvoeringsgrootte; 

2° De kaartteekening van die schets, uitvoerbaar 
op een werktuig van 500 haken, 't zij : voor het 
boordsel op 100, en voor het vlak op 400. 



— 7 — 

V. Dessin d'une serviette damassée, avec milieu ou 

écusson servant d'encadrement pour nom d'hôtel, 
restaurant, armoiries ou chiffre, à exécuter sur 
mécanique de 1320 crochets. 

Le milieu (empoutage bâtard) susceptible d'être changé, 
doit avoir une largeur de 13 à 15 centimètres. 

Dimension de la serviette: largeur 0^75, longueur o^go. 

Réduction : 33 1/2 fils de chaine et 37 fils de trame 
par centimètre carré. 

On demande : 

1° Le dessin, grandeur d'exécution, comprenant au 
moins le quart de la serviette et le milieu; 

2° La mise en carte. 

ler Prix : Un diplôme, une médaille en vermeil et une prime de 
350 fr. 

2<^ Prix : Un diplôme, une médaille d'argent et une prime de 150 fr. 

VI. Dessin, pour un châle gaufré avec bordure, de i™2o \ 
carré, tout en laine, à deux couleurs, nuance sur 
nuance. 

On demande : 

1° L'esquisse coloriée et achevée du quart de 
l'ensemble, grandeur d'exécution; 

2° La mise en carte du dessin, à exécuter sur 
une mécanique de 500 crochets, soit : pour 
la bordure sur 100, et pour le fond sur 400. 



— 8 — 

Men heeft de keur over de schikking der teekening; 
deze moet echter een scherp, op het vlak uitkomend 
relief voorstellen; het vlak zelf kan doorwerkt zijn. 

i« Prijs : Een diploma, een zilveren verguld eermetaal en eene 
premie van 200 fr. 

2^ Prijs : Een diploma, een zilveren eermetaal en eene premie 
van 75 fr. 



De mededingers moeten zich op de stipste wijze ge- 
dragen naar de voorschriften van het programma 
der prijsvragen; bij gebrek waaraan, de uitgeschre- 
vene prijzen hun niet zouden toegekend worden. 



— 9 — 

On a le choix de la disposition du dessin; celui-ci 
doit toutefois représenter un relief parfait brochant sur 
le fond, qui lui-même peut être ouvragé. 

i«r Prix : Un diplôme, une médaille en vermeil et une prime de 
20O fr. 

2« Prix : Un diplôme, une médaille d'argent et une prime de 75 fr. 



Les concurrents doivent se conformer de la manière 
la plus stricte aux stipulations du programme des 
concours; faute de quoi, les prix énumérés ci-dessus 
ne leur seraient pas attribués. 



VOORWAARDEN DER PRIJSKAMPEN. 



Art. I. De personen die voornemens zijn aan de 
prijskampen deel te nemen, worden verzocht dit bij post- 
vrijbrief, vôor den 19" Juni 1892, den Heere Emiel 
Varenbergh, Secretaris der Syndicale Kamer, Gouverne- 
mentshotel, te Gent, kenbaar te maken. Zij zuUen de 
prijsvraag aanduiden voor welke zij zich voorstellen 
mede te dingen, en 00k de oppervlakte vermelden 
waarover zij zouden verlangen te beschikken, met op- 
gave der lengte, breedte en hoogte. Zij mogen, bij wijze 
van handteekening, gebruik maken van de kenspreuk 
welke zij op hunne werken schikken te stellen. 

Art. 2. De werken voor den prijskamp bestemd, moeten 
afgegeven worden bij den poortier van het Paleis der 
Hoogeschool (Péristyle), te Gent, voor den 17° Juli 1892. 

Deze schikking zal stipt nageleefd worden. 

Art. 3. De mededingers zullen hunnen naam op 

hunne werken niet zetten : zij zullen er eene kenspreuk 

of een teeken op vermelden, te herhalen op de buiten- 

zijde van eenen gesloten omslag, die hunnen naam en 

hunne woonst bevat. Deze omslag moet uiterlijk op 
17 Juli in het Secretariaat toekomen. 

Art. 4. Indien mededingers verscheidene prijsvragen 

beantwoorden, zijn zij verplicht voor elke dier vragen 



CONDITIONS DES CONCOURS. 



Art. I. Les personnes qui se proposent de parti- 
ciper aux concours sont priées d'en donner avis, par 
lettre affranchie, avant le 19 juin 1892, à M. Emile 
Vàrenbergh, Secrétaire de la Chambre Syndicale, hôtel 
du Gouvernement Provincial, à Gand. Elles feront con- 
naître le concours auquel elles comptent prendre part; 
elles indiqueront aussi l'emplacement dont elles ont 
besoin en longueur, largeur ou hauteur. Elles peuvent, 
en guise de signature, faire usage de la devise ou du 
signe qu'elles comptent apposer sur leurs œuvres. 

Art. 2. Les œuvres destinées aux concours doivent 
être déposées chez le concierge du Palais de l'Université 

(Péristyle), à Gand, avant le 17 juillet 1892. 

Cette clause sera rigoureusement observée. 

Art. 3. Les concurrents ne mettront pas leur nom 
sur leurs œuvres : ils y inscriront une devise ou un signe, 
répété sur la face d'une enveloppe fermée renfermant 
leur nom et leur adresse. Cette enveloppe doit être 
parvenue au Secrétariat, au plus tard le 17 juillet. 

Art. 4. Si des concurrents prennent part à plusieurs 
concours, ils sont tenus d'adopter une devise ou un 



— 12 — 

eene bijzondere kenspreuk of een bijzonder teeken aan 
te nemen, en zooveel toegezegelde briefjes af te geven. 

Art. 5. Al de teekeningen zullen, zooveel mogelijk, 
op karton of op raam moeten bevestigd zijn. 

Art. 6. De deelnemers zijn gehouden op hun werk 
een opschrift te zetten, het nummer dragende van de 
prijsvraag waarop dit werk betrekking heeft. 

Art. 7. De ingezonden ontwerpen moeten gansch 
oorspronkelijke werken zijn. 

Art. 8. Om aan de prijskampen deel te nemen, moet 
men belg van geboorte wezen, of sedert drie achtereeri- 
volgende jaren in Belgie verblijven. 

Art. 9. De teekeningen met eenen eersten prijs be- 
kroond, worden den eigendom van de Syndicale Kamer, 
vertegenwoordigd door haren Voorzitter, Heer Graaf 
Th. de Limburg Stirum. 

Art. 10. Het Besturend Comiteit der Syndicale Kamer 
zal de verschillige Jurys aanduiden. 

De besluiten dier Jurys, overeenkomstig met het pro- 
gramma genomen, zullen zonder beroep zijn» elk in 
haar vak. 

Nadat de verschillige Jurys hunne beslissingen zullen 
genomen hebben, zullen deze medegedeeld worden in 
eene zitting van het Besturend Comiteit waarop de 
leden der Jurys zullen tegenwoordig zijn. De toegezegelde 
briefjes, de kenteekenen der mededingers dragende, zul- 
len daama geopend en de overwinnaren uitgeroepen 
worden. De uitslagen zullen ruchtbaar gemaakt worden. 

Art. II. Aile betwistbare vraagpunten zullen door 
het Besturend Comiteit beslist worden. 

Art. 12. Er zal, zonder beroep, beslist worden door 



— 13 — 

signe différent pour chacun de ces concours, et de 
remettre autant de billets cachetés. 

Art. 5. Tous les dessins devront être, autant que 
possible, fixés sur carton ou châssis. 

Art. 6. Les concurrents sont tenus d'appliquer sur 
leur œuvre une étiquette portant le numéro du concours 
auquel cette œuvre est destinée. 

Art. 7. Les projets envoyés doivent être des œuvres 
complètement originales. 

Art. 8. Pour prendre part aux concours, il faut être 
belge de naissance, ou résider en Belgique depuis trois 
années consécutives. 

Art. 9. Les dessins auxquels un premier prix est dé- 
cerné, deviennent la propriété de la Chambre Syndicale, 
représentée par son Président, M. le Comte Th. de 
Limburg Stirum. 

Art. 10. Le Comité Directeur de la Chambre Syndicale 
désignera les différents Jurys des concours. 

Les décisions de ces Jurys» prises en conformité du 
programme» seront sans appel, chacun pour ce qui le 
concerne. 

Après que les différents Jurys auront pris leurs déci- 
sions, celles-ci seront communiquées dans une séance 
du Comité Directeur à laquelle assisteront les membres 
des Jurys. Les billets cachetés portant les marques des 
concurrents primés seront ensuite ouverts et les vain- 
queurs proclamés. Les résultats des concours seront 
livrés à la publicité. 

Art. II. Toute question litigieuse sera décidée par 
le Comité Directeur. 

Art. 12. Il sera statué, sans appel, par le Comité 



- 14 - 

het Besturend Comiteit op de gebeurlijke voorstellen der 
verschillige Jurys, strekkende, hetzij tôt het toekennen 
van belooningen buiten diegene in het programma 
vermeld, hetzij tôt het verdeelen der premiën tusschen 
twee of meer mededingers, of tôt het verdubbelen der 
prijzen die ex aquo zouden worden toegekend. 

De naam van hem die eene belooning zal bekomen 
buiten diegene in het programma vermeld, zal slechts 
mits de toestemming van den belanghebbende worden 
bekend gemaakt. 

Na de beslissing van den bevoegden Jury of, in het 
voorkomend geval, van het Besturend Comiteit, zal elke 
mededinger het recht hebben zijnen naam op zijn werk 
te vermelden. 

Art. 13. De tôt de prijsvragen betrekkelijke teekenin- 
gen en voorwerpen zuUen van den 24° Juli tôt 7° Augusti 
in de Hoogeschool ten toon gésteld worden. 

De mededingers die hunn'en naam en hunne woonst 
aan den Secretaris niet opgegeven hebben, zullen dit 
moeten doen vôor het sluiten der tentoonstelling, ten 
einde het terugzenden hunner voorwerpen te vergemak- 
kelijken : zooniet, zal hun verzegeld briefje *s anderen* 
daags geopend worden. 

Art. 14. De onkosten van heen- en terugzending der 
voorwerpen zijn ten laste der mededingers. 

Het uitpakken, het plaatsen en het weder inpakken 
der voorwerpen zullen door de zorg van het Comiteit 
geschieden. De onkosten ervan zullen de tentoonstellers 
in rekening worden gebracht. 

Art. 15. Vôor het einde der tentoonstelling zullen de 



— 15 — 

Directeur, sur les propositions éventuelles des différents 
Jurys, tendantes, soit à Tattribution de récompenses en 
dehors de celles mentionnées au programme, soit à la 
division des primes entre deux ou plusieurs concurrents, 
soit au doublement de prix qui seraient décernés ex 
cequo. 

Le nom de celui qui aura obtenu une récompense autre 
que celles mentionnées au programme, ne sera publié 
qu'avec l'autorisation de l'intéressé. 

Tout concurrent a le droit d'apposer son nom sur son 
œuvre après la décision du Jury compétent ou, le cas 
échéant, du Comité Directeur. 

Art. 13. Les dessins et objets de concours seront 
exposés à l'Université, du 24 juillet jusqu'au 7 août. 

Les concurrents qui n'auront pas indiqué leur nom 
et leur adresse au Secrétaire devront le faire avant la 
clôture de l'exposition, afin de faciliter le renvoi de 
leurs objets; sinon, leur billet cacheté sera ouvert dès 
le lendemain. 

Art. 14. Les frais de transport des objets, aller et 
retour, sont à la charge des concurrents. 

Le déballage, le placement et le remballage des objets 
se feront par les soins du Comité. Les frais de ces 
opérations seront portés en compte aux exposants. 

Art. 15. Les projets exposés ne pourront être retirés 



— i6 — 

tentoongestelde voorwerpen niet mogen weggenomen 
worden. Zulks zal evenwel moeten geschieden binnen 
de acht dagen op de sluiting volgende. 

Art. i6. De grootste zorg zal voor de bewarîng der 
voorwerpen genomen worden; evenwel neemt het Be- 
stuur geene verantwoordelijkheid aan, nopens verliezen, 
beschadigingen of ontvreemdingen. 

Gent, den 17° December 1891. 



De Voorzittery 
Graaf Th. de Limburg Stirum. . 

De Onder-'VoorziUerSj 
Karel de Hemptinne, a. Wagener. 

Het afgevaardigd Lia, 
De Grave. 

Het Lid'Secretaris, 
Emiel Varenbergh. 



— 17 — 

avant la fin de Texposition, mais ils devront Têtre dans 
la huitaine qui suivra la. clôture. 

Art. i6. Les plus grands soins seront pris pour la 
conservation des objets; cependant la Direction n'assume 
aucune responsabilité quant aux pertes, dommages ou 
détournements. 

Gand, le 17 décembre 1891. 



Le Président, 
Comte Th. de Limburg Stirum. 

Les Vice-Présidents, 
Charles de Hemptinne, A. Wagener. 

Le Membre délégué. 
De Grave. 

Le Membre-Secrétaire, 
Emile Varenbergh. 



13 

'«Ai 



SCIENCES HJSTORIOl 

DES ARTS ET DE LA BIBLIOGBAPH 

DE BELGIQUE 

Recueil publie par MM. le Comte de LiuBUBa-STlBUM, Sénateur 
Docteur en droit, etc.; Fbbdinand Vanueb Haeohbn, Bibliolbécaln 
de l'UniTenité, etc.; Barou Béthune. archéologue. 

ÉMiLiYAHBNBBiiaa, CoD»eiller provincial, MembredelaConmiisBioi 
de stalittique,etc.. Secrétaire du Comité, à Oand. 



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AKNÉE 1891. - 1" llTr»to«ii 




GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOGR. EIIO. VANDERHAEaHE\ 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. P. Bkromans, Di* en philosophie et lettres, à Gand. 
B^Q J. B. BbthunB'DE Villbrs, à Gand. 
P. Claeys, avocat à Gand. 

Emile de Borghqrave, ministre de Belgique, à Gonstantinople. 
Le P. H. Dblbhayb, à Louvain. 
C*« DE Marsy, à Compiègne. 
J. Th. db Raadt, secrétaire et membre fondateur de la Société 

d'archéologie, à Bruxelles. 
Fr. De Pottbr, homme de lettres, à Gand. 
J. Destréb, conservateur au Musée des antiquit-és, à Bruxelles. 
L. DE Villbrs, conservateur des Archives de TÉtat, à Mons. 
Alph. deVlaminck, archéologue, à Bruges. 
A. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. 
AcH. Gallet-Miry, à Gand. 
P. Génard, archiviste de la ville d'Anvers. 
M. Heins, avocat à Gand. 

H. Hymans, conservateur à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 
Baron Kervyn de LBTTE^iHovB, membre de l'Académie de Bel - 

ffique, à Bruxelles. 
Le chanoine J. B. La vaut, secret, et archiv. de l'Ëvéché, à Gand. 
J. J. B. pRoosT, docteur en sciences pol. et adm., à Bruxelles. 
Gh. Rahlenbeek, à Bruxelles. 
Van Bastblabr, président de la Société archéolog. de Gharleroi, 

à Bruxelles. 
D. VAN DE Gasteele, archiviste de l'Etat, à Liège. 
R. Van dbn Berghe, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 
V. Vandbr Habohen, archiviste de la ville, à Gand. 
Edw. Van Even, archiviste de la ville de Louvain. 
Van Spilbbbgk, D«" à Soleilmont, Gilly. 
A. Verhaeoen, ingénieur honoraire, archéologue, à Gand. 



Table des Matières. 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Le Psautier de Guy de Dampierre. XIII* siècle. — Par Joseph 

Destrée , 129 

La Cour du roi de Lindre. — Cour d'amour en Flandre au 

XVIl'»' siècle, —Par L.St . 133 

L'administration provimiiale en Flandre sous les périodes 

espagnole et autrichiemie. — Par Ach. Gallbt-Miry. . . 150 

Le Bourreau de Gand. — Par Prosper Claeys 170 

Épisodes inédits de la chronî(iue bruxelloise. — Par J. Th. 

dbRaadt ', 194 

Les emprunts des pouvoirs publics au XllI'* et au XI V« siècle, ^i^ 

— Par Maurice II E1NS 211 

Hélène de Hainal, chanoinesse de Sainte- Waudru. — Par Van 

Spilheeck 223 



» r 



VARIETES. 

Représentations de mystères dans l'église de Saint-Michel au 
XVI«' siècle. — Par P. C. . . ^ 229 

Singulières dispositions d'ancien droit iiamand. — Par D. . 232 

Extrait d'un rapport au secrétaire d'État par le censeur civil 
Keyaerts, à l'occasion d'un différend avec le censeur ecclésias- 
tique concernant les livres détendus. — Par D 235 

Au sujet de J. de Damhoudere. — ParD 237 

Le jour civil et les modes de computation des délais légaux en 
Gaule et en France depuis l'antiijuité jus(iu'à nos jours. — 
ParD 238 

Les formules de politesse officielle au XyiII*^ siècle. — Par Paul 
Beromans , 240 

Compte des tmvanx exécutés au château de Gand en 1308. — 
Par L . St 245 

Un prodige en 1668. — Par Maur. V. D. H 247 

CHRONIQUE. 

Congrès archéologique et historique de Bruxelles 1891 . . . 249 
Découvertes de Mgr Wilpert à la catacombe de Saint-Pierre et 

de Saint-Marcellin à Rome 249 

Les souterrains des prêtres d'Ammon 251 

Planclic». 

Une miniature ayant fait partie autrefois du psautier de Guy de 

Dampierre 129 

Henri de V^arick 194 



Pour la co'i'^'espondance , les communications, et 
pour tout ce qui concerne la rédaction, on est prié 
de s'adresser (franco) à M^ Emile VARENBERGH, au 
Secrétariat du Comité de Rédaction, rue du Lac, 11, 
à Gand. 



Le Messager des sciences historiques paraît par livraisons, 
au nombre de quatre, environ tous les trois raois; il forme 
chaque année un volume de plus de 500 pages, avec planches. 

Le prix de Tabonnement annuel est de quinse francs. 

On peut s'adresser pour les ABONNEMENTS et RÉCLAIIATIONS 

à M^ L. Lemaiee, Rue des Tanneurs, à Gand. 

Le Messager des sciences s'échange contre les journaux 
quotidiens et littéraires du pays et de l'étranger, ainsi que 
contre les mémoires des Sociétés savantes. 

Les personnes qui désirent compléter leur collection ou 
acquérir les séries déjà publiées ,. peuvent s'adresser au 
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J.-B. Hemelsoet, G. Vyt et J. Vuylsteke, libraires; 
ainsi qu'à tous les Bureaux de poste et chez tous les 
libraires du pays et de l'étranger. — Spécialement pour 
l'Allemagne chez Marcus à Bonn et Muquardt à Leipzig, 
et pour la Hollande, chez Nyhoff à La Haye.